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1
p. 458-465
LETTRE d'un Philosophe de Provence à M** touchant la Lettre du prétendu Grammairien Provençal, sur le Bureau Tipographique.
Début :
Vous avez raison, Monsieur, la Lettre dont vous me parlez ne doit [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Grammairien , Provence, Invention , Critique, Méthode, Éducation, Instruction
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Philosophe de Provence à M** touchant la Lettre du prétendu Grammairien Provençal, sur le Bureau Tipographique.
LETTRE d'un Philosophe de Provence
à M ** touchant la Lettre du prétendu
Grammairien Provençal , sur le Bureau
Tipographique.
Vous
'Ous avez raison , Monsieur , la Lettre
dont vous me parlez ne doit
point vous empêcher de continuer à faire
usage
MARS. 1731. 459
usage du Bureau pour M. votre fils ; je
ne reconnois point dans cette Lettre l'esprit
naturel des Provenceaux , quoique
L'Auteur se qualifie Grammairien de
Provence , il ne me paroît ni Provençal ,
ni Grammairien , ni Philosophe.
Est-il licite , dit-il d'abord , de vous
demander pourquoi et comment tant de Char
latans de la République des Lettres sont
écoutez à la Cour et à la Ville. Si l'Auteur
avoit quelque usage de laCour et de la bonne
Compagnie de la Ville ,il ne feroit point
cette demande. A la Cour et à la Ville)
on fait quelquefois l'aumône aux Charlatans
, mais on ne les écoute point , ils
n'y sont ni protegez , et encore moins récompensez.
Je ne parle point , dit-il , des prétendus
Inventeurs de la Pierre Philosophale , de
Ja Quadrature du Cercle , &c . Et pourquoi
ne parle- t'il point de ces gens - là ? Sontils
moins nuisibles au Public ? Non , sans
doute , mais c'est que ces sortes de Charlatans
ne blessent point les interêts de
l'Auteur. Je n'y prens , dit-il , aucun in
terêt. Ce qui me révolte , c'est de trouver dans
votre Mercure un de ces Charlatans qui parle
toujours d'un Rudiment pratiqué de bois ..
de la sillabisation , de l'Ortographe , &c.
En verité , s'écrie -t'il , on se livre trop
aisément à de nouveaux venus qui nous ra→
vissent
450 MERCURE DE FRANCE
e
vissent nos droits par des jeux et par des
prestiges .... On viendra nous débiter des
préceptes qui sont de vrais Paradoxes , pour
ne rien dire de plus , ceux qui les débitent
seront crus , seroni suivis , tandis que l'on
rira de nos raisonnemens et que nos Ecoles
seront désertes. Que deviendra le fruit de nos
veilles et de nos travaux ? O tempora ! ô
mores !
Vous voyez , M. que l'Auteur de la
Lettre est apparemment Maître d'Ecole ,
en ce cas il fera bien d'apprendre le nouvel
Alphabet avant que de se mêler de
le montrer. Quoi ! dit- il , nous aurons passé
bien des années à nous tourmenter pour ap
prendre des choses que nous sentons ne sçavoir
pas encore bien dans un âge avancé ,
et des enfans de quatre ou cinq ans apprendront
en jouant ce qui nous a coûté tant de
peines , tant de pleurs et de fatigues ! Nous
faudra til remettre à la Croix de Pardieu
sous peine d'étre repris par des enfans ? Et
pourquoi non ? Il faut aimer à apprendre
à tout âge. Ciceron nous parle de Vieillards
qui apprenoient ce qu'ils avoient
négligé d'apprendre quand ils étoient
jeunes.
>
Mais après tout , quel que puisse être
l'Auteur de la Lettre , et quel que soit
le motif qui l'a fait écrire , il n'est pas
excusable de traiter de Charlatan le Philosophe
MARS. 1731
461
losophe estimable , qui a donné l'invention
du Bureau Tipographique ; car
qu'est-ce qu'un Charlatan ? C'est un homme
, qui par interêt , promet plus qu'il
ne peut tenir , et qui s'embarasse peu de
tromper le Public.
Or prémierement l'Auteur du Bureau
n'agit par aucune vûë d'interêt , il vit
content d'un revenu modique , suffisant
pour lui , et n'est à charge à personne.
Les Ouvriers qui font les Bureaux , ne
sont point en societé avec lui.En un mot ,
il ne lui en revient rien , que bien de la
peine , et si quelqu'autre vient à trouver
quelque Méthode plus facile et plus utile
pour apprendre à lire , il ne se plaindra
point qu'on lui ravit le fruit de ses
travaux et de ses veilles .
En second lieu , il ne peut être soupçonné
de vouloir tromper le Public , au
contraire , il tient ce qu'il promet. Les
enfans se plaisent à travailler sur le Bureau
Tipographique , et s'y instruisent ;
les preuves en sont aisées à trouver , et elles
se multiplient tous les jours. En verité
un tel homme ne peut être traité de
Charlatan que par une basse jalousie ou
par un préjugé bien aveugle. S'il у a des
Charlatans , il faut les mépriser ; mais il
y de l'injustice a confondre sous ce nom
les personnes qui n'ont rien de commun
C
avec
46 MERCURE DE FRANCE -
avec eux. Mais voyons quelles sont les
raisons que l'Auteur de la Lettre allegue
contre la pratique du Bureau.
D'abord il dit qu'il ne sçait pas bien la
construction de cette Machine . Pourquoi
donc se mêle-t'il d'en parler ?
On dit , ajoûte- t'il , que ce Bureau
pour un enfant de deux à trois ans , aplus
d'une toise de long , et que si ce Bureau
croît à mesure que l'Ecolier avance en
âge , il lui faudra cinq ou six toises . Les
Jeux de Paume vont devenir prodigieusement
chers. Quelle fade plaisanterie !
Veut-on que l'enfant porte ce Bureau
pour se plaindre qu'il est ou trop long,
ou trop large , ou trop pesant ; il a les
dimensions nécessaires pour l'instruction
et pour l'usage de l'enfant.
Objection , page 39 .
L'enfant , à ce qu'on dit , prend danst
son Bureau les Lettres dont il a besoin'
pour composer un mot ... et les range
P'une après l'autre sur la table de son Bureau
; si le fait est bien constant , n'y auroit-
il point quelque mistere que nous ne
sgaurions pénetrer , et qui n'est entendu
que par ces nouveaux Maîtres & par
fcurs Eleves ? Je me défie extrémement
de merveilles.
Réponse.
MARS. 1731. 463
Réponse.
Si dès le premier moment que
l'enfant
travaille sur le Bureau , il faisoit l'operation
dont on parle ici , l'Auteur de la
Lettre auroit un motif légitime d'entrer
en méfiance ; mais qu'après qu'un enfant
est exercé à connoître les Lettres , il aille
les prendre chacune dans leurs casseaux,
cela n'est pas plus étonnant , que de voir
qu'il aille prendre du pain quand on lui
dit d'en aller chercher. Avant que de faire
de pareilles objections , l'Auteur , s'il
est à Paris , comme on le dit , devoit aller
voir travailler un enfant en l'absence
de son Maître.
Objection.
Il me reste toûjours un scrupule dont
je sens bien que je ne guérirai que par ma
propre experience , je serois curieux , par
exemple , ( quel style ! ) de sçavoir si un
enfant dressé par cette nouvelle façon ,
pouroit lire dans un Livre imprimé à
Paris , et qu'il n'auroit jamais vû.
Réponse.
L'Auteur de la Lettre peut se guére trèsaisément
de ce scrapule ; qu'il e neure
point d'une maladie dont il y a dea tant
de Medecins. En attendant qu'il veuille
Cij bien
45 MERCURE DE FRANCE .
bien recourir à sa propre experience , je
puis certifier un fait dons je suis témoin ,
qu'en 1725. j'allai à S. Denis avec un enfant
de cinq à six ans , qui avoit appris
à lire le Latin , l'Hébreu , le Grec er le
François , par le Bureau Tipographique.
Nous étions au moins dix personnes de
compagnie. En nous promenant dans le
Cloître , je priai un Religieux que nous
rencontrâmes , de nous mener à la Bibliotheque
. Nous n'avons point encore
de Bibliotheque , dit-il , mais nous avons
des Livres dans nos Chambres. Voudriezvous
bien , lui dis - je , montrer une Bible
Hébraïque à cet enfant qui voudroit y
lire quelque Passage. Le Pere voyant un
enfant en robe , crut que je voulois rire .
Je lui parlai très - sérieusement , et il nous.
mena dans sa Chambre , quyrit une Bible
en Hébreu , et l'enfant lût courament.
Je demandai un Livre Grec , le Pere nous
présenta un Plutarque ; l'enfant lut le
Grec avec la même facilité, On lui présenta
des Manuscrits , il lisoit avec plus
ou moins de facilité , selon que le Grec
étoit écrit plus ou moins lisiblement. Ce
Religieux appela plusieurs de ses Confreres
, qui furent témoins du fait. Le Religieux
dont je parle , s'appelloit , si je ne
me trompe , Dom François Valeran , Il
seroit aisé de donner bien d'autres preu-
1
ves
MARS. 1731. 46 $
ves favorables au Systême du Bureau Ty
pographique ; mais j'ai honte de suivre
sérieusement la Lettre de ce Grammai
rien , qui vous a indigné. J'ai l'honneur
d'être , &c .
à M ** touchant la Lettre du prétendu
Grammairien Provençal , sur le Bureau
Tipographique.
Vous
'Ous avez raison , Monsieur , la Lettre
dont vous me parlez ne doit
point vous empêcher de continuer à faire
usage
MARS. 1731. 459
usage du Bureau pour M. votre fils ; je
ne reconnois point dans cette Lettre l'esprit
naturel des Provenceaux , quoique
L'Auteur se qualifie Grammairien de
Provence , il ne me paroît ni Provençal ,
ni Grammairien , ni Philosophe.
Est-il licite , dit-il d'abord , de vous
demander pourquoi et comment tant de Char
latans de la République des Lettres sont
écoutez à la Cour et à la Ville. Si l'Auteur
avoit quelque usage de laCour et de la bonne
Compagnie de la Ville ,il ne feroit point
cette demande. A la Cour et à la Ville)
on fait quelquefois l'aumône aux Charlatans
, mais on ne les écoute point , ils
n'y sont ni protegez , et encore moins récompensez.
Je ne parle point , dit-il , des prétendus
Inventeurs de la Pierre Philosophale , de
Ja Quadrature du Cercle , &c . Et pourquoi
ne parle- t'il point de ces gens - là ? Sontils
moins nuisibles au Public ? Non , sans
doute , mais c'est que ces sortes de Charlatans
ne blessent point les interêts de
l'Auteur. Je n'y prens , dit-il , aucun in
terêt. Ce qui me révolte , c'est de trouver dans
votre Mercure un de ces Charlatans qui parle
toujours d'un Rudiment pratiqué de bois ..
de la sillabisation , de l'Ortographe , &c.
En verité , s'écrie -t'il , on se livre trop
aisément à de nouveaux venus qui nous ra→
vissent
450 MERCURE DE FRANCE
e
vissent nos droits par des jeux et par des
prestiges .... On viendra nous débiter des
préceptes qui sont de vrais Paradoxes , pour
ne rien dire de plus , ceux qui les débitent
seront crus , seroni suivis , tandis que l'on
rira de nos raisonnemens et que nos Ecoles
seront désertes. Que deviendra le fruit de nos
veilles et de nos travaux ? O tempora ! ô
mores !
Vous voyez , M. que l'Auteur de la
Lettre est apparemment Maître d'Ecole ,
en ce cas il fera bien d'apprendre le nouvel
Alphabet avant que de se mêler de
le montrer. Quoi ! dit- il , nous aurons passé
bien des années à nous tourmenter pour ap
prendre des choses que nous sentons ne sçavoir
pas encore bien dans un âge avancé ,
et des enfans de quatre ou cinq ans apprendront
en jouant ce qui nous a coûté tant de
peines , tant de pleurs et de fatigues ! Nous
faudra til remettre à la Croix de Pardieu
sous peine d'étre repris par des enfans ? Et
pourquoi non ? Il faut aimer à apprendre
à tout âge. Ciceron nous parle de Vieillards
qui apprenoient ce qu'ils avoient
négligé d'apprendre quand ils étoient
jeunes.
>
Mais après tout , quel que puisse être
l'Auteur de la Lettre , et quel que soit
le motif qui l'a fait écrire , il n'est pas
excusable de traiter de Charlatan le Philosophe
MARS. 1731
461
losophe estimable , qui a donné l'invention
du Bureau Tipographique ; car
qu'est-ce qu'un Charlatan ? C'est un homme
, qui par interêt , promet plus qu'il
ne peut tenir , et qui s'embarasse peu de
tromper le Public.
Or prémierement l'Auteur du Bureau
n'agit par aucune vûë d'interêt , il vit
content d'un revenu modique , suffisant
pour lui , et n'est à charge à personne.
Les Ouvriers qui font les Bureaux , ne
sont point en societé avec lui.En un mot ,
il ne lui en revient rien , que bien de la
peine , et si quelqu'autre vient à trouver
quelque Méthode plus facile et plus utile
pour apprendre à lire , il ne se plaindra
point qu'on lui ravit le fruit de ses
travaux et de ses veilles .
En second lieu , il ne peut être soupçonné
de vouloir tromper le Public , au
contraire , il tient ce qu'il promet. Les
enfans se plaisent à travailler sur le Bureau
Tipographique , et s'y instruisent ;
les preuves en sont aisées à trouver , et elles
se multiplient tous les jours. En verité
un tel homme ne peut être traité de
Charlatan que par une basse jalousie ou
par un préjugé bien aveugle. S'il у a des
Charlatans , il faut les mépriser ; mais il
y de l'injustice a confondre sous ce nom
les personnes qui n'ont rien de commun
C
avec
46 MERCURE DE FRANCE -
avec eux. Mais voyons quelles sont les
raisons que l'Auteur de la Lettre allegue
contre la pratique du Bureau.
D'abord il dit qu'il ne sçait pas bien la
construction de cette Machine . Pourquoi
donc se mêle-t'il d'en parler ?
On dit , ajoûte- t'il , que ce Bureau
pour un enfant de deux à trois ans , aplus
d'une toise de long , et que si ce Bureau
croît à mesure que l'Ecolier avance en
âge , il lui faudra cinq ou six toises . Les
Jeux de Paume vont devenir prodigieusement
chers. Quelle fade plaisanterie !
Veut-on que l'enfant porte ce Bureau
pour se plaindre qu'il est ou trop long,
ou trop large , ou trop pesant ; il a les
dimensions nécessaires pour l'instruction
et pour l'usage de l'enfant.
Objection , page 39 .
L'enfant , à ce qu'on dit , prend danst
son Bureau les Lettres dont il a besoin'
pour composer un mot ... et les range
P'une après l'autre sur la table de son Bureau
; si le fait est bien constant , n'y auroit-
il point quelque mistere que nous ne
sgaurions pénetrer , et qui n'est entendu
que par ces nouveaux Maîtres & par
fcurs Eleves ? Je me défie extrémement
de merveilles.
Réponse.
MARS. 1731. 463
Réponse.
Si dès le premier moment que
l'enfant
travaille sur le Bureau , il faisoit l'operation
dont on parle ici , l'Auteur de la
Lettre auroit un motif légitime d'entrer
en méfiance ; mais qu'après qu'un enfant
est exercé à connoître les Lettres , il aille
les prendre chacune dans leurs casseaux,
cela n'est pas plus étonnant , que de voir
qu'il aille prendre du pain quand on lui
dit d'en aller chercher. Avant que de faire
de pareilles objections , l'Auteur , s'il
est à Paris , comme on le dit , devoit aller
voir travailler un enfant en l'absence
de son Maître.
Objection.
Il me reste toûjours un scrupule dont
je sens bien que je ne guérirai que par ma
propre experience , je serois curieux , par
exemple , ( quel style ! ) de sçavoir si un
enfant dressé par cette nouvelle façon ,
pouroit lire dans un Livre imprimé à
Paris , et qu'il n'auroit jamais vû.
Réponse.
L'Auteur de la Lettre peut se guére trèsaisément
de ce scrapule ; qu'il e neure
point d'une maladie dont il y a dea tant
de Medecins. En attendant qu'il veuille
Cij bien
45 MERCURE DE FRANCE .
bien recourir à sa propre experience , je
puis certifier un fait dons je suis témoin ,
qu'en 1725. j'allai à S. Denis avec un enfant
de cinq à six ans , qui avoit appris
à lire le Latin , l'Hébreu , le Grec er le
François , par le Bureau Tipographique.
Nous étions au moins dix personnes de
compagnie. En nous promenant dans le
Cloître , je priai un Religieux que nous
rencontrâmes , de nous mener à la Bibliotheque
. Nous n'avons point encore
de Bibliotheque , dit-il , mais nous avons
des Livres dans nos Chambres. Voudriezvous
bien , lui dis - je , montrer une Bible
Hébraïque à cet enfant qui voudroit y
lire quelque Passage. Le Pere voyant un
enfant en robe , crut que je voulois rire .
Je lui parlai très - sérieusement , et il nous.
mena dans sa Chambre , quyrit une Bible
en Hébreu , et l'enfant lût courament.
Je demandai un Livre Grec , le Pere nous
présenta un Plutarque ; l'enfant lut le
Grec avec la même facilité, On lui présenta
des Manuscrits , il lisoit avec plus
ou moins de facilité , selon que le Grec
étoit écrit plus ou moins lisiblement. Ce
Religieux appela plusieurs de ses Confreres
, qui furent témoins du fait. Le Religieux
dont je parle , s'appelloit , si je ne
me trompe , Dom François Valeran , Il
seroit aisé de donner bien d'autres preu-
1
ves
MARS. 1731. 46 $
ves favorables au Systême du Bureau Ty
pographique ; mais j'ai honte de suivre
sérieusement la Lettre de ce Grammai
rien , qui vous a indigné. J'ai l'honneur
d'être , &c .
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Résumé : LETTRE d'un Philosophe de Provence à M** touchant la Lettre du prétendu Grammairien Provençal, sur le Bureau Tipographique.
En mars 1731, un philosophe de Provence répond à une critique adressée à un grammairien provençal concernant le Bureau Tipographique. L'auteur de la lettre conteste la légitimité de la critique, affirmant que le grammairien n'est ni provençal, ni grammairien, ni philosophe. Il suggère que la critique provient probablement d'un maître d'école jaloux de l'invention du Bureau Tipographique, un outil pédagogique innovant pour l'apprentissage de la lecture. L'auteur défend l'inventeur du Bureau Tipographique, affirmant que celui-ci n'agit pas par intérêt personnel et que son invention est bénéfique pour l'éducation des enfants. Il réfute les accusations de charlatanisme, soulignant que l'inventeur ne trompe pas le public et que les enfants s'instruisent effectivement avec cet outil. La lettre critique également les objections du grammairien, notamment sur la taille du Bureau et les méthodes d'apprentissage. L'auteur fournit des preuves concrètes de l'efficacité du Bureau Tipographique, mentionnant un exemple où un enfant a lu des textes en latin, hébreu, grec et français avec facilité. Il conclut en exprimant son mépris pour les critiques infondées et en affirmant la validité de l'invention.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 688-692
CONTE.
Début :
Un bon Badaut, s'il en fut un en France, [...]
Mots clefs :
Badaud, Provence, Figue, Citrouille, Colique, Médecin, Apprentissage, Hôpital
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONTE.
CONTE.
N bon Badaut , s'il en fut un en France ,
Et d'esprit assez dépourvû ;
L'un de ces gens qui n'ont jamais rien vû ,
Un
AVRIL
689 1731 .
Un beau matin partit pour la Provence.
Qu'alloit-il faire en ce beau Pays-là ,
Me direz-vous ? vouloit-il , le bon homme ,
Se mettre en mer , aller ensuite à Rome ,
Voir le Saint Pere ? Oh ! rien de tout cela ;
Il avoit autre chose en tête ,
Projet nouveau , dont il se faisoit fête ,
Depuis long- temps , mais il n'en sonnoit mot
C'étoit , dit-on , d'aller manger des Figues.
Certain Gascon , qui n'étoit pas manchot ,
Né pour former de pareilles intrigues ,
Et qui vouloit aux dépens du Marmot ,
Faire voyage et bonne chere ,
L'assiegeoit les jours et les nuits ,
Et lui vantoit la Provence et ses fruits.
Oui , disoit - il , la Provence est la mere ,
Des plaisirs innoccns que l'on goute ici bas ,
Les fleurs y naissent sous les pas ;
Elle fournit en abondance ,
Tout ce qu'on peut et veut avoir ,
Tout est bon à manger, tout est charmant à voir.'
Cadedis , vive la Provence ;
Il exaltoit sur tout la Figue et sa douceur ,
Son gout exquis , son extréme grosseur
Gascon sçait à propos employer l'hyperbole ,
Faire Elephant d'un Moucheron ;
Badaut croyoit sur sa parole ,
Que Figue étoit un fruit gros comme un Potiron,
Car
690 MERCURE DE FRANCE
Car il n'en avoit de sa vie ,
Vu ni mangé , mais plutôt que plus tard ,
Il veut contenter son envie.
Bientôt tout est prêt , et l'on part ;
Non sans avoir la bourse bien garnic ;
Car après tout vous aurez beau chercher ,
De quoi voyager à votre aise ;
Foin d'un Carosse ou d'une Chaise ,
Si l'argent ne sert de Cocher.
Le Gascon chargé de la bourse ,
L'avoit fait remplir jusqu'au haut ,
>
Et plus qu'il ne falloit pour achever la course
Qu'il méditoit de faire avec notre Badaut.
Enfin on arrive en Provence ,
Badaut crut être au bout de l'Univers ,
Gascon conduit son Excellence ,
En un Jardin tout planté d'arbres verds.
Du haut de leurs branches chargées ,
Pendoient comme festons des Citrouilles rangées ,
Dont l'énorme grosseur venoit frapper les yeux;
Voilà , dit le Gascon , le fruit délicieux
Qu'on vous destine ici ; mangez sur ma parole ,
Pendant que mon Badaut sur ses deux piés planté ,
Admire l'objet si vanté ,
Gascon commence un autre rôle ,
Et sans Trompette délogeant ,
Emporte la bourse et l'argent ,
Faisant à son ami la Figue ;
Mais
AVRIL.
9 1731.
Mais le Badaut qui n'étoit pas si fin ,
Et qui prenoit courge pour Figue
Fait saut en l'air , en saisit une enfin ,
Il la fend d'un coup de mâchoire ,
Mais le mal fut qu'ayant grand faim ,
Il fit un grand repas sans boire ,
en mange à crever , et se sentant rendu ,
Il se couche à terre étendu.
Ce n'est pas fait , une affreuse colique ,
Soit venteuse , soit néphretique ,
Je n'en sçais rien , à l'instant l'assaillit .
Le Malade s'agite , il frissonne , il pâlit ,
Son coeur palpite et la tête lui groüille &
On entend son ventre de loin ,
Croasser comme une Grenouille :
Tant la malheureuse Citroüille ,
Fait de dégât ; En ce pressant besoin ,
De tous côtez on vient à la récousse.
Le Médecin portant l'Apoticaire en trousse ,
Arrive , ordonne un Anodin ,
Monsieur Cussifle avec la flute en main
Fait son devoir en galant Mousquetaire ;
Car pour seringuer un clistere ,
Il n'est pas dans le monde entier ,
De Mortel plus habile en ce noble métier ;
Le succès passa l'esperance ,
Ventre se vuide et malade guérit.
Le mal passé , chacun en rit ;
Mais
592 MERCURE DE FRANCE
Mais voici bien autre chevance ,
Il faut compter , Gascon ne paroît plus ;
Gousset est vuide , et les écus ,
Ont avec lui pris la volée.
Voilà notre Badaut réduit à l'Hôpital ,
Et tombé de fievre en chaud mal.
Chagrin au coeur et l'ame desolée ,
Ayant rendu plus qu'il n'a pris ;
Purgé bien et dûment il retourne à Paris ,
Non sans avoir pour son apprentissage ,
Dont il a payé tous les frais ,
Fait voir aux Provençaux assez mal satisfaits ,
Son grand génie et son double visage.
N bon Badaut , s'il en fut un en France ,
Et d'esprit assez dépourvû ;
L'un de ces gens qui n'ont jamais rien vû ,
Un
AVRIL
689 1731 .
Un beau matin partit pour la Provence.
Qu'alloit-il faire en ce beau Pays-là ,
Me direz-vous ? vouloit-il , le bon homme ,
Se mettre en mer , aller ensuite à Rome ,
Voir le Saint Pere ? Oh ! rien de tout cela ;
Il avoit autre chose en tête ,
Projet nouveau , dont il se faisoit fête ,
Depuis long- temps , mais il n'en sonnoit mot
C'étoit , dit-on , d'aller manger des Figues.
Certain Gascon , qui n'étoit pas manchot ,
Né pour former de pareilles intrigues ,
Et qui vouloit aux dépens du Marmot ,
Faire voyage et bonne chere ,
L'assiegeoit les jours et les nuits ,
Et lui vantoit la Provence et ses fruits.
Oui , disoit - il , la Provence est la mere ,
Des plaisirs innoccns que l'on goute ici bas ,
Les fleurs y naissent sous les pas ;
Elle fournit en abondance ,
Tout ce qu'on peut et veut avoir ,
Tout est bon à manger, tout est charmant à voir.'
Cadedis , vive la Provence ;
Il exaltoit sur tout la Figue et sa douceur ,
Son gout exquis , son extréme grosseur
Gascon sçait à propos employer l'hyperbole ,
Faire Elephant d'un Moucheron ;
Badaut croyoit sur sa parole ,
Que Figue étoit un fruit gros comme un Potiron,
Car
690 MERCURE DE FRANCE
Car il n'en avoit de sa vie ,
Vu ni mangé , mais plutôt que plus tard ,
Il veut contenter son envie.
Bientôt tout est prêt , et l'on part ;
Non sans avoir la bourse bien garnic ;
Car après tout vous aurez beau chercher ,
De quoi voyager à votre aise ;
Foin d'un Carosse ou d'une Chaise ,
Si l'argent ne sert de Cocher.
Le Gascon chargé de la bourse ,
L'avoit fait remplir jusqu'au haut ,
>
Et plus qu'il ne falloit pour achever la course
Qu'il méditoit de faire avec notre Badaut.
Enfin on arrive en Provence ,
Badaut crut être au bout de l'Univers ,
Gascon conduit son Excellence ,
En un Jardin tout planté d'arbres verds.
Du haut de leurs branches chargées ,
Pendoient comme festons des Citrouilles rangées ,
Dont l'énorme grosseur venoit frapper les yeux;
Voilà , dit le Gascon , le fruit délicieux
Qu'on vous destine ici ; mangez sur ma parole ,
Pendant que mon Badaut sur ses deux piés planté ,
Admire l'objet si vanté ,
Gascon commence un autre rôle ,
Et sans Trompette délogeant ,
Emporte la bourse et l'argent ,
Faisant à son ami la Figue ;
Mais
AVRIL.
9 1731.
Mais le Badaut qui n'étoit pas si fin ,
Et qui prenoit courge pour Figue
Fait saut en l'air , en saisit une enfin ,
Il la fend d'un coup de mâchoire ,
Mais le mal fut qu'ayant grand faim ,
Il fit un grand repas sans boire ,
en mange à crever , et se sentant rendu ,
Il se couche à terre étendu.
Ce n'est pas fait , une affreuse colique ,
Soit venteuse , soit néphretique ,
Je n'en sçais rien , à l'instant l'assaillit .
Le Malade s'agite , il frissonne , il pâlit ,
Son coeur palpite et la tête lui groüille &
On entend son ventre de loin ,
Croasser comme une Grenouille :
Tant la malheureuse Citroüille ,
Fait de dégât ; En ce pressant besoin ,
De tous côtez on vient à la récousse.
Le Médecin portant l'Apoticaire en trousse ,
Arrive , ordonne un Anodin ,
Monsieur Cussifle avec la flute en main
Fait son devoir en galant Mousquetaire ;
Car pour seringuer un clistere ,
Il n'est pas dans le monde entier ,
De Mortel plus habile en ce noble métier ;
Le succès passa l'esperance ,
Ventre se vuide et malade guérit.
Le mal passé , chacun en rit ;
Mais
592 MERCURE DE FRANCE
Mais voici bien autre chevance ,
Il faut compter , Gascon ne paroît plus ;
Gousset est vuide , et les écus ,
Ont avec lui pris la volée.
Voilà notre Badaut réduit à l'Hôpital ,
Et tombé de fievre en chaud mal.
Chagrin au coeur et l'ame desolée ,
Ayant rendu plus qu'il n'a pris ;
Purgé bien et dûment il retourne à Paris ,
Non sans avoir pour son apprentissage ,
Dont il a payé tous les frais ,
Fait voir aux Provençaux assez mal satisfaits ,
Son grand génie et son double visage.
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Résumé : CONTE.
En avril 1731, un homme surnommé Badaut décide de se rendre en Provence, influencé par un Gascon qui vante la douceur et la taille des figues locales. Badaut, n'ayant jamais vu ni goûté de figues, se laisse convaincre et part avec une bourse bien garnie. À son arrivée, le Gascon lui montre des citrouilles, que Badaut prend pour des figues. Après en avoir mangé plusieurs, Badaut souffre d'une violente colique. Un médecin et un apothicaire interviennent et le soignent. Cependant, le Gascon disparaît avec l'argent de Badaut. Ruiné et malade, Badaut retourne à Paris après avoir été soigné à l'hôpital.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 180-191
LETTRE sur le Passage de Don Carlos par la Provence.
Début :
L'Infant entra en Provence le 5. Decembre dernier, et [...]
Mots clefs :
Infant, Don Carlos, Provence, Officiers, Dîner, Monsieur le Bret, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur le Passage de Don Carlos par la Provence.
LETTRE sur le Passage de Don Carlos
par la Provence.
'Infant entra en Provence le 5 Decembre dernier , et se rendit de Nismes à
Tarascon en traversant le Rhône sur le
Pont de Beaucaite.
M.le Brer , Conseiller d'Etat , Premier
Presi-
JANVIER. 1732. 181
President du Parlement d'Aix , Intendant et Commandant en chef de la Pro
vince , s'y étoit rendu deux jours auparavant avec un détachement de la Compagnie des Gardes du Gouverneur de la
Province , et un détachement de la Maréchaussée , commandé par M. d'Escra
gnolle , Prévôt Général. Le Marquis de
Graveson , et MM. Pazery de Thoraine,
Assesseur , et de Thomassin de la Garde
Consuls d'Aix , Procureurs du pays ou
Syndics Généraux de la Province, accom "
pagnez du Trésorier des Etats , de l'Ingenieur et des autres Officiers de la Province , avoient suivi M. l'Intendant sui
vant l'usage.
M. le Bret et les Procureurs du Pays
accompagnez du Comte de Marignane ,
Lieutenant General des Armées du Roi et
de 200 Gentilhommes ou Officiers des
premieres Maisons de la Province
n'ayant pu recevoir S. A. R. à la descente du Pont,à cause d'une grande pluie , se
rendirent à l'Hôtel qui avoit été préparé
pour le logement du Prince , et eurent
l'honneur de le recevoir à la porte, et de
lui présenter les respects de la Province;
M. Pazery de Thoraine, Assesseur, en chaperon, ainsi que ses Collegues , lui adressa
un Discours au nom de la Province , qui
fut très aplaudi.
I iiij Les
182 MERCURE DE FRANCE
Les Consuls de Tarascon en chaperon ,
à la tête des Gentilhommes et des Bourgeois de cette Ville , avoient déja eu
l'honneur de recevoir et de haranguer le
Prince à la Porte de la Ville qui étoit ornée d'un Arc de Triomphe , le Prince fut
salué en y entrant par une triple salve de
Boëtes qui avoient été placées sur les remparts , et passa au milieu d'une double haye de Milice Bourgeoise fort leste.
S. A. R. reçut après son dîner les respects du Chapitre Royal de sainte Marthe, fondé par le Roi Louis XI. M. l'Abbé de Fenelon qui en est le Doyen porta la parole ; le Corps de Ville eut aussi le même honneur.
M. Buon del Monti , Florentin, ViceLegat d'Avignon, qui s'étoit rendu à Tarascon avec tous les Officiers de la Legation et une nombreuse suite , eut aussi
l'honneur de saluer l'Infant qui le reçut
très gracieusement.
Le 6 S. A. R. arriva à Salon et logea
dans le Château qui appartient à l'Arche
vêque d'Arles qui l'avoit fait meubler
magnifiquement. Il y eut séjour à Salon
le 7 et le 8 , le Prince arriva à Aix le 9
à deux heures après midy.
Les Consuls haranguerent le Prince à
la Porte de la Ville où il y avoit une Garde
JANVIER. 17321 182
de bourgeoise sous les armes ; de- là , Dom
Carlos se rendit en la Maison de M. Maurel , l'une des plus belles du Cours , où il
devoit loger ; il y eut une autre Garde à
la porte composée de 150 hommes du Regiment de Flandres, commandés par deux
Capitaines avec un Drapeau , le reste des
neuf Compagnies étoient en bataille de
vant l'Hôtel du Prince ; toutes les Mai
sons du Cours étoient ornées en dehors
de Tapisseries , ce qui formoit un coupd'eil magnifique.
M. le Bret , à la tête de la Noblesse de
la Ville , reçut le Prince à la descente du
Carosse, et lui donna là main pour mon
ter dans son Appartement.
Après le diner , l'Infant s'amusa à tirer
des Lapins et des Pigeons qu'on avoit fait
mettre dans le Jardin.
Sur les cinq heures, les Députez du Par
lement , au nombre de 38 , ayant à leur
tête le Premier President , six autres Presidents , deux Avocats Generaux et 30
Conseillers,eurent l'honneur de haranguer
le Prince , M. le Bret portant la paroles
la Chambre des Comptes , Aydes et Finances , M. Albertas Premier President à
la tête , les Trésoriers de France , l'Université et la Senechaussée eurent aussi le
même honneur , ainsi que l'Archevêque
I iiij d'Aix
184 MERCURE DE FRANCE
d'Aix à la tête du Chapitre de l'Eglise
Metropolitaine de S. Sauveur , sa harangue fut fort pathetique, et il n'oublia pas
les graces quela Maison de Brancas a reçues duRoi d'Espagne , tous ces differens
Corps furent présentez au Prince par M.
Desgranges, Maître des Ceremonies , qui
presenta aussi au Prince et au Comte de
Sant-Estevan les Présens de la Ville &c.
Le soir il y eut des feux de joie devant
les portes de toutes les Maisons de la Ville et des illuminations aux fenêtres , cequi avoit été ordonné par le Parlement.
Le neufle Prince arriva à S. Maximin,
et logea dans le Monastere des Religieux
Dominiquains Réformez.
Le ro à Brignolle où S. A. R. fut obligée de rester à cause des neges , elle y reçut les complimens de la Ville, de la Se
nechaussée &c.
Le 11 le Prince arriva au Luc , et logea
au Château du Comte du Luc , Chevalierdes Ordres du Roi qui l'avoit fait meubler magnifiquement , tous les Officiers
et Seigneurs de sa suite y furent logez
aussi,et trouverent dans une belle Maison
toutes les commoditez possibles ; ce Prince y séjourna le 12, 13 et 14 , à cause des
pluyes et des neges qui avoient inondé
la plaine.
L.
JANVIER 1732.
189
Le 15 , le Prince alla dîner au Muy où
le Seigneur de ce lieu avoit fait préparer
uneAlte aussi splendide que délicate,pour
S. A. R. et pour sa suite. Le Marquis du
Muyaprès avoir fait les honneurs de chez
lui , alla lui- même reconnoître les chemins extrêmement remplis par les pluyes,
et sur son raport l'Infant continua sa route , et arriva le soir à Frejus ; il fut recu
à la porte de la Ville par les Consuls ,
avec les ceremonies ordinaires, et logea à
l'Evêché.
Le 16 S. A. R. arriva à Cannes et logea chez M. de Rioufe , Chevalier de
f'Ordre de S. Michel et Subdelegué de
l'Intendant de Provence , il y eut une
garde de jeunes gens fort lestement vétus
à la porte du Prince ; il y eut aussi une
danse de Matelots à la manière du pays
qui divertit Beaucoup le Prince. Il soupa
dans son lit à cause d'une indisposition
de rhume. ·
Le 17, le Chevalier d'Orleans arrivá
à Cannes , et se rendit chez le Prince ,
accompagné du Comte de Sant- Estevan ,
de M. le Brét et de M. Desgranges , il fit
un compliment au Prince de la part du
Roi auquel S. A. R. parut fort sensible.
L'Infant partit le même jour de Cannés et arriva à Antibes à midy , il fut Iv salué
186 MERCURE DE FRANCE
salué en passant devant les Isles sainte
Marguerite de tout le canon de cette Citadelle.
M. de Montesquiou Commandant ,
accompagné de l'Etat Major , reçut le
Prince à la Porte Royale , au bruit de
toute l'Artillerie de la Place , des Forts ,
et des neuf Galeres qui étoient dans le
Port, le Regiment de Luxembourg étoit
en haye depuis la porte de la Ville jusqu'au Château où logea le Prince , il y
avoit aussi une Garde de 150 hommes du
même Regiment avec un Drapeau.
Le Grand-Prieur , les Procureurs du
pays , M. le Bret , M. Desgranges , l'Etat
Major de la Place et la Noblesse du pays
reçurent le Prince à la porte du Château,
et l'accompagnerent dans son Apparte
ment. S. A. R. y trouva Don Miguel
Reggio , Sicilien , Chevalier de Malthe
Commandant les six Galeres d'Espagne
avec tous les autres Officiers des Galeres,
tous en habits uniformes de drap bleu
galonés d'or , M. de Marescotti , Commandeur des trois Galeres du Grand Duc
avec tous les Officiers et plusieurs autres
Seigneurs Florentins , dont la plûpart
étoient revétus de l'Ordre de S. Etienne,
en habits uniformes de drap écarlate galonés d'argent , et M. de Chateaufort ,
Ma-
.JANVIER. 1732 187
Maréchal de Camp des Armées du Roi
d'Espagne , avec le Commandant d'une
Frégate Espagnole qui étoit dans le Port
d'Antibes. Tous ces Seigneurs et Officiers
Espagnols et Italiens eurent l'honneur de
baiser la main au Prince. M. le Bret présenta ensuite à S. A. R. tous les Officiers
de la Garnison.
Le Prince fut fort incommodé d'un thume les premiers jours qu'il séjourna à
Antibes , et fut obligé de rester au lit
pendant trois jours , ce qui l'empêcha de
prendre le divertissement qu'on lui avoit
préparé. S. A. R. reçut des mains du
Grand Prieur une Epée enrichie de diamans que le Roi envoyoit au: Prince
comme un nouveâu gage de son amitié ;
l'Infant la reçut avec de grandes démonstrations de joie , il a gardé cette Epée pendant deux jours entiers aux pieds'
de son lit , pour la faire voir à tous les
Seigneurs et Officiers qui venoient lui
faire leur Cour.
Pendant le séjour d'Antibes , le Général
des Galeres Espagnoles donna sur la Réale un splendide dîner à M. le GrandPrieur , aux principaux Seigneurs François , Espagnols et Italiens qui se trouvoient à la suite du Prince ; M. le Breg
ne put pas se trouver à ce repas , étant
I vj oblige
188 MERCURE DE FRANCE
obligé de faire les honneurs de la table
qu'il a tenue à Antibes pour les autres Sei-,
gneurs qui y étoient Les santés de leurs,
Majestés très Chrétienne et Catholique ,,
de S. A. R , du Grand- Prieur , des Commandans , &c. furent célébré, s au bruic
du Canon , et pendant tout le repas il y
eut Concert d'Instrumens.
3.
Le Comte de San Severino , Envoyé
de Parme à la Cour de France , se rendit
aussi à Antibes pour faire sa cour à son
nouveau Souverain ; enfin cette Ville a
toûjours été remplie d'une infinité d'Etrangers et de toute la Noblesse de la
Province qui n'a rien oublié pourtémoigner le plaisir qu'elle avoit de voir et de
faire sa cour à un Prince issu du sang de ses Maîtres.
La Princesse de Monaco envoya aussi
un de ses Gentilhommes pour compli
menter le Prince.
Le 23 , S. A. R. s'embarqua sur la
Réale , à dix heures du matin , cette Galere étoit richement ornée , et tous les
Forçats en habits neufs.
Le Grand- Prieur , M.le Bret , M. Desgranges , les Procureurs du Pays , le
Marquis de Montesquiou , Commandant
de la Place , l'Etat Major , le Marquis de
Brancas Ceireste , fils de M. de Brancas ,
Grand
JANVIER. 1732. 189
$
Grand d'Espagne et Lieutenant General
de la Province qui sert dans la Marine et
qui s'étoit rendu à la suite du Prince pour
lui faire sa Cour , et enfin un nombre infini de Gentilhommes et d'Officiers François , se trouverent sur le Quay du Port
et à bord de la Galere pour recevoir le
Prince , et pour lui souhaiter un heureux
voyage , et lui témoigner en même tems
leurs regrets et leurs inquiétudes à cause
de la rigueur de la saison. La Garnison for
moit une double haye depuis le Château
jusqu'à la Porte Marine. Le Prince fut
salué en y passant de toute l'Artillerie de
la Ville et des Förts , et en entrant dans
la Gale e , par le canon de neuf Galeres.
S. A. R. entra d'abord dans la Chambre
de poupe pour écrire avant son départ au
Roy et à la Reine d'Espagne.
Malgré les tems affreux qui ont régné
en Provence pendant la route du Prince ,
M. le Bret dont le zele pour le service du
Roi est connudepuis longtems, avoit don
né de si bons ordres que tout ce qui étoit
necessaire pour la subsistance et les com
moditez de la vie, s'est trouvé par tout en
abondance; toutela suite et les équipages
nombreux du Prince ont été commodé
ment logez , les chemins avoient été réparez autant que la saison et le peu de
tems
rgo MERCURE DE FRANCE
tems qu'on a eu pour y travailler , l'ont
pu permettre ; plus de mille Ouvriers y
ont été employez , et travailloient nuit
et jour sous les ordres de Messieurs les
Procureurs du Pays et du sieur Vallon ,
Ingenieur de la Province , lesquels n'ont
rien oublié pour donner des marques de leur zele et de leur attachement : enfin
toute la Provence a témoigné tant de
zele et d'attachement , qu'elle ne s'est
point démentie de l'amour et de la fidélité qu'elle a toûjours porté à l'Auguste
Sang de BOURBON.
Onpeut ajouter ici avec raison que M.
le Bret a toujours fait sa cour au Prince,
avec une assiduité sans égale , et qu'il est
allé au- devant de tout ce qui pouvoit lui
être agreable , qu'il a eu chez lui pendant
tout le tems que ce Prince a voyagé ou
resté danssonDépartement, deux grandes
tables et quelquefois trois , le matin et le
soir , servies avec autant de profusion que
de délicatesse, où les Seigneurs Espagnols
et Italiens ont toujours mangé. Ce Magistrat s'étant aperçu que l'Infant aimoit
beaucoup les Ortholans qui sont d'un gout exquis en Provence , il a eu soin de lui en
fournir pendant tout le tems qu'il y aresté
malgré la rareté de ces oiseaux dans cette
saison. Ainsi le Prince et le Comte de San
Estevan
JANVIER. 17327 198
Estevan et tous les Seigneurs dela suite fui
ont donné en partant les marques les plus
flateuses de leur satisfaction et de leur estime. M. le Bret ayant enfin témoigné à
S. A. R. l'inquietude que son Rhume lui
causoit , elle eut la bonte de lui répondre
qu'elle n'avoit point pris ce Rhume dans
sa Province.
Ce Prince avoit donné des marques de
sa liberalité avant son départ. Il a fait present de son portrait enrichi de diamans
au Grand- Prieur, à M.le Bret d'un diamant
de prix , et à M. Desgranges un diamant
et une montre d'or d'un travail exquis. Il
a fait aussi donner une gratification à la
Maréchaussée qui avoit escorté sesEquipages et le Trésor On a appris ce que Prince
après avoir été obligé de relâcher à Monaco à cause du mauvais tems , en repartit le 25. et est heureusement arrivé à Livourne. On ajoute que ce Prince a essuyé
Ia tempête avec une grande fermeté. Il
est d'uncaractere le plus aimable et le plus
égal , d'une humeur fort enjouée , extremementvifet avectout l'esprit du monde.
par la Provence.
'Infant entra en Provence le 5 Decembre dernier , et se rendit de Nismes à
Tarascon en traversant le Rhône sur le
Pont de Beaucaite.
M.le Brer , Conseiller d'Etat , Premier
Presi-
JANVIER. 1732. 181
President du Parlement d'Aix , Intendant et Commandant en chef de la Pro
vince , s'y étoit rendu deux jours auparavant avec un détachement de la Compagnie des Gardes du Gouverneur de la
Province , et un détachement de la Maréchaussée , commandé par M. d'Escra
gnolle , Prévôt Général. Le Marquis de
Graveson , et MM. Pazery de Thoraine,
Assesseur , et de Thomassin de la Garde
Consuls d'Aix , Procureurs du pays ou
Syndics Généraux de la Province, accom "
pagnez du Trésorier des Etats , de l'Ingenieur et des autres Officiers de la Province , avoient suivi M. l'Intendant sui
vant l'usage.
M. le Bret et les Procureurs du Pays
accompagnez du Comte de Marignane ,
Lieutenant General des Armées du Roi et
de 200 Gentilhommes ou Officiers des
premieres Maisons de la Province
n'ayant pu recevoir S. A. R. à la descente du Pont,à cause d'une grande pluie , se
rendirent à l'Hôtel qui avoit été préparé
pour le logement du Prince , et eurent
l'honneur de le recevoir à la porte, et de
lui présenter les respects de la Province;
M. Pazery de Thoraine, Assesseur, en chaperon, ainsi que ses Collegues , lui adressa
un Discours au nom de la Province , qui
fut très aplaudi.
I iiij Les
182 MERCURE DE FRANCE
Les Consuls de Tarascon en chaperon ,
à la tête des Gentilhommes et des Bourgeois de cette Ville , avoient déja eu
l'honneur de recevoir et de haranguer le
Prince à la Porte de la Ville qui étoit ornée d'un Arc de Triomphe , le Prince fut
salué en y entrant par une triple salve de
Boëtes qui avoient été placées sur les remparts , et passa au milieu d'une double haye de Milice Bourgeoise fort leste.
S. A. R. reçut après son dîner les respects du Chapitre Royal de sainte Marthe, fondé par le Roi Louis XI. M. l'Abbé de Fenelon qui en est le Doyen porta la parole ; le Corps de Ville eut aussi le même honneur.
M. Buon del Monti , Florentin, ViceLegat d'Avignon, qui s'étoit rendu à Tarascon avec tous les Officiers de la Legation et une nombreuse suite , eut aussi
l'honneur de saluer l'Infant qui le reçut
très gracieusement.
Le 6 S. A. R. arriva à Salon et logea
dans le Château qui appartient à l'Arche
vêque d'Arles qui l'avoit fait meubler
magnifiquement. Il y eut séjour à Salon
le 7 et le 8 , le Prince arriva à Aix le 9
à deux heures après midy.
Les Consuls haranguerent le Prince à
la Porte de la Ville où il y avoit une Garde
JANVIER. 17321 182
de bourgeoise sous les armes ; de- là , Dom
Carlos se rendit en la Maison de M. Maurel , l'une des plus belles du Cours , où il
devoit loger ; il y eut une autre Garde à
la porte composée de 150 hommes du Regiment de Flandres, commandés par deux
Capitaines avec un Drapeau , le reste des
neuf Compagnies étoient en bataille de
vant l'Hôtel du Prince ; toutes les Mai
sons du Cours étoient ornées en dehors
de Tapisseries , ce qui formoit un coupd'eil magnifique.
M. le Bret , à la tête de la Noblesse de
la Ville , reçut le Prince à la descente du
Carosse, et lui donna là main pour mon
ter dans son Appartement.
Après le diner , l'Infant s'amusa à tirer
des Lapins et des Pigeons qu'on avoit fait
mettre dans le Jardin.
Sur les cinq heures, les Députez du Par
lement , au nombre de 38 , ayant à leur
tête le Premier President , six autres Presidents , deux Avocats Generaux et 30
Conseillers,eurent l'honneur de haranguer
le Prince , M. le Bret portant la paroles
la Chambre des Comptes , Aydes et Finances , M. Albertas Premier President à
la tête , les Trésoriers de France , l'Université et la Senechaussée eurent aussi le
même honneur , ainsi que l'Archevêque
I iiij d'Aix
184 MERCURE DE FRANCE
d'Aix à la tête du Chapitre de l'Eglise
Metropolitaine de S. Sauveur , sa harangue fut fort pathetique, et il n'oublia pas
les graces quela Maison de Brancas a reçues duRoi d'Espagne , tous ces differens
Corps furent présentez au Prince par M.
Desgranges, Maître des Ceremonies , qui
presenta aussi au Prince et au Comte de
Sant-Estevan les Présens de la Ville &c.
Le soir il y eut des feux de joie devant
les portes de toutes les Maisons de la Ville et des illuminations aux fenêtres , cequi avoit été ordonné par le Parlement.
Le neufle Prince arriva à S. Maximin,
et logea dans le Monastere des Religieux
Dominiquains Réformez.
Le ro à Brignolle où S. A. R. fut obligée de rester à cause des neges , elle y reçut les complimens de la Ville, de la Se
nechaussée &c.
Le 11 le Prince arriva au Luc , et logea
au Château du Comte du Luc , Chevalierdes Ordres du Roi qui l'avoit fait meubler magnifiquement , tous les Officiers
et Seigneurs de sa suite y furent logez
aussi,et trouverent dans une belle Maison
toutes les commoditez possibles ; ce Prince y séjourna le 12, 13 et 14 , à cause des
pluyes et des neges qui avoient inondé
la plaine.
L.
JANVIER 1732.
189
Le 15 , le Prince alla dîner au Muy où
le Seigneur de ce lieu avoit fait préparer
uneAlte aussi splendide que délicate,pour
S. A. R. et pour sa suite. Le Marquis du
Muyaprès avoir fait les honneurs de chez
lui , alla lui- même reconnoître les chemins extrêmement remplis par les pluyes,
et sur son raport l'Infant continua sa route , et arriva le soir à Frejus ; il fut recu
à la porte de la Ville par les Consuls ,
avec les ceremonies ordinaires, et logea à
l'Evêché.
Le 16 S. A. R. arriva à Cannes et logea chez M. de Rioufe , Chevalier de
f'Ordre de S. Michel et Subdelegué de
l'Intendant de Provence , il y eut une
garde de jeunes gens fort lestement vétus
à la porte du Prince ; il y eut aussi une
danse de Matelots à la manière du pays
qui divertit Beaucoup le Prince. Il soupa
dans son lit à cause d'une indisposition
de rhume. ·
Le 17, le Chevalier d'Orleans arrivá
à Cannes , et se rendit chez le Prince ,
accompagné du Comte de Sant- Estevan ,
de M. le Brét et de M. Desgranges , il fit
un compliment au Prince de la part du
Roi auquel S. A. R. parut fort sensible.
L'Infant partit le même jour de Cannés et arriva à Antibes à midy , il fut Iv salué
186 MERCURE DE FRANCE
salué en passant devant les Isles sainte
Marguerite de tout le canon de cette Citadelle.
M. de Montesquiou Commandant ,
accompagné de l'Etat Major , reçut le
Prince à la Porte Royale , au bruit de
toute l'Artillerie de la Place , des Forts ,
et des neuf Galeres qui étoient dans le
Port, le Regiment de Luxembourg étoit
en haye depuis la porte de la Ville jusqu'au Château où logea le Prince , il y
avoit aussi une Garde de 150 hommes du
même Regiment avec un Drapeau.
Le Grand-Prieur , les Procureurs du
pays , M. le Bret , M. Desgranges , l'Etat
Major de la Place et la Noblesse du pays
reçurent le Prince à la porte du Château,
et l'accompagnerent dans son Apparte
ment. S. A. R. y trouva Don Miguel
Reggio , Sicilien , Chevalier de Malthe
Commandant les six Galeres d'Espagne
avec tous les autres Officiers des Galeres,
tous en habits uniformes de drap bleu
galonés d'or , M. de Marescotti , Commandeur des trois Galeres du Grand Duc
avec tous les Officiers et plusieurs autres
Seigneurs Florentins , dont la plûpart
étoient revétus de l'Ordre de S. Etienne,
en habits uniformes de drap écarlate galonés d'argent , et M. de Chateaufort ,
Ma-
.JANVIER. 1732 187
Maréchal de Camp des Armées du Roi
d'Espagne , avec le Commandant d'une
Frégate Espagnole qui étoit dans le Port
d'Antibes. Tous ces Seigneurs et Officiers
Espagnols et Italiens eurent l'honneur de
baiser la main au Prince. M. le Bret présenta ensuite à S. A. R. tous les Officiers
de la Garnison.
Le Prince fut fort incommodé d'un thume les premiers jours qu'il séjourna à
Antibes , et fut obligé de rester au lit
pendant trois jours , ce qui l'empêcha de
prendre le divertissement qu'on lui avoit
préparé. S. A. R. reçut des mains du
Grand Prieur une Epée enrichie de diamans que le Roi envoyoit au: Prince
comme un nouveâu gage de son amitié ;
l'Infant la reçut avec de grandes démonstrations de joie , il a gardé cette Epée pendant deux jours entiers aux pieds'
de son lit , pour la faire voir à tous les
Seigneurs et Officiers qui venoient lui
faire leur Cour.
Pendant le séjour d'Antibes , le Général
des Galeres Espagnoles donna sur la Réale un splendide dîner à M. le GrandPrieur , aux principaux Seigneurs François , Espagnols et Italiens qui se trouvoient à la suite du Prince ; M. le Breg
ne put pas se trouver à ce repas , étant
I vj oblige
188 MERCURE DE FRANCE
obligé de faire les honneurs de la table
qu'il a tenue à Antibes pour les autres Sei-,
gneurs qui y étoient Les santés de leurs,
Majestés très Chrétienne et Catholique ,,
de S. A. R , du Grand- Prieur , des Commandans , &c. furent célébré, s au bruic
du Canon , et pendant tout le repas il y
eut Concert d'Instrumens.
3.
Le Comte de San Severino , Envoyé
de Parme à la Cour de France , se rendit
aussi à Antibes pour faire sa cour à son
nouveau Souverain ; enfin cette Ville a
toûjours été remplie d'une infinité d'Etrangers et de toute la Noblesse de la
Province qui n'a rien oublié pourtémoigner le plaisir qu'elle avoit de voir et de
faire sa cour à un Prince issu du sang de ses Maîtres.
La Princesse de Monaco envoya aussi
un de ses Gentilhommes pour compli
menter le Prince.
Le 23 , S. A. R. s'embarqua sur la
Réale , à dix heures du matin , cette Galere étoit richement ornée , et tous les
Forçats en habits neufs.
Le Grand- Prieur , M.le Bret , M. Desgranges , les Procureurs du Pays , le
Marquis de Montesquiou , Commandant
de la Place , l'Etat Major , le Marquis de
Brancas Ceireste , fils de M. de Brancas ,
Grand
JANVIER. 1732. 189
$
Grand d'Espagne et Lieutenant General
de la Province qui sert dans la Marine et
qui s'étoit rendu à la suite du Prince pour
lui faire sa Cour , et enfin un nombre infini de Gentilhommes et d'Officiers François , se trouverent sur le Quay du Port
et à bord de la Galere pour recevoir le
Prince , et pour lui souhaiter un heureux
voyage , et lui témoigner en même tems
leurs regrets et leurs inquiétudes à cause
de la rigueur de la saison. La Garnison for
moit une double haye depuis le Château
jusqu'à la Porte Marine. Le Prince fut
salué en y passant de toute l'Artillerie de
la Ville et des Förts , et en entrant dans
la Gale e , par le canon de neuf Galeres.
S. A. R. entra d'abord dans la Chambre
de poupe pour écrire avant son départ au
Roy et à la Reine d'Espagne.
Malgré les tems affreux qui ont régné
en Provence pendant la route du Prince ,
M. le Bret dont le zele pour le service du
Roi est connudepuis longtems, avoit don
né de si bons ordres que tout ce qui étoit
necessaire pour la subsistance et les com
moditez de la vie, s'est trouvé par tout en
abondance; toutela suite et les équipages
nombreux du Prince ont été commodé
ment logez , les chemins avoient été réparez autant que la saison et le peu de
tems
rgo MERCURE DE FRANCE
tems qu'on a eu pour y travailler , l'ont
pu permettre ; plus de mille Ouvriers y
ont été employez , et travailloient nuit
et jour sous les ordres de Messieurs les
Procureurs du Pays et du sieur Vallon ,
Ingenieur de la Province , lesquels n'ont
rien oublié pour donner des marques de leur zele et de leur attachement : enfin
toute la Provence a témoigné tant de
zele et d'attachement , qu'elle ne s'est
point démentie de l'amour et de la fidélité qu'elle a toûjours porté à l'Auguste
Sang de BOURBON.
Onpeut ajouter ici avec raison que M.
le Bret a toujours fait sa cour au Prince,
avec une assiduité sans égale , et qu'il est
allé au- devant de tout ce qui pouvoit lui
être agreable , qu'il a eu chez lui pendant
tout le tems que ce Prince a voyagé ou
resté danssonDépartement, deux grandes
tables et quelquefois trois , le matin et le
soir , servies avec autant de profusion que
de délicatesse, où les Seigneurs Espagnols
et Italiens ont toujours mangé. Ce Magistrat s'étant aperçu que l'Infant aimoit
beaucoup les Ortholans qui sont d'un gout exquis en Provence , il a eu soin de lui en
fournir pendant tout le tems qu'il y aresté
malgré la rareté de ces oiseaux dans cette
saison. Ainsi le Prince et le Comte de San
Estevan
JANVIER. 17327 198
Estevan et tous les Seigneurs dela suite fui
ont donné en partant les marques les plus
flateuses de leur satisfaction et de leur estime. M. le Bret ayant enfin témoigné à
S. A. R. l'inquietude que son Rhume lui
causoit , elle eut la bonte de lui répondre
qu'elle n'avoit point pris ce Rhume dans
sa Province.
Ce Prince avoit donné des marques de
sa liberalité avant son départ. Il a fait present de son portrait enrichi de diamans
au Grand- Prieur, à M.le Bret d'un diamant
de prix , et à M. Desgranges un diamant
et une montre d'or d'un travail exquis. Il
a fait aussi donner une gratification à la
Maréchaussée qui avoit escorté sesEquipages et le Trésor On a appris ce que Prince
après avoir été obligé de relâcher à Monaco à cause du mauvais tems , en repartit le 25. et est heureusement arrivé à Livourne. On ajoute que ce Prince a essuyé
Ia tempête avec une grande fermeté. Il
est d'uncaractere le plus aimable et le plus
égal , d'une humeur fort enjouée , extremementvifet avectout l'esprit du monde.
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Résumé : LETTRE sur le Passage de Don Carlos par la Provence.
Le 5 décembre, Don Carlos, l'Infant d'Espagne, entra en Provence et traversa le Rhône sur le Pont de Beaucaire. Le 7 décembre, il fut accueilli à Tarascon par M. le Bret, Conseiller d'État et Premier Président du Parlement d'Aix, ainsi que par divers dignitaires et officiers. Le Prince reçut des honneurs militaires et des discours de bienvenue. Il séjourna à Salon les 7 et 8 décembre, puis arriva à Aix le 9 décembre, où il fut accueilli par les Consuls et la noblesse locale. À Aix, il logea chez M. Maurel et reçut les hommages de divers corps et dignitaires, dont l'Archevêque d'Aix. Le même jour, il se rendit à Saint-Maximin et logea au monastère des Dominicains. Le 10 décembre, il resta à Brignoles en raison des neiges. Le 11 décembre, il arriva au Luc et y séjourna jusqu'au 14 décembre à cause des pluies et des neiges. Le 15 décembre, il dîna au Muy avant de se rendre à Fréjus, où il logea à l'Évêché. Le 16 décembre, il arriva à Cannes et logea chez M. de Rioufe. Le 17 décembre, le Chevalier d'Orléans lui rendit visite. Le même jour, l'Infant se rendit à Antibes, où il fut accueilli par M. de Montesquiou et divers dignitaires. Il y resta plusieurs jours en raison d'un rhume et reçut une épée enrichie de diamants du Roi d'Espagne. Le 23 décembre, il s'embarqua sur la Réale à Antibes, accompagné de nombreux dignitaires et officiers. Malgré les conditions météorologiques difficiles, M. le Bret avait pris des mesures pour assurer le confort et la subsistance de la suite du Prince. La Provence témoigna de son zèle et de son attachement envers le Prince, qui quitta la région en exprimant sa satisfaction. Par ailleurs, le texte mentionne que le prince, après avoir été contraint de s'arrêter à Monaco en raison de mauvaises conditions météorologiques, a repris la mer le 25 et est parvenu à Livourne sans encombre. Il est souligné que le prince a affronté la tempête avec une grande fermeté. Le prince est décrit comme ayant un caractère aimable et égal, une humeur enjouée, ainsi qu'une grande vivacité et beaucoup d'esprit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 192-196
DELIBERATION de la Noblesse de Provence, prise dans l'Assemblée du 15 Decembre 1731, au sujet du Passage de l'Infant Don Carlos dans cette Province.
Début :
Mr Le Blanc Castillon, Syndic de robe, portant la parole, [...]
Mots clefs :
Infant, Don Carlos, Provence, Syndic, Noblesse, Assemblée
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texteReconnaissance textuelle : DELIBERATION de la Noblesse de Provence, prise dans l'Assemblée du 15 Decembre 1731, au sujet du Passage de l'Infant Don Carlos dans cette Province.
DELIBERATION de la Noblesse de
Provence, prife dans l' Affemblée du 15
Decembre 1731 , au sujet du Paffage de
l'Infant Don Carlos dans cette Province.
M
R Le Blanc Castillon , Syndic de *
robe , portant la parole , a dit , que l'arrivée de S. A. R. le Duc Infant en
cette Province , ayant été avancée de près
d'un mois , on n'a pûavertir assez tôt
Mrs de Villeneuve Vence , & de Villeneuve du Cadre , Syndics en exercice ,
qui sont actuellement dans leurs Terres ,
pour les engager à venir en cette ville
d'Aix.
3
Mais M. Le Blanc en ayant conferé
avec le Marquis de Vauvenargues , &
avec M. Le Camus Peypin , Syndics de la
même Election , avec quelques-uns des
Commissaires & plusieurs Gentilshom- ~
mes , ils ont tous pensé unanimement ,
qu'il convient dans cette occasion de ne
rien oublier de la part du Corps de la
Noblesse , pour donner des marques de
son zele pour la gloire du Roy en la personne d'un Prince de la Maison de France , &c.
Il a été jugé à propos d'assembler les *
Gentilshommes qui se trouveroient à por.
tée
JANVIER 1737.
1934
tee , lesquels en qualité de Députez du
Corps , iroient avec les Syndics offrir
leurs respects à ce Prince ; & comme onapprit qu'il devoit arriver en cette ville
le 8. de ce mois , M. le Marquis de Vau
venargues & M. Le Blanc crurent devoir
prévenir M. Desgranges , Maître des Ce
remonies , qui étoit arrivé la veille à Aix.
Il leur demanda quelques éclaircissemens
sur les Titres & les Usages en vertu desquels la Noblesse de cette Province for
me un Corps , les preuves en furent facilement raportées & confirmées par le té--
moignage de M. l'Archevêque; sur quoy'
M. Desgranges ayant consulté ses Memoires , & pris les arrangemens qu'il crut
les plus convenables , dit que Mrs les
Consuls représentant le Corps de Ville
devoient recevoir le Prince à la porte ,
lay faire le premier compliment ; que
lorsque S. A. R. se seroit renduë dans
l'apartement qui luy avoit été destiné ,
il recevroit les complimens des Corps de
Juftice qu'on introduiroit ensuite les
deux Corps qui font partie des deux
premiers Ordres du Royaume ; c'eſtà- dire , qu'après que le Chapitre do
PEglise Metropolitaine en Corps , ayant
à la tête M. l'Archevêque , qui por-.
toit la parole , auroit fait son compli-
&
ment
194 MERCURE DE FRANCE
ment , les Deputez de la Noblesse seroientadmis pour faire le leur au nom de
ce Corps. Cet ordre ayant été ainsi reglé,
les Syndics firent la convocation dont on
étoit convenu, et partirent du lieu ordinairé des Assemblées du Corps avec plusieurs
Gentilshommes.
Ils furent reçus chez le Prince par
M. Desgranges au moment qu'ils se firent annoncer , ils traverserent avec lui la Sale
et l'Antichambre où ils trouverent un
grand nombre d'autres Gentilshommes, et
furentaussitôt introduits dans la chambre
de S. A. R.
M. le Marquis de Vauvenargues après.
une profonde reverence dit :
MONSEIGNEUR ,
Nous venons offrir à V. A. R. les respects
de la Noblesse de Provence , et lui exprimer
nos sentimens parla bouche de notre Syndic de Robe
Après quoi M. le Blanc dit :
MONSEIGNEUR ,
La Noblesse decette Province quijouit du
Privilege de s'assembler'en Corps , n'en sçauroit faire un plus glorieux usage , qu'en venant offrir ses vœux et ses respects à votre Altesse Royale. Plus attachez que le reste du
Peuple au sort et à la personne des grands Princes
JANVIER. 1732. 195
Princes , nous ressentons plus vivement la
douce impression que votre presence fait sur
tous les cœurs , et nous sommes charmez de
pouvoirvous exprimer des sentimens que votre nom seul nous avoit deja inspirés .
Nous respectons en vous , Monseigneur ;
Auguste Sang de nos Roys , et celui d'un
Prince aussi grand par ses vertus que par sa
naissance ; nous admirons tant de belles qua
litez qui, devançant le cours des années, vous
ont rendu l'amour des Peuples , et nous preju
geons avecjoye l'heureux avenir que les hau
tes destinées de votre Altesse Royale lui preparent.
Vous avez été , Monseigneur, dès votre
naissance l'objet de l'attention de toute l'Europe , vous êtes devenu le lien et le sceau de la
paix , vousallezporter lagloire des deux plus
grands Royaumes de l'Univers au delà des
bornes qui les renferment , et donner à l'Italie
un nouvel éclat en lui communiquant celui
dela France et de l'Espagne.
Puisse votre Altesse Royale , jouir long
tems de cesglorieux avantages, ajouter de nonveaux Empires aux Etats florissants qu'un
illustre sort lui destine , les transmettre à la
posterité la plus reculée , et recevoir de nos
neveux de nouvelles preuves du même zele
dont nous sommes animez.
L'Infant témoignant beaucoup de satis- faction
196 MERCURE DE FRANCE
*
tion du zele de Mrs de laNoblesse s'avança
quelque pas avec eux et jusqu'au milieu de
sa chambreà mesure qu'ils se retiroient, et
lorsqu'ils en sortirent ils furent recon
duits par M. Desgranges.
*********
Provence, prife dans l' Affemblée du 15
Decembre 1731 , au sujet du Paffage de
l'Infant Don Carlos dans cette Province.
M
R Le Blanc Castillon , Syndic de *
robe , portant la parole , a dit , que l'arrivée de S. A. R. le Duc Infant en
cette Province , ayant été avancée de près
d'un mois , on n'a pûavertir assez tôt
Mrs de Villeneuve Vence , & de Villeneuve du Cadre , Syndics en exercice ,
qui sont actuellement dans leurs Terres ,
pour les engager à venir en cette ville
d'Aix.
3
Mais M. Le Blanc en ayant conferé
avec le Marquis de Vauvenargues , &
avec M. Le Camus Peypin , Syndics de la
même Election , avec quelques-uns des
Commissaires & plusieurs Gentilshom- ~
mes , ils ont tous pensé unanimement ,
qu'il convient dans cette occasion de ne
rien oublier de la part du Corps de la
Noblesse , pour donner des marques de
son zele pour la gloire du Roy en la personne d'un Prince de la Maison de France , &c.
Il a été jugé à propos d'assembler les *
Gentilshommes qui se trouveroient à por.
tée
JANVIER 1737.
1934
tee , lesquels en qualité de Députez du
Corps , iroient avec les Syndics offrir
leurs respects à ce Prince ; & comme onapprit qu'il devoit arriver en cette ville
le 8. de ce mois , M. le Marquis de Vau
venargues & M. Le Blanc crurent devoir
prévenir M. Desgranges , Maître des Ce
remonies , qui étoit arrivé la veille à Aix.
Il leur demanda quelques éclaircissemens
sur les Titres & les Usages en vertu desquels la Noblesse de cette Province for
me un Corps , les preuves en furent facilement raportées & confirmées par le té--
moignage de M. l'Archevêque; sur quoy'
M. Desgranges ayant consulté ses Memoires , & pris les arrangemens qu'il crut
les plus convenables , dit que Mrs les
Consuls représentant le Corps de Ville
devoient recevoir le Prince à la porte ,
lay faire le premier compliment ; que
lorsque S. A. R. se seroit renduë dans
l'apartement qui luy avoit été destiné ,
il recevroit les complimens des Corps de
Juftice qu'on introduiroit ensuite les
deux Corps qui font partie des deux
premiers Ordres du Royaume ; c'eſtà- dire , qu'après que le Chapitre do
PEglise Metropolitaine en Corps , ayant
à la tête M. l'Archevêque , qui por-.
toit la parole , auroit fait son compli-
&
ment
194 MERCURE DE FRANCE
ment , les Deputez de la Noblesse seroientadmis pour faire le leur au nom de
ce Corps. Cet ordre ayant été ainsi reglé,
les Syndics firent la convocation dont on
étoit convenu, et partirent du lieu ordinairé des Assemblées du Corps avec plusieurs
Gentilshommes.
Ils furent reçus chez le Prince par
M. Desgranges au moment qu'ils se firent annoncer , ils traverserent avec lui la Sale
et l'Antichambre où ils trouverent un
grand nombre d'autres Gentilshommes, et
furentaussitôt introduits dans la chambre
de S. A. R.
M. le Marquis de Vauvenargues après.
une profonde reverence dit :
MONSEIGNEUR ,
Nous venons offrir à V. A. R. les respects
de la Noblesse de Provence , et lui exprimer
nos sentimens parla bouche de notre Syndic de Robe
Après quoi M. le Blanc dit :
MONSEIGNEUR ,
La Noblesse decette Province quijouit du
Privilege de s'assembler'en Corps , n'en sçauroit faire un plus glorieux usage , qu'en venant offrir ses vœux et ses respects à votre Altesse Royale. Plus attachez que le reste du
Peuple au sort et à la personne des grands Princes
JANVIER. 1732. 195
Princes , nous ressentons plus vivement la
douce impression que votre presence fait sur
tous les cœurs , et nous sommes charmez de
pouvoirvous exprimer des sentimens que votre nom seul nous avoit deja inspirés .
Nous respectons en vous , Monseigneur ;
Auguste Sang de nos Roys , et celui d'un
Prince aussi grand par ses vertus que par sa
naissance ; nous admirons tant de belles qua
litez qui, devançant le cours des années, vous
ont rendu l'amour des Peuples , et nous preju
geons avecjoye l'heureux avenir que les hau
tes destinées de votre Altesse Royale lui preparent.
Vous avez été , Monseigneur, dès votre
naissance l'objet de l'attention de toute l'Europe , vous êtes devenu le lien et le sceau de la
paix , vousallezporter lagloire des deux plus
grands Royaumes de l'Univers au delà des
bornes qui les renferment , et donner à l'Italie
un nouvel éclat en lui communiquant celui
dela France et de l'Espagne.
Puisse votre Altesse Royale , jouir long
tems de cesglorieux avantages, ajouter de nonveaux Empires aux Etats florissants qu'un
illustre sort lui destine , les transmettre à la
posterité la plus reculée , et recevoir de nos
neveux de nouvelles preuves du même zele
dont nous sommes animez.
L'Infant témoignant beaucoup de satis- faction
196 MERCURE DE FRANCE
*
tion du zele de Mrs de laNoblesse s'avança
quelque pas avec eux et jusqu'au milieu de
sa chambreà mesure qu'ils se retiroient, et
lorsqu'ils en sortirent ils furent recon
duits par M. Desgranges.
*********
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Résumé : DELIBERATION de la Noblesse de Provence, prise dans l'Assemblée du 15 Decembre 1731, au sujet du Passage de l'Infant Don Carlos dans cette Province.
Le 15 décembre 1731, la Noblesse de Provence a délibéré sur le passage de l'Infant Don Carlos dans la province. L'arrivée anticipée du Duc Infant a empêché les syndics en exercice d'être avertis à temps. M. Le Blanc, syndic de robe, a consulté le Marquis de Vauvenargues, M. Le Camus Peypin et plusieurs gentilshommes pour organiser une réception appropriée. Ils ont décidé de rassembler des gentilshommes pour offrir leurs respects au prince, prévu arriver le 8 janvier. M. Desgranges, Maître des Cérémonies, a été informé et a consulté ses mémoires pour établir l'ordre des réceptions. Les consuls représentant le Corps de Ville devaient accueillir le prince à la porte, suivis par les corps de justice, le Chapitre de l'Église Métropolitaine, et enfin les députés de la Noblesse. Le jour de l'arrivée, les syndics et plusieurs gentilshommes se sont rendus chez le prince. Le Marquis de Vauvenargues a exprimé les respects de la Noblesse de Provence. M. Le Blanc a souligné le privilège de la Noblesse de s'assembler en corps pour offrir ses vœux et ses respects au prince. Il a également mentionné l'attachement de la Noblesse au sort des grands princes et l'admiration pour les qualités du prince. L'Infant a témoigné sa satisfaction et a accompagné les gentilshommes jusqu'à la sortie de sa chambre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1776-1781
Deffense du Franc-Aleu, &c. [titre d'après la table]
Début :
DEFFENSE du Franc-Aleu du Païs de Provence. A Aix [...]
Mots clefs :
Provence, Franc-Aleu, Pays de droit, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : Deffense du Franc-Aleu, &c. [titre d'après la table]
DEFFENSE du Franc-Aleu du Païs de
Provence. A Aix , chez Joseph David.
Brochure in 4.
C'est un Factum de la Provence , contre le Fermier du Domaine , qui prétend
assujettir toute cette Province à la Seigneurie directe du Roy. Le but de cet
Ouvrage est de prouver que la Provence
est un Païs de Franc- Aleu roturier de
nature , sur lequel nul Seigneur, le Roy
même, ne peut prétendre aucune directe
s'il ne rapporte des titres de la mouvance.
L'Ouvrage entier contient 295. pages ,
il est distribué en cinq Parties outre l'Exorde et l'état de la question , où l'Auteur
A O UST. 1732. 1777
teur pose quelques définitions et quelques principes generaux pour servir à la
décision de cette question. Chaque partie est divisée en plusieurs Paragraphes ,
autant pour le soulagement du Lecteur ,
que pour l'éclaircissement des matieres.
Dans la premiere Partie qui sert de
fait , l'Auteur parcourt toutes les differentes dominations sous lesquelles les
Provençaux ont vécu avant que d'appar--
tenir à la France. Ce morceau d'Histoire
appuyé sur le témoignage de plusieurs
bons Auteurs , sur le Corps de Droit ,
est curieux. Vient ensuite un Extrait du
Testament de Charles d'Anjou , 23 et
dernier Comte de Provence , en faveur
de Louis XI. Roy de France. Ce Testament , qui est le titre de la réunion de
la Provence à la France , est de l'année
1481. l'Auteur détaille toutes les poursuites , toutes les procedures qui se sott
faites entre les Procureurs du Païs et les
differens Fermiers du Domaine , tant au
Conseil du Roy, qu'au Parlement d'Aix ,
pardevant les Commissaires et en la
Chambre du Domaine. Les Procureurs
du Païs sont les Agens generaux des Affaires de la Province.
Cette seule Partie suffiroit pour écarter
la prétention du Fermier et pour se dé- Ev ter-
1778 MERCURE DE FRANCE
terminer en faveur de l'Avocat Provençal , puisqu'on y trouve la question résolue définitivement et contradictoire
ment par des Edits , des Lettres Patentes,
suivies de Déclarations du Roy , et par
des Arrêts du Conseil , en consequence
desquels la Provence a payé des Taxes
considerables , dont il a plu au Roy de
charger en differens temps les Païs de
Franc Aleu de nature.
Dans les quatre autres Parties , l'Auteur établit ses principes et ses preuves ,
répond aux objections que le Fermier
tire ou des faits ou des textes du Droit .
et contredit les Pieces produites par ce
Fermier. Il s'attache dans la seconde Partie à prouver que cette maxime , ou pour
parler plus exactement ce vieux Proverbe François , nulle Terre sans Seigneur
ne peut avoir lieu en Provence ni en aucun Païs régi par le Droit Ecrit , si ce
n'est la Jurisdiction. Il passe plus
avant , il prétend même qu'en Païs Coutumier on ne peut donner à ce Proverbe
plus d'extention , et que pour que dans
les Provinces de Coûtume on adjuge au
Seigneur la directe , il faut qu'il rapporte un titre ou qu'il y ait une présomption en sa faveur qui vaille titre ; c'està- dire qu'il faut que le Seigneur air un
pour
Territoire
AOUST. 1732. 1779
Territoire circonscript et limité , qu'il y
possede toutes les Terres en friche ou
incultes , qu'il y ait une directe répandue en tous les quartiers et sur plus de la
moitié du Territoires qu'alors on présume
que le Seigneur a la directe sur tout le
Territoire. Il appuye cette doctrine par
les Auteurs et réfute les autoritez sur les
quelles le Fermier s'appuye.
*
Dans la troisiéme proposition il prouve que la Provence est un Païs de Droit
Ecrit , et que le Droit Romain ne reconnoît point de directe , qu'il n'admet
que le Franc- Aleu.
Dans la quatrième et dans la cinquié
me , il rappelle les faits qu'il a établis
dans la premiere, il rapporte les Pieces
qu'il adétailléesdans cette premierePartie.
Il est aisé de juger par cet abregé des
quatre dernieres Propositions,que ce n'est
qu'une application un peu étendue de
ce qui a été dit dans la premiere.
Et pour donner en peu de mots une
idée juste de tout l'Ouvrage, il suffit de
dire que l'Auteur se propose de prouver
que la Provence est un Païs de Franc
Aleu. Voici ses preuves.
1. La Provence a de tout temps été
et est encore régie par le Droit Ron
Un des principaux effets du Droit Ro
E vj mainy
1780 MERCURE DE FRANCE
main est de rendre tous les heritages
allodiaux, et de rejetter toute directe sans
titres. Par cette seule raison le Languedoc a été maintenu dans le Franc- Aleu,
2°. Toutes les differentes dominations
que les Provençaux ont éprouvées n'ont
point alteré ce droit d'être reglé par le
Droit Romain , ni de tenir leurs Terres
en Franc-Aleu.
"
39. La Provence n'a été réunie à la
France qu'à la charge d'entretenir tous
ces Privileges.
4. En effet , Louis XI. Charles VIII.
Louis XII. et tous les Rois jusqu'à Louis
XIV. l'ont confirmée dans ces Privileges.
5. Les Fermiers ayant inquieté ce
Païs, il a été maintenu dans le Franc- Aleu
de nature , par des Edits , des Lettres Patentes , des Déclarations du Roy duement enregistrées , par plusieurs Arrêts
du Conseil contradictoires, avec les Fermiers et les Officiers du Domaine. Il a
payé en differens temps des Taxes considerables pour être conservé dans ce
droit. Il a été déchargé des taxes imposées sur les biens du Franc- Aleu de Privilege , comme joüissänt du Franc-Aleu
de nature.
6. Enfin la possession revêtuë de ces
caracteres , suffiroit seule pour établir son
droit,
Ces
AOUST. 1732. 1781.
Ces propositions , prouvées dans une
juste étenduë, ne permettent pas de douter du grand travail et de la capacité de l'Auteur.
Provence. A Aix , chez Joseph David.
Brochure in 4.
C'est un Factum de la Provence , contre le Fermier du Domaine , qui prétend
assujettir toute cette Province à la Seigneurie directe du Roy. Le but de cet
Ouvrage est de prouver que la Provence
est un Païs de Franc- Aleu roturier de
nature , sur lequel nul Seigneur, le Roy
même, ne peut prétendre aucune directe
s'il ne rapporte des titres de la mouvance.
L'Ouvrage entier contient 295. pages ,
il est distribué en cinq Parties outre l'Exorde et l'état de la question , où l'Auteur
A O UST. 1732. 1777
teur pose quelques définitions et quelques principes generaux pour servir à la
décision de cette question. Chaque partie est divisée en plusieurs Paragraphes ,
autant pour le soulagement du Lecteur ,
que pour l'éclaircissement des matieres.
Dans la premiere Partie qui sert de
fait , l'Auteur parcourt toutes les differentes dominations sous lesquelles les
Provençaux ont vécu avant que d'appar--
tenir à la France. Ce morceau d'Histoire
appuyé sur le témoignage de plusieurs
bons Auteurs , sur le Corps de Droit ,
est curieux. Vient ensuite un Extrait du
Testament de Charles d'Anjou , 23 et
dernier Comte de Provence , en faveur
de Louis XI. Roy de France. Ce Testament , qui est le titre de la réunion de
la Provence à la France , est de l'année
1481. l'Auteur détaille toutes les poursuites , toutes les procedures qui se sott
faites entre les Procureurs du Païs et les
differens Fermiers du Domaine , tant au
Conseil du Roy, qu'au Parlement d'Aix ,
pardevant les Commissaires et en la
Chambre du Domaine. Les Procureurs
du Païs sont les Agens generaux des Affaires de la Province.
Cette seule Partie suffiroit pour écarter
la prétention du Fermier et pour se dé- Ev ter-
1778 MERCURE DE FRANCE
terminer en faveur de l'Avocat Provençal , puisqu'on y trouve la question résolue définitivement et contradictoire
ment par des Edits , des Lettres Patentes,
suivies de Déclarations du Roy , et par
des Arrêts du Conseil , en consequence
desquels la Provence a payé des Taxes
considerables , dont il a plu au Roy de
charger en differens temps les Païs de
Franc Aleu de nature.
Dans les quatre autres Parties , l'Auteur établit ses principes et ses preuves ,
répond aux objections que le Fermier
tire ou des faits ou des textes du Droit .
et contredit les Pieces produites par ce
Fermier. Il s'attache dans la seconde Partie à prouver que cette maxime , ou pour
parler plus exactement ce vieux Proverbe François , nulle Terre sans Seigneur
ne peut avoir lieu en Provence ni en aucun Païs régi par le Droit Ecrit , si ce
n'est la Jurisdiction. Il passe plus
avant , il prétend même qu'en Païs Coutumier on ne peut donner à ce Proverbe
plus d'extention , et que pour que dans
les Provinces de Coûtume on adjuge au
Seigneur la directe , il faut qu'il rapporte un titre ou qu'il y ait une présomption en sa faveur qui vaille titre ; c'està- dire qu'il faut que le Seigneur air un
pour
Territoire
AOUST. 1732. 1779
Territoire circonscript et limité , qu'il y
possede toutes les Terres en friche ou
incultes , qu'il y ait une directe répandue en tous les quartiers et sur plus de la
moitié du Territoires qu'alors on présume
que le Seigneur a la directe sur tout le
Territoire. Il appuye cette doctrine par
les Auteurs et réfute les autoritez sur les
quelles le Fermier s'appuye.
*
Dans la troisiéme proposition il prouve que la Provence est un Païs de Droit
Ecrit , et que le Droit Romain ne reconnoît point de directe , qu'il n'admet
que le Franc- Aleu.
Dans la quatrième et dans la cinquié
me , il rappelle les faits qu'il a établis
dans la premiere, il rapporte les Pieces
qu'il adétailléesdans cette premierePartie.
Il est aisé de juger par cet abregé des
quatre dernieres Propositions,que ce n'est
qu'une application un peu étendue de
ce qui a été dit dans la premiere.
Et pour donner en peu de mots une
idée juste de tout l'Ouvrage, il suffit de
dire que l'Auteur se propose de prouver
que la Provence est un Païs de Franc
Aleu. Voici ses preuves.
1. La Provence a de tout temps été
et est encore régie par le Droit Ron
Un des principaux effets du Droit Ro
E vj mainy
1780 MERCURE DE FRANCE
main est de rendre tous les heritages
allodiaux, et de rejetter toute directe sans
titres. Par cette seule raison le Languedoc a été maintenu dans le Franc- Aleu,
2°. Toutes les differentes dominations
que les Provençaux ont éprouvées n'ont
point alteré ce droit d'être reglé par le
Droit Romain , ni de tenir leurs Terres
en Franc-Aleu.
"
39. La Provence n'a été réunie à la
France qu'à la charge d'entretenir tous
ces Privileges.
4. En effet , Louis XI. Charles VIII.
Louis XII. et tous les Rois jusqu'à Louis
XIV. l'ont confirmée dans ces Privileges.
5. Les Fermiers ayant inquieté ce
Païs, il a été maintenu dans le Franc- Aleu
de nature , par des Edits , des Lettres Patentes , des Déclarations du Roy duement enregistrées , par plusieurs Arrêts
du Conseil contradictoires, avec les Fermiers et les Officiers du Domaine. Il a
payé en differens temps des Taxes considerables pour être conservé dans ce
droit. Il a été déchargé des taxes imposées sur les biens du Franc- Aleu de Privilege , comme joüissänt du Franc-Aleu
de nature.
6. Enfin la possession revêtuë de ces
caracteres , suffiroit seule pour établir son
droit,
Ces
AOUST. 1732. 1781.
Ces propositions , prouvées dans une
juste étenduë, ne permettent pas de douter du grand travail et de la capacité de l'Auteur.
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Résumé : Deffense du Franc-Aleu, &c. [titre d'après la table]
Le document 'Défense du Franc-Aleu du Païs de Provence' est une brochure publiée à Aix par Joseph David. Elle présente un factum de la Provence contre le fermier du domaine royal, qui cherche à soumettre la province à la seigneurie directe du roi. L'ouvrage vise à démontrer que la Provence est un pays de franc-aleu roturier, où aucun seigneur, y compris le roi, ne peut prétendre à une seigneurie directe sans titres de mouvance. L'ouvrage, composé de 295 pages, est structuré en cinq parties, outre l'exorde et l'état de la question. La première partie retrace les différentes dominations sous lesquelles les Provençaux ont vécu avant d'appartenir à la France, appuyée par des témoignages d'auteurs et des textes juridiques. Elle inclut également un extrait du testament de Charles d'Anjou, dernier comte de Provence, en faveur de Louis XI, daté de 1481. L'auteur détaille les procédures entre les procureurs du pays et les fermiers du domaine, soulignant que la Provence a payé des taxes considérables pour maintenir son statut de franc-aleu. Les quatre autres parties établissent les principes et les preuves de l'auteur, répondant aux objections du fermier et réfutant les pièces produites par celui-ci. La deuxième partie contredit la maxime 'nulle terre sans seigneur' en Provence et dans les pays de droit écrit. La troisième partie prouve que la Provence est régie par le droit romain, qui reconnaît le franc-aleu. Les quatrième et cinquième parties rappellent les faits et les pièces déjà détaillés dans la première partie. En résumé, l'auteur soutient que la Provence est un pays de franc-aleu, appuyé par des preuves historiques et juridiques, et confirme que la province a toujours été régie par le droit romain, rejetant toute seigneurie directe sans titres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 2071-2074
FESTE donnée au Pavillon, Maison de Plaisance près de la Ville d'Aix. Extrait d'une Lettre du cinquiéme Septembre.
Début :
Le Roi vient de faire à Mrs de Lenfant une grace considerable, en accordant à un fils [...]
Mots clefs :
Provence, Fête, Pavillon, Maison, Eaux jaillissantes, Coups de canon, Tambours, Spectacle, Dîner
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTE donnée au Pavillon, Maison de Plaisance près de la Ville d'Aix. Extrait d'une Lettre du cinquiéme Septembre.
FESTE donnée an Pavillon , Maison de
Plaisance près de la Ville d'Aix. Ex--
trait d'une Lettre du cinquiéme Septembre.
L
E Roi vient de faire à Mrs de Lenfant une ·
grace considerable , en accordant à un fils
aîné, encore assez jeune , la survivance et l'éxercice des Charges de Commissaire Provincial des
Troupes en Provence , et d'Intendant de la
Garnison Françoise de la Principauté de Monaco que M. De Lenfant pere remplit depuis plusieurs années avec approbation.
Le Pavillon est une fort belle Maison qui leur
appartient , située dans un des plus beaux lieux
de la Provence , fréquentée presque toute l'année
par beaucoup de personnes de condition de l'un
et de l'autre sexe , qui aiment à goûter pendant
quelque tems la tranquillité d'une agréable solitude , et à respirci un air plus pur que celui des
Villes.
La Maison est assez vaste , bien distribuée , et
d'une agréable Architecture. Le plus précieux
meuble qu'on y trouve est une Bibliotheque de
Livres choisis , commencée et très- augmentée
par M. de Lenfant pere , qui ne se lasse point de
T'enrichir. Son goût particulier pour la Peinture
paroît aussi par quantité de Tableaux des meil
leurs Auteurs Italiens , François et Flamands
qui ornent les Salons , avec un grand nombre
d'Estampes des plus habiles Maîtres,
Les dehors présentent différens agrémens , sans
parler de la vue charmante des Paysages des environs , &c. On arrive au Pavillon par deux gran- >
2072 MERCURE DE FRANCE
grandes Allées des plus beaux Maroniers. Entre
ces Allées il y en a une autre , plantée de diffe
rens Arbres choisis , et propres à recevoir par
la taille toutes les formes qu'on veut leur don
ner. On y voit avec plaisir les quatre Saisons en
grandes Statues , Mercure prêt à voler , -Bellone'
avec ses Attributs et plusieurs autres Sujets de P'Histoire fabuleuse.
Les eaux jaillissantes contribuent encore à em
bellir ces dehors. La Piéce la plus confi térable
est au bout de l'Allée du milieu , en face du På→
villon: c'est une Statue colossalle d'Hercule , qui avec sa Massuë , abbat les têtes de l'Hydre , d'ou
sortent autant de jets d'eau , lesquels en tombant
forment une grande nape d'eau. On ne dit rient de plusieurs autres jets d'eau distribuez en divers
endroits , pour ne pas oublier deux belles Cascades qui forment devant le Pavillon un grand Réservoir , où l'on nourrit des Poissons.
Le Parterre est des mieux entendus pour le
dessein général , et des plus heureusement éxécu
tez par la varieté et par le goût des compartimens.
Oncroira sans peine que les plus beaux Orangers,
les Citroniers et les plus belles fleurs du Pays
abondent dans ce Parterre , et qu'on y trouve un
Printems presque continuel.
C'est dans un si agréable Lieu qu'a été célebrée
la Fête en question. Elle commença le 24. Août
au soir , veille de S. Louis, dès qu'on cut reçu
Pagréable nouvelle dont on a parlé.
M. de Lenfant , fils aîné , qui y étoit le plus
interessé , fit d'abord dresser les appareils d'un
grand Feu au bout de l'Allée de la Bibliotheque ;
on l'orna de Banderoles , de Guidons armoriez
et de plusieurs Panaches de diverses couleurs. A
Pentrée de la nuit il fut allumé par M. de Len
fant
SEPTEMBRE. 1732 2073
fant pere , et par M. l'Abbé , son frere , avec des
flambeaux qui leur furent présentez en cérémonie
par les jeunes Mrs de Lenfant. On tira en mê→
me-tems plusieurs coups de Canon , on entendir
le son des Tambours et des Fifres , et la joye
éclata encore par un grand nombre de Fusées ,
et de Serpentaux , qui furent tirez par les Domes
tiques,
* Il n'en fallut pas davantage ; ce fut un signal pour attirer au Pavillon une Assemblée nombreuse de Dames et de Cavaliers. Ce fut aussi un
signal pour attirer tout ce qu'il y avoit aux envi
Lons de Jeunesse d'élite , la plus vive et la plus experte en Danses Provençales. Il se forma en
peu de tems plusieurs Bandes de Bergeres et de Bergers , qui danserent toute la nuit en différens
endroits , et le Spectacle n'étoit pas indifférent.
Au déclin du Feu , on servit un grand Soupé ,
dont la gayete fut un des meilleurs mets ; et on
n'oublia pas de faire donner en abondance des ra- fraichissemens aux Amateurs de la Danse et à
tous les Spectateurs. Ce ne fut là que le prélude de la Fête,
Elle commença le lendemain jour de S. Louis,
par la célébration de plusieurs Messes à la Chapelle de la Maison , extraordinairement ornée et
illuminée. On chanta ensuite une grande Messe
en Musique, composée par M Pellegrin, si connų
par ses belles compositions. A l'Elevation , la pe tite Artillerie se fit entendre.
On servit là dîner , sur deux Tables , dressées
dans l'Orangerie ; la délicatesse égala la profusion. On en étoit aux Liqueurs les plus exquises
et sur la fin du repas , quand les Tambours et les
Hautbois de la Ville , envoyez pour contribuer à
la joie de cette journée,en redoublerent la gayeté,
On
2074 MERCURE DE FRANCE
On s'amusa après ledîner à plusieurs parties de
Jeu et à la Danse jusqu'à l'heure de Vespres , qui furent chantées en grande Symphonie ; et après
le Service , les mêmes Musiciens de la Ville , qui
- avoient pris la peine de venir en grand nombre,
› donnerent un- Concert , où l'on exécuta les Piéces les mieux choisies.
Après le Concert il y eut une double Danse
sçavoir , des Dames & des Messieurs au son des
violons , et des Bergeres et Bergers au son des
Tambourins , des Flutes et des Fifres.
A l'entrée de la nuit , on fit une grande décharge de Boëtes , ce qui servit de signal pour
illuminer le Vaisseau qui est dans la grande
Piece d'Eau. Il ne manque à ce Vaisseau , qu'on
peut dire un ouvrage parfait , rien de ce qui se
trouve aux plus grands Bâtimens de mer , cordages, agrets &c. où toutes les parties étant artistement éclairées , on ne pouvoit rien voir en
son genre de plus agréable et de plus frapant
C'étoit une imitation et un abrégé de ces illuminations brillantes et ingénieuses que l'on voit à Marseille sur les Galeres du Roi en certaines
grandes occafions.
On fe mit à table pour le fouper au bruit des
Boëtes qui se firent encore entendre en beuvant la santé de M. Lebret , Conseiller d'Etat , Premier Président , Intendant de la Province & du
Commerce , & Commandant en Chef en Provence. La Fête finit par des acclamations & par
les voeux les plus ardens ponr la continuation de
la santé du Roi , de la Reine et de toute la Famille Auguste.
Plaisance près de la Ville d'Aix. Ex--
trait d'une Lettre du cinquiéme Septembre.
L
E Roi vient de faire à Mrs de Lenfant une ·
grace considerable , en accordant à un fils
aîné, encore assez jeune , la survivance et l'éxercice des Charges de Commissaire Provincial des
Troupes en Provence , et d'Intendant de la
Garnison Françoise de la Principauté de Monaco que M. De Lenfant pere remplit depuis plusieurs années avec approbation.
Le Pavillon est une fort belle Maison qui leur
appartient , située dans un des plus beaux lieux
de la Provence , fréquentée presque toute l'année
par beaucoup de personnes de condition de l'un
et de l'autre sexe , qui aiment à goûter pendant
quelque tems la tranquillité d'une agréable solitude , et à respirci un air plus pur que celui des
Villes.
La Maison est assez vaste , bien distribuée , et
d'une agréable Architecture. Le plus précieux
meuble qu'on y trouve est une Bibliotheque de
Livres choisis , commencée et très- augmentée
par M. de Lenfant pere , qui ne se lasse point de
T'enrichir. Son goût particulier pour la Peinture
paroît aussi par quantité de Tableaux des meil
leurs Auteurs Italiens , François et Flamands
qui ornent les Salons , avec un grand nombre
d'Estampes des plus habiles Maîtres,
Les dehors présentent différens agrémens , sans
parler de la vue charmante des Paysages des environs , &c. On arrive au Pavillon par deux gran- >
2072 MERCURE DE FRANCE
grandes Allées des plus beaux Maroniers. Entre
ces Allées il y en a une autre , plantée de diffe
rens Arbres choisis , et propres à recevoir par
la taille toutes les formes qu'on veut leur don
ner. On y voit avec plaisir les quatre Saisons en
grandes Statues , Mercure prêt à voler , -Bellone'
avec ses Attributs et plusieurs autres Sujets de P'Histoire fabuleuse.
Les eaux jaillissantes contribuent encore à em
bellir ces dehors. La Piéce la plus confi térable
est au bout de l'Allée du milieu , en face du På→
villon: c'est une Statue colossalle d'Hercule , qui avec sa Massuë , abbat les têtes de l'Hydre , d'ou
sortent autant de jets d'eau , lesquels en tombant
forment une grande nape d'eau. On ne dit rient de plusieurs autres jets d'eau distribuez en divers
endroits , pour ne pas oublier deux belles Cascades qui forment devant le Pavillon un grand Réservoir , où l'on nourrit des Poissons.
Le Parterre est des mieux entendus pour le
dessein général , et des plus heureusement éxécu
tez par la varieté et par le goût des compartimens.
Oncroira sans peine que les plus beaux Orangers,
les Citroniers et les plus belles fleurs du Pays
abondent dans ce Parterre , et qu'on y trouve un
Printems presque continuel.
C'est dans un si agréable Lieu qu'a été célebrée
la Fête en question. Elle commença le 24. Août
au soir , veille de S. Louis, dès qu'on cut reçu
Pagréable nouvelle dont on a parlé.
M. de Lenfant , fils aîné , qui y étoit le plus
interessé , fit d'abord dresser les appareils d'un
grand Feu au bout de l'Allée de la Bibliotheque ;
on l'orna de Banderoles , de Guidons armoriez
et de plusieurs Panaches de diverses couleurs. A
Pentrée de la nuit il fut allumé par M. de Len
fant
SEPTEMBRE. 1732 2073
fant pere , et par M. l'Abbé , son frere , avec des
flambeaux qui leur furent présentez en cérémonie
par les jeunes Mrs de Lenfant. On tira en mê→
me-tems plusieurs coups de Canon , on entendir
le son des Tambours et des Fifres , et la joye
éclata encore par un grand nombre de Fusées ,
et de Serpentaux , qui furent tirez par les Domes
tiques,
* Il n'en fallut pas davantage ; ce fut un signal pour attirer au Pavillon une Assemblée nombreuse de Dames et de Cavaliers. Ce fut aussi un
signal pour attirer tout ce qu'il y avoit aux envi
Lons de Jeunesse d'élite , la plus vive et la plus experte en Danses Provençales. Il se forma en
peu de tems plusieurs Bandes de Bergeres et de Bergers , qui danserent toute la nuit en différens
endroits , et le Spectacle n'étoit pas indifférent.
Au déclin du Feu , on servit un grand Soupé ,
dont la gayete fut un des meilleurs mets ; et on
n'oublia pas de faire donner en abondance des ra- fraichissemens aux Amateurs de la Danse et à
tous les Spectateurs. Ce ne fut là que le prélude de la Fête,
Elle commença le lendemain jour de S. Louis,
par la célébration de plusieurs Messes à la Chapelle de la Maison , extraordinairement ornée et
illuminée. On chanta ensuite une grande Messe
en Musique, composée par M Pellegrin, si connų
par ses belles compositions. A l'Elevation , la pe tite Artillerie se fit entendre.
On servit là dîner , sur deux Tables , dressées
dans l'Orangerie ; la délicatesse égala la profusion. On en étoit aux Liqueurs les plus exquises
et sur la fin du repas , quand les Tambours et les
Hautbois de la Ville , envoyez pour contribuer à
la joie de cette journée,en redoublerent la gayeté,
On
2074 MERCURE DE FRANCE
On s'amusa après ledîner à plusieurs parties de
Jeu et à la Danse jusqu'à l'heure de Vespres , qui furent chantées en grande Symphonie ; et après
le Service , les mêmes Musiciens de la Ville , qui
- avoient pris la peine de venir en grand nombre,
› donnerent un- Concert , où l'on exécuta les Piéces les mieux choisies.
Après le Concert il y eut une double Danse
sçavoir , des Dames & des Messieurs au son des
violons , et des Bergeres et Bergers au son des
Tambourins , des Flutes et des Fifres.
A l'entrée de la nuit , on fit une grande décharge de Boëtes , ce qui servit de signal pour
illuminer le Vaisseau qui est dans la grande
Piece d'Eau. Il ne manque à ce Vaisseau , qu'on
peut dire un ouvrage parfait , rien de ce qui se
trouve aux plus grands Bâtimens de mer , cordages, agrets &c. où toutes les parties étant artistement éclairées , on ne pouvoit rien voir en
son genre de plus agréable et de plus frapant
C'étoit une imitation et un abrégé de ces illuminations brillantes et ingénieuses que l'on voit à Marseille sur les Galeres du Roi en certaines
grandes occafions.
On fe mit à table pour le fouper au bruit des
Boëtes qui se firent encore entendre en beuvant la santé de M. Lebret , Conseiller d'Etat , Premier Président , Intendant de la Province & du
Commerce , & Commandant en Chef en Provence. La Fête finit par des acclamations & par
les voeux les plus ardens ponr la continuation de
la santé du Roi , de la Reine et de toute la Famille Auguste.
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Résumé : FESTE donnée au Pavillon, Maison de Plaisance près de la Ville d'Aix. Extrait d'une Lettre du cinquiéme Septembre.
Le texte relate une fête organisée au Pavillon, une résidence de la famille de Lenfant située près d'Aix. Cette célébration marquait l'octroi d'une grâce royale à un fils aîné de la famille, qui avait reçu la survivance et l'exercice des charges de Commissaire Provincial des Troupes en Provence et d'Intendant de la Garnison Française de Monaco, fonctions exercées par son père depuis plusieurs années. Le Pavillon est décrit comme une vaste et agréable maison, renommée pour sa bibliothèque riche en livres choisis et sa collection de tableaux et d'estampes. Les jardins offrent divers agréments, avec des allées bordées de marronniers et d'autres arbres, des statues représentant les saisons et des figures mythologiques, ainsi que des jets d'eau et des cascades. Le parterre est orné d'orangers, de citronniers et de fleurs, créant un printemps presque continuel. La fête a débuté le 24 août au soir avec des feux d'artifice, des coups de canon et des danses provençales. Le lendemain, jour de la Saint-Louis, des messes ont été célébrées, suivies d'un dîner somptueux dans l'orangerie. La journée s'est poursuivie avec des jeux, des danses et un concert. La soirée s'est terminée par l'illumination d'un vaisseau dans la pièce d'eau, imitant les illuminations des galères royales à Marseille. La fête s'est conclue par des acclamations en l'honneur du Roi, de la Reine et de la famille royale.
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7
p. 204-211
QUESTION importante, jugée par le Parlement de Provence.
Début :
L'Empereur Justinien, par les Nouvelles 53. 74. et 117. ordonne que si [...]
Mots clefs :
Mari, Dlle Raillon, Mariage, Mort, Sieur Laugier, Héritier, Provence, Demanderesse, Loi, Survivant, Parlement de Provence, Parlement de Toulouse, Parlement d'Aix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION importante, jugée par le Parlement de Provence.
QUESTION importante , jugée par le
Parlement de Provence.
L
'Empereur Justinien , par les Nouvelles
53. 74. et 117. ordonne que si
l'un des Conjoints meurt riche et que le
survivant , au contraire , soit sans biens .,
ce survivant puisse demander le quare
de la succession du Prédecedé , et que ce
quart A
FEVRIER . 1733. 205:
>
quart lui appartienne en toute proprieté,
si le Prédecedé n'a point laissé d'Enfans
ou en usufruit, s'il y a des enfans ; et cela
afin que par la mort du Prédecedé le survivant
ne tombe pas d'un état honora
ble et commode dans un état de misere.
De ces trois dispositions Imperiales ,
Irnerius a tiré l'authentique præterea , cod .
unde vir et uxor. Cette Loi Romaine est
assûrément l'une des plus belles , des plus
justes , des plus conformes au Droit divin
et au Droit naturel . Cependant on a
douté long- tems si elle devoit être suivie
dans les Provinces de France , réglées par
le Droit écrit. Le Parlement de Toulouse
et plusieurs autres Parlemens l'ont reçûë.
Les Arrêts rapportez dans les differens,
Recüeils le prouvent enfin il a été jugé
par un Arrêt solemnel du Parlement
d'Aix du 21 Février 1732. que cette Loi
devoit aussi avoir lieu en Provence.
Quelque importante que soit cette dé--
cision , et quelque érudition que contienne
le Mémoire qui nous a été envoyé
sur ce sujet par un fameux Avocat , les
bornes ausquelles nous sommes assujettis
ne nous permettent pas de le rapporter.
en son entier. Nous nous contenterons
d'exposer ici en peu de mots le fait qu
A v
206 MERCURE DE FRANCE
a donné lieu à l'Arrêt , et le précis des
Moyens des deux Parties .
Joseph Laugier de la Ville d'Arles entra
en qualité de Clerc chez Sebastien
Raillon , Procureur en la Sénéchaussée .
Ce Procureur avoit une fille qu'il ne destinoit
assûrement pas pour être l'Epouse
de son jeune Clerc , parce que ce Pere
joüissoit alors d'un bien assez considerable
, et que Laugier n'avoit rien . Si le
Clerc n'avoit pas de bien , il avoit de
l'esprit. Il songea à vaincre par adresse
l'obstacle que la Fortune mettoit à son
mariage avec la Dlle Raillon , il lui conta
fleurete , et après six ans de poursuites
, il triompha de la vertu de cette fille.
La mauvaise conduite de ces Amans étant
déclarée par les effets , Laugier sortit de
la maison du sieur Raillon ; ilfallut employer
l'autorité de la Justice pour l'obliger
à un mariage , qu'au fond il souhaitoit
avec ardeur. Ce mariage fur cele
bré le 28 Février 1689. avec les solemnitez
prescrites par les Canons et par les
Ordonnances >
La cerémonie faite , le sieur Raillon
outré de cet évenement , ne laissa pas
de garder sa fille chez lui , mais le Gendre
fut contraint d'aller tenter fortune ailleurs
, il y réussit si heureusement, qu'en
moins
FEVRIER. 1732.
207
•
moins de trois ou quatre ans il devint
beaucoup plus riche que son beau- Pere.
Le sieur Raillon 'voulut alors l'obliger de
recevoir son Epouse . Le sieur Laugier par
ressentiment du mépris que la famille de
son épouse avoit pour lui , peut-être par
dégoût ou par refroidissement causé par
l'absence , ou par quelque nouvelle inclination
, ne voulut pas recevoir chez lui
la Dlle Raillon ; elle lui demanda une
provision , il la lui refusa , il attaqua même
le mariage , et il mit si bien en usage
la science qu'il avoit acquise dans l'Etude
du Procureur , que tous les Jugemens qui
confirmoient le mariage , qui le condamnoient
à reprendre sa femme , qui adjugeoient
à celle- ci des provisions , furent
inutiles. Les seuls fruits que remporta
le sieur Raillon après plus de sept ans de
procedures , furent des jugemens sans
éxécution , une ruine totale de ses biens ,
et un chagrin dont il mourut enfin.
La Dlle Raillon se trouva , après la
mort de son Pere , réduite à la plus af
freuse nécessité , elle passa dans cet état
miserable depuis 1702. jusqu'en 1731 .
' Au mois de Janvier 173 1. le sieur Laugier
son mari mourut riche de plus de
Sooooo . liv . Par son Testament du 12.
Juillet 1730. il fit pour 20000. 1. de legs ,
A vj tant
208 MERCURE DE FRANCE
tant pieux qu'autres , et institua son héritier
Jacques Meiffren .
La Dile Raillon ayant appris la mort
de son mari , et le Testament qu'il avoit
fait, se pourvut contre l'heritier institué,
lui demanda le quart de la succession
conformément aux nouvelles 53.74. et
117. et à l'Authentique Præterea si matrimonium.
Elle rapportoit deux autoritez
pour prouver que ces Nouvelles et cette
Authentique faisoient loy dans la Provence
; elle ajoûtoit qu'elles avoient d'autant
plus d'application à l'espece présente
, qu'elle ne se trouvoit dans ce miserable
état que par la véxation de son
mari.
Les deffenses au contraire de l'héritier
institué , étoient 1 ° . Que l'Authentique
ni les Nouvelles dont on imploroit la disposition
, n'avoient aucune autorité dans
le pays ; il citoit plusieurs Arrêts qu'il
prétendoit l'avoir ainsi jugé.
. 2 °. Que quand ces Loix auroient été
en vigueur en Provence , elles ne devoient
pas favoriser la Demanderesse
parce qu'elle ne se trouvoit pas dans les
circonstances qu'elles éxigent , et que leur
motif ne se rencontroit pas dans le cas
dont il s'agit .
La premiere condition , disoit-on , que
demanFEVRIER.
1733. 2.09
demandent ces Loix , est que le mariage
ait été contracté par la seule tendresse ;
ici il avoit fallu forcer le sieur Laugier
par autorité de Justice , on l'avoit constitué
prisonnier , et ce ne fut que pour se
procurer la liberté qu'il épousa la Demanderesse.
elle
La seconde condition est , que la fem--
me , jusqu'à la mort de son mari , ait toujours
demeuré avec lui. Ici la Dlle Raillon
avoit été éloignée de son mari depuis
son mariage , c'est à- dire , depuis 41 ans :
pendant ce long espace de tems ,
avoit passé plusieurs Actes dans lesquels
elle n'avoit pas même pris la qualité de
femme du sieur Laugier : elle ne l'étoit
pas venu voir dans la maladie dont il est
elle n'en avoit pas même pris le
mort ,
deüil.
par
Le inotif de la Loi est , de crainte que
la mort du Prédecedé le survivant.ne
changeât d'état en tombant de l'opulénce
dans la misere . Ici au contraire la
Demanderesse vouloit changer d'état , et
après avoir vêcu pauvre pendant plus de
30 ans , elle vouloit se mettre dans l'opulence.
On répondoit pour la veuve 1 °. que
les Arrêts citez , loin d'avoir aucune application
à l'espéce , formoient même
une
210 MERCURE DE FRANCE
une espéce de préjugé en faveur de la
yeuve.
2°. Que ces termes de la Nouvelle per
solum affectum nuptialem ne signifioient pas ,
par la seule affection conjugale , mais un
mariage contracté , par paroles de présent
seulement ; qu'on ne leur avoit jamais donné
une autre signification .
3 ° . Que si elle n'avoit pas demeuréavec
son mari , c'étoit la seule faute du
mari .
4º. Que si elle n'avoit pas été le voir
dans sa derniere maladie , c'est que d'un
côté elle étoit alors elle- même malade
qu'elle ne l'avoit appris qu'après la mort,
la maladie n'ayant duré que trois jours ;
que d'un autre côté , cette démarche auroit
été inutile , parce que son mari lui
auroit fait refuser l'entrée de sa maison >
dans les dispositions où il étoit à son
égard.
5. Que si tôt qu'on avoit sçû la mort;
ses parens lui avoient donné quelques
mauvais habits noirs dont elle s'étoit vêtuë
; qu'ainsi elle avoit pris le deuil , cerémonie
dont son extrême pauvreté pouvoit
d'ailleurs la dispenser.
Enfin , que la pieté , les sentimens de
la Nature , étoient les motifs de la Loi
motifs qui devoient d'autant mieux prévaloir
FEVRIER . 1733. 211
valoir ici , que son mari seul l'avoit réduite
dans la pauvreté où elle se trouvoit.
gea
Sur ces raisons de part et d'autre , le
Parlement d'Aix , après plusieurs Audiences
, par son Arrêt du 21 Février
1732. conformément aux Conclusions de
M. l'Avocat General de Seguiran , adjuà
la veuve le quart dans la succession ,
avec restitution des fruits depuis le décès.
du mari , suivant l'estimation qui en seroit
faite , et cependant lui accorda une
provision de 1000. liv. à imputer d'aberd
sur les fruits à restituer , et condamna
l'héritier , et les Exécuteurs Testamentaires
, qui s'étoient joints à lui , en tous
les dépens.
Plaidans M. Gensollen pour la veuve ,
et M M. Pascal et Masse pour l'héritier
et pour les Exécuteurs Testamentaires.
Parlement de Provence.
L
'Empereur Justinien , par les Nouvelles
53. 74. et 117. ordonne que si
l'un des Conjoints meurt riche et que le
survivant , au contraire , soit sans biens .,
ce survivant puisse demander le quare
de la succession du Prédecedé , et que ce
quart A
FEVRIER . 1733. 205:
>
quart lui appartienne en toute proprieté,
si le Prédecedé n'a point laissé d'Enfans
ou en usufruit, s'il y a des enfans ; et cela
afin que par la mort du Prédecedé le survivant
ne tombe pas d'un état honora
ble et commode dans un état de misere.
De ces trois dispositions Imperiales ,
Irnerius a tiré l'authentique præterea , cod .
unde vir et uxor. Cette Loi Romaine est
assûrément l'une des plus belles , des plus
justes , des plus conformes au Droit divin
et au Droit naturel . Cependant on a
douté long- tems si elle devoit être suivie
dans les Provinces de France , réglées par
le Droit écrit. Le Parlement de Toulouse
et plusieurs autres Parlemens l'ont reçûë.
Les Arrêts rapportez dans les differens,
Recüeils le prouvent enfin il a été jugé
par un Arrêt solemnel du Parlement
d'Aix du 21 Février 1732. que cette Loi
devoit aussi avoir lieu en Provence.
Quelque importante que soit cette dé--
cision , et quelque érudition que contienne
le Mémoire qui nous a été envoyé
sur ce sujet par un fameux Avocat , les
bornes ausquelles nous sommes assujettis
ne nous permettent pas de le rapporter.
en son entier. Nous nous contenterons
d'exposer ici en peu de mots le fait qu
A v
206 MERCURE DE FRANCE
a donné lieu à l'Arrêt , et le précis des
Moyens des deux Parties .
Joseph Laugier de la Ville d'Arles entra
en qualité de Clerc chez Sebastien
Raillon , Procureur en la Sénéchaussée .
Ce Procureur avoit une fille qu'il ne destinoit
assûrement pas pour être l'Epouse
de son jeune Clerc , parce que ce Pere
joüissoit alors d'un bien assez considerable
, et que Laugier n'avoit rien . Si le
Clerc n'avoit pas de bien , il avoit de
l'esprit. Il songea à vaincre par adresse
l'obstacle que la Fortune mettoit à son
mariage avec la Dlle Raillon , il lui conta
fleurete , et après six ans de poursuites
, il triompha de la vertu de cette fille.
La mauvaise conduite de ces Amans étant
déclarée par les effets , Laugier sortit de
la maison du sieur Raillon ; ilfallut employer
l'autorité de la Justice pour l'obliger
à un mariage , qu'au fond il souhaitoit
avec ardeur. Ce mariage fur cele
bré le 28 Février 1689. avec les solemnitez
prescrites par les Canons et par les
Ordonnances >
La cerémonie faite , le sieur Raillon
outré de cet évenement , ne laissa pas
de garder sa fille chez lui , mais le Gendre
fut contraint d'aller tenter fortune ailleurs
, il y réussit si heureusement, qu'en
moins
FEVRIER. 1732.
207
•
moins de trois ou quatre ans il devint
beaucoup plus riche que son beau- Pere.
Le sieur Raillon 'voulut alors l'obliger de
recevoir son Epouse . Le sieur Laugier par
ressentiment du mépris que la famille de
son épouse avoit pour lui , peut-être par
dégoût ou par refroidissement causé par
l'absence , ou par quelque nouvelle inclination
, ne voulut pas recevoir chez lui
la Dlle Raillon ; elle lui demanda une
provision , il la lui refusa , il attaqua même
le mariage , et il mit si bien en usage
la science qu'il avoit acquise dans l'Etude
du Procureur , que tous les Jugemens qui
confirmoient le mariage , qui le condamnoient
à reprendre sa femme , qui adjugeoient
à celle- ci des provisions , furent
inutiles. Les seuls fruits que remporta
le sieur Raillon après plus de sept ans de
procedures , furent des jugemens sans
éxécution , une ruine totale de ses biens ,
et un chagrin dont il mourut enfin.
La Dlle Raillon se trouva , après la
mort de son Pere , réduite à la plus af
freuse nécessité , elle passa dans cet état
miserable depuis 1702. jusqu'en 1731 .
' Au mois de Janvier 173 1. le sieur Laugier
son mari mourut riche de plus de
Sooooo . liv . Par son Testament du 12.
Juillet 1730. il fit pour 20000. 1. de legs ,
A vj tant
208 MERCURE DE FRANCE
tant pieux qu'autres , et institua son héritier
Jacques Meiffren .
La Dile Raillon ayant appris la mort
de son mari , et le Testament qu'il avoit
fait, se pourvut contre l'heritier institué,
lui demanda le quart de la succession
conformément aux nouvelles 53.74. et
117. et à l'Authentique Præterea si matrimonium.
Elle rapportoit deux autoritez
pour prouver que ces Nouvelles et cette
Authentique faisoient loy dans la Provence
; elle ajoûtoit qu'elles avoient d'autant
plus d'application à l'espece présente
, qu'elle ne se trouvoit dans ce miserable
état que par la véxation de son
mari.
Les deffenses au contraire de l'héritier
institué , étoient 1 ° . Que l'Authentique
ni les Nouvelles dont on imploroit la disposition
, n'avoient aucune autorité dans
le pays ; il citoit plusieurs Arrêts qu'il
prétendoit l'avoir ainsi jugé.
. 2 °. Que quand ces Loix auroient été
en vigueur en Provence , elles ne devoient
pas favoriser la Demanderesse
parce qu'elle ne se trouvoit pas dans les
circonstances qu'elles éxigent , et que leur
motif ne se rencontroit pas dans le cas
dont il s'agit .
La premiere condition , disoit-on , que
demanFEVRIER.
1733. 2.09
demandent ces Loix , est que le mariage
ait été contracté par la seule tendresse ;
ici il avoit fallu forcer le sieur Laugier
par autorité de Justice , on l'avoit constitué
prisonnier , et ce ne fut que pour se
procurer la liberté qu'il épousa la Demanderesse.
elle
La seconde condition est , que la fem--
me , jusqu'à la mort de son mari , ait toujours
demeuré avec lui. Ici la Dlle Raillon
avoit été éloignée de son mari depuis
son mariage , c'est à- dire , depuis 41 ans :
pendant ce long espace de tems ,
avoit passé plusieurs Actes dans lesquels
elle n'avoit pas même pris la qualité de
femme du sieur Laugier : elle ne l'étoit
pas venu voir dans la maladie dont il est
elle n'en avoit pas même pris le
mort ,
deüil.
par
Le inotif de la Loi est , de crainte que
la mort du Prédecedé le survivant.ne
changeât d'état en tombant de l'opulénce
dans la misere . Ici au contraire la
Demanderesse vouloit changer d'état , et
après avoir vêcu pauvre pendant plus de
30 ans , elle vouloit se mettre dans l'opulence.
On répondoit pour la veuve 1 °. que
les Arrêts citez , loin d'avoir aucune application
à l'espéce , formoient même
une
210 MERCURE DE FRANCE
une espéce de préjugé en faveur de la
yeuve.
2°. Que ces termes de la Nouvelle per
solum affectum nuptialem ne signifioient pas ,
par la seule affection conjugale , mais un
mariage contracté , par paroles de présent
seulement ; qu'on ne leur avoit jamais donné
une autre signification .
3 ° . Que si elle n'avoit pas demeuréavec
son mari , c'étoit la seule faute du
mari .
4º. Que si elle n'avoit pas été le voir
dans sa derniere maladie , c'est que d'un
côté elle étoit alors elle- même malade
qu'elle ne l'avoit appris qu'après la mort,
la maladie n'ayant duré que trois jours ;
que d'un autre côté , cette démarche auroit
été inutile , parce que son mari lui
auroit fait refuser l'entrée de sa maison >
dans les dispositions où il étoit à son
égard.
5. Que si tôt qu'on avoit sçû la mort;
ses parens lui avoient donné quelques
mauvais habits noirs dont elle s'étoit vêtuë
; qu'ainsi elle avoit pris le deuil , cerémonie
dont son extrême pauvreté pouvoit
d'ailleurs la dispenser.
Enfin , que la pieté , les sentimens de
la Nature , étoient les motifs de la Loi
motifs qui devoient d'autant mieux prévaloir
FEVRIER . 1733. 211
valoir ici , que son mari seul l'avoit réduite
dans la pauvreté où elle se trouvoit.
gea
Sur ces raisons de part et d'autre , le
Parlement d'Aix , après plusieurs Audiences
, par son Arrêt du 21 Février
1732. conformément aux Conclusions de
M. l'Avocat General de Seguiran , adjuà
la veuve le quart dans la succession ,
avec restitution des fruits depuis le décès.
du mari , suivant l'estimation qui en seroit
faite , et cependant lui accorda une
provision de 1000. liv. à imputer d'aberd
sur les fruits à restituer , et condamna
l'héritier , et les Exécuteurs Testamentaires
, qui s'étoient joints à lui , en tous
les dépens.
Plaidans M. Gensollen pour la veuve ,
et M M. Pascal et Masse pour l'héritier
et pour les Exécuteurs Testamentaires.
Fermer
Résumé : QUESTION importante, jugée par le Parlement de Provence.
Le texte examine une question juridique traitée par le Parlement de Provence concernant une loi romaine promulguée par l'empereur Justinien. Cette loi prévoit que si un conjoint décède en laissant des biens et que le survivant n'en possède aucun, ce dernier peut réclamer le quart de la succession du défunt. Ce quart appartient en pleine propriété au survivant s'il n'y a pas d'enfants, ou en usufruit s'il y en a. Plusieurs parlements, dont celui de Toulouse, ont adopté cette loi. Le Parlement d'Aix a confirmé son application en Provence par un arrêt solennel du 21 février 1732. L'affaire impliquait Joseph Laugier d'Arles et Sébastien Raillon, procureur à la sénéchaussée. Raillon refusait que sa fille épouse Laugier, car ce dernier n'avait pas de biens. Après six ans de poursuites, le mariage eut lieu en 1689, mais il fut tumultueux et Raillon mourut ruiné après des années de procédures, laissant sa fille veuve et dans la misère. En 1731, Laugier mourut en laissant une succession importante. Sa veuve, la fille de Raillon, réclama le quart de la succession conformément aux lois de Justinien. L'héritier contestait l'application de ces lois en Provence et affirmait que les conditions nécessaires n'étaient pas remplies. Après plusieurs audiences, le Parlement d'Aix accorda à la veuve le quart de la succession, avec restitution des fruits depuis le décès de son mari et une provision de 1000 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 300-310
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. D... au sujet d'une Lampe Antique, trouvée en Provence, au mois de Juillet dernier.
Début :
Vous m'avez fait, Monsieur, beaucoup de plaisir en m'envoïant, avec une [...]
Mots clefs :
Lampe antique, Amour, Pied, Enfant, Provence, Antiques, Vénus, Monument, Planche, Ornements, Antiquaires, Cupidon, Figure
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. D... au sujet d'une Lampe Antique, trouvée en Provence, au mois de Juillet dernier.
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M.
·D... au sujet d'une Lampe Antique ,
trouvée en Provence , au mois de fuillet
dernier.
V
Ous m'avez fait , Monsieur , beaucoup
de plaisir en m'envoïant, avec
une de vos Lettres , dattée de Marseille
le 4 Août, le dessein de votre façon d'une
Lampe Antique , trouvée depuis peu par
un Païsan , dans le Territoire de la Ville
d'Apt , auprès du Village de Caseneuve.
Ce Monument que vous me marquez être
de la grandeur du Dessein , et qui représente
un pied , couvert d'une simple Sandale,
FEVRIER . 1733. 301
dale , avec quelques ornemens aux Courroyes,&
c. a cinq à six pouces de longueur,
depuis le Talon jusqu'à l'autre extrêmité
du pied , d'où sort une espece de Bec ,
que vous appellez Corne d'abondance, par
lequel on versoit de l'Huile dans la Lampe
, et où l'on mettoit la Méche . Au dessus
du cou du pied , terminé par un Orle
en maniere de petites perles , s'éleve une
espece de petit Rocher ,sur lequel est assis
un Enfant nud et aîlé , qui semble pleu
rer et tenir quelque chose dans ses mains.
Le tout fait une hauteur d'environ trois
pouces.Je n'oublie pas l'Anse qui déborde
au delà de la longueur du pied , du côté
du Talon, ayant à son extrémité un Anneau.
Il y a un autre Anneau au commencement
du gros doigt du pied , et voilà,
je crois , une Description exacte de ce
Monument.
Vous me marquez , Monsieur , que
l'Enfanr aîlé a les aîles et un brasselet
d'argent , et que le Pied qui forme la
Lampe a les ongles , et les petits Ornemens
des Courroyes aussi d'argent. Vous
ajoûtez que la Lampe est de Métail de
Corinthe , parfaitement bien conservée.
Ces circonstances sont curieuses et remarquables.
Pour ce qui est de l'explication conte-
E v nue
302 MERCURE DE FRANCE
nue dans votre Lettre , qui fait de cette
Lampe le Pied de Venus , qu'on pendoit ,
ajoutez - vous, par les deux Anneaux dans
le Temple de cette Déesse , en prenant
l'Enfant aîlé pour l'Amour , et par les au
tres convenances que vous trouvez . Cette
Explication , dis- je , me paroît ingénieu
se , fortifiée mêine par la figure du Rocher,
sur lequel l'Amour prétendu est assis,
Venus , érant , comme vous le sçavez, née
dans le sein de la Mer , &c. Mais à vous
parler sincerement , je ne trouve rien de
bien plausible dans cette Explication , qui
est , selon moi , toute conjecturale .
Ce que vous me marquez dans une se
conde Lettre plus réfléchie , du premier
de ce mois , prouve ce que je viens de dire.
Cela prouve aussi , Monsieur , que vous
n'êtes pas de ces Curieux entêtez qui ne
démordent jamais de leur premier sentiment.
Vous me dires qu'il vous est venu
une autre pensée sur ce Monument antique
et que des amis connoisseurs
l'ont
trouvée plus plausible que la premiere.
C'est icy , continuez- vous , le pied de
Psyché plutôt que celui de Venus. Une
Lampe fut fatale à Psyché aussi bien qu'à
l'Amour , représenté sur la nôtre , faisant
une triste figure ; ce qui explique assez ,
dires- vous , la pensée qui vous est venuë,
& c.
PerFEVRIER.
1733. 303
Permettez-moi d'être encore un peu
incrédule sur cette nouvelle explication
en donnant à votre sincérité toute la loüange
qu'elle mérite , lorsque dans le même
temps vous convenez que dénué de preuves
et d'autoritez vous laissez aux Antiquaires
la gloire de deviner cette Enigme ,
si c'en est une.
Je dis , si c'en est une , car il y a longtemps
que je suis persuadé que les Ouvriers
de l'Antiquité, en fabriquant la plus
part des Morceaux qui nous restent de
leur façon , n'ont le plus souvent suivi
que leur caprice ou leur goût particulier ,
celui quelquefois des personnes qui les
leur commandoient , sans s'embarrasser
de la Mythologie , sans y entendre , disje
, d'autre finesse . Si ma proposition est
vraie en general , ou a beaucoup d'égards ,
je crois qu'on peut l'appliquer particuliement
à la fabrique des Lampes ; c'est en
effet de tous les Monumens Antiques celui
dont on a découvert un plus grand
nombre , et dont on a le plus varié la
forme et les ornemens.Vous pouvez, Monsieur
, vous en convaincre , en parcourant
le Livre entier de F. Liceti , sur les
Lampes des Anciens et les différens Ouvrages
des Antiquaires qui ont écrit depuis
Liceti , à la tête desquels il faut mettre le
beau
E vj
3.4 MERCURE DE FRANCE.
beau et vaste Recueil du R. P. de Mont
faucon .
>
Les Lampes tiennent un rang considé
rable dans le Recueil , et occupent en Iz
Chapitres tout le second Livre de la seconde
Partie du se tome. On y en voit de
tres singulieres et de tres bizares , comme
le sont celles des 3 premiers Chapitres
totes la plupart de pur caprice. Les plus
belles , les plus chargées d'ornemens , et
qui paroissent manifestement symboliques
, et appartenir à la Mythologie , ou
aux Coutumes du Pagnanisme , se trouvent
dans les Chapitres suivans. Tout ce
que le Sçavant Auteur dit des unes et
des autres est fort sensé et fort instructif.
Il s'en faut bien qu'il n'adopte toutes les
idées et toutes les conjectures de Liceti ,
et de quelques autres Antiquaires sur ce
sujet.
Une Planche entiere , c'est la 148. contient
quatre Lampes en forme de Pied et
de Sandale, comme la vôtre, avec quelque
petite difference entr'elles pour les ornemens.
La 3 est la plus remarquable , à
cause de la Semele de la Sandale , gravée
séparément , qui est toute couverte de têtes
de clous. La 4º, a pour Anse un Serpent
entortillé , et differe un peu des autres
et de la vôtre dans la forme. Une autre
FEVRIER. 1733 305
tre Lampe représentée dans la Planche
d'après , dont l'Original est dans le Cabinet
du Duc de Médina - Celi , est toute
semblable à la vôtre ; pareil Pied , pareille
Sandale , mêmes dimensions . De plus
il y a,comme sur la vôtre , un Enfant aîlé
élevé au dessus du Talon.Cet Enfant tient
d'une main un Oyseau , et de l'autre , quelque
chose qu'on ne sçauroit discerner.
L'Enfant de votre Lampe paroît aussi
tenir quelque chose . Si vous avicz pris
garde à la Semele de la vôtre , vous y
auriez peut-être vû au dessous les mêmes
curieux ornemens qui sont sur celle de
Medina- Celi , que le Graveur a représentée
séparément. Je dis le dessous de la
Semele , dans la même Planche.
Je puis ajoûter une sixième Lampe de
meme forme , de même fabrique , de
même métal , en un mot, toute semblable
à la vôtre , que le R. P. de Montfaucon
m'a montrée dans son Cabinet , et qui
lui est venue depuis l'impression de son
Ouvrage , comme il lui arrive tous les
jours des Monumens d'Antiquité de toute
espece.
Mais , me direz-vous , dans ce grand
nombre de Lampes rapportées et représentées
dans cet Ouvrage, n'en trouve- t'on
point quelqu'une qui paroisse manifestement
305 MERCURE DE FRANCE.
ment avoir été consacrée à Venus , ou à
l'Amour ! Oui , Monsieur , il s'en trouve ;
mais ce n'est aucune de celles qui ressem
blent à la vôtre. Les Planches 170. et 172.
du même Livre , en présentent deux consacrées
à Venus par des Symboles qu'on
ne sçauroit méconnoître. La premiere a
la forme d'une Colombe , Oyseaur favori
de cette Déesse , qu'elle portoit à la main,
qu'elle attachoit à son Char , &c. La scconde
dont la forme est assez singuliere ,
porte au lieu de Symboles , l'Image mêm
de Venus en relief avec fort peu de Draperie
, &c. Deux autres Lampes gravées
dans les mêmes Planches appartiennent
visiblement à Cupidon . Sur l'une , outre
ses ailes , il est désigné par son flambeau
allumé qu'il tient à la main , et sur l'autre
il tient d'une main un Bouclier , et
porte l'autre main sur une cotte d'armes
, ayant désarmé Mars , &c. comme
le dit Lucrece , &c. sans parler de deux
autres Lampes aussi curieuses ; l'une de
Cupidon Marin , et l'autre de Cupidon et
Psyché ensemble qui s'embrassent , Planche
161. du même Vol . ausquelles on
peut joindre par Analogie une trèsbelle
Lampe des trois Graces , Planche
171.
Au reste , Monsieur , un Enfant nud
repréFEVRIER.
1733. 307
A
représenté avec des aîles , accompagné
même de quelques Symboles , sur des
Monumens Antiques,ne signifie pas toujours
Cupidon ou l'Amour , comme je
l'ai déja insinué. La preuve de cette verité
me meneroit trop loin , et ma Lettre
est déja assez longue : souffrés que je vous
renvoye pour cela à une pareille figure
d'Enfant aîlé , qui est sur un Monument
Antique de Bronze découvert dans la
Basse Normandie , du tems que j'y séjournois
, et que j'ai donné gravée avec le
Monument entier dans le Journal de
Trevoux , du mois de Sept. 1713.p.1536.
Cet Enfant , qui tient d'une main une
Bourse , et de l'autre un Oyseau par le
col , n'est pas Cupidon , malgré l'ingénieuse
explication qu'en a prétendu faire
P'Auteur du Journal , qui assûre que l'Enigme
de cet Enfant n'est pas difficile à
deviner. Voyez pour en juger ce qui est
dit dans le même Journal ( Octobre 1714.
pag. 1778. ) et surtout la Citation d'une
Médaille de Lucille , fille de Marc- Aurele
, rapportée dans le Selectiora Numismata
de Vaillant , où l'on voit deux Enfans
nuds et aîlez , semblables à celui dont
il est question dans le Monument de Normandie
, et qui ne sont assûrément pas
l'Amour. Voyez aussi la Figure aîlée ,
gravée
308 MERCURE DE FRANCE
gravée dans le même Journal ( Juillet
1715. p.1969. ) du Cabinet de M. Rigord,
qui accompagne une Lettre de ce Sçavant.
Vous y verrez que si c'est l'Amour,
ce qui est assez équivoque , ce n'est pas
l'Amour tout seul , puisque , selon M. R.
c'est en même- tems Harpocrate , Minerve
, la Déesse de la Santé , celle de l'Abondance
, la Fermeté , la Pudeur , et le
Dieu Orus , c'est-à- dire , dans le langage
des Antiquaires , une Figure Panthée.
Je vous cire , au reste, un Livre ( le Jour
nal de Trévoux ) que je crois familier dans
votre Ville , car vous me surprenez beaucoup
en disant que le seul Livre que vous
y avez trouvé pour chercher quelque lumiere
au sujet de votre Lampe , est le
Trésor de Brandebourg , ou la Description
des Antiquitez du Cabinet du Roi de
Prusse , par Beger , dans lequel encore
vous n'avez rien appris à cet égard .
C'est aussi par cette raison que je me suis
un peu étendu pour vous procurer les
éclaircissemens qu'il me paroît que vous
cherchez de bonne foi , et sans attachement
à votre opinion particuliere .
J'ai oublié de vous dire au sujet des
Enfans aîlez , pris communément pour
l'Amour quand on les trouve sur des Monu
FEVRIER . 1733. 309
numens Antiques , que dans le Recüell
des Lampes de Liceti il s'en trouve une
assez singuliere , faite en forme de Calice
, et soutenue par trois Garçons allez
qui ne sont pas plus l'Amour que les autres
figures ailées dont je viens de parler.
Liceti leur donne en effet une autre signification
, les expliquant par les trois
temps , le présent , le passé , le futar
explication gratuite et toute idéale , refutée
par le Pere de Montfaucon , qui
croit avec raison que ce n'est là qu'un
pur caprice d'ouvrier : mais on pourroit
demander pourquoi dans cette supposi
tion , il a néanmoins placé cette Lampe
parmi celles qui dans son Livre appartiennent
à la Mithologie et aux divers
usages du Paganisme. Ön la trouve en effet
en ce rang dans la même Planche 170.
ci-devant citée , &c. -
Je reviens à la Lettre de M. Rigord
dont j'ai parlé plus haut , pour finir la
mienne par une refléxion qui y est contenuë,
et qui vient ici naturellement . » Le
Métier d'un Antiquaire seroit , dit- il ,
» bien pénible , si parce qu'il est Anti-
» quaire , on vouloit l'obliger de donner
» raison de certains desseins que l'Ou-
» vrier a faits sans raison , et par caprice.
Il avoit dit un peu auparavant qu'en
cer
310 MERCURE DE FRANCE
certain cas l'Ouvrier pouvoit , comme
» on fait aujourd'hui , suivre son capri-
» ce , et par là préparer des tortures aux
» Antiquaires à venir. Je m'en tiens à
cette pensée d'un homme éclairé qui avoit
vieilli dans l'étude des Antiques , et conforme
en cela au sentiment des plus habiles.
Continuez -moi cependant , Monsieur ;
votre obligeante attention , en me faisant
part de tout ce que vous pourrez découvrir
de remarquable en ce genre , en prenant
la peine de les dessiner vous -même
avec cette précision et ce goût qui vous
sontnaturels . Les belles Figures Antiques
de Marbre trouvées dans le même Terris
toire que votre Lampe , transportées à Paris
, et dont il est parlé dans le Mercure
d'Août dernier , p. 1809. ont enfin trouvé
maître. J'ai toujours passionnément
souhaitté qu'un pareil Trésor pût rester
ici , mais j'apprens avec chagrin que ces
rares Monumens de la plus belle Antiquité
vont passer la Mer sans retour. Je
suis , & c.
A Paris , le 15 Septembre 1732 .
·D... au sujet d'une Lampe Antique ,
trouvée en Provence , au mois de fuillet
dernier.
V
Ous m'avez fait , Monsieur , beaucoup
de plaisir en m'envoïant, avec
une de vos Lettres , dattée de Marseille
le 4 Août, le dessein de votre façon d'une
Lampe Antique , trouvée depuis peu par
un Païsan , dans le Territoire de la Ville
d'Apt , auprès du Village de Caseneuve.
Ce Monument que vous me marquez être
de la grandeur du Dessein , et qui représente
un pied , couvert d'une simple Sandale,
FEVRIER . 1733. 301
dale , avec quelques ornemens aux Courroyes,&
c. a cinq à six pouces de longueur,
depuis le Talon jusqu'à l'autre extrêmité
du pied , d'où sort une espece de Bec ,
que vous appellez Corne d'abondance, par
lequel on versoit de l'Huile dans la Lampe
, et où l'on mettoit la Méche . Au dessus
du cou du pied , terminé par un Orle
en maniere de petites perles , s'éleve une
espece de petit Rocher ,sur lequel est assis
un Enfant nud et aîlé , qui semble pleu
rer et tenir quelque chose dans ses mains.
Le tout fait une hauteur d'environ trois
pouces.Je n'oublie pas l'Anse qui déborde
au delà de la longueur du pied , du côté
du Talon, ayant à son extrémité un Anneau.
Il y a un autre Anneau au commencement
du gros doigt du pied , et voilà,
je crois , une Description exacte de ce
Monument.
Vous me marquez , Monsieur , que
l'Enfanr aîlé a les aîles et un brasselet
d'argent , et que le Pied qui forme la
Lampe a les ongles , et les petits Ornemens
des Courroyes aussi d'argent. Vous
ajoûtez que la Lampe est de Métail de
Corinthe , parfaitement bien conservée.
Ces circonstances sont curieuses et remarquables.
Pour ce qui est de l'explication conte-
E v nue
302 MERCURE DE FRANCE
nue dans votre Lettre , qui fait de cette
Lampe le Pied de Venus , qu'on pendoit ,
ajoutez - vous, par les deux Anneaux dans
le Temple de cette Déesse , en prenant
l'Enfant aîlé pour l'Amour , et par les au
tres convenances que vous trouvez . Cette
Explication , dis- je , me paroît ingénieu
se , fortifiée mêine par la figure du Rocher,
sur lequel l'Amour prétendu est assis,
Venus , érant , comme vous le sçavez, née
dans le sein de la Mer , &c. Mais à vous
parler sincerement , je ne trouve rien de
bien plausible dans cette Explication , qui
est , selon moi , toute conjecturale .
Ce que vous me marquez dans une se
conde Lettre plus réfléchie , du premier
de ce mois , prouve ce que je viens de dire.
Cela prouve aussi , Monsieur , que vous
n'êtes pas de ces Curieux entêtez qui ne
démordent jamais de leur premier sentiment.
Vous me dires qu'il vous est venu
une autre pensée sur ce Monument antique
et que des amis connoisseurs
l'ont
trouvée plus plausible que la premiere.
C'est icy , continuez- vous , le pied de
Psyché plutôt que celui de Venus. Une
Lampe fut fatale à Psyché aussi bien qu'à
l'Amour , représenté sur la nôtre , faisant
une triste figure ; ce qui explique assez ,
dires- vous , la pensée qui vous est venuë,
& c.
PerFEVRIER.
1733. 303
Permettez-moi d'être encore un peu
incrédule sur cette nouvelle explication
en donnant à votre sincérité toute la loüange
qu'elle mérite , lorsque dans le même
temps vous convenez que dénué de preuves
et d'autoritez vous laissez aux Antiquaires
la gloire de deviner cette Enigme ,
si c'en est une.
Je dis , si c'en est une , car il y a longtemps
que je suis persuadé que les Ouvriers
de l'Antiquité, en fabriquant la plus
part des Morceaux qui nous restent de
leur façon , n'ont le plus souvent suivi
que leur caprice ou leur goût particulier ,
celui quelquefois des personnes qui les
leur commandoient , sans s'embarrasser
de la Mythologie , sans y entendre , disje
, d'autre finesse . Si ma proposition est
vraie en general , ou a beaucoup d'égards ,
je crois qu'on peut l'appliquer particuliement
à la fabrique des Lampes ; c'est en
effet de tous les Monumens Antiques celui
dont on a découvert un plus grand
nombre , et dont on a le plus varié la
forme et les ornemens.Vous pouvez, Monsieur
, vous en convaincre , en parcourant
le Livre entier de F. Liceti , sur les
Lampes des Anciens et les différens Ouvrages
des Antiquaires qui ont écrit depuis
Liceti , à la tête desquels il faut mettre le
beau
E vj
3.4 MERCURE DE FRANCE.
beau et vaste Recueil du R. P. de Mont
faucon .
>
Les Lampes tiennent un rang considé
rable dans le Recueil , et occupent en Iz
Chapitres tout le second Livre de la seconde
Partie du se tome. On y en voit de
tres singulieres et de tres bizares , comme
le sont celles des 3 premiers Chapitres
totes la plupart de pur caprice. Les plus
belles , les plus chargées d'ornemens , et
qui paroissent manifestement symboliques
, et appartenir à la Mythologie , ou
aux Coutumes du Pagnanisme , se trouvent
dans les Chapitres suivans. Tout ce
que le Sçavant Auteur dit des unes et
des autres est fort sensé et fort instructif.
Il s'en faut bien qu'il n'adopte toutes les
idées et toutes les conjectures de Liceti ,
et de quelques autres Antiquaires sur ce
sujet.
Une Planche entiere , c'est la 148. contient
quatre Lampes en forme de Pied et
de Sandale, comme la vôtre, avec quelque
petite difference entr'elles pour les ornemens.
La 3 est la plus remarquable , à
cause de la Semele de la Sandale , gravée
séparément , qui est toute couverte de têtes
de clous. La 4º, a pour Anse un Serpent
entortillé , et differe un peu des autres
et de la vôtre dans la forme. Une autre
FEVRIER. 1733 305
tre Lampe représentée dans la Planche
d'après , dont l'Original est dans le Cabinet
du Duc de Médina - Celi , est toute
semblable à la vôtre ; pareil Pied , pareille
Sandale , mêmes dimensions . De plus
il y a,comme sur la vôtre , un Enfant aîlé
élevé au dessus du Talon.Cet Enfant tient
d'une main un Oyseau , et de l'autre , quelque
chose qu'on ne sçauroit discerner.
L'Enfant de votre Lampe paroît aussi
tenir quelque chose . Si vous avicz pris
garde à la Semele de la vôtre , vous y
auriez peut-être vû au dessous les mêmes
curieux ornemens qui sont sur celle de
Medina- Celi , que le Graveur a représentée
séparément. Je dis le dessous de la
Semele , dans la même Planche.
Je puis ajoûter une sixième Lampe de
meme forme , de même fabrique , de
même métal , en un mot, toute semblable
à la vôtre , que le R. P. de Montfaucon
m'a montrée dans son Cabinet , et qui
lui est venue depuis l'impression de son
Ouvrage , comme il lui arrive tous les
jours des Monumens d'Antiquité de toute
espece.
Mais , me direz-vous , dans ce grand
nombre de Lampes rapportées et représentées
dans cet Ouvrage, n'en trouve- t'on
point quelqu'une qui paroisse manifestement
305 MERCURE DE FRANCE.
ment avoir été consacrée à Venus , ou à
l'Amour ! Oui , Monsieur , il s'en trouve ;
mais ce n'est aucune de celles qui ressem
blent à la vôtre. Les Planches 170. et 172.
du même Livre , en présentent deux consacrées
à Venus par des Symboles qu'on
ne sçauroit méconnoître. La premiere a
la forme d'une Colombe , Oyseaur favori
de cette Déesse , qu'elle portoit à la main,
qu'elle attachoit à son Char , &c. La scconde
dont la forme est assez singuliere ,
porte au lieu de Symboles , l'Image mêm
de Venus en relief avec fort peu de Draperie
, &c. Deux autres Lampes gravées
dans les mêmes Planches appartiennent
visiblement à Cupidon . Sur l'une , outre
ses ailes , il est désigné par son flambeau
allumé qu'il tient à la main , et sur l'autre
il tient d'une main un Bouclier , et
porte l'autre main sur une cotte d'armes
, ayant désarmé Mars , &c. comme
le dit Lucrece , &c. sans parler de deux
autres Lampes aussi curieuses ; l'une de
Cupidon Marin , et l'autre de Cupidon et
Psyché ensemble qui s'embrassent , Planche
161. du même Vol . ausquelles on
peut joindre par Analogie une trèsbelle
Lampe des trois Graces , Planche
171.
Au reste , Monsieur , un Enfant nud
repréFEVRIER.
1733. 307
A
représenté avec des aîles , accompagné
même de quelques Symboles , sur des
Monumens Antiques,ne signifie pas toujours
Cupidon ou l'Amour , comme je
l'ai déja insinué. La preuve de cette verité
me meneroit trop loin , et ma Lettre
est déja assez longue : souffrés que je vous
renvoye pour cela à une pareille figure
d'Enfant aîlé , qui est sur un Monument
Antique de Bronze découvert dans la
Basse Normandie , du tems que j'y séjournois
, et que j'ai donné gravée avec le
Monument entier dans le Journal de
Trevoux , du mois de Sept. 1713.p.1536.
Cet Enfant , qui tient d'une main une
Bourse , et de l'autre un Oyseau par le
col , n'est pas Cupidon , malgré l'ingénieuse
explication qu'en a prétendu faire
P'Auteur du Journal , qui assûre que l'Enigme
de cet Enfant n'est pas difficile à
deviner. Voyez pour en juger ce qui est
dit dans le même Journal ( Octobre 1714.
pag. 1778. ) et surtout la Citation d'une
Médaille de Lucille , fille de Marc- Aurele
, rapportée dans le Selectiora Numismata
de Vaillant , où l'on voit deux Enfans
nuds et aîlez , semblables à celui dont
il est question dans le Monument de Normandie
, et qui ne sont assûrément pas
l'Amour. Voyez aussi la Figure aîlée ,
gravée
308 MERCURE DE FRANCE
gravée dans le même Journal ( Juillet
1715. p.1969. ) du Cabinet de M. Rigord,
qui accompagne une Lettre de ce Sçavant.
Vous y verrez que si c'est l'Amour,
ce qui est assez équivoque , ce n'est pas
l'Amour tout seul , puisque , selon M. R.
c'est en même- tems Harpocrate , Minerve
, la Déesse de la Santé , celle de l'Abondance
, la Fermeté , la Pudeur , et le
Dieu Orus , c'est-à- dire , dans le langage
des Antiquaires , une Figure Panthée.
Je vous cire , au reste, un Livre ( le Jour
nal de Trévoux ) que je crois familier dans
votre Ville , car vous me surprenez beaucoup
en disant que le seul Livre que vous
y avez trouvé pour chercher quelque lumiere
au sujet de votre Lampe , est le
Trésor de Brandebourg , ou la Description
des Antiquitez du Cabinet du Roi de
Prusse , par Beger , dans lequel encore
vous n'avez rien appris à cet égard .
C'est aussi par cette raison que je me suis
un peu étendu pour vous procurer les
éclaircissemens qu'il me paroît que vous
cherchez de bonne foi , et sans attachement
à votre opinion particuliere .
J'ai oublié de vous dire au sujet des
Enfans aîlez , pris communément pour
l'Amour quand on les trouve sur des Monu
FEVRIER . 1733. 309
numens Antiques , que dans le Recüell
des Lampes de Liceti il s'en trouve une
assez singuliere , faite en forme de Calice
, et soutenue par trois Garçons allez
qui ne sont pas plus l'Amour que les autres
figures ailées dont je viens de parler.
Liceti leur donne en effet une autre signification
, les expliquant par les trois
temps , le présent , le passé , le futar
explication gratuite et toute idéale , refutée
par le Pere de Montfaucon , qui
croit avec raison que ce n'est là qu'un
pur caprice d'ouvrier : mais on pourroit
demander pourquoi dans cette supposi
tion , il a néanmoins placé cette Lampe
parmi celles qui dans son Livre appartiennent
à la Mithologie et aux divers
usages du Paganisme. Ön la trouve en effet
en ce rang dans la même Planche 170.
ci-devant citée , &c. -
Je reviens à la Lettre de M. Rigord
dont j'ai parlé plus haut , pour finir la
mienne par une refléxion qui y est contenuë,
et qui vient ici naturellement . » Le
Métier d'un Antiquaire seroit , dit- il ,
» bien pénible , si parce qu'il est Anti-
» quaire , on vouloit l'obliger de donner
» raison de certains desseins que l'Ou-
» vrier a faits sans raison , et par caprice.
Il avoit dit un peu auparavant qu'en
cer
310 MERCURE DE FRANCE
certain cas l'Ouvrier pouvoit , comme
» on fait aujourd'hui , suivre son capri-
» ce , et par là préparer des tortures aux
» Antiquaires à venir. Je m'en tiens à
cette pensée d'un homme éclairé qui avoit
vieilli dans l'étude des Antiques , et conforme
en cela au sentiment des plus habiles.
Continuez -moi cependant , Monsieur ;
votre obligeante attention , en me faisant
part de tout ce que vous pourrez découvrir
de remarquable en ce genre , en prenant
la peine de les dessiner vous -même
avec cette précision et ce goût qui vous
sontnaturels . Les belles Figures Antiques
de Marbre trouvées dans le même Terris
toire que votre Lampe , transportées à Paris
, et dont il est parlé dans le Mercure
d'Août dernier , p. 1809. ont enfin trouvé
maître. J'ai toujours passionnément
souhaitté qu'un pareil Trésor pût rester
ici , mais j'apprens avec chagrin que ces
rares Monumens de la plus belle Antiquité
vont passer la Mer sans retour. Je
suis , & c.
A Paris , le 15 Septembre 1732 .
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Résumé : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. D... au sujet d'une Lampe Antique, trouvée en Provence, au mois de Juillet dernier.
La lettre de M. D. L. R. à M. D... traite de la découverte d'une lampe antique en Provence, près du village de Caseneuve, dans le territoire de la ville d'Apt. Cette lampe, illustrée par un dessin envoyé par M. D..., mesure environ cinq à six pouces de longueur et trois pouces de hauteur. Fabriquée en métal de Corinthe, elle est ornée d'un pied avec une sandale, d'une corne d'abondance et d'un enfant ailé pleurant. La lampe possède deux anneaux, l'un à l'extrémité de l'anse et l'autre au début du gros orteil. M. D... suggère que cette lampe pourrait représenter le pied de Vénus, avec l'enfant ailé symbolisant l'Amour. Cependant, M. D. L. R. trouve cette interprétation conjecturale et propose une autre hypothèse : la lampe pourrait être liée à Psyché, en raison de la présence de l'enfant ailé et de la lampe fatale à Psyché. M. D. L. R. souligne que les lampes antiques étaient souvent fabriquées selon les caprices des ouvriers ou les goûts particuliers des commanditaires, sans nécessairement suivre la mythologie. Il cite divers ouvrages sur les lampes antiques, notamment ceux de Liceti et du Père de Montfaucon, qui décrivent une grande variété de formes et d'ornements. La lettre se conclut par une réflexion sur la difficulté du métier d'antiquaire, qui doit souvent interpréter des objets créés sans raison particulière par les artisans antiques. M. D. L. R. exprime également son regret que des figures antiques en marbre découvertes dans la même région que la lampe soient envoyées à l'étranger.
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9
p. 747-751
Carte Chronologique et Portraits des Comtes de Provence, [titre d'après la table]
Début :
PORTRAITS et Carte Chronologique et Historique des anciens Comtes de Provence avant [...]
Mots clefs :
Provence, Comtes de Provence, Boson, Roi, Prince, Historiens, Berthe de Lorraine, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Carte Chronologique et Portraits des Comtes de Provence, [titre d'après la table]
PORTRAITS et Carte Chronologique et
Historique des anciens Comtes de Provence avant
Louis XI. Roy de France. A Paris , Quay de
l'Horloge du Palais , à la Sphere Royale.
Cet Ouvrage qui est de la composition du R.P.
Penchinat , Cordelier de l'Observance S. François
, est dédié au Roy , ayant au Frontispice le
Portrait de S. M. en Buste . Le Portrait est accompagné
d'un grand Cartouche de chaque côté.
Dans l'un est l'Epitre Dédicatoire , et dans l'autre
la Description abregée de la Provence. Suivent
quatre rangs de Portraits des Comtes de
Fiiij Provence
748 MERCURE DE FRANCE
Provence , ayant chacun audessous un Discours
Sommaire , relatif au Prince qui est représenté.
Au bas de l'Estampe et dans un espace ménagé ,
est une Carte du Gouvernement de Provence et
de la Generalité d'Aix. 1
Il paroît que l'Auteur a voulu donner dans
un seul coup d'oeil la connoissance du caractere
des anciens Comtes de Provence , de leurs principales
actions et de tout ce qui est passé de
plus considerable sous leur Regue. Il joint de
temps en temps à leur Histoire des faits qui y
paroissent étrangers , mais qui sont interessants
et honorables pour la Provence . La distribution
de l'Ouvrage est , comme on vient de le voir ,
très -gracieuse et dans un fort bon ordre . Dans
PEpitre au Roy , l'Auteur donne aux anciens
Comtes de Provence pour principal trait de leur
gloire , celui d'avoir donné à la France une Reine
(Marguerite de Provence ) de laquelle est
sortie l'Auguste Tige des Bourbons . La Description
de la Provence en découvre les beautez et
l'Origine ; et les Portraits des Comtes Souverains
de la Provence , au nombre de 24. finissent à
Charles III. d'Anjou , dit du Maine , qui donna
la Provence en héritage à Louis XI . Roy de
France , son proche Parent. Faisons deux ou
trois Remarques sur le fond de l'Ouvrage.
L'Auteur donne beaucoup de clarté à l'établissement
des premiers Comtes de Provence , en
cela d'autant plus loüiable , que l'on ne trouve
que des obscuritez dans la plupart des Historiens
qui ont écrit sur ce sujet . Son opinion sur
l'article de Boson premier , fils de Rotbold , paroît
solide . Boson , fils de Rotbold de Bourgogne
, et d'Ingerberge , fille de Boson premier ,
Duc de Bourgogne , Roy d'Italie et de Provence,
-comAVRIL.
1734 749
commença , dit-il , dit-il , à regner Pan 933. il épousa
Berthe , fille de Boson , Marquis de Toscane , et
Niece de Hugues , Roy d'Italie , l'un et l'autre
fils du Comte Thibaut et de Berthe de Lorraine.
Hugues ceda à sa Niece Berthe le droit qu'il prétendoit
avoir sur la Provence. Par ce Mariage
les deux Maisons se réunirent , et Boson devint
paisible et légitime possesseur du Pays. Ce raisonnement
paroît juste , puisqu'il n'est pas possible
de découvrir aucun autre motif qui en ait
rendu la possession tranquille aux Successeurs
de Boson.
La même solidité paroît dans ce qu'il die
au sujet de Boson II . qui succede immédiatement
à Boson I. c'est sans fondement dit l'Auteur
) que quelques Historiens prétendent que
Boson II. étoit frere de Boson I. mort sans Enfans.
De l'aveu de tous les Ecrivains , Berthe ,
Epouse de Boson 1. survécut à son Mari et épousa
en secondes nôces Raymond , Prince de Gothie
; si Berthe n'avoit laissé aucnn enfant de son
premier Mary , elle auroit , sans doute , repeté
sa dot , Hugues , son Oncle , auroit renouvellé
ses prétentions sur la Provence , et la guerre auroit
été vivement rallumée entre les descendans
de la Maison de Lorraine et ceux de la Maison
de Bourgogne. Cette sage refléxion développe les
difficultez que l'on peut trouver dans la succession
des premiers Comtes de Provence .
L'Auteur fait encore une remarque judicieuse
au sujet de Gilbert de Lorraine ,. qu'il fait huitiéme
Comte de Provence . Quelque obscurité ,
dit-il , que l'on trouve parmi les Historiens sur
l'origine de ce Prince et sur son avenement à
la Souveraineté de Provence , l'opinion la plus
sûre paroît celle qui le fait descendre de la Mai-
Ev Son
70 MERCURE DE FRANCE
son de Lorraine . C'est insulter à la pieté des
Descendans de Boson I. que de croire que Gilbert
étoit fils de Guillaume III. Comte de Provence
, et qu'étant encore fort jeune lors de la
mort de son Pere , Geoffroy son Oncle , lui usurpa
ses Etats. Cette usurpation n'auroit pas été
tranquille , et Gilbert devenu Majeur , n'auroit
pas souffert paisiblement cet enlevement si injuste.
Notre Auteur croit ce Gilbert fils d'Othon ,
Comte de Lorraine , et de Blanche Sidoine , fille
de Guillaume III . Comte de Provence ; il fait
sentir que l'origine et l'établissement de ce Comte
ne paroissent pas dans un grand jour , mais il
croit que l'opinion qu'il adopte , a plus de fondement
et de vrai- semblance .
On ne peut se refuser à ce qu'il ajoûte au sujet
d'Alphonse 1. Roy d'Arragon , et XII . Comte
de Provence. Il ne paroît pas en effet vrai- semblable
que ce Prince ait donné , au préjudice de
ses Enfans , la Souveraineté de Provence à Betenger
et Sance , ses freres , et à Huno , son neveu
, que tous les trois en ayent été Comtes
Souverains en même- temps ; qu'Alphonse luimême
ait regné avec eux , et qu'ensuite ce Prince
leur en ait ôté tout - à - coup la possession pour
la donner à Alphonse II . son fils , qui lui succeda.
Il est plus à présumer que les deux Freres
et le Neveu d'Alphonse I. n'ont gouverné la
Provence qu'en qualité de Comtes Commandans .
L'Auteur parle avec beaucoup de prudence de
la Comtesse Jeanne de Provence , et il la justifie
d'une maniere qui semble ne laisser aucun soupçon
sur l'innocence de cette Princesse , assez
maltraitée dans plusieurs Historiens.
On peut dire que cet Ouvrage , quoiqu'en ra-
Conci , ne peut être que très - atile , soit pour se
rappeller
AVRIL. 1734. 751
rappeller agréablement et en peu de temps ce
qu'on a lû sur l'Histoire de Provence , soit pour
en avoir une idée suffisante quand on ne peut
s'appliquer à de longues lectures. L'Auteur promet
de donner dans la suite un Abbregé de l'Histoire
de Provence , qui servira d'éclaircissement
à ce qu'il y a d'obscur dans les anciens Historiens
du Pays.
Historique des anciens Comtes de Provence avant
Louis XI. Roy de France. A Paris , Quay de
l'Horloge du Palais , à la Sphere Royale.
Cet Ouvrage qui est de la composition du R.P.
Penchinat , Cordelier de l'Observance S. François
, est dédié au Roy , ayant au Frontispice le
Portrait de S. M. en Buste . Le Portrait est accompagné
d'un grand Cartouche de chaque côté.
Dans l'un est l'Epitre Dédicatoire , et dans l'autre
la Description abregée de la Provence. Suivent
quatre rangs de Portraits des Comtes de
Fiiij Provence
748 MERCURE DE FRANCE
Provence , ayant chacun audessous un Discours
Sommaire , relatif au Prince qui est représenté.
Au bas de l'Estampe et dans un espace ménagé ,
est une Carte du Gouvernement de Provence et
de la Generalité d'Aix. 1
Il paroît que l'Auteur a voulu donner dans
un seul coup d'oeil la connoissance du caractere
des anciens Comtes de Provence , de leurs principales
actions et de tout ce qui est passé de
plus considerable sous leur Regue. Il joint de
temps en temps à leur Histoire des faits qui y
paroissent étrangers , mais qui sont interessants
et honorables pour la Provence . La distribution
de l'Ouvrage est , comme on vient de le voir ,
très -gracieuse et dans un fort bon ordre . Dans
PEpitre au Roy , l'Auteur donne aux anciens
Comtes de Provence pour principal trait de leur
gloire , celui d'avoir donné à la France une Reine
(Marguerite de Provence ) de laquelle est
sortie l'Auguste Tige des Bourbons . La Description
de la Provence en découvre les beautez et
l'Origine ; et les Portraits des Comtes Souverains
de la Provence , au nombre de 24. finissent à
Charles III. d'Anjou , dit du Maine , qui donna
la Provence en héritage à Louis XI . Roy de
France , son proche Parent. Faisons deux ou
trois Remarques sur le fond de l'Ouvrage.
L'Auteur donne beaucoup de clarté à l'établissement
des premiers Comtes de Provence , en
cela d'autant plus loüiable , que l'on ne trouve
que des obscuritez dans la plupart des Historiens
qui ont écrit sur ce sujet . Son opinion sur
l'article de Boson premier , fils de Rotbold , paroît
solide . Boson , fils de Rotbold de Bourgogne
, et d'Ingerberge , fille de Boson premier ,
Duc de Bourgogne , Roy d'Italie et de Provence,
-comAVRIL.
1734 749
commença , dit-il , dit-il , à regner Pan 933. il épousa
Berthe , fille de Boson , Marquis de Toscane , et
Niece de Hugues , Roy d'Italie , l'un et l'autre
fils du Comte Thibaut et de Berthe de Lorraine.
Hugues ceda à sa Niece Berthe le droit qu'il prétendoit
avoir sur la Provence. Par ce Mariage
les deux Maisons se réunirent , et Boson devint
paisible et légitime possesseur du Pays. Ce raisonnement
paroît juste , puisqu'il n'est pas possible
de découvrir aucun autre motif qui en ait
rendu la possession tranquille aux Successeurs
de Boson.
La même solidité paroît dans ce qu'il die
au sujet de Boson II . qui succede immédiatement
à Boson I. c'est sans fondement dit l'Auteur
) que quelques Historiens prétendent que
Boson II. étoit frere de Boson I. mort sans Enfans.
De l'aveu de tous les Ecrivains , Berthe ,
Epouse de Boson 1. survécut à son Mari et épousa
en secondes nôces Raymond , Prince de Gothie
; si Berthe n'avoit laissé aucnn enfant de son
premier Mary , elle auroit , sans doute , repeté
sa dot , Hugues , son Oncle , auroit renouvellé
ses prétentions sur la Provence , et la guerre auroit
été vivement rallumée entre les descendans
de la Maison de Lorraine et ceux de la Maison
de Bourgogne. Cette sage refléxion développe les
difficultez que l'on peut trouver dans la succession
des premiers Comtes de Provence .
L'Auteur fait encore une remarque judicieuse
au sujet de Gilbert de Lorraine ,. qu'il fait huitiéme
Comte de Provence . Quelque obscurité ,
dit-il , que l'on trouve parmi les Historiens sur
l'origine de ce Prince et sur son avenement à
la Souveraineté de Provence , l'opinion la plus
sûre paroît celle qui le fait descendre de la Mai-
Ev Son
70 MERCURE DE FRANCE
son de Lorraine . C'est insulter à la pieté des
Descendans de Boson I. que de croire que Gilbert
étoit fils de Guillaume III. Comte de Provence
, et qu'étant encore fort jeune lors de la
mort de son Pere , Geoffroy son Oncle , lui usurpa
ses Etats. Cette usurpation n'auroit pas été
tranquille , et Gilbert devenu Majeur , n'auroit
pas souffert paisiblement cet enlevement si injuste.
Notre Auteur croit ce Gilbert fils d'Othon ,
Comte de Lorraine , et de Blanche Sidoine , fille
de Guillaume III . Comte de Provence ; il fait
sentir que l'origine et l'établissement de ce Comte
ne paroissent pas dans un grand jour , mais il
croit que l'opinion qu'il adopte , a plus de fondement
et de vrai- semblance .
On ne peut se refuser à ce qu'il ajoûte au sujet
d'Alphonse 1. Roy d'Arragon , et XII . Comte
de Provence. Il ne paroît pas en effet vrai- semblable
que ce Prince ait donné , au préjudice de
ses Enfans , la Souveraineté de Provence à Betenger
et Sance , ses freres , et à Huno , son neveu
, que tous les trois en ayent été Comtes
Souverains en même- temps ; qu'Alphonse luimême
ait regné avec eux , et qu'ensuite ce Prince
leur en ait ôté tout - à - coup la possession pour
la donner à Alphonse II . son fils , qui lui succeda.
Il est plus à présumer que les deux Freres
et le Neveu d'Alphonse I. n'ont gouverné la
Provence qu'en qualité de Comtes Commandans .
L'Auteur parle avec beaucoup de prudence de
la Comtesse Jeanne de Provence , et il la justifie
d'une maniere qui semble ne laisser aucun soupçon
sur l'innocence de cette Princesse , assez
maltraitée dans plusieurs Historiens.
On peut dire que cet Ouvrage , quoiqu'en ra-
Conci , ne peut être que très - atile , soit pour se
rappeller
AVRIL. 1734. 751
rappeller agréablement et en peu de temps ce
qu'on a lû sur l'Histoire de Provence , soit pour
en avoir une idée suffisante quand on ne peut
s'appliquer à de longues lectures. L'Auteur promet
de donner dans la suite un Abbregé de l'Histoire
de Provence , qui servira d'éclaircissement
à ce qu'il y a d'obscur dans les anciens Historiens
du Pays.
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Résumé : Carte Chronologique et Portraits des Comtes de Provence, [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Portraits et Carte Chronologique et Historique des anciens Comtes de Provence avant Louis XI. Roy de France', rédigé par le R.P. Penchinat, un cordelier de l'Observance de Saint François. Cet ouvrage est dédié au roi de France et inclut un portrait du souverain, une épître dédicatoire et une description abrégée de la Provence. Il contient également des portraits de 24 comtes de Provence, chacun accompagné d'un discours sommaire relatant les actions et le caractère du prince représenté. Une carte du gouvernement de Provence et de la généralité d'Aix est également incluse. L'auteur vise à offrir une connaissance rapide des anciens comtes de Provence, de leurs actions principales et des événements marquants de leur règne. Il intègre des faits intéressants et honorables pour la Provence, bien que parfois étrangers à l'histoire des comtes. L'ouvrage est structuré de manière gracieuse et ordonnée, débutant par une épître au roi qui souligne la gloire des anciens comtes de Provence d'avoir donné à la France une reine, Marguerite de Provence, ancêtre des Bourbons. La description de la Provence met en lumière ses beautés et son origine. L'auteur clarifie plusieurs points obscurs de l'histoire des premiers comtes de Provence. Il affirme que Boson, fils de Rotbold de Bourgogne et d'Ingerberge, commença à régner en 933 et devint légitime possesseur de la Provence par son mariage avec Berthe, fille de Boson, marquis de Toscane. Il conteste également les affirmations selon lesquelles Boson II serait le frère de Boson I, mort sans enfants, et soutient que Berthe survécut à son premier mari et se remaria avec Raymond, prince de Gothie. L'auteur discute également de Gilbert de Lorraine, qu'il considère comme le huitième comte de Provence et descendant de la maison de Lorraine, contredisant les historiens qui le prétendent fils de Guillaume III et usurpateur des États de son oncle Geoffroy. Enfin, il remet en question la succession d'Alphonse I, roi d'Aragon et comte de Provence, et justifie la comtesse Jeanne de Provence, souvent mal traitée dans les écrits historiques. L'ouvrage est jugé utile pour rappeler ou découvrir l'histoire de la Provence de manière concise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 1842-1850
ASSEMBLÉE publique de la même Académie, du 22 Avril 1744.
Début :
LES grandes occupat[i]ons de M. Pallu, Intendant de Lyon, ne lui ayant pas permis de donner, / Mémoire, contenant la Description de plusieurs Machines de Guerre. Les [...]
Mots clefs :
Lyon, Degrés, Calcul, Observation, Éclipse de lune, Provence, Nombres, Soleil, Machine, Arithmétique, Arts libéraux, Cadrans solaires, Phtisie, Observations météorologiques, Architecture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de la même Académie, du 22 Avril 1744.
ASSEMBLE' E publique de la même
Académie , du 22 Avril 1744.
I
Es grandes occupat ons de M. Pallu , Inten
dant de Lyon , ne lui ayant pas permis de donner,
en qualité de Directeur de l'Académie, les Extraits
des Mémoires qui y ont été lûs depuis la
derniere Aff mblée publique il avoit prié M.
Borde,President de la précédente année , d'en faire
le Recueil & la lecture. Voici les Extraits qu'il a
rapportés.
?
Mémoire , contenant la Defcription de plufieurs
Machines de Guerre.
Les avantages que le Public peut retirer des ingénieufes
inventions , & des Machines qui forment
le curieux Cabinet de M. Grollier de Servieres
viennent infentiblen: ent orner nos Regifties. Ce
Mémoire contient des détails de conftruction &
d'apAOUST.
1744. 1.843
application. 1 : D'une Machine qui fert à forer
des Canons. Le Canon eft jetté en tonte tout maffif,
eft placé fur cette Machine & y ett fufpendu , dans
une fituation renventée & perpendiculaire , fur des
piéces de bois , qui lui permettent de defcendre infenfiblement
fur des forets de diferentes grandeurs
& force , qui en détachent ia natiere , en
tournant rapidement fur leur centre , par l'action
des chevaux , ou de tout utre moteur. Une feconde
Machiné faire paffer du Canon > pour au travers
d'une Riviere , loifqu'il n'y a point de Pont.
Une troifiéme , pour transporter ailément du Canon
fur divers endroits du Rempart ; moyen etile lorf
que les batteries des affiégés ont été démontées en
partie , & qu'il eft néceffaire de taire feu en plu-
Geurs endroits 4. Un Pont volant , pour trav.rfer
un foflé 5 ° . & 6 ° Deux moyens différens & d'une
grande fimplicité , pour éventer les Mines des affié--
geans , les prevenir & les inonder.
Sur les fractions des Nombres.
Les opérations d'Arithmetique préfentent fou
vent des fractions , dont il eit neceflaire de connoître
la valeur relativement à l'efpéce dont elles font
parties aliquotes , il faut pour y parvenir, employer
des réductions , qui fouvent , par la longueur du
calcul , deviennent fufceptibles d'erreur. M. l'Abbé
Dugaiby, qui a fenti ces difficultés , a cru pouvoir
les lever , en. imaginant des tables & des échelles
où ces reductions ie trouvent toutes faites , au premier
coup d'oeil ; un Inftrument qui a quelque rap- .
port au Compas de proportion , & inventé pour faciliter
la conftruction de ces échelles lui a fervi uti- >
lement. I elt compofé de deux régles , donc l'une
eft divifée fuivant la fuite naturelle des Nombres ,
I vj
&
1844 MERCURE DE FRANCE.
& l'autre , felon l'ordre des Nombres impairs ; le
centre de mouvement des deux régles eft variable
fur l'une des deux . Cet Inftrument divife tout cercle
& tout, fecteur à volonté , felon les différentes gradations
des Nombres , marqués fur la principale.
régle , & réfout méchaniquement & fans calcul le
Problême de Papus , fans avoir recours aux lignes
du fecond genre.
Obfervations du Paffage de la Planette de
Mercure fur le Soleil , le matin du 5
Novembre 1743 .
que
2
Un Phenomene fenfible & obfervé avec exactitude
, préſente aux Aftronomes des preuves de la
jufteffe , ou de la fauffeté de leurs hypotéfes . Il leur
eft donc extrêmement important de n'en pas laiffer
échapper l'heureux inftant. Le Paffage de Mercure
fur le Soleil , eft d'autant plus utile à l'Aftronomie,
le mouvement de cette Planette n'eft pas encore
bien connu , fes révolutions , quoique promp
tes , ne le placent que rarement dans une fiuation
propre à être obfervé. Le Phénomene annoncé par
les Ephemerides , avertit le P. Beraud de le précautionner
pour l'Obfervation Une Lunette de 20
pieds un quart de cercle , une Machine parallactique
& une Pendule réglée fur le mouvement vrai ,
furent préparées pour cette Obfervation ; le tems la
favorifa parfaitement . Mercure parut par la Lunette
de 20 pieds, exactement rond , fort noir , & fa circonférence
bien terminée , fans nebulofité , & fans
anneau lumineux. L'inftant de fon immerſion totale
fut à 8 heures du matin , 49' f1 " , tems vrai , &
celui de l'émerfion totale à i heures après midi ,
21' 20" , le tems de fon immerfion . totale à fon
émerfion entiere fut de 4 heures 3.1 ' 29" , & le tems
I
que
A O UST. 1744. . 1845
que fon diamétre mit à paffer le bord occidental dư
Soleil de z ' 6" , d'où l'on a conclu , que le moment
de for entrée fur le bord oriental , fut à 8 heures 47°
45" , qui différe du tems de l'entrée déterminée ,
par les Tables de 14' 33 " dont il a avancé , le diamétre
apparent du Soleil ce jour-là , étant de 32 °
30" ; la route entiere de Mercure comparée à ce
diamétre eft de 27 ' 14" . Le P. Beraud , par un calcul
intéreffant & tiré de cette Obfervation , donne
le rapport de la grandeur véritable de Mercure &
fon diamétre ; comparée à celle de la Terre , elle
eft comme 388 à 1200, c'eft- à-dire, que fon diamètre
eft un peu plus d'un tiers de celui de la Terre ; fa
furface un neuvième , & ſa ſolidité un vingt - feptiéme:
ce qui fe trouve très conforme aux précédentes
déterminations données par les Aftronomes les
plus exacts. Cette Obfervation annonce donc une
erreur dans les Tables, mais le P. Beraud ne fe preffe
pas de la conclure ; c'eft à la conformité des Obfervations
du même Phénomene à décider de la justef
fe ou de l'erreur des Tables qui les prédiſent.
Obfervation de l'Eclipfe de Lune , du z
Novembre 1743-
Le moment de cette Eclipfe a encore précédé le
tems où elle devoit arriver , felon les Ephémerides
de 15' 42 " , différence trop confidérable & qui auroit
pu faire douter de l'exactitude de l'Obfervation
, fi le P. Beraud n'avoit eu la fatisfaction de
voit la fienne ne différer que de peu de fecondes de
celles qui ont été faites en même-tems , à Toulon ,
par le P. du Chatelard , l'un de nos Académiciens
affociés , & à Marseille , par le P. Permas . Tel eft
P'ufage de ces fortes de comparaifons . Eiles font à
l'Aftro1846
MERCURE DE FRANCE.
FAftronomie , ce que les démonftrations font à la
Géométrie .
Sur les proportions dans l'Arithmetique.
M. l'Abbé Dugaiby préfenta un fecond Inftrument
qu'il a inventé , pour faciliter l'intelligence &
P'ufage des régles de proportions . Le quatrieme
proportionnel à trois nombres donnés, vient comme
de lui même fe placer fur l'Inftrument , par une
opération fimple ,immédiate & fans calcul , qui ne
demande que beaucoup de précifion dans l'inftru
ment.
Sur la perfection des Arts Libéraux.
L'Architecture , la Peinture , la Sculpture & la
Gravure , font des Arts infiniment précieux , la perfection
où nous les voyons , a conduit M. de la
Monce à en pénétrer la caufe . Les Analyfes qu'il
en a faites , lui font voir par tout , que les habiles.
Maîtres n'ont été tels que par une étude fuivie &
attentive des beaux Arts & des Sciences , qui conduifent
à leur intelligence. Il fait voir que les cinq
ordres d'Architecture doivent être confiderés com
me les lettres de l'Alphabet , c'eft - à- dire fufceptibles
d'une combinaiſon étonnante , laquelle bien enten
duë ne manquera jamais de plaire . Que le Pinceau
guidé par l'H ftoire , la Fable & les diverfes productions
de la Nature , préfentera tout à la fois , le
bon goût , la vérité la nobleffe de l'exécution
& enfin que le Cifeau & le Burin conduits par des
mains attentives , produiront ces Chefs-d'oeuvres
d'une pratique haoile & d'une fçavante imitation..
Sur
AOUST. 1847
1744.
Sur la conftruction des Cadrans Solaires , Verticaux
, Méridionaux déclinans ; & la
connoiffance de la Méridienne fur des Plans
Verticaux.
&
La Géométrie fe place par tout avec fuccès ; le
calcul différentiel vient au fecours d'une pratique
de Gnomonique , & fournit par une formule , une
Méthode fimple & exacte , pour trouver la déclinaifon
d'un Plan vertical , & en conféquence , la
ligne méridienne fur ce Plan . M., Mathon , à l'aide
de cette méthode , tire une tangente à la ligne
d'ombre d'un ftyle droit , élevé perpendiculairemert
fur le Plan , au point le lus près de midi ,
en conclut , par le calcul , le vrai point du midi , &
Ja hauteur du Pôle. Une feconde méthode pour
trouver la même méridienne , fans avoir befoin de
connoître la déclinaifon du Plan , fuppofe la maniere
ordinaire pour tracer la meridienne fur des
Plans horifontaux , par des cercles concentriques ,
décrits du pied d'un ftyle droit mais pour éviter
les erreurs , produites par le changemen de déclimaifon
du Soleil , M. Mathon propoſe de tirer une
tangente à la ligne d'ombre , au point trouvé part
Poble vation le complement de l'Angle de cette
tangente , avec une ligne verticale fera l'Angle
cherché entre la fous- litaire & la ligne de midi Les
petits arcs de la Courbe décrite , par l'extrêmité de
P'ombre , peuvent être pris , fans erreur fenfible
pour des lignes droites , furtout lorfqu'on fera ufage
de ftyles un peu longs.
:
Sur
1848 MERCURE DE FRANCE.
Sur l'ufage du Sucre de lait , dans l'Emoptifie
&les fueurs immédiates qui accompagnent
ordinairement la Phibyfi .
M. Moegling , l'un des Académiciens affociés ,
nous fit part de la maniere fitée en fon Pays , pour
la compofition du Sucre de lait ; elle est peu diffé
tente de celle des Suiffes . D'heureuſes applications
qu'il afaites de ceRemede à l'Emoptyfie & à l'Eryfie ,
l'ont perfuadé , qu'il n'opéroit efficacement dans
l'une & l'autre maladie , que par les fels abondans
qu'il renferme , lefquels fe mêlant avec le fang ,
l'embaraffent , en arrêtent la fougue, & l'empêchent
de monter avec impétuofité dans les poulmons ,
& par leur qualité aftringeante , confolident les petits
vaiffeaux , & font ceffer les vomiffemens & crachemens
de fang . Il rafraîchit la chaleur immoderée,
& refferre les pores qui laiffent échapper avec
trop de facilité la Lymphe qui circule avec le fang-
Obfervations météorologiques faites à Lyon en
l'année 1743 »
comparées avec celles de
Provence , qui nous ont été envoyées par Le
P. du Chatelard & par M. Boeuf , Confeiller
au Parlement d'Aix.
Le plus grand froid a été à Lyon le 28 Janvier ,
de 7 dégrés au deffous de la congélation , & en Provence
le 23 , feulement de deux dégrés tous la congélation
, donc le froid de l'Hyver 1743.à Lyon , a
été plus grand que celui de Provence des dégrés .
La plus grande chaleur à Lyon de l'Eté 1743 , a
été le 18 Juin de 29 dégrés au - deffus de la congélation
& en Provence le 1 Août de 23 dégrés ,
›
donc
AOUST. 1744. 1849
donc l'Eté de Lyon a été plus chaud que celui de
Provence de 6 dégrés , & à peu près dans la même
proportion du froid. Nous avons déja remarqué ,
dans les années précédentes , des différences prelque
auffi fenfibles .
Les hauteurs du Barométre ont été à peu près les
mêmes à Lyon & en Provence , & les mêmes jours
relativement à la hauteur des Lieux.
3
La déclinaifon de l'Aiguille aimantée a été affés
conftamment de 16 dégrés à Toulon , & à Lyon
de 15 dégrés 30' Nord - Ouest.
Sur la meilleure maniere d'enfeigner
l'Arithmétique.
l'or-
Il eft certain que plufieurs perfonnes fe plaignent
d'avoir oublié à chiffrer , prefqu'auffi- tôt qu'ils l'avoient
appris . M. Cheinet fait voir évidemment que
ce défaut ne vient pas feulement du peu d'habitude
qu'on en conferve , mais bien plus encore de la
maniere dont on a été enſeigné. Il ne faut que fentir
la différence qu'il y a entre un Arithméticien &
un Chiffreur. Les Maîtres n'enfeignent , pour
dinaire , que la fimple pratique de l'Arithinétique ,
qui s'oublie fort aisément , au lieu que les principes
de certe Science ne pénétrent dans l'entendeinent ,
que pour s'y affûrer une place conftante , & y former
des traces inéfaçables. Plufieurs raifons enga
gent M. Cheinet à donner des inſtructions aux Maî.
tres & aux Difciples , pour les conduire sûrement
dans la théorie & dans la pratique de cette Scien-
EC.
Obfer
1850 MERCURE DE FRANCE.
Obfervations fur la réforme de la Severonde ,
en ufage dans cette Ville , & nommée communément
Forget.
C'est ici une espéce de reproche fait à l'habitude ,
au mauvais goût & au préjugé ; la Severonde ou le
Forget des Toits de cette Ville , a préfenté à M.
Delorme des fujets d'Obfervations critiques , qui
paroiffent bien fondées. Elles portent fur la faillie
défectueufe que cette Severonde préfente à la vûë ,
fur fon inutilité pour préferver de la pluye le mûr
de face & les paffans : fur l'oeconomie de fa rétorme
, dans la conftruction & dans les réparations fré
quentes : fur les dangers aufquels expofe la faillie
hors-d'oeuvre , en facilitant à la flâme la communication
d'une maison à l'autre ; fur la diminution du
jour , nuifible aux Ouvriers & aux Manufactures ;
& enfin fur l'humidité & le mauvais air qu'elle
maintient dans les appartemens , par fon oppofition
à une circulation aifée . M. Delorme ajoute à toutes
cès Obfervations , deux modéles tirés de la belle
& fimple Architecture , qu'il feroit à fouhaiter
qu'on voulut imiter , mais une certaine fatalité veut
que l'indiférence pour le bien public , piévale pref
que toûjours.
M. Cheinet lût un Mémoire fur l'harmonie & fur
les régles de la compofition ; l'Extrait en a été
donné dans la précédente Affemblée publique.
M. Delamonce fit la lecture d'un Mémoire fur
plufieurs anciens Temples , & leur comparaiſon avec
nos Eglifes modernes . L'Extrait fe trouve avec ceux
de la Séance publique du 8 Mai 1743 .
M. Gaviner termina la Séance , par un Mémoire
fur les Régules Métalliques , dont on a vû l'Extrait
avec ceux de la précédente Aſſemblée publique.
Académie , du 22 Avril 1744.
I
Es grandes occupat ons de M. Pallu , Inten
dant de Lyon , ne lui ayant pas permis de donner,
en qualité de Directeur de l'Académie, les Extraits
des Mémoires qui y ont été lûs depuis la
derniere Aff mblée publique il avoit prié M.
Borde,President de la précédente année , d'en faire
le Recueil & la lecture. Voici les Extraits qu'il a
rapportés.
?
Mémoire , contenant la Defcription de plufieurs
Machines de Guerre.
Les avantages que le Public peut retirer des ingénieufes
inventions , & des Machines qui forment
le curieux Cabinet de M. Grollier de Servieres
viennent infentiblen: ent orner nos Regifties. Ce
Mémoire contient des détails de conftruction &
d'apAOUST.
1744. 1.843
application. 1 : D'une Machine qui fert à forer
des Canons. Le Canon eft jetté en tonte tout maffif,
eft placé fur cette Machine & y ett fufpendu , dans
une fituation renventée & perpendiculaire , fur des
piéces de bois , qui lui permettent de defcendre infenfiblement
fur des forets de diferentes grandeurs
& force , qui en détachent ia natiere , en
tournant rapidement fur leur centre , par l'action
des chevaux , ou de tout utre moteur. Une feconde
Machiné faire paffer du Canon > pour au travers
d'une Riviere , loifqu'il n'y a point de Pont.
Une troifiéme , pour transporter ailément du Canon
fur divers endroits du Rempart ; moyen etile lorf
que les batteries des affiégés ont été démontées en
partie , & qu'il eft néceffaire de taire feu en plu-
Geurs endroits 4. Un Pont volant , pour trav.rfer
un foflé 5 ° . & 6 ° Deux moyens différens & d'une
grande fimplicité , pour éventer les Mines des affié--
geans , les prevenir & les inonder.
Sur les fractions des Nombres.
Les opérations d'Arithmetique préfentent fou
vent des fractions , dont il eit neceflaire de connoître
la valeur relativement à l'efpéce dont elles font
parties aliquotes , il faut pour y parvenir, employer
des réductions , qui fouvent , par la longueur du
calcul , deviennent fufceptibles d'erreur. M. l'Abbé
Dugaiby, qui a fenti ces difficultés , a cru pouvoir
les lever , en. imaginant des tables & des échelles
où ces reductions ie trouvent toutes faites , au premier
coup d'oeil ; un Inftrument qui a quelque rap- .
port au Compas de proportion , & inventé pour faciliter
la conftruction de ces échelles lui a fervi uti- >
lement. I elt compofé de deux régles , donc l'une
eft divifée fuivant la fuite naturelle des Nombres ,
I vj
&
1844 MERCURE DE FRANCE.
& l'autre , felon l'ordre des Nombres impairs ; le
centre de mouvement des deux régles eft variable
fur l'une des deux . Cet Inftrument divife tout cercle
& tout, fecteur à volonté , felon les différentes gradations
des Nombres , marqués fur la principale.
régle , & réfout méchaniquement & fans calcul le
Problême de Papus , fans avoir recours aux lignes
du fecond genre.
Obfervations du Paffage de la Planette de
Mercure fur le Soleil , le matin du 5
Novembre 1743 .
que
2
Un Phenomene fenfible & obfervé avec exactitude
, préſente aux Aftronomes des preuves de la
jufteffe , ou de la fauffeté de leurs hypotéfes . Il leur
eft donc extrêmement important de n'en pas laiffer
échapper l'heureux inftant. Le Paffage de Mercure
fur le Soleil , eft d'autant plus utile à l'Aftronomie,
le mouvement de cette Planette n'eft pas encore
bien connu , fes révolutions , quoique promp
tes , ne le placent que rarement dans une fiuation
propre à être obfervé. Le Phénomene annoncé par
les Ephemerides , avertit le P. Beraud de le précautionner
pour l'Obfervation Une Lunette de 20
pieds un quart de cercle , une Machine parallactique
& une Pendule réglée fur le mouvement vrai ,
furent préparées pour cette Obfervation ; le tems la
favorifa parfaitement . Mercure parut par la Lunette
de 20 pieds, exactement rond , fort noir , & fa circonférence
bien terminée , fans nebulofité , & fans
anneau lumineux. L'inftant de fon immerſion totale
fut à 8 heures du matin , 49' f1 " , tems vrai , &
celui de l'émerfion totale à i heures après midi ,
21' 20" , le tems de fon immerfion . totale à fon
émerfion entiere fut de 4 heures 3.1 ' 29" , & le tems
I
que
A O UST. 1744. . 1845
que fon diamétre mit à paffer le bord occidental dư
Soleil de z ' 6" , d'où l'on a conclu , que le moment
de for entrée fur le bord oriental , fut à 8 heures 47°
45" , qui différe du tems de l'entrée déterminée ,
par les Tables de 14' 33 " dont il a avancé , le diamétre
apparent du Soleil ce jour-là , étant de 32 °
30" ; la route entiere de Mercure comparée à ce
diamétre eft de 27 ' 14" . Le P. Beraud , par un calcul
intéreffant & tiré de cette Obfervation , donne
le rapport de la grandeur véritable de Mercure &
fon diamétre ; comparée à celle de la Terre , elle
eft comme 388 à 1200, c'eft- à-dire, que fon diamètre
eft un peu plus d'un tiers de celui de la Terre ; fa
furface un neuvième , & ſa ſolidité un vingt - feptiéme:
ce qui fe trouve très conforme aux précédentes
déterminations données par les Aftronomes les
plus exacts. Cette Obfervation annonce donc une
erreur dans les Tables, mais le P. Beraud ne fe preffe
pas de la conclure ; c'eft à la conformité des Obfervations
du même Phénomene à décider de la justef
fe ou de l'erreur des Tables qui les prédiſent.
Obfervation de l'Eclipfe de Lune , du z
Novembre 1743-
Le moment de cette Eclipfe a encore précédé le
tems où elle devoit arriver , felon les Ephémerides
de 15' 42 " , différence trop confidérable & qui auroit
pu faire douter de l'exactitude de l'Obfervation
, fi le P. Beraud n'avoit eu la fatisfaction de
voit la fienne ne différer que de peu de fecondes de
celles qui ont été faites en même-tems , à Toulon ,
par le P. du Chatelard , l'un de nos Académiciens
affociés , & à Marseille , par le P. Permas . Tel eft
P'ufage de ces fortes de comparaifons . Eiles font à
l'Aftro1846
MERCURE DE FRANCE.
FAftronomie , ce que les démonftrations font à la
Géométrie .
Sur les proportions dans l'Arithmetique.
M. l'Abbé Dugaiby préfenta un fecond Inftrument
qu'il a inventé , pour faciliter l'intelligence &
P'ufage des régles de proportions . Le quatrieme
proportionnel à trois nombres donnés, vient comme
de lui même fe placer fur l'Inftrument , par une
opération fimple ,immédiate & fans calcul , qui ne
demande que beaucoup de précifion dans l'inftru
ment.
Sur la perfection des Arts Libéraux.
L'Architecture , la Peinture , la Sculpture & la
Gravure , font des Arts infiniment précieux , la perfection
où nous les voyons , a conduit M. de la
Monce à en pénétrer la caufe . Les Analyfes qu'il
en a faites , lui font voir par tout , que les habiles.
Maîtres n'ont été tels que par une étude fuivie &
attentive des beaux Arts & des Sciences , qui conduifent
à leur intelligence. Il fait voir que les cinq
ordres d'Architecture doivent être confiderés com
me les lettres de l'Alphabet , c'eft - à- dire fufceptibles
d'une combinaiſon étonnante , laquelle bien enten
duë ne manquera jamais de plaire . Que le Pinceau
guidé par l'H ftoire , la Fable & les diverfes productions
de la Nature , préfentera tout à la fois , le
bon goût , la vérité la nobleffe de l'exécution
& enfin que le Cifeau & le Burin conduits par des
mains attentives , produiront ces Chefs-d'oeuvres
d'une pratique haoile & d'une fçavante imitation..
Sur
AOUST. 1847
1744.
Sur la conftruction des Cadrans Solaires , Verticaux
, Méridionaux déclinans ; & la
connoiffance de la Méridienne fur des Plans
Verticaux.
&
La Géométrie fe place par tout avec fuccès ; le
calcul différentiel vient au fecours d'une pratique
de Gnomonique , & fournit par une formule , une
Méthode fimple & exacte , pour trouver la déclinaifon
d'un Plan vertical , & en conféquence , la
ligne méridienne fur ce Plan . M., Mathon , à l'aide
de cette méthode , tire une tangente à la ligne
d'ombre d'un ftyle droit , élevé perpendiculairemert
fur le Plan , au point le lus près de midi ,
en conclut , par le calcul , le vrai point du midi , &
Ja hauteur du Pôle. Une feconde méthode pour
trouver la même méridienne , fans avoir befoin de
connoître la déclinaifon du Plan , fuppofe la maniere
ordinaire pour tracer la meridienne fur des
Plans horifontaux , par des cercles concentriques ,
décrits du pied d'un ftyle droit mais pour éviter
les erreurs , produites par le changemen de déclimaifon
du Soleil , M. Mathon propoſe de tirer une
tangente à la ligne d'ombre , au point trouvé part
Poble vation le complement de l'Angle de cette
tangente , avec une ligne verticale fera l'Angle
cherché entre la fous- litaire & la ligne de midi Les
petits arcs de la Courbe décrite , par l'extrêmité de
P'ombre , peuvent être pris , fans erreur fenfible
pour des lignes droites , furtout lorfqu'on fera ufage
de ftyles un peu longs.
:
Sur
1848 MERCURE DE FRANCE.
Sur l'ufage du Sucre de lait , dans l'Emoptifie
&les fueurs immédiates qui accompagnent
ordinairement la Phibyfi .
M. Moegling , l'un des Académiciens affociés ,
nous fit part de la maniere fitée en fon Pays , pour
la compofition du Sucre de lait ; elle est peu diffé
tente de celle des Suiffes . D'heureuſes applications
qu'il afaites de ceRemede à l'Emoptyfie & à l'Eryfie ,
l'ont perfuadé , qu'il n'opéroit efficacement dans
l'une & l'autre maladie , que par les fels abondans
qu'il renferme , lefquels fe mêlant avec le fang ,
l'embaraffent , en arrêtent la fougue, & l'empêchent
de monter avec impétuofité dans les poulmons ,
& par leur qualité aftringeante , confolident les petits
vaiffeaux , & font ceffer les vomiffemens & crachemens
de fang . Il rafraîchit la chaleur immoderée,
& refferre les pores qui laiffent échapper avec
trop de facilité la Lymphe qui circule avec le fang-
Obfervations météorologiques faites à Lyon en
l'année 1743 »
comparées avec celles de
Provence , qui nous ont été envoyées par Le
P. du Chatelard & par M. Boeuf , Confeiller
au Parlement d'Aix.
Le plus grand froid a été à Lyon le 28 Janvier ,
de 7 dégrés au deffous de la congélation , & en Provence
le 23 , feulement de deux dégrés tous la congélation
, donc le froid de l'Hyver 1743.à Lyon , a
été plus grand que celui de Provence des dégrés .
La plus grande chaleur à Lyon de l'Eté 1743 , a
été le 18 Juin de 29 dégrés au - deffus de la congélation
& en Provence le 1 Août de 23 dégrés ,
›
donc
AOUST. 1744. 1849
donc l'Eté de Lyon a été plus chaud que celui de
Provence de 6 dégrés , & à peu près dans la même
proportion du froid. Nous avons déja remarqué ,
dans les années précédentes , des différences prelque
auffi fenfibles .
Les hauteurs du Barométre ont été à peu près les
mêmes à Lyon & en Provence , & les mêmes jours
relativement à la hauteur des Lieux.
3
La déclinaifon de l'Aiguille aimantée a été affés
conftamment de 16 dégrés à Toulon , & à Lyon
de 15 dégrés 30' Nord - Ouest.
Sur la meilleure maniere d'enfeigner
l'Arithmétique.
l'or-
Il eft certain que plufieurs perfonnes fe plaignent
d'avoir oublié à chiffrer , prefqu'auffi- tôt qu'ils l'avoient
appris . M. Cheinet fait voir évidemment que
ce défaut ne vient pas feulement du peu d'habitude
qu'on en conferve , mais bien plus encore de la
maniere dont on a été enſeigné. Il ne faut que fentir
la différence qu'il y a entre un Arithméticien &
un Chiffreur. Les Maîtres n'enfeignent , pour
dinaire , que la fimple pratique de l'Arithinétique ,
qui s'oublie fort aisément , au lieu que les principes
de certe Science ne pénétrent dans l'entendeinent ,
que pour s'y affûrer une place conftante , & y former
des traces inéfaçables. Plufieurs raifons enga
gent M. Cheinet à donner des inſtructions aux Maî.
tres & aux Difciples , pour les conduire sûrement
dans la théorie & dans la pratique de cette Scien-
EC.
Obfer
1850 MERCURE DE FRANCE.
Obfervations fur la réforme de la Severonde ,
en ufage dans cette Ville , & nommée communément
Forget.
C'est ici une espéce de reproche fait à l'habitude ,
au mauvais goût & au préjugé ; la Severonde ou le
Forget des Toits de cette Ville , a préfenté à M.
Delorme des fujets d'Obfervations critiques , qui
paroiffent bien fondées. Elles portent fur la faillie
défectueufe que cette Severonde préfente à la vûë ,
fur fon inutilité pour préferver de la pluye le mûr
de face & les paffans : fur l'oeconomie de fa rétorme
, dans la conftruction & dans les réparations fré
quentes : fur les dangers aufquels expofe la faillie
hors-d'oeuvre , en facilitant à la flâme la communication
d'une maison à l'autre ; fur la diminution du
jour , nuifible aux Ouvriers & aux Manufactures ;
& enfin fur l'humidité & le mauvais air qu'elle
maintient dans les appartemens , par fon oppofition
à une circulation aifée . M. Delorme ajoute à toutes
cès Obfervations , deux modéles tirés de la belle
& fimple Architecture , qu'il feroit à fouhaiter
qu'on voulut imiter , mais une certaine fatalité veut
que l'indiférence pour le bien public , piévale pref
que toûjours.
M. Cheinet lût un Mémoire fur l'harmonie & fur
les régles de la compofition ; l'Extrait en a été
donné dans la précédente Affemblée publique.
M. Delamonce fit la lecture d'un Mémoire fur
plufieurs anciens Temples , & leur comparaiſon avec
nos Eglifes modernes . L'Extrait fe trouve avec ceux
de la Séance publique du 8 Mai 1743 .
M. Gaviner termina la Séance , par un Mémoire
fur les Régules Métalliques , dont on a vû l'Extrait
avec ceux de la précédente Aſſemblée publique.
Fermer
11
p. 85-86
Réjoüissances faites par les Dominiquains de Provence, [titre d'après la table]
Début :
Les Peres Dominiquains du Convent Royal de S. Maximin, en Provence, se [...]
Mots clefs :
Provence, Dominicains, Couvent royal de Saint-Maximin, Messe, Illumination, Pauvres, Inscription, Emblèmes, Te Deum, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réjoüissances faites par les Dominiquains de Provence, [titre d'après la table]
Les Peres Dominiquains du Convent
Royal de S. Maximin , en Provence , ſe
ſont diftingués par les témoignages de joye
qu'ils ont fait paroître à la Convalefcence
du Roi ; ils commencerent leur Fête par
une grande Meſſe chantée ſolemnellement ;
l'après-midi , le Prieur de la Maiſon fit diftribuer
une grande quantité de pain &d'argent
à tous les Pauvres qui ſe préſenterent ;
al'entrée de la nuit , il y eut tant au dedans
qu'au dehors de l'Egliſe une illumination
des plus brillantes , qui relevoit la beauté
de ce Temple , l'un des plus auguſtes du
Royaume , & fur la porte duquel on liſoit
cette Inſcription : Audivi orationem tuam
vidi lacrimas tuas O fanavi eum. Au-deſſus
de cette Inſcription on avoit placé les Armes
du Roi avec ces mots : Vive Louis le
1. Vol.
E
86 MERCURE DE FRANCE.
Bien-Aimé ; les traits desArmes & des Let
tres , qui étoient ménagés avec la réflexion
de la lumiere , préſentoient un coup d'oeil
des plus fatisfaiſans ; le corps de logis , qui
donne ſur la Place de devant l'Eglife , &
qui eſt deſtiné à recevoir les Rois & les
Princes , lorſqu'ils paſſent à S. Maximin, fut
pareillement illuminé avec ſymmétrie ; on
voyoit ſur la porte du Convent un Arc de
Triomphe , au-deſſus duquel étoient des
Emblêmes avec cette Inſcription au milieu ,
Oravimus ad Dominum , & exauditi fumus ,
obtulimusfacrificium &fimilaginem , & accendimus
lucernas ,& propofuimus panes. Pen
dant l'illumination on chanta le Te Deum
& l'Exaudiat avec la même ſolemnité & le
même concours de monde qu'à la grande
Meſſe. Après l'Exaudiat , pendant lequel
on fit pluſieurs décharges de boëtes , on tira
un très-beau feu d'artifice , qui repréſentoit
les Armes de l'Ordre de S. Dominique , &
qui étoit orné de pluſieurs Emblêmes.
Royal de S. Maximin , en Provence , ſe
ſont diftingués par les témoignages de joye
qu'ils ont fait paroître à la Convalefcence
du Roi ; ils commencerent leur Fête par
une grande Meſſe chantée ſolemnellement ;
l'après-midi , le Prieur de la Maiſon fit diftribuer
une grande quantité de pain &d'argent
à tous les Pauvres qui ſe préſenterent ;
al'entrée de la nuit , il y eut tant au dedans
qu'au dehors de l'Egliſe une illumination
des plus brillantes , qui relevoit la beauté
de ce Temple , l'un des plus auguſtes du
Royaume , & fur la porte duquel on liſoit
cette Inſcription : Audivi orationem tuam
vidi lacrimas tuas O fanavi eum. Au-deſſus
de cette Inſcription on avoit placé les Armes
du Roi avec ces mots : Vive Louis le
1. Vol.
E
86 MERCURE DE FRANCE.
Bien-Aimé ; les traits desArmes & des Let
tres , qui étoient ménagés avec la réflexion
de la lumiere , préſentoient un coup d'oeil
des plus fatisfaiſans ; le corps de logis , qui
donne ſur la Place de devant l'Eglife , &
qui eſt deſtiné à recevoir les Rois & les
Princes , lorſqu'ils paſſent à S. Maximin, fut
pareillement illuminé avec ſymmétrie ; on
voyoit ſur la porte du Convent un Arc de
Triomphe , au-deſſus duquel étoient des
Emblêmes avec cette Inſcription au milieu ,
Oravimus ad Dominum , & exauditi fumus ,
obtulimusfacrificium &fimilaginem , & accendimus
lucernas ,& propofuimus panes. Pen
dant l'illumination on chanta le Te Deum
& l'Exaudiat avec la même ſolemnité & le
même concours de monde qu'à la grande
Meſſe. Après l'Exaudiat , pendant lequel
on fit pluſieurs décharges de boëtes , on tira
un très-beau feu d'artifice , qui repréſentoit
les Armes de l'Ordre de S. Dominique , &
qui étoit orné de pluſieurs Emblêmes.
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12
p. 219-229
RELATION Des réjouissances que le College de Belsunce & la Maison des Pensionnaires du même College, ont faites à l'occasion de la naissance de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, le 24. Novembre, &c.
Début :
La joie que la naissance de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE à [sic] causée dans toute [...]
Mots clefs :
Collège de Belsunce, Naissance du duc de Bourgogne, Génie de la France, Zèle, Prince, Provence, Maison, Bonheur, Fêtes, Réjouissances
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texteReconnaissance textuelle : RELATION Des réjouissances que le College de Belsunce & la Maison des Pensionnaires du même College, ont faites à l'occasion de la naissance de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, le 24. Novembre, &c.
RELATION
Des réjouissances que le College de Belsunce
& la Maison des Pensionnaires du même
College, ont faites à l'occasion de la
naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
le 24. Novembre, &c.
La joie que la naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE à [sic] causée dans toute
la France, & que l'Europe entiere a partagée
ne devoit point être bornée au court espace de
quelques semaines. On parle, & on patlera en-
core long temps de cet heureux évenement avec
les mêmes transports que fit naître dans tous
les cœurs la premiere nouvelle qui s'en répan-
dit. Ces transports & cette joie si juste & si vi-
ve, les Jesuites de Marseille n'ont pas cru de-
voir les renfermer dans le secret de leur mai-
son; & ils n'ont pas voulu en borner le té-
moignage à quelques pieces de poësie compo-
sces à ce sujet. Le bonheur étoit trop grand,
& ils le partageoient avec trop de monde
pour ne pas s'empresser à rendre publiques leur
allegresse & leurs actions de graces; & s'ils se
sont vu obligés de différer leurs fêtes à cause du
long séjour que l'on fait dans ce Pais plus qu'ail-
Jeurs à la campagne pendant l'Automne, ils
n'en ont été que plus attentifs à ne rien oublier
pour signaler leur zéle & leurs sentimens. Ilo
Kij
220 MERCUREDE FRANCE.
ont eu la satisfaction de voir que tout ce qui ra-
pelle au peuple le souvenir, du bienfait qu'il a
reçu du Ciel, renouvelle toute la vivacité de
ses transports & l'ardeur de ses empressemens.
Ces fêtes commencerent le Mercredi 24. No-
vembre par un discours latin fort applaudi, pro-
noncé par le Pere Abbressevin, Professeut de Rhé-
torique en présence de Monseigneur l'Evêque
Fondatenrdu College & de Messieurs les Echevins,
qui furent reçus au bivit des fanfares. L'Orateur ne
crut pas devoir séparer le bonheur du Prince de
celui des François. Il fit voir dans son premier
Point tout ce que laiaissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne a d'heureux pour la Fran-
ce, & tout ce que nous devons nous en pro-
mettre. Dans le second Point adressé au Prin-
ce lui-même, il lui assure par un juste retour
de la part du Peuple François (celui de tous les
peuples qui par ses sentimens & ses qualitès peut
le plus contribuer au bonheur de ses Souverains)
une félicité qui repond à celle que sa naissance
nous a apportée. La cour du College étoit en-
tierement tapissée; & on y voyoit un très-grand
nombre d'emblêmes & des devises dont les con-
noisseuts parurent fort satisfaits. La journée fut
terminée par une belle illumination.
Le lendemain Jeudi 15. Messieurs les Pension-
naires qui en attendant que la partie du Colle-
ge qu'ils habitoient auparavant soit rebatie
occupent la maison de Sainte-Croix, dont la
situation est des plus avantageuses, & où se
trouve un des plus beaux Observatoires de Fran-
ce, commencernt eleurs réjouissances pat un Te
Deum qui fut exécuté par l'Academie Royale
de Musique, & auquel Messieurs les Echevins
assisterent. Monseigneur l'Evêque y officia. Le
JANVIER. 1752. 221
zéle de cet Illustre Prélat pour la prospérité de
la maison Royale & le bien des peuples, est
trop connu pour avoir besoin du témoignage
public que la justice jointe à la reconnoissance
semble exiger qu'on lui rende ici. Il avoit dé-
jà éclaté d'une maniere digne de lui par la part
qu'il avoit prise aux fêtes que la Ville donna
& par la distribution qu'il fit faire d'une trés-
grande quantité de pains aux Pauvres de toutes
les Paroisies. Mais a t-il jamais sçu prescrire des
bornes à son zéle ou à sa complaisance : Le, Te
Deum fut suivi d'une salve d'un grand nombie
de boëtes, & dès l'entrée de la nuit toutes les
fenêtres de lla Maison furent illuminées en lam-
pions. Il y eut une grande quantité de caisses
de fusées, & un feu d'artifice tiré de dessus la
tertasse de l'Observatoire, dont l'illumination
qui étoit composée de plusieurs grandes pyramides
chargées de lampions, se faisoit surtour remat-
quer. Le tems qui ne pouvoit être plus beau, ne
la savorisa pas moins que la situation du lieu, l'un
des plus propres qu'on puisse imaginer pour cet
effet, aussi présenta- t'elle à tous ceux qui s'étoient
rendus en soule du côté du Port, un coup d'œil
des plus satis faisans.
Le Vendredi 26, les Jesuites célébrerent eux-
mêmes une grande Messe, qui fut accompagnée
d'un Discours Chrétien. M. l'Evêque & Mes-
sieurs les Echevins y assisterent; & l'Assembiée
fut également nombreuse & brillante. L'Egl. se de
Sainte Croix, l'une des plus belles de la Ville
étoit tapissée en Damas Cramoisy. On avoit eu
soin, pour que rien ne manquât a la décoration,
de l'orner de quantité de miroirs & de lustres en
cristal. A l'issue de la Grand-Messe, qui ainsi
que le Te Deum de la veille, avoit été chantée par
K iij
a
222 MERCUREDE FRANCE.
la Musique du Concert, il y eut une seconde de-
charge de Boëtes.
Ces paroles, tirées du Cantique de la Vierge,
la misericords du Sergneur s'étend de génération en
gé lération, servirent de texte au Discours. Après
avoit montté que c'est le Seigneur qui accorde
les bons Rois aux peuples & les grands bienfaits
aux bons Rois, qu'il perpetue leur gloire en per-
pétuant leur nom, & récompense leurs vertus en
étendant leur postérité: 1»» Le don, disoit l'Ora-
»teur, que le Seigneur vient de faire à LOUIS
„ & à ses peuples, présente un doubie motif à
„ notre reconnoissance. Elle se doit également,
» & à ce que le Seigneur fait pour nous, en nous
„donnant un Prince, l'objet de nos vœux, & à
„ ce qu'il s'est engagé à faire pour ce Prinee l'ob-
u» jet de notre tendresse. Ce qu'il fait pour nous
Ȏgale nos desirs: Ce qu'il s'engage a faire pour
o lui, doit égaler nos espérances. L'un est la
mesure de notre joie: l'autre sera le comble de
» notre félicité.
»Premiere Partie. Ce que le Seigneur fait
pour nous dans la Naissance de ce Prince, &
»qui remplit nos desirs dans toute leur étendue
„ c'est de flatter toute la délicatesse de norsenti-
mens pour la Maison Royale, & d'assurer la
o tranquillité de l'Eglise & de l'Etat.
»Seconde Partie. Ce que le Seigoeur s'est en-
„ gagé à faire pour ce Prince, & qui doit égaler
»nos espérances, c'est 1°. En le faisant u itre
»du sang des Bourbons, de lui assuter de grands
sentimens pour élever son cœur, & de grands
»excmples pour le former. 2°. En le faisant nai-
„ tre pour les destinées des Bourbons, d'attacher
»un grand nom à sa personne, & de grands in-
atérets à ses jours. Je n'ajouterai pas, dit l'Ora-
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JANVIER.
1752.
223.
„teur, qu'il promet par-la des grands évenemens
„à son Regne. Regne heureux ! le Ciel qui le
»prépare pour nos neveux, nous aimera sans
53 doute assez pour ne pas nous en faire jouir nous-
» mêmes.
Dans la Peroraison l'Orateur adresse au Ciel
des actions de graces pour la Naissance du Prin-
ce, & des vœeux pour la conservation de ses jours,
„ Conservez, Seigneur, dit-il, des jours qui nous
„ sont si précieux, &c. Mais conservez surtout
»son innocence. Prenez son cœur entre vos
»mains, puisque vous devez mettre un jour nos
„ destinées dans les siennes. Faites-en un Priuce
»selon votre cœur, & il sera toujours un Prince
selon le nôtre. Pour remplir, en un mot, nos
Desperances & nos desiis, prenez, graud Dieu !
prenez pour lui nos sentimens, &c.
On avoit annoncé pour l'après-midi, la repré-
sentation d'une Piéce intitulée: Les Fêtes Proven-
gales, &c. Mais, malgré toutes les mesures que
l'on avoit prises, la trop grande affluence de
monde, attirée par la réputation de l'Auteur, le
Pere Regis, en empêcha l'exécution, & l'on se vit
obligé de renvoyer la reptésentation à un autre
jour, & de chercher pour cet effet une salle plus
vaste, que ne l'étoit celle où le Theatre étoit
dressé selon la coûtume. Dans l'embarras où on
se trouvoit, on eut recours à M. de Charton
Commisiaire Général de la Marive, Ordonnateur
à Marseille, lequel avec cette bonté & cette
politesse, qui lui sont ordinaires & qui lui
gagnent, tous les cœurs, offrit une salle des
plus vastes qui soient dans le Parc. Son zéle
s'étoit déja signalé de la maniere la plus écla-
tante, par une sête brillante, dont on n'a pas
moins admiré l'ordre & le goût, que la magnifi-
cence & la somptuosité. C'est ce même zéle qui
K iiij
224 MERCUREDE FRANCE.
l'a porté à favoriser en tout la représentation d'u-
ne piéce, dont l'heureuse naissance qui vient de
combler les vœux de la France, étoit l'occasion
& le sujet. Sa complaisance alla même jusqu'à
faciliter, par les moyens qu'il fournit & les ordres
qu'il donna, l'exécution du projet qu'on avoit
formé de transporter le Théatre dans la nouvelle
salle, de sorte que tout se trouvant prêt pour le
Mardi 30, Messieurs les Pensionnaires y représen-
terent leur Pièce, qu'ils répeterent le lendemain.
On ne s'est point lassé d'admirer l'ordre & le
silence qui y regnerent, malgré le concours ex-
taordinaire de monde qui s'y rendit l'un & l'au-
tre jour. M. l'Evèque présida à l'une des repré-
sentations; & Messieurs les Echevins honorerent
l'autre de leut présence. Ces Messieurs, dont la
voix publique ne cesse de faire l'éloge, ont bien
voulu confondre en cette occasion la complai-
sance avec leur zéle. On ne pourroit jamais assex
louer leur politesse, & leur attention qu'ils ont
portées jusqu'à l'empressement, & presque au. dela
de ce qu'on auroit pu souhaiter. Ils s'étoient de-
là distingués dans les fêtes de la Ville: Empressés
à secondet les pieuses intentions de Sa Majesté
ils avoient relevé leurs rejouissances par la célé-
bration du Mariage de soixante-dix filles qu'ils
avoient dotées, & par un festin donné dans l'Hô-
tel de-Ville, auquel se trouverent tous les nou-
veaux époux avec leurs parens. Les Villes sont
heureuses, lorsqu'elles ont à leur tête des person-
nes qui scavent porter leur attention à tout ce qui
peut favorifer & animer le zéle des bons Ci-
toyens.
L'ouverture de la Pièce, dont on n'entreprend
de donner ici qu'une légere idée, se faisoit par le
genie de la France & pat celui de la Provence. Le
225
1752.
ANVIER.
après avoir parcouru les differentes Pro-
Les du puissant Etat auquel il préside, & avoir
epandu par tout la nouvelle, qui après avoir été
si long-tems l'objet de tous les vœeux, est devenue
celui de tous les transports, étoit arrêté par le
genie de la Provence. Celui-ci vouloit à son tour
se rendre témoin de la joie & des empressemens
d'une Province, qui par sa fidélité & son amour
pour ses Princes, ne le cede à aucune autre; &
sur ce que le genie de la France lui representoit
qu'il devoit encore ce jour-là même se transpor-
ter au Palais des Destins, pour les consulter sur le
sort du jeune Prince & le leur recommander, le
Génie de la Provence, après avoir redoublé ses
instances, ajodtoit:
Et n'est-ce pas dans la Provence
Qu'a patu cet homme divin
Qui lui-même régla les Arrêts du destin
Le Grand Nostradamus, si connu dans le monde,
Pour la conuoissance profonde
Qu'il avoit de tous les secrets
Que le Ciel tient encor cachés dans ses décrets
Je m'offre à le faire paroître;
Bien mieux que les destins il vous satisfera
Sur ce que vous voulez connoltre, &c.
Le Génie François gagné par cette promesse,
consentoit à s'arréter pour le reste du jour. Les
ordres sont aussi tôt donnés. On annonce les fe-
tes. Elles commencent, elles se succédent. Cha-
cun s'empresse à y prendre part. On en omet le
détail, pour ne pas trop charger cette description.
KV
gl
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226 MERCUREDEFRANC
On croit seulement devoir remarquer qu'on s.
étudié à les caractériser, de lorte qu'on ne po.
voit pas y méconnoître le goût, les usages & le
genie des Provençaux. Elles étoient accompa-
gnées d'une Cantate, de quelques Vaudevilles,
& de plusicurs danses, dont l'exécution fut extrê-
mement applaudie. Après une longue suite de
divertissemens, le Génie de Provence invitoit son
hôte à voir l'illumination des Galéres & des Vais.
seaux, telle qu'elle s'est faite bien des fois dans
les Ports de cette Province, & lui annonçoit pour
le lendemain un nouvel ordre de rejouissances;
mais celui ci empressé de se trouver à son terme,
lui rappelloit sa promesse. Le Génie Provençal
évoquoit alors l'onibre du célébre Nostradamus
qui lortoit du tombeau, & faisoit voir qu'il avoit
prédit dans ses Quatrains la Naissance du Prince.
Il en commençoit l'horoscope, que venoient
achever à son invitation, & avec moins d'obscu-
rité, quatre Troubadours. On sçait que c'est ainsi
que l'on nommoit les anciens Poëtes Provençaux.
Les Troubadours paroissoient, tenant chacun à la
main un Rameau symbolique, pris de quatre ar-
bres differens, mais qui tous ou sont particuliets
à la Provence, ou du moins y viennent plus aisé-
ment qu'ailleurs. Ces Rameaux, qui devoient
servir de présent au Prince, & qui étoient un pré-
sage de ce qu'il seroit un jour, étoient des ra-
meaux d'oranger, de grenadier, d'olivier & de
laurier. On s'est laissé persuader qu'on ne seroit
pas fâché de voit ici en langage moderne des
Tioubadours, la façon dont ils s'expriment sur la
qualité de leur présens & sur leur symbole:
tized by Goog
JANVIER. 1752.
227
2. Tr. Couneissez l'Aurengier & sabez quinte
audour
Porte pertout eme sei flour;
Vaqui de sei vertus la plus fidelle eimagi.
2. Tr. Aqueu Lautier de sa valour
Deou vous douna i'idée & vous servi de gagi.
3. Tr. L'Aulivier de la Pax es lou signe parfait;
La Pax sera toujou sei plus arden soubait.
4. Tr. Lou Migranié marque l'Empire;
Soun fruit es courouna: regarda de sei gran
Et lou nombre & l'ordre charman;
Coumprenez ce qu'aco vaou dire.
1. Tr. Prenez aquelei brou; scran noustre preq
sen.
Tr. Tenez de tout aco fasez une Couroune
Et pourtaleis & nostrei couers encen
A sa polidette Persoune, &c.
Enfin, le Génie de la France satis fait, se dis-
pose à partir; & ceui de la Provence finit ses
adieux, en lui disant:
...... Allez, portez de notre hommage
Le sincere tribut à cet auguste Enfant.
Et s'il se pent, à son pere en passant
Dites un mot de noîre zéle
De nos tendres respects, de notre ardeur si lelle,
Kvj
as
228 MERCUREDEFRANCE.
Et n'oubliez pas la Maman,
Tout notre bonheur nous vient d'elle.
Que votre sort est doux que vous êtes heureux,
De pouvoir à leuis pieds porter vos justes rœux !
Volez où le devoir, où l'amour vous appelle;
Sous les yeux de LOUIS & de son digne fils,
Voyez croître le nombre & l'éclat de nos Lys;
Que formé sur ce grand modelle
Cet Enfant soit un jour leur fidelle portrait.
Je n'ajoute plus rien à cet ardent souhait.
Er si nous avons en le bonheur de vous plaire
Allez, vantez par tout, non pas ce qu'on a fait,
Mais ce qu'on auroit voulu faire.
L'une & l'autre représentation fut terminée
par un Feu d'artisice, exécuté sur le Théatre avec
beaucoup de succès. Puisqu'on s'est enhardi ainserer
dans cette description quelques vers Provençaux,
& que dans une Piéce du caractère de celle-ci,
on a dii s'accommoder au goût du Pays, décidé
pour le langage qui lui est particulier, on va ter-
miner cette Reiation par un couplet Provençal,
qui fut chanté à la suite de quelques autres par un
Berger. Sur l'air: Lou beou Tirsis se proumenave,
&c.
Tout es charman din sa Persoune;
Et tout près d'eou
Les flous que lou printemps nous donne
N'an ren de beou
JANVIER. 1752.
229
Lei plus doux presen de Poumoune
Nous toquoun plu
Est lou plus beou fruit de l'Autoune
Quaguen agu.
Des réjouissances que le College de Belsunce
& la Maison des Pensionnaires du même
College, ont faites à l'occasion de la
naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
le 24. Novembre, &c.
La joie que la naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE à [sic] causée dans toute
la France, & que l'Europe entiere a partagée
ne devoit point être bornée au court espace de
quelques semaines. On parle, & on patlera en-
core long temps de cet heureux évenement avec
les mêmes transports que fit naître dans tous
les cœurs la premiere nouvelle qui s'en répan-
dit. Ces transports & cette joie si juste & si vi-
ve, les Jesuites de Marseille n'ont pas cru de-
voir les renfermer dans le secret de leur mai-
son; & ils n'ont pas voulu en borner le té-
moignage à quelques pieces de poësie compo-
sces à ce sujet. Le bonheur étoit trop grand,
& ils le partageoient avec trop de monde
pour ne pas s'empresser à rendre publiques leur
allegresse & leurs actions de graces; & s'ils se
sont vu obligés de différer leurs fêtes à cause du
long séjour que l'on fait dans ce Pais plus qu'ail-
Jeurs à la campagne pendant l'Automne, ils
n'en ont été que plus attentifs à ne rien oublier
pour signaler leur zéle & leurs sentimens. Ilo
Kij
220 MERCUREDE FRANCE.
ont eu la satisfaction de voir que tout ce qui ra-
pelle au peuple le souvenir, du bienfait qu'il a
reçu du Ciel, renouvelle toute la vivacité de
ses transports & l'ardeur de ses empressemens.
Ces fêtes commencerent le Mercredi 24. No-
vembre par un discours latin fort applaudi, pro-
noncé par le Pere Abbressevin, Professeut de Rhé-
torique en présence de Monseigneur l'Evêque
Fondatenrdu College & de Messieurs les Echevins,
qui furent reçus au bivit des fanfares. L'Orateur ne
crut pas devoir séparer le bonheur du Prince de
celui des François. Il fit voir dans son premier
Point tout ce que laiaissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne a d'heureux pour la Fran-
ce, & tout ce que nous devons nous en pro-
mettre. Dans le second Point adressé au Prin-
ce lui-même, il lui assure par un juste retour
de la part du Peuple François (celui de tous les
peuples qui par ses sentimens & ses qualitès peut
le plus contribuer au bonheur de ses Souverains)
une félicité qui repond à celle que sa naissance
nous a apportée. La cour du College étoit en-
tierement tapissée; & on y voyoit un très-grand
nombre d'emblêmes & des devises dont les con-
noisseuts parurent fort satisfaits. La journée fut
terminée par une belle illumination.
Le lendemain Jeudi 15. Messieurs les Pension-
naires qui en attendant que la partie du Colle-
ge qu'ils habitoient auparavant soit rebatie
occupent la maison de Sainte-Croix, dont la
situation est des plus avantageuses, & où se
trouve un des plus beaux Observatoires de Fran-
ce, commencernt eleurs réjouissances pat un Te
Deum qui fut exécuté par l'Academie Royale
de Musique, & auquel Messieurs les Echevins
assisterent. Monseigneur l'Evêque y officia. Le
JANVIER. 1752. 221
zéle de cet Illustre Prélat pour la prospérité de
la maison Royale & le bien des peuples, est
trop connu pour avoir besoin du témoignage
public que la justice jointe à la reconnoissance
semble exiger qu'on lui rende ici. Il avoit dé-
jà éclaté d'une maniere digne de lui par la part
qu'il avoit prise aux fêtes que la Ville donna
& par la distribution qu'il fit faire d'une trés-
grande quantité de pains aux Pauvres de toutes
les Paroisies. Mais a t-il jamais sçu prescrire des
bornes à son zéle ou à sa complaisance : Le, Te
Deum fut suivi d'une salve d'un grand nombie
de boëtes, & dès l'entrée de la nuit toutes les
fenêtres de lla Maison furent illuminées en lam-
pions. Il y eut une grande quantité de caisses
de fusées, & un feu d'artifice tiré de dessus la
tertasse de l'Observatoire, dont l'illumination
qui étoit composée de plusieurs grandes pyramides
chargées de lampions, se faisoit surtour remat-
quer. Le tems qui ne pouvoit être plus beau, ne
la savorisa pas moins que la situation du lieu, l'un
des plus propres qu'on puisse imaginer pour cet
effet, aussi présenta- t'elle à tous ceux qui s'étoient
rendus en soule du côté du Port, un coup d'œil
des plus satis faisans.
Le Vendredi 26, les Jesuites célébrerent eux-
mêmes une grande Messe, qui fut accompagnée
d'un Discours Chrétien. M. l'Evêque & Mes-
sieurs les Echevins y assisterent; & l'Assembiée
fut également nombreuse & brillante. L'Egl. se de
Sainte Croix, l'une des plus belles de la Ville
étoit tapissée en Damas Cramoisy. On avoit eu
soin, pour que rien ne manquât a la décoration,
de l'orner de quantité de miroirs & de lustres en
cristal. A l'issue de la Grand-Messe, qui ainsi
que le Te Deum de la veille, avoit été chantée par
K iij
a
222 MERCUREDE FRANCE.
la Musique du Concert, il y eut une seconde de-
charge de Boëtes.
Ces paroles, tirées du Cantique de la Vierge,
la misericords du Sergneur s'étend de génération en
gé lération, servirent de texte au Discours. Après
avoit montté que c'est le Seigneur qui accorde
les bons Rois aux peuples & les grands bienfaits
aux bons Rois, qu'il perpetue leur gloire en per-
pétuant leur nom, & récompense leurs vertus en
étendant leur postérité: 1»» Le don, disoit l'Ora-
»teur, que le Seigneur vient de faire à LOUIS
„ & à ses peuples, présente un doubie motif à
„ notre reconnoissance. Elle se doit également,
» & à ce que le Seigneur fait pour nous, en nous
„donnant un Prince, l'objet de nos vœux, & à
„ ce qu'il s'est engagé à faire pour ce Prinee l'ob-
u» jet de notre tendresse. Ce qu'il fait pour nous
Ȏgale nos desirs: Ce qu'il s'engage a faire pour
o lui, doit égaler nos espérances. L'un est la
mesure de notre joie: l'autre sera le comble de
» notre félicité.
»Premiere Partie. Ce que le Seigneur fait
pour nous dans la Naissance de ce Prince, &
»qui remplit nos desirs dans toute leur étendue
„ c'est de flatter toute la délicatesse de norsenti-
mens pour la Maison Royale, & d'assurer la
o tranquillité de l'Eglise & de l'Etat.
»Seconde Partie. Ce que le Seigoeur s'est en-
„ gagé à faire pour ce Prince, & qui doit égaler
»nos espérances, c'est 1°. En le faisant u itre
»du sang des Bourbons, de lui assuter de grands
sentimens pour élever son cœur, & de grands
»excmples pour le former. 2°. En le faisant nai-
„ tre pour les destinées des Bourbons, d'attacher
»un grand nom à sa personne, & de grands in-
atérets à ses jours. Je n'ajouterai pas, dit l'Ora-
itized by Goog
JANVIER.
1752.
223.
„teur, qu'il promet par-la des grands évenemens
„à son Regne. Regne heureux ! le Ciel qui le
»prépare pour nos neveux, nous aimera sans
53 doute assez pour ne pas nous en faire jouir nous-
» mêmes.
Dans la Peroraison l'Orateur adresse au Ciel
des actions de graces pour la Naissance du Prin-
ce, & des vœeux pour la conservation de ses jours,
„ Conservez, Seigneur, dit-il, des jours qui nous
„ sont si précieux, &c. Mais conservez surtout
»son innocence. Prenez son cœur entre vos
»mains, puisque vous devez mettre un jour nos
„ destinées dans les siennes. Faites-en un Priuce
»selon votre cœur, & il sera toujours un Prince
selon le nôtre. Pour remplir, en un mot, nos
Desperances & nos desiis, prenez, graud Dieu !
prenez pour lui nos sentimens, &c.
On avoit annoncé pour l'après-midi, la repré-
sentation d'une Piéce intitulée: Les Fêtes Proven-
gales, &c. Mais, malgré toutes les mesures que
l'on avoit prises, la trop grande affluence de
monde, attirée par la réputation de l'Auteur, le
Pere Regis, en empêcha l'exécution, & l'on se vit
obligé de renvoyer la reptésentation à un autre
jour, & de chercher pour cet effet une salle plus
vaste, que ne l'étoit celle où le Theatre étoit
dressé selon la coûtume. Dans l'embarras où on
se trouvoit, on eut recours à M. de Charton
Commisiaire Général de la Marive, Ordonnateur
à Marseille, lequel avec cette bonté & cette
politesse, qui lui sont ordinaires & qui lui
gagnent, tous les cœurs, offrit une salle des
plus vastes qui soient dans le Parc. Son zéle
s'étoit déja signalé de la maniere la plus écla-
tante, par une sête brillante, dont on n'a pas
moins admiré l'ordre & le goût, que la magnifi-
cence & la somptuosité. C'est ce même zéle qui
K iiij
224 MERCUREDE FRANCE.
l'a porté à favoriser en tout la représentation d'u-
ne piéce, dont l'heureuse naissance qui vient de
combler les vœux de la France, étoit l'occasion
& le sujet. Sa complaisance alla même jusqu'à
faciliter, par les moyens qu'il fournit & les ordres
qu'il donna, l'exécution du projet qu'on avoit
formé de transporter le Théatre dans la nouvelle
salle, de sorte que tout se trouvant prêt pour le
Mardi 30, Messieurs les Pensionnaires y représen-
terent leur Pièce, qu'ils répeterent le lendemain.
On ne s'est point lassé d'admirer l'ordre & le
silence qui y regnerent, malgré le concours ex-
taordinaire de monde qui s'y rendit l'un & l'au-
tre jour. M. l'Evèque présida à l'une des repré-
sentations; & Messieurs les Echevins honorerent
l'autre de leut présence. Ces Messieurs, dont la
voix publique ne cesse de faire l'éloge, ont bien
voulu confondre en cette occasion la complai-
sance avec leur zéle. On ne pourroit jamais assex
louer leur politesse, & leur attention qu'ils ont
portées jusqu'à l'empressement, & presque au. dela
de ce qu'on auroit pu souhaiter. Ils s'étoient de-
là distingués dans les fêtes de la Ville: Empressés
à secondet les pieuses intentions de Sa Majesté
ils avoient relevé leurs rejouissances par la célé-
bration du Mariage de soixante-dix filles qu'ils
avoient dotées, & par un festin donné dans l'Hô-
tel de-Ville, auquel se trouverent tous les nou-
veaux époux avec leurs parens. Les Villes sont
heureuses, lorsqu'elles ont à leur tête des person-
nes qui scavent porter leur attention à tout ce qui
peut favorifer & animer le zéle des bons Ci-
toyens.
L'ouverture de la Pièce, dont on n'entreprend
de donner ici qu'une légere idée, se faisoit par le
genie de la France & pat celui de la Provence. Le
225
1752.
ANVIER.
après avoir parcouru les differentes Pro-
Les du puissant Etat auquel il préside, & avoir
epandu par tout la nouvelle, qui après avoir été
si long-tems l'objet de tous les vœeux, est devenue
celui de tous les transports, étoit arrêté par le
genie de la Provence. Celui-ci vouloit à son tour
se rendre témoin de la joie & des empressemens
d'une Province, qui par sa fidélité & son amour
pour ses Princes, ne le cede à aucune autre; &
sur ce que le genie de la France lui representoit
qu'il devoit encore ce jour-là même se transpor-
ter au Palais des Destins, pour les consulter sur le
sort du jeune Prince & le leur recommander, le
Génie de la Provence, après avoir redoublé ses
instances, ajodtoit:
Et n'est-ce pas dans la Provence
Qu'a patu cet homme divin
Qui lui-même régla les Arrêts du destin
Le Grand Nostradamus, si connu dans le monde,
Pour la conuoissance profonde
Qu'il avoit de tous les secrets
Que le Ciel tient encor cachés dans ses décrets
Je m'offre à le faire paroître;
Bien mieux que les destins il vous satisfera
Sur ce que vous voulez connoltre, &c.
Le Génie François gagné par cette promesse,
consentoit à s'arréter pour le reste du jour. Les
ordres sont aussi tôt donnés. On annonce les fe-
tes. Elles commencent, elles se succédent. Cha-
cun s'empresse à y prendre part. On en omet le
détail, pour ne pas trop charger cette description.
KV
gl
zed by Goo
226 MERCUREDEFRANC
On croit seulement devoir remarquer qu'on s.
étudié à les caractériser, de lorte qu'on ne po.
voit pas y méconnoître le goût, les usages & le
genie des Provençaux. Elles étoient accompa-
gnées d'une Cantate, de quelques Vaudevilles,
& de plusicurs danses, dont l'exécution fut extrê-
mement applaudie. Après une longue suite de
divertissemens, le Génie de Provence invitoit son
hôte à voir l'illumination des Galéres & des Vais.
seaux, telle qu'elle s'est faite bien des fois dans
les Ports de cette Province, & lui annonçoit pour
le lendemain un nouvel ordre de rejouissances;
mais celui ci empressé de se trouver à son terme,
lui rappelloit sa promesse. Le Génie Provençal
évoquoit alors l'onibre du célébre Nostradamus
qui lortoit du tombeau, & faisoit voir qu'il avoit
prédit dans ses Quatrains la Naissance du Prince.
Il en commençoit l'horoscope, que venoient
achever à son invitation, & avec moins d'obscu-
rité, quatre Troubadours. On sçait que c'est ainsi
que l'on nommoit les anciens Poëtes Provençaux.
Les Troubadours paroissoient, tenant chacun à la
main un Rameau symbolique, pris de quatre ar-
bres differens, mais qui tous ou sont particuliets
à la Provence, ou du moins y viennent plus aisé-
ment qu'ailleurs. Ces Rameaux, qui devoient
servir de présent au Prince, & qui étoient un pré-
sage de ce qu'il seroit un jour, étoient des ra-
meaux d'oranger, de grenadier, d'olivier & de
laurier. On s'est laissé persuader qu'on ne seroit
pas fâché de voit ici en langage moderne des
Tioubadours, la façon dont ils s'expriment sur la
qualité de leur présens & sur leur symbole:
tized by Goog
JANVIER. 1752.
227
2. Tr. Couneissez l'Aurengier & sabez quinte
audour
Porte pertout eme sei flour;
Vaqui de sei vertus la plus fidelle eimagi.
2. Tr. Aqueu Lautier de sa valour
Deou vous douna i'idée & vous servi de gagi.
3. Tr. L'Aulivier de la Pax es lou signe parfait;
La Pax sera toujou sei plus arden soubait.
4. Tr. Lou Migranié marque l'Empire;
Soun fruit es courouna: regarda de sei gran
Et lou nombre & l'ordre charman;
Coumprenez ce qu'aco vaou dire.
1. Tr. Prenez aquelei brou; scran noustre preq
sen.
Tr. Tenez de tout aco fasez une Couroune
Et pourtaleis & nostrei couers encen
A sa polidette Persoune, &c.
Enfin, le Génie de la France satis fait, se dis-
pose à partir; & ceui de la Provence finit ses
adieux, en lui disant:
...... Allez, portez de notre hommage
Le sincere tribut à cet auguste Enfant.
Et s'il se pent, à son pere en passant
Dites un mot de noîre zéle
De nos tendres respects, de notre ardeur si lelle,
Kvj
as
228 MERCUREDEFRANCE.
Et n'oubliez pas la Maman,
Tout notre bonheur nous vient d'elle.
Que votre sort est doux que vous êtes heureux,
De pouvoir à leuis pieds porter vos justes rœux !
Volez où le devoir, où l'amour vous appelle;
Sous les yeux de LOUIS & de son digne fils,
Voyez croître le nombre & l'éclat de nos Lys;
Que formé sur ce grand modelle
Cet Enfant soit un jour leur fidelle portrait.
Je n'ajoute plus rien à cet ardent souhait.
Er si nous avons en le bonheur de vous plaire
Allez, vantez par tout, non pas ce qu'on a fait,
Mais ce qu'on auroit voulu faire.
L'une & l'autre représentation fut terminée
par un Feu d'artisice, exécuté sur le Théatre avec
beaucoup de succès. Puisqu'on s'est enhardi ainserer
dans cette description quelques vers Provençaux,
& que dans une Piéce du caractère de celle-ci,
on a dii s'accommoder au goût du Pays, décidé
pour le langage qui lui est particulier, on va ter-
miner cette Reiation par un couplet Provençal,
qui fut chanté à la suite de quelques autres par un
Berger. Sur l'air: Lou beou Tirsis se proumenave,
&c.
Tout es charman din sa Persoune;
Et tout près d'eou
Les flous que lou printemps nous donne
N'an ren de beou
JANVIER. 1752.
229
Lei plus doux presen de Poumoune
Nous toquoun plu
Est lou plus beou fruit de l'Autoune
Quaguen agu.
Fermer
13
p. 128-132
« MEMOIRES pour servir à l'Histoire de plusieurs hommes illustres de Provence. [...] »
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire de plusieurs hommes illustres de Provence. [...]
Mots clefs :
Provence, Histoire, Généraux d'armée, Parlement, Oratoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MEMOIRES pour servir à l'Histoire de plusieurs hommes illustres de Provence. [...] »
MEMOIRES pour servir à l'Histoire
de plusieurs hommes illustres de Provence.
A Paris, chez Claude Herissant fils
rue neuve Notre-Dame, 1752, un vo-
lume in 12.
Le Pere Bougerel, de la sçavante &
polie Congrégation de l'Oratoire, a en-
trepris, & fini l'Histoire des hommes Il-
lustres de Provence. Il a détaché de ce
grand Ouvrage quelques morceaux fi
exacts & si curieux, qu'ils font vivement
souhaiter la publication du reste.
Pierre Puget, le plus grand Sculpteur
qu'ait eu la France, est le premier dont
on voit l'Histoire., dans le volume
que nous annonçons. M. de Louvois
le pressant un jour de lui dire ce qu'il
souhaitoit qu on lui donnât pour les sta-
tues qu'il feroit pour le Roi, Puget
lui demanda une somme très-considéra-
MARS. 1752.
119
ble; le Roi nen donne pas davantage à
ses Généraux d'Armée, dit le Ministre.
J'en conviens, répliqua Puget, mais le
Roi n'ignore pas qu'il peut trouver facile-
ment des Généraux d'Armée dans ce nom-
bre prodigieux d'excellens Officiers qu'il
a dans ses troupes; mais qu'il n'est pas-
en France plusieurs Pugets.
Jean de Pontevès, Comte de Garces,
dont la vie suit celle de Puget, a été un
des plus grands hommes de guerre qu'ait
produit la Provence. A l'âge de vingt-
quatre ans, il sauva cette Province atta-
quée par Charles-Quint. Pour ôter à ce
Prince le moyen de subsister, il prit un
flambeau, mit le feu à ses bleds & à ses
fourages, fit défoncer ses tonneaux d'hui-
le & de vin, & abattre ses moulins:
exemple qui fut heureusement suivi par
toute la Province. Les soldats manquant
ainsi de tout, & mourant de faim, se jet-
terent dans les vignes, & mangerent avec
tant d'avidité des raisins qui n'étorent pas
encore mûrs, que la dissenterie fit périr la
moitié del'Armée. L'Empereur pour sauver.
le reste, fut obligé de se retirer à la hâte.
Louis Duchesne, Président à Mortier
au Parlement de Provence, fut un des
plus grands Magistrats de son tems, &
rendit des services essentiels à la Couron-
Ev
130 MERCURE DEFRANCE.
ne, du tems de la Ligue. Nous avions, dit
M. Duvair, dans le parc de notre justice
un grand chêne sacré, plein de révérence,
plein de religion, semblable à celui que
décrit le Poete:
Qialis frugifero quercus sublimis in agro,
Exuvias veteres, populi sacrataque gestans
Dona Ducum,
Simon Duperrier est le plus célebre
Avocat qu'ait eu le Parlement de Proven-
ce. L'attention de son pere pour son édu-
cation fut poussée jusques là, qu'il ne vou-
lût louer qu'à des Libraires les boutiques
qui tenoient à sa maison, dans la vue
que son fils s'y arrêtant, il prît du goût
pour les Lettres.
Le Chevalier l'aul, qui devint Vice-Ami-
ral de France, naquit singulierement. Un
bateau allant de Marseille au Château d'If,
au mois de Décembre 1597, fut battu
d'une si violente tempête, quon appré-
henda pour la vie de tous ceux qui y
étoient embarqués; mais suttout pour cel-
le d'une blanchisseusse, fort avancée dans
sa grossesse. Cette femme fut en effet si
effrayée, qu elle accoucha du Chevalier
Paul.
Baltazat de Vias fut très-bon Poëte latin,
Astronome & Antiquaire. Jean Bertet,
MARS. 1752.
131
Jésuite, fut connu par son érudition, par
sa connoissance des Langues, & par des
Poësies latines, françoises, italiennes
espagnoles & Provençales. Louis Ferrand,
réussit dans la controverse. Le Pere An-
toine Pagi devint célebre par la critique
qu'il fit des Annales de Baronius. Son Ne-
ven le Pere François Pagi, a fait une His-
toire des Papes.
Jean Gilles a beaucoup réussi dans la
musique d'Eglise. M. de Berthier, Evêque
de Rieux, témoin du succès qu'il avoit
eu à l'ouverture des Etats du Languedoc
en 1697, voulut lui procurer la Maîtrise
de Saint Etienne de Toulouse. Il en écri-
vit au Chapitre qui venoit de disposer de
cette Place, en faveur d'un autre Musi-
cien nommé Farmelli; celui-ci instruit de
toui ce qu on écrivoit en faveur de Gilles,
poussé par une générosité dont on n'a pas
d'exemples, partit sur le champ de Tou-
louse pour Montpellier, presenta à Gilles
qu'il n avoit jamais vu, la démission de sa
place, & lui fit tant d'instance qu'il le dé-
termina à l'accepter. La délicatesse, de
conscience de ce Musicien étoit si grande,
qu'il faisoit dire des Messes le lendemain
des grandes fêtes, & des processions, où
il avoit fait exécuter sa musique, pour
tâcher d'appaiser le Seigneur, a cause des
Fvj
132 MERCUREDE FRANCE.
irrévérences & des scandales ausquels il
craignoit d'avoir donné lieu en ces oc-
casions.
Claude Terrein possédoit les Belles-
Lettres & les Beaux Arts, & une grande
connoissance des monumens antiques. Jean
Pierre Gibert fut un homme très-ver-
tueux, & un des plus grands Canonistes
du Royaume.
Jean-Baptiste Massillon, le plus grand
Prédicateur du siécle, écrivoit au Pere de
Sainte Marthe, Général de l'Oratoire: je
considere que je ne suis dans la Congré-
gation que pour être utile; & comme
mon talent & mon inclination m'éloi-
gnent de la Chaire, j'ai cru qu'une Phi-
solophie ou une Théologie me convien-
droient mieux.
de plusieurs hommes illustres de Provence.
A Paris, chez Claude Herissant fils
rue neuve Notre-Dame, 1752, un vo-
lume in 12.
Le Pere Bougerel, de la sçavante &
polie Congrégation de l'Oratoire, a en-
trepris, & fini l'Histoire des hommes Il-
lustres de Provence. Il a détaché de ce
grand Ouvrage quelques morceaux fi
exacts & si curieux, qu'ils font vivement
souhaiter la publication du reste.
Pierre Puget, le plus grand Sculpteur
qu'ait eu la France, est le premier dont
on voit l'Histoire., dans le volume
que nous annonçons. M. de Louvois
le pressant un jour de lui dire ce qu'il
souhaitoit qu on lui donnât pour les sta-
tues qu'il feroit pour le Roi, Puget
lui demanda une somme très-considéra-
MARS. 1752.
119
ble; le Roi nen donne pas davantage à
ses Généraux d'Armée, dit le Ministre.
J'en conviens, répliqua Puget, mais le
Roi n'ignore pas qu'il peut trouver facile-
ment des Généraux d'Armée dans ce nom-
bre prodigieux d'excellens Officiers qu'il
a dans ses troupes; mais qu'il n'est pas-
en France plusieurs Pugets.
Jean de Pontevès, Comte de Garces,
dont la vie suit celle de Puget, a été un
des plus grands hommes de guerre qu'ait
produit la Provence. A l'âge de vingt-
quatre ans, il sauva cette Province atta-
quée par Charles-Quint. Pour ôter à ce
Prince le moyen de subsister, il prit un
flambeau, mit le feu à ses bleds & à ses
fourages, fit défoncer ses tonneaux d'hui-
le & de vin, & abattre ses moulins:
exemple qui fut heureusement suivi par
toute la Province. Les soldats manquant
ainsi de tout, & mourant de faim, se jet-
terent dans les vignes, & mangerent avec
tant d'avidité des raisins qui n'étorent pas
encore mûrs, que la dissenterie fit périr la
moitié del'Armée. L'Empereur pour sauver.
le reste, fut obligé de se retirer à la hâte.
Louis Duchesne, Président à Mortier
au Parlement de Provence, fut un des
plus grands Magistrats de son tems, &
rendit des services essentiels à la Couron-
Ev
130 MERCURE DEFRANCE.
ne, du tems de la Ligue. Nous avions, dit
M. Duvair, dans le parc de notre justice
un grand chêne sacré, plein de révérence,
plein de religion, semblable à celui que
décrit le Poete:
Qialis frugifero quercus sublimis in agro,
Exuvias veteres, populi sacrataque gestans
Dona Ducum,
Simon Duperrier est le plus célebre
Avocat qu'ait eu le Parlement de Proven-
ce. L'attention de son pere pour son édu-
cation fut poussée jusques là, qu'il ne vou-
lût louer qu'à des Libraires les boutiques
qui tenoient à sa maison, dans la vue
que son fils s'y arrêtant, il prît du goût
pour les Lettres.
Le Chevalier l'aul, qui devint Vice-Ami-
ral de France, naquit singulierement. Un
bateau allant de Marseille au Château d'If,
au mois de Décembre 1597, fut battu
d'une si violente tempête, quon appré-
henda pour la vie de tous ceux qui y
étoient embarqués; mais suttout pour cel-
le d'une blanchisseusse, fort avancée dans
sa grossesse. Cette femme fut en effet si
effrayée, qu elle accoucha du Chevalier
Paul.
Baltazat de Vias fut très-bon Poëte latin,
Astronome & Antiquaire. Jean Bertet,
MARS. 1752.
131
Jésuite, fut connu par son érudition, par
sa connoissance des Langues, & par des
Poësies latines, françoises, italiennes
espagnoles & Provençales. Louis Ferrand,
réussit dans la controverse. Le Pere An-
toine Pagi devint célebre par la critique
qu'il fit des Annales de Baronius. Son Ne-
ven le Pere François Pagi, a fait une His-
toire des Papes.
Jean Gilles a beaucoup réussi dans la
musique d'Eglise. M. de Berthier, Evêque
de Rieux, témoin du succès qu'il avoit
eu à l'ouverture des Etats du Languedoc
en 1697, voulut lui procurer la Maîtrise
de Saint Etienne de Toulouse. Il en écri-
vit au Chapitre qui venoit de disposer de
cette Place, en faveur d'un autre Musi-
cien nommé Farmelli; celui-ci instruit de
toui ce qu on écrivoit en faveur de Gilles,
poussé par une générosité dont on n'a pas
d'exemples, partit sur le champ de Tou-
louse pour Montpellier, presenta à Gilles
qu'il n avoit jamais vu, la démission de sa
place, & lui fit tant d'instance qu'il le dé-
termina à l'accepter. La délicatesse, de
conscience de ce Musicien étoit si grande,
qu'il faisoit dire des Messes le lendemain
des grandes fêtes, & des processions, où
il avoit fait exécuter sa musique, pour
tâcher d'appaiser le Seigneur, a cause des
Fvj
132 MERCUREDE FRANCE.
irrévérences & des scandales ausquels il
craignoit d'avoir donné lieu en ces oc-
casions.
Claude Terrein possédoit les Belles-
Lettres & les Beaux Arts, & une grande
connoissance des monumens antiques. Jean
Pierre Gibert fut un homme très-ver-
tueux, & un des plus grands Canonistes
du Royaume.
Jean-Baptiste Massillon, le plus grand
Prédicateur du siécle, écrivoit au Pere de
Sainte Marthe, Général de l'Oratoire: je
considere que je ne suis dans la Congré-
gation que pour être utile; & comme
mon talent & mon inclination m'éloi-
gnent de la Chaire, j'ai cru qu'une Phi-
solophie ou une Théologie me convien-
droient mieux.
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14
p. 203-206
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 29 du mois de Janvier, M. le Comte de Clermont, Prince du Sang, [...]
Mots clefs :
Famille royale, Fête de la Purification de la Sainte Vierge, Chevaliers, Officiers, Abbés, Célébrations, Ducs, Comtes, Ordonnance du roi, Amnistie générale, Désertions, Marins, Nominations, Madame Henriette de France, Service religieux, Provence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L29 du mois de Janvier , M. le Comte de Clermont
, Prince du Sang , prir congé du Roi , de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
la Reine & de la Famille Royale , pour aller prer
dre le commandement de l'armée du Roi à Hanovre.
Le 2 de Février , fête de la Purification de la
Sainte Vierge , MM. les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint Eſprit , s'é→
tant affemblés vers les onze heures du matin dans
le cabinet du Roi , Sa Majefté tint chapitre , &
nomma Commandeur de fes Ordres , M. l'Abbé
Comte de Bernis , Miniftre & Secrétaire d'Etat au
Département des Affaires Etrangeres . Le Roi fortit
enfuite de fon appartement , pour aller à la
Chapelle. Sa Majefté , devant laquelle les deur
Huifiers de la Chambre portoient leurs Mafes ,
étoit en manteau , le Collier de l'Ordre & celui
de la Toifon d'Or pardeffus. Elle étoit précédée
de Monfeigneur le Dauphin , de MM . le Duc
d'Orléans , le prince de Condé, le Comte de Charolois
, le Prince de Conty , le Comte de la Marche
, le Comte d'Eu , le Duc de Penthievre , &
des Chevaliers , Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
Le Roi affifta à la bénédiction des cierges &
à la proceffion qui fe fit dans la Chapelle ; & la
Grande Melle fut célébrée par l'Abbé Gergoy ,
Chapelain Ordinaire de la Chapelle - Mufique. Sa
Majefté fut reconduite à fon appartement en la
maniere accoutumée.
Il a été rendu le 29 décembre dernier une ordonnance
par laquelle « Sa Majesté accorde une
» amnistie générale à tous les Officiers- Mariniers
» & Matelots qui auront défertés , tant de fes Vaif-
>> feaux & autres Bâtimens , que des Ports & Arfenaux
de marine , à condition néanmoins , pour
>> ceux d'entre lefdits Officiers- Mariniers & Ma-
> telots qui feront dans le Royaume & dans les
Iles Françoifes de l'Amérique , qu'ils fe préMARS.
1758. 205.
fenteront aux Commiffaires de la Marine , &
>> autres Officiers chargés du détail des Claffes des
>> Matelots , quinze jours après la publication de.
» la préſente Ordonnance dans les lieux où ils fe
>> trouveront ; & pour ceux qui feront dans les
» Pays Etrangers , qu'ils fe préfenteront pareille-
>> ment aux Confuls François & autres Officiers
commis par Sa Majefté dans lefdits Pays , & ce
» dans le terme d'une année , à compter du pre-
» mier février prochain , que ladite Ordonnance
» aura été publiée dans ce Royaume , pour y être
» renvoyés par lefdits Confuls avec une conduite ,
» fous la charge de fe repréſenter immédiatement
» après leur retour dans le Royaume , devant les
» Commiffaires de la Marine , & autres Officiers
» chargés du détail des claffes . »
M. l'Evêque Duc de Laon a pris congé du Roi
& eft parti le 9 février de Paris , pour fe rendre
à fon Ambaffade à Rome.
La place de Major des Gardes du Corps , dont
M. de Sufy a donné fa démiffion , a été accordée
par le Roi à M. de Monmort.
Le Roi a accordé le grade de Maréchal de Camp
de fes armées à M. le Prince de Condé & à M. le
Comte de la Marche.
Le Roi vient de nommer M. de Chevert Lieu →
tenant- Général , Grand- Croix de l'Ordre de Saint¹
Louis , & lui a accordé une gratification annuelle
de mille écus , en attendant qu'il jouiffe de la pen-'
fion fur l'Ordre , attachée à cette décoration. Sæ
Majeſté a encore ajouté à cette grace quatre mille
livres de penfion fur le Tréfor Royal , en atten--
dant qu'il foit pourvu du gouvernement qu'elle-
Jai promet d'efpérer .
On a célébré le 11 de ce mois , dans l'Eglife de
la Paroifle du Château , pour le repos de l'ame de
206, MERCURE DE FRANCE.
Madame Henriette de France , le ſervice fondé
par Monfeigneur le Dauphin. Ce Prince , Madame
la Dauphine , Madame Infante , Madame , &
Meldames Victoire , Sophie & Louiſe , y ont aſfifté
.
Le ſervice annuel fondé par le Roi dans l'Abbaye
Royale de Saint Denis pour Madame Henriette
de France , y fut célébré le 13 avec les cérémonies
ordinaires . L'Evêque de Meaux , premier
Aumônier de Madame,y affifta, ainſi que Ma
dame la Ducheffe de Beauvilliers , Dame d'Honneur
, M. le Baron de Montmorency , Chevalier
Honneur , M. le Duc de Saint-Agnan , & plufieurs
perfonnes de diftinctions .
Nous apprenons de Provence que le froid y a
été exceffif pendant plus d'un mois , quoiqu'on y
ait joui du plus beau foleil. La Durence & le Rhỗ-
ne ont été pris d'une telle force , que les voitures
les plus pefantes ont roulé fur la premiere , & que
la feule largeur du Rhône a empêché de tenter le
même paffage fur fes glaces.
L29 du mois de Janvier , M. le Comte de Clermont
, Prince du Sang , prir congé du Roi , de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
la Reine & de la Famille Royale , pour aller prer
dre le commandement de l'armée du Roi à Hanovre.
Le 2 de Février , fête de la Purification de la
Sainte Vierge , MM. les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint Eſprit , s'é→
tant affemblés vers les onze heures du matin dans
le cabinet du Roi , Sa Majefté tint chapitre , &
nomma Commandeur de fes Ordres , M. l'Abbé
Comte de Bernis , Miniftre & Secrétaire d'Etat au
Département des Affaires Etrangeres . Le Roi fortit
enfuite de fon appartement , pour aller à la
Chapelle. Sa Majefté , devant laquelle les deur
Huifiers de la Chambre portoient leurs Mafes ,
étoit en manteau , le Collier de l'Ordre & celui
de la Toifon d'Or pardeffus. Elle étoit précédée
de Monfeigneur le Dauphin , de MM . le Duc
d'Orléans , le prince de Condé, le Comte de Charolois
, le Prince de Conty , le Comte de la Marche
, le Comte d'Eu , le Duc de Penthievre , &
des Chevaliers , Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
Le Roi affifta à la bénédiction des cierges &
à la proceffion qui fe fit dans la Chapelle ; & la
Grande Melle fut célébrée par l'Abbé Gergoy ,
Chapelain Ordinaire de la Chapelle - Mufique. Sa
Majefté fut reconduite à fon appartement en la
maniere accoutumée.
Il a été rendu le 29 décembre dernier une ordonnance
par laquelle « Sa Majesté accorde une
» amnistie générale à tous les Officiers- Mariniers
» & Matelots qui auront défertés , tant de fes Vaif-
>> feaux & autres Bâtimens , que des Ports & Arfenaux
de marine , à condition néanmoins , pour
>> ceux d'entre lefdits Officiers- Mariniers & Ma-
> telots qui feront dans le Royaume & dans les
Iles Françoifes de l'Amérique , qu'ils fe préMARS.
1758. 205.
fenteront aux Commiffaires de la Marine , &
>> autres Officiers chargés du détail des Claffes des
>> Matelots , quinze jours après la publication de.
» la préſente Ordonnance dans les lieux où ils fe
>> trouveront ; & pour ceux qui feront dans les
» Pays Etrangers , qu'ils fe préfenteront pareille-
>> ment aux Confuls François & autres Officiers
commis par Sa Majefté dans lefdits Pays , & ce
» dans le terme d'une année , à compter du pre-
» mier février prochain , que ladite Ordonnance
» aura été publiée dans ce Royaume , pour y être
» renvoyés par lefdits Confuls avec une conduite ,
» fous la charge de fe repréſenter immédiatement
» après leur retour dans le Royaume , devant les
» Commiffaires de la Marine , & autres Officiers
» chargés du détail des claffes . »
M. l'Evêque Duc de Laon a pris congé du Roi
& eft parti le 9 février de Paris , pour fe rendre
à fon Ambaffade à Rome.
La place de Major des Gardes du Corps , dont
M. de Sufy a donné fa démiffion , a été accordée
par le Roi à M. de Monmort.
Le Roi a accordé le grade de Maréchal de Camp
de fes armées à M. le Prince de Condé & à M. le
Comte de la Marche.
Le Roi vient de nommer M. de Chevert Lieu →
tenant- Général , Grand- Croix de l'Ordre de Saint¹
Louis , & lui a accordé une gratification annuelle
de mille écus , en attendant qu'il jouiffe de la pen-'
fion fur l'Ordre , attachée à cette décoration. Sæ
Majeſté a encore ajouté à cette grace quatre mille
livres de penfion fur le Tréfor Royal , en atten--
dant qu'il foit pourvu du gouvernement qu'elle-
Jai promet d'efpérer .
On a célébré le 11 de ce mois , dans l'Eglife de
la Paroifle du Château , pour le repos de l'ame de
206, MERCURE DE FRANCE.
Madame Henriette de France , le ſervice fondé
par Monfeigneur le Dauphin. Ce Prince , Madame
la Dauphine , Madame Infante , Madame , &
Meldames Victoire , Sophie & Louiſe , y ont aſfifté
.
Le ſervice annuel fondé par le Roi dans l'Abbaye
Royale de Saint Denis pour Madame Henriette
de France , y fut célébré le 13 avec les cérémonies
ordinaires . L'Evêque de Meaux , premier
Aumônier de Madame,y affifta, ainſi que Ma
dame la Ducheffe de Beauvilliers , Dame d'Honneur
, M. le Baron de Montmorency , Chevalier
Honneur , M. le Duc de Saint-Agnan , & plufieurs
perfonnes de diftinctions .
Nous apprenons de Provence que le froid y a
été exceffif pendant plus d'un mois , quoiqu'on y
ait joui du plus beau foleil. La Durence & le Rhỗ-
ne ont été pris d'une telle force , que les voitures
les plus pefantes ont roulé fur la premiere , & que
la feule largeur du Rhône a empêché de tenter le
même paffage fur fes glaces.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 29 janvier, le Comte de Clermont, Prince du Sang, quitta la cour pour prendre le commandement de l'armée du Roi à Hanovre. Le 2 février, à l'occasion de la fête de la Purification de la Sainte Vierge, le Roi tint un chapitre de l'Ordre du Saint-Esprit et nomma l'Abbé Comte de Bernis, Ministre et Secrétaire d'État aux Affaires Étrangères, Commandeur de cet Ordre. Le Roi participa ensuite à la bénédiction des cierges et à la procession dans la Chapelle, accompagné par le Dauphin et plusieurs princes et officiers de l'Ordre. Le 29 décembre, une ordonnance royale accorda une amnistie générale aux Officiers-Mariniers et Matelots déserteurs, à condition qu'ils se présentent aux autorités compétentes dans un délai spécifié. Le 9 février, l'Évêque Duc de Laon quitta Paris pour se rendre à son ambassade à Rome. Le Roi attribua la place de Major des Gardes du Corps à M. de Monmort et le grade de Maréchal de Camp à M. le Prince de Condé et à M. le Comte de la Marche. M. de Chevert fut nommé Lieutenant-Général et Grand-Croix de l'Ordre de Saint-Louis, avec une gratification annuelle et une pension. Le 11 février, un service fut célébré dans l'église paroissiale du Château pour le repos de l'âme de Madame Henriette de France, en présence de plusieurs membres de la famille royale. Le 13 février, un service annuel fondé par le Roi en mémoire de Madame Henriette de France fut célébré à l'Abbaye Royale de Saint-Denis. En Provence, un froid extrême persista pendant plus d'un mois, permettant aux voitures de circuler sur la Durance gelée, mais empêchant le passage sur le Rhône.
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15
p. 212-213
DE PARIS, le 5 Mai.
Début :
La Compagnie des Intéressés au Canal de Provence, est obligée d'avertir tous les [...]
Mots clefs :
Actions, Canal de Provence, Arrêts, Ordonnance du roi, Corps royal d'artillerie, Service, Bataillons, Provence, Milice, Maréchal
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texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 5 Mai.
De PARIS , le Mai.
La Compagnie des Intéreffés au Canal de Proeft
obligée d'avertir tous les Porteurs d'acvence
,
越
1
213
JUIN. 1759.
tions établies fur l'entreprise de ce Canal , que conformément
aux Arrêts rendus le 23 Janvier & le
Avril de cette année , dans la Chambre des
Eaux & Forêts du Parlement d'Aix , ils doivent
avant le 9 du prochain mois deJuin , dépofer leurs
actions à Paris chez le fieur Therese , Notaire, rue
du Roule , & à Aix chez le fieur Pontier ; toutes
les actions qui ne feront pas déposées avant ce
terme , feront réduites à la moitié de leur valeur.
Du 12.
On vient de publier une Ordonnance du Roi ,
en date du 2 du mois dernier , portant Réglement
pour le fervice du Corps Royal de l'Artillerie. Cette
Ordonnance eft divifée en trois parties. La premiere
traite du ſervice en général , la feconde régle
le fervice dans les places , & la troiſiéme a
pour objet le fervice en campagne. 3
On écrit de Marfeille que les fix Bataillons.des
troupes du Roi , qui étoient en Corfe , doivent arriver
inceffamment en Provence . Ce renfort, joint
aux autres troupes qui font dans cette Province ,
formera un corps de dix-huit Bataillons. Il y a de
plus , quatre mille Gardes- Côtes , & une Milice
Bourgeoife de cinq mille hommes , que la Ville
'de Marfeille vient de lever. Le Maréchal de Thomond
a fait mettre en bon état toutes les batteries
qui font fur les côtes de la Méditerrannée. Il a
en Languedoc vingt - cinq Bataillons , & il a fait
un choix parmi les Milices du pays , d'un corps de
cinq mille hommes , qui fe porteront avec promp
titude par- tout où la néceſſité l'exigèra .
La Compagnie des Intéreffés au Canal de Proeft
obligée d'avertir tous les Porteurs d'acvence
,
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JUIN. 1759.
tions établies fur l'entreprise de ce Canal , que conformément
aux Arrêts rendus le 23 Janvier & le
Avril de cette année , dans la Chambre des
Eaux & Forêts du Parlement d'Aix , ils doivent
avant le 9 du prochain mois deJuin , dépofer leurs
actions à Paris chez le fieur Therese , Notaire, rue
du Roule , & à Aix chez le fieur Pontier ; toutes
les actions qui ne feront pas déposées avant ce
terme , feront réduites à la moitié de leur valeur.
Du 12.
On vient de publier une Ordonnance du Roi ,
en date du 2 du mois dernier , portant Réglement
pour le fervice du Corps Royal de l'Artillerie. Cette
Ordonnance eft divifée en trois parties. La premiere
traite du ſervice en général , la feconde régle
le fervice dans les places , & la troiſiéme a
pour objet le fervice en campagne. 3
On écrit de Marfeille que les fix Bataillons.des
troupes du Roi , qui étoient en Corfe , doivent arriver
inceffamment en Provence . Ce renfort, joint
aux autres troupes qui font dans cette Province ,
formera un corps de dix-huit Bataillons. Il y a de
plus , quatre mille Gardes- Côtes , & une Milice
Bourgeoife de cinq mille hommes , que la Ville
'de Marfeille vient de lever. Le Maréchal de Thomond
a fait mettre en bon état toutes les batteries
qui font fur les côtes de la Méditerrannée. Il a
en Languedoc vingt - cinq Bataillons , & il a fait
un choix parmi les Milices du pays , d'un corps de
cinq mille hommes , qui fe porteront avec promp
titude par- tout où la néceſſité l'exigèra .
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Résumé : DE PARIS, le 5 Mai.
L'avis de la Compagnie des Intérêffés au Canal de Proeft, daté du 21 juin 1759, informe les porteurs d'actions qu'ils doivent déposer leurs titres avant le 9 juin suivant chez le notaire Therese à Paris ou Pontier à Aix, conformément aux arrêts du Parlement d'Aix de janvier et avril 1759. Les actions non déposées seront réduites de moitié. Par ailleurs, une ordonnance royale du 2 mai 1759 régit le service du Corps Royal de l'Artillerie, divisé en trois parties : le service en général, le service dans les places et le service en campagne. Des nouvelles de Marseille rapportent l'arrivée de six bataillons du roi en Provence, portant le total des troupes à dix-huit bataillons. De plus, quatre mille Gardes-Côtes et une milice bourgeoise de cinq mille hommes ont été levés. Le maréchal de Thomond a préparé des batteries sur les côtes méditerranéennes et rassemblé vingt-cinq bataillons en Languedoc, ainsi qu'une milice de cinq mille hommes prête à intervenir.
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16
p. 212
AVIS DIVERS.
Début :
On trouve en tout temps chez le sieur Tavernier, Marchand, quai de la [...]
Mots clefs :
Marchand, Jarres, Provence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS DIVERS.
A VIS
,
DIVER S.
On trouve en tout temps chez le fieur TAVERNIER
, Marchand quai de la Mégifferie , au
Cigue blanc , à côté de la grille de l'Arche - Marion
, près le Pont- Neuf, de très- belles Jarres de
Provence , bien émaillées intérieurement , contenant
depuis quatre julqu'à douze voies d'eau : il a
d'ailleurs le moyen de les fabler de façon que
l'eau s'y clarifie auffi -tôr.
,
DIVER S.
On trouve en tout temps chez le fieur TAVERNIER
, Marchand quai de la Mégifferie , au
Cigue blanc , à côté de la grille de l'Arche - Marion
, près le Pont- Neuf, de très- belles Jarres de
Provence , bien émaillées intérieurement , contenant
depuis quatre julqu'à douze voies d'eau : il a
d'ailleurs le moyen de les fabler de façon que
l'eau s'y clarifie auffi -tôr.
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