Résultats : 364 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
201
p. 2661
ESPAGNE.
Début :
L'Infant Don Carlos partit de Seville le 20 Octobre ; il est accompagné du Comte de [...]
Mots clefs :
Grand d'Espagne de la premiere classe, Prince, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
'Infant Don Carlos partit de Seville le 20
Octobre ; il est accompagné du Comte de
Sant Estevan , Chevalier de l'Ordre du S. Esprit ,
Grand d'Espagne de la premiere Classe , en qualité
de son Gouverneur , de Grand - Maître de sa
Maison et de Ministre Plénipotentiaire de
S. M. Cath. Le Duc de Tursis Doria a nommé
Grand Chambellan et Grand Echanson de ce
Prince le Prince Corsini , Neveu du Pape , son
Grand Ecuyer , le Com : e Ugolini , son premier
Ecuyer , le Duc d'Arion , son premier Gentilhomme
de la Chambre , le Marquis de Villaverde
, le Marquis Giustiniani et Don Joseph
Castellar ses Majordômes de Semaine , Don
Joseph de Miranda , et Don Pedre Gasca , Gentils-
hommes de sa Chambre , Don Joseph Joachin
de Montalegre , son Secretaire d'Etat , et
Don Lelio Caraffe , Capitaine de la Compagnie
de ses Gardes du Corps.
>
>
La route de cePrince avant que d'arriver à Perpignan,
sera de 47. jours. Le Prince , la Princesse
des Asturies , et l'Infant Don Philippe l'ont accompagné
jusqu'à trois lieues de Seville , et le
lendemain le Marquis Scotti alla à Carmona de
la part du Roi et de la Reine , pour sçavoir des
nouvelles de la santé de ce Prince,
'Infant Don Carlos partit de Seville le 20
Octobre ; il est accompagné du Comte de
Sant Estevan , Chevalier de l'Ordre du S. Esprit ,
Grand d'Espagne de la premiere Classe , en qualité
de son Gouverneur , de Grand - Maître de sa
Maison et de Ministre Plénipotentiaire de
S. M. Cath. Le Duc de Tursis Doria a nommé
Grand Chambellan et Grand Echanson de ce
Prince le Prince Corsini , Neveu du Pape , son
Grand Ecuyer , le Com : e Ugolini , son premier
Ecuyer , le Duc d'Arion , son premier Gentilhomme
de la Chambre , le Marquis de Villaverde
, le Marquis Giustiniani et Don Joseph
Castellar ses Majordômes de Semaine , Don
Joseph de Miranda , et Don Pedre Gasca , Gentils-
hommes de sa Chambre , Don Joseph Joachin
de Montalegre , son Secretaire d'Etat , et
Don Lelio Caraffe , Capitaine de la Compagnie
de ses Gardes du Corps.
>
>
La route de cePrince avant que d'arriver à Perpignan,
sera de 47. jours. Le Prince , la Princesse
des Asturies , et l'Infant Don Philippe l'ont accompagné
jusqu'à trois lieues de Seville , et le
lendemain le Marquis Scotti alla à Carmona de
la part du Roi et de la Reine , pour sçavoir des
nouvelles de la santé de ce Prince,
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
Le 20 octobre, l'Infant Don Carlos quitta Séville, accompagné du Comte de Sant Estevan, Chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit et Grand d'Espagne de la première Classe. Ce dernier exerçait les fonctions de Gouverneur, Grand-Maître de la Maison et Ministre Plénipotentiaire de Sa Majesté Catholique. Le Duc de Tursis Doria nomma plusieurs dignitaires pour le Prince : le Prince Corsini comme Grand Chambellan et Grand Échanson, le Comte Ugolini comme Grand Écuyer, le Duc d'Arion comme premier Gentilhomme de la Chambre, et les Marquis de Villaverde, Giustiniani et Don Joseph Castellar comme Majordômes de Semaine. D'autres personnalités, telles que Don Joseph de Miranda et Don Pedre Gasca, furent nommées Gentilshommes de la Chambre, Don Joseph Joachin de Montalegre comme Secrétaire d'État, et Don Lelio Caraffe comme Capitaine de la Compagnie des Gardes du Corps. Le trajet du Prince jusqu'à Perpignan durerait 47 jours. L'Infant fut accompagné jusqu'à trois lieues de Séville par le Prince des Asturies, la Princesse des Asturies et l'Infant Don Philippe. Le lendemain, le Marquis Scotti se rendit à Carmona au nom du Roi et de la Reine pour prendre des nouvelles de la santé du Prince.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
202
p. 2893-2908
RELATION du Passage de l'Infant DON CARLOS, dans la Province du Roussillon.
Début :
Le Marquis de Gailus, Grand-Croix de l'Ondre de 3. Loüis, Lieutenant General des armées [...]
Mots clefs :
Prince, Province, Officiers, Perpignan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION du Passage de l'Infant DON CARLOS, dans la Province du Roussillon.
RELATION du Passage de l'Infans
DON CARLOS , dans la Province.
du. Roussillon..
E Marquis de Gailus , Grand- Croix de l'On-
> Edre de 3. Louis ,Lieutenant General des at
mées du Roy et de la Province du Roussillon ,,
commandant en chef, reçut les ordres de la
1. Voli
F Cou
2894 MERCURE DE FRANCE
Cour le 8. Novembre , au sujet du Passage de
Don Carlos en France , lesquels portoient que
Pintention du Roy étoit qu'il fût reçû comme
Fils de France , et qu'on lui rendît tous les honneurs
dûs à cette qualité. A ces ordres on avoit
joint la route qu'il devoit tenir , et ajoûté que
M. Desgranges , Maître des Ceremonies , se rendroit
incessamment dans cette Province pour se
trouver à l'arrivée du Prince , et regler le Ceremonial.
Suivant cet itineraire , la Marche de Don
Carlos devoit être de Seville à Barcelonne de 47.
jours , les séjours non compris , et par là ce Prin
ce ne partant que le 20. d'Octobre , ne pouvoit,
en la suivant, arriver à Perpignan que vers le 15.
de Decembre , ce qui auroit donné un temps sufe
fisant pour les préparatifs nécessaires.
Le M. de Cailus donna d'abord ses ordres ,
tant pour la réparation des chemins , que pour
les logemens et l'abondance des vivres ; et comme
Je Col du Pertus , par où il faut passer , est un
chemin très - étroit entre deux Montagues , que
la chute des eaux avoit depuis un temps- infini
rendu impraticable et qui demandoit beaucoup
de soin et de travail pour le réparer ; il chargea
de Viguier du Roussillon , de se rendre sur les
lieux pour le mettre en l'état qu'il convenoit,
Une grande partie de ce chemin n'étant que de
Rocher , il cominanda un Sergent et 16. Mineurs.
pour y travailler ; soo. Paysans furent employez
à cet ouvrage , dont la moitié étoit de cette Province
et l'autre moitié d'Espagne ; ce qui se fit
de concert entre les Marquis de Cailus et de Risbourg,
Capitaine General de Catalogne. Les pré-
Cautions que le M. de Cailus avoit prises à l'égard
de ce passage , furent si utiles et ses ordres
si bien executez, que quoique l'Infant soit arrivé
-1 Volo
DECEMBRE. 1931. 1895
18. jours plutôt qu'il n'étoit marqué par sa route
, l'on a passé très -commodément dans ce che
min , et le succès a été au-delà de ce que l'on
pouvoit esperer.
Sur quelques bruits qui se répandirent que le
Prince acceleroit sa marche et doubloit ses journées
, le M. de Cailus voulut voir par lui- même
dans quel état étoit ce chemin ; il s'y rendit le
22. Novembre , et étant à portée du Pertus , il
rencontra un Courrier dépêché par le M. de Risbourg
, qui lui donnoit avis que l'Infant arrive
foit le 25. à Figuieres , et le 26. à coucher au
Boulou.
A cette nouvelle inopinée , le M. de Cailus re
int sur ses pas au Boulou. Ce lieu est un des plus
mauvais Villages du Roussillon , à peine y trou
veroit- on six Maisons où il y ait des
portes eg
des fenêtres ; l'état affreux de ce Village ne déconcerta
pas M. de Cailus , après l'avoir visité
il choisit la maison la plus propre pour loger le
Prince et trois autres maisons voisines pour les
gens nécessaires auprès de sa personne ; la plus
logeable après celle du Prince fut destinée pour
M. le Comte de Sant- Estevan , Gouverneur de
sa Personne , &c. et le M. de Cailus fut obligé ,
dans celle qu'il prit pour lui , d'y joindre une
Grange voisine , où il fallut pratiquer et faire
bâtir des cheminées et generalement tout ce qui
est necessaire pour des Cuisines et Offices ; il fal
lut aussi ouvrir des portes pour communiquer
dans la Maison où il tient ses Tables , et le tour :
fut executé en deux fois vingt - quatre heures par
la quantité d'Ouvriers que l'on y employa .
*
* Voyez toutes les qualitez de ce Seigneur
dans le Mercure de Novembre 173 1. page 2661.
I: Vol.
4.vi Ces
2896 MERCURE DE FRANCE
Ces ordres donnez , ce General se rendit à Peri
pignan , où ses premiers soins furent d'envoyer,
une partie de ses Officiers au Boulou , et tout ca
qui étoit necessaire pour recevoir avec dignité le
Prince et sa Suite.
Le 25. Le M. de Cailus accompagné de la No.
blesse du Roussillon et de la Compagnie des Gardes
de la Province , se rendit à Bellegarde , où il
coucha. M. de Jallais , Intendant , s'y rendit aussi.
Le 26. sur les 11. heures du matin , ce General
se rendit sur la petite Riviere d'Allobragat , qui
fait la séparation des deux Rouyaumes ; il trouva
au-de là de cette Riviere deux Escadrons de Dra
gons en bataille , du Régiment de Sagunte. A
une heure après midi arriverent le M. de Risbourg
et M. de Sartim , Intendant de Catalogne. M. de
Cailus présenta M. de Jallais à M. de Risbourg ,
et ces deux Generaux , après s'être donné plu
sieurs marques de cordialité et d'amitié , eurent
une conference ensemble jusques à l'arrivée du
Prince , qui fut vers les trois heures ; les deux Intendants
en eurent une autre séparément .
Son Altesse Royale arriva dans sa Berline ;
dans laquelle étoient le Comte de Sant- Estevan
et un Gentilhomme de sa Chambre , elle étoit
escortée par ses Gardes du Corps et par ses Hallebardiers
. M. de Risbourg présenta au Prince
M. de Cailus et ce dernier présenta à S. A. R.
M. de Jallais et la Noblesse de la Province ; il lui
offrit en même- temps sa Littiere pour passer
plus commodement la Montagne , le Prince lui .
dit qu'il étoit informé de l'attention qu'il avoit
eue à la faire venir , qu'il lui étoit obligé , qu'il
passeroit la Montagne en Berline , et que s'il y
avoit quelque mauvais pas , il mettroit pied à
terre , aimant fort à marcher ; à quoi il ne fug.
1. Yola
poing
DECEMBRE . 1731. 28977
oint obligé, les Equipages étant passez très - aisé
ment et sans nulle difficulté . Mi de Cailus offrit
aux Gentilshommes de la Maison du Prince sa
Berline , attelée de six chevaux , qu'il avoit fair
mener à vuide , mais ces Messieurs le remercie
rent et ne s'en servirent pas .
L'Infant continuant sa Marche , fut salué en
passant sous Bellegarde , d'un décharge generale
du Canon de cette Place. La Maréchausséeétoit
postée par Brigades de distance en distance .
sur la route ; la Compagnie des Gardes de la
Province marchoit un quart de lieuë devant ;
M. de Cailus suivit à cheval pendant quelque:
temps S. A. R. Il s'avança ensuite pour se trou
ver à la descente du Carrosse . Le Prince arriva à¸
P'entrée de la nuit au Boulou. M. de Cailus eut-
Phonneur de lui donner la main pour le conduire
dans sa chambre , où il fut vû de tout le mondejusqu'à
l'heure du souper et pendant son souper.
Suivant les instructions de la Cour , M. Des
granges devoit conferer avec le Comte de Sant-.
Estevan , regler avec lui le Ceremonial , en ren-.
dre compte à M. de Cailus , et s'arranger ensemble
là - dessus ; mais M. Desgranges n'étant pas
arrivé , M. de Cailus fut obligé de suppléer à
tout. Il eut une Conference avec M. de Sant-
Estevan , de plus d'une heure , à laquelle fut présent
M. de Jallais ; ce Seigneur , qui est particu
lierement chargé de la conduite du Prince , parue
très -satisfait des attentions et des politesses de
M. de Cailus.
Ce fut dans cette Conference que M. de Cailus .
fit changer l'ordre de la Marche du Prince , qui
devoit , partant de Perpignan le 28. aller coucher
à Salces et détermina M. de Sant - Estevan à séjourner
à Perpignan ce jour là, et d'aller le 29. à
L. Fel Sigeant
ક
2898 MERCURE DE FRANCE
Sigean ; ce General se détermina à cela , à cause
des maladies qui sont à Salce , ne voulant pas hazarder
que S. A. R. logeât dans un lieu , ou de-.
puis trois mois , il est peu de Maisons où il n'y
ait des malades.
Le M. de Cailus avoit fait venir de Couliouvre
au Boulou , les deux Compagnies des Grenadiers
du Régiment de Toulouse et deux Détachemens
de so. hommes chacun . La premiere Compagniede
Grenadiers monta la Garde chez l'Infant , et
les autres Troupes furent dispersées en differens :
postes , pour la sureté du Quartier et des Equipages
du Prince.
Les attentions de M. de Cailus furent jusques à
faire illuminer par des flambeaux de poing et par
des Réchauts de Rempart , tout le Village du
Boulou , ce qui évita tous désordres et toute la
confusion .
Le foin et la paille furent distribuez gratis des
Magazins de la Province , par les ordres de :
M.P'Intendant.
Après le souper de S. A. R..M de Cailus demanda
la permisson au Prince de prendre les devants
pour le recevoir à son Entrée à Perpignan ,
après quoi il se rendit dans sa Maison du Boulou
, où il y avoit 4. Tables de 20. couverts chacune,
et une cinquième pour les Gardes du Corps
du Prince. Ces Tables furent servies en mêmetemps
avec toute la magnificence , la délicatesse
et la somptuosité possible. Les Vins étrangers et
les Liqueurs y furent abondantes ; elles furent
remplies par les Officiers de la Maison du Prince,.
par la Noblesse de la Province et par les Officiers
du Détachement. Tous ces Messieurs parurent
surpris qu'en aussi peu de temps et dans un si
mauvais lieu , on cût pû donner à manger avec
Io, Veho autane
DECEMBRE . 1731 . 2899
autant d'arrangement , de gout et d'abondance,
M. l'Inrendant eût aussi des Tables dans sa
Maison.
A une heure après minuit M. de Cailus monta
dans sa Berline et se rend à Perpignan , où le
Prince arriva à onze heures du matin , il fut reçu
à la Barriere par le M.de Cailus, à la tête de l'Etat
Major , qu'il eut l'honneur de présenter à S. A. R.
qui lui demanda à quelle heure il étoit parti du
Boulou , ajoutant qu'il n'avoit pas eû le temps de
se reposer , M. de Cailus lui dit qu'il étoit venu
en diligence pour que rien ne manquât à sa réception.
Le Canon de la Ville et celui de la Citadelle ,
firent une dêcharge generale , et depuis la Porte
de S. Martin , par où l'Infant entra , jusqu'à sons
Palais , il -marcha entre les Troupes qui bordoient.
la haye des deux côtez , et il fut salué de l'Esponton
par les Officiers. Sa Garde étoit composée
de 150 hommes avec un Drapeau.
M. de Cailus , suivi de l'Etat- Major et de la
Noblesse , se trouva à la descente du Carrosse du
Prince, il eut l'honneur de lui donner la main , et
de le conduire dans son Appartement : M. l'Evêque
et M. l'Intendant s'y trouverent aussi,
Le M. de Cailus avoit cedé entierement son
Hôtel à S. A. R. Le Comte de Sant- Estevan ,
Madame son Epouse , le Duc et la Duchesse d'Arion
, les trois Enfans du Comte de Sant -Estevan
et les principaux Officiers necessaires auprés de
la Personne du Prince , logerent dans le même
Hôtel , aussi-bien que les Officiers de la Chame
bre , de la Garderobe et de la Bouche ; on n'avoit
rien épargné pour le meubler superbement. L'Appartement
étoit composé en enfilade de deux
grandes Sales , d'une troisième ou étoit placé le
1. Vola Daio
2900 MERCURE DE FRANCE
Dais de la Chambre du Prince , de deux Cabi
nets et Garderobes , et d'une Sale à manger ; la
tout meublé d'un goût et d'une magnificence peu
ordinaire dans les Provinces ; tous les autres Appartemens
de l'Hôtel ou logeoit la Maison de
S. A. R. l'étoient à proportion , et rien ne man→
quoit pour l'utile et pour l'agréable..
2
et
L'attention de M. de Cailus fut portée si loin ,
que ses Offices et Gardes- mangers furent toûjours
remplis de tout ce qu'il y a de plus recherché ,
e'est de-là que les Officiers du Prince tirerent pour
sa Bouche et pour sa Maison , tout ce qui leur
étoit necessaire, aussi -bien que ceux du Comte de
Sant-Estevan les Officiers 1 . de M. de Cailus
avoient soin de remplacer ce que l'on en tiroit
comme l'on avoit fait au Boulou.
Le Prince mange toûjours seul ; il est servi par
ses Officiers.
Comme l'Infant avoit prévenu M. de Cailus
qu'il seroit bien aise de recevoir les Complimens
qu'on avoit à lui faire avant le dîner , ce General
fit avertir les Corps qui devoient haranguer , de
se rendre au Palais de l'Infant d'abord après'son
arrivée Le Conseil Souverain s'y rendit et harangua
le premier ; le M. de Cailus marchoit à la
tête, et eut l'honneur de le presenter au Prince. Le
Premier Président porta la parole. Il reçut ensuite
les respects du Chapitre de la Cathedrale , l'Archidiacre
Salleles parla au nom du Clergé. Les
Consuls en Robes de Ceremonie , suivirent le
Clergé et offrirent les présens accoutumez . Tous
tes autres Corps complimenterent successivement
Le Chevalier de Cailus , fils du Marquis de
Cailus , âgé de 8. ans , fit aussi à S. A. R. un
Compliment avec beaucoup de grace. Le Prince
en fut si charmé , qu'il l'a toujours voulu avoir
La Vol.
auprès
DECEMBRE. 1731. 2908
auprès de sa Personne pendant son séjour , cejeune
Seigneur , auquel il a marqué plusieurs dé
monstrations de bienveillance et de bonté.
Les Harangues finies , Madame la M. de Cai
lus , suivie des principales Dames de cette Ville ,
fit demander au Comte de Sant Estevan , si elle
pourroit avoir l'honneur de faire la réverence à
P'Infant , le Comte de Sant- Estevan ayant reçu ,
les ordres du . Prince , vint chercher la Marquise .
de Cailus , et l'annonça à S , A, R. Cette Dame ,
ornée de toutes les graces possibles et d'un esprit
superieur , moins brillante encore par toutes ses
qualitez , que par sa vertu et par le talent de se
faire aimer generalement de tout le monde , charma
le Prince et tonte sa Cour , par la maniere
noble avec laquelle elle se présenta et parla à.
SA. R. Elle lui présenta toutes les Dames de sa
suite .
Le Prince dîna en public , et peu de temps.
après son dîner il alla à la Chasse dans la Réserves.
il fit paroître dans cet exercice beaucoup d'adresse
et d'inclination , et tua plusieurs pieces de Gibier.
Il arriva à la nuit et trouva son Hôtel illuminé
d'un goût singulier ; tous les Appartemens étoient
éclairez par quantité de Lustres , de Girandoles ,
et de Bras arrangez avec un ordre qui présentoit
à la vûë une illumination peu commune.
La Terrasse qui regne le long de l'Apparte
ment qu'occupoit l'Infant étoit ornée de Lauriers
er de Festons de fleurs , qui formoient des Colomnes
et des Bordures que l'on avoit garnies de
Lampions et de Guirlandes , avec une admirable
cimetrie; ce qui joint à plusieurs Vases remplis
d'Orangers et d'Arbrisseaux dont la Terrasse
étoit couverte , offroit un spectacle charmant et
qui frappoit très agréablement la vûë lorsque
tout était illuminé, La
2902 MERCURE DEFRANCE
::
و م
La façade de l'Hotel étoit décorée d'un goût
aussi singulier que charmant : c'étoit un Arc
de Triomphe élevé sur un Plan dressé par M.
Boutiller Dauroy , Officier d'Artillerie . Cet Edifice
avoit 44 pieds et demy de largeur sur 45.
pieds de hauteur ; il étoit orné de Trophées ,.
desquels pen loient deux Médaillons qui représentoient
, l'un le Soleil dans le signe du Lion
avec ces paroles Transeundo recreat . Et l'au
tre , le Soleil levant , avec la Legende : jubess
sperare. Les Pilastres qui portoient les Médaillóns
, étoient surmontés d'une Corniche termi➡
née par une Balustrade de 4 pieds et demy de
hauteur , sur laquelle s'élevoit un Attique de six :
pieds de hauteur , lequel soûtenoit les Armes
d'Espagne , au côté desquelles étoient deux Piramides
hautes de 11. pieds , terminées par une
Fleur de Lys .
Tout l'Edifice étoit peint en Marbre de diffe
rentes couleurs Pintervalle qui restoit entre
l'architrave et la principale porte , étoit rempli
par un Tableau de 9 pieds de largeur sur 4 pieds
de hauteur , qui représentoit Mars et Minerve
se donnant la main ; derriere ces Figures s'élevoit
un Olivier , aux branches duquel étoit atta-,
ché l'Ecu de France entre ceux de l'Empire
l'Espagne , de l'Angleterre et de la Hollande .
avec cette Legende : Spes pacis eterna fundata.
> de
L'espace depuis chaque Pilastre jusqu'au Mur
où se terminoit le côté de la façade étoit dé
coré par une Maçonnerie de 2 pieds de hauteur:
sur 11. de largeur , sur laquelle regnoit encore
une Balustrade faisant simetrie avec celle qui
étoit au- dessus de la Corniche : cet intervalle
étoit aussi orné de deux Médaillons , sur un
I. Vel.. desquels ,
DECEMBRE 1731. 2903
esquels étoit représentée l'Espagne assise sur
Un Globe avec ses armes , la Rénommée lui
présentoit la Couronne des Etats d'Italie , dont :
le . Prince Don Carlos va prendre possession ,
avec cette Inscription : Spes matura felicitatis .
Sur l'autre étoit représentée l'Europe assise et en
repos au milieu de ses attributs , avec ces mots ::
Tranquillitas Europa . La bordure du grand.
Tableau et celle des Médaillons , aussi-bien ;
que l'Arceau du milieu , étoient ornés de Guirlandes
, de Lauriers , et de Mirthes entrelassés
de fleurs.
Tout l'Edifice étoit garni de Lampions qui
suivoient par tout la forme et les Profils de l'Architecture.
Ces Lampions allumés joints à l'Ar-,
tifice qui sortoit de divers endroits de cet Arc de
Triomphe,formerent pendant une partiede la nuit
un spectacle brillant aux yeux du Peuple qui y étoit
accouru de toute la Ville , ou que la curiosité.
avoit attiré de divers endroits de la Province,
Les autres façades de cet Hôtel et toutes les
fenêtres étoient illuminées par un nombre infini
de flambeaux de poing. L'Hôtel de M. l'Intendant
étoit aussi éclairé avec beaucoup de
goût , tant en- dehors qu'en dedans.
2.
>
2
L'Hôtel de Ville , dont la façade est trèsétendue
étoit éclairé avec autant de goût et de
cimetrie , les Consuls , pour marquer leur zele
donnerent le 27 une danse sur la Place de l'Hôtel
, nommée la Loge , avec les Instruments qui
sont en usage dans le Pays , où tout le Peuple
dansa une partie de la nuit. Le 28 , ils donnerent
un Bal dans la grande Sale du même Hôtel
pour toutes les Personnes de consideration ; il
y eût une collation magnifique , et toute sorte
de rafraîchissemens,
1. Vol Pendang
2904 MERCURE DE FRANCE
Pendant les deux nuits que le Prince a passées
Perpignan , toutes les maisons ont été illuminées
, et il n'y a personne qui n'ait fait paroître.
du zéle et de l'émulation.
>
La Marquise de Cailus se trouva chez le
Prince au retour de la Chasse suivie de plusieurs
Dames qu'elle eût encore l'honneur de lui
présenter et l'invita, d'assister à un Concert
qu'elle avoit fait préparer dans la grande Salle
des Gardes : S. A. R. parut très contente du
Concert , et dit à la Marquise de Cailus que
c'étoit le premier Concert qu'il eût entendu en
François. Madame de Jallais eût l'honneur de
faire la réverence au Prince un moment avant:
qu'il entrât au Concert. S. A. R. soupa ensuite
en Public comme le matin..
Le 28 , le Prince entendit la Messe dans la
Chapelle de son Appartement , qui étoit magnifiquement
ornée. Il avoit dit le soir à M. de
Cailus qu'il souhaittoit voir la . Citadelle le
lendemain à 9 heures du matin . Ce Commandant
se rendit chez S. A. R. à l'heure marquée
puis la devança pour se trouver sur la Place
d'Armes de la Citadelle , à la descente du Carosse.
Les Troupes de la Garnison étoient en
Bataille sur cette Place , le Prince ayant mis pied.
à terre , fut salué en passant à la tête des Troupes
; il fit le tour des Remparts et vit la Sale :
d'Armes ; il fut encore salué en entrant à la Citadelle
par toute l'Artillerie ; la même Salve fut
repetée à sa sortie , qu'il fit à pied , appuyé sur
le Marquis de Cailus , et il ne monta en Carosse
qu'après avoir passé le dernier Pont Levis.
›
Le Prince dina et soupa en public , alla à la
Chasse et au Concert, comme le jour précédent.
Après le Concert , Mad . de Cailus prit congé de
La Kola $
DECEMBRE 1731. 2905
E. A. R. qui parut tres- satisfaite de toutes les attentions
de cette Dame.
Le Marquis de Cailus qui avoit abandonné son
Hôtel à S.A.R. étoit logé dans celui du Marquis
d'Aguilar , où il tint pendant tout le temps que
Prince a resta à Perpignan , cinq Tables , de so
Couverts chacune , qui furent toujours remplies
tant par les Officiers de la Maison du Prince , les
Dames de la Ville,la Noblesse , les Officiers,Mess.
du Conseil Souverain , que par d'autres personnes
de distinction .
Ces cinq Tables furent toujours servies soir et
matin en même- temps , avec toute la profusion
et toute la délicatesse imaginable. Les Vins
étrangers et les Liqueurs s'y trouverent en abondance
. Le Dessert sur tout y étoit magnifique et
fort ingénieux . Les Cristaux des côtez et des bouts
étoient dispersez en Cascade , et à chaque repas ,
d'un arrangement different. Les Découpures qui
les accompagnoient , presentoient de tous côtez
les Armes de France , d'Espagne , de Parme et de
Toscane. On distinguoit pareillement dans les
festons des Fleurs de Lys , des Lions , des Tours
et les autres Symboles convenables. Les Pirami
des des Cristaux du milieu étoient terminées par
des Banderolles en découpure , peintes en miniature
, et chargées d'emblêmes , faisant allusion
au voyage de l'Infant. Toutes ces Piramides
étoient garnies aux soupers de quantité de Bougies
à quatre méches , artistement placées , qui
faisoient un effet aussi charmant que singulier
Il ne fut pas possible à M. de Cailus de faire
les honneurs aux dîners , ayant toujours suivi
S. A. R. à la chasse ; mais la Marquise son
Epouse y suppléa. De l'aveu general de tous ceux
qui ont assisté à ces Repas , il est impossible de
1. Vol s'en2905
MERCURE DE FRANCE
s'en acquitter avec plus de grace , de politesse
d'attention et d'enjouement que cette illustre
Dame l'a fait. Les Etrangers ne cesserent de lui
donner des louanges et d'applaudir , le Prince
même , satisfait au dernier point , eut la bonté de
dire à M. de Cailus que s'il n'étoit aussi pressé
de partir qu'il l'étoit , il auroit séjourné deux
jours de plus avec plaisir dans cette Ville . S.A.R.
ordonna de plus au Comte de Candelle et à quelques,
autres Officiers de lui rendre un compte
exact de la façon dont ils avoient été traitez , er
de la maniere avec laquelle les Tables avoient été
servies chez le M. de Cailus : Elle parut si contente
de la Relation qu'on lui en fit , qu'il l'écrivit
de sa main pour l'envoyer à la Reine d'Espagne
, sa Mere .
M. de Jallais de son côté tint des Tables chez
lui qui furent servies avec délicatesse et magnificence.
M. le Comte de Sant Estevan ne pouvant pas
quitter la Personne du Prince , tint une Table
pour les Officiers qui étoient de service auprès de
' Infant , et pour ceux qui étoient de garde , et il
n'a mangé nulle part qu'à cette Table.
2M Desgranges , Maître des Cérémonies , arriva
à Perpignan le 28 , à 9 heures du matin ; il
fut présenté au Prince par M. de Cailus ; il n'eut
qu'à applaudir à tout ce qui s'étoit fait en son
absence sur le Cérémonial , et dit que quand il
auroit été présent , il n'auroit rien pû ajouter à
tout ce que M. de Cailus avoit fait, tant pour le
Cérémonial , que pour les honneurs qu'on avoit
rendus à l'Infant , &c.
Le 29 , sur les 8 heures du matin , le Prince
partit après avoir entendu la Messe , comme le
jour précédent, Les Troupes bordoient la Have
I. Vol.
desDECEMBRE
. 1731. 2907
des deux côtez , depuis son Hôtel , jusques à la
porte de Notre Dame par où il sortit. Îl fut salué
de l'Esponton par les Officiers , et l'Artillerie
de la Ville , et la Citadelle firent les mêmes salves
qu'à son arrivée .
La marche du Prince de Perpignan à Fitou , se
fit dans le même ordre qu'elle avoit été du Boulou
à Pérpignan
Le M. de Cailus , suivi de la Noblesse de la Province
, se rendit à Fitou ; il avoit eu la précaution
de faire porter à Salces une abondante & magnifique
alte , qui ne fut pas inutile , plusieurs of
ficiers du Prince en ayant profité .
Depuis l'entrée de l'Infant dans le Roussillon
jusques à sa sortie de cetté Province M. de Cailus
ne l'a point quitté , lui faisant sa cour tres- exactement
avec une noblesse et une dignité dont peu
de personnes sont capables. Toute la Maison du
Prince a été charmée de ses politesses et de ses attentions
, et M.de Sant -Estevan le lui a témoigné
plusieurs fois ; non- seulement les Etrangers ont
été tres- contens , mais il n'est personnes dans
cette Province qui n'ait eu lieu de se louer de ses
bonnes manieres , de son affabilité et de sa douceur.
On ne peut rien ajouter à la magnificence
avec laquelle il a agi dans cette occasion , et enfin
on est surpris de la dépense excessive qu'il a
faite.
S. A. R. passant à Salces fut salué de tout le
Canon de cette Place : Elle arriva à Fitou à onze
heures et demie du matin . Le M. de Lafare, Chevalier
des Ordres du Roy , Maréchal de Camp
de ses Armées , Commandant dans la Province de
Languedoc, étoit à Fitou pour y attendre le Prin
ce. M. de Cailus le presenta à S. A. R. et remit
ge Prince entre ses mains, comme M.de Risbourg
1. Vol. l'avoit
2908 MERCURE DE FRANCE
T'avoit remis entre les siennes. Les Intendans de
Roussillon et de Languedoc s'y trouverent aussi.
Le Comte de Sant- Estevan pria le M. de Cailus
a dîner , et le Prince s'amusa à tuer des Lapins
que M. de Cailus avoit fait porter à Fitou .
DON CARLOS , dans la Province.
du. Roussillon..
E Marquis de Gailus , Grand- Croix de l'On-
> Edre de 3. Louis ,Lieutenant General des at
mées du Roy et de la Province du Roussillon ,,
commandant en chef, reçut les ordres de la
1. Voli
F Cou
2894 MERCURE DE FRANCE
Cour le 8. Novembre , au sujet du Passage de
Don Carlos en France , lesquels portoient que
Pintention du Roy étoit qu'il fût reçû comme
Fils de France , et qu'on lui rendît tous les honneurs
dûs à cette qualité. A ces ordres on avoit
joint la route qu'il devoit tenir , et ajoûté que
M. Desgranges , Maître des Ceremonies , se rendroit
incessamment dans cette Province pour se
trouver à l'arrivée du Prince , et regler le Ceremonial.
Suivant cet itineraire , la Marche de Don
Carlos devoit être de Seville à Barcelonne de 47.
jours , les séjours non compris , et par là ce Prin
ce ne partant que le 20. d'Octobre , ne pouvoit,
en la suivant, arriver à Perpignan que vers le 15.
de Decembre , ce qui auroit donné un temps sufe
fisant pour les préparatifs nécessaires.
Le M. de Cailus donna d'abord ses ordres ,
tant pour la réparation des chemins , que pour
les logemens et l'abondance des vivres ; et comme
Je Col du Pertus , par où il faut passer , est un
chemin très - étroit entre deux Montagues , que
la chute des eaux avoit depuis un temps- infini
rendu impraticable et qui demandoit beaucoup
de soin et de travail pour le réparer ; il chargea
de Viguier du Roussillon , de se rendre sur les
lieux pour le mettre en l'état qu'il convenoit,
Une grande partie de ce chemin n'étant que de
Rocher , il cominanda un Sergent et 16. Mineurs.
pour y travailler ; soo. Paysans furent employez
à cet ouvrage , dont la moitié étoit de cette Province
et l'autre moitié d'Espagne ; ce qui se fit
de concert entre les Marquis de Cailus et de Risbourg,
Capitaine General de Catalogne. Les pré-
Cautions que le M. de Cailus avoit prises à l'égard
de ce passage , furent si utiles et ses ordres
si bien executez, que quoique l'Infant soit arrivé
-1 Volo
DECEMBRE. 1931. 1895
18. jours plutôt qu'il n'étoit marqué par sa route
, l'on a passé très -commodément dans ce che
min , et le succès a été au-delà de ce que l'on
pouvoit esperer.
Sur quelques bruits qui se répandirent que le
Prince acceleroit sa marche et doubloit ses journées
, le M. de Cailus voulut voir par lui- même
dans quel état étoit ce chemin ; il s'y rendit le
22. Novembre , et étant à portée du Pertus , il
rencontra un Courrier dépêché par le M. de Risbourg
, qui lui donnoit avis que l'Infant arrive
foit le 25. à Figuieres , et le 26. à coucher au
Boulou.
A cette nouvelle inopinée , le M. de Cailus re
int sur ses pas au Boulou. Ce lieu est un des plus
mauvais Villages du Roussillon , à peine y trou
veroit- on six Maisons où il y ait des
portes eg
des fenêtres ; l'état affreux de ce Village ne déconcerta
pas M. de Cailus , après l'avoir visité
il choisit la maison la plus propre pour loger le
Prince et trois autres maisons voisines pour les
gens nécessaires auprès de sa personne ; la plus
logeable après celle du Prince fut destinée pour
M. le Comte de Sant- Estevan , Gouverneur de
sa Personne , &c. et le M. de Cailus fut obligé ,
dans celle qu'il prit pour lui , d'y joindre une
Grange voisine , où il fallut pratiquer et faire
bâtir des cheminées et generalement tout ce qui
est necessaire pour des Cuisines et Offices ; il fal
lut aussi ouvrir des portes pour communiquer
dans la Maison où il tient ses Tables , et le tour :
fut executé en deux fois vingt - quatre heures par
la quantité d'Ouvriers que l'on y employa .
*
* Voyez toutes les qualitez de ce Seigneur
dans le Mercure de Novembre 173 1. page 2661.
I: Vol.
4.vi Ces
2896 MERCURE DE FRANCE
Ces ordres donnez , ce General se rendit à Peri
pignan , où ses premiers soins furent d'envoyer,
une partie de ses Officiers au Boulou , et tout ca
qui étoit necessaire pour recevoir avec dignité le
Prince et sa Suite.
Le 25. Le M. de Cailus accompagné de la No.
blesse du Roussillon et de la Compagnie des Gardes
de la Province , se rendit à Bellegarde , où il
coucha. M. de Jallais , Intendant , s'y rendit aussi.
Le 26. sur les 11. heures du matin , ce General
se rendit sur la petite Riviere d'Allobragat , qui
fait la séparation des deux Rouyaumes ; il trouva
au-de là de cette Riviere deux Escadrons de Dra
gons en bataille , du Régiment de Sagunte. A
une heure après midi arriverent le M. de Risbourg
et M. de Sartim , Intendant de Catalogne. M. de
Cailus présenta M. de Jallais à M. de Risbourg ,
et ces deux Generaux , après s'être donné plu
sieurs marques de cordialité et d'amitié , eurent
une conference ensemble jusques à l'arrivée du
Prince , qui fut vers les trois heures ; les deux Intendants
en eurent une autre séparément .
Son Altesse Royale arriva dans sa Berline ;
dans laquelle étoient le Comte de Sant- Estevan
et un Gentilhomme de sa Chambre , elle étoit
escortée par ses Gardes du Corps et par ses Hallebardiers
. M. de Risbourg présenta au Prince
M. de Cailus et ce dernier présenta à S. A. R.
M. de Jallais et la Noblesse de la Province ; il lui
offrit en même- temps sa Littiere pour passer
plus commodement la Montagne , le Prince lui .
dit qu'il étoit informé de l'attention qu'il avoit
eue à la faire venir , qu'il lui étoit obligé , qu'il
passeroit la Montagne en Berline , et que s'il y
avoit quelque mauvais pas , il mettroit pied à
terre , aimant fort à marcher ; à quoi il ne fug.
1. Yola
poing
DECEMBRE . 1731. 28977
oint obligé, les Equipages étant passez très - aisé
ment et sans nulle difficulté . Mi de Cailus offrit
aux Gentilshommes de la Maison du Prince sa
Berline , attelée de six chevaux , qu'il avoit fair
mener à vuide , mais ces Messieurs le remercie
rent et ne s'en servirent pas .
L'Infant continuant sa Marche , fut salué en
passant sous Bellegarde , d'un décharge generale
du Canon de cette Place. La Maréchausséeétoit
postée par Brigades de distance en distance .
sur la route ; la Compagnie des Gardes de la
Province marchoit un quart de lieuë devant ;
M. de Cailus suivit à cheval pendant quelque:
temps S. A. R. Il s'avança ensuite pour se trou
ver à la descente du Carrosse . Le Prince arriva à¸
P'entrée de la nuit au Boulou. M. de Cailus eut-
Phonneur de lui donner la main pour le conduire
dans sa chambre , où il fut vû de tout le mondejusqu'à
l'heure du souper et pendant son souper.
Suivant les instructions de la Cour , M. Des
granges devoit conferer avec le Comte de Sant-.
Estevan , regler avec lui le Ceremonial , en ren-.
dre compte à M. de Cailus , et s'arranger ensemble
là - dessus ; mais M. Desgranges n'étant pas
arrivé , M. de Cailus fut obligé de suppléer à
tout. Il eut une Conference avec M. de Sant-
Estevan , de plus d'une heure , à laquelle fut présent
M. de Jallais ; ce Seigneur , qui est particu
lierement chargé de la conduite du Prince , parue
très -satisfait des attentions et des politesses de
M. de Cailus.
Ce fut dans cette Conference que M. de Cailus .
fit changer l'ordre de la Marche du Prince , qui
devoit , partant de Perpignan le 28. aller coucher
à Salces et détermina M. de Sant - Estevan à séjourner
à Perpignan ce jour là, et d'aller le 29. à
L. Fel Sigeant
ક
2898 MERCURE DE FRANCE
Sigean ; ce General se détermina à cela , à cause
des maladies qui sont à Salce , ne voulant pas hazarder
que S. A. R. logeât dans un lieu , ou de-.
puis trois mois , il est peu de Maisons où il n'y
ait des malades.
Le M. de Cailus avoit fait venir de Couliouvre
au Boulou , les deux Compagnies des Grenadiers
du Régiment de Toulouse et deux Détachemens
de so. hommes chacun . La premiere Compagniede
Grenadiers monta la Garde chez l'Infant , et
les autres Troupes furent dispersées en differens :
postes , pour la sureté du Quartier et des Equipages
du Prince.
Les attentions de M. de Cailus furent jusques à
faire illuminer par des flambeaux de poing et par
des Réchauts de Rempart , tout le Village du
Boulou , ce qui évita tous désordres et toute la
confusion .
Le foin et la paille furent distribuez gratis des
Magazins de la Province , par les ordres de :
M.P'Intendant.
Après le souper de S. A. R..M de Cailus demanda
la permisson au Prince de prendre les devants
pour le recevoir à son Entrée à Perpignan ,
après quoi il se rendit dans sa Maison du Boulou
, où il y avoit 4. Tables de 20. couverts chacune,
et une cinquième pour les Gardes du Corps
du Prince. Ces Tables furent servies en mêmetemps
avec toute la magnificence , la délicatesse
et la somptuosité possible. Les Vins étrangers et
les Liqueurs y furent abondantes ; elles furent
remplies par les Officiers de la Maison du Prince,.
par la Noblesse de la Province et par les Officiers
du Détachement. Tous ces Messieurs parurent
surpris qu'en aussi peu de temps et dans un si
mauvais lieu , on cût pû donner à manger avec
Io, Veho autane
DECEMBRE . 1731 . 2899
autant d'arrangement , de gout et d'abondance,
M. l'Inrendant eût aussi des Tables dans sa
Maison.
A une heure après minuit M. de Cailus monta
dans sa Berline et se rend à Perpignan , où le
Prince arriva à onze heures du matin , il fut reçu
à la Barriere par le M.de Cailus, à la tête de l'Etat
Major , qu'il eut l'honneur de présenter à S. A. R.
qui lui demanda à quelle heure il étoit parti du
Boulou , ajoutant qu'il n'avoit pas eû le temps de
se reposer , M. de Cailus lui dit qu'il étoit venu
en diligence pour que rien ne manquât à sa réception.
Le Canon de la Ville et celui de la Citadelle ,
firent une dêcharge generale , et depuis la Porte
de S. Martin , par où l'Infant entra , jusqu'à sons
Palais , il -marcha entre les Troupes qui bordoient.
la haye des deux côtez , et il fut salué de l'Esponton
par les Officiers. Sa Garde étoit composée
de 150 hommes avec un Drapeau.
M. de Cailus , suivi de l'Etat- Major et de la
Noblesse , se trouva à la descente du Carrosse du
Prince, il eut l'honneur de lui donner la main , et
de le conduire dans son Appartement : M. l'Evêque
et M. l'Intendant s'y trouverent aussi,
Le M. de Cailus avoit cedé entierement son
Hôtel à S. A. R. Le Comte de Sant- Estevan ,
Madame son Epouse , le Duc et la Duchesse d'Arion
, les trois Enfans du Comte de Sant -Estevan
et les principaux Officiers necessaires auprés de
la Personne du Prince , logerent dans le même
Hôtel , aussi-bien que les Officiers de la Chame
bre , de la Garderobe et de la Bouche ; on n'avoit
rien épargné pour le meubler superbement. L'Appartement
étoit composé en enfilade de deux
grandes Sales , d'une troisième ou étoit placé le
1. Vola Daio
2900 MERCURE DE FRANCE
Dais de la Chambre du Prince , de deux Cabi
nets et Garderobes , et d'une Sale à manger ; la
tout meublé d'un goût et d'une magnificence peu
ordinaire dans les Provinces ; tous les autres Appartemens
de l'Hôtel ou logeoit la Maison de
S. A. R. l'étoient à proportion , et rien ne man→
quoit pour l'utile et pour l'agréable..
2
et
L'attention de M. de Cailus fut portée si loin ,
que ses Offices et Gardes- mangers furent toûjours
remplis de tout ce qu'il y a de plus recherché ,
e'est de-là que les Officiers du Prince tirerent pour
sa Bouche et pour sa Maison , tout ce qui leur
étoit necessaire, aussi -bien que ceux du Comte de
Sant-Estevan les Officiers 1 . de M. de Cailus
avoient soin de remplacer ce que l'on en tiroit
comme l'on avoit fait au Boulou.
Le Prince mange toûjours seul ; il est servi par
ses Officiers.
Comme l'Infant avoit prévenu M. de Cailus
qu'il seroit bien aise de recevoir les Complimens
qu'on avoit à lui faire avant le dîner , ce General
fit avertir les Corps qui devoient haranguer , de
se rendre au Palais de l'Infant d'abord après'son
arrivée Le Conseil Souverain s'y rendit et harangua
le premier ; le M. de Cailus marchoit à la
tête, et eut l'honneur de le presenter au Prince. Le
Premier Président porta la parole. Il reçut ensuite
les respects du Chapitre de la Cathedrale , l'Archidiacre
Salleles parla au nom du Clergé. Les
Consuls en Robes de Ceremonie , suivirent le
Clergé et offrirent les présens accoutumez . Tous
tes autres Corps complimenterent successivement
Le Chevalier de Cailus , fils du Marquis de
Cailus , âgé de 8. ans , fit aussi à S. A. R. un
Compliment avec beaucoup de grace. Le Prince
en fut si charmé , qu'il l'a toujours voulu avoir
La Vol.
auprès
DECEMBRE. 1731. 2908
auprès de sa Personne pendant son séjour , cejeune
Seigneur , auquel il a marqué plusieurs dé
monstrations de bienveillance et de bonté.
Les Harangues finies , Madame la M. de Cai
lus , suivie des principales Dames de cette Ville ,
fit demander au Comte de Sant Estevan , si elle
pourroit avoir l'honneur de faire la réverence à
P'Infant , le Comte de Sant- Estevan ayant reçu ,
les ordres du . Prince , vint chercher la Marquise .
de Cailus , et l'annonça à S , A, R. Cette Dame ,
ornée de toutes les graces possibles et d'un esprit
superieur , moins brillante encore par toutes ses
qualitez , que par sa vertu et par le talent de se
faire aimer generalement de tout le monde , charma
le Prince et tonte sa Cour , par la maniere
noble avec laquelle elle se présenta et parla à.
SA. R. Elle lui présenta toutes les Dames de sa
suite .
Le Prince dîna en public , et peu de temps.
après son dîner il alla à la Chasse dans la Réserves.
il fit paroître dans cet exercice beaucoup d'adresse
et d'inclination , et tua plusieurs pieces de Gibier.
Il arriva à la nuit et trouva son Hôtel illuminé
d'un goût singulier ; tous les Appartemens étoient
éclairez par quantité de Lustres , de Girandoles ,
et de Bras arrangez avec un ordre qui présentoit
à la vûë une illumination peu commune.
La Terrasse qui regne le long de l'Apparte
ment qu'occupoit l'Infant étoit ornée de Lauriers
er de Festons de fleurs , qui formoient des Colomnes
et des Bordures que l'on avoit garnies de
Lampions et de Guirlandes , avec une admirable
cimetrie; ce qui joint à plusieurs Vases remplis
d'Orangers et d'Arbrisseaux dont la Terrasse
étoit couverte , offroit un spectacle charmant et
qui frappoit très agréablement la vûë lorsque
tout était illuminé, La
2902 MERCURE DEFRANCE
::
و م
La façade de l'Hotel étoit décorée d'un goût
aussi singulier que charmant : c'étoit un Arc
de Triomphe élevé sur un Plan dressé par M.
Boutiller Dauroy , Officier d'Artillerie . Cet Edifice
avoit 44 pieds et demy de largeur sur 45.
pieds de hauteur ; il étoit orné de Trophées ,.
desquels pen loient deux Médaillons qui représentoient
, l'un le Soleil dans le signe du Lion
avec ces paroles Transeundo recreat . Et l'au
tre , le Soleil levant , avec la Legende : jubess
sperare. Les Pilastres qui portoient les Médaillóns
, étoient surmontés d'une Corniche termi➡
née par une Balustrade de 4 pieds et demy de
hauteur , sur laquelle s'élevoit un Attique de six :
pieds de hauteur , lequel soûtenoit les Armes
d'Espagne , au côté desquelles étoient deux Piramides
hautes de 11. pieds , terminées par une
Fleur de Lys .
Tout l'Edifice étoit peint en Marbre de diffe
rentes couleurs Pintervalle qui restoit entre
l'architrave et la principale porte , étoit rempli
par un Tableau de 9 pieds de largeur sur 4 pieds
de hauteur , qui représentoit Mars et Minerve
se donnant la main ; derriere ces Figures s'élevoit
un Olivier , aux branches duquel étoit atta-,
ché l'Ecu de France entre ceux de l'Empire
l'Espagne , de l'Angleterre et de la Hollande .
avec cette Legende : Spes pacis eterna fundata.
> de
L'espace depuis chaque Pilastre jusqu'au Mur
où se terminoit le côté de la façade étoit dé
coré par une Maçonnerie de 2 pieds de hauteur:
sur 11. de largeur , sur laquelle regnoit encore
une Balustrade faisant simetrie avec celle qui
étoit au- dessus de la Corniche : cet intervalle
étoit aussi orné de deux Médaillons , sur un
I. Vel.. desquels ,
DECEMBRE 1731. 2903
esquels étoit représentée l'Espagne assise sur
Un Globe avec ses armes , la Rénommée lui
présentoit la Couronne des Etats d'Italie , dont :
le . Prince Don Carlos va prendre possession ,
avec cette Inscription : Spes matura felicitatis .
Sur l'autre étoit représentée l'Europe assise et en
repos au milieu de ses attributs , avec ces mots ::
Tranquillitas Europa . La bordure du grand.
Tableau et celle des Médaillons , aussi-bien ;
que l'Arceau du milieu , étoient ornés de Guirlandes
, de Lauriers , et de Mirthes entrelassés
de fleurs.
Tout l'Edifice étoit garni de Lampions qui
suivoient par tout la forme et les Profils de l'Architecture.
Ces Lampions allumés joints à l'Ar-,
tifice qui sortoit de divers endroits de cet Arc de
Triomphe,formerent pendant une partiede la nuit
un spectacle brillant aux yeux du Peuple qui y étoit
accouru de toute la Ville , ou que la curiosité.
avoit attiré de divers endroits de la Province,
Les autres façades de cet Hôtel et toutes les
fenêtres étoient illuminées par un nombre infini
de flambeaux de poing. L'Hôtel de M. l'Intendant
étoit aussi éclairé avec beaucoup de
goût , tant en- dehors qu'en dedans.
2.
>
2
L'Hôtel de Ville , dont la façade est trèsétendue
étoit éclairé avec autant de goût et de
cimetrie , les Consuls , pour marquer leur zele
donnerent le 27 une danse sur la Place de l'Hôtel
, nommée la Loge , avec les Instruments qui
sont en usage dans le Pays , où tout le Peuple
dansa une partie de la nuit. Le 28 , ils donnerent
un Bal dans la grande Sale du même Hôtel
pour toutes les Personnes de consideration ; il
y eût une collation magnifique , et toute sorte
de rafraîchissemens,
1. Vol Pendang
2904 MERCURE DE FRANCE
Pendant les deux nuits que le Prince a passées
Perpignan , toutes les maisons ont été illuminées
, et il n'y a personne qui n'ait fait paroître.
du zéle et de l'émulation.
>
La Marquise de Cailus se trouva chez le
Prince au retour de la Chasse suivie de plusieurs
Dames qu'elle eût encore l'honneur de lui
présenter et l'invita, d'assister à un Concert
qu'elle avoit fait préparer dans la grande Salle
des Gardes : S. A. R. parut très contente du
Concert , et dit à la Marquise de Cailus que
c'étoit le premier Concert qu'il eût entendu en
François. Madame de Jallais eût l'honneur de
faire la réverence au Prince un moment avant:
qu'il entrât au Concert. S. A. R. soupa ensuite
en Public comme le matin..
Le 28 , le Prince entendit la Messe dans la
Chapelle de son Appartement , qui étoit magnifiquement
ornée. Il avoit dit le soir à M. de
Cailus qu'il souhaittoit voir la . Citadelle le
lendemain à 9 heures du matin . Ce Commandant
se rendit chez S. A. R. à l'heure marquée
puis la devança pour se trouver sur la Place
d'Armes de la Citadelle , à la descente du Carosse.
Les Troupes de la Garnison étoient en
Bataille sur cette Place , le Prince ayant mis pied.
à terre , fut salué en passant à la tête des Troupes
; il fit le tour des Remparts et vit la Sale :
d'Armes ; il fut encore salué en entrant à la Citadelle
par toute l'Artillerie ; la même Salve fut
repetée à sa sortie , qu'il fit à pied , appuyé sur
le Marquis de Cailus , et il ne monta en Carosse
qu'après avoir passé le dernier Pont Levis.
›
Le Prince dina et soupa en public , alla à la
Chasse et au Concert, comme le jour précédent.
Après le Concert , Mad . de Cailus prit congé de
La Kola $
DECEMBRE 1731. 2905
E. A. R. qui parut tres- satisfaite de toutes les attentions
de cette Dame.
Le Marquis de Cailus qui avoit abandonné son
Hôtel à S.A.R. étoit logé dans celui du Marquis
d'Aguilar , où il tint pendant tout le temps que
Prince a resta à Perpignan , cinq Tables , de so
Couverts chacune , qui furent toujours remplies
tant par les Officiers de la Maison du Prince , les
Dames de la Ville,la Noblesse , les Officiers,Mess.
du Conseil Souverain , que par d'autres personnes
de distinction .
Ces cinq Tables furent toujours servies soir et
matin en même- temps , avec toute la profusion
et toute la délicatesse imaginable. Les Vins
étrangers et les Liqueurs s'y trouverent en abondance
. Le Dessert sur tout y étoit magnifique et
fort ingénieux . Les Cristaux des côtez et des bouts
étoient dispersez en Cascade , et à chaque repas ,
d'un arrangement different. Les Découpures qui
les accompagnoient , presentoient de tous côtez
les Armes de France , d'Espagne , de Parme et de
Toscane. On distinguoit pareillement dans les
festons des Fleurs de Lys , des Lions , des Tours
et les autres Symboles convenables. Les Pirami
des des Cristaux du milieu étoient terminées par
des Banderolles en découpure , peintes en miniature
, et chargées d'emblêmes , faisant allusion
au voyage de l'Infant. Toutes ces Piramides
étoient garnies aux soupers de quantité de Bougies
à quatre méches , artistement placées , qui
faisoient un effet aussi charmant que singulier
Il ne fut pas possible à M. de Cailus de faire
les honneurs aux dîners , ayant toujours suivi
S. A. R. à la chasse ; mais la Marquise son
Epouse y suppléa. De l'aveu general de tous ceux
qui ont assisté à ces Repas , il est impossible de
1. Vol s'en2905
MERCURE DE FRANCE
s'en acquitter avec plus de grace , de politesse
d'attention et d'enjouement que cette illustre
Dame l'a fait. Les Etrangers ne cesserent de lui
donner des louanges et d'applaudir , le Prince
même , satisfait au dernier point , eut la bonté de
dire à M. de Cailus que s'il n'étoit aussi pressé
de partir qu'il l'étoit , il auroit séjourné deux
jours de plus avec plaisir dans cette Ville . S.A.R.
ordonna de plus au Comte de Candelle et à quelques,
autres Officiers de lui rendre un compte
exact de la façon dont ils avoient été traitez , er
de la maniere avec laquelle les Tables avoient été
servies chez le M. de Cailus : Elle parut si contente
de la Relation qu'on lui en fit , qu'il l'écrivit
de sa main pour l'envoyer à la Reine d'Espagne
, sa Mere .
M. de Jallais de son côté tint des Tables chez
lui qui furent servies avec délicatesse et magnificence.
M. le Comte de Sant Estevan ne pouvant pas
quitter la Personne du Prince , tint une Table
pour les Officiers qui étoient de service auprès de
' Infant , et pour ceux qui étoient de garde , et il
n'a mangé nulle part qu'à cette Table.
2M Desgranges , Maître des Cérémonies , arriva
à Perpignan le 28 , à 9 heures du matin ; il
fut présenté au Prince par M. de Cailus ; il n'eut
qu'à applaudir à tout ce qui s'étoit fait en son
absence sur le Cérémonial , et dit que quand il
auroit été présent , il n'auroit rien pû ajouter à
tout ce que M. de Cailus avoit fait, tant pour le
Cérémonial , que pour les honneurs qu'on avoit
rendus à l'Infant , &c.
Le 29 , sur les 8 heures du matin , le Prince
partit après avoir entendu la Messe , comme le
jour précédent, Les Troupes bordoient la Have
I. Vol.
desDECEMBRE
. 1731. 2907
des deux côtez , depuis son Hôtel , jusques à la
porte de Notre Dame par où il sortit. Îl fut salué
de l'Esponton par les Officiers , et l'Artillerie
de la Ville , et la Citadelle firent les mêmes salves
qu'à son arrivée .
La marche du Prince de Perpignan à Fitou , se
fit dans le même ordre qu'elle avoit été du Boulou
à Pérpignan
Le M. de Cailus , suivi de la Noblesse de la Province
, se rendit à Fitou ; il avoit eu la précaution
de faire porter à Salces une abondante & magnifique
alte , qui ne fut pas inutile , plusieurs of
ficiers du Prince en ayant profité .
Depuis l'entrée de l'Infant dans le Roussillon
jusques à sa sortie de cetté Province M. de Cailus
ne l'a point quitté , lui faisant sa cour tres- exactement
avec une noblesse et une dignité dont peu
de personnes sont capables. Toute la Maison du
Prince a été charmée de ses politesses et de ses attentions
, et M.de Sant -Estevan le lui a témoigné
plusieurs fois ; non- seulement les Etrangers ont
été tres- contens , mais il n'est personnes dans
cette Province qui n'ait eu lieu de se louer de ses
bonnes manieres , de son affabilité et de sa douceur.
On ne peut rien ajouter à la magnificence
avec laquelle il a agi dans cette occasion , et enfin
on est surpris de la dépense excessive qu'il a
faite.
S. A. R. passant à Salces fut salué de tout le
Canon de cette Place : Elle arriva à Fitou à onze
heures et demie du matin . Le M. de Lafare, Chevalier
des Ordres du Roy , Maréchal de Camp
de ses Armées , Commandant dans la Province de
Languedoc, étoit à Fitou pour y attendre le Prin
ce. M. de Cailus le presenta à S. A. R. et remit
ge Prince entre ses mains, comme M.de Risbourg
1. Vol. l'avoit
2908 MERCURE DE FRANCE
T'avoit remis entre les siennes. Les Intendans de
Roussillon et de Languedoc s'y trouverent aussi.
Le Comte de Sant- Estevan pria le M. de Cailus
a dîner , et le Prince s'amusa à tuer des Lapins
que M. de Cailus avoit fait porter à Fitou .
Fermer
Résumé : RELATION du Passage de l'Infant DON CARLOS, dans la Province du Roussillon.
Le marquis de Gailus, Grand-Croix de l'Ordre de Saint-Louis et Lieutenant Général des armées du roi, reçut le 8 novembre des instructions pour préparer le passage de Don Carlos en France. Le roi souhaitait que Don Carlos soit accueilli comme Fils de France avec tous les honneurs. Le trajet de Seville à Barcelone, prévu pour durer 47 jours, devait permettre une arrivée à Perpignan vers le 15 décembre. Le marquis de Gailus organisa la réparation des chemins, notamment le col du Pertus, en mobilisant des mineurs et des paysans. Malgré l'arrivée anticipée de Don Carlos, les préparatifs assurèrent un passage confortable. Le 22 novembre, le marquis de Gailus inspecta le chemin et apprit que Don Carlos arriverait le 25 à Figueras et le 26 au Boulou. Il prépara rapidement des logements appropriés dans ce village. Le 26 décembre, il accueillit Don Carlos à la frontière, accompagné de nobles et de gardes. Don Carlos traversa la rivière Allobragat et fut salué par une décharge de canon à Bellegarde. La maréchaussée assura la sécurité le long du trajet. À Perpignan, Don Carlos fut accueilli par des salves de canon et escorté par diverses troupes et autorités locales. M. de Cailus, chargé de l'organisation, prit des initiatives pour assurer la sécurité et le confort du Prince. Il modifia l'itinéraire pour éviter les zones touchées par des maladies à Salces et organisa des mesures de sécurité et des réceptions somptueuses. Le Prince fut logé dans l'hôtel de M. de Cailus, magnifiquement aménagé. Les officiers du Prince et du Comte de Sant-Estevan bénéficièrent des provisions et des services préparés par M. de Cailus. Le séjour du Prince à Perpignan fut marqué par des réceptions fastueuses. Divers corps et dignitaires se rendirent au Palais de l'Infant pour le saluer. Le Conseil Souverain, mené par le marquis de Cailus, harangua le prince en premier, suivi par les représentants du clergé, les consuls, et d'autres corps. Le chevalier de Cailus, fils du marquis, impressionna le prince par son compliment gracieux. Madame de Cailus, accompagnée des principales dames de la ville, charma le prince et sa cour par sa grâce et son esprit. Le prince dîna en public, partit à la chasse, et découvrit son hôtel illuminé à son retour. Les façades de l'hôtel et de l'Hôtel de Ville étaient également illuminées, et des danses et un bal furent organisés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
203
p. 2908-2913
LETTRE écrite de Montpellier le 2 Decembre 1731. contenant le détail du voyage de DON CARLOS, depuis Perpignan jusqu'à Montpellier.
Début :
L'Infant Don Carlos, qui arriva le 27 de Novembre à Perpignan, et qui y séjourna le 28, [...]
Mots clefs :
Prince, Régiment, Garde, Consuls
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Montpellier le 2 Decembre 1731. contenant le détail du voyage de DON CARLOS, depuis Perpignan jusqu'à Montpellier.
LETTRE écrite de Montpellier le 2 Decembre
1731. contenant le détail du voya❤
ge de DON CARLOS , depuis Perpignan
jusqu'à Montpellier.
'Infant Don Carlos , qui arriva le 27 de No-
L'efabre àPerpignan, et qui y séjourna le 28,
entra en Langnedoc le 29. vers les onze heures du
matin , et fut reçu aux Cabanes de Fitou , premieres
Maisons qui se rencontrent sur le chemin ,
par M.le Marquis de la Fare, Commandant, et par
M. de Bernage de S. Maurice , Intendant de la
Province. Le Prince descendit -là , à une petite
Chapelle , parce que M. de Fitou , Seigneur de
cet endroit , dont la femme étoit accouchée. la
veille d'une fille , avoit envoyé un Courier à M.
de Cailus , à Perpignan , pour l'engager à obtenir
de S.A.R, qu'elle fit à cette enfant l'honneur de
la tenir sur les Fonts de Baptême ; ce que ce Prince
a fait avec beaucoup de bonté , et après la ceremonie
, il a fait donner au Pere un present .de
la valeur de trois mille Hyres , et cent Pistolles
au Curé.
L'Infant dina en ce lieu - là ; les Officiers que
M. l'Archevêque de Narbonne avoit prêtez à M.
le Marquis de la Fare, parce qu'à peine son équipage
avoit il eu le temps d'arriver ce jour-là à
Sigean , servirent une grande Table à toute sa
Suite
Ce Prince continuă sa foute l'après dînée, jus-
I.Vol. ques
DECEMBRE. 1931. 2909.
ques à Sigean , et chassa en chemin ; ce qui joint
a la longueur de la journée , fit qu'il n'y arriva
que la nuit. M. de la Fare n'avoir pu faire trouver
là que les deux Compagnies de Grenadiers
du Regiment de Talard , qui ont servi de garde
pour cette couchée .
Le lendemain za , S. A. R. se mit en marche,
dès sept heutes du matin , et arriva à Narbonnet
sur les onze heures. Il fur reçu à la porte par les
Consuls , au bruit de tout le Canon. Il trouva
ensuite sous les armes la Compagnie d'Halebardiers
, qui compose la garnison ordinaire , et le
Regiment de Médoc qui formoit une double Haye
jusqu'à l'Archevêché,où une Garde de 1so ham
mes , commandez par deux Capitaines , deux
Lieutenans et deux Enseignes , avec un Drapeau ,
Pattendoit , conformément aux Ordres du Roys
M. l'Archevêque de Narbonne se trouva à la
descente du Carosse, Ge: Prince étant monté dans
le grand appartement de ce Palais . qu'il trouva
fort beau , y reçut les présens de la Ville, se mig
Table et dîna en public. M. l'Archevêque fit
servir dans un appartement séparé, plusieurs Tasi
bles , pour toute sa suite.
· S. A. R. partit à deux heures après midi de
Narbonne , au bruit du Ganon , et le Régiment
de Médoc sousdes armes sur son chemin , pour
aller coucher à Béziers . Elle cyy arriva à l'entrée da
la nuit, Les Consuls l'attendoient à la porte, er la
reçurent au bruit de quantité de Boëtes , L'Ine
fant logea à l'Evêché , et y trouva une Garde pas
teille à celle du matin , du second Bataillon du
Regiment du Maine, S.. A. R. reçut une demis
Keure après les presens de la Ville. Elle admit en
suite le Chapitre de la Cathedrale , à la tête dun
quel-M. P'Evêque de Béziers harangua , et le Pré-
Kaidial
2920 MERCURE DE FRANCE
sidial aussi qui eut l'honneur de lui faire son com→›
pliment , par la bouche du Jage-Mage. Après le
soupé , l'Infant assista à un Concert qui lui avoit
été préparé dans un autre appartement , et il en
parut tres-content.
Le samedi premier de Decembre , ce Prince ar
riva sur le midi à Pezenas. Il trouva les Consuls à
la porte et une Garde du premier Bataillon dù
Regiment de Talard . Il reçut avant son dîné les
présens de la Ville. Comme S. A. R. aime fort à
tirer du Gibier , M. de la Fare en avoit fait rassembler
plusieurs pieces, dans le Parc de la Grange
des Prex , où ce Prince passa quelque temps
et il en tua la plus grande partie.
Le Dimanche deux Decembre , l'Infant ayant
voulu faire absolument la journée de Pezenas à
Montpellier, quoiqu'il y ait huit grandes lieuës ,
en partit extrémement matin , et s'arrêta au
Bourg de Loupian, où il trouva encore une Garde
, pareille aux précedentes , du premier Batail-
Jon du Régiment de Talard , qui avoit été envoyé
exprès dans les Cazernes de Meze. Comme
le Gibier de cette Terre est assez bien conservé ,
le Prince s'amusa encore une heure ou deux à y
tirer. Le Marquis de Montault , Seigueur de ce
lieu , s'y étoit rendu pour en faire les honneurs ,
et y avoit fait rassembler le plus de Gibier qui
Jui avoit été possible.
*.M. de la Faré fit servir à tout le Cortege une
grande alte , après laquelle on se remit en mar
che jusqu'à Montpelliet.
S. A. R. est descendu à la Maison du Roy ;
ou loge le premier President de la Chambre des
Comptes et Cour des Aydes de Languedoc , ou
le Roy d'Espagne son pere , et la Reine sa premiere
Epouse , avoient logé lorsque LL. MM
1. Vol……. passereng
DECEMBRE . 1731. 2911
L
passerent par cette Province. Le, Premier Prési
dent n'a rien oublié de tout ce qui pouvoit rendre
cette Maison commode , non seulement à §.
A.R. mais aux Principaux Seigneurs qui sont indispensablement
obligez', par leurs Charges , de
coucher dans la même Maison où est logé l'Infant.
>
Ce Prince a fait son entree dans cette Ville par
la Place du Pérou , où est la Statue-Equestre de
Louis LE GRAND son bis-ayeul , qu'il a trouvée
fort belle, Outre la Harangue des Consuls à
la Porte , et les presens de Ville dans la Maison
du Roy , il a reçu les Complimens du Clergé
par la bouche de M. l'Abbé de Belleval , Grand
Prevôt de l'Eglise Cathedrale ; ceux de la Chambre
des Comptes er Cour des Aydes , par celle du
Premier Président. M. le Vicomte Daumelas a
porté la parole pour les Trésoriers de France ,
et M. de Massillan, Juge-Mage, a eu aussi l'honneur
de le complimenter , ainsi que le Corps des
-deux Facultez de Droit et de Médecine.
-Le Regiment de Tessé reçut le Prince de la même
façon que celui de Médoc fit à Narbonne
toute l'Artillerie de la Citadelle , à laquelle étoit
joint un grand nombre de Boëttes , placées sur
Je Pérou , fit une longue salve.
Le Chevalet ( a ) qui est un grand divertisse
ment pour les peuples de ces païs-cy , est allé à
plus de demi lieuë au devant de l'Infant , qui
en a paru fort satisfait. Si ce Prince avoit fait
quelque séjour, on lui auroit donné plusieurs autres
divertissemens , qu'ona été obligé de supprimer.
Toutes les Villes de cette Province ou l'In
(a) Voyez le Mercure
I. Vol. Kij
fant
2912 MERCURE DE FRANCE
fant à couche , ont été illuminées , sur tout la
Maison qui avoit été choisie pour le loger, et les
rues ont éié tendues et tapissées , &c.
Malgré la sécheresse de l'année et la marche
précipitée de ce Prince , M. l'Intendant avoit sibien
disposé toutes choses , que les subsistances
ont été tres -abondantes pour les Hommes et
pour les Chevaux, et hors le logement de Sigean,
qui encore n'a pas été des plus mauvais , il serdir
difficile de traverser aussi rapidement aucun païs
fet d'y trouver autant de commoditez.
La suite de l'Infant est composée d'environ
250 personnes. Pour M. le Comte de S. Estevan ,
il est trop connu à la Cour de France pour un
-Seigneur et pour un Ministre des plus accomplis,
pour qu'on puisse rien ajouter icy à son égard.
Les Equipages sont composés d'environ mille
‹ tant Chevaux que Mulets : il est étonnant qu'ils
soient en si bon état , après avoir fait une si longne
route.p
Nous partirons demain matin , Lundy 3 Decembre
, pour Nismes et après demain on arri-
* vera à Tarascon , où se trouvera M. le Bret , pre-
* mier Président du Parlement d'Aix , Intendant de
Provence et . Commandant. Suivant la derniere
route qui a été arrêtée , en séjournant un jour à
Marseille et un jour à Toulon, S. A. R. arrivera
le 14 de ce mois à Antibes.
S. A R. vient de se déterminer dans le mo◄
'ment , (c'est-à-dire , le Dimanche au soir , z. Decembre)
à séjourner icy demain , >
Au reste , l'Infant Don Carlos est un très -beau
Prince , affable, populaire, genereux ; parlant bon
et marquant en tout autant de vivacité
que de lumieres d'esprit et de goût. Les Peuples de
ces Provinces en sont charmez. Ils ont reconnu
1.Vol.
·
en
DECEMBRE. 1731. 2913
en lui la bonté du naturel, et les grandes qualitez
du Sang des Bourbons ; et ils ont témoigné leur
tendre zele , par les transports de joye et les acclamations
les plus éclatantes.
1731. contenant le détail du voya❤
ge de DON CARLOS , depuis Perpignan
jusqu'à Montpellier.
'Infant Don Carlos , qui arriva le 27 de No-
L'efabre àPerpignan, et qui y séjourna le 28,
entra en Langnedoc le 29. vers les onze heures du
matin , et fut reçu aux Cabanes de Fitou , premieres
Maisons qui se rencontrent sur le chemin ,
par M.le Marquis de la Fare, Commandant, et par
M. de Bernage de S. Maurice , Intendant de la
Province. Le Prince descendit -là , à une petite
Chapelle , parce que M. de Fitou , Seigneur de
cet endroit , dont la femme étoit accouchée. la
veille d'une fille , avoit envoyé un Courier à M.
de Cailus , à Perpignan , pour l'engager à obtenir
de S.A.R, qu'elle fit à cette enfant l'honneur de
la tenir sur les Fonts de Baptême ; ce que ce Prince
a fait avec beaucoup de bonté , et après la ceremonie
, il a fait donner au Pere un present .de
la valeur de trois mille Hyres , et cent Pistolles
au Curé.
L'Infant dina en ce lieu - là ; les Officiers que
M. l'Archevêque de Narbonne avoit prêtez à M.
le Marquis de la Fare, parce qu'à peine son équipage
avoit il eu le temps d'arriver ce jour-là à
Sigean , servirent une grande Table à toute sa
Suite
Ce Prince continuă sa foute l'après dînée, jus-
I.Vol. ques
DECEMBRE. 1931. 2909.
ques à Sigean , et chassa en chemin ; ce qui joint
a la longueur de la journée , fit qu'il n'y arriva
que la nuit. M. de la Fare n'avoir pu faire trouver
là que les deux Compagnies de Grenadiers
du Regiment de Talard , qui ont servi de garde
pour cette couchée .
Le lendemain za , S. A. R. se mit en marche,
dès sept heutes du matin , et arriva à Narbonnet
sur les onze heures. Il fur reçu à la porte par les
Consuls , au bruit de tout le Canon. Il trouva
ensuite sous les armes la Compagnie d'Halebardiers
, qui compose la garnison ordinaire , et le
Regiment de Médoc qui formoit une double Haye
jusqu'à l'Archevêché,où une Garde de 1so ham
mes , commandez par deux Capitaines , deux
Lieutenans et deux Enseignes , avec un Drapeau ,
Pattendoit , conformément aux Ordres du Roys
M. l'Archevêque de Narbonne se trouva à la
descente du Carosse, Ge: Prince étant monté dans
le grand appartement de ce Palais . qu'il trouva
fort beau , y reçut les présens de la Ville, se mig
Table et dîna en public. M. l'Archevêque fit
servir dans un appartement séparé, plusieurs Tasi
bles , pour toute sa suite.
· S. A. R. partit à deux heures après midi de
Narbonne , au bruit du Ganon , et le Régiment
de Médoc sousdes armes sur son chemin , pour
aller coucher à Béziers . Elle cyy arriva à l'entrée da
la nuit, Les Consuls l'attendoient à la porte, er la
reçurent au bruit de quantité de Boëtes , L'Ine
fant logea à l'Evêché , et y trouva une Garde pas
teille à celle du matin , du second Bataillon du
Regiment du Maine, S.. A. R. reçut une demis
Keure après les presens de la Ville. Elle admit en
suite le Chapitre de la Cathedrale , à la tête dun
quel-M. P'Evêque de Béziers harangua , et le Pré-
Kaidial
2920 MERCURE DE FRANCE
sidial aussi qui eut l'honneur de lui faire son com→›
pliment , par la bouche du Jage-Mage. Après le
soupé , l'Infant assista à un Concert qui lui avoit
été préparé dans un autre appartement , et il en
parut tres-content.
Le samedi premier de Decembre , ce Prince ar
riva sur le midi à Pezenas. Il trouva les Consuls à
la porte et une Garde du premier Bataillon dù
Regiment de Talard . Il reçut avant son dîné les
présens de la Ville. Comme S. A. R. aime fort à
tirer du Gibier , M. de la Fare en avoit fait rassembler
plusieurs pieces, dans le Parc de la Grange
des Prex , où ce Prince passa quelque temps
et il en tua la plus grande partie.
Le Dimanche deux Decembre , l'Infant ayant
voulu faire absolument la journée de Pezenas à
Montpellier, quoiqu'il y ait huit grandes lieuës ,
en partit extrémement matin , et s'arrêta au
Bourg de Loupian, où il trouva encore une Garde
, pareille aux précedentes , du premier Batail-
Jon du Régiment de Talard , qui avoit été envoyé
exprès dans les Cazernes de Meze. Comme
le Gibier de cette Terre est assez bien conservé ,
le Prince s'amusa encore une heure ou deux à y
tirer. Le Marquis de Montault , Seigueur de ce
lieu , s'y étoit rendu pour en faire les honneurs ,
et y avoit fait rassembler le plus de Gibier qui
Jui avoit été possible.
*.M. de la Faré fit servir à tout le Cortege une
grande alte , après laquelle on se remit en mar
che jusqu'à Montpelliet.
S. A. R. est descendu à la Maison du Roy ;
ou loge le premier President de la Chambre des
Comptes et Cour des Aydes de Languedoc , ou
le Roy d'Espagne son pere , et la Reine sa premiere
Epouse , avoient logé lorsque LL. MM
1. Vol……. passereng
DECEMBRE . 1731. 2911
L
passerent par cette Province. Le, Premier Prési
dent n'a rien oublié de tout ce qui pouvoit rendre
cette Maison commode , non seulement à §.
A.R. mais aux Principaux Seigneurs qui sont indispensablement
obligez', par leurs Charges , de
coucher dans la même Maison où est logé l'Infant.
>
Ce Prince a fait son entree dans cette Ville par
la Place du Pérou , où est la Statue-Equestre de
Louis LE GRAND son bis-ayeul , qu'il a trouvée
fort belle, Outre la Harangue des Consuls à
la Porte , et les presens de Ville dans la Maison
du Roy , il a reçu les Complimens du Clergé
par la bouche de M. l'Abbé de Belleval , Grand
Prevôt de l'Eglise Cathedrale ; ceux de la Chambre
des Comptes er Cour des Aydes , par celle du
Premier Président. M. le Vicomte Daumelas a
porté la parole pour les Trésoriers de France ,
et M. de Massillan, Juge-Mage, a eu aussi l'honneur
de le complimenter , ainsi que le Corps des
-deux Facultez de Droit et de Médecine.
-Le Regiment de Tessé reçut le Prince de la même
façon que celui de Médoc fit à Narbonne
toute l'Artillerie de la Citadelle , à laquelle étoit
joint un grand nombre de Boëttes , placées sur
Je Pérou , fit une longue salve.
Le Chevalet ( a ) qui est un grand divertisse
ment pour les peuples de ces païs-cy , est allé à
plus de demi lieuë au devant de l'Infant , qui
en a paru fort satisfait. Si ce Prince avoit fait
quelque séjour, on lui auroit donné plusieurs autres
divertissemens , qu'ona été obligé de supprimer.
Toutes les Villes de cette Province ou l'In
(a) Voyez le Mercure
I. Vol. Kij
fant
2912 MERCURE DE FRANCE
fant à couche , ont été illuminées , sur tout la
Maison qui avoit été choisie pour le loger, et les
rues ont éié tendues et tapissées , &c.
Malgré la sécheresse de l'année et la marche
précipitée de ce Prince , M. l'Intendant avoit sibien
disposé toutes choses , que les subsistances
ont été tres -abondantes pour les Hommes et
pour les Chevaux, et hors le logement de Sigean,
qui encore n'a pas été des plus mauvais , il serdir
difficile de traverser aussi rapidement aucun païs
fet d'y trouver autant de commoditez.
La suite de l'Infant est composée d'environ
250 personnes. Pour M. le Comte de S. Estevan ,
il est trop connu à la Cour de France pour un
-Seigneur et pour un Ministre des plus accomplis,
pour qu'on puisse rien ajouter icy à son égard.
Les Equipages sont composés d'environ mille
‹ tant Chevaux que Mulets : il est étonnant qu'ils
soient en si bon état , après avoir fait une si longne
route.p
Nous partirons demain matin , Lundy 3 Decembre
, pour Nismes et après demain on arri-
* vera à Tarascon , où se trouvera M. le Bret , pre-
* mier Président du Parlement d'Aix , Intendant de
Provence et . Commandant. Suivant la derniere
route qui a été arrêtée , en séjournant un jour à
Marseille et un jour à Toulon, S. A. R. arrivera
le 14 de ce mois à Antibes.
S. A R. vient de se déterminer dans le mo◄
'ment , (c'est-à-dire , le Dimanche au soir , z. Decembre)
à séjourner icy demain , >
Au reste , l'Infant Don Carlos est un très -beau
Prince , affable, populaire, genereux ; parlant bon
et marquant en tout autant de vivacité
que de lumieres d'esprit et de goût. Les Peuples de
ces Provinces en sont charmez. Ils ont reconnu
1.Vol.
·
en
DECEMBRE. 1731. 2913
en lui la bonté du naturel, et les grandes qualitez
du Sang des Bourbons ; et ils ont témoigné leur
tendre zele , par les transports de joye et les acclamations
les plus éclatantes.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Montpellier le 2 Decembre 1731. contenant le détail du voyage de DON CARLOS, depuis Perpignan jusqu'à Montpellier.
La lettre du 2 décembre 1731 relate le voyage de l'Infant Don Carlos depuis Perpignan jusqu'à Montpellier. Don Carlos arriva à Perpignan le 27 novembre et entra en Languedoc le 29 novembre. À son arrivée aux Cabanes de Fitou, il fut accueilli par le Marquis de la Fare et l'Intendant de la Province, M. de Bernage de Saint-Maurice. Il baptisa une enfant née la veille et fit des dons au père et au curé. Après avoir dîné sur place, il poursuivit son voyage jusqu'à Sigean, où il arriva de nuit. Le lendemain, il se rendit à Narbonne, où il fut reçu par les Consuls et les autorités locales. Il visita ensuite Béziers, Pezenas, et Loupian, où il chassa et fut accueilli par les autorités locales. Le 2 décembre, il arriva à Montpellier et logea à la Maison du Roy. Il reçut les compliments des autorités locales et des corps constitués. La suite de l'Infant, composée d'environ 250 personnes et 1000 chevaux et mulets, était en bon état malgré la longue route. Don Carlos est décrit comme un prince affable, populaire et généreux, apprécié par les populations locales. Il prévoit de continuer son voyage vers Nîmes, Tarascon, Marseille, Toulon, et Antibes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
204
p. 2738-2761
EXTRAIT des Plaidoyers prononcez au College de Louis le Grand.
Début :
On continue à faire dans ce College tous les ans avec un succès constant [...]
Mots clefs :
Collège de Louis le Grand, Plaidoyers, Père de la Santé, Délibération, Luxe, Rhétorique, Duel, Combat, Citoyens, Oisiveté, Indépendance, Prince, Discours, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT des Plaidoyers prononcez au College de Louis le Grand.
EXTRAIT des Plaidoyers prononcer
an College de Louis le Grand.
Ο
N continue à faire dans ce College
tous les ans avec un succès constant
des Plaidoyers François , qui pour l'or- dinaire se font sur des sujets propres à
former l'esprit et le cœur de la jeune
Noblesse qu'on y éleve .
Le Pere de la Sante , Jesuite , l'un des
Professeurs de Rhétorique , en fit réciter
un le 27. d'Août dernier , dont nous allons donner l'Extrait , et dont voici le
sujet tel qu'il étoit dans le Programme
imprimé.
II. Vol. DE-
DECEMBRE. 1732. 2739
DELIBERATION concernant la
jeune Noblesse d'un Etat. Sujet traité
en forme de Plaidoyer François , par
les Rhétoriciens du College de Louis
LE GRAND.
Le jeune Casimir , Prince des plus verò
tueux qu'ait eûs la Pologne , indigné des désordres qui commençoient à s'introduire parmi la jeune Noblesse de sa Cour , pressa
fortement le Roy son pere de réprimer cette
licence par des Loix salutaires. Le Roy
Casimir III. surnommé le Grand , établit
pour cet effet une Commission , à la tête de
laquelle il mit le Prince son fils , avec plein.
pouvoir de regler tout ce qu'il jugeroit de
plus convenable au bien public , après avoir
entendu les discours et pris les avis des Commissaires.
Casimir nomme pour la discussion de cette
importante affaire,quelques Seigneurs des plus
reglez et des mieux instruits de la conduite
des jeunes gens ; il leur ordonne de proposer
en sa présence ce qui leur semble le plus
répréhensible , et même d'indiquer les moyens
qui leur paroissent les plus capables d'ar
rêter le cours du mal ; il leur promet au
nom du Roy une place plus ou moins distinguée dans le Conseil d'Etat , suivant
Putilité plus ou moins grande de la découII. Vol A v verte
2740 MERCURE DE FRANCE
verte qu'ils feront et de la Loy qu'ils suggereront en cette Seance.
Le premier qui parle , porte sa plainte contre le Luxe ou les folles dépenses.
Le second contre le Duel on le faux
point d'honneur.
Le troisieme , contre l'oisiveté ou la fai
neantise.
Le quatrième , contre l'indépendance des
jeunes Seigneurs.
Chacun d'eux prétend que le desordre qu'il
releve, mérite le plus l'attention du Prince ,
et la séverité des Loix. Casimir dresse les
articles de la Loy , décide sur l'ordre qu'on
·garderà dans l'execution, et regle le rang que
les quatre Commissaires tiendront dans le
Conseil d'Etat. Tel est l'objet de cette déliberation et dujugement qui la doit suivre.
Casimir , dans un Discours Préliminaire , fait voir quelle doit être la vigilance d'un Prince sur tous les Membres d'un Etat et particulierement sur la
conduite de la jeune Noblesse , dont les
exemples sont d'une utile ou dangereuse
consequence, parce que donnant des Maîtres au Peuple , elle doit aussi lui donner des modelles. Il invite les Seigneurs
qui composent son Conseil à l'éclairer de
leurs lumieres dans la délibération qui
doit préceder le Reglement general.
II. Vol. Ex-
DECEMBRE. 1732. 2741
}
EXTRAIT DU I. DISCOURS.
Contre le Luxe.
Les Partisans du Luxe employent deux
prétextes pour colorer leurs folles dépenses ; 1. elles sont , disent- ils , nécessaires pour soutenir leur rang. 2 ° . Elles
contribuent même à la gloire et à l'utilité de la Nation. Le jeune Orateur employe deux veritez pour réfuter ces deux
prétextes ; 1º . le Luxe , bien loin de
mettre la jeune Noblesse en état de soutenir son rang , ruine les esperances des
plus grandes Maisons. 2 ° . Le Luxe , bien
loin d'être glorieux et utile à la Nation
épuise les plus sures ressources.
Premiere Partie.
Sur quoi est fondée l'esperance d'une
grande Maison sur opulence qu'elle
possede ou qu'elle attend. Le Luxe épuise
l'une et met hors d'état d'acquerir l'autre. Sur le mérite de ceux qui la compo-.
sent ? Un homme livré au luxe n'a gueres d'autre mérite que celui de bien arranger un repas , et d'autre talent que
celui de se ruiner avec éclat sur les places distinguées qu'elle peut occuper ? mais
ou ces places sont venales , et alors ces
II. Vol. A vj jeunes
2742 MERCURE DE FRANCE
jeunes dissipateurs trouveront-ils de quoi
les acheter ? ou c'est la liberalité du Prince
qui en fait la récompense de la capacité
et de l'application d'un sujet habile et
laborieux ; sont- ils de ce caractere sur
les alliances honorables qu'elle peut former mais où les trouver ? parmi des
égaux ? qui d'entre eux voudra courir les
risques de voir des biens , le fruit de ses
sueurs , devenir la proye d'un prodigue
qui en a déja tant dissipé ... pour soutenir une maison chancelante; il faudra
donc la dégrader , et mêlant un sang
illustre avec celui de quelqu'une de ces
familles ennoblies par une rapide et suspecte opulence , acheter des biens aux dépens de l'honneur , et former des nœuds
peu sortables , qui font la honte des Nobles et le ridicule des Riches ... Qu'estce qui a forcé tant de familles illustres
tombées par l'indigence dans une espece
de roture , à s'ensevelir dans le sombre
réduit d'une Campagne ignoré ? quest- ce
qui a confondu avec les fils des Artisans
les descendans de tant de Héros , dont
les mains enchaînées par la pauvreté , ne
peuvent plus manier d'autre fer que celui
des vils instrumens de leur travail ! remontons à la source : c'est un Pere ou un
Ayeul prodigue qui a donné dans tous les
II. Vol. travers
DECEMBRE. 1732. 2743
travers du faste. Posterité nombreuse que
vous êtes à plaindre ! faut- il qu'un Pere
dissipateur enfante tant de miseres et dé
sole tant de miserables ? .. Le luxe n'est .
pas moins préjudiciable à l'Etat dont il
épuise les ressources.
Seconde Partie.
Il est certaines occasions d'éclat qui authorisent une magnificence extraordinaire: elle est alors légitime pour le particu .
lier , et glorieuse pour la nation. Mais
que ces mêmes Seigneurs n'écoutant que
leur passion pour le luxe , dissipent en
dépenses frivoles et le bien qu'ils ont , et
celui qu'ils doivent , et celui qu'ils esperent ; c'est un abus criminel , c'est une injustice criante contre les droits du Prince,
de leurs créanciers , de leurs enfans et de
la nation entiere , dont elle ruine le commerce , et dont par - là elle épuise les ressources.
"
Il est certains besoins qui obligent le
Prince à demander des secours pour la
conservation de tout le corps de l'Etat :
si les particuliers prodiguent leurs fonds ,
comment préteront ils leur ministere au maintien de tout ce corps ? le commerce
nesera-t-il pas détruit,quand le marchand,
faute d'être payé, sera hors d'état de payer
II. Fol lui
2744 MERCURE DE FRANCE
lui-même , et quand obligé de faire une
banqueroute imprévue , il fera succomber ses correspondants sous ses ruines ,
comment pourvoira un dissipateur à l'éducation de ses enfans , dont il risque sur
une carte la fortune et la subsistance ? les
domestiques d'un tel maître , renvoyez
sans gages après plusieurs années de services , ne sont-ils pas réduits à la plus déplorable mendicité...Quelle inhumanité,
quede se repaître les yeux des larmes ameresque l'on fait verser à tant de misérables ?
Que ne trempe-t-il ses mains parricides
dans leur sang? que ne leur arrache- t il la
vie , puisqu'il les prive de toutes ses douceurs.
Ce furent ces considérations qui firent
autrefois proscrire le luxe de toutes les Républiques bien réglées , comme une des
principales sources du renversement des
Empires...L'Orateur conclut à réprimer
par une severité sans adoucissement une
licence qui est sans bornes ; et à faire , s'il
le faut , un malheureux pour le mettre
hors d'état d'en faire des millions d'autres.
EXTRAIT DU II. DISCOURS.
Contre le Duel.
Le duel , disent ses partisans , est une
II. Vol. voie
DECEMBRE. 1732. 2745
-voie glorieuse pour réparer l'honneur outragé et c'est , ajoutent- ils, un moyen des
plus éficaces pour former des braves à
l'Etat. Pour détruire ces deux idées chimériqués , l'Orateur en établit deux réelles , par lesquelles il prouve 1 ° . que le
duel à plus de quoi deshonorer un ´homme que de quoi lui faire honneur. 2°.Que
l'Etat y perd beaucoup plus qu'il n'y gagne.
Premiere Partie.
La premiere proposition doit paroître
aux duelistes paradoxe , on en établit la
verité sur les causes et les suites du duel.
Les unes et les autres deshonorent la raison , et doivent le faire regarder comme
une insigne folie et comme l'opprobre de
l'humanité.
De quelles sources partent d'ordinaire
ces combats singuliers ? consultons les acteurs de ces scenes tragiques ; c'est selon
eux courage, intrépidité, grandeur d'ame.
Consultons l'expérience , c'est fureur ,
emportement , petitesse d'esprit qui ne.
peut digerer une raillerie , ce sont tous les
vices qui font les lâches. Tel voudroit passer pour un Achille , qui n'est au fond
qu'un Thersite decidé. On brave le peril
quand il est éloigné; approche-t- il ? la pa- 11. Vol. leur
2746 MERCURE DE FRANCE
leur peinte sur le visage des champions
annonce le trouble de leur esprit. Les uns
cherchent un lieu écarté, pour n'avoir aucun témoin qui les censure , les autres
cherchent un lieu frequenté pour avoir
des amis officieux qui les separent. Les
separe-t-on ! on blâme en public comme
un mal dont on doit se plaindre , ce qu'en
secret on regarde comme un bien dont on
se felicite. A- t -on eu du dessous dans le
combat? les glaives étoient inégaux , un
hazard imprévu a decidé la querelle &c.
D'autres vont au combat avec moins
de lâcheté y vont- ils avec moins de folie ? Quel sujet les arme communément ?
un étranger paroît dans la ville ; il passe
pour brave , on veut être son ennemi. Il
faut du sang pour cimenter la connoissance, et pour paroître brave devenir inhu
main. Cent autres sujets plus legers armcnt cent autres combatans plus coupables. Quelles horreurs ! deux rivaux se
font un divertissement de ces combats
sanguinaires on en a vu autrefois s'enfermerdans des tonneaux où ils ne pouvoient
reculer et là renouveller les scenes effrayantes des cruels Andabates , qui se portoient
des coups à l'aveugle , comme pour ne pas
voi la mortq'ils s'entredonnoient Onen
a vu d'autres s'embrasser avant que de
II. Vol. s'égorger
DECEMBRE. 1732: 27+7 27+7
s'égorger , et le symbole de l'amitié devenir le signal d'un assassinat.
Je n'attaque jamais le premier, dira quelqu'un: Je vous loue; mais pourquoi vous
attaque-t-on ? que n'êtes vous plus humain , plus poli , plus complaisant ? On
m'attaque sans raison : pourquoi accepter
le cartel ? n'est- il point d'autre voye pour
vous faire justice ? mais si je refuse , je suis deshonoré ; ouy , si vous n'êtes scrupuleux que sur l'article du duel... mais l'usa
ge le veut dites l'abus. Si vous vous trouviés dans ces contrées barbares, où la loi de
l'honneur veut qu'on se jette dans la flamme du bucher , sur lequel se consume le
corps mort d'un ami , croiriez- vous pouvoir sans folie vous assujettir à une si étran
ge coutume ? ... mais je compte icy donner la mort et non pas la recevoir. Combien d'autres l'ont reçue en comptant la,
donner ? Du moins avoués, ou que vous la
craignez , et deslors vous êtes lâche , ou
que vous la cherchez de sang froid , et
deslors vous êtes insensé , et que vous y
exposant contre les loix de la conscience ,
vous êtes impie.
Quant aux effets du duel, il n'y a qu'à jetter les yeux sur ses suites infamantes.L'indignation du Prince, la perte de la liberté,
de la noblesse,des biens, de la vie; l'indiII. Vol. gence
2748 MERCURE DE FRANCE
gence , l'inominie qu'il attire sur la posterité du coupable , tout cela ne suffit il
pas pour faire voir combien le duël flétrit
l'honneur du Vivant et du Mort, du vainqueur et du vaincu : mais quel tort ne faitil pas à l'Etat ? c'est ce qui reste à exami- ner.
Seconde Partie.
Prétendre le duel forme des Braves que
à l'Etat , c'est ne pas avoir une juste idée
de la veritable bravoure. Elle consiste dans
un courage intrépide animépar le devoir,
soutenu par la justice , armé par le zele
pour la deffense de la Patrie . La valeur
des Duelistes a- t'elle ces caracteres ? Au
lieu de produire dans l'ame cette fermeté
tranquille qu'inspire la bonté du parti
pour lequel on combat , elle n'y enfante.
que le trouble et ces violens transports
qui suivent toujours les grands crimes. Au
lieu d'allumer dans le cœur et dans les
yeux ce beau feu qui fait reconnoître les
Heros , elle répand sur le visage une sombre fureur qui caracterise les assassins.
Le Duel est une espece d'image de la
Guerre civile ; le nombre des combattans
en fait presque l'unique difference. Il est
moindre dans le Duel , mais le péril n'en
est que plus certain. Ignorent-ils donc
II. Vol. qu'ils
DECEMBR E. 1732. 2749
qu'ils doivent leur sang au service du
Prince ? Leur est-il permis d'en disposer
au gré de leur haine ? et tourner leurs armes contre les Citoyens , n'est- ce pas les
tourner contre le sein de la Patrie , leur
Mere commune.
En vain veulent - ils s'authoriser par
l'exemple des anciens Heros. Leurs combats singuliers n'étoient rien moins que
des Duels , puisqu'ils ne s'agissoit point
entr'eux de vanger des injures particulieres , mais d'épargner pour l'interêt de
la Patrie le sang de la multitude. Tel fut
le combat des trois Horaces , et des trois
Curiaces. Les Romains qui lui ont donné
de si justes éloges , étoient les ennemis
les plus déclarez du Duel. On sçait combien l'ancienne Rome cherissoit le sang
de ses Citoyens de là ces Couronnes civiques pour quiconque avoit sauvé la vie
à un de ses Enfans : de là ces peines décernées contre tout Citoyen convaincu d'en
avoir appellé un autre dans la lice sanglan
te; on cessoit dès- lors d'être Citoyen , et
la profession de Dueliste conduisoit au
rang d'esclave gladiateur.
Les Maures dans un siecle plus barbare
avoient conçû une telle horreur pour ces
sortes de combats , qu'ils ne les permettoient qu'aux valets chargés du bagage de
II. Vol.
l'Ar-
2750 MERCURE DE FRANCE
l'Armée quel modele pour nos Duelistes ?
:
C'est donc ce monstre qu'il faut exterminer de la Pologne par une loy aussi severe dans son exécution , qu'immuable
dans sa durée. Punir certains crimes , c'est
prévenir la tentation de les commettre.
Une punition sévere dispense d'une punition fréquente. Après tout , le plus sûr
moyen d'abolir le duel dépend des particuliers. Qu'ils écoutent la raison aidée de
l'honneur et de la foi ; qu'ils soient hommes et Chrétiens , et ils cesseront d'être
Duelistes.
EXTRAIT DU III. DISCOURS,
Contre P'Oisiveté
L'Oisiveté fait trop d'heureux en idée
pour ne point avoir de Partisans. Que ne
doit pas craindre l'Etat d'un vice qui est
la source de tous les autres. Plus elle a
d'attraits qui la rendent dangereuse , plus
on doit empêcher qu'elle ne devienne
commune ; pour mieux connoîtte ce qu'on
doit en penser , il faut voir ce qu'on en
peut craindre. 10. Un homme oisif est un
citoyen inutile à la République. 20. il ne
peut lui être inutile sans devenir bien- tôt
pernicieux.
II. Vol. Pre-
DECEMBRE. 1732. 2758
Premiere Partie.
Je ne suis , dit un oisif , coupable d'au
eun vice qui me deshonore : je le veux
pourroit- on lui répondre ; mais votre fai
néantise ne vous rend- elle pas capable de
tous les vices ? Vous n'entrés dans aucune
Societé mauvaise ; à la bonne heure : mais
quel rang tenez- vous dans la Societé.humaine ? Vous n'êtes point un méchant
homme , soit : mais êtes- vous un homme?
Membres d'une même famille, Sujets d'un
même Roi , Parties d'une même Societé
nous avons des devoirs à remplir à leur
égard un oisif peut - il s'en acquitter ?
?
Comment veut-on qu'un jeune effeminé , toujours occupé à ne rien faire , ou
à faire des riens , soutienne le crédit de sa
famille pourra- t'il acquerir de la réputa
tion dans un Etat ? elle est le prix du
travail ; rendre des services aux amis atta
chez à sa maison ? il n'interromproit pas son repos pour ses interêts , le sacrifierat'il aux interêts d'autrui ? Eterniser les
vertus de ses peres , et le souvenir de leurs
travaux il faudroit une noble émulation , la mollesse en a éteint le feu dans
son cœur sa famille se flattoit qu'il seI. Vol. roit
#752 MERCURE DE FRANCE
roit son appui à peine sçait- il qu'il en est
membre.
:
Est- il plus utile à la Société civile ? la
Noblesse doit être comme l'ame de tout
ce corps de citoyens : le goût d'un Seigneur qui gouverneune Province en donne à tous ceux qui l'habitent : les Sciences , les beaux Arts , tout s'anime à sa
vûë , tout prend une forme riante : à sa
place substituer un homme oisif; quel
changement ! tout languit , tout s'endort
avec lui ; non- seulement il ne fait aucun
bien , mais il rend inutile le bien qu'on
avoit fait.
Que peuvent attendre le Prince et l'Etat , d'un homme qui se regarde comme
l'unique centre où doivent aboutir tous
ses sentimens , et toutes ses pensées ? quel
poste important lui confiera- t'on ? Sçaurat'il remettre ou entretenir dans une Province le bon ordre , prévoir et réprimer
les mauxque l'on craint ? quel embarras !
il ne craint d'autre mal que le sacrifice
de son repos. Chargera t'on ses foibles
mains de cette balance redoutable , qui
pese les interêts des hommes ? quel fardeau ! il faut s'en décharger dans une
main étrangere aux dépens de son honneur
et de nos fortunes. Lui confiera- t'on la
conduite des armées ? quel tumulte ! La
II. Vol. Guerre
DECEMBRE. 1732. 1732. 2753
Guerre s'accommoda t'elle jamais avec la
mollesse ? Ainsi l'oisif devient, tout à la
fois la honte de sa famille qu'il dégrade ,
de la Societé qu'il deshonore , de l'Etat
qu'il trahit : mais son portrait n'est encore qu'ébauché , il ne peut être citoyen.
inutile sans devenir citoyen perni
cieux.
>
Seconde Partie.
Dès que le poison de l'oisiveté s'est glis
sé dans un jeune cœur , il en glace toute
l'ardeur , il dérange tous ses ressorts , il
arrête tous ses mouvemens vers le bien
il en fait le theatre de ses passions et le
jouer des passions d'autrui. C'est par là
que l'oisiveté devient funeste aux jeunes
Seigneurs , et ne les rend presque jamais
inutiles qu'elle ne les rende en même
tems pernicieux à l'Etat.
Se refuser au bien , c'est presque tou
jours se livrer au mal. Qu'une Maison , où
ces Heros de la mollesse trouvent accès
est à plaindre que de vices , un seul vice
n'y fera t'il pas entrer ! ces discours ne feront ils point baisser les yeux à la sage
Retenue , à la timide Pudeur ? La Tem
pérance et la Sobrieté seront-elles respectées dans ses repas ? mais surtout , que ne
II.Vol. doin
4754 MERCURE DE FRANCE
doit pas craindre la République en général ?
Semblables à ces Insectes odieux , qui
ne subsistent qu'aux dépens de la république laborieuse des Abeilles , et la troublent sans cesse dans ses travaux utiles
ils vivent délicieusement dans le sein et
aux frais de la Patrie , et se servent souvent de leur aiguillon contre elle. Ils boivent les sucurs des citoyens laborieux , et
s'enyvrent quelquefois de leur sang.
Ce qui doit armer le plus les loix contre l'Oisiveté , c'est qu'elle réunit ce que
les trois autres vices qui entrent en concurrence avec elle ont de plus odieux . Un
jeune oisif qui confie le soin de sa maison
à un perfide Intendant dont il n'éxige
presque aucun compte , ne perd- il pas
souvent plus de biens par sa négligence ,
que le prodigue n'en dissipe par son luxe ? Ne le verra- t- on pas secouer bien-tôt
le joug de la contrainte qui gêne son humeur , et voulant donner à tous la loy ,
ne la recevoir que de son caprice ? L'amour des oisifs pour la vie douce est un
préservatif contre la tentation du duel ;
mais la seule idée que l'on a conçue de
leur peu de courage, n'engagera-t'elle pas
de jeunes Duelistes à les attaquer , ne futII. Vol. ce
DECEMBRE. 1732 2755
ce que pour se faire une réputation aux
dépens de la leur.
L'Orateur conclut à bannir de toutes
charges ceux qui seront convaincus de ce
vice , et à les noter par quelque punition
qui caracterise leur défaut.
EXTRAIT DU IV. DISCOURS.
Contre l'Indépendance.
L'ame du bon gouvernement c'est le
bon ordre ; le bon ordre ne subsiste que
par la subordination. L'Indépendance en
sappe tous les fondemens ; quand elle se
trouve dans les jeunes Seigneurs , 1º elle
les accoûtume à braver l'autorité ; 20 elle
les porte à prétendre mêmeau droit d'impunité.
Premiere Partie.
Pour connoître le danger de l'indépen
dance, il faut voir comment elle se forme
dans la jeune Noblesse , et jusqu'où elle
peut étendre ses progrès contre l'autorité
légitime. La naissance et l'éducation , voilà
ses sources. Comment éleve- t'on les jeunes Seigneurs ? L'or sous lequel ils rampent dans l'enfance éblouit leurs yeux ; le
faste qui les environne enfle leur esprit ;
les plaisirs qu'on leur procure corrom- II. Vol.
B pent
2755 MERCURE DE FRANCE
pent leur cœur : mollesse d'éducation qui
fait les délices de l'enfance , et prépare
les révoltes de la jeunesse.
,
La raison est à peine éclose , qu'ils ferment les yeux à sa lumiere , et les oreilles
à sa voix. Les Maîtres veulent- ils les rap.
peller aux devoirs? les flatteurs les en écartent , et leur apprennent qu'ils sont plus
nés pour commander que pour obéïr ; à
force de donner la loy, on s'habituë à ne la
plus recevoir. Veut-on s'opposer au mal ,
et les confier à des Maîtres plus amis du
devoir que de la fortune ? ils ne plient
que pour se redresser bien- tôt avec plus
de force dès qu'ils en auront la li
berté.
Quel bonheur pour un jeune Indépen
dant , s'il a auprès de lui un Mentor qui
craignant beaucoup moins pour la vie
que pour l'innocence de son Telemaque ,
aime mieux se précipiter avec lui du haut
d'un affreux Rocher , que de le voir se
précipiter dans l'abîme du vice ! Mais
trouve-t'on beaucoup de Gouverneurs de
ce caractere ? Combien flattent leur Eleve dans ses desirs , se mettent de moitié
avec lui pour ses plaisirs ; et devant être
ses maîtres , deviennent ses esclaves ! détestable éducation qui d'un indépendant
fait quelquefois un scelerat.
II. Vol.
L'In-
DECEMBRE.
873202757
L'Indépendance conduit à la révolte ,
l'Eleve intraitable devient fils rebelle ;
combien en a-t'on vû braver l'autorité
paternelle , outrager la Nature , et d'indépendans qu'ils étoient , n'avoir besoin
que de changer de nom pour devenir dénaturés ? Mauvais fils sera- t'il bon sujet ?
peut- on s'en flatter surtout dans un
Royaume électif, où l'on est quelquefois
tenté , de faire avec audace , ' ce qu'on croit
pouvoir faire avec avantage ?
,
La plus florissante République de la
terre , Rome la maîtresse du monde pres- -qu'entier , se vit sur le point d'être saccagée et réduite en cendres. Qui alluma
l'incendie ? une cabale de jeunes factieux ,
conduits par Catilina , et possedés du
démon de l'indépendance. Que de sang
ne fallut- il pas répandre pour éteindre ce
feu ? Autorité domestique et publique
loix divines et humaines , tout est sacrifié
à l'impérieux désir de se rendre indépendant. La loi violée s'arme- t'elle du glaive
pour vanger ces attentats ? Après avoir bravé ses réglemens , ils bravent ses menaces , et s'arrogent le droit d'impunité.
Seconde Partie.
Si l'on en croit les jeunes Seigneurs indépendans , leur jeunesse et leur condi11. Vol.
Bij tion
4758 MERCURE DE FRANCE
tion les mettent à couvert des loix et do
la punition qu'elles prescrivent.
La jeunesse est l'âge où le feu des passions s'allume ; c'est donc aussi le tems.
où l'on doit s'appliquer à l'éteindre. Fautil attendre que l'incendie ait pris des forces et se soit communiqué ? trop de severité , il est vrai , révolte et fait hair le
devoir , mais tropd'indulgence enhardit ,
et fait violer la loi.
- La Noblesse est l'état où les exemples
sont plus contagieux ; mais c'est donc
aussi l'etat où les punitions sont plus
- nécessaires. Les sujets d'un moindre étage regardent ces jeunes Seigneurs autant
comme leurs modéles que comme leurs
maîtres. Un coupable de la sorte impuni
fait un million de coupables dans l'espé
rance de l'impunité.
Aussi Rome et Sparte punissoient- elles
séverement l'indépendance et le mépris
des loix dans les jeunes gens de qualité.
Deux Chevaliers Romains furent autrefois dégradés de leur ordre , et mis au
rang des Plebéïens , pour n'avoir pas assez promptement obéï à un Proconsul.
peu de roture parut alors un excellent
remède contre le vertige de l'indépendance. Comme l'élévation du rang produit les fumées de l'orgueil , l'humilia
Un
tion les dissipe
DECEMBRE. 1732 2750
EXTRAIT DU V. DISCOURS.
Fait par le Prince après les Plaidoyers:
Casimir après avoir entendu les discours
des Parties , fait sentir le fort et le foible
des raisons alleguées , et en ajoute plu
sieurs nouvelles dont le détail seroit long.
Il établit pour principe que le premier
desordre contre lequel doive sévir le Législateur , est celui qui porte un plus
grand préjudice au plus grand nombre des
sujets ; c'est à dire , celui qui est le plus
considérable en lui- même et le plus étendu
dans ses suites. Sur ce principe il éxamine
les quatres desordres proposez , et les balance long-tems par une infinité de preu
ves que nous sommes fâchez d'omettre
mais que ne nous permet pas la brièveté
que nous nous sommes prescrite dans les
extraits. Il résulte de cet examen que les
jeunes Seigneurs independans sont les
plus coupables , sur tout parce qu'ils violent la loi fondamentale de l'ordre politique, c'est- à- dire l'obéïssance et la soumission : et nous pouvons , dit le Juge , espe- rer de mettre un frein à l'amour des folles
dépenses , à la manie du faux point-d'hon- neur , à l'indolence et à l'oisiveté des faineans par de bons et salutaires Edits : mais
II. Vol. Biij pour
260 MERCURE DE FRANCE
2
,
cepenpour l'indépendant , si son caprice le porte à être dissipateur , dueliste , et indolent de profession , en vertu de son systeme et de ses principes d'indépendance , il
se maintiendra en possession de ces trois
desordres , et ses maximes favorites nous
répondent par avance qu'il comptera pour
rien la loi que nous allons porter contre
lui et contre ses consorts. Portons - la
dant cette loi , &c.
Là- dessus le Prince prononce , 1° contre
l'Indépendance , 2 ° contre l'Oisiveté , 3 ° .
contre le Duel , 4° contre le Luxe , et il
rend raison de l'ordre qu'il observe en ce
Jugement. Ensuite il porte differentes loix
qu'il croit les plus propres à remedier à
chaque desordre , et telles à peu près qu'Athenes en porta contre l'Indépendance ,
Lacedemone contre l'Oisiveté , Rome
contre le Luxe , et la France avec une partie de l'Europe contre le Duel.
Enfin M. d'Aligre qui avoit été complimenté par M. le Pelletier de Rosambo sur
la noblesse et la dignité avec laquelle il
avoit présidé à ce Jugement , le felicita à
son tour de la finesse et de la délicatesse
d'esprit qui avoit éclaté dans son discours ;
il fit aussi compliment à M. de Bussy sur
son éloquence et sur son talent à parler
en public; à M. Petit, sur son beau feu
II. Vol. d'imagina
DECEMBRE. 1732. 2761
d'imagination ; à M. de Verac sur l'élegance de son Plaidoyer et les graces de sa prononciation . L'illustre Assemblée souscrivit sans peine à la justice de ces éloges.
an College de Louis le Grand.
Ο
N continue à faire dans ce College
tous les ans avec un succès constant
des Plaidoyers François , qui pour l'or- dinaire se font sur des sujets propres à
former l'esprit et le cœur de la jeune
Noblesse qu'on y éleve .
Le Pere de la Sante , Jesuite , l'un des
Professeurs de Rhétorique , en fit réciter
un le 27. d'Août dernier , dont nous allons donner l'Extrait , et dont voici le
sujet tel qu'il étoit dans le Programme
imprimé.
II. Vol. DE-
DECEMBRE. 1732. 2739
DELIBERATION concernant la
jeune Noblesse d'un Etat. Sujet traité
en forme de Plaidoyer François , par
les Rhétoriciens du College de Louis
LE GRAND.
Le jeune Casimir , Prince des plus verò
tueux qu'ait eûs la Pologne , indigné des désordres qui commençoient à s'introduire parmi la jeune Noblesse de sa Cour , pressa
fortement le Roy son pere de réprimer cette
licence par des Loix salutaires. Le Roy
Casimir III. surnommé le Grand , établit
pour cet effet une Commission , à la tête de
laquelle il mit le Prince son fils , avec plein.
pouvoir de regler tout ce qu'il jugeroit de
plus convenable au bien public , après avoir
entendu les discours et pris les avis des Commissaires.
Casimir nomme pour la discussion de cette
importante affaire,quelques Seigneurs des plus
reglez et des mieux instruits de la conduite
des jeunes gens ; il leur ordonne de proposer
en sa présence ce qui leur semble le plus
répréhensible , et même d'indiquer les moyens
qui leur paroissent les plus capables d'ar
rêter le cours du mal ; il leur promet au
nom du Roy une place plus ou moins distinguée dans le Conseil d'Etat , suivant
Putilité plus ou moins grande de la découII. Vol A v verte
2740 MERCURE DE FRANCE
verte qu'ils feront et de la Loy qu'ils suggereront en cette Seance.
Le premier qui parle , porte sa plainte contre le Luxe ou les folles dépenses.
Le second contre le Duel on le faux
point d'honneur.
Le troisieme , contre l'oisiveté ou la fai
neantise.
Le quatrième , contre l'indépendance des
jeunes Seigneurs.
Chacun d'eux prétend que le desordre qu'il
releve, mérite le plus l'attention du Prince ,
et la séverité des Loix. Casimir dresse les
articles de la Loy , décide sur l'ordre qu'on
·garderà dans l'execution, et regle le rang que
les quatre Commissaires tiendront dans le
Conseil d'Etat. Tel est l'objet de cette déliberation et dujugement qui la doit suivre.
Casimir , dans un Discours Préliminaire , fait voir quelle doit être la vigilance d'un Prince sur tous les Membres d'un Etat et particulierement sur la
conduite de la jeune Noblesse , dont les
exemples sont d'une utile ou dangereuse
consequence, parce que donnant des Maîtres au Peuple , elle doit aussi lui donner des modelles. Il invite les Seigneurs
qui composent son Conseil à l'éclairer de
leurs lumieres dans la délibération qui
doit préceder le Reglement general.
II. Vol. Ex-
DECEMBRE. 1732. 2741
}
EXTRAIT DU I. DISCOURS.
Contre le Luxe.
Les Partisans du Luxe employent deux
prétextes pour colorer leurs folles dépenses ; 1. elles sont , disent- ils , nécessaires pour soutenir leur rang. 2 ° . Elles
contribuent même à la gloire et à l'utilité de la Nation. Le jeune Orateur employe deux veritez pour réfuter ces deux
prétextes ; 1º . le Luxe , bien loin de
mettre la jeune Noblesse en état de soutenir son rang , ruine les esperances des
plus grandes Maisons. 2 ° . Le Luxe , bien
loin d'être glorieux et utile à la Nation
épuise les plus sures ressources.
Premiere Partie.
Sur quoi est fondée l'esperance d'une
grande Maison sur opulence qu'elle
possede ou qu'elle attend. Le Luxe épuise
l'une et met hors d'état d'acquerir l'autre. Sur le mérite de ceux qui la compo-.
sent ? Un homme livré au luxe n'a gueres d'autre mérite que celui de bien arranger un repas , et d'autre talent que
celui de se ruiner avec éclat sur les places distinguées qu'elle peut occuper ? mais
ou ces places sont venales , et alors ces
II. Vol. A vj jeunes
2742 MERCURE DE FRANCE
jeunes dissipateurs trouveront-ils de quoi
les acheter ? ou c'est la liberalité du Prince
qui en fait la récompense de la capacité
et de l'application d'un sujet habile et
laborieux ; sont- ils de ce caractere sur
les alliances honorables qu'elle peut former mais où les trouver ? parmi des
égaux ? qui d'entre eux voudra courir les
risques de voir des biens , le fruit de ses
sueurs , devenir la proye d'un prodigue
qui en a déja tant dissipé ... pour soutenir une maison chancelante; il faudra
donc la dégrader , et mêlant un sang
illustre avec celui de quelqu'une de ces
familles ennoblies par une rapide et suspecte opulence , acheter des biens aux dépens de l'honneur , et former des nœuds
peu sortables , qui font la honte des Nobles et le ridicule des Riches ... Qu'estce qui a forcé tant de familles illustres
tombées par l'indigence dans une espece
de roture , à s'ensevelir dans le sombre
réduit d'une Campagne ignoré ? quest- ce
qui a confondu avec les fils des Artisans
les descendans de tant de Héros , dont
les mains enchaînées par la pauvreté , ne
peuvent plus manier d'autre fer que celui
des vils instrumens de leur travail ! remontons à la source : c'est un Pere ou un
Ayeul prodigue qui a donné dans tous les
II. Vol. travers
DECEMBRE. 1732. 2743
travers du faste. Posterité nombreuse que
vous êtes à plaindre ! faut- il qu'un Pere
dissipateur enfante tant de miseres et dé
sole tant de miserables ? .. Le luxe n'est .
pas moins préjudiciable à l'Etat dont il
épuise les ressources.
Seconde Partie.
Il est certaines occasions d'éclat qui authorisent une magnificence extraordinaire: elle est alors légitime pour le particu .
lier , et glorieuse pour la nation. Mais
que ces mêmes Seigneurs n'écoutant que
leur passion pour le luxe , dissipent en
dépenses frivoles et le bien qu'ils ont , et
celui qu'ils doivent , et celui qu'ils esperent ; c'est un abus criminel , c'est une injustice criante contre les droits du Prince,
de leurs créanciers , de leurs enfans et de
la nation entiere , dont elle ruine le commerce , et dont par - là elle épuise les ressources.
"
Il est certains besoins qui obligent le
Prince à demander des secours pour la
conservation de tout le corps de l'Etat :
si les particuliers prodiguent leurs fonds ,
comment préteront ils leur ministere au maintien de tout ce corps ? le commerce
nesera-t-il pas détruit,quand le marchand,
faute d'être payé, sera hors d'état de payer
II. Fol lui
2744 MERCURE DE FRANCE
lui-même , et quand obligé de faire une
banqueroute imprévue , il fera succomber ses correspondants sous ses ruines ,
comment pourvoira un dissipateur à l'éducation de ses enfans , dont il risque sur
une carte la fortune et la subsistance ? les
domestiques d'un tel maître , renvoyez
sans gages après plusieurs années de services , ne sont-ils pas réduits à la plus déplorable mendicité...Quelle inhumanité,
quede se repaître les yeux des larmes ameresque l'on fait verser à tant de misérables ?
Que ne trempe-t-il ses mains parricides
dans leur sang? que ne leur arrache- t il la
vie , puisqu'il les prive de toutes ses douceurs.
Ce furent ces considérations qui firent
autrefois proscrire le luxe de toutes les Républiques bien réglées , comme une des
principales sources du renversement des
Empires...L'Orateur conclut à réprimer
par une severité sans adoucissement une
licence qui est sans bornes ; et à faire , s'il
le faut , un malheureux pour le mettre
hors d'état d'en faire des millions d'autres.
EXTRAIT DU II. DISCOURS.
Contre le Duel.
Le duel , disent ses partisans , est une
II. Vol. voie
DECEMBRE. 1732. 2745
-voie glorieuse pour réparer l'honneur outragé et c'est , ajoutent- ils, un moyen des
plus éficaces pour former des braves à
l'Etat. Pour détruire ces deux idées chimériqués , l'Orateur en établit deux réelles , par lesquelles il prouve 1 ° . que le
duel à plus de quoi deshonorer un ´homme que de quoi lui faire honneur. 2°.Que
l'Etat y perd beaucoup plus qu'il n'y gagne.
Premiere Partie.
La premiere proposition doit paroître
aux duelistes paradoxe , on en établit la
verité sur les causes et les suites du duel.
Les unes et les autres deshonorent la raison , et doivent le faire regarder comme
une insigne folie et comme l'opprobre de
l'humanité.
De quelles sources partent d'ordinaire
ces combats singuliers ? consultons les acteurs de ces scenes tragiques ; c'est selon
eux courage, intrépidité, grandeur d'ame.
Consultons l'expérience , c'est fureur ,
emportement , petitesse d'esprit qui ne.
peut digerer une raillerie , ce sont tous les
vices qui font les lâches. Tel voudroit passer pour un Achille , qui n'est au fond
qu'un Thersite decidé. On brave le peril
quand il est éloigné; approche-t- il ? la pa- 11. Vol. leur
2746 MERCURE DE FRANCE
leur peinte sur le visage des champions
annonce le trouble de leur esprit. Les uns
cherchent un lieu écarté, pour n'avoir aucun témoin qui les censure , les autres
cherchent un lieu frequenté pour avoir
des amis officieux qui les separent. Les
separe-t-on ! on blâme en public comme
un mal dont on doit se plaindre , ce qu'en
secret on regarde comme un bien dont on
se felicite. A- t -on eu du dessous dans le
combat? les glaives étoient inégaux , un
hazard imprévu a decidé la querelle &c.
D'autres vont au combat avec moins
de lâcheté y vont- ils avec moins de folie ? Quel sujet les arme communément ?
un étranger paroît dans la ville ; il passe
pour brave , on veut être son ennemi. Il
faut du sang pour cimenter la connoissance, et pour paroître brave devenir inhu
main. Cent autres sujets plus legers armcnt cent autres combatans plus coupables. Quelles horreurs ! deux rivaux se
font un divertissement de ces combats
sanguinaires on en a vu autrefois s'enfermerdans des tonneaux où ils ne pouvoient
reculer et là renouveller les scenes effrayantes des cruels Andabates , qui se portoient
des coups à l'aveugle , comme pour ne pas
voi la mortq'ils s'entredonnoient Onen
a vu d'autres s'embrasser avant que de
II. Vol. s'égorger
DECEMBRE. 1732: 27+7 27+7
s'égorger , et le symbole de l'amitié devenir le signal d'un assassinat.
Je n'attaque jamais le premier, dira quelqu'un: Je vous loue; mais pourquoi vous
attaque-t-on ? que n'êtes vous plus humain , plus poli , plus complaisant ? On
m'attaque sans raison : pourquoi accepter
le cartel ? n'est- il point d'autre voye pour
vous faire justice ? mais si je refuse , je suis deshonoré ; ouy , si vous n'êtes scrupuleux que sur l'article du duel... mais l'usa
ge le veut dites l'abus. Si vous vous trouviés dans ces contrées barbares, où la loi de
l'honneur veut qu'on se jette dans la flamme du bucher , sur lequel se consume le
corps mort d'un ami , croiriez- vous pouvoir sans folie vous assujettir à une si étran
ge coutume ? ... mais je compte icy donner la mort et non pas la recevoir. Combien d'autres l'ont reçue en comptant la,
donner ? Du moins avoués, ou que vous la
craignez , et deslors vous êtes lâche , ou
que vous la cherchez de sang froid , et
deslors vous êtes insensé , et que vous y
exposant contre les loix de la conscience ,
vous êtes impie.
Quant aux effets du duel, il n'y a qu'à jetter les yeux sur ses suites infamantes.L'indignation du Prince, la perte de la liberté,
de la noblesse,des biens, de la vie; l'indiII. Vol. gence
2748 MERCURE DE FRANCE
gence , l'inominie qu'il attire sur la posterité du coupable , tout cela ne suffit il
pas pour faire voir combien le duël flétrit
l'honneur du Vivant et du Mort, du vainqueur et du vaincu : mais quel tort ne faitil pas à l'Etat ? c'est ce qui reste à exami- ner.
Seconde Partie.
Prétendre le duel forme des Braves que
à l'Etat , c'est ne pas avoir une juste idée
de la veritable bravoure. Elle consiste dans
un courage intrépide animépar le devoir,
soutenu par la justice , armé par le zele
pour la deffense de la Patrie . La valeur
des Duelistes a- t'elle ces caracteres ? Au
lieu de produire dans l'ame cette fermeté
tranquille qu'inspire la bonté du parti
pour lequel on combat , elle n'y enfante.
que le trouble et ces violens transports
qui suivent toujours les grands crimes. Au
lieu d'allumer dans le cœur et dans les
yeux ce beau feu qui fait reconnoître les
Heros , elle répand sur le visage une sombre fureur qui caracterise les assassins.
Le Duel est une espece d'image de la
Guerre civile ; le nombre des combattans
en fait presque l'unique difference. Il est
moindre dans le Duel , mais le péril n'en
est que plus certain. Ignorent-ils donc
II. Vol. qu'ils
DECEMBR E. 1732. 2749
qu'ils doivent leur sang au service du
Prince ? Leur est-il permis d'en disposer
au gré de leur haine ? et tourner leurs armes contre les Citoyens , n'est- ce pas les
tourner contre le sein de la Patrie , leur
Mere commune.
En vain veulent - ils s'authoriser par
l'exemple des anciens Heros. Leurs combats singuliers n'étoient rien moins que
des Duels , puisqu'ils ne s'agissoit point
entr'eux de vanger des injures particulieres , mais d'épargner pour l'interêt de
la Patrie le sang de la multitude. Tel fut
le combat des trois Horaces , et des trois
Curiaces. Les Romains qui lui ont donné
de si justes éloges , étoient les ennemis
les plus déclarez du Duel. On sçait combien l'ancienne Rome cherissoit le sang
de ses Citoyens de là ces Couronnes civiques pour quiconque avoit sauvé la vie
à un de ses Enfans : de là ces peines décernées contre tout Citoyen convaincu d'en
avoir appellé un autre dans la lice sanglan
te; on cessoit dès- lors d'être Citoyen , et
la profession de Dueliste conduisoit au
rang d'esclave gladiateur.
Les Maures dans un siecle plus barbare
avoient conçû une telle horreur pour ces
sortes de combats , qu'ils ne les permettoient qu'aux valets chargés du bagage de
II. Vol.
l'Ar-
2750 MERCURE DE FRANCE
l'Armée quel modele pour nos Duelistes ?
:
C'est donc ce monstre qu'il faut exterminer de la Pologne par une loy aussi severe dans son exécution , qu'immuable
dans sa durée. Punir certains crimes , c'est
prévenir la tentation de les commettre.
Une punition sévere dispense d'une punition fréquente. Après tout , le plus sûr
moyen d'abolir le duel dépend des particuliers. Qu'ils écoutent la raison aidée de
l'honneur et de la foi ; qu'ils soient hommes et Chrétiens , et ils cesseront d'être
Duelistes.
EXTRAIT DU III. DISCOURS,
Contre P'Oisiveté
L'Oisiveté fait trop d'heureux en idée
pour ne point avoir de Partisans. Que ne
doit pas craindre l'Etat d'un vice qui est
la source de tous les autres. Plus elle a
d'attraits qui la rendent dangereuse , plus
on doit empêcher qu'elle ne devienne
commune ; pour mieux connoîtte ce qu'on
doit en penser , il faut voir ce qu'on en
peut craindre. 10. Un homme oisif est un
citoyen inutile à la République. 20. il ne
peut lui être inutile sans devenir bien- tôt
pernicieux.
II. Vol. Pre-
DECEMBRE. 1732. 2758
Premiere Partie.
Je ne suis , dit un oisif , coupable d'au
eun vice qui me deshonore : je le veux
pourroit- on lui répondre ; mais votre fai
néantise ne vous rend- elle pas capable de
tous les vices ? Vous n'entrés dans aucune
Societé mauvaise ; à la bonne heure : mais
quel rang tenez- vous dans la Societé.humaine ? Vous n'êtes point un méchant
homme , soit : mais êtes- vous un homme?
Membres d'une même famille, Sujets d'un
même Roi , Parties d'une même Societé
nous avons des devoirs à remplir à leur
égard un oisif peut - il s'en acquitter ?
?
Comment veut-on qu'un jeune effeminé , toujours occupé à ne rien faire , ou
à faire des riens , soutienne le crédit de sa
famille pourra- t'il acquerir de la réputa
tion dans un Etat ? elle est le prix du
travail ; rendre des services aux amis atta
chez à sa maison ? il n'interromproit pas son repos pour ses interêts , le sacrifierat'il aux interêts d'autrui ? Eterniser les
vertus de ses peres , et le souvenir de leurs
travaux il faudroit une noble émulation , la mollesse en a éteint le feu dans
son cœur sa famille se flattoit qu'il seI. Vol. roit
#752 MERCURE DE FRANCE
roit son appui à peine sçait- il qu'il en est
membre.
:
Est- il plus utile à la Société civile ? la
Noblesse doit être comme l'ame de tout
ce corps de citoyens : le goût d'un Seigneur qui gouverneune Province en donne à tous ceux qui l'habitent : les Sciences , les beaux Arts , tout s'anime à sa
vûë , tout prend une forme riante : à sa
place substituer un homme oisif; quel
changement ! tout languit , tout s'endort
avec lui ; non- seulement il ne fait aucun
bien , mais il rend inutile le bien qu'on
avoit fait.
Que peuvent attendre le Prince et l'Etat , d'un homme qui se regarde comme
l'unique centre où doivent aboutir tous
ses sentimens , et toutes ses pensées ? quel
poste important lui confiera- t'on ? Sçaurat'il remettre ou entretenir dans une Province le bon ordre , prévoir et réprimer
les mauxque l'on craint ? quel embarras !
il ne craint d'autre mal que le sacrifice
de son repos. Chargera t'on ses foibles
mains de cette balance redoutable , qui
pese les interêts des hommes ? quel fardeau ! il faut s'en décharger dans une
main étrangere aux dépens de son honneur
et de nos fortunes. Lui confiera- t'on la
conduite des armées ? quel tumulte ! La
II. Vol. Guerre
DECEMBRE. 1732. 1732. 2753
Guerre s'accommoda t'elle jamais avec la
mollesse ? Ainsi l'oisif devient, tout à la
fois la honte de sa famille qu'il dégrade ,
de la Societé qu'il deshonore , de l'Etat
qu'il trahit : mais son portrait n'est encore qu'ébauché , il ne peut être citoyen.
inutile sans devenir citoyen perni
cieux.
>
Seconde Partie.
Dès que le poison de l'oisiveté s'est glis
sé dans un jeune cœur , il en glace toute
l'ardeur , il dérange tous ses ressorts , il
arrête tous ses mouvemens vers le bien
il en fait le theatre de ses passions et le
jouer des passions d'autrui. C'est par là
que l'oisiveté devient funeste aux jeunes
Seigneurs , et ne les rend presque jamais
inutiles qu'elle ne les rende en même
tems pernicieux à l'Etat.
Se refuser au bien , c'est presque tou
jours se livrer au mal. Qu'une Maison , où
ces Heros de la mollesse trouvent accès
est à plaindre que de vices , un seul vice
n'y fera t'il pas entrer ! ces discours ne feront ils point baisser les yeux à la sage
Retenue , à la timide Pudeur ? La Tem
pérance et la Sobrieté seront-elles respectées dans ses repas ? mais surtout , que ne
II.Vol. doin
4754 MERCURE DE FRANCE
doit pas craindre la République en général ?
Semblables à ces Insectes odieux , qui
ne subsistent qu'aux dépens de la république laborieuse des Abeilles , et la troublent sans cesse dans ses travaux utiles
ils vivent délicieusement dans le sein et
aux frais de la Patrie , et se servent souvent de leur aiguillon contre elle. Ils boivent les sucurs des citoyens laborieux , et
s'enyvrent quelquefois de leur sang.
Ce qui doit armer le plus les loix contre l'Oisiveté , c'est qu'elle réunit ce que
les trois autres vices qui entrent en concurrence avec elle ont de plus odieux . Un
jeune oisif qui confie le soin de sa maison
à un perfide Intendant dont il n'éxige
presque aucun compte , ne perd- il pas
souvent plus de biens par sa négligence ,
que le prodigue n'en dissipe par son luxe ? Ne le verra- t- on pas secouer bien-tôt
le joug de la contrainte qui gêne son humeur , et voulant donner à tous la loy ,
ne la recevoir que de son caprice ? L'amour des oisifs pour la vie douce est un
préservatif contre la tentation du duel ;
mais la seule idée que l'on a conçue de
leur peu de courage, n'engagera-t'elle pas
de jeunes Duelistes à les attaquer , ne futII. Vol. ce
DECEMBRE. 1732 2755
ce que pour se faire une réputation aux
dépens de la leur.
L'Orateur conclut à bannir de toutes
charges ceux qui seront convaincus de ce
vice , et à les noter par quelque punition
qui caracterise leur défaut.
EXTRAIT DU IV. DISCOURS.
Contre l'Indépendance.
L'ame du bon gouvernement c'est le
bon ordre ; le bon ordre ne subsiste que
par la subordination. L'Indépendance en
sappe tous les fondemens ; quand elle se
trouve dans les jeunes Seigneurs , 1º elle
les accoûtume à braver l'autorité ; 20 elle
les porte à prétendre mêmeau droit d'impunité.
Premiere Partie.
Pour connoître le danger de l'indépen
dance, il faut voir comment elle se forme
dans la jeune Noblesse , et jusqu'où elle
peut étendre ses progrès contre l'autorité
légitime. La naissance et l'éducation , voilà
ses sources. Comment éleve- t'on les jeunes Seigneurs ? L'or sous lequel ils rampent dans l'enfance éblouit leurs yeux ; le
faste qui les environne enfle leur esprit ;
les plaisirs qu'on leur procure corrom- II. Vol.
B pent
2755 MERCURE DE FRANCE
pent leur cœur : mollesse d'éducation qui
fait les délices de l'enfance , et prépare
les révoltes de la jeunesse.
,
La raison est à peine éclose , qu'ils ferment les yeux à sa lumiere , et les oreilles
à sa voix. Les Maîtres veulent- ils les rap.
peller aux devoirs? les flatteurs les en écartent , et leur apprennent qu'ils sont plus
nés pour commander que pour obéïr ; à
force de donner la loy, on s'habituë à ne la
plus recevoir. Veut-on s'opposer au mal ,
et les confier à des Maîtres plus amis du
devoir que de la fortune ? ils ne plient
que pour se redresser bien- tôt avec plus
de force dès qu'ils en auront la li
berté.
Quel bonheur pour un jeune Indépen
dant , s'il a auprès de lui un Mentor qui
craignant beaucoup moins pour la vie
que pour l'innocence de son Telemaque ,
aime mieux se précipiter avec lui du haut
d'un affreux Rocher , que de le voir se
précipiter dans l'abîme du vice ! Mais
trouve-t'on beaucoup de Gouverneurs de
ce caractere ? Combien flattent leur Eleve dans ses desirs , se mettent de moitié
avec lui pour ses plaisirs ; et devant être
ses maîtres , deviennent ses esclaves ! détestable éducation qui d'un indépendant
fait quelquefois un scelerat.
II. Vol.
L'In-
DECEMBRE.
873202757
L'Indépendance conduit à la révolte ,
l'Eleve intraitable devient fils rebelle ;
combien en a-t'on vû braver l'autorité
paternelle , outrager la Nature , et d'indépendans qu'ils étoient , n'avoir besoin
que de changer de nom pour devenir dénaturés ? Mauvais fils sera- t'il bon sujet ?
peut- on s'en flatter surtout dans un
Royaume électif, où l'on est quelquefois
tenté , de faire avec audace , ' ce qu'on croit
pouvoir faire avec avantage ?
,
La plus florissante République de la
terre , Rome la maîtresse du monde pres- -qu'entier , se vit sur le point d'être saccagée et réduite en cendres. Qui alluma
l'incendie ? une cabale de jeunes factieux ,
conduits par Catilina , et possedés du
démon de l'indépendance. Que de sang
ne fallut- il pas répandre pour éteindre ce
feu ? Autorité domestique et publique
loix divines et humaines , tout est sacrifié
à l'impérieux désir de se rendre indépendant. La loi violée s'arme- t'elle du glaive
pour vanger ces attentats ? Après avoir bravé ses réglemens , ils bravent ses menaces , et s'arrogent le droit d'impunité.
Seconde Partie.
Si l'on en croit les jeunes Seigneurs indépendans , leur jeunesse et leur condi11. Vol.
Bij tion
4758 MERCURE DE FRANCE
tion les mettent à couvert des loix et do
la punition qu'elles prescrivent.
La jeunesse est l'âge où le feu des passions s'allume ; c'est donc aussi le tems.
où l'on doit s'appliquer à l'éteindre. Fautil attendre que l'incendie ait pris des forces et se soit communiqué ? trop de severité , il est vrai , révolte et fait hair le
devoir , mais tropd'indulgence enhardit ,
et fait violer la loi.
- La Noblesse est l'état où les exemples
sont plus contagieux ; mais c'est donc
aussi l'etat où les punitions sont plus
- nécessaires. Les sujets d'un moindre étage regardent ces jeunes Seigneurs autant
comme leurs modéles que comme leurs
maîtres. Un coupable de la sorte impuni
fait un million de coupables dans l'espé
rance de l'impunité.
Aussi Rome et Sparte punissoient- elles
séverement l'indépendance et le mépris
des loix dans les jeunes gens de qualité.
Deux Chevaliers Romains furent autrefois dégradés de leur ordre , et mis au
rang des Plebéïens , pour n'avoir pas assez promptement obéï à un Proconsul.
peu de roture parut alors un excellent
remède contre le vertige de l'indépendance. Comme l'élévation du rang produit les fumées de l'orgueil , l'humilia
Un
tion les dissipe
DECEMBRE. 1732 2750
EXTRAIT DU V. DISCOURS.
Fait par le Prince après les Plaidoyers:
Casimir après avoir entendu les discours
des Parties , fait sentir le fort et le foible
des raisons alleguées , et en ajoute plu
sieurs nouvelles dont le détail seroit long.
Il établit pour principe que le premier
desordre contre lequel doive sévir le Législateur , est celui qui porte un plus
grand préjudice au plus grand nombre des
sujets ; c'est à dire , celui qui est le plus
considérable en lui- même et le plus étendu
dans ses suites. Sur ce principe il éxamine
les quatres desordres proposez , et les balance long-tems par une infinité de preu
ves que nous sommes fâchez d'omettre
mais que ne nous permet pas la brièveté
que nous nous sommes prescrite dans les
extraits. Il résulte de cet examen que les
jeunes Seigneurs independans sont les
plus coupables , sur tout parce qu'ils violent la loi fondamentale de l'ordre politique, c'est- à- dire l'obéïssance et la soumission : et nous pouvons , dit le Juge , espe- rer de mettre un frein à l'amour des folles
dépenses , à la manie du faux point-d'hon- neur , à l'indolence et à l'oisiveté des faineans par de bons et salutaires Edits : mais
II. Vol. Biij pour
260 MERCURE DE FRANCE
2
,
cepenpour l'indépendant , si son caprice le porte à être dissipateur , dueliste , et indolent de profession , en vertu de son systeme et de ses principes d'indépendance , il
se maintiendra en possession de ces trois
desordres , et ses maximes favorites nous
répondent par avance qu'il comptera pour
rien la loi que nous allons porter contre
lui et contre ses consorts. Portons - la
dant cette loi , &c.
Là- dessus le Prince prononce , 1° contre
l'Indépendance , 2 ° contre l'Oisiveté , 3 ° .
contre le Duel , 4° contre le Luxe , et il
rend raison de l'ordre qu'il observe en ce
Jugement. Ensuite il porte differentes loix
qu'il croit les plus propres à remedier à
chaque desordre , et telles à peu près qu'Athenes en porta contre l'Indépendance ,
Lacedemone contre l'Oisiveté , Rome
contre le Luxe , et la France avec une partie de l'Europe contre le Duel.
Enfin M. d'Aligre qui avoit été complimenté par M. le Pelletier de Rosambo sur
la noblesse et la dignité avec laquelle il
avoit présidé à ce Jugement , le felicita à
son tour de la finesse et de la délicatesse
d'esprit qui avoit éclaté dans son discours ;
il fit aussi compliment à M. de Bussy sur
son éloquence et sur son talent à parler
en public; à M. Petit, sur son beau feu
II. Vol. d'imagina
DECEMBRE. 1732. 2761
d'imagination ; à M. de Verac sur l'élegance de son Plaidoyer et les graces de sa prononciation . L'illustre Assemblée souscrivit sans peine à la justice de ces éloges.
Fermer
Résumé : EXTRAIT des Plaidoyers prononcez au College de Louis le Grand.
Le texte relate un plaidoyer prononcé au Collège de Louis le Grand, où les élèves de rhétorique abordent des sujets destinés à former l'esprit et le cœur de la jeune noblesse. Le sujet choisi est la délibération concernant la jeune noblesse d'un État, inspirée par le prince Casimir de Pologne. Indigné par les désordres parmi la noblesse, Casimir demande à son père, le roi Casimir III, d'établir une commission pour réprimer ces excès. Le roi nomme des seigneurs pour discuter des problèmes et proposer des lois. Les quatre principaux désordres identifiés sont le luxe, le duel, l'oisiveté et l'indépendance des jeunes seigneurs. Chaque orateur argue que son désordre mérite la plus grande attention et sévérité. Casimir dresse ensuite les articles de la loi, décide de l'ordre d'exécution et règle le rang des commissaires dans le Conseil d'État. Dans le premier discours, contre le luxe, l'orateur réfute les prétextes des partisans du luxe, affirmant que celui-ci ruine les grandes maisons et épuise les ressources de la nation. Il souligne que le luxe empêche la jeune noblesse de soutenir son rang et est préjudiciable à l'État. Le luxe est décrit comme une injustice criante contre les droits du prince, des créanciers, des enfants et de la nation entière. Dans le deuxième discours, contre le duel, l'orateur démontre que le duel déshonore plus qu'il n'honore et que l'État y perd plus qu'il n'y gagne. Il critique les motivations des duels, souvent basées sur la fureur et la petitesse d'esprit, et non sur le véritable courage. Le duel est comparé à une forme de guerre civile et est jugé impie et insensé. L'orateur conclut en appelant à la répression sévère de ces désordres pour le bien public. Le texte aborde également l'oisiveté, décrite comme la source de nombreux autres vices. Un homme oisif est inutile à la République et devient rapidement pernicieux. L'oisiveté est comparée à un poison qui glace l'ardeur des jeunes cœurs et les rend funestes à l'État. Les oisifs vivent aux dépens de la patrie et troublent les travaux utiles des citoyens laborieux. L'indépendance est également critiquée. Elle s'enracine dans une éducation malsaine qui enseigne aux jeunes nobles à commander plutôt qu'à obéir. Cette indépendance conduit à la révolte et au mépris des lois. Les jeunes indépendants se croient au-dessus des lois et des punitions. Le texte cite l'exemple de la République romaine, où l'indépendance a failli la détruire. Les punitions sévères sont nécessaires pour dissuader les jeunes nobles de leur comportement rebelle. Enfin, le texte mentionne un discours du Prince qui examine quatre désordres : l'indépendance, l'oisiveté, le duel et le luxe. Il conclut que les jeunes seigneurs indépendants sont les plus coupables car ils violent la loi fondamentale de l'ordre politique, l'obéissance et la soumission. Le Prince prononce des lois contre ces quatre maux, en commençant par l'indépendance. Le document mentionne également des compliments échangés lors d'un jugement. M. d'Aligre a été félicité pour la noblesse et la dignité avec lesquelles il a présidé au jugement. Il a ensuite complimenté plusieurs personnes pour leurs talents respectifs. L'assemblée a approuvé ces éloges.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
205
p. 162-167
FRANCE, Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le premier de ce mois, le Roi et la Reine, Monseigneur le Dauphin, [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Duc, Comte, Mort, Prince, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FRANCE, Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
FKA C*E,' 5 '
Nouvelle: de la Çour , de Iari: , Ü‘? u
E premier (le ce mais»; le Roi 9€ l3
Reine , Monseigneur-lçwlÿauplgin ,
(Monseigneur le Duc d’Anjou, et Mes
a-’ 4 4
v JANVIER. 1733." p13,
flamçs de France , reçûren: les comph
Qmens sur la nouvelle année , des Princes
Let Princesses du Sang , des Seigneurs et.
Dames de la- Cour , et les respects du
‘Corps de Ville , &c. Après quoi le Roi
actompagnê du Duc d’OrIear_1s , du Duc
deiiîourbon , du Comte deîixaroiois, dû
Comte de Clvrmonr, du Duc du Màine;
du Comte d’Eu ,. du Comte- de. Toulou
ze , et des Chëvaiicrs , Conæmandeurs et
Officiers des Ordres qui ÿêtoienr assem
blez dans le Cabinet de S. M. se rendit à
la‘. Chrpeilz‘ du Château de VzrsailleæLe
Prince de Conry en Hxbit de, Novice
marchoiriimmédiatezwientaprès les grancls
‘Officiers a et le Cardinal de Poligziac, en
- Chape de Cardinai, (‘ierriere S. M. Le
Roi devangqui les deux Huissiers de
'11 Chambre portoient leurs Masses , êroit
Lcn Manteau , le Collier de POrdre _pu‘
‘d'ami; ; àinsi ‘Êquéïcs Chevaliers. Le Roi
étant entré dans la Chapcile , on ‘com‘
gnrnçq ‘le Kent‘ Cramer’. après l; uel le
ÇgÇarAinaI de Polignacÿ qui avoit r'-te nom
Commahndçu; çlePOrdrc dès le :6
Mai :1728. prêta Serment, et fut reçû ‘par
_S. M.‘ Le lggjiliîînrenäifit ‘qnsuiteiia Grand‘:
‘Massé qui fut‘ ‘célebrêe par îjïAbbë B595.
En , Cbapelaîn ordinaire de "Ïâfïiaîâeîfe
ÿï. èäwxnu.:.-.«f52h3a5és....getH,.vai.M319_ i Pæuèe‘
I
1E4 MERCURE m; FIRTANCE
Après la Messe , le Roi donna le Collier.‘ i
tic POrdre au Prince de Conty s après
Quoi S. M. fut reconduite dans son Ap-p
partement avec les cerémonies accoûtu
_mées. La Reine , accompagnée des Dames
de sa Cour , entendit la même Messe dan:
"sa Tribune. '
(
' Le Roia donné au Prince de Conti , le
3
' ‘Régiment de Cavalerie, vacant par là,
mort du Duc dïflincour.
i‘ Le r2 de ce mois, PEvêque Comte de
Noyon , et le Duc de Rufiec , Pairs de
France , prirent séance au Parlement avec,
‘les cerémonies accoûtumées.
Le 26. de ce mois, Plîvëque de Vencb
Îfut élû à l’Académie Françoise, à la pla
‘ ce vacante par la mort de. l’Evêq_ue d”:
_Metz-. - v '
Le Chapitre de ‘PEglTse Métropolitaine
fêtant assemblé le gode ce mois , élut
PAbbé (PI-larcourt , Chanoine de la m6‘
‘me Fglise, pour remplir laDignirê de
_Doyen,.vàcante par la mort de Pflbbb
Zde‘JG4on3t1a;.u‘ldte.s; nxoisjM_ . Rat; Rec. teït.
. -
_ .,
à JANVIER. ‘:733’. r83
“de PUnivci-sité,’ accompagnéides Doyen;
des Faculrez ct ‘des Procurcurs des Nat
ftions , aHa à Marly, où il! eut Phonneur
‘suivant Pancicn usage , de présentez; un
Cierge au Roy et à. Ia Reine. ‘ ’
Le lendemain, Te Pcre Vicäire Gcncê
‘ral d'es Religieux de la Mercy , accom’.
‘ Pagnê de troisRcÏigicux du Convent‘
‘du Marais,‘ eut aussi Phdnneur dé pré.
jsentcr un Cicrge à l'a Reine, pour sa"
‘tisfnire ä une des conditions de leur‘
établissement ,_ fait àParis en 16:5. par‘
la Reine Marie de Médicis‘. ' ' x
"hic premier Janvier i1 y eut à Vëfäaifè
Te Concert dçs Vingr-quartè pendant R:
dîner du Roi chez la Reine; on y éxécuü
ta une suite d’Airs d’e Fa composition Je
‘M. Uestoucfies , Sur-intendant de la Mu-g‘
' ‘sîquc du Roi en Semestre.
.. .3
jee} çfie Ÿsil‘ y eut Concert chez Fa
‘Rëïn. LoîfïïôñvçhÿhtàicPïoibgùc et les
‘kuaïiâïÿnäyêëâficîu’ Ballet "des Elemm: ',.
1 Un: lès principaux Rôles furent chantez:
‘par les Dflîs Antier , Cburvasicr et Leu-s
net , Ct par les Srs dflkngerville , Petitq
(otgt Guedon. _ _ ' _
"Î I6 r": et l5: i4 , dàns Ieïsaïon de lazRèei-l
Proiéguç crfcs trois premiers AC
.- - u _ .,
166 M ERCURE DE FRANCE
.tes de Thesée à les ÿdeux derniers furent
‘continuez à Marly le i7. Les Rôles de
.Medc'e et (Tlîglé , furent chantez par les
Dlles Duhamel et Courvasier , et les Srs
'd'A’ngerville et Petitrot firent ceux d'5
gée et de Thesée.
, Le x9‘, laeReine entendit le Prologue
et le premier Acte cPAmadi: d: Grâce ,
qu’en continua le 241 et le a4.
_ Le 2.6 , le Prologue ‘et le premier Acte
de Semimmi; , qu'on continua le 2.8 et le
«.3: , et APexêcution fit beaucoup de
plaisir. _
Le 29 Janvier Iesgïhé-arres ayant été
fermez à l'occasion du‘ Service qui fut fait
fi Notre- Dame pour le»feu Roi de Sar
fldaigne Ÿictor-Amedîe ,il y eut Concert
I _S_pi,ritu_el au Château des Thuiileries , on
‘y chanta un "Moter à grand Choeur de
_M. de la Lande , Bmti 0mm! ,qu’on n’a
voit pas encore éxecutéfl et qiiiufiir trèî
goûtez; après plusieurs Pièces d; simphoa
înie ,3 joüÔes parles SrszBlaver érleiçlerc...
‘le. Concert fur :41: de M. de ltaerLmainndé:epa{rplreê,c1e2d;‘e d'une
' excellente Piece de simphonie, et d’u_n
Carillon fu nebre. p
q Le a 4.:Janvlgt_ j la Irortèlrziegde
‘essais. si“. jladsâ e étëÿliiîgfiëleiläàægïä:
, J A NVîî E R. 1753. "r61
Ù
boursement des Actions , fut tirée en la.
‘maniere accoûtumêe , à PHôtel de la
Compagnie. La Liste des Numeros ga;
gitans des Actions ettdixiêmes d'Actions
qui doivent être remboursées , a été ren
due‘ publique , faisant en tout le nombre
de 314 Actions.
Nouvelle: de la Çour , de Iari: , Ü‘? u
E premier (le ce mais»; le Roi 9€ l3
Reine , Monseigneur-lçwlÿauplgin ,
(Monseigneur le Duc d’Anjou, et Mes
a-’ 4 4
v JANVIER. 1733." p13,
flamçs de France , reçûren: les comph
Qmens sur la nouvelle année , des Princes
Let Princesses du Sang , des Seigneurs et.
Dames de la- Cour , et les respects du
‘Corps de Ville , &c. Après quoi le Roi
actompagnê du Duc d’OrIear_1s , du Duc
deiiîourbon , du Comte deîixaroiois, dû
Comte de Clvrmonr, du Duc du Màine;
du Comte d’Eu ,. du Comte- de. Toulou
ze , et des Chëvaiicrs , Conæmandeurs et
Officiers des Ordres qui ÿêtoienr assem
blez dans le Cabinet de S. M. se rendit à
la‘. Chrpeilz‘ du Château de VzrsailleæLe
Prince de Conry en Hxbit de, Novice
marchoiriimmédiatezwientaprès les grancls
‘Officiers a et le Cardinal de Poligziac, en
- Chape de Cardinai, (‘ierriere S. M. Le
Roi devangqui les deux Huissiers de
'11 Chambre portoient leurs Masses , êroit
Lcn Manteau , le Collier de POrdre _pu‘
‘d'ami; ; àinsi ‘Êquéïcs Chevaliers. Le Roi
étant entré dans la Chapcile , on ‘com‘
gnrnçq ‘le Kent‘ Cramer’. après l; uel le
ÇgÇarAinaI de Polignacÿ qui avoit r'-te nom
Commahndçu; çlePOrdrc dès le :6
Mai :1728. prêta Serment, et fut reçû ‘par
_S. M.‘ Le lggjiliîînrenäifit ‘qnsuiteiia Grand‘:
‘Massé qui fut‘ ‘célebrêe par îjïAbbë B595.
En , Cbapelaîn ordinaire de "Ïâfïiaîâeîfe
ÿï. èäwxnu.:.-.«f52h3a5és....getH,.vai.M319_ i Pæuèe‘
I
1E4 MERCURE m; FIRTANCE
Après la Messe , le Roi donna le Collier.‘ i
tic POrdre au Prince de Conty s après
Quoi S. M. fut reconduite dans son Ap-p
partement avec les cerémonies accoûtu
_mées. La Reine , accompagnée des Dames
de sa Cour , entendit la même Messe dan:
"sa Tribune. '
(
' Le Roia donné au Prince de Conti , le
3
' ‘Régiment de Cavalerie, vacant par là,
mort du Duc dïflincour.
i‘ Le r2 de ce mois, PEvêque Comte de
Noyon , et le Duc de Rufiec , Pairs de
France , prirent séance au Parlement avec,
‘les cerémonies accoûtumées.
Le 26. de ce mois, Plîvëque de Vencb
Îfut élû à l’Académie Françoise, à la pla
‘ ce vacante par la mort de. l’Evêq_ue d”:
_Metz-. - v '
Le Chapitre de ‘PEglTse Métropolitaine
fêtant assemblé le gode ce mois , élut
PAbbé (PI-larcourt , Chanoine de la m6‘
‘me Fglise, pour remplir laDignirê de
_Doyen,.vàcante par la mort de Pflbbb
Zde‘JG4on3t1a;.u‘ldte.s; nxoisjM_ . Rat; Rec. teït.
. -
_ .,
à JANVIER. ‘:733’. r83
“de PUnivci-sité,’ accompagnéides Doyen;
des Faculrez ct ‘des Procurcurs des Nat
ftions , aHa à Marly, où il! eut Phonneur
‘suivant Pancicn usage , de présentez; un
Cierge au Roy et à. Ia Reine. ‘ ’
Le lendemain, Te Pcre Vicäire Gcncê
‘ral d'es Religieux de la Mercy , accom’.
‘ Pagnê de troisRcÏigicux du Convent‘
‘du Marais,‘ eut aussi Phdnneur dé pré.
jsentcr un Cicrge à l'a Reine, pour sa"
‘tisfnire ä une des conditions de leur‘
établissement ,_ fait àParis en 16:5. par‘
la Reine Marie de Médicis‘. ' ' x
"hic premier Janvier i1 y eut à Vëfäaifè
Te Concert dçs Vingr-quartè pendant R:
dîner du Roi chez la Reine; on y éxécuü
ta une suite d’Airs d’e Fa composition Je
‘M. Uestoucfies , Sur-intendant de la Mu-g‘
' ‘sîquc du Roi en Semestre.
.. .3
jee} çfie Ÿsil‘ y eut Concert chez Fa
‘Rëïn. LoîfïïôñvçhÿhtàicPïoibgùc et les
‘kuaïiâïÿnäyêëâficîu’ Ballet "des Elemm: ',.
1 Un: lès principaux Rôles furent chantez:
‘par les Dflîs Antier , Cburvasicr et Leu-s
net , Ct par les Srs dflkngerville , Petitq
(otgt Guedon. _ _ ' _
"Î I6 r": et l5: i4 , dàns Ieïsaïon de lazRèei-l
Proiéguç crfcs trois premiers AC
.- - u _ .,
166 M ERCURE DE FRANCE
.tes de Thesée à les ÿdeux derniers furent
‘continuez à Marly le i7. Les Rôles de
.Medc'e et (Tlîglé , furent chantez par les
Dlles Duhamel et Courvasier , et les Srs
'd'A’ngerville et Petitrot firent ceux d'5
gée et de Thesée.
, Le x9‘, laeReine entendit le Prologue
et le premier Acte cPAmadi: d: Grâce ,
qu’en continua le 241 et le a4.
_ Le 2.6 , le Prologue ‘et le premier Acte
de Semimmi; , qu'on continua le 2.8 et le
«.3: , et APexêcution fit beaucoup de
plaisir. _
Le 29 Janvier Iesgïhé-arres ayant été
fermez à l'occasion du‘ Service qui fut fait
fi Notre- Dame pour le»feu Roi de Sar
fldaigne Ÿictor-Amedîe ,il y eut Concert
I _S_pi,ritu_el au Château des Thuiileries , on
‘y chanta un "Moter à grand Choeur de
_M. de la Lande , Bmti 0mm! ,qu’on n’a
voit pas encore éxecutéfl et qiiiufiir trèî
goûtez; après plusieurs Pièces d; simphoa
înie ,3 joüÔes parles SrszBlaver érleiçlerc...
‘le. Concert fur :41: de M. de ltaerLmainndé:epa{rplreê,c1e2d;‘e d'une
' excellente Piece de simphonie, et d’u_n
Carillon fu nebre. p
q Le a 4.:Janvlgt_ j la Irortèlrziegde
‘essais. si“. jladsâ e étëÿliiîgfiëleiläàægïä:
, J A NVîî E R. 1753. "r61
Ù
boursement des Actions , fut tirée en la.
‘maniere accoûtumêe , à PHôtel de la
Compagnie. La Liste des Numeros ga;
gitans des Actions ettdixiêmes d'Actions
qui doivent être remboursées , a été ren
due‘ publique , faisant en tout le nombre
de 314 Actions.
Fermer
Résumé : FRANCE, Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En janvier 1733, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour de France. Le 1er janvier, le Roi, la Reine, ainsi que divers princes et princesses du sang reçurent les vœux de la nouvelle année. Le Roi, accompagné de plusieurs ducs et comtes, assista à une messe célébrée par l'abbé Bossu à la chapelle du Château de Versailles. Le Cardinal de Polignac, nommé commandeur de l'Ordre en mai 1728, prêta serment. Après la messe, le Roi remit le Collier de l'Ordre au Prince de Conti, qui reçut également le 3e Régiment de Cavalerie. Le 12 janvier, l'évêque comte de Noyon et le duc de Ruffec prirent séance au Parlement. Le 26 janvier, l'évêque de Vence fut élu à l'Académie Française, et l'abbé Pilharcourt fut élu doyen du chapitre de l'Église métropolitaine. Le 1er janvier, un concert des Vingt-quatre Violons eut lieu pendant le dîner du Roi chez la Reine, interprétant des airs composés par M. Le Boucher, surintendant de la musique du Roi. Divers concerts et représentations théâtrales se déroulèrent à Marly et aux Tuileries, incluant des œuvres comme 'Les Éléments' et 'Sémiramis'. Le 29 janvier, un concert spirituel fut donné aux Tuileries en mémoire du roi de Sardaigne Victor-Amédée. Enfin, le 31 janvier, la loterie des essais fut tirée à l'Hôtel de la Compagnie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
206
p. 230-246
REPLIQUE à la Lettre de M. L. B. d'Auxerre, inserée dans le Mercure du mois d'Août dernier, au sujet d'une Inscription.
Début :
Je ne m'attendois à rien moins qu'à rentrer en dispute avec M. L. B. au [...]
Mots clefs :
Alexandre, Ovinius, Lampride, Prince, Guerre, Association, Sévère, Allemands, Sarmates, Médailles, Auguste, Soldats, Empereur, Circonstances, Particule vel, Inscription
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPLIQUE à la Lettre de M. L. B. d'Auxerre, inserée dans le Mercure du mois d'Août dernier, au sujet d'une Inscription.
REPLIQUE à la Lettre de M. L. B.
d'Auxerre , inserée dans le Mercure du
mois d'Août dernier , au sujet d'une Inscription
.
J
E ne m'attendois à rien moins qu'à
rentrer en dispute avec M. L. B. au
sujet de l'Inscription d'Auxerre , et je
croïois notre différend enticrement terminé,
quand la Lettre qu'il vient de don-
-ner dans le Mercure du mois d'Août , m'a
fait connoître que son silence n'étoit que
pour mieux préparer ses armes , et pour
me combattre avec plus d'avantage . En
effet cette Lettre est bien differente des
deux autres ; la premiere n'étoit qu'un
impromptu du lendemain , même de la découverte
du Monument, et M. L.B.avoit
écrit la seconde , avant que d'avoir eu le
loisir de feuilleter les immenses Recueils
d'Inscriptions ; c'est - à - dire , qu'il avoit
alors négligé les autoritez , qui sur une
pareille matiere , peuvent servir à mettre la
vérité
FEVRIER. * 1733 . 231
*
vérité dans un plus grand jour ; mais aujourd'hui
c'est après un intervale considerable
, et depuis une lecture attentive de
Lampride , que mon adversaire reparoit
sur les rangs , et comment y paroît - il encore
; appuyé d'un suffrage glorieux et
puissant. Pour le coup , peu s'en est fallu
que M.L.B.n'ait réussi. Pénétré , comme
je le suis , d'un respect infini et
infini et légitime
pour l'Illustre Magistrat à qui il addresse
sa Lettre et dont il emprunte du
secours , j'ai craint long - temps de combattre
des sentimens que je dois respecter
, et j'aurois toujours gardé le silence , si
je n'avois fait réfléxion depuis, que la part
que ce grand homme semble prendre dans
notre dispute , n'est qu'un jeu de sa part,
pour la faire durer plus long temps et s'en
divertir. C'est donc à M. L. B. seul que je
réponds icy, et tout ce que je dirai ne regarde
que lui uniquement.
Pour entrer en matiere , je commence
par examiner l'autorité de Lampride. J'ai
dit dans mes deux Mémoires , en rapportant
les sentimens de Casaubon , de
Saumaise et de M. de Tillemont , sur les
Auteurs de l'Histoire Auguste dont Lampride
est du nombre. J'ai écrit , dis- je , et
* Monsieur Boubier , Président au Parlement
de Dijon.
B vj
M.
232 MERCURE DE FRANCE
.
J
>
M.L. B. en convient en partie , que ce
Recueil étoit l'Ouvrage d'un Compilateur
demi Sçavant , qui avoit écrit sans choix ,
sans ordre , et mêlé ensemble les Narrations
des Autcurs , dont son Receuil porte le nom.
Est-il extraordinaire que j'en aye conclu
qu'on étoit toujours en droit de révoquer en
doute ce que ces Auteurs avancent quand il
ne se trouve pas confirmé d'ailleurs, du moins
pour le fonds. Il a plu à ML. B. en rappertant
ces paroles, de supprimer les derniers
mots : Du moins pour le fonds ; et ce
retranchement a donné à ma pensée une
étenduë que je n'ai jamais songé à lui
donner, et qui la rend vicieuse . M² L. B.
en a profité , et il a fait valoir cet avantage
autant qu'il a pû , mais en rétablissant
la proposition dans les termes où je
l'ai exprimée , a-t il tant de sujet de s'écrier
et de la trouver si extraordinaire ?
N'est -elle pas plutôt une conséquence
juste et mesurée qui naît d'elle- même de
l'opinion désavantageuse qu'ont eu de
l'Histoire Auguste les grands Hommes
sur lesquels je me suis réglé . Je n'ai pas
prétendu dire , au reste , qu'il fut nécessaire
que les faits alléguez dans cette Histoire
se trouvassent nommément exprimez
ailleurs;c'est assez pour y ajouter foy,
qu'on les y trouve d'une maniere implicite
FEVRIER. 1733. 233
plicite et générale , et ce sentiment n'a
rien que de naturel . Pour développer ceci
davantage , je lis dans Lampride que
Martianus conspira contre Alexandre , et
qu'Ovinius voulut se faire Empereur ; (car
pour le dire en passant , et comme je le
montrerai plus bas , il s'en faut beaucoup
que je croye Ovinius un personnage.fabuleux:
c'est son association seule que j'attaque.
) Ces faits , dis - je , n'ont rien qui
m'empêche de les croire , après avoir lû
dans les Auteurs contemporains que pendant
le Regne d'Alexandre il y eut plusieurs
séditions contre ce Prince. Multa
seditionesfacte sunt à multis . Dion. J'ai même
en quelque maniere obligation à Lampride
de m'apprendre le nom de ces
Chefs de Revolte , et de me les faire
Gonnoître. Mais aussi quand je lis dans le
même Lampride qu'Alexandre , loin de
punir Ovinius , associe ce Sénateur à son
pouvoir , et que les autres Auteurs , au
contraire , m'assurent que ce Prince scut
punir ceux qui oserent s'élever contre
lui. Supplicioque affecti funt. Herod. J'ai
alors raison de douter de l'autorité de
Lampride.
Pour faire connoître plus particulierement
cet Auteur , il est necessaire de remarquer
quelques - uns de ses deffauts ; et
sans
234 MERCURE DE FRANCE
-
sans le suivre dans toutes les Vies des Em
pereurs qui portent son nom , je ne m'attacherai
qu'à celle d'Alexandre . A peine
Lampride sçait il le nom de la Mere de
ce Prince , et ce n'est qu'en doutant
qu'il l'appelle Mammée . Alexander igitur
cui Mammea mater fuit , nam et ita dicitur
à plerisque. Peut - on dire qu'Encolpius et
les autres Courtisans d'Alexandre , dont
Lampride avoit les Memoires devant les
yeux ignorassent le nom de cette Princesse
ou pourquoi Lampride ne suit - il
plus icy ses originaux ? c'est à Mr L. B. à
nous l'apprendre . Selon le même Auteur
, Alexandre fut le seul qui cassa des
Légions entieres : Si quidem solus inventus
sit , qui tumultuan er legiones exautoraverit.
Qui voudroit l'en croire sur sa pa
role; se trouveroit bien embarassé en isant
Suerone. Cet Auteur nous marque
expressément que Jules Cesar dans la
Guerre contre Pompée , cassa auprès de
Plaisance , la neuviéme Légion qui s'étoit
révoltée. Et nonam quidem Legionem apud
Placentiam cum ignominia missam fecit 69 .
Qu'Auguste en fit autant à la dixiéme.
Decimam Legion.m contumacius parentem
cum ignominia dimisit. 24. Enfin , que
Galba ôta non- seulement les Aigles aux
Classiaires , dont Néron avoit composé
•
แล
FEVRIER. 1733. 235
un Corps de Troupes réglées , et les obligea
de rentrer dans leurs premieres fonctions
, mais même sur ce qu'ils se plaignoient
avec trop de hauteur , qu'il les
décima , fed decimavit etiam. 12. Lampride
nous dit encore qu'Alexandre , à l'imitation
d'Adrien , eut la pensée de faire
adorer J. C. dans l'Empire . Christo Templum
voluit eumque inter Divos recipere
quod et Adrianus ; et cependant Tertullien
qui vivoit sous Sévere , et qui par
conséquent étoit beaucoup moins éloigné
d'Adrien , que Lampride , nous dit au
contraire , que ce fut Tibere qui conçut
ce dessein : Tiberius ergo annunciatum sibi
ex Syria Palestina , que illius ( J. C. ) Divinitatis
revelara , detulit ad Senatum cum
prerogativa suffragii sui. Mais que dire de
la maniere dont Aléxandre parle de Caracalle
dans son Remerciment au Sénat ?
Ce Prince , comme on le verra plus bas,
se disoit fils de ce dernier Empereur ; et
cependant il le blame publiquement d'avoir
affecté , en prenant le nom d'Antonin
, un titre qui ne lui convenoit pas :
Affecratum in Bassiano . Est-ce là ce fils si
respectueux pour ceux qui lui avoient
donné le jour ? Enfin rien n'est plus plaisant
que de voir parmi les Conseillers
que Lampride donne à ce Prince , des
Per
236 MERCURE DE FRANCE
•
Personnes mortes long - temps auparavant
, tels que Pomponius , Alphenus et
d'autres , ce qui a été remarqué par Cujas
, lib. 7.Observ .
Je pourrois remarquer une infinité de
traits pareils , mais en voilà assez sur ce
sujet , et pour autoriser ce que j'ai dit . Je
viens à l'association d'Ovinius pour en faire
connoître la supposition ; j'ai dit , après
Mr de Tillemont , qu'il s'y trouvoit des
circonstances qui paroissent tenir de la Fable.
L'objection a paruë pressante à M' L.
B. il étoit naturel de s'en débarasser ; mais
je ne sçais s'il y a bien réussi , en disant
que ces circonstances tiennent seulement
du Comique, et que des circonstances pour être
Comiques , n'empêchent point le fonds de l'évenement
d'être réel. C'est ce que je nie dans
un fait de l'importance de celui que nous
examinons. En voici la preuve : Selon M²
L. B. Ovinius avoit été choisi par les
Prétoriens , et il en étoit aimé , puisque
ce fut cet amour qu'ils lui portoient qui
causa sa mort dans la suite . Aléxandre
qui redoutoit leur Puissance , entre dans
leurs vûës , associe Ovinius à l'Empire ,
mais seulement en apparence et pour
montrer à ces Troupes que le sujet qu'ils
avoient choisi pour lui opposer , n'étoit
pas digne du où ils le vouloient fai- rang
re
FEVRIER. 1733 . 237
rc monter . Mais , dira-t- on à Mr L. B. la
politique d'Alexandre se dément bien- tôts
car enfin cet air Comique dans les circonstances
de cette association auroit bientôt
ouvert les yeux aux Soldats , ils auroient
pénétré le dessein d'Alexandre , et
ce Prince par là se seroit trouvé dans le
danger qu'il vouloit éviter. L'exemple de
Septime Sévére qu'il allégue , est bien different.
Lorsque ce Prince , pour mieux combattre
Pescennius , amusa Albin , en le
déclarant César. Albin étoit alors à la tête
des armées d'Angletere, et prêt à prendre
la Pourpre. Il falloit prendre le parti de
la dissimulation , ou se résoudre à avoir
deux Concurrens sur les bras. Il n'y a rien
outre cela de Comique dans sa conduite
dont il trouvoit un modele dans Auguste
par la maniere dont il en avoit agi avec
Lépide. Selon le récit de Lamptide Ovinius
est sans Soldats , sans Troupes reglées
; à peine commence- t- il à se former
un parti pour s'élever au Trône . Quoiqu'en
veuille dire M L.B.rien ne pouvoit
forcer Alexandre d'avoir pour ce Sénateur
et ses Complices , un ménagement si rafiné
et si dangereux. Je ne sçai si je njaimerois
pas presqu'autant l'explication qu'Erasme
a donnée à cette action d'Aléxandre
238 MERCURE DE FRANCE.
dre dans ses Apothegmes , lib. 6. Selon
lui, Alexandre tout plein de bonté et tout
Philosophe , voulut corriger l'ambition
d'Ovinius ; il ne l'engagea à venir à l'Armée
avec lui que pour lui faire connoître
que la condition qu'il ambitionnoit tant ,
étoit plus remplie de peines et de travaux
qu'il ne se l'étoit imaginé. Sic illi commostravit
quod essetgerere imperium. Ce qu'il
y a de plaisant dans cette explication d'Erasme
, c'est qu'elle se trouve authorisée
par Lampride , qui nous dit qu'Aléxandre
remercia Ovinius de vouloir bien se
charger volontairement d'un fardeau aussi
pesant que celui de gouverner la République.
Eiqué gratias egit quod curam
Reip. sponte reciperet.
Pour seconde preuve contre l'association
d'Ovinius ; j'ai dit , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'Alexandre eut voulu
se livrer entierement entre ses mains ,
en lui offrant le commandement des
Troupes qu'il envoyoit contre les Barba
res , et M² L. B. avouë que ç'auroit été le
comble de l'imprudence. Aussi pour parer
cette objection , qui peut passer comme
le centre de toutes les autres , Mr L. B. a
pris le parti d'expliquer le Texte de Lampride
, autrement que tous ceux qui l'ont
traduit jusques icy . Voicy le Passage Latin:
Et
FEVRIER. 1732 . 239
Et cum expeditio Barbarica esset nuntiata ,
vel ipsum , si vellet , ire , vel ut secum proficisceretur
, hortatus est.
Mr L. B. prétend que dans ce Passage
la particule vel est mise pour et , et que
par conséquent ,au lieu d'entendre qu'Aléxandre
offrit à Ovinius de le mener à la
Guerre , s'il n'aimoit mieux y aller seul . Il
faut traduire qu'Alexandre invita Ovinius
à aller à la Guerre contre les Barbares , et
même à faire le voyage avec lui. Je sçais
que la particule vel n'est pas toujours disjonctive
, qu'elle est copulative quelquefois
; mais je sçais bien aussi que c'est
quand la Phrase le détermine, et que sans
cela on ne peut l'expliquer raisonnablement.
Quel est donc le sens le plus naturel
, et qui se présente le premier à l'esprit
dans ce Passage de Lampride. Est - ce
celui qu'y trouve Mr L. B. ou celui dans
lequel l'ont entendu tous les autres Traducteurs?
Je laisse cela à décider au Lecteur
, mais j'ose assurer que l'explication
de M' L. B. est forcée , et que la particule
vel , comme il l'entend , devient dans
la phrase un véritable Pleonasme , et n'est
plus qu'une répétition vicieuse. C'est un
grand principe et que Mr L B. doit encore
mieux sçavoir que moi , de ne point
cher126
MERCURE DE FRANCE
chercher un sens éloigné et difficile , quand
il s'en offre un simple et naturel .
Pour affermir davantage l'association,
d'Ovinius ,Mr L.B s'étend fort au long sur
le temps de cette association . Mais tout ce
qu'il dit icy ne me regarde nullement.
Je nie le fait , il ne m'importe pas en
quel temps il aa pu arriver. J'ai dit seulement
que ce n'avoit pû être dans une
Guerre contre les Allemans , comme M²
L. B. l'avoit avancé ; il a été obligé d'en
convenir, et de dire qu'il n'avoit erré que
pour avoir voulu isuivre M de Tillemont
; mais comme il donne une autre
Epoque à cette association ,
il me permettra
de l'examiner.
Lampride écrit qu'Alexandre étant à
Antioche , trouva ses Troupes dans un
grand relâchement , qu'ayant fait arrêter
les Auteurs de ce désordre , les Soldats se
mutinerent et s'éleverent tumultueusement
contre lui ; que là- dessus ce Prince
leur dit que ce n'étoit point contre leur
Souverain que leurs Chefs leur avoient enseigné
à faire usage de leurs voix ; mais
contre les Sarmates , les Allemans , les
Perses. M' L. B. saisit le Passage et met
l'association d'Ovinius dans une Guerre
qu'il prétend qu'Alexandre eut contre les
SarFEVRIER.
1733. 241
Sarmates , et qu'il place dans l'ordre où
ces Peuples sont nommez , et dans les six
premieres années du Regne d'Alexandre.
J'avoue mon peu de pénétration , je no
vois rien- icy qui prouve qu'Aléxandre ait
eu Guerre contre les Sarmates , et voicy
sur quoi je me fonde.
Si dans la derniere Guerre d'Espagne
l'âge du Roy avoit permis à ce Prince de
se trouver à la tête de ses Troupes, et que
sur le point de quelque Action , il les eut
fait souvenir de la valeur qu'elles avoient
fait paroître contre les Allemans, les Anglois
, les Hollandois ; en concluroit - on
que ce Prince auroit cu alors quelques
Guerres contre ces Peuples ? Non , sans
doute , et l'on doit raisonner de la même
maniere , sur la Harangue d'Alexandre .
Cet Empereur alors marchoit en Perse ,
comme Lampride le dit lui- même ; et
jusqu'à cette Guerre, son Regne avoit été
paisible du côté des Etrangers. Igitur cum
ad hunc modum * septem annos quod quidem
ad se attineret, sine querela cùjusquam Imperium
gubernasset, ecce tibi octavo anno , & c.
Car il paroît par toutes les Médailles.
d'Alexandre , qui portent la
temps où elles ont été frappées, et sur les
marque
du
* Suivant la correction du P. Pagi : Dissert.
Hypat. pag. 177 .
quelles
242 MERCURE DE FRANCE
>
quelles il est fait mention de Victoires
soit dans le Type , soit dans la Légende ,
que ce ne fut qu'après la Déclaration de la
Guerre de Perse , arrivée sur la fin de l'an
227 ou au commencement de 228 , comme
l'a démontré le P. Pagi , que les Généraux
de ce Prince eurent quelques avantages
en Mauritanie , en Illyrie et en Arménie
, puisque toutes ces Médailles ne
paroissent point avant la viiⓇ année de la
Puissance Tribunicienne d'Alexandre , et
que par conséquent elles ont été frappées
au plutôt en 288. c'est - à - dire , à peu
près dans le même temps qu'Alexandre
étoit à Antioche . Alexandre donc ne fait
icy que ce qu'auroit fait le Roy ; l'un et
l'autre représentent à leurs Soldats les
Guerres où ils se sont trouvez , sous les
Rois leurs Prédecesseurs ; et une marque
qu'Alexandre n'entend point parler de
celles qui le regardent , c'est qu'il cite les
Perses contre lesquels , comme je l'ai dit,
il marchoit alors , dans la seule Expedition
qu'il ait faite contr'eux.
Si cependant ML. B. soutient que les
Sarmates ont quelque rapport avec Aléxandre
, je lui répondrai que cette Guerre
n'est pas distincte de la premiere contre
les Allemans , dont il ne veut plus faire
usage ; et qu'au contraire , c'est la même.
Les
FEVRIER. 1733. 243
;
Les Sarmates occupoient tout le Païs qui
compose la Pologne et la Prusse d'à- d'à- present
ils étoient par - là trop voisins de
I'Illyrie , pour ne pas croire que ce furent
ces Peuples qui apparemment s'étoient
joints aux Allemans , que Varius
Macrinus chassa de cette Province. Les
interêts des uns et des autres étoient les
mêmes , et ils voulurent profiter de l'absence
d'Alexandre, pour ravager les Terres
de l'Empire , ce qui obligea l'Empereur
en marchant contre Artaxercés d'envoïer
des Troupes contr'eux. Comparante
jam se ut fluvios transgrederetur... Quosdam
etiam exercitus in regiones alias transtulit
, ut inde Barbarorum incursiones facilius
arcerentur. Herodien .
J'ai promis à M' L. B. de lui montrer
que les Ovinius me sont connus ; je tiens
ma parole. Outre l'Ovinius Camillus de
Lampride , et Ovinius Tertullus de la
Loy 1. ad S. C. Tertull. qu'il cite : Il y a
un Ovinius Paternus qui fut Consul sous
Alexandre même en 233. un Lucius Ovinius
Rusticus , qui le fut sous Maximin ,
l'an 237.ct l'on trouve en 317. sous Constantin
, un autre Ovinius , surnommé
Gallicanus, Consul avec Septimius Bassus,
long- temps devant ceux- cy , une Inscription
de Gruter ( CCLXI 4.)nous fait mention
244 MERCURE DE FRANCE
tion d'un Titus Ovinius Thermus , fils
d'un autre de même nom, qui vivoit sous
les Antonins. Je ne parle pas d'un M.
Ovinius M. F. Ter.Rufus, et d'un L.Ovinius
Amandus , dont les noms se trouvent
dans le même Gruter ( DLXVII. 3. )
et dans Reinesius ( XII. 110, ) Ovinius est
un nom ancien chez les Romains , puisqueVarron
qui fleurissoit dans les dernieres
années de la République , en parlant
dans son Ouvrage de Re Rustica , des
noms qui tirent leur origine des Troupeaux
, fait mention de celui d'Ovinius.
Nomina multa habemus ab utroque pecore , à
majore et à minore , à minore Porcius , Ovinius
, Caprilius. En voilà suffisamment
pour dresser une longue Généalogie , à
qui voudroit en prendre la peine , mais
n'en voilà que trop pour montrer que M²
L. B. n'a pas eu raison de dire , que ce nom
ne se rencontre gueres ailleurs qu'en ces deux
endroits qu'il a cités.
Je finirois icy , sans une réfléxion qu'on
me permettra d'ajouter , quoiqu'elle ne
regarde pas mon adversaire seul. Mª L.B.
en parlant d'Alexandre , l'appelle' toujours
Alexandre Severe , et il suit en cela un
sage , qui ,pour être autorisé, n'en est pas
moins vicicux. Le nom de Sévere que
portoit Alexandre , n'étoit pas, quoiqu'en
veuille
FEVRIER. 1733 245
euille dire Lampride , une Epithete qui
lui fut donnée à cause de son exactitude
à faire observer la Discipline Militaire.
Nam et Severus est appellatus à Militibus
ob Austeritatem . C'étoit chez lui un nom
de famille , qu'il tenoit de Septime Sévere
et d'Antonin Caracalle , appellé de
même Severe , comme on le voit sur ses
Médailles Grecques , où il est nommé
AYT, K. M. ATP. CEYHPOC. ANTONEINос.
П. П. Аléxandre se disoit fils de ce
dernier. Admonete quamprimum illum , dit
ce Prince en parlant d'Artaxercés : Trophæorum
qua plurima adversus Barbaros Severo
atque Antonino parente meo ducibus.
excitastis. Herodien . Ce qui est confirmé
par les Inscriptions.
•
IMP. CAES DIVI
SEVERI. PII, NEPOTI. DIVI
ANTONINI. MAG. PII. FILIO
M. AUREL. SEVERO ALEXANDRO
PIO , &c.
Gruter MLXXVIII , 7. et 8,
C'est donc Severe - Alexandre qu'il faut
dire , selon l'usage de placer les noms de
famille , et conformément à toutes les
C Més
246 MERCURE DE FRANCE
Médailles Latines et Grecques , où l'on
lit : IMP. SEV ALEXANDER AUG.
AY.K. CEOYHPOC . AAEZANA. aussi-bien
que dans les Inscriptions que je viens de
rapporter.
D. P.
A Orleans , le 10 Octobre 1732.
d'Auxerre , inserée dans le Mercure du
mois d'Août dernier , au sujet d'une Inscription
.
J
E ne m'attendois à rien moins qu'à
rentrer en dispute avec M. L. B. au
sujet de l'Inscription d'Auxerre , et je
croïois notre différend enticrement terminé,
quand la Lettre qu'il vient de don-
-ner dans le Mercure du mois d'Août , m'a
fait connoître que son silence n'étoit que
pour mieux préparer ses armes , et pour
me combattre avec plus d'avantage . En
effet cette Lettre est bien differente des
deux autres ; la premiere n'étoit qu'un
impromptu du lendemain , même de la découverte
du Monument, et M. L.B.avoit
écrit la seconde , avant que d'avoir eu le
loisir de feuilleter les immenses Recueils
d'Inscriptions ; c'est - à - dire , qu'il avoit
alors négligé les autoritez , qui sur une
pareille matiere , peuvent servir à mettre la
vérité
FEVRIER. * 1733 . 231
*
vérité dans un plus grand jour ; mais aujourd'hui
c'est après un intervale considerable
, et depuis une lecture attentive de
Lampride , que mon adversaire reparoit
sur les rangs , et comment y paroît - il encore
; appuyé d'un suffrage glorieux et
puissant. Pour le coup , peu s'en est fallu
que M.L.B.n'ait réussi. Pénétré , comme
je le suis , d'un respect infini et
infini et légitime
pour l'Illustre Magistrat à qui il addresse
sa Lettre et dont il emprunte du
secours , j'ai craint long - temps de combattre
des sentimens que je dois respecter
, et j'aurois toujours gardé le silence , si
je n'avois fait réfléxion depuis, que la part
que ce grand homme semble prendre dans
notre dispute , n'est qu'un jeu de sa part,
pour la faire durer plus long temps et s'en
divertir. C'est donc à M. L. B. seul que je
réponds icy, et tout ce que je dirai ne regarde
que lui uniquement.
Pour entrer en matiere , je commence
par examiner l'autorité de Lampride. J'ai
dit dans mes deux Mémoires , en rapportant
les sentimens de Casaubon , de
Saumaise et de M. de Tillemont , sur les
Auteurs de l'Histoire Auguste dont Lampride
est du nombre. J'ai écrit , dis- je , et
* Monsieur Boubier , Président au Parlement
de Dijon.
B vj
M.
232 MERCURE DE FRANCE
.
J
>
M.L. B. en convient en partie , que ce
Recueil étoit l'Ouvrage d'un Compilateur
demi Sçavant , qui avoit écrit sans choix ,
sans ordre , et mêlé ensemble les Narrations
des Autcurs , dont son Receuil porte le nom.
Est-il extraordinaire que j'en aye conclu
qu'on étoit toujours en droit de révoquer en
doute ce que ces Auteurs avancent quand il
ne se trouve pas confirmé d'ailleurs, du moins
pour le fonds. Il a plu à ML. B. en rappertant
ces paroles, de supprimer les derniers
mots : Du moins pour le fonds ; et ce
retranchement a donné à ma pensée une
étenduë que je n'ai jamais songé à lui
donner, et qui la rend vicieuse . M² L. B.
en a profité , et il a fait valoir cet avantage
autant qu'il a pû , mais en rétablissant
la proposition dans les termes où je
l'ai exprimée , a-t il tant de sujet de s'écrier
et de la trouver si extraordinaire ?
N'est -elle pas plutôt une conséquence
juste et mesurée qui naît d'elle- même de
l'opinion désavantageuse qu'ont eu de
l'Histoire Auguste les grands Hommes
sur lesquels je me suis réglé . Je n'ai pas
prétendu dire , au reste , qu'il fut nécessaire
que les faits alléguez dans cette Histoire
se trouvassent nommément exprimez
ailleurs;c'est assez pour y ajouter foy,
qu'on les y trouve d'une maniere implicite
FEVRIER. 1733. 233
plicite et générale , et ce sentiment n'a
rien que de naturel . Pour développer ceci
davantage , je lis dans Lampride que
Martianus conspira contre Alexandre , et
qu'Ovinius voulut se faire Empereur ; (car
pour le dire en passant , et comme je le
montrerai plus bas , il s'en faut beaucoup
que je croye Ovinius un personnage.fabuleux:
c'est son association seule que j'attaque.
) Ces faits , dis - je , n'ont rien qui
m'empêche de les croire , après avoir lû
dans les Auteurs contemporains que pendant
le Regne d'Alexandre il y eut plusieurs
séditions contre ce Prince. Multa
seditionesfacte sunt à multis . Dion. J'ai même
en quelque maniere obligation à Lampride
de m'apprendre le nom de ces
Chefs de Revolte , et de me les faire
Gonnoître. Mais aussi quand je lis dans le
même Lampride qu'Alexandre , loin de
punir Ovinius , associe ce Sénateur à son
pouvoir , et que les autres Auteurs , au
contraire , m'assurent que ce Prince scut
punir ceux qui oserent s'élever contre
lui. Supplicioque affecti funt. Herod. J'ai
alors raison de douter de l'autorité de
Lampride.
Pour faire connoître plus particulierement
cet Auteur , il est necessaire de remarquer
quelques - uns de ses deffauts ; et
sans
234 MERCURE DE FRANCE
-
sans le suivre dans toutes les Vies des Em
pereurs qui portent son nom , je ne m'attacherai
qu'à celle d'Alexandre . A peine
Lampride sçait il le nom de la Mere de
ce Prince , et ce n'est qu'en doutant
qu'il l'appelle Mammée . Alexander igitur
cui Mammea mater fuit , nam et ita dicitur
à plerisque. Peut - on dire qu'Encolpius et
les autres Courtisans d'Alexandre , dont
Lampride avoit les Memoires devant les
yeux ignorassent le nom de cette Princesse
ou pourquoi Lampride ne suit - il
plus icy ses originaux ? c'est à Mr L. B. à
nous l'apprendre . Selon le même Auteur
, Alexandre fut le seul qui cassa des
Légions entieres : Si quidem solus inventus
sit , qui tumultuan er legiones exautoraverit.
Qui voudroit l'en croire sur sa pa
role; se trouveroit bien embarassé en isant
Suerone. Cet Auteur nous marque
expressément que Jules Cesar dans la
Guerre contre Pompée , cassa auprès de
Plaisance , la neuviéme Légion qui s'étoit
révoltée. Et nonam quidem Legionem apud
Placentiam cum ignominia missam fecit 69 .
Qu'Auguste en fit autant à la dixiéme.
Decimam Legion.m contumacius parentem
cum ignominia dimisit. 24. Enfin , que
Galba ôta non- seulement les Aigles aux
Classiaires , dont Néron avoit composé
•
แล
FEVRIER. 1733. 235
un Corps de Troupes réglées , et les obligea
de rentrer dans leurs premieres fonctions
, mais même sur ce qu'ils se plaignoient
avec trop de hauteur , qu'il les
décima , fed decimavit etiam. 12. Lampride
nous dit encore qu'Alexandre , à l'imitation
d'Adrien , eut la pensée de faire
adorer J. C. dans l'Empire . Christo Templum
voluit eumque inter Divos recipere
quod et Adrianus ; et cependant Tertullien
qui vivoit sous Sévere , et qui par
conséquent étoit beaucoup moins éloigné
d'Adrien , que Lampride , nous dit au
contraire , que ce fut Tibere qui conçut
ce dessein : Tiberius ergo annunciatum sibi
ex Syria Palestina , que illius ( J. C. ) Divinitatis
revelara , detulit ad Senatum cum
prerogativa suffragii sui. Mais que dire de
la maniere dont Aléxandre parle de Caracalle
dans son Remerciment au Sénat ?
Ce Prince , comme on le verra plus bas,
se disoit fils de ce dernier Empereur ; et
cependant il le blame publiquement d'avoir
affecté , en prenant le nom d'Antonin
, un titre qui ne lui convenoit pas :
Affecratum in Bassiano . Est-ce là ce fils si
respectueux pour ceux qui lui avoient
donné le jour ? Enfin rien n'est plus plaisant
que de voir parmi les Conseillers
que Lampride donne à ce Prince , des
Per
236 MERCURE DE FRANCE
•
Personnes mortes long - temps auparavant
, tels que Pomponius , Alphenus et
d'autres , ce qui a été remarqué par Cujas
, lib. 7.Observ .
Je pourrois remarquer une infinité de
traits pareils , mais en voilà assez sur ce
sujet , et pour autoriser ce que j'ai dit . Je
viens à l'association d'Ovinius pour en faire
connoître la supposition ; j'ai dit , après
Mr de Tillemont , qu'il s'y trouvoit des
circonstances qui paroissent tenir de la Fable.
L'objection a paruë pressante à M' L.
B. il étoit naturel de s'en débarasser ; mais
je ne sçais s'il y a bien réussi , en disant
que ces circonstances tiennent seulement
du Comique, et que des circonstances pour être
Comiques , n'empêchent point le fonds de l'évenement
d'être réel. C'est ce que je nie dans
un fait de l'importance de celui que nous
examinons. En voici la preuve : Selon M²
L. B. Ovinius avoit été choisi par les
Prétoriens , et il en étoit aimé , puisque
ce fut cet amour qu'ils lui portoient qui
causa sa mort dans la suite . Aléxandre
qui redoutoit leur Puissance , entre dans
leurs vûës , associe Ovinius à l'Empire ,
mais seulement en apparence et pour
montrer à ces Troupes que le sujet qu'ils
avoient choisi pour lui opposer , n'étoit
pas digne du où ils le vouloient fai- rang
re
FEVRIER. 1733 . 237
rc monter . Mais , dira-t- on à Mr L. B. la
politique d'Alexandre se dément bien- tôts
car enfin cet air Comique dans les circonstances
de cette association auroit bientôt
ouvert les yeux aux Soldats , ils auroient
pénétré le dessein d'Alexandre , et
ce Prince par là se seroit trouvé dans le
danger qu'il vouloit éviter. L'exemple de
Septime Sévére qu'il allégue , est bien different.
Lorsque ce Prince , pour mieux combattre
Pescennius , amusa Albin , en le
déclarant César. Albin étoit alors à la tête
des armées d'Angletere, et prêt à prendre
la Pourpre. Il falloit prendre le parti de
la dissimulation , ou se résoudre à avoir
deux Concurrens sur les bras. Il n'y a rien
outre cela de Comique dans sa conduite
dont il trouvoit un modele dans Auguste
par la maniere dont il en avoit agi avec
Lépide. Selon le récit de Lamptide Ovinius
est sans Soldats , sans Troupes reglées
; à peine commence- t- il à se former
un parti pour s'élever au Trône . Quoiqu'en
veuille dire M L.B.rien ne pouvoit
forcer Alexandre d'avoir pour ce Sénateur
et ses Complices , un ménagement si rafiné
et si dangereux. Je ne sçai si je njaimerois
pas presqu'autant l'explication qu'Erasme
a donnée à cette action d'Aléxandre
238 MERCURE DE FRANCE.
dre dans ses Apothegmes , lib. 6. Selon
lui, Alexandre tout plein de bonté et tout
Philosophe , voulut corriger l'ambition
d'Ovinius ; il ne l'engagea à venir à l'Armée
avec lui que pour lui faire connoître
que la condition qu'il ambitionnoit tant ,
étoit plus remplie de peines et de travaux
qu'il ne se l'étoit imaginé. Sic illi commostravit
quod essetgerere imperium. Ce qu'il
y a de plaisant dans cette explication d'Erasme
, c'est qu'elle se trouve authorisée
par Lampride , qui nous dit qu'Aléxandre
remercia Ovinius de vouloir bien se
charger volontairement d'un fardeau aussi
pesant que celui de gouverner la République.
Eiqué gratias egit quod curam
Reip. sponte reciperet.
Pour seconde preuve contre l'association
d'Ovinius ; j'ai dit , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'Alexandre eut voulu
se livrer entierement entre ses mains ,
en lui offrant le commandement des
Troupes qu'il envoyoit contre les Barba
res , et M² L. B. avouë que ç'auroit été le
comble de l'imprudence. Aussi pour parer
cette objection , qui peut passer comme
le centre de toutes les autres , Mr L. B. a
pris le parti d'expliquer le Texte de Lampride
, autrement que tous ceux qui l'ont
traduit jusques icy . Voicy le Passage Latin:
Et
FEVRIER. 1732 . 239
Et cum expeditio Barbarica esset nuntiata ,
vel ipsum , si vellet , ire , vel ut secum proficisceretur
, hortatus est.
Mr L. B. prétend que dans ce Passage
la particule vel est mise pour et , et que
par conséquent ,au lieu d'entendre qu'Aléxandre
offrit à Ovinius de le mener à la
Guerre , s'il n'aimoit mieux y aller seul . Il
faut traduire qu'Alexandre invita Ovinius
à aller à la Guerre contre les Barbares , et
même à faire le voyage avec lui. Je sçais
que la particule vel n'est pas toujours disjonctive
, qu'elle est copulative quelquefois
; mais je sçais bien aussi que c'est
quand la Phrase le détermine, et que sans
cela on ne peut l'expliquer raisonnablement.
Quel est donc le sens le plus naturel
, et qui se présente le premier à l'esprit
dans ce Passage de Lampride. Est - ce
celui qu'y trouve Mr L. B. ou celui dans
lequel l'ont entendu tous les autres Traducteurs?
Je laisse cela à décider au Lecteur
, mais j'ose assurer que l'explication
de M' L. B. est forcée , et que la particule
vel , comme il l'entend , devient dans
la phrase un véritable Pleonasme , et n'est
plus qu'une répétition vicieuse. C'est un
grand principe et que Mr L B. doit encore
mieux sçavoir que moi , de ne point
cher126
MERCURE DE FRANCE
chercher un sens éloigné et difficile , quand
il s'en offre un simple et naturel .
Pour affermir davantage l'association,
d'Ovinius ,Mr L.B s'étend fort au long sur
le temps de cette association . Mais tout ce
qu'il dit icy ne me regarde nullement.
Je nie le fait , il ne m'importe pas en
quel temps il aa pu arriver. J'ai dit seulement
que ce n'avoit pû être dans une
Guerre contre les Allemans , comme M²
L. B. l'avoit avancé ; il a été obligé d'en
convenir, et de dire qu'il n'avoit erré que
pour avoir voulu isuivre M de Tillemont
; mais comme il donne une autre
Epoque à cette association ,
il me permettra
de l'examiner.
Lampride écrit qu'Alexandre étant à
Antioche , trouva ses Troupes dans un
grand relâchement , qu'ayant fait arrêter
les Auteurs de ce désordre , les Soldats se
mutinerent et s'éleverent tumultueusement
contre lui ; que là- dessus ce Prince
leur dit que ce n'étoit point contre leur
Souverain que leurs Chefs leur avoient enseigné
à faire usage de leurs voix ; mais
contre les Sarmates , les Allemans , les
Perses. M' L. B. saisit le Passage et met
l'association d'Ovinius dans une Guerre
qu'il prétend qu'Alexandre eut contre les
SarFEVRIER.
1733. 241
Sarmates , et qu'il place dans l'ordre où
ces Peuples sont nommez , et dans les six
premieres années du Regne d'Alexandre.
J'avoue mon peu de pénétration , je no
vois rien- icy qui prouve qu'Aléxandre ait
eu Guerre contre les Sarmates , et voicy
sur quoi je me fonde.
Si dans la derniere Guerre d'Espagne
l'âge du Roy avoit permis à ce Prince de
se trouver à la tête de ses Troupes, et que
sur le point de quelque Action , il les eut
fait souvenir de la valeur qu'elles avoient
fait paroître contre les Allemans, les Anglois
, les Hollandois ; en concluroit - on
que ce Prince auroit cu alors quelques
Guerres contre ces Peuples ? Non , sans
doute , et l'on doit raisonner de la même
maniere , sur la Harangue d'Alexandre .
Cet Empereur alors marchoit en Perse ,
comme Lampride le dit lui- même ; et
jusqu'à cette Guerre, son Regne avoit été
paisible du côté des Etrangers. Igitur cum
ad hunc modum * septem annos quod quidem
ad se attineret, sine querela cùjusquam Imperium
gubernasset, ecce tibi octavo anno , & c.
Car il paroît par toutes les Médailles.
d'Alexandre , qui portent la
temps où elles ont été frappées, et sur les
marque
du
* Suivant la correction du P. Pagi : Dissert.
Hypat. pag. 177 .
quelles
242 MERCURE DE FRANCE
>
quelles il est fait mention de Victoires
soit dans le Type , soit dans la Légende ,
que ce ne fut qu'après la Déclaration de la
Guerre de Perse , arrivée sur la fin de l'an
227 ou au commencement de 228 , comme
l'a démontré le P. Pagi , que les Généraux
de ce Prince eurent quelques avantages
en Mauritanie , en Illyrie et en Arménie
, puisque toutes ces Médailles ne
paroissent point avant la viiⓇ année de la
Puissance Tribunicienne d'Alexandre , et
que par conséquent elles ont été frappées
au plutôt en 288. c'est - à - dire , à peu
près dans le même temps qu'Alexandre
étoit à Antioche . Alexandre donc ne fait
icy que ce qu'auroit fait le Roy ; l'un et
l'autre représentent à leurs Soldats les
Guerres où ils se sont trouvez , sous les
Rois leurs Prédecesseurs ; et une marque
qu'Alexandre n'entend point parler de
celles qui le regardent , c'est qu'il cite les
Perses contre lesquels , comme je l'ai dit,
il marchoit alors , dans la seule Expedition
qu'il ait faite contr'eux.
Si cependant ML. B. soutient que les
Sarmates ont quelque rapport avec Aléxandre
, je lui répondrai que cette Guerre
n'est pas distincte de la premiere contre
les Allemans , dont il ne veut plus faire
usage ; et qu'au contraire , c'est la même.
Les
FEVRIER. 1733. 243
;
Les Sarmates occupoient tout le Païs qui
compose la Pologne et la Prusse d'à- d'à- present
ils étoient par - là trop voisins de
I'Illyrie , pour ne pas croire que ce furent
ces Peuples qui apparemment s'étoient
joints aux Allemans , que Varius
Macrinus chassa de cette Province. Les
interêts des uns et des autres étoient les
mêmes , et ils voulurent profiter de l'absence
d'Alexandre, pour ravager les Terres
de l'Empire , ce qui obligea l'Empereur
en marchant contre Artaxercés d'envoïer
des Troupes contr'eux. Comparante
jam se ut fluvios transgrederetur... Quosdam
etiam exercitus in regiones alias transtulit
, ut inde Barbarorum incursiones facilius
arcerentur. Herodien .
J'ai promis à M' L. B. de lui montrer
que les Ovinius me sont connus ; je tiens
ma parole. Outre l'Ovinius Camillus de
Lampride , et Ovinius Tertullus de la
Loy 1. ad S. C. Tertull. qu'il cite : Il y a
un Ovinius Paternus qui fut Consul sous
Alexandre même en 233. un Lucius Ovinius
Rusticus , qui le fut sous Maximin ,
l'an 237.ct l'on trouve en 317. sous Constantin
, un autre Ovinius , surnommé
Gallicanus, Consul avec Septimius Bassus,
long- temps devant ceux- cy , une Inscription
de Gruter ( CCLXI 4.)nous fait mention
244 MERCURE DE FRANCE
tion d'un Titus Ovinius Thermus , fils
d'un autre de même nom, qui vivoit sous
les Antonins. Je ne parle pas d'un M.
Ovinius M. F. Ter.Rufus, et d'un L.Ovinius
Amandus , dont les noms se trouvent
dans le même Gruter ( DLXVII. 3. )
et dans Reinesius ( XII. 110, ) Ovinius est
un nom ancien chez les Romains , puisqueVarron
qui fleurissoit dans les dernieres
années de la République , en parlant
dans son Ouvrage de Re Rustica , des
noms qui tirent leur origine des Troupeaux
, fait mention de celui d'Ovinius.
Nomina multa habemus ab utroque pecore , à
majore et à minore , à minore Porcius , Ovinius
, Caprilius. En voilà suffisamment
pour dresser une longue Généalogie , à
qui voudroit en prendre la peine , mais
n'en voilà que trop pour montrer que M²
L. B. n'a pas eu raison de dire , que ce nom
ne se rencontre gueres ailleurs qu'en ces deux
endroits qu'il a cités.
Je finirois icy , sans une réfléxion qu'on
me permettra d'ajouter , quoiqu'elle ne
regarde pas mon adversaire seul. Mª L.B.
en parlant d'Alexandre , l'appelle' toujours
Alexandre Severe , et il suit en cela un
sage , qui ,pour être autorisé, n'en est pas
moins vicicux. Le nom de Sévere que
portoit Alexandre , n'étoit pas, quoiqu'en
veuille
FEVRIER. 1733 245
euille dire Lampride , une Epithete qui
lui fut donnée à cause de son exactitude
à faire observer la Discipline Militaire.
Nam et Severus est appellatus à Militibus
ob Austeritatem . C'étoit chez lui un nom
de famille , qu'il tenoit de Septime Sévere
et d'Antonin Caracalle , appellé de
même Severe , comme on le voit sur ses
Médailles Grecques , où il est nommé
AYT, K. M. ATP. CEYHPOC. ANTONEINос.
П. П. Аléxandre se disoit fils de ce
dernier. Admonete quamprimum illum , dit
ce Prince en parlant d'Artaxercés : Trophæorum
qua plurima adversus Barbaros Severo
atque Antonino parente meo ducibus.
excitastis. Herodien . Ce qui est confirmé
par les Inscriptions.
•
IMP. CAES DIVI
SEVERI. PII, NEPOTI. DIVI
ANTONINI. MAG. PII. FILIO
M. AUREL. SEVERO ALEXANDRO
PIO , &c.
Gruter MLXXVIII , 7. et 8,
C'est donc Severe - Alexandre qu'il faut
dire , selon l'usage de placer les noms de
famille , et conformément à toutes les
C Més
246 MERCURE DE FRANCE
Médailles Latines et Grecques , où l'on
lit : IMP. SEV ALEXANDER AUG.
AY.K. CEOYHPOC . AAEZANA. aussi-bien
que dans les Inscriptions que je viens de
rapporter.
D. P.
A Orleans , le 10 Octobre 1732.
Fermer
Résumé : REPLIQUE à la Lettre de M. L. B. d'Auxerre, inserée dans le Mercure du mois d'Août dernier, au sujet d'une Inscription.
L'auteur répond à une lettre de M. L. B. d'Auxerre, publiée dans le Mercure d'août précédent, concernant une inscription. Il exprime sa surprise de devoir réagir, pensant leur différend résolu. La dernière lettre de M. L. B. est plus élaborée, basée sur une lecture de Lampride et soutenue par un magistrat illustre. L'auteur examine l'autorité de Lampride, considéré comme un compilateur demi-savant par Casaubon, Saumaise et M. de Tillemont. Il souligne que les récits de Lampride doivent être vérifiés par d'autres sources. M. L. B. a omis une partie de la pensée de l'auteur, conduisant à une mauvaise interprétation. L'auteur discute des faits historiques mentionnés par Lampride, comme les conspirations contre Alexandre Sévère et les erreurs de Lampride concernant des événements et des personnages. Il critique Lampride pour ses inexactitudes et ses contradictions avec d'autres auteurs contemporains. L'auteur conteste l'association d'Ovinius avec Alexandre Sévère, arguant que les circonstances décrites par Lampride sont improbables et tiennent plus de la fable que de la réalité historique. Il réfute les explications de M. L. B. sur cette association, les trouvant peu convaincantes et contraires à la logique historique. Le texte discute également d'une controverse historique concernant Alexandre Sévère et une harangue attribuée à cet empereur. Alexandre Sévère aurait rappelé à ses troupes leurs victoires passées contre les Sarmates, les Allemans et les Perses, mais l'auteur conteste l'idée qu'Alexandre ait mené une guerre contre les Sarmates. Il compare cette situation à une hypothétique guerre en Espagne, où un roi rappelant des victoires passées ne prouverait pas qu'il a mené des guerres contre ces peuples. L'auteur affirme qu'Alexandre marchait alors en Perse et que son règne avait été paisible jusqu'à cette guerre. Il soutient que les médailles d'Alexandre mentionnent des victoires uniquement après la déclaration de la guerre contre la Perse, vers la fin de l'an 227 ou le début de 228. Les Sarmates, voisins de l'Illyrie, auraient profité de l'absence d'Alexandre pour ravager les terres de l'Empire, l'obligeant à envoyer des troupes contre eux. Enfin, l'auteur mentionne plusieurs personnes portant le nom d'Ovinius, démontrant que ce nom est ancien et courant chez les Romains. Il corrige également l'usage du nom 'Alexandre Sévère', expliquant que 'Sévère' est un nom de famille et non une épithète donnée pour sa discipline militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
207
p. 249-258
EXPLICATION D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
Début :
On trouve communément dans Hadrien une Médaille de grand Bronze, [...]
Mots clefs :
Hadrien, Médaille, Hilaritas, Enfants, Femme, Aelius, Empire, Prince, Joie, Adoption
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
EXPLICATION
D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
N trouve communément dans Ha
drien une Médaille de grand Bronze
, où d'un côté est la tête de ce Prince ;
sans Couronne, avec HADRIANUS AUGUS
TUS pour Légende ; et dont le Revers est
chargé d'une femme debout , tenant de
la main droite une longue Palme , apd
Ciij puyés
250 MERCURE DE FRANCE
puyée contre terre , et de la main gauche
une Corne d'abondance ; à ses pieds sont
deux petites figures d'enfans ; la Légende
HILARITAS. P. R.Dans l'Exergue . cos. III .
et dans le Champ de la Médaille , s . c.
Tristan i et Angelloni 2 qui nous ont
donné cette Médaille , l'ont expliquée
diversement,
Le premier , fondé sur un Passage d'Artemidore
, où il est dit que les Palmes
veuës en songe sont des Pronostics
d'une heureuse fécondité , a cru que le
Senat en faisant frapper une Médaille à
Hadrien, avec la Déesse HILARITAS , dont
le Symbole ordinaire est une Palme, avoit
voulu marquer la joie du Peuple Romain
, dans l'esperance où tout l'Empire
étoit que Sabine , femme de ce Prince ,
lui donneroit des Heritiers. Les deux enfans
qu'on voit dans la Médaille , appuyent
ce sentiment ; mais comme cette
Médaille n'est pas du commencement
du Regne d'Hadrien , ce qui se reconnoit
par le titre uni d'HADRIANUS
AUGUSTUS , qu'on y lit , et par la Note
de son troisiéme Consulat pour peu
qu'on fasse d'attention à la maniere dont
1 Comment. Histor. pag. 480. du Tom. 1
La Historia Augusta , pag. 140. de l'Edit. de
Rome, 1631 .
Hadrien
FEVRIER. 1733. 257
Hadrien et Sabine vivoient ensemble , il
n'y a pas beaucoup d'apparence qu'on le
flatat sur ce sujet . Hadrien regardoit Sabine,
comme une femme fâcheuse 1 , dont
l'humeur lui étoit insupportable, et qu'îl
eut répudiée s'il n'eut été que simple particulier.
On prétend même que cette
Princesse ne mourut que du 2 Poison que
son mari lui fit donner. Elle de son côté
lui rendoit bien le change ; on en peut
juger par ce qu'elle disoit elle-même pu
bliquement : 3 Qu'elle avoit toujours fait
tous ses efforts pour n'avoir aucuns, enfans
de son mari , le fruit de pareils embrassemens
ne pouvant être que funeste à
l'Empire. Dans de pareilles conjoncttires
il n'y a pas lieu de croire que le Senat
ait voulu faire frapper une Médaille, qui ,
à l'expliquer comme fait Tristan , auroit
pu passer pour une Satire véritable , ou ,
qui du moins , n'auroit pas manqué d'ap
prêter à rire aux Courtisans assez enclins
déja à la raillerie.
Angelloni n'a gueres mieux réussi . Selon
lui , la Médaille est un monument
dia
I Uxorem etiam ut morosam et asperam
missurus , ut ipse dicebat , si privatusfuisset.Ælius
Spartian. in vita Hadriani .
2 Spartien.
3 Aurel. Victor,
Ciiij de
252 MERCURE DE FRANCE.
de la joie que tout Rome ressentit lorsqu'Hadrien
revint dans cette Ville , après
avoir parcouru toutes les Provinces de
l'Empire. Mais , 1 °.ce retour d'Hadrien est
marqué d'une maniere assez distincte sur
d'autres Médailles . ADVENTUS . AUG . ADVENTUI
AUG. ITALIA , pour ne pas en
chercher des monumens ailleurs . 2 °.Il est
difficile de trouver quelque rapport entre
ces Enfans , gravez sur la Médaille , et
l'arrivée d'un Prince. Angelloni a beau
dire que la joie étant plus particuliere
aux Enfans , on a pu par ce motif les representericy
: Come pure stanno i fanciulli
sempre allegri. Son explication est trop
generale ; et comme elle peut convenir à
tous les succès favorables , elle ne convient
à aucun en particulier.
Pour dire donc quelque chose de plus
précis , je ferai observer qu'HILARITAS ,
avec l'adjonction de P. R. Populi Romani,
ne se trouve que sur les Médailles d'Hadrien
, et sur celles d'Elius - César son
fils adoptif , avec néanmoins quelque
difference dans le Type . La Déesse HILARITAS
, sur les Médailles de ce dernier ,
portant une branche de quelque arbre
au lieu d'une Palme , et n'ayant point
d'Enfans à ses côtez . Cette différence, que
je tâcherai néanmoins d'expliquer , n'a
rapFEVRIER.
1733. 253
rapport qu'à quelques circonstances qui
ne font rien au motif qui a fait frapper
ces Médailles , que je crois toutes les
deux,avoir été pour l'adoption d'Ælius ; er
pour le prouver,je commence par la Médaille
de ce Prince , dont la connoissance
entraînera aisément celle de la Médaille
d'Hadrien.
Les fatigues qu'Hadrien avoit essuiées
dans ses longs voyages , sur tout mar
chant toujours la tête nue dans les saisons
même les plus rigoureuses de l'année
, affoiblirent extrêmement sa santé ;
il tomba dans une maladie , qui diminuant
tous les jours ses forces , le fit
. penser à se choisir un Successeur . Après
avoir jetté les yeux sur plusieurs , que sa
politique lui fit immoler ensuite , lorsque
sa maladie paroissoit moins dangeil
s'arrêta enfin sur Ceionius Com-
´modus , qu'il adoptat , le fit César et lui
changea son nom en celui d'Alius. Ce
dernier ne jouit pas long- temps de ces
écoulé une ne s'étant pas
année depuis son adoption jusqu'à sa
mort ; encore dans ce peu de temps futil
toujours si incommodé , qu'il ne put
pas même remercier Hadrien en plein
Sénat , de l'honneur qu'il lui avoit fait.
Dans un si court espace , ce Prince ma-
Cv Ladif
reuse ,
avantages ,
A
254 MERCURE DE FRANCE
ladif ne put gueres fournir de sujets qui
méritassent d'être consacrez sur les Monnoies.
Aussi toutes celles de ce Prince
ont - elles rapport à son adoption. Qu'y
voit-on en effet , sinon la bonne intelligence
du nouveau César , avec l'Empereur
? CONCORDIA. Son soin à rendre graces
aux Dieux de son élevation ? PIETAS.
TR. L'esperance que les Peuples avoient
conçue de lui , et le bonheur qu'ils attendoient
de son Regne , dans la Médaille
où ces deux Divinitez sont représentées ?
Enfin le Symbole de la Pannonie , Province
dont il avoit eu le Gouvernement,
et qui semble le féliciter sur son avenement
à l'Empire ? PANNONIA . Parmi toutes
ces Médailles , y en a- t-il quelqu'une
qui convienne mieux à son adoption , que
celle où la joie du Peuple Romain est
marquée : HILARITAS. P. R. Les largesses
qu'Hadrien fit à cette occasion au Peuple
et aux Soldats ; les Fêtes qu'il donna dans
le Cirque , en font foy. Dans ces Fêtes ,
dit Spartien , rien ne fut oublié de tout
ce qui pouvoit contribuer à la joie puplique
: Neque quicquam prætermissum quod
posset letitiam publicam frequentare.Ce Passage
semble fait pour la Médaille et fait
connoître , à n'en point douter , que le
motif qui la fit frappér , fut la joie de
tout
FEVRIER. 1733. 255
tout le Peuple Romain pour l'adoption
d'Elius, qui en assurant un Successeur à
l'Empire , assuroit en même temps la
Paix et la tranquillité de ce vaste Corps.
· La Médaille d'Ælius expliquée , celle
d'Hadrien se la trouve aussi; la même occasion
les a fait naître toutes deux , il ne s'a
git que de la difference qui se trouve dans
le Type dont je vais rendre raison .
Hadrien , à son avenement à l'Empire
après la mort de Trajan , fut obligé
avant même de se rendre à Rome,de
que
faire mourir quelques Personnages Consulaires.
Ces éxécutions , quoique justes et
necessaires , indisposerent extrêmement
cette Capitale contre lui. Aussi son premier
soin après s'être rendu au plutôt
dans cette Ville , fut de tâcher par toute
sorte de moyens de dissiper les mauvaises
impressions qu'on avoit conçûës. Pour cet
effet il fit de grandes liberalitez , et entr'autres
Spartien remarque , qu'il augmenta
les sommes que Trajan avoit assi
gnées aux Enfans. Pueris ac puellis quibus
etiam Trajanus alimenta detulerat incrementa
liberalitatis adjecit, Il y a beaucoup d'apparence
, que dans l'adoption d'Elius , où
l'on voit les mêmes Fêtes et les mêmes liberalitez
, Hadrien songea pareillement
aux Enfans , ces largesses étoient nous
Cvj velles
256 MERCURE DE FRANCE
velles , Trajan étoit le premier qui les eut
faites , et elles étoient trop agréables aut
peuple pour les negliger.
Quoi donc de plus naturel , que de fai
re paroître ces Enfans dans une Médaille
frappée pour conserver la mémoire de ces
largesses ? et s'ils ne paroissent point dans
la Médaille d'Ælius , c'est que les largesses
étant faites par Hadrien en vue de ce
Prince , c'étoit à Hadrien que toute la reconnoissance
devoit s'en rapporter ; mais
la joye du Peuple Romain pour l'adoption
d'Ælius éclatoit également en faveur
de ces deux Princes , et devoit par consé
quent paroître également sur les Monnoyes
de l'un et de l'autre , HILARItas.
P. R.
La difference d'un Rameau à une lon
gue palme on branche de quelque arbre ,
ne peut arrêter en aucune maniere ; l'un
et l'autre conviennent parfaitement à la
joye , ainsi qu'on le peut voir par ces
deux Vers , l'un de Rutilius et l'autre de
Juvenal :
Exornent virides communia gaudia Rami į
Ornentur postes , et grandi janua Lauro.
On peut me faire deux Objections aus
quelles je vais répondre.
La
FEVRIER. 1733. 257
La premiere est , qu'il se trouve une
Médaille de Lucille , femme d'Ælius , avec
HILARITAS au revers , qu'on ne peut expliquer
autrement qu'en la rapportant à
la fécondité de cette Princesse , ainsi qu'on
fait de toutes les Médailles des autres impératrices
où cette Legendè se rencontre.
Que l'explication de la Médaille de la
femme emporte l'explication de celle du
mari , et par une conséquence celle d'Hadrien
. Pour répondre à ce raisonnement ,
Outre le que PR qui donne aux Médailles
d'Hadrien et d'Elius quelque chose de
particulier et de relatif entr'elles , ne se
rencontre point sur celles de Lucille , les
Médailles qu'on nous donne pour être
de la femme d'Ælius , sont toutes de Lucille
, femme de L. Vere , ainsi qu'il est
aisé de s'en convaincre si l'on veut se
donner la peine de lire ce que j'ai écrit
sur ce sujet dans le Mercure du mois
d'Août dernier , ainsi l'Objection tombe
d'elle- même.
La seconde Objection est par rapport
à une Médaille d'Hadrien qu'on trouve
gravée dans Oiselius et dans Ant. Augustin
, où l'on voit sous la Legende HILARITAS
. P. R. une femme debout te
nant avec ses deux mains un voile qu'elle
a sur la tête. Ce Type ne peut avoir aus
cune
258 MERCURE DE FRÂNCE
cune convenance avec l'explication que
je donne. Il est vrai que ce revers est extraordinaire
, et que la figure qui y est
représentée , a beaucoup plus de rapport
avec la Pudeur ou la Pieté qu'avec la
Déesse de la Joye ; mais au lieu que cet
emblême peut avoir rapport à quelque
usage , quelque cerémonie qui se pratiquoit
dans les Fêtes publiques , et que
nous ignorons. Il me suffit que la Legende
HILARITAS. P. R. s'y rencontre, puisque
c'est cette joye universelle du Peuple
Romain que j'explique , et non pas toutes
les differentes manieres dont il se servoit
pour la représenter sur ses Monnoyes.
D. P.
A Orleans , ce & Novembre 1732.
D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
N trouve communément dans Ha
drien une Médaille de grand Bronze
, où d'un côté est la tête de ce Prince ;
sans Couronne, avec HADRIANUS AUGUS
TUS pour Légende ; et dont le Revers est
chargé d'une femme debout , tenant de
la main droite une longue Palme , apd
Ciij puyés
250 MERCURE DE FRANCE
puyée contre terre , et de la main gauche
une Corne d'abondance ; à ses pieds sont
deux petites figures d'enfans ; la Légende
HILARITAS. P. R.Dans l'Exergue . cos. III .
et dans le Champ de la Médaille , s . c.
Tristan i et Angelloni 2 qui nous ont
donné cette Médaille , l'ont expliquée
diversement,
Le premier , fondé sur un Passage d'Artemidore
, où il est dit que les Palmes
veuës en songe sont des Pronostics
d'une heureuse fécondité , a cru que le
Senat en faisant frapper une Médaille à
Hadrien, avec la Déesse HILARITAS , dont
le Symbole ordinaire est une Palme, avoit
voulu marquer la joie du Peuple Romain
, dans l'esperance où tout l'Empire
étoit que Sabine , femme de ce Prince ,
lui donneroit des Heritiers. Les deux enfans
qu'on voit dans la Médaille , appuyent
ce sentiment ; mais comme cette
Médaille n'est pas du commencement
du Regne d'Hadrien , ce qui se reconnoit
par le titre uni d'HADRIANUS
AUGUSTUS , qu'on y lit , et par la Note
de son troisiéme Consulat pour peu
qu'on fasse d'attention à la maniere dont
1 Comment. Histor. pag. 480. du Tom. 1
La Historia Augusta , pag. 140. de l'Edit. de
Rome, 1631 .
Hadrien
FEVRIER. 1733. 257
Hadrien et Sabine vivoient ensemble , il
n'y a pas beaucoup d'apparence qu'on le
flatat sur ce sujet . Hadrien regardoit Sabine,
comme une femme fâcheuse 1 , dont
l'humeur lui étoit insupportable, et qu'îl
eut répudiée s'il n'eut été que simple particulier.
On prétend même que cette
Princesse ne mourut que du 2 Poison que
son mari lui fit donner. Elle de son côté
lui rendoit bien le change ; on en peut
juger par ce qu'elle disoit elle-même pu
bliquement : 3 Qu'elle avoit toujours fait
tous ses efforts pour n'avoir aucuns, enfans
de son mari , le fruit de pareils embrassemens
ne pouvant être que funeste à
l'Empire. Dans de pareilles conjoncttires
il n'y a pas lieu de croire que le Senat
ait voulu faire frapper une Médaille, qui ,
à l'expliquer comme fait Tristan , auroit
pu passer pour une Satire véritable , ou ,
qui du moins , n'auroit pas manqué d'ap
prêter à rire aux Courtisans assez enclins
déja à la raillerie.
Angelloni n'a gueres mieux réussi . Selon
lui , la Médaille est un monument
dia
I Uxorem etiam ut morosam et asperam
missurus , ut ipse dicebat , si privatusfuisset.Ælius
Spartian. in vita Hadriani .
2 Spartien.
3 Aurel. Victor,
Ciiij de
252 MERCURE DE FRANCE.
de la joie que tout Rome ressentit lorsqu'Hadrien
revint dans cette Ville , après
avoir parcouru toutes les Provinces de
l'Empire. Mais , 1 °.ce retour d'Hadrien est
marqué d'une maniere assez distincte sur
d'autres Médailles . ADVENTUS . AUG . ADVENTUI
AUG. ITALIA , pour ne pas en
chercher des monumens ailleurs . 2 °.Il est
difficile de trouver quelque rapport entre
ces Enfans , gravez sur la Médaille , et
l'arrivée d'un Prince. Angelloni a beau
dire que la joie étant plus particuliere
aux Enfans , on a pu par ce motif les representericy
: Come pure stanno i fanciulli
sempre allegri. Son explication est trop
generale ; et comme elle peut convenir à
tous les succès favorables , elle ne convient
à aucun en particulier.
Pour dire donc quelque chose de plus
précis , je ferai observer qu'HILARITAS ,
avec l'adjonction de P. R. Populi Romani,
ne se trouve que sur les Médailles d'Hadrien
, et sur celles d'Elius - César son
fils adoptif , avec néanmoins quelque
difference dans le Type . La Déesse HILARITAS
, sur les Médailles de ce dernier ,
portant une branche de quelque arbre
au lieu d'une Palme , et n'ayant point
d'Enfans à ses côtez . Cette différence, que
je tâcherai néanmoins d'expliquer , n'a
rapFEVRIER.
1733. 253
rapport qu'à quelques circonstances qui
ne font rien au motif qui a fait frapper
ces Médailles , que je crois toutes les
deux,avoir été pour l'adoption d'Ælius ; er
pour le prouver,je commence par la Médaille
de ce Prince , dont la connoissance
entraînera aisément celle de la Médaille
d'Hadrien.
Les fatigues qu'Hadrien avoit essuiées
dans ses longs voyages , sur tout mar
chant toujours la tête nue dans les saisons
même les plus rigoureuses de l'année
, affoiblirent extrêmement sa santé ;
il tomba dans une maladie , qui diminuant
tous les jours ses forces , le fit
. penser à se choisir un Successeur . Après
avoir jetté les yeux sur plusieurs , que sa
politique lui fit immoler ensuite , lorsque
sa maladie paroissoit moins dangeil
s'arrêta enfin sur Ceionius Com-
´modus , qu'il adoptat , le fit César et lui
changea son nom en celui d'Alius. Ce
dernier ne jouit pas long- temps de ces
écoulé une ne s'étant pas
année depuis son adoption jusqu'à sa
mort ; encore dans ce peu de temps futil
toujours si incommodé , qu'il ne put
pas même remercier Hadrien en plein
Sénat , de l'honneur qu'il lui avoit fait.
Dans un si court espace , ce Prince ma-
Cv Ladif
reuse ,
avantages ,
A
254 MERCURE DE FRANCE
ladif ne put gueres fournir de sujets qui
méritassent d'être consacrez sur les Monnoies.
Aussi toutes celles de ce Prince
ont - elles rapport à son adoption. Qu'y
voit-on en effet , sinon la bonne intelligence
du nouveau César , avec l'Empereur
? CONCORDIA. Son soin à rendre graces
aux Dieux de son élevation ? PIETAS.
TR. L'esperance que les Peuples avoient
conçue de lui , et le bonheur qu'ils attendoient
de son Regne , dans la Médaille
où ces deux Divinitez sont représentées ?
Enfin le Symbole de la Pannonie , Province
dont il avoit eu le Gouvernement,
et qui semble le féliciter sur son avenement
à l'Empire ? PANNONIA . Parmi toutes
ces Médailles , y en a- t-il quelqu'une
qui convienne mieux à son adoption , que
celle où la joie du Peuple Romain est
marquée : HILARITAS. P. R. Les largesses
qu'Hadrien fit à cette occasion au Peuple
et aux Soldats ; les Fêtes qu'il donna dans
le Cirque , en font foy. Dans ces Fêtes ,
dit Spartien , rien ne fut oublié de tout
ce qui pouvoit contribuer à la joie puplique
: Neque quicquam prætermissum quod
posset letitiam publicam frequentare.Ce Passage
semble fait pour la Médaille et fait
connoître , à n'en point douter , que le
motif qui la fit frappér , fut la joie de
tout
FEVRIER. 1733. 255
tout le Peuple Romain pour l'adoption
d'Elius, qui en assurant un Successeur à
l'Empire , assuroit en même temps la
Paix et la tranquillité de ce vaste Corps.
· La Médaille d'Ælius expliquée , celle
d'Hadrien se la trouve aussi; la même occasion
les a fait naître toutes deux , il ne s'a
git que de la difference qui se trouve dans
le Type dont je vais rendre raison .
Hadrien , à son avenement à l'Empire
après la mort de Trajan , fut obligé
avant même de se rendre à Rome,de
que
faire mourir quelques Personnages Consulaires.
Ces éxécutions , quoique justes et
necessaires , indisposerent extrêmement
cette Capitale contre lui. Aussi son premier
soin après s'être rendu au plutôt
dans cette Ville , fut de tâcher par toute
sorte de moyens de dissiper les mauvaises
impressions qu'on avoit conçûës. Pour cet
effet il fit de grandes liberalitez , et entr'autres
Spartien remarque , qu'il augmenta
les sommes que Trajan avoit assi
gnées aux Enfans. Pueris ac puellis quibus
etiam Trajanus alimenta detulerat incrementa
liberalitatis adjecit, Il y a beaucoup d'apparence
, que dans l'adoption d'Elius , où
l'on voit les mêmes Fêtes et les mêmes liberalitez
, Hadrien songea pareillement
aux Enfans , ces largesses étoient nous
Cvj velles
256 MERCURE DE FRANCE
velles , Trajan étoit le premier qui les eut
faites , et elles étoient trop agréables aut
peuple pour les negliger.
Quoi donc de plus naturel , que de fai
re paroître ces Enfans dans une Médaille
frappée pour conserver la mémoire de ces
largesses ? et s'ils ne paroissent point dans
la Médaille d'Ælius , c'est que les largesses
étant faites par Hadrien en vue de ce
Prince , c'étoit à Hadrien que toute la reconnoissance
devoit s'en rapporter ; mais
la joye du Peuple Romain pour l'adoption
d'Ælius éclatoit également en faveur
de ces deux Princes , et devoit par consé
quent paroître également sur les Monnoyes
de l'un et de l'autre , HILARItas.
P. R.
La difference d'un Rameau à une lon
gue palme on branche de quelque arbre ,
ne peut arrêter en aucune maniere ; l'un
et l'autre conviennent parfaitement à la
joye , ainsi qu'on le peut voir par ces
deux Vers , l'un de Rutilius et l'autre de
Juvenal :
Exornent virides communia gaudia Rami į
Ornentur postes , et grandi janua Lauro.
On peut me faire deux Objections aus
quelles je vais répondre.
La
FEVRIER. 1733. 257
La premiere est , qu'il se trouve une
Médaille de Lucille , femme d'Ælius , avec
HILARITAS au revers , qu'on ne peut expliquer
autrement qu'en la rapportant à
la fécondité de cette Princesse , ainsi qu'on
fait de toutes les Médailles des autres impératrices
où cette Legendè se rencontre.
Que l'explication de la Médaille de la
femme emporte l'explication de celle du
mari , et par une conséquence celle d'Hadrien
. Pour répondre à ce raisonnement ,
Outre le que PR qui donne aux Médailles
d'Hadrien et d'Elius quelque chose de
particulier et de relatif entr'elles , ne se
rencontre point sur celles de Lucille , les
Médailles qu'on nous donne pour être
de la femme d'Ælius , sont toutes de Lucille
, femme de L. Vere , ainsi qu'il est
aisé de s'en convaincre si l'on veut se
donner la peine de lire ce que j'ai écrit
sur ce sujet dans le Mercure du mois
d'Août dernier , ainsi l'Objection tombe
d'elle- même.
La seconde Objection est par rapport
à une Médaille d'Hadrien qu'on trouve
gravée dans Oiselius et dans Ant. Augustin
, où l'on voit sous la Legende HILARITAS
. P. R. une femme debout te
nant avec ses deux mains un voile qu'elle
a sur la tête. Ce Type ne peut avoir aus
cune
258 MERCURE DE FRÂNCE
cune convenance avec l'explication que
je donne. Il est vrai que ce revers est extraordinaire
, et que la figure qui y est
représentée , a beaucoup plus de rapport
avec la Pudeur ou la Pieté qu'avec la
Déesse de la Joye ; mais au lieu que cet
emblême peut avoir rapport à quelque
usage , quelque cerémonie qui se pratiquoit
dans les Fêtes publiques , et que
nous ignorons. Il me suffit que la Legende
HILARITAS. P. R. s'y rencontre, puisque
c'est cette joye universelle du Peuple
Romain que j'explique , et non pas toutes
les differentes manieres dont il se servoit
pour la représenter sur ses Monnoyes.
D. P.
A Orleans , ce & Novembre 1732.
Fermer
Résumé : EXPLICATION D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
Le texte décrit une médaille de bronze de l'empereur Hadrien. Sur une face, la tête d'Hadrien est représentée sans couronne, accompagnée de la légende 'HADRIANUS AUGUSTUS'. Sur l'autre face, une femme debout tient une palme et une corne d'abondance, avec deux enfants à ses pieds. La légende indique 'HILARITAS P. R.' et 'cos. III' dans l'exergue, ainsi que 's. c.' dans le champ. Deux historiens, Tristan et Angelloni, ont proposé des interprétations différentes de cette médaille. Tristan suggère que la médaille célèbre la joie du peuple romain à l'idée que Sabine, femme d'Hadrien, pourrait donner des héritiers à l'empereur. Cependant, cette hypothèse est remise en question par les relations conflictuelles entre Hadrien et Sabine. Angelloni propose que la médaille commémore le retour d'Hadrien à Rome après ses voyages dans les provinces de l'Empire. Toutefois, cette interprétation est également contestée, notamment en raison de la présence des enfants sur la médaille, qui ne semble pas directement liée à un retour triomphal. L'auteur du texte avance une autre explication : la médaille célèbre l'adoption d'Ælius César, fils adoptif d'Hadrien. Cette adoption a suscité une grande joie parmi le peuple romain, car elle assurait la continuité de l'Empire et la paix. Les largesses et les fêtes organisées par Hadrien à cette occasion sont mentionnées comme des éléments de cette célébration. La présence des enfants sur la médaille est justifiée par les libéralités accordées aux enfants par Hadrien, une pratique initiée par Trajan et poursuivie par Hadrien pour renforcer la popularité de son fils adoptif.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
208
p. 354-364
Extrait de la Tragédie de Gustave, [titre d'après la table]
Début :
Le 6 Février, les Comédiens François donnerent la premiere Représentation de [...]
Mots clefs :
Gustave, Christierne, Adélaïde, Astolphe, Frédéric, Princesse, Mort, Mère, Prince, Tyran, Lettre, Danemark
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Tragédie de Gustave, [titre d'après la table]
Le 6 Février , les Comédiens François
donnerent la premiere Représentation de
Ia Tragédie de Gustave ; il y a peu de Piéces
qui ayent été reçûes avec un applau
dissement
FEVRIER. 1733. 355
dissement si unanime ; la grande idée
qu'on s'en est d'abord faite n'a fait qu'aug,
menter dans les Représentations suivan
tes. Elle est de M. Pyron , Auteur de la
Comédie des Fils Ingrats , et de la Tragédie
de Callistene. Nous n'en donnerons
qu'un Argument très- succinct , en attendant
que nous l'ayons assez éxaminée
pour pouvoir en donner un Extrait plus
détaillé .
Le Heros de cette Tragédie est le premier
de sa Maison qui ait regné sur les
Suedois ; on l'avoit d'abord annoncé
dans les affiches sous le nom de Gustave
Vasa, pour le distinguer de Gustave Adol
phe , dont le nom n'est pas moins celébre.
Stenon , Roi de Suede , à qui ce premier
Gustave a succedé , l'avoit désigné
son Successeur , à la faveur d'un mariage
avec Adelaide , sa Fille. Christierne
Beau- Frere de Charlequint , détrôna et
fit massacrer Stenon ; il fit enfermer Adelaïde
Fille de ce malheureux Roi dans
une Tour, et il y a apparence qu'il n'auroit
pas épargné celui qui lui étoit destinépour
Epoux , s'il étoit tombé en sa puissance ;
il faut donc supposer que Gustave fut au
moins emprisonné , ou qu'il se tint caché
pendant neuf ans pour attendre le tems.
favorable, où il pourroit monter sur le
Trône
2
356 MERCURE DE FRANCE
Trône où il avoit été destiné par le légiti
me Roi . Ces neuf ans étant expirés , et le
tems de sa vangeance étant arrivé , comme
sa tête avoit été mise à prix par Christierne
, il fit courir lui- même le bruit que
Gustave avoit été tué , et que le meurtrier
devoit apporter sa tête à Christierne.
C'est ici que l'action theatrale commence.
Christierne à son retour de quelque
expédition , demande à Astolphe , fidele
Ministre de ses vangeances , ce qui s'est
passé dans Stocholm depuis son absence ;
Astolphe lui rend un compte éxact de ce
qui regarde sa nouvelle domination , et
lui annonce entr'autres choses que la Reine
, veuve de Stenon , est morte ; Christierne
lui apprend à son tour quelque
chose de plus favorable à ses projets ambitieux
, c'est l'assassinat de Gustave. E
dentPrince assez amateur du repos , pour avoir
abandonné à Christierne les droits naturels
qu'il avoit sur la Couronne de
Dannemarc , ne peut apprendre sans indignation
qu'on ait assassiné Gustave ; il
a déja commencé à devenir suspect à
Christier ne , par les voeux de la plûpart ,
des Danois pour son rétablissement au
Trône qui lui appartient ; mais ce meurtre
abominable dont le Tyran fait gloire ,
fait
FEVRIER. 1733 . 387
fait encore plus d'horreur à Casimir , l'un
des plus fideles Sujets qui soient restés
à Stenon malgré son détrônement ; de
sorte qu'il forme dès-lors le genereux des
sein de vanger Gustave , comme désigné
par Stenon pour lui succeder au Trône ;
par le droit d'Adelaïde , sa Fille. Frederic
aime cette malheureuse Princesse , dont
les fers viennent d'être brisez par un
trait de politique de Christiernę ; la Princesse
l'a toujours estimé , Christierne le
lui a fait proposer pour Epoux , mais ce
Tyran n'avoit pas encore vû cette Fille
de Stenon , et ce n'a été que long- tems
après le jour de son emprisonnement qu'il
a connu le pouvoir de ses charmes ; il
n'a garde de faire connoître son amour
à Fréderic , qu'il a interêt de flater toujours
de l'espérance de son Hymen avec
Adelaïde ; c'est dans cette vûë qu'il charge
ce Prince Danois du soin d'annoncer à
cette Princesse la mort de Gustave , lui
faisant entendre que perdant toute esperance
d'épouser l'Amant à qui son Perc
l'avoit destinée , elle n'apportera plus de
résistance au nouvel Hymen qu'on éxige
d'elle. Fréderic ne sçait comment annoncer
une si funeste nouvelle à sa Princesse ;
il craint de lui en devenit encore plus
odieux ; elle vient ; il la plaint ; elle lui
de358
MERCURE DE FRANCE
demande d'où naissent ses plaintes , et
comme il s'obstine à garder le silence
quoiqu'elle le presse de le rompre : Ah !
lui dit elle , Gustave est mort ; il la quitte
sans proferer un seul mot . Elle prend sa
retraite et son silence pour un aveu ; elle
ne doute plus de la mort de Gustave ; la
Mere de ce Prince , qui passe pour une
Suivante de cette Princesse éplorée , témoigne
plus de fermeté ; ce qui donne
lieu à ces deux beaux Vers d'Adelaïde :
Calme dénaturé , qui fait voir en ce jour,
Que le sang sur un coeur est plus fort que PA
mour !
Voilà à peu près ce qui fait le sujet du
premier Acte , nous nous y sommes un
peu étendus , croyant l'exposition de ces
circonstances nécessaires pour l'intelligence
de l'action principale
Casimir ayant appris que le prétendu
assassin de Gustave doit en apporter la
tête à Christierne , vient l'attendre dans
un endroit par où il doit passer ; prêt à
le combattre , il le reconnoît pour Gustave
même ; ce Prince lui explique.comment
il s'est transporté jusqu'à Stocholm
sans avoir été reconnu ; il lui demande si
Adelaïde lui est fidele ; Casimir l'en
ayant
FEVRIER. 1733 359
1
ayant assuré , Gustave lui dit d'un ton de
confiance :
Stocholm est libre , et Stenon est vangé.
Christierne vient ; le faux assassin qui
lui est toujours inconnu , lui raconte
en termes équivoques ce qu'il veut lui
persuader ; il lui promet de lui montrer la
tête de Gustave , qu'il dit avoir attaqué en
brave homme ; il lui demande pour toute
récompense , qu'il lui permette de rendre
à la Princesse une Lettre que Gustave a
mise entre ses mains : Christierne lit la
Lettre , il reconnoît le seing de Gustave :
par ce Billet , Gustave prie Adélaïde de
ne pas
s'obstiner à lui être fidele après sa
mort , et de recevoir un Epoux de la
main du Vainqueur ; cette Lettre étant
parfaitement conforme aux intentions de
Christierne , ce Tyran lui permet de la
donner à Adélaïde , et de l'entretenir sans
témoins, Gustave se retire ; Astolphe plus
méchant encore que Christierne lui
dit que s'il veut que son Hymen avec
Adélaïde ne soit plus traversé , il faut absolument
séparer Léonor de cette Princesse
, attendu que cette Suivante l'entretient
dans une haine implacable contre
lui ; Christierne approuve ce conseil , et
le charge de l'éxécuter quand il le trouve-
>
ra
$ 60 MERCURE DE FRANCE
ra à propos ; voilà à peu près toute l'ac
tion du second Acte.
L'entrevuë d'Adélaïde avec celui qui
doit lui donner une Lettre de Gustave ,fait
le principal incident du troisiéme Acte.
Cet incident est précedé d'un autre qui
est très- bien imaginés le voici . Léonor ne
doutant plus de la mort de son Fils , dont
elle n'a été que trop bien informée , ne
peut plus se contraindre en présence d'Astolphe
et pour réprimer l'insolence de
ses discours , elle se déclare mere de Gusrave
Astolphe la fait arrêter sur le
champ malgré les larmes et les cris d'Adélaïde
cet emprisonnement est abŝolument
nécessaire pour préparer un coup
de Théatre qui fait un honneur infini à
P'Auteur. Léonor ayant été arrachée d'entre
les bras d'Adélaïde , Gustave est introduit
auprès d'elle ; elle ne reconnoît
pas le son de sa voix , soit qu'il soit supposé
qu'il la contrefasse , soit que neuf
ans d'absence y ayent apporté assez de
changement pour la rendre méconnoissa→
ble aux oreilles d'une Princesse , accablée
d'ailleurs d'une douleur mortelle ; elle lit e;
la Lettre dont on a déjà parlé dans l'Acte
précédent ; elle fait connoître après cette
fecture qu'elle aimera toujours Gustave ,
quoiqu'il la dispense de sa foi ; à cet heureux
FEVRIER. 1733. 361
reux témoignage d'une constance éternelle
, Gustave transporté se jette à ses
pieds ; cette reconnoissance a fait un plaisir
infini ; Adélaïde à travers sa joie laisse
entrevoir une douleur dont elle apprend
la cause à Gustave ; c'est l'emprisonnement
de Léonor qu'elle fait connoître à
çe tendre Fils pour sa Mere , dont il avoit
déja pleuré la mort ; Gustave ne balance
pas à s'exposer à tout pour la délivrance
d'une Mere si chete ; il quitte la Prin
cesse dans le dessein de tout entreprendre
; Frederic vient un moment après
toujours soumis et respectueux. Adélaïde
le prie à son tour de travailler à la déli̟-
vrance de Léonor , ce genereux Prince
lui promet de la demander à Christierne
et de tout entreprendre s'il la lui refuse,
Passons à l'Acte IV.
Astolphe apprend à Christierne que
cette Léonor qui lui paroissoit si suspecte
s'est enfin fait reconnoître pour Mere de
Gustave. Christierne est frappé de cette
découverte , mais il l'est encore plus d'un
nouveau soupçon d'Astolphe , qui vient
de faire arrêter le prétendu assassin de
Gustave , parce qu'il avoit voulu séduire,
à force d'argent , les Gardes de Léonor ,
ce qui lui fait présumer qu'il se pourroit
bien que le prétendu meurtrier de Gusta362
MERCURE DE FRANCE
ve fut Gustave lui -même. Christierne en
tre dans ce soupçon ; et pour l'éclaircir
it ordonne à Astolphe de lui envoyer
Léonor , et de se tenir prêt à faire paroî
tre le prisonnier qu'il vient de faire arrê
ter , au premier signal. Ses ordres sont
ponctuellement éxecutés. Léonor vient la
premiere ; elle reproche la mort de son
Fils au Tyran ; il s'en excuse avec adresse
eh bien , lui répond Léonor , si tu
n'es pas complice de la mort de Gustave,
prouve-le moi par le supplice de son assassin
. Christierne y consent ; on amene
Gustave , Léonor le reconnoît pour son
Fils , sans oser proferer un seul mot , mais
voyant qu'on va lui donner la mort par
l'ordre de Christierne : Arrête , dit elle
parlant à celui qui va le frapper : Ah !
C'est ton Fils , dit alors Christierne : ce
coup de Théatre a parû le plus bel endroit
de la Tragédie.
,
Nous passons légerement sur ce qui
reste , pour ne pas sortir des bornes que
nous avons prescrites à cet argument.
Frederic n'ayant pû obtenir de Christierne
la liberté de Léonor , et d'ailleurs
le Tyran lui ayant dit qu'il prétend lui
même épouser Adélaïde , s'emporte d'u
ne maniere à fournir à Christierne un
prétexte de le faire arrêter , de sorte que
le
FEVRIER. 1733. 365
le danger des personnages les plus interessants
de la Piéce , paroît arrivé à son
dernier période. Heureusement on s'est
avisé trop tard de faire arrêter Casimir
par la raison qu'il étoit le moins suspect
on vient avertir Christierne que tout
conspire contre lui , et que ce Casimir
dont il ne s'étoit jamais défié, avoit , à
main armée délivré Gustave et Frederic
de sorte qu'il ne lui reste d'espoir que
dans la fuite. Christierne vaincu sur la
Mer et sur les glaces , tente un dernier
coup que le désespoir lui inspire ; il fait
paroître sur le tillac d'un Vaisseau Léonor
prête à tomber sous un coup mortel
, et par une Lettre qu'il envoye à la
Flote ennemie , par une fleche décochée ,
il fait entendre à Gustave que s'il ne lui
rend Adelaïde , sa Mere est morte ; Gustave
ne balance pas un moment à se livrer
lui- même pour sauver sa Mere; Adelaïde
s'y oppose , mais inutilement ; enfin Leonor
vient dissiper par sa présence le trouble
dont tous les esprits sont agitez ; elle
annonce que le génereux Fréderic l'a sauvée
dans le temps que Christierne lui alloit
enfoncer un poignard dans le sein ; on
amene le Tyran à Gustave , qui ne dai
gne pas répandre un sang si indigne , il
gie veut pas même qu'on attente à sa li-
L
berté
364 MERCURE DE FRANCE
berté , et l'abandonne aux remords , justes
vengeurs des crimes pour Fréderic
il a déja pris son parti en Prince génereux
, et a fait voile du côté du Dannemarc
, où les Peuples l'attendent pour
le couronner.
;
La Scene se passe dans le Palais des
Rois de Suede à Stokolm. Le principal
Rôle de Gustave est rempli et très-bien
joüé par le sieur Dufresne ceux de Christierne
, Roy de Dannemarc , de Fréderic
, Prince de Dannemarc , de Casimir ,
Seigneur Suedois , d'Astolphe , Confident
de Christierne et d'Othon , Capitaine
de ses Gardes , sont jouez par les
sieurs Sarrazin , Grandval , le Grand ,
Montmenil , et du Breuil. Les Rôles d'Adelaïde
, Princesse de Suede , de Leonor ,
Mere de Gustave , et de Sophie , Confidente
d'Adelaïde , sont remplis par les
Dlles Gaussin , Ballycourt et Jouvenot,
donnerent la premiere Représentation de
Ia Tragédie de Gustave ; il y a peu de Piéces
qui ayent été reçûes avec un applau
dissement
FEVRIER. 1733. 355
dissement si unanime ; la grande idée
qu'on s'en est d'abord faite n'a fait qu'aug,
menter dans les Représentations suivan
tes. Elle est de M. Pyron , Auteur de la
Comédie des Fils Ingrats , et de la Tragédie
de Callistene. Nous n'en donnerons
qu'un Argument très- succinct , en attendant
que nous l'ayons assez éxaminée
pour pouvoir en donner un Extrait plus
détaillé .
Le Heros de cette Tragédie est le premier
de sa Maison qui ait regné sur les
Suedois ; on l'avoit d'abord annoncé
dans les affiches sous le nom de Gustave
Vasa, pour le distinguer de Gustave Adol
phe , dont le nom n'est pas moins celébre.
Stenon , Roi de Suede , à qui ce premier
Gustave a succedé , l'avoit désigné
son Successeur , à la faveur d'un mariage
avec Adelaide , sa Fille. Christierne
Beau- Frere de Charlequint , détrôna et
fit massacrer Stenon ; il fit enfermer Adelaïde
Fille de ce malheureux Roi dans
une Tour, et il y a apparence qu'il n'auroit
pas épargné celui qui lui étoit destinépour
Epoux , s'il étoit tombé en sa puissance ;
il faut donc supposer que Gustave fut au
moins emprisonné , ou qu'il se tint caché
pendant neuf ans pour attendre le tems.
favorable, où il pourroit monter sur le
Trône
2
356 MERCURE DE FRANCE
Trône où il avoit été destiné par le légiti
me Roi . Ces neuf ans étant expirés , et le
tems de sa vangeance étant arrivé , comme
sa tête avoit été mise à prix par Christierne
, il fit courir lui- même le bruit que
Gustave avoit été tué , et que le meurtrier
devoit apporter sa tête à Christierne.
C'est ici que l'action theatrale commence.
Christierne à son retour de quelque
expédition , demande à Astolphe , fidele
Ministre de ses vangeances , ce qui s'est
passé dans Stocholm depuis son absence ;
Astolphe lui rend un compte éxact de ce
qui regarde sa nouvelle domination , et
lui annonce entr'autres choses que la Reine
, veuve de Stenon , est morte ; Christierne
lui apprend à son tour quelque
chose de plus favorable à ses projets ambitieux
, c'est l'assassinat de Gustave. E
dentPrince assez amateur du repos , pour avoir
abandonné à Christierne les droits naturels
qu'il avoit sur la Couronne de
Dannemarc , ne peut apprendre sans indignation
qu'on ait assassiné Gustave ; il
a déja commencé à devenir suspect à
Christier ne , par les voeux de la plûpart ,
des Danois pour son rétablissement au
Trône qui lui appartient ; mais ce meurtre
abominable dont le Tyran fait gloire ,
fait
FEVRIER. 1733 . 387
fait encore plus d'horreur à Casimir , l'un
des plus fideles Sujets qui soient restés
à Stenon malgré son détrônement ; de
sorte qu'il forme dès-lors le genereux des
sein de vanger Gustave , comme désigné
par Stenon pour lui succeder au Trône ;
par le droit d'Adelaïde , sa Fille. Frederic
aime cette malheureuse Princesse , dont
les fers viennent d'être brisez par un
trait de politique de Christiernę ; la Princesse
l'a toujours estimé , Christierne le
lui a fait proposer pour Epoux , mais ce
Tyran n'avoit pas encore vû cette Fille
de Stenon , et ce n'a été que long- tems
après le jour de son emprisonnement qu'il
a connu le pouvoir de ses charmes ; il
n'a garde de faire connoître son amour
à Fréderic , qu'il a interêt de flater toujours
de l'espérance de son Hymen avec
Adelaïde ; c'est dans cette vûë qu'il charge
ce Prince Danois du soin d'annoncer à
cette Princesse la mort de Gustave , lui
faisant entendre que perdant toute esperance
d'épouser l'Amant à qui son Perc
l'avoit destinée , elle n'apportera plus de
résistance au nouvel Hymen qu'on éxige
d'elle. Fréderic ne sçait comment annoncer
une si funeste nouvelle à sa Princesse ;
il craint de lui en devenit encore plus
odieux ; elle vient ; il la plaint ; elle lui
de358
MERCURE DE FRANCE
demande d'où naissent ses plaintes , et
comme il s'obstine à garder le silence
quoiqu'elle le presse de le rompre : Ah !
lui dit elle , Gustave est mort ; il la quitte
sans proferer un seul mot . Elle prend sa
retraite et son silence pour un aveu ; elle
ne doute plus de la mort de Gustave ; la
Mere de ce Prince , qui passe pour une
Suivante de cette Princesse éplorée , témoigne
plus de fermeté ; ce qui donne
lieu à ces deux beaux Vers d'Adelaïde :
Calme dénaturé , qui fait voir en ce jour,
Que le sang sur un coeur est plus fort que PA
mour !
Voilà à peu près ce qui fait le sujet du
premier Acte , nous nous y sommes un
peu étendus , croyant l'exposition de ces
circonstances nécessaires pour l'intelligence
de l'action principale
Casimir ayant appris que le prétendu
assassin de Gustave doit en apporter la
tête à Christierne , vient l'attendre dans
un endroit par où il doit passer ; prêt à
le combattre , il le reconnoît pour Gustave
même ; ce Prince lui explique.comment
il s'est transporté jusqu'à Stocholm
sans avoir été reconnu ; il lui demande si
Adelaïde lui est fidele ; Casimir l'en
ayant
FEVRIER. 1733 359
1
ayant assuré , Gustave lui dit d'un ton de
confiance :
Stocholm est libre , et Stenon est vangé.
Christierne vient ; le faux assassin qui
lui est toujours inconnu , lui raconte
en termes équivoques ce qu'il veut lui
persuader ; il lui promet de lui montrer la
tête de Gustave , qu'il dit avoir attaqué en
brave homme ; il lui demande pour toute
récompense , qu'il lui permette de rendre
à la Princesse une Lettre que Gustave a
mise entre ses mains : Christierne lit la
Lettre , il reconnoît le seing de Gustave :
par ce Billet , Gustave prie Adélaïde de
ne pas
s'obstiner à lui être fidele après sa
mort , et de recevoir un Epoux de la
main du Vainqueur ; cette Lettre étant
parfaitement conforme aux intentions de
Christierne , ce Tyran lui permet de la
donner à Adélaïde , et de l'entretenir sans
témoins, Gustave se retire ; Astolphe plus
méchant encore que Christierne lui
dit que s'il veut que son Hymen avec
Adélaïde ne soit plus traversé , il faut absolument
séparer Léonor de cette Princesse
, attendu que cette Suivante l'entretient
dans une haine implacable contre
lui ; Christierne approuve ce conseil , et
le charge de l'éxécuter quand il le trouve-
>
ra
$ 60 MERCURE DE FRANCE
ra à propos ; voilà à peu près toute l'ac
tion du second Acte.
L'entrevuë d'Adélaïde avec celui qui
doit lui donner une Lettre de Gustave ,fait
le principal incident du troisiéme Acte.
Cet incident est précedé d'un autre qui
est très- bien imaginés le voici . Léonor ne
doutant plus de la mort de son Fils , dont
elle n'a été que trop bien informée , ne
peut plus se contraindre en présence d'Astolphe
et pour réprimer l'insolence de
ses discours , elle se déclare mere de Gusrave
Astolphe la fait arrêter sur le
champ malgré les larmes et les cris d'Adélaïde
cet emprisonnement est abŝolument
nécessaire pour préparer un coup
de Théatre qui fait un honneur infini à
P'Auteur. Léonor ayant été arrachée d'entre
les bras d'Adélaïde , Gustave est introduit
auprès d'elle ; elle ne reconnoît
pas le son de sa voix , soit qu'il soit supposé
qu'il la contrefasse , soit que neuf
ans d'absence y ayent apporté assez de
changement pour la rendre méconnoissa→
ble aux oreilles d'une Princesse , accablée
d'ailleurs d'une douleur mortelle ; elle lit e;
la Lettre dont on a déjà parlé dans l'Acte
précédent ; elle fait connoître après cette
fecture qu'elle aimera toujours Gustave ,
quoiqu'il la dispense de sa foi ; à cet heureux
FEVRIER. 1733. 361
reux témoignage d'une constance éternelle
, Gustave transporté se jette à ses
pieds ; cette reconnoissance a fait un plaisir
infini ; Adélaïde à travers sa joie laisse
entrevoir une douleur dont elle apprend
la cause à Gustave ; c'est l'emprisonnement
de Léonor qu'elle fait connoître à
çe tendre Fils pour sa Mere , dont il avoit
déja pleuré la mort ; Gustave ne balance
pas à s'exposer à tout pour la délivrance
d'une Mere si chete ; il quitte la Prin
cesse dans le dessein de tout entreprendre
; Frederic vient un moment après
toujours soumis et respectueux. Adélaïde
le prie à son tour de travailler à la déli̟-
vrance de Léonor , ce genereux Prince
lui promet de la demander à Christierne
et de tout entreprendre s'il la lui refuse,
Passons à l'Acte IV.
Astolphe apprend à Christierne que
cette Léonor qui lui paroissoit si suspecte
s'est enfin fait reconnoître pour Mere de
Gustave. Christierne est frappé de cette
découverte , mais il l'est encore plus d'un
nouveau soupçon d'Astolphe , qui vient
de faire arrêter le prétendu assassin de
Gustave , parce qu'il avoit voulu séduire,
à force d'argent , les Gardes de Léonor ,
ce qui lui fait présumer qu'il se pourroit
bien que le prétendu meurtrier de Gusta362
MERCURE DE FRANCE
ve fut Gustave lui -même. Christierne en
tre dans ce soupçon ; et pour l'éclaircir
it ordonne à Astolphe de lui envoyer
Léonor , et de se tenir prêt à faire paroî
tre le prisonnier qu'il vient de faire arrê
ter , au premier signal. Ses ordres sont
ponctuellement éxecutés. Léonor vient la
premiere ; elle reproche la mort de son
Fils au Tyran ; il s'en excuse avec adresse
eh bien , lui répond Léonor , si tu
n'es pas complice de la mort de Gustave,
prouve-le moi par le supplice de son assassin
. Christierne y consent ; on amene
Gustave , Léonor le reconnoît pour son
Fils , sans oser proferer un seul mot , mais
voyant qu'on va lui donner la mort par
l'ordre de Christierne : Arrête , dit elle
parlant à celui qui va le frapper : Ah !
C'est ton Fils , dit alors Christierne : ce
coup de Théatre a parû le plus bel endroit
de la Tragédie.
,
Nous passons légerement sur ce qui
reste , pour ne pas sortir des bornes que
nous avons prescrites à cet argument.
Frederic n'ayant pû obtenir de Christierne
la liberté de Léonor , et d'ailleurs
le Tyran lui ayant dit qu'il prétend lui
même épouser Adélaïde , s'emporte d'u
ne maniere à fournir à Christierne un
prétexte de le faire arrêter , de sorte que
le
FEVRIER. 1733. 365
le danger des personnages les plus interessants
de la Piéce , paroît arrivé à son
dernier période. Heureusement on s'est
avisé trop tard de faire arrêter Casimir
par la raison qu'il étoit le moins suspect
on vient avertir Christierne que tout
conspire contre lui , et que ce Casimir
dont il ne s'étoit jamais défié, avoit , à
main armée délivré Gustave et Frederic
de sorte qu'il ne lui reste d'espoir que
dans la fuite. Christierne vaincu sur la
Mer et sur les glaces , tente un dernier
coup que le désespoir lui inspire ; il fait
paroître sur le tillac d'un Vaisseau Léonor
prête à tomber sous un coup mortel
, et par une Lettre qu'il envoye à la
Flote ennemie , par une fleche décochée ,
il fait entendre à Gustave que s'il ne lui
rend Adelaïde , sa Mere est morte ; Gustave
ne balance pas un moment à se livrer
lui- même pour sauver sa Mere; Adelaïde
s'y oppose , mais inutilement ; enfin Leonor
vient dissiper par sa présence le trouble
dont tous les esprits sont agitez ; elle
annonce que le génereux Fréderic l'a sauvée
dans le temps que Christierne lui alloit
enfoncer un poignard dans le sein ; on
amene le Tyran à Gustave , qui ne dai
gne pas répandre un sang si indigne , il
gie veut pas même qu'on attente à sa li-
L
berté
364 MERCURE DE FRANCE
berté , et l'abandonne aux remords , justes
vengeurs des crimes pour Fréderic
il a déja pris son parti en Prince génereux
, et a fait voile du côté du Dannemarc
, où les Peuples l'attendent pour
le couronner.
;
La Scene se passe dans le Palais des
Rois de Suede à Stokolm. Le principal
Rôle de Gustave est rempli et très-bien
joüé par le sieur Dufresne ceux de Christierne
, Roy de Dannemarc , de Fréderic
, Prince de Dannemarc , de Casimir ,
Seigneur Suedois , d'Astolphe , Confident
de Christierne et d'Othon , Capitaine
de ses Gardes , sont jouez par les
sieurs Sarrazin , Grandval , le Grand ,
Montmenil , et du Breuil. Les Rôles d'Adelaïde
, Princesse de Suede , de Leonor ,
Mere de Gustave , et de Sophie , Confidente
d'Adelaïde , sont remplis par les
Dlles Gaussin , Ballycourt et Jouvenot,
Fermer
Résumé : Extrait de la Tragédie de Gustave, [titre d'après la table]
Le 6 février 1733, les Comédiens Français ont présenté pour la première fois la tragédie 'Gustave' de M. Pyron, également auteur des 'Fils Ingrats' et de 'Callistene'. Cette pièce a été acclamée par le public dès sa première représentation, et cet enthousiasme n'a fait que croître lors des représentations suivantes. La tragédie 'Gustave' raconte l'histoire de Gustave Vasa, premier roi de sa maison à régner sur les Suédois. Gustave a été désigné comme successeur de Stenon, roi de Suède, grâce à son mariage avec Adelaide, la fille de Stenon. Cependant, Christierne, beau-frère de Charles Quint, a détrôné et fait massacrer Stenon, emprisonnant Adelaide dans une tour. Pour éviter d'être capturé, Gustave s'est caché pendant neuf ans avant de revenir pour réclamer le trône. L'action commence avec Christierne de retour d'une expédition, apprenant la mort de Gustave et celle de la reine, veuve de Stenon. Casimir, un fidèle sujet de Stenon, décide de venger Gustave. Frédéric, amoureux d'Adelaïde, est chargé par Christierne d'annoncer la mort de Gustave à la princesse. Malgré ses réticences, Frédéric finit par révéler la nouvelle à Adelaide. Dans le deuxième acte, Casimir reconnaît Gustave déguisé et apprend qu'il est toujours vivant. Gustave demande à Casimir si Adelaide lui est fidèle. Christierne, toujours méfiant, ordonne à Astolphe de séparer Léonor, la mère de Gustave, d'Adelaïde. Le troisième acte se concentre sur la rencontre entre Adelaide et Gustave, déguisé en messager. Léonor, croyant Gustave mort, est arrêtée par Astolphe. Gustave se révèle à Adelaide, qui est ravie de le revoir. Gustave décide de libérer sa mère, Léonor, emprisonnée par Christierne. Dans le quatrième acte, Christierne découvre que Léonor est la mère de Gustave et ordonne son exécution. Gustave est amené devant Christierne, qui reconnaît finalement son erreur. Frédéric, après avoir tenté en vain de libérer Léonor, est arrêté par Christierne. Casimir libère Gustave et Frédéric, forçant Christierne à fuir. Gustave, après avoir sauvé sa mère, épargne Christierne et le laisse aux remords de ses crimes. Frédéric retourne au Danemark pour être couronné. La pièce se déroule au palais des rois de Suède à Stockholm. Les principaux rôles sont interprétés par Dufresne, Sarrazin, Grandval, Montmenil, et autres acteurs renommés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
209
p. 366-375
LETTRE écrite de Constantinople le 10. Novembre 1732. au sujet de la derniere Révolution de Perse.
Début :
Après avoir été fort long-temps ici dans l'incertitude sur les affaires de Perse, on a reçu enfin [...]
Mots clefs :
Perse, Constantinople, Thamas Kouli-Kan, Roi, Prince, Armée, Ispahan, Chah, Troupes, Général, Officiers, Ministre, Cour, Couronne, Empire, Ambition, Révolution
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Constantinople le 10. Novembre 1732. au sujet de la derniere Révolution de Perse.
LETTRE écrite de Constantinople le
10. Novembre 1732. au sujet de la der
niere Révolution de Perse.
Près avoir été fort long - temps ici dans l'in-
Acertitude sur les affaires de Perse, on a reçû enfin
à la Porte des nouvelles d'Achmet - Pacha,Gouwerneur
de Bagdat ; et voici la traduction d'une
Lettre que ce Pacha a envoyée au G. S, et qui
lui avoit été écrite d'Ispaham le 26. Septembre
dernier par Abdilbaki Kan de Kirmanchah , qui
se trouvoit alors à la Cour de Perse
Les nouvelles que j'ai écrites à Votre Excellence,
très -Honoré et très- Magnifique Seigneur , vous
surprendront moins qu'un autre, parce que l'arrogance
et l'ambition sans bornes de Thamas Kouli-
Kan vous sont connues depuis long- temps ; voici
ce que j'ai à vous apprendre d'interessant qui
regarde la situation présente de cet Empire.
Thamas Kouli- Kan , après avoir subjugué la
Province de Yerak , s'étoit livré à des idées ambitieuses
, qui lui avoient fait concevoir le dessein
de s'emparer de la Couronne de Perse ; et
comme il lui falloit un prétexte pour s'approcher
d'Ispaham , il publia qu'il vouloit faire la
guerre à l'Empire Ottoman , et sans attendre
d'ordres formels de Schah - Thamas , il parut disposer
son Armée à se mettre en marche.
Le Roy de Perse , à qui la conduite de son
Premier Ministre étoit devenuë suspecte , comme
V ,
FEVRIER . 1733. 367
V. E. en a été déja informée , et qui avoit connoissance
de ses projets ambitieux , lui écrivit
de ne pas s'avancer avec l'Armée et d'attendre
ses ordres dans le Khorassan . Thamas Kouli- Kan,
qui avoit ses vûes , obéit et se contenta de supplier
le Roy par des Lettres très - soumises , en
apparence , de lui envoyer ceux de ses Officiers
ou Ministres en qui il auroit le plus de confiance
, pour qu'il pût conferer avec eux sur les interêts
de l'Etat, et leur communiquer ses desseins et
ses vûës.
>
Thamas- Schah ne se refusa pas à cette proposition
, il nomma plusieurs Députez qu'il choisit
parmi les Seigneurs les plus qualifiez de sa Cour,
et qui lui étoient le plus affidez. Ceux - cy se rendirent
à l'Armée de Kouli - Kan et ce General
pour les engager à ajoûter plus de foi à ses paroles,
destina pour le Lieu de la Conference , l'enceinte
du Tombeau de l'Iman * Riza , Personnage
tenu pour Saint et extrêmement réveré parmi
les Persans. Il commença la Conférence par donner
aux Députez des assurances de la sincerité de
de ses sentimens , qu'il accompagna des sermens
les plus terribles , leur disant qu'il n'avoit rien
tant coeur que d'en donner des preuves à son
Souverain ; que les soupçons du Roy , dont il
avoit lieu de s'appercevoir , le mettoient au désespoir
, qu'il les prioit de les effacer de l'esprit
de ce Prince , et enfin qu'il n'avoit point d'autre
vûë , en voulant conduire P'Armée dans la Province
d'Ispaham , que de la faire passer vers les
Il faut lire Ali - Ridha , le VIII. des 12 .
fameux Imans , ou Chefs de la Religion Musulmane
, descendans d'Ali et reconnus tels par les
Persans , &c.
Hij Fron368
MERCURE DE FRANCE
6
Frontieres de Turquie pour vanger l'Empire de
toutes les cruautez que les Turcs avoient exercées
dans les differentes Provinces de Perse .
Les Députez se laisserent tromper à ces apparences
de sincerité et de bonne foi , et Thamas
Kouli- Kan les renvoya en les chargeant d'une
Lettre pour le Roy , par laquelle il marquoit à
ce Prince qu'il ne se regardoit que comme le der
nier de ses Esclaves , qu'il n'avoit d'autre ambition
que celle de travailler pour son service et
pour sa gloire , que cependant lorsqu'il se seroit
approché d'Ispaham avcc l'Armée , il ne feroit
aucune démarche sans son ordre.
Le Roy ayant reçû cette Lettre , bien loin d'a
joûter foi aux protestations de son General , sortit
d'Ispaham avec ses femmes et tous ses Effets
les plus précieux , et alla camper à cinq journées
delà dans un lieu appellé Serchemé , dans l'ancienne
Bactriane , à dessein de ramasser autant
de Troupes qu'il lui seroit possible, et d'en for-
- mer un Corps d'Armée capable , en cas de besoin
, de résister aux forces de Kouli - Kan , résolu
à tout évenement , et dans le cas d'une
grande extrémité , de se réfugier dans les Etats
du G. S.
Cependant ce Prince , qui au péril de sa vie ,
vouloit maintenir le dernier Traité conclu avec
la Porte , écrivit à son Géneral les raisons les
plus fortes pour le détourner de faire la guerre
aux Turcs au préjudice de ce Traité , ajoutant
que s'il aimoit tant la gloire et la prosperité de
la Perse , il pouvoit signaler sa valeur en portant
la guerre dans le Pays des Tartares Usbecs , dans
celui des Aghuans et jusques dans les Indes , qui
lui offroient des Pays assez vastes pour contenter
son ambition ; qu'en un mot il lui deffendoit
trèss
FEVRIER. 1733. 369
très - expressément et sous peine de desobeïssance
, de faire avancer son armée dans la Province
d'Ispaham .
Sur des ordres si précis , Kouli- Kan prit le
parti de feindre , dit qu'il étoit disposé d'obéir ,
et il en écrivit en ces termes au Roy son Maître ,
ajoutant seulement qu'il étoit d'avis d'envoyer un
Ambassadeur à la Porte pour demander la restitution
des Provinces dont le G. S. avoit conservé
la possession par le dernier Traité , et qu'en attendant
le retour de l'Ambassadeur , il resteroit
campé avec l'Armée à Serahanende. Mais dans
le même- temps qu'il paroissoit si soumis , il
écrivit à tous les amis qu'il avoit à la Cour , οὐ
son crédit et son autorité lui en avoient fait
un grand nombre , de mettre tout en usage pour
effacer les soupçons du Roy , et de l'engager ,
force de prieres , à quitter son Camp et à rentrer
dans sa Capitale.
Les Partisans de Kouli- Kan s'employerent ave
tant de zele et parlerent si efficacement en faveur
de sa prétendue fidelité , qu'ils dissiperent en
partie les soupçons de Schah- Thamas , mettant
en oeuvre toute sorte d'artifice pour le rassurer,
ensorte que ce malheureux Prince se laissant enfin
entierement persuader , quitta son Camp et
rentra dans Ispaham .
A peine le General en eut reçu l'avis , qu'il
quitta Serahanende et sa premiere démarche fut
d'envoyer ses Officiers les plus affidez avec de petits
corps de Troupes occuper les postes les plus
importans des environs d'Ispaham ; desorte qu'en
peu de temps il se vit maître de tous les passages
par où le Roy auroit pû sortir de cette Ville
qu'il tint , pour ainsi dire , bloquée , prenant en
même-temps des précautions pour que l'on ob-
H iij
servât
?
370 MERCURE DE FRANCE
servât tous les mouvemens de ce Prince , er pour
qu'il ne lui fût pas possible de prendre la fuite.
Après avoir ainsi disposé les choses il écrivit
à ses amis qui étoient auprès de Schah- Thamas ,
d'engager ce Prince à l'inviter de se rendre auprès
de sa Personne. Le Roy s'apperçut trop
tard de la facilité avec laquelle il avoit ajoûté foi
aux paroles de son General ; mais se voyant environné
de ses Ennemis , sans secours et hors
d'état de rien entreprendre , il fut contraint de
suivre les mouvemens qu'on lui inspiroit et de
concourir lui- même à sa perte .
Il écrivit de sa propre main à Thamas Kouli-
Kan , pour l'inviter à venir recevoir des marques
de sa satisfaction et de sa bienveillance . Ce perfide
Ministre n'eut pas plutôt reçû la Lettre du
Roy qu'il s'avança vers Ispaham , suivi de son
Armée , Schah - Thamas en étant averti , donna
des ordres pour qu'on lui fit une Entrée magni- '
fique , il vouloit aller lui-même à sa rencontre
pour l'honorer davantage ; mais le General craignant
que dans une cérémonie qui alloit donner
lieu à un si grand concours de Peuple , on n'attentât
à sa vie , refusa , sous les apparences d'une
feinte modestie , les honneurs qu'on lui offroit ,
et fit dire au Roy qu'il se rendroit dans son
Quartier suivi de peu de monde.
Il arriva le cinq de la Lune de Rebiulakhir à
une Maison Royale qui n'est éloignée d'Ispaham
que d'une lieue. Il fit camper son Armée aux environs
, et après y avoir séjourné deux jours , il
fit demander au Roy une Audiance , en exigeant
dé ce Prince qu'il seroit seul dans la Sale où il le
recevroit , ce qui lui ayant été accordé , il entra
dans Ispaham avec quelques Troupes et les principaux
Officiers de son Armée. Il fut introduit devant
FEVRIER: 1733. 371
vant le Roy, et au lieu de se présenter dans l'état
respectueux qui convient à un Sujet , il s'assit en
la présence du Roy, sans en avoir obtenu la permission
; mais quoique par cette démarche il eûg
laissé appercevoir son orgueil , il ne laissa pas
d'employer encore la feinte.
Il s'approcha du Trône où Schah- Thamas étoit
assis , et dit à ce Prince qu'il étoit son premier
Ministre , et qu'en cette qualité le soin des affai
res de l'Etat et de la Famille Royale le regardoit,
que S. M. devoit être persuadée de sa fidelité par
les services importans qu'il lui avoit rendus , mais
que si elle avoit encore quelques soupçons sur sa
fidelité , il la supplioit par tout ce qu'il y a de
plus saint et de plus sacré , de concevoir des idées
plus favorables , et d'être persuadée qu'elle n'avoit
point d'Esclave qui exposât plus volontiers
sa vie que lui pour son service.
Le Roy réduit à la triste necessité de ménager
ce Traitre , répondit qu'il étoit persuadé de sa fidelité
, que c'étoit à lui , comme Premier Ministre
, de remédier aux désordres de l'Etat , et que
c'étoit dans ce dessein qu'il le faisoit dépositaire
de toute son autorité.
Après un assez long entretien avec le Roy,
Kouli-Kan sortit de la Sale d'Audiance environné
de tous les Courtisans ; et commençant de
faire usage de l'autorité qui venoit de lui être
confirmée , il fit arrêter deux des principaux Officiers
de la Couronne qui étoient les plus affectionnez
au Roy ; ils fuient par son ordre dépouillez
de tous leurs biens , releguez dans le Korassan
et leurs maisons abandonnées au pillage .
Ensuite , sous prétexte que Schah -Thamas vouloit
voir passer ses Troupes en revûë , il envoya
des ordres à son Aimée pour se rendre à Ispa
Hiiij
ham
372 MERCURE DE FRANCE
ham ; et feignant toujours qu'il agissoit par les
ordres du Roy , ce perfide Ministre réforma
tous les Officiers qu'il connoissoit attachez à leur
Souverain , et enrichit de leurs dépouilles ses
Creatures et les Soldats dont il avoit gagné l'affection
par ses liberalitez .
•
Les choses ainsi disposées , il proposa au Roy
de venir dans son Quartier , où il vouloit , disoitil
, le régaler splendidement , et cela pour faire
connoître au Peuple que S. M. lui avoit rendu
toute sa confiance , ce qui produiroit , disoit- il
un grand avantage pour son service. Schah- Thamas
se voyant en quelque maniere forcé de se
prêter aux insinuations de son Ministre , se rendit
le 9. de la Lune de Rebiuleuvel au Camp ,
éloigné , comme je l'ai dit , d'une lieüe de la
Ville , il y fut reçû avec tout l'honneur et tout
le respect qui lui étoit dû , Kouli - Kan l'engagea
d'y passer la nuit.
Mais le lendemain , ce Rebelle ayant fait assembler
les principaux Officiers de son Armée ,
de concert avec les Courtisans qu'il avoit engagés
dans son parti , il leur représenta le Roy comme
un Prince imbécile et absolument incapable
de gouverner l'Etat , il ne veut point , ajoûta - t'il ,
donner son consentement pour faire la guerre aux
Turcs ; c'est un Prince sans courage , il faut le
détrôner et établir en sa place Mirza - Abbas son
fils, il est,à la verité, encore au berceau , et n'a que
40. jours , mais je gouvernerai le Royaume en
qualité de Régent , toute la Terre s'appercevra
bien- tôt de ce changement.
Ce discours fut applaudi par les Partisans du
General, et les plus fideles serviteurs du Roy furent
contraints de dissimuler ; on se saisit en
même-temps de la personne du Prince , qui fut
d'abord
FEVRIER. 1733 373
d'abord mis en prison, et deux jours après il fut
conduit dans le Korassan , avec une escorte qui
eut ordre de passer par les Deserts et d'éviter
avec soin les lieux habitez , crainte que le Roy
ne fût enlevé par les Peuples. On n'a laissé à ce
malheureux Prince que deux Eunuques et quelques
Esclaves.
Le 17. du même mois , Kouli Kan se rendit à
Ispaham avec une pompe et une magnificence
Royale , et étant descendu au Palais des Rois , il
fir publier la déposition de Schah- Thamas et
l'avenement à la Couronne de Mirza - Abbas. En
même-temps ce Prince dans son berceau fut placé
sur un Trône où tous les Grands vinrent lui
rendre hommage ; cet Evenement fut annoncé
dans toutes les Mosquées , et l'on frappa de la
Monnoye au coin du nouveau Souverain.
Après cette cérémonie , le Rebelle Kouli - Kan ,
vêtu d'une Robbe Royale , portant une Couronne
sur sa tête , et placé sur le Trône , reçut
en qualité de Régent du Royaume , les compli- ,
mens de tous les Officiers de la Cour , il entra
ensuite dans la Harem de Thamas- Schah , y viola
la Soeur du Roy , fille de Schah- Hussein
Princesse d'une extrême beauté , et dont là vertu
étoit généralement révérée de toute la Perse , il
se saisit aussi du Trésor Royal et generalement
de tout ce qui appartenoit à la Couronne.
>
Je vous dirai , très- Honoré Seigneur , que cette
action est détestée de tous les Peuples , qui jusqu'alors
avoient consideré ce General comme le
Restaurateur de la Patrie , et le Ministre le plus
zelé que le Roy pût trouver. Cette opinion a dégeneré
en haine publique ; mais il ne se trouve
personne qui ait assez de résolution pour faire
paroître ses sentimens. La timidité des Peuples
Hv donne
174 MERCURE DE FRANCE
donne le temps à ce Rebelle de grossir son parti,
de se faire des créatures et d'écraser tous ceux
qui pourroient lui donner de l'ombrage . Les
cruautez , les rapines , les vexations sont inoüies ,
les Grands - Seigneurs passent tout d'un coup de
l'Etat le plus opulent à une extrême indigence ,
les Musulmans sont immolez dans les Mosquées ,
enfin je ne finirois point ma Lettre si j'entrois
dans le détail des abominations , des excès et de
tous les crimes qui se commettent ; toutes les richesses
qui sont abandonnées au pillage des Rebelles
, sont partagées entre les Troupes venues
du Korassan, dont Kouli - Kan se ménage l'affection
, et dont je vous envoye l'Etat détaillé avec
ma Lettre.
Ces Troupes lui sont si affectionnées qu'elles
répandroient tout leur sang pour son service , et
indépendemment de cette Arinée , qui est d'environ
25000 hommes , Cavalerie et Infanterie
il peut avec beaucoup de facilité mettre sur pied
encore 25000. hommes de Troupes d'élite .
Au reste , comme il est persuadé que Artille
rie Persanne n'est pas à comparer à celle des
Turcs , il a résolu d'attaquer le Turquestan par
trois differens endroits , afin d'occuper les Habitans
du Pays de façon qu'ils ne puissent donner
aucun secours au Séraskier , ne voulant risquer
aucun Evenement qui puisse dépendre de
Peffort de l'Artillerie Et si V. Ex , se renferme
avec ses Troupes dans Bagdat , Kouli- Kan se propose
de bloquer cette Place avec une partie de
son Armée , et d'employer l'autre partie à ravager
la campagne pour affamer la Place . L'orgueil
de ce Rebelle est si outré et son ambition si démesurée
, qu'il regarde tout le reste du Monde
Comine sa proye et sa conquête . Voilà , Seigneur,
la
FEVRIER. 1733- 375
la véritable situation des affaires de Perse. Au
reste , l'ordre et le commandement dépendent de
celui qui peut tout.
Ces nouvelles ayant été reçûës à la Porte , elles
ont donné lieu à un Conseil , auquel ont assisté
tous les Ministres et les Principaux de la Cour.
y a été déliberé que le G. S. écriroit des Let-
Il
tses à tous les Gouverneurs des Provinces de Perse
, pour les exciter à prendre les Armes , pour
vanger leur légitime Souverain , contre les entreprises
de ce nouvel Usurpateur ; avec promesse ,
de la part de Sa Hautesse , de les soûtenir de
toutes les forces de son Empire , dans une Guerre
si juste.
10. Novembre 1732. au sujet de la der
niere Révolution de Perse.
Près avoir été fort long - temps ici dans l'in-
Acertitude sur les affaires de Perse, on a reçû enfin
à la Porte des nouvelles d'Achmet - Pacha,Gouwerneur
de Bagdat ; et voici la traduction d'une
Lettre que ce Pacha a envoyée au G. S, et qui
lui avoit été écrite d'Ispaham le 26. Septembre
dernier par Abdilbaki Kan de Kirmanchah , qui
se trouvoit alors à la Cour de Perse
Les nouvelles que j'ai écrites à Votre Excellence,
très -Honoré et très- Magnifique Seigneur , vous
surprendront moins qu'un autre, parce que l'arrogance
et l'ambition sans bornes de Thamas Kouli-
Kan vous sont connues depuis long- temps ; voici
ce que j'ai à vous apprendre d'interessant qui
regarde la situation présente de cet Empire.
Thamas Kouli- Kan , après avoir subjugué la
Province de Yerak , s'étoit livré à des idées ambitieuses
, qui lui avoient fait concevoir le dessein
de s'emparer de la Couronne de Perse ; et
comme il lui falloit un prétexte pour s'approcher
d'Ispaham , il publia qu'il vouloit faire la
guerre à l'Empire Ottoman , et sans attendre
d'ordres formels de Schah - Thamas , il parut disposer
son Armée à se mettre en marche.
Le Roy de Perse , à qui la conduite de son
Premier Ministre étoit devenuë suspecte , comme
V ,
FEVRIER . 1733. 367
V. E. en a été déja informée , et qui avoit connoissance
de ses projets ambitieux , lui écrivit
de ne pas s'avancer avec l'Armée et d'attendre
ses ordres dans le Khorassan . Thamas Kouli- Kan,
qui avoit ses vûes , obéit et se contenta de supplier
le Roy par des Lettres très - soumises , en
apparence , de lui envoyer ceux de ses Officiers
ou Ministres en qui il auroit le plus de confiance
, pour qu'il pût conferer avec eux sur les interêts
de l'Etat, et leur communiquer ses desseins et
ses vûës.
>
Thamas- Schah ne se refusa pas à cette proposition
, il nomma plusieurs Députez qu'il choisit
parmi les Seigneurs les plus qualifiez de sa Cour,
et qui lui étoient le plus affidez. Ceux - cy se rendirent
à l'Armée de Kouli - Kan et ce General
pour les engager à ajoûter plus de foi à ses paroles,
destina pour le Lieu de la Conference , l'enceinte
du Tombeau de l'Iman * Riza , Personnage
tenu pour Saint et extrêmement réveré parmi
les Persans. Il commença la Conférence par donner
aux Députez des assurances de la sincerité de
de ses sentimens , qu'il accompagna des sermens
les plus terribles , leur disant qu'il n'avoit rien
tant coeur que d'en donner des preuves à son
Souverain ; que les soupçons du Roy , dont il
avoit lieu de s'appercevoir , le mettoient au désespoir
, qu'il les prioit de les effacer de l'esprit
de ce Prince , et enfin qu'il n'avoit point d'autre
vûë , en voulant conduire P'Armée dans la Province
d'Ispaham , que de la faire passer vers les
Il faut lire Ali - Ridha , le VIII. des 12 .
fameux Imans , ou Chefs de la Religion Musulmane
, descendans d'Ali et reconnus tels par les
Persans , &c.
Hij Fron368
MERCURE DE FRANCE
6
Frontieres de Turquie pour vanger l'Empire de
toutes les cruautez que les Turcs avoient exercées
dans les differentes Provinces de Perse .
Les Députez se laisserent tromper à ces apparences
de sincerité et de bonne foi , et Thamas
Kouli- Kan les renvoya en les chargeant d'une
Lettre pour le Roy , par laquelle il marquoit à
ce Prince qu'il ne se regardoit que comme le der
nier de ses Esclaves , qu'il n'avoit d'autre ambition
que celle de travailler pour son service et
pour sa gloire , que cependant lorsqu'il se seroit
approché d'Ispaham avcc l'Armée , il ne feroit
aucune démarche sans son ordre.
Le Roy ayant reçû cette Lettre , bien loin d'a
joûter foi aux protestations de son General , sortit
d'Ispaham avec ses femmes et tous ses Effets
les plus précieux , et alla camper à cinq journées
delà dans un lieu appellé Serchemé , dans l'ancienne
Bactriane , à dessein de ramasser autant
de Troupes qu'il lui seroit possible, et d'en for-
- mer un Corps d'Armée capable , en cas de besoin
, de résister aux forces de Kouli - Kan , résolu
à tout évenement , et dans le cas d'une
grande extrémité , de se réfugier dans les Etats
du G. S.
Cependant ce Prince , qui au péril de sa vie ,
vouloit maintenir le dernier Traité conclu avec
la Porte , écrivit à son Géneral les raisons les
plus fortes pour le détourner de faire la guerre
aux Turcs au préjudice de ce Traité , ajoutant
que s'il aimoit tant la gloire et la prosperité de
la Perse , il pouvoit signaler sa valeur en portant
la guerre dans le Pays des Tartares Usbecs , dans
celui des Aghuans et jusques dans les Indes , qui
lui offroient des Pays assez vastes pour contenter
son ambition ; qu'en un mot il lui deffendoit
trèss
FEVRIER. 1733. 369
très - expressément et sous peine de desobeïssance
, de faire avancer son armée dans la Province
d'Ispaham .
Sur des ordres si précis , Kouli- Kan prit le
parti de feindre , dit qu'il étoit disposé d'obéir ,
et il en écrivit en ces termes au Roy son Maître ,
ajoutant seulement qu'il étoit d'avis d'envoyer un
Ambassadeur à la Porte pour demander la restitution
des Provinces dont le G. S. avoit conservé
la possession par le dernier Traité , et qu'en attendant
le retour de l'Ambassadeur , il resteroit
campé avec l'Armée à Serahanende. Mais dans
le même- temps qu'il paroissoit si soumis , il
écrivit à tous les amis qu'il avoit à la Cour , οὐ
son crédit et son autorité lui en avoient fait
un grand nombre , de mettre tout en usage pour
effacer les soupçons du Roy , et de l'engager ,
force de prieres , à quitter son Camp et à rentrer
dans sa Capitale.
Les Partisans de Kouli- Kan s'employerent ave
tant de zele et parlerent si efficacement en faveur
de sa prétendue fidelité , qu'ils dissiperent en
partie les soupçons de Schah- Thamas , mettant
en oeuvre toute sorte d'artifice pour le rassurer,
ensorte que ce malheureux Prince se laissant enfin
entierement persuader , quitta son Camp et
rentra dans Ispaham .
A peine le General en eut reçu l'avis , qu'il
quitta Serahanende et sa premiere démarche fut
d'envoyer ses Officiers les plus affidez avec de petits
corps de Troupes occuper les postes les plus
importans des environs d'Ispaham ; desorte qu'en
peu de temps il se vit maître de tous les passages
par où le Roy auroit pû sortir de cette Ville
qu'il tint , pour ainsi dire , bloquée , prenant en
même-temps des précautions pour que l'on ob-
H iij
servât
?
370 MERCURE DE FRANCE
servât tous les mouvemens de ce Prince , er pour
qu'il ne lui fût pas possible de prendre la fuite.
Après avoir ainsi disposé les choses il écrivit
à ses amis qui étoient auprès de Schah- Thamas ,
d'engager ce Prince à l'inviter de se rendre auprès
de sa Personne. Le Roy s'apperçut trop
tard de la facilité avec laquelle il avoit ajoûté foi
aux paroles de son General ; mais se voyant environné
de ses Ennemis , sans secours et hors
d'état de rien entreprendre , il fut contraint de
suivre les mouvemens qu'on lui inspiroit et de
concourir lui- même à sa perte .
Il écrivit de sa propre main à Thamas Kouli-
Kan , pour l'inviter à venir recevoir des marques
de sa satisfaction et de sa bienveillance . Ce perfide
Ministre n'eut pas plutôt reçû la Lettre du
Roy qu'il s'avança vers Ispaham , suivi de son
Armée , Schah - Thamas en étant averti , donna
des ordres pour qu'on lui fit une Entrée magni- '
fique , il vouloit aller lui-même à sa rencontre
pour l'honorer davantage ; mais le General craignant
que dans une cérémonie qui alloit donner
lieu à un si grand concours de Peuple , on n'attentât
à sa vie , refusa , sous les apparences d'une
feinte modestie , les honneurs qu'on lui offroit ,
et fit dire au Roy qu'il se rendroit dans son
Quartier suivi de peu de monde.
Il arriva le cinq de la Lune de Rebiulakhir à
une Maison Royale qui n'est éloignée d'Ispaham
que d'une lieue. Il fit camper son Armée aux environs
, et après y avoir séjourné deux jours , il
fit demander au Roy une Audiance , en exigeant
dé ce Prince qu'il seroit seul dans la Sale où il le
recevroit , ce qui lui ayant été accordé , il entra
dans Ispaham avec quelques Troupes et les principaux
Officiers de son Armée. Il fut introduit devant
FEVRIER: 1733. 371
vant le Roy, et au lieu de se présenter dans l'état
respectueux qui convient à un Sujet , il s'assit en
la présence du Roy, sans en avoir obtenu la permission
; mais quoique par cette démarche il eûg
laissé appercevoir son orgueil , il ne laissa pas
d'employer encore la feinte.
Il s'approcha du Trône où Schah- Thamas étoit
assis , et dit à ce Prince qu'il étoit son premier
Ministre , et qu'en cette qualité le soin des affai
res de l'Etat et de la Famille Royale le regardoit,
que S. M. devoit être persuadée de sa fidelité par
les services importans qu'il lui avoit rendus , mais
que si elle avoit encore quelques soupçons sur sa
fidelité , il la supplioit par tout ce qu'il y a de
plus saint et de plus sacré , de concevoir des idées
plus favorables , et d'être persuadée qu'elle n'avoit
point d'Esclave qui exposât plus volontiers
sa vie que lui pour son service.
Le Roy réduit à la triste necessité de ménager
ce Traitre , répondit qu'il étoit persuadé de sa fidelité
, que c'étoit à lui , comme Premier Ministre
, de remédier aux désordres de l'Etat , et que
c'étoit dans ce dessein qu'il le faisoit dépositaire
de toute son autorité.
Après un assez long entretien avec le Roy,
Kouli-Kan sortit de la Sale d'Audiance environné
de tous les Courtisans ; et commençant de
faire usage de l'autorité qui venoit de lui être
confirmée , il fit arrêter deux des principaux Officiers
de la Couronne qui étoient les plus affectionnez
au Roy ; ils fuient par son ordre dépouillez
de tous leurs biens , releguez dans le Korassan
et leurs maisons abandonnées au pillage .
Ensuite , sous prétexte que Schah -Thamas vouloit
voir passer ses Troupes en revûë , il envoya
des ordres à son Aimée pour se rendre à Ispa
Hiiij
ham
372 MERCURE DE FRANCE
ham ; et feignant toujours qu'il agissoit par les
ordres du Roy , ce perfide Ministre réforma
tous les Officiers qu'il connoissoit attachez à leur
Souverain , et enrichit de leurs dépouilles ses
Creatures et les Soldats dont il avoit gagné l'affection
par ses liberalitez .
•
Les choses ainsi disposées , il proposa au Roy
de venir dans son Quartier , où il vouloit , disoitil
, le régaler splendidement , et cela pour faire
connoître au Peuple que S. M. lui avoit rendu
toute sa confiance , ce qui produiroit , disoit- il
un grand avantage pour son service. Schah- Thamas
se voyant en quelque maniere forcé de se
prêter aux insinuations de son Ministre , se rendit
le 9. de la Lune de Rebiuleuvel au Camp ,
éloigné , comme je l'ai dit , d'une lieüe de la
Ville , il y fut reçû avec tout l'honneur et tout
le respect qui lui étoit dû , Kouli - Kan l'engagea
d'y passer la nuit.
Mais le lendemain , ce Rebelle ayant fait assembler
les principaux Officiers de son Armée ,
de concert avec les Courtisans qu'il avoit engagés
dans son parti , il leur représenta le Roy comme
un Prince imbécile et absolument incapable
de gouverner l'Etat , il ne veut point , ajoûta - t'il ,
donner son consentement pour faire la guerre aux
Turcs ; c'est un Prince sans courage , il faut le
détrôner et établir en sa place Mirza - Abbas son
fils, il est,à la verité, encore au berceau , et n'a que
40. jours , mais je gouvernerai le Royaume en
qualité de Régent , toute la Terre s'appercevra
bien- tôt de ce changement.
Ce discours fut applaudi par les Partisans du
General, et les plus fideles serviteurs du Roy furent
contraints de dissimuler ; on se saisit en
même-temps de la personne du Prince , qui fut
d'abord
FEVRIER. 1733 373
d'abord mis en prison, et deux jours après il fut
conduit dans le Korassan , avec une escorte qui
eut ordre de passer par les Deserts et d'éviter
avec soin les lieux habitez , crainte que le Roy
ne fût enlevé par les Peuples. On n'a laissé à ce
malheureux Prince que deux Eunuques et quelques
Esclaves.
Le 17. du même mois , Kouli Kan se rendit à
Ispaham avec une pompe et une magnificence
Royale , et étant descendu au Palais des Rois , il
fir publier la déposition de Schah- Thamas et
l'avenement à la Couronne de Mirza - Abbas. En
même-temps ce Prince dans son berceau fut placé
sur un Trône où tous les Grands vinrent lui
rendre hommage ; cet Evenement fut annoncé
dans toutes les Mosquées , et l'on frappa de la
Monnoye au coin du nouveau Souverain.
Après cette cérémonie , le Rebelle Kouli - Kan ,
vêtu d'une Robbe Royale , portant une Couronne
sur sa tête , et placé sur le Trône , reçut
en qualité de Régent du Royaume , les compli- ,
mens de tous les Officiers de la Cour , il entra
ensuite dans la Harem de Thamas- Schah , y viola
la Soeur du Roy , fille de Schah- Hussein
Princesse d'une extrême beauté , et dont là vertu
étoit généralement révérée de toute la Perse , il
se saisit aussi du Trésor Royal et generalement
de tout ce qui appartenoit à la Couronne.
>
Je vous dirai , très- Honoré Seigneur , que cette
action est détestée de tous les Peuples , qui jusqu'alors
avoient consideré ce General comme le
Restaurateur de la Patrie , et le Ministre le plus
zelé que le Roy pût trouver. Cette opinion a dégeneré
en haine publique ; mais il ne se trouve
personne qui ait assez de résolution pour faire
paroître ses sentimens. La timidité des Peuples
Hv donne
174 MERCURE DE FRANCE
donne le temps à ce Rebelle de grossir son parti,
de se faire des créatures et d'écraser tous ceux
qui pourroient lui donner de l'ombrage . Les
cruautez , les rapines , les vexations sont inoüies ,
les Grands - Seigneurs passent tout d'un coup de
l'Etat le plus opulent à une extrême indigence ,
les Musulmans sont immolez dans les Mosquées ,
enfin je ne finirois point ma Lettre si j'entrois
dans le détail des abominations , des excès et de
tous les crimes qui se commettent ; toutes les richesses
qui sont abandonnées au pillage des Rebelles
, sont partagées entre les Troupes venues
du Korassan, dont Kouli - Kan se ménage l'affection
, et dont je vous envoye l'Etat détaillé avec
ma Lettre.
Ces Troupes lui sont si affectionnées qu'elles
répandroient tout leur sang pour son service , et
indépendemment de cette Arinée , qui est d'environ
25000 hommes , Cavalerie et Infanterie
il peut avec beaucoup de facilité mettre sur pied
encore 25000. hommes de Troupes d'élite .
Au reste , comme il est persuadé que Artille
rie Persanne n'est pas à comparer à celle des
Turcs , il a résolu d'attaquer le Turquestan par
trois differens endroits , afin d'occuper les Habitans
du Pays de façon qu'ils ne puissent donner
aucun secours au Séraskier , ne voulant risquer
aucun Evenement qui puisse dépendre de
Peffort de l'Artillerie Et si V. Ex , se renferme
avec ses Troupes dans Bagdat , Kouli- Kan se propose
de bloquer cette Place avec une partie de
son Armée , et d'employer l'autre partie à ravager
la campagne pour affamer la Place . L'orgueil
de ce Rebelle est si outré et son ambition si démesurée
, qu'il regarde tout le reste du Monde
Comine sa proye et sa conquête . Voilà , Seigneur,
la
FEVRIER. 1733- 375
la véritable situation des affaires de Perse. Au
reste , l'ordre et le commandement dépendent de
celui qui peut tout.
Ces nouvelles ayant été reçûës à la Porte , elles
ont donné lieu à un Conseil , auquel ont assisté
tous les Ministres et les Principaux de la Cour.
y a été déliberé que le G. S. écriroit des Let-
Il
tses à tous les Gouverneurs des Provinces de Perse
, pour les exciter à prendre les Armes , pour
vanger leur légitime Souverain , contre les entreprises
de ce nouvel Usurpateur ; avec promesse ,
de la part de Sa Hautesse , de les soûtenir de
toutes les forces de son Empire , dans une Guerre
si juste.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Constantinople le 10. Novembre 1732. au sujet de la derniere Révolution de Perse.
En novembre 1732, des informations provenant de Perse atteignent Constantinople, révélant les ambitions de Thamas Kouli-Kan, gouverneur de Bagdad. Kouli-Kan, après avoir soumis la province de Yerak, aspire à la couronne perse et justifie son avancée vers Ispahan par une prétendue guerre contre l'Empire Ottoman. Le roi de Perse, Thamas Schah, méfiant, ordonne à son ministre de rester au Khorassan. Kouli-Kan, feignant la soumission, demande des députés pour discuter des intérêts de l'État. Le roi envoie des représentants, trompés par les assurances de Kouli-Kan, qui les renvoie avec une lettre affirmant sa loyauté. Cependant, le roi, toujours méfiant, quitte Ispahan pour rassembler des troupes. Kouli-Kan, tout en feignant l'obéissance, consolide son pouvoir et bloque Ispahan. Il invite ensuite le roi à une audience où il se comporte de manière insolente. Forcé par les circonstances, le roi confirme son autorité. Kouli-Kan arrête des officiers loyaux, réforme l'armée en enrichissant ses partisans, et organise une fête où il destitue le roi, le fait emprisonner et l'exile au Khorassan. Il proclame Mirza Abbas, fils du roi, comme nouveau souverain et se proclame régent. Kouli-Kan s'empare du trésor royal et viole la sœur du roi, une action détestée par le peuple perse. En 1733, Kouli-Kan, perçu comme un restaurateur de la Patrie et un ministre zélé, a suscité une haine publique sans que personne ose s'opposer à lui. Profitant de la timidité du peuple, il a renforcé son pouvoir, commis des atrocités et pillé les richesses du pays. Ses troupes, principalement venues du Khorassan, lui sont loyales et nombreuses, totalisant environ 50 000 hommes. Kouli-Kan prévoit d'attaquer le Turquestan par trois points différents pour empêcher les habitants de secourir le Séraskier, évitant ainsi de dépendre de l'artillerie. Il envisage également de bloquer Bagdad et de ravager la campagne pour affamer la ville. Son ambition démesurée le pousse à considérer le monde entier comme sa proie. À la suite de ces nouvelles, un conseil à la Porte ottomane a décidé d'écrire aux gouverneurs des provinces persanes pour les inciter à prendre les armes contre Kouli-Kan, promettant le soutien de l'Empire ottoman.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
210
p. 378-379
ALLEMAGNE.
Début :
La nouvelle de la mort du Roy de Pologne étant arrivée à Dresde, on fit comme on avoit [...]
Mots clefs :
Serment, Prince, Tribunaux, Pologne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLE MAGNE.
Léntverlivé àDresden me on
A nouvelle de la mort du Roy de Pologne
fait à Warsovie après la mort de ce Prince on
ferma d'abord les Portes de la Ville , les Colléges
, les Tribunaux cesserent leurs fonctions , et
les habitans témoignerent par leurs regrets, combien
ils étoient pénétrez de la grande perte qu'ils
faisoient.
Le lendemain , 5 de ce mois , le Régiment de
Rutowski , fit hommage au nouvel Electeur
Frederic - Auguste , et prêta serment de fidelité
entre les mains du Prince Jean - Adolphe de Saxe-
Weissenfels. On ouvrit ensuite les Portes de la
Ville , et les Tribunaux reprirent leurs fonc¬
tions.
Le 6 , le Regiment de Solkowski , prêta pa
reillement hommage et serment entre les mains
du même Prince ; tous les autres Regimens doivent
en faire autant , et le General de Baudis a
reçu ordre d'aller recevoir le Serment de la Cava➡i
leric
FEVRIER . 1733. 379
lerie. Le nouvel Elecreur à reçu les complimens
de condoleance des principaux Officiers militai
res , de tous les Tribunaux et Coinmunautés du
Pays , S. A. R. les a fait assurer chacun en particulier
de sa protection , et Elle a confirmé dans
leurs Charges les principaux Officiers de sa Cour.
Les Rescripts et Ordonnances sont à present .
pour Préambule : Son Altesse Royale de Pologne
et de Lithuanie, Electeur de Saxe , & c , et ils sont
scellez des Armes de Pologne et de Lithuanie .
Léntverlivé àDresden me on
A nouvelle de la mort du Roy de Pologne
fait à Warsovie après la mort de ce Prince on
ferma d'abord les Portes de la Ville , les Colléges
, les Tribunaux cesserent leurs fonctions , et
les habitans témoignerent par leurs regrets, combien
ils étoient pénétrez de la grande perte qu'ils
faisoient.
Le lendemain , 5 de ce mois , le Régiment de
Rutowski , fit hommage au nouvel Electeur
Frederic - Auguste , et prêta serment de fidelité
entre les mains du Prince Jean - Adolphe de Saxe-
Weissenfels. On ouvrit ensuite les Portes de la
Ville , et les Tribunaux reprirent leurs fonc¬
tions.
Le 6 , le Regiment de Solkowski , prêta pa
reillement hommage et serment entre les mains
du même Prince ; tous les autres Regimens doivent
en faire autant , et le General de Baudis a
reçu ordre d'aller recevoir le Serment de la Cava➡i
leric
FEVRIER . 1733. 379
lerie. Le nouvel Elecreur à reçu les complimens
de condoleance des principaux Officiers militai
res , de tous les Tribunaux et Coinmunautés du
Pays , S. A. R. les a fait assurer chacun en particulier
de sa protection , et Elle a confirmé dans
leurs Charges les principaux Officiers de sa Cour.
Les Rescripts et Ordonnances sont à present .
pour Préambule : Son Altesse Royale de Pologne
et de Lithuanie, Electeur de Saxe , & c , et ils sont
scellez des Armes de Pologne et de Lithuanie .
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
Après l'annonce de la mort du roi de Pologne à Varsovie, Dresde ferma ses portes et suspendit les activités des collèges et tribunaux. Les habitants manifestèrent leur deuil. Le 5 février 1733, le régiment de Rutowski prêta serment de fidélité au nouvel électeur de Saxe, Frédéric-Auguste, en présence du prince Jean-Adolphe de Saxe-Weissenfels. Les portes de la ville furent rouvertes et les tribunaux reprirent leurs fonctions. Le 6 février, le régiment de Solkowski fit de même. Tous les régiments devaient suivre cet exemple, et le général de Baudis reçut l'ordre de recevoir le serment de la cavalerie. Le nouvel électeur reçut les condoléances des principaux officiers militaires, tribunaux et communautés du pays. Il confirma les principaux officiers de sa cour dans leurs charges. Les documents officiels portaient désormais le titre de Son Altesse Royale de Pologne et de Lithuanie, Electeur de Saxe, et étaient scellés des armes de Pologne et de Lithuanie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
211
p. 580-583
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople le 24. Janvier 1733. sur les affaires de Perse, &c.
Début :
Les Nouvelles qu'on a reçûës ici de Perse, il y a 15. jours, portent que Thamas Kouli-Kan [...]
Mots clefs :
Thamas Kouli-Kan, Constantinople, Prince, Pacha , Siège, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople le 24. Janvier 1733. sur les affaires de Perse, &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Cons
tantinople le 24. Janvier 1733. sur les
affaires de Perse , &c.
L
Es Nouvelles qu'on a reçûës ici de Perse , il y
a 15.jours, portent que Thamas Kouli-Kan
étant subitement arrivé à Kirmancha , avec une
Armée de 60. mille hommes , avoit fait couper,
la tête à Abdi- Baki , Pacha de cette Place , qu'il
sçavoit être attaché aux intérêts du G. S. et qui
n'avoit été conservé dans ce poste que par un
Article du dernier Traité de Paix , à la sollicitation
d'Achmet- Pacha de Babilonne , son Protecteur.
On ajoute que Kouli- Kan , après avoir mis
dans cette Place un Gouverneur sur la fidelité
Juquel il pût compter , s'étoit avancé à grandes
journées vers Bagdad , dont on appréhendoit
qu'il ne voulût former le Siege , et dont il ravageoir
MARS: 1733. 581
"
geoit toutes les Campagnes voisines , aussi bien
que celles de Mossoul et du Diarbekir , ou ik
avoit envoyé de gros Détachemens .
La Porte a parû d'autant plus sensible à ces
nouvelles , que peu de temps avant qu'elles arri
vassent , le G. V. avoit reçu des Lettres d'Achmes
Pacha , par lesquelles celui- cy lui marquoit que
și Thamas -Kouli -Kan approchoit de Bagdad”, il
seroit obligé de s'y renfermer , ne pouvant en
aucune façon tenir la Campagne devant l'Armée
Persane , et n'ayant précisément que ce qu'il lui
falloit de Troupes pour soutenir le Siege.
Ces nouvelles , qui ont causé ici beaucoup d'al
tération dans les esprits , ont donné lieu à la
tenue d'un grand Conseil , composé de tous les
Ministres de la Porte et de beaucoup des plus
distinguez parmi les Gens de Loy.
Il y fut résolu d'envoyer incessamment trois
ou quatre mille Bourses aux Pachas qui com
mandent differens Corps de Troupes Ottomanes
en Perse , et des ordres plus pressans pour faire
marcher du côté de Bagdad , non seulement
tout ce qui se trouvoit de Gens de guerre en Asie,
mais encore une bonne partie de ceux qui étoient
en Europe.
·
Le Khan des Tartares a pareillement reçû des
ordres pour aller penetrer avec le plus de dili
gence qu'il lui seroit possible jusques dans le
eceur de la Perse , à la tête de 30. mille hommes
tandis que le Khan qui commande les Lesguis
Peuple du Degestan , doit y entrer d'un autre
côté avec tout ce qu'il pourra rassembler de for
ces ; moyennant tout cela les Turcs esperent faire
une assez puissante diversion , pour obliger
Chaque Bourse est de s00. Piastres.
H iij Kouli
82 MERCURE DE FRANCE
Kouli -Kan d'abandonner le projet d'assieger
Bagdad , et de courir à la deffense des propres
Etats de Perse , dont il a la Régence.
2. Malgré tous ces mouvemens , qui semblent
n'annoncer que la continuacion d'une guerre opiniâtre
, bien des gens prétendent qu'il y a des
propositions de Paix sur le tapis , et que la Czarine
pourroit bien en être la Médiatrice. ~
On n'entend plus parler de l'infortuné Schah-
Thamas ; on présume seulement qu'il est toujours
en vie et renfermé dans quelque Forteresse
au fond du Corassan. On ne dit rien non plus du
jeune Priuce son fils , que Thamas Kouli -Kan
avoit fait proclamer Roy de Perse.
Le Sultan déposé Achmet III . a perdu depuis
quelques mois quatre de ses Enfans ; deux Princes
et deux princesses ; la plus jeune de ces der
nieres étoit encore fille et mourut cet Eté au
vieux Serrail , les uns disent de la petite verole ,
les autres de la peste . L'autre Sultane étoit femme
d'Ali-Pacha , cy devant Nichandgi , sous le
Regne précedent . On l'appelloit la Sçavante et la
Sainte ; elle étoit si prévenue en faveur de sa Rcligion
, qu'elle avoit coûtume de dire qu'une
bonne Musulmane ne pouvoit parler avec des
Chrétiens ni même les regarder , sans commertre
un grand peché. Elle est morte de langueur
après une longue maladie.
Des deux Princes qui sont aussi morts, mais
dont le Public ignore la cause , l'un étoit Sultan
Suleiman âgé d'environ 25 ans , et l'Aîné de
tous les Enfans mâles d'Achmet. Il fut inhumé
le 12. Décembre dernier à la Mosquée dite la
Validé , ou de la Reine Mere, avec toute la pompe
due à sa naissance. L'autre Prince , qui étoit
le cinquième , et avoit 12, ou 13. ans , mourut
le
MARS. 1733- 583
le 27. du même mois et fut porté le lendemain
à la même Mosquée.
Du 16. Janvier.
P. V. D.
Il vient d'arriver deux Courriers de Perse ;.
qui ont apporté pour nouvelle que le Pacha de
Ghendgé avoit défait un Corps de trois mille
Persans , et que Thamas - Kouli -Kan , s'étoit retiré
des environs de Bagdad.
tantinople le 24. Janvier 1733. sur les
affaires de Perse , &c.
L
Es Nouvelles qu'on a reçûës ici de Perse , il y
a 15.jours, portent que Thamas Kouli-Kan
étant subitement arrivé à Kirmancha , avec une
Armée de 60. mille hommes , avoit fait couper,
la tête à Abdi- Baki , Pacha de cette Place , qu'il
sçavoit être attaché aux intérêts du G. S. et qui
n'avoit été conservé dans ce poste que par un
Article du dernier Traité de Paix , à la sollicitation
d'Achmet- Pacha de Babilonne , son Protecteur.
On ajoute que Kouli- Kan , après avoir mis
dans cette Place un Gouverneur sur la fidelité
Juquel il pût compter , s'étoit avancé à grandes
journées vers Bagdad , dont on appréhendoit
qu'il ne voulût former le Siege , et dont il ravageoir
MARS: 1733. 581
"
geoit toutes les Campagnes voisines , aussi bien
que celles de Mossoul et du Diarbekir , ou ik
avoit envoyé de gros Détachemens .
La Porte a parû d'autant plus sensible à ces
nouvelles , que peu de temps avant qu'elles arri
vassent , le G. V. avoit reçu des Lettres d'Achmes
Pacha , par lesquelles celui- cy lui marquoit que
și Thamas -Kouli -Kan approchoit de Bagdad”, il
seroit obligé de s'y renfermer , ne pouvant en
aucune façon tenir la Campagne devant l'Armée
Persane , et n'ayant précisément que ce qu'il lui
falloit de Troupes pour soutenir le Siege.
Ces nouvelles , qui ont causé ici beaucoup d'al
tération dans les esprits , ont donné lieu à la
tenue d'un grand Conseil , composé de tous les
Ministres de la Porte et de beaucoup des plus
distinguez parmi les Gens de Loy.
Il y fut résolu d'envoyer incessamment trois
ou quatre mille Bourses aux Pachas qui com
mandent differens Corps de Troupes Ottomanes
en Perse , et des ordres plus pressans pour faire
marcher du côté de Bagdad , non seulement
tout ce qui se trouvoit de Gens de guerre en Asie,
mais encore une bonne partie de ceux qui étoient
en Europe.
·
Le Khan des Tartares a pareillement reçû des
ordres pour aller penetrer avec le plus de dili
gence qu'il lui seroit possible jusques dans le
eceur de la Perse , à la tête de 30. mille hommes
tandis que le Khan qui commande les Lesguis
Peuple du Degestan , doit y entrer d'un autre
côté avec tout ce qu'il pourra rassembler de for
ces ; moyennant tout cela les Turcs esperent faire
une assez puissante diversion , pour obliger
Chaque Bourse est de s00. Piastres.
H iij Kouli
82 MERCURE DE FRANCE
Kouli -Kan d'abandonner le projet d'assieger
Bagdad , et de courir à la deffense des propres
Etats de Perse , dont il a la Régence.
2. Malgré tous ces mouvemens , qui semblent
n'annoncer que la continuacion d'une guerre opiniâtre
, bien des gens prétendent qu'il y a des
propositions de Paix sur le tapis , et que la Czarine
pourroit bien en être la Médiatrice. ~
On n'entend plus parler de l'infortuné Schah-
Thamas ; on présume seulement qu'il est toujours
en vie et renfermé dans quelque Forteresse
au fond du Corassan. On ne dit rien non plus du
jeune Priuce son fils , que Thamas Kouli -Kan
avoit fait proclamer Roy de Perse.
Le Sultan déposé Achmet III . a perdu depuis
quelques mois quatre de ses Enfans ; deux Princes
et deux princesses ; la plus jeune de ces der
nieres étoit encore fille et mourut cet Eté au
vieux Serrail , les uns disent de la petite verole ,
les autres de la peste . L'autre Sultane étoit femme
d'Ali-Pacha , cy devant Nichandgi , sous le
Regne précedent . On l'appelloit la Sçavante et la
Sainte ; elle étoit si prévenue en faveur de sa Rcligion
, qu'elle avoit coûtume de dire qu'une
bonne Musulmane ne pouvoit parler avec des
Chrétiens ni même les regarder , sans commertre
un grand peché. Elle est morte de langueur
après une longue maladie.
Des deux Princes qui sont aussi morts, mais
dont le Public ignore la cause , l'un étoit Sultan
Suleiman âgé d'environ 25 ans , et l'Aîné de
tous les Enfans mâles d'Achmet. Il fut inhumé
le 12. Décembre dernier à la Mosquée dite la
Validé , ou de la Reine Mere, avec toute la pompe
due à sa naissance. L'autre Prince , qui étoit
le cinquième , et avoit 12, ou 13. ans , mourut
le
MARS. 1733- 583
le 27. du même mois et fut porté le lendemain
à la même Mosquée.
Du 16. Janvier.
P. V. D.
Il vient d'arriver deux Courriers de Perse ;.
qui ont apporté pour nouvelle que le Pacha de
Ghendgé avoit défait un Corps de trois mille
Persans , et que Thamas - Kouli -Kan , s'étoit retiré
des environs de Bagdad.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople le 24. Janvier 1733. sur les affaires de Perse, &c.
En janvier 1733, Thamas Kouli-Kan, à la tête d'une armée de 60 000 hommes, a exécuté Abdi-Baki, Pacha de Kirmancha, et nommé un nouveau gouverneur. Il a ensuite avancé vers Bagdad, ravageant les campagnes voisines et envoyant des détachements à Mossoul et Diarbekir. La Porte ottomane, informée par Achmet-Pacha de Babilonne, a réagi en convoquant un grand conseil. Il a été décidé d'envoyer des subsides aux Pachas commandants des troupes ottomanes en Perse et d'ordonner le déplacement de troupes vers Bagdad, tant en Asie qu'en Europe. Les Tartares et les Lesguis devaient également pénétrer en Perse pour créer une diversion et obliger Kouli-Kan à abandonner son projet de siège de Bagdad. Malgré ces préparatifs militaires, des rumeurs évoquaient des propositions de paix, avec la Czarine comme possible médiatrice. L'ancien Shah Thamas était présumé toujours en vie, mais son fils, proclamé roi de Perse par Kouli-Kan, n'était plus mentionné. Par ailleurs, le sultan déposé Achmet III avait perdu quatre de ses enfants au cours des derniers mois, dont deux princes et deux princesses. Les causes de leurs décès variaient, allant de la variole à la peste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
212
p. 1050-1062
DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François. par M. Beneton-de-Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roy. Seconde Partie.
Début :
Après avoir dit dans la premiere Partie de cet Ouvrage ce qui obligea [...]
Mots clefs :
Saint Denis, Comtes de Vexin, Abbaye de Saint-Denis, Église, Seigneurs, Prince, Églises, Bannière, Dévotion, Monastère, Enseignes militaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François. par M. Beneton-de-Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roy. Seconde Partie.
DISSERTATION sur les Enseignes
Militaires des François . par M. Benetonde-
Perrin , Ecuyer , ancien Gendarme
de la Garde du Roy. Seconde Partie .
A
Près avoir dit dans la premiere Partie
de cet Ouvrage ce qui obligea
les Rois de France à changer de Patron ,
et ce qui fit qu'à leur exemple le Peuple
diminua peu - à - peu sa dévotion a S.Martin
, pour la donner toute entiere à saint
Denis ; remontons présentement aux
temps qui ont précedé ce changement.
Sans entrer dans la fameuse dispute si
S. Denis , premier Evêque de Paris , est
le même que Denis l'Areopagite , converti
par
l'Apôtre S. Paul dans la Ville
d'Athénes , qui de Rome passa dans les
Gaules dès le premier siecle de l'Eglise ,
ou s'il est un autre Denis , qui , avec six
autres saints Missionnaires , ne vinrent dans
les Gaules qu'au temps de Décius ; il est
toujours certain qu'un S. Denis , Evêque,
fut le premier qui annonça aux Parisiens
les veritez de l'Evangile , et qu'il souffrit
le martyre avec deux de ses Compagnons
dans le lieu même où il avoit exercé sa
Mission .
Après
JUIN. 1733. 1051
Après la mort de ce Saint , une femme
vertueuse et riche , nommée Catule ,
devenue , sans doute , Chrétienne par les
´Sermons du Martyr, fit secrettement enlever
son Corps et ceux de ses Compagnons ,
et les fit inhumer tous trois dans un
Champ qui lui appartenoit , et qui à cause
d'elle fut appellé Catolacum , et Catalliacum.
Les Chrétiens , pour ne point oublier
l'endroit qui contenoit les Corps de
ces saints Martyrs , mirent dessus une
marque, ou Montjoye , et aussi tôt qu'ils
furent en liberté de faire quelque Acte
public de leur Religion , ils bâtirent sur
cet endroit une Oratoire ou petite Chapelle
, que sainte Géneviève changea en
Eglise et qui devint bien- tôt un Monastere
, puisque dès l'an 6c0 . sous Clotaire
second , il y avoit déja un Abbé
qui gouvernoit la Communauté Religicu
se de S. Denis .
Le Roy Dagobert fut le premier qui
donna à cette Abbaye de grandes possessions
en terres , et les Successcurs de ce
Prince se firent un mérite d'enrichir extraordinairement
le Monastere de S. Denis
, par de continuelles liberalitez , jusqu'au
temps de Charles le Chauve. Alors
les Normands étant venu aborder ent
Neustrie , et ces Barbares ayant remonté
1. Vol. Ay la
1052 MERCURE DE FRANCE
·
&
la Seine pour ravager les Païs voisins de
cette Riviete , les Religieux de S. Denys
recoururent à la protection des Rois ,
pour la conservation des biens qu'ils renoient
d'eux ; mais les Rois occupez aib
leurs, tant par les Guerres intestines , que
par les ravages que d'autres Normands
faisoient en attaquant le Royaume par
plusieurs endroits , et ne pouvant par
consequent s'engager à deffendre en personne
l'Abbaye de S. Denys ; ils commirent
ce soin aux Comtes du Véxin , qui
étoient leurs plus proches Officiers , et faisant
résidence aux environs de cette Abbaye;
par là plus à portée que tous autres
à veiller à sa deffense. Voilà l'origine et
l'établissement des premiers Avouez ou
Deffenseurs de S. Denys .
Les Comtes de Véxin étoient pour lors
des Officiers Amovibles , comme tous les
autres Comtes du Royaume ; ainsi l'Abbaye
de S.Denys changeoit d'Avoüé toutes
les fois que leVéxin changeoit de Gouverneur.
Cela dura jusqu'au Regne de Charles
le Simple, qui ayant cedé aux Normands
toute la Neustrie , avec une partie du
Véxin ; ceux qui devinrent Comtes de
l'autre partie de ce Païs , demeurée à la
France , s'en rendirent presque aussi-tôr
1. Vol.
SeiJUIN.
1733.
1053
Seigneurs proprietaires , et étendirent la
même propriété sur l'Avoüerie de S. Denys
, rendant ces deux Dignités héréditaires
dans leurs familles .
Les Historiens faute d'avoir mis de la
distinction entre la qualité de Comte et
celle d'Avoüé , ont cru que les derniers
Seigneurs du Véxin étoient Vassaux de
l'Abbaye de S. Denys pour leur Comté ;
ce qui n'est point mon sentiment.
Car si le Comté de Véxin eut relevé de
l'Abbaye de S. Denys , les Religieux auroient
été en droit d'exiger l'hommage
des Ducs de Normandie qui joüissoient
de la moitié de ce Comté; et l'on ne voit
point qu'aucun Prince Normand ait été
citté , ni se soit soumis à cet hommage.
Les premiers Comtes de Véxin n'ont
pas pû le faire; ils dépendoient entierement
des Rois qui n'auroient point souffert
que leurs Officiers allassent faire hommage
d'un Païs dont ils n'étoient que les
gardiens ; permettroit - on presentement
à un Gouverneur de Province ou de Ville
d'aller soumettre son Gouvernement
à une Eglise à laquelle il auroit dévotion ?
il en auroit été de même si les Comtes
de Véxin avoient voulu faire une semblable
démarche.
L'Abbaye de S. Denys n'a eu la Sei-
1. Vol.
A vj gneurie
1054 MERCURE DE FRANCE
gneurie du lieu où elle est scituée que par
la donation que lui en fit le Roy Robert,
l'an 996. En ce temps - là les Rois donnoient
assez aisément les Domaines utiles,
mais rarement les Justices et les Droits
Seigneuriaux ; ils éroient soigneux de se
les conserver ; ainsi il paroît peu croïable
qu'un Monastere qui n'étoit point Seigneur
du lieu où il étoit , pût avoir la Suseraineté
sur un territoire aussi considérable
que le Véxin , Les Rois avoient interêt
de soûtenir le droit de Suseraineté
sur ce territoire entier, parce que s'ils s'étoient
un peu relâchés , cela auroit servi
de prétexte aux Ducs de Normandie
lorsqu'ils furent devenus Rois d'Angleterre
, et les plus redoutables ennemis de
la France , pour soustraire une partie de
leur Domaine à l'hommage qu'ils devoient
à la Couronne , dans la prétention
qu'ils ne l'auroient dû qu'à l'Abbaye
de Saint Denys pour leur part du
Véxin.
,
Nos Rois connoissoient si bien que
leur interêt demandoit l'affoiblissement
des Comtes du Véxin , trop voisins de
Paris , que les derniers possesseurs de ce
Comté , étoient plutôt Comtes dans le
Païs , que Comtes du Païs , tant leur autorité
fut mitigée par les Rois , qui n'ai-
I. Vol. moient
JUIN. 1733 . 1055
moient point d'avoir un Vassal si puissant
à la porte de leur Capitale. Aussi
Philippe I. profita bien tôt de la mort ,
sans enfans , de Simon , surnommé le
Bienheureux , dernier de ces Comtes ,
arrivée l'an 1c88 . pour réünir à son Domaine
le Comté de Véxin , qu'il donna
ensuite à son fils , Loüis , surnommé le
Gros, et qui par ce moyen devint Avoüé
de S. Denys. C'est ce Prince , qui étant
Roy, fit un usage general de la Banniere
de l'Abbaye , dont il avoit l'Avouerie ,
et la fit porter dans toutes les Guerres
d'Etat qu'il entreprit. Après la réunion
du Véxin à la Couronne , la dévotion à
S. Denys devint si grande , que les Rois ,
successeurs de Louis le Gros , se firent
honneur d'être les premiers Avoüez de
l'Eglise de ce Saint.
Ils s'obligerent en cette qualité de
prendre les armes pour en conserver les
droits toutes les fois qu'il en seroit besoin
; et cette obligation leur fit naître
l'idée pieuse de se servir de la Banniere
de ce Monastere , non seulement dans les
occasions où il s'agiroit d'en deffendre les
biens , mais encore dans toutes celles où
il s'agiroit de la deffense de leur propre
Royaume , et d'avoir en cette Banniere
la nrême confiance que leurs Prédeces
1. Vol.
scurs
1056 MERCURE DE FRANCE
seurs avoient eue en celle de S. Martin ,
dont on ne faisoit plus d'usage .
L'Histoire nous a conservé la memoire
de ce qui se passa quand le Roy Louis
le Gros alla à S. Denys , l'an 1124. y lever
l'Oriflamme pour la premiere fois ,
afin de s'en servir dans la Guerre qu'il
alloit avoir contre l'Empereur Henry V.
,
La maniere dont ce Prince parla dans
l'Assemblée qui se tint à cette occasion ,
a donné lieu de croire qu'il y reconnut
n'avoir droit de se servir de la Banniere
de S. Denys , qu'en qualité de Vassal de
l'Abbaye , à cause du Comté de Vexin .
Voicy le discours du Roy , tiré d'une
Patente que Doublet nous a conservée
dans son Histoire de S.Denys. Liv. 3.
Presenti itaque Venerabili Abbate Prefata
Ecclesia Sugerio , quem fidelem et familiarem
optimatum nostrorum Vexillum de
altario beatorum Martyrum , ad quos comitatus
Vilcassini , quem nos ab ipsis infeodem
habemus , spectare dignoscitur , morem
antiquum antecessorum nostrorum servantes
et imitantes , signiferi jure , sicut Comites
Vilcassini soliti erant , suscepimus.
Ces termes qui ont paru décisifs à ceux
qui ont soutenu que le Roi fit alors hommage
du Comté de Vexin, ne me paroissent
pas tels ; cette preuve n'est point in-
I, Vol.
conJUIN.
1733 1057
contestable , selon moi ; la piété du Prince
, et sa grande dévotion à S. Denys , auroient
bien pû lui faire avancer des expressions
un peu fortes , sans distinguer
assez pourquoi les Comtes de Vexin rendoient
hommage ; confondant sa qualité
d'Avoué avec celle de Comte , et les termes
: De more Antecessorum suorum , peuvent
s'entendre que le Roy reconnoît
avoir , signiferi jure , le droit de porter
P'Enseigne de S. Denys , de même que les
Comtes de Vexin l'avoient en qualité
d'Avoüés , et par conséquent de Vassaux
de l'Abbaye en cette qualité.
Enfin , si on ne peut rien rabatre de la
forme des termes de cette reconnoissance
; la cause qui la fit faire ainsi , peut
être attribuée à l'usage où l'on étoit alors,
et qui avoit commencé dans le siecle précedent
, où le Seigneur d'un Fief croioit
faire un Acte de grande piété , en soumettant
volontairemént sa Terre à l'Eglise
d'un Saint , qu'il prenoit pour le:
Protecteur de sa famille.
On rendoit cette soumission , sans prétendre
préjudicier à celle qu'on devoit à
son Seigneur dominant, ce qui faisoit que
ce dernier la permettoit. Les Comtes de
Vexin auroient pû faire un pareil hommage
à S. Denys , sans préjudice de celui
qu'ils devoient aux Rois .
tos8 MERCURE DE FRANCE
Les Seigneurs de la Tour en Auvergne
soumirent leur Fief de la Tour à l'Abbaye
de Clugny , fauf ce qu'ils devoient
aux Comtes d'Auvergne leurs Souverains.
Munier , dans son Histoire d'Authun ;
rapporte les hommages que les Seigneurs
du Fief de Clugny lés - Authun , faisoient
devant l'Autel et la Chasse de S. Symphorien
de cette Ville , quoique ce Fief
de Clugny relevat d'un autre Seigneur.
Louis XI. Roy de France , fit hommage
pour lui et ses Successeurs Rois , du
Comté de Boulogne en Picardie , à Notre
Dame de la même Ville ; et Louis XIII. a
mis sa Couronne sons la protection de la
Sainte Vierge , par un voeu fait à l'Eglise
de Notre Dame de Paris ; toutes ces
soumissions volontaires et l'effet d'une
grande piété , ne tirent point à conséquence
, et ne peuvent point passer pour
de vraies sujettions.
que
Il faut penser la même chose de celle
les Comtes de Vexin devoient à Saint
Denys, et je suis persuadé que ces Comtes
ne la devoient que pour des Terres dépendantes
de l'Abbaye , dont ils jouissoient
en qualité d'Avoüez . En effet
qu'on examine bien la céremonie qui se
faisoit quand nos Rois alloient pren-
I. Vol.
dre
JUIN. 1733.
1059
dre l'Oriflame , on verra que ce n'étoit
qu'un Acte de dévotion qui n'avoit rien
qui sentit l'hommage juridique.
Le Roy après avoir fait sa priere devant
l'Autel sur lequel étoient les Chasses
des Martyrs , prenoit lui - même la Banniere
qui étoit aussi dessus l'Autel , pour
montrer qu'il ne tenoit le droit de la
prendre que de sa puissance , et que la
piété seule , qui l'engageoit à proteger le
Monastere , lui faisoit si fort estimer son
Enseigne, à cause du Saint à qui elle étoit
consacrée, qu'il esperoit par elle attirer la
protection du Ciel sur son Armée. Ensuite
le Roy tenant en main cette Enseigne
la remettoit à un des plus vaillans
Chevaliers de sa Cour , pour la porter en
son nom , pendant l'Expedition qu'on
alloit entreprendre , et ce Seigneur faisoit
serment de la deffendre au peril de
sa vie , et de la rapporter dans le lieu où
il la prenoit.
Je regarde les Porte - Oriflammes
comme les Vidâmes de nos Rois et les
Avoüés particuliers de Saint Denys.
J'ai déja dit que les Rois sont de droit
les Protecteurs et les Grands Avoüés de
toutes les Eglises de leur Royaume ; ils
avoient fait les Comtes d'Anjou et du
Vexin leurs Lieutenans dans celles de S.
I. Vol. Martin
1060 MERCURE DE FRANCE
Martin et de S. Denys , et ils ne firent
exercer ces Lieutenances par d'autres Seigneurs
, que quand la posterité mâle de
ces Comtes eut manqué.
Outre ces Lieutenans d'honneur , les
Grosses Abbayes avoient d'antres Avoüez
d'un plus bas étage pour avoir soin des
biens détachez et éloignez de ces Abbayes.
Ces Avouez particuliers se nommoient
Signiferi Ecclesiarum , Porte- Enseignes
des Eglises.
L'Abbaye de S.Denys en avoit plusieurs
à la fois , comme celui de Berneval en
Normandie , et les Seigneurs de Chevreuse
près Montfort. Ces derniers , l'an
1226 , remirent leur droit d'Avoüérie ,
moyennant une somme d'argent ; il falloit
cependant que par cette vente ils ne
se fussent pas dépouillez tout - à - fait de
l'honneur de contribuer à la deffense de
l'Abbaye de S. Denys , puisque les premiers
Porte Oriflammes connus , étoient
de cette famille , et qu'on n'en trouve
point qui ait exercé cet Ofice avant Anceau
, Sire de Chevreuse , qui perdit l'O
riflamme et la vie à la Bataille de Monsen
- Puelle , l'an 1304.
Chacun de ces Avoüez particuliers
avoit son Enseigne , comme cela se prouve
par le nom qu'on leur donnoit de
I. Vol. SiJUIN.
1733 1061
Signiferi Ecclesiarum ; ainsi l'Abbaye de
S. Denys ayant plusieurs Avoüez , devoit
avoir plusieurs Bannieres , qui toutes auroient
pû s'appeller Oriflammes , puisqu'elles
avoient toutes la même forme ,
par la raison que je vais dire ; cependant
on ne donna ce nom qu'à la principale ,
qui restoit dans l'Abbaye , et que l'on
regardoit proprement comme appartenante
aux Martyrs.
Toutes les Bannieres des Eglises dédiées
à des Saints de ce genre , étoient
rouges et frangées, de synope ou de verts
l'une de ces couleurs désignant les souffrances,
et l'autre l'esperance qui animoit
ces Saints en répandant leur sang pour
Jesus-Christ.
L'Eglise de Brioude en France , dédiée
à S. Julien Martyr, celles de Tubnigen
et de Bolbingen en Allemagne , de même
qu'une infinité d'autres Eglises qu'on me
dispensera de nommer , avoient de semblables
Bannieres ; l'Etendart des Dauphins
de Viennois étoit rouge , avec un
S. George representé dessus ; il servoit à
l'inauguration de chaque Dauphin . Après
qu'on avoit mis au nouveau Prince l'Epée
au côté , et l'Anneau au doigt , il
prenoit d'une main le Sceptre , et de
l'autre cet Etendart , qui après la cere-
1. Vol.
monie
1062 MERCURE DE FRANCE
monie étoit remis dans la Sacristie de l'Eglise
de S.André de Grenoble où il restoit
toujours en dépôt , comme l'ont remarqué
Jean Beneton , mon grand oncle , et
M. de Valbonnais dans leurs Mémoires
du Dauphiné.
Plusieurs Seigneurs qui se trouverent
Avoüez des Eglises lorsque l'on commençi
à prendre des Armoiries , s'en firent
avec les Bannieres qu'ils avoient droit de
porter ; telle est l'origine des Armes des
Comtes d'Auverge , des Seigneurs de Clin
champ en Normandie , et des Comtes de
Verdemberg en Allemagne . Ces trois
exemples suffiront pour prouver ce que
j'avance.
Le reste paroitra dans le Mercure pro¬
chain.
Militaires des François . par M. Benetonde-
Perrin , Ecuyer , ancien Gendarme
de la Garde du Roy. Seconde Partie .
A
Près avoir dit dans la premiere Partie
de cet Ouvrage ce qui obligea
les Rois de France à changer de Patron ,
et ce qui fit qu'à leur exemple le Peuple
diminua peu - à - peu sa dévotion a S.Martin
, pour la donner toute entiere à saint
Denis ; remontons présentement aux
temps qui ont précedé ce changement.
Sans entrer dans la fameuse dispute si
S. Denis , premier Evêque de Paris , est
le même que Denis l'Areopagite , converti
par
l'Apôtre S. Paul dans la Ville
d'Athénes , qui de Rome passa dans les
Gaules dès le premier siecle de l'Eglise ,
ou s'il est un autre Denis , qui , avec six
autres saints Missionnaires , ne vinrent dans
les Gaules qu'au temps de Décius ; il est
toujours certain qu'un S. Denis , Evêque,
fut le premier qui annonça aux Parisiens
les veritez de l'Evangile , et qu'il souffrit
le martyre avec deux de ses Compagnons
dans le lieu même où il avoit exercé sa
Mission .
Après
JUIN. 1733. 1051
Après la mort de ce Saint , une femme
vertueuse et riche , nommée Catule ,
devenue , sans doute , Chrétienne par les
´Sermons du Martyr, fit secrettement enlever
son Corps et ceux de ses Compagnons ,
et les fit inhumer tous trois dans un
Champ qui lui appartenoit , et qui à cause
d'elle fut appellé Catolacum , et Catalliacum.
Les Chrétiens , pour ne point oublier
l'endroit qui contenoit les Corps de
ces saints Martyrs , mirent dessus une
marque, ou Montjoye , et aussi tôt qu'ils
furent en liberté de faire quelque Acte
public de leur Religion , ils bâtirent sur
cet endroit une Oratoire ou petite Chapelle
, que sainte Géneviève changea en
Eglise et qui devint bien- tôt un Monastere
, puisque dès l'an 6c0 . sous Clotaire
second , il y avoit déja un Abbé
qui gouvernoit la Communauté Religicu
se de S. Denis .
Le Roy Dagobert fut le premier qui
donna à cette Abbaye de grandes possessions
en terres , et les Successcurs de ce
Prince se firent un mérite d'enrichir extraordinairement
le Monastere de S. Denis
, par de continuelles liberalitez , jusqu'au
temps de Charles le Chauve. Alors
les Normands étant venu aborder ent
Neustrie , et ces Barbares ayant remonté
1. Vol. Ay la
1052 MERCURE DE FRANCE
·
&
la Seine pour ravager les Païs voisins de
cette Riviete , les Religieux de S. Denys
recoururent à la protection des Rois ,
pour la conservation des biens qu'ils renoient
d'eux ; mais les Rois occupez aib
leurs, tant par les Guerres intestines , que
par les ravages que d'autres Normands
faisoient en attaquant le Royaume par
plusieurs endroits , et ne pouvant par
consequent s'engager à deffendre en personne
l'Abbaye de S. Denys ; ils commirent
ce soin aux Comtes du Véxin , qui
étoient leurs plus proches Officiers , et faisant
résidence aux environs de cette Abbaye;
par là plus à portée que tous autres
à veiller à sa deffense. Voilà l'origine et
l'établissement des premiers Avouez ou
Deffenseurs de S. Denys .
Les Comtes de Véxin étoient pour lors
des Officiers Amovibles , comme tous les
autres Comtes du Royaume ; ainsi l'Abbaye
de S.Denys changeoit d'Avoüé toutes
les fois que leVéxin changeoit de Gouverneur.
Cela dura jusqu'au Regne de Charles
le Simple, qui ayant cedé aux Normands
toute la Neustrie , avec une partie du
Véxin ; ceux qui devinrent Comtes de
l'autre partie de ce Païs , demeurée à la
France , s'en rendirent presque aussi-tôr
1. Vol.
SeiJUIN.
1733.
1053
Seigneurs proprietaires , et étendirent la
même propriété sur l'Avoüerie de S. Denys
, rendant ces deux Dignités héréditaires
dans leurs familles .
Les Historiens faute d'avoir mis de la
distinction entre la qualité de Comte et
celle d'Avoüé , ont cru que les derniers
Seigneurs du Véxin étoient Vassaux de
l'Abbaye de S. Denys pour leur Comté ;
ce qui n'est point mon sentiment.
Car si le Comté de Véxin eut relevé de
l'Abbaye de S. Denys , les Religieux auroient
été en droit d'exiger l'hommage
des Ducs de Normandie qui joüissoient
de la moitié de ce Comté; et l'on ne voit
point qu'aucun Prince Normand ait été
citté , ni se soit soumis à cet hommage.
Les premiers Comtes de Véxin n'ont
pas pû le faire; ils dépendoient entierement
des Rois qui n'auroient point souffert
que leurs Officiers allassent faire hommage
d'un Païs dont ils n'étoient que les
gardiens ; permettroit - on presentement
à un Gouverneur de Province ou de Ville
d'aller soumettre son Gouvernement
à une Eglise à laquelle il auroit dévotion ?
il en auroit été de même si les Comtes
de Véxin avoient voulu faire une semblable
démarche.
L'Abbaye de S. Denys n'a eu la Sei-
1. Vol.
A vj gneurie
1054 MERCURE DE FRANCE
gneurie du lieu où elle est scituée que par
la donation que lui en fit le Roy Robert,
l'an 996. En ce temps - là les Rois donnoient
assez aisément les Domaines utiles,
mais rarement les Justices et les Droits
Seigneuriaux ; ils éroient soigneux de se
les conserver ; ainsi il paroît peu croïable
qu'un Monastere qui n'étoit point Seigneur
du lieu où il étoit , pût avoir la Suseraineté
sur un territoire aussi considérable
que le Véxin , Les Rois avoient interêt
de soûtenir le droit de Suseraineté
sur ce territoire entier, parce que s'ils s'étoient
un peu relâchés , cela auroit servi
de prétexte aux Ducs de Normandie
lorsqu'ils furent devenus Rois d'Angleterre
, et les plus redoutables ennemis de
la France , pour soustraire une partie de
leur Domaine à l'hommage qu'ils devoient
à la Couronne , dans la prétention
qu'ils ne l'auroient dû qu'à l'Abbaye
de Saint Denys pour leur part du
Véxin.
,
Nos Rois connoissoient si bien que
leur interêt demandoit l'affoiblissement
des Comtes du Véxin , trop voisins de
Paris , que les derniers possesseurs de ce
Comté , étoient plutôt Comtes dans le
Païs , que Comtes du Païs , tant leur autorité
fut mitigée par les Rois , qui n'ai-
I. Vol. moient
JUIN. 1733 . 1055
moient point d'avoir un Vassal si puissant
à la porte de leur Capitale. Aussi
Philippe I. profita bien tôt de la mort ,
sans enfans , de Simon , surnommé le
Bienheureux , dernier de ces Comtes ,
arrivée l'an 1c88 . pour réünir à son Domaine
le Comté de Véxin , qu'il donna
ensuite à son fils , Loüis , surnommé le
Gros, et qui par ce moyen devint Avoüé
de S. Denys. C'est ce Prince , qui étant
Roy, fit un usage general de la Banniere
de l'Abbaye , dont il avoit l'Avouerie ,
et la fit porter dans toutes les Guerres
d'Etat qu'il entreprit. Après la réunion
du Véxin à la Couronne , la dévotion à
S. Denys devint si grande , que les Rois ,
successeurs de Louis le Gros , se firent
honneur d'être les premiers Avoüez de
l'Eglise de ce Saint.
Ils s'obligerent en cette qualité de
prendre les armes pour en conserver les
droits toutes les fois qu'il en seroit besoin
; et cette obligation leur fit naître
l'idée pieuse de se servir de la Banniere
de ce Monastere , non seulement dans les
occasions où il s'agiroit d'en deffendre les
biens , mais encore dans toutes celles où
il s'agiroit de la deffense de leur propre
Royaume , et d'avoir en cette Banniere
la nrême confiance que leurs Prédeces
1. Vol.
scurs
1056 MERCURE DE FRANCE
seurs avoient eue en celle de S. Martin ,
dont on ne faisoit plus d'usage .
L'Histoire nous a conservé la memoire
de ce qui se passa quand le Roy Louis
le Gros alla à S. Denys , l'an 1124. y lever
l'Oriflamme pour la premiere fois ,
afin de s'en servir dans la Guerre qu'il
alloit avoir contre l'Empereur Henry V.
,
La maniere dont ce Prince parla dans
l'Assemblée qui se tint à cette occasion ,
a donné lieu de croire qu'il y reconnut
n'avoir droit de se servir de la Banniere
de S. Denys , qu'en qualité de Vassal de
l'Abbaye , à cause du Comté de Vexin .
Voicy le discours du Roy , tiré d'une
Patente que Doublet nous a conservée
dans son Histoire de S.Denys. Liv. 3.
Presenti itaque Venerabili Abbate Prefata
Ecclesia Sugerio , quem fidelem et familiarem
optimatum nostrorum Vexillum de
altario beatorum Martyrum , ad quos comitatus
Vilcassini , quem nos ab ipsis infeodem
habemus , spectare dignoscitur , morem
antiquum antecessorum nostrorum servantes
et imitantes , signiferi jure , sicut Comites
Vilcassini soliti erant , suscepimus.
Ces termes qui ont paru décisifs à ceux
qui ont soutenu que le Roi fit alors hommage
du Comté de Vexin, ne me paroissent
pas tels ; cette preuve n'est point in-
I, Vol.
conJUIN.
1733 1057
contestable , selon moi ; la piété du Prince
, et sa grande dévotion à S. Denys , auroient
bien pû lui faire avancer des expressions
un peu fortes , sans distinguer
assez pourquoi les Comtes de Vexin rendoient
hommage ; confondant sa qualité
d'Avoué avec celle de Comte , et les termes
: De more Antecessorum suorum , peuvent
s'entendre que le Roy reconnoît
avoir , signiferi jure , le droit de porter
P'Enseigne de S. Denys , de même que les
Comtes de Vexin l'avoient en qualité
d'Avoüés , et par conséquent de Vassaux
de l'Abbaye en cette qualité.
Enfin , si on ne peut rien rabatre de la
forme des termes de cette reconnoissance
; la cause qui la fit faire ainsi , peut
être attribuée à l'usage où l'on étoit alors,
et qui avoit commencé dans le siecle précedent
, où le Seigneur d'un Fief croioit
faire un Acte de grande piété , en soumettant
volontairemént sa Terre à l'Eglise
d'un Saint , qu'il prenoit pour le:
Protecteur de sa famille.
On rendoit cette soumission , sans prétendre
préjudicier à celle qu'on devoit à
son Seigneur dominant, ce qui faisoit que
ce dernier la permettoit. Les Comtes de
Vexin auroient pû faire un pareil hommage
à S. Denys , sans préjudice de celui
qu'ils devoient aux Rois .
tos8 MERCURE DE FRANCE
Les Seigneurs de la Tour en Auvergne
soumirent leur Fief de la Tour à l'Abbaye
de Clugny , fauf ce qu'ils devoient
aux Comtes d'Auvergne leurs Souverains.
Munier , dans son Histoire d'Authun ;
rapporte les hommages que les Seigneurs
du Fief de Clugny lés - Authun , faisoient
devant l'Autel et la Chasse de S. Symphorien
de cette Ville , quoique ce Fief
de Clugny relevat d'un autre Seigneur.
Louis XI. Roy de France , fit hommage
pour lui et ses Successeurs Rois , du
Comté de Boulogne en Picardie , à Notre
Dame de la même Ville ; et Louis XIII. a
mis sa Couronne sons la protection de la
Sainte Vierge , par un voeu fait à l'Eglise
de Notre Dame de Paris ; toutes ces
soumissions volontaires et l'effet d'une
grande piété , ne tirent point à conséquence
, et ne peuvent point passer pour
de vraies sujettions.
que
Il faut penser la même chose de celle
les Comtes de Vexin devoient à Saint
Denys, et je suis persuadé que ces Comtes
ne la devoient que pour des Terres dépendantes
de l'Abbaye , dont ils jouissoient
en qualité d'Avoüez . En effet
qu'on examine bien la céremonie qui se
faisoit quand nos Rois alloient pren-
I. Vol.
dre
JUIN. 1733.
1059
dre l'Oriflame , on verra que ce n'étoit
qu'un Acte de dévotion qui n'avoit rien
qui sentit l'hommage juridique.
Le Roy après avoir fait sa priere devant
l'Autel sur lequel étoient les Chasses
des Martyrs , prenoit lui - même la Banniere
qui étoit aussi dessus l'Autel , pour
montrer qu'il ne tenoit le droit de la
prendre que de sa puissance , et que la
piété seule , qui l'engageoit à proteger le
Monastere , lui faisoit si fort estimer son
Enseigne, à cause du Saint à qui elle étoit
consacrée, qu'il esperoit par elle attirer la
protection du Ciel sur son Armée. Ensuite
le Roy tenant en main cette Enseigne
la remettoit à un des plus vaillans
Chevaliers de sa Cour , pour la porter en
son nom , pendant l'Expedition qu'on
alloit entreprendre , et ce Seigneur faisoit
serment de la deffendre au peril de
sa vie , et de la rapporter dans le lieu où
il la prenoit.
Je regarde les Porte - Oriflammes
comme les Vidâmes de nos Rois et les
Avoüés particuliers de Saint Denys.
J'ai déja dit que les Rois sont de droit
les Protecteurs et les Grands Avoüés de
toutes les Eglises de leur Royaume ; ils
avoient fait les Comtes d'Anjou et du
Vexin leurs Lieutenans dans celles de S.
I. Vol. Martin
1060 MERCURE DE FRANCE
Martin et de S. Denys , et ils ne firent
exercer ces Lieutenances par d'autres Seigneurs
, que quand la posterité mâle de
ces Comtes eut manqué.
Outre ces Lieutenans d'honneur , les
Grosses Abbayes avoient d'antres Avoüez
d'un plus bas étage pour avoir soin des
biens détachez et éloignez de ces Abbayes.
Ces Avouez particuliers se nommoient
Signiferi Ecclesiarum , Porte- Enseignes
des Eglises.
L'Abbaye de S.Denys en avoit plusieurs
à la fois , comme celui de Berneval en
Normandie , et les Seigneurs de Chevreuse
près Montfort. Ces derniers , l'an
1226 , remirent leur droit d'Avoüérie ,
moyennant une somme d'argent ; il falloit
cependant que par cette vente ils ne
se fussent pas dépouillez tout - à - fait de
l'honneur de contribuer à la deffense de
l'Abbaye de S. Denys , puisque les premiers
Porte Oriflammes connus , étoient
de cette famille , et qu'on n'en trouve
point qui ait exercé cet Ofice avant Anceau
, Sire de Chevreuse , qui perdit l'O
riflamme et la vie à la Bataille de Monsen
- Puelle , l'an 1304.
Chacun de ces Avoüez particuliers
avoit son Enseigne , comme cela se prouve
par le nom qu'on leur donnoit de
I. Vol. SiJUIN.
1733 1061
Signiferi Ecclesiarum ; ainsi l'Abbaye de
S. Denys ayant plusieurs Avoüez , devoit
avoir plusieurs Bannieres , qui toutes auroient
pû s'appeller Oriflammes , puisqu'elles
avoient toutes la même forme ,
par la raison que je vais dire ; cependant
on ne donna ce nom qu'à la principale ,
qui restoit dans l'Abbaye , et que l'on
regardoit proprement comme appartenante
aux Martyrs.
Toutes les Bannieres des Eglises dédiées
à des Saints de ce genre , étoient
rouges et frangées, de synope ou de verts
l'une de ces couleurs désignant les souffrances,
et l'autre l'esperance qui animoit
ces Saints en répandant leur sang pour
Jesus-Christ.
L'Eglise de Brioude en France , dédiée
à S. Julien Martyr, celles de Tubnigen
et de Bolbingen en Allemagne , de même
qu'une infinité d'autres Eglises qu'on me
dispensera de nommer , avoient de semblables
Bannieres ; l'Etendart des Dauphins
de Viennois étoit rouge , avec un
S. George representé dessus ; il servoit à
l'inauguration de chaque Dauphin . Après
qu'on avoit mis au nouveau Prince l'Epée
au côté , et l'Anneau au doigt , il
prenoit d'une main le Sceptre , et de
l'autre cet Etendart , qui après la cere-
1. Vol.
monie
1062 MERCURE DE FRANCE
monie étoit remis dans la Sacristie de l'Eglise
de S.André de Grenoble où il restoit
toujours en dépôt , comme l'ont remarqué
Jean Beneton , mon grand oncle , et
M. de Valbonnais dans leurs Mémoires
du Dauphiné.
Plusieurs Seigneurs qui se trouverent
Avoüez des Eglises lorsque l'on commençi
à prendre des Armoiries , s'en firent
avec les Bannieres qu'ils avoient droit de
porter ; telle est l'origine des Armes des
Comtes d'Auverge , des Seigneurs de Clin
champ en Normandie , et des Comtes de
Verdemberg en Allemagne . Ces trois
exemples suffiront pour prouver ce que
j'avance.
Le reste paroitra dans le Mercure pro¬
chain.
Fermer
Résumé : DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François. par M. Beneton-de-Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roy. Seconde Partie.
La dissertation de M. Benetonde-Perrin explore l'évolution de la dévotion des rois et du peuple français de saint Martin à saint Denis. Saint Denis, premier évêque de Paris, a annoncé l'Évangile aux Parisiens et a été martyr. Après sa mort, une femme vertueuse, Catule, a fait inhumer son corps et ceux de ses compagnons dans un champ nommé Catolacum. Les chrétiens ont marqué cet endroit et y ont construit une chapelle, devenue monastère sous Clotaire II. Le roi Dagobert a enrichi l'abbaye de Saint-Denis, et ses successeurs ont continué à la protéger contre les Normands. Les comtes du Vexin, officiers des rois, ont été chargés de défendre l'abbaye. Sous Charles le Simple, les comtes du Vexin sont devenus seigneurs propriétaires et ont rendu l'avouerie de Saint-Denis héréditaire. Les historiens ont souvent confondu les rôles de comte et d'avoué, mais l'abbaye n'a obtenu la seigneurie du lieu qu'en 996 par donation du roi Robert. Philippe I a réuni le comté du Vexin à la couronne et a fait de la bannière de Saint-Denis l'emblème royal. Louis VI a levé l'oriflamme à Saint-Denis en 1124 pour une guerre contre l'empereur Henri V. Cet acte était un geste de dévotion plutôt qu'un hommage juridique. Les rois ont continué à utiliser l'oriflamme comme symbole de protection divine pour leurs armées. Les porte-oriflammes étaient considérés comme les vidâmes des rois et les avoués particuliers de Saint-Denis. Le texte mentionne également les enseignes particulières appelées 'Avoüez' utilisées par certaines abbayes et églises. Chaque Avoüez avait une enseigne spécifique. L'Abbaye de Saint-Denis possédait plusieurs bannières appelées Oriflammes, bien que ce nom soit réservé à la principale. Ces bannières étaient rouges et frangées de synope ou de vert, symbolisant respectivement les souffrances et l'espérance des martyrs. Des églises dédiées à des saints martyrs, comme celle de Brioude en France et celles de Tübingen et de Bolbingen en Allemagne, possédaient des bannières similaires. L'étendard des Dauphins de Viennois était rouge avec une représentation de Saint Georges et servait lors de l'inauguration des Dauphins. Après la cérémonie, il était conservé dans la sacristie de l'église de Saint-André de Grenoble. Certains seigneurs, devenus Avoüez des églises, ont adopté les bannières comme armoiries, expliquant l'origine des armes des Comtes d'Auvergne, des Seigneurs de Clinchamp en Normandie et des Comtes de Verdemberg en Allemagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
213
p. 1101-1125
TROISIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. A. C. D. S. T. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques.
Début :
Vous me marquez, Monsieur, quelque satisfaction des Eclaircissemens contenus dans [...]
Mots clefs :
Marquis de Rosny, Prince, Artillerie, Religion, Duc de Sully, Duc de Savoie, Médaille, Mémoires, Seigneur, Dieu, Corps, Esprit, Enfants, Béthune, Melun
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. A. C. D. S. T. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques.
TROISIEME LETTRE de M. D. L.
R. écrite à M. A. C. D. S.T.au sujet du
Marquis de Rosny , depuis Duc de Sully
, &c. contenant quelques Remarques
Historiques.
Ous me Monsieur
quelque satisfaction des Eclaircissemens
contenus dans mes deux Lettres
précédentes , sur la premiere Question
que vous m'avez faite , au sujet du
Marquis de Rosny , premier Ministre
du Roi Henri Le Grand. Cela m'engage
de redoubler mes soins pour répondre
avec la même éxactitude et le même succès
aux autres demandes que vous me
faites sur ce sujet.
و
Instruit par P'Histoire de l'ancienneté
et de la Catholicité de la Maison de Bethune
dont le Marquis de Rosny se
trouvoit le Chef , vous êtes surpris que
ce Seigneur n'ait pas persevere dans la
Religion de ses Ancêtres vous me demandez
la cause de ce changement , à
quoi vous ajoutez deux ou trois autres
Questions , dont la Réponse fera tout le
sujet de cette Lettre.:
1. Fol. Cvi Da1102
MERCURE DE FRANCE
D'abord il est bon de vous dire , Monsieur
, que ce n'est pas le Marquis de
Rosny qui fait la premiere cause de cette
variation . Pour en être bien instruit , il
faut remonter jusqu'à Jean de Bethune
IV. du nom son Ayeul , lequel étant
encore assez jeune épousa Anne de Melun
, qui lui apporta en dot la Baronie
de Rosny , &c. Il en eut plusieurs Enfans
, lesquels eurent un double malheur
; le premier de perdre leur Mere
dans leur bas âge , et le second de voir
remarier leur Pere avec une simple Demoiselle
sans biens. Un troisiéme malheur
, suite des premiers , voulut que
Jean de Bethune n'eut ni ordre , ni oeconomie
dans ses affaires , qu'il s'endetta -
beaucoup , et qu'en mourant enfin retiré
au Château de Coucy , après avoir
aliené ses plus beaux Domaines
il ne
laissa presque rien à ses Enfans : de sorte
que François de Bethune son fils aîné ,
dépouillé de tous les grands biens de ses
Ancêtres , et ne jouissant que de ceux
d'Anne de Melun sa Mere , est comparé
par un Historien au Prince * Jean , surnommé
sans Terre , qui étant fils de Roi ,
se trouva presque sans aucune possession
, & c.
D
* Jean , fils de Henri II . Roi d'Angleterre .
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733- 1103
Ce fils aîné épousa en 1557. Charlotte
Dauvet , qui lui donna sept Enfans. Il
s'attacha de bonne heure à Louis de Bourbon
, Prince de Condé , qui étoit alors
le Chef des Huguenots , et fit Profession
de la nouvelle Religion , à l'imitation de
plusieurs Grands Seigneurs , séduits par
les opinions des Novateurs , ou par des
motifs humains. En courant toutes les
fortunes du Prince il se trouva à la Bataille
de Jarnac , où il fut fait Prisonnier ;
j'omets le reste de son histoire pour marquer
seulement qu'en mourant en l'année
1577. il laissa pour Chef de sa Maison
Maximilien de Bethune, son Fils puisné ,
dont il s'agit particulierement ici .
Ce Seigneur suivit les traces de Fran
çois de Bethune son Pere , tant pour la
Religion dans laquelle il étoit né , que
du côté de la Fortune; il pourroit fournir
seul la matière d'une longue Histoire ,
que j'avois eu autrefois dessein d'entreprendre
ce Pere homme vertueux
de bon esprit , et brûlant du
loüable désir de relever sa Maison , avoit
jetté les yeux sur notre Maximilien , le
second des quatre fils qu'il eut de Charlotte
Dauvet.
,
د
Il avoit remarqué en lui non - seulement
une grande vigueur de corps et
I. Vol. d'es
1104 MERCURE DE FRANCE
d'esprit , mais encore une grande inclination
à la vertu , et une forte aversion
pour le vice , ce qui lui ayant fait concevoir
une grande espérance , il le fit appeller
un jour , disent les Mémoires qui
portent son nom , dans sa Chambre de
la Haute Tour , et en la seule présence
de la Durandiere , son Précepteur, il lui
tint un discours que sa briéveté et l'importance
du sujet m'engagent de rappor
ter ici.
» Maximilian , puisque la Coûtume
ne me permet pas de vous faire le prin-
» cipal Héritier de mes biens , je veux en
» récompense essayer de vous enrichir
» de vertus , et par le moyen d'icelles
» comme on me l'a prédit , j'espere que
» vous serez un jour quelque chose . Pré-
» parez- vous donc à supporter avec cou-
» rage , toutes les traverses et difficultez
» que vous rencontrerez dans le monde ,
» ct en les surmontant genereusement ,
acquerez- vous l'estime des gens d'hon-
» neur , et particulierement celle du
» Maître à qui je veux vous donner ; au
Service duquel je vous commande de
» vivre et mourir. Et quand je serai sur
mon partement pour aller à Vendôme
>> trouver la Reine de Navarre , et Mon-
» sieur le Prince son fils , auquel je veux
»
1. Vol. » Yous
JUIN. 1733- 1109
» vous donner , disposez-vous à venir
» avec moi , et vous préparer par une
Harangue à lui offrir votre service
» lors que je lui présenterai votre -Per-
» sonne .
la
Ce Discours pathétique et sensé , écou
té avec attention par un fils né pour
vertu , eut dans les suites tout le succès
que l'affection et la prévoyance d'un sage
Pere pouvoient esperer. Le Pere et le
Fils se rendirent bien-tôt auprès de la
Reine de Navarre , et le jeune Rosny
fut présenté au Prince son Fils , qui étoit
aussi fort jeune.
»
*
» Cela se fit , disent les Auteurs des
» Mémoires , en présence de la Reine sa
mere , avec des protestations que
» vous lui seriez à jamais très - fidele er
n très- obéïssant serviteur : ee que vous.
» lui jurâtes aussi , en si beaux termes
» avec tant de grace et d'assûrance
>> et un ton de voix si agréable , qu'il
conçût dès lors de bonnes espérances de
» vous. Et vous ayant relevé ( car vous
>> étiez à genoux , ) il vous embrassa deux
» fois , et vous dit : qu'il admiroit votre
gentillesse , vû votre âge , qui n'étoit
"
ת
La parole est ici adressée au Marquis de
Rosny , comme dans tout le corps de l'Ouvrage.
I. Vol.
» que
1106 MERCURE DE FRANCE
>>
que de onze années , et que lui aviés
» présenté votre service avec une si gran-
» de facilité , et étiés de si bonne race
» qu'il ne doutoit point qu'un jour vous
» n'en fissiés paroître les effets en vrai
» Gentilhomme . Et aussi vous promit il
» en foi de Prince , qu'en vous recevant
» de fort bon coeur , il vous aimeroit tou-
» jours , et qu'il ne se présenteroit jamais
» occasion de vous faire acquerir du bien
>> et de l'honneur , qu'il ne s'y employât
» de tout son coeur. Tous lesquels dis-
» cours , qui n'étoient lors que par com-
» plimens , ont eu depuis des Evénemens.
» plus avantageux que vous n'aviez ´es-
» péré.
Ces Evénemens que les mêmes Auteurs
ont rapporté fort au long , furent précédez
et mêlez de bien des traversés. La
Religion surtout , dont ce jeune Seigneur
faisoit profession , et qui fait le
principal article de vos demandes , pensa
lui coûter cher , dans la fatale journée
qui vit couler tant de sang François , au
milieu d'une profonde paix. Sa conservation
a quelque chose de singulier et de
merveilleux : elle merite bien que j'en
place ici le petit détail , tiré des mêmes
Mémoires .
» Voici ce que nous vous en avons
1. Vol. » oui
JUIN. 1733. 1107
noui conter : à sçavoir que vous ayant
» fait dessein d'aller faire votre Cour ce
» jour là , vous vous étiés couché la veille
de bonne heure , et que sur les trois
>> heures du matin , vous vous réveillâ-
» tes au bruit de plusieurs cris de peu-
» ples , et des allarmes que l'on sonnoit
» dans tous les Clochers. Le sieur de
» S. Julien , votre Gouverneur , et votre
» Valet de Chambre , ( qui s'étoient aussi
» éveillés au bruit , ) étant sortis de vo-
» tre logis , pour apprendre ce que c'é-
» toit , n'y rentrerent point ; et n'avez-
» vous jamais sçû ce qu'ils étoient deve-
» nus. De sorte qu'étant réduit vous
>> seul dans votre chambre et votre
» Hôte qui étoit de la Religion , vous
» pressant d'aller avec lui à la Messe , afin
» de garantir sa vie et sa maison de sac-
» cagement , vous vous résolûtes d'es-
» sayer à vous sauver dans le College de
Bourgogne.
"3
,
>> Pour ce faire,yous prîtes votre Robbe
>> d'Ecolier , un Livre sous votre bras , et
» vous vous mîtes en chemin . Par les
» ruës vous rencontrâtes trois Corps de
» Garde , l'un à celle de S. Jacques , un
>> autre à celle de la Harpe , et l'autre à
» l'issue du Cloître de S. Benoît. Au pre
» mier ayant été arrêté et rudoyé par
1. Vol. >> ceux
108 MERCURE DE FRANCE
» ceux de la Garde , un d'entr'eux pre
> nant votre Livre , et voyant que , de
» bonheur pour vous , c'étoit de grosses'
» Heures , vous fit passer , ce qui vous
» servit de passeport aux autres. En al-
>> lant vous vîtes enfoncer et piller des
» maisons , massacrer hommes , femmes .
» et enfans , avec les cris de tuë , tuë , ô
»Huguenot , ô Huguenot , ce qui vous
» faisoit souhaiter avec impatience d'être
» arrivé à la porte du College , où enfin
>> Dieu vous accompagna , sans qu'il vous
>> fût arrivé autre mal que la peur.
»
» A l'abord , le Portier vous refusa deux
» fois l'entrée de la porte mais enfin
» moyennant quatre Testons que vous
» lui donnâtes , il alla dire au Principal ,
» nommé la Faye , que vous étiés à la
» porte , et ce que vous demandiez , lequel
aussi- tôt meu de compassion
» étant votre particulier ami , vous vint
» faire entrer , empêché toutefois de ce
» qu'il feroit de vous , à cause de deux
» Ecclésiastiques qui étoient dans sa
» chambre , et qui disoient y avoir des-
» sein formé de tuer tous les Huguenots ,
» jusqu'aux enfans à la mammelle , et ce
à l'exemple des Vêpres Siciliennes .
» Néanmoins , par pitié , ce bon Personnage
vous mit dans une chambre fort
"
I. Vol. ≫ seJUIN.
1733.
1109
» secrette , dans laquelle personne n'en-
» trât que son Valet , qui vous y por-
» toit des vivres , et vous y servît trois
» jours durant , au bout desquels il se
» fit une publication de par le Roi , por-
" tant deffenses de plus tuer ni saccager
>> personne.
» Alors deux Archers de la Garde, Vas-
» saux de M. votre Pere , l'un nommé
» Ferrieres , et l'autre la Vieville , vin-
» rent avec leurs Hocquetons , et Halle-
» bardes à ce College , pour s'enquerir de
» vos nouvelles , et les mander à M. vo-
» tre Pere , qui étoit fort en peine de
» vous , duquel vous reçûtes une Lettre
» trois jours après , par laquelle il vous
mandoit de demeurer à Paris , et d'y
» continuer vos Etudes comme auparavant.
Et pour ce faire il jugeoit bien
qu'il vous faudroit aller à la Messe , à
» quoi il vous falloit résoudre , aussi-
» bien avoit fait votre Maître et beau-
>> coup d'autres : et que sur tout il vou-
» loit que vous courussiez toutes les for-
» tunes de ce Prince jusqu'à la mort
» afin que l'on ne vous pût reprocher de
l'avoir quitté en son adversité : à quoi
» vous vous rendîtes si soigneux , que
» vous en acquires l'estime d'un chacun .
Tout le monde sçait avec quelle exac-
I. Vol. titude
1110 MERCURE DE FRANCE
titude et quelle constante fidelité ce dernier
commandement de courir toutes les
fortunes de ce grand Prince fut éxécuté.
On en peut voir la preuve dans l'Histoire
, et sur tout dans les Mémoires des
Ecrivains que nous avons citez , lesquels
remarquent particulierement qu'au milieu
de toutes ses assiduitez auprès du
Prince , dans ces premiers tems de trouble
et de confusion , le jeune Rosny s'appliquoit
toujours à cultiver son esprit
par des connoissances solides. Ils parlent
en ces termes de cette circonstance ; en
» quelque condition que vous fussiés
» vous preniés toujours le tems de conti-
» nuer vos Etudes , sur tout de l'Histoi
de laquelle vous faisiés déja des Ex-
>> traits , tant pour les moeurs , que pour
» les choses naturelles ; et des Mathéma
>> re ,
tiques , lesquelles occupations fai-
» soient paroître votre inclination à la
>> vertu .
Dans la suite il se présenta une occasion
qui auroit pû , si Dieu l'avoit permis
, servir à éclairer ce jeune Seigneur
et à le faire rentrer dans la Religion de
ses Ancêtres. Il n'avoit qu'environ vingtdeux
ans , lorsqu'en l'année 1581. il lui
prit envie de faire un petit voyage en
Flandres , principalement pour y visiter
la
矍
1
•
M•
DEL
SVLLY
HO
DVC
•DE
NAHL
FDE
BETHUN
01
SA
SSA
JUIN. 1733 1111
la Comtesse de Mastin sa Tante . Cette
Tante et le Vicomte de Gand son Ayeul
maternel , et son Parrain , l'avoient deshérité
, lui et François de Bethune son-
Pere , à cause de la Religion, Il partit
muni d'un Passe- port du Comte * de
Barlemont , son Parent et se rendit à
la Bassée , où demeuroit cette Dame. Il
en fut accueilli assez froidement , préve
nuë sur son sujet de la maniere que nous
allons le voir,
ར་ ་ .
Le lendemain matin elle mena son Ne
veu dans la grande Eglise de l'Abbaye
qu'elle avoit fondée , pour lui faire voir
les Sépultures de Marbre de ses Ancêtres,
qu'elle y avoit fait construire ; et entre
les autres celles d'Helene de Melun , femme
de Robert d'Artois , d'Hugues de
Melun , son Ayeul , le même qui l'avoit
deshérité , et d'Anne de Melun son Ayeule
, celle enfin qu'elle avoit fait élever
pour elle-même. Elle lui dit alors , ayant
les larmes aux yeux : » hélas ! mon Ne-
» veu , mon ami , que mon Pere votre
» Ayeul , et ma Soeur votre Grand mere,
* Le Comte de Barlemont étoit Président du
Conseil Royal des Finances , Gouverneur de Namur
Chevalier de la Toison d'Or , &c. J'ai
une Médaille de ce Seigneur frapée en 1576. selon
Laquelle il faut lire BERLAYMONT.
>
"
» s'ils
1112 MERCURE DE FRANCE
» s'ils étoient en vie , jetteroient de lar-
>> mes , et ressentiroient de déplaisirs ,
» aussi-bien que moi , de voir en vous
» l'un de leurs Enfans , ne point croire
» en Dieu , ni en sa Messe , et n'adresser
» ses Prieres qu'à l'ennemi d'enfer , qui
» vous renal ennemi des bonnes oeuvres ,
» ainsi que je l'ai entendu dire à nos bons
>> Peres ! & c.
"
•
Le jeune Neveu étrangement surpris ,
s'écria là- dessus : » Vrai Dieu , ma Tan-
» te , que dites - vous ? Jesus ! seroit- il
> bien possible que vous disiés ceci à bon
» escient , et qu'il y ait eu des gens si
pleins d'impostures et de calomnies
» que de vous avoir voulu persuader tel-
» les éxécrations , qui nous rendroient
indignes de vivre sur la terre ? 11 lui fit
ensuite un détail de sa Créance, lui récita
même l'Oraison Dominicale , le Symbole
, &c. Tout cela fait un Dialogue qui
mérite d'être lû dans le 18. Chap. du pre
mier Tome des Mémoires , on en jugera
par la fin , qui est telle. La Dame écou
ta fort attentivement cette récitation
sans rien repondre , tant que le Neveu
ne parla que de Dieu , de Jesus-Christ
et du S. Esprit , mais lorsqu'il dit qui est
né de la Vierge Marie , et ensuite , je crois
Ja Communion des Saints , & c. Elle se mit
JUIN. 1733. 1113
à crier , » hélas ! mon Neveu , mon ami ,
» est- il possible qu'en vos Oraisons vous
» parliés de la bonne Dame , et fassiés
» mention des Saints Bienheureux ? Or
» venez m'embrasser , puisque cela est :
» car je vous aime comme mon bon Ne-
» veu , et me semble en vous voyant , et
" vous oyant parler , que ma pauvre soeur
» est encore en vie : ô que j'ai de déplai-
» sir que mon Neveu votre Parrain et
» moi , vous avons deshérité : vrayement
je veux essayer à rompre tout cela , et
» vous le jure par la Sainte Vierge : les
» effets néanmoins ne suivirent pas les
» paroles , &c.
>>
t
Il faut convenir , Monsieur , qu'une
telle occasion de parler de la nouvelle
Religion , mieux ménagée , auroit pû
produire quelque bon effet sur l'esprit
du jeune Parent , mais ce n'étoit pas le
moyen sans doute de le faire entrer dans
la bonne voye , que d'employer de pareils
argumens , on ne corrige point l'erreur
par
d'autres erreurs .
Quoiqu'il en soit , le Marquis de Rosny
, en quittant la Dame sa Tante prit
le chemin de Bethune , Ville qu'il avoit
toujours souhaité de voir , et où malgré
sa Religion , opposée à la grande Catholicité
de ses Ancêtres , à celle des Fla-
S
I. Vol. mands
1114 MERCURE DE FRANCE
mands en général , et aux circonstances
du tems , il fut parfaitement bien reçû
régalé du vin de Ville , et honoré en plu
sieurs manieres comme descendu de
l'antique Maison des anciens Seigneurs
de Bethune. Il vit tout ce qui étoit à
voir dans cette Ville , et visita principalement
les Eglises où sont les Mausolées
de ces Seigneurs , d'où il revint en droi
ture à Rosny. 7
L'ordre des tems , qui s'accorde avec
celui de vos demandes , me fait passer ,
Monsicur , de la Religion de Maximilien
de Bethune , à laquelle j'aurai occasion
de revenir , à ses grandeurs temporelles
, récompense de son mérite et de
son attachement à la fortune et aux interêts
d'un grand Prince. Vous voulez
sçavoir d'abord quand et comment il fût
pourvû de la Charge de Grand - Maître
de l'Artillerie , et comment il en fût destitué
après la mort de son cher Maître.
Je crois d'abord trouver la premiere
origine de son élévation à cette Charge
dans l'Evénement de la Bataille de Coutras
, donnée le 20 Octobre 1587. entre
l'Armée Royale , ou plutôt de la Ligue ,
commandée par M. de Joyeuse , et celle
du Roi de Navarre , commandée par ce
Prince en personne , accompagné du
I. Vol. Prince
JUI N. 1733 : 1115
·
Prince de Condé , du Comte de Soissons
; et d'un nombre de Seigneurs des
plus qualifiez , qui suivoient sa Religion
et sa fortune . Le Marquis de Rosny
étoit non seulement des premiers
dans ce nombre ; mais le Roy son
Maître lui commit dans cette importante
journée le soin de tout ce qui regardoit
l'Artillerie , quoiqu'il ne fût encore
âgé que de 28 ans .
>>
,
Je n'oublierai pas ici ce que lui dit ce
vaillant Prince , au moment qu'il se sépara
de sa Personne pour aller éxécuter
ses ordres. » Mon ami Rosny ,
» c'est à ce coup qu'il faut faire paroî-
» tre votre esprit et votre diligence , qui
» nous est mille fois plus nécessaire
» qu'elle n'étoit hier , à cause que le
» corps nous presse , et que de l'Artillerie
bien logée , bien munie et bien exploitée
, dépendra en grande partie le
» gain de la bataille , lequelj'attends de
» Dieu , & c. Les Mémoires qui ont conservé
ce trait , marquent aussi de quelle
maniere le Marquis de Rosny éxécuta
les ordres du Roi , ils détaillent particulierement
l'opération de deux Canons et
d'une Coulevrine , placées et employées
» si à propos , qu'elles firent des mer-
» veilles , ne tirant une seule volée
I. Vol. D » qu'ils
1116 MERCURE DE FRANCE
» qu'ils ne fissent des rues dans les Es
» cadrons et Bataillons du Camp ennemi
, qui étoient jonchées de douze
» quinze , vingt , et quelquefois jusqu'à
vingt- cinq corps d'hommes et
» chevaux ; si bien que les ennemis , &c .
Le reste du Narré mene au gain entier
de la Bataille , dû en bonne partie
à cette vigoureuse canonade , ainsi que
le Roi l'avoit prédit.
Les Auteurs en finissant ce Narré
ajoûtent une circonstance qui ne doit
pas être omise , et qui confirme d'ailleurs
ce que je viens de dire au sujet de
l'Artillerie.
39 Si- tôt que vous vîtes les ennemis
» en déroute ( c'est toujours à M、de
» Rosny qu'ils parlent ) et que sans
» doute la Bataille étant gagnée , vous
» n'aviez plus que faire au Canon : Vous
» montâtes sur votre grand Cheval d'Es-
» pagne Bay , lequel M. de Bois- Breuil
>> vous faisoit tenir prêt derriere les Pié-
» ces , pour essayer d'apprendre des
> nouvelles de Mrs vos Freres que vous
cuidiés être avec M. de Joyeuse , er
» sçavoir aussi en quel état le Roy de
» Navarre étoit , lequel vous rencontrâ-
» tes. par- delà la Garenne , l'épée toute
sanglante au poing , poursuivant la
>>
1. Vol.
vicJUIN.
1733. 1117
>
» victoire et si- tôt qu'il vous apper-
» çût , vous cría ; et bien , mon ami
c'est à ce coup que nous ferons per-
»> dre l'opinion que l'on avoit prise
» que les Huguenots ne gagnoient jamais
de Batailles ; car en celle- ci la
» victoire est toute entiere.... et faut
>> confesser qu'à Dieu seul en appar-
" tient la gloire , car ils étoient deux
» fois aussi forts que nous ; et s'il en
» faut attribuer quelque chose aux hom-
» mes , croyez que M. de Clermont
» vous , et Bois du Lys , y devez avoir
» bonne part ; car vos Piéces ont fait
» merveilles aussi vous promets- je que
» je n'oublierai jamais le service que vous
» m'y avez rendu .
C'est ainsi que lui parla ce Prince
incomparable , et on peut dire qu'il
tint magnifiquement sa parole Royale :
car dès qu'il fût Roi de France , ce
qui arriva deux ans après , il eut une
attention particulière sur la fortune
d'un homme qui le servoit si bien , et
qui ne le quitta pas d'un pas , surtout
aux Batailles d'Arques et d'Ivry qui
suivirent , où l'Artillerie fit encore des
merveilles , et où M. de Rosny emporté
par sa valeur , fut percé de coups.
Enfin , le Roi après l'avoir fait suc-
1. Vol. Dij ces
1118 MERCURE DE FRANCE
· ,
>
après
cessivement Grand Voyer de France
Sur Intendant des Finances
avoir érigé la Baronie de Rosny en
Marquisat , lui accorda en l'année 1599.
la Charge de Grand - Maître de l'Artillerie
, sur la démission de M. d'Etrées
avec la qualité d'Officier de la Couronne
, Charge que ce Prince lui ménageoit
depuis long- tems , et dont il y a lieu de
croire que
la journée de Coutras avoit
été comme le gage. Il fut presque en
même- tems pourvû de la Sur- Intendance
des Bâtimens et de celles des Fortifications
, qui furent suivies du Gouverne
ment de la Bastille , de la grande Maîtrise
des Ports et Havres du Royaume
et du Gouvernement de Poictou,
L'Artillerie avoit asşûrément besoin
d'un Grand - Maître aussi entendu et
aussi vigilant , que l'étoit le Marquis
de Rosny. Tout étoit en désordre à cer
égard dans les Provinces , où il fut obligé
de casser près de 500 Officiers , inuti
les ou mal - intentionnez , et l'Arcenal
étoit dénué presque de toutes choses
quand il en prit possession . Le Roi l'y
vint voir quinze jours après. Il reçût ensuite
un pareil honneur de Charles Emanuel
, Duc de Savoye , qui étoit venu
en France pour traiter en pe sonne d'af-
>
faires importantes.
JUIN. 1733 1119
T
Les Mémoires qui font le détail de
cette visite , marquent une circonstance
qui doit avoir icy sa place.
» Comme M. de Savoye fût arrivé à
» l'Arsenac, il vous demanda aussi- tôt où
» étoient toutes vos Armes , Munitions
» et Artilleries; sur quoi vous vous trouvâtes
bien empêché , ayant honte de
» lui faire voir une Maison si pauvre et
» dénuée de toutes ces choses , qu'étoit
» l'Arsenac ; tellement qu'au lieu d'aller
aux Magazins, vous le menates aux At-
» teliers , ausquels vous faisiez ouvrer à
» puissance; et lors voyant quelques qua-
» rante affuts et rouage , ésquels on tra
» vailloit ; vingt Canons , nouvellement
» fondus , et des provisions et préparatifs
pour en fondre encore autant ; il
» vous demanda que c'est que vous vou-
» liez faire de tant d'Artillerie nouvelle-
» ment fonduë ? Vous lui répondites en
» riant : Monsieur , c'est pour prendre
" Mont-Mélian. Lors il vous demanda
y avez vous été ? Non, Monsieur , dit-
» tes-vous ; vraiement je le vois bien , ré-
' pondit- il , car vous ne diriez pas cela ;
>> Mont-Mélian ne se peut prendre. Bien ,
>> bien , Monsieur , dittes - vous , je vous
» en crois , neanmoins ne mettez pas le
» Roy en cette peine ; s'il me l'avoit
I.Vol. Diij >> com1120
MERCURE DE FRANCE
» commandé j'en viendrois bien à bout
>> mais je veux croire qu'il n'en sera point
» besoin, et que le Roy et vous, vous sé-
»parerez bien contens l'un de l'autre, & c. .
M. de Rosny avoit sans doute ses raisons
pour parler ainsi au Duc de Savoye ,
qui n'oublia rien pour le mettre dans ses
interêts. C'est en partie la matiere du 93
chap. dans le second volume des Mémoires
, où l'on voit que si ce Seigneur refusa
, de la part du Prince , une Boëte de
Diamans , et jusqu'à son Portrait , enrichi
de Pierreries , de trop grand prix , il
ne manqua en rien à son égard du côté
des bienséances et de la politesse . Dans le
même jour que se passa ce que je viens
de rapporter ; il eût l'honneur de traiter
splendidement à souper, dans l'Arsenal ,le
Roy , le Duc de Savoye , les Dames et les
Seigneurs les plus qualifiez de la Cour :
mais revenons à l'Artillerie.
Elle changea absolument de face sous
sa conduite , et l'Arsenal cy - devant si
dépourvu, qu'on n'osoit presque le laisser
voir aux Etrangers , devint , pour ainsi
dire , sous le nouveau Grand- Maître , la
terreur des Ennemis de la France , et cela
dans moins d'une année. Le premier
Prince , à qui la vigilance du Marquis de
Rosny devint fatale fut le Duc de Sa-
1. Vol.
voye
JUIN. 1733. 1121
voye même , et ce qui s'étoit dit dans
l'Arsenal entre ce Prince et le Grand
Maître , par maniere d'entretien et de
plaisanterie , au sujet de Mont - Mélian' ,
devint une affaire sérieuse et une verité
dont les circonstances sont marquées
dans l'Histoire.
»
Je n'en rapporterai icy qu'une. Le Duc
de Savoye refufant d'exécuter le Traité
conclu à Paris , le Roy lui déclara la Guerre
, marcha en personne avec deux corps
d'Armée , qui firent des Exploits rapides
dans la Savoye et dans la Bresse; et Montmélian
, Place prétendue imprénable ,
fut prise ; le Marquis de Rosny se signala
en plusieurs manieres dans cette Expedi
tion , et fit plus que le devoir de sa Charge
, en ne s'exposant que trop par tout.
La diligence de Rosny , dit Mezerai ;
» pourvût. si bien aux Munitions et à
» l'Artillerie , les ayant fait charrier par
» les Rivieres,qu'à la fin de Juillet(1600)
» il eût en ce Païs-là 40 Piéces de Canon
>> et de quoi tirer quarante mille coups.
» Aussi n'oublia -t - il rien en cette occa-
»sion pour se montrer digne de la Char-
>> ge de Grand- Maître de l'Artillerie, dont
» le Roy venoit de l'honorer , l'ayant
» même érigée en Charge de la Couron-
» ne. Deux ans auparavant il lui avoit
-
I. Vol.
D iiij » aussi
Î122 MERCURE DE FRANCE
» aussi donné celle de Grand -Voyer, con-
» noissant qu'il étoit Homme d'ordre et
qu'il pourvoiroit soigneusement à la
» réparation et à l'entretenement des
» Chemins, pour la commodité du Char-
» roy , dont en effet il s'acquitta fort
» bien. Entre autres choses , il obligea les
» Particuliers de planter des Ormes de
» distance en distance dans leurs Terres ,
» sur les bords des grands Chemins , pour
» fournir un jour de bois de Charonage
au roulage de l'Artillerie. On appelle
» encore aujourd'hui ces Arbres des
» Rosnys.
>
C'est à cette occasion de la Guerre de
Savoye , que fût frappée une belle Médaille
d'Henri IV. en opposition et pour
répondre à la Médaille satyrique , que les-
Courtisans du Duc de Savoye firent fraper
peu de temps après qu'il se fût emparé
du Marquisat de Saluces , en profitant
des Troubles de la Ligue. Sur celle - cy on
voyoit d'un côté la tête du Prince , avec
cette Légende : CAR . EM. D.G.Dux Sab .
P. PED . Et sur le Revers , un Centaure
qui en décochant une Fléche pose le pied
sur une Couronne renversée ; ce seul mot
OPPORTUNE se lisoit autour ; et dans
l'Exergue M. D. LXXXVIII . Dans la Médaille
du Roy , la face étoit chargée du
>
I.Vol. Buste
JUIN. 1733. 1123
Buste de ce grand Prince , la tête ceinte
de Laurier, et les épaules couvertes d'une
Peau de Lyon , avec cette Inscription :
ALCIDES HIC NOVUS OR BI . Au revers ,
le Roy , armé d'une Massuë , paroît assommer
d'une main le Centaure abbatu ,"
sur lequel est posé l'un des pieds du Vainqueur
, qui de l'autre main releve une
Couronne , avec ce seul mot : OPPORTUNIUS
. Cette Médaille qui n'est chargée.
d'aucune datte , doit avoir été frappée
dans le courant de l'année 1600.ou avant
le Traité de Paix conclu entre les deux
Princes , en l'année 1601.
Le Marquis de Rosny , qui avoit eu tant
de part aux travaux de son Maître dans
cette Guerre , eut aussi part à sa gloire ; car
quelque tems après on lui frappa une Médaille,
où l'on voit d'un côté sonBuste, avec
cette Légende : MAXI. DE BETHUNE , DUC
DE SULLY.G.M.DE L'ART.DE F.Et sur le revers
, une Aigle élevée dans les Airs , la
tête tournée vers le ciel , tenant dans ses
Serres la Foudre de Jupiter , dont ilsemble
attendre les ordres pour la lancer
avec ces mots : Quo JUSSA Jovis . Dans
l'Exergue M. DC. VII. Cette Devise semble
faire allusion à ce que notre Grand
Maître répondit au Duc de Savoye , au
sujet de Mont-Mélian : Si le Roy m'avoit
1.Vol DY
Ccm1124
MERCURE DE FRANCE
commandé de le prendre,j'en viendrois bien- '
tôt à bout , &c. L'Evenement justifia cette
réponse.» Le Gouverneur de cette Place,
» dit Mezeray , triompha d'abord en pa-
» roles , parce qu'il ne croyoit pas.qu'on
put dresser des Batteries pour l'attaquer;
» mais quand Rosny eut trouvé moyen
» d'en planter à cinq ou six endroits (car
que ne peuvent l'argent et le travail ) sa
» fierté s'amollit tout d'un coup ; il per-
» mit que sa femme nouât conversation
avec celle de Rosny , et ses craintes
» s'augmentant d'heure en heure , il ca-
» pitula le 14 Octobre , &c.
»
Maximilien de Bethune .est qualifié
Duc de Sully sur cette Médaille , parce
qu'en l'année précédente 1606. le Roy
avoit érigé la Baronie de Sully en Duché
et Pairie ; sa reception fut des plus magnifiques
, le Roy ayant assisté au Festin ,
qui fut donné à l'Arsenal , &c. Ce Grand-
Prince lui donna aussi la même année , la
Charge de Capitaine - Lieutenant de deux
cent Hommes d'Armes de la Reine.
Comme la Médaille de ce premier Duc
'de Sully , Grand- Maître de l'Artillerie ,
&c. est assez rare , je vous envoïe la gra
vure , que j'en ai fait faire par une ha-
* Anne de Courtenay , Epouse du Marquis de
Rosny , qui l'avoit suivi dans cette Guerre.
I.Vol bile
JUIN. 1733. 1125
bile main , sur l'Original du Cabinet de
M. le Duc de Sully , que ce Seigneur a
bien voulu me communiquer. Cet Original
est des mieux conservez , et si beau
que je le crois de Germain Dupré , cxcellent
Graveur de ce temps-là , dont
nous avons de tres - belles Médailles. Les
deux autres Médailles dont je viens de
vous parler,de Henry le Grand et du Duc
de Savoye , sont dans mon Cabinet .Vous
pourrez les voir quand vous viendrez à
Paris.
Je suis forcé de renvoyer à une autre
Lettre ce qui me reste à vous dire pour
satisfaire pleinement à toutes vos demandes
, et pour ne point allonger celle - ci
lavantage. Je suis toujours , Monsieur ,
& c .
A Paris , le 25 Avril 1733 .
R. écrite à M. A. C. D. S.T.au sujet du
Marquis de Rosny , depuis Duc de Sully
, &c. contenant quelques Remarques
Historiques.
Ous me Monsieur
quelque satisfaction des Eclaircissemens
contenus dans mes deux Lettres
précédentes , sur la premiere Question
que vous m'avez faite , au sujet du
Marquis de Rosny , premier Ministre
du Roi Henri Le Grand. Cela m'engage
de redoubler mes soins pour répondre
avec la même éxactitude et le même succès
aux autres demandes que vous me
faites sur ce sujet.
و
Instruit par P'Histoire de l'ancienneté
et de la Catholicité de la Maison de Bethune
dont le Marquis de Rosny se
trouvoit le Chef , vous êtes surpris que
ce Seigneur n'ait pas persevere dans la
Religion de ses Ancêtres vous me demandez
la cause de ce changement , à
quoi vous ajoutez deux ou trois autres
Questions , dont la Réponse fera tout le
sujet de cette Lettre.:
1. Fol. Cvi Da1102
MERCURE DE FRANCE
D'abord il est bon de vous dire , Monsieur
, que ce n'est pas le Marquis de
Rosny qui fait la premiere cause de cette
variation . Pour en être bien instruit , il
faut remonter jusqu'à Jean de Bethune
IV. du nom son Ayeul , lequel étant
encore assez jeune épousa Anne de Melun
, qui lui apporta en dot la Baronie
de Rosny , &c. Il en eut plusieurs Enfans
, lesquels eurent un double malheur
; le premier de perdre leur Mere
dans leur bas âge , et le second de voir
remarier leur Pere avec une simple Demoiselle
sans biens. Un troisiéme malheur
, suite des premiers , voulut que
Jean de Bethune n'eut ni ordre , ni oeconomie
dans ses affaires , qu'il s'endetta -
beaucoup , et qu'en mourant enfin retiré
au Château de Coucy , après avoir
aliené ses plus beaux Domaines
il ne
laissa presque rien à ses Enfans : de sorte
que François de Bethune son fils aîné ,
dépouillé de tous les grands biens de ses
Ancêtres , et ne jouissant que de ceux
d'Anne de Melun sa Mere , est comparé
par un Historien au Prince * Jean , surnommé
sans Terre , qui étant fils de Roi ,
se trouva presque sans aucune possession
, & c.
D
* Jean , fils de Henri II . Roi d'Angleterre .
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733- 1103
Ce fils aîné épousa en 1557. Charlotte
Dauvet , qui lui donna sept Enfans. Il
s'attacha de bonne heure à Louis de Bourbon
, Prince de Condé , qui étoit alors
le Chef des Huguenots , et fit Profession
de la nouvelle Religion , à l'imitation de
plusieurs Grands Seigneurs , séduits par
les opinions des Novateurs , ou par des
motifs humains. En courant toutes les
fortunes du Prince il se trouva à la Bataille
de Jarnac , où il fut fait Prisonnier ;
j'omets le reste de son histoire pour marquer
seulement qu'en mourant en l'année
1577. il laissa pour Chef de sa Maison
Maximilien de Bethune, son Fils puisné ,
dont il s'agit particulierement ici .
Ce Seigneur suivit les traces de Fran
çois de Bethune son Pere , tant pour la
Religion dans laquelle il étoit né , que
du côté de la Fortune; il pourroit fournir
seul la matière d'une longue Histoire ,
que j'avois eu autrefois dessein d'entreprendre
ce Pere homme vertueux
de bon esprit , et brûlant du
loüable désir de relever sa Maison , avoit
jetté les yeux sur notre Maximilien , le
second des quatre fils qu'il eut de Charlotte
Dauvet.
,
د
Il avoit remarqué en lui non - seulement
une grande vigueur de corps et
I. Vol. d'es
1104 MERCURE DE FRANCE
d'esprit , mais encore une grande inclination
à la vertu , et une forte aversion
pour le vice , ce qui lui ayant fait concevoir
une grande espérance , il le fit appeller
un jour , disent les Mémoires qui
portent son nom , dans sa Chambre de
la Haute Tour , et en la seule présence
de la Durandiere , son Précepteur, il lui
tint un discours que sa briéveté et l'importance
du sujet m'engagent de rappor
ter ici.
» Maximilian , puisque la Coûtume
ne me permet pas de vous faire le prin-
» cipal Héritier de mes biens , je veux en
» récompense essayer de vous enrichir
» de vertus , et par le moyen d'icelles
» comme on me l'a prédit , j'espere que
» vous serez un jour quelque chose . Pré-
» parez- vous donc à supporter avec cou-
» rage , toutes les traverses et difficultez
» que vous rencontrerez dans le monde ,
» ct en les surmontant genereusement ,
acquerez- vous l'estime des gens d'hon-
» neur , et particulierement celle du
» Maître à qui je veux vous donner ; au
Service duquel je vous commande de
» vivre et mourir. Et quand je serai sur
mon partement pour aller à Vendôme
>> trouver la Reine de Navarre , et Mon-
» sieur le Prince son fils , auquel je veux
»
1. Vol. » Yous
JUIN. 1733- 1109
» vous donner , disposez-vous à venir
» avec moi , et vous préparer par une
Harangue à lui offrir votre service
» lors que je lui présenterai votre -Per-
» sonne .
la
Ce Discours pathétique et sensé , écou
té avec attention par un fils né pour
vertu , eut dans les suites tout le succès
que l'affection et la prévoyance d'un sage
Pere pouvoient esperer. Le Pere et le
Fils se rendirent bien-tôt auprès de la
Reine de Navarre , et le jeune Rosny
fut présenté au Prince son Fils , qui étoit
aussi fort jeune.
»
*
» Cela se fit , disent les Auteurs des
» Mémoires , en présence de la Reine sa
mere , avec des protestations que
» vous lui seriez à jamais très - fidele er
n très- obéïssant serviteur : ee que vous.
» lui jurâtes aussi , en si beaux termes
» avec tant de grace et d'assûrance
>> et un ton de voix si agréable , qu'il
conçût dès lors de bonnes espérances de
» vous. Et vous ayant relevé ( car vous
>> étiez à genoux , ) il vous embrassa deux
» fois , et vous dit : qu'il admiroit votre
gentillesse , vû votre âge , qui n'étoit
"
ת
La parole est ici adressée au Marquis de
Rosny , comme dans tout le corps de l'Ouvrage.
I. Vol.
» que
1106 MERCURE DE FRANCE
>>
que de onze années , et que lui aviés
» présenté votre service avec une si gran-
» de facilité , et étiés de si bonne race
» qu'il ne doutoit point qu'un jour vous
» n'en fissiés paroître les effets en vrai
» Gentilhomme . Et aussi vous promit il
» en foi de Prince , qu'en vous recevant
» de fort bon coeur , il vous aimeroit tou-
» jours , et qu'il ne se présenteroit jamais
» occasion de vous faire acquerir du bien
>> et de l'honneur , qu'il ne s'y employât
» de tout son coeur. Tous lesquels dis-
» cours , qui n'étoient lors que par com-
» plimens , ont eu depuis des Evénemens.
» plus avantageux que vous n'aviez ´es-
» péré.
Ces Evénemens que les mêmes Auteurs
ont rapporté fort au long , furent précédez
et mêlez de bien des traversés. La
Religion surtout , dont ce jeune Seigneur
faisoit profession , et qui fait le
principal article de vos demandes , pensa
lui coûter cher , dans la fatale journée
qui vit couler tant de sang François , au
milieu d'une profonde paix. Sa conservation
a quelque chose de singulier et de
merveilleux : elle merite bien que j'en
place ici le petit détail , tiré des mêmes
Mémoires .
» Voici ce que nous vous en avons
1. Vol. » oui
JUIN. 1733. 1107
noui conter : à sçavoir que vous ayant
» fait dessein d'aller faire votre Cour ce
» jour là , vous vous étiés couché la veille
de bonne heure , et que sur les trois
>> heures du matin , vous vous réveillâ-
» tes au bruit de plusieurs cris de peu-
» ples , et des allarmes que l'on sonnoit
» dans tous les Clochers. Le sieur de
» S. Julien , votre Gouverneur , et votre
» Valet de Chambre , ( qui s'étoient aussi
» éveillés au bruit , ) étant sortis de vo-
» tre logis , pour apprendre ce que c'é-
» toit , n'y rentrerent point ; et n'avez-
» vous jamais sçû ce qu'ils étoient deve-
» nus. De sorte qu'étant réduit vous
>> seul dans votre chambre et votre
» Hôte qui étoit de la Religion , vous
» pressant d'aller avec lui à la Messe , afin
» de garantir sa vie et sa maison de sac-
» cagement , vous vous résolûtes d'es-
» sayer à vous sauver dans le College de
Bourgogne.
"3
,
>> Pour ce faire,yous prîtes votre Robbe
>> d'Ecolier , un Livre sous votre bras , et
» vous vous mîtes en chemin . Par les
» ruës vous rencontrâtes trois Corps de
» Garde , l'un à celle de S. Jacques , un
>> autre à celle de la Harpe , et l'autre à
» l'issue du Cloître de S. Benoît. Au pre
» mier ayant été arrêté et rudoyé par
1. Vol. >> ceux
108 MERCURE DE FRANCE
» ceux de la Garde , un d'entr'eux pre
> nant votre Livre , et voyant que , de
» bonheur pour vous , c'étoit de grosses'
» Heures , vous fit passer , ce qui vous
» servit de passeport aux autres. En al-
>> lant vous vîtes enfoncer et piller des
» maisons , massacrer hommes , femmes .
» et enfans , avec les cris de tuë , tuë , ô
»Huguenot , ô Huguenot , ce qui vous
» faisoit souhaiter avec impatience d'être
» arrivé à la porte du College , où enfin
>> Dieu vous accompagna , sans qu'il vous
>> fût arrivé autre mal que la peur.
»
» A l'abord , le Portier vous refusa deux
» fois l'entrée de la porte mais enfin
» moyennant quatre Testons que vous
» lui donnâtes , il alla dire au Principal ,
» nommé la Faye , que vous étiés à la
» porte , et ce que vous demandiez , lequel
aussi- tôt meu de compassion
» étant votre particulier ami , vous vint
» faire entrer , empêché toutefois de ce
» qu'il feroit de vous , à cause de deux
» Ecclésiastiques qui étoient dans sa
» chambre , et qui disoient y avoir des-
» sein formé de tuer tous les Huguenots ,
» jusqu'aux enfans à la mammelle , et ce
à l'exemple des Vêpres Siciliennes .
» Néanmoins , par pitié , ce bon Personnage
vous mit dans une chambre fort
"
I. Vol. ≫ seJUIN.
1733.
1109
» secrette , dans laquelle personne n'en-
» trât que son Valet , qui vous y por-
» toit des vivres , et vous y servît trois
» jours durant , au bout desquels il se
» fit une publication de par le Roi , por-
" tant deffenses de plus tuer ni saccager
>> personne.
» Alors deux Archers de la Garde, Vas-
» saux de M. votre Pere , l'un nommé
» Ferrieres , et l'autre la Vieville , vin-
» rent avec leurs Hocquetons , et Halle-
» bardes à ce College , pour s'enquerir de
» vos nouvelles , et les mander à M. vo-
» tre Pere , qui étoit fort en peine de
» vous , duquel vous reçûtes une Lettre
» trois jours après , par laquelle il vous
mandoit de demeurer à Paris , et d'y
» continuer vos Etudes comme auparavant.
Et pour ce faire il jugeoit bien
qu'il vous faudroit aller à la Messe , à
» quoi il vous falloit résoudre , aussi-
» bien avoit fait votre Maître et beau-
>> coup d'autres : et que sur tout il vou-
» loit que vous courussiez toutes les for-
» tunes de ce Prince jusqu'à la mort
» afin que l'on ne vous pût reprocher de
l'avoir quitté en son adversité : à quoi
» vous vous rendîtes si soigneux , que
» vous en acquires l'estime d'un chacun .
Tout le monde sçait avec quelle exac-
I. Vol. titude
1110 MERCURE DE FRANCE
titude et quelle constante fidelité ce dernier
commandement de courir toutes les
fortunes de ce grand Prince fut éxécuté.
On en peut voir la preuve dans l'Histoire
, et sur tout dans les Mémoires des
Ecrivains que nous avons citez , lesquels
remarquent particulierement qu'au milieu
de toutes ses assiduitez auprès du
Prince , dans ces premiers tems de trouble
et de confusion , le jeune Rosny s'appliquoit
toujours à cultiver son esprit
par des connoissances solides. Ils parlent
en ces termes de cette circonstance ; en
» quelque condition que vous fussiés
» vous preniés toujours le tems de conti-
» nuer vos Etudes , sur tout de l'Histoi
de laquelle vous faisiés déja des Ex-
>> traits , tant pour les moeurs , que pour
» les choses naturelles ; et des Mathéma
>> re ,
tiques , lesquelles occupations fai-
» soient paroître votre inclination à la
>> vertu .
Dans la suite il se présenta une occasion
qui auroit pû , si Dieu l'avoit permis
, servir à éclairer ce jeune Seigneur
et à le faire rentrer dans la Religion de
ses Ancêtres. Il n'avoit qu'environ vingtdeux
ans , lorsqu'en l'année 1581. il lui
prit envie de faire un petit voyage en
Flandres , principalement pour y visiter
la
矍
1
•
M•
DEL
SVLLY
HO
DVC
•DE
NAHL
FDE
BETHUN
01
SA
SSA
JUIN. 1733 1111
la Comtesse de Mastin sa Tante . Cette
Tante et le Vicomte de Gand son Ayeul
maternel , et son Parrain , l'avoient deshérité
, lui et François de Bethune son-
Pere , à cause de la Religion, Il partit
muni d'un Passe- port du Comte * de
Barlemont , son Parent et se rendit à
la Bassée , où demeuroit cette Dame. Il
en fut accueilli assez froidement , préve
nuë sur son sujet de la maniere que nous
allons le voir,
ར་ ་ .
Le lendemain matin elle mena son Ne
veu dans la grande Eglise de l'Abbaye
qu'elle avoit fondée , pour lui faire voir
les Sépultures de Marbre de ses Ancêtres,
qu'elle y avoit fait construire ; et entre
les autres celles d'Helene de Melun , femme
de Robert d'Artois , d'Hugues de
Melun , son Ayeul , le même qui l'avoit
deshérité , et d'Anne de Melun son Ayeule
, celle enfin qu'elle avoit fait élever
pour elle-même. Elle lui dit alors , ayant
les larmes aux yeux : » hélas ! mon Ne-
» veu , mon ami , que mon Pere votre
» Ayeul , et ma Soeur votre Grand mere,
* Le Comte de Barlemont étoit Président du
Conseil Royal des Finances , Gouverneur de Namur
Chevalier de la Toison d'Or , &c. J'ai
une Médaille de ce Seigneur frapée en 1576. selon
Laquelle il faut lire BERLAYMONT.
>
"
» s'ils
1112 MERCURE DE FRANCE
» s'ils étoient en vie , jetteroient de lar-
>> mes , et ressentiroient de déplaisirs ,
» aussi-bien que moi , de voir en vous
» l'un de leurs Enfans , ne point croire
» en Dieu , ni en sa Messe , et n'adresser
» ses Prieres qu'à l'ennemi d'enfer , qui
» vous renal ennemi des bonnes oeuvres ,
» ainsi que je l'ai entendu dire à nos bons
>> Peres ! & c.
"
•
Le jeune Neveu étrangement surpris ,
s'écria là- dessus : » Vrai Dieu , ma Tan-
» te , que dites - vous ? Jesus ! seroit- il
> bien possible que vous disiés ceci à bon
» escient , et qu'il y ait eu des gens si
pleins d'impostures et de calomnies
» que de vous avoir voulu persuader tel-
» les éxécrations , qui nous rendroient
indignes de vivre sur la terre ? 11 lui fit
ensuite un détail de sa Créance, lui récita
même l'Oraison Dominicale , le Symbole
, &c. Tout cela fait un Dialogue qui
mérite d'être lû dans le 18. Chap. du pre
mier Tome des Mémoires , on en jugera
par la fin , qui est telle. La Dame écou
ta fort attentivement cette récitation
sans rien repondre , tant que le Neveu
ne parla que de Dieu , de Jesus-Christ
et du S. Esprit , mais lorsqu'il dit qui est
né de la Vierge Marie , et ensuite , je crois
Ja Communion des Saints , & c. Elle se mit
JUIN. 1733. 1113
à crier , » hélas ! mon Neveu , mon ami ,
» est- il possible qu'en vos Oraisons vous
» parliés de la bonne Dame , et fassiés
» mention des Saints Bienheureux ? Or
» venez m'embrasser , puisque cela est :
» car je vous aime comme mon bon Ne-
» veu , et me semble en vous voyant , et
" vous oyant parler , que ma pauvre soeur
» est encore en vie : ô que j'ai de déplai-
» sir que mon Neveu votre Parrain et
» moi , vous avons deshérité : vrayement
je veux essayer à rompre tout cela , et
» vous le jure par la Sainte Vierge : les
» effets néanmoins ne suivirent pas les
» paroles , &c.
>>
t
Il faut convenir , Monsieur , qu'une
telle occasion de parler de la nouvelle
Religion , mieux ménagée , auroit pû
produire quelque bon effet sur l'esprit
du jeune Parent , mais ce n'étoit pas le
moyen sans doute de le faire entrer dans
la bonne voye , que d'employer de pareils
argumens , on ne corrige point l'erreur
par
d'autres erreurs .
Quoiqu'il en soit , le Marquis de Rosny
, en quittant la Dame sa Tante prit
le chemin de Bethune , Ville qu'il avoit
toujours souhaité de voir , et où malgré
sa Religion , opposée à la grande Catholicité
de ses Ancêtres , à celle des Fla-
S
I. Vol. mands
1114 MERCURE DE FRANCE
mands en général , et aux circonstances
du tems , il fut parfaitement bien reçû
régalé du vin de Ville , et honoré en plu
sieurs manieres comme descendu de
l'antique Maison des anciens Seigneurs
de Bethune. Il vit tout ce qui étoit à
voir dans cette Ville , et visita principalement
les Eglises où sont les Mausolées
de ces Seigneurs , d'où il revint en droi
ture à Rosny. 7
L'ordre des tems , qui s'accorde avec
celui de vos demandes , me fait passer ,
Monsicur , de la Religion de Maximilien
de Bethune , à laquelle j'aurai occasion
de revenir , à ses grandeurs temporelles
, récompense de son mérite et de
son attachement à la fortune et aux interêts
d'un grand Prince. Vous voulez
sçavoir d'abord quand et comment il fût
pourvû de la Charge de Grand - Maître
de l'Artillerie , et comment il en fût destitué
après la mort de son cher Maître.
Je crois d'abord trouver la premiere
origine de son élévation à cette Charge
dans l'Evénement de la Bataille de Coutras
, donnée le 20 Octobre 1587. entre
l'Armée Royale , ou plutôt de la Ligue ,
commandée par M. de Joyeuse , et celle
du Roi de Navarre , commandée par ce
Prince en personne , accompagné du
I. Vol. Prince
JUI N. 1733 : 1115
·
Prince de Condé , du Comte de Soissons
; et d'un nombre de Seigneurs des
plus qualifiez , qui suivoient sa Religion
et sa fortune . Le Marquis de Rosny
étoit non seulement des premiers
dans ce nombre ; mais le Roy son
Maître lui commit dans cette importante
journée le soin de tout ce qui regardoit
l'Artillerie , quoiqu'il ne fût encore
âgé que de 28 ans .
>>
,
Je n'oublierai pas ici ce que lui dit ce
vaillant Prince , au moment qu'il se sépara
de sa Personne pour aller éxécuter
ses ordres. » Mon ami Rosny ,
» c'est à ce coup qu'il faut faire paroî-
» tre votre esprit et votre diligence , qui
» nous est mille fois plus nécessaire
» qu'elle n'étoit hier , à cause que le
» corps nous presse , et que de l'Artillerie
bien logée , bien munie et bien exploitée
, dépendra en grande partie le
» gain de la bataille , lequelj'attends de
» Dieu , & c. Les Mémoires qui ont conservé
ce trait , marquent aussi de quelle
maniere le Marquis de Rosny éxécuta
les ordres du Roi , ils détaillent particulierement
l'opération de deux Canons et
d'une Coulevrine , placées et employées
» si à propos , qu'elles firent des mer-
» veilles , ne tirant une seule volée
I. Vol. D » qu'ils
1116 MERCURE DE FRANCE
» qu'ils ne fissent des rues dans les Es
» cadrons et Bataillons du Camp ennemi
, qui étoient jonchées de douze
» quinze , vingt , et quelquefois jusqu'à
vingt- cinq corps d'hommes et
» chevaux ; si bien que les ennemis , &c .
Le reste du Narré mene au gain entier
de la Bataille , dû en bonne partie
à cette vigoureuse canonade , ainsi que
le Roi l'avoit prédit.
Les Auteurs en finissant ce Narré
ajoûtent une circonstance qui ne doit
pas être omise , et qui confirme d'ailleurs
ce que je viens de dire au sujet de
l'Artillerie.
39 Si- tôt que vous vîtes les ennemis
» en déroute ( c'est toujours à M、de
» Rosny qu'ils parlent ) et que sans
» doute la Bataille étant gagnée , vous
» n'aviez plus que faire au Canon : Vous
» montâtes sur votre grand Cheval d'Es-
» pagne Bay , lequel M. de Bois- Breuil
>> vous faisoit tenir prêt derriere les Pié-
» ces , pour essayer d'apprendre des
> nouvelles de Mrs vos Freres que vous
cuidiés être avec M. de Joyeuse , er
» sçavoir aussi en quel état le Roy de
» Navarre étoit , lequel vous rencontrâ-
» tes. par- delà la Garenne , l'épée toute
sanglante au poing , poursuivant la
>>
1. Vol.
vicJUIN.
1733. 1117
>
» victoire et si- tôt qu'il vous apper-
» çût , vous cría ; et bien , mon ami
c'est à ce coup que nous ferons per-
»> dre l'opinion que l'on avoit prise
» que les Huguenots ne gagnoient jamais
de Batailles ; car en celle- ci la
» victoire est toute entiere.... et faut
>> confesser qu'à Dieu seul en appar-
" tient la gloire , car ils étoient deux
» fois aussi forts que nous ; et s'il en
» faut attribuer quelque chose aux hom-
» mes , croyez que M. de Clermont
» vous , et Bois du Lys , y devez avoir
» bonne part ; car vos Piéces ont fait
» merveilles aussi vous promets- je que
» je n'oublierai jamais le service que vous
» m'y avez rendu .
C'est ainsi que lui parla ce Prince
incomparable , et on peut dire qu'il
tint magnifiquement sa parole Royale :
car dès qu'il fût Roi de France , ce
qui arriva deux ans après , il eut une
attention particulière sur la fortune
d'un homme qui le servoit si bien , et
qui ne le quitta pas d'un pas , surtout
aux Batailles d'Arques et d'Ivry qui
suivirent , où l'Artillerie fit encore des
merveilles , et où M. de Rosny emporté
par sa valeur , fut percé de coups.
Enfin , le Roi après l'avoir fait suc-
1. Vol. Dij ces
1118 MERCURE DE FRANCE
· ,
>
après
cessivement Grand Voyer de France
Sur Intendant des Finances
avoir érigé la Baronie de Rosny en
Marquisat , lui accorda en l'année 1599.
la Charge de Grand - Maître de l'Artillerie
, sur la démission de M. d'Etrées
avec la qualité d'Officier de la Couronne
, Charge que ce Prince lui ménageoit
depuis long- tems , et dont il y a lieu de
croire que
la journée de Coutras avoit
été comme le gage. Il fut presque en
même- tems pourvû de la Sur- Intendance
des Bâtimens et de celles des Fortifications
, qui furent suivies du Gouverne
ment de la Bastille , de la grande Maîtrise
des Ports et Havres du Royaume
et du Gouvernement de Poictou,
L'Artillerie avoit asşûrément besoin
d'un Grand - Maître aussi entendu et
aussi vigilant , que l'étoit le Marquis
de Rosny. Tout étoit en désordre à cer
égard dans les Provinces , où il fut obligé
de casser près de 500 Officiers , inuti
les ou mal - intentionnez , et l'Arcenal
étoit dénué presque de toutes choses
quand il en prit possession . Le Roi l'y
vint voir quinze jours après. Il reçût ensuite
un pareil honneur de Charles Emanuel
, Duc de Savoye , qui étoit venu
en France pour traiter en pe sonne d'af-
>
faires importantes.
JUIN. 1733 1119
T
Les Mémoires qui font le détail de
cette visite , marquent une circonstance
qui doit avoir icy sa place.
» Comme M. de Savoye fût arrivé à
» l'Arsenac, il vous demanda aussi- tôt où
» étoient toutes vos Armes , Munitions
» et Artilleries; sur quoi vous vous trouvâtes
bien empêché , ayant honte de
» lui faire voir une Maison si pauvre et
» dénuée de toutes ces choses , qu'étoit
» l'Arsenac ; tellement qu'au lieu d'aller
aux Magazins, vous le menates aux At-
» teliers , ausquels vous faisiez ouvrer à
» puissance; et lors voyant quelques qua-
» rante affuts et rouage , ésquels on tra
» vailloit ; vingt Canons , nouvellement
» fondus , et des provisions et préparatifs
pour en fondre encore autant ; il
» vous demanda que c'est que vous vou-
» liez faire de tant d'Artillerie nouvelle-
» ment fonduë ? Vous lui répondites en
» riant : Monsieur , c'est pour prendre
" Mont-Mélian. Lors il vous demanda
y avez vous été ? Non, Monsieur , dit-
» tes-vous ; vraiement je le vois bien , ré-
' pondit- il , car vous ne diriez pas cela ;
>> Mont-Mélian ne se peut prendre. Bien ,
>> bien , Monsieur , dittes - vous , je vous
» en crois , neanmoins ne mettez pas le
» Roy en cette peine ; s'il me l'avoit
I.Vol. Diij >> com1120
MERCURE DE FRANCE
» commandé j'en viendrois bien à bout
>> mais je veux croire qu'il n'en sera point
» besoin, et que le Roy et vous, vous sé-
»parerez bien contens l'un de l'autre, & c. .
M. de Rosny avoit sans doute ses raisons
pour parler ainsi au Duc de Savoye ,
qui n'oublia rien pour le mettre dans ses
interêts. C'est en partie la matiere du 93
chap. dans le second volume des Mémoires
, où l'on voit que si ce Seigneur refusa
, de la part du Prince , une Boëte de
Diamans , et jusqu'à son Portrait , enrichi
de Pierreries , de trop grand prix , il
ne manqua en rien à son égard du côté
des bienséances et de la politesse . Dans le
même jour que se passa ce que je viens
de rapporter ; il eût l'honneur de traiter
splendidement à souper, dans l'Arsenal ,le
Roy , le Duc de Savoye , les Dames et les
Seigneurs les plus qualifiez de la Cour :
mais revenons à l'Artillerie.
Elle changea absolument de face sous
sa conduite , et l'Arsenal cy - devant si
dépourvu, qu'on n'osoit presque le laisser
voir aux Etrangers , devint , pour ainsi
dire , sous le nouveau Grand- Maître , la
terreur des Ennemis de la France , et cela
dans moins d'une année. Le premier
Prince , à qui la vigilance du Marquis de
Rosny devint fatale fut le Duc de Sa-
1. Vol.
voye
JUIN. 1733. 1121
voye même , et ce qui s'étoit dit dans
l'Arsenal entre ce Prince et le Grand
Maître , par maniere d'entretien et de
plaisanterie , au sujet de Mont - Mélian' ,
devint une affaire sérieuse et une verité
dont les circonstances sont marquées
dans l'Histoire.
»
Je n'en rapporterai icy qu'une. Le Duc
de Savoye refufant d'exécuter le Traité
conclu à Paris , le Roy lui déclara la Guerre
, marcha en personne avec deux corps
d'Armée , qui firent des Exploits rapides
dans la Savoye et dans la Bresse; et Montmélian
, Place prétendue imprénable ,
fut prise ; le Marquis de Rosny se signala
en plusieurs manieres dans cette Expedi
tion , et fit plus que le devoir de sa Charge
, en ne s'exposant que trop par tout.
La diligence de Rosny , dit Mezerai ;
» pourvût. si bien aux Munitions et à
» l'Artillerie , les ayant fait charrier par
» les Rivieres,qu'à la fin de Juillet(1600)
» il eût en ce Païs-là 40 Piéces de Canon
>> et de quoi tirer quarante mille coups.
» Aussi n'oublia -t - il rien en cette occa-
»sion pour se montrer digne de la Char-
>> ge de Grand- Maître de l'Artillerie, dont
» le Roy venoit de l'honorer , l'ayant
» même érigée en Charge de la Couron-
» ne. Deux ans auparavant il lui avoit
-
I. Vol.
D iiij » aussi
Î122 MERCURE DE FRANCE
» aussi donné celle de Grand -Voyer, con-
» noissant qu'il étoit Homme d'ordre et
qu'il pourvoiroit soigneusement à la
» réparation et à l'entretenement des
» Chemins, pour la commodité du Char-
» roy , dont en effet il s'acquitta fort
» bien. Entre autres choses , il obligea les
» Particuliers de planter des Ormes de
» distance en distance dans leurs Terres ,
» sur les bords des grands Chemins , pour
» fournir un jour de bois de Charonage
au roulage de l'Artillerie. On appelle
» encore aujourd'hui ces Arbres des
» Rosnys.
>
C'est à cette occasion de la Guerre de
Savoye , que fût frappée une belle Médaille
d'Henri IV. en opposition et pour
répondre à la Médaille satyrique , que les-
Courtisans du Duc de Savoye firent fraper
peu de temps après qu'il se fût emparé
du Marquisat de Saluces , en profitant
des Troubles de la Ligue. Sur celle - cy on
voyoit d'un côté la tête du Prince , avec
cette Légende : CAR . EM. D.G.Dux Sab .
P. PED . Et sur le Revers , un Centaure
qui en décochant une Fléche pose le pied
sur une Couronne renversée ; ce seul mot
OPPORTUNE se lisoit autour ; et dans
l'Exergue M. D. LXXXVIII . Dans la Médaille
du Roy , la face étoit chargée du
>
I.Vol. Buste
JUIN. 1733. 1123
Buste de ce grand Prince , la tête ceinte
de Laurier, et les épaules couvertes d'une
Peau de Lyon , avec cette Inscription :
ALCIDES HIC NOVUS OR BI . Au revers ,
le Roy , armé d'une Massuë , paroît assommer
d'une main le Centaure abbatu ,"
sur lequel est posé l'un des pieds du Vainqueur
, qui de l'autre main releve une
Couronne , avec ce seul mot : OPPORTUNIUS
. Cette Médaille qui n'est chargée.
d'aucune datte , doit avoir été frappée
dans le courant de l'année 1600.ou avant
le Traité de Paix conclu entre les deux
Princes , en l'année 1601.
Le Marquis de Rosny , qui avoit eu tant
de part aux travaux de son Maître dans
cette Guerre , eut aussi part à sa gloire ; car
quelque tems après on lui frappa une Médaille,
où l'on voit d'un côté sonBuste, avec
cette Légende : MAXI. DE BETHUNE , DUC
DE SULLY.G.M.DE L'ART.DE F.Et sur le revers
, une Aigle élevée dans les Airs , la
tête tournée vers le ciel , tenant dans ses
Serres la Foudre de Jupiter , dont ilsemble
attendre les ordres pour la lancer
avec ces mots : Quo JUSSA Jovis . Dans
l'Exergue M. DC. VII. Cette Devise semble
faire allusion à ce que notre Grand
Maître répondit au Duc de Savoye , au
sujet de Mont-Mélian : Si le Roy m'avoit
1.Vol DY
Ccm1124
MERCURE DE FRANCE
commandé de le prendre,j'en viendrois bien- '
tôt à bout , &c. L'Evenement justifia cette
réponse.» Le Gouverneur de cette Place,
» dit Mezeray , triompha d'abord en pa-
» roles , parce qu'il ne croyoit pas.qu'on
put dresser des Batteries pour l'attaquer;
» mais quand Rosny eut trouvé moyen
» d'en planter à cinq ou six endroits (car
que ne peuvent l'argent et le travail ) sa
» fierté s'amollit tout d'un coup ; il per-
» mit que sa femme nouât conversation
avec celle de Rosny , et ses craintes
» s'augmentant d'heure en heure , il ca-
» pitula le 14 Octobre , &c.
»
Maximilien de Bethune .est qualifié
Duc de Sully sur cette Médaille , parce
qu'en l'année précédente 1606. le Roy
avoit érigé la Baronie de Sully en Duché
et Pairie ; sa reception fut des plus magnifiques
, le Roy ayant assisté au Festin ,
qui fut donné à l'Arsenal , &c. Ce Grand-
Prince lui donna aussi la même année , la
Charge de Capitaine - Lieutenant de deux
cent Hommes d'Armes de la Reine.
Comme la Médaille de ce premier Duc
'de Sully , Grand- Maître de l'Artillerie ,
&c. est assez rare , je vous envoïe la gra
vure , que j'en ai fait faire par une ha-
* Anne de Courtenay , Epouse du Marquis de
Rosny , qui l'avoit suivi dans cette Guerre.
I.Vol bile
JUIN. 1733. 1125
bile main , sur l'Original du Cabinet de
M. le Duc de Sully , que ce Seigneur a
bien voulu me communiquer. Cet Original
est des mieux conservez , et si beau
que je le crois de Germain Dupré , cxcellent
Graveur de ce temps-là , dont
nous avons de tres - belles Médailles. Les
deux autres Médailles dont je viens de
vous parler,de Henry le Grand et du Duc
de Savoye , sont dans mon Cabinet .Vous
pourrez les voir quand vous viendrez à
Paris.
Je suis forcé de renvoyer à une autre
Lettre ce qui me reste à vous dire pour
satisfaire pleinement à toutes vos demandes
, et pour ne point allonger celle - ci
lavantage. Je suis toujours , Monsieur ,
& c .
A Paris , le 25 Avril 1733 .
Fermer
Résumé : TROISIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. A. C. D. S. T. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques.
La troisième lettre de M. D. L. à M. A. C. D. S. T. traite de la vie et de la conversion religieuse du Marquis de Rosny, devenu Duc de Sully. L'auteur répond à des questions sur les raisons de cette conversion et sur l'histoire de la famille Bethune. Jean de Bethune IV, ancêtre de Rosny, avait épousé Anne de Melun, apportant ainsi la Baronie de Rosny en dot. Après la mort de sa première épouse, il se remaria et dilapida ses biens, laissant ses enfants dans une situation précaire. François de Bethune, fils aîné de Jean, épousa Charlotte Dauvet et eut sept enfants. Il s'attacha au Prince de Condé et adopta la religion protestante. Son fils Maximilien, futur Marquis de Rosny, suivit ses traces. François, conscient des qualités de Maximilien, le prépara à servir le Prince de Condé, futur Henri IV. Maximilien fut présenté au Prince et jura fidélité, débutant ainsi une carrière marquée par la fidélité et l'excellence. Lors du massacre de la Saint-Barthélemy, Maximilien échappa à la mort en se déguisant et en se réfugiant au Collège de Bourgogne. Il continua ses études et servit fidèlement Henri IV, cultivant son esprit par des connaissances solides en histoire et en mathématiques. En 1581, il visita sa tante en Flandres, mais celle-ci, en raison de sa religion, l'accueillit froidement. Malgré les tentatives de retour à la foi catholique, Maximilien resta protestant et continua à servir Henri IV avec dévouement. La carrière militaire de Rosny fut marquée par des événements cruciaux, notamment la bataille de Coutras en 1587, où il dirigea l'artillerie pour le Roi de Navarre. Cette victoire fut en grande partie due à l'efficacité de l'artillerie dirigée par Rosny. Après la bataille, le Roi de Navarre exprima sa gratitude et reconnut l'importance de Rosny dans la victoire. Rosny reçut plusieurs charges et honneurs, notamment celle de Grand Maître de l'Artillerie en 1599, après avoir été successivement Grand Voyer de France et Surintendant des Finances. Il réorganisa l'artillerie, cassa des officiers inutiles ou mal intentionnés, et modernisa l'arsenal. Sa gestion fut si efficace que l'arsenal devint une terreur pour les ennemis de la France. Lors de la guerre contre le Duc de Savoie, Rosny joua un rôle clé en assurant les munitions et l'artillerie, contribuant à la prise de Montmélian. Sa diligence et son organisation furent saluées par Mezeray. Rosny avait également été chargé de la réparation et de l'entretien des chemins, obligeant les particuliers à planter des ormes pour le charroi de l'artillerie. Ces arbres sont encore appelés 'les Rosnys' de nos jours. Maximilien de Bethune fut élevé au rang de Duc de Sully en 1606, et reçut la charge de Capitaine-Lieutenant de deux cents hommes d'armes de la Reine la même année.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
214
p. 1213-1220
A Constantinople, le 22 Avril 1733.
Début :
Les nouvelles venuës de Perse, par plusieurs Couriers, arrivez icy, portent que parmi [...]
Mots clefs :
Constantinople, Bagdad, Thamas Kouli-Kan, Topal Osman Pacha, Prince, Canons, Vaisseaux, Troupes, Côte, Nouvelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Constantinople, le 22 Avril 1733.
A Constantinople , le 22 Avril 1733 .
LE
Es nouvelles venues de Perse , par plusieurs
Couriers , arrivez icy , portent que parmi
les Persans , qui sont en tres- grand nombre dans
Bagdad , il s'étoit formé un complot pour li
rer cette Place à l'Usurpateur Thamas - Kouli-
I. Vol.
Hij Kham
1214 MERCURE DE FRANCE
Kham , lequel faute de Canon pour en entreprendre
le Siége , et comptant sur ce qui s'y
tramoit en sa faveur, s'étoit borné jusqu'alors à
la bloquer du côté de la terre ; mais qu'Achmet
Pacha , Commandant Turc, avoit heureusement
découvert la conspiration peu de jours avant
qu'elle dût éclater : Sur quoi Kouli -Kham voïant
son coup manqué , avoit laissé la plus grande
partie de son armée aux environs de Bagdad ,
pour en continuer le Blocus , et avoit passé le
Tigre avec 25000 de ses meilleurs Soldats , la
pluspart Aghuans , qu'Achinet Pacha , comme
Ges Troupes passaient , avoit fait faire à propos
une sortie sur leur arriere-garde , dont environ
2000 hommes avoient été tuez ou noyez , que
Kouli Kham, après son passage étoit tombé sur
Kouch- Kalessi , Faux - Bourg de Bagdad , dont il
ost séparé par le Tigre , qu'il avoit pillé e
Fauxboug , et s'étoit ensuite campé le long du
Fleuve pour ôter toute communication entre
cette Ville , et l'armée Otomane , qui étoit dans
le Diarbekir , sous les ordres de Topal - Osman
Pacha , nouveau Genenal.
*
- Cependant le Tigre s'étant enflé tout d'un
coup considérablement, par la premiere fonte des
Néges , la rapidité de son cours avoit emporté
tous les Batteaux et Radeaux dont les Persans s'étoient
servis pour le passer ; de sorte que leur
General fort intrigué de ne pouvoir plus communiquer
avec ses Troupes restées de l'autre
côté du Fleuve , soit pour en tirer du secours
soit pour leur en donner , suivant les conjonc
tures , avoit pourtant trouvé moyen de leur faire
Nation barbare et rebelle , qui a donné lieu à la
grande Révolution de Perse,
>
I, Vol.
dire
JUIN. 1733.
1215
dire de filer le long de ce Fleuve , jusques vis-àvis
de Mesie , où, quand les eaux seroient écou
lées , elles pourroient le passer à gué ; qu'en attendant
, ce Général , pour se dédommager d'avoir
échoué à Bagdad , avoit formé le dessein
de surprendre Mosul ; et comme il sçavoit que
les habitans de cette derniere Ville en avoient
eux -mêmes réparé depuis peu l'Enceinte et la
Forteresse, qu'ils y avoient fait venir beaucoup de
provisions du Diarbekir , et que leur Garnison:
étoit renforcée , il avoit voulu joindre la ruse à
la force.
Pour cet effet , il leur avoit envoyé trois
Exprès , en differens temps pour les amuser , les
faisant assurer qu'il étoit venu dans leur voisinage
comme ami , et qu'ils n'avoient à craindre
aucun acte d'hostilité de sa part ; cependant au
moment même qu'il leur avoit dépêché son premier
Emissaire , il avoit fait marcher un Corps
de 10 à 12000 homines vers Mosul , qui y arriva
peu après son troisiéme Courier ; mais les
habitans ne prirent pas le change ; et loin de
prêter l'oreille à ses protestations d'amitié , réïtérées
avec tant d'affectation , ils se tinrent sibien
sur leurs gardes , que lorsque les Troupes
Persannes furent à la portée du Canon , ils firent
tirer dessus toute l'Artillerie de la Place ;
nonobstant le désorde que causa cette décharge,
les Persans ayant continué d'avancer , et étant
même entrez en partie dans la Ville , dont on
avoit exprès laissé une porte ouverte , la Garnison
et le Peuple les reçurent avec tant de bra
youre qu'ils les chasserent et les poursuivirent
* Ville moderne , peu éloignée des ruines de Nimive.
I. Vol. H iij long1216
MERCURE DE FRANCE
long - temps , ensorte qu'après en avoir tué
beaucoup , le reste s'étoit dissipé et avoit pris la
fuite à travers les Déserts .
En conséquence de ces deux Evenemens , qui
sont tres-avantageux aux Turcs dans un commencement
de Campagne , Achmet Pacha avoit ·
mandé au nouveau Séraskier Topal - Osman , de
ne se plus inquiéter pour Bagdad , qui étoit à
present en sûreté et bien pourvû de tout, et qu'il
ne songeât point à se mettre en mouvement
qu'auparavant tous les renforts de Troupes et
les munitions qu'il attendoit ne l'eussent joint.
Ce Seraskier avoit déja rassemblé 60000 hommes
dans ce Diarbekir , et reçu une bonne partie
des provisions qu'on lui avoit envoyées de
Constantinople par Aléxandrete. On ajoute
qu'ayant été obligé d'user de sévérité , pour
maintenir en vigueur la subordination dans son
armée , et pour tenir le monde dans son devoir ,
il avoit fait couper la tête à un Pacha , qui refusoit
d'obéir à ses Ordres , s'il ne montroit
ceux du G. S. et qu'il avoit fait subir le même
supplice à quelques Officiers , dont les Compagnies
n'étoient pas completes. Achmet Pacha
de son côté a exterminé tous ceux qui avoient
trempé dans la conspiration dont on a parlé au
commencement de ces nouvelles , et a fait passer
au fil de l'Epée les habitans d'un gros Village
près de Bagdad , nommé Gherbelai- Mahaladé” ,
pour avoir favorisé Thamis Kouli Kham.
Enfin , que les Troupes de ce dernier , qui
pour la plus grande partie sont composées de
toute sorte de gens ramassez , mal vétus , mal
armez , et propres seulement à faire du ravage
où ils ne trouvent point de résistance , avoient
fait un si grand dégat dans les Plaines de Bad-
1. Vol. dad,
JUIN. 1733. 1217
dad , pendant le Blocus de cette Place , que tous
son territoire est ruiné, de maniere à ne pouvoir
se rétablir de 20 ou 30 ans.
Les mêmes nouvelles portent que , sans avoir
égard au refus que fit dernierement M. Nepluck
au nom de la Czarine , d'accorder le passage sur
les Terres de sa Souveraine aux Tartares , le
Kham de la Crimée avoit ordre de faire`marcher
en Perse , il en étoit d'abord passé un Corps
d'environ 10 mille , qui sont à la solde du G. S.
et que depuis , plus de 20 mille volontaires de
cette même Nation , avoient pris journellement
la même route.
Mikal Voda , qui a été deux fois Prince de
Moldavie , et qui du temps de la Révolution
avoit obtenu la Principauté de Valaquie , dont il
fût déposé il y a plus d'un an , avoit fait depuis
peu quelques tentatives pour rentrer dans cette
derniere Principauté. Ses amis représenterent à
la Porte , qu'il paroissoit que le fils du feu Prince
Nicolas Mauro - Cordato , qui gouverne à
present la Valaquie , se trouvant trop jeune , et
n'ayant pas assez d'expérience , il seroit d'une
extrême conséquence pour cet Empire , de ne la
confier qu'à un Prince qui fut capable de la bien
gouverner , tel qu'étoit Mikal , qui avoit cydevant
donné des preuves de sa bonne conduite;
mais ces représentations n'ont rien produit en
sa faveur , et la Porte pour marquer cependant
qu'elle y avoit fait attention , s'est contentée do
donner la Principauté de Valaquie au Prince de
Moldavie , qui est un homme fait , et celle - ci
au jeune Prince de Valaquie . Les Ordres pour
faire cet échange , qui jettera ces Princes dans
d'aussi grandes dépenses que s'ils succedoient à
d'autres , ont été signifiez le 16 de ce mois à
Hij
•
+
I. Vol. leurs
1218 MERCURE DE FRANCE
leurs Kapi-Kiayar , ou Agens à la Porte , ausquels
on a donné le Caftan d'honneur , suivant
l'usage .
Les Algériens , qui étoient à Smirne depuis
às mois pour y faire des Recrues , et recevoir
celles qu'on faisoit icy pour eux , ayant mis à
la voile de Fogeri , dans les derniers jours du
mois de Mars , au nombre de neuf Vaisseaux ,
furent surpris , le premier d'Avril , vers les 9
heures du soir , d'un vent de Sud- Est si violent ,
que ne pouvant plus tenir la Mer sans un péri
évident , ils voulurent gagner la Rade de Mosconisy
pour s'y mettre à l'abri ; mais soit que
l'obscurité trompât les Pilotes , ou qu'ils ne connussent
pas bien ces Parages , au lieu de prendre
la grande Passe , qui est sure , et au Nord de
l'Ise de Metelin , ils prirent la petite , au Nord-
Ouest de cette Isie , qui est fort dangereuse la
Duit , parce qu'elle n'a qu'environ deux Cables
de l'argeur , dix pieds d'eau en quelques endroits,
et qu'elle a un Banc de Rochers du côté de l'Est ;
de sorte , que la nouvelle Patrone d'Alger , fort
beau Vaisseau de 70 Pieces de Canons de Fonte ,
construit depuis un an , échoua en entrant dans
ce mauvais passage , et que celui qui le commandoit
n'ayant pas eu l'attention d'éteindre
son Fanal de Poupe , ni de faire aucun signal ,
deux autres Vaisseaux qui le crurent mouillé ,
le suivirent , et écoüerent de même ; sçavoir, un
des deux Vaisseaux , dont le G. S. avoit fait
présent depuis peu à la République d'Alger, aussi
de 70 Canons , & l'ancienne Patrone de cette
Régence , percée pour un pareil nombre de Canons
, mais qui n'en avoit que 40 .
Des autres 6 Vaisseaux de cette Escadre, 3 qui
étoient les plus proches , et qui prenoient la mê-
I. Val me
JUIN.
1219 17337
même sort ;
me route , auroient eu vrai- semblablement le
mais une Chaloupe qu'on leur en
voya , les ayant informez du malheur qui venoit
d'arriver , ils gagnerent la grande Passe , et allerent
donner fond dans la Rade de Mosconisy.
A l'égard des trois derniers , ils étoient dispersez
et si fort au large qu'il ne fut pas possible
d'en joindre aucun , et qu'on a été même
plusieurs jours sans en avoir de nouvelles .
On a appris depuis , que l'un d'eux étoit venu
moüiller à Mosconisy avec ceux qui y étoient
déja , et qu'un autre ayant voulu regagner Foye
ri , avoit péri en rentrant dans ce Port , qu'à la.
vérité tout l'Equipage avoit eu le temps de se
sauver , mais que peu après ce Bâtiment , qui
étoit de 40 Canons , avoit coulé bas et disparu
totalement. Quant au troisiéme Vaisseau , on ne
sçait point encore ce qu'il est devenu .
les
Quoiqu'il ne se soit noyé que aix personnes
dans tous ces naufrages , et que les Aigériens se
fatent de relever leur ancienne Patrone , à quot
on doute pourtant qu'ils puissent parvenir ; il
est certain que la perte qu'ils ont faite en cette
occasion sera toujours fort considérable ; outre
qu'ils ne pourront rien retirer des deux premiers
gros Vaisseaux naufragez ;; que les Canons ,
Ancres et ce qu'il y avoit sur le premier et le
second Pont , toute la Mâture de ces Bâtimens
étant tombée tout à la fois , un quart d'heure
après qu'ils eurent échoué , on assure que 3 à
hommes en ont été écrașez ou estropiez, et
que la plupart de leurs Recruès , effrayées de tant
de désastres , ont deserté et pris la fuite de côté
400
et d'autre en Asie .
Jérémie , qui avoit été fait Patriarche de
Constantinople pour la seconde fois , au mois
I Vol Hv d'Oc1220
MERCURE DE FRANCE
d'Octobre de l'année derniere , a été déposé aujourd'hui
et exilé suivant la coûtume ; et Sera
phin , Archevêque de Nicomédie , a été mis à sa
place.
LE
Es nouvelles venues de Perse , par plusieurs
Couriers , arrivez icy , portent que parmi
les Persans , qui sont en tres- grand nombre dans
Bagdad , il s'étoit formé un complot pour li
rer cette Place à l'Usurpateur Thamas - Kouli-
I. Vol.
Hij Kham
1214 MERCURE DE FRANCE
Kham , lequel faute de Canon pour en entreprendre
le Siége , et comptant sur ce qui s'y
tramoit en sa faveur, s'étoit borné jusqu'alors à
la bloquer du côté de la terre ; mais qu'Achmet
Pacha , Commandant Turc, avoit heureusement
découvert la conspiration peu de jours avant
qu'elle dût éclater : Sur quoi Kouli -Kham voïant
son coup manqué , avoit laissé la plus grande
partie de son armée aux environs de Bagdad ,
pour en continuer le Blocus , et avoit passé le
Tigre avec 25000 de ses meilleurs Soldats , la
pluspart Aghuans , qu'Achinet Pacha , comme
Ges Troupes passaient , avoit fait faire à propos
une sortie sur leur arriere-garde , dont environ
2000 hommes avoient été tuez ou noyez , que
Kouli Kham, après son passage étoit tombé sur
Kouch- Kalessi , Faux - Bourg de Bagdad , dont il
ost séparé par le Tigre , qu'il avoit pillé e
Fauxboug , et s'étoit ensuite campé le long du
Fleuve pour ôter toute communication entre
cette Ville , et l'armée Otomane , qui étoit dans
le Diarbekir , sous les ordres de Topal - Osman
Pacha , nouveau Genenal.
*
- Cependant le Tigre s'étant enflé tout d'un
coup considérablement, par la premiere fonte des
Néges , la rapidité de son cours avoit emporté
tous les Batteaux et Radeaux dont les Persans s'étoient
servis pour le passer ; de sorte que leur
General fort intrigué de ne pouvoir plus communiquer
avec ses Troupes restées de l'autre
côté du Fleuve , soit pour en tirer du secours
soit pour leur en donner , suivant les conjonc
tures , avoit pourtant trouvé moyen de leur faire
Nation barbare et rebelle , qui a donné lieu à la
grande Révolution de Perse,
>
I, Vol.
dire
JUIN. 1733.
1215
dire de filer le long de ce Fleuve , jusques vis-àvis
de Mesie , où, quand les eaux seroient écou
lées , elles pourroient le passer à gué ; qu'en attendant
, ce Général , pour se dédommager d'avoir
échoué à Bagdad , avoit formé le dessein
de surprendre Mosul ; et comme il sçavoit que
les habitans de cette derniere Ville en avoient
eux -mêmes réparé depuis peu l'Enceinte et la
Forteresse, qu'ils y avoient fait venir beaucoup de
provisions du Diarbekir , et que leur Garnison:
étoit renforcée , il avoit voulu joindre la ruse à
la force.
Pour cet effet , il leur avoit envoyé trois
Exprès , en differens temps pour les amuser , les
faisant assurer qu'il étoit venu dans leur voisinage
comme ami , et qu'ils n'avoient à craindre
aucun acte d'hostilité de sa part ; cependant au
moment même qu'il leur avoit dépêché son premier
Emissaire , il avoit fait marcher un Corps
de 10 à 12000 homines vers Mosul , qui y arriva
peu après son troisiéme Courier ; mais les
habitans ne prirent pas le change ; et loin de
prêter l'oreille à ses protestations d'amitié , réïtérées
avec tant d'affectation , ils se tinrent sibien
sur leurs gardes , que lorsque les Troupes
Persannes furent à la portée du Canon , ils firent
tirer dessus toute l'Artillerie de la Place ;
nonobstant le désorde que causa cette décharge,
les Persans ayant continué d'avancer , et étant
même entrez en partie dans la Ville , dont on
avoit exprès laissé une porte ouverte , la Garnison
et le Peuple les reçurent avec tant de bra
youre qu'ils les chasserent et les poursuivirent
* Ville moderne , peu éloignée des ruines de Nimive.
I. Vol. H iij long1216
MERCURE DE FRANCE
long - temps , ensorte qu'après en avoir tué
beaucoup , le reste s'étoit dissipé et avoit pris la
fuite à travers les Déserts .
En conséquence de ces deux Evenemens , qui
sont tres-avantageux aux Turcs dans un commencement
de Campagne , Achmet Pacha avoit ·
mandé au nouveau Séraskier Topal - Osman , de
ne se plus inquiéter pour Bagdad , qui étoit à
present en sûreté et bien pourvû de tout, et qu'il
ne songeât point à se mettre en mouvement
qu'auparavant tous les renforts de Troupes et
les munitions qu'il attendoit ne l'eussent joint.
Ce Seraskier avoit déja rassemblé 60000 hommes
dans ce Diarbekir , et reçu une bonne partie
des provisions qu'on lui avoit envoyées de
Constantinople par Aléxandrete. On ajoute
qu'ayant été obligé d'user de sévérité , pour
maintenir en vigueur la subordination dans son
armée , et pour tenir le monde dans son devoir ,
il avoit fait couper la tête à un Pacha , qui refusoit
d'obéir à ses Ordres , s'il ne montroit
ceux du G. S. et qu'il avoit fait subir le même
supplice à quelques Officiers , dont les Compagnies
n'étoient pas completes. Achmet Pacha
de son côté a exterminé tous ceux qui avoient
trempé dans la conspiration dont on a parlé au
commencement de ces nouvelles , et a fait passer
au fil de l'Epée les habitans d'un gros Village
près de Bagdad , nommé Gherbelai- Mahaladé” ,
pour avoir favorisé Thamis Kouli Kham.
Enfin , que les Troupes de ce dernier , qui
pour la plus grande partie sont composées de
toute sorte de gens ramassez , mal vétus , mal
armez , et propres seulement à faire du ravage
où ils ne trouvent point de résistance , avoient
fait un si grand dégat dans les Plaines de Bad-
1. Vol. dad,
JUIN. 1733. 1217
dad , pendant le Blocus de cette Place , que tous
son territoire est ruiné, de maniere à ne pouvoir
se rétablir de 20 ou 30 ans.
Les mêmes nouvelles portent que , sans avoir
égard au refus que fit dernierement M. Nepluck
au nom de la Czarine , d'accorder le passage sur
les Terres de sa Souveraine aux Tartares , le
Kham de la Crimée avoit ordre de faire`marcher
en Perse , il en étoit d'abord passé un Corps
d'environ 10 mille , qui sont à la solde du G. S.
et que depuis , plus de 20 mille volontaires de
cette même Nation , avoient pris journellement
la même route.
Mikal Voda , qui a été deux fois Prince de
Moldavie , et qui du temps de la Révolution
avoit obtenu la Principauté de Valaquie , dont il
fût déposé il y a plus d'un an , avoit fait depuis
peu quelques tentatives pour rentrer dans cette
derniere Principauté. Ses amis représenterent à
la Porte , qu'il paroissoit que le fils du feu Prince
Nicolas Mauro - Cordato , qui gouverne à
present la Valaquie , se trouvant trop jeune , et
n'ayant pas assez d'expérience , il seroit d'une
extrême conséquence pour cet Empire , de ne la
confier qu'à un Prince qui fut capable de la bien
gouverner , tel qu'étoit Mikal , qui avoit cydevant
donné des preuves de sa bonne conduite;
mais ces représentations n'ont rien produit en
sa faveur , et la Porte pour marquer cependant
qu'elle y avoit fait attention , s'est contentée do
donner la Principauté de Valaquie au Prince de
Moldavie , qui est un homme fait , et celle - ci
au jeune Prince de Valaquie . Les Ordres pour
faire cet échange , qui jettera ces Princes dans
d'aussi grandes dépenses que s'ils succedoient à
d'autres , ont été signifiez le 16 de ce mois à
Hij
•
+
I. Vol. leurs
1218 MERCURE DE FRANCE
leurs Kapi-Kiayar , ou Agens à la Porte , ausquels
on a donné le Caftan d'honneur , suivant
l'usage .
Les Algériens , qui étoient à Smirne depuis
às mois pour y faire des Recrues , et recevoir
celles qu'on faisoit icy pour eux , ayant mis à
la voile de Fogeri , dans les derniers jours du
mois de Mars , au nombre de neuf Vaisseaux ,
furent surpris , le premier d'Avril , vers les 9
heures du soir , d'un vent de Sud- Est si violent ,
que ne pouvant plus tenir la Mer sans un péri
évident , ils voulurent gagner la Rade de Mosconisy
pour s'y mettre à l'abri ; mais soit que
l'obscurité trompât les Pilotes , ou qu'ils ne connussent
pas bien ces Parages , au lieu de prendre
la grande Passe , qui est sure , et au Nord de
l'Ise de Metelin , ils prirent la petite , au Nord-
Ouest de cette Isie , qui est fort dangereuse la
Duit , parce qu'elle n'a qu'environ deux Cables
de l'argeur , dix pieds d'eau en quelques endroits,
et qu'elle a un Banc de Rochers du côté de l'Est ;
de sorte , que la nouvelle Patrone d'Alger , fort
beau Vaisseau de 70 Pieces de Canons de Fonte ,
construit depuis un an , échoua en entrant dans
ce mauvais passage , et que celui qui le commandoit
n'ayant pas eu l'attention d'éteindre
son Fanal de Poupe , ni de faire aucun signal ,
deux autres Vaisseaux qui le crurent mouillé ,
le suivirent , et écoüerent de même ; sçavoir, un
des deux Vaisseaux , dont le G. S. avoit fait
présent depuis peu à la République d'Alger, aussi
de 70 Canons , & l'ancienne Patrone de cette
Régence , percée pour un pareil nombre de Canons
, mais qui n'en avoit que 40 .
Des autres 6 Vaisseaux de cette Escadre, 3 qui
étoient les plus proches , et qui prenoient la mê-
I. Val me
JUIN.
1219 17337
même sort ;
me route , auroient eu vrai- semblablement le
mais une Chaloupe qu'on leur en
voya , les ayant informez du malheur qui venoit
d'arriver , ils gagnerent la grande Passe , et allerent
donner fond dans la Rade de Mosconisy.
A l'égard des trois derniers , ils étoient dispersez
et si fort au large qu'il ne fut pas possible
d'en joindre aucun , et qu'on a été même
plusieurs jours sans en avoir de nouvelles .
On a appris depuis , que l'un d'eux étoit venu
moüiller à Mosconisy avec ceux qui y étoient
déja , et qu'un autre ayant voulu regagner Foye
ri , avoit péri en rentrant dans ce Port , qu'à la.
vérité tout l'Equipage avoit eu le temps de se
sauver , mais que peu après ce Bâtiment , qui
étoit de 40 Canons , avoit coulé bas et disparu
totalement. Quant au troisiéme Vaisseau , on ne
sçait point encore ce qu'il est devenu .
les
Quoiqu'il ne se soit noyé que aix personnes
dans tous ces naufrages , et que les Aigériens se
fatent de relever leur ancienne Patrone , à quot
on doute pourtant qu'ils puissent parvenir ; il
est certain que la perte qu'ils ont faite en cette
occasion sera toujours fort considérable ; outre
qu'ils ne pourront rien retirer des deux premiers
gros Vaisseaux naufragez ;; que les Canons ,
Ancres et ce qu'il y avoit sur le premier et le
second Pont , toute la Mâture de ces Bâtimens
étant tombée tout à la fois , un quart d'heure
après qu'ils eurent échoué , on assure que 3 à
hommes en ont été écrașez ou estropiez, et
que la plupart de leurs Recruès , effrayées de tant
de désastres , ont deserté et pris la fuite de côté
400
et d'autre en Asie .
Jérémie , qui avoit été fait Patriarche de
Constantinople pour la seconde fois , au mois
I Vol Hv d'Oc1220
MERCURE DE FRANCE
d'Octobre de l'année derniere , a été déposé aujourd'hui
et exilé suivant la coûtume ; et Sera
phin , Archevêque de Nicomédie , a été mis à sa
place.
Fermer
Résumé : A Constantinople, le 22 Avril 1733.
En avril 1733, des informations provenant de Perse signalent un complot à Bagdad visant à libérer la ville de l'usurpateur Thamas-Kouli-Kham. Ce dernier, manquant de canons, avait bloqué la ville par terre. Achmet Pacha, commandant turc, avait découvert la conspiration et lancé une sortie contre les forces persanes, tuant ou noyant environ 2000 hommes. Kouli-Kham, après avoir traversé le Tigre, avait pillé un faubourg de Bagdad et s'était campé le long du fleuve pour couper les communications entre Bagdad et l'armée ottomane. Le Tigre en crue avait emporté les bateaux et radeaux des Persans, empêchant leur général de communiquer avec ses troupes. Ce général avait alors ordonné à ses troupes de longer le fleuve jusqu'à Mesie pour le traverser à gué une fois les eaux écoulées. En attendant, il avait tenté de surprendre Mosul, mais les habitants, bien préparés, avaient repoussé l'attaque avec succès. Ces événements avaient rassuré Achmet Pacha concernant la sécurité de Bagdad. Topal-Osman Pacha, nouveau général ottoman, avait rassemblé 60 000 hommes à Diarbekir et reçu des provisions de Constantinople. Achmet Pacha avait également réprimé la conspiration à Bagdad et puni les habitants complices. Les troupes de Kouli-Kham, composées de gens mal armés, avaient ravagé les plaines de Bagdad, ruinant la région pour plusieurs décennies. Par ailleurs, malgré le refus de la Russie de laisser passer les Tartares, le khan de Crimée avait envoyé des troupes en Perse. En Moldavie, Mikal Voda avait tenté de récupérer la principauté de Valachie, mais la Porte avait préféré échanger les princes des deux principautés. Enfin, une escadre algérienne avait subi des naufrages près de Mosconisy en avril 1733, perdant plusieurs vaisseaux et canons. Les Algériens tentaient de relever leur ancienne patrone, mais la perte était considérable. À Constantinople, Jérémie avait été déposé de sa fonction de patriarche et remplacé par Séraphin, archevêque de Nicomédie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
215
p. 1221-1223
ALLEMAGNE.
Début :
On mande de Vienne, que l'Infant Don Emanuel de Portugal, qui depuis que le [...]
Mots clefs :
Régiment, Empereur, Prince, Charles Léopold, Régiment de Khevenhüller, Compagnies du régiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
N mande de Vienne , que l'Infant Don
Emanuel de Portugal , qui depuis que le
, son frere , lui a donné une pension de
80000. florins , s'est démis du Régiment qu'il
avoit au service de l'Empereur , est allé passer
quelques jours à Laxembourg ; ce Prince occupe
l'Appartement du Duc de Lorraine , qui est retourné
à Presbourg , et il a mangé plusieurs fois
avec l'Empereur et Pimperatrice , ce qui ne lui
1. Vol. Hvi étoit
1222 MERCURE DE FRANCE
étoit point encore arrivé depuis qu'il étoit à la
Cour de Vienne. On vient d'apprendre que ce
Prince est parti pour S. Polten , où il doit faire
sa résidence.
Le s . de May , le Camp de Silesie commença
à se former dans le lieu que les Commissaires
envoyez par l'Empereur avoient marqué , entre
Oppelen et Brieg , et le Régiment du Prince de
Lichteinstein , celui d'Amilton , sept Compagnies
du Régiment de Khevenhuller , quatre de
celui de Daun , et un pareil nombre de celui des
Carabiniers , y camperent. Les deux jours suivans,
il y arriva six Compagnies du Régiment du
Grand- Maître de l'Ordre Teutonique , quatre de
Hussars , une des grands Grenadiers , trois du
Régiment de Khevenhuller , et deux de celui de
Caraffe.
On append de Wurtzbourg , que le z . du mois
dernier , il étoit tombé dans les environs de cette
Ville , une si grande quantité de grêle , que la
terre en étoit couverte de la hauteur de trois
pieds , que les Torrens que la grêle avoit formez
en se fondant, avoient inondé le plat pays , ruiné
plusieurs Hameaux et ravagé toutes les terres des
Villages de Greussen , &c. et qu'il y étoit péri
un grand nombre de Païsans et de bestiaux .
On a appris de Sehwerin , que le Commandant
de cette Place et celui de Domitz , avoien
reçû ordre de l'Empereur d'ouvrir leurs portes
au Duc Chrétien Louis , et de ne plus reconnoître
l'autorité du Duc Charles Léopold , sous peine
d'être traitez comme rebelles ; mais selon les
Lettres reçues depuis , on ne croit pas que les
Coinmandans obéissent au Decret Impérial.
Selon les derniers avis reçûs , le Duc Charles-
Léopold de Meckelbourg , a fait publier le 24.
1. Fol May
JUIN. 1223 1733 .
May dans toutes les Eglises de son Duché , une
deffense à ses Sujets de reconnoître l'autorité de
Duc Chrétien Louis.
N mande de Vienne , que l'Infant Don
Emanuel de Portugal , qui depuis que le
, son frere , lui a donné une pension de
80000. florins , s'est démis du Régiment qu'il
avoit au service de l'Empereur , est allé passer
quelques jours à Laxembourg ; ce Prince occupe
l'Appartement du Duc de Lorraine , qui est retourné
à Presbourg , et il a mangé plusieurs fois
avec l'Empereur et Pimperatrice , ce qui ne lui
1. Vol. Hvi étoit
1222 MERCURE DE FRANCE
étoit point encore arrivé depuis qu'il étoit à la
Cour de Vienne. On vient d'apprendre que ce
Prince est parti pour S. Polten , où il doit faire
sa résidence.
Le s . de May , le Camp de Silesie commença
à se former dans le lieu que les Commissaires
envoyez par l'Empereur avoient marqué , entre
Oppelen et Brieg , et le Régiment du Prince de
Lichteinstein , celui d'Amilton , sept Compagnies
du Régiment de Khevenhuller , quatre de
celui de Daun , et un pareil nombre de celui des
Carabiniers , y camperent. Les deux jours suivans,
il y arriva six Compagnies du Régiment du
Grand- Maître de l'Ordre Teutonique , quatre de
Hussars , une des grands Grenadiers , trois du
Régiment de Khevenhuller , et deux de celui de
Caraffe.
On append de Wurtzbourg , que le z . du mois
dernier , il étoit tombé dans les environs de cette
Ville , une si grande quantité de grêle , que la
terre en étoit couverte de la hauteur de trois
pieds , que les Torrens que la grêle avoit formez
en se fondant, avoient inondé le plat pays , ruiné
plusieurs Hameaux et ravagé toutes les terres des
Villages de Greussen , &c. et qu'il y étoit péri
un grand nombre de Païsans et de bestiaux .
On a appris de Sehwerin , que le Commandant
de cette Place et celui de Domitz , avoien
reçû ordre de l'Empereur d'ouvrir leurs portes
au Duc Chrétien Louis , et de ne plus reconnoître
l'autorité du Duc Charles Léopold , sous peine
d'être traitez comme rebelles ; mais selon les
Lettres reçues depuis , on ne croit pas que les
Coinmandans obéissent au Decret Impérial.
Selon les derniers avis reçûs , le Duc Charles-
Léopold de Meckelbourg , a fait publier le 24.
1. Fol May
JUIN. 1223 1733 .
May dans toutes les Eglises de son Duché , une
deffense à ses Sujets de reconnoître l'autorité de
Duc Chrétien Louis.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
Le texte décrit plusieurs événements en Allemagne et dans les régions voisines. L'Infant Don Emanuel de Portugal, après avoir reçu une pension de son frère, a quitté son régiment au service de l'Empereur et a séjourné à Luxembourg, occupant l'appartement du Duc de Lorraine. Il a également dîné avec l'Empereur et l'Impératrice à Vienne avant de s'installer à Saint-Pölten. En Silésie, un camp militaire s'est formé entre Oppeln et Brieg, avec l'arrivée de divers régiments, dont ceux du Prince de Liechtenstein, d'Amilton, de Khevenhuller, de Daun, des Carabiniers, du Grand-Maître de l'Ordre Teutonique, des Hussards, des Grenadiers et de Caraffe. À Wurtzbourg, une forte grêle a causé des inondations, détruit des hameaux et ravagé les terres des villages de Greussen, entraînant la mort de nombreux paysans et bestiaux. À Schwérin, les commandants des places de Schwérin et de Domitz ont reçu l'ordre de l'Empereur d'ouvrir leurs portes au Duc Chrétien Louis et de ne plus reconnaître l'autorité du Duc Charles Léopold, sous peine de rébellion. Cependant, il est peu probable qu'ils obéissent à ce décret. Le Duc Charles-Léopold de Mecklembourg a publié une défense à ses sujets de reconnaître l'autorité du Duc Chrétien Louis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
216
p. 1229-1231
« Le Lundy 15 Juin, jour de grande Fête dans l'Université, à cause du Lendi, dont [...] »
Début :
Le Lundy 15 Juin, jour de grande Fête dans l'Université, à cause du Lendi, dont [...]
Mots clefs :
Dauphin, Collège d'Harcourt, Prince, Écoliers, Congé, Dîner, Collège Louis le Grand
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Lundy 15 Juin, jour de grande Fête dans l'Université, à cause du Lendi, dont [...] »
Le Lundy 15 Juin , jour de grande Fête
dans l'Université , à cause du Lendi, dont
on peut voir l'origine dans son Histoire
et ailleurs , auquel tous les Ecoliers ont
un Congé extraordinaire , et vont ordinairement
se promener aux environs de
Paris , un nombre d'élite des plus jeunes
de ceux du College d'Harcourt , choisirent
le Château de Meudon , pour avoir
l'honneur de voir Monseigneur le Dau
phin , et de faire leur Cour. Ce Prince
les reçut avec beaucoup de graces et de
bonté; et leur ayant donné sa main à
baiser , leur fit plusieurs questions sur
leurs noms , leurs études , leurs divertis
1. Vol. semcas
1130 MERCURE DE FRANCE
semens, &c. il les écouta avec une attention
et un discernement au dessus de son
âge. Il voulut sur tout être informé du
sujet de leur voyage , de la Fête qui y
donnoit lieu , et qui dispensoit les Ecoliers
de travailler ce jour - là , ajoûtant
agréablement , qu'il chomeroit aussi cette
Fête et qu'il ne travailleroit pas non
plus dans la journée. Le Prince attentif à
tout , trouva qu'un de ces Mrs ne portoit
pas bien son Epée , et qu'il falloit l'élever
davantage à son côté ; ce qui donna occasion
à l'Ecolier de répondre que s'il ne
portoit pas bien l'Epée , il sçauroit bien
s'en servir un jour pour le service du
Roy. Tout cela se passa dans la Promenade
que fit M. le Dauphin dans le Parc
un peu après son lever. La promenade
finie , le Prince ordonna que les mêmes
Ecoliers d'Harcourt se trouvassent à son
diner , ce qui fut exécuté , et cela donna
lieu à de nouvelles marques de bonté et
à d'autres questions ingénieuses.
Après le dîner , les Ecoliers , tant du
College d'Harcourt que de quelques autres
Colleges qui s'y trouverent , propo-.
serent , sous le bon plaisir de MONSEIGNEUR
, une Partie de Ballon , qui fut
parfaitement bien jouée , et qui divertit
beaucoup le Prince. Pour marque de son
1. Vol. conJUIN.
1733
1231
contentement de tout ce qui s'étoit passé
, il leur accorda quatre jours de congé
; surquoi il y eut des Billets expédiez ,
signez de Madame la Duchesse de Ventadour
; et dans cette expédition le Marquis
Doria , Ecolier , Pensionnaire d'Harcourt
, fut particulierement distingué.
Douze Ecoliers choisis , du College de
LOUIS LE GRAND , vinrent aussi , après le
dîner , faire leur cour à M. le Dauphin ,
qui les reçut avec les mêmes bontez.
M. Gérard , Ecolier de cinquième , porta
la parole et fit , avec grace , un petit
Discours , qui fut écouté avec plaisir. Le
Prince leur donna aussi sa main à baiser, et
voulut qu'ils participassent à la mêmẹ
faveur des jours de congé.
dans l'Université , à cause du Lendi, dont
on peut voir l'origine dans son Histoire
et ailleurs , auquel tous les Ecoliers ont
un Congé extraordinaire , et vont ordinairement
se promener aux environs de
Paris , un nombre d'élite des plus jeunes
de ceux du College d'Harcourt , choisirent
le Château de Meudon , pour avoir
l'honneur de voir Monseigneur le Dau
phin , et de faire leur Cour. Ce Prince
les reçut avec beaucoup de graces et de
bonté; et leur ayant donné sa main à
baiser , leur fit plusieurs questions sur
leurs noms , leurs études , leurs divertis
1. Vol. semcas
1130 MERCURE DE FRANCE
semens, &c. il les écouta avec une attention
et un discernement au dessus de son
âge. Il voulut sur tout être informé du
sujet de leur voyage , de la Fête qui y
donnoit lieu , et qui dispensoit les Ecoliers
de travailler ce jour - là , ajoûtant
agréablement , qu'il chomeroit aussi cette
Fête et qu'il ne travailleroit pas non
plus dans la journée. Le Prince attentif à
tout , trouva qu'un de ces Mrs ne portoit
pas bien son Epée , et qu'il falloit l'élever
davantage à son côté ; ce qui donna occasion
à l'Ecolier de répondre que s'il ne
portoit pas bien l'Epée , il sçauroit bien
s'en servir un jour pour le service du
Roy. Tout cela se passa dans la Promenade
que fit M. le Dauphin dans le Parc
un peu après son lever. La promenade
finie , le Prince ordonna que les mêmes
Ecoliers d'Harcourt se trouvassent à son
diner , ce qui fut exécuté , et cela donna
lieu à de nouvelles marques de bonté et
à d'autres questions ingénieuses.
Après le dîner , les Ecoliers , tant du
College d'Harcourt que de quelques autres
Colleges qui s'y trouverent , propo-.
serent , sous le bon plaisir de MONSEIGNEUR
, une Partie de Ballon , qui fut
parfaitement bien jouée , et qui divertit
beaucoup le Prince. Pour marque de son
1. Vol. conJUIN.
1733
1231
contentement de tout ce qui s'étoit passé
, il leur accorda quatre jours de congé
; surquoi il y eut des Billets expédiez ,
signez de Madame la Duchesse de Ventadour
; et dans cette expédition le Marquis
Doria , Ecolier , Pensionnaire d'Harcourt
, fut particulierement distingué.
Douze Ecoliers choisis , du College de
LOUIS LE GRAND , vinrent aussi , après le
dîner , faire leur cour à M. le Dauphin ,
qui les reçut avec les mêmes bontez.
M. Gérard , Ecolier de cinquième , porta
la parole et fit , avec grace , un petit
Discours , qui fut écouté avec plaisir. Le
Prince leur donna aussi sa main à baiser, et
voulut qu'ils participassent à la mêmẹ
faveur des jours de congé.
Fermer
Résumé : « Le Lundy 15 Juin, jour de grande Fête dans l'Université, à cause du Lendi, dont [...] »
Le lundi 15 juin, à l'occasion du Lendi, les écoliers bénéficiaient d'un congé extraordinaire. Un groupe d'élèves du Collège d'Harcourt se rendit au Château de Meudon pour voir le Dauphin. Le prince les accueillit avec grâce et bonté, s'intéressant à leurs noms, études et divertissements. Il nota qu'un écolier ne portait pas bien son épée et écouta une réponse engageante sur le service du roi. Après une promenade dans le parc, le Dauphin invita les écoliers à dîner et continua de leur montrer de la bonté. Une partie de ballon divertit beaucoup le prince, qui leur accorda quatre jours de congé, notifiés par des billets signés par Madame la Duchesse de Ventadour. Le Marquis Doria fut particulièrement distingué. Douze écoliers du Collège Louis-le-Grand vinrent également rendre visite au Dauphin, qui les reçut avec la même bonté. M. Gérard prononça un discours gracieux, et le prince leur accorda également des jours de congé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
217
p. 1873-1875
MORTS ET MARIAGES. des Pays Etrangers.
Début :
Le 25 Juin 1731. Catherine Juanowna, née Princesse de Moscovie, épouse de Charles [...]
Mots clefs :
Prince, Duc, Rhin, Moscovie, Catherine Ivanovna de Russie, Jean-Christian de Palatinat-Soulzbach
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS ET MARIAGES. des Pays Etrangers.
MORTS ET MARIAGES.
des Pays Etrangers.
LE25
E 25 Juin 1733. Catherine Juanowna , née
Princesse de Moscovie , épouse de Charles
Léopold , Duc de Meckelbourg- Schwerin , avec
lequel elle avoit été mariée le 19 Avril 1716 ,
mourut à Petersbourg , dans la 42 année de son
âge , étant née le 28 Janvier 1692. Elle étoit
soeur aînée d'Anne Juanowna, née le 7 Juin 1693 .
actuellement Czarine et grande Duchesse de
Moscovie , et fille de Jean Alexiowitz , Czar et
grand Duc de Moscovie , mort le 26 Janvier
1696.et de Proscovie Foederowna - Solticow. Elle
laisse une fille unique , nommée Elizabeth- Catherine
Christine ' de Meckelbourg , née le 18
Décembre 1718. qui est élevée à la Cour de la
Czarine , sa tante.
Le Prince, Regent de Sultzbach, est mort à sa
rési18-
4 MERCURE DE FRANCE
>
résidence de Saltzbach , le 20 Juillet , dans la 4
année de son âge , é ant né le 23 Janvier 17003
il se nommon Jean Christian , Duc de Biviere
Comte Palatin du Rhin. , R gent de Su tzbach.
Il étoi. fils de Théodore, Dic de Baviere, Cointe
Palatin du Rhin à Silzbach , mort e I
Ju llet 17 : 2 , dans la 74 année de son age , et
de Marie Eléonore - Amélie de Hesse Runfis
Rothembourg , morte te 27 Janvier 1720. Il
avoit été marié , le 15 Février 1722
·
avec
Henriette de la Tour , Marquise de B rg - Op-
Zoon , morte de la Petite Verole , le 28 Juillet
1728. à l'âge de 20 ans , file unique de François
Egon de la Tour , Prince d'Auvergne , Marquis
de Berg- Op - Zoom , mort le 26 Juillet 1710 , et
de Marie- Anne de Ligne d'Aremberg , et 2°. le
20 Decembre 1730. avec E éonore de Hesse
Rhinfels Rothembourg, née le 18 Octobre
1712. soeur de la Reine de Sardaigne , et de la
jeune Duchesse de Bourbon , et fille d'Ernest
Léopold Landgrave de Hesse- Rhintels - Rochem
bourg , et de Marie-Anne de Lowenstein . Il n'a
point eu d'enfans de cette seconde femme , mais
de la premiere il laisse Charles Philippe , Duc
de Baviere , Comte Palatin du Rhin , à present
Prince regnant de Sultzbach , fils unique , né
le 11 Decembre 1724. et qui est élevé à Bru- .
xelles auprès de Marie- Henriette Caretto de
Grana , sa bis-ayeule maternelle , veuve de Philippe
Charles François de Ligue Prince et Duc
d'Aremberg et d'Arschot. Ce jeune Prince est
héritier présomptif de l'Electorat du Rhin , et
des autres Etats héréditaires de l'Electeur, Comte
Palatin du Rhin.
La naissance du Prince , dont l'Electrice de
I
Saxe
AQUS T. T733 . 1875
Saxe accoucha le 13 Juillet , fut célébrée à Dresde
pendant trois jours consécutifs par de tresgrandes
réjouissances . Il y a eu tous les soirs
des Feux et dés Illuminations dans toute la Vil
le . Ce Prince fut baptisé le 14 il fut tenu sur les'
Fonts au nom de l'Empereur , du Roy de Dannemark
; et de la Cżarine ; et il fut nommé
Charles-Chrétien-Joseph- Ignace - François - Xavier.
Le 19 l'Electeur fit chanter dans la Chapelle
du Palais le Té Deum , au bruit de plusieurs
décharges de l'Artillerie des Remparts et de la
Mousquererie de la Garnison .
La Reine de Sardaigne accoucha le 23 Juillet
dernier d'un Prince.
des Pays Etrangers.
LE25
E 25 Juin 1733. Catherine Juanowna , née
Princesse de Moscovie , épouse de Charles
Léopold , Duc de Meckelbourg- Schwerin , avec
lequel elle avoit été mariée le 19 Avril 1716 ,
mourut à Petersbourg , dans la 42 année de son
âge , étant née le 28 Janvier 1692. Elle étoit
soeur aînée d'Anne Juanowna, née le 7 Juin 1693 .
actuellement Czarine et grande Duchesse de
Moscovie , et fille de Jean Alexiowitz , Czar et
grand Duc de Moscovie , mort le 26 Janvier
1696.et de Proscovie Foederowna - Solticow. Elle
laisse une fille unique , nommée Elizabeth- Catherine
Christine ' de Meckelbourg , née le 18
Décembre 1718. qui est élevée à la Cour de la
Czarine , sa tante.
Le Prince, Regent de Sultzbach, est mort à sa
rési18-
4 MERCURE DE FRANCE
>
résidence de Saltzbach , le 20 Juillet , dans la 4
année de son âge , é ant né le 23 Janvier 17003
il se nommon Jean Christian , Duc de Biviere
Comte Palatin du Rhin. , R gent de Su tzbach.
Il étoi. fils de Théodore, Dic de Baviere, Cointe
Palatin du Rhin à Silzbach , mort e I
Ju llet 17 : 2 , dans la 74 année de son age , et
de Marie Eléonore - Amélie de Hesse Runfis
Rothembourg , morte te 27 Janvier 1720. Il
avoit été marié , le 15 Février 1722
·
avec
Henriette de la Tour , Marquise de B rg - Op-
Zoon , morte de la Petite Verole , le 28 Juillet
1728. à l'âge de 20 ans , file unique de François
Egon de la Tour , Prince d'Auvergne , Marquis
de Berg- Op - Zoom , mort le 26 Juillet 1710 , et
de Marie- Anne de Ligne d'Aremberg , et 2°. le
20 Decembre 1730. avec E éonore de Hesse
Rhinfels Rothembourg, née le 18 Octobre
1712. soeur de la Reine de Sardaigne , et de la
jeune Duchesse de Bourbon , et fille d'Ernest
Léopold Landgrave de Hesse- Rhintels - Rochem
bourg , et de Marie-Anne de Lowenstein . Il n'a
point eu d'enfans de cette seconde femme , mais
de la premiere il laisse Charles Philippe , Duc
de Baviere , Comte Palatin du Rhin , à present
Prince regnant de Sultzbach , fils unique , né
le 11 Decembre 1724. et qui est élevé à Bru- .
xelles auprès de Marie- Henriette Caretto de
Grana , sa bis-ayeule maternelle , veuve de Philippe
Charles François de Ligue Prince et Duc
d'Aremberg et d'Arschot. Ce jeune Prince est
héritier présomptif de l'Electorat du Rhin , et
des autres Etats héréditaires de l'Electeur, Comte
Palatin du Rhin.
La naissance du Prince , dont l'Electrice de
I
Saxe
AQUS T. T733 . 1875
Saxe accoucha le 13 Juillet , fut célébrée à Dresde
pendant trois jours consécutifs par de tresgrandes
réjouissances . Il y a eu tous les soirs
des Feux et dés Illuminations dans toute la Vil
le . Ce Prince fut baptisé le 14 il fut tenu sur les'
Fonts au nom de l'Empereur , du Roy de Dannemark
; et de la Cżarine ; et il fut nommé
Charles-Chrétien-Joseph- Ignace - François - Xavier.
Le 19 l'Electeur fit chanter dans la Chapelle
du Palais le Té Deum , au bruit de plusieurs
décharges de l'Artillerie des Remparts et de la
Mousquererie de la Garnison .
La Reine de Sardaigne accoucha le 23 Juillet
dernier d'un Prince.
Fermer
Résumé : MORTS ET MARIAGES. des Pays Etrangers.
En 1733, plusieurs événements marquants ont touché les familles royales et nobles européennes. Catherine Juanowna, princesse de Moscovie et épouse de Charles Léopold, Duc de Meckelbourg-Schwerin, est décédée à Petersbourg le 25 juin à l'âge de 42 ans. Elle était la sœur aînée d'Anne Juanowna, Czarine et grande Duchesse de Moscovie, et laissait une fille unique, Elizabeth-Catherine Christine de Meckelbourg, née en 1718. Le Prince Régent de Sultzbach, Jean Christian, Duc de Bavière et Comte Palatin du Rhin, est mort le 20 juillet à l'âge de 33 ans. Fils de Théodore, Duc de Bavière, et de Marie Éléonore-Amélie de Hesse-Rheinfels-Rothembourg, il avait été marié deux fois : à Henriette de la Tour, avec qui il eut un fils, Charles Philippe, et à Éléonore de Hesse-Rhinfels-Rothembourg, sans enfant. Par ailleurs, un prince est né à Dresde le 13 juillet et baptisé Charles-Chrétien-Joseph-Ignace-François-Xavier. La Reine de Sardaigne a également accouché d'un prince le 23 juillet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
218
p. 2262
DANNEMARCK.
Début :
L'Escadre Françoise, commandée par le Comte de la Luzerne, Lieutenant-General des [...]
Mots clefs :
Comte de la Luzerne, Vaisseaux, Escadre, Prince, Copenhague
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DANNEMARCK.
DANNEMARCK.
"Escadre Françoise , commandée par le Com
Armées Navales du Roy Très-Chrétien , étant
parti de Brest le 31. du mois d'Août , mouilla à
Elseneur le 15 Septembre à 7 heures du soir.
Le Comte de la Luzerne ayant appris que le
Prince Royal de Dannemark étoit dans ce Port,
envoya le Marquis d'Antin , pour complimenter
ce Prince , qui le reçur gracieusement..
Quelques Vaisseaux ayant été séparez de l'Es .
cadre par les vents contraires , le Comte de la
Luzerne détacha un Vaisseau pour aller les attendre
à Gottembourg et leur donner ordre de
de le venir joindre à Coppenhague , où il est ar
rivé depuis quelques jours , et tous les Vaisseaux
de l'Escadre l'ont rejoint.
Le Conquerant , monté par le Chevalier de
Luynes , et le Foulonze , moüillerent le 20. à 5.
heures du soir dans la Rade de cette Capitale.
Ces deux Vaisseaux essuyerent le 16. une tempête
violente ; le premier eut la barre de son Couvernail
rompue à un pied de la tête.
Le Comte de Plelo , Ambassadeur de France &
Coppenhague , est allé deux fois à bord du Vais.
seau du Comté de la Luzerne.
, -
Comme l'Escadre de la Czarine , qui avoit
paru dans la Mer Baltique , s'est retirée, le Com
1 te de la Luzerne se dispose à retourner en France
aussi-tôt que les Vaisseaux le Conquerans et le
Toulouze , seront en état de le suivre.
"Escadre Françoise , commandée par le Com
Armées Navales du Roy Très-Chrétien , étant
parti de Brest le 31. du mois d'Août , mouilla à
Elseneur le 15 Septembre à 7 heures du soir.
Le Comte de la Luzerne ayant appris que le
Prince Royal de Dannemark étoit dans ce Port,
envoya le Marquis d'Antin , pour complimenter
ce Prince , qui le reçur gracieusement..
Quelques Vaisseaux ayant été séparez de l'Es .
cadre par les vents contraires , le Comte de la
Luzerne détacha un Vaisseau pour aller les attendre
à Gottembourg et leur donner ordre de
de le venir joindre à Coppenhague , où il est ar
rivé depuis quelques jours , et tous les Vaisseaux
de l'Escadre l'ont rejoint.
Le Conquerant , monté par le Chevalier de
Luynes , et le Foulonze , moüillerent le 20. à 5.
heures du soir dans la Rade de cette Capitale.
Ces deux Vaisseaux essuyerent le 16. une tempête
violente ; le premier eut la barre de son Couvernail
rompue à un pied de la tête.
Le Comte de Plelo , Ambassadeur de France &
Coppenhague , est allé deux fois à bord du Vais.
seau du Comté de la Luzerne.
, -
Comme l'Escadre de la Czarine , qui avoit
paru dans la Mer Baltique , s'est retirée, le Com
1 te de la Luzerne se dispose à retourner en France
aussi-tôt que les Vaisseaux le Conquerans et le
Toulouze , seront en état de le suivre.
Fermer
Résumé : DANNEMARCK.
L'escadre française, dirigée par le Comte de la Luzerne, a quitté Brest le 31 août 1787 et est arrivée à Elseneur le 15 septembre. Le Comte de la Luzerne a envoyé le Marquis d'Antin saluer le Prince Royal de Danemark. Des vents contraires ont séparé certains vaisseaux, qui ont été rappelés à Copenhague via un vaisseau détaché à Göteborg. Tous les vaisseaux ont rejoint le Comte de la Luzerne à Copenhague. Les vaisseaux Le Conquerant et Le Foulonze ont mouillé dans la rade de Copenhague le 20 septembre après avoir affronté une tempête violente le 16 septembre, endommageant la barre du gouvernail du Conquerant. Le Comte de Plelo, ambassadeur de France à Copenhague, a rendu visite au Comte de la Luzerne à bord de son vaisseau. L'escadre française se prépare à retourner en France une fois les réparations des vaisseaux Le Conquerant et Le Toulouze terminées et après le départ de l'escadre de la Czarine de la mer Baltique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
219
p. 2267-2275
Motifs des Résolutions du Roy, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 15 de ce mois, on distribua à l'Imprimerie Royale, un imprimé, intitulé : Motifs [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Pologne, Empereur, République, Prince, Cour de Vienne, Armes, Électeur de Saxe, Europe, Liberté, Troupes, Trône, Élection, Couronne, Paix, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Motifs des Résolutions du Roy, &c. [titre d'après la table]
L
E. 1s de ce mois , on distribua à l'Imprimerie
Royale , un imprimé , intitulé : Motifs
des Résolutions du Roy , dont voici la teneur.
LE ROY a donné depuis son avenement à la
Couronne , des preuves éclatantes de sa modération
et de son amour pour la Paix , peut- être
même pourroit-on lui imputer de les avoir portées
trop loin : Cependant il a préféré le repos et
la félicité de ses peuples , à la funeste ambition
d'étendre les Limites de son Empire. Mais la mo,"
dération a ses bornes comme les autres vertus , ét
l'Europe jouiroit encore d'une tranquillité profonde
, si lès Ennemis de la France n'avoient pas
G vj forcé
·
2263 MERCURE DE FRANCE
forcé Sa Majesté à prendre les armes pour def
fendre la dignité de sa Couronne , la gloire de
la Nation Françoise , l'honneur et la liberté de
la Pologne.
*
Depuis que le Thrône de Pologne a été va
cant , le Roy a constamment, respecté la liberte
Polonoise , il n'a rien cxigé d'un peuple libre , et
seul arbitre de son sort. La République elle- mê--
me a imploré son secours, elle a redoublé ses instances
, à mesure que ses allarmes croissoient ,
et qu'elle se voyoit environnée d'armées ennemies
; elle a cherché dans l'équité et dans les for,
ces de Sa Majesté , un azyle toujours ouvert aux
Puissances qui sont menacées d'être opprimées,
Le Roy, a l'exemple de ses Ancêtres , a assuré sa
protection à la Pologne , il l'a déclaré 1 à tous
fes Souverains, mais dans, les termes les plus mesurez
, et avec cette modération digne des grands .
Princes. Il a même , dès les premiers momens.
fait connoître à la Cour de Vienne ce qui pou
voit seul prévenir les troubles en Europe ; et tou--
tes les démarches qu'il a faites depuis , sont autant
de monumens illustres de son amour pour
le maintien de la tranquillité publique..
Une conduite aussi sage n'a pas empêché la
Cour de Vienne , d'éclater contre un Prince né
dans le sein de la Pologne , et attaché au Roy
par des liens aussi étroits. Cette Cour encoura
gée par tant de mesures antérieures , favorables
a ses projets particuliers, a prodigué pour répondre
2 à la déclaration de Sa Majesté , les termes
les plus offensans , et qui devroient être inconnus
entre Princes que leurs Sceptres rendent égaux.Le
Roy n'est point sorti des bornes que sa sagesse
1. Cette declaration est imprimée N. 1.
2.Cette réponse est imprimée N. a.
lui
OCTOBRE 135 2269
lui avoit prefcrites : Il ne s'est point pressé de
tirer la vengeance que demandoit une insulte qui
lui devenoit personnelle ; et si les préparatifs necessaires
ont annoncé son juste ressentiment , il
en a suspendu les effets jusqu'au moment où il
ne lui a plus été possible de conserver la paix
sans blesser la dignité de sa Couronne , et l'honneur
de son Sang..
Peut-on douter que l'interêt personnel de l'Empereur
n'ait décidé de sa conduite , et n'ait dé◄
terminé les engagemens qu'il avoit pris pour dis
poser d'une Couronne indépendante de l'Empi
re , et qui n'étoit pas même encore vacante ID
prétendoit exclure également le Roy. Stanislaa
par le seul motif de ses liaisons avec la Francel'Electeur
de Saxe , parce qu'il paroissoit alors
avoir des interêts opposez à ceux de la Maison
d'Autriche. La mort du Roy Auguste a donné
lieu à de nouveaux projets : Cet Electeur s'est
hâté d'entrer dans toutes les vûës de l'Empereur,
et dès- lors il a cessé de mériter l'exclusion que
çe Prince et la Czarine lui avoient donnée . Cette
exclusion a été levée ; l'on a promis par un nou
veau Traité , d'élever l'Electeur de Saxe sur le
Thrône de Pologne , et les Troupes ennemies se
sont rapprochées de la République , pour la forcer
à souscrire à ces arrangemens ..
Les Polonois ont crú necessaire à leur liberté ,
d'exclure tout Prince étranger de la Couronne
qui étoit vacante. Cette exclusion a été pronon
cée par la Dictte de convocation , et elle a para
si essentielle , qu'elle a été affermie par un serment
solemnel. La Cour de Vienne a voulu franchir
cette nouvelle Barriere ; il n'est rien qu'elle
n'ait tenté pour procurer l'absolution de ce ser
ment ; comme si les interêts , et les projets sans
bor2270
MERCURE DE FRANCE
bornes ; de la Maison d'Autriche , devoient dé
cider d'un engagement, consacré par la Religion.
L'Empereur a redoublé ses efforts ; il avoit annoncé:
Qu'il ne permettroit jamais que Scanis-
» las remontât sur le Throne , sous prétexee de
sa premiere Election , ou de quelqu'autre ma-
» niere que ce fut. Ses Ministres près de la République
ont agi dans une parfaite intelligence
avec ceux de Saxe et de Moscovie ; il ont même
fait trophée de leur union, ils l'ont publiée avec
éclat à Warsovie ; toutes leurs déclarations ont
été faites dans le même esprit , mêmes insultes
au Roy de Pologne , mêmes ordres à la Répu
blique ; les menaces , les intrigues , les supposi
tions les plus calomnieuses, la marche des Troupes
, tout a été concerté entr'eux , tout leur a été
commun. Les Ministres de Saxe et de Moscovie,
fors de l'Election , se sont retirez chez celui de
l'Empereur ; et afin qu'il ne restår plus aucun
doute de leur union , le Ministre de l'Empereur
s'est joint à celui de Moscovie , pour notifier pus
bliquement au Primat l'entrée des Moscovites en
Pologne , et pour montrer à la République as➡
semblée les Fers qu'on lui avoit préparez. 1
"
La Cour de Vienne a -t-elle pu penser en im
poser à l'Europe , et se flatter de dissiper l'oras
ge, en differant de faire entrer ses Troupes en Po
logne , lors même qu'elle détérminoit les Moscovites
à y faire une irruption ? Elle a esperé que
les armes des Moscovites suffiroient pour intimider
et asservir les Polonois et d'ailleurs les
Troupes Imperiales et Saxones'n'étoient- elles
pas toujours sur les Frontieres de la Pologne
prêtes à y entrer pour soutenir leur violence !
** Cette déclaration est imprimée Nutz& A
A
OCTOBR E. 1733. 2271
A tous ces traits , il est difficile de reconnof
tre l'aggresseur. Les Traitez, par lesquels l'Empereur
a voulu disposer en Maître absolu de la
Couronne de Pologne ; l'exclusion qu'il s'est ef-
' forcé de donner sans authorité et sans pouvoir,
à un Prince que ses vertus rendent digne du
Thrône ; les assurances données à l'Electeur de
Saxe, pour le récompenser de sa docilité; la marche
des Troupes Impériales , de concert avec
celles de Saxe et de Moscovie; l'hoftilité que les
Moscovites ont commise dans le temps même de :
l'Election , pour assûrer par la force des armes
l'execution des projets de l'Empereur; cette hostilité
approuvée , et même annoncée par son Mi--
nistre. Toute cette conduite sera à jamais un té---
moignage public que ce Prince est seul autheur
de la guerre ; qu'il a forcé le Roy à prendre les
armes , par l'outrage qu'il a voulu faire à S. M.
et par les violences exercées ou par lui , on de
-son aveu , contre la République de Pologne.
>
Si tous ces efforts ont été inutiles lors de l'E- -
lection , le Roy et le Royaume de Pologne en
sont uniquement redevables à celui à qui seul
appartient de disposer des Couronnes , et qui
tient en ses mains les coeurs des Peuples, comme
ceux des Rois. Le courage des Polonois les a af
franchis de la servitude dans laquelle la Cour
'de Vienne vouloit les précipiter ; mais le Roy
ne peut demander raison qu'à l'Empereur, de son
opposition au rétablissement du Roy de Pologne
, de ses déclarations injurieuses , répandues
dans toute l'Europe par les Ennemis qu'il a suscitez
à la France et à la Pologne qui ne désiroient
que la paix et la liberté , des conseils qu'il
a donnez à la Cour de Russie des esperances
dont il a flatté celle de Saxe ; enfin de tous less
efforts
»
2272 MERCURE DE FRANCE
1
afforts qu'il fait encore pour soûtenir ses premiers
projets.
Envain la Cour de Vienne espere de cacher ses
intrigues aux yeux de l'Europe. On retrouve par
tout ses conseils , ses principes , ses expressions
indécentes , ses desseins formez contre la liberté
Polonoise.
›
Le Prince respectable contre lequel l'Empereur
s'éleve , est le même en qui la plus grande partie
des Souverains de l'Europe , et nommément
P'Empereur Joseph avoient reconnu le sacré
caractere de la Rayauté . L'alliance que le Roy
Stanislas avoit contractée avec le Roy , a changé
les dispositions et le langage de la Cour de Vienne
: Ce Prince est devenu dèslors,selon l'expics
sion des Alliez , un Citoyen proscrit de sa
Patrie . Cette variation auroit de quoi surpren
dre , si l'on n'en voyoit pas le principe dans le
projet que l'Empereur a formé d'offenser S. M.
dans la personne d'un Prince qui lui est cher , er
de se rendre le dispenrateur des Couronnes.
La République de Pologne n'a point de pré-
10gative plus précieuse que celle de disposer de
son Throne , attribut éminent de sa liberté , et
pour la conservation duquel on l'a vu verser son
sang. L'Empereur a voulu y donner atteinte ; il
n'a pas craint de marquer et le Prince qu'il vou
Toit exclure , et celui qu'il vouloit porter sur le
Throne. Il a entrepris de prononcer sans autho
rité , sur ce qui s'étoit passé dans l'intérieur de
la République au sujet de la premiere Election du
Roy de Pologne , il a décidé en Legislateur sou
verain des Loix qui doivent subsister en Pologne,
et des fondemens de la liberté qu'il a voulu ren-.
verser. Le seul menagement qu'il a cû pour elle ,
a été de déguiser ses entreprises sous les appa
rences
OCTOBRE . 1733. 2273
rences d'une protection trompeuse , et sous le
voile d'un prétendu Traité que le tumulte des
armes enfanta avec précipitation , et que la Republique
rendue à elle- même n'a pas crû devoir
suivre .
1
L'Empereur et la Czarine se sont toujours expliquez
à la République , comme on parle à un
Royaume tributaire , ou à une Nation subjugée .
Leurs menaces ont été accompagnées de la marche
de leurs Troupes jusques sur les Frontieres
P'armée Moscovite est entrée en Pologne . afin
de remplir ses engagemens avec l'Empereur , dans
le temps même de l'Election , dans la vue et pour
étouffer par le bruit des armes les Loix et les suf
frages de la République .
Cependant la Nation Polonoise a délibéré sur
l'Election de son Roy , avec cette tranquillité
que la justice seule peut inspirer au milieu des
dangers . Les voeux de la République avoient prévenu
le retour du Roy de Pologne , sa presence
a réuni les esprits , le Champ d'Election n'a retenti
que d'une voix en sa faveur , et cette déliberation
a été consommée avec une unanimité
dont on n'a pas vû d'exemple dans les Faftes de
la Pologne.
C'est cette unanimité qui devoit imposer un
silence eternel à ses Ennemis , puisqu'elle annonçoit
la volonté du Maître des Rois ; et c'est cependant
ce qui les détermine à se porter aux derniers
excès. Le comble est mis à la violence ; l'ar-'
mée Moscovite,par le concert des Alliez,s'avance
vers Varsovie ; les Troupes de l'Empereur et
de l'Electeur de Saxe sont prêtes à marcher sur
les mêmes traces , si les armes Moscovites ne
suffisent pas pour accabler un Peuple libre , qui
reclame ses droits les plus incontestables , et le
glorieux usage de sa liberté.
•
2174 MERCURE DE FRANCE
Que les Cours de Vienne et de Russie cessent
d'usurper l'auguste titre de Protecteurs de lo Pologne
: A ce titre même auroient - elles le droit
d'ouvrir et de fermer les Barrieres qui deffendent
l'accès du Throne vacant ? Ce n'est point e
touffant les droits d'une Nation , qu'on merite
le nom de son Protecteur , mais en la deffendant
contre ceux qui la voudroient opprimer.Le Roy
en avoit donné l'exemple à l'Empereur : Il no
craint point d'en prendre à témoin la Républi
que même et toute l'Europe : Quoique S. M.
dut souhaiter le rétablissement d'un Prince que
la France avoit reçu dans ses malheurs , et qui
lui est uni par les liens les plus sacrez , Elle n'a
rien exigé des Polonois , persuadée qu'il n'ap
partient qu'à la Nation Polonoise de rappeller
un Prince que les malheurs des temps avoient
long- temps séparé d'elle. La Lettre i de S. M.
au Primat du... ne réspire que la juftice et la
paix : l'Europe y reconnoîtra la droiture des intentions
du Roy; elle y verra combien le Roy
est éloigné d'inspirer au Roy de Pologne des
sentimens opposez aux interêts de la Républi
que ; et que s'il a souhaité avec empressement le
rétablissement de ce Prince , c'est pour concou
rir avec lui à l'observation des Traitez qui interessent
la Pologne, et contribuer en même- temps
à la félicité et à la gloire de cette République
à la tranquillité du Nord .
Ce n'est donc point par des vues d'ambition
ou d'interêt que le Roy prend les armes . Contente
de posseder un Royaume florissant , et de
regner sur un Peuple fidelle , Sa Majesté ne cherthe
point à reculer les bornes de sa domination.
Cette Lettre est imprimée N. 4
Ex
OCTOBRE. 17337 2275
Envain l'Empereur , pour interesser l'Empire
dans ses projets , cherche - t - il à l'allarmer sur
les desseins qu'il attribuë faussement à Sa Marsté.
L'Empereur a voulu la guerre , qu'il a renue
necessaire en outrageant le Roy dans ce qui
doit être le plus sacré parmi les Souverains . S
M. se propose d'effacer jusques aux moindres
traces de l'outrage que la Cour de Vienne a cru
lui faire , et de soutenir l'honneur de la France.
D'aussi justes motifs redoubleront encore l'ar
deur des Troupes Françoises : Elles prennent les
armes avec empressement pour vanger leur
Roy, et pour empêcher d'illustres Alliez de succomber
sous les forces que l'Empereur a suscitées
contre eux.C'est au Dieu des armées à donner
la Victoire. Le Roy peut l'invoquer avec
confiance , et esperer que ses succès respondront
à sa modération , à sa patience et à la pureté de
ses sentimens.
E. 1s de ce mois , on distribua à l'Imprimerie
Royale , un imprimé , intitulé : Motifs
des Résolutions du Roy , dont voici la teneur.
LE ROY a donné depuis son avenement à la
Couronne , des preuves éclatantes de sa modération
et de son amour pour la Paix , peut- être
même pourroit-on lui imputer de les avoir portées
trop loin : Cependant il a préféré le repos et
la félicité de ses peuples , à la funeste ambition
d'étendre les Limites de son Empire. Mais la mo,"
dération a ses bornes comme les autres vertus , ét
l'Europe jouiroit encore d'une tranquillité profonde
, si lès Ennemis de la France n'avoient pas
G vj forcé
·
2263 MERCURE DE FRANCE
forcé Sa Majesté à prendre les armes pour def
fendre la dignité de sa Couronne , la gloire de
la Nation Françoise , l'honneur et la liberté de
la Pologne.
*
Depuis que le Thrône de Pologne a été va
cant , le Roy a constamment, respecté la liberte
Polonoise , il n'a rien cxigé d'un peuple libre , et
seul arbitre de son sort. La République elle- mê--
me a imploré son secours, elle a redoublé ses instances
, à mesure que ses allarmes croissoient ,
et qu'elle se voyoit environnée d'armées ennemies
; elle a cherché dans l'équité et dans les for,
ces de Sa Majesté , un azyle toujours ouvert aux
Puissances qui sont menacées d'être opprimées,
Le Roy, a l'exemple de ses Ancêtres , a assuré sa
protection à la Pologne , il l'a déclaré 1 à tous
fes Souverains, mais dans, les termes les plus mesurez
, et avec cette modération digne des grands .
Princes. Il a même , dès les premiers momens.
fait connoître à la Cour de Vienne ce qui pou
voit seul prévenir les troubles en Europe ; et tou--
tes les démarches qu'il a faites depuis , sont autant
de monumens illustres de son amour pour
le maintien de la tranquillité publique..
Une conduite aussi sage n'a pas empêché la
Cour de Vienne , d'éclater contre un Prince né
dans le sein de la Pologne , et attaché au Roy
par des liens aussi étroits. Cette Cour encoura
gée par tant de mesures antérieures , favorables
a ses projets particuliers, a prodigué pour répondre
2 à la déclaration de Sa Majesté , les termes
les plus offensans , et qui devroient être inconnus
entre Princes que leurs Sceptres rendent égaux.Le
Roy n'est point sorti des bornes que sa sagesse
1. Cette declaration est imprimée N. 1.
2.Cette réponse est imprimée N. a.
lui
OCTOBRE 135 2269
lui avoit prefcrites : Il ne s'est point pressé de
tirer la vengeance que demandoit une insulte qui
lui devenoit personnelle ; et si les préparatifs necessaires
ont annoncé son juste ressentiment , il
en a suspendu les effets jusqu'au moment où il
ne lui a plus été possible de conserver la paix
sans blesser la dignité de sa Couronne , et l'honneur
de son Sang..
Peut-on douter que l'interêt personnel de l'Empereur
n'ait décidé de sa conduite , et n'ait dé◄
terminé les engagemens qu'il avoit pris pour dis
poser d'une Couronne indépendante de l'Empi
re , et qui n'étoit pas même encore vacante ID
prétendoit exclure également le Roy. Stanislaa
par le seul motif de ses liaisons avec la Francel'Electeur
de Saxe , parce qu'il paroissoit alors
avoir des interêts opposez à ceux de la Maison
d'Autriche. La mort du Roy Auguste a donné
lieu à de nouveaux projets : Cet Electeur s'est
hâté d'entrer dans toutes les vûës de l'Empereur,
et dès- lors il a cessé de mériter l'exclusion que
çe Prince et la Czarine lui avoient donnée . Cette
exclusion a été levée ; l'on a promis par un nou
veau Traité , d'élever l'Electeur de Saxe sur le
Thrône de Pologne , et les Troupes ennemies se
sont rapprochées de la République , pour la forcer
à souscrire à ces arrangemens ..
Les Polonois ont crú necessaire à leur liberté ,
d'exclure tout Prince étranger de la Couronne
qui étoit vacante. Cette exclusion a été pronon
cée par la Dictte de convocation , et elle a para
si essentielle , qu'elle a été affermie par un serment
solemnel. La Cour de Vienne a voulu franchir
cette nouvelle Barriere ; il n'est rien qu'elle
n'ait tenté pour procurer l'absolution de ce ser
ment ; comme si les interêts , et les projets sans
bor2270
MERCURE DE FRANCE
bornes ; de la Maison d'Autriche , devoient dé
cider d'un engagement, consacré par la Religion.
L'Empereur a redoublé ses efforts ; il avoit annoncé:
Qu'il ne permettroit jamais que Scanis-
» las remontât sur le Throne , sous prétexee de
sa premiere Election , ou de quelqu'autre ma-
» niere que ce fut. Ses Ministres près de la République
ont agi dans une parfaite intelligence
avec ceux de Saxe et de Moscovie ; il ont même
fait trophée de leur union, ils l'ont publiée avec
éclat à Warsovie ; toutes leurs déclarations ont
été faites dans le même esprit , mêmes insultes
au Roy de Pologne , mêmes ordres à la Répu
blique ; les menaces , les intrigues , les supposi
tions les plus calomnieuses, la marche des Troupes
, tout a été concerté entr'eux , tout leur a été
commun. Les Ministres de Saxe et de Moscovie,
fors de l'Election , se sont retirez chez celui de
l'Empereur ; et afin qu'il ne restår plus aucun
doute de leur union , le Ministre de l'Empereur
s'est joint à celui de Moscovie , pour notifier pus
bliquement au Primat l'entrée des Moscovites en
Pologne , et pour montrer à la République as➡
semblée les Fers qu'on lui avoit préparez. 1
"
La Cour de Vienne a -t-elle pu penser en im
poser à l'Europe , et se flatter de dissiper l'oras
ge, en differant de faire entrer ses Troupes en Po
logne , lors même qu'elle détérminoit les Moscovites
à y faire une irruption ? Elle a esperé que
les armes des Moscovites suffiroient pour intimider
et asservir les Polonois et d'ailleurs les
Troupes Imperiales et Saxones'n'étoient- elles
pas toujours sur les Frontieres de la Pologne
prêtes à y entrer pour soutenir leur violence !
** Cette déclaration est imprimée Nutz& A
A
OCTOBR E. 1733. 2271
A tous ces traits , il est difficile de reconnof
tre l'aggresseur. Les Traitez, par lesquels l'Empereur
a voulu disposer en Maître absolu de la
Couronne de Pologne ; l'exclusion qu'il s'est ef-
' forcé de donner sans authorité et sans pouvoir,
à un Prince que ses vertus rendent digne du
Thrône ; les assurances données à l'Electeur de
Saxe, pour le récompenser de sa docilité; la marche
des Troupes Impériales , de concert avec
celles de Saxe et de Moscovie; l'hoftilité que les
Moscovites ont commise dans le temps même de :
l'Election , pour assûrer par la force des armes
l'execution des projets de l'Empereur; cette hostilité
approuvée , et même annoncée par son Mi--
nistre. Toute cette conduite sera à jamais un té---
moignage public que ce Prince est seul autheur
de la guerre ; qu'il a forcé le Roy à prendre les
armes , par l'outrage qu'il a voulu faire à S. M.
et par les violences exercées ou par lui , on de
-son aveu , contre la République de Pologne.
>
Si tous ces efforts ont été inutiles lors de l'E- -
lection , le Roy et le Royaume de Pologne en
sont uniquement redevables à celui à qui seul
appartient de disposer des Couronnes , et qui
tient en ses mains les coeurs des Peuples, comme
ceux des Rois. Le courage des Polonois les a af
franchis de la servitude dans laquelle la Cour
'de Vienne vouloit les précipiter ; mais le Roy
ne peut demander raison qu'à l'Empereur, de son
opposition au rétablissement du Roy de Pologne
, de ses déclarations injurieuses , répandues
dans toute l'Europe par les Ennemis qu'il a suscitez
à la France et à la Pologne qui ne désiroient
que la paix et la liberté , des conseils qu'il
a donnez à la Cour de Russie des esperances
dont il a flatté celle de Saxe ; enfin de tous less
efforts
»
2272 MERCURE DE FRANCE
1
afforts qu'il fait encore pour soûtenir ses premiers
projets.
Envain la Cour de Vienne espere de cacher ses
intrigues aux yeux de l'Europe. On retrouve par
tout ses conseils , ses principes , ses expressions
indécentes , ses desseins formez contre la liberté
Polonoise.
›
Le Prince respectable contre lequel l'Empereur
s'éleve , est le même en qui la plus grande partie
des Souverains de l'Europe , et nommément
P'Empereur Joseph avoient reconnu le sacré
caractere de la Rayauté . L'alliance que le Roy
Stanislas avoit contractée avec le Roy , a changé
les dispositions et le langage de la Cour de Vienne
: Ce Prince est devenu dèslors,selon l'expics
sion des Alliez , un Citoyen proscrit de sa
Patrie . Cette variation auroit de quoi surpren
dre , si l'on n'en voyoit pas le principe dans le
projet que l'Empereur a formé d'offenser S. M.
dans la personne d'un Prince qui lui est cher , er
de se rendre le dispenrateur des Couronnes.
La République de Pologne n'a point de pré-
10gative plus précieuse que celle de disposer de
son Throne , attribut éminent de sa liberté , et
pour la conservation duquel on l'a vu verser son
sang. L'Empereur a voulu y donner atteinte ; il
n'a pas craint de marquer et le Prince qu'il vou
Toit exclure , et celui qu'il vouloit porter sur le
Throne. Il a entrepris de prononcer sans autho
rité , sur ce qui s'étoit passé dans l'intérieur de
la République au sujet de la premiere Election du
Roy de Pologne , il a décidé en Legislateur sou
verain des Loix qui doivent subsister en Pologne,
et des fondemens de la liberté qu'il a voulu ren-.
verser. Le seul menagement qu'il a cû pour elle ,
a été de déguiser ses entreprises sous les appa
rences
OCTOBRE . 1733. 2273
rences d'une protection trompeuse , et sous le
voile d'un prétendu Traité que le tumulte des
armes enfanta avec précipitation , et que la Republique
rendue à elle- même n'a pas crû devoir
suivre .
1
L'Empereur et la Czarine se sont toujours expliquez
à la République , comme on parle à un
Royaume tributaire , ou à une Nation subjugée .
Leurs menaces ont été accompagnées de la marche
de leurs Troupes jusques sur les Frontieres
P'armée Moscovite est entrée en Pologne . afin
de remplir ses engagemens avec l'Empereur , dans
le temps même de l'Election , dans la vue et pour
étouffer par le bruit des armes les Loix et les suf
frages de la République .
Cependant la Nation Polonoise a délibéré sur
l'Election de son Roy , avec cette tranquillité
que la justice seule peut inspirer au milieu des
dangers . Les voeux de la République avoient prévenu
le retour du Roy de Pologne , sa presence
a réuni les esprits , le Champ d'Election n'a retenti
que d'une voix en sa faveur , et cette déliberation
a été consommée avec une unanimité
dont on n'a pas vû d'exemple dans les Faftes de
la Pologne.
C'est cette unanimité qui devoit imposer un
silence eternel à ses Ennemis , puisqu'elle annonçoit
la volonté du Maître des Rois ; et c'est cependant
ce qui les détermine à se porter aux derniers
excès. Le comble est mis à la violence ; l'ar-'
mée Moscovite,par le concert des Alliez,s'avance
vers Varsovie ; les Troupes de l'Empereur et
de l'Electeur de Saxe sont prêtes à marcher sur
les mêmes traces , si les armes Moscovites ne
suffisent pas pour accabler un Peuple libre , qui
reclame ses droits les plus incontestables , et le
glorieux usage de sa liberté.
•
2174 MERCURE DE FRANCE
Que les Cours de Vienne et de Russie cessent
d'usurper l'auguste titre de Protecteurs de lo Pologne
: A ce titre même auroient - elles le droit
d'ouvrir et de fermer les Barrieres qui deffendent
l'accès du Throne vacant ? Ce n'est point e
touffant les droits d'une Nation , qu'on merite
le nom de son Protecteur , mais en la deffendant
contre ceux qui la voudroient opprimer.Le Roy
en avoit donné l'exemple à l'Empereur : Il no
craint point d'en prendre à témoin la Républi
que même et toute l'Europe : Quoique S. M.
dut souhaiter le rétablissement d'un Prince que
la France avoit reçu dans ses malheurs , et qui
lui est uni par les liens les plus sacrez , Elle n'a
rien exigé des Polonois , persuadée qu'il n'ap
partient qu'à la Nation Polonoise de rappeller
un Prince que les malheurs des temps avoient
long- temps séparé d'elle. La Lettre i de S. M.
au Primat du... ne réspire que la juftice et la
paix : l'Europe y reconnoîtra la droiture des intentions
du Roy; elle y verra combien le Roy
est éloigné d'inspirer au Roy de Pologne des
sentimens opposez aux interêts de la Républi
que ; et que s'il a souhaité avec empressement le
rétablissement de ce Prince , c'est pour concou
rir avec lui à l'observation des Traitez qui interessent
la Pologne, et contribuer en même- temps
à la félicité et à la gloire de cette République
à la tranquillité du Nord .
Ce n'est donc point par des vues d'ambition
ou d'interêt que le Roy prend les armes . Contente
de posseder un Royaume florissant , et de
regner sur un Peuple fidelle , Sa Majesté ne cherthe
point à reculer les bornes de sa domination.
Cette Lettre est imprimée N. 4
Ex
OCTOBRE. 17337 2275
Envain l'Empereur , pour interesser l'Empire
dans ses projets , cherche - t - il à l'allarmer sur
les desseins qu'il attribuë faussement à Sa Marsté.
L'Empereur a voulu la guerre , qu'il a renue
necessaire en outrageant le Roy dans ce qui
doit être le plus sacré parmi les Souverains . S
M. se propose d'effacer jusques aux moindres
traces de l'outrage que la Cour de Vienne a cru
lui faire , et de soutenir l'honneur de la France.
D'aussi justes motifs redoubleront encore l'ar
deur des Troupes Françoises : Elles prennent les
armes avec empressement pour vanger leur
Roy, et pour empêcher d'illustres Alliez de succomber
sous les forces que l'Empereur a suscitées
contre eux.C'est au Dieu des armées à donner
la Victoire. Le Roy peut l'invoquer avec
confiance , et esperer que ses succès respondront
à sa modération , à sa patience et à la pureté de
ses sentimens.
Fermer
Résumé : Motifs des Résolutions du Roy, &c. [titre d'après la table]
En octobre 1733, un imprimé intitulé 'Motifs des Résolutions du Roy' est distribué à l'Imprimerie Royale. Le roi de France y expose sa modération et son amour pour la paix, tout en soulignant que les ennemis de la France l'ont contraint à prendre les armes. Cette décision vise à défendre la dignité de sa couronne, la gloire de la nation française, ainsi que l'honneur et la liberté de la Pologne. Depuis la vacance du trône de Pologne, le roi a respecté la liberté polonaise et a protégé la Pologne face aux menaces extérieures. Cependant, la Cour de Vienne, encouragée par des mesures favorables à ses projets, a adopté des termes offensants et a incité des troupes ennemies à menacer la Pologne. Le roi de France a suspendu ses préparatifs de vengeance jusqu'à ce qu'il ne puisse plus conserver la paix sans blesser sa dignité. L'Empereur et la Czarine ont tenté d'imposer leurs choix pour le trône de Pologne, malgré les serments et les lois polonaises. Les troupes moscovites, saxonnes et impériales ont menacé et envahi la Pologne pour imposer leurs projets. Le roi de France affirme que ces actions sont la preuve que l'Empereur est l'agresseur et que la France ne cherche pas à étendre son empire mais à défendre la liberté et la paix. Les troupes françaises sont déterminées à défendre l'honneur de la France et à soutenir leur roi. Elles prennent les armes avec empressement pour venger leur souverain et protéger leurs alliés illustres menacés par les forces de l'empereur. La victoire est confiée au 'Dieu des armées'. Le roi peut invoquer ce divin soutien avec confiance, espérant que ses succès refléteront sa modération, sa patience et la pureté de ses sentiments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
220
p. 2285-2287
Siége du Fort de Kehl, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Comte de Charolois, frere puîné du Duc de Bourbon, qui a fait ses premieres armes dans [...]
Mots clefs :
Comte, Prince, Roi, Armée, Maréchal, Régiment, Compagnies, Siège de Kehl
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Siége du Fort de Kehl, &c. [titre d'après la table]
Le Comte de Charolois , frere puîné du Duc
de Bourbon , qui a fait ses premieres armes dans
l'Arhée de l'Empereur , au dernier Siege de Belgrade
, et qui combattit auprès du Prince Eugêne
de Savoye, à la défaite de l'Armée Ottomane,
prit congé du Roy à Fontainebleau le 15. de
ce mois,et partit quelques jours après pour l'Ar- `
mée d'Allemagne.
Le Comte de Clermont , le plus jeune des
Princes de la Maison de Condé , ayant demandé
au Roy la permission de servir , et S. M. après
avoir loué son zele , n'y trouvant d'obstacle que
ses engagemens dans l'Etat Ecclesiastique , ce
Prince a obtenu du Pape un Bref par lequel S. S.
lui permet de porter les armes contre les Ennemis
du Roy et de posseder ses Abbayes . S. A. S.
partit le 15. de ce mois pour l'Allemagne.
Le Prince de Conti partit de Paris au commencement
de ce mois , pour aller servir dans
F'Armée d'Allemagne. Il fut reçû , ainsi que les
autres Princes du Sang , dans toutes les Villes et
les Places de guerre où il passa , avec les honneurs
dûs aux Princes de leur sang.
Le Prince de Dombes et le Comte d'Eu , fils
du Duc du Maine , sont partis aussi au commencement
de ce mois pour l'Armée d'Allemagne.,
Ces Princes firent la Campagne de Belgrade en
Hongrie , sous le Prince , en 17
Le 13. Octobre , les Troupes du Roy , commandées
par le Comte de Bellisle , entrerent dans
Nancy par la Porte N. Dame S.M. avoit envoyé
à la Duchesse de Lorraine , quelques jours auparavant
M. de Verneuil, Secretaire du Cabinet,,
pour lui faire connoître que dans les circonstances
présentes , elle ne pourroit se dispenser de
s'assurer de cette Place , pour ôter à ses enne-
Hij
mis
2286 MERCURE DE FRANCE
mis les moyens de s'en emparer. Il avoit cu ordre
au surplus d'assurer S. A. R. que l'intention
du Roy n'étoit pas de rien entreprendre sur fon
autorité ni sur celle du Duc son fils , qui continuëroit
de jouir de tous les droits de Souveraineté
dans l'étendue de ses Etats.
Le 12. de ce mois , le Maréchal de Berwick
commanda 20. Compagnies de Grenadiers et
2000. Fusiliers , sous les ordres du Marquis de
Dreux , Lieutenant General , et du Chevalier de
Givry , Maréchal de Camp , pour passer le Rhin
sur le Pont de Bateaux qu'il avoit fait jetter audessous
de Strasbourg. Ce Détachement passa
près du Village d'Avenheim , et il fut suivi le
13. de toute l'Armée , qui acheva de passer le
Rhin le 14. de ce mois sur le Pont qu'on avoit
construit au-dessous du Fort de Kehl ; cette Place
fit aussi-tôt investie ; on travailla les jours suivans
à établir les quartiers de l'Armée et à prépa
rer tout ce qui étoit nécessaire pour le Siege.
Le Quartier general fut établi au Village de
Sundheim ; la droite fut appuyée au Village de
Golthschir, qui couvre un second Pont , jetté sur :
le haut-Rhin , et la gauche à celui d'Audenheim.
La nuit du 19. au 20. la tranchée fut ouverte
sous les ordres du Marquis de Puysegur , Lieutenant
general des Armées du Roy , de M. de la
Billarderie , Maréchal de Camp , et du Marquis
d'Houdetot , Brigadier ; les 2000. Travailleurs
commandez pour la Tranchée , furent soutenus
par les trois Bataillons du Régiment de Navarre,
par les trois Compagnies de Grenadiers du Régiment
de la Marine , deux de celui de Richelieu ,
et une du Régiment de Bourbonnois ; par un
Détachement de 100. Gendarmes , et par 450.
Cavaliers ou Dragons à pied. Pendant cette nuit
82
OCTOBRE. 1733 2237
én forma une premiere parallele entre le Rhin
er la Schoutre , et on poussà trois boyaux en
avant sur les Capitales du front de l'Ouvrage
Corne.
La nuit du 20. au 21. le Duc de Noailles .
Lieutenant General , le Chevalier de Givri , Maréchal
de Camp et M. de Gensac , Brigadier , releverent
la Tranchée avec 1000. Travailleurs ',
les trois Bataillons du Régiment de Piémont ,
six Compagnies de Grenadiers des Régimens de
Bourbonnois , de Tallard , de Royal et de Pons,
100, Gendarmes et 410. Cavaliers ou Dragons
à pied. Pendant cette nuit et la précédente , on
fit 2500. toises d'ouvrage .
Le lendemain la tranchée fut relevée par le
Prince de Tingry , Lieutenant General , le Comte
de Guitaud , Maréchal de Camp , et le Comte
de Middelbourg , Brigadier , avec 1200. Travailleurs
, soutenus par les trois Bataillons du
Régiment de Normandie , par six Compagnies
de Grenadiers des Régimens Royal , de Lyonnois
, de Touraine et d'Artois , par un Détachement
de roo. Gendarmes , et par un de 450.
Cavaliers ou Dragons . Les Assiegez qui depuis
le commencement du Siege n'avoient point tiré ,
firent cette nuit un grand feu d'Artillerie et de
Mousqueterie , mais ils n'empêcherent pas nos
Troupes de se loger sur la Lunette avancée.
M. de Longeville , Ingénieur , fut tué cette nuit
là avec un Soldat , et il y en eut 6. de blessez .
Les derniers avis du Camp devant le Fort de
Kell , du 24. de ce mois , portent que la nuit
précedente on s'étoit logé dans les deux petites
contre-gardes , situées entre la Lunette avancée et
le demi Bastion de la droite de l'Ouvrage à Corne..
La suite pour le Mercure prochain.
de Bourbon , qui a fait ses premieres armes dans
l'Arhée de l'Empereur , au dernier Siege de Belgrade
, et qui combattit auprès du Prince Eugêne
de Savoye, à la défaite de l'Armée Ottomane,
prit congé du Roy à Fontainebleau le 15. de
ce mois,et partit quelques jours après pour l'Ar- `
mée d'Allemagne.
Le Comte de Clermont , le plus jeune des
Princes de la Maison de Condé , ayant demandé
au Roy la permission de servir , et S. M. après
avoir loué son zele , n'y trouvant d'obstacle que
ses engagemens dans l'Etat Ecclesiastique , ce
Prince a obtenu du Pape un Bref par lequel S. S.
lui permet de porter les armes contre les Ennemis
du Roy et de posseder ses Abbayes . S. A. S.
partit le 15. de ce mois pour l'Allemagne.
Le Prince de Conti partit de Paris au commencement
de ce mois , pour aller servir dans
F'Armée d'Allemagne. Il fut reçû , ainsi que les
autres Princes du Sang , dans toutes les Villes et
les Places de guerre où il passa , avec les honneurs
dûs aux Princes de leur sang.
Le Prince de Dombes et le Comte d'Eu , fils
du Duc du Maine , sont partis aussi au commencement
de ce mois pour l'Armée d'Allemagne.,
Ces Princes firent la Campagne de Belgrade en
Hongrie , sous le Prince , en 17
Le 13. Octobre , les Troupes du Roy , commandées
par le Comte de Bellisle , entrerent dans
Nancy par la Porte N. Dame S.M. avoit envoyé
à la Duchesse de Lorraine , quelques jours auparavant
M. de Verneuil, Secretaire du Cabinet,,
pour lui faire connoître que dans les circonstances
présentes , elle ne pourroit se dispenser de
s'assurer de cette Place , pour ôter à ses enne-
Hij
mis
2286 MERCURE DE FRANCE
mis les moyens de s'en emparer. Il avoit cu ordre
au surplus d'assurer S. A. R. que l'intention
du Roy n'étoit pas de rien entreprendre sur fon
autorité ni sur celle du Duc son fils , qui continuëroit
de jouir de tous les droits de Souveraineté
dans l'étendue de ses Etats.
Le 12. de ce mois , le Maréchal de Berwick
commanda 20. Compagnies de Grenadiers et
2000. Fusiliers , sous les ordres du Marquis de
Dreux , Lieutenant General , et du Chevalier de
Givry , Maréchal de Camp , pour passer le Rhin
sur le Pont de Bateaux qu'il avoit fait jetter audessous
de Strasbourg. Ce Détachement passa
près du Village d'Avenheim , et il fut suivi le
13. de toute l'Armée , qui acheva de passer le
Rhin le 14. de ce mois sur le Pont qu'on avoit
construit au-dessous du Fort de Kehl ; cette Place
fit aussi-tôt investie ; on travailla les jours suivans
à établir les quartiers de l'Armée et à prépa
rer tout ce qui étoit nécessaire pour le Siege.
Le Quartier general fut établi au Village de
Sundheim ; la droite fut appuyée au Village de
Golthschir, qui couvre un second Pont , jetté sur :
le haut-Rhin , et la gauche à celui d'Audenheim.
La nuit du 19. au 20. la tranchée fut ouverte
sous les ordres du Marquis de Puysegur , Lieutenant
general des Armées du Roy , de M. de la
Billarderie , Maréchal de Camp , et du Marquis
d'Houdetot , Brigadier ; les 2000. Travailleurs
commandez pour la Tranchée , furent soutenus
par les trois Bataillons du Régiment de Navarre,
par les trois Compagnies de Grenadiers du Régiment
de la Marine , deux de celui de Richelieu ,
et une du Régiment de Bourbonnois ; par un
Détachement de 100. Gendarmes , et par 450.
Cavaliers ou Dragons à pied. Pendant cette nuit
82
OCTOBRE. 1733 2237
én forma une premiere parallele entre le Rhin
er la Schoutre , et on poussà trois boyaux en
avant sur les Capitales du front de l'Ouvrage
Corne.
La nuit du 20. au 21. le Duc de Noailles .
Lieutenant General , le Chevalier de Givri , Maréchal
de Camp et M. de Gensac , Brigadier , releverent
la Tranchée avec 1000. Travailleurs ',
les trois Bataillons du Régiment de Piémont ,
six Compagnies de Grenadiers des Régimens de
Bourbonnois , de Tallard , de Royal et de Pons,
100, Gendarmes et 410. Cavaliers ou Dragons
à pied. Pendant cette nuit et la précédente , on
fit 2500. toises d'ouvrage .
Le lendemain la tranchée fut relevée par le
Prince de Tingry , Lieutenant General , le Comte
de Guitaud , Maréchal de Camp , et le Comte
de Middelbourg , Brigadier , avec 1200. Travailleurs
, soutenus par les trois Bataillons du
Régiment de Normandie , par six Compagnies
de Grenadiers des Régimens Royal , de Lyonnois
, de Touraine et d'Artois , par un Détachement
de roo. Gendarmes , et par un de 450.
Cavaliers ou Dragons . Les Assiegez qui depuis
le commencement du Siege n'avoient point tiré ,
firent cette nuit un grand feu d'Artillerie et de
Mousqueterie , mais ils n'empêcherent pas nos
Troupes de se loger sur la Lunette avancée.
M. de Longeville , Ingénieur , fut tué cette nuit
là avec un Soldat , et il y en eut 6. de blessez .
Les derniers avis du Camp devant le Fort de
Kell , du 24. de ce mois , portent que la nuit
précedente on s'étoit logé dans les deux petites
contre-gardes , situées entre la Lunette avancée et
le demi Bastion de la droite de l'Ouvrage à Corne..
La suite pour le Mercure prochain.
Fermer
Résumé : Siége du Fort de Kehl, &c. [titre d'après la table]
En octobre 1733, plusieurs princes français se préparèrent à rejoindre l'armée d'Allemagne. Le Comte de Charolois, frère du Duc de Bourbon, quitta Fontainebleau le 15 octobre pour se rendre en Allemagne. Le Comte de Clermont, le plus jeune des Princes de Condé, obtint une dispense papale pour servir militairement malgré ses engagements ecclésiastiques et partit également le 15 octobre. Le Prince de Conti, ainsi que le Prince de Dombes et le Comte d'Eu, fils du Duc du Maine, partirent au début du mois pour l'armée d'Allemagne. Ces princes avaient déjà participé à la campagne de Belgrade en Hongrie en 1717. Le 13 octobre, les troupes du Roi, commandées par le Comte de Bellisle, entrèrent dans Nancy. Le Roi avait envoyé M. de Verneuil informer la Duchesse de Lorraine que Nancy devait être sécurisée pour empêcher les ennemis de s'en emparer, tout en assurant que l'autorité du Duc de Lorraine et de son fils resterait intacte. Le 12 octobre, le Maréchal de Berwick ordonna à 20 compagnies de grenadiers et 2000 fusiliers de traverser le Rhin près de Strasbourg. L'armée entière passa le Rhin les 13 et 14 octobre et investit la place de Kehl. Les quartiers de l'armée furent établis, et les préparatifs pour le siège commencèrent. La tranchée fut ouverte la nuit du 19 au 20 octobre sous les ordres du Marquis de Puysegur et d'autres officiers. Les travaux se poursuivirent les nuits suivantes, malgré un feu intense des assiégés, qui tua M. de Longeville et blessa plusieurs soldats. Les dernières nouvelles du 24 octobre mentionnaient l'occupation de deux contre-gardes près de la lunette avancée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
221
p. 2508-2509
ARMÉE D'ITALIE.
Début :
Les Troupes du Roy qui s'étoient mises en marche depuis le 12 Octobre, pour passer [...]
Mots clefs :
Roi de Sardaigne, Troupes, Armée, Prince, Château, Marquis de Coigny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARMÉE D'ITALIE.
ARMEE D'ITALIE.
L
Es Troupes du Roy qui s'étoient mises en
marche depuis le 12 Octobre , pour passer
les Alpes par Briançon , par la Vallée de Barce-
Jonnette et par la Savoye , s'étant assemblées .
sous Verceil et sous Mortare , elles joignirent les
Troupes du Roy de Sardaigne. Ce Prince partit
de Turin le 29 du mois dernier pour aller se
mettre à la tête de l'Armée . Il arriva le même:
jour à Vigevano , où les Troupes du Roy et les
siennes s'étoient renduës .
Ce Prince après avoir détaché deux Corps de
Troupes pour aller former le Blocus de Tortonne
et celui de Novarre , se disposoit à marcher
avec l'Armée pour investir Pavie , lorsque les
Députez de cette Ville vinrent lui en apporter les
Clefs et celles du Château. Le Marquis d'Aix que
le Roy de Sardaigne a choisi pour commander
dans cette Place , a trouvé que les trois Bataillons
des Troupes de l'Empereur qui en sont sorzis
, y ont laissé 35 Piéces de Canon et 300 milliers.
NOVEMBRE. 1733 2.509.
liers de Poudre,avec beaucoup d'autres munitions.
de guerre.
Le Roy de Sardaigne s'étant avancé vers Pavie
,y a reçu le 4 de ce mois la députation du
Sénat et de la Ville de Milan, et il a commandé
le Marquis de Coigny , Lieutenant General des .
Armées du Roy , avec 9000 hommes pour s'assurer
de cette Place , et pour former le Blocus du
Château.
L'Armée devoit séjourner à Pavie les de ce
mois , et le Roy de Sardaigne comptoit s'avancer
le lendemain sur l'Adda , pour aller à Pizzi
ghitonne.
Le Maréchal Duc de Villars arriva à Turin ,,
le 6 de ce mois ; le lendemain il eut l'honneur de
rendre ses respects à la Reine de Sardaigne , et au
Duc de Savoye , et il partit le 9 , pour se rendre à
l'Armée , qu'il comptoit joindre le 11 , à Pizzighitone..
Suivant les dernieres nouvelles reçuës, de KArmée
, le Roy de Sardaigne devoit partir de Pa
vie le 7, pour marcher à Pizzighitone . Ce Prince
avoit envoyé ordre au Marquis de Coigny
Lieutenant General , de laisser à Milan une partie
des Troupes qu'il avoit pour former le Blo ..
cus du Château , et d'aller le 6 avec s Bataillons
ets Escadrons occuper Lodi , où le Duc d'Harcourt
, Marêchal de Camp , à la tête de 12 Es
cadrons , avoit eu ordre de se rendre.
L
Es Troupes du Roy qui s'étoient mises en
marche depuis le 12 Octobre , pour passer
les Alpes par Briançon , par la Vallée de Barce-
Jonnette et par la Savoye , s'étant assemblées .
sous Verceil et sous Mortare , elles joignirent les
Troupes du Roy de Sardaigne. Ce Prince partit
de Turin le 29 du mois dernier pour aller se
mettre à la tête de l'Armée . Il arriva le même:
jour à Vigevano , où les Troupes du Roy et les
siennes s'étoient renduës .
Ce Prince après avoir détaché deux Corps de
Troupes pour aller former le Blocus de Tortonne
et celui de Novarre , se disposoit à marcher
avec l'Armée pour investir Pavie , lorsque les
Députez de cette Ville vinrent lui en apporter les
Clefs et celles du Château. Le Marquis d'Aix que
le Roy de Sardaigne a choisi pour commander
dans cette Place , a trouvé que les trois Bataillons
des Troupes de l'Empereur qui en sont sorzis
, y ont laissé 35 Piéces de Canon et 300 milliers.
NOVEMBRE. 1733 2.509.
liers de Poudre,avec beaucoup d'autres munitions.
de guerre.
Le Roy de Sardaigne s'étant avancé vers Pavie
,y a reçu le 4 de ce mois la députation du
Sénat et de la Ville de Milan, et il a commandé
le Marquis de Coigny , Lieutenant General des .
Armées du Roy , avec 9000 hommes pour s'assurer
de cette Place , et pour former le Blocus du
Château.
L'Armée devoit séjourner à Pavie les de ce
mois , et le Roy de Sardaigne comptoit s'avancer
le lendemain sur l'Adda , pour aller à Pizzi
ghitonne.
Le Maréchal Duc de Villars arriva à Turin ,,
le 6 de ce mois ; le lendemain il eut l'honneur de
rendre ses respects à la Reine de Sardaigne , et au
Duc de Savoye , et il partit le 9 , pour se rendre à
l'Armée , qu'il comptoit joindre le 11 , à Pizzighitone..
Suivant les dernieres nouvelles reçuës, de KArmée
, le Roy de Sardaigne devoit partir de Pa
vie le 7, pour marcher à Pizzighitone . Ce Prince
avoit envoyé ordre au Marquis de Coigny
Lieutenant General , de laisser à Milan une partie
des Troupes qu'il avoit pour former le Blo ..
cus du Château , et d'aller le 6 avec s Bataillons
ets Escadrons occuper Lodi , où le Duc d'Harcourt
, Marêchal de Camp , à la tête de 12 Es
cadrons , avoit eu ordre de se rendre.
Fermer
Résumé : ARMÉE D'ITALIE.
En octobre 1733, les troupes françaises traversèrent les Alpes et se rassemblèrent à Vercelli et Mortara, rejoignant les forces du roi de Sardaigne à Vigevano le 29 octobre. Elles bloquèrent Tortonne et Novarre avant de marcher sur Pavie, qui se rendit sans combat. Le marquis d'Aix fut nommé commandant de Pavie, où il trouva des munitions laissées par les troupes impériales. Le 4 novembre, le roi de Sardaigne reçut la députation de Milan à Pavie et ordonna au marquis de Coigny de sécuriser Milan avec 9 000 hommes. L'armée prévoyait d'avancer sur l'Adda le 6 novembre vers Pizzighettone. Le maréchal duc de Villars arriva à Turin le 6 novembre, rencontra la reine de Sardaigne et le duc de Savoie, puis rejoignit l'armée à Pizzighettone le 9 novembre. Le roi de Sardaigne quitta Pavie le 7 novembre pour Pizzighettone, laissant des troupes à Milan et Lodi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
222
p. 2515-2516
« Le Comte de Charolois, le Comte de Clermont, le Prince de Conti, le [...] »
Début :
Le Comte de Charolois, le Comte de Clermont, le Prince de Conti, le [...]
Mots clefs :
Concert, Comte, Prince, Fontainebleau, Chanter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Comte de Charolois, le Comte de Clermont, le Prince de Conti, le [...] »
E Comte de Charolois , le Comte
de Clermont , le Prince de Conti , le
Prince de Dombes et le Comte d'Eu qui
étoient à l'armée d'Allemagne , sont arrivez
à Fontainebleau.
Le Roy a donné à l'Abbé Dandelot la
place d'Aumônier de S. M. vacante par
la nomination de l'Abbé de Choiseul à
l'Evêché de Châlons sur Marne.
S. M. a nommé Ministres d'Etat le
Maroshal Duc d'Estrées , et le Duc d'Antin.
Le Roy et la Reine partirent de Fontainebleau
le 24 de ce mois , après midi.
leurs Majestez allerent coucher au Chareau
de Petit- Bourg, d'où elles arriverent
le 26 au soir à Versailles.
Le premier de ce mois , Fête de la
Toussaints , il y eut Concert Spirituel au
Château des Tuilleries , On y chanta
l'Exurgat Deus , Motet de M. de la Lan
de
2515 MERCURE DE FRANCE
de , qui fut suivi d'un autre à deux voix ,
chiné avec beaucoup de précision par
les Dlles Errement et Petit-Pas;il est de la
composition du Sr le Maire.
Le Sr Jéliot en chanta un autre à voix
seule , du St Mouret qui fut fort applaudi
par une tres nombreuse assemblée.Le
Concert fut terminé par le Dominus regnavit
, précédé de differens Concerto,tresbien
exécutez.
$
Le 2 , il y eut Concert François , on y
exécuta la Chasse du Cerf. Divertissement
du Sr Morin. La Dlle Petitpas chanta le
Rôle de Diane , avec beaucoup d'applaudissement
, et le Sr Cuvilier , différents
Récits qui firent beaucoup de plaisir . Le
Concert finit par le De profundis , de M.de
la Lande , à cause de la Fête des Morts ,
lequel fut précédé d'un Carrillon func
bre , exécuté
par toute la Symphonic.
de Clermont , le Prince de Conti , le
Prince de Dombes et le Comte d'Eu qui
étoient à l'armée d'Allemagne , sont arrivez
à Fontainebleau.
Le Roy a donné à l'Abbé Dandelot la
place d'Aumônier de S. M. vacante par
la nomination de l'Abbé de Choiseul à
l'Evêché de Châlons sur Marne.
S. M. a nommé Ministres d'Etat le
Maroshal Duc d'Estrées , et le Duc d'Antin.
Le Roy et la Reine partirent de Fontainebleau
le 24 de ce mois , après midi.
leurs Majestez allerent coucher au Chareau
de Petit- Bourg, d'où elles arriverent
le 26 au soir à Versailles.
Le premier de ce mois , Fête de la
Toussaints , il y eut Concert Spirituel au
Château des Tuilleries , On y chanta
l'Exurgat Deus , Motet de M. de la Lan
de
2515 MERCURE DE FRANCE
de , qui fut suivi d'un autre à deux voix ,
chiné avec beaucoup de précision par
les Dlles Errement et Petit-Pas;il est de la
composition du Sr le Maire.
Le Sr Jéliot en chanta un autre à voix
seule , du St Mouret qui fut fort applaudi
par une tres nombreuse assemblée.Le
Concert fut terminé par le Dominus regnavit
, précédé de differens Concerto,tresbien
exécutez.
$
Le 2 , il y eut Concert François , on y
exécuta la Chasse du Cerf. Divertissement
du Sr Morin. La Dlle Petitpas chanta le
Rôle de Diane , avec beaucoup d'applaudissement
, et le Sr Cuvilier , différents
Récits qui firent beaucoup de plaisir . Le
Concert finit par le De profundis , de M.de
la Lande , à cause de la Fête des Morts ,
lequel fut précédé d'un Carrillon func
bre , exécuté
par toute la Symphonic.
Fermer
Résumé : « Le Comte de Charolois, le Comte de Clermont, le Prince de Conti, le [...] »
Au cours d'un mois, plusieurs nobles, dont le Comte de Charolois, le Comte de Clermont, le Prince de Conti, le Prince de Dombes et le Comte d'Eu, sont arrivés à Fontainebleau après avoir servi dans l'armée d'Allemagne. Le Roi a nommé l'Abbé Dandelot Aumônier de Sa Majesté, succédant à l'Abbé de Choiseul, promu à l'Évêché de Châlons-sur-Marne. Le Maréchal Duc d'Estrées et le Duc d'Antin ont été désignés Ministres d'État. Le Roi et la Reine ont quitté Fontainebleau le 24 du mois pour se rendre à Versailles, en passant par le Château de Petit-Bourg. Le 1er du mois, à l'occasion de la Toussaint, un Concert Spirituel a été organisé au Château des Tuileries, avec des œuvres de M. de la Lande, du Sr le Maire et du St Mouret. Le 2, un Concert Français a eu lieu, avec des performances de la Dlle Petitpas, du Sr Cuvilier et de M. de la Lande.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
223
p. 5-11
MEDAILLES de l'Empereur Gratien, sur lesquelles il est nommé AVGG AVG.
Début :
Tout le monde sçait les differentes explications que les Antiquaires [...]
Mots clefs :
Gratien, Médailles, Fils, Empereur, Prince, Famille, Temps, Médaille, Constantin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEDAILLES de l'Empereur Gratien, sur lesquelles il est nommé AVGG AVG.
MEDAILLES de l'Empereur Gratien
surlesquelles il estnommé AVGG AVG.
Out le monde sçait les differentes
Texplications que les Antiquaires
ont données aux Médailles de Gratien
qui ont pour Legende du côté de la tête
D. N GRATIANVS AVGG AVG. aussi sans
vouloir les repeter ici , je me contenterai
de dire que ceux qui ont expliqué les
Lettres AVGG AVG. qui su vent le nom du
Prince , par AVGVSTORVM AVGVSTVS.
me paroissent avoir donné dans la verible
leçon .
En effet cette explication se presente
d'elle- même la premiere à l'esprit , par
la
MERCURE DE FRANCE
la conformité qu'elle a avec l'usage constant
des Antiquaires , qui ont toujours
rendu l'AVGG des monumens anciens par
le plurier du mot AVGVSTVS . quand les
deux GG sont suivis , ainsi qu'ils le sont
dans les Médailles de Gratien ; car ceux
qui les ont crû separez se sont trompeż,
et ont pris pour des points certaines petites
queües , ou cedilles attachées à ces G
en cette maniere Ç . c'est ainsi du moins
qu'ils sont formez sur la Médaille de
Gratien que j'ai parmi les miennes .
1
Ces & à queue, pour le dire en passant,
ne sont pas rares sur les Monumens anciens
, on les y rencontre dans tous les
temps. J'ai une Médaille d'argent d'Auguste
, avec le Capricorne au revers où
le & du mot AVGVSTVS qui en fait la Légende
est de cette façon ; et l'on en voit
un pareil sur un poids du temps d'Honorius
qui étoit à M. Foucault , * enfin
ils sont ordinaires sur les Monnoyes Gottiques
, si l'on s'en rapporte à l'Alphabet
que Bouteroüe nous a donné dans ses
Recherches curieuses des Monnoyes de France.
Mais en approuvant qu'on lise sur la
Médaille de Gratien , Augustorum Augustus
, je ne sçaurois être du sentiment de
L'Antiquité du P. Montfaucon. Planche XIV.
du Tome III.
ceux
JANVIER 1734. 7
ceux qui expliquent ces termes par Augus
te qui domine sur d'autres Augustes , cela par
rapport à Valentinien le jeune et à
Théodose , dont Gratien avoit genereusement
consenti à recevoir le premier
pour Collegue et s'étoit associé le second.
Ce n'est pas qu'on ne rencontre assez
souvent des dénominations semblables.
prises dans le sens qu'on donne à celle
que j'examine ici ; et sans en chercher des
preuves ailleurs que dans les Médailles ,
quelques Rois des Parthes , d'Armenie
et du Bosphore sont appellez sur leurs
Médailles , Rois des Rois . BAZIA ENE
و
ΒΑΣΙΛΕΩΝ . ΑΡΣΑΚΟΥ . ΤΙΓΡΑΝΟΥΣ ,
APNAKOY . Mais ces titres fastueux , en
longtems avant eux et qui subsistent enusage
core aujourd'hui parmi les Rois de
l'Orient, ne conviennent gueres à un Prince
sage et modeste , tel
l'Histoire
que
nous represente Gratien ; aussi de toutes
les Explications de la Médaille de ce
Prince , celle - ci a été la moins suivie.
Je ne sçai si je me trompe , mais il
me semble que pour donner un sens convenable
à Augustorum Augustus , il ne
faut que sous-entendre le mot de Filius
ce qui voudra dire alors que Gratien Auguste
lui-même est fils de Peres Augustes.Les
noms de Parenté et d'alliance , comme
chacun
MERCURE DE FRANCE
chacun çait , sont assez souvent negli
gez sur les Médailles . Témoins ces exemples
ΚΑΙΣΑΡ . ΣΕΒΑΣΤΟΣ ΣΕΒΑΣΤΟΥ.
·
DOMITIA . AVGVSTA . IMP. DOMIT. CLEOPATRAE,
REGINAE REGVM FILIORVM REGVM.
où les noms de Fils, de Femme et de Mere
sont sous -entendus.
Ceci posé , il s'agit d'examiner ce qui
peut avoir engagé Gratien à prendre un
titre pareil. Ce Prince étoit fils d'un
Empereur , mais d'une famille nouvelle.
Son Grand- pere étoit un Soldat de fortune
qui s'étoit élevé par son mérite jusqu'à
commander les Armées d'Angleterre
, et avoit par ses emplois applani
à Valentinien son fils le chemin de l'Empire
, où il parvint après la mort de
Jovien. Quelque brillante que soit la
pourpre,Gratien en épousant Constantia ,
fille posthume de l'Empereur Constantius,
et la derniere de la maison de Constantin
sembloit encore en rehausser
l'éclat. La famille des Flaves étoit alors
ce qu'avoient été autrefois celles des Cesars
et des Antonins ; aimée , respectée ,
adorée même , le nom en étoit précieux,
aussi le premier soin de Jovien après
avoir été revêtu de la pourpre , fut de se
donner le nom de Flavius , pour persuader
en quelque maniere qu'il étoit de
?
cette
JANVIER 1734.
cette famille , à laquelle cependant il étoit
étranger ; son exemple fut suivi par Valentinien
son successeur ; et Gratien , રે
leur exemple , se trouve avec le même
nom dans quelques Inscriptions qu'on
peut voir dans les Mélanges de Spon . Les
Empereurs suivans encherirent encore
sur cet usage , en ajoutant à leur nom
celui de Constantin . D. N. HERACLIO.
CONST.
Gratien par son mariage justifioit le
nom de Flavius qu'il avoit pris ; il lui
devenoit propre ; et son alliance l'attachant
à tout ce que Rome reconnoissoit
alors de plus grand , il étoit naturel de
publier ces avantages. Pouvoit- il donc le
faire d'une maniere plus noble, plus juste,
er en même temps plus convenable au
Monument que nous examinons , qu'en
s'appellant par une espece d'antonomase
Fils des Augustes. Cette façon indeterminée
de s'exprimer avoit encore cela de
propre , qu'elle sembloit égaler la famille
de Gratien à celle de Constantin , et en
confondre , pour ainsi dire , la Noblesse
AVGG. AVG .
C'est donc à ce Mariage de Gratien
avec Constantia qu'il faut fixer l'époque
de la Médaille , l'an 375. de J. C. immédiatement
après la mort de Valentinien
B avant
MERCURE DE FRANCE.
avant que Gratien eut consenti à parta
ger l'Empire avec son Frere , et long
temps avant qu'il songeât à Théodose .
Dans cette Hypothese , il est aisé de
donner l'explication des revers qu'on
trouve aux Medailles de Gratien où il est
appellé AVGG. AVG. Ce Prince , quoique
déja Auguste , commence un nouveau
Regne à la mort de son Pere ; ce nouveau
Kegne reçoit un éclat considerable par
l'alliance que l'Empereur vient de contracter
, GLORIA. NOVI . SAECVLI . la gloire
en rejaillit sur les peuples , charmez de
voir , pour ainsi dire , renaître la famille
de Constantin, et les commander GLORIA
ROMANORVM. Rien n'assure davantage la
tranquillité des Etats , que les Enfans qui
naissent à ceux qui les gouvernent ; on
en espere de la nouvelle Imperatrice
SECVRITAS REIPVBLICAE. Enfin la Ville
de Rome comme la Capitale de l'Empire,
congratule son Empereur sur cet évenement
, VRBS ROMA.
On me demandera peut -être pourquoi
Gratien ne s'appella pas toujours Augustorum
Augustus , je réponds que ce titre
une fois connu devenoit inutile dans la
suite. Outre que Gratien ayant peu de
temps après consenti à recevoir pour
Collégué son jeune Frere , il ne devoit
plus
JANVIER . 1734. 17
plus y avoir de différence dans les titres
de ces deux Augustes , qui devant être
égaux , ne pouvoient en prendre aucun
de distingué, quelque légitime qu'il fut,
qui ne devint en quelque façon injurieux
à l'autre.
A Orleans , ce 30.
Avril 1733 .
surlesquelles il estnommé AVGG AVG.
Out le monde sçait les differentes
Texplications que les Antiquaires
ont données aux Médailles de Gratien
qui ont pour Legende du côté de la tête
D. N GRATIANVS AVGG AVG. aussi sans
vouloir les repeter ici , je me contenterai
de dire que ceux qui ont expliqué les
Lettres AVGG AVG. qui su vent le nom du
Prince , par AVGVSTORVM AVGVSTVS.
me paroissent avoir donné dans la verible
leçon .
En effet cette explication se presente
d'elle- même la premiere à l'esprit , par
la
MERCURE DE FRANCE
la conformité qu'elle a avec l'usage constant
des Antiquaires , qui ont toujours
rendu l'AVGG des monumens anciens par
le plurier du mot AVGVSTVS . quand les
deux GG sont suivis , ainsi qu'ils le sont
dans les Médailles de Gratien ; car ceux
qui les ont crû separez se sont trompeż,
et ont pris pour des points certaines petites
queües , ou cedilles attachées à ces G
en cette maniere Ç . c'est ainsi du moins
qu'ils sont formez sur la Médaille de
Gratien que j'ai parmi les miennes .
1
Ces & à queue, pour le dire en passant,
ne sont pas rares sur les Monumens anciens
, on les y rencontre dans tous les
temps. J'ai une Médaille d'argent d'Auguste
, avec le Capricorne au revers où
le & du mot AVGVSTVS qui en fait la Légende
est de cette façon ; et l'on en voit
un pareil sur un poids du temps d'Honorius
qui étoit à M. Foucault , * enfin
ils sont ordinaires sur les Monnoyes Gottiques
, si l'on s'en rapporte à l'Alphabet
que Bouteroüe nous a donné dans ses
Recherches curieuses des Monnoyes de France.
Mais en approuvant qu'on lise sur la
Médaille de Gratien , Augustorum Augustus
, je ne sçaurois être du sentiment de
L'Antiquité du P. Montfaucon. Planche XIV.
du Tome III.
ceux
JANVIER 1734. 7
ceux qui expliquent ces termes par Augus
te qui domine sur d'autres Augustes , cela par
rapport à Valentinien le jeune et à
Théodose , dont Gratien avoit genereusement
consenti à recevoir le premier
pour Collegue et s'étoit associé le second.
Ce n'est pas qu'on ne rencontre assez
souvent des dénominations semblables.
prises dans le sens qu'on donne à celle
que j'examine ici ; et sans en chercher des
preuves ailleurs que dans les Médailles ,
quelques Rois des Parthes , d'Armenie
et du Bosphore sont appellez sur leurs
Médailles , Rois des Rois . BAZIA ENE
و
ΒΑΣΙΛΕΩΝ . ΑΡΣΑΚΟΥ . ΤΙΓΡΑΝΟΥΣ ,
APNAKOY . Mais ces titres fastueux , en
longtems avant eux et qui subsistent enusage
core aujourd'hui parmi les Rois de
l'Orient, ne conviennent gueres à un Prince
sage et modeste , tel
l'Histoire
que
nous represente Gratien ; aussi de toutes
les Explications de la Médaille de ce
Prince , celle - ci a été la moins suivie.
Je ne sçai si je me trompe , mais il
me semble que pour donner un sens convenable
à Augustorum Augustus , il ne
faut que sous-entendre le mot de Filius
ce qui voudra dire alors que Gratien Auguste
lui-même est fils de Peres Augustes.Les
noms de Parenté et d'alliance , comme
chacun
MERCURE DE FRANCE
chacun çait , sont assez souvent negli
gez sur les Médailles . Témoins ces exemples
ΚΑΙΣΑΡ . ΣΕΒΑΣΤΟΣ ΣΕΒΑΣΤΟΥ.
·
DOMITIA . AVGVSTA . IMP. DOMIT. CLEOPATRAE,
REGINAE REGVM FILIORVM REGVM.
où les noms de Fils, de Femme et de Mere
sont sous -entendus.
Ceci posé , il s'agit d'examiner ce qui
peut avoir engagé Gratien à prendre un
titre pareil. Ce Prince étoit fils d'un
Empereur , mais d'une famille nouvelle.
Son Grand- pere étoit un Soldat de fortune
qui s'étoit élevé par son mérite jusqu'à
commander les Armées d'Angleterre
, et avoit par ses emplois applani
à Valentinien son fils le chemin de l'Empire
, où il parvint après la mort de
Jovien. Quelque brillante que soit la
pourpre,Gratien en épousant Constantia ,
fille posthume de l'Empereur Constantius,
et la derniere de la maison de Constantin
sembloit encore en rehausser
l'éclat. La famille des Flaves étoit alors
ce qu'avoient été autrefois celles des Cesars
et des Antonins ; aimée , respectée ,
adorée même , le nom en étoit précieux,
aussi le premier soin de Jovien après
avoir été revêtu de la pourpre , fut de se
donner le nom de Flavius , pour persuader
en quelque maniere qu'il étoit de
?
cette
JANVIER 1734.
cette famille , à laquelle cependant il étoit
étranger ; son exemple fut suivi par Valentinien
son successeur ; et Gratien , રે
leur exemple , se trouve avec le même
nom dans quelques Inscriptions qu'on
peut voir dans les Mélanges de Spon . Les
Empereurs suivans encherirent encore
sur cet usage , en ajoutant à leur nom
celui de Constantin . D. N. HERACLIO.
CONST.
Gratien par son mariage justifioit le
nom de Flavius qu'il avoit pris ; il lui
devenoit propre ; et son alliance l'attachant
à tout ce que Rome reconnoissoit
alors de plus grand , il étoit naturel de
publier ces avantages. Pouvoit- il donc le
faire d'une maniere plus noble, plus juste,
er en même temps plus convenable au
Monument que nous examinons , qu'en
s'appellant par une espece d'antonomase
Fils des Augustes. Cette façon indeterminée
de s'exprimer avoit encore cela de
propre , qu'elle sembloit égaler la famille
de Gratien à celle de Constantin , et en
confondre , pour ainsi dire , la Noblesse
AVGG. AVG .
C'est donc à ce Mariage de Gratien
avec Constantia qu'il faut fixer l'époque
de la Médaille , l'an 375. de J. C. immédiatement
après la mort de Valentinien
B avant
MERCURE DE FRANCE.
avant que Gratien eut consenti à parta
ger l'Empire avec son Frere , et long
temps avant qu'il songeât à Théodose .
Dans cette Hypothese , il est aisé de
donner l'explication des revers qu'on
trouve aux Medailles de Gratien où il est
appellé AVGG. AVG. Ce Prince , quoique
déja Auguste , commence un nouveau
Regne à la mort de son Pere ; ce nouveau
Kegne reçoit un éclat considerable par
l'alliance que l'Empereur vient de contracter
, GLORIA. NOVI . SAECVLI . la gloire
en rejaillit sur les peuples , charmez de
voir , pour ainsi dire , renaître la famille
de Constantin, et les commander GLORIA
ROMANORVM. Rien n'assure davantage la
tranquillité des Etats , que les Enfans qui
naissent à ceux qui les gouvernent ; on
en espere de la nouvelle Imperatrice
SECVRITAS REIPVBLICAE. Enfin la Ville
de Rome comme la Capitale de l'Empire,
congratule son Empereur sur cet évenement
, VRBS ROMA.
On me demandera peut -être pourquoi
Gratien ne s'appella pas toujours Augustorum
Augustus , je réponds que ce titre
une fois connu devenoit inutile dans la
suite. Outre que Gratien ayant peu de
temps après consenti à recevoir pour
Collégué son jeune Frere , il ne devoit
plus
JANVIER . 1734. 17
plus y avoir de différence dans les titres
de ces deux Augustes , qui devant être
égaux , ne pouvoient en prendre aucun
de distingué, quelque légitime qu'il fut,
qui ne devint en quelque façon injurieux
à l'autre.
A Orleans , ce 30.
Avril 1733 .
Fermer
Résumé : MEDAILLES de l'Empereur Gratien, sur lesquelles il est nommé AVGG AVG.
Le texte examine les médailles de l'empereur Gratien, sur lesquelles il est désigné par la légende AVGG AVG. L'auteur explore diverses interprétations proposées par les antiquaires et conclut que la meilleure explication est 'Augustorum Augustus', signifiant 'Auguste des Augustes'. Cette interprétation est soutenue par l'usage constant des antiquaires de rendre AVGG par le pluriel du mot AVGVSTVS. Certaines interprétations erronées considèrent les lettres GG comme des points ou des cedilles, mais l'auteur fournit des exemples de médailles anciennes où ces caractères sont présents. Il rejette l'idée que Gratien se proclame dominant sur d'autres Augustes, comme Valentinien le Jeune et Théodose, car cela ne correspond pas à son caractère modeste. L'auteur propose que 'Augustorum Augustus' signifie que Gratien est le fils d'Augustes, soulignant que les noms de parenté sont souvent sous-entendus sur les médailles. Il explique que Gratien, issu d'une famille nouvelle, a épousé Constantia, fille de Constantin, ce qui a rehaussé son éclat. La famille des Flaves, à laquelle Gratien appartenait par mariage, était respectée et adorée. L'époque de la médaille est fixée à l'année 375, juste après la mort de Valentinien et avant que Gratien ne partage l'Empire avec son frère. Les revers des médailles de Gratien, où il est appelé AVGG AVG, marquent le début d'un nouveau règne caractérisé par l'alliance avec Constantia, apportant gloire et sécurité à l'Empire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
224
p. 154-155
ALLEMAGNE.
Début :
Les Lettres de Vienne du 14. de ce mois, portent que le Conseil de guerre prend les [...]
Mots clefs :
Comte, Généraux, Prince, Cavalerie, Infanterie, Armée d'Italie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
Es Lettres de Vienne du 14. de ce mois ,
portent que le Conseil de guerre prend les
mesures nécessaires pour faire transporter en Italie
une grande quantité de grains et beaucoup de
munitions de guerre ; cependant malgré la résolution
qui paroît avoir été prise , d'y avoir cette anaée
une Armée considerable,il n'y a jusqu'à present
JANVIER 1734. ISS
sent que sept Régimens de Cavalerie , dix d'Infanterie
et un de Hussarts , qui ayent reçû ordre
de se rendre dans ce Pays.
L'Empereur a nommé pour servir dans
Armé d'Italie , le Prince Louis de Wirtemberg,
General d'Infanterie , le Prince Frederic de Wir
temberg , General de Cavalerie , le Prince de
Culmbach , le Comte de Lewestein , Mrs de
Valparaso , de Diesbach et Darnaw , Lieutenang
Generaux d'Infanterie , le Comte Philippi , et les
Barons de Kevenhaller et de Ckurganik , Lieutenans-
Generaux de Cavalerie ; les Princes de
Lichtenstein et de Saxe Gotha , le Comte Palfi ;
le Baron de Wachtendonch , le Comte de Welseck
, Mrs de la Tour , de Furstenbusch , de
Neilan , de Fin et de Ligneville , Majors Génet
raux . i
Les Officiers Generaux qui doivent servir dans
P'Armée du Rhin , sont le Duc d'Aremberg et
le Comte de Wallis , Generaux d'Infanterie , le
Comte de Huttois , General de la Cavalerie , le
Prince Ferdinand de Baviere , le Prince de Hesse,
le Prince Hohenzollern , le Baron de Schmetaw ,
Mrs de Mussing , Vasquez et de Scho , Lieute
nans-Generaux ; Mrs Haslinger , Bolla , Mutzeldiosch
, Wallis et Orelli , Majors- Generaux
d'Infanterie , le Comte de Soissons , Mrs Choviretz
, Wurmbrand , Miglio , Petrasch et Badian
, Majors Generaux de Cavalerie.
Es Lettres de Vienne du 14. de ce mois ,
portent que le Conseil de guerre prend les
mesures nécessaires pour faire transporter en Italie
une grande quantité de grains et beaucoup de
munitions de guerre ; cependant malgré la résolution
qui paroît avoir été prise , d'y avoir cette anaée
une Armée considerable,il n'y a jusqu'à present
JANVIER 1734. ISS
sent que sept Régimens de Cavalerie , dix d'Infanterie
et un de Hussarts , qui ayent reçû ordre
de se rendre dans ce Pays.
L'Empereur a nommé pour servir dans
Armé d'Italie , le Prince Louis de Wirtemberg,
General d'Infanterie , le Prince Frederic de Wir
temberg , General de Cavalerie , le Prince de
Culmbach , le Comte de Lewestein , Mrs de
Valparaso , de Diesbach et Darnaw , Lieutenang
Generaux d'Infanterie , le Comte Philippi , et les
Barons de Kevenhaller et de Ckurganik , Lieutenans-
Generaux de Cavalerie ; les Princes de
Lichtenstein et de Saxe Gotha , le Comte Palfi ;
le Baron de Wachtendonch , le Comte de Welseck
, Mrs de la Tour , de Furstenbusch , de
Neilan , de Fin et de Ligneville , Majors Génet
raux . i
Les Officiers Generaux qui doivent servir dans
P'Armée du Rhin , sont le Duc d'Aremberg et
le Comte de Wallis , Generaux d'Infanterie , le
Comte de Huttois , General de la Cavalerie , le
Prince Ferdinand de Baviere , le Prince de Hesse,
le Prince Hohenzollern , le Baron de Schmetaw ,
Mrs de Mussing , Vasquez et de Scho , Lieute
nans-Generaux ; Mrs Haslinger , Bolla , Mutzeldiosch
, Wallis et Orelli , Majors- Generaux
d'Infanterie , le Comte de Soissons , Mrs Choviretz
, Wurmbrand , Miglio , Petrasch et Badian
, Majors Generaux de Cavalerie.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En janvier 1734, des préparatifs militaires sont en cours en Allemagne. Des lettres de Vienne du 14 janvier indiquent que le Conseil de guerre organise le transport de grains et de munitions en Italie pour une armée considérable. Cependant, seuls sept régiments de cavalerie, dix d'infanterie et un de hussards ont reçu l'ordre de se rendre en Italie. L'Empereur a nommé plusieurs officiers pour l'armée d'Italie, dont le Prince Louis de Wurtemberg comme général d'infanterie et le Prince Frédéric de Wurtemberg comme général de cavalerie. D'autres nominations incluent des lieutenants-généraux et majors-généraux d'infanterie et de cavalerie. Pour l'armée du Rhin, les officiers généraux nommés sont le Duc d'Aremberg et le Comte de Wallis comme généraux d'infanterie, et le Comte de Huttois comme général de cavalerie, ainsi que plusieurs lieutenants-généraux et majors-généraux d'infanterie et de cavalerie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
225
p. 512-524
Artaxare, Tragédie, [titre d'après la table]
Début :
On vient d'imprimer une Tragédie, intitulée ARTAXARE. L'Auteur nous apprend [...]
Mots clefs :
Pharnabaze, Sapor, Roi, Arsace, Artaxare, Fils, Aspasie, Père, Mort, Tragédie, Mère, Prince, Amour, Fille, Conspiration , Reine, Sauver, Conjuration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Artaxare, Tragédie, [titre d'après la table]
On vient d'imprimer une Tragédie , intitulée
ARTAXARE. L'Auteur nous apprend
dans un Avertissement que cette
Piéce fut representée pour la premiere
fois , le 3 Mai , de l'année 1718 , qu'elle
fut interrompue , lorsqu'on commençoit
à la gouter, par la maladie du sieur Ponteuil;
que le succès qu'elle promettoit ,
enMAR
S. 1734. 513
engagea les Comédiens François à le prier
de ne la point faire imprimer , attendu
qu'ils vouloient la reprendre l'hyver d'après
; mais que
la mort du même Acteur
en avoit fait remettre la reprise à un autre
temps . Il ajoute qu'on en auroit renvoyé
l'impression plus loin , si des raisons
tres interessantes ne l'eussent déterminé
à l'exposer aux yeux du Public, telle
qu'on l'avoit vue dans sa naissance.
La lecture de cette Tragédie ,à ce qu'on
prétend , fait voir quelles sont les rai
sons que l'Auteur n'explique pas ; la ressemblance
qui se trouve entre le cinquiéme
Acte d'Adelaïde , et celui d'Artaxare
, a , dit- on , frappé tout le monde ;
on n'accuse pas l'Auteur d'Adelaïde d'avoir
imité un dénouement qui a produit
un si grand interêt dans les Représentations
de l'une et de l'autre Tragédie ; le
hazard forme des combinaisons plus
frappantes ; mais comme la malignité de
la censure pourroit faire pancher du côté
le plus défavorable , l'Auteur d'Artaxare
a cru qu'il ne pouvoit mieux se justifier
de tout soupçon , qu'en faisant voir que
sa Tragédie existoit seize ans avant celle
d'Adelaïde . Voici un Extrait de ce Poë-.-
me.
Artaxare ayant déthrôné le dernier des
Ev Arsa
514 MERCURE DE FRANCE
#
Arsacides , réunit les - Parthes et les Persans
sous le même Empire ; Vardanes ,
l'aîné de ses Fils , ayant conspiré contre
lui , il lui fit donner la mort , et fit emprisonner
Arsinoé sa femme et mere de
ce Prince rebelle. Sapor , son second Fils,
craignant que sa Mere n'éprouvât le sort
de son aîné , la tira de sa prison et la mit
en lieu de sureté près d'Ecatompile, en attendant
qu'il pût la faire transporter en
Armenie. C'est icy que l'action théatrale
commence.
Sapor s'applaudit dans le premier Acte
d'avoir sauvé sa mere ; Arsace , le dernier
des Arsacides , lui dit qu'il n'a rien fait
s'il n'acheve pas ; que sa mere peut être
découverte , étant si près d'Ecatompile ;
il l'enhardit à monter au Thrône ; Sapor
frémit à cette proposition ; Arsace ne
pouvant le surmonter par l'ambition , le
tente du côté de l'amour , en lui appre
nant qu'Artaxare lui demande Arpasie
sa fille , pour Pharnabaze son favori ;
Sapor s'irrite, mais il n'ose aller plus loin
et quitte Arsace de peur de succomber
& c.
Arsace fait entendre à Arbate , son con
fident , qu'il a formé une conspiration
sous le nom de Sapor , mais à l'insçu de
ce Prince , trop fidelle à son Pere ; il
prend
MARS 1.734.
SIS
prend le parti d'offrir le Thrône à Phar
nabaze , afin qu'il y place sa fille.
Pharnabaze , déja instruit de la conspiration
, sans en connoître l'Auteur , est
surpris de trouver Arsace si agité ; Arsace
lui apprend que sa fille n'est pas insensible
à son amour, et qu'il ne lui manque
qu'une Couronne pour la résoudre
à lui donner la main ; il n'en dit que
trop pour faire entendre à Pharnabaze
qu'il est le chef de la conspiration ; sa fidelité
pour son Roy l'emporte sur son
amour pour sa Maîtresse Il s'exprime
ainsi .
Si d'un juste courroux , je suivois le transport ,
Je ne vous répondrois qu'en vous donnant la
mort ;
Mais je respecte en vous le Pere d'Aspasie, &c . ,
Il lui apprend encore qu'Artane , l'un
des conjurez , est prêt de découvrir le
complot au Roy , et qu'il va le présenter
lui- même à Artaxare .
Aspasie paroît; Arsace lui dit que Pharnabaze
va le perdre , malgré tout l'amour
qu'il a pour elle. Aspasie n'oublie rien
pour fléchir Pharnabaze en faveur de son
Pere ; Pharnabaze lui promet d'obtenir
la grace d'Arsace , et lui fait entendre
qu'il sera le plus heureux des Mortels, s'il
E vj peut
116 MERCURE DE FRANCE
peut par là mériter le prix dont son Pere
vient de le flatter.
Aspasie réfléchit tristement sur les dernieres
paroles de Pharnabaze , et finit ce
premier Acte , par ces quatre Vers :
Quel parti prendre, hélas ! quand tout me désespere
!
Quoiqu'il puisse arriver , Grands Dieux, sauvez
mon Pere ;
Au plus affreux trépas dûssay- je recourir ;
Qu'il vive seulement , et je sçaurai mourir.
Artaxare commence le second Acte
avec Pharnabaze ; le Roy n'est encore in
formé que de la fuite de la Reine ; il ordonne
à Pharnabaze de courir après elle ;
ce Ministre fidelle s'en excuse sur le peril
qui menace les jours du Roy , péril qui
exige sa présence ; il apprend à Artaxare,
qu'on conspire contre lui , et le prie de
faire grace au chef de la coujuration ; le
Roy soupçonne d'abord son Fils , mais
Pharnabaze l'ayant rassuré de ce côté-là
obtient la grace d'Arsace avant qu'il le
lui nomme ; il ordonne qu'on fasse entrer
Artane. Celui - ci se jette aux pieds du
Roy , et se justifie de la conjuration , en
lui disant qu'il n'y est entré que pour la
réveler ; il nomme Sapor pour Chef. Artaxare
frémit de colere au nom de son
Fils ; il congédie Artane.
MARS. 1734 317
Le Roy se plaint à Pharnabaze de lui
avoir caché le veritable Chef. Pharnabaze
lui répond qu'il a été trompé tout le premier
; après une conversation , où la vertu
de Pharnabaze se déploye tout entiere.
Le Roy lui ordonne d'interroger Sapor,
et de le faire arrêter , s'il est criminel.
La Scene entre Sapor et Phirnabaze est
une des plus belles de la Piéce. Pharnabaze
croyant que Sapor n'est que trop convaincu
par son propre aveu , dont les termes
ambigus lui font prendre le change ,
ordonne qu'on l'arrête. Cela est exécuté.
Pharnabaze craignant pour sa glaire ,
s'exprime ainsi dans un Monologue.
Où vas- tu , Pharnabaze ? fremis.
Cruel ! tu vas armer un Pere contre un Fils?
Barbare ! quelle rage auprès de lui te guide
Tu Pas fait Roy ; tu vas en faire un parricide
!
Dans la mort de son Fils , prends - tu quelque
intérêt ?
Lâche l'Amour jaloux va
l'Arrêt ?
- · il dicter
Ah ! plutôt , s'il se peut , cours obtenir sa
grace ;
Non , Sapor ne doit pas t'être moins cher
qu'Arsace.
Arsace vient Pharnabaze lui dit d'aller
rea18
MERCURE DE FRANCE
rendre graces au Roy du pardon qu'il
vient d'obtenir pour lui , quoiqu'il soit
plus coupable que Sapor , pour qui il va
implorer la clémence du Roy.
Arsace , irrité des reproches de Pharnabaze
, renonce au dessein qu'il avoit
formé de lui donner sa fille ; il tourne
toutes ses vûës du côté de Sapor ; il se
flatte que ce Prince indigné de son emprisonnement
l'avouera de tout , et se
déclarera chef d'une entreprise qui doit
le venger. Il ordonne à Arbate d'aller
faire venir la Reine , de lui apprendre le
péril qui menace son fils , afin qu'il renonce
à une soumission qui lui couteroit
le Trône et la vie.
Au troisiéme Acte , Aspasie allarmée
de l'emprisonnement de Sapor , demande
à Cleone des nouvelles de ce qui se
passe à la Cour ; Cleone lui en fait une
image qui redouble son effroi . Arsace
vient dire à sa fille ce qui s'est passé entre
le Roy et lui ; voici ce que le Roy
lui a dit .
Par vos soumissions méritez vôtre grace ;
J'ai tout à redouter d'un sujet tel qu'Arsace
Pharnabaze peut seul me répondre de vous
Je veux que d'Aspasie il devienne l'Epoux .
Aspasie est mortellement affligée de
cet
MARS . 1734
519
cet ordre du Roy ; Arsace lui répond
qu'il faut tout promettre , pour ne rien.
tenir ; Arpasie lui dit qu'elle ne veut
point tromper un homme tel que Pharnabase
, et que si elle doit résoudre Sapor
à la céder à un autre , ce ne sera pas
pour lui manquer de foy & c. -
Aspasie annonce à Sapor qu'elle ne
peut le sauver qu'en épousant son Rival;
Sapor l'accuse d'infidelité , elle lui reproche
tendrement son injustice , et lui fait
entendre qu'après l'avoir sauvé par un
Hymen si affreux pour elle , elle sçaura
bien s'affranchir, en se donnant la mort,
d'un malheur qui dureroit autant que sa
vie. &c. Pharnabaze vient , Sapor lui
parle ainsi :
Prens garde à la Princesse ,
Pharnabaze ; entraîné par l'ardeur qui te presse,
Tn la suis à l'Autel , tremble , apprend son dessein
Elle y va se plonger un poignard dans le sein..
Pharnabaze étant surpris d'un tel pro
jet , Sapor poursuit.
C'est à toi de m'en croire
On n'en impose point , quand on aime la gloire,
Adieu , si sur ton coeur la vertu regne encor
Songe à justifier l'estime de Sapor.
2
Cette
20 MERCURE DE FRANCE
Cette estime réciproque entre deux
Rivaux interesse également pour l'un
et pour l'autre. Pharnabaze se plaint à
Aspasie de ce qu'elle préfere la mort à
son Hymen ; Aspasie lui avoüc tout & c.
Voici comme elle lui parle ;
J'allois sur les Autels vous tenir ma promesse;
Mais , trompant un Epoux digne de ma tendresse
,
Ma main contre mes jours n'étoit prête à s'armer,
Que pour punir mon coeur de ne pouvoir l'aimer.
Pharnabaze ne voulant point lui céder
en genérosité , lui promet de ne rien
oublier pour sauver Sapor , et de ne lui
faire aucune violence sur l'Hymen que le
Roy exige d'elle ; cependant pour la sureté
de son Maître , il ordonne qu'on arrête
Arsace dont il promet aussi de prendre
la deffense. & c.
Pharnabase instruit que Sapor n'a point
de part à la conjuration , obtient du Roy
qu'il ne sera point condamné , qu'il ne
soit convaincu & c.
,
La fierté de la Reine s'irrite par la
présence de Pharnabaze qu'elle haït et
qu'elle croit aspirer à la Couronne ; les
menaces qu'elle fait à ce favori en le
quicMARS.
17340 - 521
quittant , augmentent les soupçons du
Roy ; mais Pharnabaze appaise son couroux
, et lui fait promettre d'écouter la
Reine , que la présence d'un Ministre
trop aimé de son Roy , a fait parler avec
trop d'aigreur.
,
,
Artaxare parlant à Arsinoë accuse Sapor
dans le quatrième Acte d'avoir
conspiré contre ses jours ; Arsinoë frémit
d'une imposture si affreuse ; elle convient
que Vardanes son premier fils s'étoit révolté
contre lui , mais que ce n'étoit que
pour perdre Pharnabaze ; ce dernier arrive
Arsinoe s'emporte contre lui ;
Artaxare lui dit que ce fidele Ministre
vient par son ordre exprès et va lui dicter
ses souveraines loix.
Arsinoe lui parle avec hauteur ; Pharnabaze
lui dit qu'il veut sauver Sapor ;
mais qu'il ne le peut tant que le Roy le
croira coupable ; il la prie de le porter
à faire éclater son innocence et sur
›
›
tout à désavoüer Arsace qui le fait
chef de la conspiration . Arsinoë se rend
enfin au conseil de Pharnabaze : elle le
prie de faire venir son fils ; Pharnabaze
y court , et ordonne aux Gardes &c.
Arbate profite de ce moment
Reine n'est point observée
rendre ce billet d'Arsace :
›
, où la
pour lui
Vo522
MERCURE DE FRANCE
Votre fils touche au rang suprême ;
C'est à son insçu qu'on le sert ;
S'il nous désavoüe , il nous perd :
Ou plutôt il se perd lui-même .
Ses nouveaux suje¹s périront
Plutôt que de souffrir
que son sang se répande
;
Mais s'il les abandonne
, ils l'abandonneront
;
Et c'est , pour l'immoler , ce que le Roy de
mande.
A la lecture de ce fatal billet, Arsinoë
ne doute point que Pharnabaze ne lui
ait tendu un piége , pour ôter à son fils
le fruit d'une conjuration qui n'a d'autre
objet que de le sauver. Sapor vient,
elle lui donne le billet ; mais à peine ce
Prince a-t- il lû le premier vers , qui lui
annonce qu'il touche au rang sa priere ,
qu'il n'en veut pas lire davantage ; les
prieres et les larmes d'une Mere éperduë,
ne peuvent ébranler sa vertu ; Arsinoë
se retire , voyant approcher le Roy ,
Sapor se contente de dire à son Pere
qu'il n'a point trempé dans la conspiration
; mais Artaxare exigeant de lui ,
qu'il désavole Arsace , il ne veut pas
consentir à cette confrontation , qui le
rendroit coupable de la mort du pere
d'Arsinoë.
Pharnabaze vient annoncer au Roy
que ..
MARS 1734- 523
que les mutins ont brisé les fers d'Arsace
, qu'ils viennent de le proclamer , et
que la Flotte des Armeniens approche ?
Artaxate accable Sapor de reproches et
de noms si injurieux qu'il ne peut plus
les soutenir et se retire. Artaxare est prêt
à prononcer l'Arrêt de sa mort ; Pharnabaze
en frémit , il feint cependant d'y
consentir , et se charge de l'exécution
pendant la nuit pour la rendre plus
sûre.
•
On abrege ce qui reste à dire du dernier
Acte , il a paru si interressant par
la seule action , qu'il n'a pas besoin des
ornemens du détail pour faire juger du
succès qu'il a eu aux Représentations.
Aspasie sort de son Appartement toute
éperdue d'un songe qu'elle a fait . Arbase
vient lui annoncer la mort de Sapor
par un récit des plus effrayans ,
l'Auteur a si bien menagé les termes
équivoques pour inspirer la terreur
qu'on ne peut prévoir que Sapor a été
sauvé , que parce qu'on le souhaite. Artaxate
vient ; Aspasie le charge de reproches
, qui ne sont interrompus que par
l'arrivée de son Pere expirant . Arsace
apprend au Roy que son fils est mort
innocent. Artaxare croit qu'il ne justifie
Sapor , que pour lui laisser un plus
grand
524 MERCURE DE FRANCE
grand regret ; Arsinoë ignorant le sört
de son fils , vient le justifier par la lettre
qu'Arsace lui a écrite dans l'Acte précédent,
Ce malheureux pere lui apprend
en gémissant qu'il n'est plus tems de sauver
la vie à son fils ; Pharnabaze arrive.
Artaxare lui demande un coup mortel
comme une grace ; Pharnabaze voyant
que Sapor est pleinement justifié , lui dit
qu'il l'a sauvé. On fait venir ce Prince ;
Pharnabaze , ne se contentant pas d'avoir
conservé ses jours , lui céde si chere Aspasie.
Cette Tragédie se vend chez la veuve
Pissot Quay de Conty.
ARTAXARE. L'Auteur nous apprend
dans un Avertissement que cette
Piéce fut representée pour la premiere
fois , le 3 Mai , de l'année 1718 , qu'elle
fut interrompue , lorsqu'on commençoit
à la gouter, par la maladie du sieur Ponteuil;
que le succès qu'elle promettoit ,
enMAR
S. 1734. 513
engagea les Comédiens François à le prier
de ne la point faire imprimer , attendu
qu'ils vouloient la reprendre l'hyver d'après
; mais que
la mort du même Acteur
en avoit fait remettre la reprise à un autre
temps . Il ajoute qu'on en auroit renvoyé
l'impression plus loin , si des raisons
tres interessantes ne l'eussent déterminé
à l'exposer aux yeux du Public, telle
qu'on l'avoit vue dans sa naissance.
La lecture de cette Tragédie ,à ce qu'on
prétend , fait voir quelles sont les rai
sons que l'Auteur n'explique pas ; la ressemblance
qui se trouve entre le cinquiéme
Acte d'Adelaïde , et celui d'Artaxare
, a , dit- on , frappé tout le monde ;
on n'accuse pas l'Auteur d'Adelaïde d'avoir
imité un dénouement qui a produit
un si grand interêt dans les Représentations
de l'une et de l'autre Tragédie ; le
hazard forme des combinaisons plus
frappantes ; mais comme la malignité de
la censure pourroit faire pancher du côté
le plus défavorable , l'Auteur d'Artaxare
a cru qu'il ne pouvoit mieux se justifier
de tout soupçon , qu'en faisant voir que
sa Tragédie existoit seize ans avant celle
d'Adelaïde . Voici un Extrait de ce Poë-.-
me.
Artaxare ayant déthrôné le dernier des
Ev Arsa
514 MERCURE DE FRANCE
#
Arsacides , réunit les - Parthes et les Persans
sous le même Empire ; Vardanes ,
l'aîné de ses Fils , ayant conspiré contre
lui , il lui fit donner la mort , et fit emprisonner
Arsinoé sa femme et mere de
ce Prince rebelle. Sapor , son second Fils,
craignant que sa Mere n'éprouvât le sort
de son aîné , la tira de sa prison et la mit
en lieu de sureté près d'Ecatompile, en attendant
qu'il pût la faire transporter en
Armenie. C'est icy que l'action théatrale
commence.
Sapor s'applaudit dans le premier Acte
d'avoir sauvé sa mere ; Arsace , le dernier
des Arsacides , lui dit qu'il n'a rien fait
s'il n'acheve pas ; que sa mere peut être
découverte , étant si près d'Ecatompile ;
il l'enhardit à monter au Thrône ; Sapor
frémit à cette proposition ; Arsace ne
pouvant le surmonter par l'ambition , le
tente du côté de l'amour , en lui appre
nant qu'Artaxare lui demande Arpasie
sa fille , pour Pharnabaze son favori ;
Sapor s'irrite, mais il n'ose aller plus loin
et quitte Arsace de peur de succomber
& c.
Arsace fait entendre à Arbate , son con
fident , qu'il a formé une conspiration
sous le nom de Sapor , mais à l'insçu de
ce Prince , trop fidelle à son Pere ; il
prend
MARS 1.734.
SIS
prend le parti d'offrir le Thrône à Phar
nabaze , afin qu'il y place sa fille.
Pharnabaze , déja instruit de la conspiration
, sans en connoître l'Auteur , est
surpris de trouver Arsace si agité ; Arsace
lui apprend que sa fille n'est pas insensible
à son amour, et qu'il ne lui manque
qu'une Couronne pour la résoudre
à lui donner la main ; il n'en dit que
trop pour faire entendre à Pharnabaze
qu'il est le chef de la conspiration ; sa fidelité
pour son Roy l'emporte sur son
amour pour sa Maîtresse Il s'exprime
ainsi .
Si d'un juste courroux , je suivois le transport ,
Je ne vous répondrois qu'en vous donnant la
mort ;
Mais je respecte en vous le Pere d'Aspasie, &c . ,
Il lui apprend encore qu'Artane , l'un
des conjurez , est prêt de découvrir le
complot au Roy , et qu'il va le présenter
lui- même à Artaxare .
Aspasie paroît; Arsace lui dit que Pharnabaze
va le perdre , malgré tout l'amour
qu'il a pour elle. Aspasie n'oublie rien
pour fléchir Pharnabaze en faveur de son
Pere ; Pharnabaze lui promet d'obtenir
la grace d'Arsace , et lui fait entendre
qu'il sera le plus heureux des Mortels, s'il
E vj peut
116 MERCURE DE FRANCE
peut par là mériter le prix dont son Pere
vient de le flatter.
Aspasie réfléchit tristement sur les dernieres
paroles de Pharnabaze , et finit ce
premier Acte , par ces quatre Vers :
Quel parti prendre, hélas ! quand tout me désespere
!
Quoiqu'il puisse arriver , Grands Dieux, sauvez
mon Pere ;
Au plus affreux trépas dûssay- je recourir ;
Qu'il vive seulement , et je sçaurai mourir.
Artaxare commence le second Acte
avec Pharnabaze ; le Roy n'est encore in
formé que de la fuite de la Reine ; il ordonne
à Pharnabaze de courir après elle ;
ce Ministre fidelle s'en excuse sur le peril
qui menace les jours du Roy , péril qui
exige sa présence ; il apprend à Artaxare,
qu'on conspire contre lui , et le prie de
faire grace au chef de la coujuration ; le
Roy soupçonne d'abord son Fils , mais
Pharnabaze l'ayant rassuré de ce côté-là
obtient la grace d'Arsace avant qu'il le
lui nomme ; il ordonne qu'on fasse entrer
Artane. Celui - ci se jette aux pieds du
Roy , et se justifie de la conjuration , en
lui disant qu'il n'y est entré que pour la
réveler ; il nomme Sapor pour Chef. Artaxare
frémit de colere au nom de son
Fils ; il congédie Artane.
MARS. 1734 317
Le Roy se plaint à Pharnabaze de lui
avoir caché le veritable Chef. Pharnabaze
lui répond qu'il a été trompé tout le premier
; après une conversation , où la vertu
de Pharnabaze se déploye tout entiere.
Le Roy lui ordonne d'interroger Sapor,
et de le faire arrêter , s'il est criminel.
La Scene entre Sapor et Phirnabaze est
une des plus belles de la Piéce. Pharnabaze
croyant que Sapor n'est que trop convaincu
par son propre aveu , dont les termes
ambigus lui font prendre le change ,
ordonne qu'on l'arrête. Cela est exécuté.
Pharnabaze craignant pour sa glaire ,
s'exprime ainsi dans un Monologue.
Où vas- tu , Pharnabaze ? fremis.
Cruel ! tu vas armer un Pere contre un Fils?
Barbare ! quelle rage auprès de lui te guide
Tu Pas fait Roy ; tu vas en faire un parricide
!
Dans la mort de son Fils , prends - tu quelque
intérêt ?
Lâche l'Amour jaloux va
l'Arrêt ?
- · il dicter
Ah ! plutôt , s'il se peut , cours obtenir sa
grace ;
Non , Sapor ne doit pas t'être moins cher
qu'Arsace.
Arsace vient Pharnabaze lui dit d'aller
rea18
MERCURE DE FRANCE
rendre graces au Roy du pardon qu'il
vient d'obtenir pour lui , quoiqu'il soit
plus coupable que Sapor , pour qui il va
implorer la clémence du Roy.
Arsace , irrité des reproches de Pharnabaze
, renonce au dessein qu'il avoit
formé de lui donner sa fille ; il tourne
toutes ses vûës du côté de Sapor ; il se
flatte que ce Prince indigné de son emprisonnement
l'avouera de tout , et se
déclarera chef d'une entreprise qui doit
le venger. Il ordonne à Arbate d'aller
faire venir la Reine , de lui apprendre le
péril qui menace son fils , afin qu'il renonce
à une soumission qui lui couteroit
le Trône et la vie.
Au troisiéme Acte , Aspasie allarmée
de l'emprisonnement de Sapor , demande
à Cleone des nouvelles de ce qui se
passe à la Cour ; Cleone lui en fait une
image qui redouble son effroi . Arsace
vient dire à sa fille ce qui s'est passé entre
le Roy et lui ; voici ce que le Roy
lui a dit .
Par vos soumissions méritez vôtre grace ;
J'ai tout à redouter d'un sujet tel qu'Arsace
Pharnabaze peut seul me répondre de vous
Je veux que d'Aspasie il devienne l'Epoux .
Aspasie est mortellement affligée de
cet
MARS . 1734
519
cet ordre du Roy ; Arsace lui répond
qu'il faut tout promettre , pour ne rien.
tenir ; Arpasie lui dit qu'elle ne veut
point tromper un homme tel que Pharnabase
, et que si elle doit résoudre Sapor
à la céder à un autre , ce ne sera pas
pour lui manquer de foy & c. -
Aspasie annonce à Sapor qu'elle ne
peut le sauver qu'en épousant son Rival;
Sapor l'accuse d'infidelité , elle lui reproche
tendrement son injustice , et lui fait
entendre qu'après l'avoir sauvé par un
Hymen si affreux pour elle , elle sçaura
bien s'affranchir, en se donnant la mort,
d'un malheur qui dureroit autant que sa
vie. &c. Pharnabaze vient , Sapor lui
parle ainsi :
Prens garde à la Princesse ,
Pharnabaze ; entraîné par l'ardeur qui te presse,
Tn la suis à l'Autel , tremble , apprend son dessein
Elle y va se plonger un poignard dans le sein..
Pharnabaze étant surpris d'un tel pro
jet , Sapor poursuit.
C'est à toi de m'en croire
On n'en impose point , quand on aime la gloire,
Adieu , si sur ton coeur la vertu regne encor
Songe à justifier l'estime de Sapor.
2
Cette
20 MERCURE DE FRANCE
Cette estime réciproque entre deux
Rivaux interesse également pour l'un
et pour l'autre. Pharnabaze se plaint à
Aspasie de ce qu'elle préfere la mort à
son Hymen ; Aspasie lui avoüc tout & c.
Voici comme elle lui parle ;
J'allois sur les Autels vous tenir ma promesse;
Mais , trompant un Epoux digne de ma tendresse
,
Ma main contre mes jours n'étoit prête à s'armer,
Que pour punir mon coeur de ne pouvoir l'aimer.
Pharnabaze ne voulant point lui céder
en genérosité , lui promet de ne rien
oublier pour sauver Sapor , et de ne lui
faire aucune violence sur l'Hymen que le
Roy exige d'elle ; cependant pour la sureté
de son Maître , il ordonne qu'on arrête
Arsace dont il promet aussi de prendre
la deffense. & c.
Pharnabase instruit que Sapor n'a point
de part à la conjuration , obtient du Roy
qu'il ne sera point condamné , qu'il ne
soit convaincu & c.
,
La fierté de la Reine s'irrite par la
présence de Pharnabaze qu'elle haït et
qu'elle croit aspirer à la Couronne ; les
menaces qu'elle fait à ce favori en le
quicMARS.
17340 - 521
quittant , augmentent les soupçons du
Roy ; mais Pharnabaze appaise son couroux
, et lui fait promettre d'écouter la
Reine , que la présence d'un Ministre
trop aimé de son Roy , a fait parler avec
trop d'aigreur.
,
,
Artaxare parlant à Arsinoë accuse Sapor
dans le quatrième Acte d'avoir
conspiré contre ses jours ; Arsinoë frémit
d'une imposture si affreuse ; elle convient
que Vardanes son premier fils s'étoit révolté
contre lui , mais que ce n'étoit que
pour perdre Pharnabaze ; ce dernier arrive
Arsinoe s'emporte contre lui ;
Artaxare lui dit que ce fidele Ministre
vient par son ordre exprès et va lui dicter
ses souveraines loix.
Arsinoe lui parle avec hauteur ; Pharnabaze
lui dit qu'il veut sauver Sapor ;
mais qu'il ne le peut tant que le Roy le
croira coupable ; il la prie de le porter
à faire éclater son innocence et sur
›
›
tout à désavoüer Arsace qui le fait
chef de la conspiration . Arsinoë se rend
enfin au conseil de Pharnabaze : elle le
prie de faire venir son fils ; Pharnabaze
y court , et ordonne aux Gardes &c.
Arbate profite de ce moment
Reine n'est point observée
rendre ce billet d'Arsace :
›
, où la
pour lui
Vo522
MERCURE DE FRANCE
Votre fils touche au rang suprême ;
C'est à son insçu qu'on le sert ;
S'il nous désavoüe , il nous perd :
Ou plutôt il se perd lui-même .
Ses nouveaux suje¹s périront
Plutôt que de souffrir
que son sang se répande
;
Mais s'il les abandonne
, ils l'abandonneront
;
Et c'est , pour l'immoler , ce que le Roy de
mande.
A la lecture de ce fatal billet, Arsinoë
ne doute point que Pharnabaze ne lui
ait tendu un piége , pour ôter à son fils
le fruit d'une conjuration qui n'a d'autre
objet que de le sauver. Sapor vient,
elle lui donne le billet ; mais à peine ce
Prince a-t- il lû le premier vers , qui lui
annonce qu'il touche au rang sa priere ,
qu'il n'en veut pas lire davantage ; les
prieres et les larmes d'une Mere éperduë,
ne peuvent ébranler sa vertu ; Arsinoë
se retire , voyant approcher le Roy ,
Sapor se contente de dire à son Pere
qu'il n'a point trempé dans la conspiration
; mais Artaxare exigeant de lui ,
qu'il désavole Arsace , il ne veut pas
consentir à cette confrontation , qui le
rendroit coupable de la mort du pere
d'Arsinoë.
Pharnabaze vient annoncer au Roy
que ..
MARS 1734- 523
que les mutins ont brisé les fers d'Arsace
, qu'ils viennent de le proclamer , et
que la Flotte des Armeniens approche ?
Artaxate accable Sapor de reproches et
de noms si injurieux qu'il ne peut plus
les soutenir et se retire. Artaxare est prêt
à prononcer l'Arrêt de sa mort ; Pharnabaze
en frémit , il feint cependant d'y
consentir , et se charge de l'exécution
pendant la nuit pour la rendre plus
sûre.
•
On abrege ce qui reste à dire du dernier
Acte , il a paru si interressant par
la seule action , qu'il n'a pas besoin des
ornemens du détail pour faire juger du
succès qu'il a eu aux Représentations.
Aspasie sort de son Appartement toute
éperdue d'un songe qu'elle a fait . Arbase
vient lui annoncer la mort de Sapor
par un récit des plus effrayans ,
l'Auteur a si bien menagé les termes
équivoques pour inspirer la terreur
qu'on ne peut prévoir que Sapor a été
sauvé , que parce qu'on le souhaite. Artaxate
vient ; Aspasie le charge de reproches
, qui ne sont interrompus que par
l'arrivée de son Pere expirant . Arsace
apprend au Roy que son fils est mort
innocent. Artaxare croit qu'il ne justifie
Sapor , que pour lui laisser un plus
grand
524 MERCURE DE FRANCE
grand regret ; Arsinoë ignorant le sört
de son fils , vient le justifier par la lettre
qu'Arsace lui a écrite dans l'Acte précédent,
Ce malheureux pere lui apprend
en gémissant qu'il n'est plus tems de sauver
la vie à son fils ; Pharnabaze arrive.
Artaxare lui demande un coup mortel
comme une grace ; Pharnabaze voyant
que Sapor est pleinement justifié , lui dit
qu'il l'a sauvé. On fait venir ce Prince ;
Pharnabaze , ne se contentant pas d'avoir
conservé ses jours , lui céde si chere Aspasie.
Cette Tragédie se vend chez la veuve
Pissot Quay de Conty.
Fermer
Résumé : Artaxare, Tragédie, [titre d'après la table]
La tragédie 'Artaxare' a été récemment imprimée. La pièce a été représentée pour la première fois le 3 mai 1718, mais la représentation a été interrompue en raison de la maladie de l'acteur Ponteuil. Les Comédiens Français ont demandé à l'auteur de ne pas faire imprimer la pièce, souhaitant la reprendre l'hiver suivant. Cependant, la mort de Ponteuil a retardé cette reprise, et l'auteur a finalement décidé de publier la pièce telle qu'elle a été présentée initialement. La lecture de 'Artaxare' révèle une ressemblance notable entre le cinquième acte de cette tragédie et celui d'une autre pièce, 'Adelaïde'. Pour éviter toute accusation de plagiat, l'auteur d''Artaxare' souligne que sa pièce existe depuis seize ans avant celle d''Adelaïde'. L'intrigue d''Artaxare' commence après qu'Artaxare a détrôné le dernier des Arsacides et uni les Parthes et les Persans sous son empire. Vardanes, son fils aîné, a conspiré contre lui et a été exécuté. Arsinoé, la mère de Vardanes, a été emprisonnée. Sapor, le second fils d'Artaxare, craint pour la vie de sa mère et la sauve en la plaçant en sécurité près d'Ecatompile. Arsace, le dernier des Arsacides, encourage Sapor à monter sur le trône. La pièce explore les conspirations et les intrigues au sein de la cour, impliquant notamment Pharnabaze, un favori d'Artaxare, et Aspasie, la fille de Pharnabaze. Les principaux personnages incluent Artaxare, Sapor, Arsace, Arsinoé, Pharnabaze, et Aspasie. Les conflits et les alliances entre ces personnages sont au cœur de l'action dramatique, avec des thèmes de loyauté, de trahison et de pouvoir. La pièce se conclut par des révélations sur les véritables conspirations et les sacrifices personnels des personnages. Dans une scène tragique, un père, désespéré, exprime son impuissance à sauver la vie de son fils. Pharnabaze arrive et, après avoir constaté que Sapor est pleinement justifié, lui annonce qu'il l'a sauvé. Pharnabaze offre également Aspasie à Sapor. La pièce est disponible à l'achat chez la veuve Pissot, située Quai de Conty.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
226
p. 606-609
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Début :
Le 4. Janvier 1734, sur les 3. heures après midi, mourut à Rome après une longue maladie, [...]
Mots clefs :
Général, Rome, Prince, Comte, Archevêque, Cardinal, Ferdinando Bernualdo Filippo Orsini d'Aragona, Afonso de Vasconcelos e Sousa Cunha Câmara Faro e Veiga, Diego de Astorga y Céspedes, Pedro José Gutiérrez de los Ríos y Zapata
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS DES PAYS ETRANGERS.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
LE
E 4. Janvier 1734, sur les 3. heures après
midi , mourut à Rome après une longue maladie
, Don Ferdinand Bernard Philippe Orsini ,
( en françois des Ursins , ) Duc de Gravina ,
Prince de Solafra , Comte de Murs & c. Chef de
la Maison des Ursins , l'une des quatre premieres
Maisons de Rome, Prince du Soglio à Rome,
et Prince du S. Empire , Noble Venitien , Cónseiller
intime actuel d'Etat de l'Empereur. Il étoit
neveu du feu Pape Benoist XIII. mort le 21.
Fevrier 1730. et frere de D. Mondille Orsini , né
le 22. Juillet 1690. Prêtre de la Congrégation
de l'Oratoire , qui fut fait successivement par
le feu Pape son Oncle , Archevêque de Corinthe
en 1724. Evêque assistant du Trône,
1
Evêque
MARS. 1734. 607
Evêque de Melfe et de Rapolla , unis en la même
année 1724. Archevêque de Capoue en 1728.
et Patriarche de Constantinople en 1729. Le Duc
de Gravina avoit épousé en 1717. Dona Hiacinte
Ruspoli , soeur du Cardinal Barthelemy
Ruspoli , Créature du Pape regnant Clement XII.
qui l'honora de la Pourpre le 2. Octobre 1730.
D. Alfonse de Vasconcellos , de Sousa , Ribeiro
, de Camara , et Tavora , du Conseil du
Roy de Portugal , cinquiéme Comte de Calhera,
quatriéme de Castel - Melhor , Grand Maître de
la Garderobbe de S. M. P. Donataire et Capitaine-
General de l'Ile de Madere , dans la partie
de Funchal , Seigneur Donataire des Villes
de Almendra , Castel - Melhor , Valhelhas , Gon
çalo , Famelicam , Ponto du Sol , Camara de
Lobos , et Ca heta , Donataire et Capitaine General
des Iles de Sainte Marie , Port Saint , et
Ifles Déseries , Commandeur des Commanderies
de Pombal , Redinha , Facha et Salvateria
do extremo , dans l'Ordre de Christ , Seigneur
des Bourgades de Monta- Santa , Fayoens et
Romphe , &c. mourut après une longue maladie
à Lisbone le 2. Fevrier 1734. à l'âge de 70 .
ans , et fut inhumé le lendemain dans l'Eglise
de S. Pierre d'Alcantara des Capucins , surnommez
Arrabidos. Toute la Noblesse de la Cour
assista à ses Obseques. Il avoit épousé en premieres
Nôces à Lisbone au mois de Juillet 1690 .
la fille du Comte de Villaverde , de laquelle il
eut trois fils ; et en secondes Noces à Paris par
Procureur le 21. Juillet 1694. Emilie- Sophronie-
Pelagie de Rohan , née le 2. Juillet 1678. fille
de feu François de Rohan , Prince de Soubise ,
Seigneur de Frontenay et de Ponghes , Capitaime-
Lieutenant des Gendarmes de la Garde du
I iiij Roy,
608 MERCURE DE FRANCE
Roy , Lieutenant General de ses Armées , Gou
verneur de Champagne et de Brie , et de feüe
Anne Chabot de Rohan , sa seconde femme ,
ayant eû d'elle une nombreuse posterité.
Don André Govanni , Régent du Conseil Collateral
du Royaume de Naples , y mourut le 6.
Février , dans la 95. année de son âge.
Le 9. Février Don Diego de Astorga et Cespedes
, Cardinal de l'Eglise Romaine , Archevêque
de Tolede , Primar des Espagnes , mourut
à Madrid , âgé de 68. ans. Ce Prélat après
avoir rempli plusieurs Emplois honorables , dans
P'exercice desquels il avoit donné des marques
de son grand zele , de sa prudence et de son habileté
, étant en dernier lieu Inquisiteur de Mur
cie , fut nommé au mois de Décembre 1725. à
l'Evêché de Barcelone , d'où il fut appellé à Madrid
au mois de Mars 1720. pour remplir la
Charge de Grand- Inquisiteur General d'Espagne.
Il fut transferé le 16. Juin suivant à l'Ar-
Chevêché de Tolede qui fut proposé pour lui à
Rome le 22. Juillet de la même année . Il exerça
la Charge de Ministre du Cabinet sous le Regne
de D. Louis premier , et enfin , à la recomman
dation de la Couronne d'Espagne , il fut élevé
au Cardinalat le 26. Novembre 1727. Ce Cardinal
, que l'on regarde comme un des grands
Prélats qui ont occupé le Siege de Tolede , a été
universellement regretté pour sa vertu exemplaire
et son ardente charité envers les pauvres. C'est
ainsi qu'en parlent les Nouvelles d'Espagne qui
marquent sa mort.
D. Pierre-Joseph Gutierrés , de Los- Rios ,
Cordoue et Mendoze , Comte de Fernan Nañés ,
Seigneur des Villes et Château de Bencalis et la
Morena , Commandeur de l'Ordre , et Massier
оц
MARS. 1734. 609
Du Garde- Clefs du Château et Saint Convent de
Calatrave , dignité de cet Ordre , Capitaine General
de l'Armement et des Armées Navales du
Roy d'Espagne sur la Mer Oceane , mourut à
Cadix le 10 Fevrier . Il avoit épousé par Procu
reur à Bruxelles , le 12. May 1726. Anne - Fran-,
çoise -Joseph de Los Rios et d'Alsace . sa parente
, fille de François Gutierrés de los Rios
Cordoue de la Tour et Tassis , Lieutenant General
des Armées de l'Empereur , et Colonel d'un
Régiment d'Infanterie , et de D. Anne- Christine
de Hennin d'Alsace , née Comtesse de Boussut
Soeur de Philippe- Thomas de Hennin d'Alsace
de Boussut et de Chymay , Cardinal , Archevêque
de Malines .
LE
E 4. Janvier 1734, sur les 3. heures après
midi , mourut à Rome après une longue maladie
, Don Ferdinand Bernard Philippe Orsini ,
( en françois des Ursins , ) Duc de Gravina ,
Prince de Solafra , Comte de Murs & c. Chef de
la Maison des Ursins , l'une des quatre premieres
Maisons de Rome, Prince du Soglio à Rome,
et Prince du S. Empire , Noble Venitien , Cónseiller
intime actuel d'Etat de l'Empereur. Il étoit
neveu du feu Pape Benoist XIII. mort le 21.
Fevrier 1730. et frere de D. Mondille Orsini , né
le 22. Juillet 1690. Prêtre de la Congrégation
de l'Oratoire , qui fut fait successivement par
le feu Pape son Oncle , Archevêque de Corinthe
en 1724. Evêque assistant du Trône,
1
Evêque
MARS. 1734. 607
Evêque de Melfe et de Rapolla , unis en la même
année 1724. Archevêque de Capoue en 1728.
et Patriarche de Constantinople en 1729. Le Duc
de Gravina avoit épousé en 1717. Dona Hiacinte
Ruspoli , soeur du Cardinal Barthelemy
Ruspoli , Créature du Pape regnant Clement XII.
qui l'honora de la Pourpre le 2. Octobre 1730.
D. Alfonse de Vasconcellos , de Sousa , Ribeiro
, de Camara , et Tavora , du Conseil du
Roy de Portugal , cinquiéme Comte de Calhera,
quatriéme de Castel - Melhor , Grand Maître de
la Garderobbe de S. M. P. Donataire et Capitaine-
General de l'Ile de Madere , dans la partie
de Funchal , Seigneur Donataire des Villes
de Almendra , Castel - Melhor , Valhelhas , Gon
çalo , Famelicam , Ponto du Sol , Camara de
Lobos , et Ca heta , Donataire et Capitaine General
des Iles de Sainte Marie , Port Saint , et
Ifles Déseries , Commandeur des Commanderies
de Pombal , Redinha , Facha et Salvateria
do extremo , dans l'Ordre de Christ , Seigneur
des Bourgades de Monta- Santa , Fayoens et
Romphe , &c. mourut après une longue maladie
à Lisbone le 2. Fevrier 1734. à l'âge de 70 .
ans , et fut inhumé le lendemain dans l'Eglise
de S. Pierre d'Alcantara des Capucins , surnommez
Arrabidos. Toute la Noblesse de la Cour
assista à ses Obseques. Il avoit épousé en premieres
Nôces à Lisbone au mois de Juillet 1690 .
la fille du Comte de Villaverde , de laquelle il
eut trois fils ; et en secondes Noces à Paris par
Procureur le 21. Juillet 1694. Emilie- Sophronie-
Pelagie de Rohan , née le 2. Juillet 1678. fille
de feu François de Rohan , Prince de Soubise ,
Seigneur de Frontenay et de Ponghes , Capitaime-
Lieutenant des Gendarmes de la Garde du
I iiij Roy,
608 MERCURE DE FRANCE
Roy , Lieutenant General de ses Armées , Gou
verneur de Champagne et de Brie , et de feüe
Anne Chabot de Rohan , sa seconde femme ,
ayant eû d'elle une nombreuse posterité.
Don André Govanni , Régent du Conseil Collateral
du Royaume de Naples , y mourut le 6.
Février , dans la 95. année de son âge.
Le 9. Février Don Diego de Astorga et Cespedes
, Cardinal de l'Eglise Romaine , Archevêque
de Tolede , Primar des Espagnes , mourut
à Madrid , âgé de 68. ans. Ce Prélat après
avoir rempli plusieurs Emplois honorables , dans
P'exercice desquels il avoit donné des marques
de son grand zele , de sa prudence et de son habileté
, étant en dernier lieu Inquisiteur de Mur
cie , fut nommé au mois de Décembre 1725. à
l'Evêché de Barcelone , d'où il fut appellé à Madrid
au mois de Mars 1720. pour remplir la
Charge de Grand- Inquisiteur General d'Espagne.
Il fut transferé le 16. Juin suivant à l'Ar-
Chevêché de Tolede qui fut proposé pour lui à
Rome le 22. Juillet de la même année . Il exerça
la Charge de Ministre du Cabinet sous le Regne
de D. Louis premier , et enfin , à la recomman
dation de la Couronne d'Espagne , il fut élevé
au Cardinalat le 26. Novembre 1727. Ce Cardinal
, que l'on regarde comme un des grands
Prélats qui ont occupé le Siege de Tolede , a été
universellement regretté pour sa vertu exemplaire
et son ardente charité envers les pauvres. C'est
ainsi qu'en parlent les Nouvelles d'Espagne qui
marquent sa mort.
D. Pierre-Joseph Gutierrés , de Los- Rios ,
Cordoue et Mendoze , Comte de Fernan Nañés ,
Seigneur des Villes et Château de Bencalis et la
Morena , Commandeur de l'Ordre , et Massier
оц
MARS. 1734. 609
Du Garde- Clefs du Château et Saint Convent de
Calatrave , dignité de cet Ordre , Capitaine General
de l'Armement et des Armées Navales du
Roy d'Espagne sur la Mer Oceane , mourut à
Cadix le 10 Fevrier . Il avoit épousé par Procu
reur à Bruxelles , le 12. May 1726. Anne - Fran-,
çoise -Joseph de Los Rios et d'Alsace . sa parente
, fille de François Gutierrés de los Rios
Cordoue de la Tour et Tassis , Lieutenant General
des Armées de l'Empereur , et Colonel d'un
Régiment d'Infanterie , et de D. Anne- Christine
de Hennin d'Alsace , née Comtesse de Boussut
Soeur de Philippe- Thomas de Hennin d'Alsace
de Boussut et de Chymay , Cardinal , Archevêque
de Malines .
Fermer
Résumé : MORTS DES PAYS ETRANGERS.
En 1734, plusieurs personnalités étrangères marquantes décédèrent. Le 4 janvier, Don Ferdinand Bernard Philippe Orsini, Duc de Gravina, Prince de Solafra et Chef de la Maison des Ursins, mourut à Rome après une longue maladie. Il était neveu du Pape Benoît XIII et frère de Don Mondille Orsini, un prélat ayant occupé divers postes ecclésiastiques importants. Le Duc de Gravina avait épousé Dona Hiacinte Ruspoli, sœur du Cardinal Barthelemy Ruspoli. Le 2 février, Don Alfonse de Vasconcellos, Comte de Calhera et Grand Maître de la Garderobbe du Roi de Portugal, décéda à Lisbonne à l'âge de 70 ans. Il avait épousé en premières noces la fille du Comte de Villaverde et en secondes noces Emilie-Sophronie-Pelagie de Rohan. Le 6 février, Don André Giovanni, Régent du Conseil Collateral du Royaume de Naples, mourut à l'âge de 95 ans. Le 9 février, Don Diego de Astorga et Cespedes, Cardinal et Archevêque de Tolède, décéda à Madrid à l'âge de 68 ans. Il avait occupé divers postes honorables, notamment celui de Grand-Inquisiteur Général d'Espagne. Le 10 février, Don Pierre-Joseph Gutierrés, Comte de Fernan Nañés et Capitaine Général des Armées Navales du Roi d'Espagne, décéda à Cadix. Il avait épousé Anne-Françoise-Joseph de Los Rios et d'Alsace.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
227
p. 747-751
Carte Chronologique et Portraits des Comtes de Provence, [titre d'après la table]
Début :
PORTRAITS et Carte Chronologique et Historique des anciens Comtes de Provence avant [...]
Mots clefs :
Provence, Comtes de Provence, Boson, Roi, Prince, Historiens, Berthe de Lorraine, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Carte Chronologique et Portraits des Comtes de Provence, [titre d'après la table]
PORTRAITS et Carte Chronologique et
Historique des anciens Comtes de Provence avant
Louis XI. Roy de France. A Paris , Quay de
l'Horloge du Palais , à la Sphere Royale.
Cet Ouvrage qui est de la composition du R.P.
Penchinat , Cordelier de l'Observance S. François
, est dédié au Roy , ayant au Frontispice le
Portrait de S. M. en Buste . Le Portrait est accompagné
d'un grand Cartouche de chaque côté.
Dans l'un est l'Epitre Dédicatoire , et dans l'autre
la Description abregée de la Provence. Suivent
quatre rangs de Portraits des Comtes de
Fiiij Provence
748 MERCURE DE FRANCE
Provence , ayant chacun audessous un Discours
Sommaire , relatif au Prince qui est représenté.
Au bas de l'Estampe et dans un espace ménagé ,
est une Carte du Gouvernement de Provence et
de la Generalité d'Aix. 1
Il paroît que l'Auteur a voulu donner dans
un seul coup d'oeil la connoissance du caractere
des anciens Comtes de Provence , de leurs principales
actions et de tout ce qui est passé de
plus considerable sous leur Regue. Il joint de
temps en temps à leur Histoire des faits qui y
paroissent étrangers , mais qui sont interessants
et honorables pour la Provence . La distribution
de l'Ouvrage est , comme on vient de le voir ,
très -gracieuse et dans un fort bon ordre . Dans
PEpitre au Roy , l'Auteur donne aux anciens
Comtes de Provence pour principal trait de leur
gloire , celui d'avoir donné à la France une Reine
(Marguerite de Provence ) de laquelle est
sortie l'Auguste Tige des Bourbons . La Description
de la Provence en découvre les beautez et
l'Origine ; et les Portraits des Comtes Souverains
de la Provence , au nombre de 24. finissent à
Charles III. d'Anjou , dit du Maine , qui donna
la Provence en héritage à Louis XI . Roy de
France , son proche Parent. Faisons deux ou
trois Remarques sur le fond de l'Ouvrage.
L'Auteur donne beaucoup de clarté à l'établissement
des premiers Comtes de Provence , en
cela d'autant plus loüiable , que l'on ne trouve
que des obscuritez dans la plupart des Historiens
qui ont écrit sur ce sujet . Son opinion sur
l'article de Boson premier , fils de Rotbold , paroît
solide . Boson , fils de Rotbold de Bourgogne
, et d'Ingerberge , fille de Boson premier ,
Duc de Bourgogne , Roy d'Italie et de Provence,
-comAVRIL.
1734 749
commença , dit-il , dit-il , à regner Pan 933. il épousa
Berthe , fille de Boson , Marquis de Toscane , et
Niece de Hugues , Roy d'Italie , l'un et l'autre
fils du Comte Thibaut et de Berthe de Lorraine.
Hugues ceda à sa Niece Berthe le droit qu'il prétendoit
avoir sur la Provence. Par ce Mariage
les deux Maisons se réunirent , et Boson devint
paisible et légitime possesseur du Pays. Ce raisonnement
paroît juste , puisqu'il n'est pas possible
de découvrir aucun autre motif qui en ait
rendu la possession tranquille aux Successeurs
de Boson.
La même solidité paroît dans ce qu'il die
au sujet de Boson II . qui succede immédiatement
à Boson I. c'est sans fondement dit l'Auteur
) que quelques Historiens prétendent que
Boson II. étoit frere de Boson I. mort sans Enfans.
De l'aveu de tous les Ecrivains , Berthe ,
Epouse de Boson 1. survécut à son Mari et épousa
en secondes nôces Raymond , Prince de Gothie
; si Berthe n'avoit laissé aucnn enfant de son
premier Mary , elle auroit , sans doute , repeté
sa dot , Hugues , son Oncle , auroit renouvellé
ses prétentions sur la Provence , et la guerre auroit
été vivement rallumée entre les descendans
de la Maison de Lorraine et ceux de la Maison
de Bourgogne. Cette sage refléxion développe les
difficultez que l'on peut trouver dans la succession
des premiers Comtes de Provence .
L'Auteur fait encore une remarque judicieuse
au sujet de Gilbert de Lorraine ,. qu'il fait huitiéme
Comte de Provence . Quelque obscurité ,
dit-il , que l'on trouve parmi les Historiens sur
l'origine de ce Prince et sur son avenement à
la Souveraineté de Provence , l'opinion la plus
sûre paroît celle qui le fait descendre de la Mai-
Ev Son
70 MERCURE DE FRANCE
son de Lorraine . C'est insulter à la pieté des
Descendans de Boson I. que de croire que Gilbert
étoit fils de Guillaume III. Comte de Provence
, et qu'étant encore fort jeune lors de la
mort de son Pere , Geoffroy son Oncle , lui usurpa
ses Etats. Cette usurpation n'auroit pas été
tranquille , et Gilbert devenu Majeur , n'auroit
pas souffert paisiblement cet enlevement si injuste.
Notre Auteur croit ce Gilbert fils d'Othon ,
Comte de Lorraine , et de Blanche Sidoine , fille
de Guillaume III . Comte de Provence ; il fait
sentir que l'origine et l'établissement de ce Comte
ne paroissent pas dans un grand jour , mais il
croit que l'opinion qu'il adopte , a plus de fondement
et de vrai- semblance .
On ne peut se refuser à ce qu'il ajoûte au sujet
d'Alphonse 1. Roy d'Arragon , et XII . Comte
de Provence. Il ne paroît pas en effet vrai- semblable
que ce Prince ait donné , au préjudice de
ses Enfans , la Souveraineté de Provence à Betenger
et Sance , ses freres , et à Huno , son neveu
, que tous les trois en ayent été Comtes
Souverains en même- temps ; qu'Alphonse luimême
ait regné avec eux , et qu'ensuite ce Prince
leur en ait ôté tout - à - coup la possession pour
la donner à Alphonse II . son fils , qui lui succeda.
Il est plus à présumer que les deux Freres
et le Neveu d'Alphonse I. n'ont gouverné la
Provence qu'en qualité de Comtes Commandans .
L'Auteur parle avec beaucoup de prudence de
la Comtesse Jeanne de Provence , et il la justifie
d'une maniere qui semble ne laisser aucun soupçon
sur l'innocence de cette Princesse , assez
maltraitée dans plusieurs Historiens.
On peut dire que cet Ouvrage , quoiqu'en ra-
Conci , ne peut être que très - atile , soit pour se
rappeller
AVRIL. 1734. 751
rappeller agréablement et en peu de temps ce
qu'on a lû sur l'Histoire de Provence , soit pour
en avoir une idée suffisante quand on ne peut
s'appliquer à de longues lectures. L'Auteur promet
de donner dans la suite un Abbregé de l'Histoire
de Provence , qui servira d'éclaircissement
à ce qu'il y a d'obscur dans les anciens Historiens
du Pays.
Historique des anciens Comtes de Provence avant
Louis XI. Roy de France. A Paris , Quay de
l'Horloge du Palais , à la Sphere Royale.
Cet Ouvrage qui est de la composition du R.P.
Penchinat , Cordelier de l'Observance S. François
, est dédié au Roy , ayant au Frontispice le
Portrait de S. M. en Buste . Le Portrait est accompagné
d'un grand Cartouche de chaque côté.
Dans l'un est l'Epitre Dédicatoire , et dans l'autre
la Description abregée de la Provence. Suivent
quatre rangs de Portraits des Comtes de
Fiiij Provence
748 MERCURE DE FRANCE
Provence , ayant chacun audessous un Discours
Sommaire , relatif au Prince qui est représenté.
Au bas de l'Estampe et dans un espace ménagé ,
est une Carte du Gouvernement de Provence et
de la Generalité d'Aix. 1
Il paroît que l'Auteur a voulu donner dans
un seul coup d'oeil la connoissance du caractere
des anciens Comtes de Provence , de leurs principales
actions et de tout ce qui est passé de
plus considerable sous leur Regue. Il joint de
temps en temps à leur Histoire des faits qui y
paroissent étrangers , mais qui sont interessants
et honorables pour la Provence . La distribution
de l'Ouvrage est , comme on vient de le voir ,
très -gracieuse et dans un fort bon ordre . Dans
PEpitre au Roy , l'Auteur donne aux anciens
Comtes de Provence pour principal trait de leur
gloire , celui d'avoir donné à la France une Reine
(Marguerite de Provence ) de laquelle est
sortie l'Auguste Tige des Bourbons . La Description
de la Provence en découvre les beautez et
l'Origine ; et les Portraits des Comtes Souverains
de la Provence , au nombre de 24. finissent à
Charles III. d'Anjou , dit du Maine , qui donna
la Provence en héritage à Louis XI . Roy de
France , son proche Parent. Faisons deux ou
trois Remarques sur le fond de l'Ouvrage.
L'Auteur donne beaucoup de clarté à l'établissement
des premiers Comtes de Provence , en
cela d'autant plus loüiable , que l'on ne trouve
que des obscuritez dans la plupart des Historiens
qui ont écrit sur ce sujet . Son opinion sur
l'article de Boson premier , fils de Rotbold , paroît
solide . Boson , fils de Rotbold de Bourgogne
, et d'Ingerberge , fille de Boson premier ,
Duc de Bourgogne , Roy d'Italie et de Provence,
-comAVRIL.
1734 749
commença , dit-il , dit-il , à regner Pan 933. il épousa
Berthe , fille de Boson , Marquis de Toscane , et
Niece de Hugues , Roy d'Italie , l'un et l'autre
fils du Comte Thibaut et de Berthe de Lorraine.
Hugues ceda à sa Niece Berthe le droit qu'il prétendoit
avoir sur la Provence. Par ce Mariage
les deux Maisons se réunirent , et Boson devint
paisible et légitime possesseur du Pays. Ce raisonnement
paroît juste , puisqu'il n'est pas possible
de découvrir aucun autre motif qui en ait
rendu la possession tranquille aux Successeurs
de Boson.
La même solidité paroît dans ce qu'il die
au sujet de Boson II . qui succede immédiatement
à Boson I. c'est sans fondement dit l'Auteur
) que quelques Historiens prétendent que
Boson II. étoit frere de Boson I. mort sans Enfans.
De l'aveu de tous les Ecrivains , Berthe ,
Epouse de Boson 1. survécut à son Mari et épousa
en secondes nôces Raymond , Prince de Gothie
; si Berthe n'avoit laissé aucnn enfant de son
premier Mary , elle auroit , sans doute , repeté
sa dot , Hugues , son Oncle , auroit renouvellé
ses prétentions sur la Provence , et la guerre auroit
été vivement rallumée entre les descendans
de la Maison de Lorraine et ceux de la Maison
de Bourgogne. Cette sage refléxion développe les
difficultez que l'on peut trouver dans la succession
des premiers Comtes de Provence .
L'Auteur fait encore une remarque judicieuse
au sujet de Gilbert de Lorraine ,. qu'il fait huitiéme
Comte de Provence . Quelque obscurité ,
dit-il , que l'on trouve parmi les Historiens sur
l'origine de ce Prince et sur son avenement à
la Souveraineté de Provence , l'opinion la plus
sûre paroît celle qui le fait descendre de la Mai-
Ev Son
70 MERCURE DE FRANCE
son de Lorraine . C'est insulter à la pieté des
Descendans de Boson I. que de croire que Gilbert
étoit fils de Guillaume III. Comte de Provence
, et qu'étant encore fort jeune lors de la
mort de son Pere , Geoffroy son Oncle , lui usurpa
ses Etats. Cette usurpation n'auroit pas été
tranquille , et Gilbert devenu Majeur , n'auroit
pas souffert paisiblement cet enlevement si injuste.
Notre Auteur croit ce Gilbert fils d'Othon ,
Comte de Lorraine , et de Blanche Sidoine , fille
de Guillaume III . Comte de Provence ; il fait
sentir que l'origine et l'établissement de ce Comte
ne paroissent pas dans un grand jour , mais il
croit que l'opinion qu'il adopte , a plus de fondement
et de vrai- semblance .
On ne peut se refuser à ce qu'il ajoûte au sujet
d'Alphonse 1. Roy d'Arragon , et XII . Comte
de Provence. Il ne paroît pas en effet vrai- semblable
que ce Prince ait donné , au préjudice de
ses Enfans , la Souveraineté de Provence à Betenger
et Sance , ses freres , et à Huno , son neveu
, que tous les trois en ayent été Comtes
Souverains en même- temps ; qu'Alphonse luimême
ait regné avec eux , et qu'ensuite ce Prince
leur en ait ôté tout - à - coup la possession pour
la donner à Alphonse II . son fils , qui lui succeda.
Il est plus à présumer que les deux Freres
et le Neveu d'Alphonse I. n'ont gouverné la
Provence qu'en qualité de Comtes Commandans .
L'Auteur parle avec beaucoup de prudence de
la Comtesse Jeanne de Provence , et il la justifie
d'une maniere qui semble ne laisser aucun soupçon
sur l'innocence de cette Princesse , assez
maltraitée dans plusieurs Historiens.
On peut dire que cet Ouvrage , quoiqu'en ra-
Conci , ne peut être que très - atile , soit pour se
rappeller
AVRIL. 1734. 751
rappeller agréablement et en peu de temps ce
qu'on a lû sur l'Histoire de Provence , soit pour
en avoir une idée suffisante quand on ne peut
s'appliquer à de longues lectures. L'Auteur promet
de donner dans la suite un Abbregé de l'Histoire
de Provence , qui servira d'éclaircissement
à ce qu'il y a d'obscur dans les anciens Historiens
du Pays.
Fermer
Résumé : Carte Chronologique et Portraits des Comtes de Provence, [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Portraits et Carte Chronologique et Historique des anciens Comtes de Provence avant Louis XI. Roy de France', rédigé par le R.P. Penchinat, un cordelier de l'Observance de Saint François. Cet ouvrage est dédié au roi de France et inclut un portrait du souverain, une épître dédicatoire et une description abrégée de la Provence. Il contient également des portraits de 24 comtes de Provence, chacun accompagné d'un discours sommaire relatant les actions et le caractère du prince représenté. Une carte du gouvernement de Provence et de la généralité d'Aix est également incluse. L'auteur vise à offrir une connaissance rapide des anciens comtes de Provence, de leurs actions principales et des événements marquants de leur règne. Il intègre des faits intéressants et honorables pour la Provence, bien que parfois étrangers à l'histoire des comtes. L'ouvrage est structuré de manière gracieuse et ordonnée, débutant par une épître au roi qui souligne la gloire des anciens comtes de Provence d'avoir donné à la France une reine, Marguerite de Provence, ancêtre des Bourbons. La description de la Provence met en lumière ses beautés et son origine. L'auteur clarifie plusieurs points obscurs de l'histoire des premiers comtes de Provence. Il affirme que Boson, fils de Rotbold de Bourgogne et d'Ingerberge, commença à régner en 933 et devint légitime possesseur de la Provence par son mariage avec Berthe, fille de Boson, marquis de Toscane. Il conteste également les affirmations selon lesquelles Boson II serait le frère de Boson I, mort sans enfants, et soutient que Berthe survécut à son premier mari et se remaria avec Raymond, prince de Gothie. L'auteur discute également de Gilbert de Lorraine, qu'il considère comme le huitième comte de Provence et descendant de la maison de Lorraine, contredisant les historiens qui le prétendent fils de Guillaume III et usurpateur des États de son oncle Geoffroy. Enfin, il remet en question la succession d'Alphonse I, roi d'Aragon et comte de Provence, et justifie la comtesse Jeanne de Provence, souvent mal traitée dans les écrits historiques. L'ouvrage est jugé utile pour rappeler ou découvrir l'histoire de la Provence de manière concise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
228
p. 980-987
Nouvelles de Naples et de Sicile.
Début :
L'Infant Don Carlos a fait publier et afficher sur les frontieres du Royaume de Naples le [...]
Mots clefs :
Naples, Infant Don Carlos, Troupes, Sicile, Prince, Guerre, Pardon général, Hommes, Peuples, Royaumes, Empereur, Comte Visconti, Dieu, Armées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Naples et de Sicile.
Nouvelles de Naples et de Sicile.
'Infant Don Carlos a fait publier et afficher
sur les frontieres du Royaume de Naples le
Decret suivant.
DON CARLOS , Par la grace de Dieu , Infant
d'Espagne , Duc de Parme , de Plaisance et
de Castro , &c. Grand Prince de Toscane et Generalissime
des Armées de Sa Majesté Catholi
que en Italie.
Le Roi , mon très- cher et honoré Pere , par
sa Lettre du 27. Fevrier dernier , écrite dans le
Palais Royal du Pardo , me mande ce qui suit,
ΜΟΝ
MAY.
981 1734.
MON CHER ET BIEN AIME' FILS.
•
>
Vos interêts inséparables de la dignité de ma
Couronne , et ceux de mes fideles Alliez , m'ont déterminez
à envoyer des Troupes dans la Lombardie
afin d'executer de concert avec leurs Armées
les justes Entreprises ausquelles on les a destinées
; mais dautant qu'à l'occasion de la presente
Guerre , les clameurs des Peuplet de Naples et de Sicile
, excessivement violentés , opprimés et tirannisés
depuis tant d'années par
le gouvernement Allemand
, ont pénetré mon coeur Royal , et que j'ai
toujours eu pour ces Peuples un amour Paternel
me ressouvenant fort bien de leurs démonstration's
de joye et de leurs acclamattons unanimées lorsqu'is
me reçûrent autrefois à Naples , et qu'ils consenti
rent à admettre mes Troupes en Sicile. Excité par
une compassion si naturelle , j'ai préferé à toute autre
expedition celle de délivrer de leurs maux insupportables
ces Peuples opprimés , en employant
avecgenerosité , pour leur prompt soulagement , les
forces qu'il a plu à Dieu de me confier , d'autant
plus que je considere qu'avant que leurs volontés
fussent en quelque façon captivées , leur zele répondoit
parfaitement à mes desirs et que ce n'a été
qu'après avoir été séduits ou par des insinuations
trompeuses , ou par des esperances chimeriques , ou
par la crainie des menaces violentes , qu'ils ont tous
été contraints de dissimuler leur propre inclination
en adoptant des operations très - contraires
leur fidelité. Dans cette persuasion j'ai toujours regardé
avec mépris , et comme des actes involontaires
ou forcés , tout ce qu'ils ont fait , soit en general
, soit en particulier , puisqu'ils y ont été excités
par mes ennemis , et je l'ai mis en oubli comme
s'il ne s'étoitjamais rien passé à ce sujet , ne dou-
Giij tant
>
>
982 MERCURE DE FRANCE
tant point qu'aussi- tôt qu'ils se verront en état Pagir
librement selon leurs desirs , ils ne me donnent
les mêmes preuves de leur parfait devoüement , da
leur loyauté , et de leur zele qu'ils m'ont donné cidevant.
Incité par de si justes motifs , j'ai pris là
resolution de vous y envoyer en personne , et en
qualité de Generalissime de mes Armées , pour recouvrer
ces Royaumes , malgré le risque où pourroit
être votre précieuse santé dans un si long voyage
, afin que par votre Royale et aimable présence,
vous puissiez confirmer en mon nom l'Amnistie et le
Pardon general ou particulier , que mon amour Paternel
m'engage à accorder à un chacun , de quelque
Nation qui soit , et donner à tous en mêmetems
les sûretés les plus authentiques . Vous confirmerez
en outre, vous étendre et augmenterêz , nonseulement
les Privileges dont ces Peuples jouissent a
present , mais encore vous les déchargere de toutes
sortes d'Impôts , et particulierement de ceux qui ne
doivent leur invention et leur établissement qu'à l'avidité
insatialle du Gouvernement Allemand ; et
tout cela afin que le monde soit convaincu que mon
juste et unique but est de rétablir deux Illustres
Royaumes, qui ont si bien merité de la Monarchie,
et de les faire encore jouir de leur ancienne felicité ,
réputation et dignité , et qu'on ne croye pas que ce
soit pas aucun autre interêt que j'ai entrepris de recouvrer
ces Royaumes . Et afin que le contenu de la
Presente soit notoire à tous je vous ordonne de le
rendre Public et Manifeste , dans la forme que vous
jugerez la plus convenable Dieu vous conserve
mon cher et bien aimé Fils , aussi long- tems que je
le desire. Moi le Roi , DON JOSEPH PATINO .
En vertu du pouvoir qu'il a plu à Sa Majesté,
par un effet de son amour Paternel de me donner,
ct
MAY. 1734. 983
et afin que les Sujets ci- dessus mentionnés des
deux Royaumes de Naples et de Sicile ,ces Peuples
si cheris du Roi mon Pere , et dont Sa Majesté
s'est toujours les souvenue avec tant d'estime et
d'affection , en soient dûëment et amplement informés
, je leur déclare ,et je les assûre tous et un
chacun , que l'Indult et le Pardon general et particulier
que Sa Majesté m'a ordonné d'accorder ,
et que j'accorde sur l'assûrance de son sacré et
souverain Nom , comprend toutes sortes de délits
, motifs ou démonstrations sans aucune restriction
, le tout restant enseveli dans un éternel
oubli, que la confirmation de leurs Privileges
comprend et s'étend aux Loix et aux Coutumes
tant Civiles que Criminelles , et même aux
Ecclesiastiques , sans qu'il soit permis d'y établir
aucun nouveau Tribunal , ou Procedures.
Que la louable et juste pratique de conferer les
Benefices et les Pensions sera continuée dans la
forme qui s'y observe ,actuellement ; et que toutes
les impositions et Charges établies par le
Gouvernement tyrannique des Allemands seront
abolis dès à present , lesquelles graces seront
conformes au clement et benin coeur de Sa Majesté
Et afin que ceci soit notoire , j'ai ordonné
qu'on expedie en Langue Espagnole et Italienne
la Présente signée de notre main , scellée
de notre sceau Royal , et contresignée par notre
Secretaire d'Etat , et qu'on l'affiche aux lieux ordinaires.
Fait à Civita Castellana le 14. Mars
1734. CHARLES , Don Joseph-Joachin de Montealegre.
:
Les divers avis du Royaume de Naples portent,
que l'infant Don Carlos , qui est toujours
Aversa , avoit détaché le Marquis de Las - Minas
G iiij
er
1984 MERCURE DE FRANCE
et le Duc de Castro Pignano , avec 34. Compa
gnies de Grenadiers et 2300. hommes de Cavalerie
, du nombre desquels sont les Carabiniers,
pour suivre le Viceroi , lequel accompagné du
Prince Caraffe , Grand Maréchal du Royaume ,
et du Prince de Belmonte Pignatelli , General de
la Cavalerie, s'est retiré dans la Poüille avec près
de sooo . hommes . Ces avis ajoûtent que le Com
te de Charni avoit le Commandement des Troupes
qui assiegent les Châteaux de Naples ; que
le Comte de Marsillac avoit marché pour s'emparer
de celui de Baya , et qu'on formoit en même-
tems le Siege de Gaëtte et de Capouë .
Les quatre Galeres que l'Empereur avoit fait .
équiper dans le Port de Naples , sont sorties de
ce Port, et se sont sauvés à la faveur d'un grand
calme qui a empêché l'Escadre Espagnole des'opposer
à leur fuite.
Les Lettres de la fin d'Avril marquent , que
l'Infant Don Carlos avoit continué le Juge de la
Cour de la Vicairerie à Naples , et l'Elû du Peuple
dans l'exercice de leurs Emplois, et qu'il avoit
laissé aux Habitans le soin de garder la Ville.
Ces mêmes Lettres portent que ce Prince a fait
signifier aux Troupes qui sont dans les Châteaux,
et aux Garnisons de Gaette , et de Capouë, qu'on
ne leur donnoit pour se rendre qu'un petit nom →
bre de jours , après lesquels il ne leur sera accordé
aucune Capitulation.
Ces Lettres ajoutent que le nouveau Vaisseau
de Guerre que le Comte Visconti, ci - devant Vi
ceroi du Royaume , avoit fait construire par or
dre de l'Empereur , étant sorti du Port le 19. du
mois passé pour faire voile vers la Sicile , avoit
été attaqué par quelques vaisseaux de l'Escadre
Espagnole qui l'avoient coulé à fond.
L'Infans
MAY. 1734. 985
et
L'Infant Don Carlos a déclaré le Comte de
Charny , Lieutenant General du Royaume ; il a
nommé en même- tems VicairesGeneraux le Prince
de la Rochella ,pour la Calabre Ulterieure , le
Marquis de Forcardi, pour la Calabre Citerieure;
le Duc d'Andria,pour la Principauté de Bari ,
pour la Capitanate et le Comté de Melfi , le
Marquis Doria , pour la Principauté de Lezze ;
le Duc de Sentiti , pour la Bazilicate ; le Frince
de Monte-Mileto , pour la Principauté Ulterieure
; le Duc Lorenzano , pour la Citerieure , le
Duc de Sora , pour l'Abruzze Ulterieure , et le
Prince d'Isciscane pour l'autre partie de l'Abruze.
Le 24. du mois passé la Garnison du Châreau
S. Elme demanda à capîtuler , mais comme
elle ne s'est point rendue dans le tems qui
lui avoit été prescrit , les Officiers et les Soldats
qui la composoient ont été faits prisonniers de
Guerre ; celle du Château Neuf , qui ne peut tenir
encore long-tems , subira le même sort.
On a reçû avis de Baye que le Comte Marsil
lae , aprés un Siege qui n'avoit duré que quelques
jours s'en étoit emparé , et que la Garnison
et les Habitans s'étoient rendus à discretion
Les Troupes qu'on avoit envoyées pour suivre
le Comte Visconti l'ont joint dans les environs
d'Otrante , et elles n'ont pu encore l'attaquer
parce qu'il s'est retiré dans des bois où il est dif
ficile de le forcer ; mais on croit qu'il ne pourra
pas y demeurer long-tems , et qu'il sera obligé
de sortir du Royaume.
On a appris par des Lettres de Messine , qu'on
voit vû passer à la hauteur de Salerne à les
quatre Galeres Imperiales qui sortirent ily
quelque temps du Port de Naples , dont on viene
Gy
D
986 MERCURE DE FRANCE
de parler , et on conjecture qu'elles sont allées
à Messine.
On écrit de Sicile , que les Habitans ont refusé
de payer un subside de 13c0000. ducats
que le Comte de Sastago , Viceroy de cette Isle ,
leur a demandé de la part de l'Empereur , et que
les menaces qu'il leur a faites de les contraindre à
payer cette somme , y ont excité un soulevement
presque general.
L'ouverture de la breche faite par une batterie
de 8. Canons et de 2. Mortiers , qu'on avoit
dressée contre le Château de l'Euf , se trouva le
premier de ce mois , au matin , assez grande pour
que 30 hommes pussent y passer de front , et
le Commandant de ce Château , voyant qu'on se
disposoit à l'emporter d'assaut , fit battre la chamade
, mais on n'a voulu lui accorder aucune caputulation
, et il a été fait prisonnier de guerre ,
ainsi que la Garnison , qui étoit composée de
300. hommes.
Les Villes de Gaëtte et de Capoüe sont tou
jours bloquées , et l'on n'attend que l'arrivée de
la grosse Artillerie pour ouvrir la Tranchée
devant ces deux Places. Cinq Vaisseaux de
l'Escadre Epagnole , qui croisent sur les Côtes de
Naples , sont allez dans la Mer Adriatique, pour
empêcher le transport des Troupes que l'Empereur
pourroit envoyer ici de Trieste.
Le Comte Visconti ayant été joint par quel
ques Troupes que le Viceroy de Sicile lui a envoyées
, s'est jetté dans Otrante , et le Duc de
Castro Pignano a demandé un renfort d'Infanterie
pour l'y assieger.
5oo . des Soldats Imperiaux , qui ont été faits
prisonniers de guerre , ont pris parti dans les
Troupes de S. M. Catholique , et l'Infant Don
Carl
MAY. 1734. 987
"
Carlos leur a fait distribuer de l'argent.
Les derniers avis de Naples , portent qu'une
partie du Détachement des Troupes Espagnoles
qui avoit suivi le Comte Visconti dans la Pouille,
avoit enveloppé 300. Soldats Imperiaux , qui
n'avoient pu faire assez de diligence pour entrer
avec lui dans Otrante , et qu'ils avoient été faits
prisonniers de guerre.
Selon les mêmes avis , le Prince Della Torella
a fait lever dans ses Terres 800. hommes de Milice
pour le Service de S. M. Catholique .
'Infant Don Carlos a fait publier et afficher
sur les frontieres du Royaume de Naples le
Decret suivant.
DON CARLOS , Par la grace de Dieu , Infant
d'Espagne , Duc de Parme , de Plaisance et
de Castro , &c. Grand Prince de Toscane et Generalissime
des Armées de Sa Majesté Catholi
que en Italie.
Le Roi , mon très- cher et honoré Pere , par
sa Lettre du 27. Fevrier dernier , écrite dans le
Palais Royal du Pardo , me mande ce qui suit,
ΜΟΝ
MAY.
981 1734.
MON CHER ET BIEN AIME' FILS.
•
>
Vos interêts inséparables de la dignité de ma
Couronne , et ceux de mes fideles Alliez , m'ont déterminez
à envoyer des Troupes dans la Lombardie
afin d'executer de concert avec leurs Armées
les justes Entreprises ausquelles on les a destinées
; mais dautant qu'à l'occasion de la presente
Guerre , les clameurs des Peuplet de Naples et de Sicile
, excessivement violentés , opprimés et tirannisés
depuis tant d'années par
le gouvernement Allemand
, ont pénetré mon coeur Royal , et que j'ai
toujours eu pour ces Peuples un amour Paternel
me ressouvenant fort bien de leurs démonstration's
de joye et de leurs acclamattons unanimées lorsqu'is
me reçûrent autrefois à Naples , et qu'ils consenti
rent à admettre mes Troupes en Sicile. Excité par
une compassion si naturelle , j'ai préferé à toute autre
expedition celle de délivrer de leurs maux insupportables
ces Peuples opprimés , en employant
avecgenerosité , pour leur prompt soulagement , les
forces qu'il a plu à Dieu de me confier , d'autant
plus que je considere qu'avant que leurs volontés
fussent en quelque façon captivées , leur zele répondoit
parfaitement à mes desirs et que ce n'a été
qu'après avoir été séduits ou par des insinuations
trompeuses , ou par des esperances chimeriques , ou
par la crainie des menaces violentes , qu'ils ont tous
été contraints de dissimuler leur propre inclination
en adoptant des operations très - contraires
leur fidelité. Dans cette persuasion j'ai toujours regardé
avec mépris , et comme des actes involontaires
ou forcés , tout ce qu'ils ont fait , soit en general
, soit en particulier , puisqu'ils y ont été excités
par mes ennemis , et je l'ai mis en oubli comme
s'il ne s'étoitjamais rien passé à ce sujet , ne dou-
Giij tant
>
>
982 MERCURE DE FRANCE
tant point qu'aussi- tôt qu'ils se verront en état Pagir
librement selon leurs desirs , ils ne me donnent
les mêmes preuves de leur parfait devoüement , da
leur loyauté , et de leur zele qu'ils m'ont donné cidevant.
Incité par de si justes motifs , j'ai pris là
resolution de vous y envoyer en personne , et en
qualité de Generalissime de mes Armées , pour recouvrer
ces Royaumes , malgré le risque où pourroit
être votre précieuse santé dans un si long voyage
, afin que par votre Royale et aimable présence,
vous puissiez confirmer en mon nom l'Amnistie et le
Pardon general ou particulier , que mon amour Paternel
m'engage à accorder à un chacun , de quelque
Nation qui soit , et donner à tous en mêmetems
les sûretés les plus authentiques . Vous confirmerez
en outre, vous étendre et augmenterêz , nonseulement
les Privileges dont ces Peuples jouissent a
present , mais encore vous les déchargere de toutes
sortes d'Impôts , et particulierement de ceux qui ne
doivent leur invention et leur établissement qu'à l'avidité
insatialle du Gouvernement Allemand ; et
tout cela afin que le monde soit convaincu que mon
juste et unique but est de rétablir deux Illustres
Royaumes, qui ont si bien merité de la Monarchie,
et de les faire encore jouir de leur ancienne felicité ,
réputation et dignité , et qu'on ne croye pas que ce
soit pas aucun autre interêt que j'ai entrepris de recouvrer
ces Royaumes . Et afin que le contenu de la
Presente soit notoire à tous je vous ordonne de le
rendre Public et Manifeste , dans la forme que vous
jugerez la plus convenable Dieu vous conserve
mon cher et bien aimé Fils , aussi long- tems que je
le desire. Moi le Roi , DON JOSEPH PATINO .
En vertu du pouvoir qu'il a plu à Sa Majesté,
par un effet de son amour Paternel de me donner,
ct
MAY. 1734. 983
et afin que les Sujets ci- dessus mentionnés des
deux Royaumes de Naples et de Sicile ,ces Peuples
si cheris du Roi mon Pere , et dont Sa Majesté
s'est toujours les souvenue avec tant d'estime et
d'affection , en soient dûëment et amplement informés
, je leur déclare ,et je les assûre tous et un
chacun , que l'Indult et le Pardon general et particulier
que Sa Majesté m'a ordonné d'accorder ,
et que j'accorde sur l'assûrance de son sacré et
souverain Nom , comprend toutes sortes de délits
, motifs ou démonstrations sans aucune restriction
, le tout restant enseveli dans un éternel
oubli, que la confirmation de leurs Privileges
comprend et s'étend aux Loix et aux Coutumes
tant Civiles que Criminelles , et même aux
Ecclesiastiques , sans qu'il soit permis d'y établir
aucun nouveau Tribunal , ou Procedures.
Que la louable et juste pratique de conferer les
Benefices et les Pensions sera continuée dans la
forme qui s'y observe ,actuellement ; et que toutes
les impositions et Charges établies par le
Gouvernement tyrannique des Allemands seront
abolis dès à present , lesquelles graces seront
conformes au clement et benin coeur de Sa Majesté
Et afin que ceci soit notoire , j'ai ordonné
qu'on expedie en Langue Espagnole et Italienne
la Présente signée de notre main , scellée
de notre sceau Royal , et contresignée par notre
Secretaire d'Etat , et qu'on l'affiche aux lieux ordinaires.
Fait à Civita Castellana le 14. Mars
1734. CHARLES , Don Joseph-Joachin de Montealegre.
:
Les divers avis du Royaume de Naples portent,
que l'infant Don Carlos , qui est toujours
Aversa , avoit détaché le Marquis de Las - Minas
G iiij
er
1984 MERCURE DE FRANCE
et le Duc de Castro Pignano , avec 34. Compa
gnies de Grenadiers et 2300. hommes de Cavalerie
, du nombre desquels sont les Carabiniers,
pour suivre le Viceroi , lequel accompagné du
Prince Caraffe , Grand Maréchal du Royaume ,
et du Prince de Belmonte Pignatelli , General de
la Cavalerie, s'est retiré dans la Poüille avec près
de sooo . hommes . Ces avis ajoûtent que le Com
te de Charni avoit le Commandement des Troupes
qui assiegent les Châteaux de Naples ; que
le Comte de Marsillac avoit marché pour s'emparer
de celui de Baya , et qu'on formoit en même-
tems le Siege de Gaëtte et de Capouë .
Les quatre Galeres que l'Empereur avoit fait .
équiper dans le Port de Naples , sont sorties de
ce Port, et se sont sauvés à la faveur d'un grand
calme qui a empêché l'Escadre Espagnole des'opposer
à leur fuite.
Les Lettres de la fin d'Avril marquent , que
l'Infant Don Carlos avoit continué le Juge de la
Cour de la Vicairerie à Naples , et l'Elû du Peuple
dans l'exercice de leurs Emplois, et qu'il avoit
laissé aux Habitans le soin de garder la Ville.
Ces mêmes Lettres portent que ce Prince a fait
signifier aux Troupes qui sont dans les Châteaux,
et aux Garnisons de Gaette , et de Capouë, qu'on
ne leur donnoit pour se rendre qu'un petit nom →
bre de jours , après lesquels il ne leur sera accordé
aucune Capitulation.
Ces Lettres ajoutent que le nouveau Vaisseau
de Guerre que le Comte Visconti, ci - devant Vi
ceroi du Royaume , avoit fait construire par or
dre de l'Empereur , étant sorti du Port le 19. du
mois passé pour faire voile vers la Sicile , avoit
été attaqué par quelques vaisseaux de l'Escadre
Espagnole qui l'avoient coulé à fond.
L'Infans
MAY. 1734. 985
et
L'Infant Don Carlos a déclaré le Comte de
Charny , Lieutenant General du Royaume ; il a
nommé en même- tems VicairesGeneraux le Prince
de la Rochella ,pour la Calabre Ulterieure , le
Marquis de Forcardi, pour la Calabre Citerieure;
le Duc d'Andria,pour la Principauté de Bari ,
pour la Capitanate et le Comté de Melfi , le
Marquis Doria , pour la Principauté de Lezze ;
le Duc de Sentiti , pour la Bazilicate ; le Frince
de Monte-Mileto , pour la Principauté Ulterieure
; le Duc Lorenzano , pour la Citerieure , le
Duc de Sora , pour l'Abruzze Ulterieure , et le
Prince d'Isciscane pour l'autre partie de l'Abruze.
Le 24. du mois passé la Garnison du Châreau
S. Elme demanda à capîtuler , mais comme
elle ne s'est point rendue dans le tems qui
lui avoit été prescrit , les Officiers et les Soldats
qui la composoient ont été faits prisonniers de
Guerre ; celle du Château Neuf , qui ne peut tenir
encore long-tems , subira le même sort.
On a reçû avis de Baye que le Comte Marsil
lae , aprés un Siege qui n'avoit duré que quelques
jours s'en étoit emparé , et que la Garnison
et les Habitans s'étoient rendus à discretion
Les Troupes qu'on avoit envoyées pour suivre
le Comte Visconti l'ont joint dans les environs
d'Otrante , et elles n'ont pu encore l'attaquer
parce qu'il s'est retiré dans des bois où il est dif
ficile de le forcer ; mais on croit qu'il ne pourra
pas y demeurer long-tems , et qu'il sera obligé
de sortir du Royaume.
On a appris par des Lettres de Messine , qu'on
voit vû passer à la hauteur de Salerne à les
quatre Galeres Imperiales qui sortirent ily
quelque temps du Port de Naples , dont on viene
Gy
D
986 MERCURE DE FRANCE
de parler , et on conjecture qu'elles sont allées
à Messine.
On écrit de Sicile , que les Habitans ont refusé
de payer un subside de 13c0000. ducats
que le Comte de Sastago , Viceroy de cette Isle ,
leur a demandé de la part de l'Empereur , et que
les menaces qu'il leur a faites de les contraindre à
payer cette somme , y ont excité un soulevement
presque general.
L'ouverture de la breche faite par une batterie
de 8. Canons et de 2. Mortiers , qu'on avoit
dressée contre le Château de l'Euf , se trouva le
premier de ce mois , au matin , assez grande pour
que 30 hommes pussent y passer de front , et
le Commandant de ce Château , voyant qu'on se
disposoit à l'emporter d'assaut , fit battre la chamade
, mais on n'a voulu lui accorder aucune caputulation
, et il a été fait prisonnier de guerre ,
ainsi que la Garnison , qui étoit composée de
300. hommes.
Les Villes de Gaëtte et de Capoüe sont tou
jours bloquées , et l'on n'attend que l'arrivée de
la grosse Artillerie pour ouvrir la Tranchée
devant ces deux Places. Cinq Vaisseaux de
l'Escadre Epagnole , qui croisent sur les Côtes de
Naples , sont allez dans la Mer Adriatique, pour
empêcher le transport des Troupes que l'Empereur
pourroit envoyer ici de Trieste.
Le Comte Visconti ayant été joint par quel
ques Troupes que le Viceroy de Sicile lui a envoyées
, s'est jetté dans Otrante , et le Duc de
Castro Pignano a demandé un renfort d'Infanterie
pour l'y assieger.
5oo . des Soldats Imperiaux , qui ont été faits
prisonniers de guerre , ont pris parti dans les
Troupes de S. M. Catholique , et l'Infant Don
Carl
MAY. 1734. 987
"
Carlos leur a fait distribuer de l'argent.
Les derniers avis de Naples , portent qu'une
partie du Détachement des Troupes Espagnoles
qui avoit suivi le Comte Visconti dans la Pouille,
avoit enveloppé 300. Soldats Imperiaux , qui
n'avoient pu faire assez de diligence pour entrer
avec lui dans Otrante , et qu'ils avoient été faits
prisonniers de guerre.
Selon les mêmes avis , le Prince Della Torella
a fait lever dans ses Terres 800. hommes de Milice
pour le Service de S. M. Catholique .
Fermer
Résumé : Nouvelles de Naples et de Sicile.
Le texte décrit les actions et déclarations de l'Infant Don Carlos, fils du roi d'Espagne, concernant les royaumes de Naples et de Sicile. Le roi d'Espagne, motivé par les souffrances des peuples napolitains et siciliens sous le gouvernement allemand, a décidé d'envoyer des troupes pour les libérer. Don Carlos, en tant que généralissime des armées, est chargé de récupérer ces royaumes, de confirmer une amnistie générale, de restaurer les privilèges des peuples et d'abolir les impôts imposés par le gouvernement allemand. Les nouvelles de Naples indiquent que Don Carlos a détaché plusieurs officiers et troupes pour suivre le vice-roi, qui s'est retiré en Pouille. Les galères impériales ont pu s'échapper grâce à un calme marin. Don Carlos a maintenu les juges et élus du peuple dans leurs fonctions et a donné un délai limité aux troupes dans les châteaux pour se rendre. Il a également nommé plusieurs lieutenants généraux et vicaires pour différentes régions des royaumes. Les garnisons des châteaux de Naples et de Baïa se sont rendues. Les troupes impériales, dirigées par le Comte Visconti, sont en difficulté et cherchent à quitter le royaume. Les habitants de Sicile ont refusé de payer un subside demandé par le vice-roi, provoquant un soulèvement. Les villes de Gaëtte et de Capoue sont bloquées en attendant l'arrivée de l'artillerie. Les vaisseaux espagnols patrouillent pour empêcher l'arrivée de renforts impériaux. Plusieurs soldats impériaux ont été faits prisonniers et ont rejoint les troupes espagnoles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
229
p. 1211-1214
ALLEMAGNE.
Début :
Le Prince de Wirtemberg, qui commande par interim l'Armée que l'Empereur a [...]
Mots clefs :
Troupes, Prince, Empereur, Pálffy, Milices, Prince Louis de Wurtemberg, Armée, Grenadiers, Autriche, Prince Alexandre de Wurtemberg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
>
E Prince Louis de Wirtemberg , qui commande
par interim l'Armée. que l'Empereur a
en Italie , a écrit à S.M. Imperiale, que les Troupes
Allemandes, lorsquelles avoient passé le Po , étoient
disposées dans l'ordrde suivant : la premiere colonne
composée de 26. Bataillons , trois de
Guido - Staremberg , trois de Harrach , deux de
Lirengstein , trois de Firstenbusch trois de
Hildbourghaussen , un de Wallis , deux de Palfi ,
trois de Daun , un d'Oglivi , trois de Maximilien
Staremberg , et deux de Wachtendoncsk ;
de 28. Escadrons , sept de Saxe Gotha , sept de
Mercy , sept de Palfi , et sept de Jorger ;
et de
20. Compagnies de Grenadiers , ayant à la tête
le Baron de Lanthieri , le Prince de Livengstein ,
les Comtes de Diesbach , et de Saint- Amour ,
Lieutenants Generaux.
La seconde colonne de 17. Bataillons , un de
Welsech , deux de Culmbach , trois de Seckendorf
, rois du Grand - Maître de l'Ordre Teutonique
, deux de Ligneville , deux de Wallis , et
trois de Konigseg , de 24. Escadrons , 7. de
Lichteinstein , 6. de Veterani , 6. d'Hamilton , et
5. de Frederic de Wirtemberg , et de 14. Compagnies
de Grenadiers , sous les ordres des Comtes
de Culmbach et de Valperoso.
Dans le Conseil d'Etat que l'Empereur tint à
Vienne le 16. du mois dernier , il fut résolu
d'assembler les Milices du Royaume de Boheme
et des Provinces de Silesie et de Moravie ,
. I. Vol.
et de
faire
1212 MERCURE DE FRANCE
faire marcher à l'Armée la dixième partie des
Habitans de la Basse- Autriche qui sont en état de
porter les armes . Le bruit court qu'on a déliberé ·
dans le même Conseil si l'on obligeroic la Noblesse
de la Haute Autriche de lever et d'entretenir
à ses dépens un Corps de 10000. homines.
On apprend de Ratisbonne , que la Diete a
reglé que
e les Princes et les Cercles ne fourniroien
que les trois cinquièmes des subsides que
S. M. Imp . avoit demandé pour l'entretien des
Troupes de l'Empire , et que la Caisse Militaire
seroit établie à Francfort.
Les Régimens ie Hager , du Prince Alexandre
de Wirtemberg , de Veles , de Carolis , de Seer
et de Palfi , qui s'étoient mis en marche pour se
rendre à l'Armée sur le Rhin ont reçû ordre de
s'arrêter dans les environs de Passaw ; on croit
qu'elles y formeront un Camp ,
et que les Milices
qu'on leve dans la Basse- Autriche iront les
y joindre.
Sur l'avis qu'on a reçû d'une irruption qu'un
corps de Troupes Polonoises , composé d'environ
4000. hommes , a faite en Silesie , où il a
ravage plusieurs terres consi terables , particulierement
celles du Comte de Henkel , S. M. Imp.
a pris la résolution d'envoyer un Détachement
de Cavalerie et d'Infanterie dans cette Province,
et une partie du Régiment de Chauveray est
déja partie pour renforcer quelques postes de la
Frontiere. On assure que le Camp qu'on y doit
former , sera composé du Régiment du Prince
Alexandre de Wittemberg , de ceux de Weles ,
du Comte Louis de Palfi , de Seer , d'Ogilvi , de
Welsech , du Régiment de Grenadiers de Lorraine,
d'une partie de celui de Chauvirey , et de
ICOo homines des Milices de Transilvanie , ces
I. Vol. Troupes
JUIN. 1734. 1213
par
Troupes doivent être commandées le Baron .
de Damnitz , Feld- Maréchal , qui aura sous ses
ordres le Comte de Jorger.
Le Conseil de Guerre a ordonné à quelques
Régimens qui sont en Italie , d'en revenir, et
l'on compte qu'ils seront envoyez sur les Frontieres
de l'Electorat de Baviere , avec le nouveau
Corps des Milices qu'on leve dans le Tirol .
On a fait prendre les Armes aux Habitans de
Vienne qui sont en état de les porter , et on a
nommé des Officiers pour les commander et leur
apprendre les Exercices Militaires.
pas
L'Empereur a fait publier un Edit , portant
que tous les Particuliers qui n'auroht donné
une déclaration de leurs biens avant le temp ;
dans lequel on doit commencer à lever le Dixiéme
sur tous les revenus , seront condamnez à
payer une Taxe proportionnée à leurs facultez.
Le Marquis de Rubi , Conseiller du Conseil
Privé , et que l'Empereur a nommé Feldt Maréchal
de ses Armées , vient d'étre déclaré Viceroi
de Sicile , à la place du Comte de Sastago.
>
E Prince Louis de Wirtemberg , qui commande
par interim l'Armée. que l'Empereur a
en Italie , a écrit à S.M. Imperiale, que les Troupes
Allemandes, lorsquelles avoient passé le Po , étoient
disposées dans l'ordrde suivant : la premiere colonne
composée de 26. Bataillons , trois de
Guido - Staremberg , trois de Harrach , deux de
Lirengstein , trois de Firstenbusch trois de
Hildbourghaussen , un de Wallis , deux de Palfi ,
trois de Daun , un d'Oglivi , trois de Maximilien
Staremberg , et deux de Wachtendoncsk ;
de 28. Escadrons , sept de Saxe Gotha , sept de
Mercy , sept de Palfi , et sept de Jorger ;
et de
20. Compagnies de Grenadiers , ayant à la tête
le Baron de Lanthieri , le Prince de Livengstein ,
les Comtes de Diesbach , et de Saint- Amour ,
Lieutenants Generaux.
La seconde colonne de 17. Bataillons , un de
Welsech , deux de Culmbach , trois de Seckendorf
, rois du Grand - Maître de l'Ordre Teutonique
, deux de Ligneville , deux de Wallis , et
trois de Konigseg , de 24. Escadrons , 7. de
Lichteinstein , 6. de Veterani , 6. d'Hamilton , et
5. de Frederic de Wirtemberg , et de 14. Compagnies
de Grenadiers , sous les ordres des Comtes
de Culmbach et de Valperoso.
Dans le Conseil d'Etat que l'Empereur tint à
Vienne le 16. du mois dernier , il fut résolu
d'assembler les Milices du Royaume de Boheme
et des Provinces de Silesie et de Moravie ,
. I. Vol.
et de
faire
1212 MERCURE DE FRANCE
faire marcher à l'Armée la dixième partie des
Habitans de la Basse- Autriche qui sont en état de
porter les armes . Le bruit court qu'on a déliberé ·
dans le même Conseil si l'on obligeroic la Noblesse
de la Haute Autriche de lever et d'entretenir
à ses dépens un Corps de 10000. homines.
On apprend de Ratisbonne , que la Diete a
reglé que
e les Princes et les Cercles ne fourniroien
que les trois cinquièmes des subsides que
S. M. Imp . avoit demandé pour l'entretien des
Troupes de l'Empire , et que la Caisse Militaire
seroit établie à Francfort.
Les Régimens ie Hager , du Prince Alexandre
de Wirtemberg , de Veles , de Carolis , de Seer
et de Palfi , qui s'étoient mis en marche pour se
rendre à l'Armée sur le Rhin ont reçû ordre de
s'arrêter dans les environs de Passaw ; on croit
qu'elles y formeront un Camp ,
et que les Milices
qu'on leve dans la Basse- Autriche iront les
y joindre.
Sur l'avis qu'on a reçû d'une irruption qu'un
corps de Troupes Polonoises , composé d'environ
4000. hommes , a faite en Silesie , où il a
ravage plusieurs terres consi terables , particulierement
celles du Comte de Henkel , S. M. Imp.
a pris la résolution d'envoyer un Détachement
de Cavalerie et d'Infanterie dans cette Province,
et une partie du Régiment de Chauveray est
déja partie pour renforcer quelques postes de la
Frontiere. On assure que le Camp qu'on y doit
former , sera composé du Régiment du Prince
Alexandre de Wittemberg , de ceux de Weles ,
du Comte Louis de Palfi , de Seer , d'Ogilvi , de
Welsech , du Régiment de Grenadiers de Lorraine,
d'une partie de celui de Chauvirey , et de
ICOo homines des Milices de Transilvanie , ces
I. Vol. Troupes
JUIN. 1734. 1213
par
Troupes doivent être commandées le Baron .
de Damnitz , Feld- Maréchal , qui aura sous ses
ordres le Comte de Jorger.
Le Conseil de Guerre a ordonné à quelques
Régimens qui sont en Italie , d'en revenir, et
l'on compte qu'ils seront envoyez sur les Frontieres
de l'Electorat de Baviere , avec le nouveau
Corps des Milices qu'on leve dans le Tirol .
On a fait prendre les Armes aux Habitans de
Vienne qui sont en état de les porter , et on a
nommé des Officiers pour les commander et leur
apprendre les Exercices Militaires.
pas
L'Empereur a fait publier un Edit , portant
que tous les Particuliers qui n'auroht donné
une déclaration de leurs biens avant le temp ;
dans lequel on doit commencer à lever le Dixiéme
sur tous les revenus , seront condamnez à
payer une Taxe proportionnée à leurs facultez.
Le Marquis de Rubi , Conseiller du Conseil
Privé , et que l'Empereur a nommé Feldt Maréchal
de ses Armées , vient d'étre déclaré Viceroi
de Sicile , à la place du Comte de Sastago.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
Le Prince Louis de Wurtemberg, commandant par intérim l'armée de l'Empereur en Italie, a rapporté la disposition des troupes allemandes après leur passage du fleuve Po. La première colonne comprenait 26 bataillons, 28 escadrons et 20 compagnies de grenadiers, sous les ordres de plusieurs officiers de haut rang. La seconde colonne était composée de 17 bataillons, 24 escadrons et 14 compagnies de grenadiers, dirigées par les Comtes de Culmbach et de Valperoso. Lors du Conseil d'État tenu à Vienne le 16 du mois précédent, il a été décidé de mobiliser les milices du Royaume de Bohême et des provinces de Silésie et de Moravie, ainsi que la dixième partie des habitants de la Basse-Autriche aptes au service militaire. Des rumeurs indiquaient que la noblesse de Haute-Autriche pourrait être contrainte de lever et entretenir un corps de 10 000 hommes. À Ratisbonne, la Diète a décidé que les princes et les cercles ne fourniraient que les trois cinquièmes des subsides demandés par l'Empereur pour l'entretien des troupes de l'Empire, et que la Caisse Militaire serait établie à Francfort. Plusieurs régiments, initialement en route pour l'armée sur le Rhin, ont reçu l'ordre de s'arrêter près de Passau pour former un camp, auquel se joindraient les milices de Basse-Autriche. En réponse à une incursion de troupes polonaises en Silésie, l'Empereur a envoyé un détachement de cavalerie et d'infanterie, renforcé par une partie du régiment de Chauveray. Un camp devait être formé avec plusieurs régiments et des milices de Transylvanie, sous le commandement du Baron de Damnitz. Le Conseil de Guerre a ordonné le retour de certains régiments d'Italie pour renforcer les frontières de l'Électorat de Bavière, accompagnés de nouvelles milices du Tyrol. Les habitants de Vienne en état de porter les armes ont été armés et des officiers nommés pour les commander. L'Empereur a publié un édit condamnant ceux qui n'avaient pas déclaré leurs biens à payer une taxe proportionnelle à leurs facultés. Le Marquis de Rubi a été nommé Vice-roi de Sicile, remplaçant le Comte de Sastago.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
230
p. 1215-1216
ITALIE.
Début :
On a appris de Rome, que la nuit du 5. au 6. May, quelques Enfans ayant mis le feu [...]
Mots clefs :
Nuit, Palais, Incendie, Prince, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
IT A LIE.
N a appris de Rome , que la nuit du 5. au
6. May, quelques Enfans ayant mis le feu
à un amas de paille , les flammes gagnerent un
Chantier voisin , et que le vent violent qui regnoit
cette nuit , fut cause que malgré le prompt
secours qu'on apporta , plus de 80. maisons ' , du
nombre desquelles est le Palais della Penna , appartenant
au Prince Borghese , furent entierement
brulces, et qu'il fallut en at a re plusieurs à
coups de Canon pour arrêter l'incendie.
Les difficultez qui empêchoient la Chambre
Apostolique d'accepter les sûretez offertes par le
I. Vol.
H Car
1216 MERCURE DE FRANCE
son Entrée solemnelle au bruit des acclamations
réiterées du Peuple et de plusieurs salves de
l'Artillerie des Remparts et des Châteaux , et de
la Mousqueterie de la Bourgeoisie qui étoit sous
les aimes
Il descendit à la Cathédrale , à la porte de laquelle
il fut reçû par le Cardinal Archevêque à la
tête du Chapitre , et après avoir assisté au Te
Deum , qui fut chanté à plusieurs Choeurs de
Musique , il alla faire sa Priere devant la Relique
du Sang de S. Janvier , Patron du Royaume;
et il mit à la Châsse dans laquelle il est conservé
une attache de treize Diamants , et de
six Rubis d'un grand prix.
L'Infant se rendit ensuite au Palais , où il admit
la Noblesse et les Tribunaux à lui baiser la
main. Les rues par lesquelles ce Prince passa
étoient magnifiquement ornées, et l'on avoit éle
vé en plusieurs endroits des Arcs de triomphe
chargez de Devises et d'Inscriptions,
N a appris de Rome , que la nuit du 5. au
6. May, quelques Enfans ayant mis le feu
à un amas de paille , les flammes gagnerent un
Chantier voisin , et que le vent violent qui regnoit
cette nuit , fut cause que malgré le prompt
secours qu'on apporta , plus de 80. maisons ' , du
nombre desquelles est le Palais della Penna , appartenant
au Prince Borghese , furent entierement
brulces, et qu'il fallut en at a re plusieurs à
coups de Canon pour arrêter l'incendie.
Les difficultez qui empêchoient la Chambre
Apostolique d'accepter les sûretez offertes par le
I. Vol.
H Car
1216 MERCURE DE FRANCE
son Entrée solemnelle au bruit des acclamations
réiterées du Peuple et de plusieurs salves de
l'Artillerie des Remparts et des Châteaux , et de
la Mousqueterie de la Bourgeoisie qui étoit sous
les aimes
Il descendit à la Cathédrale , à la porte de laquelle
il fut reçû par le Cardinal Archevêque à la
tête du Chapitre , et après avoir assisté au Te
Deum , qui fut chanté à plusieurs Choeurs de
Musique , il alla faire sa Priere devant la Relique
du Sang de S. Janvier , Patron du Royaume;
et il mit à la Châsse dans laquelle il est conservé
une attache de treize Diamants , et de
six Rubis d'un grand prix.
L'Infant se rendit ensuite au Palais , où il admit
la Noblesse et les Tribunaux à lui baiser la
main. Les rues par lesquelles ce Prince passa
étoient magnifiquement ornées, et l'on avoit éle
vé en plusieurs endroits des Arcs de triomphe
chargez de Devises et d'Inscriptions,
Fermer
Résumé : ITALIE.
Le texte décrit deux événements distincts. Le premier est un incendie à Rome la nuit du 5 au 6 mai. Des enfants ayant mis le feu à un amas de paille, les flammes se propagèrent à un chantier voisin. Un vent violent compliqua l'extinction, entraînant la destruction de plus de 80 maisons, dont le Palais della Penna appartenant au Prince Borghese. Des coups de canon furent nécessaires pour maîtriser l'incendie. Le second événement relate l'entrée solennelle d'un prince dans une ville. Accueilli par des acclamations et des salves d'artillerie, il se rendit à la cathédrale où il assista à un Te Deum et pria devant la relique du Sang de Saint Janvier. Il offrit une attache de treize diamants et six rubis à la châsse contenant la relique. Ensuite, il se rendit au palais où il reçut la noblesse et les tribunaux. Les rues étaient ornées et des arcs de triomphe étaient érigés avec des devises et des inscriptions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
231
p. 1352-1361
RELATION de ce qui s'est passé à Monaco à l'occasion de l'arrivée de S. A. Honoré III. Prince de Monaco, et de son Avenement à la Souveraineté, sous l'Administration de M. le Duc de Valentinois, Pair de France, son Pere.
Début :
M. le Duc de Valentinois ayant mandé qu'il partiroit de Paris le troisiéme [...]
Mots clefs :
Monaco, Honoré III, Prince de Monaco, Duc de Valentinois, Prince, Place, Ville, Palais, Principauté, Église, Joie, Peuple, Garnison, Cure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de ce qui s'est passé à Monaco à l'occasion de l'arrivée de S. A. Honoré III. Prince de Monaco, et de son Avenement à la Souveraineté, sous l'Administration de M. le Duc de Valentinois, Pair de France, son Pere.
RELATION de ce qui s'est passé
à Monaco à l'occasion de l'arrivée de
S. A. Honoré III. Princ: de Monaco ,
et de son Avenement à la Souveraineté,
sous l'Administration de M. le Duc de
Valentinois , Pair de France , son Pere,
M
le Duc de Valentinois ayant mandé
qu'il partiroit de Paris le troisiéme
du mois de May pour se rendre
à Monaco avec M. le Prince son fils ,
M. le Chevalier de Grimaldi , Gouverneur
General de la Principauté , envoya
le 21 May à Cannes , Ville Maritime de
Provence , les deux Chalouppes de S. A.
magnifiquement équippées , avec son
Capitaine des Gardes pour les y recevoir;
il fit embarq er aussi quelques Musiciens
et Symphonistes pour amuser le
I k Vol. jeune
JUIN. 1734 1353
Jeune Prince , pendant le petit trajet de
Mer qu'il avoit à faire pour la premiere
fois.
Le treizième , les Chalouppes ayant
paru à la hauteur de la Place , le Canon
commença à tirer et continua par une
salve de 130 coups , au bruit de laquelle
S. A. entra dans les Appartemens de son
Palais.
Tous les Bâtimens qui se trouverent
dans le Port , firent aussi une décharge
de leur Artillerie, lorsque les Chalouppes
y entrérent.
Le Corps qui compo e le Magistrat
et les Principaux de la Ville , suivis d'un
nombre infini d'autres personnes , accoururent
en foule pour se trouver au débarquement
: il se fit aux acclamations de
tout le Peuple qui marquoit son contentement
par les démonstrations de la joye
la plus parfaite.
A la premiere Barriere de la Ville le
Prince trouva M. de Mongremier , Lieutenant
pour le Roy dans la Place , avec
le Comte d'Aunay , Colonel du Regiment
de Vexin , et les Officiers de la
Garnison qui s'étoient avancez pour le
recevoir , et qui le complimenterent sur
son arrivée. On entra ensuite dans la
Place où toute la Garnison
II. Vol.
و
E
qui étoit
Sous
· 1354 MERCURE DE FRANCE
sous les armes , rendit les honneurs dûs
au Souverain de Monaco .
,
Le soir du même jour il y eut dans
toute la Ville de grandes illuminations ,
des feux de joye , beaucoup de déchar
ges d'Artillerie , et de feu d'artifice ;
tout le Peuple accourut en même tems
sur la Place d'Armes au - dessous des
fenêtres du Palais , applaudissant par de
nouvelles acclamations, mêlées de danses,
à l'heureuse arrivée de son Prince.
>
Le lendemain 14. le Magistrat s'étant
rendu à l'heure marquée au Palais en
habit de cérémonie eut l'honneur de
haranguer S. A , au nom de la Ville . Le
Curé de l'Eglise principale , à la tête de
son Clergé, fic la même chose . Toutes les
Dames se présentérent ensuite pour saluer
le Prince .
Pendant la journée ce ne furent que
Fêtes , Danses et continuelles acclamations
de la part du peuple assemblé
dans la grande Place,vis à - vis les Appartemens
du Prince. Les feux , les illuminations
et les réjouissances continuerent
tout le Samedy 15. jusqu'à minuit.
Le 16 , jour destiné pour l'Entrée publique
, S. A. sortit de la Ville sur les
cinq heures du soir ; et après avoir fait
un tour de promenade , il revint sur ses
pas. PenJUIN.
1734 1355
Pendant ce tems- là M. le Chevalier
de Grimaldi , Gouverneur General de la
Principauté , le Magistrat avec tout le
Clergé précedé par la Croix , les Prêtres
en surplis , le Curé et ses deux Assi tans
revêtus de Chappes , allerent à la rencontre
de S. A. ju ques à la premiere
Barriere . Dès qu'el.e y fat arrivée, le Che
valier de G.inaldi , en a qualité , lui présenta
les Clefs de la Ville dans un bassin
de vermeil . M. l'Auditeur , Juge Principal
et Chef du Magis rat , la complimenta
sur son Avénement à la Principauré.
Après ce cérémonial S. A. se mit
genoux sur un Prie Dieu préparé ;
M. le Curé s'étant avancé avec ses Assistans
lui présenta la Croix à baiser ; et
après qu'il eut recité les prieres prescrites
par le Rituel Romain , S. A. se leva
et se mit sous le Diis , porté par les Officiers
de la Magistrature .
à
·
Dans le même tems le Clergé entonna
le Pseaume Benedictus Dominu Deus meus
&c. et S. A. se mit en marche , entourée
de ses Gardes duCorps et des Gens de sa
Cour , pour se rendre à la grande Eglise.
Toutes les Maisons des Rues par où
se faisoit la marche ; étoient ornées de
tapisseries Il y avoit aussi trois gran.is
Arcs de triomphe à des di tance pro-
Eij por II. Vol.
135 MERCURE DE FRANCE
portionnées , ornez de figures Allegoriques
, d'Emblêmes, de Festons &c . éclairez
de quantité de flambeaux , et d'une
infinité de bougies. La Garnison sous les
armes étoit en haye , à droite et à gauche,
de puisle premier Corps de Garde jusques
aux Portes de la grande Eglise.
Cette Eglise étoit richement ornée par
des Tapisseries de brocard d'or, de damas
et de velours cramoisy qui alloient jusqu'à
la voûte. Les illuminations répondoient à
tout le reste ; outre les Lustres de cristal
et la quantité de cierges dont toutes les
Chapelles étoient illuminées , on en avoit
placé trois cent sur le grand Autel .
S. A. étant entrée dans l'Eglise s'avança
jusqu'au milieu du choeur et se mit à genoux
sur un Prie - Dieu , placé sous un
Dais qui étoit suspendu . Le Pseaume
Benedictus étant achevé, le Curé officiant
chanta le verset , O Salutaris Hostia ;
et dans le même temps on fit l'Exposition
du Saint Sacrement ; il entonna
ensuite le Te Deum , et la Place fit aussitôt
une nouvelle salve de 24 piéces de
canon. Après le Te Deum le même Officiant
donna la Bénédiction par laquelle
la cérémonie Ecclesiastique fut terminée.
Le Prince ayant alors quitté son Prie-
Dieu , se mit de nouveau sous le Dais
II Vol
porté
JUIN. 1734 1357
porté par les Magistrats et marcha ainsi
jusqu'aux Portes de l'Eglise précedé par
tout le Clergé , et après avoir reçu un
autre compliment de M. le Curé , il se
rendit au Palais , entouré de ses Gardes du
Corps et suivi par les Gens de sa Cour ,
aux acclamations réïterées de tout le Peuple.
Il passa au milieu des Troupes de
la Garnison qui continuoient à border la
haye à droite et à gauche , et il reçut le
salut accoutumé de la part des Offi
ciers.
Dans ce tems- là , Mrs de la Ville firent
couler quatre fontaines de vin deux
sur la Place et deux à chaque côté du
premier Arc de triomphe. S. A. fit jetter
de l'argent au Peuple , et en fit en
même tems distribuer aux Troupes et aux
Pauvres de la Ville.
Le soir du même jour , les illuminations
, les feux de joye et d'artifice furent
renouvellez dans toute la Ville
fit une autre salve de canon . La Fête
et on
finit par un grand repas donné au Palais ,
où les Officiers Majors de la Place et ceux
de la Garnison furent invitez , ainsi que
les principaux Habitans de Monaco . Ce
jour- là se trouvoit heureusement celui
de la Fête de S. Honoré , dont le Prince
porte le nom.
II. Vol.
E iij Le
1358 MERCURE DE FRANCE
Le 17 , sur les cinq heures du soir
S. A. assise sous un Dais reçut dans la
grande Sale de son Palais le serment de
fidelité de la part de ses sujets de la Principauté
de Monaco .
Le soir toute la jeunesse de la Ville,
pour marquer plus particulierement sa
joye , fit dresser trois tables sur la grande
Place au de sous des fenêtres des Appartemens
du Prince , et donna un grand
souper qui fut accompagné de salves
réïterées , de boëtes , de concerts , de voix
d'instruments , de danses , avec un concours
extraordinaire de Peuple.
Le 18 au soir , il y eut pareillement
une grande réjouissance au Port . Le Bâtiment
armé qui sert de Garde- côte parut
tout illuminé, tant le longde son bord,
que sur ses vergues , ornées de flammes
et de banderoles : plusieurs autres moin
dres Batimens , Chaloupes , Bâteaux & c.
illuminez par des feux godronnez , firent
entr'eux une espece de combat naval par
des décharges de leur Mousqueterie, tandis
que le gros Vaisseau répondoit de
son Artillerie. Les fux de joye et d'artifices
et les décharges de quantité de boëtes
continuerent une grande partie de la nuit,
le tout par un tems calme et à souhait.
Le 19 au soir le Prince donna un .
II. Vol. grand
JUIN. £734. 1359
grand Bal au Palais , accompagné d'une
magnifique colation .
Il se propose
de faire également son
Entrée publique à Menton , autre Ville
de la même Principauté . Par les préparatif
qui s'y font , il est à présumer que
S. A. n'aura pas moins lieu d'être satisfaite
de sa réception , qu'elle vient de
l'être à Monaco.
INSCRIPTIONS
des Arcs de
Triomphe , érigez dans Monaco à
l'occasion de cette Entrée.
HONORATO III.
Monaci Principi optimo,
In ipso adolescentiaflore
Maturo, augusti genitoris judicio,
Supremi Principatûs gubernaculis admoto ,
Populus Monacensis
·Paterna providentia applaudens
In signum grati animi dulcisque sui amor
Hunc triumphalem Arcum
Erexit.
Die xxvi. Maii M. DCC. XXXIV.
HONORATUS.
Tertius Nomine ,
Sed nobilitate , ingenio , ac animi dotibus,
Nemini secundus
II. Vol. E iilj
Prin
1360 MERCURE DE FRANCE
Principatus dignitatempaternâ liberalitate collatan
Prematurè adeptus
Longam Populorum felicitatem promittit ,
Si justa magnarum rerum spei
Ab egregia ejus indole in omnibus excitata ,
Anni juxtà communem votum
Respondeant.
HONORATUS III.
Primitias amoris Paterni
Non tam natura beneficio ,
Quam excelsis animi Dotibus
Et corporis formá imperio digná
Promeritus
Supremam Principis dignitatem
Ab optimo piissimoque Parente ,
Antè diem ultrò sibi delatam ,
·Populorum felicitati ac gaudio ante diem
Studens
Triumphali pompâ non invitus
Ostentat.
TRADUCTION.
Les Habitans de Monaco applaudissant à la
sage prévoyance paternelle , ont érigé cet Arc
de Triomphe en l'honneur du très- excellent
Prince de Monaco , HONORE' III. qui par
le jugement reflechi d'un illustre Pere , est parvenu
à la souveraine Principauté à la fleur de son
âge , le 16. May, 1734 .
II. Vol. Honoré
JUIN.
1261 1734.
Honoré III. du nom , mais qui ne le cede.
à personne en noblesse , en esprit et par les
belles qualitez de son coeur , parvenu avant le
temps à la Principauté , par la pure liberalité
d'un aimable Pere , promet à ses Peuples un
bonheur constant et durable , si les années répondent
aux grandes esperances que la beauté de
son caractere a fait concevoir à tout le monde.
Honoré III. qui a mérité les prémices de
P'amour paternel , moins par un bienfait de la
Nature , que par les belles qualitez de son coeur ,
et par celles du corps , dignes du Trône , travaillant
au bonheur des Peuples et occupé de
leur prosperité , fair remarquer avec joye dans
sa marche triomphale la dignité de Prince dont
il est revétu , par la faveur et la grace du meilleur
et du plus tendre de tous les Peres.
à Monaco à l'occasion de l'arrivée de
S. A. Honoré III. Princ: de Monaco ,
et de son Avenement à la Souveraineté,
sous l'Administration de M. le Duc de
Valentinois , Pair de France , son Pere,
M
le Duc de Valentinois ayant mandé
qu'il partiroit de Paris le troisiéme
du mois de May pour se rendre
à Monaco avec M. le Prince son fils ,
M. le Chevalier de Grimaldi , Gouverneur
General de la Principauté , envoya
le 21 May à Cannes , Ville Maritime de
Provence , les deux Chalouppes de S. A.
magnifiquement équippées , avec son
Capitaine des Gardes pour les y recevoir;
il fit embarq er aussi quelques Musiciens
et Symphonistes pour amuser le
I k Vol. jeune
JUIN. 1734 1353
Jeune Prince , pendant le petit trajet de
Mer qu'il avoit à faire pour la premiere
fois.
Le treizième , les Chalouppes ayant
paru à la hauteur de la Place , le Canon
commença à tirer et continua par une
salve de 130 coups , au bruit de laquelle
S. A. entra dans les Appartemens de son
Palais.
Tous les Bâtimens qui se trouverent
dans le Port , firent aussi une décharge
de leur Artillerie, lorsque les Chalouppes
y entrérent.
Le Corps qui compo e le Magistrat
et les Principaux de la Ville , suivis d'un
nombre infini d'autres personnes , accoururent
en foule pour se trouver au débarquement
: il se fit aux acclamations de
tout le Peuple qui marquoit son contentement
par les démonstrations de la joye
la plus parfaite.
A la premiere Barriere de la Ville le
Prince trouva M. de Mongremier , Lieutenant
pour le Roy dans la Place , avec
le Comte d'Aunay , Colonel du Regiment
de Vexin , et les Officiers de la
Garnison qui s'étoient avancez pour le
recevoir , et qui le complimenterent sur
son arrivée. On entra ensuite dans la
Place où toute la Garnison
II. Vol.
و
E
qui étoit
Sous
· 1354 MERCURE DE FRANCE
sous les armes , rendit les honneurs dûs
au Souverain de Monaco .
,
Le soir du même jour il y eut dans
toute la Ville de grandes illuminations ,
des feux de joye , beaucoup de déchar
ges d'Artillerie , et de feu d'artifice ;
tout le Peuple accourut en même tems
sur la Place d'Armes au - dessous des
fenêtres du Palais , applaudissant par de
nouvelles acclamations, mêlées de danses,
à l'heureuse arrivée de son Prince.
>
Le lendemain 14. le Magistrat s'étant
rendu à l'heure marquée au Palais en
habit de cérémonie eut l'honneur de
haranguer S. A , au nom de la Ville . Le
Curé de l'Eglise principale , à la tête de
son Clergé, fic la même chose . Toutes les
Dames se présentérent ensuite pour saluer
le Prince .
Pendant la journée ce ne furent que
Fêtes , Danses et continuelles acclamations
de la part du peuple assemblé
dans la grande Place,vis à - vis les Appartemens
du Prince. Les feux , les illuminations
et les réjouissances continuerent
tout le Samedy 15. jusqu'à minuit.
Le 16 , jour destiné pour l'Entrée publique
, S. A. sortit de la Ville sur les
cinq heures du soir ; et après avoir fait
un tour de promenade , il revint sur ses
pas. PenJUIN.
1734 1355
Pendant ce tems- là M. le Chevalier
de Grimaldi , Gouverneur General de la
Principauté , le Magistrat avec tout le
Clergé précedé par la Croix , les Prêtres
en surplis , le Curé et ses deux Assi tans
revêtus de Chappes , allerent à la rencontre
de S. A. ju ques à la premiere
Barriere . Dès qu'el.e y fat arrivée, le Che
valier de G.inaldi , en a qualité , lui présenta
les Clefs de la Ville dans un bassin
de vermeil . M. l'Auditeur , Juge Principal
et Chef du Magis rat , la complimenta
sur son Avénement à la Principauré.
Après ce cérémonial S. A. se mit
genoux sur un Prie Dieu préparé ;
M. le Curé s'étant avancé avec ses Assistans
lui présenta la Croix à baiser ; et
après qu'il eut recité les prieres prescrites
par le Rituel Romain , S. A. se leva
et se mit sous le Diis , porté par les Officiers
de la Magistrature .
à
·
Dans le même tems le Clergé entonna
le Pseaume Benedictus Dominu Deus meus
&c. et S. A. se mit en marche , entourée
de ses Gardes duCorps et des Gens de sa
Cour , pour se rendre à la grande Eglise.
Toutes les Maisons des Rues par où
se faisoit la marche ; étoient ornées de
tapisseries Il y avoit aussi trois gran.is
Arcs de triomphe à des di tance pro-
Eij por II. Vol.
135 MERCURE DE FRANCE
portionnées , ornez de figures Allegoriques
, d'Emblêmes, de Festons &c . éclairez
de quantité de flambeaux , et d'une
infinité de bougies. La Garnison sous les
armes étoit en haye , à droite et à gauche,
de puisle premier Corps de Garde jusques
aux Portes de la grande Eglise.
Cette Eglise étoit richement ornée par
des Tapisseries de brocard d'or, de damas
et de velours cramoisy qui alloient jusqu'à
la voûte. Les illuminations répondoient à
tout le reste ; outre les Lustres de cristal
et la quantité de cierges dont toutes les
Chapelles étoient illuminées , on en avoit
placé trois cent sur le grand Autel .
S. A. étant entrée dans l'Eglise s'avança
jusqu'au milieu du choeur et se mit à genoux
sur un Prie - Dieu , placé sous un
Dais qui étoit suspendu . Le Pseaume
Benedictus étant achevé, le Curé officiant
chanta le verset , O Salutaris Hostia ;
et dans le même temps on fit l'Exposition
du Saint Sacrement ; il entonna
ensuite le Te Deum , et la Place fit aussitôt
une nouvelle salve de 24 piéces de
canon. Après le Te Deum le même Officiant
donna la Bénédiction par laquelle
la cérémonie Ecclesiastique fut terminée.
Le Prince ayant alors quitté son Prie-
Dieu , se mit de nouveau sous le Dais
II Vol
porté
JUIN. 1734 1357
porté par les Magistrats et marcha ainsi
jusqu'aux Portes de l'Eglise précedé par
tout le Clergé , et après avoir reçu un
autre compliment de M. le Curé , il se
rendit au Palais , entouré de ses Gardes du
Corps et suivi par les Gens de sa Cour ,
aux acclamations réïterées de tout le Peuple.
Il passa au milieu des Troupes de
la Garnison qui continuoient à border la
haye à droite et à gauche , et il reçut le
salut accoutumé de la part des Offi
ciers.
Dans ce tems- là , Mrs de la Ville firent
couler quatre fontaines de vin deux
sur la Place et deux à chaque côté du
premier Arc de triomphe. S. A. fit jetter
de l'argent au Peuple , et en fit en
même tems distribuer aux Troupes et aux
Pauvres de la Ville.
Le soir du même jour , les illuminations
, les feux de joye et d'artifice furent
renouvellez dans toute la Ville
fit une autre salve de canon . La Fête
et on
finit par un grand repas donné au Palais ,
où les Officiers Majors de la Place et ceux
de la Garnison furent invitez , ainsi que
les principaux Habitans de Monaco . Ce
jour- là se trouvoit heureusement celui
de la Fête de S. Honoré , dont le Prince
porte le nom.
II. Vol.
E iij Le
1358 MERCURE DE FRANCE
Le 17 , sur les cinq heures du soir
S. A. assise sous un Dais reçut dans la
grande Sale de son Palais le serment de
fidelité de la part de ses sujets de la Principauté
de Monaco .
Le soir toute la jeunesse de la Ville,
pour marquer plus particulierement sa
joye , fit dresser trois tables sur la grande
Place au de sous des fenêtres des Appartemens
du Prince , et donna un grand
souper qui fut accompagné de salves
réïterées , de boëtes , de concerts , de voix
d'instruments , de danses , avec un concours
extraordinaire de Peuple.
Le 18 au soir , il y eut pareillement
une grande réjouissance au Port . Le Bâtiment
armé qui sert de Garde- côte parut
tout illuminé, tant le longde son bord,
que sur ses vergues , ornées de flammes
et de banderoles : plusieurs autres moin
dres Batimens , Chaloupes , Bâteaux & c.
illuminez par des feux godronnez , firent
entr'eux une espece de combat naval par
des décharges de leur Mousqueterie, tandis
que le gros Vaisseau répondoit de
son Artillerie. Les fux de joye et d'artifices
et les décharges de quantité de boëtes
continuerent une grande partie de la nuit,
le tout par un tems calme et à souhait.
Le 19 au soir le Prince donna un .
II. Vol. grand
JUIN. £734. 1359
grand Bal au Palais , accompagné d'une
magnifique colation .
Il se propose
de faire également son
Entrée publique à Menton , autre Ville
de la même Principauté . Par les préparatif
qui s'y font , il est à présumer que
S. A. n'aura pas moins lieu d'être satisfaite
de sa réception , qu'elle vient de
l'être à Monaco.
INSCRIPTIONS
des Arcs de
Triomphe , érigez dans Monaco à
l'occasion de cette Entrée.
HONORATO III.
Monaci Principi optimo,
In ipso adolescentiaflore
Maturo, augusti genitoris judicio,
Supremi Principatûs gubernaculis admoto ,
Populus Monacensis
·Paterna providentia applaudens
In signum grati animi dulcisque sui amor
Hunc triumphalem Arcum
Erexit.
Die xxvi. Maii M. DCC. XXXIV.
HONORATUS.
Tertius Nomine ,
Sed nobilitate , ingenio , ac animi dotibus,
Nemini secundus
II. Vol. E iilj
Prin
1360 MERCURE DE FRANCE
Principatus dignitatempaternâ liberalitate collatan
Prematurè adeptus
Longam Populorum felicitatem promittit ,
Si justa magnarum rerum spei
Ab egregia ejus indole in omnibus excitata ,
Anni juxtà communem votum
Respondeant.
HONORATUS III.
Primitias amoris Paterni
Non tam natura beneficio ,
Quam excelsis animi Dotibus
Et corporis formá imperio digná
Promeritus
Supremam Principis dignitatem
Ab optimo piissimoque Parente ,
Antè diem ultrò sibi delatam ,
·Populorum felicitati ac gaudio ante diem
Studens
Triumphali pompâ non invitus
Ostentat.
TRADUCTION.
Les Habitans de Monaco applaudissant à la
sage prévoyance paternelle , ont érigé cet Arc
de Triomphe en l'honneur du très- excellent
Prince de Monaco , HONORE' III. qui par
le jugement reflechi d'un illustre Pere , est parvenu
à la souveraine Principauté à la fleur de son
âge , le 16. May, 1734 .
II. Vol. Honoré
JUIN.
1261 1734.
Honoré III. du nom , mais qui ne le cede.
à personne en noblesse , en esprit et par les
belles qualitez de son coeur , parvenu avant le
temps à la Principauté , par la pure liberalité
d'un aimable Pere , promet à ses Peuples un
bonheur constant et durable , si les années répondent
aux grandes esperances que la beauté de
son caractere a fait concevoir à tout le monde.
Honoré III. qui a mérité les prémices de
P'amour paternel , moins par un bienfait de la
Nature , que par les belles qualitez de son coeur ,
et par celles du corps , dignes du Trône , travaillant
au bonheur des Peuples et occupé de
leur prosperité , fair remarquer avec joye dans
sa marche triomphale la dignité de Prince dont
il est revétu , par la faveur et la grace du meilleur
et du plus tendre de tous les Peres.
Fermer
Résumé : RELATION de ce qui s'est passé à Monaco à l'occasion de l'arrivée de S. A. Honoré III. Prince de Monaco, et de son Avenement à la Souveraineté, sous l'Administration de M. le Duc de Valentinois, Pair de France, son Pere.
Le texte décrit l'arrivée et l'accession au trône d'Honoré III, Prince de Monaco, sous la régence de son père, le Duc de Valentinois. Le 21 mai, le Chevalier de Grimaldi, Gouverneur Général de la Principauté, envoya des chaloupes à Cannes pour accueillir le Duc de Valentinois et le jeune Prince. Le 13 juin, à l'arrivée des chaloupes à Monaco, une salve de 130 coups de canon fut tirée, et le Prince fut accueilli par des acclamations et des démonstrations de joie du peuple. Ce soir-là, des illuminations, des feux de joie et des feux d'artifice furent allumés dans toute la ville. Le lendemain, le Magistrat et le Clergé haranguèrent le Prince, et des fêtes et des danses continuèrent toute la journée. Le 16 juin, jour de l'entrée publique, le Prince fut accueilli par le Chevalier de Grimaldi et le Magistrat, qui lui présentèrent les clefs de la ville. Après une cérémonie religieuse à l'église, le Prince distribua de l'argent au peuple et aux troupes. Les célébrations inclurent des fontaines de vin, des illuminations et un grand repas au Palais. Le 17 juin, le Prince reçut le serment de fidélité de ses sujets. Les réjouissances se poursuivirent avec des bals, des concerts et des feux d'artifice. Le Prince prévoyait également une entrée publique à Menton. Des arcs de triomphe furent érigés à Monaco, portant des inscriptions en latin célébrant les qualités et l'accession au trône d'Honoré III.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
232
p. 2116-2117
AUTRE du même, au sujet du rétablissement de la santé du Roi.
Début :
PIERRE GUERIN DE TENCIN, &c. La maladie du Roi, mes très-chers Freres, a [...]
Mots clefs :
Roi, Santé, Dieu, Prince, Sujets, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE du même, au sujet du rétablissement de la santé du Roi.
AUTRE du même , au ſujet du rétabliſſement
de la fanté du Roi.
TERRE DR TENCÍN , & C.
PLARAK GUEROANDes très-chers Freres,
frappé toute la France de la plus vive terreur . Le
péril n'a point été gioffi par nos craintes ; il étoit
extrême: Les idées les plus funeftes s'empatoient de
tous les efprits. Beni foit le Pere des miféricordes &
le Dieu de toate confolation . Il a rendu au Roi
cette fanté que lui demandoient tant de voeux, fi ardens
& fi fincéres . Dans les vues de fa Providence ,
cette effrayante maladie n'étoit qu'un nouveau
moyen de faire encore mieux connoître au Prince
combien il eft aimé de fes Sujets , & aux Sujets
combien le Prince eft digne de leur amour. Ce religieux
Monarque fait éclatter aux pieds du Roi des
Rois fon humble reconnoiffance; il protefte qu'il ne
veut employer les jours qui lui font confervés , qu'à
travailler pour la gloire de ce fouverain Maître , &
pour le bonheur des Peuples qui lui font foumis.
Quel heureux avenir ne promettent point des difpotions
également héroiques & Chrétiennes ! U
niffonsSEPTEMBRE.
1744. 2117
niffons-nous donc , mes très chers Freres , pour
rendre à Dieu de folemnelles actions de grace d'une
fi précieufe faveur , & conjurons- le en même tems
de nous épargner déformais de fi cruelles allarmes,
A ces caufes , &c.
Donné à Metz le premier Septembre 1744.
de la fanté du Roi.
TERRE DR TENCÍN , & C.
PLARAK GUEROANDes très-chers Freres,
frappé toute la France de la plus vive terreur . Le
péril n'a point été gioffi par nos craintes ; il étoit
extrême: Les idées les plus funeftes s'empatoient de
tous les efprits. Beni foit le Pere des miféricordes &
le Dieu de toate confolation . Il a rendu au Roi
cette fanté que lui demandoient tant de voeux, fi ardens
& fi fincéres . Dans les vues de fa Providence ,
cette effrayante maladie n'étoit qu'un nouveau
moyen de faire encore mieux connoître au Prince
combien il eft aimé de fes Sujets , & aux Sujets
combien le Prince eft digne de leur amour. Ce religieux
Monarque fait éclatter aux pieds du Roi des
Rois fon humble reconnoiffance; il protefte qu'il ne
veut employer les jours qui lui font confervés , qu'à
travailler pour la gloire de ce fouverain Maître , &
pour le bonheur des Peuples qui lui font foumis.
Quel heureux avenir ne promettent point des difpotions
également héroiques & Chrétiennes ! U
niffonsSEPTEMBRE.
1744. 2117
niffons-nous donc , mes très chers Freres , pour
rendre à Dieu de folemnelles actions de grace d'une
fi précieufe faveur , & conjurons- le en même tems
de nous épargner déformais de fi cruelles allarmes,
A ces caufes , &c.
Donné à Metz le premier Septembre 1744.
Fermer
233
p. 2131-2132
LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un Essai de Médaillon sur la convalescence du Roi.
Début :
AU milieu des transports du plus tendre & du plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai passé successivement [...]
Mots clefs :
Roi, Médaillon, Dieu, Voeux, Prince, Convalescence, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un Essai de Médaillon sur la convalescence du Roi.
LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui
envoyant un Effai de Médaillon fur la
convalefcence du Roi.
D
සා
ce
A
U milieu des tranfports du plus tendre & du
plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai paffé
fucceffivement , ( par le danger où étoit le Roi ,
& par la convalefcence de ce grand Prince , ) de la
plus grande affliction à la joye la plus exceffive ;
j'ai , M. comme fon fidéle Sujet , partagé des fen-
» timens fi juftes , & mon zéle m'a fuggeré cet Effai
» de Médaillon , que je vous envoye . Je fçais bien
que mon Ouvrage eft fort au- deffous de mon ab
jet , mais enfin , c'eft un Enfant de l'amour que
" tous les François ont pour leur Pere & pour le plus
aimable des Rois . J'attends de votre amitié que
vous en ferez l'ufage qu'elle vous dictera ; vous
en trouverez l'Explication au bas de ma Lettre . Je
vous prie de me continuer les bontés dont vous
m'honorez , & de me croire avec tous les fentimens
queje vous dois, M. Votre , & c. GOSMOND.
A Paris , ce 3 Septembre 1744-
30
Explication du Médaillon.
Ce Médaillon repréfente la France à genoux ,
qui a dépofé fon Sceptre & fa Couronne au pied
d'un Autel , fur la face duquel on voit gravé un Anchre
, Symbole de l'Efperance qu'on a toûjours eû
que
la bonté du Tout- Puiffant retireroit le Roi du
danger où il fe trouvoit . Au deffous de cet Autel ,
font deux Enfans , qui caractériſent l'innocence &
la fincérité des voeux de toute la Nation pour le Roi,
& qui levent les mains au Ciel , pour implorer fa
mifericorde en faveur de ce Prince & de nous.
* Dieu , exauçant des voeux fi purs & fi juftes , fair:
I vj defcen2132
MERCURE DE FRANCE.
defcendre la Santé du Giel . Elle porte dans un Mé
daillon le Portrait du Roi , qu'elle remet entre les
mains de la France , pour lui marquer que la Divine
Providence a bien voulu lui rendre fon Monarque :
la France le reçoit avec transport .
La Religion , avec les attributs , paroît au- deffus.
Elle montre le S. Nom de Dieu dans fa gloire , &
nous fait voir par- là que ce n'eft qu'à Dieu feul
qui l'on doit la vie du Roi.
On remarque du côté oppofé , l'Ange du Seigneur
, qui , avec un glaive de feu , précipite la
Mort dans les abîmes .
Dans le fond du Médaillon , on voit plufieurs petits
Autels flamboyans , qui marquent que les voeux
que l'on faifoit pour ce Prince , étoient univerfels.
Au haut du Médaillon , on lit cette Infcription :
CUM DEO OMNIA , SINE DEO NIHIL ,
c'est-à dire , Tout vient de Dieu , fans lui il n'y a rien.
Autour du Portrait du Roi eft cette autre Infcription :
LUDOVICUS QUINDECIMUS ,
REX OPTIMUS
GENTIUM CONSENSU
MAXIMUS.
炒菜
LOUIS QUINZIEME ,
ROI TRE'S- Bon ,
ROI TRE's - GRAND ,
DE L'AVEU DE TOUS LES PEUPLES.
Il y a dans l'Exergue : X V. AUG . M. DCC . XLIV.
Jour à jamais mémorable pour la France , puifque
c'eſt dans ce jour fortuné pour elle , qué Dieu lui a
rendu fon Monarque BIEN - AIM E.
envoyant un Effai de Médaillon fur la
convalefcence du Roi.
D
සා
ce
A
U milieu des tranfports du plus tendre & du
plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai paffé
fucceffivement , ( par le danger où étoit le Roi ,
& par la convalefcence de ce grand Prince , ) de la
plus grande affliction à la joye la plus exceffive ;
j'ai , M. comme fon fidéle Sujet , partagé des fen-
» timens fi juftes , & mon zéle m'a fuggeré cet Effai
» de Médaillon , que je vous envoye . Je fçais bien
que mon Ouvrage eft fort au- deffous de mon ab
jet , mais enfin , c'eft un Enfant de l'amour que
" tous les François ont pour leur Pere & pour le plus
aimable des Rois . J'attends de votre amitié que
vous en ferez l'ufage qu'elle vous dictera ; vous
en trouverez l'Explication au bas de ma Lettre . Je
vous prie de me continuer les bontés dont vous
m'honorez , & de me croire avec tous les fentimens
queje vous dois, M. Votre , & c. GOSMOND.
A Paris , ce 3 Septembre 1744-
30
Explication du Médaillon.
Ce Médaillon repréfente la France à genoux ,
qui a dépofé fon Sceptre & fa Couronne au pied
d'un Autel , fur la face duquel on voit gravé un Anchre
, Symbole de l'Efperance qu'on a toûjours eû
que
la bonté du Tout- Puiffant retireroit le Roi du
danger où il fe trouvoit . Au deffous de cet Autel ,
font deux Enfans , qui caractériſent l'innocence &
la fincérité des voeux de toute la Nation pour le Roi,
& qui levent les mains au Ciel , pour implorer fa
mifericorde en faveur de ce Prince & de nous.
* Dieu , exauçant des voeux fi purs & fi juftes , fair:
I vj defcen2132
MERCURE DE FRANCE.
defcendre la Santé du Giel . Elle porte dans un Mé
daillon le Portrait du Roi , qu'elle remet entre les
mains de la France , pour lui marquer que la Divine
Providence a bien voulu lui rendre fon Monarque :
la France le reçoit avec transport .
La Religion , avec les attributs , paroît au- deffus.
Elle montre le S. Nom de Dieu dans fa gloire , &
nous fait voir par- là que ce n'eft qu'à Dieu feul
qui l'on doit la vie du Roi.
On remarque du côté oppofé , l'Ange du Seigneur
, qui , avec un glaive de feu , précipite la
Mort dans les abîmes .
Dans le fond du Médaillon , on voit plufieurs petits
Autels flamboyans , qui marquent que les voeux
que l'on faifoit pour ce Prince , étoient univerfels.
Au haut du Médaillon , on lit cette Infcription :
CUM DEO OMNIA , SINE DEO NIHIL ,
c'est-à dire , Tout vient de Dieu , fans lui il n'y a rien.
Autour du Portrait du Roi eft cette autre Infcription :
LUDOVICUS QUINDECIMUS ,
REX OPTIMUS
GENTIUM CONSENSU
MAXIMUS.
炒菜
LOUIS QUINZIEME ,
ROI TRE'S- Bon ,
ROI TRE's - GRAND ,
DE L'AVEU DE TOUS LES PEUPLES.
Il y a dans l'Exergue : X V. AUG . M. DCC . XLIV.
Jour à jamais mémorable pour la France , puifque
c'eſt dans ce jour fortuné pour elle , qué Dieu lui a
rendu fon Monarque BIEN - AIM E.
Fermer
234
p. 2314-2315
SUR la Convalescence du Roi.
Début :
France, le Ciel te rend ton Maître, [...]
Mots clefs :
Roi, Maître, Prince, Jour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR la Convalescence du Roi.
SUR la Convalescence du Roi,
Rance , le Ciel te rend ton Maître ,
Ce Héros qu'il forma pour faire ton bonheur ,
Qui par ſes ſentimens t'a toûjours fait connoître ;
Qu'il n'eſtime rien tant que regner ſur ton coeur ;
Ceſſe de répandre des larmes ;
Il renaît pour ſecher tes pleurs ,
Et ce jour fortuné, qui finit tes douleurs,
T'affûre un deſtin plein de charmes.
Reſpecte en ce grand Roi, l'Ouvrage duTrès-Haut;
Pour ta félicité , ſa bonté le conſerve ;
Quelle grace à lui rendre ; un Prince, ſansdéfaut ,
Eſt le Maître qu'il te réſerve ;
Le front ceint de Lauriers cueillis par ſa valeur ,
Il vient frapper mes yeux d'une ſplendeur nouvelle;
La vertu , la prudence , appui de la grandeur ,
Rendront
OCTOBRE. 1744. 2318
Rendront ſa mémoire éternelle.
Qui ; monDieu,tu nous parles en ce jour par ſa voix,
EtLours devient le modéle
Sur lequel tu prétens que ſe forment les Rois ;
Peuple ſoumis à ſa puiſſance , favorisé duCiel, ado
re ſa clémence ;
Redouble , s'il ſe peut , ta tendreſſe &tes voeux ;
Content de ta reconnoiffance ,
Il prendra ſoin de ſes jours précieux.
Couvert d'une gloire immortelle ,
Paris , tu vas revoir ce Roi victorieux ;
Ne ceſſe d'élevertes chants juſques aux Cieux ;
Sers ton Dieu , ferston Prince avec le même zéle
Son exemple aujourd'hui doit ranimer ta foi ;
Avec des qualités ſi dignes de ton Roi ,
Tu mériteras qu'on t'appelle
Lhéritage du Jufte & la Ville fidelle.
Par M. Bailly , Garde Général des Tam
bleaux du Roi..
Rance , le Ciel te rend ton Maître ,
Ce Héros qu'il forma pour faire ton bonheur ,
Qui par ſes ſentimens t'a toûjours fait connoître ;
Qu'il n'eſtime rien tant que regner ſur ton coeur ;
Ceſſe de répandre des larmes ;
Il renaît pour ſecher tes pleurs ,
Et ce jour fortuné, qui finit tes douleurs,
T'affûre un deſtin plein de charmes.
Reſpecte en ce grand Roi, l'Ouvrage duTrès-Haut;
Pour ta félicité , ſa bonté le conſerve ;
Quelle grace à lui rendre ; un Prince, ſansdéfaut ,
Eſt le Maître qu'il te réſerve ;
Le front ceint de Lauriers cueillis par ſa valeur ,
Il vient frapper mes yeux d'une ſplendeur nouvelle;
La vertu , la prudence , appui de la grandeur ,
Rendront
OCTOBRE. 1744. 2318
Rendront ſa mémoire éternelle.
Qui ; monDieu,tu nous parles en ce jour par ſa voix,
EtLours devient le modéle
Sur lequel tu prétens que ſe forment les Rois ;
Peuple ſoumis à ſa puiſſance , favorisé duCiel, ado
re ſa clémence ;
Redouble , s'il ſe peut , ta tendreſſe &tes voeux ;
Content de ta reconnoiffance ,
Il prendra ſoin de ſes jours précieux.
Couvert d'une gloire immortelle ,
Paris , tu vas revoir ce Roi victorieux ;
Ne ceſſe d'élevertes chants juſques aux Cieux ;
Sers ton Dieu , ferston Prince avec le même zéle
Son exemple aujourd'hui doit ranimer ta foi ;
Avec des qualités ſi dignes de ton Roi ,
Tu mériteras qu'on t'appelle
Lhéritage du Jufte & la Ville fidelle.
Par M. Bailly , Garde Général des Tam
bleaux du Roi..
Fermer
235
p. 2334-2337
Suite du détail du Siége de Coni, [titre d'après la table]
Début :
On a appris du Camp devant Coni du 29 du mois dernier, que la ruine de deux Lunettes, ausquelles [...]
Mots clefs :
Troupes, Coni, Prince, Marquis, Roi de Sardaigne, Infanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du détail du Siége de Coni, [titre d'après la table]
On a appris du Camp devant Coui du 29 du mois
dernier , que la ruine de deux Lunettes , auſquelles
on avoit attaché le mineur le 23 , ayant mis les affiégeans
en état de reconnoître que la Place étoit
du côté de leur principale attaque , plus forte qu'on
n'avoit crû , l'Infant avoit pris le parti d'ordonner
une nouvelle attaque que le Prince de Conty avoit
propoſée dès le commencement du Siége ; que les
progrès de cette attaque auroient été déja fort
avancés , s'il n'étoit ſurvenu la nuit du 25 au 26 une
pluye abondante , qui a duré 36 heures , & qui
ayant fait déborder la riviere de Geffe , a retardé
confiderablement les travaux ; qu'on les a pouffés
avec beaucoupde vivacité , dès que l'écoulement
des eaux l'a permis , & que le côté que l'on attaquoit
, étant décidé le plus foible de la Place , on
eſperoit qu'elle ne feroit pas encore une longue
réſiſtance.
Le Roi de Sardaigne , ayant été joint par les renforts
qu'il attendoit du Milanez , & par le Régiment
de Pallavicini , que le Prince de Lobckowitz
lui
OCTOBRE. 1744.
2335
lui a envoyé , il s'eſt avancé àdeux lieuës & demie
de l'armée Eſpagnole & Françoiſe . Il a fait jetter
pluſieurs Ponts ſur la Baffe Steure , & il paroiſſoit
qu'il avoit deſſeinde hafarder une bataille.
On a été informé par les eſpions & les déferteurs
,que ſes troupes étoient compoſées de 3.5 Bataillons
&de 32 Escadrons , & que fi on ne le prevenoit
point , il attaqueroit le quartier du Marquis
Pignatelli.
Les Eſpagnols & les François ont dû paſſer toute
la nuit au Bivoüac , & le bruit couroit que l'Infant
étoit déterminé à ne laiffer dans le camp quequinze
Bataillons pour la garde des travaux & du Parc d'ar
tillerie ,&ààmarcher à la rencontre des ennemis .
Le Marquis de Leuville , fils du feu Lieutenant
Général de ce nom , & neveu du Bailly de Givry ,
mort il y a quelque-tems à Embrun des bleſſures
qu'il a reçues à l'attaque des retranchemens de
Château Dauphin , a été tué dernierement par un
Parti de Vaudois en allant joindre les troupes
commandées par le Prince de Conty.
,
On mande du Camp devant Coni du 2 de ce
mois , que l'Infant Don Philippe , ayant reçû des
avis certains que le Roi de Sardaigne marchoit pour
l'attaquer , & pour tenter le ſecours de Coni , laiſſa
dans le camp 18 Bataillons tant François qu'Eſpagnols
, pour la garde des travaux & du Parc d'artillerie
, & qu'avec 20 Bataillons des troupes d'Ef
pagne , 18 de celles de France , & 60 Eſcadrons ,
dont 24 étoient de ces dernieres troupes , il s'avança
juſqu'au Convent de la Madonna del Ulmo.
Ce Prince appuya ſa droite à ce Convent , fa
gauche à uneCaffine ,& devant le centre de l'armée
étoit une autre Caffine fortifiée . L'Infanterie
n'étant pas ſuffiante pour garnir la premiere Ligne,
on larenforça avec de la Cavalerie des deux Nations.
Le
2336 MERCURE DE FRANCE.
Le 30 du mois dernier , à onze heures du matin ,
ondécouvrit la tête des ennemis,qui s'approchoient
ſurdeux Colonnes paralleles . Le Roi de Sardaigne
plaça ſon Infanterie le long d'une chauffée bordée
de Navilles , & il couvrit de chevaux de friſe le
front & le flanc de ſes troupes. Lorſque les deux
armées ſe furent canonnées pendant quelque tems ,
les Grenadiers de celle du Roi de Sardaigne attaquerent
à une heure après midi le poſte de la Madonna
del Ulmo , & les Caffines qui étoient devant nos retranchemens.
Ils furent repouſſés de toutes parts ,
&les autres attaques , qu'ils firent ſucceſſivement ,
n'eurent pas plus de ſuccès.
•Le combat vers less heures du ſoir devint général
entre les troupes d'Infanterie des deux armées. Les
troupes Françoiſes & Eſpagnoles , non ſeulement
ſoûtinrent avec une extrême valeur les efforts -de
l'Infanterie des Piemontois , mais encore la mirent
en déſordre , & le Prince de Conty , s'étant mis à
la tête de notre Cavalerie , ſe poita contre leur premiere
Ligne , dans l'eſperance de profiter de cet
avantage. Les chevaux de Friſe ayant arrêté la Cavalerie
, le Prince deConty la fit replier , & il retourna
à la charge avec les Régimens d'Infanterie
de Lyonnois , de Beauce , de Brie , de Foix , de
Flandre& de Stainville. On s'empara en cette oceafion
d'une Batterie des ennemis , mais on ne pût la
conſerver à cauſe de la violence du feu de quelques
Caffines qu'ils occupoient.
Le Combat a duré avec beaucoup d'opiniâtreté
de part & d'autre juſques à ce que la nuit étant furvenuë
, & les Piémontois étant , par la perte confiderable
qu'ils avoient faite , hors d'état de ſe maintenirdans
leur poſte , le Roi de Sardaigne ſe détermina
ſur les dix heures à abandonner une partie de
ſon artillerie & la multitude prodigieuſe de ſes chevaux
OCTOBRE. 1744. 2337.
Vaux de Friſe , & à ſe retirer , en prenant cependant
la précaution de laiſſer des Détachemens de
Grenadiers, qui continuerent pendant deux heures
de tirer ſur nos troupes , pour empêcher qu'elles ne
s'apperçuffent qu'il abandonnoit le chainp de bataille.
A minuit , le feu des ennemis ceſſa entierement
, & dès la pointe du jour l'Infant détacha le
Marquis de Corbulan avec 1000 chevaux , pour
inquiéter le Roi de Sardaigne dans ſa retraite.
Le Marquis de Corbulan , foutenu d'un autre
Corps de Cavalerie , qui marchoit ſous les ordres
duMarquis du Chayla & du Marquis Pignatelli , a
continue de pourſuivre les Piemontois , auſquels on
a pris cinq piéces de canon , & qui ont eû plus de
sooo hommes tués ou bleſſés.
La perte des François & des Eſpagnols monte à 8
ou 900 hommes , & l'on compte environ 1200
bleſſés dans les troupes des deux Nations. Du côté
des François , les principaux Officiers bleſſés font le
Marquis de Sennecterre , Lieutenant Général ; le
Chevalier Chauvelin , Brigadier , & le Marquis de
la Force , qui a eû une épaule emportée d'un boulet
de canon .
M. de Solemy , Brigadier & Lieutenant Colonel
du Régiment d'Infanterie de Conty , a été tué.
dernier , que la ruine de deux Lunettes , auſquelles
on avoit attaché le mineur le 23 , ayant mis les affiégeans
en état de reconnoître que la Place étoit
du côté de leur principale attaque , plus forte qu'on
n'avoit crû , l'Infant avoit pris le parti d'ordonner
une nouvelle attaque que le Prince de Conty avoit
propoſée dès le commencement du Siége ; que les
progrès de cette attaque auroient été déja fort
avancés , s'il n'étoit ſurvenu la nuit du 25 au 26 une
pluye abondante , qui a duré 36 heures , & qui
ayant fait déborder la riviere de Geffe , a retardé
confiderablement les travaux ; qu'on les a pouffés
avec beaucoupde vivacité , dès que l'écoulement
des eaux l'a permis , & que le côté que l'on attaquoit
, étant décidé le plus foible de la Place , on
eſperoit qu'elle ne feroit pas encore une longue
réſiſtance.
Le Roi de Sardaigne , ayant été joint par les renforts
qu'il attendoit du Milanez , & par le Régiment
de Pallavicini , que le Prince de Lobckowitz
lui
OCTOBRE. 1744.
2335
lui a envoyé , il s'eſt avancé àdeux lieuës & demie
de l'armée Eſpagnole & Françoiſe . Il a fait jetter
pluſieurs Ponts ſur la Baffe Steure , & il paroiſſoit
qu'il avoit deſſeinde hafarder une bataille.
On a été informé par les eſpions & les déferteurs
,que ſes troupes étoient compoſées de 3.5 Bataillons
&de 32 Escadrons , & que fi on ne le prevenoit
point , il attaqueroit le quartier du Marquis
Pignatelli.
Les Eſpagnols & les François ont dû paſſer toute
la nuit au Bivoüac , & le bruit couroit que l'Infant
étoit déterminé à ne laiffer dans le camp quequinze
Bataillons pour la garde des travaux & du Parc d'ar
tillerie ,&ààmarcher à la rencontre des ennemis .
Le Marquis de Leuville , fils du feu Lieutenant
Général de ce nom , & neveu du Bailly de Givry ,
mort il y a quelque-tems à Embrun des bleſſures
qu'il a reçues à l'attaque des retranchemens de
Château Dauphin , a été tué dernierement par un
Parti de Vaudois en allant joindre les troupes
commandées par le Prince de Conty.
,
On mande du Camp devant Coni du 2 de ce
mois , que l'Infant Don Philippe , ayant reçû des
avis certains que le Roi de Sardaigne marchoit pour
l'attaquer , & pour tenter le ſecours de Coni , laiſſa
dans le camp 18 Bataillons tant François qu'Eſpagnols
, pour la garde des travaux & du Parc d'artillerie
, & qu'avec 20 Bataillons des troupes d'Ef
pagne , 18 de celles de France , & 60 Eſcadrons ,
dont 24 étoient de ces dernieres troupes , il s'avança
juſqu'au Convent de la Madonna del Ulmo.
Ce Prince appuya ſa droite à ce Convent , fa
gauche à uneCaffine ,& devant le centre de l'armée
étoit une autre Caffine fortifiée . L'Infanterie
n'étant pas ſuffiante pour garnir la premiere Ligne,
on larenforça avec de la Cavalerie des deux Nations.
Le
2336 MERCURE DE FRANCE.
Le 30 du mois dernier , à onze heures du matin ,
ondécouvrit la tête des ennemis,qui s'approchoient
ſurdeux Colonnes paralleles . Le Roi de Sardaigne
plaça ſon Infanterie le long d'une chauffée bordée
de Navilles , & il couvrit de chevaux de friſe le
front & le flanc de ſes troupes. Lorſque les deux
armées ſe furent canonnées pendant quelque tems ,
les Grenadiers de celle du Roi de Sardaigne attaquerent
à une heure après midi le poſte de la Madonna
del Ulmo , & les Caffines qui étoient devant nos retranchemens.
Ils furent repouſſés de toutes parts ,
&les autres attaques , qu'ils firent ſucceſſivement ,
n'eurent pas plus de ſuccès.
•Le combat vers less heures du ſoir devint général
entre les troupes d'Infanterie des deux armées. Les
troupes Françoiſes & Eſpagnoles , non ſeulement
ſoûtinrent avec une extrême valeur les efforts -de
l'Infanterie des Piemontois , mais encore la mirent
en déſordre , & le Prince de Conty , s'étant mis à
la tête de notre Cavalerie , ſe poita contre leur premiere
Ligne , dans l'eſperance de profiter de cet
avantage. Les chevaux de Friſe ayant arrêté la Cavalerie
, le Prince deConty la fit replier , & il retourna
à la charge avec les Régimens d'Infanterie
de Lyonnois , de Beauce , de Brie , de Foix , de
Flandre& de Stainville. On s'empara en cette oceafion
d'une Batterie des ennemis , mais on ne pût la
conſerver à cauſe de la violence du feu de quelques
Caffines qu'ils occupoient.
Le Combat a duré avec beaucoup d'opiniâtreté
de part & d'autre juſques à ce que la nuit étant furvenuë
, & les Piémontois étant , par la perte confiderable
qu'ils avoient faite , hors d'état de ſe maintenirdans
leur poſte , le Roi de Sardaigne ſe détermina
ſur les dix heures à abandonner une partie de
ſon artillerie & la multitude prodigieuſe de ſes chevaux
OCTOBRE. 1744. 2337.
Vaux de Friſe , & à ſe retirer , en prenant cependant
la précaution de laiſſer des Détachemens de
Grenadiers, qui continuerent pendant deux heures
de tirer ſur nos troupes , pour empêcher qu'elles ne
s'apperçuffent qu'il abandonnoit le chainp de bataille.
A minuit , le feu des ennemis ceſſa entierement
, & dès la pointe du jour l'Infant détacha le
Marquis de Corbulan avec 1000 chevaux , pour
inquiéter le Roi de Sardaigne dans ſa retraite.
Le Marquis de Corbulan , foutenu d'un autre
Corps de Cavalerie , qui marchoit ſous les ordres
duMarquis du Chayla & du Marquis Pignatelli , a
continue de pourſuivre les Piemontois , auſquels on
a pris cinq piéces de canon , & qui ont eû plus de
sooo hommes tués ou bleſſés.
La perte des François & des Eſpagnols monte à 8
ou 900 hommes , & l'on compte environ 1200
bleſſés dans les troupes des deux Nations. Du côté
des François , les principaux Officiers bleſſés font le
Marquis de Sennecterre , Lieutenant Général ; le
Chevalier Chauvelin , Brigadier , & le Marquis de
la Force , qui a eû une épaule emportée d'un boulet
de canon .
M. de Solemy , Brigadier & Lieutenant Colonel
du Régiment d'Infanterie de Conty , a été tué.
Fermer
236
p. 7-22
SUITE DU MANUSCRIT Arabe, traduit par M. Jacques, Marchand Evantailliste, rue Mouffetar.
Début :
UN Ours d'une grandeur prodigieuse se lança un jour sur moi ; mais loin de [...]
Mots clefs :
Fils, Eritzine, Calife, Bornéo, Roi, Parelin, Palais, Génie, Prince, Courage, Époux, Toupie, Diamant, Sylphe, Ours, Magicien, Bagdad
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU MANUSCRIT Arabe, traduit par M. Jacques, Marchand Evantailliste, rue Mouffetar.
SUITE DU MANUSCRIT
Arabe , traduit par M. Jacques , Marchand
Evantailliste , rue Mouffetar .
U
N Ours d'une grandeur prodigieuſe
ſe lança un jour ſur moi; mais loin de
me faire aucun mal , il ſe contenta d'arracher
mon fils de mes bras , & l'emporta
en fuyant d'une courſe précipitée. Parelin
courut après le raviffeur un épieu à la main.
Je voulois le ſuivre , mais la frayeur m'avoit
oté la force de marcher , & d'ailleurs Parelin
& l'ours couroient avec tant de viteſſe,
qu'il m'eût été impofſible de les atteindre.
J'attendis le dénouement de cette avanture
avec la plus vive inquiétude. Chaque inſtant
redoubloit mes allarmes , & la nuit qui
arriva ſans que j'euſſe revû ni mon mari ni
mon fils , mit le comble à ma déſolation .
Je ne doutai plus que l'inſtant fatal prédit
par le Silphe ne fut enfin arrivé , & que
nous ne futlions ſéparés pour jamais. J'attendis
pluſieurs jours auſſi vainement : enfin
ayant perdu toute eſperance , je réſolus de
me donner la mort. J'allois me précipiter
dans une fontaine qui couloit au milieu du
و
Aiiij
• MERCURE DE FRANCE.
bois : je ſentis que quelqu'un me retenoir,
je me retournai ,& je vis le Silphe qui m'arrêtoit.
Eritzine , me dit-il , ſubiſſez votre
fort ſans murmurer , c'eſt le ſeul moyen
d'obtenir le pardon de votre déſobéiſſance.
Ranimez votre courage , vous en aurez encore
beſoin long-tems , mais peut-être quelque
jour vous ferez heureuſe. Je reverrai
Parelin , m'écriai-je : Ah ! dites-moi s'il vit,
&quel eft fon fort. Il vit , répondit le Silphe,
mais il n'eſt plusde Parelinpour vous.
S'il eſt ainfi , repris-je , qu'ai-je beſoin de
la vie ? C'eſt l'arrêt du deſtin , continua le
Silphe , & vous attenteriez à vos jours ſans
fuccès.
Vous pouvez juger enquel écat me laifferent
ces dernieres paroles du Silphe; il eſt
inutile de vous ennuyer du détail de mes
chagrins daus la Forêt. J'y paffai un an à
faire retentir les antres les plus fourds de
mes gemiſſemens; je demandois mon époux
&mon fils aux arbres , aux rochers, à toute
la nature.
Je n'avois point encore vû de créature
humaine dans ce defert , mais la ſolitude
m'étoit chere , & toute ſociété m'auroit embarraſſée.
Les premiers hommes que j'y apperçus
furent des Matelots qui venoient
faire de l'eau à la fontaine qui étoit au milien
dubois. J'étois trop malheureuſe pour
DECEMBRE. 1744. 9
avoir rien à redouter ; ainſi je ne me détournai
pas de mon chemin pour les éviter :
mais dès qu'ils m'apperçurent , ils me faifirent
, & m'emmenerent à leur bord. J'étois
affez tranquille , & la captivité m'affligeoit
peu ; mais mon courage m'abandonna
à la vue du Capitaine du Vaiſſeau. C'étoit
le même Sideni à qui ma mere m'avoit déja
livrée par une trahiſon ſi cruelle. Ce barbare
déſeſperant de pouvoir rien obtenir par
la douceur , en vint d'abord aux dernieres
extrémités ; il eut lieu de s'en repentir , &
fut déconcerté du courage avec lequel je le
reçus. Je rendis long - tems ſes efforts inutiles
, & pluſieurs bleſſures que je lui fis le
punirent de ſa brutalité. Ma réſiſtance changea
fon amour en rage ; furieux de voir fon
fang couler , il tira ſon poignard , m'en
frappa , & me jetta dans lamer.
Ma perte paroiſſoit afſſurée: mais leCiel étoit
tropjalouxde me punir , pour finir ſitôt mes
fouffrances. Un Dauphin me porta juſqu'au
rivage. Une vieille femme , qui s'y trouvoit
alors meprit dans ſes bras , & me tranſporta
dans ſa petite cabane,qui n'étoit pas éloignée.
J'avois perdu connoiffance , &je n'ai ſcu ce
détail que par la vieille charitable qui me
fecourut; quelques ſimples qu'elle appliqua
fur ma playe , la guérirent en peu de jours.
Elle n'oublia rien de ce qu'elle crut propre
Av
IO MERCURE DE FRANCE.
à me confoler , & tant de bonté & d'huma
nité auroient remis le calme dans mon ame ,
ſi quelque choſe eût pû le faire. Elle m'enſeigna
la demeure d'un Magicien , qui , difoit-
elle , me donneroit un reméde à mes
maux , s'il y en avoit un poffible. Je comptois
peu ſur un pareil fecours. Cependant je
partis pour aller trouver le Magicien avec la
même précipitation que ſi j'euſſe eſperé quelque
choſe de ſes foins. Dès qu'il m'apperçut :
Princeſſe , me dit-il , je ſçais le ſujet qui vous
amene ; ſi vous avez le courage d'aller chercher
la Toupie de Diamant du Roi des Génies
, vous verrez finir vos malheurs. Il m'apprit
alors que cette Toupie lumineuſe étoit
dans un lieu inacceſſible , que la difficulté
d'en approcher , quoique très-conſidérable ,
étoit cependant le moindre des dangers que
j'aurois à effuyer ; que pluſieurs monftres
défendoient l'accès du lieu où étoit le tréfor.
Je vous donnerai le moyen , continua le Magicien
, de ſurmonter tous ces obſtacles,pourvũ
que de votre côté vous ayez affez de force
pour fortir victorieuſe de la derniere épreuve.
Quelque choſe qu'on vous diſe , il ne faut
ni parler ni tourner la tête , & avancer toujours
versla Toupie lumineuſe. Prenez , me
dit-il , ce poinçon d'or , il vous ouvrira le
paſſage au travers des rochers qui entourent
le lieu où eſt la Toupie de diamant ,& yous
DECEMBRE. 1744. 11
garantira des monſtrés qui la défendent . Le
Magicien m'enſeigna enſuite le chemin que
je devois prendre , la route étoit fort longue
, &j'ai conſumé un an à la ſuivre ; enfin
après des fatigues incroyables j'arrivai aux
rochers qu'on m'avoit indiques ; à peine euje
frappé la roche avec le poinçon , qu'elle
s'ouvrit pour me laiſſer paſſer ,& ſe referma
aufli-tôt.
Je me trouvai dans une campagne délicieuſe
, au bout de laquelle paroiſſoit un palais
ſuperbe. Dès que j'approchai ,je fus attaquée
par une infinité de bêtes feroces..
Mais le poinçon d'or les diſſipa ſans peine
, & j'entrai victorieuſe dans le palais .
Je vis qu'au fond d'une galerie à perte de
vûe , étoit une Table d'or , ſur laquelle étoit
poſée laToupie de diamant; mille voix m'appelloient
, & ne réuſſiffoient ni à me faire
répondre ni à me faire tourner la tête. Je
crus entendre le Silphe qui me crioit que je
prenois unmauvais chemin , & que je devois
retourner en arriere. Au lieu de répondre ,
je tenois les yeux fixés ſur le diamant que
je venois chercher , & cette vùe me rafſuroit
contre tous les preſtiges. Mais j'eus à foutenir
les combats les plus rudes, lorſque
j'entendis la voix de mon époux & celle de
mon fils , ils pouſſoient des cris lamentables ,
& ſe plaignoient qu'on les livroit à des ſup
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
plices cruels , parce que j'allois ravir laTou
pie de diamant. Leurs cris perçoient mon
coeur; & quelque prévenue que je fuffe fur
la nature de ce preſtige , je fus tentée cent
fois de tourner la tête ou de leur répondre.
J'eus pourtant aſſez de courage pour obferver
la condition preſcrite. J'avançai ſans
m'arrêter , ſans détourner la tête , ſans répondre
, mais non ſans verſer bien des larmes.
Dès que je fus prèsde la Table laToupievintd'elle-
même ſe placer dans ma main,
&je lus ces mots gravés ſur la Table d'or:
Ton courage a réparé ta premiere foibleſſe,
tu mérites d'être heureuſe , & tu le feras.
Emporte la Toupie de diamant , elle eſt à
toi ,&prends le chemin de Bagdad, c'eſt-là
que tu ſçauras ton fort. Je fortis au pa
lais plus tranquille que je n'y étois entrée,
un filence profond avoit fuccedé à ce tumulte
des voix,qui m'avoient affaillie d'abordi
Le poinçon d'or rouvrit la roche ,& je
pris la route de Bagdad. J'abordai hier à ce
Caravanſerail ,, où au lieu du bonheur que
j'attendois , j'ai trouvé mon plus dangereux
ennemi; mais fans doute leCiel ne m'apas
trompée : puiſqu'il m'a procuré l'honneur
d'embraſſer les genoux du Souverain Commandeurdes
Croyans , il m'a miſe du moins
à l'abri de toute injustice..
DECEMBRE. 1744.
Le Calife qui s'étoit d'abord intéreſſé
pour Eritzine prévenu par ſa beauté ſeule ,
lui offrit ,dès qu'il la connut mieux , tous les
fecours que ſa puiſſance le mettoit en état
d'offrir; que ne puis-je , lui diſoit-il , vous
aider à retrouver votre amant ; mais du
moins je punirai le Barbare qui a voulu
vous deshonnorer. Le Calife ordonna qu'on -
traînât à l'inſtant Sideni au ſuplice. Il ſe
diſpoſoit à conduire Eritzine à ſon Palais
lorſqu'on entendit un grand bruit à la porte
du Caravanſerail.
L'hôte avoit renvoyé avec brutalité des
gens qui venoient demander un logement
pour la nuit. Ils avoient répondu à ſes injures
, & des injures on en étoit venu aux
coups. Le Calife envoya Giafar pour apaifer
le défordre ,& commanda en même tems
que l'on préparât le plus bel apartement du
Palais pour Eritzine. Giafar revint un moment
après ; tout avoit été apaiſé par l'arri
vée du maître de ces gens qui avoient excité
le tumulte. Ils apartenoient au Roi de
Borneo , ce Prince arrivoit à Bagdad , &
entrant dans la ville à une heure fi indue , il
avoit voulu coucher dans un Caravanſerail
la premiere nuit , & remettre au lendemain
à ſaluer le Calife. Sans doute , ajouta Giafar
, qui inſtruiſoit le Calife de toutes ces
circonstances , l'intention de votre Majefté
14 MERCURE DE FRANCE.
n'eſt pas que ce Prince couche dans un Caravanferail
. Le Calife ordonna à Mefrour
de conduire Eritzine au Palais & alla trouver
le Roi de Borneo auquel il ſe plaignit
obligeamment du deſſein qu'il avoit eu. Ils
retournerent tous au Palais du Calife où ils
paſſerent la nuit,
Le Calife impatient d'apprendre le ſujet
du voyage du Roi de Borneo , palla dès
le matin dans l'apartement de ce Prince. II
le trouva trifte & inquiet. Je ſuis venu ici ,
dit le Roi de Borneo , avec des eſpérances
qui ſe changent en inquiétudes depuis que
l'inſtant aproche , où elles doivent le véri
fier. Je ſuis Souverain d'un Royaume florifſant;
mais ce n'eſt pas l'éclat du trône qui
fait le bonheur , les Rois ne font heureux
ou malheureux qu'en qualité d'hommes , &
non en qualité de Rois , & par des cauſes
qui leur font communes avec le reſte de
leurs ſujets : fans cela la Nature ſeroit trop
injuſte.
J'ai eu un fils unique , fruit de mon union
avec une épouſe charmante ; mais ce fils
fi cher que j'aimois autant que ſa mere
me fut enlevé dès le berceau. J'ai toujours
foupçonné de cet enlevement , un miferable
qui ſçavoit un peu de magie , que j'avois
fait punir , qui avoit juré de s'en vanger
, & qui difparut dans lemême tems où
DECEMBRE. 1744. 15
Borje
perdis mon fils. Je n'épargnai aucuns
foins pour retrouver l'un & l'autre ; mes
foins furent inutiles. Lorſque le Roi de
neo mourut fans poſtérité , je montai au
trône où ma naiſſance m'appelloit. Je
pleurois encore mon fils , quoique je l'euffe
perdu depuis pluſieurs années. Je renouvellai
mes recherches avec plus d'ardeur que
jamais , & auſſi peu de ſuccès. Mais du
moins le perfide Abdelec tomba entre mes
mains ; la force des tourmens lui fit avouer
qu'il étoit le raviſſeur de mon fils ; mais il
n'étoit plus en ſa puiſſance ; il s'étoit échapé
de chez lui depuis environ 3 ans. Je fis
punir le coupable , & je pris le parti de
parcourir moi-même les Royaumes voiſins,
après avoir confié l'adminiſtration du mien
à mon épouſe. J'ai commencé mes courſes
par Bagdad, heureux ſi le Ciel prend pitié
de mes peines & daigne les abreger.
Voilà , Seigneur , continua le Roi de
Borneo le ſujet de mon voyage , de ma trifteffe
, & de mes inquiétudes. Le Calife offrit
généreuſement à ce Prince de le ſeconder
dans une recherche ſi juſte. Il fit appeller
tous ſes Vifirs & leur ordonna ſous peinede
la vie de lui donner dans huit jours des nou
velles du fils de Borneo. Giafar eſſaya quel
ques remontrances ſur l'impoſſibilité d'exé
cuter cet ordre,
16 MERCURE DE FRANCE.
S'ilne paroît dans huit jours,reprit le Calife
en colere , vous périrez tous ,& toimalheureux
, dit-il à Giafar , ſi tu oſes repliquer
encore , je te ferai étrangler à l'inſtant par
les Muets. Les Viſirs s'en retournerent fort
conſternés. Le Calife ordonna une partie
de chaffe pour amufer Eritzine & le Roi de
Borneo.
Le Roi de Borneo à qui cette Princeſſe
fut préſentée , fut auſſi ébloui de ſa beauté
que le Calife l'avoit été , & prit le même
intérêt à fon fort, Les deux Monarques ne
la quitterent point pendant la chaffe , &
veilloient fur elle avec une attention inquiéte.
Un orage affreux diſperſa tous lesChafſeurs
. Eritzine , le Calife , & le Roi deBorneo
furent obligés de chercher un abri dans
une caverne qu'ils trouverent au milieu de
laforêt.
Eritzine tira la Toupie lumineuſe pour
guider leurs pas dans cet antre obfcur à la
faveur de la clarté que ce Taliſman répandroit.
La caverne fut en effet auſſi éclairée
que ſi l'on eût vu luire le ſoleil le plus brillant.
Ils aperçurent à la faveur de cette luz
miere une grande porte d'or qui étoit au
fondde la caverne. Ils n'avoient pas encore
eu le tems d'aſſeoir leurs conjectures ſur le
ſpectacle qui les frappoit , lorſque la TouDECEMBRE.
1744 17
pie dediamans échapa des mains d'Eritzine
qui fit de vains efforts pour la retenir , &
s'élanca d'elle-même contre la porte d'or.
A peine elle l'eut frapée que la porte
s'ouvrit , & laiſſa voir un Palais ſuperbe , où
tous les tréſors des Fées &des Génies paroifſoient
raſſemblés. Une troupe de Génies de
tous les élémens entouroit un trône d'éméraudes
ſurlequel étoit aſſis un Vieillard ref
pectable. Le Palais retentiſſoit d'une harmonie
flateuſe , qui répandoit un doux calme
ſur les ſens. Le Vieillard ſe leva de
ſon trône , dès qu'il vît entrer les deux Princes
& Eritzine : après avoir ſalué les deux
Monarques , il ſe jetta dans les bras de la
Princeſſe : Ma fille , lui dit- il , embraſſez
votre pere : vos malheurs ſont finis. C'étoit
eneffet le pere d'Eritzine , qui après ſa mort,
débarafſfé de l'enveloppe périſſable de fon
ame , avoit été , pour prix de ſa ſcience &
de ſes vertus , reçu au rang des Génies immortels
qui commandent aux efprits élémentaires.
Après que la vivacité des premiers
embraſſemens fut rallentie , le Génie apprit
àſa fille , qu'obligé par le Deſtin à la punir
de ſa défobéiſſance , il l'avoit du moins fecourue
dans ſes malheurs ; que c'étoit lui
qui lui avoit envoyé le Silphe qui l'avoit
ſervie , la Vieille &- le Magicien, Prince
18 MERCURE DE FRANCE.
ajouta t- il s'adreſſant au Calife , tout mon
pouvoir ne fuffiroit pas pour m'acquitter
envers vous des ſecours généreux que vous
offriez à ma fille : Je ſçai que la gloire eſt
ce qui vous touche le plus , la vôtre brillera
dans tous les âges , & votre nom célébré
par des Hiſtoriens dignes de vous , ira à
l'immortalité avec leurs ouvrages. Le Roi
de Borneo ne me trouvera pas ingrat ; je
vais lui rendre ſon fils. Il le reveira couronné
par la Victoire ; mais pour prix d'un
ſi grand ſervice , je lui demande de le donner
pour époux à ma fille.
Un bruit éclatant de trompette annonça
alors l'arrivée du Prince de Borneo. La Prin -
cefle tourna la tête & fit un cri de joye en
reconnoiffant Parelin. C'eſt vous , s'écria-telle
, en ſe jettant dans ſes bras; c'eſt vous ,
cher Epoux que je retrouve. Elle ne put en
dire davantage ; la voix étoit étouffée par
fes tranſports , & quand elle auroit pû parler,
elle n'auroit pas trouvé de termes pour les
exprimer.
La joye d'avoir retrouvé un époux qu'elle
adoroit , ne l'empêcha pas de fonger à fon
fils. Elle le demanda; il parut plus brillant
que la plus belle aurore. Telle étoit la figure
de cet aimable enfant que Parelin y retrouvoit
tous les traits de fa mere , & qu'E
DECEMBRE. 1744. 19
ritzine voyoit en lui le portrait de Parelin;
car elle ne s'étoit point encore accoutumée
à le nommer autrement , & elle voulut qu'il
conſervât toujours ce nom ſous lequel il
avoit commencé à lui être cher. Le Roi
de Borneo prodiguoit tour à tour ſes carefſes
à ſon fils , à Eritzine & à leur aimable
enfant. Eritzine étoit ſi enyvrée du plaifir
de revoir Parelin , qu'elle avoit peu
d'empreſſement d'apprendre parquel miracle
ce bonheur arrivoit. Le Roi de Borneo
fut plus curieux , & demanda à ſon fils ce
qui lui étoit arrivé depuis ſa féparation d'avec
Eritzine ; car il avoit apris du Calife toutes
les avantures de cette Princeſſe .
Je ſuivis juſqu'à la nuit , dit Parelin , l'Ours
qui emportoit mon fils. Je fus fort étonné
de voir au milieu de l'obſcurité la forêt
éclairée par une lumiere brillante. L'Ours
fuioit du côté d'où partoit la clarté , je le
ſuivis , & je découvris le Palais où nous
fommes. L'Ours y entra , j'entrai ſans héſiter
après lui ; il alla remettre mon fils au
Génie qui étoit aſſis ſur le trône. Ah Seigneur
, lui dis-je en me profternant à ſes
pieds , ferez-vous affez barbare pour faire
mon malheur & celui d'une épouſe adorable
? Le Génie ſourit & me dit qu'il falloit
que les arrêts du Deſtin s'accompliſſent. Le
fon de ſa voix, ſes traits qui me paroiffoient
20 MERCURE DE FRANCE .
abſolument les mêmes que ceux de votre
pere me rempliſſoient d'un juſte étonnement.
Je ne ſçavois que penſer de ce que
je voyois. Il s'apperçut de mon embarras.
Parelin , me dit-il en m'embraſſant , oui je
fuis Eritzin , le pere de celle que tu adores,
& je veux être le tien. Il m'aprit qu'inſtruit
plus poſitivement après ſa mort de ce qu'il
n'avoit auparavant découvert que fort confuſément
ſur votre fort & fur le mien , notre
amour lui avoit paru digne d'être heureux ,
que ma naiſſance n'étoit pas indigne d'Eritzine
, puiſque je devois le jour au Roi de
Borneo ; que le perfide Abdelec m'avoit
enlevé , & que ſéduit par quelques graces
qu'il avoit ru voir en moi , il m'avoit fait
paffer pour fon fils. Le Génie ajouta que
quoiqu'aalloorrss il eût défiré notre mariage, la
loi du Deftin l'avoit forcé d'éprouver fi
Eritzine exécuteroit ſes dernieres volontés.
Que n'avez-vous eu moins de pitié de moi,
dit Parelin à Eritzine , vous vous ſeriez épargnéebiendes
peines. Je ne regrette pas ma
complaiſance, interrompit-elle , ſi elle vous
a prouvé l'excès de mon amour. C'eſt le
Genie, continua le Prince de Borneo , qui a
empêché l'effet des Philtres d'Abdelec. A
l'égard de votre mere , elle eſt morte de
douleur en aprenant mon évaſion. Ainfi je
ſuis reſté dans ce Palais que le Génie tranf
DECEMBRE. 1944. 24
porte à ſon gré dans tous les lieux de l'U
nivers. J'y trouvois tous les plaiſirs , mais
votre abſence raſſemble toutes les peines
Le Génie me diſoit que je ne méritois pas
d'être puni , que vous ſeule aviez déſobéi ,
mais il me racontoit ce que vous fouffriez,
&portoit à mon coeur les coups les plus
terribles , étoit - ce là m'épargner ? Il m'a
envoyé détrôner l'Ufurpateur qui régnoit à
Céilan: une armée de Silphes , ſous la figure
d'hommes , & marchoit fous mes ordres ,
m'a aiſément rendu maître de l'Empire ; mais
que m'importoit de conquérir un grand
Royaume , vous ſeule me fuffifiez. Je retrouve
mon pere , mon épouſe , & mon fils ,
voilà tous les biens dont mon coeur ſçait
jouir , & les ſeuls qui puiſſent me rendre
heureux.
Pardonnez - moi , ma fille , dit alors le
Génie, les peines que j'ai été contraint de
vous cauſer ; vos plaiſirs vous en paroîtront
plus doux. J'ai ſouffert autant que vous ;
je nevousperdois pas de vue , mais il m'étoit
défendu de paroître à vos yeux. Le Génie
en diſant ees mots ferroit dans ſes bras ſa
fille &Parelin. Le Rei de Borneo l'imitoit,
Tous verſoient des larmes de joye , & le
Calife étonné , attendri de ce qu'il voyoit,
partageoit leurs larmes & leurs plaiſirs . Le
Géniedonna à ce Prince une caffette pleine
22 MERCURE DE FRANCE.
des plus beaux Diamans , & le fit recon
duire à Bagdad par quatre Silphes , qu'il
avoit à perpétuité à ſon ſervice. Il tranſporta
auffitôt fon Palais dans l'ifle dc Céilan. Eritzine
& Parelin furent couronnés avec l'applaudiſſement
de tous leurs Sujets. La félicité
pure dont jouiſſoient ces époux fortunés
, fut pour eux un nouveau motif de travailler
au bonheur de leurs peuples. Ils auroient
voulu les rendre auſſi heureux qu'ils
l'étoient eux-mêmes. Leur gouvernement
fut le modele de celui des Princes qui les
ſuivirent , leur amour inaltérable celui de
tous les coeurs ſenſibles , & leur bonheur
l'objet des deſirs de tous les amans. Après
avoir fourni leur carriere , la mort leur en
ouvrit une nouvelle. Ils furent reçus , ainſi
que leur pere , parmi les Génies , & l'immortalité
qu'on leur accordoit ne leur parut
flateuſe , que parce qu'elle leur donnoit le
moien de s'aimer à jamais.
Arabe , traduit par M. Jacques , Marchand
Evantailliste , rue Mouffetar .
U
N Ours d'une grandeur prodigieuſe
ſe lança un jour ſur moi; mais loin de
me faire aucun mal , il ſe contenta d'arracher
mon fils de mes bras , & l'emporta
en fuyant d'une courſe précipitée. Parelin
courut après le raviffeur un épieu à la main.
Je voulois le ſuivre , mais la frayeur m'avoit
oté la force de marcher , & d'ailleurs Parelin
& l'ours couroient avec tant de viteſſe,
qu'il m'eût été impofſible de les atteindre.
J'attendis le dénouement de cette avanture
avec la plus vive inquiétude. Chaque inſtant
redoubloit mes allarmes , & la nuit qui
arriva ſans que j'euſſe revû ni mon mari ni
mon fils , mit le comble à ma déſolation .
Je ne doutai plus que l'inſtant fatal prédit
par le Silphe ne fut enfin arrivé , & que
nous ne futlions ſéparés pour jamais. J'attendis
pluſieurs jours auſſi vainement : enfin
ayant perdu toute eſperance , je réſolus de
me donner la mort. J'allois me précipiter
dans une fontaine qui couloit au milieu du
و
Aiiij
• MERCURE DE FRANCE.
bois : je ſentis que quelqu'un me retenoir,
je me retournai ,& je vis le Silphe qui m'arrêtoit.
Eritzine , me dit-il , ſubiſſez votre
fort ſans murmurer , c'eſt le ſeul moyen
d'obtenir le pardon de votre déſobéiſſance.
Ranimez votre courage , vous en aurez encore
beſoin long-tems , mais peut-être quelque
jour vous ferez heureuſe. Je reverrai
Parelin , m'écriai-je : Ah ! dites-moi s'il vit,
&quel eft fon fort. Il vit , répondit le Silphe,
mais il n'eſt plusde Parelinpour vous.
S'il eſt ainfi , repris-je , qu'ai-je beſoin de
la vie ? C'eſt l'arrêt du deſtin , continua le
Silphe , & vous attenteriez à vos jours ſans
fuccès.
Vous pouvez juger enquel écat me laifferent
ces dernieres paroles du Silphe; il eſt
inutile de vous ennuyer du détail de mes
chagrins daus la Forêt. J'y paffai un an à
faire retentir les antres les plus fourds de
mes gemiſſemens; je demandois mon époux
&mon fils aux arbres , aux rochers, à toute
la nature.
Je n'avois point encore vû de créature
humaine dans ce defert , mais la ſolitude
m'étoit chere , & toute ſociété m'auroit embarraſſée.
Les premiers hommes que j'y apperçus
furent des Matelots qui venoient
faire de l'eau à la fontaine qui étoit au milien
dubois. J'étois trop malheureuſe pour
DECEMBRE. 1744. 9
avoir rien à redouter ; ainſi je ne me détournai
pas de mon chemin pour les éviter :
mais dès qu'ils m'apperçurent , ils me faifirent
, & m'emmenerent à leur bord. J'étois
affez tranquille , & la captivité m'affligeoit
peu ; mais mon courage m'abandonna
à la vue du Capitaine du Vaiſſeau. C'étoit
le même Sideni à qui ma mere m'avoit déja
livrée par une trahiſon ſi cruelle. Ce barbare
déſeſperant de pouvoir rien obtenir par
la douceur , en vint d'abord aux dernieres
extrémités ; il eut lieu de s'en repentir , &
fut déconcerté du courage avec lequel je le
reçus. Je rendis long - tems ſes efforts inutiles
, & pluſieurs bleſſures que je lui fis le
punirent de ſa brutalité. Ma réſiſtance changea
fon amour en rage ; furieux de voir fon
fang couler , il tira ſon poignard , m'en
frappa , & me jetta dans lamer.
Ma perte paroiſſoit afſſurée: mais leCiel étoit
tropjalouxde me punir , pour finir ſitôt mes
fouffrances. Un Dauphin me porta juſqu'au
rivage. Une vieille femme , qui s'y trouvoit
alors meprit dans ſes bras , & me tranſporta
dans ſa petite cabane,qui n'étoit pas éloignée.
J'avois perdu connoiffance , &je n'ai ſcu ce
détail que par la vieille charitable qui me
fecourut; quelques ſimples qu'elle appliqua
fur ma playe , la guérirent en peu de jours.
Elle n'oublia rien de ce qu'elle crut propre
Av
IO MERCURE DE FRANCE.
à me confoler , & tant de bonté & d'huma
nité auroient remis le calme dans mon ame ,
ſi quelque choſe eût pû le faire. Elle m'enſeigna
la demeure d'un Magicien , qui , difoit-
elle , me donneroit un reméde à mes
maux , s'il y en avoit un poffible. Je comptois
peu ſur un pareil fecours. Cependant je
partis pour aller trouver le Magicien avec la
même précipitation que ſi j'euſſe eſperé quelque
choſe de ſes foins. Dès qu'il m'apperçut :
Princeſſe , me dit-il , je ſçais le ſujet qui vous
amene ; ſi vous avez le courage d'aller chercher
la Toupie de Diamant du Roi des Génies
, vous verrez finir vos malheurs. Il m'apprit
alors que cette Toupie lumineuſe étoit
dans un lieu inacceſſible , que la difficulté
d'en approcher , quoique très-conſidérable ,
étoit cependant le moindre des dangers que
j'aurois à effuyer ; que pluſieurs monftres
défendoient l'accès du lieu où étoit le tréfor.
Je vous donnerai le moyen , continua le Magicien
, de ſurmonter tous ces obſtacles,pourvũ
que de votre côté vous ayez affez de force
pour fortir victorieuſe de la derniere épreuve.
Quelque choſe qu'on vous diſe , il ne faut
ni parler ni tourner la tête , & avancer toujours
versla Toupie lumineuſe. Prenez , me
dit-il , ce poinçon d'or , il vous ouvrira le
paſſage au travers des rochers qui entourent
le lieu où eſt la Toupie de diamant ,& yous
DECEMBRE. 1744. 11
garantira des monſtrés qui la défendent . Le
Magicien m'enſeigna enſuite le chemin que
je devois prendre , la route étoit fort longue
, &j'ai conſumé un an à la ſuivre ; enfin
après des fatigues incroyables j'arrivai aux
rochers qu'on m'avoit indiques ; à peine euje
frappé la roche avec le poinçon , qu'elle
s'ouvrit pour me laiſſer paſſer ,& ſe referma
aufli-tôt.
Je me trouvai dans une campagne délicieuſe
, au bout de laquelle paroiſſoit un palais
ſuperbe. Dès que j'approchai ,je fus attaquée
par une infinité de bêtes feroces..
Mais le poinçon d'or les diſſipa ſans peine
, & j'entrai victorieuſe dans le palais .
Je vis qu'au fond d'une galerie à perte de
vûe , étoit une Table d'or , ſur laquelle étoit
poſée laToupie de diamant; mille voix m'appelloient
, & ne réuſſiffoient ni à me faire
répondre ni à me faire tourner la tête. Je
crus entendre le Silphe qui me crioit que je
prenois unmauvais chemin , & que je devois
retourner en arriere. Au lieu de répondre ,
je tenois les yeux fixés ſur le diamant que
je venois chercher , & cette vùe me rafſuroit
contre tous les preſtiges. Mais j'eus à foutenir
les combats les plus rudes, lorſque
j'entendis la voix de mon époux & celle de
mon fils , ils pouſſoient des cris lamentables ,
& ſe plaignoient qu'on les livroit à des ſup
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
plices cruels , parce que j'allois ravir laTou
pie de diamant. Leurs cris perçoient mon
coeur; & quelque prévenue que je fuffe fur
la nature de ce preſtige , je fus tentée cent
fois de tourner la tête ou de leur répondre.
J'eus pourtant aſſez de courage pour obferver
la condition preſcrite. J'avançai ſans
m'arrêter , ſans détourner la tête , ſans répondre
, mais non ſans verſer bien des larmes.
Dès que je fus prèsde la Table laToupievintd'elle-
même ſe placer dans ma main,
&je lus ces mots gravés ſur la Table d'or:
Ton courage a réparé ta premiere foibleſſe,
tu mérites d'être heureuſe , & tu le feras.
Emporte la Toupie de diamant , elle eſt à
toi ,&prends le chemin de Bagdad, c'eſt-là
que tu ſçauras ton fort. Je fortis au pa
lais plus tranquille que je n'y étois entrée,
un filence profond avoit fuccedé à ce tumulte
des voix,qui m'avoient affaillie d'abordi
Le poinçon d'or rouvrit la roche ,& je
pris la route de Bagdad. J'abordai hier à ce
Caravanſerail ,, où au lieu du bonheur que
j'attendois , j'ai trouvé mon plus dangereux
ennemi; mais fans doute leCiel ne m'apas
trompée : puiſqu'il m'a procuré l'honneur
d'embraſſer les genoux du Souverain Commandeurdes
Croyans , il m'a miſe du moins
à l'abri de toute injustice..
DECEMBRE. 1744.
Le Calife qui s'étoit d'abord intéreſſé
pour Eritzine prévenu par ſa beauté ſeule ,
lui offrit ,dès qu'il la connut mieux , tous les
fecours que ſa puiſſance le mettoit en état
d'offrir; que ne puis-je , lui diſoit-il , vous
aider à retrouver votre amant ; mais du
moins je punirai le Barbare qui a voulu
vous deshonnorer. Le Calife ordonna qu'on -
traînât à l'inſtant Sideni au ſuplice. Il ſe
diſpoſoit à conduire Eritzine à ſon Palais
lorſqu'on entendit un grand bruit à la porte
du Caravanſerail.
L'hôte avoit renvoyé avec brutalité des
gens qui venoient demander un logement
pour la nuit. Ils avoient répondu à ſes injures
, & des injures on en étoit venu aux
coups. Le Calife envoya Giafar pour apaifer
le défordre ,& commanda en même tems
que l'on préparât le plus bel apartement du
Palais pour Eritzine. Giafar revint un moment
après ; tout avoit été apaiſé par l'arri
vée du maître de ces gens qui avoient excité
le tumulte. Ils apartenoient au Roi de
Borneo , ce Prince arrivoit à Bagdad , &
entrant dans la ville à une heure fi indue , il
avoit voulu coucher dans un Caravanſerail
la premiere nuit , & remettre au lendemain
à ſaluer le Calife. Sans doute , ajouta Giafar
, qui inſtruiſoit le Calife de toutes ces
circonstances , l'intention de votre Majefté
14 MERCURE DE FRANCE.
n'eſt pas que ce Prince couche dans un Caravanferail
. Le Calife ordonna à Mefrour
de conduire Eritzine au Palais & alla trouver
le Roi de Borneo auquel il ſe plaignit
obligeamment du deſſein qu'il avoit eu. Ils
retournerent tous au Palais du Calife où ils
paſſerent la nuit,
Le Calife impatient d'apprendre le ſujet
du voyage du Roi de Borneo , palla dès
le matin dans l'apartement de ce Prince. II
le trouva trifte & inquiet. Je ſuis venu ici ,
dit le Roi de Borneo , avec des eſpérances
qui ſe changent en inquiétudes depuis que
l'inſtant aproche , où elles doivent le véri
fier. Je ſuis Souverain d'un Royaume florifſant;
mais ce n'eſt pas l'éclat du trône qui
fait le bonheur , les Rois ne font heureux
ou malheureux qu'en qualité d'hommes , &
non en qualité de Rois , & par des cauſes
qui leur font communes avec le reſte de
leurs ſujets : fans cela la Nature ſeroit trop
injuſte.
J'ai eu un fils unique , fruit de mon union
avec une épouſe charmante ; mais ce fils
fi cher que j'aimois autant que ſa mere
me fut enlevé dès le berceau. J'ai toujours
foupçonné de cet enlevement , un miferable
qui ſçavoit un peu de magie , que j'avois
fait punir , qui avoit juré de s'en vanger
, & qui difparut dans lemême tems où
DECEMBRE. 1744. 15
Borje
perdis mon fils. Je n'épargnai aucuns
foins pour retrouver l'un & l'autre ; mes
foins furent inutiles. Lorſque le Roi de
neo mourut fans poſtérité , je montai au
trône où ma naiſſance m'appelloit. Je
pleurois encore mon fils , quoique je l'euffe
perdu depuis pluſieurs années. Je renouvellai
mes recherches avec plus d'ardeur que
jamais , & auſſi peu de ſuccès. Mais du
moins le perfide Abdelec tomba entre mes
mains ; la force des tourmens lui fit avouer
qu'il étoit le raviſſeur de mon fils ; mais il
n'étoit plus en ſa puiſſance ; il s'étoit échapé
de chez lui depuis environ 3 ans. Je fis
punir le coupable , & je pris le parti de
parcourir moi-même les Royaumes voiſins,
après avoir confié l'adminiſtration du mien
à mon épouſe. J'ai commencé mes courſes
par Bagdad, heureux ſi le Ciel prend pitié
de mes peines & daigne les abreger.
Voilà , Seigneur , continua le Roi de
Borneo le ſujet de mon voyage , de ma trifteffe
, & de mes inquiétudes. Le Calife offrit
généreuſement à ce Prince de le ſeconder
dans une recherche ſi juſte. Il fit appeller
tous ſes Vifirs & leur ordonna ſous peinede
la vie de lui donner dans huit jours des nou
velles du fils de Borneo. Giafar eſſaya quel
ques remontrances ſur l'impoſſibilité d'exé
cuter cet ordre,
16 MERCURE DE FRANCE.
S'ilne paroît dans huit jours,reprit le Calife
en colere , vous périrez tous ,& toimalheureux
, dit-il à Giafar , ſi tu oſes repliquer
encore , je te ferai étrangler à l'inſtant par
les Muets. Les Viſirs s'en retournerent fort
conſternés. Le Calife ordonna une partie
de chaffe pour amufer Eritzine & le Roi de
Borneo.
Le Roi de Borneo à qui cette Princeſſe
fut préſentée , fut auſſi ébloui de ſa beauté
que le Calife l'avoit été , & prit le même
intérêt à fon fort, Les deux Monarques ne
la quitterent point pendant la chaffe , &
veilloient fur elle avec une attention inquiéte.
Un orage affreux diſperſa tous lesChafſeurs
. Eritzine , le Calife , & le Roi deBorneo
furent obligés de chercher un abri dans
une caverne qu'ils trouverent au milieu de
laforêt.
Eritzine tira la Toupie lumineuſe pour
guider leurs pas dans cet antre obfcur à la
faveur de la clarté que ce Taliſman répandroit.
La caverne fut en effet auſſi éclairée
que ſi l'on eût vu luire le ſoleil le plus brillant.
Ils aperçurent à la faveur de cette luz
miere une grande porte d'or qui étoit au
fondde la caverne. Ils n'avoient pas encore
eu le tems d'aſſeoir leurs conjectures ſur le
ſpectacle qui les frappoit , lorſque la TouDECEMBRE.
1744 17
pie dediamans échapa des mains d'Eritzine
qui fit de vains efforts pour la retenir , &
s'élanca d'elle-même contre la porte d'or.
A peine elle l'eut frapée que la porte
s'ouvrit , & laiſſa voir un Palais ſuperbe , où
tous les tréſors des Fées &des Génies paroifſoient
raſſemblés. Une troupe de Génies de
tous les élémens entouroit un trône d'éméraudes
ſurlequel étoit aſſis un Vieillard ref
pectable. Le Palais retentiſſoit d'une harmonie
flateuſe , qui répandoit un doux calme
ſur les ſens. Le Vieillard ſe leva de
ſon trône , dès qu'il vît entrer les deux Princes
& Eritzine : après avoir ſalué les deux
Monarques , il ſe jetta dans les bras de la
Princeſſe : Ma fille , lui dit- il , embraſſez
votre pere : vos malheurs ſont finis. C'étoit
eneffet le pere d'Eritzine , qui après ſa mort,
débarafſfé de l'enveloppe périſſable de fon
ame , avoit été , pour prix de ſa ſcience &
de ſes vertus , reçu au rang des Génies immortels
qui commandent aux efprits élémentaires.
Après que la vivacité des premiers
embraſſemens fut rallentie , le Génie apprit
àſa fille , qu'obligé par le Deſtin à la punir
de ſa défobéiſſance , il l'avoit du moins fecourue
dans ſes malheurs ; que c'étoit lui
qui lui avoit envoyé le Silphe qui l'avoit
ſervie , la Vieille &- le Magicien, Prince
18 MERCURE DE FRANCE.
ajouta t- il s'adreſſant au Calife , tout mon
pouvoir ne fuffiroit pas pour m'acquitter
envers vous des ſecours généreux que vous
offriez à ma fille : Je ſçai que la gloire eſt
ce qui vous touche le plus , la vôtre brillera
dans tous les âges , & votre nom célébré
par des Hiſtoriens dignes de vous , ira à
l'immortalité avec leurs ouvrages. Le Roi
de Borneo ne me trouvera pas ingrat ; je
vais lui rendre ſon fils. Il le reveira couronné
par la Victoire ; mais pour prix d'un
ſi grand ſervice , je lui demande de le donner
pour époux à ma fille.
Un bruit éclatant de trompette annonça
alors l'arrivée du Prince de Borneo. La Prin -
cefle tourna la tête & fit un cri de joye en
reconnoiffant Parelin. C'eſt vous , s'écria-telle
, en ſe jettant dans ſes bras; c'eſt vous ,
cher Epoux que je retrouve. Elle ne put en
dire davantage ; la voix étoit étouffée par
fes tranſports , & quand elle auroit pû parler,
elle n'auroit pas trouvé de termes pour les
exprimer.
La joye d'avoir retrouvé un époux qu'elle
adoroit , ne l'empêcha pas de fonger à fon
fils. Elle le demanda; il parut plus brillant
que la plus belle aurore. Telle étoit la figure
de cet aimable enfant que Parelin y retrouvoit
tous les traits de fa mere , & qu'E
DECEMBRE. 1744. 19
ritzine voyoit en lui le portrait de Parelin;
car elle ne s'étoit point encore accoutumée
à le nommer autrement , & elle voulut qu'il
conſervât toujours ce nom ſous lequel il
avoit commencé à lui être cher. Le Roi
de Borneo prodiguoit tour à tour ſes carefſes
à ſon fils , à Eritzine & à leur aimable
enfant. Eritzine étoit ſi enyvrée du plaifir
de revoir Parelin , qu'elle avoit peu
d'empreſſement d'apprendre parquel miracle
ce bonheur arrivoit. Le Roi de Borneo
fut plus curieux , & demanda à ſon fils ce
qui lui étoit arrivé depuis ſa féparation d'avec
Eritzine ; car il avoit apris du Calife toutes
les avantures de cette Princeſſe .
Je ſuivis juſqu'à la nuit , dit Parelin , l'Ours
qui emportoit mon fils. Je fus fort étonné
de voir au milieu de l'obſcurité la forêt
éclairée par une lumiere brillante. L'Ours
fuioit du côté d'où partoit la clarté , je le
ſuivis , & je découvris le Palais où nous
fommes. L'Ours y entra , j'entrai ſans héſiter
après lui ; il alla remettre mon fils au
Génie qui étoit aſſis ſur le trône. Ah Seigneur
, lui dis-je en me profternant à ſes
pieds , ferez-vous affez barbare pour faire
mon malheur & celui d'une épouſe adorable
? Le Génie ſourit & me dit qu'il falloit
que les arrêts du Deſtin s'accompliſſent. Le
fon de ſa voix, ſes traits qui me paroiffoient
20 MERCURE DE FRANCE .
abſolument les mêmes que ceux de votre
pere me rempliſſoient d'un juſte étonnement.
Je ne ſçavois que penſer de ce que
je voyois. Il s'apperçut de mon embarras.
Parelin , me dit-il en m'embraſſant , oui je
fuis Eritzin , le pere de celle que tu adores,
& je veux être le tien. Il m'aprit qu'inſtruit
plus poſitivement après ſa mort de ce qu'il
n'avoit auparavant découvert que fort confuſément
ſur votre fort & fur le mien , notre
amour lui avoit paru digne d'être heureux ,
que ma naiſſance n'étoit pas indigne d'Eritzine
, puiſque je devois le jour au Roi de
Borneo ; que le perfide Abdelec m'avoit
enlevé , & que ſéduit par quelques graces
qu'il avoit ru voir en moi , il m'avoit fait
paffer pour fon fils. Le Génie ajouta que
quoiqu'aalloorrss il eût défiré notre mariage, la
loi du Deftin l'avoit forcé d'éprouver fi
Eritzine exécuteroit ſes dernieres volontés.
Que n'avez-vous eu moins de pitié de moi,
dit Parelin à Eritzine , vous vous ſeriez épargnéebiendes
peines. Je ne regrette pas ma
complaiſance, interrompit-elle , ſi elle vous
a prouvé l'excès de mon amour. C'eſt le
Genie, continua le Prince de Borneo , qui a
empêché l'effet des Philtres d'Abdelec. A
l'égard de votre mere , elle eſt morte de
douleur en aprenant mon évaſion. Ainfi je
ſuis reſté dans ce Palais que le Génie tranf
DECEMBRE. 1944. 24
porte à ſon gré dans tous les lieux de l'U
nivers. J'y trouvois tous les plaiſirs , mais
votre abſence raſſemble toutes les peines
Le Génie me diſoit que je ne méritois pas
d'être puni , que vous ſeule aviez déſobéi ,
mais il me racontoit ce que vous fouffriez,
&portoit à mon coeur les coups les plus
terribles , étoit - ce là m'épargner ? Il m'a
envoyé détrôner l'Ufurpateur qui régnoit à
Céilan: une armée de Silphes , ſous la figure
d'hommes , & marchoit fous mes ordres ,
m'a aiſément rendu maître de l'Empire ; mais
que m'importoit de conquérir un grand
Royaume , vous ſeule me fuffifiez. Je retrouve
mon pere , mon épouſe , & mon fils ,
voilà tous les biens dont mon coeur ſçait
jouir , & les ſeuls qui puiſſent me rendre
heureux.
Pardonnez - moi , ma fille , dit alors le
Génie, les peines que j'ai été contraint de
vous cauſer ; vos plaiſirs vous en paroîtront
plus doux. J'ai ſouffert autant que vous ;
je nevousperdois pas de vue , mais il m'étoit
défendu de paroître à vos yeux. Le Génie
en diſant ees mots ferroit dans ſes bras ſa
fille &Parelin. Le Rei de Borneo l'imitoit,
Tous verſoient des larmes de joye , & le
Calife étonné , attendri de ce qu'il voyoit,
partageoit leurs larmes & leurs plaiſirs . Le
Géniedonna à ce Prince une caffette pleine
22 MERCURE DE FRANCE.
des plus beaux Diamans , & le fit recon
duire à Bagdad par quatre Silphes , qu'il
avoit à perpétuité à ſon ſervice. Il tranſporta
auffitôt fon Palais dans l'ifle dc Céilan. Eritzine
& Parelin furent couronnés avec l'applaudiſſement
de tous leurs Sujets. La félicité
pure dont jouiſſoient ces époux fortunés
, fut pour eux un nouveau motif de travailler
au bonheur de leurs peuples. Ils auroient
voulu les rendre auſſi heureux qu'ils
l'étoient eux-mêmes. Leur gouvernement
fut le modele de celui des Princes qui les
ſuivirent , leur amour inaltérable celui de
tous les coeurs ſenſibles , & leur bonheur
l'objet des deſirs de tous les amans. Après
avoir fourni leur carriere , la mort leur en
ouvrit une nouvelle. Ils furent reçus , ainſi
que leur pere , parmi les Génies , & l'immortalité
qu'on leur accordoit ne leur parut
flateuſe , que parce qu'elle leur donnoit le
moien de s'aimer à jamais.
Fermer
237
p. 200-212
MORTS.
Début :
LE 16 Decembre mourut à Bruxelles Marie-Anne-Eleonore-Willemine-Josephe Archiduchesse d'Autriche [...]
Mots clefs :
Roi, Chevalier, Lieutenant, Duc, Prince, Armées, Maréchal, Pair de France, Duchesse de Ventadour, Maison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS
L
E 16 Decembre mourut àBruxelles Marie-
Anne-Eleonore-Willelmine-Joſephe
Archiducheſſe d'Autriche Gouvernante des
Païs-Bas agée de 26 ans 3 mois & deux
jours,étant néo le 14 du mois de Septembre
de l'année 1718 , ſans laiſſer d'Enfans du
Prince Charles Alexandre de Lorraine , avec
lequel elle avoit été mariée le 7 Janvier de
l'année 1744; elle étoit Soeur puînée de la
Reine de Hongrie Epouſe du Grand Duc
de Toſcane Frere ainé du Prince Charles ,
& la ſeule reſtante aujourd'hui de l'Augufte
Maiſon d'Autriche.
書
Le 26 il arriva à Paris un courier dépeché
à Son AlteſſeRoyale Madame la Duchefſe
d'Orléans par l'Abbeffe de Remire -
mont pour informer cette Princeſſe que la
Ducheſſe Douairiere de Lorraine étoi morte
à Commercy le 23 agée de 68 ans ,
3 mois & 10 jours , étant née à S. Cloud le
13 Septembre 1676 , elle ſe nommoit Elfabeth
Charlotte , & étoit fille de feu Monfieur
( Philippe de France , ) & Frere de Louis
XIV , mort le 9 mai 1701 & d'Elifabeth
DECEMBRE. 1744 . 201
Charlotte de Baviere Palatine du Rhin fa
ſeconde Femme morte le 8 Decembre 1722
Elle àvoit été mariée le 13 Octobre 1698
avec Léopold Joſeph Charles Duc de Lorraine
& de Bar ; elle en étoit reſtée veuve le
27 Mai 1729 , & de ce mariage étoient nés
5 Princes & 8 Princeſſes dont il ne reſte
que François Etienne GrandDuc de Tofcane
né le 22 Septembre 1708 marié depuis
le 12 Fevrier 1736 avec Marie-Théreſe
Walburge Amelie-Chriftine Archiducheſſe
d'Autriche aujourd'hui Reine de Hongrie
, Charles Alexandre de Lorraine appellé
le Prince Charles né le 12 Decembre
1712, Généraliſſime des armées de la Reine
de Hongrie ſa belle--Soeur , & 3 Anne Charlotte
de Lorraine née le 17 Mai 1714, Abbeſſe
de Remiremont depuis le 7 mai 1738 .
Voyez pour l'Etat preſent de la Maiſon de
Lorraine le vol. 4des Souverains du Monde
fol 450 .
د
Le 3 Novembre Honorine Charlotte de
Berghes femme depuis le 17 Mars
1715 de Louis Joſeph d'Albert , Prince de
Grimberghen & du S. Empire , Conſeiller
d'Etat actuel & privé de l'Empereur , Feldt
Maréchal des armées de Sa Majesté Impériale
, Colonel de ſon Régiment des Gardes
(
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
à pied & fon Ambaſſadeur Extraordinaire
auprès du Roi , mourut à Paris dans la
ſoixante-quatrième année de ſon âge. Elle
avoit été Chanoineſſe de Mons ; elle étoit
Niéce de Georges Louis de Berghes Evéque
& Prince de Liége & du S. Empire ,
mort le 4 Decembre 1743. Elle étoit
fille de Philippe François de Berghes
Prince de Berghes , Chevalier de la Toifon
d'Or, & Gouverneur de Bruxelles , mort le
13 Septembre 1704 & , de Marie Jacqueline
de Lalain , & avoit eu de ſon Mariage
avec M. le Prince de Grimberghen de la
Maiſon d'Albert Luynes , & oncle de M.
le Maréchal Duc de Chaulnes dont la mort
va être raportée ſous le du préſent mois
Théreſe Pelagie d'Albert Luynes , née Princeffe
de Grimberghen en 1722 , mariée le
25 Janvier 1735 avec Marie Charles Louis
d'Albert à préſent Duc de Chevreuſe fon
coufin du 4 au deuxième dégré , & morte
fans enfans les Juillet 1736. La Maiſon
de Berghes eſt une branche des Anciens
Ducs de Brabant connue ſous le nom de
Glimes & marquée entre les plus grandes
Maiſons du Pays , par ſes alliances, par fon
illuſtration , & par l'entrée qu'elle a eu de
tous les tems dans les. Chapitres les plus
nobles ; elle porte pour armes coupé au 1.
de ſable à un Lion d'Or parti d'Or à 3 pals
DECEMBRE. 1744. 203
de gueules ; au deuxième de Sinople à 3 Lozanges
d'argent poſées deux & une : voyez
les Souverains du monde , imprimés à Paris
en 1734 vol. 1. fol. 320.
Le 9 Louis Auguſte d'Albert d'Ailly Duc
de Chaulnes , Pair & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Vidame d'Amiens
, Gouverneur de la même Ville &
de celle de Corbie , & ci-devant Capitaine
Lieutenant des Chevau - legers de la Garde
de ſa Majesté ,mourut à Paris agé de 67
ans , étant né le 22 Decembre 1676 du
Mariage de Charles Honoré d'Albert Duc
de Luynes , de Chevreuſe & de Chaulnes ,
Pair de France Gouverneur & Lieutenant
Genéral pour le Roi de la Province de Guyenne,
Chevalier des Ordres de Sa Majesté, LieutenantGénéral
de fes armées & Capitaine
Lieutenant des Chevau - legers de la Garde ,
mort le 6Novembre 1712 , &de JeanneMa-
-rieColbert morte le 26 Juin 1732. Il commença
à ſervir dans la ſeconde Compagnie
des Mouſquetaires en 1693 , fut depuis fucceſſivement
Lieutenant dans le Régiment
du Roi Infanterie en 1694 , Capitaine dans
le même Régiment en 1695 , Colonel d'un
Régiment d'Infanterie la même année , Meftre
de Camp d'un Régiment de Dragons ,
par lamort du Chevalier d'Albert tué à Car
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
py le 9 Juillet 1701. Il traita de la Charge
de Sous-Lieutenant de la Compagnie des
Chevau - legers de la Garde du Roi en
1702 , fut fait Brigadier le 10 Fevrier
1704 & fut pourvu le 2 Novembre de la
même année de la Charge de CapitaineLieutenant
de la même Compagnie des Chevaulegers
par la mort du Duc de Montfort fon
frere ainé; il fut fait Maréchal de Camp le
19 Juin 1708 , Lieutenant Général des armées
du Roi le 8 Mars 1718 , & fut nommé
Chevalier desOrdres & reçu le 3 Juin 1724:
il eut au mois Février 1729 les Gouvernements
des Villes d'Amiens & de Corbie , fut
nommé au mois d'Avril 1734 pour être employé
dans l'armée d'Allemagne en qualité
de Lieutenant Général, dont il fit la fonction
au fiége de Philifbourg , de même que dans
la campagne de 1735 dans la même armée,
enfin ſes Services lui firent mériter le bâton
de Maréchal de France à la promotion du 11
Fevrier 1741 ; il avoit été marié le 22 Fevrier
1704 avec Marie Anne Romaine de
Beaumanoir Lavardin, fille de Henri Charles
de Beaumanoir Marquis de Lavardin, Che
valier des Ordres du Roi, Lieutenant Géné-
-ral des armées de Sa Majefté & au Gouvernement
de la Haute & Baffe Bretagne &
ei-devant fon Ambaſſadeur Extraordinaire
à Rome , & d'Anne Louiſe Marie de Noailles;
de ce Mariage font né entre-autres EnDECEMBRE.
1744. 205
y
fans 1. Louis Marie d'Albert d'Ailly , Vidame
d'Amiens recu en ſurvivance de ſon pere
le 5 Avril 1717 enla Charge de Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Chevaulegers
de la Garde du Roi, mort ſans être
marié en 1724.2.Charles- François d'Albert
d'Ailly Ducde Picquigny , Pair de France
Capitaine Lieutenant de la Compagnie des
Chevau-legers de la Garde du Roi parla
démiffion de ſon Pere , mort le 14 Juillet
1731 ne laiffant qu'une fille morte à l'âge
de fix ans le 13 Mai 1736 , 3. Michel Ferdinand
d'Albert d'Ailly Duc de Picquigny ,
à préſent de Chaulnes , Pair de France , Ca-
• pitaine Lieutenant des Chevaux- legers de la
Garde du Roi ſur la démiſſion de fon Pere
du 19 Fevrier 1735 , & Maréchal des Camps
& armées du Roi du ... Juin 1743 , marié depuis
le 25 Fevrier 1734 avec Anne Joſephe
Bonnier Fille de Joſeph Bonnier Baron de
la Mofſon près Montpellier, Secretaire du
Roi & Treforier Général des Etats de Languedoc,&
d'Anne Melon,dont il a un fils, âgé
de 3 à 4 ans en 1744 : voyez la Généalogie
de la Maiſon d'Albert dans l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne vol 4 fol
263.
Le 12 Eminentiſſeme & Reverendiffime
• Monſeigneur Leon Potier de Gefures , Cardinal
, Prêtre de la Sainte Egliſe Romaine
ancien Patriarche - Archevêque de Bour-
و
106 MERCURE DE FRANCE.
ges , Primat des Aquitaines , Commandeur
des Ordres du Saint Eſprit du 3 Juin 1724,
Abbé Commandataire des Abbayes de Saint
Amand Ordre de S. Benoist Diocéſe de
Tournay depuis 1720,de S. Landelin de
Creſpin Ordre de S. Benoît Diocèſe de Cambray
depuis 1725, de S. Pierre d'Auri sc
Diocèſe de S. Flour depuis 1679 , de Notre-
Dame de Bernay O. S. B. Diocèſe de Lizieux
depuis 1666 , de l'Archimonaftere S.
Remy de Reims O. S. B. depuis l'an 1729 ,
cidevant Conſeiller auConſeildeConſcience,
mourut à Paris dans la quatre-vingt huitieme
année de fon âge étantné le 15 Août 1656 .
Il avoit été nommé à l'Archevêché de Bourges
le 29 mai 1694, & fut créé CardinalPrétre
par le PapeClement XI ſur la nomination
duRoi de Pologne le 29 Mai 1719. Il étoit
fils puîné de LeonPotier Duc de Geſvres Pair
de France Chevalier des Ordres du Roi, Premier
Gentilhomme de la hambre de SaMajeſté,
Lieutenant Général de ſes armées, Gouverneur
de laVille de Paris,mort le 9Decembre
1704, &deMarie- Françoiſe-Angélique
Duval de Fontenay Mareuil ſa premiere femme
, morte le 4 Octob. 1702 : le Frere aîné
de M. le Cardinal de Geſvres , étoit François-
Bernard Potier deGeſvres Duc de Trémes
Pair de France,Chevalier des Ordres du Roi ,
Premier Gentilhomme de ſa Chambre , &
DECEMBRE. 1744. 207
Brigadier de ſes armées , Gouverneur de la
Ville de Paris , mort le 12 Avril 1739 ,
laiſſant de fon mariage avec Marie Magdeleine-
Louiſe-Genevieve de Seigliere deBoisfranc
morte le 3 Avril 1702 , 1. François
Joachim - Bernard Potier Duc de Geſvres
Pair de France né le 29 Septembre 1692 ,
Chevalier des Ordres du Roi , Premier Gentilhomme
de ſa Chambre , Gouverneur de
la Ville de Paris , 2. Louis - Leon Potier
Comte de Trêmes , né le 28 Juillet 1695 ,
Maréchal des Camps & armées du Roi ,marié
depuis le 26 Avril 1729 avec Eléonore
Marie de Montmorency Luxembourg fille
de M. le Maréchal de Montmorency & de
laquelle il n'a qu'un fils, appellé le Marquis de
Geſvres né le 9mai 1733 , non encore baptiſé
, 3. Etienne René Potier né le 2 Janvier
1697 , Evêque & Comte de Beauvais Pair de
France depuis 1728 , & 4 Marie-Françoife
Potier de Gévres née le 25 Decembre 1697 ,
mariée depuis le 17 Septembre 1715 avec
Louis- Marie Victoire de Bethune-Selles , appellé
le Comte de Bethune duquel elle ades
Enfans. Voyez la Généalogie de la Maiſon
de Potier dans l'Hiſtoire des Grands Officiers
de la Couronne vol. 4 fol. 763 .
Le 14 Frere Jean Antoine de Thumery
de Boiſſiſe , Chevalier de l'Ordre de faint
Σ 2
08 MERCURE DE FRANCE.
à
,
Jean de Jerufalem , dans lequel il fut reçu
au Grand Prieuré de France en 1688 , & depuis
Commandeur de Haute-Avennes , en
Flandre entre Douay & Arras , mourut
Paris dans la 63 année de ſon âge , étant né
le 20 Novembre 1682 ; il étoit fils de feu
M. Germain Chriſtophe de Thumery
Chevalier de Boiſſiſe , Preſident de la feconde
Chambre des Enquêtes du Parlement de
Paris , mort le premier Septembre 1714 , &
de Dame Magdeleine le Tellier de Morfan ,
morte le 11 Decembre 1730 , duquel mariage
, outre feu M. le Commandeur de Boifſiſe
qui donne lieu à cet article , étoient nés
1. René de Thumery , Chevalier Seigneur de
Boiſſiſe , aujourd'hui marié depuis 1738 , &
ſans enfans, avec Demoiselle Jacqueline - Marguerite
Richer , 2. Chriftophe Edouart François
de Thumery , auſſi Chevalier de l'Ordre
de ſaint Jean de Jerufalem depuis 1688
& aujourd'hui Commandeur de Beauvais ,
en Gatinois, & 3. Dame Magdeleine de Thumery
, Comteſſe de Bregy. La Famille de
Thumery eſt une des plus conſidérables de la
Ville de Paris par ſon ancienneté , ſes alliances
, & par les charges marquées dans la
Robe qu'elle a poffedées en différens tems .
Le 18 Dame Celeste- Efther Rivié femme de
Louis -Emanuel de Coetlogon- Loyal , appelle
DECEMBRE. 1744 . 209
le Comte de Coetlogon , Brigadier des armées
du Roi , Colonel-Lieutenant du Régiment
d'Infanterie de Penthievre , avec lequel
elle avoit été malice le t Février de
cette année , mourut à Paris dans la vingttroifiéme
année de fon âge , laiſſant un fils
unique nommé Emanuel - Etienne – Marie
de Coetlogon , duquel elle étoit acouchée
quelques jours avant. Elle étoit fille d'Etienne
Rivié Seigneur de Marine & de Riquebourg,
Baron de Chors , Grand Maître des Eaux &
Foreſts de l'Iſfle de France , &de Dame Françoiſe-
Anne-Agathe Marguerite de laRiviere
de Paulmy , d'une des plus anciennes Maifons
de Bretagne. Voyez pour la Généalogie
de la Maiſon de Coetlogon , auffi une
des premieres de la même Province , le ſeptiéme
vol. de l'Hiſtoire des Grands-Officiers
de la Couronne , fol 717.
Le 8.Décembre , Dame Marie-Anne de
Mailly- Nefle , Ducheffe de Chateauroux ,
veuve de Meſſire Jean- Louis de la Tournelle
, Marquis de la Tournelle , Colonel
Lieutenant du Régiment de Condé Infanterie,
mort le 23 Novembre 1740 à l'âge
de 22 ans ſans laiſſer d'enfans , & avec lequel
elle avoit été mariée le 19 Juin 1734 ,
mourut à Paris à l'âge de 27 ans , étant née
le ... Octobre 1717. Elle avoit été Dame
210 MERCURE DE FRANCE.
du Palais de la Reine , & avoit été nommée
pour remplir la Charge de Surintendante
de laMaiſonde Madame la Dauphine. Elle
écoitladerniere desîlles de Louis de Mailly,
Marquis de Nefle & de Mailly , Chevalier
des Ordres du Roi , & de feue Dame Fe'ice-
Armande Mazarini de la Meilleraye ,
Dame du Palais de la Reine , morte le 11
Octobre 1729 âgée de 38 ans , & elle avoit
pour ſoeurs aînées Meſdames les Comteffes
de Mailly &de Vintimille , la Duchefſe de
Lauraguais , & la Marquiſe de Flavacourt.
Pour la Généalogiede laMaiſon de Mailly,
une des plus anciennes &des plus illſtures
de Picardie , voyez le vol. 8 de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne, fol. 625.
Le 15 Décembre Dame Charlotte bleo-
*nore Magdeleine de la Mothe Houdancourt ,
veuve de Louis-Charles de Levis , Duc de
Ventadour, Pair de France , ci-devant Gouvernante
du Roi , de Monſeigneur le Dauphin
, de Monfieur le Ducd'Anjou , & de
Meſdames de France , mourut a Glatigny
dans la 93 année de ſon âge. Elle etoit
Soeur de Meſdames les Ducheſſes d'Aumont ,
& de la Ferté Senecterre & feconde
Fille de Philippe de la Mothe Houdancourt
, Duc de Cardonne en Caralogne, Maréchal
de France , Viceroi de Catalogne ,
mort le 24 Mars 167 , & de Louiſe de
Prie ,mariée le 22 Novembre 1650 ,depuis
,
DECEMBRE. 1744.
Gouvernante des Enfans de France , morte le
6Janvier 1709. agée de 85 ans. La Mere
& la fille ont eu l'honneur d'élever 22
Princes ou Princeſſes de la Maiſon Royale ,
du nombre deſquels font les Rois de France
& d'Eſpagne , & Madame la Ducheſſe de
Ventadour eut encore celui de tenir le Roi
Louis XV. ſur ſes genoux au Lit de Juſtice ,
qui ſe tint au Parlement deux jours après
la mort de Louis XIV , & d'occuper une
Place , où il n'y avoit que la Reine Mere
qui eût été aſſiſe avant elle ; les marques de
fouvenir &de reconnoiſſance que lui donna
le feuRoi , & qui fe trouvent dans ſes dernieres
paroles au Roi Louis XV. ſon arriere
perit fils , feront un monument éternel du
zéle vif & de l'attachement tendre & refpectueux
avec lequel elle s'eſt toujours
acquittée de l'emploi important qui
lui avoit été confié ; n'oubliez jamais dit le
Roi àfon petit fils,les grandes obligations que
vous avez à Madame de Ventadour , pour
moi, Madame , ajouta-t-il en ſe tournant vers
elle,je ſuis bien faché de n'être plusen état de
vous en marquerma reconnoiſſance.
Madame la Ducheſſe de Ventadour avoit
étémariée le 14 Mars 1672 ,& elle n'avoit
eû de ſon Mariage que Anne-Genevieve de
Levis , née le .. Février 1673. mariée 1º. le
16 Février 169 1 à Louis-Charles de laTourd'Auvergne
appellé le Prince de Turenne,tut
212 MERCURE DE FRANCE
à Steinkerque en 1692. ſans laiſſer d'enfans.
20. le 15 Fevrier 1694. à Hercule Meriadec
Duc de Rohan Rohan , Prince de Soubiſe
appellé le Prince de Rohan , & morte la
nuit du 20 au 21 Mers 1727. laiſſant feu M.
le Prince de Soubiſe , Pere de M. le Prince
de Soubiſe , & de M. le Coadjuteur de Strafbourg
; voyez le volume 7 de l'Histoire
des Grands Officiers de la Couronne , fol.
530. pour la Généalogie de la Maiſon de la
Mothe Houdancourt , de laquelle il ne refte
aujourd'hui que Louis Charles de la Mothe
Houdancourt , Neveu à la mode de Bretagne
de feue Madame de Ventadour,
Comte de la Mothe Houdancourt , Grand
d'Eſpagne de la premiere Claſſe , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Chevalier de
ſes Ordres , & Chevalier d'honneur de la
Reine.
L
E 16 Decembre mourut àBruxelles Marie-
Anne-Eleonore-Willelmine-Joſephe
Archiducheſſe d'Autriche Gouvernante des
Païs-Bas agée de 26 ans 3 mois & deux
jours,étant néo le 14 du mois de Septembre
de l'année 1718 , ſans laiſſer d'Enfans du
Prince Charles Alexandre de Lorraine , avec
lequel elle avoit été mariée le 7 Janvier de
l'année 1744; elle étoit Soeur puînée de la
Reine de Hongrie Epouſe du Grand Duc
de Toſcane Frere ainé du Prince Charles ,
& la ſeule reſtante aujourd'hui de l'Augufte
Maiſon d'Autriche.
書
Le 26 il arriva à Paris un courier dépeché
à Son AlteſſeRoyale Madame la Duchefſe
d'Orléans par l'Abbeffe de Remire -
mont pour informer cette Princeſſe que la
Ducheſſe Douairiere de Lorraine étoi morte
à Commercy le 23 agée de 68 ans ,
3 mois & 10 jours , étant née à S. Cloud le
13 Septembre 1676 , elle ſe nommoit Elfabeth
Charlotte , & étoit fille de feu Monfieur
( Philippe de France , ) & Frere de Louis
XIV , mort le 9 mai 1701 & d'Elifabeth
DECEMBRE. 1744 . 201
Charlotte de Baviere Palatine du Rhin fa
ſeconde Femme morte le 8 Decembre 1722
Elle àvoit été mariée le 13 Octobre 1698
avec Léopold Joſeph Charles Duc de Lorraine
& de Bar ; elle en étoit reſtée veuve le
27 Mai 1729 , & de ce mariage étoient nés
5 Princes & 8 Princeſſes dont il ne reſte
que François Etienne GrandDuc de Tofcane
né le 22 Septembre 1708 marié depuis
le 12 Fevrier 1736 avec Marie-Théreſe
Walburge Amelie-Chriftine Archiducheſſe
d'Autriche aujourd'hui Reine de Hongrie
, Charles Alexandre de Lorraine appellé
le Prince Charles né le 12 Decembre
1712, Généraliſſime des armées de la Reine
de Hongrie ſa belle--Soeur , & 3 Anne Charlotte
de Lorraine née le 17 Mai 1714, Abbeſſe
de Remiremont depuis le 7 mai 1738 .
Voyez pour l'Etat preſent de la Maiſon de
Lorraine le vol. 4des Souverains du Monde
fol 450 .
د
Le 3 Novembre Honorine Charlotte de
Berghes femme depuis le 17 Mars
1715 de Louis Joſeph d'Albert , Prince de
Grimberghen & du S. Empire , Conſeiller
d'Etat actuel & privé de l'Empereur , Feldt
Maréchal des armées de Sa Majesté Impériale
, Colonel de ſon Régiment des Gardes
(
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
à pied & fon Ambaſſadeur Extraordinaire
auprès du Roi , mourut à Paris dans la
ſoixante-quatrième année de ſon âge. Elle
avoit été Chanoineſſe de Mons ; elle étoit
Niéce de Georges Louis de Berghes Evéque
& Prince de Liége & du S. Empire ,
mort le 4 Decembre 1743. Elle étoit
fille de Philippe François de Berghes
Prince de Berghes , Chevalier de la Toifon
d'Or, & Gouverneur de Bruxelles , mort le
13 Septembre 1704 & , de Marie Jacqueline
de Lalain , & avoit eu de ſon Mariage
avec M. le Prince de Grimberghen de la
Maiſon d'Albert Luynes , & oncle de M.
le Maréchal Duc de Chaulnes dont la mort
va être raportée ſous le du préſent mois
Théreſe Pelagie d'Albert Luynes , née Princeffe
de Grimberghen en 1722 , mariée le
25 Janvier 1735 avec Marie Charles Louis
d'Albert à préſent Duc de Chevreuſe fon
coufin du 4 au deuxième dégré , & morte
fans enfans les Juillet 1736. La Maiſon
de Berghes eſt une branche des Anciens
Ducs de Brabant connue ſous le nom de
Glimes & marquée entre les plus grandes
Maiſons du Pays , par ſes alliances, par fon
illuſtration , & par l'entrée qu'elle a eu de
tous les tems dans les. Chapitres les plus
nobles ; elle porte pour armes coupé au 1.
de ſable à un Lion d'Or parti d'Or à 3 pals
DECEMBRE. 1744. 203
de gueules ; au deuxième de Sinople à 3 Lozanges
d'argent poſées deux & une : voyez
les Souverains du monde , imprimés à Paris
en 1734 vol. 1. fol. 320.
Le 9 Louis Auguſte d'Albert d'Ailly Duc
de Chaulnes , Pair & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Vidame d'Amiens
, Gouverneur de la même Ville &
de celle de Corbie , & ci-devant Capitaine
Lieutenant des Chevau - legers de la Garde
de ſa Majesté ,mourut à Paris agé de 67
ans , étant né le 22 Decembre 1676 du
Mariage de Charles Honoré d'Albert Duc
de Luynes , de Chevreuſe & de Chaulnes ,
Pair de France Gouverneur & Lieutenant
Genéral pour le Roi de la Province de Guyenne,
Chevalier des Ordres de Sa Majesté, LieutenantGénéral
de fes armées & Capitaine
Lieutenant des Chevau - legers de la Garde ,
mort le 6Novembre 1712 , &de JeanneMa-
-rieColbert morte le 26 Juin 1732. Il commença
à ſervir dans la ſeconde Compagnie
des Mouſquetaires en 1693 , fut depuis fucceſſivement
Lieutenant dans le Régiment
du Roi Infanterie en 1694 , Capitaine dans
le même Régiment en 1695 , Colonel d'un
Régiment d'Infanterie la même année , Meftre
de Camp d'un Régiment de Dragons ,
par lamort du Chevalier d'Albert tué à Car
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
py le 9 Juillet 1701. Il traita de la Charge
de Sous-Lieutenant de la Compagnie des
Chevau - legers de la Garde du Roi en
1702 , fut fait Brigadier le 10 Fevrier
1704 & fut pourvu le 2 Novembre de la
même année de la Charge de CapitaineLieutenant
de la même Compagnie des Chevaulegers
par la mort du Duc de Montfort fon
frere ainé; il fut fait Maréchal de Camp le
19 Juin 1708 , Lieutenant Général des armées
du Roi le 8 Mars 1718 , & fut nommé
Chevalier desOrdres & reçu le 3 Juin 1724:
il eut au mois Février 1729 les Gouvernements
des Villes d'Amiens & de Corbie , fut
nommé au mois d'Avril 1734 pour être employé
dans l'armée d'Allemagne en qualité
de Lieutenant Général, dont il fit la fonction
au fiége de Philifbourg , de même que dans
la campagne de 1735 dans la même armée,
enfin ſes Services lui firent mériter le bâton
de Maréchal de France à la promotion du 11
Fevrier 1741 ; il avoit été marié le 22 Fevrier
1704 avec Marie Anne Romaine de
Beaumanoir Lavardin, fille de Henri Charles
de Beaumanoir Marquis de Lavardin, Che
valier des Ordres du Roi, Lieutenant Géné-
-ral des armées de Sa Majefté & au Gouvernement
de la Haute & Baffe Bretagne &
ei-devant fon Ambaſſadeur Extraordinaire
à Rome , & d'Anne Louiſe Marie de Noailles;
de ce Mariage font né entre-autres EnDECEMBRE.
1744. 205
y
fans 1. Louis Marie d'Albert d'Ailly , Vidame
d'Amiens recu en ſurvivance de ſon pere
le 5 Avril 1717 enla Charge de Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Chevaulegers
de la Garde du Roi, mort ſans être
marié en 1724.2.Charles- François d'Albert
d'Ailly Ducde Picquigny , Pair de France
Capitaine Lieutenant de la Compagnie des
Chevau-legers de la Garde du Roi parla
démiffion de ſon Pere , mort le 14 Juillet
1731 ne laiffant qu'une fille morte à l'âge
de fix ans le 13 Mai 1736 , 3. Michel Ferdinand
d'Albert d'Ailly Duc de Picquigny ,
à préſent de Chaulnes , Pair de France , Ca-
• pitaine Lieutenant des Chevaux- legers de la
Garde du Roi ſur la démiſſion de fon Pere
du 19 Fevrier 1735 , & Maréchal des Camps
& armées du Roi du ... Juin 1743 , marié depuis
le 25 Fevrier 1734 avec Anne Joſephe
Bonnier Fille de Joſeph Bonnier Baron de
la Mofſon près Montpellier, Secretaire du
Roi & Treforier Général des Etats de Languedoc,&
d'Anne Melon,dont il a un fils, âgé
de 3 à 4 ans en 1744 : voyez la Généalogie
de la Maiſon d'Albert dans l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne vol 4 fol
263.
Le 12 Eminentiſſeme & Reverendiffime
• Monſeigneur Leon Potier de Gefures , Cardinal
, Prêtre de la Sainte Egliſe Romaine
ancien Patriarche - Archevêque de Bour-
و
106 MERCURE DE FRANCE.
ges , Primat des Aquitaines , Commandeur
des Ordres du Saint Eſprit du 3 Juin 1724,
Abbé Commandataire des Abbayes de Saint
Amand Ordre de S. Benoist Diocéſe de
Tournay depuis 1720,de S. Landelin de
Creſpin Ordre de S. Benoît Diocèſe de Cambray
depuis 1725, de S. Pierre d'Auri sc
Diocèſe de S. Flour depuis 1679 , de Notre-
Dame de Bernay O. S. B. Diocèſe de Lizieux
depuis 1666 , de l'Archimonaftere S.
Remy de Reims O. S. B. depuis l'an 1729 ,
cidevant Conſeiller auConſeildeConſcience,
mourut à Paris dans la quatre-vingt huitieme
année de fon âge étantné le 15 Août 1656 .
Il avoit été nommé à l'Archevêché de Bourges
le 29 mai 1694, & fut créé CardinalPrétre
par le PapeClement XI ſur la nomination
duRoi de Pologne le 29 Mai 1719. Il étoit
fils puîné de LeonPotier Duc de Geſvres Pair
de France Chevalier des Ordres du Roi, Premier
Gentilhomme de la hambre de SaMajeſté,
Lieutenant Général de ſes armées, Gouverneur
de laVille de Paris,mort le 9Decembre
1704, &deMarie- Françoiſe-Angélique
Duval de Fontenay Mareuil ſa premiere femme
, morte le 4 Octob. 1702 : le Frere aîné
de M. le Cardinal de Geſvres , étoit François-
Bernard Potier deGeſvres Duc de Trémes
Pair de France,Chevalier des Ordres du Roi ,
Premier Gentilhomme de ſa Chambre , &
DECEMBRE. 1744. 207
Brigadier de ſes armées , Gouverneur de la
Ville de Paris , mort le 12 Avril 1739 ,
laiſſant de fon mariage avec Marie Magdeleine-
Louiſe-Genevieve de Seigliere deBoisfranc
morte le 3 Avril 1702 , 1. François
Joachim - Bernard Potier Duc de Geſvres
Pair de France né le 29 Septembre 1692 ,
Chevalier des Ordres du Roi , Premier Gentilhomme
de ſa Chambre , Gouverneur de
la Ville de Paris , 2. Louis - Leon Potier
Comte de Trêmes , né le 28 Juillet 1695 ,
Maréchal des Camps & armées du Roi ,marié
depuis le 26 Avril 1729 avec Eléonore
Marie de Montmorency Luxembourg fille
de M. le Maréchal de Montmorency & de
laquelle il n'a qu'un fils, appellé le Marquis de
Geſvres né le 9mai 1733 , non encore baptiſé
, 3. Etienne René Potier né le 2 Janvier
1697 , Evêque & Comte de Beauvais Pair de
France depuis 1728 , & 4 Marie-Françoife
Potier de Gévres née le 25 Decembre 1697 ,
mariée depuis le 17 Septembre 1715 avec
Louis- Marie Victoire de Bethune-Selles , appellé
le Comte de Bethune duquel elle ades
Enfans. Voyez la Généalogie de la Maiſon
de Potier dans l'Hiſtoire des Grands Officiers
de la Couronne vol. 4 fol. 763 .
Le 14 Frere Jean Antoine de Thumery
de Boiſſiſe , Chevalier de l'Ordre de faint
Σ 2
08 MERCURE DE FRANCE.
à
,
Jean de Jerufalem , dans lequel il fut reçu
au Grand Prieuré de France en 1688 , & depuis
Commandeur de Haute-Avennes , en
Flandre entre Douay & Arras , mourut
Paris dans la 63 année de ſon âge , étant né
le 20 Novembre 1682 ; il étoit fils de feu
M. Germain Chriſtophe de Thumery
Chevalier de Boiſſiſe , Preſident de la feconde
Chambre des Enquêtes du Parlement de
Paris , mort le premier Septembre 1714 , &
de Dame Magdeleine le Tellier de Morfan ,
morte le 11 Decembre 1730 , duquel mariage
, outre feu M. le Commandeur de Boifſiſe
qui donne lieu à cet article , étoient nés
1. René de Thumery , Chevalier Seigneur de
Boiſſiſe , aujourd'hui marié depuis 1738 , &
ſans enfans, avec Demoiselle Jacqueline - Marguerite
Richer , 2. Chriftophe Edouart François
de Thumery , auſſi Chevalier de l'Ordre
de ſaint Jean de Jerufalem depuis 1688
& aujourd'hui Commandeur de Beauvais ,
en Gatinois, & 3. Dame Magdeleine de Thumery
, Comteſſe de Bregy. La Famille de
Thumery eſt une des plus conſidérables de la
Ville de Paris par ſon ancienneté , ſes alliances
, & par les charges marquées dans la
Robe qu'elle a poffedées en différens tems .
Le 18 Dame Celeste- Efther Rivié femme de
Louis -Emanuel de Coetlogon- Loyal , appelle
DECEMBRE. 1744 . 209
le Comte de Coetlogon , Brigadier des armées
du Roi , Colonel-Lieutenant du Régiment
d'Infanterie de Penthievre , avec lequel
elle avoit été malice le t Février de
cette année , mourut à Paris dans la vingttroifiéme
année de fon âge , laiſſant un fils
unique nommé Emanuel - Etienne – Marie
de Coetlogon , duquel elle étoit acouchée
quelques jours avant. Elle étoit fille d'Etienne
Rivié Seigneur de Marine & de Riquebourg,
Baron de Chors , Grand Maître des Eaux &
Foreſts de l'Iſfle de France , &de Dame Françoiſe-
Anne-Agathe Marguerite de laRiviere
de Paulmy , d'une des plus anciennes Maifons
de Bretagne. Voyez pour la Généalogie
de la Maiſon de Coetlogon , auffi une
des premieres de la même Province , le ſeptiéme
vol. de l'Hiſtoire des Grands-Officiers
de la Couronne , fol 717.
Le 8.Décembre , Dame Marie-Anne de
Mailly- Nefle , Ducheffe de Chateauroux ,
veuve de Meſſire Jean- Louis de la Tournelle
, Marquis de la Tournelle , Colonel
Lieutenant du Régiment de Condé Infanterie,
mort le 23 Novembre 1740 à l'âge
de 22 ans ſans laiſſer d'enfans , & avec lequel
elle avoit été mariée le 19 Juin 1734 ,
mourut à Paris à l'âge de 27 ans , étant née
le ... Octobre 1717. Elle avoit été Dame
210 MERCURE DE FRANCE.
du Palais de la Reine , & avoit été nommée
pour remplir la Charge de Surintendante
de laMaiſonde Madame la Dauphine. Elle
écoitladerniere desîlles de Louis de Mailly,
Marquis de Nefle & de Mailly , Chevalier
des Ordres du Roi , & de feue Dame Fe'ice-
Armande Mazarini de la Meilleraye ,
Dame du Palais de la Reine , morte le 11
Octobre 1729 âgée de 38 ans , & elle avoit
pour ſoeurs aînées Meſdames les Comteffes
de Mailly &de Vintimille , la Duchefſe de
Lauraguais , & la Marquiſe de Flavacourt.
Pour la Généalogiede laMaiſon de Mailly,
une des plus anciennes &des plus illſtures
de Picardie , voyez le vol. 8 de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne, fol. 625.
Le 15 Décembre Dame Charlotte bleo-
*nore Magdeleine de la Mothe Houdancourt ,
veuve de Louis-Charles de Levis , Duc de
Ventadour, Pair de France , ci-devant Gouvernante
du Roi , de Monſeigneur le Dauphin
, de Monfieur le Ducd'Anjou , & de
Meſdames de France , mourut a Glatigny
dans la 93 année de ſon âge. Elle etoit
Soeur de Meſdames les Ducheſſes d'Aumont ,
& de la Ferté Senecterre & feconde
Fille de Philippe de la Mothe Houdancourt
, Duc de Cardonne en Caralogne, Maréchal
de France , Viceroi de Catalogne ,
mort le 24 Mars 167 , & de Louiſe de
Prie ,mariée le 22 Novembre 1650 ,depuis
,
DECEMBRE. 1744.
Gouvernante des Enfans de France , morte le
6Janvier 1709. agée de 85 ans. La Mere
& la fille ont eu l'honneur d'élever 22
Princes ou Princeſſes de la Maiſon Royale ,
du nombre deſquels font les Rois de France
& d'Eſpagne , & Madame la Ducheſſe de
Ventadour eut encore celui de tenir le Roi
Louis XV. ſur ſes genoux au Lit de Juſtice ,
qui ſe tint au Parlement deux jours après
la mort de Louis XIV , & d'occuper une
Place , où il n'y avoit que la Reine Mere
qui eût été aſſiſe avant elle ; les marques de
fouvenir &de reconnoiſſance que lui donna
le feuRoi , & qui fe trouvent dans ſes dernieres
paroles au Roi Louis XV. ſon arriere
perit fils , feront un monument éternel du
zéle vif & de l'attachement tendre & refpectueux
avec lequel elle s'eſt toujours
acquittée de l'emploi important qui
lui avoit été confié ; n'oubliez jamais dit le
Roi àfon petit fils,les grandes obligations que
vous avez à Madame de Ventadour , pour
moi, Madame , ajouta-t-il en ſe tournant vers
elle,je ſuis bien faché de n'être plusen état de
vous en marquerma reconnoiſſance.
Madame la Ducheſſe de Ventadour avoit
étémariée le 14 Mars 1672 ,& elle n'avoit
eû de ſon Mariage que Anne-Genevieve de
Levis , née le .. Février 1673. mariée 1º. le
16 Février 169 1 à Louis-Charles de laTourd'Auvergne
appellé le Prince de Turenne,tut
212 MERCURE DE FRANCE
à Steinkerque en 1692. ſans laiſſer d'enfans.
20. le 15 Fevrier 1694. à Hercule Meriadec
Duc de Rohan Rohan , Prince de Soubiſe
appellé le Prince de Rohan , & morte la
nuit du 20 au 21 Mers 1727. laiſſant feu M.
le Prince de Soubiſe , Pere de M. le Prince
de Soubiſe , & de M. le Coadjuteur de Strafbourg
; voyez le volume 7 de l'Histoire
des Grands Officiers de la Couronne , fol.
530. pour la Généalogie de la Maiſon de la
Mothe Houdancourt , de laquelle il ne refte
aujourd'hui que Louis Charles de la Mothe
Houdancourt , Neveu à la mode de Bretagne
de feue Madame de Ventadour,
Comte de la Mothe Houdancourt , Grand
d'Eſpagne de la premiere Claſſe , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Chevalier de
ſes Ordres , & Chevalier d'honneur de la
Reine.
Fermer
238
p. 93-106
CE PETIT OUVRAGE fut fait après la maladie du Roi, & à son retour de l'armée :
Début :
UN jeune Prince qui fait les délices d'une Nation puissante, & qui est le [...]
Mots clefs :
Francus, Gloire, Prince, Hermas, Héros, Gloires, Temps, Dieux, Roi, Terre, Pays, Orgueil, Admiration, Minerve, Peuples, Alexandre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CE PETIT OUVRAGE fut fait après la maladie du Roi, & à son retour de l'armée :
CE PETIT OUVRAGE futfait après
la maladie du Roi , & à son retour de
l'armée:
UN jeune Prince qui fait les délices
d'une Nation puiſſante , & qui eſt le
fils d'un des plus grands Rois de la Terre,
s'entretenoit il y a quelque tems ſur differentes
matières avec deux ou trois Seigneurs
de ſa Cour.
L'un deux en parlant de l'Empereur Auguſte
rapporta de lui une actiongénéreuſe ,
qui , comme il arrive affés ſouvent en pareil
cas, fut comparée à des actions à peu - près
du même genre , & qui inſenſiblement fit
naître une queſtionbien intéreſſante..
Il s'agiſſoit de ſçavoir en quoi conſiſtoit
la véritable grandeur d'un Prince , & le quel
;
94 MERCURE DE FRANCE.
de tous les Rois que nous vante l'Hiſtoire ,
étoit celui dont lamémoire méritoit le plus
de reſpect & de vénération : Chacun penſe
àſa maniere , & il paroiſſoit que les ſentimens
alloient être affés partagés là-deſſus,
forſqu'on vit entrer un autre Seigneur qui
tenoit des papiers à ſa main : je viens, ditil
au Prince , de rencontrer un inconnu qui
m'a prié avec inſtancede vous préſenter ce
Manufcrit , & qui s'eſt retiré enſuite ſans
merien dire davantage. Je n'ai pas crû devoic
vous le donner ſans ſçavoir à peu près dequoi
il s'agiſſoit ; j'en ai lû les premieres
feuillesqui m'ont aflés amuſé ,&je vous l'ap
porte; il n'eſt pas long , Prince , & fi vous
ſouhaitez d'en entendre la lecture , je vais
vous la faire moi - même: le Prince y conſentit;
on ne ſongea plus à la queſtion qu'on
avoit voulu d'abord agiter ; on lut , & voici
mot pour mot ce qui étoit contenu dans le
Manufcrit dont j'ai une copie & que l'Auteur
lui - même m'a permis de donner au
public.
כ ১ Le fils d'Uliſſe n'eſt pas le ſeul Prince
>> avec qui Minerve , la Déeſſe de la Sageſſe,
ait bien voulu voyager pour l'inſtruire : on
ſçait par d'anciennes relations qu'elle a
> pris autrefois le mêmeſoin du fils d'un Roi
désGaules.
>>Ce fut ſous la figure de Mentorqu'elle
ΜΑΙ 1746.
accompagna Télémaques ce fut ſous
■ celle du ſage Hermas qu'elle ſuivit Francus
- ( c'eſt le nom du jeune Prince dont
>>nous parlons , qui n'étoit point encore for.
> ti du lieu de ſa naiſſance , & que fon pere
>>envoyoit à la Cour d'un Roi fort âgé , qui
» en qualité de parent demandoit à le con-
>>noitre , qui n'ayant point d'enfans luidef
.. tinoit ſa ſucceſſion , & qui vouloit le mon-
>>trer à ſes peuples avant que de mourir. )
>>Francus partit donc avec le ſage Her-
>mas qui fut chargé de le conduire. Ce
>>Prince avoit naturellement beaucoup
•d'eſprit& les inclinations lesplus nobles;
il n'y avoit rien de grand &de vertueux
qu'on ne dût attendre de lui , pourvû qu'il
>ne ſe méprit point dans le choix des Vertus
; car il yen a de faufſes qui ne font que
>>des vices impoſans&fuperbes ; enun mot
>> l'orgueil a les ſiennes , & c'eſt précisément
avec une ame haute , qu'un jeune Prince
>>ſans expérience peut s'y tromper; mais
> c'eſt à quoi Francus n'étoit pas expoſé avec
ſon guide qui avoit de grandes vues ſur lui,
»& qui n'artendoit que l'occaſion de les lui
»déclarer. Ils étoient au dixiéme jour de
>> leur départ , & ils traverſoient le matin
une vaſte plaine où l'on pouvoit voir en-
>core affes diſtinctement la forme d'un
- camp. Francus s'arrêta & parut examiner
96MERCURE DE FRRANCE.
>avec attention. Voici un lieu célébre ;
>>mais que l'humanité rend triſte à voir ,
25tout intérêt de Patrie à part , lui dit Her-
-mas; du tems de votre ayeul, deux nom-
১১ breuſes armées s'y ſont trouvées affem-
,blées l'une contre l'autre ; elles en vinrent
» aux mains ; le carnage y fut terrible , &
>>votre ayeul après bien du ſang répandu
yremporta une victoire complette qui lui
ſoumit toute une Province.
>Que ce fut un beau jourpour lui , s'écria
Francus avec uneſpéce de tranſport !
quand me verrai-je à mon tour à la tête
d'une armée? Hermas ſourit de ce difcours.
> Il vous tarde donc déja de conquérir &de
vaincre ? lui dit-il , eſt- ce là la gloire qui
>> vous touche le plus? Oui , je ľavoue , ré-
> pondit Francus ; je n'en connois point de
>>plus digne de charmerun Prince , ni de
>>plus convenable au rang que nous renons
• fur laTerre. Ily ad'autres gloires pour le
reſte des hommes; celle-ci n'eſt ſpéciale-
»ment accordée qu'à nous ; les Dieux en ont
,, fait l'appanage de notre fortune. La gloire
» de Cyrus , d'Alexandre , de Céfar , celle
>>>de tous les Héros , voilà la mienne. Je
>> ne me ſens point au-deſſous d'eux par mon
.. courage , & quand je lis leurHiſtoire , je
>>brûle de les égaler par mes actions :
Francus , lui repartit Hermas , en
jettant
ΜΑΙ 1746. 97
33
» en jettant ſur lui un regard qui le pénétra :
>>vous dites vrai , ceux dont vous parlez
» n'ont pas eû plus de courage que vous ,
»&cela ſeul leur a ſuffi pour acquérir cette
> gloire qui vous charme ; mais il en eſtune
infiniment plus rare , & fans comparaiſon
>>plus reſpectable , qui ne s'acquiert qu'avec
>>des vertus que ces ſimples Conquéransn'a-
>>voient pas & que vous avez : cette gloire
» cherie du Ciel & de la Terre & que la rai-
» ſon même appelle gloire , voilà la votre ,
.,voilà celle dont les Dieux n'ont réſervé la
>>plénitude qu'à vospareils , celle qui les fait
»reſſembler à ces Dieux même.
Oùeſt elle donc , lui dit Francus ? en quoi
conſiſte - t - elle ? vous me ſurprenez , je ne
connois que celle des Heros que je viens de
citer , c'eſt la ſeule gloire qui ait fait retentir
le monde d'un bruit& d'une admiration qui
durent encore : Je vous ai nommé mes Heros,
Hermas, nommez moi les votres dont je
n'ai point entendu parler. »
De ceux que vous appellez les votres , ou
du moins de leurs ſemblables , on en a vû
preſque dans tous les ſiècles , lui dit Hermas;
à peine tous les tems en ont-ils montré quelques
uns des miens.
On parle encore avec étonnement des
votres; il eſt vrai ; on ſe plaît à conſidérer
leur gloire ſuperbe & formidable; tout a
E
98 MERCURE DE FRANCE.
1.
pliéſous eux; on ſe met à leur place ; c'eſt
de là qu'on les admire , & fi à leur exem.
ple vous ne voulez etre grand qu'aujugement
de notre orgueil , il ne vous ſera pas difcile
d'être admiré comme eux.
Mais vos Heros puniſſent eux-mêmes la
Terre de cette imprudente admiration qu'elle
a pour eux , & loin de l'en punir à votre
tour, c'eſt à vous , Francus , à l'en guérir pour
jamais , à la déſabuſer de ces Heros qui la
ſéduiſent , à lui montrer à quelle gloire elle
doit ſes hommages ; il faut que la votre
apprenne aux hommes à ne plus eſtimer
dans les Princes que la véritable.
La gloire dont vous me parlez , mérite
ſans doute qu'on la préfere , dès que vous
l'eſtimez tant , lui dit Francus, le ſageHermas
ne ſçauroit s'y méprendre , mais encore
une fois je ne la connois point, & vous ne
m'en dites pas affés pour achever de m'inftruire.
Il n'eſt pas néceſſaire de m'expliquet
mieux , répondit Hermas , vous la verrez
Francus , vous la verrez avec celle de vos
Heros , & je ſuis fûr que votre coeur vous
avertira de ce qu'elle vaut ; vous n'aurezbe
foin que de lui pour ſçavoir la diftinguer vou
même.
Je la verrai , dites -vous, repartit Francu
avec ſurpriſe, je ne vous entends point , le
ΜΑΙ وو . 1746
differentes eſpéces de gloire dont nous parlons
peuvent- elles ſe voit autrement que
dans l'Hſtoire ?
Ne vous étonnez point de mon diſcours ,
lui dit Hermas ; mes pareils ont des connoifſances
qui les mettent au-deſſus des autres
hommes ; il ne nous eſt pas toujours permis
de les manifeſter , mais les Dieux qui vous
aiment & qui veillent ſur vous m'ordonnent
aujourd'hui d'employer les miennes en
votre faveur.
Oui , Prince , je ſçais un lieu ſur la terre
où toutes les gloires de vos pareils exiſtent
perſonnifiées , mais où tous les hommes ne
les apperçoivent pas de même .
L'avantage de les voir telles qu'elles font ,
&de bien juger d'elles, n'eſt réſervé qu'aux
hommes vraiment généreux , qu'à ceux qui
ont une véritable élévation dans l'ame ;
tout mortel , ou tout Prince qui n'a que de
l'orgueil , & qui n'aſpire qu'aux fuffrages du
notre , qui eſt plus jaloux de ſurprendre
notre eſtime que de la mériter , & qui s'imagine
qu'on eſt grand quand on eft célébre,
celui- là voit mal les differentes fortes de
gloires c'eſt la vanité de ſes idées qui décide
dujugementqu'il en porte.
Ehbien ! lui dit Francus, ce lieu dont vous
parlez & où je dois m'inſtruire , puis-je me
Hater de le voir bien-tôt ? nous y allons ,
Eij
10 MERCURE DE FRANCE.
:
répondit Hermas , je vous y méne depuis
notre départ, & nous y arriverons demain ,
mais votre ſuite nous géneroit , & je lui al
déja donné ordre de votre part de refter
ce ſoiroù nous nous arrêterons, &de nous y
attendre.
Francus ne lui répondit qu'en l'embra
fant; je vous fuis , lui dit- il , je me livre
vous avec autant de confiance quej'en aurois
pourunDieumême , qui ſeroit mon guide;
c'étoit l'impreſſion de la Divinité preſente
qui le faiſoit parler ainfi , & le lendemain,
l'Aurore commençoit à peine à diſliper les
ombres de la nuit quand ils partirent.
Cen'étoit pasque la Déeſſe eût beſoin d'aller
loin ni deparcourir de grands eſpacespour
arriver où elle avoit deſſein de mener Francus;
les Dieux font ce quils veulent , & le
ſpectacle qu'elle lui deſtinoit pouvoit ſe trou
ver partout, elle étoit même rentrée ſans
l'en avertir dans les Etats de ſon pere , & ce
pendant la Déeſſe feignoit de le håter, pour
Jui cacher ſa puiſſance , & lui perfuade
qu'il s'agiffoit d'un vrai voyage,
Au fortir d'une allés grande forêt qui
avoit borné leur vûe , ils apperçurent d'affes
loin encore une enceinte qui contenoit de
vaſtes édifices d'une Architecture extrêmement
hardie quoiqu'irréguliere , mais dos
pluſieurs s'élevoient fi haut , qu'on ne conc
ΜΑΪ 1746. 101
voit pas que quelqu'un put y faire ſa demeure
? Que vois -je, dir Francus ? à quoi
ſervent ces bâtimens dont la hauteur va ſe
perdre dans les airs : Nous voici au ſéjour
des gloires , répartit Hermas , & ces Edifices
ſont autantde Palais dont les plus élévés
appartiennent, aux gloires les plus célébres ,
&qui ont fait le plus de bruit dans le monde.
Je ne ſçais ſi je me trompe , dit quelques
momens après Francus , mais il meſemble
que cesPalais contretout ordre naturel baifſent
à mesure que nous nous én approchons
; je ne les trouve plus ſi hauts.
Vous commencez à les bien voir , repartitHermas
, entrons , les gloires vous atteindent
pour ſe diſputer votre conquête.
En voici déja une qui s'avance avec tout
fon cortége , & qui paroît l'emporter fur
toutes les autres.
C'étoit celle d'Alexandre. Francus ſe
taiſoit. Il étoit faifi d'une admiration qui
ne lui permettoit pas de répondre.
Quelle est - belle , s'écria-t-il enfuite ,
quelle a d'éclat , & que ſa fierté m'enchante!
filsde Roi, lui cria t-elle alors à quelque
diſtance de lui, mais en s'approchant toujours,
ne vas pas plus loin , épargne toi un examen
inutile , toutes les gloires que tu vois font
inférieures àcelle qui t'appello, & c'eſt à moi
qu'il faut que tu te livres , viens, que je t'ani
Eiij
102 MERCURE DE FRANCÉ.
me de mon fouffle , & que j'imprime ſut
ton front le ſceau de l'immortalité.
Pendant qu'elle parloit , Francus qui la
conſidéroit de plus près , & qui déméloit
mieux tout ce qui l'entourroit , fentoit déja
diminuer ſon admiration pour elle ; ſaphyſionomie
fiére lui paroſſoit dure & même
un peu féroce , & dans le nombre des perſonnages
qui compoſoient ſa ſuite , il en obſervoit
quelques uns qui ne lui plaifoientpas:
Apprenez - moi , je vous prie , lui dit- il ,
quelles font ces figures hydeuſes que j'apperçois
parmi ces autres , & qui ſemblent
vouloir échapper à mes regards : alors une
de ces figures parla ; puiſque tu nous as remarquées
, dit - elle , il nous eft ordonné de
te répondre: Je m'appelle l'Orgueil effrené,
& celle-ci eſt la Cruauté inutile ; c'eſt par
moi qu'Alexandre alla ſubjuguer des peuples
éloignés & tranquilles , c'eſt elle qui les
égorgeoit dans leur fuite.
A quoi bon toutes ces queſtions, dit alors
laGloire dont ils'agiffoit? on ne te dit là que
la ſuite inévitable de mes avantures , je
n'exiſterois pas ſans cela : A ces mots une
autre figure terraſſée , à demi déchirée &
en pleurs , fit entendre quelques gémif-
' femens : Fuis , Prince , cria- t- elle enſuite
, ſauves toi du danger d'être tenté par certe
funeſte gloire , & vois l'état où tous ceux
MAI 1746. 103
qui l'ont ſuivie m'ont réduite ; fuis , ne l'écoute
point, c'eſt l'Humanité qui t'en conjure.
5
A peine achevoit- elle ces mots que la
porte du Palaisde cette Gloire s'ouvrit avec
fracas , & laiſſa voir un ſpectacle effroyable.
C'étoit une immenſe étendue de Pays où
triomphoient le ravage , la mort & les crimes.
Ah Ciel ! dit alors Francus en s'é
cartant , à quelle odieuſe Gloire m'arrêtoisje
ici ? une autre auffitôt l'acueillit ; c'étoit
la Gloire d'un Heros du Nord : Viens!
ſuis moi , lui dit- elle , je ſuis moins éten
due, mais je n'en ſuis pas moins étonnante :
Non , lui repliqua-t-il, ta ſuite eſt àpeu près
la même , ou ſi tu veux que je te connoiffe
mieux , ouvres auſſi la porte de ton Palais
avant que je t'écoute.
Cette porte s'ouvrit en effet ,& découvrit
unPays moins vaſte mais auſſi maltraité que
le premier ; à côté de ce pays on en voyoit
un autre qui paroiſſoit déſert , où tout étoit
triſte , languiſſant & dépouillé.
Quelle eft cette autre terre qui paroît , dit
Francus , quelle eſpéce de malheur a-t-elle
éprouvé ?
C'eſt la Patrie du Heros que j'ai illuſtré ,
répondit-elle. Sa Patrie ? reprit - il, a-t-il
donc fallu que ton Heros la ſubjuguât pour
en être le maître ? Non , répondit-elle , elle
ne te paroît un peu fatiguée que pour avoir
ſervià ſes exploits. Eiij
304 MERCURE DEFRANCE.
Sortons , dit alors Francus indigné , forsons
de ces lieux, jene puis les ſouffrir, je ne
demanderois pour toute gloire que celle de
venger la Terre de toutes les Gloires qui
fontici.
Il s'éloignoit en tenant ce diſcours,entrons
dans ce petit ſentier qui s'offre à nous , lui
ditHermas.
Ce ſentier quoique d'abord un peu ſombre
, s'éclairciſſfoit à meſure qu'on avançoit,
&il alloit enfin aboutir au plus beau Pays du
monde, & qui étoit ſous le plus beau Ciel .
A l'entrée de ce Pays ils virent une autre
Gloire qui ſourit avec douceur en les
voyant , qui ne ſe vanta point , qui cependant
avoir l'air noble & majestueux ,
& en même tems modeſte ; elle tenoit la
Valeur d'une main & la ſageſſe de l'autre;
tout ce qui l'entourroit étoit reſpectable ;
l'humanité que Francus venoit de voir ſi déſolée,
ſe retrouvoit ici , & n'y montroit qu'un
viſage où ſe peignoient la Paix, la ſatisfaction&
la Joye.
Vous m'enchantez , lui dit Francus en l'abordant;
on ceſſe d'aimer vos compagnes
en les voyant de près , & vous enflammez
ceux qui vous approchent.
Il ſe livroit donc au plaiſir de la regarder ,
quand tout à coup un nouveau ſpectacle vint
le frapper; c'étoit une foule de guerriers qui
ΜΑΙ 1746. τος
en accompagnoient un qui paroiſſoit . leur
maître; ſa courſe étoit ſi rapide qu'ils avoient
peine à le ſuivre , & il ſembloit aller punir
unennemi téméraire. Ce qui ſurprit le plus
Francus , ce fut de voir à côté du Guerrier
cette aimable Gloire à qui il venoit de parler
, mais dont les traits auparavant fi doux
avoient alors je ne ſçais quoi de menaçant
&de terrible.
Francus n'avoit pas eû le tems de reconnoitre
le Guerrier qu'il avoit vû paſſer. Il
avança dans le Pays , lorſque quelque tems
après il en fortit un cri général de douleur :
Qu'entens-je ?dit-il à Hermas, qu'elle confternation
ſubite ſe répand ici ? dequoi s'agit-
il ? où va ce peuple qui fond en larmes ?
Il interroge alors tous ceux qu'il rencontre;
que vous eſt il arrivé ? leur diſoit- il, je vous
vois troublez ; vous invoquez les Dieux ,
qu'elle eſt votre infortune
Hélas ! il ne vit peut-être plus, lui répondoient
les uns; nous allons le perdre;crioient
les autres : eh ! de qui donc parlez-vous ? répondoit-
il à fon tour : de lui ; eh ! de qui
pourroit-ce être ſi non de lui , de ce Roi notre
pere , notre ami ,& notre maître ? Que
l'ennemi eſt heureux , & que nous ſommes à
plaindre !
Francus à l'aſpect d'une affliction ſi univerſelle
, & dont il voyoit de ſi prodigieux
Ex
106 MERCURE DE FRANCE.
effets , ne pût s'empêcher de pleurer lui
même , & de partager une tendreſſe dont
il n'avoit pas eû encore la moindre idée.
Il continue d'avancer , & comme les inftructions
que lui donnoit Minerve devoient
être rapides , ſur la fin du jour, il vit la
joye fuccéder inſenſiblement à l'affliction ;
il entendit un cri d'allégreſſe aufli général
que l'avoit été le cri de douleur; il vit ce
méme peuple s'égarer dans les raviſſemens ;
il vit des tranſports qu'une joye , même en
démence, n'auroit pu imiter.
Francus étoit pénétré d'étonnement. Eh !
que! eſt donc ce Roiſicher , & en même
tems ſi intrépide& fi glorieux ? dit il dans ſa
ſurpriſe; quelle gloire que la ſienne ! je ne
l'imaginois pas ; puiſſent les Dieux m'en accorder
une pareille : C'eſt celle de ton pere
que tu choiſis , & tu es actuellement dans
ſon Empire , lui dit alors Minerve qui ſe manifeſta
: le Roi que tu allois trouver n'eſt
plus; des Ambaſſadeurs arrivent demain à
JaCour de ton pere, ils viennent de la part
des peuples t'y reconnoître pour leur Maî
tre; hâte - toi toi -même de rejoindre ton
pere & profites des leçons que tu as reçues.
la maladie du Roi , & à son retour de
l'armée:
UN jeune Prince qui fait les délices
d'une Nation puiſſante , & qui eſt le
fils d'un des plus grands Rois de la Terre,
s'entretenoit il y a quelque tems ſur differentes
matières avec deux ou trois Seigneurs
de ſa Cour.
L'un deux en parlant de l'Empereur Auguſte
rapporta de lui une actiongénéreuſe ,
qui , comme il arrive affés ſouvent en pareil
cas, fut comparée à des actions à peu - près
du même genre , & qui inſenſiblement fit
naître une queſtionbien intéreſſante..
Il s'agiſſoit de ſçavoir en quoi conſiſtoit
la véritable grandeur d'un Prince , & le quel
;
94 MERCURE DE FRANCE.
de tous les Rois que nous vante l'Hiſtoire ,
étoit celui dont lamémoire méritoit le plus
de reſpect & de vénération : Chacun penſe
àſa maniere , & il paroiſſoit que les ſentimens
alloient être affés partagés là-deſſus,
forſqu'on vit entrer un autre Seigneur qui
tenoit des papiers à ſa main : je viens, ditil
au Prince , de rencontrer un inconnu qui
m'a prié avec inſtancede vous préſenter ce
Manufcrit , & qui s'eſt retiré enſuite ſans
merien dire davantage. Je n'ai pas crû devoic
vous le donner ſans ſçavoir à peu près dequoi
il s'agiſſoit ; j'en ai lû les premieres
feuillesqui m'ont aflés amuſé ,&je vous l'ap
porte; il n'eſt pas long , Prince , & fi vous
ſouhaitez d'en entendre la lecture , je vais
vous la faire moi - même: le Prince y conſentit;
on ne ſongea plus à la queſtion qu'on
avoit voulu d'abord agiter ; on lut , & voici
mot pour mot ce qui étoit contenu dans le
Manufcrit dont j'ai une copie & que l'Auteur
lui - même m'a permis de donner au
public.
כ ১ Le fils d'Uliſſe n'eſt pas le ſeul Prince
>> avec qui Minerve , la Déeſſe de la Sageſſe,
ait bien voulu voyager pour l'inſtruire : on
ſçait par d'anciennes relations qu'elle a
> pris autrefois le mêmeſoin du fils d'un Roi
désGaules.
>>Ce fut ſous la figure de Mentorqu'elle
ΜΑΙ 1746.
accompagna Télémaques ce fut ſous
■ celle du ſage Hermas qu'elle ſuivit Francus
- ( c'eſt le nom du jeune Prince dont
>>nous parlons , qui n'étoit point encore for.
> ti du lieu de ſa naiſſance , & que fon pere
>>envoyoit à la Cour d'un Roi fort âgé , qui
» en qualité de parent demandoit à le con-
>>noitre , qui n'ayant point d'enfans luidef
.. tinoit ſa ſucceſſion , & qui vouloit le mon-
>>trer à ſes peuples avant que de mourir. )
>>Francus partit donc avec le ſage Her-
>mas qui fut chargé de le conduire. Ce
>>Prince avoit naturellement beaucoup
•d'eſprit& les inclinations lesplus nobles;
il n'y avoit rien de grand &de vertueux
qu'on ne dût attendre de lui , pourvû qu'il
>ne ſe méprit point dans le choix des Vertus
; car il yen a de faufſes qui ne font que
>>des vices impoſans&fuperbes ; enun mot
>> l'orgueil a les ſiennes , & c'eſt précisément
avec une ame haute , qu'un jeune Prince
>>ſans expérience peut s'y tromper; mais
> c'eſt à quoi Francus n'étoit pas expoſé avec
ſon guide qui avoit de grandes vues ſur lui,
»& qui n'artendoit que l'occaſion de les lui
»déclarer. Ils étoient au dixiéme jour de
>> leur départ , & ils traverſoient le matin
une vaſte plaine où l'on pouvoit voir en-
>core affes diſtinctement la forme d'un
- camp. Francus s'arrêta & parut examiner
96MERCURE DE FRRANCE.
>avec attention. Voici un lieu célébre ;
>>mais que l'humanité rend triſte à voir ,
25tout intérêt de Patrie à part , lui dit Her-
-mas; du tems de votre ayeul, deux nom-
১১ breuſes armées s'y ſont trouvées affem-
,blées l'une contre l'autre ; elles en vinrent
» aux mains ; le carnage y fut terrible , &
>>votre ayeul après bien du ſang répandu
yremporta une victoire complette qui lui
ſoumit toute une Province.
>Que ce fut un beau jourpour lui , s'écria
Francus avec uneſpéce de tranſport !
quand me verrai-je à mon tour à la tête
d'une armée? Hermas ſourit de ce difcours.
> Il vous tarde donc déja de conquérir &de
vaincre ? lui dit-il , eſt- ce là la gloire qui
>> vous touche le plus? Oui , je ľavoue , ré-
> pondit Francus ; je n'en connois point de
>>plus digne de charmerun Prince , ni de
>>plus convenable au rang que nous renons
• fur laTerre. Ily ad'autres gloires pour le
reſte des hommes; celle-ci n'eſt ſpéciale-
»ment accordée qu'à nous ; les Dieux en ont
,, fait l'appanage de notre fortune. La gloire
» de Cyrus , d'Alexandre , de Céfar , celle
>>>de tous les Héros , voilà la mienne. Je
>> ne me ſens point au-deſſous d'eux par mon
.. courage , & quand je lis leurHiſtoire , je
>>brûle de les égaler par mes actions :
Francus , lui repartit Hermas , en
jettant
ΜΑΙ 1746. 97
33
» en jettant ſur lui un regard qui le pénétra :
>>vous dites vrai , ceux dont vous parlez
» n'ont pas eû plus de courage que vous ,
»&cela ſeul leur a ſuffi pour acquérir cette
> gloire qui vous charme ; mais il en eſtune
infiniment plus rare , & fans comparaiſon
>>plus reſpectable , qui ne s'acquiert qu'avec
>>des vertus que ces ſimples Conquéransn'a-
>>voient pas & que vous avez : cette gloire
» cherie du Ciel & de la Terre & que la rai-
» ſon même appelle gloire , voilà la votre ,
.,voilà celle dont les Dieux n'ont réſervé la
>>plénitude qu'à vospareils , celle qui les fait
»reſſembler à ces Dieux même.
Oùeſt elle donc , lui dit Francus ? en quoi
conſiſte - t - elle ? vous me ſurprenez , je ne
connois que celle des Heros que je viens de
citer , c'eſt la ſeule gloire qui ait fait retentir
le monde d'un bruit& d'une admiration qui
durent encore : Je vous ai nommé mes Heros,
Hermas, nommez moi les votres dont je
n'ai point entendu parler. »
De ceux que vous appellez les votres , ou
du moins de leurs ſemblables , on en a vû
preſque dans tous les ſiècles , lui dit Hermas;
à peine tous les tems en ont-ils montré quelques
uns des miens.
On parle encore avec étonnement des
votres; il eſt vrai ; on ſe plaît à conſidérer
leur gloire ſuperbe & formidable; tout a
E
98 MERCURE DE FRANCE.
1.
pliéſous eux; on ſe met à leur place ; c'eſt
de là qu'on les admire , & fi à leur exem.
ple vous ne voulez etre grand qu'aujugement
de notre orgueil , il ne vous ſera pas difcile
d'être admiré comme eux.
Mais vos Heros puniſſent eux-mêmes la
Terre de cette imprudente admiration qu'elle
a pour eux , & loin de l'en punir à votre
tour, c'eſt à vous , Francus , à l'en guérir pour
jamais , à la déſabuſer de ces Heros qui la
ſéduiſent , à lui montrer à quelle gloire elle
doit ſes hommages ; il faut que la votre
apprenne aux hommes à ne plus eſtimer
dans les Princes que la véritable.
La gloire dont vous me parlez , mérite
ſans doute qu'on la préfere , dès que vous
l'eſtimez tant , lui dit Francus, le ſageHermas
ne ſçauroit s'y méprendre , mais encore
une fois je ne la connois point, & vous ne
m'en dites pas affés pour achever de m'inftruire.
Il n'eſt pas néceſſaire de m'expliquet
mieux , répondit Hermas , vous la verrez
Francus , vous la verrez avec celle de vos
Heros , & je ſuis fûr que votre coeur vous
avertira de ce qu'elle vaut ; vous n'aurezbe
foin que de lui pour ſçavoir la diftinguer vou
même.
Je la verrai , dites -vous, repartit Francu
avec ſurpriſe, je ne vous entends point , le
ΜΑΙ وو . 1746
differentes eſpéces de gloire dont nous parlons
peuvent- elles ſe voit autrement que
dans l'Hſtoire ?
Ne vous étonnez point de mon diſcours ,
lui dit Hermas ; mes pareils ont des connoifſances
qui les mettent au-deſſus des autres
hommes ; il ne nous eſt pas toujours permis
de les manifeſter , mais les Dieux qui vous
aiment & qui veillent ſur vous m'ordonnent
aujourd'hui d'employer les miennes en
votre faveur.
Oui , Prince , je ſçais un lieu ſur la terre
où toutes les gloires de vos pareils exiſtent
perſonnifiées , mais où tous les hommes ne
les apperçoivent pas de même .
L'avantage de les voir telles qu'elles font ,
&de bien juger d'elles, n'eſt réſervé qu'aux
hommes vraiment généreux , qu'à ceux qui
ont une véritable élévation dans l'ame ;
tout mortel , ou tout Prince qui n'a que de
l'orgueil , & qui n'aſpire qu'aux fuffrages du
notre , qui eſt plus jaloux de ſurprendre
notre eſtime que de la mériter , & qui s'imagine
qu'on eſt grand quand on eft célébre,
celui- là voit mal les differentes fortes de
gloires c'eſt la vanité de ſes idées qui décide
dujugementqu'il en porte.
Ehbien ! lui dit Francus, ce lieu dont vous
parlez & où je dois m'inſtruire , puis-je me
Hater de le voir bien-tôt ? nous y allons ,
Eij
10 MERCURE DE FRANCE.
:
répondit Hermas , je vous y méne depuis
notre départ, & nous y arriverons demain ,
mais votre ſuite nous géneroit , & je lui al
déja donné ordre de votre part de refter
ce ſoiroù nous nous arrêterons, &de nous y
attendre.
Francus ne lui répondit qu'en l'embra
fant; je vous fuis , lui dit- il , je me livre
vous avec autant de confiance quej'en aurois
pourunDieumême , qui ſeroit mon guide;
c'étoit l'impreſſion de la Divinité preſente
qui le faiſoit parler ainfi , & le lendemain,
l'Aurore commençoit à peine à diſliper les
ombres de la nuit quand ils partirent.
Cen'étoit pasque la Déeſſe eût beſoin d'aller
loin ni deparcourir de grands eſpacespour
arriver où elle avoit deſſein de mener Francus;
les Dieux font ce quils veulent , & le
ſpectacle qu'elle lui deſtinoit pouvoit ſe trou
ver partout, elle étoit même rentrée ſans
l'en avertir dans les Etats de ſon pere , & ce
pendant la Déeſſe feignoit de le håter, pour
Jui cacher ſa puiſſance , & lui perfuade
qu'il s'agiffoit d'un vrai voyage,
Au fortir d'une allés grande forêt qui
avoit borné leur vûe , ils apperçurent d'affes
loin encore une enceinte qui contenoit de
vaſtes édifices d'une Architecture extrêmement
hardie quoiqu'irréguliere , mais dos
pluſieurs s'élevoient fi haut , qu'on ne conc
ΜΑΪ 1746. 101
voit pas que quelqu'un put y faire ſa demeure
? Que vois -je, dir Francus ? à quoi
ſervent ces bâtimens dont la hauteur va ſe
perdre dans les airs : Nous voici au ſéjour
des gloires , répartit Hermas , & ces Edifices
ſont autantde Palais dont les plus élévés
appartiennent, aux gloires les plus célébres ,
&qui ont fait le plus de bruit dans le monde.
Je ne ſçais ſi je me trompe , dit quelques
momens après Francus , mais il meſemble
que cesPalais contretout ordre naturel baifſent
à mesure que nous nous én approchons
; je ne les trouve plus ſi hauts.
Vous commencez à les bien voir , repartitHermas
, entrons , les gloires vous atteindent
pour ſe diſputer votre conquête.
En voici déja une qui s'avance avec tout
fon cortége , & qui paroît l'emporter fur
toutes les autres.
C'étoit celle d'Alexandre. Francus ſe
taiſoit. Il étoit faifi d'une admiration qui
ne lui permettoit pas de répondre.
Quelle est - belle , s'écria-t-il enfuite ,
quelle a d'éclat , & que ſa fierté m'enchante!
filsde Roi, lui cria t-elle alors à quelque
diſtance de lui, mais en s'approchant toujours,
ne vas pas plus loin , épargne toi un examen
inutile , toutes les gloires que tu vois font
inférieures àcelle qui t'appello, & c'eſt à moi
qu'il faut que tu te livres , viens, que je t'ani
Eiij
102 MERCURE DE FRANCÉ.
me de mon fouffle , & que j'imprime ſut
ton front le ſceau de l'immortalité.
Pendant qu'elle parloit , Francus qui la
conſidéroit de plus près , & qui déméloit
mieux tout ce qui l'entourroit , fentoit déja
diminuer ſon admiration pour elle ; ſaphyſionomie
fiére lui paroſſoit dure & même
un peu féroce , & dans le nombre des perſonnages
qui compoſoient ſa ſuite , il en obſervoit
quelques uns qui ne lui plaifoientpas:
Apprenez - moi , je vous prie , lui dit- il ,
quelles font ces figures hydeuſes que j'apperçois
parmi ces autres , & qui ſemblent
vouloir échapper à mes regards : alors une
de ces figures parla ; puiſque tu nous as remarquées
, dit - elle , il nous eft ordonné de
te répondre: Je m'appelle l'Orgueil effrené,
& celle-ci eſt la Cruauté inutile ; c'eſt par
moi qu'Alexandre alla ſubjuguer des peuples
éloignés & tranquilles , c'eſt elle qui les
égorgeoit dans leur fuite.
A quoi bon toutes ces queſtions, dit alors
laGloire dont ils'agiffoit? on ne te dit là que
la ſuite inévitable de mes avantures , je
n'exiſterois pas ſans cela : A ces mots une
autre figure terraſſée , à demi déchirée &
en pleurs , fit entendre quelques gémif-
' femens : Fuis , Prince , cria- t- elle enſuite
, ſauves toi du danger d'être tenté par certe
funeſte gloire , & vois l'état où tous ceux
MAI 1746. 103
qui l'ont ſuivie m'ont réduite ; fuis , ne l'écoute
point, c'eſt l'Humanité qui t'en conjure.
5
A peine achevoit- elle ces mots que la
porte du Palaisde cette Gloire s'ouvrit avec
fracas , & laiſſa voir un ſpectacle effroyable.
C'étoit une immenſe étendue de Pays où
triomphoient le ravage , la mort & les crimes.
Ah Ciel ! dit alors Francus en s'é
cartant , à quelle odieuſe Gloire m'arrêtoisje
ici ? une autre auffitôt l'acueillit ; c'étoit
la Gloire d'un Heros du Nord : Viens!
ſuis moi , lui dit- elle , je ſuis moins éten
due, mais je n'en ſuis pas moins étonnante :
Non , lui repliqua-t-il, ta ſuite eſt àpeu près
la même , ou ſi tu veux que je te connoiffe
mieux , ouvres auſſi la porte de ton Palais
avant que je t'écoute.
Cette porte s'ouvrit en effet ,& découvrit
unPays moins vaſte mais auſſi maltraité que
le premier ; à côté de ce pays on en voyoit
un autre qui paroiſſoit déſert , où tout étoit
triſte , languiſſant & dépouillé.
Quelle eft cette autre terre qui paroît , dit
Francus , quelle eſpéce de malheur a-t-elle
éprouvé ?
C'eſt la Patrie du Heros que j'ai illuſtré ,
répondit-elle. Sa Patrie ? reprit - il, a-t-il
donc fallu que ton Heros la ſubjuguât pour
en être le maître ? Non , répondit-elle , elle
ne te paroît un peu fatiguée que pour avoir
ſervià ſes exploits. Eiij
304 MERCURE DEFRANCE.
Sortons , dit alors Francus indigné , forsons
de ces lieux, jene puis les ſouffrir, je ne
demanderois pour toute gloire que celle de
venger la Terre de toutes les Gloires qui
fontici.
Il s'éloignoit en tenant ce diſcours,entrons
dans ce petit ſentier qui s'offre à nous , lui
ditHermas.
Ce ſentier quoique d'abord un peu ſombre
, s'éclairciſſfoit à meſure qu'on avançoit,
&il alloit enfin aboutir au plus beau Pays du
monde, & qui étoit ſous le plus beau Ciel .
A l'entrée de ce Pays ils virent une autre
Gloire qui ſourit avec douceur en les
voyant , qui ne ſe vanta point , qui cependant
avoir l'air noble & majestueux ,
& en même tems modeſte ; elle tenoit la
Valeur d'une main & la ſageſſe de l'autre;
tout ce qui l'entourroit étoit reſpectable ;
l'humanité que Francus venoit de voir ſi déſolée,
ſe retrouvoit ici , & n'y montroit qu'un
viſage où ſe peignoient la Paix, la ſatisfaction&
la Joye.
Vous m'enchantez , lui dit Francus en l'abordant;
on ceſſe d'aimer vos compagnes
en les voyant de près , & vous enflammez
ceux qui vous approchent.
Il ſe livroit donc au plaiſir de la regarder ,
quand tout à coup un nouveau ſpectacle vint
le frapper; c'étoit une foule de guerriers qui
ΜΑΙ 1746. τος
en accompagnoient un qui paroiſſoit . leur
maître; ſa courſe étoit ſi rapide qu'ils avoient
peine à le ſuivre , & il ſembloit aller punir
unennemi téméraire. Ce qui ſurprit le plus
Francus , ce fut de voir à côté du Guerrier
cette aimable Gloire à qui il venoit de parler
, mais dont les traits auparavant fi doux
avoient alors je ne ſçais quoi de menaçant
&de terrible.
Francus n'avoit pas eû le tems de reconnoitre
le Guerrier qu'il avoit vû paſſer. Il
avança dans le Pays , lorſque quelque tems
après il en fortit un cri général de douleur :
Qu'entens-je ?dit-il à Hermas, qu'elle confternation
ſubite ſe répand ici ? dequoi s'agit-
il ? où va ce peuple qui fond en larmes ?
Il interroge alors tous ceux qu'il rencontre;
que vous eſt il arrivé ? leur diſoit- il, je vous
vois troublez ; vous invoquez les Dieux ,
qu'elle eſt votre infortune
Hélas ! il ne vit peut-être plus, lui répondoient
les uns; nous allons le perdre;crioient
les autres : eh ! de qui donc parlez-vous ? répondoit-
il à fon tour : de lui ; eh ! de qui
pourroit-ce être ſi non de lui , de ce Roi notre
pere , notre ami ,& notre maître ? Que
l'ennemi eſt heureux , & que nous ſommes à
plaindre !
Francus à l'aſpect d'une affliction ſi univerſelle
, & dont il voyoit de ſi prodigieux
Ex
106 MERCURE DE FRANCE.
effets , ne pût s'empêcher de pleurer lui
même , & de partager une tendreſſe dont
il n'avoit pas eû encore la moindre idée.
Il continue d'avancer , & comme les inftructions
que lui donnoit Minerve devoient
être rapides , ſur la fin du jour, il vit la
joye fuccéder inſenſiblement à l'affliction ;
il entendit un cri d'allégreſſe aufli général
que l'avoit été le cri de douleur; il vit ce
méme peuple s'égarer dans les raviſſemens ;
il vit des tranſports qu'une joye , même en
démence, n'auroit pu imiter.
Francus étoit pénétré d'étonnement. Eh !
que! eſt donc ce Roiſicher , & en même
tems ſi intrépide& fi glorieux ? dit il dans ſa
ſurpriſe; quelle gloire que la ſienne ! je ne
l'imaginois pas ; puiſſent les Dieux m'en accorder
une pareille : C'eſt celle de ton pere
que tu choiſis , & tu es actuellement dans
ſon Empire , lui dit alors Minerve qui ſe manifeſta
: le Roi que tu allois trouver n'eſt
plus; des Ambaſſadeurs arrivent demain à
JaCour de ton pere, ils viennent de la part
des peuples t'y reconnoître pour leur Maî
tre; hâte - toi toi -même de rejoindre ton
pere & profites des leçons que tu as reçues.
Fermer
239
p. 61-83
ELOGE HISTORIQUE De M. le Cardinal de Rohan, lû le 15 Novembre 1749, dans l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres.
Début :
L'ouvrage suivant a été imprimé dans une Ville de Province, d'où il nous a / Armand-Gaston-Maximilien de Rohan, Cardinal Prêtre de la Sainte [...]
Mots clefs :
Cardinal de Rohan, Lettres, Strasbourg, Saverne, Roi, Nom, Roi, Prince, Rome, Abbé de Soubise, Église, Évêque, Alsace, Empire, Prince de Soubise, Palais, Bibliothèque, Académie, Charmes, Mérite, Allemagne, Religion, Magnificence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE HISTORIQUE De M. le Cardinal de Rohan, lû le 15 Novembre 1749, dans l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres.
Lo
'Ouvrage fuivant a été imprimé dans
une Ville de Province , d'où il nous
a été envoyé . Comme il n'eft guéres répandu
, nous nous croyons autorités à l'inferer
dans notre Journal. La lecture de ce
morceau convaincra tout le Royaume que
M. de Bougainville écrit avec le naturel ,
l'élégance, & la dignité qui conviennent à
l'importante place qu'il occupe.
ELOGE HISTORIQUE
De M. le Cardinal de Rohan , lû le 15 Novembre
1749 , dans l'Aſſemblée publique
de l'Académie Royale des Inſcriptions &
Belles-Lettres.
A
-
Rmand Gafton - Maximilien de
Rohan , Cardinal Prêtre de la Sainte
Eglife Romaine du Titre de la Trinité
du Mont , Evêque & Prince de Strasbourg,
62 MERCURE DE FRANCE.
Landgrave d'Alface , Prince du Saint Empire
, Grand Aumônier de France , Commandeur
de l'Ordre du Saint Efprit , Proviſeur
de Sorbonne , Abbé de Saint Waft
d'Arras , de la Chaiſe- Dieu , & de Foigny ,
l'un des Quarante de l'Académie Françoife,
& Honoraire de celle des Belles Lettres ,
naquit à Paris le 26 Juin 1674. Il étoit
le quatriéme fils de François , Prince de
Rohan- Soubife , & d'Anne de Chabot ,
fille aînée d'Henri de Chabot , Duc de
Rohan.
Une figure noble , & dont les traits heureux
fembloient formés par les graces , fut
le moindre des préfens qu'il reçut de la
Nature. Elle lui prodigua fes dons les plus
précieux . Aux faillies d'une imagination
brillante , aux agrémens d'un efprit vif &
jufte , fe joignit tout ce qui peut annoncer
un coeur fenfible , vertueux , bienfaifant;
& le germe de ces qualités aimables ,
qui devoient le rendre fi cher à la Société,
fe développa rapidement avec l'âge . Son
enfance fut l'aurore d'un beau jour.
L'éducation feconda fes talens naturels.
Ses études eurent un fuccès , dont l'éclat
n'eft point effacé par celui qui couvre le
refte de fa vie. La Ville de Bourges , où il
les commença fous les yeux du Prince de
Soubife , fon pere , Gouverneur de Berry ,
JUI N. 1751 .
63
en partage la gloire avec le Collége de
Harcourt , où il vint les achever. Les
charmes de cette Littérature agréable ,
dont nous cueillons les prémices dans le
cours des Humanités , ne l'empêcherent
pas de fentir le mérite réel de la Philofophie.
Cependant il falloit alors une gran
de pénétration pour le reconnoître , au
travers des ronces , dont cette Science étoit
hérifiée. Il l'envifagea , comme une introduction
à la Théologie , vers laquelle il
tournoit toutes les vues , pour fe difpofer
à l'Etat Eccléfiaftique.
Son rang , qui le mettoit en droit d'afpirer
avec fuccès aux plus hautes dignités
de l'Eglife , ne lui parut pas une difpenfe
des qualités néceffaires pour les remplir.
Quoique pouvant fe repofer fur fa uaiffance
, l'Abbé de Soubife voulut ne rien
devoir au nom qu'il portoit , & für en
quelque forte de tout obtenir , il eut la
noble prétention de tout mériter . L'eftime
générale qu'il s'étoit acquife dans fes
premieres études le fuivit en Sorbonne .
Tous ceux qui couroient avec lui cette
longue & laborieufe carriere , charmés de
fa politeffe , admiroient fon application .
Il étoit en même tems leurs délices & leur
modéle.
La Théologie , de toutes les Sciences la
64 MERCURE DE FRANCE .
plus noble & la plus importante , eft peutêtre
aufli la plus difficile . Mais que ne peut
l'opiniâtreté du travail , foutenue par un
jugement folide , une mémoire heureuſe ,
un génie élevé ? Les progrès de M. l'Abbé
de Soubife furent rapides & brillans . Sa
premiere Théfe eft du mois de Mars 1696.
Il la foutint couvert , avec tous les honneurs
, qu'on ne défere qu'aux Princes
iffus de Maifons Souveraines . Cet Acte ,
où fon érudition eut fes Maîtres eux -mêmes
pour admirateurs , mit dans un nouveau
jour le talent fingulier qu'il avoit
pour la parole.
Il en donna des preuves encore plus
frappantes deux ans après , dans le Panégyrique
de Louis XIV , qu'il prononça
comme Prieur de Sorbonne Panégyrique
comparable à celui de Trajan ; mais dont
l'Auteur connoiffoit mieux que Pline la
véritable éloquence . La fienne avoit cette
noble fimplicité qui fait en tout genre le
caractére effentiel du beau . Ce difcours
enleva tous les fuffrages , & la Traduction
Françoife qu'on en fit fur le champ , multiplia
les éloges : le talent de l'Orateur parut
égaler la grandeur du fujet.
* Ces honneurs confiftent à parler couvert , à être
ganté , & à être traité de Sereniffime Princeps , tant
par le Président de la Théfe ,' que par les Bacheliers,
qui argumentent.
JUIN. 1751. 65
La Renommée porta dans l'Europe fçavante
le nom de M. l'Abbé de Soubife .
Ces traits de fa jeuneffe font d'autant plus
remarquables , que l'idée qu'ils donnoient
de fon caractére , contribua beaucoup à
fon élevation . Ce fut autant fon mérite
que fa naiffance , qui le fit élire en 1701 ,
Coadjuteur de Strasbourg.
Cette Ville importante étoit alors une
nouvelle conquête pour la France & pour
la Religion. Louis XIV , en la réuniflant
à fa Couronne , venoit de la faire rentrer
dans le fein de l'Eglife Romaine . Sous les
aufpices de ce Prince , les Catholiques
avcient ti 1681 repris poncion de la
Cathédrale , ufurpée depuis plus d'un fiécle
par les Proteftans. Mais , quoique la
Réforme eût ceffé d'être dominante dans
fes murs , elle y confervoit toujours un
parti confidérable. L'Univerfité tenoit
hautement pour elle , avec la moitié des
Citoyens. Cette divifion formoit comme
deux Villes dans l'enceinte d'une feule .
L'invafion du Luthéranifme & les guerres,
dont l'Alface étoit depuis long- tems le
théatre , avoient de plus introduit des abus
fans nombre , dans la difcipline & dans les
moeurs. Enfin les Evêques de Strasbourg ,
Souverains au delà du Rhin , faifoient partie
du Corps Germanique . Ils avoient
66 MERCURE DE FRANCE.
féance dans la Diette générale ; & tirés
prefque tous des plus grandes Maifons de
I'Empire , ils étoient à la tête du Chapitre,
le plus noble de l'Allemagne .
Pour occuper une telle place dans de
pareilles circonstances , il falloit un homme
, dont l'extraction répondît à celle de
fes Prédéceffeurs ; qui , fans rien devoir à
fon titre , pût tenir par lui- même un rang
diftingué dans une République de Souverains
, qui joignant au don de repréfenter
,toutes les vertus folides , foutînt par
fa magnificence l'éclat du nom François ,
& le fit chérir par fon affabilité : il falloit
un Prélat , dont le zéle pour la Religion ,
& la difcipline Eccléfiaftique , fût réglé
par la prudence ; qui fe regardant moins ,
comme le Chef d'un parti , que comme le
Pere d'enfans divifés , protégeât les uns ,
fans bleffer la tolérance qu'il devoit aux
autres , & fçût , au défaut de l'unanimité ,
maintenir la paix : qui fenfible au plaifir
d'être aimé , fût perfuadé que le vrai , pour
fubjuguer utilement les efprits , doit triom
pher des coeurs.
On vit ce Prélat dans M. l'Abbé de
Soubife . Toutes les qualités qu'il réuniffoit
firent tomber fur lui le choix du Roi , de
l'Evêque & du Chapitre . Le Cardinal de
Furftemberg , en l'adoptant , le facra dans
JUIN. 1751. 67
P'Eglife Abbatiale de Saint Germain - des-
Prez. L'Alface applaudit à cette Election .
Elle vit avec plaifir un Siége, fouvent occupé
par des Archiducs , par des Princes
de Lorraine , de Brandebourg & de Baviere,
à la veille d'être rempli par un Evêque
de la Maifon de Rohan ; de cette ancienne
Maiſon , l'une des premieres du
Royaume , & qui , depuis tant de fiécles ,
joint à fa propre grandeur , celle donnent
les Alliances les plus auguftes .
L'évenement juftifia les efperances que
la Province avoit conçues. Le Coadju
reur , devenu Titulaire en 1704 , fçut fe
montrer à la fois Evêque & Prince. ra w
que
nie
vit foûtenir la dignité de fon Siége , avec
une nobleffe , qui lui mérita l'eftime & la
confidération de toute l'Allemagne ; corriger
les abus ; rendre au Service Divin fa
majeftueufe décence ; rétablir dans fon
Diocéfe l'ordre & la tranquillité ; ménager
les prétentions de la Réforme , en confervant
avec vigueur les droits de la Religion
Catholique . Le nombre des Proteftans eft
à préfent beaucoup moindre , & diminue
dejour en jour. Pour les ramener , il n'employa
jamais que la douceur , les liberalités
, la raifon , & cet heureux don qu'il eur
toujours de plaire & de perfuader. Je ne
dois qu'indiquer ici ces faits intére ffans : le
68 MERCURE DE FRANCE .
détail en appartient à l'Hiftoire Eccléfiaftique
d'Alface.
Ce feroit encore attenter aux droits des
Hiftoriens de l'Eglife , que de m'étendre
fur la part importante qu'il eut en France
aux affaires de la Religion , vers la fin du
dernier Regne & fous la minorité du Roi.
On fçait que fur la nomination de Louis
XIV , Clément XI le créa Cardinal en
1712 ; que Grand Aumônier de France en
1713 , il fut un des Préfidens de l'Affemblée
extraordinaire , convoquée pour l'acceptation
de la Bulle Unigenitus ; qu'en
qualité de Chef de la Commiffion , il ſe
Change du
dan
rapport & que le Corps ref
pectable auquel il rendit compte , en louant
fon zéle , admira fon éloquence .
La mort de Clément XI ouvrit en
1721 , une brillante carriere aux talens
politiques de M. le Cardinal de Rohan. Il
étoit en chemin pour Rome , où il alloit
réfider au nom du Roi . Cette nouvelle
lui fit hâter fa marche. Il entra au Conclave
le z Avril , & le 8 Mai fuivant , Innocent
XIII fut élû. La part qu'eut à cette
élection le Cardinal de Rohan , ſon mérite
perfonnel , fa réputation , fa magnificence
, fixerent fur lui tous les yeux dans la
Capitale du Monde Chrétien . On s'y rappelle
encore les pieufes largeffes qu'il fit
JUIN. 1751 69
à l'occafion de la convalefcence du Roi.
L'éclat qui l'environnoit fut un fpectacle
pour une Ville où les grands fpectacles
font fi communs , & qui les aime encore ,
comme elle les aimoit fous le regne d'Augufte.
Mais en trême tems que ces dehors '
pompeux repaifoient l'avide curiofité des
Habitans de Rome , fon affabilité , les
charmes de fon efprit , la protection qu'il
accordoit au mérite , & l'ufage qu'il fit
pendant fon féjour de la confiance du Souverain
Pontife lui concilioient tous les
coeurs.
Le Sacré Collège , qui dans le Conclave
avoit vû briller fa pénétration & fon habileté
, eut fouvent depuis occafion d'admirer
fes connoiffances & la jufteffe de
fon efprit . Il en donna particulierement
des preuves dans une affaire importante ,
dont l'examen étoit du reffort d'une Congrégation
où le Pape l'avoit fait entrer.
M. le Cardinal de Rohan , s'étant apperçu
qu'on s'écartoit du point de la queſtion ,
prit la parole , & fon avis forma celui du
Tribunal. Comme l'italien ne lui étoit pas
encore familier , il eut recours dans cette
rencontre à la Langue Latine , & charma
fes Auditeurs par la facilité de l'expreffion ,
en même tems qu'il les perfuada par la
force du raifonnement. Les Cardinaux
73 MERCURE DE FRANCE.
étrangers que la vacance du Saint Siége
avoit attirés en grand nombre à Rome ,
reçurent le Chapeau dans un Confiftoire
folemnel , où M. le Cardinal de Rohan ,
qui fe trouvoit à leur tête , fit au nom de
tous un difcours , hautement applaudi de
cette augufte Affemblée. Celui , par lequel
il prit congé du Pape au mois de Décembre
, ne le fut pas moins. Il étoit devenu
le fujet des entretiens de Rome , & l'on
s'apperçut long- tems du vuide qu'y laiſſa
fon départ.
Tous les Princes d'Italie , dont il traverſa
les Etats , en reprenant la route de
France , fe féliciterent d'être fur fon paffage.
Le Duc de Parme alla au devant de
lui. Le Roi de Sardaigne le reçut en Prince
; & dans les honneurs , dont par tout
on le combla , il eut le plaifir fenfible de
voir fa perfonne diftinguée de fon rang.
Cette réputation qu'il s'étoit acquife
pendant fon premier féjour , il l'a foûtenue
, & même augmentée dans les trois
voyages qu'il a faits depuis , pour l'Election
de Benoît XIII , de Clément XII , &
du Pape , aujourd'hui regnant . Son entrée
dans Rome étoit une efpéce de triomphe ,
où la joye de le revoir éclattoit par mille
applaudillemens. A ces marques de fatisfaction
fuccédoient bientôt les regrets de
JUIN. 1751. 71
le perdre. Mais en s'éloignant il étoit fûr
de n'être pas oublié . Son nom fera longtems
cher aux Citoyens de Rome.
Ce nom ne l'eft pas moins aux Amateurs
des Lettres, M. le Cardinal de Rohan les
a chéris , protégés , encouragés par fes bienfaits.
11 leur faifoit un accueil , d'autant
plus fatisfaifant pour eux , que fon goût
leur étoit connu. Quoique le torrent des
affaires parût l'entraîner , il avoit fçû dérober
à fes occupations affez de tems pour
acquerir de nouvelles connoiffances , &
pour cultiver les genres d'étude aufquels
la jeuneffe s'étoit confacrée. Les Sçavans
même de profeffion trouvoient à profiter
auprès de lui . Toujours affez inftruit pour
les entendre , il l'éroit fouvent affez pour
leur faire des objections , pour leur donner
des vûes fines & lumineufes , pour
propofer à leurs recherches des objets curieux
& nouveaux . La politeffe & le ton
d'égalité , qui regnoit fans affectation dans
ces entretiens , faifoient prefque perdre de
vûe le Cardinal Evêque de Strasbourg ,
pour ne montrer que l'Académicien .
Ce titre , dont fe paroit un homme revêtu
des plus éminentes dignités , étoit
moins un hommage qu'une juftice , que
la République des Lettres avoit crû lui
devoir. Nous avons déja cité plufieurs oc72
MERCURE
DE FRANCE
.
cafions où fon éloquence parut avec éclat.
Elles ne font les feules ; & nous pou- pas
vons donner les mêmes éloges à tous les
difcours qu'il a prononcés dans l'exercice
de fes diverfes fonctions ; entre autres à
ceux , dont il accompagna la célébration
du Mariage du Roi , qu'il fit à Strasbourg,
& dont il renouvella la Cérémonie à Fontainebleau
, comme Grand Aumônier de
France .
Cet Art de manier la parole , d'afſujettir
au ton du fujet un ftyle toujours noble
& pur ,
eft un des traits qui caractériſent
M. le Cardinal de Rohan. Il étoit , à ce
titre feul , un des principaux ornemens de
l'Académie Françoife , dans laquelle il prit
féance le 31 Janvier 1704 ; jour heureux
& brillant pour cette Compagnie , où fon
entrée rétablit le calme , troublé depuis
quelque tems par un de ces orages , que
les paffions excitent dans les Sociétés Littéraires
, comme dans les autres .
pour
ainli
Dès 1701 , le Roi l'avoit mis au
nombre des Honoraires
, qu'il donnoit à
l'Académie
des Belles Lettres , par le Ré
glement , qui la renouvella
dire , en lui faifant prendre une forme
plus ftable & plus réguliere . Il en fut nommé
Préfident en 1712 , & continué l'année
ſuivante . Nos Regiſtres parlent fouvent
JUIN
73
1751.
vent alors de l'ardeur & de l'émulation
qu'entretenoient dans nos Affemblées fa
préfence , & le goût qu'il marquoit pour
les objets de nos travaux. Quoique l'eftime
foit un tribut , dont le fçavoir & les
talens ne peuvent êrre fruftrés fans injuftice
, c'eſt un tribut flatteur , que reçoivent
toujours avec reconnoiffance ceux qui feroient
le plus en droit de l'exiger. Mais
il les flatte furtout de la part d'un homme
qu'ils admirent eux-mêmes , & qui , fait
pour fixer leurs regards , paroît s'occuper
d'eux. C'eft alors une véritable récompenfe
, dont leur amour propre fent tout le
prix ; & le defir de la mériter , en animant
leurs efforts , eft une des fources de leurs
faccès.
M. le Cardinal de Rohan , prodigue de
cette eftime , fi capable d'encourager les
gens de Lettres , en a fouvent aidé plufieurs
à l'obtenir , par les fecours qu'ils
puifoient dans fa Bibliothéque , l'une des
plus nombreufes & des mieux choilies.
qui foient en Europe . Celle de M. de
Thou , poffedée depuis par M. le Préfident
de Menars , en compofe le fonds.
Elle étoit prête à fe difperfer en 1701
& la France auroit vû paffer dans de
mains étrangeres une partie de ce tréfos ,
amaffé par un de fes plus grands Hommes ,
1. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE .
fi le goût de M. l'Evêque de Strasbourg
pour les Lettres ne nous l'eût conſervé. Il
l'acheta dans le fort d'une guerre opiniâtre
& ruineufe . Les follicitations de M.
l'Abbé de Boiffy , qu'il s'étoit attaché dès
le tems de fa Licence , & qui fut depuis
Affocié de l'Académie , contribuerent à le
déterminer.
Ce Recueil étoit renommé pour les
belles reliûres , pour les excellentes édi
tions , & furtout pour les Livres en grand
papier , que M. de Thou poffedoit feul. Il
avoit fçu fe les procurer par un moyen,
qui fuppofe la curiofité d'un Amateur , &
le crédit d'un Magiftrat généralement efti
mé. 11 envoyoit aux Miniftres du Roi ,
dans les differentes Cours , le plus beau
papier qu'on eût alors , pour faire tirer un,
ou quelquefois deux exemplaires des meil
leurs ouvrages qui s'imprimoient chez les
Etrangers. Ses vûes ne fe bornoient pas
à cet objet , qui n'eft après tout , qu'une
fingularité plus remarquable qu'utile. Il
s'étoit propofé de former une Bibliothé
que univerfelle.
M. le Cardinal de Rohan fuivit princi
palement fur cet article le plan du Fonda
teur. Malgré les dépenfes néceffaires &
continuelles qu'il faifoit dans fon Diocéle,
& par tout où l'exigeoit fon état , il n'á
·
JUIN.
75
1751
ceffé d'augmenter cette collection , déja
très-nombreuſe. L'accroiffement qu'elle a
reçu par les foins , eft fi confidérable , que
l'ancien fonds en fait aujourd'hui la moindre
portion . Entre autres articles importans
, elle offre une fuite des meilleurs ouvrages
compofés fur le Droit public , dont
l'étude eft très-Aloriffante en Allemagne.
Le nombre , la condition , la rareté des
Livres qui forment cette Bibliothéque ,
f'ordre même dans lequel ils font difpofés,
tout annonce le goût de celui qui la poffedoit
; & c'est moins pour lui que pour
elle qu'il fembloit avoir conftruit le Palais
dont elle occupe une partie,
Peu de tems après fon retour de Rome
en 1722 , M. le Cardinal de Rohan ou .
vrit fa Bibliothéque à des Conférences ,
où regnoient fous fes aufpices la politeffe ,
l'efprit & l'érudition . Dom Calmer , Dom
Bernard de Monfaucon , le Pere de Tournemine
, & plufieurs autres de nos plus
célébres Littérateurs s'y trouvoient à des
jours marqués , pour s'entretenir fur des
matieres de Critique ou d'Hiftoire . Il préfidoit
quelquefois lui-même à ces fçavantes
Affemblées , où chacun , obligé de remplir
à fon tour une féance entiere , choififoit
à fon gré le fujer de fa differtation.
Mais ce que nous ne pouvons trop re-
Dij
76. MERCURE DE FRANCE.
marquer dans un éloge littéraire , c'eſt
l'accès que les Sçavans de tout état , &
principalement les Eccléfiaftiques
›
→ ont
toujours eu dans cette Bibliothèque . Elle
s'ouvroit pour eux à toute heure : ils y
trouvoient outre les Livres dont ils
avoient befoin , toutes les facilités néceffaires
pour le travail . M. le Cardinal de
Rohan , qui pendant fon féjour à Paris
venoit de tems en tems la viſiter , étoit
charmé d'y rencontrer des Lecteurs . Il fe
faifoit un plaifir de les queftionner fur
l'objet de leurs études , & de les encoura
ger par l'intérêt qu'il paroifoit y prendre.
Les gens de Lettres n'avoient pas feulement
la liberté d'emprunter les Livres , &
de les garder à loifir . S'ils en demandoient
quelques-uns qui ne fuffent pas dans la
Bibliothéque , on les achetoit fur le champ,
pour leur en procurer la lecture. Le zéle
du Bibliothéquaire fecondoit de fi louables
difpofitions. M. l'Abbé Oliva fatisfaifoit
en les fuivant , fon goût pour les
Lettres.
C'est à les foins , & à la liberalité de M.
le Cardinal de Rohan , que le Public doit
1 ,édition de plufieurs Lettres du Pogge
Florentin , & de fon Traité fur les viciffi
indes de la Fortune : ouvrage curieux , dont
le manufcrit appartenoit au Cardinal Ot
JUIN. 1751. 77
toboni. L'Italie recéle peut-être encore un
grand nombre d'écrits de fes plus illuftres
- Sçavans , dont la connoiffance jetteroit un
nouveau jour fur l'Hiftoire des derniéts
fiéeles , fi l'exemple de M. le Cardinal de
Rohan trouvoit beaucoup d'imitateurs.
Ce morceau du Pogge , qu'il fit imprimer
à les frais , parut en 1723 fous fes
aufpices. C'est une forte d'hommage qu'il
a reçu plus d'une fois , & dont il fat toujours
redevable à la réputation qu'il s'étoit
acquife dans l'Europe. De tous les
ouvrages qui lui furent dédiés , je ne citerai
que le Tréfor des Anecdotes du Pere
Martenne ; les Antiquités de l'Eglife d'Efpagne
, & la Traduction Italienne de nos
Mémoires , dont le premier volume parut
à Venife en 17 ; o . La flatterie n'eut aucune
part à ces témoignages publics d'une
jufte reconnoiffance . Les gens de Lettres
pouvoient- ils en avoir trop pour un Amateur
illuftre , qui s'attachoit à former unte
Bibliothéque immenfe pour leur ufage ,
autant que pour le fien à Il en avoit deux
autres , dont il étoit plus fouvent à portée
de jouir , l'une à Strasbourg , & l'autre à
Saverne .
?
En effet , Strasbourg & Saverne ont été
Ies lieux de fa réfidence ordinaire ; & c'eft
la furtout qu'il étoit grand , fi c'eft mériter
D iij.
78 MERCURE DE FRANCE.
ce nom , que d'être affable avec dignité
magnifique avec économie , zélé fans intolérance
, modéré fans foibleffe , ferme
& prudent , ami de la paix & confervateur
de l'ordre . Nous avons déja parlé de
ce qu'il a fait dans fon Diocéfe , où les
foins ont rétabli la régularité . Son départ
y répandoit la trifteffe : on l'eût regardé
comme un malheur public, fans l'efperance
d'un retour prochain. Il rentroit au bruit
des acclamations , & la joye qu'infpiroit
fa préfence,étoit peinte dans tous les yeux.
Son Palais toujours ouvert , étoit toujours
rempli. Au milieu de cette affluence , M.
le Cardinal de Rohan s'occupoit , comme
s'il eût été dans une profonde folitude.
Ce concours le charmoit fans le diftraire.
Ceux qui l'abordoient , au lieu d'une au
dience , trouvoient un entretien plein de
bonté . Il s'intéreſfoit à leur fituation ; il
accommodoit leurs differends. L'air obli
geant , dont il accordoit une grace en relevoit
le prix ; & la peine qu'il témoignoit
à refufer confoloit de fes refus ; il étoit le
lien & l'arbitre des familles , des Corps
des differens partis . Quoiqu'il ait fçû défendre
fes prérogatives avec vigueur , fon
Chapitre conferva toujours avec lui l'union
la plus parfaite.
Dans la difcuffion des matieres les plus
>
И
79
JUIN.
1751.
épineufes , on admiroit fa douceur , fa pénétration
, la jufteffe de fes idées . D'un
coup d'oeil il faififfoit le point de la queftion
, & fans s'arrêter aux branches , il
s'attachoit aux difficultés effentielles . La
raifon , qui pour convaincre les hommes
a befoin de les féduire , ne fut jamais fi
feduifante que dans fa bouche. Les graces
de fa perfonne , la nobleſſe de ſa diction ,
l'élégance toujours naturelle des tours qu'il
employoit , cette politeffe qui proportionnoit
fon langage au rang , au mérite , aux
circonstances , tout concouroit à lui donner
fur les efprits un empire , dont il ne
fe fervoit fouvent , que pour faire goûter
des confeils utiles , ou des partis avanta
geux. C'étoit un Enchanteur aimable , qui
n'abufoit point de fes charmes; & c'eſt à
ce caractére , à cette conduite qu'il a dû
Feftime & l'amour des peuples confiés à
fes foins , tandis que fa magnificence attiroit
fur lui les regards des Etrangers.
M. le Cardinal de Rohan , placé fur la
plus importante de nos frontieres entre
deux Peuples puiffans & rivaux , fembloit
être chargé de repréſenter la France auprès
de l'Allemagne. Perfonne n'étoit plus fait
pour réuffir dans cette brillante fonction..
La beauté de les jardins & de fes Palais ,
orués par tous les Arts , donnoit une haute-
Diiij
Bo MERCURE DE FRANCE.
idée de notre goût : fes manieres faifoient
aimer nos moeurs : & la grandeur du Sujet
annonçoit la Majefté du Souverain . Ses
correfpondances continuelles avec les Princes
de l'Empire , les ont fouvent mis à
portée de lui donner des marques des fentimens
qu'ils avoient pour lui. Il étoit
dans l'habitude de leur faire des préfens ,
& d'en recevoir d'eux . Les Princes de
Waldeck , de Bade , de Darmstadt ,, & des
Deuxponts venoient pafler plufieurs jours
avec lui . L'Electeur de Cologne lui rendit
vifite en 1739 , & trouva Saverne au - deſſus
de fa réputation.
Cette eftime , dont jouiffoit M. le Cardinal
de Rohan , ne ſe bornoit point à des
démonftrations vagues & paffageres. Il en
a fçu tirer en plufieurs rencontres des avantages
réels ; mais furtout s'en fervir pour
remettre fon Siége en poffeffion de fes plus
beaux droits. En 1721 , il obtint de l'Empereur
l'Inveftiture des Etats que l'Evêché
de Strasbourg poffede en Allemagne ; &
reconnu par cette cérémonie Membre de
l'Empire , il reprit dans la Diette générale
une féance , dont les deux Evêques précédens
n'avoient pas joui.
Si la fplendeur dans laquelle il vivoic
n'eût été qu'une vaine décoration , faite
uniquement pour les yeux , ce ne feroit
JUI N. 1751. 81
pas un fujet d'éloge. Mais fa magnificence
n'étoit point un abus des richeffes. Ce n'étoit
ni cette pompe frivole , dont l'éclat
eft inutile à ceux qu'il éblouit , ni ce fafte
odieux que le Sage méprife , & que le vul →
gaire contemple en murmurant. Bienfai
fante & liberale , elle allioit les dehors de
la repréſentation avec le foulagement des
malheureux : elle entretenoit les Arts &
l'induftrie ; elle répandoit dans l'Alface
l'abondance & la joye. Les Eccléfiaftiques ,
les Militaires , les gens de Lettres étoient
admis à la table & logés dans fon Palais ,
forfqu'ils vouloient y faire quelque féjour.
Il fuffifoit de lui être préfenté , pour y demeurer
auffi long- tems que la néceffité des
affaires , les charmes du lieu , ceux de la
fociété pouvoient y retenir ; & l'on en fortoit
plein de reconnoiffance , pour faire
place à d'autres qui devoient y trouver les
mêmes agrémens : Les foldats ennemis
retenus prifonniers pendant la guerre aux
environs de Strasbourg , ont reffenti les
effets de fa généreufe compaffion . Hommes
, femmes , enfans , il ' les a fair venir
dans fon Palais ; & les a confolés dans leur
mifére par des fecours de toute efpéce.
Saverne étoit un Temple confacré par la
grandeur à l'hofpitalité.
.
A
François & Guillaume de Furftemberg
Dav
82 MERCURE DE FRANCE.
avoient conftruit ce fuperbe édifice , mais
il doit tous les embelliffemens à M. le Cardinal
de Rohan . Le Palais Epifcopal de
Strasbourg eft fon ouvrage. Il l'a commencé
en 1730 , & tous les connoiffeurs
en admirent l'élegance & la nobleffe .
Cependant , malgré tant de dépenſes ,
les revenus de l'Evêché font augmentés
confidérablement . Il avoit trouvé fon
Diocéfe dans cet état de défordre que de-.
voient produire l'anarchie dans laquelle il:
avoit long- tems gémi , l'abſence de fes
Evêques , & le mêlange des Religions. Il
le laiffe réglé, tranquille , rétabli dans ſon
ancien luftre , embelli de bâtimens fomptueux.
Ne pouvoit- il pas à quelques égards .
s'approprier la réflexion que fit Auguftefur
l'état où Rome étoit , lorfqu'il prit les
rénes de l'Empire , & fur celui dans lequel
à fa mort il laiffa cette Capitale du monde ?
Mais plus heureux que ce Prince , il a ce
qu'Augufte ne put ou ne voulut pas avoir,
un fucceffeur digne de lui , formé par fes
foins , héritier de fon nom , de fes qualités
aimables , de fon goût pour la Littérature,
& dont les vertus confoleront l'Alface .
Quoique M. le Cardinal de Rohan fût
fujet à de fréquentes attaques de goute ,
la bonté de fon tempéramment fembloit
lui promettre des jours plus longs. Une
JUIN. 17316 83
maladie que d'abord on ne crut pas mortelle
l'emporta prefque fubitement au mois
de Juillet dernier , dans la foixantefeizième
année de fon âge. Il est mort
pleuré de fa famille , d'un grand nombre
d'amis illuftres , d'un peuple nombreux
dont il fut les délices , & regretté d'un
Souverain , digne de regner fur les plus .
grands hommes . C'est une vraie perte , a dit
le Roi en apprenant fa mort. Le Cardinal
de Rohan a bien fervi l'Etat ; il étoit bon Citoyen
grand Seigneur , je n'ai jamais été
harangué par perfonne qui m'ait plû davantage.
'Ouvrage fuivant a été imprimé dans
une Ville de Province , d'où il nous
a été envoyé . Comme il n'eft guéres répandu
, nous nous croyons autorités à l'inferer
dans notre Journal. La lecture de ce
morceau convaincra tout le Royaume que
M. de Bougainville écrit avec le naturel ,
l'élégance, & la dignité qui conviennent à
l'importante place qu'il occupe.
ELOGE HISTORIQUE
De M. le Cardinal de Rohan , lû le 15 Novembre
1749 , dans l'Aſſemblée publique
de l'Académie Royale des Inſcriptions &
Belles-Lettres.
A
-
Rmand Gafton - Maximilien de
Rohan , Cardinal Prêtre de la Sainte
Eglife Romaine du Titre de la Trinité
du Mont , Evêque & Prince de Strasbourg,
62 MERCURE DE FRANCE.
Landgrave d'Alface , Prince du Saint Empire
, Grand Aumônier de France , Commandeur
de l'Ordre du Saint Efprit , Proviſeur
de Sorbonne , Abbé de Saint Waft
d'Arras , de la Chaiſe- Dieu , & de Foigny ,
l'un des Quarante de l'Académie Françoife,
& Honoraire de celle des Belles Lettres ,
naquit à Paris le 26 Juin 1674. Il étoit
le quatriéme fils de François , Prince de
Rohan- Soubife , & d'Anne de Chabot ,
fille aînée d'Henri de Chabot , Duc de
Rohan.
Une figure noble , & dont les traits heureux
fembloient formés par les graces , fut
le moindre des préfens qu'il reçut de la
Nature. Elle lui prodigua fes dons les plus
précieux . Aux faillies d'une imagination
brillante , aux agrémens d'un efprit vif &
jufte , fe joignit tout ce qui peut annoncer
un coeur fenfible , vertueux , bienfaifant;
& le germe de ces qualités aimables ,
qui devoient le rendre fi cher à la Société,
fe développa rapidement avec l'âge . Son
enfance fut l'aurore d'un beau jour.
L'éducation feconda fes talens naturels.
Ses études eurent un fuccès , dont l'éclat
n'eft point effacé par celui qui couvre le
refte de fa vie. La Ville de Bourges , où il
les commença fous les yeux du Prince de
Soubife , fon pere , Gouverneur de Berry ,
JUI N. 1751 .
63
en partage la gloire avec le Collége de
Harcourt , où il vint les achever. Les
charmes de cette Littérature agréable ,
dont nous cueillons les prémices dans le
cours des Humanités , ne l'empêcherent
pas de fentir le mérite réel de la Philofophie.
Cependant il falloit alors une gran
de pénétration pour le reconnoître , au
travers des ronces , dont cette Science étoit
hérifiée. Il l'envifagea , comme une introduction
à la Théologie , vers laquelle il
tournoit toutes les vues , pour fe difpofer
à l'Etat Eccléfiaftique.
Son rang , qui le mettoit en droit d'afpirer
avec fuccès aux plus hautes dignités
de l'Eglife , ne lui parut pas une difpenfe
des qualités néceffaires pour les remplir.
Quoique pouvant fe repofer fur fa uaiffance
, l'Abbé de Soubife voulut ne rien
devoir au nom qu'il portoit , & für en
quelque forte de tout obtenir , il eut la
noble prétention de tout mériter . L'eftime
générale qu'il s'étoit acquife dans fes
premieres études le fuivit en Sorbonne .
Tous ceux qui couroient avec lui cette
longue & laborieufe carriere , charmés de
fa politeffe , admiroient fon application .
Il étoit en même tems leurs délices & leur
modéle.
La Théologie , de toutes les Sciences la
64 MERCURE DE FRANCE .
plus noble & la plus importante , eft peutêtre
aufli la plus difficile . Mais que ne peut
l'opiniâtreté du travail , foutenue par un
jugement folide , une mémoire heureuſe ,
un génie élevé ? Les progrès de M. l'Abbé
de Soubife furent rapides & brillans . Sa
premiere Théfe eft du mois de Mars 1696.
Il la foutint couvert , avec tous les honneurs
, qu'on ne défere qu'aux Princes
iffus de Maifons Souveraines . Cet Acte ,
où fon érudition eut fes Maîtres eux -mêmes
pour admirateurs , mit dans un nouveau
jour le talent fingulier qu'il avoit
pour la parole.
Il en donna des preuves encore plus
frappantes deux ans après , dans le Panégyrique
de Louis XIV , qu'il prononça
comme Prieur de Sorbonne Panégyrique
comparable à celui de Trajan ; mais dont
l'Auteur connoiffoit mieux que Pline la
véritable éloquence . La fienne avoit cette
noble fimplicité qui fait en tout genre le
caractére effentiel du beau . Ce difcours
enleva tous les fuffrages , & la Traduction
Françoife qu'on en fit fur le champ , multiplia
les éloges : le talent de l'Orateur parut
égaler la grandeur du fujet.
* Ces honneurs confiftent à parler couvert , à être
ganté , & à être traité de Sereniffime Princeps , tant
par le Président de la Théfe ,' que par les Bacheliers,
qui argumentent.
JUIN. 1751. 65
La Renommée porta dans l'Europe fçavante
le nom de M. l'Abbé de Soubife .
Ces traits de fa jeuneffe font d'autant plus
remarquables , que l'idée qu'ils donnoient
de fon caractére , contribua beaucoup à
fon élevation . Ce fut autant fon mérite
que fa naiffance , qui le fit élire en 1701 ,
Coadjuteur de Strasbourg.
Cette Ville importante étoit alors une
nouvelle conquête pour la France & pour
la Religion. Louis XIV , en la réuniflant
à fa Couronne , venoit de la faire rentrer
dans le fein de l'Eglife Romaine . Sous les
aufpices de ce Prince , les Catholiques
avcient ti 1681 repris poncion de la
Cathédrale , ufurpée depuis plus d'un fiécle
par les Proteftans. Mais , quoique la
Réforme eût ceffé d'être dominante dans
fes murs , elle y confervoit toujours un
parti confidérable. L'Univerfité tenoit
hautement pour elle , avec la moitié des
Citoyens. Cette divifion formoit comme
deux Villes dans l'enceinte d'une feule .
L'invafion du Luthéranifme & les guerres,
dont l'Alface étoit depuis long- tems le
théatre , avoient de plus introduit des abus
fans nombre , dans la difcipline & dans les
moeurs. Enfin les Evêques de Strasbourg ,
Souverains au delà du Rhin , faifoient partie
du Corps Germanique . Ils avoient
66 MERCURE DE FRANCE.
féance dans la Diette générale ; & tirés
prefque tous des plus grandes Maifons de
I'Empire , ils étoient à la tête du Chapitre,
le plus noble de l'Allemagne .
Pour occuper une telle place dans de
pareilles circonstances , il falloit un homme
, dont l'extraction répondît à celle de
fes Prédéceffeurs ; qui , fans rien devoir à
fon titre , pût tenir par lui- même un rang
diftingué dans une République de Souverains
, qui joignant au don de repréfenter
,toutes les vertus folides , foutînt par
fa magnificence l'éclat du nom François ,
& le fit chérir par fon affabilité : il falloit
un Prélat , dont le zéle pour la Religion ,
& la difcipline Eccléfiaftique , fût réglé
par la prudence ; qui fe regardant moins ,
comme le Chef d'un parti , que comme le
Pere d'enfans divifés , protégeât les uns ,
fans bleffer la tolérance qu'il devoit aux
autres , & fçût , au défaut de l'unanimité ,
maintenir la paix : qui fenfible au plaifir
d'être aimé , fût perfuadé que le vrai , pour
fubjuguer utilement les efprits , doit triom
pher des coeurs.
On vit ce Prélat dans M. l'Abbé de
Soubife . Toutes les qualités qu'il réuniffoit
firent tomber fur lui le choix du Roi , de
l'Evêque & du Chapitre . Le Cardinal de
Furftemberg , en l'adoptant , le facra dans
JUIN. 1751. 67
P'Eglife Abbatiale de Saint Germain - des-
Prez. L'Alface applaudit à cette Election .
Elle vit avec plaifir un Siége, fouvent occupé
par des Archiducs , par des Princes
de Lorraine , de Brandebourg & de Baviere,
à la veille d'être rempli par un Evêque
de la Maifon de Rohan ; de cette ancienne
Maiſon , l'une des premieres du
Royaume , & qui , depuis tant de fiécles ,
joint à fa propre grandeur , celle donnent
les Alliances les plus auguftes .
L'évenement juftifia les efperances que
la Province avoit conçues. Le Coadju
reur , devenu Titulaire en 1704 , fçut fe
montrer à la fois Evêque & Prince. ra w
que
nie
vit foûtenir la dignité de fon Siége , avec
une nobleffe , qui lui mérita l'eftime & la
confidération de toute l'Allemagne ; corriger
les abus ; rendre au Service Divin fa
majeftueufe décence ; rétablir dans fon
Diocéfe l'ordre & la tranquillité ; ménager
les prétentions de la Réforme , en confervant
avec vigueur les droits de la Religion
Catholique . Le nombre des Proteftans eft
à préfent beaucoup moindre , & diminue
dejour en jour. Pour les ramener , il n'employa
jamais que la douceur , les liberalités
, la raifon , & cet heureux don qu'il eur
toujours de plaire & de perfuader. Je ne
dois qu'indiquer ici ces faits intére ffans : le
68 MERCURE DE FRANCE .
détail en appartient à l'Hiftoire Eccléfiaftique
d'Alface.
Ce feroit encore attenter aux droits des
Hiftoriens de l'Eglife , que de m'étendre
fur la part importante qu'il eut en France
aux affaires de la Religion , vers la fin du
dernier Regne & fous la minorité du Roi.
On fçait que fur la nomination de Louis
XIV , Clément XI le créa Cardinal en
1712 ; que Grand Aumônier de France en
1713 , il fut un des Préfidens de l'Affemblée
extraordinaire , convoquée pour l'acceptation
de la Bulle Unigenitus ; qu'en
qualité de Chef de la Commiffion , il ſe
Change du
dan
rapport & que le Corps ref
pectable auquel il rendit compte , en louant
fon zéle , admira fon éloquence .
La mort de Clément XI ouvrit en
1721 , une brillante carriere aux talens
politiques de M. le Cardinal de Rohan. Il
étoit en chemin pour Rome , où il alloit
réfider au nom du Roi . Cette nouvelle
lui fit hâter fa marche. Il entra au Conclave
le z Avril , & le 8 Mai fuivant , Innocent
XIII fut élû. La part qu'eut à cette
élection le Cardinal de Rohan , ſon mérite
perfonnel , fa réputation , fa magnificence
, fixerent fur lui tous les yeux dans la
Capitale du Monde Chrétien . On s'y rappelle
encore les pieufes largeffes qu'il fit
JUIN. 1751 69
à l'occafion de la convalefcence du Roi.
L'éclat qui l'environnoit fut un fpectacle
pour une Ville où les grands fpectacles
font fi communs , & qui les aime encore ,
comme elle les aimoit fous le regne d'Augufte.
Mais en trême tems que ces dehors '
pompeux repaifoient l'avide curiofité des
Habitans de Rome , fon affabilité , les
charmes de fon efprit , la protection qu'il
accordoit au mérite , & l'ufage qu'il fit
pendant fon féjour de la confiance du Souverain
Pontife lui concilioient tous les
coeurs.
Le Sacré Collège , qui dans le Conclave
avoit vû briller fa pénétration & fon habileté
, eut fouvent depuis occafion d'admirer
fes connoiffances & la jufteffe de
fon efprit . Il en donna particulierement
des preuves dans une affaire importante ,
dont l'examen étoit du reffort d'une Congrégation
où le Pape l'avoit fait entrer.
M. le Cardinal de Rohan , s'étant apperçu
qu'on s'écartoit du point de la queſtion ,
prit la parole , & fon avis forma celui du
Tribunal. Comme l'italien ne lui étoit pas
encore familier , il eut recours dans cette
rencontre à la Langue Latine , & charma
fes Auditeurs par la facilité de l'expreffion ,
en même tems qu'il les perfuada par la
force du raifonnement. Les Cardinaux
73 MERCURE DE FRANCE.
étrangers que la vacance du Saint Siége
avoit attirés en grand nombre à Rome ,
reçurent le Chapeau dans un Confiftoire
folemnel , où M. le Cardinal de Rohan ,
qui fe trouvoit à leur tête , fit au nom de
tous un difcours , hautement applaudi de
cette augufte Affemblée. Celui , par lequel
il prit congé du Pape au mois de Décembre
, ne le fut pas moins. Il étoit devenu
le fujet des entretiens de Rome , & l'on
s'apperçut long- tems du vuide qu'y laiſſa
fon départ.
Tous les Princes d'Italie , dont il traverſa
les Etats , en reprenant la route de
France , fe féliciterent d'être fur fon paffage.
Le Duc de Parme alla au devant de
lui. Le Roi de Sardaigne le reçut en Prince
; & dans les honneurs , dont par tout
on le combla , il eut le plaifir fenfible de
voir fa perfonne diftinguée de fon rang.
Cette réputation qu'il s'étoit acquife
pendant fon premier féjour , il l'a foûtenue
, & même augmentée dans les trois
voyages qu'il a faits depuis , pour l'Election
de Benoît XIII , de Clément XII , &
du Pape , aujourd'hui regnant . Son entrée
dans Rome étoit une efpéce de triomphe ,
où la joye de le revoir éclattoit par mille
applaudillemens. A ces marques de fatisfaction
fuccédoient bientôt les regrets de
JUIN. 1751. 71
le perdre. Mais en s'éloignant il étoit fûr
de n'être pas oublié . Son nom fera longtems
cher aux Citoyens de Rome.
Ce nom ne l'eft pas moins aux Amateurs
des Lettres, M. le Cardinal de Rohan les
a chéris , protégés , encouragés par fes bienfaits.
11 leur faifoit un accueil , d'autant
plus fatisfaifant pour eux , que fon goût
leur étoit connu. Quoique le torrent des
affaires parût l'entraîner , il avoit fçû dérober
à fes occupations affez de tems pour
acquerir de nouvelles connoiffances , &
pour cultiver les genres d'étude aufquels
la jeuneffe s'étoit confacrée. Les Sçavans
même de profeffion trouvoient à profiter
auprès de lui . Toujours affez inftruit pour
les entendre , il l'éroit fouvent affez pour
leur faire des objections , pour leur donner
des vûes fines & lumineufes , pour
propofer à leurs recherches des objets curieux
& nouveaux . La politeffe & le ton
d'égalité , qui regnoit fans affectation dans
ces entretiens , faifoient prefque perdre de
vûe le Cardinal Evêque de Strasbourg ,
pour ne montrer que l'Académicien .
Ce titre , dont fe paroit un homme revêtu
des plus éminentes dignités , étoit
moins un hommage qu'une juftice , que
la République des Lettres avoit crû lui
devoir. Nous avons déja cité plufieurs oc72
MERCURE
DE FRANCE
.
cafions où fon éloquence parut avec éclat.
Elles ne font les feules ; & nous pou- pas
vons donner les mêmes éloges à tous les
difcours qu'il a prononcés dans l'exercice
de fes diverfes fonctions ; entre autres à
ceux , dont il accompagna la célébration
du Mariage du Roi , qu'il fit à Strasbourg,
& dont il renouvella la Cérémonie à Fontainebleau
, comme Grand Aumônier de
France .
Cet Art de manier la parole , d'afſujettir
au ton du fujet un ftyle toujours noble
& pur ,
eft un des traits qui caractériſent
M. le Cardinal de Rohan. Il étoit , à ce
titre feul , un des principaux ornemens de
l'Académie Françoife , dans laquelle il prit
féance le 31 Janvier 1704 ; jour heureux
& brillant pour cette Compagnie , où fon
entrée rétablit le calme , troublé depuis
quelque tems par un de ces orages , que
les paffions excitent dans les Sociétés Littéraires
, comme dans les autres .
pour
ainli
Dès 1701 , le Roi l'avoit mis au
nombre des Honoraires
, qu'il donnoit à
l'Académie
des Belles Lettres , par le Ré
glement , qui la renouvella
dire , en lui faifant prendre une forme
plus ftable & plus réguliere . Il en fut nommé
Préfident en 1712 , & continué l'année
ſuivante . Nos Regiſtres parlent fouvent
JUIN
73
1751.
vent alors de l'ardeur & de l'émulation
qu'entretenoient dans nos Affemblées fa
préfence , & le goût qu'il marquoit pour
les objets de nos travaux. Quoique l'eftime
foit un tribut , dont le fçavoir & les
talens ne peuvent êrre fruftrés fans injuftice
, c'eſt un tribut flatteur , que reçoivent
toujours avec reconnoiffance ceux qui feroient
le plus en droit de l'exiger. Mais
il les flatte furtout de la part d'un homme
qu'ils admirent eux-mêmes , & qui , fait
pour fixer leurs regards , paroît s'occuper
d'eux. C'eft alors une véritable récompenfe
, dont leur amour propre fent tout le
prix ; & le defir de la mériter , en animant
leurs efforts , eft une des fources de leurs
faccès.
M. le Cardinal de Rohan , prodigue de
cette eftime , fi capable d'encourager les
gens de Lettres , en a fouvent aidé plufieurs
à l'obtenir , par les fecours qu'ils
puifoient dans fa Bibliothéque , l'une des
plus nombreufes & des mieux choilies.
qui foient en Europe . Celle de M. de
Thou , poffedée depuis par M. le Préfident
de Menars , en compofe le fonds.
Elle étoit prête à fe difperfer en 1701
& la France auroit vû paffer dans de
mains étrangeres une partie de ce tréfos ,
amaffé par un de fes plus grands Hommes ,
1. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE .
fi le goût de M. l'Evêque de Strasbourg
pour les Lettres ne nous l'eût conſervé. Il
l'acheta dans le fort d'une guerre opiniâtre
& ruineufe . Les follicitations de M.
l'Abbé de Boiffy , qu'il s'étoit attaché dès
le tems de fa Licence , & qui fut depuis
Affocié de l'Académie , contribuerent à le
déterminer.
Ce Recueil étoit renommé pour les
belles reliûres , pour les excellentes édi
tions , & furtout pour les Livres en grand
papier , que M. de Thou poffedoit feul. Il
avoit fçu fe les procurer par un moyen,
qui fuppofe la curiofité d'un Amateur , &
le crédit d'un Magiftrat généralement efti
mé. 11 envoyoit aux Miniftres du Roi ,
dans les differentes Cours , le plus beau
papier qu'on eût alors , pour faire tirer un,
ou quelquefois deux exemplaires des meil
leurs ouvrages qui s'imprimoient chez les
Etrangers. Ses vûes ne fe bornoient pas
à cet objet , qui n'eft après tout , qu'une
fingularité plus remarquable qu'utile. Il
s'étoit propofé de former une Bibliothé
que univerfelle.
M. le Cardinal de Rohan fuivit princi
palement fur cet article le plan du Fonda
teur. Malgré les dépenfes néceffaires &
continuelles qu'il faifoit dans fon Diocéle,
& par tout où l'exigeoit fon état , il n'á
·
JUIN.
75
1751
ceffé d'augmenter cette collection , déja
très-nombreuſe. L'accroiffement qu'elle a
reçu par les foins , eft fi confidérable , que
l'ancien fonds en fait aujourd'hui la moindre
portion . Entre autres articles importans
, elle offre une fuite des meilleurs ouvrages
compofés fur le Droit public , dont
l'étude eft très-Aloriffante en Allemagne.
Le nombre , la condition , la rareté des
Livres qui forment cette Bibliothéque ,
f'ordre même dans lequel ils font difpofés,
tout annonce le goût de celui qui la poffedoit
; & c'est moins pour lui que pour
elle qu'il fembloit avoir conftruit le Palais
dont elle occupe une partie,
Peu de tems après fon retour de Rome
en 1722 , M. le Cardinal de Rohan ou .
vrit fa Bibliothéque à des Conférences ,
où regnoient fous fes aufpices la politeffe ,
l'efprit & l'érudition . Dom Calmer , Dom
Bernard de Monfaucon , le Pere de Tournemine
, & plufieurs autres de nos plus
célébres Littérateurs s'y trouvoient à des
jours marqués , pour s'entretenir fur des
matieres de Critique ou d'Hiftoire . Il préfidoit
quelquefois lui-même à ces fçavantes
Affemblées , où chacun , obligé de remplir
à fon tour une féance entiere , choififoit
à fon gré le fujer de fa differtation.
Mais ce que nous ne pouvons trop re-
Dij
76. MERCURE DE FRANCE.
marquer dans un éloge littéraire , c'eſt
l'accès que les Sçavans de tout état , &
principalement les Eccléfiaftiques
›
→ ont
toujours eu dans cette Bibliothèque . Elle
s'ouvroit pour eux à toute heure : ils y
trouvoient outre les Livres dont ils
avoient befoin , toutes les facilités néceffaires
pour le travail . M. le Cardinal de
Rohan , qui pendant fon féjour à Paris
venoit de tems en tems la viſiter , étoit
charmé d'y rencontrer des Lecteurs . Il fe
faifoit un plaifir de les queftionner fur
l'objet de leurs études , & de les encoura
ger par l'intérêt qu'il paroifoit y prendre.
Les gens de Lettres n'avoient pas feulement
la liberté d'emprunter les Livres , &
de les garder à loifir . S'ils en demandoient
quelques-uns qui ne fuffent pas dans la
Bibliothéque , on les achetoit fur le champ,
pour leur en procurer la lecture. Le zéle
du Bibliothéquaire fecondoit de fi louables
difpofitions. M. l'Abbé Oliva fatisfaifoit
en les fuivant , fon goût pour les
Lettres.
C'est à les foins , & à la liberalité de M.
le Cardinal de Rohan , que le Public doit
1 ,édition de plufieurs Lettres du Pogge
Florentin , & de fon Traité fur les viciffi
indes de la Fortune : ouvrage curieux , dont
le manufcrit appartenoit au Cardinal Ot
JUIN. 1751. 77
toboni. L'Italie recéle peut-être encore un
grand nombre d'écrits de fes plus illuftres
- Sçavans , dont la connoiffance jetteroit un
nouveau jour fur l'Hiftoire des derniéts
fiéeles , fi l'exemple de M. le Cardinal de
Rohan trouvoit beaucoup d'imitateurs.
Ce morceau du Pogge , qu'il fit imprimer
à les frais , parut en 1723 fous fes
aufpices. C'est une forte d'hommage qu'il
a reçu plus d'une fois , & dont il fat toujours
redevable à la réputation qu'il s'étoit
acquife dans l'Europe. De tous les
ouvrages qui lui furent dédiés , je ne citerai
que le Tréfor des Anecdotes du Pere
Martenne ; les Antiquités de l'Eglife d'Efpagne
, & la Traduction Italienne de nos
Mémoires , dont le premier volume parut
à Venife en 17 ; o . La flatterie n'eut aucune
part à ces témoignages publics d'une
jufte reconnoiffance . Les gens de Lettres
pouvoient- ils en avoir trop pour un Amateur
illuftre , qui s'attachoit à former unte
Bibliothéque immenfe pour leur ufage ,
autant que pour le fien à Il en avoit deux
autres , dont il étoit plus fouvent à portée
de jouir , l'une à Strasbourg , & l'autre à
Saverne .
?
En effet , Strasbourg & Saverne ont été
Ies lieux de fa réfidence ordinaire ; & c'eft
la furtout qu'il étoit grand , fi c'eft mériter
D iij.
78 MERCURE DE FRANCE.
ce nom , que d'être affable avec dignité
magnifique avec économie , zélé fans intolérance
, modéré fans foibleffe , ferme
& prudent , ami de la paix & confervateur
de l'ordre . Nous avons déja parlé de
ce qu'il a fait dans fon Diocéfe , où les
foins ont rétabli la régularité . Son départ
y répandoit la trifteffe : on l'eût regardé
comme un malheur public, fans l'efperance
d'un retour prochain. Il rentroit au bruit
des acclamations , & la joye qu'infpiroit
fa préfence,étoit peinte dans tous les yeux.
Son Palais toujours ouvert , étoit toujours
rempli. Au milieu de cette affluence , M.
le Cardinal de Rohan s'occupoit , comme
s'il eût été dans une profonde folitude.
Ce concours le charmoit fans le diftraire.
Ceux qui l'abordoient , au lieu d'une au
dience , trouvoient un entretien plein de
bonté . Il s'intéreſfoit à leur fituation ; il
accommodoit leurs differends. L'air obli
geant , dont il accordoit une grace en relevoit
le prix ; & la peine qu'il témoignoit
à refufer confoloit de fes refus ; il étoit le
lien & l'arbitre des familles , des Corps
des differens partis . Quoiqu'il ait fçû défendre
fes prérogatives avec vigueur , fon
Chapitre conferva toujours avec lui l'union
la plus parfaite.
Dans la difcuffion des matieres les plus
>
И
79
JUIN.
1751.
épineufes , on admiroit fa douceur , fa pénétration
, la jufteffe de fes idées . D'un
coup d'oeil il faififfoit le point de la queftion
, & fans s'arrêter aux branches , il
s'attachoit aux difficultés effentielles . La
raifon , qui pour convaincre les hommes
a befoin de les féduire , ne fut jamais fi
feduifante que dans fa bouche. Les graces
de fa perfonne , la nobleſſe de ſa diction ,
l'élégance toujours naturelle des tours qu'il
employoit , cette politeffe qui proportionnoit
fon langage au rang , au mérite , aux
circonstances , tout concouroit à lui donner
fur les efprits un empire , dont il ne
fe fervoit fouvent , que pour faire goûter
des confeils utiles , ou des partis avanta
geux. C'étoit un Enchanteur aimable , qui
n'abufoit point de fes charmes; & c'eſt à
ce caractére , à cette conduite qu'il a dû
Feftime & l'amour des peuples confiés à
fes foins , tandis que fa magnificence attiroit
fur lui les regards des Etrangers.
M. le Cardinal de Rohan , placé fur la
plus importante de nos frontieres entre
deux Peuples puiffans & rivaux , fembloit
être chargé de repréſenter la France auprès
de l'Allemagne. Perfonne n'étoit plus fait
pour réuffir dans cette brillante fonction..
La beauté de les jardins & de fes Palais ,
orués par tous les Arts , donnoit une haute-
Diiij
Bo MERCURE DE FRANCE.
idée de notre goût : fes manieres faifoient
aimer nos moeurs : & la grandeur du Sujet
annonçoit la Majefté du Souverain . Ses
correfpondances continuelles avec les Princes
de l'Empire , les ont fouvent mis à
portée de lui donner des marques des fentimens
qu'ils avoient pour lui. Il étoit
dans l'habitude de leur faire des préfens ,
& d'en recevoir d'eux . Les Princes de
Waldeck , de Bade , de Darmstadt ,, & des
Deuxponts venoient pafler plufieurs jours
avec lui . L'Electeur de Cologne lui rendit
vifite en 1739 , & trouva Saverne au - deſſus
de fa réputation.
Cette eftime , dont jouiffoit M. le Cardinal
de Rohan , ne ſe bornoit point à des
démonftrations vagues & paffageres. Il en
a fçu tirer en plufieurs rencontres des avantages
réels ; mais furtout s'en fervir pour
remettre fon Siége en poffeffion de fes plus
beaux droits. En 1721 , il obtint de l'Empereur
l'Inveftiture des Etats que l'Evêché
de Strasbourg poffede en Allemagne ; &
reconnu par cette cérémonie Membre de
l'Empire , il reprit dans la Diette générale
une féance , dont les deux Evêques précédens
n'avoient pas joui.
Si la fplendeur dans laquelle il vivoic
n'eût été qu'une vaine décoration , faite
uniquement pour les yeux , ce ne feroit
JUI N. 1751. 81
pas un fujet d'éloge. Mais fa magnificence
n'étoit point un abus des richeffes. Ce n'étoit
ni cette pompe frivole , dont l'éclat
eft inutile à ceux qu'il éblouit , ni ce fafte
odieux que le Sage méprife , & que le vul →
gaire contemple en murmurant. Bienfai
fante & liberale , elle allioit les dehors de
la repréſentation avec le foulagement des
malheureux : elle entretenoit les Arts &
l'induftrie ; elle répandoit dans l'Alface
l'abondance & la joye. Les Eccléfiaftiques ,
les Militaires , les gens de Lettres étoient
admis à la table & logés dans fon Palais ,
forfqu'ils vouloient y faire quelque féjour.
Il fuffifoit de lui être préfenté , pour y demeurer
auffi long- tems que la néceffité des
affaires , les charmes du lieu , ceux de la
fociété pouvoient y retenir ; & l'on en fortoit
plein de reconnoiffance , pour faire
place à d'autres qui devoient y trouver les
mêmes agrémens : Les foldats ennemis
retenus prifonniers pendant la guerre aux
environs de Strasbourg , ont reffenti les
effets de fa généreufe compaffion . Hommes
, femmes , enfans , il ' les a fair venir
dans fon Palais ; & les a confolés dans leur
mifére par des fecours de toute efpéce.
Saverne étoit un Temple confacré par la
grandeur à l'hofpitalité.
.
A
François & Guillaume de Furftemberg
Dav
82 MERCURE DE FRANCE.
avoient conftruit ce fuperbe édifice , mais
il doit tous les embelliffemens à M. le Cardinal
de Rohan . Le Palais Epifcopal de
Strasbourg eft fon ouvrage. Il l'a commencé
en 1730 , & tous les connoiffeurs
en admirent l'élegance & la nobleffe .
Cependant , malgré tant de dépenſes ,
les revenus de l'Evêché font augmentés
confidérablement . Il avoit trouvé fon
Diocéfe dans cet état de défordre que de-.
voient produire l'anarchie dans laquelle il:
avoit long- tems gémi , l'abſence de fes
Evêques , & le mêlange des Religions. Il
le laiffe réglé, tranquille , rétabli dans ſon
ancien luftre , embelli de bâtimens fomptueux.
Ne pouvoit- il pas à quelques égards .
s'approprier la réflexion que fit Auguftefur
l'état où Rome étoit , lorfqu'il prit les
rénes de l'Empire , & fur celui dans lequel
à fa mort il laiffa cette Capitale du monde ?
Mais plus heureux que ce Prince , il a ce
qu'Augufte ne put ou ne voulut pas avoir,
un fucceffeur digne de lui , formé par fes
foins , héritier de fon nom , de fes qualités
aimables , de fon goût pour la Littérature,
& dont les vertus confoleront l'Alface .
Quoique M. le Cardinal de Rohan fût
fujet à de fréquentes attaques de goute ,
la bonté de fon tempéramment fembloit
lui promettre des jours plus longs. Une
JUIN. 17316 83
maladie que d'abord on ne crut pas mortelle
l'emporta prefque fubitement au mois
de Juillet dernier , dans la foixantefeizième
année de fon âge. Il est mort
pleuré de fa famille , d'un grand nombre
d'amis illuftres , d'un peuple nombreux
dont il fut les délices , & regretté d'un
Souverain , digne de regner fur les plus .
grands hommes . C'est une vraie perte , a dit
le Roi en apprenant fa mort. Le Cardinal
de Rohan a bien fervi l'Etat ; il étoit bon Citoyen
grand Seigneur , je n'ai jamais été
harangué par perfonne qui m'ait plû davantage.
Fermer
240
p. 14-17
ODE A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
Rempli de l'attrait où m'engage [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Prince, Main, Poète, Désir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
ODE
A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Rempli de l'attrait où m'engage
Tout ce qu'on présage de toi,
Je veux t'offrir un tendre hommage
Mon cout m'en impose la loi:
Ma main sera son Interprête:
Mais, Prince charmant, un Poëte,
Seulement par amusement
Sans talent, sans art, sans délire,
Que jamais Apolion n'inspire,
Peut-il le faire dignement:
Non. De l'audace qui m'anime,
0
JANVIER.
1752.
Il faudroit arrêter le bruit;
Mais mon transport fût il un crime,
Mes yeux t'ont vû, ma main écrit.
Je suis saus doute un téméraire,
D'oser entrer dans la carriere
Où sont les Poëtes fameux
Que dis-je ? ils n'ont rien que j'envie:
S'ils me surpassent en génie,
L'amour me met au dessus d'eux,
L'éclat qui brille dans ta mere,
Est déja devenu le tien:
Imitant ton auguste pere:
Parfaitement digne du fien,
Tu seras grand, doux, équitable.
L'Empire des tiens est aimable
Il est beau de le soûtenir.
Ce n'est qu'en suivant leurs exemples,,
Que tu p.ux méniter les Temples
Que te prépare l'avenir.
Je chante, Prince, ta sagesse,
En chantant celle de mon Roi:
C'est ses vertus, c'est sa tendresse,
Que le desir admire en toi.
Ses hauts exploits, sa bonté rate,
L'heureuse Ecole qu'il. prépata
15
16. MERCURE DEFRANCE.
Aux fils des peres malheureux,
Assurent sa gloire constante
D'une immortalité brillante,
Conforme à l'ardent de nos veux.
Son nom est inêlé dans nos Fêtes
Aux noms des Rois les plus chéris:
Iliregne aujourd'hui sur nos têtes:
Ton Pere est le Roi de nos fils:
Nos neveux verront tou Empire;
Et, j'ose ici te le prédire,
Un Dieu caché parle à mon cour,
Te voyant marcher sur sa trace,,
Le Ciel éternisant ta race,
Eternisera leur bonheun
Je n'ai point le talent de plaire,
Je n'en connois que le desir;
Mais, jeune Prince, sans mystére,
Sourent on peur y parvenir.
Vets toi, sur cette confiance,
Mes chants volent en assurance,
Sur l'aile. de l'enchantement.
Ma Muse est peut-être indiscréte;
Mais contre le goût d'un Poëte,
La raison parle vainement.
JANVIER.
1752.
Reçois, grand Prince, mon hommage,
Prête l'oreille à mes accens;
Pout t'en crayonner une image
J'ai brulé mon premier encens.
Je ne pouvois. rien autre chose;
Et si déja plusieurs en prose
Te parloient avant mes Concerts,
Quand Page ouvrira ta pensée,
Souviens-toi que, l'ame embrasée,
Je l'ai fait le premier en vers.
Ciel! si jusques à ta mere
Mon ouvrage peut pénétrer
Quelle beauté, quel caractére,
Quel éclat y verrai- je entrer!
Il n'est plus rien qui m'épouvante:
Ses yeux, du feu qui nous enchante,,
Orneront mes expressions:
Ainsi l'Astre de la lumiere,
Parcourant sa vaste carriere,
Embellit tout de ses rayons.
Par M. D. L. F.
A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Rempli de l'attrait où m'engage
Tout ce qu'on présage de toi,
Je veux t'offrir un tendre hommage
Mon cout m'en impose la loi:
Ma main sera son Interprête:
Mais, Prince charmant, un Poëte,
Seulement par amusement
Sans talent, sans art, sans délire,
Que jamais Apolion n'inspire,
Peut-il le faire dignement:
Non. De l'audace qui m'anime,
0
JANVIER.
1752.
Il faudroit arrêter le bruit;
Mais mon transport fût il un crime,
Mes yeux t'ont vû, ma main écrit.
Je suis saus doute un téméraire,
D'oser entrer dans la carriere
Où sont les Poëtes fameux
Que dis-je ? ils n'ont rien que j'envie:
S'ils me surpassent en génie,
L'amour me met au dessus d'eux,
L'éclat qui brille dans ta mere,
Est déja devenu le tien:
Imitant ton auguste pere:
Parfaitement digne du fien,
Tu seras grand, doux, équitable.
L'Empire des tiens est aimable
Il est beau de le soûtenir.
Ce n'est qu'en suivant leurs exemples,,
Que tu p.ux méniter les Temples
Que te prépare l'avenir.
Je chante, Prince, ta sagesse,
En chantant celle de mon Roi:
C'est ses vertus, c'est sa tendresse,
Que le desir admire en toi.
Ses hauts exploits, sa bonté rate,
L'heureuse Ecole qu'il. prépata
15
16. MERCURE DEFRANCE.
Aux fils des peres malheureux,
Assurent sa gloire constante
D'une immortalité brillante,
Conforme à l'ardent de nos veux.
Son nom est inêlé dans nos Fêtes
Aux noms des Rois les plus chéris:
Iliregne aujourd'hui sur nos têtes:
Ton Pere est le Roi de nos fils:
Nos neveux verront tou Empire;
Et, j'ose ici te le prédire,
Un Dieu caché parle à mon cour,
Te voyant marcher sur sa trace,,
Le Ciel éternisant ta race,
Eternisera leur bonheun
Je n'ai point le talent de plaire,
Je n'en connois que le desir;
Mais, jeune Prince, sans mystére,
Sourent on peur y parvenir.
Vets toi, sur cette confiance,
Mes chants volent en assurance,
Sur l'aile. de l'enchantement.
Ma Muse est peut-être indiscréte;
Mais contre le goût d'un Poëte,
La raison parle vainement.
JANVIER.
1752.
Reçois, grand Prince, mon hommage,
Prête l'oreille à mes accens;
Pout t'en crayonner une image
J'ai brulé mon premier encens.
Je ne pouvois. rien autre chose;
Et si déja plusieurs en prose
Te parloient avant mes Concerts,
Quand Page ouvrira ta pensée,
Souviens-toi que, l'ame embrasée,
Je l'ai fait le premier en vers.
Ciel! si jusques à ta mere
Mon ouvrage peut pénétrer
Quelle beauté, quel caractére,
Quel éclat y verrai- je entrer!
Il n'est plus rien qui m'épouvante:
Ses yeux, du feu qui nous enchante,,
Orneront mes expressions:
Ainsi l'Astre de la lumiere,
Parcourant sa vaste carriere,
Embellit tout de ses rayons.
Par M. D. L. F.
Fermer
241
p. 23-25
TRANSPORT BACHIQUE Au sujet de la Naissance du nouveau Duc de Bourgogne.
Début :
Lucine donne enfin un Prince à la Bourgogne, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Jus, Prince, Dieux, Amis, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRANSPORT BACHIQUE Au sujet de la Naissance du nouveau Duc de Bourgogne.
TRANSPORT BACHIQUE
Au sujet de la Naissance du nouveau Duc
de Bourgogne.
Lucine donne enfin un Prince à la Bourgogne,
O Bachus, hâte- toi de lui donner du vin
Prépate ses pressoirs, fais murit son taisin;
Enyvre tour à tour la France & la Pologne:
Déja le fier Borée assiège nos climats
Déja des Aquilons la fougueuse insolence,
De tes dons renaissans menace l'abondance;
Viens; fils de Jupiter, dissipe ces frimats
Des airs, en un instant, fais cosset l'inclémence.
Un Prince nous est né; digne sang. de nos Dieux:
Mais sans ton jus victorieux
Que nous sont les transpoits, dont la France est
ravie?
Ton jus seul, ce jus précieux,
Sous d'aimables liens tient notre ame asservie,
24 MERCURE DE FRANCE.
Qui, saus ce jus délicieux,
C'est un suplice que la vie.
Protège la Bourgogne & ses riches coteaux:
Les voeux que pour hâter cette illustre naissance,
Ont faits les Habitans de ton Empire immense
De son divin nectar ont vuidé nos caveaux.
Ces vœux sont accomplis: le Prince vient de
naître
Pour célébrer un nouveau Maître,
Il nous faut des présens nouveaux.
Mais quel feu tout à coup me pénêtre & m'é-
claite ?
Où suis je ? Quel pouvoir s'empare de mes sens?
Silence, mes amis, c'est notre auguste Pere,
C'est Bachus, c'est lui que je sens....
Victoire, amis, chantons victoire,
Le Dieu rappelle à mon esprit
Ce que par un prodige incroyable, subit,
Le tems avoit enfin chassé de ma mémoire;
Venoz, courex, suivez mes pas,
Pénétrons hardiment dans tes demeures sombres
Que d'Autels renversés! que d'antiques décom-
bres !
Que de tristes témoins de nos joyeux combats !
A travers ces débris ouvrons- nous une route:
Voyex ces muids cachés sous une triple voûte,
Par quel charme inoui nous sont- ils échapés !
Un Dieu, n'en doutons point, un Dieu nous a
trompés
Bachus pour ce beau jour les réservoit sans doute.
Amis
Jigitized by Goog
JANVIER.
1752.
25
Amis, couronno ns nous de pampres, de festops,
Rangez-vous, prellez-vous autour de cette table,
Défonçons ces tonneaux: que leur jus délectable
Daus nos verre, fumans s'écoule à gros bouillons, a
Livtons nous l'un à l'autre une guerre agréable:
Rougissez, ò vainqueurs! triomphez, 8 vaincus:
Les Dieux même, les Dieux le cédent à Bacchus;
Osez-vous tésister à ce Dieu redoutable:
Mais parmi les festins & les bruyans plaisirs,
N'allons point oublier d'où viennent ces richesses-
Le Prince que le Ciel accorde à nos desirs,
Nous a seul de Bacchus attité les la gesses.
Puisse-t'il être aux Dieux un objet de caresses !
Que la Parque sensible à nos justes transports
N'interrompe jamais ses nobles destinées:
Puisse, puisse sans cesse au gré de nos esforts,
Le nombre de nos rougebords
Marquer celui de ses années !
Jette sur lui, Bacclius, un regard protecteur,
Conserve des François l'amour & l'e perance,
Telle la vigne en sa naissance
De l'ormeau qui l'éleve emprunte sa vigueur,
Ranime en son berceau cet Enfant adorable:
Qu'il croisse, pour sentir le prix de tes faveurs,
Qu'un jour, comme le tien, son Regne soit ai-
mable,
Qu'il dure aussi long. tems que la soif des buveurt-
Pavaut de Jaussal.
Au sujet de la Naissance du nouveau Duc
de Bourgogne.
Lucine donne enfin un Prince à la Bourgogne,
O Bachus, hâte- toi de lui donner du vin
Prépate ses pressoirs, fais murit son taisin;
Enyvre tour à tour la France & la Pologne:
Déja le fier Borée assiège nos climats
Déja des Aquilons la fougueuse insolence,
De tes dons renaissans menace l'abondance;
Viens; fils de Jupiter, dissipe ces frimats
Des airs, en un instant, fais cosset l'inclémence.
Un Prince nous est né; digne sang. de nos Dieux:
Mais sans ton jus victorieux
Que nous sont les transpoits, dont la France est
ravie?
Ton jus seul, ce jus précieux,
Sous d'aimables liens tient notre ame asservie,
24 MERCURE DE FRANCE.
Qui, saus ce jus délicieux,
C'est un suplice que la vie.
Protège la Bourgogne & ses riches coteaux:
Les voeux que pour hâter cette illustre naissance,
Ont faits les Habitans de ton Empire immense
De son divin nectar ont vuidé nos caveaux.
Ces vœux sont accomplis: le Prince vient de
naître
Pour célébrer un nouveau Maître,
Il nous faut des présens nouveaux.
Mais quel feu tout à coup me pénêtre & m'é-
claite ?
Où suis je ? Quel pouvoir s'empare de mes sens?
Silence, mes amis, c'est notre auguste Pere,
C'est Bachus, c'est lui que je sens....
Victoire, amis, chantons victoire,
Le Dieu rappelle à mon esprit
Ce que par un prodige incroyable, subit,
Le tems avoit enfin chassé de ma mémoire;
Venoz, courex, suivez mes pas,
Pénétrons hardiment dans tes demeures sombres
Que d'Autels renversés! que d'antiques décom-
bres !
Que de tristes témoins de nos joyeux combats !
A travers ces débris ouvrons- nous une route:
Voyex ces muids cachés sous une triple voûte,
Par quel charme inoui nous sont- ils échapés !
Un Dieu, n'en doutons point, un Dieu nous a
trompés
Bachus pour ce beau jour les réservoit sans doute.
Amis
Jigitized by Goog
JANVIER.
1752.
25
Amis, couronno ns nous de pampres, de festops,
Rangez-vous, prellez-vous autour de cette table,
Défonçons ces tonneaux: que leur jus délectable
Daus nos verre, fumans s'écoule à gros bouillons, a
Livtons nous l'un à l'autre une guerre agréable:
Rougissez, ò vainqueurs! triomphez, 8 vaincus:
Les Dieux même, les Dieux le cédent à Bacchus;
Osez-vous tésister à ce Dieu redoutable:
Mais parmi les festins & les bruyans plaisirs,
N'allons point oublier d'où viennent ces richesses-
Le Prince que le Ciel accorde à nos desirs,
Nous a seul de Bacchus attité les la gesses.
Puisse-t'il être aux Dieux un objet de caresses !
Que la Parque sensible à nos justes transports
N'interrompe jamais ses nobles destinées:
Puisse, puisse sans cesse au gré de nos esforts,
Le nombre de nos rougebords
Marquer celui de ses années !
Jette sur lui, Bacclius, un regard protecteur,
Conserve des François l'amour & l'e perance,
Telle la vigne en sa naissance
De l'ormeau qui l'éleve emprunte sa vigueur,
Ranime en son berceau cet Enfant adorable:
Qu'il croisse, pour sentir le prix de tes faveurs,
Qu'un jour, comme le tien, son Regne soit ai-
mable,
Qu'il dure aussi long. tems que la soif des buveurt-
Pavaut de Jaussal.
Fermer
242
p. 28-33
CANTATE Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par M. Cretois, de la Ville de Meaux. A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Début :
DIGNE Fils d'un Monarque Auguste & Généreux, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Prince, Bouts de l'univers, Ciel, Louis, Déesse, Bonheur, Paix, Heureux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CANTATE Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par M. Cretois, de la Ville de Meaux. A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
CANTATE
Sur la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par M. Cretois, de la Ville
de Meaux.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
DIGNE Fils d'un Monarque Auguste &
Généreux,
Grand Prince, pardonnez mon essor téméraire;
Daignez. un moment vous distraire:
Je chante le présent que vous ont fait les Dicux
Anotre tendrs amour si cher, si précieux.
Si mes accens peuvent vous plairo
De l'Univers entier je suis le plus heureux,
La France.
LOUIS avoit vaincu ses superbes rivaux;
Il avoit enchaîné la discorde ennemie.
Je jouissois des douceurs du repos;
Mais ma tranquilité sembloit mal affermie,
si le Ciel n'accordoit à mes empressemens
Un Prince qui, par sa naissance
Du Trône de mes Rois soutenant l'espérance
En assurât les fondemens.
JANVIER.
1752.
29
Peuples unissez-vous; aux transports d'allengressa
Joignez les plus charmans concerts;
Un Prince vous est né: Diligente Déesse,
Hâte-toi de fendre les airs;
Portes-en la nouvelle aux bouts de l'Univers
Chœur
Unissons-nous; aux transports d'allégresse
Joignons les plus charmans concerts.
Un Prince nous est né. Diligente Déesse,
Hâte-toi de fendre les airs;
Portes-en la nouvelle aux bouts de l'Univers,
La Renommée.
FRANCS, tu dois compter sur l'ardeur de mon zele.
Par cette importante nouvelle
Je vais remplit l'attente des Mortels.
Pour ton bonheur tout l'Univers soupire,
LOUIS chérit la Paix, protège ses Autels;
Sur les cœurs par ses soins il étend ton Empire-
Tu n'as plus d'envieux, tu n'as plus d'ennemis,
Ses vertus te les ont soumis.
Chæeur.
Vnissons-nous; aux transports d'allégresse
Joignons les plus charmans concerts.
Biij
jitized by Goog
30 MERCURE DEFRANCE.
Un Prince nous est né. Diligente Déesse,
Hâte-toi de fendre les airs;
Portes-en la nouvelle aux bouts de l'Univers.
La France.
Tous les Peuples divers prendront part à ma joye.
L'Europe sur ses mauxa vu couler mes pleurs;
Le Laurier sur le front à la douleut en proie,
J'ai, l'olive à la main, dissipé ses malheurs.
Elle eut à combattre un Alcide;
Mais en tombant à ses genoux,
Elle connut qu'un Roi que la Justice guide
A le cœeur exemt de courroux.
Tous les Peuples divers prendront part à ma joye.
L'Europe sur ses maux a vu couler mes pleurs;
Le Laurier sur le front, à la douleur en proie,
J'ai, l'olive à la main, dissipé ses malheurs.
Vn Etranger.
Son repos tient à ta puissanco ;.
Elle est sensible à ton bonheur.
Partout tu maintiens la balance;
Aux Loix tu donnes la vigueur.
Tes Rois contens de leur partage
Ne sont point jaloux de nos droits;
JANVIER. 1752.
Sils font redouter leur courage,
Notre bien naît de leurs exploits.
Depuis la rive Orientale
Jusqu'aux lieux où finit le jour,
FRANCI, ca gloire est sans égale;
Tu sçais captiver notre amout.
Choeur d'Etrangers.
/es Rois contens de leur partage
Ne sont point jaloux de nos droits;
S'ils font redouter leur courage,
Notre bien naît de leurs exploits.
La France.
Illustre rejetton, ah! puissiez- vous connaître
La tendresse, pour vous, dont mon cœur est
épris
Des Augustes Epoux dont les Dieux vous font
naître
Vous aurez les vertus, les dons que je chéris,
Sur vos jours mon espoir se sonde;
Prince, pour faire des heureux
Le Ciel vous accorde à mes vœux;
Vivez pour le bonheur du Monde.
Que de votre tige féconde
Ilnaisse des Héros dignes de leurs Aieux;
Biiij
31
32 MERCURE DEFRANCE
Qu'un jour témoins de votre gloire,
Ils s'ouvrent un chemin au Temple de Mémoire;
Et que dans l'Empire des Lys
Refleurisse à jamais le Régne de LOUIS.
Illustre Rejetton, ab! puissiez- vous connoltre
La tendresse, pour vous, dont mon cour est
épris;
Des Augustes Epoux dont les Dieux vous font
naître,
Vous aurez les vertus, les dons que je chéris.
Chœeur.
Sur vos jours notre espoir se fonde,
Prince, pour faire des heureux,
Le Ciel vous accorde à nos vœux;
Vivez pour le bonheur du Monde.
Le Dieu tutelaire de la France.
YRANCI, godtez les doux fruits de la Paix;
Les plaisirs & les jeux ne finiront jamais;
Vous en jouirez d'âge en âge;
Les Immortels de leurs bienfaits
Vous donnent aujourd'hui le plus précieux gage.
Sur l'avenit mes yeux se sont ouverts;
Qelle gloire t'attend, Déesse fortunée :
ed by Goog
*-
JANVIER. 1752.
Aux Enfans de LOUIS que de Trônes offerts:
Je vois sa nombreuse Lignée,
Par d'equitables Loix, de cent Climats divera
Régler l'heureuse destinée.
Mortels, ne faites plus qu'un Peuple désormais;
C'est aux Bourbons à gouverner la Terre,
ke Ciel entre leurs mains a remis son Tonnerre:
Il les a faits les Héros de la Guerre
Et les Arbitres de la Paix.
Chœur.
Ne faisons plus qu'un Peuple désormais,
C'est aux Bourbons à gouverner la Terre;
Re Ciel entre leurs mains a remis son Tonnerre;
Il les a faits les Héros de la Guerre,
Et les Arbitres de la Paix.
Sur la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par M. Cretois, de la Ville
de Meaux.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
DIGNE Fils d'un Monarque Auguste &
Généreux,
Grand Prince, pardonnez mon essor téméraire;
Daignez. un moment vous distraire:
Je chante le présent que vous ont fait les Dicux
Anotre tendrs amour si cher, si précieux.
Si mes accens peuvent vous plairo
De l'Univers entier je suis le plus heureux,
La France.
LOUIS avoit vaincu ses superbes rivaux;
Il avoit enchaîné la discorde ennemie.
Je jouissois des douceurs du repos;
Mais ma tranquilité sembloit mal affermie,
si le Ciel n'accordoit à mes empressemens
Un Prince qui, par sa naissance
Du Trône de mes Rois soutenant l'espérance
En assurât les fondemens.
JANVIER.
1752.
29
Peuples unissez-vous; aux transports d'allengressa
Joignez les plus charmans concerts;
Un Prince vous est né: Diligente Déesse,
Hâte-toi de fendre les airs;
Portes-en la nouvelle aux bouts de l'Univers
Chœur
Unissons-nous; aux transports d'allégresse
Joignons les plus charmans concerts.
Un Prince nous est né. Diligente Déesse,
Hâte-toi de fendre les airs;
Portes-en la nouvelle aux bouts de l'Univers,
La Renommée.
FRANCS, tu dois compter sur l'ardeur de mon zele.
Par cette importante nouvelle
Je vais remplit l'attente des Mortels.
Pour ton bonheur tout l'Univers soupire,
LOUIS chérit la Paix, protège ses Autels;
Sur les cœurs par ses soins il étend ton Empire-
Tu n'as plus d'envieux, tu n'as plus d'ennemis,
Ses vertus te les ont soumis.
Chæeur.
Vnissons-nous; aux transports d'allégresse
Joignons les plus charmans concerts.
Biij
jitized by Goog
30 MERCURE DEFRANCE.
Un Prince nous est né. Diligente Déesse,
Hâte-toi de fendre les airs;
Portes-en la nouvelle aux bouts de l'Univers.
La France.
Tous les Peuples divers prendront part à ma joye.
L'Europe sur ses mauxa vu couler mes pleurs;
Le Laurier sur le front à la douleut en proie,
J'ai, l'olive à la main, dissipé ses malheurs.
Elle eut à combattre un Alcide;
Mais en tombant à ses genoux,
Elle connut qu'un Roi que la Justice guide
A le cœeur exemt de courroux.
Tous les Peuples divers prendront part à ma joye.
L'Europe sur ses maux a vu couler mes pleurs;
Le Laurier sur le front, à la douleur en proie,
J'ai, l'olive à la main, dissipé ses malheurs.
Vn Etranger.
Son repos tient à ta puissanco ;.
Elle est sensible à ton bonheur.
Partout tu maintiens la balance;
Aux Loix tu donnes la vigueur.
Tes Rois contens de leur partage
Ne sont point jaloux de nos droits;
JANVIER. 1752.
Sils font redouter leur courage,
Notre bien naît de leurs exploits.
Depuis la rive Orientale
Jusqu'aux lieux où finit le jour,
FRANCI, ca gloire est sans égale;
Tu sçais captiver notre amout.
Choeur d'Etrangers.
/es Rois contens de leur partage
Ne sont point jaloux de nos droits;
S'ils font redouter leur courage,
Notre bien naît de leurs exploits.
La France.
Illustre rejetton, ah! puissiez- vous connaître
La tendresse, pour vous, dont mon cœur est
épris
Des Augustes Epoux dont les Dieux vous font
naître
Vous aurez les vertus, les dons que je chéris,
Sur vos jours mon espoir se sonde;
Prince, pour faire des heureux
Le Ciel vous accorde à mes vœux;
Vivez pour le bonheur du Monde.
Que de votre tige féconde
Ilnaisse des Héros dignes de leurs Aieux;
Biiij
31
32 MERCURE DEFRANCE
Qu'un jour témoins de votre gloire,
Ils s'ouvrent un chemin au Temple de Mémoire;
Et que dans l'Empire des Lys
Refleurisse à jamais le Régne de LOUIS.
Illustre Rejetton, ab! puissiez- vous connoltre
La tendresse, pour vous, dont mon cour est
épris;
Des Augustes Epoux dont les Dieux vous font
naître,
Vous aurez les vertus, les dons que je chéris.
Chœeur.
Sur vos jours notre espoir se fonde,
Prince, pour faire des heureux,
Le Ciel vous accorde à nos vœux;
Vivez pour le bonheur du Monde.
Le Dieu tutelaire de la France.
YRANCI, godtez les doux fruits de la Paix;
Les plaisirs & les jeux ne finiront jamais;
Vous en jouirez d'âge en âge;
Les Immortels de leurs bienfaits
Vous donnent aujourd'hui le plus précieux gage.
Sur l'avenit mes yeux se sont ouverts;
Qelle gloire t'attend, Déesse fortunée :
ed by Goog
*-
JANVIER. 1752.
Aux Enfans de LOUIS que de Trônes offerts:
Je vois sa nombreuse Lignée,
Par d'equitables Loix, de cent Climats divera
Régler l'heureuse destinée.
Mortels, ne faites plus qu'un Peuple désormais;
C'est aux Bourbons à gouverner la Terre,
ke Ciel entre leurs mains a remis son Tonnerre:
Il les a faits les Héros de la Guerre
Et les Arbitres de la Paix.
Chœur.
Ne faisons plus qu'un Peuple désormais,
C'est aux Bourbons à gouverner la Terre;
Re Ciel entre leurs mains a remis son Tonnerre;
Il les a faits les Héros de la Guerre,
Et les Arbitres de la Paix.
Fermer
243
p. 91-93
EPITRE De M. V. R. M. L. à M. D***, en Province, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
Viens ami, vole au sein des jeux & de l'amour, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Amour, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE De M. V. R. M. L. à M. D***, en Province, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
EPITRE
De M. V. R. M. L. à M. D***,
en
Province, à l'occasion de la naissance de
Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Viens ami, vole au sein des jeux & de l'amour,
Viens partager ma joie & la rendre parfaite;
Paris à quitter ta retraite
Par de nouveaux plaisirs, t'invite chaque jour;
Tu sçais pour quel objet, * la Princesse emptessée:
Formoit les plus sincéres vœux;
Le ciel enfin lui donne un enfant précieux
Armé du même trait dont elle fut blessée.
De la vie en naissant il goûte la douceur
Sa mere la partage avec lui sans allarmes,
Un Prince né pour le commun bonheur,
Pouvoit- il naître dans les larmes:
Des graces le trio sacré
Etoit prése nt à sa naissance;
L'Hymenée & l'Amour pour lui d'intelligence,
De leurs flambeaux l'ont éclairé;
Les Nimph es de la Seine arrivant en cadence,
De leurs roseaux l'ont décoté.
Madame le Dauphine.
———
92 MERCURE DE FRANCE.
Des combats la Déesse altiere
Voulut ouvrir, dit-on, sa débile paupiere;
Et rit, en découvrant dans d'aussi foibles yeux,
Le feu noble & sacré qui rendit ses ayeux
Si chétis dans la paix, & si grands dano la
guerre.
Déja par cent Coursiers fougueux
La Renommée instruit toute la terre
Du présent que nous font les Dieux
Et ces bouches d'airain, dont l'Anglois fut la
proye
Instrumens meurtiiers des guerrieres fureurs,
Ne sont plus que ceux de la joye
Qui regne dans tous les cœurs.
Dans ce séjour d'opulence,
De la corne d'abondance
Je vois les trésors s'écouler
Chacun par sa magnificence
Veut aujourd'hui se signaler.
La Bourgogno en faveur d'un Prince,
Nouvel appui de sa Province,
S'efforçant de briller d'un plus beau coloris,
Rassemble autour du verre & les jeux & les riu
Six cent Vierges infortunées
De leurs Amants accompagnées
Vont subir aux Autels une plus douce lot;
Et croiront satisfaire à la reconnoissance
JANVIER. 1752.
91
En se hâtant de donner à la France
Des Sojets dignes de leur Roi....
Mais cher D**, quel nouvel êtro
Vient tout à coup frapper mes sens!
Déjà le soustre & le salpêtre
Jusqu'aux cieux portent notre encens,
Et dans l'air agité tracent en traits de flàmme
L'ardeur des sentimens qui ravissent notre ame.
Eu ce moment la plume échappe de mes
mains,
Saus doute tu permets qu'on cesse de t'écrire;
Quand avec tout Paris il faut dire & redire,
Vive le Roi, le pere & l'ami des humains.
De M. V. R. M. L. à M. D***,
en
Province, à l'occasion de la naissance de
Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Viens ami, vole au sein des jeux & de l'amour,
Viens partager ma joie & la rendre parfaite;
Paris à quitter ta retraite
Par de nouveaux plaisirs, t'invite chaque jour;
Tu sçais pour quel objet, * la Princesse emptessée:
Formoit les plus sincéres vœux;
Le ciel enfin lui donne un enfant précieux
Armé du même trait dont elle fut blessée.
De la vie en naissant il goûte la douceur
Sa mere la partage avec lui sans allarmes,
Un Prince né pour le commun bonheur,
Pouvoit- il naître dans les larmes:
Des graces le trio sacré
Etoit prése nt à sa naissance;
L'Hymenée & l'Amour pour lui d'intelligence,
De leurs flambeaux l'ont éclairé;
Les Nimph es de la Seine arrivant en cadence,
De leurs roseaux l'ont décoté.
Madame le Dauphine.
———
92 MERCURE DE FRANCE.
Des combats la Déesse altiere
Voulut ouvrir, dit-on, sa débile paupiere;
Et rit, en découvrant dans d'aussi foibles yeux,
Le feu noble & sacré qui rendit ses ayeux
Si chétis dans la paix, & si grands dano la
guerre.
Déja par cent Coursiers fougueux
La Renommée instruit toute la terre
Du présent que nous font les Dieux
Et ces bouches d'airain, dont l'Anglois fut la
proye
Instrumens meurtiiers des guerrieres fureurs,
Ne sont plus que ceux de la joye
Qui regne dans tous les cœurs.
Dans ce séjour d'opulence,
De la corne d'abondance
Je vois les trésors s'écouler
Chacun par sa magnificence
Veut aujourd'hui se signaler.
La Bourgogno en faveur d'un Prince,
Nouvel appui de sa Province,
S'efforçant de briller d'un plus beau coloris,
Rassemble autour du verre & les jeux & les riu
Six cent Vierges infortunées
De leurs Amants accompagnées
Vont subir aux Autels une plus douce lot;
Et croiront satisfaire à la reconnoissance
JANVIER. 1752.
91
En se hâtant de donner à la France
Des Sojets dignes de leur Roi....
Mais cher D**, quel nouvel êtro
Vient tout à coup frapper mes sens!
Déjà le soustre & le salpêtre
Jusqu'aux cieux portent notre encens,
Et dans l'air agité tracent en traits de flàmme
L'ardeur des sentimens qui ravissent notre ame.
Eu ce moment la plume échappe de mes
mains,
Saus doute tu permets qu'on cesse de t'écrire;
Quand avec tout Paris il faut dire & redire,
Vive le Roi, le pere & l'ami des humains.
Fermer
244
p. 178-188
Explications des devises & des emblèmes peints sur les médaillons placés au-dessus de chaque Figure.
Début :
Au dessus de la Paix une Aurore dont l'éclat prompt & lumineux dissipe en un moment les [...]
Mots clefs :
Devises, Emblèmes, Jeune, Amour, Prince, Naissance du duc de Bourgogne, Sort, Mots, Peuple, Joie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explications des devises & des emblèmes peints sur les médaillons placés au-dessus de chaque Figure.
Explications des devises & des emblèmes
peints sur les médaillons placés au-dessus de
chaque Figure.
Au dessus de la Paix une Aurore dont l'éclat
prompt & lumineux dissipe en un moment les
ténébres de la nuit, & ramene le Soleil, pour
exprimer le moment imptévu où naquit Monsci-
gneur le DUC DE BOUAGOGNE, dont la
naissance éveilla la Cour & tout Patis, & pressa
le retour du Roi à Versailles.
Luce fugat somnos, Solemque reducit.
Je parois dans les airs, & soudain ma lamiere
Des mortels assoupis écarte le sommeil;
A peine j'ouvre ma cartiete
Que je ramene le Soleil.
Le Signe de la Balance, sous lequel est né
Monseigneur le DUC DI BOURCOGNI
dont l'heureuse naissance assure plus que jamais
l'ordre de la succession dans la branche regnante.
Ex me invariabilis ordo.
De cet ordte immortel qui mésure les temps
J'annonce la marche assurée;
Er mon retour d'éternelle durée,
Doit triompher & du sort & des aus.
Une figure de Dauphin d'ou sort une eau
jaillissante avec ces mots;
Ex me utile, dulce fluit.
JANVIER. 1752.
179
De moi, signe toujours aimable,
Pour vous coule un nouveau présent
Goutez-en à longs rraits le charme bienfaisant
Peuples, il réunit l'utile & l'agréable.
Au dessus de la Force, dans un brillant par-
terre, un myrthe & un olivier entourés d'un
jeune lys, qui semble les unir plus étroitement
Fortius ac melius.
Rameaux sacrés qu'aujourd'hui j'environne,
Plus que jamais vous serez precieux;
Et la force que je vous donne
En m'unissant à vous, embellira vos nœuds.
Un Trône d'or, chargé des Armes de France-
sur lequel s'appuye de chaque côté, un Amous
qui en assûre la stabilité.
Fulcitur utrinque.
Trône, que de LOUIS la Famille féconde
Affranchira de l'Empire des ans
A jamais tu verras sur toi ses descendans
Servir d'exemple aux Rois & d'ornement au
monde.
Une Couronne d'or, à laquelle un Amour at-
tache un diamant, qui sert à l'affermir & à aug.
menter son éclat.
Et robur & decus addit.
Enfant de la Pélicité
Quel éclat en naissant t'annonce & t'envitonne !
Hvj
...*
180 MERCURE DE FRANCE.
Ta main donne à cette Courronne
D'un ornement nouveau la solide beauté.
Au-dessus de Minerve, on voit autour du ben-
ceau du jeune Prince Mars, Apollon & Minerve.
Ces Divinités se félicitent d'un Eleve si propre à
honorer les bienfaits, dont elles s'empressent de
le combler.
Quisque suo fe jactat alumno.
Sur ce nouvel Eleve, à l'envi, sans mesure,
Divinités, répandez vos bienfaits;
Il sçaura tour à tour les rendre avec usure,
Et toujours les Bourbous surpassent vos souhaits.
Deux grands Palmiers, au bas desquels est us
jeune Palmier, qui sort de leur tige commune.
Reddet origo parem.
Sorti d'une Tige immortelle,
Mon sort est d'égaler les Arbres les plus beaux;
Dans peu je serai digne d'elle
Par la hauteur de mes rameaux.
Le Chef d'un essain d'abeilles leur moutre uu
jeune rejetton, auquel il vient de donner le jour;
il abandonne à la République cet héritier destiné
& la gouverner, pour fuire allusion au sentiment
noble & généreux de Monseigneur le Dauphin
qui, à la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, dit que ce Prince étoit l'enfant de
tonte la France.
Genti, non mihi nascitur Hares.
Cet héritiet, qui de moi tient le jour,
Peuple, est à vous plus qu'à moi- même i
181
JANVIER. 1752.
Vous l'instruîrez par votre amout
A vous chérir autant que je vous aimie.
Au- dessus de l'Abondance, un aigle portant
son jeune aiglon, & volant entre le Soleil & son
pa élie, pour exprimer la joie qu'à la Naissanco
de Monseigneur le DUC DE BOURGOGNI, Mada-
me la Dauphine fit éclater, en présence du Roi
& de Monseigneur le Dauphin.
Ui Nato, inter utrumque, superbit.
Ces feux éblouissans qui frappent l'Univers
Superbe Aiglon, n'ont rien, dont tes regards
s'étonnent,
Et le double éclat qu'ils te donnent,
Dit que mon Sang est fait pour l'Empire des airs-
Un Oranger couvert de fleurs, au bas de sa
tige, une orange que la maturité a fait tomber,
& que le tems a rendu plus douce & plus agrea-
ble:
Tempore dulcior exis.
Le fruit que je viens de répandre,
Par sa beauté charme les yeux,
Et le tems qui l'a fait attendre,
Le rend encor plus précieur.
Pour marquer la joie générale que les peuples
témoignent par les Feux & les Illuminations á
Poccasion de la Naissance du Prince. Une main
tenant un verre ardent, exposé aux rayons da
Soleil; & au-dessous plusicurs feux qui s'allu-
ment.
182 MERCURE DEFRANCE.
Faecundus calor excitat Ignes-
Par mes feux j'anime le monde;
Mes ardeurs le rendent heureux,
Et c'est à ma chaleur féconde
Que s'allument mille autres feux.
D scription des Bas-reliefs, placés dans les
Pans coupés de la Ballustrade.
Le premier Bas-relief offre, à côté de l'His-
toire, le Destin qui montre au jeune Prince le
Portrait de Monseigneur le DUC DE BOURGOGNI,
Pere de Sa Majesté. Pour annoncer qu'un jout
cet Enfant; que la France tient dans ses bras
aura les rares vertus de son Bisayeul; il lui adresse
par allusion à ces mots de Virgile, Tu Marcellus
aris, ces patoles:
Tu Burgundus eris.
Sous ce nom qui promit à des Peuples heureux
Un Sage sur le Trône, & dans un Maître un Pere;
Croissez, beau Rejetton, d'une Tige si chere,
Vous aurez ses vertus & des jours plus nombreux.
Dans le second Bas-relief, Lucine appuyée sur
un berceau d'or, où est le Prince nouveau né, in-
vite le Tems, les Heures, les Parques & la Santé,
à conserver les jours du jeune Prince, à la Nais-
sance duquel elle vient de s'intéresser d'une façon
si marquée: pour les y engager, elle leur adresse
ces mots :
Magnum Jovis incrementum. Virg. Eclog. Iv.
Des mortels en naissant, vous qui réglez le sort,
d by Goo
JANVIER.
1752.
183
Sur celui, dont mes soins ont hâté la Naissance,
Signalez votre bienfaisance:
Le plus pur sang des Dieux est le sang dont il
sort.
Le troisième Bas-relief présente Jupiter sur un
trône de nues: l'Amour & l'Hymen prenant leur
essor croisent leurs flambeaux allumés; & sur la
terre on voit des Autels od Jupiter vent qu'ils
unissent les cœurs des mortels, hommage pour
lui plus touchant que toutes les autres offrandes:
pour marquer la volonté de Sa Majesté, qui tou-
jours attentive au bonheur de ses peuples, a or-
donné qu'on consacrât à former des alliances, les
dépenses que le zéle public destinoit à célébrer la
Naissance de Monseigneur le DUC DE BOUA-
GOGNE.
Ferte citi flammas, date tela & jungite dextras.
Volez, Amour; Hymen, descendez sur la terre»
Que vos flambeaux unis brillent pour les mortels:
Peu jaloux des respects qu'attire le tonnerre
Je ne veux que l'encens offert sur vos Autels.
Le quatrième Bas-relief, fait voir la Déesse de
la Peinture, accompagnée de Venus; elle montre
an jeune Prince, soutenu dans les bras d'une des
uois Graces, le Portrait de Madame la Dauphine,
avec ces mots de Virgile:
Incipe, parve Puer, ri, u cognoscere Matrem.
Virg. Egl. 4.
Aimal le Enfant, qui vient de nastre,
Contemple celle à qui tu dois le jous;
itized by God
184 MERCUREDE FRANCE.
Par son sourire elle te fait connoître
Qi'elle est la Mere de l'Amour.
Sur les Angles de la Balustrade sont posos qua-
tre Groupes de Génies.
Le premier représente deux Amours couronnés
de Pampres & de Lierre, mélant dans des Coupes
rehaussées d'or, le vin de Champagne avec celui-
de Bourgogne.
Jungito Burgundo Campani prcula Cives.
Le second offre deux autres Enfans couronnés
de fleurs, tenant des corbeilles remplies de roses
& de lys qu'ils répandent à pleines mains, avec-
ces mots:
Manibus date Lilia plenis. Virg. Liv. 6.
Le troisiéme montre un Groupe d'Amours, avec
des Couronnes de Myrte & d'Olivier, armés de
Carquois, & tenant en main des Ares tendus.
Nec vim tela ferunt. Virg. Liv. 7.
Le quatrième retrace le Génie de la France &
celui de la Bourgogne, unissant tendrement des-
Boucliers, sur lesquels sont peintes les Armes de
France & de Bourgogne. Autrefois ces Boucliers
ne se rapprochoient que pour les combats, aujour-
d'hui l'Amour & l'Hymen les confondent.
Non ut olim.
Au-dessus du Dôme s'éleve une Renommée,
prenant son essor dans les airs; sur la Bandelette
de sa Trompette, on lit ces mots: Felicitas Pu-
blica.
L'intéricur du Temple découvre au milieu
l'Autel de la Félicité publique, élevé sur trois de-
grés de marbre, sur lequel est un Foyer destiné à
recevo ir les parfums que brule un jeune Amout.
ed by Goc
JANVIER.
185
1752.
Autour du ceintre de l'Autel on lit ces vers de
Tibulle:
Dicamus bona verba, venit natalis ad aras;
Urantur pia thura focis, urantur odores.
Les Parois du Temple offre une nouvelle Ar-
chitecture d'Ordre Corinthien; sur la bordure
sont répandues les Armes de France & de Bourgo-
gne, les Flambeaux de l'Amour & de l'Hymen;
& dans des Cartouches rehaussés d'or on lit les
Inscriptions suivantes, qui annoncent la joie pu-
blique.
Ipse fuos adsit Genius visurus honores
Cui decorent sanctus mollia serta genas. Tib-
I1.
Bacche veni, dulcisque tuis è cornibus uva
Pendeat, & spicis tempora cinge Ceres. Tib-
III.
At tu natalis multos celebrande per aunos
Candidior semper, candidiorque veni! Tib.
IV.
Dum festiva novis fumant altaria flammis,
Urat vestra, Remi, pectora vivus amor.
L'intérieur du Temple n'étoit éclairé que par
la lueur du Foyer de l'Autel, & cette foitle Ju-
miere répandoit dans le Temple une obscurité
mystérieuse qui en augmentoit la majesté.
A chaque côté de l'Hôzel de-Ville sont placées
deux Figures, l'une représentant la Ville de Reimo
couronnée de Tours, contemplaut l'Image du
yGoc
186 MERCUREDEFRANCE.
jeune Prince, préferablement aux Monumens qui
lui restent de Jules Cesar,
Arcs superbes, des ans qui bravez les outrages,
Vos Héros n'ont plus rien qui flate mes regards;
L'Amour que je contemple a seul tous mes hom-
mages:
Un Bourbon m'est plus cher que Rome & ses
Césars.
De l'autre côté la Nymphe de Vesse engage ses
Naiades à s'unir à la joie publique, en reconnois-
sancedes nouveaux bienfaits de SaMajesté; elle veut
qu'elles renouvellent en l'honneur du Roi, ces
Fêtes * anciennes, où l'on couvroit de fleurs les
Urnes des Fontaines rendues célebres par quel-
qu'érénement qui éternisolt leur gloire.
Vous que LouIs fixe en ces lieux,
Naiades
à l'envie que votre onde jaillisse,
Et que son murmure s'unisse
Aux accens d'un Peuple joyeux.
De ce Peuple heureux & fidele
Imitez, s'il se peut, l'amour & les transports.
Du plus puissant des Rois la bonté paternelle
Allure pour jamais la gloire de vos bords:
Nymphes, soyez reconnoissantes;
Pour célébrer sa générosité,
Que vos Urnes obeissantes,
Ces fêtes s' apl elloient Fontanilia.
gitized by Goc
287
JANVIER.
1752.
En épanchant ici leurs Ondes bienfaisantes
Y versent la félicité;
Que leurs cours ne soit arrêté,
Que lors qu'au Temble de Mémoire
De Louis finira la gloire,
Le nom & la postérité.
Au dessus de la Porte de l'Hôtel de Ville, on
lit dans un cartouche, l'Inscription suivante:
LUDOVICO DECIMO QUINTO
Regi maximo & optimo
Pacis reparatori,
Suorum amori,
Et Ludovico Delphino ejus Filio dilectissimo
Paternarum virtutum amulatori;
Ob recens Natum Burgundia Ducem,
Gallia votorum summam, spem, delicias.
Pacis pignus fidissimum;
In impotenti exundantis latitia impetu
Et solemni aterna gratiarum actionis protestatione,
Hoc
Felicitatis publica monumentum.
S. P. Q R.
D. V. C.
Anno M. DCCLI.
TRADUCTION DE L'INSCRPTION.
Le Conseil & le Peuple de la Ville de Reims,
dans les effusions de la Joie la plus vive, & les té-
ized by Goc
-
288 MERCURE DE FRANCE.
moignages solemnels de leur éternelle reconnois-
sancè, dé jient, vouent, & consacrent ce Tempse
de la Felicite publique à LOUIS, RoI très-
grand & très bon, le Restaurateur de la Paix
l'amour de son peuple; & à LOUIS, Dau-
phin, son fils Bien-Aimé, en réjouissance de l'heu-
reuse naissance du DUC DE BOURGOGNE,
objet des vœux de la France, son espérance, &
ses délices. L'an du Seigneur mil sept cens cin-
quante & un.
peints sur les médaillons placés au-dessus de
chaque Figure.
Au dessus de la Paix une Aurore dont l'éclat
prompt & lumineux dissipe en un moment les
ténébres de la nuit, & ramene le Soleil, pour
exprimer le moment imptévu où naquit Monsci-
gneur le DUC DE BOUAGOGNE, dont la
naissance éveilla la Cour & tout Patis, & pressa
le retour du Roi à Versailles.
Luce fugat somnos, Solemque reducit.
Je parois dans les airs, & soudain ma lamiere
Des mortels assoupis écarte le sommeil;
A peine j'ouvre ma cartiete
Que je ramene le Soleil.
Le Signe de la Balance, sous lequel est né
Monseigneur le DUC DI BOURCOGNI
dont l'heureuse naissance assure plus que jamais
l'ordre de la succession dans la branche regnante.
Ex me invariabilis ordo.
De cet ordte immortel qui mésure les temps
J'annonce la marche assurée;
Er mon retour d'éternelle durée,
Doit triompher & du sort & des aus.
Une figure de Dauphin d'ou sort une eau
jaillissante avec ces mots;
Ex me utile, dulce fluit.
JANVIER. 1752.
179
De moi, signe toujours aimable,
Pour vous coule un nouveau présent
Goutez-en à longs rraits le charme bienfaisant
Peuples, il réunit l'utile & l'agréable.
Au dessus de la Force, dans un brillant par-
terre, un myrthe & un olivier entourés d'un
jeune lys, qui semble les unir plus étroitement
Fortius ac melius.
Rameaux sacrés qu'aujourd'hui j'environne,
Plus que jamais vous serez precieux;
Et la force que je vous donne
En m'unissant à vous, embellira vos nœuds.
Un Trône d'or, chargé des Armes de France-
sur lequel s'appuye de chaque côté, un Amous
qui en assûre la stabilité.
Fulcitur utrinque.
Trône, que de LOUIS la Famille féconde
Affranchira de l'Empire des ans
A jamais tu verras sur toi ses descendans
Servir d'exemple aux Rois & d'ornement au
monde.
Une Couronne d'or, à laquelle un Amour at-
tache un diamant, qui sert à l'affermir & à aug.
menter son éclat.
Et robur & decus addit.
Enfant de la Pélicité
Quel éclat en naissant t'annonce & t'envitonne !
Hvj
...*
180 MERCURE DE FRANCE.
Ta main donne à cette Courronne
D'un ornement nouveau la solide beauté.
Au-dessus de Minerve, on voit autour du ben-
ceau du jeune Prince Mars, Apollon & Minerve.
Ces Divinités se félicitent d'un Eleve si propre à
honorer les bienfaits, dont elles s'empressent de
le combler.
Quisque suo fe jactat alumno.
Sur ce nouvel Eleve, à l'envi, sans mesure,
Divinités, répandez vos bienfaits;
Il sçaura tour à tour les rendre avec usure,
Et toujours les Bourbous surpassent vos souhaits.
Deux grands Palmiers, au bas desquels est us
jeune Palmier, qui sort de leur tige commune.
Reddet origo parem.
Sorti d'une Tige immortelle,
Mon sort est d'égaler les Arbres les plus beaux;
Dans peu je serai digne d'elle
Par la hauteur de mes rameaux.
Le Chef d'un essain d'abeilles leur moutre uu
jeune rejetton, auquel il vient de donner le jour;
il abandonne à la République cet héritier destiné
& la gouverner, pour fuire allusion au sentiment
noble & généreux de Monseigneur le Dauphin
qui, à la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, dit que ce Prince étoit l'enfant de
tonte la France.
Genti, non mihi nascitur Hares.
Cet héritiet, qui de moi tient le jour,
Peuple, est à vous plus qu'à moi- même i
181
JANVIER. 1752.
Vous l'instruîrez par votre amout
A vous chérir autant que je vous aimie.
Au- dessus de l'Abondance, un aigle portant
son jeune aiglon, & volant entre le Soleil & son
pa élie, pour exprimer la joie qu'à la Naissanco
de Monseigneur le DUC DE BOURGOGNI, Mada-
me la Dauphine fit éclater, en présence du Roi
& de Monseigneur le Dauphin.
Ui Nato, inter utrumque, superbit.
Ces feux éblouissans qui frappent l'Univers
Superbe Aiglon, n'ont rien, dont tes regards
s'étonnent,
Et le double éclat qu'ils te donnent,
Dit que mon Sang est fait pour l'Empire des airs-
Un Oranger couvert de fleurs, au bas de sa
tige, une orange que la maturité a fait tomber,
& que le tems a rendu plus douce & plus agrea-
ble:
Tempore dulcior exis.
Le fruit que je viens de répandre,
Par sa beauté charme les yeux,
Et le tems qui l'a fait attendre,
Le rend encor plus précieur.
Pour marquer la joie générale que les peuples
témoignent par les Feux & les Illuminations á
Poccasion de la Naissance du Prince. Une main
tenant un verre ardent, exposé aux rayons da
Soleil; & au-dessous plusicurs feux qui s'allu-
ment.
182 MERCURE DEFRANCE.
Faecundus calor excitat Ignes-
Par mes feux j'anime le monde;
Mes ardeurs le rendent heureux,
Et c'est à ma chaleur féconde
Que s'allument mille autres feux.
D scription des Bas-reliefs, placés dans les
Pans coupés de la Ballustrade.
Le premier Bas-relief offre, à côté de l'His-
toire, le Destin qui montre au jeune Prince le
Portrait de Monseigneur le DUC DE BOURGOGNI,
Pere de Sa Majesté. Pour annoncer qu'un jout
cet Enfant; que la France tient dans ses bras
aura les rares vertus de son Bisayeul; il lui adresse
par allusion à ces mots de Virgile, Tu Marcellus
aris, ces patoles:
Tu Burgundus eris.
Sous ce nom qui promit à des Peuples heureux
Un Sage sur le Trône, & dans un Maître un Pere;
Croissez, beau Rejetton, d'une Tige si chere,
Vous aurez ses vertus & des jours plus nombreux.
Dans le second Bas-relief, Lucine appuyée sur
un berceau d'or, où est le Prince nouveau né, in-
vite le Tems, les Heures, les Parques & la Santé,
à conserver les jours du jeune Prince, à la Nais-
sance duquel elle vient de s'intéresser d'une façon
si marquée: pour les y engager, elle leur adresse
ces mots :
Magnum Jovis incrementum. Virg. Eclog. Iv.
Des mortels en naissant, vous qui réglez le sort,
d by Goo
JANVIER.
1752.
183
Sur celui, dont mes soins ont hâté la Naissance,
Signalez votre bienfaisance:
Le plus pur sang des Dieux est le sang dont il
sort.
Le troisième Bas-relief présente Jupiter sur un
trône de nues: l'Amour & l'Hymen prenant leur
essor croisent leurs flambeaux allumés; & sur la
terre on voit des Autels od Jupiter vent qu'ils
unissent les cœurs des mortels, hommage pour
lui plus touchant que toutes les autres offrandes:
pour marquer la volonté de Sa Majesté, qui tou-
jours attentive au bonheur de ses peuples, a or-
donné qu'on consacrât à former des alliances, les
dépenses que le zéle public destinoit à célébrer la
Naissance de Monseigneur le DUC DE BOUA-
GOGNE.
Ferte citi flammas, date tela & jungite dextras.
Volez, Amour; Hymen, descendez sur la terre»
Que vos flambeaux unis brillent pour les mortels:
Peu jaloux des respects qu'attire le tonnerre
Je ne veux que l'encens offert sur vos Autels.
Le quatrième Bas-relief, fait voir la Déesse de
la Peinture, accompagnée de Venus; elle montre
an jeune Prince, soutenu dans les bras d'une des
uois Graces, le Portrait de Madame la Dauphine,
avec ces mots de Virgile:
Incipe, parve Puer, ri, u cognoscere Matrem.
Virg. Egl. 4.
Aimal le Enfant, qui vient de nastre,
Contemple celle à qui tu dois le jous;
itized by God
184 MERCUREDE FRANCE.
Par son sourire elle te fait connoître
Qi'elle est la Mere de l'Amour.
Sur les Angles de la Balustrade sont posos qua-
tre Groupes de Génies.
Le premier représente deux Amours couronnés
de Pampres & de Lierre, mélant dans des Coupes
rehaussées d'or, le vin de Champagne avec celui-
de Bourgogne.
Jungito Burgundo Campani prcula Cives.
Le second offre deux autres Enfans couronnés
de fleurs, tenant des corbeilles remplies de roses
& de lys qu'ils répandent à pleines mains, avec-
ces mots:
Manibus date Lilia plenis. Virg. Liv. 6.
Le troisiéme montre un Groupe d'Amours, avec
des Couronnes de Myrte & d'Olivier, armés de
Carquois, & tenant en main des Ares tendus.
Nec vim tela ferunt. Virg. Liv. 7.
Le quatrième retrace le Génie de la France &
celui de la Bourgogne, unissant tendrement des-
Boucliers, sur lesquels sont peintes les Armes de
France & de Bourgogne. Autrefois ces Boucliers
ne se rapprochoient que pour les combats, aujour-
d'hui l'Amour & l'Hymen les confondent.
Non ut olim.
Au-dessus du Dôme s'éleve une Renommée,
prenant son essor dans les airs; sur la Bandelette
de sa Trompette, on lit ces mots: Felicitas Pu-
blica.
L'intéricur du Temple découvre au milieu
l'Autel de la Félicité publique, élevé sur trois de-
grés de marbre, sur lequel est un Foyer destiné à
recevo ir les parfums que brule un jeune Amout.
ed by Goc
JANVIER.
185
1752.
Autour du ceintre de l'Autel on lit ces vers de
Tibulle:
Dicamus bona verba, venit natalis ad aras;
Urantur pia thura focis, urantur odores.
Les Parois du Temple offre une nouvelle Ar-
chitecture d'Ordre Corinthien; sur la bordure
sont répandues les Armes de France & de Bourgo-
gne, les Flambeaux de l'Amour & de l'Hymen;
& dans des Cartouches rehaussés d'or on lit les
Inscriptions suivantes, qui annoncent la joie pu-
blique.
Ipse fuos adsit Genius visurus honores
Cui decorent sanctus mollia serta genas. Tib-
I1.
Bacche veni, dulcisque tuis è cornibus uva
Pendeat, & spicis tempora cinge Ceres. Tib-
III.
At tu natalis multos celebrande per aunos
Candidior semper, candidiorque veni! Tib.
IV.
Dum festiva novis fumant altaria flammis,
Urat vestra, Remi, pectora vivus amor.
L'intérieur du Temple n'étoit éclairé que par
la lueur du Foyer de l'Autel, & cette foitle Ju-
miere répandoit dans le Temple une obscurité
mystérieuse qui en augmentoit la majesté.
A chaque côté de l'Hôzel de-Ville sont placées
deux Figures, l'une représentant la Ville de Reimo
couronnée de Tours, contemplaut l'Image du
yGoc
186 MERCUREDEFRANCE.
jeune Prince, préferablement aux Monumens qui
lui restent de Jules Cesar,
Arcs superbes, des ans qui bravez les outrages,
Vos Héros n'ont plus rien qui flate mes regards;
L'Amour que je contemple a seul tous mes hom-
mages:
Un Bourbon m'est plus cher que Rome & ses
Césars.
De l'autre côté la Nymphe de Vesse engage ses
Naiades à s'unir à la joie publique, en reconnois-
sancedes nouveaux bienfaits de SaMajesté; elle veut
qu'elles renouvellent en l'honneur du Roi, ces
Fêtes * anciennes, où l'on couvroit de fleurs les
Urnes des Fontaines rendues célebres par quel-
qu'érénement qui éternisolt leur gloire.
Vous que LouIs fixe en ces lieux,
Naiades
à l'envie que votre onde jaillisse,
Et que son murmure s'unisse
Aux accens d'un Peuple joyeux.
De ce Peuple heureux & fidele
Imitez, s'il se peut, l'amour & les transports.
Du plus puissant des Rois la bonté paternelle
Allure pour jamais la gloire de vos bords:
Nymphes, soyez reconnoissantes;
Pour célébrer sa générosité,
Que vos Urnes obeissantes,
Ces fêtes s' apl elloient Fontanilia.
gitized by Goc
287
JANVIER.
1752.
En épanchant ici leurs Ondes bienfaisantes
Y versent la félicité;
Que leurs cours ne soit arrêté,
Que lors qu'au Temble de Mémoire
De Louis finira la gloire,
Le nom & la postérité.
Au dessus de la Porte de l'Hôtel de Ville, on
lit dans un cartouche, l'Inscription suivante:
LUDOVICO DECIMO QUINTO
Regi maximo & optimo
Pacis reparatori,
Suorum amori,
Et Ludovico Delphino ejus Filio dilectissimo
Paternarum virtutum amulatori;
Ob recens Natum Burgundia Ducem,
Gallia votorum summam, spem, delicias.
Pacis pignus fidissimum;
In impotenti exundantis latitia impetu
Et solemni aterna gratiarum actionis protestatione,
Hoc
Felicitatis publica monumentum.
S. P. Q R.
D. V. C.
Anno M. DCCLI.
TRADUCTION DE L'INSCRPTION.
Le Conseil & le Peuple de la Ville de Reims,
dans les effusions de la Joie la plus vive, & les té-
ized by Goc
-
288 MERCURE DE FRANCE.
moignages solemnels de leur éternelle reconnois-
sancè, dé jient, vouent, & consacrent ce Tempse
de la Felicite publique à LOUIS, RoI très-
grand & très bon, le Restaurateur de la Paix
l'amour de son peuple; & à LOUIS, Dau-
phin, son fils Bien-Aimé, en réjouissance de l'heu-
reuse naissance du DUC DE BOURGOGNE,
objet des vœux de la France, son espérance, &
ses délices. L'an du Seigneur mil sept cens cin-
quante & un.
Fermer
245
p. 219-229
RELATION Des réjouissances que le College de Belsunce & la Maison des Pensionnaires du même College, ont faites à l'occasion de la naissance de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, le 24. Novembre, &c.
Début :
La joie que la naissance de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE à [sic] causée dans toute [...]
Mots clefs :
Collège de Belsunce, Naissance du duc de Bourgogne, Génie de la France, Zèle, Prince, Provence, Maison, Bonheur, Fêtes, Réjouissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION Des réjouissances que le College de Belsunce & la Maison des Pensionnaires du même College, ont faites à l'occasion de la naissance de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, le 24. Novembre, &c.
RELATION
Des réjouissances que le College de Belsunce
& la Maison des Pensionnaires du même
College, ont faites à l'occasion de la
naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
le 24. Novembre, &c.
La joie que la naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE à [sic] causée dans toute
la France, & que l'Europe entiere a partagée
ne devoit point être bornée au court espace de
quelques semaines. On parle, & on patlera en-
core long temps de cet heureux évenement avec
les mêmes transports que fit naître dans tous
les cœurs la premiere nouvelle qui s'en répan-
dit. Ces transports & cette joie si juste & si vi-
ve, les Jesuites de Marseille n'ont pas cru de-
voir les renfermer dans le secret de leur mai-
son; & ils n'ont pas voulu en borner le té-
moignage à quelques pieces de poësie compo-
sces à ce sujet. Le bonheur étoit trop grand,
& ils le partageoient avec trop de monde
pour ne pas s'empresser à rendre publiques leur
allegresse & leurs actions de graces; & s'ils se
sont vu obligés de différer leurs fêtes à cause du
long séjour que l'on fait dans ce Pais plus qu'ail-
Jeurs à la campagne pendant l'Automne, ils
n'en ont été que plus attentifs à ne rien oublier
pour signaler leur zéle & leurs sentimens. Ilo
Kij
220 MERCUREDE FRANCE.
ont eu la satisfaction de voir que tout ce qui ra-
pelle au peuple le souvenir, du bienfait qu'il a
reçu du Ciel, renouvelle toute la vivacité de
ses transports & l'ardeur de ses empressemens.
Ces fêtes commencerent le Mercredi 24. No-
vembre par un discours latin fort applaudi, pro-
noncé par le Pere Abbressevin, Professeut de Rhé-
torique en présence de Monseigneur l'Evêque
Fondatenrdu College & de Messieurs les Echevins,
qui furent reçus au bivit des fanfares. L'Orateur ne
crut pas devoir séparer le bonheur du Prince de
celui des François. Il fit voir dans son premier
Point tout ce que laiaissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne a d'heureux pour la Fran-
ce, & tout ce que nous devons nous en pro-
mettre. Dans le second Point adressé au Prin-
ce lui-même, il lui assure par un juste retour
de la part du Peuple François (celui de tous les
peuples qui par ses sentimens & ses qualitès peut
le plus contribuer au bonheur de ses Souverains)
une félicité qui repond à celle que sa naissance
nous a apportée. La cour du College étoit en-
tierement tapissée; & on y voyoit un très-grand
nombre d'emblêmes & des devises dont les con-
noisseuts parurent fort satisfaits. La journée fut
terminée par une belle illumination.
Le lendemain Jeudi 15. Messieurs les Pension-
naires qui en attendant que la partie du Colle-
ge qu'ils habitoient auparavant soit rebatie
occupent la maison de Sainte-Croix, dont la
situation est des plus avantageuses, & où se
trouve un des plus beaux Observatoires de Fran-
ce, commencernt eleurs réjouissances pat un Te
Deum qui fut exécuté par l'Academie Royale
de Musique, & auquel Messieurs les Echevins
assisterent. Monseigneur l'Evêque y officia. Le
JANVIER. 1752. 221
zéle de cet Illustre Prélat pour la prospérité de
la maison Royale & le bien des peuples, est
trop connu pour avoir besoin du témoignage
public que la justice jointe à la reconnoissance
semble exiger qu'on lui rende ici. Il avoit dé-
jà éclaté d'une maniere digne de lui par la part
qu'il avoit prise aux fêtes que la Ville donna
& par la distribution qu'il fit faire d'une trés-
grande quantité de pains aux Pauvres de toutes
les Paroisies. Mais a t-il jamais sçu prescrire des
bornes à son zéle ou à sa complaisance : Le, Te
Deum fut suivi d'une salve d'un grand nombie
de boëtes, & dès l'entrée de la nuit toutes les
fenêtres de lla Maison furent illuminées en lam-
pions. Il y eut une grande quantité de caisses
de fusées, & un feu d'artifice tiré de dessus la
tertasse de l'Observatoire, dont l'illumination
qui étoit composée de plusieurs grandes pyramides
chargées de lampions, se faisoit surtour remat-
quer. Le tems qui ne pouvoit être plus beau, ne
la savorisa pas moins que la situation du lieu, l'un
des plus propres qu'on puisse imaginer pour cet
effet, aussi présenta- t'elle à tous ceux qui s'étoient
rendus en soule du côté du Port, un coup d'œil
des plus satis faisans.
Le Vendredi 26, les Jesuites célébrerent eux-
mêmes une grande Messe, qui fut accompagnée
d'un Discours Chrétien. M. l'Evêque & Mes-
sieurs les Echevins y assisterent; & l'Assembiée
fut également nombreuse & brillante. L'Egl. se de
Sainte Croix, l'une des plus belles de la Ville
étoit tapissée en Damas Cramoisy. On avoit eu
soin, pour que rien ne manquât a la décoration,
de l'orner de quantité de miroirs & de lustres en
cristal. A l'issue de la Grand-Messe, qui ainsi
que le Te Deum de la veille, avoit été chantée par
K iij
a
222 MERCUREDE FRANCE.
la Musique du Concert, il y eut une seconde de-
charge de Boëtes.
Ces paroles, tirées du Cantique de la Vierge,
la misericords du Sergneur s'étend de génération en
gé lération, servirent de texte au Discours. Après
avoit montté que c'est le Seigneur qui accorde
les bons Rois aux peuples & les grands bienfaits
aux bons Rois, qu'il perpetue leur gloire en per-
pétuant leur nom, & récompense leurs vertus en
étendant leur postérité: 1»» Le don, disoit l'Ora-
»teur, que le Seigneur vient de faire à LOUIS
„ & à ses peuples, présente un doubie motif à
„ notre reconnoissance. Elle se doit également,
» & à ce que le Seigneur fait pour nous, en nous
„donnant un Prince, l'objet de nos vœux, & à
„ ce qu'il s'est engagé à faire pour ce Prinee l'ob-
u» jet de notre tendresse. Ce qu'il fait pour nous
Ȏgale nos desirs: Ce qu'il s'engage a faire pour
o lui, doit égaler nos espérances. L'un est la
mesure de notre joie: l'autre sera le comble de
» notre félicité.
»Premiere Partie. Ce que le Seigneur fait
pour nous dans la Naissance de ce Prince, &
»qui remplit nos desirs dans toute leur étendue
„ c'est de flatter toute la délicatesse de norsenti-
mens pour la Maison Royale, & d'assurer la
o tranquillité de l'Eglise & de l'Etat.
»Seconde Partie. Ce que le Seigoeur s'est en-
„ gagé à faire pour ce Prince, & qui doit égaler
»nos espérances, c'est 1°. En le faisant u itre
»du sang des Bourbons, de lui assuter de grands
sentimens pour élever son cœur, & de grands
»excmples pour le former. 2°. En le faisant nai-
„ tre pour les destinées des Bourbons, d'attacher
»un grand nom à sa personne, & de grands in-
atérets à ses jours. Je n'ajouterai pas, dit l'Ora-
itized by Goog
JANVIER.
1752.
223.
„teur, qu'il promet par-la des grands évenemens
„à son Regne. Regne heureux ! le Ciel qui le
»prépare pour nos neveux, nous aimera sans
53 doute assez pour ne pas nous en faire jouir nous-
» mêmes.
Dans la Peroraison l'Orateur adresse au Ciel
des actions de graces pour la Naissance du Prin-
ce, & des vœeux pour la conservation de ses jours,
„ Conservez, Seigneur, dit-il, des jours qui nous
„ sont si précieux, &c. Mais conservez surtout
»son innocence. Prenez son cœur entre vos
»mains, puisque vous devez mettre un jour nos
„ destinées dans les siennes. Faites-en un Priuce
»selon votre cœur, & il sera toujours un Prince
selon le nôtre. Pour remplir, en un mot, nos
Desperances & nos desiis, prenez, graud Dieu !
prenez pour lui nos sentimens, &c.
On avoit annoncé pour l'après-midi, la repré-
sentation d'une Piéce intitulée: Les Fêtes Proven-
gales, &c. Mais, malgré toutes les mesures que
l'on avoit prises, la trop grande affluence de
monde, attirée par la réputation de l'Auteur, le
Pere Regis, en empêcha l'exécution, & l'on se vit
obligé de renvoyer la reptésentation à un autre
jour, & de chercher pour cet effet une salle plus
vaste, que ne l'étoit celle où le Theatre étoit
dressé selon la coûtume. Dans l'embarras où on
se trouvoit, on eut recours à M. de Charton
Commisiaire Général de la Marive, Ordonnateur
à Marseille, lequel avec cette bonté & cette
politesse, qui lui sont ordinaires & qui lui
gagnent, tous les cœurs, offrit une salle des
plus vastes qui soient dans le Parc. Son zéle
s'étoit déja signalé de la maniere la plus écla-
tante, par une sête brillante, dont on n'a pas
moins admiré l'ordre & le goût, que la magnifi-
cence & la somptuosité. C'est ce même zéle qui
K iiij
224 MERCUREDE FRANCE.
l'a porté à favoriser en tout la représentation d'u-
ne piéce, dont l'heureuse naissance qui vient de
combler les vœux de la France, étoit l'occasion
& le sujet. Sa complaisance alla même jusqu'à
faciliter, par les moyens qu'il fournit & les ordres
qu'il donna, l'exécution du projet qu'on avoit
formé de transporter le Théatre dans la nouvelle
salle, de sorte que tout se trouvant prêt pour le
Mardi 30, Messieurs les Pensionnaires y représen-
terent leur Pièce, qu'ils répeterent le lendemain.
On ne s'est point lassé d'admirer l'ordre & le
silence qui y regnerent, malgré le concours ex-
taordinaire de monde qui s'y rendit l'un & l'au-
tre jour. M. l'Evèque présida à l'une des repré-
sentations; & Messieurs les Echevins honorerent
l'autre de leut présence. Ces Messieurs, dont la
voix publique ne cesse de faire l'éloge, ont bien
voulu confondre en cette occasion la complai-
sance avec leur zéle. On ne pourroit jamais assex
louer leur politesse, & leur attention qu'ils ont
portées jusqu'à l'empressement, & presque au. dela
de ce qu'on auroit pu souhaiter. Ils s'étoient de-
là distingués dans les fêtes de la Ville: Empressés
à secondet les pieuses intentions de Sa Majesté
ils avoient relevé leurs rejouissances par la célé-
bration du Mariage de soixante-dix filles qu'ils
avoient dotées, & par un festin donné dans l'Hô-
tel de-Ville, auquel se trouverent tous les nou-
veaux époux avec leurs parens. Les Villes sont
heureuses, lorsqu'elles ont à leur tête des person-
nes qui scavent porter leur attention à tout ce qui
peut favorifer & animer le zéle des bons Ci-
toyens.
L'ouverture de la Pièce, dont on n'entreprend
de donner ici qu'une légere idée, se faisoit par le
genie de la France & pat celui de la Provence. Le
225
1752.
ANVIER.
après avoir parcouru les differentes Pro-
Les du puissant Etat auquel il préside, & avoir
epandu par tout la nouvelle, qui après avoir été
si long-tems l'objet de tous les vœeux, est devenue
celui de tous les transports, étoit arrêté par le
genie de la Provence. Celui-ci vouloit à son tour
se rendre témoin de la joie & des empressemens
d'une Province, qui par sa fidélité & son amour
pour ses Princes, ne le cede à aucune autre; &
sur ce que le genie de la France lui representoit
qu'il devoit encore ce jour-là même se transpor-
ter au Palais des Destins, pour les consulter sur le
sort du jeune Prince & le leur recommander, le
Génie de la Provence, après avoir redoublé ses
instances, ajodtoit:
Et n'est-ce pas dans la Provence
Qu'a patu cet homme divin
Qui lui-même régla les Arrêts du destin
Le Grand Nostradamus, si connu dans le monde,
Pour la conuoissance profonde
Qu'il avoit de tous les secrets
Que le Ciel tient encor cachés dans ses décrets
Je m'offre à le faire paroître;
Bien mieux que les destins il vous satisfera
Sur ce que vous voulez connoltre, &c.
Le Génie François gagné par cette promesse,
consentoit à s'arréter pour le reste du jour. Les
ordres sont aussi tôt donnés. On annonce les fe-
tes. Elles commencent, elles se succédent. Cha-
cun s'empresse à y prendre part. On en omet le
détail, pour ne pas trop charger cette description.
KV
gl
zed by Goo
226 MERCUREDEFRANC
On croit seulement devoir remarquer qu'on s.
étudié à les caractériser, de lorte qu'on ne po.
voit pas y méconnoître le goût, les usages & le
genie des Provençaux. Elles étoient accompa-
gnées d'une Cantate, de quelques Vaudevilles,
& de plusicurs danses, dont l'exécution fut extrê-
mement applaudie. Après une longue suite de
divertissemens, le Génie de Provence invitoit son
hôte à voir l'illumination des Galéres & des Vais.
seaux, telle qu'elle s'est faite bien des fois dans
les Ports de cette Province, & lui annonçoit pour
le lendemain un nouvel ordre de rejouissances;
mais celui ci empressé de se trouver à son terme,
lui rappelloit sa promesse. Le Génie Provençal
évoquoit alors l'onibre du célébre Nostradamus
qui lortoit du tombeau, & faisoit voir qu'il avoit
prédit dans ses Quatrains la Naissance du Prince.
Il en commençoit l'horoscope, que venoient
achever à son invitation, & avec moins d'obscu-
rité, quatre Troubadours. On sçait que c'est ainsi
que l'on nommoit les anciens Poëtes Provençaux.
Les Troubadours paroissoient, tenant chacun à la
main un Rameau symbolique, pris de quatre ar-
bres differens, mais qui tous ou sont particuliets
à la Provence, ou du moins y viennent plus aisé-
ment qu'ailleurs. Ces Rameaux, qui devoient
servir de présent au Prince, & qui étoient un pré-
sage de ce qu'il seroit un jour, étoient des ra-
meaux d'oranger, de grenadier, d'olivier & de
laurier. On s'est laissé persuader qu'on ne seroit
pas fâché de voit ici en langage moderne des
Tioubadours, la façon dont ils s'expriment sur la
qualité de leur présens & sur leur symbole:
tized by Goog
JANVIER. 1752.
227
2. Tr. Couneissez l'Aurengier & sabez quinte
audour
Porte pertout eme sei flour;
Vaqui de sei vertus la plus fidelle eimagi.
2. Tr. Aqueu Lautier de sa valour
Deou vous douna i'idée & vous servi de gagi.
3. Tr. L'Aulivier de la Pax es lou signe parfait;
La Pax sera toujou sei plus arden soubait.
4. Tr. Lou Migranié marque l'Empire;
Soun fruit es courouna: regarda de sei gran
Et lou nombre & l'ordre charman;
Coumprenez ce qu'aco vaou dire.
1. Tr. Prenez aquelei brou; scran noustre preq
sen.
Tr. Tenez de tout aco fasez une Couroune
Et pourtaleis & nostrei couers encen
A sa polidette Persoune, &c.
Enfin, le Génie de la France satis fait, se dis-
pose à partir; & ceui de la Provence finit ses
adieux, en lui disant:
...... Allez, portez de notre hommage
Le sincere tribut à cet auguste Enfant.
Et s'il se pent, à son pere en passant
Dites un mot de noîre zéle
De nos tendres respects, de notre ardeur si lelle,
Kvj
as
228 MERCUREDEFRANCE.
Et n'oubliez pas la Maman,
Tout notre bonheur nous vient d'elle.
Que votre sort est doux que vous êtes heureux,
De pouvoir à leuis pieds porter vos justes rœux !
Volez où le devoir, où l'amour vous appelle;
Sous les yeux de LOUIS & de son digne fils,
Voyez croître le nombre & l'éclat de nos Lys;
Que formé sur ce grand modelle
Cet Enfant soit un jour leur fidelle portrait.
Je n'ajoute plus rien à cet ardent souhait.
Er si nous avons en le bonheur de vous plaire
Allez, vantez par tout, non pas ce qu'on a fait,
Mais ce qu'on auroit voulu faire.
L'une & l'autre représentation fut terminée
par un Feu d'artisice, exécuté sur le Théatre avec
beaucoup de succès. Puisqu'on s'est enhardi ainserer
dans cette description quelques vers Provençaux,
& que dans une Piéce du caractère de celle-ci,
on a dii s'accommoder au goût du Pays, décidé
pour le langage qui lui est particulier, on va ter-
miner cette Reiation par un couplet Provençal,
qui fut chanté à la suite de quelques autres par un
Berger. Sur l'air: Lou beou Tirsis se proumenave,
&c.
Tout es charman din sa Persoune;
Et tout près d'eou
Les flous que lou printemps nous donne
N'an ren de beou
JANVIER. 1752.
229
Lei plus doux presen de Poumoune
Nous toquoun plu
Est lou plus beou fruit de l'Autoune
Quaguen agu.
Des réjouissances que le College de Belsunce
& la Maison des Pensionnaires du même
College, ont faites à l'occasion de la
naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
le 24. Novembre, &c.
La joie que la naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE à [sic] causée dans toute
la France, & que l'Europe entiere a partagée
ne devoit point être bornée au court espace de
quelques semaines. On parle, & on patlera en-
core long temps de cet heureux évenement avec
les mêmes transports que fit naître dans tous
les cœurs la premiere nouvelle qui s'en répan-
dit. Ces transports & cette joie si juste & si vi-
ve, les Jesuites de Marseille n'ont pas cru de-
voir les renfermer dans le secret de leur mai-
son; & ils n'ont pas voulu en borner le té-
moignage à quelques pieces de poësie compo-
sces à ce sujet. Le bonheur étoit trop grand,
& ils le partageoient avec trop de monde
pour ne pas s'empresser à rendre publiques leur
allegresse & leurs actions de graces; & s'ils se
sont vu obligés de différer leurs fêtes à cause du
long séjour que l'on fait dans ce Pais plus qu'ail-
Jeurs à la campagne pendant l'Automne, ils
n'en ont été que plus attentifs à ne rien oublier
pour signaler leur zéle & leurs sentimens. Ilo
Kij
220 MERCUREDE FRANCE.
ont eu la satisfaction de voir que tout ce qui ra-
pelle au peuple le souvenir, du bienfait qu'il a
reçu du Ciel, renouvelle toute la vivacité de
ses transports & l'ardeur de ses empressemens.
Ces fêtes commencerent le Mercredi 24. No-
vembre par un discours latin fort applaudi, pro-
noncé par le Pere Abbressevin, Professeut de Rhé-
torique en présence de Monseigneur l'Evêque
Fondatenrdu College & de Messieurs les Echevins,
qui furent reçus au bivit des fanfares. L'Orateur ne
crut pas devoir séparer le bonheur du Prince de
celui des François. Il fit voir dans son premier
Point tout ce que laiaissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne a d'heureux pour la Fran-
ce, & tout ce que nous devons nous en pro-
mettre. Dans le second Point adressé au Prin-
ce lui-même, il lui assure par un juste retour
de la part du Peuple François (celui de tous les
peuples qui par ses sentimens & ses qualitès peut
le plus contribuer au bonheur de ses Souverains)
une félicité qui repond à celle que sa naissance
nous a apportée. La cour du College étoit en-
tierement tapissée; & on y voyoit un très-grand
nombre d'emblêmes & des devises dont les con-
noisseuts parurent fort satisfaits. La journée fut
terminée par une belle illumination.
Le lendemain Jeudi 15. Messieurs les Pension-
naires qui en attendant que la partie du Colle-
ge qu'ils habitoient auparavant soit rebatie
occupent la maison de Sainte-Croix, dont la
situation est des plus avantageuses, & où se
trouve un des plus beaux Observatoires de Fran-
ce, commencernt eleurs réjouissances pat un Te
Deum qui fut exécuté par l'Academie Royale
de Musique, & auquel Messieurs les Echevins
assisterent. Monseigneur l'Evêque y officia. Le
JANVIER. 1752. 221
zéle de cet Illustre Prélat pour la prospérité de
la maison Royale & le bien des peuples, est
trop connu pour avoir besoin du témoignage
public que la justice jointe à la reconnoissance
semble exiger qu'on lui rende ici. Il avoit dé-
jà éclaté d'une maniere digne de lui par la part
qu'il avoit prise aux fêtes que la Ville donna
& par la distribution qu'il fit faire d'une trés-
grande quantité de pains aux Pauvres de toutes
les Paroisies. Mais a t-il jamais sçu prescrire des
bornes à son zéle ou à sa complaisance : Le, Te
Deum fut suivi d'une salve d'un grand nombie
de boëtes, & dès l'entrée de la nuit toutes les
fenêtres de lla Maison furent illuminées en lam-
pions. Il y eut une grande quantité de caisses
de fusées, & un feu d'artifice tiré de dessus la
tertasse de l'Observatoire, dont l'illumination
qui étoit composée de plusieurs grandes pyramides
chargées de lampions, se faisoit surtour remat-
quer. Le tems qui ne pouvoit être plus beau, ne
la savorisa pas moins que la situation du lieu, l'un
des plus propres qu'on puisse imaginer pour cet
effet, aussi présenta- t'elle à tous ceux qui s'étoient
rendus en soule du côté du Port, un coup d'œil
des plus satis faisans.
Le Vendredi 26, les Jesuites célébrerent eux-
mêmes une grande Messe, qui fut accompagnée
d'un Discours Chrétien. M. l'Evêque & Mes-
sieurs les Echevins y assisterent; & l'Assembiée
fut également nombreuse & brillante. L'Egl. se de
Sainte Croix, l'une des plus belles de la Ville
étoit tapissée en Damas Cramoisy. On avoit eu
soin, pour que rien ne manquât a la décoration,
de l'orner de quantité de miroirs & de lustres en
cristal. A l'issue de la Grand-Messe, qui ainsi
que le Te Deum de la veille, avoit été chantée par
K iij
a
222 MERCUREDE FRANCE.
la Musique du Concert, il y eut une seconde de-
charge de Boëtes.
Ces paroles, tirées du Cantique de la Vierge,
la misericords du Sergneur s'étend de génération en
gé lération, servirent de texte au Discours. Après
avoit montté que c'est le Seigneur qui accorde
les bons Rois aux peuples & les grands bienfaits
aux bons Rois, qu'il perpetue leur gloire en per-
pétuant leur nom, & récompense leurs vertus en
étendant leur postérité: 1»» Le don, disoit l'Ora-
»teur, que le Seigneur vient de faire à LOUIS
„ & à ses peuples, présente un doubie motif à
„ notre reconnoissance. Elle se doit également,
» & à ce que le Seigneur fait pour nous, en nous
„donnant un Prince, l'objet de nos vœux, & à
„ ce qu'il s'est engagé à faire pour ce Prinee l'ob-
u» jet de notre tendresse. Ce qu'il fait pour nous
Ȏgale nos desirs: Ce qu'il s'engage a faire pour
o lui, doit égaler nos espérances. L'un est la
mesure de notre joie: l'autre sera le comble de
» notre félicité.
»Premiere Partie. Ce que le Seigneur fait
pour nous dans la Naissance de ce Prince, &
»qui remplit nos desirs dans toute leur étendue
„ c'est de flatter toute la délicatesse de norsenti-
mens pour la Maison Royale, & d'assurer la
o tranquillité de l'Eglise & de l'Etat.
»Seconde Partie. Ce que le Seigoeur s'est en-
„ gagé à faire pour ce Prince, & qui doit égaler
»nos espérances, c'est 1°. En le faisant u itre
»du sang des Bourbons, de lui assuter de grands
sentimens pour élever son cœur, & de grands
»excmples pour le former. 2°. En le faisant nai-
„ tre pour les destinées des Bourbons, d'attacher
»un grand nom à sa personne, & de grands in-
atérets à ses jours. Je n'ajouterai pas, dit l'Ora-
itized by Goog
JANVIER.
1752.
223.
„teur, qu'il promet par-la des grands évenemens
„à son Regne. Regne heureux ! le Ciel qui le
»prépare pour nos neveux, nous aimera sans
53 doute assez pour ne pas nous en faire jouir nous-
» mêmes.
Dans la Peroraison l'Orateur adresse au Ciel
des actions de graces pour la Naissance du Prin-
ce, & des vœeux pour la conservation de ses jours,
„ Conservez, Seigneur, dit-il, des jours qui nous
„ sont si précieux, &c. Mais conservez surtout
»son innocence. Prenez son cœur entre vos
»mains, puisque vous devez mettre un jour nos
„ destinées dans les siennes. Faites-en un Priuce
»selon votre cœur, & il sera toujours un Prince
selon le nôtre. Pour remplir, en un mot, nos
Desperances & nos desiis, prenez, graud Dieu !
prenez pour lui nos sentimens, &c.
On avoit annoncé pour l'après-midi, la repré-
sentation d'une Piéce intitulée: Les Fêtes Proven-
gales, &c. Mais, malgré toutes les mesures que
l'on avoit prises, la trop grande affluence de
monde, attirée par la réputation de l'Auteur, le
Pere Regis, en empêcha l'exécution, & l'on se vit
obligé de renvoyer la reptésentation à un autre
jour, & de chercher pour cet effet une salle plus
vaste, que ne l'étoit celle où le Theatre étoit
dressé selon la coûtume. Dans l'embarras où on
se trouvoit, on eut recours à M. de Charton
Commisiaire Général de la Marive, Ordonnateur
à Marseille, lequel avec cette bonté & cette
politesse, qui lui sont ordinaires & qui lui
gagnent, tous les cœurs, offrit une salle des
plus vastes qui soient dans le Parc. Son zéle
s'étoit déja signalé de la maniere la plus écla-
tante, par une sête brillante, dont on n'a pas
moins admiré l'ordre & le goût, que la magnifi-
cence & la somptuosité. C'est ce même zéle qui
K iiij
224 MERCUREDE FRANCE.
l'a porté à favoriser en tout la représentation d'u-
ne piéce, dont l'heureuse naissance qui vient de
combler les vœux de la France, étoit l'occasion
& le sujet. Sa complaisance alla même jusqu'à
faciliter, par les moyens qu'il fournit & les ordres
qu'il donna, l'exécution du projet qu'on avoit
formé de transporter le Théatre dans la nouvelle
salle, de sorte que tout se trouvant prêt pour le
Mardi 30, Messieurs les Pensionnaires y représen-
terent leur Pièce, qu'ils répeterent le lendemain.
On ne s'est point lassé d'admirer l'ordre & le
silence qui y regnerent, malgré le concours ex-
taordinaire de monde qui s'y rendit l'un & l'au-
tre jour. M. l'Evèque présida à l'une des repré-
sentations; & Messieurs les Echevins honorerent
l'autre de leut présence. Ces Messieurs, dont la
voix publique ne cesse de faire l'éloge, ont bien
voulu confondre en cette occasion la complai-
sance avec leur zéle. On ne pourroit jamais assex
louer leur politesse, & leur attention qu'ils ont
portées jusqu'à l'empressement, & presque au. dela
de ce qu'on auroit pu souhaiter. Ils s'étoient de-
là distingués dans les fêtes de la Ville: Empressés
à secondet les pieuses intentions de Sa Majesté
ils avoient relevé leurs rejouissances par la célé-
bration du Mariage de soixante-dix filles qu'ils
avoient dotées, & par un festin donné dans l'Hô-
tel de-Ville, auquel se trouverent tous les nou-
veaux époux avec leurs parens. Les Villes sont
heureuses, lorsqu'elles ont à leur tête des person-
nes qui scavent porter leur attention à tout ce qui
peut favorifer & animer le zéle des bons Ci-
toyens.
L'ouverture de la Pièce, dont on n'entreprend
de donner ici qu'une légere idée, se faisoit par le
genie de la France & pat celui de la Provence. Le
225
1752.
ANVIER.
après avoir parcouru les differentes Pro-
Les du puissant Etat auquel il préside, & avoir
epandu par tout la nouvelle, qui après avoir été
si long-tems l'objet de tous les vœeux, est devenue
celui de tous les transports, étoit arrêté par le
genie de la Provence. Celui-ci vouloit à son tour
se rendre témoin de la joie & des empressemens
d'une Province, qui par sa fidélité & son amour
pour ses Princes, ne le cede à aucune autre; &
sur ce que le genie de la France lui representoit
qu'il devoit encore ce jour-là même se transpor-
ter au Palais des Destins, pour les consulter sur le
sort du jeune Prince & le leur recommander, le
Génie de la Provence, après avoir redoublé ses
instances, ajodtoit:
Et n'est-ce pas dans la Provence
Qu'a patu cet homme divin
Qui lui-même régla les Arrêts du destin
Le Grand Nostradamus, si connu dans le monde,
Pour la conuoissance profonde
Qu'il avoit de tous les secrets
Que le Ciel tient encor cachés dans ses décrets
Je m'offre à le faire paroître;
Bien mieux que les destins il vous satisfera
Sur ce que vous voulez connoltre, &c.
Le Génie François gagné par cette promesse,
consentoit à s'arréter pour le reste du jour. Les
ordres sont aussi tôt donnés. On annonce les fe-
tes. Elles commencent, elles se succédent. Cha-
cun s'empresse à y prendre part. On en omet le
détail, pour ne pas trop charger cette description.
KV
gl
zed by Goo
226 MERCUREDEFRANC
On croit seulement devoir remarquer qu'on s.
étudié à les caractériser, de lorte qu'on ne po.
voit pas y méconnoître le goût, les usages & le
genie des Provençaux. Elles étoient accompa-
gnées d'une Cantate, de quelques Vaudevilles,
& de plusicurs danses, dont l'exécution fut extrê-
mement applaudie. Après une longue suite de
divertissemens, le Génie de Provence invitoit son
hôte à voir l'illumination des Galéres & des Vais.
seaux, telle qu'elle s'est faite bien des fois dans
les Ports de cette Province, & lui annonçoit pour
le lendemain un nouvel ordre de rejouissances;
mais celui ci empressé de se trouver à son terme,
lui rappelloit sa promesse. Le Génie Provençal
évoquoit alors l'onibre du célébre Nostradamus
qui lortoit du tombeau, & faisoit voir qu'il avoit
prédit dans ses Quatrains la Naissance du Prince.
Il en commençoit l'horoscope, que venoient
achever à son invitation, & avec moins d'obscu-
rité, quatre Troubadours. On sçait que c'est ainsi
que l'on nommoit les anciens Poëtes Provençaux.
Les Troubadours paroissoient, tenant chacun à la
main un Rameau symbolique, pris de quatre ar-
bres differens, mais qui tous ou sont particuliets
à la Provence, ou du moins y viennent plus aisé-
ment qu'ailleurs. Ces Rameaux, qui devoient
servir de présent au Prince, & qui étoient un pré-
sage de ce qu'il seroit un jour, étoient des ra-
meaux d'oranger, de grenadier, d'olivier & de
laurier. On s'est laissé persuader qu'on ne seroit
pas fâché de voit ici en langage moderne des
Tioubadours, la façon dont ils s'expriment sur la
qualité de leur présens & sur leur symbole:
tized by Goog
JANVIER. 1752.
227
2. Tr. Couneissez l'Aurengier & sabez quinte
audour
Porte pertout eme sei flour;
Vaqui de sei vertus la plus fidelle eimagi.
2. Tr. Aqueu Lautier de sa valour
Deou vous douna i'idée & vous servi de gagi.
3. Tr. L'Aulivier de la Pax es lou signe parfait;
La Pax sera toujou sei plus arden soubait.
4. Tr. Lou Migranié marque l'Empire;
Soun fruit es courouna: regarda de sei gran
Et lou nombre & l'ordre charman;
Coumprenez ce qu'aco vaou dire.
1. Tr. Prenez aquelei brou; scran noustre preq
sen.
Tr. Tenez de tout aco fasez une Couroune
Et pourtaleis & nostrei couers encen
A sa polidette Persoune, &c.
Enfin, le Génie de la France satis fait, se dis-
pose à partir; & ceui de la Provence finit ses
adieux, en lui disant:
...... Allez, portez de notre hommage
Le sincere tribut à cet auguste Enfant.
Et s'il se pent, à son pere en passant
Dites un mot de noîre zéle
De nos tendres respects, de notre ardeur si lelle,
Kvj
as
228 MERCUREDEFRANCE.
Et n'oubliez pas la Maman,
Tout notre bonheur nous vient d'elle.
Que votre sort est doux que vous êtes heureux,
De pouvoir à leuis pieds porter vos justes rœux !
Volez où le devoir, où l'amour vous appelle;
Sous les yeux de LOUIS & de son digne fils,
Voyez croître le nombre & l'éclat de nos Lys;
Que formé sur ce grand modelle
Cet Enfant soit un jour leur fidelle portrait.
Je n'ajoute plus rien à cet ardent souhait.
Er si nous avons en le bonheur de vous plaire
Allez, vantez par tout, non pas ce qu'on a fait,
Mais ce qu'on auroit voulu faire.
L'une & l'autre représentation fut terminée
par un Feu d'artisice, exécuté sur le Théatre avec
beaucoup de succès. Puisqu'on s'est enhardi ainserer
dans cette description quelques vers Provençaux,
& que dans une Piéce du caractère de celle-ci,
on a dii s'accommoder au goût du Pays, décidé
pour le langage qui lui est particulier, on va ter-
miner cette Reiation par un couplet Provençal,
qui fut chanté à la suite de quelques autres par un
Berger. Sur l'air: Lou beou Tirsis se proumenave,
&c.
Tout es charman din sa Persoune;
Et tout près d'eou
Les flous que lou printemps nous donne
N'an ren de beou
JANVIER. 1752.
229
Lei plus doux presen de Poumoune
Nous toquoun plu
Est lou plus beou fruit de l'Autoune
Quaguen agu.
Fermer
246
p. 163-168
« HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...] »
Début :
HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...]
Mots clefs :
Arabes, Aurangzeb, Prince, François Augier Marigny, Extérieur, Enfants, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...] »
HISTOIRE des Révolutions de l'Empire
des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,
Tom. 3 & 4. A Paris chez Gissey
Bordelei & Ganeau.
Le commencement de l'Ouvrage que
nous annonçons a paru mê liocrement in-
teressant; les Scenes sont plus vives, plus
variées & plus importantes dans les deux
nouveaux volumes qu'on nons donne au-
jourd'hui; le cinquiême & le sixième se-
ront encore plus agréables pour nous
parce que l'Europe, la France même se-
ront le Théâtre d'une grande partie des
évenemens que l'on y lira. LesRévolutions
arrivées dans le Mogol & dans la Perse,
occupent l'Historien dans les deux volu-
mesqu'il vient de publier. LePrince le plus
célebre de ces deux vastes Empires, c'est
Aurengzeb mort en 1707. Voici le por-
trait qu'en fait M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb n avoit rien de grand dans
l'extérieur, son visageétoit sec & déchar-
né, il avoit les yeux vifs, & qui sem-
164 MERCUREDEFRANCE.
bloient percet jusques dans l'intérieur &
ceux qu'il regardoit. Les mouvemens &
son visage laisserent rarement pénétre
les sentimens dont il étoit affecté, soit
de joie ou de tristesse. Une profonde dis-
simulation étoit le point fondamental
de sa politique. Il étoit impénétrable aux
plus claitvoyans, soit dans ses discours,
soit dans sa conduite; tonjours maître de
son extérieur, il ne laissoit point voir ce
qci se passoit dans le fond de son coeur,
& il ne confioit jamais ses pensées à ses
femmes, à ses amis ou à ses enfans. On
loue la régularité de ses moeurs qui
étoient conformes aux principes moraux,
son assiduité aux prices publiques, où
il édifioit les plus religieux; son absti-
nence du vin & des autres plaisirs inno-
cens, dont il ne faisoit aucun usage. Il
parut touiours occupé de ses devoirs,
iors même qu'il n'étoit que Vice-Roi de
Decan. Curieux de s'instruire sut tout ce
qui regardoit le Gouvernement civil ou
militaite, il écoutoit avec pla sir ceux
qui étoient capables de lui donner des
instructions sur ce sujet. Ce Prince étoit
extremement sérieux, parloit peu, & af-
fectoit une modestie extraordinaire, soit
dans ses meubles, ses habits, ou dans ses
équipages; desorte que cet exterieur se-
FEVRIER. 1752.
165
vere, & cette grande simpiicité annon-
çoient plûtôt un Philosophe qu'un grand
Prince. L'ambition cependant étoit le
grand mobile de toutes ses actions, &
Ion peut dire que ce fut cette passion
qui le porta aux plus grands crimes. Tout
ce qui le pouvoit conduire au Thrône
lui parut permis, & les devoirs les plus
sacres ne furent pas capables de l'arrêtet
dans l'exécution de ses desseins. Il ne res-
pectoit ni les jugemens du Public, ni la
Religion même qu'il fit souvent servir
à ses vûes politiques. Il ne du: ses plus
grands succès qu'à ses ruses & à sa fourbe-
rie. Il étoit jaloux du mérite des autres
& de ses enfans même, & leurs succès
lui causoient les plus grands chagrins ;
son coeur étoit inaccessible à la clémence,
à la générosité, & à la reconnoissance;
l'avarice, la mésiance & la cruautéj
trouvoient seulement place. Son génie
étoit vaste, il rassembloit dans un seul
point de vue les projets les plus impor-
tans, & en découvroit en même temps
toutes les difficultés & les différens
movens pour les faire réussir. Le poison,
la séduction, la trahison, &c. etoient,
disoit-il, les moyens les plus prompts &
les plus surs pour se délivrer de ses en-
nemis, & épargner le sang des soldats;
tized by
166 MERCUREDE FRANCE.
son habileté pour l'exécution de ses de-
testables maximes étoit si surprenante,
qu'il étoit presque impossible d'échappe
à ses embûches. Sa pénétration & sa pré-
sence d'esprit dans les circonstances cri-
tiques, etoient si extraordinaires, & ce
Prince étoit si fertile en expédiens, que
le vulgaire s'imaginoit qu'il étoit inspire
par quelque Démon familier.
Enfin cet Empereur neut point de
principes réels de vertu. Ce n'étoit qu'un
hypocrite & un imposteur qui se jouoit
de Dieu & des hommes. S'il étoit frugal
sobre, modeste, religieux, c'étoit plu-
tôt par goût, par humeur, par tempera-
ment que par vertu. Sa santé exigeoit
qu'il vecût avec tempérance & frugalité,
il s'en faisoit honneur devant les hom-
mes, pour avoir occasion de persécuter
ceux qui étoient sujets à l'intempérance,
& aux excès du boire & du manger; lors-
que ses intérêts, sa vengeance, sa ja-
lousie, son avarice ou son ambition exi-
geoient quelques victimes, il coloroit du
prérexte de Religion ou du bien de l'Etat,
la perte ou la disgrace de ses ennemis;
ses amis mêmen en étoient souvent pas
exempts. Aurengzeb sçut par la seule
crainte de son nom maintenir la tranqui-
lité de ses Etats, arrêter les projets de
FEVRIER. 1752. 167
ses fils, les tenir toujours dans la dé-
pendance, & inspirer à ses sujets la
crainte dont il étoit continuellement agi-
té. En un mot ce Prince fut un fils dé-
naturé, un mauvais pere, perfide ami,
ennemi redoutable, infidele, parjure,
cruel, avare, imposteur, détesté de tous
ses sujets & de ses propres enfans.
Pour achever de peindre Aurengzeb,
nous ajouterons un trait, & nous nous
servirons encore des propres termes de
M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb fit publier dans ses Etats
que tous les Faquirs eussent à se rendre
à un jour marqué dans une plaine qu'il
leur indiqua, afin d'avoir le plaisir de
manger avec eux; après le repas, Au-
rengzeb fit apporter des calaques neuves
qu il avoit fait faire exprès, & en fit pré-
sent d'une à chaque Faquir, ordonnant en
même tems de s'emparer des vieux habits,
& de les metre en un tas. Les Faquirs fi-
rent beaucoup de difficultés pout quitter
leurs haillons & pour accepter un habit.
neuf, mais il fallut obéir. Aurengzeb fit
ensuite brûler toutes ces hardes, & lors-
qu'elles furent brûlées, on trouva quan-
tité d'or & d'argent. Ce Prince n'igno-
roit pas les ruses de ces prétendus moi-
nes: il sçavoit qu'ils recevoient beau-
168 MERCUREDE FRANCE.
coup pat le moyen des aumônes, & qu
cet argent étoit coulu dans les replis d:
leurs habits; c est ce qui l'engagea à s.
rendre maître des vieilles hardes, sous
prétexte qu'il vouloit gratifier les man-
dians d'un habit neuf.
des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,
Tom. 3 & 4. A Paris chez Gissey
Bordelei & Ganeau.
Le commencement de l'Ouvrage que
nous annonçons a paru mê liocrement in-
teressant; les Scenes sont plus vives, plus
variées & plus importantes dans les deux
nouveaux volumes qu'on nons donne au-
jourd'hui; le cinquiême & le sixième se-
ront encore plus agréables pour nous
parce que l'Europe, la France même se-
ront le Théâtre d'une grande partie des
évenemens que l'on y lira. LesRévolutions
arrivées dans le Mogol & dans la Perse,
occupent l'Historien dans les deux volu-
mesqu'il vient de publier. LePrince le plus
célebre de ces deux vastes Empires, c'est
Aurengzeb mort en 1707. Voici le por-
trait qu'en fait M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb n avoit rien de grand dans
l'extérieur, son visageétoit sec & déchar-
né, il avoit les yeux vifs, & qui sem-
164 MERCUREDEFRANCE.
bloient percet jusques dans l'intérieur &
ceux qu'il regardoit. Les mouvemens &
son visage laisserent rarement pénétre
les sentimens dont il étoit affecté, soit
de joie ou de tristesse. Une profonde dis-
simulation étoit le point fondamental
de sa politique. Il étoit impénétrable aux
plus claitvoyans, soit dans ses discours,
soit dans sa conduite; tonjours maître de
son extérieur, il ne laissoit point voir ce
qci se passoit dans le fond de son coeur,
& il ne confioit jamais ses pensées à ses
femmes, à ses amis ou à ses enfans. On
loue la régularité de ses moeurs qui
étoient conformes aux principes moraux,
son assiduité aux prices publiques, où
il édifioit les plus religieux; son absti-
nence du vin & des autres plaisirs inno-
cens, dont il ne faisoit aucun usage. Il
parut touiours occupé de ses devoirs,
iors même qu'il n'étoit que Vice-Roi de
Decan. Curieux de s'instruire sut tout ce
qui regardoit le Gouvernement civil ou
militaite, il écoutoit avec pla sir ceux
qui étoient capables de lui donner des
instructions sur ce sujet. Ce Prince étoit
extremement sérieux, parloit peu, & af-
fectoit une modestie extraordinaire, soit
dans ses meubles, ses habits, ou dans ses
équipages; desorte que cet exterieur se-
FEVRIER. 1752.
165
vere, & cette grande simpiicité annon-
çoient plûtôt un Philosophe qu'un grand
Prince. L'ambition cependant étoit le
grand mobile de toutes ses actions, &
Ion peut dire que ce fut cette passion
qui le porta aux plus grands crimes. Tout
ce qui le pouvoit conduire au Thrône
lui parut permis, & les devoirs les plus
sacres ne furent pas capables de l'arrêtet
dans l'exécution de ses desseins. Il ne res-
pectoit ni les jugemens du Public, ni la
Religion même qu'il fit souvent servir
à ses vûes politiques. Il ne du: ses plus
grands succès qu'à ses ruses & à sa fourbe-
rie. Il étoit jaloux du mérite des autres
& de ses enfans même, & leurs succès
lui causoient les plus grands chagrins ;
son coeur étoit inaccessible à la clémence,
à la générosité, & à la reconnoissance;
l'avarice, la mésiance & la cruautéj
trouvoient seulement place. Son génie
étoit vaste, il rassembloit dans un seul
point de vue les projets les plus impor-
tans, & en découvroit en même temps
toutes les difficultés & les différens
movens pour les faire réussir. Le poison,
la séduction, la trahison, &c. etoient,
disoit-il, les moyens les plus prompts &
les plus surs pour se délivrer de ses en-
nemis, & épargner le sang des soldats;
tized by
166 MERCUREDE FRANCE.
son habileté pour l'exécution de ses de-
testables maximes étoit si surprenante,
qu'il étoit presque impossible d'échappe
à ses embûches. Sa pénétration & sa pré-
sence d'esprit dans les circonstances cri-
tiques, etoient si extraordinaires, & ce
Prince étoit si fertile en expédiens, que
le vulgaire s'imaginoit qu'il étoit inspire
par quelque Démon familier.
Enfin cet Empereur neut point de
principes réels de vertu. Ce n'étoit qu'un
hypocrite & un imposteur qui se jouoit
de Dieu & des hommes. S'il étoit frugal
sobre, modeste, religieux, c'étoit plu-
tôt par goût, par humeur, par tempera-
ment que par vertu. Sa santé exigeoit
qu'il vecût avec tempérance & frugalité,
il s'en faisoit honneur devant les hom-
mes, pour avoir occasion de persécuter
ceux qui étoient sujets à l'intempérance,
& aux excès du boire & du manger; lors-
que ses intérêts, sa vengeance, sa ja-
lousie, son avarice ou son ambition exi-
geoient quelques victimes, il coloroit du
prérexte de Religion ou du bien de l'Etat,
la perte ou la disgrace de ses ennemis;
ses amis mêmen en étoient souvent pas
exempts. Aurengzeb sçut par la seule
crainte de son nom maintenir la tranqui-
lité de ses Etats, arrêter les projets de
FEVRIER. 1752. 167
ses fils, les tenir toujours dans la dé-
pendance, & inspirer à ses sujets la
crainte dont il étoit continuellement agi-
té. En un mot ce Prince fut un fils dé-
naturé, un mauvais pere, perfide ami,
ennemi redoutable, infidele, parjure,
cruel, avare, imposteur, détesté de tous
ses sujets & de ses propres enfans.
Pour achever de peindre Aurengzeb,
nous ajouterons un trait, & nous nous
servirons encore des propres termes de
M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb fit publier dans ses Etats
que tous les Faquirs eussent à se rendre
à un jour marqué dans une plaine qu'il
leur indiqua, afin d'avoir le plaisir de
manger avec eux; après le repas, Au-
rengzeb fit apporter des calaques neuves
qu il avoit fait faire exprès, & en fit pré-
sent d'une à chaque Faquir, ordonnant en
même tems de s'emparer des vieux habits,
& de les metre en un tas. Les Faquirs fi-
rent beaucoup de difficultés pout quitter
leurs haillons & pour accepter un habit.
neuf, mais il fallut obéir. Aurengzeb fit
ensuite brûler toutes ces hardes, & lors-
qu'elles furent brûlées, on trouva quan-
tité d'or & d'argent. Ce Prince n'igno-
roit pas les ruses de ces prétendus moi-
nes: il sçavoit qu'ils recevoient beau-
168 MERCUREDE FRANCE.
coup pat le moyen des aumônes, & qu
cet argent étoit coulu dans les replis d:
leurs habits; c est ce qui l'engagea à s.
rendre maître des vieilles hardes, sous
prétexte qu'il vouloit gratifier les man-
dians d'un habit neuf.
Fermer
247
p. 191-195
DE STOKHOLM, le 24 Décembre.
Début :
La Diette a repris ses Séances, & le bruit court qu'il a été résolu dans le Committé secret, [...]
Mots clefs :
Roi, Royaume, États, Lois, Nation, Suède, Prince, Diète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE STOKHOLM, le 24 Décembre.
DE STOKHOLM, le 24 Décembre.
La Diette a repris ses Séances, & le bruit
court qu'il a été résolu dans le Committé secret,
d'employer de nouvelles instances auprès
du Comte de Tessin, pour l'engager à ne point se
démettre de ses emplois. Les Députés de la Com-
pagnie des Indes Orientales sons retournés à Got-
tembourg, aprés avoir eu une seconde audience
du Roi, qui leur a promis de ne négliger rien de
ce qui pourroit contribuer aux progrès du Com-
merce de cette Compagnie.
Lorsque les Etats du Royaume se présenterent
devant le Tiône pour rendre leur soi & hommage
au Roi, le Comte de Tessin, coutinuant d'ex-
ercer la dignité de Président du Collége de la
Chancellerie, leur adressa le discours suivant.
»Exhorter les Suédois à la soumission & à la fideli-
»té pour leur Souverain, ce seroit paroître avoir
„oublié à quel point ils ont toujours portés ses
aOO
192 MERCURE DE FRANCE.
„sentimens, le sang qu'ils ont répandu en tant
»d'occasions, & toutes les circonstances, soit
» passées, soit présentes, consirment sussisam-
„ment, qu'il n'y a aucune considération humai.
nne, qui puisse faire balancer la Nation sur l'ac-
„complissement de pareils devoirs. Ces mêmes
„ sentimens se lisent dans vos ye ix, aujourd'hui
„que les Couronnes de Suéde, des Goths & des
„Vandales, sont sur la tête d'un Prince, dont
»la Maison est si étroitement liée avec celle des
„Gustaves, & qui pendant huit années en-
„tieres, & dans les tems les plus difficiles, a don-
„né des preuves reiterées de son dévouement
„pour le Royaume. Quelque difficiles qu'avent
»été ces tems; quelque compliqués qu'ayent
»été les soins qu'il a falu se donner, le Roi y a
„trouvé cette satisfaction, que chaque moment
„lui a fourni les moyens de nous convaincre de
uson amour paternel. Si-je voulois entrer dans
l'énumération des marques que nous en avons
„ reçues, & des vertus qui compolent le caractere
»de Sa Majesté, je ne ferois que rappeller ce qui
„ depuis long-tenis est gravé dans vos tœeurs.
„Qu'il me soit permis cependant de tracer en peu
„de mots, une légere esquisse du portrait d'un
„Monarque né pour la gloire de la Suéde L'ob-
»jet unique des désirs de ce Prince, est de nous
»renddre heureux, & il veut devoir son autorité
„beaucoup moins aux loix qu'à notre affection
» & à notre reconnoissance. Tel est le Roi que les
»Etats réverent sur le Trône, où l'a placé un
„choix libre & unanime, & où l'appelloient
»ses qualités éminentes. Appprochez donc, &
venez lui rendre vos hommages; prêtez pour
„vous, & pout la Nation qui vous autorise à
»cet effet, le serment d'une fidélité inébranla-
»ble.
FEVRIER. 1752.
193
oble Promettez que dans tous les tems, & dans
»quelques reveis que vour plissiez essuyer, vous
„ demeurerez soumis, suivant les Loix du Royau-
»me, & su vent la forme du Gouvernement
»au Très Puissant Prince Adolphe Fréséric, Roi
»de Suéde, des Goths, & des Vandales. Liez
„vos ames à celles du Roi, & posez vos mains
»dans celles de Sa Majesté, vouez-lui & confir,
»mez-luivotre obéissance & votre dévouement
„tant en votre nom, qu'au nom de vos conci-
»toyens, de vos enfans & de leur postérité.
Voici le sermant que le Roi a prété le jour
de son Couronnement Moi, Adolphe-Frederie.
»promets & jure devant Dieu & sur son saint
» Evangile: 1. que je veux aimer Dien & sa
»sainte Fglise; conserver & maintenir tous les
„ Etats du Royaume dans la pratique & l'obser.
»vance de la pure Doctrine, suivant l'afsuran-
„ce que j'en ai donnée; défendre l'Eglise & ses
„ droits, & proteger avec la même attention les
»droits de la Couronne & ceux de la Nation Sué-
„doise: 29. que je veux aimer, garder & ob-
»server la justice & la vérité; réptimer l'iniqui-
»té & l'injustice, faire servir à ces deux fius l'u-
„sage de ma puissance Royale: 3. que je veux
»être le même pour tous mes sujets, tellement
„ qu'aucun d'entre eux, soit pauvte, soit riche,
»de haute ou de basse condition, qui tomberoit
»dans quelque faute, n'ait rien à craindre pour
„ sa personne ni pour ses biens, sans avoii été
„convaincu & jugé de la maniere que les Loix
„ du Royaume & les fo mes juridiques le pres-
„crivent : 4. que je veux gouverner le Royau-
„ me avec l'avis & l'assistance des Senateurs, &
»d'autres personnes nées en Suède, & attachées
nau pays pat leur naissance & par leur serment,
194 MERCUREDE FRANCE.
„sans agit autrement qu'avec seur participation:
»5°. que je veux maintenit l'Etat & la Nation
dans la possession de ses frontieres, & dans la
o jonissance de ses revenus annuels; en sorte
„qu'il n'en soit rien distrait ou diminué au préju-
„dice de mes Succcsseurs: 6°. comme par l'Acte
o d'assurance donnée à mon avenement au Trô-
»ne, j'ai rejetté le pouvoit arbitraire & despo-
ntique, & que je ne l'introduitai jamais, ni ne
u souffiirai qu'il soit introduit par d'autres, je
o promets & jure aussi de protéger les Etas du
Royaume dans leurs personnes & dans la jouis-
»sance de leurs privilèges duement acquis; de
nconserver les Loix & les Reglemens établis du
»commun consentement des Etats; de ne pas
"souffrir que l'injustice prévale jamais sur la
„justice, & de ne point permettre que ni Droit
»Etranger, ni Loix nouvelles, soient introduits
„dans le Royaume que sous le bon plaisir des
„mêmes Etats : 7° je n'entreprendrai jamais de
»guerre, & n'imposerai aucune charge à mes
» Sujets, qu'avec la participation desdits Etats,
„dans des choses de cette nature, ou autres sem-
»blables, je me conformerai au contenu de
„ de l'Acte d'assurance, ainsi qu'au Réglement
»par lequel la forme de Régence a été établie
"en 1710: 8 de plus, je défendrai & proté-
"gerai tout le Corps des Citoyenes en général
"parriculiérement ceux, qui étant d'un caracte-
"re pacisique, mettent leur bonheur à vivre en
»paix & suivant la Loi. Je les protégerai contre
"tous esprits inquiers & torbulens, soit du
»Pays, soit Etrangers. Et comme la paix & la
a concorde sont des biens inestimables, je m'at-
»tacherai à faire tégner & à fortifier l'une &
»l'autre dans l'Eglise, dans les Conseils, dans
FEVRIER.
1752.
195
les familles, dans l'administration publique &
» & particuliere. J'employerai avec la même ap-
plication tous mes soins à réprimer sévérement
»tout ce ce qui pourroit être un sujet de trou-
ble.
La Diette a repris ses Séances, & le bruit
court qu'il a été résolu dans le Committé secret,
d'employer de nouvelles instances auprès
du Comte de Tessin, pour l'engager à ne point se
démettre de ses emplois. Les Députés de la Com-
pagnie des Indes Orientales sons retournés à Got-
tembourg, aprés avoir eu une seconde audience
du Roi, qui leur a promis de ne négliger rien de
ce qui pourroit contribuer aux progrès du Com-
merce de cette Compagnie.
Lorsque les Etats du Royaume se présenterent
devant le Tiône pour rendre leur soi & hommage
au Roi, le Comte de Tessin, coutinuant d'ex-
ercer la dignité de Président du Collége de la
Chancellerie, leur adressa le discours suivant.
»Exhorter les Suédois à la soumission & à la fideli-
»té pour leur Souverain, ce seroit paroître avoir
„oublié à quel point ils ont toujours portés ses
aOO
192 MERCURE DE FRANCE.
„sentimens, le sang qu'ils ont répandu en tant
»d'occasions, & toutes les circonstances, soit
» passées, soit présentes, consirment sussisam-
„ment, qu'il n'y a aucune considération humai.
nne, qui puisse faire balancer la Nation sur l'ac-
„complissement de pareils devoirs. Ces mêmes
„ sentimens se lisent dans vos ye ix, aujourd'hui
„que les Couronnes de Suéde, des Goths & des
„Vandales, sont sur la tête d'un Prince, dont
»la Maison est si étroitement liée avec celle des
„Gustaves, & qui pendant huit années en-
„tieres, & dans les tems les plus difficiles, a don-
„né des preuves reiterées de son dévouement
„pour le Royaume. Quelque difficiles qu'avent
»été ces tems; quelque compliqués qu'ayent
»été les soins qu'il a falu se donner, le Roi y a
„trouvé cette satisfaction, que chaque moment
„lui a fourni les moyens de nous convaincre de
uson amour paternel. Si-je voulois entrer dans
l'énumération des marques que nous en avons
„ reçues, & des vertus qui compolent le caractere
»de Sa Majesté, je ne ferois que rappeller ce qui
„ depuis long-tenis est gravé dans vos tœeurs.
„Qu'il me soit permis cependant de tracer en peu
„de mots, une légere esquisse du portrait d'un
„Monarque né pour la gloire de la Suéde L'ob-
»jet unique des désirs de ce Prince, est de nous
»renddre heureux, & il veut devoir son autorité
„beaucoup moins aux loix qu'à notre affection
» & à notre reconnoissance. Tel est le Roi que les
»Etats réverent sur le Trône, où l'a placé un
„choix libre & unanime, & où l'appelloient
»ses qualités éminentes. Appprochez donc, &
venez lui rendre vos hommages; prêtez pour
„vous, & pout la Nation qui vous autorise à
»cet effet, le serment d'une fidélité inébranla-
»ble.
FEVRIER. 1752.
193
oble Promettez que dans tous les tems, & dans
»quelques reveis que vour plissiez essuyer, vous
„ demeurerez soumis, suivant les Loix du Royau-
»me, & su vent la forme du Gouvernement
»au Très Puissant Prince Adolphe Fréséric, Roi
»de Suéde, des Goths, & des Vandales. Liez
„vos ames à celles du Roi, & posez vos mains
»dans celles de Sa Majesté, vouez-lui & confir,
»mez-luivotre obéissance & votre dévouement
„tant en votre nom, qu'au nom de vos conci-
»toyens, de vos enfans & de leur postérité.
Voici le sermant que le Roi a prété le jour
de son Couronnement Moi, Adolphe-Frederie.
»promets & jure devant Dieu & sur son saint
» Evangile: 1. que je veux aimer Dien & sa
»sainte Fglise; conserver & maintenir tous les
„ Etats du Royaume dans la pratique & l'obser.
»vance de la pure Doctrine, suivant l'afsuran-
„ce que j'en ai donnée; défendre l'Eglise & ses
„ droits, & proteger avec la même attention les
»droits de la Couronne & ceux de la Nation Sué-
„doise: 29. que je veux aimer, garder & ob-
»server la justice & la vérité; réptimer l'iniqui-
»té & l'injustice, faire servir à ces deux fius l'u-
„sage de ma puissance Royale: 3. que je veux
»être le même pour tous mes sujets, tellement
„ qu'aucun d'entre eux, soit pauvte, soit riche,
»de haute ou de basse condition, qui tomberoit
»dans quelque faute, n'ait rien à craindre pour
„ sa personne ni pour ses biens, sans avoii été
„convaincu & jugé de la maniere que les Loix
„ du Royaume & les fo mes juridiques le pres-
„crivent : 4. que je veux gouverner le Royau-
„ me avec l'avis & l'assistance des Senateurs, &
»d'autres personnes nées en Suède, & attachées
nau pays pat leur naissance & par leur serment,
194 MERCUREDE FRANCE.
„sans agit autrement qu'avec seur participation:
»5°. que je veux maintenit l'Etat & la Nation
dans la possession de ses frontieres, & dans la
o jonissance de ses revenus annuels; en sorte
„qu'il n'en soit rien distrait ou diminué au préju-
„dice de mes Succcsseurs: 6°. comme par l'Acte
o d'assurance donnée à mon avenement au Trô-
»ne, j'ai rejetté le pouvoit arbitraire & despo-
ntique, & que je ne l'introduitai jamais, ni ne
u souffiirai qu'il soit introduit par d'autres, je
o promets & jure aussi de protéger les Etas du
Royaume dans leurs personnes & dans la jouis-
»sance de leurs privilèges duement acquis; de
nconserver les Loix & les Reglemens établis du
»commun consentement des Etats; de ne pas
"souffrir que l'injustice prévale jamais sur la
„justice, & de ne point permettre que ni Droit
»Etranger, ni Loix nouvelles, soient introduits
„dans le Royaume que sous le bon plaisir des
„mêmes Etats : 7° je n'entreprendrai jamais de
»guerre, & n'imposerai aucune charge à mes
» Sujets, qu'avec la participation desdits Etats,
„dans des choses de cette nature, ou autres sem-
»blables, je me conformerai au contenu de
„ de l'Acte d'assurance, ainsi qu'au Réglement
»par lequel la forme de Régence a été établie
"en 1710: 8 de plus, je défendrai & proté-
"gerai tout le Corps des Citoyenes en général
"parriculiérement ceux, qui étant d'un caracte-
"re pacisique, mettent leur bonheur à vivre en
»paix & suivant la Loi. Je les protégerai contre
"tous esprits inquiers & torbulens, soit du
»Pays, soit Etrangers. Et comme la paix & la
a concorde sont des biens inestimables, je m'at-
»tacherai à faire tégner & à fortifier l'une &
»l'autre dans l'Eglise, dans les Conseils, dans
FEVRIER.
1752.
195
les familles, dans l'administration publique &
» & particuliere. J'employerai avec la même ap-
plication tous mes soins à réprimer sévérement
»tout ce ce qui pourroit être un sujet de trou-
ble.
Fermer
248
p. 195-197
DE COPPENHAGUE, le 11 Décembre.
Début :
Il paroît des copies de l'Exposé que le Roi a envoyé à ses Ministres dans les Cours Etrangeres, [...]
Mots clefs :
Longueville, Reine, Traité, Prince, Ports, Sainte Croix, Commerce, Maroc, Danois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE COPPENHAGUE, le 11 Décembre.
DE COPPENHAGUE, le 11 Décembre.
Il paroît des copies de l'Exposé que le Roi a envoyé
à ses Ministres dans les Cours Etrangeres,
touchant l'affaire qui regarde les Ports de Sainte
Croix & de Saffia. Cet exposé porte que Sa Ma-
jesté, toujours attentive à favoriser le commerce
de ses Sujets, accorda il y a quelques mois une
escorte de deux de ses Fregates aux Navires des-
tinés pour les deux Ports ci dessus nommés; qu'en
même tems elle chargea le sieur de Longueville,
Lieutenant Colonel dans ses troupes, de négocier
à la Cour de Maroc un traité de commerce, &
d'y sollicitet les permissions néceessaires pour que
les Danois pusseat trasiquer librement dans les Etata
de l'Empereur de Maroc; que les instructions du
sicur de Longueville étoient simples & positives.
& qu'il étoit charge seulement d'obtenir pour les
Sujets du Roi, les mêmes avantages dont jouis-
soiens d'autres Nations, que telles ont été les vues de
SaMajesté, & tels ont été ses commandemens, qu'elle
n'a donc pû qu'être extrêment surprise, en appre-
naut que le sieur de Longueville, entraîné par un
zéle inconsidéré, s'étoit écarté de l'obéissance
exacte dûc aux ordres qu'elle lui avoit donnés, &
qu'il avoit conclu avec le Prince Sidy-Mahomet
fils de l'Empereur de Maroc, & Commandant
dans les Ports de Sainte-Croix & de Saffia, un
Traité en vertu duquel les Danois devoient pren
Iij
ad by Goc
196 MERCUREDEFRANCE.
dre à ferme le commerce de la premiere de ces
deux Places, & le faire exclusivement à tous les
autres Peuples de l'Europe; que le Roi n'a point
ratifie ce Traité, dont il n'etoit pas difficile de pré.
venn les conséquences, que Sa Majesté étoit oc-
cupée du soin de les prévenir, losqu'elle fut infor-
mée par une lettre du sicur de Longueville, dattée
du 27 Sepembre detnier, que l'Empereur de Ma-
roc, non seulement avoit désaprouvé le Traité
signé par le Prince son fils, mais même avoit fait
signifier les ariêts au sieur de Longueville, & sé-
questier les effers des Danois qui sont à Sainte-
Croix
Depuis quelque tems la Reine étoir incommo-
dée d'une liernie, le mal étant devenu d'autant
plus dangereux que cette Princesse approchoit de
la fin de sa grossesse, les Médecins & les Chirurgiens
firent le 11 une consultation; Ils jugerent qu'il
ne restoit d'aurte ressource que de faire à Sa Ma-
jeste une incision latérale pour temettre les instins
dans leur plaee. Quelque douloureuse que dût
etre cette opération, la Reine se détermina à la
souffrir. L'operation fut faite le même jour au soir
aussi heureusement qu'on pouvoit le souhiaiter, &
le 17 on commençoit à augurer favorablement
de l'état de Sa Majesté, mais la nuit du 18 au 19,
on perdit toute espérance, & vers les quatre
heures du matin la Reine mourut, ayrès avoir
donné les marques de la piété la plus solide & de
la plus parfaite résignation. Cette Princesse, qui
se nommoit Louise Suphie Magdelaine étoit agee
de vingt six ans, onze mois & vingi jours, étant
née le 19 Décembre 1714. Elle étoit la cinquiéme
fille de Georges II, Roi de la Grande Bietagne
& Electeur de Hanover, & de Guillelmine Do-
rothée de Brandebourg-Anspach, morte le pre-
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
197
mier Décembre 1737. Le 9 Novembre 1743 elle
avoit épousé le Roi, & de lent mariage sont
nés le Prince Royal & les Princesles Sophie-Ma-
gdelaine, Louise Guillelmine Caroline, & Louise.
La Reine réunissoit toutes les qualités les plus
propres à la faire chérir & respecter. En ouvrant
son corps, on a reconnu que l'enfant, dont elle
étoit enceinte, étoit un Prince. Cette circonstance
redouble l'affliction du Roi, sur qui la mort de la
Reine a fait une telle impression, qu'il en est tombé
malade, & qu'il a deja eu deux accès de fievre.
Il paroît des copies de l'Exposé que le Roi a envoyé
à ses Ministres dans les Cours Etrangeres,
touchant l'affaire qui regarde les Ports de Sainte
Croix & de Saffia. Cet exposé porte que Sa Ma-
jesté, toujours attentive à favoriser le commerce
de ses Sujets, accorda il y a quelques mois une
escorte de deux de ses Fregates aux Navires des-
tinés pour les deux Ports ci dessus nommés; qu'en
même tems elle chargea le sieur de Longueville,
Lieutenant Colonel dans ses troupes, de négocier
à la Cour de Maroc un traité de commerce, &
d'y sollicitet les permissions néceessaires pour que
les Danois pusseat trasiquer librement dans les Etata
de l'Empereur de Maroc; que les instructions du
sicur de Longueville étoient simples & positives.
& qu'il étoit charge seulement d'obtenir pour les
Sujets du Roi, les mêmes avantages dont jouis-
soiens d'autres Nations, que telles ont été les vues de
SaMajesté, & tels ont été ses commandemens, qu'elle
n'a donc pû qu'être extrêment surprise, en appre-
naut que le sieur de Longueville, entraîné par un
zéle inconsidéré, s'étoit écarté de l'obéissance
exacte dûc aux ordres qu'elle lui avoit donnés, &
qu'il avoit conclu avec le Prince Sidy-Mahomet
fils de l'Empereur de Maroc, & Commandant
dans les Ports de Sainte-Croix & de Saffia, un
Traité en vertu duquel les Danois devoient pren
Iij
ad by Goc
196 MERCUREDEFRANCE.
dre à ferme le commerce de la premiere de ces
deux Places, & le faire exclusivement à tous les
autres Peuples de l'Europe; que le Roi n'a point
ratifie ce Traité, dont il n'etoit pas difficile de pré.
venn les conséquences, que Sa Majesté étoit oc-
cupée du soin de les prévenir, losqu'elle fut infor-
mée par une lettre du sicur de Longueville, dattée
du 27 Sepembre detnier, que l'Empereur de Ma-
roc, non seulement avoit désaprouvé le Traité
signé par le Prince son fils, mais même avoit fait
signifier les ariêts au sieur de Longueville, & sé-
questier les effers des Danois qui sont à Sainte-
Croix
Depuis quelque tems la Reine étoir incommo-
dée d'une liernie, le mal étant devenu d'autant
plus dangereux que cette Princesse approchoit de
la fin de sa grossesse, les Médecins & les Chirurgiens
firent le 11 une consultation; Ils jugerent qu'il
ne restoit d'aurte ressource que de faire à Sa Ma-
jeste une incision latérale pour temettre les instins
dans leur plaee. Quelque douloureuse que dût
etre cette opération, la Reine se détermina à la
souffrir. L'operation fut faite le même jour au soir
aussi heureusement qu'on pouvoit le souhiaiter, &
le 17 on commençoit à augurer favorablement
de l'état de Sa Majesté, mais la nuit du 18 au 19,
on perdit toute espérance, & vers les quatre
heures du matin la Reine mourut, ayrès avoir
donné les marques de la piété la plus solide & de
la plus parfaite résignation. Cette Princesse, qui
se nommoit Louise Suphie Magdelaine étoit agee
de vingt six ans, onze mois & vingi jours, étant
née le 19 Décembre 1714. Elle étoit la cinquiéme
fille de Georges II, Roi de la Grande Bietagne
& Electeur de Hanover, & de Guillelmine Do-
rothée de Brandebourg-Anspach, morte le pre-
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
197
mier Décembre 1737. Le 9 Novembre 1743 elle
avoit épousé le Roi, & de lent mariage sont
nés le Prince Royal & les Princesles Sophie-Ma-
gdelaine, Louise Guillelmine Caroline, & Louise.
La Reine réunissoit toutes les qualités les plus
propres à la faire chérir & respecter. En ouvrant
son corps, on a reconnu que l'enfant, dont elle
étoit enceinte, étoit un Prince. Cette circonstance
redouble l'affliction du Roi, sur qui la mort de la
Reine a fait une telle impression, qu'il en est tombé
malade, & qu'il a deja eu deux accès de fievre.
Fermer
249
p. 171-189
EXTRAIT DE VARON.
Début :
Varon, après avoir exterminé toute la Famille Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran. [...]
Mots clefs :
Varon, Zoraïde, Père, Sostrate, Pharès, Sort, Bras, Instant, Acte, Cruel, Fureur, Prince, Amant, Dieux, Secret, Sang, Coeur, Syracuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE VARON.
EXTRAIT DE VARON.
Varon, après avoir exterminé toute la Famille
Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran.
Sostrate, seul rejetton de ce Sang illustre, re-
monte sur le thrône; la tête de l'Usurpateur qui
prend la fuite, est mise à prix: Sostrate, c'est ioi
le commencement de l'action, s'entretient avec
Pharès son confident de ce qui s'est passé le jour
heureux de la révolution; il adore Zoraide, fille
de Varon, elle gémissoit dans les horreurs d'une
prison cruelle, Sostrate se contente de briser ses
fers sans préten dre à son coeur, la gloire lui de-
fend de soupirer pour elle, mais il ne peut se ré-
soudre à lui permettre de quitter Syracuse, Pha-
rès le détourne de ce dessein.
Ah! loin de consoler une aimable captive,
Souffrez qu'elle abandonne une funeste rive,
Où sa vertu baissant un front humilié
Ne voit que le mépris où son sort est lié.
H ij
172 MERCURE DEFRANCE.
Sostrate.
Quoi! Pharès il faudra qu'une fuite barbare
L'enléve à Syracuse & qu'elle nous sépare.
Je me rappelle encor ces momens pleins d'horreur,
Cette nuit qu'au trépas consacra ma fureur,
Où je crus que d'accord avec ma vigilance
Le sommeil livreroit un trastre à ma vangeance
Tnutiles projets! instruit de son danger
Varon trompa la main qui devoit l'égorger;
La fuite à mes transports détoba la victime
Je par courus ces lieux habités par le crime.
J'apperçus Zoraide. Ah! Pharès, quel instant!
Mon bras entre la rage & le respect flotant,
Ne scavoit que résoudre en te moment terrible,
L'aimable Zoraide à la mort insensible
Rendoit son ennemi d'autant plus incertain
Qu'au poignard sans murmure elle tendoit le sein.
Le respect l'emporta, mon courroux moins severo
L'envoya dans les fers achever sa misere;
J'ai depuis de son sort adouci la rigueur,
Je l'ai dû pour calmer le trouble de mon cœeur.
Phatès exhorte Sostrate à étouffer un amouy
sans esperance, lorsque Palmire, suivante de Zo-
raide, vient demander audiance au Roi de la part
de sa Maitresse.
Pharès.
est temps que ce coeur rappelle sa vertu.
MARS. 1752.
173
Zoraide paroît.
Zoraide.
Une triste captive
Que l'opprobre a dû rendre incertaine & crain-
tive,
Pourra donc de son maître embrasser les genoux.
Sostrate.
Ah! Madame, prenez des soins dignes de vous.
Il lui fait ensuite l'aveu de sa passion. Zoraide
étonnée & un peu attendrie demande pour unique
bienfait l'exil où elle veut renfermer sa misere.
Ne le refusez point à mes désirs pressans,
Cu permettez, Seigneur, que mes cris impuissans
Soient encor étouffés dans certe tour funeste
Qui devoit de mes jouss ensevelir le reste.
Sostraie.
Hé-bien, fuyez, Madame, & loin de ce rivage
Dérobez-vous au soins d'un odieux hommage;
Je vais de ce départ ordonner les apprêts;
Souffrez que leur éclat égale mes regrets,
Qu'il m'aide à réparer une injuste vangeance,
Jusques- là jouissez d'une entiere puissance:
Libre dans ce palais, daignez en écarter
Le premier dont l'aspect pourra vous irriter.
Zoraide ne peut s'empêcher de découvrir à Pal-
mire sa tendresse pour Sostrate. Euriban ami de
H iij
RO
174 MERCUREDEFRANCE.
Varron vienr avertir Zoraide que son pere est
échappé à la poursuite de son ennemi.
Zoraide.
Ce Prince infortuné voit encor la lumiere !
Hé! quels sont les climats où je le dois chercher?
Euriban.
Madame, parmi nous il vient de se cacher.
Zoraide.
Daus Syracuse, ò ciel!
Euriban.
Renfermez cette crainte,
J'ai prévu la fraieur dont votre ame est atteinta;
Le danger de ce Prince entouré d'ennemis
Allarme avec raison ce cœeur tendre & soumis;
Mais, Madame, songez que de votre prudence
Dépendent les complots que trame sa vangeance;
Il brûle de paroître à vos regards surpris.
Je viens à ce moment préparer vos esprits.
Sous les pas de Varon un abîme est ouvert,
Donnez le tempa, Madame, au parti, qui le sert,
D'afsurer des projets dont l'écueil est terrible.
Je vais joindre ce Prince à vos maux si sensible,
Sous les traits d'un Esclave il viendra vous trouver:
Qie comme vous Palmire ait soin de s'éprouven,
Qu'elle fonge qu'un cri, qu'un geste involontaire
Peut dans son propre piège eniralner votre pere,
Digitiues bod0O9
MARS.
1752.
175
Zoraide partagée entre la nature & l'amour
laisse voir son agitation par ces vers qui terminent
le premier acte.
N'as-tu pas vû toi-même avec quelle clémence
Sostrate use envers nous du droit de la vangeance?
Je ne m'aveugle point, mon pere est son sujet,
Et loin d'en approuver le barbare projet....
Mais que dis- je ? Est-ce à moi de condamner un
pere?
Malheureuse! où portai je un regard téméraire :
Ah! par respect du moins je devois le baisser
Le danger d'un amant a droit d'intéresser;
Mais l'auteur de nos jours, fut-ce un pere coupable,
N'est pas moins revêtu d'un titre respectable;
Et dans quelques projets qu'il se laisse entrasner,
Il n'appartient qu'aux Dieux de les examiner.
Varon & Euriban ouvrent le second acte. Va-
ron est sur le pied de reveler un secret important,
lorsqu'il apperçoit sa fille, qui ne doit pas en être
informée. Euriban se retire.
Zoraide.
Le voici, quel instant! qu'il a pour moi d'appas:
(En avançant.)
Est-ce une illusion? mon pere dans mes bras!
Varon.
Ma fille!
Zoraide.
Ici quel Dieu vous rend à ma tendresse
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Mon pere! Ah, que ce jour répandroit d'allégresse
Si parmi tant d'écueils vos jours infortunés
N'offroient point votre perte à mes sens étonnés!
Quel soin peut vous conduire en ce lieu redoutable
Varon.
Quoi, ma fille, un cruel dans sa rage implacable
Ose y faire gémir sous un joug odieux
Le seul de mes enfans que m'ont laissé les Dieux!
Et tu crois que muet aux cris de la nature
Je me déguiserai ta honte & mon injure
Tu crois que sans fremir apprenant tes douleurs
Ma tendresse pourra se borner à des pleurs;
Joins- y le désespoit d'un pere déplorable
Obligé de traîner un sort si misérable.
Pourrois tu sans frémit concevoir le destin
D'un pere à chaque pas pressé d'un assassin:
Je sçais que le barbare ose avec insolence
Offrir à tes appas un culte qui t'offense;
Vange-toi, ma fureur n'exige de ton bras
Que de tendre le piège & d'y guidet ses pas.
Je frapperai, choisis le lieu du sacrifice,
Dis- moi l'heure qu'il faut que ma haine saisisse;
Je préviendrai tes voeux, tu n'as qu'à la régler.
Zoraide.
Mon pere!
MARS. 1752. 177
Varon.
Hé quoi! ton œur semble encor se trou-
bler;
Quel soupçon fais-tu naître, ô fille infortunée !
Zoraide.
Ah, que n'ai-je au berceau rempli ma destinée !
Je n'aurois pas du moins par de coupables vœux.
Varon.
Que dis-tu:
Zoraide.
Vous voyez mon désespoir affreun
Je me meurs, je ne puis en dire davantage.
Varen.
Ah! tu m'en dis assez, & je vois mon outrage.
Varon indigné ordonne à sa fille de surmonter
une passion qui fait horreus, il veut lui-même
percer le sein de Sostrate, il faut que l'un des deux
perisse dans le jour, il faut donc que Zoraide se
détermine, il faut qu'elle livre son Amant ou son
Pere.
Zoraide.
Mon Pere!
Varon.
Je te laisse & cours à mes amis
Annoncer le signal que je leur ai promis;
Le trépas de Sostrate est ce signal terrible;
HV
178 MERCUREDE FRANCE.
Ma prudence ne veut en ce palais horrible
En attirer qu'alors les flots tumultueux;
Adieu, fais avertir cet amant malheureux,
Et prens soin qu'à tes pieds la fureur qui m'anime
N'ait plus à mon retour qu'à frapper la victime.
Zoraide, au desespoir, ne sçait quel parti pren-
dre, ce desospoir augmente par l'arrivée imprévue
de Sostrate qui vient lui annoncer que tout est
prêt pour son départ, qu'envain ses sujets en mur-
murent & disent qu'olle doit servir d'otage pour
arrêter les attentats de Varon: il veut aux yeux
de ces mêmes sujets lui procurer un azile assuré.
Zoraide le conjure de différer ce départ; Sos-
trate qui n'est pour lors occupé quo de son amour
consent à tout ce qu'elle souhaite.
Zoraide, au commencement du troisiéme acte,
voudroit également éviter son Pere & son Amant;
mais Varon, dévoré par l'ambition, n'a pas de
tems à perdre, & dit à sa fille on l'abordant:
Zoraide, est-ce aiusi quo tu fers ma furcur?
Je croiois que fidele au transport qui m'anime,
Ta voix eût dans le piège attiré ma victime,
Ton devoir sufsisoit pour t'y déterminer.
Zoraide.
Mon pere, à quel emploi m'osez-vous destinet?
Dans un tendre respect élevé dès l'enfance
Mon coeur voudroit gardor un modeste filence;
Mais daignez voir vous même à quelle extrémite
Vous réduisez co coeus en secret rivolté;
MARS. 1752.
179
Vous voulez que ma main à vos ordres soumise
Serve un courroux aveugle & que rien n'autorise,
Sujette de ce Roi, dont il vent se vanger
De quel droit dans son sang irai je me plonger:
Mon Pere, au nom des Dieux, au nom d'une ten;
dresse
Qu'autanr que mon repos votre sort interesse,
Daignez suivre mes pas, abandonnez des lieux
Oà vous avez à craindre & la terre & les Cieux;
Venez dans un azile à vos jours moins funeste
Vons assurer du moius le seul bien qui vous resta
Venez y contempler votre sort de plus près,
Venez y comparer aux douceurs de la paix
L'éclat de ces grandeurs que foule la sagesse,
Et vous verrez alors, si leur trompeuse yvresse,
Si le fort de ces Rois avec faste honorés
Vaut le sort des mortels de leur maître ignorés.
Varon.
Va, tu n'es point mon sang, va, je te désavoue.
Il veut partir pour attaquer Sostrate à force ou-
verte, lorsque Palmire vient annoncer ce Prince.
Varon.
Qu'il perisse, je vais observer en ces lieua
L'instant où doit peris ce vainqueur odieus;
Prens soin de rensermer le uouble qui t'agite,
Le hazard me le livie, il saut que j'en prosite.
Hvj
MinadvO
180 MERCUREDEFRANCE.
A peine le Roi est-il entré, que Varon reparois
dans l'enfoncement du théatre, & dit à part:
Prositons d'un instant si propice à ma rage.
Zoraide appercevant son pere qui leve le
poignard.
O mon pere! arrêtez.
Sostrate.
Votre pere! grands Dieux!
Varon.
Qui, c'est lui que tu vois, c'est cet ambitieux,
C'est Varon, en un mot, qu'on livre à ta colere.
Sostrate.
Hola, Gardes !
Zoraide.
O Ciel! que prétendez vous faire:
Varon à sa fille.
Perfide, il te sied bien de marquer cet effroi,
Quand Varon n'est trahi, n'est livré que par toi-
Retiens, retiens des pleurs dont la feinte m'ou-
trage,
Ou plûtôt, malheureuse, acheve ton ouvrage,
Acheve, ose plonger dans ce sein paternel
Le poignard que mon bras levoit sur un cruel;
Ose verser ce sang contre qui tu conspires
Ce sang à qui tu dois le jour que tu respires.
Zoraide.
Je me meuis.
MARS. 1752. 184
Sostrate à Palmire.
Prositez du trouble de ses sena
Rentrez.
(s'adreslant à Varon.)
Et toi, Tiran dont lesvœux impuissans,
Dont l'aveugle fureur arme un bras téméraire,
Sors & va dans les fers attendre ton salaire.
Que ce monstre à l'instant par vous en soit chargé.
Soldats....
Varon.
Cruel, je veux ici que sous une autre chaine
Tu fremisse toi-même & redoute ma haine;
Pere de cet objet, qui paroit te troubler
Du fond de ma prison je te puis accabler;
Je prévois ton désordre, & loin que je te craigne,
Je veux qu'il soit la honte ou l'écueil de ton regne.
Sostrate.
Ah! connois mieux ce cœur que tu veux outrager,
L'amour moins que la gloire a droit de le guider.
Ce Prince ordonne à Pharès de faire arrêter Eu-
riban, dépositaire des secrets de Varon; il veut
avant que de se vanger, essaier par la crainte &
l'aspect des tourmens, de connoître les complices
de la conjuration.
Au quatrième acte Phares vient informer le Roi
qu'il a fait inutilement poursuivre Euriban, ce traî-
tre s'est échapé, mais Euricles un des principaux
conjurés vient d'être arrêté, tout le peuple a pris
l'allarme au seul nom de Varon, il faut hâter son
oog
182 MERCURE DEFRANCE.
supplice & calmer les inquiétudes de Syracuse.
sa mort est nécessaire & le peuple la presse,
Je sens qu'il est affreux de dicter un Arrêt,
Où l'amour malgré nous mêle un tendre intérêt;
Mais, Seigneur, il le faut.
Sostrate veut interroger Varon avant de le faire
périr: une voix que son cœeur ne peut démêler
semble lui annoncer un secret qu'il brule d'appren-
dre, il ordonne à Pharès de l'amener; Zoraide
vient demander avec un air également tendre &
humilié la grace de son pere, c'est moi, lui dit-
elle, qui ai sauvé vos jours, pourrois-je m'en re-
pentir? Qi'ordonnerez-vous de mon malheureus
pere?
Moins pour lui que pour moi ma frayeur vous im-
plore
Faut il à vos genoux me prosterner encore?
Sostrato.
Que faites vous, Madame? Ah, quel combat cruel
Venez-vous joindre encor à mon trouble mortel?
Je voudrois adoncir la perte que vous faites
Et frémis plus que vous de l'état où vous êtes.
Zoraide redouble ses instances, elle s'emporte
jusqu'à menacer la vie du Roi.
Sostrate.
J'y consens, & vous pouvez reprendre
Ces jours que vos frayeurs ont pris soin de de-
sendre,
Digitred veL00
183
MARS. 1752.
Ils sont à vous....
Varon qui arrive chargé de sers, rend la situa-
tion encore plus intéressante.
Zoraide.
Mon pere, qu'ai je fait? Dans quel abime horrible
L'ercès de mon allarme a-t. il pu vous plonger?
Ab, combien mes iemords ont soin de vous vanget?
Varon.
Va, connois mieux ce coeur qu'offenseni tes allar-
mes,
Et qui n'a que tes maun pour objet de ses larmes.
Si ton crime d'abord a pu me révolter,
Pardonne un mouvement que j'ai bien sçum domp-
ter;
Mou amour est encor plus sort que ma colere,
Et ton remords susfit pour désarmer ton pere.
Pharès survient avec précipitation, il a découvert
la retraite d'Euriban qui lui a revelé, à force des
tortures un secret important. Cleonice fille du der-
nier Roi n'est point morte, Varon trompé par un
heureur artifice a fait périr Zoraide sa sille au licu
de Cleonice, & cette Zoraide que le barbare ius-
truit de la tromperie qui lui a étè faite, veut faire
passer pour fa fille, n'est autre que Cleonice. Varon
sans s'étonner, dit en s'adrefsant au Roi:
J'esperois jusqu'au bout défier ta fureur,
D'un oeil fixe tantôt j'envisageois ma chûte;
Mais ô ciel! à quels coups ma constance est
n
butte!
184 MER CURE DEFRANCE.
Tu Pemportes, cruel, tu viens de rassembler
Tous les traits dont ta main me pouvoit accabler.
La tendresse du pere & de la fille éclatent en-
suite plus que jamais. Sostrate après avoir inuti-
lement tâché de désabuser Zoraide, ordonne qu'on
traine Varon au supplice.
Zoraide.
O ciel! que dites-vous:
Quoi, vous le livreriez aux traits de ce courroux!
Ah! s'il est vrai, cruel, que sa mort soit jurée,
Ne souffrez pas du moins que j'en sois séparée
Tranchez mes tristes jours puisqu'il est condamné.
(Elle se jette entre les bras de son pere.)
Me voilà dans les bras d'un pere infortuné,
Osez de vos fureurs remplit ce Sanctuaire
Et frapper d'un seul coup & la fille & le pere-
Sostrate.
Qu'on l'éloigne, Soldats, & que dans ce Palais
Loin du trouble avec elle, on le garde de près.
Le Roi se retire en même tems & proteste qu'il
va tout tenter pour arracher le secret de Varon.
Zoraïde commence le cinquième acte par un
monologue rempli de plaintes touchantes sur le
sort déplorable de son pere, dont elle vient d'être
séparée, on ne laisse pas cependant d'entrevoir
que malgré toute sa douleur elle ne seroit pas fa-
chée d'être Cléonice; mais comment s'en flatter
surtout lorsque Varon entraîné vers elle par ordre
du Roi, s'écrie:
MARS. 1752.
187
Les cruels à mes yeux te déroboient à peine
Que sans me préparer à leut rage inhumaine,
L'un d'entr'eux est venu m'annoncer ton trépas:
Sans doute en observant mon cruel embarras;
Le perside croioit surprendre la nature
Et voir si ma tendresse étoit une imposture;
Hélas! mon coeur déja te suivoit au tombeau,
Je croiois... mais ma fille, écartons ce tableau.
Les Dieux n'ont point encore assuré la vengeance
Du cruel dont tes yeux confondent la prudence,
Son heureuse lenteur favorise un parti
Qui malgré ses efforts n'est point anéanti.
Non, ma fille, j'ai sçu par un ami fidele
Que tandis que le Roi délibere & chancelle,
Resolu dans ces lieux de vaincre ou de périr,
L'intrepide Euricles nous y doit secourir.
Seche tes pleurs, l'instant n'est pas bien loin peuto
être,
Où la foudre à la main je vais parler en maître.
Sostrate revient tenter un nouvel effort en fai-
sant envisager à Varon la grace que Cleonice est
en droit de lui accorder; mais Varon n'en paroît
que plus inébranlable. Pharés éperdu vient appren-
dre qu'un teste de mutins a pris les armes pour sau-
ver oe perfide.
Euricles paroît sur le champ à leur tète, & dit à
Varon:
Seigneur, vous êtes libre, osez suivre mes pas.
NrasuO
1S6 MERCUREDE FRANCE.
Vaton alors se découvre tout entier, & dit in-
solemment à Sostrate:
Qui ctuel, c'est ici qu'au défaut du tonnerre
Je veux de ton fardeau débarasser la terre;
Ta lenteur à la fin t'a mis en mon pouvoir:
Meurs imprudent rival avec ce désespoir,
Et pour sentir encore une mort plus cruelle
Reconnois Cléonice, & péris avec elle.
Euricles.
Perfide, cet aveu vient de régler ton sort.
Soldats, c'en est assez, qu'on le mêne à la mort.
Varon.
Ciel, que vois- je : O noir cour! O trahison hor-
rible !
Leur foule m'environne, & de ce lieu tertible
M'arrache avec opprobre, au lieu de me jurer..
Sostrate.
Qui, reconnois le piege où j'ai sçu t'attirer,
Ce n'est point ce parti dont l'intrigue secrette
Te flatoit d'un triomphe ou bien d'une retraite.
Tu ne vois que tes bras voués à ma fureur,
Ta haine a d'autant moins reconnu son erreur,
Que ce même Euriclès soutenoit ton audace,
Et qu'il trompe ta rage assuré de sa grace.
Va trouver sous ces murs le trépas qui t'attend;
Qu'on éloigne ce monstre: allez, & qu'à
l'instant,
MARS. 1752. 187
Traîné sur l'échaffaut, le barbare y périsse.
Varon, en sortant.
Ah Dieux !
Sostrate à Zoraide.
Grace au secours d'un heureux artifice-
Nous avons de son cœur pénétré les replis;
Vous triomphez, Madame, & mes voeux sont
remplis.
Reprenez votre rang, vous me voyez descendre
D'un trône qu'à mon bras il suffit de défendre.
Cleonice.
Ah! Seigneur, pensez vous qu'après tant de bien-
fait
Ce trône sans Sostrate ait pour moi des attaits:
De ma reconnoissance il doit être le gage,
Heureuse qu'avec moi la vertu le partage.
L'Auteur a retiré sa Tragédie, après seize ré-
présentations brillantes, nombreuses & toutes
également applaudies; elle a principalement
réussi par des situations bien ménagées: celle du
troisiéme Acte, où Varon armé d'un poignard,
est prêt de l'enfoncer dans le sein de Sostrate,
n'est pas neuve, elle pouvoit même faire échover
la piéce, puisqu'elle paroissoit la terminer. En
effet, il n'étoit pas naturel de penser que Sostra-
te dans un moment aussi sensible pour lui, con-
noissant tous les attentats & tous les crimes de
Varon, pist le parti de différer son supplice. Le
O
188 MERCUREDE FRANCE.
Spectateur qui ne pouvoit alors deviner le secret
de l'Auteur, ou pour mieux dire, prévoir les
les ressources de son génie, a été agréablement
surpris au quatriéme Acte, qui est le plus beau
de la Piéce. Le faux pathétique de Varon, l'in-
certitude de Sostrate, & l'impétuosité de Zorai-
de, qui après avoir sauvé les jours de son
Amant, n'en est que plus ardente à défendre
ceux de son pere, forment un tableau frappant.
L'arrivée de Pharés qui annonce un nouvel être à
Zoraide, l'embaras de cette Ptincesse, la joie
du Roi, les réponses fermes & artificieuses de
Varon, augmentent encore le trouble & la cu-
riosité.
On ne conçoit pas aisément au cinquième
Acte, comment Varon dans le fonds de sa prison,
peut avoir des intelligences au dehors; & quel-
ques Critiques soutiennent que la double trahi-
son d'Euricles n'est pas assez développée; elle a
cependant décidé le succès par un dénouement
satisfaisant & inattendu.
Cette Piéce est toute d'invention, nous en
avons peu où il y ait autant d'art & de conduite.
On auroit souhaité y trouver plus d'action &
plus d'intérêt.
Euriban, qui devroit faire un rôle considéra-
ple, puisqu'il est l'ami de Varon & le chef des
Conjurés, n'est qu'un froid Confident; le carac-
tere de Varon est bien soutenu: on le compare
au Phocas de la fameuse Tragédie d'Héra-
clius; mais ce Varon, quel est-il ? Par quels ex-
ploits s'est-il signalé : Quels services a-t-il ren-
dus à la Patrie? Comment a-t-il pu devenir le
Tyran de Syracuse : on est fâché de le dire, on
n aperçoit en lui qu'an scéletat déterminé; il
faudroit au moins qu'il fût illustre.
MARS. 1752.
189
Le Personnage de Zoraide est beau, intéressant,
& celui de la Piéce qui est le plus en situation.
Mademoiselle Clairor l'a très bien rendu.
On n'a point été content du caractere de
Sostrate, il n'est ni véritable Amant, ni grand
Roi; il ne devoit respirer que la vengeance, il
sçait que toute sa Famille a été massacrée par
Varon, il s'est vu lui même sur le point d'être
assassiné par ce traître, pourquoi donc ne le
fait. il pas périr dès l'instant qu'il est en sa puis-
sance: Pharés qui n'est qu'un Personnage subal.
terne, pense plus noblement que lui. Eh com-
ment s'interesser pour un Prince qui n'a pas des
sentimens dignes du rang, où l'Auteur a jugé à
propos de le placer.
Le stile de la Tragédie est clair & naturel;
l'Auteur n'y a pas mis ce qu'on appelle beautés
de détail; tout y est à sa place, rien n'est étran-
ger au sujet. On auroit exigé, dans un Ecrivain
de profession plus de correction, d'élégance &
de nerf dans l'expression.
Cette piéce est imprimée, chez Duchesne, rue S.
Jacques.
Varon, après avoir exterminé toute la Famille
Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran.
Sostrate, seul rejetton de ce Sang illustre, re-
monte sur le thrône; la tête de l'Usurpateur qui
prend la fuite, est mise à prix: Sostrate, c'est ioi
le commencement de l'action, s'entretient avec
Pharès son confident de ce qui s'est passé le jour
heureux de la révolution; il adore Zoraide, fille
de Varon, elle gémissoit dans les horreurs d'une
prison cruelle, Sostrate se contente de briser ses
fers sans préten dre à son coeur, la gloire lui de-
fend de soupirer pour elle, mais il ne peut se ré-
soudre à lui permettre de quitter Syracuse, Pha-
rès le détourne de ce dessein.
Ah! loin de consoler une aimable captive,
Souffrez qu'elle abandonne une funeste rive,
Où sa vertu baissant un front humilié
Ne voit que le mépris où son sort est lié.
H ij
172 MERCURE DEFRANCE.
Sostrate.
Quoi! Pharès il faudra qu'une fuite barbare
L'enléve à Syracuse & qu'elle nous sépare.
Je me rappelle encor ces momens pleins d'horreur,
Cette nuit qu'au trépas consacra ma fureur,
Où je crus que d'accord avec ma vigilance
Le sommeil livreroit un trastre à ma vangeance
Tnutiles projets! instruit de son danger
Varon trompa la main qui devoit l'égorger;
La fuite à mes transports détoba la victime
Je par courus ces lieux habités par le crime.
J'apperçus Zoraide. Ah! Pharès, quel instant!
Mon bras entre la rage & le respect flotant,
Ne scavoit que résoudre en te moment terrible,
L'aimable Zoraide à la mort insensible
Rendoit son ennemi d'autant plus incertain
Qu'au poignard sans murmure elle tendoit le sein.
Le respect l'emporta, mon courroux moins severo
L'envoya dans les fers achever sa misere;
J'ai depuis de son sort adouci la rigueur,
Je l'ai dû pour calmer le trouble de mon cœeur.
Phatès exhorte Sostrate à étouffer un amouy
sans esperance, lorsque Palmire, suivante de Zo-
raide, vient demander audiance au Roi de la part
de sa Maitresse.
Pharès.
est temps que ce coeur rappelle sa vertu.
MARS. 1752.
173
Zoraide paroît.
Zoraide.
Une triste captive
Que l'opprobre a dû rendre incertaine & crain-
tive,
Pourra donc de son maître embrasser les genoux.
Sostrate.
Ah! Madame, prenez des soins dignes de vous.
Il lui fait ensuite l'aveu de sa passion. Zoraide
étonnée & un peu attendrie demande pour unique
bienfait l'exil où elle veut renfermer sa misere.
Ne le refusez point à mes désirs pressans,
Cu permettez, Seigneur, que mes cris impuissans
Soient encor étouffés dans certe tour funeste
Qui devoit de mes jouss ensevelir le reste.
Sostraie.
Hé-bien, fuyez, Madame, & loin de ce rivage
Dérobez-vous au soins d'un odieux hommage;
Je vais de ce départ ordonner les apprêts;
Souffrez que leur éclat égale mes regrets,
Qu'il m'aide à réparer une injuste vangeance,
Jusques- là jouissez d'une entiere puissance:
Libre dans ce palais, daignez en écarter
Le premier dont l'aspect pourra vous irriter.
Zoraide ne peut s'empêcher de découvrir à Pal-
mire sa tendresse pour Sostrate. Euriban ami de
H iij
RO
174 MERCUREDEFRANCE.
Varron vienr avertir Zoraide que son pere est
échappé à la poursuite de son ennemi.
Zoraide.
Ce Prince infortuné voit encor la lumiere !
Hé! quels sont les climats où je le dois chercher?
Euriban.
Madame, parmi nous il vient de se cacher.
Zoraide.
Daus Syracuse, ò ciel!
Euriban.
Renfermez cette crainte,
J'ai prévu la fraieur dont votre ame est atteinta;
Le danger de ce Prince entouré d'ennemis
Allarme avec raison ce cœeur tendre & soumis;
Mais, Madame, songez que de votre prudence
Dépendent les complots que trame sa vangeance;
Il brûle de paroître à vos regards surpris.
Je viens à ce moment préparer vos esprits.
Sous les pas de Varon un abîme est ouvert,
Donnez le tempa, Madame, au parti, qui le sert,
D'afsurer des projets dont l'écueil est terrible.
Je vais joindre ce Prince à vos maux si sensible,
Sous les traits d'un Esclave il viendra vous trouver:
Qie comme vous Palmire ait soin de s'éprouven,
Qu'elle fonge qu'un cri, qu'un geste involontaire
Peut dans son propre piège eniralner votre pere,
Digitiues bod0O9
MARS.
1752.
175
Zoraide partagée entre la nature & l'amour
laisse voir son agitation par ces vers qui terminent
le premier acte.
N'as-tu pas vû toi-même avec quelle clémence
Sostrate use envers nous du droit de la vangeance?
Je ne m'aveugle point, mon pere est son sujet,
Et loin d'en approuver le barbare projet....
Mais que dis- je ? Est-ce à moi de condamner un
pere?
Malheureuse! où portai je un regard téméraire :
Ah! par respect du moins je devois le baisser
Le danger d'un amant a droit d'intéresser;
Mais l'auteur de nos jours, fut-ce un pere coupable,
N'est pas moins revêtu d'un titre respectable;
Et dans quelques projets qu'il se laisse entrasner,
Il n'appartient qu'aux Dieux de les examiner.
Varon & Euriban ouvrent le second acte. Va-
ron est sur le pied de reveler un secret important,
lorsqu'il apperçoit sa fille, qui ne doit pas en être
informée. Euriban se retire.
Zoraide.
Le voici, quel instant! qu'il a pour moi d'appas:
(En avançant.)
Est-ce une illusion? mon pere dans mes bras!
Varon.
Ma fille!
Zoraide.
Ici quel Dieu vous rend à ma tendresse
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Mon pere! Ah, que ce jour répandroit d'allégresse
Si parmi tant d'écueils vos jours infortunés
N'offroient point votre perte à mes sens étonnés!
Quel soin peut vous conduire en ce lieu redoutable
Varon.
Quoi, ma fille, un cruel dans sa rage implacable
Ose y faire gémir sous un joug odieux
Le seul de mes enfans que m'ont laissé les Dieux!
Et tu crois que muet aux cris de la nature
Je me déguiserai ta honte & mon injure
Tu crois que sans fremir apprenant tes douleurs
Ma tendresse pourra se borner à des pleurs;
Joins- y le désespoit d'un pere déplorable
Obligé de traîner un sort si misérable.
Pourrois tu sans frémit concevoir le destin
D'un pere à chaque pas pressé d'un assassin:
Je sçais que le barbare ose avec insolence
Offrir à tes appas un culte qui t'offense;
Vange-toi, ma fureur n'exige de ton bras
Que de tendre le piège & d'y guidet ses pas.
Je frapperai, choisis le lieu du sacrifice,
Dis- moi l'heure qu'il faut que ma haine saisisse;
Je préviendrai tes voeux, tu n'as qu'à la régler.
Zoraide.
Mon pere!
MARS. 1752. 177
Varon.
Hé quoi! ton œur semble encor se trou-
bler;
Quel soupçon fais-tu naître, ô fille infortunée !
Zoraide.
Ah, que n'ai-je au berceau rempli ma destinée !
Je n'aurois pas du moins par de coupables vœux.
Varon.
Que dis-tu:
Zoraide.
Vous voyez mon désespoir affreun
Je me meurs, je ne puis en dire davantage.
Varen.
Ah! tu m'en dis assez, & je vois mon outrage.
Varon indigné ordonne à sa fille de surmonter
une passion qui fait horreus, il veut lui-même
percer le sein de Sostrate, il faut que l'un des deux
perisse dans le jour, il faut donc que Zoraide se
détermine, il faut qu'elle livre son Amant ou son
Pere.
Zoraide.
Mon Pere!
Varon.
Je te laisse & cours à mes amis
Annoncer le signal que je leur ai promis;
Le trépas de Sostrate est ce signal terrible;
HV
178 MERCUREDE FRANCE.
Ma prudence ne veut en ce palais horrible
En attirer qu'alors les flots tumultueux;
Adieu, fais avertir cet amant malheureux,
Et prens soin qu'à tes pieds la fureur qui m'anime
N'ait plus à mon retour qu'à frapper la victime.
Zoraide, au desespoir, ne sçait quel parti pren-
dre, ce desospoir augmente par l'arrivée imprévue
de Sostrate qui vient lui annoncer que tout est
prêt pour son départ, qu'envain ses sujets en mur-
murent & disent qu'olle doit servir d'otage pour
arrêter les attentats de Varon: il veut aux yeux
de ces mêmes sujets lui procurer un azile assuré.
Zoraide le conjure de différer ce départ; Sos-
trate qui n'est pour lors occupé quo de son amour
consent à tout ce qu'elle souhaite.
Zoraide, au commencement du troisiéme acte,
voudroit également éviter son Pere & son Amant;
mais Varon, dévoré par l'ambition, n'a pas de
tems à perdre, & dit à sa fille on l'abordant:
Zoraide, est-ce aiusi quo tu fers ma furcur?
Je croiois que fidele au transport qui m'anime,
Ta voix eût dans le piège attiré ma victime,
Ton devoir sufsisoit pour t'y déterminer.
Zoraide.
Mon pere, à quel emploi m'osez-vous destinet?
Dans un tendre respect élevé dès l'enfance
Mon coeur voudroit gardor un modeste filence;
Mais daignez voir vous même à quelle extrémite
Vous réduisez co coeus en secret rivolté;
MARS. 1752.
179
Vous voulez que ma main à vos ordres soumise
Serve un courroux aveugle & que rien n'autorise,
Sujette de ce Roi, dont il vent se vanger
De quel droit dans son sang irai je me plonger:
Mon Pere, au nom des Dieux, au nom d'une ten;
dresse
Qu'autanr que mon repos votre sort interesse,
Daignez suivre mes pas, abandonnez des lieux
Oà vous avez à craindre & la terre & les Cieux;
Venez dans un azile à vos jours moins funeste
Vons assurer du moius le seul bien qui vous resta
Venez y contempler votre sort de plus près,
Venez y comparer aux douceurs de la paix
L'éclat de ces grandeurs que foule la sagesse,
Et vous verrez alors, si leur trompeuse yvresse,
Si le fort de ces Rois avec faste honorés
Vaut le sort des mortels de leur maître ignorés.
Varon.
Va, tu n'es point mon sang, va, je te désavoue.
Il veut partir pour attaquer Sostrate à force ou-
verte, lorsque Palmire vient annoncer ce Prince.
Varon.
Qu'il perisse, je vais observer en ces lieua
L'instant où doit peris ce vainqueur odieus;
Prens soin de rensermer le uouble qui t'agite,
Le hazard me le livie, il saut que j'en prosite.
Hvj
MinadvO
180 MERCUREDEFRANCE.
A peine le Roi est-il entré, que Varon reparois
dans l'enfoncement du théatre, & dit à part:
Prositons d'un instant si propice à ma rage.
Zoraide appercevant son pere qui leve le
poignard.
O mon pere! arrêtez.
Sostrate.
Votre pere! grands Dieux!
Varon.
Qui, c'est lui que tu vois, c'est cet ambitieux,
C'est Varon, en un mot, qu'on livre à ta colere.
Sostrate.
Hola, Gardes !
Zoraide.
O Ciel! que prétendez vous faire:
Varon à sa fille.
Perfide, il te sied bien de marquer cet effroi,
Quand Varon n'est trahi, n'est livré que par toi-
Retiens, retiens des pleurs dont la feinte m'ou-
trage,
Ou plûtôt, malheureuse, acheve ton ouvrage,
Acheve, ose plonger dans ce sein paternel
Le poignard que mon bras levoit sur un cruel;
Ose verser ce sang contre qui tu conspires
Ce sang à qui tu dois le jour que tu respires.
Zoraide.
Je me meuis.
MARS. 1752. 184
Sostrate à Palmire.
Prositez du trouble de ses sena
Rentrez.
(s'adreslant à Varon.)
Et toi, Tiran dont lesvœux impuissans,
Dont l'aveugle fureur arme un bras téméraire,
Sors & va dans les fers attendre ton salaire.
Que ce monstre à l'instant par vous en soit chargé.
Soldats....
Varon.
Cruel, je veux ici que sous une autre chaine
Tu fremisse toi-même & redoute ma haine;
Pere de cet objet, qui paroit te troubler
Du fond de ma prison je te puis accabler;
Je prévois ton désordre, & loin que je te craigne,
Je veux qu'il soit la honte ou l'écueil de ton regne.
Sostrate.
Ah! connois mieux ce cœur que tu veux outrager,
L'amour moins que la gloire a droit de le guider.
Ce Prince ordonne à Pharès de faire arrêter Eu-
riban, dépositaire des secrets de Varon; il veut
avant que de se vanger, essaier par la crainte &
l'aspect des tourmens, de connoître les complices
de la conjuration.
Au quatrième acte Phares vient informer le Roi
qu'il a fait inutilement poursuivre Euriban, ce traî-
tre s'est échapé, mais Euricles un des principaux
conjurés vient d'être arrêté, tout le peuple a pris
l'allarme au seul nom de Varon, il faut hâter son
oog
182 MERCURE DEFRANCE.
supplice & calmer les inquiétudes de Syracuse.
sa mort est nécessaire & le peuple la presse,
Je sens qu'il est affreux de dicter un Arrêt,
Où l'amour malgré nous mêle un tendre intérêt;
Mais, Seigneur, il le faut.
Sostrate veut interroger Varon avant de le faire
périr: une voix que son cœeur ne peut démêler
semble lui annoncer un secret qu'il brule d'appren-
dre, il ordonne à Pharès de l'amener; Zoraide
vient demander avec un air également tendre &
humilié la grace de son pere, c'est moi, lui dit-
elle, qui ai sauvé vos jours, pourrois-je m'en re-
pentir? Qi'ordonnerez-vous de mon malheureus
pere?
Moins pour lui que pour moi ma frayeur vous im-
plore
Faut il à vos genoux me prosterner encore?
Sostrato.
Que faites vous, Madame? Ah, quel combat cruel
Venez-vous joindre encor à mon trouble mortel?
Je voudrois adoncir la perte que vous faites
Et frémis plus que vous de l'état où vous êtes.
Zoraide redouble ses instances, elle s'emporte
jusqu'à menacer la vie du Roi.
Sostrate.
J'y consens, & vous pouvez reprendre
Ces jours que vos frayeurs ont pris soin de de-
sendre,
Digitred veL00
183
MARS. 1752.
Ils sont à vous....
Varon qui arrive chargé de sers, rend la situa-
tion encore plus intéressante.
Zoraide.
Mon pere, qu'ai je fait? Dans quel abime horrible
L'ercès de mon allarme a-t. il pu vous plonger?
Ab, combien mes iemords ont soin de vous vanget?
Varon.
Va, connois mieux ce coeur qu'offenseni tes allar-
mes,
Et qui n'a que tes maun pour objet de ses larmes.
Si ton crime d'abord a pu me révolter,
Pardonne un mouvement que j'ai bien sçum domp-
ter;
Mou amour est encor plus sort que ma colere,
Et ton remords susfit pour désarmer ton pere.
Pharès survient avec précipitation, il a découvert
la retraite d'Euriban qui lui a revelé, à force des
tortures un secret important. Cleonice fille du der-
nier Roi n'est point morte, Varon trompé par un
heureur artifice a fait périr Zoraide sa sille au licu
de Cleonice, & cette Zoraide que le barbare ius-
truit de la tromperie qui lui a étè faite, veut faire
passer pour fa fille, n'est autre que Cleonice. Varon
sans s'étonner, dit en s'adrefsant au Roi:
J'esperois jusqu'au bout défier ta fureur,
D'un oeil fixe tantôt j'envisageois ma chûte;
Mais ô ciel! à quels coups ma constance est
n
butte!
184 MER CURE DEFRANCE.
Tu Pemportes, cruel, tu viens de rassembler
Tous les traits dont ta main me pouvoit accabler.
La tendresse du pere & de la fille éclatent en-
suite plus que jamais. Sostrate après avoir inuti-
lement tâché de désabuser Zoraide, ordonne qu'on
traine Varon au supplice.
Zoraide.
O ciel! que dites-vous:
Quoi, vous le livreriez aux traits de ce courroux!
Ah! s'il est vrai, cruel, que sa mort soit jurée,
Ne souffrez pas du moins que j'en sois séparée
Tranchez mes tristes jours puisqu'il est condamné.
(Elle se jette entre les bras de son pere.)
Me voilà dans les bras d'un pere infortuné,
Osez de vos fureurs remplit ce Sanctuaire
Et frapper d'un seul coup & la fille & le pere-
Sostrate.
Qu'on l'éloigne, Soldats, & que dans ce Palais
Loin du trouble avec elle, on le garde de près.
Le Roi se retire en même tems & proteste qu'il
va tout tenter pour arracher le secret de Varon.
Zoraïde commence le cinquième acte par un
monologue rempli de plaintes touchantes sur le
sort déplorable de son pere, dont elle vient d'être
séparée, on ne laisse pas cependant d'entrevoir
que malgré toute sa douleur elle ne seroit pas fa-
chée d'être Cléonice; mais comment s'en flatter
surtout lorsque Varon entraîné vers elle par ordre
du Roi, s'écrie:
MARS. 1752.
187
Les cruels à mes yeux te déroboient à peine
Que sans me préparer à leut rage inhumaine,
L'un d'entr'eux est venu m'annoncer ton trépas:
Sans doute en observant mon cruel embarras;
Le perside croioit surprendre la nature
Et voir si ma tendresse étoit une imposture;
Hélas! mon coeur déja te suivoit au tombeau,
Je croiois... mais ma fille, écartons ce tableau.
Les Dieux n'ont point encore assuré la vengeance
Du cruel dont tes yeux confondent la prudence,
Son heureuse lenteur favorise un parti
Qui malgré ses efforts n'est point anéanti.
Non, ma fille, j'ai sçu par un ami fidele
Que tandis que le Roi délibere & chancelle,
Resolu dans ces lieux de vaincre ou de périr,
L'intrepide Euricles nous y doit secourir.
Seche tes pleurs, l'instant n'est pas bien loin peuto
être,
Où la foudre à la main je vais parler en maître.
Sostrate revient tenter un nouvel effort en fai-
sant envisager à Varon la grace que Cleonice est
en droit de lui accorder; mais Varon n'en paroît
que plus inébranlable. Pharés éperdu vient appren-
dre qu'un teste de mutins a pris les armes pour sau-
ver oe perfide.
Euricles paroît sur le champ à leur tète, & dit à
Varon:
Seigneur, vous êtes libre, osez suivre mes pas.
NrasuO
1S6 MERCUREDE FRANCE.
Vaton alors se découvre tout entier, & dit in-
solemment à Sostrate:
Qui ctuel, c'est ici qu'au défaut du tonnerre
Je veux de ton fardeau débarasser la terre;
Ta lenteur à la fin t'a mis en mon pouvoir:
Meurs imprudent rival avec ce désespoir,
Et pour sentir encore une mort plus cruelle
Reconnois Cléonice, & péris avec elle.
Euricles.
Perfide, cet aveu vient de régler ton sort.
Soldats, c'en est assez, qu'on le mêne à la mort.
Varon.
Ciel, que vois- je : O noir cour! O trahison hor-
rible !
Leur foule m'environne, & de ce lieu tertible
M'arrache avec opprobre, au lieu de me jurer..
Sostrate.
Qui, reconnois le piege où j'ai sçu t'attirer,
Ce n'est point ce parti dont l'intrigue secrette
Te flatoit d'un triomphe ou bien d'une retraite.
Tu ne vois que tes bras voués à ma fureur,
Ta haine a d'autant moins reconnu son erreur,
Que ce même Euriclès soutenoit ton audace,
Et qu'il trompe ta rage assuré de sa grace.
Va trouver sous ces murs le trépas qui t'attend;
Qu'on éloigne ce monstre: allez, & qu'à
l'instant,
MARS. 1752. 187
Traîné sur l'échaffaut, le barbare y périsse.
Varon, en sortant.
Ah Dieux !
Sostrate à Zoraide.
Grace au secours d'un heureux artifice-
Nous avons de son cœur pénétré les replis;
Vous triomphez, Madame, & mes voeux sont
remplis.
Reprenez votre rang, vous me voyez descendre
D'un trône qu'à mon bras il suffit de défendre.
Cleonice.
Ah! Seigneur, pensez vous qu'après tant de bien-
fait
Ce trône sans Sostrate ait pour moi des attaits:
De ma reconnoissance il doit être le gage,
Heureuse qu'avec moi la vertu le partage.
L'Auteur a retiré sa Tragédie, après seize ré-
présentations brillantes, nombreuses & toutes
également applaudies; elle a principalement
réussi par des situations bien ménagées: celle du
troisiéme Acte, où Varon armé d'un poignard,
est prêt de l'enfoncer dans le sein de Sostrate,
n'est pas neuve, elle pouvoit même faire échover
la piéce, puisqu'elle paroissoit la terminer. En
effet, il n'étoit pas naturel de penser que Sostra-
te dans un moment aussi sensible pour lui, con-
noissant tous les attentats & tous les crimes de
Varon, pist le parti de différer son supplice. Le
O
188 MERCUREDE FRANCE.
Spectateur qui ne pouvoit alors deviner le secret
de l'Auteur, ou pour mieux dire, prévoir les
les ressources de son génie, a été agréablement
surpris au quatriéme Acte, qui est le plus beau
de la Piéce. Le faux pathétique de Varon, l'in-
certitude de Sostrate, & l'impétuosité de Zorai-
de, qui après avoir sauvé les jours de son
Amant, n'en est que plus ardente à défendre
ceux de son pere, forment un tableau frappant.
L'arrivée de Pharés qui annonce un nouvel être à
Zoraide, l'embaras de cette Ptincesse, la joie
du Roi, les réponses fermes & artificieuses de
Varon, augmentent encore le trouble & la cu-
riosité.
On ne conçoit pas aisément au cinquième
Acte, comment Varon dans le fonds de sa prison,
peut avoir des intelligences au dehors; & quel-
ques Critiques soutiennent que la double trahi-
son d'Euricles n'est pas assez développée; elle a
cependant décidé le succès par un dénouement
satisfaisant & inattendu.
Cette Piéce est toute d'invention, nous en
avons peu où il y ait autant d'art & de conduite.
On auroit souhaité y trouver plus d'action &
plus d'intérêt.
Euriban, qui devroit faire un rôle considéra-
ple, puisqu'il est l'ami de Varon & le chef des
Conjurés, n'est qu'un froid Confident; le carac-
tere de Varon est bien soutenu: on le compare
au Phocas de la fameuse Tragédie d'Héra-
clius; mais ce Varon, quel est-il ? Par quels ex-
ploits s'est-il signalé : Quels services a-t-il ren-
dus à la Patrie? Comment a-t-il pu devenir le
Tyran de Syracuse : on est fâché de le dire, on
n aperçoit en lui qu'an scéletat déterminé; il
faudroit au moins qu'il fût illustre.
MARS. 1752.
189
Le Personnage de Zoraide est beau, intéressant,
& celui de la Piéce qui est le plus en situation.
Mademoiselle Clairor l'a très bien rendu.
On n'a point été content du caractere de
Sostrate, il n'est ni véritable Amant, ni grand
Roi; il ne devoit respirer que la vengeance, il
sçait que toute sa Famille a été massacrée par
Varon, il s'est vu lui même sur le point d'être
assassiné par ce traître, pourquoi donc ne le
fait. il pas périr dès l'instant qu'il est en sa puis-
sance: Pharés qui n'est qu'un Personnage subal.
terne, pense plus noblement que lui. Eh com-
ment s'interesser pour un Prince qui n'a pas des
sentimens dignes du rang, où l'Auteur a jugé à
propos de le placer.
Le stile de la Tragédie est clair & naturel;
l'Auteur n'y a pas mis ce qu'on appelle beautés
de détail; tout y est à sa place, rien n'est étran-
ger au sujet. On auroit exigé, dans un Ecrivain
de profession plus de correction, d'élégance &
de nerf dans l'expression.
Cette piéce est imprimée, chez Duchesne, rue S.
Jacques.
Fermer
250
p. 200-207
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12 [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Majesté, Compagnie, Dauphin, Anne-Henriette de France, Madame Henriette, Billets, Évêque, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Fermer