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1
p. 131-146
L'Amant vantousé, Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Si ce dénombrement de Vaisseaux, d'Equipages & d'Armemens n'est [...]
Mots clefs :
Pédant, Connaissances, Amoureux, Exercices, Ventouses, Molière, Chirurgien, Rougeurs, Voiture, Opération
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texteReconnaissance textuelle : L'Amant vantousé, Histoire. [titre d'après la table]
Si ce dénombrement de
Vaiſſeaux ,d'Equipages &d'Ar- memens n'eſt pas du gouft de vos ſpirituelles Amies, l'Avan- ture quej'ay à vous conter aura peut- eftre pour elles quelque choſe de réjoüiffant. Ily a plus d'une Perſonne qui vous l'atteftera pour veritable , & je vous 12Conne fur la foy de Gens ſans reproche.
UnjeuneGentilhomme, ren- fermé juſqu'à vingt ans dans le
GALANT. 83
fonds de fa Province , ſous la dépendance d'un Pédant quiavoit tâché de luy apprendre beau- coup de chofes qu'il ne ſçavoit peut-eſtre pas trop bien luy- meſme, vint il y aquelquetemps à Paris pour y commencer ſes Exercices , & quand il y vint,
on peut dire qu'il eſtoit tout nouvellement débarqué.Il avoit des manieres embarraffées , &
ceux qui prenoient intereſt en luy , ne le virent pas longtemps fans s'appercevoir que l'Etude neluy avoit donné quedes Con- noiſſances maldigerées qui a- voient beſoin d'adouciſſement.
Comme il n'y a point d'Ecole plus propre àl'acquerirque cel- le des Femmes , fes Amis le menerent chez quelques Belles. II Les vit d'abordfans autredeſſein
que celuy de rendre ſesdevoirs
Dvj
84 LE MERCVRE
à d'aimables Perſonnes que fa naiffance engageoit à marquer de la confideration pour luy ;
mais infenfiblement il y prit goust , il eſtoit d'âge à aimer , il avoit un cœur; & une grande Brune dont les yeux eſtoient les plus dangereux du monde, eut tantde charmes pour luy , qu'il en devint éperduëment amou- reux. La Dame fut ſurpriſe de le voir plus ſouvent chez elle qu'elle ne l'auroit ſouhaité ! Elle eſtoit ſi bien faite , qu'elle n'eut pas de peine à deviner qui l'at- tiroit. Ses affiduitez ayant com- mencé à luy faire connoiſtre la.
paſſion qu'il avoit pour elle , fes regards &quelques foûpirs mat étouffez acheverent de l'en inftruire. Cette conqueſte lachagrina , elle n'eſtoit point d'un af fez grand poids pour luy faire
GALANT. 85
honneur, & l'expoſoit àdes im- portunitez fatiguantes pour une Perſonne qu'un cœur novice n'accommodoit pas. Elle feignit de n'entendre point ſes premie- res declarations , & pour s'en défaire en le rebutant , elle le
raitla fur quelques tlefauts dont il prenoit peine à ſe corriger , &
n'oublia pas fur tout à luyfaire connoiſtre ſon dégoutpour cer- taines rougeurs qu'il avoit fur le
viſage. Il aimoit la Dame , &
vouloit luy plaire à quelque prix que ce fuſt. Cedernier reproche luy donnoit de l'inquietude. II erut que ſes rougeurs eſtoient la feule choſe qui la choquoit , &
dans l'impatience d'y trouver
quelque remede , il fit confiden- ce de ſon ſecret àceluy qui l'a- voit mené chez elle , &qui ap- - prenoit ſes Exercices dans la
86 LE MERCVRE
meſme Académie que luy. Le Confident avoit veu le monde,
il aimoit à faire piece , & fans heſiter, il luy dit que ſi c'eſtoit là le ſeul obſtacle qui l'empef- chaſt d'avoir les bonnes graces de la Belle , il luy répondoitde fon bonheur. Il adjoûte que ces rougeurs venoient d'une abon- dance de fang qu'il eſtoitfacile dedétourner ,qu'il les avoit euës comme luy, & quepour éviterla guerre qu'on luy faifoit , il s'en eſtoit fait quite pardes Ventou- ſes appliquées ſur la partie que Moliere nous a fait ſi ſpirituelle- ment entendre , quanddans l'u- nedeſes Pieces il a fait dire pour infulter un Apotiquaire, qu'on voyoit bienqu'il n'eſtoit pas ac- couſtumé à parler àdes Viſages .
Le Gentil-homme auffi credule
que jeune , auroit voulu eftre
GALAN Τ. 87
ventousédans le meſme inſtant.
Il embraffe le Confident avec
une joye extraordinaire , & le conjure de ne point differer à
faire venir la meſme Perſonne
dont il s'eſt ſervy pourunepa- reille Opération. On prend jour au lendemain , un Chirurgien a le mot , & deux Amis com
muns font avertis de l'employ qu'ils doivent avoir dans la Pie- ce. LeConfidentamene le Chirurgien à l'heure marquée. Le Gentilhomme le prie den'épar- gner point ſon ſang , &fe cou- chant fur le ventre, il fouffre
l'application des Ventouſes qui fontunecopieuſe attraction.Les Scarifications ſuivent,on les fait
profondes , &apres que le Chi- rurgien en a recüeilly deux grandes paletes de ſang,il remet les Ventouſes, & feignant d'a
88 LE MERCVRE
voir oublié quelque choſe de neceffaire , il le quitte pour cou- rir juſques chez luy. Il eſt à pei- ne forty de la Chambre , qu'on entend du bruit dans l'Escalier.
C'eſtoient les deux Amis à qui on avoit appris le miftere. Ils entrent malgré le Patient qui veut qu'on ferme la porte , &
qui a bien de la peine à ſe tenir couché fur le coſté. Ils s'informent de ce qui peut l'arreſter au,
Lit , & apres une converſation generale d'un quart - d'heure l'un des deux paſſe dans une étroite ruelle ſous pretexte d'a-'
voir quelque ſecret à luy dire.
L'Amant Ventouse tourne la
teſte ſans ſe remier , &fon Amy le prie inutilement de s'appro- cher unpeudavantage. Il n'ofe luy dire en termes du galant Voiture , qu'il a pour ne le pas
7
३
He GALANT. 89
eier.
11
e
1
faire , une raiſon fondamentale fur laquelle il ne luy eſt pas permis d'apuyer. Il n'écoute que d'un peu loin cequ'on neluydi- roit pas fi on ne cherchoit à
l'embarraffer ; & enfin le Confident fait l'officieux en obligeant les nouveaux venus às'é- loigner. Le Chirurgien revient,
fil ofte les Ventouſes, &laiffe le Plaintif ſcarifié dansdes dou- Veurs dont il ne ſe conſole que par l'efperace de n'avoirplusles Tougeurs qui bleſſent les yeux de la Dame. Elle apprend du Confident le tour qu'il luy a
joué , & afin qu'il nejoüiffe pas ſeul du plaifirde cette Avantu- re, elle envoye prier le Gentil- homme de luy venir parler le lendemain. LeMeſſage luy étoit trop doux pour ne l'engager pas àſe faire une neceſſité de cette
१० LE MERCVRE
Viſite.Il ſe rend chez elle àpied,
car l'Opération eſtoit trop ré- cente , &ne laiſſoit aucune voiture commode pourluy. Onle mene dans leCabinetde la Belle , où il ne trouve que desEſca- beaux fort durs. Elle le fait affeoir malgré luy. Il fait centpo- ſtures qui l'inſtruiſent de ce
qu'il ſouffre , &jamais conver- ſation d'une Maîtreſſe ne parut ſi longue à un Amant. Il s'en tire le plutôt qui'l peut , & ce qui le chagrine, c'eſtqu'aubout de quelques jours , il s'apperçoit que ſes rougeurs augmentoient au lieu de diminuer. Il s'en
plaint à celuy qui est cauſedu Remede qu'il a eſſayé, & fa ré- ponſe eſt qu'il feroit bonde re- commencer , parce que les Ven- touſes n'ontpas efté affez long- temps appliquées. Il s'y ſeroit
GALANT. 91
refolu fans doute , s'il n'en euſt - demandé avis àquelqu'un qui - luy dit charitablement qu'on - luy faiſoit piece. Il avoit du coeur ,&ayant rencontré le ma- licieux Confident , il luy fait mettre l'épée à la main. Comme les diſgraces ſe ſuivent , il ne peut fi bien ſe ſervir de fon adreſſe , qu'il ne reçoive une fort large Bleſſure dontil eſt en- cor àpreſent au Lit.Il eſt certain qu'il en guérira , mais il ne l'eſt pas que ce nouveau ſangqu'ila
perdu faſſe ceſſer les rougeurs
Vaiſſeaux ,d'Equipages &d'Ar- memens n'eſt pas du gouft de vos ſpirituelles Amies, l'Avan- ture quej'ay à vous conter aura peut- eftre pour elles quelque choſe de réjoüiffant. Ily a plus d'une Perſonne qui vous l'atteftera pour veritable , & je vous 12Conne fur la foy de Gens ſans reproche.
UnjeuneGentilhomme, ren- fermé juſqu'à vingt ans dans le
GALANT. 83
fonds de fa Province , ſous la dépendance d'un Pédant quiavoit tâché de luy apprendre beau- coup de chofes qu'il ne ſçavoit peut-eſtre pas trop bien luy- meſme, vint il y aquelquetemps à Paris pour y commencer ſes Exercices , & quand il y vint,
on peut dire qu'il eſtoit tout nouvellement débarqué.Il avoit des manieres embarraffées , &
ceux qui prenoient intereſt en luy , ne le virent pas longtemps fans s'appercevoir que l'Etude neluy avoit donné quedes Con- noiſſances maldigerées qui a- voient beſoin d'adouciſſement.
Comme il n'y a point d'Ecole plus propre àl'acquerirque cel- le des Femmes , fes Amis le menerent chez quelques Belles. II Les vit d'abordfans autredeſſein
que celuy de rendre ſesdevoirs
Dvj
84 LE MERCVRE
à d'aimables Perſonnes que fa naiffance engageoit à marquer de la confideration pour luy ;
mais infenfiblement il y prit goust , il eſtoit d'âge à aimer , il avoit un cœur; & une grande Brune dont les yeux eſtoient les plus dangereux du monde, eut tantde charmes pour luy , qu'il en devint éperduëment amou- reux. La Dame fut ſurpriſe de le voir plus ſouvent chez elle qu'elle ne l'auroit ſouhaité ! Elle eſtoit ſi bien faite , qu'elle n'eut pas de peine à deviner qui l'at- tiroit. Ses affiduitez ayant com- mencé à luy faire connoiſtre la.
paſſion qu'il avoit pour elle , fes regards &quelques foûpirs mat étouffez acheverent de l'en inftruire. Cette conqueſte lachagrina , elle n'eſtoit point d'un af fez grand poids pour luy faire
GALANT. 85
honneur, & l'expoſoit àdes im- portunitez fatiguantes pour une Perſonne qu'un cœur novice n'accommodoit pas. Elle feignit de n'entendre point ſes premie- res declarations , & pour s'en défaire en le rebutant , elle le
raitla fur quelques tlefauts dont il prenoit peine à ſe corriger , &
n'oublia pas fur tout à luyfaire connoiſtre ſon dégoutpour cer- taines rougeurs qu'il avoit fur le
viſage. Il aimoit la Dame , &
vouloit luy plaire à quelque prix que ce fuſt. Cedernier reproche luy donnoit de l'inquietude. II erut que ſes rougeurs eſtoient la feule choſe qui la choquoit , &
dans l'impatience d'y trouver
quelque remede , il fit confiden- ce de ſon ſecret àceluy qui l'a- voit mené chez elle , &qui ap- - prenoit ſes Exercices dans la
86 LE MERCVRE
meſme Académie que luy. Le Confident avoit veu le monde,
il aimoit à faire piece , & fans heſiter, il luy dit que ſi c'eſtoit là le ſeul obſtacle qui l'empef- chaſt d'avoir les bonnes graces de la Belle , il luy répondoitde fon bonheur. Il adjoûte que ces rougeurs venoient d'une abon- dance de fang qu'il eſtoitfacile dedétourner ,qu'il les avoit euës comme luy, & quepour éviterla guerre qu'on luy faifoit , il s'en eſtoit fait quite pardes Ventou- ſes appliquées ſur la partie que Moliere nous a fait ſi ſpirituelle- ment entendre , quanddans l'u- nedeſes Pieces il a fait dire pour infulter un Apotiquaire, qu'on voyoit bienqu'il n'eſtoit pas ac- couſtumé à parler àdes Viſages .
Le Gentil-homme auffi credule
que jeune , auroit voulu eftre
GALAN Τ. 87
ventousédans le meſme inſtant.
Il embraffe le Confident avec
une joye extraordinaire , & le conjure de ne point differer à
faire venir la meſme Perſonne
dont il s'eſt ſervy pourunepa- reille Opération. On prend jour au lendemain , un Chirurgien a le mot , & deux Amis com
muns font avertis de l'employ qu'ils doivent avoir dans la Pie- ce. LeConfidentamene le Chirurgien à l'heure marquée. Le Gentilhomme le prie den'épar- gner point ſon ſang , &fe cou- chant fur le ventre, il fouffre
l'application des Ventouſes qui fontunecopieuſe attraction.Les Scarifications ſuivent,on les fait
profondes , &apres que le Chi- rurgien en a recüeilly deux grandes paletes de ſang,il remet les Ventouſes, & feignant d'a
88 LE MERCVRE
voir oublié quelque choſe de neceffaire , il le quitte pour cou- rir juſques chez luy. Il eſt à pei- ne forty de la Chambre , qu'on entend du bruit dans l'Escalier.
C'eſtoient les deux Amis à qui on avoit appris le miftere. Ils entrent malgré le Patient qui veut qu'on ferme la porte , &
qui a bien de la peine à ſe tenir couché fur le coſté. Ils s'informent de ce qui peut l'arreſter au,
Lit , & apres une converſation generale d'un quart - d'heure l'un des deux paſſe dans une étroite ruelle ſous pretexte d'a-'
voir quelque ſecret à luy dire.
L'Amant Ventouse tourne la
teſte ſans ſe remier , &fon Amy le prie inutilement de s'appro- cher unpeudavantage. Il n'ofe luy dire en termes du galant Voiture , qu'il a pour ne le pas
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He GALANT. 89
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faire , une raiſon fondamentale fur laquelle il ne luy eſt pas permis d'apuyer. Il n'écoute que d'un peu loin cequ'on neluydi- roit pas fi on ne cherchoit à
l'embarraffer ; & enfin le Confident fait l'officieux en obligeant les nouveaux venus às'é- loigner. Le Chirurgien revient,
fil ofte les Ventouſes, &laiffe le Plaintif ſcarifié dansdes dou- Veurs dont il ne ſe conſole que par l'efperace de n'avoirplusles Tougeurs qui bleſſent les yeux de la Dame. Elle apprend du Confident le tour qu'il luy a
joué , & afin qu'il nejoüiffe pas ſeul du plaifirde cette Avantu- re, elle envoye prier le Gentil- homme de luy venir parler le lendemain. LeMeſſage luy étoit trop doux pour ne l'engager pas àſe faire une neceſſité de cette
१० LE MERCVRE
Viſite.Il ſe rend chez elle àpied,
car l'Opération eſtoit trop ré- cente , &ne laiſſoit aucune voiture commode pourluy. Onle mene dans leCabinetde la Belle , où il ne trouve que desEſca- beaux fort durs. Elle le fait affeoir malgré luy. Il fait centpo- ſtures qui l'inſtruiſent de ce
qu'il ſouffre , &jamais conver- ſation d'une Maîtreſſe ne parut ſi longue à un Amant. Il s'en tire le plutôt qui'l peut , & ce qui le chagrine, c'eſtqu'aubout de quelques jours , il s'apperçoit que ſes rougeurs augmentoient au lieu de diminuer. Il s'en
plaint à celuy qui est cauſedu Remede qu'il a eſſayé, & fa ré- ponſe eſt qu'il feroit bonde re- commencer , parce que les Ven- touſes n'ontpas efté affez long- temps appliquées. Il s'y ſeroit
GALANT. 91
refolu fans doute , s'il n'en euſt - demandé avis àquelqu'un qui - luy dit charitablement qu'on - luy faiſoit piece. Il avoit du coeur ,&ayant rencontré le ma- licieux Confident , il luy fait mettre l'épée à la main. Comme les diſgraces ſe ſuivent , il ne peut fi bien ſe ſervir de fon adreſſe , qu'il ne reçoive une fort large Bleſſure dontil eſt en- cor àpreſent au Lit.Il eſt certain qu'il en guérira , mais il ne l'eſt pas que ce nouveau ſangqu'ila
perdu faſſe ceſſer les rougeurs
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Résumé : L'Amant vantousé, Histoire. [titre d'après la table]
Le texte narre l'histoire d'un jeune gentilhomme élevé dans la province par un pédant. Arrivé à Paris pour ses études, il se montre d'abord maladroit et mal à l'aise. Ses amis l'introduisent dans la société parisienne, notamment auprès de femmes. Il s'éprend d'une grande brune qui, bien que flattée, est gênée par ses visites fréquentes et ses déclarations maladroites. Pour se débarrasser de lui, elle critique ses rougeurs au visage. Désireux de plaire à la dame, le jeune homme consulte un ami qui lui suggère d'utiliser des ventouses pour éliminer les rougeurs. Le gentilhomme accepte et subit l'opération, qui se révèle douloureuse et inefficace. Entre-temps, ses amis lui jouent un tour en lui révélant la vérité sur l'opération. La dame, informée de la plaisanterie, invite le gentilhomme pour en discuter. Il découvre ensuite que ses rougeurs ont empiré. Informé que l'opération doit être répétée, il décide de confronter son ami, ce qui aboutit à un duel où il est gravement blessé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 141-143
OPERATION.
Début :
Nouvelle Lune en Juin le 167 de l'année à [...]
Mots clefs :
Opération, Lune, Astronomie, Temps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERATION.
OPERATIONS
Nouvelle Lune en Juin
le 167 de l'année à 6. heu
res , 18. minutes du matin.
Nouvelle Lune en- May
le 137. de l'année à 3. heu
res , 12. minutes du matin.
Il reſte 30. jours , 3. heu
res , 6. minutes.
a
Oftez de ces 30. jours , 3 .
heures, 6. minutes, 29. jours,
12. heures , 44. minutes.
All refte les oo. 14 heu
res , 227 minutes.
Par confequent dans la
14 MERCURE
་
connoiffance destemps que
M. Lieutaud a donnée au
Public pour l'année 1711. il
s'y trouve une Lune, & un
mois Lunairetrop grandde
14. heures & 22 minutes ,
&uneLunaifonde30. jours,
3. heures & 6. minutes. Ce
font deux erreurs contrai
res au Calendrier Gregorien , & aux propres fenti
mens de M. Caffini , dont
voici lesparoles : Omnis Lunatio 29%
ad 30 extenditur. C'étoit à
M. Touraine qu'il écrivoit
il y a plus de quinze ans
dies fuperat, nulla
GALANT 143
pour répondre à une regle
duCalendrier , canon 2. Ut
nimirum Lunationes ita fibi
mutuò fuccedant , ut alterna.
tim fex contineant 39. dies ,
& fex alia dies tantum 29″.
complectantur
Nouvelle Lune en Juin
le 167 de l'année à 6. heu
res , 18. minutes du matin.
Nouvelle Lune en- May
le 137. de l'année à 3. heu
res , 12. minutes du matin.
Il reſte 30. jours , 3. heu
res , 6. minutes.
a
Oftez de ces 30. jours , 3 .
heures, 6. minutes, 29. jours,
12. heures , 44. minutes.
All refte les oo. 14 heu
res , 227 minutes.
Par confequent dans la
14 MERCURE
་
connoiffance destemps que
M. Lieutaud a donnée au
Public pour l'année 1711. il
s'y trouve une Lune, & un
mois Lunairetrop grandde
14. heures & 22 minutes ,
&uneLunaifonde30. jours,
3. heures & 6. minutes. Ce
font deux erreurs contrai
res au Calendrier Gregorien , & aux propres fenti
mens de M. Caffini , dont
voici lesparoles : Omnis Lunatio 29%
ad 30 extenditur. C'étoit à
M. Touraine qu'il écrivoit
il y a plus de quinze ans
dies fuperat, nulla
GALANT 143
pour répondre à une regle
duCalendrier , canon 2. Ut
nimirum Lunationes ita fibi
mutuò fuccedant , ut alterna.
tim fex contineant 39. dies ,
& fex alia dies tantum 29″.
complectantur
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Résumé : OPERATION.
Le texte traite des phases de la Lune et des erreurs dans un calendrier. Il mentionne deux nouvelles lunes : la première en juin, le 167e jour de l'année à 6 heures et 18 minutes du matin, et la seconde en mai, le 137e jour de l'année à 3 heures et 12 minutes du matin. La durée entre ces deux nouvelles lunes est calculée à 30 jours, 3 heures et 6 minutes. Cependant, des divergences sont notées dans les données fournies par M. Lieutaud pour l'année 1711, indiquant une Lune trop grande de 14 heures et 22 minutes et une lunaison de 30 jours, 3 heures et 6 minutes. Ces erreurs contredisent le calendrier grégorien et les observations de M. Cassini, qui stipule que toute lunaison s'étend de 29 à 30 jours. Le texte cite également une règle du calendrier canon 2, précisant que les lunaisons doivent alterner entre 29 et 30 jours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 99-137
Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Début :
Mon dessein est de donner, par le moyen d'une [...]
Mots clefs :
Soufre, Terre, Vitriol, Tonnerre, Ouragans, Matière, Mouvement, Opération, Feu, Fer, Mars, Limaille de fer, Chaleur, Nues, Vapeur, Fermentation, Souterrains, Tremblements de terre, Éclairs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Explicationphyfique & chimique
àv$feuxJouterrams,
des tremblemens deterrey
des'ouragans, des éJairs&r
-du o tonmrre. -'
.(-' ,
1
Mon dessein est de donner,
par le moyen d'une
opération de Chymie, une
idée sensible de ce qui se
1
passe dans les nuës lors
qu'elles s'ouvrent en temps
detempête,pour produire
les éclairs ôc le tonnerre: mais avant que de faire
voir cette opération, il est
à propos de parler de la matiere
qui cause des effets si
violens, & d'examiner sa
nature & son origine.
On ne peut pas raisonnablement
douter que la
nature de l'éclair & du tonnerrene
soit un souffre en- amme, ôc élancé avec
beaucoup de rapidité. Nous
ne cannoissons rien d'inflammable
, ni de plus en
mouvement que le souffre,
ôc l'odeur du souffre que le
tonnerre laisse dans tous les
lieuxoù il a passé, prouve
assez sa nature. Il est donc
question de trouver l'origine
de ce souffre
: il n'est
pas vraisemblable qu'il Ce
soit formé dans les nuës, il
faut qu'il y ait étéporté en
vapeur.
Il me paroît que l'origine
de la matiere qui fait
le tonnerre est la même que
celle, des tremblemens de
terre, des ouragans, des
feux soûterrains. J'ai explique
la cause de ces grands
remuëmens dans un livre
de Chymie, à l'occasion
d'une préparation particuliere
sur le fer appeile safran
de Mars. Comme mon
explication a ététrouvée
assez juste, ôc que j'ai fait
encore plu sieurs autres experiences
qui servent à confirmer
ce que j'avois avancé,
je rapporterai en abrégé
les unes ôc les autres experiences.
Voici donc les
premieres.
On fait un mélange de
parties égales de limaille
de fer & de souffre pulverisé,
on reduit le mélange
en pâte avec del'eau, ôc on
le laisse en digestion sans
feu pendant deux ou trois
heures; il s'y fait une fermentation
& un gonflement
avec chaleur considerable
: cette fermentation
fait la pâte en plusieurs
endroits, & y fait des crevasses
par où il sort des vapeurs
qui sont simplement
chaudes,quand la matiere
n'est qu'en une mediocre
quantité:mais qui s'enflamment
lorsque , la matiere
d'où elles sont poussées fait.
une masse considerable,
comme de trente ou de
quarante livres.
La fermentation accompagnée
de chaleur, & même
de feu qui arrive dans
cette opération, procede
de la pénétration & du frotement
violent que les pointes
acides du souffre font
contre les parties du fer.
Cette experience feule
me paroîtréscapable d'expliquerdequelle
maniere
se fontdans les entrailles
de la terre les fermentations,
les remuëmcns &
les embrafemens
, comme
il arrive au mont Vesuve,
au mont Etna, & en plufleurs
autres lieux; car s'il
s'y rencontre du fer & du
souffre qui s'unissent & se
penetrent l'un l'autre, il
doit s'ensuivre une violente
fermentation, qui produira
du feu, comme dans nôtre
opération. Or il est aisé de
prouver que dans les monragnes
donc j'ai parlé il y a
du souffre & du fer; car aprés
que les flammes font
finies,on trouve beaucoup
de souffre sur la superficie
de la terre, & l'on découvre
danslescrevassesoùle
souffre a patTé, des matieres
semblables à celles qui se
separent du fer dans les
forges.
»
Voici les secondes experiences
que j'ai faites
)
qui
appuyeront les premières
& mon raisonnement. J'ai
mis du même mélangede
limaille de fer ôc de souffre,
en différentes quantitez,
dans des pots hauts & étroirs,
en sorte que la matiere
y a été plus comprimée
que dans les terrines;
il s'estfaitaussi desfermentations&
des embrasemens
plusforts, & la matieres'étant
élevée avec un peu de
violence,il en a rejailli une
partie autour des pots. J'ai
mis en été cinquante livres
du mêmemétla.n)ge dans un grand pot, j'ai placé le pot
dans un creux que j'avois
fait faire en terre à la campagne,
je l'ai couvert d'un
linge, ôc ensuirede terre à
la hauteur d'environ un
pied
}
j'ai apperçû huit ou
neuf heures après que la
-
terre se gonfloit,s'échauffoit
& se crevafToit
; puis il
en est forci des matières
foulfreufes & chaudes, ôc
ensuite quelques flammes
qui ont élargi les ouvertures,
& qui ont répandu autour
du lieu une poudre jaune
& noire. La terre a demeuré
long-tempschaude:
je l'ai levée aprèsqu'elle a
été refroidie, je n'ai trouvé
dans le pot qu'une poudre
noire & pesante, c'est la limaille
de fer dépouillée
d'une partie de son souffre.
On auroit pû mettre
davantage de terre sur le
pot: mais il y auroit eu à
craindre que la matiere
n'eût pû s'allumer faute
d'air. Cette opération rétiffit
mieux en été qu'en hyver,
à cause de la chaleur
du Soleil quiexcite un plus
grand mouvement aux parties
insensibles du fer 6c du
souffre. Il n'est donc pas
necessaire de chercher ailleurs
ce qui peut mettre les
souffres en mouvement
dans les mines & les enflammer,
leur jonction avec
le fer produira parfaitement
bien cet effet, demême
qu'elle a produit dans
nos opérations. Mais il se
presente ici une difecultéi,
c'etf que ces grandes fer
mentations & cesembraiemens
soûterrains nepeuventavoir
ete produitslans
air: or on ne comprend
pas bien par où il auroit pu
paffer de l'air si profonde-
-.ment. dans laterré.
On répond à cette obtjection
,
qu'il y a dans la
terre beaucoup de fentes
r& de conduits que nous ne
voyonspoint, & sur, tout
dans les pays chauds,où
ccsmouvemens soûterrains
.arrivent ordinairèment; car
la grande chaleur du Soleil
échauffant & calcinant, par
maniéré de dire, la terre
en plusieurs lieux, y fait
des crevasses profondes)
par où il se peut introduire
de l'air. Les tremblemens
de terre font apparemment
causez par une vapeur, qui
ayant été produite dans la
-
fermentation violente du
fer&du souffre,s'est con-
-
vertie en un vent sulfureux,
lequel se fait passage ic
roule par où il peut, en soûlevant
& branlant les terres
fous lesquelles il passe.
Si ce vent sulfureux se trou- ;
ve toujours renfermé, sans
pouvoir penetrer aucune issuë
pour s'échaper, il fait
durer le tremblement de
terre long-temps & avec
de grands efforts,jusqu'à
ce qu'il ait perdu son mouvement
: mais s'il trouve
quelques ouvertures pour
sortir, il s'élance avec grande
impetuosité,&c'est ce
qu'on appelle ouragan; il
écarce la
-
terre & fait des
abî»
abîmes, il deracine les arbres
& abat les maisons; &
les hommes même ne seroient
pas à l'abri de sa furie,
s'ils ne prenoient la
précaution de se jetter
promptement labouche&
le ventre contre terre, non
pas feulement pour s'empêcher
d'être enlevez, mais
pouréviter de respirer ce
ventlîitCureux &chaud qui
les [uffoqùoir.
Les feux foûtcçrains viennent
de la mêmeexhalaison
sulfureuse. LaNdifference
des effets qu'elle Prbduit
peut provenir de plusieurs
caules de ce que la
maticre a étéplus abondante
5
Se par. consequent.
la fermentation plusforte
de ce qu'il s'y est introduit
davantage d'air;de ce qu'il
s'est rencontré des fentes
ou des crevasses àla terre
assezgrandes, & disposées
pour laisser passer les flammes.
Cesflammesensélëvant
imperueusement ie
font bientôt un jour plus
grand, & elles donnent
lieu à toute la matiere du
fond de la terre de s'enflammer
& de pousser des
C-ux si abondas, qu'ils
couvrent & inondent cjueL
quefois de leurs cendres les
prochains villages.
Les feux folets &ceux
qui paroissent sur certaines
eaux dans les pays chauds,
tirent apparemment leur
origine de la même cause :
mais comme la vapeur fuifureufe
a été foible, &que
son plus grand mouvement
x été ralenti, en se filtrant
au travers des terres & en
passantpar leseaux,ilne
s'en est. élevéuqqwielflajïw
- me legere,spiritueuse,cr- *
rante ,
& qui n'est point entretenue
par une assez grande
quantité de matiere pour
être de durée. Il y a apparence
que les eaux minérales
chaudes, comme celles
de Bourbon, de Vichi, de
BaLrue, d'Aix,ont prisleur
chaleur des feux foûterrains,
ou des terres fulphureufes
& échauffées par où
elles ont passé; car quand
ces eaux sont en repos, il
s'enièpare des parties de
souffre aux côtez des baffînSrlifc
peut faire aussï
* que certaines eaux minérales
ayent tiré leur chaleur
d'une chaux naturelle,
quelles rencontrent en leur
chemin dans les entrailles
de la terremais cette chaux
n'est qu'une pierre calcinée
par des feux soûterrains.
Les colomnes d'eau qui
s'élevent quelquefois sur la
mer, & qui font aux matelots
les sinistres prcfages
d'un prompt naufrage,
viennent apparemment de
ces vents sulfureux pouffez
rapidement desterres de
dessous la mer) après des
fermentations pareilles à
celles dont il a été' parlé.
Les vents sulfureux, qui
font les ouragans,s'élèvent
avec tant de violence en
s'échapant de dessous la
terre,qu'il en monte une
partie jusqu'aux nues:c'estce
qui fait la matiere & la
cause du tonnerre ; car ce
vent qui contient un souffre
exalté s'embaraue dans les
nues, & y étant battu &
compriméfortement, il y
acquiertun mouvement assez
grand pour s'y enflammer
& y former l'éclair en
fendant la nuë, ôc s'élançantavec
une très- grande
rapidité. C'est CI furieux
mouvement qui cause le
bruit du tonnerre que nous
entendons; car ce vent
sulfureux sortant violemment
d'un lieu étroitoùil
étoit contraint
>
frape l'air
trés-rudement & y roule
d'une vîtesse extraordinaire,
de même que fait la
poudre qui fort d'un canon
où elle aété allumée.
On peut dire ici qu'un nitre
subtilqui est toûjours naturellement
répandu dans
l'air, se lie au souffre du tonnerre,
& augmente la force
de son mouvement &
de son action,demême
que quand oa mêlé du
salpêrre avec ousouffre
commun, il produitun efset
bien plus violent eh se
rarefiant, que quand il est
seul. Ce vent sulfureux du
tonnerre après avoir roulé
dans l'air quelque espace
de temps,se rallentit peu à
peu de son mouvement ; c'est pourquoy le tonnerre
est bien plus violent & plus
dangereux au moment qu'il
fort
fort de la nuë, que quand il
a déja fait dans l'air une
partie de ses rournoiemens
êc de ses virevoustes : mais
enfin après avoir fait tant
d'éclat, tant de bruit & tant
de fracas, il (e reduit à rien,
& il ne laisse dans les lieux -..
où il a passé qu'une odeur
de douffresemblable à celle
de l'ouragan.
Quant aux pierres de
foudre, dont le vulgaire
veut que le tonnerre foit
toûjours accompagné, leur
existence me paroît bien
douteuse, & j'ai assez de
pente à croire qu'il n'yen
a jamais eu de véritables.
Il n'est pourtant pas absolument
impossible que les
ouragans en montant rapidement
jusqu'aux nuës,
comme il a étédit, n'enlevent
quelquefois avec
eux des matieres pierreuses
& minerales, qui s'amollissant
& s'unissant par la
chaleur, forment ce qu'on
appelle pierre de tonnerre
: mais on ne trouve point
de ces pierres dans les lieux
où le tonnerre est tombé ;
ôc quand même on en auroit
trouvéquelqu'une
)
il
y auroit bien plus lieu de
croire qu'elle viendroir d'une
matiere minérale fondue
& formée par le souffre
enflammé du tonnerre
dans la terre même, que
de penser que cette pierre
eût étéformée dans l'air ou
dans les nuës, & élancée
avec le tonnerre.
Il reste une difficulté,
cess: de sçavoir comment
le vent sulfureux que j'ai
supposé être la matiere du
tonnerre , peut avoir été
allumé entre les nuës qui
sont composées d'eau, &.
y avoir été comprimé ians
s'éteindre; car il semble
que l'eau des nuës dévoit
avoir empêché que ce [ouf..
fren'allumât, ou du moins
elle devoit l'absorber étant
allumé.
Pour répondre à cette
difficulté,je dis que le souffre
étant une substance grasse,
n'est point si sujet à l'impression
de l'eau que les autres
substances, & qu'il
peut estre enflammé dans
l'eau & y brûler, de même
que le camphre 5c plusieurs
autres matieres sulfureuses
très
-
exaltées y brûlent. Il
doit néanmoins estre arrivé
qu'une partie de ce souffre
ait été plongée dans la
grande quantité d'eau qui
fait les nuës, & qu'elle se
soit éteinte avec une forte
detonnation, comme il arrive
quand on jette dans
de l'eauquelque matiere
solide rougie au feu. Cette
detonnation contribue
peut-être à faire le bruit du
tonnerre: mais l'autre partie
du souffre, qui étoit la
plus subtile ôc la plus disposée
au mouvement, a été
exprimée toute en feu. L'experience
que j'en ai faite
prouve mon raisonnement.
J'ai mis dans un matras
de moyenne capacité, &
dont le cou avoir été trempé,
trois onces de bon esprir
de vitriol, donze onces
..d'cati commune;j'ai fait
un peu chauffer le mélange
)
& j'y ai jetté à plusieurs
reprises une once, ou une
once & demie de limaille
de fer. Il s'est fait une ébulirion
& des vapeurs blanches
: j'ai presentéune bougie
allumée à l'embouchure
du matras; cette vapeur a
pris feu, & à même temps
a fait une fulmination violente
& éclatante. J'en ai
encore approchélabougie
allumée plusieurs fois; il
s'est fait des fulminations
semblables à la premiere,
pendant lesquelles le matras
s'est trouvé assez souvent
rempli d'une flamme
qui a penetré & circulé jusqu'au
fond de la liqueur,
ôc quelquefois la flamme a
duré une espace de temps;
considerable au cou du mettras.
Liiij
Il y a plusieurs circonstances
à remarquer dans
cette opération. La première
est que l'ébulition
qui arrive quand on a jette
la limaille de fer dans la liqueur
,
provient de la dissolution
qui se fait d'une
portion du fer par l'esprit de
vitriol: mais afin que l'ébulition
,
les fumées & la
dissolution soient plus fortes,
il est necessaire de mêler
de l'eau avec l'esprit de
virriol en la proportion qui
a été dite; car si cet esprit
étoit pur,& qu'il n'eût point
été dilayé & étendu par
l'eau, ses pointes à la vérité
s'atracheroient à la limaille
de fer: mais elles y seroient
ferrées & presséesl'une
contre l'autre, en forte qu'-
elles n'auroient point leur
mouvement libre pour agir
suffisamment, & il ne se feroit
point de fulmination.
La seconde est qu'on doit
un peu chaufferlaliqueur
pour exciter les pointes du
dissolvant à penetrer le fer
& y jetter des fumées:mais
il ne faut pas qu'elle soit
trop chaude, parce que ces
fumées fortiroient trop vite,
& quand on y mettroit
la bougie allumée,elle ne
seroit que s'enflammer au
cou dumatras sans faire de
futmination;car ce bruit
ne vient que de ce que le
souffre de la matiere étant
allumé jusques dans le fond
du matras, trouve de la resistance
à s'élever, Ôc il fait
grand effort pour fondre
l'eau & se debarasser. La
troisiéme est qu'il faut necessairement
que le souffre
qui s'exalte en vapeur &
quis'enflamme,vienne uniquement
de la limaille de
fer; car l'eau ni l'esprit de
vitriol, & principalement
le plus fort, comme celui
que j'ai employé,n'ont rien
de sulfureux ni d'inflammable
! mais le fercontient
beaucoup de souffre, comme
tout le monde le sçait.
Il faut donc que lesouffre
de la limaille de fer ayant
été rarefié & developé par
l'esprit de vitriol, se foit
exal té en une vapeur tréssusceptible
du feu. La quatriéme
est que les esprits
acides de sel, de souffre&
d'alun produisentdanscette
operation le même effet
que l'espritdevitriol:mais
l'esprit de nitre ni l'eau forte
n'y excitent point de fulmination.
Au reste,l'opération dont
je viens de parler n'a pas été
inventée seulement pour la
fulmination; elle fait le
commencement d'une préparation
nommée le sel ou
le vitriol de Mars,employée
& estimée dans la Medecine.
Si l'on veut donc profiter
de ce qui est resté dans
le matras aprèslafulmination,
il faut le faire bouillir
,
le filtrer, faire evaporer
sa liqueur filtre'e à diminution
des deux tiers ou
des trois quarts, & la laisser
crystaliser en un lieu
frais: on aura le vitriol de
Mars, qui ressemble beaucoup
en figure, en couleur
& en goût au vitriol d'Angleterre
: mais il est un peu
plus doux & il senc plus le
fer. C'est un fort bon apperitif
;la dose est depuis
six grains jusqua un
fcrupulc
: si l'on en donne une
plus grande dose, il est fut
jet à exciter quelques nausées,
mais non pas avec tant.
de force que fait le vitriol
ordinaire.
Le vitriol de Mars cft
proprement une revivisifeation
du vitriol naturel;
car l'espritacide du vitriol
qui avoit été sèparé de sa
terre par la diftilation
, entre
par cette operation dans
les pores de fer, le diflfout
& s'y corporifie. J'ajoûtc à
cela que le fer contient un
sel vitriolique tréscapablc
de contribuer à la formation
de ce vitriol de Mars.
J'ai mis dans unu cornuë
de grés huit onces de vitriol
de Mars, j'y ai adapté
un grand balon ou recipicnt,
& j'en ai fait la dif.
tilation.comme on aoûtume
de faire celle à
triol ordinaire; j'en ai retiré
cinq onces & cinq dra
gmes d'un esprit acide,
clair, ressemblant beaucoup
à Tefprit de vitriol
commun, mais laissant sur
la langue un goût un peu
plus astringent ou fiyptique.
Il est sorti du balon.
d'abord qu'il a été feparc de
la cornue, une forte odeur
de souffre. Cet cfprit est
bon pour les pertes de fang,
pour les cours de ventre.
J'ai trouve dans la cornuë
une maticre fort rarefie'e,
k -re ,
très
-
friable
, rouge>
se dilayant aifémenc
dans la bouche,d'un goût
astringent tirant un peu sur
le doux c'est un beau ôc
bon safran de Mars aperitif.
J'ai mis dans un creufct
sur le feu une autre portion
de vitriol de Mars cryfialife;
lajxuticrç$çftfondue,
il
il s'en est évapore beaucoup
de flegme,&ilestrelié du
vitriol blanc, comme il arrive
quand on calcine le
vitriol commun. J'ai poussé
par un grand feu ce vitriolblanc,
il est devenu rouge
comme du coleotar. On
peut donc conclure que le
vitriol de Mars ell en toutes
choses semblable au vitriol
naturel.
àv$feuxJouterrams,
des tremblemens deterrey
des'ouragans, des éJairs&r
-du o tonmrre. -'
.(-' ,
1
Mon dessein est de donner,
par le moyen d'une
opération de Chymie, une
idée sensible de ce qui se
1
passe dans les nuës lors
qu'elles s'ouvrent en temps
detempête,pour produire
les éclairs ôc le tonnerre: mais avant que de faire
voir cette opération, il est
à propos de parler de la matiere
qui cause des effets si
violens, & d'examiner sa
nature & son origine.
On ne peut pas raisonnablement
douter que la
nature de l'éclair & du tonnerrene
soit un souffre en- amme, ôc élancé avec
beaucoup de rapidité. Nous
ne cannoissons rien d'inflammable
, ni de plus en
mouvement que le souffre,
ôc l'odeur du souffre que le
tonnerre laisse dans tous les
lieuxoù il a passé, prouve
assez sa nature. Il est donc
question de trouver l'origine
de ce souffre
: il n'est
pas vraisemblable qu'il Ce
soit formé dans les nuës, il
faut qu'il y ait étéporté en
vapeur.
Il me paroît que l'origine
de la matiere qui fait
le tonnerre est la même que
celle, des tremblemens de
terre, des ouragans, des
feux soûterrains. J'ai explique
la cause de ces grands
remuëmens dans un livre
de Chymie, à l'occasion
d'une préparation particuliere
sur le fer appeile safran
de Mars. Comme mon
explication a ététrouvée
assez juste, ôc que j'ai fait
encore plu sieurs autres experiences
qui servent à confirmer
ce que j'avois avancé,
je rapporterai en abrégé
les unes ôc les autres experiences.
Voici donc les
premieres.
On fait un mélange de
parties égales de limaille
de fer & de souffre pulverisé,
on reduit le mélange
en pâte avec del'eau, ôc on
le laisse en digestion sans
feu pendant deux ou trois
heures; il s'y fait une fermentation
& un gonflement
avec chaleur considerable
: cette fermentation
fait la pâte en plusieurs
endroits, & y fait des crevasses
par où il sort des vapeurs
qui sont simplement
chaudes,quand la matiere
n'est qu'en une mediocre
quantité:mais qui s'enflamment
lorsque , la matiere
d'où elles sont poussées fait.
une masse considerable,
comme de trente ou de
quarante livres.
La fermentation accompagnée
de chaleur, & même
de feu qui arrive dans
cette opération, procede
de la pénétration & du frotement
violent que les pointes
acides du souffre font
contre les parties du fer.
Cette experience feule
me paroîtréscapable d'expliquerdequelle
maniere
se fontdans les entrailles
de la terre les fermentations,
les remuëmcns &
les embrafemens
, comme
il arrive au mont Vesuve,
au mont Etna, & en plufleurs
autres lieux; car s'il
s'y rencontre du fer & du
souffre qui s'unissent & se
penetrent l'un l'autre, il
doit s'ensuivre une violente
fermentation, qui produira
du feu, comme dans nôtre
opération. Or il est aisé de
prouver que dans les monragnes
donc j'ai parlé il y a
du souffre & du fer; car aprés
que les flammes font
finies,on trouve beaucoup
de souffre sur la superficie
de la terre, & l'on découvre
danslescrevassesoùle
souffre a patTé, des matieres
semblables à celles qui se
separent du fer dans les
forges.
»
Voici les secondes experiences
que j'ai faites
)
qui
appuyeront les premières
& mon raisonnement. J'ai
mis du même mélangede
limaille de fer ôc de souffre,
en différentes quantitez,
dans des pots hauts & étroirs,
en sorte que la matiere
y a été plus comprimée
que dans les terrines;
il s'estfaitaussi desfermentations&
des embrasemens
plusforts, & la matieres'étant
élevée avec un peu de
violence,il en a rejailli une
partie autour des pots. J'ai
mis en été cinquante livres
du mêmemétla.n)ge dans un grand pot, j'ai placé le pot
dans un creux que j'avois
fait faire en terre à la campagne,
je l'ai couvert d'un
linge, ôc ensuirede terre à
la hauteur d'environ un
pied
}
j'ai apperçû huit ou
neuf heures après que la
-
terre se gonfloit,s'échauffoit
& se crevafToit
; puis il
en est forci des matières
foulfreufes & chaudes, ôc
ensuite quelques flammes
qui ont élargi les ouvertures,
& qui ont répandu autour
du lieu une poudre jaune
& noire. La terre a demeuré
long-tempschaude:
je l'ai levée aprèsqu'elle a
été refroidie, je n'ai trouvé
dans le pot qu'une poudre
noire & pesante, c'est la limaille
de fer dépouillée
d'une partie de son souffre.
On auroit pû mettre
davantage de terre sur le
pot: mais il y auroit eu à
craindre que la matiere
n'eût pû s'allumer faute
d'air. Cette opération rétiffit
mieux en été qu'en hyver,
à cause de la chaleur
du Soleil quiexcite un plus
grand mouvement aux parties
insensibles du fer 6c du
souffre. Il n'est donc pas
necessaire de chercher ailleurs
ce qui peut mettre les
souffres en mouvement
dans les mines & les enflammer,
leur jonction avec
le fer produira parfaitement
bien cet effet, demême
qu'elle a produit dans
nos opérations. Mais il se
presente ici une difecultéi,
c'etf que ces grandes fer
mentations & cesembraiemens
soûterrains nepeuventavoir
ete produitslans
air: or on ne comprend
pas bien par où il auroit pu
paffer de l'air si profonde-
-.ment. dans laterré.
On répond à cette obtjection
,
qu'il y a dans la
terre beaucoup de fentes
r& de conduits que nous ne
voyonspoint, & sur, tout
dans les pays chauds,où
ccsmouvemens soûterrains
.arrivent ordinairèment; car
la grande chaleur du Soleil
échauffant & calcinant, par
maniéré de dire, la terre
en plusieurs lieux, y fait
des crevasses profondes)
par où il se peut introduire
de l'air. Les tremblemens
de terre font apparemment
causez par une vapeur, qui
ayant été produite dans la
-
fermentation violente du
fer&du souffre,s'est con-
-
vertie en un vent sulfureux,
lequel se fait passage ic
roule par où il peut, en soûlevant
& branlant les terres
fous lesquelles il passe.
Si ce vent sulfureux se trou- ;
ve toujours renfermé, sans
pouvoir penetrer aucune issuë
pour s'échaper, il fait
durer le tremblement de
terre long-temps & avec
de grands efforts,jusqu'à
ce qu'il ait perdu son mouvement
: mais s'il trouve
quelques ouvertures pour
sortir, il s'élance avec grande
impetuosité,&c'est ce
qu'on appelle ouragan; il
écarce la
-
terre & fait des
abî»
abîmes, il deracine les arbres
& abat les maisons; &
les hommes même ne seroient
pas à l'abri de sa furie,
s'ils ne prenoient la
précaution de se jetter
promptement labouche&
le ventre contre terre, non
pas feulement pour s'empêcher
d'être enlevez, mais
pouréviter de respirer ce
ventlîitCureux &chaud qui
les [uffoqùoir.
Les feux foûtcçrains viennent
de la mêmeexhalaison
sulfureuse. LaNdifference
des effets qu'elle Prbduit
peut provenir de plusieurs
caules de ce que la
maticre a étéplus abondante
5
Se par. consequent.
la fermentation plusforte
de ce qu'il s'y est introduit
davantage d'air;de ce qu'il
s'est rencontré des fentes
ou des crevasses àla terre
assezgrandes, & disposées
pour laisser passer les flammes.
Cesflammesensélëvant
imperueusement ie
font bientôt un jour plus
grand, & elles donnent
lieu à toute la matiere du
fond de la terre de s'enflammer
& de pousser des
C-ux si abondas, qu'ils
couvrent & inondent cjueL
quefois de leurs cendres les
prochains villages.
Les feux folets &ceux
qui paroissent sur certaines
eaux dans les pays chauds,
tirent apparemment leur
origine de la même cause :
mais comme la vapeur fuifureufe
a été foible, &que
son plus grand mouvement
x été ralenti, en se filtrant
au travers des terres & en
passantpar leseaux,ilne
s'en est. élevéuqqwielflajïw
- me legere,spiritueuse,cr- *
rante ,
& qui n'est point entretenue
par une assez grande
quantité de matiere pour
être de durée. Il y a apparence
que les eaux minérales
chaudes, comme celles
de Bourbon, de Vichi, de
BaLrue, d'Aix,ont prisleur
chaleur des feux foûterrains,
ou des terres fulphureufes
& échauffées par où
elles ont passé; car quand
ces eaux sont en repos, il
s'enièpare des parties de
souffre aux côtez des baffînSrlifc
peut faire aussï
* que certaines eaux minérales
ayent tiré leur chaleur
d'une chaux naturelle,
quelles rencontrent en leur
chemin dans les entrailles
de la terremais cette chaux
n'est qu'une pierre calcinée
par des feux soûterrains.
Les colomnes d'eau qui
s'élevent quelquefois sur la
mer, & qui font aux matelots
les sinistres prcfages
d'un prompt naufrage,
viennent apparemment de
ces vents sulfureux pouffez
rapidement desterres de
dessous la mer) après des
fermentations pareilles à
celles dont il a été' parlé.
Les vents sulfureux, qui
font les ouragans,s'élèvent
avec tant de violence en
s'échapant de dessous la
terre,qu'il en monte une
partie jusqu'aux nues:c'estce
qui fait la matiere & la
cause du tonnerre ; car ce
vent qui contient un souffre
exalté s'embaraue dans les
nues, & y étant battu &
compriméfortement, il y
acquiertun mouvement assez
grand pour s'y enflammer
& y former l'éclair en
fendant la nuë, ôc s'élançantavec
une très- grande
rapidité. C'est CI furieux
mouvement qui cause le
bruit du tonnerre que nous
entendons; car ce vent
sulfureux sortant violemment
d'un lieu étroitoùil
étoit contraint
>
frape l'air
trés-rudement & y roule
d'une vîtesse extraordinaire,
de même que fait la
poudre qui fort d'un canon
où elle aété allumée.
On peut dire ici qu'un nitre
subtilqui est toûjours naturellement
répandu dans
l'air, se lie au souffre du tonnerre,
& augmente la force
de son mouvement &
de son action,demême
que quand oa mêlé du
salpêrre avec ousouffre
commun, il produitun efset
bien plus violent eh se
rarefiant, que quand il est
seul. Ce vent sulfureux du
tonnerre après avoir roulé
dans l'air quelque espace
de temps,se rallentit peu à
peu de son mouvement ; c'est pourquoy le tonnerre
est bien plus violent & plus
dangereux au moment qu'il
fort
fort de la nuë, que quand il
a déja fait dans l'air une
partie de ses rournoiemens
êc de ses virevoustes : mais
enfin après avoir fait tant
d'éclat, tant de bruit & tant
de fracas, il (e reduit à rien,
& il ne laisse dans les lieux -..
où il a passé qu'une odeur
de douffresemblable à celle
de l'ouragan.
Quant aux pierres de
foudre, dont le vulgaire
veut que le tonnerre foit
toûjours accompagné, leur
existence me paroît bien
douteuse, & j'ai assez de
pente à croire qu'il n'yen
a jamais eu de véritables.
Il n'est pourtant pas absolument
impossible que les
ouragans en montant rapidement
jusqu'aux nuës,
comme il a étédit, n'enlevent
quelquefois avec
eux des matieres pierreuses
& minerales, qui s'amollissant
& s'unissant par la
chaleur, forment ce qu'on
appelle pierre de tonnerre
: mais on ne trouve point
de ces pierres dans les lieux
où le tonnerre est tombé ;
ôc quand même on en auroit
trouvéquelqu'une
)
il
y auroit bien plus lieu de
croire qu'elle viendroir d'une
matiere minérale fondue
& formée par le souffre
enflammé du tonnerre
dans la terre même, que
de penser que cette pierre
eût étéformée dans l'air ou
dans les nuës, & élancée
avec le tonnerre.
Il reste une difficulté,
cess: de sçavoir comment
le vent sulfureux que j'ai
supposé être la matiere du
tonnerre , peut avoir été
allumé entre les nuës qui
sont composées d'eau, &.
y avoir été comprimé ians
s'éteindre; car il semble
que l'eau des nuës dévoit
avoir empêché que ce [ouf..
fren'allumât, ou du moins
elle devoit l'absorber étant
allumé.
Pour répondre à cette
difficulté,je dis que le souffre
étant une substance grasse,
n'est point si sujet à l'impression
de l'eau que les autres
substances, & qu'il
peut estre enflammé dans
l'eau & y brûler, de même
que le camphre 5c plusieurs
autres matieres sulfureuses
très
-
exaltées y brûlent. Il
doit néanmoins estre arrivé
qu'une partie de ce souffre
ait été plongée dans la
grande quantité d'eau qui
fait les nuës, & qu'elle se
soit éteinte avec une forte
detonnation, comme il arrive
quand on jette dans
de l'eauquelque matiere
solide rougie au feu. Cette
detonnation contribue
peut-être à faire le bruit du
tonnerre: mais l'autre partie
du souffre, qui étoit la
plus subtile ôc la plus disposée
au mouvement, a été
exprimée toute en feu. L'experience
que j'en ai faite
prouve mon raisonnement.
J'ai mis dans un matras
de moyenne capacité, &
dont le cou avoir été trempé,
trois onces de bon esprir
de vitriol, donze onces
..d'cati commune;j'ai fait
un peu chauffer le mélange
)
& j'y ai jetté à plusieurs
reprises une once, ou une
once & demie de limaille
de fer. Il s'est fait une ébulirion
& des vapeurs blanches
: j'ai presentéune bougie
allumée à l'embouchure
du matras; cette vapeur a
pris feu, & à même temps
a fait une fulmination violente
& éclatante. J'en ai
encore approchélabougie
allumée plusieurs fois; il
s'est fait des fulminations
semblables à la premiere,
pendant lesquelles le matras
s'est trouvé assez souvent
rempli d'une flamme
qui a penetré & circulé jusqu'au
fond de la liqueur,
ôc quelquefois la flamme a
duré une espace de temps;
considerable au cou du mettras.
Liiij
Il y a plusieurs circonstances
à remarquer dans
cette opération. La première
est que l'ébulition
qui arrive quand on a jette
la limaille de fer dans la liqueur
,
provient de la dissolution
qui se fait d'une
portion du fer par l'esprit de
vitriol: mais afin que l'ébulition
,
les fumées & la
dissolution soient plus fortes,
il est necessaire de mêler
de l'eau avec l'esprit de
virriol en la proportion qui
a été dite; car si cet esprit
étoit pur,& qu'il n'eût point
été dilayé & étendu par
l'eau, ses pointes à la vérité
s'atracheroient à la limaille
de fer: mais elles y seroient
ferrées & presséesl'une
contre l'autre, en forte qu'-
elles n'auroient point leur
mouvement libre pour agir
suffisamment, & il ne se feroit
point de fulmination.
La seconde est qu'on doit
un peu chaufferlaliqueur
pour exciter les pointes du
dissolvant à penetrer le fer
& y jetter des fumées:mais
il ne faut pas qu'elle soit
trop chaude, parce que ces
fumées fortiroient trop vite,
& quand on y mettroit
la bougie allumée,elle ne
seroit que s'enflammer au
cou dumatras sans faire de
futmination;car ce bruit
ne vient que de ce que le
souffre de la matiere étant
allumé jusques dans le fond
du matras, trouve de la resistance
à s'élever, Ôc il fait
grand effort pour fondre
l'eau & se debarasser. La
troisiéme est qu'il faut necessairement
que le souffre
qui s'exalte en vapeur &
quis'enflamme,vienne uniquement
de la limaille de
fer; car l'eau ni l'esprit de
vitriol, & principalement
le plus fort, comme celui
que j'ai employé,n'ont rien
de sulfureux ni d'inflammable
! mais le fercontient
beaucoup de souffre, comme
tout le monde le sçait.
Il faut donc que lesouffre
de la limaille de fer ayant
été rarefié & developé par
l'esprit de vitriol, se foit
exal té en une vapeur tréssusceptible
du feu. La quatriéme
est que les esprits
acides de sel, de souffre&
d'alun produisentdanscette
operation le même effet
que l'espritdevitriol:mais
l'esprit de nitre ni l'eau forte
n'y excitent point de fulmination.
Au reste,l'opération dont
je viens de parler n'a pas été
inventée seulement pour la
fulmination; elle fait le
commencement d'une préparation
nommée le sel ou
le vitriol de Mars,employée
& estimée dans la Medecine.
Si l'on veut donc profiter
de ce qui est resté dans
le matras aprèslafulmination,
il faut le faire bouillir
,
le filtrer, faire evaporer
sa liqueur filtre'e à diminution
des deux tiers ou
des trois quarts, & la laisser
crystaliser en un lieu
frais: on aura le vitriol de
Mars, qui ressemble beaucoup
en figure, en couleur
& en goût au vitriol d'Angleterre
: mais il est un peu
plus doux & il senc plus le
fer. C'est un fort bon apperitif
;la dose est depuis
six grains jusqua un
fcrupulc
: si l'on en donne une
plus grande dose, il est fut
jet à exciter quelques nausées,
mais non pas avec tant.
de force que fait le vitriol
ordinaire.
Le vitriol de Mars cft
proprement une revivisifeation
du vitriol naturel;
car l'espritacide du vitriol
qui avoit été sèparé de sa
terre par la diftilation
, entre
par cette operation dans
les pores de fer, le diflfout
& s'y corporifie. J'ajoûtc à
cela que le fer contient un
sel vitriolique tréscapablc
de contribuer à la formation
de ce vitriol de Mars.
J'ai mis dans unu cornuë
de grés huit onces de vitriol
de Mars, j'y ai adapté
un grand balon ou recipicnt,
& j'en ai fait la dif.
tilation.comme on aoûtume
de faire celle à
triol ordinaire; j'en ai retiré
cinq onces & cinq dra
gmes d'un esprit acide,
clair, ressemblant beaucoup
à Tefprit de vitriol
commun, mais laissant sur
la langue un goût un peu
plus astringent ou fiyptique.
Il est sorti du balon.
d'abord qu'il a été feparc de
la cornue, une forte odeur
de souffre. Cet cfprit est
bon pour les pertes de fang,
pour les cours de ventre.
J'ai trouve dans la cornuë
une maticre fort rarefie'e,
k -re ,
très
-
friable
, rouge>
se dilayant aifémenc
dans la bouche,d'un goût
astringent tirant un peu sur
le doux c'est un beau ôc
bon safran de Mars aperitif.
J'ai mis dans un creufct
sur le feu une autre portion
de vitriol de Mars cryfialife;
lajxuticrç$çftfondue,
il
il s'en est évapore beaucoup
de flegme,&ilestrelié du
vitriol blanc, comme il arrive
quand on calcine le
vitriol commun. J'ai poussé
par un grand feu ce vitriolblanc,
il est devenu rouge
comme du coleotar. On
peut donc conclure que le
vitriol de Mars ell en toutes
choses semblable au vitriol
naturel.
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Résumé : Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Le texte 'Explication physique & chimique des tremblements de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre' explore les phénomènes naturels violents à travers une opération chimique. L'auteur propose que les éclairs et le tonnerre sont causés par du soufre enflammé projeté rapidement. Ce soufre, porté en vapeur, ne se forme pas dans les nuages mais y est transporté. L'origine de cette matière est comparée à celle des tremblements de terre, ouragans et feux souterrains, déjà expliquée dans un précédent ouvrage sur la chimie. L'auteur décrit plusieurs expériences pour illustrer ses propos. La première expérience consiste à mélanger de la limaille de fer et du soufre pulvérisé, réduits en pâte avec de l'eau, et laissés sans feu. Cette mixture produit une fermentation avec chaleur et gonflement, libérant des vapeurs chaudes ou enflammées selon la quantité de matière. Cette expérience explique les fermentations et embrassements dans les entrailles de la terre, comme ceux observés au mont Vesuve et au mont Etna. Les secondes expériences impliquent de placer le mélange dans des pots étroits et comprimés, provoquant des fermentations et embrassements plus forts. La matière s'élève avec violence, libérant des matières soufrées et chaudes, et parfois des flammes. Ces opérations se réalisent mieux en été en raison de la chaleur du soleil. Le texte aborde également les difficultés liées à la présence d'air dans les profondeurs de la terre, expliquant que des fentes et conduits permettent l'introduction d'air. Les tremblements de terre et ouragans sont attribués à une vapeur sulfureuse produite par la fermentation du fer et du soufre, se transformant en vent sulfureux. Ce vent, s'il trouve des ouvertures, peut provoquer des ouragans destructeurs. Les feux souterrains, feux follets et colonnes d'eau sur la mer sont expliqués par des exhalaisons sulfureuses. Les eaux minérales chaudes tirent leur chaleur de ces feux souterrains ou de terres sulfureuses. Les pierres de foudre sont jugées douteuses, bien que des matières minérales puissent être enlevées et formées par la chaleur du soufre enflammé. Enfin, l'auteur répond à la difficulté de l'allumage du vent sulfureux dans les nuages en expliquant que le soufre, étant gras, peut brûler dans l'eau. Une expérience avec de l'esprit de vitriol, de l'acide commun et de la limaille de fer illustre cette proposition, montrant des fulminations violentes et éclatantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 767-771
« On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...] »
Début :
On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...]
Mots clefs :
Métail, Estampes de Watteau, Ouvrages, Académie, Opération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...] »
On a appris de Londres , que le 8 Mars , on fit
dans la grande Salle d'Apollon , près du Temple
àl'i- Bar , l'ouverture d'une nouvelle Académie ,
mitation de l'Académie Françoife de Paris. On y
lut une Differtation fur la beauté de la Langue
Françoife , & fur l'utilité dont elle eft aux Anglois
qui l'ont apprife ; & un Poëme Burleſque ,
intitulé : La Tour de Babel.
De Petersbourg. M. Bayer a achevé une hiftoire
d'Edeffe , il a fort avancé celle de Syrie par
les Médailles ; & il conduit l'Hiftoire Ecclefiaftique
de la Chine & de l'Afie Septentrionale , jufqu'au
temps de l'arrivée des Miffionnaires en ce
Pais — là .
On apprend de Rome que le Comte Paffionci y
a fait
graver fur les deffeins du Comte Berardi ,
768 MERCURE DE FRANCE
un ancien Théatre , dont les reftes fubfiftent eneore
auprès de la Ville de Gabbio , dans l'Ombrie.
La Planche dédiée au Cardinal Ottoboni
contient le Profil de l'interieur de ce Théatre, tel
qu'il eft aujourd'hui. Il peut avoir environ 300
Palmes Romaines d'éténduë. On a mis au deffous
le Profil de l'interieur & de l'extérieur du
Théatre , tel qu'on a jugé à peu près , fur ce qui
refte , qu'il devoit être , lorfqu'il étoit entier , &
on y a ajouté le Plan , auffi dreffé par conjecture,
du premier & du fecond étage de l'Edifice , avec
le Profil des Chapiteaux des Colonnes, employées
pour
le foutenir.
El paroît depuis peu quatre Eſtampes d'après
les Tableaux du celebre Watteau ; fçavoir , un
Défilé , deffiné & gravé par le fieur Moyriau.
Le Sommeil dangereux , par le fieur Liotard.
Les Amuſemens de Ĉithere, par le fieur de Surugues.
Le Repas de Campagne , par le fieur Defplace.
Ces Eftampes fe vendent à Paris , chez la veuve
Chereau , rue S. Jacques , aux deux Pillers
d'or , & chez le fieur Surugues , Graveur , ruë
des Noyers , vis - à- vis S. Yves . On trouve aufſi
chez les mêmes , toutes les Eftampes gravées
jufque à ce jour , d'après les Deffeins & Tableaux
de Watteau. On aura foin d'annoncer les morceaux
nouveaux à mesure qu'ils paroîtront.
On mande de l'Abbaye de Fontevraud que le
Frere Luc David , Récollet , de la Province de
Toulouze , de la Communauté de Brive , en bas
Limoufin étant arrivé au mois de Decembre
› y
dernier , après avoir vû & examiné avec les Medecins
& Chirurgiens de l'Abbaye des Religieufes
affligées par des Cancers adhérans & manifeftez >
&
AVRIL 1730. 769
& quelques-unes par des Tumeurs carcinomateu →
fes au corps
fiftuleux , il a fait fur fept perfonnes
des opérations très dangereufes , avec une adreffe
& un fuccès qui leur fait efperer une guérifon
radicale , leurs playes étant bien fermées. Son
habileté eft fort grande , tant par la maniere particuliere
dont il a fait fes Opérations , que par le
fecret qu'il poffede pour arrêter le fang dans un
inftant , & par la façon de fes appareils qu'il
leve fans caufer la moindre douleur dès le fecond
jour.
Le Frere Luc a fait en Poitou & en Anjou les
guérifons les plus furprenantes tant pour les Cancers
& autres Opérations , que pour les yeux ,
étant très -habile Oculifte , fur tout pour les Ca
taractes.
Nous n'avons appris que depuis peu la perte
qu'on a faite en Allemagne d'un illuftre Profeffeur
en Théologie, à Rintelen , & Sur- Intendant
des Eglifes de ce Pays- là,nommé Frederic- Guillaume
Bierling , mort âgé de 52 ans & quelques
mois , le 25 Juillet 1728. On a de lui des obfervations
fur la Genefe, & des Differtations fur les
Comtes de Schaumbourg,fur l'Ufage Politique de
la fuperftition, fur le Pyrrhoniſme historique, & c.
Le fieur de Renti a trouvé le fecret de compofer
un Métail , qui imite l'Or , & qui en conferve
toujours la couleur. Il eft très-coulant à la fonte
, fans être venteux , tres - maniable & forgéable;
il fouffre toutes fortes. de Soudures & eft trèsdoux
fous les Outils , enforte qu'on en peut
faire tous les Ouvrages qu'on fouhaite , & particulierement
de três - beaux Flambeaux, Girandoles
, Luftres , Surtous de Tables , Feux , & c . dont
le prix ne fe trouvera confiderable,qu'autant que
770 MERCURE DE FRANCE
fes Ouvrages feront recherchez par la Gravure
& Cizelure. On en tirera encore un grand avantage
par la diminution de la confommation des
Dorures , que les Ouvrages des autres Métaux
emportent , & qui ne font jamais auffi beaux que
celui-cy l'eft naturellement;l'Académie des Sciences
, qui a examiné ce métail , l'a fort approuvé,
&c. Le Roy a permis par Brevet audit de Renty
de fondre, faire travailler , vendre & débiter toutes
fortes d'Ouvrages dudit Métail de fa compofition
, qui imite l'Or , dans toutes les Villes du
Royaume , pendant le temps de quatre années
confécutives ; pendant lequel temps fait S. M.dé
fenfes à toutes perſonnes de l'y troubler ni donner
aucun empêchement , &C..
Maniere d'entretenir le nouveau Métail.
Il faut premierement faire fondre la cire ou
fuif , s'il y en a deffus , dans l'eau chaude ou devant
le feu, Peffuyer & bien frotter avec un linge.
net ; & pour remettre les piéces comme fortant:
du Magazin , il faut le frotter avec du tripoli &
de l'huile, avec le tripoli fec, le bien favoner avec
du Savon blan & de l'eau de Riviere chaude, enfuite
le bien effuier ; fi la piece n'eſt pas affez dorée
, il faut la mettre bouillir pendant trois ou
quatre minutes dans l'eau de Riviere , après l'effuier
parfaitement. Si la piece eft cizelée , fe fervir
d'une Broffe rude pour atteindre les fonds, en
fe fervant du tripoli à l'huile & du favon .
Le fieur de Renti donne avis que fa Manufac
ture, qui eft vis-à- vis la Comedie Erançoife , continue
avec beaucoup de fuccès , & qu'ayant ap→
pris que quelques perfonnes n'étoient pas affez
inftruites pour bien entretenir fon métail , pour
le conferver toujours beau & comme neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730.
771
ableri
Il n'eft plus de Printems pour moi.
M. L'AFFICH AR D , Chevalier de
l'Ordre Social. Autre
770 MERCURE
DE FRANCE
inftruites
pour
bien entretenir
fon métail
, pour
le conferver
toujours
beau & comme
neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730. 771
eux qui ont eu de fes Ouvrages , de faire obſerver
la maniere ci- deffus ; & fi on y trouve , par
ce moyen trop de façon , on peut l'entretenir
d'une maniére plus aifée en nétoiant lefdits Ouvrages
avec du Sablon fin ou Tripoli, & de la Liè
de Vin ou Vinaigre , &c. La piece étant bien effuiée
& frottée on la verra auffi belle que neuve
&fi l'on doute de ce que l'Auteur avance,il s'offre
de remettre tous les Ouvrages dans l'état cy-deffus
fans qu'il en coute rien à ceux qui en ont
acheté , que la peine de les faire porter chez lui..
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien d'armée
continue avec fuccès , de diftribuer fon remede
pour préferver les Dents de fe gâter & de tomber.
Il donne la maniere facile de s'en fervir , &
met fon nom & le prix fur fes Boëtes. Il en a depuis
quarante fols jufqu'à quatre liv . Sa demeure
eft à Paris , au grand Cloitre fainte Oportune.
dans la grande Salle d'Apollon , près du Temple
àl'i- Bar , l'ouverture d'une nouvelle Académie ,
mitation de l'Académie Françoife de Paris. On y
lut une Differtation fur la beauté de la Langue
Françoife , & fur l'utilité dont elle eft aux Anglois
qui l'ont apprife ; & un Poëme Burleſque ,
intitulé : La Tour de Babel.
De Petersbourg. M. Bayer a achevé une hiftoire
d'Edeffe , il a fort avancé celle de Syrie par
les Médailles ; & il conduit l'Hiftoire Ecclefiaftique
de la Chine & de l'Afie Septentrionale , jufqu'au
temps de l'arrivée des Miffionnaires en ce
Pais — là .
On apprend de Rome que le Comte Paffionci y
a fait
graver fur les deffeins du Comte Berardi ,
768 MERCURE DE FRANCE
un ancien Théatre , dont les reftes fubfiftent eneore
auprès de la Ville de Gabbio , dans l'Ombrie.
La Planche dédiée au Cardinal Ottoboni
contient le Profil de l'interieur de ce Théatre, tel
qu'il eft aujourd'hui. Il peut avoir environ 300
Palmes Romaines d'éténduë. On a mis au deffous
le Profil de l'interieur & de l'extérieur du
Théatre , tel qu'on a jugé à peu près , fur ce qui
refte , qu'il devoit être , lorfqu'il étoit entier , &
on y a ajouté le Plan , auffi dreffé par conjecture,
du premier & du fecond étage de l'Edifice , avec
le Profil des Chapiteaux des Colonnes, employées
pour
le foutenir.
El paroît depuis peu quatre Eſtampes d'après
les Tableaux du celebre Watteau ; fçavoir , un
Défilé , deffiné & gravé par le fieur Moyriau.
Le Sommeil dangereux , par le fieur Liotard.
Les Amuſemens de Ĉithere, par le fieur de Surugues.
Le Repas de Campagne , par le fieur Defplace.
Ces Eftampes fe vendent à Paris , chez la veuve
Chereau , rue S. Jacques , aux deux Pillers
d'or , & chez le fieur Surugues , Graveur , ruë
des Noyers , vis - à- vis S. Yves . On trouve aufſi
chez les mêmes , toutes les Eftampes gravées
jufque à ce jour , d'après les Deffeins & Tableaux
de Watteau. On aura foin d'annoncer les morceaux
nouveaux à mesure qu'ils paroîtront.
On mande de l'Abbaye de Fontevraud que le
Frere Luc David , Récollet , de la Province de
Toulouze , de la Communauté de Brive , en bas
Limoufin étant arrivé au mois de Decembre
› y
dernier , après avoir vû & examiné avec les Medecins
& Chirurgiens de l'Abbaye des Religieufes
affligées par des Cancers adhérans & manifeftez >
&
AVRIL 1730. 769
& quelques-unes par des Tumeurs carcinomateu →
fes au corps
fiftuleux , il a fait fur fept perfonnes
des opérations très dangereufes , avec une adreffe
& un fuccès qui leur fait efperer une guérifon
radicale , leurs playes étant bien fermées. Son
habileté eft fort grande , tant par la maniere particuliere
dont il a fait fes Opérations , que par le
fecret qu'il poffede pour arrêter le fang dans un
inftant , & par la façon de fes appareils qu'il
leve fans caufer la moindre douleur dès le fecond
jour.
Le Frere Luc a fait en Poitou & en Anjou les
guérifons les plus furprenantes tant pour les Cancers
& autres Opérations , que pour les yeux ,
étant très -habile Oculifte , fur tout pour les Ca
taractes.
Nous n'avons appris que depuis peu la perte
qu'on a faite en Allemagne d'un illuftre Profeffeur
en Théologie, à Rintelen , & Sur- Intendant
des Eglifes de ce Pays- là,nommé Frederic- Guillaume
Bierling , mort âgé de 52 ans & quelques
mois , le 25 Juillet 1728. On a de lui des obfervations
fur la Genefe, & des Differtations fur les
Comtes de Schaumbourg,fur l'Ufage Politique de
la fuperftition, fur le Pyrrhoniſme historique, & c.
Le fieur de Renti a trouvé le fecret de compofer
un Métail , qui imite l'Or , & qui en conferve
toujours la couleur. Il eft très-coulant à la fonte
, fans être venteux , tres - maniable & forgéable;
il fouffre toutes fortes. de Soudures & eft trèsdoux
fous les Outils , enforte qu'on en peut
faire tous les Ouvrages qu'on fouhaite , & particulierement
de três - beaux Flambeaux, Girandoles
, Luftres , Surtous de Tables , Feux , & c . dont
le prix ne fe trouvera confiderable,qu'autant que
770 MERCURE DE FRANCE
fes Ouvrages feront recherchez par la Gravure
& Cizelure. On en tirera encore un grand avantage
par la diminution de la confommation des
Dorures , que les Ouvrages des autres Métaux
emportent , & qui ne font jamais auffi beaux que
celui-cy l'eft naturellement;l'Académie des Sciences
, qui a examiné ce métail , l'a fort approuvé,
&c. Le Roy a permis par Brevet audit de Renty
de fondre, faire travailler , vendre & débiter toutes
fortes d'Ouvrages dudit Métail de fa compofition
, qui imite l'Or , dans toutes les Villes du
Royaume , pendant le temps de quatre années
confécutives ; pendant lequel temps fait S. M.dé
fenfes à toutes perſonnes de l'y troubler ni donner
aucun empêchement , &C..
Maniere d'entretenir le nouveau Métail.
Il faut premierement faire fondre la cire ou
fuif , s'il y en a deffus , dans l'eau chaude ou devant
le feu, Peffuyer & bien frotter avec un linge.
net ; & pour remettre les piéces comme fortant:
du Magazin , il faut le frotter avec du tripoli &
de l'huile, avec le tripoli fec, le bien favoner avec
du Savon blan & de l'eau de Riviere chaude, enfuite
le bien effuier ; fi la piece n'eſt pas affez dorée
, il faut la mettre bouillir pendant trois ou
quatre minutes dans l'eau de Riviere , après l'effuier
parfaitement. Si la piece eft cizelée , fe fervir
d'une Broffe rude pour atteindre les fonds, en
fe fervant du tripoli à l'huile & du favon .
Le fieur de Renti donne avis que fa Manufac
ture, qui eft vis-à- vis la Comedie Erançoife , continue
avec beaucoup de fuccès , & qu'ayant ap→
pris que quelques perfonnes n'étoient pas affez
inftruites pour bien entretenir fon métail , pour
le conferver toujours beau & comme neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730.
771
ableri
Il n'eft plus de Printems pour moi.
M. L'AFFICH AR D , Chevalier de
l'Ordre Social. Autre
770 MERCURE
DE FRANCE
inftruites
pour
bien entretenir
fon métail
, pour
le conferver
toujours
beau & comme
neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730. 771
eux qui ont eu de fes Ouvrages , de faire obſerver
la maniere ci- deffus ; & fi on y trouve , par
ce moyen trop de façon , on peut l'entretenir
d'une maniére plus aifée en nétoiant lefdits Ouvrages
avec du Sablon fin ou Tripoli, & de la Liè
de Vin ou Vinaigre , &c. La piece étant bien effuiée
& frottée on la verra auffi belle que neuve
&fi l'on doute de ce que l'Auteur avance,il s'offre
de remettre tous les Ouvrages dans l'état cy-deffus
fans qu'il en coute rien à ceux qui en ont
acheté , que la peine de les faire porter chez lui..
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien d'armée
continue avec fuccès , de diftribuer fon remede
pour préferver les Dents de fe gâter & de tomber.
Il donne la maniere facile de s'en fervir , &
met fon nom & le prix fur fes Boëtes. Il en a depuis
quarante fols jufqu'à quatre liv . Sa demeure
eft à Paris , au grand Cloitre fainte Oportune.
Fermer
Résumé : « On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...] »
Le texte présente plusieurs événements et découvertes dans divers domaines. À Londres, le 8 mars, une nouvelle Académie inspirée de l'Académie Française de Paris a été inaugurée. Lors de cette cérémonie, une dissertation sur la beauté et l'utilité de la langue française pour les Anglais a été lue, ainsi qu'un poème burlesque intitulé 'La Tour de Babel'. À Saint-Pétersbourg, M. Bayer a achevé une histoire d'Édesse et avancé celle de Syrie grâce aux médailles. Il travaille également sur l'histoire ecclésiastique de la Chine et de l'Asie septentrionale jusqu'à l'arrivée des missionnaires. À Rome, le Comte Passionei a fait graver les restes d'un ancien théâtre près de la ville de Gubbio en Ombrie. La planche dédiée au Cardinal Ottoboni contient le profil intérieur de ce théâtre, estimé à environ 300 palmes romaines. Quatre estampes d'après les tableaux de Watteau ont été publiées et vendues à Paris chez la veuve Chereau et le sieur Surugues. À l'Abbaye de Fontevraud, le Frère Luc David, Récollet, a effectué des opérations dangereuses sur des religieuses atteintes de cancers et de tumeurs, avec succès. Il est également réputé pour ses guérisons en Poitou et en Anjou, notamment pour les cataractes. En Allemagne, le professeur en théologie Frédéric-Guillaume Bierling est décédé à l'âge de 52 ans. Il a laissé des observations sur la Genèse et des dissertations sur divers sujets. Le sieur de Renty a découvert un métal imitant l'or, approuvé par l'Académie des Sciences. Le roi lui a accordé un brevet pour fabriquer et vendre des ouvrages en ce métal pendant quatre ans. Le texte décrit également la manière d'entretenir ce nouveau métal. Enfin, le sieur Dugeron, ancien chirurgien d'armée, distribue un remède pour préserver les dents, avec des prix variant de quarante sols à quatre livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 1826-1829
LETTRE de M. Morand, Chirurgien, à M. Falconet le fils, Docteur en Medecine, de l'Académie des Belles-Lettres, &c.
Début :
MONSIEUR, Démontrer par le raisonnement qu'une découverte peut être bonne, c'est une façon de mettre [...]
Mots clefs :
Pierre, Opération, Malade, Guérison, Opération de la taille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Morand, Chirurgien, à M. Falconet le fils, Docteur en Medecine, de l'Académie des Belles-Lettres, &c.
LETTRE de M. Morand , Chirurgien , à
M. Falconet le fils , Docteur en Medecine
, de l'Académie des Belles - Lettres
, &c.
MONSIEUR ;
Démontrer par le raifonnement qu'une décou
verte peut être bonne , c'eſt une façon de mettre
les connoiffeurs en état de juger du merite de
la choſe , mais elle ne perfuade pas tout le monde.
Prouver par des Experiences que la pratique
en eft utile , c'eſt une façon sûre de convaincre
les incrédules , & de ruiner les préjugés:appuyer
enfin cette découverte fur le raifonnement &
Pexperience en même- tems , n'est- ce pas remplir
tout ce que l'on peut exiger de celui qui la
propofe
>
Je n'examine point ici , Monfieur,fi la Méthode
de tailler de la Pierre par l'appareil lateral
que quelques - uns ont nommé à l'Angloife , eft
une opération nouvelle ou non , cela fera difcuzé
ailleurs ; il me fuffit de la propofer comme
une opération excellente , à laquelle on peut appliquer
A O UST . 1730. 1827
pliquer ce que je viens de dire fur une découverte
en general.
>
Tout ce qui regarde la théorie de cette opération
a été parfaitement traité , Monfieur , dans
votre fçavante Thefe : An , educendo calculo ,
cateris anteferendus Apparatus lateralis . Une
érudition recherchée , une Logique judicieufe ,
un parallele exact de cette Méthode avec les
autres en établiffent le mérite , mais il falloit
des faits , & les plus pénetrés de la verité de la
Thefe fe difoient mutuellement , il ne manque
plus que de mettre l'opération en pratique. Permettez
donc , Monfieur , que je vous adreffe
l'Argument victorieux de votre Theſe , c'eft ainfi
que je nomme la Lifte vraye de ceux qui ont
été taillés à Paris par l'Appareil latéral. /
1. Claude Mony , âgé de 8 ans , taillé chez,
une garde , dans la rue Jacob , le 7 Septembre
1729. par M. Perchet , guéri.
2. M. l'Abbé Lambert ; Curé de Sercey , Diocèfe
de Langres , âgé de 61 ans , je l'ai taillé le 9
mai 1730. je lui ai tiré cinq pierres groffes comme
des maffepains , guéri.
3. Pierre la Chapelle , âgé de 9 ans , je l'ai
taillé le 9. Mai : je lui ai tiré deux petites pierres
, guéri.
4. Louis - Martin Caillau , âgé de 8 aus ; je
l'ai taillé le 9 May : je lui ai tiré une pierre
groffe comme un gros Abricot , guéri.
f . Louis Durié , âgé de 7 ans : je l'ai taillé le
13 May , je lui ai tiré une petite pierre , guéri.
6 Louis - Jofeph Coquo , âgé de 9 ans : je l'ai
taillé le 13 May , jè lui ai tiré une groffe pierre ,
guéri.
7. Nicolas Desjardins , âgé de 26 ans , je l'ai
taillé le 23 May : je lui ai tiré une pierre murale
, pleine d'afperités , mort.
8.
1828 MERCURE DE FRANCE
8. Claude Barbereau , âgé de 22 ans : Je l'ai
taillé le 23 May ; je lui ai tiré une très- groffe
pierre , chargée de trois pointes , guéri.
9. Pierre Goupy , âgé de cinq ans , taillé par
M. Perchet le 9 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
10. Jean- Noël Sellier , âgé de 5 ans , taillé
par M. Perchet , le 9 May : il avoit deux petites
pierres , mort.
11. Edme Fievet , âgé de 6 ans , taillé pár
M. Perchet le 13 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
12. Jacques Defroſiers , âgé de 7 ans , taillé
par M. Perchet le 13 May : il avoit deux petites
pierres , guéri.
13. Louis Moutier , âgé de 12 ans
taillé pár
M. Perchet le 24 May , la pierre étoit groffe
comme un petit oeuf, guéri.
14. M. l'Abbé Turcan , âgé de 40 ans , taillé
le 16 May par M. Perchet ; la pierre étoit petite ,
guéri.
15. M. Le Muet , Marchand de Troyes , âgé de
55 ans ; je l'ai taillé le 30 Juillet dernier , malgré
la chaleur , attendu qu'il étoit en danger par
les grandes douleurs qu'il fouffroit de la pierre ,
je lui en ai tiré une affez groffe.
Voilà , Monfieur , quinze Malades taillés par
l'Appareil latéral , dont deux font morts , douze
font gueris & le dernier le fera inceffamment
>
Vous imagineriez
des gens
-
>
vous bien , Monfieur
affez déraisonnables pour nier ces faits
dans desAffemblées refpectables , & vouloir affoiblir
des témoignages vivans que Mr de l'Académie
Royale des Sciences ont vus avec plaifir, & que
les Curieux & les bons Citoyens , ont épluchés
eux-mêmes,pour rendre hommage à la verité, Oui,
Monfieur, il y a de ces gens déraisonnables; mais
ce
A O UST . 1730. 1329
ce qu'il y a de monftrueux , c'eft qu'il s'en trouve
parmi mes Confreres . En verité , tel qui jouit
de la réputation de bon Chirurgien , devroit
bien fe menager celle de veridique . C'est au Public.
équitable à juger d'un procedé pareil ; pour
moi je ne fouhaite rien tant que l'examen
des faits que j'avance , les Regiftres de l'Hôpital
de la Charité en prouveront douze , & rien n'eſt
plus facile à verifier que les trois autres. J'ay
T'honneur d'être , & c.
7
A Paris , ce 24 Août 1730.
M. Falconet le fils , Docteur en Medecine
, de l'Académie des Belles - Lettres
, &c.
MONSIEUR ;
Démontrer par le raifonnement qu'une décou
verte peut être bonne , c'eſt une façon de mettre
les connoiffeurs en état de juger du merite de
la choſe , mais elle ne perfuade pas tout le monde.
Prouver par des Experiences que la pratique
en eft utile , c'eſt une façon sûre de convaincre
les incrédules , & de ruiner les préjugés:appuyer
enfin cette découverte fur le raifonnement &
Pexperience en même- tems , n'est- ce pas remplir
tout ce que l'on peut exiger de celui qui la
propofe
>
Je n'examine point ici , Monfieur,fi la Méthode
de tailler de la Pierre par l'appareil lateral
que quelques - uns ont nommé à l'Angloife , eft
une opération nouvelle ou non , cela fera difcuzé
ailleurs ; il me fuffit de la propofer comme
une opération excellente , à laquelle on peut appliquer
A O UST . 1730. 1827
pliquer ce que je viens de dire fur une découverte
en general.
>
Tout ce qui regarde la théorie de cette opération
a été parfaitement traité , Monfieur , dans
votre fçavante Thefe : An , educendo calculo ,
cateris anteferendus Apparatus lateralis . Une
érudition recherchée , une Logique judicieufe ,
un parallele exact de cette Méthode avec les
autres en établiffent le mérite , mais il falloit
des faits , & les plus pénetrés de la verité de la
Thefe fe difoient mutuellement , il ne manque
plus que de mettre l'opération en pratique. Permettez
donc , Monfieur , que je vous adreffe
l'Argument victorieux de votre Theſe , c'eft ainfi
que je nomme la Lifte vraye de ceux qui ont
été taillés à Paris par l'Appareil latéral. /
1. Claude Mony , âgé de 8 ans , taillé chez,
une garde , dans la rue Jacob , le 7 Septembre
1729. par M. Perchet , guéri.
2. M. l'Abbé Lambert ; Curé de Sercey , Diocèfe
de Langres , âgé de 61 ans , je l'ai taillé le 9
mai 1730. je lui ai tiré cinq pierres groffes comme
des maffepains , guéri.
3. Pierre la Chapelle , âgé de 9 ans , je l'ai
taillé le 9. Mai : je lui ai tiré deux petites pierres
, guéri.
4. Louis - Martin Caillau , âgé de 8 aus ; je
l'ai taillé le 9 May : je lui ai tiré une pierre
groffe comme un gros Abricot , guéri.
f . Louis Durié , âgé de 7 ans : je l'ai taillé le
13 May , je lui ai tiré une petite pierre , guéri.
6 Louis - Jofeph Coquo , âgé de 9 ans : je l'ai
taillé le 13 May , jè lui ai tiré une groffe pierre ,
guéri.
7. Nicolas Desjardins , âgé de 26 ans , je l'ai
taillé le 23 May : je lui ai tiré une pierre murale
, pleine d'afperités , mort.
8.
1828 MERCURE DE FRANCE
8. Claude Barbereau , âgé de 22 ans : Je l'ai
taillé le 23 May ; je lui ai tiré une très- groffe
pierre , chargée de trois pointes , guéri.
9. Pierre Goupy , âgé de cinq ans , taillé par
M. Perchet le 9 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
10. Jean- Noël Sellier , âgé de 5 ans , taillé
par M. Perchet , le 9 May : il avoit deux petites
pierres , mort.
11. Edme Fievet , âgé de 6 ans , taillé pár
M. Perchet le 13 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
12. Jacques Defroſiers , âgé de 7 ans , taillé
par M. Perchet le 13 May : il avoit deux petites
pierres , guéri.
13. Louis Moutier , âgé de 12 ans
taillé pár
M. Perchet le 24 May , la pierre étoit groffe
comme un petit oeuf, guéri.
14. M. l'Abbé Turcan , âgé de 40 ans , taillé
le 16 May par M. Perchet ; la pierre étoit petite ,
guéri.
15. M. Le Muet , Marchand de Troyes , âgé de
55 ans ; je l'ai taillé le 30 Juillet dernier , malgré
la chaleur , attendu qu'il étoit en danger par
les grandes douleurs qu'il fouffroit de la pierre ,
je lui en ai tiré une affez groffe.
Voilà , Monfieur , quinze Malades taillés par
l'Appareil latéral , dont deux font morts , douze
font gueris & le dernier le fera inceffamment
>
Vous imagineriez
des gens
-
>
vous bien , Monfieur
affez déraisonnables pour nier ces faits
dans desAffemblées refpectables , & vouloir affoiblir
des témoignages vivans que Mr de l'Académie
Royale des Sciences ont vus avec plaifir, & que
les Curieux & les bons Citoyens , ont épluchés
eux-mêmes,pour rendre hommage à la verité, Oui,
Monfieur, il y a de ces gens déraisonnables; mais
ce
A O UST . 1730. 1329
ce qu'il y a de monftrueux , c'eft qu'il s'en trouve
parmi mes Confreres . En verité , tel qui jouit
de la réputation de bon Chirurgien , devroit
bien fe menager celle de veridique . C'est au Public.
équitable à juger d'un procedé pareil ; pour
moi je ne fouhaite rien tant que l'examen
des faits que j'avance , les Regiftres de l'Hôpital
de la Charité en prouveront douze , & rien n'eſt
plus facile à verifier que les trois autres. J'ay
T'honneur d'être , & c.
7
A Paris , ce 24 Août 1730.
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Résumé : LETTRE de M. Morand, Chirurgien, à M. Falconet le fils, Docteur en Medecine, de l'Académie des Belles-Lettres, &c.
La lettre de M. Morand, Chirurgien, adressée à M. Falconet, Docteur en Médecine, traite de la méthode de taille de la pierre par l'appareil latéral, une technique chirurgicale. Morand insiste sur l'importance de démontrer la valeur d'une découverte par le raisonnement et l'expérience pour convaincre les sceptiques et ruiner les préjugés. Il présente cette méthode comme excellente, sans se prononcer sur son caractère novateur. La théorie de cette opération a été abordée dans la thèse de Falconet, mais des faits concrets sont nécessaires pour prouver son efficacité. Morand fournit une liste de quinze patients opérés avec succès par l'appareil latéral, dont douze guéris et deux décédés. Les cas incluent des personnes de différents âges et conditions, opérées par Morand ou M. Perchet. Morand défie ceux qui nient ces faits, notamment certains de ses confrères, et invite à examiner les registres de l'Hôpital de la Charité pour vérifier les résultats. Il exprime son souhait que les faits soient examinés et jugés équitablement par le public. La lettre se conclut par l'expression de son honneur et de sa disponibilité à fournir des preuves supplémentaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 1135-1136
EXTRAIT d'une Lettre, écrite de Paris, le 14 May 1731. au sujet de l'Opération de la Taille.
Début :
On fit l'Opération de la Taille Vendredi dernier, dans l'Hôpital de la Charité des Hommes. [...]
Mots clefs :
Opération, Hôpital, Chirurgien, Pauvres, Victimes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre, écrite de Paris, le 14 May 1731. au sujet de l'Opération de la Taille.
EXTRAIT d'une Lettre , écrite de Paris
, le 14 May 1731. au sujet de l'Opération
de la Taille.
On fit l'Opération de la Taille Vendredi dernier
, dans l'Hôpital de la Charité des Hommes.
M. Maréchal , premier Chirurgien du Roy , toujours
plein de zéle et d'affection pour les pauvres ,
voulut non seulement y être present , mais encore
y opérer.Il fit trois Tailles . M.de la Perronie, premier
Chirurgien du Roy en survivance , en fit
aussi trois .
M. Morand , Chirurgien Major de cet Hôpital
, en fit deux .
M. Guérin pere , Chirurgien Major des Gardes
Françoises , et ancien Chirurgien Major de
cet Hôpital , en fit une.
M. Guérin fils , Substitut du même Hôpital ,
en fit une ; enfin M. Perché , gagnant Maîtrise
G au
1135 MERCURE DE FRANCE
au même Hôpital,fit la derniere. Le tout se passa
sous la direction de M. Rénéaume , Médecin en
quartier de cet Hôpital .
La Taille,par l'Opération Latérale que M. Morand
avoit promis de faire , avoit attiré beaucoup
de curieux ; mais M. Maréchal qui connoît les
inconveniens de cette Opération , en disposa autrement
, en exécutant lui - même , et faisant exécuter
l'Opération , à la maniere ordinaire ; et,
il confia le soin de cet Hôpital à M. Guérin.
Pere. Vous voïez par là qu'on ne sçauroit
trop louer la sagesse et la charité de M. Maréchal.
Par là les pauvres serviront d'instruction an
Eleves , sans être leurs victimes.
, le 14 May 1731. au sujet de l'Opération
de la Taille.
On fit l'Opération de la Taille Vendredi dernier
, dans l'Hôpital de la Charité des Hommes.
M. Maréchal , premier Chirurgien du Roy , toujours
plein de zéle et d'affection pour les pauvres ,
voulut non seulement y être present , mais encore
y opérer.Il fit trois Tailles . M.de la Perronie, premier
Chirurgien du Roy en survivance , en fit
aussi trois .
M. Morand , Chirurgien Major de cet Hôpital
, en fit deux .
M. Guérin pere , Chirurgien Major des Gardes
Françoises , et ancien Chirurgien Major de
cet Hôpital , en fit une.
M. Guérin fils , Substitut du même Hôpital ,
en fit une ; enfin M. Perché , gagnant Maîtrise
G au
1135 MERCURE DE FRANCE
au même Hôpital,fit la derniere. Le tout se passa
sous la direction de M. Rénéaume , Médecin en
quartier de cet Hôpital .
La Taille,par l'Opération Latérale que M. Morand
avoit promis de faire , avoit attiré beaucoup
de curieux ; mais M. Maréchal qui connoît les
inconveniens de cette Opération , en disposa autrement
, en exécutant lui - même , et faisant exécuter
l'Opération , à la maniere ordinaire ; et,
il confia le soin de cet Hôpital à M. Guérin.
Pere. Vous voïez par là qu'on ne sçauroit
trop louer la sagesse et la charité de M. Maréchal.
Par là les pauvres serviront d'instruction an
Eleves , sans être leurs victimes.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre, écrite de Paris, le 14 May 1731. au sujet de l'Opération de la Taille.
Le 10 mai 1731, une série de tailles a été réalisée à l'Hôpital de la Charité des Hommes à Paris. Plusieurs chirurgiens ont participé à cette opération. M. Maréchal, premier chirurgien du roi, a effectué trois tailles et a supervisé l'ensemble de l'opération. M. de la Perronie, premier chirurgien du roi en survivance, en a réalisé trois également. M. Morand, chirurgien major de l'hôpital, en a effectué deux. M. Guérin père, chirurgien major des Gardes Françaises et ancien chirurgien major de l'hôpital, a réalisé une taille, tout comme son fils, M. Guérin, substitut de l'hôpital. M. Perché, en voie d'obtenir sa maîtrise, a réalisé la dernière taille. Toutes les opérations ont été dirigées par M. Rénéaume, médecin en quartier de l'hôpital. Initialement, une opération latérale promise par M. Morand avait attiré de nombreux curieux, mais M. Maréchal a décidé de procéder à l'opération de manière ordinaire. Cette décision visait à éviter les inconvénients de l'opération latérale et à assurer que les pauvres patients servent d'instruction aux élèves sans en être les victimes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1592-1608
PREMIRE ASSEMBLÉE PUBLIQUE de l'Académie de Chirurgie.
Début :
LE 11. du mois dernier, premier Mardy d'après la [...]
Mots clefs :
Académie royale de chirurgie, Assemblée publique, Compagnie, Carcinôme, Sang, Observations, Collique bilieuse, Rectum, Sphincter, Tumeur, Opération, Intestins, Prostate, Fistule anale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIRE ASSEMBLÉE PUBLIQUE de l'Académie de Chirurgie.
PREMIRE ASSEMBLE'E PUBLIQUE
de l'Académie de Chirurgie.
Lay
E II. du mois dernier , premier Mard'après la Trinité , l'Académie.
Royale de Chirurgie , conformément à
ses Reglemens , tint une Assemblée publique dans la grande Sale de S. Côme.
Mr Maréchal et de la Peyronie , Premiers
Chirurgiens du Roy , et en cette qualité Présidens de l'Académie , n'ayant pû
s'y trouver , M. Petit le pere , présida
en qualité de Directeur.
M. Morand , Secretaire de l'Académie
fit l'ouverture de la Scénce par l'Histoire
de l'établissement de cette Societé. Il en
exposa le plan,, etet fit fit voir que le principal
objet de cette Compagnie é oit de perfectionner la Chirurgie par l'experience
et l'observation , en rassemblant tous les
faits de pratique qui seront communiquez par les Chirurgiens , tant du Koyaume que des Pays Etrangers.
..
11
JUILLET. 1732. r593 Il fit sentir ensuite que si pour éviter
la confusion , inséparable des nombreu
ses Assemblees , on avoit été obligé de
fixer le nombre des Académiciens ordi-.
naires à 70. cela n'empêchoit point
que tous les Mes. Chirurgiens de Paris
ne fussent veritablement du Corps de
P'Académie , puisqu'ils avoient tous le.
droit d'y prendre séance , lorsqu'ils auroient des Mémoires à lire , et que leurs
noms et leurs Ouvrages seroient imprimez sans distinction dans les Recueils
qu'on donneroit au Public.
Il ajoûta à l'occasion de certaines Critiques , qu'il suffisoit à cette nouvelle Acàdémie d'être protegée par le Roy et par
ses Ministres. Que d'ailleurs l'estime de
M.le Premier Medecin , le zele de Mies
Premiers Chirurgiens , l'Approbation de
ceux qui aiment le bien public , et lès .
Eloges de plusieurs Journalistes éclairez ,
la dédommageroient amplément de tous
les traits que l'ignorance ou l'envie роцvoient faire lancer contre elle.
M. Morand finit par une Réponse à
l'Auteur d'une These soutenue aux Ecoles de Medecine le 18. Mars dernier , dans
laquelle on avoit critiqué le Programe
publié par l'Académie sur une question
importante de Chirurgie.
C
1594 MERCURE DE FRANCE
Ce Discours , que le Public reçut favorablement , fut suivi de la lecture de
neuf Memoires ou Observations Chirurgicales. Les Chefs de l'Académie se sont
fait un devoir de témoigner leur zele.en
fournissant eux-mêmes une partie de ces
Memoires.
M. Maréchal envoya une Observation
des plus singulieres et dont voici le sujet.
Une Dame étoit sujette depuis plus de
quinze ans à des attaques de Collique
Bilieuse , et depuis dix ans , à de trèsgrandes difficultez d'aller à la selle.
Les douleurs étoient si insuportables ·
dans les derniers temps , que la Malade
ne pouvant garder aucune situation , se
roulant sur son plancher, &c. M. Maré
chal 'eut occasion de la voir dans cet état
déplorable ; et soupçonnant un ulcere
carcinomateux dans le Rectum , il mit le
doigt dans le fondement , et l'ayant
porté aussi , haut qu'il lui fut possible , il
sentit un corps étranger solide. C'étoit
une pierre d'un volume si considerable ,
qu'il fallut pour en faire l'extraction
non-seulement dilater l'Anus , mais encore l'inciser en plusieurs endroits. Il ne
falloit pas une main moins habile que
celle de M. Maréchal ,. pour réussir dans
une operation qui demandoit tant de
ména -
JUILLET. 1732. 1595
ménagement et de dexterité. Un mois
après la Malade fut parfaitement guérie.
On fit après la lecture d'un Memoire
envoyé par M. de la Peyronie. La Cure
dont ce Memoire contient le détail , prouve qu'un courage éclairé peut souvent trouver dans l'Art des ressources pour les'
maladies les plus desesperées.
Un homme âgé de 63. ans , étoit attaqué depuis près de trente , d'une Hernie
qu'il avoit jusqu'alors contenue avec succès , au moyen d'un Bandage ; mais ayant
négligé de s'en servir depuis deux ans ,
il tomba dans l'accident de l'étranglement. Il n'eut recours à M. de la Peyronie que le huitième jour de l'accident,
et quoiqu'alors l'augmentation considerable de la tumeur , sa tension et celle
de tout le ventre , la violence des dou
leurs , le hoquet , le poux concentré , la
lividité et pourriture , qui déja avoient
paru à l'extremité de la tumeur , et qui
permettoient la sortie des matieres fœcales ; quoique tous ces desordres annonÇassent une mort prochaine, M.de la Pey.
ronie espera assez du secours de la Chirurgie pour entreprendre l'Operation.
Ayant ouvert le sac hernaire dans toute
son étendue , il trouva six ou sept pou--
ces des Intestins grêles , entierement gangrencz
1595 MERCURE DE FRANCE
grenez et criblez de trous qui laissoient ·
sortir les mitieres focales. Il dilata l'anneau ; et après avoir tiré un peu les Intestins pour s'assurer du progrès de la
gangrene , il emporta toute la portion du
canal qui parut être gangrennée au point
de ne pouvoir être ranimée. Il fit ensuite
au Mezentere un pli ; de façon à boucher les deux bouts flotants de l'Intestin,
et par un point d'ég ille fait à ce pli ,
il assujettit les deux bouches du canal
intestinal. Il fit enfin avec les extrémi
tez du fil une anse qui resta au dehors
et servit à retenir vers le haut de la playe
l'ouverture de l'intestin ; précaution sans
laquelle cet intestin qui n'avoit contracté
aucune adherince aux environs de l'anneau, eût pû faire dans la cavité du ventre
un épanchement des matieres fœcales qui,
ût été mortel. On eut grand soin dans
les pansemens de leur laisser une issue libre.
Le 25 jour de l'Operation , le lien du Me,
zentere se sépara , et au bout de six se,
maines les excremens ne sortirent plus
avec la même abondance , le Malide en
ren lant une partie par les voyes ordi
naires. La playe n'a cependant êté entie,
rement cicatrisée qu'au bout de quatre
mois, et après que le Malade se fut ré.
duit à une nourriture très-legere et prise
en temps éloignez .
3
JUILLET. 1732. 1597
Cette maladie , toute fâcheuse qu'on
vient de la représenter , étoit encore compliquée d'un gonflement très- ancien et
très- considerable au Testicule , qu'on fut
obligé d'emporter , malgré la grosseur
du cordon spermatique qui avoit près
de deux pouces de diametre et dont l'engorgement se continuoit fort avant dans
le ventre. M. de la Peyronie lia le cordon
à la hauteur des anneaux , et il le coupa
un pouce au dessous. Cette premiere ligature,quoiqu'extrêmement serrée, s'étant
lâchée , et un champignon fort gros
et qui parossoit carcinomateux , s'étant
élevé de l'extremité du cordon coupé ,
il fit au bout de quelques jours une nou
-velle ligature, et emporta ce champignon.
Le 18mejour cette derniere ligature tomba et le cordon se dégorgea entierement
par la suppuration. M. de la Peyronie
fait observer que ce gonflement étoit la
suite d'une cause externe.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettent point de faire mention du reste du
Memoire ni des excellentes Reflexions qui
le terminent. Nous avertirons seulement
qu'à l'égard de la gangrene de l'Intestin ,
M.de la Peyronie a plus d'une fois mis heureusement en pratique la Méthode qu'il expose. Il est même fait mention dans l'Histoire
1598 MERCURE DE FRANCE
toire de l'Académie Royale des Sciences ,
année 1723. des suites heureuses d'une
semblable Operation qu'il fit en 1712
M. Petit lût ensuite l'histoire d'une Fiştule au Périné , pour laquelle on avoit
fait deux fois , sans succès , l'opération
dans la Province , et qu'il a cependant
guérie radicalement , ayant reconnu ce qui
avoit empêché de réussir dans les deux
premieres opérations. La Fistule au Périné dont il s'agit , étoit la suite de l'ouverture d'un dépôt gangréneux , formé
en conséquence d'une retention d'urine.
M. Petit , en examinant le malade , observa que la partie antérieure de l'Anus
étoit aussi dure que les environs de la Fistule , et que la prostate étoit le centre
de la dureté, qui s'étendoir si avant, qu'a
vec le doigt mis dans le fondement, on ne
pouvoit en sentir les bornes. Il reconnut
par des sign's certains que cette dureté
avoit une cause vénérienne. Il reconnut
encore que le trou interne de la Fistule
étoit au delà du Sphincter , parce que le
malade , sans être averti du besoin d'u
riner , et sans faire aucun effort , rendoit
continuellement la plus grande partie de
ses urines par le trou de la Fistule , et
sans en rendre par la Verge , ou du moins
s'il urinoit par la Verge, c'étoit toujours
Yo-
JUILLET. 1732. 15999
*
volontairement, et lorsqu'il y étoit excité
par le résidu des urines 3 par cet examen
M. Petit comprit qu'il ne guériroit jamais cette Fistule , si avant que de faire
l'opération , il ne commençoit par dé--
truire le Virus Vénérien , et si en second
lieu , dans l'opération ( dont il décrit le
manuel ) il n'incisoit la Prostate , pour
comprendre dans l'incision , le trou interne de la Fistule. Il a agi en conséquence , et le malade a été parfaitement
guéri.
Ce Mémoire parut d'autant plus utile ,
que pour l'ordinaire dans le traitement
de la maladie , qui en fait le sujet , et qui
est fort commune , on ne fait point assezd'attention aux circonstances que M. Petit expose dans son observation , et qui
dans des cas semblables , déterminent la
seule voïe possible de guérison.
La quatriéme Observation est de M
Malaval , Vice - Directeur de l'Académie.
Un homme, âgé de 25 ans , fut, après de
vives douleurs , attaqué d'une Exortose
tres considérable, à la tête du Peroné. Cette
Exortose ayant paru dès son commencement tenir du Carcinome ; M. Malaval
sentit la nécessité d'amputer la Cuisse ;
cependantcommeil y avoit de justes soup
çons de Vérole , il fit , avant l'opération ;
passer
1600 MERCURE DE FRANCE
passer le malade par le grand remede , ce
qui calma beaucoup ses douleurs , et lui
fendit le sommeil qu'il avoit entierement
perdu. M. Malaval fit ensuite l'opération ; mais peu de jours après les élancemens , qui se firent sentir dans la plaïe
et la mauvaise qualité des suppurations ,
qui étoient de couleur verdâtre , confirmerent les craintes qu'il avoit d'abord
conçû au sujet du Levain Cancereux ; cependant après avoir donné des remedes
propres à corriger et à adoucir la Limphe , l'exfoliation de l'os se fit, et fut avec
assez de difficulté suivie de la Cicatrice:
Après 18 mois d'une assez bonne santé, le
malade fut attaqué d'une toux séche et
fréquente. Deux mois après , la fièvre
survint , avec un crachement de sang. Oir
employa , sans succès , les remedes qui
paroissoient les mieux indiquez. La fiés
vre, d'aiguë qu'elle étoit , devint lente ; l'enflure clemateuse ; et de suite tous
les signes de l'hydropisie de poitrine parurent. M. Malaval fit la ponction avec
le Troiscart, & tira environ trois pintes
d'une sérosité sanguinolente. La poitrine.
s'étant de nouveau remplie , il l'ouvrit
cette fois avec le Bistouri , et il évacua
deux pintes d'une sérosité . semblable à
la premiere , et à des Laveures de chair .
mal-
.
JUILLET. 1732. 1601
malgré tous ces secours , le malade mourut peu de jours après , et on trouva par
Fouverture du Cadavre que le Poulmon
éroit presque totalement osseux et carcinomateux.
: Cette observation donne lieu à M. Malaval de faire des réfléxions: 1 °. Sur ceque
le Levain carcinomateux attaque indifferemment toutes les parties : 20. Sur ce
qu'il est tres - difficile , pour ne pas dire
impossible , de détruire ce Levain , parvenu à un certain dégré: 3°. Sur ce que
la salivation que quelques Auteurs ont
vantée pour la guérison des Cancers, n'est
d'aucune ressource contre ce mal. Enfin
surce que dansles soupçons légitimes d'épanchement d'eau dans la poitrine , la
ponction qu'on n'entreprend que rarement , pourroit être plus fréquemment
employée.
Le Mémoirè suivant est de M. Houstet; il renferme plusieurs expérience qui
prouvent qu'il se trouve dans la Vessie des
Pierres situées de façon à ne pouvoir être
tirées, et qu'il est par conséquent plus avan- tageux d'abandonner que de s'opiniâtrer
à en faire l'extraction. Dans la premiere
de ces observations , M. Houstet rapporte qu'un homme , âgé de 76 ans , qui
Souffroit des douleurs très- vives au Périné
601 MERCURE DE FRANCE
riné , en conséquence de Pierre dans la
Vessie , le pressa de le tailler. Il fit l'opération au grand appareil , et elle fut treslaborieuse , tant à cause d'un gonflement
et d'une dureté extraordinaire à la Prostate , qu'à cause de deux Champignons et
de trois Pierres , dont il fallut faire l'extraction à differentes reprises. Quoi qu'il
sentit encore des Pierres ; il fit remettre
le malade au lit , dans la crainte de le
trop fatiguer ; mais malgré ce ménagement , le malade mourut le cinquiéme
jour de l'opération. A l'ouverture du Cadavre on observa entr'autres choses , que
le fond de la Vessie étoit parsemé dans
toute sa circonference de plusieurs embouchures , qui conduisoient dans des cavitez ou célules , dont le fond étoit beaucoup plus large que l'entrée. Plusieurs de
ces Célules ou Loges consenoient des Pierres parmi lesquelles on en distinguoit
trois , d'un volume médiocre , lisses et
polies , ayant quatre ou cinq facettes et
pareilles à celles qu'on avoit tirées dans l'opération.Ces Pierres étoient retenuës chacune dans leur cavité particuliere ; l'entrée de ces Célules étant fort étroite , et
les Pierres ne présentant qu'un de leurs
angles , ou une de leurs facettes , sans saillies ; il étoit , dit M. Houstot , impossible
JUILLET. 1732. 1603
ble de les charger, quoiqu'on put les toucher avec le bout des Tenettes.
Il rassemble à la suite de cette observation un grand nombre de faits , dont il a
eu connoissance , et qui tous se rapportent à l'impossibilité qu'il y a dans certains
cas , de charger et de tirer la Pierre ; soit
parce qu'elle se trouve engagée dans des
Loges ou prolongemens du Corps de la
Vessie , soit parce qu'elle est retenue par
des replis ou des brides de la membrane
interne.
Al'égard des Pierres Enkistées , du genre de celles dont il est question dans la
premiere observation , il pense que la Célule s'est formée d'abord , et qu'ensuite
quelque petit Gravier qui s'y est insinué,
y grossit et que la cavité de la Celule augmente à mesure ; ayant observé que ces
Célules ne succedent guéres qu'aux retentions d'urines , il les regarde comme des
especes de Hernies de la membrane interne de la Vessie , qui dans la dilatation ,
a forcé l'intervale des Fibres charnuës.
Il prétend que ces Vessies à célules , à
poches et à brides ne sont point si rares
qu'on l'avoit cru jusqu'à present. Il fonde
son sentiment sur ce qu'il a observé đans
T'ouverture d'un grand nombre de personnes mortes de maladie de Vessie; et il
conclud
1604 MERCURE DE FRANCE
conclud de ces observations que généralement dans toutes les opérations de la taille,
la prudence exige qu'avant que d'essayer
de charger et d'extraire la Pierre , on reconnoisse autant qu'il est possible, avec le
doigt , l'état de la Vessie. Si l'on trouve la
Pierre engagée dans quelque Kiste ou Célule , on doit tâcher de la déchatoner, s'il
est possible , avec le doigt ; mais si le
doigt ne peut y atteindre, ou si l'on trouve des obstacles insurmontables , le Chirurgien , sans fatiguer inutilement le malade , ou plutôt sans faire des tentatives
périlleuses, doit alors abandonner la Pierre, qui quelquefois se détache d'elle- même ,dans la suite des pansemens , tant
par la suppuration que par les injections
Long-temps continuces.
Ces observations ne sont point seulement curieuses , elles paroissent pouvoir
être d'une grande utilité , par les conséquences que l'Auteur en tire pour la
tique,
praLe sixième Mémoire est de M. Caumont. C'est une observation sur un écra
sement des doigts du milieu et annulaire
de la main , dont les deux dernieres phalanges étoient fracturées en plusieurs piéces , avec déplacement , les articulations
découvertes , dix lignes de l'extrêmité des
tendons
JUILLET. 1732 1605
tendons extenseurs déchirées et entierement emportées , enfin la peau détruite
depuis le milieu de la seconde Phalange ,
jusqu'à la racine de l'ongle.
M. Caumont n'espera pas d'abord
pouvoir conserver l'extrêmité de ces
doigts , ou du moins la mobilité de leurs
Phalanges. L' Anchilose étoit à craindre ,
et d'ailleurs une portion considérable des
tendons extenseurs ayant été emportée ,
et les bouts restans n'ayant pû être raprochez que jusqu'au bord des articulations,
il ne voyoit point à quoi ces bouts de tendons coupez pourroient s'attacher. Il pansa cependant si artistement cette playe ,
qu'il vit au bout de quelques jours s'élever sur la surface des os , une chair loüable et grenuë, qui couvroit les articulations. Les os fracturez se sont aussi consolidez , les articulations se sont raffermies
sans Anchiloses , la peau s'est cicatrisée
et ce qui paroît le plus remarquable à M.
Caumont, l'union de toutes ces parties
entr'elles , a fourni un point d'attache à
chaque tendon' ; de sorte que les mouvemens de fléxion et d'extension , s'exécutent aujourd'hui dans toutes ces Phalangés , presque avec la même liberté
qu'avant l'accident.
La septiéme observation roule sur une
G playe
150 MERCURE DE FRANCE
playe contuse au ply du bras , laquelle fut
accompagnée d'accidens très funestes . M.
Gravier , qui rapporte ce fait , fut obligé
de couper le tendon du Biceps à la fin du
corps charnu de ce muscle , et assés près
de son insertion au Radius. Ce tendon
avoit tellement souffert , qu'en l'emportant ainsi presque tout entier , on ne fit
guére que prévenir la séparation qui s'en
seroit faite naturellement par la mortification , s'il eut été permis de l'attendre. La
cure a été si heureuse , que malgré la perte du tendon du Biceps , le malade porte
l'avant bras dans le dernier dégré de fléxion et est capable des plus grands efforts.
Sur cela M.Gravier s'étonne que dans des
rapports faits en justice sur la piquure du
tendon , ou de l'Aponeurose du Biceps , à
P'occasion de la saignée on air quelquefois
décidé de l'invalidité du bras , sur la símple apparence des accidens qu'il rapporte.
Un Emphiseme de cause interne , fait le
sujet de la huitiéme observation , donnée
par M. Lombard. Une fille , âgée de six
ans et demi, fut attaquée d'une fluxion
de poitrine , qui fut suivie de la petite
Vérole ; mais quoique bien guérie , en
apparence, elle commença environ un an
après à devenir languissante, et à se plaindre de la poitrine , et au bout de quatre
mois
JUILLET. 17320 1607
mois il lui survint subitement une enAure considérable à la poitrine.
M. Lombard fut appellé , il trouva le
poux extrêmement foible , la respiration
lente et difficile, et l'enflure extrêmement
douloureuse ; il reconnut que cette enflute qui s'étoit étendue sur tout le bas-ventre , étoit un Emphiséme. Il conçut dèslors que la Plevre et lePoumon ayant contracté quelque adhérence , il s'y étoit pû
faire une suppuration , dont la suite avoit
été la destruction de la Plévre des muscles
intercostaux de la membrane interne du
Poumon , et l'ouverture de quelques Vé
sicules,ou de quelques Rameaux des Bronches , de sorte que l'air contenu dans le
Poumon, avoit pû s'infiltrer en partie danş
les Célules graisseuses , dans le tissu célulaire des muscles de l'extérieur de la poitrine,et delà dans toutes les Célules voisines
Dans cette idée , il se préparoit à faire
l'opération de l'Empiéme , en consultant
les signes qui pouvoient désigner l'endroit le plus convenable pour ouvrir la
poitrine ; mais l'oppression de la malade
augmenta si fort,qu'elle la suffoqua avant
qu'oncur pûemployer ce secours. Les conjectures de M. Lombard se trouverent en- tierement confirmées par l'ouverture du
Cadavre.c
V Gij Le
1608 MERCURE DE FRANCE
< و
Le neuvième et dernier Mémoire , est
une observation donnée par M.Chauvin,
sur une fracture du Crâne , suivie d'épanchement sur la dure-mere , et d'une fusée
purulente , pour laquelle il fut obligé de
faire une contre - ouverture ou trépan
éloigné de ceux qu'il avoit d'abord appliqué à l'endroit fracturé. M. Chauvin
sauva par cette manoeuvre l'application
d'un grand nombre de trepans. Les matieres épanchées ayant de la pente et l'issue libre , la dure- mere se recolla trespromptement à toute la portion de l'os ,
ou se trouvoit entre le premier et le second trépan , et il n'y cut d'autres exfoliations que celles qui arrivent ordinai
rement à la circonférence des trépans.
On nous pardonnera , sans doute , d'avoir donné un si long Extrait de ces observations. Rien de ce qui peut contribuer
à la conservation de la vie des hommes ,
ne nous paroît indifferent; du reste , c'est
au public à juger , par les Extraits que
nous venons de donner, si l'application
des Chirurgiens à enrichir leur Art de
semblables observations , n'est pas la réponse la plus solide qu'ils puissent faire
aux critiques qui ont parû contr'eux
de l'Académie de Chirurgie.
Lay
E II. du mois dernier , premier Mard'après la Trinité , l'Académie.
Royale de Chirurgie , conformément à
ses Reglemens , tint une Assemblée publique dans la grande Sale de S. Côme.
Mr Maréchal et de la Peyronie , Premiers
Chirurgiens du Roy , et en cette qualité Présidens de l'Académie , n'ayant pû
s'y trouver , M. Petit le pere , présida
en qualité de Directeur.
M. Morand , Secretaire de l'Académie
fit l'ouverture de la Scénce par l'Histoire
de l'établissement de cette Societé. Il en
exposa le plan,, etet fit fit voir que le principal
objet de cette Compagnie é oit de perfectionner la Chirurgie par l'experience
et l'observation , en rassemblant tous les
faits de pratique qui seront communiquez par les Chirurgiens , tant du Koyaume que des Pays Etrangers.
..
11
JUILLET. 1732. r593 Il fit sentir ensuite que si pour éviter
la confusion , inséparable des nombreu
ses Assemblees , on avoit été obligé de
fixer le nombre des Académiciens ordi-.
naires à 70. cela n'empêchoit point
que tous les Mes. Chirurgiens de Paris
ne fussent veritablement du Corps de
P'Académie , puisqu'ils avoient tous le.
droit d'y prendre séance , lorsqu'ils auroient des Mémoires à lire , et que leurs
noms et leurs Ouvrages seroient imprimez sans distinction dans les Recueils
qu'on donneroit au Public.
Il ajoûta à l'occasion de certaines Critiques , qu'il suffisoit à cette nouvelle Acàdémie d'être protegée par le Roy et par
ses Ministres. Que d'ailleurs l'estime de
M.le Premier Medecin , le zele de Mies
Premiers Chirurgiens , l'Approbation de
ceux qui aiment le bien public , et lès .
Eloges de plusieurs Journalistes éclairez ,
la dédommageroient amplément de tous
les traits que l'ignorance ou l'envie роцvoient faire lancer contre elle.
M. Morand finit par une Réponse à
l'Auteur d'une These soutenue aux Ecoles de Medecine le 18. Mars dernier , dans
laquelle on avoit critiqué le Programe
publié par l'Académie sur une question
importante de Chirurgie.
C
1594 MERCURE DE FRANCE
Ce Discours , que le Public reçut favorablement , fut suivi de la lecture de
neuf Memoires ou Observations Chirurgicales. Les Chefs de l'Académie se sont
fait un devoir de témoigner leur zele.en
fournissant eux-mêmes une partie de ces
Memoires.
M. Maréchal envoya une Observation
des plus singulieres et dont voici le sujet.
Une Dame étoit sujette depuis plus de
quinze ans à des attaques de Collique
Bilieuse , et depuis dix ans , à de trèsgrandes difficultez d'aller à la selle.
Les douleurs étoient si insuportables ·
dans les derniers temps , que la Malade
ne pouvant garder aucune situation , se
roulant sur son plancher, &c. M. Maré
chal 'eut occasion de la voir dans cet état
déplorable ; et soupçonnant un ulcere
carcinomateux dans le Rectum , il mit le
doigt dans le fondement , et l'ayant
porté aussi , haut qu'il lui fut possible , il
sentit un corps étranger solide. C'étoit
une pierre d'un volume si considerable ,
qu'il fallut pour en faire l'extraction
non-seulement dilater l'Anus , mais encore l'inciser en plusieurs endroits. Il ne
falloit pas une main moins habile que
celle de M. Maréchal ,. pour réussir dans
une operation qui demandoit tant de
ména -
JUILLET. 1732. 1595
ménagement et de dexterité. Un mois
après la Malade fut parfaitement guérie.
On fit après la lecture d'un Memoire
envoyé par M. de la Peyronie. La Cure
dont ce Memoire contient le détail , prouve qu'un courage éclairé peut souvent trouver dans l'Art des ressources pour les'
maladies les plus desesperées.
Un homme âgé de 63. ans , étoit attaqué depuis près de trente , d'une Hernie
qu'il avoit jusqu'alors contenue avec succès , au moyen d'un Bandage ; mais ayant
négligé de s'en servir depuis deux ans ,
il tomba dans l'accident de l'étranglement. Il n'eut recours à M. de la Peyronie que le huitième jour de l'accident,
et quoiqu'alors l'augmentation considerable de la tumeur , sa tension et celle
de tout le ventre , la violence des dou
leurs , le hoquet , le poux concentré , la
lividité et pourriture , qui déja avoient
paru à l'extremité de la tumeur , et qui
permettoient la sortie des matieres fœcales ; quoique tous ces desordres annonÇassent une mort prochaine, M.de la Pey.
ronie espera assez du secours de la Chirurgie pour entreprendre l'Operation.
Ayant ouvert le sac hernaire dans toute
son étendue , il trouva six ou sept pou--
ces des Intestins grêles , entierement gangrencz
1595 MERCURE DE FRANCE
grenez et criblez de trous qui laissoient ·
sortir les mitieres focales. Il dilata l'anneau ; et après avoir tiré un peu les Intestins pour s'assurer du progrès de la
gangrene , il emporta toute la portion du
canal qui parut être gangrennée au point
de ne pouvoir être ranimée. Il fit ensuite
au Mezentere un pli ; de façon à boucher les deux bouts flotants de l'Intestin,
et par un point d'ég ille fait à ce pli ,
il assujettit les deux bouches du canal
intestinal. Il fit enfin avec les extrémi
tez du fil une anse qui resta au dehors
et servit à retenir vers le haut de la playe
l'ouverture de l'intestin ; précaution sans
laquelle cet intestin qui n'avoit contracté
aucune adherince aux environs de l'anneau, eût pû faire dans la cavité du ventre
un épanchement des matieres fœcales qui,
ût été mortel. On eut grand soin dans
les pansemens de leur laisser une issue libre.
Le 25 jour de l'Operation , le lien du Me,
zentere se sépara , et au bout de six se,
maines les excremens ne sortirent plus
avec la même abondance , le Malide en
ren lant une partie par les voyes ordi
naires. La playe n'a cependant êté entie,
rement cicatrisée qu'au bout de quatre
mois, et après que le Malade se fut ré.
duit à une nourriture très-legere et prise
en temps éloignez .
3
JUILLET. 1732. 1597
Cette maladie , toute fâcheuse qu'on
vient de la représenter , étoit encore compliquée d'un gonflement très- ancien et
très- considerable au Testicule , qu'on fut
obligé d'emporter , malgré la grosseur
du cordon spermatique qui avoit près
de deux pouces de diametre et dont l'engorgement se continuoit fort avant dans
le ventre. M. de la Peyronie lia le cordon
à la hauteur des anneaux , et il le coupa
un pouce au dessous. Cette premiere ligature,quoiqu'extrêmement serrée, s'étant
lâchée , et un champignon fort gros
et qui parossoit carcinomateux , s'étant
élevé de l'extremité du cordon coupé ,
il fit au bout de quelques jours une nou
-velle ligature, et emporta ce champignon.
Le 18mejour cette derniere ligature tomba et le cordon se dégorgea entierement
par la suppuration. M. de la Peyronie
fait observer que ce gonflement étoit la
suite d'une cause externe.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettent point de faire mention du reste du
Memoire ni des excellentes Reflexions qui
le terminent. Nous avertirons seulement
qu'à l'égard de la gangrene de l'Intestin ,
M.de la Peyronie a plus d'une fois mis heureusement en pratique la Méthode qu'il expose. Il est même fait mention dans l'Histoire
1598 MERCURE DE FRANCE
toire de l'Académie Royale des Sciences ,
année 1723. des suites heureuses d'une
semblable Operation qu'il fit en 1712
M. Petit lût ensuite l'histoire d'une Fiştule au Périné , pour laquelle on avoit
fait deux fois , sans succès , l'opération
dans la Province , et qu'il a cependant
guérie radicalement , ayant reconnu ce qui
avoit empêché de réussir dans les deux
premieres opérations. La Fistule au Périné dont il s'agit , étoit la suite de l'ouverture d'un dépôt gangréneux , formé
en conséquence d'une retention d'urine.
M. Petit , en examinant le malade , observa que la partie antérieure de l'Anus
étoit aussi dure que les environs de la Fistule , et que la prostate étoit le centre
de la dureté, qui s'étendoir si avant, qu'a
vec le doigt mis dans le fondement, on ne
pouvoit en sentir les bornes. Il reconnut
par des sign's certains que cette dureté
avoit une cause vénérienne. Il reconnut
encore que le trou interne de la Fistule
étoit au delà du Sphincter , parce que le
malade , sans être averti du besoin d'u
riner , et sans faire aucun effort , rendoit
continuellement la plus grande partie de
ses urines par le trou de la Fistule , et
sans en rendre par la Verge , ou du moins
s'il urinoit par la Verge, c'étoit toujours
Yo-
JUILLET. 1732. 15999
*
volontairement, et lorsqu'il y étoit excité
par le résidu des urines 3 par cet examen
M. Petit comprit qu'il ne guériroit jamais cette Fistule , si avant que de faire
l'opération , il ne commençoit par dé--
truire le Virus Vénérien , et si en second
lieu , dans l'opération ( dont il décrit le
manuel ) il n'incisoit la Prostate , pour
comprendre dans l'incision , le trou interne de la Fistule. Il a agi en conséquence , et le malade a été parfaitement
guéri.
Ce Mémoire parut d'autant plus utile ,
que pour l'ordinaire dans le traitement
de la maladie , qui en fait le sujet , et qui
est fort commune , on ne fait point assezd'attention aux circonstances que M. Petit expose dans son observation , et qui
dans des cas semblables , déterminent la
seule voïe possible de guérison.
La quatriéme Observation est de M
Malaval , Vice - Directeur de l'Académie.
Un homme, âgé de 25 ans , fut, après de
vives douleurs , attaqué d'une Exortose
tres considérable, à la tête du Peroné. Cette
Exortose ayant paru dès son commencement tenir du Carcinome ; M. Malaval
sentit la nécessité d'amputer la Cuisse ;
cependantcommeil y avoit de justes soup
çons de Vérole , il fit , avant l'opération ;
passer
1600 MERCURE DE FRANCE
passer le malade par le grand remede , ce
qui calma beaucoup ses douleurs , et lui
fendit le sommeil qu'il avoit entierement
perdu. M. Malaval fit ensuite l'opération ; mais peu de jours après les élancemens , qui se firent sentir dans la plaïe
et la mauvaise qualité des suppurations ,
qui étoient de couleur verdâtre , confirmerent les craintes qu'il avoit d'abord
conçû au sujet du Levain Cancereux ; cependant après avoir donné des remedes
propres à corriger et à adoucir la Limphe , l'exfoliation de l'os se fit, et fut avec
assez de difficulté suivie de la Cicatrice:
Après 18 mois d'une assez bonne santé, le
malade fut attaqué d'une toux séche et
fréquente. Deux mois après , la fièvre
survint , avec un crachement de sang. Oir
employa , sans succès , les remedes qui
paroissoient les mieux indiquez. La fiés
vre, d'aiguë qu'elle étoit , devint lente ; l'enflure clemateuse ; et de suite tous
les signes de l'hydropisie de poitrine parurent. M. Malaval fit la ponction avec
le Troiscart, & tira environ trois pintes
d'une sérosité sanguinolente. La poitrine.
s'étant de nouveau remplie , il l'ouvrit
cette fois avec le Bistouri , et il évacua
deux pintes d'une sérosité . semblable à
la premiere , et à des Laveures de chair .
mal-
.
JUILLET. 1732. 1601
malgré tous ces secours , le malade mourut peu de jours après , et on trouva par
Fouverture du Cadavre que le Poulmon
éroit presque totalement osseux et carcinomateux.
: Cette observation donne lieu à M. Malaval de faire des réfléxions: 1 °. Sur ceque
le Levain carcinomateux attaque indifferemment toutes les parties : 20. Sur ce
qu'il est tres - difficile , pour ne pas dire
impossible , de détruire ce Levain , parvenu à un certain dégré: 3°. Sur ce que
la salivation que quelques Auteurs ont
vantée pour la guérison des Cancers, n'est
d'aucune ressource contre ce mal. Enfin
surce que dansles soupçons légitimes d'épanchement d'eau dans la poitrine , la
ponction qu'on n'entreprend que rarement , pourroit être plus fréquemment
employée.
Le Mémoirè suivant est de M. Houstet; il renferme plusieurs expérience qui
prouvent qu'il se trouve dans la Vessie des
Pierres situées de façon à ne pouvoir être
tirées, et qu'il est par conséquent plus avan- tageux d'abandonner que de s'opiniâtrer
à en faire l'extraction. Dans la premiere
de ces observations , M. Houstet rapporte qu'un homme , âgé de 76 ans , qui
Souffroit des douleurs très- vives au Périné
601 MERCURE DE FRANCE
riné , en conséquence de Pierre dans la
Vessie , le pressa de le tailler. Il fit l'opération au grand appareil , et elle fut treslaborieuse , tant à cause d'un gonflement
et d'une dureté extraordinaire à la Prostate , qu'à cause de deux Champignons et
de trois Pierres , dont il fallut faire l'extraction à differentes reprises. Quoi qu'il
sentit encore des Pierres ; il fit remettre
le malade au lit , dans la crainte de le
trop fatiguer ; mais malgré ce ménagement , le malade mourut le cinquiéme
jour de l'opération. A l'ouverture du Cadavre on observa entr'autres choses , que
le fond de la Vessie étoit parsemé dans
toute sa circonference de plusieurs embouchures , qui conduisoient dans des cavitez ou célules , dont le fond étoit beaucoup plus large que l'entrée. Plusieurs de
ces Célules ou Loges consenoient des Pierres parmi lesquelles on en distinguoit
trois , d'un volume médiocre , lisses et
polies , ayant quatre ou cinq facettes et
pareilles à celles qu'on avoit tirées dans l'opération.Ces Pierres étoient retenuës chacune dans leur cavité particuliere ; l'entrée de ces Célules étant fort étroite , et
les Pierres ne présentant qu'un de leurs
angles , ou une de leurs facettes , sans saillies ; il étoit , dit M. Houstot , impossible
JUILLET. 1732. 1603
ble de les charger, quoiqu'on put les toucher avec le bout des Tenettes.
Il rassemble à la suite de cette observation un grand nombre de faits , dont il a
eu connoissance , et qui tous se rapportent à l'impossibilité qu'il y a dans certains
cas , de charger et de tirer la Pierre ; soit
parce qu'elle se trouve engagée dans des
Loges ou prolongemens du Corps de la
Vessie , soit parce qu'elle est retenue par
des replis ou des brides de la membrane
interne.
Al'égard des Pierres Enkistées , du genre de celles dont il est question dans la
premiere observation , il pense que la Célule s'est formée d'abord , et qu'ensuite
quelque petit Gravier qui s'y est insinué,
y grossit et que la cavité de la Celule augmente à mesure ; ayant observé que ces
Célules ne succedent guéres qu'aux retentions d'urines , il les regarde comme des
especes de Hernies de la membrane interne de la Vessie , qui dans la dilatation ,
a forcé l'intervale des Fibres charnuës.
Il prétend que ces Vessies à célules , à
poches et à brides ne sont point si rares
qu'on l'avoit cru jusqu'à present. Il fonde
son sentiment sur ce qu'il a observé đans
T'ouverture d'un grand nombre de personnes mortes de maladie de Vessie; et il
conclud
1604 MERCURE DE FRANCE
conclud de ces observations que généralement dans toutes les opérations de la taille,
la prudence exige qu'avant que d'essayer
de charger et d'extraire la Pierre , on reconnoisse autant qu'il est possible, avec le
doigt , l'état de la Vessie. Si l'on trouve la
Pierre engagée dans quelque Kiste ou Célule , on doit tâcher de la déchatoner, s'il
est possible , avec le doigt ; mais si le
doigt ne peut y atteindre, ou si l'on trouve des obstacles insurmontables , le Chirurgien , sans fatiguer inutilement le malade , ou plutôt sans faire des tentatives
périlleuses, doit alors abandonner la Pierre, qui quelquefois se détache d'elle- même ,dans la suite des pansemens , tant
par la suppuration que par les injections
Long-temps continuces.
Ces observations ne sont point seulement curieuses , elles paroissent pouvoir
être d'une grande utilité , par les conséquences que l'Auteur en tire pour la
tique,
praLe sixième Mémoire est de M. Caumont. C'est une observation sur un écra
sement des doigts du milieu et annulaire
de la main , dont les deux dernieres phalanges étoient fracturées en plusieurs piéces , avec déplacement , les articulations
découvertes , dix lignes de l'extrêmité des
tendons
JUILLET. 1732 1605
tendons extenseurs déchirées et entierement emportées , enfin la peau détruite
depuis le milieu de la seconde Phalange ,
jusqu'à la racine de l'ongle.
M. Caumont n'espera pas d'abord
pouvoir conserver l'extrêmité de ces
doigts , ou du moins la mobilité de leurs
Phalanges. L' Anchilose étoit à craindre ,
et d'ailleurs une portion considérable des
tendons extenseurs ayant été emportée ,
et les bouts restans n'ayant pû être raprochez que jusqu'au bord des articulations,
il ne voyoit point à quoi ces bouts de tendons coupez pourroient s'attacher. Il pansa cependant si artistement cette playe ,
qu'il vit au bout de quelques jours s'élever sur la surface des os , une chair loüable et grenuë, qui couvroit les articulations. Les os fracturez se sont aussi consolidez , les articulations se sont raffermies
sans Anchiloses , la peau s'est cicatrisée
et ce qui paroît le plus remarquable à M.
Caumont, l'union de toutes ces parties
entr'elles , a fourni un point d'attache à
chaque tendon' ; de sorte que les mouvemens de fléxion et d'extension , s'exécutent aujourd'hui dans toutes ces Phalangés , presque avec la même liberté
qu'avant l'accident.
La septiéme observation roule sur une
G playe
150 MERCURE DE FRANCE
playe contuse au ply du bras , laquelle fut
accompagnée d'accidens très funestes . M.
Gravier , qui rapporte ce fait , fut obligé
de couper le tendon du Biceps à la fin du
corps charnu de ce muscle , et assés près
de son insertion au Radius. Ce tendon
avoit tellement souffert , qu'en l'emportant ainsi presque tout entier , on ne fit
guére que prévenir la séparation qui s'en
seroit faite naturellement par la mortification , s'il eut été permis de l'attendre. La
cure a été si heureuse , que malgré la perte du tendon du Biceps , le malade porte
l'avant bras dans le dernier dégré de fléxion et est capable des plus grands efforts.
Sur cela M.Gravier s'étonne que dans des
rapports faits en justice sur la piquure du
tendon , ou de l'Aponeurose du Biceps , à
P'occasion de la saignée on air quelquefois
décidé de l'invalidité du bras , sur la símple apparence des accidens qu'il rapporte.
Un Emphiseme de cause interne , fait le
sujet de la huitiéme observation , donnée
par M. Lombard. Une fille , âgée de six
ans et demi, fut attaquée d'une fluxion
de poitrine , qui fut suivie de la petite
Vérole ; mais quoique bien guérie , en
apparence, elle commença environ un an
après à devenir languissante, et à se plaindre de la poitrine , et au bout de quatre
mois
JUILLET. 17320 1607
mois il lui survint subitement une enAure considérable à la poitrine.
M. Lombard fut appellé , il trouva le
poux extrêmement foible , la respiration
lente et difficile, et l'enflure extrêmement
douloureuse ; il reconnut que cette enflute qui s'étoit étendue sur tout le bas-ventre , étoit un Emphiséme. Il conçut dèslors que la Plevre et lePoumon ayant contracté quelque adhérence , il s'y étoit pû
faire une suppuration , dont la suite avoit
été la destruction de la Plévre des muscles
intercostaux de la membrane interne du
Poumon , et l'ouverture de quelques Vé
sicules,ou de quelques Rameaux des Bronches , de sorte que l'air contenu dans le
Poumon, avoit pû s'infiltrer en partie danş
les Célules graisseuses , dans le tissu célulaire des muscles de l'extérieur de la poitrine,et delà dans toutes les Célules voisines
Dans cette idée , il se préparoit à faire
l'opération de l'Empiéme , en consultant
les signes qui pouvoient désigner l'endroit le plus convenable pour ouvrir la
poitrine ; mais l'oppression de la malade
augmenta si fort,qu'elle la suffoqua avant
qu'oncur pûemployer ce secours. Les conjectures de M. Lombard se trouverent en- tierement confirmées par l'ouverture du
Cadavre.c
V Gij Le
1608 MERCURE DE FRANCE
< و
Le neuvième et dernier Mémoire , est
une observation donnée par M.Chauvin,
sur une fracture du Crâne , suivie d'épanchement sur la dure-mere , et d'une fusée
purulente , pour laquelle il fut obligé de
faire une contre - ouverture ou trépan
éloigné de ceux qu'il avoit d'abord appliqué à l'endroit fracturé. M. Chauvin
sauva par cette manoeuvre l'application
d'un grand nombre de trepans. Les matieres épanchées ayant de la pente et l'issue libre , la dure- mere se recolla trespromptement à toute la portion de l'os ,
ou se trouvoit entre le premier et le second trépan , et il n'y cut d'autres exfoliations que celles qui arrivent ordinai
rement à la circonférence des trépans.
On nous pardonnera , sans doute , d'avoir donné un si long Extrait de ces observations. Rien de ce qui peut contribuer
à la conservation de la vie des hommes ,
ne nous paroît indifferent; du reste , c'est
au public à juger , par les Extraits que
nous venons de donner, si l'application
des Chirurgiens à enrichir leur Art de
semblables observations , n'est pas la réponse la plus solide qu'ils puissent faire
aux critiques qui ont parû contr'eux
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Résumé : PREMIRE ASSEMBLÉE PUBLIQUE de l'Académie de Chirurgie.
Le 2 juillet 1732, l'Académie Royale de Chirurgie organisa une assemblée publique dans la grande salle de Saint-Côme. En l'absence des Premiers Chirurgiens du Roy, M. Petit le père présida en tant que Directeur. M. Morand, secrétaire de l'Académie, ouvrit la séance en retraçant l'histoire de la société, dont l'objectif principal est de perfectionner la chirurgie par l'expérience et l'observation. Il souligna que, bien que le nombre d'académiciens ordinaires soit limité à 70 pour éviter la confusion, tous les chirurgiens de Paris peuvent participer aux assemblées et voir leurs mémoires publiés. M. Morand répondit également à des critiques en affirmant que l'Académie est protégée par le Roy et ses ministres, et qu'elle bénéficie de l'estime de personnalités influentes. Il conclut par une réponse à une thèse critique publiée aux Écoles de Médecine. La séance fut suivie de la lecture de neuf mémoires ou observations chirurgicales. M. Maréchal présenta une observation sur l'extraction d'une pierre volumineuse du rectum d'une dame souffrant de coliques bilieuses et de difficultés à déféquer. L'opération, réussie grâce à l'habileté de M. Maréchal, permit à la patiente de guérir en un mois. M. de la Peyronie lut ensuite un mémoire sur la cure d'une hernie étranglée chez un homme de 63 ans. Malgré des complications graves, l'opération fut un succès, et le patient se rétablit après plusieurs mois. M. Petit lut l'histoire d'une fistule au périnée, guérie après deux tentatives infructueuses. Il identifia une cause vénérienne et effectua une opération réussie en détruisant le virus vénérien et en incisant la prostate. M. Malaval, Vice-Directeur, présenta une observation sur l'amputation de la cuisse d'un homme de 25 ans souffrant d'une exostose cancéreuse. Après une opération et des traitements, le patient mourut d'une hydropisie de poitrine. M. Houstet rapporta des expériences sur des pierres dans la vessie, soulignant qu'il est parfois préférable de ne pas tenter leur extraction. Il décrivit une opération complexe sur un homme de 76 ans, qui décéda malgré les efforts pour le soigner. M. Houstot décrivit des pierres retenues dans des cavités étroites de la vessie, rendant leur extraction difficile. Il observa que ces cellules se forment souvent après des rétentions d'urine et les compara à des hernies de la membrane interne de la vessie. Il recommanda de reconnaître l'état de la vessie avant toute opération et d'abandonner l'extraction de la pierre si des obstacles insurmontables sont rencontrés. M. Caumont rapporta une observation sur un écrasement des doigts, avec fractures multiples et tendons déchirés. Malgré les pronostics initiaux défavorables, les doigts guérirent, retrouvant leur mobilité grâce à une cicatrisation remarquable. M. Gravier décrivit une plaie contuse au bras, nécessitant la coupe du tendon du biceps. Le patient récupéra une bonne mobilité de l'avant-bras malgré la perte du tendon. M. Lombard présenta un cas d'emphysème chez une fille de six ans et demi, décédée avant qu'une opération puisse être réalisée. L'autopsie confirma ses conjectures sur la cause de l'emphysème. Enfin, M. Chauvin relata une fracture du crâne avec épanchement purulent, traité par une contre-ouverture éloignée du premier trépan, permettant une guérison rapide.
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8
p. 1804-1806
LETTRE écrite par M. Morand, le 14. Août, à M. de la R.
Début :
J'ay rendu compte au Public, Monsieur, en 1730. et 1731. de ce qui s'étoit [...]
Mots clefs :
Chirurgien, Taille latérale, Hôpital, Académie royale des sciences, Opération
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. Morand, le 14. Août, à M. de la R.
LETTRE écrite par M. Morand,
le 14. Août , à M. de la R.
J'
' Ay rendu compte au Public , Monsieur , en 1730. et 1731. de ce qui s'étoit passé sur la Taille Laterale par la
Méthode de M. Cheselden , Chirurgien
Anglois. Il y en a eu quatre dans le Printemps de cette année 1732. qui ont réüssi
toutes quatre. Voici les noms de ceux qui
ont opéré , et les noms des Taillez. Andry
AOUST. 1732. 1809
dry Querru , âgé de 3. ans et demi , fils
du Vigneron des Religieux Feüillans à
Montmorency, a été taillé par leur Chirurgien , Eleve de l'Hôpital de la Charité,
qui lui a tiré deux Pierres ; il a été entierement guéri au bout de quinze jours.
J'ai taillé François Coquelin , âgé de
18. ans et demi , retiré aux Incurables ,
parce qu'il est contrefait et très- incommodé. Il avoit été taillé à l'Hôtel- Dieu
à l'âge de 4. ans , par la méthode ordinaire , et depuis ce temps- là il perdoit ses urines involontairement. Je lui ai tiré une
assez grosse Pierre , en présence de M. Syl
va, de plusieurs Maîtres Chirurgiens , du
Chirurgien Major des Incurables , de plusieurs Chirurgiens de l'Hôpital de la Charité , et de quelques Etrangers. Il est parfaitement guéri , et retient ses urines. Il
m'étoit recommandé par Madame la Duchesse de la Rochefoucault , Doüairiere.
George Lite , âgé de 14 ans , a été taillé
à Gaillon , Maison de l'Archevêque de
Rouen, par le sieur le Cat , éleve de l'Hôpital de la Charité , et reçû en survivance
Chirurgien Major de l'Hôtel- Dieu de
Rouen , je lui tenois sa Sónde dans l'Operation, il a tiré une Pierre grosse comme un Abricot , noire et fort dure ; le
Malade a été guéri en zo. jours.
Jacques
1
1806 MERCURE DE FRANCE
Jacques Lienard , âgé de 7. ans , a été
taillé à Gaillon , par le même Chirurgien,
je lui tenois sa Sonde , il a tiré une petite
Pierre. Le Malade a rendu plusieurs vers
dans le cours du traitement ; il a été guéri
en 23. jours. Ces quatre Taillez ont été
présentez le 13. d'Août dans l'Assemblée
de l'Académie Royale des Sciences. Ces
Messieurs ont vû les Sujets, leurs Pierres
et leurs cicatrices.
P. S. Il faut , Monsieur , pour l'exactitude de l'histoire de cette Operation ,
ajoûter à la fin de 1731. une Taille à la
Méthode de M. Cheselden , faite à Mante,
par M. Garengeot , et dont le Malade est
guéri ; une autre faite à Paris , par M. Perchet , dont le Malade est mort ; et deux
faites par M. Foubert , avec quelques
changemens , dont il a fait part à l'Académie de Chirurgie ; ses deux Malades
ont été guéris. Je suis , &c.
le 14. Août , à M. de la R.
J'
' Ay rendu compte au Public , Monsieur , en 1730. et 1731. de ce qui s'étoit passé sur la Taille Laterale par la
Méthode de M. Cheselden , Chirurgien
Anglois. Il y en a eu quatre dans le Printemps de cette année 1732. qui ont réüssi
toutes quatre. Voici les noms de ceux qui
ont opéré , et les noms des Taillez. Andry
AOUST. 1732. 1809
dry Querru , âgé de 3. ans et demi , fils
du Vigneron des Religieux Feüillans à
Montmorency, a été taillé par leur Chirurgien , Eleve de l'Hôpital de la Charité,
qui lui a tiré deux Pierres ; il a été entierement guéri au bout de quinze jours.
J'ai taillé François Coquelin , âgé de
18. ans et demi , retiré aux Incurables ,
parce qu'il est contrefait et très- incommodé. Il avoit été taillé à l'Hôtel- Dieu
à l'âge de 4. ans , par la méthode ordinaire , et depuis ce temps- là il perdoit ses urines involontairement. Je lui ai tiré une
assez grosse Pierre , en présence de M. Syl
va, de plusieurs Maîtres Chirurgiens , du
Chirurgien Major des Incurables , de plusieurs Chirurgiens de l'Hôpital de la Charité , et de quelques Etrangers. Il est parfaitement guéri , et retient ses urines. Il
m'étoit recommandé par Madame la Duchesse de la Rochefoucault , Doüairiere.
George Lite , âgé de 14 ans , a été taillé
à Gaillon , Maison de l'Archevêque de
Rouen, par le sieur le Cat , éleve de l'Hôpital de la Charité , et reçû en survivance
Chirurgien Major de l'Hôtel- Dieu de
Rouen , je lui tenois sa Sónde dans l'Operation, il a tiré une Pierre grosse comme un Abricot , noire et fort dure ; le
Malade a été guéri en zo. jours.
Jacques
1
1806 MERCURE DE FRANCE
Jacques Lienard , âgé de 7. ans , a été
taillé à Gaillon , par le même Chirurgien,
je lui tenois sa Sonde , il a tiré une petite
Pierre. Le Malade a rendu plusieurs vers
dans le cours du traitement ; il a été guéri
en 23. jours. Ces quatre Taillez ont été
présentez le 13. d'Août dans l'Assemblée
de l'Académie Royale des Sciences. Ces
Messieurs ont vû les Sujets, leurs Pierres
et leurs cicatrices.
P. S. Il faut , Monsieur , pour l'exactitude de l'histoire de cette Operation ,
ajoûter à la fin de 1731. une Taille à la
Méthode de M. Cheselden , faite à Mante,
par M. Garengeot , et dont le Malade est
guéri ; une autre faite à Paris , par M. Perchet , dont le Malade est mort ; et deux
faites par M. Foubert , avec quelques
changemens , dont il a fait part à l'Académie de Chirurgie ; ses deux Malades
ont été guéris. Je suis , &c.
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Résumé : LETTRE écrite par M. Morand, le 14. Août, à M. de la R.
Dans une lettre du 14 août, M. Morand informe M. de la R. des opérations de taille latérale réalisées selon la méthode de M. Cheselden. En 1732, quatre interventions ont été couronnées de succès. André Querru, âgé de 3 ans et demi, a été opéré à Montmorency par un élève de l'Hôpital de la Charité. Deux pierres ont été retirées, et l'enfant a guéri en quinze jours. François Coquelin, 18 ans et demi, a été opéré par M. Morand aux Incurables, où une grosse pierre a été retirée en présence de plusieurs chirurgiens et étrangers. Coquelin a guéri et retient désormais ses urines. George Lite, 14 ans, a été opéré à Gaillon par le sieur le Cat, qui a retiré une pierre grosse comme un abricot, et le patient a guéri en vingt jours. Jacques Lienard, 7 ans, a également été opéré à Gaillon par le même chirurgien, avec retrait d'une petite pierre et guérison en vingt-trois jours. Ces quatre cas ont été présentés à l'Académie Royale des Sciences le 13 août. M. Morand mentionne aussi une opération réussie à Mante par M. Garengeot, une opération mortelle à Paris par M. Perchet, et deux opérations réussies par M. Foubert avec quelques modifications.
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9
p. 781-783
ESPAGNE.
Début :
Le Prince des Asturies s'étoit trouvé, il y a déja quelque temps, assez incommodé d'une [...]
Mots clefs :
José Vallejo de la Canal, Maures, Ennemis, Drapeau, Prince des Asturies, Opération, Tumeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
E Prince des Asturies s'étoit trouvé , il y a
Ldéja quelque tempos , assez ise trouve d'une
tumeur à la fesse , et l'état de ce Prince avoit
causé de l'inquiétude, mais elle est bien diminuée
depuis l'arrivée du sieur P'erit , qui a été envoyé
à Madrid de Paris , et qui après avoir czaminé
le
782 MERCURE DE FRANCE
le mal , a assuré qu'il n'étoit pas , à beaucoup
près , aussi considerable qu'on l'avoit crû d'abord.
L'Operation que le sieur Petit a jugé nécessaire
pour la plus prompte guérison du Prince des
Asturies , fut faite le 29. du mois passé à sept
heures du matin avec beaucoup de succès ; elle
a été très - legere, et elle n'a duré qu'une minute ;
le Prince a très - peu souffert , et depuis l'operation
il est fort tranquille et dans le meilleur état
qu'on puisse souhaiter , sans qu'il y ait aucune .
suite fâcheuse appréhender , et l'on espere que
dans peu sa santé sera entierement rétablie .
Don Joseph Vallejo , Commandant General
des Troupes Espagnoles qui sont en Afrique , a
écrit au Roy , pour informer S. M. que le 2. du
mois dernier , ayant sçû qu'un grand nombre de
Maures s'étoient mis en embuscade dans les environs
de la Fontaine voisine de la Ville d'Oran,
il avoit fait sortir de cette Place un Détachement
d'Infanterie , avec ordre d'attaquer les Ennemis
et de les attirer du côté de la Ville , en
feignant de leur ceder peu à peu le terrain ; que
les Maures trompez par la feinte retraite des Espagnols
, avoient donné dans le piege qu'il leur
avoit tendu , et que pendant qu'ils étoient occupez
à poursuivre les Troupes sorties de la Place
, deux Compagnies de Volontaires qui étoient
postées à la tête du Vallon,et qu'ils n'avoient pas
apperçûës , avoient fait feu sur leur arriere garde
et l'avoient mise en désordre ; que l'Adjudant
Don Joseph Rubina , qui commandoit les Volontaires
, avoit pris le premier Drapeau des Ennemis
et avoit tué celui qui le portoit , sur le refus
qu'il avoit fait de se rendre , et que les Maures,
après avoir eû plusieurs de leurs gens tuez ou
blessez , avoient été contraints de prendre la fuite.
Ces
AVRIL. 1734. 783
Ces Lettres ajoûtent que les Espagnols , par la
sage conduite des Officiers , n'ont pas perdu un
seul homme dans cette occasion . Don Joseph
Vallejo a envoyé au Roy le Drapeau pris sur les
Ennemis , qui ont été fort sensibles à cette perte,
parce que c'étoit un Drapeau qui avoit reposé
long- temps sur le Tombeau de Mahomet à la
Mecque, d'où quelques Pelerins l'avoient apporté.
On travaille à réparer les Fortifications de Badajos
et de toutes les Places qui sont sur les
Frontieres du Royaume de Portugal .
E Prince des Asturies s'étoit trouvé , il y a
Ldéja quelque tempos , assez ise trouve d'une
tumeur à la fesse , et l'état de ce Prince avoit
causé de l'inquiétude, mais elle est bien diminuée
depuis l'arrivée du sieur P'erit , qui a été envoyé
à Madrid de Paris , et qui après avoir czaminé
le
782 MERCURE DE FRANCE
le mal , a assuré qu'il n'étoit pas , à beaucoup
près , aussi considerable qu'on l'avoit crû d'abord.
L'Operation que le sieur Petit a jugé nécessaire
pour la plus prompte guérison du Prince des
Asturies , fut faite le 29. du mois passé à sept
heures du matin avec beaucoup de succès ; elle
a été très - legere, et elle n'a duré qu'une minute ;
le Prince a très - peu souffert , et depuis l'operation
il est fort tranquille et dans le meilleur état
qu'on puisse souhaiter , sans qu'il y ait aucune .
suite fâcheuse appréhender , et l'on espere que
dans peu sa santé sera entierement rétablie .
Don Joseph Vallejo , Commandant General
des Troupes Espagnoles qui sont en Afrique , a
écrit au Roy , pour informer S. M. que le 2. du
mois dernier , ayant sçû qu'un grand nombre de
Maures s'étoient mis en embuscade dans les environs
de la Fontaine voisine de la Ville d'Oran,
il avoit fait sortir de cette Place un Détachement
d'Infanterie , avec ordre d'attaquer les Ennemis
et de les attirer du côté de la Ville , en
feignant de leur ceder peu à peu le terrain ; que
les Maures trompez par la feinte retraite des Espagnols
, avoient donné dans le piege qu'il leur
avoit tendu , et que pendant qu'ils étoient occupez
à poursuivre les Troupes sorties de la Place
, deux Compagnies de Volontaires qui étoient
postées à la tête du Vallon,et qu'ils n'avoient pas
apperçûës , avoient fait feu sur leur arriere garde
et l'avoient mise en désordre ; que l'Adjudant
Don Joseph Rubina , qui commandoit les Volontaires
, avoit pris le premier Drapeau des Ennemis
et avoit tué celui qui le portoit , sur le refus
qu'il avoit fait de se rendre , et que les Maures,
après avoir eû plusieurs de leurs gens tuez ou
blessez , avoient été contraints de prendre la fuite.
Ces
AVRIL. 1734. 783
Ces Lettres ajoûtent que les Espagnols , par la
sage conduite des Officiers , n'ont pas perdu un
seul homme dans cette occasion . Don Joseph
Vallejo a envoyé au Roy le Drapeau pris sur les
Ennemis , qui ont été fort sensibles à cette perte,
parce que c'étoit un Drapeau qui avoit reposé
long- temps sur le Tombeau de Mahomet à la
Mecque, d'où quelques Pelerins l'avoient apporté.
On travaille à réparer les Fortifications de Badajos
et de toutes les Places qui sont sur les
Frontieres du Royaume de Portugal .
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Résumé : ESPAGNE.
Le Prince des Asturies a récemment été diagnostiqué avec une tumeur à la fesse, mais une opération légère réalisée le 29 du mois précédent a été un succès. Le Prince se porte bien et une guérison complète rapide est espérée. Par ailleurs, Don Joseph Vallejo, Commandant Général des Troupes Espagnoles en Afrique, a rapporté une opération militaire réussie. Le 2 du mois dernier, il a organisé une embuscade contre des Maures près de la Fontaine voisine d'Oran. Les Maures, attirés par une feinte retraite des Espagnols, ont été pris à revers par des Volontaires en embuscade. L'Adjudant Don Joseph Rubina a capturé le drapeau ennemi et tué son porteur. Les Maures ont subi plusieurs pertes et ont pris la fuite, tandis que les Espagnols n'ont subi aucune perte grâce à la sage conduite des officiers. Le drapeau capturé, ayant une valeur religieuse pour les Maures, a été envoyé au Roi. Enfin, des travaux de réparation des fortifications sont en cours à Badajos et dans d'autres places frontalières avec le Portugal.
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10
p. 1003-1006
« Monseigneur le Dauphin se trouva incommodé le 3. de ce mois, [...] »
Début :
Monseigneur le Dauphin se trouva incommodé le 3. de ce mois, [...]
Mots clefs :
Roi, Parlement de Paris, Prince des Asturies, Dauphin, Rougeole, Maître des requêtes, Chevalier de Belle-Isle, Antoine-Arnaud de Labriffe, Petit, Opération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Monseigneur le Dauphin se trouva incommodé le 3. de ce mois, [...] »
Onseigneur le Dauphin se trouva
incommodé le 3. de ce mois
et on reconnut le lendemain au soir que
sa maladie étoit la Rougeole. L'éruption,
quoique très- abondante , s'est faite fort
heureusement , et les accidens de fievre et
Hij d'agita1004
MERCURE DE FRANCE
d'agitation qui accompagnent toujours
cette maladie , étant entierement cessés
Monseigneur le Dauphin commença
à se
mieux porter le 7. et quelques jours après
sa santé fut entierement rétablie.
Les de ce mois au matin le Chevalier
de Bellisle arriva à Rambouillet, et appor
ta au Roi la nouvelle de la prise du Château
de Traerback , devant lequel le Comte
de Bellisle avoit fait ouvrir la tranchée
la nuit du 25. au 26. du mois dernier,
Le Roi a donné le Gouvernement de
Bergue au Comte de Broglio , Lieutenant
General des Armées de Sa Majesté , et
Gouverneur de Montdauphin.
Antoine Arnaud de la Briffe , Seigneur
d'Amilly , nommé par le Roi au mois
de Mai 1734. premier President du Par
lement de Bretagne , est né à Paris le
4. Janvier 1699. et fut reçû Conseiller au
Parlement de Paris à la quatriéme Chambre
des Enquêtes , le 16. Decembre 1718 .
puis Maître des Requêtes ordinaires de
l'Hôtel en 1724. Il est fils de feu Arnaud
de la Briffe , Marquis de Ferriere , Seigneur
de Passy , Brion , les Bernardieres,
&c. et en dernier lieu Procureur General
au Parlement de Paris , mort le 24. Septembre
M A Ý .
1734 1005
tembre 1700. âgé de 51. ans , et de Bonne
Barillon d'Amoncour , sa seconde femme
, morte en son Château d'Amilly aut
mois de Fevrier 1733. dans la 66. année
de son âge. Il a été marié le 12. Mars
1719 avec Marie Charlotte Quantin de
Richebourg , fille de Charles Bonnaventute
Quantin , Seigneur de Richebourg,
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hồ-
tel du Roi , ci - devant Intendant à Rouen
et à Poitiers , et de Catherine Jeanne de
Ragaruë.
Le 25 de ce mois le Sieur Petit ,Chirur
gien de S. Cosme, Demonstrateur et Censeur
Royal, et des Académies Royales de
Paris et de Londres, est arriyé d'Espagne,
où il étoit allé faire l'Opération au Prince
des Asturies ; la guérison de ce Prince
a causé une joye universelle. Le Roi , la
Reine , le Prince et la Princesse des Asturies
, ont honoré le Sieur petit de leur estime
, et l'ont comblé de marques de bienveillance
; ils lui ont fait des presens considerables.
Le Roi d'Espagne lui a fait
donner 40000. liv. outre 8000. liv. qu'il
avoit reçû en partant de Paris ; la Reine
une Montre d'or à repetition , garnie de
diamans et de deux beaux cachets ; le
Prince , d'une autre Montre d'or , qui re-
Giij pete
IcoбMERCURE DE FRANCE
pete les heures , les quarts et les minutes,
à la chaîne de laquelle étoit un diamant
brillant estimé 12000. livres ; et un cachet
d'une belle cornaline , sur laquelle est
gravée une Tête antique ; et la Princesse
des Asturies une canne à pomme d'or
garnie de diamans , et d'un ruban auquel
étoit attaché un brillant pareillement es
timé 12000. livres.
incommodé le 3. de ce mois
et on reconnut le lendemain au soir que
sa maladie étoit la Rougeole. L'éruption,
quoique très- abondante , s'est faite fort
heureusement , et les accidens de fievre et
Hij d'agita1004
MERCURE DE FRANCE
d'agitation qui accompagnent toujours
cette maladie , étant entierement cessés
Monseigneur le Dauphin commença
à se
mieux porter le 7. et quelques jours après
sa santé fut entierement rétablie.
Les de ce mois au matin le Chevalier
de Bellisle arriva à Rambouillet, et appor
ta au Roi la nouvelle de la prise du Château
de Traerback , devant lequel le Comte
de Bellisle avoit fait ouvrir la tranchée
la nuit du 25. au 26. du mois dernier,
Le Roi a donné le Gouvernement de
Bergue au Comte de Broglio , Lieutenant
General des Armées de Sa Majesté , et
Gouverneur de Montdauphin.
Antoine Arnaud de la Briffe , Seigneur
d'Amilly , nommé par le Roi au mois
de Mai 1734. premier President du Par
lement de Bretagne , est né à Paris le
4. Janvier 1699. et fut reçû Conseiller au
Parlement de Paris à la quatriéme Chambre
des Enquêtes , le 16. Decembre 1718 .
puis Maître des Requêtes ordinaires de
l'Hôtel en 1724. Il est fils de feu Arnaud
de la Briffe , Marquis de Ferriere , Seigneur
de Passy , Brion , les Bernardieres,
&c. et en dernier lieu Procureur General
au Parlement de Paris , mort le 24. Septembre
M A Ý .
1734 1005
tembre 1700. âgé de 51. ans , et de Bonne
Barillon d'Amoncour , sa seconde femme
, morte en son Château d'Amilly aut
mois de Fevrier 1733. dans la 66. année
de son âge. Il a été marié le 12. Mars
1719 avec Marie Charlotte Quantin de
Richebourg , fille de Charles Bonnaventute
Quantin , Seigneur de Richebourg,
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hồ-
tel du Roi , ci - devant Intendant à Rouen
et à Poitiers , et de Catherine Jeanne de
Ragaruë.
Le 25 de ce mois le Sieur Petit ,Chirur
gien de S. Cosme, Demonstrateur et Censeur
Royal, et des Académies Royales de
Paris et de Londres, est arriyé d'Espagne,
où il étoit allé faire l'Opération au Prince
des Asturies ; la guérison de ce Prince
a causé une joye universelle. Le Roi , la
Reine , le Prince et la Princesse des Asturies
, ont honoré le Sieur petit de leur estime
, et l'ont comblé de marques de bienveillance
; ils lui ont fait des presens considerables.
Le Roi d'Espagne lui a fait
donner 40000. liv. outre 8000. liv. qu'il
avoit reçû en partant de Paris ; la Reine
une Montre d'or à repetition , garnie de
diamans et de deux beaux cachets ; le
Prince , d'une autre Montre d'or , qui re-
Giij pete
IcoбMERCURE DE FRANCE
pete les heures , les quarts et les minutes,
à la chaîne de laquelle étoit un diamant
brillant estimé 12000. livres ; et un cachet
d'une belle cornaline , sur laquelle est
gravée une Tête antique ; et la Princesse
des Asturies une canne à pomme d'or
garnie de diamans , et d'un ruban auquel
étoit attaché un brillant pareillement es
timé 12000. livres.
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Résumé : « Monseigneur le Dauphin se trouva incommodé le 3. de ce mois, [...] »
En début de mois, le Dauphin a contracté la rougeole le 3 et s'est rétabli le 7, récupérant entièrement quelques jours plus tard. Le Chevalier de Bellisle a informé le Roi de la prise du Château de Traerback le 5. Le Roi a nommé le Comte de Broglio Gouverneur de Bergue. Antoine Arnaud de la Briffe, né à Paris en 1699, a été nommé premier Président du Parlement de Bretagne en mai 1734. Il a occupé divers postes judiciaires et est issu d'une famille noble. Le 25 du mois, le chirurgien Sieur Petit est revenu d'Espagne, où il avait opéré avec succès le Prince des Asturies. Le Roi, la Reine, le Prince et la Princesse des Asturies lui ont témoigné leur gratitude par des présents considérables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 190-192
LETTRE au Frere Côme, contenant une observation, qui prouve de plus en plus l'utilité du Lithotome caché pour l'opération de la Taille.
Début :
MONSIEUR, dans le courant du mois de Juillet de l'année 1754, je [...]
Mots clefs :
Opération de la taille, Chirurgien, Lithotome, Opération, Malade, Pierre
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE au Frere Côme, contenant une observation, qui prouve de plus en plus l'utilité du Lithotome caché pour l'opération de la Taille.
CHIRURGIE.
LETTRE au Frere Côme , contenant une
obfervation , qui prouve de plus en plus
l'utilité du Lithotome caché pour l'opération
de la Taille.
ONSIEUR › dans le courant du
Mmois de Juillet de l'année 1754 , je
fus appellé à Bourbon- l'Archambault ,
pour voir la nommée Anne de Canys , native
de Moulins en Bourbonnois , âgée de
huit ans , qui depuis trois ans reffentoit
des douleurs très -aigues , caufées par une
pierre dans la veffie . Dans l'hiftoire que
me firent les deux Médecins & le Chirurgien
du lieu , j'appris qu'un Maître en
Chirurgie de Paris , qui pour lors fe trouvoit
aux eaux , en venoit de tenter l'extraction
à l'ancienne maniere , & qu'il
avoit échoué. Il propofa , comme l'unique
moyen de l'extraire , votre lithotome caché
je voulus fonder la malade , mais
une inflammation confidérable du canal
de l'uretre caufée par cette tentative cideffus
, m'obligea de différer jufqu'à ce
que cette partie ait repris fon état naturel.
JUN. 1755... 191
Dans le commencement du mois d'Août
on fit tranfporter ladite malade à Moulins
: je la fondai & reconnus la pierre ;
mais un cours de ventre , accompagné
d'une fievre lente , jointe aux douleurs
caufées par ce calcul , avoient mis cet
enfant dans une fituation fi trifte que je
fus obligé de retarder l'opération , & de
travailler à détruire ou calmer tous les
accidens. Près de fix femaines s'écoulerent
fans que la nature ait voulu feconder
mes foins. Plufieurs de mes confreres qui
pafferent ici avec leurs régimens , & plufieurs
Maîtres de l'art les plus éclairés de
cette ville , qui virent cet enfant , me confeillerent
, pour ma réputation , de ne pas
entreprendre une opération qui ne pouvoit
être qu'infructueufe ; mais connoiffant
par expérience les fuccès de votre méthode
, je n'eus en vûe que la guériſon de
la malade , ou une diminution confidérable
dans cette complication de maux. Je
la taillai le huit Octobre de la même année
, en préſence de M. Jamé , Chirurgien
major du Régiment Dragons de Beaufremont
, & du R. P. Eleutere Benoît , Chirurgien
de la Charité je lui tirai une
pierre de la groffeur d'un oeuf de pigeon.
La malade a été guérie fans panfement le
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dix-feptieme jour, & les accidens ci-deffus
ont totalement cellé : elle jouit aujourd'hui,
d'une parfaite fanté. Je vous prie , Monfieur
, s'il eft poffible , de faire inférer
cette opération dans le Mercure , je vous
en ferai très - obligé : j'ai quelque incrédule
à convaincre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Gerard , Chirurgien major
du Régiment de Berry ,
Infanterie.
A Moulins , ce 23 Avril 1755.
LETTRE au Frere Côme , contenant une
obfervation , qui prouve de plus en plus
l'utilité du Lithotome caché pour l'opération
de la Taille.
ONSIEUR › dans le courant du
Mmois de Juillet de l'année 1754 , je
fus appellé à Bourbon- l'Archambault ,
pour voir la nommée Anne de Canys , native
de Moulins en Bourbonnois , âgée de
huit ans , qui depuis trois ans reffentoit
des douleurs très -aigues , caufées par une
pierre dans la veffie . Dans l'hiftoire que
me firent les deux Médecins & le Chirurgien
du lieu , j'appris qu'un Maître en
Chirurgie de Paris , qui pour lors fe trouvoit
aux eaux , en venoit de tenter l'extraction
à l'ancienne maniere , & qu'il
avoit échoué. Il propofa , comme l'unique
moyen de l'extraire , votre lithotome caché
je voulus fonder la malade , mais
une inflammation confidérable du canal
de l'uretre caufée par cette tentative cideffus
, m'obligea de différer jufqu'à ce
que cette partie ait repris fon état naturel.
JUN. 1755... 191
Dans le commencement du mois d'Août
on fit tranfporter ladite malade à Moulins
: je la fondai & reconnus la pierre ;
mais un cours de ventre , accompagné
d'une fievre lente , jointe aux douleurs
caufées par ce calcul , avoient mis cet
enfant dans une fituation fi trifte que je
fus obligé de retarder l'opération , & de
travailler à détruire ou calmer tous les
accidens. Près de fix femaines s'écoulerent
fans que la nature ait voulu feconder
mes foins. Plufieurs de mes confreres qui
pafferent ici avec leurs régimens , & plufieurs
Maîtres de l'art les plus éclairés de
cette ville , qui virent cet enfant , me confeillerent
, pour ma réputation , de ne pas
entreprendre une opération qui ne pouvoit
être qu'infructueufe ; mais connoiffant
par expérience les fuccès de votre méthode
, je n'eus en vûe que la guériſon de
la malade , ou une diminution confidérable
dans cette complication de maux. Je
la taillai le huit Octobre de la même année
, en préſence de M. Jamé , Chirurgien
major du Régiment Dragons de Beaufremont
, & du R. P. Eleutere Benoît , Chirurgien
de la Charité je lui tirai une
pierre de la groffeur d'un oeuf de pigeon.
La malade a été guérie fans panfement le
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dix-feptieme jour, & les accidens ci-deffus
ont totalement cellé : elle jouit aujourd'hui,
d'une parfaite fanté. Je vous prie , Monfieur
, s'il eft poffible , de faire inférer
cette opération dans le Mercure , je vous
en ferai très - obligé : j'ai quelque incrédule
à convaincre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Gerard , Chirurgien major
du Régiment de Berry ,
Infanterie.
A Moulins , ce 23 Avril 1755.
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Résumé : LETTRE au Frere Côme, contenant une observation, qui prouve de plus en plus l'utilité du Lithotome caché pour l'opération de la Taille.
En juillet 1754, le chirurgien Gérard fut appelé à Bourbon-l'Archambault pour soigner Anne de Canys, une fille de huit ans souffrant de douleurs intenses dues à une pierre dans la vessie. Un chirurgien parisien avait déjà tenté sans succès d'extraire la pierre. Gérard envisagea d'utiliser le lithotome caché, mais une inflammation de l'urètre l'obligea à reporter l'opération. En août 1755, la patiente fut transportée à Moulins. Malgré son état critique, Gérard décida d'opérer le 8 octobre 1755, en présence de collègues. Il retira une pierre de la taille d'un œuf de pigeon. La patiente se rétablit rapidement et fut guérie sans pansement le dix-septième jour. Gérard demanda la publication de cette opération dans le Mercure de France pour convaincre les sceptiques.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 131-141
Lettre écrite à M. M.... Professeur en Chirurgie, par M. Boucher, Capitaine d'Infanterie.
Début :
C'est un époux, Monsieur, qui va vous entretenir ; c'est un militaire qui va [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Malade, Opération, Douleurs, Guérison, Capitaine d'infanterie, Professeur en chirurgie, Chirurgien
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texteReconnaissance textuelle : Lettre écrite à M. M.... Professeur en Chirurgie, par M. Boucher, Capitaine d'Infanterie.
Lettre écrite à M. M ....
Chirurgie , par M. Boucher , Capitaine
d'Infanterie.
C
'Eft un époux , Monfieur , qui va vous
entretenir ; c'eſt un militaire qui va
vous écrire ; c'eſt affez vous en dire pour
mériter votre indulgence . Ce préambule
vous feroit inutile fi j'étois initié dans l'art
de la Chirurgie. Ecrivant à un maître tel
que vous , je n'aurois befoin que de m'énoncer
, vous m'entendriez clairement
mais il s'agit de vous parler une langue qui
m'eft étrangere , & de vous donner à deviner
le plus aiſement que je pourrai. Ce
fera donc , Monfieur , l'amour conjugal
qui fera mon interprête ; c'eſt lui qui m'engage
aujourd'hui à vous rendre compte
d'une maladie que j'ai d'autant mieux étu-
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
diée qu'elle m'a tant effrayé pour les jours
de ma chere femme.
›
Vous ne rae remettez peut - être plus ,
Monfieur , & par conféquent il eft néceffaire
de vous dire qui je fuis. Mon nom
n'eft pas fuffifant pour vous remettre fur
la voie il faut vous dire qu'au mois de
Décembre dernier je vous invitai chez
moi , rue Poiffonniere , avec M. M ....
Chirurgien major de l'Hôtel - Dieu , pour
vous confulter für la maladie dont ma
femme étoit attaquée depuis treize ans.
Cette maladie , Monfieur , étoit la plus
terrible fiftule qu'on ait jamais eue Ma femme
eft créole , de l'ifle de Bourbon , & elle
attribue cette maladie à une chûte qu'elle
fit quelques années avant que je l'époufaffe
, d'une terraffe de vingt pieds de haut
pour le moins. Cette chûte ne lui caufa
que quelques douleurs & meurtriffures
qui fe diffiperen: en peu de tems , par les
fecours qu'on lui donna. Elle n'eût aucun.
fymptome de fiftule , mais un an après notre
mariage elle mit au monde un fils
foit effet de la groffefle ou de la couche ,
elle commença à fentir des douleurs à l'anus
, qui cefferent néanmoins lorfqu'elle
fut rélevée & rétablie de cette premiere
couche. Elle fut environ trois ans fans devenir
enceinte , pendant lequel tems elle
"
JUILLET . 1755. 133
ne fentit aucune douleur ; mais l'étant
devenue , fur le neuvieme meis de fa groffelle
il fe forma en neuf jours un dépot
ficonfidérable qu'elle fouffrit nuit & jour
Toutes les douleurs qu'un panari violent
peut occafionner . Les Chirurgiens de l'afle
peu au fait de leur métier , encore moins
de ces fortes de maladies , ne regarderent
ce dépôt que comme un abcès . Lorfque la
matiere fut bien formée la tumeur perça
d'elle- même , & vuida une quantité prodigieufe
de pûs . Cette évacuation foulagea
fubitement & totalement la malade
qui accoucha le lendemain d'une fille qui fe
porte très bien aujourd'hui. Nos Docteurs
laifferent fermer le fac de lui- même , &
fans doute le loup fut enfermé dans la bergerie
, puifqu'à une troifieme grofleffe.
l'abcès reparut. Pour lors d'autres Chirur
giens de vaiffeaux qui fe trouverent là ,
martyriferent la malade a grands coups de
biftouris , & s'efforcerent de cueillir un
fruit qui n'étoit pas mûr , & qu'ils ne connoilfoient
fans doute pas ; cependant elle
accoucha d'un garçon bien à terme , mais ,
mort par une peur qu'un incendie avoit
caufée à la mere chez elle . L'abcès diſparut
donc encore , & tant que ma femme ne
devenoit pas groffe elle ne fe fentoit de
rien. A la quatrieme groffeffe l'abcès re134
MERCURE DE FRANCE .
que cet
commença , à la cinquieme de même ; &
enfin à la fixieme qui eft arrivée l'année
derniere , il fe forma fur le dernier mois.
Mon épouſe fouffrit beaucoup , le Chirurgien
du logis qui avoit foin d'elle depuis
fon arrivée en Europe , me confia
abcès étoit fiftuleux , pour lors je lui
гар-
portai tout ce que je viens d'avoir l'honneur
de vous dire , & il la panfa en conféquence.
Elle étoit trop avancée dans fa
groffeffe pour entreprendre la guérifon
d'une pareille maladie ; mais loin de la
traiter comme on avoit fait aux Indes , au
contraire il eut grand foin de conferver
cet abcès ouvert , & de donner iffue à la
matiere qu'il fourniffoit journellement
illa panfoit deux fois par jour , & au terme
de neufmois elle accoucha d'une fille pleine
de fanté , & cela fans accident. Le
Chirurgien de la maifon continua à la
panſer exactement pendant deux mois depuis
fa couche , après lequel tems il me
confeilla lui-même de vous appeller au fecours
, me déclarant que la maladie étoit
une fiftule .
Voici , Monfieur , où la grande hiftoire
commence. Vous eûtes la bonté de vous
rendre chez moi avec M. M..... mon
Chirurgien y étoit , & on vous rendit
compte de tout ce que je viens de vous
JUILLET. 1755- 135
répéter. La malade étoit bien prévenue
qu'elle avoit une fiftule , mais elle n'étoit
point portée pour l'opération , parce que
quelques perfonnes lui avoient confeillé
les cauftiques. Vous fondâtes vous-même
le mal , & fuivant votre avis , ainfi que
celui de M. M. . . . vous jugeâtes que
c'étoit une fiftule borgne ; même , me
dites- vous alors , fans clapier & fans que
l'inteftin fût offenfé , car vous fuppofiez
encore une grande diſtance entre le vice &
l'inteftin. Eh bien , Monfieur , l'événement
a fait voir le contraire , & je m'en fuis
convaincu par ce que j'ai vû. Mais fuivez
moi , s'il vous plaît : vous jugeates donc
la fiftule borgne ordinaire , en un mot
point confidérable ; je vous demandai ce
qu'il y avoit à faire , vous me fites l'honneur
de me dire qu'il falloit faire l'opération
, que cela feroit peu de chofe , & que
ma femme n'avoit aucun rifque à courir ;
je vous dis que la malade ne s'y réfoudroit
jamais , & qu'elle préféreroit de fe faire
guérir par les cauftiques. M. Braffant
me dites - vous fur le champ , peut la
guérir ; mais je fuis furpris qu'on préfere
des fouffrances de cinq à fix mois à
une minute & demie. Cependant , continuates-
vous , je vous confeille de commencer
par lui guérir l'efprit. Elle préfere ce
>
136 MERCURE DE FRANCE.
remede , il faut le lui donner. Il détruir
par le feu ce que le nôtre détruit par le fer.
Ho! nous y voilà , Monfieur. Riez tant
qu'il vous ppllaaiirraa de mon extravagance ;
mais je ne veux point difputer avec vous .
Je prétens vous prouver que les événemens
dont je vous ai parlé , font feuls
capables de faire connoître les maladies.
De plus , je prétends vous démontrer que
la méthode des cauftiques eft préférable à
l'opération , fur- tout à de pareilles fiftulles .
Je vous vois déja me railler & me tourner
en ridicule : n'importe , je me hazarde , &
m'encourage ; c'eft que ma femme eft guérie.
Je commence.
La fiſtulle , Monfieur , me paroît à préfent
un terrier de lapin , lequel dans l'inté
rieur forme la figure de ziczac. Si je pouffe
un bâton par fon ouverture , il arrive que
je trouve bientôt une réſiſtance , mais ce
n'eſt pas le fond du terrier ; & quand j'em- -
porterois toute la furface , jufqu'à la profondeur
qui en a procuré la réfiſtance au
bâton , je n'aurois pas encore découvert le
fond de mon gîte. Or la fonde me paroît de
même dans une fiftulle à un pouce , deux
pouces , & plus , fi vous voulez ; elle peut
fentir un arrêt qui paroît être le fond , mais
Louvent ce n'eft que l'endroit où le finus
prend un détour, & qui s'étend encore à une
י
}
JUILLET. 1735 137
certaine profondeur , où il en prend encore
une autre. Comment la fonde peut- elle
nous dire tout cela ? Non , il est donc im- -
poffible de juger d'une fiftulle par la fonde
, & pour voir ce qu'il y a dans un vaſe ,
il faut le découvrir. Je fçais qu'avec l'inftrument
on emporte plus que moins , &
qu'enfuite les cifeaux fuppléent au beſoin ,
mais le fang accable & peut fort bien empêcher
de voir un malin finus qui pourſuit
fa route bien au- delà de ce qu'on s'imaginoit
; néanmoins l'opération guérit radicalement
la fiftulle , je le fçais , j'en conviens
; mais jamais elle n'eût guéri celle
de ma femme , puifque l'inftrument n'auroit
pû aller à la profondeur , & qu'encore
une fois on ne la croyoit pas confiderable .
Je fuis moralement sûr qu'elle eût été manquée
, elle n'auroit pas été la premiere ;
mais en outre quel rifque n'eut- elle point
couru ? les fouffrances des panfemens , les
douleurs de la garderobe , les rifques du
dévoiement , d'une fiévre , d'une hémoragie
, en un mot , un nombre de jours dans
un lit à fouffrir & à vivre fans manger.
Or par la méthode de M. Braffant avec fon
cauftique , il eft impoflible qu'il manque
une fiftulle , lorsqu'il la traitera lui -même,
& fon malade ne court aucun des rifques
que je viens de dire ; il eft vrai qu'on
138 MERCURE DE FRANCE.
fouffre le martyre. On dit qu'il en a guéri
& qu'il en a manqué : je foutiens qu'il n'en
a manqué aucun , à moins que ce foit des
gens aufquels les douleurs ont fait abandonner
le remede ; mais quand on voudra
les fouffrir , on eft sûr de la guérifon . Il
n'y a peut- être jamais eu perfonne que má
femme qui ait fouffert une quantité fi prodi
gieufe de cauftiques, puifqu'elle en a eu 33 ;
mais fi elle avoit abandonné au trentieme ,
sûrement elle n'eût point été guérie. J'appellai
donc M. Braffant le lendemain de votre
vifite. Je ne lui parlai point de la conful
tation qui avoit été faite la veille , je lui
dis fimplement que ma femme étoit atta
quée d'une fiftulle depuis 13 ans. Je lui fis
le détail de cette maladie tel que j'avois
eu l'honneur de vous le faire , & j'ajoûtai
que la malade ayant oui parler de fa méthode
la préféroit à l'opération . Il vit fon
mal & le confidera long- tems ; il tâta les
environs , & jugea que la fiftulle étoit con
fidérable , affurant que l'inteftin étoit of
fenfé ; mais qu'il étoit sûr de la guérifon
radicale , fi la malade vouloit avoir de la
confiance & du courage , parce que font
remede étoit violent : ma femme s'y livra
toute entiere , fur-tout efpérant de pouvoir
guérir fans opération . Elle lui demanda le
régime qu'elle avoit à fuivre ; mais quelle
JUILLET. 1755. 139
fut la joye & fa furpriſe lorfque M. Bralfant
lui dit qu'elle n'avoit qu'à vivre à ſon
ordinaire & conferver fon apétit.
Avouez , Monfieur , que voilà un régime
bien doux & bien différent de celui que
l'oppération exige. La malade avoit été
préparée , & deux mois s'étoient écoulés
depuis fa couche , ce qui fit que M. Braffant
la commença le lendemain 10 Décembre
1754. Il lui appliqua le premier cauftique
à 9 heures du matin , qui fit l'effet
qu'il en attendoit. La malade fouffrit la
douleur que ce remede lui caufa avec un
courage héroïque ; elle fouffroit , mais elle
difoit elle-même que c'étoit fupportable.
M. Braſſant vint la voir le foir , & il fut
furpris de trouver une femme fi courageufe.
Le lendemain matin il vint la panfer ,
les cauftiques avoient brûlé une quantité
de chairs qui commençoient à former un
efcard , ils avoient occafionné un gonfle→
ment confidérable dans toutes les parties
fpongieufes & vicieufes. Le troifieme jour
cet efcard tomba & occafionna une ouverture
affez confidérable , procura la facilité
à M. Braffant de voir différens finus renfermés
dans cette partie ; il les attaqua les
uns après les autres par fes cauftiques , &
plus il en détruifoit , plus l'ouverture s'agrandiffoit
& la profondeur paroiffoit.
140 MERCURE DE FRANCE.
Après que la malade cut fupporté dix a
douze cauftiques , pour lors M. Braffant vit
clairement toute l'étendue du mal ; il s'apperçut
que l'inteftin étoit percé , qu'un
finus fe pourfuivoit droit au gros boyau
il tint toujours ce finus découvert , & s'attachant
à détruire toutes les parties qui
l'environnoient & qui étoient offenfées ; it
y parvint par la fuite , & c'eft ce qui prolongea
la guérifon pour lors , il ne lui
refta plus que le finus principal , ou le fond
du fac qu'il attaqua avec tant de fuccès
que le 30 Avril il vit tout le vice détruit ,
& parvint à une guérifon radicale & certaine
. Voilà , Monfieur , tout le détail que
mon affiduité aux panfemens me permet
de vous faire ; mais vous ne pouvez vous
imaginer l'étendue de ce mal , & je crois
fermement que l'opération ne l'eût point
guéri , d'autant mieux qu'on ne jugeoit
point cette fiftulle fi confidérable. Remarquez
que par la méthode de M. Braffant ,
il n'y a point de fiévre à craindre , point
de dévoiement à appréhender , point de
régime à garder & point de douleurs en
allant à la garderobbe , en un mot point
de danger à courir pour le malade rout
cela , Monfieur , ne me feroit point balancer
à préferer cette méthode à l'opération
d'autant mieux encore qu'il eft impoffible
JUILLET. 1755- 141
qu'on laiffe la moindre chofe par cette fade
traiter une fiftulle.
çon
Il me reste encore à vous parler d'un
article auquel peu de Chirurgiens ajoûtent
foi , c'eft fur l'efpéce de cauftique dont
M. Braffant fe fert . Je crois réellement que
ce cauftique eft à lui feul & à fon fils , &
je ferois porté à croire qu'un autre que lui
qui voudroit traiter la fiftulle par ces cauftiques
y échoueroit , n'ayant ni la pratique
, ni le cauftique de M. Braffant : ne
feroit- ce pas cela qui auroit donné lieu de
croire au public que fi M. Braffant en a
guéri , il en a auffi manqué ? Cela fe
roit bien , Monfieur , & j'en ferois conyaincu
, fi quelqu'un me difoit avoir été
manqué par M. Braffant , pere ou fils.
pour-
Je fuis fâché , Monfieur , de vous avoir
diftrait & peut-être ennuyé par mon verbiage
; mais paffez- le moi en faveur de la
joye que me caufe la guérifon de ma femme
, & de la part que vous avez bien voulu
prendre à fa maladie .
J'ai l'honneur d'être , &c..
BOUCHER.
Paris , ce 2 Mai 1755 .
Chirurgie , par M. Boucher , Capitaine
d'Infanterie.
C
'Eft un époux , Monfieur , qui va vous
entretenir ; c'eſt un militaire qui va
vous écrire ; c'eſt affez vous en dire pour
mériter votre indulgence . Ce préambule
vous feroit inutile fi j'étois initié dans l'art
de la Chirurgie. Ecrivant à un maître tel
que vous , je n'aurois befoin que de m'énoncer
, vous m'entendriez clairement
mais il s'agit de vous parler une langue qui
m'eft étrangere , & de vous donner à deviner
le plus aiſement que je pourrai. Ce
fera donc , Monfieur , l'amour conjugal
qui fera mon interprête ; c'eſt lui qui m'engage
aujourd'hui à vous rendre compte
d'une maladie que j'ai d'autant mieux étu-
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
diée qu'elle m'a tant effrayé pour les jours
de ma chere femme.
›
Vous ne rae remettez peut - être plus ,
Monfieur , & par conféquent il eft néceffaire
de vous dire qui je fuis. Mon nom
n'eft pas fuffifant pour vous remettre fur
la voie il faut vous dire qu'au mois de
Décembre dernier je vous invitai chez
moi , rue Poiffonniere , avec M. M ....
Chirurgien major de l'Hôtel - Dieu , pour
vous confulter für la maladie dont ma
femme étoit attaquée depuis treize ans.
Cette maladie , Monfieur , étoit la plus
terrible fiftule qu'on ait jamais eue Ma femme
eft créole , de l'ifle de Bourbon , & elle
attribue cette maladie à une chûte qu'elle
fit quelques années avant que je l'époufaffe
, d'une terraffe de vingt pieds de haut
pour le moins. Cette chûte ne lui caufa
que quelques douleurs & meurtriffures
qui fe diffiperen: en peu de tems , par les
fecours qu'on lui donna. Elle n'eût aucun.
fymptome de fiftule , mais un an après notre
mariage elle mit au monde un fils
foit effet de la groffefle ou de la couche ,
elle commença à fentir des douleurs à l'anus
, qui cefferent néanmoins lorfqu'elle
fut rélevée & rétablie de cette premiere
couche. Elle fut environ trois ans fans devenir
enceinte , pendant lequel tems elle
"
JUILLET . 1755. 133
ne fentit aucune douleur ; mais l'étant
devenue , fur le neuvieme meis de fa groffelle
il fe forma en neuf jours un dépot
ficonfidérable qu'elle fouffrit nuit & jour
Toutes les douleurs qu'un panari violent
peut occafionner . Les Chirurgiens de l'afle
peu au fait de leur métier , encore moins
de ces fortes de maladies , ne regarderent
ce dépôt que comme un abcès . Lorfque la
matiere fut bien formée la tumeur perça
d'elle- même , & vuida une quantité prodigieufe
de pûs . Cette évacuation foulagea
fubitement & totalement la malade
qui accoucha le lendemain d'une fille qui fe
porte très bien aujourd'hui. Nos Docteurs
laifferent fermer le fac de lui- même , &
fans doute le loup fut enfermé dans la bergerie
, puifqu'à une troifieme grofleffe.
l'abcès reparut. Pour lors d'autres Chirur
giens de vaiffeaux qui fe trouverent là ,
martyriferent la malade a grands coups de
biftouris , & s'efforcerent de cueillir un
fruit qui n'étoit pas mûr , & qu'ils ne connoilfoient
fans doute pas ; cependant elle
accoucha d'un garçon bien à terme , mais ,
mort par une peur qu'un incendie avoit
caufée à la mere chez elle . L'abcès diſparut
donc encore , & tant que ma femme ne
devenoit pas groffe elle ne fe fentoit de
rien. A la quatrieme groffeffe l'abcès re134
MERCURE DE FRANCE .
que cet
commença , à la cinquieme de même ; &
enfin à la fixieme qui eft arrivée l'année
derniere , il fe forma fur le dernier mois.
Mon épouſe fouffrit beaucoup , le Chirurgien
du logis qui avoit foin d'elle depuis
fon arrivée en Europe , me confia
abcès étoit fiftuleux , pour lors je lui
гар-
portai tout ce que je viens d'avoir l'honneur
de vous dire , & il la panfa en conféquence.
Elle étoit trop avancée dans fa
groffeffe pour entreprendre la guérifon
d'une pareille maladie ; mais loin de la
traiter comme on avoit fait aux Indes , au
contraire il eut grand foin de conferver
cet abcès ouvert , & de donner iffue à la
matiere qu'il fourniffoit journellement
illa panfoit deux fois par jour , & au terme
de neufmois elle accoucha d'une fille pleine
de fanté , & cela fans accident. Le
Chirurgien de la maifon continua à la
panſer exactement pendant deux mois depuis
fa couche , après lequel tems il me
confeilla lui-même de vous appeller au fecours
, me déclarant que la maladie étoit
une fiftule .
Voici , Monfieur , où la grande hiftoire
commence. Vous eûtes la bonté de vous
rendre chez moi avec M. M..... mon
Chirurgien y étoit , & on vous rendit
compte de tout ce que je viens de vous
JUILLET. 1755- 135
répéter. La malade étoit bien prévenue
qu'elle avoit une fiftule , mais elle n'étoit
point portée pour l'opération , parce que
quelques perfonnes lui avoient confeillé
les cauftiques. Vous fondâtes vous-même
le mal , & fuivant votre avis , ainfi que
celui de M. M. . . . vous jugeâtes que
c'étoit une fiftule borgne ; même , me
dites- vous alors , fans clapier & fans que
l'inteftin fût offenfé , car vous fuppofiez
encore une grande diſtance entre le vice &
l'inteftin. Eh bien , Monfieur , l'événement
a fait voir le contraire , & je m'en fuis
convaincu par ce que j'ai vû. Mais fuivez
moi , s'il vous plaît : vous jugeates donc
la fiftule borgne ordinaire , en un mot
point confidérable ; je vous demandai ce
qu'il y avoit à faire , vous me fites l'honneur
de me dire qu'il falloit faire l'opération
, que cela feroit peu de chofe , & que
ma femme n'avoit aucun rifque à courir ;
je vous dis que la malade ne s'y réfoudroit
jamais , & qu'elle préféreroit de fe faire
guérir par les cauftiques. M. Braffant
me dites - vous fur le champ , peut la
guérir ; mais je fuis furpris qu'on préfere
des fouffrances de cinq à fix mois à
une minute & demie. Cependant , continuates-
vous , je vous confeille de commencer
par lui guérir l'efprit. Elle préfere ce
>
136 MERCURE DE FRANCE.
remede , il faut le lui donner. Il détruir
par le feu ce que le nôtre détruit par le fer.
Ho! nous y voilà , Monfieur. Riez tant
qu'il vous ppllaaiirraa de mon extravagance ;
mais je ne veux point difputer avec vous .
Je prétens vous prouver que les événemens
dont je vous ai parlé , font feuls
capables de faire connoître les maladies.
De plus , je prétends vous démontrer que
la méthode des cauftiques eft préférable à
l'opération , fur- tout à de pareilles fiftulles .
Je vous vois déja me railler & me tourner
en ridicule : n'importe , je me hazarde , &
m'encourage ; c'eft que ma femme eft guérie.
Je commence.
La fiſtulle , Monfieur , me paroît à préfent
un terrier de lapin , lequel dans l'inté
rieur forme la figure de ziczac. Si je pouffe
un bâton par fon ouverture , il arrive que
je trouve bientôt une réſiſtance , mais ce
n'eſt pas le fond du terrier ; & quand j'em- -
porterois toute la furface , jufqu'à la profondeur
qui en a procuré la réfiſtance au
bâton , je n'aurois pas encore découvert le
fond de mon gîte. Or la fonde me paroît de
même dans une fiftulle à un pouce , deux
pouces , & plus , fi vous voulez ; elle peut
fentir un arrêt qui paroît être le fond , mais
Louvent ce n'eft que l'endroit où le finus
prend un détour, & qui s'étend encore à une
י
}
JUILLET. 1735 137
certaine profondeur , où il en prend encore
une autre. Comment la fonde peut- elle
nous dire tout cela ? Non , il est donc im- -
poffible de juger d'une fiftulle par la fonde
, & pour voir ce qu'il y a dans un vaſe ,
il faut le découvrir. Je fçais qu'avec l'inftrument
on emporte plus que moins , &
qu'enfuite les cifeaux fuppléent au beſoin ,
mais le fang accable & peut fort bien empêcher
de voir un malin finus qui pourſuit
fa route bien au- delà de ce qu'on s'imaginoit
; néanmoins l'opération guérit radicalement
la fiftulle , je le fçais , j'en conviens
; mais jamais elle n'eût guéri celle
de ma femme , puifque l'inftrument n'auroit
pû aller à la profondeur , & qu'encore
une fois on ne la croyoit pas confiderable .
Je fuis moralement sûr qu'elle eût été manquée
, elle n'auroit pas été la premiere ;
mais en outre quel rifque n'eut- elle point
couru ? les fouffrances des panfemens , les
douleurs de la garderobe , les rifques du
dévoiement , d'une fiévre , d'une hémoragie
, en un mot , un nombre de jours dans
un lit à fouffrir & à vivre fans manger.
Or par la méthode de M. Braffant avec fon
cauftique , il eft impoflible qu'il manque
une fiftulle , lorsqu'il la traitera lui -même,
& fon malade ne court aucun des rifques
que je viens de dire ; il eft vrai qu'on
138 MERCURE DE FRANCE.
fouffre le martyre. On dit qu'il en a guéri
& qu'il en a manqué : je foutiens qu'il n'en
a manqué aucun , à moins que ce foit des
gens aufquels les douleurs ont fait abandonner
le remede ; mais quand on voudra
les fouffrir , on eft sûr de la guérifon . Il
n'y a peut- être jamais eu perfonne que má
femme qui ait fouffert une quantité fi prodi
gieufe de cauftiques, puifqu'elle en a eu 33 ;
mais fi elle avoit abandonné au trentieme ,
sûrement elle n'eût point été guérie. J'appellai
donc M. Braffant le lendemain de votre
vifite. Je ne lui parlai point de la conful
tation qui avoit été faite la veille , je lui
dis fimplement que ma femme étoit atta
quée d'une fiftulle depuis 13 ans. Je lui fis
le détail de cette maladie tel que j'avois
eu l'honneur de vous le faire , & j'ajoûtai
que la malade ayant oui parler de fa méthode
la préféroit à l'opération . Il vit fon
mal & le confidera long- tems ; il tâta les
environs , & jugea que la fiftulle étoit con
fidérable , affurant que l'inteftin étoit of
fenfé ; mais qu'il étoit sûr de la guérifon
radicale , fi la malade vouloit avoir de la
confiance & du courage , parce que font
remede étoit violent : ma femme s'y livra
toute entiere , fur-tout efpérant de pouvoir
guérir fans opération . Elle lui demanda le
régime qu'elle avoit à fuivre ; mais quelle
JUILLET. 1755. 139
fut la joye & fa furpriſe lorfque M. Bralfant
lui dit qu'elle n'avoit qu'à vivre à ſon
ordinaire & conferver fon apétit.
Avouez , Monfieur , que voilà un régime
bien doux & bien différent de celui que
l'oppération exige. La malade avoit été
préparée , & deux mois s'étoient écoulés
depuis fa couche , ce qui fit que M. Braffant
la commença le lendemain 10 Décembre
1754. Il lui appliqua le premier cauftique
à 9 heures du matin , qui fit l'effet
qu'il en attendoit. La malade fouffrit la
douleur que ce remede lui caufa avec un
courage héroïque ; elle fouffroit , mais elle
difoit elle-même que c'étoit fupportable.
M. Braſſant vint la voir le foir , & il fut
furpris de trouver une femme fi courageufe.
Le lendemain matin il vint la panfer ,
les cauftiques avoient brûlé une quantité
de chairs qui commençoient à former un
efcard , ils avoient occafionné un gonfle→
ment confidérable dans toutes les parties
fpongieufes & vicieufes. Le troifieme jour
cet efcard tomba & occafionna une ouverture
affez confidérable , procura la facilité
à M. Braffant de voir différens finus renfermés
dans cette partie ; il les attaqua les
uns après les autres par fes cauftiques , &
plus il en détruifoit , plus l'ouverture s'agrandiffoit
& la profondeur paroiffoit.
140 MERCURE DE FRANCE.
Après que la malade cut fupporté dix a
douze cauftiques , pour lors M. Braffant vit
clairement toute l'étendue du mal ; il s'apperçut
que l'inteftin étoit percé , qu'un
finus fe pourfuivoit droit au gros boyau
il tint toujours ce finus découvert , & s'attachant
à détruire toutes les parties qui
l'environnoient & qui étoient offenfées ; it
y parvint par la fuite , & c'eft ce qui prolongea
la guérifon pour lors , il ne lui
refta plus que le finus principal , ou le fond
du fac qu'il attaqua avec tant de fuccès
que le 30 Avril il vit tout le vice détruit ,
& parvint à une guérifon radicale & certaine
. Voilà , Monfieur , tout le détail que
mon affiduité aux panfemens me permet
de vous faire ; mais vous ne pouvez vous
imaginer l'étendue de ce mal , & je crois
fermement que l'opération ne l'eût point
guéri , d'autant mieux qu'on ne jugeoit
point cette fiftulle fi confidérable. Remarquez
que par la méthode de M. Braffant ,
il n'y a point de fiévre à craindre , point
de dévoiement à appréhender , point de
régime à garder & point de douleurs en
allant à la garderobbe , en un mot point
de danger à courir pour le malade rout
cela , Monfieur , ne me feroit point balancer
à préferer cette méthode à l'opération
d'autant mieux encore qu'il eft impoffible
JUILLET. 1755- 141
qu'on laiffe la moindre chofe par cette fade
traiter une fiftulle.
çon
Il me reste encore à vous parler d'un
article auquel peu de Chirurgiens ajoûtent
foi , c'eft fur l'efpéce de cauftique dont
M. Braffant fe fert . Je crois réellement que
ce cauftique eft à lui feul & à fon fils , &
je ferois porté à croire qu'un autre que lui
qui voudroit traiter la fiftulle par ces cauftiques
y échoueroit , n'ayant ni la pratique
, ni le cauftique de M. Braffant : ne
feroit- ce pas cela qui auroit donné lieu de
croire au public que fi M. Braffant en a
guéri , il en a auffi manqué ? Cela fe
roit bien , Monfieur , & j'en ferois conyaincu
, fi quelqu'un me difoit avoir été
manqué par M. Braffant , pere ou fils.
pour-
Je fuis fâché , Monfieur , de vous avoir
diftrait & peut-être ennuyé par mon verbiage
; mais paffez- le moi en faveur de la
joye que me caufe la guérifon de ma femme
, & de la part que vous avez bien voulu
prendre à fa maladie .
J'ai l'honneur d'être , &c..
BOUCHER.
Paris , ce 2 Mai 1755 .
Fermer
Résumé : Lettre écrite à M. M.... Professeur en Chirurgie, par M. Boucher, Capitaine d'Infanterie.
La lettre est rédigée par M. Boucher, capitaine d'infanterie, à un chirurgien de renom, M. M..., pour discuter de la maladie de son épouse. Cette dernière, une Créole de l'île de Bourbon, souffre d'une fistule anale depuis treize ans, causée par une chute avant leur mariage. La maladie s'est aggravée après chaque grossesse, entraînant des douleurs et des abcès. Plusieurs chirurgiens ont tenté de traiter la fistule sans succès durable. En décembre précédent, M. Boucher a consulté M. M... et un autre chirurgien pour évaluer la condition de sa femme. La fistule a été diagnostiquée comme borgne, sans clapet et sans atteinte de l'intestin. Cependant, il s'est avéré que l'intestin était bel et bien atteint. M. Boucher préfère les cautères à l'opération chirurgicale, estimant que cette méthode, pratiquée par M. Braffant, est moins risquée et plus efficace pour des fistules complexes. La femme de M. Boucher a subi 33 cautérisations, souffrant beaucoup mais sans les risques associés à l'opération chirurgicale. M. Braffant a réussi à détruire radicalement la fistule, confirmant que l'intestin était percé. M. Boucher conclut que la méthode des cautères est préférable pour traiter des fistules de cette nature, soulignant l'absence de fièvre, de déviation, de régime strict et de douleurs post-opératoires. Il exprime également sa confiance dans l'efficacité et l'unicité des cautères utilisés par M. Braffant. La lettre est datée du 2 mai 1755 et exprime la gratitude de M. Boucher pour la sollicitude manifestée à l'égard de la maladie de son épouse, désormais guérie. Il reconnaît que son interlocuteur pourrait être fatigué ou ennuyé par son discours, mais il le prie de l'excuser en raison de la joie qu'il éprouve face à la guérison de son épouse et de l'intérêt porté à sa santé. La lettre se conclut par une formule de politesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 182-206
REFLEXIONS critiques adressées à M***, Médecin à Lyon, sur une Lettre annoncée sous le nom du sieur Beranger, Oculiste, par M. Daviel le fils, Maître-ès Arts en l'Universite de Paris.
Début :
MONSIEUR, j'avois déja vu la lettre du sieur Beranger, lorsque vous eûtes la [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Malades, Élève, Yeux, Cristallin, Public, Opération, Instrument, Louis Beranger, Oculiste , Certificats, Oeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS critiques adressées à M***, Médecin à Lyon, sur une Lettre annoncée sous le nom du sieur Beranger, Oculiste, par M. Daviel le fils, Maître-ès Arts en l'Universite de Paris.
CHIRURGIE.
REFLEXIONS critiques adreffées à M*** ,
Médecin à Lyon , fur une Lettre annoncée
fous le nom du fieur Beranger , Oculifte , par
M. Daviel le fils , Maître- ès Arts en l'Univerfite
de Paris.
En erit unquam
Ille dies , mihi cum liceat tua dicere facta ș
Virg. Bucolica
MONSIEUR , j'avois déja vu la lettre
du fieur Beranger , lorfque vous eûtes la
bonté de me l'envoyer ; je fuis cependant
fenfible autant qu'on le pent être à cette
marque d'attention de votre part ; j'ai été
fort furpris qu'elle eut déja parcouru vos,
contrées , me perfuadant que l'on fe feroit
contenté d'en informer feulement les aubergiftes
fur la route de Bordeaux à Paris :
mais je m'apperçois que l'on n'aura fait
A OUST. 1755. 183
grace à qui que ce foit , il auroit été jufte
cependant que l'auteur fauvât les ports de
lettres à ces perfonnes qui ne m'ont informé
de cette anecdote , que par les plaintes
ameres qu'elles témoignoient contre cet
opérateur , qui fembloit les mettre à contribution
, pour leur faire tenir un ouvrage
, dont la matiere ne les intéreffoit
nullement. Permettez moi cette digreffion,
elle peut fervir à vous fatisfaire fur l'explication
que vous me demandez de quelques
articles de cette lettre , & de la bonne foi
de l'auteur.
Perfuadez - vous , Monfieur , que quelques
fuccès que j'euffe pû me promettre
en faveur de la caufe que je défends ,
je n'aurois pu me réfoudre à refuter
un tel ouvrage ; je ne trouvois rien qui
put me fatter dans une pareille difcution
; d'ailleurs , que n'avois- je pas à ménager
, un public au fervice duquel je me
fuis dévoué pour la chirurgie , auquel j'aurois
voulu préfenter un effai bien différent
de mes travaux ; un pere auquel j'aurois
craint de déplaire en époufant fa querelle
dans une telle occurrence , perfuadé que
fon nom feul capable d'impofer un filence
refpectueux à l'auteur , fiffifoit pour me
prohiber toute voye deffenfive : vu ces raifons
, je m'étois condamné au filence , &
184 MERCURE DE FRANCE:
^
je le garderois encore fi plufieurs perſonnes
ne m'avoient fait rougir de mon indifférence
, à fouffrir qu'on put impunément
en impofer au public , & attaquer mon
pere par des propos indécens qui tendoient
à entamer la réputation dont il jouit à fi
jufte titre. J'ai cru devoir céder à des raifons
auffi plaufibles ; peut- être que ce même
public , juge integre dans tous les différends
, confidérera que c'eft un fils , qui
épargne à fon pere le déplaifir d'entrer en
lice avec un adverfaire fi peu digne de lui ;
vous connoiffez fa façon de penfer , Monfieur
, puifque vous avez été un de ceux
qui ont rendu publiquement hommage à
fes talens , & je me perfuade volontiers
qu'il n'eft perfonne qui ne porte fur la lettre
du fieur Béranger , le même jugement
de Démophon dans Térence ? Ipfum geflio
dari mi in confpectum avec d'autant plus de
raifon que l'on ne peut manquer de s'appercevoir
qu'il a péché par le fentiment le
plus noble , qui eft celui de la reconnoiffance
: comment n'a- t- il pu s'appercevoir.
qu'il s'abufoit en déchirant la réputation
d'une perfonne dont il devoit tirer tout
l'éclat voulant s'annoncer fon éleve . Mais
ce n'eft pas la feule faute que j'aurai à lui
reprocher dans fa lettre , je vais vous les
faire appercevoir.
A O UST. 1755. 185
Ne nous abuſe-t-il pas d'abord , lorfqu'il
veut nous perfuader que privant la capitale
de fa préfence , il eft allé parcourir les pays
étrangers pour s'y rendre utile & s'y perfectionner
dans fon art ; mais comment l'auroit-
il pû , agité tour à tour par le tracas
d'un voyage , occupé à compofer différens
perfonnages fuivant la différence des
moeurs de chaque pays ; avec de telles vûes
comment s'avancer dans un art qui exige.
une application fi exacte , des veilles fré
quentes , des lectures utiles & multipliées ,
dans lequel on ne peut qu'à l'abri d'un
féjour tranquille , pofer fes idées , les rédi
ger , parcourir fes obfervations , en tirer
des conféquences utiles à la perfection
de cet art, & au bien des malades : croiroiton
que c'eft-là l'occupation d'une perfonne
qui court bien des villes , qui paffe de
contrées en contrées , pour y voir des malades
, les opérer , & partir.
Cependant le fieur Beranger , bien loin
de convenir de cette allégation , foutient
au contraire que c'eft dans fes courfes
qu'il a pu s'illuftrer au point de mériter
qu'on lui déférat la primauté fur tous ceux
de fon état ; il a fçu trop bien manier la
nature à fon gré , difpofer des maladies ,
& des guérifons , jufques- là ( a) que mal-
(a) Voyez la gazette d'Amfterdam du mardi
1 Octobre 1753•
186 MERCURE DE FRANCE.
gré les maladies fecrettes dont la plupart des
malades en Espagne avoient été infectés , &
un fang tout- à-fait corrompu , il n'a pas en
encore , dit- il , le déplaifir d'entreprendre la
guérison d'un malade , qu'il ne foit parvenu
à le guérir radicalement. Mais , malgré des
fuccès auffi brillans , les Efpagnols ne lui
ont point applaudi , il fe plaint amèrement
dans fa lettre de leur mauvaiſe grace à lui
faire un procès fur ce qu'il avoit fait imprimer
la lifte des malades qu'il avoit guéri ;
ils ont eu grand tort en effet , de prohiber
un écrit dont les faits vérifiés fufpects ,
légitimoient leur conduite à fon égard ,
ils font très-blamables auffi , fi bien loin
d'accueillir & favorifer cet oculifte, ils l'ont
maltraité mais comme dans ces contrées ,
nous avons plus à redouter de la calomnie &
des effets de la jalousie , voilà fans doute la
caufe de fa difgrace dans ce pays , il fçait
bientôt après prendre noblement fon parti ,
& fe confoler de fa mauvaiſe fortune , déclarant
qu'il n'eſt pas auſſi jaloux d'une réputation
dans l'étranger qu'il le feroit de celle
qu'il peut mériter dans fa patrie. La défaite
eft étrange : & c'eft en quoi il differe de
bien des gens
gens de mérite , qui fçavent prifer
l'eftime des plus petits, que la moindre confiance
flate & fatisfait.
Un Oculiste auffi rare cependant devroit
AOUST. 1755. 187
être fatisfait , ce me femble , de fon haut
mérite , fans dérober ce qui fait celui des
autres , pour ajouter à fa gloire : pourquoi
fe montrer plagiaire des découvertes d'un
autre , quel avantage auffi peut- il fe promettre
en improuvant des faits dont tout
un public eft inftruit ? Si nous en croyons
fon écrit , l'ancienne opération étoit la
feule connue en 1753 ( qui eft à peu près
le tems du retour de fes courfes , ) mais
comment nous perfuader ce qu'il avance :
croirons- nous que nullement informé de
ce qui a été annoncé la- deffus , il fe foit
trompé : non ; ne devroit - il pas fçavoir
qu'en 1752 , M. Daviel avoit dépofé dans
les faftes de l'académie de Chirurgie , un
mémoire fur cette nouvelle méthode , par
lequel il démontre avoir pratiqué deux
fois l'extraction de la cataracte avec fuccès
en 1745 , & l'avoir adoptée entierement en
1750. Tous les gens de l'art ont lu fa lettre
à M. de Joyeuſe , celle de M. de Vermale ,
la vôtre même , Monfieur : defavoue - t- on
des faits auffi folidement conftatés ? ces
ouvrages ne feront fans doute pas échappés
à la vigilance du fieur Beranger. Ce n'eft
pas tout , ne veut- il pas auflì à l'inftar de
quelques critiques deſoeuvrés , lui dérober
la gloire d'avoir inventé cette opération
Ne feroit-ce pas dit- il , pour avoir ofé met188
MERCURE DE FRANCE.
tre en doute , qu'il fut l'invenieur de l'extras"
tion ; il a pû le fçavoir par des diſcours , mais
il en fera encore mieux inftruit , quand il
verra les preuves que j'en rapporte dans un
autre ouvrage , je dirai même qu'il paroît
s'en réferver la gloire , mais les reproches
amers que lui ont fait là- deffus la plupart
de Meffieurs les Chirurgiens de Bordeaux
auroient dû le défabufer d'une prétention
auffi mal fondée , qui tend , fi je ne me
trompe, à lui faire difputer le pas avec mon
pere. Mais par quelle voye fe promet - il de
l'atteindre ? eft- ce par la légereté defa main ?
comme fi avec une main légere on ne pou
voit pas faire habilement une mauvaife
opération ; eft- ce parce qu'il a réuffi dans
des cas aufquels il ne s'attendoit point ? N'afpire-
t-il pas à devenir fon émule , en ouvrant
ici des artères angulaires , puis à
grands coups de tenaillons , brifant les
os voisins d'une partie qu'il ignore (a ) ,
il fçait perfuader adtoitement , que c'eft
pour le bien du malade qu'il a manoeu
vré ainfi Seroit- ce parce qu'il faifit délicatement
le tarfe dans les trichaifes ,
d'où il reste un éraillement de la paupiere
fupérieure jufqu'au fourcil , telle eft une
dame que j'ai vifitée moi- même ( b) , tels
(4) Voyez la lettre de M. Larieux , ci -jointe.
(b) Madame Frefciné , bourgeoiſe de la même
ville , rue des Menus.
1
AOUST. 1755. 189
prafont
auffi deux malades à l'hôpital S. André
de Bordeaux , qu'il a opérés dans le même
goût. Ce reproche eft d'autant plus juſte
que de toutes les opérations que l'on
tique fur les yeux , celle- là eft la plus fimple
, & le tarfe eft la feule partie que l'on
doive craindre de toucher ; voilà fans doute
par quel chemin le fieur Beranger prétend
effacer mon pere , que ne peut- il ſe
perfuader que l'on n'eft pas opérateur pour
avoir vû opérer , il en feroit plus fage. Que
ne fe propofoit- il pour exemple nos meilleurs
auteurs , lefquels fe regardant comme
les artifans de la nature , ont travaillé
fans ceffe à la connoître pour fçavoir l'aider
à propos lorfqu'elle fe prête , la relever
lorfqu'elle manque ? ils lui euffent appris à
éviter les écueils où il a échoué , alors il
n'eut pas eu befoin de recourir à la prédeſtination
pour définir la caufe des accidens
: il étoit dit que ce malheureux ſouffriroit
des contre-tems. Combien le public
ne devroit-il point être circonfpect fur le
choix de ces oculiftes , qui font à leur gré
des opérations pour s'exercer à
s'exercer à porter un
inftrument avec vivacité , qui comptentfur
des guérifons par la légereté de leur main ,
qui ne fçavent ce que c'eft de mefurer leurs
pas à la délicateffe & à la fphere étroite
d'une partie ; depuis long- tems les vrais
190 MERCURE DE FRANCE.
praticiens ont abandonné aux empiriques
le brillant , le vif dans les opérations , pour
pouvoir avec toute fureté toucher , réflé
chir , combiner les parties qu'ils doivent
attaquer , celles qu'il faut éviter , les maux
qu'ils ont à entreprendre, d'où ils concluent
qu'une bonne & utile opération eft affeztôt
faite , lorfqu'elle eft bien faite. Cela
pofé , je crois qu'il a mauvaiſe grace à con
foler , par la légereté de fa main , M. de la
Faye , de la critique qu'un homme véritable
ment de l'art , afaite de fon inftrument ; où
eft donc cette critique ? Quel est donc ce
motif de confolation ? Mon pere , il eft
vrai connoiffant la bonté de fa méthode
par fes heureux fuccès , n'adopte pas pour
lui l'inftrument de M. de la Faye , & comment
ne peut-on , fans tomber dans cette
jaloufie , qui ne permet pas de voir avec plaifir
les progrès d'un art s'augmenter en d'autres
mains que dans les nôtres , garder ce que
l'on croit bon par pratique , fans le quitter
pour ce qui peut l'égaler . L'une & l'autre
méthode ont leurs avantages , l'une & l'au
tre ont leurs inconvéniens ; vu cette jufte
réflexion , notre oculiſte a tort , veut- il
femer la zizanie parmi ces deux artiſtes ,
lefquels foigneufement occupés du bien
public , & non par des motifs d'une fervile
jaloufie , fçavent fe contredire fans huAOUST.
1755. 191
faimeur
, fans préfomption , fe prêter leurs
avis , & fe céder mutuellement fans contrainte
, lorfque le mieux l'exige.-
Volontiers , le fieur Beranger , pour
re valoir l'inſtrument de M. de la Faye ,
exigeroit que la nature fe dérangeât dans
fon ordre , qu'un liquide qui n'eft plus
contenu , pût fe compofer , & refter en
place. Alors , dit - il , on éviteroit les accidens
auxquels cet inftrument eft fujet ; mais s'appercevant
bientôt du ridicule de cette idée ,
il engage l'opérateur à ne pas laiffer fortir
toute l'humeur aqueufe avant que l'incifion
de la cornée ne foit achevée. Ce précepte
eft purement imaginaire , & ne fuppofe
pas une grande notion du méchanifme
de l'oeil dans celui qui le donne : car il
eft moralement impoffible d'empêcher que
l'humeur aqueule contenue dans la chambre
antérieure , ne s'échappe auffi-tôt que
l'inftrument s'eft fait jour d'un angle à
l'autre . Cependant une main auffi légere que
la fienne peut en venir à bout , & l'on voit
bien que ce n'est ni la main , ni les yeux d'un
vieillard qui peuvent franchir ces obftacles.
( Je vous dirai , Monfieur , propos
de ce
nom de viellard par lequel cet opératenr
croit défigner mon pere , que parmi tous les
fecrets qu'il poffede , je ne lui connoiffois
pas encore celui de vieillir à fon gré des
à
192 MERCURE DE FRANCE.
perfonnes qui peuvent s'oppofer à fon
ambition dangereufe. Avec un peu moins
d'animofité il nous eut donné une critique
plus vraie & plus délicate . ) Pour ces opérations
, pourfuit- il , il faut une main exercée
au travail. Mais où font donc les travaux
du fieur Beranger par lefquels il a pu acquérir
cette habileté tant vantée ? où font les
hôpitaux qui l'ont élevé , quels font les maîtres
de l'art qui l'ont enfeigné ? Ne croirat-
on pas plutôt que les yeux & les mains de
la perfonne refpectable dont je prens la
deffenfe , qui ont vu & démontré l'anatomie
, pendant vingt- cinq ans , qui fe font
exercés fur dix mille cadavres à pratiquer
des opérations quelconques , fans détailler
ici ce qu'ils ont pratiqué fur les vivans ,
ne fçauroient être attaqués par les fades
railleries de cet oculifte. Reconnoîtrezvous
là , Monfieur , un éleve qui fe dit foumis,
refpectueux , lequel aux dépens même de
fa gloire éleve fon maître au- deffus de tous les
hommes de fa profeffion . Le fieur Beranger
ne fe décourage pas , & je ne puis parcourir
aucun article de fa lettre fans y trouver
des découvertes qu'il s'approprie . Je ne regarde
point , nous dit-il , la hernie de l'uvée
comme un accident , quoiqu'en difent les auteurs
, & même je la coupe fans rien craindre.
Maiscomment a-t- il pu fe promettre d'être
tranquille
A O UST . 1755. 193
tranquille poffeffeur d'un bien qu'il n'eut
pas été en lui d'acquérir , en impofa- t- on
jamais à un public inftruit de ce qu'a dit
mon pere fur cette matiere dans les Journaux
publics , dans les mémoires de l'Académie
(a) , longtems avant que le fieur Beranger
eut penfé aux maladies des yeux. Je
foufcrirai volontiers qu'il ait eu des idées
fur cette matiere lorfqu'il a coupé l'iris
avec un inftrument qui n'étoit pas des mieux
faits , ni affez tranchant . Et pourquoi fans
déférer à mon pere la gloire de l'avoir dit
le premier , donne-t -il à penfer que c'eſt à
lui feul à qui on doit fçavoir gré d'une découverte
auffi intéressante.
coup
par
Notre oculifte cependant s'effaye quelquefois
à donner du nouveau fur des matieres
fort épineufes , annonçant, qu'il fçait
fûr déterminer l'état des cataractes
leurs couleurs : cette découverte doit
vous paroître merveilleufe , mais je veux
vous démontrer , qu'elle eft fans fondement
. A le fuivre avec réflexion dans cet
amas confus de paroles avec lefquelles il
veut nous perfuader la validité de fon fyftême
, divifant au hazard dix efpeces de
( a ) Voyez la lettre de M. Daviel à M. de
Joyeuſe , fa réponſe à M. de Rouffilles , & les mémoires
de l'Académie royale de chirurgie . pag.
3.37. du II , vol ,
I
194 MERCURE DE FRANCE.
couleurs en deux claffes , dont huit annoncent
le tiffu du cristallin , relâché , & deux
où les couches de ce même corps font intimement
unies , il eſt aifé d'appercevoir
par les effets contraires de fon expérience
même , qu'il n'a point réfléchi avant de le
produire au jour. A l'hôtel de ville de Bordeaux
, il opéra un homme il y a trois mois
dont il avoit annoncé les deux cataractes
bonnes & folides , à peine la membrane criftalloïde
fut elle ouverte que l'idatide s'écoula
& furprit infiniment cet opérateur (a) . Il
n'eft pas plus fûr de fa nouvelle découverte
dans fa lettre , quoiqu'il la publie infaillible
, fes obfervations même le démentent .
Lorfque les couches fuperficielles du criſtallin
font plus étroitement unies , la cataracte a
plus de blancheur. Voilà la couleur & l'état
de folidité déterminés par l'auteur , & voici
fa contradiction. Deuxieme obfervation ,
Jean Trigeart étoit affligé de deux cataractes
dont la couleur étoit blanchâtre qui me parurent
bonnes à être opérées avec ſuccès , je vis
bientôt avec furpriſe qu'il ne fortit point de
criftallin , mais feulement une quantité de pus,
comment veut - il donc faire valoir fon fyf-
(a) J'étois préfent à cette opération avec M. de
la Montagne médecin , & M. Forcade fils , chirurgien
, qui s'apperçurent comme moi de fon
erreur.
AOUST. 1755. 195
par
tême le deffendant fi mal . Il ajoute que
l'humeur vitrée étoit abcédée , comme le crif
tallin. Je ne vois pas que cette défaite
puiffe lui être avantageufe en aucune façon.
Car il est évident que fi les yeux
avoient été abcédés , l'abcès fe feroit manifefté
en dehors des accidens quelconques
; delà avec un peu moins de routine ,
& plus de théorie , il eut prévu indubitablement
la diffolution de l'humeur vîtrée ;
par fon nouveau fyftême l'état de la cataracte
, & par une réflexion néceffaire , il
eut épargné au malade une opération &
des douleurs infructueuſes , & à lui le déplaifir
d'être tombé dans une faute auffi
groffiere ; il eut mieux valu avouer ingénuement
qu'ayant voulu extraire la membrane
du criftallin qui eft fort épaiffe &
adhérante pour l'ordinaire en pareil cas ,
il l'avoit trop tiraillée , qu'en conféquence
les membranes internes déchirées auffi , s'étoient
abcédées , & avoient entraînées la
perte de l'oeil ; ç'eut été alors un malheur
que perfonne n'auroit été en droit de lui
reprocher.
L'adhérance des cataractes par ancienneté
, ne me paroîtra pas plus certaine que fa
differtation fur les couleurs , je dirai même
qu'elle eft contraire à l'expérience , celle
qu'il fuppofe du criftallin avec fa mem-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par
brane n'arrive jamais , je m'explique ; feu
lement dans les cataractes pierreufes ou
offeufes ; en un mot , je pense que fon idée
fur la maturité des cataractes eft fans fon-
- dement . En effet , je dis : 1 ° . qu'une cataracte
ne peut fe rendre adhérante à la partie
poftérieure de l'uvée que par inflammation
, & par coup d'inftrumens tranchans
ou piquans ( a) , cette adhérance même eft
contractée dès le principe de la maladie ,
je dis même que le criftallin defféché
fon ancienneté , tendroit plutôt à dégager
fa membrane de l'adhérance s'il s'en
trouvoit ; cet oculifte auroit dû s'en rapporter
au fentiment de feu M. Petit qu'il
rapporte lui -même. 2°. Le criftallin , vu la
diftinction donnée , ne peut pas contracter
une adhérance avec fa membrane , il ne
peut fe faire tout au plus qu'un collement
produit par le deffechement de l'humeur
de Morgagni , j'ai vérifié moi- même ce
que j'avance dans des cristallins de vieillards,
lorfque j'en ai trouvé de defféchés je
les ai toujours féparés avec beaucoup de
ménagement , il eft vrai , de leurs membranes
, ce que je n'aurois pû faire s'il
avoit eu adhérance. 3 ° . Il eft abfurde de
croire que nous devions juger de la matu-
(a ) Voyez la réponfe de M. Daviel à M. de
Rouffilles.
y
AOUST. 1755. 197
tité des cataractes par la facilité que nous
à
pouvons nous promettre
porter un inftrument
dans l'oeil . La perte de la vûe au
jour près , que le malade doit toujours appercevoir
, eft la feule maturité à obferver
, d'où je conclus que le fieur Berranger
s'eft lourdement trompé dans les trois
differtations que je viens de réfuter .
Cependant malgré les vérités que j'expofe
, il a trouvé des deffenfeurs qui lui
ont livré des certificats à l'abri defquels
il s'eft cru affez fort contre les reproches
que l'on pourroit lui faire ; mais quelque
foi que l'on doive ajouter aux certificats
, dont quelques uns font livrés
par des perfonnes non compétentes dans
l'art , on fçait bien qu'un empirique en
produit auffi , en eft - il cru plus habile ?
Les grands hommes font bien éloignés de
fe faire valoir par de pareils témoignages ,
c'est par leurs fuccès , c'eft par les éloges
que leur défere une fociété impartiale ,
c'eft enfin par les applaudiffemens , par les
honneurs qu'ils reçoivent de la république
des fçavans , voilà des certificats que la fupercherie
la plus rafinée ne peut furprendre
, que la mauvaiſe foi ne peut défavouer
, que l'ignorance même refpecte.
D'ailleurs comment fe deffendre de croire
que les certificats du Sr Beranger ne foient
な
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
fufpects s'ils fe démentent mutuellement .
Je vais , Monfieur , vous le faire appercevoir.
Le fieur Gouteyron certifie , comme
vous fçavez , que les foixante cataractes
opérées par le fieur Beranger à Bordeaux ,
ont toutes réuffi , cependant notre oculifte
avoue contre ce certificat , que fur fept il
en a manqué quatre , il eft aisé par proportion
de conclure du refte. Pour vous expliquer
des contradictions femblables dans
quelques-autres certificats , j'aurois befoin
d'un loifir qui me manque ; je vous dirai
cependant que de tous ceux qu'il a produits ,
aucun ne m'a paru plus modefte , plus vraifemblable
, que celui du célebre M. Seris,
Toujours prudent il donne à connoître
qu'il n'a pas voulu fe répentir d'avoir trop
fuccombé à Pillufion . Quant à celui de
M. de Laliman , je ne crois pas devoir lui
oppofer quelque chofe de plus valable ,
que ce qu'on m'écrit fur fon état. Vous y
verrez auffi Monfieur , comment le fieur
Beranger a bonne grace d'annoncer la guérifon
de tous les malades à Marmande."
(a) Les malheurs qui accompagnent les pauvres
malades que le fieurBeranger a opérés ici,
font des
preuves bien contraires au certificat
(a) Extrait d'une lettre écrite par M. Larieux
chirurgien , à Marmande , dattée du 13 Juin
1755.
A O UST. 1755 . 199
qu'il produit , je vais vous en faire le détail.
M. l'Abbé Laliman mérite toute votre
attention . Cet honnête homme eft affligé depuis
quinze ans d'un ulcere chancreux fitué à la
paupiere inférieure de l'oeil droit , l'oculifte
fe contenta de faire quelques mouchetures , &
appliqua un médicamment que je ne connus
point ; quelques tems après l'opération , je
m'apperçus que le rebord de la paupiere était
toujours calleux , rouge & renversé , je me
retirai voyant unfi mauvais fuccès . Quoiqu'il
eut promis de guérir le malade en trois femaines
, huit mois fe font écoulés fans tenir fa parole
, il étoit parti pour Bordeaux & avoit
laiffé fon malade fans emplâtre , mais celui- ci
a été obligé de le reprendre pour couvrir ſon
ulcere qui a récidivé avec plus de rigueur que
jamais , & j'ai obfervé que l'oeil eft moins fail
lant , la paupiere fupérieure gonflée & d'un
rouge brun.
Je paffe à la cure d'une goute ferene imparfaite
que le fieur Beranger fe vente d'avoir
guéric. Mlle Faget reçut un coup fur la tête
par la chute d'un deffus de porte , elle en reſta
aveugle . Par les foins de M. Dupuis , medeein
, fa vue s'est bien rétablie . Que penferezvous
, Monfieur , de ces fortes de miracles ,
par modeftie , fans doute , il n'a pas rempli ſa
lettre des obfervations de fiftules lacrymales
qu'il a opérées. Je veux à fon défaut vous en
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
faire le récit fidel. Le fils de M. Reand fut
opéré par le fieur Beranger l'année paffée ;
auquel il ouvrit l'artere angulaire , brifa les
os voifinsfoit fains , foit cariés , & paſſa une
meche dans le conduit. Ce traitement dura
quatre mois inutilement , la playe n'a jamais
été bien guérie , puifqu'il en fort toujours du
pus & des larmes ; les parens fe font plaints de
ce mauvais fuccês , cet oculifte a répondu qu'il
falloit faigner , purger le malade , le mettre à
l'ufage du lait de vache , appliquer des
compreffes graduées , j'ai fait tout cela fans.
aucun fruit.
Vous voyez , Monfieur , fa défaite ; car
que peuvent fervir ces remedes en pareil
fi ce n'eft à temporifer , jufqu'à ce
qu'il puiffe s'échapper à la fin de fon tricas
,
meſtre ?
Que dirai je ( continue- t -on ) de lafemme
de M. Lançon , Perruquier , qu'il a opere
de deux fiftules. L'état de cette malade eft pitoyable
, fes yeux font toujours chaffieux , lar
moyans , douloureux , l'endroit des incifions
gonflé ,, rouge , le pus en découle fans ceffe
en un mot, tous les malades qu'il a operes ici
excepté le Sr Baquay , fe plaignent fort de fa
conduite , &font livrés à des infirmités pires
que les premieres. On m'avoit mandé pour
aller voir une femme à laquelle le Sr Beranger
avoit ouvert une tumeur enkiſtée ſur un
暈
A O UST. 1755. 201
genou , le delabrement eft fi grand , les douleurs
fi vives qu'elle ne peut fe remuer .
J'ai vérifié par moi-même tout ce que
Pon m'annonce : J'avouerai cependant ,
malgré l'avantage que de pareils fuccès
me donnent fur mon adverfaire , que la
qualité d'honnêtes gens dans ces malades
infortunés, a émouffé le plaifir que j'aurois
eu à les publier ; car je fens qu'il eft bien
dur de ne pouvoir , fans infulter à leurs
malheurs, s'applaudir d'avoir en défendant
mon droit , rappellé des faits qui leur reprochent
leur aveugle confiance. Je vous
épargnerai le détail de quelques autres
opérations qu'il a faites , je le réſerve pour
une autre occafion qui me permettra de
vous inftruire du fuccès que j'ai eu dans
des cas femblables . Je ne veux pas qu'il
ait tant à fe plaindre des injuftices qu'il dit
lui être faites par des perfonnes envieuſes
de fon haut mérite , & par un cenfeur moderne
que fon âge rend incommode à lui-même
, & que fa jeuneffe incommode encore
plus.
ن م
Mais fondons un peu les raifons qui
l'engagentà murmurer ? ne feroient - elles
pas l'effet d'une pufillanimité qui le porte
à croire que l'on penfe de lui ce qu'il
ne fçauroit fe defavouer ? A l'entendre
mon pere eft la caufe de fon difcrédit ;
Ιν
202 MERCURE DE FRANCE.
mais où trouvera-t-il des témoignages qui
puiffent conftater que l'on ait travaillé
jamais à ternir fa réputation ? au contraire
, jufqu'ici mon pere étoit affez difpofé
à oublier fon nom même , fi le bruit de
fes fautes ne l'avoit entretenu dans fa
mémoire. Cette imputation peut- elle avoir
quelque poids , étant fufcitée , parce que
mon pere lui refufe la qualité de fon éle-
've ? İl eſt vrai qu'il n'a pas pris la peine
encore de le publier , mais il n'en eft pas
moins convaincu ; & les rapports que. l'on
a fait au fieur Beranger , font très - juftes ,
en cela mon pere ne croit pas porter aucune
atteinte au nom de cet Opérateur :
d'ailleurs , on fçait qu'il n'a jamais formé
d'autres éleves que fon fils . Comment
donc ? parce que le fieur Beranger l'aura
vu operer , aura même panfé quelques malades
, ce que l'on peut abandonner fans
crainte aux mains de l'homme le plus ordinaire
, il afpirera au titre d'éleve , ce
propos eft mal fondé , & la conféquence
eft injufte d'ailleurs , mon pere auroit - il
appris au fieur Beranger à en impofer au
public par des bulletins , que le charlatanifme
a dictés , que l'ignorance publie ; jugez-
eń , Monfieur , par ces paffages , qui
annoncent , 1º . * que l'on trouvera chez
:
* C'eft un billet qu'il a fait diftribuer à Sarra
goffe , dont voici la teneur .
A O UST. 1755. 203
Hui toutes fortes d'eaux qui fortifient la vûe,
la maintiennent & guériffent diverfes maladies.
2°. Qu'il guérit la teigne , la gale
avec une pommade. ** 3 ° . Les maux de
bouche , le fcorbut , & autres , avec des
gargarifmes , fera- t- on furpris après , s'il
guérit , fuivant le certificat de M. de Laliman
, l'afthme , les fievres lentes , les
coliques , & les rhumes de poitrine. Voilà
un homme qui paroît unique , Médecin ,
Chirurgien , Oculifte & Dentiſte , rien ne
décourage fa fcience profonde ; les maladies
mêmes que l'on regarderoit comme
incurables , cédent à fes fpécifiques : reconnoîtra-
t- on là les leçons de mon pere ,
bien loin après cela d'exiger le titre de fon
éleve , il devroit travailler à mériter du
moins de l'avoir été.
Voilà des preuves affez fuffifantes pour
conftater que le fieur Beranger n'eft point
éleve de mon pere , en dépit même des
lettres qui ne font pas à beaucoup près
En fu cafa fe encuentran todo genero de agnas,
que fortifican laviſta , la mantienen y curan
differendes enfermedades.
- 2º. Advierteſe , que con una pomada que tiene
, curara el mal de tina fin dolor alguno ,
en poco tiempo , y tambien la farna.
* Con varios gargarifmos que tiene excuifitos
curara qualesquiera infermedades de laboca como
efcorbuto , y otras.
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE!
affez fuffifantes pour lui fervir de tro
phées , il croit trop vivement avoir gain
de caufe , parce que mon pere lui recommande
de voir fes malades ; mais pour
cela étoit- il néceffaire qu'on lui connut du
mérite , en ce cas mon pere auroit craint de
confier fes malades en d'autres mains , cependant
le premier venu remplit prefque
au premier jour les occupations du fieur
Beranger ; la troifiéme lettre le prouve.
Recommandez , y eft-il dit , à ce jeune homme
d'avoirfoin de mes malades ; croiroit- on
que ce jeune homme , depuis deux jours
qu'il étoit dans la maifon de mon pere ,
pût être fort verfé dans ce genre de maladie
2 auroit- il bonne grace auffi de s'annoncer
fon éleve ? mais dans la maladie
du Sr Beranger , mon pere le traitoit d'ami,
ce font là de petites attentions que
l'humanité prodigue en pareilles occurrences.
Rien en cela ne peut faire conclure
qu'il étoit fon éleve , la fufcription vague
des lettres qu'il produit le defavoue ; concevra-
t-on qu'il étoit chirurgient
que mon pere lui en a donné le titre dans
la fufcription de fes lettres ? Cette préten
tion ne feroit point fondée.
*
, parce
En vain fon petit amour propre veut- il
** Lifez à M. Beranger , Chirurgien , ou éleve
en Chirurgie , ou à M. Beranger fimplement.
AOUST. 1755
205
lui perfuader qu'on lui refufe le titre d'éleve
, » parce qu'il a travaillé lui feul aux
maladies des yeux , parce qu'il a traité des al
bugo , des ulceres à la cornée , en diffequant
fes lames, chofe qu'il ignore avoir été pratiquée
par M. Daviel. C'est ici où il en impofe
fans ménagement, étant perfuadé lui- même
du contraire ; il ne defavouera fans doute
pas d'avoir vû des yeux préparés, où mon
pere avoit féparé jufqu'à cinq lames de la
cornée j'ajouterai aufli que depuis fix
ans que je te fuis , de deux millè opérations
pratiquées pour la cure de ces maladies
, il n'en eft pas trois cens dans lefquelles
il n'ait diffequé les lames de la cornée
pour déterger le foyer de l'ulcere , & lui
procurer une cicatrice folide. Je rougis
d'être contraint de refuter d'auffi foibles
imputations qui doivent néceffairement
retomber fur celui qui les a avancées .
Vous voyez bien, Monfieur, que ce n'eft
pas avec de pareils faits qu'il peut fe promettre
de faire tomber les armes de fes
tremblantes mains , comme il le dit avec
affez peu de ménagement; au contraire ce
feroit un nouveau motif de les raffermir ,
s'il étoit néceffaire , ayant tant de fapériorité
fur fon prétendu concurrent . Ce trait
peu modefte demafque trop bien le fieur
Beranger , il eft même fipeu conforme à
206 MERCURE DE FRANCE.
.
la décence que je me fuis impofée, que je
ferai affez fatisfait de lui répondre avec
Cicéron par ces mots.
* Rumoribus mecum
pugnas , ego autem à te rationes requiro.
Telles ont été mes réflexions fur la lettre
du fieur Beranger. Vous voyez , Monfieur
que , quamvis homo fuerit , laudatus narratum
ejus non laudatum eft . Je crois avoir
fuffifamment fatisfait à une partie de vos
queftions. Quant à celle par où je conçois
que vous doutez de l'auteur , je ne
dois pas la réfoudre : Les motifs intéreffés
qui ont pû engager une plume vénale à fe
prêter aux intentions du fieur Beranger ,
ne fouffriroient pas volontiers le jour , je
fuis d'autant plus porté à garder le filence
là -deffus , que je puis fans flater beaucoup
cet oculite , fouffrir qu'il jouiffe du plaifir
d'avoir produit un ouvrage auffi médiocre .
Sije fçai , que de tous les fâcheux les
critiques font les plus incommodes , je ne
me fçai pas moins bon gré de l'avoir paru
dans une querelle , qui , quoique defagréable
, m'eft bien précieufe , ayant eu
pour motif le bien public & la défenfe
d'un pere : Je ne pouvois l'éviter , quelque
éloigné que je fus de la prévoir. J'ai l'honneur
d'être , &c. DAVIE L.
A Paris , le 18 Juillet 1755 .
* Cic. liv. 3. de natura Deorum .
REFLEXIONS critiques adreffées à M*** ,
Médecin à Lyon , fur une Lettre annoncée
fous le nom du fieur Beranger , Oculifte , par
M. Daviel le fils , Maître- ès Arts en l'Univerfite
de Paris.
En erit unquam
Ille dies , mihi cum liceat tua dicere facta ș
Virg. Bucolica
MONSIEUR , j'avois déja vu la lettre
du fieur Beranger , lorfque vous eûtes la
bonté de me l'envoyer ; je fuis cependant
fenfible autant qu'on le pent être à cette
marque d'attention de votre part ; j'ai été
fort furpris qu'elle eut déja parcouru vos,
contrées , me perfuadant que l'on fe feroit
contenté d'en informer feulement les aubergiftes
fur la route de Bordeaux à Paris :
mais je m'apperçois que l'on n'aura fait
A OUST. 1755. 183
grace à qui que ce foit , il auroit été jufte
cependant que l'auteur fauvât les ports de
lettres à ces perfonnes qui ne m'ont informé
de cette anecdote , que par les plaintes
ameres qu'elles témoignoient contre cet
opérateur , qui fembloit les mettre à contribution
, pour leur faire tenir un ouvrage
, dont la matiere ne les intéreffoit
nullement. Permettez moi cette digreffion,
elle peut fervir à vous fatisfaire fur l'explication
que vous me demandez de quelques
articles de cette lettre , & de la bonne foi
de l'auteur.
Perfuadez - vous , Monfieur , que quelques
fuccès que j'euffe pû me promettre
en faveur de la caufe que je défends ,
je n'aurois pu me réfoudre à refuter
un tel ouvrage ; je ne trouvois rien qui
put me fatter dans une pareille difcution
; d'ailleurs , que n'avois- je pas à ménager
, un public au fervice duquel je me
fuis dévoué pour la chirurgie , auquel j'aurois
voulu préfenter un effai bien différent
de mes travaux ; un pere auquel j'aurois
craint de déplaire en époufant fa querelle
dans une telle occurrence , perfuadé que
fon nom feul capable d'impofer un filence
refpectueux à l'auteur , fiffifoit pour me
prohiber toute voye deffenfive : vu ces raifons
, je m'étois condamné au filence , &
184 MERCURE DE FRANCE:
^
je le garderois encore fi plufieurs perſonnes
ne m'avoient fait rougir de mon indifférence
, à fouffrir qu'on put impunément
en impofer au public , & attaquer mon
pere par des propos indécens qui tendoient
à entamer la réputation dont il jouit à fi
jufte titre. J'ai cru devoir céder à des raifons
auffi plaufibles ; peut- être que ce même
public , juge integre dans tous les différends
, confidérera que c'eft un fils , qui
épargne à fon pere le déplaifir d'entrer en
lice avec un adverfaire fi peu digne de lui ;
vous connoiffez fa façon de penfer , Monfieur
, puifque vous avez été un de ceux
qui ont rendu publiquement hommage à
fes talens , & je me perfuade volontiers
qu'il n'eft perfonne qui ne porte fur la lettre
du fieur Béranger , le même jugement
de Démophon dans Térence ? Ipfum geflio
dari mi in confpectum avec d'autant plus de
raifon que l'on ne peut manquer de s'appercevoir
qu'il a péché par le fentiment le
plus noble , qui eft celui de la reconnoiffance
: comment n'a- t- il pu s'appercevoir.
qu'il s'abufoit en déchirant la réputation
d'une perfonne dont il devoit tirer tout
l'éclat voulant s'annoncer fon éleve . Mais
ce n'eft pas la feule faute que j'aurai à lui
reprocher dans fa lettre , je vais vous les
faire appercevoir.
A O UST. 1755. 185
Ne nous abuſe-t-il pas d'abord , lorfqu'il
veut nous perfuader que privant la capitale
de fa préfence , il eft allé parcourir les pays
étrangers pour s'y rendre utile & s'y perfectionner
dans fon art ; mais comment l'auroit-
il pû , agité tour à tour par le tracas
d'un voyage , occupé à compofer différens
perfonnages fuivant la différence des
moeurs de chaque pays ; avec de telles vûes
comment s'avancer dans un art qui exige.
une application fi exacte , des veilles fré
quentes , des lectures utiles & multipliées ,
dans lequel on ne peut qu'à l'abri d'un
féjour tranquille , pofer fes idées , les rédi
ger , parcourir fes obfervations , en tirer
des conféquences utiles à la perfection
de cet art, & au bien des malades : croiroiton
que c'eft-là l'occupation d'une perfonne
qui court bien des villes , qui paffe de
contrées en contrées , pour y voir des malades
, les opérer , & partir.
Cependant le fieur Beranger , bien loin
de convenir de cette allégation , foutient
au contraire que c'eft dans fes courfes
qu'il a pu s'illuftrer au point de mériter
qu'on lui déférat la primauté fur tous ceux
de fon état ; il a fçu trop bien manier la
nature à fon gré , difpofer des maladies ,
& des guérifons , jufques- là ( a) que mal-
(a) Voyez la gazette d'Amfterdam du mardi
1 Octobre 1753•
186 MERCURE DE FRANCE.
gré les maladies fecrettes dont la plupart des
malades en Espagne avoient été infectés , &
un fang tout- à-fait corrompu , il n'a pas en
encore , dit- il , le déplaifir d'entreprendre la
guérison d'un malade , qu'il ne foit parvenu
à le guérir radicalement. Mais , malgré des
fuccès auffi brillans , les Efpagnols ne lui
ont point applaudi , il fe plaint amèrement
dans fa lettre de leur mauvaiſe grace à lui
faire un procès fur ce qu'il avoit fait imprimer
la lifte des malades qu'il avoit guéri ;
ils ont eu grand tort en effet , de prohiber
un écrit dont les faits vérifiés fufpects ,
légitimoient leur conduite à fon égard ,
ils font très-blamables auffi , fi bien loin
d'accueillir & favorifer cet oculifte, ils l'ont
maltraité mais comme dans ces contrées ,
nous avons plus à redouter de la calomnie &
des effets de la jalousie , voilà fans doute la
caufe de fa difgrace dans ce pays , il fçait
bientôt après prendre noblement fon parti ,
& fe confoler de fa mauvaiſe fortune , déclarant
qu'il n'eſt pas auſſi jaloux d'une réputation
dans l'étranger qu'il le feroit de celle
qu'il peut mériter dans fa patrie. La défaite
eft étrange : & c'eft en quoi il differe de
bien des gens
gens de mérite , qui fçavent prifer
l'eftime des plus petits, que la moindre confiance
flate & fatisfait.
Un Oculiste auffi rare cependant devroit
AOUST. 1755. 187
être fatisfait , ce me femble , de fon haut
mérite , fans dérober ce qui fait celui des
autres , pour ajouter à fa gloire : pourquoi
fe montrer plagiaire des découvertes d'un
autre , quel avantage auffi peut- il fe promettre
en improuvant des faits dont tout
un public eft inftruit ? Si nous en croyons
fon écrit , l'ancienne opération étoit la
feule connue en 1753 ( qui eft à peu près
le tems du retour de fes courfes , ) mais
comment nous perfuader ce qu'il avance :
croirons- nous que nullement informé de
ce qui a été annoncé la- deffus , il fe foit
trompé : non ; ne devroit - il pas fçavoir
qu'en 1752 , M. Daviel avoit dépofé dans
les faftes de l'académie de Chirurgie , un
mémoire fur cette nouvelle méthode , par
lequel il démontre avoir pratiqué deux
fois l'extraction de la cataracte avec fuccès
en 1745 , & l'avoir adoptée entierement en
1750. Tous les gens de l'art ont lu fa lettre
à M. de Joyeuſe , celle de M. de Vermale ,
la vôtre même , Monfieur : defavoue - t- on
des faits auffi folidement conftatés ? ces
ouvrages ne feront fans doute pas échappés
à la vigilance du fieur Beranger. Ce n'eft
pas tout , ne veut- il pas auflì à l'inftar de
quelques critiques deſoeuvrés , lui dérober
la gloire d'avoir inventé cette opération
Ne feroit-ce pas dit- il , pour avoir ofé met188
MERCURE DE FRANCE.
tre en doute , qu'il fut l'invenieur de l'extras"
tion ; il a pû le fçavoir par des diſcours , mais
il en fera encore mieux inftruit , quand il
verra les preuves que j'en rapporte dans un
autre ouvrage , je dirai même qu'il paroît
s'en réferver la gloire , mais les reproches
amers que lui ont fait là- deffus la plupart
de Meffieurs les Chirurgiens de Bordeaux
auroient dû le défabufer d'une prétention
auffi mal fondée , qui tend , fi je ne me
trompe, à lui faire difputer le pas avec mon
pere. Mais par quelle voye fe promet - il de
l'atteindre ? eft- ce par la légereté defa main ?
comme fi avec une main légere on ne pou
voit pas faire habilement une mauvaife
opération ; eft- ce parce qu'il a réuffi dans
des cas aufquels il ne s'attendoit point ? N'afpire-
t-il pas à devenir fon émule , en ouvrant
ici des artères angulaires , puis à
grands coups de tenaillons , brifant les
os voisins d'une partie qu'il ignore (a ) ,
il fçait perfuader adtoitement , que c'eft
pour le bien du malade qu'il a manoeu
vré ainfi Seroit- ce parce qu'il faifit délicatement
le tarfe dans les trichaifes ,
d'où il reste un éraillement de la paupiere
fupérieure jufqu'au fourcil , telle eft une
dame que j'ai vifitée moi- même ( b) , tels
(4) Voyez la lettre de M. Larieux , ci -jointe.
(b) Madame Frefciné , bourgeoiſe de la même
ville , rue des Menus.
1
AOUST. 1755. 189
prafont
auffi deux malades à l'hôpital S. André
de Bordeaux , qu'il a opérés dans le même
goût. Ce reproche eft d'autant plus juſte
que de toutes les opérations que l'on
tique fur les yeux , celle- là eft la plus fimple
, & le tarfe eft la feule partie que l'on
doive craindre de toucher ; voilà fans doute
par quel chemin le fieur Beranger prétend
effacer mon pere , que ne peut- il ſe
perfuader que l'on n'eft pas opérateur pour
avoir vû opérer , il en feroit plus fage. Que
ne fe propofoit- il pour exemple nos meilleurs
auteurs , lefquels fe regardant comme
les artifans de la nature , ont travaillé
fans ceffe à la connoître pour fçavoir l'aider
à propos lorfqu'elle fe prête , la relever
lorfqu'elle manque ? ils lui euffent appris à
éviter les écueils où il a échoué , alors il
n'eut pas eu befoin de recourir à la prédeſtination
pour définir la caufe des accidens
: il étoit dit que ce malheureux ſouffriroit
des contre-tems. Combien le public
ne devroit-il point être circonfpect fur le
choix de ces oculiftes , qui font à leur gré
des opérations pour s'exercer à
s'exercer à porter un
inftrument avec vivacité , qui comptentfur
des guérifons par la légereté de leur main ,
qui ne fçavent ce que c'eft de mefurer leurs
pas à la délicateffe & à la fphere étroite
d'une partie ; depuis long- tems les vrais
190 MERCURE DE FRANCE.
praticiens ont abandonné aux empiriques
le brillant , le vif dans les opérations , pour
pouvoir avec toute fureté toucher , réflé
chir , combiner les parties qu'ils doivent
attaquer , celles qu'il faut éviter , les maux
qu'ils ont à entreprendre, d'où ils concluent
qu'une bonne & utile opération eft affeztôt
faite , lorfqu'elle eft bien faite. Cela
pofé , je crois qu'il a mauvaiſe grace à con
foler , par la légereté de fa main , M. de la
Faye , de la critique qu'un homme véritable
ment de l'art , afaite de fon inftrument ; où
eft donc cette critique ? Quel est donc ce
motif de confolation ? Mon pere , il eft
vrai connoiffant la bonté de fa méthode
par fes heureux fuccès , n'adopte pas pour
lui l'inftrument de M. de la Faye , & comment
ne peut-on , fans tomber dans cette
jaloufie , qui ne permet pas de voir avec plaifir
les progrès d'un art s'augmenter en d'autres
mains que dans les nôtres , garder ce que
l'on croit bon par pratique , fans le quitter
pour ce qui peut l'égaler . L'une & l'autre
méthode ont leurs avantages , l'une & l'au
tre ont leurs inconvéniens ; vu cette jufte
réflexion , notre oculiſte a tort , veut- il
femer la zizanie parmi ces deux artiſtes ,
lefquels foigneufement occupés du bien
public , & non par des motifs d'une fervile
jaloufie , fçavent fe contredire fans huAOUST.
1755. 191
faimeur
, fans préfomption , fe prêter leurs
avis , & fe céder mutuellement fans contrainte
, lorfque le mieux l'exige.-
Volontiers , le fieur Beranger , pour
re valoir l'inſtrument de M. de la Faye ,
exigeroit que la nature fe dérangeât dans
fon ordre , qu'un liquide qui n'eft plus
contenu , pût fe compofer , & refter en
place. Alors , dit - il , on éviteroit les accidens
auxquels cet inftrument eft fujet ; mais s'appercevant
bientôt du ridicule de cette idée ,
il engage l'opérateur à ne pas laiffer fortir
toute l'humeur aqueufe avant que l'incifion
de la cornée ne foit achevée. Ce précepte
eft purement imaginaire , & ne fuppofe
pas une grande notion du méchanifme
de l'oeil dans celui qui le donne : car il
eft moralement impoffible d'empêcher que
l'humeur aqueule contenue dans la chambre
antérieure , ne s'échappe auffi-tôt que
l'inftrument s'eft fait jour d'un angle à
l'autre . Cependant une main auffi légere que
la fienne peut en venir à bout , & l'on voit
bien que ce n'est ni la main , ni les yeux d'un
vieillard qui peuvent franchir ces obftacles.
( Je vous dirai , Monfieur , propos
de ce
nom de viellard par lequel cet opératenr
croit défigner mon pere , que parmi tous les
fecrets qu'il poffede , je ne lui connoiffois
pas encore celui de vieillir à fon gré des
à
192 MERCURE DE FRANCE.
perfonnes qui peuvent s'oppofer à fon
ambition dangereufe. Avec un peu moins
d'animofité il nous eut donné une critique
plus vraie & plus délicate . ) Pour ces opérations
, pourfuit- il , il faut une main exercée
au travail. Mais où font donc les travaux
du fieur Beranger par lefquels il a pu acquérir
cette habileté tant vantée ? où font les
hôpitaux qui l'ont élevé , quels font les maîtres
de l'art qui l'ont enfeigné ? Ne croirat-
on pas plutôt que les yeux & les mains de
la perfonne refpectable dont je prens la
deffenfe , qui ont vu & démontré l'anatomie
, pendant vingt- cinq ans , qui fe font
exercés fur dix mille cadavres à pratiquer
des opérations quelconques , fans détailler
ici ce qu'ils ont pratiqué fur les vivans ,
ne fçauroient être attaqués par les fades
railleries de cet oculifte. Reconnoîtrezvous
là , Monfieur , un éleve qui fe dit foumis,
refpectueux , lequel aux dépens même de
fa gloire éleve fon maître au- deffus de tous les
hommes de fa profeffion . Le fieur Beranger
ne fe décourage pas , & je ne puis parcourir
aucun article de fa lettre fans y trouver
des découvertes qu'il s'approprie . Je ne regarde
point , nous dit-il , la hernie de l'uvée
comme un accident , quoiqu'en difent les auteurs
, & même je la coupe fans rien craindre.
Maiscomment a-t- il pu fe promettre d'être
tranquille
A O UST . 1755. 193
tranquille poffeffeur d'un bien qu'il n'eut
pas été en lui d'acquérir , en impofa- t- on
jamais à un public inftruit de ce qu'a dit
mon pere fur cette matiere dans les Journaux
publics , dans les mémoires de l'Académie
(a) , longtems avant que le fieur Beranger
eut penfé aux maladies des yeux. Je
foufcrirai volontiers qu'il ait eu des idées
fur cette matiere lorfqu'il a coupé l'iris
avec un inftrument qui n'étoit pas des mieux
faits , ni affez tranchant . Et pourquoi fans
déférer à mon pere la gloire de l'avoir dit
le premier , donne-t -il à penfer que c'eſt à
lui feul à qui on doit fçavoir gré d'une découverte
auffi intéressante.
coup
par
Notre oculifte cependant s'effaye quelquefois
à donner du nouveau fur des matieres
fort épineufes , annonçant, qu'il fçait
fûr déterminer l'état des cataractes
leurs couleurs : cette découverte doit
vous paroître merveilleufe , mais je veux
vous démontrer , qu'elle eft fans fondement
. A le fuivre avec réflexion dans cet
amas confus de paroles avec lefquelles il
veut nous perfuader la validité de fon fyftême
, divifant au hazard dix efpeces de
( a ) Voyez la lettre de M. Daviel à M. de
Joyeuſe , fa réponſe à M. de Rouffilles , & les mémoires
de l'Académie royale de chirurgie . pag.
3.37. du II , vol ,
I
194 MERCURE DE FRANCE.
couleurs en deux claffes , dont huit annoncent
le tiffu du cristallin , relâché , & deux
où les couches de ce même corps font intimement
unies , il eſt aifé d'appercevoir
par les effets contraires de fon expérience
même , qu'il n'a point réfléchi avant de le
produire au jour. A l'hôtel de ville de Bordeaux
, il opéra un homme il y a trois mois
dont il avoit annoncé les deux cataractes
bonnes & folides , à peine la membrane criftalloïde
fut elle ouverte que l'idatide s'écoula
& furprit infiniment cet opérateur (a) . Il
n'eft pas plus fûr de fa nouvelle découverte
dans fa lettre , quoiqu'il la publie infaillible
, fes obfervations même le démentent .
Lorfque les couches fuperficielles du criſtallin
font plus étroitement unies , la cataracte a
plus de blancheur. Voilà la couleur & l'état
de folidité déterminés par l'auteur , & voici
fa contradiction. Deuxieme obfervation ,
Jean Trigeart étoit affligé de deux cataractes
dont la couleur étoit blanchâtre qui me parurent
bonnes à être opérées avec ſuccès , je vis
bientôt avec furpriſe qu'il ne fortit point de
criftallin , mais feulement une quantité de pus,
comment veut - il donc faire valoir fon fyf-
(a) J'étois préfent à cette opération avec M. de
la Montagne médecin , & M. Forcade fils , chirurgien
, qui s'apperçurent comme moi de fon
erreur.
AOUST. 1755. 195
par
tême le deffendant fi mal . Il ajoute que
l'humeur vitrée étoit abcédée , comme le crif
tallin. Je ne vois pas que cette défaite
puiffe lui être avantageufe en aucune façon.
Car il est évident que fi les yeux
avoient été abcédés , l'abcès fe feroit manifefté
en dehors des accidens quelconques
; delà avec un peu moins de routine ,
& plus de théorie , il eut prévu indubitablement
la diffolution de l'humeur vîtrée ;
par fon nouveau fyftême l'état de la cataracte
, & par une réflexion néceffaire , il
eut épargné au malade une opération &
des douleurs infructueuſes , & à lui le déplaifir
d'être tombé dans une faute auffi
groffiere ; il eut mieux valu avouer ingénuement
qu'ayant voulu extraire la membrane
du criftallin qui eft fort épaiffe &
adhérante pour l'ordinaire en pareil cas ,
il l'avoit trop tiraillée , qu'en conféquence
les membranes internes déchirées auffi , s'étoient
abcédées , & avoient entraînées la
perte de l'oeil ; ç'eut été alors un malheur
que perfonne n'auroit été en droit de lui
reprocher.
L'adhérance des cataractes par ancienneté
, ne me paroîtra pas plus certaine que fa
differtation fur les couleurs , je dirai même
qu'elle eft contraire à l'expérience , celle
qu'il fuppofe du criftallin avec fa mem-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par
brane n'arrive jamais , je m'explique ; feu
lement dans les cataractes pierreufes ou
offeufes ; en un mot , je pense que fon idée
fur la maturité des cataractes eft fans fon-
- dement . En effet , je dis : 1 ° . qu'une cataracte
ne peut fe rendre adhérante à la partie
poftérieure de l'uvée que par inflammation
, & par coup d'inftrumens tranchans
ou piquans ( a) , cette adhérance même eft
contractée dès le principe de la maladie ,
je dis même que le criftallin defféché
fon ancienneté , tendroit plutôt à dégager
fa membrane de l'adhérance s'il s'en
trouvoit ; cet oculifte auroit dû s'en rapporter
au fentiment de feu M. Petit qu'il
rapporte lui -même. 2°. Le criftallin , vu la
diftinction donnée , ne peut pas contracter
une adhérance avec fa membrane , il ne
peut fe faire tout au plus qu'un collement
produit par le deffechement de l'humeur
de Morgagni , j'ai vérifié moi- même ce
que j'avance dans des cristallins de vieillards,
lorfque j'en ai trouvé de defféchés je
les ai toujours féparés avec beaucoup de
ménagement , il eft vrai , de leurs membranes
, ce que je n'aurois pû faire s'il
avoit eu adhérance. 3 ° . Il eft abfurde de
croire que nous devions juger de la matu-
(a ) Voyez la réponfe de M. Daviel à M. de
Rouffilles.
y
AOUST. 1755. 197
tité des cataractes par la facilité que nous
à
pouvons nous promettre
porter un inftrument
dans l'oeil . La perte de la vûe au
jour près , que le malade doit toujours appercevoir
, eft la feule maturité à obferver
, d'où je conclus que le fieur Berranger
s'eft lourdement trompé dans les trois
differtations que je viens de réfuter .
Cependant malgré les vérités que j'expofe
, il a trouvé des deffenfeurs qui lui
ont livré des certificats à l'abri defquels
il s'eft cru affez fort contre les reproches
que l'on pourroit lui faire ; mais quelque
foi que l'on doive ajouter aux certificats
, dont quelques uns font livrés
par des perfonnes non compétentes dans
l'art , on fçait bien qu'un empirique en
produit auffi , en eft - il cru plus habile ?
Les grands hommes font bien éloignés de
fe faire valoir par de pareils témoignages ,
c'est par leurs fuccès , c'eft par les éloges
que leur défere une fociété impartiale ,
c'eft enfin par les applaudiffemens , par les
honneurs qu'ils reçoivent de la république
des fçavans , voilà des certificats que la fupercherie
la plus rafinée ne peut furprendre
, que la mauvaiſe foi ne peut défavouer
, que l'ignorance même refpecte.
D'ailleurs comment fe deffendre de croire
que les certificats du Sr Beranger ne foient
な
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
fufpects s'ils fe démentent mutuellement .
Je vais , Monfieur , vous le faire appercevoir.
Le fieur Gouteyron certifie , comme
vous fçavez , que les foixante cataractes
opérées par le fieur Beranger à Bordeaux ,
ont toutes réuffi , cependant notre oculifte
avoue contre ce certificat , que fur fept il
en a manqué quatre , il eft aisé par proportion
de conclure du refte. Pour vous expliquer
des contradictions femblables dans
quelques-autres certificats , j'aurois befoin
d'un loifir qui me manque ; je vous dirai
cependant que de tous ceux qu'il a produits ,
aucun ne m'a paru plus modefte , plus vraifemblable
, que celui du célebre M. Seris,
Toujours prudent il donne à connoître
qu'il n'a pas voulu fe répentir d'avoir trop
fuccombé à Pillufion . Quant à celui de
M. de Laliman , je ne crois pas devoir lui
oppofer quelque chofe de plus valable ,
que ce qu'on m'écrit fur fon état. Vous y
verrez auffi Monfieur , comment le fieur
Beranger a bonne grace d'annoncer la guérifon
de tous les malades à Marmande."
(a) Les malheurs qui accompagnent les pauvres
malades que le fieurBeranger a opérés ici,
font des
preuves bien contraires au certificat
(a) Extrait d'une lettre écrite par M. Larieux
chirurgien , à Marmande , dattée du 13 Juin
1755.
A O UST. 1755 . 199
qu'il produit , je vais vous en faire le détail.
M. l'Abbé Laliman mérite toute votre
attention . Cet honnête homme eft affligé depuis
quinze ans d'un ulcere chancreux fitué à la
paupiere inférieure de l'oeil droit , l'oculifte
fe contenta de faire quelques mouchetures , &
appliqua un médicamment que je ne connus
point ; quelques tems après l'opération , je
m'apperçus que le rebord de la paupiere était
toujours calleux , rouge & renversé , je me
retirai voyant unfi mauvais fuccès . Quoiqu'il
eut promis de guérir le malade en trois femaines
, huit mois fe font écoulés fans tenir fa parole
, il étoit parti pour Bordeaux & avoit
laiffé fon malade fans emplâtre , mais celui- ci
a été obligé de le reprendre pour couvrir ſon
ulcere qui a récidivé avec plus de rigueur que
jamais , & j'ai obfervé que l'oeil eft moins fail
lant , la paupiere fupérieure gonflée & d'un
rouge brun.
Je paffe à la cure d'une goute ferene imparfaite
que le fieur Beranger fe vente d'avoir
guéric. Mlle Faget reçut un coup fur la tête
par la chute d'un deffus de porte , elle en reſta
aveugle . Par les foins de M. Dupuis , medeein
, fa vue s'est bien rétablie . Que penferezvous
, Monfieur , de ces fortes de miracles ,
par modeftie , fans doute , il n'a pas rempli ſa
lettre des obfervations de fiftules lacrymales
qu'il a opérées. Je veux à fon défaut vous en
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
faire le récit fidel. Le fils de M. Reand fut
opéré par le fieur Beranger l'année paffée ;
auquel il ouvrit l'artere angulaire , brifa les
os voifinsfoit fains , foit cariés , & paſſa une
meche dans le conduit. Ce traitement dura
quatre mois inutilement , la playe n'a jamais
été bien guérie , puifqu'il en fort toujours du
pus & des larmes ; les parens fe font plaints de
ce mauvais fuccês , cet oculifte a répondu qu'il
falloit faigner , purger le malade , le mettre à
l'ufage du lait de vache , appliquer des
compreffes graduées , j'ai fait tout cela fans.
aucun fruit.
Vous voyez , Monfieur , fa défaite ; car
que peuvent fervir ces remedes en pareil
fi ce n'eft à temporifer , jufqu'à ce
qu'il puiffe s'échapper à la fin de fon tricas
,
meſtre ?
Que dirai je ( continue- t -on ) de lafemme
de M. Lançon , Perruquier , qu'il a opere
de deux fiftules. L'état de cette malade eft pitoyable
, fes yeux font toujours chaffieux , lar
moyans , douloureux , l'endroit des incifions
gonflé ,, rouge , le pus en découle fans ceffe
en un mot, tous les malades qu'il a operes ici
excepté le Sr Baquay , fe plaignent fort de fa
conduite , &font livrés à des infirmités pires
que les premieres. On m'avoit mandé pour
aller voir une femme à laquelle le Sr Beranger
avoit ouvert une tumeur enkiſtée ſur un
暈
A O UST. 1755. 201
genou , le delabrement eft fi grand , les douleurs
fi vives qu'elle ne peut fe remuer .
J'ai vérifié par moi-même tout ce que
Pon m'annonce : J'avouerai cependant ,
malgré l'avantage que de pareils fuccès
me donnent fur mon adverfaire , que la
qualité d'honnêtes gens dans ces malades
infortunés, a émouffé le plaifir que j'aurois
eu à les publier ; car je fens qu'il eft bien
dur de ne pouvoir , fans infulter à leurs
malheurs, s'applaudir d'avoir en défendant
mon droit , rappellé des faits qui leur reprochent
leur aveugle confiance. Je vous
épargnerai le détail de quelques autres
opérations qu'il a faites , je le réſerve pour
une autre occafion qui me permettra de
vous inftruire du fuccès que j'ai eu dans
des cas femblables . Je ne veux pas qu'il
ait tant à fe plaindre des injuftices qu'il dit
lui être faites par des perfonnes envieuſes
de fon haut mérite , & par un cenfeur moderne
que fon âge rend incommode à lui-même
, & que fa jeuneffe incommode encore
plus.
ن م
Mais fondons un peu les raifons qui
l'engagentà murmurer ? ne feroient - elles
pas l'effet d'une pufillanimité qui le porte
à croire que l'on penfe de lui ce qu'il
ne fçauroit fe defavouer ? A l'entendre
mon pere eft la caufe de fon difcrédit ;
Ιν
202 MERCURE DE FRANCE.
mais où trouvera-t-il des témoignages qui
puiffent conftater que l'on ait travaillé
jamais à ternir fa réputation ? au contraire
, jufqu'ici mon pere étoit affez difpofé
à oublier fon nom même , fi le bruit de
fes fautes ne l'avoit entretenu dans fa
mémoire. Cette imputation peut- elle avoir
quelque poids , étant fufcitée , parce que
mon pere lui refufe la qualité de fon éle-
've ? İl eſt vrai qu'il n'a pas pris la peine
encore de le publier , mais il n'en eft pas
moins convaincu ; & les rapports que. l'on
a fait au fieur Beranger , font très - juftes ,
en cela mon pere ne croit pas porter aucune
atteinte au nom de cet Opérateur :
d'ailleurs , on fçait qu'il n'a jamais formé
d'autres éleves que fon fils . Comment
donc ? parce que le fieur Beranger l'aura
vu operer , aura même panfé quelques malades
, ce que l'on peut abandonner fans
crainte aux mains de l'homme le plus ordinaire
, il afpirera au titre d'éleve , ce
propos eft mal fondé , & la conféquence
eft injufte d'ailleurs , mon pere auroit - il
appris au fieur Beranger à en impofer au
public par des bulletins , que le charlatanifme
a dictés , que l'ignorance publie ; jugez-
eń , Monfieur , par ces paffages , qui
annoncent , 1º . * que l'on trouvera chez
:
* C'eft un billet qu'il a fait diftribuer à Sarra
goffe , dont voici la teneur .
A O UST. 1755. 203
Hui toutes fortes d'eaux qui fortifient la vûe,
la maintiennent & guériffent diverfes maladies.
2°. Qu'il guérit la teigne , la gale
avec une pommade. ** 3 ° . Les maux de
bouche , le fcorbut , & autres , avec des
gargarifmes , fera- t- on furpris après , s'il
guérit , fuivant le certificat de M. de Laliman
, l'afthme , les fievres lentes , les
coliques , & les rhumes de poitrine. Voilà
un homme qui paroît unique , Médecin ,
Chirurgien , Oculifte & Dentiſte , rien ne
décourage fa fcience profonde ; les maladies
mêmes que l'on regarderoit comme
incurables , cédent à fes fpécifiques : reconnoîtra-
t- on là les leçons de mon pere ,
bien loin après cela d'exiger le titre de fon
éleve , il devroit travailler à mériter du
moins de l'avoir été.
Voilà des preuves affez fuffifantes pour
conftater que le fieur Beranger n'eft point
éleve de mon pere , en dépit même des
lettres qui ne font pas à beaucoup près
En fu cafa fe encuentran todo genero de agnas,
que fortifican laviſta , la mantienen y curan
differendes enfermedades.
- 2º. Advierteſe , que con una pomada que tiene
, curara el mal de tina fin dolor alguno ,
en poco tiempo , y tambien la farna.
* Con varios gargarifmos que tiene excuifitos
curara qualesquiera infermedades de laboca como
efcorbuto , y otras.
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE!
affez fuffifantes pour lui fervir de tro
phées , il croit trop vivement avoir gain
de caufe , parce que mon pere lui recommande
de voir fes malades ; mais pour
cela étoit- il néceffaire qu'on lui connut du
mérite , en ce cas mon pere auroit craint de
confier fes malades en d'autres mains , cependant
le premier venu remplit prefque
au premier jour les occupations du fieur
Beranger ; la troifiéme lettre le prouve.
Recommandez , y eft-il dit , à ce jeune homme
d'avoirfoin de mes malades ; croiroit- on
que ce jeune homme , depuis deux jours
qu'il étoit dans la maifon de mon pere ,
pût être fort verfé dans ce genre de maladie
2 auroit- il bonne grace auffi de s'annoncer
fon éleve ? mais dans la maladie
du Sr Beranger , mon pere le traitoit d'ami,
ce font là de petites attentions que
l'humanité prodigue en pareilles occurrences.
Rien en cela ne peut faire conclure
qu'il étoit fon éleve , la fufcription vague
des lettres qu'il produit le defavoue ; concevra-
t-on qu'il étoit chirurgient
que mon pere lui en a donné le titre dans
la fufcription de fes lettres ? Cette préten
tion ne feroit point fondée.
*
, parce
En vain fon petit amour propre veut- il
** Lifez à M. Beranger , Chirurgien , ou éleve
en Chirurgie , ou à M. Beranger fimplement.
AOUST. 1755
205
lui perfuader qu'on lui refufe le titre d'éleve
, » parce qu'il a travaillé lui feul aux
maladies des yeux , parce qu'il a traité des al
bugo , des ulceres à la cornée , en diffequant
fes lames, chofe qu'il ignore avoir été pratiquée
par M. Daviel. C'est ici où il en impofe
fans ménagement, étant perfuadé lui- même
du contraire ; il ne defavouera fans doute
pas d'avoir vû des yeux préparés, où mon
pere avoit féparé jufqu'à cinq lames de la
cornée j'ajouterai aufli que depuis fix
ans que je te fuis , de deux millè opérations
pratiquées pour la cure de ces maladies
, il n'en eft pas trois cens dans lefquelles
il n'ait diffequé les lames de la cornée
pour déterger le foyer de l'ulcere , & lui
procurer une cicatrice folide. Je rougis
d'être contraint de refuter d'auffi foibles
imputations qui doivent néceffairement
retomber fur celui qui les a avancées .
Vous voyez bien, Monfieur, que ce n'eft
pas avec de pareils faits qu'il peut fe promettre
de faire tomber les armes de fes
tremblantes mains , comme il le dit avec
affez peu de ménagement; au contraire ce
feroit un nouveau motif de les raffermir ,
s'il étoit néceffaire , ayant tant de fapériorité
fur fon prétendu concurrent . Ce trait
peu modefte demafque trop bien le fieur
Beranger , il eft même fipeu conforme à
206 MERCURE DE FRANCE.
.
la décence que je me fuis impofée, que je
ferai affez fatisfait de lui répondre avec
Cicéron par ces mots.
* Rumoribus mecum
pugnas , ego autem à te rationes requiro.
Telles ont été mes réflexions fur la lettre
du fieur Beranger. Vous voyez , Monfieur
que , quamvis homo fuerit , laudatus narratum
ejus non laudatum eft . Je crois avoir
fuffifamment fatisfait à une partie de vos
queftions. Quant à celle par où je conçois
que vous doutez de l'auteur , je ne
dois pas la réfoudre : Les motifs intéreffés
qui ont pû engager une plume vénale à fe
prêter aux intentions du fieur Beranger ,
ne fouffriroient pas volontiers le jour , je
fuis d'autant plus porté à garder le filence
là -deffus , que je puis fans flater beaucoup
cet oculite , fouffrir qu'il jouiffe du plaifir
d'avoir produit un ouvrage auffi médiocre .
Sije fçai , que de tous les fâcheux les
critiques font les plus incommodes , je ne
me fçai pas moins bon gré de l'avoir paru
dans une querelle , qui , quoique defagréable
, m'eft bien précieufe , ayant eu
pour motif le bien public & la défenfe
d'un pere : Je ne pouvois l'éviter , quelque
éloigné que je fus de la prévoir. J'ai l'honneur
d'être , &c. DAVIE L.
A Paris , le 18 Juillet 1755 .
* Cic. liv. 3. de natura Deorum .
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Résumé : REFLEXIONS critiques adressées à M***, Médecin à Lyon, sur une Lettre annoncée sous le nom du sieur Beranger, Oculiste, par M. Daviel le fils, Maître-ès Arts en l'Universite de Paris.
Le texte est une lettre critique adressée à un médecin de Lyon concernant une lettre attribuée à un certain sieur Béranger, oculiste, et envoyée par M. Daviel le fils. L'auteur exprime sa surprise que la lettre de Béranger ait circulé largement, alors qu'il pensait qu'elle serait seulement distribuée dans les auberges entre Bordeaux et Paris. Il critique Béranger pour avoir fait payer des personnes qui n'étaient pas intéressées par son ouvrage. L'auteur explique qu'il avait initialement choisi de ne pas répondre à cette lettre pour éviter de déplaire au public et à son père, mais il a été poussé à réagir en raison des attaques indécentes contre son père. L'auteur reproche à Béranger de se vanter de ses succès et de prétendre avoir parcouru des pays étrangers pour se perfectionner, alors que ses activités semblaient plus orientées vers la composition de personnages et la recherche de malades à opérer. Béranger est également accusé de plagiat et de vouloir s'attribuer la gloire d'une nouvelle méthode d'opération de la cataracte, déjà pratiquée par M. Daviel. L'auteur critique les méthodes chirurgicales de Béranger, le qualifiant d'empirique et manquant de délicatesse et de précision. L'auteur reproche à Béranger de se vanter de ses succès et de prétendre avoir parcouru des pays étrangers pour se perfectionner, alors que ses activités semblaient plus orientées vers la composition de personnages et la recherche de malades à opérer. Béranger est également accusé de plagiat et de vouloir s'attribuer la gloire d'une nouvelle méthode d'opération de la cataracte, déjà pratiquée par M. Daviel. L'auteur critique les méthodes chirurgicales de Béranger, le qualifiant d'empirique et manquant de délicatesse et de précision. Enfin, l'auteur dénonce l'attitude jalouse et présomptueuse de Béranger, qui cherche à discréditer les méthodes de son père et d'autres chirurgiens compétents. Il appelle à une collaboration respectueuse et constructive entre les praticiens pour le bien du public. L'auteur conteste les découvertes et les méthodes de Béranger, notamment concernant les opérations de la cataracte. Il affirme que Béranger s'approprie des découvertes déjà faites par d'autres, notamment par son père, et qu'il manque de rigueur scientifique. L'auteur cite plusieurs exemples d'erreurs commises par Béranger lors d'opérations, comme l'annonce incorrecte de la solidité des cataractes ou la mauvaise gestion des complications post-opératoires. Il mentionne également des certificats de succès produits par Béranger, qu'il juge suspects et contradictoires. L'auteur conclut en soulignant que les véritables mérites des grands hommes se mesurent par leurs succès et les éloges de la communauté scientifique, et non par des témoignages douteux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 163-182
Suite de la Séance publique de l'Académie de Chirurgie.
Début :
M. Pipelet fit la lecture d'une observation sur la cure d'une hernie ou descente [...]
Mots clefs :
Maladie, Malade, Urine, Urètre, Exostose, Pierres, Observations, Plaie, Incision, Tissu, Fistules, Tumeur, Opération, Académie royale de chirurgie
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texteReconnaissance textuelle : Suite de la Séance publique de l'Académie de Chirurgie.
CHIRURGIE.
Suite de la Séance publique de l'Académie
de Chirurgie.
M. Pipelet fit la lecture d'une obfervation
fur la cure d'une hernie ou deſcente
d'inteftins avec gangréne. La malade, âgée
de quarante - deux ans , fit en 1726 un
effort confidérable qui lui occafionna une
hernie crurale ; la tumeur devint en quinze
jours de tems du volume d'un oeuf de
poule , mais elle rentroit avec facilité. La
malade cacha fon état dont elle ne connoiffoit
pas le danger . Sa négligence donna
lieu à l'augmentation de la tumeur
qui fouffroit en 1738 un étranglement ,
avec tous les fymptomes qui l'accompa164
MERCURE DE FRANCE.
gnent , & les accidens qui en font les fuites
ordinaires . Les fecours que M. Pipelet
donna alors , fuivant les régles de l'art ,
difpenferent de l'opération . Il réduifit les
parties , & ordonna l'ufage continuel d'un
bandage pour les contenir. Au mois d'Ocbre
1740 l'hernie fe trouva étranglée de
nouveau. Les moyens les plus convénables
pour en procurer la réduction , ayant été
infructueux , la tenfion du ventre , la petiteffe
du poulx , & le vomiffement des
matieres ftercorales , exigeoient qu'on fit
promptement l'opération. M. Pipelet qui
n'étoit point encore membre du Collége
de Chirurgie , fit appeller en confultation
M. Guerin , & celui- ci fut choifi par les
perfonnes de qui la malade dépendoit , pour
faire l'opération . L'inteftin étoit gangréné .
L'épiploon & le fac herniaire étoient dans
une difpofition gangréneufe , & toutes ces
parties étoient confondues par des adhérences
intimes qu'il n'avoit pas été poffible
de détruire , quand on en auroit eu
l'intention . Auffi fe contenta -t- on de débrider
l'arcade crurale pour faire ceffer
l'étranglement , & mettre les parties à l'aife.
Il n'étoit ni poffible ni convenable d'en
faire la réduction. Le mauvais état de la
malade fit craindre pendant quelques jours
pour fa vie ; on la foutint par l'uſage
OCTOBRE. 1755 1657
d'une potion cordiale animée : enfin le
ventre fe relâcha , les efcarres gangréneufes
dont on avoit emporté une partie , fe
détâcherent , & l'onzième jour de l'opération
la portion d'inteftin qui faifoit l'ance
fous l'arcade crurale , fe détacha , elle
avoit environ cinq poulces de longueur.
Depuis ce moment , les matieres ftercorales
qui avoient coulé en partie par l'ouverture
de l'inteftin , & plus encore par le rectum ,
cefferent tout - à- coup de paffer par cette
derniere voie , & prirent abfolument leur
route par la plaie que M. Pipelet étoit
obligé de panfer dans le commencement
jufqu'à cinq & fix fois dans les vingt- quatre
heures. La plaie devint fimple , & au
bout de quatre mois fes parois furent rapprochées
au point de ne laiffer qu'une ouverture
large comme l'extrêmité du petit
doigt. Il y avoit tout lieu de préfumer
qu'après un fi long efpace de tems les matieres
fécales continueroient de fortir par
cet anus artificiel ; on ne pouvoit rien efpérer
ni prévoir de plus avantageux pour
la malade mais les chofes changerent fubitement
de face d'une maniere inopinée.
Cette femme qu'on avoit tenu à un régi
me affez févere , mangea indifcretement
des alimens qui lui donnerent la colique
& la fievre, M. Pipeler ayant jugé à pro166
MERCURE DE FRANCE.
pos de la purger avec un verre d'eau de
caffe & de manne , fut le témoin d'un
événement auffi fingulier qu'avantageux
pour la malade. Les matieres fécales , qui
depuis long- tems ne paffoient plus que par
la plaie , prirent dès ce jour leur route vers
le rectum , elles occafionnerent d'abord des
épreintes qui furent aifément calmées par
des lavemens adouciffans. On obferva ce
phénomène pendant quelques jours , l'indication
de travailler à la parfaite confolidation
de la plaie ne préfentoit plus aucun
inconvénient , & on y réuffit en douze
ou quinze jours. La malade qui a actuellement
foixante - onze ans , jouit depuis
quinze ans d'une bonne fanté. M. Pipelet
n'a eu pour le préfent d'autre objet
que de communiquer un fait auffi curieux
à l'Académie. Il remet à une autre occafion
les réflexions que la cure de cette ma->
ladie lui a fuggérées. Son attention à obferver
promet qu'elles feront judicieuſes
& utiles.
M. Houftet lut un mémoire fur les
exoftoſes bénignes des os cylindriques . On
entend par exoftofe une tuméfaction contre
nature , ou une excroiffance des os.
Cette maladie eft fouvent occafionnée par
le vice du fang. Le virus vénérien , le
OCTOBRE . 4755. 167
à
fcorbutique , le fcrophuleux , le cancereux
, font capables de gonfler les os dans
toute leur étendue , ou d'élever quelquesunes
de leurs parties au -deffus de la furface
naturelle. L'exoftole peut auffi être produite
par des cauſes extérieures. Un effort,
un coup , une chute , par lefquels le cours
de la lymphe & du fuc nourricier fera interrompu
dans le corps de l'os , & la fimple
contufion du périofte peuvent donner
lieu à l'extravafation des fucs qui occaſionnent
des protubérances capables d'accroiffement
au point de devenir monstrueuſes.
M. Houfter diftingue avec précifion les
différens ggeennrreess d'exoftofes
par rapport
leurs caufes , & les différentes efpeces que
chaque genre renferme. Les différences
accidentelles des exoftofes , ou ce qui en
conftitue l'efpece particuliere , fe tire de
la diverſe modification contre nature du
tiffu de l'os. Quand les fucs offeux s'amaffent
dans la grande cavité intérieure des
os cylindriques , ils étendent la fubftance
offeufe qui en forme les parois , lefquelles
diviennent minces , à proportion de
l'extenfion qu'elles ont fouffert. Ces fortes
d'exoftofes font fufceptibles d'acquerir un
volume confidérable , leur intérieur eft
toujours rempli des fucs épanchés , & on .
obferve communément qu'elles font bor168
MERCURE DE FRANCE
nées à une certaine étendue de l'os. Le
refte du canal qui n'a point de part à la
maladie conferve l'état naturel . M. Houftet
rapporte au fujet de cette efpece d'exoftofes
plufieurs obfervations particulieres
qu'il compare à celles que nous ont fourni
les grands maîtres. Ces faits rapprochés
fervent à déterminer ce premier caractere
d'exoftofe.
Quand l'engorgement des fucs fe fait
entre les lames qui compofent la fubſtance
de l'os , elle fe gonfle : de compacte.
qu'elle étoit naturellement , elle devient
fpongieufe & cellulaire . M. Houftet a
trouvé ces cellules remplies de fucs blancs
médiocrement épais . Lorfque ces fucs ne
font point viciés , & qu'ils ne contractent
aucune altération acrimonieufe dans le
tiffu de l'os qu'ils diftendent , ils peuvent
paffer de l'état de fluidité à celui d'une induration
parfaite. C'eft précisément le cas
de ce tibia fans cavité que Ruifck avoit
rangé parmi fes curiofités anatomiques ,
& dont il fit fabriquer des manches de
couteaux & de fourchettes. M. Houftet ,
dont les obfervations fur la formation de
ces fortes de tumeurs font très-fuivies , remarque
que des circonstances accidentel--
les peuvent changer la terminaiſon de ces :
exoftofes ; car leur folidité vient de l'endurciffement
OCTOBRE. 1755. 169
durciffement des fucs qui s'épanchoient
peu-à-peu , & par une efpece de fuintement
entre les lames offeufes. Un épanchement
plus copieux , le mêlange d'autres
liqueurs avec le fuc nourricier , une nouvelle
caufe d'épanchement , telle qu'un
coup , une chute , &c. qui raffembleroit
de nouveaux fucs encore fluides avec des
fucs durcis & épanchés depuis long-tems
feroit prendre à cette maladie une terminaifon
différente .
Enfin il y a des exoftofes qui n'affectent
que l'extérieur de l'os ; elles font produires
par l'épaiffiffement du périofte tumefié ,
ou par les fucs nourriciers qui fe répandent
fur la furface de l'os. Elles font ordinairement
d'un volume médiocre , & leur
maffe eft folide. M. Houftet a fait connoî.
tre une nouvelle efpece d'exoftofes différentes
de toutes celles dont on avoit parlé
jufqu'à préfent , en ce qu'elle eft d'un volume
confidérable & creufe , appliquée
feulement fur le corps de l'os qui étoit à
peu de choſe près dans l'état naturel , &
repréfentant en quelque forte un crâne
vuide qui feroit appliqué par fa baſe ſur
le cylindre de l'os. La defcription de toutes
les particularités de cette exoftofe finguliere
feroit déplacée dans un extrait.
M. Houftet l'a fait d'une maniere fa-
'H
170 MERCURE DE FRANCE.
tisfaifante, & la démonſtration des parties
n'a rien laillé à defirer fur ce cas. L'exofto .
fe dont il s'agit étoit à la cuiffe . M. Houftet
donnoit fes foins à la perfonne qui en
étoit attaquée. C'étoit M. le Chevalier
de... Le commencement & le progrès de
la tumeur , les différens remedes qui furent
adminiftrés , tant par les perfonnes
de l'art que par des empiriques , & furtout
la différence des opinions qu'on a
eues fur cette maladie , rendent fort intéreffante
la relation que l'auteur en a
donné . L'examen judicieux des fignes qui
caractérisent les maladies avec lefquelles
on auroit pû confondre celle- ci , feront
des régles pour éviter de pareilles méprifes
. M. Houftet établiffant d'après plufieurs
obfervations de nouveaux fignes capables .
de fe conduire furement en pareil cas dans
la pratique , cette doctrine fera , dit- il , le
fruit des travaux de l'Académie , fi le
goût de la bonne obfervation , & l'efprit
d'émulation , & de recherche continuent
d'y fubfifter. M. Houftet a l'avantage de
donner en même tems le confeil &
l'exemple.
M. Ruffet fecond a fait part de deux
obfervations fur l'utilité des cauteres dans
la cure de l'épilepfie. Une Demoifelle de
dix- huit ans , qui avoit bien réguliéreOCTOBRE
. 1755. 171
ment fes évacuations périodiques , cut
une attaque d'épilepfie. Les faignées , les
purgations , les bains , les eaux de Balaruc
, n'empêcherent point une feconde attaque
environ un mois après la premiere ,
& la malade en eut de mois en mois
pendant deux ans, malgré tous les remédes
que l'on mit en ufage. M. Ruffet propofa
un cautere à la nuque. La malade confentit
à le porter au bras. Le premier accès reculé
de quatre mois fut moins violent que
ceux qui avoient précédé, & il ne fe forma
point d'écume autour de la bouche. Un
effet fi marqué fit demander l'application
d'un fecond cautere à l'autre bras , & la
malade a paffé neuf mois fans le moindre
reffentiment de fon mal . Surpriſe enfin
par une nouvelle attaque , plus légere
encore que les autres , elle fut foumife à
un troifiéme cautere , qu'on mit à une
jambe , & depuis ce tems il n'y a plus eu
d'accès d'épilepfie . Le bon effet des cauteres
multipliés eft prouvé par cette obfervation
. M. Ruffet en rapporte une autre
qui montre le danger de les fupprimer.
Un homme de foixante ans eut une
violente attaque d'épilepfie , qui fut fuivie
d'une autre quinze jours après , malgré
les remédes généraux dont on fit ufage
dans cet intervalle. L'application d'un
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
cautere retarda le troifiéme accès , & en
diminua les fymptomes . L'établiſſement
d'un fecond cautere ôta toute inquiétude
fur la récidive . Au bout de huit mois , le
malade fe croyant radicalement guéri, laiffa
fermer un de ces ulceres. Cette imprudence
fut marquée par le retour de l'épilepfie.
Dès le lendemain de cette dernière
attaque , M. Ruffet rétablit l'égoût dont
la fuppreffion avoit été nuifible ; & le malade
à vécu depuis fept années fans aucune
rechûte .
M. Louis fit enfuite la lecture d'un mémoire
fur les pierres urinaires formées
hors des voies naturelles de l'urine . Ce
cas préfente des circonstances affez variées,
dont il eft important d'être inftruit. Pour
la formation de ces pierres , il faut que
l'urine s'infiltre d'une maniere particuliere
dans les cellules du tiffu graiffeux qui
avoifine les réfervoirs & les conduits naturels
de cette liqueur. Un enfant de dix
ans avoit une tumeur douloureufe au périnée,
M. Louis dans l'examen qu'il en fit ,
trouva qu'elle étoit fituée fous une cicatrice
folide , veftige de l'opération de la
taille que cet enfant avoit foufferte deux
ans auparavant pour une pierre dans la
veffie. Cette tumeur fe termina par une
OCTOBRE. 1755. 173
ouverture à la peau , dans laquelle fe préfentoit
une concrétion pierreufe , & qui
permettoit la fortie de l'urine. M. Louis fit
l'extraction de cette pierre , qui étoit du
volume d'une groffe aveline. Il fentit avec
l'extrêmité boutonnée d'une fonde , que
toute la circonférence de l'efpace qu'avoit
occupé cette pierre , étoit fort dure , &
dans un des points la fonde portoit à nud
fur une concrétion calculeufe ; il fit en
conféquence mettre le malade en fituation
convénable. Il fit une incifion longitudinale
fur toute l'étendue de la tumeur jufqu'au
corps étranger , & il tira fucceffivement
fix petites pierres , dont la réunion
formeroit un corps du volume d'un noyau
de pêche. La cure ne fut point longue , les
panfemens étoient très-fimples , & ne tendoient
qu'à obtenir promptement la confolidation
de cette plaie. Il s'offrit cependant
quelques difficultés toutes les fois
que le malade rendoit fes urines , il en
paffoit une partie par la plaie. M. Louis
étoit bien für de n'avoir pas intéreffé le
canal de l'uretre dans fon opération ; &
la connoiffance de la caufe de la maladie
montroit affez que l'aretre étoit percé ,
l'infiltration de l'urine pour la formation
de ces pierres n'auroit pas eu lieu , s'il n'étoit
resté une fiftule intérieure au canal
Häj
174 MERCURE DE FRANCE .
de l'uretre. A la fuite de l'opération de la
taille faite deux ans auparavant , les bougies
avec les emplâtres fondans exciterent
de la fuppuration à l'orifice de cette filtule
, par la fonte des callofités , & procurerent
la confolidation intérieure .
Cette obfervation montre une maladie
nouvelle facile à prévenir , & contre laquelle
on n'a pris jufqu'ici aucune méfure :
l'on a toujours craint que les plaies faites
à l'uretre pour l'extraction de la pierre
ne reftaffent fiftuleufes , & cet accident
n'eft que trop commun dans la méthode
ancienne du grand appareil. M. Louis en
donne les raifons ; mais voici une espece
particuliere de fiſtule, une fiftule incomplette
, qu'on pourroit appeller borgne & interne
, en fe fervant de la dénomination ufitée
pour les fiftules de l'anus , qui ont une
ouverture dans le rectum fans iffue extérieure.
Cette obfervation eft de confé- .
quence dans la pratique , puifqu'elle prouve
évidemment que la parfaite confolidation
de la plaie des tégumens , après l'opération
de la taille , n'eft point une marque
certaine que l'intérieur de l'uretre foit
bien cicatrifé . On pourroit obtenir facilement
cette cicatrice parfaite par le moyen
des bougies , leur ufage en affurant une
guérifon folide empêcheroit cette infiltraOCTOBRE
. 1755. 175
tion lente de l'urine , qui pénétre en petite
quantité à la fois dans le tiffu cellulaire
, & qui en fe décompofant y produit
par la réunion de fes parties terref
tres & falines des concrétions pierrenfes ,
fufceptibles d'un accroisement confidérable.
Quoique les Auteurs n'ayent pas fait
une mention expreffe de ces fortes de cas ,
on trouve dans leurs écrits des faits ifolés ,
qui peuvent y être rapportés , & qui font
manifeftement de la même efpece. M.
Louis n'a pas négligé d'en faire la recher
che , & d'en faire ufage à propos dans fon
mémoire,pour prouver d'une maniere convaincante
que la formation des pierres
dans le tiffu cellulaire eft un accident confécutif
de l'opération de la taille . Une
obfervation communiquée à l'Académie ,
par M. le Gaigneau , Chirurgien à Coulanges
- la- Vineufe , près d'Auxerre , montre
qu'une pierre formée dans le tiffu cellulaire
a pu acquerir un volume monftrueux
& le poids de dix onces & demie.
Le malade l'a portée plus de trente ans , &
elle eft fortie d'elle-même , après avoir ufé
par fon poids les tégumens qui la recouvroient.
Après avoir levé par des faits incontef
tables tous les doutes qu'on pourroit avoir
Hiy
176 MERCURE DE FRANCE.
fur la fiftule incomplette & interne , que
M. Louis établit pour la caufe de l'infiltration
de l'urine , il recherche comment
cette fiftule peut fe former , & il en trouve
la caufe dans la maniere dont le fait
l'incifion dans le grand appareil ; il eft meme
furprenant , dit- il , que cette fiftule
intérieure n'arrive pas plus fouvent , ou
du moins que les faits qui la prouvent ne
foient pas plus connus . En effet , fuivant
la pratique reçue , l'incifion dans le grand
appareil , eft perpendiculaire , & fe fait à
côté du raphé parallelement. Cette incifion
ne peut être prolongée autant qu'on
le défireroit par rapport au rectum : il
faut donc pour pouvoir procurer la fortie
d'une pierre même médiocre , gagner par
en-haut pour la coupe des tégumens & de
l'uretre ; la peau du périnée eft tendue
& tirée vers l'os pubis par l'aide qui foutient
le fcrotum. Lorfque cette action.
ceffe , l'angle fupérieur de l'incifion des
tégumens fe rabbat , & couvre une partie
de l'incifion de l'uretre ; delà un accident
primitif affez commun , c'eft l'échymofe
du fcrotum. Il eſt donc démontré
que dans cette maniere d'opérer l'angle
fupérieur de l'incifion des tégumens ne
correfpond point à la partie fupérieure de
Pincifion de l'uretre ; celle - ci est tou
OCTOBRE. 1755. 177
jours plus haute ; c'eft pourquoi la cicatrice
du haut de la plaie des tégumens ne
confolide point l'angle fupérieur de l'inci
fion faite à l'urethre : Ainfi , lorfqu'on
croit la plaie parfaitement guérie , il refte
une folution de continuité intérieure .
Voilà , dit M. Louis , le point par où l'urine
s'infinue dans les cellules du tiffu qui
avoifine l'uretre ; c'eft là la caufe de la
fiftule intérieure & des concrétions calculeufes
, qui fe forment confécutivement
hors des voies naturelles de l'urine . Pour
prévenir cet accident , il fuffiroit , dir
l'auteur , d'avoir recours aux bougies après
la guérifon apparente des taillés , afin de
la rendre radicale par la parfaite confolidation
de la plaie intérieure .
Après avoir expliqué comment la méthode
du grand appareil donne lieu aux
fiftules complettes , M. Louis dit que cette
opération devroit être entierement abandonnée
, fes réflexions découvrent dans
cette maniere d'opérer des inconvéniens
lefquels mis en parallele avec les avantages
de la taille latérale , donnent à celleci
la prééminence qu'elle mérite.
Quoique l'objet principal de l'auteur
ait été de parler des pierres formées hors
des voies naturelles de l'urine , comme
accident confécutif de l'opération de la
HW
178 MERCURE DE FRANCE.
taille , il traite de la production de pareilles
pierres en des perfonnes qui n'avoient
point été foumifes à la lithotomie.
On fçait que l'urine peut fe frayer des
routes extraordinaires par différentes caufes
, & que par-tout où elle peut féjourner
, elle eft très- difpofée à former des
concrétions , fur- tout lorfqu'elle charrie
des parties graveleufes : cela fe voit dans
les fiftules urinaires. M. Louis en rapporte
plufieurs exemples , & il en tire des
conféquences utiles pour la pratique. Les
pierres font des corps étrangers dont il
faut faire l'extraction ; c'eft un principe général
, mais dans un cas où il y a des fiftules
, M. Louis penfe que ce n'eft pas cette
indication qu'il importe de fuivre en premier
lieu. Il lui paroît plus avantageux de
procurer d'abord un cours libre à l'urine
par une feule iffue , foit en rétabliffant le
conduit naturel dans fes fonctions par l'ufage
méthodique des bougies appropriées
au cas , foit en faifant une incifion au périnée
pour porter une canulle dans la veffie
, afin que l'urine forte directement &
ceffe de fe porter dans tous les finus fiftuleux.
Le premier parti eft le plus doux , &
par conféquent il eft préférable , s'il peut
avoir du fuccès. Quelque parti qu'on prenne
, ce ne fera qu'après avoir procuré une
OCTOBRE . 1755. 179
voie unique pour la fortie de l'urine qu'on
doit penfer à faire l'extraction des concrétions
calculeufes. Leur fituation peut
exiger beaucoup d'habileté de la part du
Chirurgien , & une grande préfence des
connoiffances anatomiques pour pénétrer
dans le fond de ces fiftules à travers des
parties délicates qu'il faut ménager : c'eft
dans ces cas que l'habitude ne peut conduire
la main. Les opérations qui y conviennent
n'ont aucune place ni aucune
étendue fixée par les préceptes. Les fecours
de la main doivent être déterminés par la
néceffité des circonftances dont on ne peut
exprimer les variations . On peut conclure
de tout ceci que dans l'exercice de la Chirurgie
il ne fuffit pas d'avoir des hommes
qui ne fçavent marcher que dans les routes
qui leur ont été frayées. On voit auſſi
combien s'abufent ceux qui , fans avoir
égard à la diverfité prefque infinie des
circonftances , s'arrêtent dans leurs recherches
par la confiance qu'ils ont en un
inftrument ou invention particuliere , par
laquelle ils croient que toutes les difficultés
d'une opération font applanies ; comme
s'il étoit poffible de fe perfuader qu'on
peur à fi peu de frais rendre court & facile
un art que les plus grands génies ont
trouvé long & difficile.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. Dubertrand a terminé la féance
par
la lecture d'une obfervation fur un coup
d'épée qui a percé le diaphragme & l'eftomach.
Tout le monde connoît le danger
des bleffures des parties intérieures ; celles
de l'eftomach ont toujours été mifes au
nombre des plaies mortelles , quoiqu'elles
ne le foient pas néceffairement. Les foins.
d'un habile Chirurgien peuvent être efficaces
pour combattre les fymptomes de ces
fortes de plaies , & prévenir les accidens.
fâcheux qui pourroient en résulter.
Un homme de quarante ans, échauffé par
le vin , reçut un coup d'épée entre la derniere
des vraies côtes & la premiere des.
fauffes près de leurs portions cartilagineufes
du côté gauche ; il fit environ deux.
cens pas à la pourfuite de fon ennemi &
tomba fans connoiffance. Tranfporté chez
lui , il eut des convulfions violentes qui
ne cefferent qu'après lui avoir ferré le ventre
avec une ferviete , fecours qu'il avoit
demandé de lui -même avec inftance . M. Dubertrand
qui vit le malade une heure après
l'accident , le trouva couvert d'une fueur.
froide avec un pouls petit , concentré &
intermittent. La refpiration étoit laborieufe
; un hoquet affez fréquent , le vifage:
tiré & les yeux éteints menaçoient d'une
mort prochaine. Le ventre étoit extraordiOCTOBRE.
1755. 181
nairement dur & élevé. Pour vifiter la
plaie , on ôta la ferviete qui comprimoit
le ventre. Les mouvemens convulfifs fe renouvellerent
avec force. M. Dubertrand
fit prendre au malade quelques grains de
tartre émétique. Le vomiffement que ce
remede procura , fit rendre avec des alimens
non digérés plufieurs caillots de fang,
dont on eftima le poids de vingt onces , &
le malade en rendit environ dix onces par
en bas. La convulfion ceffa après cette évacuation
. La fituation de la plaie , fa direction
& les divers fymptomes qui fe manifeftoient
, firent juger que le diaphragme
avoit été bleffé auffi-bien que l'eftomach.
Le pouls s'étant un peu relevé , le malade
fur faigné quatorze fois pendant les deux
premiers jours chaque faignée n'étoit
que de deux paletes. La prudence ne permettoit
pas de plus grandes évacuations ,
parce que le malade tomboit en fyncope.
Les fomentations émollientes fur le basventre
, en relâcherent les parties. Une
boiffon rendue aigrelette par l'effence de
Rabel appaifoit la foif du bleffé , qui ne
prenoit par la bouche que quelques cueillerées
de cette tifanne & d'une eau de
poulet très- légere. Le troifiéme jour après
la feizieme faignée le malade tomba en
foibleffe , & rendit par les felles une gran
182 MERCURE DE FRANCE.
de quantité de matieres féreufes & foetides.
Quelques gouttes de Lilium dans de l'eau
de plantain , foutenoient artificiellement .
les forces du malade , qu'on tâchoit de réparer
en même tems par des lavemens
nourriffans. La nuit du au 10 le malade ,
fans confulter perfonne , mangea une petite
foupe dont il fut fort incommodé , &
qu'il vomit avec un peu de fang. Le lendemain
matin la fievre revint , ce qui fit
recourir encore à la faignée. Cet orage
étant calmé , on mit le malade par dégrés
aux bouillons nourriffans , à là gelée de
viande , & à la crême de ris. I prenoit
fenfiblement des forces , lorfque fans caufe
manifefte , il lui furvint le 17 une fievre
confidérable , des hoquets fréquens , une
toux violente & une espece de phrénéfie.
Deux faignées & des potions antifpafmodiques
calmerent ces accidens. Depuis , le
malade parut chaque jour fe rétablir ; il
prit des alimens folides par degrés , & le
33° jour il vacqua à fes exercices ordinaires
fans aucune incommodité.
Suite de la Séance publique de l'Académie
de Chirurgie.
M. Pipelet fit la lecture d'une obfervation
fur la cure d'une hernie ou deſcente
d'inteftins avec gangréne. La malade, âgée
de quarante - deux ans , fit en 1726 un
effort confidérable qui lui occafionna une
hernie crurale ; la tumeur devint en quinze
jours de tems du volume d'un oeuf de
poule , mais elle rentroit avec facilité. La
malade cacha fon état dont elle ne connoiffoit
pas le danger . Sa négligence donna
lieu à l'augmentation de la tumeur
qui fouffroit en 1738 un étranglement ,
avec tous les fymptomes qui l'accompa164
MERCURE DE FRANCE.
gnent , & les accidens qui en font les fuites
ordinaires . Les fecours que M. Pipelet
donna alors , fuivant les régles de l'art ,
difpenferent de l'opération . Il réduifit les
parties , & ordonna l'ufage continuel d'un
bandage pour les contenir. Au mois d'Ocbre
1740 l'hernie fe trouva étranglée de
nouveau. Les moyens les plus convénables
pour en procurer la réduction , ayant été
infructueux , la tenfion du ventre , la petiteffe
du poulx , & le vomiffement des
matieres ftercorales , exigeoient qu'on fit
promptement l'opération. M. Pipelet qui
n'étoit point encore membre du Collége
de Chirurgie , fit appeller en confultation
M. Guerin , & celui- ci fut choifi par les
perfonnes de qui la malade dépendoit , pour
faire l'opération . L'inteftin étoit gangréné .
L'épiploon & le fac herniaire étoient dans
une difpofition gangréneufe , & toutes ces
parties étoient confondues par des adhérences
intimes qu'il n'avoit pas été poffible
de détruire , quand on en auroit eu
l'intention . Auffi fe contenta -t- on de débrider
l'arcade crurale pour faire ceffer
l'étranglement , & mettre les parties à l'aife.
Il n'étoit ni poffible ni convenable d'en
faire la réduction. Le mauvais état de la
malade fit craindre pendant quelques jours
pour fa vie ; on la foutint par l'uſage
OCTOBRE. 1755 1657
d'une potion cordiale animée : enfin le
ventre fe relâcha , les efcarres gangréneufes
dont on avoit emporté une partie , fe
détâcherent , & l'onzième jour de l'opération
la portion d'inteftin qui faifoit l'ance
fous l'arcade crurale , fe détacha , elle
avoit environ cinq poulces de longueur.
Depuis ce moment , les matieres ftercorales
qui avoient coulé en partie par l'ouverture
de l'inteftin , & plus encore par le rectum ,
cefferent tout - à- coup de paffer par cette
derniere voie , & prirent abfolument leur
route par la plaie que M. Pipelet étoit
obligé de panfer dans le commencement
jufqu'à cinq & fix fois dans les vingt- quatre
heures. La plaie devint fimple , & au
bout de quatre mois fes parois furent rapprochées
au point de ne laiffer qu'une ouverture
large comme l'extrêmité du petit
doigt. Il y avoit tout lieu de préfumer
qu'après un fi long efpace de tems les matieres
fécales continueroient de fortir par
cet anus artificiel ; on ne pouvoit rien efpérer
ni prévoir de plus avantageux pour
la malade mais les chofes changerent fubitement
de face d'une maniere inopinée.
Cette femme qu'on avoit tenu à un régi
me affez févere , mangea indifcretement
des alimens qui lui donnerent la colique
& la fievre, M. Pipeler ayant jugé à pro166
MERCURE DE FRANCE.
pos de la purger avec un verre d'eau de
caffe & de manne , fut le témoin d'un
événement auffi fingulier qu'avantageux
pour la malade. Les matieres fécales , qui
depuis long- tems ne paffoient plus que par
la plaie , prirent dès ce jour leur route vers
le rectum , elles occafionnerent d'abord des
épreintes qui furent aifément calmées par
des lavemens adouciffans. On obferva ce
phénomène pendant quelques jours , l'indication
de travailler à la parfaite confolidation
de la plaie ne préfentoit plus aucun
inconvénient , & on y réuffit en douze
ou quinze jours. La malade qui a actuellement
foixante - onze ans , jouit depuis
quinze ans d'une bonne fanté. M. Pipelet
n'a eu pour le préfent d'autre objet
que de communiquer un fait auffi curieux
à l'Académie. Il remet à une autre occafion
les réflexions que la cure de cette ma->
ladie lui a fuggérées. Son attention à obferver
promet qu'elles feront judicieuſes
& utiles.
M. Houftet lut un mémoire fur les
exoftoſes bénignes des os cylindriques . On
entend par exoftofe une tuméfaction contre
nature , ou une excroiffance des os.
Cette maladie eft fouvent occafionnée par
le vice du fang. Le virus vénérien , le
OCTOBRE . 4755. 167
à
fcorbutique , le fcrophuleux , le cancereux
, font capables de gonfler les os dans
toute leur étendue , ou d'élever quelquesunes
de leurs parties au -deffus de la furface
naturelle. L'exoftole peut auffi être produite
par des cauſes extérieures. Un effort,
un coup , une chute , par lefquels le cours
de la lymphe & du fuc nourricier fera interrompu
dans le corps de l'os , & la fimple
contufion du périofte peuvent donner
lieu à l'extravafation des fucs qui occaſionnent
des protubérances capables d'accroiffement
au point de devenir monstrueuſes.
M. Houfter diftingue avec précifion les
différens ggeennrreess d'exoftofes
par rapport
leurs caufes , & les différentes efpeces que
chaque genre renferme. Les différences
accidentelles des exoftofes , ou ce qui en
conftitue l'efpece particuliere , fe tire de
la diverſe modification contre nature du
tiffu de l'os. Quand les fucs offeux s'amaffent
dans la grande cavité intérieure des
os cylindriques , ils étendent la fubftance
offeufe qui en forme les parois , lefquelles
diviennent minces , à proportion de
l'extenfion qu'elles ont fouffert. Ces fortes
d'exoftofes font fufceptibles d'acquerir un
volume confidérable , leur intérieur eft
toujours rempli des fucs épanchés , & on .
obferve communément qu'elles font bor168
MERCURE DE FRANCE
nées à une certaine étendue de l'os. Le
refte du canal qui n'a point de part à la
maladie conferve l'état naturel . M. Houftet
rapporte au fujet de cette efpece d'exoftofes
plufieurs obfervations particulieres
qu'il compare à celles que nous ont fourni
les grands maîtres. Ces faits rapprochés
fervent à déterminer ce premier caractere
d'exoftofe.
Quand l'engorgement des fucs fe fait
entre les lames qui compofent la fubſtance
de l'os , elle fe gonfle : de compacte.
qu'elle étoit naturellement , elle devient
fpongieufe & cellulaire . M. Houftet a
trouvé ces cellules remplies de fucs blancs
médiocrement épais . Lorfque ces fucs ne
font point viciés , & qu'ils ne contractent
aucune altération acrimonieufe dans le
tiffu de l'os qu'ils diftendent , ils peuvent
paffer de l'état de fluidité à celui d'une induration
parfaite. C'eft précisément le cas
de ce tibia fans cavité que Ruifck avoit
rangé parmi fes curiofités anatomiques ,
& dont il fit fabriquer des manches de
couteaux & de fourchettes. M. Houftet ,
dont les obfervations fur la formation de
ces fortes de tumeurs font très-fuivies , remarque
que des circonstances accidentel--
les peuvent changer la terminaiſon de ces :
exoftofes ; car leur folidité vient de l'endurciffement
OCTOBRE. 1755. 169
durciffement des fucs qui s'épanchoient
peu-à-peu , & par une efpece de fuintement
entre les lames offeufes. Un épanchement
plus copieux , le mêlange d'autres
liqueurs avec le fuc nourricier , une nouvelle
caufe d'épanchement , telle qu'un
coup , une chute , &c. qui raffembleroit
de nouveaux fucs encore fluides avec des
fucs durcis & épanchés depuis long-tems
feroit prendre à cette maladie une terminaifon
différente .
Enfin il y a des exoftofes qui n'affectent
que l'extérieur de l'os ; elles font produires
par l'épaiffiffement du périofte tumefié ,
ou par les fucs nourriciers qui fe répandent
fur la furface de l'os. Elles font ordinairement
d'un volume médiocre , & leur
maffe eft folide. M. Houftet a fait connoî.
tre une nouvelle efpece d'exoftofes différentes
de toutes celles dont on avoit parlé
jufqu'à préfent , en ce qu'elle eft d'un volume
confidérable & creufe , appliquée
feulement fur le corps de l'os qui étoit à
peu de choſe près dans l'état naturel , &
repréfentant en quelque forte un crâne
vuide qui feroit appliqué par fa baſe ſur
le cylindre de l'os. La defcription de toutes
les particularités de cette exoftofe finguliere
feroit déplacée dans un extrait.
M. Houftet l'a fait d'une maniere fa-
'H
170 MERCURE DE FRANCE.
tisfaifante, & la démonſtration des parties
n'a rien laillé à defirer fur ce cas. L'exofto .
fe dont il s'agit étoit à la cuiffe . M. Houftet
donnoit fes foins à la perfonne qui en
étoit attaquée. C'étoit M. le Chevalier
de... Le commencement & le progrès de
la tumeur , les différens remedes qui furent
adminiftrés , tant par les perfonnes
de l'art que par des empiriques , & furtout
la différence des opinions qu'on a
eues fur cette maladie , rendent fort intéreffante
la relation que l'auteur en a
donné . L'examen judicieux des fignes qui
caractérisent les maladies avec lefquelles
on auroit pû confondre celle- ci , feront
des régles pour éviter de pareilles méprifes
. M. Houftet établiffant d'après plufieurs
obfervations de nouveaux fignes capables .
de fe conduire furement en pareil cas dans
la pratique , cette doctrine fera , dit- il , le
fruit des travaux de l'Académie , fi le
goût de la bonne obfervation , & l'efprit
d'émulation , & de recherche continuent
d'y fubfifter. M. Houftet a l'avantage de
donner en même tems le confeil &
l'exemple.
M. Ruffet fecond a fait part de deux
obfervations fur l'utilité des cauteres dans
la cure de l'épilepfie. Une Demoifelle de
dix- huit ans , qui avoit bien réguliéreOCTOBRE
. 1755. 171
ment fes évacuations périodiques , cut
une attaque d'épilepfie. Les faignées , les
purgations , les bains , les eaux de Balaruc
, n'empêcherent point une feconde attaque
environ un mois après la premiere ,
& la malade en eut de mois en mois
pendant deux ans, malgré tous les remédes
que l'on mit en ufage. M. Ruffet propofa
un cautere à la nuque. La malade confentit
à le porter au bras. Le premier accès reculé
de quatre mois fut moins violent que
ceux qui avoient précédé, & il ne fe forma
point d'écume autour de la bouche. Un
effet fi marqué fit demander l'application
d'un fecond cautere à l'autre bras , & la
malade a paffé neuf mois fans le moindre
reffentiment de fon mal . Surpriſe enfin
par une nouvelle attaque , plus légere
encore que les autres , elle fut foumife à
un troifiéme cautere , qu'on mit à une
jambe , & depuis ce tems il n'y a plus eu
d'accès d'épilepfie . Le bon effet des cauteres
multipliés eft prouvé par cette obfervation
. M. Ruffet en rapporte une autre
qui montre le danger de les fupprimer.
Un homme de foixante ans eut une
violente attaque d'épilepfie , qui fut fuivie
d'une autre quinze jours après , malgré
les remédes généraux dont on fit ufage
dans cet intervalle. L'application d'un
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
cautere retarda le troifiéme accès , & en
diminua les fymptomes . L'établiſſement
d'un fecond cautere ôta toute inquiétude
fur la récidive . Au bout de huit mois , le
malade fe croyant radicalement guéri, laiffa
fermer un de ces ulceres. Cette imprudence
fut marquée par le retour de l'épilepfie.
Dès le lendemain de cette dernière
attaque , M. Ruffet rétablit l'égoût dont
la fuppreffion avoit été nuifible ; & le malade
à vécu depuis fept années fans aucune
rechûte .
M. Louis fit enfuite la lecture d'un mémoire
fur les pierres urinaires formées
hors des voies naturelles de l'urine . Ce
cas préfente des circonstances affez variées,
dont il eft important d'être inftruit. Pour
la formation de ces pierres , il faut que
l'urine s'infiltre d'une maniere particuliere
dans les cellules du tiffu graiffeux qui
avoifine les réfervoirs & les conduits naturels
de cette liqueur. Un enfant de dix
ans avoit une tumeur douloureufe au périnée,
M. Louis dans l'examen qu'il en fit ,
trouva qu'elle étoit fituée fous une cicatrice
folide , veftige de l'opération de la
taille que cet enfant avoit foufferte deux
ans auparavant pour une pierre dans la
veffie. Cette tumeur fe termina par une
OCTOBRE. 1755. 173
ouverture à la peau , dans laquelle fe préfentoit
une concrétion pierreufe , & qui
permettoit la fortie de l'urine. M. Louis fit
l'extraction de cette pierre , qui étoit du
volume d'une groffe aveline. Il fentit avec
l'extrêmité boutonnée d'une fonde , que
toute la circonférence de l'efpace qu'avoit
occupé cette pierre , étoit fort dure , &
dans un des points la fonde portoit à nud
fur une concrétion calculeufe ; il fit en
conféquence mettre le malade en fituation
convénable. Il fit une incifion longitudinale
fur toute l'étendue de la tumeur jufqu'au
corps étranger , & il tira fucceffivement
fix petites pierres , dont la réunion
formeroit un corps du volume d'un noyau
de pêche. La cure ne fut point longue , les
panfemens étoient très-fimples , & ne tendoient
qu'à obtenir promptement la confolidation
de cette plaie. Il s'offrit cependant
quelques difficultés toutes les fois
que le malade rendoit fes urines , il en
paffoit une partie par la plaie. M. Louis
étoit bien für de n'avoir pas intéreffé le
canal de l'uretre dans fon opération ; &
la connoiffance de la caufe de la maladie
montroit affez que l'aretre étoit percé ,
l'infiltration de l'urine pour la formation
de ces pierres n'auroit pas eu lieu , s'il n'étoit
resté une fiftule intérieure au canal
Häj
174 MERCURE DE FRANCE .
de l'uretre. A la fuite de l'opération de la
taille faite deux ans auparavant , les bougies
avec les emplâtres fondans exciterent
de la fuppuration à l'orifice de cette filtule
, par la fonte des callofités , & procurerent
la confolidation intérieure .
Cette obfervation montre une maladie
nouvelle facile à prévenir , & contre laquelle
on n'a pris jufqu'ici aucune méfure :
l'on a toujours craint que les plaies faites
à l'uretre pour l'extraction de la pierre
ne reftaffent fiftuleufes , & cet accident
n'eft que trop commun dans la méthode
ancienne du grand appareil. M. Louis en
donne les raifons ; mais voici une espece
particuliere de fiſtule, une fiftule incomplette
, qu'on pourroit appeller borgne & interne
, en fe fervant de la dénomination ufitée
pour les fiftules de l'anus , qui ont une
ouverture dans le rectum fans iffue extérieure.
Cette obfervation eft de confé- .
quence dans la pratique , puifqu'elle prouve
évidemment que la parfaite confolidation
de la plaie des tégumens , après l'opération
de la taille , n'eft point une marque
certaine que l'intérieur de l'uretre foit
bien cicatrifé . On pourroit obtenir facilement
cette cicatrice parfaite par le moyen
des bougies , leur ufage en affurant une
guérifon folide empêcheroit cette infiltraOCTOBRE
. 1755. 175
tion lente de l'urine , qui pénétre en petite
quantité à la fois dans le tiffu cellulaire
, & qui en fe décompofant y produit
par la réunion de fes parties terref
tres & falines des concrétions pierrenfes ,
fufceptibles d'un accroisement confidérable.
Quoique les Auteurs n'ayent pas fait
une mention expreffe de ces fortes de cas ,
on trouve dans leurs écrits des faits ifolés ,
qui peuvent y être rapportés , & qui font
manifeftement de la même efpece. M.
Louis n'a pas négligé d'en faire la recher
che , & d'en faire ufage à propos dans fon
mémoire,pour prouver d'une maniere convaincante
que la formation des pierres
dans le tiffu cellulaire eft un accident confécutif
de l'opération de la taille . Une
obfervation communiquée à l'Académie ,
par M. le Gaigneau , Chirurgien à Coulanges
- la- Vineufe , près d'Auxerre , montre
qu'une pierre formée dans le tiffu cellulaire
a pu acquerir un volume monftrueux
& le poids de dix onces & demie.
Le malade l'a portée plus de trente ans , &
elle eft fortie d'elle-même , après avoir ufé
par fon poids les tégumens qui la recouvroient.
Après avoir levé par des faits incontef
tables tous les doutes qu'on pourroit avoir
Hiy
176 MERCURE DE FRANCE.
fur la fiftule incomplette & interne , que
M. Louis établit pour la caufe de l'infiltration
de l'urine , il recherche comment
cette fiftule peut fe former , & il en trouve
la caufe dans la maniere dont le fait
l'incifion dans le grand appareil ; il eft meme
furprenant , dit- il , que cette fiftule
intérieure n'arrive pas plus fouvent , ou
du moins que les faits qui la prouvent ne
foient pas plus connus . En effet , fuivant
la pratique reçue , l'incifion dans le grand
appareil , eft perpendiculaire , & fe fait à
côté du raphé parallelement. Cette incifion
ne peut être prolongée autant qu'on
le défireroit par rapport au rectum : il
faut donc pour pouvoir procurer la fortie
d'une pierre même médiocre , gagner par
en-haut pour la coupe des tégumens & de
l'uretre ; la peau du périnée eft tendue
& tirée vers l'os pubis par l'aide qui foutient
le fcrotum. Lorfque cette action.
ceffe , l'angle fupérieur de l'incifion des
tégumens fe rabbat , & couvre une partie
de l'incifion de l'uretre ; delà un accident
primitif affez commun , c'eft l'échymofe
du fcrotum. Il eſt donc démontré
que dans cette maniere d'opérer l'angle
fupérieur de l'incifion des tégumens ne
correfpond point à la partie fupérieure de
Pincifion de l'uretre ; celle - ci est tou
OCTOBRE. 1755. 177
jours plus haute ; c'eft pourquoi la cicatrice
du haut de la plaie des tégumens ne
confolide point l'angle fupérieur de l'inci
fion faite à l'urethre : Ainfi , lorfqu'on
croit la plaie parfaitement guérie , il refte
une folution de continuité intérieure .
Voilà , dit M. Louis , le point par où l'urine
s'infinue dans les cellules du tiffu qui
avoifine l'uretre ; c'eft là la caufe de la
fiftule intérieure & des concrétions calculeufes
, qui fe forment confécutivement
hors des voies naturelles de l'urine . Pour
prévenir cet accident , il fuffiroit , dir
l'auteur , d'avoir recours aux bougies après
la guérifon apparente des taillés , afin de
la rendre radicale par la parfaite confolidation
de la plaie intérieure .
Après avoir expliqué comment la méthode
du grand appareil donne lieu aux
fiftules complettes , M. Louis dit que cette
opération devroit être entierement abandonnée
, fes réflexions découvrent dans
cette maniere d'opérer des inconvéniens
lefquels mis en parallele avec les avantages
de la taille latérale , donnent à celleci
la prééminence qu'elle mérite.
Quoique l'objet principal de l'auteur
ait été de parler des pierres formées hors
des voies naturelles de l'urine , comme
accident confécutif de l'opération de la
HW
178 MERCURE DE FRANCE.
taille , il traite de la production de pareilles
pierres en des perfonnes qui n'avoient
point été foumifes à la lithotomie.
On fçait que l'urine peut fe frayer des
routes extraordinaires par différentes caufes
, & que par-tout où elle peut féjourner
, elle eft très- difpofée à former des
concrétions , fur- tout lorfqu'elle charrie
des parties graveleufes : cela fe voit dans
les fiftules urinaires. M. Louis en rapporte
plufieurs exemples , & il en tire des
conféquences utiles pour la pratique. Les
pierres font des corps étrangers dont il
faut faire l'extraction ; c'eft un principe général
, mais dans un cas où il y a des fiftules
, M. Louis penfe que ce n'eft pas cette
indication qu'il importe de fuivre en premier
lieu. Il lui paroît plus avantageux de
procurer d'abord un cours libre à l'urine
par une feule iffue , foit en rétabliffant le
conduit naturel dans fes fonctions par l'ufage
méthodique des bougies appropriées
au cas , foit en faifant une incifion au périnée
pour porter une canulle dans la veffie
, afin que l'urine forte directement &
ceffe de fe porter dans tous les finus fiftuleux.
Le premier parti eft le plus doux , &
par conféquent il eft préférable , s'il peut
avoir du fuccès. Quelque parti qu'on prenne
, ce ne fera qu'après avoir procuré une
OCTOBRE . 1755. 179
voie unique pour la fortie de l'urine qu'on
doit penfer à faire l'extraction des concrétions
calculeufes. Leur fituation peut
exiger beaucoup d'habileté de la part du
Chirurgien , & une grande préfence des
connoiffances anatomiques pour pénétrer
dans le fond de ces fiftules à travers des
parties délicates qu'il faut ménager : c'eft
dans ces cas que l'habitude ne peut conduire
la main. Les opérations qui y conviennent
n'ont aucune place ni aucune
étendue fixée par les préceptes. Les fecours
de la main doivent être déterminés par la
néceffité des circonftances dont on ne peut
exprimer les variations . On peut conclure
de tout ceci que dans l'exercice de la Chirurgie
il ne fuffit pas d'avoir des hommes
qui ne fçavent marcher que dans les routes
qui leur ont été frayées. On voit auſſi
combien s'abufent ceux qui , fans avoir
égard à la diverfité prefque infinie des
circonftances , s'arrêtent dans leurs recherches
par la confiance qu'ils ont en un
inftrument ou invention particuliere , par
laquelle ils croient que toutes les difficultés
d'une opération font applanies ; comme
s'il étoit poffible de fe perfuader qu'on
peur à fi peu de frais rendre court & facile
un art que les plus grands génies ont
trouvé long & difficile.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. Dubertrand a terminé la féance
par
la lecture d'une obfervation fur un coup
d'épée qui a percé le diaphragme & l'eftomach.
Tout le monde connoît le danger
des bleffures des parties intérieures ; celles
de l'eftomach ont toujours été mifes au
nombre des plaies mortelles , quoiqu'elles
ne le foient pas néceffairement. Les foins.
d'un habile Chirurgien peuvent être efficaces
pour combattre les fymptomes de ces
fortes de plaies , & prévenir les accidens.
fâcheux qui pourroient en résulter.
Un homme de quarante ans, échauffé par
le vin , reçut un coup d'épée entre la derniere
des vraies côtes & la premiere des.
fauffes près de leurs portions cartilagineufes
du côté gauche ; il fit environ deux.
cens pas à la pourfuite de fon ennemi &
tomba fans connoiffance. Tranfporté chez
lui , il eut des convulfions violentes qui
ne cefferent qu'après lui avoir ferré le ventre
avec une ferviete , fecours qu'il avoit
demandé de lui -même avec inftance . M. Dubertrand
qui vit le malade une heure après
l'accident , le trouva couvert d'une fueur.
froide avec un pouls petit , concentré &
intermittent. La refpiration étoit laborieufe
; un hoquet affez fréquent , le vifage:
tiré & les yeux éteints menaçoient d'une
mort prochaine. Le ventre étoit extraordiOCTOBRE.
1755. 181
nairement dur & élevé. Pour vifiter la
plaie , on ôta la ferviete qui comprimoit
le ventre. Les mouvemens convulfifs fe renouvellerent
avec force. M. Dubertrand
fit prendre au malade quelques grains de
tartre émétique. Le vomiffement que ce
remede procura , fit rendre avec des alimens
non digérés plufieurs caillots de fang,
dont on eftima le poids de vingt onces , &
le malade en rendit environ dix onces par
en bas. La convulfion ceffa après cette évacuation
. La fituation de la plaie , fa direction
& les divers fymptomes qui fe manifeftoient
, firent juger que le diaphragme
avoit été bleffé auffi-bien que l'eftomach.
Le pouls s'étant un peu relevé , le malade
fur faigné quatorze fois pendant les deux
premiers jours chaque faignée n'étoit
que de deux paletes. La prudence ne permettoit
pas de plus grandes évacuations ,
parce que le malade tomboit en fyncope.
Les fomentations émollientes fur le basventre
, en relâcherent les parties. Une
boiffon rendue aigrelette par l'effence de
Rabel appaifoit la foif du bleffé , qui ne
prenoit par la bouche que quelques cueillerées
de cette tifanne & d'une eau de
poulet très- légere. Le troifiéme jour après
la feizieme faignée le malade tomba en
foibleffe , & rendit par les felles une gran
182 MERCURE DE FRANCE.
de quantité de matieres féreufes & foetides.
Quelques gouttes de Lilium dans de l'eau
de plantain , foutenoient artificiellement .
les forces du malade , qu'on tâchoit de réparer
en même tems par des lavemens
nourriffans. La nuit du au 10 le malade ,
fans confulter perfonne , mangea une petite
foupe dont il fut fort incommodé , &
qu'il vomit avec un peu de fang. Le lendemain
matin la fievre revint , ce qui fit
recourir encore à la faignée. Cet orage
étant calmé , on mit le malade par dégrés
aux bouillons nourriffans , à là gelée de
viande , & à la crême de ris. I prenoit
fenfiblement des forces , lorfque fans caufe
manifefte , il lui furvint le 17 une fievre
confidérable , des hoquets fréquens , une
toux violente & une espece de phrénéfie.
Deux faignées & des potions antifpafmodiques
calmerent ces accidens. Depuis , le
malade parut chaque jour fe rétablir ; il
prit des alimens folides par degrés , & le
33° jour il vacqua à fes exercices ordinaires
fans aucune incommodité.
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Résumé : Suite de la Séance publique de l'Académie de Chirurgie.
Lors d'une séance publique de l'Académie de Chirurgie, plusieurs observations médicales ont été présentées. M. Pipelet a rapporté la cure d'une hernie crurale avec gangrène chez une patiente de 42 ans en 1726. La hernie, apparue après un effort physique, s'était étranglée en 1738, nécessitant une intervention chirurgicale. M. Pipelet et M. Guerin ont débridé l'arcade crurale pour soulager l'étranglement. La patiente a survécu et, après une convalescence, a retrouvé un trajet naturel pour les matières fécales. Quinze ans plus tard, elle jouissait d'une bonne santé. M. Houftet a lu un mémoire sur les exostoses bénignes des os cylindriques, des excroissances osseuses causées par diverses maladies ou traumatismes. Il a distingué plusieurs types d'exostoses en fonction de leur localisation et de leur origine, illustrant ses propos par des observations cliniques. M. Ruffet a partagé deux observations sur l'utilisation des cautères dans le traitement de l'épilepsie. Dans le premier cas, une jeune fille de 18 ans a vu ses crises épileptiques diminuer et cesser après l'application de cautères. Dans le second cas, un homme de 60 ans a connu une rémission de son épilepsie grâce à des cautères, mais a rechuté après avoir cessé leur utilisation. M. Louis a discuté des pierres urinaires formées en dehors des voies naturelles, souvent consécutives à une opération de la taille. La cause identifiée est une fistule intérieure dans l'urètre, résultant d'une cicatrisation incomplète. Cette fistule permet l'infiltration lente de l'urine dans les tissus cellulaires, favorisant la formation de concrétions calculeuses. M. Louis critique la méthode ancienne du grand appareil, qui ne permet pas une cicatrisation parfaite de l'urètre, et recommande l'utilisation de bougies pour assurer une consolidation intérieure après l'opération. Il propose également la taille latérale pour éviter ces complications et insiste sur l'importance de rétablir un cours libre à l'urine avant d'envisager l'extraction des concrétions. Enfin, M. Dubertrand a rapporté un cas de coup d'épée ayant percé le diaphragme et l'estomac, soulignant les soins nécessaires pour traiter de telles blessures.
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15
p. 222-225
CHIRURGIE. Lettre qui prouve les progrès de l'avantage du Lithotome caché, pour l'opération de la pierre.
Début :
Monsieur & très-cher frere, permettez que je vous fasse mes très-humbles [...]
Mots clefs :
Opération, Lithotome, Nouvelle méthode, Maladie de la pierre, Succès, Chirurgien-Major de l'hôpital militaire, Chirurgien-Major du régiment de Bourbonnois
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. Lettre qui prouve les progrès de l'avantage du Lithotome caché, pour l'opération de la pierre.
CHIRURGIE.
LETTRE qui prouve les progrès de l'avantage
du Lithotome caché , pour l'opération de la
pierre.
Monfieur & très-cher frere , permettez que je
vous faffe mes très- humbles remerciemens de ce
que vous avez bien voulu m'envoyer vos inftrumens
pour la taille. J'avois pratiqué cette opération
avec le biftouri de M. Sechelden avec quelques
fuccès ; mais votre méthode m'ayant parue
fupérieure par le grand nombre d'épreuves que
j'avois faites fur les cadavres avec votre Lithoto
me , je pris le parti d'en injecter plufieurs , & da
repéter ces mêmes épreuves : elles me donnerent
lieu de me convaincre de plus en plus qu'elle
étoit préférable à toutes les autres . En effet , elle
xéunit les trois circonftances qui font la perfection,
JUI N. 1756 .
223
de nos opérations. Par votre méthode , on opere
sûrement , promptement & agréablement. On
opere sûrement ; j'ai vu ou j'ai taillé plus de 200
cadavres fans trouver une ligne de variation dans
la fection des parties. Cette fection eft toujours
rélative au degré d'écartement donné à votre Lithotome
.
L'opération fe fait promptement , en ce que
l'extraction fuit de fi près l'incifion , qu'à peine les
fpectateurs s'en apperçoivent.
L'opération fe fait agréablement ; car il n'en
réfulte qu'une plaie fimple , qui ne demande que
la réunion qui fe fait en peu de jours & prefque
fans aucun panfement . L'hiftoire fuivante va donner
un témoignage de cette vérité.
Le nommé Billon , dit la Violette , Soldat au
Régiment de Bourbonnois , Compagnie de Turenne
, âgé de 20 ans , entra dans l'Hôpital Militaire
de cette Place le 24 Mars dernier. Ses infirmités
étoient nombreuſes : outre un rhume de
poitrine & un cours de ventre , il reffentoit des
douleurs fourdes & inquiétantes dans les régions
iliaques ; il avoit de plus une incontinence d'urine
qu'il portoit depuis 12 ans . Lorfque fon rhume
& fon cours de ventre furent appaifés , j'examinai
s'il n'y avoit point de caufe qui entretînt l'écoulement
involontaire des urines , qui me parurent
chargées de quantité de glaires. Je l'interrogeai,
fur les fymptomes de la pierre , & quoiqu'il me
dit avoir été fondé en différens tems fans qu'on
s'en fût apperçu , j'eus la curiofité de le fonder à
mon tour. A peine ma fonde eut - elle pénétré dans
la veffie , qu'elle frappa un corps dur qui me fit
connoître l'exiſtence d'une pierre . Le malade défirant
en être débarraffé , il me preffa de lui en faire
l'extraction : je fis avertir pour cet effet M. Dageft,
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
fon Chirurgien - Major ; M. Chaftanet , Maftre en
Chirurgie , Correfpondant de l'Académie Royale
de Chirurgie & Aide -Major dudit Hôpital ; Meffieurs
Prevoft & Warrocquier , Maîtres en Chirurgie
de cette Ville. Ces Meffieurs fe rendirent à
l'Hôpital le 29 d'Avril dernier , jour indiqué pour
l'opération. Je plaçai le malade dans la fituation
horizontale , & portai mon Lithotome au treizie-`
me degré d'écartement. L'opération fut faite avec
la plus grande promptitude : je tirai une pierre
ovale, plus longue que groffe , du poids d'une once
& un gros. Les urines commencerent à paffer par
les voies naturelles le troifieme jour , & le 15 la
plaie fut entiérement cicatrifée. Son incontinence
d'urine n'a plus eu lieu depuis le moment de l'extraction.
Je dois vous faire obferver que le malade
n'a pas fouffert le moindre accès de fievre .
Je vous ferois bien obligé de faire inférer ma
Lettre dans le Mercure. Je n'ai rien plus à coeur
que de faire connoître au Public ma façon de
penfer fur votre admirable Inftrument , & de pouvoir
vous convaincre qu'on ne peut être avec un
plus fincere attachement , &c.
Planeque , Chirurgien- Major de l'Hôpital
Militaire.
Nous fouffignés , certifions , que M. Planeque
nous a repréſenté fon taillé , & enfuite lu la préfente
Lettre écrite au Frere Côme , laquelle contient
la vérité de tout ce qui s'eft paffé . Ce que
nous promettons affirmer de nouveau fi nous en
fommes requis. Fait à l'Hôpital Militaire de Lille ,
ce 15 Mai 1756. L. Chastanet.
Dageft , Chirurgien- Major du Régiment de
Bourbonnois. L. E. Prevêt , A. Warocquier.
JUIN. 1756. 225
Je viens d'apprendre que M Maifonfort , Maître
Chirurgien à Tournay , a traité heureuſement
avec le Lithotome , & c.
LETTRE qui prouve les progrès de l'avantage
du Lithotome caché , pour l'opération de la
pierre.
Monfieur & très-cher frere , permettez que je
vous faffe mes très- humbles remerciemens de ce
que vous avez bien voulu m'envoyer vos inftrumens
pour la taille. J'avois pratiqué cette opération
avec le biftouri de M. Sechelden avec quelques
fuccès ; mais votre méthode m'ayant parue
fupérieure par le grand nombre d'épreuves que
j'avois faites fur les cadavres avec votre Lithoto
me , je pris le parti d'en injecter plufieurs , & da
repéter ces mêmes épreuves : elles me donnerent
lieu de me convaincre de plus en plus qu'elle
étoit préférable à toutes les autres . En effet , elle
xéunit les trois circonftances qui font la perfection,
JUI N. 1756 .
223
de nos opérations. Par votre méthode , on opere
sûrement , promptement & agréablement. On
opere sûrement ; j'ai vu ou j'ai taillé plus de 200
cadavres fans trouver une ligne de variation dans
la fection des parties. Cette fection eft toujours
rélative au degré d'écartement donné à votre Lithotome
.
L'opération fe fait promptement , en ce que
l'extraction fuit de fi près l'incifion , qu'à peine les
fpectateurs s'en apperçoivent.
L'opération fe fait agréablement ; car il n'en
réfulte qu'une plaie fimple , qui ne demande que
la réunion qui fe fait en peu de jours & prefque
fans aucun panfement . L'hiftoire fuivante va donner
un témoignage de cette vérité.
Le nommé Billon , dit la Violette , Soldat au
Régiment de Bourbonnois , Compagnie de Turenne
, âgé de 20 ans , entra dans l'Hôpital Militaire
de cette Place le 24 Mars dernier. Ses infirmités
étoient nombreuſes : outre un rhume de
poitrine & un cours de ventre , il reffentoit des
douleurs fourdes & inquiétantes dans les régions
iliaques ; il avoit de plus une incontinence d'urine
qu'il portoit depuis 12 ans . Lorfque fon rhume
& fon cours de ventre furent appaifés , j'examinai
s'il n'y avoit point de caufe qui entretînt l'écoulement
involontaire des urines , qui me parurent
chargées de quantité de glaires. Je l'interrogeai,
fur les fymptomes de la pierre , & quoiqu'il me
dit avoir été fondé en différens tems fans qu'on
s'en fût apperçu , j'eus la curiofité de le fonder à
mon tour. A peine ma fonde eut - elle pénétré dans
la veffie , qu'elle frappa un corps dur qui me fit
connoître l'exiſtence d'une pierre . Le malade défirant
en être débarraffé , il me preffa de lui en faire
l'extraction : je fis avertir pour cet effet M. Dageft,
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
fon Chirurgien - Major ; M. Chaftanet , Maftre en
Chirurgie , Correfpondant de l'Académie Royale
de Chirurgie & Aide -Major dudit Hôpital ; Meffieurs
Prevoft & Warrocquier , Maîtres en Chirurgie
de cette Ville. Ces Meffieurs fe rendirent à
l'Hôpital le 29 d'Avril dernier , jour indiqué pour
l'opération. Je plaçai le malade dans la fituation
horizontale , & portai mon Lithotome au treizie-`
me degré d'écartement. L'opération fut faite avec
la plus grande promptitude : je tirai une pierre
ovale, plus longue que groffe , du poids d'une once
& un gros. Les urines commencerent à paffer par
les voies naturelles le troifieme jour , & le 15 la
plaie fut entiérement cicatrifée. Son incontinence
d'urine n'a plus eu lieu depuis le moment de l'extraction.
Je dois vous faire obferver que le malade
n'a pas fouffert le moindre accès de fievre .
Je vous ferois bien obligé de faire inférer ma
Lettre dans le Mercure. Je n'ai rien plus à coeur
que de faire connoître au Public ma façon de
penfer fur votre admirable Inftrument , & de pouvoir
vous convaincre qu'on ne peut être avec un
plus fincere attachement , &c.
Planeque , Chirurgien- Major de l'Hôpital
Militaire.
Nous fouffignés , certifions , que M. Planeque
nous a repréſenté fon taillé , & enfuite lu la préfente
Lettre écrite au Frere Côme , laquelle contient
la vérité de tout ce qui s'eft paffé . Ce que
nous promettons affirmer de nouveau fi nous en
fommes requis. Fait à l'Hôpital Militaire de Lille ,
ce 15 Mai 1756. L. Chastanet.
Dageft , Chirurgien- Major du Régiment de
Bourbonnois. L. E. Prevêt , A. Warocquier.
JUIN. 1756. 225
Je viens d'apprendre que M Maifonfort , Maître
Chirurgien à Tournay , a traité heureuſement
avec le Lithotome , & c.
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Résumé : CHIRURGIE. Lettre qui prouve les progrès de l'avantage du Lithotome caché, pour l'opération de la pierre.
Dans une lettre adressée à son frère, M. Planeque, Chirurgien-Major de l'Hôpital Militaire, décrit les avantages du lithotome caché pour l'opération de la pierre. Initialement, Planeque utilisait le bistouri de M. Sechelden avec succès, mais après de nombreuses expériences sur des cadavres, il a préféré le lithotome conçu par son frère. Cette méthode présente trois principaux avantages : la sécurité, la rapidité et le confort. L'opération est sûre car elle ne présente aucune variation dans la section des parties, rapide car l'extraction suit de près l'incision, et agréable car elle ne laisse qu'une plaie simple se cicatrisant rapidement. La lettre relate également le cas du soldat Billon, âgé de 20 ans, souffrant de diverses affections, dont une incontinence d'urine depuis 12 ans. Après avoir diagnostiqué une pierre dans la vessie, Planeque a effectué l'opération avec succès le 29 avril 1756, en présence de plusieurs chirurgiens. La pierre, pesant une once et un gros, a été extraite promptement, et le patient a récupéré sans fièvre ni incontinence ultérieure. La plaie était cicatrisée au bout de 15 jours. Planeque souhaite que cette lettre soit publiée pour témoigner de l'efficacité du lithotome. La lettre est certifiée par plusieurs chirurgiens présents lors de l'opération.
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16
p. 258-260
EFFET miraculeux, opéré par le Baume de vie de M. Le Lievre, Distillateur ordinaire du Roi, à Paris. Relation curieuse & véritable de Jeanne Pierrette, fille légitime d'Anatoile Michel, originaire de Mignovillard en Montagne, Recteur d'Ecole à Domblans ; & de Marie-Therese Guillaume, son épouse, Diocèse de Besançon, Baillage de Lons-le-Saunier.
Début :
Ladire Jeanne-Pierrette Michel, âgée pour lors de quinze ans, qu'elle passa [...]
Mots clefs :
Tristesse, Mutisme, Arrêt de l'alimentation, Bouillon, Maladie, Odeur, Hôpital, Médecins, Opération, Baume de vie, Guérison, Santé, Cure, Certificats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EFFET miraculeux, opéré par le Baume de vie de M. Le Lievre, Distillateur ordinaire du Roi, à Paris. Relation curieuse & véritable de Jeanne Pierrette, fille légitime d'Anatoile Michel, originaire de Mignovillard en Montagne, Recteur d'Ecole à Domblans ; & de Marie-Therese Guillaume, son épouse, Diocèse de Besançon, Baillage de Lons-le-Saunier.
EFFET miraculeux , opéré par le Baume de vie de
M. LE LIEVRE , Diſtillateur ordinaire du Roi ,
à Paris.
Relation curieufe & véritable de Jeanne Pierrette ,
fille légitime d'Anatoile Michel , originaire de
Mignovillard en Montagne , Recteur d'Ecole à
Domblans ; & de Marie- Therefe Guillaume ,
fon épouse , Diocèse de Besançon , Bailliage de
Lons-le- Saunier.
Ladire Jeanne- Pierrette Michel , âgée pour lors
de quinze ans , qu'elle paffa avec fa grand- mere
maternelle . Cette derniere vint à mourir ; elle fut
fi affligée de la mort de cette grand- mere , qu'elle
fut pendant fix mois à pleurer jours & nuits : pendant
tout ce tems- là , elle ne prit aucune nourri
ture que celle que l'on auroit fait prendre à un
enfant d'un an. On la ramena chez fon pere , à
quelques lieues de là ; elle fut toujours auffi affligée
qu'auparavant ; elle perdit dès ce moment
l'ufage de la parole : elle refta dans cet état
cinq ans & demi fans prendre aucune nourriture,
toutes les fonctions du corps humain étant interdites
; l'on faifoit cependant ce que l'on pouvoit
pour lui faite avaler par force quelques gouttes de
bouillon tous les deux ou trois jours , quelquefois
quinze & même plus : & l'on s'accoutuma fi
fort à la voir dans cet état- la , que l'on n'y faifoit
prèfque plus d'attention ; le pere & la mere s'éAVRIL
1760. 259
tant ruinés pour tâcher de la tirer d'affaire , mais
inutilement. Elle étoit continuellement dans une
grande fueur , exhalant une odeur qui infectoit ,
les yeux chaffieux , & écumant par la bouche :
voilà l'état de fa maladie, pendant lefdits cinq ans
& demi.
On la mena au Saint Suaire à Besançon , auquel
on l'avoit vouée ; l'on le lui fit toucher , &
elle fe frotta les yeux avec la main gauche : voilà
uniquement le feul figne de vie qu'elle ait donné
pendant toute fa maladie.
On la tranfporta à l'Hôpital dudit Besançon ,
où elle refta quatre mois , ne prenant toujours
que quelques gouttes de bouillon.
Meffieurs les Médecins & Chirurgiens de la
Ville de Befançon & des environs , s'affemblerent
& la vifiterent , fans qu'ils puffent lui apporter le
moindre foulagement ; ce qui les détermina à
faire plufieurs épreuves pour fçavoir fi elle avoit
encore de la fenfibilité ; & pour cela , ils lui percerent
la main avec une épingle d'argent , d'outre
en outre , fans qu'ils fe foient apperçus d'aucune
émotion on fit la même opération dans une
veine du côté gauche , fans qu'il en fortît ni fang
ni aucune humidité de quelque efpéce que ce
fût, On lui fondit de la cire d'Espagne fur le
front & fur le menton ; on lui brûlà la joue avec
de la chandelle allumée , & les pieds avec des charbons
ardens,fans qu'elle parût fenfible à tout cela .
Son pere, voyant l'inutilité de la laiffer davantage à
Befançon , alla la rechercher & la ramena chez lui
à Domblans , où elle reſta dans cette fituation
encore quatre mois ; après lequel tems Madame
la révérende Dame Abbeffe de la Royale Abbaye
de Château Châlons , qui l'avoit été voir plufieurs
fois avec fes Dames , dit un jour ; j'ai bien envie
de lui envoyer une bouteille de Baume de vie
260 MERCURE DE FRANCE.
(
"
fait par M. le Lievre , à Paris ; ce qu'elle exécuta
le lendemain avec la façon de s'en fervir. On
lui en donna pour la premiere fois quelques
gouttes dans une cueillerée de bouillon ; peu après
elle fit un mouvement de la tête & des bras 5
elle rendit avec abondance une matière jaune
par la bouche , comme de la bile : l'on continua
à lui faire prendre de ce Baume de M. le Lievre
jufqu'à trois fois , un peu plus amplement. A la
feconde fois , elle s'affit fur fon lit , & à la troifiéme
fois , elle fe leva & marcha par la chambres
& regardant , d'un air fort étonné , elle commença
à fe plaindre & à parler . Sa mere lui
ayant demandé ce qu'elle regardoit , elle lui répondit
qu'elle n'en fçavoit rien , mais que l'on
lui fit venir M. Mourrau , pour lors Vicaire à
Domblans , pour ſe confeffer à lui ; ce qui s'exécuta
: & de jours en jours elle prenoit plus de
nourriture & par conféquent plus de force , au
point qu'elle partit trois heures avant le jour de
chez fon pere le lendemain de Noël dernier
iucognitò , pour aller à quatre lieues de là , dans
la maison où étoit morte fa grand - mere ; où elle
vit & travaille actuellement comme une autre .
Nota , qu'elle ne le fouvient nullement de tout
ce qui lui eft arrivé pendant tout le cours de fa
maladie , & qu'elle n'a pas ufé à beaucoup près ,
toute la bouteille de Baume de vie de M. le
Lievre , qui n'étoit pas bien grande.
du
La préfente cure eft conftatée par les certificats
pere de la malade , des Echevins & habitans
de Domblans , fignés Michel pere , le Mouillard ,
Vicaire à Domblans , Guillermet , Claude- François
Duard , & Hugues Rougnon , Echevins ;
Beaupoil , Notaire & Procureur d'Office , J.J.
Gallion , M. Pujet , J. Duard , P. Duard , C. P.
Pernet , J. Pujet , H. Ardet , J. M. Defgrès , &c.
M. LE LIEVRE , Diſtillateur ordinaire du Roi ,
à Paris.
Relation curieufe & véritable de Jeanne Pierrette ,
fille légitime d'Anatoile Michel , originaire de
Mignovillard en Montagne , Recteur d'Ecole à
Domblans ; & de Marie- Therefe Guillaume ,
fon épouse , Diocèse de Besançon , Bailliage de
Lons-le- Saunier.
Ladire Jeanne- Pierrette Michel , âgée pour lors
de quinze ans , qu'elle paffa avec fa grand- mere
maternelle . Cette derniere vint à mourir ; elle fut
fi affligée de la mort de cette grand- mere , qu'elle
fut pendant fix mois à pleurer jours & nuits : pendant
tout ce tems- là , elle ne prit aucune nourri
ture que celle que l'on auroit fait prendre à un
enfant d'un an. On la ramena chez fon pere , à
quelques lieues de là ; elle fut toujours auffi affligée
qu'auparavant ; elle perdit dès ce moment
l'ufage de la parole : elle refta dans cet état
cinq ans & demi fans prendre aucune nourriture,
toutes les fonctions du corps humain étant interdites
; l'on faifoit cependant ce que l'on pouvoit
pour lui faite avaler par force quelques gouttes de
bouillon tous les deux ou trois jours , quelquefois
quinze & même plus : & l'on s'accoutuma fi
fort à la voir dans cet état- la , que l'on n'y faifoit
prèfque plus d'attention ; le pere & la mere s'éAVRIL
1760. 259
tant ruinés pour tâcher de la tirer d'affaire , mais
inutilement. Elle étoit continuellement dans une
grande fueur , exhalant une odeur qui infectoit ,
les yeux chaffieux , & écumant par la bouche :
voilà l'état de fa maladie, pendant lefdits cinq ans
& demi.
On la mena au Saint Suaire à Besançon , auquel
on l'avoit vouée ; l'on le lui fit toucher , &
elle fe frotta les yeux avec la main gauche : voilà
uniquement le feul figne de vie qu'elle ait donné
pendant toute fa maladie.
On la tranfporta à l'Hôpital dudit Besançon ,
où elle refta quatre mois , ne prenant toujours
que quelques gouttes de bouillon.
Meffieurs les Médecins & Chirurgiens de la
Ville de Befançon & des environs , s'affemblerent
& la vifiterent , fans qu'ils puffent lui apporter le
moindre foulagement ; ce qui les détermina à
faire plufieurs épreuves pour fçavoir fi elle avoit
encore de la fenfibilité ; & pour cela , ils lui percerent
la main avec une épingle d'argent , d'outre
en outre , fans qu'ils fe foient apperçus d'aucune
émotion on fit la même opération dans une
veine du côté gauche , fans qu'il en fortît ni fang
ni aucune humidité de quelque efpéce que ce
fût, On lui fondit de la cire d'Espagne fur le
front & fur le menton ; on lui brûlà la joue avec
de la chandelle allumée , & les pieds avec des charbons
ardens,fans qu'elle parût fenfible à tout cela .
Son pere, voyant l'inutilité de la laiffer davantage à
Befançon , alla la rechercher & la ramena chez lui
à Domblans , où elle reſta dans cette fituation
encore quatre mois ; après lequel tems Madame
la révérende Dame Abbeffe de la Royale Abbaye
de Château Châlons , qui l'avoit été voir plufieurs
fois avec fes Dames , dit un jour ; j'ai bien envie
de lui envoyer une bouteille de Baume de vie
260 MERCURE DE FRANCE.
(
"
fait par M. le Lievre , à Paris ; ce qu'elle exécuta
le lendemain avec la façon de s'en fervir. On
lui en donna pour la premiere fois quelques
gouttes dans une cueillerée de bouillon ; peu après
elle fit un mouvement de la tête & des bras 5
elle rendit avec abondance une matière jaune
par la bouche , comme de la bile : l'on continua
à lui faire prendre de ce Baume de M. le Lievre
jufqu'à trois fois , un peu plus amplement. A la
feconde fois , elle s'affit fur fon lit , & à la troifiéme
fois , elle fe leva & marcha par la chambres
& regardant , d'un air fort étonné , elle commença
à fe plaindre & à parler . Sa mere lui
ayant demandé ce qu'elle regardoit , elle lui répondit
qu'elle n'en fçavoit rien , mais que l'on
lui fit venir M. Mourrau , pour lors Vicaire à
Domblans , pour ſe confeffer à lui ; ce qui s'exécuta
: & de jours en jours elle prenoit plus de
nourriture & par conféquent plus de force , au
point qu'elle partit trois heures avant le jour de
chez fon pere le lendemain de Noël dernier
iucognitò , pour aller à quatre lieues de là , dans
la maison où étoit morte fa grand - mere ; où elle
vit & travaille actuellement comme une autre .
Nota , qu'elle ne le fouvient nullement de tout
ce qui lui eft arrivé pendant tout le cours de fa
maladie , & qu'elle n'a pas ufé à beaucoup près ,
toute la bouteille de Baume de vie de M. le
Lievre , qui n'étoit pas bien grande.
du
La préfente cure eft conftatée par les certificats
pere de la malade , des Echevins & habitans
de Domblans , fignés Michel pere , le Mouillard ,
Vicaire à Domblans , Guillermet , Claude- François
Duard , & Hugues Rougnon , Echevins ;
Beaupoil , Notaire & Procureur d'Office , J.J.
Gallion , M. Pujet , J. Duard , P. Duard , C. P.
Pernet , J. Pujet , H. Ardet , J. M. Defgrès , &c.
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Résumé : EFFET miraculeux, opéré par le Baume de vie de M. Le Lievre, Distillateur ordinaire du Roi, à Paris. Relation curieuse & véritable de Jeanne Pierrette, fille légitime d'Anatoile Michel, originaire de Mignovillard en Montagne, Recteur d'Ecole à Domblans ; & de Marie-Therese Guillaume, son épouse, Diocèse de Besançon, Baillage de Lons-le-Saunier.
Le texte raconte l'histoire de Jeanne Pierrette Michel, une jeune fille de quinze ans originaire de Mignovillard en Montagne. Après le décès de sa grand-mère maternelle, Jeanne fut profondément affectée et cessa de parler et de s'alimenter normalement. Pendant cinq ans et demi, elle ne consomma aucune nourriture, à l'exception de quelques gouttes de bouillon forcées. Elle était continuellement fiévreuse, exhalait une odeur infecte, et présentait des yeux chassieux ainsi qu'une écume à la bouche. Jeanne fut transportée à l'Hôpital de Besançon, où elle resta quatre mois sans montrer d'amélioration. Les médecins et chirurgiens tentèrent diverses épreuves pour vérifier sa sensibilité, mais sans succès. Son père la ramena alors à Domblans. Madame la révérende Dame Abbesse de la Royale Abbaye de Château Châlons décida de lui envoyer une bouteille de Baume de vie fabriqué par M. le Lievre, distillateur du Roi à Paris. Après avoir pris ce baume, Jeanne montra des signes de récupération : elle rendit une matière jaune, se leva, marcha et recommença à parler. Elle reprit des forces et retourna travailler. La guérison de Jeanne est attestée par plusieurs certificats, incluant ceux de son père, des échevins et habitants de Domblans, ainsi que du vicaire et d'autres notables.
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16
EFFET miraculeux, opéré par le Baume de vie de M. Le Lievre, Distillateur ordinaire du Roi, à Paris. Relation curieuse & véritable de Jeanne Pierrette, fille légitime d'Anatoile Michel, originaire de Mignovillard en Montagne, Recteur d'Ecole à Domblans ; & de Marie-Therese Guillaume, son épouse, Diocèse de Besançon, Baillage de Lons-le-Saunier.
17
p. 114-118
CHIRURGIE. EXTRAIT de deux Lettres de M. DUMONT fils, Lithotomiste à Bruxelles, à M. LE CAT, Ecuyer Sécretaire perpétuel de l'Académie des Sciences de Rouen, &c. sur la méthode de tailler de ce dernier.
Début :
MONSIEUR, Si la seule inspection de votre gorgeret cistitôme ( * ) nous a épris en sa [...]
Mots clefs :
Cystitome, Instrument, Gorgeret, Méthode, Opération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. EXTRAIT de deux Lettres de M. DUMONT fils, Lithotomiste à Bruxelles, à M. LE CAT, Ecuyer Sécretaire perpétuel de l'Académie des Sciences de Rouen, &c. sur la méthode de tailler de ce dernier.
CHIRURGIE.
EXTRAIT de deux Lettres de M.
DUMONT fils , Lithotomifte à
Bruxelles , à M. LE CAT , Ecuyer
Sécretaire perpétuel de l'Académie
des Sciences de Rouen , & c. fur la
méthode de tailler de ce dernier.
MONSIEUR ,
Si la feule inſpection de votre gor
geret ciftitôme ( * ) nous a épris en fa
faveur , avant même que nous euffions
lû votre recueil & votre parallèle , tellement
que nous renonçâmes dabord ,
( * ) On trouve ce Gorgeret ciftitôme , à Paris ,
chez Perret , Coutellier , à la Coupe d'Or , rue
de la Tixérandrie.
FEVRIER. 1763 . IIS
mon Père & moi , à nos propres inventions
pour ne nous fervir que de
lui ; fi la lecture que nous fimes enfuite
des Ouvrages cités ci- deffus nous
confirma de plus en plus dans notre
projet , en conféquence de la folidité
des preuves , tant de fait que de raiſon
que nous rencontrâmes partout dans
ces Ouvrages ; jugez , Monfieur , combien
peu nous fommes difpofés à renoncer
à le faire , ainfi qu'aux inſtrumens
avec lefquels vous exécutez vos
opérations , à préfent que nous fommes
convaincus de leur bonté par des
expériences réitérées fur les morts & les
vivans. Oui , Monfieur , les éffais que
nous avons faits de votre inftrument
fur les cadavres , nous ont toujours f
conftamment donné une opération latérale
des plus parfaites , que nous n'afpirâmes
dès-lors , mon Père & moi ,
qu'à l'occafion d'en faire l'éffai fur le
vivant : feuls éffais vraiment décififs de
la bonté d'une méthode ou d'un inftrument
, quand des fuccès conftans en
Couronnent l'ufage . C'eft le cas où nous
nous trouvons , Monfieur , par rapport
à votre gorgeret çiftitôme , d'après les
obfervations , dont voici l'hiſtoire. &
Nous avons taillé cette année avec
116 MERCURE DE FRANCE.
cet inftrument , ttrrooiiss ffuujjeettss , fçavoir ,
deux ce Printemps , & le troifiéme cet
Eté.
·
Le premier étoit un garçon de vingt
ans , affez bien conftitué en apparence ,
dont le père , auffi pierreux , périt il y
a quatre ans dans l'efpace de trois à
quatre jours , fous le tranchant du lithotome
caché , qui lui avoit caufé une hémorragie
interne , dont toute la veffie
avoit été remplie , ainfi que le baffin *.
Son fils fut taillé par mon père en fept
minutes avec votre gorgeret ciftitôme :
fa pierre , d'un très -grand volume , pefoit
environ trois onces. Il n'y eut point
d'hémorragie de conféquence , & le
malade fe portoit très - bien en tout jufqu'au
troifiéme jour , que fon imagination
frappée qu'il alloit mourir ce
jour-là , comme l'avoit fait fon père
il fe fit en lui une révolution fi terrible ,
qu'il tomba plufieurs fois en fyncope .
& manqua de mourir de peur. Mais àpeine
fut-il entré dans le quatriéme
jour , qu'il commença à fe tranquillifer ::
il fe porta enfuite de mieux en mieux
& fe trouva enfin guéri parfaitement
au bout de cinq femaines .
* C'eſt là un des inconvéniens nombreux que
M. Le Cat a démontré dans l'uſage du lithoto
me caché .
FEVRIER. 1763. 117
Le fecond , qui étoit un garçon âgé
de quinze ans , fut taillé par moi dans
notre Hôpital : je lui tirai en moins d'un
demi - quart-d'heure une pierre murale
de la groffeur d'un petit oeuf de poule ,
en partie brifée. Le malade , auffi - tôt
après l'opération , dormit plufieurs heures
, encore mieux les nuits fuivantes :
il retint parfaitement fes urines , & urina
à volonté le fixiéme jour , & fut parfaitement
guéri le neuvième jour.
Mon père opéra le 17 de ce mois
d'Août , en deux minutes , un garçon
de quinze ans , fort exténué des douleurs
de fa pierre , qui étoit murale &
groffe comme un maron. Le fixiéme
jour il n'urinoit plus du tout par la
playe , & aujourd'hui onzième jour la
cicatrice des tégumens eft telle que je
compte dans trois jours le voir parfaitement
guéri .
" Quoiqu'il foit vrai , Monfieur , que
nous ayons eu différentes fois des fuccès
pareils , en opérant à notre façon
( qui ne différe en rien de la vôtre, quant
aux principes , ) & avec des inftrumens
de notre invention , il faut cependant
vous avouer que nous faifons cette opération
bien plus facilement , plus promptement
& plus parfaitement avec votre
118 MERCURE DE FRANCE.
,
gorgeret ciftitôme , qu'avec tout autre
inftrument même les nôtres. Qui
Monfieur , nous y avons rencontré , par
l'ufage que nous en avons fait , un fi
grand nombre d'avantages fupérieurs à
ceux de tout autre lithotome quelconque
connu jufqu'à préfent , qu'il me
femble que vous n'en avez point encore
dit tout le bien qu'il y a à en
dire : c'eſt le témoignage que la vérité
nous force de vous rendre en faveur
de votre inftrument , lequel nous n'abandonnerons
point , que quelque génie
heureux & fupérieur nous en montre
un meilleur. C'eft ce que je crois
être très- difficile , pour ne point dire
impoffible .
J'ai l'honneur d'être , &c.
DUMONT , fils , Lithotomifte à Bruxelles.
Voyez dans le Journal de Médecine
mois de Septembre 1762 , p . 277 , les
fuccès de la même méthode à Rouen.
EXTRAIT de deux Lettres de M.
DUMONT fils , Lithotomifte à
Bruxelles , à M. LE CAT , Ecuyer
Sécretaire perpétuel de l'Académie
des Sciences de Rouen , & c. fur la
méthode de tailler de ce dernier.
MONSIEUR ,
Si la feule inſpection de votre gor
geret ciftitôme ( * ) nous a épris en fa
faveur , avant même que nous euffions
lû votre recueil & votre parallèle , tellement
que nous renonçâmes dabord ,
( * ) On trouve ce Gorgeret ciftitôme , à Paris ,
chez Perret , Coutellier , à la Coupe d'Or , rue
de la Tixérandrie.
FEVRIER. 1763 . IIS
mon Père & moi , à nos propres inventions
pour ne nous fervir que de
lui ; fi la lecture que nous fimes enfuite
des Ouvrages cités ci- deffus nous
confirma de plus en plus dans notre
projet , en conféquence de la folidité
des preuves , tant de fait que de raiſon
que nous rencontrâmes partout dans
ces Ouvrages ; jugez , Monfieur , combien
peu nous fommes difpofés à renoncer
à le faire , ainfi qu'aux inſtrumens
avec lefquels vous exécutez vos
opérations , à préfent que nous fommes
convaincus de leur bonté par des
expériences réitérées fur les morts & les
vivans. Oui , Monfieur , les éffais que
nous avons faits de votre inftrument
fur les cadavres , nous ont toujours f
conftamment donné une opération latérale
des plus parfaites , que nous n'afpirâmes
dès-lors , mon Père & moi ,
qu'à l'occafion d'en faire l'éffai fur le
vivant : feuls éffais vraiment décififs de
la bonté d'une méthode ou d'un inftrument
, quand des fuccès conftans en
Couronnent l'ufage . C'eft le cas où nous
nous trouvons , Monfieur , par rapport
à votre gorgeret çiftitôme , d'après les
obfervations , dont voici l'hiſtoire. &
Nous avons taillé cette année avec
116 MERCURE DE FRANCE.
cet inftrument , ttrrooiiss ffuujjeettss , fçavoir ,
deux ce Printemps , & le troifiéme cet
Eté.
·
Le premier étoit un garçon de vingt
ans , affez bien conftitué en apparence ,
dont le père , auffi pierreux , périt il y
a quatre ans dans l'efpace de trois à
quatre jours , fous le tranchant du lithotome
caché , qui lui avoit caufé une hémorragie
interne , dont toute la veffie
avoit été remplie , ainfi que le baffin *.
Son fils fut taillé par mon père en fept
minutes avec votre gorgeret ciftitôme :
fa pierre , d'un très -grand volume , pefoit
environ trois onces. Il n'y eut point
d'hémorragie de conféquence , & le
malade fe portoit très - bien en tout jufqu'au
troifiéme jour , que fon imagination
frappée qu'il alloit mourir ce
jour-là , comme l'avoit fait fon père
il fe fit en lui une révolution fi terrible ,
qu'il tomba plufieurs fois en fyncope .
& manqua de mourir de peur. Mais àpeine
fut-il entré dans le quatriéme
jour , qu'il commença à fe tranquillifer ::
il fe porta enfuite de mieux en mieux
& fe trouva enfin guéri parfaitement
au bout de cinq femaines .
* C'eſt là un des inconvéniens nombreux que
M. Le Cat a démontré dans l'uſage du lithoto
me caché .
FEVRIER. 1763. 117
Le fecond , qui étoit un garçon âgé
de quinze ans , fut taillé par moi dans
notre Hôpital : je lui tirai en moins d'un
demi - quart-d'heure une pierre murale
de la groffeur d'un petit oeuf de poule ,
en partie brifée. Le malade , auffi - tôt
après l'opération , dormit plufieurs heures
, encore mieux les nuits fuivantes :
il retint parfaitement fes urines , & urina
à volonté le fixiéme jour , & fut parfaitement
guéri le neuvième jour.
Mon père opéra le 17 de ce mois
d'Août , en deux minutes , un garçon
de quinze ans , fort exténué des douleurs
de fa pierre , qui étoit murale &
groffe comme un maron. Le fixiéme
jour il n'urinoit plus du tout par la
playe , & aujourd'hui onzième jour la
cicatrice des tégumens eft telle que je
compte dans trois jours le voir parfaitement
guéri .
" Quoiqu'il foit vrai , Monfieur , que
nous ayons eu différentes fois des fuccès
pareils , en opérant à notre façon
( qui ne différe en rien de la vôtre, quant
aux principes , ) & avec des inftrumens
de notre invention , il faut cependant
vous avouer que nous faifons cette opération
bien plus facilement , plus promptement
& plus parfaitement avec votre
118 MERCURE DE FRANCE.
,
gorgeret ciftitôme , qu'avec tout autre
inftrument même les nôtres. Qui
Monfieur , nous y avons rencontré , par
l'ufage que nous en avons fait , un fi
grand nombre d'avantages fupérieurs à
ceux de tout autre lithotome quelconque
connu jufqu'à préfent , qu'il me
femble que vous n'en avez point encore
dit tout le bien qu'il y a à en
dire : c'eſt le témoignage que la vérité
nous force de vous rendre en faveur
de votre inftrument , lequel nous n'abandonnerons
point , que quelque génie
heureux & fupérieur nous en montre
un meilleur. C'eft ce que je crois
être très- difficile , pour ne point dire
impoffible .
J'ai l'honneur d'être , &c.
DUMONT , fils , Lithotomifte à Bruxelles.
Voyez dans le Journal de Médecine
mois de Septembre 1762 , p . 277 , les
fuccès de la même méthode à Rouen.
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Résumé : CHIRURGIE. EXTRAIT de deux Lettres de M. DUMONT fils, Lithotomiste à Bruxelles, à M. LE CAT, Ecuyer Sécretaire perpétuel de l'Académie des Sciences de Rouen, &c. sur la méthode de tailler de ce dernier.
La lettre de Dumont fils, lithotomiste à Bruxelles, est adressée à M. Le Cat, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences de Rouen. Dumont fils et son père ont adopté la méthode de lithotomie de Le Cat après avoir été convaincus par l'inspection de son instrument, le gorgeret cistitôme, et par la lecture de ses ouvrages. Ils ont effectué des expériences sur des cadavres et des vivants, confirmant l'efficacité de cet instrument. Cette année, ils ont opéré trois patients avec le gorgeret cistitôme. Le premier patient, un garçon de vingt ans, a été opéré en sept minutes, et sa pierre, pesant environ trois onces, a été retirée sans hémorragie. Le patient s'est rétabli après une crise d'imagination. Le second patient, un garçon de quinze ans, a été opéré en moins de dix minutes, et sa pierre, de la taille d'un petit œuf de poule, a été retirée en partie brisée. Il a uriné normalement le sixième jour et était guéri le neuvième jour. Le troisième patient, également un garçon de quinze ans, a été opéré en deux minutes, et sa pierre, de la taille d'une marron, a été retirée. Il était en voie de guérison complète le onzième jour. Dumont fils souligne que, bien qu'ils aient eu des succès avec leurs propres instruments, le gorgeret cistitôme de Le Cat permet une opération plus facile, rapide et parfaite. Ils n'envisagent pas d'abandonner cet instrument tant qu'un meilleur ne sera pas trouvé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 130-135
AUTRES OBSERVATIONS sur une Opération de la Taille.
Début :
NICOLAS Mouttier, agé de 67 ans, demeurant à Guitrancourt près de Mantes [...]
Mots clefs :
Opération, Vessie, Plaie, Pierre, Graviers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES OBSERVATIONS sur une Opération de la Taille.
AUTRES OBSERVATIONS fur une
Opération de la Taille.
NICOLAS Moutier, agé de 67 ans,
demeurant à Guitrancourt près de Mantes
fur Seine , fouffroit beaucoup depuis
longtemps d'une pierre qu'il avoit dans
la veffie ; les douleurs devenant chaque
jour plus aigues , il fe détermina
à venir à Paris ; m'ayant confulté für
fon état , je lui dis qu'il ne pouvoit
efpérer de foulagement que par l'opération
de la taille . S'y étant réfolu , il
entra chez moi le premier Août 1762.
Je le difpofai par quelques préparatifs.
J'en retranchai les faignées comme préjudiciables
à fon tempérament & à
fon âge ; je m'en tins à deux purgations
pour vuider les gros boyaux ; cette précaution
étant utile , parce qu'il pourroit
arriver que le rectum faifant faillie
par la préfence de quelques matières
fécales, on l'ouvrît ; dans la même
vue d'obvier à cet inconvénient , je
lui fis prendre également deux lavemens
quelques heures avant l'opération .
En cet état je la lui fis le cinquiéme
jour. Voici ce qui fe paffa de parFEVRIER.
1763 . 131
:
ticulier dès que j'eus faifi la pierre avec
la tenette elle étoit fi molle qu'à la
plus légère preffion que je fis elle s'écrafa
; il s'agiffoit de parvenir à nétoyer
tout-à-fait la veffie des fragmens de
pierre briſée . Ne pouvant le faire avec
des inftruments ordinaires , je fis ufage
des injections ; le fuccès n'ayant point
répondu à mes efpérances , je pris le
parti de faire mettre le malade dans le
it & de le laiffer un peu tranquille.
Pendant ce temps je fongeai à ce qu'il
y auroit à faire ; car fi j'en fuffe refté
là , ce pauvre homme auroit paffé par
une cruelle épreuve , fans en retirer de
grands avantages. Conduit par
nité , & l'honneur de ma profeflion ,
j'examinai d'abord pourquoi les injections
que j'avois faites lors de l'opération
avoient été infructueufes ; la caufe
m'en parut fenfible : c'eft que lorf
que je ceffois de pouffer l'injection, les
parois de la playe fe rapprochant , formoient
un obstacle à l'iffue des graviers ;
& il n'y avoit alors que le fluide qui
pût refortir.
l'huma-
Pour ne rien donner au hazard , je
paffai fcrupuleufement en revue tous
les moyens que l'art offre en pareil
cas ; ce fut la canulle que je crus pro-
F vi
132 MERCURE DE FRANCE .
pre à remplir mon deffein ; pour cela
je penfai qu'il n'étoit queſtion que
de la faire faire affez groffe pour que
les graviers puffent aifément paffer par
fon embouchure. Après que j'eus placé
cette canulle , comme cela ſe pratique
ordinairement , j'eus la fatisfaction
dès la premiere injection que je fis dans
la vente par fon moyen , de voir fortir
beaucoup de graviers;l'ayant répété dans
le même moment jufqu'à trois fois , il
en fortit avec la même abondance. Le
foir il en parut moins ; ayant continué
d'injecter le lendemain matin & le
foir il n'en fortit point du tout , ce qui
me donna lieu de penfer qu'il n'y en
avoit plus. La canulle devenant pour
lors corps inutile & étranger capable
de s'opposer à la réunion de la playe
je l'ôtai & abandonnai le tout à la nature
; il vint en même temps plufieurs
graviers qui s'étoient mis entre fes parois
& celle de la playe ; ils s'y étoient
fans doute gliffés dans le moment de
l'injection , & il n'y a rien d'étonnant ,
parce que je l'avois pouffée avec affez
de force.
,
Quoi qu'il en foit , après avoir enlevé
la canulle en queftion , l'urine commença
à reprendre fon cours par la
FEVRIER . 1763. 133
verge , ce qui alla toujours en aug-
-mentant au point que le douziéme
jour elle ceffa entierement
de paffer
par la playe pour fuivre fa route naturelle
; & le malade fe portant de mieux
en mieux , obtint enfin fa guérifon radicale
au bout de vingt- cinq jours. De
même qu'il n'avoit point été faigné
avant l'opération , il ne le fut point
non plus après , je le mis feulement
pendant quatre jours au fimple bouillon;
& malgré qu'il eût un peu de fiévre
, comme elle n'étoit que l'effet de
l'opération , je ne laiffai pas d'augmen laiſſai
ter promptement
l'ufage des alimens ,
& je lui fis boire de bon vin en quantité
fuffifante . Par cette conduite , je
parvins à tirer mon malade d'affaire ;
j'eus la fatisfaction de lui voir prendre
vigueur , fes forces s'accroître , & la
fiévre difparoître fucceflivement
.
Si j'euffe agi différemment , c'est- àdire
que je lui euffe fait faire plufieurs
faignées , & que je l'euffe privé pendant
trop longtemps d'alimens , je l'au
rois jetté dans l'affaiffement & par
conféquent dans la mélancolie , puifqu'il
eft vrai que la mauvaiſe fituation
du corps influe toujours fur celle
de l'âme.
,
134 MERCURE DE FRANCE.
Il auroit également pu arriver que
dans ce Sujet déja débile par l'âge &
fa mauvaiſe nourriture habituelle , on
eût encore diminué l'action du coeur
& celle des vaiffeaux ; qu'alors le fluide
artériel n'étant plus pouffé avec force
fuffifante pour pénétrer les plus petits
vaiffeaux , du nombre defquels font
ceux de la veffie , ces derniers n'euffent
point reçu affez de fang pour la nourrir
& revivifier les fluides , qui y féjournoient
par les contufions qui avoient
été les effets de l'opération & qu'en
cet état la veffie s'étant gangrénée le
malade eût péri.
Ce raifonnement fait bien voir qu'il
eft des cas où on peut s'éloigner de la
regle générale avec prudence ; on fçait
d'ailleurs qu'il faut des fucs nourriciers
pour la réunion d'une playe ; auffi celle
en queſtion étoit-elle baveufe dans les
commencemens : mais peu- à - peu & à
mefure des reftaurans que j'ai fait prendre
, elle eft devenue d'une bonne couleur
& la fuppuration s'y eft établie
parfaitement ; l'abondance des fucs &
leur bonne qualité ont même été
telles , que la réunion de la playe , ainſi
que je l'ai dit , s'eft faite en vingt -cinq
ours
FEVRIER. 1763. 135
Toutes ces circonftances annoncent
évidemment qu'outre la main , le Chirurgien
doit avoir une connoiffance
éxacte de l'oeconomie animale ; & lorfqu'il
ne la point , c'eft un navigateur
fans bouffole , incapable de prévoir aucun
danger.
Ce qu'il y a de certain , l'opération
dont je viens de rendre compte , n'eft
devenue laborieufe que par l'infuffifance
des inftrumens ordinaires ; fi je me
trouvois dans le même cas , je n'aurois
pas les mêmes embarras , au moyen de
ce que j'ai imaginé depuis un inftrument
qui forme une efpèce de cuillier de
plombier courbée & d'une grandeur à
pouvoir être introduite dans la veffie ,
& par fa courbure pouvoir auffi être
portée dans tous les endroits de la veffie :
ce qui donnera la facilité d'avoir la
pierre lorfqu'elle ne fera pas groffe fans
le fecours des pinces ; & ce qui peut être
avantageux non-feulement lorfque la
pierre eft molle , mais pour en avoir les
fragmens , en fuppofant qu'on n'eût pas
prévu cet inconvénient.
Par M. DEJEAN , Maître en Chirurgie
de Paris.
Opération de la Taille.
NICOLAS Moutier, agé de 67 ans,
demeurant à Guitrancourt près de Mantes
fur Seine , fouffroit beaucoup depuis
longtemps d'une pierre qu'il avoit dans
la veffie ; les douleurs devenant chaque
jour plus aigues , il fe détermina
à venir à Paris ; m'ayant confulté für
fon état , je lui dis qu'il ne pouvoit
efpérer de foulagement que par l'opération
de la taille . S'y étant réfolu , il
entra chez moi le premier Août 1762.
Je le difpofai par quelques préparatifs.
J'en retranchai les faignées comme préjudiciables
à fon tempérament & à
fon âge ; je m'en tins à deux purgations
pour vuider les gros boyaux ; cette précaution
étant utile , parce qu'il pourroit
arriver que le rectum faifant faillie
par la préfence de quelques matières
fécales, on l'ouvrît ; dans la même
vue d'obvier à cet inconvénient , je
lui fis prendre également deux lavemens
quelques heures avant l'opération .
En cet état je la lui fis le cinquiéme
jour. Voici ce qui fe paffa de parFEVRIER.
1763 . 131
:
ticulier dès que j'eus faifi la pierre avec
la tenette elle étoit fi molle qu'à la
plus légère preffion que je fis elle s'écrafa
; il s'agiffoit de parvenir à nétoyer
tout-à-fait la veffie des fragmens de
pierre briſée . Ne pouvant le faire avec
des inftruments ordinaires , je fis ufage
des injections ; le fuccès n'ayant point
répondu à mes efpérances , je pris le
parti de faire mettre le malade dans le
it & de le laiffer un peu tranquille.
Pendant ce temps je fongeai à ce qu'il
y auroit à faire ; car fi j'en fuffe refté
là , ce pauvre homme auroit paffé par
une cruelle épreuve , fans en retirer de
grands avantages. Conduit par
nité , & l'honneur de ma profeflion ,
j'examinai d'abord pourquoi les injections
que j'avois faites lors de l'opération
avoient été infructueufes ; la caufe
m'en parut fenfible : c'eft que lorf
que je ceffois de pouffer l'injection, les
parois de la playe fe rapprochant , formoient
un obstacle à l'iffue des graviers ;
& il n'y avoit alors que le fluide qui
pût refortir.
l'huma-
Pour ne rien donner au hazard , je
paffai fcrupuleufement en revue tous
les moyens que l'art offre en pareil
cas ; ce fut la canulle que je crus pro-
F vi
132 MERCURE DE FRANCE .
pre à remplir mon deffein ; pour cela
je penfai qu'il n'étoit queſtion que
de la faire faire affez groffe pour que
les graviers puffent aifément paffer par
fon embouchure. Après que j'eus placé
cette canulle , comme cela ſe pratique
ordinairement , j'eus la fatisfaction
dès la premiere injection que je fis dans
la vente par fon moyen , de voir fortir
beaucoup de graviers;l'ayant répété dans
le même moment jufqu'à trois fois , il
en fortit avec la même abondance. Le
foir il en parut moins ; ayant continué
d'injecter le lendemain matin & le
foir il n'en fortit point du tout , ce qui
me donna lieu de penfer qu'il n'y en
avoit plus. La canulle devenant pour
lors corps inutile & étranger capable
de s'opposer à la réunion de la playe
je l'ôtai & abandonnai le tout à la nature
; il vint en même temps plufieurs
graviers qui s'étoient mis entre fes parois
& celle de la playe ; ils s'y étoient
fans doute gliffés dans le moment de
l'injection , & il n'y a rien d'étonnant ,
parce que je l'avois pouffée avec affez
de force.
,
Quoi qu'il en foit , après avoir enlevé
la canulle en queftion , l'urine commença
à reprendre fon cours par la
FEVRIER . 1763. 133
verge , ce qui alla toujours en aug-
-mentant au point que le douziéme
jour elle ceffa entierement
de paffer
par la playe pour fuivre fa route naturelle
; & le malade fe portant de mieux
en mieux , obtint enfin fa guérifon radicale
au bout de vingt- cinq jours. De
même qu'il n'avoit point été faigné
avant l'opération , il ne le fut point
non plus après , je le mis feulement
pendant quatre jours au fimple bouillon;
& malgré qu'il eût un peu de fiévre
, comme elle n'étoit que l'effet de
l'opération , je ne laiffai pas d'augmen laiſſai
ter promptement
l'ufage des alimens ,
& je lui fis boire de bon vin en quantité
fuffifante . Par cette conduite , je
parvins à tirer mon malade d'affaire ;
j'eus la fatisfaction de lui voir prendre
vigueur , fes forces s'accroître , & la
fiévre difparoître fucceflivement
.
Si j'euffe agi différemment , c'est- àdire
que je lui euffe fait faire plufieurs
faignées , & que je l'euffe privé pendant
trop longtemps d'alimens , je l'au
rois jetté dans l'affaiffement & par
conféquent dans la mélancolie , puifqu'il
eft vrai que la mauvaiſe fituation
du corps influe toujours fur celle
de l'âme.
,
134 MERCURE DE FRANCE.
Il auroit également pu arriver que
dans ce Sujet déja débile par l'âge &
fa mauvaiſe nourriture habituelle , on
eût encore diminué l'action du coeur
& celle des vaiffeaux ; qu'alors le fluide
artériel n'étant plus pouffé avec force
fuffifante pour pénétrer les plus petits
vaiffeaux , du nombre defquels font
ceux de la veffie , ces derniers n'euffent
point reçu affez de fang pour la nourrir
& revivifier les fluides , qui y féjournoient
par les contufions qui avoient
été les effets de l'opération & qu'en
cet état la veffie s'étant gangrénée le
malade eût péri.
Ce raifonnement fait bien voir qu'il
eft des cas où on peut s'éloigner de la
regle générale avec prudence ; on fçait
d'ailleurs qu'il faut des fucs nourriciers
pour la réunion d'une playe ; auffi celle
en queſtion étoit-elle baveufe dans les
commencemens : mais peu- à - peu & à
mefure des reftaurans que j'ai fait prendre
, elle eft devenue d'une bonne couleur
& la fuppuration s'y eft établie
parfaitement ; l'abondance des fucs &
leur bonne qualité ont même été
telles , que la réunion de la playe , ainſi
que je l'ai dit , s'eft faite en vingt -cinq
ours
FEVRIER. 1763. 135
Toutes ces circonftances annoncent
évidemment qu'outre la main , le Chirurgien
doit avoir une connoiffance
éxacte de l'oeconomie animale ; & lorfqu'il
ne la point , c'eft un navigateur
fans bouffole , incapable de prévoir aucun
danger.
Ce qu'il y a de certain , l'opération
dont je viens de rendre compte , n'eft
devenue laborieufe que par l'infuffifance
des inftrumens ordinaires ; fi je me
trouvois dans le même cas , je n'aurois
pas les mêmes embarras , au moyen de
ce que j'ai imaginé depuis un inftrument
qui forme une efpèce de cuillier de
plombier courbée & d'une grandeur à
pouvoir être introduite dans la veffie ,
& par fa courbure pouvoir auffi être
portée dans tous les endroits de la veffie :
ce qui donnera la facilité d'avoir la
pierre lorfqu'elle ne fera pas groffe fans
le fecours des pinces ; & ce qui peut être
avantageux non-feulement lorfque la
pierre eft molle , mais pour en avoir les
fragmens , en fuppofant qu'on n'eût pas
prévu cet inconvénient.
Par M. DEJEAN , Maître en Chirurgie
de Paris.
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Résumé : AUTRES OBSERVATIONS sur une Opération de la Taille.
Le texte décrit l'opération d'un patient nommé Nicolas Moutier, âgé de 67 ans, souffrant d'une pierre dans la vessie. Les douleurs intenses l'ont poussé à consulter un chirurgien à Paris. Après évaluation, le chirurgien a recommandé une intervention chirurgicale. Moutier a été préparé par des purgations et des lavements avant l'opération, qui a eu lieu le 5 août 1762. Lors de l'intervention, la pierre s'est révélée molle et s'est brisée facilement, mais des fragments sont restés dans la vessie. Les injections initiales n'ont pas réussi à nettoyer complètement la vessie, obligeant le chirurgien à utiliser une canule pour extraire les graviers. Après plusieurs injections, la vessie a été nettoyée et la canule retirée. La guérison s'est achevée en vingt-cinq jours sans complications majeures. Le chirurgien a souligné l'importance de la nutrition et de l'hydratation pour éviter l'affaiblissement et la mélancolie du patient. Il a également insisté sur la nécessité pour un chirurgien de posséder une connaissance approfondie de l'anatomie et des techniques adaptées pour éviter les dangers. Enfin, il a mentionné l'invention d'un nouvel instrument destiné à faciliter les opérations futures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 133-141
CHIRURGIE. LETTRE d'un Élève en Chirurgie de L'HOPITAL DE LA CHARITÉ, à l'Auteur du Mercure, sur l'opération de la Taille.
Début :
MONSIEUR, Les Belles Lettres & les Sciences agréables ne sont pas les seules qui fixent [...]
Mots clefs :
Opération, Succès, Choses utiles, Chirurgie, Frère Cosme
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. LETTRE d'un Élève en Chirurgie de L'HOPITAL DE LA CHARITÉ, à l'Auteur du Mercure, sur l'opération de la Taille.
LETTRE d'un Élève en Chirurgie de
L'HOPITAL DE LA CHARITÉ , à
l'Auteur du Mercure , fur l'opération
de la Taille.
MONSIEUR,
-
Les Belles Lettres & les Sciences
agréables ne font pas les feules qui fixent
votre attention ; vous paroiffez mê
me toujours prendre un nouveau plaifir
à inftruire le Public de chofes utiles.
Cette réfléxion me donne lieu d'efpérer
que vous voudrez bien informer ce même
Public, dans votre Mercure prochain,
du fuccès des tailles faites à l'Hôpital de
la Charité avec l'inftrument , & par le
neveu du célébre Frère Cofme.
La grace que je vous demande vous
134 MERCURE DE FRANCE.
,
paroîtra jufte & néceffaire fi vous
voulez bien confidérer qu'elle a pour
objet de répondre à la lettre d'un Éléve
en Chirurgie de Paris inférée à la
page 132 du fecond volume du Mercure
de ce mois , par laquelle on cherche à
jetter des doutes fur la réuffite des opé-.
rations de la taille faites à la Charité par
le Neveu & l'Éléve du Frère Cofme.
Je fuis Eléve en Chirurgie , Monfieur
, ainfi que celui qui a écrit la
lettre dont je vous parle ; mais je fuis
l'un des Éléves de l'Hôpital de la Charité
, & par conféquent témoin & obfervateur
des chofes dont je vais vous
rendre compte.
;
La lettre de mon Confrère à un Mat
tre de Province fe termine par cette
phrafe , en parlant du LITHOTOME
CACHÉ. On s'en eft fervi à la Charité
le neveu du Frère Cofme eft un des Chirurgiens
de eet Hôpital . C'eft pour moi ,
ajoute celui qui écrit , vous en dire affez;
les fuccès vous diront le refte.
,
Eh bien , Monfieur , puifqu'il eft nécéffaire
de les publier ces fuccès. je
veux dire ceux du neveu du Frère Cofme
& ceux de l'excellente méthode
de fon oncle apprenez , je vous en
fupplie , au Public & à mon Confrère
MARS. 1763 . 135
que depuis la déclaration du Roi qui
a rétabli les Réligieux de la Charité
dans leurs premiers droits , quant aux
Chirugiens de leurs Hopitaux , on a
fait dans celui de Paris l'opération de
la taille par la méthode du Frére Cofme
fur des fujets de tout âge & par
différentes mains avec un fuccès égal.
De 14 malades affligés de la pièrre qui
font venu cette année, trois ont été opérés
par M. Bafcilac neveu du Frère Cofme
& Chirurgiens gagnans maîtriſe dans
cet Hôpital , tous trois ont été parfaitement
guéris en moins de 20 jours . N'eftce
pas là de ma part vous en dire affes? pour
qu'il ne foit plus permis à mon Confrère
de laiffer le Public en doute fur
la capacité & les fuccès du neveu du
Frère Cofme à la Charité.
Quatre autres Sujets affligés de la
Pierre ont été opérés par le Religieux
Chirurgien en Chef de cette Maiſon
avec le même lithotome & en fuivant
les préceptes du Frère Cofme . Trois ont
été guéris avec le plus grand fuccès. Un
feul a péri plus de douze jours après fon
opération , des fuites d'une fiévre putride
furvenue après l'opération . On a
trouvé après fa mort plus d'une chopine
de férofité bilieufe & purulente épan136
MERCURE DE FRANCE.
chée dans la poitrine du défunt dont
les poulmons étoient remplis de tubercules
partie en fuppuration & partie
dans l'état d'endurciffement ; les parties
opérées ont été examinées trèsfcrupuleuſement
& ont été trouvées fans
aucune lézion ; la caufe de mort enfin
a été déclarée celle du vice de lapoitrine.
Un procès verbal figné des Médecins, &
du Maître en Chirurgie de la maiſon,fait
la preuve légale de ce que j'ai l'honneur
de vous dire fur la mort de celui des
quatre malades opérés de la pierre à la
Charité par le Religieux Chirurgien en
chef , avec l'inftrument du Frère Cofme
& en fuivant fa méthode .
Sept autres Sujets également affligés
de la pierre , ont été opérés avec l'inftrument
du Frère Cofme , par M. Sue ,
Chirurgien-Major du même Hôpital ;
cinq ont également guéri en peu de
temps , ainfi que cela eft ordinaire , par
l'excellente méthode de Frère Cofme
quand il n'arrive pas d'accidens étrangers
à l'opération ; un des fept , opéré
par M. Sue , eft mort plufieurs jours
après l'opération ; c'étoit un vieillard de
plus de foixante- dix ans ; il étoit affligé
de la pierre depuis fa naiffance . MM.
Sue , Bafcilac & le Religieux Chirur
MARS. 1763.
137
gien en chef firent l'impoffible pour perfuader
au malade d'achever fa carrière
avec fon ennemi. Mais le malade preffé
par les plus vives douleurs répondit
qu'il ne pouvoit plus y furvivre & qu'il
vouloit courir les rifques de l'opération .
La charité des Religieux les força à recevoir
le malade ; mais la prudence des
Chirurgiens les détermina à demander
l'affiftance des Médecins & des Chirurgiens
confultans de la Maiſon. M. Pibrac
, l'un des deux Chirurgiens confultans
, fe rendit à l'invitation avec MM .
Verdelhan & Maloette , Médecins ordinaires
de la Charité. Tous virent un
vieillard décrépit & défféché ; M. Pibrac
reconnut une Pierre d'un diamètre confidérable.
On opina pour la néceffité de
l'opération ; le malade fut préparé , &
M. Sue l'opéra. Il tira plufieurs fragmens
de pierre & il toucha enfuite au
fond de la veffie une maffe dure qui
fut imprenable par les tenettes ; la foibleffe
du malade ne permit pas de faire
de plus longues tentatives ; on le porta
au lit & il mourut fix jours après ; fa foibleffe
n'ayant pas permis de faire aucune
autre tentative pour tirer la maffe
l'on avoit été forcé de laiffer.
que
Je laiffe à MM , les Médecins & aux
138 MERCURE DE FRANCE.
Chirurgiens de l'Hôpital de la Charité
à apprendre au Public ainfi qu'aux
Maîtres de l'art de la Ville & des Provinces
, s'il étoit aucun moyen poffible
pour opérer non-feulement la guériſon
du malade , mais encore de faire l'extraction
de cette portion de pièrre fermée
& refferrée dans le fond de la
veffie par le rétréciffement d'une portion
de la veffie qui s'étoit racornie &
qui ne formoit plus qu'une enveloppe
ferrée , ou pour mieux figurer la chofe
le moule dur & racorni de la maffe de
pièrre que M. Sue n'avoit pu extraire
dans l'opération . C'eſt par
l'ouverture
du cadavre qu'on a manifefté cette vésité.
Le feptiéme malade affligé de la pièrre
& opéré par M. Sue n'eft pas à la vérité
fans danger au moment préfent ;
c'eft un homme d'un tempérament noir
& bilieux , qui depuis fon bas âge eſt
fujet à des coliques , & à des rétentions
d'urine ; il a été fondé ; la pièrre
a été reconnue ; il a été opéré . M.
Sue a retiré plufieurs fragmens de pièrre .
Le Malade a été pendant les douze
premiers jours de l'opération fans douleurs
, fans fiévre & avec appétit ; il
lui eft furvenu depuis des douleurs aux.
MARS. 1763. 139
reins , aux hypocondres , un vomiffemens
avec des friffons qui font fuivis
de fiévre avec chaleur ; les urines paffent
néanmoins avec abondance dans
les momens de relâche & plus volontiers
par la voye ordinaire que par la
plaie.
Tels font , Mr , les fuites exactes des
opérations de la pierre que j'ai vu faire
à la Charité depuis l'année derniere par .
la méthode du Frère Cofme.
Il ne faut cependant pas croire que
nos Maîtres à la Charité ne fçachent fe
fervir que du lithotome caché ; ( car par
exemple , ) deux malades qui avoient
chacun une pierre confidérable engagée
au col de la veffie , ont été opérés au
petit appareil par M. Sue : mais ils ont
été traités à la méthode du Frère Cofme ,
je veux dire , fans leur faire fouffrir aucun
panfement , & ils ont été tous deux
parfaitement guéris en peu de temps .
Le premier de ces deux malades avoit
été ci- devant opéré trois fois ; la premiere
par feu M. de la Peyronie , la feconde
par M. le Cat , & la troifiéme par
feu M. Thomas . Le malade a déclaré qu'à
chaque opération il avoit été panfé , &
qu'à chaque fois il étoit demeuré à guérir
plus de fept & huit femaines ; au lieu,
140 MERCURE DE FRANCE .
·
qu'à la quatriéme opération par laquelle
M. Sue a fait l'extraction d'une pierre
d'un volume plus gros que celui d'un
euf de poule , la guérifon parfaite du
malade s'eft opérée en trois femaines
de temps
.
Le fecond de ces deux malades opéré
au petit appareil , a eu le même fuccès
que le premier fans avoir été panfé.
Voila encore une fois , Monfieur
ce que j'ai obfervé à la Charité depuis
que l'on y pratique l'opération de la
taille avec l'inftrument du Frère Cofme
& en fuivant fes maximes. J'y trouve
des avantages ineftimables pour opérer
les vivans ; mais comme mon confrère
nous apprend dans fa Lettre à un Maître
de Province , qu'en prenant d'une
main le Lithotome caché, & de l'autre
les Mémoires de l'Académie de Chirur
gie , on fent en opérant SUR LES CADAVRES
, naître fous la main tous les
dangers de cet inftrument. J'ai fait emplette
de l'un & de l'autre pour m'éffayer
cet hyver fur des cadavres , & fuivant
littéralement les Mémoires de l'Académie
de Chirurgie ; mais je vous affure ,
Monfieur , que fi je m'apperçois qu'en
fuivant ce qui nous eft préfcrit dans
ces Mémoires il en naiffe fous- la
2.
MARS. 1763. 141
main les dangers , que mon confrère
nous annonce pour les cadavres , je
fupprimerai les Mémoires de l'Académie
de ma bibliothèque , & je garderai
l'excellent Lithotome caché du Frère Cofme
, pour m'en fervir à la façon de
nos Maîtres de la Charité qui s'en fervent
pour les vivans avec les plus
grands avantages fans aucun danger &
avec un fuccès plus certain que toutes
les autres méthodes.
>
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , ce 26 Octobre 1762 .
L'HOPITAL DE LA CHARITÉ , à
l'Auteur du Mercure , fur l'opération
de la Taille.
MONSIEUR,
-
Les Belles Lettres & les Sciences
agréables ne font pas les feules qui fixent
votre attention ; vous paroiffez mê
me toujours prendre un nouveau plaifir
à inftruire le Public de chofes utiles.
Cette réfléxion me donne lieu d'efpérer
que vous voudrez bien informer ce même
Public, dans votre Mercure prochain,
du fuccès des tailles faites à l'Hôpital de
la Charité avec l'inftrument , & par le
neveu du célébre Frère Cofme.
La grace que je vous demande vous
134 MERCURE DE FRANCE.
,
paroîtra jufte & néceffaire fi vous
voulez bien confidérer qu'elle a pour
objet de répondre à la lettre d'un Éléve
en Chirurgie de Paris inférée à la
page 132 du fecond volume du Mercure
de ce mois , par laquelle on cherche à
jetter des doutes fur la réuffite des opé-.
rations de la taille faites à la Charité par
le Neveu & l'Éléve du Frère Cofme.
Je fuis Eléve en Chirurgie , Monfieur
, ainfi que celui qui a écrit la
lettre dont je vous parle ; mais je fuis
l'un des Éléves de l'Hôpital de la Charité
, & par conféquent témoin & obfervateur
des chofes dont je vais vous
rendre compte.
;
La lettre de mon Confrère à un Mat
tre de Province fe termine par cette
phrafe , en parlant du LITHOTOME
CACHÉ. On s'en eft fervi à la Charité
le neveu du Frère Cofme eft un des Chirurgiens
de eet Hôpital . C'eft pour moi ,
ajoute celui qui écrit , vous en dire affez;
les fuccès vous diront le refte.
,
Eh bien , Monfieur , puifqu'il eft nécéffaire
de les publier ces fuccès. je
veux dire ceux du neveu du Frère Cofme
& ceux de l'excellente méthode
de fon oncle apprenez , je vous en
fupplie , au Public & à mon Confrère
MARS. 1763 . 135
que depuis la déclaration du Roi qui
a rétabli les Réligieux de la Charité
dans leurs premiers droits , quant aux
Chirugiens de leurs Hopitaux , on a
fait dans celui de Paris l'opération de
la taille par la méthode du Frére Cofme
fur des fujets de tout âge & par
différentes mains avec un fuccès égal.
De 14 malades affligés de la pièrre qui
font venu cette année, trois ont été opérés
par M. Bafcilac neveu du Frère Cofme
& Chirurgiens gagnans maîtriſe dans
cet Hôpital , tous trois ont été parfaitement
guéris en moins de 20 jours . N'eftce
pas là de ma part vous en dire affes? pour
qu'il ne foit plus permis à mon Confrère
de laiffer le Public en doute fur
la capacité & les fuccès du neveu du
Frère Cofme à la Charité.
Quatre autres Sujets affligés de la
Pierre ont été opérés par le Religieux
Chirurgien en Chef de cette Maiſon
avec le même lithotome & en fuivant
les préceptes du Frère Cofme . Trois ont
été guéris avec le plus grand fuccès. Un
feul a péri plus de douze jours après fon
opération , des fuites d'une fiévre putride
furvenue après l'opération . On a
trouvé après fa mort plus d'une chopine
de férofité bilieufe & purulente épan136
MERCURE DE FRANCE.
chée dans la poitrine du défunt dont
les poulmons étoient remplis de tubercules
partie en fuppuration & partie
dans l'état d'endurciffement ; les parties
opérées ont été examinées trèsfcrupuleuſement
& ont été trouvées fans
aucune lézion ; la caufe de mort enfin
a été déclarée celle du vice de lapoitrine.
Un procès verbal figné des Médecins, &
du Maître en Chirurgie de la maiſon,fait
la preuve légale de ce que j'ai l'honneur
de vous dire fur la mort de celui des
quatre malades opérés de la pierre à la
Charité par le Religieux Chirurgien en
chef , avec l'inftrument du Frère Cofme
& en fuivant fa méthode .
Sept autres Sujets également affligés
de la pierre , ont été opérés avec l'inftrument
du Frère Cofme , par M. Sue ,
Chirurgien-Major du même Hôpital ;
cinq ont également guéri en peu de
temps , ainfi que cela eft ordinaire , par
l'excellente méthode de Frère Cofme
quand il n'arrive pas d'accidens étrangers
à l'opération ; un des fept , opéré
par M. Sue , eft mort plufieurs jours
après l'opération ; c'étoit un vieillard de
plus de foixante- dix ans ; il étoit affligé
de la pierre depuis fa naiffance . MM.
Sue , Bafcilac & le Religieux Chirur
MARS. 1763.
137
gien en chef firent l'impoffible pour perfuader
au malade d'achever fa carrière
avec fon ennemi. Mais le malade preffé
par les plus vives douleurs répondit
qu'il ne pouvoit plus y furvivre & qu'il
vouloit courir les rifques de l'opération .
La charité des Religieux les força à recevoir
le malade ; mais la prudence des
Chirurgiens les détermina à demander
l'affiftance des Médecins & des Chirurgiens
confultans de la Maiſon. M. Pibrac
, l'un des deux Chirurgiens confultans
, fe rendit à l'invitation avec MM .
Verdelhan & Maloette , Médecins ordinaires
de la Charité. Tous virent un
vieillard décrépit & défféché ; M. Pibrac
reconnut une Pierre d'un diamètre confidérable.
On opina pour la néceffité de
l'opération ; le malade fut préparé , &
M. Sue l'opéra. Il tira plufieurs fragmens
de pierre & il toucha enfuite au
fond de la veffie une maffe dure qui
fut imprenable par les tenettes ; la foibleffe
du malade ne permit pas de faire
de plus longues tentatives ; on le porta
au lit & il mourut fix jours après ; fa foibleffe
n'ayant pas permis de faire aucune
autre tentative pour tirer la maffe
l'on avoit été forcé de laiffer.
que
Je laiffe à MM , les Médecins & aux
138 MERCURE DE FRANCE.
Chirurgiens de l'Hôpital de la Charité
à apprendre au Public ainfi qu'aux
Maîtres de l'art de la Ville & des Provinces
, s'il étoit aucun moyen poffible
pour opérer non-feulement la guériſon
du malade , mais encore de faire l'extraction
de cette portion de pièrre fermée
& refferrée dans le fond de la
veffie par le rétréciffement d'une portion
de la veffie qui s'étoit racornie &
qui ne formoit plus qu'une enveloppe
ferrée , ou pour mieux figurer la chofe
le moule dur & racorni de la maffe de
pièrre que M. Sue n'avoit pu extraire
dans l'opération . C'eſt par
l'ouverture
du cadavre qu'on a manifefté cette vésité.
Le feptiéme malade affligé de la pièrre
& opéré par M. Sue n'eft pas à la vérité
fans danger au moment préfent ;
c'eft un homme d'un tempérament noir
& bilieux , qui depuis fon bas âge eſt
fujet à des coliques , & à des rétentions
d'urine ; il a été fondé ; la pièrre
a été reconnue ; il a été opéré . M.
Sue a retiré plufieurs fragmens de pièrre .
Le Malade a été pendant les douze
premiers jours de l'opération fans douleurs
, fans fiévre & avec appétit ; il
lui eft furvenu depuis des douleurs aux.
MARS. 1763. 139
reins , aux hypocondres , un vomiffemens
avec des friffons qui font fuivis
de fiévre avec chaleur ; les urines paffent
néanmoins avec abondance dans
les momens de relâche & plus volontiers
par la voye ordinaire que par la
plaie.
Tels font , Mr , les fuites exactes des
opérations de la pierre que j'ai vu faire
à la Charité depuis l'année derniere par .
la méthode du Frère Cofme.
Il ne faut cependant pas croire que
nos Maîtres à la Charité ne fçachent fe
fervir que du lithotome caché ; ( car par
exemple , ) deux malades qui avoient
chacun une pierre confidérable engagée
au col de la veffie , ont été opérés au
petit appareil par M. Sue : mais ils ont
été traités à la méthode du Frère Cofme ,
je veux dire , fans leur faire fouffrir aucun
panfement , & ils ont été tous deux
parfaitement guéris en peu de temps .
Le premier de ces deux malades avoit
été ci- devant opéré trois fois ; la premiere
par feu M. de la Peyronie , la feconde
par M. le Cat , & la troifiéme par
feu M. Thomas . Le malade a déclaré qu'à
chaque opération il avoit été panfé , &
qu'à chaque fois il étoit demeuré à guérir
plus de fept & huit femaines ; au lieu,
140 MERCURE DE FRANCE .
·
qu'à la quatriéme opération par laquelle
M. Sue a fait l'extraction d'une pierre
d'un volume plus gros que celui d'un
euf de poule , la guérifon parfaite du
malade s'eft opérée en trois femaines
de temps
.
Le fecond de ces deux malades opéré
au petit appareil , a eu le même fuccès
que le premier fans avoir été panfé.
Voila encore une fois , Monfieur
ce que j'ai obfervé à la Charité depuis
que l'on y pratique l'opération de la
taille avec l'inftrument du Frère Cofme
& en fuivant fes maximes. J'y trouve
des avantages ineftimables pour opérer
les vivans ; mais comme mon confrère
nous apprend dans fa Lettre à un Maître
de Province , qu'en prenant d'une
main le Lithotome caché, & de l'autre
les Mémoires de l'Académie de Chirur
gie , on fent en opérant SUR LES CADAVRES
, naître fous la main tous les
dangers de cet inftrument. J'ai fait emplette
de l'un & de l'autre pour m'éffayer
cet hyver fur des cadavres , & fuivant
littéralement les Mémoires de l'Académie
de Chirurgie ; mais je vous affure ,
Monfieur , que fi je m'apperçois qu'en
fuivant ce qui nous eft préfcrit dans
ces Mémoires il en naiffe fous- la
2.
MARS. 1763. 141
main les dangers , que mon confrère
nous annonce pour les cadavres , je
fupprimerai les Mémoires de l'Académie
de ma bibliothèque , & je garderai
l'excellent Lithotome caché du Frère Cofme
, pour m'en fervir à la façon de
nos Maîtres de la Charité qui s'en fervent
pour les vivans avec les plus
grands avantages fans aucun danger &
avec un fuccès plus certain que toutes
les autres méthodes.
>
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , ce 26 Octobre 1762 .
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Résumé : CHIRURGIE. LETTRE d'un Élève en Chirurgie de L'HOPITAL DE LA CHARITÉ, à l'Auteur du Mercure, sur l'opération de la Taille.
Un élève en chirurgie de l'Hôpital de la Charité répond à une lettre précédente qui mettait en doute les succès des opérations de la taille réalisées à l'hôpital par le neveu du célèbre Frère Côme. L'élève, témoin des opérations, rapporte les succès obtenus grâce à la méthode du Frère Côme. Depuis la déclaration royale rétablissant les droits des Religieux de la Charité, plusieurs opérations de la taille ont été réalisées avec succès. Sur 14 malades, trois opérés par M. Bafcilac, neveu du Frère Côme, ont été guéris en moins de 20 jours. Quatre autres, opérés par le Religieux Chirurgien en Chef, ont également connu un succès, avec un seul décès attribué à des complications pulmonaires. Sept autres malades opérés par M. Sue ont majoritairement guéri, avec un décès dû à la faiblesse du patient. L'élève souligne les avantages de la méthode du Frère Côme, qui évite les pansements douloureux et permet une guérison rapide. Il mentionne également des opérations réussies avec le petit appareil, suivant les préceptes du Frère Côme. L'élève conclut en affirmant la supériorité de la méthode du Frère Côme pour les opérations sur les vivants, malgré les dangers signalés sur les cadavres.
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