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1
p. 111-112
« JOURNAL du voyage fait par ordre du Roi à l'Equateur, servant d'introduction [...] »
Début :
JOURNAL du voyage fait par ordre du Roi à l'Equateur, servant d'introduction [...]
Mots clefs :
Charles-Marie de La Condamine, Voyage, Académiciens
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texteReconnaissance textuelle : « JOURNAL du voyage fait par ordre du Roi à l'Equateur, servant d'introduction [...] »
JOURNAL du voyage fait par ordre du
Roi à l'Equateur, servant d'introduction
historique à la mesure des trois pre-
miers degrés du Méridien. Par M. de la
Condamine. A Paris, de l'Imprimerie
Royale, 1751, in-4. Un volume avec
des Cartes & des plans.
Le voyage & les travaux de Messieurs
Godin, Bougner & de la Condamine,
ont fait tant de bruit dans le monde sça-
vant, & même dans celui qui ne l'est pas
quun Livre qui en rend compre, n'a be-
soin que d'être annoncé pour être recher-
ché. Si notre jugement particulier pou-
voit ajoûter quelque chose à l'idée qu'on
s'est formée d'avance de cette importante
Relation, nous dirions quon y trouve
tout ce qui peut rendre précieux un Li-
vre de cette nature: des découvertes
Geographiques, Physiques & Astronomi-
ques; des observations sur les mœurs,
sur les Arts & sur le Commerce; des dé-
tails militaires & politiques, &c. Cepen-
dant ce qui frappe le plus dans cet ouvra-
ge, c'est le courage & la constance des
DI2 MERCUREDEFRANCE.
trois célèbres Académiciens dans les pei-
nes inséparables de leut entreprise, &
dans les traverses qu'on ne pouvoit man-
quer de leur fusciter. M. de la Condamine
narre tout cela naivement, vivement, in-
génieusement. Les choses agtéables de-
viennent très-agréables sous sa plume;
& celles qui sont naturellement séches,
sont écrites avec tant de clarté, d'ordre
& de précision, qu on a encore du plaisit
à les lire. L'Histoire des Pyramides éle-
vées à Quito pour immortaliser les tra-
vaux des trois Académiciens, & pout fixer
les termes de la base fondamentale de
leurs opérations, est très curieuse & très-
bien contée: nous parlerons en particu-
lier de ce morceau, parce qu'il peut amu-
ser jusqu'aux gens les plus frivoles.
Roi à l'Equateur, servant d'introduction
historique à la mesure des trois pre-
miers degrés du Méridien. Par M. de la
Condamine. A Paris, de l'Imprimerie
Royale, 1751, in-4. Un volume avec
des Cartes & des plans.
Le voyage & les travaux de Messieurs
Godin, Bougner & de la Condamine,
ont fait tant de bruit dans le monde sça-
vant, & même dans celui qui ne l'est pas
quun Livre qui en rend compre, n'a be-
soin que d'être annoncé pour être recher-
ché. Si notre jugement particulier pou-
voit ajoûter quelque chose à l'idée qu'on
s'est formée d'avance de cette importante
Relation, nous dirions quon y trouve
tout ce qui peut rendre précieux un Li-
vre de cette nature: des découvertes
Geographiques, Physiques & Astronomi-
ques; des observations sur les mœurs,
sur les Arts & sur le Commerce; des dé-
tails militaires & politiques, &c. Cepen-
dant ce qui frappe le plus dans cet ouvra-
ge, c'est le courage & la constance des
DI2 MERCUREDEFRANCE.
trois célèbres Académiciens dans les pei-
nes inséparables de leut entreprise, &
dans les traverses qu'on ne pouvoit man-
quer de leur fusciter. M. de la Condamine
narre tout cela naivement, vivement, in-
génieusement. Les choses agtéables de-
viennent très-agréables sous sa plume;
& celles qui sont naturellement séches,
sont écrites avec tant de clarté, d'ordre
& de précision, qu on a encore du plaisit
à les lire. L'Histoire des Pyramides éle-
vées à Quito pour immortaliser les tra-
vaux des trois Académiciens, & pout fixer
les termes de la base fondamentale de
leurs opérations, est très curieuse & très-
bien contée: nous parlerons en particu-
lier de ce morceau, parce qu'il peut amu-
ser jusqu'aux gens les plus frivoles.
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2
p. 112-120
« La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...] »
Début :
La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...]
Mots clefs :
Michel-Gabriel Rossillon de Bernex, Devoirs, Zèle, Style, Prélat, Droit, Application, Célèbre, Servir, Jean de Pins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...] »
La vie de M. de Rossillon de Bernex,
Evêque & Prince de Genève. A Paris,
chez Michel Lambert, rue Saint Jacques,
1751, in. 12. Un volume.
On trouvera dans la vie de ce saint
Evêque, mort en 1734, tout ce qui peut
entretenir la piété: des vertus, des ac-
tions miraculeuses, des entrepises utiles
au salut des ames, beaucoup de zéle, un
grand désintéressement, & une constance
a toute épreuve. L'Auicur, M. Boudet,
113
1752.
FEVRIER.
Chanoine Régulier de Saint Antoine, a
écrit tant de choses édifiantes, avec le na-
turel & l'onction convenables à ces sortes
d'ouvrages. On jugera de son style par le
portrait qu'il fait du respectable Prélat.
Il avoit la taille haute & déliée, la
physionomie noble, les yeux vifs & le
teint vermeil. Les traits de son visage
étoient assez réguliers, excepté qu'il avoit
le nés un peu relevé, & même une na-
rine plus ouverte que l'autre, d'où il pre-
noit quelquefois occasion de s'humilier.
Il se tenoit toujours fort droit, ce qui lui
donnoit un air grave & majestueux, quoi-
qu'éloigné de toute affectation.
Un tempérament fort & robuste le
mettoit en état de résister aux plus grands
travaux, mais son extrême vivacité l'au-
roit rendu sujet à la colére, s'il ne s'étoit
fait des violences continuelles pour se cor-
riger de ce défaut. Cette impétuosité natu-
relle ne venoit point chez lui d'un fond
d'orgueil & d'amour propre, comme il ar-
rive ordinairement; il étoit au contraire
humble & modeste. L'élevation de ses
sentimens lui faisoient regarder l'estime
de soi-même, & l'enflure du cœeur, com-
me une vérite ble bassesse. C'étoit l'amour
de l'ordre & le zéle, qui produisoient en
lui un empressement & une inquiétude
ed by Go
114 MERCUR DE FRANCE.
surprenante, lorsque quelques obstacles
s'opposoient à ses bons desseins. C'est de
quoi il est aisé de se convaincre, si l'on
fait attention que M. Bernex na jamais
été sensible aux injures personnelles. La
multiplicité des affaires, & les contretems
qui survenoient, étoient la seule cause de
son chagrin.
De-la vient qu'il trouvoit souvent de
la difficulté à garder une régle fixe dans
ses occupations journalieres, rien n'é-
tant plus opposé à son caractère, que l'in-
constance & la legereté, dont quelques
personnes peu équitables ont voulu le ta-
xet: il doit passer pour constant que cer-
te irrégularité apparente étoit l'effet de
l'application qu'il apportoit à tout ce qu'il
faisoit, & de l'envie qu'il avoit de rem-
plir par lui-même tous ses devoirs dans
la plus grande perfection. Il quittoit avec
peine un ouvrage commencé, parce qu'il
craignoit qu'en le differant, il ne fût
obligé d'entamer le tems destiné à d'au-
tres opérations. Ainsi c'étoit moins M. de
Bernex qui manquoit au tems & à l'heu-
re, que le tems même qui lui manquoit,
& qui ne pouvoit suffire au détail immen-
se de sa Charge.
Son esprit aussi élevé que solide, ai-
moit à former de grandes entreprises. Les
FEVRIER. 1752. 115
difficulrés, loin de l'étonner, ne servoient
qu'à enflammer son courage. Il trouvoit
des ressources dans son génie & dans ses
manieres pleines de franchise & de poli-
tesse, qui lui gagnoient le cœur de ceux
avec qui il avoit à traiter; mais comme
l'intéret de la gloire de Dieu étoit le seul
objet qu'il eût en vue, il comptoit plus sur
le secours d'en haut, que sur les moyens
que la prudence lui suggeroit: l'expé-
rience lui avoit appris qu'on n'espére ja-
mais en vain au Seigneur.
Cette confiance en Dieu le rendoit
constant & intrépide dans les circonstan-
ces les plus critiques. Le devoir étoit son
unique régle; nulles considérations hu-
maines ne pouvoient l'engager à mollir,
quand il s'agissoit de l'observation de la
loi. Il a souvent montré, en luttant con-
tre le crédit & l'autorité, & en méprisant
les menaces des Grands qui vouloient
l'intimider, qu'il étoit incapable de tra-
hir sa conscience & l'honneur de son mi-
nistére. Au reste la fermeté de M. Bernex
n'étoit point ennemie de la complaisance
& des ménagemens, lorsque la nature des
affaires paroissoit l'exiger. Naturellement
porté à la condescendance, il n'étoit severe
que par nécessité, & personne n'a porté plus
loin que lui l'esprir & le talent de la con-
ciliation.
0
116 MERCURE DEFRANCE.
Il avoit le sens droit & la conception
aisée. Sa mémoire n'étoit pas si heureuse,
mais l'application & l'assiduité au travail
en firent un Théologien profond, & un
scavant Canoniste. Ses discours & ses
Lettres Pastorales, dont j'at rapporté
quelques morceaux dans le cours de cette
Histoire, sont une preuve de son élo-
quence & de son érudition. On voit qu'il
faisoit moins de cas des graces du style que
de la solidité du raisonnement. La mul
titude & la continuité de ses autres occu-
pations, l'empêchoient de polit la plû-
part de ses ouvrages, surtout ceux qui
n'étoient pas destinés à l'impression; de-
là vient la difference qui se trouve entre
les uns & les autres. M. de Bernex re-
cueilloit avec soin tout ce qu'il tencon-
troit de remarquable dans ses lectures,
pout s'en servir dans l'occasion; c'est ce
qui a produit ces volumes immenles que
l'on a trouvé dans son Cabinet écrit de sa
main. Il est étonnant qu'il ait pû tant
lire & tant écrire, malgré l'attention
exacte qu'il apportoit à remplit tous ses
devoirs. On ne peut expliquet cette énig.
me, qu'en se rappellant que ce Prélat
mettoit à profit tous les instans, sans ja-
mais se permettre aucun autre délasse-
ment, que celui qui se trouve dans les
changemens d'occupation.
30
117
FEVRIER. 1752.
M. de Bernex étoit aussi recommanda-
ble par les qualités du cœur, que par cel-
les de l'esptit. Sensible aux douleurs de
l'amitié, il en observoit fidélement tous
les devoirs. Il avoit beaucoup de tendres-
se pour ses proches, & mettoit tous ses
soins à conserver entr'eux la paix & l'u-
nion. Ses domestiques le regardoient plu-
tôt comme un pere, que comme un maî-
tre. Il traitoit ses Aumôniers, & en gé-
néral tous les Ecclésiastiques, avec une
bonté qui les charmoit. Affable & pré-
venant, il se croyoit assez récompensé
par le seul plaisir de faire du bien. Lors-
qu'on recouroit à lui, on étoit assuré d'y
trouver des secours prompts & efficaces.
Il n'a jamais souhaité des richesses, que
pour en faire part aux malheureux, en fa-
veur desquels il se privoit souvent du né-
cessaire. Quand on l'avoit obligé, &
qu'il pouvoit en témoigner sa reconnois-
sance, elle alloit toujours au-delà des
bienfaits. Tous ses procédés étoient no-
bles & généreux, ses manières douces &
polies, sa conversation, quoique sérieuse
& grave, ne laissoit pas de devenir aussi
amusante qu'utile, par les traits curieux
& édifians que lui fournissoient ses lec-
tures.
L'assemblage de tant de belles qualités,
a
SIS MERCUREDEFRANCE.
n'est pas ce qui fait la principale gloire
de M. de Bernex. Les vertus chrétiennes
qu'il a constamment pratiquées pendant
le cours d'une longue vie, lui donnent
incomparablement plus de droit à notre
estime. Né avec un goût décidé pour la
piété, soutenu & perfectionné par les
leçons & par les exemples de sa mere &
de son ayeule, il se forma dans la retraite
aux fonctions du ministére sacré, auquel
Dieu l'appella par une suite de prodiges.
Il apprit à commander, en observant fidé-
lement les loix de l'obéissance, dans l'état
de Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint
Antoine. C'est la que partageant son loi-
sit entre l'étude des saintes Lettres & l'e-
xercice de la priere, il se fit un fond de
science & de vertu, capable de four nir
aux besoins d'un Diocése très-vaste & très-
difficile à gouverner. Pénétré de la gran-
deur & de l'étendue de ses devoirs, il
sappliqua à les remplir, en imitant la
conduite de ses Prédécesseurs, surtout de
Saint François de Sales, & du célébre
Jean d'Arenthon d'Alex. Le succès de cet-
te application a été tel, qu'on ne croit
pas qu'il y ait de la témérité à le propo-
set à son tour, comme un modéle à sui-
vre dans les differens états où il a vêcu.
Il seroit difficile à décider quelle est
119
FEVRIER. 1752.
la vertu qui a le plus brillé dans sa con-
duite & dans ses moeurs; car il possédoit
dans un haut degré toutes celles qui com-
posent la justice chrétienne. Il avoit un
zéle universel & également vif à s'acquit-
ter de toutes ses obligations en géneral,
& de chacun d'elles en particulier.
n est aucun trait de sa vie qui ne soit
édifiant, & qui ne concoure à justifier l'i-
dée que je donne de ce grand Prélat.
Le Livre dont nous venons de parler,
nous en rappelle un autre, intitulé: Me-
moires pour servir à l'éloge de Jean de Pins
Evenque de Rieux, célebre par ses Ambassa-
des, avec un Recueil de plusieurs de ses
Lettres. A Avignon, chez Chabrier. Un
volume in-12.
Il n'y a proprement m recherches, ni
discussions, ni style dans cet ouvrage; on
y parle des négociations de Jean de Pins,
sans avoir étudié le siécle où vivoit cet
homme célébre, & de ses travaux littérai-
res, sans aucune connoissance des Livres.
Si cette production pouvoit inspirer de
la curiosité, on devineroit au ton qui y
regne, les inclinations & les occupations
de l'Auteur, qui nous est tout-à-fait in-
connu. Ce que nous venons de dire, sus-
fira pout constater l'existence des Mémoi-
tes pour servir a l'éloge de Jean de Pins,
iues
120 MERCUREDE FRANCE.
si quelqu'un s'avisoit un jout de la con-
tester.
Evêque & Prince de Genève. A Paris,
chez Michel Lambert, rue Saint Jacques,
1751, in. 12. Un volume.
On trouvera dans la vie de ce saint
Evêque, mort en 1734, tout ce qui peut
entretenir la piété: des vertus, des ac-
tions miraculeuses, des entrepises utiles
au salut des ames, beaucoup de zéle, un
grand désintéressement, & une constance
a toute épreuve. L'Auicur, M. Boudet,
113
1752.
FEVRIER.
Chanoine Régulier de Saint Antoine, a
écrit tant de choses édifiantes, avec le na-
turel & l'onction convenables à ces sortes
d'ouvrages. On jugera de son style par le
portrait qu'il fait du respectable Prélat.
Il avoit la taille haute & déliée, la
physionomie noble, les yeux vifs & le
teint vermeil. Les traits de son visage
étoient assez réguliers, excepté qu'il avoit
le nés un peu relevé, & même une na-
rine plus ouverte que l'autre, d'où il pre-
noit quelquefois occasion de s'humilier.
Il se tenoit toujours fort droit, ce qui lui
donnoit un air grave & majestueux, quoi-
qu'éloigné de toute affectation.
Un tempérament fort & robuste le
mettoit en état de résister aux plus grands
travaux, mais son extrême vivacité l'au-
roit rendu sujet à la colére, s'il ne s'étoit
fait des violences continuelles pour se cor-
riger de ce défaut. Cette impétuosité natu-
relle ne venoit point chez lui d'un fond
d'orgueil & d'amour propre, comme il ar-
rive ordinairement; il étoit au contraire
humble & modeste. L'élevation de ses
sentimens lui faisoient regarder l'estime
de soi-même, & l'enflure du cœeur, com-
me une vérite ble bassesse. C'étoit l'amour
de l'ordre & le zéle, qui produisoient en
lui un empressement & une inquiétude
ed by Go
114 MERCUR DE FRANCE.
surprenante, lorsque quelques obstacles
s'opposoient à ses bons desseins. C'est de
quoi il est aisé de se convaincre, si l'on
fait attention que M. Bernex na jamais
été sensible aux injures personnelles. La
multiplicité des affaires, & les contretems
qui survenoient, étoient la seule cause de
son chagrin.
De-la vient qu'il trouvoit souvent de
la difficulté à garder une régle fixe dans
ses occupations journalieres, rien n'é-
tant plus opposé à son caractère, que l'in-
constance & la legereté, dont quelques
personnes peu équitables ont voulu le ta-
xet: il doit passer pour constant que cer-
te irrégularité apparente étoit l'effet de
l'application qu'il apportoit à tout ce qu'il
faisoit, & de l'envie qu'il avoit de rem-
plir par lui-même tous ses devoirs dans
la plus grande perfection. Il quittoit avec
peine un ouvrage commencé, parce qu'il
craignoit qu'en le differant, il ne fût
obligé d'entamer le tems destiné à d'au-
tres opérations. Ainsi c'étoit moins M. de
Bernex qui manquoit au tems & à l'heu-
re, que le tems même qui lui manquoit,
& qui ne pouvoit suffire au détail immen-
se de sa Charge.
Son esprit aussi élevé que solide, ai-
moit à former de grandes entreprises. Les
FEVRIER. 1752. 115
difficulrés, loin de l'étonner, ne servoient
qu'à enflammer son courage. Il trouvoit
des ressources dans son génie & dans ses
manieres pleines de franchise & de poli-
tesse, qui lui gagnoient le cœur de ceux
avec qui il avoit à traiter; mais comme
l'intéret de la gloire de Dieu étoit le seul
objet qu'il eût en vue, il comptoit plus sur
le secours d'en haut, que sur les moyens
que la prudence lui suggeroit: l'expé-
rience lui avoit appris qu'on n'espére ja-
mais en vain au Seigneur.
Cette confiance en Dieu le rendoit
constant & intrépide dans les circonstan-
ces les plus critiques. Le devoir étoit son
unique régle; nulles considérations hu-
maines ne pouvoient l'engager à mollir,
quand il s'agissoit de l'observation de la
loi. Il a souvent montré, en luttant con-
tre le crédit & l'autorité, & en méprisant
les menaces des Grands qui vouloient
l'intimider, qu'il étoit incapable de tra-
hir sa conscience & l'honneur de son mi-
nistére. Au reste la fermeté de M. Bernex
n'étoit point ennemie de la complaisance
& des ménagemens, lorsque la nature des
affaires paroissoit l'exiger. Naturellement
porté à la condescendance, il n'étoit severe
que par nécessité, & personne n'a porté plus
loin que lui l'esprir & le talent de la con-
ciliation.
0
116 MERCURE DEFRANCE.
Il avoit le sens droit & la conception
aisée. Sa mémoire n'étoit pas si heureuse,
mais l'application & l'assiduité au travail
en firent un Théologien profond, & un
scavant Canoniste. Ses discours & ses
Lettres Pastorales, dont j'at rapporté
quelques morceaux dans le cours de cette
Histoire, sont une preuve de son élo-
quence & de son érudition. On voit qu'il
faisoit moins de cas des graces du style que
de la solidité du raisonnement. La mul
titude & la continuité de ses autres occu-
pations, l'empêchoient de polit la plû-
part de ses ouvrages, surtout ceux qui
n'étoient pas destinés à l'impression; de-
là vient la difference qui se trouve entre
les uns & les autres. M. de Bernex re-
cueilloit avec soin tout ce qu'il tencon-
troit de remarquable dans ses lectures,
pout s'en servir dans l'occasion; c'est ce
qui a produit ces volumes immenles que
l'on a trouvé dans son Cabinet écrit de sa
main. Il est étonnant qu'il ait pû tant
lire & tant écrire, malgré l'attention
exacte qu'il apportoit à remplit tous ses
devoirs. On ne peut expliquet cette énig.
me, qu'en se rappellant que ce Prélat
mettoit à profit tous les instans, sans ja-
mais se permettre aucun autre délasse-
ment, que celui qui se trouve dans les
changemens d'occupation.
30
117
FEVRIER. 1752.
M. de Bernex étoit aussi recommanda-
ble par les qualités du cœur, que par cel-
les de l'esptit. Sensible aux douleurs de
l'amitié, il en observoit fidélement tous
les devoirs. Il avoit beaucoup de tendres-
se pour ses proches, & mettoit tous ses
soins à conserver entr'eux la paix & l'u-
nion. Ses domestiques le regardoient plu-
tôt comme un pere, que comme un maî-
tre. Il traitoit ses Aumôniers, & en gé-
néral tous les Ecclésiastiques, avec une
bonté qui les charmoit. Affable & pré-
venant, il se croyoit assez récompensé
par le seul plaisir de faire du bien. Lors-
qu'on recouroit à lui, on étoit assuré d'y
trouver des secours prompts & efficaces.
Il n'a jamais souhaité des richesses, que
pour en faire part aux malheureux, en fa-
veur desquels il se privoit souvent du né-
cessaire. Quand on l'avoit obligé, &
qu'il pouvoit en témoigner sa reconnois-
sance, elle alloit toujours au-delà des
bienfaits. Tous ses procédés étoient no-
bles & généreux, ses manières douces &
polies, sa conversation, quoique sérieuse
& grave, ne laissoit pas de devenir aussi
amusante qu'utile, par les traits curieux
& édifians que lui fournissoient ses lec-
tures.
L'assemblage de tant de belles qualités,
a
SIS MERCUREDEFRANCE.
n'est pas ce qui fait la principale gloire
de M. de Bernex. Les vertus chrétiennes
qu'il a constamment pratiquées pendant
le cours d'une longue vie, lui donnent
incomparablement plus de droit à notre
estime. Né avec un goût décidé pour la
piété, soutenu & perfectionné par les
leçons & par les exemples de sa mere &
de son ayeule, il se forma dans la retraite
aux fonctions du ministére sacré, auquel
Dieu l'appella par une suite de prodiges.
Il apprit à commander, en observant fidé-
lement les loix de l'obéissance, dans l'état
de Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint
Antoine. C'est la que partageant son loi-
sit entre l'étude des saintes Lettres & l'e-
xercice de la priere, il se fit un fond de
science & de vertu, capable de four nir
aux besoins d'un Diocése très-vaste & très-
difficile à gouverner. Pénétré de la gran-
deur & de l'étendue de ses devoirs, il
sappliqua à les remplir, en imitant la
conduite de ses Prédécesseurs, surtout de
Saint François de Sales, & du célébre
Jean d'Arenthon d'Alex. Le succès de cet-
te application a été tel, qu'on ne croit
pas qu'il y ait de la témérité à le propo-
set à son tour, comme un modéle à sui-
vre dans les differens états où il a vêcu.
Il seroit difficile à décider quelle est
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FEVRIER. 1752.
la vertu qui a le plus brillé dans sa con-
duite & dans ses moeurs; car il possédoit
dans un haut degré toutes celles qui com-
posent la justice chrétienne. Il avoit un
zéle universel & également vif à s'acquit-
ter de toutes ses obligations en géneral,
& de chacun d'elles en particulier.
n est aucun trait de sa vie qui ne soit
édifiant, & qui ne concoure à justifier l'i-
dée que je donne de ce grand Prélat.
Le Livre dont nous venons de parler,
nous en rappelle un autre, intitulé: Me-
moires pour servir à l'éloge de Jean de Pins
Evenque de Rieux, célebre par ses Ambassa-
des, avec un Recueil de plusieurs de ses
Lettres. A Avignon, chez Chabrier. Un
volume in-12.
Il n'y a proprement m recherches, ni
discussions, ni style dans cet ouvrage; on
y parle des négociations de Jean de Pins,
sans avoir étudié le siécle où vivoit cet
homme célébre, & de ses travaux littérai-
res, sans aucune connoissance des Livres.
Si cette production pouvoit inspirer de
la curiosité, on devineroit au ton qui y
regne, les inclinations & les occupations
de l'Auteur, qui nous est tout-à-fait in-
connu. Ce que nous venons de dire, sus-
fira pout constater l'existence des Mémoi-
tes pour servir a l'éloge de Jean de Pins,
iues
120 MERCUREDE FRANCE.
si quelqu'un s'avisoit un jout de la con-
tester.
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3
p. 120-124
« AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...] »
Début :
AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...]
Mots clefs :
Nomen, Bonheur, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...] »
AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae
gratulatio, habita in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu. Die Mer-
curii vigesima quarta mensis Novembris
1751. A Joanne Baptista Geofftoi, ejus-
dem Societatis Sacerdote, Parisiis, ex Typo-
graphia Thiboust 1751.
L'Auteur de ce beau Discours repré-
sente la naissance de Monseigneut le Duc
de Bourgogne, comme un avantage qui
manquoit seul au bonheur de la Famille
Royale, qui suffit seul au bonheur de la
Nation. Ce plan qui a paru heureux est
exécuté hardiment, fortement & agréa-
blement. L'ouvrage entier est semé de
pensées saillantes, de sentimens tendres,
de contrastes ingénieux, d'images alter-
nativement vives & gracieuses. Le mor-
ceau qu'on va lire suffira pour faire juget
du style du Pere Geoffroy.
Quod si haeredem sibi non deesse tanti Du-
cum hi etiam quibus vix quidquam haeredi-
tatis est, quanti erat illo ut non careret au-
gustissima toto terrarum orbe familia, quae
quidquid commendationis affert antiquitas
quidqnid admirationis habet celebritas, quae-
gumque jura dominatus amplitudo colligit
quoscumque
e
121
FEVRIER. 1752.
quoscumque titulos meritorum copia complec-
tiiur; illud omne ab elapsis aetatibus intactum
recipit, ad auctum transmisit sequentibus, &
majorem laudibus inchoatum nepotum virin-
tibus cumulavit.
Antiquitatem dico splendoris: cedo enim
familiam hac ipsâ pluribus aetatibus nobili-
tatam; quae duodecim jam inde à saeculis
exorsa, esse vixe incepit priùs quam regnaret,
regnare non destitii ex quo incepit esse; quae
enixa semper, numquam exhausta, penè tot
Heroum mater fuii quot Principum; & post
quam parenies habuisset quos à nepotibus
adaequandos esse non crederet, nepotes
peperit quo: ipsis parentibus invidendos esse
fateretur. Visae suni stirpes aliae Regales titu-
bare cum soliis quibus inhaerebant; haec stetit,
Adultaratae propagino deceneri livorem
duxere & squallorem; haec floruit: debilitata
ramorum multitudine & inimitiae emarcuere
aliquando & defecere; haec pullulavit; vi-
duatae foeiu adoptivos surculos recepers; hac
dedii. Ai, puto, in hanc, ut in alias, non
saeviit vis tempestatum? Imo atrocius: incli-
natae sunt, haec firmata. Ad hanc, veluti
ad reliquas, ferrum atque ignem non admo-
vit inimicus furor? Imò propius: resectae sunt.
& ambustae: intacta haec & inoffensa. Con-
tra illam, sicuti contrà caeteras non structa
sunt arcanae molitiones? Imo insidiosius; ceci-
jitized by Goo
122 MERCUREDEFRANCE.
dere, permansit. Permansit autem non alimà
ope, sed vi propria; non inflectendo seip-
sam, & coden lo ventis, sed illorum fran-
gendo impetus; non daenno aliquot partium
sed cum singulorum incremento: ut cion
duanarent procellosi spiritus, cim vitulae-
reut tempestatum ignes, cim orbis crjuratus
in banc emnis rueret, staeret hac una in orbo
cmni, vigeret, germinaret, raelice permoa-
net terram, floreret vertice & deuunaretur.
Celebritatem dico gloria: cedo ullum lau-
dis genus quod illi defuerit quaqua padet
erbis, uunen ejus fama subvenit praeconiis
victoria insiguivit triumphis, sebacta urvi-
dia coluit obsequiis, barbaries emollita sovit
studiis, glovia horum neminibus adjanxit
Religio sanctorum fastis inscripsit; ut gens
oadem terris at coe'o denma, decorum excel-
suate superaverit id quod bumanen est, fa-
ciuorum wagnitudine adaquaverit id quod
heroicum est, imperii majestate colligerit id
quod Regium est, id etiam quod devinum est
virtutum unmensitate attigerit.
Dominatiis dico amplitudinem: codo gen-
tem ullan oui alia pluris obsecutae sunt?
Reges ab illâ procreaios sibi gratulata est
Hispania; ub illam orimdos Italia & Sicilia
venereuiur; ab illa Casares uccepit Germa-
nia, Regio plurima Principes, Europa ommt
Arbitros, Galliam foriunat legibus, Ams-
eO
* * .**
FEVRIER. 1752. 123
vicam permeavit navibus, Asiam iremefecit
urmis, orbem utrumque junxit commerciis;
Reges dedit ubi non regnavit; reverentiam
dbtinuit ubi uon exercuit imperium; subditos
fermè habet ubicumque homines natura; ut
quod Romanâ gente dictum est dici de illa
debeat, nil nisi Borbonium quod tueatur,
habere, & quocumque spectet, seipsam sibi
esse ad spectaculum.
Titulorum dico multitudinem: facessant ver)
illa ostentationis plena & invidiae nomina,
quae suis aliquot heroibus ad parennem ve-
rum ab ipsis gestarum commendationem im-
ponehat Roma, ut quae haredum pravitate
descivisseni in Republicâ familiae, majorum
revocatâ famâ se quodam modo repararent,
essetque avorum gloriosa recordatio appella-
rus ab illorum cognomento nepos etiam ab illo-
vum virtute degeneret... qui mos si apud nos
vigeret, opinor, cognomentis ejusmodi careret
Borkonia gens? cui suam appellationem pa-
tata vel domita Germania, suam subacta
toties Ratavia, suam vicla non semel An-
glia, suam Eurcpa sapius composita; suam
plaga omnis vel lustrata victoriis, vel bene-
ficiis devincta imponeret? Harum vero ap-
pellationum in locum, nomen posuit sanctitas
verendum coelo, nomen justitia borrendum
Frandibus, nomen magnanimitas timendun
bostibus, nomen amor ipse adorundum popu-
OO
124 MERCUREDEFRANCE.
lis; ut omnis virtus suum toties appellatun
audiat, quoties Borbonium appellatur.
gratulatio, habita in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu. Die Mer-
curii vigesima quarta mensis Novembris
1751. A Joanne Baptista Geofftoi, ejus-
dem Societatis Sacerdote, Parisiis, ex Typo-
graphia Thiboust 1751.
L'Auteur de ce beau Discours repré-
sente la naissance de Monseigneut le Duc
de Bourgogne, comme un avantage qui
manquoit seul au bonheur de la Famille
Royale, qui suffit seul au bonheur de la
Nation. Ce plan qui a paru heureux est
exécuté hardiment, fortement & agréa-
blement. L'ouvrage entier est semé de
pensées saillantes, de sentimens tendres,
de contrastes ingénieux, d'images alter-
nativement vives & gracieuses. Le mor-
ceau qu'on va lire suffira pour faire juget
du style du Pere Geoffroy.
Quod si haeredem sibi non deesse tanti Du-
cum hi etiam quibus vix quidquam haeredi-
tatis est, quanti erat illo ut non careret au-
gustissima toto terrarum orbe familia, quae
quidquid commendationis affert antiquitas
quidqnid admirationis habet celebritas, quae-
gumque jura dominatus amplitudo colligit
quoscumque
e
121
FEVRIER. 1752.
quoscumque titulos meritorum copia complec-
tiiur; illud omne ab elapsis aetatibus intactum
recipit, ad auctum transmisit sequentibus, &
majorem laudibus inchoatum nepotum virin-
tibus cumulavit.
Antiquitatem dico splendoris: cedo enim
familiam hac ipsâ pluribus aetatibus nobili-
tatam; quae duodecim jam inde à saeculis
exorsa, esse vixe incepit priùs quam regnaret,
regnare non destitii ex quo incepit esse; quae
enixa semper, numquam exhausta, penè tot
Heroum mater fuii quot Principum; & post
quam parenies habuisset quos à nepotibus
adaequandos esse non crederet, nepotes
peperit quo: ipsis parentibus invidendos esse
fateretur. Visae suni stirpes aliae Regales titu-
bare cum soliis quibus inhaerebant; haec stetit,
Adultaratae propagino deceneri livorem
duxere & squallorem; haec floruit: debilitata
ramorum multitudine & inimitiae emarcuere
aliquando & defecere; haec pullulavit; vi-
duatae foeiu adoptivos surculos recepers; hac
dedii. Ai, puto, in hanc, ut in alias, non
saeviit vis tempestatum? Imo atrocius: incli-
natae sunt, haec firmata. Ad hanc, veluti
ad reliquas, ferrum atque ignem non admo-
vit inimicus furor? Imò propius: resectae sunt.
& ambustae: intacta haec & inoffensa. Con-
tra illam, sicuti contrà caeteras non structa
sunt arcanae molitiones? Imo insidiosius; ceci-
jitized by Goo
122 MERCUREDEFRANCE.
dere, permansit. Permansit autem non alimà
ope, sed vi propria; non inflectendo seip-
sam, & coden lo ventis, sed illorum fran-
gendo impetus; non daenno aliquot partium
sed cum singulorum incremento: ut cion
duanarent procellosi spiritus, cim vitulae-
reut tempestatum ignes, cim orbis crjuratus
in banc emnis rueret, staeret hac una in orbo
cmni, vigeret, germinaret, raelice permoa-
net terram, floreret vertice & deuunaretur.
Celebritatem dico gloria: cedo ullum lau-
dis genus quod illi defuerit quaqua padet
erbis, uunen ejus fama subvenit praeconiis
victoria insiguivit triumphis, sebacta urvi-
dia coluit obsequiis, barbaries emollita sovit
studiis, glovia horum neminibus adjanxit
Religio sanctorum fastis inscripsit; ut gens
oadem terris at coe'o denma, decorum excel-
suate superaverit id quod bumanen est, fa-
ciuorum wagnitudine adaquaverit id quod
heroicum est, imperii majestate colligerit id
quod Regium est, id etiam quod devinum est
virtutum unmensitate attigerit.
Dominatiis dico amplitudinem: codo gen-
tem ullan oui alia pluris obsecutae sunt?
Reges ab illâ procreaios sibi gratulata est
Hispania; ub illam orimdos Italia & Sicilia
venereuiur; ab illa Casares uccepit Germa-
nia, Regio plurima Principes, Europa ommt
Arbitros, Galliam foriunat legibus, Ams-
eO
* * .**
FEVRIER. 1752. 123
vicam permeavit navibus, Asiam iremefecit
urmis, orbem utrumque junxit commerciis;
Reges dedit ubi non regnavit; reverentiam
dbtinuit ubi uon exercuit imperium; subditos
fermè habet ubicumque homines natura; ut
quod Romanâ gente dictum est dici de illa
debeat, nil nisi Borbonium quod tueatur,
habere, & quocumque spectet, seipsam sibi
esse ad spectaculum.
Titulorum dico multitudinem: facessant ver)
illa ostentationis plena & invidiae nomina,
quae suis aliquot heroibus ad parennem ve-
rum ab ipsis gestarum commendationem im-
ponehat Roma, ut quae haredum pravitate
descivisseni in Republicâ familiae, majorum
revocatâ famâ se quodam modo repararent,
essetque avorum gloriosa recordatio appella-
rus ab illorum cognomento nepos etiam ab illo-
vum virtute degeneret... qui mos si apud nos
vigeret, opinor, cognomentis ejusmodi careret
Borkonia gens? cui suam appellationem pa-
tata vel domita Germania, suam subacta
toties Ratavia, suam vicla non semel An-
glia, suam Eurcpa sapius composita; suam
plaga omnis vel lustrata victoriis, vel bene-
ficiis devincta imponeret? Harum vero ap-
pellationum in locum, nomen posuit sanctitas
verendum coelo, nomen justitia borrendum
Frandibus, nomen magnanimitas timendun
bostibus, nomen amor ipse adorundum popu-
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124 MERCUREDEFRANCE.
lis; ut omnis virtus suum toties appellatun
audiat, quoties Borbonium appellatur.
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4
p. 124-127
« DISCOURS prononcé à l'ouverture des leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres [...] »
Début :
DISCOURS prononcé à l'ouverture des leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres [...]
Mots clefs :
Gloire, Arts, Peuple, Créer, Adopter, Discours, Laurent Angliviel de La Beaumelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISCOURS prononcé à l'ouverture des leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres [...] »
DISCOURS prononcé à l'ouverture des
leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres
Françoises. A Copenhagut, de
l'Imptimerie Royale, & se trouve à Paris.
chez Pissot, Quai des Augustins, au coin
de la rue Gillecœur.
Le but de ce Discours est d'examiner
si un Empire se rend plus respectable par
les Arts qu'il crée que par ceux qu'il adop-
te. Ce sujet très bien choisi par M. Angli-
viel de la Beaumelle, appellé en Danne-
marck pour y enseignet les Belles Lettres
Françoises, est traité avec beaucoup d'es-
prit, & tourné d'une maniere convenable
à la circonstance où se trouvoit l'Auteut,
Voyons, dit-il, ce qui peut rendre un
Empire respectable. C est sans doute la
grandeur, & dans le Prince & dans le
peuple. C'est de cet accord, & de certe
harmonie que résulte la gloire d'un Etat.
Or il me semble que l'adoption des Arts
procure ce double titre de puissance au
degré le plus éminent; quelle dévelope
avec plus d'éclat la grandeur du Prince,
& qu'elle éleve le peuple au plus haut
point de gloire: double objet qui formera
les doux branches de ce Discours.
jitized by Goog
125
FEVRIER. 1752.
Le morceau suivant suffira pour faire
connoître le style de M. de la Beaumelle.
A considérer les choses dans un point
dem vûe abstrait, on pourroit peut-être
comparer la gloire du peuple qui adopte
les Arts, à la gloire du peuple qui les
crée.
Les créer, est d'ordinaire le fruit d'un
hazard aveugle, qui semble s'être réservé
le droit de présider à toutes les belles dé-
couvertes: les adopter, est toujours le fruit
d'une raison éclairée. Le premier est quel-
quefois l'effet des talens, le second est
toujours l'ouvrage du goût. Les créer,
c'est, si l'on veut, avoir la supériorité du
génie; les adopter, c'est s'assurer la supé-
riorité du bon sens, supériorité moins
brillante, moins flatteuse, mais plus
réelle & plus solide.
Pour créer les Aris, il ne faut que co-
pier la Nature; le modéle est tracé, tout
y conduit, besoins, inaction, curiosité,
desirs, instinct, rapports, tout ouvre à
l'avanture le sanctuaire de la vérité. Pour
les adopter, il faut lutter contre mille
obstacles: jalousies, préjugé, ignorance
paresse, orgueil, tout concourt à leut fer-
mer l'entrée d'un Etat.
La création des Arrs rend un peuple
célebre: l'adoption des Arts rend un peu-
Fiij
iues b
126 MERCURE DE FRANCE.
ple florissant; les grands hommes alloient
chercher les Arts en Egypte, & reve-
noient donner des loix à la Gréce; les
Romains se formoient à Athénes, & re
venoient à Rome pour gouverner l'Uni-
Vers.
Les Arts sont créés imparfaits, les pre-
mieres productions de la Nature sont
presque toutes informes, les ouvrages da
genie sont marqués à ce caractère de gran-
deut & de négligence, de force & d'im-
perfection, dont le bizarre mélange pro-
duit également l'admiration & la surprise;
mais le génie qui adopte, est le même gé-
nie qui perfectionne; les Arts sont, dans
les mains industrieuses de ce peuple, ce
que des pierres précieuses font entre les
mains d'un Lapidaire habile, qui en faie
sortit tous les feux & l'éclat.
La gloire d'une découverte appartient
en propte à celui qui l'a faite; que sa
Pattie la réclame, qu elle fasse valoir ses
drbits de mere, qu elle emprunte la voit
d'un préjagé consacré; vains efforts! aux
youx du Sage ello ne poutra ravit à l'In-
venteur un seul fleuron de sa couronne.
Mais la gloire de l'adoption des Arts re-
jaillit sur une Nation entiere. Que le
Prince la propose, il en est l'ame du corps
politique, & tous les membres de ce corps
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
127
ont part à la gloire du dépositaire de leur
volonté; qu'un particulier la fasse gouter,
tous ses Concitoyons en recevant ses idées,
lui en disputent l'honneur; il a autant de
rivaux de sa gloite, qu'il a de compatrio-
tes qui favorisent ses desseins, ou qui
partagent ses travaux. En un mot, c'est
un petit nombre d'hommes qui créent;
c est un peuple entier qui adopte.
Je pourrois donc avancer avec quelque-
fondement, qu'il n'y a pas moins de gloire
à adopter les Arts qu'à les créer; mais il
ne s'agit pas ici d'une gloire stérile: il
s'agit d'une gloire, qui féconde en avan-
tages, & se déployant au-dehors, s'y con-
fond avec l'utilité publique; d'une gloire
intérieure, qu tire sa source des lumie-
res & du bonheur, d'une gloire exté-
rieure qui est fondée sur la puissance;
double avantage que procurent les Arts
adoptés.
leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres
Françoises. A Copenhagut, de
l'Imptimerie Royale, & se trouve à Paris.
chez Pissot, Quai des Augustins, au coin
de la rue Gillecœur.
Le but de ce Discours est d'examiner
si un Empire se rend plus respectable par
les Arts qu'il crée que par ceux qu'il adop-
te. Ce sujet très bien choisi par M. Angli-
viel de la Beaumelle, appellé en Danne-
marck pour y enseignet les Belles Lettres
Françoises, est traité avec beaucoup d'es-
prit, & tourné d'une maniere convenable
à la circonstance où se trouvoit l'Auteut,
Voyons, dit-il, ce qui peut rendre un
Empire respectable. C est sans doute la
grandeur, & dans le Prince & dans le
peuple. C'est de cet accord, & de certe
harmonie que résulte la gloire d'un Etat.
Or il me semble que l'adoption des Arts
procure ce double titre de puissance au
degré le plus éminent; quelle dévelope
avec plus d'éclat la grandeur du Prince,
& qu'elle éleve le peuple au plus haut
point de gloire: double objet qui formera
les doux branches de ce Discours.
jitized by Goog
125
FEVRIER. 1752.
Le morceau suivant suffira pour faire
connoître le style de M. de la Beaumelle.
A considérer les choses dans un point
dem vûe abstrait, on pourroit peut-être
comparer la gloire du peuple qui adopte
les Arts, à la gloire du peuple qui les
crée.
Les créer, est d'ordinaire le fruit d'un
hazard aveugle, qui semble s'être réservé
le droit de présider à toutes les belles dé-
couvertes: les adopter, est toujours le fruit
d'une raison éclairée. Le premier est quel-
quefois l'effet des talens, le second est
toujours l'ouvrage du goût. Les créer,
c'est, si l'on veut, avoir la supériorité du
génie; les adopter, c'est s'assurer la supé-
riorité du bon sens, supériorité moins
brillante, moins flatteuse, mais plus
réelle & plus solide.
Pour créer les Aris, il ne faut que co-
pier la Nature; le modéle est tracé, tout
y conduit, besoins, inaction, curiosité,
desirs, instinct, rapports, tout ouvre à
l'avanture le sanctuaire de la vérité. Pour
les adopter, il faut lutter contre mille
obstacles: jalousies, préjugé, ignorance
paresse, orgueil, tout concourt à leut fer-
mer l'entrée d'un Etat.
La création des Arrs rend un peuple
célebre: l'adoption des Arts rend un peu-
Fiij
iues b
126 MERCURE DE FRANCE.
ple florissant; les grands hommes alloient
chercher les Arts en Egypte, & reve-
noient donner des loix à la Gréce; les
Romains se formoient à Athénes, & re
venoient à Rome pour gouverner l'Uni-
Vers.
Les Arts sont créés imparfaits, les pre-
mieres productions de la Nature sont
presque toutes informes, les ouvrages da
genie sont marqués à ce caractère de gran-
deut & de négligence, de force & d'im-
perfection, dont le bizarre mélange pro-
duit également l'admiration & la surprise;
mais le génie qui adopte, est le même gé-
nie qui perfectionne; les Arts sont, dans
les mains industrieuses de ce peuple, ce
que des pierres précieuses font entre les
mains d'un Lapidaire habile, qui en faie
sortit tous les feux & l'éclat.
La gloire d'une découverte appartient
en propte à celui qui l'a faite; que sa
Pattie la réclame, qu elle fasse valoir ses
drbits de mere, qu elle emprunte la voit
d'un préjagé consacré; vains efforts! aux
youx du Sage ello ne poutra ravit à l'In-
venteur un seul fleuron de sa couronne.
Mais la gloire de l'adoption des Arts re-
jaillit sur une Nation entiere. Que le
Prince la propose, il en est l'ame du corps
politique, & tous les membres de ce corps
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
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ont part à la gloire du dépositaire de leur
volonté; qu'un particulier la fasse gouter,
tous ses Concitoyons en recevant ses idées,
lui en disputent l'honneur; il a autant de
rivaux de sa gloite, qu'il a de compatrio-
tes qui favorisent ses desseins, ou qui
partagent ses travaux. En un mot, c'est
un petit nombre d'hommes qui créent;
c est un peuple entier qui adopte.
Je pourrois donc avancer avec quelque-
fondement, qu'il n'y a pas moins de gloire
à adopter les Arts qu'à les créer; mais il
ne s'agit pas ici d'une gloire stérile: il
s'agit d'une gloire, qui féconde en avan-
tages, & se déployant au-dehors, s'y con-
fond avec l'utilité publique; d'une gloire
intérieure, qu tire sa source des lumie-
res & du bonheur, d'une gloire exté-
rieure qui est fondée sur la puissance;
double avantage que procurent les Arts
adoptés.
Fermer
5
p. 127-135
« SCULPTURA, carmen, authore Ludovico Doissin. S. J. Il est à souhaiter [...] »
Début :
SCULPTURA, carmen, authore Ludovico Doissin. S. J. Il est à souhaiter [...]
Mots clefs :
Poète, Auteur, Langue, Poème, Sculpteur, Marbre, Préceptes, Talent, Fleurs, Manière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SCULPTURA, carmen, authore Ludovico Doissin. S. J. Il est à souhaiter [...] »
SCULPTURA, carmen, authore Ludo-
vico Doissin. S. J.
Il est à souhaiter qu'il y ait toujours
dans la république des Lettres une succes-
sion d'hommes zelés & laborieux, qui
prouvent par leurs écrits l'estime qu'ils
sont de la Langue des anciens Romaino
& qui fassent renaître parmi pous ces
Fiiii
128 MERCUREDEFRANCE.
beaux jours du siécle passè trop tônt éclipsés,
où lon voyoit les Rapin & les Commite
disputer à Virgile & Horace la gloire de
parler cette langue aussi-bien qu'eux.
Nous annonçons un Poëme sur la Sculp-
ture, qui peut trouver place parmi ceux
qui nous restent de ces grands Poëtes.
L'Auteur paroît avoir voulu le diviser en
deux parties. Dans la premiere il prescrit
au jeune Sculpteur, qu'il se propose d'ins-
truire, les régles qu'il faut suivre, & les
défauts qu'il doit eviter; mais il ôte aux
préceptes ce qu'ils ont naturellement de
sec & d'austere, & sçait les embellit des
agrémens du style, & de toutes les gra-
ces de la Poësie. Nous citerons un mor-
ceau qui sera comme la preuve de cet élo-
ge. C'est celui où le Poëte après avoit ex-
horté à l'imitation de la nature, conclut
de ce principe général la nécessiré de re-
présenter avec force les passions sut le
marbre & sut l'airain: il s'adresse au
Sculpteur.
Hinc ad, ò occultos motus, internaque mentis
Præelia pinge mihi vultuque oculoque loquaci.
Turbatam ostendat frontem timor, ira minacem,
Dejectam luctus, blandam spes, alma serenam
Lœetitia, & marmor, quanquam sine voce, lo-
quatur.
zed by Goo
129
FEVRIER. 1752.
Foemineum exhibeat Dido decepta furorem,
Alcione luctum, rabiem Medea, dolorem
Andromache, surias Pentheus, Cassandra pa-
votem.
Si l'Auteur s'en étoit tenu aux préceptes,
quelque talent qu'il ait pour orner les ob-
jets, la Poëfie ne lui auroit jamais prêté
assez d'images, & les fleurs n'auroient pu
faire disparoître les épines. Il a corrigé
habilement les unes par les autres, & a
sçu mêler les exemples aux préceptes.
Myron entendroit avec plaifir l'éloge que
l'on fait ici de cette vache si vantée dans
l'antiquité, & qu'Ovide & Properce
n'ont pas cru indigne de leur pinceau.
L'Auteur a fait voir qu'on peut préfenter
les mêmes choses sous différentes faces,
& que chaque Peintre a sa maniere: voici
la fienne.
Ecquid opus docti vaccam laudare Myronis
Arte laboratam? pendent palearia mento,
Grande caput, patulæ nares, fronsaspera, canda
Mobilis, hirsutum pectus: spirare putares.
Si videat taurus, solitos meditetur amores;
Mugitum tollat vitulus; delusus arator
Ad stabulum impellat, premat inscius ubera pas-
tor.
Ce Poûme ayant été recité, comme la
Vigstires vodOO
130 MERCUREDEFRANCE.
note le témolgne, quelques semaines
aptès la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgoone, devoit naturellement con-
tauir un éloge du Prinee naissant. C'est
sur tout au lever du soleil que les biseaux
font entendre leut ramage, & jamais le
rossignol ne forme des sons plus agréables
qu'à la naissance de cet astre beillant. Le
Poëte qui voudroit faire à l'auguste enfant
un berceau digne de lui, regtette de n'a-
voir pas consacré ses premieres années à
l'Art dont il est le panegyriste, & de n'a-
voir pas mamé le ciseau dès son enfanee,
comine il a manié la plume; mais un pa-
reil veru, s'il cur on son effet, nous eût
sans doute privé d'un très-beau Poëme. Il
n'est pas ordinaire de voir des gens join-
dre le talent heureux de faire d'excellens
vers, à celui de faire de belles statues. Les
meiileurs Sculpteurs seroient, je crois,
d'assez mauvais Poëtes. On n'est pas éleve
de Pallas & d'Apollon ront à la fois: Il est
rare qu'une seule tête puisse porter den
touronnes. Nous avons tour lien de croit
qu on sera satisfait de ce morceau, & de
ce que le Poëte dit des dtaperies, de la
coupe du marbre, des figures colossales,
des attitudes, des proportions, des grou-
pes, &c. mais je cro tois ne pas remplitl'ob-
jet que je me suis proposé, de faire con-
ed by Goc
FEVRIER.
1752. 131
noître le talent de l'Auteur, si je ne rap-
portois ces beaux vers, où le Poëte après
avoir décrit d'une maniere courte & pré-
cise les préparatifs nécessaires pour jettet
en fonte une staiue, sinit ainsi cę morceau,
un des plus beaux de tout le Poëme.
Intereà rigidum vasta fornace metallum
Excoquitus, crassosque eructat ad athera sumoti
Dum loquot, impatiens vinclis & carcere solvi,
Quà data porta, ruic; non sic fracto objice tor-
rens
Praecipitat: ssuit aes rivis, sormamque typoru
Accipit impressam; crescunt humetique maaus-
que,
Autea luxuriant graciles per colla copilli,
Turget inane caput, digitorum nascitur ordo,
Crura tument, surgit cervix, protuberat alrus,
Natus homo est. Media spirat redivivus in uthe
Henricus, &c.
Les bas-reliefs sur le marbre & sur les
métaux ser vent comme de seconde divi-
sion à cette premiere pariie. Ees paysages
l'équilibre, l'unité, les ombres & les
jours, en forment la plan, & y sont
traités de maniere à satisfaire tour Lea-
teur, pour qui la langue latine n est pas
une langue barbare, & qui n a pas encore
entierement fait divorce avec los Muses,
Fu
lized by Goog
312 MERCUREDEFRANCE.
Si vous voulez, dit l'Auteur, représentet
les richesses de Cerès, de Bacchus, de
Pomone, n offrez rien à mes yeux que de
gracieux & de doux; que les fleurs naissent
sous votre ciseau délicat, comme ils nais-
lent dans les jardins, & que tout dans vos
portraiis respire la campagne. Ffaites couler
les ruisseaux, couvrez les arbres de fruits,
les prairies de verdure, les collines de
pampre & de raisin.
Nativas si ruris opes & munera fingis
Nescio quid laetum sculptis infunde tabellis:
Cand ida sub docto nascantur lilia scalpro,
Pallentes violæ, tenera lanugine poma:
Marmoreo imprimis redivivus ab aequore Titan
Vestiat excelsos nascenti lumine colles:
Hîc levi fugiat per florea prata susurto
Rivulus & læves interstrepat unda capillos.
Illic maturas robustus messor aristas
Colligat in fascem; molles aut vinitor uvas
Exportet calathis, rubicundi munus Iacchi.
Non procul hinc pastor lentè resupinus in umbra
Agrestes inflet calamos; dum gramina campis
Tondet ovile pecus, viridique exultat in herba.
Pone lupum in sylvis, tenetos in montibus aguos,
In pratis tauros, mutos in flumine pisces
Errantes passim per inhopista saxa capellas.
Et damas, imbelle genus, cervosque fugaces,
Capressi natira placet sic ruris imago.
133
FEVRIER. 1752.
L'Auteur passe ensuite à la seconde par-
tie, dans laquelle il développe les quali-
tés nécessaires à un Sculpteur. De nouvelles
images viennent embellit son Poëme, les
richesses se multiplient, les fleurs naissent
sous ses pas; les Muses lui ouvrent leurs
trésors; on sent qu'Apollon le guide &
l'inspire toujours. La premiere qualité
c'est le génie. Il n'est point le fruit de l'é-
tude & de l'application; les réflexions le
développent, l'art le fortifie, mais il ne
le donne pas. C'est un feu qu'on entre-
tient; mais ce feu est un présent de la na-
ture, & on le reçoit en naissant. L'Auteur
en conclut qu'à moins qu'on ne sente en
soi ce germe heureux qui enfante les mi-
racles, on ne doit pas entrer dans le sanc-
tuaire auguste de la Sculpture; & que si
Pallas ne conduit elle meme la main, &
ne guide Partiste, l'ouvrage est sans for-
ce, & manque d'agrément.
Cette premiere qualité est pour l'inven-
tion; les trois autres regardent l'exécu-
tion. Le Poëte exige de son Sculpteur une
connoissance profonde du costume, de
l'anatomie & de la fable; du costume
pour donner à chaque figure l'habillement
qui lui convient: de l'anatomie, pour re-
présenter sur le marbre les muscles, les
veines & les artéres: de la fable, pour ne
IERCURE DEFRANCE.
éttibuer, comme il le dit en très
x vers, un bouclier à Venus, des
s à Apollon, un thirse à Mercure, un
à Neptune, & un foudte à l'Amour.
On ne sera pas fâché de voir comme il
seint les différentes councumes de chaque
peuple.
Solemnes etiam populorum calleat usus
Sculptor, & in variis quae sint discrimina cultis
Gentibus: hîc longam, veteri peo more pares
tum
Induitur vestem populus, quam sutilis ambit
Baltheus & lato subnectit sibula clavo:
Pes nudus, caput abrasum; sed longa capillos
Absentes reparat prolixo vellere barba.
Illic aureolos mos est crispare capillos
Et barbam tondere gravem, circum dare plantis,
Vincula, pileolum capiti gestare decorum.
Hic galeâ miles, cristâque birsutus equins,
Ate caput, rigido defendit acinace corpus;
Illic nec gale à tegitur, nec cingitur ense;
At gravidam en humeris pharetram suspendit &
arcuin,
It jaculo bellum exercet, seribusque sagittis,
Le Poëte finit par une fable simple &
naturelle, où il rapporte l'origine de la
Sculpture: il est inurile de la citer ici. Ou
jitized by Goo
FEVRIER. 1752.
P3
peut la lire dans l'Ouvrage même qu'on
trouvera chez Thikout.
La dedicace qu'a fait le Poëte de son
Ouvtage à Monseigneur le Duuphin,
n est pas indigne de 1 Auguste Prince à qui
elle est adressee. Elle n est que de vingt-
huit vers; mais le Poëte avertit lui même
que c'est comme un prélude d'un plus
grand Ouvtage qu'il exécutera un jour en
l'honneur de son illustre protecteur.
vico Doissin. S. J.
Il est à souhaiter qu'il y ait toujours
dans la république des Lettres une succes-
sion d'hommes zelés & laborieux, qui
prouvent par leurs écrits l'estime qu'ils
sont de la Langue des anciens Romaino
& qui fassent renaître parmi pous ces
Fiiii
128 MERCUREDEFRANCE.
beaux jours du siécle passè trop tônt éclipsés,
où lon voyoit les Rapin & les Commite
disputer à Virgile & Horace la gloire de
parler cette langue aussi-bien qu'eux.
Nous annonçons un Poëme sur la Sculp-
ture, qui peut trouver place parmi ceux
qui nous restent de ces grands Poëtes.
L'Auteur paroît avoir voulu le diviser en
deux parties. Dans la premiere il prescrit
au jeune Sculpteur, qu'il se propose d'ins-
truire, les régles qu'il faut suivre, & les
défauts qu'il doit eviter; mais il ôte aux
préceptes ce qu'ils ont naturellement de
sec & d'austere, & sçait les embellit des
agrémens du style, & de toutes les gra-
ces de la Poësie. Nous citerons un mor-
ceau qui sera comme la preuve de cet élo-
ge. C'est celui où le Poëte après avoit ex-
horté à l'imitation de la nature, conclut
de ce principe général la nécessiré de re-
présenter avec force les passions sut le
marbre & sut l'airain: il s'adresse au
Sculpteur.
Hinc ad, ò occultos motus, internaque mentis
Præelia pinge mihi vultuque oculoque loquaci.
Turbatam ostendat frontem timor, ira minacem,
Dejectam luctus, blandam spes, alma serenam
Lœetitia, & marmor, quanquam sine voce, lo-
quatur.
zed by Goo
129
FEVRIER. 1752.
Foemineum exhibeat Dido decepta furorem,
Alcione luctum, rabiem Medea, dolorem
Andromache, surias Pentheus, Cassandra pa-
votem.
Si l'Auteur s'en étoit tenu aux préceptes,
quelque talent qu'il ait pour orner les ob-
jets, la Poëfie ne lui auroit jamais prêté
assez d'images, & les fleurs n'auroient pu
faire disparoître les épines. Il a corrigé
habilement les unes par les autres, & a
sçu mêler les exemples aux préceptes.
Myron entendroit avec plaifir l'éloge que
l'on fait ici de cette vache si vantée dans
l'antiquité, & qu'Ovide & Properce
n'ont pas cru indigne de leur pinceau.
L'Auteur a fait voir qu'on peut préfenter
les mêmes choses sous différentes faces,
& que chaque Peintre a sa maniere: voici
la fienne.
Ecquid opus docti vaccam laudare Myronis
Arte laboratam? pendent palearia mento,
Grande caput, patulæ nares, fronsaspera, canda
Mobilis, hirsutum pectus: spirare putares.
Si videat taurus, solitos meditetur amores;
Mugitum tollat vitulus; delusus arator
Ad stabulum impellat, premat inscius ubera pas-
tor.
Ce Poûme ayant été recité, comme la
Vigstires vodOO
130 MERCUREDEFRANCE.
note le témolgne, quelques semaines
aptès la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgoone, devoit naturellement con-
tauir un éloge du Prinee naissant. C'est
sur tout au lever du soleil que les biseaux
font entendre leut ramage, & jamais le
rossignol ne forme des sons plus agréables
qu'à la naissance de cet astre beillant. Le
Poëte qui voudroit faire à l'auguste enfant
un berceau digne de lui, regtette de n'a-
voir pas consacré ses premieres années à
l'Art dont il est le panegyriste, & de n'a-
voir pas mamé le ciseau dès son enfanee,
comine il a manié la plume; mais un pa-
reil veru, s'il cur on son effet, nous eût
sans doute privé d'un très-beau Poëme. Il
n'est pas ordinaire de voir des gens join-
dre le talent heureux de faire d'excellens
vers, à celui de faire de belles statues. Les
meiileurs Sculpteurs seroient, je crois,
d'assez mauvais Poëtes. On n'est pas éleve
de Pallas & d'Apollon ront à la fois: Il est
rare qu'une seule tête puisse porter den
touronnes. Nous avons tour lien de croit
qu on sera satisfait de ce morceau, & de
ce que le Poëte dit des dtaperies, de la
coupe du marbre, des figures colossales,
des attitudes, des proportions, des grou-
pes, &c. mais je cro tois ne pas remplitl'ob-
jet que je me suis proposé, de faire con-
ed by Goc
FEVRIER.
1752. 131
noître le talent de l'Auteur, si je ne rap-
portois ces beaux vers, où le Poëte après
avoir décrit d'une maniere courte & pré-
cise les préparatifs nécessaires pour jettet
en fonte une staiue, sinit ainsi cę morceau,
un des plus beaux de tout le Poëme.
Intereà rigidum vasta fornace metallum
Excoquitus, crassosque eructat ad athera sumoti
Dum loquot, impatiens vinclis & carcere solvi,
Quà data porta, ruic; non sic fracto objice tor-
rens
Praecipitat: ssuit aes rivis, sormamque typoru
Accipit impressam; crescunt humetique maaus-
que,
Autea luxuriant graciles per colla copilli,
Turget inane caput, digitorum nascitur ordo,
Crura tument, surgit cervix, protuberat alrus,
Natus homo est. Media spirat redivivus in uthe
Henricus, &c.
Les bas-reliefs sur le marbre & sur les
métaux ser vent comme de seconde divi-
sion à cette premiere pariie. Ees paysages
l'équilibre, l'unité, les ombres & les
jours, en forment la plan, & y sont
traités de maniere à satisfaire tour Lea-
teur, pour qui la langue latine n est pas
une langue barbare, & qui n a pas encore
entierement fait divorce avec los Muses,
Fu
lized by Goog
312 MERCUREDEFRANCE.
Si vous voulez, dit l'Auteur, représentet
les richesses de Cerès, de Bacchus, de
Pomone, n offrez rien à mes yeux que de
gracieux & de doux; que les fleurs naissent
sous votre ciseau délicat, comme ils nais-
lent dans les jardins, & que tout dans vos
portraiis respire la campagne. Ffaites couler
les ruisseaux, couvrez les arbres de fruits,
les prairies de verdure, les collines de
pampre & de raisin.
Nativas si ruris opes & munera fingis
Nescio quid laetum sculptis infunde tabellis:
Cand ida sub docto nascantur lilia scalpro,
Pallentes violæ, tenera lanugine poma:
Marmoreo imprimis redivivus ab aequore Titan
Vestiat excelsos nascenti lumine colles:
Hîc levi fugiat per florea prata susurto
Rivulus & læves interstrepat unda capillos.
Illic maturas robustus messor aristas
Colligat in fascem; molles aut vinitor uvas
Exportet calathis, rubicundi munus Iacchi.
Non procul hinc pastor lentè resupinus in umbra
Agrestes inflet calamos; dum gramina campis
Tondet ovile pecus, viridique exultat in herba.
Pone lupum in sylvis, tenetos in montibus aguos,
In pratis tauros, mutos in flumine pisces
Errantes passim per inhopista saxa capellas.
Et damas, imbelle genus, cervosque fugaces,
Capressi natira placet sic ruris imago.
133
FEVRIER. 1752.
L'Auteur passe ensuite à la seconde par-
tie, dans laquelle il développe les quali-
tés nécessaires à un Sculpteur. De nouvelles
images viennent embellit son Poëme, les
richesses se multiplient, les fleurs naissent
sous ses pas; les Muses lui ouvrent leurs
trésors; on sent qu'Apollon le guide &
l'inspire toujours. La premiere qualité
c'est le génie. Il n'est point le fruit de l'é-
tude & de l'application; les réflexions le
développent, l'art le fortifie, mais il ne
le donne pas. C'est un feu qu'on entre-
tient; mais ce feu est un présent de la na-
ture, & on le reçoit en naissant. L'Auteur
en conclut qu'à moins qu'on ne sente en
soi ce germe heureux qui enfante les mi-
racles, on ne doit pas entrer dans le sanc-
tuaire auguste de la Sculpture; & que si
Pallas ne conduit elle meme la main, &
ne guide Partiste, l'ouvrage est sans for-
ce, & manque d'agrément.
Cette premiere qualité est pour l'inven-
tion; les trois autres regardent l'exécu-
tion. Le Poëte exige de son Sculpteur une
connoissance profonde du costume, de
l'anatomie & de la fable; du costume
pour donner à chaque figure l'habillement
qui lui convient: de l'anatomie, pour re-
présenter sur le marbre les muscles, les
veines & les artéres: de la fable, pour ne
IERCURE DEFRANCE.
éttibuer, comme il le dit en très
x vers, un bouclier à Venus, des
s à Apollon, un thirse à Mercure, un
à Neptune, & un foudte à l'Amour.
On ne sera pas fâché de voir comme il
seint les différentes councumes de chaque
peuple.
Solemnes etiam populorum calleat usus
Sculptor, & in variis quae sint discrimina cultis
Gentibus: hîc longam, veteri peo more pares
tum
Induitur vestem populus, quam sutilis ambit
Baltheus & lato subnectit sibula clavo:
Pes nudus, caput abrasum; sed longa capillos
Absentes reparat prolixo vellere barba.
Illic aureolos mos est crispare capillos
Et barbam tondere gravem, circum dare plantis,
Vincula, pileolum capiti gestare decorum.
Hic galeâ miles, cristâque birsutus equins,
Ate caput, rigido defendit acinace corpus;
Illic nec gale à tegitur, nec cingitur ense;
At gravidam en humeris pharetram suspendit &
arcuin,
It jaculo bellum exercet, seribusque sagittis,
Le Poëte finit par une fable simple &
naturelle, où il rapporte l'origine de la
Sculpture: il est inurile de la citer ici. Ou
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FEVRIER. 1752.
P3
peut la lire dans l'Ouvrage même qu'on
trouvera chez Thikout.
La dedicace qu'a fait le Poëte de son
Ouvtage à Monseigneur le Duuphin,
n est pas indigne de 1 Auguste Prince à qui
elle est adressee. Elle n est que de vingt-
huit vers; mais le Poëte avertit lui même
que c'est comme un prélude d'un plus
grand Ouvtage qu'il exécutera un jour en
l'honneur de son illustre protecteur.
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6
p. 135-143
« TRAITÉ sur la maniere de lire les Auteurs avec utilité, tome 2 & 3, in-12. [...] »
Début :
TRAITÉ sur la maniere de lire les Auteurs avec utilité, tome 2 & 3, in-12. [...]
Mots clefs :
Raisonnement, Auteur, Ordre, Exemples, Vérité, Force, Traité, Vérités, Raisonnements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ sur la maniere de lire les Auteurs avec utilité, tome 2 & 3, in-12. [...] »
TRAITÉ sur la maniere de lire les
Auteurs avec utilité, tome 2 & 3, in-12.
A Paris chez la venve de Ph. N. Luttin &
J. H. Butard, rue Saint Jacques, à la Vé-
zité.
Rien n'importe plus dans la république
des Lettres, que d'avoit des Auteurs en-
cellens & des Lecteurs intelligens. Ceun-
ci profitent des travaux des premiers, &
scavent les apprécier; & ceux-là sont ra-
vis de voir qu'ils n'ont pas travaillé en
vain, & qu'on sçait gouter les vérités
qu'ils ont exposées ou démontrées. Que
doit- on penser d'un livre qui forme des
Lecteurs parfaiis, & qui trade aux Auteurs
même, une route certaine qu'ils peuvent
fuivre sans s'égarer? Le Traité que nous
annonçons est tout à la fois l'Axt de lire &
l'Art de composer.
jitized by Go-
ERCUREDE FRANCE.
ateur pose pour principe que tout
nous lisons est exposition ou raisornue-
L'est de ce principe simple & vrai
que sott la méthode que nous examinons.
Si tout ce que noùs lisons est exposition
ou raisonnement, il faut donc pour sça-
voit lire, connoître parfaitement tout ce
qui concerne les faits & les raisonne-
mens; & pour avoir cette connoillance
parfaite, il faut être en état de concevoir,
de réduire, de développet les faits & les
raisonnemens, ensin il faut pouvoir en jo-
ger. Tel est le plan génétal qui enibrasse
toute la méthode de lire.
Dans le premier volume imprimé en
1747, on traite des trois opérations;
concevoit, réduire & développer; & l'on
dut faire alors l'analyse de tout ce que
l'Auteur a renfermé dans ces trois opéra-
tions, comme les moyens de concevoit,
de réduire & de déveloper, &c. Les trois
ordres, l'ordre général, l'ordre des par-
ties principales, l'ordte des pensées &
l'exercice de toutes les opérations sur les
exemples les plus beaux & les plus inter-
ressans.
Le second volume contient les princi-
pes de juger de ce que nous lisons. Pour
bien juger, il faus la science & la liberté,
Digites veOO
FEVRIER. 1752. 137
c'est- à dire, une connoissance exacte de ce qui
fait l'objet de la decision, & un esprii libre
de toute passion qui pourroit nuire au juge-
ment. Vn bon ouvrage, en général, est ce-
lui ou l'idée générale est distribuée en parties
principales, & ou celles-ci soni exposées par
l'ordre des pensées qui convienneni le micux.
Ce n'est là, comme l'on voit, qu'une no-
tion générale; & il faut faire attention
que Iordre dont on parle, est souvent
caché, ainsi que l'Auteur s'en est expli-
qué dans le premier volume page 425.
lorsqu'il distingue deux especes de destribu-
tions, l'une visible, l'autre cachée.
Cetre idée d'un bon ouvrage ainsi éta-
blie, l'on discerne ce qu'il faut dévelop-
per dans les faits & dans les raisonnemens.
A l'égard des faits, on peut les réduire à
quatre fortes, les expositions Oratoires
Poëtiques, Historiques & Dogmatiques;
l'Auteur reprend chaque espece d'expo-
sition, & il entremèle partout les prin-
cipes & les exemples sur lesquels il fait l'ap-
plication. L'exposition oratoire doit eire
soutenus des circonstances dont l'Orateur peut
tirer ses raisonnemens. Tout ce qui ne fouruit
point à ses preuves soit pour les former, soit
pour les éclaircir, doit être retranche. Que
les jeunes Avocats méditent bien ce pré-
cepte; c'est en le pratiquant qu'ils écmair-
a
138 MERCUREDEFRANCE.
cissent leurs causes, & qu'ils s'attachent
à la briéveté si goutée pat ie Juge, si sou-
vent recommandée pat les loix. L'exposi-
tion Dogmatique est celle cu l'on developpe
la nature des choses, leurs effets, leurs pro-
priétés, leurs qualitès; de la naissem les con-
templations, les reflexions, les questions,
les raisonnemens, les décisions, &c. Ces
quatre sortes d'exposuions sont renfermées
oans la premiere section.
La seconde traite du developpiment du
raisonnemeni & de sa nature. Nous avons
bien des logiques, & elles ont toutes leur
mérite; mais le Lecteur verra par lui mê-
me que jusqu'à présent on ne lui en a point
prése itée qui fût si propre pour la litteratu-
re, si conforme à la nature de l'esprithumain
& si facile, par consequent, à pratiquer.
Le taisonnement est uns vérité tirée d'unt
autre vérité ..... Ilya daus teut raison-
nement une proposition qui demonire & unt
proposition qui est demontrée. Vous etes mon
pere, & je ne vous aimerois pas! C'est
un raisonnement; pourquoiI Parce que de
la premiere praposition, vous êtes mon pere
il s'ensuit que je dois vous auner. C'est comne
si je m'exprimois plus simplement & aves
moius de vivacité, vous êtes mon pere, donc
je dois vous aimer.
L'Auteur passe à ce qu'il faut déve-
itized by Goo
139
FEVRIER. 1752.
lopper dans un raisonnement, & après
être entré dans un détail satisfaisant, il
examine de combien de manieres on déve-
lope un raisonnement. La découverte que
l'Auteur a faite sur cet objet, a du coûter
beaucoup de méditations, & sert infini-
ment dans la composition & la réduction;
cependant quand la vérité, que l'on dé-
couvre, est mise au jour, rien ne paroit
plus aisé. Le raisonnement ne peut se deve-
lopper que de trois manieros. La premiere ma-
niere, est de soutenir la proposition qu'on
a avancée par une seconde proposition, cette
seconde par une troisième, jusqu'à ce que
la derniere soit si évidenie, que l'esprit
n'ait plus rien à desirer ..... La seconde
maniere consiste à poser une vérité ou éviden-
te par elle même, ou deja établis; & d'en
tirer ensuite toutes les verites qui en sorient ne-
cessairement. ... Enfin la troisiemo maniere
de développer un raisonnement, est de
partager une proposition ginérale en proposi-
tions particuliores, parce qu'elles y sont natu-
rellement renfermées. Ces trois manieres
peuvent s'employer alternativement, si
ie sujet à traiter l'éxige: l'Auteur rend
cette menthode sensible par les exemples lea
plus attachans.
Il semble que ces notions fortifiées
d'exemples susfirorent, l'Auteurn en de-
140 MERCUREDEFRANCE.
meure pas là; il discute s'il est toujours né-
cessaire de développer le raisonnement;
il distingue deux manieres de raisonner,
l'une naturelle, l'autre artificielle; il exa-
mine en quelles occasions l'on se sert de
celle ci & de celle-li; il propose des
exemples de toutes deux; il traite séparé-
ment de la force du railonnement, &
comment on juge s'il est bon.
A mesure que la matiere croit, l'Auteur
encourage son Lecteur, & il lui fait voir
dans la troisième section comment on dis-
pose les propositions du raisonnement
pourquoi il faut mettre de la di versité dans
la disposition, quels ornemens convien-
nent au taisonnement. Il semble d'aord
que le raisonnement, se soutienne assez sans
ornemeni, il semble meme que son plus bel
ornement soit de n'en aevoir point. L'ordre
la clarié, la force qui regnent dans tout
raisonnement qui est bon, frappent suffisam-
meut l'esprit; y a t'il que que chose de plus
à désirer? Et quel pourroit donc être l'orne-
ment qui conviendroit au raisonnement? mais
un raisonnnement qui auroit de l'ordre, de la
clarté & de la force, ne peut- il pas n'etre pas as-
sez étendu? Nepeut. il pas n'être pointassez. ani-
me? s'il n'est pas assez. etendu, malgrè l'or-
dre, la clarte & la force, il sera sec; s'il
n'est pas assez anime, il sera froid;, ainsi
141
FEVRIER. 1752.
quii on suppose avec l'ordre, la clartè, la
force, qu'on suppose la juste étendue & le
seu dans le raisonnement; ce sera non seule-
ment un raisonnement bon, mais encore un
raisonnement orne, & voila les deux ornemens
qui conviennen: au raisonnement.... Le détail
dans lequel l'Auteur entre, est ravissant; il
parle de la juste étenduë & du feu avec
une clarté qui présente lesobjets sans peine,
& qui les fait concevoit avec plaisir.
Mais faui-il toujours raisonner avec feu,
avec cette chaleur, qui nait de la situa tion
de l'ame? Pour répondre à cette question, il
faut d'abord distinguer deva sortes de véritès;
les vérites speculatives, & les vérités prati-
ques. En genéral, quand il ne s'agit que de
considerer une véritè sans exiger au delà de
la spéculation, les raisonnemens que l'on
forme pour la faire gouter, soni tranquilles,
& n ont bespin, pour etre approuvés & rè-
çus, que de la clarié & de la force ordinaire à
tout lon raisonnement... Faut-il au contraire
demontrer unevéritè pratique, une véritè quide-
mande qu'on agisse, que l'on exécute, que l'on se
genne, que l'on com batte contre ses propres in-
glinations? Alors le raisonnement ne pout
avoir trop de feu. Quiconque veut persuader,
se penètre lui même de ce qu' il dit; il échauf-
fe ses paroles par la demonstration de ses senti-
mens .... Il faut voir dans le livre même
142 MERCURE DE FRANCE.
les autres distinctions sensées sur les diffe-
rens dégrés de chaleur dans le raisonne-
ment, avec les exemples dont elles sont
accompagnées.
Après avoir examinè tout ce qui regardi
les faits & les raisennemens, il reste à
traiter separémnt de la qualitè des pen-
sées qui entrent dans les unes & dans lu
autres, & de la maniere de s'énencer qu'en
appelle style, c'est ce qui a heve de nom
mettre en état de juger. Ainsi les obser-
vations sur la qualite des pensées & du
style four le sujet de la quatrième & de la
cinquième section, il ne nous est pas possi-
ble, sans passer les bornes, de suivre lAu-
teur dans ces deux objets: le détail est
immense, & la matiere y est approfondie.
Le sixième volume contient l'exercice de
l'opération de juger. L'opération se fait
en grand. C'est un disçours d'éloquence à
examiner, c est, une Tragedie analysée
avant que de porter son jugement, &c.
L'idée que l'Auteur donne de l'éloquen-
ce, est frappante, c'est à la page 5. L'elo-
guence est une dialectique étendue, comme la
dialectique est une éloquence resserée. Cela
tappelle le traits de Zenons qui désignoit
la Réthorique en ouvrant la main, & la
Logique en la fermant. Le livre que
nous annonçons ne sçauroit entre trop tot
Digitinzed bedOOg
FEVRIER. 1752. 143
lu ni trop. souvent. Le Sçavant y trouvera
à prositer; au moins conviendra-t'il que
s'il l'avoit cùm, il auroit fait des progrès
prlus rapides & avec moins de peine. A
d'égard de tous les antres, c'est pour eux
un livre nécessaire: qu'il seroit à souhaiter
que les Professeurs des classes supérieures,
comme la Seconde & laRéthorique, voulus-
sentménager chaque jour, une demie-heure,
pour développer à leurs écoliers les princi-
pes d'un livre si méthodique & si refléchi.
Auteurs avec utilité, tome 2 & 3, in-12.
A Paris chez la venve de Ph. N. Luttin &
J. H. Butard, rue Saint Jacques, à la Vé-
zité.
Rien n'importe plus dans la république
des Lettres, que d'avoit des Auteurs en-
cellens & des Lecteurs intelligens. Ceun-
ci profitent des travaux des premiers, &
scavent les apprécier; & ceux-là sont ra-
vis de voir qu'ils n'ont pas travaillé en
vain, & qu'on sçait gouter les vérités
qu'ils ont exposées ou démontrées. Que
doit- on penser d'un livre qui forme des
Lecteurs parfaiis, & qui trade aux Auteurs
même, une route certaine qu'ils peuvent
fuivre sans s'égarer? Le Traité que nous
annonçons est tout à la fois l'Axt de lire &
l'Art de composer.
jitized by Go-
ERCUREDE FRANCE.
ateur pose pour principe que tout
nous lisons est exposition ou raisornue-
L'est de ce principe simple & vrai
que sott la méthode que nous examinons.
Si tout ce que noùs lisons est exposition
ou raisonnement, il faut donc pour sça-
voit lire, connoître parfaitement tout ce
qui concerne les faits & les raisonne-
mens; & pour avoir cette connoillance
parfaite, il faut être en état de concevoir,
de réduire, de développet les faits & les
raisonnemens, ensin il faut pouvoir en jo-
ger. Tel est le plan génétal qui enibrasse
toute la méthode de lire.
Dans le premier volume imprimé en
1747, on traite des trois opérations;
concevoit, réduire & développer; & l'on
dut faire alors l'analyse de tout ce que
l'Auteur a renfermé dans ces trois opéra-
tions, comme les moyens de concevoit,
de réduire & de déveloper, &c. Les trois
ordres, l'ordre général, l'ordre des par-
ties principales, l'ordte des pensées &
l'exercice de toutes les opérations sur les
exemples les plus beaux & les plus inter-
ressans.
Le second volume contient les princi-
pes de juger de ce que nous lisons. Pour
bien juger, il faus la science & la liberté,
Digites veOO
FEVRIER. 1752. 137
c'est- à dire, une connoissance exacte de ce qui
fait l'objet de la decision, & un esprii libre
de toute passion qui pourroit nuire au juge-
ment. Vn bon ouvrage, en général, est ce-
lui ou l'idée générale est distribuée en parties
principales, & ou celles-ci soni exposées par
l'ordre des pensées qui convienneni le micux.
Ce n'est là, comme l'on voit, qu'une no-
tion générale; & il faut faire attention
que Iordre dont on parle, est souvent
caché, ainsi que l'Auteur s'en est expli-
qué dans le premier volume page 425.
lorsqu'il distingue deux especes de destribu-
tions, l'une visible, l'autre cachée.
Cetre idée d'un bon ouvrage ainsi éta-
blie, l'on discerne ce qu'il faut dévelop-
per dans les faits & dans les raisonnemens.
A l'égard des faits, on peut les réduire à
quatre fortes, les expositions Oratoires
Poëtiques, Historiques & Dogmatiques;
l'Auteur reprend chaque espece d'expo-
sition, & il entremèle partout les prin-
cipes & les exemples sur lesquels il fait l'ap-
plication. L'exposition oratoire doit eire
soutenus des circonstances dont l'Orateur peut
tirer ses raisonnemens. Tout ce qui ne fouruit
point à ses preuves soit pour les former, soit
pour les éclaircir, doit être retranche. Que
les jeunes Avocats méditent bien ce pré-
cepte; c'est en le pratiquant qu'ils écmair-
a
138 MERCUREDEFRANCE.
cissent leurs causes, & qu'ils s'attachent
à la briéveté si goutée pat ie Juge, si sou-
vent recommandée pat les loix. L'exposi-
tion Dogmatique est celle cu l'on developpe
la nature des choses, leurs effets, leurs pro-
priétés, leurs qualitès; de la naissem les con-
templations, les reflexions, les questions,
les raisonnemens, les décisions, &c. Ces
quatre sortes d'exposuions sont renfermées
oans la premiere section.
La seconde traite du developpiment du
raisonnemeni & de sa nature. Nous avons
bien des logiques, & elles ont toutes leur
mérite; mais le Lecteur verra par lui mê-
me que jusqu'à présent on ne lui en a point
prése itée qui fût si propre pour la litteratu-
re, si conforme à la nature de l'esprithumain
& si facile, par consequent, à pratiquer.
Le taisonnement est uns vérité tirée d'unt
autre vérité ..... Ilya daus teut raison-
nement une proposition qui demonire & unt
proposition qui est demontrée. Vous etes mon
pere, & je ne vous aimerois pas! C'est
un raisonnement; pourquoiI Parce que de
la premiere praposition, vous êtes mon pere
il s'ensuit que je dois vous auner. C'est comne
si je m'exprimois plus simplement & aves
moius de vivacité, vous êtes mon pere, donc
je dois vous aimer.
L'Auteur passe à ce qu'il faut déve-
itized by Goo
139
FEVRIER. 1752.
lopper dans un raisonnement, & après
être entré dans un détail satisfaisant, il
examine de combien de manieres on déve-
lope un raisonnement. La découverte que
l'Auteur a faite sur cet objet, a du coûter
beaucoup de méditations, & sert infini-
ment dans la composition & la réduction;
cependant quand la vérité, que l'on dé-
couvre, est mise au jour, rien ne paroit
plus aisé. Le raisonnement ne peut se deve-
lopper que de trois manieros. La premiere ma-
niere, est de soutenir la proposition qu'on
a avancée par une seconde proposition, cette
seconde par une troisième, jusqu'à ce que
la derniere soit si évidenie, que l'esprit
n'ait plus rien à desirer ..... La seconde
maniere consiste à poser une vérité ou éviden-
te par elle même, ou deja établis; & d'en
tirer ensuite toutes les verites qui en sorient ne-
cessairement. ... Enfin la troisiemo maniere
de développer un raisonnement, est de
partager une proposition ginérale en proposi-
tions particuliores, parce qu'elles y sont natu-
rellement renfermées. Ces trois manieres
peuvent s'employer alternativement, si
ie sujet à traiter l'éxige: l'Auteur rend
cette menthode sensible par les exemples lea
plus attachans.
Il semble que ces notions fortifiées
d'exemples susfirorent, l'Auteurn en de-
140 MERCUREDEFRANCE.
meure pas là; il discute s'il est toujours né-
cessaire de développer le raisonnement;
il distingue deux manieres de raisonner,
l'une naturelle, l'autre artificielle; il exa-
mine en quelles occasions l'on se sert de
celle ci & de celle-li; il propose des
exemples de toutes deux; il traite séparé-
ment de la force du railonnement, &
comment on juge s'il est bon.
A mesure que la matiere croit, l'Auteur
encourage son Lecteur, & il lui fait voir
dans la troisième section comment on dis-
pose les propositions du raisonnement
pourquoi il faut mettre de la di versité dans
la disposition, quels ornemens convien-
nent au taisonnement. Il semble d'aord
que le raisonnement, se soutienne assez sans
ornemeni, il semble meme que son plus bel
ornement soit de n'en aevoir point. L'ordre
la clarié, la force qui regnent dans tout
raisonnement qui est bon, frappent suffisam-
meut l'esprit; y a t'il que que chose de plus
à désirer? Et quel pourroit donc être l'orne-
ment qui conviendroit au raisonnement? mais
un raisonnnement qui auroit de l'ordre, de la
clarté & de la force, ne peut- il pas n'etre pas as-
sez étendu? Nepeut. il pas n'être pointassez. ani-
me? s'il n'est pas assez. etendu, malgrè l'or-
dre, la clarte & la force, il sera sec; s'il
n'est pas assez anime, il sera froid;, ainsi
141
FEVRIER. 1752.
quii on suppose avec l'ordre, la clartè, la
force, qu'on suppose la juste étendue & le
seu dans le raisonnement; ce sera non seule-
ment un raisonnement bon, mais encore un
raisonnement orne, & voila les deux ornemens
qui conviennen: au raisonnement.... Le détail
dans lequel l'Auteur entre, est ravissant; il
parle de la juste étenduë & du feu avec
une clarté qui présente lesobjets sans peine,
& qui les fait concevoit avec plaisir.
Mais faui-il toujours raisonner avec feu,
avec cette chaleur, qui nait de la situa tion
de l'ame? Pour répondre à cette question, il
faut d'abord distinguer deva sortes de véritès;
les vérites speculatives, & les vérités prati-
ques. En genéral, quand il ne s'agit que de
considerer une véritè sans exiger au delà de
la spéculation, les raisonnemens que l'on
forme pour la faire gouter, soni tranquilles,
& n ont bespin, pour etre approuvés & rè-
çus, que de la clarié & de la force ordinaire à
tout lon raisonnement... Faut-il au contraire
demontrer unevéritè pratique, une véritè quide-
mande qu'on agisse, que l'on exécute, que l'on se
genne, que l'on com batte contre ses propres in-
glinations? Alors le raisonnement ne pout
avoir trop de feu. Quiconque veut persuader,
se penètre lui même de ce qu' il dit; il échauf-
fe ses paroles par la demonstration de ses senti-
mens .... Il faut voir dans le livre même
142 MERCURE DE FRANCE.
les autres distinctions sensées sur les diffe-
rens dégrés de chaleur dans le raisonne-
ment, avec les exemples dont elles sont
accompagnées.
Après avoir examinè tout ce qui regardi
les faits & les raisennemens, il reste à
traiter separémnt de la qualitè des pen-
sées qui entrent dans les unes & dans lu
autres, & de la maniere de s'énencer qu'en
appelle style, c'est ce qui a heve de nom
mettre en état de juger. Ainsi les obser-
vations sur la qualite des pensées & du
style four le sujet de la quatrième & de la
cinquième section, il ne nous est pas possi-
ble, sans passer les bornes, de suivre lAu-
teur dans ces deux objets: le détail est
immense, & la matiere y est approfondie.
Le sixième volume contient l'exercice de
l'opération de juger. L'opération se fait
en grand. C'est un disçours d'éloquence à
examiner, c est, une Tragedie analysée
avant que de porter son jugement, &c.
L'idée que l'Auteur donne de l'éloquen-
ce, est frappante, c'est à la page 5. L'elo-
guence est une dialectique étendue, comme la
dialectique est une éloquence resserée. Cela
tappelle le traits de Zenons qui désignoit
la Réthorique en ouvrant la main, & la
Logique en la fermant. Le livre que
nous annonçons ne sçauroit entre trop tot
Digitinzed bedOOg
FEVRIER. 1752. 143
lu ni trop. souvent. Le Sçavant y trouvera
à prositer; au moins conviendra-t'il que
s'il l'avoit cùm, il auroit fait des progrès
prlus rapides & avec moins de peine. A
d'égard de tous les antres, c'est pour eux
un livre nécessaire: qu'il seroit à souhaiter
que les Professeurs des classes supérieures,
comme la Seconde & laRéthorique, voulus-
sentménager chaque jour, une demie-heure,
pour développer à leurs écoliers les princi-
pes d'un livre si méthodique & si refléchi.
Fermer
7
p. 143-147
« DICTIONNAIRE Apostolique à l'usage de Messieurs les Curés des Villes & [...] »
Début :
DICTIONNAIRE Apostolique à l'usage de Messieurs les Curés des Villes & [...]
Mots clefs :
Discours, Traités, Sujet, Pères, Prédicateurs, Curés, Campagne, Chaîne, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE Apostolique à l'usage de Messieurs les Curés des Villes & [...] »
DICTIONNAIRE Apostolique à l'usage
de Messieurs les Curés des Villes &
de la Campagne & de tous ceux qui se
destinent à la Chaire. Pat le P. Hyacinthe.
Raris chez la venve Lottin & Buitard,
& l'Auieur, tome premier, in8°.
L'idée quel'Auteur donne lui même de
son ouvrage, nous paroit li juste, que nous
Fallons présenter à nos Lecteurs. 10. Je
donuera, dit il, huit volumes bien four-
nis in- S°. Les cinq premiets contiendront
depen près, cinquante sujeis de morale
chrétienne. Je fetai choix, autant qu'il
me sera possible, de ceux que la religion
a toujours jugé les plus interessans & les
plus propres à régler les merurs, & à por-
ter à la pratique de la vertu. I.e sixiéme
& le septième tenfermeront tous les Mys-
a
244 MERCUREDEFRANCE.
téres de Jesus-Christ, & les Fêtes de la
Sainte Vierge, le huitième & dernier vo-
lume, seta composé d'un Commun des
Apôtres, des Martyts, des Evêques,
des Confesseurs, & des Vierges, & sera
terminem par plusieurs extraits propresà for
mer des discours de vêtures & de profes-
sions de Religieuses, & si j'avois dans la
suite, la douce consolation d'apperce-
voir que cet ouvrage n'eût point déplu,
aptès quesques momens de repos, je
donnerois un neuvième volume de sujets
particuliers.
2. Les matieres seront tangées pat let-
tres alphabétiques. Chaque volume con-
tiendra 8 à 9 traités, & chacun de ces
traités sera précëdé d'une observation sut
le sujet annoncé. Des réfléxions Théolo-
ques & morales, différens textes de
l'Ecriture, les sentimens des SS. Peres,
le nom des Auteurs & des Prédicateurs qui
ont écrit & préché avec plus de distinction
suivront le Préliminaire.
3° L'on trouerva ensuite le r lan raisonne
de trois discours sur le même sujet pro-
posé sous différens jours, ce qui fera pat
volume 27 discours au plus & 24 au
moins, comme je m'y suis vû forcé dans
ce premier volume, à taison de la Préface
& de l'Epitre dédicatoire, &c. chacun
de
FEVRIER. 1752. 145
de ses discours, aura sa division & ses
soudivisions; & les preuves des unes &
des autres, surtout des deux premiers sujets,
seront toutes extraites des meilleurs
traités des Ascétiques les mieux choi-
sis, & des plus célèbres Prédicateurs.
4°. Messicurs les Curés & les Ecclé-
siastiques de la campagne, qui pour les
motifs énoncés au commencement de
cette Préface, ne peuvent s'adonner à la
composition, ou à raison de leurs tems
trop partagé par les autres fonctions du
ministere, ou à titre d'impossibilité de se
procurer le secours des livres, trouveront.
tous ces obstacles levés. Les premiers,
parce qu'avec un peu de mémoire & un
travail de quelques heures dans la semai-
ne, il leur sera facile de composer une
instruction pour leurs Paroissiens. Les se-
conds, parce que pouvant se procurer à
peu de frais cet o vrage, ils y pui-
seront des secours suffisants pour travaillet
à l'édification de ceux qui leur sont con-
fiés, & du salut desquels ils sont compta-
bles. En un mot, tous seront à portée de
faire valoir leurs talens pour la gloire de
la religion, l'honneur du sacerdoce, &
l'intérêt des fideles, car j'invite ici le
Lecteur à observer que j'ai pris un soin
tout particulier de traiter le troisième dis-
G
zed by God
146 MERCUREDEFRANC E.
cours en style familier, mais éloigné du
rempant, afin qu'il pût être entendu avec
fruit de ceux qui seroient les moins ins-
truits, & même des plus stupides; tout
y est lié & raproché de façon, que le Pas-
teur qui n'auroit nul talent pour la com-
position, en le prononçant tel qu'il est,
pourroit se rendre le secret témoignage
d'avoir instruit & édifié son troupeau; on
ne demandera point deux talens à celui
qui n'en aura reçu qu'un seul.
59. Je ne dis pas la même chose des deux
premiers discours, où souvent j'ai transpo-
sé, à dessein, les preuves dans la crainte
d autoriser indiscretement la paresse des
jeunes gens, qui à peine sortis de la pous-
sicre des écoles, voudroient se produire
dans les chaires & instruite les autres dans
la science du salut, avant que de s'être
instruits eux-mêmes. Ce que j'ose assurer,
& ce dont l'expérience fera preuve; c'est
qu'avec du travail, une teinture raisonna-
ble de Théologie, un discernement juste,
l'on pourra à la faveur des grands modé-
les que je mets sous les yeux, devenir
sinon un Prédicateur du premier ordre
il faut des siécles pour en faire un) du
mous un bon Prédicateur, qui se fera
entendre avec fruit & avec satisfaction.
Quelle seroit ma joie, & quelle plus douce
FEVRIER. 1752.
147
consolation, si avant que mes cendres se
réunissent à celles de mesperes, j'étois assez
heureux pour voir l'effetsuivre la promesse,
6°. Je prie le Lecteur de remarquer,
que si j'ai pris soin de ranger par ordte
les Passages des SS. Peres, ce n'est pas
que je me sois imaginé que cet arrange-
ment fût nécessaire pour la composition
d'un discours; mon dessein en m'y assu-
jertissant, a été que le jeune homme qui
voudroir se former pour la chaire, apprit
sans peine & comme imperceptiblement,
que les Ambroise & les Augustin, sont,
postérieures aux Ignace & aux Justin,
ainsi des autres; mais une raison plus for-
te encore & plus décisive, c'est que dans
la nécessité de traiter un sujet controver-
sé, cette légere teinture de Chronologie
serviroit beaucoup, puisque l'on ne peut
pas ignorer que nos chers freres séparés
déferent bien plus à l'autorité des anciens,
Peres, qu'à celle des Docteurs du sixième
& du septième siécle.
Tel est le plan du Dictionnaire Aposto-
lique: il est a peu près le même que celui
de la Bibliothéque des Prédicateurs; mais
comme il a l'avantage d'être venu le der-
nier, il est exécuté avec plus de goût, de
méthode & de précision.
de Messieurs les Curés des Villes &
de la Campagne & de tous ceux qui se
destinent à la Chaire. Pat le P. Hyacinthe.
Raris chez la venve Lottin & Buitard,
& l'Auieur, tome premier, in8°.
L'idée quel'Auteur donne lui même de
son ouvrage, nous paroit li juste, que nous
Fallons présenter à nos Lecteurs. 10. Je
donuera, dit il, huit volumes bien four-
nis in- S°. Les cinq premiets contiendront
depen près, cinquante sujeis de morale
chrétienne. Je fetai choix, autant qu'il
me sera possible, de ceux que la religion
a toujours jugé les plus interessans & les
plus propres à régler les merurs, & à por-
ter à la pratique de la vertu. I.e sixiéme
& le septième tenfermeront tous les Mys-
a
244 MERCUREDEFRANCE.
téres de Jesus-Christ, & les Fêtes de la
Sainte Vierge, le huitième & dernier vo-
lume, seta composé d'un Commun des
Apôtres, des Martyts, des Evêques,
des Confesseurs, & des Vierges, & sera
terminem par plusieurs extraits propresà for
mer des discours de vêtures & de profes-
sions de Religieuses, & si j'avois dans la
suite, la douce consolation d'apperce-
voir que cet ouvrage n'eût point déplu,
aptès quesques momens de repos, je
donnerois un neuvième volume de sujets
particuliers.
2. Les matieres seront tangées pat let-
tres alphabétiques. Chaque volume con-
tiendra 8 à 9 traités, & chacun de ces
traités sera précëdé d'une observation sut
le sujet annoncé. Des réfléxions Théolo-
ques & morales, différens textes de
l'Ecriture, les sentimens des SS. Peres,
le nom des Auteurs & des Prédicateurs qui
ont écrit & préché avec plus de distinction
suivront le Préliminaire.
3° L'on trouerva ensuite le r lan raisonne
de trois discours sur le même sujet pro-
posé sous différens jours, ce qui fera pat
volume 27 discours au plus & 24 au
moins, comme je m'y suis vû forcé dans
ce premier volume, à taison de la Préface
& de l'Epitre dédicatoire, &c. chacun
de
FEVRIER. 1752. 145
de ses discours, aura sa division & ses
soudivisions; & les preuves des unes &
des autres, surtout des deux premiers sujets,
seront toutes extraites des meilleurs
traités des Ascétiques les mieux choi-
sis, & des plus célèbres Prédicateurs.
4°. Messicurs les Curés & les Ecclé-
siastiques de la campagne, qui pour les
motifs énoncés au commencement de
cette Préface, ne peuvent s'adonner à la
composition, ou à raison de leurs tems
trop partagé par les autres fonctions du
ministere, ou à titre d'impossibilité de se
procurer le secours des livres, trouveront.
tous ces obstacles levés. Les premiers,
parce qu'avec un peu de mémoire & un
travail de quelques heures dans la semai-
ne, il leur sera facile de composer une
instruction pour leurs Paroissiens. Les se-
conds, parce que pouvant se procurer à
peu de frais cet o vrage, ils y pui-
seront des secours suffisants pour travaillet
à l'édification de ceux qui leur sont con-
fiés, & du salut desquels ils sont compta-
bles. En un mot, tous seront à portée de
faire valoir leurs talens pour la gloire de
la religion, l'honneur du sacerdoce, &
l'intérêt des fideles, car j'invite ici le
Lecteur à observer que j'ai pris un soin
tout particulier de traiter le troisième dis-
G
zed by God
146 MERCUREDEFRANC E.
cours en style familier, mais éloigné du
rempant, afin qu'il pût être entendu avec
fruit de ceux qui seroient les moins ins-
truits, & même des plus stupides; tout
y est lié & raproché de façon, que le Pas-
teur qui n'auroit nul talent pour la com-
position, en le prononçant tel qu'il est,
pourroit se rendre le secret témoignage
d'avoir instruit & édifié son troupeau; on
ne demandera point deux talens à celui
qui n'en aura reçu qu'un seul.
59. Je ne dis pas la même chose des deux
premiers discours, où souvent j'ai transpo-
sé, à dessein, les preuves dans la crainte
d autoriser indiscretement la paresse des
jeunes gens, qui à peine sortis de la pous-
sicre des écoles, voudroient se produire
dans les chaires & instruite les autres dans
la science du salut, avant que de s'être
instruits eux-mêmes. Ce que j'ose assurer,
& ce dont l'expérience fera preuve; c'est
qu'avec du travail, une teinture raisonna-
ble de Théologie, un discernement juste,
l'on pourra à la faveur des grands modé-
les que je mets sous les yeux, devenir
sinon un Prédicateur du premier ordre
il faut des siécles pour en faire un) du
mous un bon Prédicateur, qui se fera
entendre avec fruit & avec satisfaction.
Quelle seroit ma joie, & quelle plus douce
FEVRIER. 1752.
147
consolation, si avant que mes cendres se
réunissent à celles de mesperes, j'étois assez
heureux pour voir l'effetsuivre la promesse,
6°. Je prie le Lecteur de remarquer,
que si j'ai pris soin de ranger par ordte
les Passages des SS. Peres, ce n'est pas
que je me sois imaginé que cet arrange-
ment fût nécessaire pour la composition
d'un discours; mon dessein en m'y assu-
jertissant, a été que le jeune homme qui
voudroir se former pour la chaire, apprit
sans peine & comme imperceptiblement,
que les Ambroise & les Augustin, sont,
postérieures aux Ignace & aux Justin,
ainsi des autres; mais une raison plus for-
te encore & plus décisive, c'est que dans
la nécessité de traiter un sujet controver-
sé, cette légere teinture de Chronologie
serviroit beaucoup, puisque l'on ne peut
pas ignorer que nos chers freres séparés
déferent bien plus à l'autorité des anciens,
Peres, qu'à celle des Docteurs du sixième
& du septième siécle.
Tel est le plan du Dictionnaire Aposto-
lique: il est a peu près le même que celui
de la Bibliothéque des Prédicateurs; mais
comme il a l'avantage d'être venu le der-
nier, il est exécuté avec plus de goût, de
méthode & de précision.
Fermer
8
p. 148-153
« DISCOURS sur la facilité & l'utilité des Mathématiques, prononcé par M. [...] »
Début :
DISCOURS sur la facilité & l'utilité des Mathématiques, prononcé par M. [...]
Mots clefs :
Deux sexes, Femmes, Sexe, Esprit, Mathématiques, Étude, Secours, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISCOURS sur la facilité & l'utilité des Mathématiques, prononcé par M. [...] »
DISCOURS sur la facilité & l'utilité
des Mathématiques, prononcé par M.
Digard à l'ouverture de ses Conférences
publiques, le 12 Decembre 1751. A
Paris chez Ballard, rue S. Jean de Beau-
vais 1751.
M. Digard ne porte pas seulement jus-
qu'à la démonstration, la vérité des deux
propositions qu'il avance, il réfute encore
très-solidement les objections quon est
dans l'usage de faire contr'elles. Voici la fin
de son discours dans lequel il a jetté plus
d'agrément qu'on n'étoit en droit d'en
attendre.
Ce seroit sans doute un nouvel hidre
à combattre que le sentiment de ceux qui
en reconnoissant l'utilité des Mathémati-
ques, réservent pour notre sexe une étude
qu'ils supposent inutileà l'autre. Cette con-
duite a-t elle sa source dans un intérêt per-
sonnel? Est-elle une preuve de notre esti-
me ou une suite de nos ménagemens pour
les Dames? Prétendroit-on que leur es-
prit aussi juste que délicat, parvient sans
aucun secours, où le notre n'arrive qu'a
près beaucoup de travail? Quoique cette
opinion ne manque pas de sectateurs, je
crois pouyoir la rejetter sans manquer au
FEVRIER.
1752.
149
respect que je dois aux Dames; plus elles
auront de dispositions, moins elles s'ima-
gineront posséder les Sciences infuses; la
Nature prépare les matieres, l'Art seul
peut les mettre en œeuvre.
Supposera-t. on que par égard pour leur
foiblesse, on doit leur épargner des tra-
vaux au dessus de leurs forces? N'avons-
nous pas des femmes Illustes dans tous-
les genres? Les exemples connus qu'il
seroit aisé de citer & les épreuves particu-
lieres que j'ai faites en plusieurs occasions,
m ont convaincu que les dispositions sont
aumoins égales. Rien n'est moins fondé que
ce reproche de foiblesse. Je m'étonne qu un
préjugé si contraire à nos moeurs, ait pu
trouver créance auprès d'une Nation aussi
judicieuse que la nôtre. Qui sommes nous
donc, nous François, qui nous glori-
fions de suivre les impressions de ce sexe
prétendu foible & de lui devoir certe poli-
tesse qui nous distingue des autres Peuples,
& qn ide toutes nos prétentions est la moius
contestée. Eh, Messieurs, par vanité mé-
nagons nos vainqueurs; ne fût-ce que
pour diminuer la honte de notre défaite,
si toutefois ont doit rougir de céder à
la douceur qui fait le principal méri-
te de ce sexe & le charme de la So-
ciété.
Giij
zed by Goc
170 MERCURE DE FRANCE.
Ce n est donc pas pat amour propte
ou par jalousie quon a exclu les femmes
de l'étude des Mathématiques. Serons- nous
toujours en opposition avec nous mêmes?
Quoi! nous prétendons assés gratuitement
que l'esprit des femmes, en genétal, man-
que de justesse, & nous leur refuserions les
secours capables de le fixer. Quelle' injusti-
celje dis plus, notre intérêt personnel exige
que l'étude soit commune aux deux sexes,
cette proposi.ion se trouve dans plus d'un
Auteur; mais fût-elle entiérement nou-
velle, ce n'est pas chez les François que
la nouveauté d'une opinion doit sembler
un motif pour la rejetter. Cette nonveau-
té même, si Pon en croit nos voisins, est
un titre suffisant pour nous la faire adop-
ter. Quoi qu'il en soit, quelques réfle-
xions assez simples nous mettront en état
de juger de son mérite.
Les deux sexes sont destinés à vivre
ensemble, mais leur liaison ne peut sub-
sister qu'autant qu elle est fondée sur l'esti-
me & qu elle suppose entre eux une sorte
d'égalité. Que la beauté de l'un compense
la force de l'autre, à la bonne heure;
mais il n'est personne assez aveugle pour
penser que l'Auteur ait borné le mérite
de l'un des deux sexes, aux qualités ex-
térieures. La certitude que nous avons de
FEVRIER. 1752.
151
sa justice, doit au contraire nous assuret
que ce Pere équitable a pa tagé ses bien-
faits également entre eux: or comment
cette égalité se soutiendra-t'elle si l'un des
deux abusant du pouvoir qui ne lui a été
confié que pour faire le bonheut de l'au-
tre, cesse d'être son protecteur & devient
son tiran ? s'il se réserve le droit exclusif
aux qualités essentielles à toutes les con-
noissances capables de perfectionner les
dons de la Nature, & charge l'autre de
ridicules & de frivolités ? Oui, Mes-
sieurs, c'est à nous mêmes, c'est à la
mauvaise éducation qu on donne aux fem-
mes, que nous devons imputer le peu
de capacité, que nous leur supposons
pout les Sciences. L'esprit n'a point de
sexe.
On feroit un raisonnement faux en di-
sant que les femmes ne sont destinées ni
à l'exercice des Arts, ni aux emplois qui
exigent des connoissances supérieures.
Nont-elles pas comme vous une ame, un
cœur, un esprit? Vous convenez qu'il
est nécessaire d'éclairer leur ame par le
flambeau de la religion; pourquoi leur
refuser le secours de la morale pour diriger
les mouvemens de leur cœeur & celui
des Mathématiques, pour donner la justes-
Giiij
ized by Goc
—
152 MERCURE DEFRANCE.
se à leur esprit? C'est le seul moyen de
rétablir l'égalité.
Cet équilibre conforme aux vœux de
de la Nature est nécessaire au bonheur des
deux sexes. On ne peut l'assuret sans aug-
menter l'émulation, & contribuer aux
progrès des Sciences, sans répandre un
agrément de plus dans le commerce de la
vie, sans se ménager une ressource nou-
velle contre l'ennui qui nous assiège.
C'est multiplier ses plaisirs, que d'étendre
l'empire de la raison.
Vainement m'objecteroit- on que le
Térence du dernier siécle a répandu sur
les femmes) instruites, un vernis de ridicu-
le qui ne s'effacera jamais. Cet Auteur étoit
lui-même trop éclairé pour jouer les fem-
me quise distinguent par leurs talens. Quel-
le est la fable de son Poëme. Il veut prou-
ver, comme il le fait dire par son Clitan-
dre, que de deux sott, le plus sçavant est le
plus sot. Qu'on y prenne garde. Les Vadius &
les Trissotins de son tems qui éblouissent par
de grands mots, des femmes vraiment igno-
rantes; l'abus que foni ces mêmes femmes
de ces mots dont elles ne connoissent pas la
valeut; l'affectation, & la fatire de ces
pédans des deux sexes, forment la base &
le jeu de sa Comédie. Il devoit donc l'inti-
gines
FEVRIER. 1752.
153
tuler les Pédans, puisque le titre de femmes
scavantes ne convient en aucune maniere
aux Philam intes & aux Belises qu'il y in-
troduit; mais ce titre n'auroit pas in-
téressé la multitude. Le point capital étoit
de lui plaire; le succès de sa Piéce en dé-
pendoit; & dans cette occasion comme
dans quelques autres, Moliere s'est vû
contraint de sacrifier à la raison, à l'intérent.
Quand on supposeroit, pour un mo-
ment, qu'entramé par le préjugé, Mo-
liere a réellement prétendu ridiculiser
les femmes qui fortant de la létargie où
notre injustice les a plongées, se rendent
célebres par leurs lumieres; qu'en résul-
teroit. il? Je n'y vois pour elles, aucun
sujet de honte. Pourrions-nous en dire
autant de l'Ecrivain? Socrate étoit un
grand-homme; le fut-il moins après
qu'Aristophane l'ent joué ? Réfléchissez-y,
Messieurs, & prononcez.
des Mathématiques, prononcé par M.
Digard à l'ouverture de ses Conférences
publiques, le 12 Decembre 1751. A
Paris chez Ballard, rue S. Jean de Beau-
vais 1751.
M. Digard ne porte pas seulement jus-
qu'à la démonstration, la vérité des deux
propositions qu'il avance, il réfute encore
très-solidement les objections quon est
dans l'usage de faire contr'elles. Voici la fin
de son discours dans lequel il a jetté plus
d'agrément qu'on n'étoit en droit d'en
attendre.
Ce seroit sans doute un nouvel hidre
à combattre que le sentiment de ceux qui
en reconnoissant l'utilité des Mathémati-
ques, réservent pour notre sexe une étude
qu'ils supposent inutileà l'autre. Cette con-
duite a-t elle sa source dans un intérêt per-
sonnel? Est-elle une preuve de notre esti-
me ou une suite de nos ménagemens pour
les Dames? Prétendroit-on que leur es-
prit aussi juste que délicat, parvient sans
aucun secours, où le notre n'arrive qu'a
près beaucoup de travail? Quoique cette
opinion ne manque pas de sectateurs, je
crois pouyoir la rejetter sans manquer au
FEVRIER.
1752.
149
respect que je dois aux Dames; plus elles
auront de dispositions, moins elles s'ima-
gineront posséder les Sciences infuses; la
Nature prépare les matieres, l'Art seul
peut les mettre en œeuvre.
Supposera-t. on que par égard pour leur
foiblesse, on doit leur épargner des tra-
vaux au dessus de leurs forces? N'avons-
nous pas des femmes Illustes dans tous-
les genres? Les exemples connus qu'il
seroit aisé de citer & les épreuves particu-
lieres que j'ai faites en plusieurs occasions,
m ont convaincu que les dispositions sont
aumoins égales. Rien n'est moins fondé que
ce reproche de foiblesse. Je m'étonne qu un
préjugé si contraire à nos moeurs, ait pu
trouver créance auprès d'une Nation aussi
judicieuse que la nôtre. Qui sommes nous
donc, nous François, qui nous glori-
fions de suivre les impressions de ce sexe
prétendu foible & de lui devoir certe poli-
tesse qui nous distingue des autres Peuples,
& qn ide toutes nos prétentions est la moius
contestée. Eh, Messieurs, par vanité mé-
nagons nos vainqueurs; ne fût-ce que
pour diminuer la honte de notre défaite,
si toutefois ont doit rougir de céder à
la douceur qui fait le principal méri-
te de ce sexe & le charme de la So-
ciété.
Giij
zed by Goc
170 MERCURE DE FRANCE.
Ce n est donc pas pat amour propte
ou par jalousie quon a exclu les femmes
de l'étude des Mathématiques. Serons- nous
toujours en opposition avec nous mêmes?
Quoi! nous prétendons assés gratuitement
que l'esprit des femmes, en genétal, man-
que de justesse, & nous leur refuserions les
secours capables de le fixer. Quelle' injusti-
celje dis plus, notre intérêt personnel exige
que l'étude soit commune aux deux sexes,
cette proposi.ion se trouve dans plus d'un
Auteur; mais fût-elle entiérement nou-
velle, ce n'est pas chez les François que
la nouveauté d'une opinion doit sembler
un motif pour la rejetter. Cette nonveau-
té même, si Pon en croit nos voisins, est
un titre suffisant pour nous la faire adop-
ter. Quoi qu'il en soit, quelques réfle-
xions assez simples nous mettront en état
de juger de son mérite.
Les deux sexes sont destinés à vivre
ensemble, mais leur liaison ne peut sub-
sister qu'autant qu elle est fondée sur l'esti-
me & qu elle suppose entre eux une sorte
d'égalité. Que la beauté de l'un compense
la force de l'autre, à la bonne heure;
mais il n'est personne assez aveugle pour
penser que l'Auteur ait borné le mérite
de l'un des deux sexes, aux qualités ex-
térieures. La certitude que nous avons de
FEVRIER. 1752.
151
sa justice, doit au contraire nous assuret
que ce Pere équitable a pa tagé ses bien-
faits également entre eux: or comment
cette égalité se soutiendra-t'elle si l'un des
deux abusant du pouvoir qui ne lui a été
confié que pour faire le bonheut de l'au-
tre, cesse d'être son protecteur & devient
son tiran ? s'il se réserve le droit exclusif
aux qualités essentielles à toutes les con-
noissances capables de perfectionner les
dons de la Nature, & charge l'autre de
ridicules & de frivolités ? Oui, Mes-
sieurs, c'est à nous mêmes, c'est à la
mauvaise éducation qu on donne aux fem-
mes, que nous devons imputer le peu
de capacité, que nous leur supposons
pout les Sciences. L'esprit n'a point de
sexe.
On feroit un raisonnement faux en di-
sant que les femmes ne sont destinées ni
à l'exercice des Arts, ni aux emplois qui
exigent des connoissances supérieures.
Nont-elles pas comme vous une ame, un
cœur, un esprit? Vous convenez qu'il
est nécessaire d'éclairer leur ame par le
flambeau de la religion; pourquoi leur
refuser le secours de la morale pour diriger
les mouvemens de leur cœeur & celui
des Mathématiques, pour donner la justes-
Giiij
ized by Goc
—
152 MERCURE DEFRANCE.
se à leur esprit? C'est le seul moyen de
rétablir l'égalité.
Cet équilibre conforme aux vœux de
de la Nature est nécessaire au bonheur des
deux sexes. On ne peut l'assuret sans aug-
menter l'émulation, & contribuer aux
progrès des Sciences, sans répandre un
agrément de plus dans le commerce de la
vie, sans se ménager une ressource nou-
velle contre l'ennui qui nous assiège.
C'est multiplier ses plaisirs, que d'étendre
l'empire de la raison.
Vainement m'objecteroit- on que le
Térence du dernier siécle a répandu sur
les femmes) instruites, un vernis de ridicu-
le qui ne s'effacera jamais. Cet Auteur étoit
lui-même trop éclairé pour jouer les fem-
me quise distinguent par leurs talens. Quel-
le est la fable de son Poëme. Il veut prou-
ver, comme il le fait dire par son Clitan-
dre, que de deux sott, le plus sçavant est le
plus sot. Qu'on y prenne garde. Les Vadius &
les Trissotins de son tems qui éblouissent par
de grands mots, des femmes vraiment igno-
rantes; l'abus que foni ces mêmes femmes
de ces mots dont elles ne connoissent pas la
valeut; l'affectation, & la fatire de ces
pédans des deux sexes, forment la base &
le jeu de sa Comédie. Il devoit donc l'inti-
gines
FEVRIER. 1752.
153
tuler les Pédans, puisque le titre de femmes
scavantes ne convient en aucune maniere
aux Philam intes & aux Belises qu'il y in-
troduit; mais ce titre n'auroit pas in-
téressé la multitude. Le point capital étoit
de lui plaire; le succès de sa Piéce en dé-
pendoit; & dans cette occasion comme
dans quelques autres, Moliere s'est vû
contraint de sacrifier à la raison, à l'intérent.
Quand on supposeroit, pour un mo-
ment, qu'entramé par le préjugé, Mo-
liere a réellement prétendu ridiculiser
les femmes qui fortant de la létargie où
notre injustice les a plongées, se rendent
célebres par leurs lumieres; qu'en résul-
teroit. il? Je n'y vois pour elles, aucun
sujet de honte. Pourrions-nous en dire
autant de l'Ecrivain? Socrate étoit un
grand-homme; le fut-il moins après
qu'Aristophane l'ent joué ? Réfléchissez-y,
Messieurs, & prononcez.
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9
p. 153-154
« QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...] »
Début :
QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...]
Mots clefs :
Académie, Discours, Jean-Jacques Rousseau, Attaquer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...] »
QUANTUM litteris debeat virtus..
Oratio habitajuſſu &nomine Univerfitatis
ad folemnem præmiorum diſtributionem
in majoribus Sorbonæ ſcholis , die
Jovis duodecimâAugufti 1751. àChrſtiano
leRoy , éloquentiæ Profeſſore in Collegio
Cardimalitio. Parifius apud Thibout.
L'éloquent diſcours de M. Rouſſeau,
Gy
154 MERCUREDEFRANCE.
,
couronné par l'Académie de Dijon , a
été attaqué fucceſſivement dans notre Jour-
-nal par un Grand-Prince qui aime
les hommes & qui encourage lesArts par
fon exemple & par ſesrécompenfes ; par
M. Gautierde la Société Royale de Nan .
ci , & en dernier lieu , dans le Mercure
de Décembre , parM. Borde : fon difcours
lû à l'Académie de Lyon ,
beaucoup de bruit à Paris , & y a reçu
les plus grands éloges. M. le Roi a traité
le même ſujet au nom de l'Univerſité. La
crainte de trop entretenir le public de la
même queſtion , nous empêche de donner
un extrait de cet ouvrages il mérite
d'être lu par tous ceux qui aiment les
Lettres , & un ftile Latin fort & véhément.
Oratio habitajuſſu &nomine Univerfitatis
ad folemnem præmiorum diſtributionem
in majoribus Sorbonæ ſcholis , die
Jovis duodecimâAugufti 1751. àChrſtiano
leRoy , éloquentiæ Profeſſore in Collegio
Cardimalitio. Parifius apud Thibout.
L'éloquent diſcours de M. Rouſſeau,
Gy
154 MERCUREDEFRANCE.
,
couronné par l'Académie de Dijon , a
été attaqué fucceſſivement dans notre Jour-
-nal par un Grand-Prince qui aime
les hommes & qui encourage lesArts par
fon exemple & par ſesrécompenfes ; par
M. Gautierde la Société Royale de Nan .
ci , & en dernier lieu , dans le Mercure
de Décembre , parM. Borde : fon difcours
lû à l'Académie de Lyon ,
beaucoup de bruit à Paris , & y a reçu
les plus grands éloges. M. le Roi a traité
le même ſujet au nom de l'Univerſité. La
crainte de trop entretenir le public de la
même queſtion , nous empêche de donner
un extrait de cet ouvrages il mérite
d'être lu par tous ceux qui aiment les
Lettres , & un ftile Latin fort & véhément.
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Résumé : « QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...] »
Le texte discute du discours de Jean-Jacques Rousseau, couronné par l'Académie de Dijon, qui a suscité diverses réactions. Ce discours a été critiqué par un Grand-Prince, M. Gautier de la Société Royale de Nantes et M. Borde, dont le discours a été présenté à l'Académie de Lyon. Malgré ces critiques, le discours de Rousseau a suscité un grand intérêt à Paris et a reçu de nombreux éloges. Le Roi a également abordé le même sujet au nom de l'Université. En raison de la crainte de prolonger la discussion, le texte ne fournit pas d'extrait de l'ouvrage, bien qu'il soit recommandé pour ceux qui aiment les lettres et est noté pour son style latin fort et véhément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 154-155
« QUO potissimum in instituendis pueris sublevari possit magistrorum labor. Oratio [...] »
Début :
QUO potissimum in instituendis pueris sublevari possit magistrorum labor. Oratio [...]
Mots clefs :
Collège du Cardinal-Lemoine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « QUO potissimum in instituendis pueris sublevari possit magistrorum labor. Oratio [...] »
QUO potissimum in instituendis pueris
sublevari possit magistrorum labor. Oratio
habita pro scholarum instauratione in Col-
legio Cardinalitio, à. Christiano le Roy
Eloquentiæ Professore, die Lunæ undeci-
mâ mensis Octobris, anno 1751. Parisiis
apud Thibout, Regis, nec non Academiae
Parisiensis typographum. In platea Came-
racensi. 1751.
Personne n'étoit micux en état de trai-
ter cette importante question que l'Auteur
FEVRIER.
1752. 155
de ce discours, qui fait depuis quelques
années d'heureux efforts pour redonner au
Collège du Cardinal le Moine, l'éclat
qu'il a eu aut refois. Quoique nous n'aions
pas l'honneur de conoître M. le Roi, nous
ne craindrons pas de dire sur la foi de la
voix publique, que c'est un des hommes du
Royaume qui montrent plus de zéle &
de capacité pour l'instruction des jeunes
gens. Quand est-ce qu'on fera dans le
monde le cas qu'il convient d'un talent si
nécessaire & si rare?
sublevari possit magistrorum labor. Oratio
habita pro scholarum instauratione in Col-
legio Cardinalitio, à. Christiano le Roy
Eloquentiæ Professore, die Lunæ undeci-
mâ mensis Octobris, anno 1751. Parisiis
apud Thibout, Regis, nec non Academiae
Parisiensis typographum. In platea Came-
racensi. 1751.
Personne n'étoit micux en état de trai-
ter cette importante question que l'Auteur
FEVRIER.
1752. 155
de ce discours, qui fait depuis quelques
années d'heureux efforts pour redonner au
Collège du Cardinal le Moine, l'éclat
qu'il a eu aut refois. Quoique nous n'aions
pas l'honneur de conoître M. le Roi, nous
ne craindrons pas de dire sur la foi de la
voix publique, que c'est un des hommes du
Royaume qui montrent plus de zéle &
de capacité pour l'instruction des jeunes
gens. Quand est-ce qu'on fera dans le
monde le cas qu'il convient d'un talent si
nécessaire & si rare?
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11
p. 155-156
« CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...] »
Début :
CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...]
Mots clefs :
Ville, Église, Paris, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...] »
CELEBRATIONS des mariages de
la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale
de Saint Merry à Paris, faites le Mar-
dy 9 Novembre 1751. à l'occasion de la
naissance de Monseigueur le Duc de Bour
gogne; exhortation à ce sujet; par M.
Artaud Docteur de Sorbonne, Chefcier-
Curé dela dite Eglise. A Paris chez Heris-
sant, rue neuve Notre-Dame.
Si M. Artaud ne jouissoit pas depnis,
long-tems de la réputation de bien parler,
il l'auroit acquise par deux exhortations
que nous annonçons; elles sont pleines,
d'onction & de véhémence. L'Auteur y a
fait ingénieusement entrer tout ce que les
circonstances réunies de la naissance de
Fvj
156 MERCUREDEFRANCE.
Monseigneur le Duc de Bourgogne & de
la magnificence de la Ville luifournissoient.
la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale
de Saint Merry à Paris, faites le Mar-
dy 9 Novembre 1751. à l'occasion de la
naissance de Monseigueur le Duc de Bour
gogne; exhortation à ce sujet; par M.
Artaud Docteur de Sorbonne, Chefcier-
Curé dela dite Eglise. A Paris chez Heris-
sant, rue neuve Notre-Dame.
Si M. Artaud ne jouissoit pas depnis,
long-tems de la réputation de bien parler,
il l'auroit acquise par deux exhortations
que nous annonçons; elles sont pleines,
d'onction & de véhémence. L'Auteur y a
fait ingénieusement entrer tout ce que les
circonstances réunies de la naissance de
Fvj
156 MERCUREDEFRANCE.
Monseigneur le Duc de Bourgogne & de
la magnificence de la Ville luifournissoient.
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12
p. 156
« LES hauts faits d'Esplandian. Suite d'Amadis des Gaules. A Amsterdam, chez [...] »
Début :
LES hauts faits d'Esplandian. Suite d'Amadis des Gaules. A Amsterdam, chez [...]
Mots clefs :
Amadis de Gaule, Esplandian
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES hauts faits d'Esplandian. Suite d'Amadis des Gaules. A Amsterdam, chez [...] »
LES hauts faits d'Esplandian. Suite
d'Amadis des Gaules. A Amsterdam, chez
Jean François Jolly, & se vend à Paeris
chez la veuve Pissot, à la descente duPont-
Neuf. Deux volumes in- 8°.
On vient de faire pour Esplandian ce
qu'on fit l'an dernier pour Amadis; on le
fait agit plus de suite, raifonner plus
sensément, & parlet plus poliment qu'il
ne faisoit. On a retranché de cet ouvrage
ancien, diffus & célebre, tout ce qui
ctoit long, plat, de mauvais gout, & on
lui a prêté ce qu'il pouvoit tirer d'agré-
ment de la politesse & du style de notre
slécle. Tous ces changemens sont le fruit
de l'amusement d'une personne du sexe,
fort connue par ses talens, son esprit & ses
connoissances.
d'Amadis des Gaules. A Amsterdam, chez
Jean François Jolly, & se vend à Paeris
chez la veuve Pissot, à la descente duPont-
Neuf. Deux volumes in- 8°.
On vient de faire pour Esplandian ce
qu'on fit l'an dernier pour Amadis; on le
fait agit plus de suite, raifonner plus
sensément, & parlet plus poliment qu'il
ne faisoit. On a retranché de cet ouvrage
ancien, diffus & célebre, tout ce qui
ctoit long, plat, de mauvais gout, & on
lui a prêté ce qu'il pouvoit tirer d'agré-
ment de la politesse & du style de notre
slécle. Tous ces changemens sont le fruit
de l'amusement d'une personne du sexe,
fort connue par ses talens, son esprit & ses
connoissances.
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13
p. 156-157
« ALMANACH historique des Ducs de Bourgogne, contenant l'Histoire de [...] »
Début :
ALMANACH historique des Ducs de Bourgogne, contenant l'Histoire de [...]
Mots clefs :
Ducs de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ALMANACH historique des Ducs de Bourgogne, contenant l'Histoire de [...] »
ALMANACH historique des Ducs
de Bourgogne, contenant l'Histoire de
la naisfance des premiers fils de France,
portant aujourd'hui le nom de Duc de Bour-
gogne & la relation fuccinte des fetes don-
nées à cetre occasion, fuivie de l'abrégé de
la vie de ces Princes, avec le Calen-
15
1752.
FEVRIER.
drier pour l'an 1752. Par LL. FF. LL. à Pa-
ris. 1752.
de Bourgogne, contenant l'Histoire de
la naisfance des premiers fils de France,
portant aujourd'hui le nom de Duc de Bour-
gogne & la relation fuccinte des fetes don-
nées à cetre occasion, fuivie de l'abrégé de
la vie de ces Princes, avec le Calen-
15
1752.
FEVRIER.
drier pour l'an 1752. Par LL. FF. LL. à Pa-
ris. 1752.
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14
p. 157-158
« L'Académie des Belles-Lettres de Corse distribuera le 25 Août 1752, fête de [...] »
Début :
L'Académie des Belles-Lettres de Corse distribuera le 25 Août 1752, fête de [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres de Corse, Prix, Peuples, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie des Belles-Lettres de Corse distribuera le 25 Août 1752, fête de [...] »
L'Académie des Belles Lettres de Cor-
se distribuera le 25. Août 1752, fête de
Saint Louis, deux prix consistans chacun
en une médaille d'or de la valeur de
500 livres monnoye de France.
Le premier, pour lequel tout le mon-
de pourra concourir, à la réserve des Aca-
démiciens, sera adjugé à celui qui dé-
montreta avec plus de netteté: Quelle
pouvoit être la politique des Goths, en dè-
truisant les Aris, & les Sciences, puisque
ces menmes peuples ont laisse des modeles qui
justifient qu'ils s'y sont appliques.
Le discours écrit en prose italienne
latine ou françoise, d'un quart d'heure
de lecture au moins, ou d'une demie heu-
re au plus, ne sera reçu que jusqu'au pre-
mier Juin exclusivement.e
Les discours seront adressés franc de
port au Secretaire perpétuel de l'Acade-
mie des Belles-Lettres de Corse à Bastia,
ou à Paris à M. de Chevrier, tue des
vieux Augustins, qui les fera passer ca-
chetés au même Secretaire.
Le second prix fondé pour les Corses
sera accordé à celui d'entr'eux qui prou-
Hues hO
158 MERCUREDE FRANCE.
Vera plus solidement que les Loix ne pes-
veni etre durables qu autant qu'elles soni ap-
Propriées au naturel, & au temperament des
peuples pour lesquel: elles doivent eire faites.
se distribuera le 25. Août 1752, fête de
Saint Louis, deux prix consistans chacun
en une médaille d'or de la valeur de
500 livres monnoye de France.
Le premier, pour lequel tout le mon-
de pourra concourir, à la réserve des Aca-
démiciens, sera adjugé à celui qui dé-
montreta avec plus de netteté: Quelle
pouvoit être la politique des Goths, en dè-
truisant les Aris, & les Sciences, puisque
ces menmes peuples ont laisse des modeles qui
justifient qu'ils s'y sont appliques.
Le discours écrit en prose italienne
latine ou françoise, d'un quart d'heure
de lecture au moins, ou d'une demie heu-
re au plus, ne sera reçu que jusqu'au pre-
mier Juin exclusivement.e
Les discours seront adressés franc de
port au Secretaire perpétuel de l'Acade-
mie des Belles-Lettres de Corse à Bastia,
ou à Paris à M. de Chevrier, tue des
vieux Augustins, qui les fera passer ca-
chetés au même Secretaire.
Le second prix fondé pour les Corses
sera accordé à celui d'entr'eux qui prou-
Hues hO
158 MERCUREDE FRANCE.
Vera plus solidement que les Loix ne pes-
veni etre durables qu autant qu'elles soni ap-
Propriées au naturel, & au temperament des
peuples pour lesquel: elles doivent eire faites.
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15
p. 158
« GEOGRAPHIE MODERNE, précédée d'un petit traité de la Sphere & du [...] »
Début :
GEOGRAPHIE MODERNE, précédée d'un petit traité de la Sphere & du [...]
Mots clefs :
Géographie, Sphère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « GEOGRAPHIE MODERNE, précédée d'un petit traité de la Sphere & du [...] »
GEOGRAPHIE MODERNE, précédée
d'un petit traité de la Sphere & du
Globe, ornée de traits d'Histoire natu-
relle & politique, & terminée pat une
Géographie Ecclésiastique où l'on trou-
vera tous les Archevêchés & Evêchés de
l'Eglise Catholique, & les principaux des
Eglises Schismatiques, avec une table des
longitudes & latitudes des principales Vil-
les du monde, & une autte des noms
des lieux contenus dans cette Géogra-
phie: par M. l'Abbé Nicole de la Croix.
Nouvelle Edition revue, corrigée & con-
sidérablement augmentée. A Paris, chez
Jean Thomas Herissant, rue Saint Jac-
ques, 1752. 2 vol. in- 12.
Le titre de cet Ouvrage est si éten-
du qu'il peut presque tenir licu d'un
extrait. Nous avons consulté cette Géogra-
phie sur un assez grand nombre d'articles,
& nous avons trouvé dans tous, les éclair-
cissemens que nous y cherchions. Ces
épteuves nous authorisent à dire que ce
Livre est un des meilleurs qui ayent été
faits en ce genre.
d'un petit traité de la Sphere & du
Globe, ornée de traits d'Histoire natu-
relle & politique, & terminée pat une
Géographie Ecclésiastique où l'on trou-
vera tous les Archevêchés & Evêchés de
l'Eglise Catholique, & les principaux des
Eglises Schismatiques, avec une table des
longitudes & latitudes des principales Vil-
les du monde, & une autte des noms
des lieux contenus dans cette Géogra-
phie: par M. l'Abbé Nicole de la Croix.
Nouvelle Edition revue, corrigée & con-
sidérablement augmentée. A Paris, chez
Jean Thomas Herissant, rue Saint Jac-
ques, 1752. 2 vol. in- 12.
Le titre de cet Ouvrage est si éten-
du qu'il peut presque tenir licu d'un
extrait. Nous avons consulté cette Géogra-
phie sur un assez grand nombre d'articles,
& nous avons trouvé dans tous, les éclair-
cissemens que nous y cherchions. Ces
épteuves nous authorisent à dire que ce
Livre est un des meilleurs qui ayent été
faits en ce genre.
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16
p. 159
« EXPERIENCES & observations sur l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique [...] »
Début :
EXPERIENCES & observations sur l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique [...]
Mots clefs :
Électricité, Benjamin Franklin, Découverte, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EXPERIENCES & observations sur l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique [...] »
EXPERIENCES & observations sur
l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique
par M. Benjamin Frantlin, & com-
muniquées dans plusieurs Letrres à M. P.
Collinson de laSociété Royale de Londres
traduites de l'Anglois. 4 Paris, chez Du-
raud, rue Saint Jacques 1752., un vo-
lume in 12.
Ce nouvel Ouvrage sur l'Electricité a
comme deux Parties: la premiere qui est
du Traducteur, est une Histoire exacte
détaillée & bien écrite de cette décou-
verte: la seconde, est un recueil d'Obser-
vations, ausquelles il ne paroît pas possi-
ble de refuser sa croyance, quoiqu'elles
soient singulieres, & qu'elles vien-
nent de loin.
l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique
par M. Benjamin Frantlin, & com-
muniquées dans plusieurs Letrres à M. P.
Collinson de laSociété Royale de Londres
traduites de l'Anglois. 4 Paris, chez Du-
raud, rue Saint Jacques 1752., un vo-
lume in 12.
Ce nouvel Ouvrage sur l'Electricité a
comme deux Parties: la premiere qui est
du Traducteur, est une Histoire exacte
détaillée & bien écrite de cette décou-
verte: la seconde, est un recueil d'Obser-
vations, ausquelles il ne paroît pas possi-
ble de refuser sa croyance, quoiqu'elles
soient singulieres, & qu'elles vien-
nent de loin.
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17
p. 159-160
« LETTRES d'une Peruvienne. Nouvelle Edition, augmentée de plusieurs Lettres, [...] »
Début :
LETTRES d'une Peruvienne. Nouvelle Edition, augmentée de plusieurs Lettres, [...]
Mots clefs :
Introduction, Françoise de Graffigny
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES d'une Peruvienne. Nouvelle Edition, augmentée de plusieurs Lettres, [...] »
LETTRES d'une Peruvienne. Nouvelle
Edition, augmentée de plusieurs
Lettres, & d'une Introduction à l'His-
toite. A Paris, chez Durhesne rue Saint
Jacques 1752 2 vol. in 12.
L'Introduction Historique qui est à la
tente du premier volume, roule sur l'His-
toire, les Arts, les Mœeurs, la Religion
des Péruviens. Quoique le morceau qui-
est tout neuf ne soitopas de trente pages,
il est suffisant, parce que Madame de
ted byGo
60 MERCUREDEFRANCE.
Graffigny peint d'un trait tous ces grands
objets. Dans le corps de l'Ouvrage on
trouvera quelques Lettres nouvelles &
beaucoup d'additions & de changemens
aux anciennes: ce sont des Observations
sur nos moeurs faites avec beaucoup de
sagacité, & rendues avec un agrément
infini. Le second volume est terminé par
Cenie, Ouvrage Dramatique qui a réuni
les suffrages des gens de goût & des gens
vertueux. La nouvelle Edition que nous
annonçons, assurera à Madame de Graffi-
gny la réputation très-brillante & très-
étendue dont elle jouit.
Edition, augmentée de plusieurs
Lettres, & d'une Introduction à l'His-
toite. A Paris, chez Durhesne rue Saint
Jacques 1752 2 vol. in 12.
L'Introduction Historique qui est à la
tente du premier volume, roule sur l'His-
toire, les Arts, les Mœeurs, la Religion
des Péruviens. Quoique le morceau qui-
est tout neuf ne soitopas de trente pages,
il est suffisant, parce que Madame de
ted byGo
60 MERCUREDEFRANCE.
Graffigny peint d'un trait tous ces grands
objets. Dans le corps de l'Ouvrage on
trouvera quelques Lettres nouvelles &
beaucoup d'additions & de changemens
aux anciennes: ce sont des Observations
sur nos moeurs faites avec beaucoup de
sagacité, & rendues avec un agrément
infini. Le second volume est terminé par
Cenie, Ouvrage Dramatique qui a réuni
les suffrages des gens de goût & des gens
vertueux. La nouvelle Edition que nous
annonçons, assurera à Madame de Graffi-
gny la réputation très-brillante & très-
étendue dont elle jouit.
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18
p. 160-162
« DE felici ortu Serenissimi Burgundiae Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni [...] »
Début :
DE felici ortu Serenissimi Burgundiae Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni [...]
Mots clefs :
Discours, Style épigrammatique, Style figuré, Exorde
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texteReconnaissance textuelle : « DE felici ortu Serenissimi Burgundiae Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni [...] »
DE felici ortu Serenissimi Burgundiae
Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni
Collegio Societatis Jesu; die Veneris pri-
ma Octobris, anno Domini 1751: à Jacobo
Duparc, ejusdem Societatis Sacerdot. Pa-
risiis, ex Tipographia Thiboust, 1751.
Ce discours nous a paru écrit avec beau-
coup de logique, d'ordre & de goût. L'O-
rateur a évité avec soin le style épigram-
matique & figuré, si souvent reproché,
& avec tant de raison à notre siecle. Sa-
marche est toujours sage & du ton de
Lexorde que nous allons transcrire.
» Fuit illa Voterum in consignandis lae-
titiae monumentis consuetudo, ut is
FEVRIER. 1752.
161
»quid faustum Imperio fortunatumque
„eveniret, illud in aere plerumque ad
„aternam rei memoriam curarent ex-
»primi cum hac inscriptione Felicitas pu-
»blica. Quae quàm temeraria fuerit ap-
»pellatio, quàm saepè inanitatis plenissi-
»ma, satis vel ex hoc uno colligitur,
„ quòd illam ob cruentas victorias vulgò
»consecra verint, quarum gloria non po-
» tuit ad victores Populos, nisi cum plu-
»ribus eorumdem infortumis, pertinere.
„At verò in hac communi omnium
»laetitiâ, quam attulit Serenissimi Bur-
„ gundiae Ducis ortus fortunatissimus
»nemo me, opinor, adulationis insimu-
»labit vel imprudentiae, si in auro, si in
»marmore, si in locis monumentisque
»publicis has voces, jam in Gallorum
»animis altiùs exaratas, inscribi oporte-
»re contendam, quae publicam felicita-
vtem natam esse significent. Quis enim
» eam felicitatem neget, posse publicam
»appellari, quae non solius Aulae am-
»bitu terminisque sit definita, non in
» solam stirpem Regiam permanarit, sed
» per varias totius Imperii Gallici partes
»diffundatur; neque vim aut robur ca-
u piat è vulgaribus laetitiae testimoniis,
»at solidis ranonum argumentis sit sta-
ubilita.
a
162 MERCUREDEFRANCE.
»Nam, ut rem mente conceptam va
„bis explicem, dico Galliam totam
„ cum aliqua Regia proles expectatur,
nquae sit spes Regni pretiosissima, duplici
»nec mediocri timore commoveri vehe-
» menter solere; ne scilicet expetita pro
»les mascula vel non prodeat in lucem
„ quo nihil esse potest Regiae Familiae fit-
„mitati magis inimicum; vel, postquam
„prodiit, non eos parentes habeat à qui-
„bus regaliter in publicam utilitatem
»instituatur, quo nihil populis accide-
„re solet magis incommodum. Igitur id-
»circo & Regiæe Familiae, & Gallicae
n Genti gratulabimur, quia Dux Burgun-
»diae Serenissimus, 1. in Regiae stirpis
„firmitatem opportunè nascitur; 2. in
»Imperii Gallici utilitatem regaliter ins-
»tituetur.
Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni
Collegio Societatis Jesu; die Veneris pri-
ma Octobris, anno Domini 1751: à Jacobo
Duparc, ejusdem Societatis Sacerdot. Pa-
risiis, ex Tipographia Thiboust, 1751.
Ce discours nous a paru écrit avec beau-
coup de logique, d'ordre & de goût. L'O-
rateur a évité avec soin le style épigram-
matique & figuré, si souvent reproché,
& avec tant de raison à notre siecle. Sa-
marche est toujours sage & du ton de
Lexorde que nous allons transcrire.
» Fuit illa Voterum in consignandis lae-
titiae monumentis consuetudo, ut is
FEVRIER. 1752.
161
»quid faustum Imperio fortunatumque
„eveniret, illud in aere plerumque ad
„aternam rei memoriam curarent ex-
»primi cum hac inscriptione Felicitas pu-
»blica. Quae quàm temeraria fuerit ap-
»pellatio, quàm saepè inanitatis plenissi-
»ma, satis vel ex hoc uno colligitur,
„ quòd illam ob cruentas victorias vulgò
»consecra verint, quarum gloria non po-
» tuit ad victores Populos, nisi cum plu-
»ribus eorumdem infortumis, pertinere.
„At verò in hac communi omnium
»laetitiâ, quam attulit Serenissimi Bur-
„ gundiae Ducis ortus fortunatissimus
»nemo me, opinor, adulationis insimu-
»labit vel imprudentiae, si in auro, si in
»marmore, si in locis monumentisque
»publicis has voces, jam in Gallorum
»animis altiùs exaratas, inscribi oporte-
»re contendam, quae publicam felicita-
vtem natam esse significent. Quis enim
» eam felicitatem neget, posse publicam
»appellari, quae non solius Aulae am-
»bitu terminisque sit definita, non in
» solam stirpem Regiam permanarit, sed
» per varias totius Imperii Gallici partes
»diffundatur; neque vim aut robur ca-
u piat è vulgaribus laetitiae testimoniis,
»at solidis ranonum argumentis sit sta-
ubilita.
a
162 MERCUREDEFRANCE.
»Nam, ut rem mente conceptam va
„bis explicem, dico Galliam totam
„ cum aliqua Regia proles expectatur,
nquae sit spes Regni pretiosissima, duplici
»nec mediocri timore commoveri vehe-
» menter solere; ne scilicet expetita pro
»les mascula vel non prodeat in lucem
„ quo nihil esse potest Regiae Familiae fit-
„mitati magis inimicum; vel, postquam
„prodiit, non eos parentes habeat à qui-
„bus regaliter in publicam utilitatem
»instituatur, quo nihil populis accide-
„re solet magis incommodum. Igitur id-
»circo & Regiæe Familiae, & Gallicae
n Genti gratulabimur, quia Dux Burgun-
»diae Serenissimus, 1. in Regiae stirpis
„firmitatem opportunè nascitur; 2. in
»Imperii Gallici utilitatem regaliter ins-
»tituetur.
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19
p. 162-163
« LES Curieux reçurent avec empressement, il y a quelques années, un essai [...] »
Début :
LES Curieux reçurent avec empressement, il y a quelques années, un essai [...]
Mots clefs :
Feux d'artifice, Gravures
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texteReconnaissance textuelle : « LES Curieux reçurent avec empressement, il y a quelques années, un essai [...] »
LES Curieux reçurent avec empressement,
il y a quelques années, un essai
sur les Feux d'Artifice de M. Perinet
Dorval. Cet essai est devenu un Traité
complet dans une nouvelle Edition: elle
a été faite à Berne, & se trouve à Paris,
chez Jombert, Libraire, rue Dauphine.
On ne peut rien ajoûter à la clarté, à l'or-
dre, à la précision qui regnent dans Cetie
production. Ce n est pas seulement le
163
FEVRIER. 1752.
meilleur Ouvrage qu'on ait sur cette ma-
tiere; c'est encore le seul sur lequel on
puisse compter. Quoique les gravures en
soient fort belles & en grand nombre,
c'est le moindre des avantages quon y
trouvera.
il y a quelques années, un essai
sur les Feux d'Artifice de M. Perinet
Dorval. Cet essai est devenu un Traité
complet dans une nouvelle Edition: elle
a été faite à Berne, & se trouve à Paris,
chez Jombert, Libraire, rue Dauphine.
On ne peut rien ajoûter à la clarté, à l'or-
dre, à la précision qui regnent dans Cetie
production. Ce n est pas seulement le
163
FEVRIER. 1752.
meilleur Ouvrage qu'on ait sur cette ma-
tiere; c'est encore le seul sur lequel on
puisse compter. Quoique les gravures en
soient fort belles & en grand nombre,
c'est le moindre des avantages quon y
trouvera.
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20
p. 163-168
« HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...] »
Début :
HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...]
Mots clefs :
Arabes, Aurangzeb, Prince, François Augier Marigny, Extérieur, Enfants, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...] »
HISTOIRE des Révolutions de l'Empire
des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,
Tom. 3 & 4. A Paris chez Gissey
Bordelei & Ganeau.
Le commencement de l'Ouvrage que
nous annonçons a paru mê liocrement in-
teressant; les Scenes sont plus vives, plus
variées & plus importantes dans les deux
nouveaux volumes qu'on nons donne au-
jourd'hui; le cinquiême & le sixième se-
ront encore plus agréables pour nous
parce que l'Europe, la France même se-
ront le Théâtre d'une grande partie des
évenemens que l'on y lira. LesRévolutions
arrivées dans le Mogol & dans la Perse,
occupent l'Historien dans les deux volu-
mesqu'il vient de publier. LePrince le plus
célebre de ces deux vastes Empires, c'est
Aurengzeb mort en 1707. Voici le por-
trait qu'en fait M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb n avoit rien de grand dans
l'extérieur, son visageétoit sec & déchar-
né, il avoit les yeux vifs, & qui sem-
164 MERCUREDEFRANCE.
bloient percet jusques dans l'intérieur &
ceux qu'il regardoit. Les mouvemens &
son visage laisserent rarement pénétre
les sentimens dont il étoit affecté, soit
de joie ou de tristesse. Une profonde dis-
simulation étoit le point fondamental
de sa politique. Il étoit impénétrable aux
plus claitvoyans, soit dans ses discours,
soit dans sa conduite; tonjours maître de
son extérieur, il ne laissoit point voir ce
qci se passoit dans le fond de son coeur,
& il ne confioit jamais ses pensées à ses
femmes, à ses amis ou à ses enfans. On
loue la régularité de ses moeurs qui
étoient conformes aux principes moraux,
son assiduité aux prices publiques, où
il édifioit les plus religieux; son absti-
nence du vin & des autres plaisirs inno-
cens, dont il ne faisoit aucun usage. Il
parut touiours occupé de ses devoirs,
iors même qu'il n'étoit que Vice-Roi de
Decan. Curieux de s'instruire sut tout ce
qui regardoit le Gouvernement civil ou
militaite, il écoutoit avec pla sir ceux
qui étoient capables de lui donner des
instructions sur ce sujet. Ce Prince étoit
extremement sérieux, parloit peu, & af-
fectoit une modestie extraordinaire, soit
dans ses meubles, ses habits, ou dans ses
équipages; desorte que cet exterieur se-
FEVRIER. 1752.
165
vere, & cette grande simpiicité annon-
çoient plûtôt un Philosophe qu'un grand
Prince. L'ambition cependant étoit le
grand mobile de toutes ses actions, &
Ion peut dire que ce fut cette passion
qui le porta aux plus grands crimes. Tout
ce qui le pouvoit conduire au Thrône
lui parut permis, & les devoirs les plus
sacres ne furent pas capables de l'arrêtet
dans l'exécution de ses desseins. Il ne res-
pectoit ni les jugemens du Public, ni la
Religion même qu'il fit souvent servir
à ses vûes politiques. Il ne du: ses plus
grands succès qu'à ses ruses & à sa fourbe-
rie. Il étoit jaloux du mérite des autres
& de ses enfans même, & leurs succès
lui causoient les plus grands chagrins ;
son coeur étoit inaccessible à la clémence,
à la générosité, & à la reconnoissance;
l'avarice, la mésiance & la cruautéj
trouvoient seulement place. Son génie
étoit vaste, il rassembloit dans un seul
point de vue les projets les plus impor-
tans, & en découvroit en même temps
toutes les difficultés & les différens
movens pour les faire réussir. Le poison,
la séduction, la trahison, &c. etoient,
disoit-il, les moyens les plus prompts &
les plus surs pour se délivrer de ses en-
nemis, & épargner le sang des soldats;
tized by
166 MERCUREDE FRANCE.
son habileté pour l'exécution de ses de-
testables maximes étoit si surprenante,
qu'il étoit presque impossible d'échappe
à ses embûches. Sa pénétration & sa pré-
sence d'esprit dans les circonstances cri-
tiques, etoient si extraordinaires, & ce
Prince étoit si fertile en expédiens, que
le vulgaire s'imaginoit qu'il étoit inspire
par quelque Démon familier.
Enfin cet Empereur neut point de
principes réels de vertu. Ce n'étoit qu'un
hypocrite & un imposteur qui se jouoit
de Dieu & des hommes. S'il étoit frugal
sobre, modeste, religieux, c'étoit plu-
tôt par goût, par humeur, par tempera-
ment que par vertu. Sa santé exigeoit
qu'il vecût avec tempérance & frugalité,
il s'en faisoit honneur devant les hom-
mes, pour avoir occasion de persécuter
ceux qui étoient sujets à l'intempérance,
& aux excès du boire & du manger; lors-
que ses intérêts, sa vengeance, sa ja-
lousie, son avarice ou son ambition exi-
geoient quelques victimes, il coloroit du
prérexte de Religion ou du bien de l'Etat,
la perte ou la disgrace de ses ennemis;
ses amis mêmen en étoient souvent pas
exempts. Aurengzeb sçut par la seule
crainte de son nom maintenir la tranqui-
lité de ses Etats, arrêter les projets de
FEVRIER. 1752. 167
ses fils, les tenir toujours dans la dé-
pendance, & inspirer à ses sujets la
crainte dont il étoit continuellement agi-
té. En un mot ce Prince fut un fils dé-
naturé, un mauvais pere, perfide ami,
ennemi redoutable, infidele, parjure,
cruel, avare, imposteur, détesté de tous
ses sujets & de ses propres enfans.
Pour achever de peindre Aurengzeb,
nous ajouterons un trait, & nous nous
servirons encore des propres termes de
M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb fit publier dans ses Etats
que tous les Faquirs eussent à se rendre
à un jour marqué dans une plaine qu'il
leur indiqua, afin d'avoir le plaisir de
manger avec eux; après le repas, Au-
rengzeb fit apporter des calaques neuves
qu il avoit fait faire exprès, & en fit pré-
sent d'une à chaque Faquir, ordonnant en
même tems de s'emparer des vieux habits,
& de les metre en un tas. Les Faquirs fi-
rent beaucoup de difficultés pout quitter
leurs haillons & pour accepter un habit.
neuf, mais il fallut obéir. Aurengzeb fit
ensuite brûler toutes ces hardes, & lors-
qu'elles furent brûlées, on trouva quan-
tité d'or & d'argent. Ce Prince n'igno-
roit pas les ruses de ces prétendus moi-
nes: il sçavoit qu'ils recevoient beau-
168 MERCUREDE FRANCE.
coup pat le moyen des aumônes, & qu
cet argent étoit coulu dans les replis d:
leurs habits; c est ce qui l'engagea à s.
rendre maître des vieilles hardes, sous
prétexte qu'il vouloit gratifier les man-
dians d'un habit neuf.
des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,
Tom. 3 & 4. A Paris chez Gissey
Bordelei & Ganeau.
Le commencement de l'Ouvrage que
nous annonçons a paru mê liocrement in-
teressant; les Scenes sont plus vives, plus
variées & plus importantes dans les deux
nouveaux volumes qu'on nons donne au-
jourd'hui; le cinquiême & le sixième se-
ront encore plus agréables pour nous
parce que l'Europe, la France même se-
ront le Théâtre d'une grande partie des
évenemens que l'on y lira. LesRévolutions
arrivées dans le Mogol & dans la Perse,
occupent l'Historien dans les deux volu-
mesqu'il vient de publier. LePrince le plus
célebre de ces deux vastes Empires, c'est
Aurengzeb mort en 1707. Voici le por-
trait qu'en fait M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb n avoit rien de grand dans
l'extérieur, son visageétoit sec & déchar-
né, il avoit les yeux vifs, & qui sem-
164 MERCUREDEFRANCE.
bloient percet jusques dans l'intérieur &
ceux qu'il regardoit. Les mouvemens &
son visage laisserent rarement pénétre
les sentimens dont il étoit affecté, soit
de joie ou de tristesse. Une profonde dis-
simulation étoit le point fondamental
de sa politique. Il étoit impénétrable aux
plus claitvoyans, soit dans ses discours,
soit dans sa conduite; tonjours maître de
son extérieur, il ne laissoit point voir ce
qci se passoit dans le fond de son coeur,
& il ne confioit jamais ses pensées à ses
femmes, à ses amis ou à ses enfans. On
loue la régularité de ses moeurs qui
étoient conformes aux principes moraux,
son assiduité aux prices publiques, où
il édifioit les plus religieux; son absti-
nence du vin & des autres plaisirs inno-
cens, dont il ne faisoit aucun usage. Il
parut touiours occupé de ses devoirs,
iors même qu'il n'étoit que Vice-Roi de
Decan. Curieux de s'instruire sut tout ce
qui regardoit le Gouvernement civil ou
militaite, il écoutoit avec pla sir ceux
qui étoient capables de lui donner des
instructions sur ce sujet. Ce Prince étoit
extremement sérieux, parloit peu, & af-
fectoit une modestie extraordinaire, soit
dans ses meubles, ses habits, ou dans ses
équipages; desorte que cet exterieur se-
FEVRIER. 1752.
165
vere, & cette grande simpiicité annon-
çoient plûtôt un Philosophe qu'un grand
Prince. L'ambition cependant étoit le
grand mobile de toutes ses actions, &
Ion peut dire que ce fut cette passion
qui le porta aux plus grands crimes. Tout
ce qui le pouvoit conduire au Thrône
lui parut permis, & les devoirs les plus
sacres ne furent pas capables de l'arrêtet
dans l'exécution de ses desseins. Il ne res-
pectoit ni les jugemens du Public, ni la
Religion même qu'il fit souvent servir
à ses vûes politiques. Il ne du: ses plus
grands succès qu'à ses ruses & à sa fourbe-
rie. Il étoit jaloux du mérite des autres
& de ses enfans même, & leurs succès
lui causoient les plus grands chagrins ;
son coeur étoit inaccessible à la clémence,
à la générosité, & à la reconnoissance;
l'avarice, la mésiance & la cruautéj
trouvoient seulement place. Son génie
étoit vaste, il rassembloit dans un seul
point de vue les projets les plus impor-
tans, & en découvroit en même temps
toutes les difficultés & les différens
movens pour les faire réussir. Le poison,
la séduction, la trahison, &c. etoient,
disoit-il, les moyens les plus prompts &
les plus surs pour se délivrer de ses en-
nemis, & épargner le sang des soldats;
tized by
166 MERCUREDE FRANCE.
son habileté pour l'exécution de ses de-
testables maximes étoit si surprenante,
qu'il étoit presque impossible d'échappe
à ses embûches. Sa pénétration & sa pré-
sence d'esprit dans les circonstances cri-
tiques, etoient si extraordinaires, & ce
Prince étoit si fertile en expédiens, que
le vulgaire s'imaginoit qu'il étoit inspire
par quelque Démon familier.
Enfin cet Empereur neut point de
principes réels de vertu. Ce n'étoit qu'un
hypocrite & un imposteur qui se jouoit
de Dieu & des hommes. S'il étoit frugal
sobre, modeste, religieux, c'étoit plu-
tôt par goût, par humeur, par tempera-
ment que par vertu. Sa santé exigeoit
qu'il vecût avec tempérance & frugalité,
il s'en faisoit honneur devant les hom-
mes, pour avoir occasion de persécuter
ceux qui étoient sujets à l'intempérance,
& aux excès du boire & du manger; lors-
que ses intérêts, sa vengeance, sa ja-
lousie, son avarice ou son ambition exi-
geoient quelques victimes, il coloroit du
prérexte de Religion ou du bien de l'Etat,
la perte ou la disgrace de ses ennemis;
ses amis mêmen en étoient souvent pas
exempts. Aurengzeb sçut par la seule
crainte de son nom maintenir la tranqui-
lité de ses Etats, arrêter les projets de
FEVRIER. 1752. 167
ses fils, les tenir toujours dans la dé-
pendance, & inspirer à ses sujets la
crainte dont il étoit continuellement agi-
té. En un mot ce Prince fut un fils dé-
naturé, un mauvais pere, perfide ami,
ennemi redoutable, infidele, parjure,
cruel, avare, imposteur, détesté de tous
ses sujets & de ses propres enfans.
Pour achever de peindre Aurengzeb,
nous ajouterons un trait, & nous nous
servirons encore des propres termes de
M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb fit publier dans ses Etats
que tous les Faquirs eussent à se rendre
à un jour marqué dans une plaine qu'il
leur indiqua, afin d'avoir le plaisir de
manger avec eux; après le repas, Au-
rengzeb fit apporter des calaques neuves
qu il avoit fait faire exprès, & en fit pré-
sent d'une à chaque Faquir, ordonnant en
même tems de s'emparer des vieux habits,
& de les metre en un tas. Les Faquirs fi-
rent beaucoup de difficultés pout quitter
leurs haillons & pour accepter un habit.
neuf, mais il fallut obéir. Aurengzeb fit
ensuite brûler toutes ces hardes, & lors-
qu'elles furent brûlées, on trouva quan-
tité d'or & d'argent. Ce Prince n'igno-
roit pas les ruses de ces prétendus moi-
nes: il sçavoit qu'ils recevoient beau-
168 MERCUREDE FRANCE.
coup pat le moyen des aumônes, & qu
cet argent étoit coulu dans les replis d:
leurs habits; c est ce qui l'engagea à s.
rendre maître des vieilles hardes, sous
prétexte qu'il vouloit gratifier les man-
dians d'un habit neuf.
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21
p. 168-173
« LETTRES sur la certitude des signes de la mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte [...] »
Début :
LETTRES sur la certitude des signes de la mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte [...]
Mots clefs :
Mort, Noyés, Signes de la mort, Sujets, Antoine Louis, Putréfaction, Jacques-Jean Bruhier d'Ablaincourt, Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES sur la certitude des signes de la mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte [...] »
LETTRES sur la certitude des signes de la
mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte
d'être enterrés vivans, avec des Observa-
tions & des expériences sut les Noyés. Par
M. Louis, Conseiller & Commissaire pour les
Extraits de l'Acedémie Royale de Chirurgie
Démonstrateur Royal, & membre de la So-
ciété Royale de Lyon. A Paris, chez Michel
L'ambert, rue Saint Jacques, 1752.
Il ne peut y avoit de sort plus triste, que celui
d'être enterré vivant. Le horreurs d'une pa-
reille situation sont inexptimables, elles doi-
vent surpasset celles des plus grands supplices.
Rien n'interessent donc plus les hommes dans
que que tang qu'il soient placés, que la dé-
couverte des signes certains de la mort. M.
Winilow a fait soutenir en 1744, une these
aux Ecoles de Médecine, où il dit qu'il n'y
a de signes certains de cet etat que la putré-
faction des sujets. M Bruhier a traduit & com-
menté la these de M. Winslov. Il a donné sur
cette matiere un Ouvrage qui a été favora-
blement reçu du Public. M. Louis soutient an-
jourd'hui qu'il y a des signes certains de la
mort indépendans de la putréfaction. Son Ouvra-
ge est en torme de Lettres, elles sont au nom-
bre de six: daus la premiere, il examine les princi-
pales autorités qui ont servi de fondement à l'opi-
nion
FEVRIER.
169
1752.
nion de l'incertitude des signes de la mort, & il
prétend que les Auteurs d'après lesquels l'on a
argumenté, ont été d'un sentiment contraire à
celui qu'on leur préte.
M. Louis dir dans la seconde Lettre que la
question à résoudre sur les signes de la mort
est de nature à ne l'être que par les faits. Il
ne nie aucun de ceux que Messieurs Winslov
& Bruhier ont rapportés, mais il prétend que
les uns prouvent directement la certitude des
signes de la niort, & que les autres ne font
au plus qu'un argument positif de la negligen-
ce, du peu d'attention, de l'ignorance, peut-
étre même de la méchanceté de ceux par qui
l'état des malades a été illusoire. Il entre à ce
sujet dans des détails curieux & interessans.
M. L. ne se dissimule pas que des personnes
mêmes de l'Art ne se soient trompées aux si-
gnes de la mort. Cela est arrivé au grand Ve-
sale, le premier Anatomiste de son siécle; mais
c'est sclon M. L. une erreur personnelle d'où
l'on ne peut tirer aucune conséquence. M. Wins-
low, en parlant de cettæ malheureuse avanture,
dit qu'elle est artivée ala honto éternelle de l'Ana-
tomiste imprudent, & M. Bruhier en conclut que dans
le cas meme ou un Chirurgien est requis de proceder
à l'ouverture d'un corps, il ne peut, sans s'exposer
à être homitide, la commencer avant que d'etre
sur de la mort i c'est-a-dire, quand il y a des si-
gnes de putrefaction, & que le corps vexhale une
odeur cadavreuse.
M Louis fait à ce sujet le raisonnement sui-
vant par lequel on pourra juger de son style. La
postérité se rapellera sans doute avec des senti-
mens d'estime & de reconnoissance le nom & les
travaux des hommes illustres qui ont aggran-
H
ne
170 MERCUREDE FRANCE.
dit l'empire des Sciences, sous le Regne glo-
rieux da Prince qui les a protégées avec le
plus de bonté. Suivant le principe posé, elle ne
pourroit se souvenir de M. Winssov qu'avec des
sentimens d'horreur. Ce scavant & laborieux
Anatomiste, fixé parmi nous par les bienfaits
du Roi, pout l'honneur de la Nation, doit prin-
cipalement sa grande réputation à son Traité
d'Anatomie. Cet Ouviage immottel n'est point
un simple recueil de ce que d'autres ont enseigné
du écrit avant lui sut des sujets qu'il traito: c'est
une exposition fidele & exacte, des découvertes
qu'il a faites lui-même par des dissections fré-
quemment & différemment repetées. Il ne setoit
donc parvenu à déterminer la situation des vis-
ceres avec autant de justesse & de précision qu'il
l'a fait, qu'en s'exposant à commettre presque
autant de meurtres qu'il a ouvert de cadavres.
Car il n'a pu certainement se servit pour ceci
de sujets putréfiés, & qui auroicot exhalé une
odeur fétide avant que d'en faire usage. Sui-
vant M. Winslow, l'insensibilité des sujets
lorsqu'on fait sur eux das incisions, n'est pas
une preuve cerraine qu'ils sont morts. Qui ga-
rantira donc à M. Winssov qu'il n'a pas com-
mis un grand nombre d'homicides? Suivant cette
idée; il auroit pu être plus heureux que Vesale,
sans être moins coupable; Vesale nous paroît
antant à plaindre qu'à blâmer; & M. Winslov
n'auroit acquis sa réputation si étendue & si
bien méritée que par un nombre d'imprudences
dont une seule auroit pu, selon sa propte ex-
pression, le couvrit d'une honte éternelle.
Les coutumes des anciens peuples à l'égard
des motts ont servi de raisons à M. Bruhier
pour soutenir que les signes de la mort étoient
171
1752.
FEVRIER.
fucertains. M. L. rappelle hissoriquement dans sa
croisiémeLettre toutes ces coutumes, & ilcroitqu'on
n'en peut rien conclure en faveur de cette opinion.
L'Antiquité sainte & prophane sont la base des
raisonnemens qu'il employe à ce sujet: les person-
nes que les discussions qui concernent les Arts &
les Sciences amusent le moins, liront cette Lettre
avec satisfaction. M. L. donne enfin dans sa
quatrième Lettre les signes caractéristiques de
la mort: Ils ne les tirent point de l'examen du poulx
ni de la respiration. Les incisions sont aussi des
épreuves furtives, parce qu'elles prouvent au
plus l'insenfibilité des sujets; la roideur & l'in-
flexibilité des membres, & l'examen des yeux
des sujets lui fournissent des preuves manifestes
de la mort: Il faut lire ces choses dans l'Au-
teur même qui donne les distinctions nécessai-
res pour ne pas se tromper sur un objet aussi
important. Ce qu'il dit paroît d'autant plus so-
lide qu'il trouve dans les faits mêmes, rap-
portés par les Auteurs qui sont du sentiment
opposé, des raisons décisives en faveur da sien.
C'est un concours d'expériences & d'observa-
tions qui forment un corps de preuves, à l'é-
vidence desquelles il ne semble pis qu'on puis-
se se refuser. Ce qu'il y a d'assez singulier
c'est que M. Louis prérende que la putrefaction
des sujets n'est point un signe tellemert certain de
la mort qu'il ne puisse induire en erreur, &
exposer des personnes à être enterrées sous les
simples apparences de la mort. Si cela est, on
doit lui sçavoir un gré infini de nous avoir dé-
trompé sur une marque que tout le monde re-
gardoit comme infaillible. „ Si l'on se contente
„d'un commencement de putréfaction, les ta-
»ches livides de la peau, & la mauvaise odeur
Hij
GOog
172 MERCUREDE FRANCE.
„du sujet détermineront le jugement; mais les
„taches livides ne sont point des uiarques cer-
»taines de pourriture, & l'on sçait qu en ma-
» ladie surtout, le corps peut exhaler une odeur
»trés-fétide. La putrefaction parfaite, à la-
„ quelle personne ne peut se méprendre, ne
nmet pas infailliblement à l'abri du danger af-
„ freux de donnet la sepulture aux vivans. Ne
„ voyons-nous :as tous les jours des petson-
„ nes survivre à la perte de leurs membres dont
» la pourriture s'étoit empatée : La pourtitu e
„ne peut elle pas attaquer de n'êine un sujet
»dans l'état équivoque que M. Bruhier, suppo-
»se, c'est à-dire, dans la situation où il pen-
»se, que sans avoir perdu la vie, elle ne se
nmanifeste néanmoins par aucune marque ex-
„térieure? Ainsi dire vaguement qu'il faut at-
tendre la putrétaction, c'est donner un pié-
» cepte fort dangercux, pour les sujets mêmes
»en qui la putrefaction se manisestera.
M. Louis distingue ici la pourriture qui
attaque un corps vivant, de celle qui s'empa-
re d'un mort. Chacun a des caracteres distine-
tifs qui lui sont propres, M. L. l'assure, il
les établit d'après l'expérience, & cette distinc-
tion n'auroit pas du, selon lui, échapper à
ceux qui ont donné la putréfaction comme un
signe infaillible de la mort. » Ces observations
„ (c'est M. L. qui parle) sont faites d'oprès
»la nature même, & si l'on croyoit devoir
»attendre la putréfaction des sujets, il sauaroit
„ bien distinguer ces signes: car la vie d'un hom-
„me étant d'un prix inestimable, on ne doit
„rien négliger de ce qui peut prévenit le dan-
„ger de donner la sépulture à un homme vi-
» vant; quand dans la révolution de plusicurs
1752. 173
FEVRIER.
»siécles, il n'y auroit qu'une personne, qui
par le défaut de ces connoissances pût de-
„venir la victime du sentiment que nous re-
„futons, cela susfiroit pour justisier les dis-
„tinctions caractéristiques que nous avons
„indiquées.
M. Louis passe ensuite à l'examen des incon-
veniens inséparablement attachés à la conser-
vation des morts, jusqu'à la manifestation de la
pourtiture. Il parle par occasion de l'abus de
l'inhumation dans les Eglises. Ensin M. L. dans
sa sixième Lettre examine les réglemens pro-
jettés par M. Bruhier au sujet des enterreniens
précipités, il se réunit à lui pour en prouver l'ex-
it:me importance.
A cet Ouvrage M. Louis a joint des Mé-
moires sur la cause de la mort des Noyés, & sut
les différens secours qu'on peut donner à ceux
que l'on croit noyés, pour les rappeller d'une
mort apparente a la vie. Les bornes de cer
Ouvrage ne nous permettent pas d'insister sur
ces productions qui font honneur à la sagacité
& aux recherches de l'Auteur.
Les expériences sont démonstratives. Ce qui
est dit sur la cause de la mort des Noyés est une
déconverte fort importante. Les sccours pour
en prositer sont indiqués rélativement à l'état
des Noyés, & dans un ordre qui, faute d'avoir
été observé, a pu plus d'une fois être prejudi-
ciable à ceux que l'on secouroit.
Le Livre.tiês. curieux que nous annonçons
est terminé par la traduction de la These de M-
Winslow qui a donné occasion à l'Ouvrage
mème.
mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte
d'être enterrés vivans, avec des Observa-
tions & des expériences sut les Noyés. Par
M. Louis, Conseiller & Commissaire pour les
Extraits de l'Acedémie Royale de Chirurgie
Démonstrateur Royal, & membre de la So-
ciété Royale de Lyon. A Paris, chez Michel
L'ambert, rue Saint Jacques, 1752.
Il ne peut y avoit de sort plus triste, que celui
d'être enterré vivant. Le horreurs d'une pa-
reille situation sont inexptimables, elles doi-
vent surpasset celles des plus grands supplices.
Rien n'interessent donc plus les hommes dans
que que tang qu'il soient placés, que la dé-
couverte des signes certains de la mort. M.
Winilow a fait soutenir en 1744, une these
aux Ecoles de Médecine, où il dit qu'il n'y
a de signes certains de cet etat que la putré-
faction des sujets. M Bruhier a traduit & com-
menté la these de M. Winslov. Il a donné sur
cette matiere un Ouvrage qui a été favora-
blement reçu du Public. M. Louis soutient an-
jourd'hui qu'il y a des signes certains de la
mort indépendans de la putréfaction. Son Ouvra-
ge est en torme de Lettres, elles sont au nom-
bre de six: daus la premiere, il examine les princi-
pales autorités qui ont servi de fondement à l'opi-
nion
FEVRIER.
169
1752.
nion de l'incertitude des signes de la mort, & il
prétend que les Auteurs d'après lesquels l'on a
argumenté, ont été d'un sentiment contraire à
celui qu'on leur préte.
M. Louis dir dans la seconde Lettre que la
question à résoudre sur les signes de la mort
est de nature à ne l'être que par les faits. Il
ne nie aucun de ceux que Messieurs Winslov
& Bruhier ont rapportés, mais il prétend que
les uns prouvent directement la certitude des
signes de la niort, & que les autres ne font
au plus qu'un argument positif de la negligen-
ce, du peu d'attention, de l'ignorance, peut-
étre même de la méchanceté de ceux par qui
l'état des malades a été illusoire. Il entre à ce
sujet dans des détails curieux & interessans.
M. L. ne se dissimule pas que des personnes
mêmes de l'Art ne se soient trompées aux si-
gnes de la mort. Cela est arrivé au grand Ve-
sale, le premier Anatomiste de son siécle; mais
c'est sclon M. L. une erreur personnelle d'où
l'on ne peut tirer aucune conséquence. M. Wins-
low, en parlant de cettæ malheureuse avanture,
dit qu'elle est artivée ala honto éternelle de l'Ana-
tomiste imprudent, & M. Bruhier en conclut que dans
le cas meme ou un Chirurgien est requis de proceder
à l'ouverture d'un corps, il ne peut, sans s'exposer
à être homitide, la commencer avant que d'etre
sur de la mort i c'est-a-dire, quand il y a des si-
gnes de putrefaction, & que le corps vexhale une
odeur cadavreuse.
M Louis fait à ce sujet le raisonnement sui-
vant par lequel on pourra juger de son style. La
postérité se rapellera sans doute avec des senti-
mens d'estime & de reconnoissance le nom & les
travaux des hommes illustres qui ont aggran-
H
ne
170 MERCUREDE FRANCE.
dit l'empire des Sciences, sous le Regne glo-
rieux da Prince qui les a protégées avec le
plus de bonté. Suivant le principe posé, elle ne
pourroit se souvenir de M. Winssov qu'avec des
sentimens d'horreur. Ce scavant & laborieux
Anatomiste, fixé parmi nous par les bienfaits
du Roi, pout l'honneur de la Nation, doit prin-
cipalement sa grande réputation à son Traité
d'Anatomie. Cet Ouviage immottel n'est point
un simple recueil de ce que d'autres ont enseigné
du écrit avant lui sut des sujets qu'il traito: c'est
une exposition fidele & exacte, des découvertes
qu'il a faites lui-même par des dissections fré-
quemment & différemment repetées. Il ne setoit
donc parvenu à déterminer la situation des vis-
ceres avec autant de justesse & de précision qu'il
l'a fait, qu'en s'exposant à commettre presque
autant de meurtres qu'il a ouvert de cadavres.
Car il n'a pu certainement se servit pour ceci
de sujets putréfiés, & qui auroicot exhalé une
odeur fétide avant que d'en faire usage. Sui-
vant M. Winslow, l'insensibilité des sujets
lorsqu'on fait sur eux das incisions, n'est pas
une preuve cerraine qu'ils sont morts. Qui ga-
rantira donc à M. Winssov qu'il n'a pas com-
mis un grand nombre d'homicides? Suivant cette
idée; il auroit pu être plus heureux que Vesale,
sans être moins coupable; Vesale nous paroît
antant à plaindre qu'à blâmer; & M. Winslov
n'auroit acquis sa réputation si étendue & si
bien méritée que par un nombre d'imprudences
dont une seule auroit pu, selon sa propte ex-
pression, le couvrit d'une honte éternelle.
Les coutumes des anciens peuples à l'égard
des motts ont servi de raisons à M. Bruhier
pour soutenir que les signes de la mort étoient
171
1752.
FEVRIER.
fucertains. M. L. rappelle hissoriquement dans sa
croisiémeLettre toutes ces coutumes, & ilcroitqu'on
n'en peut rien conclure en faveur de cette opinion.
L'Antiquité sainte & prophane sont la base des
raisonnemens qu'il employe à ce sujet: les person-
nes que les discussions qui concernent les Arts &
les Sciences amusent le moins, liront cette Lettre
avec satisfaction. M. L. donne enfin dans sa
quatrième Lettre les signes caractéristiques de
la mort: Ils ne les tirent point de l'examen du poulx
ni de la respiration. Les incisions sont aussi des
épreuves furtives, parce qu'elles prouvent au
plus l'insenfibilité des sujets; la roideur & l'in-
flexibilité des membres, & l'examen des yeux
des sujets lui fournissent des preuves manifestes
de la mort: Il faut lire ces choses dans l'Au-
teur même qui donne les distinctions nécessai-
res pour ne pas se tromper sur un objet aussi
important. Ce qu'il dit paroît d'autant plus so-
lide qu'il trouve dans les faits mêmes, rap-
portés par les Auteurs qui sont du sentiment
opposé, des raisons décisives en faveur da sien.
C'est un concours d'expériences & d'observa-
tions qui forment un corps de preuves, à l'é-
vidence desquelles il ne semble pis qu'on puis-
se se refuser. Ce qu'il y a d'assez singulier
c'est que M. Louis prérende que la putrefaction
des sujets n'est point un signe tellemert certain de
la mort qu'il ne puisse induire en erreur, &
exposer des personnes à être enterrées sous les
simples apparences de la mort. Si cela est, on
doit lui sçavoir un gré infini de nous avoir dé-
trompé sur une marque que tout le monde re-
gardoit comme infaillible. „ Si l'on se contente
„d'un commencement de putréfaction, les ta-
»ches livides de la peau, & la mauvaise odeur
Hij
GOog
172 MERCUREDE FRANCE.
„du sujet détermineront le jugement; mais les
„taches livides ne sont point des uiarques cer-
»taines de pourriture, & l'on sçait qu en ma-
» ladie surtout, le corps peut exhaler une odeur
»trés-fétide. La putrefaction parfaite, à la-
„ quelle personne ne peut se méprendre, ne
nmet pas infailliblement à l'abri du danger af-
„ freux de donnet la sepulture aux vivans. Ne
„ voyons-nous :as tous les jours des petson-
„ nes survivre à la perte de leurs membres dont
» la pourriture s'étoit empatée : La pourtitu e
„ne peut elle pas attaquer de n'êine un sujet
»dans l'état équivoque que M. Bruhier, suppo-
»se, c'est à-dire, dans la situation où il pen-
»se, que sans avoir perdu la vie, elle ne se
nmanifeste néanmoins par aucune marque ex-
„térieure? Ainsi dire vaguement qu'il faut at-
tendre la putrétaction, c'est donner un pié-
» cepte fort dangercux, pour les sujets mêmes
»en qui la putrefaction se manisestera.
M. Louis distingue ici la pourriture qui
attaque un corps vivant, de celle qui s'empa-
re d'un mort. Chacun a des caracteres distine-
tifs qui lui sont propres, M. L. l'assure, il
les établit d'après l'expérience, & cette distinc-
tion n'auroit pas du, selon lui, échapper à
ceux qui ont donné la putréfaction comme un
signe infaillible de la mort. » Ces observations
„ (c'est M. L. qui parle) sont faites d'oprès
»la nature même, & si l'on croyoit devoir
»attendre la putréfaction des sujets, il sauaroit
„ bien distinguer ces signes: car la vie d'un hom-
„me étant d'un prix inestimable, on ne doit
„rien négliger de ce qui peut prévenit le dan-
„ger de donner la sépulture à un homme vi-
» vant; quand dans la révolution de plusicurs
1752. 173
FEVRIER.
»siécles, il n'y auroit qu'une personne, qui
par le défaut de ces connoissances pût de-
„venir la victime du sentiment que nous re-
„futons, cela susfiroit pour justisier les dis-
„tinctions caractéristiques que nous avons
„indiquées.
M. Louis passe ensuite à l'examen des incon-
veniens inséparablement attachés à la conser-
vation des morts, jusqu'à la manifestation de la
pourtiture. Il parle par occasion de l'abus de
l'inhumation dans les Eglises. Ensin M. L. dans
sa sixième Lettre examine les réglemens pro-
jettés par M. Bruhier au sujet des enterreniens
précipités, il se réunit à lui pour en prouver l'ex-
it:me importance.
A cet Ouvrage M. Louis a joint des Mé-
moires sur la cause de la mort des Noyés, & sut
les différens secours qu'on peut donner à ceux
que l'on croit noyés, pour les rappeller d'une
mort apparente a la vie. Les bornes de cer
Ouvrage ne nous permettent pas d'insister sur
ces productions qui font honneur à la sagacité
& aux recherches de l'Auteur.
Les expériences sont démonstratives. Ce qui
est dit sur la cause de la mort des Noyés est une
déconverte fort importante. Les sccours pour
en prositer sont indiqués rélativement à l'état
des Noyés, & dans un ordre qui, faute d'avoir
été observé, a pu plus d'une fois être prejudi-
ciable à ceux que l'on secouroit.
Le Livre.tiês. curieux que nous annonçons
est terminé par la traduction de la These de M-
Winslow qui a donné occasion à l'Ouvrage
mème.
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22
p. 173-175
« ESSAI d'une nouvelle Théorie de la résistance des fluides. Pat M. d'Alembert, de l'Académie [...] »
Début :
ESSAI d'une nouvelle Théorie de la résistance des fluides. Pat M. d'Alembert, de l'Académie [...]
Mots clefs :
Théorie, Résistance des fluides, Académie royale des sciences, Lettres, Argenson, René Louis de Voyer de Paulmy d'Argenson, Savants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ESSAI d'une nouvelle Théorie de la résistance des fluides. Pat M. d'Alembert, de l'Académie [...] »
ESSAI d'une nouvelle Théorie de la résistance
174 MERCUREDEFRANCE.
des fluides. Pat M. d'Alembert, de l'Académie
Royale des Sciences de Paris, de celle de Prusse
& de la Société Royale de Londres. Chez David,
l'aîné, tue Saint Jacques, à la Plume d'or.
A la tête de cet ouvrage est une introduction
assez étendue, dont l'Extrat a été la dans l'As-
semblée publique de l'Académie Royale des
Sciences, du 13 Novembre dernier, & reçu très-
favorablement du public. Cet Extrait a été inseré
dans le Mercure de Janvier, premier volume,
& nous dispense d'entrer daus un gtand détail sut
cet ouvrage, dont il n'appartient d'ailleurs de
juger qu'i un petit nombre de Géométres. Mais
nous ne pouvons nous empêcher d'apptendie à
nos Lecteurs, que l'ouvrage est dédie à M. le
Marquis d'Argenson, Ministre d'Etat, ci-devant
Secretaite d'Etat au Département des Adaites
Etrangeres, si estimé & si chéri de tous ceux qui
l'approchent, par son amour pour les Lettres,
par le succès avec lequel il les cultive en vtai Phi-
lo ophe, par la maniere dont il traite les Sçavans,
& part la douceur de son caractère & de ses mœuts.
Voici l'Epître:
Monseigneur le Marquis d'Argenson,
Miuistre a' Etat.
Monscigneur, les Sçavans & les Ecrivans cé-
lebres qui vous approchent en si gtand nombre
applaudiront à l'hommage que je vous rends. Le
respect qu'ils vous temoignent est d'autant plus
sincère, que l'attachement en est le principe: &
d'autant plus juste, que vous ne pensez pas à l'e-
xger. Vous devez, Monseigneur, un sentiment
si flatteur & si vrai, à cette familiarité sans or-
gueil avec laquelle vous accueillez les talens, &
gitized by Goo
FEVRIER.
1752.
175
qui seule peut rendre la société des Grands & des
gens de Lettres également digne des uns & des
autres. Votre commerce, utile & agréable par
une étendue de connoissances, qui vous assure le
suffrage de la partie la plus éclatrée de notre Na-
tion, est encore pour tous ceux qui vous en vir on-
nent une leçon continuelle de modestie, de can-
deur, d'amour du bien public, & de toutes les
vertus que notre slécle se contente d'estimer. Phi-
losophe enhin dans vos sentimens & dans votte
conduite, vous joignez à cette qualité trop rare
& qui en renferme tant d'autres, le mérite plus ra-
re encore de l'avoir sans ostentation. Puisse votre
exemple, Monseigneur, & celui de votre illustre
Maison, apprendre à la plupart de nos Mécenes,
trop multipliés aujourd'hut pour la gloire & le
bien des Lettres, que le vrai moyen d'honorer le
mérite en le protégeant, est de s'honorer soi-
même par la maniere dont on le distingue. Je suio
avec un profond respect, &c.
174 MERCUREDEFRANCE.
des fluides. Pat M. d'Alembert, de l'Académie
Royale des Sciences de Paris, de celle de Prusse
& de la Société Royale de Londres. Chez David,
l'aîné, tue Saint Jacques, à la Plume d'or.
A la tête de cet ouvrage est une introduction
assez étendue, dont l'Extrat a été la dans l'As-
semblée publique de l'Académie Royale des
Sciences, du 13 Novembre dernier, & reçu très-
favorablement du public. Cet Extrait a été inseré
dans le Mercure de Janvier, premier volume,
& nous dispense d'entrer daus un gtand détail sut
cet ouvrage, dont il n'appartient d'ailleurs de
juger qu'i un petit nombre de Géométres. Mais
nous ne pouvons nous empêcher d'apptendie à
nos Lecteurs, que l'ouvrage est dédie à M. le
Marquis d'Argenson, Ministre d'Etat, ci-devant
Secretaite d'Etat au Département des Adaites
Etrangeres, si estimé & si chéri de tous ceux qui
l'approchent, par son amour pour les Lettres,
par le succès avec lequel il les cultive en vtai Phi-
lo ophe, par la maniere dont il traite les Sçavans,
& part la douceur de son caractère & de ses mœuts.
Voici l'Epître:
Monseigneur le Marquis d'Argenson,
Miuistre a' Etat.
Monscigneur, les Sçavans & les Ecrivans cé-
lebres qui vous approchent en si gtand nombre
applaudiront à l'hommage que je vous rends. Le
respect qu'ils vous temoignent est d'autant plus
sincère, que l'attachement en est le principe: &
d'autant plus juste, que vous ne pensez pas à l'e-
xger. Vous devez, Monseigneur, un sentiment
si flatteur & si vrai, à cette familiarité sans or-
gueil avec laquelle vous accueillez les talens, &
gitized by Goo
FEVRIER.
1752.
175
qui seule peut rendre la société des Grands & des
gens de Lettres également digne des uns & des
autres. Votre commerce, utile & agréable par
une étendue de connoissances, qui vous assure le
suffrage de la partie la plus éclatrée de notre Na-
tion, est encore pour tous ceux qui vous en vir on-
nent une leçon continuelle de modestie, de can-
deur, d'amour du bien public, & de toutes les
vertus que notre slécle se contente d'estimer. Phi-
losophe enhin dans vos sentimens & dans votte
conduite, vous joignez à cette qualité trop rare
& qui en renferme tant d'autres, le mérite plus ra-
re encore de l'avoir sans ostentation. Puisse votre
exemple, Monseigneur, & celui de votre illustre
Maison, apprendre à la plupart de nos Mécenes,
trop multipliés aujourd'hut pour la gloire & le
bien des Lettres, que le vrai moyen d'honorer le
mérite en le protégeant, est de s'honorer soi-
même par la maniere dont on le distingue. Je suio
avec un profond respect, &c.
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23
p. 175
« HISTOIRE de la Comtesse de Gondez écrite par elle même. Nouvelle édition. A Paris, chez [...] »
Début :
HISTOIRE de la Comtesse de Gondez écrite par elle même. Nouvelle édition. A Paris, chez [...]
Mots clefs :
Comtesse de Gondez, Anecdotes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE de la Comtesse de Gondez écrite par elle même. Nouvelle édition. A Paris, chez [...] »
HISTOIRE de la Comtesse de Gondez écrite
par elle même. Nouvelle édition. A Paris, chez
la veuve Pissot, Quai de Conti, 1751.
Nous faisissons avec plaifir l'occasion de cette
réimpression, pour donner la liste des ouvrages de
Mademoise de Lusian. La Comtesse de Gondez,
deux volumes; les Veillées de Thessalie, quatre
volumes; les Anecdotes de Philippe Auguste, six
volumes; les Anecdotes de la Cour de François I.
trois volumes; les Annales de la Cour de Henri
II. deux volumes; Marie, Reine d'Angleterre
un volume. Ces productions qui ont toutes réus-
si, & dont quelques-unes ont eu & mérité un
succès éclatant, se trouvent chez la veuve Pissot.
par elle même. Nouvelle édition. A Paris, chez
la veuve Pissot, Quai de Conti, 1751.
Nous faisissons avec plaifir l'occasion de cette
réimpression, pour donner la liste des ouvrages de
Mademoise de Lusian. La Comtesse de Gondez,
deux volumes; les Veillées de Thessalie, quatre
volumes; les Anecdotes de Philippe Auguste, six
volumes; les Anecdotes de la Cour de François I.
trois volumes; les Annales de la Cour de Henri
II. deux volumes; Marie, Reine d'Angleterre
un volume. Ces productions qui ont toutes réus-
si, & dont quelques-unes ont eu & mérité un
succès éclatant, se trouvent chez la veuve Pissot.
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24
p. 176
« HISTOIRE du Prince Titi, Quatriéme édition. A Paris, chez la veuve Pissot, Quai de Conti. [...] »
Début :
HISTOIRE du Prince Titi, Quatriéme édition. A Paris, chez la veuve Pissot, Quai de Conti. [...]
Mots clefs :
Prince Titi, Roman, Morceaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE du Prince Titi, Quatriéme édition. A Paris, chez la veuve Pissot, Quai de Conti. [...] »
HISTOIRE du Prince Titi, Quatriéme édition.
A Paris, chez la veuve Pissot, Quai de Conti.
Tout le monde sçait que ce Roman est de
M. de Saint Hyacinthe, & qu'il est fort plaisant.
On trouve chez le même Libraire une Collection
du même Autent, fort connue sous le titre de
Recueil de divers écrits sut l'amour, l'amitié, la
politesse, les sentimens agréables, l'esprit & le
cœur. Il y a plusieurs de ces morceaux qui sont
de la meilleure main, & de la plus grande déli-
catesse.
A Paris, chez la veuve Pissot, Quai de Conti.
Tout le monde sçait que ce Roman est de
M. de Saint Hyacinthe, & qu'il est fort plaisant.
On trouve chez le même Libraire une Collection
du même Autent, fort connue sous le titre de
Recueil de divers écrits sut l'amour, l'amitié, la
politesse, les sentimens agréables, l'esprit & le
cœur. Il y a plusieurs de ces morceaux qui sont
de la meilleure main, & de la plus grande déli-
catesse.
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p. 176
EXTRAIT d'une Lettre écrite à l'Auteur du Mercure.
Début :
Dans votre Mercure, Monsieur, du mois de Janvier 1752, page 154. je trouve ce qui suit : [...]
Mots clefs :
Éclipse, Commencement, Marseille, Nuages
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite à l'Auteur du Mercure.
EXTRAIT d'une Lettre écrite
à l'Auteur du Mercure.
Dans votre Mercure, Monsieur, du mois de
Janvier 1752, page 154. je trouve ce qui suit :
„On a avancé dans le premier tome du Mercure
»du mois de Décembre dernier, qu'il y a près de
»4 minutes de difference dans le commencement de
»l'éclipse observée (en reduisant au Meridien de
»Paris) a Marseille & à Turin. Mais où a t'on
„ pris le commencement de cette éclipse observée
» à Marseille ? M. Maraldi, qui s'est servi de l'ob-
»servation faite à Marseille par le Pere Pezenas
„Jesuite, n'en connoît pas d'autre, & assure que
»ce Pere n'a pas observé le commencement de
»cette Eclipse, parce que le Ciel étoit couvert
„de nuages: il est en état de le prouver par la
»Relation de cette observation envoyée, & c.
Voici ce qu'on lit dans le Journal.
»9 Juin, Eclipse de Lune. Elle ne paroissoit pas
»commancée à 11 heures 26 min. On voyoit ce-
»pendant une espéce de penombie, que l'on ne
» pouvoit pas distinguer des nuages.
à l'Auteur du Mercure.
Dans votre Mercure, Monsieur, du mois de
Janvier 1752, page 154. je trouve ce qui suit :
„On a avancé dans le premier tome du Mercure
»du mois de Décembre dernier, qu'il y a près de
»4 minutes de difference dans le commencement de
»l'éclipse observée (en reduisant au Meridien de
»Paris) a Marseille & à Turin. Mais où a t'on
„ pris le commencement de cette éclipse observée
» à Marseille ? M. Maraldi, qui s'est servi de l'ob-
»servation faite à Marseille par le Pere Pezenas
„Jesuite, n'en connoît pas d'autre, & assure que
»ce Pere n'a pas observé le commencement de
»cette Eclipse, parce que le Ciel étoit couvert
„de nuages: il est en état de le prouver par la
»Relation de cette observation envoyée, & c.
Voici ce qu'on lit dans le Journal.
»9 Juin, Eclipse de Lune. Elle ne paroissoit pas
»commancée à 11 heures 26 min. On voyoit ce-
»pendant une espéce de penombie, que l'on ne
» pouvoit pas distinguer des nuages.
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26
p. 177
RÉPONSE.
Début :
A 12 h. 26 min. à Marseille, on doit compter 12 h. 14 min. au Méridien de Paris : donc, si [...]
Mots clefs :
Éclipse, Marseille, Paris, Méridien, Calcul
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE.
RÉPONSE.
A 12 h. 26 min. à Marseille, on doit compter
12 h. 14 min. au Méridien de Paris : donc, si
Pobservation de Turin est exacte, & si le com-
mencement de l'Eclipse qu'on y observe est 12 h.
10 min. (en réduisant au Méridien de Paris) il
en faut conclure, qu'a 12 h. 26 min. à Marseille,
l'Eclipse de Lunc devoit être commencée, & qu'il
s'étoit déja écoulé 4 min. depuis le vrai commen-
cement de l'Eclipse.
L'observation de Marseille s'accorde d'ailleum
précisément à la même minute, avec le calcul fait
par un scavant Astronome, qui ayant adopté le
Saros Caldaique de M. Hallai, s'est servi d'une
Eclipse de Lune observée il y a dix-huit ans
pour prédire d'une maniere décisive (connoissant
l'erreur des Tables par cet artifice) le commence-
ment & la fin de cette Eclipse.
Car on trouve le calcul & la phase de l'Eclipse
de Lune, du mois de Juin dernier, chez M. Ju-
lien, qui vend les Cartes Célestes & Geographi-
ques, à l'Hôtel de Soubise, à Paris.
A 12 h. 26 min. à Marseille, on doit compter
12 h. 14 min. au Méridien de Paris : donc, si
Pobservation de Turin est exacte, & si le com-
mencement de l'Eclipse qu'on y observe est 12 h.
10 min. (en réduisant au Méridien de Paris) il
en faut conclure, qu'a 12 h. 26 min. à Marseille,
l'Eclipse de Lunc devoit être commencée, & qu'il
s'étoit déja écoulé 4 min. depuis le vrai commen-
cement de l'Eclipse.
L'observation de Marseille s'accorde d'ailleum
précisément à la même minute, avec le calcul fait
par un scavant Astronome, qui ayant adopté le
Saros Caldaique de M. Hallai, s'est servi d'une
Eclipse de Lune observée il y a dix-huit ans
pour prédire d'une maniere décisive (connoissant
l'erreur des Tables par cet artifice) le commence-
ment & la fin de cette Eclipse.
Car on trouve le calcul & la phase de l'Eclipse
de Lune, du mois de Juin dernier, chez M. Ju-
lien, qui vend les Cartes Célestes & Geographi-
ques, à l'Hôtel de Soubise, à Paris.
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