Résultats : 11900 texte(s)
Détail
Liste
951
p. 296-298
Réjoüissances faites à Angers. [titre d'après la table]
Début :
Tous les avantages qui ont esté remportez sur les Troupes [...]
Mots clefs :
Troupes ottomanes, Chrétiens, Fêtes, Angers, Feux d'artifice, Harmonie
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texteReconnaissance textuelle : Réjoüissances faites à Angers. [titre d'après la table]
Tous les avantages qui
ont efté
remportez ſur les
Troupes Ottomanes , ayant
caufé beaucoup de réjouiffances
genérales parmy les
Chrétiens ont fait faire
quantité de Festes particu
酒
GALANT 297
fieres. Celles qui ont le plus
éclaté ont efté faites à Angers
par quinze ou feize
Gentilhommes Allemands ,
du nombre defquels font
M le Comte de Truchfes,
& Mrs les Barons de Mege
rii , de Sonau , de Guimenyh
& de Hock. Ils ont fait bril
ler des illuminations , rem→
plir l'air d'artifice , fait entendre
des Salves & des
Concerts guerriers , & d'autres
dont l'harmonie eft plus
douce. Les grands repas
1.
n'ont point efté épargnez,
& ils y ont paru veritables
298 MERCURE
Allemands. Enfin ils n'ont
rien oublié pour marquer
leur joye , & l'on pourroit
dire qu'ils ont efté au de là
de tout ce que des Particu
liers peuvent faire en de pareilles
occafions.
ont efté
remportez ſur les
Troupes Ottomanes , ayant
caufé beaucoup de réjouiffances
genérales parmy les
Chrétiens ont fait faire
quantité de Festes particu
酒
GALANT 297
fieres. Celles qui ont le plus
éclaté ont efté faites à Angers
par quinze ou feize
Gentilhommes Allemands ,
du nombre defquels font
M le Comte de Truchfes,
& Mrs les Barons de Mege
rii , de Sonau , de Guimenyh
& de Hock. Ils ont fait bril
ler des illuminations , rem→
plir l'air d'artifice , fait entendre
des Salves & des
Concerts guerriers , & d'autres
dont l'harmonie eft plus
douce. Les grands repas
1.
n'ont point efté épargnez,
& ils y ont paru veritables
298 MERCURE
Allemands. Enfin ils n'ont
rien oublié pour marquer
leur joye , & l'on pourroit
dire qu'ils ont efté au de là
de tout ce que des Particu
liers peuvent faire en de pareilles
occafions.
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Résumé : Réjoüissances faites à Angers. [titre d'après la table]
Les gentilshommes allemands ont célébré leurs victoires sur les troupes ottomanes avec des fêtes somptueuses à Angers. Parmi eux figuraient le Comte de Truchsef et les Barons de Megeri, de Sonau, de Guimenyh et de Hock. Les festivités incluaient illuminations, feux d'artifice, salves de canons, concerts et grands repas, où ils ont affirmé leur identité allemande.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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952
p. 298-305
Morts. [titre d'après la table]
Début :
J'ay à vous nommer encore plusieurs Personnes, dont la mort [...]
Mots clefs :
Décès, Seigneur, Chevalier, Dame, Maître, Lieutenant, Père Raimond de Rostagny, Évêque, Ouvrages
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texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
J'ay à vous nommer encore
plufieurs Perfonnes,
dont la mort eft arrivée ce
mois cy. Ce font
Mr du Houffet Seigneur du
Houffet, Chancelier deMonfieur,
& cy-devant Intendant
des Finances. Il eſt mort âgé
de foixante & dix - neuf ans.
Mr Ferary , Chevalier de
GALANT 299
l'Ordre du Roy , Maiftre
d'Hoftel
ordinaire
de Sa
Majefté
, Seigneur
de Gagny
-la-Marcelle
, & Lieutenant
des Chaffes
des Forefts
de Liury & Bondy.
Madame de l'Hôpital
Da
me de Chambourcy
, veuve
de M de Villers la Faye,
Marquis
de Nauvilly
, Maré
chal des Camps
& Armées
du Roy , Capitaine
Lieunant
de la Compagnie
des
Gensdarmes
de fon Alteffe
Sereniffime
Monfieur
le
Prince .
鼎
Mr de Bailleul , Seigneur
200 MERCURE
du Pleffis - Briart , Courte
Couronne , Chavane &
Chande , Moufquetaire du
Roy en la premiere Compagnie.
Il eft mort âgé de vingt
deux ans , il eftoit Fils de M
de Bailleul Capitaine aux
Gardes , & Grand Louvetier
de France. Je vous ay appris
la mort de Madame de
Bailleul fa Mere dans cette
mefme Lettre .
Mr le Maiſtre de Ferriere
Seigneur de Perfaque & Belfot
, Confeiller en la Grand'
Chambre.
Mr Doüilly Receveur Ge
GALANT :
301
néral de Poitou .
Mr de Carnavalet Gouverneur
de Broüage , cy - devant
Lieutenant des Gardes
du Corps. Il a paffé une partie
de fa vie à la Cour , où il
eftoit dans une tres-grande
eftime .
On à eu avis de Luc en
Provence , que le Pere Raimond
de Roftagny , Docteur
de Sorbonne , & Pro
vincial des Carmes , y eftoit
mort en odeur de Sainteté
le 20. du dernier mois. Il é
toit âgé de 66 ans . Lors qu'on
l'enterra , il fut impoffible
302 MERCURE
d'empefcher que le Peuple
qui eftoit accouru en foule,
ne déchiraft les manches de
fa robe , pour les conferver
comme des Reliques. Il prit
l'Habit de fon propre mouvement,
n'ayant encore que
neuf ans. Ses Prieres , fes
Méditations , & fes lectures
affiduës , l'obligeoient à une
grande retraite , & fon plaifir
eftoit de mener une vie
cachée. Il a refufé d'eftre Evefque
, & il fallut le menacer
de
l'excommunier
, pour
luy faire accepter la Charge
de Provincial. Son grand
GALANT. 303
Oncle qui portoit le mefme
nom , & dont la memoire eft
fort reverée,fut trois foisProvincial
dans le mefme Ordre.
Plufieurs grands Prelats
ont porté auffi le nom
de Roftagny , & font morts
dans la mefme odeur de
Sainteté. Il y a eu deuxArchevefques
d'Arles , un Archevefque
d'Aix , un Evefque
de Nice , un de Riez , & deux
de Toulon , fans parler de
quatre Abbez de la celébre
Abbaye de Lerins en Provence
, dont l'un qui vivoit
en 1188. eft reputé bien heu
304 MERCURE
1
reux dans l'Ordre de Saint
Benoilt. Le P. Raimond de
Roftagny dont je vous apprens
la mort , eftoit Oncle
de Mr de Roftagny , Medecin
de S. A. R. Madame
de Guife , qui a donné depuis
peu au Public un Livre
intitulé , La Fille de Calvin
démafquée. Il l'appelle ainſi,
à caufe que l'on y voit l'explication
mife par Beze dans
les Livres de la Religion
Prétendue Reformée
, pour
en eftre l'emblême . On y
voit auffi plufieurs Lettres a
des Perfonnes confiderables
GALANT
305
de cette mefme Religion ,,
ou qui en onteſté. Ce Livre
fe. vend chez le Sieur Barbin
& l'Autheur y traite
les Controverfes en Vers,
d'une maniere inftructive,,
ce que Perfonne n'a fait
avant luy , la matiere ne s'accommodant
pas aifément à
la Poëfie.
plufieurs Perfonnes,
dont la mort eft arrivée ce
mois cy. Ce font
Mr du Houffet Seigneur du
Houffet, Chancelier deMonfieur,
& cy-devant Intendant
des Finances. Il eſt mort âgé
de foixante & dix - neuf ans.
Mr Ferary , Chevalier de
GALANT 299
l'Ordre du Roy , Maiftre
d'Hoftel
ordinaire
de Sa
Majefté
, Seigneur
de Gagny
-la-Marcelle
, & Lieutenant
des Chaffes
des Forefts
de Liury & Bondy.
Madame de l'Hôpital
Da
me de Chambourcy
, veuve
de M de Villers la Faye,
Marquis
de Nauvilly
, Maré
chal des Camps
& Armées
du Roy , Capitaine
Lieunant
de la Compagnie
des
Gensdarmes
de fon Alteffe
Sereniffime
Monfieur
le
Prince .
鼎
Mr de Bailleul , Seigneur
200 MERCURE
du Pleffis - Briart , Courte
Couronne , Chavane &
Chande , Moufquetaire du
Roy en la premiere Compagnie.
Il eft mort âgé de vingt
deux ans , il eftoit Fils de M
de Bailleul Capitaine aux
Gardes , & Grand Louvetier
de France. Je vous ay appris
la mort de Madame de
Bailleul fa Mere dans cette
mefme Lettre .
Mr le Maiſtre de Ferriere
Seigneur de Perfaque & Belfot
, Confeiller en la Grand'
Chambre.
Mr Doüilly Receveur Ge
GALANT :
301
néral de Poitou .
Mr de Carnavalet Gouverneur
de Broüage , cy - devant
Lieutenant des Gardes
du Corps. Il a paffé une partie
de fa vie à la Cour , où il
eftoit dans une tres-grande
eftime .
On à eu avis de Luc en
Provence , que le Pere Raimond
de Roftagny , Docteur
de Sorbonne , & Pro
vincial des Carmes , y eftoit
mort en odeur de Sainteté
le 20. du dernier mois. Il é
toit âgé de 66 ans . Lors qu'on
l'enterra , il fut impoffible
302 MERCURE
d'empefcher que le Peuple
qui eftoit accouru en foule,
ne déchiraft les manches de
fa robe , pour les conferver
comme des Reliques. Il prit
l'Habit de fon propre mouvement,
n'ayant encore que
neuf ans. Ses Prieres , fes
Méditations , & fes lectures
affiduës , l'obligeoient à une
grande retraite , & fon plaifir
eftoit de mener une vie
cachée. Il a refufé d'eftre Evefque
, & il fallut le menacer
de
l'excommunier
, pour
luy faire accepter la Charge
de Provincial. Son grand
GALANT. 303
Oncle qui portoit le mefme
nom , & dont la memoire eft
fort reverée,fut trois foisProvincial
dans le mefme Ordre.
Plufieurs grands Prelats
ont porté auffi le nom
de Roftagny , & font morts
dans la mefme odeur de
Sainteté. Il y a eu deuxArchevefques
d'Arles , un Archevefque
d'Aix , un Evefque
de Nice , un de Riez , & deux
de Toulon , fans parler de
quatre Abbez de la celébre
Abbaye de Lerins en Provence
, dont l'un qui vivoit
en 1188. eft reputé bien heu
304 MERCURE
1
reux dans l'Ordre de Saint
Benoilt. Le P. Raimond de
Roftagny dont je vous apprens
la mort , eftoit Oncle
de Mr de Roftagny , Medecin
de S. A. R. Madame
de Guife , qui a donné depuis
peu au Public un Livre
intitulé , La Fille de Calvin
démafquée. Il l'appelle ainſi,
à caufe que l'on y voit l'explication
mife par Beze dans
les Livres de la Religion
Prétendue Reformée
, pour
en eftre l'emblême . On y
voit auffi plufieurs Lettres a
des Perfonnes confiderables
GALANT
305
de cette mefme Religion ,,
ou qui en onteſté. Ce Livre
fe. vend chez le Sieur Barbin
& l'Autheur y traite
les Controverfes en Vers,
d'une maniere inftructive,,
ce que Perfonne n'a fait
avant luy , la matiere ne s'accommodant
pas aifément à
la Poëfie.
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Au cours du mois, plusieurs personnalités notables sont décédées. Monsieur du Houffet, Seigneur du Houffet, Chancelier de Monfieur et ancien Intendant des Finances, est mort à soixante-neuf ans. Monsieur Ferary, Chevalier de l'Ordre du Roi, Maître d'Hôtel ordinaire de Sa Majesté, Seigneur de Gagny-la-Marcelle, et Lieutenant des Chasses des Forêts de Livry et Bondy, a également péri. Madame de l'Hôpital, Dame de Chambourcy, veuve de Monsieur de Villers la Faye, Marquis de Nauvilly, Maréchal des Camps et Armées du Roi, est décédée. Monsieur de Bailleul, Seigneur du Plessis-Briart, Mousquetaire du Roi, est mort à vingt-deux ans. Sa mère, Madame de Bailleul, est également décédée. Parmi les autres défunts figurent Monsieur le Maître de Ferrière, Seigneur de Persac et Belfort, Conseiller en la Grand' Chambre, Monsieur Douilly, Receveur Général de Poitou, et Monsieur de Carnavalet, Gouverneur de Broüage et ancien Lieutenant des Gardes du Corps. Le Père Raimond de Rostagny, Docteur de Sorbonne et Provincial des Carmes, est mort en Provence à soixante-six ans, après avoir refusé plusieurs charges ecclésiastiques, dont celle d'Évêque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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953
p. 305-307
Charge de grand Maistre de l'Artillerie donnée à Mr le Maréchal de Humieres. [titre d'après la table]
Début :
La Charge de Grand Maistre de l'Artillerie que possedoit feu [...]
Mots clefs :
Charge, Grand maître de l'artillerie, Campagnes militaires, Batailles, Duc, Nomination
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texteReconnaissance textuelle : Charge de grand Maistre de l'Artillerie donnée à Mr le Maréchal de Humieres. [titre d'après la table]
La Charge de Grand
Maiftre de l'Artillerie que
poffedoit feu M le Duc du
Lude , a efté donnée à M¹ le
Maréchal de Humieres. I a
plû au Roy de reconnoiftre
par là les grands fervices qu'ill
Septembre 1685 .
C.c
306 MERCURE
•
luy a rendus en beaucoup de
Campagnes qu'il a faites ,
pendant lefquelles il s'eft
trouvé à plufieurs Batailles ,
& à la priſe de diverſes Places.
Sa Majefté le fit Lieutenant
Genéral de fes Armées
en 1657. & Maréchal de France
en 1668. Cette Charge de
Grand Maistre de l'Artillerie
, fut érigée en Charge de
la Couronne au mois de
Movembre 1599. en faveur
de Mr de Bethune , Duc de
Sully , Pair & Maréchal de
France. Ceux qui l'ont poffedée
auparavant n'eftoient
GALANT. 307
appellez que Maiftres de
L'Artillerie du Roy. Il y en
a eu vingt- neuf , & neuf qui
l'ont exercée par Commif
fion. Mr le Maréchal de
Humieres eft le fixiéme qui
ait eu la qualité de Grand
Maiftre. Entre ces fix, deux
Maréchaux de France l'ont
exercée par Commiſſion.
Ce font Mrs les Maréchaux
de Schomberg , & Deffiat .
Maiftre de l'Artillerie que
poffedoit feu M le Duc du
Lude , a efté donnée à M¹ le
Maréchal de Humieres. I a
plû au Roy de reconnoiftre
par là les grands fervices qu'ill
Septembre 1685 .
C.c
306 MERCURE
•
luy a rendus en beaucoup de
Campagnes qu'il a faites ,
pendant lefquelles il s'eft
trouvé à plufieurs Batailles ,
& à la priſe de diverſes Places.
Sa Majefté le fit Lieutenant
Genéral de fes Armées
en 1657. & Maréchal de France
en 1668. Cette Charge de
Grand Maistre de l'Artillerie
, fut érigée en Charge de
la Couronne au mois de
Movembre 1599. en faveur
de Mr de Bethune , Duc de
Sully , Pair & Maréchal de
France. Ceux qui l'ont poffedée
auparavant n'eftoient
GALANT. 307
appellez que Maiftres de
L'Artillerie du Roy. Il y en
a eu vingt- neuf , & neuf qui
l'ont exercée par Commif
fion. Mr le Maréchal de
Humieres eft le fixiéme qui
ait eu la qualité de Grand
Maiftre. Entre ces fix, deux
Maréchaux de France l'ont
exercée par Commiſſion.
Ce font Mrs les Maréchaux
de Schomberg , & Deffiat .
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Résumé : Charge de grand Maistre de l'Artillerie donnée à Mr le Maréchal de Humieres. [titre d'après la table]
En septembre 1685, la charge de Grand Maître de l'Artillerie a été confiée au Maréchal de Humières, succédant ainsi au Duc du Lude. Cette nomination royale récompensait les services distingués de Humières lors de diverses campagnes militaires, batailles et prises de places fortes. Le roi l'avait déjà honoré en le nommant Lieutenant Général de ses armées en 1657 et Maréchal de France en 1668. La charge de Grand Maître de l'Artillerie avait été instituée en novembre 1599 pour Monsieur de Béthune, Duc de Sully, Pair et Maréchal de France. Avant cette date, les titulaires étaient désignés comme Maîtres de l'Artillerie du Roi. Il y a eu vingt-neuf Maîtres de l'Artillerie, dont neuf ont exercé par commission. Humières est le sixième à porter le titre de Grand Maître. Parmi les précédents titulaires, deux Maréchaux de France, Schomberg et Dessiat, avaient exercé cette fonction par commission.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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954
p. 307-308
Gouvernement de S. Germain en Laye, donné à Mr le Marquis de Montchevreil. [titre d'après la table]
Début :
Le Gouvernement du Chasteau de Saint Germain en Laye, que possedoit [...]
Mots clefs :
Gouvernement, Saint-Germain, Duc de Lude, Gouvernement, Colonel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Gouvernement de S. Germain en Laye, donné à Mr le Marquis de Montchevreil. [titre d'après la table]
Le Gouvernement dur
Chafteau de Saint Germain
en Laye , que poffedoit auffi
feu M le Duc du Lude,,
avoit efté donné quelques
Cc ij
308 MERCURE
jours auparavant à Mỹ de
Mornay Marquis de Monts
chevreuil , Gouverneur de
M' le Duc du Maine , & en !
fuite de M le Comte de
Vermandois , avec la furvi.
vance pour M' le Comte de
Mornay fon Fils , Colonel
du Regiment de Bearn. Il
époufa quelques jours aprés
Mademoiſelle
de Coetquent
, Niece du Marquis
de ce nom .
Chafteau de Saint Germain
en Laye , que poffedoit auffi
feu M le Duc du Lude,,
avoit efté donné quelques
Cc ij
308 MERCURE
jours auparavant à Mỹ de
Mornay Marquis de Monts
chevreuil , Gouverneur de
M' le Duc du Maine , & en !
fuite de M le Comte de
Vermandois , avec la furvi.
vance pour M' le Comte de
Mornay fon Fils , Colonel
du Regiment de Bearn. Il
époufa quelques jours aprés
Mademoiſelle
de Coetquent
, Niece du Marquis
de ce nom .
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955
p. 308-309
Mariage. [titre d'après la table]
Début :
Mr Bignon Conseiller au Parlement, a épousé depuis peu de [...]
Mots clefs :
Conseiller, Mariage, Soeur, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage. [titre d'après la table]
Mr Bignon Conſeiller an
Parlement , a épousé depuis
peu de jours Mademoifelle
Billard , Soeur de Madame
GALANT 309
C
de Chauvelin , dont je vous
ay parlé pluſieurs fois. Il eſt
Fils de M Bignon Confeil,
ler d'Etat , fur les pas duquel
il marche. Il a efté Avocat
du Roy au Chaftelet , & a
fait paroistre dans cette
Charge , une grande intelligence
pour les Affaires , &
beaucoup de penétration .
Parlement , a épousé depuis
peu de jours Mademoifelle
Billard , Soeur de Madame
GALANT 309
C
de Chauvelin , dont je vous
ay parlé pluſieurs fois. Il eſt
Fils de M Bignon Confeil,
ler d'Etat , fur les pas duquel
il marche. Il a efté Avocat
du Roy au Chaftelet , & a
fait paroistre dans cette
Charge , une grande intelligence
pour les Affaires , &
beaucoup de penétration .
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956
p. 309-317
Nouvelles de Coron. [titre d'après la table]
Début :
Les nouvelles publiques vous ont informée des avantages que [...]
Mots clefs :
Coron, Armée vénitienne, Assaut, Escarmouche, Attaque, Corsaires, Étendard, Victoire, Turcs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Coron. [titre d'après la table]
Les nouvelles publiques
vous ont informée des avantages
que l'Armée Venitienne
baremportez
fur les
Turcs , par la priſe de Coron
dans la Morée . Voicy
ce qui a efté traduit fur un
imprimé de Veniſe.
310 MERCURE
de
Les Lettres du Generaliffime
Morofini écrites le 10. d'Aouft ,
portent que les Affiegez ſe défendoient
obftinement dans Corony
à la veuë de plus de dix mille
Turcs , qui s'étoient avancez
plufieurs endroits de la Morée ,
avec du Canon , & toute forte
d'apprefts , afin d'attaquer nos li
gnes. Les noftres au contraire ,
aprés un continuel travail dans
les Mines qu'ils avoient fait
jouer , n'eurent pas le fuccés qu'ils
avoient attendu de la principale ,
ce qui empefcha de donner l'Affaut.
Dans ce mefme temps , les
Turcs firent une vigoureufe irGALANT
311
ruption fur une Redoute avancée
des noftres ; mais un Corps de gens
de delà les Monts , y eftant ac
couru , & une forte Efcarmouche
s'eftantfaite , nos Dragons y furvinrent
avec le Bataillon des
Maltois , commandé par le Com
mandeur de la Tour ; de forte
qu'aprés trois heures de combat ,
le pofte fut recouvrépar les nôtres
avec grand carnage des
>
Turcs , & le gain gain de
17 Etendards
, à la veuë des Affiegez ;
les Turcs attaquerent encore plu
fieurs fois nos Lignes de divers
coftez, & furent repouſſez avec
vigueur dans ces diverfes atta
ques.
312 MERCURE
›
Le matin du 7. le Genera
liffine refolut de donner une fauffe
alarme pourfurprendre les Ent
nemis dans la confufion. Ainfi
ayant ramaẞé un Corps de quin-
Ze cens tant Mariniers
Francs que Corfaires , que
fit paffer fecretement pendant la
nuit aux flancs de l'Ennemy ,
aprés avoir fait voler un peu.
de poudre , au fignal de laquelle
tous les Chefs devoient fairefeu,
que
l'on
le mouvement
concerté
de bruit
>
que
par
impréveu , accompagné de tant
dans le fommeil & tous en del'on
fir , bien
les nostres , fut fi
les Turcs furpris
fordre,
GALANT. 313
fordre , prirent auffitoft la fuite,
abandonnant toutes les provifions
qu'ils avoient en abondance pour
la fubfiftance de l'Armée , beaucoup
de munitions de guerre , &
un tres-riche bagage , fix groffes
pieces de Canon de Bronze, plufieurs
Chevaux , Armes , &
mefme l'Etendard Royal orné
faftuenfement de Queues ordinai
res de Cheval. La perte
tres n'a pú eftre plus legere. Ainfi
unfuccés fi important animant le
courage des Affiegeans , on s'ap.
plique par toutesfortes de moyens
àla conqueste de la Place, dont on
donne de tres-grandes esperances.
Dd
Septembre 1685.
des nô314
MERCURE
Je vous envoye la Figure
de l'Etendard dont il eft parlé
dans cette Lettre. Cette
Victoire fut fuivie quatre
jours aprés de la priſe de Coron.
Les Turcs avoient arboré
un Drapeau blanc, pour
demander à capituler ; mais
pendant qu'on envoyoit des
Oftages de part & d'autre
un Turc ayant mis le feu à
un Canon chargé de Cartouches
, qui tua quelques
Soldats , les Affiegeans furent
tellement perfuadez ,
que le Commandant ne les
avoit amufez que pour les
GALANT
315
faire perir, qu'ils donnerent
dans les retranchemens avec
vigueur, & en peu de temps
fe rendirent maiftres de la
Place. Les Soldats n'ayant
pû eftre retenus par les Officiers
, tuerent plus de trois
mille Turcs , & n'épargnerent
ny âge ny fexe.
Coron , appellée par les
Anciens , Corone , eft dans
la Morée , à douze milles de
Modon, vers le Cap Maina,
autrement Bravio de Maina.
C'eſt une Ville marchande
à caufe de fa fituation , elle
a un Port capable de rece-
Dd ij
316 MERCURE
voir plufieurs Vaiſſeaux , elle
a la Mer d'un cofté , & du
cofté de terre un Mur fortifié
de fix Tours à l'antique,
Les Grecs & les Juifs demeu
rent dans la Baffe Ville , &
les Turcs dans un Chafteau
qui eft la Ville Haute. Les
Venitiens en ont efté les
Maiftres dans le quinziéme
Siecle. Bajazet Empereur
des Turcs la prit fur eux,
auffi bien que la Ville de
Modon en 1499. Le Prince
Doria Genois, qui comman
doit l'Armée Navale des Ef
pagnols , la prit fur les Turcs
GALANT. 317
pour Com- en 1533. il y laiffa
mandant
Mendoza
, avec
quelques
Efpagnols
, qui l'abandonnerent
aux Turcs
peu d'années
aprés . Ceuxcy
connoiffant
l'importan
ce de cette Place , la repri
rent , & elle eftoit demeu
rée depuis ce temps là entre
leurs mains.
vous ont informée des avantages
que l'Armée Venitienne
baremportez
fur les
Turcs , par la priſe de Coron
dans la Morée . Voicy
ce qui a efté traduit fur un
imprimé de Veniſe.
310 MERCURE
de
Les Lettres du Generaliffime
Morofini écrites le 10. d'Aouft ,
portent que les Affiegez ſe défendoient
obftinement dans Corony
à la veuë de plus de dix mille
Turcs , qui s'étoient avancez
plufieurs endroits de la Morée ,
avec du Canon , & toute forte
d'apprefts , afin d'attaquer nos li
gnes. Les noftres au contraire ,
aprés un continuel travail dans
les Mines qu'ils avoient fait
jouer , n'eurent pas le fuccés qu'ils
avoient attendu de la principale ,
ce qui empefcha de donner l'Affaut.
Dans ce mefme temps , les
Turcs firent une vigoureufe irGALANT
311
ruption fur une Redoute avancée
des noftres ; mais un Corps de gens
de delà les Monts , y eftant ac
couru , & une forte Efcarmouche
s'eftantfaite , nos Dragons y furvinrent
avec le Bataillon des
Maltois , commandé par le Com
mandeur de la Tour ; de forte
qu'aprés trois heures de combat ,
le pofte fut recouvrépar les nôtres
avec grand carnage des
>
Turcs , & le gain gain de
17 Etendards
, à la veuë des Affiegez ;
les Turcs attaquerent encore plu
fieurs fois nos Lignes de divers
coftez, & furent repouſſez avec
vigueur dans ces diverfes atta
ques.
312 MERCURE
›
Le matin du 7. le Genera
liffine refolut de donner une fauffe
alarme pourfurprendre les Ent
nemis dans la confufion. Ainfi
ayant ramaẞé un Corps de quin-
Ze cens tant Mariniers
Francs que Corfaires , que
fit paffer fecretement pendant la
nuit aux flancs de l'Ennemy ,
aprés avoir fait voler un peu.
de poudre , au fignal de laquelle
tous les Chefs devoient fairefeu,
que
l'on
le mouvement
concerté
de bruit
>
que
par
impréveu , accompagné de tant
dans le fommeil & tous en del'on
fir , bien
les nostres , fut fi
les Turcs furpris
fordre,
GALANT. 313
fordre , prirent auffitoft la fuite,
abandonnant toutes les provifions
qu'ils avoient en abondance pour
la fubfiftance de l'Armée , beaucoup
de munitions de guerre , &
un tres-riche bagage , fix groffes
pieces de Canon de Bronze, plufieurs
Chevaux , Armes , &
mefme l'Etendard Royal orné
faftuenfement de Queues ordinai
res de Cheval. La perte
tres n'a pú eftre plus legere. Ainfi
unfuccés fi important animant le
courage des Affiegeans , on s'ap.
plique par toutesfortes de moyens
àla conqueste de la Place, dont on
donne de tres-grandes esperances.
Dd
Septembre 1685.
des nô314
MERCURE
Je vous envoye la Figure
de l'Etendard dont il eft parlé
dans cette Lettre. Cette
Victoire fut fuivie quatre
jours aprés de la priſe de Coron.
Les Turcs avoient arboré
un Drapeau blanc, pour
demander à capituler ; mais
pendant qu'on envoyoit des
Oftages de part & d'autre
un Turc ayant mis le feu à
un Canon chargé de Cartouches
, qui tua quelques
Soldats , les Affiegeans furent
tellement perfuadez ,
que le Commandant ne les
avoit amufez que pour les
GALANT
315
faire perir, qu'ils donnerent
dans les retranchemens avec
vigueur, & en peu de temps
fe rendirent maiftres de la
Place. Les Soldats n'ayant
pû eftre retenus par les Officiers
, tuerent plus de trois
mille Turcs , & n'épargnerent
ny âge ny fexe.
Coron , appellée par les
Anciens , Corone , eft dans
la Morée , à douze milles de
Modon, vers le Cap Maina,
autrement Bravio de Maina.
C'eſt une Ville marchande
à caufe de fa fituation , elle
a un Port capable de rece-
Dd ij
316 MERCURE
voir plufieurs Vaiſſeaux , elle
a la Mer d'un cofté , & du
cofté de terre un Mur fortifié
de fix Tours à l'antique,
Les Grecs & les Juifs demeu
rent dans la Baffe Ville , &
les Turcs dans un Chafteau
qui eft la Ville Haute. Les
Venitiens en ont efté les
Maiftres dans le quinziéme
Siecle. Bajazet Empereur
des Turcs la prit fur eux,
auffi bien que la Ville de
Modon en 1499. Le Prince
Doria Genois, qui comman
doit l'Armée Navale des Ef
pagnols , la prit fur les Turcs
GALANT. 317
pour Com- en 1533. il y laiffa
mandant
Mendoza
, avec
quelques
Efpagnols
, qui l'abandonnerent
aux Turcs
peu d'années
aprés . Ceuxcy
connoiffant
l'importan
ce de cette Place , la repri
rent , & elle eftoit demeu
rée depuis ce temps là entre
leurs mains.
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Résumé : Nouvelles de Coron. [titre d'après la table]
Le texte décrit les événements militaires entre l'Armée Venitienne et les Turcs à Coron, en Morée, en 1685. Les lettres du généralissime Francesco Morosini datées du 10 août 1685 relatent la résistance des assiégés de Coron face à plus de dix mille Turcs équipés de canons et d'autres armes. Après des tentatives de sape infructueuses, les Vénitiens repoussèrent une attaque turque sur une redoute avancée, récupérant 17 étendards après trois heures de combat. Les Turcs lancèrent plusieurs assauts sur les lignes vénitiennes, tous repoussés avec vigueur. Le 7 septembre, Morosini organisa une fausse alarme pour surprendre les Turcs. Les Vénitiens, soutenus par des marins francs et des corsaires, attaquèrent les Turcs endormis, provoquant leur fuite et capturant des provisions, munitions, bagages, canons, chevaux, armes et l'étendard royal turc. Quatre jours plus tard, les Turcs demandèrent à capituler sous un drapeau blanc, mais un incident déclencha une attaque des assiégés qui prirent le contrôle de la place, tuant plus de trois mille Turcs sans distinction d'âge ou de sexe. Coron, anciennement Corone, est une ville marchande située en Morée, près du Cap Maina. Elle possède un port capable d'accueillir plusieurs vaisseaux et est protégée par un mur fortifié. Les Grecs et les Juifs habitent la basse ville, tandis que les Turcs occupent le château. Historiquement, les Vénitiens en ont été les maîtres au quinzième siècle, mais Bajazet la reprit en 1499. En 1533, le prince Doria la reconquit pour les Espagnols, mais elle revint rapidement aux Turcs.
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957
p. 317-318
Voyage du Roy à Chambor, & retour à Fontainebleau. [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous fait point de détail de ce qui s'est passé [...]
Mots clefs :
Chambord, Chasse, Affaires, Comédie, Fontainebleau, Divertissement
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texteReconnaissance textuelle : Voyage du Roy à Chambor, & retour à Fontainebleau. [titre d'après la table]
Je ne vous fais point de
détail de ce qui s'eft paffé à
Chambor. Comme ce Pays
eft un lieu de Chaffe , &
qu'on y va pour prendre
ce divertiffement , vous devez
eftre perfuadée qu'on
"
Dd iij
318 MERCURE
y a fouvent goûté ce plaifir.
C'eft un de ceux que Sa
Sa Ma.
jeſté a pris pour ſe délaffer
de la grande application
avec laquelle Elle fe donne
aux Affaires. Il y a eu Comedie
plufieurs fois , & rien n'a
eſté fi magnifique , que les
Tables du Roy où toute la
Cour a mangé. Elle eſt
de retour à Fontainebleau ,
où Elle prendra de nouveaux
Divertiſſemens , il y a
déja quelque temps qu'on y
travaille.
détail de ce qui s'eft paffé à
Chambor. Comme ce Pays
eft un lieu de Chaffe , &
qu'on y va pour prendre
ce divertiffement , vous devez
eftre perfuadée qu'on
"
Dd iij
318 MERCURE
y a fouvent goûté ce plaifir.
C'eft un de ceux que Sa
Sa Ma.
jeſté a pris pour ſe délaffer
de la grande application
avec laquelle Elle fe donne
aux Affaires. Il y a eu Comedie
plufieurs fois , & rien n'a
eſté fi magnifique , que les
Tables du Roy où toute la
Cour a mangé. Elle eſt
de retour à Fontainebleau ,
où Elle prendra de nouveaux
Divertiſſemens , il y a
déja quelque temps qu'on y
travaille.
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Résumé : Voyage du Roy à Chambor, & retour à Fontainebleau. [titre d'après la table]
Le texte relate une visite à Chambord, un site de chasse apprécié du roi pour ses divertissements et sa détente après ses obligations. Des spectacles et des repas somptueux y ont été organisés pour la cour. Celle-ci est maintenant revenue à Fontainebleau, où de nouveaux divertissements sont prévus. Les préparatifs sont en cours depuis quelque temps.
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958
p. 323-326
Comedies representées à Roüen. [titre d'après la table]
Début :
On me mande de Roüen un petit Prodige dont je dois [...]
Mots clefs :
Prodige, Comédiens, Troupe, Monseigneur le Dauphin, Représentations, Théâtre, Rôles, Public
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texteReconnaissance textuelle : Comedies representées à Roüen. [titre d'après la table]
On me mande de Rouen
un petit Prodige dont je dois
vous faire part. Mademoifelle
de Villiers , Femme d'un
des Comediens de Sa Majeſté
, à l'exemple de Mademoifelle
Raifin fa Mere,qui
avoit formé une Troupe de
petits Comediens , appellez
la Troupe de Monfeigneur
le Dauphin , y en a étably
une autre , à laquelle le Roy
a permis de joindre le titre
de Comediens de Monfei
324 MERCURE
gneur le Duc de Bourgogne.
Elle a choify pour la compofer,
huit Enfans avec un Garçon
& une Fille qu'elle a ; &
les a fi bien concertez ens
femble , qu'ils ont furpris &
charmé toute la Ville , dans
deux Reprefentations que
cette petite Troupe a déja
données d'Ariine ; fur le .
Theatre des Comediens de
Monfeigneur le Dauphin ,
qui font toûjours à Rouen.
La Fille de Mademoiſelle de
Villiers , qui eft la plus vieil
le de la Troupe, quoy qu'el
le n'ait encore que dix ans ,,
GALANT 325
a fait des merveilles dans le
Role d'Ariane , qui eſt tout
remply de paffion . Son Frere
qui n'en a que huit, s'eft fait
admirer en jouant Theſée,
Et la petite Phedre, âgée de
fept ans, a efté extremément
applaudie. On peut dire que
cet établiffement eft avantageux
au Public , puifque
ce font des Eleves. que l'on
forme pour fon plaifir, comme
il s'en fait dans toutes les
autres Profeffions . La pluf
part des bons Comediens ,
tant Serieux que Comiques,
comme Mrs Baron , Raiſin ,
326 MERCURE
& autres qui font dans la
Troupe de Sa Majefté ont
efté élevez de cette forte &
on les a tirez de celle de
Monfeigneur le Dauphing
pour les faire venir à Paris
où vous fçavez qu'ils fe font
rendus parfaits..
un petit Prodige dont je dois
vous faire part. Mademoifelle
de Villiers , Femme d'un
des Comediens de Sa Majeſté
, à l'exemple de Mademoifelle
Raifin fa Mere,qui
avoit formé une Troupe de
petits Comediens , appellez
la Troupe de Monfeigneur
le Dauphin , y en a étably
une autre , à laquelle le Roy
a permis de joindre le titre
de Comediens de Monfei
324 MERCURE
gneur le Duc de Bourgogne.
Elle a choify pour la compofer,
huit Enfans avec un Garçon
& une Fille qu'elle a ; &
les a fi bien concertez ens
femble , qu'ils ont furpris &
charmé toute la Ville , dans
deux Reprefentations que
cette petite Troupe a déja
données d'Ariine ; fur le .
Theatre des Comediens de
Monfeigneur le Dauphin ,
qui font toûjours à Rouen.
La Fille de Mademoiſelle de
Villiers , qui eft la plus vieil
le de la Troupe, quoy qu'el
le n'ait encore que dix ans ,,
GALANT 325
a fait des merveilles dans le
Role d'Ariane , qui eſt tout
remply de paffion . Son Frere
qui n'en a que huit, s'eft fait
admirer en jouant Theſée,
Et la petite Phedre, âgée de
fept ans, a efté extremément
applaudie. On peut dire que
cet établiffement eft avantageux
au Public , puifque
ce font des Eleves. que l'on
forme pour fon plaifir, comme
il s'en fait dans toutes les
autres Profeffions . La pluf
part des bons Comediens ,
tant Serieux que Comiques,
comme Mrs Baron , Raiſin ,
326 MERCURE
& autres qui font dans la
Troupe de Sa Majefté ont
efté élevez de cette forte &
on les a tirez de celle de
Monfeigneur le Dauphing
pour les faire venir à Paris
où vous fçavez qu'ils fe font
rendus parfaits..
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Résumé : Comedies representées à Roüen. [titre d'après la table]
Mademoiselle de Villiers, épouse d'un comédien du roi, a fondé une troupe de jeunes comédiens à Rouen, similaire à celle de Madame Raffin. Autorisée par le roi, cette troupe porte le titre de 'Comédiens de Monseigneur le Duc de Bourgogne' et comprend huit enfants, dont son fils et sa fille. Lors de représentations de la pièce 'Ariane' au théâtre des Comédiens de Monseigneur le Dauphin, la troupe a séduit le public. La fille de Mademoiselle de Villiers, âgée de dix ans, a excellé dans le rôle d'Ariane, tandis que son frère de huit ans a été acclamé pour son interprétation de Thésée. Une jeune fille de sept ans a également été applaudie pour son rôle de Phèdre. Cet établissement contribue à former des élèves pour le plaisir du public, comme dans d'autres métiers. Plusieurs comédiens célèbres, tels que Messieurs Baron et Raisin, ont été élevés ainsi avant de rejoindre la troupe royale à Paris.
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959
p. 326-328
Talent admirable d'une jeune personne de qualité. [titre d'après la table]
Début :
Je suis fâché de l'accident que vous me mandez. Si [...]
Mots clefs :
Accident, Chirurgien, Bras, Talent, Os, Soins, Guérison, Opération
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texteReconnaissance textuelle : Talent admirable d'une jeune personne de qualité. [titre d'après la table]
Je fuis fâché de l'accident
que vous me mandez. Si vôn
tre Amie , qui s'afflige tant
de fon bras rompu , ne fe fie
pas aux Chirurgiens de fon
voifinage , elle n'a qu'à fe
faire porter à Evaux , qui eft
une Ville du Bourbonnois.
Elle y trouvera une jeune
GALANT. 327
perfonne de qualité appellée
Mademoiſelle de Remirand,
qui a un talent admirable
pour remettre des bras &
des jambes démis ou rompus ,
& des coftes enfoncées . Elle
fait plufieurs autres operations
de cette nature avec
un entier fuccés ; & lors
qu'elle trouve un bras qui a
efté mal remis , elle le caffe
pour luy rendre fa fituation
naturelle , & ne manque
point à luy redonner fa premiere
fonction . Ce qui luy
attire une grande confiance,
c'est que la charité feule
328 MERCURE
l'engage à faire ces fortes de
cures , & qu'elle ne prend
rien de perfonne.
que vous me mandez. Si vôn
tre Amie , qui s'afflige tant
de fon bras rompu , ne fe fie
pas aux Chirurgiens de fon
voifinage , elle n'a qu'à fe
faire porter à Evaux , qui eft
une Ville du Bourbonnois.
Elle y trouvera une jeune
GALANT. 327
perfonne de qualité appellée
Mademoiſelle de Remirand,
qui a un talent admirable
pour remettre des bras &
des jambes démis ou rompus ,
& des coftes enfoncées . Elle
fait plufieurs autres operations
de cette nature avec
un entier fuccés ; & lors
qu'elle trouve un bras qui a
efté mal remis , elle le caffe
pour luy rendre fa fituation
naturelle , & ne manque
point à luy redonner fa premiere
fonction . Ce qui luy
attire une grande confiance,
c'est que la charité feule
328 MERCURE
l'engage à faire ces fortes de
cures , & qu'elle ne prend
rien de perfonne.
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Résumé : Talent admirable d'une jeune personne de qualité. [titre d'après la table]
Une amie du destinataire a eu un accident. L'auteur recommande Mademoiselle de Remirand à Évaux, reconnue pour ses compétences en chirurgie. Elle traite les fractures, luxations et côtes enfoncées, corrige les mauvaises réductions et restaure la fonction des membres. Elle exerce gratuitement.
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960
p. 328
Musique aux Theatins. [titre d'après la table]
Début :
Mercredy dernier 26. de ce mois, il y eut aux [...]
Mots clefs :
Musique, Prières
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texteReconnaissance textuelle : Musique aux Theatins. [titre d'après la table]
Mercredy dernier 26. de ce
mois , il y eut aux Theatins
un Salut en Mufique , avec
des Prieres pour les Morts.
La mefme chofe fe doit faire
tous les Mercredis dans la
même Eglife.LaMufique eft
du fameux M* Lorenzani ,
Maiſtre de la Mufique de la
Reine.L'habileté qu'il a dans
' cet Art , eft connuë de tout
le monde .
mois , il y eut aux Theatins
un Salut en Mufique , avec
des Prieres pour les Morts.
La mefme chofe fe doit faire
tous les Mercredis dans la
même Eglife.LaMufique eft
du fameux M* Lorenzani ,
Maiſtre de la Mufique de la
Reine.L'habileté qu'il a dans
' cet Art , eft connuë de tout
le monde .
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961
p. 328-329
Articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
Début :
Cet Article demande plus d'étenduë, & je le reserve pour [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
Cet Article demande
plus d'étenduë , & je
le reſerve pour le mois pro
GALANT. 329
chain, auffi bien que le 6 Dialogue
des Chofes difficiles à
croire , que l'Autheur m'a
fait la grace de m'envoyer.
Je n'oublieray pas ce qui s'eft
paffé à Caen , lors qu'on a élevé
la Statue du Roy, non plus
que ce que M' le Maréchal
d'Etrées a fait àTunis . Jevous
parleray auffi de plufieurss
Converfions , & de beaucoup
de Feftes qui ont efté
faites dans leRoyaume.Vous
voyez par la que la matiere
ne me manque pas , fi j'avois ›
du temps & de la place. Jefuis
, Madame , Voftre , & c .
A Paris,ce 30. Sept. 1685.
plus d'étenduë , & je
le reſerve pour le mois pro
GALANT. 329
chain, auffi bien que le 6 Dialogue
des Chofes difficiles à
croire , que l'Autheur m'a
fait la grace de m'envoyer.
Je n'oublieray pas ce qui s'eft
paffé à Caen , lors qu'on a élevé
la Statue du Roy, non plus
que ce que M' le Maréchal
d'Etrées a fait àTunis . Jevous
parleray auffi de plufieurss
Converfions , & de beaucoup
de Feftes qui ont efté
faites dans leRoyaume.Vous
voyez par la que la matiere
ne me manque pas , fi j'avois ›
du temps & de la place. Jefuis
, Madame , Voftre , & c .
A Paris,ce 30. Sept. 1685.
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Résumé : Articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
L'auteur annonce un article détaillé pour le mois suivant, incluant des dialogues surprenants. Il évoque l'érection de la statue du roi à Caen et les actions du maréchal d'Estrées à Tunis. Il prévoit aussi de traiter des conversions et fêtes récentes dans le royaume. Manquant de temps et d'espace, il ne peut tout aborder. La lettre est datée du 30 septembre 1685 à Paris.
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962
s. p.
TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
Début :
Harangue faite au Roy, par Mr Coadjuteur de Roüen. [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume. A
HAranguefaire au Roy- par Mr.16
Coadjuteur de Rouen, en 3
Actions de Pieté du Roy.ed 23
Liberalitez de Sa Majesté.
Elegie de Mr de Cantenac.
v: 30
33
Creation de 2. nouveaux Regimens. ~ 41
Serment prefté pour la Lieutenance generale
de la Province de Berry.
44
Mr le Comte de la Vauguyon eft nommé
Ambassadeur en Espagne. 46
Tableaux faits pour le Roy , par Mr.
Mignard & par Mr le Brun .
Lettre fur le Tableau de Mr le Brun. 53
Morts de plufieurs perfonnes confiderables.
8
47
92
Epiftre chagrine de Me Deshoulieres.108
Relation de Mr Chaſſebras de Cramailles
, contenant fon Voyage depuis Ve
nife jufques à Rome , & fes Remarques
fur les Villes , Lieux & Chemins.
TABLE.
119
confiderables , avec les Devotions de
Noftre-Dame de Lorette, & de Saint
François d' Affife.
Relation de tout ce qui s'eft paßé au Louvre
le jourde la Fefte de S. Louis. 209
Eloge du Roy par Mr l'Abbé Capeau.221
Ce qui s'eft paßé dans la Ville de Luxem
bourg, le jour de S. Louis.
237
240
243
Prix remportépar le Pere Morgues Je-
Suite.
Election de z nouveaux Echevins. 244
Difcoursfait au Roy par Mr le Fevre
* d'Ormeffon.
Survivance accordée par le Roy à Mrde
Maupeou.
Nouvelles Cloches benites en l'Eglife de
S. Eftienne du Mont , & tenues par les
fix Docteurs Regens de la Faculté de
Droit de l'Univerfité de Paris. 256
Etats de Bretagne.
252
257
Départ de Mr Girardin pour Conſt. 265
Affaires d'Allemagne.
Réjouiffances faites à Angers.
Morts.
267
296
198
Charge de grand Maistre de l'Artiller
TABLE.
donnée à Mr le Maréchal de Humie
res.
305
Gouvernement de S. Germain en Laye,
donné à Mr le Marquis de Montchevreil.
Mariage.
Nouvelles de Coron.
307
509
109
Voyage du Roy à Chambor , & retour à
Fontainebleau.
Enigmes.
Comedies reprefentées à Rouen .
3107
323
Talent admirable d'une jeune perfonne
de
qualité.
Mufique aux Theatins.
326
328
Articles refervez pour le mois prochain.
Fin de la Table.
contenues dans ce Volume. A
HAranguefaire au Roy- par Mr.16
Coadjuteur de Rouen, en 3
Actions de Pieté du Roy.ed 23
Liberalitez de Sa Majesté.
Elegie de Mr de Cantenac.
v: 30
33
Creation de 2. nouveaux Regimens. ~ 41
Serment prefté pour la Lieutenance generale
de la Province de Berry.
44
Mr le Comte de la Vauguyon eft nommé
Ambassadeur en Espagne. 46
Tableaux faits pour le Roy , par Mr.
Mignard & par Mr le Brun .
Lettre fur le Tableau de Mr le Brun. 53
Morts de plufieurs perfonnes confiderables.
8
47
92
Epiftre chagrine de Me Deshoulieres.108
Relation de Mr Chaſſebras de Cramailles
, contenant fon Voyage depuis Ve
nife jufques à Rome , & fes Remarques
fur les Villes , Lieux & Chemins.
TABLE.
119
confiderables , avec les Devotions de
Noftre-Dame de Lorette, & de Saint
François d' Affife.
Relation de tout ce qui s'eft paßé au Louvre
le jourde la Fefte de S. Louis. 209
Eloge du Roy par Mr l'Abbé Capeau.221
Ce qui s'eft paßé dans la Ville de Luxem
bourg, le jour de S. Louis.
237
240
243
Prix remportépar le Pere Morgues Je-
Suite.
Election de z nouveaux Echevins. 244
Difcoursfait au Roy par Mr le Fevre
* d'Ormeffon.
Survivance accordée par le Roy à Mrde
Maupeou.
Nouvelles Cloches benites en l'Eglife de
S. Eftienne du Mont , & tenues par les
fix Docteurs Regens de la Faculté de
Droit de l'Univerfité de Paris. 256
Etats de Bretagne.
252
257
Départ de Mr Girardin pour Conſt. 265
Affaires d'Allemagne.
Réjouiffances faites à Angers.
Morts.
267
296
198
Charge de grand Maistre de l'Artiller
TABLE.
donnée à Mr le Maréchal de Humie
res.
305
Gouvernement de S. Germain en Laye,
donné à Mr le Marquis de Montchevreil.
Mariage.
Nouvelles de Coron.
307
509
109
Voyage du Roy à Chambor , & retour à
Fontainebleau.
Enigmes.
Comedies reprefentées à Rouen .
3107
323
Talent admirable d'une jeune perfonne
de
qualité.
Mufique aux Theatins.
326
328
Articles refervez pour le mois prochain.
Fin de la Table.
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Résumé : TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
Le document est une table des matières d'un volume historique. Il commence par une harangue du coadjuteur de Rouen au roi, suivie de descriptions des actions pieuses et des libéralités royales. Le texte mentionne la création de deux nouveaux régiments et la nomination du comte de La Vauguyon comme ambassadeur en Espagne. Il inclut des informations sur des tableaux réalisés pour le roi par Mignard et Le Brun, ainsi qu'une lettre concernant le tableau de Le Brun. Plusieurs décès de personnalités notables sont signalés, accompagnés d'une épître de Mme Deshoulières. Le document relate ensuite un voyage de Monsieur Chassebras de Cramailles de Venise à Rome, avec des remarques sur les villes et lieux visités, ainsi que des dévotions à Notre-Dame de Lorette et à Saint François d'Assise. Il décrit les événements au Louvre lors de la fête de Saint-Louis, un éloge du roi par l'abbé Capeau, et des réjouissances à Luxembourg et Angers. Le texte mentionne également l'élection de nouveaux échevins, un discours au roi par Monsieur Le Fèvre d'Ormesson, et diverses nominations royales, dont celles de Monsieur de Maupeou et du maréchal d'Humières. Il traite aussi des affaires en Allemagne, des nouvelles de Coronie, un voyage du roi à Chambord et son retour à Fontainebleau, ainsi que des représentations théâtrales à Rouen et des talents musicaux remarquables. Enfin, il annonce des articles réservés pour le mois suivant.
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963
s. p.
« ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure [...] »
Début :
ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure [...] »
ON donnera toujours unVolume
nouveau du Mercure Galant le
premierjour de chaque Mois, &: on
le vendra,aussi-bien que l'Extraordinaire,
Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
nouveau du Mercure Galant le
premierjour de chaque Mois, &: on
le vendra,aussi-bien que l'Extraordinaire,
Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
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964
s. p.
TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
Début :
Prelude. Statuë du Roy élevée à Ruel. Inscriptions qui sont [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
PRelude.
Statué du Roy élevée a Rut!.; Inscriptions quifom autour de cette Statuë.
5
La Nimphe de Rutl
, au Roy. il
LaFrance,auRoy. 11
Statué du Roy élevée à Caèn,&fes ln..
fcriptions
j avec le détail de toutes les
Certmonies quiJe fotit faites en cette
Dccafion. 15
Harangue faite au Roy par Mr le Recteur
de fVniverjité.H
Poème. 44.
Prix de l'Arc¡uebu'l.e. 5y
Fondationperpétuelle d'une Feflea Issoudun,.
po::r la N'ai[fance du Roy. 77
SixCièmeDiarloguoe desichorses deifficile.s à Article concernant la TbcrÙlque. 118
mu. 1;6-
Relation de tout ce qui s'estpasséa la Reception
de Madame la Duchesse de Richelieu,
à Richelien.JJS
Relation tres-curieuse du Siegede Coron,
avec des circonstances qui n'ont point
encor estéfccrÛs, & tous les noms des
Chevaliers de Malie, tant François
qu'Etrangers qui ont effectuez. & blessez
en cette-occasîon. i^'p
MMaisoon derCtasrn.av.alet. 239 Livre 24p d'Armes.
151 IIIiroucr ardant d'une grandeur extraordinaire
,&seseffets. 252 Entrée de l'sfmbaffkdeur de Pologne a
Fontainebleau, &ses Audlances. 166
Continuation des Prreres
,
fdm tufage
<CItalie,sa'tesaux Thcatins. 272.
TOI:t ce CJHIs'ejl p4jU depuis deux mois
touchant les affaires de la Rclioion Pretendue
Reformée. 274
Norrn de ceux qui ont trouvé les véritables
mots des Enigmes du mois dernier.
ng
énigmes. 34.S
Charges remplies dans laMltifln de MonfilUr.
D:ivcertis,smemenesddeFioentasin.e3bleapu.335.111
.(]()nclHfion contenant plujieurs articles re- farvez.pour le moùprochain,356
FindelaTable
contenues dans ce Volume.
PRelude.
Statué du Roy élevée a Rut!.; Inscriptions quifom autour de cette Statuë.
5
La Nimphe de Rutl
, au Roy. il
LaFrance,auRoy. 11
Statué du Roy élevée à Caèn,&fes ln..
fcriptions
j avec le détail de toutes les
Certmonies quiJe fotit faites en cette
Dccafion. 15
Harangue faite au Roy par Mr le Recteur
de fVniverjité.H
Poème. 44.
Prix de l'Arc¡uebu'l.e. 5y
Fondationperpétuelle d'une Feflea Issoudun,.
po::r la N'ai[fance du Roy. 77
SixCièmeDiarloguoe desichorses deifficile.s à Article concernant la TbcrÙlque. 118
mu. 1;6-
Relation de tout ce qui s'estpasséa la Reception
de Madame la Duchesse de Richelieu,
à Richelien.JJS
Relation tres-curieuse du Siegede Coron,
avec des circonstances qui n'ont point
encor estéfccrÛs, & tous les noms des
Chevaliers de Malie, tant François
qu'Etrangers qui ont effectuez. & blessez
en cette-occasîon. i^'p
MMaisoon derCtasrn.av.alet. 239 Livre 24p d'Armes.
151 IIIiroucr ardant d'une grandeur extraordinaire
,&seseffets. 252 Entrée de l'sfmbaffkdeur de Pologne a
Fontainebleau, &ses Audlances. 166
Continuation des Prreres
,
fdm tufage
<CItalie,sa'tesaux Thcatins. 272.
TOI:t ce CJHIs'ejl p4jU depuis deux mois
touchant les affaires de la Rclioion Pretendue
Reformée. 274
Norrn de ceux qui ont trouvé les véritables
mots des Enigmes du mois dernier.
ng
énigmes. 34.S
Charges remplies dans laMltifln de MonfilUr.
D:ivcertis,smemenesddeFioentasin.e3bleapu.335.111
.(]()nclHfion contenant plujieurs articles re- farvez.pour le moùprochain,356
FindelaTable
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Résumé : TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
Le document est une table des matières d'un volume historique détaillant divers événements et activités liés à un roi. Il commence par des descriptions de statues et inscriptions dédiées au roi à Rueil et Caen, ainsi que les cérémonies associées. Le texte inclut des discours et poèmes, comme la harangue du recteur de l'Université et un poème. Il mentionne la création d'une fête perpétuelle à Issoudun pour célébrer la naissance du roi et un dialogue sur des sujets complexes. Le document relate ensuite plusieurs événements, tels que la réception de la Duchesse de Richelieu à Richelieu, le siège de Corone avec la liste des chevaliers blessés, et l'entrée de l'ambassadeur de Pologne à Fontainebleau. Il aborde également des questions religieuses concernant la Religion Prétendue Réformée et présente des énigmes avec leurs solutions. Enfin, il liste les charges remplies dans la milice du monarque et annonce des événements prévus pour le mois suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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965
s. p.
« Page 357. au lieu de, Qui vient de répandre une [...] »
Début :
Page 357. au lieu de, Qui vient de répandre une [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Page 357. au lieu de, Qui vient de répandre une [...] »
~P#&e357* du lieu de, Qui vient de répandreune
tristesse generale dans toute la France, lisez,Que toute la Fiance ne pourra apprendre sans douleur.
tristesse generale dans toute la France, lisez,Que toute la Fiance ne pourra apprendre sans douleur.
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966
s. p.
Avis pour placer les Figures.
Début :
L'Air qui commence par, Sur les tendres Ormeaux le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis pour placer les Figures.
AV16 pour placerles Figures.
L'Air qui commence par, Surles tendres
Ormeaux le Rossignolfidelle. f
f La Medaille du Royd'Angleterre,
doit regarder la page i$i.
L'Air qui commence par Quel chagrin
, Iris, d'estre tendre. 351
L'Air qui commence par, Surles tendres
Ormeaux le Rossignolfidelle. f
f La Medaille du Royd'Angleterre,
doit regarder la page i$i.
L'Air qui commence par Quel chagrin
, Iris, d'estre tendre. 351
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967
p. 1-2
Prelude. [titre d'après la table]
Début :
Vous le voyez, Madame ; j'ay beau vous parler du [...]
Mots clefs :
Roi, Harangue, Éloge, Grandeur, Vertus morales, Auguste monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude. [titre d'après la table]
Madame;
jay beau
vous parlerduRov
au commencement de routes
mes Lettres. Cette nul
tiere estsi abondante, qu'il
effim*poffible de 1épi:»• Ll
É-", r1
Harangue de Mrle coadJu"
• teur de Roüen, & celle de
Mr d'Ormesson, que je vous
envoyay le dernier mois,
avec l'Eloge que Mrl'Abbé
Cappeau fit de Sa Majesté,
dans le Sermon qu'il prescha
au Louvre le jour de laFeste
de S. Louis, sont remplies
de plusieurs choses nouvelles
qui marquent la Grandeur
& les Vertus Morales
& Politiques de cet Auguite
Monarque. On ne doit pas
s'étonner après
jay beau
vous parlerduRov
au commencement de routes
mes Lettres. Cette nul
tiere estsi abondante, qu'il
effim*poffible de 1épi:»• Ll
É-", r1
Harangue de Mrle coadJu"
• teur de Roüen, & celle de
Mr d'Ormesson, que je vous
envoyay le dernier mois,
avec l'Eloge que Mrl'Abbé
Cappeau fit de Sa Majesté,
dans le Sermon qu'il prescha
au Louvre le jour de laFeste
de S. Louis, sont remplies
de plusieurs choses nouvelles
qui marquent la Grandeur
& les Vertus Morales
& Politiques de cet Auguite
Monarque. On ne doit pas
s'étonner après
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Résumé : Prelude. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre à une dame mentionne plusieurs communications antérieures sur le Roi. Il cite trois discours : ceux de Monsieur le coadjuteur de Rouen, de Monsieur d'Ormesson et l'éloge de l'abbé Cappeau au Louvre. Ces discours soulignent la grandeur et les vertus morales et politiques du monarque, confirmant ses qualités exceptionnelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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968
p. 2-5
Statuë du Roy élevée à Ruel. [titre d'après la table]
Début :
On ne doit pas s'étonner aprés cela, si l'on n'entend [...]
Mots clefs :
Statue, Gloire, Roi, Ruel, Fête, Extraordinaire, Cheval, Proportions
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texteReconnaissance textuelle : Statuë du Roy élevée à Ruel. [titre d'après la table]
On ne doit pas
s'étonner après cela si l'on
n'entend plus parler de tous
costez que de Statuës que
l'on élevéàsagloire. Le zele
de Mr; le Duc de Richelieu
'sest, fait distinguer par un
dessein de cette nature., Il
s'attendoit d'avoir l'honneur
de recevoir le Roy à Ruel;
maiscomme le plus agreable
Regale de cette Festedevoit
estre laReprésentation de ce
grand Prince, & qu'il falloit
du tempspour transporter &
mettre en estat une Figure
d'un caractere le plus extra-
=
ordinaire qui ait jamais esté, le départ de Sa Majesté pour
-Chambor
, a rompu toutes
> lesmesures dece Duc.
Le Roy est monté sur um
Cheval, qui passe au jugement
des plus sçavans dans
toutes [es proportions ôedans
son action, celuy du Pontneuf,
& celuy de la Place
Royale. Quoy que ce ne foit
qu'unModelle,on connoîtce
qu'il fera quand on l'aura mis
enBronze,comme MrleDuc
de Richelieu a dessein de l'y
faire jetter ; mais ce qui ne.
s'est point encore vu qu'en
cette Figure, c'est que de
quelque coste qu'on la regarde,
on reconnoistlagrandeur
& la fyja.eité de celuy.
qu'elle represente.
s'étonner après cela si l'on
n'entend plus parler de tous
costez que de Statuës que
l'on élevéàsagloire. Le zele
de Mr; le Duc de Richelieu
'sest, fait distinguer par un
dessein de cette nature., Il
s'attendoit d'avoir l'honneur
de recevoir le Roy à Ruel;
maiscomme le plus agreable
Regale de cette Festedevoit
estre laReprésentation de ce
grand Prince, & qu'il falloit
du tempspour transporter &
mettre en estat une Figure
d'un caractere le plus extra-
=
ordinaire qui ait jamais esté, le départ de Sa Majesté pour
-Chambor
, a rompu toutes
> lesmesures dece Duc.
Le Roy est monté sur um
Cheval, qui passe au jugement
des plus sçavans dans
toutes [es proportions ôedans
son action, celuy du Pontneuf,
& celuy de la Place
Royale. Quoy que ce ne foit
qu'unModelle,on connoîtce
qu'il fera quand on l'aura mis
enBronze,comme MrleDuc
de Richelieu a dessein de l'y
faire jetter ; mais ce qui ne.
s'est point encore vu qu'en
cette Figure, c'est que de
quelque coste qu'on la regarde,
on reconnoistlagrandeur
& la fyja.eité de celuy.
qu'elle represente.
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Résumé : Statuë du Roy élevée à Ruel. [titre d'après la table]
Le Duc de Richelieu avait prévu d'ériger une statue à la gloire du roi lors de sa visite à Rueil. Cependant, ce projet a été interrompu par le départ du roi pour Chambord. La statue, encore au stade de modèle, représente le roi à cheval, monture jugée exceptionnelle par les experts. Ce modèle doit être fondu en bronze. La particularité de cette statue réside dans sa conception, qui met en valeur la grandeur et la majesté du roi, indépendamment de l'angle de vision.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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969
p. 13-32
Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
Début :
La Ville de Caën n'a pas voulu estre des dernieres [...]
Mots clefs :
Caen, Statue, Sa Majesté, Prince, Gloire, Cérémonie, Instruments, Église, Université, Devises, Ornements, Magistrats, Opéra, Louanges, Figures, Inscriptions, Repas, Illuminations, Madrigal, Distique, Épigramme, Inscription antique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
La Ville de Caën n'a pas voulu estre des dernieres à
marquer son zele, en faisant
élever une Statue à Sa Majesse.
Celas'estfait l'éclat avec tout & toutes les démonstrations
dejoye, qu'un Peuple
qui aime son Prince, &
qui est ardent pour sa gloire,
est capable de montrer.
Cette Statuë fut élevée le
5 de
Septembre dans la grande
Place de la Ville. On avoir
choisy ce jour, qui estoit ce..-
luy de la Naissance du Roy,
pour rendre cette Cérémonie
plus auguste. Dés le poinct
du jour les Trompettes, les
Tambours,&les Hautsbois,
lx. bien tost apres, le Carril-
Ion de toutes les Cloches, &
le. Canon du Château
, anoncerent
cette Feste qu'on
attendoit avec tant dJÜllPÍb
tience. L'ordre avoit esté
donné que les ruës fussent
nettes, & les Boutiques fermées
,
& l'on se rendit en
foule dans l'Eglise des Cordeliers.
Messieurs de l'Université
qui voulurent se Signaler
,
avoient élevé sur le
Frontispice du premier Portail
une Pyramide fort haute,
chargée de Devises & de
Trophées, avec le Portrait
du Roy environnéd'Emblémes
,
qui exprimoient les
principales Actions de Sa
Majesté. Ils avoient orné le
Choeur & la Ne*f des plus
belles Tapisseries. Les Abbayes
voisines qui sont grand nombre, en sont de leur
Corps, ainsi que les principaux
Magistrats, & les Religieux
de la Ville. Tout, fut
convoqué
, & la Messe du
Saint Esprit, par laquelle on
crût devoir commencer, fut
précédée d'une Procession
que le nombre & la gravité
de tant de personnes Doctes,
la diversité des Habits & des
Ornemens ,
& l'ordreexactement
observé
,
rendirent
solemnelle& venerable. Mr
l'Evesque de Bayeux, Chancelier
de cette Illustre Compagnie
,
officiaPontificalement.
Au milieu de la Me(Te
Mr Maloüin Recteur, en son
Habit deCeremonie, prononça
en Latin le Panegyri1
quedu Roy,avec beaucoup
de force & d'éloquence. On
| y avoit invité le Corps de :, Ville, un des plus confiai
rables du Royaume
, par la noble Prérogative, qu'on
re
peut élire que des Gentilshommes,
pour ses Echevins. premiers. La NobiuTeen;
grand nombre s'estoit rer due à cette Feste
; & il nÇ
avoit personne qui ne se sult
paré pour l'honorer, Mr de~ Morangis
,
Intendant de la Généralité
, traitta cette grande Compagnie, avec b
unemagnificenc,.e1 & une »0- ">
litesse extraordinaire. 11 a;
conçu le premier le dessèin*
d'élever cette Statuë. Il l'a j
fait agréer à Sa Majesté, & ¡
voyant l'allegressègénérale,.»
il déclara que tous les ans il
.,- vouloit solemniser ce jour»
La Ville & l'Université s'y
engagerent avec la mesme
ardeur. Un Concert de Voix
& d'Instrumens suivit ce repas
plein de joye. On n'y
chanta que des endroits
choisis dans les Prologues<
desOperaàla gloiredu Roy,,
&: cette
diversité
de Louanges
,
fit un agréable effet:
dans uneAssemblée remplie
d'admiration sté. pour Sa Maje- On partit de chez M' l'Intendant sur les quatre heures, pour serendre àl'Eglise
des Jacobins, ou tous les Corps estoient convoquez
par l'ordre de Messieurs
de Ville qui avoient eu soim
qu'elle fliiè parée magnifiquement.
Le Pere Fejacq,
Prieur de ce Monastere fît:
en François l'Eloge du Roy
avec beaucoup de délicatesse
& d'esprit.Onavoit chan-
~te auparavant un excellente
Moret, composé de Pana.
ges des Pseaumes
,
5c des
Cantiques de la Sainte Ecriture
,
où l'on voit comme
une Prophetie, & une peinture
des grandes Victoires
que le Roy a remportées, ôc
des merveilles de son Regne;
de forte que le Peuple charmé
par cette Musique
,
&
animé par l'éloquence de
l'Orateur, se trouva comme
transporté quand Mr l'Evesque
entonna le Te Deum:&
dans le mesme ravissement,
il courutà la Place Royale:
où le Feu de joye estoit préparé.
Mr l'Intendant avoit
assisté à cette Ceremonie
avec le Presidial. Mr de Se
grais de l'Académie Françoise
,
premier Echevin, si
connu par son mericcôe par
ses Ouvrages, le vint prier
avec l'Hôtel de Ville de se
mettre à leur teste pour allumer
ce Feu. On marcha vers
la Place. Les Trompettes,
les Tambours, l'Huissier de
la Ville paré de sa Cotte
d'Armes de velours, & ses
Sergens ornez d'Echarpes de
ses livrées, précedoient la
marche. La Bourgeoisie
estoit fous les Armes au tour
de la Place, & laissoit un.
grand espace libre aux environs
du Feu &delaStauë.
CetteStatuë qui est l'ouvrage
d'un Sculpteur deCaën,
ef); admirée des plus habiles.
Elle est haute de huit
pieds, élevée sur unPiedestal
de douze. Quatre petites
Figures y tiennent sur laCorniche
les Armes yôcla Devise
du Roy meslées de differens
Trophées. Les Inscriptions
Latines & Françoises,
font gravées en Lettres d'or
sur quatregrandes tables de
.Marbre noir,&sont dignes *o
d'une Ville qui est en poiret
sionde donner à la France
d'excellens Poëtes. On fit
deux fois le tour de la Statuë
avec des cris de Vive le R.<ry,
dont toute la Ville retentifsoit,
& avec les mesmes acclamations,
on alluma le
Feu en la maniere accoutumée.
Les Compagnies des
Bourgeoisfirent trois décharges
,& le Château fit répondre
toute son Artillerie..
Mrs de l'Hôtel de Ville,
avoientchoisy la plus belle
Maison de la Place, pour y
recevoir les Dames.Madame
l'Intendante s'y estoit déja
renduë avec toutes les Personnes
de qualité. Une Salle
estoit ornée pour le Bal; une
magnifique Collation estoit
servie dans l'autre, sur plusieurs
Tables à l'entour des
murailles
,
& les Buffets
estoient dressez dans la troisiéme
où l'on pouvoitchoisir
toutes fortes de liqueurs
& de rafraichissemens. Il n'y
avoit point de Dame qui ne
fust invitée,& le bruit de la
Festeavoit attiré de toutes
ppaarrttss,,ttoouuttce qu'il yyaa de bb~ell--
les & de jeunes personnes. p
La joye
;
La joye & la multitude faisoient
quelque forte de confusion
; mais il n'y eut point
de desordre. En quitant les
Tables, on fut appelle aux
Fenestres par une quantité
de Fusées volantes qui partirent
du milieu de la Place.
Ce n'estoit que le prélude
d'un Feu d'artifice préparé
par l'ordre de la Ville, qui
jugea ne devoir rien épargner
pour honorer par cette
Feste un Roy à qui elle est
redevable de son bonheur.
Ce Feu occupa les Spectateurspendant
trois quarts
d'heure, &euttout leluecés
que l'on en pouvoit attendre.
Dés qu'il fut finy, le
Bal commença, & dura toute
la nuit. La Maison de Mr,
de Segrais est dans la mefine
Place, & l'Academie s'y assemble
ordinairement. Ce
qu'il y a en cette Ville-là de
Personnes distinguées par
leur Sçavoir, & par l'amour
des belles Lettres, yviarent
voir le Feu, & y trouverent
un Souper, dont ils ne purent
assez louer l'abondance & la
propreté. La Ville étoit toute
éclairée. On avoit porté
des lumieres jusques au haut
:des Clochers, & les Maisons
paroiubientenreu. Celle de
Mr de Morangis estoit éclairée
dedans & dehors,& deux
Fontaines de vin coulerent
devant sa porte pendant toute
la nuit. L'Illumination la
plus agreable se ni autour de
la Statue. Le dessein en étoit
ingenieux. Une Clôture de 4
fer haute de huit piedsrcgne
* tout à l'entour,à six pieds de
diltance de la baze du Picdef
tal. Cette Cloture étoit chargée
de Lampes,qui reprefentoient
des Lys, des Couronnes,
les Chiffres & la Devise
de Sa Majesté, & faisoient
paroistre la Statuë commeen
plein jour. Mais rien n'est
comparable à la joye qui se
répandit dans toute la Ville.
Les ruës estoient remplies de
Tables. On y avoit fait des
Berceaux & des Cabinets de
verdure qui estoient éclairez
d'une infinité de lumieres.
Chacun s'efforçait de se réjoüir
avec ses Amis & ses
Voisins. Le jour en trouva
beaucoup à table; & ce que
l'on ne croira qu'avec peine,
la Diicorde qui trouve toû-
*
jours quelque place dans ces
Assemblées extraordinaires,
fut entièrement bannie de
cette Feste. Malgrél'excès
de la bonne.chere,& l'émulation
à qui feroit voir plus
de z.ele, de joye
3
& melme
d'emportement, il n'y eut
pas la moindre dissentionny.
-l'a moindre querelle. Tous
ne sembloient animez que:
d'un mesme esprit. Le Roy
seulles occupoit toui-S& l' op:
ne parloit que de ses Victoires,
de sesgrandes Qualitez^
&de boire à sa Santé, en luy
souhaitant de longues &
heureusesannées.
Voicy les Inscriptions qui
font gravées sur le Piedestal. :'
Sur la premiere face on lit ce
Madrigal, qui cft de Mr de !
Segmis. jj
A ACette Augufle MajeFié, j
A cette héroïque fierté,
1
ReconnoiJ]ez>,racesfutures,j LoZJlS Roj, lutte & ContffJe.
rant.
L'H¡!foire vous dira par quelles avantures
if-.
Il„ merita le Nom de Grand.
Sur la feconde face à la droite
du Roy, cft ce Distiquecompo. !
fé par une personne de qualité,j
qui cache soisnom.,
.M1
jdsig&usC^fareA*L0D01Xjure Im.
perar rrbi; *
Tortuna
,
fctis,peclercCoefarndtft*
> Sur la troisième face à la gauche
du Roy, on lit cette Epigramme
de Mr de la Motte, Lieutenant
General à Caën.
1
fCivis opusifâtriufquelapisfiât Ré-
1 glatnagni•
Trinùpisfffigics, publica cura fuit.
Sicmemorisaxo, LODOIX, tua crei
dimus ora;
DurciutaternumcoditmVrbis amer.
1
Sur la.quatrième face est cette
InfcriptïBn à l'antique, faire par
MrduTôtFerrare,Conseillerail
,
Parlement de Rouen, un des pre-
J *Cadomus,Caenj quali Caij Caesaris domus.-
miers Hommes de ce Siecle en ce
genre d'écrire.
LVDOVICO
Triumphatiskoflibus, anïïo itnperio
pacifto orbe, veclltigalibnsrcmlffis,
pio, felici, semper augHf/o.
REGIS MAXIMI.
Devota meritis,fecura viSioriis ;
oeterna fidei monumentnm
unô corde, multipltci nomine.
Civitas Cadomenfis -
posuit 1685.
marquer son zele, en faisant
élever une Statue à Sa Majesse.
Celas'estfait l'éclat avec tout & toutes les démonstrations
dejoye, qu'un Peuple
qui aime son Prince, &
qui est ardent pour sa gloire,
est capable de montrer.
Cette Statuë fut élevée le
5 de
Septembre dans la grande
Place de la Ville. On avoir
choisy ce jour, qui estoit ce..-
luy de la Naissance du Roy,
pour rendre cette Cérémonie
plus auguste. Dés le poinct
du jour les Trompettes, les
Tambours,&les Hautsbois,
lx. bien tost apres, le Carril-
Ion de toutes les Cloches, &
le. Canon du Château
, anoncerent
cette Feste qu'on
attendoit avec tant dJÜllPÍb
tience. L'ordre avoit esté
donné que les ruës fussent
nettes, & les Boutiques fermées
,
& l'on se rendit en
foule dans l'Eglise des Cordeliers.
Messieurs de l'Université
qui voulurent se Signaler
,
avoient élevé sur le
Frontispice du premier Portail
une Pyramide fort haute,
chargée de Devises & de
Trophées, avec le Portrait
du Roy environnéd'Emblémes
,
qui exprimoient les
principales Actions de Sa
Majesté. Ils avoient orné le
Choeur & la Ne*f des plus
belles Tapisseries. Les Abbayes
voisines qui sont grand nombre, en sont de leur
Corps, ainsi que les principaux
Magistrats, & les Religieux
de la Ville. Tout, fut
convoqué
, & la Messe du
Saint Esprit, par laquelle on
crût devoir commencer, fut
précédée d'une Procession
que le nombre & la gravité
de tant de personnes Doctes,
la diversité des Habits & des
Ornemens ,
& l'ordreexactement
observé
,
rendirent
solemnelle& venerable. Mr
l'Evesque de Bayeux, Chancelier
de cette Illustre Compagnie
,
officiaPontificalement.
Au milieu de la Me(Te
Mr Maloüin Recteur, en son
Habit deCeremonie, prononça
en Latin le Panegyri1
quedu Roy,avec beaucoup
de force & d'éloquence. On
| y avoit invité le Corps de :, Ville, un des plus confiai
rables du Royaume
, par la noble Prérogative, qu'on
re
peut élire que des Gentilshommes,
pour ses Echevins. premiers. La NobiuTeen;
grand nombre s'estoit rer due à cette Feste
; & il nÇ
avoit personne qui ne se sult
paré pour l'honorer, Mr de~ Morangis
,
Intendant de la Généralité
, traitta cette grande Compagnie, avec b
unemagnificenc,.e1 & une »0- ">
litesse extraordinaire. 11 a;
conçu le premier le dessèin*
d'élever cette Statuë. Il l'a j
fait agréer à Sa Majesté, & ¡
voyant l'allegressègénérale,.»
il déclara que tous les ans il
.,- vouloit solemniser ce jour»
La Ville & l'Université s'y
engagerent avec la mesme
ardeur. Un Concert de Voix
& d'Instrumens suivit ce repas
plein de joye. On n'y
chanta que des endroits
choisis dans les Prologues<
desOperaàla gloiredu Roy,,
&: cette
diversité
de Louanges
,
fit un agréable effet:
dans uneAssemblée remplie
d'admiration sté. pour Sa Maje- On partit de chez M' l'Intendant sur les quatre heures, pour serendre àl'Eglise
des Jacobins, ou tous les Corps estoient convoquez
par l'ordre de Messieurs
de Ville qui avoient eu soim
qu'elle fliiè parée magnifiquement.
Le Pere Fejacq,
Prieur de ce Monastere fît:
en François l'Eloge du Roy
avec beaucoup de délicatesse
& d'esprit.Onavoit chan-
~te auparavant un excellente
Moret, composé de Pana.
ges des Pseaumes
,
5c des
Cantiques de la Sainte Ecriture
,
où l'on voit comme
une Prophetie, & une peinture
des grandes Victoires
que le Roy a remportées, ôc
des merveilles de son Regne;
de forte que le Peuple charmé
par cette Musique
,
&
animé par l'éloquence de
l'Orateur, se trouva comme
transporté quand Mr l'Evesque
entonna le Te Deum:&
dans le mesme ravissement,
il courutà la Place Royale:
où le Feu de joye estoit préparé.
Mr l'Intendant avoit
assisté à cette Ceremonie
avec le Presidial. Mr de Se
grais de l'Académie Françoise
,
premier Echevin, si
connu par son mericcôe par
ses Ouvrages, le vint prier
avec l'Hôtel de Ville de se
mettre à leur teste pour allumer
ce Feu. On marcha vers
la Place. Les Trompettes,
les Tambours, l'Huissier de
la Ville paré de sa Cotte
d'Armes de velours, & ses
Sergens ornez d'Echarpes de
ses livrées, précedoient la
marche. La Bourgeoisie
estoit fous les Armes au tour
de la Place, & laissoit un.
grand espace libre aux environs
du Feu &delaStauë.
CetteStatuë qui est l'ouvrage
d'un Sculpteur deCaën,
ef); admirée des plus habiles.
Elle est haute de huit
pieds, élevée sur unPiedestal
de douze. Quatre petites
Figures y tiennent sur laCorniche
les Armes yôcla Devise
du Roy meslées de differens
Trophées. Les Inscriptions
Latines & Françoises,
font gravées en Lettres d'or
sur quatregrandes tables de
.Marbre noir,&sont dignes *o
d'une Ville qui est en poiret
sionde donner à la France
d'excellens Poëtes. On fit
deux fois le tour de la Statuë
avec des cris de Vive le R.<ry,
dont toute la Ville retentifsoit,
& avec les mesmes acclamations,
on alluma le
Feu en la maniere accoutumée.
Les Compagnies des
Bourgeoisfirent trois décharges
,& le Château fit répondre
toute son Artillerie..
Mrs de l'Hôtel de Ville,
avoientchoisy la plus belle
Maison de la Place, pour y
recevoir les Dames.Madame
l'Intendante s'y estoit déja
renduë avec toutes les Personnes
de qualité. Une Salle
estoit ornée pour le Bal; une
magnifique Collation estoit
servie dans l'autre, sur plusieurs
Tables à l'entour des
murailles
,
& les Buffets
estoient dressez dans la troisiéme
où l'on pouvoitchoisir
toutes fortes de liqueurs
& de rafraichissemens. Il n'y
avoit point de Dame qui ne
fust invitée,& le bruit de la
Festeavoit attiré de toutes
ppaarrttss,,ttoouuttce qu'il yyaa de bb~ell--
les & de jeunes personnes. p
La joye
;
La joye & la multitude faisoient
quelque forte de confusion
; mais il n'y eut point
de desordre. En quitant les
Tables, on fut appelle aux
Fenestres par une quantité
de Fusées volantes qui partirent
du milieu de la Place.
Ce n'estoit que le prélude
d'un Feu d'artifice préparé
par l'ordre de la Ville, qui
jugea ne devoir rien épargner
pour honorer par cette
Feste un Roy à qui elle est
redevable de son bonheur.
Ce Feu occupa les Spectateurspendant
trois quarts
d'heure, &euttout leluecés
que l'on en pouvoit attendre.
Dés qu'il fut finy, le
Bal commença, & dura toute
la nuit. La Maison de Mr,
de Segrais est dans la mefine
Place, & l'Academie s'y assemble
ordinairement. Ce
qu'il y a en cette Ville-là de
Personnes distinguées par
leur Sçavoir, & par l'amour
des belles Lettres, yviarent
voir le Feu, & y trouverent
un Souper, dont ils ne purent
assez louer l'abondance & la
propreté. La Ville étoit toute
éclairée. On avoit porté
des lumieres jusques au haut
:des Clochers, & les Maisons
paroiubientenreu. Celle de
Mr de Morangis estoit éclairée
dedans & dehors,& deux
Fontaines de vin coulerent
devant sa porte pendant toute
la nuit. L'Illumination la
plus agreable se ni autour de
la Statue. Le dessein en étoit
ingenieux. Une Clôture de 4
fer haute de huit piedsrcgne
* tout à l'entour,à six pieds de
diltance de la baze du Picdef
tal. Cette Cloture étoit chargée
de Lampes,qui reprefentoient
des Lys, des Couronnes,
les Chiffres & la Devise
de Sa Majesté, & faisoient
paroistre la Statuë commeen
plein jour. Mais rien n'est
comparable à la joye qui se
répandit dans toute la Ville.
Les ruës estoient remplies de
Tables. On y avoit fait des
Berceaux & des Cabinets de
verdure qui estoient éclairez
d'une infinité de lumieres.
Chacun s'efforçait de se réjoüir
avec ses Amis & ses
Voisins. Le jour en trouva
beaucoup à table; & ce que
l'on ne croira qu'avec peine,
la Diicorde qui trouve toû-
*
jours quelque place dans ces
Assemblées extraordinaires,
fut entièrement bannie de
cette Feste. Malgrél'excès
de la bonne.chere,& l'émulation
à qui feroit voir plus
de z.ele, de joye
3
& melme
d'emportement, il n'y eut
pas la moindre dissentionny.
-l'a moindre querelle. Tous
ne sembloient animez que:
d'un mesme esprit. Le Roy
seulles occupoit toui-S& l' op:
ne parloit que de ses Victoires,
de sesgrandes Qualitez^
&de boire à sa Santé, en luy
souhaitant de longues &
heureusesannées.
Voicy les Inscriptions qui
font gravées sur le Piedestal. :'
Sur la premiere face on lit ce
Madrigal, qui cft de Mr de !
Segmis. jj
A ACette Augufle MajeFié, j
A cette héroïque fierté,
1
ReconnoiJ]ez>,racesfutures,j LoZJlS Roj, lutte & ContffJe.
rant.
L'H¡!foire vous dira par quelles avantures
if-.
Il„ merita le Nom de Grand.
Sur la feconde face à la droite
du Roy, cft ce Distiquecompo. !
fé par une personne de qualité,j
qui cache soisnom.,
.M1
jdsig&usC^fareA*L0D01Xjure Im.
perar rrbi; *
Tortuna
,
fctis,peclercCoefarndtft*
> Sur la troisième face à la gauche
du Roy, on lit cette Epigramme
de Mr de la Motte, Lieutenant
General à Caën.
1
fCivis opusifâtriufquelapisfiât Ré-
1 glatnagni•
Trinùpisfffigics, publica cura fuit.
Sicmemorisaxo, LODOIX, tua crei
dimus ora;
DurciutaternumcoditmVrbis amer.
1
Sur la.quatrième face est cette
InfcriptïBn à l'antique, faire par
MrduTôtFerrare,Conseillerail
,
Parlement de Rouen, un des pre-
J *Cadomus,Caenj quali Caij Caesaris domus.-
miers Hommes de ce Siecle en ce
genre d'écrire.
LVDOVICO
Triumphatiskoflibus, anïïo itnperio
pacifto orbe, veclltigalibnsrcmlffis,
pio, felici, semper augHf/o.
REGIS MAXIMI.
Devota meritis,fecura viSioriis ;
oeterna fidei monumentnm
unô corde, multipltci nomine.
Civitas Cadomenfis -
posuit 1685.
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Résumé : Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
Le 5 septembre, la ville de Caen a célébré la naissance du roi par l'érigement d'une statue en son honneur sur la grande place de la ville. La cérémonie, marquée par des démonstrations de joie et de loyauté, a débuté à l'aube avec des trompettes, tambours, hautbois, carillons et canons. Les rues étaient nettoyées et les boutiques fermées, et la population s'est rassemblée à l'église des Cordeliers. L'Université avait décoré le frontispice avec une pyramide ornée de devises, trophées et portraits du roi, ainsi que le chœur et la nef avec des tapisseries. Les abbayes voisines, magistrats et religieux ont également participé à la célébration. Une procession solennelle a précédé la messe du Saint-Esprit, suivie d'un panégyrique du roi en latin par le recteur Malouin. L'intendant Morangis, à l'origine de l'idée, a traité les invités avec magnificence. Après un concert et un repas, une procession s'est rendue à l'église des Jacobins où le père Fejacq a prononcé un éloge du roi. Le peuple, charmé par la musique et l'éloquence, a chanté le Te Deum avant de se rendre à la place royale pour allumer un feu de joie. La statue, œuvre d'un sculpteur local, mesure huit pieds de haut sur un piédestal de douze pieds, et est entourée de figures et d'inscriptions en latin et français. Des cris de 'Vive le roi' ont retenti, et des épigrammes et inscriptions latines ont été gravées sur des tables de marbre noir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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970
p. 32-43
Harangue faite au Roy par Mr le Recteur de l'Université. [titre d'après la table]
Début :
Le 2. de Septembre, Mr Berthe, Recteur de l'Université, alla [...]
Mots clefs :
Recteur de l'Université, Versailles, Doyens de la faculté, Cérémonies, Thèse, Harangue, Honneur, Hommage, Jugement, Règne, Héros, Nations, Empereur, Hérésie, Louis le Grand, Couronne, Estime, Affection, Sa Majesté, Monseigneur le Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harangue faite au Roy par Mr le Recteur de l'Université. [titre d'après la table]
Le 1. de Septembre, Mr
Berthe, Relieur de l'Univerfité,
alla à Versailles, accompagné
des Procureurs
des Quatre Nations, des
Doyens des Facultez,& de
tous les autres Officiers qui
representent ce Corps. Ils le
revétirent de leurs Habits de
Ceremonie dans l'undes
Appartenons du Chasteau,
oùMr Colbert de Croissy
vint les prendre pour les mener
à l'Audience du Roy. Mr
Berthe presentaàSaMajefté
une These en maniéré de
Tableau avec une Bordure,
& luy fit cette Harangue. sIRE,
Au milieu des jufles emprejjemens
que toute la Terre témoignepourVous
rendre des bonjonne
le Prince & le Heros parfait,
que l'idéenavoit encorefctn
feindre. Tout -vous cede sans refinance3
tout 'vous rêujjitsans disgrace
, toutvous obéit sans repugnance.
Vous avek la dcflinée des
Hommes dans vos mains, toutes
les Nations à vos pieds; voftrc
gloire croisstoujours}quoy que l'on
pense toujoursquelle ne puisse
plus croif/re
J & on Vous "Voit
tout à lafop's sans l'extrémité de
toutes les Vertus, au comble de
toute forte de vrays Grandeur,
&parvofîre moderation au dessus
de Vous-mejrme. Tout ce l-c
pourtant^SIRE9eflpeudechose
neurs , que jamaisaucun Prince
n'a mérité ny receus que Vous>
t'Universite vient de
ta
maniéré laplusJolemnelle rendre a Voflre
Majefié les fournijjtons qui luy
fontdeuësi & parun hommage
auli juflequenouveau,autborifer
dans tous les Siecles à venir,
le Jugement universel du noflre;
que comme ce monde n'eut jamais
un si digne & si grand Maifire
que Vous
,
jamais aujJi ÏEglife
neut un si zelé & si puijjant
Proteéleur. En effet, SIRE, ou
trou'vera-t-on un Regnefembla-
Me au voflre ,' VoflreMajeflé
nous montre en Jon augufle Perpour
Vostre Majesté, si l'Eglise
nen recueille lesfruits. Vous ne
compte pour rien, que Républiques}
Princes, Rois, Empereurs,
soientoblige^ de fmvre le Char
de vofire Triomphe, s'il n'cft fuityen
merme temps de la foule
innombrable de ceux, que VIHSgagnez
tous les jours au Sauveur
du monde.VoOre bras ne trouvantplus
dequJoy s'occupersur la
Terre, va par d'ijqpocens moyens
arracheraux puissances de l'En-
fer vos Sujetsquellestyranni- -
[ent;@r met enfin autombeau
cette indômptableHeresie, qui
tJfoitnéefOus le Règne des Rois
Itlos PrédecejJèurs. C'est ce quifait
dire avec juflice, qu'on ne ffau.
yoitplus presentement trouverque sur les Autels, un encens aiez digne
de brûlersurvoflre Thrône
aprés , que voflre Religion a con- ficre à Dieu le monde que voflre
valeurs'efloitfournis. Maïs sess
moins par les paroles que par les
aélions,SIRE,iue nous cherchons
a sîgnaler nostreKele pour lagloire
de Foflre Majesté. LOVIS
LE GRAND es1 à la teste de
tous nos discours ; il consacre sans
cesse & nos bouches & nos plumes
; il occupe continuellement nos
reflexions& nos études. La prerniere
Leçon que nous donnons
dans nos Ecoles à la Jeuneffi de
fion Empire>cess de luy apprendre
la fidelité inviolable quelle
doit au meilleur& au plus grand
Prince qui fut jamais;siaujourd'huy
nous vous offrons.
SIR.EJ ces mesmes armes de lumières
,avec lesquelles nos ?cres
ont défendu les faintes Libertez
de vofire Eghfe3 & la supréme
indépendance de voflre Couronne,
cessmoinspourprotefierau Chriflianifme
ce qu'il ne peut ignorer,
que nous consèrvons toujours leurs
fermes&religieuxfentimensyque
fourmarquer a toute la Terre qui
.nos coeurs vousfont encore plus
dévoile^ comme au plus parfait
des hommes, que nos personnes ne
*vousfontfotknifes comme au plus
puijjant desRois. Mousne dirons
rien, SIRE, à Voïïre Majefîé,
de ce que nous avens rJlé, & de
ce que nous sommes; trop contens
de vous eflrefidelles, & trop glorieusement
recompensèz de nojlre
fidelité si elle vous est agreable
&si , vous daigne nous regarder,
pmfiquesemblable encore en cela,
au Soleil3 qui par un de fies rayons
rendoit à cette fameuse Image de
l'antiquité le mouvement & U
vie3 vous nous fere%revivre
par vn seul de vos regards.
Sa Majesté parut estre fort
contente du Discours de Mr
Berthe, & luy fit l'honneur
de luy donner des marques
de son estime &de son affection,
tant pour le Corps que
pour sa Personne particulière.
Au sortir de l'Audience
du Roy, l'Univerfite alla à
l'Appartement de Monfeigneur
le Dauphin, de Madame
la Dauphine, de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
deMonfeigneur leDuc d'Anjou
, de Monsieur & de Madame.
M' Berthe les harangua
tous d'une maniéré, qui
lUy- attira 1applaudiiTèment
de toute la Cour. M l'A;--
chevefque de Paris accompagna
l'Ùuniverfité das toutes
ces Audiences; Jamais on
ne l'aveu marquer plus de
zele qu'il en fit paroistre en-:
cette occasion, pour Fiions
neurde cette Compagnie,; qui quoy que fort illustre
par elle-mefine, ne laHTapasî
deremarquer jenesçay quel-
Je estime extraordinaire ré-v
panduë par tout pour elle ,,,
qu'ellene pouvoir attribuer"
qu'à la presencede ce orand ;
Prélat. Il presida lejourduel'on
soûtintcetteThese. Ce
fut le Jeudyvingtième du:
mesme mois. C'elloir une
Mineure ordinaire dédiée au
Roy. L'Université,quivouloit
témoigner à sa Majesté
sonattachement confiant 8c
inviolable à l'ancienne & : perpetuelle Dodrine qu'elle:
a toujours professee touchant
3 la PuissànceEcclesiastique,
conformément ( aux Libertez
de l'Eglise Gallicane, ne se
contenta pas d'autoriser par
sa presence une action si fin-
-. guliere; mais elle voulut en—.
core? afin que l'on fuÍV plus
asseuré qu'elle parloit par/l1a
bouche de son Recteur, que
Mr Berthe répondist non
comme un particulier &
avec quelques marques de
soumiss,ion, mais en Chef&
en Maistre. Il faisoit connoître
saDignité par la fourrure
dont il estoit revestu. Cet
Acte se fit avec grand éclat,
&il s'y trouva un tres-grand
nombre de Personnes illustres
de tous les Ordres, pour
y rendre en quelque maniere
toute la France prefenre.
Berthe, Relieur de l'Univerfité,
alla à Versailles, accompagné
des Procureurs
des Quatre Nations, des
Doyens des Facultez,& de
tous les autres Officiers qui
representent ce Corps. Ils le
revétirent de leurs Habits de
Ceremonie dans l'undes
Appartenons du Chasteau,
oùMr Colbert de Croissy
vint les prendre pour les mener
à l'Audience du Roy. Mr
Berthe presentaàSaMajefté
une These en maniéré de
Tableau avec une Bordure,
& luy fit cette Harangue. sIRE,
Au milieu des jufles emprejjemens
que toute la Terre témoignepourVous
rendre des bonjonne
le Prince & le Heros parfait,
que l'idéenavoit encorefctn
feindre. Tout -vous cede sans refinance3
tout 'vous rêujjitsans disgrace
, toutvous obéit sans repugnance.
Vous avek la dcflinée des
Hommes dans vos mains, toutes
les Nations à vos pieds; voftrc
gloire croisstoujours}quoy que l'on
pense toujoursquelle ne puisse
plus croif/re
J & on Vous "Voit
tout à lafop's sans l'extrémité de
toutes les Vertus, au comble de
toute forte de vrays Grandeur,
&parvofîre moderation au dessus
de Vous-mejrme. Tout ce l-c
pourtant^SIRE9eflpeudechose
neurs , que jamaisaucun Prince
n'a mérité ny receus que Vous>
t'Universite vient de
ta
maniéré laplusJolemnelle rendre a Voflre
Majefié les fournijjtons qui luy
fontdeuësi & parun hommage
auli juflequenouveau,autborifer
dans tous les Siecles à venir,
le Jugement universel du noflre;
que comme ce monde n'eut jamais
un si digne & si grand Maifire
que Vous
,
jamais aujJi ÏEglife
neut un si zelé & si puijjant
Proteéleur. En effet, SIRE, ou
trou'vera-t-on un Regnefembla-
Me au voflre ,' VoflreMajeflé
nous montre en Jon augufle Perpour
Vostre Majesté, si l'Eglise
nen recueille lesfruits. Vous ne
compte pour rien, que Républiques}
Princes, Rois, Empereurs,
soientoblige^ de fmvre le Char
de vofire Triomphe, s'il n'cft fuityen
merme temps de la foule
innombrable de ceux, que VIHSgagnez
tous les jours au Sauveur
du monde.VoOre bras ne trouvantplus
dequJoy s'occupersur la
Terre, va par d'ijqpocens moyens
arracheraux puissances de l'En-
fer vos Sujetsquellestyranni- -
[ent;@r met enfin autombeau
cette indômptableHeresie, qui
tJfoitnéefOus le Règne des Rois
Itlos PrédecejJèurs. C'est ce quifait
dire avec juflice, qu'on ne ffau.
yoitplus presentement trouverque sur les Autels, un encens aiez digne
de brûlersurvoflre Thrône
aprés , que voflre Religion a con- ficre à Dieu le monde que voflre
valeurs'efloitfournis. Maïs sess
moins par les paroles que par les
aélions,SIRE,iue nous cherchons
a sîgnaler nostreKele pour lagloire
de Foflre Majesté. LOVIS
LE GRAND es1 à la teste de
tous nos discours ; il consacre sans
cesse & nos bouches & nos plumes
; il occupe continuellement nos
reflexions& nos études. La prerniere
Leçon que nous donnons
dans nos Ecoles à la Jeuneffi de
fion Empire>cess de luy apprendre
la fidelité inviolable quelle
doit au meilleur& au plus grand
Prince qui fut jamais;siaujourd'huy
nous vous offrons.
SIR.EJ ces mesmes armes de lumières
,avec lesquelles nos ?cres
ont défendu les faintes Libertez
de vofire Eghfe3 & la supréme
indépendance de voflre Couronne,
cessmoinspourprotefierau Chriflianifme
ce qu'il ne peut ignorer,
que nous consèrvons toujours leurs
fermes&religieuxfentimensyque
fourmarquer a toute la Terre qui
.nos coeurs vousfont encore plus
dévoile^ comme au plus parfait
des hommes, que nos personnes ne
*vousfontfotknifes comme au plus
puijjant desRois. Mousne dirons
rien, SIRE, à Voïïre Majefîé,
de ce que nous avens rJlé, & de
ce que nous sommes; trop contens
de vous eflrefidelles, & trop glorieusement
recompensèz de nojlre
fidelité si elle vous est agreable
&si , vous daigne nous regarder,
pmfiquesemblable encore en cela,
au Soleil3 qui par un de fies rayons
rendoit à cette fameuse Image de
l'antiquité le mouvement & U
vie3 vous nous fere%revivre
par vn seul de vos regards.
Sa Majesté parut estre fort
contente du Discours de Mr
Berthe, & luy fit l'honneur
de luy donner des marques
de son estime &de son affection,
tant pour le Corps que
pour sa Personne particulière.
Au sortir de l'Audience
du Roy, l'Univerfite alla à
l'Appartement de Monfeigneur
le Dauphin, de Madame
la Dauphine, de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
deMonfeigneur leDuc d'Anjou
, de Monsieur & de Madame.
M' Berthe les harangua
tous d'une maniéré, qui
lUy- attira 1applaudiiTèment
de toute la Cour. M l'A;--
chevefque de Paris accompagna
l'Ùuniverfité das toutes
ces Audiences; Jamais on
ne l'aveu marquer plus de
zele qu'il en fit paroistre en-:
cette occasion, pour Fiions
neurde cette Compagnie,; qui quoy que fort illustre
par elle-mefine, ne laHTapasî
deremarquer jenesçay quel-
Je estime extraordinaire ré-v
panduë par tout pour elle ,,,
qu'ellene pouvoir attribuer"
qu'à la presencede ce orand ;
Prélat. Il presida lejourduel'on
soûtintcetteThese. Ce
fut le Jeudyvingtième du:
mesme mois. C'elloir une
Mineure ordinaire dédiée au
Roy. L'Université,quivouloit
témoigner à sa Majesté
sonattachement confiant 8c
inviolable à l'ancienne & : perpetuelle Dodrine qu'elle:
a toujours professee touchant
3 la PuissànceEcclesiastique,
conformément ( aux Libertez
de l'Eglise Gallicane, ne se
contenta pas d'autoriser par
sa presence une action si fin-
-. guliere; mais elle voulut en—.
core? afin que l'on fuÍV plus
asseuré qu'elle parloit par/l1a
bouche de son Recteur, que
Mr Berthe répondist non
comme un particulier &
avec quelques marques de
soumiss,ion, mais en Chef&
en Maistre. Il faisoit connoître
saDignité par la fourrure
dont il estoit revestu. Cet
Acte se fit avec grand éclat,
&il s'y trouva un tres-grand
nombre de Personnes illustres
de tous les Ordres, pour
y rendre en quelque maniere
toute la France prefenre.
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Résumé : Harangue faite au Roy par Mr le Recteur de l'Université. [titre d'après la table]
Le 1er septembre, Monsieur Berthe, relieur de l'Université, accompagné des procureurs des Quatre Nations, des doyens des facultés et d'autres officiers universitaires, se rendit à Versailles. Revêtus de leurs habits de cérémonie, ils furent reçus par Monsieur Colbert de Croissy qui les mena à l'audience du roi. Monsieur Berthe présenta une thèse sous forme de tableau et prononça une harangue en l'honneur du roi, soulignant ses vertus et ses accomplissements. Il exprima la soumission et l'admiration de l'Université envers le roi, le comparant à un héros parfait et protecteur de l'Église. Le roi manifesta sa satisfaction et montra des marques d'estime et d'affection envers Monsieur Berthe. Après l'audience royale, l'Université visita les appartements du Dauphin, de la Dauphine, du Duc de Bourgogne, du Duc d'Anjou, de Monsieur et de Madame, où Monsieur Berthe prononça également des harangues, recevant les applaudissements de la cour. L'archevêque de Paris accompagna l'Université lors de ces visites, démontrant un zèle exceptionnel. Le 20 septembre, une thèse mineure ordinaire dédiée au roi fut soutenue. L'Université, désireuse de montrer son attachement à la doctrine ecclésiastique et aux libertés de l'Église gallicane, autorisa cet acte et désigna Monsieur Berthe comme chef et maître, identifiable par sa fourrure. La cérémonie se déroula avec grand éclat et en présence de nombreuses personnalités illustres représentant divers ordres, symbolisant ainsi toute la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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971
p. 55-75
Prix de l'Arquebuze. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, Madame, que le Roy donnant sa protection aux [...]
Mots clefs :
Prix, Compagnies, Chevalier, Provinces, Honneur, Duc, Maréchal, Arquebusiers, Officiers, Instruments, Procession, Symphonie, Chant, Messe, Marquis, Capitaine, Architecture, Monseigneur le Dauphin, Devises, Sonnet, Gloire, Illustre, Chevalier, Lauriers, Armes, Grandeur, Épée, Suffrages, Piédestal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Arquebuze. [titre d'après la table]
Vous sçavez, Madame,,
que le Roy donnant saprotection
aux Exercices quiont
quelque chose de mar- tial, accorde de temps en temps des permiffons de tirerdes
Prix entre les Compagnies
de l'Arquebuze du
Royaume, & aux Chevaliers.
des Villes, de s'assembler en
celle quiareceu le Bouquet
par le fy^Frage des Bandes.
Comme il y aune Association
ancienne entre les Provinces
de Brie, Champagne,
8c Soissonnois pour cet Exercice,
la Ville deSezanne, limitrophe
des deux premières
,
eutl'honneur du Bouquet
en la Ville d'Epernay
au mois de Juin 1685. & le rendit
au commencement du
mois passé, en vertu de Lettres
Patentes, & après que
Sa Majesté se fut expliquée
sur la concurrence de ceux
de Vitry, au rapport de Mr
le Maréchal Duc de Vivon..,,
ne, Gouverneur des mesmes
Provinces de Brie & de Chapagne,
& de Mr de Croitry"c
Secretaire d'Estat du Département.
LesMandemensimprimez
ayant elle envoyez
à toutes les Villes associées,
qui ont de semblables Compagnies
d'Arquebuziers, la
pluspart se rendirent à Sezanne,
le Samedy premier
de Septembre. Les Chevaliers
de la Ville en deux bandes
, l'une de cheval, & l'autre
de pied, leurs Officiers
a leur telte avec les Guidon
& Enseigne; Trompettes,
Tambours, Fifres,Violons
&Hautbois, tous fort lestes
& en bon ordre, allerent devant,àmesure au que leGuet
qu'on avoit mis sur la Tour,
donnoit le Signal, & en huit
heures de temps on receut jusqu'à vingt-huitCompagniesdesVilles
Illandées,
sçavoir, de Reims, Chalons,
Meaux, Provins, Chasteauthierry,
Coulomniers,Crespy,
Noyon, la Ferté-Milon, Nogent
sur Seine, Epernay, Villenoce,.
Montmirail,Barbone.
ne y
Vertus, Arcies, &c. avec
les Presensordinaires de Vins
excellens,Jambons deMayéce
, & de Venaison. Le lendemain
au matin, les Compagnies
s'assemblerent en
l'Eglise des Cordeliers, qui.
est fort spacieuse
; ôcaprés
que l'on eut tiré la Marche
au fort, elles furent conduites
en Procession parlaVille,
& dans les endroits principaux
du dehors, ayant Mrle
Marquis de Pleurs,Bailly,
Capitaine & Gouverneur a
leur teste, suivy du Corps de
Ville. Elles marcherent au
bruitdes mesmes Instruments
de toutes les Bandes,qui faisoient
une symphonie ble agréa- par intervalles,& sans interruption
du Chant, avec plusieurs décharges deMouf
queterie. La ProcessîoneC<
tant faite,laMesse fut solemnellement
celebrée par Mr
Collot, Aumonier de laCompagnie
de Sezanne, l'Orgue,&quelquesMoatvetesc
chantez par de belles Voix
accompagnées d'lnllrtiinés.
Mrle Marquis dePleurs alla
à roHrande,câprés luyles
Cornetes & les Enfeicrnes
Yf
j*
avec leurs Guidons & leurs
Drapeaux. Apres le disner,
toutes les Compagnies passerent
en reveuë
,
& on exposa
les Prix, qui estoient d'environ
seize mille livres d'argen-
1terie de toutes pieces, comime
Bassins, grosses Eguieres,
&autres d'une Orphevrerie
exquise. Le soir M' de Villiers,
Capitaine de la Compagnie
de la Ville, regala la
pluspart desOfficiers desBan-
) des avec Mr de Pleurs, les
Magistrats & Officiers de
r Ville; ce qu'il continua tous
les jours avec une propreté
- & une profusion extraordinaire.
Ce Soupéfut suivy
d'un grand Bal, où toutes les
Dames, tant de la Ville que
des environs, se trouvèrent
fort parées. On servit ensuite
une magnifique Collation
dans vingtquatre grandsBasfins
, avec toutes fortes de
liqueurs & de rafraicl-ilffemens.
Le Lundy 3. de ce mois,
on se rendit à la Bute. C'est
un Pavillon d'une Architecture
fort délicate & moderne,
nouvellement basty exprés
pour le Prix. Dans la
SCrande Salle estoient les Arrimes
du Roy, de Monseiggneur
le Dauphin, de Monitièigneur
le Duc de Bourgogne
)
& de Monseigneur le
IDuc d'Anjou,avec des Devises.
Sous celle du Roy, on lisoit ces mots Latins, Media
de Pace triumphi; avec ce Sonmet,
dans lequel Sa,Majesté
parle aux Chevaliers.
> SONNET.
[1Cy du champ de Mtirs, on va
droit 4 la Gloire;
Vn rayon de la mienne y conduira,
vos pat,
Inspirera vos coeurs, animera, vos
bras,
.Et placeravos noms,prés du mien,
dans CHistoire.
Làpour eternifer voftte illufire mé- - moire
,
*
Déjàle Dieu Mercure a convié Pallasi
Elle tient le Burin, le Ciseau, le
Compas,
Prcfte decouronner deses mains la
Victoire.
Tout ce queurentjadisdeplus mïïjpjluetix
Olympie & corinthe,en leurs fupcr-
6es jeux
LA Paix l'ajîemble icy,mieux qu'aux
bords du Meandrt.
'-,)Vnpeu d'orgwelifîcdbien, dessous
mesjufiesLois;
Î.Etifq^elcjuUmefioitde Fhumeurd'A~
- lexandre,
99our dijputerles Prix, il trouvera
des Riis.
Pour l'intelligence de ce"
dernier Vers,on doit sçavoir
que chaque Compagnie de
- Chevaliers a/ sonRoy. Au-
Oteubus des Armes de Monseigneur
le Dauphin
,
onli-
Toitj L&ws innéctitolivoe.. LA Faix a fis Lauriers, M/S--
bien qfïe-la Gmrfei dits mijjemfins culture en ces bco-t-
- rcuxClimats,
Et sans craindre les Yents ,
les Soleils,
les Frir/htts,
On diroit que Sezanne efileur narale
Terre.
JjAdrejjè & la Valeur viennent de
toutes partsy
lufqu'aufein de la Faix, rechercher
le Dieu Mars,
Couchésur un fiifceau de Lauriers
& de Palmes.
Chevaliers, VOUA dit-il, LOVIS et s
ses raisons,
Et comme il fait luy fiul les temps l
troubles ou cAlmes,
Il veut que l'on en cueille en toutes i
les Saisons.
Au dessous des Armes de
Monseigneur leDuc deBourgogne,
Crescensadfulmina. cEformidable nom,fatal à tar.ï
d'Empires,
>
g™ deux Siecles entiers riont itifaire
eublitr,
> N'dpprehende atijourd'huj reproches
ny fI/ires,
L Etrenaissant en moyria rien encor
defier.
) On minflruit douctment amaniey Ufoudre
L.Auprès de mon Ayeul, le plmçrar.d
des Humains,
L Tourriavoirpas de peine un jour a'
m'y rejÕttdre)
i Ij touche de bonne heure
1
& men
jouë en ses mains.
!, Sipour remplirbien-toif mes grandis.' *
diftinêes, pij
Dx/îs les premiers efforts de mes bel.
les années,
le vouleis regagner la fameuse Toison.
Lorfcjuc jauraydrtJse mes redoutdblcs
Flûtes,
Chevaliers, voulez,
- vous eJlre mes
Argonautes ?
le vous promets déja d'cfire vejlre
lafon.
Au dessous des Armes de
Monseigneur le Duc d'Anjq¡
1, Discat fortuna renasci. EN Cadet de bonne Mllifin,
L'on mimpofe, en nitiffint un
nom, £htidejtgne déjà mes hautes avan*
q turcss
ilmarqne,lfndi m'aguerrir
Deux Royaumes A conquérir:
Woi!àmonAppanage} 0' mes Gran*
deurs futures.
, Voulczrvouspat beauxChevaliersa
Eftrc de mes AvantUÏU Ys f
YDans troù lustres au plus on s'y peut
bien attendrr,
^Tenez, - njom en ha/tint) exercezvotu
toujours
^Jïuatjd le De(Hit voudra hajler ces
heureux jours,
UtflraJ bien-toif press,&jeviendray
vom prendYe.
L'on commença à tirer,
prés que Mrle Marquis de
Pleurs en eut fait l'ouverture
qpa.r le coup du Roy qu'il tira
comme Gouverneur. Ensuite
on tira à deux butes pour abreger,&
for quatre Pantons
en quatre Chasses
; c'est
à dire que chaque Chevalier
tira quatre coups pendant
le reste de la semaines
La Compagnie de Chasteau-
Thierry remporra le premier
Prix par un coup de
broche qui est unique, &
ce Prix fut ungrand Bassin,
d'argent avec une épée de
six Louis qui eA due au plus
beau coup. Ce coup fut suivy
de plusieurs coups de
noir, qui acquirent encore
bdautres Prix aux Chevaliers
bde cette Compagnie avec
lle premier ôc le troisiéme
Panton. Ceux de Reims eurent
le second Panton avec
uun plus grand nombre de
IPrix aussi considerables que
iles premiers. Les Chevaliers
de Provins gagnerent le quatrièmePanton
avec un quatrième
Prix, & plusieurs
G autres par des coups de
noir. Le reste des Prix de
moindre valeur fut distribué
aux Chevaliers des
autres Compagnies suivant
les coups qu'ils avoient faits,
& avec une espece de justice
scru puleuse
,
jusqu'à diviser
les lignes & les points qui
les composent. Il feroit fort
mal-aisé de mieux réus- ence genre d'exercice,
puis qu'il y a eu quantité de
coups prés du noir, demeurez
inutiles.
-
Tous les Prix èstant tirez
le Samedy au soir 8.
du mois, on délibéra sur le
Bouquet& presque tous
les Suffrages l'accorderent à
la Compagnie de Reims qui
l'avoit demandé avec instance
, pour le reunir au
particulier
particulier qui luy avoit esté
adjugéà Vitry, selon l'intention
de Sa Majesté dans sa
Lettre de Cachet. Ainsi là
délivrance s'en fit le lendemain,
dans la grande ruë dewant
l'Hostel de Reims au
bruit de la Mousquetterie,
£&: au son d'un grand nomcbre
de Hautbois, Tromperrcs,
& autres Instrumens de
toutes fortes; aprèsquoy
xetteCompagnie donna une
magnifique Collation,servie
ueufci-nentaune foule
extraordinaire d'Officiers &:
Chevaliers
)
& à toutes les
Dames. Elle partit sur le foir,
& à son déparr
,
le Prix fut
porté publiquement au milieu
de la Troupe qui estoit
à cheval & en très bel ordre.
Les Officiers estoient en Caleche.
Ils furent conduits par
ceux de la Ville jusqu'au dehors
du Faux-bourg où une
galante Collation les attendoit
pour se dire adieu. Ce
Bouquet est une Statuë d'argent
mollit" cizelé,de prés de
deux pieds de hauteur, sur
un Piedestal d'ebeine. Elle
represente une Paix ou une
Pallas avec un Guidon d'argent
mis en couleur, & embelly
de plusieurs Devises
l& Inscriptions. On peut a- jouter à l'avantage des Chevaliers
de la Compagnie de
Reims, que dans cette occassonils
ont épuisé tous les
moyens ingenieux dont on
se peut servir pour faire éclater
la profu sionenFestins
; Bals,Collations, & Feux d'artifices,
qui les ont distinguez
:des autres Villes,avec un
L
applaudissement gcneral.
que le Roy donnant saprotection
aux Exercices quiont
quelque chose de mar- tial, accorde de temps en temps des permiffons de tirerdes
Prix entre les Compagnies
de l'Arquebuze du
Royaume, & aux Chevaliers.
des Villes, de s'assembler en
celle quiareceu le Bouquet
par le fy^Frage des Bandes.
Comme il y aune Association
ancienne entre les Provinces
de Brie, Champagne,
8c Soissonnois pour cet Exercice,
la Ville deSezanne, limitrophe
des deux premières
,
eutl'honneur du Bouquet
en la Ville d'Epernay
au mois de Juin 1685. & le rendit
au commencement du
mois passé, en vertu de Lettres
Patentes, & après que
Sa Majesté se fut expliquée
sur la concurrence de ceux
de Vitry, au rapport de Mr
le Maréchal Duc de Vivon..,,
ne, Gouverneur des mesmes
Provinces de Brie & de Chapagne,
& de Mr de Croitry"c
Secretaire d'Estat du Département.
LesMandemensimprimez
ayant elle envoyez
à toutes les Villes associées,
qui ont de semblables Compagnies
d'Arquebuziers, la
pluspart se rendirent à Sezanne,
le Samedy premier
de Septembre. Les Chevaliers
de la Ville en deux bandes
, l'une de cheval, & l'autre
de pied, leurs Officiers
a leur telte avec les Guidon
& Enseigne; Trompettes,
Tambours, Fifres,Violons
&Hautbois, tous fort lestes
& en bon ordre, allerent devant,àmesure au que leGuet
qu'on avoit mis sur la Tour,
donnoit le Signal, & en huit
heures de temps on receut jusqu'à vingt-huitCompagniesdesVilles
Illandées,
sçavoir, de Reims, Chalons,
Meaux, Provins, Chasteauthierry,
Coulomniers,Crespy,
Noyon, la Ferté-Milon, Nogent
sur Seine, Epernay, Villenoce,.
Montmirail,Barbone.
ne y
Vertus, Arcies, &c. avec
les Presensordinaires de Vins
excellens,Jambons deMayéce
, & de Venaison. Le lendemain
au matin, les Compagnies
s'assemblerent en
l'Eglise des Cordeliers, qui.
est fort spacieuse
; ôcaprés
que l'on eut tiré la Marche
au fort, elles furent conduites
en Procession parlaVille,
& dans les endroits principaux
du dehors, ayant Mrle
Marquis de Pleurs,Bailly,
Capitaine & Gouverneur a
leur teste, suivy du Corps de
Ville. Elles marcherent au
bruitdes mesmes Instruments
de toutes les Bandes,qui faisoient
une symphonie ble agréa- par intervalles,& sans interruption
du Chant, avec plusieurs décharges deMouf
queterie. La ProcessîoneC<
tant faite,laMesse fut solemnellement
celebrée par Mr
Collot, Aumonier de laCompagnie
de Sezanne, l'Orgue,&quelquesMoatvetesc
chantez par de belles Voix
accompagnées d'lnllrtiinés.
Mrle Marquis dePleurs alla
à roHrande,câprés luyles
Cornetes & les Enfeicrnes
Yf
j*
avec leurs Guidons & leurs
Drapeaux. Apres le disner,
toutes les Compagnies passerent
en reveuë
,
& on exposa
les Prix, qui estoient d'environ
seize mille livres d'argen-
1terie de toutes pieces, comime
Bassins, grosses Eguieres,
&autres d'une Orphevrerie
exquise. Le soir M' de Villiers,
Capitaine de la Compagnie
de la Ville, regala la
pluspart desOfficiers desBan-
) des avec Mr de Pleurs, les
Magistrats & Officiers de
r Ville; ce qu'il continua tous
les jours avec une propreté
- & une profusion extraordinaire.
Ce Soupéfut suivy
d'un grand Bal, où toutes les
Dames, tant de la Ville que
des environs, se trouvèrent
fort parées. On servit ensuite
une magnifique Collation
dans vingtquatre grandsBasfins
, avec toutes fortes de
liqueurs & de rafraicl-ilffemens.
Le Lundy 3. de ce mois,
on se rendit à la Bute. C'est
un Pavillon d'une Architecture
fort délicate & moderne,
nouvellement basty exprés
pour le Prix. Dans la
SCrande Salle estoient les Arrimes
du Roy, de Monseiggneur
le Dauphin, de Monitièigneur
le Duc de Bourgogne
)
& de Monseigneur le
IDuc d'Anjou,avec des Devises.
Sous celle du Roy, on lisoit ces mots Latins, Media
de Pace triumphi; avec ce Sonmet,
dans lequel Sa,Majesté
parle aux Chevaliers.
> SONNET.
[1Cy du champ de Mtirs, on va
droit 4 la Gloire;
Vn rayon de la mienne y conduira,
vos pat,
Inspirera vos coeurs, animera, vos
bras,
.Et placeravos noms,prés du mien,
dans CHistoire.
Làpour eternifer voftte illufire mé- - moire
,
*
Déjàle Dieu Mercure a convié Pallasi
Elle tient le Burin, le Ciseau, le
Compas,
Prcfte decouronner deses mains la
Victoire.
Tout ce queurentjadisdeplus mïïjpjluetix
Olympie & corinthe,en leurs fupcr-
6es jeux
LA Paix l'ajîemble icy,mieux qu'aux
bords du Meandrt.
'-,)Vnpeu d'orgwelifîcdbien, dessous
mesjufiesLois;
Î.Etifq^elcjuUmefioitde Fhumeurd'A~
- lexandre,
99our dijputerles Prix, il trouvera
des Riis.
Pour l'intelligence de ce"
dernier Vers,on doit sçavoir
que chaque Compagnie de
- Chevaliers a/ sonRoy. Au-
Oteubus des Armes de Monseigneur
le Dauphin
,
onli-
Toitj L&ws innéctitolivoe.. LA Faix a fis Lauriers, M/S--
bien qfïe-la Gmrfei dits mijjemfins culture en ces bco-t-
- rcuxClimats,
Et sans craindre les Yents ,
les Soleils,
les Frir/htts,
On diroit que Sezanne efileur narale
Terre.
JjAdrejjè & la Valeur viennent de
toutes partsy
lufqu'aufein de la Faix, rechercher
le Dieu Mars,
Couchésur un fiifceau de Lauriers
& de Palmes.
Chevaliers, VOUA dit-il, LOVIS et s
ses raisons,
Et comme il fait luy fiul les temps l
troubles ou cAlmes,
Il veut que l'on en cueille en toutes i
les Saisons.
Au dessous des Armes de
Monseigneur leDuc deBourgogne,
Crescensadfulmina. cEformidable nom,fatal à tar.ï
d'Empires,
>
g™ deux Siecles entiers riont itifaire
eublitr,
> N'dpprehende atijourd'huj reproches
ny fI/ires,
L Etrenaissant en moyria rien encor
defier.
) On minflruit douctment amaniey Ufoudre
L.Auprès de mon Ayeul, le plmçrar.d
des Humains,
L Tourriavoirpas de peine un jour a'
m'y rejÕttdre)
i Ij touche de bonne heure
1
& men
jouë en ses mains.
!, Sipour remplirbien-toif mes grandis.' *
diftinêes, pij
Dx/îs les premiers efforts de mes bel.
les années,
le vouleis regagner la fameuse Toison.
Lorfcjuc jauraydrtJse mes redoutdblcs
Flûtes,
Chevaliers, voulez,
- vous eJlre mes
Argonautes ?
le vous promets déja d'cfire vejlre
lafon.
Au dessous des Armes de
Monseigneur le Duc d'Anjq¡
1, Discat fortuna renasci. EN Cadet de bonne Mllifin,
L'on mimpofe, en nitiffint un
nom, £htidejtgne déjà mes hautes avan*
q turcss
ilmarqne,lfndi m'aguerrir
Deux Royaumes A conquérir:
Woi!àmonAppanage} 0' mes Gran*
deurs futures.
, Voulczrvouspat beauxChevaliersa
Eftrc de mes AvantUÏU Ys f
YDans troù lustres au plus on s'y peut
bien attendrr,
^Tenez, - njom en ha/tint) exercezvotu
toujours
^Jïuatjd le De(Hit voudra hajler ces
heureux jours,
UtflraJ bien-toif press,&jeviendray
vom prendYe.
L'on commença à tirer,
prés que Mrle Marquis de
Pleurs en eut fait l'ouverture
qpa.r le coup du Roy qu'il tira
comme Gouverneur. Ensuite
on tira à deux butes pour abreger,&
for quatre Pantons
en quatre Chasses
; c'est
à dire que chaque Chevalier
tira quatre coups pendant
le reste de la semaines
La Compagnie de Chasteau-
Thierry remporra le premier
Prix par un coup de
broche qui est unique, &
ce Prix fut ungrand Bassin,
d'argent avec une épée de
six Louis qui eA due au plus
beau coup. Ce coup fut suivy
de plusieurs coups de
noir, qui acquirent encore
bdautres Prix aux Chevaliers
bde cette Compagnie avec
lle premier ôc le troisiéme
Panton. Ceux de Reims eurent
le second Panton avec
uun plus grand nombre de
IPrix aussi considerables que
iles premiers. Les Chevaliers
de Provins gagnerent le quatrièmePanton
avec un quatrième
Prix, & plusieurs
G autres par des coups de
noir. Le reste des Prix de
moindre valeur fut distribué
aux Chevaliers des
autres Compagnies suivant
les coups qu'ils avoient faits,
& avec une espece de justice
scru puleuse
,
jusqu'à diviser
les lignes & les points qui
les composent. Il feroit fort
mal-aisé de mieux réus- ence genre d'exercice,
puis qu'il y a eu quantité de
coups prés du noir, demeurez
inutiles.
-
Tous les Prix èstant tirez
le Samedy au soir 8.
du mois, on délibéra sur le
Bouquet& presque tous
les Suffrages l'accorderent à
la Compagnie de Reims qui
l'avoit demandé avec instance
, pour le reunir au
particulier
particulier qui luy avoit esté
adjugéà Vitry, selon l'intention
de Sa Majesté dans sa
Lettre de Cachet. Ainsi là
délivrance s'en fit le lendemain,
dans la grande ruë dewant
l'Hostel de Reims au
bruit de la Mousquetterie,
£&: au son d'un grand nomcbre
de Hautbois, Tromperrcs,
& autres Instrumens de
toutes fortes; aprèsquoy
xetteCompagnie donna une
magnifique Collation,servie
ueufci-nentaune foule
extraordinaire d'Officiers &:
Chevaliers
)
& à toutes les
Dames. Elle partit sur le foir,
& à son déparr
,
le Prix fut
porté publiquement au milieu
de la Troupe qui estoit
à cheval & en très bel ordre.
Les Officiers estoient en Caleche.
Ils furent conduits par
ceux de la Ville jusqu'au dehors
du Faux-bourg où une
galante Collation les attendoit
pour se dire adieu. Ce
Bouquet est une Statuë d'argent
mollit" cizelé,de prés de
deux pieds de hauteur, sur
un Piedestal d'ebeine. Elle
represente une Paix ou une
Pallas avec un Guidon d'argent
mis en couleur, & embelly
de plusieurs Devises
l& Inscriptions. On peut a- jouter à l'avantage des Chevaliers
de la Compagnie de
Reims, que dans cette occassonils
ont épuisé tous les
moyens ingenieux dont on
se peut servir pour faire éclater
la profu sionenFestins
; Bals,Collations, & Feux d'artifices,
qui les ont distinguez
:des autres Villes,avec un
L
applaudissement gcneral.
Fermer
Résumé : Prix de l'Arquebuze. [titre d'après la table]
En juin 1685, la ville de Sézanne a reçu le privilège d'accueillir le Bouquet à Épernay, officialisant sa victoire sur Vitry grâce à un rapport du maréchal duc de Vivonne et de Monsieur de Croissy. Les villes voisines, telles que Reims, Châlons, Meaux et Provins, ont été invitées et ont offert des présents comme du vin, des jambons et de la venaison. Le 1er septembre, ces villes se sont rassemblées à Sézanne pour une procession musicale et une messe solennelle, suivie d'un repas où des prix en argenterie étaient exposés. La journée s'est conclue par un banquet et un bal. Le lendemain, une compétition de tir a été organisée par le Duc d'Anjou pour regagner la Toison d'Or. Les participants, nommés 'Chevaliers,' ont montré leur habileté au tir sur plusieurs jours. La Compagnie de Château-Thierry a remporté le premier prix, un grand bassin d'argent avec une épée, pour un coup de broche remarquable. D'autres prix ont été décernés aux Compagnies de Reims et de Provins, ainsi qu'à divers Chevaliers pour leurs coups de noir. Le samedi soir, la Compagnie de Reims a obtenu le Bouquet, une statue d'argent représentant une Paix ou une Pallas, après délibération. La remise du prix a eu lieu publiquement, accompagnée de festivités et de collations. Les Chevaliers de Reims ont été particulièrement acclamés pour leur organisation et les festivités offertes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
972
p. 75-83
Fondation perpetuelle d'une Feste à Issoudun, pour la Naissance du Roy. [titre d'après la table]
Début :
J'ay presentement à vous parler des Habitans d'Issoudun, Capitale [...]
Mots clefs :
Habitants, Issoudun, Fidélité, Prince, Services, Garnison, Bénédictions du ciel, Service solennel, Devises, Inscriptions, Choeur, Magistrats, Mots latins, Louis le Grand, Procession, Cérémonies, Religion prétendue réformée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fondation perpetuelle d'une Feste à Issoudun, pour la Naissance du Roy. [titre d'après la table]
J'ayprelentement à vous
parler des Habitans d'ifriudun,
Capitale du bas Berry.
Ils ont toûjours elle fifidelles
à leurs Princes, qu'ils
en ont esté recompensez par
de très- beaux Privilèges. Le
Roy persuadé de cette verité,
& touché de compassion
pour eux lors que passant
dans la Province en 1651. il
vit leur Ville presque reduite
en cendres,
confirma ces
Privileces, & a eu la bonté
depuis ce temps là de dire
plusieurs fois qu'il se fouviendroit
de leurs services.
En effet Sa Majesté a bien
fait paroistre qu'Elle les distinguoit
entre tousses au- j
tres Sujets de la mesme Province
, puis qu'ils ont esté
les seuls exempts de Garnisons,
6c qu'Elle a hautement
déclaré qu'Elle ne vouloit
pas qu'ils en eussent durant
son Regne. Aullï voulant en
t. marquer leur reconnoisssance,
& l'ardent desir qu'ils ont
d'attirer sur sa Personne Sacrée
& sur toute la Maison
Royale,les Benedictions du
Ciel,ils ont fait une Fondation
perpetuelle de Prieres
Publiques tous les ans au
cinquiéme de Septembre,
jour de l'heureuse Naissance
du Roy, & l'ont commen- céecetteannée par un Service
solennel qui fut fait ce
jour là dans leur Eglise Collégiale.
Ils l'avoient parée
magnifiquement, & ornée de
plusieurs Devises & Infcriptions
à la loüange du Roy.
La Messe fut chantée à trois-
Choeurs de Musique aussibien
que Vespres,ôc l'on fit
un Procession Generale, OU
Mr l'Evesque & Comte
d'Agde,lesMagistrats ôc
autres Corps d'Officiers assisterent.
estoit Le Portrait du Roy exposé au frontispice
du Choeur de l'Eglise,avec
ces Vers au
dessous
qui avoient
pour titre ces mots
Latins:Scribanturbæc in generations
altera
,
&populus qui
creabiturlaudabit Regem. LoVlS LE GRANDyceRoy
d'invinciblepui(Tance,
Te dtfingue
,
issoudun, entre tous
[ ses Sujets
I Parses grâces dr ses biensfaits,
Diftingut toy pour luy par ta reconde
tioijfance
, , Etetle bre àjamaislejourdesanaissance
En faifint tous les Ans ce quau--
à lourd'huy tufais.
.P,ofir
Tour rré"peondre od'un Bq AUXfaveurs Roy sidebonnaire G iiij
-~je fa* U:1 plaijir de nousfaire
du bienr
Noffre z>tle voudrait,toutfaire ne
peutrien,
Seigneur^faitespour luy ce que nous
¡
'Voudrions ftire. ,'voudrionsfaire.
Aprés la Procession,toute
la Bourgeoisie s'estant
mise sous lesarmes,
on alluma
le Feu de joye au bruit
du Canon & de la Mousqueterie,
au son des Tambours
& des Trompettes,
& auxacclamationsdérive
leRoy. Dans la Place ou le
Feu fut allumé, on voyoit
encore ce Prince represenMe
devant une Ville embrasée
y
avecles Vers suivans
quiavoient pour ame, Avis
ïkoecJacra Svii.
E. S fLâmts de ton Roy t'ont.
fait unnoblc Amant, - Ta foy quilvit pour luy dans ton
embrasement
Mnfpireason amour desfemimens si
tendres
8t!J'ü te fait, Ijfiudun
,
renéftrc
de tes cendres.
Cette Ceremonie qui du-
Ta jusques au soir
,
estans
terminée
,
les Particuliers J firent des Illuminations à
toutes les fenestres de leurs
maisons, & des Feux devant
leurs portes ,
& passerent la
plus grande partie de la nuit:
à donner dans les ruës toutes;
fortes de marques d'une allegresseparfaite.
La mesme:
chose doit se faire tous les
ans au mesme jour, suivant
la resolution qui en a esté
prise dans leur Assemblée
Generale. Le lendemain 6.
du mois
,
les Habitans Catholiques
d'Issoudunrecommencerent
la rejoüissence
par la Démolition qui se fit
du Temple de ceux de la
Religion Prerenduë
Refornée
,
ainsi qu'il avoit esté
ugé par Sentence du Bailhage
de la mesme Ville, far
:~s contraventions par eux
nites aux Edits & Déclarasions
de Sa Majelté
parler des Habitans d'ifriudun,
Capitale du bas Berry.
Ils ont toûjours elle fifidelles
à leurs Princes, qu'ils
en ont esté recompensez par
de très- beaux Privilèges. Le
Roy persuadé de cette verité,
& touché de compassion
pour eux lors que passant
dans la Province en 1651. il
vit leur Ville presque reduite
en cendres,
confirma ces
Privileces, & a eu la bonté
depuis ce temps là de dire
plusieurs fois qu'il se fouviendroit
de leurs services.
En effet Sa Majesté a bien
fait paroistre qu'Elle les distinguoit
entre tousses au- j
tres Sujets de la mesme Province
, puis qu'ils ont esté
les seuls exempts de Garnisons,
6c qu'Elle a hautement
déclaré qu'Elle ne vouloit
pas qu'ils en eussent durant
son Regne. Aullï voulant en
t. marquer leur reconnoisssance,
& l'ardent desir qu'ils ont
d'attirer sur sa Personne Sacrée
& sur toute la Maison
Royale,les Benedictions du
Ciel,ils ont fait une Fondation
perpetuelle de Prieres
Publiques tous les ans au
cinquiéme de Septembre,
jour de l'heureuse Naissance
du Roy, & l'ont commen- céecetteannée par un Service
solennel qui fut fait ce
jour là dans leur Eglise Collégiale.
Ils l'avoient parée
magnifiquement, & ornée de
plusieurs Devises & Infcriptions
à la loüange du Roy.
La Messe fut chantée à trois-
Choeurs de Musique aussibien
que Vespres,ôc l'on fit
un Procession Generale, OU
Mr l'Evesque & Comte
d'Agde,lesMagistrats ôc
autres Corps d'Officiers assisterent.
estoit Le Portrait du Roy exposé au frontispice
du Choeur de l'Eglise,avec
ces Vers au
dessous
qui avoient
pour titre ces mots
Latins:Scribanturbæc in generations
altera
,
&populus qui
creabiturlaudabit Regem. LoVlS LE GRANDyceRoy
d'invinciblepui(Tance,
Te dtfingue
,
issoudun, entre tous
[ ses Sujets
I Parses grâces dr ses biensfaits,
Diftingut toy pour luy par ta reconde
tioijfance
, , Etetle bre àjamaislejourdesanaissance
En faifint tous les Ans ce quau--
à lourd'huy tufais.
.P,ofir
Tour rré"peondre od'un Bq AUXfaveurs Roy sidebonnaire G iiij
-~je fa* U:1 plaijir de nousfaire
du bienr
Noffre z>tle voudrait,toutfaire ne
peutrien,
Seigneur^faitespour luy ce que nous
¡
'Voudrions ftire. ,'voudrionsfaire.
Aprés la Procession,toute
la Bourgeoisie s'estant
mise sous lesarmes,
on alluma
le Feu de joye au bruit
du Canon & de la Mousqueterie,
au son des Tambours
& des Trompettes,
& auxacclamationsdérive
leRoy. Dans la Place ou le
Feu fut allumé, on voyoit
encore ce Prince represenMe
devant une Ville embrasée
y
avecles Vers suivans
quiavoient pour ame, Avis
ïkoecJacra Svii.
E. S fLâmts de ton Roy t'ont.
fait unnoblc Amant, - Ta foy quilvit pour luy dans ton
embrasement
Mnfpireason amour desfemimens si
tendres
8t!J'ü te fait, Ijfiudun
,
renéftrc
de tes cendres.
Cette Ceremonie qui du-
Ta jusques au soir
,
estans
terminée
,
les Particuliers J firent des Illuminations à
toutes les fenestres de leurs
maisons, & des Feux devant
leurs portes ,
& passerent la
plus grande partie de la nuit:
à donner dans les ruës toutes;
fortes de marques d'une allegresseparfaite.
La mesme:
chose doit se faire tous les
ans au mesme jour, suivant
la resolution qui en a esté
prise dans leur Assemblée
Generale. Le lendemain 6.
du mois
,
les Habitans Catholiques
d'Issoudunrecommencerent
la rejoüissence
par la Démolition qui se fit
du Temple de ceux de la
Religion Prerenduë
Refornée
,
ainsi qu'il avoit esté
ugé par Sentence du Bailhage
de la mesme Ville, far
:~s contraventions par eux
nites aux Edits & Déclarasions
de Sa Majelté
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Résumé : Fondation perpetuelle d'une Feste à Issoudun, pour la Naissance du Roy. [titre d'après la table]
Les habitants d'Issoudun, capitale du Bas-Berry, étaient reconnus pour leur loyauté envers leurs princes, qui leur avaient accordé divers privilèges. En 1651, après la destruction de la ville, le roi confirma ces privilèges et exprima sa gratitude. Les Issoldunois furent exemptés de garnisons militaires, une faveur unique en province. En signe de reconnaissance, ils instituèrent une prière publique annuelle le 5 septembre, jour de la naissance du roi. Cette année-là, une cérémonie solennelle eut lieu dans leur église collégiale, ornée de devises et d'inscriptions honorant le roi. La messe et les vêpres furent chantées par trois chœurs de musique, suivies d'une procession à laquelle participèrent l'évêque, les magistrats et autres officiers. Un portrait du roi fut exposé avec des vers latins. Après la procession, la bourgeoisie organisa un feu de joie avec des salves de canons, de mousqueterie, des tambours et des trompettes, et des acclamations en l'honneur du roi. La nuit fut illuminée par des feux devant les maisons. Le lendemain, les habitants catholiques démolirent le temple protestant, conformément à une décision du bailliage pour violation des édits royaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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973
p. 83-128
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Début :
Voicy le Dialogue nouveau de Mr Bordelon, que je / Je sors d'un Festin, où la joye a esté troublée par [...]
Mots clefs :
Songes, Mort, Interprétation, Histoire, Dieu, Superstitions, Philosophes, Auteurs, Connaissances, Imagination, Sentiments, Cicéron, Épicure, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Voicy le Dialogue nouveau
de Mr Bordelon, que
devois vous donner dés.
vautre mois.
des choses
DIFFICILES A CROIRE.
1»Dl'AL°GFH ifpcrrvil**- SIX[£ MA"
BELOROND,PHILONTE..
PHILONTE. J"E sors d'un Festin, où la
joye a ellé troublée par
une cause si vaine, qu'elle
me seroit tres-difficile à croire,
si je n'enavoisesté le
témoin. Pendant que tout le monde ne respiroit qu'un
onneste plaisir
,
& que les
sprits des Conviez,échauf-
:::z pour ainsi dire,parla bonde
chere
,
commençoient à
proposer les uns - aux aubesquelques
petites difficultés
lûr des matieres fçr.s eu»-,
rieuses, un Maistred'Hostel
aisant une de ses fonctions,
mal-heureusement pour
)ious )
renversé la Saliere sur
table. Son Maistre a regardéce
petit accident comme
une chose d'un si mauvais
presage , que non seulementilsest
emportécontre
uy ;& l'a mal-traité de parôles
en nostre presence,
mais encore il luy a esté impossible
,
quelques efforts
qu'il ait faits pour dompter
son chagrin, de nous faire
aussi bonne mine pendant
le reste du Repas qu'il nous
l'avoit fait au commencement.
BELOROND.
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cette Superstition
re~ne dans !e -4 regne le monde. Les
anciens Payens en ont esté
les premiers autheurs. Ils
croyoient que le Sel estoit
sacré & divin. Sacras facitis.
~ensas salinorum dppojuu , dit
Arnobe. C'est pourquoy si
on oublioit de mettre la Saliiere
ÍiIr la. table, si on
£a renversoit,ou si on s'endormoit
avant que de l'awoir
serrée, c'estoit selon
eux un tres-mauvais augure.
Des Hebreux mesme
lisent chez Lyranus, que la
Femme de Loth fut changée
en une Statuë de Sel,
craree qu'elle n'avoit pas mis
de Sel
sur
la table,lorsque son
/Mary traita les Anges, à
cause de la haine qu'elle
portoit aux Etrangers.
PHILONTE.
Je ne vois aucune raison
qui ait pû les engager dans
cette Superstition,sinon
que le Sel estant le symbole
de rimmorraUcé ,c,e
qu'il empêche la corrup-j
tion, ils se perfuadoientj
peut-estre, que l'Immortalité
estant renversée
,
s'il m'est
permis de parler de la forte,
la Mort, ou quelque autre
funeste accident s'approchoit.
BELOROND.
Il faudroit avoir étudié.
long-temps les-folies, ou j plûtost
j
plûtost les foiblesses de l'esprit
humain
, pour sçavoir
tOes causes qui ont produit
toutes les Su perstitions ausquelles
il se laisse emporter.
Entre plusieurs que vous
avez pu remarquer aussibien
que moy ,
je me fouviens
particulièrement d'ume
qui est aussi extravagante
) que ridicule. Bien des Gens
s'imaginent que les petites
tâches qui se forment sur les
) ongles font des marques de
quelque Peché qu'on a
> commis
,
qui est grand ou
} petit selon la grandeurou la
petitesse de ces tâches. C'est
une Superstition que nous
tenons encore des Payens
qui croyoient que le Mensonge
estoit toujours suivy
de quelque peine, comme
d'une dent gâtée, d'un ongle
marqué, de cheveux
perdus, & autres choses pareilles.
Ovide n'ignoroit pas
cet abus quand il disoit,
Eleg.. 3. 3. amor.
Esse Bcos credamne? Fidemjurâta
ffcllit,
Et fdciesilli quefuitante, manet.
.!f!!!(lm Iwgos habuit nondum perjur4
capMos,
:"Tam longos,p0P.qid.1m numina Îatjït,
n haba.
f Theocrite dit encoresur
izc sujetdansl'Idylle 9.
rens bien garde de ne pas fairenaistre
une esleveure sur le
tout de ta langue. C'est à dire,
~orens bien garde dene pas ,
mentir ; & dans l'Idylle10.
':-Vous esses si beau,qu'en vous
~oüant
, je ne feray point naistre
bYe mensongessur le bout de mon
Voilà.
y
ce me semble,
une {uperiHtion qui vaut
oien celle dont vous avez
testé aujour-d'huy si surpris;
mais puis qu'insensiblement.
nous sommes tombez sur le
sujet des Su perstitions
dites-moy
,
je vous
prie,
en trouvez-vous de plusgenerale
que celle qui con-[
fille dans l'Interpretation
des Songes? J'ay veu des]
femmes consulter à leurle- ;
ver Artemidore sur l'expli-:¡l'
cation des Songes, & ce que ]
vous aurez de la peine ai
croire, le consulter plûtost
que leur Miroir sur la dis- r
position de leurvifiige.f
PHILONTE.
L'Interprétation des Son- '11(
ges n'est pas toûjourssuperstitieuse
, puis qu'il y en a
qui viennent de Dieu, comrmerEcrimrenous
l'apprend
dans - les Nombres 12, quand
lelfc dit, S'il se trouve quelque
Prophete chez vous,
3je luy parleray dans son
sommeil par quelque Songe
queje luy envoyeray. Si quis
Kftierit inter njos Propheta Domini,
apparebo& persomnium
isad illum loquar. Dieu meme.
nous instruit quelquefois par
des Songes, de ce qui doit
arriver.Quando homines dorwniunt
in lectulo
, tunc aperit au_
»Tf5 vivorum,& erudiens instruit
lOS disciplina. Job.
3,3. Les
Songes interpretez par Jofeph
& par Daniel, prouvent
encore que cette Interpretation
ne/l pas toûjours
criminelle. Ajoûtez que celle
dont on se sert pour connoistre
le temperament est
si naturelle, qu'on s'en peut
servir quelquefoissanscraintdreilaequualitéxdeS.
upIersti- neux.
BELOROND.
Il est vray qu'on peut tirer
quelque connoissance du ¡:.¡
temperament par les cl-lofes.,
ce nest pas là ce que ap-
Il
elle Superstition : mais il t- vray aussi qu'il ne faut
:ms faire grand fond sur
cette connoissance
, parce
rJu'il arrive quelquefois tant
de choses differentes pen-
~sant la journée & si oppo*
»:es au temperament de cer.
y qui en a l'esprit remply,
iluon n'en peut tirer aucune
connoissance assurée,
Un pituiteux par exemple
jjui ne devroit songer que
>toifl*ons., eaux,déluges, ne
songera cependant que des
- combats & des carnages,
parce que le jour qui precedelanuit
dans laquelle il
resve
,
il aura esté present à
quelque querelle, ou meurtre,
ou combat. Il est vray
encore qu'il y a des Songes
que Dieunous envoye mais ; comme ils- font tresrares
; je ne laisseray pas de soûtenir en les exceptant
que l'Interpretation or- dinaire des Songes doit estre
regardée comme une chose
très-difficile à croire, par
ceux qui ne sçauroient pas les amusemens ridicules,
dont l'esprit humain est ca- pable • car de croire que
tous
tous les Songes font envoyez
de Dieu, c'est une
erreur condamnée par l'Ecriture
en plusieurs endroits
: Non inveniatur in te
qui observet somnid.Deuter.
::hap.. 18. Faites en forte
qu'il ne se trouve personne
chez vous qui observe les
songes. Elle condamne à la
mort dans le
13. chapitre du
même Deuteronome ces
Prophetes qui se servoient
de la Devination des Songes
pour tromper le Peuple,
elle met dans le 2. Livre
des Paralipomenes c. 33. entre
les Impietez de Manassez,
celle de s'estre arresté
aux Songes;enfinellenous
assure dans l'Ecclesiastique
c. 34. que c'est comme s'amuser
a vouloir embrasser
son ombre ou à suivre le
vent,que de perdre letemps
à considerer un Songe. Ajoûtez
que si tous les Songes
venoient du Ciel,l'homme
seul en auroit; nous
voyons cependant que beaucoupd'animaux
songent
comme nous. Il est donc
M
pendant qu'il y a des Songes
qui ne font pas envoyez
de Dieu,& par conséquent
dont l'interprétamon
est vaine & supersti-
~rieuse. En effet-ne doit-on
;oas se mocquer d'un art qui
'l.fa- point de regles certaines
? Ne voyons-nous pas
JRue les plus grands Maî-
~res en celuyd'interpreter les
>onges, au lieu d'avoir des
~regles certaines, se servent
~le moyens tout-à fait diffe-
3ens & qui se détruisent les
~ins les autres > car les uns
~retendent les expliquer
par analogie, c'est à aire;
par le rapport qui se remarque
entre la chose songée
& ce qui doit arriver; les
autres comme Aristandre ôç
Artemidore veulent les interprcter
en prenant un sens
opposé à ce qu'ils semblent
, nous dire d'abord: comme
si l'onsonge la mort, ils di- *
sent que c'est une marquej*
de vie,si l'on songe des richesses
que c'est signe "de*;
pauvreté. De plus il me
femJ
ble que si Dieu vouloith
nous instruire de l'avenir par
nos Songes, il ne nous les
envoyeroit pas si obscurs &
iTi peu intelligibles. Nous
mous mocquerions
,
disoit
autrefois Ciceron en par-
~ant sur cette matiere
,
si
Hes Carthaginois ou des Es-
(pagnols parloient dans nô-
~tre Senat sans Interprete.
tNe rendons-nous pas les
Dieux, poursuit-il
,
aussi ri-
Hicules quand nous voulons
qu'ils parlent à nous avec
xes obscuritez, dont no*
Songes font ordinairement
xnvelopez?
PHILONTE.
Nous lisons dans des Autheurs
dignes de foy tant-I
d'Histoires deSonges
,
dont
les interprétations se font
vérifiées
,
qu'il semble que
ceux qui s'y addonnent le
font avec quelque raison.
Sylla,que les Romainsappelloient
le plus heureux des
hommes,songea que son destin
l'appelloir. Vocarise jam
àfato. Ille dit le lendemain
à ses Amis
,
fit son Testament,
eut le soir la fiévre,
& mourut la nuit suivante i
âgé de 60. ans. C'est comme
le rapporreAppian, L. de
Bello Chili. Un
Conseiller
iliu Parlement de Dijon
momme Carré, oüit en dornnaut
qu'ont luy disoit des
rmots Grecs qu'il n'entendoit
point , ôc qui luy furent
interpretez ainsi
,
R..e..
i"'tire toy, tu ne sens pas ton malheur
,
& comme la Maison
pqu'il habitoit menaçoit de
ruine, il la quitta fort à propos
,
puis qu'elle tomba
fîauiff-totf après. Un nommé
AndréPujon estant à Rion
songeaqu'il faisoit l'anagramme
de son nom, ou il
trouvoit pendu à Rion; ce qui
misson effet quelques jours
après. Cardan dit dans l'Histoire
de sa propre vie,
qu'il avoit esté averty en
fonge de mettre dans sa
bouche une Emeraude qu'il
portoit pendue au col, s'il
vouloir perdre la mémoire
de la mort de son Fils qui , ce reüssit selon cet avis.
Nous lisons dans Grégoire
de Tours que le RoyGontran
estant allé à la Chasse
s'endormit sur le bord d'une
fontaine qui faisoit un petit
ruisseau. Son Escuyer vid
sortir de sa bouche une petite
Belle blanche., qui courant
~à&la, témoignoit vouloir
:oaflèr le ruisseau. Pour luy
~aciliter le passage qu'elle
embloit chercher, il mit son
j^pée en travers sur ce ruis-
Jlèau
,
ellepassa aulE-roll: par-
Hessus, & entra dans le creux
H'une Montagne prochaine;
puis revint
,
repassa le ruis-
~eau, & entra dans la bouche
du Roy. Cependant arrive
la Meute de Chiensquiréveilla
Gontran, lequel fit
aussi-tost le récit d'un Songe
qu'il venoit de faire. Il
me sembloit, dit-il, que je
passois une riviere sur un
Pontde fer, & quej'entrois
dans une Caverne, où estoit
un grand Tresor. L'Escuyer
voyant que ce Songe convenoit
bien à ce qu'il
avoit veu , en fit au/ïîlej
récit. Le Roy l'ayant enrendu,
fit foüir dans le lieu,
oùestoitentré ce petitanimal.
On y trouva un grand
Tresor que le Roy employa
en oeuvres pieuses, & principalement
à l'achapr d'une
Chasse pour Saint Marcel *
lez-Châlons. Ce creuxs'appelle
encore ajourd'huyla
Motte du Tresor. Jugez
prés ces Histoires& plusieurs
autres que je pourrois
rous rapporter, si ceux qui
joûtent foy aux Songes ne
toretendent pas avoir su jet
le s'appliquer à cét amusement.
BELOROND.
• Trois raisonsdétruisent
de pretexte que donnent
ces Histoires aux Interprelations
ordinaires des Songes.
La premiere
,
c'est que
les Autheurs qui lesrapportent
ne le font que comtine
des bruits communs qui
couroient du temps quils
saisoient leurs Histoires, Se
qu'ils ne prétendent pas
pour cela garantir des comme choses véritables. Lafeconde,
c'est que la plut
part de ces Songeurs,ou plûtost
de ces,rêveurs
fait leurs Songes e,stoanntt
éveillez, comme peutestre
vostre Conseiller, & Cardan.
En effet quelle apparence
y a-tïl que ce Conseiller
ne sçachant point de
Grec se feroit si facilement
souvenu des mots que son
imagination luy avoit dictez
en cette langue pendant
qu'il dormoit ; ôc com.
ment Cardan a-tilla hardiesse
de dire que cette
Emeraude luy fit oublier
la mort de son fils, puis
qu'il s'en ressouvenoit encore
assez pour nous donner
l'Histoiredesarêverie
etudiée? Il estoit habilehomme
)
je l'avoue
)
mais
il pretend dans ses Oeuvres
nous faire ajoûter foy à
tant de choies difficiles à
croire pour leur peu de
vray-semblance
, que jene
puis encore m'empescher
de douter de celle-cy. La
1
troisiéme raison qui détruit
l'authorité de cesHistoires,
c'estque quand mesme l'Interpretation
-d'e quelque
Songe se feroit trouvéeveritable,
il ne faut pas pource-,
la tirer une consèquence en
faveur de celles qui se font
tous les jours; car enfin il
est difficile que de tant de
Songes differens qu'un homme
fait dans sa vie, il n'y
en ait quelqu'un qui seraporte
à ce qui arrive dans
lasuite. De même, par
exemple, que d'une infinité
de Fléchestiréesmême:
- V
par un homme qui auroit
les yeux bandez, il seroît
impossible que quelqu'une
ne touchast le but,aussi il
ya des complexions, comme
celles des mélancholiques
,
des hommes adonnez
au vin,& des furieux,
qui troublent l'imagination
de tant de vapeurs & de fumées
siconfuses, qu'il n'est
pas possible que par rencontre
elles ne forment
quelquefois une idée de ce
qui doit arriver. Cependant
comme on n'observe ordinairement
de tous les Songes
que ceux qui ont eu quelque
chose de merveilleux
dans l'évenement, on attribuë
facilement à Dieu, ce
qui n'est véritablement que 1
'-
l'effet du hazard. Enfin, siles
Songes ne venoient que de
Dieu, que luyavoientfait
les Peuples de Libye, que
Solin nomme Atlantes, qui
n'ont jamais eu de Songes
pendant leur sommeil, non
plus qu'un Cleonde Daulie,
& un Trafymede; au rapport
de Plutarque? 1 PHILONTE.
Ces gens-la estoient bien
differens des Sabins, qui,
comme nous apprend le Proverbe
Latin, Congeoient tout
* o
ce qu'ils vouloient Sabini
quod volunt fomniant.
BEL OROND.
Ceux
- cy font aussi bien
differens des Canadois
)
qui
veulent tout ce qu'ils ont
.fongé
; car quelques Relations
que nous avons d'eux,
asseurent que s'ils ont songé
en dormant qu'on leur fait
un Present,ils font tous leurs
efforts le lendemain pour l'avoir.
S'ils ont songé le meurtre
d'un Homme, ils tâchent
de l'executer le plus promptement
qu'ils peuvent,voulant
absolument rendre réettj
pendant le jour, ce que leur
imagination leur arepresenté
pendant la nuit. Mais siî]
ceux-cy ont tant d'elllpreiTe--'
ment pour rendre leurs Son- -j
ges véritables, d'autres n'enn
ont pas eu moins,pour éviter,
mesme avec cruauté, les dan."ol
gers qu'ils pretendoient leur que 3 fantaisieleur avoit raie33
voir dans leurs Songes. Lese
Histoires font pleines d'exé-£
ples surce filjet. UnCambile
fait mourir son Frere pouru
avoir eu un Songe, dont 1interprétation
sembloit [mettrel'Empire pro- à ce Frere.
•UnAftiaçe veut faire tuer
sonpetitFils Cyrus, pour le
j mesme sujet.UnAvare ayant
j| resvé qu'ilavoit fait une dépense
excessive,se pédit à son
réveil,tant il estoit desesperé; iUn Portugais ayant songé
que sa Femme commettoit
un Adultere, la poignarda
cruellement lematin, toute :
innocente qu'elleétoit. Hen- ..,
ry III. un de nos Rois,fit tuer
des Lions qu'il nourissoit,
l parce qu'ilavoit songé qu'ils
le dechiroient. Mais le temps
se passe, ôcil nous en reste
peu pour nostre Conversation
; c'est pourquoy employez,
je vous prie, ce qui j
nous en reste
, pour m'ap- j
prendre un Abregé de la vie j
de quelques-uns de ces Philosophes
anciens, comme
vous me l'avez promis.
PHILONTE.J Jecommenceray parEpi- ;
cure l'execution de ma pro- f
messe. Epicurenâquit à "Athenes
en la trosiéme année -
de la 109. Olympiade, & la
412. de Rome. Il s'adonna à
> 1
la Philosophie des l'âge de
; douze ans, & ce fut la lecture
des Oeuvres de Démocrite,
qui l'engagea à quitter
l'étude de laGrammaire pour
s'y appliquer. Le principal
1 point de sa Morale, & ce-
HLj qui luy attire des Ennemis,
c'est qu'ilfaisoitconfister
le souverain bien dans la
volupté.Ce seul nom de volupté,
qui est odieux aux gens
de bien, donna occasion à
ses Envieux de le traiter d'Infame
& de Pourceau; mais
ceux qui se font appliquez
sans préoccupation à connoistre
le véritable sentimet
de ce Philosophe sur ce grad
point de Morale, avouent
que la volupté dont il par- loit, n'estoit autre chose qu'
une volupté tranquille&inseparable
de la vertu. Saint
Jerôme ne l'auroit pas proposé
aux Chrestiens de son
temps, commeila fait, pour
leur faire honte de leurs débauches,
s'il l'eust regardé
comme un Philosophe voluptueux,
dans le sens que le
prenoient Ses Ennemis. Sa
maniere de vivre & ses sentimens
détruisent Vilement
les accusations de ses Envieux.
En effet, on voit par
ses Lettres, que ses meilleurs
repas se faisoient avec un
peu de fromagejoint au pain
& à l'eau. Permettez-moy,
je vous prie, dje vous r*apporter
quelques-unes de ses Sentences,
& vous verrez si l'on.
avoit sujet de l'accuser de
sensualité.
Le Sage ne doit jamais rechercher
d'amour une Femme dont
les Lttix luy défendent la joüissance.
n
•
il faut expojer sa 'Vie hardiment
,farce que la mort rieftpas
une choje mauvaise.
Lafante doit eflre tenue indiffiren-
te. Et c'est cette raison.
quil'engageoit
*'
au souhait de
bien faire,qu'il mettoitau
commencement de ses Lettrès,
au lieu de celu y de se
bien porter, sélon la coûtume.
Les douleurs font preferables
a la volupté, &' celle
- cy
ne doit pas toujours eflre em- trafée.
Ilvaut mieux eflre malheureux
& raisonnable3 qu'heureux
&' sans raison.
La bonne fortune se trouve
rarement
rarement avec la fageffi.
Si vous voulez vivre heureux
@r avec pUifir, faites
que voflre félicité foit accompagnée
de prudence
j
d'honnes.
teté & de juflice ; ces trois
'vertus font inseparables de la
vraye & fillde volupté.
Prenez plûtojl garde avec
qui vous mangea & beuvez,
qbu'a ece quue vvous emanzgez-&
Les tourmens nempefcbent
pas la félicité du Sage, quoy
que la douleur luy puiffi tirer
quelques soûpirs.
1 Les plus félidésplaisirs conjijrent
en la memoire du bien
pasé, parce que tout ce qu'on
si promet de l'avenir efl incertH-
ln; dr ce qui est prejent ne
Je poffide jamais sans craÍnte.,
pouvant efire facilement dlteré.
De bonne roy,font. cela les
sentimens d'un voluptueux
sensuel & infâme? Ne fontce
pas plûtost les opinions
d'un Homme quinesonge
a rienmoinsqua satisfaire
ses sens? Voilàlaveritable
dottrine d'Epicure; & illa
soûcenue en vivant& en
mourant. Il estvray que Ciceron
luy reproche.) que sa -) '!
vie ne répondoit pas à ses sentimens
ôc que s'il tenoit des
discours judicieux & honnêtes,
c'estoit pour faire avaler
plus agréablement le poison
de la volupré; mais c'est un
reproche qu'on a fait aussià
Platon & à Zenon
, comme
remarque fort bien Seneque,
L. de Vita beata c.-18.& qu'on
fait tous les jours aux plus
honnestes gens, lors qu'on
n'a rien de plus pressànt à dire
contre eux. Ilmourutâgé
de 72 ans, d'une rétention
d'urine causée par la pierre,
avecdesdouleurs incroyables
,
qui durèrent pendant
quatorze jours, sans qu'il
donast aucune marque d'impatience.
Seneque admire
les discours qu'il tenoit pendant
ses mauxpour avoir esté
prononcez, sélon luy,dans le
propre sejour de la volu pté.
Hæc vox in ipsa cofficina voluptatis
est audita. Deux raisons
font cause de la mauvaise réputation
d'Epicure; la premiere,
parce qu'il parloit
tres-mal de Platon, d'Aristote,&:
des plus Sçavans; la
sécondé, c'est la vie scandaleuse
de ses faux Disciples,
qui s'adonnoient à toutes
fortes devoluptez, fous le
pretexte du Souverain Bien
d'Epicure. Ciceron, Quintilien
-
,
Athenée
,
& Sextus
l'ont accusé d'ignorance
;mais ses oeuvres &le
témoignage de Diogene-
Laëree,qui assûre qu'il a écrit
plus qu'aucun Philosophe,
détruisent cette accusation.
Quelque sçavant qu'il ait
esté, il est pourtant tombé
dans de tres-grandes erreurs
touchantlaPhysique & la
Morale.Entre plusieurs je vay
vous en rapporter quelquesunes.
Le Soleil & les Astres,
selon luy
,
n'étoient pas plus
grands,ou peu s'en faut, qu'-
ils le paroissoientaux yeux. Il
s'imaginoit une infinité de
Mondes subsistants tout à la
fois dans un espaceinfiny,
&avec de certains intervales
appeliez Intermondes.Iladmettoit
lesAmes corporelles
& perissables. Il a non seulement
déclalné contre les
Dieux de son temps, mais
il n'en a crû aucun, comme
remarquent Ciceron, L.
1. de Nat. Deor. & Sextus Empiricus.
Ce qui a persuade
qu)il ne croyoit point de
Dieu (quoy qu'il en ait parlé
quelquefois en le nommant
Animal immortel & bienheureux
) c'estqu'il le represente
sourd & aveugle sur
tout ce qui nous regarde, &
veut détruire sa Providence,
lessoins ne s'accordant pas,,
dit-il
,- avec un estat parfaitement
heureux, non plus
que la Colere & la Misericorderquisont
des Passions
d'une nature infirme
5
&c
qu'on ne peut- atribuer à
Dieu sans luyfaire tort; &,
avec cette Maxime & plusieurs
autres aussi impies;
il se mocquoit de toutes
fortes de Religions. Voilà
tout ce que j'avois à vous
dire de ce Philosophe.
de Mr Bordelon, que
devois vous donner dés.
vautre mois.
des choses
DIFFICILES A CROIRE.
1»Dl'AL°GFH ifpcrrvil**- SIX[£ MA"
BELOROND,PHILONTE..
PHILONTE. J"E sors d'un Festin, où la
joye a ellé troublée par
une cause si vaine, qu'elle
me seroit tres-difficile à croire,
si je n'enavoisesté le
témoin. Pendant que tout le monde ne respiroit qu'un
onneste plaisir
,
& que les
sprits des Conviez,échauf-
:::z pour ainsi dire,parla bonde
chere
,
commençoient à
proposer les uns - aux aubesquelques
petites difficultés
lûr des matieres fçr.s eu»-,
rieuses, un Maistred'Hostel
aisant une de ses fonctions,
mal-heureusement pour
)ious )
renversé la Saliere sur
table. Son Maistre a regardéce
petit accident comme
une chose d'un si mauvais
presage , que non seulementilsest
emportécontre
uy ;& l'a mal-traité de parôles
en nostre presence,
mais encore il luy a esté impossible
,
quelques efforts
qu'il ait faits pour dompter
son chagrin, de nous faire
aussi bonne mine pendant
le reste du Repas qu'il nous
l'avoit fait au commencement.
BELOROND.
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cette Superstition
re~ne dans !e -4 regne le monde. Les
anciens Payens en ont esté
les premiers autheurs. Ils
croyoient que le Sel estoit
sacré & divin. Sacras facitis.
~ensas salinorum dppojuu , dit
Arnobe. C'est pourquoy si
on oublioit de mettre la Saliiere
ÍiIr la. table, si on
£a renversoit,ou si on s'endormoit
avant que de l'awoir
serrée, c'estoit selon
eux un tres-mauvais augure.
Des Hebreux mesme
lisent chez Lyranus, que la
Femme de Loth fut changée
en une Statuë de Sel,
craree qu'elle n'avoit pas mis
de Sel
sur
la table,lorsque son
/Mary traita les Anges, à
cause de la haine qu'elle
portoit aux Etrangers.
PHILONTE.
Je ne vois aucune raison
qui ait pû les engager dans
cette Superstition,sinon
que le Sel estant le symbole
de rimmorraUcé ,c,e
qu'il empêche la corrup-j
tion, ils se perfuadoientj
peut-estre, que l'Immortalité
estant renversée
,
s'il m'est
permis de parler de la forte,
la Mort, ou quelque autre
funeste accident s'approchoit.
BELOROND.
Il faudroit avoir étudié.
long-temps les-folies, ou j plûtost
j
plûtost les foiblesses de l'esprit
humain
, pour sçavoir
tOes causes qui ont produit
toutes les Su perstitions ausquelles
il se laisse emporter.
Entre plusieurs que vous
avez pu remarquer aussibien
que moy ,
je me fouviens
particulièrement d'ume
qui est aussi extravagante
) que ridicule. Bien des Gens
s'imaginent que les petites
tâches qui se forment sur les
) ongles font des marques de
quelque Peché qu'on a
> commis
,
qui est grand ou
} petit selon la grandeurou la
petitesse de ces tâches. C'est
une Superstition que nous
tenons encore des Payens
qui croyoient que le Mensonge
estoit toujours suivy
de quelque peine, comme
d'une dent gâtée, d'un ongle
marqué, de cheveux
perdus, & autres choses pareilles.
Ovide n'ignoroit pas
cet abus quand il disoit,
Eleg.. 3. 3. amor.
Esse Bcos credamne? Fidemjurâta
ffcllit,
Et fdciesilli quefuitante, manet.
.!f!!!(lm Iwgos habuit nondum perjur4
capMos,
:"Tam longos,p0P.qid.1m numina Îatjït,
n haba.
f Theocrite dit encoresur
izc sujetdansl'Idylle 9.
rens bien garde de ne pas fairenaistre
une esleveure sur le
tout de ta langue. C'est à dire,
~orens bien garde dene pas ,
mentir ; & dans l'Idylle10.
':-Vous esses si beau,qu'en vous
~oüant
, je ne feray point naistre
bYe mensongessur le bout de mon
Voilà.
y
ce me semble,
une {uperiHtion qui vaut
oien celle dont vous avez
testé aujour-d'huy si surpris;
mais puis qu'insensiblement.
nous sommes tombez sur le
sujet des Su perstitions
dites-moy
,
je vous
prie,
en trouvez-vous de plusgenerale
que celle qui con-[
fille dans l'Interpretation
des Songes? J'ay veu des]
femmes consulter à leurle- ;
ver Artemidore sur l'expli-:¡l'
cation des Songes, & ce que ]
vous aurez de la peine ai
croire, le consulter plûtost
que leur Miroir sur la dis- r
position de leurvifiige.f
PHILONTE.
L'Interprétation des Son- '11(
ges n'est pas toûjourssuperstitieuse
, puis qu'il y en a
qui viennent de Dieu, comrmerEcrimrenous
l'apprend
dans - les Nombres 12, quand
lelfc dit, S'il se trouve quelque
Prophete chez vous,
3je luy parleray dans son
sommeil par quelque Songe
queje luy envoyeray. Si quis
Kftierit inter njos Propheta Domini,
apparebo& persomnium
isad illum loquar. Dieu meme.
nous instruit quelquefois par
des Songes, de ce qui doit
arriver.Quando homines dorwniunt
in lectulo
, tunc aperit au_
»Tf5 vivorum,& erudiens instruit
lOS disciplina. Job.
3,3. Les
Songes interpretez par Jofeph
& par Daniel, prouvent
encore que cette Interpretation
ne/l pas toûjours
criminelle. Ajoûtez que celle
dont on se sert pour connoistre
le temperament est
si naturelle, qu'on s'en peut
servir quelquefoissanscraintdreilaequualitéxdeS.
upIersti- neux.
BELOROND.
Il est vray qu'on peut tirer
quelque connoissance du ¡:.¡
temperament par les cl-lofes.,
ce nest pas là ce que ap-
Il
elle Superstition : mais il t- vray aussi qu'il ne faut
:ms faire grand fond sur
cette connoissance
, parce
rJu'il arrive quelquefois tant
de choses differentes pen-
~sant la journée & si oppo*
»:es au temperament de cer.
y qui en a l'esprit remply,
iluon n'en peut tirer aucune
connoissance assurée,
Un pituiteux par exemple
jjui ne devroit songer que
>toifl*ons., eaux,déluges, ne
songera cependant que des
- combats & des carnages,
parce que le jour qui precedelanuit
dans laquelle il
resve
,
il aura esté present à
quelque querelle, ou meurtre,
ou combat. Il est vray
encore qu'il y a des Songes
que Dieunous envoye mais ; comme ils- font tresrares
; je ne laisseray pas de soûtenir en les exceptant
que l'Interpretation or- dinaire des Songes doit estre
regardée comme une chose
très-difficile à croire, par
ceux qui ne sçauroient pas les amusemens ridicules,
dont l'esprit humain est ca- pable • car de croire que
tous
tous les Songes font envoyez
de Dieu, c'est une
erreur condamnée par l'Ecriture
en plusieurs endroits
: Non inveniatur in te
qui observet somnid.Deuter.
::hap.. 18. Faites en forte
qu'il ne se trouve personne
chez vous qui observe les
songes. Elle condamne à la
mort dans le
13. chapitre du
même Deuteronome ces
Prophetes qui se servoient
de la Devination des Songes
pour tromper le Peuple,
elle met dans le 2. Livre
des Paralipomenes c. 33. entre
les Impietez de Manassez,
celle de s'estre arresté
aux Songes;enfinellenous
assure dans l'Ecclesiastique
c. 34. que c'est comme s'amuser
a vouloir embrasser
son ombre ou à suivre le
vent,que de perdre letemps
à considerer un Songe. Ajoûtez
que si tous les Songes
venoient du Ciel,l'homme
seul en auroit; nous
voyons cependant que beaucoupd'animaux
songent
comme nous. Il est donc
M
pendant qu'il y a des Songes
qui ne font pas envoyez
de Dieu,& par conséquent
dont l'interprétamon
est vaine & supersti-
~rieuse. En effet-ne doit-on
;oas se mocquer d'un art qui
'l.fa- point de regles certaines
? Ne voyons-nous pas
JRue les plus grands Maî-
~res en celuyd'interpreter les
>onges, au lieu d'avoir des
~regles certaines, se servent
~le moyens tout-à fait diffe-
3ens & qui se détruisent les
~ins les autres > car les uns
~retendent les expliquer
par analogie, c'est à aire;
par le rapport qui se remarque
entre la chose songée
& ce qui doit arriver; les
autres comme Aristandre ôç
Artemidore veulent les interprcter
en prenant un sens
opposé à ce qu'ils semblent
, nous dire d'abord: comme
si l'onsonge la mort, ils di- *
sent que c'est une marquej*
de vie,si l'on songe des richesses
que c'est signe "de*;
pauvreté. De plus il me
femJ
ble que si Dieu vouloith
nous instruire de l'avenir par
nos Songes, il ne nous les
envoyeroit pas si obscurs &
iTi peu intelligibles. Nous
mous mocquerions
,
disoit
autrefois Ciceron en par-
~ant sur cette matiere
,
si
Hes Carthaginois ou des Es-
(pagnols parloient dans nô-
~tre Senat sans Interprete.
tNe rendons-nous pas les
Dieux, poursuit-il
,
aussi ri-
Hicules quand nous voulons
qu'ils parlent à nous avec
xes obscuritez, dont no*
Songes font ordinairement
xnvelopez?
PHILONTE.
Nous lisons dans des Autheurs
dignes de foy tant-I
d'Histoires deSonges
,
dont
les interprétations se font
vérifiées
,
qu'il semble que
ceux qui s'y addonnent le
font avec quelque raison.
Sylla,que les Romainsappelloient
le plus heureux des
hommes,songea que son destin
l'appelloir. Vocarise jam
àfato. Ille dit le lendemain
à ses Amis
,
fit son Testament,
eut le soir la fiévre,
& mourut la nuit suivante i
âgé de 60. ans. C'est comme
le rapporreAppian, L. de
Bello Chili. Un
Conseiller
iliu Parlement de Dijon
momme Carré, oüit en dornnaut
qu'ont luy disoit des
rmots Grecs qu'il n'entendoit
point , ôc qui luy furent
interpretez ainsi
,
R..e..
i"'tire toy, tu ne sens pas ton malheur
,
& comme la Maison
pqu'il habitoit menaçoit de
ruine, il la quitta fort à propos
,
puis qu'elle tomba
fîauiff-totf après. Un nommé
AndréPujon estant à Rion
songeaqu'il faisoit l'anagramme
de son nom, ou il
trouvoit pendu à Rion; ce qui
misson effet quelques jours
après. Cardan dit dans l'Histoire
de sa propre vie,
qu'il avoit esté averty en
fonge de mettre dans sa
bouche une Emeraude qu'il
portoit pendue au col, s'il
vouloir perdre la mémoire
de la mort de son Fils qui , ce reüssit selon cet avis.
Nous lisons dans Grégoire
de Tours que le RoyGontran
estant allé à la Chasse
s'endormit sur le bord d'une
fontaine qui faisoit un petit
ruisseau. Son Escuyer vid
sortir de sa bouche une petite
Belle blanche., qui courant
~à&la, témoignoit vouloir
:oaflèr le ruisseau. Pour luy
~aciliter le passage qu'elle
embloit chercher, il mit son
j^pée en travers sur ce ruis-
Jlèau
,
ellepassa aulE-roll: par-
Hessus, & entra dans le creux
H'une Montagne prochaine;
puis revint
,
repassa le ruis-
~eau, & entra dans la bouche
du Roy. Cependant arrive
la Meute de Chiensquiréveilla
Gontran, lequel fit
aussi-tost le récit d'un Songe
qu'il venoit de faire. Il
me sembloit, dit-il, que je
passois une riviere sur un
Pontde fer, & quej'entrois
dans une Caverne, où estoit
un grand Tresor. L'Escuyer
voyant que ce Songe convenoit
bien à ce qu'il
avoit veu , en fit au/ïîlej
récit. Le Roy l'ayant enrendu,
fit foüir dans le lieu,
oùestoitentré ce petitanimal.
On y trouva un grand
Tresor que le Roy employa
en oeuvres pieuses, & principalement
à l'achapr d'une
Chasse pour Saint Marcel *
lez-Châlons. Ce creuxs'appelle
encore ajourd'huyla
Motte du Tresor. Jugez
prés ces Histoires& plusieurs
autres que je pourrois
rous rapporter, si ceux qui
joûtent foy aux Songes ne
toretendent pas avoir su jet
le s'appliquer à cét amusement.
BELOROND.
• Trois raisonsdétruisent
de pretexte que donnent
ces Histoires aux Interprelations
ordinaires des Songes.
La premiere
,
c'est que
les Autheurs qui lesrapportent
ne le font que comtine
des bruits communs qui
couroient du temps quils
saisoient leurs Histoires, Se
qu'ils ne prétendent pas
pour cela garantir des comme choses véritables. Lafeconde,
c'est que la plut
part de ces Songeurs,ou plûtost
de ces,rêveurs
fait leurs Songes e,stoanntt
éveillez, comme peutestre
vostre Conseiller, & Cardan.
En effet quelle apparence
y a-tïl que ce Conseiller
ne sçachant point de
Grec se feroit si facilement
souvenu des mots que son
imagination luy avoit dictez
en cette langue pendant
qu'il dormoit ; ôc com.
ment Cardan a-tilla hardiesse
de dire que cette
Emeraude luy fit oublier
la mort de son fils, puis
qu'il s'en ressouvenoit encore
assez pour nous donner
l'Histoiredesarêverie
etudiée? Il estoit habilehomme
)
je l'avoue
)
mais
il pretend dans ses Oeuvres
nous faire ajoûter foy à
tant de choies difficiles à
croire pour leur peu de
vray-semblance
, que jene
puis encore m'empescher
de douter de celle-cy. La
1
troisiéme raison qui détruit
l'authorité de cesHistoires,
c'estque quand mesme l'Interpretation
-d'e quelque
Songe se feroit trouvéeveritable,
il ne faut pas pource-,
la tirer une consèquence en
faveur de celles qui se font
tous les jours; car enfin il
est difficile que de tant de
Songes differens qu'un homme
fait dans sa vie, il n'y
en ait quelqu'un qui seraporte
à ce qui arrive dans
lasuite. De même, par
exemple, que d'une infinité
de Fléchestiréesmême:
- V
par un homme qui auroit
les yeux bandez, il seroît
impossible que quelqu'une
ne touchast le but,aussi il
ya des complexions, comme
celles des mélancholiques
,
des hommes adonnez
au vin,& des furieux,
qui troublent l'imagination
de tant de vapeurs & de fumées
siconfuses, qu'il n'est
pas possible que par rencontre
elles ne forment
quelquefois une idée de ce
qui doit arriver. Cependant
comme on n'observe ordinairement
de tous les Songes
que ceux qui ont eu quelque
chose de merveilleux
dans l'évenement, on attribuë
facilement à Dieu, ce
qui n'est véritablement que 1
'-
l'effet du hazard. Enfin, siles
Songes ne venoient que de
Dieu, que luyavoientfait
les Peuples de Libye, que
Solin nomme Atlantes, qui
n'ont jamais eu de Songes
pendant leur sommeil, non
plus qu'un Cleonde Daulie,
& un Trafymede; au rapport
de Plutarque? 1 PHILONTE.
Ces gens-la estoient bien
differens des Sabins, qui,
comme nous apprend le Proverbe
Latin, Congeoient tout
* o
ce qu'ils vouloient Sabini
quod volunt fomniant.
BEL OROND.
Ceux
- cy font aussi bien
differens des Canadois
)
qui
veulent tout ce qu'ils ont
.fongé
; car quelques Relations
que nous avons d'eux,
asseurent que s'ils ont songé
en dormant qu'on leur fait
un Present,ils font tous leurs
efforts le lendemain pour l'avoir.
S'ils ont songé le meurtre
d'un Homme, ils tâchent
de l'executer le plus promptement
qu'ils peuvent,voulant
absolument rendre réettj
pendant le jour, ce que leur
imagination leur arepresenté
pendant la nuit. Mais siî]
ceux-cy ont tant d'elllpreiTe--'
ment pour rendre leurs Son- -j
ges véritables, d'autres n'enn
ont pas eu moins,pour éviter,
mesme avec cruauté, les dan."ol
gers qu'ils pretendoient leur que 3 fantaisieleur avoit raie33
voir dans leurs Songes. Lese
Histoires font pleines d'exé-£
ples surce filjet. UnCambile
fait mourir son Frere pouru
avoir eu un Songe, dont 1interprétation
sembloit [mettrel'Empire pro- à ce Frere.
•UnAftiaçe veut faire tuer
sonpetitFils Cyrus, pour le
j mesme sujet.UnAvare ayant
j| resvé qu'ilavoit fait une dépense
excessive,se pédit à son
réveil,tant il estoit desesperé; iUn Portugais ayant songé
que sa Femme commettoit
un Adultere, la poignarda
cruellement lematin, toute :
innocente qu'elleétoit. Hen- ..,
ry III. un de nos Rois,fit tuer
des Lions qu'il nourissoit,
l parce qu'ilavoit songé qu'ils
le dechiroient. Mais le temps
se passe, ôcil nous en reste
peu pour nostre Conversation
; c'est pourquoy employez,
je vous prie, ce qui j
nous en reste
, pour m'ap- j
prendre un Abregé de la vie j
de quelques-uns de ces Philosophes
anciens, comme
vous me l'avez promis.
PHILONTE.J Jecommenceray parEpi- ;
cure l'execution de ma pro- f
messe. Epicurenâquit à "Athenes
en la trosiéme année -
de la 109. Olympiade, & la
412. de Rome. Il s'adonna à
> 1
la Philosophie des l'âge de
; douze ans, & ce fut la lecture
des Oeuvres de Démocrite,
qui l'engagea à quitter
l'étude de laGrammaire pour
s'y appliquer. Le principal
1 point de sa Morale, & ce-
HLj qui luy attire des Ennemis,
c'est qu'ilfaisoitconfister
le souverain bien dans la
volupté.Ce seul nom de volupté,
qui est odieux aux gens
de bien, donna occasion à
ses Envieux de le traiter d'Infame
& de Pourceau; mais
ceux qui se font appliquez
sans préoccupation à connoistre
le véritable sentimet
de ce Philosophe sur ce grad
point de Morale, avouent
que la volupté dont il par- loit, n'estoit autre chose qu'
une volupté tranquille&inseparable
de la vertu. Saint
Jerôme ne l'auroit pas proposé
aux Chrestiens de son
temps, commeila fait, pour
leur faire honte de leurs débauches,
s'il l'eust regardé
comme un Philosophe voluptueux,
dans le sens que le
prenoient Ses Ennemis. Sa
maniere de vivre & ses sentimens
détruisent Vilement
les accusations de ses Envieux.
En effet, on voit par
ses Lettres, que ses meilleurs
repas se faisoient avec un
peu de fromagejoint au pain
& à l'eau. Permettez-moy,
je vous prie, dje vous r*apporter
quelques-unes de ses Sentences,
& vous verrez si l'on.
avoit sujet de l'accuser de
sensualité.
Le Sage ne doit jamais rechercher
d'amour une Femme dont
les Lttix luy défendent la joüissance.
n
•
il faut expojer sa 'Vie hardiment
,farce que la mort rieftpas
une choje mauvaise.
Lafante doit eflre tenue indiffiren-
te. Et c'est cette raison.
quil'engageoit
*'
au souhait de
bien faire,qu'il mettoitau
commencement de ses Lettrès,
au lieu de celu y de se
bien porter, sélon la coûtume.
Les douleurs font preferables
a la volupté, &' celle
- cy
ne doit pas toujours eflre em- trafée.
Ilvaut mieux eflre malheureux
& raisonnable3 qu'heureux
&' sans raison.
La bonne fortune se trouve
rarement
rarement avec la fageffi.
Si vous voulez vivre heureux
@r avec pUifir, faites
que voflre félicité foit accompagnée
de prudence
j
d'honnes.
teté & de juflice ; ces trois
'vertus font inseparables de la
vraye & fillde volupté.
Prenez plûtojl garde avec
qui vous mangea & beuvez,
qbu'a ece quue vvous emanzgez-&
Les tourmens nempefcbent
pas la félicité du Sage, quoy
que la douleur luy puiffi tirer
quelques soûpirs.
1 Les plus félidésplaisirs conjijrent
en la memoire du bien
pasé, parce que tout ce qu'on
si promet de l'avenir efl incertH-
ln; dr ce qui est prejent ne
Je poffide jamais sans craÍnte.,
pouvant efire facilement dlteré.
De bonne roy,font. cela les
sentimens d'un voluptueux
sensuel & infâme? Ne fontce
pas plûtost les opinions
d'un Homme quinesonge
a rienmoinsqua satisfaire
ses sens? Voilàlaveritable
dottrine d'Epicure; & illa
soûcenue en vivant& en
mourant. Il estvray que Ciceron
luy reproche.) que sa -) '!
vie ne répondoit pas à ses sentimens
ôc que s'il tenoit des
discours judicieux & honnêtes,
c'estoit pour faire avaler
plus agréablement le poison
de la volupré; mais c'est un
reproche qu'on a fait aussià
Platon & à Zenon
, comme
remarque fort bien Seneque,
L. de Vita beata c.-18.& qu'on
fait tous les jours aux plus
honnestes gens, lors qu'on
n'a rien de plus pressànt à dire
contre eux. Ilmourutâgé
de 72 ans, d'une rétention
d'urine causée par la pierre,
avecdesdouleurs incroyables
,
qui durèrent pendant
quatorze jours, sans qu'il
donast aucune marque d'impatience.
Seneque admire
les discours qu'il tenoit pendant
ses mauxpour avoir esté
prononcez, sélon luy,dans le
propre sejour de la volu pté.
Hæc vox in ipsa cofficina voluptatis
est audita. Deux raisons
font cause de la mauvaise réputation
d'Epicure; la premiere,
parce qu'il parloit
tres-mal de Platon, d'Aristote,&:
des plus Sçavans; la
sécondé, c'est la vie scandaleuse
de ses faux Disciples,
qui s'adonnoient à toutes
fortes devoluptez, fous le
pretexte du Souverain Bien
d'Epicure. Ciceron, Quintilien
-
,
Athenée
,
& Sextus
l'ont accusé d'ignorance
;mais ses oeuvres &le
témoignage de Diogene-
Laëree,qui assûre qu'il a écrit
plus qu'aucun Philosophe,
détruisent cette accusation.
Quelque sçavant qu'il ait
esté, il est pourtant tombé
dans de tres-grandes erreurs
touchantlaPhysique & la
Morale.Entre plusieurs je vay
vous en rapporter quelquesunes.
Le Soleil & les Astres,
selon luy
,
n'étoient pas plus
grands,ou peu s'en faut, qu'-
ils le paroissoientaux yeux. Il
s'imaginoit une infinité de
Mondes subsistants tout à la
fois dans un espaceinfiny,
&avec de certains intervales
appeliez Intermondes.Iladmettoit
lesAmes corporelles
& perissables. Il a non seulement
déclalné contre les
Dieux de son temps, mais
il n'en a crû aucun, comme
remarquent Ciceron, L.
1. de Nat. Deor. & Sextus Empiricus.
Ce qui a persuade
qu)il ne croyoit point de
Dieu (quoy qu'il en ait parlé
quelquefois en le nommant
Animal immortel & bienheureux
) c'estqu'il le represente
sourd & aveugle sur
tout ce qui nous regarde, &
veut détruire sa Providence,
lessoins ne s'accordant pas,,
dit-il
,- avec un estat parfaitement
heureux, non plus
que la Colere & la Misericorderquisont
des Passions
d'une nature infirme
5
&c
qu'on ne peut- atribuer à
Dieu sans luyfaire tort; &,
avec cette Maxime & plusieurs
autres aussi impies;
il se mocquoit de toutes
fortes de Religions. Voilà
tout ce que j'avois à vous
dire de ce Philosophe.
Fermer
Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Le texte présente un dialogue entre Philonte et Belorond sur les superstitions et la crédibilité des songes. Lors d'un festin, un maître d'hôtel a renversé la salière, provoquant une perturbation due à la superstition associée au sel, considéré comme sacré par les anciens païens. La discussion se poursuit sur les interprétations des songes, Philonte estimant que certains peuvent être divins et utiles, tandis que Belorond met en garde contre une interprétation trop littérale. Le texte critique l'art de l'interprétation des songes, soulignant l'absence de règles précises et la diversité des méthodes. Des exemples de songes vérifiés, comme ceux de Sylla et du roi Gontran, sont mentionnés, mais Belorond conteste leur validité, les qualifiant souvent de rumeurs. Le dialogue aborde ensuite la vie et les enseignements d'Épicure, un philosophe grec. Épicure prônait une volupté tranquille et liée à la vertu, valorisant la prudence, l'honnêteté et la justice. Sa doctrine, souvent mal comprise, est critiquée par Cicéron mais défendue par Sénèque. Épicure est décédé à l'âge de 72 ans après une longue maladie, démontrant une grande sérénité. Sa mauvaise réputation provient de ses critiques envers Platon et Aristote, ainsi que des comportements de ses disciples. Ses erreurs en physique et en morale, ainsi que ses vues sur les dieux, ont également contribué à sa controverse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
974
p. 128-135
Article concernant la Theriaque. [titre d'après la table]
Début :
Comme il n'y a rien dans la vie de si pretieux [...]
Mots clefs :
Santé, Thériaque, Apothicaire, Antidote, Doyen, Remède, Médecins, Attestations, Méthodes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article concernant la Theriaque. [titre d'après la table]
vie de si pretieux que la
Santé, & qu'on ne peut rechercher
avec trop de foin,
ce qui est capabled'en procurer
la conservation, je
croy, Madame, que vous
ferez bien aise que je fînissè
le seul Article de ma Lettre
du mois de Mars dernier,
qu'il m'a salu laisser imparfait
depuis ce temps-là. C'est
pau sujet de la Theriaque, que
d Mrde Rouviere,Apotiquaire
du Royen ses Camps & Armées,
& Major de ses HoC.
pitaux,a préparée avec tant
) d'exactitude. Vous m'avez
parusi satisfaite de tout ce
que je vous aymandé là-defsîss,
que je vous feray sans
doute plaisir de vous apprendre,
que cet excellent
Antidote, aprèsavoirdemeuré
six mois à faire la fermentation
,
cH: aujourd'huy
dans toute la perfectionoùil
peut estre.Les preuves que
l'on enfait tous les jours font
11certaines,que MrleDoyen,
& M" les Professeurs de la
Faculté de Medecine de Paris,
ont fait connoistre par leurs Attestations, le cas
qu'ils font de ce merveilleux
Remede. Aussi les Médecine
&Apotiquaires de Province
en font à l'envy des provisions
considerables,aussïbien
que ceux de cette Ville,
qui n'ont pû ou quin'ont
pas voulu faire la grande dép'^
nfè de cette composition.
Quoy que la quantité que.
Mr de Rouviere en a faite,
-foit. de plus de sixcenslivres.
pesant, il en a un tel débit,
r<|u'il y asujet de croirequ'on
n'obligera bien-tost à en faire
une séconde. Il a déja la plus
l grande partie des provisions
necessaires pour cela(a Boutique
Se son Magasin estanc
de véritables Panacées univertelles.
Il n'y a rien que
l'on ne trouve chez luy, 8e
le Baume de Judée & le Calcitis
y font communs, bien
qu'assez rares ailleurs. La
Theriaque dont je vous parle)
eH: d'une si grande utilité)
qu'il ne faut presque que ce
seul Remede,pour se garantir
de la plulpart des maladies
qui arrivent. Les moyens de
s'en servir font aisez à pratiquer,
mesme dans les lieux
les plus retirez de la Campagne.
Ils font expliquez dans
un Ecrit queMrdeRouviere
donne à tous ceux qui vont
demander de si Theriaque.
Chacun en va prendre, & la
pluspart des personnes de la
Cour en ont des Boëtes.
Voicy la copie de l'Attestation
des Medecins. Ils l'ont
donnée en Latin, & je l'envoye vous traduite.
1
NOeu soussî,,IneZDoyen
de la Vacuitéde Mede-
1 cine de Paris , & Profeffiurs en
Pharmacie
,
artefions que CfrLz
Henry de Rouviere, Américain
ordinairedes Camps& Armées
du Roy
9 a fait fous noflre conduite
une composition publique
&solemnelle de six cens livres
de Theriaque
) avec une excellente
éleéîion
j & un! tres-exafle
préparation, fe/on la Description
dAndromaque l'ancien, en presence,
premierement de MT de la
Reynie3Conseiller d'Estatordiiiàire)
& Lieutenant General de
Police; de Mr Robert,Procureur
du Roy au Chastelet de Pariss Cr
enfin d'un grand nombre d'autres
Personnes considerables invitées à
ce fpeélacle3 dans la Maison de
L'Academie Royale prés Saint
Rocb ; &pour donner des marques
publiques du cas que nousfai-
Jonsdecette compositionytantpour
la qualité desDroguesy que pour
l'art & la methode aveclaquelle
elles ont eslépréparées3 qu'on ne
sçauroit trop loüer
j
Nous ajourons
e certifions, que cette Theriaque
doit eflre receuë de tout le
monde, comme une des plus parfaites
compositions) &, un des
^>Ju5 excellens Remedes quiayent
^ramjusquicy. En foy despuoyy
Hfour le bien & l'utilité publi- ,Nolis avons jugé à propos
ni'appojer à ces Presentes le Scetu
laditeFaculté. FaitaParis5
Me77. Septembre mil six cens
?quatre - vingt - cinq. Signé,
\PFYLON,Doyen.
\L1CHAKD. BONNET.
Santé, & qu'on ne peut rechercher
avec trop de foin,
ce qui est capabled'en procurer
la conservation, je
croy, Madame, que vous
ferez bien aise que je fînissè
le seul Article de ma Lettre
du mois de Mars dernier,
qu'il m'a salu laisser imparfait
depuis ce temps-là. C'est
pau sujet de la Theriaque, que
d Mrde Rouviere,Apotiquaire
du Royen ses Camps & Armées,
& Major de ses HoC.
pitaux,a préparée avec tant
) d'exactitude. Vous m'avez
parusi satisfaite de tout ce
que je vous aymandé là-defsîss,
que je vous feray sans
doute plaisir de vous apprendre,
que cet excellent
Antidote, aprèsavoirdemeuré
six mois à faire la fermentation
,
cH: aujourd'huy
dans toute la perfectionoùil
peut estre.Les preuves que
l'on enfait tous les jours font
11certaines,que MrleDoyen,
& M" les Professeurs de la
Faculté de Medecine de Paris,
ont fait connoistre par leurs Attestations, le cas
qu'ils font de ce merveilleux
Remede. Aussi les Médecine
&Apotiquaires de Province
en font à l'envy des provisions
considerables,aussïbien
que ceux de cette Ville,
qui n'ont pû ou quin'ont
pas voulu faire la grande dép'^
nfè de cette composition.
Quoy que la quantité que.
Mr de Rouviere en a faite,
-foit. de plus de sixcenslivres.
pesant, il en a un tel débit,
r<|u'il y asujet de croirequ'on
n'obligera bien-tost à en faire
une séconde. Il a déja la plus
l grande partie des provisions
necessaires pour cela(a Boutique
Se son Magasin estanc
de véritables Panacées univertelles.
Il n'y a rien que
l'on ne trouve chez luy, 8e
le Baume de Judée & le Calcitis
y font communs, bien
qu'assez rares ailleurs. La
Theriaque dont je vous parle)
eH: d'une si grande utilité)
qu'il ne faut presque que ce
seul Remede,pour se garantir
de la plulpart des maladies
qui arrivent. Les moyens de
s'en servir font aisez à pratiquer,
mesme dans les lieux
les plus retirez de la Campagne.
Ils font expliquez dans
un Ecrit queMrdeRouviere
donne à tous ceux qui vont
demander de si Theriaque.
Chacun en va prendre, & la
pluspart des personnes de la
Cour en ont des Boëtes.
Voicy la copie de l'Attestation
des Medecins. Ils l'ont
donnée en Latin, & je l'envoye vous traduite.
1
NOeu soussî,,IneZDoyen
de la Vacuitéde Mede-
1 cine de Paris , & Profeffiurs en
Pharmacie
,
artefions que CfrLz
Henry de Rouviere, Américain
ordinairedes Camps& Armées
du Roy
9 a fait fous noflre conduite
une composition publique
&solemnelle de six cens livres
de Theriaque
) avec une excellente
éleéîion
j & un! tres-exafle
préparation, fe/on la Description
dAndromaque l'ancien, en presence,
premierement de MT de la
Reynie3Conseiller d'Estatordiiiàire)
& Lieutenant General de
Police; de Mr Robert,Procureur
du Roy au Chastelet de Pariss Cr
enfin d'un grand nombre d'autres
Personnes considerables invitées à
ce fpeélacle3 dans la Maison de
L'Academie Royale prés Saint
Rocb ; &pour donner des marques
publiques du cas que nousfai-
Jonsdecette compositionytantpour
la qualité desDroguesy que pour
l'art & la methode aveclaquelle
elles ont eslépréparées3 qu'on ne
sçauroit trop loüer
j
Nous ajourons
e certifions, que cette Theriaque
doit eflre receuë de tout le
monde, comme une des plus parfaites
compositions) &, un des
^>Ju5 excellens Remedes quiayent
^ramjusquicy. En foy despuoyy
Hfour le bien & l'utilité publi- ,Nolis avons jugé à propos
ni'appojer à ces Presentes le Scetu
laditeFaculté. FaitaParis5
Me77. Septembre mil six cens
?quatre - vingt - cinq. Signé,
\PFYLON,Doyen.
\L1CHAKD. BONNET.
Fermer
Résumé : Article concernant la Theriaque. [titre d'après la table]
Le texte présente la thériaque, un remède préparé par Monsieur de Rouviere, apothicaire du roi et major des hôpitaux. Après six mois de fermentation, cette thériaque est prête et reconnue pour sa qualité exceptionnelle. Son efficacité est confirmée par le doyen et les professeurs de la Faculté de Médecine de Paris, ainsi que par les médecins et apothicaires de province et de Paris. Initialement produite à plus de six cents livres, la demande est telle qu'une seconde production est envisagée. La thériaque est considérée comme un remède universel contre diverses maladies et est accessible même dans les régions éloignées. Monsieur de Rouviere fournit des instructions sur son utilisation. De nombreux membres de la cour possèdent déjà des boîtes de ce remède. Une attestation en latin des médecins de Paris, traduite en français, confirme la qualité et l'efficacité de la thériaque préparée par Monsieur de Rouviere.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
975
p. 138-187
Relation de tout ce qui s'est passé à la Reception de Madame la Duchesse de Richelieu, à Richelieu. [titre d'après la table]
Début :
Les Habitans de la Ville de Richelieu, avoient trop d'impatience [...]
Mots clefs :
Duchesse de Richelieu, Armes, Obélisques, Théâtre, Devises, Honneur, Fleurs, Église, Triomphe, Artifice, Piédestal, Médailles, Illuminations, Coeur, Comtesse, Compagnie, Mousquetaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé à la Reception de Madame la Duchesse de Richelieu, à Richelieu. [titre d'après la table]
Les Habitans de la Ville
de Richelieu, avoient trop
d'impatience de voir leur
nouvelle Duchesse? pour ne
luy faire pas une Entrée qui
répondistàleur zele. Sur l'avis
qu'on eutqu'elle estoit
arrivée à Tours le 27. du mois
passé, la Noblesse dans un
Corps, une partie de la Ville
rxians un autre, .1ngt ou
~urenteGardes avec leurs Bandolieres,
allerent le lendemain
au devant d'elle à Hfte-
Bouchard, dans unéquipage
tres-propre, & ils l'accompagnerent
tous en fort bonoordre
jusqu'à Richelieu. En
(paiTant. pardevant le Convent
des Minimes de Champigny
,elle fut conlplÍ111en--,
rée par le Pere de la Bazinicre
leur Correcteur
,
qui luy
presenta desBassins remplis,
Wc, toutes fortes de fruits. Il
jEiuc vous dire les Apprests,
que l'onavoit faits à Richelieu
pouflfe recevoir. On avoit
bordé la Demie-lune de
la Porte de Paris, de Mous-
• quetaires fort lestes,qui formoientune
espece d'Avantgarde
en maniere de Croissant.
Au bout du Pont, Mr
de Reveillon, Seneschal &
Maire perpetuel de la Ville,
à la teste des autresOfficiers,
paroissoit appuyé sur la Barriere,
& sur les deux costez
du Pont-dormant, les Avocats
& les Procureurs s'estoient
tous rangez selon leur
rang jusque fous le Pavillon
de la grande Porte. Les quatre
Echevins de la Ville tenoient
un superbe Dais,pour
le presenter à Madame la Duchesse
de Richelieu,afin de
la conduire à la grande Eglise.
Au bout de la premiere
Place, qui n'a pas moins d'étenduë
que la Place Royale,
& dont les Pavillons sont
presque aussi magnifiques
,
à
l'entrée de la granderue, on
,
avoit élevé un Arc de triomphe,
composéd'une grande
Porte dans lemilieu, & de
:. deux plus petites aux costez,
sur le frontispicedesquelles
on avoit posé trois Tableaux,
garnis de sestons de verdure&
de fleurs, arnaque toute
l'Architecture. Comme le
dessein de cette agreableFesterouloit
entierementsurla
joye que toute la Ville avoit
de l'heureux Accouchementde
Madame la Duchesse de.
Richelieu,on avoit representé
dans le Tableau du milieu,
l'Honneur ôc la Fecondité
- quisoûtenoient trois-Chevrons
brifèj^,&qui lesappu
YOICnt
ùl:..Jun
Cube,qui
est le Hyerogliphe meté,pourmarquedre la Fer- missemétdel'anciennl'aesMseari--
son de Richelieu
,
par'heureuse
feconditéde son IllustreDuchesse.
L'Honneur estoit
figuré par un Héros couvert
d'un Manteau de pourpre
, appuyé surune demie
pique, & environné de laurier
; & la Fecondité par une
jeune Femme avec un Manteau
fourré d'hermines,&
bordé de Fleurs de lis, donton
icaic que sont composées
les Armes de Madame la Ducheilè
de Richelieu.
Cette Figure avoit d'autres
embelliflemens qui cotnvenoient
au iiijet,& quifaisoient
d'autant plus connoitre
le zele des Habitans, que
tout y marquoit l'esperance
qui les flate, de voir bientostnaître
un Fils de cet heureux
Mariage. Sur le Cube
au dessous des Armes de Richelieu,
soûtenues comme
je l'aydéjà dit, par l'Hon- i
neur &par la fecondité -,*
on lisoit cette Devise Latine.
His fuita mandant. 1
Au revers du Tableau,
dans un Manteau Ducal
couronned'une Couron.
ne Ducale, & soûtenu par
deux
deux Armes, on avoit écrit
ces Vers, qui expliquoient
1 la Devise.
6t;
- iZJfqucs icy la France a
toujours
vert ¿'si()nifeUr
Denosfzmeu." ArmandsfioutenirLi
grandiuri
Mais de peur qua, Ufin leur heau
Nom ne pcrijfe,
Le Dcftin veut encor que la Fécon-
Pardité [' r~~ le moyen d'unejeune Beauté *A cet honneur heureuftment s'uf
nijje,
Afin de leur donner une Postérité
JVui florijjetoujours
,
l & jamais ne jinijfe.
Les deux autres Tableaux
marquoient les temps de la
conception & de la naissance
de la petite Mademoiselle
de Richelieu, qui sont les
mois de Septembre &de Juin.
Dans l'un, on avoitrepresenté
d'uncosté l'Equinoxe de
l'Automne, par une Femme
tenant des Balances, qui avoient
dans leurs Bassins, au
lieu de poids, deux Globes
à demy éclairez par le Soleil;
& de l'autre costé on avoit
écrit cette Devise, Consultò
nonforte. Tout avec poids,
rien par hazard.
Elle estoit expliquée en
Vers Latins au revers de ce
Tableau. Dans le troisiéme,
onavoit peint d'un costéle
Solstice d Esté, & on l'avoit
figuré par unHomme couronné
d'Epics de Bled,ayant
le Zodiaque avec le Signe de
la Balance sur la teste, & tenant
le Globe de la Terre,
dont les deux tiers estoient
éclairez par le Soleil. De l'autre
costé on lisoit cette Devise.
Optatoe spes maxima prolis.
J^uand on me voit, la moiffin efi
t- bien proche.
On l'avoit encore expliquée
par deux Vers Latins,
sur ce que la naissance d'une
Fille fait attendre un Fils de
Madame la Duchesse de Richelieu,
Au milieu de la mesme ruë,
on avoit dresse un Piédestal
de huit à neuf pieds de hauteur,
qui renfermoit un tonneau
de Vin, d'où sortoit une ,
Fontaine à deux tuyaux; &
, sur ce Piédestal sur quatre
1 grosses boules, un Obelifque
de vingt-quatre à vingtcinq
pieds d'élévation
,
le
tout feint de marbre. Le Piédestal
estoitquarré & des
deux costez de la ruë Traverfaine,
on avoit peint dans
chaque façade les Fleuves de
Mable & de la Veude,qui par
les trous de leurs Urnes versoient
le Vin qui estoit renfermé
dans lePlédestal. Dans
les deux autres faces, dont
rune regardoit la Porte de
Paris, & l'autre celle du Chateau
,
il y avoit des Inscriptions
en Vers,dans l'une def
quelles la Veude
,
qui n'efb
pas si voisine de Richelieu,
que le Mable qui en arrose
les murs,luy parloit de cette
forte.
NeJoyez,pasifurpris,oMable trop
beurellx)
De me voir accourir dans ces aimables
lieux
fourjoindre mon Vrne à la votre- cealler contre son devoir
.!<.!!e d*abandonnertout, pourvoir
Vne nDuochefjfiierlUeu?flre, & telle que U &telle la
Loij;- de trie
Loin- me rreebbutitteerr>, tteeinîddeezz,m,mooyvofire
main,
Et pour mieux recevoir un Objetsi
divin,
ZJnifions- nom, mejlons nos ondesy
Etsouffrons que Bacchsu nous change
mefimeen vin,
Nous en aurons un plus noble afftin,
Et nos vertus en feront pitufitcondesLaréponse
que luy faisoit
~leMable, estoitconceuëen
aces termes.
Dans nostre publique aDegrtjJè
approuveray toujours les curieux
transports
£>uifontfaitfort'tr de tes bords
\Tourvenir admirer nojire lllujlre Duchefe.
TTon dessein me ravit,poursuis, ilt'eif
permis,
XVefprit qui te Cinjpire efl trop de nos
Amis,
3.Z/ pour te rebuter ton offre est trop
honneJle.
Acheve, & que rien ne farrefle,
Le Ciel tient pour ses Ennemis
Les Ennemis de cette Feste.
Au haut de cet Obelisque,
on voyoitéclater un Soleil,
quiestl'Hierogliphede
nostre Auguste Monarque,
que la Ville de Richelieu,
pour milleraisons, & gene,..
rales & particulieres, n'avoit
garde d'oublier dans une occation
publique comme celle-
là. Ce Soleil estoitposé
au dessus d'une Medaille du
Roy, leGlobeduCiel entre
deux, & celuy de la Terre
au dessous de la Medaille de
ce Prince, avec cette Devise
, Hic Coelo,IsteSolo. Elle
estoit expliquée par ces quatre
Vers.
Tout ce vafie Univers ne charmerait
pcrjonne
Sans tAffre qui fait lei beaux
jours,
Etsans LOV FS qui nom les donne,
1 Nos Tcfleslanguiroiinî^unaurount
peint decours.
Cette Devise & ces Vers
estoient repetez dans l'An-
! gle opposé, excepté qu'au
lieu de ces mots, Hic CAo,
iste Solo, on y avoit mis ceuxcy
,
Dignus uterque præeH. Les
deux autres faces faisoient
paroilire, dans un Ciel fort
serein quantité d'Etoiles édatantes
qui entouroient un
Dauphin celeste ,avecces
mots, Sic Régia posleritas, &
ces autres Vers, qui en donnoient
l'explication.
La France à l'avenir ne craint plut
-- - "lesdcfajlrcs,
Ce Royaume jamais rfeut un dejlin
pAreil) 1
Son Roy brille comme mi Soleil,
EtJesEnfanscomme des Ajlres.
Audessous de la Médaille
du Foy, on avoit reprefentédeux
ou trois rayons, qui
venoient du corps du Soleil,
qui servoit de Devise à ce
grand Prince, & qui diffipoient
un gros nuage, avec
ces mots pour Mr le Duc de
Richelieu, Post nubila judum.
illts estoient expliquez par les
Versquisuivent.
Des qu'Armandparoijfra dans cefc~
jour charmant
Avec noflreIlin[IreDucbcjfc,
Il ne luyfaudra qi/un moment
Pour dijjlper chez, nom quatorze ans
de trifltIfl--
Il y avoit ce mesme nombre
d'années que Richelieu
ln''avoitpossedéceDuc. Dans Angleopposé, on avoit
peint pour Madame la Duchesse,
un. Alcion au milieu,
de la Mer, avec cette Devise
,
Tempora tuta notat, expliquee
par ces Vers;
Nom ne craignons point la tempeftc,
On va joitir d'un temps & fort caU
me &fort doux
i.
L'Alcion a saru chez, nom,
h'ailegreffe y revient, & l'orage s'ar-
-
reste.
1
A la troisiéme face, orj
avoit peint un Phénix, pour
marquer l'esperance que l'on;
a qu'il naistra bien-totsusi
Garçon de Madame laDuchesTe
5
avec ces paroles,Diend,
ex proie rtfurtit. 1
Amand danssa PoBcrité 11
Xii Jera fameuse en l'HVpoirey 1
Y va vivre une éternité
Tout couvert d'honneur& de gloi-
1 re.
Dans la face opposée à
c.ette derniere,on avoir peint
pour Devise à Mademoiselle
de Richelieu, une Aurore aiante.av.ec ces mots,Nuntio
magna.
i
Chacun en moy trouve déja des
chtlrmes,
Maù avec tom les dons que fil) recou
des CÙIIX)
pn Frcre va venir qui fera parCes
armes,
fIlM de progrés encor que n'(n feront
iyiesjeux.
Au dessousdetoutesces
Devises, dans une des faces
de cet Obelisque, on avoit
representé en bas relief un
Bacchus,que les Anciens appelloient
Liber, pour nous si-.
gurer la Franchise, dont les
Habitans de cette petite Ville,
qui peut passer pour le Bijou
de la France, joüissent
fous les auspices heureux de
Loüis LE GRAND. Ces
Vers estoientau dessous.
Pour le repos tout le monde (OHpire,
De nos travaux il cflle blit châr- .*niant-.
Graces au GRAND LOFIS, on 1'4
feu*son Empire,
Et Richelieusur tout enjouit pleinement
;
Maisbien loin quejamais cette rille
tonfeme
A s'oublier dans sa félicité,
Au service du Prince elle eïl ferme
& clnfante, -
Etconnoïftra toujoursquelleneflfloriffante
Jî>ueparsalibéralité.
- Dam l'Angleopposé, on
avoit aussî representé en bas
relief une jeune Nymphe
couronnée de fleurs, en posture
de Danceuse,tenant
une Lyre, avec un air extrêmement
guay , pour nous sigurer
l'allegresse publique,
avec ces Vers.
En quelque endroit que ma Dà.
chcjjc
Tassebrillerfies doux appas,
On verra toujours tAUegrejJè
Précéder ou suivrefis pas.
I
Dans les deux autres Angles,
on voyoit de petits Faunes
ôcde petits Satyres jouas
de la Flulte & du Tambour
de Basque, dançans &: gainbadans
à leur son. Cette Inscription
Latine estoit éciite
en gros caractères au bas de
l'obelisque.
S. P. Q.RICH.
HancPyramidemadhonorent &gloriamfaufii
Duciff&fujt in banc orbcm
mgrejju* erexerunt ,fit/; Proe
tore intcgerrimo PbilippoJgwerarcl
Domino de Réveillon, annôfaltttis
M. DC. LXXXV.
Au bout de cette grande
rue, a l'entree de la [econde,
Place, on voyoit suspenduës
en l'air les Armes de la Maison
de Richelieu, faites d'Illuminations
?
avec ces deux
Vers au denousécries en lettres
de feu.
Sous cesChevrons
-
flmèttx-
Nomvivons tout httJrefJx,
Enfin aumilieu de cette Place on avoit dresse un
Feu d'artifice dont voicy 1er
Plan, Le Théâtre estoit disposé
en Arc de Triomphe.*
Il y avoit ttois portiques!
sur chacune de ses 'f.,,ices.
Elles avoient dix-huit pieds 1
chacune, & elles estoient
toutes ornées de Festons de
Verdure. Le Corps de la.
Machine occupoic douzeé
pieds en quarré ,& repre-l
sentoit en Illumination le
pompeux Palais de Riche-
,lieu, suivant les veuës de ses t
quatre faces. Celle de devant
qui faisoit voir au tra- .)
vers de son Dome & de sa
Terrasseunemaniéré de Coomne
Trajane illuminée
iMème'e de chifres & des Arrimes
de Mrle Duc &de Maixlame
laDuchess de Richeillieu
, & qui surpassoit la
hauteur du Chasteau de deux
oou trois pieds, faisoit voir
dans le collier de son Chaqpiteau
cette inscription 3reu en
: Heroum cecunditati; Du milieu du ceintre du
grand Portique de chaque face du Theatre, pendoit
:wn Quadre doré dans lequel
sestoient representéesenillluminations
des Emblèmes,
qui avoient du rapport a
quatre Devisesécrites en
lettres de feu sur chacune,
des quatres faces du Théâtre.
La premiere sur l'aisle
droite du costédel'Eglise
representoit un Soleil de
Feu chargé dans son fond,
des Armes de Mrle Duc de
Richelieu5 avec ces
mots
Illuminez,Refaitluminesplendet.
Elle faisoit allusion à
celle du Roy, & fignisioitque
les vertus de ce Duc
-
font toutes Royales, La le-r
conde sur Taille gauche representoit
les Armes de
;.
Madame la Duchesse de
Richelieu, qui - sont des
Fleurs de Lys & des Hermines
avec ces paroles
Gernino candore nitescrit. La troisième
faisoit voirleschifîfres
de l'un & de l'autre,
avec deux Coeurs dans l'entrelas
des Chifres
,
qui
estoient accompagnez de
3ce Vers.
\.pÜu nbs Coeurs font ferrez,
,
p{ter
-.,." leurs liensmuspUifcnt.
La quatrième estoit cornu
posée d'un Soleillançantses
[ Rayons sur deux Miroirs
ardens opposez l'un à l'autre,
l avec un Amour qui
allumoit son flambeau auIl
point d'activité des
-
deux*
miroirs. Cet autre Vers1
estoit l'ame de cette Devise.
Ainji VAmtur s'allNme dans nos
1
Cæun. |
Tout le Theatre
estoit
balustré de lances & de|
Potsà Feu, de Pétards& de
Saucissons ,avec cinq grands
partemens de Fuzées
, un
à chaque coin du Theatre,
& le cinquième au milieu,jf
Avant quedallumer le Feu, j
[on avoit prépare une douzaine
de grossèsFuzées changéesd'artifice,
pour estre
le signal aux Fauconneaux
5c à la Milice de tirer, comme
auni d'allumer dans cet
Listant tout le Theatre par
les Girandoles des quatre
xoins & par les Lances à
Feu, & de faire joiier tout
le relie de l'Artifice dans
son ordre.
Madame la Duchesse de
[Richelieu, pour qui toutes
les choses que je viens de
vous décrireavoientesté
préparées
y ne fut pas plutoit
en veuë de la Ville,
que tous les Moufquetaites
qui bordoient la demy-
Lune, la saluerent par Escopeterie une bien recriée. Cela
faityils défilerent aussitost
dans la Ville pour s'y
mettre en ha ye. Lors qu'on
la vit approcher de la Barriere
sur laquelle je vous
ay déjà marqué, que Mrle
Senechal & les autres .Offi-.
ciers s'estoient appuyez
pour faire connoistre que
la Justice est le plus feur
appuy des Villes, & la
plusforte Barriere qui puisse
y
ey arrester les desordres.
On l'abatit devant elle,
afin de luy fairevoir l'authorité
qu'elle avoit dans
Richelieu ; & alors Mr le
Senechal s'estant avancé à
lateste de toute laJustice,
luy fit une Harangue dont
le beau tour, & la delicatessedustile
& des pensées,
furent extremément applaudis.
Il est vray que Mrle
Duc deRichelieu ut qui vou- que l'on rendist les premiers
honneurs à Madame
la Comtesse d'Acigné, Mere
de Madame la Du-chessela
fit Complimenter la premiere.
Les Harangues finies,
elles descendirent sous le
Pavillon où le Dais les attendoit
; & comme le Convent
des Religieuses de la
Compagnie de Nostreme
est la premiere Maison
que l'on rencontre lors
qu'on entre dans la Ville,
Madame du Verdier leur
Superieure avoit envoyé ses
Pensionnaires
, pour faire
leurs Complimens à Madamé
la DuchessedeRichelieu.
La plus petite d'entre
elles s'enacquitta d'un air
tout charmant, & avec beaucoup
de grace,enluy presentant
deux Couronnes de
Fleurs. Cela fait
,
Madame
la Duchesse de Richelieu
marcha avec Madame la
Comtesse sa Mere fous le
Dais le long de la grande
Place & de la grande Ruë, jusques à l'Eglise. Pendant
ce temps, toutes les Dames
de la Ville parurent avec
des habits fort propres sur
le pas des Portes cocheres,
pour faire en passant leur
premiere Reverence à leur
nouvelle Duchesse, & marquer
par là l'empressement
qu'elles avoient de la voir.
Parmy lesSpectacles quis'offrirent
à. ses yeux, &qui l'obligerent
à s'arrêter de temps
en temps pour lesmieux considerer
, une chose la surprit
assez agreablement lors
qu'elle passoit dans la grande
ruë. Il sortit du Logis
de Mr le Senechal trois jeunes
Enfans, dont l'un habillé
de gaze d'argentàfond
couleur de Feu, reprefensentoit
l'Amour de la Patrie.
Il tenoit dansune de ses
mainsun Chevron briie de
gueules, où estoient atta^-
chez des Coeurs tout de Feu
par des noeudsde la mefi-n-ç.
couleur, pour marquer le
zele &: l'attachement des
Habitans à la Maison de
Richelieu. Le second
,
dont
l'habillement estoit de gaze
d'or à fond bleu, figuroit
le bon Genie. Il avoit des
aislesaux costez de sa teste,
& tenoit des Couronnes de
Palmes & de Laurier:Ledernier
qui representoit l'Augure
certain, tenoit dans ses
mains un Astrolabe. Il estoit
habillé de gaze d'argent à
fond vert, & avoit deux
Etoiles sur sateste, signifiant
touCjaosutorrs6c Pollux, qui ont passé pour estre
de bon augure. Le premier
de ces Enfans, qui est
le Fils de Mr le Senechal de
Richelieu, fit un Compliment
en Vers à Madame la
Duchesse
,
& le prononça
d'un air si libre, qu'elle en
fut charmée ainsi que tous
ceux qui l'entendirent. Aprés
cela, elle arri va à l'Obelisque
, qui n'estoit qu'àvingt
pas delà. Cet Ouvrage la
surprit.CeSoleil, ces Globes,
ces Medailles, ces Etoiles
, ces Dauphins, ces Devises, & toutes les figures
dont je viens de vous parler,
furent des Spectacles qu'elle
trouva dignes de sa curiosité.
Elle passa outre, &
quoy qu'il lift trop de jour
pour illuminer les. Armes
que l'on avoit suspenduës en l'airau bout de la grande
ruë
,
les preparatifs luy en
parurent bien imaginez &
elle en loiia hautement le
dessein. Enfin elle arriva à
l'Eglise, où le Clergé l'attendoit
sur les marches,devant
le magnifique Portail de ce
beau Temple. Il avoit à sa
teste le Superieur de Messieurs
de la Mission, qui la
harangua en luy presentant
l'Encens & l'Eau Benite.
Ensuite il la conduisit au
Choeur, & l'on y chanta le
Te Deum & le Benedictus au
son de toutes les Cloches,
ausquelles douze Fauconneaux,
autant de Coulevrines
, & toute la Moufque-
•
terie repondirent. Un moment
aprés cette premiere
décharge, la Mousqueterie
recommença ,
& fut un fignal
aux Fauconneaux &:
aux Coulevrines qui estoient
entre la Ville& le Chasteau,
derecommenceraussi. Cette
seconde décharge futà peine
faite
, que tous les Mousquetaires
qui se trouvoient
au nombre de huit à neuf
cens,tirezdeRichelieu,Mirebeau,
la Chapelle-Belloüin,
& autres dépendances du
Duché,défilerent encore une
fois, & allerent faire une
haye depuis la porte de la
Ville jusques au Chasteau.
Madame la Duchesse de
Richelieu passa au milieu de
ces Mousquetaires, qui s'étoient
rangez en tres-bon
ordre, & arriva dans son magnifique PalaisN, oIù elle
futreceuësplendidement par
Mr & Madame de Sacilly.
La douce Harmonie des Violons
&desHautbois succeda
aux bruits Guerriers de l'Artillerie
,des Tambours & des
Trompettes,dont les Echos
qui y sont admirables,avoient
long-temps retenty de
tous costez. Comme on ne
sçavoit pas si cette Duchesse
n'arriveroit point de nuit,
il avoit estéordonné que les
1
deux rangs de fenestres haue
tes & basses, des superbes Pa-
.villons des deux grandes
Places, & de ceux de toute
la grande ruë qui est fort
droite& fort large, auroient
chacune deux Illuminations,
dont le papier huilé devoit
estre marqué de Fleurs de
Lys, d'Hermines & de Chevrons
brizez ; ce que l'on
avoit ponctuellement executé.
Cette Duchesse qui en
avoit veu les apprefts en passant,
voulut voir l'effet qu'ils
produiroient. Ainsi sur les
dix heures du soir elle vint
à la Ville
, ou une nuit fort
obscure favorisant le dessein
des Habitans, elle vit
dans tout leur éclat les divers
Spectacles que je viens
-
de vous décrire. Elle demeura
d'accord qu'on ne
pouvoit voir uneillumina-1
tion plus furpren:.inre. La
grande ruë de Richelieu
sembloit avoir esté faite exprés
pour la faire mieux paroi'i'r-
re-; les Pavillons y étant
fort eslevez & tres reguliers.
Chaque croisée a six grands
panneaux de vitres, & ces
croisées se répondent les
unes aux autres avec une
merveilleuseégalité.Chaque
Pavillonde part & d'autre en
; a quatre dans les bas étages,
& cinq dans les hauts. Rien
n'estplus droit, & la fime-
,- trie y est entièrement observée.
Ce qui rendoit la chose
encore plus pompeuse, c'étoit
l'Obelisque, dont le Soleil
& les autresFigures éclatoient
comme en plein jour,
aussi-bien que celles de l'Arc
de Triomphe,qui se trouvant
comme l'Obelisque entre
ces Armes illuminées, &
le Feu d'artifice, faisoient au
milieu de tous ces Feux le
plusagreable effet du monde.
LeFeudartificeeuttout
le succez qu'on en pouvoit
esperes. Il n'yavoit rien de
mieuximaginé.LeSt de Launay
de Poitiers qui est un
homme fort expert dans
toutes les choses de cette
nature , en estoit l'Autheur.
Toutes ces Lances & Pots
------à Feu, ces Girandoles, ces
Armes & ces Devisesilluminées,
ce superbe Palais embrasé
, cette ColomneTrajane
flamboyante, trois cens
cinquante Fusées de toutes
especes, & toutes les Illuminations
des Places & de la
grande ruë,estoient un Spectacle
qui remplit l'attente
d'une infinité de Curieux,accourus
à Richelieu pour voir
cesmagnificences. Mr dela
Guertiere, Peintre du Roy, qui s'est trouvé à cinq des
plus superbes Entrées qu'on
ait faites dans l'Europe, avoit
donné le plan de tout
le Dessein. Mr de l'Hermitage
,
qui fous le nom de
Deniau
) a pendant cinq ans
travaillé fous le fameux Mr
le Brun, avoit fait tous les
Tableauxde l'Arc de Triomphe,
ôc Mrde la Briere, qui
reüsst admirablement dans
les ornemens ôcdans les Portraits,
s'estoit chargé du travail
del'Obelisque. Ils sont
tous trois de Richelieu, d'où
l'onn'a pas eu besoin de
sortir
, pour trouver des
gens capables de bien inventer
& d'executer.
Le lendemainMr le Pelletier
,
Presidentàl'Election
&au Grenier à Sel de Richelieu
, alla à la teste de ces
deux Corps reunis, complimenter
M le Duc & Madafmela
Duchesse de Richelieu.
Il commença par Madame
laComtesse d'Acigné,
comme onluy avoirmarqué
que ce Duc le souhaitoit.
Toutes ses Harangues
furent extremement polies,
& prononcéesavecbeaucoup
de grâce. C'est un
homme tout de feu, &qui
na pas moins d'honneur ôc
de probité, que de capacité&
de delicatesse d'esprit.
Le mesme jour, M' leDuc
& Madame la Duchesse de
Richelieu, Madame la Comtesse
d'Acigné, Mademoiselle
sa Fille
,
Mrs les Abbez
d'Acigné & de Sacilly
,
&
plusieurs autres personnes
considerables qui lessuivirent,
allerent visiterlesReligieuses
de la Compagnie de
Nostre-Dame. Ces Dames
les surprirent agréablement
quand après qu'ils eurent
visité toute la Maison
,
elles
les firent entrer dans une
Salle où il y avoit un Théâtre
tout dressé. Ils n'y furent pas
plûtost placez que l'on tira
un Rideau qui le cachoit, &,
les Pensionnaires commencèrent
une des Tragédies;
de l'Illustre MrdeCorneille,
que ces Dames leur avoient
fait apprendre secretement.
Si la surprise fut grande,les
applaudissemens que l'on
donna aux Acteurs furent
encore plus grands. Je laisse
les autres Divertissemens qui
ont fait paroistre le zelede la-
Ville de Richelieu,pourpasfer
à un Article de Guerre.
de Richelieu, avoient trop
d'impatience de voir leur
nouvelle Duchesse? pour ne
luy faire pas une Entrée qui
répondistàleur zele. Sur l'avis
qu'on eutqu'elle estoit
arrivée à Tours le 27. du mois
passé, la Noblesse dans un
Corps, une partie de la Ville
rxians un autre, .1ngt ou
~urenteGardes avec leurs Bandolieres,
allerent le lendemain
au devant d'elle à Hfte-
Bouchard, dans unéquipage
tres-propre, & ils l'accompagnerent
tous en fort bonoordre
jusqu'à Richelieu. En
(paiTant. pardevant le Convent
des Minimes de Champigny
,elle fut conlplÍ111en--,
rée par le Pere de la Bazinicre
leur Correcteur
,
qui luy
presenta desBassins remplis,
Wc, toutes fortes de fruits. Il
jEiuc vous dire les Apprests,
que l'onavoit faits à Richelieu
pouflfe recevoir. On avoit
bordé la Demie-lune de
la Porte de Paris, de Mous-
• quetaires fort lestes,qui formoientune
espece d'Avantgarde
en maniere de Croissant.
Au bout du Pont, Mr
de Reveillon, Seneschal &
Maire perpetuel de la Ville,
à la teste des autresOfficiers,
paroissoit appuyé sur la Barriere,
& sur les deux costez
du Pont-dormant, les Avocats
& les Procureurs s'estoient
tous rangez selon leur
rang jusque fous le Pavillon
de la grande Porte. Les quatre
Echevins de la Ville tenoient
un superbe Dais,pour
le presenter à Madame la Duchesse
de Richelieu,afin de
la conduire à la grande Eglise.
Au bout de la premiere
Place, qui n'a pas moins d'étenduë
que la Place Royale,
& dont les Pavillons sont
presque aussi magnifiques
,
à
l'entrée de la granderue, on
,
avoit élevé un Arc de triomphe,
composéd'une grande
Porte dans lemilieu, & de
:. deux plus petites aux costez,
sur le frontispicedesquelles
on avoit posé trois Tableaux,
garnis de sestons de verdure&
de fleurs, arnaque toute
l'Architecture. Comme le
dessein de cette agreableFesterouloit
entierementsurla
joye que toute la Ville avoit
de l'heureux Accouchementde
Madame la Duchesse de.
Richelieu,on avoit representé
dans le Tableau du milieu,
l'Honneur ôc la Fecondité
- quisoûtenoient trois-Chevrons
brifèj^,&qui lesappu
YOICnt
ùl:..Jun
Cube,qui
est le Hyerogliphe meté,pourmarquedre la Fer- missemétdel'anciennl'aesMseari--
son de Richelieu
,
par'heureuse
feconditéde son IllustreDuchesse.
L'Honneur estoit
figuré par un Héros couvert
d'un Manteau de pourpre
, appuyé surune demie
pique, & environné de laurier
; & la Fecondité par une
jeune Femme avec un Manteau
fourré d'hermines,&
bordé de Fleurs de lis, donton
icaic que sont composées
les Armes de Madame la Ducheilè
de Richelieu.
Cette Figure avoit d'autres
embelliflemens qui cotnvenoient
au iiijet,& quifaisoient
d'autant plus connoitre
le zele des Habitans, que
tout y marquoit l'esperance
qui les flate, de voir bientostnaître
un Fils de cet heureux
Mariage. Sur le Cube
au dessous des Armes de Richelieu,
soûtenues comme
je l'aydéjà dit, par l'Hon- i
neur &par la fecondité -,*
on lisoit cette Devise Latine.
His fuita mandant. 1
Au revers du Tableau,
dans un Manteau Ducal
couronned'une Couron.
ne Ducale, & soûtenu par
deux
deux Armes, on avoit écrit
ces Vers, qui expliquoient
1 la Devise.
6t;
- iZJfqucs icy la France a
toujours
vert ¿'si()nifeUr
Denosfzmeu." ArmandsfioutenirLi
grandiuri
Mais de peur qua, Ufin leur heau
Nom ne pcrijfe,
Le Dcftin veut encor que la Fécon-
Pardité [' r~~ le moyen d'unejeune Beauté *A cet honneur heureuftment s'uf
nijje,
Afin de leur donner une Postérité
JVui florijjetoujours
,
l & jamais ne jinijfe.
Les deux autres Tableaux
marquoient les temps de la
conception & de la naissance
de la petite Mademoiselle
de Richelieu, qui sont les
mois de Septembre &de Juin.
Dans l'un, on avoitrepresenté
d'uncosté l'Equinoxe de
l'Automne, par une Femme
tenant des Balances, qui avoient
dans leurs Bassins, au
lieu de poids, deux Globes
à demy éclairez par le Soleil;
& de l'autre costé on avoit
écrit cette Devise, Consultò
nonforte. Tout avec poids,
rien par hazard.
Elle estoit expliquée en
Vers Latins au revers de ce
Tableau. Dans le troisiéme,
onavoit peint d'un costéle
Solstice d Esté, & on l'avoit
figuré par unHomme couronné
d'Epics de Bled,ayant
le Zodiaque avec le Signe de
la Balance sur la teste, & tenant
le Globe de la Terre,
dont les deux tiers estoient
éclairez par le Soleil. De l'autre
costé on lisoit cette Devise.
Optatoe spes maxima prolis.
J^uand on me voit, la moiffin efi
t- bien proche.
On l'avoit encore expliquée
par deux Vers Latins,
sur ce que la naissance d'une
Fille fait attendre un Fils de
Madame la Duchesse de Richelieu,
Au milieu de la mesme ruë,
on avoit dresse un Piédestal
de huit à neuf pieds de hauteur,
qui renfermoit un tonneau
de Vin, d'où sortoit une ,
Fontaine à deux tuyaux; &
, sur ce Piédestal sur quatre
1 grosses boules, un Obelifque
de vingt-quatre à vingtcinq
pieds d'élévation
,
le
tout feint de marbre. Le Piédestal
estoitquarré & des
deux costez de la ruë Traverfaine,
on avoit peint dans
chaque façade les Fleuves de
Mable & de la Veude,qui par
les trous de leurs Urnes versoient
le Vin qui estoit renfermé
dans lePlédestal. Dans
les deux autres faces, dont
rune regardoit la Porte de
Paris, & l'autre celle du Chateau
,
il y avoit des Inscriptions
en Vers,dans l'une def
quelles la Veude
,
qui n'efb
pas si voisine de Richelieu,
que le Mable qui en arrose
les murs,luy parloit de cette
forte.
NeJoyez,pasifurpris,oMable trop
beurellx)
De me voir accourir dans ces aimables
lieux
fourjoindre mon Vrne à la votre- cealler contre son devoir
.!<.!!e d*abandonnertout, pourvoir
Vne nDuochefjfiierlUeu?flre, & telle que U &telle la
Loij;- de trie
Loin- me rreebbutitteerr>, tteeinîddeezz,m,mooyvofire
main,
Et pour mieux recevoir un Objetsi
divin,
ZJnifions- nom, mejlons nos ondesy
Etsouffrons que Bacchsu nous change
mefimeen vin,
Nous en aurons un plus noble afftin,
Et nos vertus en feront pitufitcondesLaréponse
que luy faisoit
~leMable, estoitconceuëen
aces termes.
Dans nostre publique aDegrtjJè
approuveray toujours les curieux
transports
£>uifontfaitfort'tr de tes bords
\Tourvenir admirer nojire lllujlre Duchefe.
TTon dessein me ravit,poursuis, ilt'eif
permis,
XVefprit qui te Cinjpire efl trop de nos
Amis,
3.Z/ pour te rebuter ton offre est trop
honneJle.
Acheve, & que rien ne farrefle,
Le Ciel tient pour ses Ennemis
Les Ennemis de cette Feste.
Au haut de cet Obelisque,
on voyoitéclater un Soleil,
quiestl'Hierogliphede
nostre Auguste Monarque,
que la Ville de Richelieu,
pour milleraisons, & gene,..
rales & particulieres, n'avoit
garde d'oublier dans une occation
publique comme celle-
là. Ce Soleil estoitposé
au dessus d'une Medaille du
Roy, leGlobeduCiel entre
deux, & celuy de la Terre
au dessous de la Medaille de
ce Prince, avec cette Devise
, Hic Coelo,IsteSolo. Elle
estoit expliquée par ces quatre
Vers.
Tout ce vafie Univers ne charmerait
pcrjonne
Sans tAffre qui fait lei beaux
jours,
Etsans LOV FS qui nom les donne,
1 Nos Tcfleslanguiroiinî^unaurount
peint decours.
Cette Devise & ces Vers
estoient repetez dans l'An-
! gle opposé, excepté qu'au
lieu de ces mots, Hic CAo,
iste Solo, on y avoit mis ceuxcy
,
Dignus uterque præeH. Les
deux autres faces faisoient
paroilire, dans un Ciel fort
serein quantité d'Etoiles édatantes
qui entouroient un
Dauphin celeste ,avecces
mots, Sic Régia posleritas, &
ces autres Vers, qui en donnoient
l'explication.
La France à l'avenir ne craint plut
-- - "lesdcfajlrcs,
Ce Royaume jamais rfeut un dejlin
pAreil) 1
Son Roy brille comme mi Soleil,
EtJesEnfanscomme des Ajlres.
Audessous de la Médaille
du Foy, on avoit reprefentédeux
ou trois rayons, qui
venoient du corps du Soleil,
qui servoit de Devise à ce
grand Prince, & qui diffipoient
un gros nuage, avec
ces mots pour Mr le Duc de
Richelieu, Post nubila judum.
illts estoient expliquez par les
Versquisuivent.
Des qu'Armandparoijfra dans cefc~
jour charmant
Avec noflreIlin[IreDucbcjfc,
Il ne luyfaudra qi/un moment
Pour dijjlper chez, nom quatorze ans
de trifltIfl--
Il y avoit ce mesme nombre
d'années que Richelieu
ln''avoitpossedéceDuc. Dans Angleopposé, on avoit
peint pour Madame la Duchesse,
un. Alcion au milieu,
de la Mer, avec cette Devise
,
Tempora tuta notat, expliquee
par ces Vers;
Nom ne craignons point la tempeftc,
On va joitir d'un temps & fort caU
me &fort doux
i.
L'Alcion a saru chez, nom,
h'ailegreffe y revient, & l'orage s'ar-
-
reste.
1
A la troisiéme face, orj
avoit peint un Phénix, pour
marquer l'esperance que l'on;
a qu'il naistra bien-totsusi
Garçon de Madame laDuchesTe
5
avec ces paroles,Diend,
ex proie rtfurtit. 1
Amand danssa PoBcrité 11
Xii Jera fameuse en l'HVpoirey 1
Y va vivre une éternité
Tout couvert d'honneur& de gloi-
1 re.
Dans la face opposée à
c.ette derniere,on avoir peint
pour Devise à Mademoiselle
de Richelieu, une Aurore aiante.av.ec ces mots,Nuntio
magna.
i
Chacun en moy trouve déja des
chtlrmes,
Maù avec tom les dons que fil) recou
des CÙIIX)
pn Frcre va venir qui fera parCes
armes,
fIlM de progrés encor que n'(n feront
iyiesjeux.
Au dessousdetoutesces
Devises, dans une des faces
de cet Obelisque, on avoit
representé en bas relief un
Bacchus,que les Anciens appelloient
Liber, pour nous si-.
gurer la Franchise, dont les
Habitans de cette petite Ville,
qui peut passer pour le Bijou
de la France, joüissent
fous les auspices heureux de
Loüis LE GRAND. Ces
Vers estoientau dessous.
Pour le repos tout le monde (OHpire,
De nos travaux il cflle blit châr- .*niant-.
Graces au GRAND LOFIS, on 1'4
feu*son Empire,
Et Richelieusur tout enjouit pleinement
;
Maisbien loin quejamais cette rille
tonfeme
A s'oublier dans sa félicité,
Au service du Prince elle eïl ferme
& clnfante, -
Etconnoïftra toujoursquelleneflfloriffante
Jî>ueparsalibéralité.
- Dam l'Angleopposé, on
avoit aussî representé en bas
relief une jeune Nymphe
couronnée de fleurs, en posture
de Danceuse,tenant
une Lyre, avec un air extrêmement
guay , pour nous sigurer
l'allegresse publique,
avec ces Vers.
En quelque endroit que ma Dà.
chcjjc
Tassebrillerfies doux appas,
On verra toujours tAUegrejJè
Précéder ou suivrefis pas.
I
Dans les deux autres Angles,
on voyoit de petits Faunes
ôcde petits Satyres jouas
de la Flulte & du Tambour
de Basque, dançans &: gainbadans
à leur son. Cette Inscription
Latine estoit éciite
en gros caractères au bas de
l'obelisque.
S. P. Q.RICH.
HancPyramidemadhonorent &gloriamfaufii
Duciff&fujt in banc orbcm
mgrejju* erexerunt ,fit/; Proe
tore intcgerrimo PbilippoJgwerarcl
Domino de Réveillon, annôfaltttis
M. DC. LXXXV.
Au bout de cette grande
rue, a l'entree de la [econde,
Place, on voyoit suspenduës
en l'air les Armes de la Maison
de Richelieu, faites d'Illuminations
?
avec ces deux
Vers au denousécries en lettres
de feu.
Sous cesChevrons
-
flmèttx-
Nomvivons tout httJrefJx,
Enfin aumilieu de cette Place on avoit dresse un
Feu d'artifice dont voicy 1er
Plan, Le Théâtre estoit disposé
en Arc de Triomphe.*
Il y avoit ttois portiques!
sur chacune de ses 'f.,,ices.
Elles avoient dix-huit pieds 1
chacune, & elles estoient
toutes ornées de Festons de
Verdure. Le Corps de la.
Machine occupoic douzeé
pieds en quarré ,& repre-l
sentoit en Illumination le
pompeux Palais de Riche-
,lieu, suivant les veuës de ses t
quatre faces. Celle de devant
qui faisoit voir au tra- .)
vers de son Dome & de sa
Terrasseunemaniéré de Coomne
Trajane illuminée
iMème'e de chifres & des Arrimes
de Mrle Duc &de Maixlame
laDuchess de Richeillieu
, & qui surpassoit la
hauteur du Chasteau de deux
oou trois pieds, faisoit voir
dans le collier de son Chaqpiteau
cette inscription 3reu en
: Heroum cecunditati; Du milieu du ceintre du
grand Portique de chaque face du Theatre, pendoit
:wn Quadre doré dans lequel
sestoient representéesenillluminations
des Emblèmes,
qui avoient du rapport a
quatre Devisesécrites en
lettres de feu sur chacune,
des quatres faces du Théâtre.
La premiere sur l'aisle
droite du costédel'Eglise
representoit un Soleil de
Feu chargé dans son fond,
des Armes de Mrle Duc de
Richelieu5 avec ces
mots
Illuminez,Refaitluminesplendet.
Elle faisoit allusion à
celle du Roy, & fignisioitque
les vertus de ce Duc
-
font toutes Royales, La le-r
conde sur Taille gauche representoit
les Armes de
;.
Madame la Duchesse de
Richelieu, qui - sont des
Fleurs de Lys & des Hermines
avec ces paroles
Gernino candore nitescrit. La troisième
faisoit voirleschifîfres
de l'un & de l'autre,
avec deux Coeurs dans l'entrelas
des Chifres
,
qui
estoient accompagnez de
3ce Vers.
\.pÜu nbs Coeurs font ferrez,
,
p{ter
-.,." leurs liensmuspUifcnt.
La quatrième estoit cornu
posée d'un Soleillançantses
[ Rayons sur deux Miroirs
ardens opposez l'un à l'autre,
l avec un Amour qui
allumoit son flambeau auIl
point d'activité des
-
deux*
miroirs. Cet autre Vers1
estoit l'ame de cette Devise.
Ainji VAmtur s'allNme dans nos
1
Cæun. |
Tout le Theatre
estoit
balustré de lances & de|
Potsà Feu, de Pétards& de
Saucissons ,avec cinq grands
partemens de Fuzées
, un
à chaque coin du Theatre,
& le cinquième au milieu,jf
Avant quedallumer le Feu, j
[on avoit prépare une douzaine
de grossèsFuzées changéesd'artifice,
pour estre
le signal aux Fauconneaux
5c à la Milice de tirer, comme
auni d'allumer dans cet
Listant tout le Theatre par
les Girandoles des quatre
xoins & par les Lances à
Feu, & de faire joiier tout
le relie de l'Artifice dans
son ordre.
Madame la Duchesse de
[Richelieu, pour qui toutes
les choses que je viens de
vous décrireavoientesté
préparées
y ne fut pas plutoit
en veuë de la Ville,
que tous les Moufquetaites
qui bordoient la demy-
Lune, la saluerent par Escopeterie une bien recriée. Cela
faityils défilerent aussitost
dans la Ville pour s'y
mettre en ha ye. Lors qu'on
la vit approcher de la Barriere
sur laquelle je vous
ay déjà marqué, que Mrle
Senechal & les autres .Offi-.
ciers s'estoient appuyez
pour faire connoistre que
la Justice est le plus feur
appuy des Villes, & la
plusforte Barriere qui puisse
y
ey arrester les desordres.
On l'abatit devant elle,
afin de luy fairevoir l'authorité
qu'elle avoit dans
Richelieu ; & alors Mr le
Senechal s'estant avancé à
lateste de toute laJustice,
luy fit une Harangue dont
le beau tour, & la delicatessedustile
& des pensées,
furent extremément applaudis.
Il est vray que Mrle
Duc deRichelieu ut qui vou- que l'on rendist les premiers
honneurs à Madame
la Comtesse d'Acigné, Mere
de Madame la Du-chessela
fit Complimenter la premiere.
Les Harangues finies,
elles descendirent sous le
Pavillon où le Dais les attendoit
; & comme le Convent
des Religieuses de la
Compagnie de Nostreme
est la premiere Maison
que l'on rencontre lors
qu'on entre dans la Ville,
Madame du Verdier leur
Superieure avoit envoyé ses
Pensionnaires
, pour faire
leurs Complimens à Madamé
la DuchessedeRichelieu.
La plus petite d'entre
elles s'enacquitta d'un air
tout charmant, & avec beaucoup
de grace,enluy presentant
deux Couronnes de
Fleurs. Cela fait
,
Madame
la Duchesse de Richelieu
marcha avec Madame la
Comtesse sa Mere fous le
Dais le long de la grande
Place & de la grande Ruë, jusques à l'Eglise. Pendant
ce temps, toutes les Dames
de la Ville parurent avec
des habits fort propres sur
le pas des Portes cocheres,
pour faire en passant leur
premiere Reverence à leur
nouvelle Duchesse, & marquer
par là l'empressement
qu'elles avoient de la voir.
Parmy lesSpectacles quis'offrirent
à. ses yeux, &qui l'obligerent
à s'arrêter de temps
en temps pour lesmieux considerer
, une chose la surprit
assez agreablement lors
qu'elle passoit dans la grande
ruë. Il sortit du Logis
de Mr le Senechal trois jeunes
Enfans, dont l'un habillé
de gaze d'argentàfond
couleur de Feu, reprefensentoit
l'Amour de la Patrie.
Il tenoit dansune de ses
mainsun Chevron briie de
gueules, où estoient atta^-
chez des Coeurs tout de Feu
par des noeudsde la mefi-n-ç.
couleur, pour marquer le
zele &: l'attachement des
Habitans à la Maison de
Richelieu. Le second
,
dont
l'habillement estoit de gaze
d'or à fond bleu, figuroit
le bon Genie. Il avoit des
aislesaux costez de sa teste,
& tenoit des Couronnes de
Palmes & de Laurier:Ledernier
qui representoit l'Augure
certain, tenoit dans ses
mains un Astrolabe. Il estoit
habillé de gaze d'argent à
fond vert, & avoit deux
Etoiles sur sateste, signifiant
touCjaosutorrs6c Pollux, qui ont passé pour estre
de bon augure. Le premier
de ces Enfans, qui est
le Fils de Mr le Senechal de
Richelieu, fit un Compliment
en Vers à Madame la
Duchesse
,
& le prononça
d'un air si libre, qu'elle en
fut charmée ainsi que tous
ceux qui l'entendirent. Aprés
cela, elle arri va à l'Obelisque
, qui n'estoit qu'àvingt
pas delà. Cet Ouvrage la
surprit.CeSoleil, ces Globes,
ces Medailles, ces Etoiles
, ces Dauphins, ces Devises, & toutes les figures
dont je viens de vous parler,
furent des Spectacles qu'elle
trouva dignes de sa curiosité.
Elle passa outre, &
quoy qu'il lift trop de jour
pour illuminer les. Armes
que l'on avoit suspenduës en l'airau bout de la grande
ruë
,
les preparatifs luy en
parurent bien imaginez &
elle en loiia hautement le
dessein. Enfin elle arriva à
l'Eglise, où le Clergé l'attendoit
sur les marches,devant
le magnifique Portail de ce
beau Temple. Il avoit à sa
teste le Superieur de Messieurs
de la Mission, qui la
harangua en luy presentant
l'Encens & l'Eau Benite.
Ensuite il la conduisit au
Choeur, & l'on y chanta le
Te Deum & le Benedictus au
son de toutes les Cloches,
ausquelles douze Fauconneaux,
autant de Coulevrines
, & toute la Moufque-
•
terie repondirent. Un moment
aprés cette premiere
décharge, la Mousqueterie
recommença ,
& fut un fignal
aux Fauconneaux &:
aux Coulevrines qui estoient
entre la Ville& le Chasteau,
derecommenceraussi. Cette
seconde décharge futà peine
faite
, que tous les Mousquetaires
qui se trouvoient
au nombre de huit à neuf
cens,tirezdeRichelieu,Mirebeau,
la Chapelle-Belloüin,
& autres dépendances du
Duché,défilerent encore une
fois, & allerent faire une
haye depuis la porte de la
Ville jusques au Chasteau.
Madame la Duchesse de
Richelieu passa au milieu de
ces Mousquetaires, qui s'étoient
rangez en tres-bon
ordre, & arriva dans son magnifique PalaisN, oIù elle
futreceuësplendidement par
Mr & Madame de Sacilly.
La douce Harmonie des Violons
&desHautbois succeda
aux bruits Guerriers de l'Artillerie
,des Tambours & des
Trompettes,dont les Echos
qui y sont admirables,avoient
long-temps retenty de
tous costez. Comme on ne
sçavoit pas si cette Duchesse
n'arriveroit point de nuit,
il avoit estéordonné que les
1
deux rangs de fenestres haue
tes & basses, des superbes Pa-
.villons des deux grandes
Places, & de ceux de toute
la grande ruë qui est fort
droite& fort large, auroient
chacune deux Illuminations,
dont le papier huilé devoit
estre marqué de Fleurs de
Lys, d'Hermines & de Chevrons
brizez ; ce que l'on
avoit ponctuellement executé.
Cette Duchesse qui en
avoit veu les apprefts en passant,
voulut voir l'effet qu'ils
produiroient. Ainsi sur les
dix heures du soir elle vint
à la Ville
, ou une nuit fort
obscure favorisant le dessein
des Habitans, elle vit
dans tout leur éclat les divers
Spectacles que je viens
-
de vous décrire. Elle demeura
d'accord qu'on ne
pouvoit voir uneillumina-1
tion plus furpren:.inre. La
grande ruë de Richelieu
sembloit avoir esté faite exprés
pour la faire mieux paroi'i'r-
re-; les Pavillons y étant
fort eslevez & tres reguliers.
Chaque croisée a six grands
panneaux de vitres, & ces
croisées se répondent les
unes aux autres avec une
merveilleuseégalité.Chaque
Pavillonde part & d'autre en
; a quatre dans les bas étages,
& cinq dans les hauts. Rien
n'estplus droit, & la fime-
,- trie y est entièrement observée.
Ce qui rendoit la chose
encore plus pompeuse, c'étoit
l'Obelisque, dont le Soleil
& les autresFigures éclatoient
comme en plein jour,
aussi-bien que celles de l'Arc
de Triomphe,qui se trouvant
comme l'Obelisque entre
ces Armes illuminées, &
le Feu d'artifice, faisoient au
milieu de tous ces Feux le
plusagreable effet du monde.
LeFeudartificeeuttout
le succez qu'on en pouvoit
esperes. Il n'yavoit rien de
mieuximaginé.LeSt de Launay
de Poitiers qui est un
homme fort expert dans
toutes les choses de cette
nature , en estoit l'Autheur.
Toutes ces Lances & Pots
------à Feu, ces Girandoles, ces
Armes & ces Devisesilluminées,
ce superbe Palais embrasé
, cette ColomneTrajane
flamboyante, trois cens
cinquante Fusées de toutes
especes, & toutes les Illuminations
des Places & de la
grande ruë,estoient un Spectacle
qui remplit l'attente
d'une infinité de Curieux,accourus
à Richelieu pour voir
cesmagnificences. Mr dela
Guertiere, Peintre du Roy, qui s'est trouvé à cinq des
plus superbes Entrées qu'on
ait faites dans l'Europe, avoit
donné le plan de tout
le Dessein. Mr de l'Hermitage
,
qui fous le nom de
Deniau
) a pendant cinq ans
travaillé fous le fameux Mr
le Brun, avoit fait tous les
Tableauxde l'Arc de Triomphe,
ôc Mrde la Briere, qui
reüsst admirablement dans
les ornemens ôcdans les Portraits,
s'estoit chargé du travail
del'Obelisque. Ils sont
tous trois de Richelieu, d'où
l'onn'a pas eu besoin de
sortir
, pour trouver des
gens capables de bien inventer
& d'executer.
Le lendemainMr le Pelletier
,
Presidentàl'Election
&au Grenier à Sel de Richelieu
, alla à la teste de ces
deux Corps reunis, complimenter
M le Duc & Madafmela
Duchesse de Richelieu.
Il commença par Madame
laComtesse d'Acigné,
comme onluy avoirmarqué
que ce Duc le souhaitoit.
Toutes ses Harangues
furent extremement polies,
& prononcéesavecbeaucoup
de grâce. C'est un
homme tout de feu, &qui
na pas moins d'honneur ôc
de probité, que de capacité&
de delicatesse d'esprit.
Le mesme jour, M' leDuc
& Madame la Duchesse de
Richelieu, Madame la Comtesse
d'Acigné, Mademoiselle
sa Fille
,
Mrs les Abbez
d'Acigné & de Sacilly
,
&
plusieurs autres personnes
considerables qui lessuivirent,
allerent visiterlesReligieuses
de la Compagnie de
Nostre-Dame. Ces Dames
les surprirent agréablement
quand après qu'ils eurent
visité toute la Maison
,
elles
les firent entrer dans une
Salle où il y avoit un Théâtre
tout dressé. Ils n'y furent pas
plûtost placez que l'on tira
un Rideau qui le cachoit, &,
les Pensionnaires commencèrent
une des Tragédies;
de l'Illustre MrdeCorneille,
que ces Dames leur avoient
fait apprendre secretement.
Si la surprise fut grande,les
applaudissemens que l'on
donna aux Acteurs furent
encore plus grands. Je laisse
les autres Divertissemens qui
ont fait paroistre le zelede la-
Ville de Richelieu,pourpasfer
à un Article de Guerre.
Fermer
Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé à la Reception de Madame la Duchesse de Richelieu, à Richelieu. [titre d'après la table]
La ville de Richelieu se préparait avec enthousiasme à l'arrivée de leur nouvelle duchesse. À l'annonce de son arrivée à Tours, la noblesse et une partie de la population l'accueillirent à Hfte-Bouchard et l'escortèrent jusqu'à Richelieu. La ville avait été soigneusement préparée : la porte de Paris était bordée de mousquetaires, et les autorités locales, y compris le sénéchal et les échevins, étaient présentes. Un arc de triomphe orné de tableaux symbolisant l'honneur et la fécondité avait été érigé sur la première place. Des tableaux marquaient les dates de la conception et de la naissance de Mademoiselle de Richelieu, accompagnés de devises latines et de vers. L'obélisque central était orné de divers symboles : un soleil représentant le monarque, un dauphin céleste symbolisant la postérité royale, et des médailles illustrant les devises royales. Pour la duchesse, un alcyon symbolisait la sécurité, et un phénix représentait l'espoir d'un héritier mâle. L'aurore symbolisait l'avenir prometteur de Mademoiselle de Richelieu. Des bas-reliefs représentaient Bacchus et une nymphe, signifiant la franchise et l'allégresse publique. À son arrivée, la duchesse fut accueillie par des salves d'escopetterie et une harangue du sénéchal. Elle fut accompagnée par la Comtesse d'Acigné et des pensionnaires de la Compagnie de Notre-Dame lui offrirent des couronnes de fleurs. Elle traversa la ville sous un dais, saluée par les dames locales et des enfants costumés représentant divers symboles patriotiques. La procession se conclut à l'église, où le clergé l'attendait. Le lendemain, le Duc et la Duchesse visitèrent les Religieuses de la Compagnie de Notre-Dame et assistèrent à une représentation théâtrale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
976
p. 187-239
Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
Début :
Je vous envoyay le dernier Mois une Lettre du Generalissime / L'Escadre de Malte, composée de huit Galeres, & commandée [...]
Mots clefs :
Général, Bataillon, Malte, Troupes, Chevaliers, Vénitiens, Ennemis, Galères, Siège, Étendard, Canon, Capitaine, Camp, Pape, Résistance, Éminence, Attaque, Morts, Blessés, Liste de noms
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
Je vous envoyay le dernier
Mois une Lettre duGeneralissimeMorosini
sur l'Affaire
de Coron, ôc aujourd'huy
jevous feray partd'une
Relation toute entiere
,,}
*
touchant le Siege &: la prise
de cette Place. Elle est exacte
& remplie de faits tout nou- 1
veaux,& de circonilancesl
qui n'ont point encore esté
sceuës, & je puis vous
~~urer
qu'on n'arien veu
surs
-
cette matiere de plus cu-^
rieux
,
& de plus digne d'être
conservédansl'Histoire
à cause des Chevaliers quij
ont faitvoir leur valeur, &-
versé leur fang en combatttant
contre les Ennemis de
laFoy. Cette Relation estve-4
nuë de Malte. Ainsi quand 1
vous trouverez, ces 1110ts,
î
1
y Les Nostres, nos fignfs, & d'autrès
semblables
,
fouvenezvous
que c'est un Maltois
*; qui parle.
1
$
Relation de ceqye les Galeres
l- & le Bàtaillon de Malte>
t, ont fait au Siege de Coron
dans la Morée
J
pendant la
1* derniere Campagne de l'année
16$y.
.i LEscadre deMaIre,com..
posée de huit Galeres,
-:! & commandée par le Bailly
Brancaccio,s'unit au cornmencement
de Juin avec
l'Escadre des cinq Galeres
deSaSainteté, qui ne portant
point d'Etendars
,
se mirent
à l'obeissance du General
de Malte. Elles arriverent
toutes ensemble vers la
my-Juin au Port de Dragoffiefire,
où estoit l'Armée
Navale des Venitiens,à la
quelle quatre Galeres du
Grand Duc s'estoient jointes
quelques jours auparavant
; & après que les choses
y furent reglées; en forte
que selon la coûtume la Capitane
de Malte futplacée
à la droite de la Reale de Venise
,
& que le premier Poste
dans les Conseils de Guerre
futaccordéau General Brancaccio,
toute l'Armée fit voile
le 20. au nombre de 17.
Vaisseaux, 5. Galeasses, 11.
Galeres de Venise, 5. du Pape,
8. de Malthe, 4. du Grand
Duc, 15. Galiottes, &15. ou
20. Barques ou Brigantins.
L'intelligence que le Capitaine
General Morosini entretenoit
depuis quelques
: mois avec les Maïnotes,pour
les animer à secoüer le joug
desTurcs,luy avoit fait esperer
qu'il pourroiraisément
faire des progrés dans la Morée,
par le moyen de ces Peuples;
mais ayant appris en
s'approchant de leur costé,
que la fortune ne leur avoit
pas esté favorable dans ce
qu'ils avoient tâché de faire
pourse procurer la liberté,&
qu'au contraire ils avoient
esté forcez de donner des Otages
au Turc,qui les avoit
exigez pour asseurance de
fidélité, il se trouva obligé
de prendre d'autres mesures
pour pouvoir entreprendre
quelque chose de considerable.
ttable. Son premier dessein lfut d'attaquer Modon,Capi-
] tale de la Morée; mais en
s ayant fait reconnoistre la firtuation
le 23.Juin,les difficulftezquife
presenterent pour
( le débarquement des Trou-
[ pes & duCanon l'en détour- ['nerent,& luy firent résoudre
t le Siege de Coron, Place qui
n'est pas d'une moindre con-
: jsiderationdans cette même
Province. Elle est éloignée parterreenvirondedouze
1 millesdeModon,&située au
,
devant du Cap Gallo, vers lePays des Maïnotes.
Le%$. au matin, on fitAéÉ
barquer lesTroupespnefquiài
portée du Canon de la Ville
sans aucun obstacle de la par
des Turcs. Elles consisftoient
en trois mille hommes de
Troupes ordinaires des Ve
nitiens ; -
mille Esclavons -
deux mille quatre cens hommes
de tres-borines Troupes
, que le Prince de Brunsvich
Duc de Hanover, avoit
envoyées avec un jeunePrince
de ses Enfans,par convenu
tion faite avec la Republique;
le Bataillon de Malte
composé de huit à neufcens
Soldats & six vingts Chevalliers;
un Bataillon du Pape
Jbdc quatre cens hommes
)
&
un autre du grand Duc de
trois cens; ce qui faisoit en
ttouc environ huit mille hommes
de pied sans Cavalerie.
Cette Armée étoit commandée
par le Comte de Saint
Paul, General, de capacité& d'experience, qui a longtemps
servy le Roy de Danemark,
& le Duc de Neubourg
; & le premier Poste
dans l'ordre de Bataille, y
seftoit occupe par le Bataillon
de Malte, dont le Commandeur
de la Tour-Maubourg
avoit le Commandement
general, avec une approbation
aussi universelle,
que celle qu'il s'étoit déjaacquife
dans un pareil Employ0
pendant le dernier Siege de
Candie. Il avoit aussile Bataillon
desGaleres de Sa Sainteté
fous son commandement.
Tout se faisoit cependant
dans le Camp, aussi-*
bien que dans l'ArméeNavale,
sous la direction du Cal
pitaine General Morosini, &
du Bailly Brancaccio, General
des Galeres de Malte,qui
estoient moüillées à la Cofte.,,
On s'approcha de la Ville
à la faveur des Oliviers qui
l'environnent, sans qu'il se
passast autre.chose que de legeres
Escarmouches, & on
ouvrit la Tranchée le 26. le
Bataillon de Malte, les
Brunfvich
,
& les Papalins
sur la droite vers la Mer, &
les Vénitiens& Esclavons sur
la gauche versun Fauxbourg
dont ilsfefendirent les maîtres
sans resistance. Lemesme
jour nous perdifmes le
Chevalier San-Vitali,Parmeran)
tué d'un coup de Mousquet
dans la Tranchée, & on
avança les travaux de part &
d'autre avec assez de facilité.
Ony éleva deux Batteries,
chacune de trois pieces de
grosCanon avec quatreMortiers
à Bombes
,
ausquels on
joignit dans la fuite deux autres
pieces de Canon. Les
Ennemis ne firent que de le-"
geres Sorties, dans lesquelles
ils furent vigoureusement repaulIèz.
Leur ~fem>ftoitassez
mediocre *
,
& faisoit juger"
qu'ils ne se disposoient pas à
résusterfort long-temps;
mais on connut dans la Cuite,'
i" t
, que leur intentionestoit de
ménager leurs gens, dans
l'esperance d'estrebien-tost
secourus par le Bacha de la
Morée,quirassèmbloit un
Camp volant de trois ou
quatre mille hommes, tant
Infanterie que Cavalerie; ce
qui obligea les nostresàfaire
des travaux considerables
pour se mettre à couvert, 8c
à fortifierentr'autres une
eminence,qui commandoit
d'un collé toutes nos lignes,
& découvroit de l'autre le
Pays d'alentour. On y éleva
une Batterie de quatre pieces
de Canon avec un Mortier.
Le Bacha de la Morée parut
en effet le 3. de Juillet, &
se vint camper à portée de
Canon de l'Armée Chrestienne;
où s'estant retranché,
il mit quatre pieces de
Canon en Batterie, qui se
croisantavec l'Artillerie de
la Place, causoient quelque
incommodité dans nos travaux.
Ce Bacha donnoit
presque tous les jours l'alarme
auxnostres par de chaudes
Escarmouches, dans lel:
quelles les Turcs furenttoû1
jours repoussez avec perte.
Les Assiegez de leur collé
redoublerent leur feu, & répondirent
avec fierté aux
chamades qu'on leur fit, en
les menaçant de mettre le
feu aux Mines où l'on travailla
loitinceflàmment-,maisavec
, moins de succés que 1on f
n'aurait souhaité, parce qu'il
les falloit conduire dans le
'1
Rocher, en forte qu'on employa
plus de trois semaines
à ces fortes de travaux.
,
_i Les Defenses de la Place
, se trouvoientalors fort ruinées
par le feu continuel de
nos Batteries,&les Bombes
y avoient fait beaucoup de
desordre; mais outre que
cette Place est d'une ÍÏtuation
avantageuse, parce qu'-
ellen'a qu'un front à garder
flanquéde grosses Tours bâties
sur le Roc, elle estoit encore
gardée de 80. pieces de
Canon, avec abondance de
munitions de guerre & de
bouche, & les Ennemis y avoient
septàhuitcens hommes
de Garnison, sans ceux
qui estoient capables de porter
les armes, parmy un Peuple
de quatre à cinq mille
ames. Ainsi on ne pouvoit
sien ouvrir l'entrée que par
les Fourneaux, & par des Assauts
vigoureux, penaartlefquels
on ne doutoit pas que -
l'on ne fûst attaque par le
Camp volant des Turcs.
- Cette disposition des choses
causoit quelque embarras
; mais enfin les mines s'etant
trouvées en estat de
joüer le 24. Juillet, on fbfolut
de faire une tentative, &
tout. se prépara pour cela.
LeChevalier de Segrés devoit
commencer l'assauta
lateste de soixante Grena..-':
diers
,
soûtenu de quelque
detachement de Fuzeliers &
d'Esclavons. Le Chevalier
dela Barre, Lieutenant General
du Bataillon de Malte
, venoitaprés avec le Chevalier
de Refuge, premier
Capitaine, à la teste d'une
partie de nos Troupes,&de
quelques Compagnies des
Papalins & Venitiens. Le
Prince de BrunfvicK le soûtenoit
avec 230. hommes de
; ses Troupes, & le Commandeur
de la Tour-Maubourg
suivoit avec un gros de Chevaliers,
au milieudesquels ij
esftoit l'Etendard de la Religion.
Il avoitaussï avec luy
quelques-unes de nos Compagnies
& de celles du Pape;
mais lors que chacun eut
pris son palle, il arriva que
la Mine n'eut pas la force de
faire fauter le Rocher, &
ainsi elle ne fit aucun effet
capable de donner jour à
l'assaut que l'on avoit pro-
1 jetté.
Cependant, dans le mefme
temps qu'on y mit le
feu, le Bacha de la Morée
vint attaquer la Redoute,
& la batterieelevée sur l'Eminence
qui couvroit nos
lignes, & cette attaque fut
telle que les Venitiens & Esclavons
qui en avoient la
defense, quoy qu'accoûtumezà
bien faire leur devoir,
ne purent luy resister. Tout
ay ant plié devant les Turcs,
ils se rendirent maistres de
la Redoute, &ilsy avoient
déjà planté plus de vingt de
leurs Etendards ou Banderoles
, lors qu'on vint avertir
le Commandeur de la
Tour de ce desordre.
On voit par la disposition
des Troupes qui étoient
commaudées pour ralfàut,
qu'il se trouvoit avec les
Chevaliers le plus proche
d'un porte si important pour
le salut de toutel'Armée. Il
connut qu'on ne pouvoit le
sauver que par une action
de vigueur;aussi ne balança-
t'il point à l'entreprendre.
Il cria aux siens qu'ils
le suivissent
,
&après avoir
baisé la Croix de nostre Etendart
par un mouvement
de cette pieté qui animoit
toutes ses actions,ils'avança
avec < une promptitude incroyable
vers l'Ennemy
(lUtale premier dans la Redoute
, & y tua de sa main
deux Turcs'qui voulurent'
luy faire teste. Un troisiéme
Turc l'ayant chargé par derriere,
luy abattitdu premier
coup de sabre un leger morion
qu'il portoit, &du Second
luy fendit la teste, & le
renversa par terre, ou l'effet,
d'un Baril de Poudre qui prici
feuacheva de luy faire perdre
la vie. Il fut suivy de prés ';
par plusieurs Chevaliers; en-j
rre lesquels le Chevalier de
Trefmes ayant passé son é-i
pée au travers du corps d'un l
j
'Turc, receut luy-mesmeun
si grand coup de sabre sur la
teste qu'il tomba mort avec
ssoonn EEnnnneemm-yy-il fût trouvé en ;-ll fût- trouve en,
cette posture aprésleCÇHTIbat.
Le Frere Servant d'armes
Michon,fut tuéd'un coup de
Mousquet en défendant le
Commandeur de la Tour,
avec beaucoup de' vigueur le Chevalier de Grandmont
reçût deux coups deSabre &:.
un coup de Mousquet. Les
Chevaliers de Bourbon &
de Gaillard & le Frere Servant
d'armes, la Motte, surent
mortellement bléssez.
Les Chevaliers de Piosasque,
& Doria Brasseuze le furent
legerement ;
ôcleChevatien
de Pont qui portoit l'Eten
dart ayant esté attaqué par
deux Turcs y^n tua un d'un
coup de Pistolet, & ~persé
l'autre deson épée, sansêtre
aussi que legerement bleÍfé
Le Chevalier de Beaupré-
Choiseul fut des -p-reiniers
se jetter dans I3. redoute,ou
le Chevalier de Mechacin,
Major du Bataillon
,
Ce di-J
stingua comme luy; & tou
enfin montrérent tant de
vigueur, qu'ils chasserent
les Ennemis de ce patte)
leur prirent onze de leurs
Banderoles, & y planterent
l'Etendard de la Religion,
à la veuë du quel toute l'Armée
ayant crié Vive Malte.
les Vénitiens&Esclavons
reprirent si bien courage,
que plus de trois cens Turcs
< furent passezau fil de l'épée;
ensorte qu'il ne son {auva
aucun de ceux qui s'estoient
logezdans la Redoute. Cette
journée coûtaauxchrétiénsenvironcentcinquanttJ:
c homrftesJ. )i
Tout le Camp reconnut
les Chevaliers pour ses Libérateurs
,
& on leur donna
mille loüanges. Les OiH-~
ciers GeneraDux envoyerent
en faire Compliment au General
des Galeres de Malte;
& en effet l'action fut si t
grande & si hardie, que l'on
pourroit assurer que rien n'y
auroit manqué, s'il n'en apas
coûté la vie à tant de
braves gens, & particulièrement
au Commandeur de la
Tour, qui fut pleuré de toute
l'Armée
y
& dont le Capitaine
General Morosini
,
ne pût apprendre la mort
sans verser des larmes. Il fut
enterré avec toutes les ceremoniesqui
peuvent marquer
la considération qu'on
avoit pour son mériter l'on
conserva son Coeur & ses os
pour les apporter à Malte.
On peut dire que personne
n'a jamais eu tout ensemble
de plus grandes qualitez
qu'il en avoit. Sa pieté estoit
il exemplaire,qu'n ne sçauroit
exprimer tous les bons
effets qu'elle produisoit sur
ceux qui servoient sous luy.
Sa douceur naturelle,ses
maniérés honnestes&engageantes,
sa capacité, sa valeur,
& toutes ses autres vertus
le rendoient - si recommandable
qu'ilestimpossible
qu'on ne le regrette (ensiblement
; mais enfin comme
selon sa loüable coûtume,
il avoit communiéavant
quedallerau Champ de Bataille,
on ne doit pas douter
que le sacrificé de savie joint
à une preparation si Chrêtienne
, ne l'ait élevér un
estat qui le rend digne el'en-"
vie. Le Chevalierde la Bar-tI
, A. - ¡ requ'ontoujoursveumar- 1
cher sur de semblables traces
, a passé par là au Commandement
General du Bataillon
,& lestime que tout
le monde fait de son mérite
n'a pas peu contribué à
leconsoler d'une telle perte.
Le 30. Juillet, les Ennemis
firent une nouvelle entreprise
sur nosLignes,quelques-
uns d'entreeuxs'estant
encore jettez le sabre à la
main dans la Redoute, située
sur l'Eminence à laquelle les
Vénitiensavoient donné le
nom de Fort Saint Jean ,
depuis qu'elleavoit esté fauvéepar
la valeur des Chevaliers
; mais ces Infîdellesfurent
repoussez jusque dans
leurs Retranchemens par les
Troupes dur* Pape& de Venise&
ils trouverent une
semblable resistance en diverses
autres attaques, où
les Maltois eurent souvent
l'avantage de les voir süir,
aussi-tost que l'Etendard de
Saint Jean paroissoit; ces
Barbares criant hautement,
selon la coûtume qu'ils ont
de faire graud bruit en combattant,
que sans ce Bataillon
deMalte ilssçauroient bienvenir
nir à bout de ce qu'ils entreprenoient.
Les Assiegez pendant ce
temps là se défendoienttoûjours
avec beaucoup d'opiniatreté,
quoy qu'il y cust
une Bresche assez confide-
[
rable du costé de l'attaque
où estoient les Troupes de
; Malte, & que vers l'attaque
des Venitiens ont eût
préparé une mine de deux
cens Barils de poudre dont
on esperoit un fort grand efset.
Les nostres de leur part estoient dans l'impatience
de pouvoir donner l'assaut à
la Place; mais comme on
étoit certain que lesTurcs de
la Campagne qui s'estoient
grossisjusqu'au nombre de
prés de six mille hommes,
ne manqueroient pas d'insulter
les lignes dans le
temps qu'onmonteroit à la
brêche, on resolut de les prevenireux-
mesmesavant que
de rien tenter, & deles aller
attaquer jusque dans leurs
propres travaux.
C'est ce qui s'executa
avec tout le succez possibles
le7. jour d'Aoust. Les Troupes
estant sorties en bon
ordre de leurs lignes, les
Turcs en furent si épouvantez
qu'ils se mirent aussi-tost
> en desordre, & se laisserent
tailler en pieces sans faire
> que tres-peu de resistance.
) On gagna tous leurs Retranchemens
; on se rendit maître
de leur Batterie de quatre
pieces de Canon; on pilla
leur Camp; on leur prit un
nombre considerable deche-
^vauxj on les poussa encore bien loin dans laCampagne,
& on leur tua prés de mille
d'hommes. On ne perdit que
> deuy ou trois Soldats das toutes
nos Troupes, ôc pas utinx
seul du Bataillon de Malte
Un événement si extraordi..ib
naire fut pris avec raison
pour un coup de la main d<>b
Dieu, & on écrit que la ve~
neration qu'on avoit pour
la pieté du feu Commann.
deur de la Tour-Maubougue - faisoit dire dans toute l'Ar])
niée
,
quec'estoit sans dout
à ses prieres qu'on le devoit
attribuer.Une Barque qui est
depuisarrivée icy de
1
Patras
, dans la Moré*e,rapporteque
quelques Turcs s'estantfaut
vez du combat,y avoient
representé la déroute encore
plus grande que nous ne la
sçavons, & qu'ils avoient afsuré
que le Bacha de la Morée
y avoit esté tué, & que
son Armée s'estoit entierement
dissipée.
Le Capitaine General Morofini
fit sommer les Assiegez
aussi-tost après cette victoire
; mais ils répondirent
fierement qu'ils sçavoient
bien que leurs gensavoient
esté battus, mais qu'ils n'en
estoient pas moins resolus de
mourir tous plûtost que de
se rendre, ce qui fit qu'on
ne songea plus qu'a tenir la
mine preste pour donner un
assaut général.
Le onzième jour d'Aoust
fut assigné pour cela, & les
Troupes ayant pris leurs
postes pendant la nuit, on
fit jouer à la pointe du jour
la grande Mine de l'attaque
des Venitiens. Elle fit tout
l'effet qu'ils en avoient attendu,
ôc elle auroit pu donner
le moyen d'entrer dés
lors dans la Ville, si au lieu
de l'éprouverils ne s'estoient
pas contentez de faire um
logement sur la brèche.Cependant
aussi-tost que le
l, bruit de laMine se fûtfait
I entendre, les Troupes de
I Malte qui avoient la teste | de l'autre attaque, soutenuës
[ de celles du Pape, & de
! Brunsvick
,
gagnerent avec
vigueur le haut de la brê-
I che qui estoit ouverte depuis
t plusieurs jours, quoy que
I laccez en fût fort difficile;
I mais comme lesEnnemis
f avoient eu le temps de s'y | fortifier,ils'y forma un rude
I•combat, durant lequelles Chevaliers firent tout ce
t. qu'on se peut imaginer de
leur bravoure poufforcerles
Retranchemens, qui se trouvant
bien flanquez & garnis
de Canons & de Pierriers,
firent sur eux un feu si terrible
,
qu'il y en eut quatre
tuez sur la place
, avec le
Comte de Fenelon qui fervoit
en qualité de volontaire
avec eux, & plus de trente-
deux blessez. Le Chevalier
de la Barre Commandant
general du Bataillon,
fit paroistre toute la valeur
possible en cette dernière.
occasion.Il fut tres-bien fou-<
tenu par les Officiers du Pape
&de BrunsvicK
,
dont quelques-
uns furentaussi tuez ou
blessez; mais enfin voyant
qu'il y avait de l'impossibilitê
à surmonter tous ces
grands obstacles, on fut contraint
de se retirer.
Neantmoins
,
bien loin
que ce contre-temps rébutast
les Chevaliers, ayant reconnu
la grande ouverture que
la mine des Venitiens avoit
faite, ils se resolurent à recommencer
à une heure
aprésmidy, ôc àdonner un
nouvel assaut aux deux endroits
,mais avec plus de vigueur
à cette derniere brêche
qu'a l'autre. Toutyétoit
disposé lors que les Turcs s'êtant
apperçûs de ce dessèiny
desployerent tout d'un coup
une Baniere blanche en demandant
à capituler. Quatre
d'entre-eux s'avancerent ssir
la brèche proposant de se
rendre, pourveu qu on leur
accordait la liberré & la vie;
mais le Capitaine General
Morosini n'ayant voulu consentir
à rien qu'ils n'eussent
laissé les nostres maistres
d'un Tourillon qui assuroit
l'entrée de la Ville;le hazard
fit que pendant que cela se
- traitoit, denx Soldats Chrétiens
des plus avancez vers
la Place, se querellerent entr'eux,
& se tirerent nn cou p
?
de pistolet. La bandoliere
d'un autre prit feu dans le mesme temps. Les Turcs de
laVille croyant là dessus que
la Trêve estoit rompuë Se
qu'on nagissoit pas de bonne
foy avec les leurs, mirent
le feu à une piece de Canon
qui tua plusieurs des nostres;
il n'en salut pas davantage
1
pour faire aussi-tost réprendre
les armes. Les Chrétiens
ayant crié Trahison
,
enfoncerent
si brusquement le peu
, de Retranchemens que les Ennemis avoient
surla
Bréche,
que rien ne les put empescher
de se jetter dans la
Ville, où tout fut passé au fil
de l'épée, à la reserve de quelques
heureux,&de beaucoup
de Femmes&Enfans,leChevalicr
de la Barre ayant eu
mesmedela peine à garantir
de la fureur du Soldat les quatre
Turcs qui estoient venus
parlementer avec'luy.
Ainsi finit le Siege de Coron
, après quarante- sept
jours de Tranchéeouverte,
;' pendant lesquels l'Armée
! Clireftienne a eu à combattre
en deux endroits contre
(
des Ennemis puissans,surqui
Il elle a remporté une double viâoire, avec toute la gloire
! imaginable.Les Venitiens &
le Comte de Saint Paul
,
s'y
font acquis beaucoup d'honneur.
Le jeune Prince de
,: Brunfvich s'y est tout-à-fait
distingué avec ses Troupes.
Celles de Florence y ont
: donné des marques de leur
valeur julqua leur Rembarquement,
qui se fit quelques
jours avant la fin de ce Siege;
& il est aisé de juger quelle
est la part que le Bataillon
de Malte y a euë, avec les
TroupesduPape,quiluy ont
esté toujours unies.LeChevalier
de laBarre y a dignement
soûtenu par plusieurs belles
actions,la réputation que le
Commandeur de la Tour
s'étoit acquise. Tous lesChevaliers
s'y sont genereusement
sacrifiez pour l'interest
de la Foy, y ayant supporté
des fatigues incroyables, &
plusieurs d'entr'eux y ayant
répandu leur sang, comme
vous pouvezle voir par la Liste
que je vous envoye. J'y
ay marqué les diverses Langues
d'où ils sont.
NOMS DE e/}lESSIEVR.S
les Chevaliers, Morts &
blessez au Sieçede Coron.
FRANCOIS.
AUVERGNE. LE Commandeur de la
i
TourMaubourg, Ge
neral du Bataillon de Malte,
tué en l'occasion de la RedeU
e
De Creus, Volontaire, mm
.1 de maladie causéepar lesgrandesfatigues.
De MontchalinGarde Etendard,
blrfé.
Junius, ou Junior, Volontaire
,
b/efé.
,
Du Breüil, blesséd'uncoup de
Mousquet à la gorge, au dernierAssaut.
Goudras JJ , Sous - Lieutenant
de Grenadiers, blesé.
De Saillans d'Estans, Sous-
Lieutenant deGrenadiers,
blessé de deux coups de Adoufquet
à la cuisse.
De Corcin Mongon, Garde
Etendard, blessé d'un coup
de Mousquet à la main.
De Saint Pierre, blesséd'un coup
de mousquet à la main.
Du Pont, blessé en l'occasion de
la Redoute.
FRANCE.
De Tresmes-Gesvres,Volontaire,
mort deses liejjeuus
receuës en l'occasion de la Redoute.
De Bourgon,Volontaire.
mort aussi de ses blessures re -'
cenés en la mesme. occasion.
De Lire dela Bourdonnaye,
Volontaire, tue à ïA(faut.
Du Plessis Getté,
De la Brunetiere.
Freres,tous
deux morts
de maladiescausées par les
grandes fatigues.
Michon) Ayde-Major, tuéen toccasion de la Redoute.
De la Mothe, Volontaire,
morj de (es blesseures receuës
en l'occasion de la Redoute.
..DeBeaupré,Garde-Etendard,
Boindin, Volontaire,
Doria-Braflèule,f<?^trois blesfeK
dangereusementaudernier
Affdut.
De Bernieres, Sous-Lieutenant
de Brigadiers, blessé
d'uncoup de mousquet à 14
main.
De Reffuge,Capitaine, blessé.
De BraignyVolontaire,blessé.
DeSeffeval,Lieutenant,blessé.
De Brosias/Volontaire,blessé.
Des Aunois, Volontaire, bIefsé
d'un coup de mousquet à la
cuisse.
PROVENCE.
De Gaillard, Capitaine, mort
de ses bleseures receuës en l'occaston
de la Redoute.
De la Minoye, Volontaire, tué au dernier Assaut.
De Galean,Capitaine, Meslê
dangereusement dans la wf/L
me eccafîon.
Tondu, Volontaire, bIef;
dangereusement dans la mef
me octasion. V ij
JRoigne,Volontaire,blesséd'un
coup de mousquet à ta jambe.
Lescaillon, Volontaireblessé.
Descoulettes, ( blessé.
De Fanesin,Volontaire,blessé.
Caulet, blesé.
De Sade de Guieres, Lieutenant,
biefé.
De Cais, blessé.
Baron, Volontaire, blessé.
De Gramont,Aydede Camp,
blessé en L'occasion de la Redoute.
ITALIENS.
Le Comte de Vital, Volontaire,
tué dansla tranchée.
Citadelli l'aisné, Lieutenant,
tue dans le dernier Assaut.
Vicaris, Garde
-
Etendard r blessé dangereusement au dernier
j4jfeut.
Beccaria, Volontaire, blessé
dangereusement dans la mef
me occasion.
Carraccioli, Volontaire.,bler-
J
sé.
Pieuzaque, Volontaire, blessé
en l'occasion de la Redoute.
Perrussi, Volontaire,b pensinghi, Volontaire,blejp.
Spinola l'aisné, blefijé.
ESPAGNOLS.
CASTILLE.
Dom FélixVerra-terra, Lieti
tenant,tué dans le dernier
Ajiaut.
Dom Juan Melos, Lieutenant,
worf de maladiecausée
par les grandesfatigues.
Dom Juan de Barros, dange-
- reujement bieffé. Dora Juan Emanuel
,
Capi-
"J< taine,blessé.
JRRAGON.
Dom Emanuel de Cordoüa,
Capitaine, blejJé dangereusementaudernierAOàutd'un
coup de mousquet à la cuisse.
Dom IgnacioOurias. Il a eu
le coude cajpd'un coup de
c-
1-le Ca - mouflet au dernier AJfaurJ
& efl en d.tnver. - -
ALLEMAND.
Schesbelle
, ou Chaifeber,
Garde
-
Etendard, blessé.
Mois une Lettre duGeneralissimeMorosini
sur l'Affaire
de Coron, ôc aujourd'huy
jevous feray partd'une
Relation toute entiere
,,}
*
touchant le Siege &: la prise
de cette Place. Elle est exacte
& remplie de faits tout nou- 1
veaux,& de circonilancesl
qui n'ont point encore esté
sceuës, & je puis vous
~~urer
qu'on n'arien veu
surs
-
cette matiere de plus cu-^
rieux
,
& de plus digne d'être
conservédansl'Histoire
à cause des Chevaliers quij
ont faitvoir leur valeur, &-
versé leur fang en combatttant
contre les Ennemis de
laFoy. Cette Relation estve-4
nuë de Malte. Ainsi quand 1
vous trouverez, ces 1110ts,
î
1
y Les Nostres, nos fignfs, & d'autrès
semblables
,
fouvenezvous
que c'est un Maltois
*; qui parle.
1
$
Relation de ceqye les Galeres
l- & le Bàtaillon de Malte>
t, ont fait au Siege de Coron
dans la Morée
J
pendant la
1* derniere Campagne de l'année
16$y.
.i LEscadre deMaIre,com..
posée de huit Galeres,
-:! & commandée par le Bailly
Brancaccio,s'unit au cornmencement
de Juin avec
l'Escadre des cinq Galeres
deSaSainteté, qui ne portant
point d'Etendars
,
se mirent
à l'obeissance du General
de Malte. Elles arriverent
toutes ensemble vers la
my-Juin au Port de Dragoffiefire,
où estoit l'Armée
Navale des Venitiens,à la
quelle quatre Galeres du
Grand Duc s'estoient jointes
quelques jours auparavant
; & après que les choses
y furent reglées; en forte
que selon la coûtume la Capitane
de Malte futplacée
à la droite de la Reale de Venise
,
& que le premier Poste
dans les Conseils de Guerre
futaccordéau General Brancaccio,
toute l'Armée fit voile
le 20. au nombre de 17.
Vaisseaux, 5. Galeasses, 11.
Galeres de Venise, 5. du Pape,
8. de Malthe, 4. du Grand
Duc, 15. Galiottes, &15. ou
20. Barques ou Brigantins.
L'intelligence que le Capitaine
General Morosini entretenoit
depuis quelques
: mois avec les Maïnotes,pour
les animer à secoüer le joug
desTurcs,luy avoit fait esperer
qu'il pourroiraisément
faire des progrés dans la Morée,
par le moyen de ces Peuples;
mais ayant appris en
s'approchant de leur costé,
que la fortune ne leur avoit
pas esté favorable dans ce
qu'ils avoient tâché de faire
pourse procurer la liberté,&
qu'au contraire ils avoient
esté forcez de donner des Otages
au Turc,qui les avoit
exigez pour asseurance de
fidélité, il se trouva obligé
de prendre d'autres mesures
pour pouvoir entreprendre
quelque chose de considerable.
ttable. Son premier dessein lfut d'attaquer Modon,Capi-
] tale de la Morée; mais en
s ayant fait reconnoistre la firtuation
le 23.Juin,les difficulftezquife
presenterent pour
( le débarquement des Trou-
[ pes & duCanon l'en détour- ['nerent,& luy firent résoudre
t le Siege de Coron, Place qui
n'est pas d'une moindre con-
: jsiderationdans cette même
Province. Elle est éloignée parterreenvirondedouze
1 millesdeModon,&située au
,
devant du Cap Gallo, vers lePays des Maïnotes.
Le%$. au matin, on fitAéÉ
barquer lesTroupespnefquiài
portée du Canon de la Ville
sans aucun obstacle de la par
des Turcs. Elles consisftoient
en trois mille hommes de
Troupes ordinaires des Ve
nitiens ; -
mille Esclavons -
deux mille quatre cens hommes
de tres-borines Troupes
, que le Prince de Brunsvich
Duc de Hanover, avoit
envoyées avec un jeunePrince
de ses Enfans,par convenu
tion faite avec la Republique;
le Bataillon de Malte
composé de huit à neufcens
Soldats & six vingts Chevalliers;
un Bataillon du Pape
Jbdc quatre cens hommes
)
&
un autre du grand Duc de
trois cens; ce qui faisoit en
ttouc environ huit mille hommes
de pied sans Cavalerie.
Cette Armée étoit commandée
par le Comte de Saint
Paul, General, de capacité& d'experience, qui a longtemps
servy le Roy de Danemark,
& le Duc de Neubourg
; & le premier Poste
dans l'ordre de Bataille, y
seftoit occupe par le Bataillon
de Malte, dont le Commandeur
de la Tour-Maubourg
avoit le Commandement
general, avec une approbation
aussi universelle,
que celle qu'il s'étoit déjaacquife
dans un pareil Employ0
pendant le dernier Siege de
Candie. Il avoit aussile Bataillon
desGaleres de Sa Sainteté
fous son commandement.
Tout se faisoit cependant
dans le Camp, aussi-*
bien que dans l'ArméeNavale,
sous la direction du Cal
pitaine General Morosini, &
du Bailly Brancaccio, General
des Galeres de Malte,qui
estoient moüillées à la Cofte.,,
On s'approcha de la Ville
à la faveur des Oliviers qui
l'environnent, sans qu'il se
passast autre.chose que de legeres
Escarmouches, & on
ouvrit la Tranchée le 26. le
Bataillon de Malte, les
Brunfvich
,
& les Papalins
sur la droite vers la Mer, &
les Vénitiens& Esclavons sur
la gauche versun Fauxbourg
dont ilsfefendirent les maîtres
sans resistance. Lemesme
jour nous perdifmes le
Chevalier San-Vitali,Parmeran)
tué d'un coup de Mousquet
dans la Tranchée, & on
avança les travaux de part &
d'autre avec assez de facilité.
Ony éleva deux Batteries,
chacune de trois pieces de
grosCanon avec quatreMortiers
à Bombes
,
ausquels on
joignit dans la fuite deux autres
pieces de Canon. Les
Ennemis ne firent que de le-"
geres Sorties, dans lesquelles
ils furent vigoureusement repaulIèz.
Leur ~fem>ftoitassez
mediocre *
,
& faisoit juger"
qu'ils ne se disposoient pas à
résusterfort long-temps;
mais on connut dans la Cuite,'
i" t
, que leur intentionestoit de
ménager leurs gens, dans
l'esperance d'estrebien-tost
secourus par le Bacha de la
Morée,quirassèmbloit un
Camp volant de trois ou
quatre mille hommes, tant
Infanterie que Cavalerie; ce
qui obligea les nostresàfaire
des travaux considerables
pour se mettre à couvert, 8c
à fortifierentr'autres une
eminence,qui commandoit
d'un collé toutes nos lignes,
& découvroit de l'autre le
Pays d'alentour. On y éleva
une Batterie de quatre pieces
de Canon avec un Mortier.
Le Bacha de la Morée parut
en effet le 3. de Juillet, &
se vint camper à portée de
Canon de l'Armée Chrestienne;
où s'estant retranché,
il mit quatre pieces de
Canon en Batterie, qui se
croisantavec l'Artillerie de
la Place, causoient quelque
incommodité dans nos travaux.
Ce Bacha donnoit
presque tous les jours l'alarme
auxnostres par de chaudes
Escarmouches, dans lel:
quelles les Turcs furenttoû1
jours repoussez avec perte.
Les Assiegez de leur collé
redoublerent leur feu, & répondirent
avec fierté aux
chamades qu'on leur fit, en
les menaçant de mettre le
feu aux Mines où l'on travailla
loitinceflàmment-,maisavec
, moins de succés que 1on f
n'aurait souhaité, parce qu'il
les falloit conduire dans le
'1
Rocher, en forte qu'on employa
plus de trois semaines
à ces fortes de travaux.
,
_i Les Defenses de la Place
, se trouvoientalors fort ruinées
par le feu continuel de
nos Batteries,&les Bombes
y avoient fait beaucoup de
desordre; mais outre que
cette Place est d'une ÍÏtuation
avantageuse, parce qu'-
ellen'a qu'un front à garder
flanquéde grosses Tours bâties
sur le Roc, elle estoit encore
gardée de 80. pieces de
Canon, avec abondance de
munitions de guerre & de
bouche, & les Ennemis y avoient
septàhuitcens hommes
de Garnison, sans ceux
qui estoient capables de porter
les armes, parmy un Peuple
de quatre à cinq mille
ames. Ainsi on ne pouvoit
sien ouvrir l'entrée que par
les Fourneaux, & par des Assauts
vigoureux, penaartlefquels
on ne doutoit pas que -
l'on ne fûst attaque par le
Camp volant des Turcs.
- Cette disposition des choses
causoit quelque embarras
; mais enfin les mines s'etant
trouvées en estat de
joüer le 24. Juillet, on fbfolut
de faire une tentative, &
tout. se prépara pour cela.
LeChevalier de Segrés devoit
commencer l'assauta
lateste de soixante Grena..-':
diers
,
soûtenu de quelque
detachement de Fuzeliers &
d'Esclavons. Le Chevalier
dela Barre, Lieutenant General
du Bataillon de Malte
, venoitaprés avec le Chevalier
de Refuge, premier
Capitaine, à la teste d'une
partie de nos Troupes,&de
quelques Compagnies des
Papalins & Venitiens. Le
Prince de BrunfvicK le soûtenoit
avec 230. hommes de
; ses Troupes, & le Commandeur
de la Tour-Maubourg
suivoit avec un gros de Chevaliers,
au milieudesquels ij
esftoit l'Etendard de la Religion.
Il avoitaussï avec luy
quelques-unes de nos Compagnies
& de celles du Pape;
mais lors que chacun eut
pris son palle, il arriva que
la Mine n'eut pas la force de
faire fauter le Rocher, &
ainsi elle ne fit aucun effet
capable de donner jour à
l'assaut que l'on avoit pro-
1 jetté.
Cependant, dans le mefme
temps qu'on y mit le
feu, le Bacha de la Morée
vint attaquer la Redoute,
& la batterieelevée sur l'Eminence
qui couvroit nos
lignes, & cette attaque fut
telle que les Venitiens & Esclavons
qui en avoient la
defense, quoy qu'accoûtumezà
bien faire leur devoir,
ne purent luy resister. Tout
ay ant plié devant les Turcs,
ils se rendirent maistres de
la Redoute, &ilsy avoient
déjà planté plus de vingt de
leurs Etendards ou Banderoles
, lors qu'on vint avertir
le Commandeur de la
Tour de ce desordre.
On voit par la disposition
des Troupes qui étoient
commaudées pour ralfàut,
qu'il se trouvoit avec les
Chevaliers le plus proche
d'un porte si important pour
le salut de toutel'Armée. Il
connut qu'on ne pouvoit le
sauver que par une action
de vigueur;aussi ne balança-
t'il point à l'entreprendre.
Il cria aux siens qu'ils
le suivissent
,
&après avoir
baisé la Croix de nostre Etendart
par un mouvement
de cette pieté qui animoit
toutes ses actions,ils'avança
avec < une promptitude incroyable
vers l'Ennemy
(lUtale premier dans la Redoute
, & y tua de sa main
deux Turcs'qui voulurent'
luy faire teste. Un troisiéme
Turc l'ayant chargé par derriere,
luy abattitdu premier
coup de sabre un leger morion
qu'il portoit, &du Second
luy fendit la teste, & le
renversa par terre, ou l'effet,
d'un Baril de Poudre qui prici
feuacheva de luy faire perdre
la vie. Il fut suivy de prés ';
par plusieurs Chevaliers; en-j
rre lesquels le Chevalier de
Trefmes ayant passé son é-i
pée au travers du corps d'un l
j
'Turc, receut luy-mesmeun
si grand coup de sabre sur la
teste qu'il tomba mort avec
ssoonn EEnnnneemm-yy-il fût trouvé en ;-ll fût- trouve en,
cette posture aprésleCÇHTIbat.
Le Frere Servant d'armes
Michon,fut tuéd'un coup de
Mousquet en défendant le
Commandeur de la Tour,
avec beaucoup de' vigueur le Chevalier de Grandmont
reçût deux coups deSabre &:.
un coup de Mousquet. Les
Chevaliers de Bourbon &
de Gaillard & le Frere Servant
d'armes, la Motte, surent
mortellement bléssez.
Les Chevaliers de Piosasque,
& Doria Brasseuze le furent
legerement ;
ôcleChevatien
de Pont qui portoit l'Eten
dart ayant esté attaqué par
deux Turcs y^n tua un d'un
coup de Pistolet, & ~persé
l'autre deson épée, sansêtre
aussi que legerement bleÍfé
Le Chevalier de Beaupré-
Choiseul fut des -p-reiniers
se jetter dans I3. redoute,ou
le Chevalier de Mechacin,
Major du Bataillon
,
Ce di-J
stingua comme luy; & tou
enfin montrérent tant de
vigueur, qu'ils chasserent
les Ennemis de ce patte)
leur prirent onze de leurs
Banderoles, & y planterent
l'Etendard de la Religion,
à la veuë du quel toute l'Armée
ayant crié Vive Malte.
les Vénitiens&Esclavons
reprirent si bien courage,
que plus de trois cens Turcs
< furent passezau fil de l'épée;
ensorte qu'il ne son {auva
aucun de ceux qui s'estoient
logezdans la Redoute. Cette
journée coûtaauxchrétiénsenvironcentcinquanttJ:
c homrftesJ. )i
Tout le Camp reconnut
les Chevaliers pour ses Libérateurs
,
& on leur donna
mille loüanges. Les OiH-~
ciers GeneraDux envoyerent
en faire Compliment au General
des Galeres de Malte;
& en effet l'action fut si t
grande & si hardie, que l'on
pourroit assurer que rien n'y
auroit manqué, s'il n'en apas
coûté la vie à tant de
braves gens, & particulièrement
au Commandeur de la
Tour, qui fut pleuré de toute
l'Armée
y
& dont le Capitaine
General Morosini
,
ne pût apprendre la mort
sans verser des larmes. Il fut
enterré avec toutes les ceremoniesqui
peuvent marquer
la considération qu'on
avoit pour son mériter l'on
conserva son Coeur & ses os
pour les apporter à Malte.
On peut dire que personne
n'a jamais eu tout ensemble
de plus grandes qualitez
qu'il en avoit. Sa pieté estoit
il exemplaire,qu'n ne sçauroit
exprimer tous les bons
effets qu'elle produisoit sur
ceux qui servoient sous luy.
Sa douceur naturelle,ses
maniérés honnestes&engageantes,
sa capacité, sa valeur,
& toutes ses autres vertus
le rendoient - si recommandable
qu'ilestimpossible
qu'on ne le regrette (ensiblement
; mais enfin comme
selon sa loüable coûtume,
il avoit communiéavant
quedallerau Champ de Bataille,
on ne doit pas douter
que le sacrificé de savie joint
à une preparation si Chrêtienne
, ne l'ait élevér un
estat qui le rend digne el'en-"
vie. Le Chevalierde la Bar-tI
, A. - ¡ requ'ontoujoursveumar- 1
cher sur de semblables traces
, a passé par là au Commandement
General du Bataillon
,& lestime que tout
le monde fait de son mérite
n'a pas peu contribué à
leconsoler d'une telle perte.
Le 30. Juillet, les Ennemis
firent une nouvelle entreprise
sur nosLignes,quelques-
uns d'entreeuxs'estant
encore jettez le sabre à la
main dans la Redoute, située
sur l'Eminence à laquelle les
Vénitiensavoient donné le
nom de Fort Saint Jean ,
depuis qu'elleavoit esté fauvéepar
la valeur des Chevaliers
; mais ces Infîdellesfurent
repoussez jusque dans
leurs Retranchemens par les
Troupes dur* Pape& de Venise&
ils trouverent une
semblable resistance en diverses
autres attaques, où
les Maltois eurent souvent
l'avantage de les voir süir,
aussi-tost que l'Etendard de
Saint Jean paroissoit; ces
Barbares criant hautement,
selon la coûtume qu'ils ont
de faire graud bruit en combattant,
que sans ce Bataillon
deMalte ilssçauroient bienvenir
nir à bout de ce qu'ils entreprenoient.
Les Assiegez pendant ce
temps là se défendoienttoûjours
avec beaucoup d'opiniatreté,
quoy qu'il y cust
une Bresche assez confide-
[
rable du costé de l'attaque
où estoient les Troupes de
; Malte, & que vers l'attaque
des Venitiens ont eût
préparé une mine de deux
cens Barils de poudre dont
on esperoit un fort grand efset.
Les nostres de leur part estoient dans l'impatience
de pouvoir donner l'assaut à
la Place; mais comme on
étoit certain que lesTurcs de
la Campagne qui s'estoient
grossisjusqu'au nombre de
prés de six mille hommes,
ne manqueroient pas d'insulter
les lignes dans le
temps qu'onmonteroit à la
brêche, on resolut de les prevenireux-
mesmesavant que
de rien tenter, & deles aller
attaquer jusque dans leurs
propres travaux.
C'est ce qui s'executa
avec tout le succez possibles
le7. jour d'Aoust. Les Troupes
estant sorties en bon
ordre de leurs lignes, les
Turcs en furent si épouvantez
qu'ils se mirent aussi-tost
> en desordre, & se laisserent
tailler en pieces sans faire
> que tres-peu de resistance.
) On gagna tous leurs Retranchemens
; on se rendit maître
de leur Batterie de quatre
pieces de Canon; on pilla
leur Camp; on leur prit un
nombre considerable deche-
^vauxj on les poussa encore bien loin dans laCampagne,
& on leur tua prés de mille
d'hommes. On ne perdit que
> deuy ou trois Soldats das toutes
nos Troupes, ôc pas utinx
seul du Bataillon de Malte
Un événement si extraordi..ib
naire fut pris avec raison
pour un coup de la main d<>b
Dieu, & on écrit que la ve~
neration qu'on avoit pour
la pieté du feu Commann.
deur de la Tour-Maubougue - faisoit dire dans toute l'Ar])
niée
,
quec'estoit sans dout
à ses prieres qu'on le devoit
attribuer.Une Barque qui est
depuisarrivée icy de
1
Patras
, dans la Moré*e,rapporteque
quelques Turcs s'estantfaut
vez du combat,y avoient
representé la déroute encore
plus grande que nous ne la
sçavons, & qu'ils avoient afsuré
que le Bacha de la Morée
y avoit esté tué, & que
son Armée s'estoit entierement
dissipée.
Le Capitaine General Morofini
fit sommer les Assiegez
aussi-tost après cette victoire
; mais ils répondirent
fierement qu'ils sçavoient
bien que leurs gensavoient
esté battus, mais qu'ils n'en
estoient pas moins resolus de
mourir tous plûtost que de
se rendre, ce qui fit qu'on
ne songea plus qu'a tenir la
mine preste pour donner un
assaut général.
Le onzième jour d'Aoust
fut assigné pour cela, & les
Troupes ayant pris leurs
postes pendant la nuit, on
fit jouer à la pointe du jour
la grande Mine de l'attaque
des Venitiens. Elle fit tout
l'effet qu'ils en avoient attendu,
ôc elle auroit pu donner
le moyen d'entrer dés
lors dans la Ville, si au lieu
de l'éprouverils ne s'estoient
pas contentez de faire um
logement sur la brèche.Cependant
aussi-tost que le
l, bruit de laMine se fûtfait
I entendre, les Troupes de
I Malte qui avoient la teste | de l'autre attaque, soutenuës
[ de celles du Pape, & de
! Brunsvick
,
gagnerent avec
vigueur le haut de la brê-
I che qui estoit ouverte depuis
t plusieurs jours, quoy que
I laccez en fût fort difficile;
I mais comme lesEnnemis
f avoient eu le temps de s'y | fortifier,ils'y forma un rude
I•combat, durant lequelles Chevaliers firent tout ce
t. qu'on se peut imaginer de
leur bravoure poufforcerles
Retranchemens, qui se trouvant
bien flanquez & garnis
de Canons & de Pierriers,
firent sur eux un feu si terrible
,
qu'il y en eut quatre
tuez sur la place
, avec le
Comte de Fenelon qui fervoit
en qualité de volontaire
avec eux, & plus de trente-
deux blessez. Le Chevalier
de la Barre Commandant
general du Bataillon,
fit paroistre toute la valeur
possible en cette dernière.
occasion.Il fut tres-bien fou-<
tenu par les Officiers du Pape
&de BrunsvicK
,
dont quelques-
uns furentaussi tuez ou
blessez; mais enfin voyant
qu'il y avait de l'impossibilitê
à surmonter tous ces
grands obstacles, on fut contraint
de se retirer.
Neantmoins
,
bien loin
que ce contre-temps rébutast
les Chevaliers, ayant reconnu
la grande ouverture que
la mine des Venitiens avoit
faite, ils se resolurent à recommencer
à une heure
aprésmidy, ôc àdonner un
nouvel assaut aux deux endroits
,mais avec plus de vigueur
à cette derniere brêche
qu'a l'autre. Toutyétoit
disposé lors que les Turcs s'êtant
apperçûs de ce dessèiny
desployerent tout d'un coup
une Baniere blanche en demandant
à capituler. Quatre
d'entre-eux s'avancerent ssir
la brèche proposant de se
rendre, pourveu qu on leur
accordait la liberré & la vie;
mais le Capitaine General
Morosini n'ayant voulu consentir
à rien qu'ils n'eussent
laissé les nostres maistres
d'un Tourillon qui assuroit
l'entrée de la Ville;le hazard
fit que pendant que cela se
- traitoit, denx Soldats Chrétiens
des plus avancez vers
la Place, se querellerent entr'eux,
& se tirerent nn cou p
?
de pistolet. La bandoliere
d'un autre prit feu dans le mesme temps. Les Turcs de
laVille croyant là dessus que
la Trêve estoit rompuë Se
qu'on nagissoit pas de bonne
foy avec les leurs, mirent
le feu à une piece de Canon
qui tua plusieurs des nostres;
il n'en salut pas davantage
1
pour faire aussi-tost réprendre
les armes. Les Chrétiens
ayant crié Trahison
,
enfoncerent
si brusquement le peu
, de Retranchemens que les Ennemis avoient
surla
Bréche,
que rien ne les put empescher
de se jetter dans la
Ville, où tout fut passé au fil
de l'épée, à la reserve de quelques
heureux,&de beaucoup
de Femmes&Enfans,leChevalicr
de la Barre ayant eu
mesmedela peine à garantir
de la fureur du Soldat les quatre
Turcs qui estoient venus
parlementer avec'luy.
Ainsi finit le Siege de Coron
, après quarante- sept
jours de Tranchéeouverte,
;' pendant lesquels l'Armée
! Clireftienne a eu à combattre
en deux endroits contre
(
des Ennemis puissans,surqui
Il elle a remporté une double viâoire, avec toute la gloire
! imaginable.Les Venitiens &
le Comte de Saint Paul
,
s'y
font acquis beaucoup d'honneur.
Le jeune Prince de
,: Brunfvich s'y est tout-à-fait
distingué avec ses Troupes.
Celles de Florence y ont
: donné des marques de leur
valeur julqua leur Rembarquement,
qui se fit quelques
jours avant la fin de ce Siege;
& il est aisé de juger quelle
est la part que le Bataillon
de Malte y a euë, avec les
TroupesduPape,quiluy ont
esté toujours unies.LeChevalier
de laBarre y a dignement
soûtenu par plusieurs belles
actions,la réputation que le
Commandeur de la Tour
s'étoit acquise. Tous lesChevaliers
s'y sont genereusement
sacrifiez pour l'interest
de la Foy, y ayant supporté
des fatigues incroyables, &
plusieurs d'entr'eux y ayant
répandu leur sang, comme
vous pouvezle voir par la Liste
que je vous envoye. J'y
ay marqué les diverses Langues
d'où ils sont.
NOMS DE e/}lESSIEVR.S
les Chevaliers, Morts &
blessez au Sieçede Coron.
FRANCOIS.
AUVERGNE. LE Commandeur de la
i
TourMaubourg, Ge
neral du Bataillon de Malte,
tué en l'occasion de la RedeU
e
De Creus, Volontaire, mm
.1 de maladie causéepar lesgrandesfatigues.
De MontchalinGarde Etendard,
blrfé.
Junius, ou Junior, Volontaire
,
b/efé.
,
Du Breüil, blesséd'uncoup de
Mousquet à la gorge, au dernierAssaut.
Goudras JJ , Sous - Lieutenant
de Grenadiers, blesé.
De Saillans d'Estans, Sous-
Lieutenant deGrenadiers,
blessé de deux coups de Adoufquet
à la cuisse.
De Corcin Mongon, Garde
Etendard, blessé d'un coup
de Mousquet à la main.
De Saint Pierre, blesséd'un coup
de mousquet à la main.
Du Pont, blessé en l'occasion de
la Redoute.
FRANCE.
De Tresmes-Gesvres,Volontaire,
mort deses liejjeuus
receuës en l'occasion de la Redoute.
De Bourgon,Volontaire.
mort aussi de ses blessures re -'
cenés en la mesme. occasion.
De Lire dela Bourdonnaye,
Volontaire, tue à ïA(faut.
Du Plessis Getté,
De la Brunetiere.
Freres,tous
deux morts
de maladiescausées par les
grandes fatigues.
Michon) Ayde-Major, tuéen toccasion de la Redoute.
De la Mothe, Volontaire,
morj de (es blesseures receuës
en l'occasion de la Redoute.
..DeBeaupré,Garde-Etendard,
Boindin, Volontaire,
Doria-Braflèule,f<?^trois blesfeK
dangereusementaudernier
Affdut.
De Bernieres, Sous-Lieutenant
de Brigadiers, blessé
d'uncoup de mousquet à 14
main.
De Reffuge,Capitaine, blessé.
De BraignyVolontaire,blessé.
DeSeffeval,Lieutenant,blessé.
De Brosias/Volontaire,blessé.
Des Aunois, Volontaire, bIefsé
d'un coup de mousquet à la
cuisse.
PROVENCE.
De Gaillard, Capitaine, mort
de ses bleseures receuës en l'occaston
de la Redoute.
De la Minoye, Volontaire, tué au dernier Assaut.
De Galean,Capitaine, Meslê
dangereusement dans la wf/L
me eccafîon.
Tondu, Volontaire, bIef;
dangereusement dans la mef
me octasion. V ij
JRoigne,Volontaire,blesséd'un
coup de mousquet à ta jambe.
Lescaillon, Volontaireblessé.
Descoulettes, ( blessé.
De Fanesin,Volontaire,blessé.
Caulet, blesé.
De Sade de Guieres, Lieutenant,
biefé.
De Cais, blessé.
Baron, Volontaire, blessé.
De Gramont,Aydede Camp,
blessé en L'occasion de la Redoute.
ITALIENS.
Le Comte de Vital, Volontaire,
tué dansla tranchée.
Citadelli l'aisné, Lieutenant,
tue dans le dernier Assaut.
Vicaris, Garde
-
Etendard r blessé dangereusement au dernier
j4jfeut.
Beccaria, Volontaire, blessé
dangereusement dans la mef
me occasion.
Carraccioli, Volontaire.,bler-
J
sé.
Pieuzaque, Volontaire, blessé
en l'occasion de la Redoute.
Perrussi, Volontaire,b pensinghi, Volontaire,blejp.
Spinola l'aisné, blefijé.
ESPAGNOLS.
CASTILLE.
Dom FélixVerra-terra, Lieti
tenant,tué dans le dernier
Ajiaut.
Dom Juan Melos, Lieutenant,
worf de maladiecausée
par les grandesfatigues.
Dom Juan de Barros, dange-
- reujement bieffé. Dora Juan Emanuel
,
Capi-
"J< taine,blessé.
JRRAGON.
Dom Emanuel de Cordoüa,
Capitaine, blejJé dangereusementaudernierAOàutd'un
coup de mousquet à la cuisse.
Dom IgnacioOurias. Il a eu
le coude cajpd'un coup de
c-
1-le Ca - mouflet au dernier AJfaurJ
& efl en d.tnver. - -
ALLEMAND.
Schesbelle
, ou Chaifeber,
Garde
-
Etendard, blessé.
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Résumé : Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
En 1687, le général Morosini reçut une lettre annonçant la prise de la place de Coron en Morée. Une flotte composée de galères de Malte, du pape, de Venise et du Grand Duc se dirigea vers le port de Dragoffire. Morosini décida de mettre le siège devant Coron plutôt que Modon en raison de la situation défavorable des alliés Maïnotes. Le 25 juillet, environ huit mille hommes, incluant des troupes vénitiennes, esclavones, des soldats du prince de Brunswick, un bataillon maltais, et des bataillons du pape et du grand duc, débarquèrent sans opposition. Les travaux de siège commencèrent le 26 juillet avec des escarmouches et la construction de batteries. Les Turcs, renforcés par le bacha de la Morée, installèrent des canons et lancèrent des attaques régulières, repoussées par les chrétiens. Ces derniers élevèrent une batterie de quatre pièces de canon et un mortier. Les Turcs, bien défendus par une garnison de 700 à 800 hommes et 80 pièces de canon, résistèrent efficacement. Les assiégeants préparèrent des mines pour ouvrir une brèche, mais celles-ci échouèrent initialement. Le 24 juillet, le bacha attaqua une redoute chrétienne, repoussé par une contre-attaque menée par le Commandeur de la Tour-Maubourg, qui fut tué. Le 30 juillet, une nouvelle attaque turque fut repoussée par les troupes du Pape et de Venise. Le 7 août, les troupes chrétiennes attaquèrent et capturèrent les retranchements et canons turcs. Après cette victoire, les assiégés refusèrent de se rendre, menant à la préparation d'un assaut général le 11 août. La mine des Vénitiens explosa avec succès, permettant aux Chevaliers de Malte, soutenus par les troupes du Pape et de Brunswick, de prendre d'assaut la brèche. Le siège dura quarante-sept jours, avec des pertes significatives parmi les forces chrétiennes, notamment le comte de Fénelon et le commandeur de la Tour Maubourg. Plusieurs unités militaires subirent des pertes et des blessures, incluant des soldats français, espagnols, et allemands.
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977
p. 239-240
Maison de Carnavalet. [titre d'après la table]
Début :
Vous me demandez pourquoy je ne vous dis rien de [...]
Mots clefs :
Maison Carnavalet, Mort, Famille, Illustre, Duchesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Maison de Carnavalet. [titre d'après la table]
Vous me demandez pourquoy
je ne vous dis rien de
particulier le mois passé de
Mr de Carnavalet, en vous
apprenant sa mort; ainsij'ajoûteray
aujourd'huy qu'il
estoit Fils de Messire Jean
d'Acigné,Baron de la Touche,
& de Dame Marguerite
Fluriot, heritiere de Carnavalet,&
Cadet dela Maison
d'Acigné, l'une des plusillustres
de Bretagne, & qui tire
son originedes anciens Comtes
de Rennes, que l'on croit
estre une branche des premiers
Rois de Bretagne.Mr leComted'Acigné Pere de
Madame la Duchesse de Richelieu
,est presentement le
Chef du Nom & des Armes
de cette Maison. Mr de Carnavalet
n'a laissé aucuns Ensans
de son Mariage.
je ne vous dis rien de
particulier le mois passé de
Mr de Carnavalet, en vous
apprenant sa mort; ainsij'ajoûteray
aujourd'huy qu'il
estoit Fils de Messire Jean
d'Acigné,Baron de la Touche,
& de Dame Marguerite
Fluriot, heritiere de Carnavalet,&
Cadet dela Maison
d'Acigné, l'une des plusillustres
de Bretagne, & qui tire
son originedes anciens Comtes
de Rennes, que l'on croit
estre une branche des premiers
Rois de Bretagne.Mr leComted'Acigné Pere de
Madame la Duchesse de Richelieu
,est presentement le
Chef du Nom & des Armes
de cette Maison. Mr de Carnavalet
n'a laissé aucuns Ensans
de son Mariage.
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Résumé : Maison de Carnavalet. [titre d'après la table]
Le texte demande des explications sur l'absence d'informations concernant M. de Carnavalet après son décès. Il était le fils de Messire Jean d'Acigné et de Dame Marguerite Fluriot. Issu de la Maison d'Acigné, une famille illustre de Bretagne, il n'a pas eu d'enfants. Le Comte d'Acigné, père de la Duchesse de Richelieu, dirige cette maison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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978
p. 240-251
Morts. [titre d'après la table]
Début :
J'oubliay de vous parler dans le mesme mois de la mort [...]
Mots clefs :
Décès, Marquis, Maitre de camp, Colonel, Duc, Conseiller, Abbé, Cardinal, Dame, Régiment de la cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
J'oubliay de vous parler
dans le mesme mois de la
mort de Mrle Marquis de
Graveline. C'estoitunhomme
d'un très- grand merite
qui dés sa jeunessefut fait
Mestre
Mestre de Camp d'un Regimentd'Infanterie.
En 1642.
le feu Roy l'envoya en Portugal
,en qualité de Colonel
Generaldes François, pour
secourir le Duc de Bragance
qu'on venoit de mettre sur le
Trône. Il fit là de si belles actions
, que Sa Majesté luy
donna le titre de Marquis. Il
se signala encore en Catalogne,
& à laBataille de Lens
sous Mrle Prince.Quoy qu'il
ne fust que Cadet de sa Maison,
qui est l'ancienne& illustreMaison
de la Roque BudosdeGuyenne
,sa valeur&
ion mente l'éleverent aux
plus grands emplois,&le firent
entrer dans des alliances
tres -
considerables. Il époufa
en premieres Noces Judith
de Clermont, dont il eut
de tres -
grands biens; & en
secondes, Mademoiselle de
Bussi Paquier, C'est une personne
fort jeune, bienfaite &
spirituelle, &qui s'est acquis
par sa sagesse &par l'exacte régularité
de sa conduite beaucoup
d'effinie & de réputation.
Aussi Mrle Marquis de
Graveline luy a-t-il fait tous
les avantagesqu'il a pu. Ilest
mortâgé de 75 ans, &a laissé
une Fille qui n'en a que quatre.
MessireOmer-LouisVoisin,
Seigneur du Plessisaux
Bois, Conseiller au Chastelet,
est mort de la petite verole
au commencement de
ce mois. Il estoit Fils de Mr
Voisin Conseiller d'Estat,
dont presenrement Madame
de Lamoignon
,
Femme de
Mrl'AvocatGeneral,est Fille
unique.
Cette mort a esté suivie
de celle de Mrl'AbbéSiri,
- Historiographe du Roy. Il
avoit elle de la confidence
de feu Mrle Cardinal Mazarin,
& employé par luy en
beaucoup d'Affaires, auiIibien
que Mr l'Abbé Ondedei,
qui est mort Evesque de
Frejus. Il pouédoicFAbbayc
de Valmagne,qu'il resigna
il y a quelques années à Mr
le Cardinal de Bonzi
, avec
l'agrément du Roy,s'en estant
conservé le revenu. Il
avoit une grande connoissance
des Affaires generales
de l'Europe; aussi venoit-il
peu d'Etrangers de marque
en France, qui ne luyrendit
sent visite
; ce quiestoitcause
qu'on en voyoit souvent
famaifon remplie,aussi-bien
que d'Ambassadeurs & d'Envoyez.
Il est mort âgé de 77.
ans, après avoir donne au Public
plusieurs Volumes de
l'Histoirede ce Siecle
,
qu'il
a composez en Italien.
Madame Marin, Femme
de Messire Pierre Marin,Seigneur
dela Trousserie, Maître
des Requestes, est morte
environ dans le même tem ps*
Elle s'appelloit Catherine
Bouhier
,
& estoitveuve en
premieres Noces de Messire
BenigneJolly,Seigneurd'Escutigny,
Greffier en Chef du
Parlement, & des Etats de
Bourgogne.
J'ayaussi à vous apprendre
la mort de Dame Catherine
le Boullanger, Femme
de Messire Anne Pinon, Seigneur
Vicomte deQuincy,
Conseiller au Grand Conseil.
J'apprens tout presentement,
que Mr le Comte de
la Fare-la Salle, dontje vous
ay parlé dans quelqu'une de
mes Lettres, mourut le 20.
du mois palfé^d^ns une de ses
Maisons près de la Ville d'Alés,
Capitale des Cevenes,
après avoircité vingt jours
malade d'une retention d'urine
causée par la pierre. Il
souffrit pendant ce temps-là
d'extrêmes douleurs, avec
une patience presque incroyable,
&fit paroistreune
entiere fermeté quand on luy
vint dire qu'il falloit mourir.
Aussiavoit-il souvent affronté
la mort,pendant qu'il avoit
servy le Roy dans ses
Armées. Il y alla à l'âge de
treize ans; & ayant esté fait
ensuite Cornete de la Mettre
de Camp du Regiment de
Cavalerie de Mrle Maréchal
,e,le laMeilleraye,ilne fut long pas -temps sans se distinguer
; ce qui luy fit obtenir
une Compagnie, tirée dece
-Regiment par ordre du Roy
en 1647. pour estre incorporée
dans le Regiment de M'
le Cardinal de SainteCecile.
Sa Majesté voulant récompenser
son merite & ses services,
luy donna en 1653. un
Regiment de Cavalerie, vacant
par la mort de Mrle Baron
d'Alais, dont il épousa la
Fille. Ils'acquitbeaucoup de
reputation à la teste de ce
Régiment, qui fut reformé
en 1664. le Roy n'ayant pas
voulu conserverun si grand
nombre deTroupes entemps
de Paix. Il est mort dans sa
57. année, après avoir receu
tous sesSacremés avec beaucoup
de resignation, & a
laisse une Veuve avec treize
Enfans. L'Aisné qui a esté
Page chez le Roy, eH: à present
Capitaine de Cavalerie
reformé dans le Regiment
tie Villeneuve. Le second est
Capitaine d'Infanterie dans
le Regiment d'Enguien. Il y
en a un troisiémequi a esté
Cornete de son Frere, & un
quatrième Abbé; les autres
sont en bas âge. Mr le Comte
de la Fare de la Salle,estoit
OOnncclleeddeeMrv1rrllee Mlvlaarrqquuiissde - la Fare, Capitaine des Gardes
de Monsieur. Il portoit pour
Armesdeuxécusjoints&
accollez
ensemble
> au premier d'azurà
trois Flambeaux ou Farel;
d'orallumez degueule mis enpal ;
& pour brizeure de Cadet, un
lambel d'argent à trois pendans;
dqu'oirest de la Fare; ausecond
deux lyons affrontez desable
élewz ou rampans contre un
pin definopleJ qui est de Carru
-')
bis Baron d'Alais,Maison de
sa Femme
, avec la Couronne
de Comte, & deux palmes pour
supports.
dans le mesme mois de la
mort de Mrle Marquis de
Graveline. C'estoitunhomme
d'un très- grand merite
qui dés sa jeunessefut fait
Mestre
Mestre de Camp d'un Regimentd'Infanterie.
En 1642.
le feu Roy l'envoya en Portugal
,en qualité de Colonel
Generaldes François, pour
secourir le Duc de Bragance
qu'on venoit de mettre sur le
Trône. Il fit là de si belles actions
, que Sa Majesté luy
donna le titre de Marquis. Il
se signala encore en Catalogne,
& à laBataille de Lens
sous Mrle Prince.Quoy qu'il
ne fust que Cadet de sa Maison,
qui est l'ancienne& illustreMaison
de la Roque BudosdeGuyenne
,sa valeur&
ion mente l'éleverent aux
plus grands emplois,&le firent
entrer dans des alliances
tres -
considerables. Il époufa
en premieres Noces Judith
de Clermont, dont il eut
de tres -
grands biens; & en
secondes, Mademoiselle de
Bussi Paquier, C'est une personne
fort jeune, bienfaite &
spirituelle, &qui s'est acquis
par sa sagesse &par l'exacte régularité
de sa conduite beaucoup
d'effinie & de réputation.
Aussi Mrle Marquis de
Graveline luy a-t-il fait tous
les avantagesqu'il a pu. Ilest
mortâgé de 75 ans, &a laissé
une Fille qui n'en a que quatre.
MessireOmer-LouisVoisin,
Seigneur du Plessisaux
Bois, Conseiller au Chastelet,
est mort de la petite verole
au commencement de
ce mois. Il estoit Fils de Mr
Voisin Conseiller d'Estat,
dont presenrement Madame
de Lamoignon
,
Femme de
Mrl'AvocatGeneral,est Fille
unique.
Cette mort a esté suivie
de celle de Mrl'AbbéSiri,
- Historiographe du Roy. Il
avoit elle de la confidence
de feu Mrle Cardinal Mazarin,
& employé par luy en
beaucoup d'Affaires, auiIibien
que Mr l'Abbé Ondedei,
qui est mort Evesque de
Frejus. Il pouédoicFAbbayc
de Valmagne,qu'il resigna
il y a quelques années à Mr
le Cardinal de Bonzi
, avec
l'agrément du Roy,s'en estant
conservé le revenu. Il
avoit une grande connoissance
des Affaires generales
de l'Europe; aussi venoit-il
peu d'Etrangers de marque
en France, qui ne luyrendit
sent visite
; ce quiestoitcause
qu'on en voyoit souvent
famaifon remplie,aussi-bien
que d'Ambassadeurs & d'Envoyez.
Il est mort âgé de 77.
ans, après avoir donne au Public
plusieurs Volumes de
l'Histoirede ce Siecle
,
qu'il
a composez en Italien.
Madame Marin, Femme
de Messire Pierre Marin,Seigneur
dela Trousserie, Maître
des Requestes, est morte
environ dans le même tem ps*
Elle s'appelloit Catherine
Bouhier
,
& estoitveuve en
premieres Noces de Messire
BenigneJolly,Seigneurd'Escutigny,
Greffier en Chef du
Parlement, & des Etats de
Bourgogne.
J'ayaussi à vous apprendre
la mort de Dame Catherine
le Boullanger, Femme
de Messire Anne Pinon, Seigneur
Vicomte deQuincy,
Conseiller au Grand Conseil.
J'apprens tout presentement,
que Mr le Comte de
la Fare-la Salle, dontje vous
ay parlé dans quelqu'une de
mes Lettres, mourut le 20.
du mois palfé^d^ns une de ses
Maisons près de la Ville d'Alés,
Capitale des Cevenes,
après avoircité vingt jours
malade d'une retention d'urine
causée par la pierre. Il
souffrit pendant ce temps-là
d'extrêmes douleurs, avec
une patience presque incroyable,
&fit paroistreune
entiere fermeté quand on luy
vint dire qu'il falloit mourir.
Aussiavoit-il souvent affronté
la mort,pendant qu'il avoit
servy le Roy dans ses
Armées. Il y alla à l'âge de
treize ans; & ayant esté fait
ensuite Cornete de la Mettre
de Camp du Regiment de
Cavalerie de Mrle Maréchal
,e,le laMeilleraye,ilne fut long pas -temps sans se distinguer
; ce qui luy fit obtenir
une Compagnie, tirée dece
-Regiment par ordre du Roy
en 1647. pour estre incorporée
dans le Regiment de M'
le Cardinal de SainteCecile.
Sa Majesté voulant récompenser
son merite & ses services,
luy donna en 1653. un
Regiment de Cavalerie, vacant
par la mort de Mrle Baron
d'Alais, dont il épousa la
Fille. Ils'acquitbeaucoup de
reputation à la teste de ce
Régiment, qui fut reformé
en 1664. le Roy n'ayant pas
voulu conserverun si grand
nombre deTroupes entemps
de Paix. Il est mort dans sa
57. année, après avoir receu
tous sesSacremés avec beaucoup
de resignation, & a
laisse une Veuve avec treize
Enfans. L'Aisné qui a esté
Page chez le Roy, eH: à present
Capitaine de Cavalerie
reformé dans le Regiment
tie Villeneuve. Le second est
Capitaine d'Infanterie dans
le Regiment d'Enguien. Il y
en a un troisiémequi a esté
Cornete de son Frere, & un
quatrième Abbé; les autres
sont en bas âge. Mr le Comte
de la Fare de la Salle,estoit
OOnncclleeddeeMrv1rrllee Mlvlaarrqquuiissde - la Fare, Capitaine des Gardes
de Monsieur. Il portoit pour
Armesdeuxécusjoints&
accollez
ensemble
> au premier d'azurà
trois Flambeaux ou Farel;
d'orallumez degueule mis enpal ;
& pour brizeure de Cadet, un
lambel d'argent à trois pendans;
dqu'oirest de la Fare; ausecond
deux lyons affrontez desable
élewz ou rampans contre un
pin definopleJ qui est de Carru
-')
bis Baron d'Alais,Maison de
sa Femme
, avec la Couronne
de Comte, & deux palmes pour
supports.
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Le texte mentionne plusieurs décès notables. Le Marquis de Graveline, issu de la maison de La Roque Budos de Guyenne, fut envoyé en Portugal en 1642 comme Colonel Général des Français pour soutenir le Duc de Bragance. Il se distingua également en Catalogne et à la Bataille de Lens. Il épousa successivement Judith de Clermont et Mademoiselle de Bussi Paquier, et décéda à l'âge de 75 ans, laissant une fille de quatre ans. Messire Omer-Louis Voisin, Seigneur du Plessis-aux-Bois et Conseiller au Châtelet, mourut de la petite vérole. Son père était Monsieur Voisin, Conseiller d'État, et sa petite-fille est Madame de Lamoignon, femme de l'Avocat Général. L'Abbé Siri, historiographe du Roi et confident du Cardinal Mazarin, décéda à l'âge de 77 ans, laissant plusieurs volumes d'histoire du siècle écrits en italien. Madame Marin, épouse de Messire Pierre Marin, Maître des Requestes, décéda également. Elle était veuve en premières noces de Messire Benigne Jolly. Dame Catherine Le Boullanger, femme de Messire Anne Pinon, Vicomte de Quincy, mourut également. Enfin, Monsieur le Comte de la Fare-la Salle décéda à 57 ans après une maladie de vingt jours causée par la pierre. Il servit le Roi dès l'âge de treize ans et obtint plusieurs distinctions militaires, laissant une veuve et treize enfants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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979
p. 251-252
Livre d'Armes. [titre d'après la table]
Début :
A propos d'Armes, comme vous avez des Amis curieux de tout [...]
Mots clefs :
Armes, Blason, Graveur, Ouvrage, Livres, Alphabet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livre d'Armes. [titre d'après la table]
A propos d'Armes, comme
vous avez des Amis curieux
de tout ce qui appartient
au Blason,vous pouvez
les avertir que le Sr Mavelot,
Graveurordinaire de Mademoiselle
d'Orleans, a inventé
& gravé un nouveau Livre,
dans lequel ils trouveront
differens Cartouches, Couronnes
, Casques
,
Lambrequins,
Supports & Tenans,
L'Authcur qui le debite chez
luy, Court-neuve du Palais,
aux Armes de Madame
1^
Dauphineest tres -
habile
dans toutes les choses- de
cette nature. Il n'y a rien
de mieux gravé que tous Ces,
Ouvrages. Il vend aussi deux
Livres de Chiffres, l'un à
doubles traits, ôc l'autre à
simples traits, avec le Chisfre
de tout l'Alphabet.
vous avez des Amis curieux
de tout ce qui appartient
au Blason,vous pouvez
les avertir que le Sr Mavelot,
Graveurordinaire de Mademoiselle
d'Orleans, a inventé
& gravé un nouveau Livre,
dans lequel ils trouveront
differens Cartouches, Couronnes
, Casques
,
Lambrequins,
Supports & Tenans,
L'Authcur qui le debite chez
luy, Court-neuve du Palais,
aux Armes de Madame
1^
Dauphineest tres -
habile
dans toutes les choses- de
cette nature. Il n'y a rien
de mieux gravé que tous Ces,
Ouvrages. Il vend aussi deux
Livres de Chiffres, l'un à
doubles traits, ôc l'autre à
simples traits, avec le Chisfre
de tout l'Alphabet.
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Résumé : Livre d'Armes. [titre d'après la table]
Le sieur Mavelot, graveur de Mademoiselle d'Orléans, annonce la vente d'un livre contenant des éléments héraldiques variés. Il met en avant la qualité exceptionnelle des gravures. Mavelot propose également deux autres livres de chiffres, avec traits doubles ou simples, incluant tout l'alphabet. Il exerce au Palais, aux Armes de Madame la Dauphine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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980
p. 252
« Je vous envoye une Medaille du Roy d'Angleterre, que l'on [...] »
Début :
Je vous envoye une Medaille du Roy d'Angleterre, que l'on [...]
Mots clefs :
Médaille, Roi d'Angleterre, Couronne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous envoye une Medaille du Roy d'Angleterre, que l'on [...] »
Je vous envoye une Medaillé
du Roy d'Angleterre,
que l'on a frappée depuis
son avènement à la Couronne.
du Roy d'Angleterre,
que l'on a frappée depuis
son avènement à la Couronne.
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981
p. 252-266
Miroüer ardant d'une grandeur extraordinaire, & ses effets. [titre d'après la table]
Début :
Vous aurez sans doute entendu parler d'un Miroir ardent [...]
Mots clefs :
Miroir, Ouvrage, Réflexion, Rayons, Éclat, Louanges, Académie des sciences, Observatoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Miroüer ardant d'une grandeur extraordinaire, & ses effets. [titre d'après la table]
Vous aurez sans doute
,.
entendu parlerd'un Miroir
ardent,qui faitd'autant plus
de bruit parmy les habiles,
qu'il passe pour le plus grand
qui ait jamais esté fait. Il a
cinq pieds & un pouce de
diametre
,
& l'on ne peut
rien trouver de si extraordinaire
dans ce genre. L'Academie
souhaitoit depuis
long-temps d'estre enrichie
d'un Ouvrage si considerable
,
& qui luyestoit absolument
necessaire pour arriver
àune connoissance parfaite
des effets que peut produire
la reflexion des rayons
du Soleil sur le Miroir ardent.
Sa Majesté qui prend
un foin tout particulier de
faire fleurir les beaux Arts
dans son Royaume
y
avoir
ordonné qu'on y travaillait,
mais l'execution en avoit
toujours paru si difficile aux
plus experimentez, que personne
n'avoir ose l'entreprendre.
Ce dessein, pour y
réüssiravec avantage,de
mandoitun génie aussiétendu
& aussi éclairé que l'est
celuy de Mrdela Garouste,
Gentil-homme de Quercy,
habitué dans la Ville de Saint
Ceré de la Vicomté de Turenne.
Ce qui eil: presque
incroyableyc'estqu'il ait pû
l'entreprendre, & qu'il soit
venu à bout de l'executer
sans avoir jamais , ny veu,
ny fait, ny veu faire de ces
fortes d'Ouvrages.Ainsi l'on
peut dire qu'il est du nombre
de ces Ésprits distinguez,
que la Nature favorise si libéralement
,
qu'elle fait en
eux comme une profusion
de ses lumieres, qui leur rendent
naturelles routes ces
belles connoissances que le
reste des hommes n'acquiert
que par une longue & laborieuie
étude. Quoy que la
grandeur de ce Miroir ait
fort étonné tous les Con-11
noisseurs, ils ont elle encore
plus surpris du polyadmirable
, & de la netteté entiere
& parfaite qui s'y rencontre.
Les plus petits Miroirs
qu'on ait veus n'ont pas le
mesme avantage. Quelques
soins qu'on ait apportez à
les finir, on n'en voit point
dont l'éclat ne soit terny par
quelque tache. Le mélange
des divers métaux qui en
composent la matiere,& qui
nesçauroient estrealliez sans
contracter des impuretez &
des ordures
J;
sembleen estre
une cause necessaire, & l'oà
n'en peut prévenir les facheux
effets, que par une intelligence
& uneapplications
toute extraordinaire.C'est
aussî par là que Mr de la Garouste
a méritéles louanges
& les applaudissemens qui
luy ontesté donnez de toutes
parts.. Vous-juelrez bien
quunOuvrage aussirareque
re sien ,..ettoir digne de pa^
roîstre dans la plus grande-
8c la ptcrs belle Ville du MOILde.
A peine l'eut-ilfiny;
que le bruit s'en répandit
dans tout le Royaume.Il vint
jusques à la Cour. Sa Majesté
en ayant elle informée par
Mr l'Evesque de Cahors,
luy ordonna de se transporter
à Saint Ceré pour le voir.
Il satisfit à cét ordre, & après
toutes les experiencesnecessaires,
il en rendit un témoignage
avantageux à Mr le
Marquis de Louvois, qui
toûjours appliqué à ce qui
regarde la gloire du Roy,
&cherchant sans cesse à enrichir
la CapitaleduRoyaume
de tout ce qu'il y a de
plus beau au Monde, envoya
eu mesme temps àMr
deGourgues,Intendant h
Limoges, l'ordre de lefaire
conduire incessamment à
Parisfit avertir Mr de la
Garouste de disposerles cha*
tes qu'il jugeroit necessaires
pour le transport. Comme
les cheminssont très-difficiles&
presqueinaccessibles,
&; que d'ailleurscetOuvrage
est d'une delicatesse achevée
)
il imaginaune machine
qui fut approuvéede roue: lemonde,pour le faire transporter
avec seureté1. Ctefls.t'
une espece d'Equilibre atta-
-.quil i bre ,,itta_
ché aux quatre moutons
d'un train de Carosse
, par le |
moyen duquel la charge
suspenduene auroitverire"r~
& reste toûjours dans sa meme
situation
y
de quelque
maniere que les roues tournent
;
soit qu'elless'abaissent
,
s'élevent
, ou se renversent;
soit qu'elles se trouvent
dans un panchant, ou
dans un lieu plein ouinégal.
On n'en sçauroit souhaiter
une preuve plus sorte que
l'experience d'unvoyage de
deux cens lieues dans des
chemins rudes, & dans un
Pays aussi difficile que le sont
les Moutagnes du Quercy,
& du Limousin qu'on a traversées.
Cette Machine pourroit
estre d'une grande utilité
, pour ce qu'on souhaite
depuis si long-temps, quiest
d'empescher quelesCarosses
ne versent,& de s'assurer
contre les dangers où sont
continuellement exposées
les personnes quise servent
de cesvoitures.L'Academie
,
des Sciences estant le centre
de tout ce qu'il ya de rare
& de digne de la connois.
sance des Sçavans, on y porta
ce Miroir si-tostqu'il fut
arrivé; & c'est là qu'on en
a fait plusieurs fois diverses
experiences qui les ont
surpris
, comme de fondre
presque en un moment toutes
fortes de métaux, verre,
brique, ardoise,& brifsr les
pierres les plus dures. Ses effets
catoptriques ne sont pas
moins remarquables. Il renversè
res especes ou images
des objets; illes agrandit,il
les diminue
;
il les éloigne, illesapproche en mille manieres
aussi différentes quagreables
en forte que
plusieurs personnes qui se
presententenmesme temps
à ce Miroir, sy voyent toutes
diversement representées
,
suivant leur differente
situation, & la différente reflexion
des especes qui varie
à chaque changement de
point de veuë. C'est ce qui
a donné lieu à Mr Blondel
de dire, qu'il avoit veu tous
les Miroirs du monde de
cette mesme nature,& qu'il
n'en avoit jamais veu un si
beau ny si parfait dans les
divers effets qu'il produit. Le
témoignage d'un homme si
sçavant
y
si universes ,Ôc^
qui a eu l'honneur d'enseignerles
Mathématiques à
Monseigneur le Dauphin,
joint a ce que Mrs de FAcademie
des Sciences en ont
écritsur leurs Registres,en:
un éloge qu'on ne sçauroit:
contester. Le rapport particulier
de ce Miroir avec léj
Soleil qui en est l'ame,adeterminé
Sa Majesté à le faire
placer dans l'Observatoire.
Quoy que cette Maisonfust
tres-celebre, soit parla map-
nificence
gnificence defes Bastimens,
»
soit par la fin si noble pour
laquelle elle a esté construite,&
quila destineuniquement
aux usagesd'uneScience
qui n'a que le Ciel pour
son objet, soit parce qu'elle
fera dans tous les siecles le
monument le plus authentique
de l'affection du plus
grand des Roys pour les
belles connoissances,il sembloit
qu'elle desirast cet ornemenr.
Aussi l'Illustre Mr
<
Cassini, cet homme incomparable,
queSaMajestéahonoré
de son choix, pour l'établir
dans ce Palais d'Astronomie,
comme celuy qui est
le Prince dans cette Science
,
s'etestimé si heureux
du riche Present qu'Elle faisoit
à l'Observatoire par ce
merveilleux Ouvrage,qu'il
a écrit dans les Pays Etrangers,
comme il la témoigné
publiquement en quelque
rencontre, que la France
pouvoit se glorifier d'avoir
maintenant le plus beau
Miroir qui fust au Monde.
,.
entendu parlerd'un Miroir
ardent,qui faitd'autant plus
de bruit parmy les habiles,
qu'il passe pour le plus grand
qui ait jamais esté fait. Il a
cinq pieds & un pouce de
diametre
,
& l'on ne peut
rien trouver de si extraordinaire
dans ce genre. L'Academie
souhaitoit depuis
long-temps d'estre enrichie
d'un Ouvrage si considerable
,
& qui luyestoit absolument
necessaire pour arriver
àune connoissance parfaite
des effets que peut produire
la reflexion des rayons
du Soleil sur le Miroir ardent.
Sa Majesté qui prend
un foin tout particulier de
faire fleurir les beaux Arts
dans son Royaume
y
avoir
ordonné qu'on y travaillait,
mais l'execution en avoit
toujours paru si difficile aux
plus experimentez, que personne
n'avoir ose l'entreprendre.
Ce dessein, pour y
réüssiravec avantage,de
mandoitun génie aussiétendu
& aussi éclairé que l'est
celuy de Mrdela Garouste,
Gentil-homme de Quercy,
habitué dans la Ville de Saint
Ceré de la Vicomté de Turenne.
Ce qui eil: presque
incroyableyc'estqu'il ait pû
l'entreprendre, & qu'il soit
venu à bout de l'executer
sans avoir jamais , ny veu,
ny fait, ny veu faire de ces
fortes d'Ouvrages.Ainsi l'on
peut dire qu'il est du nombre
de ces Ésprits distinguez,
que la Nature favorise si libéralement
,
qu'elle fait en
eux comme une profusion
de ses lumieres, qui leur rendent
naturelles routes ces
belles connoissances que le
reste des hommes n'acquiert
que par une longue & laborieuie
étude. Quoy que la
grandeur de ce Miroir ait
fort étonné tous les Con-11
noisseurs, ils ont elle encore
plus surpris du polyadmirable
, & de la netteté entiere
& parfaite qui s'y rencontre.
Les plus petits Miroirs
qu'on ait veus n'ont pas le
mesme avantage. Quelques
soins qu'on ait apportez à
les finir, on n'en voit point
dont l'éclat ne soit terny par
quelque tache. Le mélange
des divers métaux qui en
composent la matiere,& qui
nesçauroient estrealliez sans
contracter des impuretez &
des ordures
J;
sembleen estre
une cause necessaire, & l'oà
n'en peut prévenir les facheux
effets, que par une intelligence
& uneapplications
toute extraordinaire.C'est
aussî par là que Mr de la Garouste
a méritéles louanges
& les applaudissemens qui
luy ontesté donnez de toutes
parts.. Vous-juelrez bien
quunOuvrage aussirareque
re sien ,..ettoir digne de pa^
roîstre dans la plus grande-
8c la ptcrs belle Ville du MOILde.
A peine l'eut-ilfiny;
que le bruit s'en répandit
dans tout le Royaume.Il vint
jusques à la Cour. Sa Majesté
en ayant elle informée par
Mr l'Evesque de Cahors,
luy ordonna de se transporter
à Saint Ceré pour le voir.
Il satisfit à cét ordre, & après
toutes les experiencesnecessaires,
il en rendit un témoignage
avantageux à Mr le
Marquis de Louvois, qui
toûjours appliqué à ce qui
regarde la gloire du Roy,
&cherchant sans cesse à enrichir
la CapitaleduRoyaume
de tout ce qu'il y a de
plus beau au Monde, envoya
eu mesme temps àMr
deGourgues,Intendant h
Limoges, l'ordre de lefaire
conduire incessamment à
Parisfit avertir Mr de la
Garouste de disposerles cha*
tes qu'il jugeroit necessaires
pour le transport. Comme
les cheminssont très-difficiles&
presqueinaccessibles,
&; que d'ailleurscetOuvrage
est d'une delicatesse achevée
)
il imaginaune machine
qui fut approuvéede roue: lemonde,pour le faire transporter
avec seureté1. Ctefls.t'
une espece d'Equilibre atta-
-.quil i bre ,,itta_
ché aux quatre moutons
d'un train de Carosse
, par le |
moyen duquel la charge
suspenduene auroitverire"r~
& reste toûjours dans sa meme
situation
y
de quelque
maniere que les roues tournent
;
soit qu'elless'abaissent
,
s'élevent
, ou se renversent;
soit qu'elles se trouvent
dans un panchant, ou
dans un lieu plein ouinégal.
On n'en sçauroit souhaiter
une preuve plus sorte que
l'experience d'unvoyage de
deux cens lieues dans des
chemins rudes, & dans un
Pays aussi difficile que le sont
les Moutagnes du Quercy,
& du Limousin qu'on a traversées.
Cette Machine pourroit
estre d'une grande utilité
, pour ce qu'on souhaite
depuis si long-temps, quiest
d'empescher quelesCarosses
ne versent,& de s'assurer
contre les dangers où sont
continuellement exposées
les personnes quise servent
de cesvoitures.L'Academie
,
des Sciences estant le centre
de tout ce qu'il ya de rare
& de digne de la connois.
sance des Sçavans, on y porta
ce Miroir si-tostqu'il fut
arrivé; & c'est là qu'on en
a fait plusieurs fois diverses
experiences qui les ont
surpris
, comme de fondre
presque en un moment toutes
fortes de métaux, verre,
brique, ardoise,& brifsr les
pierres les plus dures. Ses effets
catoptriques ne sont pas
moins remarquables. Il renversè
res especes ou images
des objets; illes agrandit,il
les diminue
;
il les éloigne, illesapproche en mille manieres
aussi différentes quagreables
en forte que
plusieurs personnes qui se
presententenmesme temps
à ce Miroir, sy voyent toutes
diversement representées
,
suivant leur differente
situation, & la différente reflexion
des especes qui varie
à chaque changement de
point de veuë. C'est ce qui
a donné lieu à Mr Blondel
de dire, qu'il avoit veu tous
les Miroirs du monde de
cette mesme nature,& qu'il
n'en avoit jamais veu un si
beau ny si parfait dans les
divers effets qu'il produit. Le
témoignage d'un homme si
sçavant
y
si universes ,Ôc^
qui a eu l'honneur d'enseignerles
Mathématiques à
Monseigneur le Dauphin,
joint a ce que Mrs de FAcademie
des Sciences en ont
écritsur leurs Registres,en:
un éloge qu'on ne sçauroit:
contester. Le rapport particulier
de ce Miroir avec léj
Soleil qui en est l'ame,adeterminé
Sa Majesté à le faire
placer dans l'Observatoire.
Quoy que cette Maisonfust
tres-celebre, soit parla map-
nificence
gnificence defes Bastimens,
»
soit par la fin si noble pour
laquelle elle a esté construite,&
quila destineuniquement
aux usagesd'uneScience
qui n'a que le Ciel pour
son objet, soit parce qu'elle
fera dans tous les siecles le
monument le plus authentique
de l'affection du plus
grand des Roys pour les
belles connoissances,il sembloit
qu'elle desirast cet ornemenr.
Aussi l'Illustre Mr
<
Cassini, cet homme incomparable,
queSaMajestéahonoré
de son choix, pour l'établir
dans ce Palais d'Astronomie,
comme celuy qui est
le Prince dans cette Science
,
s'etestimé si heureux
du riche Present qu'Elle faisoit
à l'Observatoire par ce
merveilleux Ouvrage,qu'il
a écrit dans les Pays Etrangers,
comme il la témoigné
publiquement en quelque
rencontre, que la France
pouvoit se glorifier d'avoir
maintenant le plus beau
Miroir qui fust au Monde.
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Résumé : Miroüer ardant d'une grandeur extraordinaire, & ses effets. [titre d'après la table]
Le texte décrit un miroir ardent exceptionnel, mesurant cinq pieds et un pouce de diamètre, considéré comme le plus grand jamais fabriqué. Commandé par l'Académie pour examiner les effets de la réflexion des rayons solaires, sa réalisation paraissait impossible jusqu'à ce que Monsieur de la Garouste, un gentilhomme du Quercy, parvienne à le créer sans expérience préalable. Ce miroir se distingua par sa clarté et sa perfection, suscitant des éloges. Malgré les difficultés liées au transport, il fut acheminé à Paris grâce à une machine ingénieuse. À l'Académie des Sciences, il permit de fondre divers matériaux et de produire des effets optiques variés. Par la suite, il fut installé à l'Observatoire, un édifice prestigieux dédié à l'astronomie et symbolisant l'affection royale pour les sciences. L'astronome Cassini exprima sa satisfaction et affirma que la France possédait désormais le plus beau miroir astronomique au monde, soulignant ainsi la grandeur de cette réalisation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
982
p. 266-272
Entrée de l'Ambassadeur de Pologne à Fontainebleau, & ses Audiances. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Comte de Wielopolski Grand Chancelier & Ambassadeur Extraordinaire [...]
Mots clefs :
Comte de Wielopolski, Grand Chancelier, Ambassadeur extraordinaire, Pologne, Maréchal, Roi de France, Princes, Gentilshommes, Carrosse, Audience, Château, Magnificence, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée de l'Ambassadeur de Pologne à Fontainebleau, & ses Audiances. [titre d'après la table]
Mr leComte deWielopolfKi
Grand Chancelier &Ambasfadeur
Extraordinaire de Pologne,
estantarrivé à Paris, il
y a environ un mois, y est
demeuréincognito,jusqu'à ce
que tout ait esté préparépour
son Entréepublique. Il la fit
le 17. de ce mois à Fontainebleau,
s'estant rendu à Moret,
où Mr le Maréchal Duc
deDuras, & Mrae Bonneüil
Introducteur des Ambassadeurs,
allerent le prendre
avec les Carrosses du Roy, de
Madame la Dauphine, de
Monsieur, de Madame,&
ceux des Princes ôcPcinceués
du Sang. Il arriva sur les cinq
heures aprèsmidy par la Heroniere,
accopagnéde vingtquatre
Estafiers, de douze
Pages à cheval, de deux
Trompettes, de deux Gardes
vétus à la Polonoise
, avec
des Haches, quimarchoient
à la portiere du Carosse,
de trente à quarante
Gentilshommes, tous vétus
à la Françoise, & de trois de
sesCarossesquiestoient fort
magnifiques. Il passa devant
la Cascade du grand Canal,
fit le tour du Parrerre du Tibre
,
Ôc fut conduit à l'Apartement
quiluy avoitesté préparé.
Il y fut complimenté
au nom du Roy par Mr le
f Duc de Saint Aignan
| , pre- mier Gentilhomme de la
s Chambre en année; au nom t de Madame la Dauphine par
r Mr le Maréchal de Belfnds
son premier Ecuyer; au nom
de Monsieur par MrleMarquis
de Chastillon premier
Gentilhomme de sa Chambre
; & au nom de Madame
par Mr de Grave Maiftrede
., la Garderobe de Monsieur.
I Le18.aumatin,ileut sa pre, *miere Audience publique du
r,
Roy, dansle Cabinet de Sa
; Majesté, & il l'eut ensime
,¡,
de toute la Maison Royale.
Il fut mené à ces Audiences
par Mr le Comte de Marfan
& par Mr de Bonneiiil, qui
avoient esté le prendre à son
Hostel, avec les mesmes Carossès
du Roy &de Madame
la Dauphine. Vous sçavez,
Madanie, que c'est toujours
un Prince qui conduit aux
Audiences, les Ambassadeurs
des Telles Couronnées. Il
trouva à la première Porte
du Chasteau les Gardes de la
Porte fous les ari-iies;les Compagnies
du Regiment des
Gardes Françoiles & Suiflcs
dans la Court; les Gardes de
la Prevoste au pied du degré;
les Cent Suisses sur l'Escalier,
& les Gardes du Corps fous
les armes. Il fut receu à la
porte de la Sale des Gardes,'
par le Capitaine des Gardes
de quartier, qui l'accompa,
gna jusqu'au Cabinet du Roy,
où il trouvaSa Majesté environnée
de tous tes grands Officiers.
Le 10. il eut Audience
particulière du Roy, & le
2.1.
il s'en retourna à Paris
après avoirelletraité, luv &
toute sa Suite, pendant tout
le sejour qu'il avoit sist à
Fontainebleau) avec beaucou
p demagnificence par
les Officiers de Sa Majesté.
Grand Chancelier &Ambasfadeur
Extraordinaire de Pologne,
estantarrivé à Paris, il
y a environ un mois, y est
demeuréincognito,jusqu'à ce
que tout ait esté préparépour
son Entréepublique. Il la fit
le 17. de ce mois à Fontainebleau,
s'estant rendu à Moret,
où Mr le Maréchal Duc
deDuras, & Mrae Bonneüil
Introducteur des Ambassadeurs,
allerent le prendre
avec les Carrosses du Roy, de
Madame la Dauphine, de
Monsieur, de Madame,&
ceux des Princes ôcPcinceués
du Sang. Il arriva sur les cinq
heures aprèsmidy par la Heroniere,
accopagnéde vingtquatre
Estafiers, de douze
Pages à cheval, de deux
Trompettes, de deux Gardes
vétus à la Polonoise
, avec
des Haches, quimarchoient
à la portiere du Carosse,
de trente à quarante
Gentilshommes, tous vétus
à la Françoise, & de trois de
sesCarossesquiestoient fort
magnifiques. Il passa devant
la Cascade du grand Canal,
fit le tour du Parrerre du Tibre
,
Ôc fut conduit à l'Apartement
quiluy avoitesté préparé.
Il y fut complimenté
au nom du Roy par Mr le
f Duc de Saint Aignan
| , pre- mier Gentilhomme de la
s Chambre en année; au nom t de Madame la Dauphine par
r Mr le Maréchal de Belfnds
son premier Ecuyer; au nom
de Monsieur par MrleMarquis
de Chastillon premier
Gentilhomme de sa Chambre
; & au nom de Madame
par Mr de Grave Maiftrede
., la Garderobe de Monsieur.
I Le18.aumatin,ileut sa pre, *miere Audience publique du
r,
Roy, dansle Cabinet de Sa
; Majesté, & il l'eut ensime
,¡,
de toute la Maison Royale.
Il fut mené à ces Audiences
par Mr le Comte de Marfan
& par Mr de Bonneiiil, qui
avoient esté le prendre à son
Hostel, avec les mesmes Carossès
du Roy &de Madame
la Dauphine. Vous sçavez,
Madanie, que c'est toujours
un Prince qui conduit aux
Audiences, les Ambassadeurs
des Telles Couronnées. Il
trouva à la première Porte
du Chasteau les Gardes de la
Porte fous les ari-iies;les Compagnies
du Regiment des
Gardes Françoiles & Suiflcs
dans la Court; les Gardes de
la Prevoste au pied du degré;
les Cent Suisses sur l'Escalier,
& les Gardes du Corps fous
les armes. Il fut receu à la
porte de la Sale des Gardes,'
par le Capitaine des Gardes
de quartier, qui l'accompa,
gna jusqu'au Cabinet du Roy,
où il trouvaSa Majesté environnée
de tous tes grands Officiers.
Le 10. il eut Audience
particulière du Roy, & le
2.1.
il s'en retourna à Paris
après avoirelletraité, luv &
toute sa Suite, pendant tout
le sejour qu'il avoit sist à
Fontainebleau) avec beaucou
p demagnificence par
les Officiers de Sa Majesté.
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Résumé : Entrée de l'Ambassadeur de Pologne à Fontainebleau, & ses Audiances. [titre d'après la table]
Le comte de Wielopolfki, Grand Chancelier et Ambassadeur extraordinaire de Pologne, est arrivé à Paris incognito environ un mois avant sa présentation officielle. Le 17 du mois, il a fait une entrée publique à Fontainebleau, accompagné de notables français tels que le maréchal duc de Duras et Monsieur de Bonneuil. Son cortège comprenait vingt-quatre estafiers, douze pages à cheval, deux trompettes, deux gardes vêtus à la polonaise, et plusieurs gentilshommes en habits français. Il a été conduit à son appartement où il a reçu des compliments au nom du roi, de la dauphine, de Monsieur, et de Madame. Le 18 au matin, il a eu sa première audience publique avec le roi dans le cabinet royal, en présence de toute la maison royale, escorté par le comte de Marfan et Monsieur de Bonneuil. À son arrivée au château, il a été accueilli par divers corps de gardes et officiers. Le 10, il a eu une audience particulière avec le roi. Le 21, il est retourné à Paris après avoir été traité avec magnificence par les officiers du roi durant son séjour à Fontainebleau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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983
p. 272-274
Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Début :
Les Theatins continuent tous les Mercredis leurs Prieres pour [...]
Mots clefs :
Théatins, Prières, Psaumes, Prédicateurs, Bénédiction, Indulgences, Musique
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texteReconnaissance textuelle : Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Les Theatins continuent
tous les Mercredis leurs Prieres
pour les Morts,felon leur
usage en Italie. Elles commencent
par unDe prosundis
que ces Peres chantent; enfuite
on chante un Pseaume,
ou un Motet qui convient à
cette pieuse Instriturion.Un
Predicateur monte apre's en *
Chaire, & fait une petite
Exhortation d'un peu plus
d'un quart -
d'heure. Elle
e«l suivie d'un autre Motet,
après quoy l'on donne la BenediétionduS.
Sacrement. Il
y a de grandes Iudulgences
accordées par le S. Siege, à
ceux& celles qui y assistent.
Les Prédicateurs font tous
genschoisis;.& celuy qui fait
la Musique, & qui a pris ce
qu'il y a de plus excellens
Musiciens dans Paris, elt ce
fameux Romain Mr Laurenzani,
qui estoitMaistre de la
Musique de la seuë Reine. Il
ayoiteste dans les premières
e plus sameuses Chapelles
d'Italie, & seroit dansla
principale de Rome, si son
affection pour la France , &
plus encore un attachemeni
particulier pour le Roy, dont
cet excellent homme a connu
d'abord les qualitez merveilleuses.
ne luy avoient fait
negliger tout ce qui pouvoit
l'éloigner de ce grad Prince,
quelque avâtage qui pust luy
en revenir. Le grand monde
qui le trouve à ces Prieres,.
parque mieux que toutesfortes
d'Eloges, combien on est
satisfait de cette Musique
tous les Mercredis leurs Prieres
pour les Morts,felon leur
usage en Italie. Elles commencent
par unDe prosundis
que ces Peres chantent; enfuite
on chante un Pseaume,
ou un Motet qui convient à
cette pieuse Instriturion.Un
Predicateur monte apre's en *
Chaire, & fait une petite
Exhortation d'un peu plus
d'un quart -
d'heure. Elle
e«l suivie d'un autre Motet,
après quoy l'on donne la BenediétionduS.
Sacrement. Il
y a de grandes Iudulgences
accordées par le S. Siege, à
ceux& celles qui y assistent.
Les Prédicateurs font tous
genschoisis;.& celuy qui fait
la Musique, & qui a pris ce
qu'il y a de plus excellens
Musiciens dans Paris, elt ce
fameux Romain Mr Laurenzani,
qui estoitMaistre de la
Musique de la seuë Reine. Il
ayoiteste dans les premières
e plus sameuses Chapelles
d'Italie, & seroit dansla
principale de Rome, si son
affection pour la France , &
plus encore un attachemeni
particulier pour le Roy, dont
cet excellent homme a connu
d'abord les qualitez merveilleuses.
ne luy avoient fait
negliger tout ce qui pouvoit
l'éloigner de ce grad Prince,
quelque avâtage qui pust luy
en revenir. Le grand monde
qui le trouve à ces Prieres,.
parque mieux que toutesfortes
d'Eloges, combien on est
satisfait de cette Musique
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Résumé : Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Les Théatins organisent des prières pour les morts chaque mercredi selon la tradition italienne. Ces prières commencent par un De profundis chanté par les pères, suivi d'un psaume ou d'un motet. Un prédicateur prononce ensuite une brève exhortation d'environ un quart d'heure, suivie d'un autre motet. La cérémonie se termine par la bénédiction du Saint-Sacrement. Le Saint-Siège accorde des indulgences significatives aux participants. Les prédicateurs sont soigneusement choisis et la musique est dirigée par Monsieur Laurenzani, ancien maître de musique de la reine. Laurenzani, originaire de Rome, est réputé pour ses compétences et a travaillé dans les chapelles les plus prestigieuses d'Italie. Son attachement à la France et au roi l'a empêché d'accepter un poste à Rome. La qualité musicale attire une audience distinguée, reflétant la satisfaction générale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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984
p. 274-345
Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
Début :
Je ne doute point que vous n'appreniez avec beaucoup [...]
Mots clefs :
Religion, Conversions, Abjurations, Religion prétendue réformée, Calvinistes, Édits, Roi de France, Évêques, Zèle, Catholiques, Religionnaires, Église, Hérésie, Vérité, Erreurs, Nouveau converti, Communauté, Province, Duc de Noailles, Ennemis, Nîmes, Montpellier, Languedoc, Dauphiné, Déclaration, Interdiction, Ministres, Controverses, M. Allard, Grenoble
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
n'appreniez avec beaucoup
de plaisir, que Mademoiselle
Bernard de Roüen, pour qui
îles galants Ouvrages qui ont
«[parud'elle vous ont donné
citant d'estime
, a fait Abjuration
depuis huit jours. Coinnme
elle a infiniment de l'ef-
1 prix, il est aisé de juger qu'elle
n'a renoncé aux erreurs où
à sa naissàncel'avoit engagée,
» ijuaprès une serieuse & lon-
R gue recherche de la verite.
Mais, Madame,il iR s'agit
plus de vous parler de la Con.
versîon des Particuliers,conmej'ay
fait dans la pluspart
de mes Lettres, il faut presentement
vous entretenir
descelledequantité de Villes
entieres. Lezele deSa Majesté
pour la gloire de Dieu, ôc
sa bonté pour tous ses Sujets;
l'ayant engagé à travailler
O \D, avec degrands foins au salut
des Ames de ceux qui étoient
nez dans la Religion Prétendue
Reforme'e,beaucoup des
principaux de cette Religion,
se font fait instruire
; & comme
ilsavaient plus de lumieres
& plus d'esprit que les autres,
ils ont eu aussi plus de
pénétration, pour reconnoître
que la seule Eglise Catholique
elt la veritable. Beaucoup
ont écrit les Motifs qui
;
les avoient en gagez à se convertir,
& je vous ay fait part
Touvent de ces beaux Ouvrages.
Les moins éclairez,
voyant les plus habiles d'entre
eux, & sur lesquels ils re-
Igloient leur créance, convaincus
des erreurs du Cal-
'viniime
",
se fontrendus en
foule, & voilà à quoy sont
deuës la plus grande partie
des Conversions que nous
voyons tous les jours. Cela
est si vray,que le changement
qui est arrivé dans toutelaVille
de Castres, est une
fuite de celuy de deux personnes
connuës de toute
l'Europe, par la force & par
la beauté de leur esprit. Ce
sont Mr Dacier & Mademoiselle
le Fevre sa Femme,dont
les Ouvrages sont si estimez
de tous les Sçavans. L'Abjuration
qu'ils firent le dernier
mois, de la Religion Prétenduë
Reformée, fut fuivie
de celle de beaucoup de
Personnes de marque, à qui
ces illustres Convertissent;
signer une Délibération de
rentrer dans l'Eglise Catholique.
Ces Conversions en j
attirerent d'autres, ôc c'est
par là que celles qui se font:
faites depuis en sigrad nomItre
dans toutes les Villes du
Languedoc ont commencé.
Vousle pouvezvoir par cette
Réponse queMrDacierafaite
àuneLettre de MrMitton,
dont le merite est connu de
tout le Inonde, & qui luy
uvoit écrit pour l'exhorter à
ouvrir les yeuxà la verité.
A Castres le'jj, Septembre 1685, LE S marques que vms me
donner de vostreAmitié
Jidonjieur3 me fontsi cheres &
siprecieusesJ que je riay pû lire
,sans des transports de joye la Lettre
que vous m'ave^ fait l'honneur
de m'écrlre. Je Juisçerfuadé - que celle que jevousécrisaujourd'hui
ne vous en donnera pas
moins j car elle vous apprendra,
que ma Femme & mey pommes
tres-bons Catholiques. Neus le
prions ilya plus de quatremois,
si nous neufjionsménagé les choses
pour rtndrenoflre Conversion
pinsagreable a Dieueau Roy,
& plusutile à noflre Pays.
Cela nous a heureusement 'reü{-
Jy;En nous déclarant,nous avons
olhgélaplus grande partie de
la Ville à nous suivre. Jeudy
derniernous leur flfmes (îgner une
Délibérationtrès-conforme a la
volonté du Roy. Cela entraîne
tout le resse
, & tout Caflres
fera Catholique dans quatre
joufs lon a jujetdeopérer que
ce bon exemple servira d'inftru-
Rion aux Vdles Toffres
, c
peut-eflremesme à tout le Languedoc.
Voilà,Monsieur
;"
la
plus grande nouvelle que vous
puijJiez recevoir. Si ce que nous
avonsfait pouvoit eflre de quel..
que méritéauprès de Sa Majefié,
nous souhaiterions que cela nous
fervifl a nous rapprocher de
vous.A4Femme Gn" moy regretons
extrêmement voflre Conversation.
Nous avonsplus de
besoin que jamais aavoir devant
les yeux les exemples de vojire
politesse ; mais quelque passion
que nous ayons pour cela3 nous
laissons cefoin a la Providence,
de peur mfouiller par des démarches
qui paroiflroient interef-
JeesJaplus fainte & la plus def
înteressée de toutes les Allions.
Faites-nous feulement la grâce
de vous souvenirtoujours de
nous & de nous écrire. Quand
on nous laissera dans nostre Retraite
, nous noferons nous en
plaindre, & nous aimerons toujours
un lieu où par la Benediélion
de Dieu nous avonsforte
de si bons fruits. Je fuis ,
Monsieur, avec tout l'attache,
ment pojjibie
,
Foflre}&c. )i
* 1
>* ".: Il y a par Apostille. Le
-seulOuvrageejue]aye de prcjl,
cess un petit Traitésur la Rcli.
gion. Je l'ttycomposé a mesure
%jueje travail/ois à meclaircir;
il m'a déjà servyy uuttiillement àà
lever les scrupules de ceux quise
font adressèz k moy.
HAVl--HJ Le 2. du mois pasle Mr
l'Evesque de Saintes s'estanc
rendu à Saint Jean d*Angely,
Ville fameuse par ses Rebel.
lions
,
& qui a esté longtemps
le Siege de l'Heresie
fit assembler les Religionnaires,&
leur ayant explique
les intentions du Roy,
touchant leur retour à l'Eglise
Catholique
,
il les assu- *ra que Sa Majesté useroit
toûjours de plus de douceur
à les porter à s'y reÜnir)
que leurs Predecesseursn'avoientemployé
de violence
pour les contraindre à
s'en separer
;
qu'ainsi Elle
vouloit bien leur donner des
marques de ses bontez
, en
leur permettant de s'assembler
pour reconnoistre l'erreur
qu'ilsavoient suivie
leurs Pcres , & eux depuis plus
d'un Siecle
,
& se faire instruire
des Veritez Catholiques
,
sur lesquelles des Personnes
tres capables les éclairciroient
de tous leurs
Doutes.Le 8. du mesmemois
ces Assemblées commencerent
par l'ordre de ce Prelat
,
qui se retirant à Saintes
où le grand nombre de Conversions
qui s' y
faisoient rendoit
sa presence necessaire
laissa ses ordres , au P. Dom
Anselme Clairé
,
Prieur de
l'Abbaye de Saint Jean, qui
fit aussi tost venir le Pere
Dom Laurent Faidy
,
fameux
dans les Controverses,
pour presider à ces Aiïèmblées,
en presence de M le
Lieutenant General
,
& des
autres Magiltrats de la Ville.
On demanda d'abord aux
Religionnaires la cause de
leur separation d'avec l'Eglise
Romaine, & ils furent
favorablement écoutez sur
toutes les difEcultez qu'ils
proposerent, dont ce zelé
Religieux
,
& le Pere Augustin
de Saint Jean d'AngelyCapucin,
tres-fameux
aussi dans les matières de
Controverse,leur donnerent
des solutions plus que susfisantes
; mais comme c'est
1-e caractere des Pretendus
Reformez d'estre opiniastres
à défendre leurs erreurs, Mr
Durand leur Ministre qui
parloit au nom de tous les
autres, témoignoit toûjours,
au moins extérieurement,
qu'il n'estoit pas convaincu
par les Réponses qui luy étoient
faites. Ces Assemblées
furent continuées huit jours,
foir &: matin dans le Palais;
& pendant ce temps,l'obstination
l'emportant toujours
du costé des Religionnaires,
le Pere Prieur de l'Abbaye
qui assistoit, ou quelque Religieux
de sa part, à toutes
ces Conferences, resolut
d'en avoir de particulieres
avec les plus attachez à la
SetÍe de Calvin. Il vit sur
tout le Ministre
,
& Mr le
Valois fameux Avocat dela
Ville, & l'un des principaux
du party, toujours sence en pre- de MrLambert,Lieutenant
General, & de Mf
le Maistre Avocat du Roy.
Il leur apporta de si puissantes
santesraisons qu'enfin illes
convainquit. Ceux-cy en
ayant attiré un grand nombre
d'autres, le Pere Prieur
fit sçavoir à Mr l'Evesque
de Saintes que tout estoit
disposéà une Reconciliation
generale, & qu'on ne faisoit
que l'attendre pour la faire.
Ce Prelat, si consideré
par son grand zele pour
le Salut & pour la Conversion
des Ames
,
se rendit à
S. Jean d'Angely le Dimanche
16. du mois. Il y arriva
à dix heures du matin
& alladescendreàl'Abbaye,
où le Pere Prieur luy rendit
compte de ce quis'estoit
paiTé. A mesme temps Mrle
Lieutenant General, &>'Mr le
Procureur du Roy
,
firent,
venir par son ordre Mr Du-»
rand Ministre
,
& quelques
autres des principaux Reli"
gionnaires dans la grande
Sallede l'Abbaye.Lors qu'ils
furent assemblez, Mr l'Evesque
de Saintes leur fit ravoir
de nouveau les volontez
de Sa Majesté, &
leur ayant representé d'une
maniere aussi honnesteque
douce ,l'obligation où ils
estoient. de s'y soumettre,
le Ministre prit la parole,
ôc luytémoigna au nom de
tous, qu'ils estoient fort resolus
de profiter des bontez
du Roy, & des instructions
salutaires qu'ils avoiét
receuës. Il donna la Declaration
qu'ilavoit projettée
avec ceux desonparty,&
sur quelque équivoque que
Mr l'Evesque y remarqua,il
es obligea de la reformer.
ls se rassemblerent pour ce- a, & après plusieurs conestations
des plus obltincz,
ls se déterminerentenfin à
faire toutes choses comme
on les souhaitoit d'eux. Pour
rendre cette Action plus solemnelle,
ils se trouverent à
deux heures après midy du
mesmejour au Palais, où
l'on alla processionnellement
en cet ordre. Mr Mathias
Bar, Curé Vicaire perpetuel
de la Paroisse,avec
quelques autres Ecclenafciques,
estoit precedé de la
Croix & de la Baniere. Le:
Pere Prieur de l'Abbaye 06
toute sa Communauté marchoient
ensuite, ayant M
FEvetaue à leur telle en habits
Pontificaux. Mrs les
Magistratslessuivoientvêtus
de leurs Robes de Palais,
avec un tres-grand concours
de peuple. Pendant la Procession
y on continua de
Chanter le Veni Creator que
quatreChantres de l'Abbaye
avoient entonnéau pied du
grand Autel, & on le finit
à la porte du Palais. Le Ministre
& les autres Religionnaires
, y attendoient M.
l'Evesquequileurtémoigna
sa joye de les voir dans de
si heureusesdispositions,&
leur demanda si c'estoit de
bon coeur qu'ils se refolvoient
à abjurer l'Herdie j
dans laquelle ilsavoient si
long-temps perseveré. Alors j
le Ministre & tous les autres
répondirent qu'ilsfai-j
soient cette Adion sans nulle
conrrainte
,
& d'autant plus
volontiers qu'on les avoit
convaincus de l'erreur où
ils vivoient. Cela estant fait
M. l'Eveique les fit tous
mettre à genoux,& après
qu'ils eurent abjuré par la
bouche du Ministre à haute
intelligible voix, ils furent
conduitsavec le corps
1
de la Procession au mesme
ordre qu'on estoit venu les
prendre, en; chantant les
Pseaumes
,
In exitu Israël;
SuperaBabilonis, & Miserere
mei Deus. La Procession
s'arrefta à la grande porte
de l'Eglise,& M. l'Evêque
de Saintes leur ayant fait
une Exhortation tres-touchante
, leur donna à tous
l'Absolution de leur heresie,
aprèsquoyils furent introduits
dans l'Eglise par ce
Prélat, qui entonna le Te
Deum. On chanta les autres
Prieres en action de graces,
& ils s'embrasserent tous
tant le Ministre que les autres,
avec desdemonstrations
de joye extraordinaires. Ce
qu'il y a d'admirable
,
c'est
que cette Ville qui a esté si
longtemps infectée del'heresie
,
& qui pendant plus
de vingt années n'avoit [out:
-
sert aucun Exercice de la
Religion Catholique, y elt
rentrée en huit jours par la
feule force de la verité,
sans que l'on air employé
nulle violence, chacun s'étant
fait instruire,&ayant
esté convaincu de ses erreurs.
La Ville de Montpellier
a suivy l'exemple de Saint
[ Jeand'Angely. La Deliberation
ya esté prise par ceux
de la Religion Pretenduë
Reformée, pour se convertir
en corps, & elle fut conceuLë
een ces termes. jour du mois de Sep':"-
rembrefNous eslans ajjem-,
blek par l'ordre de M. le Duc.
de Noailles
,
Commandant en
Chef dans cette Province
,
qui
tous a exhorte% de Juinjre les
bonnes inspirationsqu'il a plett
d Dieu de donnerd ceux qui fesontàcomme
nous, trouvezfeparez
tie la veritable Eg-par le
malheur de leur naijjance
y
@T
de répondre au zele& auxjàintes
intentions que le Royade voir
tous ses Sujets remis dans feuleReligion une ;Alous avons délibéré
sur cette matierey é'l' nous
avons creu ne pouvoir prendre
un meilleur party cjuedembrafi
ferlaReligionCatholique, Apofiolique
& Romainey que nos Peres ont quittée) renonçant à
toutes les erreurs contraires; En
foy dequoy Mous avons fîgné la
presenteDélibération
que nous
avons portée a M. le Duc de
Noailles
, promettant de faire
Abjuration quand il le trouvera
à-ptopos, dans les formes&en
la maniere prcfcrite par les Regles
de la Religion Catholique.
'--' Ces Conversions font deuës
aux soins de Mr le Duc de
Noaillesaussi-bien qu'àceux
de Mr le Cardinal de Bonzi,
de Mr l'Evesque de Montpellier)
& de Mrsde Baville,
& Daguesseau. Le concours
a esté si grand dans toutl'Evesché
de Montpellier, &
dans les Eglises où l'onrecevoit
les Abjurationsdesgens
de toutes fortes d'Etats, qu'-
on estoit quelquefois deux
heuresàattendre que les p1 1r,e- miers fisseent place aux autres.
La 1 u tres.La pluspart des Catholiques
furent obligez de ce- der la leur aux Convertis, le
premier Dimanche qui suivit laDélibération, tantcesderniers
vinrent en grandnombre
entendre la Messe dans
l'Eglise Nostre-Dame Apres cechangement général, M1- l'Evesque de Montpellieral- laàLunes&à Minguio, re- cevoir l'Abjuration de tous
ceux de ces Communautez
en Corps. SaintGilles,Sommieres,
5c plusieurs autres
Villes&Lieux voisins
, renoncerent
à l'Heresie dans
le mesme temps.
La Ville de Nismes ne doit
pas moins à M. le Duc de
Noailles, pour ce qui regarde
les Conversions que les
autres Villes dont je viens
de vous parler. Ce Duc y a
fait tout ce que le Roy attendoit
de son zele. Il a parlé,
il a pressé,ses raisons ont elle
vives; mais sa douceur, sa
conduite, & son exemple
n'ont pas esté ce qui a le
moins contribué à gagner
les Religionnaires. Il a travaillé
à convertir les Ministres
mesmees &ily a sibien
reiiflî, qu'ayant reconnu leur
erreurilsl'ontpreschée , pu- bliquement; & ce qu'ils ont dit,aprèsavoirestéconvaincus,
a rendu plusde quinze
mille personneà l'FCT]i(p
Mr le Maréchal Ducde
Duraspassant par Nerac
pour se rendre dans son Duché
de Duras,trouva beaucoup
de Peuple assemblé;&
en ayant demandé la cause,
il apprit que les Pretendus
Reformezdéliberoient s'ils
se rendroient Catholiques,
? & que mesme ils agitoient
> des Questions de Religion.
Comme il sçaitparfaitement
».celle de Calvin, parce qu'il
en a esté, il disputa, & leur fit
connoistre si clairement que
l'Eglise Catholique est la veritable
Eglise, qu'ils se convertirent
tous. Il fit la mesme
chose dansle Duché de
Duras, où par ses lumieres
& ses soins il ne reste aucun
Religionnaire. Un Obstiné
qui tenoit une Bible,luy
ayant fait voir un Passage,
par lequel il combattoit les
veritez de nostre Religion,
D
ce Duc prit la Bible, & layli
fit lire plus bas l'eclaircisse
ment de ce Passage. Le Reli-
gionnairè changea aulIi-tolHl,
desentimens, & plusieurs seil
convertirent aussi-bien que
luy.Lereste suivit.prelque.-)i
-aussi-tost. Mr de Durasarrivai
de Guienne, lors quele Roy v<
partit de Chambor pour Fon- tainebleau, & il asseura qu'illi
y avoit déja en ce temps-là il
cent quinzemille nouveaux XI i1ce.
Le Peuple estant assemblé
àMilhau,Ville de Roüergue, u
pourdéliberer s'il se convertiroit
ou nom, il y en eut qui
s'aviserent de se demander
les uns aux autres pourquoy
ils estoient de la Religion de
Calvin. - On foüilla juique
t dans l'origine, & l'on trouva
que la Ville estant autrefois
toute Catholique, ceux
; qui estoient du party contraire,
se trouvant avec une
Armée à leurs Portes, pen--
dant les Guerres Civiles que
*
la Religionavoitexcitées,les
avoient engagez à prendre
la leur; & il fut conclu ,que
l puis que ce n'estoit point par
une parfaiteconnoissance de
la vraye Religion, qu'ils a--
voient quitté celle de leurs
Peres, il estoit injuste de balancer
plus long-temps à -, y y
rentrer.
Le 2. de ce mois, il y eut il
une semblable Déliberation n
dans la Ville d'Alais. Mr le
Marquis de la Fare, Gouver- -1
neur de Biescou, & Mrdela
Fare Gaujac sonFrere,cy-de-À
vant Capitaine de Cavalerie,
qui y resident tous deux, es- J
tant entrez en négociation
avec quelques-uns desPre- -'
tendusReformez,pour les z\
engager à le soûmettre à la
volontédu Roy, leur apporterent
dès raisons si fortes,
qu'enfin ils les firent consentir
à s'assmbler pour déliberer
en Corps de Communauté
de se rendre Catholiques
Ainsi le jour que je viens de
vous marquer ,
ils firentune
Assemblée de tous les Chefs
de Famille, en presence de
Mrs de la Fare, & ceux qui.
avoient le plus de lumieres;
ayant entrainé les plus ob-.
stinez, la Déliberation fut:
prise
,
& signée conformément
aux intentions de Sa
Majesté
, par tous ceux de
l'Assemblée, au nom de tous,,,
les Religionnaires; après
quoy on députa deux des
principaux Habitans
, pour
l'aller porter à M. le Duc de
Noailles qui estoit à Nifines.
Cette Conversion a esté de
prés de quatre mille personnes,
en sorte qu'il ne reste
plus dans Alais que quelques
Femmes qui n'ont pas voulu
quitter si toit la Religion où
elles sont nées. b
Je ne puis mieuxvous apprendre
ce qui s' est passé en
Dauphiné,à l'égard des Pretendus
Retormez de cette
Province,qu'en vous faisant
part d'une Lettre qui m'a esté
adressée. En voicy la Copie.
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
A Grenoble, le 6. Oâobre1685, V OM /oüez incejjammenï
noflre ÀugusteCiïlonarque
3 parce quincejjamment la
matiere vous y convie ; mais
Att!oüez, Monsieur, que parmy
tout ce qu'il fait, qui merite des
Eloges, Jes foins & sa vigilance
pour étoufferïHerefe dans
son Royaume, font des sujets
admirables pour les luy attirer..
Il fait comme ces Fils aiftez,
qui travaillentcontinuellement à
reparer les ruines de leur maison,
a remettre dans leur Famille les
biens disPersèz, à rappeller les
Freres é'garez, & à j&ûtenir
l'éclat de leur race. Comme il
est le Fils Asné de l'Eglise3
on voit bien qu'en cette qualité
il s'applique à redonner a cette
bonne Mere les Enfans quelle
avoit perdus, à les remettre en
estat de recevoir d'elle ses careiJes
er ses benedrélions, &
à leur inspirer l' obeissance &
le rtspt Et que les véritables Chrefiiens
luy doivent. On ne trouveplus
de rebelles ny d!obfline^;
toutes les Provinces retentirent
du bruit des Conruerfiensfyequentes.
Ce rieflplus cette France qui
se déchiroit eUe-mesme ; ce ne font
plus des Citoyens acharnez à Je
perdre ou à se corrompre; il n'y a
plus ny interess
3
ny politique, ny
ménagement;les violences& les
contraintes n'ont plus de heu ;
ce riefl iu"avec des femimens
de pieté & de connoissance que
les PretendusReforme^ courent
à la Religion de leurs Peres.
Ils ne se rendentquaprèsavoir
esté inflruits ; ils écoutent la gret..
ce> Ù enfin wut Je faitsi deu.
cement (t)si agreabtementJ que
l'on nentend parler, ny de promessesy
ny de bienfaits, ny de
recompensès, pour des changemens
aujJi jufles que jufquicy ils
o'ntparu difficiles. Je mefuis'volontiers
chargé de VQUâ apprendre
que cess de cette maniéré que ceux
de la Religim Pretenduë Reformée
de Dauphiné ont fait leurs
Conversions, & mesmepresque
par tout en Corps de Communauté.
Ceux du Bailliage de
Briançon ont commencé.Alonfizur
le Bret nostre Intendant>
qui
qui sejt trouve Jur les lieux3 a
admire ce zele, & l'a écrit avec
etonnement. En effet, quinen
auroit de voir les Kullécs de
TrageUa3 de j3uryras & de
Ceptnney où (peIne, on top,t
trouver trois ou quatre Maisons
Catholiques, teJire toutes Ja.ujourd'huy-,
cfy:voir triompher la
véritable Keligion^aprésquelle en Õ Ll 4 eslé bannie pendant un Siecle?
Quinze mille personnesy ontfait
leur Abjuration en moins de huit
jours. Le Bailliage d'Ambrun a,
suivy unfibelExernple.LaVillede
Dye,ou lHercfie avoittoujours
le plus triomphé. ne voit
plm dans Jon enceinte aucun
RclWionnaire,bien quily en eust
huit mille.Les Villes de Gap&
de Montehmart Je font rendues
en Corps de Communauté. Le
Bourg de Menei £n
Triéves,OH
depuis ftx''Vingt ans il riy a eu
aucun Catholique, en est aujourd'hui
remply. Mifoen}la(Jrave9
le Mont Délans
,
dans le Pays
d'oyfans,font revenus de rnef
me. Tout efloit plein d'Heretiques.
LaMurea qui estencore
un zrana Bourg5 Ci" ciont les
Habitans efloient a moitié de
la Religion Pretendué ReformiOe,#
en a plus aucun, &
J J tout cela s'eftfait dans le mois
de Septembre. La Ville de Romans
n-en a plus gueres. Quel
Prodige!Mais ilness jamais
d)obstacles pour les Viéloires de
Louis LE GRAND. Ses Conlquefles
pour le 'Patrimoine de Eghfe-} foqt auJF promptes que
- celles qu'il a-faites pourlefient
Je ne vous du rien encore de Grenoble
, où quantité de gens de
mérité3 de qualité (Ô?d'esprit3si
fontmjlruire.Jmfiiien.tofl fef
pere.yoKsfaÍrepàtt des)grades gjr
fameuses Conversions qui sy pre.
pwent.+Dejalefécond de ce mois,
JV,o~l.e,7.4JtcquescDq;dje/sfDeSeigneur de
Sahon, de Cbafleauneufù de
J\4a^amyConseiller au Parlement
de GrtnobleJ afaitabjuration.
lefuis, Monfi:ur,tojlrr,
&c.
ALLARD, ancien President
en l'Election de Grenoble.
On a eu avis que tous les
Pretendus Reformez de la
Ville deLoudun qui estoient
au nombre de trois mille se
sont aussi convertis. Je ne
vous dis rien de Montauban
ny des Villes des environs,
qui en se faisant toutes
Catholiques, ont precedé
ces Conversions.Onoublie
Jûcoft: à
*
present des miliers
de Convertis,qu'on,
ne faisoit autrefois une feule
personne. Ce qu'il y a d'admirable,
c'estque tous ceux
qui renoncent à Calvin,
-
ont gens éclairez des lulieres
de la Foy, qui reonnoissent
la verité
,
& qui
- rendant d'eux-mesmes iennent , en foule après des
éliberations autentiques &
olontaire,demander qu'on
esreçoive dans la veritable
Eglise.
La Ville de Chastelleraut
suivy l'exemple de Loudun
,
& tout s'y est converty.
Les Pretendus Reformez
des Villes voisines se
font instruire pour les imiter,
& tous les Matelots de
lacoste duPaïs d'Aunixau
nombre de quinze cens ont
embrasséla Religion Catholique,
aussi-bien que tout ce
quireftoit à Lyon qui profesfoit
la Pretenduë Reformée.
Tous les Chefs de ces Familles
qui se montoient à soixante
& dix, yont esté trouver
Mr l'Archevesque,& ont.
déclaré qu'eux &leur famille
estoient prests de renoncer
-
à l'Heresie de Calvin; ce
qu'ils ont signé, aprésquoy
ils ont tous fait Abjuration.
Jamais on ne vit tant d'union
qu'il en a paru en cette
rencontre , entre les Catholiques
Se ces nouveaux
Convertis;ils ne se rencontroient
point sans se donner
des marques de leur joye,
&sanss'embrasser. Tous les
Habitans de la Rochelle ont
fait aussi Abjuration à la reserve
de ceux de quatorze
Familles, dont plusieurs foiu
sur le point d'abjurer com-
• me les autres, s'ils ne l'ont
pas déja fait.
Le Pere Alexis du Bue
Theatin
,
qui depuis plusieurs
années a fait un fr
grand nombre de Conversions,
en a fait encore beaucoup
depuis quinze jours.
Voicy par quelles paroles il
finit sa Controverse le Dimanche21.
de ce mois, en
s'adressantaux Pretendus Reformez.
Enfans de la Terre ; Nouveaux
venus, qui a'VtZ presché
jujqxa present des Nowveautez
JcaxdaleuJes(èf des Dogmes inconnus
à toute l'ancienne Eg/ife;
qquuii nn'1a'Vez débité que des.fort- tdes. fo4-
ges & des calomnies
J
il efrtemps
de former la retraite) de changer
de ~f (~r de vous réunir
ail Corps de J. C. dont vous
vous esses (eparez avec tant din~
juflice. Toutes choses vous invitent
à cette réunion
,
le jifence de
l'Ecriture des Peres sur toi
.Ãrtl'cl. !..:::
A
Articles 1101,Il.; r;, rIl., 17,f-U i l& rric*uvtXifefcydevos
Minières qui vous trompent &
"(Jous seduisent depuis plus d"un
Siecle; l'exemple de vos Freres
qui rentrent en foule dans lE.
glzjè ; veflre propre Salut qui cft
impossible dans le Sclnfme ou vous
vive%.Ajouter atouscesMotifs
les Souhaits duplusgrand Ma-.
narque de la Terre, a qui vous
deveKtout accorder3puis qu'il ne sagit qau~e ddfev~oou~s~attirera la pro- ~r /?rcsession
de la ruerité. Dieu l'afitfl
citéen nosjours pour détruire l'He..
rejie dans le fein de fis Etats5
er pour y faire fleurir la feule
Jtisa£ aj4rt*ja a?er* 7?r»Lin *
—•— l''fU;,
veritMeReligionCatholique,
"¿r jy\jL. V '\V111-"1'{" j '1/1'1. aeflcl'uniqueReligion de tous
les Rays fis Àugufcs Predeces
feurs. Cess à frç pieds que ce
Aionflrefurieux dont les mouvemens
ont esté si violens & si
pernicieux a cette Monarchie,
va eflre dhbatu. Le-Ciel luy a
reserve cette gloire> & danspeu
par la rtdyjance}cette Jc-glise qui
se dit Rej-orrnee
,
qui a esle pendant
douze cens ans invijtble dans
l'Univers,Jeraheureusement invijible
en France. Que la pensée
d'une Aflionjiglorieufe,ogrand
Roy ! remplijje vojlre coeur de
joye. Dieu qui a pris plaisir a
vous revêtir de sa force pour une
si grinde entreprise3 fera Le Proteêîeur
de vostre Personne Sacrée
d'une maniere toute particu.
lirrc. Il vous comblera de Jes
faveurs, il étendra les limites de
vostreRoyaume
, en vous affitjettifJant
psr des Conquefîesglorhufes
ces. Notions Infiddes qui
t 'oublent le repos de ses enfans. Iii\
affermira Voflre Sceptre par /«\
nombre devos Descendans; /&\
élevera VoflreAuthoritépar deae
fus celle des plusgrands Monar..-,:
ques du Monde:Enfin tous lesi^
Ennemis de la Véritéferontdanne
l humiliation edans la douleur^
& le Peuple fidele & obeiflantlu
joiïiudun bon-heurquiferafuir-\
1y des Benediélions du Ciel.
Le Roy voyant que les
Conversions .augnlenroientJf
de jour en jour,que la plus
part des Personnes d'un eflJl:
prit solide avoient abjuré
& que la Tréve luylaissoit
un repos dont ses Ayeux
rm'avoient point joüy
, a en- fin donné un Edit qui porte
JIe dernier coup à l'Heresie.
Cét Edit défend de faire aucun
Exercice public de la
R. P. R dans le Royaume.
LaJustice des Motifs qui
:>ont obligé Sa Majeflé d'en
user ainsi
,
paroist évidente
dans le Discours qui luy sert
b d'avant propos, *& elleest
d'autant plus claire,que pour
J la persuader il n'a fallu qu'exposer
les faits sans aucun
raisonnement. Comme la
Vérité fait plus briller
il ce
Discours que les figures de)j
l'Eloquence, chacun de~3
meure d'accord que l'on n'aL',
jamais rien veu,ny de si prudent
ny de si juste.Voicy
les raisons qui y sont dé^-h
duites. '¡
Henry le Grand,Ayeul
de Sa Majesté, voulant eni'f.
pescher que la Paix qu'il a—i
voit procurée à sesSujets,
après les grandes pert-s2- qu'ilsavoientsouffertespar
la durée des Guerres Civiles xc
& Etrangeres, ne sult trou
blée à l'occasion de la
P. R.comme il eQoir arrivé h
I
sous lesRegnes des Roys les
Predecesseurs, regla par [on
Edit donné à Nantes au mois
d'Avril1598. la conduite
qu'on devoit tenir à l'égard
de ceux de cette Religion
Se les lieux dans lesquels ils
en pouvoient faire l'Exercice.
Il établie des Jugesextraordinaires
pour leur ad.
ministrer la Justice
,
& pourveutmesine
pardes Articles
particuliers A tout ce qu'il
jugea necessaire pour maintenir
la tranquillité dans son
Royaume, & pour diminuer
l'aversion qui estoit entre
ceux de l'une & de l'autre Religion
,
afin d'estre plus en
estat de travailler, comme
il avoitresolu de faire, pour
réünir à l'Eglise ceux qui s'en
estoient si facilement éloignez
; & comme il ne pût
effectuer son intention à cause
de sa mort précipitée, &
que l'execution de cét Edit
fut mesme interrompu pendant
la minorité du feu Roy
par de nouvelles entreprises
des Pretendus Reformez
elles donnerent occasion à,
les priver de divers avantages
qui leur avoientestéaccordez.
Neantmoins usant
de sa clemence ordinaire,
il leur accorda encore nouvel un Edit à Nisimes au
mois de Juillet 1629. au
moyen duquella tranquillité
ayant de nouveau esté
retablie, ce Prince animé
dumesme esprit& dumefme
zele pour la Religion
que Henry IV. sonPredecesseury
resolut de profiter
de ce repos, pour tâcher
d)execurer son pieux
dessein
; mais les Guerres
ellant survenuës peu d'années
après
,
& le Royaume.
ayant esté peu de temps
sans agitation, depuis i6tf.
jusqu'àlaTréve concluë
en 1684. avec les Princes
de l'Europe, il n'a pas
esié possible de faire autre
chose pour l'avantage
de la Religion,que de diminuer
le nombre des Exercices
de la pretendue Reformée
par l'Interdiction de
ceux qui se sont trouvez établis
au prejudice de la disposition
des Edits, & par la
Suppresion des Chambres
my parties dont l'Erection
n'avoit esié faite que par provision.
Dieu ayant enfin permis
que la France joiïilïè
dun parfait repos,& que
le Roy luymesme n'estant
pas occupé des soins de proteger
ses Sujets contre ses Ennemis,
ait pu profiter de cette
Trêve qu'il a facilitée dans
la veuë de donner son entie-
Te application à rechercher
Iles
r
moyens de parvenir au;
succez du dessein des Roys
IHeury IV. & Louis XIIL:
b dans lequel il est entré dés
>1 son Avenementàla Couron-
-
(LUe; Sa Majestévoit prefen-
~tement avec la justerecon-
-
noissance qu'Elle doit à
Dieu, que Tes soins ont eu la
fin qu'Elle s'estoit proposée,
puisque la meilleure & la
plus grande partie de ses Sujets
de la R. P. R. ont embrasse
la Catholique;& d'autant
qu'au moyen d'un si
grand nombre de Conversions,
l'exécution de l'Edit
de Nantes, &tout ce qui a
esté ordonné en faveur de la
R. P. R. demeure inutile;
Elleajugé qu'Elle ne pouvoit
rien faire de mieux pour
effacer entierement la memoire
des Troubles, de la
confusion, & des maux que
le progrez de cette fausse
Religion a causez dans le
Royaume, qui ont donné
lieu à cétEdit, & à tant d'autres
Edits & Déclarations qui
lot preceidée,où qui ont estéfaits
en consequence
, que
de le revoquer en
touteson
étenduë. C'estcequ'Ellea
fait par l'Edit dont je vous
parle, qui a estéenregistré
en la Chambre des Vacations
le 22. de ce mois.
Cet Edit revoque non seulement
celuy de Nantesdonné en
Avril1598. avec les Articles arrestez
le deuxiéme May de la mefme
année, & les Lettres Patenres
qui furent expediées sur ces
Artictes,mais encore l'Edit donné
à Nismes enjuillet 1629. que
Sa Majesté declare nuls, & comme
non avenus; ensemble toutes
les Concevions faites pard'autres
Edits,Declarations&Arrestsaux
Pretendus Reformez, dequelque
nature qu'elles puisssentestre en
consequence dequoy Elle veut& illuyplaist, quetous lesTemples
de ceux de la Religion Pretenduë
Reformée situez dans son Royaume,
Terres & Seigneuries de [on,
obeïssance, soient incessamment
démolis.
Il est défendu par ce mesme
Edità tous Pretendus Reformez,
depluss'assemblerpourfairel'Exercice
de cette Religion en aucunlieu ou
mùfcn particulière, fomquelque prétexte
que ccpu:[fi estre, mesme d'Exercicesréels
eudequand
biences Exercicesauroientesté maintenuspar
des ArrcJIs du Conseild'Etat
; £r à tous SeiTueurs de quelque
condition quils foiintydefaire l'Exercice
dâris leurs Maisons & Fiefs,
le tout à peine contre ceux quiferont
cet Exercice, de confiscation de corps
& de biens.
Les autres Articles sont, !Zflt
tous Ministres de lit Religion Pretendue
Reformée,sortirontdu Royaume
quinze jours aprés la publication de
l'Edit, sans y pouvoir jèjOUÍÍUf au
dd.1, ny pendant ce temps de quinzaine
faireaucun Presche, Ex hortation
ny autrt jonEfiOIJ) à peine des
Gaitrts.
J^ue ceux desMinistresquise convertiront,
continueront àjoüir leur
vie durant, & leurs Veuvesaprès
leur decés
,
tandis quelles seront en
viduité
,
des mefines exemptions de
Taille & Logement de Gens deguerre,
dont ils ont jouy pendantqu'ilsfaisoient
la fonction de Ministres; &
qtt'en outre Sa Majesté leurferapayer,
aujjileur viedurant,unepensionplus
forte d'un tiers que les Apointemens
qu'ils touchoient en qualitéde MinijfTes,
de la moitié de Jaquette Pension
leurs Veuvesjoüiront Iluffi aprés leur
mort, tant qu'elles demeureront en
viduité.
£hte les Miniflres convertis, qui
voudront se faire Avocats , ou prendre
les Degrés de Docteursaux Loix,
feront dijJfnjtz des trois ans d'étude
preferites par les Déclarations duRoy;
& quaprès avoirfubyjes Examens
ordinaires
ordinaires , ils Jiront reccw Docteurs,
s'ils en fontjugez, capables, en payant
feulement la moitiédes Droits que Po,%
a accoufttmé de percevoir de ceux
qu'on reçût en chaque Univerfi*.
Zue les Ecoles particulières pour
l'tnfirucïion des Enfans de ceux de la
Religion Pretendue Refermée,& toutes
les chofts généralement quelconques
,qui peuvent marquer une Concijfion,
quelle quelle puisse tfre
,
en
faveur de cette Religion,front dtfendues.
Jt>u£ les Enfansqui naiflrent des
Prétendu*Reformez, ^feront dorefiulsumt
baptisez, par les Curez, des Paroisses,
estantenjointaux Peres&aux
Meres de les envoyer aux Egltfes J
cet effet là, d peine de cinq cens livres
d'amende ; 6- que ces Enfins
(irontenfuite élever en la Ret;g>,,d,,
Catholique, Apoftotique & Romaine,
a quoy ilcfi ordonné tres-exprefémentauxJugés
des lieux de terni II,
main.
jÇhie ceux de lit Religion ?retendue
Riformée quifesontretirez, duRoyaume
avant la publication de cet Edit,
rentreront dans la poffission de leufs
biens, & en jouiront comme ils auvoientpufaire
s'ils y eBoienttoujours
demeure&
, pourveu qu'ils y reviennentdans
le temps de quatre mois du
jour de cette Publication;au contraire
que les biens de ceux qui dans oe temps
là de quatre mois ne reviendrontpas
dans le Royaume, demeureront confifquez,
en conjequence de la Déclara*
tion du 20. d'Aoufl dernitr.
Zue les Preter,dwReformez,eux,
leurs Femmes & Ensans, ne pourront
îortirdurayamrijc,njtriortcraiiieraf
uurs b"",s&effets,fouspeine des Galèrespourles
Hommes}&deconffcaiicn
de corps & de biens pour les Femmes.
J^ue lesDéclarationsrendues contre
les Relaps, feront executées jiLon
leurforme 6 teneur. Ue ceux de la Religion Prétendue
Reformée,enattendant qu'ilplau
Je 4 Dieu de les éclairtr comme les autres
, pourront demeurer dans les ViL
les & Lieux du Royaume,ycontinuer
leurcommerce,de/(Ûrs liens,
sans qu'on lespuijfetroubler
fefcher,fouspntexte ny cm- de leur Rclirien
Cet Edit ayant este publié le
jour mesme de l' Enregistrement,
on commença dés le lendemain à
démolir leTempledeCharenton.
Les Conversions estoient déja
tres- nombreusesà Paris, & il y
en avoit tous les jours presque
dans toutes les l'aroilies• & dans
beaucoup de Communautez;de
forte que chacun estant en mouvement
pour son salut,& plusieurs
se convertissant,ou se faisant instruire,
cet Edit, au lieu de produireaucun
des effets qu'on en
auroit pu craindre autrefois
, a
plûtost servy à ébranler les plus
obstinez
,
qu'à leur faire prendre
des fenrimens contraires à leur
conscience& à leur devoir. Ainsi
il y a lieu d'esperer que le reste
des Religionnairesde Paris,suivra
bien-tost l'exemple de ses Freres,
qu'il voit tous les jours courir en
foule aux pieds des Autels. On y
vient de voir Mrle Duc de Ri-
* chemont, Fils naturel du feu Roy
d'Angleterre. Il afait Abjuration
dans la Chapelle du Chasteau de
Fontainebleau,à l'issuë de la Messe
du Roy, en presencede Sa Majesté
& de toute la Cour,entreles
mains de Mrl'Evesque deMeaux,
qui luy fit un tres beau Discours
sur ce iujer.
J'apprens que Mr le Marquis
de Mirepoix s'est fort distingué
,4
par le zele qu'il a fait voir pour
la Conversion des Pretendus Reformez.
Comme il est extremément
aimé dans cette Province,
luy seul, c'est à dire, suivy de sa
feule Maison,sansaucun aurre secours
,
il a fait changer de Reli.
gion, par son éloquence, & par
la force de la vérité à tout ce qu'il y en avoir dans Mazeres
le Carla , , Saverdan, Lasbordes,
Savarat, Camarade, Mazdazil.
L'exemple, de ces sixVilles,qui
sont des plus importances de la
Province, a esté suivy detousles
Religionnaires des environs. Mr
de la Berchere Intendant de
Guyenne, qui alla joindre M'll
Marquis de MirepoixàMazeres,
seconda tres bien son zele. Mr
l'Abbé de Pailhez de qui cette
Villedépend, n'y fut
pas inutile,
& s'y comporta d'une maniéré
digne de luv. Je vous écriray le
mois prochain les circonstances
de cette grande Action.
Quelque difficile que foit la
Conversion des Heretiques,nous
en voyons aujourd'huy la France
presque entièrementpurgée. Ce
miracle est dû au zele, à la pieté,.
& aux foins du Roy,& il suffit que
ce grand Monarque vive pour
achever un si surprenant Ouvra- ¡
ge.C'est ce qui a esté parfaire:
ment bien representé parune Devise,
dont le Corps est un Soleil
arresté par l'ordre de Josué,com-
-
battant contre les Alllaiccites)
Ennemisdu Peuple de Dieu,avec
ces mots.
Stantem viftoriacertafequetur.
La pensée en est heureuse, & les
quatre Vers suivans l'expriment
d'une maniere également noble
& naturelle.
Contre les Ennemis envieux de si
gloire,
Du Soleil autrefois le Ciel fixa le
cours ;
NOMSflmmes feurs de la viBoire,
Si d'un autre Soleil il prolonge les
iguri.
L'Autheurde cetteDevise cft
un jeune Homme (ritialité, de
dix-sept ans, d'unesprit rare, & d'une application extraordinaire,
c'est le Fils aisné de Mrle Mazuier,
Procureur General auParlementdeToulouse,
dont le zele
pourles interests du Roy & de la
Religion estassez connu. Ilasoûtenu
avec applaudissement une de
ces Theses de universelles,que si peu sopersûonnets eentrnepreinnren.t de
Si je voulois attendre la fin des, Conversions, dont les nouvelles
me viennent de tous costez, je ne finirais point cetArticle. Je les remetsjusqu'au
mois prochain,dans
lequel temps j'espere queje vous entretiendray du changement de
tout ce qui reste de Calvinistes en France. Je croymesme qu'il y a déjà beaucoupplus de Villes en-*
rarementCatholiques que je ne
nous en ay nommé, l'empresse-
¡jfnt estant si grand à fc rendre,&
nouvelles des Abjurations qui
font en Corps, arrivent en si.
.'ivand nombre, que l'on en perd
memoire.
de plaisir, que Mademoiselle
Bernard de Roüen, pour qui
îles galants Ouvrages qui ont
«[parud'elle vous ont donné
citant d'estime
, a fait Abjuration
depuis huit jours. Coinnme
elle a infiniment de l'ef-
1 prix, il est aisé de juger qu'elle
n'a renoncé aux erreurs où
à sa naissàncel'avoit engagée,
» ijuaprès une serieuse & lon-
R gue recherche de la verite.
Mais, Madame,il iR s'agit
plus de vous parler de la Con.
versîon des Particuliers,conmej'ay
fait dans la pluspart
de mes Lettres, il faut presentement
vous entretenir
descelledequantité de Villes
entieres. Lezele deSa Majesté
pour la gloire de Dieu, ôc
sa bonté pour tous ses Sujets;
l'ayant engagé à travailler
O \D, avec degrands foins au salut
des Ames de ceux qui étoient
nez dans la Religion Prétendue
Reforme'e,beaucoup des
principaux de cette Religion,
se font fait instruire
; & comme
ilsavaient plus de lumieres
& plus d'esprit que les autres,
ils ont eu aussi plus de
pénétration, pour reconnoître
que la seule Eglise Catholique
elt la veritable. Beaucoup
ont écrit les Motifs qui
;
les avoient en gagez à se convertir,
& je vous ay fait part
Touvent de ces beaux Ouvrages.
Les moins éclairez,
voyant les plus habiles d'entre
eux, & sur lesquels ils re-
Igloient leur créance, convaincus
des erreurs du Cal-
'viniime
",
se fontrendus en
foule, & voilà à quoy sont
deuës la plus grande partie
des Conversions que nous
voyons tous les jours. Cela
est si vray,que le changement
qui est arrivé dans toutelaVille
de Castres, est une
fuite de celuy de deux personnes
connuës de toute
l'Europe, par la force & par
la beauté de leur esprit. Ce
sont Mr Dacier & Mademoiselle
le Fevre sa Femme,dont
les Ouvrages sont si estimez
de tous les Sçavans. L'Abjuration
qu'ils firent le dernier
mois, de la Religion Prétenduë
Reformée, fut fuivie
de celle de beaucoup de
Personnes de marque, à qui
ces illustres Convertissent;
signer une Délibération de
rentrer dans l'Eglise Catholique.
Ces Conversions en j
attirerent d'autres, ôc c'est
par là que celles qui se font:
faites depuis en sigrad nomItre
dans toutes les Villes du
Languedoc ont commencé.
Vousle pouvezvoir par cette
Réponse queMrDacierafaite
àuneLettre de MrMitton,
dont le merite est connu de
tout le Inonde, & qui luy
uvoit écrit pour l'exhorter à
ouvrir les yeuxà la verité.
A Castres le'jj, Septembre 1685, LE S marques que vms me
donner de vostreAmitié
Jidonjieur3 me fontsi cheres &
siprecieusesJ que je riay pû lire
,sans des transports de joye la Lettre
que vous m'ave^ fait l'honneur
de m'écrlre. Je Juisçerfuadé - que celle que jevousécrisaujourd'hui
ne vous en donnera pas
moins j car elle vous apprendra,
que ma Femme & mey pommes
tres-bons Catholiques. Neus le
prions ilya plus de quatremois,
si nous neufjionsménagé les choses
pour rtndrenoflre Conversion
pinsagreable a Dieueau Roy,
& plusutile à noflre Pays.
Cela nous a heureusement 'reü{-
Jy;En nous déclarant,nous avons
olhgélaplus grande partie de
la Ville à nous suivre. Jeudy
derniernous leur flfmes (îgner une
Délibérationtrès-conforme a la
volonté du Roy. Cela entraîne
tout le resse
, & tout Caflres
fera Catholique dans quatre
joufs lon a jujetdeopérer que
ce bon exemple servira d'inftru-
Rion aux Vdles Toffres
, c
peut-eflremesme à tout le Languedoc.
Voilà,Monsieur
;"
la
plus grande nouvelle que vous
puijJiez recevoir. Si ce que nous
avonsfait pouvoit eflre de quel..
que méritéauprès de Sa Majefié,
nous souhaiterions que cela nous
fervifl a nous rapprocher de
vous.A4Femme Gn" moy regretons
extrêmement voflre Conversation.
Nous avonsplus de
besoin que jamais aavoir devant
les yeux les exemples de vojire
politesse ; mais quelque passion
que nous ayons pour cela3 nous
laissons cefoin a la Providence,
de peur mfouiller par des démarches
qui paroiflroient interef-
JeesJaplus fainte & la plus def
înteressée de toutes les Allions.
Faites-nous feulement la grâce
de vous souvenirtoujours de
nous & de nous écrire. Quand
on nous laissera dans nostre Retraite
, nous noferons nous en
plaindre, & nous aimerons toujours
un lieu où par la Benediélion
de Dieu nous avonsforte
de si bons fruits. Je fuis ,
Monsieur, avec tout l'attache,
ment pojjibie
,
Foflre}&c. )i
* 1
>* ".: Il y a par Apostille. Le
-seulOuvrageejue]aye de prcjl,
cess un petit Traitésur la Rcli.
gion. Je l'ttycomposé a mesure
%jueje travail/ois à meclaircir;
il m'a déjà servyy uuttiillement àà
lever les scrupules de ceux quise
font adressèz k moy.
HAVl--HJ Le 2. du mois pasle Mr
l'Evesque de Saintes s'estanc
rendu à Saint Jean d*Angely,
Ville fameuse par ses Rebel.
lions
,
& qui a esté longtemps
le Siege de l'Heresie
fit assembler les Religionnaires,&
leur ayant explique
les intentions du Roy,
touchant leur retour à l'Eglise
Catholique
,
il les assu- *ra que Sa Majesté useroit
toûjours de plus de douceur
à les porter à s'y reÜnir)
que leurs Predecesseursn'avoientemployé
de violence
pour les contraindre à
s'en separer
;
qu'ainsi Elle
vouloit bien leur donner des
marques de ses bontez
, en
leur permettant de s'assembler
pour reconnoistre l'erreur
qu'ilsavoient suivie
leurs Pcres , & eux depuis plus
d'un Siecle
,
& se faire instruire
des Veritez Catholiques
,
sur lesquelles des Personnes
tres capables les éclairciroient
de tous leurs
Doutes.Le 8. du mesmemois
ces Assemblées commencerent
par l'ordre de ce Prelat
,
qui se retirant à Saintes
où le grand nombre de Conversions
qui s' y
faisoient rendoit
sa presence necessaire
laissa ses ordres , au P. Dom
Anselme Clairé
,
Prieur de
l'Abbaye de Saint Jean, qui
fit aussi tost venir le Pere
Dom Laurent Faidy
,
fameux
dans les Controverses,
pour presider à ces Aiïèmblées,
en presence de M le
Lieutenant General
,
& des
autres Magiltrats de la Ville.
On demanda d'abord aux
Religionnaires la cause de
leur separation d'avec l'Eglise
Romaine, & ils furent
favorablement écoutez sur
toutes les difEcultez qu'ils
proposerent, dont ce zelé
Religieux
,
& le Pere Augustin
de Saint Jean d'AngelyCapucin,
tres-fameux
aussi dans les matières de
Controverse,leur donnerent
des solutions plus que susfisantes
; mais comme c'est
1-e caractere des Pretendus
Reformez d'estre opiniastres
à défendre leurs erreurs, Mr
Durand leur Ministre qui
parloit au nom de tous les
autres, témoignoit toûjours,
au moins extérieurement,
qu'il n'estoit pas convaincu
par les Réponses qui luy étoient
faites. Ces Assemblées
furent continuées huit jours,
foir &: matin dans le Palais;
& pendant ce temps,l'obstination
l'emportant toujours
du costé des Religionnaires,
le Pere Prieur de l'Abbaye
qui assistoit, ou quelque Religieux
de sa part, à toutes
ces Conferences, resolut
d'en avoir de particulieres
avec les plus attachez à la
SetÍe de Calvin. Il vit sur
tout le Ministre
,
& Mr le
Valois fameux Avocat dela
Ville, & l'un des principaux
du party, toujours sence en pre- de MrLambert,Lieutenant
General, & de Mf
le Maistre Avocat du Roy.
Il leur apporta de si puissantes
santesraisons qu'enfin illes
convainquit. Ceux-cy en
ayant attiré un grand nombre
d'autres, le Pere Prieur
fit sçavoir à Mr l'Evesque
de Saintes que tout estoit
disposéà une Reconciliation
generale, & qu'on ne faisoit
que l'attendre pour la faire.
Ce Prelat, si consideré
par son grand zele pour
le Salut & pour la Conversion
des Ames
,
se rendit à
S. Jean d'Angely le Dimanche
16. du mois. Il y arriva
à dix heures du matin
& alladescendreàl'Abbaye,
où le Pere Prieur luy rendit
compte de ce quis'estoit
paiTé. A mesme temps Mrle
Lieutenant General, &>'Mr le
Procureur du Roy
,
firent,
venir par son ordre Mr Du-»
rand Ministre
,
& quelques
autres des principaux Reli"
gionnaires dans la grande
Sallede l'Abbaye.Lors qu'ils
furent assemblez, Mr l'Evesque
de Saintes leur fit ravoir
de nouveau les volontez
de Sa Majesté, &
leur ayant representé d'une
maniere aussi honnesteque
douce ,l'obligation où ils
estoient. de s'y soumettre,
le Ministre prit la parole,
ôc luytémoigna au nom de
tous, qu'ils estoient fort resolus
de profiter des bontez
du Roy, & des instructions
salutaires qu'ils avoiét
receuës. Il donna la Declaration
qu'ilavoit projettée
avec ceux desonparty,&
sur quelque équivoque que
Mr l'Evesque y remarqua,il
es obligea de la reformer.
ls se rassemblerent pour ce- a, & après plusieurs conestations
des plus obltincz,
ls se déterminerentenfin à
faire toutes choses comme
on les souhaitoit d'eux. Pour
rendre cette Action plus solemnelle,
ils se trouverent à
deux heures après midy du
mesmejour au Palais, où
l'on alla processionnellement
en cet ordre. Mr Mathias
Bar, Curé Vicaire perpetuel
de la Paroisse,avec
quelques autres Ecclenafciques,
estoit precedé de la
Croix & de la Baniere. Le:
Pere Prieur de l'Abbaye 06
toute sa Communauté marchoient
ensuite, ayant M
FEvetaue à leur telle en habits
Pontificaux. Mrs les
Magistratslessuivoientvêtus
de leurs Robes de Palais,
avec un tres-grand concours
de peuple. Pendant la Procession
y on continua de
Chanter le Veni Creator que
quatreChantres de l'Abbaye
avoient entonnéau pied du
grand Autel, & on le finit
à la porte du Palais. Le Ministre
& les autres Religionnaires
, y attendoient M.
l'Evesquequileurtémoigna
sa joye de les voir dans de
si heureusesdispositions,&
leur demanda si c'estoit de
bon coeur qu'ils se refolvoient
à abjurer l'Herdie j
dans laquelle ilsavoient si
long-temps perseveré. Alors j
le Ministre & tous les autres
répondirent qu'ilsfai-j
soient cette Adion sans nulle
conrrainte
,
& d'autant plus
volontiers qu'on les avoit
convaincus de l'erreur où
ils vivoient. Cela estant fait
M. l'Eveique les fit tous
mettre à genoux,& après
qu'ils eurent abjuré par la
bouche du Ministre à haute
intelligible voix, ils furent
conduitsavec le corps
1
de la Procession au mesme
ordre qu'on estoit venu les
prendre, en; chantant les
Pseaumes
,
In exitu Israël;
SuperaBabilonis, & Miserere
mei Deus. La Procession
s'arrefta à la grande porte
de l'Eglise,& M. l'Evêque
de Saintes leur ayant fait
une Exhortation tres-touchante
, leur donna à tous
l'Absolution de leur heresie,
aprèsquoyils furent introduits
dans l'Eglise par ce
Prélat, qui entonna le Te
Deum. On chanta les autres
Prieres en action de graces,
& ils s'embrasserent tous
tant le Ministre que les autres,
avec desdemonstrations
de joye extraordinaires. Ce
qu'il y a d'admirable
,
c'est
que cette Ville qui a esté si
longtemps infectée del'heresie
,
& qui pendant plus
de vingt années n'avoit [out:
-
sert aucun Exercice de la
Religion Catholique, y elt
rentrée en huit jours par la
feule force de la verité,
sans que l'on air employé
nulle violence, chacun s'étant
fait instruire,&ayant
esté convaincu de ses erreurs.
La Ville de Montpellier
a suivy l'exemple de Saint
[ Jeand'Angely. La Deliberation
ya esté prise par ceux
de la Religion Pretenduë
Reformée, pour se convertir
en corps, & elle fut conceuLë
een ces termes. jour du mois de Sep':"-
rembrefNous eslans ajjem-,
blek par l'ordre de M. le Duc.
de Noailles
,
Commandant en
Chef dans cette Province
,
qui
tous a exhorte% de Juinjre les
bonnes inspirationsqu'il a plett
d Dieu de donnerd ceux qui fesontàcomme
nous, trouvezfeparez
tie la veritable Eg-par le
malheur de leur naijjance
y
@T
de répondre au zele& auxjàintes
intentions que le Royade voir
tous ses Sujets remis dans feuleReligion une ;Alous avons délibéré
sur cette matierey é'l' nous
avons creu ne pouvoir prendre
un meilleur party cjuedembrafi
ferlaReligionCatholique, Apofiolique
& Romainey que nos Peres ont quittée) renonçant à
toutes les erreurs contraires; En
foy dequoy Mous avons fîgné la
presenteDélibération
que nous
avons portée a M. le Duc de
Noailles
, promettant de faire
Abjuration quand il le trouvera
à-ptopos, dans les formes&en
la maniere prcfcrite par les Regles
de la Religion Catholique.
'--' Ces Conversions font deuës
aux soins de Mr le Duc de
Noaillesaussi-bien qu'àceux
de Mr le Cardinal de Bonzi,
de Mr l'Evesque de Montpellier)
& de Mrsde Baville,
& Daguesseau. Le concours
a esté si grand dans toutl'Evesché
de Montpellier, &
dans les Eglises où l'onrecevoit
les Abjurationsdesgens
de toutes fortes d'Etats, qu'-
on estoit quelquefois deux
heuresàattendre que les p1 1r,e- miers fisseent place aux autres.
La 1 u tres.La pluspart des Catholiques
furent obligez de ce- der la leur aux Convertis, le
premier Dimanche qui suivit laDélibération, tantcesderniers
vinrent en grandnombre
entendre la Messe dans
l'Eglise Nostre-Dame Apres cechangement général, M1- l'Evesque de Montpellieral- laàLunes&à Minguio, re- cevoir l'Abjuration de tous
ceux de ces Communautez
en Corps. SaintGilles,Sommieres,
5c plusieurs autres
Villes&Lieux voisins
, renoncerent
à l'Heresie dans
le mesme temps.
La Ville de Nismes ne doit
pas moins à M. le Duc de
Noailles, pour ce qui regarde
les Conversions que les
autres Villes dont je viens
de vous parler. Ce Duc y a
fait tout ce que le Roy attendoit
de son zele. Il a parlé,
il a pressé,ses raisons ont elle
vives; mais sa douceur, sa
conduite, & son exemple
n'ont pas esté ce qui a le
moins contribué à gagner
les Religionnaires. Il a travaillé
à convertir les Ministres
mesmees &ily a sibien
reiiflî, qu'ayant reconnu leur
erreurilsl'ontpreschée , pu- bliquement; & ce qu'ils ont dit,aprèsavoirestéconvaincus,
a rendu plusde quinze
mille personneà l'FCT]i(p
Mr le Maréchal Ducde
Duraspassant par Nerac
pour se rendre dans son Duché
de Duras,trouva beaucoup
de Peuple assemblé;&
en ayant demandé la cause,
il apprit que les Pretendus
Reformezdéliberoient s'ils
se rendroient Catholiques,
? & que mesme ils agitoient
> des Questions de Religion.
Comme il sçaitparfaitement
».celle de Calvin, parce qu'il
en a esté, il disputa, & leur fit
connoistre si clairement que
l'Eglise Catholique est la veritable
Eglise, qu'ils se convertirent
tous. Il fit la mesme
chose dansle Duché de
Duras, où par ses lumieres
& ses soins il ne reste aucun
Religionnaire. Un Obstiné
qui tenoit une Bible,luy
ayant fait voir un Passage,
par lequel il combattoit les
veritez de nostre Religion,
D
ce Duc prit la Bible, & layli
fit lire plus bas l'eclaircisse
ment de ce Passage. Le Reli-
gionnairè changea aulIi-tolHl,
desentimens, & plusieurs seil
convertirent aussi-bien que
luy.Lereste suivit.prelque.-)i
-aussi-tost. Mr de Durasarrivai
de Guienne, lors quele Roy v<
partit de Chambor pour Fon- tainebleau, & il asseura qu'illi
y avoit déja en ce temps-là il
cent quinzemille nouveaux XI i1ce.
Le Peuple estant assemblé
àMilhau,Ville de Roüergue, u
pourdéliberer s'il se convertiroit
ou nom, il y en eut qui
s'aviserent de se demander
les uns aux autres pourquoy
ils estoient de la Religion de
Calvin. - On foüilla juique
t dans l'origine, & l'on trouva
que la Ville estant autrefois
toute Catholique, ceux
; qui estoient du party contraire,
se trouvant avec une
Armée à leurs Portes, pen--
dant les Guerres Civiles que
*
la Religionavoitexcitées,les
avoient engagez à prendre
la leur; & il fut conclu ,que
l puis que ce n'estoit point par
une parfaiteconnoissance de
la vraye Religion, qu'ils a--
voient quitté celle de leurs
Peres, il estoit injuste de balancer
plus long-temps à -, y y
rentrer.
Le 2. de ce mois, il y eut il
une semblable Déliberation n
dans la Ville d'Alais. Mr le
Marquis de la Fare, Gouver- -1
neur de Biescou, & Mrdela
Fare Gaujac sonFrere,cy-de-À
vant Capitaine de Cavalerie,
qui y resident tous deux, es- J
tant entrez en négociation
avec quelques-uns desPre- -'
tendusReformez,pour les z\
engager à le soûmettre à la
volontédu Roy, leur apporterent
dès raisons si fortes,
qu'enfin ils les firent consentir
à s'assmbler pour déliberer
en Corps de Communauté
de se rendre Catholiques
Ainsi le jour que je viens de
vous marquer ,
ils firentune
Assemblée de tous les Chefs
de Famille, en presence de
Mrs de la Fare, & ceux qui.
avoient le plus de lumieres;
ayant entrainé les plus ob-.
stinez, la Déliberation fut:
prise
,
& signée conformément
aux intentions de Sa
Majesté
, par tous ceux de
l'Assemblée, au nom de tous,,,
les Religionnaires; après
quoy on députa deux des
principaux Habitans
, pour
l'aller porter à M. le Duc de
Noailles qui estoit à Nifines.
Cette Conversion a esté de
prés de quatre mille personnes,
en sorte qu'il ne reste
plus dans Alais que quelques
Femmes qui n'ont pas voulu
quitter si toit la Religion où
elles sont nées. b
Je ne puis mieuxvous apprendre
ce qui s' est passé en
Dauphiné,à l'égard des Pretendus
Retormez de cette
Province,qu'en vous faisant
part d'une Lettre qui m'a esté
adressée. En voicy la Copie.
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
A Grenoble, le 6. Oâobre1685, V OM /oüez incejjammenï
noflre ÀugusteCiïlonarque
3 parce quincejjamment la
matiere vous y convie ; mais
Att!oüez, Monsieur, que parmy
tout ce qu'il fait, qui merite des
Eloges, Jes foins & sa vigilance
pour étoufferïHerefe dans
son Royaume, font des sujets
admirables pour les luy attirer..
Il fait comme ces Fils aiftez,
qui travaillentcontinuellement à
reparer les ruines de leur maison,
a remettre dans leur Famille les
biens disPersèz, à rappeller les
Freres é'garez, & à j&ûtenir
l'éclat de leur race. Comme il
est le Fils Asné de l'Eglise3
on voit bien qu'en cette qualité
il s'applique à redonner a cette
bonne Mere les Enfans quelle
avoit perdus, à les remettre en
estat de recevoir d'elle ses careiJes
er ses benedrélions, &
à leur inspirer l' obeissance &
le rtspt Et que les véritables Chrefiiens
luy doivent. On ne trouveplus
de rebelles ny d!obfline^;
toutes les Provinces retentirent
du bruit des Conruerfiensfyequentes.
Ce rieflplus cette France qui
se déchiroit eUe-mesme ; ce ne font
plus des Citoyens acharnez à Je
perdre ou à se corrompre; il n'y a
plus ny interess
3
ny politique, ny
ménagement;les violences& les
contraintes n'ont plus de heu ;
ce riefl iu"avec des femimens
de pieté & de connoissance que
les PretendusReforme^ courent
à la Religion de leurs Peres.
Ils ne se rendentquaprèsavoir
esté inflruits ; ils écoutent la gret..
ce> Ù enfin wut Je faitsi deu.
cement (t)si agreabtementJ que
l'on nentend parler, ny de promessesy
ny de bienfaits, ny de
recompensès, pour des changemens
aujJi jufles que jufquicy ils
o'ntparu difficiles. Je mefuis'volontiers
chargé de VQUâ apprendre
que cess de cette maniéré que ceux
de la Religim Pretenduë Reformée
de Dauphiné ont fait leurs
Conversions, & mesmepresque
par tout en Corps de Communauté.
Ceux du Bailliage de
Briançon ont commencé.Alonfizur
le Bret nostre Intendant>
qui
qui sejt trouve Jur les lieux3 a
admire ce zele, & l'a écrit avec
etonnement. En effet, quinen
auroit de voir les Kullécs de
TrageUa3 de j3uryras & de
Ceptnney où (peIne, on top,t
trouver trois ou quatre Maisons
Catholiques, teJire toutes Ja.ujourd'huy-,
cfy:voir triompher la
véritable Keligion^aprésquelle en Õ Ll 4 eslé bannie pendant un Siecle?
Quinze mille personnesy ontfait
leur Abjuration en moins de huit
jours. Le Bailliage d'Ambrun a,
suivy unfibelExernple.LaVillede
Dye,ou lHercfie avoittoujours
le plus triomphé. ne voit
plm dans Jon enceinte aucun
RclWionnaire,bien quily en eust
huit mille.Les Villes de Gap&
de Montehmart Je font rendues
en Corps de Communauté. Le
Bourg de Menei £n
Triéves,OH
depuis ftx''Vingt ans il riy a eu
aucun Catholique, en est aujourd'hui
remply. Mifoen}la(Jrave9
le Mont Délans
,
dans le Pays
d'oyfans,font revenus de rnef
me. Tout efloit plein d'Heretiques.
LaMurea qui estencore
un zrana Bourg5 Ci" ciont les
Habitans efloient a moitié de
la Religion Pretendué ReformiOe,#
en a plus aucun, &
J J tout cela s'eftfait dans le mois
de Septembre. La Ville de Romans
n-en a plus gueres. Quel
Prodige!Mais ilness jamais
d)obstacles pour les Viéloires de
Louis LE GRAND. Ses Conlquefles
pour le 'Patrimoine de Eghfe-} foqt auJF promptes que
- celles qu'il a-faites pourlefient
Je ne vous du rien encore de Grenoble
, où quantité de gens de
mérité3 de qualité (Ô?d'esprit3si
fontmjlruire.Jmfiiien.tofl fef
pere.yoKsfaÍrepàtt des)grades gjr
fameuses Conversions qui sy pre.
pwent.+Dejalefécond de ce mois,
JV,o~l.e,7.4JtcquescDq;dje/sfDeSeigneur de
Sahon, de Cbafleauneufù de
J\4a^amyConseiller au Parlement
de GrtnobleJ afaitabjuration.
lefuis, Monfi:ur,tojlrr,
&c.
ALLARD, ancien President
en l'Election de Grenoble.
On a eu avis que tous les
Pretendus Reformez de la
Ville deLoudun qui estoient
au nombre de trois mille se
sont aussi convertis. Je ne
vous dis rien de Montauban
ny des Villes des environs,
qui en se faisant toutes
Catholiques, ont precedé
ces Conversions.Onoublie
Jûcoft: à
*
present des miliers
de Convertis,qu'on,
ne faisoit autrefois une feule
personne. Ce qu'il y a d'admirable,
c'estque tous ceux
qui renoncent à Calvin,
-
ont gens éclairez des lulieres
de la Foy, qui reonnoissent
la verité
,
& qui
- rendant d'eux-mesmes iennent , en foule après des
éliberations autentiques &
olontaire,demander qu'on
esreçoive dans la veritable
Eglise.
La Ville de Chastelleraut
suivy l'exemple de Loudun
,
& tout s'y est converty.
Les Pretendus Reformez
des Villes voisines se
font instruire pour les imiter,
& tous les Matelots de
lacoste duPaïs d'Aunixau
nombre de quinze cens ont
embrasséla Religion Catholique,
aussi-bien que tout ce
quireftoit à Lyon qui profesfoit
la Pretenduë Reformée.
Tous les Chefs de ces Familles
qui se montoient à soixante
& dix, yont esté trouver
Mr l'Archevesque,& ont.
déclaré qu'eux &leur famille
estoient prests de renoncer
-
à l'Heresie de Calvin; ce
qu'ils ont signé, aprésquoy
ils ont tous fait Abjuration.
Jamais on ne vit tant d'union
qu'il en a paru en cette
rencontre , entre les Catholiques
Se ces nouveaux
Convertis;ils ne se rencontroient
point sans se donner
des marques de leur joye,
&sanss'embrasser. Tous les
Habitans de la Rochelle ont
fait aussi Abjuration à la reserve
de ceux de quatorze
Familles, dont plusieurs foiu
sur le point d'abjurer com-
• me les autres, s'ils ne l'ont
pas déja fait.
Le Pere Alexis du Bue
Theatin
,
qui depuis plusieurs
années a fait un fr
grand nombre de Conversions,
en a fait encore beaucoup
depuis quinze jours.
Voicy par quelles paroles il
finit sa Controverse le Dimanche21.
de ce mois, en
s'adressantaux Pretendus Reformez.
Enfans de la Terre ; Nouveaux
venus, qui a'VtZ presché
jujqxa present des Nowveautez
JcaxdaleuJes(èf des Dogmes inconnus
à toute l'ancienne Eg/ife;
qquuii nn'1a'Vez débité que des.fort- tdes. fo4-
ges & des calomnies
J
il efrtemps
de former la retraite) de changer
de ~f (~r de vous réunir
ail Corps de J. C. dont vous
vous esses (eparez avec tant din~
juflice. Toutes choses vous invitent
à cette réunion
,
le jifence de
l'Ecriture des Peres sur toi
.Ãrtl'cl. !..:::
A
Articles 1101,Il.; r;, rIl., 17,f-U i l& rric*uvtXifefcydevos
Minières qui vous trompent &
"(Jous seduisent depuis plus d"un
Siecle; l'exemple de vos Freres
qui rentrent en foule dans lE.
glzjè ; veflre propre Salut qui cft
impossible dans le Sclnfme ou vous
vive%.Ajouter atouscesMotifs
les Souhaits duplusgrand Ma-.
narque de la Terre, a qui vous
deveKtout accorder3puis qu'il ne sagit qau~e ddfev~oou~s~attirera la pro- ~r /?rcsession
de la ruerité. Dieu l'afitfl
citéen nosjours pour détruire l'He..
rejie dans le fein de fis Etats5
er pour y faire fleurir la feule
Jtisa£ aj4rt*ja a?er* 7?r»Lin *
—•— l''fU;,
veritMeReligionCatholique,
"¿r jy\jL. V '\V111-"1'{" j '1/1'1. aeflcl'uniqueReligion de tous
les Rays fis Àugufcs Predeces
feurs. Cess à frç pieds que ce
Aionflrefurieux dont les mouvemens
ont esté si violens & si
pernicieux a cette Monarchie,
va eflre dhbatu. Le-Ciel luy a
reserve cette gloire> & danspeu
par la rtdyjance}cette Jc-glise qui
se dit Rej-orrnee
,
qui a esle pendant
douze cens ans invijtble dans
l'Univers,Jeraheureusement invijible
en France. Que la pensée
d'une Aflionjiglorieufe,ogrand
Roy ! remplijje vojlre coeur de
joye. Dieu qui a pris plaisir a
vous revêtir de sa force pour une
si grinde entreprise3 fera Le Proteêîeur
de vostre Personne Sacrée
d'une maniere toute particu.
lirrc. Il vous comblera de Jes
faveurs, il étendra les limites de
vostreRoyaume
, en vous affitjettifJant
psr des Conquefîesglorhufes
ces. Notions Infiddes qui
t 'oublent le repos de ses enfans. Iii\
affermira Voflre Sceptre par /«\
nombre devos Descendans; /&\
élevera VoflreAuthoritépar deae
fus celle des plusgrands Monar..-,:
ques du Monde:Enfin tous lesi^
Ennemis de la Véritéferontdanne
l humiliation edans la douleur^
& le Peuple fidele & obeiflantlu
joiïiudun bon-heurquiferafuir-\
1y des Benediélions du Ciel.
Le Roy voyant que les
Conversions .augnlenroientJf
de jour en jour,que la plus
part des Personnes d'un eflJl:
prit solide avoient abjuré
& que la Tréve luylaissoit
un repos dont ses Ayeux
rm'avoient point joüy
, a en- fin donné un Edit qui porte
JIe dernier coup à l'Heresie.
Cét Edit défend de faire aucun
Exercice public de la
R. P. R dans le Royaume.
LaJustice des Motifs qui
:>ont obligé Sa Majeflé d'en
user ainsi
,
paroist évidente
dans le Discours qui luy sert
b d'avant propos, *& elleest
d'autant plus claire,que pour
J la persuader il n'a fallu qu'exposer
les faits sans aucun
raisonnement. Comme la
Vérité fait plus briller
il ce
Discours que les figures de)j
l'Eloquence, chacun de~3
meure d'accord que l'on n'aL',
jamais rien veu,ny de si prudent
ny de si juste.Voicy
les raisons qui y sont dé^-h
duites. '¡
Henry le Grand,Ayeul
de Sa Majesté, voulant eni'f.
pescher que la Paix qu'il a—i
voit procurée à sesSujets,
après les grandes pert-s2- qu'ilsavoientsouffertespar
la durée des Guerres Civiles xc
& Etrangeres, ne sult trou
blée à l'occasion de la
P. R.comme il eQoir arrivé h
I
sous lesRegnes des Roys les
Predecesseurs, regla par [on
Edit donné à Nantes au mois
d'Avril1598. la conduite
qu'on devoit tenir à l'égard
de ceux de cette Religion
Se les lieux dans lesquels ils
en pouvoient faire l'Exercice.
Il établie des Jugesextraordinaires
pour leur ad.
ministrer la Justice
,
& pourveutmesine
pardes Articles
particuliers A tout ce qu'il
jugea necessaire pour maintenir
la tranquillité dans son
Royaume, & pour diminuer
l'aversion qui estoit entre
ceux de l'une & de l'autre Religion
,
afin d'estre plus en
estat de travailler, comme
il avoitresolu de faire, pour
réünir à l'Eglise ceux qui s'en
estoient si facilement éloignez
; & comme il ne pût
effectuer son intention à cause
de sa mort précipitée, &
que l'execution de cét Edit
fut mesme interrompu pendant
la minorité du feu Roy
par de nouvelles entreprises
des Pretendus Reformez
elles donnerent occasion à,
les priver de divers avantages
qui leur avoientestéaccordez.
Neantmoins usant
de sa clemence ordinaire,
il leur accorda encore nouvel un Edit à Nisimes au
mois de Juillet 1629. au
moyen duquella tranquillité
ayant de nouveau esté
retablie, ce Prince animé
dumesme esprit& dumefme
zele pour la Religion
que Henry IV. sonPredecesseury
resolut de profiter
de ce repos, pour tâcher
d)execurer son pieux
dessein
; mais les Guerres
ellant survenuës peu d'années
après
,
& le Royaume.
ayant esté peu de temps
sans agitation, depuis i6tf.
jusqu'àlaTréve concluë
en 1684. avec les Princes
de l'Europe, il n'a pas
esié possible de faire autre
chose pour l'avantage
de la Religion,que de diminuer
le nombre des Exercices
de la pretendue Reformée
par l'Interdiction de
ceux qui se sont trouvez établis
au prejudice de la disposition
des Edits, & par la
Suppresion des Chambres
my parties dont l'Erection
n'avoit esié faite que par provision.
Dieu ayant enfin permis
que la France joiïilïè
dun parfait repos,& que
le Roy luymesme n'estant
pas occupé des soins de proteger
ses Sujets contre ses Ennemis,
ait pu profiter de cette
Trêve qu'il a facilitée dans
la veuë de donner son entie-
Te application à rechercher
Iles
r
moyens de parvenir au;
succez du dessein des Roys
IHeury IV. & Louis XIIL:
b dans lequel il est entré dés
>1 son Avenementàla Couron-
-
(LUe; Sa Majestévoit prefen-
~tement avec la justerecon-
-
noissance qu'Elle doit à
Dieu, que Tes soins ont eu la
fin qu'Elle s'estoit proposée,
puisque la meilleure & la
plus grande partie de ses Sujets
de la R. P. R. ont embrasse
la Catholique;& d'autant
qu'au moyen d'un si
grand nombre de Conversions,
l'exécution de l'Edit
de Nantes, &tout ce qui a
esté ordonné en faveur de la
R. P. R. demeure inutile;
Elleajugé qu'Elle ne pouvoit
rien faire de mieux pour
effacer entierement la memoire
des Troubles, de la
confusion, & des maux que
le progrez de cette fausse
Religion a causez dans le
Royaume, qui ont donné
lieu à cétEdit, & à tant d'autres
Edits & Déclarations qui
lot preceidée,où qui ont estéfaits
en consequence
, que
de le revoquer en
touteson
étenduë. C'estcequ'Ellea
fait par l'Edit dont je vous
parle, qui a estéenregistré
en la Chambre des Vacations
le 22. de ce mois.
Cet Edit revoque non seulement
celuy de Nantesdonné en
Avril1598. avec les Articles arrestez
le deuxiéme May de la mefme
année, & les Lettres Patenres
qui furent expediées sur ces
Artictes,mais encore l'Edit donné
à Nismes enjuillet 1629. que
Sa Majesté declare nuls, & comme
non avenus; ensemble toutes
les Concevions faites pard'autres
Edits,Declarations&Arrestsaux
Pretendus Reformez, dequelque
nature qu'elles puisssentestre en
consequence dequoy Elle veut& illuyplaist, quetous lesTemples
de ceux de la Religion Pretenduë
Reformée situez dans son Royaume,
Terres & Seigneuries de [on,
obeïssance, soient incessamment
démolis.
Il est défendu par ce mesme
Edità tous Pretendus Reformez,
depluss'assemblerpourfairel'Exercice
de cette Religion en aucunlieu ou
mùfcn particulière, fomquelque prétexte
que ccpu:[fi estre, mesme d'Exercicesréels
eudequand
biences Exercicesauroientesté maintenuspar
des ArrcJIs du Conseild'Etat
; £r à tous SeiTueurs de quelque
condition quils foiintydefaire l'Exercice
dâris leurs Maisons & Fiefs,
le tout à peine contre ceux quiferont
cet Exercice, de confiscation de corps
& de biens.
Les autres Articles sont, !Zflt
tous Ministres de lit Religion Pretendue
Reformée,sortirontdu Royaume
quinze jours aprés la publication de
l'Edit, sans y pouvoir jèjOUÍÍUf au
dd.1, ny pendant ce temps de quinzaine
faireaucun Presche, Ex hortation
ny autrt jonEfiOIJ) à peine des
Gaitrts.
J^ue ceux desMinistresquise convertiront,
continueront àjoüir leur
vie durant, & leurs Veuvesaprès
leur decés
,
tandis quelles seront en
viduité
,
des mefines exemptions de
Taille & Logement de Gens deguerre,
dont ils ont jouy pendantqu'ilsfaisoient
la fonction de Ministres; &
qtt'en outre Sa Majesté leurferapayer,
aujjileur viedurant,unepensionplus
forte d'un tiers que les Apointemens
qu'ils touchoient en qualitéde MinijfTes,
de la moitié de Jaquette Pension
leurs Veuvesjoüiront Iluffi aprés leur
mort, tant qu'elles demeureront en
viduité.
£hte les Miniflres convertis, qui
voudront se faire Avocats , ou prendre
les Degrés de Docteursaux Loix,
feront dijJfnjtz des trois ans d'étude
preferites par les Déclarations duRoy;
& quaprès avoirfubyjes Examens
ordinaires
ordinaires , ils Jiront reccw Docteurs,
s'ils en fontjugez, capables, en payant
feulement la moitiédes Droits que Po,%
a accoufttmé de percevoir de ceux
qu'on reçût en chaque Univerfi*.
Zue les Ecoles particulières pour
l'tnfirucïion des Enfans de ceux de la
Religion Pretendue Refermée,& toutes
les chofts généralement quelconques
,qui peuvent marquer une Concijfion,
quelle quelle puisse tfre
,
en
faveur de cette Religion,front dtfendues.
Jt>u£ les Enfansqui naiflrent des
Prétendu*Reformez, ^feront dorefiulsumt
baptisez, par les Curez, des Paroisses,
estantenjointaux Peres&aux
Meres de les envoyer aux Egltfes J
cet effet là, d peine de cinq cens livres
d'amende ; 6- que ces Enfins
(irontenfuite élever en la Ret;g>,,d,,
Catholique, Apoftotique & Romaine,
a quoy ilcfi ordonné tres-exprefémentauxJugés
des lieux de terni II,
main.
jÇhie ceux de lit Religion ?retendue
Riformée quifesontretirez, duRoyaume
avant la publication de cet Edit,
rentreront dans la poffission de leufs
biens, & en jouiront comme ils auvoientpufaire
s'ils y eBoienttoujours
demeure&
, pourveu qu'ils y reviennentdans
le temps de quatre mois du
jour de cette Publication;au contraire
que les biens de ceux qui dans oe temps
là de quatre mois ne reviendrontpas
dans le Royaume, demeureront confifquez,
en conjequence de la Déclara*
tion du 20. d'Aoufl dernitr.
Zue les Preter,dwReformez,eux,
leurs Femmes & Ensans, ne pourront
îortirdurayamrijc,njtriortcraiiieraf
uurs b"",s&effets,fouspeine des Galèrespourles
Hommes}&deconffcaiicn
de corps & de biens pour les Femmes.
J^ue lesDéclarationsrendues contre
les Relaps, feront executées jiLon
leurforme 6 teneur. Ue ceux de la Religion Prétendue
Reformée,enattendant qu'ilplau
Je 4 Dieu de les éclairtr comme les autres
, pourront demeurer dans les ViL
les & Lieux du Royaume,ycontinuer
leurcommerce,de/(Ûrs liens,
sans qu'on lespuijfetroubler
fefcher,fouspntexte ny cm- de leur Rclirien
Cet Edit ayant este publié le
jour mesme de l' Enregistrement,
on commença dés le lendemain à
démolir leTempledeCharenton.
Les Conversions estoient déja
tres- nombreusesà Paris, & il y
en avoit tous les jours presque
dans toutes les l'aroilies• & dans
beaucoup de Communautez;de
forte que chacun estant en mouvement
pour son salut,& plusieurs
se convertissant,ou se faisant instruire,
cet Edit, au lieu de produireaucun
des effets qu'on en
auroit pu craindre autrefois
, a
plûtost servy à ébranler les plus
obstinez
,
qu'à leur faire prendre
des fenrimens contraires à leur
conscience& à leur devoir. Ainsi
il y a lieu d'esperer que le reste
des Religionnairesde Paris,suivra
bien-tost l'exemple de ses Freres,
qu'il voit tous les jours courir en
foule aux pieds des Autels. On y
vient de voir Mrle Duc de Ri-
* chemont, Fils naturel du feu Roy
d'Angleterre. Il afait Abjuration
dans la Chapelle du Chasteau de
Fontainebleau,à l'issuë de la Messe
du Roy, en presencede Sa Majesté
& de toute la Cour,entreles
mains de Mrl'Evesque deMeaux,
qui luy fit un tres beau Discours
sur ce iujer.
J'apprens que Mr le Marquis
de Mirepoix s'est fort distingué
,4
par le zele qu'il a fait voir pour
la Conversion des Pretendus Reformez.
Comme il est extremément
aimé dans cette Province,
luy seul, c'est à dire, suivy de sa
feule Maison,sansaucun aurre secours
,
il a fait changer de Reli.
gion, par son éloquence, & par
la force de la vérité à tout ce qu'il y en avoir dans Mazeres
le Carla , , Saverdan, Lasbordes,
Savarat, Camarade, Mazdazil.
L'exemple, de ces sixVilles,qui
sont des plus importances de la
Province, a esté suivy detousles
Religionnaires des environs. Mr
de la Berchere Intendant de
Guyenne, qui alla joindre M'll
Marquis de MirepoixàMazeres,
seconda tres bien son zele. Mr
l'Abbé de Pailhez de qui cette
Villedépend, n'y fut
pas inutile,
& s'y comporta d'une maniéré
digne de luv. Je vous écriray le
mois prochain les circonstances
de cette grande Action.
Quelque difficile que foit la
Conversion des Heretiques,nous
en voyons aujourd'huy la France
presque entièrementpurgée. Ce
miracle est dû au zele, à la pieté,.
& aux foins du Roy,& il suffit que
ce grand Monarque vive pour
achever un si surprenant Ouvra- ¡
ge.C'est ce qui a esté parfaire:
ment bien representé parune Devise,
dont le Corps est un Soleil
arresté par l'ordre de Josué,com-
-
battant contre les Alllaiccites)
Ennemisdu Peuple de Dieu,avec
ces mots.
Stantem viftoriacertafequetur.
La pensée en est heureuse, & les
quatre Vers suivans l'expriment
d'une maniere également noble
& naturelle.
Contre les Ennemis envieux de si
gloire,
Du Soleil autrefois le Ciel fixa le
cours ;
NOMSflmmes feurs de la viBoire,
Si d'un autre Soleil il prolonge les
iguri.
L'Autheurde cetteDevise cft
un jeune Homme (ritialité, de
dix-sept ans, d'unesprit rare, & d'une application extraordinaire,
c'est le Fils aisné de Mrle Mazuier,
Procureur General auParlementdeToulouse,
dont le zele
pourles interests du Roy & de la
Religion estassez connu. Ilasoûtenu
avec applaudissement une de
ces Theses de universelles,que si peu sopersûonnets eentrnepreinnren.t de
Si je voulois attendre la fin des, Conversions, dont les nouvelles
me viennent de tous costez, je ne finirais point cetArticle. Je les remetsjusqu'au
mois prochain,dans
lequel temps j'espere queje vous entretiendray du changement de
tout ce qui reste de Calvinistes en France. Je croymesme qu'il y a déjà beaucoupplus de Villes en-*
rarementCatholiques que je ne
nous en ay nommé, l'empresse-
¡jfnt estant si grand à fc rendre,&
nouvelles des Abjurations qui
font en Corps, arrivent en si.
.'ivand nombre, que l'on en perd
memoire.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
Au XVIIe siècle, la France a connu plusieurs conversions au catholicisme parmi des figures influentes et des intellectuels protestants. Des personnalités respectées comme Monsieur Dacier et sa femme ont inspiré ces conversions. Des assemblées et des entretiens privés à Castres et Saint-Jean-d'Angély ont encouragé les protestants à revenir au catholicisme, aboutissant à des abjurations publiques. Des villes comme Montpellier, Saint-Gilles, Sommières, et Nîmes ont également vu des conversions massives, influencées par des figures telles que le Duc de Noailles et le Maréchal Duc de Duras. En Dauphiné, des milliers de personnes ont abjuré leur foi réformée à Briançon, Ambrun, et Lyon, grâce à des acteurs clés comme le Père Alexis du Bué. Le texte met en avant les mesures prises par le roi pour promouvoir le catholicisme et met en garde contre les dangers des 'Minières'. Il souligne l'importance de la religion catholique, unique foi des rois prédécesseurs. Le roi est encouragé à se réjouir car Dieu le protégera et étendra son royaume. Un édit royal interdit tout exercice public de la religion prétendue réformée (R.P.R.), révoquant ainsi les édits précédents en faveur des protestants, notamment l'Édit de Nantes de 1598 et celui de Nîmes de 1629. Cet édit ordonne la démolition des temples protestants et interdit tout exercice public ou privé de la religion réformée, sous peine de confiscation de biens et de corps. Les ministres protestants doivent quitter le royaume dans les quinze jours suivant la publication de l'édit, sauf s'ils se convertissent. Les enfants nés de parents protestants doivent être élevés dans la foi catholique. Des figures notables comme le Duc de Richmond et le Marquis de Mirepoix sont mentionnées pour leur zèle dans la conversion des protestants. Grâce à la piété et aux efforts du roi, la France est ainsi presque entièrement purgée de l'hérésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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985
p. 345
« Messire Pierre Camuset, Docteur de Sorbonne, Curé de [...] »
Début :
Messire Pierre Camuset, Docteur de Sorbonne, Curé de [...]
Mots clefs :
Décès, Église, Charité, Chanoine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Messire Pierre Camuset, Docteur de Sorbonne, Curé de [...] »
4Mefïïre Pierre Camuset, Doccteur
de Sorbonne, Curé de l'E.
)"Ile Paroissiale de Saint Hilaire,
) Chapelain de l'Eglise de Paris,
foourut presque subitement le
mundy22demois. Ilavoiresté
disposé deux ou trois jours sans
aucune maladie qui parustconsiderable.
Les grandes charirez qu'il soit ,
le font extremément regretter.
MrJollain, Chanoine de
nûint Marcel, luy a succedé dans
nrtce Cure:
de Sorbonne, Curé de l'E.
)"Ile Paroissiale de Saint Hilaire,
) Chapelain de l'Eglise de Paris,
foourut presque subitement le
mundy22demois. Ilavoiresté
disposé deux ou trois jours sans
aucune maladie qui parustconsiderable.
Les grandes charirez qu'il soit ,
le font extremément regretter.
MrJollain, Chanoine de
nûint Marcel, luy a succedé dans
nrtce Cure:
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986
p. 345-347
Noms de ceux qui ont trouvé les veritables mots des Enigmes du mois dernier. [titre d'après la table]
Début :
La premiere des deux dernieres Enigmes, dont la Feüille de [...]
Mots clefs :
Énigmes, Réponses, Explications, Feuille de papier, Main de papier, Liste de noms
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Noms de ceux qui ont trouvé les veritables mots des Enigmes du mois dernier. [titre d'après la table]
La premiere des deux dernieres
Emgmes dontlaFeüilledepapier
estoit le vra y mot, a esté expliquée
par Mr de la Huproyes de
Troye; Diereville, &duPelerin
d'Iquebu; levieuxTircis, Amant
des Belles ôc des Nouveautezde
la grand' Ruë de Chasteaubriand
en Bretagne; les deux Soeurs de
Clermont en Picardie l'Hermophile
d'Antiser la belle Nourriture,
& la petite Assemblée G. du
Havre.
La Vaindepapier estoir levray
mot de la seconde, & il a cfié,
trouvé par Mr Carrier de Roüen,
& par M1,c Cato du Boquet,de
Chartres.
Ceux qui ont expliqué l'une Se l'autre dans leur vray sens
,
font
Mrs l'Abbé l' Encour,delaVes- 1
fier, L. Boucher, ancien Curéde
Nogent le Roy) Avice de Caen;
Lepinay Buret de Vitre en Bre.
fitagnèy Lourderde la Place Maubert
; de Souveras; Alcidor; Gigés;
les Bergers de Tempe
,
du
Havre, le petit Colin
,
& le Riwal
du petit Colin de Pithiviers;
Mademoiselle Launay Bur7t; la
Ixhere de Lorme; & la Claire brumede
la Porte de Vitré en Bretagne;
Silvie, & la petite Assemblée
A. du Havre; la plusaimable
Brunette du petit Colinde
Pithiviers.
Emgmes dontlaFeüilledepapier
estoit le vra y mot, a esté expliquée
par Mr de la Huproyes de
Troye; Diereville, &duPelerin
d'Iquebu; levieuxTircis, Amant
des Belles ôc des Nouveautezde
la grand' Ruë de Chasteaubriand
en Bretagne; les deux Soeurs de
Clermont en Picardie l'Hermophile
d'Antiser la belle Nourriture,
& la petite Assemblée G. du
Havre.
La Vaindepapier estoir levray
mot de la seconde, & il a cfié,
trouvé par Mr Carrier de Roüen,
& par M1,c Cato du Boquet,de
Chartres.
Ceux qui ont expliqué l'une Se l'autre dans leur vray sens
,
font
Mrs l'Abbé l' Encour,delaVes- 1
fier, L. Boucher, ancien Curéde
Nogent le Roy) Avice de Caen;
Lepinay Buret de Vitre en Bre.
fitagnèy Lourderde la Place Maubert
; de Souveras; Alcidor; Gigés;
les Bergers de Tempe
,
du
Havre, le petit Colin
,
& le Riwal
du petit Colin de Pithiviers;
Mademoiselle Launay Bur7t; la
Ixhere de Lorme; & la Claire brumede
la Porte de Vitré en Bretagne;
Silvie, & la petite Assemblée
A. du Havre; la plusaimable
Brunette du petit Colinde
Pithiviers.
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Résumé : Noms de ceux qui ont trouvé les veritables mots des Enigmes du mois dernier. [titre d'après la table]
Le texte présente deux énigmes récemment résolues. La première énigme, dont la solution était 'la feuille de papier', a été expliquée par plusieurs individus, parmi lesquels Monsieur de la Huproyes de Troye, Diereville, et le Pelerin d'Iquebu. D'autres participants incluent le vieux Tircis, les deux sœurs de Clermont en Picardie, l'Hermophile d'Antiser, ainsi que des personnes associées à des lieux spécifiques comme la grand' Rue de Chasteaubriand en Bretagne et Le Havre. La deuxième énigme, dont la solution était 'la vainde papier', a été résolue par Monsieur Carrier de Rouen et Monsieur Cato du Boquet de Chartres. De nombreux individus ont expliqué ces énigmes dans leur véritable sens, incluant l'abbé L'Encour de la Vesvrier, Louis Boucher, ancien curé de Nogent-le-Roi, Avice de Caen, Lepinay Buret de Vitre en Bretagne, Lourder de la Place Maubert, Alcidor, Gigés, les Bergers de Tempe du Havre, le petit Colin et son rival de Pithiviers, Mademoiselle Launay Burt, la Ixhere de Lorme, la Clairebrune de la Porte de Vitré en Bretagne, Sylvie, et la petite Assemblée A. du Havre, ainsi que la plus aimable Brunette du petit Colin de Pithiviers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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987
p. 351-352
Charges remplies dans la Maison de Monsieur. [titre d'après la table]
Début :
de Boisfrant a esté pourveu peu de jours de la [...]
Mots clefs :
Charge, Maison, Prince, Chancelier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Charges remplies dans la Maison de Monsieur. [titre d'après la table]
de Boisfrantaesté pouryeu,
is peu de jours delaCharge
hancelier Chef du Conseil
1.o1:)sieur, dont la survivance
5. accordée en mesme temps
deBoisfrant sonFils,Maistre
equestes; & MrdeBecha- eu la Charge de Surinten
dant de la Maison de ce Prince,
qu'avoit cy-devant Mr de Boisfrant.
is peu de jours delaCharge
hancelier Chef du Conseil
1.o1:)sieur, dont la survivance
5. accordée en mesme temps
deBoisfrant sonFils,Maistre
equestes; & MrdeBecha- eu la Charge de Surinten
dant de la Maison de ce Prince,
qu'avoit cy-devant Mr de Boisfrant.
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988
p. 352-353
Divertissemens de Fontainebleau. [titre d'après la table]
Début :
La Cour est toûjours a Fontainebleau, où elle doit passer une [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Chasse, Promenade, Bals, Jeux, Musique, Roi de France, Ballet, Représentation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Divertissemens de Fontainebleau. [titre d'après la table]
La Courest toûjours à Fontainebleau
,
où elle doit passer une
partie du mois de Novembre. Les
Chasses, les Promenades, le Jeu,
les Bals,la Muuguc, & les Comédies
Françoisès&Italiennes, y
fervent de divertissement. Le Roy
s'y trouve peu, & fait son unique
attachementdes affaires de
ion
Etat. On y a dancé un Balet intitulé
, LeTemple de la Paix. Le Sujet
4les Vers font de Mr QJnaut,
& la Musique de Mr de
Lully.Ce Baletaestétrouvead.
mirable, tant pour l'invention&
les Vers; que pour l'execution.
On en adéja donné plusieursRepresentacions,
& elles continueront
tant que la Cour fera à Fontainebleau.
,
où elle doit passer une
partie du mois de Novembre. Les
Chasses, les Promenades, le Jeu,
les Bals,la Muuguc, & les Comédies
Françoisès&Italiennes, y
fervent de divertissement. Le Roy
s'y trouve peu, & fait son unique
attachementdes affaires de
ion
Etat. On y a dancé un Balet intitulé
, LeTemple de la Paix. Le Sujet
4les Vers font de Mr QJnaut,
& la Musique de Mr de
Lully.Ce Baletaestétrouvead.
mirable, tant pour l'invention&
les Vers; que pour l'execution.
On en adéja donné plusieursRepresentacions,
& elles continueront
tant que la Cour fera à Fontainebleau.
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Résumé : Divertissemens de Fontainebleau. [titre d'après la table]
En novembre, la cour réside à Fontainebleau. Les activités incluent la chasse, des promenades, des jeux, des bals, de la musique et des comédies. Le roi se consacre aux affaires de l'État. Le ballet 'Le Temple de la Paix', avec des vers de Quinault et la musique de Lully, est acclamé et représenté plusieurs fois.
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989
p. 353-356
Comédies. [titre d'après la table]
Début :
Quant aux Amours de Venus & d'Adonis, qu'on a [...]
Mots clefs :
Tragédies, Langage, Succès, Spectacles, Musique, Comédiens, Rôles, Représentations, Théâtre, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédies. [titre d'après la table]
Quant aux Amours de Venus à*
d*Adonis, qu'on a representez à
Paris, je vous avouë.; puisque
vous le sçavez, quej'ay faitcette
Tragedie avant que d'avoir commencé
à travailler aux Lettres
que je vous écris tous les mois.
C'estoitdansuntempsoùle langage
du coeur doit estre naturel à
tous les hommes. Ainsi l'on ne
doit pas s'étonner si cette piece a
esté trouvée si tendre. Elle eut
alors un fort grand succés, quoy
que ses machines ne fussent accompagnées
, ny de dances,ny
de voix. Cependant comme oa
a accoustumé d'en voir à toutes
les pieces où il y a du spectacle,
2c qu'elles paroissent nuës sans
cet agrément, on y a mis des intermedes,
dontla Musique aesté
faite par Mr Charpentier, quidepuis
beaucoup d'années travaille
avec succés à ces fortes de choses.
0,1 yaussi mésléunePlainte,quia
charmé tous ceux quil'ont ententenduë,
& qui se connoissent en
Musique. Les Comediens de leur
costé s'estant parfaitement bien
acquittez de leurs Roles
,
& en
ayant receu des applaudissemens,
en ont fait donner à la Pieçe; qui
après six Representations dans
une feule semaine, faisoit esperer
un assez heureux succés, sielle
n'eust point esléinterrompue par
le depart des Acteurs, qui furent
mandez à Fontainebleau pour le
divertissement de la Cour. L'accueilfavorable
qu'on a fait à cette
jil
îece, a engagé les Comédiensî remettre sur le Theatre le Mari:.,
ge de BachM, que je fis deux après les ans Amours de renUJ & d*A., dénis. Il s'y trouveunechosequi
ne s'est encore veuë que dans Amfinition,
c'est à dire, du Comique
mesleparmy le grandSérieux.Je
nedirayrien pour le défendre il
suffit deréûssir pourestre justifié.
Le Heros de cetre Piecen'est rien moins que ce que beaucoup de personnespensent, Bachusestant
marquédans la Fable commeun grand Conquérant, quidevoir: eitre toujours beau, toujours jeu.
ne, & tcûjours vainqueur J1vi orquesMachines qui fervedtàembellessment
à cet Ouvrage
ou l'on voitle débarquementd
ic-sitisdansl'IfledeNaxe,
avetoute
safuite; mais ion principal.
ornement consiste dans le grand
nombre d'Agrémens, qui estant
tous tirez du fond du sujec,ne sont
pas seulement dans les Entractes,
mais encore en beaucoup d'endroits
du corps de la Piece. Lors
qu'elle parutd'abord sur leTheatre
du Marais, la Musique en a.
voitesié Faite par le fameux Mr
Molière,qui travailloit autrefois
pour les divertissemens de Sa Ma..
jessé. Mais comme il a saluserestraindre
au nombre de VQix prescrit,
on a fait faire de nouveaux
Airs par Mr Laloüette, Elevede
Mrde Lully; & qui ayant toutes
ses manieres, doit avoir travaille
selon le goust du Public.
d*Adonis, qu'on a representez à
Paris, je vous avouë.; puisque
vous le sçavez, quej'ay faitcette
Tragedie avant que d'avoir commencé
à travailler aux Lettres
que je vous écris tous les mois.
C'estoitdansuntempsoùle langage
du coeur doit estre naturel à
tous les hommes. Ainsi l'on ne
doit pas s'étonner si cette piece a
esté trouvée si tendre. Elle eut
alors un fort grand succés, quoy
que ses machines ne fussent accompagnées
, ny de dances,ny
de voix. Cependant comme oa
a accoustumé d'en voir à toutes
les pieces où il y a du spectacle,
2c qu'elles paroissent nuës sans
cet agrément, on y a mis des intermedes,
dontla Musique aesté
faite par Mr Charpentier, quidepuis
beaucoup d'années travaille
avec succés à ces fortes de choses.
0,1 yaussi mésléunePlainte,quia
charmé tous ceux quil'ont ententenduë,
& qui se connoissent en
Musique. Les Comediens de leur
costé s'estant parfaitement bien
acquittez de leurs Roles
,
& en
ayant receu des applaudissemens,
en ont fait donner à la Pieçe; qui
après six Representations dans
une feule semaine, faisoit esperer
un assez heureux succés, sielle
n'eust point esléinterrompue par
le depart des Acteurs, qui furent
mandez à Fontainebleau pour le
divertissement de la Cour. L'accueilfavorable
qu'on a fait à cette
jil
îece, a engagé les Comédiensî remettre sur le Theatre le Mari:.,
ge de BachM, que je fis deux après les ans Amours de renUJ & d*A., dénis. Il s'y trouveunechosequi
ne s'est encore veuë que dans Amfinition,
c'est à dire, du Comique
mesleparmy le grandSérieux.Je
nedirayrien pour le défendre il
suffit deréûssir pourestre justifié.
Le Heros de cetre Piecen'est rien moins que ce que beaucoup de personnespensent, Bachusestant
marquédans la Fable commeun grand Conquérant, quidevoir: eitre toujours beau, toujours jeu.
ne, & tcûjours vainqueur J1vi orquesMachines qui fervedtàembellessment
à cet Ouvrage
ou l'on voitle débarquementd
ic-sitisdansl'IfledeNaxe,
avetoute
safuite; mais ion principal.
ornement consiste dans le grand
nombre d'Agrémens, qui estant
tous tirez du fond du sujec,ne sont
pas seulement dans les Entractes,
mais encore en beaucoup d'endroits
du corps de la Piece. Lors
qu'elle parutd'abord sur leTheatre
du Marais, la Musique en a.
voitesié Faite par le fameux Mr
Molière,qui travailloit autrefois
pour les divertissemens de Sa Ma..
jessé. Mais comme il a saluserestraindre
au nombre de VQix prescrit,
on a fait faire de nouveaux
Airs par Mr Laloüette, Elevede
Mrde Lully; & qui ayant toutes
ses manieres, doit avoir travaille
selon le goust du Public.
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Résumé : Comédies. [titre d'après la table]
Le texte présente deux tragédies de l'auteur : 'Les Amours de Vénus et d'Adonis' et 'Le Mariage de Bacchus'. La première pièce, écrite avant les lettres mensuelles de l'auteur, a rencontré un grand succès sans machines, danses ou chants. Des intermèdes musicaux de Monsieur Charpentier ont été ajoutés, notamment une plainte très appréciée. La pièce a été jouée six fois en une semaine avant que les acteurs ne partent pour Fontainebleau. Encouragés par ce succès, les comédiens ont représenté 'Le Mariage de Bacchus' deux ans plus tard. Cette œuvre combine comique et sérieux, comme dans 'Amphitryon'. Bacchus y est dépeint comme un conquérant invincible. La production inclut des machines spectaculaires, telles que le débarquement des soldats à Naxos, et divers agréments tirés du sujet. Initialement, la musique était de Molière, mais elle a été remplacée par des airs de Monsieur Laloüette, élève de Monsieur de Lully, pour mieux répondre aux goûts du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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990
p. 356-35[8]
Conclusion contenant plusieurs articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
Début :
Je me souviens que je vous promis il y a [...]
Mots clefs :
Articles, Nouvelles, Mois prochain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conclusion contenant plusieurs articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
promis
il y a un mois, de grands Ar*
(
ticles historiques qui ne sont point
• dans cette Lettre, mais ceux de
la Religion, après lesquels je pret
tendois leur donner place,s'estant
trouvez aussi longsquecurieux &
importans, je ne puis me difpen.
fer de remettre encore au mois
prochain, ce que je devois vous
envoyer des le mois passé
,
aussibien
que le détail de la nouvelle
que je viens d'apprendre, qui est
que Mr le Duc de Noailles parcourt
les Sevenes en convertissant
beaucoup de monde; qu'il ya déja
fait faire Abjuration à plus de
vingt mille personnes, & que de.
puis le sejour qu'il fait dans son
Gouvernement,on y compte cent
quarante mille convertis.
,
Je ne doute point n'ayez que vous déja appris la mort de MI
Courtin je remets au mois prochainà
vous en entretenir, aussibien
que de la trisse nouvelle qui si
vient de répandre une tristesse ge- si
nerale dans toute la France. Cet
article demande du temps pour, luy donner toute l'étenduë qu'il
merite. Je fuis, Madame,Vostre,
&c.
A Parti, ccsi- Offebre itiSfl
il y a un mois, de grands Ar*
(
ticles historiques qui ne sont point
• dans cette Lettre, mais ceux de
la Religion, après lesquels je pret
tendois leur donner place,s'estant
trouvez aussi longsquecurieux &
importans, je ne puis me difpen.
fer de remettre encore au mois
prochain, ce que je devois vous
envoyer des le mois passé
,
aussibien
que le détail de la nouvelle
que je viens d'apprendre, qui est
que Mr le Duc de Noailles parcourt
les Sevenes en convertissant
beaucoup de monde; qu'il ya déja
fait faire Abjuration à plus de
vingt mille personnes, & que de.
puis le sejour qu'il fait dans son
Gouvernement,on y compte cent
quarante mille convertis.
,
Je ne doute point n'ayez que vous déja appris la mort de MI
Courtin je remets au mois prochainà
vous en entretenir, aussibien
que de la trisse nouvelle qui si
vient de répandre une tristesse ge- si
nerale dans toute la France. Cet
article demande du temps pour, luy donner toute l'étenduë qu'il
merite. Je fuis, Madame,Vostre,
&c.
A Parti, ccsi- Offebre itiSfl
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Résumé : Conclusion contenant plusieurs articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
Dans cette lettre, l'auteur annonce le report d'un mois pour la publication d'articles sur la religion, soulignant leur longueur et leur importance. Il rapporte que le duc de Noailles, en parcourant les Cévennes, a converti plus de vingt mille personnes, portant le total des conversions à cent quarante mille depuis son arrivée dans sa région. La lettre mentionne également le décès de M. Courtin, dont l'auteur prévoit de parler plus en détail le mois suivant. De plus, elle évoque une triste nouvelle ayant causé une grande tristesse en France, nécessitant du temps pour être traitée en profondeur. La lettre se termine par une formule de politesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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991
s. p.
Extrait du Privilege du Roy.
Début :
PAr Grace & Privilege du Roy, donné à Chaville, le [...]
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Privilege du Roy.
Extrait du Privilege du Roy.
IPAr Grace & Privilege du Roy, donné à
RoCyhaville, le 18Juillet1683. Signé, Par ensonConseil, JuNourERES. Ilest
permis au Sieur DANNEAU,Ecuyer, Sieur Devizé, de continuer de faire imprimer, ven- iHre & debiterleLivre intitulé, MERCURE
GALANT, & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre, par tel Impirmeur qu'il
vwoudra choisir,Etdefenses sontfaites à tous Imprimeurs & Libraires, & tous autres, de
tiraire imprimer,vendre & debiter ledit Livre.
my graver aucunes Planches servant à l'ornement
d'iceluy, iec, ny mesme de le donner à pendant le temps & espace de dix années
entieres, le tout à peine de six mille livres l'amende contre les Contrevenans, ainsique
Içlus au long il est porté esdites Lettres.
Registre sur le Livre de la Communauté
JAUX charges & conditions portées, le 14. Septembre 1683. Signé, AlIHiOT) Syndic.
IPAr Grace & Privilege du Roy, donné à
RoCyhaville, le 18Juillet1683. Signé, Par ensonConseil, JuNourERES. Ilest
permis au Sieur DANNEAU,Ecuyer, Sieur Devizé, de continuer de faire imprimer, ven- iHre & debiterleLivre intitulé, MERCURE
GALANT, & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre, par tel Impirmeur qu'il
vwoudra choisir,Etdefenses sontfaites à tous Imprimeurs & Libraires, & tous autres, de
tiraire imprimer,vendre & debiter ledit Livre.
my graver aucunes Planches servant à l'ornement
d'iceluy, iec, ny mesme de le donner à pendant le temps & espace de dix années
entieres, le tout à peine de six mille livres l'amende contre les Contrevenans, ainsique
Içlus au long il est porté esdites Lettres.
Registre sur le Livre de la Communauté
JAUX charges & conditions portées, le 14. Septembre 1683. Signé, AlIHiOT) Syndic.
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Résumé : Extrait du Privilege du Roy.
Le document 'Privilege du Roy', daté du 18 juillet 1683, accorde au Sieur Dannau le droit exclusif d'imprimer, vendre et distribuer le 'Mercure Galant' pour dix ans. Il peut choisir l'imprimeur et interdit toute reproduction ou vente par autrui sous peine d'amende de six mille livres. Enregistré le 14 septembre 1683 par le syndic Alihot.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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992
s. p.
« ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure Galant [...] »
Début :
ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure Galant [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure Galant [...] »
O
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
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993
p. 18-38
PRIX REMPORTÉ Par LOÜIS LE GRAND, sur tous les Heros de l'Antiquité.
Début :
La Victoire ayant fait connoistre en une Assemblée des Dieux, [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Victoire, Héros antiques, Dieux, Conquérants, Honneur, Illustre, Temples, Perfection, Courage, Charmes, Invincible monarque
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texteReconnaissance textuelle : PRIX REMPORTÉ Par LOÜIS LE GRAND, sur tous les Heros de l'Antiquité.
PRIX REMPORTE
Par Louis LE GRAND ,
fur tous les Heros de l'Antiquité.
LA
A Victoire ayant fait connoiftre
en une Affemblée
des Dieux , qu'elle vouloit recompenfer
celuy de tous les He.
ros qui fe feroit le plus fignalé
par fes belles actions , en luy donpant
un prix qui puft égaler fon
merire , les Dieux furent tres
contens de cette propofition , &
Jupiter s'offrit mefme de donner
ce prix. Il députa Mercure pour
annoncer de fa part à tous ceux
qui pouroient y pretendre , qu'ils
euffent à fe trouver dans le Temdu
Mercure Galant. 19
ple de la Victoire , où l'on devoit
décider du merite de chaque
Heros en particulier , & recompenfer
celuy qui en en feroit
jugé le plus digne . Dés que
Mercure eut receu cét ordre , il
alla avertir tous les Conquerans
de venir recevoir la recompenſe
de leurs travaux. Chacun d'eux
fe trouva le plûtoft qu'il pût dans
ce Champ d'honneur , & mefme
ils furent fi ponctuels à executer
l'ordre qui leur avoit eſté donné,
qu'ils fe rendirent tous au mefme
temps à la porte du Temple
de la Victoire . Hercule , Achilles
, Céfar , Annibal , Alexandre
, Scipion , Pyrrus , Hector ,
& quantité d'autres attendoient
les ordres de cette grande Déef
fe pour entrer , lors qu'elle leur
Bij
20 Extraordinaire
1
vint ouvrir la porte de fon Temple.
D'abord Hercule voulut
paffer devant les autres , difant
qu'il avoit terraffé des Monftres,
& vaincu l'Hydre , & que quand
bien mefme il n'auroit pas receu
de fi grands avantages par fes
Conqueftes , le feul titre de Fils
de Jupiter luy fuffifoit pour eftre
preferé à tous les autres Conquerans.
Alexandre enfuite prit
la parole , difant qu'il ne devoit
pas eftre moins confideré , ayant
vaincu prefque tout l'Univers
& furmonté avec une poignée de
gens , les Armées les plus nombreuſes
; que s'il eftoit permis de
fe prevaloir de fa Naiffance , il
pouvoit fe vanter d'eſtre Fils de
Jupiter Hammon. Achilles difoit
qu'il ne fe glorifioit point d'eftre
du Mercure Galant. 21
Fils de la Deeffe Thetis , qui avoit
eu l'honneur d'eftre aymée
de Jupiter , que les marques glorieufes
qu'il avoit données de fon
courage , fur tout à la Guerre de
Troye , eftoient capables de le
faire diftinguer des plus Illuftres
Conquerans . Céfar tiroit fon
origine du Vaillant Enée , Fils .
de la Déeffe d'Amour , & diſoit
que Venus eftant Fille de Jupiter,
il avoit quelque raifon de fe
vanter d'eftre defcendu de Jupiter
; mais que la Naiffance , quel
que illuftre qu'elle pût eftre ,
eftoit un foible avantage fi elle
n'eftoit foûtenuë par un merite
particulier , & que s'eftant acquis
un renom immortel par fes Con .
queftes , il ne devoit point paffcr
aprés les autres. Scipion , An22
Extraordinaire
nibal , Hector & Pyrrus , relevoient
autant qu'il leur eftoit
poffible l'éclat de leur Naiffance
, & chacun d'eux fe glorifioit
d'avoir donné des preuves extraordinaires
de fa valeur. Sur
ces entrefaites la Victoire qui
avoit écouté toute leur difpute ,
& qui voyoit bien qu'elle pourroit
durer encore long - temps ,
les fit entrer , & aprés les avoir
mis chacun en leur place , elle
alla prendre la frenne en un lieu
plus élevé . Le Temple de la
Victoire eftoit un Edifice qui
devoit à bon droit paffer pour
un miracle de l'Art . Il eftoit
porté fur des Colomnes de Mar.
bre blanc , & les voûtes eftoient
enrichies de diverfes Hiftoires
repreſentées au naturel. On y
du Mercure Galant. 23
voyoit un grand nombre d'Autels
richement ornez & bien
qu'il n'y euft pas beaucoup de
Cierges allumez , l'éclat de l'or
& des pierreries y eftoit fi grand,
que le jour y euft paru à minuit .
C'eftoit unfpectacle affez agrea
ble pour les Conquerans que la
Victoire avoit fait entrer . De
quelque cofté qu'ils rournaffent
la veuë , ils trouvoient toujours
de quoy admirer mais l'objet
qui leur parut le plus digne d'admiration
, fut un Heros qui eftoit
aux coftez de la Victoire , qui
égaloit par fa bonne mine le plus
grand des Dieux , & ce qu'il y eut
de plus remarquable , c'eft que
ces grands Capitaines qui ne fon.
geoient auparavant qu'à contefter
ensemble à qui auroit la
;
24
Extraordinaire
préeminence , femblerent ſe reü.
nir tout à coup pour admirer un
fi grand Heros . Ils confeffoient
tous qu'ils n'avoient jamais rien
vû de plus beau que cét Invincible
( car c'eftoit le nom qu'ils
luy donnoient ) jugeant mefme
à fon port qu'il avoit fait des actions
furprenantes . Ils fe difoient
les uns aux autres que fon air n'é-
*toit pas d'un Mortel , & que fa
feule Majefté le mettoit au rang
des Dieux , mais ils en furent encore
bien plus perfuadez lors
qu'ils apprirent que c'eftoit
LOUIS LE GRAND ; qu'il eftoit
aux coſtez de la Victoire , parce
qu'elle & luy eſtoient infeparables
; que fes Victoires avoient
commencé avec fa Naiffance ,
& que vaincre & combattre n'é
toit
du Mercure Galant. 25
toit pour luy qu'une mefme chole
; que tout eftoit illuftre en
luy , & que s'il fe faifoit diftinguer
par la valeur , il n'en faifoit
pas moins par fes autres excellentes
qualitez , que fa Juſtice &
fa Prudence eftoient fans égales ;
que fes Bienfaits envers fes Sujets
auffi bien que fes Conquêtés
, n'avoient point de bornes ,
& qu'au milieu des plus ardentes
Guerres il ne laiffoit pas
de faire goûter à fes Peuples la
mefme douceur & les mefmes
délices que dans la plus grande
Paix , qu'enfin Lours eftoit le
modele des perfections ; qu'il étoit
Incomparable , Bon Magnanime
, Jufte ,Victorieux , toûjours
aimable , & toûjours aimé.
Tous ces Conquerans en
Q. d'Octobre 1685. C
>
26 Extraordinaire
tendant tant de merveilles de
s'ils
Loüis , jugeoient bieǹ que
avoient quelques pretentions au
Prix dont il s'agiffoit , il falloit
neceffairement les ceder à ce
Grand Monarque , qui en eftoit
d'autant plus digne , que la moindre
de fes Vertus furpaffoit de
beaucoup celles des plus fameux
Heros de l'Antiquité. Cependant
ils eftoient encore en balance
s'ils devoient luy difputer
le prix , lors que la Victoire leur
prefenta un Livre où eftoient
contenuës les actions heroïques
de cét illuftre Conquerant. Ce
fut pour lors que ces grands Capitaines
qui avoient toûjours efté
intrepides au milieu des plus
grands Combats , perdirent entierement
courage . Il eft impof
du Mercure Galant.
27
fible de dire l'effet que la lecture
des Conqueftes de Loüis
produifit dans leur efprit ; car
voyant que leur eſperance eftoit
perdue fans refource , les uns pâlirent
les autres baifferent la
tefte. On dit mefme que Céfar
fçachant que les Gaulois avoient
produit en la Perfonne de Louis
un fecond Mars pour la valeur ,
fe repentit de n'avoir pas détruit
toute leur race aprés qu'il les eut
défaits, Hercule ne put s'empefcher
de s'abandonner aux
plaintes , de ce qu'ayant terraffé
les Monftres , & remply toute
la Terre du bruit de fes furprenans
Exploits , il eftoit obligé
de ceder à un plus grand Con.
querant que luy . Achille fe montra
plus fenfible à la Gloire qu'à
Cij
28 Extraordinaire
l'Amour , car il témoigna en cette
occafion plus de colere , que
lors qu'Agamemnon luy ravit fa
belle Efclave . Pour les autres , ils
firent affez connoiſtre par leur
reffentiment la paffion qu'ils avoient
pour la gloire & pour
l'honneur. Mais quoy que cette
journée euft caufé beaucoup d'amertume
à ces grands courages ,
& que l'ambition ne leur duft
pas permettre de vouloir trop
de bien à un Vainqueur qui leur
enlevoit le prix par l'excellence
de fon merite , cependant com.
me fi l'admiration des vertus de
Louis les euft enlevez à leur
propre ambition , ils confefferent
qu'ils n'avoient point de regret
que la valeur fuft couronnée en
Louis LE GRAND . Hercule dit
du Mercure Galant. 29
tout haut que quelques honneurs
que l'on puft rendre à ce genereux
Monarque , ils eftoient bien
au deffous de fon merite . Achil
le ne fit point de difficulté d'avouer
que l'on ne pouvoit trop.
admirer un Prince qui avoit plus
fait en un an que les Heros les
plus illuftres én toute leur vie .
Pour Alexandre , ilfe contenta
de dire , que l'on voyoit briller
en Louis une Majeſté toute divine
; mais Annibal qui s'eftoit
vanté d'eftre le premier Homme
du monde , fut contraint de
confeffer , que la veritable gloire
n'eftoit deuë qu'à Louis , &
que c'eftoit eftre injufte que de
la luy vouloir difputer. La Victoi
re ayant remarqué auparavant
l'étonnement
que le feul afpect
C iij
30
Extraordinaire
de Loüis avoit fait naiftre dans
l'esprit de tous ces grands Capitaines,
& que fans avoir rien appris
de fes glorieux Exploits ; ils l'avoient
admiré comme uneDivini
té , & reconnoiffant de plus par
leurs dernieres paroles , que bien
loin de luy contefter une recompenfe
qu'il meritoit fans contredit,
ils avoüoient ingenument l'inégalité
d'avantages quife rencon
troient entre eux & un Prince fi
accomply , elle pria Jupiter de
luy envoyer le prix deſtiné pour
le plus illuftre de tous les Conquerans.
Jupiter envoya une
Couronne d'or par Mercure , qui
la porta à laVictoire,& fe fervit de
toute fon éloquence pour louer
l'invincible Monarque des François
car aprés avoir parle de fa.
du Mercure Galant. 31
valeur , de fa clemence , & de fon
amour pour les beaux Arts dont
il fe rendoit le Protecteur par
Feftime & les liberalitez , dontil
honoroit ceux qui y excelloient,
il s'arrefta fur fa bonté & fur fa
juſtice envers fes Sujets , qui bien
loin de fatiguer. Jupiter par
leurs
frequentes fupplications , comme
ils avoient fait dans les fiecles
precedens , ne luy adreffoient
plus que des Voeux , des Sacrifices
, & des actions de grace , en
reconnoiffance des faveurs dont
il les avoit comblez en leur don
nant un Monarque auffi aimable
, & auffi jufte que Lou 15.
De fi beaux Eloges partant d'une
bouche auffi éloquente que celle
de Mercure , n'auroient pas déplu
à tant de Conquerans , s'ils n'euf
C iiij
32
Extraordinaire
fent efté parties intereffées dans
cette affaire , & fi l'on en veut
croire la Renommée , ils interompirent
Mercure pour ſe plaindre
de la Victoire , qui fçachant
bien que Loüis les avoit ſurpaſfez
, tant par fa valeur que par
fon merite , & pouvant leur é
pargner la douleur de le voir
Couronner en leur prefence ,
n'avoit pas laiffé de les mander
pour venir recevoir la recompenfe
de leurs travaux. La Victoire
auroit bien pú fe paſſer de répondre
à leurs plaintes , mais
comme elle eftoit fage & prudente
, & qu'elle reconnoiffoit
bien que ce feroit accroitre leur
douleur que de ne pas faire femblant
de les entendre , elle leur
répondit mais avec affez de
du Mercure Galant .
33
fierté , que toute la Terre eftanc
informée des Conqueftes de
LOUIS LE GRAND , auffi bien
que du premier rang qu'il tenoit
par deffus tous les Conquerans
qui l'avoient devancé , il eftoit
bien jufte qu'ils appriffent à leur
tour à le tefpecter. En falloit-il
davantage pour défoler ces
Grands Capitaines ? Recevoir une
telle réponſe de la Victoire , qui
les avoit favorifez en tant d'oc.
cafions , c'eftoit à la verité une
rude atteinte , mais voir encore
pour comble de malheur couronner
leur Vainqueur par la
mefme Victoire , l'on peut dire .
que ce fut un coup de foudre
pour ces grands. courages , car
bien qu'ils euffent auparavant
cedé à Louis ce qu'ils ne luy
34
Extraordinaire
pouvoient difputer qu'à leur comfufion
, il eft aifé de juger que
ce fut plûtoft par contrainte que
de bonne grace. En effet eft il
croyable que l'ambition qui les
avoit toûjours emportez au delà
des bornes , euft efté fi prompte
ment éteinte en ces Conquerans ?
Il fembloit que la fortune prift
plaifir à les perfecuter , en ajoûtant
de nouveaux charmes à leur
Illuftre Vainqueur. L'éclat que
ce Soleil de juftice & de valeur
répandoit de tous coftez , é.
bloüit ces petits Aiglons qui fe
fioient un peu trop fur leurs for
ces, & fur leurs Conqueftes . L'afpect
d'un victorieux joint à la hon.
te d'eftre vaincus , les mit en un
eftat qu'il eft impoffible d'expri
mer.Jamais ils ne reffentirent tant
du Mercure Galant.
35.
de douleur qu'en cette journée.
Ce fut en vain qu'ils eurent recours
à la diffimulation , il eftoit.
aifé de lire leur trifteffe fur leurs
vilages . Ce n'eft pas qu'au plus
fort de leur chagrin ils n'euffent
en veneration l'Augufte Vainqueur
qui les avoit furmontez ,.
mais l'avidité naturelle qu'ils avoient
pour la gloire & pour les
louanges , leur fervoir de glaive
pour les tourmenter. Eux qui
regardoient au commencement
Louis avec tant d'admiration ,
ne purent foûtenir la veuë d'un
objet qui leur faifoit tant de confufion.
Ils fortirent fans prendre
congé de la Victoire. Céfar alla
du cofté d'Egypte ponr y trouver
quelque allégement à fa douleur ;
quelques- uns difent qu'il y cher..
36
Extraordinaire
cha Cleopatre , avec laquelle il
avoit autrefois paffé de fi doux
momens. Hercule eftoit fi préoccupé
de fon chagrin , que fans
fonger où il alloit , il fe trouva
au paffage du Fleuve d'Evene ,
mais ce luy fut un furcroift de
douleur , car il reconnut bien que
c'eftoit là l'endroit où le Çentaure
Neffus luy avoit donné des
marques de fa rage . Pour Alexandre
, le bruit courut qu'il eftoit
allé en Macedoine . L'on ne fçait
pas bien de quel costé les autres
tournerent. Cependant Lours
LE GRAND chargé de gloire &
d'honneur , & accompagné de la
Victoire , prit le chemin de Strafbourg.
Le mécontentement qu'il
avoit receu de cette Ville l'ayant
obligé a en tirer raifon par les
du Mercure Galant. 37
Armes , il fe preparoit à la punir
de fon audace & de fa temerité ;
mais fes Habitans ayant appris
les approches de ce redoutable
Vainqueur , & voyant bien que
toute refiftance eftoit inutile , fe
rendirent entierement , & pour
marque de leur foûmiſſion , ils luy
envoyerent les Clefs de la Ville.
Cét illuftre Heros dont la clemence
n'eft point limitée , les
receut en fa protection , & renvoya
leurs Députez avec des
conditions fi avantageufes & des
preuves fiévidentes de fa magnificence
& de fes liberalirez , qu'ils
publierent par tout qu'il y avoit
bien des Roys & des Princes
dans le Monde , mais qu'il étoit
impoffible qu'il y en euft un
feul , qui pût égaler en juſtice ,
38
Extraordinaire
.
en bonté , en clemence , & en valeur
, le puiffant Monarque des
François.
Par Louis LE GRAND ,
fur tous les Heros de l'Antiquité.
LA
A Victoire ayant fait connoiftre
en une Affemblée
des Dieux , qu'elle vouloit recompenfer
celuy de tous les He.
ros qui fe feroit le plus fignalé
par fes belles actions , en luy donpant
un prix qui puft égaler fon
merire , les Dieux furent tres
contens de cette propofition , &
Jupiter s'offrit mefme de donner
ce prix. Il députa Mercure pour
annoncer de fa part à tous ceux
qui pouroient y pretendre , qu'ils
euffent à fe trouver dans le Temdu
Mercure Galant. 19
ple de la Victoire , où l'on devoit
décider du merite de chaque
Heros en particulier , & recompenfer
celuy qui en en feroit
jugé le plus digne . Dés que
Mercure eut receu cét ordre , il
alla avertir tous les Conquerans
de venir recevoir la recompenſe
de leurs travaux. Chacun d'eux
fe trouva le plûtoft qu'il pût dans
ce Champ d'honneur , & mefme
ils furent fi ponctuels à executer
l'ordre qui leur avoit eſté donné,
qu'ils fe rendirent tous au mefme
temps à la porte du Temple
de la Victoire . Hercule , Achilles
, Céfar , Annibal , Alexandre
, Scipion , Pyrrus , Hector ,
& quantité d'autres attendoient
les ordres de cette grande Déef
fe pour entrer , lors qu'elle leur
Bij
20 Extraordinaire
1
vint ouvrir la porte de fon Temple.
D'abord Hercule voulut
paffer devant les autres , difant
qu'il avoit terraffé des Monftres,
& vaincu l'Hydre , & que quand
bien mefme il n'auroit pas receu
de fi grands avantages par fes
Conqueftes , le feul titre de Fils
de Jupiter luy fuffifoit pour eftre
preferé à tous les autres Conquerans.
Alexandre enfuite prit
la parole , difant qu'il ne devoit
pas eftre moins confideré , ayant
vaincu prefque tout l'Univers
& furmonté avec une poignée de
gens , les Armées les plus nombreuſes
; que s'il eftoit permis de
fe prevaloir de fa Naiffance , il
pouvoit fe vanter d'eſtre Fils de
Jupiter Hammon. Achilles difoit
qu'il ne fe glorifioit point d'eftre
du Mercure Galant. 21
Fils de la Deeffe Thetis , qui avoit
eu l'honneur d'eftre aymée
de Jupiter , que les marques glorieufes
qu'il avoit données de fon
courage , fur tout à la Guerre de
Troye , eftoient capables de le
faire diftinguer des plus Illuftres
Conquerans . Céfar tiroit fon
origine du Vaillant Enée , Fils .
de la Déeffe d'Amour , & diſoit
que Venus eftant Fille de Jupiter,
il avoit quelque raifon de fe
vanter d'eftre defcendu de Jupiter
; mais que la Naiffance , quel
que illuftre qu'elle pût eftre ,
eftoit un foible avantage fi elle
n'eftoit foûtenuë par un merite
particulier , & que s'eftant acquis
un renom immortel par fes Con .
queftes , il ne devoit point paffcr
aprés les autres. Scipion , An22
Extraordinaire
nibal , Hector & Pyrrus , relevoient
autant qu'il leur eftoit
poffible l'éclat de leur Naiffance
, & chacun d'eux fe glorifioit
d'avoir donné des preuves extraordinaires
de fa valeur. Sur
ces entrefaites la Victoire qui
avoit écouté toute leur difpute ,
& qui voyoit bien qu'elle pourroit
durer encore long - temps ,
les fit entrer , & aprés les avoir
mis chacun en leur place , elle
alla prendre la frenne en un lieu
plus élevé . Le Temple de la
Victoire eftoit un Edifice qui
devoit à bon droit paffer pour
un miracle de l'Art . Il eftoit
porté fur des Colomnes de Mar.
bre blanc , & les voûtes eftoient
enrichies de diverfes Hiftoires
repreſentées au naturel. On y
du Mercure Galant. 23
voyoit un grand nombre d'Autels
richement ornez & bien
qu'il n'y euft pas beaucoup de
Cierges allumez , l'éclat de l'or
& des pierreries y eftoit fi grand,
que le jour y euft paru à minuit .
C'eftoit unfpectacle affez agrea
ble pour les Conquerans que la
Victoire avoit fait entrer . De
quelque cofté qu'ils rournaffent
la veuë , ils trouvoient toujours
de quoy admirer mais l'objet
qui leur parut le plus digne d'admiration
, fut un Heros qui eftoit
aux coftez de la Victoire , qui
égaloit par fa bonne mine le plus
grand des Dieux , & ce qu'il y eut
de plus remarquable , c'eft que
ces grands Capitaines qui ne fon.
geoient auparavant qu'à contefter
ensemble à qui auroit la
;
24
Extraordinaire
préeminence , femblerent ſe reü.
nir tout à coup pour admirer un
fi grand Heros . Ils confeffoient
tous qu'ils n'avoient jamais rien
vû de plus beau que cét Invincible
( car c'eftoit le nom qu'ils
luy donnoient ) jugeant mefme
à fon port qu'il avoit fait des actions
furprenantes . Ils fe difoient
les uns aux autres que fon air n'é-
*toit pas d'un Mortel , & que fa
feule Majefté le mettoit au rang
des Dieux , mais ils en furent encore
bien plus perfuadez lors
qu'ils apprirent que c'eftoit
LOUIS LE GRAND ; qu'il eftoit
aux coſtez de la Victoire , parce
qu'elle & luy eſtoient infeparables
; que fes Victoires avoient
commencé avec fa Naiffance ,
& que vaincre & combattre n'é
toit
du Mercure Galant. 25
toit pour luy qu'une mefme chole
; que tout eftoit illuftre en
luy , & que s'il fe faifoit diftinguer
par la valeur , il n'en faifoit
pas moins par fes autres excellentes
qualitez , que fa Juſtice &
fa Prudence eftoient fans égales ;
que fes Bienfaits envers fes Sujets
auffi bien que fes Conquêtés
, n'avoient point de bornes ,
& qu'au milieu des plus ardentes
Guerres il ne laiffoit pas
de faire goûter à fes Peuples la
mefme douceur & les mefmes
délices que dans la plus grande
Paix , qu'enfin Lours eftoit le
modele des perfections ; qu'il étoit
Incomparable , Bon Magnanime
, Jufte ,Victorieux , toûjours
aimable , & toûjours aimé.
Tous ces Conquerans en
Q. d'Octobre 1685. C
>
26 Extraordinaire
tendant tant de merveilles de
s'ils
Loüis , jugeoient bieǹ que
avoient quelques pretentions au
Prix dont il s'agiffoit , il falloit
neceffairement les ceder à ce
Grand Monarque , qui en eftoit
d'autant plus digne , que la moindre
de fes Vertus furpaffoit de
beaucoup celles des plus fameux
Heros de l'Antiquité. Cependant
ils eftoient encore en balance
s'ils devoient luy difputer
le prix , lors que la Victoire leur
prefenta un Livre où eftoient
contenuës les actions heroïques
de cét illuftre Conquerant. Ce
fut pour lors que ces grands Capitaines
qui avoient toûjours efté
intrepides au milieu des plus
grands Combats , perdirent entierement
courage . Il eft impof
du Mercure Galant.
27
fible de dire l'effet que la lecture
des Conqueftes de Loüis
produifit dans leur efprit ; car
voyant que leur eſperance eftoit
perdue fans refource , les uns pâlirent
les autres baifferent la
tefte. On dit mefme que Céfar
fçachant que les Gaulois avoient
produit en la Perfonne de Louis
un fecond Mars pour la valeur ,
fe repentit de n'avoir pas détruit
toute leur race aprés qu'il les eut
défaits, Hercule ne put s'empefcher
de s'abandonner aux
plaintes , de ce qu'ayant terraffé
les Monftres , & remply toute
la Terre du bruit de fes furprenans
Exploits , il eftoit obligé
de ceder à un plus grand Con.
querant que luy . Achille fe montra
plus fenfible à la Gloire qu'à
Cij
28 Extraordinaire
l'Amour , car il témoigna en cette
occafion plus de colere , que
lors qu'Agamemnon luy ravit fa
belle Efclave . Pour les autres , ils
firent affez connoiſtre par leur
reffentiment la paffion qu'ils avoient
pour la gloire & pour
l'honneur. Mais quoy que cette
journée euft caufé beaucoup d'amertume
à ces grands courages ,
& que l'ambition ne leur duft
pas permettre de vouloir trop
de bien à un Vainqueur qui leur
enlevoit le prix par l'excellence
de fon merite , cependant com.
me fi l'admiration des vertus de
Louis les euft enlevez à leur
propre ambition , ils confefferent
qu'ils n'avoient point de regret
que la valeur fuft couronnée en
Louis LE GRAND . Hercule dit
du Mercure Galant. 29
tout haut que quelques honneurs
que l'on puft rendre à ce genereux
Monarque , ils eftoient bien
au deffous de fon merite . Achil
le ne fit point de difficulté d'avouer
que l'on ne pouvoit trop.
admirer un Prince qui avoit plus
fait en un an que les Heros les
plus illuftres én toute leur vie .
Pour Alexandre , ilfe contenta
de dire , que l'on voyoit briller
en Louis une Majeſté toute divine
; mais Annibal qui s'eftoit
vanté d'eftre le premier Homme
du monde , fut contraint de
confeffer , que la veritable gloire
n'eftoit deuë qu'à Louis , &
que c'eftoit eftre injufte que de
la luy vouloir difputer. La Victoi
re ayant remarqué auparavant
l'étonnement
que le feul afpect
C iij
30
Extraordinaire
de Loüis avoit fait naiftre dans
l'esprit de tous ces grands Capitaines,
& que fans avoir rien appris
de fes glorieux Exploits ; ils l'avoient
admiré comme uneDivini
té , & reconnoiffant de plus par
leurs dernieres paroles , que bien
loin de luy contefter une recompenfe
qu'il meritoit fans contredit,
ils avoüoient ingenument l'inégalité
d'avantages quife rencon
troient entre eux & un Prince fi
accomply , elle pria Jupiter de
luy envoyer le prix deſtiné pour
le plus illuftre de tous les Conquerans.
Jupiter envoya une
Couronne d'or par Mercure , qui
la porta à laVictoire,& fe fervit de
toute fon éloquence pour louer
l'invincible Monarque des François
car aprés avoir parle de fa.
du Mercure Galant. 31
valeur , de fa clemence , & de fon
amour pour les beaux Arts dont
il fe rendoit le Protecteur par
Feftime & les liberalitez , dontil
honoroit ceux qui y excelloient,
il s'arrefta fur fa bonté & fur fa
juſtice envers fes Sujets , qui bien
loin de fatiguer. Jupiter par
leurs
frequentes fupplications , comme
ils avoient fait dans les fiecles
precedens , ne luy adreffoient
plus que des Voeux , des Sacrifices
, & des actions de grace , en
reconnoiffance des faveurs dont
il les avoit comblez en leur don
nant un Monarque auffi aimable
, & auffi jufte que Lou 15.
De fi beaux Eloges partant d'une
bouche auffi éloquente que celle
de Mercure , n'auroient pas déplu
à tant de Conquerans , s'ils n'euf
C iiij
32
Extraordinaire
fent efté parties intereffées dans
cette affaire , & fi l'on en veut
croire la Renommée , ils interompirent
Mercure pour ſe plaindre
de la Victoire , qui fçachant
bien que Loüis les avoit ſurpaſfez
, tant par fa valeur que par
fon merite , & pouvant leur é
pargner la douleur de le voir
Couronner en leur prefence ,
n'avoit pas laiffé de les mander
pour venir recevoir la recompenfe
de leurs travaux. La Victoire
auroit bien pú fe paſſer de répondre
à leurs plaintes , mais
comme elle eftoit fage & prudente
, & qu'elle reconnoiffoit
bien que ce feroit accroitre leur
douleur que de ne pas faire femblant
de les entendre , elle leur
répondit mais avec affez de
du Mercure Galant .
33
fierté , que toute la Terre eftanc
informée des Conqueftes de
LOUIS LE GRAND , auffi bien
que du premier rang qu'il tenoit
par deffus tous les Conquerans
qui l'avoient devancé , il eftoit
bien jufte qu'ils appriffent à leur
tour à le tefpecter. En falloit-il
davantage pour défoler ces
Grands Capitaines ? Recevoir une
telle réponſe de la Victoire , qui
les avoit favorifez en tant d'oc.
cafions , c'eftoit à la verité une
rude atteinte , mais voir encore
pour comble de malheur couronner
leur Vainqueur par la
mefme Victoire , l'on peut dire .
que ce fut un coup de foudre
pour ces grands. courages , car
bien qu'ils euffent auparavant
cedé à Louis ce qu'ils ne luy
34
Extraordinaire
pouvoient difputer qu'à leur comfufion
, il eft aifé de juger que
ce fut plûtoft par contrainte que
de bonne grace. En effet eft il
croyable que l'ambition qui les
avoit toûjours emportez au delà
des bornes , euft efté fi prompte
ment éteinte en ces Conquerans ?
Il fembloit que la fortune prift
plaifir à les perfecuter , en ajoûtant
de nouveaux charmes à leur
Illuftre Vainqueur. L'éclat que
ce Soleil de juftice & de valeur
répandoit de tous coftez , é.
bloüit ces petits Aiglons qui fe
fioient un peu trop fur leurs for
ces, & fur leurs Conqueftes . L'afpect
d'un victorieux joint à la hon.
te d'eftre vaincus , les mit en un
eftat qu'il eft impoffible d'expri
mer.Jamais ils ne reffentirent tant
du Mercure Galant.
35.
de douleur qu'en cette journée.
Ce fut en vain qu'ils eurent recours
à la diffimulation , il eftoit.
aifé de lire leur trifteffe fur leurs
vilages . Ce n'eft pas qu'au plus
fort de leur chagrin ils n'euffent
en veneration l'Augufte Vainqueur
qui les avoit furmontez ,.
mais l'avidité naturelle qu'ils avoient
pour la gloire & pour les
louanges , leur fervoir de glaive
pour les tourmenter. Eux qui
regardoient au commencement
Louis avec tant d'admiration ,
ne purent foûtenir la veuë d'un
objet qui leur faifoit tant de confufion.
Ils fortirent fans prendre
congé de la Victoire. Céfar alla
du cofté d'Egypte ponr y trouver
quelque allégement à fa douleur ;
quelques- uns difent qu'il y cher..
36
Extraordinaire
cha Cleopatre , avec laquelle il
avoit autrefois paffé de fi doux
momens. Hercule eftoit fi préoccupé
de fon chagrin , que fans
fonger où il alloit , il fe trouva
au paffage du Fleuve d'Evene ,
mais ce luy fut un furcroift de
douleur , car il reconnut bien que
c'eftoit là l'endroit où le Çentaure
Neffus luy avoit donné des
marques de fa rage . Pour Alexandre
, le bruit courut qu'il eftoit
allé en Macedoine . L'on ne fçait
pas bien de quel costé les autres
tournerent. Cependant Lours
LE GRAND chargé de gloire &
d'honneur , & accompagné de la
Victoire , prit le chemin de Strafbourg.
Le mécontentement qu'il
avoit receu de cette Ville l'ayant
obligé a en tirer raifon par les
du Mercure Galant. 37
Armes , il fe preparoit à la punir
de fon audace & de fa temerité ;
mais fes Habitans ayant appris
les approches de ce redoutable
Vainqueur , & voyant bien que
toute refiftance eftoit inutile , fe
rendirent entierement , & pour
marque de leur foûmiſſion , ils luy
envoyerent les Clefs de la Ville.
Cét illuftre Heros dont la clemence
n'eft point limitée , les
receut en fa protection , & renvoya
leurs Députez avec des
conditions fi avantageufes & des
preuves fiévidentes de fa magnificence
& de fes liberalirez , qu'ils
publierent par tout qu'il y avoit
bien des Roys & des Princes
dans le Monde , mais qu'il étoit
impoffible qu'il y en euft un
feul , qui pût égaler en juſtice ,
38
Extraordinaire
.
en bonté , en clemence , & en valeur
, le puiffant Monarque des
François.
Fermer
Résumé : PRIX REMPORTÉ Par LOÜIS LE GRAND, sur tous les Heros de l'Antiquité.
La Victoire décide de récompenser le héros le plus méritant de l'Antiquité. Jupiter envoie Mercure convoquer des héros célèbres tels que Hercule, Alexandre, Achille, César, Hannibal, Scipion, Pyrrhus et Hector. Chaque héros présente ses exploits et sa lignée divine. La Victoire introduit ensuite Louis le Grand, récompensé pour ses victoires incessantes, sa justice, sa prudence et ses bienfaits envers ses sujets. Les héros admirent sa majesté et reconnaissent sa supériorité. La Victoire montre un livre contenant les actions héroïques de Louis, ce qui provoque un profond désarroi parmi les héros. César regrette de ne pas avoir anéanti les Gaulois, Hercule se plaint de devoir céder à un conquérant plus grand, et Achille manifeste plus de colère face à cette révélation qu'envers Agamemnon. Tous admettent finalement la supériorité de Louis. La Victoire demande à Jupiter de lui attribuer le prix, et Jupiter envoie une couronne d'or via Mercure, louant la valeur, la clémence, l'amour pour les arts, la bonté et la justice de Louis. Les héros, malgré leur amertume, acceptent la suprématie de Louis, couronné par la Victoire. Le texte décrit également la réaction des figures historiques face à la victoire de Louis XIV, surnommé 'le Soleil de justice & de valeur'. César, Hercule et Alexandre quittent la scène de leur défaite. Louis se dirige vers Strasbourg, qui se rend sans résistance. Il accepte la soumission des habitants avec clémence et générosité, soulignant ainsi sa justice, sa bonté et sa valeur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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994
p. 71-87
DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Début :
Ce que l'on nous conte du Phenix est-ce une verité [...]
Mots clefs :
Phénix, Nature, Esprit humain, Créatures, Âme, Oiseau, Prodige, Auteurs, Plumes, Ailes, Miracles, Mystère, Espèces, Monarque, Victoire, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
DU PHENIX.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
Fermer
Résumé : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Le texte aborde l'existence du Phénix, un oiseau légendaire, en discutant de sa réalité ou de sa fiction. L'auteur explore diverses hypothèses sur sa nature et sa localisation, soulignant que l'homme crée souvent des êtres imaginaires pour satisfaire sa curiosité. Il examine les arguments contre l'existence du Phénix, tels que son absence dans l'Arche de Noé et la nécessité de reproduction conventionnelle, mais suggère que l'âme humaine peut distinguer le réel de l'imaginaire. Il mentionne également des phénomènes rares en nature et la possibilité que Dieu préserve des créatures uniques. Le Phénix est décrit avec une apparence majestueuse : une tête couronnée de plumes, un collier d'or et de plumes blanches, un corps bleu comme des saphirs, et des ailes pourpres ornées de pierreries. Il meurt après mille ans, se sacrifiant sur un bûcher de bois odoriférants, et renaît de ses cendres, un processus respecté par la nature et observé en Égypte. Le texte compare ensuite le roi de France au Phénix, soulignant ses qualités exceptionnelles et ses actions modérées malgré ses victoires militaires. Les autres souverains suivent son exemple, et l'Europe se pacifie grâce à son initiative de paix. Le roi est ainsi vu comme ayant vaincu la victoire elle-même en choisissant de régner par ses vertus plutôt que par la force.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
995
p. 110-146
ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
Début :
C'Est une chose assez surprenante, Monsieur, que de tant de [...]
Mots clefs :
Langue universelle, Lettres, Chiffres, Expressions, Caractères, Auxiliaire, Accents, Verbes, Signification, Exemples, Ouvrages, Méthode, Prononciation, Écritures, Diphtongue, Terminaisons, Règles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
ENTIERE EXPOSITION
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
Fermer
Résumé : ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
Dans une lettre datée du 20 novembre 1685, l'auteur exprime sa surprise face à l'absence de réponses à son énigme publiée dans le *Mercure Galant*, qui traitait des chiffres arabes ou indiens comme caractères universels. Cette idée avait déjà été explorée par plusieurs auteurs, notamment Sorel en 1640. Deux amis parisiens apportent des informations complémentaires : l'abbé Br... mentionne un livre de 1664 du jésuite Schott qui évoque trois auteurs ayant travaillé sur l'écriture universelle, tandis que Monsieur No. parle des travaux de George Dalgarno et John Wilkins en 1680. L'auteur reconnaît la diversité des dispositions possibles pour une écriture universelle. Il fait également référence au Père Besnier, qui étudie l'arménien vulgaire, mais avec un objectif différent. L'auteur décrit ensuite deux langues basées sur les chiffres, détaillant leurs règles grammaticales et orthographiques, ainsi que l'utilisation des accents et des chiffres auxiliaires. La première langue utilise trois expressions distinctes pour les accents aigus, tandis que la seconde traite différemment la voyelle 'é' et les diphtongues 'eû' et 'oy'. L'auteur cite une phrase biblique et fournit les caractères numéraux correspondants dans la seconde langue, soulignant ainsi son potentiel universel. Il prévoit de clarifier certains passages et de compléter son ouvrage dans un prochain numéro du *Mercure Galant*.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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996
p. 163-170
NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
Début :
De tout temps les Physiciens ont cherché la Pierre Philosophale ; [...]
Mots clefs :
Centre de gravité, Demi-cercle, Polygones, Triangle, Cercle inscrit, Cercle circonscrit, Géométrie, Rectangle, Isocèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
NOUVELLE
Découverte du Centre de Gravite
du Demy- Cercle , pour
la Quadrature du Cercle
propofé
aux Geometres par M.
Tarragon Profeffeurdes Ma
thematiques à Paris.
D
a
E tout temps les Phyficiens
ont cherché la Pierre Philofophale
; Les Méchaniciens le
Mouvement perpetuel Artificiel ,
& les Géometres la
Quadrature
du Cercle.
Tant d'Illuftres Sçavans Geometres
ont travaillé pour la ré.
O ij
154
Extraordinaire
folution de ce dernier Problême
qu'on m'accufera fans doute de temerité
d'avoir ofé l'entreprendre ;
mais comme la recherche de ce
qui eft fublime & tres - difficile ,
eft du moins quelque chofe , j'ofe
me prometre que les Sçavans auront
la bonté d'agréer la part que
je leur fais icy de ma penſée , &
qu'en échange ils me feront fçavoir
leurs fentimens fur ce que
j'avance , & qui eft contenu dans
la figure .
DEFINITION.
1. Le Centre de Gravité du
Demy. Cercle eſt un point par
lequel eftant fufpendu il demeure
en repos
& en équilibre dans
quelque fituation qu'on le met
te .
2. La fomme des deux Bras de
du Mercure Galant. 165
1
la Balance , qui divife le Demy-
Cercle en deux parties égales , fe
nomme Ligne de Direction ; lorf
que le Demy - Cercle eft élevé
verticalement , & que fon Dia
metre A E eſt de Niveau.
3. J'entens par Poligones reguliers
Infcrits & Circonfcrits au
Demy- Cercle , la moitié de tous
les Poligones reguliers , Infcrits
& Circonfcrits au Cercle entier.
AXIOMES.
1. Le centre de Gravité du
Demy- cercle , eft entre tous les
Poligones infinis , tant infcrits que
circonfcrits au Demy- cercle .
2, Si deux Barres de Gravité
infinis de tous les Poligones reguliers
infinis , tant infcrits que cir
conſcrits au Demy.cercle fe cou
le centre de Gravité du
pent ;
166 Extraordinaire
Demy.cercle eft dans leurs com.
mune Section , à plus forte raiſon
fi trois Barres de Gravité infinis
fe coupent , leur commune Se
ction fera auffi le centre de Gravité
du Demy- cercle .
3. Les pefanteurs tant Mathematiques
que Phyfiques qui demeurent
par tout en équilibre ,
font en raifon reciproques des
Bras de la Balance .
PROBLEME.
Le Demy - cercle ASE eftant donné
trouver Géometriquement fon centre
de Gravité.
CONSTRUCTION.
Divisez le Demy- cercle en deux
également au points , par le rayon
PS,qui fera la Ligne de Direction ;
tirez les lignes AS , SE , le triangle
AS E, fera la moitié du Quadu
Mercure Galant . 167
ré infcrits au Cercle . Divifez
chaque quart de Cercle en deux
parties égales par les lignes ponctuées
: Circonfcrivez , le triangle
rectangle Ifofcelle TBD au
demy.cercle ASE il fera la moitié
du quarré Circonfcrit à tout le
Cercle. Trouvez le centre de
Gravité L , du triangle SEP , par
la 24. p. des Equiponderants d'Archimede.
Faites PM égale à PL ,
tirez la Barre de Gravité ML, qui
coupentla ligne de Dirrection SP
au point R , ce point R fera le centre
de Gravité du triangle ASE
infcrit au demy.cercle . Trouvez
le centre de Gravité o du triangle
rectangle Ifofcelle PBD. Faites
PI égalle à PO , tirez la Barre
de Gravité of qui coupent la li
gne de direction BP au point G
168 Extraordinaire.
ce point G fera le centre de Gra
vité du Triangle Rectangle Ifofcelle
Circonfcrit au Demy- cercle
, tirez les Barres de Gravité
ΜΟMO , IL leur commune Section
4 des Barres de Gravité , eft le centre
de Gravité du Demy.cercle
ce qu'il faifoit faire .
DEMONSTRATION.
Comme tous les Poligones in
fcrits au quart & au Demy- cer.
cle au deffus du Quarré , excédent
la fuperficie du quarré inf
crit au Demy- cercle ; Ainfi tous
les centres de Gravité de tous
les Poligones infinis infcrits aut
quart de Cercle , feront tous audeffus
des centres de Gravité L
& M dans les lignes ponctuées
PL , PM. Donc tous les centres
de Gravité de tous les Poligones
infinis
du Mercure Galant. 169
au
infinis infcrits au Demy- cercle ,
fe trouveront audeffus du centre
de Gravité R du triangle ASE.
De mefme que tous les Poligones
infinis audeffus du Quarré
Circonfcrit au quart & au Demycercle
, défaillant de la fuperficie
du Quarré Circonfcrit au quart
& au Demy cercle ; tous les centres
de Gravité infinis de tous les
Poligones reguliers infinis
quart de Cercle fe trouveront
audeffous des centres de Gravité
o & I: Donc tous les centres de
Gravité infinis de tous les Poligones
reguliers infinis Circonfcrits
au Demy- cercle fe trouve
ront audeffous du centre de Gravité
G ; Donc GR , ON , & LI
font les Barres de Gravité infinis
de tous les Poligones reguliers in-
Q. d'Octobre 1685.
P
"
170
Extraordinaire
+22407
finis tant infcrits que circonfcrits
au Demy- cercle . Mais par le premier
Axiome , le centre de Gravité
, fe trouve dans l'infinité de
tous les Poligones reguliers , tant
infcrits que circonfcrits ; & par le
deuxième il fe trouve dans la
commune Section des Barres infinis
GR , OM , IL ; mais leur
commune Section eft au pointa ,
donc le point a eft le centre de
Gravité du Demy- cercle, ce qu'il
falloit démonftrer . Donc les Bras
de la Balance Pa , as , font entre
eux comme les pefanteurs Mathematiques
, qui conftituent l'équi
libre par le troifiéme Axiome.
Découverte du Centre de Gravite
du Demy- Cercle , pour
la Quadrature du Cercle
propofé
aux Geometres par M.
Tarragon Profeffeurdes Ma
thematiques à Paris.
D
a
E tout temps les Phyficiens
ont cherché la Pierre Philofophale
; Les Méchaniciens le
Mouvement perpetuel Artificiel ,
& les Géometres la
Quadrature
du Cercle.
Tant d'Illuftres Sçavans Geometres
ont travaillé pour la ré.
O ij
154
Extraordinaire
folution de ce dernier Problême
qu'on m'accufera fans doute de temerité
d'avoir ofé l'entreprendre ;
mais comme la recherche de ce
qui eft fublime & tres - difficile ,
eft du moins quelque chofe , j'ofe
me prometre que les Sçavans auront
la bonté d'agréer la part que
je leur fais icy de ma penſée , &
qu'en échange ils me feront fçavoir
leurs fentimens fur ce que
j'avance , & qui eft contenu dans
la figure .
DEFINITION.
1. Le Centre de Gravité du
Demy. Cercle eſt un point par
lequel eftant fufpendu il demeure
en repos
& en équilibre dans
quelque fituation qu'on le met
te .
2. La fomme des deux Bras de
du Mercure Galant. 165
1
la Balance , qui divife le Demy-
Cercle en deux parties égales , fe
nomme Ligne de Direction ; lorf
que le Demy - Cercle eft élevé
verticalement , & que fon Dia
metre A E eſt de Niveau.
3. J'entens par Poligones reguliers
Infcrits & Circonfcrits au
Demy- Cercle , la moitié de tous
les Poligones reguliers , Infcrits
& Circonfcrits au Cercle entier.
AXIOMES.
1. Le centre de Gravité du
Demy- cercle , eft entre tous les
Poligones infinis , tant infcrits que
circonfcrits au Demy- cercle .
2, Si deux Barres de Gravité
infinis de tous les Poligones reguliers
infinis , tant infcrits que cir
conſcrits au Demy.cercle fe cou
le centre de Gravité du
pent ;
166 Extraordinaire
Demy.cercle eft dans leurs com.
mune Section , à plus forte raiſon
fi trois Barres de Gravité infinis
fe coupent , leur commune Se
ction fera auffi le centre de Gravité
du Demy- cercle .
3. Les pefanteurs tant Mathematiques
que Phyfiques qui demeurent
par tout en équilibre ,
font en raifon reciproques des
Bras de la Balance .
PROBLEME.
Le Demy - cercle ASE eftant donné
trouver Géometriquement fon centre
de Gravité.
CONSTRUCTION.
Divisez le Demy- cercle en deux
également au points , par le rayon
PS,qui fera la Ligne de Direction ;
tirez les lignes AS , SE , le triangle
AS E, fera la moitié du Quadu
Mercure Galant . 167
ré infcrits au Cercle . Divifez
chaque quart de Cercle en deux
parties égales par les lignes ponctuées
: Circonfcrivez , le triangle
rectangle Ifofcelle TBD au
demy.cercle ASE il fera la moitié
du quarré Circonfcrit à tout le
Cercle. Trouvez le centre de
Gravité L , du triangle SEP , par
la 24. p. des Equiponderants d'Archimede.
Faites PM égale à PL ,
tirez la Barre de Gravité ML, qui
coupentla ligne de Dirrection SP
au point R , ce point R fera le centre
de Gravité du triangle ASE
infcrit au demy.cercle . Trouvez
le centre de Gravité o du triangle
rectangle Ifofcelle PBD. Faites
PI égalle à PO , tirez la Barre
de Gravité of qui coupent la li
gne de direction BP au point G
168 Extraordinaire.
ce point G fera le centre de Gra
vité du Triangle Rectangle Ifofcelle
Circonfcrit au Demy- cercle
, tirez les Barres de Gravité
ΜΟMO , IL leur commune Section
4 des Barres de Gravité , eft le centre
de Gravité du Demy.cercle
ce qu'il faifoit faire .
DEMONSTRATION.
Comme tous les Poligones in
fcrits au quart & au Demy- cer.
cle au deffus du Quarré , excédent
la fuperficie du quarré inf
crit au Demy- cercle ; Ainfi tous
les centres de Gravité de tous
les Poligones infinis infcrits aut
quart de Cercle , feront tous audeffus
des centres de Gravité L
& M dans les lignes ponctuées
PL , PM. Donc tous les centres
de Gravité de tous les Poligones
infinis
du Mercure Galant. 169
au
infinis infcrits au Demy- cercle ,
fe trouveront audeffus du centre
de Gravité R du triangle ASE.
De mefme que tous les Poligones
infinis audeffus du Quarré
Circonfcrit au quart & au Demycercle
, défaillant de la fuperficie
du Quarré Circonfcrit au quart
& au Demy cercle ; tous les centres
de Gravité infinis de tous les
Poligones reguliers infinis
quart de Cercle fe trouveront
audeffous des centres de Gravité
o & I: Donc tous les centres de
Gravité infinis de tous les Poligones
reguliers infinis Circonfcrits
au Demy- cercle fe trouve
ront audeffous du centre de Gravité
G ; Donc GR , ON , & LI
font les Barres de Gravité infinis
de tous les Poligones reguliers in-
Q. d'Octobre 1685.
P
"
170
Extraordinaire
+22407
finis tant infcrits que circonfcrits
au Demy- cercle . Mais par le premier
Axiome , le centre de Gravité
, fe trouve dans l'infinité de
tous les Poligones reguliers , tant
infcrits que circonfcrits ; & par le
deuxième il fe trouve dans la
commune Section des Barres infinis
GR , OM , IL ; mais leur
commune Section eft au pointa ,
donc le point a eft le centre de
Gravité du Demy- cercle, ce qu'il
falloit démonftrer . Donc les Bras
de la Balance Pa , as , font entre
eux comme les pefanteurs Mathematiques
, qui conftituent l'équi
libre par le troifiéme Axiome.
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Résumé : NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
Le texte expose une découverte mathématique relative à la quadrature du cercle, un problème anciennement exploré par les géomètres. M. Tarragon, professeur de mathématiques à Paris, propose une solution innovante fondée sur le centre de gravité du demi-cercle. Il introduit plusieurs concepts essentiels : le centre de gravité du demi-cercle, la ligne de direction, ainsi que les polygones réguliers inscrits et circonscrits au demi-cercle. Le problème central est de déterminer géométriquement le centre de gravité d'un demi-cercle donné. La méthode de construction implique la division du demi-cercle et le tracé de lignes spécifiques pour identifier les centres de gravité de triangles particuliers. La démonstration prouve que les centres de gravité de tous les polygones infinis inscrits et circonscrits au demi-cercle se situent respectivement au-dessus et en dessous de certains points précis. Cette observation confirme que le point commun des barres de gravité est effectivement le centre de gravité du demi-cercle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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997
p. 176-194
LE DEUIL RIDICILE. A MONSIEUR LE COMTE DE C.
Début :
VOicy donc, Monsieur, l'Historiete que vous voulez sçavoir. Si elle [...]
Mots clefs :
Marquise , Dames, Comtesse, Ridicule, Patriarche, Beauté, Décès, Étrangers, Angleterre, Grizolin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE DEUIL RIDICILE. A MONSIEUR LE COMTE DE C.
LE DEUIL RIDICULE.
A MONSIEVR LE COMTE DE C.
V
Oicy donc, Monfieur , l'Hiftoriete
que vous voulez
fçavoir. Si elle vous a diverty
lorfqu'on ne vous la racontée
qu'imparfaitement ,j'efpere qu'el
le vous donnera le plaifir tout
entier , quand je vous en auray
fait le recit , moy qui en ay eſté
le témoin occulaire , & qui vais
en eftre le fidelle Hiftorien . Mais
pour vous la faire mieux entendre
, il faut que je vous faffe auparavant
le Portrait des deux
Dames qui y ont intereft. Vous
du Mercure Galant. 177
2
a vez entendu parler d'elles plufieurs
fois , mais vous ne les avez
pas connues , & vous ne ferez pas
faché que je vous apprenne comment
elles eftoient faites.
Madame la Comteffe de M...
eftoit laide , mais elle avoit l'efprit
vafte & élevé , & joignoit
un grand fçavoir à une grande
naiffance . Comme elle avoit le
coeur noble & genereux , fa vertu
, ſa ſcience & fa qualité faifoient
toute fon occupation , & la deffus
elle dormoit la graffe matinée
fans fe mettre en peine de la fortune
, & de tous les biens de ce
monde . Mais auffi comme elle
eftoit fort liberale , & d'une
grande dépenſe , elle auroit eu
peine à fubfifter dans fa vieilleffe ,
fans le fecours d'une perfonne
י כ
178 Extraordinaire
tres.confiderable , qui l'honora
toûjours & l'affifta jufqu'à fa
mort. Voilà quelle eftoit Madame
la Comteffe de M... Voicy
à peu près ce qu'eftoit Madame
la Marquife P .... Elle avoit cfté
belle , & d'une beauté , qui luy
dura jufqu'à la fin de ſes jours ,
malgré l'accident qui luy arriva.
Une Dame fa Parente qui eftoit
jaloufe d'elle & de fon Mary , &
qui ne pouvoit luy pardonner fa
beauté , parce qu'elle eftoit laide,
luy donna de l'eau de chaux fei.
gnant que c'eftoit une eau admirable
pour le teint . La Marquife
s'en fervit fur fa bonne foy , & il
luy en demeura de facheufes marques
, nonobftant tous les Remedes
que les
Medecins luy pûrent
faire. Elle avoit l'efprit noble ,
du Mercure Galant. 179
ނ
vif
remuant l'ame grande ,
hardie , courageufe , & de com .
mandement ; auffi vivoit elle
comme une petite Souveraine ;
& dans un Chafteau de Carte ,
elle eftoit devenue la terreur de
fes Voifins & des Etrangers qui
abordoient cette cofte de la Mer
où elle demeuroit ; & d'où en un
befoin , elle auroit donné des loix
à toute la Terre . Nous voyons encore
icy une vieille Demoiſelle
qui executoit les ordres , & qu'elle
nommoit fi plaifamment fon
Eminence , faifant allufion aux
Miniftres qui gouvernoient l'Etat
de fon temps. Enfin on peut
dire qu'avec toute la beauté de
fon Sexe , elle avoit tout l'efprit
& le courage du noſtre ainfi
qu'elle le fit voir pendant le regne
180 Extraordinaire
de Cromvel , & de la Republique
d'Angleterre.
Vous me demanderez fans dou.
te , ce qu'elle avoit à démefler
avec ces gens là ? Je m'en vais vous
le dire , mais ne m'accufez pas
de faire icy un trop long Avant
propos , & vous fouvenez que
nos Entretiens ne doivent pas.
eftre fi reguliers. Pour moy , je
croy qu'il fuffit qu'on dife bien les
chofes , qu'on ne perde rien au
change , & que ce qu'on dit vaille
mieux que ce qu'on publie à
dire. Cela eftant , Monfieur , voicy
quel fut le démeflé de la Marquife
avec Cromvel & le Parlement
d'Angleterre . Son Gendre
qui eftoit un grand Seigneur du
Maine , & qui avoit beaucoup
d'argent , s'avifa d'envoyer des
du Mercure Galant. 181
Toiles de Laval , aux Ifles de
Gerley qui tenoient encore en
ce temps - là pour le feu Roy de
la Grand' Bretagne. Il fit donc
charger un Vaiffeau de ces Toiles
, croyant y faire un profit confiderable
; mais par malheur pour
luy , un Armateur Anglois qui
couroit la Cofte , fe faifit du Bâ.
timent pour la Republique , & le
mena à Londres . Ce pauvre Seigneurfe
trouva fort trompé dans
fon pretendu Negoce ; mais la
Marquife habile & pleine d'invention
fit arrefter auffi - toft
tous les Baftimens Anglois qui
trafiquoient fur fon gravage , &
fe faifit des hommes & des effets ;
aprés qnoy elle écrivit à Cromvel
& au Parlement
, pour
faire rendre les Toiles de fon
"
fe
182 Extraordinaire
Beau- Fils qu'elle reclamoit à elle,
& c'eft dans cette Lettre qu'elle
mit donné en noftre Principauté de
Pyrou le trentiéme de .... Ce trait
hardy reüffit , & à la priere des
Marchands Anglois , le Vaiffeau
& les Toiles furent reftituez , accompagnez
d'une Lettre pleine
de reſpect & de civilité , dans laquelle
Cromvel & le Parlement
la qualifierent de Princeffe & de
Souveraine , mais revenons à nô.
tre Sujet.
Ces deux Dames dont je viens
de vous faire la peinture , eftoient
parentes & voiſines ; mais l'incli .
nation qu'elles avoient toutes
deux pour les Chiens , avoit fait
leur plus grande union . La Comteffe
avoit un Chien favory qu'elle
nommoit Grizolir . La Mar.
du Mercure Galant. 183
quife à fon imitation , avoit nommé
Bichete une Chienne dont
elle eftoit folle , car la lecture des
Livres fabuleux , luy avoit tellement
gafté l'efprit là- deffus
qu'elle crut long - temps la Metempficofe
, & qu'aprés fa mort
fon Ame pafferoit dans le corps
de quelque belle Chienne. Vous
eftes malicieux , me direz vous ,
d'accufer cette Dame de l'erreur
des
Pytagoriciens , elle eftoit trop
bonne
Chreftienne pour cela , &
je penfe que la
Metamphicoſe
n'eftoit pas ce qu'elle entendoit
le mieux. J'en demeure d'accord
avec vous , Monfieur , mais
elle fçavoit tout , & je n'avance
rien dont tout le monde n'ait là
connoiffance auffi - bien que moy.
Mais vous me troublez , ou plû184
Extraordinaire
toft je me trouble moy.mefme,
Je ne fçay plus où j'en eftois ; à
Bichete ce me femble.
j
Ces Dames refolurent un jour,
qu'il ne falloit pas que deux
Chiens de cette qualité laiffaf
fent une pofterité baftarde &
roturiere , & s'abandonnaflent
à d'indignes amours. Pour cér
effet , elles firent le Mariage
de Grizolin & de Bichere , d'où
fortit une nombreufe Famille
Mais enfin Grizolin chargé
d'honneurs & d'années fubit la
rigueur des Parques , & defcendit
dans le Tombeau. La Marquife
qui eftoit à la Campagne ,
ayant appris cette trifte nouvelle,
m'écrivit pour aller voir la Com.
teffe, & luy marquer la part qu'elle
prenoit à fa douleur fur la mort
du Mercure Galant. 185
du
pauvre
Grizolin. Pour moy,
qui n'ay jamais pû me vaincre
fur la foibleffe des autres , & qui
abhorre le ferieux ridicule , je me
deffendis de ce Compliment
, mais
je fus bien trompé , lorfque le
mefme jour à onze heures du foir ,
la Marquife
arriva chez moy
feule dans fa Littiere avec cinq
Chiens. Je ne fus point furpris
de la voir en cét équipage , parce
que fa Meute la fuivoit toû
jours ; & je crûs que quelque
grande affaire l'avoit obligée de
fe mettre en chemin à l'heure qu'il
eftoit , mais le lendemain
matin
fitoft qu'elle fut habillée
, elle
me dit que je luy donnaffe
la
main pour aller chez la Comtef
fe , quelle eftoit venue exprés
pour la confoler , puifque je n'en
2. d'Octobre
, 1685. &
186 Extraordinaire
avois voulu rien faire , & comme
il n'y avoit que la rue à traverſer,
nous y allâmes à pied , mais elle
fit fuivre des Porteurs fans que je
n'en apperceuffe , & ces Porteurs
qui avoient mis tous fes Chiens
dans une Chaife , avoient ordre
de les faire entrer dans la Chambre
de la Comteffe en mefme
temps que nous .
Nous trouvâmes cette Com
teffe au lit , & alors la Marquife
fondant en larmes. Je viens, ma
chere Coufine , luy dit- elle , en
l'embraffant , pleurer avec vous
le pauvre Grizolin . Mais je viens
encore vous preſenter fa Veuve
& fes petits Orphelins qui vous
demandent voftre protection , &
la continuation des mefmes bontez
que vous aviez pour eux du
du Mercure Galant.
187
'
vivant de leur Pere. Dans le mef
me moment , on vit courir cinq
Chiens par la Chambre tous
couverts & caparaçonnez de drap
noir , dont les queues trainoient
d'une demy- aulne de long. Ces
pauvres Animaux embarraffez de
ces ornemens lugubres , hurloient
pitoyablement , ce qui faifoit avec
les fanglots de ces Dames
la plus plaifante Comedie du
monde. Pour moy , je vous avoue
que je ne pus jamais m'empefcher
de rire , & la Comteffe s'en eftant
apperceuë.Voyez- vous , ma Coufine
, dit- elle à la Marquife , en
me regardant tout en colere , ce
méchant homme qui fe mocque
de nous , bien loin de me confo
ler dans la perte que j'ay faite
Pardonnez-moy , ma Coufine ,
Q ij
188 Extraordinaire
Monfieur ne ſe mocque pas de
nous , repartit la Marquiſe , c'eſt
le meilleur homme du monde ,
mais vous ſçavez qu'il n'a point
Le coeur chien. A ce mot je pouffay
un fi grand éclat de rire , que
la Marquife craignant que fon
Amie ne s'en fachaft tout de bon ,
elle prit congé d'elle , & nous fortifies
auffi- toft avec tout noftre
funebre équipage . Mais au reſte ,
l'affliction de cette Dame eftoit
fi grande , que fuft vieilleffe , ou
que la mort de Grizolin euft mis
le comble à tous fes autres déplaifirs
, elle mourut peu de jours a
prés .
Je ne doute point qu'une fi
plaifante avanture ne vous euft
fait perdre toute voſtre gravité ;
mais je m'imagine que réprenane
du Mercure Galant. 189
,
voſtre ſerieux & un certain ton
de Predicateur vous me direz.
que cette paffion pour les Chiens
eft non feulement ridicule , mais
contraire à la Religion & aux
bonnes moeurs. Il eft vray , Monfieur
, & dans le Paganiſme , il
eftoit honteux d'aimer trop ces
Animaux. Cezar haïffoit ces fortes
d'Idolaftres , & les railloit
fouvent , en forte que voyant un
jour des Etrangers qui portoient
des Chiens & des Guenons dans
leur fein & fous leurs bras , il leur
demanda fi les Femmes de leur
Pays enfantoient des Hommes .
Raillerie un peu forte, mais qu'on
ne devroit pas craindre de dire
tous les jours à ces Femmes de
qualité qu'on ne fçauroit def- entefter
de ce ridicule amour de
190
Extraordinaire
Chien . Mais au refte , Monfieur,
pourquoy voulons nous que ces
Dames foient plus fages que les
Egyptiens & les Grecs ; que Cymon
& Xantipe , qui ont élevé
des Monumens à leurs Chevaux
& à leurs Chiens Alexandre bâtit
un Ville à l'honneur de fon
Cheval , & Caligula fit le fien
Conful . Vous attribuez cela au
déreglement de leurs paffions , à
leur jeuneffe , & à leur vanité.
Mais il ne faudroit pas eftre grand
Orateur , pour juftifier Alexandre
; & fi Caligula n'eftoit pas
perdu de débauches , il auroit
part en cette deffence. Vous fçavez
qu'un Patriarche de Conftantinople
avoit une fi forte inclination
pour les Chevaux , qu'il
quita l'Autel pour aller à fon Ef-
C
du Mercure Galant. 191
curie , voir un Poulain qu'une de
fes Cavales venoit de produire.
Ce Patriarche s'appelloit Theophilacte
, & eftoit Fils de l'Empereur
Romain , un de ces Empereurs
Grecs qui mirent l'Empire
d'Orient dans la décadence.
Sa Cavale fe nommoit Phorbas ,
& c'eftoit le Jeudy - Saint que ce
Patriarche officioit , lors qu'on
luy vint dire qu'elle avoit poulené.
Il interrompit l'Office , &
courut auffi toft à fon Eſcurie
tout tranſporté de joye , où il
confidera long-temps le Poulain,
& puis revint à l'Eglife achever
l'Office fans autre façon .
Ne croyez - pas qu'il nourrit
ces Chevaux , quoy qu'il en euft
jufques à deux mille , d'excellent
foin & d'avoine choifie ; mais
192
Extraordinaire
d'amandes , de pistaches , de pi
gnons, & d'autres fruits delicieux,
qu'on mefloit de Safran , de Canelle
, & de drogues aromatiques
dans les Vins les plus délicats
de la Grece & de l'Afie. Vous
pouvez croire qu'une pareille
nourriture rendoit ces Chevaux
extremément fiers , & fougueux.
Auffi un jour que ce Patriarche
prenoit plaifir d'en monter un
& de luy faire faire mille caracoles
, cét Animal prit tout a coup
le frein au dents , & courant de
toute fa force , fans qu'on pût
jamais l'arrefter , il jetta fi rude
ment fon Maistre contre une muraille
, qu'on le remporta à demymort
de fa chûte , de laquelle il
mourut aprés avoir languy encore
quelque temps .
Je
du Mercure Galant. 193
le condamne comme vous cette
attache , mais enfin les Chiens
& les Chevaux font fi amis de
'Homme , & ces animaux ont un
fi grand commerce avec nous ,
qu'il ne faut pas trouver étrange ,
i nous les traitons d'une maniere
humaine ; & s'ils participent en
quelque façon à nos honneurs &
à nos ceremonies. Il eft encore
jufte que l'Homme ait naturelle.
ment quelque reffentiment de la
mort de ces pauvres beſtes , puis
qu'elles font fenfibles à la noſtre ,
- comme on en voit tous les jours
des exemples. Les Turcs font tant
de cas de leurs regrets en cette
rencontre , qu'ils fe contentent
mefme de leurs fauffes plaintes ;
& on a gagé des Animaux pleureurs
, auffi bien que des Femmes
Q. d'Octobre 1685. R
194
Extraordinaire
pleureufes. Pour cet effet , ils atta.
chent de certaines drogues aux
narines de leurs Chevaux , qui les
font éternuer fans ceffe , pour
marquer le regret & la douleur
qu'ils ont de la mort de leur Maître.
Mais , Monfieur , finiffons
cette Morale , le fommeil m'ac-
, cable , & la Plume me tombe
des mains . Je fuis , Monfieur ,
Voftre , & c .
DE LA FEVRERIE .
A MONSIEVR LE COMTE DE C.
V
Oicy donc, Monfieur , l'Hiftoriete
que vous voulez
fçavoir. Si elle vous a diverty
lorfqu'on ne vous la racontée
qu'imparfaitement ,j'efpere qu'el
le vous donnera le plaifir tout
entier , quand je vous en auray
fait le recit , moy qui en ay eſté
le témoin occulaire , & qui vais
en eftre le fidelle Hiftorien . Mais
pour vous la faire mieux entendre
, il faut que je vous faffe auparavant
le Portrait des deux
Dames qui y ont intereft. Vous
du Mercure Galant. 177
2
a vez entendu parler d'elles plufieurs
fois , mais vous ne les avez
pas connues , & vous ne ferez pas
faché que je vous apprenne comment
elles eftoient faites.
Madame la Comteffe de M...
eftoit laide , mais elle avoit l'efprit
vafte & élevé , & joignoit
un grand fçavoir à une grande
naiffance . Comme elle avoit le
coeur noble & genereux , fa vertu
, ſa ſcience & fa qualité faifoient
toute fon occupation , & la deffus
elle dormoit la graffe matinée
fans fe mettre en peine de la fortune
, & de tous les biens de ce
monde . Mais auffi comme elle
eftoit fort liberale , & d'une
grande dépenſe , elle auroit eu
peine à fubfifter dans fa vieilleffe ,
fans le fecours d'une perfonne
י כ
178 Extraordinaire
tres.confiderable , qui l'honora
toûjours & l'affifta jufqu'à fa
mort. Voilà quelle eftoit Madame
la Comteffe de M... Voicy
à peu près ce qu'eftoit Madame
la Marquife P .... Elle avoit cfté
belle , & d'une beauté , qui luy
dura jufqu'à la fin de ſes jours ,
malgré l'accident qui luy arriva.
Une Dame fa Parente qui eftoit
jaloufe d'elle & de fon Mary , &
qui ne pouvoit luy pardonner fa
beauté , parce qu'elle eftoit laide,
luy donna de l'eau de chaux fei.
gnant que c'eftoit une eau admirable
pour le teint . La Marquife
s'en fervit fur fa bonne foy , & il
luy en demeura de facheufes marques
, nonobftant tous les Remedes
que les
Medecins luy pûrent
faire. Elle avoit l'efprit noble ,
du Mercure Galant. 179
ނ
vif
remuant l'ame grande ,
hardie , courageufe , & de com .
mandement ; auffi vivoit elle
comme une petite Souveraine ;
& dans un Chafteau de Carte ,
elle eftoit devenue la terreur de
fes Voifins & des Etrangers qui
abordoient cette cofte de la Mer
où elle demeuroit ; & d'où en un
befoin , elle auroit donné des loix
à toute la Terre . Nous voyons encore
icy une vieille Demoiſelle
qui executoit les ordres , & qu'elle
nommoit fi plaifamment fon
Eminence , faifant allufion aux
Miniftres qui gouvernoient l'Etat
de fon temps. Enfin on peut
dire qu'avec toute la beauté de
fon Sexe , elle avoit tout l'efprit
& le courage du noſtre ainfi
qu'elle le fit voir pendant le regne
180 Extraordinaire
de Cromvel , & de la Republique
d'Angleterre.
Vous me demanderez fans dou.
te , ce qu'elle avoit à démefler
avec ces gens là ? Je m'en vais vous
le dire , mais ne m'accufez pas
de faire icy un trop long Avant
propos , & vous fouvenez que
nos Entretiens ne doivent pas.
eftre fi reguliers. Pour moy , je
croy qu'il fuffit qu'on dife bien les
chofes , qu'on ne perde rien au
change , & que ce qu'on dit vaille
mieux que ce qu'on publie à
dire. Cela eftant , Monfieur , voicy
quel fut le démeflé de la Marquife
avec Cromvel & le Parlement
d'Angleterre . Son Gendre
qui eftoit un grand Seigneur du
Maine , & qui avoit beaucoup
d'argent , s'avifa d'envoyer des
du Mercure Galant. 181
Toiles de Laval , aux Ifles de
Gerley qui tenoient encore en
ce temps - là pour le feu Roy de
la Grand' Bretagne. Il fit donc
charger un Vaiffeau de ces Toiles
, croyant y faire un profit confiderable
; mais par malheur pour
luy , un Armateur Anglois qui
couroit la Cofte , fe faifit du Bâ.
timent pour la Republique , & le
mena à Londres . Ce pauvre Seigneurfe
trouva fort trompé dans
fon pretendu Negoce ; mais la
Marquife habile & pleine d'invention
fit arrefter auffi - toft
tous les Baftimens Anglois qui
trafiquoient fur fon gravage , &
fe faifit des hommes & des effets ;
aprés qnoy elle écrivit à Cromvel
& au Parlement
, pour
faire rendre les Toiles de fon
"
fe
182 Extraordinaire
Beau- Fils qu'elle reclamoit à elle,
& c'eft dans cette Lettre qu'elle
mit donné en noftre Principauté de
Pyrou le trentiéme de .... Ce trait
hardy reüffit , & à la priere des
Marchands Anglois , le Vaiffeau
& les Toiles furent reftituez , accompagnez
d'une Lettre pleine
de reſpect & de civilité , dans laquelle
Cromvel & le Parlement
la qualifierent de Princeffe & de
Souveraine , mais revenons à nô.
tre Sujet.
Ces deux Dames dont je viens
de vous faire la peinture , eftoient
parentes & voiſines ; mais l'incli .
nation qu'elles avoient toutes
deux pour les Chiens , avoit fait
leur plus grande union . La Comteffe
avoit un Chien favory qu'elle
nommoit Grizolir . La Mar.
du Mercure Galant. 183
quife à fon imitation , avoit nommé
Bichete une Chienne dont
elle eftoit folle , car la lecture des
Livres fabuleux , luy avoit tellement
gafté l'efprit là- deffus
qu'elle crut long - temps la Metempficofe
, & qu'aprés fa mort
fon Ame pafferoit dans le corps
de quelque belle Chienne. Vous
eftes malicieux , me direz vous ,
d'accufer cette Dame de l'erreur
des
Pytagoriciens , elle eftoit trop
bonne
Chreftienne pour cela , &
je penfe que la
Metamphicoſe
n'eftoit pas ce qu'elle entendoit
le mieux. J'en demeure d'accord
avec vous , Monfieur , mais
elle fçavoit tout , & je n'avance
rien dont tout le monde n'ait là
connoiffance auffi - bien que moy.
Mais vous me troublez , ou plû184
Extraordinaire
toft je me trouble moy.mefme,
Je ne fçay plus où j'en eftois ; à
Bichete ce me femble.
j
Ces Dames refolurent un jour,
qu'il ne falloit pas que deux
Chiens de cette qualité laiffaf
fent une pofterité baftarde &
roturiere , & s'abandonnaflent
à d'indignes amours. Pour cér
effet , elles firent le Mariage
de Grizolin & de Bichere , d'où
fortit une nombreufe Famille
Mais enfin Grizolin chargé
d'honneurs & d'années fubit la
rigueur des Parques , & defcendit
dans le Tombeau. La Marquife
qui eftoit à la Campagne ,
ayant appris cette trifte nouvelle,
m'écrivit pour aller voir la Com.
teffe, & luy marquer la part qu'elle
prenoit à fa douleur fur la mort
du Mercure Galant. 185
du
pauvre
Grizolin. Pour moy,
qui n'ay jamais pû me vaincre
fur la foibleffe des autres , & qui
abhorre le ferieux ridicule , je me
deffendis de ce Compliment
, mais
je fus bien trompé , lorfque le
mefme jour à onze heures du foir ,
la Marquife
arriva chez moy
feule dans fa Littiere avec cinq
Chiens. Je ne fus point furpris
de la voir en cét équipage , parce
que fa Meute la fuivoit toû
jours ; & je crûs que quelque
grande affaire l'avoit obligée de
fe mettre en chemin à l'heure qu'il
eftoit , mais le lendemain
matin
fitoft qu'elle fut habillée
, elle
me dit que je luy donnaffe
la
main pour aller chez la Comtef
fe , quelle eftoit venue exprés
pour la confoler , puifque je n'en
2. d'Octobre
, 1685. &
186 Extraordinaire
avois voulu rien faire , & comme
il n'y avoit que la rue à traverſer,
nous y allâmes à pied , mais elle
fit fuivre des Porteurs fans que je
n'en apperceuffe , & ces Porteurs
qui avoient mis tous fes Chiens
dans une Chaife , avoient ordre
de les faire entrer dans la Chambre
de la Comteffe en mefme
temps que nous .
Nous trouvâmes cette Com
teffe au lit , & alors la Marquife
fondant en larmes. Je viens, ma
chere Coufine , luy dit- elle , en
l'embraffant , pleurer avec vous
le pauvre Grizolin . Mais je viens
encore vous preſenter fa Veuve
& fes petits Orphelins qui vous
demandent voftre protection , &
la continuation des mefmes bontez
que vous aviez pour eux du
du Mercure Galant.
187
'
vivant de leur Pere. Dans le mef
me moment , on vit courir cinq
Chiens par la Chambre tous
couverts & caparaçonnez de drap
noir , dont les queues trainoient
d'une demy- aulne de long. Ces
pauvres Animaux embarraffez de
ces ornemens lugubres , hurloient
pitoyablement , ce qui faifoit avec
les fanglots de ces Dames
la plus plaifante Comedie du
monde. Pour moy , je vous avoue
que je ne pus jamais m'empefcher
de rire , & la Comteffe s'en eftant
apperceuë.Voyez- vous , ma Coufine
, dit- elle à la Marquife , en
me regardant tout en colere , ce
méchant homme qui fe mocque
de nous , bien loin de me confo
ler dans la perte que j'ay faite
Pardonnez-moy , ma Coufine ,
Q ij
188 Extraordinaire
Monfieur ne ſe mocque pas de
nous , repartit la Marquiſe , c'eſt
le meilleur homme du monde ,
mais vous ſçavez qu'il n'a point
Le coeur chien. A ce mot je pouffay
un fi grand éclat de rire , que
la Marquife craignant que fon
Amie ne s'en fachaft tout de bon ,
elle prit congé d'elle , & nous fortifies
auffi- toft avec tout noftre
funebre équipage . Mais au reſte ,
l'affliction de cette Dame eftoit
fi grande , que fuft vieilleffe , ou
que la mort de Grizolin euft mis
le comble à tous fes autres déplaifirs
, elle mourut peu de jours a
prés .
Je ne doute point qu'une fi
plaifante avanture ne vous euft
fait perdre toute voſtre gravité ;
mais je m'imagine que réprenane
du Mercure Galant. 189
,
voſtre ſerieux & un certain ton
de Predicateur vous me direz.
que cette paffion pour les Chiens
eft non feulement ridicule , mais
contraire à la Religion & aux
bonnes moeurs. Il eft vray , Monfieur
, & dans le Paganiſme , il
eftoit honteux d'aimer trop ces
Animaux. Cezar haïffoit ces fortes
d'Idolaftres , & les railloit
fouvent , en forte que voyant un
jour des Etrangers qui portoient
des Chiens & des Guenons dans
leur fein & fous leurs bras , il leur
demanda fi les Femmes de leur
Pays enfantoient des Hommes .
Raillerie un peu forte, mais qu'on
ne devroit pas craindre de dire
tous les jours à ces Femmes de
qualité qu'on ne fçauroit def- entefter
de ce ridicule amour de
190
Extraordinaire
Chien . Mais au refte , Monfieur,
pourquoy voulons nous que ces
Dames foient plus fages que les
Egyptiens & les Grecs ; que Cymon
& Xantipe , qui ont élevé
des Monumens à leurs Chevaux
& à leurs Chiens Alexandre bâtit
un Ville à l'honneur de fon
Cheval , & Caligula fit le fien
Conful . Vous attribuez cela au
déreglement de leurs paffions , à
leur jeuneffe , & à leur vanité.
Mais il ne faudroit pas eftre grand
Orateur , pour juftifier Alexandre
; & fi Caligula n'eftoit pas
perdu de débauches , il auroit
part en cette deffence. Vous fçavez
qu'un Patriarche de Conftantinople
avoit une fi forte inclination
pour les Chevaux , qu'il
quita l'Autel pour aller à fon Ef-
C
du Mercure Galant. 191
curie , voir un Poulain qu'une de
fes Cavales venoit de produire.
Ce Patriarche s'appelloit Theophilacte
, & eftoit Fils de l'Empereur
Romain , un de ces Empereurs
Grecs qui mirent l'Empire
d'Orient dans la décadence.
Sa Cavale fe nommoit Phorbas ,
& c'eftoit le Jeudy - Saint que ce
Patriarche officioit , lors qu'on
luy vint dire qu'elle avoit poulené.
Il interrompit l'Office , &
courut auffi toft à fon Eſcurie
tout tranſporté de joye , où il
confidera long-temps le Poulain,
& puis revint à l'Eglife achever
l'Office fans autre façon .
Ne croyez - pas qu'il nourrit
ces Chevaux , quoy qu'il en euft
jufques à deux mille , d'excellent
foin & d'avoine choifie ; mais
192
Extraordinaire
d'amandes , de pistaches , de pi
gnons, & d'autres fruits delicieux,
qu'on mefloit de Safran , de Canelle
, & de drogues aromatiques
dans les Vins les plus délicats
de la Grece & de l'Afie. Vous
pouvez croire qu'une pareille
nourriture rendoit ces Chevaux
extremément fiers , & fougueux.
Auffi un jour que ce Patriarche
prenoit plaifir d'en monter un
& de luy faire faire mille caracoles
, cét Animal prit tout a coup
le frein au dents , & courant de
toute fa force , fans qu'on pût
jamais l'arrefter , il jetta fi rude
ment fon Maistre contre une muraille
, qu'on le remporta à demymort
de fa chûte , de laquelle il
mourut aprés avoir languy encore
quelque temps .
Je
du Mercure Galant. 193
le condamne comme vous cette
attache , mais enfin les Chiens
& les Chevaux font fi amis de
'Homme , & ces animaux ont un
fi grand commerce avec nous ,
qu'il ne faut pas trouver étrange ,
i nous les traitons d'une maniere
humaine ; & s'ils participent en
quelque façon à nos honneurs &
à nos ceremonies. Il eft encore
jufte que l'Homme ait naturelle.
ment quelque reffentiment de la
mort de ces pauvres beſtes , puis
qu'elles font fenfibles à la noſtre ,
- comme on en voit tous les jours
des exemples. Les Turcs font tant
de cas de leurs regrets en cette
rencontre , qu'ils fe contentent
mefme de leurs fauffes plaintes ;
& on a gagé des Animaux pleureurs
, auffi bien que des Femmes
Q. d'Octobre 1685. R
194
Extraordinaire
pleureufes. Pour cet effet , ils atta.
chent de certaines drogues aux
narines de leurs Chevaux , qui les
font éternuer fans ceffe , pour
marquer le regret & la douleur
qu'ils ont de la mort de leur Maître.
Mais , Monfieur , finiffons
cette Morale , le fommeil m'ac-
, cable , & la Plume me tombe
des mains . Je fuis , Monfieur ,
Voftre , & c .
DE LA FEVRERIE .
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Résumé : LE DEUIL RIDICILE. A MONSIEUR LE COMTE DE C.
Le texte 'Le Deuil ridicule' est une lettre adressée à Monsieur le Comte de C., décrivant divers événements impliquant deux dames : Madame la Comtesse de M... et Madame la Marquise P.... La Comtesse est décrite comme laide mais vertueuse, tandis que la Marquise est belle et autoritaire. Cette dernière subit des dommages au visage infligés par une parente jalouse. Un autre incident concerne la Marquise et Cromwell, impliquant la confiscation de toiles par un armateur anglais, finalement restituées par Cromwell. Les deux dames partagent une passion pour les chiens. La Comtesse possède un chien nommé Grizolin, et la Marquise une chienne nommée Bichete. Après la mort de Grizolin, la Marquise rend visite à la Comtesse, accompagnée de ses chiens vêtus de noir pour la consoler. Cette scène amuse l'auteur mais irrite la Comtesse, qui meurt peu après, soit de vieillesse, soit de chagrin. Le texte critique la passion excessive des dames pour les chiens, comparant cette pratique à des exemples historiques et religieux. Il mentionne également un incident violent où une personne, Maistre, est blessée mortellement. Le narrateur discute des liens entre les hommes et les animaux, notant que les chiens et les chevaux partagent des relations étroites avec les humains. Par exemple, les Turcs expriment leur chagrin pour leurs animaux décédés en provoquant des éternuements chez leurs chevaux. Le narrateur conclut en exprimant sa fatigue et met fin à sa réflexion morale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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998
p. 230-237
A MADAME DE SALIEZ Viguiere d'Alby, sur son galant projet de la nouvelle Secte de Philosophes en faveur des Dames.
Début :
Je me souviens de vous avoir envoyé les Statuts / J'aurois bien de la joye, Madame, si j'avois un jour [...]
Mots clefs :
Dames, Académie, Marquise , Étude, Héroïne, Nature, Philosophe, Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE SALIEZ Viguiere d'Alby, sur son galant projet de la nouvelle Secte de Philosophes en faveur des Dames.
Ie me fouviens de vous avoir envoyé
les Statuts d'une nouvelle Secte
de Philofophes , que propoſoit Madame
la Viguiere d'Alby. C'eft fur ce
Sujet que la Lettre qui fuit luy a cfté
adrefee.
du Mercure Galant.
231
S$25 $25 SS SSSS2SS
A
MADAME DE SALIEZ
Viguiere d'Alby , fur fon
galant projet de la nouvelle
Secte de
Philofophes en faveur
des Dames.
J
' Aurois bien de la joye , Madame
, fi j'avois un jour l'avan.
tage d'eftre au nombre de vos
Philofophes. Les Loix de voftre
nouvelle Secte en faveur des Dames
s'accordent avec le bon fens,
& fi fort avec mon humeur , queje
vous demande avec empreffemet
l'honneur d'eftre receuë parmy
vous , dans l'extrême envie que
j'ay de goûter une vie douce &
232 Extraordinaire
tranquille, & de la paſſer avec des
perfonnes choifies , dont le meri
te , & l'efprit font univerfellement
reconnus. Oüy , Madame,
je mets toute ma gloire à eftre de
cette agreable & noble Academie
, & quoy que je n'aye pas
toutes les qualitez neceffaires ,
j'oſe dire neanmoins fans flatterie
que j'ay cette docilité naturelle
, & propre à recevoir vos
inftructions avec une foûmiſſion
parfaite , & avec toute l'exactitude
poffible. Je loüe , & j'admire
comme vous voftre Incomparable
Marquife , qui doit avoir un
grand plaisir de vous avoir fair
naiftre un fi glorieux deffein , &
mefme il me femble jufte , puif
que le bel efprit eft de tous les
Sexes. Vous en trouverez fans
du Mercure Galant.
213
doute affez dans le noftre , pour
faire une Academie ; mais comme
les Graces ne vont jamais fans
l'Amour, & que les Mufes ne font
jamais fans Apollon , vous avez
raifon , Madame , de ne pas defvoir
les Sexes , & de ne pas exclurre
par une Loy rigoureuſe &
injufte , ces Hommes Illuftres
dont la conduite reguliere , l'humeur
honnefte , les manieres galantes
& aifées , le nom fameux ,
& le profond fçavoir répondent
à voftre intention & à voftre fin.
Par cét union fi raiſonnable & fi
parfaite , qui fera toûjours audeffus
de la médifance , vous ferez
l'accord de l'Art avec la Nature.
L'Etude , l'experience &
Pautorité des grands Hommes
foutiendront le beau genie , & le
2. d'Octobre. 1685. V
234
Extraordinaire
brillant des Femmes. Ne croyezpas
, s'il vous plaift , Madame ;
qu'en faifant voftre éloge , & celuy
de vos Heroines auffi-bien que
de vos Heros , je veüille adroitement
faire le mien ; je ne fuis ny
affez fine , ny affez prefomptueufe.
Je vous eftime trop , & je
me connois parfaitement ; je fou
haite beaucoup de perfections
que je n'ay pas mais du moins
pour me confoler dans l'attente
du bien que vous pouvez me
procurer , j'ay fans me flatter un
efprit doux & facile , à recevoir
toutes les bonnes impreffions que
vous luy voudrez donner , & mon
coeur n'a rien à, ſe reprocher :
car enfin fans vanité je penſe
mieux que je n'écrits , & l'on me .
dit fouvent que j'agis mieux que
du Mercure Galant . 235
je ne penfe. J'efpere de l'Art ce
que la Nature m'a refufé , & que
la raifon veut que j'aille chercher
dans voftre Academie. Je le trouveray
ce tréfor admirable , fi vous
m'y accordez une place , & ma
fortune fera faite fi je fuis de vos
Academiciennes mais comme
heureuſement voftre Compagnie
eft également eftablie & pour
l'efprit & pour le coeur, j'ofe efperer
, Madame , qu'en fuivant vos
confeils , je perfectionneray l'un
& que je contenteray l'autre , en
trouvant . ce repos que je defire
depuis fi long- temps & qui
joint à la connoiffance de la verité
& à l'amour de la vertu , fait
le bon heur de la vie , & le but
de toutes les belles Ames. Bien
que ma temerité foit grande , elle
,
V ij
216 Extraordinaire
eft digne de loüange , & toute
imparfaite que ie fois , vous au
rez de l'honneur à me rendre
parfaite. On peut imiter dans une
Secte de Philofophes , dans une
Academie de beaux Efprits , l'induftrie
des Peintres , qui mettent
à propos dans leurs Tableaux les
plus achevez des ombres pour
relever les couleurs. Dailleurs ,
Madame , commne vous fçavez ,
les perfonnes ont leur point de
perfpective , de forte qu'on les
doit regarder de differentes manieres.
Ne me confiderez donc
pas de prés , mais de loin , c'eſt
à dire , ne jugez pas de moy par
mais par les le commencement ,
fuites. Enfin , Madame , c'eft fous
les aufpices du Protecteur de
noftre Sexe , le Favory des Mus
du Mercure Galant. 217.
3
fes , & mon Amy , que je vous
demande voſtre protection au
prés de voſtre aimable Marqui
fe. Ayant une recommandation
auffi forte que la voftre , je ne
doute pas que je ne puiffe efperer
un jour d'obtenir par droit
ce que vous m'accorderez par
grace. J'auray autant de reconnoiffance
, que vous aurez de
gloire d'avoir fait une heureuſe ,
& je m'affeure que vous ne rou
girez jamais de m'avoir receuë.
Dans ces fentimens que je vous
prie de croire finceres , Je fuis ,
Madame , avec tout le respect
imaginable , Voftre tres. humble
& tres, obeïffante Servante ,
CLARICE .
les Statuts d'une nouvelle Secte
de Philofophes , que propoſoit Madame
la Viguiere d'Alby. C'eft fur ce
Sujet que la Lettre qui fuit luy a cfté
adrefee.
du Mercure Galant.
231
S$25 $25 SS SSSS2SS
A
MADAME DE SALIEZ
Viguiere d'Alby , fur fon
galant projet de la nouvelle
Secte de
Philofophes en faveur
des Dames.
J
' Aurois bien de la joye , Madame
, fi j'avois un jour l'avan.
tage d'eftre au nombre de vos
Philofophes. Les Loix de voftre
nouvelle Secte en faveur des Dames
s'accordent avec le bon fens,
& fi fort avec mon humeur , queje
vous demande avec empreffemet
l'honneur d'eftre receuë parmy
vous , dans l'extrême envie que
j'ay de goûter une vie douce &
232 Extraordinaire
tranquille, & de la paſſer avec des
perfonnes choifies , dont le meri
te , & l'efprit font univerfellement
reconnus. Oüy , Madame,
je mets toute ma gloire à eftre de
cette agreable & noble Academie
, & quoy que je n'aye pas
toutes les qualitez neceffaires ,
j'oſe dire neanmoins fans flatterie
que j'ay cette docilité naturelle
, & propre à recevoir vos
inftructions avec une foûmiſſion
parfaite , & avec toute l'exactitude
poffible. Je loüe , & j'admire
comme vous voftre Incomparable
Marquife , qui doit avoir un
grand plaisir de vous avoir fair
naiftre un fi glorieux deffein , &
mefme il me femble jufte , puif
que le bel efprit eft de tous les
Sexes. Vous en trouverez fans
du Mercure Galant.
213
doute affez dans le noftre , pour
faire une Academie ; mais comme
les Graces ne vont jamais fans
l'Amour, & que les Mufes ne font
jamais fans Apollon , vous avez
raifon , Madame , de ne pas defvoir
les Sexes , & de ne pas exclurre
par une Loy rigoureuſe &
injufte , ces Hommes Illuftres
dont la conduite reguliere , l'humeur
honnefte , les manieres galantes
& aifées , le nom fameux ,
& le profond fçavoir répondent
à voftre intention & à voftre fin.
Par cét union fi raiſonnable & fi
parfaite , qui fera toûjours audeffus
de la médifance , vous ferez
l'accord de l'Art avec la Nature.
L'Etude , l'experience &
Pautorité des grands Hommes
foutiendront le beau genie , & le
2. d'Octobre. 1685. V
234
Extraordinaire
brillant des Femmes. Ne croyezpas
, s'il vous plaift , Madame ;
qu'en faifant voftre éloge , & celuy
de vos Heroines auffi-bien que
de vos Heros , je veüille adroitement
faire le mien ; je ne fuis ny
affez fine , ny affez prefomptueufe.
Je vous eftime trop , & je
me connois parfaitement ; je fou
haite beaucoup de perfections
que je n'ay pas mais du moins
pour me confoler dans l'attente
du bien que vous pouvez me
procurer , j'ay fans me flatter un
efprit doux & facile , à recevoir
toutes les bonnes impreffions que
vous luy voudrez donner , & mon
coeur n'a rien à, ſe reprocher :
car enfin fans vanité je penſe
mieux que je n'écrits , & l'on me .
dit fouvent que j'agis mieux que
du Mercure Galant . 235
je ne penfe. J'efpere de l'Art ce
que la Nature m'a refufé , & que
la raifon veut que j'aille chercher
dans voftre Academie. Je le trouveray
ce tréfor admirable , fi vous
m'y accordez une place , & ma
fortune fera faite fi je fuis de vos
Academiciennes mais comme
heureuſement voftre Compagnie
eft également eftablie & pour
l'efprit & pour le coeur, j'ofe efperer
, Madame , qu'en fuivant vos
confeils , je perfectionneray l'un
& que je contenteray l'autre , en
trouvant . ce repos que je defire
depuis fi long- temps & qui
joint à la connoiffance de la verité
& à l'amour de la vertu , fait
le bon heur de la vie , & le but
de toutes les belles Ames. Bien
que ma temerité foit grande , elle
,
V ij
216 Extraordinaire
eft digne de loüange , & toute
imparfaite que ie fois , vous au
rez de l'honneur à me rendre
parfaite. On peut imiter dans une
Secte de Philofophes , dans une
Academie de beaux Efprits , l'induftrie
des Peintres , qui mettent
à propos dans leurs Tableaux les
plus achevez des ombres pour
relever les couleurs. Dailleurs ,
Madame , commne vous fçavez ,
les perfonnes ont leur point de
perfpective , de forte qu'on les
doit regarder de differentes manieres.
Ne me confiderez donc
pas de prés , mais de loin , c'eſt
à dire , ne jugez pas de moy par
mais par les le commencement ,
fuites. Enfin , Madame , c'eft fous
les aufpices du Protecteur de
noftre Sexe , le Favory des Mus
du Mercure Galant. 217.
3
fes , & mon Amy , que je vous
demande voſtre protection au
prés de voſtre aimable Marqui
fe. Ayant une recommandation
auffi forte que la voftre , je ne
doute pas que je ne puiffe efperer
un jour d'obtenir par droit
ce que vous m'accorderez par
grace. J'auray autant de reconnoiffance
, que vous aurez de
gloire d'avoir fait une heureuſe ,
& je m'affeure que vous ne rou
girez jamais de m'avoir receuë.
Dans ces fentimens que je vous
prie de croire finceres , Je fuis ,
Madame , avec tout le respect
imaginable , Voftre tres. humble
& tres, obeïffante Servante ,
CLARICE .
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Résumé : A MADAME DE SALIEZ Viguiere d'Alby, sur son galant projet de la nouvelle Secte de Philosophes en faveur des Dames.
Dans une lettre adressée à Madame de Saliez, Viguière d'Alby, Clarice exprime son souhait de rejoindre une nouvelle secte de philosophes fondée par cette dernière. Clarice admire particulièrement les lois de cette secte qui favorisent les dames et correspondent à son tempérament. Elle loue l'initiative de la Marquise et reconnaît la nécessité d'inclure des hommes illustres pour compléter l'Académie. Clarice se décrit comme ayant un esprit docile et prêt à recevoir des instructions, espérant améliorer ses qualités par l'étude et l'expérience. Elle conclut en sollicitant la protection de Madame de Saliez auprès de la Marquise, assurant sa reconnaissance et son respect.
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999
p. 244-277
DEFENSE DE L'INCONSTANCE.
Début :
VOus sçavez qu'Emilie est une personne toute charmante, [...]
Mots clefs :
Humeur, Emilie, Beauté, Inconstance, Amour, Passion, Marquis, Constance, Admirable, Sentiments, Imperfection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEFENSE DE L'INCONSTANCE.
DEFENSE
DE L'INCONSTANCE.
V
Ous fçavez qu'Emilie eft
une perfonne toute charmante
, & qu'une vivacité d'ef.
prit extraordinaire , eft un des
moindres avantages qu'elle at
du Mercure Galant.
245
receus du Ciel . Quoy qu'il y en ait
peu de plus brillans que le fien
je ne laiffe pas de luy preferer la
complaifance avec laquelle elle
fouffre quelques uns de ces Originaux
, dont le fameux Moliere
a fi bien reprefenté les Copies.
Vous avoüez vous - mefme que
cette bonté eft, admirable , & je
ne fçais fi elle n'eft point la feule
qui puiffe les fouffrir . Clitandre
le franc Marquis & la precieufe
Melite fe rendirent ' avant- hier
chez- elle ; ils y trouverent la
jeune Arelife , Lycidas , & quel
ques autres perfonnes de merite ,
qui fans doute fe feroient facilement
paffez de ces deux ridicules.
Aprés que le Marquis les
eut affaffinez de complimens ,
Parbleu, dit-il , nous voulons fça-
X iij
246
Extoaordinaire
voir furquoy vous en eftiez quand
nous fommes arrivez . Tout le
monde parut eſtonné de cette
familiarité , car vous remarquerez
, s'il vous plaift , que c'eftoit
là fa premiere Vifite , que jamais
il n'avoit veu Emilie , & qu'il n'étoit
venu chez- elle que fur le credit
de Melite , qui ne l'avoit auffi
yeuë qu'une fois chez une de fes
Amies . Onne luy répondit rien ,
& tout le monde fe faifant effort
pour s'empefcher de rire de cette
extravagance qu'il appelle le bel
air , il voulut profiter du filence.
Il fe mit à regarder Emilie , &
après avoir roulé les yeux d'une
maniere toute particuliere. Ah !
Madame , dit -il à Melite , vous
n'avez amené dans un lieu où il
fait bien chaud , & où le droit
•
du Mercure Galant. 247
des Gens eft tres- mal obferve.
Cela eft fort peu obligeant pour
moy , répondit Melite , car je
vois que vous me parlez pour
Emilie de la mefme maniere que
vous parlates pour moy à celuy
qui vous amena chez - moy la pre
miere fois. C'eſt à ce queje vois ,
un compliment étudié que vous
faites à tout le monde , & non pas
un tranſport de paffion naiffante,
ou un emportement de furpriſe
impreveuë.
Ces dernieres paroles de Melite
qu'elle avoit fans doute leuës
dans quelque Roman , & le fujet
qui les avoit caufées , parurent
à tous ceux de la Compagnie des
Incidens fi plaifans , qu'ils ne pu
rent s'empefcher de rire. Le Turupin
en rit plus que tous les au-
X iiij
248
Extraordinaire
tres, & trouvoit , difoit - il , l'avan
ture grotesque. Emilie reprit bien
toft fon ferieux , & répondit modeftement
à Melite qu'elle faifoit
bien de maintenir les droits
qu'elle avoit fur le coeur de Cli
tandre , mais , ajoûta t'elle avec
une grace toute charmante , fans
cela le mien eftoit en grand dan
ger , & les regards de Monfieur
m'ont marqué rant de paffion ,
que j'aurois pû me refoudre à
vaincre pour luy mon indifferen.
ce naturelle , & à m'engager pour
toûjours. Quoy , dit Arelife qui
entendoit la raillerie d'Emilie
dés la premiere fois que vous l'avez
veu , vous engager pour toûjours/
Emilie qui vouloit fe donner
carriere , pouffa le jeu fort longtemps
. Oüy , dit- elle, Clitandre a
>
du Mercure Galant. 249
des manieres d'agir tout à fait aimables
, & fi Melite n'eftoit auffi
avant dans mon efprit qu'elle y
eft , je luy déclare que je ferois
tout ce que je pourrois pour le
luy voler . Melite rougit , & puis
paflit un moment aprés . Le Mar
quis qui connut fon defordre , la
rafura par quelques regards , &
par un certain foûrire niais qui
luy eft particulier. Les éclats de
rire recommencerent , & l'aima
ble Emilie qui vouloit fe divertic
encore un peu , quoy que fon hu❤
meur douce & civile ne la porte
guere à rompre en vifiere à perfonne.
Je fens que je prendrois
feu , pourfuivit- elle , & comme
je fuis prefentement la plus indifferente
perfonne du monde , je
deviendrois la plus fidelle & la
250 Extraordinaire
plus paffionnée . Vous poufferiez
l'amitié , jufqu'à la paffion , reprit
Arelife , & mefme la paffion juf.
qu'à la fidelité ? Ah ! Madame ,
n'en dites pas d'avantage . Quoy
que la beauté de Melite foit fort
engageante , vous pourriez la
faire trembler , s'il eft vray qu'elle
ait quelque intereſt au coeur de
Clitandre , & puifque fa premiere
paffion a efté ébranlée en vous
voyant feulement , il pourroit ceder
aux charmes des avances que
vous luy faites . Oh ! parbleu , vous
verrez que non , dit brufquement
le Marquis , j'ay plus de conftance
que vous ne croyez . Si vous
eftes conftant , dit une perfonne
de la Compagnié , je crois qu'Emilie
fera bien - toft guerie de la
paffion qu'elle vous témoigne.
du. Mercure Galant.
251
Elle eft ennemie jurée de la conſtance.
Je fuis bien aiſe , diť Arelife
, que le rapport d'humeurs ne
fe rencontre point encore entre--
elle & Clitandre , tous ces obſtacles
enfemble la dégageront d'une
affaire avec Melite qu'elle feignoit
de vouloir éviter en cette
conjoncture. Quoy que Melite
foit une fort grande parleufe com.
me toutes les Precieufes le font ,
& par confequet une fort grande
difeufe de fottifes , elle ne fut pas
bien aife d'avoir à répondre , par.
ce qu'elle avoit accommodé fes
levres pour fe faire une petite
bouche. Il falut cependant les
défaire pour dire à Arelife ; je
feray toûjours fort indulgente .
dans les fujets de plainte qu'Emelie
pourra me donner , pour-
:
252
Extraordinaire
veu qu'elle ne faliffe point fon
ame d'un défaut auffi grand que
celuy d'eftre du Party des Inconftans
. Aprés cette belle maniere
de parler qui n'étonna plus
perfonne elle raccommoda
promptement fa bouche pour
plaire d'avantage au Marquis
qui la regardoic , & Emilie répondit.
Mais, Madame, faites moy,
s'il vous plaift, comprendre ce que
c'eft qu'un Inconftant , & d'où
vient que vous trouvez tant de
deffaut à l'eftre . Eft ce un crime
que d'aimer également tout ce
qui eft également beau ; & qu'y
a t'il de plus jufte que les fentimens
que je vais vous chanter ?
* Vous fçavez que la voix d'Emilie
eft admirable , & comme elle
eftoit en humeur goguenarde
du Mercure Galant.
253
elle chanta fort
agreablement ces
Parolles.
CHANSON.
E permets aux Romans
D'avoir des Amans fidelles ,
permets aux Romans
La conftance des Amans.
Mais trouvant par tout des Belles .
Par tout je veux cajoler ;
Puis que l'Amour a des ailes ,
Doit-il pas toujours voler ?
Voftre Chanfon eft une mon .
noye dont je ne me paye pas , dic
Mélite , & voftre Party .... Parbleu
, interrompit le Marquis , il
faut confondre Madame , & fa
Chanfon par la lecture d'une piece
qu'on m'a envoyée ce matin.
e ne l'ay point encore veuë ,
254
Extraordinaire
?
mais je m'affure qu'elle eft admirable
. Vous la trouvez admi.
rable , dit Arelife , & vous ne l'avez
point encore veuë fuffit ,
repliqua t'il brufquement , que
celuy de qui je la tiens l'ait approuvée
, c'eſt un homme de bon
goût , la voicy . Puifque je fuis
du Party contraire , dit Emilie , il
faut que je l'examine , & que je
voye cette admirable Piece que
vous n'avez point veuë , & qui
doit me confondre. Alors elle
leut la Lettre qui fuit.
A MADEMOISELLE .
L'
'Inconftance a toûjours paffe
pour un fi grand défaut dans
l'efprit de tous les hommes , que ceux
mefme qui en ont efté le plus fortes
du Mercure Galant.
255
ment atteints , fe font toûjours étudiez
à cacher cette imperfection , &
à s'en défendre quand on les en accufoit.
C'est pourquoy , Mademoiselle
je croy que le Cavalier qui vous a
donnéfon Portrait , a pris plus de
Join à fe déguifer , qu'à vouloir vous
marquer fon humeur & fes inclinations
; & qu'eftant efpris de quelque
beauté qui qui eft d'humeur affez changeante
, il a voulu dépeindre lafienne
avec le plus defympatie & de ref
femblance qu'il s'eft peu imaginer.
Vn Amantfait jouer toutes fortes de
refforts pour venir à bout de fon def
fein ; maisfelon mon humeur , ce fereit
la derniere chose que j'inventerois
, puifque bien loin d'avancer en
quelque forte mes affaires , je croirois
que cela feul feroit capable de les ruiner
entierement. La Belle qui eft co256
Extraordinaire
quette , aime l'Inconftance , mais
elle ne l'aime qu'en elle-mefme , &
n'aime point l'Inconftant. Il me
femble que l'on ne combatitjamais le
feuparle feu , & que l'Inconftance
ne fepeut pas détruire elle-mefme Fe
me fervirois plus volontiers de fon
contraire , & je tâcherois par une
longue & fincere affiduité de fixer
unehumeur volage & legere , je fuivrois
des maximes tout àfait opofées
à celles qu'il a voulu eftablir. Je trou
verois toûjours le temps quej'aurois à
confiderer Climene trop court , au licu
de l'employer à admirer la beauté qui
Je pourroit trouver dans d'autres per
Tonnes ;& quandjeferois affez malheureux
pour eftre éloigné d'elle , je
m'entretiendrois agreablement dans
mes penfées , qui feroient fur la vivacité
de fon efprit , le brillant de
du Mercure Galant: 257
fes
yeux > & une
infinité
d'autres
belles
qualitez
qu'un
Amant
découvre
les unes
aprés
les autres
dans
la
perfonne
qu'il
aime
. Outre
qu'il
eft
affex
difficile
qu'un
Cavalier
qui
aime
veritablement
, trouve
quelque
oboſe
d'agreable
ailleurs
que dans
l'ob.-
jet qui l'enflame
; d'où
vient
qu'on
ne nous
dépeint
l'Amour
aveugle
, que
parce
qu'il
nous
bouche
les yeux
pour
tout
le reste
du monde
. Favouë
bien
qu'une
multitude
de Galans
dont
la
Belle
ne fe peut
paffer
, eft quelque
chofe
d'affez
incommode
; ce ne feroit
pourtant
pas ce qui me détourneroit
de mon
amour
. Ce feroient
au
tant
d'aprobateurs
de mon
choix
,
& L'esperance
quej'aurois
de l'empor_
ter par deffus
eux , augmenteroit
ma
paffion
. L'esprit
n'a jamais
tant
de
brillant
que quand
il eft contrarié
. De
Q. d'Octobre
1685.
Y
258
Extraordinaire
mefme l'amour brûle davantage
quand il trouve de la resistance , que
lorfque la conqueste qu'il entreprend
luy eft facile. Ce n'eft pas la le plus
difficile , me direz vous . Voftre con-
Stance fera- t- elle à l'épreuve des faveurs
que recevront vos Rivaux ? Ie
conviens que c'est là la plus rude peine
que l'on puiffe fouffrir en amour. Mais
quoy , pretendez- vous emporter la
victoire fans alarmes & fans bleffures
, & cueillir dans le fiecle on nous
fommes des Rofes fans épines ? Non,
il faut fe refoudre à fouffrir.
quand on a commencé d'aimer. L'amour
a fes peines auffi-bien que fes
plaifirs. Ajoutez que l'humeur de la
Belle me vangeroit affez en les méprifant
pour s'attacher à d'autres,
defquels enfin eftant ennuyée , ellefe
refoudroit à accorder quelque chofe à
non
du Mercure Galant.
259
une paffion auffi forte que la mienne,
qu'elle auroit filong temps éprouvée,
On ne doit pas plaindre ce long- temps,
-puis qu'eftant une fois rangé fous les
loix de Cupidon , nous ne devous plus
vivre quepour aimer. Voilà , Made
moiselle , ma pensée fur les maximes
que vous cuftes la bonté de me faire
voir , que je fuis obligéde mettrefur
Le papier , eftant retenu dans le Logis
par un accident qui m'est arrivé , &
qui m'eft d'autant plus fafcheux qu'il
m'empeſche d'aller moy- mefme apprendre
de vos nouvelles.
Emilie ayant achevé de lire
cette Lettre , je n'en connois
point l'Autheur , dit- elle à Melite
, mais je fuis fort trompée s'il
n'a quelque fimpatie avec vous
& fi fon humeur & celle de Clitandre
n'ont un rapport que l'om
A
Y ij
260 Extraordinaire
ne trouve que rarement entre
deux perfonnes. Je voudrois luy
demander quelle eft l'Inconftance
qu'il condamne , car il pretend
que c'est un fi grand défaut , que
ceux qui en ont efté atteints fe
font étudiez à cacher cette imperfection
; & cependant il doit
fçavoir qu'on peut eftre Inconftant
fur toutes fortes de fujets , &
que l'Inconftance d'un Amant &
celle d'un homme dont l'humeur
eft changeante en tout , font des
chofes bien differentes . L'Incon
ftance en amour , de laquelle
fans
doute il veut parler , n'eſt pas
toûjours
une imperfection
. Elle
eft bien fouvent
l'ouvrage
du bon
fens & du difcernement
, & un
Amant
pourroit
répondre
pour
toute défenfe.
du Mercure Galant. 261
Peut-on nommer legereté
Une humeur pleine d'équité,
Qui me fait abandonner celle
Qui m'avoit arreſté ,
Pour en aimer une plus belle ?
C'eſt avoir de bons yeux , c'eft
rendre hommage à qui le peut
le plus legitimement exiger , &
à qui il eft deu de plein droit..
Pourriez vous blâmer un Aveugle
né qui ayant recouvré la lumiere
dans le milieu de la nuit ,
auroit facilement pris une Etoile
pour le Soleil ; & qui voyant enfuite
la pompe & la magnificen
ce de ce Roy des Aftres , reconnoiffant
fon erreur condamneroit
l'impofture de fes premiers
fentimens , & n'addrefferoit fes
voeux qu'à celuy qui les auroit
meritez à Nous croyons cepen-
>
262 Extraordinaire
dant que le caprice tout feul aus
torife le changement de l'efprit ,
que la raifon n'a point de part
à ces dégouts que nous condamnons
, & quoy que tout le monde
foit fujet à fe laiffer emporter
aux premiers empreffemens de la
furpriſe que la nouveauté peut
caufer , nous ne pouvons fouffrir
ces manieres d'agir aufquelles
nous fommes tous les jours expofez
mais c'eſt en aveugles
que nous nous meflons de juger
de ces matieres . L'inclination des
Intereffez peut feule répondre
dé leurs actions. Elle eſt enga
gée auparavant , ou elle ne l'eft
pas. Si elle l'eft , il faut des char:
mes bien puiffans ou une efpe
rance bien fondée pour l'obliger
rompre fe's premieres chaifnes, à
du Mercure Galant.
263
& par là fon changement devient
une necefficé indifpenfable. Si
elle ne l'eft pas , elle ne fait que
fuivre le panchant de fa nature ,
qui l'entraine doucement vers
l'objet pour lequel elle eft faite ,
& par la elle ne peut etre accufée
d'une legerete criminelle. J'avoue
que bien fouvent on quitte
une Belle pour s'attacher . à une
qui l'eft moins , mais elle ne l'eft.
moins que pour nous, qui n'y
prenons point de part , & dont
les coeurs ne reffentent point les
douces violences qui gagnent celuy
que l'on accufe. Son coeur
feul doit eftre confulté fur les
caufes de fon changement. Il fe
trompe rarement dans fes choix,
& pourveu qu'on s'abandonne à
la conduite de fes émotions , l'on
264
Extraordinaire
ne fait jamais rien qui caufe du
repentir , ny qui doive eſtre blâmé.
A ce que je vois , dit Lycidas,
Vous ne feriez pas d'humeur à
courir aprés vos Amans , comme
une Femme que je connois , qui
en alla voir une autre chez qui
elle croyoit que fon Amant devoit
eftre Elle l'y trouva malheureufement
pour elle & pour luy , &
s'abandonnant dés l'entrée à tou
te la fureur d'une j'aloufie immoderée
, elle caffa le miroir de cette
Dame , & aprés avoir battu
comme une Furieufe ce pauvre
Galant , elle emporta fa Perruque
& fon Chapeau. Non , répondit
doucement Emilie , ces emportemens
ne feroient point de mon
caractere , & il me femble que
j'aurois des moyens plus doux ,
plus
du Mercure Galant. 265
plus innocens , & plus feurs pour
faire revenir un Amant dont la
conftance feroit ébranlée ; mais
vous confondez en cét exemple
deux chofes bien differentes . Ce
pauvre maltraité n'eftoit pas pre
tendant feulement , je fuis fort
trompée s'il n'avoit efté bien fa
vorifé auparavant . Pour lors il y a
de l'infidelité , & c'est une lâcheté
inexcufable d'eftre capable de
changer aprés avoir receu quel
que faveur , pour legere qu'elle
puiffe eftre. Mais pourquoy nom
mer Inconftant un homme qui
quitte une Laide pour une Belle ?
Une Indifferente pour une qui
peut l'aymer ? Une ftupide pour
une femme d'efprit ? Et quand il
quitteroit le plus pour le moins ,
il a toûjours fon excufe dans l'é-
Q. d'Octobre 1685.
Z
265 Extraordinaire
tat de fa fortune , & la tranquilité »
de fon ame luy doit , ce me fem
ble , eftre plus chere que la gloire
de paffer pour un homme con.
ftant , & n'avoir aucun plaiſir.
Voilà , pourfuivit Emilie , ce que
j'ay à vous dire pour tous les
Clairvoyans que vous nommez
Inconftans. Je voudrois pouvoir
me difpenfer d'examiner en détailla
Piece admirable de Clitandre
, mais je me vois obligée de
luy montrer , que bien loin de
confondre mes . raifons , elle ne
peut pas feulement confondre
ma Chanfon. Où peut- on pren.
dre des pensées auffi bizarres
que celles dont elle eft compofée
, & qui peut concevoir qu'un
homme qui aimeroit une Belle
Inconftante , feroit capable d'idu
Mercure Galant. 167
miter cette humeur pour affect r
une fympathie inutile dans fon
amour ? Je ne fçais de qui il veut
parler , mais après avoir dit que
l'Inconftance eſt un grand défaut
, il montre peu de bonne opinion
du Cavalier dont il parle
( puifque Cavalier y a ) en l'accufant
de cette imperfection dont
tout le monde fe deffend . Et
fuppofé que ce Cavalier foit d'hu
meur Inconftante , il ne fuit gueres
le principe de voſtre Autheur,
qui dit que ceux qui en font at
teins ( il en parle comme de la
Pefte ) s'étudient à la cacher ,
puifque luy- mefme avoit fait fon
Portrait avec toutes les couleurs
de l'Inconftance . Puifque felon
luy le feu ne fe combat point par
le feu , & que l'Inconftance ne fe
Z ij
268 Extraordinaire
détruit pas elle mefme,pourquoy
ce Cavalier feignoit- il de la fympathie
pour celle de fa Maiſtreffe?
Dequoy luy fervoit cette complaifance
& pourquoy ne s'attachoit-
il pas aux maximes d'Amoureux
tranfis que voftre Auteur
prend pour les fiennes ? Que
ne cherchoit -il les lieux écartez
pour faire quelque beau Dialogue
avec fa paffion , ou pour parler
de fon amour aux Arbres &
aux Cailloux ? Ah ! Madame , ne
vous mocquez pas de ces innocens
ftratagêmes , dit Lycidas .
Ce font là les principales proüef
fes de ceux qui fe piquent d'aimer
, & certe langueur dont vous
faites la Satyre , n'eſt Pas tou .
jours inutile en amour. Je ne
fçais , dit fort agreablement Aredu
Mercure Galant.
269
e
life , fi cette langueur peut produire
de bons effets pour celuy
qui la fouffre , mais fij'eftois Ga
lant d'une Femme , je ne voudrois
pas que la mienne allaft fort loin ,
& je n'en voudrois qu'autant
qu'en demande ma Chanfon .
Comme elle chante merveilleufement
bien , tout le monde la
luy demanda , & aprés qu'elle
eut pris la précaution que ce feroit
fans interrompre Emilie , elle
chanta ces paroles .
Quoy qu'en dife le nouvel Vſage
Qui n'est plus quepour la belle humeur,
En Amourilfaut de la langueur ,
Mais je l'entends fur le Vifage
Car elle fied mal dans le Coeur.
Clitandre qui eft le plus étour
dy de tous les Marquis , l'interrompit
de deux ou trois éclats
Z iij
270
Extraordinaire
>
de rire. Eh ! Madame , dit- il , de
quoy nous regalez - vous Fy ,
Dieu me damne laiffez cette
Chanfon pour les Comediens
Italiens , c'eft celle qu'ils chan.
tent à leur Comedie du Vin Emetique.
Vrayment , dit Melite , il
me femble que cela eft vray .
Vrayment , répliqua Arelife, il n'y
en a que l'air ; car fi vous l'avez
mieux écoutée que vous n'avez
leu voftre Piece , vous verrez que
le Vin Emetique n'a point de part
à cette Chanfon. Emilie la pria
de continuer des Couplets qu'elle
ne fçavoit pas , ce qu'elle fit
ainfi.
Je fçais bien que cette Loy déroge
Aux maximes des nouveaux Galans
Mais un foupir pouffe bien à temps ,
Peut faire avancer une Horloge
du Mercure alant.
271
Qui ne fonneroit de long-temps.
C
Bien fouvent les plus fiers regardent
Les pleurs qu'un Amant verse à propos,
Maispour n'en avoir pas dans le dos
Pendant que fes yeux les hazardent ,
Son coeur doit jouir du repos.
ca
Qu'ildife que preffe de martyre
Ilfe va tuer,que c'en estfait ;
Quoyquefon difcours foit fans effet
Il eft fort fage de le dire,
Mais il eft unfot s'il lefait.
Voilà de beaux fentimens , dit
Melite. Mon Dieu ! peut- on aimer
un homme de cette humeur?
Il faut eftre furieufement affa
mée d'Amans pour en fouffrir
qui ayent des fentimens fi dégarnis
de fens commun , Ces fentimens
font à la mode , répondit
Z
iiij
272
Extraordinaire
Arelife , en riant des expreffions
de Melite , il faut s'en prendre à
l'humeur Françoife qui cherche
la nouveauté en toutes chofes
& prefentement le bon fens eſt
une garniture dont peu de perfonnes
font chargées. Il y en a tant
dans cette Piece , dit Emilie , que
j'ay lieu de conjecturer que fon
Autheur en eft l'Antipode. Par
exemple s'écria le Marquis , eh !
Madame par exemple ! Un exemple,
morbleu, de ce que vous dites.
L'exemple, répliqua- t'elle , efttou
te la piece en gros , & toutes les
lignes en détail. L'on ne nous
dépeint, dit.il , l'Amour aveugle,
que parce qu'il nous bouche les
yeux pour tout le refte du monde
, fi cela eftoit , il devroit avoir
le bandeau à la main & non pas
du Mercure Galant.
273
fur les yeux ; & fi l'Amour nous
bouche les yeux pour tout ce qui
eft hors de la perfonne que nous
aimons , nous ne pouvons rien
voir qu'elle , & par confequent
il nous eft impoffible de devenir
Inconftant. Voyez vous que cette
contrarieté détruit ce grand
défaut qu'il blâme. Je laiffe la
maniere d'écrire à part, & je m'en
raporte aux Galans , fi jamais on
a écrit boucher les yeux dans un
Biller. Il a raifon cependant d'ap .
peller l'Inconftance un tres-grand
deffaut. Il n'y a point de Heros,
de Roman qui ait pouffé la Conftance
plus loin que luy , mais il
y a cette difference entre les Heros
& luy , que ceux là cher.
choient à détruire leurs Rivaux
S par les Armes , & que celuy- cy
274 Extraordinaire
eft d'une humeur pacifique , qui
s'applaudiroit de voir plufieurs
Approbateurs de fon choix , quoy
que peut- eftre il fuft le dernier
venu , & qu'il fe fuft reglé fur
l'exemple des autres ; car à ce que
j'en puis voir , fon caractere eft
affez de croire qu'une perfonne
eft aimable quand il voit que plufieurs
luy font la Cour ; & ainfi
fans rien examiner davantage , je
le crois d'humeur à s'embarquer
vaille que vaille avec les autres .
Ces fortes de Galans ont peu
fatisfaction dans leurs engage .
mens ; mais comme ils ont l'efprit
fort , ils fe confolent quand
ils font fupplantez , en difant qu'en
ce fiecle il n'y a point de Rofes
fans épines , & en ſe nourriffant
d'une efperance qui n'a que leur
de
du Mercure Galant 275
facilité pour tout fondement.
Cette extraordinaire patience
eft de bon exemple , & marque
une défiance de fon merite fort
modefte , mais fort peu en ufage.
En voyez -vous beaucoup aprés
voftre Autheur , qui puiffent s'attacher
à une Coquette qui exige
un amourà l'épreuve des faveurs
que l'on fait aux Rivaux ? En
voyez vous dont la conftance foit
inébranlable jufqu'à pouvoir atrendre
qu'une Coquette foit ennuyée
de mille Galans , pour
luy demander quelque recompenſe
? Je fouhaite , pourſuivit
Emilie , en foûriant & en rendant
le papier à Clitandre ; je ſouhaite
de bon coeur pour le prix de
la belle Piece que je vous rends,
que fon Autheur puiffe devenir
276
Extraordinaire
amoureux d'une Coquette qui
l'oblige à une conftance auffiforte
que celle qu'il veut établir ,
& puifqu'il eft d'humeur à atten
dre qu'une volage foit fatiguée
de ſes inconftances , je luy ſouhaite
le bon-heur d'en trouver
une qui vieilliffe avant que de
changerfon humeur changeante
alors je vous prieray de me le faire
connoiſtre , ou de luy demander
fi l'on ne doit rien trouver d'agreable
que dans l'objet que l'on
aime , & fi eftant une fois rangé
fous les loix de Cupidon , nous
ne devons plus vivre que pour
aimer. Toute la Compagnie rit
de cette conclufion d'Emilie.
hormis le Marquis & Melite , qui
un moment aprés s'en allerent
fans pouvoir pourtant s'empefdu
Mercure Galant. 277
1
cher d'admirer l'efprit de la belle
Emilie , qui quoy qu'elle n'euft
jamais eu d'engagement avec
perfonne , ne laiffoit pas de parler
fi bien de l'amour , & d'approuver
avec tant de grace la
galante maniere de bien aimer,
en faisant la Satyre des Amou
reux tranfis , qui fe morfondent
par refpect , & foupirent fous une
feneftre , pendant que leurs Ri
vaux qui fçavent traiter l'amour
comme il faut , s'entretiennent
avec l'objet de leur paffion.
DE L'INCONSTANCE.
V
Ous fçavez qu'Emilie eft
une perfonne toute charmante
, & qu'une vivacité d'ef.
prit extraordinaire , eft un des
moindres avantages qu'elle at
du Mercure Galant.
245
receus du Ciel . Quoy qu'il y en ait
peu de plus brillans que le fien
je ne laiffe pas de luy preferer la
complaifance avec laquelle elle
fouffre quelques uns de ces Originaux
, dont le fameux Moliere
a fi bien reprefenté les Copies.
Vous avoüez vous - mefme que
cette bonté eft, admirable , & je
ne fçais fi elle n'eft point la feule
qui puiffe les fouffrir . Clitandre
le franc Marquis & la precieufe
Melite fe rendirent ' avant- hier
chez- elle ; ils y trouverent la
jeune Arelife , Lycidas , & quel
ques autres perfonnes de merite ,
qui fans doute fe feroient facilement
paffez de ces deux ridicules.
Aprés que le Marquis les
eut affaffinez de complimens ,
Parbleu, dit-il , nous voulons fça-
X iij
246
Extoaordinaire
voir furquoy vous en eftiez quand
nous fommes arrivez . Tout le
monde parut eſtonné de cette
familiarité , car vous remarquerez
, s'il vous plaift , que c'eftoit
là fa premiere Vifite , que jamais
il n'avoit veu Emilie , & qu'il n'étoit
venu chez- elle que fur le credit
de Melite , qui ne l'avoit auffi
yeuë qu'une fois chez une de fes
Amies . Onne luy répondit rien ,
& tout le monde fe faifant effort
pour s'empefcher de rire de cette
extravagance qu'il appelle le bel
air , il voulut profiter du filence.
Il fe mit à regarder Emilie , &
après avoir roulé les yeux d'une
maniere toute particuliere. Ah !
Madame , dit -il à Melite , vous
n'avez amené dans un lieu où il
fait bien chaud , & où le droit
•
du Mercure Galant. 247
des Gens eft tres- mal obferve.
Cela eft fort peu obligeant pour
moy , répondit Melite , car je
vois que vous me parlez pour
Emilie de la mefme maniere que
vous parlates pour moy à celuy
qui vous amena chez - moy la pre
miere fois. C'eſt à ce queje vois ,
un compliment étudié que vous
faites à tout le monde , & non pas
un tranſport de paffion naiffante,
ou un emportement de furpriſe
impreveuë.
Ces dernieres paroles de Melite
qu'elle avoit fans doute leuës
dans quelque Roman , & le fujet
qui les avoit caufées , parurent
à tous ceux de la Compagnie des
Incidens fi plaifans , qu'ils ne pu
rent s'empefcher de rire. Le Turupin
en rit plus que tous les au-
X iiij
248
Extraordinaire
tres, & trouvoit , difoit - il , l'avan
ture grotesque. Emilie reprit bien
toft fon ferieux , & répondit modeftement
à Melite qu'elle faifoit
bien de maintenir les droits
qu'elle avoit fur le coeur de Cli
tandre , mais , ajoûta t'elle avec
une grace toute charmante , fans
cela le mien eftoit en grand dan
ger , & les regards de Monfieur
m'ont marqué rant de paffion ,
que j'aurois pû me refoudre à
vaincre pour luy mon indifferen.
ce naturelle , & à m'engager pour
toûjours. Quoy , dit Arelife qui
entendoit la raillerie d'Emilie
dés la premiere fois que vous l'avez
veu , vous engager pour toûjours/
Emilie qui vouloit fe donner
carriere , pouffa le jeu fort longtemps
. Oüy , dit- elle, Clitandre a
>
du Mercure Galant. 249
des manieres d'agir tout à fait aimables
, & fi Melite n'eftoit auffi
avant dans mon efprit qu'elle y
eft , je luy déclare que je ferois
tout ce que je pourrois pour le
luy voler . Melite rougit , & puis
paflit un moment aprés . Le Mar
quis qui connut fon defordre , la
rafura par quelques regards , &
par un certain foûrire niais qui
luy eft particulier. Les éclats de
rire recommencerent , & l'aima
ble Emilie qui vouloit fe divertic
encore un peu , quoy que fon hu❤
meur douce & civile ne la porte
guere à rompre en vifiere à perfonne.
Je fens que je prendrois
feu , pourfuivit- elle , & comme
je fuis prefentement la plus indifferente
perfonne du monde , je
deviendrois la plus fidelle & la
250 Extraordinaire
plus paffionnée . Vous poufferiez
l'amitié , jufqu'à la paffion , reprit
Arelife , & mefme la paffion juf.
qu'à la fidelité ? Ah ! Madame ,
n'en dites pas d'avantage . Quoy
que la beauté de Melite foit fort
engageante , vous pourriez la
faire trembler , s'il eft vray qu'elle
ait quelque intereſt au coeur de
Clitandre , & puifque fa premiere
paffion a efté ébranlée en vous
voyant feulement , il pourroit ceder
aux charmes des avances que
vous luy faites . Oh ! parbleu , vous
verrez que non , dit brufquement
le Marquis , j'ay plus de conftance
que vous ne croyez . Si vous
eftes conftant , dit une perfonne
de la Compagnié , je crois qu'Emilie
fera bien - toft guerie de la
paffion qu'elle vous témoigne.
du. Mercure Galant.
251
Elle eft ennemie jurée de la conſtance.
Je fuis bien aiſe , diť Arelife
, que le rapport d'humeurs ne
fe rencontre point encore entre--
elle & Clitandre , tous ces obſtacles
enfemble la dégageront d'une
affaire avec Melite qu'elle feignoit
de vouloir éviter en cette
conjoncture. Quoy que Melite
foit une fort grande parleufe com.
me toutes les Precieufes le font ,
& par confequet une fort grande
difeufe de fottifes , elle ne fut pas
bien aife d'avoir à répondre , par.
ce qu'elle avoit accommodé fes
levres pour fe faire une petite
bouche. Il falut cependant les
défaire pour dire à Arelife ; je
feray toûjours fort indulgente .
dans les fujets de plainte qu'Emelie
pourra me donner , pour-
:
252
Extraordinaire
veu qu'elle ne faliffe point fon
ame d'un défaut auffi grand que
celuy d'eftre du Party des Inconftans
. Aprés cette belle maniere
de parler qui n'étonna plus
perfonne elle raccommoda
promptement fa bouche pour
plaire d'avantage au Marquis
qui la regardoic , & Emilie répondit.
Mais, Madame, faites moy,
s'il vous plaift, comprendre ce que
c'eft qu'un Inconftant , & d'où
vient que vous trouvez tant de
deffaut à l'eftre . Eft ce un crime
que d'aimer également tout ce
qui eft également beau ; & qu'y
a t'il de plus jufte que les fentimens
que je vais vous chanter ?
* Vous fçavez que la voix d'Emilie
eft admirable , & comme elle
eftoit en humeur goguenarde
du Mercure Galant.
253
elle chanta fort
agreablement ces
Parolles.
CHANSON.
E permets aux Romans
D'avoir des Amans fidelles ,
permets aux Romans
La conftance des Amans.
Mais trouvant par tout des Belles .
Par tout je veux cajoler ;
Puis que l'Amour a des ailes ,
Doit-il pas toujours voler ?
Voftre Chanfon eft une mon .
noye dont je ne me paye pas , dic
Mélite , & voftre Party .... Parbleu
, interrompit le Marquis , il
faut confondre Madame , & fa
Chanfon par la lecture d'une piece
qu'on m'a envoyée ce matin.
e ne l'ay point encore veuë ,
254
Extraordinaire
?
mais je m'affure qu'elle eft admirable
. Vous la trouvez admi.
rable , dit Arelife , & vous ne l'avez
point encore veuë fuffit ,
repliqua t'il brufquement , que
celuy de qui je la tiens l'ait approuvée
, c'eſt un homme de bon
goût , la voicy . Puifque je fuis
du Party contraire , dit Emilie , il
faut que je l'examine , & que je
voye cette admirable Piece que
vous n'avez point veuë , & qui
doit me confondre. Alors elle
leut la Lettre qui fuit.
A MADEMOISELLE .
L'
'Inconftance a toûjours paffe
pour un fi grand défaut dans
l'efprit de tous les hommes , que ceux
mefme qui en ont efté le plus fortes
du Mercure Galant.
255
ment atteints , fe font toûjours étudiez
à cacher cette imperfection , &
à s'en défendre quand on les en accufoit.
C'est pourquoy , Mademoiselle
je croy que le Cavalier qui vous a
donnéfon Portrait , a pris plus de
Join à fe déguifer , qu'à vouloir vous
marquer fon humeur & fes inclinations
; & qu'eftant efpris de quelque
beauté qui qui eft d'humeur affez changeante
, il a voulu dépeindre lafienne
avec le plus defympatie & de ref
femblance qu'il s'eft peu imaginer.
Vn Amantfait jouer toutes fortes de
refforts pour venir à bout de fon def
fein ; maisfelon mon humeur , ce fereit
la derniere chose que j'inventerois
, puifque bien loin d'avancer en
quelque forte mes affaires , je croirois
que cela feul feroit capable de les ruiner
entierement. La Belle qui eft co256
Extraordinaire
quette , aime l'Inconftance , mais
elle ne l'aime qu'en elle-mefme , &
n'aime point l'Inconftant. Il me
femble que l'on ne combatitjamais le
feuparle feu , & que l'Inconftance
ne fepeut pas détruire elle-mefme Fe
me fervirois plus volontiers de fon
contraire , & je tâcherois par une
longue & fincere affiduité de fixer
unehumeur volage & legere , je fuivrois
des maximes tout àfait opofées
à celles qu'il a voulu eftablir. Je trou
verois toûjours le temps quej'aurois à
confiderer Climene trop court , au licu
de l'employer à admirer la beauté qui
Je pourroit trouver dans d'autres per
Tonnes ;& quandjeferois affez malheureux
pour eftre éloigné d'elle , je
m'entretiendrois agreablement dans
mes penfées , qui feroient fur la vivacité
de fon efprit , le brillant de
du Mercure Galant: 257
fes
yeux > & une
infinité
d'autres
belles
qualitez
qu'un
Amant
découvre
les unes
aprés
les autres
dans
la
perfonne
qu'il
aime
. Outre
qu'il
eft
affex
difficile
qu'un
Cavalier
qui
aime
veritablement
, trouve
quelque
oboſe
d'agreable
ailleurs
que dans
l'ob.-
jet qui l'enflame
; d'où
vient
qu'on
ne nous
dépeint
l'Amour
aveugle
, que
parce
qu'il
nous
bouche
les yeux
pour
tout
le reste
du monde
. Favouë
bien
qu'une
multitude
de Galans
dont
la
Belle
ne fe peut
paffer
, eft quelque
chofe
d'affez
incommode
; ce ne feroit
pourtant
pas ce qui me détourneroit
de mon
amour
. Ce feroient
au
tant
d'aprobateurs
de mon
choix
,
& L'esperance
quej'aurois
de l'empor_
ter par deffus
eux , augmenteroit
ma
paffion
. L'esprit
n'a jamais
tant
de
brillant
que quand
il eft contrarié
. De
Q. d'Octobre
1685.
Y
258
Extraordinaire
mefme l'amour brûle davantage
quand il trouve de la resistance , que
lorfque la conqueste qu'il entreprend
luy eft facile. Ce n'eft pas la le plus
difficile , me direz vous . Voftre con-
Stance fera- t- elle à l'épreuve des faveurs
que recevront vos Rivaux ? Ie
conviens que c'est là la plus rude peine
que l'on puiffe fouffrir en amour. Mais
quoy , pretendez- vous emporter la
victoire fans alarmes & fans bleffures
, & cueillir dans le fiecle on nous
fommes des Rofes fans épines ? Non,
il faut fe refoudre à fouffrir.
quand on a commencé d'aimer. L'amour
a fes peines auffi-bien que fes
plaifirs. Ajoutez que l'humeur de la
Belle me vangeroit affez en les méprifant
pour s'attacher à d'autres,
defquels enfin eftant ennuyée , ellefe
refoudroit à accorder quelque chofe à
non
du Mercure Galant.
259
une paffion auffi forte que la mienne,
qu'elle auroit filong temps éprouvée,
On ne doit pas plaindre ce long- temps,
-puis qu'eftant une fois rangé fous les
loix de Cupidon , nous ne devous plus
vivre quepour aimer. Voilà , Made
moiselle , ma pensée fur les maximes
que vous cuftes la bonté de me faire
voir , que je fuis obligéde mettrefur
Le papier , eftant retenu dans le Logis
par un accident qui m'est arrivé , &
qui m'eft d'autant plus fafcheux qu'il
m'empeſche d'aller moy- mefme apprendre
de vos nouvelles.
Emilie ayant achevé de lire
cette Lettre , je n'en connois
point l'Autheur , dit- elle à Melite
, mais je fuis fort trompée s'il
n'a quelque fimpatie avec vous
& fi fon humeur & celle de Clitandre
n'ont un rapport que l'om
A
Y ij
260 Extraordinaire
ne trouve que rarement entre
deux perfonnes. Je voudrois luy
demander quelle eft l'Inconftance
qu'il condamne , car il pretend
que c'est un fi grand défaut , que
ceux qui en ont efté atteints fe
font étudiez à cacher cette imperfection
; & cependant il doit
fçavoir qu'on peut eftre Inconftant
fur toutes fortes de fujets , &
que l'Inconftance d'un Amant &
celle d'un homme dont l'humeur
eft changeante en tout , font des
chofes bien differentes . L'Incon
ftance en amour , de laquelle
fans
doute il veut parler , n'eſt pas
toûjours
une imperfection
. Elle
eft bien fouvent
l'ouvrage
du bon
fens & du difcernement
, & un
Amant
pourroit
répondre
pour
toute défenfe.
du Mercure Galant. 261
Peut-on nommer legereté
Une humeur pleine d'équité,
Qui me fait abandonner celle
Qui m'avoit arreſté ,
Pour en aimer une plus belle ?
C'eſt avoir de bons yeux , c'eft
rendre hommage à qui le peut
le plus legitimement exiger , &
à qui il eft deu de plein droit..
Pourriez vous blâmer un Aveugle
né qui ayant recouvré la lumiere
dans le milieu de la nuit ,
auroit facilement pris une Etoile
pour le Soleil ; & qui voyant enfuite
la pompe & la magnificen
ce de ce Roy des Aftres , reconnoiffant
fon erreur condamneroit
l'impofture de fes premiers
fentimens , & n'addrefferoit fes
voeux qu'à celuy qui les auroit
meritez à Nous croyons cepen-
>
262 Extraordinaire
dant que le caprice tout feul aus
torife le changement de l'efprit ,
que la raifon n'a point de part
à ces dégouts que nous condamnons
, & quoy que tout le monde
foit fujet à fe laiffer emporter
aux premiers empreffemens de la
furpriſe que la nouveauté peut
caufer , nous ne pouvons fouffrir
ces manieres d'agir aufquelles
nous fommes tous les jours expofez
mais c'eſt en aveugles
que nous nous meflons de juger
de ces matieres . L'inclination des
Intereffez peut feule répondre
dé leurs actions. Elle eſt enga
gée auparavant , ou elle ne l'eft
pas. Si elle l'eft , il faut des char:
mes bien puiffans ou une efpe
rance bien fondée pour l'obliger
rompre fe's premieres chaifnes, à
du Mercure Galant.
263
& par là fon changement devient
une necefficé indifpenfable. Si
elle ne l'eft pas , elle ne fait que
fuivre le panchant de fa nature ,
qui l'entraine doucement vers
l'objet pour lequel elle eft faite ,
& par la elle ne peut etre accufée
d'une legerete criminelle. J'avoue
que bien fouvent on quitte
une Belle pour s'attacher . à une
qui l'eft moins , mais elle ne l'eft.
moins que pour nous, qui n'y
prenons point de part , & dont
les coeurs ne reffentent point les
douces violences qui gagnent celuy
que l'on accufe. Son coeur
feul doit eftre confulté fur les
caufes de fon changement. Il fe
trompe rarement dans fes choix,
& pourveu qu'on s'abandonne à
la conduite de fes émotions , l'on
264
Extraordinaire
ne fait jamais rien qui caufe du
repentir , ny qui doive eſtre blâmé.
A ce que je vois , dit Lycidas,
Vous ne feriez pas d'humeur à
courir aprés vos Amans , comme
une Femme que je connois , qui
en alla voir une autre chez qui
elle croyoit que fon Amant devoit
eftre Elle l'y trouva malheureufement
pour elle & pour luy , &
s'abandonnant dés l'entrée à tou
te la fureur d'une j'aloufie immoderée
, elle caffa le miroir de cette
Dame , & aprés avoir battu
comme une Furieufe ce pauvre
Galant , elle emporta fa Perruque
& fon Chapeau. Non , répondit
doucement Emilie , ces emportemens
ne feroient point de mon
caractere , & il me femble que
j'aurois des moyens plus doux ,
plus
du Mercure Galant. 265
plus innocens , & plus feurs pour
faire revenir un Amant dont la
conftance feroit ébranlée ; mais
vous confondez en cét exemple
deux chofes bien differentes . Ce
pauvre maltraité n'eftoit pas pre
tendant feulement , je fuis fort
trompée s'il n'avoit efté bien fa
vorifé auparavant . Pour lors il y a
de l'infidelité , & c'est une lâcheté
inexcufable d'eftre capable de
changer aprés avoir receu quel
que faveur , pour legere qu'elle
puiffe eftre. Mais pourquoy nom
mer Inconftant un homme qui
quitte une Laide pour une Belle ?
Une Indifferente pour une qui
peut l'aymer ? Une ftupide pour
une femme d'efprit ? Et quand il
quitteroit le plus pour le moins ,
il a toûjours fon excufe dans l'é-
Q. d'Octobre 1685.
Z
265 Extraordinaire
tat de fa fortune , & la tranquilité »
de fon ame luy doit , ce me fem
ble , eftre plus chere que la gloire
de paffer pour un homme con.
ftant , & n'avoir aucun plaiſir.
Voilà , pourfuivit Emilie , ce que
j'ay à vous dire pour tous les
Clairvoyans que vous nommez
Inconftans. Je voudrois pouvoir
me difpenfer d'examiner en détailla
Piece admirable de Clitandre
, mais je me vois obligée de
luy montrer , que bien loin de
confondre mes . raifons , elle ne
peut pas feulement confondre
ma Chanfon. Où peut- on pren.
dre des pensées auffi bizarres
que celles dont elle eft compofée
, & qui peut concevoir qu'un
homme qui aimeroit une Belle
Inconftante , feroit capable d'idu
Mercure Galant. 167
miter cette humeur pour affect r
une fympathie inutile dans fon
amour ? Je ne fçais de qui il veut
parler , mais après avoir dit que
l'Inconftance eſt un grand défaut
, il montre peu de bonne opinion
du Cavalier dont il parle
( puifque Cavalier y a ) en l'accufant
de cette imperfection dont
tout le monde fe deffend . Et
fuppofé que ce Cavalier foit d'hu
meur Inconftante , il ne fuit gueres
le principe de voſtre Autheur,
qui dit que ceux qui en font at
teins ( il en parle comme de la
Pefte ) s'étudient à la cacher ,
puifque luy- mefme avoit fait fon
Portrait avec toutes les couleurs
de l'Inconftance . Puifque felon
luy le feu ne fe combat point par
le feu , & que l'Inconftance ne fe
Z ij
268 Extraordinaire
détruit pas elle mefme,pourquoy
ce Cavalier feignoit- il de la fympathie
pour celle de fa Maiſtreffe?
Dequoy luy fervoit cette complaifance
& pourquoy ne s'attachoit-
il pas aux maximes d'Amoureux
tranfis que voftre Auteur
prend pour les fiennes ? Que
ne cherchoit -il les lieux écartez
pour faire quelque beau Dialogue
avec fa paffion , ou pour parler
de fon amour aux Arbres &
aux Cailloux ? Ah ! Madame , ne
vous mocquez pas de ces innocens
ftratagêmes , dit Lycidas .
Ce font là les principales proüef
fes de ceux qui fe piquent d'aimer
, & certe langueur dont vous
faites la Satyre , n'eſt Pas tou .
jours inutile en amour. Je ne
fçais , dit fort agreablement Aredu
Mercure Galant.
269
e
life , fi cette langueur peut produire
de bons effets pour celuy
qui la fouffre , mais fij'eftois Ga
lant d'une Femme , je ne voudrois
pas que la mienne allaft fort loin ,
& je n'en voudrois qu'autant
qu'en demande ma Chanfon .
Comme elle chante merveilleufement
bien , tout le monde la
luy demanda , & aprés qu'elle
eut pris la précaution que ce feroit
fans interrompre Emilie , elle
chanta ces paroles .
Quoy qu'en dife le nouvel Vſage
Qui n'est plus quepour la belle humeur,
En Amourilfaut de la langueur ,
Mais je l'entends fur le Vifage
Car elle fied mal dans le Coeur.
Clitandre qui eft le plus étour
dy de tous les Marquis , l'interrompit
de deux ou trois éclats
Z iij
270
Extraordinaire
>
de rire. Eh ! Madame , dit- il , de
quoy nous regalez - vous Fy ,
Dieu me damne laiffez cette
Chanfon pour les Comediens
Italiens , c'eft celle qu'ils chan.
tent à leur Comedie du Vin Emetique.
Vrayment , dit Melite , il
me femble que cela eft vray .
Vrayment , répliqua Arelife, il n'y
en a que l'air ; car fi vous l'avez
mieux écoutée que vous n'avez
leu voftre Piece , vous verrez que
le Vin Emetique n'a point de part
à cette Chanfon. Emilie la pria
de continuer des Couplets qu'elle
ne fçavoit pas , ce qu'elle fit
ainfi.
Je fçais bien que cette Loy déroge
Aux maximes des nouveaux Galans
Mais un foupir pouffe bien à temps ,
Peut faire avancer une Horloge
du Mercure alant.
271
Qui ne fonneroit de long-temps.
C
Bien fouvent les plus fiers regardent
Les pleurs qu'un Amant verse à propos,
Maispour n'en avoir pas dans le dos
Pendant que fes yeux les hazardent ,
Son coeur doit jouir du repos.
ca
Qu'ildife que preffe de martyre
Ilfe va tuer,que c'en estfait ;
Quoyquefon difcours foit fans effet
Il eft fort fage de le dire,
Mais il eft unfot s'il lefait.
Voilà de beaux fentimens , dit
Melite. Mon Dieu ! peut- on aimer
un homme de cette humeur?
Il faut eftre furieufement affa
mée d'Amans pour en fouffrir
qui ayent des fentimens fi dégarnis
de fens commun , Ces fentimens
font à la mode , répondit
Z
iiij
272
Extraordinaire
Arelife , en riant des expreffions
de Melite , il faut s'en prendre à
l'humeur Françoife qui cherche
la nouveauté en toutes chofes
& prefentement le bon fens eſt
une garniture dont peu de perfonnes
font chargées. Il y en a tant
dans cette Piece , dit Emilie , que
j'ay lieu de conjecturer que fon
Autheur en eft l'Antipode. Par
exemple s'écria le Marquis , eh !
Madame par exemple ! Un exemple,
morbleu, de ce que vous dites.
L'exemple, répliqua- t'elle , efttou
te la piece en gros , & toutes les
lignes en détail. L'on ne nous
dépeint, dit.il , l'Amour aveugle,
que parce qu'il nous bouche les
yeux pour tout le refte du monde
, fi cela eftoit , il devroit avoir
le bandeau à la main & non pas
du Mercure Galant.
273
fur les yeux ; & fi l'Amour nous
bouche les yeux pour tout ce qui
eft hors de la perfonne que nous
aimons , nous ne pouvons rien
voir qu'elle , & par confequent
il nous eft impoffible de devenir
Inconftant. Voyez vous que cette
contrarieté détruit ce grand
défaut qu'il blâme. Je laiffe la
maniere d'écrire à part, & je m'en
raporte aux Galans , fi jamais on
a écrit boucher les yeux dans un
Biller. Il a raifon cependant d'ap .
peller l'Inconftance un tres-grand
deffaut. Il n'y a point de Heros,
de Roman qui ait pouffé la Conftance
plus loin que luy , mais il
y a cette difference entre les Heros
& luy , que ceux là cher.
choient à détruire leurs Rivaux
S par les Armes , & que celuy- cy
274 Extraordinaire
eft d'une humeur pacifique , qui
s'applaudiroit de voir plufieurs
Approbateurs de fon choix , quoy
que peut- eftre il fuft le dernier
venu , & qu'il fe fuft reglé fur
l'exemple des autres ; car à ce que
j'en puis voir , fon caractere eft
affez de croire qu'une perfonne
eft aimable quand il voit que plufieurs
luy font la Cour ; & ainfi
fans rien examiner davantage , je
le crois d'humeur à s'embarquer
vaille que vaille avec les autres .
Ces fortes de Galans ont peu
fatisfaction dans leurs engage .
mens ; mais comme ils ont l'efprit
fort , ils fe confolent quand
ils font fupplantez , en difant qu'en
ce fiecle il n'y a point de Rofes
fans épines , & en ſe nourriffant
d'une efperance qui n'a que leur
de
du Mercure Galant 275
facilité pour tout fondement.
Cette extraordinaire patience
eft de bon exemple , & marque
une défiance de fon merite fort
modefte , mais fort peu en ufage.
En voyez -vous beaucoup aprés
voftre Autheur , qui puiffent s'attacher
à une Coquette qui exige
un amourà l'épreuve des faveurs
que l'on fait aux Rivaux ? En
voyez vous dont la conftance foit
inébranlable jufqu'à pouvoir atrendre
qu'une Coquette foit ennuyée
de mille Galans , pour
luy demander quelque recompenſe
? Je fouhaite , pourſuivit
Emilie , en foûriant & en rendant
le papier à Clitandre ; je ſouhaite
de bon coeur pour le prix de
la belle Piece que je vous rends,
que fon Autheur puiffe devenir
276
Extraordinaire
amoureux d'une Coquette qui
l'oblige à une conftance auffiforte
que celle qu'il veut établir ,
& puifqu'il eft d'humeur à atten
dre qu'une volage foit fatiguée
de ſes inconftances , je luy ſouhaite
le bon-heur d'en trouver
une qui vieilliffe avant que de
changerfon humeur changeante
alors je vous prieray de me le faire
connoiſtre , ou de luy demander
fi l'on ne doit rien trouver d'agreable
que dans l'objet que l'on
aime , & fi eftant une fois rangé
fous les loix de Cupidon , nous
ne devons plus vivre que pour
aimer. Toute la Compagnie rit
de cette conclufion d'Emilie.
hormis le Marquis & Melite , qui
un moment aprés s'en allerent
fans pouvoir pourtant s'empefdu
Mercure Galant. 277
1
cher d'admirer l'efprit de la belle
Emilie , qui quoy qu'elle n'euft
jamais eu d'engagement avec
perfonne , ne laiffoit pas de parler
fi bien de l'amour , & d'approuver
avec tant de grace la
galante maniere de bien aimer,
en faisant la Satyre des Amou
reux tranfis , qui fe morfondent
par refpect , & foupirent fous une
feneftre , pendant que leurs Ri
vaux qui fçavent traiter l'amour
comme il faut , s'entretiennent
avec l'objet de leur paffion.
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Résumé : DEFENSE DE L'INCONSTANCE.
Le texte décrit une scène sociale chez Emilie, une femme charmante et spirituelle, en présence de Clitandre, un marquis franc, et Mélite, une précieuse. Clitandre se montre trop familier avec Emilie, ce qui surprend l'assemblée. Mélite réagit en soulignant l'inconvenance de son comportement. Emilie, tout en gardant son sérieux, répond qu'elle aurait pu succomber aux avances du marquis si elle n'était pas attachée à Mélite. La conversation porte sur la constance et l'inconstance en amour. Mélite affirme qu'elle sera indulgente envers Emilie malgré son inconstance présumée. Emilie chante ensuite une chanson sur l'amour et la fidélité. Après sa performance, le marquis mentionne une pièce qu'il n'a pas lue mais qu'il juge admirable. Emilie lit une lettre critiquant l'inconstance en amour, affirmant que ceux qui en sont atteints cherchent à la cacher. L'auteur exprime son désir de fidélité et de constance. Emilie remarque que l'auteur semble partager des similitudes avec Mélite et Clitandre. Le texte explore la notion d'inconstance en amour, distinguant entre l'amant inconstant et l'homme dont l'humeur est changeante. Emilie affirme que l'inconstance peut être excusée si elle mène à un bonheur plus grand. Elle raconte l'histoire d'une femme jalouse et violente, contrastant avec ses propres méthodes douces pour reconquérir un amant. La conversation se poursuit sur la langueur en amour, un état de mollesse ou de faiblesse souvent associé à l'amour. Lycidas défend la langueur, tandis qu'Arélise préfère la modérer. Emilie chante une chanson sur la langueur en amour, exprimant des sentiments amoureux complexes. Mélite critique ces sentiments, trouvant qu'ils manquent de bon sens. Arélise répond que ces sentiments sont à la mode en France. Emilie conclut en souhaitant que l'auteur de la pièce connaisse lui-même l'amour constant et fidèle. La compagnie rit de la conclusion d'Emilie, sauf le marquis et Mélite, qui quittent la réunion admirant l'esprit d'Emilie.
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1000
p. 318-322
« Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...] »
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Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...]
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Liste de noms, Explications, Énigmes
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texteReconnaissance textuelle : « Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...] »
Mademoiselle de Rivarennes de la
Chaftre en Berry a expliqué la premiere.
Enigme dans fon vray fens ,
ainfi que Mrs le Baron de l'Eftang;
du Buiffon , Leger de la Verbiffonne
, d'Orgeval de Chartres , Momen,
d'Ax ; du Fey le Sage de Falaife ;
Toupet de la Rue des vicilles Eftuves;
le Chantre endurant ; le Perfeverant
Houdanois ; les petits Fils Paffez
l'ancien Maistre des Philiftins ; la
Belle brune de Noiret d'Amiens ; la
fidelle Epoufe d'Orleans , & l'obligeante
Manette du mefme lieu.
La feconde a esté expliquée par
du Mercure Galant.
319
Mrs l'Abbé Pernuit, premier Chantre
de Saint Etienne ; Prevost ; Darnetal
; de la Haye le jeune de Falaiſe ;
Bugnet de la Rue Saint Severin ;
Feanfon Sr de Berné , Promoteur à
Troye ; l'Abbé de Belay ; Talon de
Nevers Longault de la Rue des
Cordiers ; Manfais de Ville- Tuifvess
De Villemont de Paris ; L'Abbé Car
du Pont de Bois ; Le Senechal de
Morlaix ; L'Infenfible de Traverfais;
Le Brave de Saint Brice ; Le fa
meux Quingault ; L'Habitant de la
Virginie ; L'adorateur d'une beauté
cruelle Le Mercure Galant des Re
fultats du Confeil de la Compagnie
det Quatorze d'Orleans ; Le Politi
que mal heureux Les deux Frere s
Unis du Faux- bourg Saint Lacques ;
C. A. Romain ; L'ortholan de la Rug
du Séjour ; & par Mademoiſelle F
Q. d'Octobre 1685. Ee
j
320 Extraordinaire.
i
Y. Veuve de Mr de la M. Bellenger
de Falaife , & la Bien-faifante bru
nette de la Croix rouge d'Orleans.
Ceux qui ont trouvé le vrayfens
de toutes les deux Enigmes font Mrs
P. Carrier de Rouën ; M. Loron
d'Ingré d'Orleans ; René Haubin de
la Rue Trouffevache ; L'Abbé d'Acon
d'Amiens ; De la Lande Controlleur
des Poftes de Provence ; Le Prefident
Estienne de Senlis ; Le Chevalier
Girault de Tours ; Brillon
Le Chevalier Baret ; Le Praticien de
la Ruë de la Harpe ; Boiftel de Saint
Romain ; Dumefnil ; Radigues ; Pen
tel le Fils , de la Ruë Saint Denis ; La
petite Affemblée de Senlis ; De Bazon
gers de Grazay Avocaten Parlement;
De Boiffec ; Deffablons d'Aumont de
Senlis ; Mefdemoiffelles de Bourneuf
de Rennes ; De la Chuprois de Troyes
du Mercure Galant. 32
Catin Hodeau ; Toinon de la Rouës
Elifabeth Angelique Ferret de
Vallencourt ; Ponyer Tuteur des enfans
trouvez de la Rue Saint Denis ;
Le Berger Nicaife de verfailles ;
Hyacinthe Ravechet ; Gillotin Bachelier
; L'Amant fidelle de l'aymable
Indifpofée du Quay de la Megif
ferie ; Le Neveu de l'aymable Madelon
du Palais ; Le jeune Ecclefiafti
que de Rouen ; L'ajmé du coin de la
Rue des trois Mores ; Le Voifin de
Image Saint Louis ; Les Thiangeaux
& les Baclos ; L'Indifferent
de la Rue Saint Severin ; Le bon Pi
card ; L'amant de la fimpleffe ; La
Belle Cleron dAmiens ; La charmante
Manon de Paix proche les Andetis
Sapho de Saint Landry ; La
grande Anachorettes La Belle Angelique
La Princeffe Pati Pata de
322
Extraordinaire
Diane de la Foreft d'Alcleon ; La
petite Compagnie de Neufville proche
Orleans ; La plus fpirituelle du
Temps ; & la petite Femme du bel
Ange d'Arnouville , du Marais dis
Temple.
Chaftre en Berry a expliqué la premiere.
Enigme dans fon vray fens ,
ainfi que Mrs le Baron de l'Eftang;
du Buiffon , Leger de la Verbiffonne
, d'Orgeval de Chartres , Momen,
d'Ax ; du Fey le Sage de Falaife ;
Toupet de la Rue des vicilles Eftuves;
le Chantre endurant ; le Perfeverant
Houdanois ; les petits Fils Paffez
l'ancien Maistre des Philiftins ; la
Belle brune de Noiret d'Amiens ; la
fidelle Epoufe d'Orleans , & l'obligeante
Manette du mefme lieu.
La feconde a esté expliquée par
du Mercure Galant.
319
Mrs l'Abbé Pernuit, premier Chantre
de Saint Etienne ; Prevost ; Darnetal
; de la Haye le jeune de Falaiſe ;
Bugnet de la Rue Saint Severin ;
Feanfon Sr de Berné , Promoteur à
Troye ; l'Abbé de Belay ; Talon de
Nevers Longault de la Rue des
Cordiers ; Manfais de Ville- Tuifvess
De Villemont de Paris ; L'Abbé Car
du Pont de Bois ; Le Senechal de
Morlaix ; L'Infenfible de Traverfais;
Le Brave de Saint Brice ; Le fa
meux Quingault ; L'Habitant de la
Virginie ; L'adorateur d'une beauté
cruelle Le Mercure Galant des Re
fultats du Confeil de la Compagnie
det Quatorze d'Orleans ; Le Politi
que mal heureux Les deux Frere s
Unis du Faux- bourg Saint Lacques ;
C. A. Romain ; L'ortholan de la Rug
du Séjour ; & par Mademoiſelle F
Q. d'Octobre 1685. Ee
j
320 Extraordinaire.
i
Y. Veuve de Mr de la M. Bellenger
de Falaife , & la Bien-faifante bru
nette de la Croix rouge d'Orleans.
Ceux qui ont trouvé le vrayfens
de toutes les deux Enigmes font Mrs
P. Carrier de Rouën ; M. Loron
d'Ingré d'Orleans ; René Haubin de
la Rue Trouffevache ; L'Abbé d'Acon
d'Amiens ; De la Lande Controlleur
des Poftes de Provence ; Le Prefident
Estienne de Senlis ; Le Chevalier
Girault de Tours ; Brillon
Le Chevalier Baret ; Le Praticien de
la Ruë de la Harpe ; Boiftel de Saint
Romain ; Dumefnil ; Radigues ; Pen
tel le Fils , de la Ruë Saint Denis ; La
petite Affemblée de Senlis ; De Bazon
gers de Grazay Avocaten Parlement;
De Boiffec ; Deffablons d'Aumont de
Senlis ; Mefdemoiffelles de Bourneuf
de Rennes ; De la Chuprois de Troyes
du Mercure Galant. 32
Catin Hodeau ; Toinon de la Rouës
Elifabeth Angelique Ferret de
Vallencourt ; Ponyer Tuteur des enfans
trouvez de la Rue Saint Denis ;
Le Berger Nicaife de verfailles ;
Hyacinthe Ravechet ; Gillotin Bachelier
; L'Amant fidelle de l'aymable
Indifpofée du Quay de la Megif
ferie ; Le Neveu de l'aymable Madelon
du Palais ; Le jeune Ecclefiafti
que de Rouen ; L'ajmé du coin de la
Rue des trois Mores ; Le Voifin de
Image Saint Louis ; Les Thiangeaux
& les Baclos ; L'Indifferent
de la Rue Saint Severin ; Le bon Pi
card ; L'amant de la fimpleffe ; La
Belle Cleron dAmiens ; La charmante
Manon de Paix proche les Andetis
Sapho de Saint Landry ; La
grande Anachorettes La Belle Angelique
La Princeffe Pati Pata de
322
Extraordinaire
Diane de la Foreft d'Alcleon ; La
petite Compagnie de Neufville proche
Orleans ; La plus fpirituelle du
Temps ; & la petite Femme du bel
Ange d'Arnouville , du Marais dis
Temple.
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Résumé : « Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...] »
Le document énumère les personnes ayant résolu deux énigmes. La première énigme a été expliquée par Mademoiselle de Rivarennes de la Chaftre en Berry, le Baron de l'Eftang, du Buiffon, Leger de la Verbiffonne, et d'autres. La seconde énigme a été résolue par l'Abbé Pernuit, Prevost, Darnetal, et plusieurs autres. Parmi ceux ayant trouvé les vraies solutions aux deux énigmes figurent P. Carrier de Rouën, M. Loron d'Ingré d'Orléans, René Haubin, ainsi que divers abbés, chevaliers, avocats, et habitants de différentes régions françaises. Le texte mentionne également des appellations telles que 'Le Brave de Saint Brice', 'L'Habitant de la Virginie', et 'La Belle Cleron d'Amiens'. Enfin, il liste des participants supplémentaires comme 'La petite Compagnie de Neufville proche Orléans' et 'La plus spirituelle du Temps'.
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