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p. 193-243
Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Début :
Enfin, Madame, je passe à un Article dont je n'aurois [...]
Mots clefs :
Pierreries, Fontainebleau, Plaisirs, Cour, Habits, Roi, Château, Comédie, Hôtel de Bourgogone, Opéra, Musique, Reine, Habillement, Dames, Bals, Divertissement, Dauphin, Chasse
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Enfin , Madame , je paſſe à
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Le texte relate le séjour prolongé du roi à Fontainebleau, initialement prévu pour quinze jours et étendu jusqu'au 30 septembre. Le château, vaste et somptueux, impressionne par ses nombreuses cours, appartements, galeries et jardins. Après des conquêtes hivernales et des décisions stratégiques, le roi cherchait à se détendre. Son séjour fut marqué par divers divertissements préparés avec magnificence. Le Prince de Marillac, Grand Maître de la Garderobe, fit confectionner des habits extraordinaires pour le roi, qui les apprécia. Les divertissements incluaient des représentations théâtrales et des opéras à l'Hôtel de Bourgogne, avec des pièces comme 'Iphigénie', 'Le Menteur' et 'L'Avare'. La musique du roi, augmentée de nouvelles voix, fut particulièrement applaudie. Les danseurs reçurent des gratifications pour leurs performances. Des mascarades et des spectacles comiques, comme celui de M. Philibert, ajoutèrent à l'ambiance festive. Deux bals magnifiques furent organisés, où la cour apparut dans des tenues somptueuses ornées de pierreries. Le roi, la reine, le Dauphin, Monseigneur, Madame et Mademoiselle portèrent des habits richement décorés. Les dames se parèrent de nattes, de boucles et de pierreries, avec des habits gris brodés. Les bals furent l'occasion de montrer l'éclat et la magnificence de la cour, avec une participation libre pour ceux de qualité considérable. Le roi se distingua par son air et sa grâce. La collation du premier bal à Fontainebleau fut particulièrement somptueuse, soulignant la magnificence croissante de la France. La table était ornée de fruits frais et de confitures, avec des flambeaux et des girandoles illuminant l'ensemble. Les convives, y compris le roi et quarante dames, étaient parés de pierreries, et les hommes en justaucorps brodé admiraient la broderie. M. Bigot, contrôleur ordinaire de la Maison du Roi, est loué pour son intelligence et son savoir-faire dans l'organisation de ces événements. Pendant le séjour à Fontainebleau, les plaisirs étaient nombreux, avec des bals jusqu'à minuit et diverses chasses, notamment celles du lièvre, du cerf et du sanglier. Le roi et plusieurs nobles, dont le Dauphin et Madame, participèrent activement à ces activités. La présence de Madame la Duchesse de Toscane et de Monsieur le Prince de Conti, ainsi que la vigueur de Monsieur le Duc de Monmouth, furent notées. La Duchesse de Bouillon et Mademoiselle de Grancey se distinguèrent par leur adresse et leur esprit. Le Te Deum de Monsieur Lully, composé pour l'occasion, fut particulièrement apprécié par le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 107-112
Autres faites à Paris par les Augustins Reformez établis au Fauxbourg Saint Germain. [titre d'après la table]
Début :
Les Augustins Réformez établis au Fauxbourg Saint Germain, ont aussi [...]
Mots clefs :
Augustins réformés, Procession, Vêpres, Vénération, Abbaye, Chasse, Te Deum, Éloge, Martyrs, Fêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres faites à Paris par les Augustins Reformez établis au Fauxbourg Saint Germain. [titre d'après la table]
Les Auguſtins Réformez
établis au Fauxbourg Saint
Germain , ont auffi commencé
par une Proceffion la So-
# lemnité de l'Octave qu'ils
ont faite cette année de Saint
Feliciffime. Ils firent cette ,
Proceffion à l'iffuë de Vef
pres le Dimanche 29. Avril,
avec une pompe digné de la
evenération , qu'on doit avoir
pour ce Saint dont ils ont le
* Corps entier dans une Chaffe
de trois pieds de long & def
deux de large. Quatre Reli-
1
..
108 MERCURE
gieux Preftres revétus d'Au
bes & de Dalmatiques
la
portoient. Ils avoienr à leurs
coftez la Compagnie des Gardes
de M' le Duc de Crequi
Gouverneur de Paris avec
leurs Officiers , & eftoient
environnez d'une Troupe de
petits Anges portant des
Flambeaux & des bandero
les . La Proceffion eftant arrivée
à l'Abbaye de Saint Germain
des Prez , le Prieur en
Chappe qui l'attendoit avec
fes Religieux à la Porte de
l'Eglife , harangua le Pere
Talon , Prieur des Auguftins,
GALANT. 1og
qui l'avoit premierement harangué
fur le fujet de cette
Sainte Relique , aprés quoy
il fit chanter le Te Deum. On
alla dans l'Eglife des Peres
de la Charité , qui fe trouverent
tous à la Porte poury recevoir
la Proceffion , ce qui
eftant fait , elle retourna à
l'Eglife des Peres Auguſtins,
où la Chaffe fut posée ſur une
Table qui eftoit fur une Eſtrade
autour de laquelle il y
avoit une Baluftrade avec un
Eriche Dais au deffus. On
chanta le Te Deum , & pendant
ce temps les Religieux
To MERCURE
qui eftoient en deux Colomnes
au nombre de cent quatorze
vinrent deux à deux
>
baifer la Chaffe. Le Te Deum
achévé , M' le Curé de Saint
-Sulpice monta en Chaire , &
fit l'Eloge du Saint avec un
zele qui répondoit à ſa pieté.
La Chaffe demeura expofée
toute l'Octave , & beaucoup
de Perfonnes qui font venues
reclamer ce Saint , en ont receu
des foulagemens extraordinaires.
Les Peres Auguftins
Réformez du Faubourg
Saint Germain doiyent
ces préci.ufes Reliques
*
GALANT: III
J
à la pieufe liberalité de Ma
dame la Ducheffe de Crequi.
Elle les tenoit de Madame la
Ducheffe de Bracciane , qui
les luy donna le 10. Decembre
1682. & à laquelle M' le
Cardinal Porto Carrero les
avoit données . Il les avoit
receués de M' le Cardinal
Carpégna pour lequel le
Corps de Saint Feliciffime
: avoit efté tiré du Cimetiere
de Prétextat par ordre de
Clement X. avec pouvoir de
le garder , ou de le donner à
quelque autre , comme il le
jugeroit à propos.Ce Saint eſt
112 MERCURE
celuy qui eftoit le Diacre de
Sixte II. Pape & Martyr , &
qui fouffrit le Martyre avec
luy & Saint Agapit, fon autre
Diacre,fous l'Empereur Valerien
. L'Eglife celebre la Fefte
de plufieurs autres Saints qui
ont porté le nom de Felicifime
, mais comme il n'y a que
le Diacre de Saint Sixte qui ait
eftéinhumé dans le Cimetiere
de Prétetxat
, on ne peut
sdouter que ce ne foit ce Mar.
tyr Illuftre , dont le Corps en
a efté tiré de nos jours.
établis au Fauxbourg Saint
Germain , ont auffi commencé
par une Proceffion la So-
# lemnité de l'Octave qu'ils
ont faite cette année de Saint
Feliciffime. Ils firent cette ,
Proceffion à l'iffuë de Vef
pres le Dimanche 29. Avril,
avec une pompe digné de la
evenération , qu'on doit avoir
pour ce Saint dont ils ont le
* Corps entier dans une Chaffe
de trois pieds de long & def
deux de large. Quatre Reli-
1
..
108 MERCURE
gieux Preftres revétus d'Au
bes & de Dalmatiques
la
portoient. Ils avoienr à leurs
coftez la Compagnie des Gardes
de M' le Duc de Crequi
Gouverneur de Paris avec
leurs Officiers , & eftoient
environnez d'une Troupe de
petits Anges portant des
Flambeaux & des bandero
les . La Proceffion eftant arrivée
à l'Abbaye de Saint Germain
des Prez , le Prieur en
Chappe qui l'attendoit avec
fes Religieux à la Porte de
l'Eglife , harangua le Pere
Talon , Prieur des Auguftins,
GALANT. 1og
qui l'avoit premierement harangué
fur le fujet de cette
Sainte Relique , aprés quoy
il fit chanter le Te Deum. On
alla dans l'Eglife des Peres
de la Charité , qui fe trouverent
tous à la Porte poury recevoir
la Proceffion , ce qui
eftant fait , elle retourna à
l'Eglife des Peres Auguſtins,
où la Chaffe fut posée ſur une
Table qui eftoit fur une Eſtrade
autour de laquelle il y
avoit une Baluftrade avec un
Eriche Dais au deffus. On
chanta le Te Deum , & pendant
ce temps les Religieux
To MERCURE
qui eftoient en deux Colomnes
au nombre de cent quatorze
vinrent deux à deux
>
baifer la Chaffe. Le Te Deum
achévé , M' le Curé de Saint
-Sulpice monta en Chaire , &
fit l'Eloge du Saint avec un
zele qui répondoit à ſa pieté.
La Chaffe demeura expofée
toute l'Octave , & beaucoup
de Perfonnes qui font venues
reclamer ce Saint , en ont receu
des foulagemens extraordinaires.
Les Peres Auguftins
Réformez du Faubourg
Saint Germain doiyent
ces préci.ufes Reliques
*
GALANT: III
J
à la pieufe liberalité de Ma
dame la Ducheffe de Crequi.
Elle les tenoit de Madame la
Ducheffe de Bracciane , qui
les luy donna le 10. Decembre
1682. & à laquelle M' le
Cardinal Porto Carrero les
avoit données . Il les avoit
receués de M' le Cardinal
Carpégna pour lequel le
Corps de Saint Feliciffime
: avoit efté tiré du Cimetiere
de Prétextat par ordre de
Clement X. avec pouvoir de
le garder , ou de le donner à
quelque autre , comme il le
jugeroit à propos.Ce Saint eſt
112 MERCURE
celuy qui eftoit le Diacre de
Sixte II. Pape & Martyr , &
qui fouffrit le Martyre avec
luy & Saint Agapit, fon autre
Diacre,fous l'Empereur Valerien
. L'Eglife celebre la Fefte
de plufieurs autres Saints qui
ont porté le nom de Felicifime
, mais comme il n'y a que
le Diacre de Saint Sixte qui ait
eftéinhumé dans le Cimetiere
de Prétetxat
, on ne peut
sdouter que ce ne foit ce Mar.
tyr Illuftre , dont le Corps en
a efté tiré de nos jours.
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Résumé : Autres faites à Paris par les Augustins Reformez établis au Fauxbourg Saint Germain. [titre d'après la table]
Le 29 avril, les Augustins Réformés du Faubourg Saint-Germain ont célébré la solennité de l'Octave de Saint Félicissime. Une procession, dirigée par quatre religieux portant une châsse contenant le corps du saint, s'est rendue à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, escortée par la Compagnie des Gardes du Duc de Créqui et des enfants portant des flambeaux et des bannières. À l'arrivée, le prieur de l'abbaye a adressé un discours au père Talon, prieur des Augustins, suivi du chant du Te Deum. La procession a ensuite rejoint l'église des Pères de la Charité avant de revenir à l'église des Pères Augustins, où cent quatorze religieux ont vénéré la châsse. Le curé de Saint-Sulpice a loué le saint. La châsse est restée exposée durant toute l'octave, attirant de nombreux fidèles espérant des miracles. Les reliques, offertes par la Duchesse de Créqui, provenaient de la Duchesse de Bracciano, qui les avait reçues du Cardinal Porto Carrero, lui-même les ayant obtenues du Cardinal Carpégna. Le corps de Saint Félicissime, diacre de Sixte II et martyr sous l'empereur Valérien, avait été exhumé du cimetière de Prétextat par ordre du pape Clément X.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 290-293
Relation contenant ce qui s'est passé pendant le sejour que Monseigneur le Dauphin a fait à Annet. [titre d'après la table]
Début :
Le 10. de ce mois, Monseigneur le Dauphin partit de Versailles, pour [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Versailles, Anet, Chasse, Couverts, Cheval, Chien, Cerf, Château, Table, Loup, Honneurs, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation contenant ce qui s'est passé pendant le sejour que Monseigneur le Dauphin a fait à Annet. [titre d'après la table]
Le 10. de ce mois , Monfeigneur
le Dauphin partit
de Verſailles › pour
aller
prendre
à Anet
le divertiffement
de la Chaſſe
. Il y arri va fur les onze
heures
. Sa
GALANT. 291
{ à
Table eftoit préparée dans
in Salon qui eft des plus
beaux. Elle eftoit de quinze
ou feize Couverts. On
fervit fi- toft que ce Prince
fut entré , & à peine le difné
fut-il finy qu'il monta
à Cheval , pour aller chaffer
avec les Chiens de M. le
Grand Prieur.On laiffa cour
re un gros Cerf, qui aprés avoirdonné
beaucoup de plai
fir , vint fe faire prendre à la
Riviere , à cent pas du Châ
teau . On l'apporta dans la
Court oùl'on en fit la curée.
La nuit eftant venue , Mon
་ ་
Aoust 1685,
Aa
292 MERCURE
feigneur alla entendre un
Concert compofé d'une
douzaine de Perfonnes des
plus illuftres . Je ne dis rien
du Soupé qui fut magnifique.
Ce Prince avoit envoyé
fes Officiers à Anot.
Quoy que M. le Duc de
Vendôme mangeaft avec
luy , il avoit fa Table ſervie
*
délicatement & dont M.
Le
l'Abbé de Chaulieu faifoit
tres-bien les honneurs.
lendemain Monfeigneur le
Dauphin alla courre le
Loup avec fes Chiens ,
ceux de M. le Duc de Ven-
&
GALANT. 293
D
dôme. Cette Chaffe fut par
faitementbelle. Aprés qu'on
eut pris le Loup dont la
ourée fe fit encore dans la
Courtdub Chasteauon revint
difner & Pon alla enfiite
tirer dans le Parc du
l'on trouva beaucoup de GPbiely
eut encore Mafi
que
le foir ainfi qu'aux
deux jours fuivans . On paffa
de 121 àtirer matin & for..
Le 13. il y eut chaffe du
Loup , & le 14, on courut
le Cerf. Monfeigneur retourna
ce jour là à Verfail
les , où il arriva fur les cinq
heures,
le Dauphin partit
de Verſailles › pour
aller
prendre
à Anet
le divertiffement
de la Chaſſe
. Il y arri va fur les onze
heures
. Sa
GALANT. 291
{ à
Table eftoit préparée dans
in Salon qui eft des plus
beaux. Elle eftoit de quinze
ou feize Couverts. On
fervit fi- toft que ce Prince
fut entré , & à peine le difné
fut-il finy qu'il monta
à Cheval , pour aller chaffer
avec les Chiens de M. le
Grand Prieur.On laiffa cour
re un gros Cerf, qui aprés avoirdonné
beaucoup de plai
fir , vint fe faire prendre à la
Riviere , à cent pas du Châ
teau . On l'apporta dans la
Court oùl'on en fit la curée.
La nuit eftant venue , Mon
་ ་
Aoust 1685,
Aa
292 MERCURE
feigneur alla entendre un
Concert compofé d'une
douzaine de Perfonnes des
plus illuftres . Je ne dis rien
du Soupé qui fut magnifique.
Ce Prince avoit envoyé
fes Officiers à Anot.
Quoy que M. le Duc de
Vendôme mangeaft avec
luy , il avoit fa Table ſervie
*
délicatement & dont M.
Le
l'Abbé de Chaulieu faifoit
tres-bien les honneurs.
lendemain Monfeigneur le
Dauphin alla courre le
Loup avec fes Chiens ,
ceux de M. le Duc de Ven-
&
GALANT. 293
D
dôme. Cette Chaffe fut par
faitementbelle. Aprés qu'on
eut pris le Loup dont la
ourée fe fit encore dans la
Courtdub Chasteauon revint
difner & Pon alla enfiite
tirer dans le Parc du
l'on trouva beaucoup de GPbiely
eut encore Mafi
que
le foir ainfi qu'aux
deux jours fuivans . On paffa
de 121 àtirer matin & for..
Le 13. il y eut chaffe du
Loup , & le 14, on courut
le Cerf. Monfeigneur retourna
ce jour là à Verfail
les , où il arriva fur les cinq
heures,
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Résumé : Relation contenant ce qui s'est passé pendant le sejour que Monseigneur le Dauphin a fait à Annet. [titre d'après la table]
Le 10 août 1685, le Dauphin se rendit à Anet pour une partie de chasse. À son arrivée, il fut accueilli par un dîner somptueux. Après le repas, il chassa un cerf avec les chiens du Grand Prieur, qui fut capturé près de la rivière. En soirée, il assista à un concert et participa à un souper magnifique. Le lendemain, il chassa le loup avec ses propres chiens et ceux du Duc de Vendôme, et le loup fut pris dans la cour du château. L'après-midi, il tira du gibier dans le parc. Les activités de chasse continuèrent les jours suivants, avec une chasse au loup le 13 août et une chasse au cerf le 14 août. Le Dauphin retourna à Versailles le 14 août en fin d'après-midi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 317-318
Voyage du Roy à Chambor, & retour à Fontainebleau. [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous fait point de détail de ce qui s'est passé [...]
Mots clefs :
Chambord, Chasse, Affaires, Comédie, Fontainebleau, Divertissement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyage du Roy à Chambor, & retour à Fontainebleau. [titre d'après la table]
Je ne vous fais point de
détail de ce qui s'eft paffé à
Chambor. Comme ce Pays
eft un lieu de Chaffe , &
qu'on y va pour prendre
ce divertiffement , vous devez
eftre perfuadée qu'on
"
Dd iij
318 MERCURE
y a fouvent goûté ce plaifir.
C'eft un de ceux que Sa
Sa Ma.
jeſté a pris pour ſe délaffer
de la grande application
avec laquelle Elle fe donne
aux Affaires. Il y a eu Comedie
plufieurs fois , & rien n'a
eſté fi magnifique , que les
Tables du Roy où toute la
Cour a mangé. Elle eſt
de retour à Fontainebleau ,
où Elle prendra de nouveaux
Divertiſſemens , il y a
déja quelque temps qu'on y
travaille.
détail de ce qui s'eft paffé à
Chambor. Comme ce Pays
eft un lieu de Chaffe , &
qu'on y va pour prendre
ce divertiffement , vous devez
eftre perfuadée qu'on
"
Dd iij
318 MERCURE
y a fouvent goûté ce plaifir.
C'eft un de ceux que Sa
Sa Ma.
jeſté a pris pour ſe délaffer
de la grande application
avec laquelle Elle fe donne
aux Affaires. Il y a eu Comedie
plufieurs fois , & rien n'a
eſté fi magnifique , que les
Tables du Roy où toute la
Cour a mangé. Elle eſt
de retour à Fontainebleau ,
où Elle prendra de nouveaux
Divertiſſemens , il y a
déja quelque temps qu'on y
travaille.
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Résumé : Voyage du Roy à Chambor, & retour à Fontainebleau. [titre d'après la table]
Le texte relate une visite à Chambord, un site de chasse apprécié du roi pour ses divertissements et sa détente après ses obligations. Des spectacles et des repas somptueux y ont été organisés pour la cour. Celle-ci est maintenant revenue à Fontainebleau, où de nouveaux divertissements sont prévus. Les préparatifs sont en cours depuis quelque temps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 352-353
Divertissemens de Fontainebleau. [titre d'après la table]
Début :
La Cour est toûjours a Fontainebleau, où elle doit passer une [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Chasse, Promenade, Bals, Jeux, Musique, Roi de France, Ballet, Représentation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Divertissemens de Fontainebleau. [titre d'après la table]
La Courest toûjours à Fontainebleau
,
où elle doit passer une
partie du mois de Novembre. Les
Chasses, les Promenades, le Jeu,
les Bals,la Muuguc, & les Comédies
Françoisès&Italiennes, y
fervent de divertissement. Le Roy
s'y trouve peu, & fait son unique
attachementdes affaires de
ion
Etat. On y a dancé un Balet intitulé
, LeTemple de la Paix. Le Sujet
4les Vers font de Mr QJnaut,
& la Musique de Mr de
Lully.Ce Baletaestétrouvead.
mirable, tant pour l'invention&
les Vers; que pour l'execution.
On en adéja donné plusieursRepresentacions,
& elles continueront
tant que la Cour fera à Fontainebleau.
,
où elle doit passer une
partie du mois de Novembre. Les
Chasses, les Promenades, le Jeu,
les Bals,la Muuguc, & les Comédies
Françoisès&Italiennes, y
fervent de divertissement. Le Roy
s'y trouve peu, & fait son unique
attachementdes affaires de
ion
Etat. On y a dancé un Balet intitulé
, LeTemple de la Paix. Le Sujet
4les Vers font de Mr QJnaut,
& la Musique de Mr de
Lully.Ce Baletaestétrouvead.
mirable, tant pour l'invention&
les Vers; que pour l'execution.
On en adéja donné plusieursRepresentacions,
& elles continueront
tant que la Cour fera à Fontainebleau.
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Résumé : Divertissemens de Fontainebleau. [titre d'après la table]
En novembre, la cour réside à Fontainebleau. Les activités incluent la chasse, des promenades, des jeux, des bals, de la musique et des comédies. Le roi se consacre aux affaires de l'État. Le ballet 'Le Temple de la Paix', avec des vers de Quinault et la musique de Lully, est acclamé et représenté plusieurs fois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 20-23
Reception faite par Mr le Duc de la Rochefoucault aux Ambassadeurs, les Chevaux & les Chiens qu'ils virent au Chenil, & la Curée faite devant eux. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Duc de la Roche foucaut estoit accompagné de la [...]
Mots clefs :
François VII de La Rochefoucauld, Roi, Chiens, Curée, Chevaux, Chasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception faite par Mr le Duc de la Rochefoucault aux Ambassadeurs, les Chevaux & les Chiens qu'ils virent au Chenil, & la Curée faite devant eux. [titre d'après la table]
M² le Duc de
la Roche foucaut eſtoit accompagné
de la plus grande
partie de cette Nobleſſe , lors
qu'il receut lesAmbaſſadeurs
à la porte de ſon Logement.
Ils y entrerent , & en admirerent
la magnificence & le
bon ordre. Ils remarquerent
une Tapifſſerie qui repreſente
'Hiſtoire de Leandre & de
Hero , & la trouverent fort
belle . Mª de la Roche- foucaut
leur fit voir enſuite les
Equipages du Roy , & les
Ecuries où la propreté avec
laquelle on tient cent cin.
des Amb de Siam. 21
quante Chevaux qui ne font
que pour la Chaſſe du Cerf,
leur fit donner de grandes
loüanges à ceux qui en ont
le ſoin. De la ils entrerent
dans la court où ſont les Loges
des Chiens , dont ils virentdeux
à trois cens ſur de
la paille fraiſche. Ils examinerent
la fimetrie des Baftimens
, & dirent , Qu'à tous
momens ils voyoient de nouveaux
miracles , & que l'homme ſeul
ne pouvoit concevoir la moitié de
ce qu'ils avoient veu. Mr. de la
Rochefoucaut fit fortir les
chiens ,& on leur fit faire la
22 III.P. du Voyage.
curée devant les Ambaffadeurs
, pour leſquels on apporta
des Fauteüils , où ils ſe
mirent. Ce Duc avoit fait
auffi aprêter une magnifique
Colation. Elle fut accompa
gnée de toutes fortes de liqueurs
, dont ils bûrent ſeulement.
Comme ils avoient
ſceu ſa naiſſance , le rang
confiderable de ſa Charge, &
l'eſtime particuliere dont le
Roy l'honore, ils dirent qu'ils
connoiffoient bien l'amitié & la
confideration qu'on avoir pour le
Roy de Siam , puis qu'un auſſi
grand Seigneur que M² de la
des Amb de Siam. 23
Rochefoucaut , distingué par tant
d'endroits , ſe donnoit la peine de
leur montrer luy- mesme tout ce
qu'il avoit eu la bonté de leur
faire voir. Ils joignirent à cela
de grands remerciemens de
la maniere dumonde la plus
honneſte.
la Roche foucaut eſtoit accompagné
de la plus grande
partie de cette Nobleſſe , lors
qu'il receut lesAmbaſſadeurs
à la porte de ſon Logement.
Ils y entrerent , & en admirerent
la magnificence & le
bon ordre. Ils remarquerent
une Tapifſſerie qui repreſente
'Hiſtoire de Leandre & de
Hero , & la trouverent fort
belle . Mª de la Roche- foucaut
leur fit voir enſuite les
Equipages du Roy , & les
Ecuries où la propreté avec
laquelle on tient cent cin.
des Amb de Siam. 21
quante Chevaux qui ne font
que pour la Chaſſe du Cerf,
leur fit donner de grandes
loüanges à ceux qui en ont
le ſoin. De la ils entrerent
dans la court où ſont les Loges
des Chiens , dont ils virentdeux
à trois cens ſur de
la paille fraiſche. Ils examinerent
la fimetrie des Baftimens
, & dirent , Qu'à tous
momens ils voyoient de nouveaux
miracles , & que l'homme ſeul
ne pouvoit concevoir la moitié de
ce qu'ils avoient veu. Mr. de la
Rochefoucaut fit fortir les
chiens ,& on leur fit faire la
22 III.P. du Voyage.
curée devant les Ambaffadeurs
, pour leſquels on apporta
des Fauteüils , où ils ſe
mirent. Ce Duc avoit fait
auffi aprêter une magnifique
Colation. Elle fut accompa
gnée de toutes fortes de liqueurs
, dont ils bûrent ſeulement.
Comme ils avoient
ſceu ſa naiſſance , le rang
confiderable de ſa Charge, &
l'eſtime particuliere dont le
Roy l'honore, ils dirent qu'ils
connoiffoient bien l'amitié & la
confideration qu'on avoir pour le
Roy de Siam , puis qu'un auſſi
grand Seigneur que M² de la
des Amb de Siam. 23
Rochefoucaut , distingué par tant
d'endroits , ſe donnoit la peine de
leur montrer luy- mesme tout ce
qu'il avoit eu la bonté de leur
faire voir. Ils joignirent à cela
de grands remerciemens de
la maniere dumonde la plus
honneſte.
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Résumé : Reception faite par Mr le Duc de la Rochefoucault aux Ambassadeurs, les Chevaux & les Chiens qu'ils virent au Chenil, & la Curée faite devant eux. [titre d'après la table]
Le Duc de la Rochefoucault reçut les ambassadeurs de Siam à l'entrée de son logement, entouré de nombreux nobles. Les ambassadeurs furent impressionnés par la magnificence et l'ordre des lieux, notant particulièrement une tapisserie illustrant l'histoire de Léandre et Héro. Le Duc leur fit visiter les équipages du roi et les écuries, où ils découvrirent cent cinquante chevaux destinés à la chasse au cerf. Ils apprécièrent la propreté des lieux et la qualité des soins apportés aux animaux. Ils visitèrent également les loges des chiens, où deux à trois cents chiens reposaient sur de la paille fraîche. Les ambassadeurs exprimèrent leur admiration pour la fierté des bâtiments et les miracles observés. Le Duc organisa une curée de chiens à leur intention, et ils assistèrent à la scène depuis des fauteuils. Une collation somptueuse fut servie, accompagnée de diverses liqueurs. Connaissant la naissance et le rang élevé du Duc, ainsi que l'estime du roi à son égard, les ambassadeurs reconnurent l'amitié et la considération portées au roi de Siam et exprimèrent leur gratitude de manière honnête.
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7
p. 1-322
LA FESTE DE CHANTILLY.
Début :
Il n'y a point d'Empire sur la terre [...]
Mots clefs :
Chantilly, Fête, Prince, Canal, Alidor, Roi, Plaisir, Choeur, Bois, Table, Théâtre, Chasse, Forêt, Allée, Allées, Marbre, Jardin, Agréable, Parterre, Amour, Fleurs, Feu, Arbres, Divertissement, Galerie, Orontée, Ordre, Reine, Gelon, Danse, Architecture, Corbeilles, Bassin, Château, Salle, Fontaine, Figures, Divertissements, Monseigneur le Dauphin, Cascade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FESTE DE CHANTILLY.
LA FESTE
DEB
CHANTILLY.
L n'y a point
d'Empire fur la
terre où les Souverains
feient
plus aimez qu'ils le font
en France On ne leur
A
2 La Fefte
rend point une adoration
d'ufage comme en
Orient , ce qui ne les y
fait pas aimer davantage
, parce qu'ils fe communiquent
fort peu , &
qu'il eft impoffible qu'on
foit penetré d'amour
pour ce qu'on ne peut
connoiftre , puis qu'on
ne le voit que tres - rarement
. Il y a d'autres
Souverains dont le
gouvernement
tyrannique
leur fait rendre d'ayeu
de Chantilly.
3
gles obeiffances , qui éloignent
beaucoup plus
l'inclination qu'on pourroit
avoir pour eux qu'-
ils ne fe l'attirent ; mais
on voit peu de lieux où
l'union foit plus parfaite
qu'en France entre le
Souverain & fes Sujets.
Il fe communique fans
defcendre
de fa grandeur
, fes Sujets le voyent
& luy parlent fans avoir
moins de refpect pour
luy qu'en ont pour leurs
A ij
La Fefte
1
Rois ceux qui les adorent
. Ils executent fes
ordres avec une auffi entiere
obeiſſance , que fe
la font rendre les Princes
qui exercent fur leurs
Peuples un empire tyrannique
. De forte qu'on
peut conclure que de ces
trois manieres de gouverner
celle des Monarques
qui fe communiquent
, les fait aimer avec
un zele plus ardent &
plus parfait , & leur fait
de Chantilly.
rendre les mêmes refpects
& les mefmės obciffances
qu'aux autres . Le
Roy s'eftanto diftingué
entre tous les Princes
qui fuivant l'ufage de
leurs Etats vivent à peu
prés de la mefme forte ,
il feroit difficile d'exprimer
avec quelle joye ,
empreffement
, & quel
quel éclate il eft receu
dans tous les lieux qu'il
honore de fa prefence.
Je vous ay décrit plu
A j
6 La Fefte
fieurs des Festes qui fe
font faites en de pareilles
occafions . Le mefme zele
paroift pour toute la
Maiſon Royale , & l'on .
cherche à honorer
Souverain en
le
rendant
des honneurs éclatans
au Prince qui le touche
de plus prés , & particu
lierement lors que ce
Prince ne les merite pas
moins par le caractere de
bonté qui le rend aimable
, que par la grandeur
de Chantilly.
7
Monfeide
fon
rang.
gneur
le Dauphin
, que
Monfieur
le Prince
receut
le mois
paſſé
dans
fa belle
Maifon
de Chantilly
, a tous
ces
avantages
, & Son
Alteſſe
fereniffime
, à qui
la magnificence
eft naturelle
, fit
en cette
occafion
tout
ce
qu'on
pouvoit
attendre
d'un
grand
&
genereux
Prince
, ou
plutoft
tout
ce qu'on
attendoit
de
luy. C'eſt
dire
encore
da-
A iiij
8 La Fefte
vantage puis que ce Prins
ce n'a jamais rien fait
que de grand , & d'extraordinaire
, lors qu'il a
donné des Feftes . Ses manieres
galantes & magnifiques
eftant connuës , on
n'eut pas fitoft appris
que Monfeigneur devoit
aller à
Chantilly , qua
l'on demeura perfuadé
que tous les divertiffe
mens y feroient nou !
veaux , fuperbes , & remplis
d'invention . L'at
de Chantilly.
9
tente qu'on en avoit, a
efté remplie , & quand le
bruit qui s'eft répandu
de ces divertiffemens ne
vous obligeroit pas à
m'en demander un entier
détail , je me trouverois
engagé à de donner , non
feulement parce que je
vois que toute la France
le fouhaite , mais encore
parce queplufieurs Etrangers
m'ont fait l'honneur
de publier qu'ils
attendoient de mes foins
10 La Fefte
une Relation exacte de
cette fuperbe Fefte, & qu'-
ils en ont donné meſme
des témoignages publics .
Ces confiderations doivent
échauffer mon zele ,
mais elles ne me fourniront
pas dequoy répondre
à la bonne opinion
qu'on a de moy . Je puis
cependant m'affurer de
plaire , puis que la verité
n'a befoin d'eftre embellie
d'aucuns ornemens , &
que tout ce qui s'eft fait
de Chaneilly.
II
à Chantilly eftoit fi ingenieux
, fi galant , fi
magnifique , & fi bien
entendu , qu'il me fuffira
de dire les chofes
comme elles fe font paffées
, pour faire concevoir
toutes les beautez ,
& tous les agrémens d'une
Fefte où tous les jours
de nouveaux plaiſirs fuccedoient
les uns aux autres
: car ce n'eft
pas
toûjours
un grand ſpectacle
feul qui divertit , mais
12 La Fefte
l'enchaifnement des plaifirs
, qui cftant donnez à
propos , ne fatiguent
point. Je voudrois bien
pouvoir joindre à tout
cela une peinture un peu
reffemblante de l'activité
de Monfieur le Prince .
L'ardent defir qu'il avoit
de divertir Monfeigneur
luy donnoit des foins fi
empreffez , que fi la chofe
euft efté poffible , il auroit
marqué chaque heure
du jour par quelque
de Chantilly.
13
nouveau divertiffement .
Monſeigneur partit de
Verfailles le Dimanche
22. d'Aouft , & arriva
dans la Foreft de Chantilly
par le chemin de
Lufarche . Monfieur le
Monfieur le Duc , &
Prince de Conty le reccurent
au bout de la Foreft
vers le milieu de la
vieille route. Comme
c'eftoit le lieu où Monfeigneur
devoit chaffer ,
Monfieur le Prince y
14
La Fefte
4
cftoit pour luy faire commencer
fa chaffe . 11 prit
ce divertiffement jufqu'à
cinq heures du foir , &
le plaifir qu'il y trouva
fut d'autant plus grand ,
qu'ilvit s'élever quantité
de perdreaux & de faifandeaux.
Ainfi , comme la
chaffe avoit fait former
le deffein du voyage de
Chantilly , parce que
c'eſt le plus beau lieu du
monde pour chaffer , ce
fut le premier plaifir que
de
Chantilly. 15
Il alla
Monfeigneur prit en approchant
de cette delicicufe
Maiſon .
jufques au lieu nommé
la Table , qu'on dit eftre
juſtement au milieu de
la Foreft , toûjours accompagné
de Mor fieur
le Prince . La figure de ce
lieu eft ronde. Il a vingttrois
toifes de diametre ,
& eft partagé en douze
routes , qui ont pour
centre le point du milieu
de cette Place. Elles font
16
La Festés
toutes bordées de charmille
, & ont chacune
cinq toifes de large , & environ
une lieue de long .
Dans le milieu de ce rond
on avoit eu ſoin d'élever
une feuillée , dont la forme
ſuiyoit le meſme plan.
Elle eftoit de fept toifes
& demie de diametre ,
& élevée fur une Eftrade
de cinq pieds de haut.
Cette feuillée eftoit percée
de douze portiques
qui aboutiffoient à cha-
1
de Chantilly.
17
t
cune des douze routes
dont je viens de vous parler
, & pour y monter on
avoit conftruit quatre efcaliers
de douze pieds de
large , avec des appuis
en baluſtrades , des deux
coftez de chaque efcalier .
La mefme balustrade regnoit
tout autour de l'edifice
, & chaque portiz
que avoit vingt pieds de
haut fur douze de large-
La corniche ceftoit fail
lante en dehors ainfi
B
18 La Fefte
qu'en dedans ; le Dôme
avoit fon plein ceintre ,
& fur le milieu & au
deffus eftoit une baluftrade
de dix pieds de diametre.
Tout le Dôme , les
ceintres , les pilaftres , &
les appuis eftoient recouverts
de feuilles de chefne.
Des branches de Genievre
formoient
les baluftrades
, & le tout eftoit
conftruit de maniere
qu'on voyoit toute l'architecture
profilée . Tous
de
Chantilly.
19
les portiques eftoient ornez
de gros feftons de
feuilles de chefnes & de
bouquets de fleurs . La
Table où la Collation
fut fervie eftoit au milieu
de cet edifice . Elle
eftoit ronde & de dix
pieds de diametre. Une
grande Corbeille d'argent
en occupoit le point
du milieu .Elle eftoit foùtenuë
fur douze conſoles
à jour de vermeil doré
qui répondoient à cha-
B ij
20 La Fefte
cune des douze Arcades .
Ces douze confoles é
toient jointes les unes
aux autres avec des guirlandes
de fleurs , & portoient
chacune deux petites
corbeilles d'argent
remplies de fruits.La
grande du milieu l'eftoit
de fruits & de fleurs , &
le tout formoit une éle
vation toute à jour , &
qui ne faifoit aucun obftacle
à la veuë. On mit
a
fur cette table le couvert
de
Chantilly .
21
de Monfeigneur vis à vis
le milieu de la route qui
va à Chantilly. Tout le
pourtour de cette Place
de vingt - fix toiſes de
large , eftoit de treillage
de feuillée & orné de
portiques auffi de feüillée
, au travers defquels
on découvroit toutes les
routes . Monſeigneur entendit:
enl arrivant un
concert de Timbales , &
de Trompettes qu'on avoit
poftez dans le Bois.
22 La Fefte
à une diſtance mefurée ,
afin que l'harmonie étant
un peu éloignée cuſt
plus de douceur . Ce
Prince trouva tout le dedans
du Dôme vuide , &
la table fervie de vingtquatre
baffins de roft , &
de quatre plats d'entremets
autour de chaque
baffin , ce qui faifoit fixvingt
plats. Les meſures
avoient efté prifes fi jufte,
qu'on peut dire que ceux
qui fervoient eftoient ade
Chantilly.
23
vertis de
chaque pas que
Monſeigneur
faifoit dans
la Foreſt pour
avancer ;
de forte que ce Prince
arriva dans l'inftant
qu'on venoit de pofer le
dernier plat chaud fur
la table . Comme il n'y
avoit que le couvert de
Monfeigneur
, il ordonna
qu'on en mift d'autres,
& la table en fut auffitoft
garnie ; mais on n'en
mit point yis à vis de ce
Prince. Monfieur le Prin24
La Fefte
ce , Monfieur le Duc , &
Monfieur le Prince de
Conty furent placez à
cofté de
Monfeigneur ,
& les Seigneurs de fa
fuite occuperent le reſte
des places . On releva les
entremets chauds pour
én mettre de froids . Tout
fut enfuite relevé d'un
fervice entier de fruit,
avec le mefme nombre de
corbeilles , & de plats
qui rempliffoient la table
lors que Monfeigneur
arriva.
de
Chantilly.
25
>
arriva . Il y avoit quantité
de corbeilles ovales
&en lofange chacune de
deux pieds de diametre.
Je n'entre point dans le
détail des fruits & des
confitures , cela iroit à
l'infiny . Je vous diray
feulement que dans les
flancs des corbeilles ova-
T les eftoient de riches cuvettes
remplies de toutes
fortes de liqueurs . Ces
cuvettes eftoient accompagnées
de Sous- coupes
C
"
26 La Fefte
garnies de glaces , & de
quantité de verres à liqueurs
de differentes
manieres
. Un moment aprés
que l'on eut fervy le
fruit , le bruit de guerre
formé par les Trompettes
& par les Timbales
ceffa tout à coup, & dans
le mefme inſtant on entendit
dans la route qui
eftoit vis à vis de Monfeigneur
une harmonie
de Hautbois , de Flûtes ,
de Mufettes , & de divers
י נ
de Chantilly.
27
autres Inftrumens champeftres
. On l'écouta quelque
temps fans voir rien
paroiftre , & tout eftoit
fi bien concerté , & executé
avec tant d'ordre
& tant de jufteffe , qu'il
n'y avoit pas une feule
perfonne dans la route
qui devoit cftre remplie
un moment aprés . L'harmonie
ayant diverty les
oreilles , & infpiré de la
joye pendant quelque
temps , on apperceut de
C ij
28 La Fefte
loin le Dieu Pan qui étoit
fuivy par quatrevingt-
dix Faunes , Sylvains
, Satyres , & autres
Divinitez , qui ont accoûtumé
d'accompagner
ce Dieu dans les bois .
Toute cette troupe parut
d'abord à un demy quart
de lieuë de la . Table , &
ne fe mit en marche qu'aprés
que Monfeigneur
eut eu le temps de la remarquer,
Le Dieu Pan
que l'on voyoit à la tefte,
de Chantilly.
29
eftoit reprefenté par M.
de Lully , Surintendant
de la Mufique du Roy ,
qui battoit la meſure avec
fon Thirfe . Il eftoit
fuivy de vingt - quatre
Satyres , & de toutes les
Divinitez qui habitent
les Forefts . On entendoit
des Hautbois , des Mufettes
, & plufieurs aútres
Inftrumens champeftres ,
au fon defquels ſe faifoit
la marche . Leur diverfité
formoit une harmonie
C iij
30 La Fefte
tres - agreable , & le nombre
de ces Joueurs d'Inftrumens
eftoit fi grand
qu'il rempliffoit trois lignes
. Les Muficiens avec
le refté de la fuite du
Dieu Pan , marcherent
fur ces trois lignes avec
beaucoup d'ordre, & fans
aucune confufion . Les
Danfeurs au nombre de
vingt & un , qui avoient
tous des maffuës , eſtoient
montez fur les épaules les
uns des autres , & for-
1
de Chantilly.
31
moient des Groupes furprenans.
En effet , il y
avoit de quoy s'étonner
qu'en formant ces fortes
de Groupes ils fe puffent
tenir auffi fermes que fi
chacun d'eux cuſt eſté à
terre . Ils eftoient fuivis
de cinquante- un Muſiciens
, qui portoient chacun
fur leur tefte une corbeille
remplie de fruits
feints , reprefentant des
fruits de bois , commie
pignons, pommes de pin ,
C iiij
32 La Fefte
Gourdes , & autres qui
ne font connus que parmy
les Satyres. Ils te
noient chacun une branche
de cheſne . Cette
nombreuſe Troupe s'étant
avancée vers le bout
de l'allée le plus proche
de
Monfeigneur , les
Joueurs de Hautbois fe
rangerent des deux côtez
de l'escalier qui montoit
à la Table de ce
Prince , & quand ils furent
placez , les Danfeurs
de
Chantilly.
33
executerent parfaitement
bien ce qu'ils avoient
concerté , qui eftoit de
defcendre pour danfer ,
& de paroître neanmoins
toujours groupez . Pour
cet effet ceux qui cftoient
les plus élevez fautoient
en cadence de quatre mefures
en quatre mefures ,
& comme il n'en fautoit
que trois à la fois , on en
voyoit toûjours trois qui
formoient la mefme figure
que les trois pre-
1
1
34
La Fefte
a
miers . Ainfi l'Allée fut
toûjours remplie juſqu'à
ce que les trois derniers
euffent fait la mefme figure
que les trois premiers
. Les cinquante- un
Muficiens qui fuivoient ,
avancerent jufqu'aux environs
du lieu où les Satyres
groupez venoient
de finir leur danfe &
ayant paffé fous le portique
de l'avenue où ces
Satyres eftoient , ils fe
placerent fur un terrain ,
2
#
All
a
de Chantilly.
35
que l'on avoit gazonné
depuis le portique de la
route juſqu'à l'eſcalier.
Quand chacun eut pris
fa place , on joüa un Air
d'un autre mouvement ,
fur lequel tous les Faunes
, & les Satyrès firent
une danfe fort extraordinaire
. Elle plut beaucoup
à Monſeigneur , &
receut de grands applaudiffemens.
Cette danfe ,
qu'on pourroit nommer
un petit Ballet , eftant
36 La Fefte
finie, les Muficiens avancerent
vers l'efcalier ,
qu'ils monterent fur
deux lignes au fon des
Inftrumens , & lors qu'ils
furent arrivez fur l'eftrade
, ils fe feparerent les
uns à droite, & les autres
à gauche , de maniere
qu'ils entourerent la table.
Ceux qui portoient
les corbeilles fuivirent ,
& les placerent fur des
gueridons de feuillée qui
eſtoient fur les appuis
N
de
Chantilly.
37
des portiques . Les Hautbois
parurent aprés , & les
Danfeurs
monterent enfuite.
Ceux - cy s'eftant
pris par la main
danfeferent
autour de Monſeigneur
, fur un Air qui
1 eftoit tout
different
des
deux
derniers
qu'on venoit
d'entendre , & qui
fembloit
marquer
l'excés
de la joye
qu'on
reſſentoit
en ces lieux de la
prefence
de ce Prince.
Pendant
qu'on
danſoit
9
38 La Feste
autour de la table , les
Muficiens
·
defcendirent
par un eſcalier qui eſtoit
derriere Monfeigneur
, &
fe rendirent
dans une
Allée que l'on voyoit
à
côté de celle par où tout
ce divertiffement
eftoit
venu. Ils y trouverent
les Piqueurs endormis
avec leurs chiens .
Danfe finit juftement
en
ce temps - là , comme il
avoit efté concerté , &
les Muficiens chanterent
La
1
4
1:
de
Chantilly . 39
I
un morceau de Muſique
de feu M. de Lully , qui
paroiffoit avoir efté fait
exprés pour la fituation
où le trouvoient les cho
fes dans ce moment . On
entendit alors toute la
Foreſt retentir du bruit
de ces paroles . 65 31
Debout , Lyfifcas , bola
debout ,
Pour la chaffe ordonnée
Ilfautpréparer tout.
Les Piqueurs fe leve
rent aprés avoir fait tou40
La Fefte
"
16
tes les actions qui pouvoient
marquer qu'ils
eftoient profondement
affoupis , & qu'ils n'avoient
efté éveillez que
P
par ceux qui les appelque
loient , en leur difant
qu'ils allaffcut préparer
tout pour la Chaffe
l'on avoit ordonnée . On
entendit enfuiteun grand
bruit de Cors , & dans
cet inftant un Cerf ayant
traverfé la route à la vue
de Monfeigneur , ce Prinde
Chantilly. 4!
ce s'écria comme fouhaitant
d'avoir des chiens .
Dans le mefme temps on
vit paroiftre
une Meute
que l'on découpla
aprés
le Cerf.
Monfeigneur
voyant que les chiens
chaffoient fi bien , témoigna
eftre fâché de n'avoir
des
chevaux que pour tirer
en volant . En ce mo ·
ment on en vit paroiſtre
d'autres , fur quoy ce
Prince monta pour fuivre
la Chaffe , avec tous
D
42 La Fefte
les Seigneurs qui l'accompagnoient.
Il courut
le Cerf, qui fut pris dans
l'étang de Cormeille ,
aprés l'avoir couru environ
une heure . La Meute
eftoit à M. le Grand
, 10
Prieur . On ne peut en h
dire trop de bien non
plus que de l'équipage,
je vous en ay deja parlé
plufieurs fois.
&
Cette Chaffe eftant finie
, Monfeigneur prit le)
chemin du Chafteau , &
de Chantilly . 43*
dit en parlant du Repas
& du Divertiffement du
milieu de la Foreſt , que
tout y eftoit plein d'invention
, & fort bien executé
. ; que cela
pouvoit
paffer pour un divertif
fement complet , & qu'il
y avoit pris beaucoup de
plaifir . Les Airs eftoient
de M. de Lully le Cadet,
Surintendant de la Mufique
du Roy , & toute.
la Danfe de M. Pecourt ,
Danfeur ordinaire des .
Dij
44
La Fefte
Balets de Sa Majeſté . Tou
tes les Divinitez des Foreſts
, ainſi que les Faunes,
les Sylvains , & les Satyres
qui compofoient leur
fuite , avoient des habits
faits exprés qui les repre
ſentoient naturellement,
plûtoft comme on a accoûtumé
de les peindre ,
que comme on les voit
habillez fur le Theatre .
Ces habits eftoient faits
fur les deffeins de M.
Berrain, Deffinateur
ordide
Chantilly. 45
0
a
A
naire du Cabinet du Roy,
ainfi que toute la feuillée.
Ce qu'il y eut de furprenant
dans les plaifirs
de cette premiere journée
, c'eft que Monfeigneur
avant que d'arriver
à Chantilly , où il
fembloit que les Divertiffemens
deuffent feulement
commencer , avoit
eu le plaifir de deux
Chaffes differentes , un
| grand repas dans un lieu
Conftruit exprés , & une
46
La
Fefte
Fefte complete accompagnée
de Mufique , de fimphonie
, & de danfes , &
le tout executé par tout
ce qu'il y a de meilleures
Voix , & de plus habiles
Danfeurs en France . C'eſt
ce qui ne s'eftoit encore
jamais vu dans aucune
occafion femblable
&
ce que le zele de Monfieur
le Prince luy fit inventer
, Son Alteffe Sereniffime
ne
pouvant at:
tendre que Monſeigneur
,
de Chantilly . 47
0
1
fuſt arrivé a Chantilly ,
pour commencer à luy
témoigner la joye qu'Elle
avoit d'y voir venir
Ice Prince .
Aprés la prife du Cerf,
Monfeigneur arriva à
Chantilly par l'une des
grandes routes de la Foreft
, au bout de laquelle
on trouve une grande
demy - lune , par laquelle
a on entre dans une Avan-
Court qui n'eft pas encore
48
La
Fefte
entierement achevée.Elle
eft fituée entre un Etang
nommé l'Etang de Silve,
& le grand Fort du Châ
& par confequent teau ,
toute entourée d'eau . On
voit deux Pavillons à
droite & à gauche du
Pont Levis . Cette demylune
aboutit à un fer à
cheval , par lequel on
monte en front fur une
grande terraffe , au milieu
de laquelle eft une
Statuë Equeftre de bronzć
de Chantilly.
49
El
ze du dernier Conneſtacable
de
Montmorency
.
Cette Statuë fe trouve
vis à vis de l'entrée du
grand Château . C'eſt un
Edifice fort ancien , &
tres- irregulier , affis fur
une roche au milieu de
groffes fources , qui forment
un grand Foffé. Cependant
plufieurs groffes
Tours ne laiſſent pas
le rendre tres - agreable à
la veuë. Monfieur le
Prince fait travailler
pre-
E
11
de
50 La Fefte
fentement à rendre le
dedans de la Court regulier
, & à donner audehors
une face toute
nouvelle , foit
par l'ouverture
de trois rangs dc
feneftres , & deux grands
balcons qui
regneront
tout autour du Château,
foit par les combles qui
feront tous d'égale hau
teur , & à la manfarde.
A cofté gauche du fer à
cheval , eft un grand lo
gement detaché du Châ
de Chantilly.
SI
teau ,dont le rez de chauffée
eft à fleur d'eau du
a grand Foffé . C'eft dans
ce lieu où le logement dé
Monfeigneur avoit cfté
marqué , de mefme que
celuy de Madame la Ducheffe
, & de Madame la
Princeffe de Conty la
Douairiere . Ce fecond
Château avoit efté autrefois
bâty par Mrs de
Montmorency
, & on
lo l'appelloit la Capitainerie
. Feu Monfieur le Prin-
E ij
52
La Feste
ce en avoit fait accommoder
les dedans un an
avant qu'il mouruft, & il
y avoit ajoûté beaucoup
de commoditez . Les ornemens
de dehors font
des Pilaftres d'ordre Corinthien
. Ils compofent
la porte d'entrée de la
Court , & la façade du
coſté d'un petit parterre,
Tout le retour eft foûte
nu d'un grand balcon en
maniere de fauffe- braye .
Le logement d'enbas du
de Chantilly.
53
e
petit Château eft compo
fé de deux
Appartemens ,
dont la Salle eſt commune
à l'un & à l'autre .
Cette Salle eft ornée de
Tableaux ,
reprefentant
les plus belles Maifons
Campagne des envide
rons de Paris . Toutes les
pieces des deux Appartemens
aufquels elle fert ,
font ornez d'autres Tableaux
reprefentant diverfes
Fables de l'Antiquité
; en forte que l'une
E iij
54
La Fefte
des Chambres fait voir
l'Hiftoire de Venus , une
autre celle de Diane , une
autre celle de Flore , une
autre celle de Bacchus, &
une autre celle de Mome .
Toutes ces Chambres, qui
font percées en enfilade,
regnent le long du balcon
en fauffe-braye dont
on a parlé , & aboutiffent
à un grand Salon en retour
. Tout cet espace
eft remply de diverfes tables
curicufes , dont les >
de Chantilly . 55
tunes font rares par leur
travail , & les autres par
leur matiere de Buftes
;
avec leurs gaines & ſcabelons
, & de meubles
tres - finguliers .
tables
Outre
cela , il y avoit plufieurs
pour toutes fortes
de jeux. C'eft dans ce lieu
que Monfeigneur a fouvent
tenu appartement
devant, & aprés le fouper.
De ce logement , lors
qu'on a paffé par un Ve-
| ftibule qui eft ouvert par
56 La Fefte
deux grandes arcades du
cofté de la Court & du
petit Parterre , on monte
dans l'Appartement qui
eft au deffus , & qui fe
trouve fitué de plein pied
au rez de Chaufféc , de la
court du grand Chafteau,
auquel il eſt joint par un
Pont qui traverfe le
grand Foffé . Ce foffé eft
remply d'un tres- grand
nombre des plus belles,
& des plus groffes Carpes
que l'on puiffe voir.
de Chantilly .
ry
Cet
Appartement qui a
efté occupé par Monſeigneur
tant que la Feſte a
duré , eft compofé d'un
grand Salon , qui n'eft pas
encore entierement fait ,
& qui eft la feule piece
qu'on n'a pas eu le temps
d'achever. De ce Salon
on entre dans une grande
Antichambre , aprés laquelle
il y a une grande
Chambre , plufieurs Garderobes
, & un grand Cabinet,
dont la veuë donne
38 La Fefte
d'un cofté fur les Jardins,
& de l'autre fur une
grande Peloufe qui borde
la Foreft. Aprés ce Cabinet
on en trouve deux autres
de moindre grandeur,
dans le retour . L'un
donne entrée dans une
Galerie qui eft percée du
cofté de la Foreft de fix
grandes croifées , vis à
vis defquelles
il y a de
grands miroirs de glaces ,
dont les bordures font
d'un travail tout partide
Chantilly. 19
culier . Ces Miroirs reprefentent
cette grande Peloufe
dont je viens de
vous parler , avec une
partie de la Foreft . Au
deffous de ces glaces font
des tables de differentes
fortes de marbres des plus
beaux , & des plus precieux
; ces tables font
montées fur des pieds de
fculpture dorée ; il y en a
de plufieurs
manieres
. On
voit au bout de cette
Galerie un Portrait de
to
La
Fefte
feu Monfieur le Prince ,
fait par le vieux Jufte ,
du temps de la Bataille
de Rocroy . Ce Prince est
en pied
font à fes pieds occupent
une partie du terrain , &
du lointain. On y voit
d'un cofté l'ordre de la
Bataille de Rocroy , &
de l'autre le Combat . Ce
Tableau eft dans une bordure
d'une grande beauté
, & auffi magnifique
que bien travaillée , &
fes Armes qui
comme
de Chantilly.
61
comme Monfieur le Pring
ce a confacré ce lieu, a
la memoire de feu Mans
fieur fon Perfil a com
mencé à faire mettre des
Tableaux dans chaque
trumeau entre les croifées
& les glaces . Chacun
de ces Tableaux reprefante
par l'ordre des
temps une Campagne de
feu Monfieur le Prince.
La principale action , de
Ja,
la Campagnes, foit Siege
pu Bataille , painte en
F
3
62 La Fefte
grand , occupe le milieu
du Tableau
. Les autres
actions de la mefme Campagne
font peintes en petit
tout autour dans des
Cartouches
.
Le premier Tableau
reprefente la Campagne
de 1643. c'est à dire , la
Bataille de Rocroy . On
voit l'ordre de cette Bataille
dans le grand Cartouche
qui eſt au bas du
Tableau , ainfi que l'or
dre de Bataille des deux
་
de
Chantilly.
63
6
Armées . Il y a trois autres
Cartouches au côté droit
du mefme Tableau . Le
premier repreſente l'élevation
de Thionville ; le
fecond la Carte du Gouvernement
de Thionville,
& le troifiéme le Siege
de Thionville
. Il y a
auffi trois Cartouches à
la gauche du Tableau ,
Le premier fait voir le
Siege de Cirque , le fecond
la Carte du Gouvernement
de Cirque , &
11
Fij
84 La Fefte
le troifiéme l'élevation
de
Cirque.
Dans le fecond Tableau
eft reprefentée la
Campagne faite en Alle
magne en 1644.Les Com
bats donnez devant Fri
bourg le cinquiéme &
dixiénie Aouſt font peints
dans le milieu avec les
retranchemens de l'Atl
$
mée Bavaroife qui fu
rent forcez par celle que
commandoit feu Mon
fieur le Prince alors
2
de
Chantilly.
Duc
d'Anguien . Dans un
grand Cartouche au baş
eftole Plan de Philips
bourg ; dans les fix Cars
touches qui fontau coſté
droit du Tableau , font
repicfentez Oppenhien .
Beingen
Liechtonaug
DourlathipMayonce &
Landau Dans les fik
du cofté gauche on voit
VVoomes Spire Créukl
zenach ,
Bacharach , Neig
ftat & Baden.40 .mp3
Au
troifiéme Tableau;
Fiij
66 La Fefte
qui reprefente la Campa
gne de 1645. eft la Bataille
de Norlinguen ,
donnee le 3. Aouft entre
l'Armée du Roy commandée
par Monfieur le
Prince , & celle de l'Empereur.
Les deux grands
Cartouches qui font au
deffus du Tableau repre
fentent , l'un l'ordre de
la Bataille de Norlinguen
, l'autre & Norlinguen
. On voit dans les
trois Cartouches du cofté
de Chantilly.
677
droit l'élevation de Rottembourg
, la Carte du
Gouvernement de Rottembourg
, le Siege de
Rottembourg , & les
trois du cofté gauche reprefentent
le Siege de
Dunctelſbuhel , la Carte
du Gouvernement de
Dunctelſbuhel , & l'élevation
de Dunctelfbuhcl
.
Le quatriéme Tableau
fait voir la Campagne
de
1646. Au milieu eft la
šà La Fefte
Ville de Dunkerque &
dans les Cartouchés à
droite & à gauche
on
voit d'autres actions qui
regardent le Siege de l
mefnie Ville Les autres
Campagnes doivent eſtre
peintes fur d'autres iŢal
bleaux pareils dont les
places fondmarquées dant
la mefme Galerie gomais
>
> Tout cee Appartement
eftdie éclairéparaN HO
qui ne font pas encore
deffinez
, beep
5.1
de Chantilly.
69
&
bie infiny de Luftres &
de Girandoles de criftalt
Le couvert de Monſeigncur
fut mis dans une
Salle du grand Château ,
& Monfieur le Prince
qui fit fervir cousules
jours quatorzeou quinze
tables , comme vous vert
rez dans la fuite deffraya
toutes les perfonnes dis
ftinguées qui allerent à
Chantilly pour voir da
Fefte , ainfi que tous ceux
qui y furent employez
70 La Fefte
dont on
peut
dire que lo
nombre
eſtoit
infiny
.
Lors
qu'on
eut
foupé
,
Monſeigneur
tint
Appar
tement
. Aprés
vous
avoir
fait
une
defcription
des
deux
Chafteaux
, je croy
vous
devoir
parler
, non
pas
de toutes
les beautez
des
Jardins
, car je ne
Vous
en
entretiendray
qu'à
meſure
que
je vous
parleray
des
promenades
qu'y
fit
Monfeigneur
,
mais
de ce qu'ils
offrent
de Chantilly.
71
à la veuë de ceux qui
font dans les Appartemens
. En arrivant fur la
Terraffe , où je vous ay
dit qu'eftoit la figure du
Conneftable de Mont-
Il morency , on découvre
un grand efcalier, au bas
duquel eft un grand ron .
Ideau , & au milieu de
ce rondeau une gerbe
de plufieurs tuyaux . Au
delà de ce rondeau on
découvre un grand Parterre
feparé en deux parn
A La Feſte
ties par la croifée du
d'une
grand Canal. Il y a cinq
grandes pieces d'eau dans
Pune & l'autre partiel,
& chacune de ces grandes
pieces a un gros Jet
d'eau. Ces deux parties
fonts foutenues
grande allée d'ormes ch
Terraffe , avec des Ifs &
des Picea entre - deux
Au delà du grand Tanal
eſt un demy - rond qui
ferme la croifée, & dont
il s'éleve infenfiblement
jufques
395
12
de Chantilly.
73
>
juſques au haut de la
cofte une espece de fer
à cheval , qu'on appelle
le Vertugadin. Il eſt
compofé d'un grand glacis
de gazon , d'une grande
allée , fermée du cofté
du glacis par des Picea
taillez en piramide
ronde
, & de l'autre par des
ormes & une paliffade
entre-deux . Cette allée
eft jointe par ces deux
bouts , aux deux grandes
allées qui regnent_tout
G
74
La Fefte
le
le long du grand Canal :
Le point de veuë eſt ter
miné de ce coſté- là par
commencement des al
lées du grand Parterre ,
& de l'autre par une route
particuliere au travers
de la Foreft , qu'on ap
pelle la route du Con
neftable. Elle eft plus
large que toutes les autres
. Le Château eft à la
droite , comme je vous
l'ay déja marqué , & à la
gauche eft un petit Parc ,
de Chantilly.
75
qui feroit eftimé grand
par tout ailleurs , mais on
ne luy peut donner que
le nom de petit , fi on le
compare à l'autre , qui
a plus de cinq mille arpens
.
2
Le Lundy ( car pour
donner quelque ordre à
cette Relation , je la fepareray
par journées )
Monfeigneur alla courre
le loup aux environs
d'un Village appellé la
Chapelle , & au retour de
Gij
76 La Fefte
la Chaffe , ce Prince entra
dans fon Appartement ,
d'où il fortit quelque
temps aprés , pour aller
prendre à pied le plaifir
de la promenade. Il traverſa
le petit Parterre, &
ayant paffé le grand foffé
fur un pont de bois , il
trouva à ſa gauche un
gränd Parterre , enfermé
d'un cófté du foffé , de
l'Orangerie , & de l'autre ,
d'une galerie , & d'un
canal . Ce Parterre eft ende
Chantilly . 77
touré d'orangers parfaitement
beaux .
On y voit cinq pieces.
d'eau avec leurs jets. Celle
du milieu a pour pied
une Hydre , dont chaque
tefte vomit une quantité
prodigieufe d'eau . On y
voit auffi la Fontaine des .
Grenouilles . Elle eft fituée
dans un triangle au
deffous de la Terraffe du
grand foffé du Chafteau ,
entre cette Terraffe , les
Canal du Dragon , & le
Giij
78 La Fefte
petit bois de Chantilly,
qui eft à coté du Parterre
de l'Oragerie. Le Dra
gon eft une maniere d'a
nimal marin qui paroift
fortir de deffous la Ter
raffe du foffé . Il vomit
l'eau de la décharge de ce
foffé dans une coquille,
qui retombe dans un canat
qui eft le long d'un
des coftez de la piece où
eft la Fontaine des Grenouilles.
On deſcend
dans le Parterre par un
de Chantilly. 79
efcalier de
quarre ou
cinq marches fort grandes
& fort belles . Aux
deux coftez de cet eſcalier
font des napes d'eau
perpetuelles
, grandes,
belles , & bien fournies ,
qui tombent
dans de
grands
baffins
quarrez
C avec des bouillons
&
0
Dans ce bruits d'eau.
mefme Parterre font quatre
grands Picea , dont
le moindre a plus de foi-
Xante pieds de baut . Du
80 La Fefte
cofté du canal l'allée eft
garnie de Platanes , dont
le plus vieux a plus de
cent cinquante
ans . Cet
arbre eft fort rare en
France . Sa feüille eft à
peu prés comme celle de
vigne , & il fe depoüille
tous les ans de fon
écorce . De ce Parterre
Monſeigneur
entra dans
une Ifle par un grand
portique
de treillage. A
cofté de cette Iſle on en
voit une autre plus pede
Chantilly.
81
tite . Elles font partagées
par trois canaux .
La grande eft ornée de
plufieurs allées , de grandes
paliffades
, de deux
groffes Fontaines
enfermées
dans des Portiques
, & de plufieurs
ornemens
de treillage d'un
deffein tres agreable ,
& d'une propreté
furprenante
. L'extremité
de
'Ifle eft reveſtuë de
pierre de taille . On y
voit douze jets d'eau
-
82
La Fefte
qui fortent d'autant de
baffins au deffous " defquels
eft une cafcade de
2
toute la largeur de la
pointe de l'Ifle , & des
deux canaux . On trouve
dans la petite Ifle des
allées de grands Aunes ,
des paliffades , un treillage
en demy - rond
& une fontaine dans le
milieu . Deux Dragons
de
3
bronze femblent y combattre
. Il y en a un
renversé qui pouſſe un
de Chaneilly.
83
grand jet d'eau , & l'autre
en dégorge en abondance
fur ce premier . Vis
à vis de cette fontaine ,
& à la pointe de la mef
me Ifle , eft un Apparte
El ment de treillage , compofé
de quatre pieces . Il
eft parfaitement
bien entendu
, & d'un travail
tres - delicat
. Ces quatre
pieces fe trouvent fur un
terrain qui a en face la
I vue du canal ; à droite
3
fur la prairie , & à gauche
84
La Fefte
fur des jardins . A l'iffuc
de la promenade Monfeigneur
alla voir l'O
pera , que Monſieur
le
Prince avoit fait faire
exprés , Son Alteffe Sereniffime
ne voulant
point donner de diver
tiſſement qui euſt eſté déja
vû . Le lieu meſme fut
conftruit pour ce feul
Spectacle , & Monfieur
le Prince agar choiſi
l'Orangerie
de Chantilly
qui regne tout le long
du
de
Chantilly.
83
duparterre avec une terraffe
magnifique, dit à M.
I Berrain d'y conftruire ,
non feulement un theatre
, mais auffi une Salle
magnifique. L'Orangerea
70. toifes de long, &
vingt-fept pieds de large.
1 M. Berrain la divifa en
trois parties feparées par
des Portiques d'architecture
, fans y comprendre
le Veſtibule par où l'on
yes & duquel on
voyoit cette longue éten-
70
ОП
I
H
86
La Fefte
due eclairée de deux
rangs de Luftres , que les
grands Portiques qui fervoient
d'entrées à ces
differentes Salles , laif;
foient voir diftinctement
. Il feroit difficile
de trouver rien de plus
magnifique
, & dont les
ornemens fuffent plus diverfifiez
. Plus on appro
choit , plus on voyoit
que la magnificence alloit
toujours en aug
mentant , la derniere
.
de Chantilly.
87
Salle eftant infiniment
eftoit
plus riche
la
que , premiere
, & le theatre
encore
davantage
.
1 Le Veſtibule
orné de grands
arbres
qui ceintroient
, & cachoient
toute
la voûte
.
Les pieds
de ces arbres
cftoient
dans
une feule
caiffe qui regnoit
tout
autour
du Veftibule
, &
qui eftoit
peinte
en porcelaine
, & ornée
de chifres
de Monfeigneur
,
Hij
88 La Fefte
avec des attributs de ct
Prince . Ces arbres eftoient
fi verds , fi chargez
de feuillages , & fi
artiftement placez , qu'il
eftoit impoffible qu'on
vift les murs de ce Vel
tibule , de forte qu'on
le pouvoit prendre pour
une tres-belle allée . Ces
arbres conferverent leur
verdure pendant les huit
jours que dura la Feſte,
& ils donnerent une fi
agreable fraîcheur à ce
de Chantilly .
89
licu , qu'on refpiroit
en y entrant un air delicieux
, dont on ne pouvoit
s'empefcher de parler
, en marquant le plaifir
qu'on y prenoit. Ce
Veftibule eftoit éclairé
de plufieurs Luftres , ce
qui parmy la verdure des
arbres produifoit un effet
tres - réjouiffant , rien n'eftant
plus agreable à la
veuë que le verd , fur tout
lors qu'il eft éclairé .
Aprés qu'on avoit ad-
H iij
Do La Fefte
miré la fimple & riante
decoration de ce Vefti-
翼
bule , & qu'on y avoit
demeuré
quelque temps,
pour en goûter la douce
fraîcheur , on fe fentoit
excité à paffer outre ,
chacun eſtànt attiré par
le brillant qui paroiffoit
au travers d'un fuperbe
Portique , fous lequel il
falloit paffer pour entrer
dans la piece fuivante.
Ce Portique eftoit de
huit pieds d'ouverture
de Chantilly.
91
fur feize de hauteur . Il
eſtoit tout de marbre , &
d'une tres - belle architecture,
avec des ornemens
rehauffez d'or . Il fervoit
d'ouverture à une galerie
de feize toifes de
long fur vingt-fix pieds
de haut . Tout le pourtour
de cette galerie eftoit
orné d'un lambris ,
& d'une corniche , &
entre le lambris & la
corniche , on voyoit une
tres belle tapifferie tou92
La Feste
te d'une meſme fuite , &
qui eft nommée Tapiße
rie de Venus , parce que
tout ce qu'elle reprefen
te regarde cette Deeffe.
Outre les deux rangs
tres- beaux Luftres de cri
ftal qui éclairoient cette
fuperbe galerie , elle d
toit encore ornée &
de
éclairée par vingt - quatre
Girandoles de mefme matiere
, qui estoient pofées
fur des Gueridons .
Au bout de cette galerie
14
de Chantilly. 93
P
on voyoit un Portique
pareil à celuy par lequel
on eftoit entré. On montoit
trois marches fous
ce dernier Portique pour
entrer dans la troifiéme
piece , qui eftoit la Salle
de l'Opera. Elle avoit
cent quarante-deux pieds
de long en y comprenant
le Theatre & l'Orcheftre.
L'ordre de fon
architecture , ainſi que
celuy de la façade du
Theatre , eftoit Ionique1
La Fefte
94
Compofé. Cette Salle
eftoit partagée
en quatorze
pilaſtres de marbre
ornez de leurs chapiteaux
, & de leurs bafes ,
+
ainfi
que
de
plufieurs
mafcarons
, & de
quantité
de
feftons
, le tout
de relief
&
doré
. Les
pilaftres
eftoient
pofez
fur
leurs
piedeftaux
qui
fervoient
de
lambris
à
toute
la
Salle
. Entre
ces
pilastres
on
voyoit
des
Tapifferies
qui
reprefentoient
des
de Chantilly .
95
portiques d'architecture,
tout relevez d'or fur un
fond de velours rouge
Cramoifi. On avoit affùjetty
les efpaces qui sé
toient entre chaque pilaftre
à la hauteur & à la
largeur des pieces de cette
Tapiflerie . La Corniche
eftoit toute de marbre &
de relief avec des ornemens
d'or de mefme que
le plafond , & la façade
du Theatre qui estoient
du mefme ordre , mais
96 La Fefte
d'un plan fort extraor
dinaire. Entre les pilaf
tres des deux coftez du
Theatre eftoient deux
grandes Figures de ronde
boffe, chacune de fixpieds
de haut . L'une reprefen
toit la Poëfie , & l'autre
la Mufique. L'Orchestre
qu'on avoit fait pour la
Symphonie eftoit aufli
d'Architecture
de mar
bre . Cette Salle eftoit fi
brillante & fi riche ,
qu'on ne la pouvoit
d'abord
de Chantilly.
97
d'abord regarder fans étonnement
, & enfuite
fans
admiration , quoy
que
l'embelliffement des
lieux par où l'on venoit
de paffer duft faire attendre
quelque chofe qui
fuft entierement magnifique.
Ce fut fur ce Thea
tre que l'on repreſen
P'Opera . Les Vers
n'en pouvoient eſtre que
beaux , puis qu'ils eftoient
de M. le Clerc de l'Academie
Françoife . Ils aa
ta
I
98 La Fefte
voient efté mis en Mufique
par M. Lorenzany ,
Maistre de Muſique de
la Chapelle de la feuë
Reyne , dont les Ouvrages
font fort eftimez , &
M. Pecour avoit fait les
té
y avoit outre cela trois
Entrées qui compofoient
les divertiffemens , hors
deux qui eftoient de M.
de Leftang . Cet Opera
intitulé Orontée, fut chanpar
l'Academie de la
Mufique de Paris , & il
de
Chantilly.
99
des meilleurs Muficiens.
de la Mufique du Roy,
L'ouverture du Theatre
fe fit par la reprefentation
d'une grande & belle
Foreft que la diverfité
des arbres & des routes
faifoit paroiftre fort
fpacieufe. Lors qu'on
eut levé la toile , on vit
le Dieu Pan dans le fond
de cette Foreft . Toute fa
fuite , Sylvains , Satyres ,
& Faunes , eftoient en-
2
groupez en divers en-
I ij
100 La Fefte
droits . I
commença
Prologue
. Comme
tous
les Vers qu'on y chanta
regardent
le Roy & Monfeigneur
le Dauphin
, je
ne veux pas vous priver
de la
fatisfaction
que
vous aurez à les lire.
Voicy
ceux qui furent
chantez
d'abord
le
par
Dieu Pan . C'eftoit
M.
Moreau
qui faifoit
ce
perfonnage
.
ay veu tous les regnes des
Fay
Rois
de Chantilly.
10
10
Celebres par leurs exploits ,
Et dans mon fouvenir j'en confervois
la gloire ,
Mais depuis que LOUIS s'eft
fait voir à mesyeuxi
Tous ces Mortels fortent de
ma memoire ,
Et je ne mets que luy dans le
allots rang de nos Dieux.
Digne Fils d'un tel Pere ,
Qu'avec le Sceptre hereditaire
Il offre de Vertus que tu vas
initer
!
Celuy dont l'Univers adoroit
la puiffance
ofsit flater
Et
Es qui
Liij
102 La Fefte
D'eftre le Fils de Jupiter ,
Seroit jaloux de ta naiffance.
豪
Jeune Heros,quand je te vois
Dompter les Monstres de nos
shaw Bois
J'augure qu'animé de l'Aftre qui
te guide ,
Le moindre de tes exploits
Vaudra tous les travaux d'Al
cide .
Ton coeur vole déja fur des che
mins ouverts
Amille triomphes divers ,
fetouted
Tu aisée ,
Et nous voyons clairement
Que noftre Hippolite charmant,
de Chantilly. 103
6
Jen
Al'ombre de la Paix , cache un
aure Thefée.
Mais j'entens les concerts des
Nymphes de nos bois.
Vous,Faunes , vous , Silvains,
répondez à leurs voix.
Pan cut à peine achevé
ces Vers , qu'une troupe
de Driades & d'Hamadriades
fe fit voir . Voicy
ce que chanta une des
Driades.
O gloire incomparable
De LOUIS !
104 La Fefte
Les Siecles feront ébloûïs ,
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Le Choeur ayant repeté
ces Vers , un Faune
chanta ceux- cy .
Le fouvenir charmant de ce
nom fi vanté ,
Doit eftre auffi durable
Que l'immortalité
.
Une Hamadriade chan
ta enfuite ces quatre Vers.
Son Hiftoire incroyable
A la pofterité ,
Paffera pour la Fable
D'une Divinité.
de Chantilly. TOS
Deux Silvains finirent
par ceux - cy .
Redoutable par fes armes ,
Il nous charme dans la Paix .
Son Empire eft fans alarmes ,
Mille graces, mille charmes ,
Accompagnent fes bien-faits.
Le
Choeur
repeta .
O gloire incomparable
De LOUIS!
Les Siecles feront ébloüis
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Et tout cela fut entremeflé
de Danfes de Dria106
La Fefte
des , d'Hamadriades , &
de Faunes .
La Decoration du premier
Acte reprefentoit le
Temple de Venus . L'Architecture
eftoit d'un or
dre Ionique , & le plan
d'une forme ronde , avec
quatre Portiques
ou Porches
, dont l'un paroiffoit
de face , il y en avoit un
avec autre en perfpective
un periftille tournantautour
du Temple , dont les
Corniches eftoient porde
Chantilly. 107
DI
tées par des colomnes
d'Agathe , avec des chapiteaux
& bafes d'or . Il
y avoit des Statues d'or
entre les colomnes . L'Attique
qui eftoit fur la
Corniche
duTemple
, portoit
un Dôme orné de
bandeaux ,
panneaux , &
bas- reliefs fur des fonds
de marbre ; & fur le haut
de la rondeur du Dôme,
c'eftoit un couronnement
de baluftres
& de:
Piedeſtaux . La porte de
108 La Fefte
ce Temple qui eftoit entouré
d'arbres , ne s'ou
vroit qu'en certain temps,
& alors on voyoit le de
dans tres-magnifique
, &
un autel au milieu , Orontée
Reine d'Egypte
, fort
refoluë de n'aimer ja
mais , vint chanter le
triomphe
de la liberté.
Meliffe , fa confidente ,
& Creonte Chef de fon
Confeil , luy repreſente
rent inutilement qu'elle
devoit choifir un : Epoux
digne
de Chantilly. 109
digne d'elle parmy tant
de Rois Elle demeura
ferme à protefter qu'elle
pr vouloit point entendre
parler d'Hymenée ,
& elle eftoit dans ces
fentimens , lors que Gelon
, homme de Cour ,
luy vint dire qu'il avoit
be arraché un jeune Etranger
d'entre les mains
d'un affaffin qui l'avoit
bleffe . Cet Etranger parut
auffi-toft fous le nom
d'Alidor , foûtenu d'AK
te
110 La Fefte
"
riftée fa Mere . Sa beau
té , dont Gelon avoit
déja fait la peinture ,
toucha Orontée , qui ap
prit de luy que l'affaffin
luy avoit dit en le fra
pant , qu'il executoitles
ordres de la Reine de
Phenicie qui avoit juré
fa perte. Orontée , aprés
avoir commandé a Phar
nace d'en prendre foin,
fortit avec Meliffe &
Creonte , & Gelon demeura
feul.
7
de Chantilly.
HII
Son caractere qui a extremement
pleu à Chantilly
, eftoit une efpece
d'honnefte homme , fe
faifant un plaifir de joüir
de la vie libre , & de
méprifer toutes les belles
chimeres dont les autres
hommes fe font des
Occupations , qui les empêchent
d'avoir un moment
de joye & de repos
pendant toute leur vie .
Voicy de quelle maniere.
expliqua fa Philofo-
K ij
112 La Fefte
phie agreable , aprés avoir
vù fortir Alidor
bleffé.
$
•S'il eftoit morts qu'il feroit
regrété !
Moy ,pour rendre à jamais fa
memoire celebre,
Au bruit des pots j'aurois
chanté
D'un ton plaintiffon Qraifon
funebre.
Pour vivre longtemps »
Pour vivre contens ,
Il n'eft rien tel
boires
que
de bien
de Chantilly. 113
Bacchus fur tous les Dieux emporte
la victoire
Son or potable enchante tous
Les fens
,
Diffipe les chagrins & chaffe
l'humeur noire.
Pour vivre longtemps ,
و ا
Pour vivre contens
Il n'est rien tel que de bien
boire.
Que le Ciel me delivre
De ces Philofophes du temps,
Qui jour & nuit pâliffent fur
un Livre ,
De ces Amoureux languiffans
,
K iij
114
La
Fefte
& que
De ces affamez Courtiſans
Que repaift la fumée ,
l'espoir enyore.
Pour moy, je ne veux point eftre
efclave en amour,
Ny devenir Sçavant , ny vieillir
à la Cour ,
Ny mourirfotement, pour vivre
dans l'Hiftoire.
Pour vivre longtemps ,
Pour vivre contens د
Il n'est rien tel
boire.
que
de bien
Tous ceux qui ont entendu
l'Opera ont donné
tant de loüanges à cet
de
Chantilly.
IIS 1
On
endroit , en ont trouvé
le tour des penſées fi
nouveau & fi brillant ,
les Vers fi juftes , & d'un
caractere ſi aifé & ſi poly ,
que j'ay cru devoir vous
les envoyer tels qu'ils
ont efté chantez . Le Prince
Lyfandre eftant furvenu
lors que Gelon exerçoit
fa belle humeur ,
l'un parla du plaifir d'aimer
, & l'autre de celuy
de boire . La Princeffe Amafie
parut enfuite , qui
1
1
116 La Fefte
témoigna à Lyfandre
qu'elle fe rendoit à fon
amour . Le Temple de
Venus s'ouvrit , & on
vit une troupe d'Egy
ptiens , d'Ethiopiens ,
d'Indiens , & autres Nations
, qui porterent des
offrandes fur l'Aurel de
cette Déeffe. Le Choeur
fit des voeux pour obtenir
de l'Hymen qu'il
preparaft fes chaines
pour Orontée . Voicy les
Vers qui furent chantez
de Chantilly. 117
pendant cette offrande .
LE CHOEUR .
Dans nos Conceris , dans nos
chants d'alegreffe
,
Chantons Venus noftre grande
Déeſſe.
DEUX DU CHOEUR .
Tendres Amours , pour remplir
nos defirs
Banniffez lesfoupirs ,
Chaffez la trifteffe.
Deux autres du Choeur.
Tendres Amours pour remplir
nos defirs
Banniffez les foupirs ,
Venez , douxplaifirs
11.8 La Fefte
LE CHOEUR.
O Toy , doux Hymen en ce
jour,
Pour le coeur de la Reyne ›
Prepare ta chaine.
TRIO.
Uniffons nos accords tour à
tour.
Que par tout on chante ,
Que par tout on vante
Venus & l'Amour.
LE CHOEUR.
Chantons en ce jour
L'Hymen & l'Amour
Il n'y eut point de
nouvelle decoration au
"
"
de Chantilly. 119
fecond acte, & l'on y vit
encore le mefme Temple .
Orontée furpriſe du
changement qui fe faifoit
dans fon coeur, loua
les charmes du jeune Etranger
, & fe refolvoit
à mourir plûtoft que de
#fe rendre à l'amour , lors
que Jacinte parut devant
elle en habit d'homme
,
& luy dit qu'ayant eſté
abandonnée
par un Amant
, elle l'avoit eſté
chercher
à Sidon
, où
DAY
120 La Fefte
Irene avoit adoucy fes
malheurs par fes bienfaits
. Elle ajoûta que les
Devins ayant declaré qu'
Alidor luy devoit un
jour ofter la Couronne,
ce qui l'avoit obligé à
prendre la fuite , cette
Reine avoit mis fa tefte à
prix , & que voulant luy
marquer fon zele , aprés
avoir efté fi bien recetë
dans fa Cour , elle avoit
furpris Alidor , & d'auroit
tué d'un poignard
qu'elle
de
Chantilly.
1921
Lit
qu'elle luy montra, fi on
ne l'en cuft empefchée.
Orontée charmée d'Alidor
luy arracha le poignard
, & elle en alloit
O percer Jacinte , quand
Creonte l'arrefta , & luy
fit connoiftre qu'il eftoit
indigne d'elle qu'elle
vouluft vanger Alidor.
Elle chaffa Jacinte de fa
prefence , & honteufe
d'avoir découvert fa paffion
, elle fit devant
Creonte de nouvelles
, 4
rec
ea
*
L
122
La Fefte
F
proteftations de n'aimer
jamais. Aprés qu'elle fut
fortie , Alidor parut avec
Ariftée , & fe plaignit du
malheur qui l'avoit contraint
de quitter la Cour
t
d'Irene, où il avoit vêcu
avec tant de gloire depuis
que la mort luy avoit
ravy fon Pere. Ariftée
luy dit que quoy
qu'Hipparque
cuft efte
autrefois Corfaire , il faifoit
trembler les Rois
par fa valeur , & que de
de
Chantilly.
123
Ipuis dix ans que ſes Vaiffeaux
avoient fait naufrage
, elle ne fçavoit
s'il étoit vivant où mort;
mais qu'elle ne pouvoit
fe défendre d'attendre
beaucoup des promeffes
de fon Aftre . Amafic les
interrompit pour dire à
Alidor , que la Reine
s'intereffoit pour luy , &
- qu'elle vouloit l'entretenir.
Lors qu'elle fut
feule , elle s'étonna de ce
qu'elle fentoit ſon coeur
Lij
124 La Fefte
diſpoſé à trahir Lyfandre
pour ſe donner à Alidor
, qu'elle trouvoit
tout aimable , & en même
temps des Peuples
d'Egypte mêlez d'autres
Nations vinrent celebrer
la Fefte de Bacchus & de
l'Amour. Toutes leurs
chanfons marquerent
l'envie qu'ils avoient
qu'Orontée vouluſt leur
donner un Roy. Le
Choeur fit d'abord entendre
ces Vers.
·
de Chantilly 125
-O
Quand tout le Ciel à nos
vaux eftpropice ,
Charmant efpoir , viens flater
nos defirs.
Que noftre joye en tous lieux
retentiffe ,
Redoublons tous nos Jeux &
nos plaifirs.
RECIT.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne,
Tu peux finir noftre peine ,
Seconde nos voeux .
LE CHOEUR.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne ,
Seconde nos vaux .
Liij
126 La Fefte
RECIT.
Tes aimables noeuds
Sans ceffe nous rendront heureux.
LE CHOEUR.
Quand tout le Cielfefait voir
fi propice
Charmant efpoir viensfeconder
nos voeux..
DEUX DU CHOEUR:
Dans ce beau jour
Fais que tout s'accompliße ,
Venus ,mene avec toy l'Amour.
Deux autres du Choeur.
L'attente
C D'un bien fi charmant ,
Enchante
de Chantilly.
127
h
U
Noftre tourment.
RECIT.
Parune douce chaîne,
En ce jour
Captive une Reyne ,
Puiffant Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Remplis noftre attente
Perçant de tes traits
Un coeur qui ſe vante
De n'aimer jamais.
DEUX DU CHOEUR.
Afuivre ta loy
Engage fa foy ,
Memphis veut un Roy,
LE CHOEUR.
Quand tout le Ciel, &c .
128 La Fefte.
" R
qu'une
Reine
Alidor feul commence
le troifiéme Acte, ens'ap
plaudiffant de fon bonheur
, de ce
luy donnoit afile dans
fa Cour , tandis qu'une
autre pourfuivoit fa
mort . Amafie eftant furvenue
luy demanda s'il
venoit admirer la beauté
des lieux où il eftoit , &
il répondit que quelques
charmes qu'ils euffent ,
il ne pouvoit avoir des
yeux que pour elle. Il
de
Chantilly. $29
me
ajouta qu'il vouloit l'aiens
mer toute fa vie . Amafic
nb receut fon
hommage a-
R vec plaifir , & il eftoit
Te &
à
fes
qu
be
lors
que
genoux
lors la
Reine parut
.
Elle
repropeu
de cha à
Alidor le
a
10 respect
qu'il avoit pour
elle , de venir
feduire
une jeune Princeſſe
dans
fo Palais. Amaſie ſortit ,
Alidor
ayant dit
qu'il eftoit bien éloigné
d'aimer
Amafie , aprés
ON
&
1. to
le. us les maux
que l'a130
La Fefte
mour luy avoit cauſez
dans la Cour d'Irene ,
Orontée l'affura qu'il
trouveroit en elle ce qu'il
avoit perdu dans cette
cruelle Reyne . Alidor
s'eftant éloigné , elle fit
connoiftre qu'elle ne
pouvoit
plus combattre
fa flamme. Dans ce moment
Gelon luy vintannoncer
qu'il avoit veula
Magicienne Ifmenie def
cendre des Cieux dans un
char de feu . Ifmenie pade
Chantilly. 131
rut, & declara à la Reyne
qu'il falloit malgrél
fon indifference qu'elle
fe refoluft à prendre un
Epoux , & qu'elle alloitinterroger
les Manes des
Rois d'Egypte, & l'Ombre
de Ptolomée
, pour
fçavoir fur qui tomberoit
fon choix. Alors elle
frappa de fa verge un des
coins du Theatre , & la
terre s'eftant auffi- toft.
ouverte, les tombeaux en
fortirent , & s'éleverent à
132 La Fefte
vingt - quatre pieds de
haut. Celuy du grand
Ptolomée qui s'éleva au
milieu du Theatre , eftoit
d'un ordre Dorique &
d'une compofition cr
traordinaire. Le plan é
toit quarré long avec des
piedeftaux faillans fur
chaque face & dans les
angles . Entre les piede
taux eftoient des Statues.
de marbre blanc , affiſes au
pied d'une grande con
fole , & appuyées fur les
piedeftaux
de Chantilly.
33
piedeftaux . Dans le milieu
s'élevoit un morceau
d'architecture
quarré
long , fuivant le plan
avec des pilaftres & des
confoles fur les angles.
Les Statues montoient
jufque fous la Corniche
5 de mefme que les pilaftres
, entre lefquels il y
avoit une grande arcade
percée & furbaiffée , fous
laquelle eftoit la figure
de Ptolomée de marbre
blanc , affife au pied d'un
M
134 La Fefte
Tombeau de Porphire ,
dont les ornemens étoient
de bronze doré.
La Corniche portoit un
focle fur lequel eftoient
pofez quatre Sphinx de
bronze, qui portoient un
grand Obelifque
orné de
caracteres , & de figures
hierogliphes
. Le fommet
eftoit un chapiteau compofé
fur lequel eftoit une
Urne. Il y avoit encore
quatre
autres Tombeaux
dans les coftez du Théa
14
de
Chantilly. 135
S
,
tre , & dans les éloignemens
de formes différen-
& tes. & une Statuë de
marbre à chaque Tom-
-beau. Tous ces Tombeaux
eftoient entourez
de Cyprés , d'Ifs , & autrès
arbres , & le tout enfemble
formoit un fpectacle
lugubre, mais tresmagnifique.
Aprés qu'Ifmenie
eut évoqué l'ombre
de Ptolomée , il parut
plufieurs Efprits qui
tournerent autour des
Mij
136 La Fefte
Tombeaux comme voulant
animer les Statuës ,
& on entendit un Choeur
de Mufique fort extraordinaire
dont les voix
paroiffoient fortir des
Tombeaux . Ce qui furprit
fort , c'eft que les
Statues qui eftoient drapées
auffi proprement que
fielles euffent efté travaillées
de marbre , eftoient
des Figures vivantes , chacune
dans une attitude
differente . Tout le mon-
"6
de
Chantilly . 137
I de les crut de
carton ,
ajufques
au temps
qu'Ifme-
Cnic
parla
à Ptolomée
.
Alors toutes les Statuës
Es remuerent avec des mouvemens
lents .
J'ay oublié de vous dique
requ'avant que l'évocaent
tion fe fiſt l'aimable
en Gelon foutenant toûjours
trafon caractere , eftoit forefta
ty d'une maniere fort
fpirituelle . Voicy ce qu'il
at dit. Tout le monde y a
remarqué un tour d'eftes,
с то
V
M iij
138 La Fefte
prit fingulier.
Je crains trop la Troupe infer
nale
,
Jenne veux point chez Plutoni
Mourir de foifcomme Tantale,
Ny boire l'eau du Phlegeton.
Tous les Vers de l'évocation
avoient quelque
choſe de majestueux , qui
ne contribua pas peu
à faire naiftre dans l'efprit
des Spectateurs cet
te efpece d'étonnement ,
qui fait , lors qu'il eft
bien excité , un des prin
de Chantilly.
139
cipaux plaifirs des Specta
cles . La Magicienne parla
ainfi aux Demons .
Venez , Demons , plus vifte
qu'un éclair,
Quittez was demeure's terribles,
Et des atomes de l'air
Faites- vous des corps vifibles.
Venez, venez, obeiſſez
Paroiffez paroiffez.
Aprés que les Demons
l'eurent affeurée qu'ils
eftoient prefts d'obeir ,
elle pourfuivit de cette
forte.
ISC
IX.
140 La Fefte
Des jours éteints de nos Monar
ques,
Dans leur froid tombeau ,
Malgré l'ordre des Parques.
Rallumez le flambeau.
Les Demons ayant ani- ˆ
mé les Statues des Rois,
elle s'adreffa à ces Statuës
, & fit entendre ces
Vers .
Marbres fourds Figures
muettes
De nos fuperbes Rois ,
Prêtez l'oreille à ma voix ,
Parlez, & du Deftin foyez les
interpretes.
de Chantilly. 141
Rr
5!
Elle confulta enfuite
la Statuë de Ptolomée ,
& l'Ombre répondit ces
quatre Vers.
Ma Fille , de l'Hymen tu dois
fubirla loy ,
Et tu l'accepteras fans peine s
Mais tu n'épouferas qu'un
Roy
2
Que te doit offrir une Reyne.
L'Ombre ayant parlé
de cette forte , toutes les
Statues reprirent leurs attitudes
& aprés qu'Orontée
cut marqué la
>
142
La Fefte
peine que luy faifoit cet
Oracle , tous les Tombeaux
difparurent
, &
l'Acte finit ..
Un Jardin delicieux
faifoit le Theatre du quatriéme
Acte. Le devant
eftoit une maniere de Ve
ftibule d'une architectu
re Ionique. Des Termés
de bronze doré tenoient
lieu de colomnes . Les
chapiteaux eftoient des
corbeilles de fleurs & de
fruits , qui portoient une
L
de t
Chantilly. 143
,
corniche de marbre &
un plafond magnifique.
Entre les Termes il y avoit
des arcades auffi de
marbre , avec les orne
mens de bronze pour entrer
dans une galerie qui
paroiffoit tapiflée d'éto
fes d'or à fond violet . Le
Veftibule occupoit un
o tiers du Theatre fur le
I devant , & le jardin patroiffoit
enfuite . Il eftoit
Morné de Statues reprefentant
des Amaurs fur des
144 La Fefte
piedeftaux, accompagnez
de baluftres de marbre &
de bronze , avec des ar
bres qui s'élevoient der
riere ces Figures , qu'on
voyoit ornées de fleurs
& de fruits . Les deux
coftez duTheatre étoient
de cette maniere. Au milieu
le jardin fe feparoit
en trois allées , une dans
le milieu , & deux diagonales.
Elles eftoient ſi
bien tracées , qu'on les
découvroit de tous les
endroits
de Chantilly. 145
Resi
endroits de la Salle . A la
face de chacun des angles
qui feparoient les
allées eftoit une Statuë
qde marbre blanc , fur un
* piedeſtal auffi de marbre
dorné de bas reliefs d'or .
éto D'autres Statuës qui re-
A prefentoient encore des
ep Amours ,
regnoient genenet
ralement dans toutes ces
ux trois allées. Au bout de
toid celle du milieu il y avoit
' on des
berceaux d'or percez
Lous à jour , reveftus de touend
N
146 La Fefte
tes fortes de fleurs , &
foûtenus par des Termes
en confoles de marbre
blanc. Au travers de ces
berceaux on voyoit une
caſcade naturelle avec
plus de cinquante jets
d'eau , fans y comprendre
les Napes. Cette cafcade
étoit faite avec tant d'art,
qu'elle fuivoit la perſpe
tive du Theatre . Elle
paroiffoit d'une grandeur
extraordinaire
, &
ne diminuoit rien des
de Chantilly.
147
nte
apra
"
objets qui eftoient au-
Ten tour. Ces ornemens efma
toient de marbre & de
de bronze , avec des vafes
O d'où fortoient des planle
tes . Au deffus de cette
caſcade paroiffoit une
allée d'arbres qui travercal
foit, & au delà on voyoit
nt un Palais fuperbe dans
l'éloignement
. Les deux
allées des coftez paroiffoient
auffi fort longues,
irt ornées d'une maniere differente
de celle du miien
Entd
pe
e. I
Nij
148 La Fefte
1
lieu. On appercevoit au
travers de pluſieurs Portiques
d'architecture
ruftique
mêlée d'arbres, une
caſcade dans l'enfoncement
. Ce qui eftoit de
remarquable , c'est que
les fontaines & les cafcades
avoient efté préparées
avec tant d'art, que
non feulement elles
n'empêcherent point qu'
on n'entendift la Mufique
& les Recits , mais
mefme elles fembloient
de Chantilly . 149
s'accorder avec la Simphonie
, dont les mou-
E vemens tantoft plus lens ,
tantoft plus preſſez , ex-
#primoient auffi le murmure
des eaux . Quelquefois
la Simphonie s'ar-
= rêtoit laiffer entenpour
dre ce murmure ; quelquefois
auffi le bruit des
eaux ceffoit pour ne laiffer
entendre que la Simphonie
qui l'imitoit.
Amafic vint refver
dans ce beau lieu au
N iij
150
La Feste
merite d'Alidor &
voyant yenir Lyſandre ,
elle luy avoua qu'elle
avoit changé. Lyfandre
1
l'ayant traitée de per
fide , elle luy confeilla
par cette chanſon de
changer comme elle.
Que l'inconftance eft agreable !
On s'engage avec un Amant ,
Et l'on le quitte au moment
Qu'on en trouvé un plus aimable.
Que l'inconftance est agréable !.
Lyfandre eftant forty,
de Chantilly.
151
refolu defe fatisfaire par
la mort de fon Rival fistoft
qu'il l'aura connu ,
Gelon vint avertir Amafie
qu'il avoit laiffé Alidor
avec la Reyne. Cela
dor
luy fit croire qu'il eftoit
aimé d'Orontée , & lors
qu'il parut , elle luy reprocha
fon ingratitude ,
en l'accufant de faire
contre elle ce qu'elle avoit
fait contre Lyfandre.
Elle fortit en
voyant
venir la Reyne , qui dit
10
152 La Fefte
à Alidor qu'il fçavoit
que l'amour qu'il avoit
eu pour Irene avoit caufé
fa colere, & Alidor ayant
répondu qu'un malheureux
comme luy fe con
noiffoit trop pour afpirer
à eftre aimé d'une Reyne,
elle ajoûta pour l'enhardir
à fe declarer , que
vertu meritoit un Diademe
, & qu'il n'y avoit
rien dont l'efperance luy
puft eftre deffenduë . Alidor
l'ayant quittée ,
•
fa
de
Chantilly .
153
dre
Creonte luy vint apprenque
le Frere d'Irene ,
Fils comme elle d'Agenor
Roy de Phenicie ,
& de Ladice , eftoit vivant
, & qu'un Envoyé
de fa Soeur venoit d'en
apporter la nouvelle.
Orontée en fut troublée ,
parce que ce Prince que
l'on croyoit mort , luy avoit
cfté deftiné par fon
Perę & par le Roy de
Phenicie , & qu'elle ne
pouvoit fatisfaire à ce
154
La Fefte
des
qui avoit efté predit par
fon Ombre, fans renoncer
à l'amour qu'elle avoit
pour Alidor . Creonte luy
confeilla de l'éloigner ,
pour faire ceffer
bruits defavantageux à
fa gloire , & elle répondit
qu'on auroit fujet
d'eftre content d'elle.
Cet Acte finit par le divertiffement
qui eft expliqué
dans ces Vers .
de Chantilly. 155
GELON.
Chers Compagnons delices
de la table ,
Rejcüiffons - nous.
Chantons , danfons, faifons les
fous.
Que la folie eft raisonnable !
LE CHOEUR.
Rejeüffons- nous
Chantons, danfons, faifons les
fous.
Que lafolie estraisonnable !
GELON .
D'où vient que le fommeil
m'accable ?
Que fes pavots font doux !
Camarades, couchons- nous
156 La Fefte
Sur le fein parfumé de Flore ,
Et dormons tous
Fufqu'au retour de l'Aurore,
Gelon s'eftant endormy
fur un lit de
gazon ,
un de fes Compagnons
dit ,
Dors , Gelon , dors.
Du jus divin ton ame eſt échauffée
,
Tu dois pour delaffer ton
corps ,
Te livrer tout entier dans les
bras de Morphée
Dors , Gelon , dors .
Aprés cela deux autres
compade
Chantilly. 157 .
21
10
Compagnons
de Gelon
dirent .
Vole , vole jufques aux Cieux
Sur l'aifle d'un fonge a greable,
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable.
Sur l'aifle d'un fonge agreable
Vole , vole jufques aux Cieux.
LE CHOEUR ayant repeté
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable ,
Gelon s'éveilla au bruit
que firent fes Compa-
& l'Acte finit
gnons ,
par une Danſe.
Le Theatre ne changea
O
158 La Fefte
point de Decoration au
cinquiéme Acte, qui com
mença par cette Chanfon
d'Orontée .
Je way, cruel devoir, éloigner
de ces lieux
L'innocent objet de maflame.
Mais qui me répondra, grands
Dieux,
Qu'eftant loin de mesyeux
Il ne regne plus dans mon ame?
Malgré fon amour elle
ne laiffa pas de déclarer
à Alidor qu'ayant fceu
combien Irene eftoit irde
Chantilly.
139
ritée contre luy , elle ne
pouvoit fe difpenfer de
l'éloigner de fa Cour ,
& qu'elle luy donnoit
Thebes pour retraite . Il
ſe retira comme ne cherchant
plus qu'à mourir,
& prefque auffi - toſt on
vit paroiftre Jacinte qui.
dit à la Reyne que l'En-
том voyé de Sidon parloit
u d'arrefter Alidor , qu'elle
craignoit qu'on ne vouluft
attenter fur fa vie ,
& qu'elle efperoit que
O ij
160 La Fefte
l'avis qu'elle luy en donnoit
appaiſeroit la colere
qu'elle avoit fait éclater
contre elle. La Reyne
n'eut pas fitoft envoyé
Jacinte pour empeſcher
le départ d'Alidor , que
444
Creonte luy fit part d'une
autre nouvelle . Il luy
apprit que l'Ambaſſadeur
d'Irene eftoit le Corfaire
Hipparque Pere d'Alidor,
dont la mort avoit paſſé
pour certaine ; qu'il avoit
obtenu le pardon de fon
de Chantilly. 161
Fils , & qu'Irene eftoit
partie elle-mefme de Sidon
pour venir mettre ſa
Couronne fur la tefte
d'Alidor . Cela donna de
la jalouſie à Orontée
qui crut qu'Irene venoit
couronner Alidor comme
Amant , mais elle fut
détrompée par lfmenie ,
qui l'affura que cet Alidor
eftoit Fils d'Agenor
Roy de Phenicie,& Frere
d'Irene. Le Vaiffeau qui
portoit ce petit Prince
O iij
162 La Fefte
dans le temps de fa naiffance
, ayant fait naufrage
, Hipparque l'avoit
trouvé flottant dans un
Berceau , & enveloppé
de langes tiffus de la
main d'Iſmenie . Il avoit
apporté ces langes , & Ilmenie
les avoit reconnus.
Orontée que cette reconnoiffance
rendoit heureufe
, puifque l'Ombre
de Ptolomée luy avoit
predit qu'elle épouferoit
un Roy que luy offriroit
de Chantilly. 163
1
une Reyne , ordonna à
Amafie de recompenfer
l'amour de Lyfandre
.
L'Opera finit par une
Fefte galante que fit une
troupe d'Egyptiens
&
d'Egyptiennes
, pour ſe
réjouir d'une avanture
qui leur donnoit un Roy
digne de l'eftre .
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux!
DEUX DU CHOEUR .
Le Soleil qui nous éclaire
E
164 La Fefte
Pour briller de plus beaux
feux
Va fe joindre avec Cythere.
CHOEUR.
Foüiffez, heureux Amans ,
Des plaifirs les plus charmans,
Desplus doux raviffemens.
RECIT.
Quelle gloire
En ce beau jour !
Alidor, ( qui l'euft pu croire? )
Va remporter la victoire
Par les mains du Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Ifmenie a fceu predire
Cet Hymen fait dans les
Cieux
de Chantilly. 165
ema
Deux Deffus du Choeur.
Quel bonheur s'offre à nos
yeux
Si charmant , fi glorieux ?
Pour le bien de cet Empire ,
Couronné des mains des Dieux,
Alidor vint en ces lieux.
DEUX AUTRES DESSUS.
Doux moment !
Four charmant !
CHOEUR.
L'Univers de noftre Roy
Recevra bien-toft la Loy.
DEUX DU CHOEUR .
O doux moment !
O jour charmant !
KT!
рит
victor
Die
EC
redire
166
La Fefte
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux !
Monfeigneur marqua
avec l'honnefteté qui luy
eft ordinaire, qu'il s'eftoit
beaucoup diverty à cet
Opera . Ce Prince tint Ap
partement le mefme jour,
& l'on y joüa à differentes
fortes de Jeux .
Le Mardy , qui eftoit
la troifiéme journée,
Monfeigneur voulut fe
de Chantilly . 167
B
donner le plaifir d'aller
tirer dans le Parc . Ce
Parc eft d'une beauté
merveilleufe &
quoy
que l'art l'ait beaucoup
embelly , il femble pourtant
qu'il ne luy doive
aucun de fes agrémens,
On y voit des cofteaux,
des plaines , & des bois
difpofez par la Nature
mefme d'efpace en efpace,
comme pour fervir de
retraite à toutes fortes
de gibier dont il eft rem168
La Fefte
ply , & pour offrir d'agreables
lieux de rafraìchiffement
à ceux qui
s'y promenent . Ces bois
font coupez par des rou
tes differentes qui fe croi
fent , & qui feroient en
d'autres lieux que Chantilly
, des promenades
•
qu'on admireroit, & qui
mefme en ce lieu- là où
tant de beautez fe trou
vent affemblées , ne laiffent
pas de fe faire regarder
avec plaifir. D'un
cofté
de Chantilly. 169
est
el
ner
et
côté où le terrain s'éleve
en côteau , on voit comme
dans une espece de
valon les canaux , les
prairies qui les bordent,
les Parterres , les Cafcades
, les petits bois dont
elles font ornées , les Ifles
dont je vous ay déja parlé
, qui font la plus delicieufe
, & la plus fuper
be veuë qu'on puiffe s'imaginer.
De l'autre côté
l'on voit comme dans
des enfonceniens des mai-
P
•
A
170 La Fefte
fons ruftiques qui paroiffent
au travers des bran
ches des arbres , des vil
lages qu'il femble qu'on
n'ait laiffez là dans une
efpece de lointain , que
pour faire des paysages
plus beaux que ceux que
le Pinceau nous a donnez
. On y trouve une
Menagerie dont la principale
porte donne fur
une des grandes allées
qui bordent le grand canal
, & qui d'un autre
de Chantilly . 171
côté fort dans les plaines
du parc. Cette Menagerie
, quoy qu'elle ne foit
pas encore achevée , ne
laiffe pas de paroiſtre
tres- magnifique . Outre
un parfaitement bel appartement
, dont la fimplicité
dans les meubles a
quelque chofe de plus agreable
que la richeffe en
d'autres lieux, la diftribution
d'une infinité d'endroits
propres à ferrer
tout ce qu'une Menage-
Pij
172 La Fefte
rie abondante peut fournir
de mets delicieux
,
fait un agrément qu'il
eft difficile d'exprimer .
On y voit un grand Salon
orné de peintures ,
teprefentant l'hiftoire
d'Ifis , & ce Salon eft
tourné de maniere qu'il
femble que ce foit plûtoft
le Temple d'Ifis qu'-
un baftiment ordinaire .
Beaucoup de Terraſſes
& de jardins champêtres
font l'ornement de cette
de
Chantilly .
173
maifon dont une des
courts eft bordée de huit
ou dix petits Pavillons ,
tous feparez les uns des
autres , & deftinez à lo-
Cintu
T'hif
Salo
ere
foit:
rdin
Terr
amp
de a
ger les animaux rares que
Monfieur le Prince fait
venir des Pays étrangers ,
Une autre court a dans le
milieu une fontaine toute
de fources vives ,
qu'on voit fourdre &
bouillonner parmy des
rocailles qui paroiffent
naturelles . On appelle
Piij
174
La Fefte
cette fontaine, la fontaine
de Narciße , parce que
ce Berger amoureux de
luy - mefme y paroiſt au
milieu fe regardant avec
tranſport , & tendant les
bras à fa Figure , qu'on
a le plaifir de voir dans
F'eau , tant cette cau eft
claire , nette & argentée,
pour me fervir des termes
d'Ovide , dont cette fontaine
furpaffe de beaucoup
la defcription .
Si je voulois contide
Chantilly. 175
nuer à vous faire celle
de cette Menagerie &
du Parc , je perdrois trop
longtemps Monfeigneur
de veue . Ce Prince , aprés
1 avoir tiré toute la matinée
dans ce Parc , alla
l'apréfdinée à la chaffe
du Cerf , avec la Meute
de M. du Maine , qui
n'a pas moins d'adreffe
que d'ardeur & d'activité
pour la Chaffe , & dont
l'équipage eft fi beau ,
qu'il ne cede qu'à celuy
176 La Fefte
du Roy. Il y eut le foir
Opera & Appartement .
Le Mercredy, Monfeigneur
alla à la chaffe aux
Perdreaux . Tous les Seigneurs
de fa fuite fe fe
parerent par Quadrilles.
Ce Prince eftant de retour
de la Chaffe , fit faire
un état de ce que cha
cun avoit tué , & envoya
cette Chaffe au Roy, avec
le détail , & les noms de
tous ceux qui avoient
chaffé. Il s'y trouva plus
de
Chantilly.
177
*
de cinq cens Faiſans ,
Perdrix , ou Liévres ,
Monfeigneur en ayant
tué luy ſeul plus de cent
quatre - vingt ; de forte
que s'il y euft eu un Prix
pour celuy qui en auroit
le plus tue , il cuſt eſté
donné à ce Prince . Il fe
promena l'apréfdînée , il
traverfa d'abord le Parterre
des Orangers , & alla
enfuite dans la partie du
jardin qui eft du côté du
Village de Chantilly.
178 La Fefte
II y entra par une gran
de porte qui eft au milieu
de la galerie des Cerfs .
Cette galerie s'appelle
ainfi , parce qu'elle eft
>
ornée de beaucoup de fi
gures de Cerfs au naturel
, portant tous au col
l'Ecuffon des Armes de
M' de
Montmorency ,&
des Maiſons avec lef
quelles ils avoient fait
alliance . Elle eft ouverte
en arcade fur le Parterre
des
Orangers , ayant au
de
Chantilly. 179
pied de fon mur un petit
ruiffeau d'eau vive &
claire qui coule fur un
beau fable , avec un murmure
le plus agreable du
monde. De l'autre cofté ,
entre les figures des cerfs
qui y font , elle eſt ornée
d'une peinture à frefque ,
reprefentant l'hiftoire
de Pfyché. Cette peinture
, quoy qu'un peu endommagée
par le temps,
ne laiffe pas d'eftre encore
d'une beauté à at
180
La Fefte
tacher les Connoiffeurs .
Cette galerie aboutit
d'uncôté à un grand Pavillon
apellé des Etuves,
à caufe qu'il y en avoit
autrefois.Ce Pavillon eft
compofé de deux grands
Salons , dont l'un eft ac
compagné
de Cabinets .
On trouve un Billard
dans le premier , & ily a
des Lits de repos dans
l'autre . Un de ces Salons
eft ouvert par unegrande
porte fur une des petites
Ifles
de Chantilly.
181
En
Ifles dont je vous ay parlé
, & il n'en eſt ſeparé
que par un canal que l'on
paffe fur un pont .
face de cette porte dans
l'Ifle , eft un grand
rond
de treillage
, qui forme
une efpece
de Salon dé-
Couvert
au milieu
duquel
eft une fontaine
avec
un tres-gros jet d'eau .
Par l'autre
bout
cette
galerie
conduit
à l'un
des Pavillons
de l'Orangerie
, compofé
auffi de
&
,
182
La Fefte
deux Salons. Monfei
gneur paſſa par une grande
allée de Picea en pi
ramide , & des Sapins entre-
deux , & eut le plaifir
de voir à la gauche , fur
une hauteur , ornée d'un
bois vert
une
cafcade
& une grande piece
d'eau avec trois gros jets,
dix levées , & autant de
baſſins à chandeliers. Ily
a dans la face de la cafcade
cinq grands Mafques
de bronze , qui vo
miffent une fort grande
de
Chantilly.
183
quantité d'eau , laquelle
tombant fur autant de
coquilles à trois rangs ,
forme autant de napes
d'eau . On voit au bas de
la caſcade un grand baffin
qui reçoit toutes ces
caux , & d'où fortent
plufieurs lances. L'archi
tecture de cette caſcade
eft fort correcte , & confifte
en plufieurs piedeftaux
. On y monte par
1 deux allées en rampes
qui forment des glacis
Qij
1.84 La Fefte
de gazon
tout - à - fait
Ces rampes agreables
font foutenues d'un côté
par des paliffades d'Ifs ,
& de l'autre par des Sabines,
& des boules d'autres
arbres verts . A la
droite font des Boulingrains
avec plufieurs fontaines
, & un petit canal
qui regne tout au long
de ces Boulingrains
, leſquels
fe terminent
de
mefme que la grande allée
, à une groſſe fontaide
Chantilly . 185
ya
ne dont le baffin eft enfoncé
d'environ cinq
pieds . Du milieu de ce
baffin s'éleve fur un picdeftal
à confoles , un au
tre baffin , dont il fort
un jet d'eau prodigieux
par fa groffeur . Il y a
une allée autour du
grand baffin, & une banquette
d'environ deux
pieds de haut au deffus
de l'allée , d'où fortent
vingt jets d'eau , qui for
ment un berceau fi juſte ,
Qiij
186 La Fefte
qu'on a le plaifir de fe
promener deffous fans
eftre moüillé. Le refte
eft un glacis de gazon .
Le bas de cette fontaine
s'ouvre en tenaille , & le
haut qui eft oppofé à la
prairie , eft foûlevé d'une
grande demy - lune , au
deffous de laquelle eft
un bois vert , qui fe termine
dans une grande
allée fur la hauteur , qui
paffe tout au long des
fruitiers , & mene à la
de Chantilly.
187
Faifanderie, dans laquelle
on trouve une quantité
prodigieufe de Faifans
& de Perdrix , qu'on
y éleve avec de grands
foins . Elle eft composée
de trois jardins en terraffe
, d'un corps de logis
de deux Pavillons , & de
I quatre grands jets d'eau
dans autant de baffins ,
l'un dans la court , & les
trois autres dans chacun
des jardins , qui font toust
trois en terraffe . Ce fut
188 La Fefte
für le canal qui répond
à ces deux parties que
Monfeigneur
s'embar
qua avec tous les Seigneurs
de fa fuite , pour
aller prendre le divertif
fement de la joûte fur
l'eau , & pour voir tirer
l'Oye , ce qui fe devoit
faire fur le grand canal ,
par les Mariniers que
Monfieur le Prince avoit
fait venir exprés . Les deux
bâtimens fur lefquels
Monfeigneur s'embar
de Chantilly .
189
qua avec ceux de fa fuite,
eſtoient ornez de leurs
Pavillons
& Tendelets
,
& conduits par dix - huit
Rameurs habillez en Matelots
. A mefure que
Monfeigneur avança , il
découvrit de nouvelles
beautez . Aprés la Faifanderie
on trouve un grand
jardin én terraffe , lequel
finit de mefme que les
jardins fruitiers qui font
au deffus , à un grand
rond , d'où defcend fur
A
190 L.
La Fefte
le canal une grande allée,
& ce qui la traverſe va
paffer entre la tefte & le
corps de la grande caſcade
, & fe termine au Pa
villon de Manfe . Toute
cette partie s'appelle le
Bois du Lude. Il y a plus
de vingt allées differentes
, dont la plufpart ont
des baffins & de grands
jets d'eau , dans le centre
où ces allées fe
coupent. Les arbres en
font parfaitement beaur,
de
Chantilly.
191
& les paliffades tres- unies
. Les principales de
ces allées menent par differens
endroits à la grande
caſcade . La teſte en eſt
foulevée de mefme que
les côtez par des paliffades
& par des Ifs , avec
du gazon dans les differens
paliers . Cette teſte
eft compofée d'un demy
octogone d'architecture
avec des Termes , des piedeftaux
, des baffins , des
animaux de bronze , des
192 La Fefte
coquilles & des rocailles .
Il y a fur trois gradins
de gazon neuf baſſins qui
reçoivent l'eau de neuf
grands vaſes . Au deffous
des gradins font encore
d'autres baffins les uns
fur les autres
au premier
defquels eft une
groffe gerbe d'eau faite
avec tant d'art , qu'on
n'en a point encore veu
"
de pareille. L'eau en paroift
auffi blanche que
nége , & fa tefte s'écarte
la
fi
de Chantilly. 193
fi agreablement, que rien
ne fçauroit mieux reprefenter
des épics qui fe détachent
d'une veritable
gerbe . Dans toute la circonference
des baffins qui
font au deffous de celuylà
font des jets - d'eau ,
lefquels avec les napes
quis'échapent des mefmes
baffins , & l'eau de la
gerbe font en tombant
un effet admirable . Au
deffus de tout le
pourtour
de ce demy
octogo-
R
194 La Fefte
ne font des baffins taillez
tres- proprement , du
milieu defquels comme
de la coulette qui eft au
deffous , fortent plufieurs
lances de meſme que du
fond de fon grand baffin,
& comme de tous les côtez
on voit des Jets &
des chûtes d'eau , ce contraſte
fait beaucoup de
plaifir à la veuë . Il y a
dans le milieu de la grande
allée de la caſcade un
fort beau baffin octode
Chantilly.
195
gone , du milieu duquel`
& des quatre coftez fortent
cinq jets d'eau . Le
corps de la caſcade con--
mence au bord de cette
allée. Elle est toute rem-
$
plie de gradins , de lances
, de napes , de bouillons
d'eau , & de marches
fur lefquelles , & des
deux coftez , l'eau fe brife ,
avec un murmure agreable
. Après avoir formé
une grande nape de plus
de cinquante pieds de
1
Rij
196 La Fefte
tour , elle ſe va precipiter
dans un goufre d'où elle
difparoift , pour rentrer
par deffous terre dans le
canal qui luy eft oppofé.
Au delà de ce goufre font
quatre baffins avec un
gros jet d'eau , qui avec
un glacis de gazon cn
tenaille forment le pied
de cette belle cafcade ,
aprés lequel on trouve
au bout d'une allée un
grand quarré long orné
tout autour de doubles
de Chantilly.
197
"
paliffades entre les grands
arbres , au pied defquelles
commence un double
gradin de gazon qui fe
termine en glacis de tous
coftez.A l'entrée on trouve
un rond d'eau du
milieu duquel s'éleve une
des plus groffes fontainės
qu'on ait encore veuës ,
Le refte de l'efpace eft occupé
par un quarré plus
long que large , dans le
milieu duquel s'élève un
grand rocher de mefme
R iij
198 La Fefte
figure. Quatre grands
jets d'eau en arcades partent
des quatre coins ,
& vingt- quatre jets d'eau
de deux pouces de dia
metre forment le pied
d'un autre grand jet
d'eau qui a du moins
foixante pieds de hau
teur , & qui tient le milieu
de cette partie. Voilà
tous les objets qui parurent
à
Monſeigneur pendant
le temps qu'il demeura
fur le canal de la
de Chantilly . 199
Riviere . Au fortir de ce
lieu-là fon Bateau entra
dans un canal de traverſe
qui porte fes eaux au Pavillon
de Manſe . De ce
canal on découvrit toute
la Prairie qui va juſqu'à
la chauffée de Gouvieux
,
ainfi que deux grandes allées
en terraffe , chacune
enfermée de deux grands
canaux
& la mefme
Prairie coupée dans le milieu
par un cinquiéme canal
. Tous ces canaux &
200 La Fefte
toutes ces terraffes ont au
moins onze à douze cens
toifes de long. De là on
vint dans une éclufe à
trois
portes .
Si- toft qu'on les cut
ouvertes , on vit comme
une Mer qui auroit rompu
fes digues , fe précipiter
à grands flots roulant
les uns fur les autres
avec un bruit effroyable.
Les bateaux ayant efte
élevez à la hauteur du
grand canal , on y entra
H
de Chantilly. 201
au fon des
Trompettes ,
& des
concerts de plufortes
fieurs d'Inftrumens
, qui eftoient aux
bords du canal , & fur le
canal mefme dans des bateaux
. Comme je viens
de vous parler du Pavillon
de Manfe , il me refte
à vous dire que les eaux
d'une fource admirable
y font élevées à foixante
& quinze pieds de haula
Machine que
teur ,
par
laRiviere y fait
mouvoir;
1
1
1
202
La Fefte.
que ces mefmes eaux font
portées de là dans un
grand Refervoir , qui eſt
fitué entre les jardins &
la foreft , entouré d'unc
large terraffe , & de quatre
grandes allées , & que
ce Refervoir contient
plus de cent trente mille
muids d'eau. Le divertiffement
de la Joûte &
de l'Oye eftoit prepare
dans le grand canal , où
je viens de vous marquer
que Monfeigneur
de Chantilly. 203
cftoit entré. Ces fortes.
de Jeux fe firent vis à
vis de la grande caſcade.
Les environs du canal
où cette Fefte fe fit, font
admirables par la diverfité
des plans & des vûës .
1 D'un cofté font tous les
jardins remplis de canaux
, fontaines & cafcades
; & de l'autre eſt un
payfage élevé en amphitheatre
par
plufieurs
grandes allées , dont je
vous ay parlé en vous
1
204 La Fefte
faiſant la defcription du
Parc . Ce payſage eftoit
tout remply de peuple ,
de mefme que les bords
du grand canal . Quand
ce divertiffement fut finy,
Monfeigneur entra
dans un bâtiment tout
doré , conftruit à la maniere
de ceux dont fe fert
le Roy de Siam , & que
l'on nomme Balons, dont
Sa Majefté a fait prefent
à Monfieur le Prince. Il
y avoit des Luths , des
Theorbes ,
de
Chantilly. 205
Theorbes , des Baffes de
Violes , & des Voix choifies
, dans la Poupe de ce
Balon . Il eftoit accomgné
d'un autre bâtiment
remply d'un fort grand
nombre de Joeurs d'Infftrumens
, & d'un Choeur
de plus de foixante perfonnes
.
Monfeigneur arriya
au fon de tous ces
Inftrumens , & au chant
de toutes ces Voix , à la
teſte du canal où eft la
grande caſcade de toute
S
206 La Fefte
la Riviere. Elle eft d'unc
finguliere beauté , & merite
d'autant plus d'eftre
admirée , qu'il n'y a au
cun jardin connu , où il
fe trouve rien de femblable
, fi ce n'eft dans
la Vigne de Frefcati en
Italie . Imaginez - vous ,
Madame , une abondance
d'eau prodigieufe qui
tombe par divers fauts
fur des gradins en demyrond
, dans un grand baſfin
quatre fois plus large
A
CO
10
de Chantilly. 207
que le canal . Cette eau
fe brife en tombant , &
forme autant de petits
rochers d'eau , qui tout
blanchiffans d'écume ,
font un effet admirable .
Toute cette eau fort d'un
grand baffin en rond qui
reçoit toute la Riviere
de Chantilly , fans qu'on
s'apperçoive par où elle
entre , parce que tout autour
de ce baffin , il y a
des allées de grands arbres
à
double rang, &
,
1
Sij
208 La Fefte
des paliffades . Ces arbres
& ces paliffades cachent
la veuë du canal , qui par
un aqueduc fouterrain ,
conduit dans ce baffin
les eaux de cette Riviere.
Monfeigneur eut le plaifir
d'y voir pêcher. On
prit plus de cinq cens
poiffons d'un feul coup
de Filet. Ce Prince retourna
en carroffe au
Chasteau , & y tint Ap
partement avant & aprés
fon Soupé . Madame la
de Chantilly. 209!
Princeffe & Madame la
Princeffe de Conty arri
verent ce jour-là à Chantilly
entre minuit & une
heure .
Le Jeudy qui eftoit la
cinquième journée, Monfieur
le Prince ayant efté
averty que Madame la
Ducheffe & Madame la
Princeffe de
Conty la
Douairiere
devoient partir
de
Verſailles aprés le
couché du Roy pour venir
à
Chantilly , fe pre-
S iij
La Feste
para à les recevoir . Monfeigneur
voulut aller auf
fi au devant de ces Prin
ceffes . Il partit à trois
heures du matin , & les
rencontra
au bout de la
route du Mail fur le che
min de Lufarche
où
elles furent receues au
bruit des Trompettes
&
des Timbales
. Cependant
Monfieur
le Prince qui
avoit diſpoſé un Diver-
,
tiffement pour les furprendre
, alla au deyant
de
Chantilly.
211
و
d'elles jufqu'au milicu
de la route d'où il les
accompagna à cheval de
mefme que Monfeigneur.
Elles entendirent peu de
temps aprés une harmonie
champeftre , & virent
paroiftre environ quatrevingt
Faunes & Satyres
fur des chevaux caparaçonnez
de feuillages qui
rangerent en deux files
& les
accompagnerent
jufqu'au Château
bruit d'un grand nom
fe
au
"
L
21 2 La Fefte
bre d'Inftrumens . Cette
Cavalcade fut trouvée
auffi extraordinaire que
divertiffante . Les Princef
fes allerent fe repoſer ſi
toft qu'elles furent arri
vées dans les Apparteniens
qui leur avoient
efté preparez . Monſeigneur
qui s'eftoit
levé
avant
trois
heures
du
matin, alla coure
le Loup
à Merlou
au lieu de fe
mettre
au lit. Je ne vous
diray pointque Monfieur
de
Chantilly.
213
le Prince faifoit fervir
tous les jours dans differentes
Salles , & dif
ferens Appartemens de fa
Maiſon , plufieurs tables
toutes très - magnifiques.
& tres - delicates tant
pour les Seigneurs qui
accompagnoient Monfeigneur
, que pour un
nombre prefque infiny
de
Gentilshommes
d'autres perfonnes
que
leur devoir où la curiofité
avoit atrirées à Chan-
,
&
214
La Fefte
tilly. Tous les Villages
des environs eftoient
pleins d'Officiers qui avoient
foin de faire fervir
avec abondance tous
ceux qui y eftoient logez.
Les Princeffes eurent aprés
leur difné le divertiffement
de la Joufte fur
l'eau des grands foffez
du Château au deffous
de leurs Appartemens
,
d'où elles pouvoient
prendre ce plaifir .
Le fixième jour , qui
de Chantilly.
215
eftoit le Vendredy , Monfeigneur
alla courre le
Cerf avec les chiens de
Monfieur le Duc du
Mayne , & Monfieur
le
C
Prince ayant fait preparer
tout ce qui eftoit
neceffaire pour une grande
chafse , & d'une maniere
toute nouvelle ,
on ſe rendit
l'apréſdînée
dans les belles routes de
la Foreft . Je ne fçaurois
m'empefcher
de vous faire
remarquer que ces rou216
·La Fefte
tes , dont on auroit peine
à dire le nombre, rant
il eft grand , & qui coupent
de tous coftez une
des plus belles & des plus
vaftes Foreſts du monde ,
font toutes à perte de
veuë , d'une tres- grande
largeur avec des palifsades
d'une hauteur extraordinaire.
On n'en
fçauroit voir de plus
toufuës , elles ont un
terrain fort uny , & qui
eft couvert d'une herbe
fi
de Chantilly. 217
1
fi fraîche & fi verte, qu'il
n'y a point de tapis de
gazon plus vert. Ce fut
par ces routes que l'on
alla jufqu'à un Etang
qni eft au milieu de cette
1
1
Foreft , & qui eft appellé
l'Etang de Comelle. Cet
Etang peut avoir environ
un quart de lieuë de
long , fur un demy quart
de lieue de large. Il eft
dans un fond dont le
terrain s'éleve tout au
tour en amphitheatre , à
T
י ד
218 La Fefte
la referve de la chaussée,
& tout eft garny de Bois ,
ce qui fait une veuë fort
agreable. Les toiles de
chaſse enfermoient l'Etang
, & leur enceinte
s'étendoit
par un cofté
dans la foreft . On avoit
drefsé une feuillée fur la m
chaufsée , avec des Tentes
au milieu , pour y mettre
les Dames . Une collation
magnifique y fut fervie.
Tous les Spectateurs eftoient
autour ou derrie- a
de Chantilly.
219
re les toiles . On trouva
fur l'Etang des bateaux
Couverts de leurs Tendelets
, & plufieurs autres
plus petits couverts de
feuillages . Monfeigneur,
Madame la Duchefse ,
Madame la Princesse de
Conty ,Monfieur le Prince
, & les Dames d'honneur
des Princesses
, avec
quelques
- uns des Seigneurs
de leur fuite , entrerent
dans le plus
grand de ces bateaux.
Tij
220
La Fefte
Monfieur le Duc , Monfieur
le Prince de Conty ,
& Monfieur de Vandofme
fe mirent dans le fecond
. Tout le refte de
leur fuite fe partagea dans
les autres , & Madame la
Princeffe fe plaça fous
la Feuillée avec plufieurs
autres Dames . A peine avoit-
on achevé de s'ems
barquer , qu'on entendit
retentir de tous coftez le
fon de plufieurs troupes
de Hautbois & de Trom
de
Chantilly
221
pettes qui eftoient placez
en divers endroits &
peu de temps aprés un
bruit de cors & de chiens
qui firent lancer dans
ร
l'Etang à plufieurs reprifes
un grand nombre de
fangliers , de cerfs & de
biches . Tous ceux qui étoient
dans les bateaux ,
prirent leur party pour
les attaquer
, les uns avec
des pieux , les autres avec
des dards , & les autres
avec des épées, Plu
Tiij
222
La Fefte
fieurs ſe ſervirent de grof
fes gaules avec des noeuds
coulans au bout afin de
les pouvoir prendre vi
vans . Ils firent tout le
tour de l'Etang en cet
équipage , & formerent
un croiffant pour chaffer
toutes les beftes du cofté
où eftoit Madame la Princeffe
, ce qui caufa un
plaifir fingulier qui fut
encore augmenté lors
qu'on donna les chiens
qui attaquerent ces beſtes
de Chantilly. 223
de toutes parts , & avec
tant de vigueur , qu'un
feul chien coëffa un fan :
glier à plufieurs
fois & le
noya. Cette Chaffe
dura
environ deux heures , &
donna beaucoup de plaifir.
Les Dames eurent la
fatisfaction de prendre
des cerfs elles -mefmes avec
les noeuds coulans
qu'elles leur jettoient .
On attachroit enfuite la
corde au bateau que les
cerfs tiroient en voulant
224
La
Fefte
gagner
le bord , en forte
qu'on faifoit
lever les
rames , & lors qu'ils l'avoient
conduit à bord,
on leur coupoit la corde ,
& on leur donnoit la liberté.
Elles curent encore
le plaifir de prendre
dans leur bateau quantité
depetits Faons vivans,
& de leur donner auffi
la liberté. Cependant
quoy qu'on
cuft foin
d'en fauver
le plus qu'on
put , on ne laiffa pas d'en
de Chantilly . 225
0:
apporter de morts dans la
court du Château , au
nombre
de cinquante
ou
foixante , tant cerfs & biches
que fangliers
. On
revint en fuite au Château
où il y eut Appartement
& Opera
.
6.
Le
lendemain Samedy
Monfeigneur
alla à la
Chaffe du Loup dans la
foreft . Les Dames demeurerent
ce jour - là au
Chafteau , parce que le
beau temps ceffa . A fon
1
226
La Fefte
retour il eut avec elles
le divertiffement
d'un
concert dans l'apartement
de Madame la Princeffe
de Conty. Les Vers
eftoient de M. du Boulay
, Secretaire de M. le
Grand Prieur , & la Mufique
de la compofition
de M. de Lully , Sur- intendant
de la Mufique
du Roy. Je dois vous
dire pour l'intelligence
de ces vers que le divertiffement
qu'on donna à
de Chantilly. 227.
Monfeigneur au milieu
de la foreft le jour que ce
Prince arriva à Chantilly
, ayant efté trouvé fort
beau , on avoit refolu de
recevoir lés Princeffes en
cet endroit , le jour qu'-
elles arriveroient , de la
même maniere que Monfeigneur
le Dauphin , &
comme le divertiffement
de la chaffe ne leur convenoit
pas , les Vers que
vous allez lire devoient
eftre chantez , au lieu de
228 La Fefte
ceux qui avoient fervy
de prelude au divertif- t
fement de la chasse , & ha
qui commençoient par
Debout, Lyfifcas , &c. k
ce qui ne fut pas executé,
parce que les Princeſses
devant venir la nuit ,
pour éviter la grande
chaleur du jour , l'heure
n'eftoit pas propre pour
un repas , & pour un divertissement
pareil à celuy
qui le fuivit , de forte
que les Vers qui avoient
cfté
de Chantilly . 229
efté faits pour cette reception
, n'ayant point efté
chantez , ils le furent
dans l'appartement de
Madame la Princesse de
Conty , le jour que je
viens de vous marquer.
Les
voicy.
, Princeffes , vous voyez ces hoftes.
de nos bois ,
Pour la premiere fois ,
Quitter leurs demeures paifibles
:
Mais d'un jeune Heros toutfuit
icy les Loix ;
V
230
La
Fefte
Et ce n'est que pour vous que
foumis àfa voix
Ces demy- Dieux fe font
rendus vifibles.
Faunes , vous eftes trop heureux
,
Que l'innocence de vos jeux
Acette belle Troupe ait marqué
vos hommages ;
Dans ces lieux où tout cherche
à flaterleurs defirs
Vous faites leurs premiers
plaifirs.
Aprés de fidoux avantages
Retirez-vous contents fous vos
fombresfeuillages.
de Chantilly. 231
Ces champeftres Divinitez ›
Princeffes voyant vos beautexx
Vous prennent pour des Immortelles.
Faunes , vous ne vous trompez
pas,
Ilen eft dans les cieux & mime
desplus belles ,
Quifont éclater moins d'appas.
Quel nouveau jour nous
éclaire ,
Etfe repand dans ces lieux !
Nous reconnoiffons
lesyeux
Vij
232 La Fefte
·
Sources de tant de lumiere :
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne .
Ab , que vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
B
Les jeux , les ris , la jeuneſſe ,
Accompagnent tous vos pas ;
Aux lieux où vous n'eftes pas
On voit regner la trifteffe.
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne.
Aboque vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
Ces Vers furent applaudis
, & l'on trouva qu'ils
de Chantilly.
233
convenoient parfaitement
au fujet. Il y eut
encore ce jour- là Appartement
& Opera , & enfuite
Media- noche
Jamais on n'a vu tant
de divertiffemens dans un
feul jour , & de tant
de differentes manieres
qu'il y en eut le Dimanche
, qui eftoit la huitiéme
journée. Il femble
qu'ils renaiffoient dans
le temps qu'on cuft cu
fujet de croire que leur
V iij
234
La Fefte
nombre auroit deu diminuer
, à caufe des differens
& continuels
plaifirs
qui pendant
fept jours !
avoient répandu la joye
dans tout Chantilly
.
Mais files divertiffemens
fembloient devoir eftre
épuifez , le zele de M
le Prince ne l'eftoit pas.
Ce jour-là aprés la Meffe,
Monfeigneur alla à la
Chaffe du cerf avec les
chiens de M. le Grand
Prieur. Au retour de la
A
de
Chantilly . 235
Chaffe il fe fendit avec
les Dames dans la Maifon
de Silvie pour le repas
que Monfieur le Prince
luy donnoit. Il faut vous
expliquer ce que c'eft que
cette maifon de Silvie .
C'est une espece de petit
Château qui n'eft com
pofé que d'un Appartement
bas de quatre pieces
, feulement percé en
enfilade , & aboutiffant
d'un coftés aux allées
champeftres d'un grand
0
236 La Fefte
་
bois qui eſt à coſté de la
grande terrasse , vis à vis
le vieux Château . On
appelle auffice Bois le
Bois de Silvie . De l'autre
coſté cette maiſon aboutit
à un demy rond qui
eft dans la grande Forest,
& dont je vous parleray
-bien-toft . Un petit parterre
bordé de berceaux
de chevrefeüil regne tout
le long de cette maiſon.
On dit que ce nom de
Silvie luy a efté donné
0:3
de Chantilly.
2.37
par le fameux Theophile
qui eftoit attaché au fervice
de Mrs de Montmorency
, & qui lors qu'ils
cftoient à Chantilly paffoit
une partie de fon
temps a refver agreablement
, & à faire des Vers
au bord d'une Fontaine,
toute fimple & toute³naturelle
, pouruneMaiſtref
fe qu'il avoit , appellée
Sylvie. On voit encore
cette Fontaine auprés de
cette maiſon , & les pe-
1
238
La
Fefte
tites murailles d'appuy
qui l'environnent & qui
en fervent à des bancs
de marbre qui font
tout autour , font encore
ornez d'une infinité de
Vers galans qui y ont
efté écrits par ce Poëte
amoureux. Ce fut dans
cotec maifon que Monfieur
le Prince fit fervir
un retour de Chafse à
Monfeigneur . Aprés qu'-
on eut mangé les entremets
, comme on croyoit
de
Chantilly. 239
qu'on alloit fervir le
fruit, Monfieur le Prince
dit à
Monfeigneur
, que
sil en vouloit il falloit
qu'il fe donnast la peine
d'en aller chercher au milieu
du Labirinthe où le
Deffert eftoitfervy . Monfeigneur
accepta la propofition
avec joye , &
l'on fe leva de table pour
aller dans le Labirinthe .
Il eft au milieu d'une partie
de la Foreft que Son
Alteffe Sereniffime a fait
4
240 La Fefte
enclore depuis peu de
temps . Dans cet eſpace
de la Foreft , enfermé du
cofté de la grande chute
d'eau , on voit un fort
de
beau Jeu de Mail , & un
de longue Paume . Au deça
eft un grand Manege ,
& à cofté font les Jeux.
l'Arquebuſe & de l'Arbalefte
, avec de grands
Portiques d'Architecture:
au milieu de grandes allées
. Monfieur le Prince
voulant que de quelque
cofté
de Chantilly. 241
i
cofté que Monseigneur
puſt tourner , il trouvaſt
un plaifir impreveu , avoit
fait venir des genst
quifebotenoient tout)
prefts dans chacun des
Jeux dons je viens de
vous parler, en fortè qu'il
y avoit dans le Jeu de
Paume des Joueurs de longue
Paume , des Joueurs
de Mail dans le Mail , des
Tireurs d'Arbalefte
d'Arquebufe dans les
deux lieux deftinez à ces
•
&
1
X
242 La Fefte
exercices , & des chevaux
de bague dans le manege
.
Le reste de la Foreſt qui
n'eft point occupé par
ces Jeux , eft coupé de
grandes routes , qui prennent
leur commencement
dans un domy rond
qui fait comme l'avantcour
du Pavillon de Sylvie
, & qui fe feparent
encore en plufieurs autres
, ce qui fait une promenade
auffi divertiffante
que belle . În
X
de Chantilly. 243
Voilà la fituation du
Labyrinthe qui eſt ſi
remply de detours , qu'il
eft prefque impoſſible
de ne s'y pas égarer , &
d'en trouver le milieu .
Il eft auffi ingenieufement
imaginé que tout
le refte de Chantilly, que
Monfieur le Prince a ordonné
, & quoy qu'il ne
foit pas encore dans la
perfection où ce Prince
veut qu'il foit , je ne laifferay
pas de vous en donx
ij
244
La Fefte
ner une idée la plus jufte
que je pourray . On y
doit trouver à l'entrée
deux Figures de marbre,
que Monfieur le Prince
fait faire à Rome ; l'une
reprefentant Thefée qui
entre dans le labirinthe,
& l'autre Ariane qui luy
-prefente le fil dont il doit
ſe fervir pour affurer (on
retour. Une figure du Minotaure
, qui fe fait auffi
à Rome, doit cftre au milieu
, & comme , felon la
de Chantilly. 2455
Fable, on devoit facrifier
tous les ans à ce Montre
neuf jeunes enfans
d'Athenes , on trouve en
pluſieurs endroits dans :
des enfoncemens qui font
le long des routes du :
Labirinthe, des figures de
jeunes enfans affligez &-
épouvantez du danger
où ils font. En d'autres
enfoncemens pareils , on
trouve des bancs de :
Marbre avec des cartou
ches portez fur des pie--
"
Xiij
246
La Fefte..
deftaux . Sur chacun de
ces cartouches eft une
Enigme , de forte qu'en
mefme temps qu'on offre
à ceux qui font dans
le Labirinthe dequoy repofer
leur corps , on leur
prefente dequoy fatiguer
leur efprit par la curiofité
qui les porte à lire
ce qui fe prefente à leurs
yeux , & par l'envie naturelle
qu'on à de pene
trer ce qu'on n'entend
pas d'abord. Voicy les
de Chantilly. 247
Enigmes que l'on trou
ve en ce beau lieu.
I.མ
On ne m'entend pas dire un
A mot
( tre.
Auxyeux je ne fçaurois paroif-
Je fais connoifire & méconnoiftre
L'habile homme d'avec le fot
Mues , fouvent je perfuade ;
Je fuis propre pour un malade ,
Je fuis le jour, j'aime les nuits,
ne fçaurois pleurer ny rire,
Quifuis-je ? cecy doitfuffire.
ne fuis pas ce que je fuis
Si j'ay pouvoir de te le dire.
Fe
La
Fefte
II.
Tantoft beau, tantoft laid , je
plais , & je fais peur ,
Je ne fuis rien du tout , & je
fais toutes chofes
Rarement veritable & bien
fouvent trompeur,
Je fuis toujours fujet à des
Metamorphofes
Sans conleur" je fçay peindre,
je parle fans voix,
Je vais chez les Bergers , je vi
fite les Roys ,
1
Et je donne aux Amans d'heu
reuſes avantures,
Scavant Magicien j'inftruis les
curieux
de Chantilly. 249
Je prens en un moment cent
fortes de Figures ,
Mais on nepeut me voir qu'on
ne ferme les yeux..
230
La Fefte
HII.
Si tu fearvois de quel endroit
du monde,
On ne peut voir que trois aunes
des cieux,
Cel point de doctrine profonde
T'éleveroit au rangdes Dieux.
de
Chantilly. 231
IV.
D'un pere lumineux je fuis la
Fille obfcure,
Je méprife la terre, & je m'éleve
aux cieux
Où j'apaife fouvent la colere
des Dieux ,
Quand ils ont refolu de per
dre la
nature.
Ma prefence eft cruelle aux
yeux ,
Et toujours Hofteffe fafchenfe,
Je fais fuvent pleurer une
perfonne beureuse.
22
+19
252
La Fefte
V.
Je fais autant de manx que je
caufe de biens
Quand on me veut forcer jeſchape
à mes liens
Je voy fair devant moy, par
tout on me fait place,
Les Princes les Rois de moy
trop amoureux >
Avec des longs travaux me .
conduifent chez eux.
Mais poureux quelques fois je
fuis toute de glace.
塗塗
Tor
me
VI.
de Chantilly . 253
VI.
Tout le monde me craint , tout
le morde me fuit ,
Je mene dans le port, j'augmente
les orages
,
Je produis la clarté , je forme des
nuages ,
Le jour m'eft ennemy, je le fuis
de la nuit
Toujours en action , jamais je
ne m'arreste
Terrible aux criminels , charmant
dans une Fefte.
253
Y
234
La Fefte
VII.
Fe brouille les amis , & jé les
entretiens ,
Faccrois les revenus , je diffipe
les biens ,
Favance le trepas , je prolonge
la
vie ,
F'augmente
la temerité
,
Fe feme la difcorde , à la paix
je convie ,
Et les plus diffolus aiment ma
pureté.
de Chantilly.
255
VIII
2
Quel eft cet art ingenieux .
De peindre la parole, e deparler
aux yeux
Et qui fçait , par des traits de
figures tracées ,
Donner de la couleur du
corps aux pensées ?
Y ij
256 La Fefte
IX.
Des petits & des grands mon
fein eft le refuge
Faypar toute la terre un celebre
renom
Et tout feulje porte le nom
D'un Berger , d'un Prince &
d'un juge
de Chantilly. 257
X.
Amant infortuné d'une belle
Maiftreffe
Dont la grace est égale à la legereté
,
Je la cours en tous lieux ,je la
pourfuisfans ceffe
Pour contenter l'amour dontje
fuis tourmenté.
Elle , trop e flâmée , accorde à
mon e vie
Un baifer fatal à ma vie,.
Y iij
258 La Fefte
XI.
Effet inanimé d'une cauſe vi-
Vante
Je retire les Morts du tenebreux
Séjour.
Par moy le fort d'un fiecle eft
le plaifir d'un jour,
Et celuy qui m'a fait oufe cache,
oufe vante.
Fentretiens tout le monde ,
ne dis jamais mot ›
Pour eftre bien vétu je n'enfuis.
pas moins fot..
de Chantilly. 259
XII
Un bon vieux pere a douze
enfans ,
Ces douze en ont plus de trois
cens
Ces trois cens en ont plus de mille ..
Ceux- cy font blancs ,ceux- làfont.
noirs ,
Et par de mutuels deve´rs
Tous confervent l'accord à l'USnivers
utile.
260 La Feste
Outre les figures d'enfans
on en rencontre
beaucoup d'autres reprefentant
differens perſonnages
, comme des A-
19
fem
mours , de petits Jeux
qui femblent fe moquer,
& infulter ceux qui s'égarent.
Les piedeftaux , &
Lesfcabellons qui portent,
foit les Enfans , foit les
Cartouches , font de dif
ferent marbre tres-beau.
Parmy tant d'Enigmes ,
on n'a pas oublié celle
de Chantilly . 261
du Sphinx , qui eſt ſi faª
meufe. Le Sphinx y eft
luy- mefme , qui la prefente
en Latin & en
François . Monfeigneur
eftant entré dans le La-
T
1
byrinthe avec les Princes
& Princeffes , & tous les
Seigneurs de fa fuite ,
chacun prit des chemins
differens pour arriver
plûtoft au lieu où eftoit
la Colation , & ceux qui
fe promirent d'en trouver
bien- toft le centre ,
1
1
26.2 La Fefte
fe lafferent en faiſant plus
de chemin que les autres,
fans avoir plus d'avanta
ge fur eux. On peut dire
feulement qu'ils furent
les premiers trompez ,
tant ce Labirinthe
eft
difficile.Cependant Monfieur
le Prince , pour faciliter
le moyen d'en trouver
le milieu , y avoit fait
placer un Concert de
Hautbois . On marchoit
droit au lieu où ce Concert
eftoit entendu 2,. &
de Chantilly.
263
que dans
lors qu'on en eftoit tout
proche , & qu'on croyoit
ne devoir plus avancer
que pour y entrer , on
s'en éloignoit infenfiblement
; de forte
le temps où l'on eftcit
le plus perfuadé qu'on
n'avoit plus de chemin
à faire , on s'en trouvoit
encore auffi loin que lors
qu'on avoit commencé
à faire le premier pas .
Les agreables impatiences
que cela caufoit fer-
1
264
La Fefte
voient de divertiſſement
à ceux mefmes qui eftoient
les plus
trompez.
Enfin
Monfeigneur qui
s'eſtoit rendu , deſelperant
de trouver ce qu'il
cherchoit , & voulant
épargner aux Dames la
fatigue de marcher plus
longtemps , dit à Monfieur
le Prince qu'il falloit
les mettre dans le
bon
chemin ; ce que Son
Alteffe fit . Quand ils furent
dans la veritable
Ioute ,
de Chantilly . 265
route , ils arrriverent
bien- toft au centre de ce
..
Labirinthe , extremément
furpris de ce qu'ils y
trouverent , parce qu'il
ne s'eft encore jamais
rien vû de pareil . Il faut
vous dire pour vous le
bien faire
comprendre ,
que le milieu du Labirinthe
reprefente une
manière de grande Salle
découverte . Son plan eſt
quarré avec un enfoncementen
rond ſur chaque
Z
266 La Fefte
1
face . La table qui eftoit
dreffée dans le milieu de
cettte efpece de Salle fuivoit
le mefme plan . Le
deffus reprefentoit un
parterre
, dont les compartimens
eftoient for
mez par des corbeilles
d'argent , & tous les fentiers
qui feparoient les
corbeilles eftoient degazon
, de forte qu'il n'y
avoit point de nape. Les
devants & le tour de la
table eftoient de feuillade
Chantilly.
i
267
2
ges ornez de feftons de
fleurs , avec un cordon
pareillement
de fleurs qui
bordoit la table . Le milieu
en eftoit occupé par
un vaſe de filigrane d'argent
, d'où fortoit un
Oranger tout couvert de
fleurs & de fruits naturels
. Comme ce vafe étoit
plus étroit vers le pied ,
on avoit placé tout autour
huit autres vafes garnis
de fleurs . Ils eftoient
accompagnez
de huit cor-
1
1
Z ij
268 La Fefte
beilles qui en eftoient
auffi remplies , & ces corbeilles
eftoient portées
fur autant de niafques
d'or qui fervoient d'orces
vafes
nement au grand vafe.
De forte que les fleurs de
de toutes ces corbeilles
& de tous
faifoient enſemble un effet
tres - agreable , & qui
avoit quelque chofe de
delicieux. Les corbeilles
parterre
qui formoient
le
& qui eftoient en Dôme
de Chantilly. .269
joignant l'agrément
de
leurs figures au different
coloris d'une fi grande
quantité de fleurs , le tout
formoit un composé dont
la veuë eftoit rejouye , &
dont on ne pouvoit fe
laffer d'admirer l'agreable
& riante diverfité , &
ce qui la faifoit encore
paroiftre davantage, c'eft
que toutes les corbeilles
qui fe trouvoient d'une
mefme forme eftoient
garnies de fruits de mef-.
Z iij
270 La Fefte
me couleur , & qu'elles
eftoient difpofées de forte
qu'on croyoit voir un
parterre
veritable
. Outre
toutes ces corbeilles
, il
y en avoit encore beaucoup
d'autres
.
Il y avoit un Bufet
dans chacun des quatre
angles du lieu où eftoit
la table , & chaque bufet
avoit trois gradins. Ils
cftoient tous ornez de gazon
, de feüillée , & de
• feftons de fleurs fans nade
Chantilly . 271
pes , afin qu'ils euffent
du rapport
à la table qui
n'en avoit point . Tous
ces bufets eftoient
garnis
de vafes d'argent
& de
porcelaines
. Sur les coins.
de chaque
étage , & dans
le milieu
du troifiéme
gradin
eftoit un autre
vafe plus haut que les
autres . Aux deux coftez
de chaque
bufet , on
voyoit
deux focles de
gazon fur chacun
defquels
eftoit pofée une
272 La Fefte
caiffe. Ces caiffes étoient
au nombre
de
douze , & l'on voyoit
fortir de chacune un arbre
fruitier chargé de
tres- beau fruit , & qui
n'avoit pas moins dequoy
contenter le gouft
que la veuë . Outre ces
quatre bufets , il y en
avoit deux grands qui
eftoient en face de la table
, & qui fuivoient le
plan du lieu où ils étoient
dreffez . Ils avoient
de Chantilly.
273
deux gradins dont le premier
eftoit occupé par
une couche de Melons
naturels . Le fecond étoit
garny de vingt- quatre
couverts de porcelaines
fines . Le reſte eftoit
remply de gafteaux , &
d'affiettes de groffes truffes
derriere lefquelles étoient
de tres- belles porcelaines
garnies de fleurs .
Une maniere de doffier
formé par des confoles
où eftoient attachées des
274 La Fefte
guirlandes de fleurs faifoient
le fond de ces deux
bufets.
Lorfque Monfeigneur
entra dans le Labirinthe
il n'y trouva perſonne
ceux mefmes qui avoient
pris le foin du fervice s'en
eftant éloignez , & s'étant
cachez par l'ordre
de Monfieur le Prince ,
qui vouloit donner à cette
Fefte un air de liberté.
C'eſt un plaifir que les
Rois & les grands Princes
de Chantilly. 275
gouftent rarement , &
qu'il eft plus difficile de
leur donner que les Festes
les plus fuperbes & les
repas les plus magnifiques
, où ils vont moins
pour les recevoir , puifqu'il
n'y a rien d'extraor
dinaire pour eux , que
pour marquer
l'eftime
particuliere
qu'ils font de
ceux qu'ils veulent bien
honorer de leur preſence.
Monfeigneur & ceux qui
l'acompagnoient prirent.
276
La Fefte
beaucoup de plaifir dans
le Labirinthe . Ils exami- ,
nerent la table dont l'invention
leur parut toute
nouvelle , & tres-fingu
liere. Ils confiderent les
bufets & le tout enfemble
leur parut un Enchantement
d'autant plus
grand qu'ils n'eftoient
point incommodez
de la
foule & qu'ils pou
voient refpirer en liberté
l'air delicieux que tant de
fleurs avoient parfumé. i
L'apréf
de Chantilly. 277
L'apréfdinée , Monfeigneur
alla tirer , & trouva
un nouveau divertif
foment à fon retour. C
divertiſſement commença
à huit heures du foir.
Il eftoit donné par le
Dicu Pan , que le vilain
temps avoit empefché le
jour précedent de divertir
Monfeigneur dans le
Bois , où il y avoit une
grande Fefte preparée ,
& qui pour ne manquer
aucune occafion de le
A a
278 La Fefte
divertir , s'eftoit emparé
du Theatre, & avoit convié
toutes les Divinitez
des Bois , toutes les Nym·
phes de Chantilly , & les
Bergers & Bergeres du
mefme licu , à donner un
divertiffement au Fils du
plus grand Roy de la
Terre. Pan eftoit dans le
fond du Theatre , dont
la decoration repreſentoit
une Foreft . Ce Dieu
eftoit élevé fur une eſpece
de petit Trône de ga-
£ A
de
Chantilly
279
zon , & entouré de toutes
les Divinitez des Bois,
& de cinquante - quatre
Faunes , Satires , & Silvains
, qui estoient les
mefmes qui l'avoient accompagné
dans tous les
divertiffemens qu'il avoit
donnez à Monfeigneur
par tout où il avoit pû
rencontrer ce Prince, & ils
s'eftoient attachez depuis
fon arrivée à
Chantilly ,
à le chercher dans tous
les lieux où il leur eftoir
A a ij
280 La Fefte
permis d'aller , afin de
continuer
à le divertir.
Vingt - quatre Nymphes
magnifiquement
vêtuës
eftoient affifes fur le
devant du Theatre . On
voyoit enfuite quantité
de Bergers avec des habits
tres propres & con
venables
à leur caractere
, & derriere
ces Bergers
paroiffoient
les Satires ,
les Faunes , les Silvains ,
les Divinitez
des Bois , &
le Dieu Pan dans le fond
de Chantilly. 281
élevé de la
maniere que
je viens de vous marquer.
Ce grand nombre
de perfonnes
differemtment
habillées
formoit
une
nuance tres agrea
ble. On avoit place fur
le devant
celles qui ef
toient le plus
magnifiquement
vêtues , parce
-
qu'on les voyoit plus
facilement , & cette gra ,
dation avoit je ne fçay
quoy qui frapoit d'abord
, & qui plaifoit d'au-
A a iij
282 La Fefte
tant plus , qu'elle faifoit
diftinguer
fans peine le
rang des divers Perfonnages
dont tout le Theatre
eftoit remply , ce qui
ne ſe fait pas aifément
lors qu'ils paroiffent
d'abord
mêlez . Ils le furent
dans la fuite , mais d'une
maniere auffi agreable
que nouvelle , car aprés
qu'on eut joué l'ouverture
, tout ce grand divertiffement
ayant commencé
par un Paffepied ,
de Chantilly. 283
une Nymphe feleya feule
en danfant , une autre fe
leya derriere elle fans être
apperceue, &la fuivit,une
troifiéme fit la mefme
chofe, & les autres ayant
imité ces trois premieres
,
en formant toutes une
danfe en rond , le milieu
du Theatre qui eftoitvuide
avant que le divertiſſement
commençaſt
, ſe
trouva agreablement
remply , & mefme fans
qu'on fe fuft prefque
284
La Fefte
apperceu
de quelle maniere
ces Nymphes étoient
forties de leur
place. Il y en cut quelques-
unes qui chante
rent en danfant
, apres
quoy Pane & tous ceur
de fa fuite
fe mêlerent
avec les Nymphes , les Ber
gers & les Bergeres , &
ce mélange d'habits dif
ferens produifit une varieté
qui fut un grand
charme pour la veuë .
Ce divertiffement eftoit
de Chantilly. 285
meflé d'Airs Italiens &
François , & de Symphonie
. Tous ces Airs avoient
efté faits par M. Lorenzani
, pour un Opera
que M. le Duc de Nevers
donna au Roy à Fontaine-
bleau il y a quelques
années , & qui fut trous
vé tres-agreable , & tresbeau
par Sa Majefté & par
toute la Cour. Le genie
plein d'invention de ce
Duc eft connu de tout
le monde , & quand il
286 La Fefte
s'échappe à faire des Vers,
ce qui ne luy arrive pas
ordinairement
, on y remarquè
un certain tour
d'efprit naturel , & une
vivacité qui en feroient
fouventreconnoître l'Auteur
, s'ils eftoient meſlez
avec d'autres . Parmy
ces Airs , il y en avoit
quelques- uns que M. Lorenzani
avoit faits exprés
pour ce divertiffe-
5 parce que lors
qu'on ramaſſe ainſi quelment
de
Chantilly.
287
1
01
ques pieces enſemble
pour en faire une espece
de corps , il faut une maniere
de liaiſon quiene
fe trouve
ours ,
pas
à
moins qu'on ne faffe
quelque
chofe de nouveau
qui ferve à les joindre
, de forte qu'il fallut
& des Vers , & des Airs
ce qui fut
nouveaux
fait avec une
diligence
prefque
incroyable .
Tout ce qui
regardoit le
Balet qui fut meflé dans
288
7
La Fefte
ce fpectacle eftoit de M.
Pecour , & parut auſſi
bien imaginé qu'il fut
promptement & bien executé.
On ne chercha pas
à faire cet impromptu
,
parce qu'on manquoit de
divertiſſemens à Chantilly
, puis qu'au contraire
il y en a eu quelques-
uns qui n'ont pû
cftre donnez
, le temps ne
s'eftant
pas trouvé propre
pour les faire paroître
dans les lieux pour
lefquels
de Chantilly. 289
lefquels on les avoit deftinez
; mais Monfieur le
Prince qui ne vouloit pas
laiffer paffer un feul jour
fans que Monſeigneur
euft le plaifir de plufieurs
fortes de
divertiffemens ,
avoit fi bien difpofé toutes
chofes , & fi bien
choifi & preparé toutes
les perfonnes qu'il employoit
, qu'il eftoit ſeur
que lorfque le mauvais
temps feroit manquer un
divertiffement , il pour-
Bb
290 La Fefte
roit facilement &
en
"
fort peu d'heures luy en
faire fubftituer un autre ,
& mefme qui feroit du
gouft de Monfeigneur
fuivant les chofes qu'il
remarqueroit qui plai
roient à ce Prince . Celuy
que le Dieu- Pan & les
Divinitez des Bois donnerent
fur le theatre fut
de ce nombre . Il dura au
moins deux heures , & il
fut fi bien executé , &
avec tant dejufteffe qu'on
2
de Chantilly.
291
auroit pu aifément lefaire
paffer pour un de ceux qui
avoient été preparezavant
F'arrivée deMonfeigneur
.
Il femble qu'après tous
les divertiffemens qu'on
avoit déja eus , le Diman
che dont je vous parle ,
qui eftoit la huitiéme
journée , on n'en devoit
plus attendre d'autres , &
que cette journée en avoit
efté affez remplie.
Cependant il y en eut encore
deux des plus grands
Bb ij
292
La Fefte
& des plus confiderables
dont on ait oüy parler depuis
long-temps . Ce futun
Feu d'artifice & une Illumination
qui fuccederent
à ce qui venoit d'ê ,
tre veu fur le Theatre . Je
ne puis vous donner une
jufte idée de l'un & de
l'autre qu'en vous en faifant
la defcription
. Quelque
exacte qu'elle puiffe
eftre , elle fera toujours
beaucoup au deffous de
l'éclat de ces deux brillans
divertiſſemens .
de Chantilly. 293
Monfeigneur fortit de
la Salle de l'Opera à neuf
heures du foir par la Galerie
des Cerfs qui eſt au
bout de l'Orangerie . Il
monta dans une grande
Caleche avec toutes les
Dames , & entra dans le
Jardin où il fe
promena
quelque temps à la clarté
d'un grand nombre de
flambeaux dans une belle
allée qui fait face à cette
Galerie . Il eftoit conduit
par Monfieur le
Bb iij
294 La
Fefte
Prince .
Monfeigneur
و
ayant quitté cette proménade
alla au bord du canal
& en remontant
le long du bord comme
pour venir à fa teſte , on
fut extremement furpris
de le voir tout en feu *
& tout bordé de groffes
lumieres qui eftoient fi
proches les unes des autres
qu'elles paroiffoient
fe toucher. La croifée du
canal qui va droit au
grand eſcalier du Châde
Chantilly. 295
teau eftoit bordée de
Imefme . Lorsque Monfeigneur
arriva dans cet endroit
, d'où l'on peut dé-
- couvrir le Château , il
1 parut étonné ainfi que
toute fa Cour . Il avoit
fujet de l'eftre ; car on n'a
2.
jamais rien veu de fi fur
prenant
que l'Illumination
qui parut en face .
C'eftoit le grand Efcalier
, qui eftant illuminé
paroiffoit
comme s'il cuft
efté bafty de pierres pre296
La Fefte
cieuſes , éclairées par lc
Soleil . Pour vous faire
mieux comprendre la
beauté de cette Illumination
, je croy vous devoir
parler de l'architecture
de cet Efcalier & de
tout ce qui l'embellit ,
il eft eftimé de tous les
gens de bon goût , tant
pour fa
beauté que pour
fa grandeur. Ce font
deux façades que les paliers
& les marches feparent
en deux parties égade
Chantilly . 297
les , ornées de fix colomnes
qui font accouplées
deux a deux . Du cofté
des marches font deux
: grands Arcs rampans ,
qui dans leur enfoncement
forment chacun.
une grote . Ces colomnes:
foûtiennent une Coiniche
d'ordre Dorique , &
dans chacune dès Niches ,
il y a une FigurePedestre .
L'une reprefente Acis &
Galatée . Acis eft dans
a l'attitude d -un Amant
298 La Fefte
qui regardefa Maiftreffe,
& qui joue de la Flûte.
On fçait que ce fut
par là que la Nymphe
en fut charmée . Galatée
eft repreſentée d'une
maniere qui fait paroiftre
combien elle a
de plaifir à entendre les
fons que rend la Flûte
d'Acis . L'autre Figure
repreſente Alphée & Arethufe.
Alphée eſt un
jeune Fleuve qui devint
amoureux de cette Nym
de Chantilly. 299
phe , en la voyant fe
baigner dans fes eaux ,
& il eft dans l'attitude
d'un homme paſſionné ,
que l'amour oblige à la
pourfuivre. Arethufe eft
reprefentée comme une
perfonne faific d'effroy ,
qui ayant efté furpriſe
T par le Fleuve , prend fes
g habits , & s'enfuit en demandant
fecours à Diane.
Dans chaque Grote ,
tornée de rocailles , de
joncs marins & de ro300
La Fefte
feaux , eft une grande Figure
reprefentant un
Fleuve accoudé fur un
grand vaſe renverſé . Au
pied de cette Figure eft
un Dauphin qui porte
un petit enfant . De deffous
les pieds de ces quatre
Figures fortent trois
napes d'eau. Ces deux
vafes & ces Dauphins en
verfent une grande quantité
, laquelle eſtant receue
dans une auge , forme
autant de grandes napes
de
Chantilly. 301
pes qui tombent toutes
dans deux grands baſſins ,
d'où fortent trois lances
d'eau , & toutes ces eaux
jointes enſemble ſe dé-
,
chargent en caſcade dans
le grand foffé . Elles font
toutes des eaux de fource,
qui n'eftant élevées par
I aucune machine mais
coulant naturellement
,
& receuës feulement dans
les tuyaux, font aller ces
fontaines jour & nuit.
Toutes les parties de cet-
Cc
302
La Fefte
te Architecture jufqu'au
moindre filet des moulures
eftoient bordées de
lumieres qui fe touchoient
les unes les autres
. Les boffages meſme
des colomnes en eſtoient
marquez. Tous les de
dans des niches où font
les Fleuves & autres Statuës
, eftoient illumi nez
fans que l'on puſt remarquer
comment , & toutes
les eaux qui en fortent
& forment des napes ,
50
de Chantilly . 303
eftoient auffi éclairées.
Toutes les marches depuis
le bas de l'efcalier .
jufqu'au haut eftoient
auffi bordées de lumieres .
Il y avoit fur le haut un
grand piedeſtal de toute
la largeur de l'efcalier ,
portant une piramide ,
dont le fommet eftoit
- élevé à quarante pieds
de hauteur , & fur le haut
de laquelle on voyoit
une Fleur de Lys . Tous
les ornemens du piedeſtal
Cc ij
304
La Fefte
८
& de la piramide cftoient
formez par les lunieres.
• On remarquoit les Chi
fres de Monfeigneur
, enfermez
dans une Medaille.
Tout ce grand
efcalier , avec cette Piramide
, paroiffoit au deffus
, faifoit un des plus
>
agreables fpectacles que
l'on puiffe voir cet
Efcalier n'ayant aucune
partie qui ne fuft illuminée.
Les appuis qui bordoient
les foffez du Châde
Chantilly. 305
་་་
teau des deux coſtez de
l'Eſcalier, le grand baſſin
qui eft en face , où eft la
gerbe , les allées des parterres
qui font aux coſtez
du canal , les baffins qui
font dans les parterres
au
nombre de dix , tous les
piedeftaux & les marches
par où l'on defcend pour
C aller au canal , enfin tout
ce qui fe voyoit du canal
de cet endroit eftoit
auffi bordé de groffes lumieres
. Le mefme ſpecta-
Cc iij
306 La Fefte
cle continuoit dans ce
qu'on peut voir au delà
du canal où eft une Montagne
qui s'éleve en glacis
, & que l'on nomme
le Vertugadin , parce qu'il
en a la forme , tout y é
toit pareillement bordé
de plufieurs lumieres en
differens endroits , juf
qu'au fommet qui a prés
de quatre- vingt pieds de
haut . Monfeigneur eftoit
placé proche la gerbe ,
tellement qu'il pouvoit
de Chantilly. 307
voir l'Efcalier , & tout le
refte de l'Illumination
d'une feule veuë . Il paroiffoit
au deffus de cette
Montagne
un Soleil fi
haut qu'il furprit tous.
ceux qui le virent . L'on
fit partir un grand nombre
de fufées des plus.
belles qui fe foient encore
veuës. Il y en avoit
beaucoup de nouvelle invention
. On en remarequoit
dont les petites
fufées qu'elles jettent
308 La Fefte
{
d'ordinaire aprés s'eftre
élevées , en produifoient
encore plufieurs autres .
On en tira quantité en
forme de Girandoles ,
dont l'effet fut admirable;
ainfi l'air eftoit continuellement
éclairé, tant
par ces fufées que par les
pots à feu , trompes &
autres machines qui ne
difcontinuoient point.
Le dernier partement
d'une girade qui remplit
tout l'air de feu. L'arti
fut
de Chantilly. 309
fice qu'on tira fut en fi
grand nombre , que tous
les Spectateurs en furent
furpris ; auffi peut - on
dire qu'on en a peu veu
de femblable. Cette girande
ne fut pas plûtoft
finie , que l'on mit le
feu à une machine qui
tournoit fur deux fens
differens , & qui jettoit
des feux en l'air & fur
terre . On trouva cette
machine fort extraordinaire
. Ce qu'on vit paroi310
La Fefte
ftre enfuite tout proche
le baffin de la gerbe fut
un fpectacle qui meri
toit bien les regards
qu'il attira . C'eftoit une
gerbe de feu qui remplit
l'air d'artifice durant
un fort long- temps . Sitoft
qu'elle finit le feu
d'eau commença à tirer.
Je n'ay point de termes
pour vous exprimer la
beauté de cet artifice . Je
vous diray feulement que
l'air & l'eau furent toùde
Chantilly. 311 1
er
LITE
jours en feu , & qu'il s'y
formoit des combats par
les fufées qui fe pourfulvoient
, & qui quelquefois
s'enfonçoient dans
l'eau en la faifant boüillonner
, & qui aprés y
avoir fait plufieurs tourbillons
en fortoient pour
en faire autant en l'air
en fe pourſuivant ; ils
rentroient enfuite dans
l'eau , & en reffortoient
plufieurs fois . Il y avoit
d'autres artifices fur
312
La Fefte
l'eau . Ils eſtoient plus
tranquilles , éclairoient
beaucoup , & jettoicut
des feux fort élevez qui
en tombant fe cachoient
quelque temps dans l'eau
d'où ils reffortoient
enfuite
, & en produifoient
d'autres qui ferpentoient
fur la furface du baffin .
L'on peut dire qu'il eft
rare de voir tant de fortes
d'artifices & en fi
grande quantitépour une
feule Fefte , & dans un
auffi
de Chantilly. 313
DIC
0%
0
auffi beau lieu j car
c'eftoit dans le milieu
de toute l'illumination
dont je viens de vous
7 parler : Le tout enſemble
formoit le Spectacle le
plus agreable & le plus
brillant qu'on puiſſe s'imaginer,
Cette journée eftant
ainfi finie, chacun ayant
l'idée remplie de tout ce
qu'il avoit vû pendant lë
jour , retourna dans fon
appartement , fans pou-
Dd
314
La Fefte
voir s'entretenr d'autre
choſe. Les plaiſirs fur
lefquels rouloit l'entretien
eftoient en fi grand
nombre , qu'on en compta
fix dans la mefme
journée . , qui font la
Chaffe , le Difné à Silvie,
la Collation dans le Labirinthe
, le Divertiſſement
de Pan fur le Theatre
, l'Illumination , & le
Feu d'artifice . Tous ces
Divertiffemens eftoient
fi grands & fi étendus ,
de
Chantilly. 315
I
qu'une journée auroit
cfté bien remplie d'un
feul de ces plaifirs . Chacun
s'entretenoit de ce
luy qui convenoit le
plus à fon caractere , mais
on loüoit generalement
la galanterie , la magnificence
, & la grandeur
de tous ces Divertiffemens.
On difoit que
Chantilly eftoit un lieu
enchanté , où les plaifirs
naiffoient à chaque inftant
, & où l'on en trou-
Dd ij
: 316
La Fefte
voit de nouveaux à chaque
pas qu'on faifoit . Enfin
l'on s'alla coucher
,
l'efprit tout remply de
tant d'agreables
idées , &
je fuis perfuadé
qu'elles
firent le fujet des fonges
de la plupart
de ceux
qui rêverent
cette nuitlà
. On pouvoit
rêver à
fon aife , car Monfieur
le Prince avoit fi bien
donné fes ordres
2
2 que
chacun
eftoit
logé
fort commodement
. Le
len
de Chantilly. 317
demain matin Monfeigneur
qui prefere les nobles
exercices , quoy qu’-
un peu fatiguans , au re-
T pos du lit , alla courre le
1
Cerf dés le matin avec
les chiens de Monfieur
du Maine , revint diner
à Chantilly , & alla
l'apréfdinée aux toiles ,
où il y avoit une tresgrande
quantité de fam
gliers , biches , renards ,.
lievres & lapins . Cette
chaffe parut luy donner
Dd iij
318 La Fefte
beaucoup de plaifir . Enfin
aprés avoir fait à
Monfieur le Prince mille
honneftetez qu'on voyoit
bien qui partoient du
coeur , ce Prince prit le:
chemin de Verſailles . Il
avoit fujet d'eftre fatisfait
, non feulement des
divertiffemens qu'on luy
avoit donnezàChantilly,
qui quelques grands qu'
ils fuffent, n'étoient point
au deffus d'un Prince du
Sang de France, mais auffi
de
Chantilly..
319
Edu zele fincere avec lequel
Monfieur le Prince
l'avoit receu . M. Berrain
, dont le genic univerfel
eft tres -propre pour
toutes ces fortes de divertiffemens
, avoit efté
chargé du foin de toute
la Fefte , & Mrs le
Camus & Breaar l'avoient
efté de ce qui regardoit
les tables. Les
Princeffes écrivoient tous
les jours au Roy , & luy
rendoient compte des di
03207 La Fefte
.
vertiffemens de chaque
journée avec tant d'etprit
qu'on ne parloit à
la Cour que de leurs lettres
. Monfeigneur envoyoit
tous les jours
fçavoir des nouvelles de
la fanté du Roy & de
Madame la Dauphine ,
& on depefchoit tous les
jours à ce Prince des
Gentilshommes de leur
part. Je ne fçaurois trop
vous entretenir de Chantilly
, & pour vous en
de Chantilly. 321
dire encore un mot en
gros , il eft fitué dans un
valon au milieu de deux.
forefts , dont l'une eft
celle de Chantilly &
l'autre celle Dalatre . Les
:
jardins ont au moins
deux mille cinq cens toifes
de longueur jufques
à l'Etang de Gouvieux ,
& il y a autant de navigation
. Il ne faut pas
confiderer feulement
Chantilly par toutes ces
chofes , la pofterité le:
$22 La Fefte , &c.
doit toûjours regarder
comme un lieu fort confiderable
, quand il ne le
feroit que parce qu'un
grand Prince accablé du
poids de fes Lauriers a
donné fes foins à une
partie des embelliſſemens
qu'on y voit , & y a paffé
les dernieres années
d'une vie feconde en
Miracles , & dont tout
ce qu'il y aura d'Hiftoriens
parleront avec
Joge
.
MVSKVM
BRITAN
NICVM
DEB
CHANTILLY.
L n'y a point
d'Empire fur la
terre où les Souverains
feient
plus aimez qu'ils le font
en France On ne leur
A
2 La Fefte
rend point une adoration
d'ufage comme en
Orient , ce qui ne les y
fait pas aimer davantage
, parce qu'ils fe communiquent
fort peu , &
qu'il eft impoffible qu'on
foit penetré d'amour
pour ce qu'on ne peut
connoiftre , puis qu'on
ne le voit que tres - rarement
. Il y a d'autres
Souverains dont le
gouvernement
tyrannique
leur fait rendre d'ayeu
de Chantilly.
3
gles obeiffances , qui éloignent
beaucoup plus
l'inclination qu'on pourroit
avoir pour eux qu'-
ils ne fe l'attirent ; mais
on voit peu de lieux où
l'union foit plus parfaite
qu'en France entre le
Souverain & fes Sujets.
Il fe communique fans
defcendre
de fa grandeur
, fes Sujets le voyent
& luy parlent fans avoir
moins de refpect pour
luy qu'en ont pour leurs
A ij
La Fefte
1
Rois ceux qui les adorent
. Ils executent fes
ordres avec une auffi entiere
obeiſſance , que fe
la font rendre les Princes
qui exercent fur leurs
Peuples un empire tyrannique
. De forte qu'on
peut conclure que de ces
trois manieres de gouverner
celle des Monarques
qui fe communiquent
, les fait aimer avec
un zele plus ardent &
plus parfait , & leur fait
de Chantilly.
rendre les mêmes refpects
& les mefmės obciffances
qu'aux autres . Le
Roy s'eftanto diftingué
entre tous les Princes
qui fuivant l'ufage de
leurs Etats vivent à peu
prés de la mefme forte ,
il feroit difficile d'exprimer
avec quelle joye ,
empreffement
, & quel
quel éclate il eft receu
dans tous les lieux qu'il
honore de fa prefence.
Je vous ay décrit plu
A j
6 La Fefte
fieurs des Festes qui fe
font faites en de pareilles
occafions . Le mefme zele
paroift pour toute la
Maiſon Royale , & l'on .
cherche à honorer
Souverain en
le
rendant
des honneurs éclatans
au Prince qui le touche
de plus prés , & particu
lierement lors que ce
Prince ne les merite pas
moins par le caractere de
bonté qui le rend aimable
, que par la grandeur
de Chantilly.
7
Monfeide
fon
rang.
gneur
le Dauphin
, que
Monfieur
le Prince
receut
le mois
paſſé
dans
fa belle
Maifon
de Chantilly
, a tous
ces
avantages
, & Son
Alteſſe
fereniffime
, à qui
la magnificence
eft naturelle
, fit
en cette
occafion
tout
ce
qu'on
pouvoit
attendre
d'un
grand
&
genereux
Prince
, ou
plutoft
tout
ce qu'on
attendoit
de
luy. C'eſt
dire
encore
da-
A iiij
8 La Fefte
vantage puis que ce Prins
ce n'a jamais rien fait
que de grand , & d'extraordinaire
, lors qu'il a
donné des Feftes . Ses manieres
galantes & magnifiques
eftant connuës , on
n'eut pas fitoft appris
que Monfeigneur devoit
aller à
Chantilly , qua
l'on demeura perfuadé
que tous les divertiffe
mens y feroient nou !
veaux , fuperbes , & remplis
d'invention . L'at
de Chantilly.
9
tente qu'on en avoit, a
efté remplie , & quand le
bruit qui s'eft répandu
de ces divertiffemens ne
vous obligeroit pas à
m'en demander un entier
détail , je me trouverois
engagé à de donner , non
feulement parce que je
vois que toute la France
le fouhaite , mais encore
parce queplufieurs Etrangers
m'ont fait l'honneur
de publier qu'ils
attendoient de mes foins
10 La Fefte
une Relation exacte de
cette fuperbe Fefte, & qu'-
ils en ont donné meſme
des témoignages publics .
Ces confiderations doivent
échauffer mon zele ,
mais elles ne me fourniront
pas dequoy répondre
à la bonne opinion
qu'on a de moy . Je puis
cependant m'affurer de
plaire , puis que la verité
n'a befoin d'eftre embellie
d'aucuns ornemens , &
que tout ce qui s'eft fait
de Chaneilly.
II
à Chantilly eftoit fi ingenieux
, fi galant , fi
magnifique , & fi bien
entendu , qu'il me fuffira
de dire les chofes
comme elles fe font paffées
, pour faire concevoir
toutes les beautez ,
& tous les agrémens d'une
Fefte où tous les jours
de nouveaux plaiſirs fuccedoient
les uns aux autres
: car ce n'eft
pas
toûjours
un grand ſpectacle
feul qui divertit , mais
12 La Fefte
l'enchaifnement des plaifirs
, qui cftant donnez à
propos , ne fatiguent
point. Je voudrois bien
pouvoir joindre à tout
cela une peinture un peu
reffemblante de l'activité
de Monfieur le Prince .
L'ardent defir qu'il avoit
de divertir Monfeigneur
luy donnoit des foins fi
empreffez , que fi la chofe
euft efté poffible , il auroit
marqué chaque heure
du jour par quelque
de Chantilly.
13
nouveau divertiffement .
Monſeigneur partit de
Verfailles le Dimanche
22. d'Aouft , & arriva
dans la Foreft de Chantilly
par le chemin de
Lufarche . Monfieur le
Monfieur le Duc , &
Prince de Conty le reccurent
au bout de la Foreft
vers le milieu de la
vieille route. Comme
c'eftoit le lieu où Monfeigneur
devoit chaffer ,
Monfieur le Prince y
14
La Fefte
4
cftoit pour luy faire commencer
fa chaffe . 11 prit
ce divertiffement jufqu'à
cinq heures du foir , &
le plaifir qu'il y trouva
fut d'autant plus grand ,
qu'ilvit s'élever quantité
de perdreaux & de faifandeaux.
Ainfi , comme la
chaffe avoit fait former
le deffein du voyage de
Chantilly , parce que
c'eſt le plus beau lieu du
monde pour chaffer , ce
fut le premier plaifir que
de
Chantilly. 15
Il alla
Monfeigneur prit en approchant
de cette delicicufe
Maiſon .
jufques au lieu nommé
la Table , qu'on dit eftre
juſtement au milieu de
la Foreft , toûjours accompagné
de Mor fieur
le Prince . La figure de ce
lieu eft ronde. Il a vingttrois
toifes de diametre ,
& eft partagé en douze
routes , qui ont pour
centre le point du milieu
de cette Place. Elles font
16
La Festés
toutes bordées de charmille
, & ont chacune
cinq toifes de large , & environ
une lieue de long .
Dans le milieu de ce rond
on avoit eu ſoin d'élever
une feuillée , dont la forme
ſuiyoit le meſme plan.
Elle eftoit de fept toifes
& demie de diametre ,
& élevée fur une Eftrade
de cinq pieds de haut.
Cette feuillée eftoit percée
de douze portiques
qui aboutiffoient à cha-
1
de Chantilly.
17
t
cune des douze routes
dont je viens de vous parler
, & pour y monter on
avoit conftruit quatre efcaliers
de douze pieds de
large , avec des appuis
en baluſtrades , des deux
coftez de chaque efcalier .
La mefme balustrade regnoit
tout autour de l'edifice
, & chaque portiz
que avoit vingt pieds de
haut fur douze de large-
La corniche ceftoit fail
lante en dehors ainfi
B
18 La Fefte
qu'en dedans ; le Dôme
avoit fon plein ceintre ,
& fur le milieu & au
deffus eftoit une baluftrade
de dix pieds de diametre.
Tout le Dôme , les
ceintres , les pilaftres , &
les appuis eftoient recouverts
de feuilles de chefne.
Des branches de Genievre
formoient
les baluftrades
, & le tout eftoit
conftruit de maniere
qu'on voyoit toute l'architecture
profilée . Tous
de
Chantilly.
19
les portiques eftoient ornez
de gros feftons de
feuilles de chefnes & de
bouquets de fleurs . La
Table où la Collation
fut fervie eftoit au milieu
de cet edifice . Elle
eftoit ronde & de dix
pieds de diametre. Une
grande Corbeille d'argent
en occupoit le point
du milieu .Elle eftoit foùtenuë
fur douze conſoles
à jour de vermeil doré
qui répondoient à cha-
B ij
20 La Fefte
cune des douze Arcades .
Ces douze confoles é
toient jointes les unes
aux autres avec des guirlandes
de fleurs , & portoient
chacune deux petites
corbeilles d'argent
remplies de fruits.La
grande du milieu l'eftoit
de fruits & de fleurs , &
le tout formoit une éle
vation toute à jour , &
qui ne faifoit aucun obftacle
à la veuë. On mit
a
fur cette table le couvert
de
Chantilly .
21
de Monfeigneur vis à vis
le milieu de la route qui
va à Chantilly. Tout le
pourtour de cette Place
de vingt - fix toiſes de
large , eftoit de treillage
de feuillée & orné de
portiques auffi de feüillée
, au travers defquels
on découvroit toutes les
routes . Monſeigneur entendit:
enl arrivant un
concert de Timbales , &
de Trompettes qu'on avoit
poftez dans le Bois.
22 La Fefte
à une diſtance mefurée ,
afin que l'harmonie étant
un peu éloignée cuſt
plus de douceur . Ce
Prince trouva tout le dedans
du Dôme vuide , &
la table fervie de vingtquatre
baffins de roft , &
de quatre plats d'entremets
autour de chaque
baffin , ce qui faifoit fixvingt
plats. Les meſures
avoient efté prifes fi jufte,
qu'on peut dire que ceux
qui fervoient eftoient ade
Chantilly.
23
vertis de
chaque pas que
Monſeigneur
faifoit dans
la Foreſt pour
avancer ;
de forte que ce Prince
arriva dans l'inftant
qu'on venoit de pofer le
dernier plat chaud fur
la table . Comme il n'y
avoit que le couvert de
Monfeigneur
, il ordonna
qu'on en mift d'autres,
& la table en fut auffitoft
garnie ; mais on n'en
mit point yis à vis de ce
Prince. Monfieur le Prin24
La Fefte
ce , Monfieur le Duc , &
Monfieur le Prince de
Conty furent placez à
cofté de
Monfeigneur ,
& les Seigneurs de fa
fuite occuperent le reſte
des places . On releva les
entremets chauds pour
én mettre de froids . Tout
fut enfuite relevé d'un
fervice entier de fruit,
avec le mefme nombre de
corbeilles , & de plats
qui rempliffoient la table
lors que Monfeigneur
arriva.
de
Chantilly.
25
>
arriva . Il y avoit quantité
de corbeilles ovales
&en lofange chacune de
deux pieds de diametre.
Je n'entre point dans le
détail des fruits & des
confitures , cela iroit à
l'infiny . Je vous diray
feulement que dans les
flancs des corbeilles ova-
T les eftoient de riches cuvettes
remplies de toutes
fortes de liqueurs . Ces
cuvettes eftoient accompagnées
de Sous- coupes
C
"
26 La Fefte
garnies de glaces , & de
quantité de verres à liqueurs
de differentes
manieres
. Un moment aprés
que l'on eut fervy le
fruit , le bruit de guerre
formé par les Trompettes
& par les Timbales
ceffa tout à coup, & dans
le mefme inſtant on entendit
dans la route qui
eftoit vis à vis de Monfeigneur
une harmonie
de Hautbois , de Flûtes ,
de Mufettes , & de divers
י נ
de Chantilly.
27
autres Inftrumens champeftres
. On l'écouta quelque
temps fans voir rien
paroiftre , & tout eftoit
fi bien concerté , & executé
avec tant d'ordre
& tant de jufteffe , qu'il
n'y avoit pas une feule
perfonne dans la route
qui devoit cftre remplie
un moment aprés . L'harmonie
ayant diverty les
oreilles , & infpiré de la
joye pendant quelque
temps , on apperceut de
C ij
28 La Fefte
loin le Dieu Pan qui étoit
fuivy par quatrevingt-
dix Faunes , Sylvains
, Satyres , & autres
Divinitez , qui ont accoûtumé
d'accompagner
ce Dieu dans les bois .
Toute cette troupe parut
d'abord à un demy quart
de lieuë de la . Table , &
ne fe mit en marche qu'aprés
que Monfeigneur
eut eu le temps de la remarquer,
Le Dieu Pan
que l'on voyoit à la tefte,
de Chantilly.
29
eftoit reprefenté par M.
de Lully , Surintendant
de la Mufique du Roy ,
qui battoit la meſure avec
fon Thirfe . Il eftoit
fuivy de vingt - quatre
Satyres , & de toutes les
Divinitez qui habitent
les Forefts . On entendoit
des Hautbois , des Mufettes
, & plufieurs aútres
Inftrumens champeftres ,
au fon defquels ſe faifoit
la marche . Leur diverfité
formoit une harmonie
C iij
30 La Fefte
tres - agreable , & le nombre
de ces Joueurs d'Inftrumens
eftoit fi grand
qu'il rempliffoit trois lignes
. Les Muficiens avec
le refté de la fuite du
Dieu Pan , marcherent
fur ces trois lignes avec
beaucoup d'ordre, & fans
aucune confufion . Les
Danfeurs au nombre de
vingt & un , qui avoient
tous des maffuës , eſtoient
montez fur les épaules les
uns des autres , & for-
1
de Chantilly.
31
moient des Groupes furprenans.
En effet , il y
avoit de quoy s'étonner
qu'en formant ces fortes
de Groupes ils fe puffent
tenir auffi fermes que fi
chacun d'eux cuſt eſté à
terre . Ils eftoient fuivis
de cinquante- un Muſiciens
, qui portoient chacun
fur leur tefte une corbeille
remplie de fruits
feints , reprefentant des
fruits de bois , commie
pignons, pommes de pin ,
C iiij
32 La Fefte
Gourdes , & autres qui
ne font connus que parmy
les Satyres. Ils te
noient chacun une branche
de cheſne . Cette
nombreuſe Troupe s'étant
avancée vers le bout
de l'allée le plus proche
de
Monfeigneur , les
Joueurs de Hautbois fe
rangerent des deux côtez
de l'escalier qui montoit
à la Table de ce
Prince , & quand ils furent
placez , les Danfeurs
de
Chantilly.
33
executerent parfaitement
bien ce qu'ils avoient
concerté , qui eftoit de
defcendre pour danfer ,
& de paroître neanmoins
toujours groupez . Pour
cet effet ceux qui cftoient
les plus élevez fautoient
en cadence de quatre mefures
en quatre mefures ,
& comme il n'en fautoit
que trois à la fois , on en
voyoit toûjours trois qui
formoient la mefme figure
que les trois pre-
1
1
34
La Fefte
a
miers . Ainfi l'Allée fut
toûjours remplie juſqu'à
ce que les trois derniers
euffent fait la mefme figure
que les trois premiers
. Les cinquante- un
Muficiens qui fuivoient ,
avancerent jufqu'aux environs
du lieu où les Satyres
groupez venoient
de finir leur danfe &
ayant paffé fous le portique
de l'avenue où ces
Satyres eftoient , ils fe
placerent fur un terrain ,
2
#
All
a
de Chantilly.
35
que l'on avoit gazonné
depuis le portique de la
route juſqu'à l'eſcalier.
Quand chacun eut pris
fa place , on joüa un Air
d'un autre mouvement ,
fur lequel tous les Faunes
, & les Satyrès firent
une danfe fort extraordinaire
. Elle plut beaucoup
à Monſeigneur , &
receut de grands applaudiffemens.
Cette danfe ,
qu'on pourroit nommer
un petit Ballet , eftant
36 La Fefte
finie, les Muficiens avancerent
vers l'efcalier ,
qu'ils monterent fur
deux lignes au fon des
Inftrumens , & lors qu'ils
furent arrivez fur l'eftrade
, ils fe feparerent les
uns à droite, & les autres
à gauche , de maniere
qu'ils entourerent la table.
Ceux qui portoient
les corbeilles fuivirent ,
& les placerent fur des
gueridons de feuillée qui
eſtoient fur les appuis
N
de
Chantilly.
37
des portiques . Les Hautbois
parurent aprés , & les
Danfeurs
monterent enfuite.
Ceux - cy s'eftant
pris par la main
danfeferent
autour de Monſeigneur
, fur un Air qui
1 eftoit tout
different
des
deux
derniers
qu'on venoit
d'entendre , & qui
fembloit
marquer
l'excés
de la joye
qu'on
reſſentoit
en ces lieux de la
prefence
de ce Prince.
Pendant
qu'on
danſoit
9
38 La Feste
autour de la table , les
Muficiens
·
defcendirent
par un eſcalier qui eſtoit
derriere Monfeigneur
, &
fe rendirent
dans une
Allée que l'on voyoit
à
côté de celle par où tout
ce divertiffement
eftoit
venu. Ils y trouverent
les Piqueurs endormis
avec leurs chiens .
Danfe finit juftement
en
ce temps - là , comme il
avoit efté concerté , &
les Muficiens chanterent
La
1
4
1:
de
Chantilly . 39
I
un morceau de Muſique
de feu M. de Lully , qui
paroiffoit avoir efté fait
exprés pour la fituation
où le trouvoient les cho
fes dans ce moment . On
entendit alors toute la
Foreſt retentir du bruit
de ces paroles . 65 31
Debout , Lyfifcas , bola
debout ,
Pour la chaffe ordonnée
Ilfautpréparer tout.
Les Piqueurs fe leve
rent aprés avoir fait tou40
La Fefte
"
16
tes les actions qui pouvoient
marquer qu'ils
eftoient profondement
affoupis , & qu'ils n'avoient
efté éveillez que
P
par ceux qui les appelque
loient , en leur difant
qu'ils allaffcut préparer
tout pour la Chaffe
l'on avoit ordonnée . On
entendit enfuiteun grand
bruit de Cors , & dans
cet inftant un Cerf ayant
traverfé la route à la vue
de Monfeigneur , ce Prinde
Chantilly. 4!
ce s'écria comme fouhaitant
d'avoir des chiens .
Dans le mefme temps on
vit paroiftre
une Meute
que l'on découpla
aprés
le Cerf.
Monfeigneur
voyant que les chiens
chaffoient fi bien , témoigna
eftre fâché de n'avoir
des
chevaux que pour tirer
en volant . En ce mo ·
ment on en vit paroiſtre
d'autres , fur quoy ce
Prince monta pour fuivre
la Chaffe , avec tous
D
42 La Fefte
les Seigneurs qui l'accompagnoient.
Il courut
le Cerf, qui fut pris dans
l'étang de Cormeille ,
aprés l'avoir couru environ
une heure . La Meute
eftoit à M. le Grand
, 10
Prieur . On ne peut en h
dire trop de bien non
plus que de l'équipage,
je vous en ay deja parlé
plufieurs fois.
&
Cette Chaffe eftant finie
, Monfeigneur prit le)
chemin du Chafteau , &
de Chantilly . 43*
dit en parlant du Repas
& du Divertiffement du
milieu de la Foreſt , que
tout y eftoit plein d'invention
, & fort bien executé
. ; que cela
pouvoit
paffer pour un divertif
fement complet , & qu'il
y avoit pris beaucoup de
plaifir . Les Airs eftoient
de M. de Lully le Cadet,
Surintendant de la Mufique
du Roy , & toute.
la Danfe de M. Pecourt ,
Danfeur ordinaire des .
Dij
44
La Fefte
Balets de Sa Majeſté . Tou
tes les Divinitez des Foreſts
, ainſi que les Faunes,
les Sylvains , & les Satyres
qui compofoient leur
fuite , avoient des habits
faits exprés qui les repre
ſentoient naturellement,
plûtoft comme on a accoûtumé
de les peindre ,
que comme on les voit
habillez fur le Theatre .
Ces habits eftoient faits
fur les deffeins de M.
Berrain, Deffinateur
ordide
Chantilly. 45
0
a
A
naire du Cabinet du Roy,
ainfi que toute la feuillée.
Ce qu'il y eut de furprenant
dans les plaifirs
de cette premiere journée
, c'eft que Monfeigneur
avant que d'arriver
à Chantilly , où il
fembloit que les Divertiffemens
deuffent feulement
commencer , avoit
eu le plaifir de deux
Chaffes differentes , un
| grand repas dans un lieu
Conftruit exprés , & une
46
La
Fefte
Fefte complete accompagnée
de Mufique , de fimphonie
, & de danfes , &
le tout executé par tout
ce qu'il y a de meilleures
Voix , & de plus habiles
Danfeurs en France . C'eſt
ce qui ne s'eftoit encore
jamais vu dans aucune
occafion femblable
&
ce que le zele de Monfieur
le Prince luy fit inventer
, Son Alteffe Sereniffime
ne
pouvant at:
tendre que Monſeigneur
,
de Chantilly . 47
0
1
fuſt arrivé a Chantilly ,
pour commencer à luy
témoigner la joye qu'Elle
avoit d'y voir venir
Ice Prince .
Aprés la prife du Cerf,
Monfeigneur arriva à
Chantilly par l'une des
grandes routes de la Foreft
, au bout de laquelle
on trouve une grande
demy - lune , par laquelle
a on entre dans une Avan-
Court qui n'eft pas encore
48
La
Fefte
entierement achevée.Elle
eft fituée entre un Etang
nommé l'Etang de Silve,
& le grand Fort du Châ
& par confequent teau ,
toute entourée d'eau . On
voit deux Pavillons à
droite & à gauche du
Pont Levis . Cette demylune
aboutit à un fer à
cheval , par lequel on
monte en front fur une
grande terraffe , au milieu
de laquelle eft une
Statuë Equeftre de bronzć
de Chantilly.
49
El
ze du dernier Conneſtacable
de
Montmorency
.
Cette Statuë fe trouve
vis à vis de l'entrée du
grand Château . C'eſt un
Edifice fort ancien , &
tres- irregulier , affis fur
une roche au milieu de
groffes fources , qui forment
un grand Foffé. Cependant
plufieurs groffes
Tours ne laiſſent pas
le rendre tres - agreable à
la veuë. Monfieur le
Prince fait travailler
pre-
E
11
de
50 La Fefte
fentement à rendre le
dedans de la Court regulier
, & à donner audehors
une face toute
nouvelle , foit
par l'ouverture
de trois rangs dc
feneftres , & deux grands
balcons qui
regneront
tout autour du Château,
foit par les combles qui
feront tous d'égale hau
teur , & à la manfarde.
A cofté gauche du fer à
cheval , eft un grand lo
gement detaché du Châ
de Chantilly.
SI
teau ,dont le rez de chauffée
eft à fleur d'eau du
a grand Foffé . C'eft dans
ce lieu où le logement dé
Monfeigneur avoit cfté
marqué , de mefme que
celuy de Madame la Ducheffe
, & de Madame la
Princeffe de Conty la
Douairiere . Ce fecond
Château avoit efté autrefois
bâty par Mrs de
Montmorency
, & on
lo l'appelloit la Capitainerie
. Feu Monfieur le Prin-
E ij
52
La Feste
ce en avoit fait accommoder
les dedans un an
avant qu'il mouruft, & il
y avoit ajoûté beaucoup
de commoditez . Les ornemens
de dehors font
des Pilaftres d'ordre Corinthien
. Ils compofent
la porte d'entrée de la
Court , & la façade du
coſté d'un petit parterre,
Tout le retour eft foûte
nu d'un grand balcon en
maniere de fauffe- braye .
Le logement d'enbas du
de Chantilly.
53
e
petit Château eft compo
fé de deux
Appartemens ,
dont la Salle eſt commune
à l'un & à l'autre .
Cette Salle eft ornée de
Tableaux ,
reprefentant
les plus belles Maifons
Campagne des envide
rons de Paris . Toutes les
pieces des deux Appartemens
aufquels elle fert ,
font ornez d'autres Tableaux
reprefentant diverfes
Fables de l'Antiquité
; en forte que l'une
E iij
54
La Fefte
des Chambres fait voir
l'Hiftoire de Venus , une
autre celle de Diane , une
autre celle de Flore , une
autre celle de Bacchus, &
une autre celle de Mome .
Toutes ces Chambres, qui
font percées en enfilade,
regnent le long du balcon
en fauffe-braye dont
on a parlé , & aboutiffent
à un grand Salon en retour
. Tout cet espace
eft remply de diverfes tables
curicufes , dont les >
de Chantilly . 55
tunes font rares par leur
travail , & les autres par
leur matiere de Buftes
;
avec leurs gaines & ſcabelons
, & de meubles
tres - finguliers .
tables
Outre
cela , il y avoit plufieurs
pour toutes fortes
de jeux. C'eft dans ce lieu
que Monfeigneur a fouvent
tenu appartement
devant, & aprés le fouper.
De ce logement , lors
qu'on a paffé par un Ve-
| ftibule qui eft ouvert par
56 La Fefte
deux grandes arcades du
cofté de la Court & du
petit Parterre , on monte
dans l'Appartement qui
eft au deffus , & qui fe
trouve fitué de plein pied
au rez de Chaufféc , de la
court du grand Chafteau,
auquel il eſt joint par un
Pont qui traverfe le
grand Foffé . Ce foffé eft
remply d'un tres- grand
nombre des plus belles,
& des plus groffes Carpes
que l'on puiffe voir.
de Chantilly .
ry
Cet
Appartement qui a
efté occupé par Monſeigneur
tant que la Feſte a
duré , eft compofé d'un
grand Salon , qui n'eft pas
encore entierement fait ,
& qui eft la feule piece
qu'on n'a pas eu le temps
d'achever. De ce Salon
on entre dans une grande
Antichambre , aprés laquelle
il y a une grande
Chambre , plufieurs Garderobes
, & un grand Cabinet,
dont la veuë donne
38 La Fefte
d'un cofté fur les Jardins,
& de l'autre fur une
grande Peloufe qui borde
la Foreft. Aprés ce Cabinet
on en trouve deux autres
de moindre grandeur,
dans le retour . L'un
donne entrée dans une
Galerie qui eft percée du
cofté de la Foreft de fix
grandes croifées , vis à
vis defquelles
il y a de
grands miroirs de glaces ,
dont les bordures font
d'un travail tout partide
Chantilly. 19
culier . Ces Miroirs reprefentent
cette grande Peloufe
dont je viens de
vous parler , avec une
partie de la Foreft . Au
deffous de ces glaces font
des tables de differentes
fortes de marbres des plus
beaux , & des plus precieux
; ces tables font
montées fur des pieds de
fculpture dorée ; il y en a
de plufieurs
manieres
. On
voit au bout de cette
Galerie un Portrait de
to
La
Fefte
feu Monfieur le Prince ,
fait par le vieux Jufte ,
du temps de la Bataille
de Rocroy . Ce Prince est
en pied
font à fes pieds occupent
une partie du terrain , &
du lointain. On y voit
d'un cofté l'ordre de la
Bataille de Rocroy , &
de l'autre le Combat . Ce
Tableau eft dans une bordure
d'une grande beauté
, & auffi magnifique
que bien travaillée , &
fes Armes qui
comme
de Chantilly.
61
comme Monfieur le Pring
ce a confacré ce lieu, a
la memoire de feu Mans
fieur fon Perfil a com
mencé à faire mettre des
Tableaux dans chaque
trumeau entre les croifées
& les glaces . Chacun
de ces Tableaux reprefante
par l'ordre des
temps une Campagne de
feu Monfieur le Prince.
La principale action , de
Ja,
la Campagnes, foit Siege
pu Bataille , painte en
F
3
62 La Fefte
grand , occupe le milieu
du Tableau
. Les autres
actions de la mefme Campagne
font peintes en petit
tout autour dans des
Cartouches
.
Le premier Tableau
reprefente la Campagne
de 1643. c'est à dire , la
Bataille de Rocroy . On
voit l'ordre de cette Bataille
dans le grand Cartouche
qui eſt au bas du
Tableau , ainfi que l'or
dre de Bataille des deux
་
de
Chantilly.
63
6
Armées . Il y a trois autres
Cartouches au côté droit
du mefme Tableau . Le
premier repreſente l'élevation
de Thionville ; le
fecond la Carte du Gouvernement
de Thionville,
& le troifiéme le Siege
de Thionville
. Il y a
auffi trois Cartouches à
la gauche du Tableau ,
Le premier fait voir le
Siege de Cirque , le fecond
la Carte du Gouvernement
de Cirque , &
11
Fij
84 La Fefte
le troifiéme l'élevation
de
Cirque.
Dans le fecond Tableau
eft reprefentée la
Campagne faite en Alle
magne en 1644.Les Com
bats donnez devant Fri
bourg le cinquiéme &
dixiénie Aouſt font peints
dans le milieu avec les
retranchemens de l'Atl
$
mée Bavaroife qui fu
rent forcez par celle que
commandoit feu Mon
fieur le Prince alors
2
de
Chantilly.
Duc
d'Anguien . Dans un
grand Cartouche au baş
eftole Plan de Philips
bourg ; dans les fix Cars
touches qui fontau coſté
droit du Tableau , font
repicfentez Oppenhien .
Beingen
Liechtonaug
DourlathipMayonce &
Landau Dans les fik
du cofté gauche on voit
VVoomes Spire Créukl
zenach ,
Bacharach , Neig
ftat & Baden.40 .mp3
Au
troifiéme Tableau;
Fiij
66 La Fefte
qui reprefente la Campa
gne de 1645. eft la Bataille
de Norlinguen ,
donnee le 3. Aouft entre
l'Armée du Roy commandée
par Monfieur le
Prince , & celle de l'Empereur.
Les deux grands
Cartouches qui font au
deffus du Tableau repre
fentent , l'un l'ordre de
la Bataille de Norlinguen
, l'autre & Norlinguen
. On voit dans les
trois Cartouches du cofté
de Chantilly.
677
droit l'élevation de Rottembourg
, la Carte du
Gouvernement de Rottembourg
, le Siege de
Rottembourg , & les
trois du cofté gauche reprefentent
le Siege de
Dunctelſbuhel , la Carte
du Gouvernement de
Dunctelſbuhel , & l'élevation
de Dunctelfbuhcl
.
Le quatriéme Tableau
fait voir la Campagne
de
1646. Au milieu eft la
šà La Fefte
Ville de Dunkerque &
dans les Cartouchés à
droite & à gauche
on
voit d'autres actions qui
regardent le Siege de l
mefnie Ville Les autres
Campagnes doivent eſtre
peintes fur d'autres iŢal
bleaux pareils dont les
places fondmarquées dant
la mefme Galerie gomais
>
> Tout cee Appartement
eftdie éclairéparaN HO
qui ne font pas encore
deffinez
, beep
5.1
de Chantilly.
69
&
bie infiny de Luftres &
de Girandoles de criftalt
Le couvert de Monſeigncur
fut mis dans une
Salle du grand Château ,
& Monfieur le Prince
qui fit fervir cousules
jours quatorzeou quinze
tables , comme vous vert
rez dans la fuite deffraya
toutes les perfonnes dis
ftinguées qui allerent à
Chantilly pour voir da
Fefte , ainfi que tous ceux
qui y furent employez
70 La Fefte
dont on
peut
dire que lo
nombre
eſtoit
infiny
.
Lors
qu'on
eut
foupé
,
Monſeigneur
tint
Appar
tement
. Aprés
vous
avoir
fait
une
defcription
des
deux
Chafteaux
, je croy
vous
devoir
parler
, non
pas
de toutes
les beautez
des
Jardins
, car je ne
Vous
en
entretiendray
qu'à
meſure
que
je vous
parleray
des
promenades
qu'y
fit
Monfeigneur
,
mais
de ce qu'ils
offrent
de Chantilly.
71
à la veuë de ceux qui
font dans les Appartemens
. En arrivant fur la
Terraffe , où je vous ay
dit qu'eftoit la figure du
Conneftable de Mont-
Il morency , on découvre
un grand efcalier, au bas
duquel eft un grand ron .
Ideau , & au milieu de
ce rondeau une gerbe
de plufieurs tuyaux . Au
delà de ce rondeau on
découvre un grand Parterre
feparé en deux parn
A La Feſte
ties par la croifée du
d'une
grand Canal. Il y a cinq
grandes pieces d'eau dans
Pune & l'autre partiel,
& chacune de ces grandes
pieces a un gros Jet
d'eau. Ces deux parties
fonts foutenues
grande allée d'ormes ch
Terraffe , avec des Ifs &
des Picea entre - deux
Au delà du grand Tanal
eſt un demy - rond qui
ferme la croifée, & dont
il s'éleve infenfiblement
jufques
395
12
de Chantilly.
73
>
juſques au haut de la
cofte une espece de fer
à cheval , qu'on appelle
le Vertugadin. Il eſt
compofé d'un grand glacis
de gazon , d'une grande
allée , fermée du cofté
du glacis par des Picea
taillez en piramide
ronde
, & de l'autre par des
ormes & une paliffade
entre-deux . Cette allée
eft jointe par ces deux
bouts , aux deux grandes
allées qui regnent_tout
G
74
La Fefte
le
le long du grand Canal :
Le point de veuë eſt ter
miné de ce coſté- là par
commencement des al
lées du grand Parterre ,
& de l'autre par une route
particuliere au travers
de la Foreft , qu'on ap
pelle la route du Con
neftable. Elle eft plus
large que toutes les autres
. Le Château eft à la
droite , comme je vous
l'ay déja marqué , & à la
gauche eft un petit Parc ,
de Chantilly.
75
qui feroit eftimé grand
par tout ailleurs , mais on
ne luy peut donner que
le nom de petit , fi on le
compare à l'autre , qui
a plus de cinq mille arpens
.
2
Le Lundy ( car pour
donner quelque ordre à
cette Relation , je la fepareray
par journées )
Monfeigneur alla courre
le loup aux environs
d'un Village appellé la
Chapelle , & au retour de
Gij
76 La Fefte
la Chaffe , ce Prince entra
dans fon Appartement ,
d'où il fortit quelque
temps aprés , pour aller
prendre à pied le plaifir
de la promenade. Il traverſa
le petit Parterre, &
ayant paffé le grand foffé
fur un pont de bois , il
trouva à ſa gauche un
gränd Parterre , enfermé
d'un cófté du foffé , de
l'Orangerie , & de l'autre ,
d'une galerie , & d'un
canal . Ce Parterre eft ende
Chantilly . 77
touré d'orangers parfaitement
beaux .
On y voit cinq pieces.
d'eau avec leurs jets. Celle
du milieu a pour pied
une Hydre , dont chaque
tefte vomit une quantité
prodigieufe d'eau . On y
voit auffi la Fontaine des .
Grenouilles . Elle eft fituée
dans un triangle au
deffous de la Terraffe du
grand foffé du Chafteau ,
entre cette Terraffe , les
Canal du Dragon , & le
Giij
78 La Fefte
petit bois de Chantilly,
qui eft à coté du Parterre
de l'Oragerie. Le Dra
gon eft une maniere d'a
nimal marin qui paroift
fortir de deffous la Ter
raffe du foffé . Il vomit
l'eau de la décharge de ce
foffé dans une coquille,
qui retombe dans un canat
qui eft le long d'un
des coftez de la piece où
eft la Fontaine des Grenouilles.
On deſcend
dans le Parterre par un
de Chantilly. 79
efcalier de
quarre ou
cinq marches fort grandes
& fort belles . Aux
deux coftez de cet eſcalier
font des napes d'eau
perpetuelles
, grandes,
belles , & bien fournies ,
qui tombent
dans de
grands
baffins
quarrez
C avec des bouillons
&
0
Dans ce bruits d'eau.
mefme Parterre font quatre
grands Picea , dont
le moindre a plus de foi-
Xante pieds de baut . Du
80 La Fefte
cofté du canal l'allée eft
garnie de Platanes , dont
le plus vieux a plus de
cent cinquante
ans . Cet
arbre eft fort rare en
France . Sa feüille eft à
peu prés comme celle de
vigne , & il fe depoüille
tous les ans de fon
écorce . De ce Parterre
Monſeigneur
entra dans
une Ifle par un grand
portique
de treillage. A
cofté de cette Iſle on en
voit une autre plus pede
Chantilly.
81
tite . Elles font partagées
par trois canaux .
La grande eft ornée de
plufieurs allées , de grandes
paliffades
, de deux
groffes Fontaines
enfermées
dans des Portiques
, & de plufieurs
ornemens
de treillage d'un
deffein tres agreable ,
& d'une propreté
furprenante
. L'extremité
de
'Ifle eft reveſtuë de
pierre de taille . On y
voit douze jets d'eau
-
82
La Fefte
qui fortent d'autant de
baffins au deffous " defquels
eft une cafcade de
2
toute la largeur de la
pointe de l'Ifle , & des
deux canaux . On trouve
dans la petite Ifle des
allées de grands Aunes ,
des paliffades , un treillage
en demy - rond
& une fontaine dans le
milieu . Deux Dragons
de
3
bronze femblent y combattre
. Il y en a un
renversé qui pouſſe un
de Chaneilly.
83
grand jet d'eau , & l'autre
en dégorge en abondance
fur ce premier . Vis
à vis de cette fontaine ,
& à la pointe de la mef
me Ifle , eft un Apparte
El ment de treillage , compofé
de quatre pieces . Il
eft parfaitement
bien entendu
, & d'un travail
tres - delicat
. Ces quatre
pieces fe trouvent fur un
terrain qui a en face la
I vue du canal ; à droite
3
fur la prairie , & à gauche
84
La Fefte
fur des jardins . A l'iffuc
de la promenade Monfeigneur
alla voir l'O
pera , que Monſieur
le
Prince avoit fait faire
exprés , Son Alteffe Sereniffime
ne voulant
point donner de diver
tiſſement qui euſt eſté déja
vû . Le lieu meſme fut
conftruit pour ce feul
Spectacle , & Monfieur
le Prince agar choiſi
l'Orangerie
de Chantilly
qui regne tout le long
du
de
Chantilly.
83
duparterre avec une terraffe
magnifique, dit à M.
I Berrain d'y conftruire ,
non feulement un theatre
, mais auffi une Salle
magnifique. L'Orangerea
70. toifes de long, &
vingt-fept pieds de large.
1 M. Berrain la divifa en
trois parties feparées par
des Portiques d'architecture
, fans y comprendre
le Veſtibule par où l'on
yes & duquel on
voyoit cette longue éten-
70
ОП
I
H
86
La Fefte
due eclairée de deux
rangs de Luftres , que les
grands Portiques qui fervoient
d'entrées à ces
differentes Salles , laif;
foient voir diftinctement
. Il feroit difficile
de trouver rien de plus
magnifique
, & dont les
ornemens fuffent plus diverfifiez
. Plus on appro
choit , plus on voyoit
que la magnificence alloit
toujours en aug
mentant , la derniere
.
de Chantilly.
87
Salle eftant infiniment
eftoit
plus riche
la
que , premiere
, & le theatre
encore
davantage
.
1 Le Veſtibule
orné de grands
arbres
qui ceintroient
, & cachoient
toute
la voûte
.
Les pieds
de ces arbres
cftoient
dans
une feule
caiffe qui regnoit
tout
autour
du Veftibule
, &
qui eftoit
peinte
en porcelaine
, & ornée
de chifres
de Monfeigneur
,
Hij
88 La Fefte
avec des attributs de ct
Prince . Ces arbres eftoient
fi verds , fi chargez
de feuillages , & fi
artiftement placez , qu'il
eftoit impoffible qu'on
vift les murs de ce Vel
tibule , de forte qu'on
le pouvoit prendre pour
une tres-belle allée . Ces
arbres conferverent leur
verdure pendant les huit
jours que dura la Feſte,
& ils donnerent une fi
agreable fraîcheur à ce
de Chantilly .
89
licu , qu'on refpiroit
en y entrant un air delicieux
, dont on ne pouvoit
s'empefcher de parler
, en marquant le plaifir
qu'on y prenoit. Ce
Veftibule eftoit éclairé
de plufieurs Luftres , ce
qui parmy la verdure des
arbres produifoit un effet
tres - réjouiffant , rien n'eftant
plus agreable à la
veuë que le verd , fur tout
lors qu'il eft éclairé .
Aprés qu'on avoit ad-
H iij
Do La Fefte
miré la fimple & riante
decoration de ce Vefti-
翼
bule , & qu'on y avoit
demeuré
quelque temps,
pour en goûter la douce
fraîcheur , on fe fentoit
excité à paffer outre ,
chacun eſtànt attiré par
le brillant qui paroiffoit
au travers d'un fuperbe
Portique , fous lequel il
falloit paffer pour entrer
dans la piece fuivante.
Ce Portique eftoit de
huit pieds d'ouverture
de Chantilly.
91
fur feize de hauteur . Il
eſtoit tout de marbre , &
d'une tres - belle architecture,
avec des ornemens
rehauffez d'or . Il fervoit
d'ouverture à une galerie
de feize toifes de
long fur vingt-fix pieds
de haut . Tout le pourtour
de cette galerie eftoit
orné d'un lambris ,
& d'une corniche , &
entre le lambris & la
corniche , on voyoit une
tres belle tapifferie tou92
La Feste
te d'une meſme fuite , &
qui eft nommée Tapiße
rie de Venus , parce que
tout ce qu'elle reprefen
te regarde cette Deeffe.
Outre les deux rangs
tres- beaux Luftres de cri
ftal qui éclairoient cette
fuperbe galerie , elle d
toit encore ornée &
de
éclairée par vingt - quatre
Girandoles de mefme matiere
, qui estoient pofées
fur des Gueridons .
Au bout de cette galerie
14
de Chantilly. 93
P
on voyoit un Portique
pareil à celuy par lequel
on eftoit entré. On montoit
trois marches fous
ce dernier Portique pour
entrer dans la troifiéme
piece , qui eftoit la Salle
de l'Opera. Elle avoit
cent quarante-deux pieds
de long en y comprenant
le Theatre & l'Orcheftre.
L'ordre de fon
architecture , ainſi que
celuy de la façade du
Theatre , eftoit Ionique1
La Fefte
94
Compofé. Cette Salle
eftoit partagée
en quatorze
pilaſtres de marbre
ornez de leurs chapiteaux
, & de leurs bafes ,
+
ainfi
que
de
plufieurs
mafcarons
, & de
quantité
de
feftons
, le tout
de relief
&
doré
. Les
pilaftres
eftoient
pofez
fur
leurs
piedeftaux
qui
fervoient
de
lambris
à
toute
la
Salle
. Entre
ces
pilastres
on
voyoit
des
Tapifferies
qui
reprefentoient
des
de Chantilly .
95
portiques d'architecture,
tout relevez d'or fur un
fond de velours rouge
Cramoifi. On avoit affùjetty
les efpaces qui sé
toient entre chaque pilaftre
à la hauteur & à la
largeur des pieces de cette
Tapiflerie . La Corniche
eftoit toute de marbre &
de relief avec des ornemens
d'or de mefme que
le plafond , & la façade
du Theatre qui estoient
du mefme ordre , mais
96 La Fefte
d'un plan fort extraor
dinaire. Entre les pilaf
tres des deux coftez du
Theatre eftoient deux
grandes Figures de ronde
boffe, chacune de fixpieds
de haut . L'une reprefen
toit la Poëfie , & l'autre
la Mufique. L'Orchestre
qu'on avoit fait pour la
Symphonie eftoit aufli
d'Architecture
de mar
bre . Cette Salle eftoit fi
brillante & fi riche ,
qu'on ne la pouvoit
d'abord
de Chantilly.
97
d'abord regarder fans étonnement
, & enfuite
fans
admiration , quoy
que
l'embelliffement des
lieux par où l'on venoit
de paffer duft faire attendre
quelque chofe qui
fuft entierement magnifique.
Ce fut fur ce Thea
tre que l'on repreſen
P'Opera . Les Vers
n'en pouvoient eſtre que
beaux , puis qu'ils eftoient
de M. le Clerc de l'Academie
Françoife . Ils aa
ta
I
98 La Fefte
voient efté mis en Mufique
par M. Lorenzany ,
Maistre de Muſique de
la Chapelle de la feuë
Reyne , dont les Ouvrages
font fort eftimez , &
M. Pecour avoit fait les
té
y avoit outre cela trois
Entrées qui compofoient
les divertiffemens , hors
deux qui eftoient de M.
de Leftang . Cet Opera
intitulé Orontée, fut chanpar
l'Academie de la
Mufique de Paris , & il
de
Chantilly.
99
des meilleurs Muficiens.
de la Mufique du Roy,
L'ouverture du Theatre
fe fit par la reprefentation
d'une grande & belle
Foreft que la diverfité
des arbres & des routes
faifoit paroiftre fort
fpacieufe. Lors qu'on
eut levé la toile , on vit
le Dieu Pan dans le fond
de cette Foreft . Toute fa
fuite , Sylvains , Satyres ,
& Faunes , eftoient en-
2
groupez en divers en-
I ij
100 La Fefte
droits . I
commença
Prologue
. Comme
tous
les Vers qu'on y chanta
regardent
le Roy & Monfeigneur
le Dauphin
, je
ne veux pas vous priver
de la
fatisfaction
que
vous aurez à les lire.
Voicy
ceux qui furent
chantez
d'abord
le
par
Dieu Pan . C'eftoit
M.
Moreau
qui faifoit
ce
perfonnage
.
ay veu tous les regnes des
Fay
Rois
de Chantilly.
10
10
Celebres par leurs exploits ,
Et dans mon fouvenir j'en confervois
la gloire ,
Mais depuis que LOUIS s'eft
fait voir à mesyeuxi
Tous ces Mortels fortent de
ma memoire ,
Et je ne mets que luy dans le
allots rang de nos Dieux.
Digne Fils d'un tel Pere ,
Qu'avec le Sceptre hereditaire
Il offre de Vertus que tu vas
initer
!
Celuy dont l'Univers adoroit
la puiffance
ofsit flater
Et
Es qui
Liij
102 La Fefte
D'eftre le Fils de Jupiter ,
Seroit jaloux de ta naiffance.
豪
Jeune Heros,quand je te vois
Dompter les Monstres de nos
shaw Bois
J'augure qu'animé de l'Aftre qui
te guide ,
Le moindre de tes exploits
Vaudra tous les travaux d'Al
cide .
Ton coeur vole déja fur des che
mins ouverts
Amille triomphes divers ,
fetouted
Tu aisée ,
Et nous voyons clairement
Que noftre Hippolite charmant,
de Chantilly. 103
6
Jen
Al'ombre de la Paix , cache un
aure Thefée.
Mais j'entens les concerts des
Nymphes de nos bois.
Vous,Faunes , vous , Silvains,
répondez à leurs voix.
Pan cut à peine achevé
ces Vers , qu'une troupe
de Driades & d'Hamadriades
fe fit voir . Voicy
ce que chanta une des
Driades.
O gloire incomparable
De LOUIS !
104 La Fefte
Les Siecles feront ébloûïs ,
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Le Choeur ayant repeté
ces Vers , un Faune
chanta ceux- cy .
Le fouvenir charmant de ce
nom fi vanté ,
Doit eftre auffi durable
Que l'immortalité
.
Une Hamadriade chan
ta enfuite ces quatre Vers.
Son Hiftoire incroyable
A la pofterité ,
Paffera pour la Fable
D'une Divinité.
de Chantilly. TOS
Deux Silvains finirent
par ceux - cy .
Redoutable par fes armes ,
Il nous charme dans la Paix .
Son Empire eft fans alarmes ,
Mille graces, mille charmes ,
Accompagnent fes bien-faits.
Le
Choeur
repeta .
O gloire incomparable
De LOUIS!
Les Siecles feront ébloüis
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Et tout cela fut entremeflé
de Danfes de Dria106
La Fefte
des , d'Hamadriades , &
de Faunes .
La Decoration du premier
Acte reprefentoit le
Temple de Venus . L'Architecture
eftoit d'un or
dre Ionique , & le plan
d'une forme ronde , avec
quatre Portiques
ou Porches
, dont l'un paroiffoit
de face , il y en avoit un
avec autre en perfpective
un periftille tournantautour
du Temple , dont les
Corniches eftoient porde
Chantilly. 107
DI
tées par des colomnes
d'Agathe , avec des chapiteaux
& bafes d'or . Il
y avoit des Statues d'or
entre les colomnes . L'Attique
qui eftoit fur la
Corniche
duTemple
, portoit
un Dôme orné de
bandeaux ,
panneaux , &
bas- reliefs fur des fonds
de marbre ; & fur le haut
de la rondeur du Dôme,
c'eftoit un couronnement
de baluftres
& de:
Piedeſtaux . La porte de
108 La Fefte
ce Temple qui eftoit entouré
d'arbres , ne s'ou
vroit qu'en certain temps,
& alors on voyoit le de
dans tres-magnifique
, &
un autel au milieu , Orontée
Reine d'Egypte
, fort
refoluë de n'aimer ja
mais , vint chanter le
triomphe
de la liberté.
Meliffe , fa confidente ,
& Creonte Chef de fon
Confeil , luy repreſente
rent inutilement qu'elle
devoit choifir un : Epoux
digne
de Chantilly. 109
digne d'elle parmy tant
de Rois Elle demeura
ferme à protefter qu'elle
pr vouloit point entendre
parler d'Hymenée ,
& elle eftoit dans ces
fentimens , lors que Gelon
, homme de Cour ,
luy vint dire qu'il avoit
be arraché un jeune Etranger
d'entre les mains
d'un affaffin qui l'avoit
bleffe . Cet Etranger parut
auffi-toft fous le nom
d'Alidor , foûtenu d'AK
te
110 La Fefte
"
riftée fa Mere . Sa beau
té , dont Gelon avoit
déja fait la peinture ,
toucha Orontée , qui ap
prit de luy que l'affaffin
luy avoit dit en le fra
pant , qu'il executoitles
ordres de la Reine de
Phenicie qui avoit juré
fa perte. Orontée , aprés
avoir commandé a Phar
nace d'en prendre foin,
fortit avec Meliffe &
Creonte , & Gelon demeura
feul.
7
de Chantilly.
HII
Son caractere qui a extremement
pleu à Chantilly
, eftoit une efpece
d'honnefte homme , fe
faifant un plaifir de joüir
de la vie libre , & de
méprifer toutes les belles
chimeres dont les autres
hommes fe font des
Occupations , qui les empêchent
d'avoir un moment
de joye & de repos
pendant toute leur vie .
Voicy de quelle maniere.
expliqua fa Philofo-
K ij
112 La Fefte
phie agreable , aprés avoir
vù fortir Alidor
bleffé.
$
•S'il eftoit morts qu'il feroit
regrété !
Moy ,pour rendre à jamais fa
memoire celebre,
Au bruit des pots j'aurois
chanté
D'un ton plaintiffon Qraifon
funebre.
Pour vivre longtemps »
Pour vivre contens ,
Il n'eft rien tel
boires
que
de bien
de Chantilly. 113
Bacchus fur tous les Dieux emporte
la victoire
Son or potable enchante tous
Les fens
,
Diffipe les chagrins & chaffe
l'humeur noire.
Pour vivre longtemps ,
و ا
Pour vivre contens
Il n'est rien tel que de bien
boire.
Que le Ciel me delivre
De ces Philofophes du temps,
Qui jour & nuit pâliffent fur
un Livre ,
De ces Amoureux languiffans
,
K iij
114
La
Fefte
& que
De ces affamez Courtiſans
Que repaift la fumée ,
l'espoir enyore.
Pour moy, je ne veux point eftre
efclave en amour,
Ny devenir Sçavant , ny vieillir
à la Cour ,
Ny mourirfotement, pour vivre
dans l'Hiftoire.
Pour vivre longtemps ,
Pour vivre contens د
Il n'est rien tel
boire.
que
de bien
Tous ceux qui ont entendu
l'Opera ont donné
tant de loüanges à cet
de
Chantilly.
IIS 1
On
endroit , en ont trouvé
le tour des penſées fi
nouveau & fi brillant ,
les Vers fi juftes , & d'un
caractere ſi aifé & ſi poly ,
que j'ay cru devoir vous
les envoyer tels qu'ils
ont efté chantez . Le Prince
Lyfandre eftant furvenu
lors que Gelon exerçoit
fa belle humeur ,
l'un parla du plaifir d'aimer
, & l'autre de celuy
de boire . La Princeffe Amafie
parut enfuite , qui
1
1
116 La Fefte
témoigna à Lyfandre
qu'elle fe rendoit à fon
amour . Le Temple de
Venus s'ouvrit , & on
vit une troupe d'Egy
ptiens , d'Ethiopiens ,
d'Indiens , & autres Nations
, qui porterent des
offrandes fur l'Aurel de
cette Déeffe. Le Choeur
fit des voeux pour obtenir
de l'Hymen qu'il
preparaft fes chaines
pour Orontée . Voicy les
Vers qui furent chantez
de Chantilly. 117
pendant cette offrande .
LE CHOEUR .
Dans nos Conceris , dans nos
chants d'alegreffe
,
Chantons Venus noftre grande
Déeſſe.
DEUX DU CHOEUR .
Tendres Amours , pour remplir
nos defirs
Banniffez lesfoupirs ,
Chaffez la trifteffe.
Deux autres du Choeur.
Tendres Amours pour remplir
nos defirs
Banniffez les foupirs ,
Venez , douxplaifirs
11.8 La Fefte
LE CHOEUR.
O Toy , doux Hymen en ce
jour,
Pour le coeur de la Reyne ›
Prepare ta chaine.
TRIO.
Uniffons nos accords tour à
tour.
Que par tout on chante ,
Que par tout on vante
Venus & l'Amour.
LE CHOEUR.
Chantons en ce jour
L'Hymen & l'Amour
Il n'y eut point de
nouvelle decoration au
"
"
de Chantilly. 119
fecond acte, & l'on y vit
encore le mefme Temple .
Orontée furpriſe du
changement qui fe faifoit
dans fon coeur, loua
les charmes du jeune Etranger
, & fe refolvoit
à mourir plûtoft que de
#fe rendre à l'amour , lors
que Jacinte parut devant
elle en habit d'homme
,
& luy dit qu'ayant eſté
abandonnée
par un Amant
, elle l'avoit eſté
chercher
à Sidon
, où
DAY
120 La Fefte
Irene avoit adoucy fes
malheurs par fes bienfaits
. Elle ajoûta que les
Devins ayant declaré qu'
Alidor luy devoit un
jour ofter la Couronne,
ce qui l'avoit obligé à
prendre la fuite , cette
Reine avoit mis fa tefte à
prix , & que voulant luy
marquer fon zele , aprés
avoir efté fi bien recetë
dans fa Cour , elle avoit
furpris Alidor , & d'auroit
tué d'un poignard
qu'elle
de
Chantilly.
1921
Lit
qu'elle luy montra, fi on
ne l'en cuft empefchée.
Orontée charmée d'Alidor
luy arracha le poignard
, & elle en alloit
O percer Jacinte , quand
Creonte l'arrefta , & luy
fit connoiftre qu'il eftoit
indigne d'elle qu'elle
vouluft vanger Alidor.
Elle chaffa Jacinte de fa
prefence , & honteufe
d'avoir découvert fa paffion
, elle fit devant
Creonte de nouvelles
, 4
rec
ea
*
L
122
La Fefte
F
proteftations de n'aimer
jamais. Aprés qu'elle fut
fortie , Alidor parut avec
Ariftée , & fe plaignit du
malheur qui l'avoit contraint
de quitter la Cour
t
d'Irene, où il avoit vêcu
avec tant de gloire depuis
que la mort luy avoit
ravy fon Pere. Ariftée
luy dit que quoy
qu'Hipparque
cuft efte
autrefois Corfaire , il faifoit
trembler les Rois
par fa valeur , & que de
de
Chantilly.
123
Ipuis dix ans que ſes Vaiffeaux
avoient fait naufrage
, elle ne fçavoit
s'il étoit vivant où mort;
mais qu'elle ne pouvoit
fe défendre d'attendre
beaucoup des promeffes
de fon Aftre . Amafic les
interrompit pour dire à
Alidor , que la Reine
s'intereffoit pour luy , &
- qu'elle vouloit l'entretenir.
Lors qu'elle fut
feule , elle s'étonna de ce
qu'elle fentoit ſon coeur
Lij
124 La Fefte
diſpoſé à trahir Lyfandre
pour ſe donner à Alidor
, qu'elle trouvoit
tout aimable , & en même
temps des Peuples
d'Egypte mêlez d'autres
Nations vinrent celebrer
la Fefte de Bacchus & de
l'Amour. Toutes leurs
chanfons marquerent
l'envie qu'ils avoient
qu'Orontée vouluſt leur
donner un Roy. Le
Choeur fit d'abord entendre
ces Vers.
·
de Chantilly 125
-O
Quand tout le Ciel à nos
vaux eftpropice ,
Charmant efpoir , viens flater
nos defirs.
Que noftre joye en tous lieux
retentiffe ,
Redoublons tous nos Jeux &
nos plaifirs.
RECIT.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne,
Tu peux finir noftre peine ,
Seconde nos voeux .
LE CHOEUR.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne ,
Seconde nos vaux .
Liij
126 La Fefte
RECIT.
Tes aimables noeuds
Sans ceffe nous rendront heureux.
LE CHOEUR.
Quand tout le Cielfefait voir
fi propice
Charmant efpoir viensfeconder
nos voeux..
DEUX DU CHOEUR:
Dans ce beau jour
Fais que tout s'accompliße ,
Venus ,mene avec toy l'Amour.
Deux autres du Choeur.
L'attente
C D'un bien fi charmant ,
Enchante
de Chantilly.
127
h
U
Noftre tourment.
RECIT.
Parune douce chaîne,
En ce jour
Captive une Reyne ,
Puiffant Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Remplis noftre attente
Perçant de tes traits
Un coeur qui ſe vante
De n'aimer jamais.
DEUX DU CHOEUR.
Afuivre ta loy
Engage fa foy ,
Memphis veut un Roy,
LE CHOEUR.
Quand tout le Ciel, &c .
128 La Fefte.
" R
qu'une
Reine
Alidor feul commence
le troifiéme Acte, ens'ap
plaudiffant de fon bonheur
, de ce
luy donnoit afile dans
fa Cour , tandis qu'une
autre pourfuivoit fa
mort . Amafie eftant furvenue
luy demanda s'il
venoit admirer la beauté
des lieux où il eftoit , &
il répondit que quelques
charmes qu'ils euffent ,
il ne pouvoit avoir des
yeux que pour elle. Il
de
Chantilly. $29
me
ajouta qu'il vouloit l'aiens
mer toute fa vie . Amafic
nb receut fon
hommage a-
R vec plaifir , & il eftoit
Te &
à
fes
qu
be
lors
que
genoux
lors la
Reine parut
.
Elle
repropeu
de cha à
Alidor le
a
10 respect
qu'il avoit pour
elle , de venir
feduire
une jeune Princeſſe
dans
fo Palais. Amaſie ſortit ,
Alidor
ayant dit
qu'il eftoit bien éloigné
d'aimer
Amafie , aprés
ON
&
1. to
le. us les maux
que l'a130
La Fefte
mour luy avoit cauſez
dans la Cour d'Irene ,
Orontée l'affura qu'il
trouveroit en elle ce qu'il
avoit perdu dans cette
cruelle Reyne . Alidor
s'eftant éloigné , elle fit
connoiftre qu'elle ne
pouvoit
plus combattre
fa flamme. Dans ce moment
Gelon luy vintannoncer
qu'il avoit veula
Magicienne Ifmenie def
cendre des Cieux dans un
char de feu . Ifmenie pade
Chantilly. 131
rut, & declara à la Reyne
qu'il falloit malgrél
fon indifference qu'elle
fe refoluft à prendre un
Epoux , & qu'elle alloitinterroger
les Manes des
Rois d'Egypte, & l'Ombre
de Ptolomée
, pour
fçavoir fur qui tomberoit
fon choix. Alors elle
frappa de fa verge un des
coins du Theatre , & la
terre s'eftant auffi- toft.
ouverte, les tombeaux en
fortirent , & s'éleverent à
132 La Fefte
vingt - quatre pieds de
haut. Celuy du grand
Ptolomée qui s'éleva au
milieu du Theatre , eftoit
d'un ordre Dorique &
d'une compofition cr
traordinaire. Le plan é
toit quarré long avec des
piedeftaux faillans fur
chaque face & dans les
angles . Entre les piede
taux eftoient des Statues.
de marbre blanc , affiſes au
pied d'une grande con
fole , & appuyées fur les
piedeftaux
de Chantilly.
33
piedeftaux . Dans le milieu
s'élevoit un morceau
d'architecture
quarré
long , fuivant le plan
avec des pilaftres & des
confoles fur les angles.
Les Statues montoient
jufque fous la Corniche
5 de mefme que les pilaftres
, entre lefquels il y
avoit une grande arcade
percée & furbaiffée , fous
laquelle eftoit la figure
de Ptolomée de marbre
blanc , affife au pied d'un
M
134 La Fefte
Tombeau de Porphire ,
dont les ornemens étoient
de bronze doré.
La Corniche portoit un
focle fur lequel eftoient
pofez quatre Sphinx de
bronze, qui portoient un
grand Obelifque
orné de
caracteres , & de figures
hierogliphes
. Le fommet
eftoit un chapiteau compofé
fur lequel eftoit une
Urne. Il y avoit encore
quatre
autres Tombeaux
dans les coftez du Théa
14
de
Chantilly. 135
S
,
tre , & dans les éloignemens
de formes différen-
& tes. & une Statuë de
marbre à chaque Tom-
-beau. Tous ces Tombeaux
eftoient entourez
de Cyprés , d'Ifs , & autrès
arbres , & le tout enfemble
formoit un fpectacle
lugubre, mais tresmagnifique.
Aprés qu'Ifmenie
eut évoqué l'ombre
de Ptolomée , il parut
plufieurs Efprits qui
tournerent autour des
Mij
136 La Fefte
Tombeaux comme voulant
animer les Statuës ,
& on entendit un Choeur
de Mufique fort extraordinaire
dont les voix
paroiffoient fortir des
Tombeaux . Ce qui furprit
fort , c'eft que les
Statues qui eftoient drapées
auffi proprement que
fielles euffent efté travaillées
de marbre , eftoient
des Figures vivantes , chacune
dans une attitude
differente . Tout le mon-
"6
de
Chantilly . 137
I de les crut de
carton ,
ajufques
au temps
qu'Ifme-
Cnic
parla
à Ptolomée
.
Alors toutes les Statuës
Es remuerent avec des mouvemens
lents .
J'ay oublié de vous dique
requ'avant que l'évocaent
tion fe fiſt l'aimable
en Gelon foutenant toûjours
trafon caractere , eftoit forefta
ty d'une maniere fort
fpirituelle . Voicy ce qu'il
at dit. Tout le monde y a
remarqué un tour d'eftes,
с то
V
M iij
138 La Fefte
prit fingulier.
Je crains trop la Troupe infer
nale
,
Jenne veux point chez Plutoni
Mourir de foifcomme Tantale,
Ny boire l'eau du Phlegeton.
Tous les Vers de l'évocation
avoient quelque
choſe de majestueux , qui
ne contribua pas peu
à faire naiftre dans l'efprit
des Spectateurs cet
te efpece d'étonnement ,
qui fait , lors qu'il eft
bien excité , un des prin
de Chantilly.
139
cipaux plaifirs des Specta
cles . La Magicienne parla
ainfi aux Demons .
Venez , Demons , plus vifte
qu'un éclair,
Quittez was demeure's terribles,
Et des atomes de l'air
Faites- vous des corps vifibles.
Venez, venez, obeiſſez
Paroiffez paroiffez.
Aprés que les Demons
l'eurent affeurée qu'ils
eftoient prefts d'obeir ,
elle pourfuivit de cette
forte.
ISC
IX.
140 La Fefte
Des jours éteints de nos Monar
ques,
Dans leur froid tombeau ,
Malgré l'ordre des Parques.
Rallumez le flambeau.
Les Demons ayant ani- ˆ
mé les Statues des Rois,
elle s'adreffa à ces Statuës
, & fit entendre ces
Vers .
Marbres fourds Figures
muettes
De nos fuperbes Rois ,
Prêtez l'oreille à ma voix ,
Parlez, & du Deftin foyez les
interpretes.
de Chantilly. 141
Rr
5!
Elle confulta enfuite
la Statuë de Ptolomée ,
& l'Ombre répondit ces
quatre Vers.
Ma Fille , de l'Hymen tu dois
fubirla loy ,
Et tu l'accepteras fans peine s
Mais tu n'épouferas qu'un
Roy
2
Que te doit offrir une Reyne.
L'Ombre ayant parlé
de cette forte , toutes les
Statues reprirent leurs attitudes
& aprés qu'Orontée
cut marqué la
>
142
La Fefte
peine que luy faifoit cet
Oracle , tous les Tombeaux
difparurent
, &
l'Acte finit ..
Un Jardin delicieux
faifoit le Theatre du quatriéme
Acte. Le devant
eftoit une maniere de Ve
ftibule d'une architectu
re Ionique. Des Termés
de bronze doré tenoient
lieu de colomnes . Les
chapiteaux eftoient des
corbeilles de fleurs & de
fruits , qui portoient une
L
de t
Chantilly. 143
,
corniche de marbre &
un plafond magnifique.
Entre les Termes il y avoit
des arcades auffi de
marbre , avec les orne
mens de bronze pour entrer
dans une galerie qui
paroiffoit tapiflée d'éto
fes d'or à fond violet . Le
Veftibule occupoit un
o tiers du Theatre fur le
I devant , & le jardin patroiffoit
enfuite . Il eftoit
Morné de Statues reprefentant
des Amaurs fur des
144 La Fefte
piedeftaux, accompagnez
de baluftres de marbre &
de bronze , avec des ar
bres qui s'élevoient der
riere ces Figures , qu'on
voyoit ornées de fleurs
& de fruits . Les deux
coftez duTheatre étoient
de cette maniere. Au milieu
le jardin fe feparoit
en trois allées , une dans
le milieu , & deux diagonales.
Elles eftoient ſi
bien tracées , qu'on les
découvroit de tous les
endroits
de Chantilly. 145
Resi
endroits de la Salle . A la
face de chacun des angles
qui feparoient les
allées eftoit une Statuë
qde marbre blanc , fur un
* piedeſtal auffi de marbre
dorné de bas reliefs d'or .
éto D'autres Statuës qui re-
A prefentoient encore des
ep Amours ,
regnoient genenet
ralement dans toutes ces
ux trois allées. Au bout de
toid celle du milieu il y avoit
' on des
berceaux d'or percez
Lous à jour , reveftus de touend
N
146 La Fefte
tes fortes de fleurs , &
foûtenus par des Termes
en confoles de marbre
blanc. Au travers de ces
berceaux on voyoit une
caſcade naturelle avec
plus de cinquante jets
d'eau , fans y comprendre
les Napes. Cette cafcade
étoit faite avec tant d'art,
qu'elle fuivoit la perſpe
tive du Theatre . Elle
paroiffoit d'une grandeur
extraordinaire
, &
ne diminuoit rien des
de Chantilly.
147
nte
apra
"
objets qui eftoient au-
Ten tour. Ces ornemens efma
toient de marbre & de
de bronze , avec des vafes
O d'où fortoient des planle
tes . Au deffus de cette
caſcade paroiffoit une
allée d'arbres qui travercal
foit, & au delà on voyoit
nt un Palais fuperbe dans
l'éloignement
. Les deux
allées des coftez paroiffoient
auffi fort longues,
irt ornées d'une maniere differente
de celle du miien
Entd
pe
e. I
Nij
148 La Fefte
1
lieu. On appercevoit au
travers de pluſieurs Portiques
d'architecture
ruftique
mêlée d'arbres, une
caſcade dans l'enfoncement
. Ce qui eftoit de
remarquable , c'est que
les fontaines & les cafcades
avoient efté préparées
avec tant d'art, que
non feulement elles
n'empêcherent point qu'
on n'entendift la Mufique
& les Recits , mais
mefme elles fembloient
de Chantilly . 149
s'accorder avec la Simphonie
, dont les mou-
E vemens tantoft plus lens ,
tantoft plus preſſez , ex-
#primoient auffi le murmure
des eaux . Quelquefois
la Simphonie s'ar-
= rêtoit laiffer entenpour
dre ce murmure ; quelquefois
auffi le bruit des
eaux ceffoit pour ne laiffer
entendre que la Simphonie
qui l'imitoit.
Amafic vint refver
dans ce beau lieu au
N iij
150
La Feste
merite d'Alidor &
voyant yenir Lyſandre ,
elle luy avoua qu'elle
avoit changé. Lyfandre
1
l'ayant traitée de per
fide , elle luy confeilla
par cette chanſon de
changer comme elle.
Que l'inconftance eft agreable !
On s'engage avec un Amant ,
Et l'on le quitte au moment
Qu'on en trouvé un plus aimable.
Que l'inconftance est agréable !.
Lyfandre eftant forty,
de Chantilly.
151
refolu defe fatisfaire par
la mort de fon Rival fistoft
qu'il l'aura connu ,
Gelon vint avertir Amafie
qu'il avoit laiffé Alidor
avec la Reyne. Cela
dor
luy fit croire qu'il eftoit
aimé d'Orontée , & lors
qu'il parut , elle luy reprocha
fon ingratitude ,
en l'accufant de faire
contre elle ce qu'elle avoit
fait contre Lyfandre.
Elle fortit en
voyant
venir la Reyne , qui dit
10
152 La Fefte
à Alidor qu'il fçavoit
que l'amour qu'il avoit
eu pour Irene avoit caufé
fa colere, & Alidor ayant
répondu qu'un malheureux
comme luy fe con
noiffoit trop pour afpirer
à eftre aimé d'une Reyne,
elle ajoûta pour l'enhardir
à fe declarer , que
vertu meritoit un Diademe
, & qu'il n'y avoit
rien dont l'efperance luy
puft eftre deffenduë . Alidor
l'ayant quittée ,
•
fa
de
Chantilly .
153
dre
Creonte luy vint apprenque
le Frere d'Irene ,
Fils comme elle d'Agenor
Roy de Phenicie ,
& de Ladice , eftoit vivant
, & qu'un Envoyé
de fa Soeur venoit d'en
apporter la nouvelle.
Orontée en fut troublée ,
parce que ce Prince que
l'on croyoit mort , luy avoit
cfté deftiné par fon
Perę & par le Roy de
Phenicie , & qu'elle ne
pouvoit fatisfaire à ce
154
La Fefte
des
qui avoit efté predit par
fon Ombre, fans renoncer
à l'amour qu'elle avoit
pour Alidor . Creonte luy
confeilla de l'éloigner ,
pour faire ceffer
bruits defavantageux à
fa gloire , & elle répondit
qu'on auroit fujet
d'eftre content d'elle.
Cet Acte finit par le divertiffement
qui eft expliqué
dans ces Vers .
de Chantilly. 155
GELON.
Chers Compagnons delices
de la table ,
Rejcüiffons - nous.
Chantons , danfons, faifons les
fous.
Que la folie eft raisonnable !
LE CHOEUR.
Rejeüffons- nous
Chantons, danfons, faifons les
fous.
Que lafolie estraisonnable !
GELON .
D'où vient que le fommeil
m'accable ?
Que fes pavots font doux !
Camarades, couchons- nous
156 La Fefte
Sur le fein parfumé de Flore ,
Et dormons tous
Fufqu'au retour de l'Aurore,
Gelon s'eftant endormy
fur un lit de
gazon ,
un de fes Compagnons
dit ,
Dors , Gelon , dors.
Du jus divin ton ame eſt échauffée
,
Tu dois pour delaffer ton
corps ,
Te livrer tout entier dans les
bras de Morphée
Dors , Gelon , dors .
Aprés cela deux autres
compade
Chantilly. 157 .
21
10
Compagnons
de Gelon
dirent .
Vole , vole jufques aux Cieux
Sur l'aifle d'un fonge a greable,
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable.
Sur l'aifle d'un fonge agreable
Vole , vole jufques aux Cieux.
LE CHOEUR ayant repeté
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable ,
Gelon s'éveilla au bruit
que firent fes Compa-
& l'Acte finit
gnons ,
par une Danſe.
Le Theatre ne changea
O
158 La Fefte
point de Decoration au
cinquiéme Acte, qui com
mença par cette Chanfon
d'Orontée .
Je way, cruel devoir, éloigner
de ces lieux
L'innocent objet de maflame.
Mais qui me répondra, grands
Dieux,
Qu'eftant loin de mesyeux
Il ne regne plus dans mon ame?
Malgré fon amour elle
ne laiffa pas de déclarer
à Alidor qu'ayant fceu
combien Irene eftoit irde
Chantilly.
139
ritée contre luy , elle ne
pouvoit fe difpenfer de
l'éloigner de fa Cour ,
& qu'elle luy donnoit
Thebes pour retraite . Il
ſe retira comme ne cherchant
plus qu'à mourir,
& prefque auffi - toſt on
vit paroiftre Jacinte qui.
dit à la Reyne que l'En-
том voyé de Sidon parloit
u d'arrefter Alidor , qu'elle
craignoit qu'on ne vouluft
attenter fur fa vie ,
& qu'elle efperoit que
O ij
160 La Fefte
l'avis qu'elle luy en donnoit
appaiſeroit la colere
qu'elle avoit fait éclater
contre elle. La Reyne
n'eut pas fitoft envoyé
Jacinte pour empeſcher
le départ d'Alidor , que
444
Creonte luy fit part d'une
autre nouvelle . Il luy
apprit que l'Ambaſſadeur
d'Irene eftoit le Corfaire
Hipparque Pere d'Alidor,
dont la mort avoit paſſé
pour certaine ; qu'il avoit
obtenu le pardon de fon
de Chantilly. 161
Fils , & qu'Irene eftoit
partie elle-mefme de Sidon
pour venir mettre ſa
Couronne fur la tefte
d'Alidor . Cela donna de
la jalouſie à Orontée
qui crut qu'Irene venoit
couronner Alidor comme
Amant , mais elle fut
détrompée par lfmenie ,
qui l'affura que cet Alidor
eftoit Fils d'Agenor
Roy de Phenicie,& Frere
d'Irene. Le Vaiffeau qui
portoit ce petit Prince
O iij
162 La Fefte
dans le temps de fa naiffance
, ayant fait naufrage
, Hipparque l'avoit
trouvé flottant dans un
Berceau , & enveloppé
de langes tiffus de la
main d'Iſmenie . Il avoit
apporté ces langes , & Ilmenie
les avoit reconnus.
Orontée que cette reconnoiffance
rendoit heureufe
, puifque l'Ombre
de Ptolomée luy avoit
predit qu'elle épouferoit
un Roy que luy offriroit
de Chantilly. 163
1
une Reyne , ordonna à
Amafie de recompenfer
l'amour de Lyfandre
.
L'Opera finit par une
Fefte galante que fit une
troupe d'Egyptiens
&
d'Egyptiennes
, pour ſe
réjouir d'une avanture
qui leur donnoit un Roy
digne de l'eftre .
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux!
DEUX DU CHOEUR .
Le Soleil qui nous éclaire
E
164 La Fefte
Pour briller de plus beaux
feux
Va fe joindre avec Cythere.
CHOEUR.
Foüiffez, heureux Amans ,
Des plaifirs les plus charmans,
Desplus doux raviffemens.
RECIT.
Quelle gloire
En ce beau jour !
Alidor, ( qui l'euft pu croire? )
Va remporter la victoire
Par les mains du Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Ifmenie a fceu predire
Cet Hymen fait dans les
Cieux
de Chantilly. 165
ema
Deux Deffus du Choeur.
Quel bonheur s'offre à nos
yeux
Si charmant , fi glorieux ?
Pour le bien de cet Empire ,
Couronné des mains des Dieux,
Alidor vint en ces lieux.
DEUX AUTRES DESSUS.
Doux moment !
Four charmant !
CHOEUR.
L'Univers de noftre Roy
Recevra bien-toft la Loy.
DEUX DU CHOEUR .
O doux moment !
O jour charmant !
KT!
рит
victor
Die
EC
redire
166
La Fefte
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux !
Monfeigneur marqua
avec l'honnefteté qui luy
eft ordinaire, qu'il s'eftoit
beaucoup diverty à cet
Opera . Ce Prince tint Ap
partement le mefme jour,
& l'on y joüa à differentes
fortes de Jeux .
Le Mardy , qui eftoit
la troifiéme journée,
Monfeigneur voulut fe
de Chantilly . 167
B
donner le plaifir d'aller
tirer dans le Parc . Ce
Parc eft d'une beauté
merveilleufe &
quoy
que l'art l'ait beaucoup
embelly , il femble pourtant
qu'il ne luy doive
aucun de fes agrémens,
On y voit des cofteaux,
des plaines , & des bois
difpofez par la Nature
mefme d'efpace en efpace,
comme pour fervir de
retraite à toutes fortes
de gibier dont il eft rem168
La Fefte
ply , & pour offrir d'agreables
lieux de rafraìchiffement
à ceux qui
s'y promenent . Ces bois
font coupez par des rou
tes differentes qui fe croi
fent , & qui feroient en
d'autres lieux que Chantilly
, des promenades
•
qu'on admireroit, & qui
mefme en ce lieu- là où
tant de beautez fe trou
vent affemblées , ne laiffent
pas de fe faire regarder
avec plaifir. D'un
cofté
de Chantilly. 169
est
el
ner
et
côté où le terrain s'éleve
en côteau , on voit comme
dans une espece de
valon les canaux , les
prairies qui les bordent,
les Parterres , les Cafcades
, les petits bois dont
elles font ornées , les Ifles
dont je vous ay déja parlé
, qui font la plus delicieufe
, & la plus fuper
be veuë qu'on puiffe s'imaginer.
De l'autre côté
l'on voit comme dans
des enfonceniens des mai-
P
•
A
170 La Fefte
fons ruftiques qui paroiffent
au travers des bran
ches des arbres , des vil
lages qu'il femble qu'on
n'ait laiffez là dans une
efpece de lointain , que
pour faire des paysages
plus beaux que ceux que
le Pinceau nous a donnez
. On y trouve une
Menagerie dont la principale
porte donne fur
une des grandes allées
qui bordent le grand canal
, & qui d'un autre
de Chantilly . 171
côté fort dans les plaines
du parc. Cette Menagerie
, quoy qu'elle ne foit
pas encore achevée , ne
laiffe pas de paroiſtre
tres- magnifique . Outre
un parfaitement bel appartement
, dont la fimplicité
dans les meubles a
quelque chofe de plus agreable
que la richeffe en
d'autres lieux, la diftribution
d'une infinité d'endroits
propres à ferrer
tout ce qu'une Menage-
Pij
172 La Fefte
rie abondante peut fournir
de mets delicieux
,
fait un agrément qu'il
eft difficile d'exprimer .
On y voit un grand Salon
orné de peintures ,
teprefentant l'hiftoire
d'Ifis , & ce Salon eft
tourné de maniere qu'il
femble que ce foit plûtoft
le Temple d'Ifis qu'-
un baftiment ordinaire .
Beaucoup de Terraſſes
& de jardins champêtres
font l'ornement de cette
de
Chantilly .
173
maifon dont une des
courts eft bordée de huit
ou dix petits Pavillons ,
tous feparez les uns des
autres , & deftinez à lo-
Cintu
T'hif
Salo
ere
foit:
rdin
Terr
amp
de a
ger les animaux rares que
Monfieur le Prince fait
venir des Pays étrangers ,
Une autre court a dans le
milieu une fontaine toute
de fources vives ,
qu'on voit fourdre &
bouillonner parmy des
rocailles qui paroiffent
naturelles . On appelle
Piij
174
La Fefte
cette fontaine, la fontaine
de Narciße , parce que
ce Berger amoureux de
luy - mefme y paroiſt au
milieu fe regardant avec
tranſport , & tendant les
bras à fa Figure , qu'on
a le plaifir de voir dans
F'eau , tant cette cau eft
claire , nette & argentée,
pour me fervir des termes
d'Ovide , dont cette fontaine
furpaffe de beaucoup
la defcription .
Si je voulois contide
Chantilly. 175
nuer à vous faire celle
de cette Menagerie &
du Parc , je perdrois trop
longtemps Monfeigneur
de veue . Ce Prince , aprés
1 avoir tiré toute la matinée
dans ce Parc , alla
l'apréfdinée à la chaffe
du Cerf , avec la Meute
de M. du Maine , qui
n'a pas moins d'adreffe
que d'ardeur & d'activité
pour la Chaffe , & dont
l'équipage eft fi beau ,
qu'il ne cede qu'à celuy
176 La Fefte
du Roy. Il y eut le foir
Opera & Appartement .
Le Mercredy, Monfeigneur
alla à la chaffe aux
Perdreaux . Tous les Seigneurs
de fa fuite fe fe
parerent par Quadrilles.
Ce Prince eftant de retour
de la Chaffe , fit faire
un état de ce que cha
cun avoit tué , & envoya
cette Chaffe au Roy, avec
le détail , & les noms de
tous ceux qui avoient
chaffé. Il s'y trouva plus
de
Chantilly.
177
*
de cinq cens Faiſans ,
Perdrix , ou Liévres ,
Monfeigneur en ayant
tué luy ſeul plus de cent
quatre - vingt ; de forte
que s'il y euft eu un Prix
pour celuy qui en auroit
le plus tue , il cuſt eſté
donné à ce Prince . Il fe
promena l'apréfdînée , il
traverfa d'abord le Parterre
des Orangers , & alla
enfuite dans la partie du
jardin qui eft du côté du
Village de Chantilly.
178 La Fefte
II y entra par une gran
de porte qui eft au milieu
de la galerie des Cerfs .
Cette galerie s'appelle
ainfi , parce qu'elle eft
>
ornée de beaucoup de fi
gures de Cerfs au naturel
, portant tous au col
l'Ecuffon des Armes de
M' de
Montmorency ,&
des Maiſons avec lef
quelles ils avoient fait
alliance . Elle eft ouverte
en arcade fur le Parterre
des
Orangers , ayant au
de
Chantilly. 179
pied de fon mur un petit
ruiffeau d'eau vive &
claire qui coule fur un
beau fable , avec un murmure
le plus agreable du
monde. De l'autre cofté ,
entre les figures des cerfs
qui y font , elle eſt ornée
d'une peinture à frefque ,
reprefentant l'hiftoire
de Pfyché. Cette peinture
, quoy qu'un peu endommagée
par le temps,
ne laiffe pas d'eftre encore
d'une beauté à at
180
La Fefte
tacher les Connoiffeurs .
Cette galerie aboutit
d'uncôté à un grand Pavillon
apellé des Etuves,
à caufe qu'il y en avoit
autrefois.Ce Pavillon eft
compofé de deux grands
Salons , dont l'un eft ac
compagné
de Cabinets .
On trouve un Billard
dans le premier , & ily a
des Lits de repos dans
l'autre . Un de ces Salons
eft ouvert par unegrande
porte fur une des petites
Ifles
de Chantilly.
181
En
Ifles dont je vous ay parlé
, & il n'en eſt ſeparé
que par un canal que l'on
paffe fur un pont .
face de cette porte dans
l'Ifle , eft un grand
rond
de treillage
, qui forme
une efpece
de Salon dé-
Couvert
au milieu
duquel
eft une fontaine
avec
un tres-gros jet d'eau .
Par l'autre
bout
cette
galerie
conduit
à l'un
des Pavillons
de l'Orangerie
, compofé
auffi de
&
,
182
La Fefte
deux Salons. Monfei
gneur paſſa par une grande
allée de Picea en pi
ramide , & des Sapins entre-
deux , & eut le plaifir
de voir à la gauche , fur
une hauteur , ornée d'un
bois vert
une
cafcade
& une grande piece
d'eau avec trois gros jets,
dix levées , & autant de
baſſins à chandeliers. Ily
a dans la face de la cafcade
cinq grands Mafques
de bronze , qui vo
miffent une fort grande
de
Chantilly.
183
quantité d'eau , laquelle
tombant fur autant de
coquilles à trois rangs ,
forme autant de napes
d'eau . On voit au bas de
la caſcade un grand baffin
qui reçoit toutes ces
caux , & d'où fortent
plufieurs lances. L'archi
tecture de cette caſcade
eft fort correcte , & confifte
en plufieurs piedeftaux
. On y monte par
1 deux allées en rampes
qui forment des glacis
Qij
1.84 La Fefte
de gazon
tout - à - fait
Ces rampes agreables
font foutenues d'un côté
par des paliffades d'Ifs ,
& de l'autre par des Sabines,
& des boules d'autres
arbres verts . A la
droite font des Boulingrains
avec plufieurs fontaines
, & un petit canal
qui regne tout au long
de ces Boulingrains
, leſquels
fe terminent
de
mefme que la grande allée
, à une groſſe fontaide
Chantilly . 185
ya
ne dont le baffin eft enfoncé
d'environ cinq
pieds . Du milieu de ce
baffin s'éleve fur un picdeftal
à confoles , un au
tre baffin , dont il fort
un jet d'eau prodigieux
par fa groffeur . Il y a
une allée autour du
grand baffin, & une banquette
d'environ deux
pieds de haut au deffus
de l'allée , d'où fortent
vingt jets d'eau , qui for
ment un berceau fi juſte ,
Qiij
186 La Fefte
qu'on a le plaifir de fe
promener deffous fans
eftre moüillé. Le refte
eft un glacis de gazon .
Le bas de cette fontaine
s'ouvre en tenaille , & le
haut qui eft oppofé à la
prairie , eft foûlevé d'une
grande demy - lune , au
deffous de laquelle eft
un bois vert , qui fe termine
dans une grande
allée fur la hauteur , qui
paffe tout au long des
fruitiers , & mene à la
de Chantilly.
187
Faifanderie, dans laquelle
on trouve une quantité
prodigieufe de Faifans
& de Perdrix , qu'on
y éleve avec de grands
foins . Elle eft composée
de trois jardins en terraffe
, d'un corps de logis
de deux Pavillons , & de
I quatre grands jets d'eau
dans autant de baffins ,
l'un dans la court , & les
trois autres dans chacun
des jardins , qui font toust
trois en terraffe . Ce fut
188 La Fefte
für le canal qui répond
à ces deux parties que
Monfeigneur
s'embar
qua avec tous les Seigneurs
de fa fuite , pour
aller prendre le divertif
fement de la joûte fur
l'eau , & pour voir tirer
l'Oye , ce qui fe devoit
faire fur le grand canal ,
par les Mariniers que
Monfieur le Prince avoit
fait venir exprés . Les deux
bâtimens fur lefquels
Monfeigneur s'embar
de Chantilly .
189
qua avec ceux de fa fuite,
eſtoient ornez de leurs
Pavillons
& Tendelets
,
& conduits par dix - huit
Rameurs habillez en Matelots
. A mefure que
Monfeigneur avança , il
découvrit de nouvelles
beautez . Aprés la Faifanderie
on trouve un grand
jardin én terraffe , lequel
finit de mefme que les
jardins fruitiers qui font
au deffus , à un grand
rond , d'où defcend fur
A
190 L.
La Fefte
le canal une grande allée,
& ce qui la traverſe va
paffer entre la tefte & le
corps de la grande caſcade
, & fe termine au Pa
villon de Manfe . Toute
cette partie s'appelle le
Bois du Lude. Il y a plus
de vingt allées differentes
, dont la plufpart ont
des baffins & de grands
jets d'eau , dans le centre
où ces allées fe
coupent. Les arbres en
font parfaitement beaur,
de
Chantilly.
191
& les paliffades tres- unies
. Les principales de
ces allées menent par differens
endroits à la grande
caſcade . La teſte en eſt
foulevée de mefme que
les côtez par des paliffades
& par des Ifs , avec
du gazon dans les differens
paliers . Cette teſte
eft compofée d'un demy
octogone d'architecture
avec des Termes , des piedeftaux
, des baffins , des
animaux de bronze , des
192 La Fefte
coquilles & des rocailles .
Il y a fur trois gradins
de gazon neuf baſſins qui
reçoivent l'eau de neuf
grands vaſes . Au deffous
des gradins font encore
d'autres baffins les uns
fur les autres
au premier
defquels eft une
groffe gerbe d'eau faite
avec tant d'art , qu'on
n'en a point encore veu
"
de pareille. L'eau en paroift
auffi blanche que
nége , & fa tefte s'écarte
la
fi
de Chantilly. 193
fi agreablement, que rien
ne fçauroit mieux reprefenter
des épics qui fe détachent
d'une veritable
gerbe . Dans toute la circonference
des baffins qui
font au deffous de celuylà
font des jets - d'eau ,
lefquels avec les napes
quis'échapent des mefmes
baffins , & l'eau de la
gerbe font en tombant
un effet admirable . Au
deffus de tout le
pourtour
de ce demy
octogo-
R
194 La Fefte
ne font des baffins taillez
tres- proprement , du
milieu defquels comme
de la coulette qui eft au
deffous , fortent plufieurs
lances de meſme que du
fond de fon grand baffin,
& comme de tous les côtez
on voit des Jets &
des chûtes d'eau , ce contraſte
fait beaucoup de
plaifir à la veuë . Il y a
dans le milieu de la grande
allée de la caſcade un
fort beau baffin octode
Chantilly.
195
gone , du milieu duquel`
& des quatre coftez fortent
cinq jets d'eau . Le
corps de la caſcade con--
mence au bord de cette
allée. Elle est toute rem-
$
plie de gradins , de lances
, de napes , de bouillons
d'eau , & de marches
fur lefquelles , & des
deux coftez , l'eau fe brife ,
avec un murmure agreable
. Après avoir formé
une grande nape de plus
de cinquante pieds de
1
Rij
196 La Fefte
tour , elle ſe va precipiter
dans un goufre d'où elle
difparoift , pour rentrer
par deffous terre dans le
canal qui luy eft oppofé.
Au delà de ce goufre font
quatre baffins avec un
gros jet d'eau , qui avec
un glacis de gazon cn
tenaille forment le pied
de cette belle cafcade ,
aprés lequel on trouve
au bout d'une allée un
grand quarré long orné
tout autour de doubles
de Chantilly.
197
"
paliffades entre les grands
arbres , au pied defquelles
commence un double
gradin de gazon qui fe
termine en glacis de tous
coftez.A l'entrée on trouve
un rond d'eau du
milieu duquel s'éleve une
des plus groffes fontainės
qu'on ait encore veuës ,
Le refte de l'efpace eft occupé
par un quarré plus
long que large , dans le
milieu duquel s'élève un
grand rocher de mefme
R iij
198 La Fefte
figure. Quatre grands
jets d'eau en arcades partent
des quatre coins ,
& vingt- quatre jets d'eau
de deux pouces de dia
metre forment le pied
d'un autre grand jet
d'eau qui a du moins
foixante pieds de hau
teur , & qui tient le milieu
de cette partie. Voilà
tous les objets qui parurent
à
Monſeigneur pendant
le temps qu'il demeura
fur le canal de la
de Chantilly . 199
Riviere . Au fortir de ce
lieu-là fon Bateau entra
dans un canal de traverſe
qui porte fes eaux au Pavillon
de Manſe . De ce
canal on découvrit toute
la Prairie qui va juſqu'à
la chauffée de Gouvieux
,
ainfi que deux grandes allées
en terraffe , chacune
enfermée de deux grands
canaux
& la mefme
Prairie coupée dans le milieu
par un cinquiéme canal
. Tous ces canaux &
200 La Fefte
toutes ces terraffes ont au
moins onze à douze cens
toifes de long. De là on
vint dans une éclufe à
trois
portes .
Si- toft qu'on les cut
ouvertes , on vit comme
une Mer qui auroit rompu
fes digues , fe précipiter
à grands flots roulant
les uns fur les autres
avec un bruit effroyable.
Les bateaux ayant efte
élevez à la hauteur du
grand canal , on y entra
H
de Chantilly. 201
au fon des
Trompettes ,
& des
concerts de plufortes
fieurs d'Inftrumens
, qui eftoient aux
bords du canal , & fur le
canal mefme dans des bateaux
. Comme je viens
de vous parler du Pavillon
de Manfe , il me refte
à vous dire que les eaux
d'une fource admirable
y font élevées à foixante
& quinze pieds de haula
Machine que
teur ,
par
laRiviere y fait
mouvoir;
1
1
1
202
La Fefte.
que ces mefmes eaux font
portées de là dans un
grand Refervoir , qui eſt
fitué entre les jardins &
la foreft , entouré d'unc
large terraffe , & de quatre
grandes allées , & que
ce Refervoir contient
plus de cent trente mille
muids d'eau. Le divertiffement
de la Joûte &
de l'Oye eftoit prepare
dans le grand canal , où
je viens de vous marquer
que Monfeigneur
de Chantilly. 203
cftoit entré. Ces fortes.
de Jeux fe firent vis à
vis de la grande caſcade.
Les environs du canal
où cette Fefte fe fit, font
admirables par la diverfité
des plans & des vûës .
1 D'un cofté font tous les
jardins remplis de canaux
, fontaines & cafcades
; & de l'autre eſt un
payfage élevé en amphitheatre
par
plufieurs
grandes allées , dont je
vous ay parlé en vous
1
204 La Fefte
faiſant la defcription du
Parc . Ce payſage eftoit
tout remply de peuple ,
de mefme que les bords
du grand canal . Quand
ce divertiffement fut finy,
Monfeigneur entra
dans un bâtiment tout
doré , conftruit à la maniere
de ceux dont fe fert
le Roy de Siam , & que
l'on nomme Balons, dont
Sa Majefté a fait prefent
à Monfieur le Prince. Il
y avoit des Luths , des
Theorbes ,
de
Chantilly. 205
Theorbes , des Baffes de
Violes , & des Voix choifies
, dans la Poupe de ce
Balon . Il eftoit accomgné
d'un autre bâtiment
remply d'un fort grand
nombre de Joeurs d'Infftrumens
, & d'un Choeur
de plus de foixante perfonnes
.
Monfeigneur arriya
au fon de tous ces
Inftrumens , & au chant
de toutes ces Voix , à la
teſte du canal où eft la
grande caſcade de toute
S
206 La Fefte
la Riviere. Elle eft d'unc
finguliere beauté , & merite
d'autant plus d'eftre
admirée , qu'il n'y a au
cun jardin connu , où il
fe trouve rien de femblable
, fi ce n'eft dans
la Vigne de Frefcati en
Italie . Imaginez - vous ,
Madame , une abondance
d'eau prodigieufe qui
tombe par divers fauts
fur des gradins en demyrond
, dans un grand baſfin
quatre fois plus large
A
CO
10
de Chantilly. 207
que le canal . Cette eau
fe brife en tombant , &
forme autant de petits
rochers d'eau , qui tout
blanchiffans d'écume ,
font un effet admirable .
Toute cette eau fort d'un
grand baffin en rond qui
reçoit toute la Riviere
de Chantilly , fans qu'on
s'apperçoive par où elle
entre , parce que tout autour
de ce baffin , il y a
des allées de grands arbres
à
double rang, &
,
1
Sij
208 La Fefte
des paliffades . Ces arbres
& ces paliffades cachent
la veuë du canal , qui par
un aqueduc fouterrain ,
conduit dans ce baffin
les eaux de cette Riviere.
Monfeigneur eut le plaifir
d'y voir pêcher. On
prit plus de cinq cens
poiffons d'un feul coup
de Filet. Ce Prince retourna
en carroffe au
Chasteau , & y tint Ap
partement avant & aprés
fon Soupé . Madame la
de Chantilly. 209!
Princeffe & Madame la
Princeffe de Conty arri
verent ce jour-là à Chantilly
entre minuit & une
heure .
Le Jeudy qui eftoit la
cinquième journée, Monfieur
le Prince ayant efté
averty que Madame la
Ducheffe & Madame la
Princeffe de
Conty la
Douairiere
devoient partir
de
Verſailles aprés le
couché du Roy pour venir
à
Chantilly , fe pre-
S iij
La Feste
para à les recevoir . Monfeigneur
voulut aller auf
fi au devant de ces Prin
ceffes . Il partit à trois
heures du matin , & les
rencontra
au bout de la
route du Mail fur le che
min de Lufarche
où
elles furent receues au
bruit des Trompettes
&
des Timbales
. Cependant
Monfieur
le Prince qui
avoit diſpoſé un Diver-
,
tiffement pour les furprendre
, alla au deyant
de
Chantilly.
211
و
d'elles jufqu'au milicu
de la route d'où il les
accompagna à cheval de
mefme que Monfeigneur.
Elles entendirent peu de
temps aprés une harmonie
champeftre , & virent
paroiftre environ quatrevingt
Faunes & Satyres
fur des chevaux caparaçonnez
de feuillages qui
rangerent en deux files
& les
accompagnerent
jufqu'au Château
bruit d'un grand nom
fe
au
"
L
21 2 La Fefte
bre d'Inftrumens . Cette
Cavalcade fut trouvée
auffi extraordinaire que
divertiffante . Les Princef
fes allerent fe repoſer ſi
toft qu'elles furent arri
vées dans les Apparteniens
qui leur avoient
efté preparez . Monſeigneur
qui s'eftoit
levé
avant
trois
heures
du
matin, alla coure
le Loup
à Merlou
au lieu de fe
mettre
au lit. Je ne vous
diray pointque Monfieur
de
Chantilly.
213
le Prince faifoit fervir
tous les jours dans differentes
Salles , & dif
ferens Appartemens de fa
Maiſon , plufieurs tables
toutes très - magnifiques.
& tres - delicates tant
pour les Seigneurs qui
accompagnoient Monfeigneur
, que pour un
nombre prefque infiny
de
Gentilshommes
d'autres perfonnes
que
leur devoir où la curiofité
avoit atrirées à Chan-
,
&
214
La Fefte
tilly. Tous les Villages
des environs eftoient
pleins d'Officiers qui avoient
foin de faire fervir
avec abondance tous
ceux qui y eftoient logez.
Les Princeffes eurent aprés
leur difné le divertiffement
de la Joufte fur
l'eau des grands foffez
du Château au deffous
de leurs Appartemens
,
d'où elles pouvoient
prendre ce plaifir .
Le fixième jour , qui
de Chantilly.
215
eftoit le Vendredy , Monfeigneur
alla courre le
Cerf avec les chiens de
Monfieur le Duc du
Mayne , & Monfieur
le
C
Prince ayant fait preparer
tout ce qui eftoit
neceffaire pour une grande
chafse , & d'une maniere
toute nouvelle ,
on ſe rendit
l'apréſdînée
dans les belles routes de
la Foreft . Je ne fçaurois
m'empefcher
de vous faire
remarquer que ces rou216
·La Fefte
tes , dont on auroit peine
à dire le nombre, rant
il eft grand , & qui coupent
de tous coftez une
des plus belles & des plus
vaftes Foreſts du monde ,
font toutes à perte de
veuë , d'une tres- grande
largeur avec des palifsades
d'une hauteur extraordinaire.
On n'en
fçauroit voir de plus
toufuës , elles ont un
terrain fort uny , & qui
eft couvert d'une herbe
fi
de Chantilly. 217
1
fi fraîche & fi verte, qu'il
n'y a point de tapis de
gazon plus vert. Ce fut
par ces routes que l'on
alla jufqu'à un Etang
qni eft au milieu de cette
1
1
Foreft , & qui eft appellé
l'Etang de Comelle. Cet
Etang peut avoir environ
un quart de lieuë de
long , fur un demy quart
de lieue de large. Il eft
dans un fond dont le
terrain s'éleve tout au
tour en amphitheatre , à
T
י ד
218 La Fefte
la referve de la chaussée,
& tout eft garny de Bois ,
ce qui fait une veuë fort
agreable. Les toiles de
chaſse enfermoient l'Etang
, & leur enceinte
s'étendoit
par un cofté
dans la foreft . On avoit
drefsé une feuillée fur la m
chaufsée , avec des Tentes
au milieu , pour y mettre
les Dames . Une collation
magnifique y fut fervie.
Tous les Spectateurs eftoient
autour ou derrie- a
de Chantilly.
219
re les toiles . On trouva
fur l'Etang des bateaux
Couverts de leurs Tendelets
, & plufieurs autres
plus petits couverts de
feuillages . Monfeigneur,
Madame la Duchefse ,
Madame la Princesse de
Conty ,Monfieur le Prince
, & les Dames d'honneur
des Princesses
, avec
quelques
- uns des Seigneurs
de leur fuite , entrerent
dans le plus
grand de ces bateaux.
Tij
220
La Fefte
Monfieur le Duc , Monfieur
le Prince de Conty ,
& Monfieur de Vandofme
fe mirent dans le fecond
. Tout le refte de
leur fuite fe partagea dans
les autres , & Madame la
Princeffe fe plaça fous
la Feuillée avec plufieurs
autres Dames . A peine avoit-
on achevé de s'ems
barquer , qu'on entendit
retentir de tous coftez le
fon de plufieurs troupes
de Hautbois & de Trom
de
Chantilly
221
pettes qui eftoient placez
en divers endroits &
peu de temps aprés un
bruit de cors & de chiens
qui firent lancer dans
ร
l'Etang à plufieurs reprifes
un grand nombre de
fangliers , de cerfs & de
biches . Tous ceux qui étoient
dans les bateaux ,
prirent leur party pour
les attaquer
, les uns avec
des pieux , les autres avec
des dards , & les autres
avec des épées, Plu
Tiij
222
La Fefte
fieurs ſe ſervirent de grof
fes gaules avec des noeuds
coulans au bout afin de
les pouvoir prendre vi
vans . Ils firent tout le
tour de l'Etang en cet
équipage , & formerent
un croiffant pour chaffer
toutes les beftes du cofté
où eftoit Madame la Princeffe
, ce qui caufa un
plaifir fingulier qui fut
encore augmenté lors
qu'on donna les chiens
qui attaquerent ces beſtes
de Chantilly. 223
de toutes parts , & avec
tant de vigueur , qu'un
feul chien coëffa un fan :
glier à plufieurs
fois & le
noya. Cette Chaffe
dura
environ deux heures , &
donna beaucoup de plaifir.
Les Dames eurent la
fatisfaction de prendre
des cerfs elles -mefmes avec
les noeuds coulans
qu'elles leur jettoient .
On attachroit enfuite la
corde au bateau que les
cerfs tiroient en voulant
224
La
Fefte
gagner
le bord , en forte
qu'on faifoit
lever les
rames , & lors qu'ils l'avoient
conduit à bord,
on leur coupoit la corde ,
& on leur donnoit la liberté.
Elles curent encore
le plaifir de prendre
dans leur bateau quantité
depetits Faons vivans,
& de leur donner auffi
la liberté. Cependant
quoy qu'on
cuft foin
d'en fauver
le plus qu'on
put , on ne laiffa pas d'en
de Chantilly . 225
0:
apporter de morts dans la
court du Château , au
nombre
de cinquante
ou
foixante , tant cerfs & biches
que fangliers
. On
revint en fuite au Château
où il y eut Appartement
& Opera
.
6.
Le
lendemain Samedy
Monfeigneur
alla à la
Chaffe du Loup dans la
foreft . Les Dames demeurerent
ce jour - là au
Chafteau , parce que le
beau temps ceffa . A fon
1
226
La Fefte
retour il eut avec elles
le divertiffement
d'un
concert dans l'apartement
de Madame la Princeffe
de Conty. Les Vers
eftoient de M. du Boulay
, Secretaire de M. le
Grand Prieur , & la Mufique
de la compofition
de M. de Lully , Sur- intendant
de la Mufique
du Roy. Je dois vous
dire pour l'intelligence
de ces vers que le divertiffement
qu'on donna à
de Chantilly. 227.
Monfeigneur au milieu
de la foreft le jour que ce
Prince arriva à Chantilly
, ayant efté trouvé fort
beau , on avoit refolu de
recevoir lés Princeffes en
cet endroit , le jour qu'-
elles arriveroient , de la
même maniere que Monfeigneur
le Dauphin , &
comme le divertiffement
de la chaffe ne leur convenoit
pas , les Vers que
vous allez lire devoient
eftre chantez , au lieu de
228 La Fefte
ceux qui avoient fervy
de prelude au divertif- t
fement de la chasse , & ha
qui commençoient par
Debout, Lyfifcas , &c. k
ce qui ne fut pas executé,
parce que les Princeſses
devant venir la nuit ,
pour éviter la grande
chaleur du jour , l'heure
n'eftoit pas propre pour
un repas , & pour un divertissement
pareil à celuy
qui le fuivit , de forte
que les Vers qui avoient
cfté
de Chantilly . 229
efté faits pour cette reception
, n'ayant point efté
chantez , ils le furent
dans l'appartement de
Madame la Princesse de
Conty , le jour que je
viens de vous marquer.
Les
voicy.
, Princeffes , vous voyez ces hoftes.
de nos bois ,
Pour la premiere fois ,
Quitter leurs demeures paifibles
:
Mais d'un jeune Heros toutfuit
icy les Loix ;
V
230
La
Fefte
Et ce n'est que pour vous que
foumis àfa voix
Ces demy- Dieux fe font
rendus vifibles.
Faunes , vous eftes trop heureux
,
Que l'innocence de vos jeux
Acette belle Troupe ait marqué
vos hommages ;
Dans ces lieux où tout cherche
à flaterleurs defirs
Vous faites leurs premiers
plaifirs.
Aprés de fidoux avantages
Retirez-vous contents fous vos
fombresfeuillages.
de Chantilly. 231
Ces champeftres Divinitez ›
Princeffes voyant vos beautexx
Vous prennent pour des Immortelles.
Faunes , vous ne vous trompez
pas,
Ilen eft dans les cieux & mime
desplus belles ,
Quifont éclater moins d'appas.
Quel nouveau jour nous
éclaire ,
Etfe repand dans ces lieux !
Nous reconnoiffons
lesyeux
Vij
232 La Fefte
·
Sources de tant de lumiere :
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne .
Ab , que vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
B
Les jeux , les ris , la jeuneſſe ,
Accompagnent tous vos pas ;
Aux lieux où vous n'eftes pas
On voit regner la trifteffe.
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne.
Aboque vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
Ces Vers furent applaudis
, & l'on trouva qu'ils
de Chantilly.
233
convenoient parfaitement
au fujet. Il y eut
encore ce jour- là Appartement
& Opera , & enfuite
Media- noche
Jamais on n'a vu tant
de divertiffemens dans un
feul jour , & de tant
de differentes manieres
qu'il y en eut le Dimanche
, qui eftoit la huitiéme
journée. Il femble
qu'ils renaiffoient dans
le temps qu'on cuft cu
fujet de croire que leur
V iij
234
La Fefte
nombre auroit deu diminuer
, à caufe des differens
& continuels
plaifirs
qui pendant
fept jours !
avoient répandu la joye
dans tout Chantilly
.
Mais files divertiffemens
fembloient devoir eftre
épuifez , le zele de M
le Prince ne l'eftoit pas.
Ce jour-là aprés la Meffe,
Monfeigneur alla à la
Chaffe du cerf avec les
chiens de M. le Grand
Prieur. Au retour de la
A
de
Chantilly . 235
Chaffe il fe fendit avec
les Dames dans la Maifon
de Silvie pour le repas
que Monfieur le Prince
luy donnoit. Il faut vous
expliquer ce que c'eft que
cette maifon de Silvie .
C'est une espece de petit
Château qui n'eft com
pofé que d'un Appartement
bas de quatre pieces
, feulement percé en
enfilade , & aboutiffant
d'un coftés aux allées
champeftres d'un grand
0
236 La Fefte
་
bois qui eſt à coſté de la
grande terrasse , vis à vis
le vieux Château . On
appelle auffice Bois le
Bois de Silvie . De l'autre
coſté cette maiſon aboutit
à un demy rond qui
eft dans la grande Forest,
& dont je vous parleray
-bien-toft . Un petit parterre
bordé de berceaux
de chevrefeüil regne tout
le long de cette maiſon.
On dit que ce nom de
Silvie luy a efté donné
0:3
de Chantilly.
2.37
par le fameux Theophile
qui eftoit attaché au fervice
de Mrs de Montmorency
, & qui lors qu'ils
cftoient à Chantilly paffoit
une partie de fon
temps a refver agreablement
, & à faire des Vers
au bord d'une Fontaine,
toute fimple & toute³naturelle
, pouruneMaiſtref
fe qu'il avoit , appellée
Sylvie. On voit encore
cette Fontaine auprés de
cette maiſon , & les pe-
1
238
La
Fefte
tites murailles d'appuy
qui l'environnent & qui
en fervent à des bancs
de marbre qui font
tout autour , font encore
ornez d'une infinité de
Vers galans qui y ont
efté écrits par ce Poëte
amoureux. Ce fut dans
cotec maifon que Monfieur
le Prince fit fervir
un retour de Chafse à
Monfeigneur . Aprés qu'-
on eut mangé les entremets
, comme on croyoit
de
Chantilly. 239
qu'on alloit fervir le
fruit, Monfieur le Prince
dit à
Monfeigneur
, que
sil en vouloit il falloit
qu'il fe donnast la peine
d'en aller chercher au milieu
du Labirinthe où le
Deffert eftoitfervy . Monfeigneur
accepta la propofition
avec joye , &
l'on fe leva de table pour
aller dans le Labirinthe .
Il eft au milieu d'une partie
de la Foreft que Son
Alteffe Sereniffime a fait
4
240 La Fefte
enclore depuis peu de
temps . Dans cet eſpace
de la Foreft , enfermé du
cofté de la grande chute
d'eau , on voit un fort
de
beau Jeu de Mail , & un
de longue Paume . Au deça
eft un grand Manege ,
& à cofté font les Jeux.
l'Arquebuſe & de l'Arbalefte
, avec de grands
Portiques d'Architecture:
au milieu de grandes allées
. Monfieur le Prince
voulant que de quelque
cofté
de Chantilly. 241
i
cofté que Monseigneur
puſt tourner , il trouvaſt
un plaifir impreveu , avoit
fait venir des genst
quifebotenoient tout)
prefts dans chacun des
Jeux dons je viens de
vous parler, en fortè qu'il
y avoit dans le Jeu de
Paume des Joueurs de longue
Paume , des Joueurs
de Mail dans le Mail , des
Tireurs d'Arbalefte
d'Arquebufe dans les
deux lieux deftinez à ces
•
&
1
X
242 La Fefte
exercices , & des chevaux
de bague dans le manege
.
Le reste de la Foreſt qui
n'eft point occupé par
ces Jeux , eft coupé de
grandes routes , qui prennent
leur commencement
dans un domy rond
qui fait comme l'avantcour
du Pavillon de Sylvie
, & qui fe feparent
encore en plufieurs autres
, ce qui fait une promenade
auffi divertiffante
que belle . În
X
de Chantilly. 243
Voilà la fituation du
Labyrinthe qui eſt ſi
remply de detours , qu'il
eft prefque impoſſible
de ne s'y pas égarer , &
d'en trouver le milieu .
Il eft auffi ingenieufement
imaginé que tout
le refte de Chantilly, que
Monfieur le Prince a ordonné
, & quoy qu'il ne
foit pas encore dans la
perfection où ce Prince
veut qu'il foit , je ne laifferay
pas de vous en donx
ij
244
La Fefte
ner une idée la plus jufte
que je pourray . On y
doit trouver à l'entrée
deux Figures de marbre,
que Monfieur le Prince
fait faire à Rome ; l'une
reprefentant Thefée qui
entre dans le labirinthe,
& l'autre Ariane qui luy
-prefente le fil dont il doit
ſe fervir pour affurer (on
retour. Une figure du Minotaure
, qui fe fait auffi
à Rome, doit cftre au milieu
, & comme , felon la
de Chantilly. 2455
Fable, on devoit facrifier
tous les ans à ce Montre
neuf jeunes enfans
d'Athenes , on trouve en
pluſieurs endroits dans :
des enfoncemens qui font
le long des routes du :
Labirinthe, des figures de
jeunes enfans affligez &-
épouvantez du danger
où ils font. En d'autres
enfoncemens pareils , on
trouve des bancs de :
Marbre avec des cartou
ches portez fur des pie--
"
Xiij
246
La Fefte..
deftaux . Sur chacun de
ces cartouches eft une
Enigme , de forte qu'en
mefme temps qu'on offre
à ceux qui font dans
le Labirinthe dequoy repofer
leur corps , on leur
prefente dequoy fatiguer
leur efprit par la curiofité
qui les porte à lire
ce qui fe prefente à leurs
yeux , & par l'envie naturelle
qu'on à de pene
trer ce qu'on n'entend
pas d'abord. Voicy les
de Chantilly. 247
Enigmes que l'on trou
ve en ce beau lieu.
I.མ
On ne m'entend pas dire un
A mot
( tre.
Auxyeux je ne fçaurois paroif-
Je fais connoifire & méconnoiftre
L'habile homme d'avec le fot
Mues , fouvent je perfuade ;
Je fuis propre pour un malade ,
Je fuis le jour, j'aime les nuits,
ne fçaurois pleurer ny rire,
Quifuis-je ? cecy doitfuffire.
ne fuis pas ce que je fuis
Si j'ay pouvoir de te le dire.
Fe
La
Fefte
II.
Tantoft beau, tantoft laid , je
plais , & je fais peur ,
Je ne fuis rien du tout , & je
fais toutes chofes
Rarement veritable & bien
fouvent trompeur,
Je fuis toujours fujet à des
Metamorphofes
Sans conleur" je fçay peindre,
je parle fans voix,
Je vais chez les Bergers , je vi
fite les Roys ,
1
Et je donne aux Amans d'heu
reuſes avantures,
Scavant Magicien j'inftruis les
curieux
de Chantilly. 249
Je prens en un moment cent
fortes de Figures ,
Mais on nepeut me voir qu'on
ne ferme les yeux..
230
La Fefte
HII.
Si tu fearvois de quel endroit
du monde,
On ne peut voir que trois aunes
des cieux,
Cel point de doctrine profonde
T'éleveroit au rangdes Dieux.
de
Chantilly. 231
IV.
D'un pere lumineux je fuis la
Fille obfcure,
Je méprife la terre, & je m'éleve
aux cieux
Où j'apaife fouvent la colere
des Dieux ,
Quand ils ont refolu de per
dre la
nature.
Ma prefence eft cruelle aux
yeux ,
Et toujours Hofteffe fafchenfe,
Je fais fuvent pleurer une
perfonne beureuse.
22
+19
252
La Fefte
V.
Je fais autant de manx que je
caufe de biens
Quand on me veut forcer jeſchape
à mes liens
Je voy fair devant moy, par
tout on me fait place,
Les Princes les Rois de moy
trop amoureux >
Avec des longs travaux me .
conduifent chez eux.
Mais poureux quelques fois je
fuis toute de glace.
塗塗
Tor
me
VI.
de Chantilly . 253
VI.
Tout le monde me craint , tout
le morde me fuit ,
Je mene dans le port, j'augmente
les orages
,
Je produis la clarté , je forme des
nuages ,
Le jour m'eft ennemy, je le fuis
de la nuit
Toujours en action , jamais je
ne m'arreste
Terrible aux criminels , charmant
dans une Fefte.
253
Y
234
La Fefte
VII.
Fe brouille les amis , & jé les
entretiens ,
Faccrois les revenus , je diffipe
les biens ,
Favance le trepas , je prolonge
la
vie ,
F'augmente
la temerité
,
Fe feme la difcorde , à la paix
je convie ,
Et les plus diffolus aiment ma
pureté.
de Chantilly.
255
VIII
2
Quel eft cet art ingenieux .
De peindre la parole, e deparler
aux yeux
Et qui fçait , par des traits de
figures tracées ,
Donner de la couleur du
corps aux pensées ?
Y ij
256 La Fefte
IX.
Des petits & des grands mon
fein eft le refuge
Faypar toute la terre un celebre
renom
Et tout feulje porte le nom
D'un Berger , d'un Prince &
d'un juge
de Chantilly. 257
X.
Amant infortuné d'une belle
Maiftreffe
Dont la grace est égale à la legereté
,
Je la cours en tous lieux ,je la
pourfuisfans ceffe
Pour contenter l'amour dontje
fuis tourmenté.
Elle , trop e flâmée , accorde à
mon e vie
Un baifer fatal à ma vie,.
Y iij
258 La Fefte
XI.
Effet inanimé d'une cauſe vi-
Vante
Je retire les Morts du tenebreux
Séjour.
Par moy le fort d'un fiecle eft
le plaifir d'un jour,
Et celuy qui m'a fait oufe cache,
oufe vante.
Fentretiens tout le monde ,
ne dis jamais mot ›
Pour eftre bien vétu je n'enfuis.
pas moins fot..
de Chantilly. 259
XII
Un bon vieux pere a douze
enfans ,
Ces douze en ont plus de trois
cens
Ces trois cens en ont plus de mille ..
Ceux- cy font blancs ,ceux- làfont.
noirs ,
Et par de mutuels deve´rs
Tous confervent l'accord à l'USnivers
utile.
260 La Feste
Outre les figures d'enfans
on en rencontre
beaucoup d'autres reprefentant
differens perſonnages
, comme des A-
19
fem
mours , de petits Jeux
qui femblent fe moquer,
& infulter ceux qui s'égarent.
Les piedeftaux , &
Lesfcabellons qui portent,
foit les Enfans , foit les
Cartouches , font de dif
ferent marbre tres-beau.
Parmy tant d'Enigmes ,
on n'a pas oublié celle
de Chantilly . 261
du Sphinx , qui eſt ſi faª
meufe. Le Sphinx y eft
luy- mefme , qui la prefente
en Latin & en
François . Monfeigneur
eftant entré dans le La-
T
1
byrinthe avec les Princes
& Princeffes , & tous les
Seigneurs de fa fuite ,
chacun prit des chemins
differens pour arriver
plûtoft au lieu où eftoit
la Colation , & ceux qui
fe promirent d'en trouver
bien- toft le centre ,
1
1
26.2 La Fefte
fe lafferent en faiſant plus
de chemin que les autres,
fans avoir plus d'avanta
ge fur eux. On peut dire
feulement qu'ils furent
les premiers trompez ,
tant ce Labirinthe
eft
difficile.Cependant Monfieur
le Prince , pour faciliter
le moyen d'en trouver
le milieu , y avoit fait
placer un Concert de
Hautbois . On marchoit
droit au lieu où ce Concert
eftoit entendu 2,. &
de Chantilly.
263
que dans
lors qu'on en eftoit tout
proche , & qu'on croyoit
ne devoir plus avancer
que pour y entrer , on
s'en éloignoit infenfiblement
; de forte
le temps où l'on eftcit
le plus perfuadé qu'on
n'avoit plus de chemin
à faire , on s'en trouvoit
encore auffi loin que lors
qu'on avoit commencé
à faire le premier pas .
Les agreables impatiences
que cela caufoit fer-
1
264
La Fefte
voient de divertiſſement
à ceux mefmes qui eftoient
les plus
trompez.
Enfin
Monfeigneur qui
s'eſtoit rendu , deſelperant
de trouver ce qu'il
cherchoit , & voulant
épargner aux Dames la
fatigue de marcher plus
longtemps , dit à Monfieur
le Prince qu'il falloit
les mettre dans le
bon
chemin ; ce que Son
Alteffe fit . Quand ils furent
dans la veritable
Ioute ,
de Chantilly . 265
route , ils arrriverent
bien- toft au centre de ce
..
Labirinthe , extremément
furpris de ce qu'ils y
trouverent , parce qu'il
ne s'eft encore jamais
rien vû de pareil . Il faut
vous dire pour vous le
bien faire
comprendre ,
que le milieu du Labirinthe
reprefente une
manière de grande Salle
découverte . Son plan eſt
quarré avec un enfoncementen
rond ſur chaque
Z
266 La Fefte
1
face . La table qui eftoit
dreffée dans le milieu de
cettte efpece de Salle fuivoit
le mefme plan . Le
deffus reprefentoit un
parterre
, dont les compartimens
eftoient for
mez par des corbeilles
d'argent , & tous les fentiers
qui feparoient les
corbeilles eftoient degazon
, de forte qu'il n'y
avoit point de nape. Les
devants & le tour de la
table eftoient de feuillade
Chantilly.
i
267
2
ges ornez de feftons de
fleurs , avec un cordon
pareillement
de fleurs qui
bordoit la table . Le milieu
en eftoit occupé par
un vaſe de filigrane d'argent
, d'où fortoit un
Oranger tout couvert de
fleurs & de fruits naturels
. Comme ce vafe étoit
plus étroit vers le pied ,
on avoit placé tout autour
huit autres vafes garnis
de fleurs . Ils eftoient
accompagnez
de huit cor-
1
1
Z ij
268 La Fefte
beilles qui en eftoient
auffi remplies , & ces corbeilles
eftoient portées
fur autant de niafques
d'or qui fervoient d'orces
vafes
nement au grand vafe.
De forte que les fleurs de
de toutes ces corbeilles
& de tous
faifoient enſemble un effet
tres - agreable , & qui
avoit quelque chofe de
delicieux. Les corbeilles
parterre
qui formoient
le
& qui eftoient en Dôme
de Chantilly. .269
joignant l'agrément
de
leurs figures au different
coloris d'une fi grande
quantité de fleurs , le tout
formoit un composé dont
la veuë eftoit rejouye , &
dont on ne pouvoit fe
laffer d'admirer l'agreable
& riante diverfité , &
ce qui la faifoit encore
paroiftre davantage, c'eft
que toutes les corbeilles
qui fe trouvoient d'une
mefme forme eftoient
garnies de fruits de mef-.
Z iij
270 La Fefte
me couleur , & qu'elles
eftoient difpofées de forte
qu'on croyoit voir un
parterre
veritable
. Outre
toutes ces corbeilles
, il
y en avoit encore beaucoup
d'autres
.
Il y avoit un Bufet
dans chacun des quatre
angles du lieu où eftoit
la table , & chaque bufet
avoit trois gradins. Ils
cftoient tous ornez de gazon
, de feüillée , & de
• feftons de fleurs fans nade
Chantilly . 271
pes , afin qu'ils euffent
du rapport
à la table qui
n'en avoit point . Tous
ces bufets eftoient
garnis
de vafes d'argent
& de
porcelaines
. Sur les coins.
de chaque
étage , & dans
le milieu
du troifiéme
gradin
eftoit un autre
vafe plus haut que les
autres . Aux deux coftez
de chaque
bufet , on
voyoit
deux focles de
gazon fur chacun
defquels
eftoit pofée une
272 La Fefte
caiffe. Ces caiffes étoient
au nombre
de
douze , & l'on voyoit
fortir de chacune un arbre
fruitier chargé de
tres- beau fruit , & qui
n'avoit pas moins dequoy
contenter le gouft
que la veuë . Outre ces
quatre bufets , il y en
avoit deux grands qui
eftoient en face de la table
, & qui fuivoient le
plan du lieu où ils étoient
dreffez . Ils avoient
de Chantilly.
273
deux gradins dont le premier
eftoit occupé par
une couche de Melons
naturels . Le fecond étoit
garny de vingt- quatre
couverts de porcelaines
fines . Le reſte eftoit
remply de gafteaux , &
d'affiettes de groffes truffes
derriere lefquelles étoient
de tres- belles porcelaines
garnies de fleurs .
Une maniere de doffier
formé par des confoles
où eftoient attachées des
274 La Fefte
guirlandes de fleurs faifoient
le fond de ces deux
bufets.
Lorfque Monfeigneur
entra dans le Labirinthe
il n'y trouva perſonne
ceux mefmes qui avoient
pris le foin du fervice s'en
eftant éloignez , & s'étant
cachez par l'ordre
de Monfieur le Prince ,
qui vouloit donner à cette
Fefte un air de liberté.
C'eſt un plaifir que les
Rois & les grands Princes
de Chantilly. 275
gouftent rarement , &
qu'il eft plus difficile de
leur donner que les Festes
les plus fuperbes & les
repas les plus magnifiques
, où ils vont moins
pour les recevoir , puifqu'il
n'y a rien d'extraor
dinaire pour eux , que
pour marquer
l'eftime
particuliere
qu'ils font de
ceux qu'ils veulent bien
honorer de leur preſence.
Monfeigneur & ceux qui
l'acompagnoient prirent.
276
La Fefte
beaucoup de plaifir dans
le Labirinthe . Ils exami- ,
nerent la table dont l'invention
leur parut toute
nouvelle , & tres-fingu
liere. Ils confiderent les
bufets & le tout enfemble
leur parut un Enchantement
d'autant plus
grand qu'ils n'eftoient
point incommodez
de la
foule & qu'ils pou
voient refpirer en liberté
l'air delicieux que tant de
fleurs avoient parfumé. i
L'apréf
de Chantilly. 277
L'apréfdinée , Monfeigneur
alla tirer , & trouva
un nouveau divertif
foment à fon retour. C
divertiſſement commença
à huit heures du foir.
Il eftoit donné par le
Dicu Pan , que le vilain
temps avoit empefché le
jour précedent de divertir
Monfeigneur dans le
Bois , où il y avoit une
grande Fefte preparée ,
& qui pour ne manquer
aucune occafion de le
A a
278 La Fefte
divertir , s'eftoit emparé
du Theatre, & avoit convié
toutes les Divinitez
des Bois , toutes les Nym·
phes de Chantilly , & les
Bergers & Bergeres du
mefme licu , à donner un
divertiffement au Fils du
plus grand Roy de la
Terre. Pan eftoit dans le
fond du Theatre , dont
la decoration repreſentoit
une Foreft . Ce Dieu
eftoit élevé fur une eſpece
de petit Trône de ga-
£ A
de
Chantilly
279
zon , & entouré de toutes
les Divinitez des Bois,
& de cinquante - quatre
Faunes , Satires , & Silvains
, qui estoient les
mefmes qui l'avoient accompagné
dans tous les
divertiffemens qu'il avoit
donnez à Monfeigneur
par tout où il avoit pû
rencontrer ce Prince, & ils
s'eftoient attachez depuis
fon arrivée à
Chantilly ,
à le chercher dans tous
les lieux où il leur eftoir
A a ij
280 La Fefte
permis d'aller , afin de
continuer
à le divertir.
Vingt - quatre Nymphes
magnifiquement
vêtuës
eftoient affifes fur le
devant du Theatre . On
voyoit enfuite quantité
de Bergers avec des habits
tres propres & con
venables
à leur caractere
, & derriere
ces Bergers
paroiffoient
les Satires ,
les Faunes , les Silvains ,
les Divinitez
des Bois , &
le Dieu Pan dans le fond
de Chantilly. 281
élevé de la
maniere que
je viens de vous marquer.
Ce grand nombre
de perfonnes
differemtment
habillées
formoit
une
nuance tres agrea
ble. On avoit place fur
le devant
celles qui ef
toient le plus
magnifiquement
vêtues , parce
-
qu'on les voyoit plus
facilement , & cette gra ,
dation avoit je ne fçay
quoy qui frapoit d'abord
, & qui plaifoit d'au-
A a iij
282 La Fefte
tant plus , qu'elle faifoit
diftinguer
fans peine le
rang des divers Perfonnages
dont tout le Theatre
eftoit remply , ce qui
ne ſe fait pas aifément
lors qu'ils paroiffent
d'abord
mêlez . Ils le furent
dans la fuite , mais d'une
maniere auffi agreable
que nouvelle , car aprés
qu'on eut joué l'ouverture
, tout ce grand divertiffement
ayant commencé
par un Paffepied ,
de Chantilly. 283
une Nymphe feleya feule
en danfant , une autre fe
leya derriere elle fans être
apperceue, &la fuivit,une
troifiéme fit la mefme
chofe, & les autres ayant
imité ces trois premieres
,
en formant toutes une
danfe en rond , le milieu
du Theatre qui eftoitvuide
avant que le divertiſſement
commençaſt
, ſe
trouva agreablement
remply , & mefme fans
qu'on fe fuft prefque
284
La Fefte
apperceu
de quelle maniere
ces Nymphes étoient
forties de leur
place. Il y en cut quelques-
unes qui chante
rent en danfant
, apres
quoy Pane & tous ceur
de fa fuite
fe mêlerent
avec les Nymphes , les Ber
gers & les Bergeres , &
ce mélange d'habits dif
ferens produifit une varieté
qui fut un grand
charme pour la veuë .
Ce divertiffement eftoit
de Chantilly. 285
meflé d'Airs Italiens &
François , & de Symphonie
. Tous ces Airs avoient
efté faits par M. Lorenzani
, pour un Opera
que M. le Duc de Nevers
donna au Roy à Fontaine-
bleau il y a quelques
années , & qui fut trous
vé tres-agreable , & tresbeau
par Sa Majefté & par
toute la Cour. Le genie
plein d'invention de ce
Duc eft connu de tout
le monde , & quand il
286 La Fefte
s'échappe à faire des Vers,
ce qui ne luy arrive pas
ordinairement
, on y remarquè
un certain tour
d'efprit naturel , & une
vivacité qui en feroient
fouventreconnoître l'Auteur
, s'ils eftoient meſlez
avec d'autres . Parmy
ces Airs , il y en avoit
quelques- uns que M. Lorenzani
avoit faits exprés
pour ce divertiffe-
5 parce que lors
qu'on ramaſſe ainſi quelment
de
Chantilly.
287
1
01
ques pieces enſemble
pour en faire une espece
de corps , il faut une maniere
de liaiſon quiene
fe trouve
ours ,
pas
à
moins qu'on ne faffe
quelque
chofe de nouveau
qui ferve à les joindre
, de forte qu'il fallut
& des Vers , & des Airs
ce qui fut
nouveaux
fait avec une
diligence
prefque
incroyable .
Tout ce qui
regardoit le
Balet qui fut meflé dans
288
7
La Fefte
ce fpectacle eftoit de M.
Pecour , & parut auſſi
bien imaginé qu'il fut
promptement & bien executé.
On ne chercha pas
à faire cet impromptu
,
parce qu'on manquoit de
divertiſſemens à Chantilly
, puis qu'au contraire
il y en a eu quelques-
uns qui n'ont pû
cftre donnez
, le temps ne
s'eftant
pas trouvé propre
pour les faire paroître
dans les lieux pour
lefquels
de Chantilly. 289
lefquels on les avoit deftinez
; mais Monfieur le
Prince qui ne vouloit pas
laiffer paffer un feul jour
fans que Monſeigneur
euft le plaifir de plufieurs
fortes de
divertiffemens ,
avoit fi bien difpofé toutes
chofes , & fi bien
choifi & preparé toutes
les perfonnes qu'il employoit
, qu'il eftoit ſeur
que lorfque le mauvais
temps feroit manquer un
divertiffement , il pour-
Bb
290 La Fefte
roit facilement &
en
"
fort peu d'heures luy en
faire fubftituer un autre ,
& mefme qui feroit du
gouft de Monfeigneur
fuivant les chofes qu'il
remarqueroit qui plai
roient à ce Prince . Celuy
que le Dieu- Pan & les
Divinitez des Bois donnerent
fur le theatre fut
de ce nombre . Il dura au
moins deux heures , & il
fut fi bien executé , &
avec tant dejufteffe qu'on
2
de Chantilly.
291
auroit pu aifément lefaire
paffer pour un de ceux qui
avoient été preparezavant
F'arrivée deMonfeigneur
.
Il femble qu'après tous
les divertiffemens qu'on
avoit déja eus , le Diman
che dont je vous parle ,
qui eftoit la huitiéme
journée , on n'en devoit
plus attendre d'autres , &
que cette journée en avoit
efté affez remplie.
Cependant il y en eut encore
deux des plus grands
Bb ij
292
La Fefte
& des plus confiderables
dont on ait oüy parler depuis
long-temps . Ce futun
Feu d'artifice & une Illumination
qui fuccederent
à ce qui venoit d'ê ,
tre veu fur le Theatre . Je
ne puis vous donner une
jufte idée de l'un & de
l'autre qu'en vous en faifant
la defcription
. Quelque
exacte qu'elle puiffe
eftre , elle fera toujours
beaucoup au deffous de
l'éclat de ces deux brillans
divertiſſemens .
de Chantilly. 293
Monfeigneur fortit de
la Salle de l'Opera à neuf
heures du foir par la Galerie
des Cerfs qui eſt au
bout de l'Orangerie . Il
monta dans une grande
Caleche avec toutes les
Dames , & entra dans le
Jardin où il fe
promena
quelque temps à la clarté
d'un grand nombre de
flambeaux dans une belle
allée qui fait face à cette
Galerie . Il eftoit conduit
par Monfieur le
Bb iij
294 La
Fefte
Prince .
Monfeigneur
و
ayant quitté cette proménade
alla au bord du canal
& en remontant
le long du bord comme
pour venir à fa teſte , on
fut extremement furpris
de le voir tout en feu *
& tout bordé de groffes
lumieres qui eftoient fi
proches les unes des autres
qu'elles paroiffoient
fe toucher. La croifée du
canal qui va droit au
grand eſcalier du Châde
Chantilly. 295
teau eftoit bordée de
Imefme . Lorsque Monfeigneur
arriva dans cet endroit
, d'où l'on peut dé-
- couvrir le Château , il
1 parut étonné ainfi que
toute fa Cour . Il avoit
fujet de l'eftre ; car on n'a
2.
jamais rien veu de fi fur
prenant
que l'Illumination
qui parut en face .
C'eftoit le grand Efcalier
, qui eftant illuminé
paroiffoit
comme s'il cuft
efté bafty de pierres pre296
La Fefte
cieuſes , éclairées par lc
Soleil . Pour vous faire
mieux comprendre la
beauté de cette Illumination
, je croy vous devoir
parler de l'architecture
de cet Efcalier & de
tout ce qui l'embellit ,
il eft eftimé de tous les
gens de bon goût , tant
pour fa
beauté que pour
fa grandeur. Ce font
deux façades que les paliers
& les marches feparent
en deux parties égade
Chantilly . 297
les , ornées de fix colomnes
qui font accouplées
deux a deux . Du cofté
des marches font deux
: grands Arcs rampans ,
qui dans leur enfoncement
forment chacun.
une grote . Ces colomnes:
foûtiennent une Coiniche
d'ordre Dorique , &
dans chacune dès Niches ,
il y a une FigurePedestre .
L'une reprefente Acis &
Galatée . Acis eft dans
a l'attitude d -un Amant
298 La Fefte
qui regardefa Maiftreffe,
& qui joue de la Flûte.
On fçait que ce fut
par là que la Nymphe
en fut charmée . Galatée
eft repreſentée d'une
maniere qui fait paroiftre
combien elle a
de plaifir à entendre les
fons que rend la Flûte
d'Acis . L'autre Figure
repreſente Alphée & Arethufe.
Alphée eſt un
jeune Fleuve qui devint
amoureux de cette Nym
de Chantilly. 299
phe , en la voyant fe
baigner dans fes eaux ,
& il eft dans l'attitude
d'un homme paſſionné ,
que l'amour oblige à la
pourfuivre. Arethufe eft
reprefentée comme une
perfonne faific d'effroy ,
qui ayant efté furpriſe
T par le Fleuve , prend fes
g habits , & s'enfuit en demandant
fecours à Diane.
Dans chaque Grote ,
tornée de rocailles , de
joncs marins & de ro300
La Fefte
feaux , eft une grande Figure
reprefentant un
Fleuve accoudé fur un
grand vaſe renverſé . Au
pied de cette Figure eft
un Dauphin qui porte
un petit enfant . De deffous
les pieds de ces quatre
Figures fortent trois
napes d'eau. Ces deux
vafes & ces Dauphins en
verfent une grande quantité
, laquelle eſtant receue
dans une auge , forme
autant de grandes napes
de
Chantilly. 301
pes qui tombent toutes
dans deux grands baſſins ,
d'où fortent trois lances
d'eau , & toutes ces eaux
jointes enſemble ſe dé-
,
chargent en caſcade dans
le grand foffé . Elles font
toutes des eaux de fource,
qui n'eftant élevées par
I aucune machine mais
coulant naturellement
,
& receuës feulement dans
les tuyaux, font aller ces
fontaines jour & nuit.
Toutes les parties de cet-
Cc
302
La Fefte
te Architecture jufqu'au
moindre filet des moulures
eftoient bordées de
lumieres qui fe touchoient
les unes les autres
. Les boffages meſme
des colomnes en eſtoient
marquez. Tous les de
dans des niches où font
les Fleuves & autres Statuës
, eftoient illumi nez
fans que l'on puſt remarquer
comment , & toutes
les eaux qui en fortent
& forment des napes ,
50
de Chantilly . 303
eftoient auffi éclairées.
Toutes les marches depuis
le bas de l'efcalier .
jufqu'au haut eftoient
auffi bordées de lumieres .
Il y avoit fur le haut un
grand piedeſtal de toute
la largeur de l'efcalier ,
portant une piramide ,
dont le fommet eftoit
- élevé à quarante pieds
de hauteur , & fur le haut
de laquelle on voyoit
une Fleur de Lys . Tous
les ornemens du piedeſtal
Cc ij
304
La Fefte
८
& de la piramide cftoient
formez par les lunieres.
• On remarquoit les Chi
fres de Monfeigneur
, enfermez
dans une Medaille.
Tout ce grand
efcalier , avec cette Piramide
, paroiffoit au deffus
, faifoit un des plus
>
agreables fpectacles que
l'on puiffe voir cet
Efcalier n'ayant aucune
partie qui ne fuft illuminée.
Les appuis qui bordoient
les foffez du Châde
Chantilly. 305
་་་
teau des deux coſtez de
l'Eſcalier, le grand baſſin
qui eft en face , où eft la
gerbe , les allées des parterres
qui font aux coſtez
du canal , les baffins qui
font dans les parterres
au
nombre de dix , tous les
piedeftaux & les marches
par où l'on defcend pour
C aller au canal , enfin tout
ce qui fe voyoit du canal
de cet endroit eftoit
auffi bordé de groffes lumieres
. Le mefme ſpecta-
Cc iij
306 La Fefte
cle continuoit dans ce
qu'on peut voir au delà
du canal où eft une Montagne
qui s'éleve en glacis
, & que l'on nomme
le Vertugadin , parce qu'il
en a la forme , tout y é
toit pareillement bordé
de plufieurs lumieres en
differens endroits , juf
qu'au fommet qui a prés
de quatre- vingt pieds de
haut . Monfeigneur eftoit
placé proche la gerbe ,
tellement qu'il pouvoit
de Chantilly. 307
voir l'Efcalier , & tout le
refte de l'Illumination
d'une feule veuë . Il paroiffoit
au deffus de cette
Montagne
un Soleil fi
haut qu'il furprit tous.
ceux qui le virent . L'on
fit partir un grand nombre
de fufées des plus.
belles qui fe foient encore
veuës. Il y en avoit
beaucoup de nouvelle invention
. On en remarequoit
dont les petites
fufées qu'elles jettent
308 La Fefte
{
d'ordinaire aprés s'eftre
élevées , en produifoient
encore plufieurs autres .
On en tira quantité en
forme de Girandoles ,
dont l'effet fut admirable;
ainfi l'air eftoit continuellement
éclairé, tant
par ces fufées que par les
pots à feu , trompes &
autres machines qui ne
difcontinuoient point.
Le dernier partement
d'une girade qui remplit
tout l'air de feu. L'arti
fut
de Chantilly. 309
fice qu'on tira fut en fi
grand nombre , que tous
les Spectateurs en furent
furpris ; auffi peut - on
dire qu'on en a peu veu
de femblable. Cette girande
ne fut pas plûtoft
finie , que l'on mit le
feu à une machine qui
tournoit fur deux fens
differens , & qui jettoit
des feux en l'air & fur
terre . On trouva cette
machine fort extraordinaire
. Ce qu'on vit paroi310
La Fefte
ftre enfuite tout proche
le baffin de la gerbe fut
un fpectacle qui meri
toit bien les regards
qu'il attira . C'eftoit une
gerbe de feu qui remplit
l'air d'artifice durant
un fort long- temps . Sitoft
qu'elle finit le feu
d'eau commença à tirer.
Je n'ay point de termes
pour vous exprimer la
beauté de cet artifice . Je
vous diray feulement que
l'air & l'eau furent toùde
Chantilly. 311 1
er
LITE
jours en feu , & qu'il s'y
formoit des combats par
les fufées qui fe pourfulvoient
, & qui quelquefois
s'enfonçoient dans
l'eau en la faifant boüillonner
, & qui aprés y
avoir fait plufieurs tourbillons
en fortoient pour
en faire autant en l'air
en fe pourſuivant ; ils
rentroient enfuite dans
l'eau , & en reffortoient
plufieurs fois . Il y avoit
d'autres artifices fur
312
La Fefte
l'eau . Ils eſtoient plus
tranquilles , éclairoient
beaucoup , & jettoicut
des feux fort élevez qui
en tombant fe cachoient
quelque temps dans l'eau
d'où ils reffortoient
enfuite
, & en produifoient
d'autres qui ferpentoient
fur la furface du baffin .
L'on peut dire qu'il eft
rare de voir tant de fortes
d'artifices & en fi
grande quantitépour une
feule Fefte , & dans un
auffi
de Chantilly. 313
DIC
0%
0
auffi beau lieu j car
c'eftoit dans le milieu
de toute l'illumination
dont je viens de vous
7 parler : Le tout enſemble
formoit le Spectacle le
plus agreable & le plus
brillant qu'on puiſſe s'imaginer,
Cette journée eftant
ainfi finie, chacun ayant
l'idée remplie de tout ce
qu'il avoit vû pendant lë
jour , retourna dans fon
appartement , fans pou-
Dd
314
La Fefte
voir s'entretenr d'autre
choſe. Les plaiſirs fur
lefquels rouloit l'entretien
eftoient en fi grand
nombre , qu'on en compta
fix dans la mefme
journée . , qui font la
Chaffe , le Difné à Silvie,
la Collation dans le Labirinthe
, le Divertiſſement
de Pan fur le Theatre
, l'Illumination , & le
Feu d'artifice . Tous ces
Divertiffemens eftoient
fi grands & fi étendus ,
de
Chantilly. 315
I
qu'une journée auroit
cfté bien remplie d'un
feul de ces plaifirs . Chacun
s'entretenoit de ce
luy qui convenoit le
plus à fon caractere , mais
on loüoit generalement
la galanterie , la magnificence
, & la grandeur
de tous ces Divertiffemens.
On difoit que
Chantilly eftoit un lieu
enchanté , où les plaifirs
naiffoient à chaque inftant
, & où l'on en trou-
Dd ij
: 316
La Fefte
voit de nouveaux à chaque
pas qu'on faifoit . Enfin
l'on s'alla coucher
,
l'efprit tout remply de
tant d'agreables
idées , &
je fuis perfuadé
qu'elles
firent le fujet des fonges
de la plupart
de ceux
qui rêverent
cette nuitlà
. On pouvoit
rêver à
fon aife , car Monfieur
le Prince avoit fi bien
donné fes ordres
2
2 que
chacun
eftoit
logé
fort commodement
. Le
len
de Chantilly. 317
demain matin Monfeigneur
qui prefere les nobles
exercices , quoy qu’-
un peu fatiguans , au re-
T pos du lit , alla courre le
1
Cerf dés le matin avec
les chiens de Monfieur
du Maine , revint diner
à Chantilly , & alla
l'apréfdinée aux toiles ,
où il y avoit une tresgrande
quantité de fam
gliers , biches , renards ,.
lievres & lapins . Cette
chaffe parut luy donner
Dd iij
318 La Fefte
beaucoup de plaifir . Enfin
aprés avoir fait à
Monfieur le Prince mille
honneftetez qu'on voyoit
bien qui partoient du
coeur , ce Prince prit le:
chemin de Verſailles . Il
avoit fujet d'eftre fatisfait
, non feulement des
divertiffemens qu'on luy
avoit donnezàChantilly,
qui quelques grands qu'
ils fuffent, n'étoient point
au deffus d'un Prince du
Sang de France, mais auffi
de
Chantilly..
319
Edu zele fincere avec lequel
Monfieur le Prince
l'avoit receu . M. Berrain
, dont le genic univerfel
eft tres -propre pour
toutes ces fortes de divertiffemens
, avoit efté
chargé du foin de toute
la Fefte , & Mrs le
Camus & Breaar l'avoient
efté de ce qui regardoit
les tables. Les
Princeffes écrivoient tous
les jours au Roy , & luy
rendoient compte des di
03207 La Fefte
.
vertiffemens de chaque
journée avec tant d'etprit
qu'on ne parloit à
la Cour que de leurs lettres
. Monfeigneur envoyoit
tous les jours
fçavoir des nouvelles de
la fanté du Roy & de
Madame la Dauphine ,
& on depefchoit tous les
jours à ce Prince des
Gentilshommes de leur
part. Je ne fçaurois trop
vous entretenir de Chantilly
, & pour vous en
de Chantilly. 321
dire encore un mot en
gros , il eft fitué dans un
valon au milieu de deux.
forefts , dont l'une eft
celle de Chantilly &
l'autre celle Dalatre . Les
:
jardins ont au moins
deux mille cinq cens toifes
de longueur jufques
à l'Etang de Gouvieux ,
& il y a autant de navigation
. Il ne faut pas
confiderer feulement
Chantilly par toutes ces
chofes , la pofterité le:
$22 La Fefte , &c.
doit toûjours regarder
comme un lieu fort confiderable
, quand il ne le
feroit que parce qu'un
grand Prince accablé du
poids de fes Lauriers a
donné fes foins à une
partie des embelliſſemens
qu'on y voit , & y a paffé
les dernieres années
d'une vie feconde en
Miracles , & dont tout
ce qu'il y aura d'Hiftoriens
parleront avec
Joge
.
MVSKVM
BRITAN
NICVM
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Résumé : LA FESTE DE CHANTILLY.
Le Prince de Condé organisa une fête somptueuse à Chantilly en l'honneur du Dauphin, fils du roi de France. Cette célébration soulignait l'amour et le respect des sujets envers les souverains français, reconnus pour leur accessibilité et leur communication directe. La fête comprenait divers divertissements, tels qu'une chasse et des danses exécutées par des groupes de danseurs représentant des satyres, accompagnés par des musiciens. Le Dauphin félicita l'organisation et l'inventivité des divertissements. Le château de Chantilly, en rénovation, abritait des tableaux illustrant les campagnes militaires du Prince de Condé, comme la Bataille de Rocroy et le siège de Dunkerque. Les jardins comprenaient un grand escalier, des parterres ornés de fontaines et de statues, ainsi qu'un opéra construit dans l'orangerie. La fête incluait des spectacles de statues animées et des oracles prédisant l'avenir. Les jardins offraient des pavillons, des cascades, des fontaines et des bassins. Des divertissements nautiques et des chasses étaient organisés, suivis de réceptions et de concerts. Le prince et les invités participèrent à diverses activités, comme la jouste sur l'eau et la chasse au cerf. Après le repas, Monseigneur fut invité à chercher le dessert dans un labyrinthe orné de statues de marbre représentant Thésée, Ariane et le Minotaure, ainsi que des figures d'enfants effrayés et des bancs de marbre avec des énigmes gravées. Le centre du labyrinthe abritait une salle découverte avec une table décorée de corbeilles d'argent et de fleurs. La fête comprenait également une partie de tir suivie d'un spectacle dirigé par le dieu Pan, représentant une forêt peuplée de nymphes, bergers, satyres, faunes et silvains. Le dimanche, des feux d'artifice et une illumination spectaculaire du grand escalier du château furent organisés, transformant celui-ci en une vision éclatante avec des colonnes, arcs rampants, statues mythologiques, fontaines et sculptures de fleuves et dauphins. Les fontaines, alimentées par des sources naturelles, formaient des cascades et des jets d'eau illuminés. La journée inclut une chasse, un dîner, une collation dans le labyrinthe et un spectacle de théâtre. Les feux d'artifice comportaient des fusées innovantes, des girandoles, une gerbe de feu suivie d'un feu d'eau, et des artifices sur l'eau simulant des combats entre les fusées et l'eau. La fête se conclut par des discussions sur la galanterie et la magnificence des divertissements. Le prince exprima sa satisfaction et participa à une chasse le lendemain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 213-215
PAR MR DE MESSANGE. SUR ME L. D. D. B. en habit de Chasse.
Début :
Quand la brillante Adelaide, [...]
Mots clefs :
Frère, Habit, Chasse, Soeur
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texteReconnaissance textuelle : PAR MR DE MESSANGE. SUR ME L. D. D. B. en habit de Chasse.
PAR
MRDE MESSANGE,
SURMEL.D.D. B.
en habit de Chasse.
Quand la brillante
Adelaide,
SurlefierCoursierqu'elle
guide,
Semblevoler dansce va*
lon,
Est-ceDiane, ejl-ceA
pollon.
Ah!jedevine le mystere,
La Soeur a pris l'habit
du Frere,
Ou le Frere à la Soeur a
derobé cesyeux
Qui font les delices des
Dieux.
tXi
Un Cerffuyantpour l'évitery
Semble d'un Dieucraindre
l'adresse ;
Un Chevreuilparoist
s'arrejter
Pour contempler Déesse. une
!?!
Enfin dansson Palais la
evoilàde retour,
Je la vois changerde pa,.
rure,
Ce nesi plus Apollon,
déja leDieu
aujour
Luy laijfiantfes rayons y
a reprissacoëffure*
MRDE MESSANGE,
SURMEL.D.D. B.
en habit de Chasse.
Quand la brillante
Adelaide,
SurlefierCoursierqu'elle
guide,
Semblevoler dansce va*
lon,
Est-ceDiane, ejl-ceA
pollon.
Ah!jedevine le mystere,
La Soeur a pris l'habit
du Frere,
Ou le Frere à la Soeur a
derobé cesyeux
Qui font les delices des
Dieux.
tXi
Un Cerffuyantpour l'évitery
Semble d'un Dieucraindre
l'adresse ;
Un Chevreuilparoist
s'arrejter
Pour contempler Déesse. une
!?!
Enfin dansson Palais la
evoilàde retour,
Je la vois changerde pa,.
rure,
Ce nesi plus Apollon,
déja leDieu
aujour
Luy laijfiantfes rayons y
a reprissacoëffure*
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Résumé : PAR MR DE MESSANGE. SUR ME L. D. D. B. en habit de Chasse.
Le poème décrit une scène de chasse avec une figure féminine, Adelaide, comparée à Diane ou Apollon. Elle évite un cerf et attire un chevreuil. De retour au palais, elle change d'apparence, perdant ses traits divins. Apollon reprend sa coiffure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 212-242
HISTOIRE de Zaczer & de Bouladabas.
Début :
Zaczer fils de Sam Prince Persan, ayant fait une partie [...]
Mots clefs :
Zaczer, Bouladabas, Chasse, Kaboul, Prince, Amants, Princesse, Perse, Fête galante, Orient, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE de Zaczer & de Bouladabas.
HISTOIRE
de Zaczer & de
Bouladabas.
ZAczer fils de Sam
Prince Perſan , ayant fait If
une partie de chaffe , c'eſtà- dire un petit voyage de
quelques femaines , pour
chaffer dans le Kalleſtan,
qui eft la Province de Kabul aux Indes , qui confine avec la Perfe du cofé du Nord. Mecherab
Gouverneur de cette Pro-
GALANT 213
vince alla au devant du
fils de Sam pour luy faire honneur , & fut tellement charmé des belles
& grandes qualitez de ce
jeunePrince , que retournant dans fa famille il ne
pouvoit ceffer d'en parler , & fur ce recit une
de fes filles nommée Bouladabas en devint amou-,
reufe ; elle envoya quel-
-unes de fes filles
ſous prétexte de cueillir
des fleurs autour d'une
ques
214 MERCURE
fontaine où elle fceut que
Zaczer alloit fe rafraif
chir pendantla chaffe.
Zaczer ayant apperceu
ces filles , ne manqua pas
de les aborder , de s'informer qui elles eftoient.
Elles prirent occaſion de
luy dire tant de bien de
leur jeune maiſtreſſe ,
qu'il conceut dès ce jourlà beaucoup d'eftime
pour elle , & fut impatient de retourner le lendemain pour voir files
GALANT. 215
cueilleufes de fleurs ne
reviendroient point à la
fontaine : elles ne manquerent pas d'y revenir ,
& Zaczel paffa avec elles
tout le temps de la chaſſe,
& devint amoureux de
Bouladabas fur l'idée que
ces filles luy en donnerent , comme elle eftoit
devenue amoureufe de
luy fur les recits que fon
pere en faifoit tous les
jours.
Il faut remarquer que
216 MERCURE
Zaczer avoit une de ces
phifionomies qui ne plaifent pas d'abord , mais
qui fe font aimer dans la
fuite par l'efprit & par les
fentiments qui les animent; cependant les filles
de Bouladabas luy en
avoient fait un Adonis ;
& d'un autre coſté en
faifant à Zaczer le por
trait de leur maiftreffe ,
chacune d'elles y adjouſ
toit tousjours quelque
trait de beauté pour éncherir
GALANT. 217
3
cherir fur fa compagne ,
& cela formoit dans l'imagination de Zaczer
une beauté , finon plus
grande au moins toute
differente de celle de Bouladabas. Ces deux Amants furent quelque
temps fans pouvoir trouyer les moyens de ſe voir,
& ne pouvant appuyer
leur amour que fur l'idée
qu'ils s'eſtoient formée
l'un del'autre, ils auroient
juré que ce qu'ils aiOctobre. 1712. T
218 MERCURE
moient reffembloit parfaitement à l'image où
leur amour les avoit accouſtumeż. ‹ Un jour
Bouladabas ayant trouvé moyen de fe dérober
aux foins de ceux qui la
gardoient , vintà la fontaine , & y arriva quelques heures avant Zaczer. Pendant que fes filles l'entretenoient àa l'ordinaire des charmes de
celuy qu'elle alloit voir ,
elle fut long - temps ré-
GALANT. 219
veuſe , & rompit enfuite
le filence pour leur dire
qu'elle craignoit deux
chofes dans cette entre
veuë : la premiere de ne
pas paroistre auxyeux de
Zaczer digne du portrait
qu'elles luy avoient fait
d'elle; & la feconde, de ne
pas trouver Zaczer fi aimable qu'elle fe l'eftoit
imaginé : Etfi l'un de ces
deux malheurs m'arrive,
leur difoit- eller, que deviendray- je après toutes
Tij
220 MERCURE
ces avances que nous nous
fommes faites indifcretement fans nous efire veus.
Une de fes filles luy dit
qu'en effet il eftoit fouvent dangereux de prévenir trop avantageufement, & que c'eſtoit mefmeunepolitique des fem- .
mes jaloufes de profner
exceffivement les beautez qu'onannonçoit dans
le monde , afin qu'on les
trouvaſt moins belles : je
ne crains point cela pour
GALANT. 221
vous , Madame , continua - elle , moy je le
crains , interrompt Bouladabas , mais , Madame , reprit la fille qui eftoit vive &
ingenieuſe ,
faites une chofe , je nefuis
point encore venue à la
fontaine avec mes compagnes, ainfi Zaczer ne m'a
point encore veuë , je fuis
"brune comme vous , &je
puis reffembler àpeu près
en laid auportrait qu'on
luy a fait , je vais me
Tiij
222 MERCURE
parerde vospierreries , &
faire icy vofire perfonnage , cela produira plufleurs bons effets. Premierement ma vene détruira
dans fon imagination ce
phantofme de beauté qu'il
s'est fait ,
craignez la comparaifon ,
ce ne fera plus qu'à moy
dont vous
qu'il vous comparera
quand vous vous ferez
connoiftre à luy dans la
fuite , commejefuis infiniment moins belle que
. GALANT. 223
vous , &que l'idée qu'il
s'eft faite , cette premiere
furprife le difpofera à une
feconde tres- avantageuſe
pour vous.
Une autre raifon encore que cette fille réprefenta à Bouladabas , fut
que cette fuppofition lụy
donneroit lieu d'exaininer incognito & à loifir , fi
Zaczer eftoit digne de
l'idée qu'elle avoit de luy
Bouladabas accepta le
parti pour une troifiéme
Tiiij
224 MERCURE
raifon encore : j'éprouveraypar là , dit- elle , s'il
m'auroit aimée naturellement fans la prévention.
>
qu'on luy a donnée pour
moy , ma delicateſſe fe-·
roit bien plus touchée de cet
amour & s'il venoit à
t'aimerparhazardje n'en
ferois point jaloufe , cela
me prouveroit que nous
n'eftions pas deftinez l'un
pour l'autre. A peine
cette converfation fut- elle
finié , qu'on entendit de
GALANT. 225
loin le bruit de la chaffe ,
la fauffe Bouladabas eut
à peine le temps de ſe parer , que Zaczer parut
feul , percer le bois avec
impatience pour venir
joindre les filles. Elles
coururent toutes au devant de luy , & la fauſſe
Bouladabas reſta ſur un
fiege de verdure & de
fleurs , accompagnée de
la veritable , qu'on annonça à Zaczer comme
une parente de Boulada-
226 MERCURE
bas dont elle s'eftoit fait
accompagner. La fauffe
Bouladabas fe leva à l'arrivée de Zaczer , qui tout
plein de fa beauté divine
&imaginaire , accouroit
avec ardeur ; mais cette
ardeur fut bien rallentie
quand il vit une perfonne
qui n'eftoit en effet que
mediocrement belle , &
qui luy parut encore fort
au deffous de ce qu'elle
eftoit ; il refta immobile
&prefque muet, l'amour
GALANT. 227
de Bouladabas fut encore
plus refroidi que le fien ,
car Zaczer , comme nous
avons dit. ,
n'avoit pas
pour luy le premier abord ; toutes les graces
qui euffent pûanimer fon
vilage eftoient effacées
par la froideur & la furprife dont il avoit eſté
frappé : en un mot Bouladabas , bien loin de le
trouver aimable , ne fongea qu'à abbreger l'entreveue, & fit fouvenir la
228 MERCURE
fauſſe Bouladabas qu'il
falloit retourner au plus
viſte , de peur qu'on ne
s'apperceuſt au Palais de
fon Pere qu'elle en eſtoit
fortie ; on parla de ſe ſeparer , & Zaczer ne s'en
plaignit que par politeſſe.
Dansce moment les filles
de Bouladabas connurent
le tort qu'ils avoient eu
de prévenir ces Amants
trop
P'un
avantageuſement
pour l'autre ; car felon toutes les apparences
GALANT. 229
fi Zaczer avoit veu Bouladabas naturellement
d'abord en Princeſſe, leur
amour ſe fuſt peut - eſtre
efteint tout-à- fait , au
lieu que comme vous allez voir , la froideur de
cette premiere entreveuë
ne fervit qu'à rallumer
plus vivement un fond
d'amour qu'ils avoient
réellement pour le merite
l'un de l'autre.
Dans le temps que les
compliments de ſepara-
230 MERCURE
tion fe faifoient , Zaczer
qui avoit eu preſque tousjours les yeux baiffez ,
les jetta fur Bouladabas ;
& fon imagination n'eſtant plus occupée d'aucune fauffe image , la
beautéde Bouladabas s'en
empara , le premier coup
d'oeil le frappa fi vive
ment, que fa phifionomie
en fut ranimée , & Bou
ladabas qui s'apperçut
qu'elle plaifoit , commença à le trouver moins
GALANT 231 4
1
choquant , elle cuft bien
voulu refter encore , mais
Zaczer partit bruſquement,"& Bouladabas s'en
retourna avec fes filles.
La raiſon qui fit partir
Zaczer fi brufquement ,
fut une raifon de delicateffe & de conftance.
orientale , il craignit que
celle qu'il ne croyoit qu'
une parente de Bouladabas , ne luy pluſt trop ,
& ne s'eftant pas encore
apperceu qu'il l'aimoit
232 MERCURE
désja , il vouloit conferver l'amour qui luy ref
toit pour le merite de
Bouladabas , dont il ne
pouvoit douter , parce
qu'il eftoit conneu dans
toute la Perfe , & ce
>
jeune Prince qui s'eſtoit
dévoué hautement à cette Princeffe , avant que
de l'avoir veuë , voulant
fouftenir par honneur
le party qu'il avoit prit
revint le lendemain à
la fontaine , où la Princeffe
GALANT. 233
ceffe devoit revenir , il
s'imaginoit craindre d'y
retrouver fa parente
mais dans le fond du
cœur il n'y venoit que
pour elle , & il eut une
joye fecrette , lorſque
Bouladabas fous le nom
de parente parut fans
la Princeffe , qui l'avoit
chargée luy difoit- elle de:
venir luy témoigner la
douleur qu'elle avoit de
n'avoir pu s'y trouver
ce jour- là , Zaczer luy
Octobre. 1712 Y
234 MERCURE
répondit d'un air tres
content , qu'il en eftoit
fafché , & elle luy dit
que Bouladabas l'avoit
chargée de venir luy
parler d'elle le plus
long- temps qu'elle pourroit cette converfation
fut longue , & Zaczer
ne la pouvoit finir ; elle
roula toutefur la conftance , & Bouladabas le
mettoit exprés fur ce fujet , pour connoître s'il
en eftoit capable. Zac-
GALANT. 235
zer eut, tant de pouvoir,
fur luy- mefme dans cette
entreveuë , que jamais il
ne luy eſchapa aucun
mot qui luy marquaft fon
amour , au contraire , il
juroit qu'il feroit toufjours fidelle à Bouladabas , mais en jurant fidelité à celle qu'il croyoit ne
pas voir, il foupiroit pour
celle qu'il voyoit : quel
plaifir pour Bouladabas
de fe voir ainfi doublement aimée. Celjeu
L3
V ij
236 MERCURE
continua quelques jours ,
& la Princeffe ne paroiffant point , Bouladabas
pouffa l'épreuve de la conftance de Zaczer jufqu'à
luy declarer qu'elle l'aimoit ; & qu'eftant auffi
grande Princeffe que fa
parente, &beaucoup plus
riche , il auroit dû penſer
à l'époufer. Que ne ſouffrit point Zaczer dans cet
te épreuve , il alloit peut-
}
eftre fuccomber : mais
Bouladabas craignant de
"
GALANT. 237
pour tousle voir infidelle, le prévint
par un dépit & un adieu
qu'elle luy dit
jours ; & fans luy donner
le temps de luy répondre,
elle luy dit ſeulement que
Bouladabas viendroit elle- mefme le lendemain
pour le recompenfer defa
conſtance.
Zaczerrefta au mefme
endroit où on l'avoit laiffé , fans avoir la force ni
de parler ni de ſe ſouſtenir , & fe laiffa tomber
238 MERCURE
fur un gazon où il feroit
refté long-temps , fi fes
gens ne fuſſent venus le
joindre : il fe trouva mal
& on l'emporta chez luy,
où il paſſa la nuit dans un
eftat fi violent qu'il prit
le party de ne fe jamais
marier , ne voulant pas
3
donner à Bouladabas un
coeur fi rempli d'amour
pour une autre , ni épou¬
fer cette autre en manquant de fidelité à Boula
dabas min 51 38
GALANT. 239
Le lendemain , Zaczer.
feur de trouver Boulada--
bas au rendez- vous , y retourna à deffein de luy
avoüer de bonne foy les
raifon's qu'il avoit de ne
jamais voir ni elle ni fa
parente. Quel fpectacles
pourluy ! lorfque le lendomain la Princeffe parut
de loin magnifiquement
parée, avec plufieurs Maures qui la portoient ſur un
Palanquin de fleurs , entourée d'un grand nom
240 MERCURE
bre de filles tenant des
guirlandes , & de quantité de petits enfants repreſentants les Amours ;
en un mot avec tout l'appareil d'uneFeſte galante,
qui a pourbutle mariage.
Plufieurs Cavaliers parez
comme pour un Tournoy fe détacherent de la
Troupe; &le pere deBouladabas à leur tefte vint
offrir fa fille à Zaczer , qui
eftoit preſt à la refuſer &
àfuir. Lorfquevoyant de
plus
GALANT. 241
plus près la Princeffe qui
s'avançoit , il vit à ſa place celle dont il eftoit fi
amoureux. Quelle fut fa
furpriſe je croy qu'une
peinture de tout ce quife
paſſa en ce moment , ne
feroit qu'affoiblir celle
que chacun s'en peut faire. Bouladabas dit à Zaccer quefon pere avoit eſté
touché de fa conſtance ,
& avoit voulu venir la
couronner luy - meſme ,
les noces fe celebrerent
Octobre.
1712. X
242 MERCURE
peu après , & au bout
de neuf mois fortit de ce
mariage le fameux Roftam furnommé Oaſtam
le plus vaillant guerrier
que les Perfans ayent jamais eu , & qui fert encore aujourd'huy de modelle à tous les grands
hommes de l'Orient
de Zaczer & de
Bouladabas.
ZAczer fils de Sam
Prince Perſan , ayant fait If
une partie de chaffe , c'eſtà- dire un petit voyage de
quelques femaines , pour
chaffer dans le Kalleſtan,
qui eft la Province de Kabul aux Indes , qui confine avec la Perfe du cofé du Nord. Mecherab
Gouverneur de cette Pro-
GALANT 213
vince alla au devant du
fils de Sam pour luy faire honneur , & fut tellement charmé des belles
& grandes qualitez de ce
jeunePrince , que retournant dans fa famille il ne
pouvoit ceffer d'en parler , & fur ce recit une
de fes filles nommée Bouladabas en devint amou-,
reufe ; elle envoya quel-
-unes de fes filles
ſous prétexte de cueillir
des fleurs autour d'une
ques
214 MERCURE
fontaine où elle fceut que
Zaczer alloit fe rafraif
chir pendantla chaffe.
Zaczer ayant apperceu
ces filles , ne manqua pas
de les aborder , de s'informer qui elles eftoient.
Elles prirent occaſion de
luy dire tant de bien de
leur jeune maiſtreſſe ,
qu'il conceut dès ce jourlà beaucoup d'eftime
pour elle , & fut impatient de retourner le lendemain pour voir files
GALANT. 215
cueilleufes de fleurs ne
reviendroient point à la
fontaine : elles ne manquerent pas d'y revenir ,
& Zaczel paffa avec elles
tout le temps de la chaſſe,
& devint amoureux de
Bouladabas fur l'idée que
ces filles luy en donnerent , comme elle eftoit
devenue amoureufe de
luy fur les recits que fon
pere en faifoit tous les
jours.
Il faut remarquer que
216 MERCURE
Zaczer avoit une de ces
phifionomies qui ne plaifent pas d'abord , mais
qui fe font aimer dans la
fuite par l'efprit & par les
fentiments qui les animent; cependant les filles
de Bouladabas luy en
avoient fait un Adonis ;
& d'un autre coſté en
faifant à Zaczer le por
trait de leur maiftreffe ,
chacune d'elles y adjouſ
toit tousjours quelque
trait de beauté pour éncherir
GALANT. 217
3
cherir fur fa compagne ,
& cela formoit dans l'imagination de Zaczer
une beauté , finon plus
grande au moins toute
differente de celle de Bouladabas. Ces deux Amants furent quelque
temps fans pouvoir trouyer les moyens de ſe voir,
& ne pouvant appuyer
leur amour que fur l'idée
qu'ils s'eſtoient formée
l'un del'autre, ils auroient
juré que ce qu'ils aiOctobre. 1712. T
218 MERCURE
moient reffembloit parfaitement à l'image où
leur amour les avoit accouſtumeż. ‹ Un jour
Bouladabas ayant trouvé moyen de fe dérober
aux foins de ceux qui la
gardoient , vintà la fontaine , & y arriva quelques heures avant Zaczer. Pendant que fes filles l'entretenoient àa l'ordinaire des charmes de
celuy qu'elle alloit voir ,
elle fut long - temps ré-
GALANT. 219
veuſe , & rompit enfuite
le filence pour leur dire
qu'elle craignoit deux
chofes dans cette entre
veuë : la premiere de ne
pas paroistre auxyeux de
Zaczer digne du portrait
qu'elles luy avoient fait
d'elle; & la feconde, de ne
pas trouver Zaczer fi aimable qu'elle fe l'eftoit
imaginé : Etfi l'un de ces
deux malheurs m'arrive,
leur difoit- eller, que deviendray- je après toutes
Tij
220 MERCURE
ces avances que nous nous
fommes faites indifcretement fans nous efire veus.
Une de fes filles luy dit
qu'en effet il eftoit fouvent dangereux de prévenir trop avantageufement, & que c'eſtoit mefmeunepolitique des fem- .
mes jaloufes de profner
exceffivement les beautez qu'onannonçoit dans
le monde , afin qu'on les
trouvaſt moins belles : je
ne crains point cela pour
GALANT. 221
vous , Madame , continua - elle , moy je le
crains , interrompt Bouladabas , mais , Madame , reprit la fille qui eftoit vive &
ingenieuſe ,
faites une chofe , je nefuis
point encore venue à la
fontaine avec mes compagnes, ainfi Zaczer ne m'a
point encore veuë , je fuis
"brune comme vous , &je
puis reffembler àpeu près
en laid auportrait qu'on
luy a fait , je vais me
Tiij
222 MERCURE
parerde vospierreries , &
faire icy vofire perfonnage , cela produira plufleurs bons effets. Premierement ma vene détruira
dans fon imagination ce
phantofme de beauté qu'il
s'est fait ,
craignez la comparaifon ,
ce ne fera plus qu'à moy
dont vous
qu'il vous comparera
quand vous vous ferez
connoiftre à luy dans la
fuite , commejefuis infiniment moins belle que
. GALANT. 223
vous , &que l'idée qu'il
s'eft faite , cette premiere
furprife le difpofera à une
feconde tres- avantageuſe
pour vous.
Une autre raifon encore que cette fille réprefenta à Bouladabas , fut
que cette fuppofition lụy
donneroit lieu d'exaininer incognito & à loifir , fi
Zaczer eftoit digne de
l'idée qu'elle avoit de luy
Bouladabas accepta le
parti pour une troifiéme
Tiiij
224 MERCURE
raifon encore : j'éprouveraypar là , dit- elle , s'il
m'auroit aimée naturellement fans la prévention.
>
qu'on luy a donnée pour
moy , ma delicateſſe fe-·
roit bien plus touchée de cet
amour & s'il venoit à
t'aimerparhazardje n'en
ferois point jaloufe , cela
me prouveroit que nous
n'eftions pas deftinez l'un
pour l'autre. A peine
cette converfation fut- elle
finié , qu'on entendit de
GALANT. 225
loin le bruit de la chaffe ,
la fauffe Bouladabas eut
à peine le temps de ſe parer , que Zaczer parut
feul , percer le bois avec
impatience pour venir
joindre les filles. Elles
coururent toutes au devant de luy , & la fauſſe
Bouladabas reſta ſur un
fiege de verdure & de
fleurs , accompagnée de
la veritable , qu'on annonça à Zaczer comme
une parente de Boulada-
226 MERCURE
bas dont elle s'eftoit fait
accompagner. La fauffe
Bouladabas fe leva à l'arrivée de Zaczer , qui tout
plein de fa beauté divine
&imaginaire , accouroit
avec ardeur ; mais cette
ardeur fut bien rallentie
quand il vit une perfonne
qui n'eftoit en effet que
mediocrement belle , &
qui luy parut encore fort
au deffous de ce qu'elle
eftoit ; il refta immobile
&prefque muet, l'amour
GALANT. 227
de Bouladabas fut encore
plus refroidi que le fien ,
car Zaczer , comme nous
avons dit. ,
n'avoit pas
pour luy le premier abord ; toutes les graces
qui euffent pûanimer fon
vilage eftoient effacées
par la froideur & la furprife dont il avoit eſté
frappé : en un mot Bouladabas , bien loin de le
trouver aimable , ne fongea qu'à abbreger l'entreveue, & fit fouvenir la
228 MERCURE
fauſſe Bouladabas qu'il
falloit retourner au plus
viſte , de peur qu'on ne
s'apperceuſt au Palais de
fon Pere qu'elle en eſtoit
fortie ; on parla de ſe ſeparer , & Zaczer ne s'en
plaignit que par politeſſe.
Dansce moment les filles
de Bouladabas connurent
le tort qu'ils avoient eu
de prévenir ces Amants
trop
P'un
avantageuſement
pour l'autre ; car felon toutes les apparences
GALANT. 229
fi Zaczer avoit veu Bouladabas naturellement
d'abord en Princeſſe, leur
amour ſe fuſt peut - eſtre
efteint tout-à- fait , au
lieu que comme vous allez voir , la froideur de
cette premiere entreveuë
ne fervit qu'à rallumer
plus vivement un fond
d'amour qu'ils avoient
réellement pour le merite
l'un de l'autre.
Dans le temps que les
compliments de ſepara-
230 MERCURE
tion fe faifoient , Zaczer
qui avoit eu preſque tousjours les yeux baiffez ,
les jetta fur Bouladabas ;
& fon imagination n'eſtant plus occupée d'aucune fauffe image , la
beautéde Bouladabas s'en
empara , le premier coup
d'oeil le frappa fi vive
ment, que fa phifionomie
en fut ranimée , & Bou
ladabas qui s'apperçut
qu'elle plaifoit , commença à le trouver moins
GALANT 231 4
1
choquant , elle cuft bien
voulu refter encore , mais
Zaczer partit bruſquement,"& Bouladabas s'en
retourna avec fes filles.
La raiſon qui fit partir
Zaczer fi brufquement ,
fut une raifon de delicateffe & de conftance.
orientale , il craignit que
celle qu'il ne croyoit qu'
une parente de Bouladabas , ne luy pluſt trop ,
& ne s'eftant pas encore
apperceu qu'il l'aimoit
232 MERCURE
désja , il vouloit conferver l'amour qui luy ref
toit pour le merite de
Bouladabas , dont il ne
pouvoit douter , parce
qu'il eftoit conneu dans
toute la Perfe , & ce
>
jeune Prince qui s'eſtoit
dévoué hautement à cette Princeffe , avant que
de l'avoir veuë , voulant
fouftenir par honneur
le party qu'il avoit prit
revint le lendemain à
la fontaine , où la Princeffe
GALANT. 233
ceffe devoit revenir , il
s'imaginoit craindre d'y
retrouver fa parente
mais dans le fond du
cœur il n'y venoit que
pour elle , & il eut une
joye fecrette , lorſque
Bouladabas fous le nom
de parente parut fans
la Princeffe , qui l'avoit
chargée luy difoit- elle de:
venir luy témoigner la
douleur qu'elle avoit de
n'avoir pu s'y trouver
ce jour- là , Zaczer luy
Octobre. 1712 Y
234 MERCURE
répondit d'un air tres
content , qu'il en eftoit
fafché , & elle luy dit
que Bouladabas l'avoit
chargée de venir luy
parler d'elle le plus
long- temps qu'elle pourroit cette converfation
fut longue , & Zaczer
ne la pouvoit finir ; elle
roula toutefur la conftance , & Bouladabas le
mettoit exprés fur ce fujet , pour connoître s'il
en eftoit capable. Zac-
GALANT. 235
zer eut, tant de pouvoir,
fur luy- mefme dans cette
entreveuë , que jamais il
ne luy eſchapa aucun
mot qui luy marquaft fon
amour , au contraire , il
juroit qu'il feroit toufjours fidelle à Bouladabas , mais en jurant fidelité à celle qu'il croyoit ne
pas voir, il foupiroit pour
celle qu'il voyoit : quel
plaifir pour Bouladabas
de fe voir ainfi doublement aimée. Celjeu
L3
V ij
236 MERCURE
continua quelques jours ,
& la Princeffe ne paroiffant point , Bouladabas
pouffa l'épreuve de la conftance de Zaczer jufqu'à
luy declarer qu'elle l'aimoit ; & qu'eftant auffi
grande Princeffe que fa
parente, &beaucoup plus
riche , il auroit dû penſer
à l'époufer. Que ne ſouffrit point Zaczer dans cet
te épreuve , il alloit peut-
}
eftre fuccomber : mais
Bouladabas craignant de
"
GALANT. 237
pour tousle voir infidelle, le prévint
par un dépit & un adieu
qu'elle luy dit
jours ; & fans luy donner
le temps de luy répondre,
elle luy dit ſeulement que
Bouladabas viendroit elle- mefme le lendemain
pour le recompenfer defa
conſtance.
Zaczerrefta au mefme
endroit où on l'avoit laiffé , fans avoir la force ni
de parler ni de ſe ſouſtenir , & fe laiffa tomber
238 MERCURE
fur un gazon où il feroit
refté long-temps , fi fes
gens ne fuſſent venus le
joindre : il fe trouva mal
& on l'emporta chez luy,
où il paſſa la nuit dans un
eftat fi violent qu'il prit
le party de ne fe jamais
marier , ne voulant pas
3
donner à Bouladabas un
coeur fi rempli d'amour
pour une autre , ni épou¬
fer cette autre en manquant de fidelité à Boula
dabas min 51 38
GALANT. 239
Le lendemain , Zaczer.
feur de trouver Boulada--
bas au rendez- vous , y retourna à deffein de luy
avoüer de bonne foy les
raifon's qu'il avoit de ne
jamais voir ni elle ni fa
parente. Quel fpectacles
pourluy ! lorfque le lendomain la Princeffe parut
de loin magnifiquement
parée, avec plufieurs Maures qui la portoient ſur un
Palanquin de fleurs , entourée d'un grand nom
240 MERCURE
bre de filles tenant des
guirlandes , & de quantité de petits enfants repreſentants les Amours ;
en un mot avec tout l'appareil d'uneFeſte galante,
qui a pourbutle mariage.
Plufieurs Cavaliers parez
comme pour un Tournoy fe détacherent de la
Troupe; &le pere deBouladabas à leur tefte vint
offrir fa fille à Zaczer , qui
eftoit preſt à la refuſer &
àfuir. Lorfquevoyant de
plus
GALANT. 241
plus près la Princeffe qui
s'avançoit , il vit à ſa place celle dont il eftoit fi
amoureux. Quelle fut fa
furpriſe je croy qu'une
peinture de tout ce quife
paſſa en ce moment , ne
feroit qu'affoiblir celle
que chacun s'en peut faire. Bouladabas dit à Zaccer quefon pere avoit eſté
touché de fa conſtance ,
& avoit voulu venir la
couronner luy - meſme ,
les noces fe celebrerent
Octobre.
1712. X
242 MERCURE
peu après , & au bout
de neuf mois fortit de ce
mariage le fameux Roftam furnommé Oaſtam
le plus vaillant guerrier
que les Perfans ayent jamais eu , & qui fert encore aujourd'huy de modelle à tous les grands
hommes de l'Orient
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Résumé : HISTOIRE de Zaczer & de Bouladabas.
L'histoire narre les amours entre Zaccher, fils du prince persan Sam, et Bouladabas, fille du gouverneur Mecherab du Kallestan. Zaccher, de retour d'une chasse, est captivé par les qualités de Bouladabas, dont il entend parler par son gouverneur. Les servantes de Bouladabas, envoyées cueillir des fleurs, rencontrent Zaccher et lui vantent les mérites de leur maîtresse, éveillant ainsi son intérêt. Les deux amants, sans se connaître, développent une passion basée sur des descriptions idéalisées. Bouladabas, craignant de ne pas correspondre à l'image que Zaccher s'est faite d'elle, envoie une de ses servantes se faire passer pour elle lors de leur première rencontre. Cette ruse échoue, car Zaccher est déçu par la fausse Bouladabas. Cependant, lors d'une seconde rencontre, Zaccher découvre la véritable Bouladabas et en tombe amoureux. Bouladabas, de son côté, apprécie Zaccher après avoir observé sa constance. Leur amour est mis à l'épreuve par des séparations et des malentendus. Malgré ces obstacles, ils finissent par se marier. Leur union donne naissance à Rostam, un célèbre guerrier persan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 145-214
Suite de la Dissertation Philosophique sur l'ame des bestes.
Début :
Une personne de ma connoissance qui a vescu pendant 9. [...]
Mots clefs :
Dissertation philosophique, Âme, Bêtes, Castors, Sociétés animales , Éducation des petits , Remèdes naturels , Prévoyance , Société, Instinct, Architectures animales, Médecine animale , Machines, Liberté, Intelligence, Fidélité, Reconnaissance, Chien, Observation, Vertus animales, Chasse, Perfection, Construction, Architecture, Géométrie, Abeilles, Taons , Fourmis, Pigeons, Mouches à miel, Diligence, Enfants animaux, Jeux, Éducation, Perception
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Dissertation Philosophique sur l'ame des bestes.
Suite de la DijjertationPhilofopbiquesur
lame des befles.
w Une personne de ma
connoissance qui a vescu
pendant9.années dans la
Loüiziane au Canada,m'a
assuré que rien n'etf plus
certain,que ce que Lahontan
& autres Auteurs rapportent
des Castors de ce
Pays; sçavoir
, que ces
animaux s'assemblent en
quantité, & rongent par le
pied,des arbres qui font le
long des bords des ruisseaux
, en telle forte qu'ils
les font tomber dans le
travers de l'eau pour en arrester
le cours, & soustenir
la terre qu'ils jettent
ensuite dedans au devant
de ces arbres,& dontils
font des Chaussées. Et pour
cet effet la societé de ces..,
ouvriers est commandée
par un chef; les uns cernent
& arrachent à belles
dents des gazons, & les
chargent ensuite sur les
queuës des autres ,
qui
font faites comme une
fole ; ceux-cy marchant
gravement & droits sur
leurs jambes de derriere,
traifnent leur charge jusques
surces arbres, &la
déchargent ensuite dans
l'eau. A mesure que la digue
s'esleve il y a des ouvriers
qui ont soin d'y pratiquer
des appartements
pour se loger
,
des greniers
pour conserverl'écorce
d'arbre qu'ils y amassent
pour leur nourriture; & des
galleries souterraines pour
aller à la pesche dans les
estangs formez par ces digues.
Ily a jusqu'à des hospitaux
pour retirer leurs
malades fatiguez du travail
; & d'un autre costéles
faineants qui se couchent
sur le dos pour sereposer,
sans avoir le dessous de la
queuë écorché,à force de
charier des gazons, y sont
rigoureusement punis &
chassez. Les digues sontartissement
recouverres de
gazon,ensorteque la pluye
ne peut les endommager,
&qu'on passe aifémenc desfus
sans se douter de rien.
Beaux exemples que les
stupides bestes nous fournissent,
nonseulement pour
avoir soin des malheureux,
mais encore pour ne point
souffrir dans les Etats de
ces gens qui se croyent
uniquement faits pour vivre
& joüir du travail d'autruy.
f
4. On sçait assez que les
bestes ontaussil'instinctde
chercher des remedes pour
leurs malades; que les
Chiens mangent du chiendant
pour s'exciter à vomir;
que les Gruës se donnent
des lavements;que
les Macreuses qui n'ont
pointde jabot avalent force
petits cailloux, pour broyer
dans leur gozier les petits
coquillages dont elles se
nourrissent
, & quantité
d'autres singularitez qui
regardent leur santé. Et
peut estre les hommessont
ils encore redevables aux
bestes des premieres régles,
de la Medecine.
Prétendra-t-on donc en-»
core que les machines font
aussi capables de prévoyance
& de crainte, de former
des societez, de bastir des
domicilles, d'avoir pitié
des malheureux,de punir
les vauriens,& en un mot
1
de trouver des remedes
contre ce qui peut les endommager?
Il vaut mieux
penser que les premiersAuteurs
de ce beau systesme
n'avoient pasune parfaite
connoissance des proprietez
des bestes, & que leurs
Sectateurs ont mieux aimé
s'attacher servilement à
leur opinion; que dese
donner la peine d'examiner
eux mêmes la question
avec toute rexaaitlldeù'loo
elle demande,comme ce
n'est que trop l'ordinaire.
5. A l'égard de rinfiind:
des belles pour ce qui regarde
l'éducation de leurs
petits, qu'yac-il de plus
admirable que de voir cette
méprisable & stupide
Araignée, dont nousavons
déjà parle, s'ourdir un sac
d'une toiletres-fine& trèsforte,
pour y pondre & y
conserver ses oeufs. & ses
petits : Un Loriot suspendre
son nid à 3. branches
d'arbre par trois fils de plus
d'une demie aulne-de longueur
chacun, de crainte
apparemment que les Ecureuils
ou les Belettes ne.
viennent manger les oeufs,
ou ses petits; & qui fçaic
aussi si ce n'est point en^-
core pour bercer ces nouveaux
nez, & les endor*-
mir, tandis que leurs pa.
rens leur cherchent la vie?
UnTirarache ou Moineau
aquatique attache le ben
librement à deux ou trois
roseaux
,
afin qu'il puisse
flotter sur l'eau-, hausser &
baisser comme eUe, rani
en estré emporré, c'estce
que j'ay vû plusieurs fois
avec beaucoup d'admiration.
On raconteaussi
Jes stupides Hiboux ont
foin decasser les pattesaux
souris qu'ils apportent à
leurs petits, & qu'ils la-if.
sent en reserve dans leurs
trous, ôc mesme d'appor.
ter dubledà ces souris pour
vivre, afin que leurs jeunes
éleves ayent le plaisir de
lescroquertoutesvivantes^
quand la faim les prend
e qu'ils trouvent tousjours,
par ce moyen dela viande
fraischeàmanger.Sur tout
les Aigles ont grand foin
de plumer ôc çl'a^acher le
poil des animaux qu'ils apportent
à leurs petits, de
crainte qu'un peu trop de
gloutonnerie ne les sasse
étrangler. Jeneparle point
des Guenons qui portent
leurs petits sur leurs épau*
les jusques au haut des
toits & des arbres, pour
leur apprendre à grimperr
& peut estreaussiàmépris
ser les dangers.
Mais je ne fçauroisassez
admirerlirft'nd: qui don
ne une intrépidité & un
courage surprenant
, ( &
qui va quelquefois jusqu'à
la sureur)aux animaux qui
ont des petits, pourenoser
attaquer d'autres d'ailleurs
beaucoup plus méchants
qu'eux,& les chasser, lorsqu'ils
s'en veulent approcher
; ny cette tendresse
plus que maternelle qui
porte les Perd rix à se jetter
pour ainsi dire dans la
gueule des chiens de chasse
pour les amuser,& don
ner lieu à leur petits de
sévader; cVil ce que j'ay
veu cent fois, non
lins
un
veritible estonnement.
Qu'y a t il deplusconstante.
& en mesme temps
de plus inconcevable que
l'histoire des Pigeons qu'on
emporte d'Alep à Alexandrette
en Syrie( ou tout au
contraire) par l'espace de
50. ou 60. lieuës, & qu'on
lasche ensuite avec une lettre
aucol, sitostqu'on est
arrive; car ces courriers
de l'air prennent aussitost
leur essor jurques au dessus
des nuées, & montent tant
qu'ils apperçoivent leur
chere patrie, & le lieu de
leurs petits,& de leurcompagne,
où ils se rendent en
trois ou quatre heures de
temps au plus. Par ce moyen
on apprend des nouvelles
toutes recentes, quon
ne pourroit sçavoir,que
plusieurs jours aprés. Ilest
évident aussi que les différentes
especes de Mouches
à miel, comme les Abeilles,
lesGuespes, les Freflons
,
Bourdons) Taons
,
&c. doivent avoir une sagacité
pareille à celle des
oiseaux,pourreconnoistre
le lieu de leur domicile &
leurs rusches. Goedart écrit
dans son Livre des insectes,
qu'il a eu chez luy
unetaniereouil aobserve
que les Taons, lorsqu'ils
travaillent aux cellules devinées
pour leurs oeufs, ont
aussi un Commandant
comme les Castors, lequel
a soind'eveillerles ouvriers
dès la pointe du jour par le
bruit de Ces ailes. Qu'auuitost
chacun s'en va à son
ouvrage , ceux qui ont un
an paffé vont chercher la
cire & le miel, pour bastir
les cellules ou nids, & pour
vivre, & outre cela de l'eau
pour détrem per de la terre
& en former des voûtes.
Les jeunes Taons comme
aides maçons,détrempent
cette terre, & en font des
boulins ou rouleaux qu'ils
roulent ensuite avec leurs
pieds dederrière jusqu'aux
sommets des ouvrages, ou
les plus anciens qui ne sont
plus propres qu'à bastir les
reçoivent, & en forment
des voutes au dessus deces
nids, de crainte qu'il ne
tombe de la terre dedans.
Les plus vigoureux ont foin
de faire la chatTe) & d'étrangler
sans misericorde
les vauriens, qui non contens
tens dene pointtravailler,
vont encore manger la
nourriture des leur, ouvriers en absence,;
Sil'ontraittoit ainsitous
ceux qui en usent de mesme
dans les Estars policez,
il n'y auroit pas tant
de faineants& de voleurs
& l'abondance y regneroic
en la place du brigandage.
Au reste quoyque je n'aye
pas de témoin oculaire des
merveilles des Taons, il
n'y a pas
@
cependant plus
de peine à les-croire que
celles des;Fourmis& dee
Castors dont je suis certain,
ou que celles des Abeilles
qui les surpassent
peut-estre encore de bien
loin, comme on laveudans
le Mercure de Paris de fan.
née1712.. au mois d'Avril.
Car on peut asseurer qu'il
n'y a peut-estrepasd'animal
si brute qu'il foit
;
qui ne devienne comme
sensé &intelligent lorsqu'il
s'agit de sa conservation,
ou de la production
de ses petits. Est- il rien
qi4i paroiiflcplustbFute ql.Í.
ui* Limaçon?ilcreuse cc*
pendant un nid en terre
pour y pondte ses oettfs; il
les couvre ensuite d'une
especedecole quise durcit
extrêmement, & qui les
conserve contre les insectes
& contre toutes les injures
du temps. Qu'estildeplus
pefanc qu'une Tortue, elle
fort néanmoins du fond de
la mer, elle vient creuser
un nid dans le fable où elle
fait sa ponte,& recouvre
ensuite ses oeufs de ce met
me fable,afin que la chaleur
du soleil suppléé au
deffaut de lasienne
, qui
ne feroit pas suffisante pour
les faire éclorre. Les Saumons
& plusieurs autres
poissons remontent les ri.
vieres jusqu'à leur source,
& fouvenc par. respace de
plus de cent cinquante
lieues
, pour femer leurs
oeufs sur la bouë Ôc dans
une eau peu profonde afin
que la chaleur du Soleil
puisse les faire éclorre.
Faut-il que desbestes
pour qui nous avons tant
de mépris., surpassent la
,
pluspart des Peres & Meres
en tendresse &.. en soins
1
pour l'éducation de leurs
enfants?
•
Quoy donc les Machines
opereront-elles aussi des
prodiges pour enfanter
d'autres Machines, pour
les conserver, & pour leur
sauverla vie; & a pprendront-
elles à nos amesraisonnables
à avoir des sentimens
de rendresse & de
crainte;àestrelaborieuses,
soigneuses , courageuses ,
& tantd'autres vertus necessaires
à l'éducation des
pietits?Mais auparavant que
de quitter ce sujet,considerons
un peu quel plaisir
nos bestes brutes prennent
à exercer leurs jeunes adul.A
Ks, désqu'ils commencent
à courir, voler, ou
nager. Ne diroit-on pas
qu'elles ont recouvert une
nouvelle jeunesse pour
jouër & folastreravec eux?
Que ne doit.on point penser
aussi des jeux de ces
jeunes animaux,qui sont
remplis de feintises,d'imitations
,
& de singeries ;
tantost ils feignent d'estre
fort en colere ; & dese
mordre tantost de fuïr tantost de poursuivre,tan-r
tost de flatter
,
tantost
-
de
craindre,en un mot ils imitent
parfaitement les jeux
des enfants, qui ne font
jeux qu'en ce qu'ils ne sont,
comme ceux- là
, que de
pures fictions. Il n'est pas
jusques aux plus stupides
animaux,dont les amufementis
de jeunesse ne eausent
beaucou p d'admiration
,
& de plaisir à ceux
qui les observent. Si quelqu'un
en doute,iln'a qu'à
considerer pendant quelque
beau jour de Printems,
les jeux des jeunes Arai-r gnées des jardins. On les
trouve au iixleil contre les
muraillesqui selivrent mita
le combats,moitié feints,
moitié san g lants
; là elles
(e mordent
,
se précipitent.
s'arrachent les pattes, 5e..
tranglent, & surpassent de
bien loin,tout ce qu'on rapporte
des gladiateuts sur les
arenes.
Les Machines seront-elles
donc encore capables
de fictions
,
& d'imitation
comme les enfants, & produiront-
elles
duiront-elles des opera»
tions pour lesquelles e lles
ne sont pas veritablement
montées? Une montre par
exemple qui est montée
pour marquer deux fois
douze heures par jour, s'a).
visera-t-elle, pour se divertir
, & pour nous jouër, de
les marquer en une heure,
& reprendra telle ensuite
d'elle-mesme son serieux,
& son veritable train. J'avouë
qu'on entrevoit des
étincelles de liberté dans le
delire des enfants, par la
communication qu'ils ont
avec nous de leurs pensées
, & que nous ne pouvons
rien appercevoir de
semblable dans les animaux,
avec lesquels nous ne
pouvons point avoir cette
sorte de commerce. Mais
avantd'entrer plus avant
dans cette discussion, examinons
encore quc!qucs
vertus des bef.l:e)q.ui nous
aideront à prendre parti
plusseurement.
7. Tout le monde sçait
assez l'arrache,la fidélité,
la soumission & la reconnoissance
, que les Chiens
ont pour leurs maistres,leur
docilité,l'impatience qu'ils
ont de les revoir quand
ils sont absens
,
la tristesse
que cette absence leurcause
,& la joye qu'ils marquent
quand ils les retrouvent,
ou lorsqu'ils peuvent
leur rendre quelque service;
avec quelle chaleur ils
prennent leur deffense,
leur patience à en souffrir,
leur perseverance à leur
estresoumis,leur contrain- te&leurcomplaisance pour
eux. Undemesamisayant
fait emporter à dix lieuës
de Paris un vilain Chien ,
qui s'estoit addonné chez
luy
5
& qu'on n'avoit pû en
estranger à force de coups
de baston; ce Chien revintà
samaison aprésquelques
jours.Le maistre las de
lemaltraiter luy fit lier les
quatre pattes, attacher une
pierre au col, & lefit jetter
de dessus le pont Marie
dans la Seine. Le Chien ne
laissa pas de se sauver, ( ce
que j'aurois toutes les peines
du monde à croire,s'il
ne m'estoit arrivé une chose
toute pareille, ) & s en
revint au plus viste donner
de nouveaux tefmoignages
d'une fidélité & d'une foumission
inviolables à son
maistre adoptif, lequel en
fut tellement touché d'estonnement,
qu'il changea
dans le moment toute sa
rigueur enaffection.Tout
Paris a veu avec surprise, il
y a eennYvilrroonncfi.:nlnqquuaannttec 'ilnn's)
la constanceinvincible
d'un Chien,qui demeura
pendant plusieurs années
collé sur la fosse de son maistre,
dans le cimetiere des
saints Innocens , sans que
"Dy flatteries, ny nlrnaces.
ny lâFhecelïite peussent l'en
tirer. Ayantblesséunefois
un Lievre,il k sauva dans
tuàfe vigne
y
oùje le suivis
à lâ vbix de mes Chiens;
peu dete-n, psaprês;les voix
ayant etffé-,jc&urav
qu'ils*T-avoientafrêïïé-,<K
comme je les clltrèhÓisa
costé & d'autre
,
j'en ap -
perceus un qui venoit à
moyen grande diligence;
me flattant & thc caressant
,
aprés quoy il s'en
retourna avec beaucoup
-V
d'em pressement,ce qui me
fit comprendre qu'il falloir
le suivre: pendant que je
marchois, il prenoit le devant,
& revenoit fouvenc
sur ses pas, marquant tousjours
de l'im patience; à la
fin il ne revint plus, &
m'estant un peu avancé,
j'entendis mes deuxChiens
( d'ailleurs tousjours tresbons
amis) qui se mangeoient
l'un l'autre.Dés que
le second m'aperceut il prit
aussitost la suite
,
fentané
apparemment que ficatifë
n'estoit pas bonne. 1c vis
effectivement que le sujet
de leur querelle estoit que
le second avoit fort endommage
le Lievre pendantl'absence
dupremier,
lequel au contraire me caressoit
avec beaucoup de
confiance,comme pour me
marquer son innocence de
sa Cfiodmélibtiée.n
de belles regles
de morale ne peut-on
pas tirer de tousces exemples
; mais il vaut mieux
que chacun aitle plaisir de
les endeduire, que d'ennuyer
icy le kdieur par des
reflexions qu'il peut faire
aisément luy-mesme.
Je ne sçaurois cependant
m'empescher de luy
faire observer,que ces marques
de fidelité, de complaisance
& de retenuë,
n'ont gueres de compatibilité
avec l'idée que nous
avons d'une machine, qui
doit tousjours aller son
train, & tendre droit à sa
fin, dez qu'elle est une fois
desmontée d'une certaine
façon.
8. Que ne devons. nous
point penser encore de la
réglé que la pluspart des
belles observent dans toutes
leurs actions; les unes
ne sortent jamais qu'à une
certaine heure de nuit pour
chercher leur vie, ou une
com pagne,comme les Becasses,
les Lapins,les Limaces
,
les Herissons
,
les
Hiboux, & quantité d'autres
animaufc nocturnes
& sauvages qui rentrent
tous constamment à une
certaine heure du matin;
D'autres au contraire tid
manquent jamais de s'éJ
Veiller au lever du soleilJ
&de se rendormir à ion
coucher, ne perdanr pas
pour ainsi dire un seul ravon
de sa lumiere. En
Jquoy certes ils font beaucoup
plus dignes de louanges
que tant d'hommes déréglées,
qui paissentléurvie
comme les Hiboux, veillant
toute la nuit, & dormant
tout le jour.
On sçaicaussi que quan
tité d'oiseauxpassent tous
les ans des pays chauds:
dans des contrées plus temperées,
pour se sauver de
l'ardeurdusoleil. D'autres
au contraire
, vont des
paysfroids dans les mesmes
comrees, pour eviter
la rigueur de l'hyver, & les
uns & les autres s'en retournent
tous les ans d'où
ils font venus; sans que la
distance decinq ousixcens,
lieuës de pays, ny les trajets
des mers,soient capables
de leur faire Interrompre
leur réglé ( passant airtsi
toute leur vie comme des
voyageurs .& des étrangers
sur la rerre) Entre les differens
oisèaux les uns se
marient pour un temps,
d'autres mesme pour toute
leur vie) comme les
Tourterelles. Ils ne connoissent
point le divorce,
&. leurs mariages demeurent
inviolables, jusques à
ce que leurs petits n'ayent
plus besoin de leur secours.
Quel sujet de confusion
pour tant d'hommes d'ailleurs
raisonnables, mais
certainement inférieurs en
cecy aux bestes. De plus
le mariage n'est point en
eux une lubricitépuisqu'il
ne se contracte unique.
ment que pour la generation.
C'est pour cela que
leur rut dure si peu,&qu'il
ne vient que dans des tems
reglez& propres pour l'é.
ducatiori des petits; au lieu
que la lubricité des hommes
débauchez est perpetuelle.
«>. Disons encore un mot
de la chanté, de l'honnes.
teté & de lajustice que les
belles exercent entre elles,
outre ce que nous avons
remarqué des Cerfs à l'égard
de leurs compagnons
fatiguez, des Castors, des
Taons,& des peres &meres
a regard de leurs petits.
Plusieurs, ont apparemment
entendu dire un ancien
Proverbe, asinus asinum
fricat, mais peu en
gavent la vericable raison,
& peut estre que çeluy qui
la mis au jour ne la sçavoit
pas bien IUY.tesme. Pour
donc l'entendre
,
il faut
considererque quandun
Cheval, Asne ouMulet ne
sçauroit se gratter en quel.
que partie de son corps qui
: hlY démange, comme sur
le dos, le col, ou la teste, ils'approche de son cama.
rade, & le grate al'endroit
pareil à celuy quiluy démange.
Aussitost ce compagnon
charitable ne manque
pas, comme comprenant
le besoin de son camarade
, de le grater au
mesme endroit où il a esté
graté, & souventmesme
de l'avertir d'un endroit
qui luy demange aussi
> ôc
c'est alors qu'il est vray de
dire (qu'un Cheval grate
un autre Cheval, ) ces animaux
se prellant alors un
secours mutuel, dont chacun
a bes•oin, & dans l'en. k droic
droit qu'il souhaine. Qui
est-ce qui n'a pas veu les
Chiens d'un logis, & mesme
d'une rue, courir à la
deffense d'un de leurs camarades
attaque par quelqu'autre?
Qui ne sçait pas
la complaisance & les égards
qu'un animal a pour
un autre de mesme espece
plus jeune, ou plus foible
que luy
, & celle que les
masles en general ont pour
toutes les femelles? Qui
est:ce qui n'a pas remarque
le soin que les Chats
ont de cacher leur ordure,
ôc de nettoyer leur toison ?
Les oiseaux ont le mesme
foin de nettoyer les nids de
leurs petits, & les fourmis
leurs fourmillieresOnsçait
assez que les animaux corrigent
leurs perirs,-& quemesme
cespetits ont pour
létor^merèstoute'sa fbumissionpossible,
mais peutestre
tout le rriendenè sçait
f>rs queles Fôùrrftfa àidenif
courêS en : tbminun 'ccllè&:.
quiviennent s'estabmordans
fëurvôisinàge^Icdnftrmfé
fài/tfelji^iltiere*, qu'elfes
tfeÂir1 ^rêft?entdateur'graiiï
pendant ce temps-là, &
que celles-cy le leur rendent
fidellement
,
quand
leurestablissement est fini.
Que les Fourmis exercent
en rigoureux supplice contre
les Fourmis larronnefses
ou paresseuses, en les
déchirant à quatre. Mais
on ne finiroit jamais, si l'on
vouloit ra pporter toutes les
singularitez morales qu'on
remarque dans la conduite
des animaux;& peut-estre
arriveroit- on à s'asseurer
un repos & un bonheur
parfait dés cette vie, si on
estoit allez prudent pour
en bien profiter.
Qui pourra penser aprés
cela que les belles soient
de pures Machines, toutes
matérielles, meuës feule-
X ment par des loix du mouvement
générales & estoignées
J
dépendemment
d'une organisation de parties.
Il vaudroit autant faire
tout d'un cou p de la raison
& de la prudence hu-,
maine une espece de Ma-,
chine, necessitée aussipar
les mesmes loix, & par consequent
aveugle & sans li.
berté; mais dans quel excez
d'aveuglement faudroit-
il tomber pour imaginer
une telle chimere;
& quand mesme uneraison
dérangée pourroit y consentir,
nostre sentiment intérieur
ladementiroittousjours.
10. Que penser donc
maintenant sur la nature
du principe qui meut les
bestes, voyant qu'il est
pourveu de tant de belles
& bonnes qualirez ; qu'il
cft si judicieux, si vigilant,
si prudent, & si reglé dans
toutes ses opérations; tandis
que nostre amé au contraire
est sujette à tant
d'imperëfdibns&devices;
à T-éVréur5 à linjtTftice; à
l'ingràtitude, à l'infidélité,
àl'oisivetéà l'inhumanité,
à: l'impicte,a I'hypocrifie&
au dereglementdes moeurs.
Mais cette différence est
encore peu de chose, (s'il
rit permis de le dire) en
comparaison de cettequi
setire de la sagacité des
bestes à executer leursou.
vrages sans aucune estude,
&mesme sans aucun inftrument
étranger; tandis
que nos ouvriers font au
contraire obligez de faire
dé longs apprentissages,
d'où souvent ils sortent encore
fort ignorants, quelquefois
mesme font-ils
tout-à-fair incapables dé
rien apprendre. Nos Architectes
( par exemple) ne
sçatiroient bastirsansavoir
âppris avec bien du temps
&des peines les réglés dé
la Geornerrie& de l'Archirecture.
Cependant les Gac.
tors duCanada font des
digues&desappartements
pourse loger, conformes
à la droite architeaure sans
avoirappris aucunes réglés.;
Les Taons font de
mesme leurs voûtes sans le.
secours d'aucuns precepres,
que de leur bon genie. En
un mot les animaux construisent
leurs ouvrages de
la maniere qu! est tousjours
la plus parfaite en
chaque espece, comme
nous l'avons fait voir par
l'examen des raïons des Abeilles;
dans le mémoire
cite cy- devant, article l.
J'avoue qu'en cela mesme
me les bestes paroissent
bornées dans leurs operations;
elles ne sçavent point
varier leurs ouvrages en
uneinfinité de manieres.
comme l'homme, elles
sont, pour ainsi dire, asservies
à leur sujet ;au lieu que
l'homme travailleen maistre
dans ce qu'il possede.
Outre qu'il rassemble, pour
ainsi dire, éminemment en
luy toutes les inventions
dont les différents animaux
sont capables;& quoyqu'ii
n'y parvienne qu'à force
de travail&de temps,cela
ne laisse pas de prouver
parfaitement la fecondité
de son genie. Mais cette
secondité ne suffit pas pour
luy donner la Préférence
du codé de la perfection;
d'autant plus que les bestes
sont aussi capables par leur
docilité, d'apprendre une
infinité dechosestrès singuliere,
outre celles qu'elles
tiennent de leur inClinét
naturel. Ensorte que si les
bestes pouvoient le communiquer
leurs idées comme
les hommes font entre
eux, & si elles avoient des
mains, & des instruments
propres à tout executer
comme nous, peut-estre
auroient-elles aussi chez elles
des arts beaucoup plus
parfairs que lesnostres.J'ay
veu il y a environ dix ans
à la foire de saint Germain
un animal appelle Fecan,
assez semblable à un Renard
,
excepté qu'il a les
pattes d'un Singe, il se fervoit
de celles de devant
avec une adresse surprenante.
Au contraire les animaux
les plus stupides ont
les pieds ordinairement les
moins divitez. Il y a plusieurs
animaux qui ont la
partie de l'oreille appellée
le labyrinthe, semblable à
celle de l'homme, comme
les Chiens
J
les Chevaux,
les Elephans, les oiseaux
,
&c. lesquels sont tres- sensïbles
à la musique;ôc ceux
au contraire qui en font
privez y sont tout-a-fait in.
sensibles, furquoy l'on peut
voir nostre discours de l'oreille
imprimé en 1711.
dans le Mercure de Février,
d'où l'on pourroit inferer,
que si les bestes paroissent
si bornées, c'est du moins
en partie, parce que les instruments
leur manquent.
Mais du costé de la perfection
il ne faut qu'examiner
leurs ouvrages avec exactitude
, pour voir qu'elles
remportent de bien loin
sur nous. Si l'on se donne
la peine, par exemple,de
considerer la figure du
fond des cellules des Abeil.
les, & de quelle maniere
cescellules sontassemble'es
&oppocées les unes aux autres,
on fera forcé d'avouer
que l'intelligence qui les
conduit,est naturellement
pourveuë des connoissances
de la Géométrie,& de
l'Architeâure, & que pour
donner la mesure la plus
parfaite aux angles plans
ôc solides qui s'y rencontrent,
il faut qu'ellesçache
non seulementle calcu l des
triangles, mais mesme l'Algebre
; qu'elle possede les
proprietez de la sphere, &
des polyedres in scrits ôc
circonscrits; & en un mot
tout ce que nos plus habiles
Architectes ne sçavent
que fort mediocrement;
puisque ces cellules admirables
renferment toute la
perfeaion quecessciences
demandent,tant pour avoir
de la solidité & de la régularité
, que pour s'assembler
les unes avec les autres,&
pour s'y loger commodément
& seurement j ôc je
ne douté nullement que si
l'on faisoit un examen pareil
à celuy-cy des ouvrages
des Castors, des Taons ôc
des autres animaux archicettes)
on y trouveroit la
mesme perfection que dans
les raïons desAbeilles.
11. Nous voicy donc forcez
par nostre propre experience
d'avouer que l'intelligence
qui guide les animaux,
de quelque nature
qu'elle foit, est infiniment
plus parfaite en son essence
, que l'esprit de l'homme.
Maisenmesmetemps
quelle honte n'est
- ce pas
pour nous, si nous faisons
cet aveu en faveur de créatures,
que nous traittons de
stupides, & pour lesquelles
nous avons le dernier mépris-
N'est-ce pas la nous
précipiter nous-mesmes de
ce throne de gloire ou nous
nous estions placez au def-
-
fus detoutce quirespire?
- Quel parti prendré dans
une telle conjoncture,ne
pouvant ny osterla raison
aux belles pour en faire de
pures Machines, sans tomber
dans un ridicule intolérable
; ny leur donner un
principe spirituel sans estre
obligezd'abbaisser nostre
amour proprejusquà consentir
de le faire infiniment
plus parfait que nostre
ame.
Je ne voy plus d'autre
parti que de reconnoistre
dans tous ces effets singuliers,
oùla raison & le jugement
reluisent, le doigt
de l'Autheur de la nature,
( vereeniimdigitus Dei hi,cess )
ôc d'avouer que c'est sa
main qui se fert alors librement
des bestes, comme
d'un instrument sensible
pour se faire admirer, 0&
pour nous enseigner les leçons
de sa sagesse & de sa
justice. Voilàcetteintelligence
toujours libre, & infiniment
estevée au dessus
dela nostre, qui n'a besoin
ny de regles,ny d'apprentissage,
ny d'instruments,
pour operer tous ses miracles;
qui est toute en toutes
ses créatures,& toute en
chacune, sans leur estre aucunement
asservie,,& sans
estre déterminée par leurs
organizations presentes,
comme les Carthesiens le
prétendent, puisque c'est
elle au contraire qui en
produit librement tous les
mouven ens judicieux,selon
les differentes conjonétures
où elles se trouvent; le
tout uniquement pour leur
conservation
, pour nostre
utilité, 6c pour sa gloire.
Et si elle ne tire pas de chaque
sujettout ce qu'elle
pourroiten tirer, c'est quelle
a voulu manifester sa
secondité, en multipliant
& variant ses sujets indefiniment,
afin d'exciter davantage
nostre admiration,
&de lareveiller continuellement
; au lieu qu'elle languiroit
bien tost, si nous
trouvions les mesmes operations
dans coures les bestes.
Par ce moyen toutes
les difficultez sont levées;
nous nous délivrons du ridicule,
de vouloir tirer une
raison ( & une raison tressuperieure
à la nostre ) d'une
Machine purement materielle;
& ceux à quila propre
conscience de leur libertédans
les operations
intellectuelles,nefuflitpas
pour les sauver de la terreur
panique de devenir aussi de
pures Machines,files bestes
estoient telles, font entièrement
rasseurez. Nous
ne nous dégradons point
de nostre estat,en nous mettant
au dessous de l'intelli*
gence qui meut les bestes;
puisque nous y reconnoissons
l'Auteur de la nature,
qui se dévoile, pour ainsi
dire, librement & de luymesme
à nos yeux; nous
confondons aussi l'endurcissement
des Athées, en
adorant sa providence, &
nous trouvons un moyen
facile pour expliquer tout
ce qui paroist de plusmerveilleux
dans les actions
des bestes, sans qu'il nous
en couste aucun travail, ny
aucune estude.
12. Je ne prérends pas
cependant par là osteraux
belles une espece d'ame
materielle
,
qui préside à
leurs operations vitales, &
qui soit mesme susceptible
desentiments,&de perceptions,
de plaisir,de douleur,
de joye,de tristesse,de colere,
d'amour,decrainte, de
haine, de jalousie,&de toutes
les autres passionsqu'on
remarque dans les bestes;
même encore si on le veut,
d'imagination, de memoire&
d'action,parce que ces
operations sont encore infiniment
esloignées de la raison.
Je soustiens au contraire
que toutes ces passions
ou actions se passent
uniquement dans les esprits
animaux,qui sont contenus
dans leur cerveau, ans leurs nerfs, & dans
leurs membranes. Car il
suffit pour cela que ces cCprits
coulent continuellement
dans le sang, dans les
autres humeurs, & dans
toutes les parties de leur
corps; & que de plus ils
soient capables de recevoir
les impressions des objets
extérieurs par les sens, d'en
conserver
conserver les motions ou
images, & que ces images
ayenc communication les
unes avec les autres, pour
produire toutes les actions
destituées de jugement ôc
de raison
, ce que je n'ay
pas entrepris d'expliquer
icy en détail. Je dis seulement
icy que ces esprits
animaux sont la feule ame
matérielle
,
sensitive & animale,
Ôc la forme substantielle
des bestes, dont l'Autheur
de la nature se sert librement
pour produire
tout ce qui est au dessus de
la nature, je veux dire ce
qui tient de la raison & du
jugementsans qu'il soitnecessaire
de leur donner encoreune
ame spirituelle,qui
compare ces images formées
dans les esprits,qui
conçoive des idées & des
partions à leuroccasionqui
reflechissesur elle
-
mesme,
& sursesoperations,qui soit
capabledese déterminer la
première,&quisoitsusceptible
de rtgles.)ou de connoissances
universelles &
âb'ftriiittcs,comme la nostre,&
cela par lesraisons
que nous avons rapportées.
Il est évident que nous
ostons par là toute connoissance
aux bestes, pour leur
laisser feulement la vie, la
perception, & le mouvement
, comme font les CarteGens;
parce que cela
suffit pour leurs opérations
naturelles & vitales; &
qu'à l'égard des autres ope- A rations, cette âme materielle
,
sensitive & animale
, cette forme substantielle
n'enest que l'organe
& l'instrument
,
qui bien
loin de déterminer l'Auteur
de la nature à agir d'ue maniere
machinale&fcrvile,
comme le prétendent ces
Messieurs,est au contraire
déterminée par ce mesme
Auteur àsuivre ses impressions,
& à produire les actions
dont la matière est incapable
par elle.'-mefnJc.
Ainsi nous devons bien distinguer
deux especes d'operations
de Dieu dans les
bestes; la premiere qui est
leur vie est generale& éloignée
,
elle est déterminée
par les loix qu'il a establies
en formant le monde&a
parconsequent une connexion
necessaire avec tous
les autres mouvemens qui
s'y font; on peut l'appeller
à cause de cela naturelle &
necessaire; la secon de au
contraire estlibre & comme
surnaturelle,elle ne dépend
au plus que des conjonctures
presentes, & nullement
des organes ou des
loix gencrales. La première
est ce qu'on entend par
le simple concours de Dieu;
la feconde est l'effet d'une
Providence qui ne differe
du miracle, qu'en ce
qu'il ne produit aucun dé..
rangement sensible dans la
nature, &qu'il ne manque
jamais de se faire dans IC4
mesmescirconstances, parce
que Dieu est toujours le,
mesme;c'est si l'on veut un*
miracle naturel & ordinaire>
qui n'est méconnu ôc
ignoré
, que parce qu'il est
tousjours present aux yeux
detous les hommes.
lame des befles.
w Une personne de ma
connoissance qui a vescu
pendant9.années dans la
Loüiziane au Canada,m'a
assuré que rien n'etf plus
certain,que ce que Lahontan
& autres Auteurs rapportent
des Castors de ce
Pays; sçavoir
, que ces
animaux s'assemblent en
quantité, & rongent par le
pied,des arbres qui font le
long des bords des ruisseaux
, en telle forte qu'ils
les font tomber dans le
travers de l'eau pour en arrester
le cours, & soustenir
la terre qu'ils jettent
ensuite dedans au devant
de ces arbres,& dontils
font des Chaussées. Et pour
cet effet la societé de ces..,
ouvriers est commandée
par un chef; les uns cernent
& arrachent à belles
dents des gazons, & les
chargent ensuite sur les
queuës des autres ,
qui
font faites comme une
fole ; ceux-cy marchant
gravement & droits sur
leurs jambes de derriere,
traifnent leur charge jusques
surces arbres, &la
déchargent ensuite dans
l'eau. A mesure que la digue
s'esleve il y a des ouvriers
qui ont soin d'y pratiquer
des appartements
pour se loger
,
des greniers
pour conserverl'écorce
d'arbre qu'ils y amassent
pour leur nourriture; & des
galleries souterraines pour
aller à la pesche dans les
estangs formez par ces digues.
Ily a jusqu'à des hospitaux
pour retirer leurs
malades fatiguez du travail
; & d'un autre costéles
faineants qui se couchent
sur le dos pour sereposer,
sans avoir le dessous de la
queuë écorché,à force de
charier des gazons, y sont
rigoureusement punis &
chassez. Les digues sontartissement
recouverres de
gazon,ensorteque la pluye
ne peut les endommager,
&qu'on passe aifémenc desfus
sans se douter de rien.
Beaux exemples que les
stupides bestes nous fournissent,
nonseulement pour
avoir soin des malheureux,
mais encore pour ne point
souffrir dans les Etats de
ces gens qui se croyent
uniquement faits pour vivre
& joüir du travail d'autruy.
f
4. On sçait assez que les
bestes ontaussil'instinctde
chercher des remedes pour
leurs malades; que les
Chiens mangent du chiendant
pour s'exciter à vomir;
que les Gruës se donnent
des lavements;que
les Macreuses qui n'ont
pointde jabot avalent force
petits cailloux, pour broyer
dans leur gozier les petits
coquillages dont elles se
nourrissent
, & quantité
d'autres singularitez qui
regardent leur santé. Et
peut estre les hommessont
ils encore redevables aux
bestes des premieres régles,
de la Medecine.
Prétendra-t-on donc en-»
core que les machines font
aussi capables de prévoyance
& de crainte, de former
des societez, de bastir des
domicilles, d'avoir pitié
des malheureux,de punir
les vauriens,& en un mot
1
de trouver des remedes
contre ce qui peut les endommager?
Il vaut mieux
penser que les premiersAuteurs
de ce beau systesme
n'avoient pasune parfaite
connoissance des proprietez
des bestes, & que leurs
Sectateurs ont mieux aimé
s'attacher servilement à
leur opinion; que dese
donner la peine d'examiner
eux mêmes la question
avec toute rexaaitlldeù'loo
elle demande,comme ce
n'est que trop l'ordinaire.
5. A l'égard de rinfiind:
des belles pour ce qui regarde
l'éducation de leurs
petits, qu'yac-il de plus
admirable que de voir cette
méprisable & stupide
Araignée, dont nousavons
déjà parle, s'ourdir un sac
d'une toiletres-fine& trèsforte,
pour y pondre & y
conserver ses oeufs. & ses
petits : Un Loriot suspendre
son nid à 3. branches
d'arbre par trois fils de plus
d'une demie aulne-de longueur
chacun, de crainte
apparemment que les Ecureuils
ou les Belettes ne.
viennent manger les oeufs,
ou ses petits; & qui fçaic
aussi si ce n'est point en^-
core pour bercer ces nouveaux
nez, & les endor*-
mir, tandis que leurs pa.
rens leur cherchent la vie?
UnTirarache ou Moineau
aquatique attache le ben
librement à deux ou trois
roseaux
,
afin qu'il puisse
flotter sur l'eau-, hausser &
baisser comme eUe, rani
en estré emporré, c'estce
que j'ay vû plusieurs fois
avec beaucoup d'admiration.
On raconteaussi
Jes stupides Hiboux ont
foin decasser les pattesaux
souris qu'ils apportent à
leurs petits, & qu'ils la-if.
sent en reserve dans leurs
trous, ôc mesme d'appor.
ter dubledà ces souris pour
vivre, afin que leurs jeunes
éleves ayent le plaisir de
lescroquertoutesvivantes^
quand la faim les prend
e qu'ils trouvent tousjours,
par ce moyen dela viande
fraischeàmanger.Sur tout
les Aigles ont grand foin
de plumer ôc çl'a^acher le
poil des animaux qu'ils apportent
à leurs petits, de
crainte qu'un peu trop de
gloutonnerie ne les sasse
étrangler. Jeneparle point
des Guenons qui portent
leurs petits sur leurs épau*
les jusques au haut des
toits & des arbres, pour
leur apprendre à grimperr
& peut estreaussiàmépris
ser les dangers.
Mais je ne fçauroisassez
admirerlirft'nd: qui don
ne une intrépidité & un
courage surprenant
, ( &
qui va quelquefois jusqu'à
la sureur)aux animaux qui
ont des petits, pourenoser
attaquer d'autres d'ailleurs
beaucoup plus méchants
qu'eux,& les chasser, lorsqu'ils
s'en veulent approcher
; ny cette tendresse
plus que maternelle qui
porte les Perd rix à se jetter
pour ainsi dire dans la
gueule des chiens de chasse
pour les amuser,& don
ner lieu à leur petits de
sévader; cVil ce que j'ay
veu cent fois, non
lins
un
veritible estonnement.
Qu'y a t il deplusconstante.
& en mesme temps
de plus inconcevable que
l'histoire des Pigeons qu'on
emporte d'Alep à Alexandrette
en Syrie( ou tout au
contraire) par l'espace de
50. ou 60. lieuës, & qu'on
lasche ensuite avec une lettre
aucol, sitostqu'on est
arrive; car ces courriers
de l'air prennent aussitost
leur essor jurques au dessus
des nuées, & montent tant
qu'ils apperçoivent leur
chere patrie, & le lieu de
leurs petits,& de leurcompagne,
où ils se rendent en
trois ou quatre heures de
temps au plus. Par ce moyen
on apprend des nouvelles
toutes recentes, quon
ne pourroit sçavoir,que
plusieurs jours aprés. Ilest
évident aussi que les différentes
especes de Mouches
à miel, comme les Abeilles,
lesGuespes, les Freflons
,
Bourdons) Taons
,
&c. doivent avoir une sagacité
pareille à celle des
oiseaux,pourreconnoistre
le lieu de leur domicile &
leurs rusches. Goedart écrit
dans son Livre des insectes,
qu'il a eu chez luy
unetaniereouil aobserve
que les Taons, lorsqu'ils
travaillent aux cellules devinées
pour leurs oeufs, ont
aussi un Commandant
comme les Castors, lequel
a soind'eveillerles ouvriers
dès la pointe du jour par le
bruit de Ces ailes. Qu'auuitost
chacun s'en va à son
ouvrage , ceux qui ont un
an paffé vont chercher la
cire & le miel, pour bastir
les cellules ou nids, & pour
vivre, & outre cela de l'eau
pour détrem per de la terre
& en former des voûtes.
Les jeunes Taons comme
aides maçons,détrempent
cette terre, & en font des
boulins ou rouleaux qu'ils
roulent ensuite avec leurs
pieds dederrière jusqu'aux
sommets des ouvrages, ou
les plus anciens qui ne sont
plus propres qu'à bastir les
reçoivent, & en forment
des voutes au dessus deces
nids, de crainte qu'il ne
tombe de la terre dedans.
Les plus vigoureux ont foin
de faire la chatTe) & d'étrangler
sans misericorde
les vauriens, qui non contens
tens dene pointtravailler,
vont encore manger la
nourriture des leur, ouvriers en absence,;
Sil'ontraittoit ainsitous
ceux qui en usent de mesme
dans les Estars policez,
il n'y auroit pas tant
de faineants& de voleurs
& l'abondance y regneroic
en la place du brigandage.
Au reste quoyque je n'aye
pas de témoin oculaire des
merveilles des Taons, il
n'y a pas
@
cependant plus
de peine à les-croire que
celles des;Fourmis& dee
Castors dont je suis certain,
ou que celles des Abeilles
qui les surpassent
peut-estre encore de bien
loin, comme on laveudans
le Mercure de Paris de fan.
née1712.. au mois d'Avril.
Car on peut asseurer qu'il
n'y a peut-estrepasd'animal
si brute qu'il foit
;
qui ne devienne comme
sensé &intelligent lorsqu'il
s'agit de sa conservation,
ou de la production
de ses petits. Est- il rien
qi4i paroiiflcplustbFute ql.Í.
ui* Limaçon?ilcreuse cc*
pendant un nid en terre
pour y pondte ses oettfs; il
les couvre ensuite d'une
especedecole quise durcit
extrêmement, & qui les
conserve contre les insectes
& contre toutes les injures
du temps. Qu'estildeplus
pefanc qu'une Tortue, elle
fort néanmoins du fond de
la mer, elle vient creuser
un nid dans le fable où elle
fait sa ponte,& recouvre
ensuite ses oeufs de ce met
me fable,afin que la chaleur
du soleil suppléé au
deffaut de lasienne
, qui
ne feroit pas suffisante pour
les faire éclorre. Les Saumons
& plusieurs autres
poissons remontent les ri.
vieres jusqu'à leur source,
& fouvenc par. respace de
plus de cent cinquante
lieues
, pour femer leurs
oeufs sur la bouë Ôc dans
une eau peu profonde afin
que la chaleur du Soleil
puisse les faire éclorre.
Faut-il que desbestes
pour qui nous avons tant
de mépris., surpassent la
,
pluspart des Peres & Meres
en tendresse &.. en soins
1
pour l'éducation de leurs
enfants?
•
Quoy donc les Machines
opereront-elles aussi des
prodiges pour enfanter
d'autres Machines, pour
les conserver, & pour leur
sauverla vie; & a pprendront-
elles à nos amesraisonnables
à avoir des sentimens
de rendresse & de
crainte;àestrelaborieuses,
soigneuses , courageuses ,
& tantd'autres vertus necessaires
à l'éducation des
pietits?Mais auparavant que
de quitter ce sujet,considerons
un peu quel plaisir
nos bestes brutes prennent
à exercer leurs jeunes adul.A
Ks, désqu'ils commencent
à courir, voler, ou
nager. Ne diroit-on pas
qu'elles ont recouvert une
nouvelle jeunesse pour
jouër & folastreravec eux?
Que ne doit.on point penser
aussi des jeux de ces
jeunes animaux,qui sont
remplis de feintises,d'imitations
,
& de singeries ;
tantost ils feignent d'estre
fort en colere ; & dese
mordre tantost de fuïr tantost de poursuivre,tan-r
tost de flatter
,
tantost
-
de
craindre,en un mot ils imitent
parfaitement les jeux
des enfants, qui ne font
jeux qu'en ce qu'ils ne sont,
comme ceux- là
, que de
pures fictions. Il n'est pas
jusques aux plus stupides
animaux,dont les amufementis
de jeunesse ne eausent
beaucou p d'admiration
,
& de plaisir à ceux
qui les observent. Si quelqu'un
en doute,iln'a qu'à
considerer pendant quelque
beau jour de Printems,
les jeux des jeunes Arai-r gnées des jardins. On les
trouve au iixleil contre les
muraillesqui selivrent mita
le combats,moitié feints,
moitié san g lants
; là elles
(e mordent
,
se précipitent.
s'arrachent les pattes, 5e..
tranglent, & surpassent de
bien loin,tout ce qu'on rapporte
des gladiateuts sur les
arenes.
Les Machines seront-elles
donc encore capables
de fictions
,
& d'imitation
comme les enfants, & produiront-
elles
duiront-elles des opera»
tions pour lesquelles e lles
ne sont pas veritablement
montées? Une montre par
exemple qui est montée
pour marquer deux fois
douze heures par jour, s'a).
visera-t-elle, pour se divertir
, & pour nous jouër, de
les marquer en une heure,
& reprendra telle ensuite
d'elle-mesme son serieux,
& son veritable train. J'avouë
qu'on entrevoit des
étincelles de liberté dans le
delire des enfants, par la
communication qu'ils ont
avec nous de leurs pensées
, & que nous ne pouvons
rien appercevoir de
semblable dans les animaux,
avec lesquels nous ne
pouvons point avoir cette
sorte de commerce. Mais
avantd'entrer plus avant
dans cette discussion, examinons
encore quc!qucs
vertus des bef.l:e)q.ui nous
aideront à prendre parti
plusseurement.
7. Tout le monde sçait
assez l'arrache,la fidélité,
la soumission & la reconnoissance
, que les Chiens
ont pour leurs maistres,leur
docilité,l'impatience qu'ils
ont de les revoir quand
ils sont absens
,
la tristesse
que cette absence leurcause
,& la joye qu'ils marquent
quand ils les retrouvent,
ou lorsqu'ils peuvent
leur rendre quelque service;
avec quelle chaleur ils
prennent leur deffense,
leur patience à en souffrir,
leur perseverance à leur
estresoumis,leur contrain- te&leurcomplaisance pour
eux. Undemesamisayant
fait emporter à dix lieuës
de Paris un vilain Chien ,
qui s'estoit addonné chez
luy
5
& qu'on n'avoit pû en
estranger à force de coups
de baston; ce Chien revintà
samaison aprésquelques
jours.Le maistre las de
lemaltraiter luy fit lier les
quatre pattes, attacher une
pierre au col, & lefit jetter
de dessus le pont Marie
dans la Seine. Le Chien ne
laissa pas de se sauver, ( ce
que j'aurois toutes les peines
du monde à croire,s'il
ne m'estoit arrivé une chose
toute pareille, ) & s en
revint au plus viste donner
de nouveaux tefmoignages
d'une fidélité & d'une foumission
inviolables à son
maistre adoptif, lequel en
fut tellement touché d'estonnement,
qu'il changea
dans le moment toute sa
rigueur enaffection.Tout
Paris a veu avec surprise, il
y a eennYvilrroonncfi.:nlnqquuaannttec 'ilnn's)
la constanceinvincible
d'un Chien,qui demeura
pendant plusieurs années
collé sur la fosse de son maistre,
dans le cimetiere des
saints Innocens , sans que
"Dy flatteries, ny nlrnaces.
ny lâFhecelïite peussent l'en
tirer. Ayantblesséunefois
un Lievre,il k sauva dans
tuàfe vigne
y
oùje le suivis
à lâ vbix de mes Chiens;
peu dete-n, psaprês;les voix
ayant etffé-,jc&urav
qu'ils*T-avoientafrêïïé-,<K
comme je les clltrèhÓisa
costé & d'autre
,
j'en ap -
perceus un qui venoit à
moyen grande diligence;
me flattant & thc caressant
,
aprés quoy il s'en
retourna avec beaucoup
-V
d'em pressement,ce qui me
fit comprendre qu'il falloir
le suivre: pendant que je
marchois, il prenoit le devant,
& revenoit fouvenc
sur ses pas, marquant tousjours
de l'im patience; à la
fin il ne revint plus, &
m'estant un peu avancé,
j'entendis mes deuxChiens
( d'ailleurs tousjours tresbons
amis) qui se mangeoient
l'un l'autre.Dés que
le second m'aperceut il prit
aussitost la suite
,
fentané
apparemment que ficatifë
n'estoit pas bonne. 1c vis
effectivement que le sujet
de leur querelle estoit que
le second avoit fort endommage
le Lievre pendantl'absence
dupremier,
lequel au contraire me caressoit
avec beaucoup de
confiance,comme pour me
marquer son innocence de
sa Cfiodmélibtiée.n
de belles regles
de morale ne peut-on
pas tirer de tousces exemples
; mais il vaut mieux
que chacun aitle plaisir de
les endeduire, que d'ennuyer
icy le kdieur par des
reflexions qu'il peut faire
aisément luy-mesme.
Je ne sçaurois cependant
m'empescher de luy
faire observer,que ces marques
de fidelité, de complaisance
& de retenuë,
n'ont gueres de compatibilité
avec l'idée que nous
avons d'une machine, qui
doit tousjours aller son
train, & tendre droit à sa
fin, dez qu'elle est une fois
desmontée d'une certaine
façon.
8. Que ne devons. nous
point penser encore de la
réglé que la pluspart des
belles observent dans toutes
leurs actions; les unes
ne sortent jamais qu'à une
certaine heure de nuit pour
chercher leur vie, ou une
com pagne,comme les Becasses,
les Lapins,les Limaces
,
les Herissons
,
les
Hiboux, & quantité d'autres
animaufc nocturnes
& sauvages qui rentrent
tous constamment à une
certaine heure du matin;
D'autres au contraire tid
manquent jamais de s'éJ
Veiller au lever du soleilJ
&de se rendormir à ion
coucher, ne perdanr pas
pour ainsi dire un seul ravon
de sa lumiere. En
Jquoy certes ils font beaucoup
plus dignes de louanges
que tant d'hommes déréglées,
qui paissentléurvie
comme les Hiboux, veillant
toute la nuit, & dormant
tout le jour.
On sçaicaussi que quan
tité d'oiseauxpassent tous
les ans des pays chauds:
dans des contrées plus temperées,
pour se sauver de
l'ardeurdusoleil. D'autres
au contraire
, vont des
paysfroids dans les mesmes
comrees, pour eviter
la rigueur de l'hyver, & les
uns & les autres s'en retournent
tous les ans d'où
ils font venus; sans que la
distance decinq ousixcens,
lieuës de pays, ny les trajets
des mers,soient capables
de leur faire Interrompre
leur réglé ( passant airtsi
toute leur vie comme des
voyageurs .& des étrangers
sur la rerre) Entre les differens
oisèaux les uns se
marient pour un temps,
d'autres mesme pour toute
leur vie) comme les
Tourterelles. Ils ne connoissent
point le divorce,
&. leurs mariages demeurent
inviolables, jusques à
ce que leurs petits n'ayent
plus besoin de leur secours.
Quel sujet de confusion
pour tant d'hommes d'ailleurs
raisonnables, mais
certainement inférieurs en
cecy aux bestes. De plus
le mariage n'est point en
eux une lubricitépuisqu'il
ne se contracte unique.
ment que pour la generation.
C'est pour cela que
leur rut dure si peu,&qu'il
ne vient que dans des tems
reglez& propres pour l'é.
ducatiori des petits; au lieu
que la lubricité des hommes
débauchez est perpetuelle.
«>. Disons encore un mot
de la chanté, de l'honnes.
teté & de lajustice que les
belles exercent entre elles,
outre ce que nous avons
remarqué des Cerfs à l'égard
de leurs compagnons
fatiguez, des Castors, des
Taons,& des peres &meres
a regard de leurs petits.
Plusieurs, ont apparemment
entendu dire un ancien
Proverbe, asinus asinum
fricat, mais peu en
gavent la vericable raison,
& peut estre que çeluy qui
la mis au jour ne la sçavoit
pas bien IUY.tesme. Pour
donc l'entendre
,
il faut
considererque quandun
Cheval, Asne ouMulet ne
sçauroit se gratter en quel.
que partie de son corps qui
: hlY démange, comme sur
le dos, le col, ou la teste, ils'approche de son cama.
rade, & le grate al'endroit
pareil à celuy quiluy démange.
Aussitost ce compagnon
charitable ne manque
pas, comme comprenant
le besoin de son camarade
, de le grater au
mesme endroit où il a esté
graté, & souventmesme
de l'avertir d'un endroit
qui luy demange aussi
> ôc
c'est alors qu'il est vray de
dire (qu'un Cheval grate
un autre Cheval, ) ces animaux
se prellant alors un
secours mutuel, dont chacun
a bes•oin, & dans l'en. k droic
droit qu'il souhaine. Qui
est-ce qui n'a pas veu les
Chiens d'un logis, & mesme
d'une rue, courir à la
deffense d'un de leurs camarades
attaque par quelqu'autre?
Qui ne sçait pas
la complaisance & les égards
qu'un animal a pour
un autre de mesme espece
plus jeune, ou plus foible
que luy
, & celle que les
masles en general ont pour
toutes les femelles? Qui
est:ce qui n'a pas remarque
le soin que les Chats
ont de cacher leur ordure,
ôc de nettoyer leur toison ?
Les oiseaux ont le mesme
foin de nettoyer les nids de
leurs petits, & les fourmis
leurs fourmillieresOnsçait
assez que les animaux corrigent
leurs perirs,-& quemesme
cespetits ont pour
létor^merèstoute'sa fbumissionpossible,
mais peutestre
tout le rriendenè sçait
f>rs queles Fôùrrftfa àidenif
courêS en : tbminun 'ccllè&:.
quiviennent s'estabmordans
fëurvôisinàge^Icdnftrmfé
fài/tfelji^iltiere*, qu'elfes
tfeÂir1 ^rêft?entdateur'graiiï
pendant ce temps-là, &
que celles-cy le leur rendent
fidellement
,
quand
leurestablissement est fini.
Que les Fourmis exercent
en rigoureux supplice contre
les Fourmis larronnefses
ou paresseuses, en les
déchirant à quatre. Mais
on ne finiroit jamais, si l'on
vouloit ra pporter toutes les
singularitez morales qu'on
remarque dans la conduite
des animaux;& peut-estre
arriveroit- on à s'asseurer
un repos & un bonheur
parfait dés cette vie, si on
estoit allez prudent pour
en bien profiter.
Qui pourra penser aprés
cela que les belles soient
de pures Machines, toutes
matérielles, meuës feule-
X ment par des loix du mouvement
générales & estoignées
J
dépendemment
d'une organisation de parties.
Il vaudroit autant faire
tout d'un cou p de la raison
& de la prudence hu-,
maine une espece de Ma-,
chine, necessitée aussipar
les mesmes loix, & par consequent
aveugle & sans li.
berté; mais dans quel excez
d'aveuglement faudroit-
il tomber pour imaginer
une telle chimere;
& quand mesme uneraison
dérangée pourroit y consentir,
nostre sentiment intérieur
ladementiroittousjours.
10. Que penser donc
maintenant sur la nature
du principe qui meut les
bestes, voyant qu'il est
pourveu de tant de belles
& bonnes qualirez ; qu'il
cft si judicieux, si vigilant,
si prudent, & si reglé dans
toutes ses opérations; tandis
que nostre amé au contraire
est sujette à tant
d'imperëfdibns&devices;
à T-éVréur5 à linjtTftice; à
l'ingràtitude, à l'infidélité,
àl'oisivetéà l'inhumanité,
à: l'impicte,a I'hypocrifie&
au dereglementdes moeurs.
Mais cette différence est
encore peu de chose, (s'il
rit permis de le dire) en
comparaison de cettequi
setire de la sagacité des
bestes à executer leursou.
vrages sans aucune estude,
&mesme sans aucun inftrument
étranger; tandis
que nos ouvriers font au
contraire obligez de faire
dé longs apprentissages,
d'où souvent ils sortent encore
fort ignorants, quelquefois
mesme font-ils
tout-à-fair incapables dé
rien apprendre. Nos Architectes
( par exemple) ne
sçatiroient bastirsansavoir
âppris avec bien du temps
&des peines les réglés dé
la Geornerrie& de l'Archirecture.
Cependant les Gac.
tors duCanada font des
digues&desappartements
pourse loger, conformes
à la droite architeaure sans
avoirappris aucunes réglés.;
Les Taons font de
mesme leurs voûtes sans le.
secours d'aucuns precepres,
que de leur bon genie. En
un mot les animaux construisent
leurs ouvrages de
la maniere qu! est tousjours
la plus parfaite en
chaque espece, comme
nous l'avons fait voir par
l'examen des raïons des Abeilles;
dans le mémoire
cite cy- devant, article l.
J'avoue qu'en cela mesme
me les bestes paroissent
bornées dans leurs operations;
elles ne sçavent point
varier leurs ouvrages en
uneinfinité de manieres.
comme l'homme, elles
sont, pour ainsi dire, asservies
à leur sujet ;au lieu que
l'homme travailleen maistre
dans ce qu'il possede.
Outre qu'il rassemble, pour
ainsi dire, éminemment en
luy toutes les inventions
dont les différents animaux
sont capables;& quoyqu'ii
n'y parvienne qu'à force
de travail&de temps,cela
ne laisse pas de prouver
parfaitement la fecondité
de son genie. Mais cette
secondité ne suffit pas pour
luy donner la Préférence
du codé de la perfection;
d'autant plus que les bestes
sont aussi capables par leur
docilité, d'apprendre une
infinité dechosestrès singuliere,
outre celles qu'elles
tiennent de leur inClinét
naturel. Ensorte que si les
bestes pouvoient le communiquer
leurs idées comme
les hommes font entre
eux, & si elles avoient des
mains, & des instruments
propres à tout executer
comme nous, peut-estre
auroient-elles aussi chez elles
des arts beaucoup plus
parfairs que lesnostres.J'ay
veu il y a environ dix ans
à la foire de saint Germain
un animal appelle Fecan,
assez semblable à un Renard
,
excepté qu'il a les
pattes d'un Singe, il se fervoit
de celles de devant
avec une adresse surprenante.
Au contraire les animaux
les plus stupides ont
les pieds ordinairement les
moins divitez. Il y a plusieurs
animaux qui ont la
partie de l'oreille appellée
le labyrinthe, semblable à
celle de l'homme, comme
les Chiens
J
les Chevaux,
les Elephans, les oiseaux
,
&c. lesquels sont tres- sensïbles
à la musique;ôc ceux
au contraire qui en font
privez y sont tout-a-fait in.
sensibles, furquoy l'on peut
voir nostre discours de l'oreille
imprimé en 1711.
dans le Mercure de Février,
d'où l'on pourroit inferer,
que si les bestes paroissent
si bornées, c'est du moins
en partie, parce que les instruments
leur manquent.
Mais du costé de la perfection
il ne faut qu'examiner
leurs ouvrages avec exactitude
, pour voir qu'elles
remportent de bien loin
sur nous. Si l'on se donne
la peine, par exemple,de
considerer la figure du
fond des cellules des Abeil.
les, & de quelle maniere
cescellules sontassemble'es
&oppocées les unes aux autres,
on fera forcé d'avouer
que l'intelligence qui les
conduit,est naturellement
pourveuë des connoissances
de la Géométrie,& de
l'Architeâure, & que pour
donner la mesure la plus
parfaite aux angles plans
ôc solides qui s'y rencontrent,
il faut qu'ellesçache
non seulementle calcu l des
triangles, mais mesme l'Algebre
; qu'elle possede les
proprietez de la sphere, &
des polyedres in scrits ôc
circonscrits; & en un mot
tout ce que nos plus habiles
Architectes ne sçavent
que fort mediocrement;
puisque ces cellules admirables
renferment toute la
perfeaion quecessciences
demandent,tant pour avoir
de la solidité & de la régularité
, que pour s'assembler
les unes avec les autres,&
pour s'y loger commodément
& seurement j ôc je
ne douté nullement que si
l'on faisoit un examen pareil
à celuy-cy des ouvrages
des Castors, des Taons ôc
des autres animaux archicettes)
on y trouveroit la
mesme perfection que dans
les raïons desAbeilles.
11. Nous voicy donc forcez
par nostre propre experience
d'avouer que l'intelligence
qui guide les animaux,
de quelque nature
qu'elle foit, est infiniment
plus parfaite en son essence
, que l'esprit de l'homme.
Maisenmesmetemps
quelle honte n'est
- ce pas
pour nous, si nous faisons
cet aveu en faveur de créatures,
que nous traittons de
stupides, & pour lesquelles
nous avons le dernier mépris-
N'est-ce pas la nous
précipiter nous-mesmes de
ce throne de gloire ou nous
nous estions placez au def-
-
fus detoutce quirespire?
- Quel parti prendré dans
une telle conjoncture,ne
pouvant ny osterla raison
aux belles pour en faire de
pures Machines, sans tomber
dans un ridicule intolérable
; ny leur donner un
principe spirituel sans estre
obligezd'abbaisser nostre
amour proprejusquà consentir
de le faire infiniment
plus parfait que nostre
ame.
Je ne voy plus d'autre
parti que de reconnoistre
dans tous ces effets singuliers,
oùla raison & le jugement
reluisent, le doigt
de l'Autheur de la nature,
( vereeniimdigitus Dei hi,cess )
ôc d'avouer que c'est sa
main qui se fert alors librement
des bestes, comme
d'un instrument sensible
pour se faire admirer, 0&
pour nous enseigner les leçons
de sa sagesse & de sa
justice. Voilàcetteintelligence
toujours libre, & infiniment
estevée au dessus
dela nostre, qui n'a besoin
ny de regles,ny d'apprentissage,
ny d'instruments,
pour operer tous ses miracles;
qui est toute en toutes
ses créatures,& toute en
chacune, sans leur estre aucunement
asservie,,& sans
estre déterminée par leurs
organizations presentes,
comme les Carthesiens le
prétendent, puisque c'est
elle au contraire qui en
produit librement tous les
mouven ens judicieux,selon
les differentes conjonétures
où elles se trouvent; le
tout uniquement pour leur
conservation
, pour nostre
utilité, 6c pour sa gloire.
Et si elle ne tire pas de chaque
sujettout ce qu'elle
pourroiten tirer, c'est quelle
a voulu manifester sa
secondité, en multipliant
& variant ses sujets indefiniment,
afin d'exciter davantage
nostre admiration,
&de lareveiller continuellement
; au lieu qu'elle languiroit
bien tost, si nous
trouvions les mesmes operations
dans coures les bestes.
Par ce moyen toutes
les difficultez sont levées;
nous nous délivrons du ridicule,
de vouloir tirer une
raison ( & une raison tressuperieure
à la nostre ) d'une
Machine purement materielle;
& ceux à quila propre
conscience de leur libertédans
les operations
intellectuelles,nefuflitpas
pour les sauver de la terreur
panique de devenir aussi de
pures Machines,files bestes
estoient telles, font entièrement
rasseurez. Nous
ne nous dégradons point
de nostre estat,en nous mettant
au dessous de l'intelli*
gence qui meut les bestes;
puisque nous y reconnoissons
l'Auteur de la nature,
qui se dévoile, pour ainsi
dire, librement & de luymesme
à nos yeux; nous
confondons aussi l'endurcissement
des Athées, en
adorant sa providence, &
nous trouvons un moyen
facile pour expliquer tout
ce qui paroist de plusmerveilleux
dans les actions
des bestes, sans qu'il nous
en couste aucun travail, ny
aucune estude.
12. Je ne prérends pas
cependant par là osteraux
belles une espece d'ame
materielle
,
qui préside à
leurs operations vitales, &
qui soit mesme susceptible
desentiments,&de perceptions,
de plaisir,de douleur,
de joye,de tristesse,de colere,
d'amour,decrainte, de
haine, de jalousie,&de toutes
les autres passionsqu'on
remarque dans les bestes;
même encore si on le veut,
d'imagination, de memoire&
d'action,parce que ces
operations sont encore infiniment
esloignées de la raison.
Je soustiens au contraire
que toutes ces passions
ou actions se passent
uniquement dans les esprits
animaux,qui sont contenus
dans leur cerveau, ans leurs nerfs, & dans
leurs membranes. Car il
suffit pour cela que ces cCprits
coulent continuellement
dans le sang, dans les
autres humeurs, & dans
toutes les parties de leur
corps; & que de plus ils
soient capables de recevoir
les impressions des objets
extérieurs par les sens, d'en
conserver
conserver les motions ou
images, & que ces images
ayenc communication les
unes avec les autres, pour
produire toutes les actions
destituées de jugement ôc
de raison
, ce que je n'ay
pas entrepris d'expliquer
icy en détail. Je dis seulement
icy que ces esprits
animaux sont la feule ame
matérielle
,
sensitive & animale,
Ôc la forme substantielle
des bestes, dont l'Autheur
de la nature se sert librement
pour produire
tout ce qui est au dessus de
la nature, je veux dire ce
qui tient de la raison & du
jugementsans qu'il soitnecessaire
de leur donner encoreune
ame spirituelle,qui
compare ces images formées
dans les esprits,qui
conçoive des idées & des
partions à leuroccasionqui
reflechissesur elle
-
mesme,
& sursesoperations,qui soit
capabledese déterminer la
première,&quisoitsusceptible
de rtgles.)ou de connoissances
universelles &
âb'ftriiittcs,comme la nostre,&
cela par lesraisons
que nous avons rapportées.
Il est évident que nous
ostons par là toute connoissance
aux bestes, pour leur
laisser feulement la vie, la
perception, & le mouvement
, comme font les CarteGens;
parce que cela
suffit pour leurs opérations
naturelles & vitales; &
qu'à l'égard des autres ope- A rations, cette âme materielle
,
sensitive & animale
, cette forme substantielle
n'enest que l'organe
& l'instrument
,
qui bien
loin de déterminer l'Auteur
de la nature à agir d'ue maniere
machinale&fcrvile,
comme le prétendent ces
Messieurs,est au contraire
déterminée par ce mesme
Auteur àsuivre ses impressions,
& à produire les actions
dont la matière est incapable
par elle.'-mefnJc.
Ainsi nous devons bien distinguer
deux especes d'operations
de Dieu dans les
bestes; la premiere qui est
leur vie est generale& éloignée
,
elle est déterminée
par les loix qu'il a establies
en formant le monde&a
parconsequent une connexion
necessaire avec tous
les autres mouvemens qui
s'y font; on peut l'appeller
à cause de cela naturelle &
necessaire; la secon de au
contraire estlibre & comme
surnaturelle,elle ne dépend
au plus que des conjonctures
presentes, & nullement
des organes ou des
loix gencrales. La première
est ce qu'on entend par
le simple concours de Dieu;
la feconde est l'effet d'une
Providence qui ne differe
du miracle, qu'en ce
qu'il ne produit aucun dé..
rangement sensible dans la
nature, &qu'il ne manque
jamais de se faire dans IC4
mesmescirconstances, parce
que Dieu est toujours le,
mesme;c'est si l'on veut un*
miracle naturel & ordinaire>
qui n'est méconnu ôc
ignoré
, que parce qu'il est
tousjours present aux yeux
detous les hommes.
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Résumé : Suite de la Dissertation Philosophique sur l'ame des bestes.
Le texte explore les comportements remarquables et les capacités des animaux, illustrant leur intelligence et leur organisation sociale. Les castors, par exemple, construisent des digues et des logements en abattant des arbres et en travaillant en société organisée. Ils prennent soin de leurs malades et punissent les fainéants. Les animaux cherchent également des remèdes pour leurs maladies, comme les chiens qui mangent du chiendent pour vomir. Les araignées construisent des sacs pour leurs œufs, les loriots suspendent leurs nids pour protéger leurs petits, et les hiboux cassent les pattes des souris pour les conserver. Les pigeons voyageurs sont capables de retrouver leur domicile après avoir été transportés sur de longues distances. Les fourmis et les abeilles démontrent une organisation sociale complexe, avec des rôles spécifiques pour chaque membre de la colonie. Le texte souligne la fidélité et la soumission des chiens envers leurs maîtres, illustrées par des exemples de chiens revenant chez eux malgré les obstacles. Les animaux montrent également des comportements admirables dans l'éducation de leurs petits, comme les chats qui cachent leur ordure et nettoient leur toison, et les oiseaux et les fourmis qui entretiennent leurs nids et fourmilières. Les animaux corrigent leurs petits et leur montrent de la soumission. Les fourmis, par exemple, aident celles qui déménagent et punissent les paresseuses. Le texte insiste sur le fait que les animaux ne sont pas de simples machines, mais possèdent des qualités morales et une intelligence remarquable. Ils construisent des ouvrages parfaits sans étude ni instruments, comme les castors et les taons. Les abeilles, par exemple, construisent des cellules géométriquement parfaites, démontrant une connaissance avancée de la géométrie et de l'architecture. Le texte conclut que l'intelligence qui guide les animaux est supérieure à celle des humains, qui sont sujets à des imperfections morales. Il propose que cette intelligence est l'œuvre de l'Auteur de la nature, qui se manifeste librement à travers les animaux. Enfin, il reconnaît que les animaux possèdent une âme matérielle capable de sentiments et de perceptions, mais sans raison ni jugement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 217-232
RELATION de ce qui s'est passé de plus considérable é Fontainebleau depuis le 31. Aoust jusques au 11. Octobre.
Début :
Le Roy estant parti le 30. de Marly alla coucher [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Roi, Duchesse de Berry, Cérémonies, Chasse, Jeux, Audiences, Capucins
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texteReconnaissance textuelle : RELATION de ce qui s'est passé de plus considérable é Fontainebleau depuis le 31. Aoust jusques au 11. Octobre.
RELATION
de ce qui s'efl passé de plus
consîderable à Fontainebleau
adeupu1is1l.eO3Û1.oAbroeu.jljufqucs
» LE Roy estant parti le
30. de Marly alla couch
r à Petitbourg
,
& le 31.
à Fontainebleau, accompa-
,
gné de Monseigneur le
Duc & de Madame la Duchesse
de Berry
,
des autres
Pinces &PnnccflV$!3 Cour
y a esté tres-nombruse &
tres-magnifique. Il y a capresque
tous les jours chatte
de Cerf
,
duSanglier ou du
Loup
,
trois fois la fClTIJÍnc
Comedie, les autres jours an
a joüé chez Madame la Duchesse
de Berry un fort gros
jeu depuis sept heurcs
soir jusques à dit. Il y avoit
ordinairement douze ou
quinzeCoupeurs, Monseigneur
leDuc& Madamela
Duchesse de Berry, Madame
la Duchesse, Monsieur PE.--
lecteur de Baviere, Monsieur
le Comte de Toulouse
étoient de ce nombre: Il y
a eu deux fois la semaine
pesche des Cormorans &
promenade Royale le long
du Canal. Le Roy menoit
lui-mêmesaCalèche,ainsi
que Madame la Duchesse de
Berry la sienne, qui marchoit
toujours à costé de celle du
Roy, & qui estoit route dorée
,
de même que les harnois
des chevaux. L'habit de
cette Princesseestoit toujour
d'une étoffe fort riche,
& tout couvert de rubis
d'émeraudes, ou de diamanso
Sa coëssure en estoit si remplie,
qu'on peut dire sans
exageration que la vûë en
pouvoic à peine supporter
l'éclat. Ces deux Caléches
estoient entourées de Monseigneur
le Duc de Berry, de
Monsieur le Duc d'Orléans,
de Monsieur le Conue de
Charolois, de Madame .si
Princesse de Conti, de Mademoicelle
de Charolois, de
pbluesmieeunrtsvaêuttureëss Dames superen
habit de
Chasse à cheval
,
de même
que la pluspartdes Seigneurs
de la Cour. Immédiatement
après fuivoicnt plus de cent
Carosses à six & à huit chevaux,
dans lesquels on voyoit
Madame,Madame la Ducheflc
d'Orléans, Madame
la Duchesse
,
Madame la
Princesse de Conti ancienne
Doüairiere, Madame la Princesse
de Conti, Monsieur
l'Electeur de Baviere, Monsieur
le Prince Ragotzi, Mr
le Grand, Mr le Prince de
Vaudemont
j
Mr le Prince
d'Enrichement
,
Mrs les
Cardinaux Gualtieri, de
Rohan & de Polignac, Mrs
le Nonce, Mrsles Ambassadeurs,
Mrs les Envoyez
ou Ministres qui sont en
France, & pluficurs autres
Seigneurs & Dames de la
Cour.
Je n'entreprendray point
la description de la ric hesse
& de la diversité des habits;
il suffit de vous dire que l'imagination
ne peut aller plus
loin, & que les yeux en
estoient ébloüis, & à mesure
que le Roy montoit ou descendoit
, on voyoit deux
gondolestoutes dorées que
des Matelots habillez d'un
gros dma.. bleu avec une
frange d,'or) faisoit suivre
cette Royale Troupe. La
fouledes Spectateurs estoit
tres grande. oLe 7. Sa Majesté donna
Audiance aux Dépurez des
jiratsdc la Province de LangwApç.
, ayans à leur reste
Monsieur le Duc du Maine,
Gouverneur de la Province,
& Mr le Marquis de la Vnl-P
liere, Secrétaired'Etat Mr
l'Evesque de Mande harangua.
Ils allerent en fuite chez
Monseigneur le Duc de Berry.
Le8. jour de la Nativité
de la Vierge, le Roy fit rendre
le Pain bénit al'Eglise Paroissiale
de Fontainebleau par
MMrrl'lAAbbbbéédd'E'EnDtragues, l'un , de ses Aumôniers,en Rochet.
Cet Abbé estoit precedé de
douze Suisses de la Garde qui
portoient six Pains bénits
sur lesquels estoient plusieurs
Banderolles aux Armes de
..f'ance,
ayans à leur reste les
Hauts bois, Trompcttes &
autres Instrumens, & estant
arrivé à I'Eglise, à l'Offertoire,
il allaàl'Offrande renant
un cierge où estoient
- huitdemi Louis d'or. Le même
jour à midy & demi, les
Députez des Etats de Languedoc
curent Audience de
Madame la DuchessedeBerry
,
qui porroit ce jour-là un
habit d'étoffe d'argent chamarré
derubis,de perles&de
diamants. La juppe étoit chamarréeenplein
d'un Point
d'Espagne d'argent, sa coef*
fure estoit toute couverte dè
pierreries. Le Cercle estoit
tres grand ce jour-là, où se
trouva un grand nombre de
Duchesses, &quantité de Seigneurs
&de Dames fuperbcment
vêtuës, & routes brillantes
de pierreries sur leurs
habits & dansleurs coëffures.
L'Evesquede Mandeharang
™:
Le 1 0. Monseigneur le Duc
de Berry fit rendre le Painbenit
par Monsieurl'Abbé
Berard, l'un de ses Aumôniers.
Le même jour le Generaldes
Capucins qui eil venu
faire lavisirede sonOrdreen
France eur Audiance du Roy,
acompngnéde 2 5. Religieux
de son Ordre, ensuite Ill) ut
de Monseigneur le Duc ÔC
de Madame la Duchesse de
Beiry. L'habit decettePrin-r
te..Ífe étoit ce jour-là d'une
étosse d'or avec une garniture
de diamants, dans laquelle
ainsi que dans sa coeffure entroienc
les plus belles pierreries
qu'on puisse voir,le Cercle
étoit des plus beaux, &
les Dames qui le composoit
étoient generalement habillées
ou d'étoffes d'or garnis
d'agréments d'or & d'argent
ou de soye de routes couleurs
brodez, & elles estoient brillantes
de pierreries sur leurs
habits & dans leurs coëffures.
L'Evesque de Mande harangua.
Le Dimanche 17. Madame
la Duchesse de Berry fit
rendre le Pain benit àl'Eglise
Paroissiale de Fontainebleau
par Mr l'Abbé Rouget l'un
de ses Aumoniers, en rochet.
Cet Abbé traversala Cour
des cuisines & la granderuë,
précedé de douze Suisses qui
portoient six Pains, sur les-
-
quels estoient plusieurs banderoles
aux Armes decette
Princesse, à la teste marchoit
plusieurs Haut- bois, Tromperes
& autres Instrumens
qui se firent entendre pendant
toute la marche jusques
mêmedansl'Eglise où ccc
Abbé alla à l'Offrande, tenant
un cierge à la main où
estoient plusieurs demi Louis
d'or: Madame fit faire la
même Ceremonie le 21.jour
de S. Mathieu par Mr l'Abbé
Lagors, un de ses Aumo.
niers,
Le 24- on presenta à l'issuë
de la Messe un homme
au Roy,âgé de cent un an
& huit mois, né en 1612.
au mois de Février, & fait
Capitaine en 1636. comme
il paroist par le Brevet. Le
même jour à midy & demi
Mr de Boiffieux porta la
nouvelle que nous avions forcé
les retranchemens des ennemis
prés Fribourg.
Le a.. Octobre Don Félix
Corneïo, Secrétaire de
l'Ambassade d'Espagne arriva
avec l'agréable nouvelle que
la Reine d'Espagne étoit accouchée
d'un Prince, & le
4. on apprit par un Courier
qu'on avoit ouvert la tranchée
devant Fribourg la nuit
du dernier Septembre au i'
Octobre.
Le 11. le Roy accompagné
de Monseigneur le Duc
&de Madame la Duchcffc de
Bcrry partit de Fontaines
bleau pour aller coucher à
Petit- bourg & le 12 à Versailles:
On peut dire que la
Cour n'a jamais cité ny plus
nombreuse ny plus brillante
& quelle ne s'est jamais
mieux divertie à Fontainebleau.
La Saison qui y a esté
tres belle, & le nombre des
Ecrangers tres- grand. Ils ne
pouvoient se lasser d'admirer
la grandeur dela Cour de
France. Ils estoient charmez
de voir tous les jours Madame
la Duchesse de Berry,
Madame la Princesse de Conti,
MademoiselledeCharollois
& les autres DJHICSvêtuës
en habit de chasse ayans
des just au - corps tous chamarrez
ou brodez d'or &
d'argent, avec des chapeaux
couverts de plumes, courir le
Cei fou le Sanglier, comme
les plus adroits Cavaliers.
de ce qui s'efl passé de plus
consîderable à Fontainebleau
adeupu1is1l.eO3Û1.oAbroeu.jljufqucs
» LE Roy estant parti le
30. de Marly alla couch
r à Petitbourg
,
& le 31.
à Fontainebleau, accompa-
,
gné de Monseigneur le
Duc & de Madame la Duchesse
de Berry
,
des autres
Pinces &PnnccflV$!3 Cour
y a esté tres-nombruse &
tres-magnifique. Il y a capresque
tous les jours chatte
de Cerf
,
duSanglier ou du
Loup
,
trois fois la fClTIJÍnc
Comedie, les autres jours an
a joüé chez Madame la Duchesse
de Berry un fort gros
jeu depuis sept heurcs
soir jusques à dit. Il y avoit
ordinairement douze ou
quinzeCoupeurs, Monseigneur
leDuc& Madamela
Duchesse de Berry, Madame
la Duchesse, Monsieur PE.--
lecteur de Baviere, Monsieur
le Comte de Toulouse
étoient de ce nombre: Il y
a eu deux fois la semaine
pesche des Cormorans &
promenade Royale le long
du Canal. Le Roy menoit
lui-mêmesaCalèche,ainsi
que Madame la Duchesse de
Berry la sienne, qui marchoit
toujours à costé de celle du
Roy, & qui estoit route dorée
,
de même que les harnois
des chevaux. L'habit de
cette Princesseestoit toujour
d'une étoffe fort riche,
& tout couvert de rubis
d'émeraudes, ou de diamanso
Sa coëssure en estoit si remplie,
qu'on peut dire sans
exageration que la vûë en
pouvoic à peine supporter
l'éclat. Ces deux Caléches
estoient entourées de Monseigneur
le Duc de Berry, de
Monsieur le Duc d'Orléans,
de Monsieur le Conue de
Charolois, de Madame .si
Princesse de Conti, de Mademoicelle
de Charolois, de
pbluesmieeunrtsvaêuttureëss Dames superen
habit de
Chasse à cheval
,
de même
que la pluspartdes Seigneurs
de la Cour. Immédiatement
après fuivoicnt plus de cent
Carosses à six & à huit chevaux,
dans lesquels on voyoit
Madame,Madame la Ducheflc
d'Orléans, Madame
la Duchesse
,
Madame la
Princesse de Conti ancienne
Doüairiere, Madame la Princesse
de Conti, Monsieur
l'Electeur de Baviere, Monsieur
le Prince Ragotzi, Mr
le Grand, Mr le Prince de
Vaudemont
j
Mr le Prince
d'Enrichement
,
Mrs les
Cardinaux Gualtieri, de
Rohan & de Polignac, Mrs
le Nonce, Mrsles Ambassadeurs,
Mrs les Envoyez
ou Ministres qui sont en
France, & pluficurs autres
Seigneurs & Dames de la
Cour.
Je n'entreprendray point
la description de la ric hesse
& de la diversité des habits;
il suffit de vous dire que l'imagination
ne peut aller plus
loin, & que les yeux en
estoient ébloüis, & à mesure
que le Roy montoit ou descendoit
, on voyoit deux
gondolestoutes dorées que
des Matelots habillez d'un
gros dma.. bleu avec une
frange d,'or) faisoit suivre
cette Royale Troupe. La
fouledes Spectateurs estoit
tres grande. oLe 7. Sa Majesté donna
Audiance aux Dépurez des
jiratsdc la Province de LangwApç.
, ayans à leur reste
Monsieur le Duc du Maine,
Gouverneur de la Province,
& Mr le Marquis de la Vnl-P
liere, Secrétaired'Etat Mr
l'Evesque de Mande harangua.
Ils allerent en fuite chez
Monseigneur le Duc de Berry.
Le8. jour de la Nativité
de la Vierge, le Roy fit rendre
le Pain bénit al'Eglise Paroissiale
de Fontainebleau par
MMrrl'lAAbbbbéédd'E'EnDtragues, l'un , de ses Aumôniers,en Rochet.
Cet Abbé estoit precedé de
douze Suisses de la Garde qui
portoient six Pains bénits
sur lesquels estoient plusieurs
Banderolles aux Armes de
..f'ance,
ayans à leur reste les
Hauts bois, Trompcttes &
autres Instrumens, & estant
arrivé à I'Eglise, à l'Offertoire,
il allaàl'Offrande renant
un cierge où estoient
- huitdemi Louis d'or. Le même
jour à midy & demi, les
Députez des Etats de Languedoc
curent Audience de
Madame la DuchessedeBerry
,
qui porroit ce jour-là un
habit d'étoffe d'argent chamarré
derubis,de perles&de
diamants. La juppe étoit chamarréeenplein
d'un Point
d'Espagne d'argent, sa coef*
fure estoit toute couverte dè
pierreries. Le Cercle estoit
tres grand ce jour-là, où se
trouva un grand nombre de
Duchesses, &quantité de Seigneurs
&de Dames fuperbcment
vêtuës, & routes brillantes
de pierreries sur leurs
habits & dansleurs coëffures.
L'Evesquede Mandeharang
™:
Le 1 0. Monseigneur le Duc
de Berry fit rendre le Painbenit
par Monsieurl'Abbé
Berard, l'un de ses Aumôniers.
Le même jour le Generaldes
Capucins qui eil venu
faire lavisirede sonOrdreen
France eur Audiance du Roy,
acompngnéde 2 5. Religieux
de son Ordre, ensuite Ill) ut
de Monseigneur le Duc ÔC
de Madame la Duchesse de
Beiry. L'habit decettePrin-r
te..Ífe étoit ce jour-là d'une
étosse d'or avec une garniture
de diamants, dans laquelle
ainsi que dans sa coeffure entroienc
les plus belles pierreries
qu'on puisse voir,le Cercle
étoit des plus beaux, &
les Dames qui le composoit
étoient generalement habillées
ou d'étoffes d'or garnis
d'agréments d'or & d'argent
ou de soye de routes couleurs
brodez, & elles estoient brillantes
de pierreries sur leurs
habits & dans leurs coëffures.
L'Evesque de Mande harangua.
Le Dimanche 17. Madame
la Duchesse de Berry fit
rendre le Pain benit àl'Eglise
Paroissiale de Fontainebleau
par Mr l'Abbé Rouget l'un
de ses Aumoniers, en rochet.
Cet Abbé traversala Cour
des cuisines & la granderuë,
précedé de douze Suisses qui
portoient six Pains, sur les-
-
quels estoient plusieurs banderoles
aux Armes decette
Princesse, à la teste marchoit
plusieurs Haut- bois, Tromperes
& autres Instrumens
qui se firent entendre pendant
toute la marche jusques
mêmedansl'Eglise où ccc
Abbé alla à l'Offrande, tenant
un cierge à la main où
estoient plusieurs demi Louis
d'or: Madame fit faire la
même Ceremonie le 21.jour
de S. Mathieu par Mr l'Abbé
Lagors, un de ses Aumo.
niers,
Le 24- on presenta à l'issuë
de la Messe un homme
au Roy,âgé de cent un an
& huit mois, né en 1612.
au mois de Février, & fait
Capitaine en 1636. comme
il paroist par le Brevet. Le
même jour à midy & demi
Mr de Boiffieux porta la
nouvelle que nous avions forcé
les retranchemens des ennemis
prés Fribourg.
Le a.. Octobre Don Félix
Corneïo, Secrétaire de
l'Ambassade d'Espagne arriva
avec l'agréable nouvelle que
la Reine d'Espagne étoit accouchée
d'un Prince, & le
4. on apprit par un Courier
qu'on avoit ouvert la tranchée
devant Fribourg la nuit
du dernier Septembre au i'
Octobre.
Le 11. le Roy accompagné
de Monseigneur le Duc
&de Madame la Duchcffc de
Bcrry partit de Fontaines
bleau pour aller coucher à
Petit- bourg & le 12 à Versailles:
On peut dire que la
Cour n'a jamais cité ny plus
nombreuse ny plus brillante
& quelle ne s'est jamais
mieux divertie à Fontainebleau.
La Saison qui y a esté
tres belle, & le nombre des
Ecrangers tres- grand. Ils ne
pouvoient se lasser d'admirer
la grandeur dela Cour de
France. Ils estoient charmez
de voir tous les jours Madame
la Duchesse de Berry,
Madame la Princesse de Conti,
MademoiselledeCharollois
& les autres DJHICSvêtuës
en habit de chasse ayans
des just au - corps tous chamarrez
ou brodez d'or &
d'argent, avec des chapeaux
couverts de plumes, courir le
Cei fou le Sanglier, comme
les plus adroits Cavaliers.
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Résumé : RELATION de ce qui s'est passé de plus considérable é Fontainebleau depuis le 31. Aoust jusques au 11. Octobre.
Du 31 mars au 11 octobre, le roi séjourna à Fontainebleau en compagnie de Monseigneur le Duc et de Madame la Duchesse de Berry, ainsi que d'autres princes et princesses de la cour. La cour, très nombreuse et magnifiquement vêtue, se livra à diverses activités quotidiennes telles que des chasses au cerf, au sanglier ou au loup, des représentations de comédie, et des jeux chez Madame la Duchesse de Berry. Des promenades royales en calèche le long du canal étaient également organisées, accompagnées d'une escorte impressionnante de carrosses et de personnalités notables. Le 7 avril, le roi reçut les députés des États de la province de Languedoc. Le 8 avril, à l'occasion de la Nativité de la Vierge, le roi assista à la distribution du pain bénit à l'église paroissiale de Fontainebleau. Le 10 avril, le Duc de Berry organisa une cérémonie similaire et le général des Capucins fut reçu par le roi. Le 17 avril, Madame la Duchesse de Berry fit rendre le pain bénit. Le 24 avril, un homme âgé de cent un ans et huit mois fut présenté au roi. Des nouvelles militaires et diplomatiques furent également annoncées, notamment la prise de Fribourg et la naissance d'un prince en Espagne. Le 11 octobre, le roi quitta Fontainebleau pour Versailles, marquant la fin d'un séjour caractérisé par la grandeur et la brillance de la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 304-331
JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
Début :
Le Roy partit le 29. Aoust de Versailles pour aller coucher [...]
Mots clefs :
Roi, Fontainebleau, Cour, Seigneurs, Cardinal, Duchesse, Dames, Abbé, Électeurs, Chevaux, Duc d'Orléans, Conseil d'État, Cheval, Duchesse de Berry, Cardinal de Rohan, Seigneurs de la Cour, Chasse du cerf, Chasse, Cerf
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
JOURNAL
de ce qui s'est passé àFontaibleau
juſques au 21. Sep.
tembre 1714.
Le Roy partit le 29. Aouſt
de Verſailles pour aller coucher
à Petitbourg. Madame
la Ducheſſe de Berry eſtoit à
ſon côté dans le fonds du
caroſſe. Madame la Ducheſſe ,
& Madame la Princeſſe de
Conti eſtoient ſur le devant.
Je ne feray pas le détail de
Petitbourg ,
GALANT. 305
Petitbourg , ni de la grande
chere que Monfieur le Duc
d'Antin fit au Roy , & à toute
la Cour. Ce Seigneur a
toûjours fait de même lorf
que Sa Majeſté luy a fait l'honneur
d'y aller coucher. Le Roy
partit le 30. aprés avoir entendu
la Meffe , & avoir diné.
Sa Majesté fut eſcortée pendant
le voyage , par les Gardes
du Corps , les Gendarmes
, les Mouſquetaires ,&
Chevaux - Legers , juſqu'à
Fontainebleau , où S. M. arriva
le 30. à cinq heures du ſoir.
Le Vendredy 31. le Roy
Septembre 1714. Cc
306 MERCURE
alla à la chaffe du Cerf. Tous
les Seigneurs , & Dames de la
Cour portoient l'habit du
Cerf. Les Dames veſtuës en
Amazones à cheval ,& celles
qui estoient en caléche , habil-
Jées en Siamoiſes. S. M.revint
debonneheure , & prit ,
aprés avoir changé de linge
une cariole pour aller viſiter
les réparations.
Le Samedy premier Septembre
, il y eut aprés la Mefſe
Conſeil de confcience ,
où le R. P. le Tellier aſſiſta
ſeul , & l'apreſdinée S. M
alla tirer. Ce même jour on
C
GALANT. 307
apprit la mort du Duc de
Beauvillier.
Le Dimanche 2. il y cût
Conſeil d'Etat , l'apreſdinée
promenade Royale le long du
Canal , fur lequel on voyoit
quatre Gondoles ſculptées&
dorées que des Matelots vef
tus de damas bleu , garni de
galons ,& franges d'or , faifoient
monter & deſcendre ,
à meſure que la caléche du
Roy montoit & defcendoit :
cette caléche eſtoit entourée
de tous les Seigneurs de la
Cour à cheval , & fuivie de
plufieurs caroffes à 8 & à 6 .
Ccij
1
308 MERCURE
chevaux. Celuy de Madame
la Princeſſe de Conty fille du
Roy , de Monfieur le Cardinal
de Rohan, & de Monfieur
le Nonce étoient du nombre.
Ily eût auſſi peſche des Cormorans
; & au retour de la
promenade , S. M. apprit à
M. le Duc de Villeroy qu'elle
avoit donné la placede Préſident
du Conſeil des Finances
à M. le Maréchal de Villeroy
fon pere. Lemeſme jourMonfieur
le Duc d'Orleans arriva
à cinqheures de Paris ,&foupa
avecle Roy qui a toûjours
à ſa droite Madame la Dus
GALANT. 309
cheſſe de Berry , à la gauche
Madame. Monfieur le Duc
d'Orleans à coſté de Madame
la Ducheffe de Berry , & Madame
la Duchefle d'Orleans à
coſté de Madame .
Le Lundy troifiéme , il
y eut Conſeil d'Etat , & on
vit ce jour- là tous les Princes
& Seigneurs de la Cour en
habit du Cerf , ainſi que les
Princeſſes , & Dames veſtuës
en Amazones. S. M. alla
l'apreſdînée à la chaſſe du
Cerf , d'où Elle revint fort
tard ,parce qu'on en courut
deux ; M. l'Ambaſſadeur de
310 MERCURE
Sicile , M. le Nonce , M. le
Cardinal de Rohan y allerent
auffi. M. le Cardinal del Giudice
arriva ce ſoir de Paris.
Le Mardy quatriéme il y
cut Conſeil des Finances. Les
neveux de feu M. le Duc
d'Hamilton furent preſentez
au Roy & à Madame la Ducheffe
de Berry pendant ſa
toilette. Le Roy augmenta ce
jour-là les Gardes du Corps
de cette Princeffe de douze :
cette troupe eſt une des plus
belles qu'on puiſſe voir. Ils
font veſtus de drap noir avec
des Brandebourgs d'un galon
GALANT . 311
velouté , & une Bandoliere
brodée d'argent avec unCeinturon
couvert d'un galon
d'argent , ce qui fait untrésbel
effet. Le Cardinal del Giudice
qui avoit receu ordre du
Roy fon Maiſtre de retourner
en Eſpagne , cûr une longue
conference avec le Roy dans
le cabinet ; enſuite il y eût
Conſeil des Finances. Le Roy
alla tirer l'apreſdinée : ce foirlà
au ſoupé du Roy il y cût
les 24. violons,qui joints avec
les baffes de viole , les hautsbois
, flutes douces , & baffons
firentune tres-belle fym
4
312 MERCURE
phonie à cauſe de la veille de
la naiſſance de S. M. M. le
Cardinal delGiudice s'y trouva
, qui voulut embraſſer les
genoux du Roy , lorſqu'il ſe
leva de table ; mais S. M. le
releva , & l'embraſſa. Cette
Eminence étoit allée prendre
congé deMadame la Duchefſe
de Berry , & de Madame
L'apreſdinée , devant partir le
lendemain matin en chaiſe de
poſte pour Madrid.
Le Mercredy 5. il y cut
Conſeil d'Etat , & l'apreſdinée
promenade Royale le long
du Canal. Monfieur le Duc
d'Orleans
GALANT. 313
d'Orleans étoit à cheval àcôté
de la caléche du Roy , ainſi
que tous les Seigneurs de la
Cour. Il y cut grand nombre
de Caroſſes à 8. & à 6. chevaux
tant des Princeſſes que
des Dames de la Cour. Les
Gondoles monterent & defcendirent
ſur le Canal au lieu
ordinaire, & il y eut une tresbelle
pêche des Cormorans.
Le Jeudy fixiéme il y eut
Conſeil d'Etat, & l'apreſdinée
Sa Majeſté alla à la chaſſe du
Cerf , Madame , Monfieur le
Ducd'Orleans, Mademoiselle
de Charollois , Madame la
Septembre 1714. Dd
314 MERCURE
Marquise de Maillebois curent
place dans le Caroffe du
Roy. Madame la Ducheſſe de
Berry alla auſſi ce jour là ſe,
promener dans la Foreft , elle,
fit entrer dans ſon, Caroffe
Mesdames les Marquiſes de,
Mouchi , de Parabere , & de
Pons; elle étoit eſcortée de
ſes Gardes du Corps. Cette
Princeſſe n'aſſiſte àaucun ſpectacle
public à cauſe du duëil.
Le Vendredy ſeptiéme il y
cut Conſeil de confcience. Le
même jour M. le Nonce ,
&Meffieurs les Ambaſſadeurs
de Sicile&d'Hollande allerent
)
GALANT 3
àla toilette de Madame la
Ducheſſe de Berry , où le cercle
fut tres beau. L'apreſdinéc
Sa Majeſté alla tirer, & il y cut
chaffe du Cerfavec l'équipage
de Mr le Ducd'Enguien.
Le Samedy huitième jourde
laNativité de laVierge ,Monfieur
l'Ambaſladeur d'Hollande
, & Mademoiselle ſa
fille allerent à la toilette de
Madame la Ducheſſe deBerry.
Monfieur le Marquis de la
Vrilliere , & Monfieur le
Comte de Pontchartrain y
allerent auſſi faire leur cour.
A 2. heures & demie le Roy
Ddij
316 MERCURE
ſe rendit à la Tribune de la
Chapelle, accompagné de
Madame la Ducheſſe de
Berry , de Madame , & de
Monfieur le Duc d'Orleans
pour y entendre les Veſpres
qui furent chantées par la
muſique. Le Roy s'affit fur un
fauteüil . Madame la Ducheſſe
de Berry étoit aſſiſe auprés de
S. M. enſuite Madame &
Monfieur le Duc d'Orleans
eſtoient de l'autre coſté. Voicy
le nom de ceux qui eurent
l'honneur d'y ettre affis . Sur la
droite du Roy eſtoient affis
M. le Cardinal de Rohan ,
GALANT. 317
Grand Aumônier , M. l'Abbé
deChoiſeul , M. l'Abbé d'Entragues
Aumôniers du Roy ,
& le R. P. le Tellier. Sur la
gauche étoient affis M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouget , & M. l'Abbé Davejan
, Aumôniers de Madame
la Ducheſſe deBerry . M. l'Abbé
de Magnas , M. l'Abbé de
Verthamont , Aumôniers de
Madame y estoient de même
que M. l'Abbé Malet Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Derriere le fauteüil du
Roy eſtoit affis M. le Duc de
Villeroy , Capitaine desGar-
Dd iij
318 MERCURE
des. Derriere Madame la Du
cheffe de Berry , M. le Marquis
de Coetenfo fonChevalier
d'honneur, Madame la
Ducheffe de S. Simon ſa Damed'honneur
, & Madamela
Marquiſe de la Vieuville ſa
Dame d'atours. Derriere Madame
eſtoit affiſe Madame de
Châteautieri ; & derriereMonfieur
le Duc d'Orleans , M.le
Marquis d'Estampes ſon Capitaine
des Gardes. Madame
la Ducheſſe , Madame la Princeſſe
de Conty , & Mademoiſelle
de Charollois estoient
dans une des niches. Le mê
GALANT. 319
me jour S. M. entendit le Salut
à fix heures du foir.
Le Dimanche neuviéme il
y eut Conſeil d'Etat. Mrdame
l'Ambaſſadrice d'Hollande
, &Mademoiselle la fille
allerent à la toilette de Madame
la Ducheffe de Berry
où le cercle étoit rempli des
plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour. Il y eut ce
jour-là promenade Royale ; 11
y avoit plus de 100. carofles
à8. ou à 6 chevaux . Ceux de
Madame la Princeffe de Conti
fille du Roy , de Monfieur le
Nonce , de Monfieur le Car
Ddij
320 MERCURE
dinal de Rohan ; ceux de
M. l'Ambaſſadeur d'Hollande,
dans l'un deſquels il étoit
avec Madame l'Ambaſſadrice,
&Mademoiselle ſa fille aînée,
&dans l'autre le reſte de ſa famille.
Celuy de l'Ambaſſadeur
de Sicile. Il y avoit un
nombre infini d'étrangers qui
conviennent qu'on ne voit
rien dans l'Europe de plus
beau: en effet , rien n'eſt plus
grand que de voirde deſſus le
Tibre , le Roy deſcendre le
long du Canal avec toute ſa
Cour. Il n'eſt point de plus
beau coup d'oeil que cette va
GALANT. 321
rieté : d'un coſté ſur leCanal
quatre Gondoles dorées qui
voltigent ; &de l'autre cemélange
de Seigneurs à cheval ,
de caroffes ,& de peuple. L'Electeur
deBaviere arriva à neuf
heures du foir.
Le Lundy dix l'Electeur en
tendit la Meſſe du Roy ; il y
cut ce matin Conſeil des Depêches
, & l'apreſdinée pour
la premiere fois Conſeil des
Parties. S. M. alla aprés le diné
à la chaſſe du Cerf. Tous
les Princes & Seigneurs portoient
l'habit du Cerf , de
même que les Princeſſes , &
{
322 MERCURE
Jes Dames veltoes en Amazo
nes ,& à cheval. L'Electeur ,
M. le Prince Ragorza , M. Ic
Nonce , Mile Cardinal deRo
han , de même que tous les
Ambaſfadeurs y allerent auffi
avec un nombre infini d'é
trangers : il y avoit plus de
1000. chevaux , dont il yen
avoit 200. de main qui ſont
au Roy , que des Palefreniers
menoient , qui étoient couverrs
de caparaffons toutbro
dez d'or ; il y avoit auffi plus
dedeux cent caroffes ou caléches.
Le Mardy onze il y eut
GALANT. 323
Conſeil des Finances aprés la
Meffe du Roy , & l'apreſdinéc
Confeil d'Etat Les Princesa
lerent avec pluſieurs Seigneurs
à la challe du Sangher.
Le Mercredy douze M. le
Marquis du Luc , fils deM. le
Comte da Luc , Ambaffadeur
en Sulfe , arriva à huit heures
du matin de Bade , & porta la
nouvelle de la ſignature de la
Paix generale. Ce Seigneur ,
aprés le levé du Roy , fut preſenté
par M. le Marquis de
Torcy , & entra avec S. M.
dans le cabinet ; il y eut enfuite
Confeil d'Etat : le même
324 MERCURE
jour M. leDuc d Enguien alla
avec pluſieurs Seigneurs à la
chaffe du Cerf, &le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
L'e Jeudy treize on chanta
à la Meſſe du Roy un motet
de la compofition de M. Dus
buiffon , il y cut Conſeil d'E.
tat, & fymphonie audiné du
Roy , qui alla immediatement
aprés à la chaſſe du Cerf:Madame,
Monſicur le Ducd'Orleans
, Mademoiselle de Charollois
, Meſdames de Maillebois
, de Rupelmonde , & de
S. Germain étoient dans le caroſſe
de S. M. Tous les PrinGALANT.
325
ces ,& Seigneurs de la Cour
yallerent auſſi ; les Princeſſes
&Dames veſtuës en Amazones
à cheval , & celles qui
étoient en caléches en Siamoiſes
. L'Electeur, M. le Cardinal
de Rohan , M. le Prince
Ragotzi , M le Nonce , tous
les Ambaffadeurs & Envoyez
eſtoient du nombre. Ily avoit
plus de 1000. chevaux , fans
compter les caroffes, caléches,
brelines , phaëtons , & guinguettes
ou chaiſes, qui étoient
toutes d'une tres - grande
beauté. Il yavoit plus de 300.
chevaux de main du Royavec
326 MERCURE
des caparallons tout brodez
d'or. On prit deux Cerfs . Au
retour on fit la curée à huit
heures & demic devant S. M.
pendant que 60. ou 80. cors
ſonnoient ,&que 180 chiens
eſtoient aprés le Cerf qu'on
avoit coupé en morceaux ,
tout cela à la lueur de 100.
lambeaux portez par des Palefteniers
qui bordoient toute
l'allée Royale.
Le Vendredy quatorze il y
eur Conſeil de Conſcience.
M. le Cardinal de Rohan
M le Prince de Rohan , M.
le Prince d'Eſpinoy , & M. le
GALANT. 327
Prince de Soubite allerent àla
toilette de Madame la Duchefle
de Berry luy preſenter
àfigner le Contrat de Mariage
de M. le Prince de Soubiſe
avecMademoiselle d' Elpinoy,
que cette Princeffe figna :M..
le Duc deEnguien alla cejourlà
àla chaſſe du Sanglier ; &
on en prit deux ; le Roy alla
tirer l'apreſdinée..
Le Samedy dix huit il y
cut Conſeil des Finances ,M.
le Duc & M. le Comte de
Toulouſe allerent à la chaffe
du Cerf L' preſdinée S. M.
travailla avec M. Voiſin.
4
328 MERCURE
Le Dimanche ſeize ily eut
Conſeil d'Etat. M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Archevêque
de Lyon , M. le Duc
de la Tremoille , M. l'Am-
-baſſadeur de Malthe , allerent,
à la toilettede Madame la Du
cheffe de Berry , où le cercle
des Dames fut des plus brillans
: il y eut Conſeil d'Etat
l'apreſdinée.
Le Lundy dix- ſeptiéme le
Roy prit medecine. M. le
Duc d'Enguien alla à la chaſſe
du Sanglier , il en prit deux ,
il y eut ce jour là Conſeil des
Parties le matin ; & l'aprefdinée
,
GALANC. 329
dinée Conſeil d Etat .
Le Mardy dix huitiéme il
y cut Conſeil des Finances ;
& l'apreſdinée chaſſe du
Cerf. Tous les Princes , Princeffes
, l'Electeur , les Ambaſſadeurs
y allerent auffi ; & au
retour on fit la curée en preſence
du Roy , de l'Electeur ,
de M. le Duc d'Enguien , de
M. le Comte de Charollois ,&
de tous les Seigneurs de la
Cour.
Le Mercredy dix- neuviéme
on chanta à la Meſſe du Roy
un Motetde la compofition
deM. la Loüette : ily eutCon-
Septembre 1714, Ec
330 MERCURE
feil d'Etat , & M. le Maréchal
de Villeroy y entra pour la
premiere fois en qualité de
Miniſtre. Le Roy alla tirer
l'apreſdinée , & à ſon déboté
M. le Maréchal de Villars
arriva de Bade , à qui S. M.
demanda ;fitout estoit fini , oüy
Sire , répondit ce Maréchal
laPaix Generale eft fignée ;
le Prince Eugene m'a aſſuré
qu'Elle feroit durable.
Le Jeudy vingtiéme ily cut
Confeil d'Etat, une tres belle
ſymphonie au dîné du Roy ,
qui alla à la chaſſe du Cerf
demême que l'Electeur , tous
2
2
7
GALANT. 331
lesPrinces,Seigneurs &Dames
de la Cour.
On joue un tres-gros jeu
tous les jours chez l'Electeur .
de ce qui s'est passé àFontaibleau
juſques au 21. Sep.
tembre 1714.
Le Roy partit le 29. Aouſt
de Verſailles pour aller coucher
à Petitbourg. Madame
la Ducheſſe de Berry eſtoit à
ſon côté dans le fonds du
caroſſe. Madame la Ducheſſe ,
& Madame la Princeſſe de
Conti eſtoient ſur le devant.
Je ne feray pas le détail de
Petitbourg ,
GALANT. 305
Petitbourg , ni de la grande
chere que Monfieur le Duc
d'Antin fit au Roy , & à toute
la Cour. Ce Seigneur a
toûjours fait de même lorf
que Sa Majeſté luy a fait l'honneur
d'y aller coucher. Le Roy
partit le 30. aprés avoir entendu
la Meffe , & avoir diné.
Sa Majesté fut eſcortée pendant
le voyage , par les Gardes
du Corps , les Gendarmes
, les Mouſquetaires ,&
Chevaux - Legers , juſqu'à
Fontainebleau , où S. M. arriva
le 30. à cinq heures du ſoir.
Le Vendredy 31. le Roy
Septembre 1714. Cc
306 MERCURE
alla à la chaffe du Cerf. Tous
les Seigneurs , & Dames de la
Cour portoient l'habit du
Cerf. Les Dames veſtuës en
Amazones à cheval ,& celles
qui estoient en caléche , habil-
Jées en Siamoiſes. S. M.revint
debonneheure , & prit ,
aprés avoir changé de linge
une cariole pour aller viſiter
les réparations.
Le Samedy premier Septembre
, il y eut aprés la Mefſe
Conſeil de confcience ,
où le R. P. le Tellier aſſiſta
ſeul , & l'apreſdinée S. M
alla tirer. Ce même jour on
C
GALANT. 307
apprit la mort du Duc de
Beauvillier.
Le Dimanche 2. il y cût
Conſeil d'Etat , l'apreſdinée
promenade Royale le long du
Canal , fur lequel on voyoit
quatre Gondoles ſculptées&
dorées que des Matelots vef
tus de damas bleu , garni de
galons ,& franges d'or , faifoient
monter & deſcendre ,
à meſure que la caléche du
Roy montoit & defcendoit :
cette caléche eſtoit entourée
de tous les Seigneurs de la
Cour à cheval , & fuivie de
plufieurs caroffes à 8 & à 6 .
Ccij
1
308 MERCURE
chevaux. Celuy de Madame
la Princeſſe de Conty fille du
Roy , de Monfieur le Cardinal
de Rohan, & de Monfieur
le Nonce étoient du nombre.
Ily eût auſſi peſche des Cormorans
; & au retour de la
promenade , S. M. apprit à
M. le Duc de Villeroy qu'elle
avoit donné la placede Préſident
du Conſeil des Finances
à M. le Maréchal de Villeroy
fon pere. Lemeſme jourMonfieur
le Duc d'Orleans arriva
à cinqheures de Paris ,&foupa
avecle Roy qui a toûjours
à ſa droite Madame la Dus
GALANT. 309
cheſſe de Berry , à la gauche
Madame. Monfieur le Duc
d'Orleans à coſté de Madame
la Ducheffe de Berry , & Madame
la Duchefle d'Orleans à
coſté de Madame .
Le Lundy troifiéme , il
y eut Conſeil d'Etat , & on
vit ce jour- là tous les Princes
& Seigneurs de la Cour en
habit du Cerf , ainſi que les
Princeſſes , & Dames veſtuës
en Amazones. S. M. alla
l'apreſdînée à la chaſſe du
Cerf , d'où Elle revint fort
tard ,parce qu'on en courut
deux ; M. l'Ambaſſadeur de
310 MERCURE
Sicile , M. le Nonce , M. le
Cardinal de Rohan y allerent
auffi. M. le Cardinal del Giudice
arriva ce ſoir de Paris.
Le Mardy quatriéme il y
cut Conſeil des Finances. Les
neveux de feu M. le Duc
d'Hamilton furent preſentez
au Roy & à Madame la Ducheffe
de Berry pendant ſa
toilette. Le Roy augmenta ce
jour-là les Gardes du Corps
de cette Princeffe de douze :
cette troupe eſt une des plus
belles qu'on puiſſe voir. Ils
font veſtus de drap noir avec
des Brandebourgs d'un galon
GALANT . 311
velouté , & une Bandoliere
brodée d'argent avec unCeinturon
couvert d'un galon
d'argent , ce qui fait untrésbel
effet. Le Cardinal del Giudice
qui avoit receu ordre du
Roy fon Maiſtre de retourner
en Eſpagne , cûr une longue
conference avec le Roy dans
le cabinet ; enſuite il y eût
Conſeil des Finances. Le Roy
alla tirer l'apreſdinée : ce foirlà
au ſoupé du Roy il y cût
les 24. violons,qui joints avec
les baffes de viole , les hautsbois
, flutes douces , & baffons
firentune tres-belle fym
4
312 MERCURE
phonie à cauſe de la veille de
la naiſſance de S. M. M. le
Cardinal delGiudice s'y trouva
, qui voulut embraſſer les
genoux du Roy , lorſqu'il ſe
leva de table ; mais S. M. le
releva , & l'embraſſa. Cette
Eminence étoit allée prendre
congé deMadame la Duchefſe
de Berry , & de Madame
L'apreſdinée , devant partir le
lendemain matin en chaiſe de
poſte pour Madrid.
Le Mercredy 5. il y cut
Conſeil d'Etat , & l'apreſdinée
promenade Royale le long
du Canal. Monfieur le Duc
d'Orleans
GALANT. 313
d'Orleans étoit à cheval àcôté
de la caléche du Roy , ainſi
que tous les Seigneurs de la
Cour. Il y cut grand nombre
de Caroſſes à 8. & à 6. chevaux
tant des Princeſſes que
des Dames de la Cour. Les
Gondoles monterent & defcendirent
ſur le Canal au lieu
ordinaire, & il y eut une tresbelle
pêche des Cormorans.
Le Jeudy fixiéme il y eut
Conſeil d'Etat, & l'apreſdinée
Sa Majeſté alla à la chaſſe du
Cerf , Madame , Monfieur le
Ducd'Orleans, Mademoiselle
de Charollois , Madame la
Septembre 1714. Dd
314 MERCURE
Marquise de Maillebois curent
place dans le Caroffe du
Roy. Madame la Ducheſſe de
Berry alla auſſi ce jour là ſe,
promener dans la Foreft , elle,
fit entrer dans ſon, Caroffe
Mesdames les Marquiſes de,
Mouchi , de Parabere , & de
Pons; elle étoit eſcortée de
ſes Gardes du Corps. Cette
Princeſſe n'aſſiſte àaucun ſpectacle
public à cauſe du duëil.
Le Vendredy ſeptiéme il y
cut Conſeil de confcience. Le
même jour M. le Nonce ,
&Meffieurs les Ambaſſadeurs
de Sicile&d'Hollande allerent
)
GALANT 3
àla toilette de Madame la
Ducheſſe de Berry , où le cercle
fut tres beau. L'apreſdinéc
Sa Majeſté alla tirer, & il y cut
chaffe du Cerfavec l'équipage
de Mr le Ducd'Enguien.
Le Samedy huitième jourde
laNativité de laVierge ,Monfieur
l'Ambaſladeur d'Hollande
, & Mademoiselle ſa
fille allerent à la toilette de
Madame la Ducheſſe deBerry.
Monfieur le Marquis de la
Vrilliere , & Monfieur le
Comte de Pontchartrain y
allerent auſſi faire leur cour.
A 2. heures & demie le Roy
Ddij
316 MERCURE
ſe rendit à la Tribune de la
Chapelle, accompagné de
Madame la Ducheſſe de
Berry , de Madame , & de
Monfieur le Duc d'Orleans
pour y entendre les Veſpres
qui furent chantées par la
muſique. Le Roy s'affit fur un
fauteüil . Madame la Ducheſſe
de Berry étoit aſſiſe auprés de
S. M. enſuite Madame &
Monfieur le Duc d'Orleans
eſtoient de l'autre coſté. Voicy
le nom de ceux qui eurent
l'honneur d'y ettre affis . Sur la
droite du Roy eſtoient affis
M. le Cardinal de Rohan ,
GALANT. 317
Grand Aumônier , M. l'Abbé
deChoiſeul , M. l'Abbé d'Entragues
Aumôniers du Roy ,
& le R. P. le Tellier. Sur la
gauche étoient affis M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouget , & M. l'Abbé Davejan
, Aumôniers de Madame
la Ducheſſe deBerry . M. l'Abbé
de Magnas , M. l'Abbé de
Verthamont , Aumôniers de
Madame y estoient de même
que M. l'Abbé Malet Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Derriere le fauteüil du
Roy eſtoit affis M. le Duc de
Villeroy , Capitaine desGar-
Dd iij
318 MERCURE
des. Derriere Madame la Du
cheffe de Berry , M. le Marquis
de Coetenfo fonChevalier
d'honneur, Madame la
Ducheffe de S. Simon ſa Damed'honneur
, & Madamela
Marquiſe de la Vieuville ſa
Dame d'atours. Derriere Madame
eſtoit affiſe Madame de
Châteautieri ; & derriereMonfieur
le Duc d'Orleans , M.le
Marquis d'Estampes ſon Capitaine
des Gardes. Madame
la Ducheſſe , Madame la Princeſſe
de Conty , & Mademoiſelle
de Charollois estoient
dans une des niches. Le mê
GALANT. 319
me jour S. M. entendit le Salut
à fix heures du foir.
Le Dimanche neuviéme il
y eut Conſeil d'Etat. Mrdame
l'Ambaſſadrice d'Hollande
, &Mademoiselle la fille
allerent à la toilette de Madame
la Ducheffe de Berry
où le cercle étoit rempli des
plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour. Il y eut ce
jour-là promenade Royale ; 11
y avoit plus de 100. carofles
à8. ou à 6 chevaux . Ceux de
Madame la Princeffe de Conti
fille du Roy , de Monfieur le
Nonce , de Monfieur le Car
Ddij
320 MERCURE
dinal de Rohan ; ceux de
M. l'Ambaſſadeur d'Hollande,
dans l'un deſquels il étoit
avec Madame l'Ambaſſadrice,
&Mademoiselle ſa fille aînée,
&dans l'autre le reſte de ſa famille.
Celuy de l'Ambaſſadeur
de Sicile. Il y avoit un
nombre infini d'étrangers qui
conviennent qu'on ne voit
rien dans l'Europe de plus
beau: en effet , rien n'eſt plus
grand que de voirde deſſus le
Tibre , le Roy deſcendre le
long du Canal avec toute ſa
Cour. Il n'eſt point de plus
beau coup d'oeil que cette va
GALANT. 321
rieté : d'un coſté ſur leCanal
quatre Gondoles dorées qui
voltigent ; &de l'autre cemélange
de Seigneurs à cheval ,
de caroffes ,& de peuple. L'Electeur
deBaviere arriva à neuf
heures du foir.
Le Lundy dix l'Electeur en
tendit la Meſſe du Roy ; il y
cut ce matin Conſeil des Depêches
, & l'apreſdinée pour
la premiere fois Conſeil des
Parties. S. M. alla aprés le diné
à la chaſſe du Cerf. Tous
les Princes & Seigneurs portoient
l'habit du Cerf , de
même que les Princeſſes , &
{
322 MERCURE
Jes Dames veltoes en Amazo
nes ,& à cheval. L'Electeur ,
M. le Prince Ragorza , M. Ic
Nonce , Mile Cardinal deRo
han , de même que tous les
Ambaſfadeurs y allerent auffi
avec un nombre infini d'é
trangers : il y avoit plus de
1000. chevaux , dont il yen
avoit 200. de main qui ſont
au Roy , que des Palefreniers
menoient , qui étoient couverrs
de caparaffons toutbro
dez d'or ; il y avoit auffi plus
dedeux cent caroffes ou caléches.
Le Mardy onze il y eut
GALANT. 323
Conſeil des Finances aprés la
Meffe du Roy , & l'apreſdinéc
Confeil d'Etat Les Princesa
lerent avec pluſieurs Seigneurs
à la challe du Sangher.
Le Mercredy douze M. le
Marquis du Luc , fils deM. le
Comte da Luc , Ambaffadeur
en Sulfe , arriva à huit heures
du matin de Bade , & porta la
nouvelle de la ſignature de la
Paix generale. Ce Seigneur ,
aprés le levé du Roy , fut preſenté
par M. le Marquis de
Torcy , & entra avec S. M.
dans le cabinet ; il y eut enfuite
Confeil d'Etat : le même
324 MERCURE
jour M. leDuc d Enguien alla
avec pluſieurs Seigneurs à la
chaffe du Cerf, &le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
L'e Jeudy treize on chanta
à la Meſſe du Roy un motet
de la compofition de M. Dus
buiffon , il y cut Conſeil d'E.
tat, & fymphonie audiné du
Roy , qui alla immediatement
aprés à la chaſſe du Cerf:Madame,
Monſicur le Ducd'Orleans
, Mademoiselle de Charollois
, Meſdames de Maillebois
, de Rupelmonde , & de
S. Germain étoient dans le caroſſe
de S. M. Tous les PrinGALANT.
325
ces ,& Seigneurs de la Cour
yallerent auſſi ; les Princeſſes
&Dames veſtuës en Amazones
à cheval , & celles qui
étoient en caléches en Siamoiſes
. L'Electeur, M. le Cardinal
de Rohan , M. le Prince
Ragotzi , M le Nonce , tous
les Ambaffadeurs & Envoyez
eſtoient du nombre. Ily avoit
plus de 1000. chevaux , fans
compter les caroffes, caléches,
brelines , phaëtons , & guinguettes
ou chaiſes, qui étoient
toutes d'une tres - grande
beauté. Il yavoit plus de 300.
chevaux de main du Royavec
326 MERCURE
des caparallons tout brodez
d'or. On prit deux Cerfs . Au
retour on fit la curée à huit
heures & demic devant S. M.
pendant que 60. ou 80. cors
ſonnoient ,&que 180 chiens
eſtoient aprés le Cerf qu'on
avoit coupé en morceaux ,
tout cela à la lueur de 100.
lambeaux portez par des Palefteniers
qui bordoient toute
l'allée Royale.
Le Vendredy quatorze il y
eur Conſeil de Conſcience.
M. le Cardinal de Rohan
M le Prince de Rohan , M.
le Prince d'Eſpinoy , & M. le
GALANT. 327
Prince de Soubite allerent àla
toilette de Madame la Duchefle
de Berry luy preſenter
àfigner le Contrat de Mariage
de M. le Prince de Soubiſe
avecMademoiselle d' Elpinoy,
que cette Princeffe figna :M..
le Duc deEnguien alla cejourlà
àla chaſſe du Sanglier ; &
on en prit deux ; le Roy alla
tirer l'apreſdinée..
Le Samedy dix huit il y
cut Conſeil des Finances ,M.
le Duc & M. le Comte de
Toulouſe allerent à la chaffe
du Cerf L' preſdinée S. M.
travailla avec M. Voiſin.
4
328 MERCURE
Le Dimanche ſeize ily eut
Conſeil d'Etat. M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Archevêque
de Lyon , M. le Duc
de la Tremoille , M. l'Am-
-baſſadeur de Malthe , allerent,
à la toilettede Madame la Du
cheffe de Berry , où le cercle
des Dames fut des plus brillans
: il y eut Conſeil d'Etat
l'apreſdinée.
Le Lundy dix- ſeptiéme le
Roy prit medecine. M. le
Duc d'Enguien alla à la chaſſe
du Sanglier , il en prit deux ,
il y eut ce jour là Conſeil des
Parties le matin ; & l'aprefdinée
,
GALANC. 329
dinée Conſeil d Etat .
Le Mardy dix huitiéme il
y cut Conſeil des Finances ;
& l'apreſdinée chaſſe du
Cerf. Tous les Princes , Princeffes
, l'Electeur , les Ambaſſadeurs
y allerent auffi ; & au
retour on fit la curée en preſence
du Roy , de l'Electeur ,
de M. le Duc d'Enguien , de
M. le Comte de Charollois ,&
de tous les Seigneurs de la
Cour.
Le Mercredy dix- neuviéme
on chanta à la Meſſe du Roy
un Motetde la compofition
deM. la Loüette : ily eutCon-
Septembre 1714, Ec
330 MERCURE
feil d'Etat , & M. le Maréchal
de Villeroy y entra pour la
premiere fois en qualité de
Miniſtre. Le Roy alla tirer
l'apreſdinée , & à ſon déboté
M. le Maréchal de Villars
arriva de Bade , à qui S. M.
demanda ;fitout estoit fini , oüy
Sire , répondit ce Maréchal
laPaix Generale eft fignée ;
le Prince Eugene m'a aſſuré
qu'Elle feroit durable.
Le Jeudy vingtiéme ily cut
Confeil d'Etat, une tres belle
ſymphonie au dîné du Roy ,
qui alla à la chaſſe du Cerf
demême que l'Electeur , tous
2
2
7
GALANT. 331
lesPrinces,Seigneurs &Dames
de la Cour.
On joue un tres-gros jeu
tous les jours chez l'Electeur .
Fermer
Résumé : JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
Du 29 août au 21 septembre 1714, plusieurs événements significatifs eurent lieu à Fontainebleau. Le roi quitta Versailles le 29 août, accompagné de la Duchesse de Berry, de la Duchesse de Conti et de la Princesse de Conti. À Fontainebleau, le roi s'adonna à diverses activités, notamment des chasses au cerf et des promenades royales le long du canal. Le 1er septembre, le duc de Beauvillier décéda. Le lendemain, le roi nomma le maréchal de Villeroy président du Conseil des Finances. Le 3 septembre, une chasse au cerf se déroula en présence de l'ambassadeur de Sicile, du nonce et du cardinal de Rohan. Le 4 septembre, le roi augmenta les Gardes du Corps de la Duchesse de Berry et reçut les neveux du duc d'Hamilton. Une autre promenade royale eut lieu le 5 septembre. Le 6 septembre, une nouvelle chasse au cerf se tint avec plusieurs membres de la cour. Le 16 septembre, le Duc d'Enguien chassa le sanglier et captura deux bêtes. Le 17 septembre, un conseil des finances se tint, et le Duc d'Enguien ainsi que le Comte de Toulouse allèrent chasser le cerf. Le 18 septembre, plusieurs personnalités assistèrent à la toilette de Madame la Duchesse de Berry. Le 19 septembre, le Duc d'Enguien chassa à nouveau le sanglier. Le 20 septembre, une chasse au cerf se déroula en présence de nombreux princes, princesses, l'Électeur et les ambassadeurs. Le 21 septembre, un motet fut chanté lors de la messe du roi, et le Maréchal de Villeroy fit sa première entrée en tant que ministre. Le Maréchal de Villars arriva de Bade, annonçant la signature de la paix générale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 302-342
SUITE DU JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau.
Début :
Le Jeudy 20. Septembre on chanta un Motet de la [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Princes, Seigneurs, Dames, Princesses, Duchesse, Électeur, Promenade, Cerf, Calèche, Chasse, Calèches, Conseil, Comte, Sanglier, Promenade royale, Trompettes, Cour, Roi, Spectacle
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau.
SUITE DU JOURNAL
de ce qui s'est paffé à Fontainebleau.
Le Jeudy 20. Septembre
on chanta un Motet de la
GALANT. 303
compoſition de M. Lalouëtte ;
ily cut Confeil d'Etat , l'aprefdinée
chaſſe du Cerf, où tous
les Princes , Princeſſes , Scigneurs
,& Dames de la Cour
allerent de même que l'Electeur
,& le Prince Ragotzi ;
au retour de la chaſſe M. le
Ducde Mortemar arriva de
Barcelone qui porta la nouvelle
qu'on avoit attaqué la Place
par ſept endroits , que le
combat avoit commencé à
quatre heures & demie , &
qu'àmidi nous eſtions maiſtres
des deux Baſtions & de la premiere
enceinte ; queles Barce304
MERCURE
i
lenois avoient arboré l'éten
dart blanc , & qu'ils avoient
promis d'envoyer des Orages
à fix heures du ſoir ; qu'il étoit
parti à cette heure là , mais
qu'il ne doutoit pas que la
Place n'eût capitulé , que M.
le Maréchal de Berwickl'avoit
aſſuré qu'il envoyeroit M le
Marquis de Broglio pour porter
les articles de la Capitulation
& le détail de ce qui
s'étoit paflé dans l'ction.
Le Vendredy 21. on chanta
à la Meffe du Roy , un
Moter de la compoſition de
M. de Lalande que El Eteur
entendit ,
:
GALANT. 305
entendit , & qui fut tres- applaudi
; il y eut Conſeil de
Conſcience , le Roy pendant
ſon dîné , fir pluſieurs queftions
à M. le Duc de Mortemar
ſur le Siege de Barcelone ;
Sa Majefte alla enſuite tirer.
Le Samedy 22. il ycutConſeil
des Finances : on courut
le Cerf avec l'équipage de M.
le Duc , & l'apreſdinée il y
eut promenade Royale le
long du Canal . On ne vit
jamais tant de Caroffes., &de
Caléches. Il y en avoit une
ttes-brillante à huit places ,
touredécouverte , où estoient
Octobre 1714. Cc
306 MERCURE
Madamela Duchefle , Madame
la Princeſſe de Conty
Mademoiselle de Charollois ,
& cinq autres Dames ; ily eut
auſſi pêche des Cormorans
avec un concours infini de
monde tant de la Cour que
des Etrangers.
Le Dimanche 23. M. le
Marquis de Broglio arriva de
Catalogne avec_la nouvelle
que Barcelone s'étoit rendu
àdiſcretion avec le Montjouy;
qu'on avoit conſervé la vie
&les biens aux habitans ; il y
cut ce foir-làConſeil d'Etat :
le Roy cut une longue confeGALANT
. 307
rence avec M. Voiſin & M. le
Marquis de Broglio.
Le Lundy 24. ily eut Confeil
des Dépêches le matin ,&
l'apreſdinée Conſeil des Parties
; il y cut auffi chaffe du
Cerf: on vit paſſer devant le
départ du Roy , plus de 300.
chevaux de maindu Roy , fans
compter ceux des Princes :
il yavoit plus de 150. caroffes ,
yavoitplus
caléches , ou brelines . L'Electeur
s'ytrouva de même que
tous les Princes , Princeffes
Seigneurs , & Dames de la
Cour. Ilyavoit pour le moins
1.000. Cavaliers , on courut
د
Ccij
308 MERCURE
deux Cerfs qu'on prit.
Le Mardy 25 on chanta le
Te Deum , en Muſique pendant
la Mefle du Roy , pour
la priſe de Barcelone ; il y cut
Confeil des Finances : on vit
ce jour là quantité de Seigneurs
, & de Dames à la
Toilette de Madame la DOLD
cheſſe de Berry. Il y eut au
diné du Roy une tres belle
Symphonie. M le Duc ,& les
autres Princes allerent à la
chatle du Sangher , on en prit
deux , & S. M. alla tirer; il y
cut le ſoir des feux & des
illuminations au Gouverne.
GALANT. 309.
ment ,l'on tira le Canon , &
quantité de Boëtes; l'aprefdinée
M. le Maréchal de Villars
preſenta au Roy M. le Duc
Daremberg.
: Le Mercredy 26. on chanta
unMotet de la compofition
de M. de Lalande à la
Meſſe du Roy , où l'Electeur
aſſiſta ; il y eut Conſeil d'Etat
&à quatre heuresdu ſoir promenade
Royale le long du
Canal . S. M. y vint dans une
caléche tres - magnifique accompagnée
de tous les Princes
&Seigneurs de la Cour à
cheval. L'Electeur étoit dans
310 MERCURE
une autre caléche découverte
àhuit places avec Madame la
Ducheffe , & fix autresDames.
Madame la Princeſſe deConty
& Mademoiselle de Charollois
, eſtoient auſſi dans une
autre caléche , de même que
1 pluſieurs autres Dames qui
avoient quitté ledeüil ,& qui
menoient elles -mêmes leurs
caléches. On fit pluſieurs fois
le tour duCanal. L'Electeur
Madame la Ducheffe ,& les
autres Dames aprés lepremier
tour defcendirent ,& entrerent
dans une Gondole toute
ſculptée& tapiffée,&couverGALANT.
311
1
te d'un gros damas avec des
franges d'or ; cette Gondole
eſtoit precedée de trois autres
de la même magnificence
fur leſquelles eſtoient les Muficiens
de S. M. avec des vio
lons , baflons , trompettes ,
timballes , & autres inſtrumens
; quand le Choeur de la
Muſique ceffoit de chanter
la Symphonie ſe faifoit entendre
,& quand celle-cy finiſſoit
les trompettes , & timballes
commençoient ; & à meſure
que le Roy , avec ſa Cour ,
montoit & defcendoit , les
Gondoles ſuivoient la caléche
312 MERCURE
du Roy , qui eltoit eſcortée :
de plus de 2 50. caroffes à huit
& à fix chevaux , fans compter
les caléches qui y estoient en
tres grand nombre. Unnombre
infini de peuple qui bordoit
tout le Canal , quoique
tres long , preſentoit à la veuë
du haut de la Caſcade , le
plus beau ſpectacle qu'on y
ait encore veu. Il eſt conſtant
que lesperſonnes qui habitent
la Cour depuis tres- longtemps
, ſoutiennent qu'onn'a
jamais rien veu de ſi magnifique
, auſſi les Etrangers qui y
eſtoient , & qui ont voyagé
dans
GALANT. 315
dans toutes les Cours de
l'Europe , conviennent qu'il
n'ya que la Cour de France
qui puiffe fournir un ſpectacle quip
de cette magnificence. M. lo
*Prince Royal & Electoral de
Saxe arriva ce foir-là.
Le Jeudy 27. ily cut-Confeil
d'Etat , & l'apreſdinée
chaffe du Cerf , l'Electeur y
alla de même que tous les
Princes , Seigneurs , & Dames
de la Cour , il y avoit
plus de 300. chevaux de main
du Roy avec des caparaffons
brodez d'or , on courut deux
Cerfs, le Roy n'en revint qu'à
Octobre 1714. Dd
814 MERCURE
prés de ſept heures. Pendant
le ſoupé M. le Prince Royal
& Electoral de Saxe fils du
Roy dePologne , ſous lenom
deM le Comte de Luface ſe
rendit dans la Chambre du
Roy avec Male Palatin de
Livonie , & pluſieurs autres
Seigneurs Polonois , & Allemans
, il fit fon compliment
à S. M. qui luy répondit tresgracieuſement
; enſuite le
Prince preſenta au Roy tous
des Seigneurs qui l'accompagnoient
, ce fut Madame qui
preſenta au Roy M. leComte
de Luface. C'eſt un Prince
GALANT. 315
dont l'air noble & grand& la
magnificence ſoutiennent parfaitement
l'éclatdu ſang dont
il eſt ſorti.
Vendredy 28. l'Electeur
prit congé du Roy , il y eut
ce ſoir làConſeildeConfcience
, & à midy & demi M. le
Comte de Luſace , accompagné
de M. le Marquis de Torcy,
rendit viſite à Madame la
Ducheſſe de Berry , qu'il complimenta
, il alla auffi chez
Madame , chez M. le Duc
d'Orleans , chez Madame la
Ducheſſe d'Orleans , chez Madame
la Ducheffe , chez tous
L
Ddij
316 MERCURE
Hes Princes , & Princeffes , &
PElecteur de Baviere qui le
retint à diné. Meffieurs les
Princes allerent à la chaffe du
Sanglier ,& le Roy alla tirer.
L'Electeur partieà cinqheures
du foir pour aller coucher à
S.Cloud. ८
"Le Samedy 29. il y eut
Conſeil des Finances , l'aprefdinée
le Roy alla coure le Cerf
avec l'équipage de M. le Duc.
M. leComtede Luface y alla
de même que tous les Princes,
&Princefles , le nombre des
caroffes , caléches , & deschevauxde
mainne futpas moins
ว
GALANT 317
grand que le 28. on courut
deux Cerfs qu'on prit..
Le Dimanche 30. il y cut
Conſeil d'Etat , le Roy alla
tirer l'apreſdinée , & on chanta
aprés les Veſpres le Te
Deum , à la Paroiſſe de Fontainebleau
, au fon des trompettes
, timbales , violons,flutes
douces , & autres inftrumens
, on tira pendant qu'on
le chantoit quantité de Boëtes
pour la priſe de Barcelone,
Le Lundy premier Octobre
il y eut Conſeil des Par
ties , & apreſdinée chaſſe du
Cerf , le Royy alla avec tous
2
*
Dd iij
318 MERCURE
les Princes & Princeſſes ; M. le
Comte de Luface , &M. le
Prince Ragotzi eſtant de la
partie, fanscompter un grand
nombre d'Etrangers de toutes
les Nations , on courut
deux Cerfs qu'on prit.
cuc Le Mardy deux , il y
Conſeil des Finances , M. le
Comte de Luſace ſe trouva
au lever du Roy avec M. le
Palatin de Livonie , & pluſieurs
autres Etrangers , Melfieurs
les Princes allerent à la
chaffe du Cerf, & le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
LeMardy 3. il y eut Con
GALANT. 319
ſeil d'Etat , & l'apreſdinéo
promenade Royale , & pêche
des Cormorans , cette promenade
fut tres- magnifique tant
par le nombre des caroffes ,
carioles , caléches , que par
une affluence prodigieuſe de
perſonnes qui estoient venuës
tant de Paris que de la Campagne;
parce qu'on avoit crû
qu'il y auroit Symphonie , & ya
Muſique ſur le Canal en faveur
de M. le Comtede Luface
qui s'y trouva , de même
que M. le Duc Daremberg ,
tous les Princes ,& Princeſſes ,
Meſſieurs les Cardinaux de
Dd iiij
320 MERCURE
Rohan , & de Polignac , M.
le Nonce , tous les Ambaſſadeurs
, & Envoyez des Cours
Etrangeres.
Le Jeudy 4 il y cut Conſeil
d'Etat , & chaſſe duCerf
apreſdinée , Madame la Du
cheſſe qui n'en manque pas.
une , y alla auffi , elle avoit
dans ſa caléche Madame la.
Maréchale de Villars qui va.
preſque toûjours avec cette
Princeffe.
Le Vendredy s.il y eutConſeil
de Conſcience , chaſſe du
Cerf avec l'équipage de M.
le Duc du Maine. Tous les
GALANT. 3210
Princes & Princeſſes , de même
que tous les Seigneurs& Dames
de la Cour y allerent,il y
avoit plus de 1000 perſonnes,
à cheval , tant de la Cour
qu'Etrangers.
Le Samedy 6. il yeutCon
feil de Finances . On fit dans
la Salle des Suiſſes la repetition
pour la feſte du lende..
main ,tant des voix que de la.
ſymphonie pour tout cc.
qu'on devoir chanter. Cette.
Salle , quoyque tres-grande
étoit ſi remplie de monde ود
qu'on n'y pouvoit tenir. Le
Roy alla tirer l'apreſdinée.
322 MERCURE
!
Le Dimanche 7. il y cut
Conſeild'Etat , &à 4 heures
du ſoir S. M. ſe rendit au Ca
nal dans une caléche magnifique
eſcortée de plus de 200.
Seigneurs à cheval , ſuivie de
plus de 200. carofles à 8. ou
à 6. chevaux , de pluſieurs caléches
découvertes remplies
des Dames , parmi leſquelles
on en voyoit une à 8. places **
dans laquelle estoient Madame
la Princeſſe deConty, Ma--
demoiselle deCharollois,Mef
dames les Marquiſes de Rupelmonde
, de Maillebois , de
S. Germain , de Montforeau ,
GALANT. 323
deChampinelle, de Saucourt.
Madame la Ducheffe , & Madame
la Princeffe de Conty
fille du Roy , eſtoient chacune
dans leurs caroſſes avec plu--
fieurs autres Dames. M. le
Comte de Luface étoit arrivé
un peu auparavant , accompagné
de M. le Duc de Noailles
, de M.le Duc d'Aumont ,
de M. le Maréchal d'Eſtrées ,
& de pluſieurs autres Scigneurs.
Toute cette illuftre
Troupe entra dans uneGondole
ſculptée & dorée , couverte
& tapiffée d'un grosdamas
cramoiſi avecdes franges
324 MERCURE
&du galon d'or tout au tour ;
elle eſtoit fuivie d'une autre
de même , mais couverte &
tapiſſée d'un damas cramoifi
à fleurs d'or , les Marelots
étant vêtus d'un gros damas
bleu ,couverts de galons &
brandebourgs àfranges d'or :
àcoſté de ces deux Gondoles
on en voïoit deux autres plus
grandes de la même magnificence
, dans lefquelles étoient
les Muſiciens ; & entre ces
deux là on en avoit attaché
deux autres ſur lesquelles on
avoit dreffe un Amphitheatre
pour les trompettes , hautGALANT.
1325
1
bois , timballes , & autres
inſtruments : à meſure que le
Roy avec ſa Cour montoit &
deſcendoit , les Gondoles en
faifoient de même ſur le Canal
, qui , quoyqu'il ait 600.
toiſes de longueur , étoitbordé
tout au tour d'un nombre
prodigieux de pouple ; les
Equipages y eltoient tres-ma.
gniques , ceux de tous lesPrinces
, Princeſſes , Cardinaux ,
Ambaſſadeurs & Envoïcz y
eſtoient precedez de leurs Pages
à cheval. Celui de Madame
la Maréchale d'Eſtrées y
eſtoit precedé de 4. de ſes Pa326
MERCURE
ges bien montez , de même
que preſque tous ceuxdes autres
Seigneurs & Dames . On
n'avoit encore rien veu de
plus grand à Fontainebleau :
ceux qui eſtoient audeſſus de
la caſcade ne pouvoient ſe
laffer d'admirer ce ſpectacle.
Le Lundy 8. il y cut Conſeil
des Depêches , & aprefdinée
Conſeil des Parties . Le
Royalla l'apreſdinée courre le
Cerf accompagné de tous les
Princes ,Princeffes , Seigneurs
&Dames de la Cour. La chafſe
ne fut pasmoins nombreu
ſe , nimoins belle que les pre
:
GALANT. 327
cedentes . M. le Comte de Luface
en estoit : cette chaffe
donna beaucoup de plaiſir à
tous ceux qui en étoient , le
Cerf s'étant fait lancer jufqu'à
10. ou 12. fois : le Roy
n'en revint qu'à ſept heures.
M. & Madame la Maréchale
d'Eltrées donnerent un ſoupé
magnifique à M. le Comte de
Luſace , à M. le Palatin de Li-
-vonic,& à pluſieurs Seigneurs
&Dames de la Cour; il y eut
pendant tout le ſoupé muſique&
ſymphonie.
Le Mardy 9. il y eut Confeil
des Finances. M. I Envoyé
328 MERCURE
de Parme fit part au Roy da
Mariage de la Princeſſe de
Parme avec le Roy d'Eſpagne,
il alla à midy & demi , chez
Madame la Ducheffe deBerry
qui eſtoit à ſa Toilette , il étoit
conduit par le ſieurde Saintor,
le Cercle estoit tres-nombreux
, & tres- brillant chez
cette Princeſſe , Meſdames les
Princeffes de Lambefc , de
Rohan , de Monaco , Mefdames
les Ducheſſes de S. Simon
, de la Ferté , d'Eſtrées ,
en eſtoient,de même que plufieurs
autres Dames , cer Envoyé
alla enſuite chez Madame
GALANT. 329
د
me Madame la Ducheffe
d'Orleans , &c . Ce jour-là
pendant le diné du Roy le
Trompette Anglois qui s'étoit
fait admirer le jour de la
promenade , ſonna dans l'Antichambre
de S. M. tous les
Muſiciens avouent que c'eſt
le premier homme du monde
pour fonner de laTrompette.
Le Roy alla tirer l'apreſdinée.
Le Mercredy 10. il y cut
Conſeil d'Etat. M. le Duc du
Maine alla àla chafle du Cerf,
il n'y eut pas de promenade
Royale à caule du mauvais
temps.
Octobre 1714. Ec
را
330 MERCURE
1
Le Jeudy It. il y eutConſeil
d'Etat , &l'apreſdinée le Roy
alla à la chaſſe du Cerf , accompagné
de tous les Princes,
& Princeffes , M. le Comte
de Luface y allaavec pluſieurs
Seigneurs Etrangers , on prit
deux Cerfs , ce foir là M. le
Duc d'Orleans donna un retour
de chaſſe tres exquis , où
il pria M. le Comte de Luſace,
&les Seigneurs de ſa ſuite ,
Meſſieurs les Ducs de Lauzun,
d'Aumont , de Fronſacq , M.
le Maréchal d'Eftrées , M. le
Marquis de Torcy , & plu
ſieurs autres Seigneurs.
GALANT. 331
Le Vendredy 12. il y eut
Conſeil de Conſcience
Papreſdinéele Roy alla tirer.
Le foir à onze heures leChevalier
Caiſſan , dont je ne
vous ay pas encore parlé
quoiqu'il ait toûjours eſté le
premier àtoutes les chaffes &
promenades Royales avec ſon
inſtrument fans pareil, monté
fur un trapon , parut dans la
court ovale , couvert de papier
marbré monté ſur une bouri.
que couverte auffi de papier
marbré , qui avoit ſur ſa tête
deux bois de Cerfs bien attachez&
le Chevalier avoit fur
Ecij
332 MERCURE
la fienne un artifice qui joüa ,
ſcoſt que le Roy , & les Princes
parurent aux feneftres du
Cabinet de Sa Majeſté; mais
la bourique au bruit des fuſées
s'enfuit , ce qui fit rire
tout le monde quiy eſtoit venu
en foule pour le voir. M. le
Chevalier Caiſſan ayant pris
grand ſoin d'en inſtruire le
public , l'Histoire de ſa vie
eſt imprimée depuis cette année
à Verſailles ou à Paris.
Le Samedy 13. il y eutConſeil
des Finances. M. le Duc ,
M. le Duc du Maine , & M.
GALANT.333
*
le Comte de Toulouſe allerent
à la chaſſe du Cerf. Le ſoir
aprés le ſoupé , pendant que .
S. M. eſtoit dans ſon Cabinet
avectous les: Princes , &i
Princeſſes , le Trompette Anglois
ſonna dans l'Antichambre
les plus beaux airs du
monde , il y avoit un autre
Trompette au- deſſus de la
Salledes Suiſſes quiluy répondoit
; mais qui ne l'égaloit
pas.
Le Dimanche 14. il y cut
Conſeild'Etat , le même jour
àcinqheures& demie Madame
la Ducheffe de Berry le
334 MERCURE
rendit àla Tribune de la Chapelle
pour y entendre le Salut ,
accompagnée de M. l'Abbé
de Rouget fon Aumônier.
Madame s'y rendit auſſi à la
même heure accompagnéede
M. l'Abbé de Magnas fon
premier Aumônier , & le Roy
vint à prés de 6. heures accompagné
de M. le Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier ,
& de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier auffi Sitoft
que S. M. fut arrivée , on
commença le Salut qui ne finit
qu'à 7 heures.
Le Lundy 15. le Roy prit
GALANT. 335 $
medecine. Il y eut Conſeil des..
Parties . M.leDuc &Meffieurs
les Princes allerent à la chaffe
du Sanglier , Male Comte de
Toulouſe en tua un Madame
la Ducheſſe d'Orleans partic
ce jour-là dans la Litiere du
Roy portée par 4 Mulets
pour aller coucher à Bretigny
&de- là à Paris. On avoitdref
ſéun lit dans cette Litiere , où
elle estoit couchée à cauſe de
fa groffeffe.
LeMardy 16. ily eutConfeil
des Finances , chaffe du
Cert aprefdinée où tous les
Princes & Princeſſes allerent ,
1
336 MERCURE
les Equipages n'eſtoient past
moins brillants qu'aux chaffes
precedentes: M. le Duc
menoit fa caléche , de même
que M. le Prince de Soubize
la fienne,
LeMercredy 17. M. l'Arvêque
de Vienne prêta fera
ment de fidelité pendant la
Meſſe du Roy, entre lesmains
de S. M. l'apreſdinée on tint
leConſeildes Dépêches qu'on
n'avoit pas pû tenir-le Lundy,
parce que leRoy prit Medecine
ce jour- là , Meffieurs les
Princes allerent à la chaſſe du
Sanglier , Male Dúc du Mai
де
GALANT. 337
ne alla court le Cerf.
Le Jeudy 18. il y eut Confeil
d'Erat , & l'apreſdinée
chaſſe du Cerf Tous les Princes
& Princeſſes y accompapagnerent
le Roy , de même
que M. le Comte de Luface ,
tous les Seigneurs & Dames
de la Cour , on en prit deux ,
le Roy revint de bonne heure
, ſuivi de pluſieurs caléches
& des Princeffes , & Dames
vêtuës en Amazones ,& a cheval.
Le Vendredy 19 il y eut
Confeil de Conſcience. M.
Buis Ambaſſadeurd'Hollande
Octobre 1714 . Ff
1
338 MERCURE
alla à la Toilettede Madame
la Ducheſſe deBerry qui fut
tres nombreuſe , le Roy qui
devoit aller tirer l'apreſdinée
n'y alla pas àcauſe du mauvais
temps.
Le Samedy 20. il y eut
Conſeil des Finances , M. le
Duc ,&M. le Comte de Toulouze
, allerent à la chaſſe du
Sanglier ,M. le Duc du Maine
alla courir le Cerf. Il y eut une
tres-belle Symphonie au diné
du Roy aprés lequel S. M. alla
tirer , le même jour le Roy
declara Meſſieurs les Princes
de Soubize , & d'Epinoy 2
GALANT. 339
Ducs & Pairs .
Le Dimanche 21. il y eut
Confeil d'Etat , M. le Maréchal
de Teſſé , le Prince d'Epinoy
, M. le Duc de la Feüillade
, Madame l'Ambaſſadrice
d'Hollande , & pluſieurs autres
Seigneurs &Dames , allerent
à la Toilette de Madame
la Ducheſſe de Berry , le Roy
ne fortit pas ce jour- là
LeLundy 22. il y eutConſeil
d'Etat , l'apreſdinée le
Roy alla à la chaſſe du Cerf ,
accompagné de tous les Princes
,& Princeſſes , M. le Com.
te de Luface y alla de même
Ffij
340 MERCURE
accompagné de plusieurs Seigneurs
Etrangers , les Dames
estoient auffi à cheval vêtuës
en Amazones , on courut
trois Cerfs qu'on prit , M. le
Comte de Ribeira Ambaſſadeur
de Portugal arriva ce
même jour.
Le Mardy 2 3. M le Comte
deRibeira fut preſenté à S. M.
M.leComte de Luface partit
de Fontainebleau pour Paris ,
ily eut Conſeil des Finances ,
&l'apreſdinée le Roy alla ſe
promener dans les Jardins accompagné
de tous les Seigneurs
de la Cour , M. le
ALANT 341
Duc& M. le Duc du Maine
allerent à la chaſſe du Cerf ,
on en a pris pendant que la
Cour a reſtée icy plus de 60.
LeMecredy 24. leRoy partic
de Fontainebleau , ayant dans
Con carofle Madame la Ducheſſe
de Berry , Madame ,
Madame la Ducheffe , & Mademoifelle
de Charollois. S.
M. eſtoit eſcortée par lesGardes
du Corps , les Gendarmes ,
les Chevaux Legers , & les
deux Compagnies de Moufquetaires
pour aller coucher
à Petit-Bourg , où toute la
Courfut traitée magnifique-
Ffiiy
342 MERCURE
ment , on partic le 25. pour
aller coucher à Verſailles , où
l'on arriva de bonne heure.
Fête fur feſte , la Scene de
celle-cy eſt au Château d'Emery.
de ce qui s'est paffé à Fontainebleau.
Le Jeudy 20. Septembre
on chanta un Motet de la
GALANT. 303
compoſition de M. Lalouëtte ;
ily cut Confeil d'Etat , l'aprefdinée
chaſſe du Cerf, où tous
les Princes , Princeſſes , Scigneurs
,& Dames de la Cour
allerent de même que l'Electeur
,& le Prince Ragotzi ;
au retour de la chaſſe M. le
Ducde Mortemar arriva de
Barcelone qui porta la nouvelle
qu'on avoit attaqué la Place
par ſept endroits , que le
combat avoit commencé à
quatre heures & demie , &
qu'àmidi nous eſtions maiſtres
des deux Baſtions & de la premiere
enceinte ; queles Barce304
MERCURE
i
lenois avoient arboré l'éten
dart blanc , & qu'ils avoient
promis d'envoyer des Orages
à fix heures du ſoir ; qu'il étoit
parti à cette heure là , mais
qu'il ne doutoit pas que la
Place n'eût capitulé , que M.
le Maréchal de Berwickl'avoit
aſſuré qu'il envoyeroit M le
Marquis de Broglio pour porter
les articles de la Capitulation
& le détail de ce qui
s'étoit paflé dans l'ction.
Le Vendredy 21. on chanta
à la Meffe du Roy , un
Moter de la compoſition de
M. de Lalande que El Eteur
entendit ,
:
GALANT. 305
entendit , & qui fut tres- applaudi
; il y eut Conſeil de
Conſcience , le Roy pendant
ſon dîné , fir pluſieurs queftions
à M. le Duc de Mortemar
ſur le Siege de Barcelone ;
Sa Majefte alla enſuite tirer.
Le Samedy 22. il ycutConſeil
des Finances : on courut
le Cerf avec l'équipage de M.
le Duc , & l'apreſdinée il y
eut promenade Royale le
long du Canal . On ne vit
jamais tant de Caroffes., &de
Caléches. Il y en avoit une
ttes-brillante à huit places ,
touredécouverte , où estoient
Octobre 1714. Cc
306 MERCURE
Madamela Duchefle , Madame
la Princeſſe de Conty
Mademoiselle de Charollois ,
& cinq autres Dames ; ily eut
auſſi pêche des Cormorans
avec un concours infini de
monde tant de la Cour que
des Etrangers.
Le Dimanche 23. M. le
Marquis de Broglio arriva de
Catalogne avec_la nouvelle
que Barcelone s'étoit rendu
àdiſcretion avec le Montjouy;
qu'on avoit conſervé la vie
&les biens aux habitans ; il y
cut ce foir-làConſeil d'Etat :
le Roy cut une longue confeGALANT
. 307
rence avec M. Voiſin & M. le
Marquis de Broglio.
Le Lundy 24. ily eut Confeil
des Dépêches le matin ,&
l'apreſdinée Conſeil des Parties
; il y cut auffi chaffe du
Cerf: on vit paſſer devant le
départ du Roy , plus de 300.
chevaux de maindu Roy , fans
compter ceux des Princes :
il yavoit plus de 150. caroffes ,
yavoitplus
caléches , ou brelines . L'Electeur
s'ytrouva de même que
tous les Princes , Princeffes
Seigneurs , & Dames de la
Cour. Ilyavoit pour le moins
1.000. Cavaliers , on courut
د
Ccij
308 MERCURE
deux Cerfs qu'on prit.
Le Mardy 25 on chanta le
Te Deum , en Muſique pendant
la Mefle du Roy , pour
la priſe de Barcelone ; il y cut
Confeil des Finances : on vit
ce jour là quantité de Seigneurs
, & de Dames à la
Toilette de Madame la DOLD
cheſſe de Berry. Il y eut au
diné du Roy une tres belle
Symphonie. M le Duc ,& les
autres Princes allerent à la
chatle du Sangher , on en prit
deux , & S. M. alla tirer; il y
cut le ſoir des feux & des
illuminations au Gouverne.
GALANT. 309.
ment ,l'on tira le Canon , &
quantité de Boëtes; l'aprefdinée
M. le Maréchal de Villars
preſenta au Roy M. le Duc
Daremberg.
: Le Mercredy 26. on chanta
unMotet de la compofition
de M. de Lalande à la
Meſſe du Roy , où l'Electeur
aſſiſta ; il y eut Conſeil d'Etat
&à quatre heuresdu ſoir promenade
Royale le long du
Canal . S. M. y vint dans une
caléche tres - magnifique accompagnée
de tous les Princes
&Seigneurs de la Cour à
cheval. L'Electeur étoit dans
310 MERCURE
une autre caléche découverte
àhuit places avec Madame la
Ducheffe , & fix autresDames.
Madame la Princeſſe deConty
& Mademoiselle de Charollois
, eſtoient auſſi dans une
autre caléche , de même que
1 pluſieurs autres Dames qui
avoient quitté ledeüil ,& qui
menoient elles -mêmes leurs
caléches. On fit pluſieurs fois
le tour duCanal. L'Electeur
Madame la Ducheffe ,& les
autres Dames aprés lepremier
tour defcendirent ,& entrerent
dans une Gondole toute
ſculptée& tapiffée,&couverGALANT.
311
1
te d'un gros damas avec des
franges d'or ; cette Gondole
eſtoit precedée de trois autres
de la même magnificence
fur leſquelles eſtoient les Muficiens
de S. M. avec des vio
lons , baflons , trompettes ,
timballes , & autres inſtrumens
; quand le Choeur de la
Muſique ceffoit de chanter
la Symphonie ſe faifoit entendre
,& quand celle-cy finiſſoit
les trompettes , & timballes
commençoient ; & à meſure
que le Roy , avec ſa Cour ,
montoit & defcendoit , les
Gondoles ſuivoient la caléche
312 MERCURE
du Roy , qui eltoit eſcortée :
de plus de 2 50. caroffes à huit
& à fix chevaux , fans compter
les caléches qui y estoient en
tres grand nombre. Unnombre
infini de peuple qui bordoit
tout le Canal , quoique
tres long , preſentoit à la veuë
du haut de la Caſcade , le
plus beau ſpectacle qu'on y
ait encore veu. Il eſt conſtant
que lesperſonnes qui habitent
la Cour depuis tres- longtemps
, ſoutiennent qu'onn'a
jamais rien veu de ſi magnifique
, auſſi les Etrangers qui y
eſtoient , & qui ont voyagé
dans
GALANT. 315
dans toutes les Cours de
l'Europe , conviennent qu'il
n'ya que la Cour de France
qui puiffe fournir un ſpectacle quip
de cette magnificence. M. lo
*Prince Royal & Electoral de
Saxe arriva ce foir-là.
Le Jeudy 27. ily cut-Confeil
d'Etat , & l'apreſdinée
chaffe du Cerf , l'Electeur y
alla de même que tous les
Princes , Seigneurs , & Dames
de la Cour , il y avoit
plus de 300. chevaux de main
du Roy avec des caparaffons
brodez d'or , on courut deux
Cerfs, le Roy n'en revint qu'à
Octobre 1714. Dd
814 MERCURE
prés de ſept heures. Pendant
le ſoupé M. le Prince Royal
& Electoral de Saxe fils du
Roy dePologne , ſous lenom
deM le Comte de Luface ſe
rendit dans la Chambre du
Roy avec Male Palatin de
Livonie , & pluſieurs autres
Seigneurs Polonois , & Allemans
, il fit fon compliment
à S. M. qui luy répondit tresgracieuſement
; enſuite le
Prince preſenta au Roy tous
des Seigneurs qui l'accompagnoient
, ce fut Madame qui
preſenta au Roy M. leComte
de Luface. C'eſt un Prince
GALANT. 315
dont l'air noble & grand& la
magnificence ſoutiennent parfaitement
l'éclatdu ſang dont
il eſt ſorti.
Vendredy 28. l'Electeur
prit congé du Roy , il y eut
ce ſoir làConſeildeConfcience
, & à midy & demi M. le
Comte de Luſace , accompagné
de M. le Marquis de Torcy,
rendit viſite à Madame la
Ducheſſe de Berry , qu'il complimenta
, il alla auffi chez
Madame , chez M. le Duc
d'Orleans , chez Madame la
Ducheſſe d'Orleans , chez Madame
la Ducheffe , chez tous
L
Ddij
316 MERCURE
Hes Princes , & Princeffes , &
PElecteur de Baviere qui le
retint à diné. Meffieurs les
Princes allerent à la chaffe du
Sanglier ,& le Roy alla tirer.
L'Electeur partieà cinqheures
du foir pour aller coucher à
S.Cloud. ८
"Le Samedy 29. il y eut
Conſeil des Finances , l'aprefdinée
le Roy alla coure le Cerf
avec l'équipage de M. le Duc.
M. leComtede Luface y alla
de même que tous les Princes,
&Princefles , le nombre des
caroffes , caléches , & deschevauxde
mainne futpas moins
ว
GALANT 317
grand que le 28. on courut
deux Cerfs qu'on prit..
Le Dimanche 30. il y cut
Conſeil d'Etat , le Roy alla
tirer l'apreſdinée , & on chanta
aprés les Veſpres le Te
Deum , à la Paroiſſe de Fontainebleau
, au fon des trompettes
, timbales , violons,flutes
douces , & autres inftrumens
, on tira pendant qu'on
le chantoit quantité de Boëtes
pour la priſe de Barcelone,
Le Lundy premier Octobre
il y eut Conſeil des Par
ties , & apreſdinée chaſſe du
Cerf , le Royy alla avec tous
2
*
Dd iij
318 MERCURE
les Princes & Princeſſes ; M. le
Comte de Luface , &M. le
Prince Ragotzi eſtant de la
partie, fanscompter un grand
nombre d'Etrangers de toutes
les Nations , on courut
deux Cerfs qu'on prit.
cuc Le Mardy deux , il y
Conſeil des Finances , M. le
Comte de Luſace ſe trouva
au lever du Roy avec M. le
Palatin de Livonie , & pluſieurs
autres Etrangers , Melfieurs
les Princes allerent à la
chaffe du Cerf, & le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
LeMardy 3. il y eut Con
GALANT. 319
ſeil d'Etat , & l'apreſdinéo
promenade Royale , & pêche
des Cormorans , cette promenade
fut tres- magnifique tant
par le nombre des caroffes ,
carioles , caléches , que par
une affluence prodigieuſe de
perſonnes qui estoient venuës
tant de Paris que de la Campagne;
parce qu'on avoit crû
qu'il y auroit Symphonie , & ya
Muſique ſur le Canal en faveur
de M. le Comtede Luface
qui s'y trouva , de même
que M. le Duc Daremberg ,
tous les Princes ,& Princeſſes ,
Meſſieurs les Cardinaux de
Dd iiij
320 MERCURE
Rohan , & de Polignac , M.
le Nonce , tous les Ambaſſadeurs
, & Envoyez des Cours
Etrangeres.
Le Jeudy 4 il y cut Conſeil
d'Etat , & chaſſe duCerf
apreſdinée , Madame la Du
cheſſe qui n'en manque pas.
une , y alla auffi , elle avoit
dans ſa caléche Madame la.
Maréchale de Villars qui va.
preſque toûjours avec cette
Princeffe.
Le Vendredy s.il y eutConſeil
de Conſcience , chaſſe du
Cerf avec l'équipage de M.
le Duc du Maine. Tous les
GALANT. 3210
Princes & Princeſſes , de même
que tous les Seigneurs& Dames
de la Cour y allerent,il y
avoit plus de 1000 perſonnes,
à cheval , tant de la Cour
qu'Etrangers.
Le Samedy 6. il yeutCon
feil de Finances . On fit dans
la Salle des Suiſſes la repetition
pour la feſte du lende..
main ,tant des voix que de la.
ſymphonie pour tout cc.
qu'on devoir chanter. Cette.
Salle , quoyque tres-grande
étoit ſi remplie de monde ود
qu'on n'y pouvoit tenir. Le
Roy alla tirer l'apreſdinée.
322 MERCURE
!
Le Dimanche 7. il y cut
Conſeild'Etat , &à 4 heures
du ſoir S. M. ſe rendit au Ca
nal dans une caléche magnifique
eſcortée de plus de 200.
Seigneurs à cheval , ſuivie de
plus de 200. carofles à 8. ou
à 6. chevaux , de pluſieurs caléches
découvertes remplies
des Dames , parmi leſquelles
on en voyoit une à 8. places **
dans laquelle estoient Madame
la Princeſſe deConty, Ma--
demoiselle deCharollois,Mef
dames les Marquiſes de Rupelmonde
, de Maillebois , de
S. Germain , de Montforeau ,
GALANT. 323
deChampinelle, de Saucourt.
Madame la Ducheffe , & Madame
la Princeffe de Conty
fille du Roy , eſtoient chacune
dans leurs caroſſes avec plu--
fieurs autres Dames. M. le
Comte de Luface étoit arrivé
un peu auparavant , accompagné
de M. le Duc de Noailles
, de M.le Duc d'Aumont ,
de M. le Maréchal d'Eſtrées ,
& de pluſieurs autres Scigneurs.
Toute cette illuftre
Troupe entra dans uneGondole
ſculptée & dorée , couverte
& tapiffée d'un grosdamas
cramoiſi avecdes franges
324 MERCURE
&du galon d'or tout au tour ;
elle eſtoit fuivie d'une autre
de même , mais couverte &
tapiſſée d'un damas cramoifi
à fleurs d'or , les Marelots
étant vêtus d'un gros damas
bleu ,couverts de galons &
brandebourgs àfranges d'or :
àcoſté de ces deux Gondoles
on en voïoit deux autres plus
grandes de la même magnificence
, dans lefquelles étoient
les Muſiciens ; & entre ces
deux là on en avoit attaché
deux autres ſur lesquelles on
avoit dreffe un Amphitheatre
pour les trompettes , hautGALANT.
1325
1
bois , timballes , & autres
inſtruments : à meſure que le
Roy avec ſa Cour montoit &
deſcendoit , les Gondoles en
faifoient de même ſur le Canal
, qui , quoyqu'il ait 600.
toiſes de longueur , étoitbordé
tout au tour d'un nombre
prodigieux de pouple ; les
Equipages y eltoient tres-ma.
gniques , ceux de tous lesPrinces
, Princeſſes , Cardinaux ,
Ambaſſadeurs & Envoïcz y
eſtoient precedez de leurs Pages
à cheval. Celui de Madame
la Maréchale d'Eſtrées y
eſtoit precedé de 4. de ſes Pa326
MERCURE
ges bien montez , de même
que preſque tous ceuxdes autres
Seigneurs & Dames . On
n'avoit encore rien veu de
plus grand à Fontainebleau :
ceux qui eſtoient audeſſus de
la caſcade ne pouvoient ſe
laffer d'admirer ce ſpectacle.
Le Lundy 8. il y cut Conſeil
des Depêches , & aprefdinée
Conſeil des Parties . Le
Royalla l'apreſdinée courre le
Cerf accompagné de tous les
Princes ,Princeffes , Seigneurs
&Dames de la Cour. La chafſe
ne fut pasmoins nombreu
ſe , nimoins belle que les pre
:
GALANT. 327
cedentes . M. le Comte de Luface
en estoit : cette chaffe
donna beaucoup de plaiſir à
tous ceux qui en étoient , le
Cerf s'étant fait lancer jufqu'à
10. ou 12. fois : le Roy
n'en revint qu'à ſept heures.
M. & Madame la Maréchale
d'Eltrées donnerent un ſoupé
magnifique à M. le Comte de
Luſace , à M. le Palatin de Li-
-vonic,& à pluſieurs Seigneurs
&Dames de la Cour; il y eut
pendant tout le ſoupé muſique&
ſymphonie.
Le Mardy 9. il y eut Confeil
des Finances. M. I Envoyé
328 MERCURE
de Parme fit part au Roy da
Mariage de la Princeſſe de
Parme avec le Roy d'Eſpagne,
il alla à midy & demi , chez
Madame la Ducheffe deBerry
qui eſtoit à ſa Toilette , il étoit
conduit par le ſieurde Saintor,
le Cercle estoit tres-nombreux
, & tres- brillant chez
cette Princeſſe , Meſdames les
Princeffes de Lambefc , de
Rohan , de Monaco , Mefdames
les Ducheſſes de S. Simon
, de la Ferté , d'Eſtrées ,
en eſtoient,de même que plufieurs
autres Dames , cer Envoyé
alla enſuite chez Madame
GALANT. 329
د
me Madame la Ducheffe
d'Orleans , &c . Ce jour-là
pendant le diné du Roy le
Trompette Anglois qui s'étoit
fait admirer le jour de la
promenade , ſonna dans l'Antichambre
de S. M. tous les
Muſiciens avouent que c'eſt
le premier homme du monde
pour fonner de laTrompette.
Le Roy alla tirer l'apreſdinée.
Le Mercredy 10. il y cut
Conſeil d'Etat. M. le Duc du
Maine alla àla chafle du Cerf,
il n'y eut pas de promenade
Royale à caule du mauvais
temps.
Octobre 1714. Ec
را
330 MERCURE
1
Le Jeudy It. il y eutConſeil
d'Etat , &l'apreſdinée le Roy
alla à la chaſſe du Cerf , accompagné
de tous les Princes,
& Princeffes , M. le Comte
de Luface y allaavec pluſieurs
Seigneurs Etrangers , on prit
deux Cerfs , ce foir là M. le
Duc d'Orleans donna un retour
de chaſſe tres exquis , où
il pria M. le Comte de Luſace,
&les Seigneurs de ſa ſuite ,
Meſſieurs les Ducs de Lauzun,
d'Aumont , de Fronſacq , M.
le Maréchal d'Eftrées , M. le
Marquis de Torcy , & plu
ſieurs autres Seigneurs.
GALANT. 331
Le Vendredy 12. il y eut
Conſeil de Conſcience
Papreſdinéele Roy alla tirer.
Le foir à onze heures leChevalier
Caiſſan , dont je ne
vous ay pas encore parlé
quoiqu'il ait toûjours eſté le
premier àtoutes les chaffes &
promenades Royales avec ſon
inſtrument fans pareil, monté
fur un trapon , parut dans la
court ovale , couvert de papier
marbré monté ſur une bouri.
que couverte auffi de papier
marbré , qui avoit ſur ſa tête
deux bois de Cerfs bien attachez&
le Chevalier avoit fur
Ecij
332 MERCURE
la fienne un artifice qui joüa ,
ſcoſt que le Roy , & les Princes
parurent aux feneftres du
Cabinet de Sa Majeſté; mais
la bourique au bruit des fuſées
s'enfuit , ce qui fit rire
tout le monde quiy eſtoit venu
en foule pour le voir. M. le
Chevalier Caiſſan ayant pris
grand ſoin d'en inſtruire le
public , l'Histoire de ſa vie
eſt imprimée depuis cette année
à Verſailles ou à Paris.
Le Samedy 13. il y eutConſeil
des Finances. M. le Duc ,
M. le Duc du Maine , & M.
GALANT.333
*
le Comte de Toulouſe allerent
à la chaſſe du Cerf. Le ſoir
aprés le ſoupé , pendant que .
S. M. eſtoit dans ſon Cabinet
avectous les: Princes , &i
Princeſſes , le Trompette Anglois
ſonna dans l'Antichambre
les plus beaux airs du
monde , il y avoit un autre
Trompette au- deſſus de la
Salledes Suiſſes quiluy répondoit
; mais qui ne l'égaloit
pas.
Le Dimanche 14. il y cut
Conſeild'Etat , le même jour
àcinqheures& demie Madame
la Ducheffe de Berry le
334 MERCURE
rendit àla Tribune de la Chapelle
pour y entendre le Salut ,
accompagnée de M. l'Abbé
de Rouget fon Aumônier.
Madame s'y rendit auſſi à la
même heure accompagnéede
M. l'Abbé de Magnas fon
premier Aumônier , & le Roy
vint à prés de 6. heures accompagné
de M. le Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier ,
& de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier auffi Sitoft
que S. M. fut arrivée , on
commença le Salut qui ne finit
qu'à 7 heures.
Le Lundy 15. le Roy prit
GALANT. 335 $
medecine. Il y eut Conſeil des..
Parties . M.leDuc &Meffieurs
les Princes allerent à la chaffe
du Sanglier , Male Comte de
Toulouſe en tua un Madame
la Ducheſſe d'Orleans partic
ce jour-là dans la Litiere du
Roy portée par 4 Mulets
pour aller coucher à Bretigny
&de- là à Paris. On avoitdref
ſéun lit dans cette Litiere , où
elle estoit couchée à cauſe de
fa groffeffe.
LeMardy 16. ily eutConfeil
des Finances , chaffe du
Cert aprefdinée où tous les
Princes & Princeſſes allerent ,
1
336 MERCURE
les Equipages n'eſtoient past
moins brillants qu'aux chaffes
precedentes: M. le Duc
menoit fa caléche , de même
que M. le Prince de Soubize
la fienne,
LeMercredy 17. M. l'Arvêque
de Vienne prêta fera
ment de fidelité pendant la
Meſſe du Roy, entre lesmains
de S. M. l'apreſdinée on tint
leConſeildes Dépêches qu'on
n'avoit pas pû tenir-le Lundy,
parce que leRoy prit Medecine
ce jour- là , Meffieurs les
Princes allerent à la chaſſe du
Sanglier , Male Dúc du Mai
де
GALANT. 337
ne alla court le Cerf.
Le Jeudy 18. il y eut Confeil
d'Erat , & l'apreſdinée
chaſſe du Cerf Tous les Princes
& Princeſſes y accompapagnerent
le Roy , de même
que M. le Comte de Luface ,
tous les Seigneurs & Dames
de la Cour , on en prit deux ,
le Roy revint de bonne heure
, ſuivi de pluſieurs caléches
& des Princeffes , & Dames
vêtuës en Amazones ,& a cheval.
Le Vendredy 19 il y eut
Confeil de Conſcience. M.
Buis Ambaſſadeurd'Hollande
Octobre 1714 . Ff
1
338 MERCURE
alla à la Toilettede Madame
la Ducheſſe deBerry qui fut
tres nombreuſe , le Roy qui
devoit aller tirer l'apreſdinée
n'y alla pas àcauſe du mauvais
temps.
Le Samedy 20. il y eut
Conſeil des Finances , M. le
Duc ,&M. le Comte de Toulouze
, allerent à la chaſſe du
Sanglier ,M. le Duc du Maine
alla courir le Cerf. Il y eut une
tres-belle Symphonie au diné
du Roy aprés lequel S. M. alla
tirer , le même jour le Roy
declara Meſſieurs les Princes
de Soubize , & d'Epinoy 2
GALANT. 339
Ducs & Pairs .
Le Dimanche 21. il y eut
Confeil d'Etat , M. le Maréchal
de Teſſé , le Prince d'Epinoy
, M. le Duc de la Feüillade
, Madame l'Ambaſſadrice
d'Hollande , & pluſieurs autres
Seigneurs &Dames , allerent
à la Toilette de Madame
la Ducheſſe de Berry , le Roy
ne fortit pas ce jour- là
LeLundy 22. il y eutConſeil
d'Etat , l'apreſdinée le
Roy alla à la chaſſe du Cerf ,
accompagné de tous les Princes
,& Princeſſes , M. le Com.
te de Luface y alla de même
Ffij
340 MERCURE
accompagné de plusieurs Seigneurs
Etrangers , les Dames
estoient auffi à cheval vêtuës
en Amazones , on courut
trois Cerfs qu'on prit , M. le
Comte de Ribeira Ambaſſadeur
de Portugal arriva ce
même jour.
Le Mardy 2 3. M le Comte
deRibeira fut preſenté à S. M.
M.leComte de Luface partit
de Fontainebleau pour Paris ,
ily eut Conſeil des Finances ,
&l'apreſdinée le Roy alla ſe
promener dans les Jardins accompagné
de tous les Seigneurs
de la Cour , M. le
ALANT 341
Duc& M. le Duc du Maine
allerent à la chaſſe du Cerf ,
on en a pris pendant que la
Cour a reſtée icy plus de 60.
LeMecredy 24. leRoy partic
de Fontainebleau , ayant dans
Con carofle Madame la Ducheſſe
de Berry , Madame ,
Madame la Ducheffe , & Mademoifelle
de Charollois. S.
M. eſtoit eſcortée par lesGardes
du Corps , les Gendarmes ,
les Chevaux Legers , & les
deux Compagnies de Moufquetaires
pour aller coucher
à Petit-Bourg , où toute la
Courfut traitée magnifique-
Ffiiy
342 MERCURE
ment , on partic le 25. pour
aller coucher à Verſailles , où
l'on arriva de bonne heure.
Fête fur feſte , la Scene de
celle-cy eſt au Château d'Emery.
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Résumé : SUITE DU JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau.
Du 20 au 27 septembre 1714, plusieurs événements significatifs eurent lieu à la cour de Fontainebleau. Le 20 septembre, un motet de M. Lalouëtte fut interprété, suivi d'un conseil d'État et d'une chasse au cerf. Le Duc de Mortemar annonça l'attaque de Barcelone et la prise de deux bastions. Le 21 septembre, un autre motet de M. de Lalande fut chanté et acclamé lors de la messe royale. Le 23 septembre, le Marquis de Broglio rapporta la reddition de Barcelone. Le 25 septembre, un Te Deum fut célébré pour commémorer cette victoire, accompagné de feux d'artifice et d'illuminations. Du 28 septembre au 7 octobre, le Comte de Luface, fils du roi de Pologne, fut accueilli à la cour. Des chasses au cerf et des promenades royales furent organisées, notamment le 30 septembre pour fêter la prise de Barcelone. Le 7 octobre, le roi se rendit au canal dans une calèche somptueuse, entouré de nombreux seigneurs et dames. Du 8 au 19 octobre, des conseils et des chasses au cerf se poursuivirent, avec des moments marquants comme l'annonce du mariage de la princesse de Parme avec le roi d'Espagne le 9 octobre. Le 19 octobre, l'ambassadeur de Hollande, M. Buis, participa à un conseil de conscience. Le 24 octobre, le roi quitta Fontainebleau pour passer la nuit à Petit-Bourg, et le 25 octobre, la cour se déplaça à Versailles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 5-61
De Lunéville en Lorraine, le 30 May 1717. TROISIEME & DERNIERE Partie, des Mémoires DE M. LE CARDINAL DE RETZ.
Début :
Je vous ay promis, Monsieur, de vous envoyer pour troisiéme & dernier [...]
Mots clefs :
Cardinal de Retz, Gardes, Maréchal, Chevalier, Douleurs, Accident, Domestiques, Gentilhommes, Cardinal, Fièvre, Voyage, Garnison, Vaisseaux, Vatican, Prince, Chasse, Compagnies, Espagne, Combat, Galère, Officiers, Sa Majesté, Imprudence , Capitaine, Gouverneur espagnol, Vérité, Discrétion, Reconnaissance
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texteReconnaissance textuelle : De Lunéville en Lorraine, le 30 May 1717. TROISIEME & DERNIERE Partie, des Mémoires DE M. LE CARDINAL DE RETZ.
De Lanéville en Lorraine
;¡ le30May) 1717.
TKOISIEME& DERNIERE
.- Partie, des Aiémcircs
DEM. LE CARDINAL DI RETZ.
E vous ay promis,Monsieur,
de vous envoyerpour
troisiéme cr dernier Extrait,
des Mémoires du
Card. de Retz
,
fOr. tuafior. du Château
de Nantes, & ses différentes
AvantHresjnfûiifin ;?TI/,,'t-: c,: I:alie
i j'éxécute mapromesse avecjêjer
Je ne doûte pas que cet Extrait né
fasse plaisir avos lecteurs, pérla
variété infinie de -CïrClnjlltnce-s extraordinaires
,
dont. ce imrceâtt d'Histoire est rempli.
Ce qui estextraordinaire,neporoît
possible à ceux qui nesont capables
que de l'ordinaire,qu'aprèsqu'-
ilestarrivé. Tellefutl'évasion du
Cardinal de Retz,, dont il va nousfaire
lui- même la Relation.
Je me sauvai un Samedy 8e d.
Aoust,àcinq heures du soir. La porte
du petit Jardin se refermaaprès
moi-, presque naturellement. Je
descendis, un bâton entre les jambes
,
três-heureusement d'un Bastionqui
avoir 40 pieds de haut.
Un Valet de Chambre qui est encore
àmoy, no limé Fromentin amusames
Gardes en les faisant
boire. Ils s'amuserent eux-mtmes àregarder unJacobin, qui se baignoit
&qui deplus se noyoit. Le
Soldat qui étoit ensentinelle à aopas
tle inoilen un lieud'oùil ne pouvoir
pas me joindre,n'osa me tirer; parce
que, lorsque le lui vis compaqqer
sa mesche
je lui criai que je le
ferois pendre, siil tiroir, & il
avoüa à la qUtftion., qu'il crût sur
cette menace,
que le Maréchal
étoit de concert avec moy Deux
petits Pages;qui se baignoient &
qui me voyoient suspendu à la corde
, crièrent que je me fauvois,
mais ils ne furent pas écouté; parce
que tout le monde s'imagina
qu'ils apeloient les Gardes au secours
du Jacobin, qui se noyoir.
Mes quatre Gentils
- hommes se
trouvèrent à point nommé, au bas
du Ravelin, où ils avoient fait semblant
d'abbreuver leurs chevaux,
comme s'ils eussent voulu aller à
la Chasse. Je fus à cheval moimême
, avant qu'il y eut feu ement
la moindre allarme; & comme
j'avois quarante Relais posés
entre Paris & Nantes;je ferois arrivé
infailliblement à Paris, le
Mardyà la pointe du jour, sans
unaccident quejepuis dire avoir
été le fatal & le décisif du reste
de ma vie. Sitôt queje ensache-
-
val, je pris la route de Maure qui est, , si je ne me trompe, à cinq
lieües de Nantes sur la Rivierei
& où nous étions convenus que
MrdeBrisac &Mr le Chevalier
de Sévigni m'attendroient avec un
bateau pour la passer. La Ralde
Ecuyer
de
Mr de Brisac,qui marchoit
devant moi, me dit qu'ilfalloit
galoper d'abord, pourne pas
donner le tems aux Gardes-du Maréchal
de la Meilleraye, de fermer
la porte d'une petite ru2 du Fauxbourg
où étoit leur quartier, de
par laquelle il faloitnécessairement
passer.J'avois un des meilleurs
chevaux du monde c , qui avoit. hevaux du monMdquiavoit
coûté 1000 écus àMrde Brifac ;
je ne lui abandonnai pas toutefois
la main, parce quele Pavé étoit
trèsmauvais ôctrès glissant : Mais,
un Gentil-homme a moi, nommé
Boisguerin, m'ayant crié de metne
le Pistolet à la main; parce
qu'il voyoit deux Gardes du Maréchal,
qui ne songeoient toutefois,
pas à nous; je l'ymiseffective-
- ment, & le presentant à la tête de
celui qui étoit le plus prés de moi,
pour l'empêcher de se saisirde la
bride de mon cheval, le Soleil qui
étoit encore haut, donna dans la
platine; la reverbetation fit peur
à mon cheval,ilfit un grand furfault,
& il retomba des quatre
pieds : j'en fus quitte pour l'épaule
gauche, quife rompit contre
la borne d'une porte. Un Gentilhomme
à moi,apelé Beauchêne,me
releva, & me remit à cheval; Be
quoique jesouffrisse des douleurs
incroyables, & que je fusse obligé
demetirer lescheveux, pour
m'empêcherdemévanoüir, j'achevai
ma course de cinq lieües,avant
que le grand Maître qui me suivoit
à toute bride, avec tous lescoureurs
de Nantes (au moins si l'on
en veut croire la chanson de Mariaugny
) me pût joindre. Je trouvai lieu destiné M. de Brisac & M.
deSevigniavecleBatteau ; jem'evanoüis
en y entrant; on me fii
revenir en me jectant un verre
d'eau surle visage.Je voulu remonter
à cheval, quand nous eusmes
passé la Riviere; mais lesforces
memanquerent ,& M. de Brissac
fut obligé de me faire mettre
dans une grosse Meule de foin;
& il me laissa avec un Gentilhomme
à moi, appellé Monté,
qui me tenoit entre ses bras. Il emmena
avec lui Joli qui seul avec
Monté, m'avoit pû suivre les
chevaux des autres ayant manqué;
- & il tira droit à Beaupeau,à des-
,
seind'yassemblerlaNoblesse, pour
me venir, tirer de ma Meule de
Foin. Pendant qu'elle se mettra en
état de cela, je me sensobligé de
vous raconter deux outroisactions
particulieresde mes pauvres Domeftiques,
qui ne meritent pas d'-
être oubliées.ParisDocteur de Navarre,
qui avoit donné le ngnal
avec son Chapeau,aux quatre Gentils-
hommes qui me suivirent en
cette occasion, fut trouvé sur 1-e
bord de l'eau par Coulon. Ecuyer
du Maréchal, qui le prit,enlui
donnant même quelques gourmades.
le Docteur ne perdit point
le jugement ; ildit à Coulon &
d'un ton niais & Normand,je le
diray à M. le Maréchal, que vous
vous amusez à battre un pauvre
Prêtre,parce que vous n'osés vous
prendre à M. Le Cardinal, qui a
de bonsPistoletsàl'arsonde saSelle.
Coulon prit cela pourbon ,&
il lui demandaoù j'étois.Ne le
voyez vous pas, dit le Doaeur,
qui entre dansce Village. Vous
remarquerez,s'il vous plaît, qu'-
il m'avoit vû'passer l'eau, &il me
sauva ainsi. Il faut avoüer que
cette presenced'esprit n'est pas
commune. En voici une de coeur
qui n'est pas moindre. Celui pour
qui le Docteur voulut me faire paffer
, quand il dit à Coulon que
j'entrois dans un Village qu'il lui
montroit, étoit ce Beauchesne dont je vousayparlé cy-devant,,
dont le cheval étoit outré & qui
n'avoit pas pû me suivre. Coulon
le prenanrpourmoi
, courût à lui,
& comme il le voïoit {»£rtemipar
beaucoup de Cavaliers qui étoient
prests à le joindre
, ill'aborda,le
Pistolet à la main. Beauchesne
s'arrêta sur eux en la même posture,
&ileût la fermeté de s'apercevoir
dans cet inilant, qu'il
y avoit un Bâteau à dix où douze
pas de lui, il se jetta dedans, pensant
qu'il arrêteroit Coulon, en
lui montrant un deses Pistolets ;
& il mit l'autre à la the du Batelier
: sa résolution ne le fauva pas
seulement, mais elle contribua
à me faire sauver moi-même;parce
que le Grand Maître ne trouvant
plusceBateau,futobligé d'-
aller passer l'eau beaucoup plus
bas.Je reviens à ma Meule de Foi..
Je demeurai caché plusdey heures,
avec une incommoditéque je
ne puis vous exprimer, j'avois l'épaule
rompuë & demise, j'yavois
une contusion terrible: la fiévre
me prit sur les neufheures du foir.
L'altération
L'altération qu'elle me dÕnoir,éroit
encore cruellement augmentée par
la chaleur du soinnouveau. Qiioique
je fusse sur le bord de la Riviere
,
je n'osois boire, parceque,
si nous fussions sortisde la Meule,
Afoate& moi ,nous rreuflîcns eu
fcuConne pour raccommoder le
soinqui eut paru remué, & qui
,
eut donné lieu par conséquent,
a ceux qui couroient aprés moi, de foüiller. Nous n'entendions
cjue des Cavaliers qui passoient à
droite Jk à gauche, nous reconnûmes
même Coulon à la VOIX.
L'incommodité de la fois éft incroyable
Se inconcevable à qui ne
l'a pas éprouvée. Mr de Roise Saint
Offrange Homme de qualité du
Païs, que Mr de Brissac avoit averti
en passantchez lui, vint,sur
les deux heures après minuit
, me
prendre dans cette meule de foin:
Après qu'ileutremarqué qu'il n'y
avoir plus de Cavalerie aux ..environs,
il me mitsur une civiere
à fumier, & ilme fit porter par
deuxPaïsans dans la granged'unemaison
qui étoità lui,à une
lieuë de là: Il m'y ensevelit encore
dans le foin; mais, comme j'y avois de quoi boite, je m'y
trouvai mêmedélicieusement. Mr
& Mde de Brissacm'y vinrent prendre
au bout de sept ouhuit heures,
avec quinze ou vingt chevaux,
JSc ils me menerent à Beaupreau
où je trouvai l'Abbé de Bellebat,
qui les y étoit venu voir,& où je ne
demeurai qu'une nuit, juia
ce que la Noblesse y fut aQemblee.
Mr deBrissac étoitfort aimé dans
tout le Païs, & il mitensemble
dans ce peu de tems, plus de iqo
Gentils-Hommes.Mrde Retz qui
l'étoitencore plus dansson Quartier,
le joignit à quatre lieuës de
là avec 300. Nous pâfïameç presque
à la vûë de Nantes, d'où
quelques Gardes du Maréchal
forrirent pour escarmoucher. Ils
furent repoussés vigoureusement
jusques dans la Barriere. Nous
surriy.âmes à MlJchecoHJ
,
qui est
dans le Païs de Retz, avec toute
forte de sûreté. Mde de Brissac
se porta en Héroïne dans tout le
cours de cette Action. Mr & Mdc
de Retz au contraire, mouroient
de peur du Maréchal de la Meilleraye
, qui enragé qu'il étoit de
mon évasion ,& encore plus de ce
qu'il avoir été abandonné de toute
la Noblesse,menaçoit de mettre
tout le Païs de Retz à feu & à
forç. Leur frayeur alla jusqu'au
point de s'imaginer ou de vouloir
faire croire, que mon mal n'étoit
que délicatesse
,
qu'il n'y avoit
rien de démis, & que j'en
-
serois
- quitte pour une contusion. Le
Chirurgienaffidé de Mr de Retz
ledisoit à qui le vouloit entendre;
& qu'il étoit bien rude que j'exposasse
pour une délicatesse, toute
ma Maison
, qui alloitêtre investie
au premier jour dans Machecoul.
J'éroiscependant dans mon lit oùjesentois des douleurs , incroyables
, & où je ne pouvois pas
feulement me tourner. Tous ces
discoursm'impatienterentaupoint,
que je pris la résolution de quitter
tous ces sons-la
,
& deme
- jetter dans BeUe-JJU5 où jepourois
au moins me faire transporter
par Mer. Le trajet étoit fort délicat
, parce que MrleMaréchal
de la Meillerayeavoit fait prendre
les armes à toute la Côte. Je ne
laissaipas delehazarder;je m'embarquai
au Port de la Roche
,
qui
n'est qu'à une petite demi-lieuë
de Machecoul
,
sur une Chaloupe
que Giselaye Capitainede Vaisseau
, bon-homme deMer, voulut
piloter lui-même. Le tems nous
obligea demoüiller, & d'êtredécouverts
par une Chaloupe qui
nous vint reconnoîtrela nuit. La
Giselayequisçavoit la Langue&
le Païs, s'en démefla fort bien,
Nous nous remîmes à la voileà
la pointe du jour, & nous découvrîmes
quelque tems aprés, une
Barque longue de Biscayens, qui
nous donnerent la chasse. Nous
iaprudes à la considération de M~
de Brissac,qui n'eut pas pris plaisir
d'être mené en Espagne
, parce
qu'il ne se sauvoit pas de Prison,
comme moi, & que l'on eut pû
par conséquent, lui tourner à crime,
ce voyage. Comme la Barque
longuefaisoitforcede vent sur nous,
& que même elle nous le gagnoit,
nous crûmes que nous ne ferions
que mieux, de nous jetter à terre, dansl'IsledeRhé. La Barque fit
quelque mine de nous y Cuivre;
elle borda assés long - tems à nôtre
vûë
,
après quoi elle reprit la Mer.
Nous nous remîmes la nuit, &
nous arrivâmes à Belle-Isle, à la
pointe du jour. Je souffris tout ce
que l'on peut souffrir dans ce tra-
~er, & j'û besoin de toute la force
de ma constitutions, pour deffendre
& sauver de la Gangrenne ,
une contusion aussi grande que
-
la mienne. & à laquelle je n'appliquai
jamais d'autres remedes,
que du sel & du vinaigre. Je ne
trouvai pas à Belle-Isle le même
<légoôt qu'à Machecoul ; mais,
je n'y trouvai pas dans le fond
beaucoup plus de fermeté. L'on
s'imagina au Païs de Retz, que
le Commandeur de Nenfchaise
qui étoit à la Rochelle, avoir ordre
au premier jour, de m'investir
dans Belle-Isle; l'on y apprit
que le Maréchal faisoit appareiller
douze Barques longues à
Nantes. Ces avis étoient bons 6c
véritables, mais il s'en falloit
bien qu'ils fussent si pressans qu'on
lescroyoit: Il falloit du tems pour
les rendre tels, &plus qu'il n'en
eut salu pour me remettre. La
frayeur qui étoit à Machecoul,
inspira del'indispositionàBellelUe
; &je commençai à m'enappercevoir,
en ce qu'on commença
à croireque jen'avois pas en
effet l'épauledémise, & que la
douleur que jerecevois de ma
comtusion
,
faisoit que je m'imaginois
quemon mal étoit plus
grand qu'il ne l'étoit en effet.
On ne sauroit croire le chagrin
que l'on ade ces fortes de murmures,
quand l'on sent qu'ilssont
injustes : Ce qui est vrai, est que
cechagrin change bien-tôt de nature
, parce que l'on n'est pas longtems
sans s'appercevoir qu'ils
ne font que les effets
, ou de la
frayeur, ou de lalassitude. Il entroit
de l'un & de l'autre dans
ceux, dont je vous parlerai en ce
lieu. Le Chevalier de Sevigni
homme de , coeur, mais interessé
craignoit , que l'on ne lui rasât sa
maison
, & Mr de Brissac qui
croyoitavoir suffisamment réparé
laparesse
,
pltirô: que la foiblesse
qu'il avoit témoignéedans le cours
de ma Prison
,
étoit bienaise de
finir
, & de ne point exposer son
repos à une agitation, à laquelle
on nevoyoit plus de fin.
Je n'avois pas moins d'impatience
qu'eux ,
de les voir hors d'une affaire
,
à laquelle ils n'etoient engagez
que pourl'amour de moi.
La difference est, que je ne croyois
pas le péril si present , ni
pour eux ni pour moi, que je ne
pusse au moins,àmon sens,prendre
le tems, & de me faire traiter,
& de me pourvoir d'un Bâtiment
raisonnable, pour naviguer.
Ils me voulurent persuader
de passer en Hollande sur un Vaisseau
de Hambourg, qui étoit à la
rade,&je ne crû pas que je dusse
confier ma personne à un Inconnu
quimeconnoissoit &qui pouvoit
me mener à Nantes, comme
en Hollande.Jeleurproposai de
me faire venir une barque de Corfaire
de Biscaïe,qui étoit moüilléeà
nôtre vuë, à la pointe de
l'I~Ie,- & ils appréhenderent de
se criminaliser par ce coriirnerce
avec les Espagnols; tant fut pro- cédé, que jem'impatientai de toutes
les allarmesque l'on prenoit
Scqws-l'on vouloir prendre à tons
siometis, é^què' je-m'ehibaf^uai
suruneBarque 'cfePejcftehrs-, où
il n'yavoitque cinq Mariniers, de
Belle-Isle
, Jolj
,
deux Gentilshommes
à moi
,
dont run s'appeloit
Boisgurin& &dlé, -& un Vakt
- de Chambre que'mon frere
m'avoit prêté. La Barque étoit
chargée de Sardines; cc qui nous
vint assés à propos , parce que nous
n'avions que fortpeud'argent.
Mon frere m'en avoit envoyé,
mais l'homme qui le portoit , avoit
été arrêté par les Gardes.
Coste son beau - pere ,
n'avoit
pas eu l'honêteté de m'en offrir:
Mr de Brissac me prêta80 Piiloles
, &celui qui commandoit dans
Belle-Isle., 40.Nousquittâmes
nus habits, nous prîmes deméchans
haillons de quelques Soldats
de la Garnison
, & nous nous
mîmes à la rame,à l'entrée de la
nuit, à dessein de prendre la route
deSaint Sebastien
,
dans le Quip-
uftoa. Ce n'est pas qu'elle ne
futassés longue pour unbâtiement ,
de cette nature; mais c'étoit le
lieu leplus procheoù je ponvois
aborder avec fûreté. Nous eûmes
un fort gros tems, toute la nuit; ilcalma à la pointe du jour, mais
ce calme ne nous donna pas beaucoup
d-e joye ; parce que nôè%tre
Boussolle qui étoit unique, tomba
dans la Mer,parje nesçai quel
accident. Nos Mariniers qui
se trouverent fore étonnés & qui d'ailleurs étoient fort,
ignorans
, ne sçavoient où ils
croient,& ne prirent de route, que ceJle qu'un Vaisseau qui nous donna la chasse, nous força de
rcoiut,rqir.uI'lisl reconnurent àsongaba- étoitTurc&deSalé.Comme
il broüilla ses voiles sur lesoir,
nous jugeâmes qu'il craignoit la
terre,&que par consequent nous - n'en pouvionsêtreloing. De pe- titsoiséaux,qui venoient se per- cher sur notre Mât, nous le marquoient
d'aillieursassez. La question
étoit, quelle terre ce pouvoir
etJ»-, car nous craignions
autant celle deFrance, quecel.
ledes Turcs. Nous bordâmes toute
la nuit dans cette incertitude,
nous y demeurâmestoutle lendemain
; & un Vaisseau dont nous
nous voulûmes aprocher, pour
nous en éclaircir, nous tira pour
toute réponse, trois voilées decanon.
Nous avions fort peu d'eaii
& nous aprehendions d'être charges
en cet endroit par un gros
tems ,
auquel il y avoir déja quelque
apparence. La nuit fut assez
douce:Nous aperçûmes àla pointeuu
jour,une chaloupeà la Mer,
&nous nous en approchâmes avec
beaucoup de peine, parce qu'elle
apprehendoitque nous ne fussions
Corsaires. Nous parlâmes Espagnol
& François, à trois hommes
qui étoient dedans,&ils n'entendoient
ni l'une,ni l'autre Langue.
L'un d'eux se mit à crier SanSebastian
, pour nous donner à connoître
qu'ils en étoient. Nous lui
montrâmesde l'argent, & nous
lui repondîmes- San Sebastian,
pour lui faire connaître que c'étoit-
là où nous voulions aller: Il
se mit dans nôtre Barque
, & il
nous y conduisit; ce qui lui fut fort
aisé, parce que nous n'enétions
pas bien loing. Nous ne fûmes pas
plutôt arrivez, que l'on nous demanda
nôtre Charte.CetteCharte „
est si nécessaire à la Mer, que
tout homme qui navige sans l'avoir,
est pendable sans autre forme
de procés. Le .PJtEPn de nôtre
Barque n'avoit pas fait cette réflexion
, croyant que je n'en avois
pas besoin. Le défaut de ce Papier,
joint aux méchans habits,que nous
avions
,
obligea les Gardes du
Port de nous dire, que nous avions
la mine d'être pendu, le lendemain;
mais nous leur répondîmes
quenous étions connus de Mr le
Baron de Vc.tevdlc qui étoit au
partage,&qui d'abord,jugea par
ces habits tpus déchirez, que
j'étois un Imposteur. ll'r.e le témoigna
pourtant pas àtout hazard
, & il vint me voir dés le
lendemain à mon hôtellerie. Il
mefit un fort long compliment,
mais embarassé, & d'un homme
qui avoit accoûtumé au poste où
il étoit, de voir souvent des trompeurs.
Ce qui commençaàl'assû-
Ler
rer ,
fut l'arrivée de Beduchesne
que j'avois dépêché de Beaupreau,
a Par ,
& que mes amis me
renvoyerent en diligence, aussitôt
que je m'étois embarqué pour
Saint Sebastien. ille trouva si bien
informé des nouvelles, qu'il eut
lieu de croire ,
qu'il n'étoit pas
un Courier supposé, & il l'en
trouva même beaucoup mieux instruit,
qu'il ne souhaitoit; car, ce
futlui qui lui apprit que l'Armée
de France avoit forcé celle d'£k
pagne dans les lignes d'Arras
& , cet avis que Mr de Vateville
fitpasser en diligence à Madrid,
fut le premier que l'on y ût de
cette défaite. Beauchesne me l'apporta
avec une diligence incroyable,
sur une Frégate de Corsaire
Biscain
,
qu'il trouva à la pointe
de Belle-lsle,&qui fut ravie de
se charger de sa personne & de
son passage
,
sçachant qu'il me venoit
chercher à Saint Sebastien.
Mes amis me l'envoyerent, pour m'exhorter à prendre le chemin
de Rome, plûtôt que celui de
Jlfeztiere
,
où ils appréhendoient
que je voulusse me jetter. Cet avis
étoit certainement Le plus sage,
mais il n'a pas été le plus hûreux
par l'événement. Je le suivis sans
hésiter
,
quoique ce ne fut pas
sans peine. Je connoissoisassés la
Cour de Rome, pour sçavoir que
le poste d'un Réfugié&d'un Suppliant
n'y est pas agréable,&mon
coeur qui étoit piqué au jeu contre
le Cardinal Mazarin,étoit plein
de mouvemens qui m'eussent
porté avec plus de gayeté, dans les
lieux, où j'eusse pû donner un
çhâmp plus libre à mon ressentiment.
Le conseil de mes amis
l'emportasurmesvues : Ils merepresenterentque
l'azile naturel
d'un Cardinal& d'un Evêque persecuté,
étoit leVatican ; Mais il y a
des rems dans lesquelsil n'est pas
malaisédeprévoir,que ce qui devroit
servir d'azile,peutfacillement
devenir un lieu d'exil. Je le
previs & je le choisis ; & quelque
évenement que ce choix ait ÛJ je
ne m'en suis jamais repenti, parce
qu'il eût pour principe, la déférence
que je rendis au conseil
de ceux à qui j'avoisobligation. Je
l'estimerois d'avantage, s'il avoit
étél'effet de ma moderation & du
désirde m'employer à mon rétablissement
par les voyes Ecclesiastiques.
Il ne tint pas auxEspagnols
que jene prisse un autre parti. Ausfirôt
que Mr de Vateville m'ût
reconnu pour le Cardinal de Retz,
ce qu'il fit en huit ou dix heures,
& par les circonstances que je vous
ai marquées, & par un Secrétaire
Bourdelois qu'il avoit, qui m'avoit
vû àParis plusieurs fois; il me
mena chez lui dans un Apartement
qui étoit au plus haut étage, & m'y
tint si couvert, que quoique M. le
Maréchal de Grammont qui n'étoit
qu'à3lieuës deSaint Sebastien,eût
donné avis à la Cour par un Courier
exprès, que j'y étois arrivé,il
fut trompé lui-même le jour suivant,
au point d'en dépêcher lift
autre, pour s'en dédire. Je fus trois
femaities dans un lit sans pouvoir
me remettre, & le Chirurgien du
Baron de Vateville qui étoit fort
capable, ne voulut pas entreprendre
de me traiter, parce qu'il étoit
trop tard. J'avois l'Epaule absolument
démise, & il me condamna
à être estropié pour tout le reste de
ma vie. J'envoyai Boisguerin au
Roi d'Espagne
,
auquel j'écrivis,
pour le prier de me permettre de
passer par ses Etats pour aller à
Rome. Ce Gentilhomme fut reçû
de Sa Majesté Catholique & de
Don Louis de Haro, audelà de
toutceque je puis vous en exprimer.
On le dépêcha dès lelendemain
; on lui donna une chaîne de
Soo. écus;on m'envoya une litiere
du Corps, & on me dépêcha en
diligence. Don ChristovaldeChassambonAllemand,
mais espagnolif!,
& Secretaire des Langues,
tres-consideré de Don Loiiis. Il
n'y a pointd'effort que ce secretaire
ne fit pour m'obligerd'aller à
Madrid. Je m'en défendis par
l'inutilité dont ce voyage Seroit au
service de Sa Majesté Catholique,
& par l'avantage que mes ennemis
eh prendraient contre moi. L'onne
comprenoit pas ces raisons , qui étoient pourtant, comme vous
voyez, assés bonnes: & comme,
je m'enétonnois, Vateville. qui
en presence du Secretaire , avoit
été de son avis, même avec vehemence
, me dit: Ce voyagecoûtevoit
50000. écus au Ra & peutêtre
à vous l'Archevêché, il neseroit
bon à rieii, ô, cependantilfaut
que je parle comme lut, ouje serois
brouillé à la Cour. Nous agissons
sur le pied de Philippe Il quf avoit
pour maxime, d'engagertoujours les
Étrangers pardesdémonflrationspu»
bliques. Cetteparoleestconsiderable,
& je l'ai moi-même appliquée plus
d'une fois en faisantrefléxionsur laconduiteduConseild'Espagne.il
m'aparuen plus d'une occasîon, qj'd
poêpcihneiâaturteantparl'attachement trop1 ,qu'ilaàsesmaximesgé~
r.érales,ejne l'on pêche en France
parlemépris que l'on fait cir d*sgénérales
&-desparti-culitres.
Quand D. Christoval vit, qu'il
ne pouvoit pas me persuader d'aller
à Madrid , il n'oublia rien
pour m'obliger a m'embarquer
sur une Fregate de Dmkfrquey
qui étoit à S. Sebastien > &
H me fit des offresimmenses en
cas que je voulusse aller en Flandres,
traiter avec M1le PRINCE,
me déclarer avec Mex,iere, Charleville,&
le Mont-Olimpe. Il
avoit raison de me proposer ce
party quiétoit en effet au service
du Roy son Maître. Vous avez
vu celle que j'ù de ne le pas acceprer.
Ce qui fut très honnête,
est que tous mes refus n'empechèrent
pas qu'il ne me fit apporter
un petit coffre de velours,
dans lequel il y avoit 4000écus
en piéces de quatre. Je ne crû
pas les devoir recevoir, ne faisant
rien pour le service du Roy
Catholique; je m'enexeusai sur
ce titre avec tout le respect que
je devois : Et comme je n'avois,
pour moi, 8c pour les miens,
ni linge, ni habits,& que les 400.
écus que je tirai de la vente de
mes Sardines,furent presque consommez
,en ce que je donnai aux
gens de Mr de Vateville ; jele
priai de me donner 400 pistoles,
dont je lui fis ma promesse , de
que je lui ai renduës depuis. Apres
que je me fus un peu rérabli, je
partis de Saint Sebnftiem & je pris
la route de velence pour m'embarquer
à Vinaros, où Don Christoval
me promit que Donluan d'-
Autriche
,
qui étoit à Barcelonne.
m'envoyeroit une Fregatte & une
Galere. le passai dans une Litiere
du corps du Roy d'Espagne»
toute la Navarre, fous le nom de
Marquis de S. Florent, & sousla
conduite d'un Maître d'Hôtel de
Vateville,qui disoit que j'estois un
Gentil-homme de Bourgogne, qui
-
alloit servir le Roy dansleMilanois.
Comme j'arrivai à Tudelle ,
Ville assez considerable au det& ,1
de Pampelune, je trouvai le Peuple
assezcmû.Onyfaisoit lanuit
des feux & des Corps de Gardes. - Les Laboureurs desenvirons s'étoient
soulevez; parce qu'on leur
avoit deffendu la Chasse, ils étoient
entré dans la Ville, & ils
y avoient fait beaucoup de violence
& mêmepilléquelques mai- "!
fons. Un Corps de gardes qui fut
posé à dix heures du foir devant
l'Hôtellerie où je logeois, commença
àme donnerquelquessoupçons
que l'on en ût pris de moi: Mais une Litière du Roy, les avec Muletiers de sa livrée,me rassuroit.
Je vis entrer à minuit uncertain
D. Martin dans ma chambre,
avec une épéeson longue & une
gr.-indcRo;,i,at,he,à la main:il me dit
qu'ilétoit le fils du Logis,&qu'il
me venoit avertir que le peuple
étoit fort émû, qu'il croyoit que j'étoisunFrançois venu expr ès,
pour fomenter la revolre des La "*
boureurs: Que l'Alcade,ne Iç'-
voir lui-meme ce qui en étoit,
qu'il étoit à craindre que la canaille
ne prit ce prétexte, pour
m'égorger, &que le Corps de gardes
qui étoit devant le Logis,commençoit
àmurmurer & à s'échauffer.
Je priai D. Martin de leur faire
voir sans affectation, la litiere du
Roy, de leur faire parler les Muletiers,
de les mettre en conversation
avec D. Pedro Maître d'Hôtel
de Mr de Vateville- Il entra
justement dans ma chambre dans
ce moment, pour me dire que c'étoient
des Endemoniados,qui n'enrendoient,
ni rime,ni raison,&qu'ils
l'avoient lui-même menacé de le
massacrer. Nous passâmes ainsi
toute la nuit, ayant pour serenade
une multitude de voix confuses ,
qui chantoient, ou plutôt qui hurloient
deschansons contre les François.
Je crû le lendemainau matin
, qu'il étoit à propos de faire
voir à ces gens - là, par nôtre
assurance
, que nous ne nous
tenions pas pour François. Je voulu
sortir pour aller à la Mené;it trouvai sur le pasdela porte, tine
sentinellequi me fit rentrer assèz
promprement, en me mettant le bout
du Mousquet dans la tête,
& enme disant qu'elle avoir ordre
de l'Alcade de me comman- jt
derde la part du Roy,de me tenir
dans mon Logis. J'envoyai D.?
Martin à l'Alcade, pour lui dire
qui j'étois, & D. Pedroyalla
": avec lui. Il me vint trouver en
même tems , ilquittasa Baguette à y?
la Porte de ma Chambre,il mit un ':
genoüil en terre en m'adorant, il ;
baisa le bas de mon juge-au-Corps,
mais ilme déclara qu'il ne pouvoit
me laisser sortir,qu'il n'en ûtordreduViceroy
de Navarre , qui
étoit à Pampelune. D. Pedro y alla
avec un Officier de la Ville
,
&
il revint avec beaucoupd'exeuses.
On me donna 50 Mousquetaires
d'escorce, montés sur des ânes,
qui m'accompagnerent jurqut
Cortés.Jecontinuai mon chemin
pal'Arragon, & passai par Sarragoce
Capitale de ce Royaume ,
belle 8< grande Ville. Je fus surpris
au dernier point ,
d'y voir
que tout le monde parloit François
dans les ruës. Il y en a en
effet une infinité, & particulièrementd'Artisans
qui sont, plus asfectionnez
à l'Espagne, que les
Naturels du Pais. Le Duc de
JHonteleenNapolitain, de laMaison
de Pignatelli, Viceroy d'Arragon,
envoya 3Ott 4 lieuës au
devant de moi un Gentil-homme,
pour me dire
,
qu'il y fut venu
lui-même avec toure la Noblesse
,
si le Roi son Maître,ne lui eut
mandé d'obéir à l'ordre con- traire, qu'il sçavoit que je lui en
donnerois. Ce compliment fort
honnête,comme vous voyez ,fut
accompagné de mille&mille galenteries,&
de tousles rafraichissemens
imaginables que je trouvai
à Sarragosse.Permettez-moi,s'il
vous plaitdem'yarrêter, pour vous
rendre compte de quelques circonsrtianecues,
sqeuism.'y parurent fifîés en- 1y asés cm..
Ontrouve,avant d'entrer dans
la Ville de ce côté-là
,
l'Alcaçar,
des anciens Rois Maures, qui est
présentement à l'Inquisition. Il y
a auprès , une Allée d'arbres, 1
dans laquelle je vis un Prêtre qui
se promenoir. Le Gentil-homme
du Viceroy me dit que ce Prêtre
étoit. le Curé d'Huesca Ville
trés - ancienne en Arragon ,
1
& que ce Curé faisoit la quarantaine,
pour avoir enterré depuis
trois semaines
,
son dernier Paroissien
,
qui étoit effectivement 1
le dernier de nooo personnes
moires de la Peste, dans sa Paroisse.
Ce même Gentil-homme
du Viceroy me fit voir tout ce qu'-
il y avoit de remarquable à Sarragosse
, toujours fous le nom de
Marquis de Saint Florent: Mais,
il ne fit pas reflexion que Nnefira
senoradelpilar,quiestundes plus
célébres Sanctuaires de toute l'Espagne
, ne se pouvoir pas voir
fous ce titre. L'on ne montre jamaisàdécouvert
cette mage.
miraculeuse
i
miraculeuse
, qu'aux Souverains
&aux Cardinaux, le Marquis de
Saint Florent n'étoit ni l'un ni
l'autre;de forte que quand l'on
me vit dans le Balustre avec un
Juste-au-Corps de Velours noir&
une Cravatte ; le Peuple infini qui
y étoit accouru de toute la Ville,
au son de la Cloche, qui ne sonne
que pour cette cérémonie
, crut
que j'étois le Roy d'Angleterre.
Il y avoir, je crois, plus de ic,»
carosses de Dames, qui me firent
cent & cent galanteries ,auxquelles
je ne répondois que
comme un homme qui ne parloit
pas trop bien Espagnol.
Cette Eglise est belle en elle
même, lesrichesses &les ornemens
en font immenses
, & le
Thrésor magnifique. L'on m'y
montra un homme qui servoit à
allumer les Lampes qui sont en
nombre prodigieux, &: l'on
me dit que l'on l'avoit vû sept ans
à laporte decette Eglise, avec
une feule jambe. Je l'y vis avec
deux. Le Doyen avec tous les
Chanoines m'assùrerent que toute
la Ville l'avoit vû, comme eux.,
&que (î je voulois encor attendre
deux jours, je parlerois à plus
de 1000 hommes de dehors qui
l'avaient vucomme ceux de la
Ville. Il avoit recouvert sa jambe
à ce qu'il disoit,en se frottant
de l'huile de ces Lampes. On
célébre tous les ans la fête de ce
Miracle,avec un concours incroïa.
ble, & il est vray encore qu'à une
journée de Sarragoce, je trouvai
les grands chemins couverts de
gens, de toutes fortes de qua lirez
qui y accouroient.J'entrai de l'Arragon
dans le Roïaume de Valence
, qui se peut dire non p~s
feulement le païs le plus siin9
maisencorleplus beau Jardin du
monde. Les Grexades, les Orangers
, les Citroniers y sont les palissades
des grands chemins. Les
plus belles & les plusclaires Eaux
dumonde leurservent de canaux. ToutelaCampagne qui est émaillée
d'un million de fleursdifferentesquiflatem
la vuey exhale
un million d'odeurs différentes qui
charment l'odorat. J'arrivai ainsi.
à Vinaros où D. FernandCarillo
Général des Galeres de Naples,
me joignit le lendemain, avec la
Patronne de cette Escouade
,
belle
&excellenté Galere,&renforcéede
la meilleure partie dela
Chiourme, & de la Soldatesque
de la Capitane, que l'on avoit
presque désarméepour cet effets
Don Fernand merenditune let-
-
tre de D. Juand'Autriche,aussi
belle & galante que j'en aye jamais
vû:Il me donnoit le choix de
cette Galere ou d'uneFregate de
Dunkerque qui etoita la même
plage,&qui étoit montée de 56
pièces de canon.Celle-ciétoit plus
flue pour passer dans une faison
aussiavancée,car nous étions dans
le mois d'Octobre. Je choisis la
Galere, & vous verrez que je n'en
fis pas mieux.D.ChristovaldeCardonne,
Chevalier de S. Jacques,
Diij
arriva à Vinaros un quart d'heure
après D.Fernand CarHIa, &il
me dir que Monsieur le Duc de
Montalte Viceroy de Valence l'avoir
envoyé pour m'offrirrout ce
qui dépendoit de lui:Qu'il sçavoit
que j'avois refusé ce que le Roy
Catholiquem'avoit offertàSaint
Sebastien ; qu'il n'osoitparcette
raison
, me presser de recevoir ce
qu'un Officier des Galeres avoit
ordre de m'aporter : mais que
comme il sçavoit que la precipitation
de mon voyage ne m'avoit
pas permis de me charger de beaucoup
d'argent; que j'étois fort liberal
,
& que je ne serois pas faché
de faire quelque regale à la
Chiourme, il esperoit: que jene
refuserois pas quelques petits rafraichissemens
pour elle. Ces rafraichissemens
consistoient en six
grandes pièces pleines de toute
forte de confitures, de plusieurs
douzaines de pairs de gans d'Espagne
exquis & d'une bourse de
senteur» dans laquelle il y avoit
2000 pièces d'orfabriquées de
Floride, quirevenoient à zooo»
200, ou 300 Piltoles. Je reçu
le present sans en faire aucune
difficulté, en lui répondant que
comme je ne me trouvois pas en
état de servir sa Majesté Catholique
je croyois que je manquerois à mon devoir en toutes manieres,
sije renvois les grandes sommes
qu'elle avoit eûê la bonté de me
faire apporter à S. Sebastien &
offrir à Vinaros -, mais que je croirois
aussi manquer au refpeéèquc:
je devois à un aullï grand Monarque
,
si je n'acceptois le second
dont il m'honoroit. le le reçu
donc, mais je donnai, avant de
m'embarquerlesconnturesauCapitaine
de la Galere, les gands à
D. Fernand, & l'or à D. Pedro,
pour Mr le Baron de Vateville;
en lui écrivant que comme il m'avoit
ditplusieurs fois qu'il étoitassezembarasséacause
de l'extreme
dépense qui étoit necc(T.i:e pour
achever l'AdmiraidesIndes d'Occidentqu'il
faisoit construire à S.
Sebastien
, je lui envoyois un pettietceg,
rca'icnfptaouirrusoiulager son mal de
qu'il appelloit le
chagrin que la fabrique de ce Vais-
(eau lui donnoir. Ma manière d'agir
en ce rencontrefut un peuoutrée.
l'eûraison de donner le rafraichissement
de Victuailles au
Capitaine;il étoit indiffèrent de
retenir les gands d'Espagneou de
les donner à D. Fernand.. il eùt
été de labonne conduite de retenir
les2000, &tant de PiMet.
Les Espagnols neme l'ont jamais
pardonné :Ils ont toujours attribué
à mon aversion, ce qui n'étoit
en moi ,
dans la vérité» qu'-
une suite de lap osession que j'a-
- vois toujours faire de neprendrede
l'argent de personne. le m'embarquai
a la seconde gardede la nuit
avec un gros tems, mais qui ne
nous incommodoit pas beaucoup,
parce que nous avions le vent en ,
poupe. Nous faisions trois mille
par heure&nous arrivâmesle lendemain
à Matorque Comme il
y avoit de la peste en Atragon,
tout ce qui venoit dela Côte
d'Espagne étoit fu%eéfc à Maïorque
:Il y eut beaucoup d'allée &
de venuepour nous faire donner
pratique,àlaquelle le Magistrat
delaVille s'oposoitavec vigueur.
Le Viceroi qui n'est pas à beaucoup
préssi absolu dans cette Isle,
que dans lesautres Royaumes d'-
Espagne-, &,qui avoit eu ordre
du Roy son Maître,de me faire
toutes les honnesterez possibles,fit
tant par ses instances, que l'on
me permit à moi & aux miens,
d'entrer dans la Ville, à condition
den'ypoint coucher.Celavous
paraît sans doute assez extravagant
,parce que l'on porte le mauvaisairdans
une Ville, quoiqu'on
n'y couche pas.Je le dis l'aprésdîné
à un Cavalier Majorquin
,
qui me
répondit ces propres paroles, que
je remarquai, parce qu'elles peuvent
s'appliquer a mille rencontres
que l'on fait dans la vie.
NONS ne craignonspas que vous nous *
apportiez, du mauvais air, parceque
nousIfavons bien que vous n'-
euespaspasse àHuesca
,
mais comme
vous vous en esses aproche, nous
sommes bienaise de faire en votre
personne un exemplequi ne vousincommode
point&qui nous accomode
pour les suites. Cela en Espagnol,
est plus substantiel,demême plus
galant qu'en François. LeViceroy
qui est un Commandeur Arragonois,
donc j'ai oublié le nom, me
vint prendre avec 100ou200 carosses
pleins de Noblesse
,
& la
mieux faite qui soit en Espagne. Ilme mena à la Mené à la Cathédrale
,
où je vis 30 ou 40 femmes
de Qualité, plus belles l'une que
,
l'autre,&ce quiest de merveilleux
,
c'est qu'il n'yen a point de
laides dans toute l'Isle; au moins,
elles y sont très-rares: Ce sont
pour le moins, des beautés trésdélicates
, & des teints de Lis & - de Roses.Lesfemmes du baspeufpolentque
l'on voit dans les rues,
de cette espéce. Elles ont
commeune Coëssure particulière,
qui est fort jolie. Le Viceroy me
donna un dînermagnifique
,
dans
une superbe Tente de Brocard
d'or, qu'il avoir fait élever sur le
bord de laMer. Il me mena aprés , entendre une Munque dans un
Couvent de Filles, qui ne cédoient
pasen beauté aux Dames
de la Ville:Elles chanterent à la
Grille, à l'honneur de leur Saint,
des Airs & des paroles plus galantes
&plus passionnées
, que ne
sont les Chansons de Lambrt.
Nous allâmes nous promener sur
le soir, auxenvironsdelaVille,
qui font les plus beaux du monde.
&tous pareils aux Campagnes du
Royaume de Valence. Nous re- vinfmes chez le Viceroy
,
la Vicereine
qui étoit plus laide qu'un
Demon & qui étoit assise fous
un grand Dais, toute brillante
de Pierreries, donnoit un mer- veilleux lustre à 60 Dames qui
croient auprés d'elle,&quiavoichrété
choisies entre les plus belles
de la Ville. On me ramena avec
cinquante flambeaux de cire blanche
,dans la Galere, au bruit de
toute l'Artillerie des Battions, &:
d'une infinité de Haut-Bois de
Trompettes. J'employai à ce divertissement,
les trois jours que
le mauvais tems m'obligea de
passer à Majorque. J'en partis le 4.j
avec un vent frais,& en Poupe.
Je fis cinquante lieuës en douze
heures
,
& j'entrai fort hûreusement
avant la nuit au Port Afahati,
qui est le plus beau de la Méditerranée.
Son embouchure est fort
étroite , &je ne crois pas que deux
Galeres à la fois y Plliffent passer
en voguant. Il s'élargit tour d'un
coup , & fait un Bassin oblong, qui
a une grande demie-lieuë de large,
CT une bonne lieuë de long. Ulle
grande Montagne qui l'environne
de tout coté,fait un Théatre, qui
par la multitude & la hauteur des
arbres dont elle est couverte ,
&
par les ruisseaux qu'elle jette avec
une abondance prodigieuse
, ouvre
mille & milleScénes,qui sontsans
exagération ,
plus surprénantes,
que celles de l'Opéra. Cette même
Montagne, ces mêmes Rochers
couvrent le Port detous lesvents;
& tbwsles plus grandes tempêtes
il est aussicalme, qu'un Bassin de
Fontaine, & aussi uni qu'une glace.
Il est partout d'une égale prosondeur
, & les Galions desIndesy
¡
donnent fond à 4 pas de terre.
Pour comble de toute perfection
1 ce Port est dans l'lui L'Iste deMinorque , donneencoreplusdechair&tontesfortes
deVictuaillesnécessaires a
la Navigation, que celle de Majorque
neproduit deGrenades,d'Oranges&
deLimons. Le tems grossit extrémement,
après que nous sûmes
entrez dans le Port, au point
que nous fumes obligezd'y derCmaeruirlelro,
quatre jours.D. Fernand qui étoit Homme de
1 Qualité ,âgé seulement de 24
ans, forthonnête &: civil, cherchael
me donner tout le divertissement
que l'on pouvoit trouver
en ce beau Lieu. La Chasse y étoit
la plus belle du monde
, en toute
forte de Gibier, & la Pesche en
Poissons. En voici une maniéré
particulière, ce mesemble,ace Port.
Ilprit centTurcs de la Chiourme,
illes mit de rang,illeur fit tenir
à tous un cable d'une prodigieuse
grosseur,ilsitplonger 4 de ses EscLtves
, qui attachèrent ce cable à
une fortgrosse pierre; ilsla tirerentaprès
,
à force de bras, avec
leurs Compagnons, au bord de
l'eam; ils n'y réfffirent qu'après des
efforts incroyables: Ils n'eurent
gueres moins de peine à casser cette
pierre à coups de marteau. Ils trouvirent
dedans,septou huitécailles,
moindres que les Huitres en grandeur
,
mais d'un goût,sans comparaisonplus
relevé. On lesfait cuire
dans leur eau, c-; le manger en
est délicieux. Le rems s'érant adouci
, nous sîmes voile pour passer
le Golfe
, qui commence en -
cer
cet endroit. Il a cent lieuës de
long& quarante de large, & il est
extrêmement dangereux, tant à
cause des Montagnes de fable,
que l'on prétend qu'il élève & qu'il
roule quelquefois, que parce qu'il
n'y a point de Port sous vent. La
Côte de Barbarie qui le borne d'un
cote, n'est pas abordable;celle de
Languedoc qui lejoint de l'autre
est trés-mauvaise , : Enfin le trajet
n'en estpointagréable pour les Galeres
,pour peu que la saisonfoit avancée
,
& elle l'etoit beaucoup
parce que nous étionsfortproche de
laToussaient où ilfait ordinairement
à la Mer de grands coups de
vent. D. Fernand de Carillo
, qui
étoit un des Hommes d'Espagne
des plus avanturier m'avoüat
qu'une médiocre Fregate eut été
meilleure en ce rencontre que la
plus forte Galere. Il se trouva
par l'événement
, que la
moindre Felouqueeût été aussi
bonne que la meilleureFrégate.
Nous passames le Golfe en ja
heures, par le plus beau tems
du monde, avec unventqui ne
laissoit pas de nous servir "- ne
nous obligeoit presque pasà met- tre sur le Bourcet de la chambre -
de poupe ,
les lanternes de verre
dont on les couvre Nous entrâmesainsi
dans le Canal qui est
entre laCorfe U- la S.rdaig.e.D.
Fernand Carillo qui vit quelque
nuagequi lui faisoit appréhender
changement de tems,me proposa
de donner fond à Porto Co~/,
qui est un Port des-habité dans la
Sardaigne, ce que j'agreai. Son
apprehension s'étantévanoüie
avec les nuages, il changad'avis
pour ne pas perdre le beau
tems. Ce fut un grand bonheur
pourmoi, car M. de Gutfe qui
alloit a Naples avec l'armée Navale
de France, étoit mouillé à Porto Condé avec six Galeres.
D. Fernand Carillo qui le[ÇÛl
deux jours après, me dit qu'ilse
fut moqué de ces six Galeres;
parce que la fieruie quiavoir 450
hommes de Chiourme, se sut aisement
tirée d'affaire mais, c'eût
toûjours été une affaire,dont un
homme qui se sauve de Prison,
se passe encore plus facillement
qu'un autre La Forteresse de S.
Boniface qui est en Corse & aux
Génois, tira 40 coups de Canon
en nous voyant, &comme nous
en passion trop loin, pour en
être salué
, nous jugeâmes
qu'elle nous saisoit quelque signal,
& il étoit vrai; car, elle
nous avertissoit qu'il yavoir des
ennemis à Porto Condé. Nous
ne leprîmes pas ainsi,&nous crûmes
qu'elle nous vouloir faire
connoistre, qu'une petite Frégate
que nous voyoions devant nous au
forcir du Canal, étoit Turquoise,
comme elle en avoit le gabarit.
D. Fernand prit fantaisie de l'attaquer
, & il me dit qu'il me donneroit,
si je le lui permettois,le
1- plaisir d'un Combat qui ne dureroit
qu'un quart d'heure, il commanda
que l'on donna chasse àla
Fregatequi paroissoit effective
meni faire force de vent pour s'enfuir.
Le Pilote qui n'avoit d'attention
qu'àcette Frégate,ne remarqua
pas un Banc de sable, quine
paroissoit pas à la vérité au
dessus del'eau, mais qui est si
connuqu'il estmême marqué dans
les cartes. La Galere toucha:
Comme il n'y a rien de si dangereux
à lamer,tout le mondes'écria
misericorde. Toute la Chiourmese
leva pouressayer de la déferrer
& de se jetter à la nage. D.
Fernand Carilloquijoüoit au Piquet
avec Jolydansla Chambre
de Poupe, me jetta la premiere
épée qu'il trouva devant lui, en
me criant que je la tirasse, & il
rira la sienne pour aller sur le
Coursier charger à coups deftramaçons,
tout ce qu'il trouvoit
devant lui. Tous les Officiers &
la Soldatesquefirent la même
chose, parce qu'ils apréhendoient
que la Chiourme, où il y avoit
beaucoup de Turcs, ne relevassent
la Galere,c'est-à dire,ne s'en
rendissent les Maîtres, comme il
est arrivé quelquefois en de ferablables
occasions. Qand tout le
monde se fut remis à sa place,ilme
dit,de l'air du monde le plus froid
&le plus assuré.rt/ ordre de S.Mde
vous mettre en sûreté, ilyfaut
pourvoir. Je verrai après cela,si la
Galere est blessee. En proferant cette
derniere parole,il me fit prendre
à force de corps par quatre Esclaves
, & il me fit porter dans la
Felouque. Il y mit avec moi trente
MousquetairesEspagnols
,
ausquels
il commanda de me menersur
un petit écüeilquiparoissoit à 50
pas delà, & où il n'y avoit place
que peur quatre ou cinq personnes.
Les Mousquetaires étoient dans
l'eau jusqu'à la ceinture ,
& ils me
firent pitié; quand je vis, que la
Galere n'étoit pas blessée, je lesy
voulurenvoyer;mais ils me dirent
que si les Corsaires qui etoientsur
le rivage,me voyoientsans uneabonne
escorte , ilsnemanqueroientpas
de me venir piller & égorger, ces
Barbares s'imaginans <^ue tout ce
qui fait naufrage est a eux. La
Galere ne se trouva pas blessée,
ce qui fut une maniere de prodige.
On ne laissa pas d'êtreplus
de deux heures à la relever. La
Felouque me vint reprendre , &
je remontai sur la Galere. Comme
nous sortions du Canal, nous apperçûmes
encore la Frégate, qui
voyant que la Galere ne la fuivoit
plus, avoit pris sa route. Nous
lui
donnâmeslachasse
; elle la
prit, & nous la joignîmes en moins
de deux heures. Nous trouvâmes
en effet qu'elle étoit Tur..
quoise, mais entre les mains des
Genois, qui l'avoient prise sur le
Turc, & qui l'avoient armée. Je
fus,pour vous dire vrai, trés aise
que l'avanture se fut terminée
ainsi :Cette guerre ne me plaisoit
pas;ellen'étoit pas grande
, mais
une égratignure qui m'eut pu arriver
,
l'eut renduë ridicule. D.
FernandCarillo, quiétojtunjeune
hommetort brave, me la proposa
, & je n'û pas la force de
l'en refuser, quoiqze je visse bien
que c'étoit une imprudence. Le
rems se chargeantun|peu, on crut
qu'il étoit à propos d'entrer dans
Porto Yècchio. Ccft un Port deshabité.
Un Trompette du Gouverneur
Genois, d'un Fort qui en
est assés proche,vint nous avertir
de la part de son Capitaine,
que MrdeGuise étoit avecfix Galeres
de France à Porto Condé,
qu'aparemment il nous avoit vû.
* passer, & qu'il pourroit venir nous
surprendre. La même nuit, sur le
foir
, nous résolûmes de nous
remettre à la Mer, quoique le
tems commençât à être fort gros,
& qu'il y ût même quelque péril
de sortir la nuit de PortoVecchio;
parce qu'il a à sabouche un écueil
de Rochers,qui jette un Courant
assés facheux. La bourasque augmenta
avec la Lune, & nous
ûmes une des plus grandes tempêtes
qui se soit peut-être jamais
vue à la Mer. Le Pilote Royal
des Galeres de Naples qui étoit
sur la nôtre, & qui naviguoit
depuis cinquante ans, disoit qu'il
n'avoit jamais rien vû de pareil. ,-
Tout le monde étoit en prieres gj- .¡:-
tout le monde se confessoit : Il«H
n'y ût que D. Fernand Carillo,qui
communion tous lesjours
,
quand tlî
étoit à Terre, cff qui étoit d'une
Tiété Angélique : lln) ût quei lui,dis-je, qui ne se jetta pAS aux
pieds des Prestres avec empresse- -
ment. Il laissoit faire les autres, x
mais, il ne fit rien en son particculier,
C'r il me dit à l'oreille:
Je crains bien que toutes ces Confessions
, que laseule peur produit,
ne vatllent rien. Il demeura toujourstranquile,
donnant les ordres
avec une froideur admirable, &
en donnant du courage, mais doucement
, à de vieux Soldats de
terre de Naples, qui faisoient
paroîtreunpeu d'étonnement. Je
me souviens toujours qu'il les appella
Senres soldados de Carlo
Qmnto. Le Capitaine particulier
-
de la Galere,qui s'appeloit Villanova
,
se fit apporter au plus
fort du danger, ses manches en
broderie & son écharpe rouge,
en disant, qu'un véritable Espa,.
gnol devoit mourir avec la marque
de son Roy. Il se mit dants
un grand Fauteüil
, & il donna un
grand coup de pied dans la machoire
d'un pauvre Napolitain,
qui ne pouvant tenir sur le Coursier
, marchoit à quatre pattes,
en criant. Senr D. Fernando por
l'amor de Dios Confeçion
, & le
Capitaine en le frapant
,
lui dit
Osenemigo de Dios pi deConfeçion:
& comme je lui repréfentois que
la preuve n'étoit pas bonne, il me répondit, que ce Vieillard scandalisoit
toute la Galere. Vous ne
pouvez vous imaginer l'horreur
d'une grande tempête ; vous vous
en pouvez aussi imaginer le ridicule.
Un Observantin Sicilien
prêchoit au pied de l'Arbre;que
Saint François lui étoit appttnt,
&l'avoit assuréque nous -ne ftri
rillns pas. ce ne feroit jamais fait
si j'entrepreneis de vous décrir
-
les frayeurs & les impertinences
que l'on voir en ces rencontres:
Le grand péril ne
-
dura que fepli
hctires; nous nous mîmesensuit
unpeu à couvert fous la Pi{lJJJ¿lIfl;=
le tems s'adoucit, & nous gagnâmesPortolongone.
Nous y passâmes
la Toussaint & la Fête des
Morts, parce que le vent nous
étoit contraire pour sortir du Port.
Le Gouverneur Espagnol m'y fit
toutes les honnêtetésimaginables;
&comme il vit que le mauvais
tems continuoit, il me con- seilla d'aller voir Portoferrare,
qui est dans l'Isled'Elbe,
aussi bien que Porto Longone.Il n'y
a que 5 mille de l'un à l'autre par
terre, & j'y allai à chevaL Je
vous ai tantôtdit, qu'il n'y a rien
de si agréable dans le Théatre de
l'Opera, que la Scene du Port
Mahon, & je puis présentement
vous direavec autant de vérité,
qu'il n'y a rien de si pompeux
dans les représentations les plus
magnifiques que vous en avet.
"es.que tout ce qui paroît de cette
Place. Il faudroit etie Homme
de Guerre pour vous la décrire,
Je mecontenterai de vous dire,
que sa forcepasse sa magnificence:
Elle est l'unique imprenable qui
soit au monde;& le Maréchal de
la Meilleraye en convenoit. il
[
l'alla visiter, aprés qu'il ût prit
PortoLongone, dans le tems de
: la Régence; & comme il avoit
beaucoup de zéle pourle Service
de son Maître,il dit au Commandeur
Griffory qui doit y comman- pour le grand Duc, que la
Fortification étoit bonne, mais que
si le Roy son Maître lui commandoit
de l'attaquer, il lui en ren- droit bon compte dans six Semaines.
Le Commandeur Griffory
lui répondit, qu'il prenoit un trop long tems, & que le Grand Duc
étoit si fort Serviteur du Roy,
qu'il ne faudroit qu'un moment.
Le Maréchal th honte de sonemportement,
ou plutôt de son iiv
civilité,& il la répara en disant
vous êtes un galant Homme Mr
le Commandeur, &jesuis unsot,
je confesse que vôtre Place
est imprénable Le Maréchal
me fit ce conte à Nantes, &
le Commandeur me le confirma
à Porto Ferrare où il commandoit
encore, quand j'y
passai. Le vent nous ayant permis
de sortir de Porto Longone,
nous prîmes terre à Fiombino
,
qui est sur la Côte de Toscane.
Jequittai dans ce lieu, la Galere,
aprésavoir donné aux Officiers,
aux Soldats & à la Chiourme,
tout ce qui me restoit d'argent,
sans excepter la Chaîned'or que
le Roy d'Espagne avoit donnée à
Boijgtterin. Je la lui achetai, &
la revendis au Facteur du Prince
Ludovisio,qui est prince de Piombin.
Je ne réservai que neufPistoles,
que je crû suffisantes pour me
mener jusqu'à Florence. Je fuis
obligé
obligé de dire que jamais gens
ne méritérent mieux des gratifications
, que ceuxqui étoient
c - sur cette Galere. Leur discretion à mon égard,n'a peut-être jamais
eu de - pareille. Ils étoient plus
de 600 hommes, dont il n'yen
avoit - pas un qui ne me connut. Il n'yen ût jamais un seul
, qui
en donnat aucune démonstration.
Leur reconnoissance fut égale à
leur discretion. Celle que je leur
avois témoignée de leur honnêteté,
lestouchatellement,qu'ils pleurerent
tous, quand je les quittai,
pour prendre terre à Piombin. Ce
fut proprement en ce lieu, où je
recouvrai ma liberté, laquelle
jusques là, avoit été hazardée
par beaucoup d'avantures.
Ce Morceau,par lequelfinissent
les Mémoires du Cardinalde Retz,
estsi beau, que j'ai cru vous faire
plaisir de le transcrire toutau long.
Jesuis avec toute l'estimepossible
Monsieur, &c.
;¡ le30May) 1717.
TKOISIEME& DERNIERE
.- Partie, des Aiémcircs
DEM. LE CARDINAL DI RETZ.
E vous ay promis,Monsieur,
de vous envoyerpour
troisiéme cr dernier Extrait,
des Mémoires du
Card. de Retz
,
fOr. tuafior. du Château
de Nantes, & ses différentes
AvantHresjnfûiifin ;?TI/,,'t-: c,: I:alie
i j'éxécute mapromesse avecjêjer
Je ne doûte pas que cet Extrait né
fasse plaisir avos lecteurs, pérla
variété infinie de -CïrClnjlltnce-s extraordinaires
,
dont. ce imrceâtt d'Histoire est rempli.
Ce qui estextraordinaire,neporoît
possible à ceux qui nesont capables
que de l'ordinaire,qu'aprèsqu'-
ilestarrivé. Tellefutl'évasion du
Cardinal de Retz,, dont il va nousfaire
lui- même la Relation.
Je me sauvai un Samedy 8e d.
Aoust,àcinq heures du soir. La porte
du petit Jardin se refermaaprès
moi-, presque naturellement. Je
descendis, un bâton entre les jambes
,
três-heureusement d'un Bastionqui
avoir 40 pieds de haut.
Un Valet de Chambre qui est encore
àmoy, no limé Fromentin amusames
Gardes en les faisant
boire. Ils s'amuserent eux-mtmes àregarder unJacobin, qui se baignoit
&qui deplus se noyoit. Le
Soldat qui étoit ensentinelle à aopas
tle inoilen un lieud'oùil ne pouvoir
pas me joindre,n'osa me tirer; parce
que, lorsque le lui vis compaqqer
sa mesche
je lui criai que je le
ferois pendre, siil tiroir, & il
avoüa à la qUtftion., qu'il crût sur
cette menace,
que le Maréchal
étoit de concert avec moy Deux
petits Pages;qui se baignoient &
qui me voyoient suspendu à la corde
, crièrent que je me fauvois,
mais ils ne furent pas écouté; parce
que tout le monde s'imagina
qu'ils apeloient les Gardes au secours
du Jacobin, qui se noyoir.
Mes quatre Gentils
- hommes se
trouvèrent à point nommé, au bas
du Ravelin, où ils avoient fait semblant
d'abbreuver leurs chevaux,
comme s'ils eussent voulu aller à
la Chasse. Je fus à cheval moimême
, avant qu'il y eut feu ement
la moindre allarme; & comme
j'avois quarante Relais posés
entre Paris & Nantes;je ferois arrivé
infailliblement à Paris, le
Mardyà la pointe du jour, sans
unaccident quejepuis dire avoir
été le fatal & le décisif du reste
de ma vie. Sitôt queje ensache-
-
val, je pris la route de Maure qui est, , si je ne me trompe, à cinq
lieües de Nantes sur la Rivierei
& où nous étions convenus que
MrdeBrisac &Mr le Chevalier
de Sévigni m'attendroient avec un
bateau pour la passer. La Ralde
Ecuyer
de
Mr de Brisac,qui marchoit
devant moi, me dit qu'ilfalloit
galoper d'abord, pourne pas
donner le tems aux Gardes-du Maréchal
de la Meilleraye, de fermer
la porte d'une petite ru2 du Fauxbourg
où étoit leur quartier, de
par laquelle il faloitnécessairement
passer.J'avois un des meilleurs
chevaux du monde c , qui avoit. hevaux du monMdquiavoit
coûté 1000 écus àMrde Brifac ;
je ne lui abandonnai pas toutefois
la main, parce quele Pavé étoit
trèsmauvais ôctrès glissant : Mais,
un Gentil-homme a moi, nommé
Boisguerin, m'ayant crié de metne
le Pistolet à la main; parce
qu'il voyoit deux Gardes du Maréchal,
qui ne songeoient toutefois,
pas à nous; je l'ymiseffective-
- ment, & le presentant à la tête de
celui qui étoit le plus prés de moi,
pour l'empêcher de se saisirde la
bride de mon cheval, le Soleil qui
étoit encore haut, donna dans la
platine; la reverbetation fit peur
à mon cheval,ilfit un grand furfault,
& il retomba des quatre
pieds : j'en fus quitte pour l'épaule
gauche, quife rompit contre
la borne d'une porte. Un Gentilhomme
à moi,apelé Beauchêne,me
releva, & me remit à cheval; Be
quoique jesouffrisse des douleurs
incroyables, & que je fusse obligé
demetirer lescheveux, pour
m'empêcherdemévanoüir, j'achevai
ma course de cinq lieües,avant
que le grand Maître qui me suivoit
à toute bride, avec tous lescoureurs
de Nantes (au moins si l'on
en veut croire la chanson de Mariaugny
) me pût joindre. Je trouvai lieu destiné M. de Brisac & M.
deSevigniavecleBatteau ; jem'evanoüis
en y entrant; on me fii
revenir en me jectant un verre
d'eau surle visage.Je voulu remonter
à cheval, quand nous eusmes
passé la Riviere; mais lesforces
memanquerent ,& M. de Brissac
fut obligé de me faire mettre
dans une grosse Meule de foin;
& il me laissa avec un Gentilhomme
à moi, appellé Monté,
qui me tenoit entre ses bras. Il emmena
avec lui Joli qui seul avec
Monté, m'avoit pû suivre les
chevaux des autres ayant manqué;
- & il tira droit à Beaupeau,à des-
,
seind'yassemblerlaNoblesse, pour
me venir, tirer de ma Meule de
Foin. Pendant qu'elle se mettra en
état de cela, je me sensobligé de
vous raconter deux outroisactions
particulieresde mes pauvres Domeftiques,
qui ne meritent pas d'-
être oubliées.ParisDocteur de Navarre,
qui avoit donné le ngnal
avec son Chapeau,aux quatre Gentils-
hommes qui me suivirent en
cette occasion, fut trouvé sur 1-e
bord de l'eau par Coulon. Ecuyer
du Maréchal, qui le prit,enlui
donnant même quelques gourmades.
le Docteur ne perdit point
le jugement ; ildit à Coulon &
d'un ton niais & Normand,je le
diray à M. le Maréchal, que vous
vous amusez à battre un pauvre
Prêtre,parce que vous n'osés vous
prendre à M. Le Cardinal, qui a
de bonsPistoletsàl'arsonde saSelle.
Coulon prit cela pourbon ,&
il lui demandaoù j'étois.Ne le
voyez vous pas, dit le Doaeur,
qui entre dansce Village. Vous
remarquerez,s'il vous plaît, qu'-
il m'avoit vû'passer l'eau, &il me
sauva ainsi. Il faut avoüer que
cette presenced'esprit n'est pas
commune. En voici une de coeur
qui n'est pas moindre. Celui pour
qui le Docteur voulut me faire paffer
, quand il dit à Coulon que
j'entrois dans un Village qu'il lui
montroit, étoit ce Beauchesne dont je vousayparlé cy-devant,,
dont le cheval étoit outré & qui
n'avoit pas pû me suivre. Coulon
le prenanrpourmoi
, courût à lui,
& comme il le voïoit {»£rtemipar
beaucoup de Cavaliers qui étoient
prests à le joindre
, ill'aborda,le
Pistolet à la main. Beauchesne
s'arrêta sur eux en la même posture,
&ileût la fermeté de s'apercevoir
dans cet inilant, qu'il
y avoit un Bâteau à dix où douze
pas de lui, il se jetta dedans, pensant
qu'il arrêteroit Coulon, en
lui montrant un deses Pistolets ;
& il mit l'autre à la the du Batelier
: sa résolution ne le fauva pas
seulement, mais elle contribua
à me faire sauver moi-même;parce
que le Grand Maître ne trouvant
plusceBateau,futobligé d'-
aller passer l'eau beaucoup plus
bas.Je reviens à ma Meule de Foi..
Je demeurai caché plusdey heures,
avec une incommoditéque je
ne puis vous exprimer, j'avois l'épaule
rompuë & demise, j'yavois
une contusion terrible: la fiévre
me prit sur les neufheures du foir.
L'altération
L'altération qu'elle me dÕnoir,éroit
encore cruellement augmentée par
la chaleur du soinnouveau. Qiioique
je fusse sur le bord de la Riviere
,
je n'osois boire, parceque,
si nous fussions sortisde la Meule,
Afoate& moi ,nous rreuflîcns eu
fcuConne pour raccommoder le
soinqui eut paru remué, & qui
,
eut donné lieu par conséquent,
a ceux qui couroient aprés moi, de foüiller. Nous n'entendions
cjue des Cavaliers qui passoient à
droite Jk à gauche, nous reconnûmes
même Coulon à la VOIX.
L'incommodité de la fois éft incroyable
Se inconcevable à qui ne
l'a pas éprouvée. Mr de Roise Saint
Offrange Homme de qualité du
Païs, que Mr de Brissac avoit averti
en passantchez lui, vint,sur
les deux heures après minuit
, me
prendre dans cette meule de foin:
Après qu'ileutremarqué qu'il n'y
avoir plus de Cavalerie aux ..environs,
il me mitsur une civiere
à fumier, & ilme fit porter par
deuxPaïsans dans la granged'unemaison
qui étoità lui,à une
lieuë de là: Il m'y ensevelit encore
dans le foin; mais, comme j'y avois de quoi boite, je m'y
trouvai mêmedélicieusement. Mr
& Mde de Brissacm'y vinrent prendre
au bout de sept ouhuit heures,
avec quinze ou vingt chevaux,
JSc ils me menerent à Beaupreau
où je trouvai l'Abbé de Bellebat,
qui les y étoit venu voir,& où je ne
demeurai qu'une nuit, juia
ce que la Noblesse y fut aQemblee.
Mr deBrissac étoitfort aimé dans
tout le Païs, & il mitensemble
dans ce peu de tems, plus de iqo
Gentils-Hommes.Mrde Retz qui
l'étoitencore plus dansson Quartier,
le joignit à quatre lieuës de
là avec 300. Nous pâfïameç presque
à la vûë de Nantes, d'où
quelques Gardes du Maréchal
forrirent pour escarmoucher. Ils
furent repoussés vigoureusement
jusques dans la Barriere. Nous
surriy.âmes à MlJchecoHJ
,
qui est
dans le Païs de Retz, avec toute
forte de sûreté. Mde de Brissac
se porta en Héroïne dans tout le
cours de cette Action. Mr & Mdc
de Retz au contraire, mouroient
de peur du Maréchal de la Meilleraye
, qui enragé qu'il étoit de
mon évasion ,& encore plus de ce
qu'il avoir été abandonné de toute
la Noblesse,menaçoit de mettre
tout le Païs de Retz à feu & à
forç. Leur frayeur alla jusqu'au
point de s'imaginer ou de vouloir
faire croire, que mon mal n'étoit
que délicatesse
,
qu'il n'y avoit
rien de démis, & que j'en
-
serois
- quitte pour une contusion. Le
Chirurgienaffidé de Mr de Retz
ledisoit à qui le vouloit entendre;
& qu'il étoit bien rude que j'exposasse
pour une délicatesse, toute
ma Maison
, qui alloitêtre investie
au premier jour dans Machecoul.
J'éroiscependant dans mon lit oùjesentois des douleurs , incroyables
, & où je ne pouvois pas
feulement me tourner. Tous ces
discoursm'impatienterentaupoint,
que je pris la résolution de quitter
tous ces sons-la
,
& deme
- jetter dans BeUe-JJU5 où jepourois
au moins me faire transporter
par Mer. Le trajet étoit fort délicat
, parce que MrleMaréchal
de la Meillerayeavoit fait prendre
les armes à toute la Côte. Je ne
laissaipas delehazarder;je m'embarquai
au Port de la Roche
,
qui
n'est qu'à une petite demi-lieuë
de Machecoul
,
sur une Chaloupe
que Giselaye Capitainede Vaisseau
, bon-homme deMer, voulut
piloter lui-même. Le tems nous
obligea demoüiller, & d'êtredécouverts
par une Chaloupe qui
nous vint reconnoîtrela nuit. La
Giselayequisçavoit la Langue&
le Païs, s'en démefla fort bien,
Nous nous remîmes à la voileà
la pointe du jour, & nous découvrîmes
quelque tems aprés, une
Barque longue de Biscayens, qui
nous donnerent la chasse. Nous
iaprudes à la considération de M~
de Brissac,qui n'eut pas pris plaisir
d'être mené en Espagne
, parce
qu'il ne se sauvoit pas de Prison,
comme moi, & que l'on eut pû
par conséquent, lui tourner à crime,
ce voyage. Comme la Barque
longuefaisoitforcede vent sur nous,
& que même elle nous le gagnoit,
nous crûmes que nous ne ferions
que mieux, de nous jetter à terre, dansl'IsledeRhé. La Barque fit
quelque mine de nous y Cuivre;
elle borda assés long - tems à nôtre
vûë
,
après quoi elle reprit la Mer.
Nous nous remîmes la nuit, &
nous arrivâmes à Belle-Isle, à la
pointe du jour. Je souffris tout ce
que l'on peut souffrir dans ce tra-
~er, & j'û besoin de toute la force
de ma constitutions, pour deffendre
& sauver de la Gangrenne ,
une contusion aussi grande que
-
la mienne. & à laquelle je n'appliquai
jamais d'autres remedes,
que du sel & du vinaigre. Je ne
trouvai pas à Belle-Isle le même
<légoôt qu'à Machecoul ; mais,
je n'y trouvai pas dans le fond
beaucoup plus de fermeté. L'on
s'imagina au Païs de Retz, que
le Commandeur de Nenfchaise
qui étoit à la Rochelle, avoir ordre
au premier jour, de m'investir
dans Belle-Isle; l'on y apprit
que le Maréchal faisoit appareiller
douze Barques longues à
Nantes. Ces avis étoient bons 6c
véritables, mais il s'en falloit
bien qu'ils fussent si pressans qu'on
lescroyoit: Il falloit du tems pour
les rendre tels, &plus qu'il n'en
eut salu pour me remettre. La
frayeur qui étoit à Machecoul,
inspira del'indispositionàBellelUe
; &je commençai à m'enappercevoir,
en ce qu'on commença
à croireque jen'avois pas en
effet l'épauledémise, & que la
douleur que jerecevois de ma
comtusion
,
faisoit que je m'imaginois
quemon mal étoit plus
grand qu'il ne l'étoit en effet.
On ne sauroit croire le chagrin
que l'on ade ces fortes de murmures,
quand l'on sent qu'ilssont
injustes : Ce qui est vrai, est que
cechagrin change bien-tôt de nature
, parce que l'on n'est pas longtems
sans s'appercevoir qu'ils
ne font que les effets
, ou de la
frayeur, ou de lalassitude. Il entroit
de l'un & de l'autre dans
ceux, dont je vous parlerai en ce
lieu. Le Chevalier de Sevigni
homme de , coeur, mais interessé
craignoit , que l'on ne lui rasât sa
maison
, & Mr de Brissac qui
croyoitavoir suffisamment réparé
laparesse
,
pltirô: que la foiblesse
qu'il avoit témoignéedans le cours
de ma Prison
,
étoit bienaise de
finir
, & de ne point exposer son
repos à une agitation, à laquelle
on nevoyoit plus de fin.
Je n'avois pas moins d'impatience
qu'eux ,
de les voir hors d'une affaire
,
à laquelle ils n'etoient engagez
que pourl'amour de moi.
La difference est, que je ne croyois
pas le péril si present , ni
pour eux ni pour moi, que je ne
pusse au moins,àmon sens,prendre
le tems, & de me faire traiter,
& de me pourvoir d'un Bâtiment
raisonnable, pour naviguer.
Ils me voulurent persuader
de passer en Hollande sur un Vaisseau
de Hambourg, qui étoit à la
rade,&je ne crû pas que je dusse
confier ma personne à un Inconnu
quimeconnoissoit &qui pouvoit
me mener à Nantes, comme
en Hollande.Jeleurproposai de
me faire venir une barque de Corfaire
de Biscaïe,qui étoit moüilléeà
nôtre vuë, à la pointe de
l'I~Ie,- & ils appréhenderent de
se criminaliser par ce coriirnerce
avec les Espagnols; tant fut pro- cédé, que jem'impatientai de toutes
les allarmesque l'on prenoit
Scqws-l'on vouloir prendre à tons
siometis, é^què' je-m'ehibaf^uai
suruneBarque 'cfePejcftehrs-, où
il n'yavoitque cinq Mariniers, de
Belle-Isle
, Jolj
,
deux Gentilshommes
à moi
,
dont run s'appeloit
Boisgurin& &dlé, -& un Vakt
- de Chambre que'mon frere
m'avoit prêté. La Barque étoit
chargée de Sardines; cc qui nous
vint assés à propos , parce que nous
n'avions que fortpeud'argent.
Mon frere m'en avoit envoyé,
mais l'homme qui le portoit , avoit
été arrêté par les Gardes.
Coste son beau - pere ,
n'avoit
pas eu l'honêteté de m'en offrir:
Mr de Brissac me prêta80 Piiloles
, &celui qui commandoit dans
Belle-Isle., 40.Nousquittâmes
nus habits, nous prîmes deméchans
haillons de quelques Soldats
de la Garnison
, & nous nous
mîmes à la rame,à l'entrée de la
nuit, à dessein de prendre la route
deSaint Sebastien
,
dans le Quip-
uftoa. Ce n'est pas qu'elle ne
futassés longue pour unbâtiement ,
de cette nature; mais c'étoit le
lieu leplus procheoù je ponvois
aborder avec fûreté. Nous eûmes
un fort gros tems, toute la nuit; ilcalma à la pointe du jour, mais
ce calme ne nous donna pas beaucoup
d-e joye ; parce que nôè%tre
Boussolle qui étoit unique, tomba
dans la Mer,parje nesçai quel
accident. Nos Mariniers qui
se trouverent fore étonnés & qui d'ailleurs étoient fort,
ignorans
, ne sçavoient où ils
croient,& ne prirent de route, que ceJle qu'un Vaisseau qui nous donna la chasse, nous força de
rcoiut,rqir.uI'lisl reconnurent àsongaba- étoitTurc&deSalé.Comme
il broüilla ses voiles sur lesoir,
nous jugeâmes qu'il craignoit la
terre,&que par consequent nous - n'en pouvionsêtreloing. De pe- titsoiséaux,qui venoient se per- cher sur notre Mât, nous le marquoient
d'aillieursassez. La question
étoit, quelle terre ce pouvoir
etJ»-, car nous craignions
autant celle deFrance, quecel.
ledes Turcs. Nous bordâmes toute
la nuit dans cette incertitude,
nous y demeurâmestoutle lendemain
; & un Vaisseau dont nous
nous voulûmes aprocher, pour
nous en éclaircir, nous tira pour
toute réponse, trois voilées decanon.
Nous avions fort peu d'eaii
& nous aprehendions d'être charges
en cet endroit par un gros
tems ,
auquel il y avoir déja quelque
apparence. La nuit fut assez
douce:Nous aperçûmes àla pointeuu
jour,une chaloupeà la Mer,
&nous nous en approchâmes avec
beaucoup de peine, parce qu'elle
apprehendoitque nous ne fussions
Corsaires. Nous parlâmes Espagnol
& François, à trois hommes
qui étoient dedans,&ils n'entendoient
ni l'une,ni l'autre Langue.
L'un d'eux se mit à crier SanSebastian
, pour nous donner à connoître
qu'ils en étoient. Nous lui
montrâmesde l'argent, & nous
lui repondîmes- San Sebastian,
pour lui faire connaître que c'étoit-
là où nous voulions aller: Il
se mit dans nôtre Barque
, & il
nous y conduisit; ce qui lui fut fort
aisé, parce que nous n'enétions
pas bien loing. Nous ne fûmes pas
plutôt arrivez, que l'on nous demanda
nôtre Charte.CetteCharte „
est si nécessaire à la Mer, que
tout homme qui navige sans l'avoir,
est pendable sans autre forme
de procés. Le .PJtEPn de nôtre
Barque n'avoit pas fait cette réflexion
, croyant que je n'en avois
pas besoin. Le défaut de ce Papier,
joint aux méchans habits,que nous
avions
,
obligea les Gardes du
Port de nous dire, que nous avions
la mine d'être pendu, le lendemain;
mais nous leur répondîmes
quenous étions connus de Mr le
Baron de Vc.tevdlc qui étoit au
partage,&qui d'abord,jugea par
ces habits tpus déchirez, que
j'étois un Imposteur. ll'r.e le témoigna
pourtant pas àtout hazard
, & il vint me voir dés le
lendemain à mon hôtellerie. Il
mefit un fort long compliment,
mais embarassé, & d'un homme
qui avoit accoûtumé au poste où
il étoit, de voir souvent des trompeurs.
Ce qui commençaàl'assû-
Ler
rer ,
fut l'arrivée de Beduchesne
que j'avois dépêché de Beaupreau,
a Par ,
& que mes amis me
renvoyerent en diligence, aussitôt
que je m'étois embarqué pour
Saint Sebastien. ille trouva si bien
informé des nouvelles, qu'il eut
lieu de croire ,
qu'il n'étoit pas
un Courier supposé, & il l'en
trouva même beaucoup mieux instruit,
qu'il ne souhaitoit; car, ce
futlui qui lui apprit que l'Armée
de France avoit forcé celle d'£k
pagne dans les lignes d'Arras
& , cet avis que Mr de Vateville
fitpasser en diligence à Madrid,
fut le premier que l'on y ût de
cette défaite. Beauchesne me l'apporta
avec une diligence incroyable,
sur une Frégate de Corsaire
Biscain
,
qu'il trouva à la pointe
de Belle-lsle,&qui fut ravie de
se charger de sa personne & de
son passage
,
sçachant qu'il me venoit
chercher à Saint Sebastien.
Mes amis me l'envoyerent, pour m'exhorter à prendre le chemin
de Rome, plûtôt que celui de
Jlfeztiere
,
où ils appréhendoient
que je voulusse me jetter. Cet avis
étoit certainement Le plus sage,
mais il n'a pas été le plus hûreux
par l'événement. Je le suivis sans
hésiter
,
quoique ce ne fut pas
sans peine. Je connoissoisassés la
Cour de Rome, pour sçavoir que
le poste d'un Réfugié&d'un Suppliant
n'y est pas agréable,&mon
coeur qui étoit piqué au jeu contre
le Cardinal Mazarin,étoit plein
de mouvemens qui m'eussent
porté avec plus de gayeté, dans les
lieux, où j'eusse pû donner un
çhâmp plus libre à mon ressentiment.
Le conseil de mes amis
l'emportasurmesvues : Ils merepresenterentque
l'azile naturel
d'un Cardinal& d'un Evêque persecuté,
étoit leVatican ; Mais il y a
des rems dans lesquelsil n'est pas
malaisédeprévoir,que ce qui devroit
servir d'azile,peutfacillement
devenir un lieu d'exil. Je le
previs & je le choisis ; & quelque
évenement que ce choix ait ÛJ je
ne m'en suis jamais repenti, parce
qu'il eût pour principe, la déférence
que je rendis au conseil
de ceux à qui j'avoisobligation. Je
l'estimerois d'avantage, s'il avoit
étél'effet de ma moderation & du
désirde m'employer à mon rétablissement
par les voyes Ecclesiastiques.
Il ne tint pas auxEspagnols
que jene prisse un autre parti. Ausfirôt
que Mr de Vateville m'ût
reconnu pour le Cardinal de Retz,
ce qu'il fit en huit ou dix heures,
& par les circonstances que je vous
ai marquées, & par un Secrétaire
Bourdelois qu'il avoit, qui m'avoit
vû àParis plusieurs fois; il me
mena chez lui dans un Apartement
qui étoit au plus haut étage, & m'y
tint si couvert, que quoique M. le
Maréchal de Grammont qui n'étoit
qu'à3lieuës deSaint Sebastien,eût
donné avis à la Cour par un Courier
exprès, que j'y étois arrivé,il
fut trompé lui-même le jour suivant,
au point d'en dépêcher lift
autre, pour s'en dédire. Je fus trois
femaities dans un lit sans pouvoir
me remettre, & le Chirurgien du
Baron de Vateville qui étoit fort
capable, ne voulut pas entreprendre
de me traiter, parce qu'il étoit
trop tard. J'avois l'Epaule absolument
démise, & il me condamna
à être estropié pour tout le reste de
ma vie. J'envoyai Boisguerin au
Roi d'Espagne
,
auquel j'écrivis,
pour le prier de me permettre de
passer par ses Etats pour aller à
Rome. Ce Gentilhomme fut reçû
de Sa Majesté Catholique & de
Don Louis de Haro, audelà de
toutceque je puis vous en exprimer.
On le dépêcha dès lelendemain
; on lui donna une chaîne de
Soo. écus;on m'envoya une litiere
du Corps, & on me dépêcha en
diligence. Don ChristovaldeChassambonAllemand,
mais espagnolif!,
& Secretaire des Langues,
tres-consideré de Don Loiiis. Il
n'y a pointd'effort que ce secretaire
ne fit pour m'obligerd'aller à
Madrid. Je m'en défendis par
l'inutilité dont ce voyage Seroit au
service de Sa Majesté Catholique,
& par l'avantage que mes ennemis
eh prendraient contre moi. L'onne
comprenoit pas ces raisons , qui étoient pourtant, comme vous
voyez, assés bonnes: & comme,
je m'enétonnois, Vateville. qui
en presence du Secretaire , avoit
été de son avis, même avec vehemence
, me dit: Ce voyagecoûtevoit
50000. écus au Ra & peutêtre
à vous l'Archevêché, il neseroit
bon à rieii, ô, cependantilfaut
que je parle comme lut, ouje serois
brouillé à la Cour. Nous agissons
sur le pied de Philippe Il quf avoit
pour maxime, d'engagertoujours les
Étrangers pardesdémonflrationspu»
bliques. Cetteparoleestconsiderable,
& je l'ai moi-même appliquée plus
d'une fois en faisantrefléxionsur laconduiteduConseild'Espagne.il
m'aparuen plus d'une occasîon, qj'd
poêpcihneiâaturteantparl'attachement trop1 ,qu'ilaàsesmaximesgé~
r.érales,ejne l'on pêche en France
parlemépris que l'on fait cir d*sgénérales
&-desparti-culitres.
Quand D. Christoval vit, qu'il
ne pouvoit pas me persuader d'aller
à Madrid , il n'oublia rien
pour m'obliger a m'embarquer
sur une Fregate de Dmkfrquey
qui étoit à S. Sebastien > &
H me fit des offresimmenses en
cas que je voulusse aller en Flandres,
traiter avec M1le PRINCE,
me déclarer avec Mex,iere, Charleville,&
le Mont-Olimpe. Il
avoit raison de me proposer ce
party quiétoit en effet au service
du Roy son Maître. Vous avez
vu celle que j'ù de ne le pas acceprer.
Ce qui fut très honnête,
est que tous mes refus n'empechèrent
pas qu'il ne me fit apporter
un petit coffre de velours,
dans lequel il y avoit 4000écus
en piéces de quatre. Je ne crû
pas les devoir recevoir, ne faisant
rien pour le service du Roy
Catholique; je m'enexeusai sur
ce titre avec tout le respect que
je devois : Et comme je n'avois,
pour moi, 8c pour les miens,
ni linge, ni habits,& que les 400.
écus que je tirai de la vente de
mes Sardines,furent presque consommez
,en ce que je donnai aux
gens de Mr de Vateville ; jele
priai de me donner 400 pistoles,
dont je lui fis ma promesse , de
que je lui ai renduës depuis. Apres
que je me fus un peu rérabli, je
partis de Saint Sebnftiem & je pris
la route de velence pour m'embarquer
à Vinaros, où Don Christoval
me promit que Donluan d'-
Autriche
,
qui étoit à Barcelonne.
m'envoyeroit une Fregatte & une
Galere. le passai dans une Litiere
du corps du Roy d'Espagne»
toute la Navarre, fous le nom de
Marquis de S. Florent, & sousla
conduite d'un Maître d'Hôtel de
Vateville,qui disoit que j'estois un
Gentil-homme de Bourgogne, qui
-
alloit servir le Roy dansleMilanois.
Comme j'arrivai à Tudelle ,
Ville assez considerable au det& ,1
de Pampelune, je trouvai le Peuple
assezcmû.Onyfaisoit lanuit
des feux & des Corps de Gardes. - Les Laboureurs desenvirons s'étoient
soulevez; parce qu'on leur
avoit deffendu la Chasse, ils étoient
entré dans la Ville, & ils
y avoient fait beaucoup de violence
& mêmepilléquelques mai- "!
fons. Un Corps de gardes qui fut
posé à dix heures du foir devant
l'Hôtellerie où je logeois, commença
àme donnerquelquessoupçons
que l'on en ût pris de moi: Mais une Litière du Roy, les avec Muletiers de sa livrée,me rassuroit.
Je vis entrer à minuit uncertain
D. Martin dans ma chambre,
avec une épéeson longue & une
gr.-indcRo;,i,at,he,à la main:il me dit
qu'ilétoit le fils du Logis,&qu'il
me venoit avertir que le peuple
étoit fort émû, qu'il croyoit que j'étoisunFrançois venu expr ès,
pour fomenter la revolre des La "*
boureurs: Que l'Alcade,ne Iç'-
voir lui-meme ce qui en étoit,
qu'il étoit à craindre que la canaille
ne prit ce prétexte, pour
m'égorger, &que le Corps de gardes
qui étoit devant le Logis,commençoit
àmurmurer & à s'échauffer.
Je priai D. Martin de leur faire
voir sans affectation, la litiere du
Roy, de leur faire parler les Muletiers,
de les mettre en conversation
avec D. Pedro Maître d'Hôtel
de Mr de Vateville- Il entra
justement dans ma chambre dans
ce moment, pour me dire que c'étoient
des Endemoniados,qui n'enrendoient,
ni rime,ni raison,&qu'ils
l'avoient lui-même menacé de le
massacrer. Nous passâmes ainsi
toute la nuit, ayant pour serenade
une multitude de voix confuses ,
qui chantoient, ou plutôt qui hurloient
deschansons contre les François.
Je crû le lendemainau matin
, qu'il étoit à propos de faire
voir à ces gens - là, par nôtre
assurance
, que nous ne nous
tenions pas pour François. Je voulu
sortir pour aller à la Mené;it trouvai sur le pasdela porte, tine
sentinellequi me fit rentrer assèz
promprement, en me mettant le bout
du Mousquet dans la tête,
& enme disant qu'elle avoir ordre
de l'Alcade de me comman- jt
derde la part du Roy,de me tenir
dans mon Logis. J'envoyai D.?
Martin à l'Alcade, pour lui dire
qui j'étois, & D. Pedroyalla
": avec lui. Il me vint trouver en
même tems , ilquittasa Baguette à y?
la Porte de ma Chambre,il mit un ':
genoüil en terre en m'adorant, il ;
baisa le bas de mon juge-au-Corps,
mais ilme déclara qu'il ne pouvoit
me laisser sortir,qu'il n'en ûtordreduViceroy
de Navarre , qui
étoit à Pampelune. D. Pedro y alla
avec un Officier de la Ville
,
&
il revint avec beaucoupd'exeuses.
On me donna 50 Mousquetaires
d'escorce, montés sur des ânes,
qui m'accompagnerent jurqut
Cortés.Jecontinuai mon chemin
pal'Arragon, & passai par Sarragoce
Capitale de ce Royaume ,
belle 8< grande Ville. Je fus surpris
au dernier point ,
d'y voir
que tout le monde parloit François
dans les ruës. Il y en a en
effet une infinité, & particulièrementd'Artisans
qui sont, plus asfectionnez
à l'Espagne, que les
Naturels du Pais. Le Duc de
JHonteleenNapolitain, de laMaison
de Pignatelli, Viceroy d'Arragon,
envoya 3Ott 4 lieuës au
devant de moi un Gentil-homme,
pour me dire
,
qu'il y fut venu
lui-même avec toure la Noblesse
,
si le Roi son Maître,ne lui eut
mandé d'obéir à l'ordre con- traire, qu'il sçavoit que je lui en
donnerois. Ce compliment fort
honnête,comme vous voyez ,fut
accompagné de mille&mille galenteries,&
de tousles rafraichissemens
imaginables que je trouvai
à Sarragosse.Permettez-moi,s'il
vous plaitdem'yarrêter, pour vous
rendre compte de quelques circonsrtianecues,
sqeuism.'y parurent fifîés en- 1y asés cm..
Ontrouve,avant d'entrer dans
la Ville de ce côté-là
,
l'Alcaçar,
des anciens Rois Maures, qui est
présentement à l'Inquisition. Il y
a auprès , une Allée d'arbres, 1
dans laquelle je vis un Prêtre qui
se promenoir. Le Gentil-homme
du Viceroy me dit que ce Prêtre
étoit. le Curé d'Huesca Ville
trés - ancienne en Arragon ,
1
& que ce Curé faisoit la quarantaine,
pour avoir enterré depuis
trois semaines
,
son dernier Paroissien
,
qui étoit effectivement 1
le dernier de nooo personnes
moires de la Peste, dans sa Paroisse.
Ce même Gentil-homme
du Viceroy me fit voir tout ce qu'-
il y avoit de remarquable à Sarragosse
, toujours fous le nom de
Marquis de Saint Florent: Mais,
il ne fit pas reflexion que Nnefira
senoradelpilar,quiestundes plus
célébres Sanctuaires de toute l'Espagne
, ne se pouvoir pas voir
fous ce titre. L'on ne montre jamaisàdécouvert
cette mage.
miraculeuse
i
miraculeuse
, qu'aux Souverains
&aux Cardinaux, le Marquis de
Saint Florent n'étoit ni l'un ni
l'autre;de forte que quand l'on
me vit dans le Balustre avec un
Juste-au-Corps de Velours noir&
une Cravatte ; le Peuple infini qui
y étoit accouru de toute la Ville,
au son de la Cloche, qui ne sonne
que pour cette cérémonie
, crut
que j'étois le Roy d'Angleterre.
Il y avoir, je crois, plus de ic,»
carosses de Dames, qui me firent
cent & cent galanteries ,auxquelles
je ne répondois que
comme un homme qui ne parloit
pas trop bien Espagnol.
Cette Eglise est belle en elle
même, lesrichesses &les ornemens
en font immenses
, & le
Thrésor magnifique. L'on m'y
montra un homme qui servoit à
allumer les Lampes qui sont en
nombre prodigieux, &: l'on
me dit que l'on l'avoit vû sept ans
à laporte decette Eglise, avec
une feule jambe. Je l'y vis avec
deux. Le Doyen avec tous les
Chanoines m'assùrerent que toute
la Ville l'avoit vû, comme eux.,
&que (î je voulois encor attendre
deux jours, je parlerois à plus
de 1000 hommes de dehors qui
l'avaient vucomme ceux de la
Ville. Il avoit recouvert sa jambe
à ce qu'il disoit,en se frottant
de l'huile de ces Lampes. On
célébre tous les ans la fête de ce
Miracle,avec un concours incroïa.
ble, & il est vray encore qu'à une
journée de Sarragoce, je trouvai
les grands chemins couverts de
gens, de toutes fortes de qua lirez
qui y accouroient.J'entrai de l'Arragon
dans le Roïaume de Valence
, qui se peut dire non p~s
feulement le païs le plus siin9
maisencorleplus beau Jardin du
monde. Les Grexades, les Orangers
, les Citroniers y sont les palissades
des grands chemins. Les
plus belles & les plusclaires Eaux
dumonde leurservent de canaux. ToutelaCampagne qui est émaillée
d'un million de fleursdifferentesquiflatem
la vuey exhale
un million d'odeurs différentes qui
charment l'odorat. J'arrivai ainsi.
à Vinaros où D. FernandCarillo
Général des Galeres de Naples,
me joignit le lendemain, avec la
Patronne de cette Escouade
,
belle
&excellenté Galere,&renforcéede
la meilleure partie dela
Chiourme, & de la Soldatesque
de la Capitane, que l'on avoit
presque désarméepour cet effets
Don Fernand merenditune let-
-
tre de D. Juand'Autriche,aussi
belle & galante que j'en aye jamais
vû:Il me donnoit le choix de
cette Galere ou d'uneFregate de
Dunkerque qui etoita la même
plage,&qui étoit montée de 56
pièces de canon.Celle-ciétoit plus
flue pour passer dans une faison
aussiavancée,car nous étions dans
le mois d'Octobre. Je choisis la
Galere, & vous verrez que je n'en
fis pas mieux.D.ChristovaldeCardonne,
Chevalier de S. Jacques,
Diij
arriva à Vinaros un quart d'heure
après D.Fernand CarHIa, &il
me dir que Monsieur le Duc de
Montalte Viceroy de Valence l'avoir
envoyé pour m'offrirrout ce
qui dépendoit de lui:Qu'il sçavoit
que j'avois refusé ce que le Roy
Catholiquem'avoit offertàSaint
Sebastien ; qu'il n'osoitparcette
raison
, me presser de recevoir ce
qu'un Officier des Galeres avoit
ordre de m'aporter : mais que
comme il sçavoit que la precipitation
de mon voyage ne m'avoit
pas permis de me charger de beaucoup
d'argent; que j'étois fort liberal
,
& que je ne serois pas faché
de faire quelque regale à la
Chiourme, il esperoit: que jene
refuserois pas quelques petits rafraichissemens
pour elle. Ces rafraichissemens
consistoient en six
grandes pièces pleines de toute
forte de confitures, de plusieurs
douzaines de pairs de gans d'Espagne
exquis & d'une bourse de
senteur» dans laquelle il y avoit
2000 pièces d'orfabriquées de
Floride, quirevenoient à zooo»
200, ou 300 Piltoles. Je reçu
le present sans en faire aucune
difficulté, en lui répondant que
comme je ne me trouvois pas en
état de servir sa Majesté Catholique
je croyois que je manquerois à mon devoir en toutes manieres,
sije renvois les grandes sommes
qu'elle avoit eûê la bonté de me
faire apporter à S. Sebastien &
offrir à Vinaros -, mais que je croirois
aussi manquer au refpeéèquc:
je devois à un aullï grand Monarque
,
si je n'acceptois le second
dont il m'honoroit. le le reçu
donc, mais je donnai, avant de
m'embarquerlesconnturesauCapitaine
de la Galere, les gands à
D. Fernand, & l'or à D. Pedro,
pour Mr le Baron de Vateville;
en lui écrivant que comme il m'avoit
ditplusieurs fois qu'il étoitassezembarasséacause
de l'extreme
dépense qui étoit necc(T.i:e pour
achever l'AdmiraidesIndes d'Occidentqu'il
faisoit construire à S.
Sebastien
, je lui envoyois un pettietceg,
rca'icnfptaouirrusoiulager son mal de
qu'il appelloit le
chagrin que la fabrique de ce Vais-
(eau lui donnoir. Ma manière d'agir
en ce rencontrefut un peuoutrée.
l'eûraison de donner le rafraichissement
de Victuailles au
Capitaine;il étoit indiffèrent de
retenir les gands d'Espagneou de
les donner à D. Fernand.. il eùt
été de labonne conduite de retenir
les2000, &tant de PiMet.
Les Espagnols neme l'ont jamais
pardonné :Ils ont toujours attribué
à mon aversion, ce qui n'étoit
en moi ,
dans la vérité» qu'-
une suite de lap osession que j'a-
- vois toujours faire de neprendrede
l'argent de personne. le m'embarquai
a la seconde gardede la nuit
avec un gros tems, mais qui ne
nous incommodoit pas beaucoup,
parce que nous avions le vent en ,
poupe. Nous faisions trois mille
par heure&nous arrivâmesle lendemain
à Matorque Comme il
y avoit de la peste en Atragon,
tout ce qui venoit dela Côte
d'Espagne étoit fu%eéfc à Maïorque
:Il y eut beaucoup d'allée &
de venuepour nous faire donner
pratique,àlaquelle le Magistrat
delaVille s'oposoitavec vigueur.
Le Viceroi qui n'est pas à beaucoup
préssi absolu dans cette Isle,
que dans lesautres Royaumes d'-
Espagne-, &,qui avoit eu ordre
du Roy son Maître,de me faire
toutes les honnesterez possibles,fit
tant par ses instances, que l'on
me permit à moi & aux miens,
d'entrer dans la Ville, à condition
den'ypoint coucher.Celavous
paraît sans doute assez extravagant
,parce que l'on porte le mauvaisairdans
une Ville, quoiqu'on
n'y couche pas.Je le dis l'aprésdîné
à un Cavalier Majorquin
,
qui me
répondit ces propres paroles, que
je remarquai, parce qu'elles peuvent
s'appliquer a mille rencontres
que l'on fait dans la vie.
NONS ne craignonspas que vous nous *
apportiez, du mauvais air, parceque
nousIfavons bien que vous n'-
euespaspasse àHuesca
,
mais comme
vous vous en esses aproche, nous
sommes bienaise de faire en votre
personne un exemplequi ne vousincommode
point&qui nous accomode
pour les suites. Cela en Espagnol,
est plus substantiel,demême plus
galant qu'en François. LeViceroy
qui est un Commandeur Arragonois,
donc j'ai oublié le nom, me
vint prendre avec 100ou200 carosses
pleins de Noblesse
,
& la
mieux faite qui soit en Espagne. Ilme mena à la Mené à la Cathédrale
,
où je vis 30 ou 40 femmes
de Qualité, plus belles l'une que
,
l'autre,&ce quiest de merveilleux
,
c'est qu'il n'yen a point de
laides dans toute l'Isle; au moins,
elles y sont très-rares: Ce sont
pour le moins, des beautés trésdélicates
, & des teints de Lis & - de Roses.Lesfemmes du baspeufpolentque
l'on voit dans les rues,
de cette espéce. Elles ont
commeune Coëssure particulière,
qui est fort jolie. Le Viceroy me
donna un dînermagnifique
,
dans
une superbe Tente de Brocard
d'or, qu'il avoir fait élever sur le
bord de laMer. Il me mena aprés , entendre une Munque dans un
Couvent de Filles, qui ne cédoient
pasen beauté aux Dames
de la Ville:Elles chanterent à la
Grille, à l'honneur de leur Saint,
des Airs & des paroles plus galantes
&plus passionnées
, que ne
sont les Chansons de Lambrt.
Nous allâmes nous promener sur
le soir, auxenvironsdelaVille,
qui font les plus beaux du monde.
&tous pareils aux Campagnes du
Royaume de Valence. Nous re- vinfmes chez le Viceroy
,
la Vicereine
qui étoit plus laide qu'un
Demon & qui étoit assise fous
un grand Dais, toute brillante
de Pierreries, donnoit un mer- veilleux lustre à 60 Dames qui
croient auprés d'elle,&quiavoichrété
choisies entre les plus belles
de la Ville. On me ramena avec
cinquante flambeaux de cire blanche
,dans la Galere, au bruit de
toute l'Artillerie des Battions, &:
d'une infinité de Haut-Bois de
Trompettes. J'employai à ce divertissement,
les trois jours que
le mauvais tems m'obligea de
passer à Majorque. J'en partis le 4.j
avec un vent frais,& en Poupe.
Je fis cinquante lieuës en douze
heures
,
& j'entrai fort hûreusement
avant la nuit au Port Afahati,
qui est le plus beau de la Méditerranée.
Son embouchure est fort
étroite , &je ne crois pas que deux
Galeres à la fois y Plliffent passer
en voguant. Il s'élargit tour d'un
coup , & fait un Bassin oblong, qui
a une grande demie-lieuë de large,
CT une bonne lieuë de long. Ulle
grande Montagne qui l'environne
de tout coté,fait un Théatre, qui
par la multitude & la hauteur des
arbres dont elle est couverte ,
&
par les ruisseaux qu'elle jette avec
une abondance prodigieuse
, ouvre
mille & milleScénes,qui sontsans
exagération ,
plus surprénantes,
que celles de l'Opéra. Cette même
Montagne, ces mêmes Rochers
couvrent le Port detous lesvents;
& tbwsles plus grandes tempêtes
il est aussicalme, qu'un Bassin de
Fontaine, & aussi uni qu'une glace.
Il est partout d'une égale prosondeur
, & les Galions desIndesy
¡
donnent fond à 4 pas de terre.
Pour comble de toute perfection
1 ce Port est dans l'lui L'Iste deMinorque , donneencoreplusdechair&tontesfortes
deVictuaillesnécessaires a
la Navigation, que celle de Majorque
neproduit deGrenades,d'Oranges&
deLimons. Le tems grossit extrémement,
après que nous sûmes
entrez dans le Port, au point
que nous fumes obligezd'y derCmaeruirlelro,
quatre jours.D. Fernand qui étoit Homme de
1 Qualité ,âgé seulement de 24
ans, forthonnête &: civil, cherchael
me donner tout le divertissement
que l'on pouvoit trouver
en ce beau Lieu. La Chasse y étoit
la plus belle du monde
, en toute
forte de Gibier, & la Pesche en
Poissons. En voici une maniéré
particulière, ce mesemble,ace Port.
Ilprit centTurcs de la Chiourme,
illes mit de rang,illeur fit tenir
à tous un cable d'une prodigieuse
grosseur,ilsitplonger 4 de ses EscLtves
, qui attachèrent ce cable à
une fortgrosse pierre; ilsla tirerentaprès
,
à force de bras, avec
leurs Compagnons, au bord de
l'eam; ils n'y réfffirent qu'après des
efforts incroyables: Ils n'eurent
gueres moins de peine à casser cette
pierre à coups de marteau. Ils trouvirent
dedans,septou huitécailles,
moindres que les Huitres en grandeur
,
mais d'un goût,sans comparaisonplus
relevé. On lesfait cuire
dans leur eau, c-; le manger en
est délicieux. Le rems s'érant adouci
, nous sîmes voile pour passer
le Golfe
, qui commence en -
cer
cet endroit. Il a cent lieuës de
long& quarante de large, & il est
extrêmement dangereux, tant à
cause des Montagnes de fable,
que l'on prétend qu'il élève & qu'il
roule quelquefois, que parce qu'il
n'y a point de Port sous vent. La
Côte de Barbarie qui le borne d'un
cote, n'est pas abordable;celle de
Languedoc qui lejoint de l'autre
est trés-mauvaise , : Enfin le trajet
n'en estpointagréable pour les Galeres
,pour peu que la saisonfoit avancée
,
& elle l'etoit beaucoup
parce que nous étionsfortproche de
laToussaient où ilfait ordinairement
à la Mer de grands coups de
vent. D. Fernand de Carillo
, qui
étoit un des Hommes d'Espagne
des plus avanturier m'avoüat
qu'une médiocre Fregate eut été
meilleure en ce rencontre que la
plus forte Galere. Il se trouva
par l'événement
, que la
moindre Felouqueeût été aussi
bonne que la meilleureFrégate.
Nous passames le Golfe en ja
heures, par le plus beau tems
du monde, avec unventqui ne
laissoit pas de nous servir "- ne
nous obligeoit presque pasà met- tre sur le Bourcet de la chambre -
de poupe ,
les lanternes de verre
dont on les couvre Nous entrâmesainsi
dans le Canal qui est
entre laCorfe U- la S.rdaig.e.D.
Fernand Carillo qui vit quelque
nuagequi lui faisoit appréhender
changement de tems,me proposa
de donner fond à Porto Co~/,
qui est un Port des-habité dans la
Sardaigne, ce que j'agreai. Son
apprehension s'étantévanoüie
avec les nuages, il changad'avis
pour ne pas perdre le beau
tems. Ce fut un grand bonheur
pourmoi, car M. de Gutfe qui
alloit a Naples avec l'armée Navale
de France, étoit mouillé à Porto Condé avec six Galeres.
D. Fernand Carillo qui le[ÇÛl
deux jours après, me dit qu'ilse
fut moqué de ces six Galeres;
parce que la fieruie quiavoir 450
hommes de Chiourme, se sut aisement
tirée d'affaire mais, c'eût
toûjours été une affaire,dont un
homme qui se sauve de Prison,
se passe encore plus facillement
qu'un autre La Forteresse de S.
Boniface qui est en Corse & aux
Génois, tira 40 coups de Canon
en nous voyant, &comme nous
en passion trop loin, pour en
être salué
, nous jugeâmes
qu'elle nous saisoit quelque signal,
& il étoit vrai; car, elle
nous avertissoit qu'il yavoir des
ennemis à Porto Condé. Nous
ne leprîmes pas ainsi,&nous crûmes
qu'elle nous vouloir faire
connoistre, qu'une petite Frégate
que nous voyoions devant nous au
forcir du Canal, étoit Turquoise,
comme elle en avoit le gabarit.
D. Fernand prit fantaisie de l'attaquer
, & il me dit qu'il me donneroit,
si je le lui permettois,le
1- plaisir d'un Combat qui ne dureroit
qu'un quart d'heure, il commanda
que l'on donna chasse àla
Fregatequi paroissoit effective
meni faire force de vent pour s'enfuir.
Le Pilote qui n'avoit d'attention
qu'àcette Frégate,ne remarqua
pas un Banc de sable, quine
paroissoit pas à la vérité au
dessus del'eau, mais qui est si
connuqu'il estmême marqué dans
les cartes. La Galere toucha:
Comme il n'y a rien de si dangereux
à lamer,tout le mondes'écria
misericorde. Toute la Chiourmese
leva pouressayer de la déferrer
& de se jetter à la nage. D.
Fernand Carilloquijoüoit au Piquet
avec Jolydansla Chambre
de Poupe, me jetta la premiere
épée qu'il trouva devant lui, en
me criant que je la tirasse, & il
rira la sienne pour aller sur le
Coursier charger à coups deftramaçons,
tout ce qu'il trouvoit
devant lui. Tous les Officiers &
la Soldatesquefirent la même
chose, parce qu'ils apréhendoient
que la Chiourme, où il y avoit
beaucoup de Turcs, ne relevassent
la Galere,c'est-à dire,ne s'en
rendissent les Maîtres, comme il
est arrivé quelquefois en de ferablables
occasions. Qand tout le
monde se fut remis à sa place,ilme
dit,de l'air du monde le plus froid
&le plus assuré.rt/ ordre de S.Mde
vous mettre en sûreté, ilyfaut
pourvoir. Je verrai après cela,si la
Galere est blessee. En proferant cette
derniere parole,il me fit prendre
à force de corps par quatre Esclaves
, & il me fit porter dans la
Felouque. Il y mit avec moi trente
MousquetairesEspagnols
,
ausquels
il commanda de me menersur
un petit écüeilquiparoissoit à 50
pas delà, & où il n'y avoit place
que peur quatre ou cinq personnes.
Les Mousquetaires étoient dans
l'eau jusqu'à la ceinture ,
& ils me
firent pitié; quand je vis, que la
Galere n'étoit pas blessée, je lesy
voulurenvoyer;mais ils me dirent
que si les Corsaires qui etoientsur
le rivage,me voyoientsans uneabonne
escorte , ilsnemanqueroientpas
de me venir piller & égorger, ces
Barbares s'imaginans <^ue tout ce
qui fait naufrage est a eux. La
Galere ne se trouva pas blessée,
ce qui fut une maniere de prodige.
On ne laissa pas d'êtreplus
de deux heures à la relever. La
Felouque me vint reprendre , &
je remontai sur la Galere. Comme
nous sortions du Canal, nous apperçûmes
encore la Frégate, qui
voyant que la Galere ne la fuivoit
plus, avoit pris sa route. Nous
lui
donnâmeslachasse
; elle la
prit, & nous la joignîmes en moins
de deux heures. Nous trouvâmes
en effet qu'elle étoit Tur..
quoise, mais entre les mains des
Genois, qui l'avoient prise sur le
Turc, & qui l'avoient armée. Je
fus,pour vous dire vrai, trés aise
que l'avanture se fut terminée
ainsi :Cette guerre ne me plaisoit
pas;ellen'étoit pas grande
, mais
une égratignure qui m'eut pu arriver
,
l'eut renduë ridicule. D.
FernandCarillo, quiétojtunjeune
hommetort brave, me la proposa
, & je n'û pas la force de
l'en refuser, quoiqze je visse bien
que c'étoit une imprudence. Le
rems se chargeantun|peu, on crut
qu'il étoit à propos d'entrer dans
Porto Yècchio. Ccft un Port deshabité.
Un Trompette du Gouverneur
Genois, d'un Fort qui en
est assés proche,vint nous avertir
de la part de son Capitaine,
que MrdeGuise étoit avecfix Galeres
de France à Porto Condé,
qu'aparemment il nous avoit vû.
* passer, & qu'il pourroit venir nous
surprendre. La même nuit, sur le
foir
, nous résolûmes de nous
remettre à la Mer, quoique le
tems commençât à être fort gros,
& qu'il y ût même quelque péril
de sortir la nuit de PortoVecchio;
parce qu'il a à sabouche un écueil
de Rochers,qui jette un Courant
assés facheux. La bourasque augmenta
avec la Lune, & nous
ûmes une des plus grandes tempêtes
qui se soit peut-être jamais
vue à la Mer. Le Pilote Royal
des Galeres de Naples qui étoit
sur la nôtre, & qui naviguoit
depuis cinquante ans, disoit qu'il
n'avoit jamais rien vû de pareil. ,-
Tout le monde étoit en prieres gj- .¡:-
tout le monde se confessoit : Il«H
n'y ût que D. Fernand Carillo,qui
communion tous lesjours
,
quand tlî
étoit à Terre, cff qui étoit d'une
Tiété Angélique : lln) ût quei lui,dis-je, qui ne se jetta pAS aux
pieds des Prestres avec empresse- -
ment. Il laissoit faire les autres, x
mais, il ne fit rien en son particculier,
C'r il me dit à l'oreille:
Je crains bien que toutes ces Confessions
, que laseule peur produit,
ne vatllent rien. Il demeura toujourstranquile,
donnant les ordres
avec une froideur admirable, &
en donnant du courage, mais doucement
, à de vieux Soldats de
terre de Naples, qui faisoient
paroîtreunpeu d'étonnement. Je
me souviens toujours qu'il les appella
Senres soldados de Carlo
Qmnto. Le Capitaine particulier
-
de la Galere,qui s'appeloit Villanova
,
se fit apporter au plus
fort du danger, ses manches en
broderie & son écharpe rouge,
en disant, qu'un véritable Espa,.
gnol devoit mourir avec la marque
de son Roy. Il se mit dants
un grand Fauteüil
, & il donna un
grand coup de pied dans la machoire
d'un pauvre Napolitain,
qui ne pouvant tenir sur le Coursier
, marchoit à quatre pattes,
en criant. Senr D. Fernando por
l'amor de Dios Confeçion
, & le
Capitaine en le frapant
,
lui dit
Osenemigo de Dios pi deConfeçion:
& comme je lui repréfentois que
la preuve n'étoit pas bonne, il me répondit, que ce Vieillard scandalisoit
toute la Galere. Vous ne
pouvez vous imaginer l'horreur
d'une grande tempête ; vous vous
en pouvez aussi imaginer le ridicule.
Un Observantin Sicilien
prêchoit au pied de l'Arbre;que
Saint François lui étoit appttnt,
&l'avoit assuréque nous -ne ftri
rillns pas. ce ne feroit jamais fait
si j'entrepreneis de vous décrir
-
les frayeurs & les impertinences
que l'on voir en ces rencontres:
Le grand péril ne
-
dura que fepli
hctires; nous nous mîmesensuit
unpeu à couvert fous la Pi{lJJJ¿lIfl;=
le tems s'adoucit, & nous gagnâmesPortolongone.
Nous y passâmes
la Toussaint & la Fête des
Morts, parce que le vent nous
étoit contraire pour sortir du Port.
Le Gouverneur Espagnol m'y fit
toutes les honnêtetésimaginables;
&comme il vit que le mauvais
tems continuoit, il me con- seilla d'aller voir Portoferrare,
qui est dans l'Isled'Elbe,
aussi bien que Porto Longone.Il n'y
a que 5 mille de l'un à l'autre par
terre, & j'y allai à chevaL Je
vous ai tantôtdit, qu'il n'y a rien
de si agréable dans le Théatre de
l'Opera, que la Scene du Port
Mahon, & je puis présentement
vous direavec autant de vérité,
qu'il n'y a rien de si pompeux
dans les représentations les plus
magnifiques que vous en avet.
"es.que tout ce qui paroît de cette
Place. Il faudroit etie Homme
de Guerre pour vous la décrire,
Je mecontenterai de vous dire,
que sa forcepasse sa magnificence:
Elle est l'unique imprenable qui
soit au monde;& le Maréchal de
la Meilleraye en convenoit. il
[
l'alla visiter, aprés qu'il ût prit
PortoLongone, dans le tems de
: la Régence; & comme il avoit
beaucoup de zéle pourle Service
de son Maître,il dit au Commandeur
Griffory qui doit y comman- pour le grand Duc, que la
Fortification étoit bonne, mais que
si le Roy son Maître lui commandoit
de l'attaquer, il lui en ren- droit bon compte dans six Semaines.
Le Commandeur Griffory
lui répondit, qu'il prenoit un trop long tems, & que le Grand Duc
étoit si fort Serviteur du Roy,
qu'il ne faudroit qu'un moment.
Le Maréchal th honte de sonemportement,
ou plutôt de son iiv
civilité,& il la répara en disant
vous êtes un galant Homme Mr
le Commandeur, &jesuis unsot,
je confesse que vôtre Place
est imprénable Le Maréchal
me fit ce conte à Nantes, &
le Commandeur me le confirma
à Porto Ferrare où il commandoit
encore, quand j'y
passai. Le vent nous ayant permis
de sortir de Porto Longone,
nous prîmes terre à Fiombino
,
qui est sur la Côte de Toscane.
Jequittai dans ce lieu, la Galere,
aprésavoir donné aux Officiers,
aux Soldats & à la Chiourme,
tout ce qui me restoit d'argent,
sans excepter la Chaîned'or que
le Roy d'Espagne avoit donnée à
Boijgtterin. Je la lui achetai, &
la revendis au Facteur du Prince
Ludovisio,qui est prince de Piombin.
Je ne réservai que neufPistoles,
que je crû suffisantes pour me
mener jusqu'à Florence. Je fuis
obligé
obligé de dire que jamais gens
ne méritérent mieux des gratifications
, que ceuxqui étoient
c - sur cette Galere. Leur discretion à mon égard,n'a peut-être jamais
eu de - pareille. Ils étoient plus
de 600 hommes, dont il n'yen
avoit - pas un qui ne me connut. Il n'yen ût jamais un seul
, qui
en donnat aucune démonstration.
Leur reconnoissance fut égale à
leur discretion. Celle que je leur
avois témoignée de leur honnêteté,
lestouchatellement,qu'ils pleurerent
tous, quand je les quittai,
pour prendre terre à Piombin. Ce
fut proprement en ce lieu, où je
recouvrai ma liberté, laquelle
jusques là, avoit été hazardée
par beaucoup d'avantures.
Ce Morceau,par lequelfinissent
les Mémoires du Cardinalde Retz,
estsi beau, que j'ai cru vous faire
plaisir de le transcrire toutau long.
Jesuis avec toute l'estimepossible
Monsieur, &c.
Fermer
15
p. 182-205
Seconde Partie du Journal de Historique, ou de la Relation imprimée le mois passé, concernant le Czar. [titre d'après la table]
Début :
Dans la Relation que je fis imprimer à part, le mois passé, touchant [...]
Mots clefs :
Tsar, Prince, Dîner, Chasse, Duc, Remparts, Abbaye, Monarque, Jardins, Sérénade, Marquis, Versailles, Médailles, Visites, Cortège, Cavalerie, Duc, Infanterie, Invalides, Audience, Académie, Messe, Mousquetaires, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Seconde Partie du Journal de Historique, ou de la Relation imprimée le mois passé, concernant le Czar. [titre d'après la table]
DAnJlaRelarion quejefis imprimer
a part, le mois passét
touchant le Czar, le laissai ce Prince
à Pult-bcurt; : Il eji présentement
de
de mon devoir, que je reprene la'fate de ceJournal
, en condui-
,
sant ce Monarque jusqu'aux Eaux
de Spaa, où il va joindre la Clarine
son Epouse.
Le Dimanche30. du passé, le
Czar arriva de bonneheure àPetit-
Bourg, où M. le Duc d'Antin lui
fit servir un dîner magnifique;
après lequel il alla coucher à Fontainebleau.
Le lendemain, il courut
le Cerf avec l'Equipage du
Roy; il monta les Chevaux de
lÆgr le <3bmte de Toulonfe
,
qui
se trouva à cetteChasse ; elle fut
sivive que le Cerf fut forcé en
moins d'une heure & demie. Le
Czar qui n'avoir jamais pris ce
-
plaisir Royal, en parutfort content
,.<')[ fit à M. le Comte de
Toulousetoutes les honnêtetés
imaginables. Après la ChasTe
, ce
Prince dîna dans le Pavillon qui
est au milieu de la grande piéce
d'eau, où il resta fort long-tems à
;table. Comme on s'étoit flaté qu'il féjourneroitpluslon^-temsài-oatainebleau
, on avoir tout disposé
pour cet effet; cependant il en
partit ce jour là même
,
après s'être
promené quelque tems le long
du Tibre. Il revint coucherà
Petit-Bourg ,
ou M. le Ducd'Antin
le recut aussi magnifiquement
que la veilles quoique ce retour
fut imprévû. Après avoir parcouru
les Jardins, & laTerrassequi
sert de barriere àla Seine, il entra
le premier Juin, dans une Gondole
, qui le ramena àParis
, avec
toutesa Cour qui lesuivit dans
d'autresBateaux,il s'arrêtaàChoisi,
où il fut accueilli par Madame la
Princesse de Conty Doüairiere ,
qui doit y séjourner tout l'Eté;il
vit les Jardins & les Appartemens:
S'yétantrafraîchi, il continua son
chemin en Gondole
,
& ayant
traverfe^ous 4cs Ponts de Paris,
il vint descendieà l'A breuvoir , audefloas dela Porte de la Conférence
; il monta en Carosse
,
&- D.-flart surles Rempàrts de
la Ville
,
il allachez unArtificier
oùil acheta une grande quantité
de Fusées & de Pétards qu'il voulut
tirer lui-même, dans le Jardin
de l'Hôtel de Lesdiguiéres.
Le 2 ,
il alla l'aprés midy à
l'Abbayede S. Denis, où on lui
fit voir l'Eglise, le Trésor
,
les
Tombeaux
, & lesuperbe Bâtiment
que lesReligieux ont élevé
depuis quelquesannées, & qui
n'est pas encore achevé : la solidité
des Murs & des Voutes lui
plût extremement. Les Benedictins
lui avoient préparéunetrés
grande col lation, qu'il se fit apporter
dans une Cellule qui est
au bout du Dortoir
,
& dont la
vue est charmante; il revint de
S. Denis par S, Quen. où M.
le Duc deTresmes avec route sa
famille, l'attendoit. On lui servitunemagnifique
collation.
Le 3 ce Monarque partir d'ici,
accompagnéde toute sa Cour, de
M. le Maréchal de Tessé, & de
M. le Marquis de Bellegarde
fécond fils de , INI. leDucd'Antin;
ce jeune Seigneur ayant été pré
posé pour faire les honneurs des
Maisons Royales à la place de
M. son pète) qui comme -
Chef.
du Conseil du dedans du Royaume
,
n'avoit pu suivre S. M.
Czarienne ,à cause de quelques
affaires importantes. Le Czar
avoitcompté passer quelques jours
à Versailles, & même on s'étoit
préparé à l'y recevoir; mais il ne
s' y arrêtaqu'un moment , étant
allé coucher à Trianon, où il a
occupé avec toute sa suite, les
Appartemens duCorridor qui donne
sur
-
les Goulottes. Pendant le ,féjotfL"qu'il a fait à Trianon, il
prenoit surtout le plaisirdela promenade
dansles Jardins en Calesche,
& sur le Canal en Gondolle
; il a visitétous les endroits
les plus remarquables des environs.
Le 6, il partit de Trianon,
pour aller au Château de Clagny;
il monta au grand Aqueduc, &
de là se rendit à Af/trly. Il a eiij
[
ployé le tems qu'il y a demeuré,
à peu prés comme à Trianon,se
-- promenant presque tout le jour, &examinant les Jets d'eau, les
Cascades &les Statuës, avê..,cunc
attention surprenante;ilalloit surtout
à chaque instant, voir la Cascade
j4grij>pwne.
Le 10
,
M. deVerton,Maître;
d'Hôteldu Roy ,
qui est chargcf.
par ordre de la Cour ,de servirle
Czar,ayant ordonné un rres-benir
feu d'Artifice, avoirplacé dans
le Bosquet de Marly, unegrande
quantité de Haut-bois&detoutes
fortes d'instrumens qui préluderent
& donnerent une Serenade
qui dura prés d'une heure;
aprés quoi on tira le feu d'artifice
lequel fut suivi d'une tres belle
illumination, que M. le Marquis
, de Bellegarde avoit faitprepararer
dans les Bosquets desBains
d'Agrippinne, & dans celui de la
Cascade;lafête finit par une cfc
pece de Bal: Toutes les Dames
que la curiosité avoit attirée 1«
Marly, danserentdans le Sallort;-
bienavant dans la nuit. Le Czar
fut si content de cette galanterie,
qu'il se coucha trés tard, contre
son ordinaire.
Le II, étant alléle matin- à
Saint Germain en Laye; il examina
le Château vieux &: la neuf,
& resta fort long-temssurlaTerrafle.
Il descendit au Val, &delà
au Monastere de S. Cyr, où
a.-tt Madame de Maintenon qui
reçût sa visite sur son lict; il demanda
à voir les cinq Classes &
routes les Demoiselles, chacune
dans leur place;le Prince sist sort
édifié del'utilité &de la magnificence
de l'établissement de cette
Maison, & de la maniere dont les
Filles y étoient élevées.Aprés
s'estre beaucouppromené, il remonta
en Carosse -ex; revint coucher
à Trianon,
Le 12. il quitta avec regret ces
lieux enchantez, pour revenir à
Paris, il passa par Versailles, où
:-l dîna; avant que de se mettre à
table, il vit tous les Appartemens
~L: le Cabinet, des Curiositez
,
qui
cft auprès de la Piece de la Chapelle
;on lui montra les Medailles
Ȑc les Coquillages.LesLivrescurieux
& les Estampes magnifiques
r
des Anciens Balers du Roy,l'occuperent
plus agréablement, que
toute autrechose.Ildescendità
la Grande & àla Petite Ecurie; il
vit travailler dans l'une & dans
l'autre,plusieurs Chevaux que les
Ecuyers monterenten sa presence. Ilmonta en Carosse sur les cinq
heures, & vint à Chaillot, rendre
visite à la Reine d'Angleterre;Il
traversa, sans s'arrêter, le Cours la
r. Reine, où l'on se promenoit: Il
àvint descendre chez Mr deLaunai la Monoye des Medailles, où
Mr le Duc d'Antin l'attendoit ; ce
Seigneur fit fraper en la presence
de cePrince, une -
Medaille
d'Or, qu'il lui presenta : Le Czar
fat surpris de trouver d'un côté
son Portrait en Buste, ayant
- pour Legende,Petrus Alexievvitz.
T\ar, Mag. Russ. Im(J'eratol; ôî
au revers une Renomméedans les
airs , avec deux Trompettes ; autour
étoient ces mots, Vires aLgo'.
fit eundo. Cequifaitallusion aux
differens voyages que ce Souverain
a faitdepuis vingt ans :8c dans
l'Exergue;Lutet. Paris, 1717. Ilmonta
ensuitepour voir-leCabinet
des Medailles,où il trouva un Medailler
remplidetrente Médaillésd'Argent,
& de quarante Médailles
de Bronze, pareilles à celle qui
luiavoirétépresentéeenOr.Ilen
fut surpris, & encore plus, lorsqu'il
vit qu'elles furent distribuées aux
Personnes. qui l'accompagnoient
Après qu'il ût consideré avec attention
lOUt
ce qu'il y -avoit-diansla
MonoyedesMedailles,ilpna
dans l'Orphevrerie, oùil trouva
i?n grand nombre de beaux Ouvrages
de ce Metail , dont la plus
grande partie étoit pour le Roy,
&quelques uns aussi pour le Roy
de Portugal & à ses Armes ; il les
examina avec itn- discernement
lui marque son bon goût pour TOUtes
sortes de choses. Lorsqu'il s'en
alla
, en lui presenta de rechefune
pareilleMedaille de son Portrait,
quivenoitd'être achevée,dont
les fondsétoient de Bronze brune,
& tous les reliefs en Or.
Le 13. au matin, il reçût la Visîte
du Nonce, qui lui fit un com- pliment en Italien, auquel le Vice-
Chancellier Schaffirauu répondit.
Il sortitseull'aprés-midi, & se
rendit le soir chez Mr le Duc
d'Antin, où il soupa avec Mgr le
Comte deToulouses le repas fut
superbe.
Le15.aumatin, ilallaàl'ImprimerieRoyale
? on tira devant
lui plusieurs Epreuves:ll passa ensuite
au Collége des Quatre Nations,
fondé par le Cardinal de-
Mazarin; Il viGta l'Eglise&la Biblioteque,
& fit amitié à M Varignon,
le plus fameux Géometre
du Royaume; il s'infirma des
fonds destinez à entretenir un pareilEtabli(
Ternent*, il parut content
du détail qu'on luien fit, ~f~
ce qu'outre deux Colléges qu'il (li fondez dans ses Etats,l'un à Mor:
covu, & l'autre à Peterbourg ,il
a encore dessein d'en ériger de
nouveaux. Au sortir de cette Mai.
son,il passa chez le sieurPigeon,
Auteurd'une Sphere mouvante
très curieuse, suivant le Systéme
de Copernic; illa trouva parfaitement
executée; elle lui PZC si
fort, qu'il donna ordre
, en parrant,
del'acheter deux «mille ~écusa.
Ilalla ensuiteen Sorbonne,où-il
fMuat isrôençû,qup'ialr^lpeasciDeoucftaebuerasudcoeupa^
il admira le Tombeau du Cardinal
de Richelieu
, que l'on regôritr
comme un des Chefs d'Oeuvre de
Girardon. L'après-midi, ce Prince
monta sur les Tours de Nôtre-Dame
, pour découvrir d'un coup d'oeil, toute l'étenduëde cette
Capitale; il trouva , en rentrant à
l'Hôtelde Lesdiguieres, lesAmbassadeurs
de Portugal & de Malte
» qui vinrent en grand Cortége-,
lui rendre-visite.
-Le lS. au matin, étant retourne
aux Gobelins, il prit plaisiràvoir
r travailler: Entre plusieurs pieces
deTapisseriequ'on lui exposa, il
il fut Epris de l'Histoire de Don
Guichotte
,
dont les desseins sont
du jeune M,. Coëpel: LeRay lui
en a fait present du depuis, avec
quelques autres. L'après-diné, il
monta dans une Caleche,en forme
de Gondole
, ouverte de tous côtez,
appartenant à M. le Maréchal
deTeflé: Ce Monarque étoit accompagné
de ce Seigneur
,
de son
Chambellan ordinaire & de M.
de Verron ; il visita enpassant dans
la ruë des Bernardins,la Maison
de M. de Torpane, que lui aven-
,
du M. l'Abbé Bignon: Ensuite
celle de Madame la Duchesse de
.- la Ferté, qui donne sur lePalais
Royal; il sur charmédu gouc &
de la magnificencedontelleétoit
ornée: Il passarte làl'Hôtel de
MS- le Conre de Tou-ouïe*, après
quoi
,
CLlf le soir, il aiii (e promener
au Cours
,
où il fit plufîeucs
SOULS.
Le 16. le Czar ayant témoigné
quelque envie de voirles Troupes
de la Maison du Roy, Msr le-Duc
Regent donna ordre aux Gensdarmes
, aux Chevaux-Legers.,
aux deux Compagnies des Mousquetaires,
& aux Gardes Fran--
çoises& Suiffes, de se tenir prêts
le 16. aprés midi. On choisit, pour
enfail-e la revûë, la grande Allée
des Champs Elifées. Les Gardes
Françoises & Suisses étoient
rangées sur cinq Lignes, depuis le
commencementdecette Allée,jusqu'à
la Barriere qui la separe des
Allées du Roule. La Cavalerie se
plJça sur quatre Lignes, depuis
cette Barriere, juqu'aiideffiis-de la
grande Etoile. Le Prince deRohan
& lePrincedeSoubise reçû en survivance
de laChaige de M.son pere,
étoit à la tête de la Compagnie
des Cens-darmes. M. le Duc de
<.h2uLLesé[()ir au tri avec M. son
Fils -
,
à la tête des Chevaux Legers
:M.d'Arcagnancommandoit
les Mousquetaires Gris-, & M. de
Caullhc
i Canillac, les Noirs. Mgr le Duc du
'r Maine & M. le Duc de Guiche
* étoien à cheval:Le Czar arri va à
- trois heures & demie, au bas des -Allées
-
des Champs Elizées; il
monta sur un Cheval du Roy; on
en avoir aussiamené pour toute sa
Suite. Mgr le Duc d'Orleans étoit à
L cheval, suivi de plusieurs Seigneurs
de la Cour. Le Czar accompagné
de S. A. R. palTa fort
1. vîte devant le premier Rang ,
jusi
qu'au bout dela Ligne, &revint
t au petit galop : Etant parvenu à
,
l'entrée de l'Allée des Champs
Elifées, il vit faire l'exercice r à toute l'lnfanterie; mais s'étant
élevé des tourbillons épais de
-
poussiere,par la quantité des caros- | ses
,
des chevaux,& d'une multitude
infinie de Peuples qui s'y
rrouvetent; ce Prince en fut si fort
incommodé, qu'il fut obligé de se
retirer, sans avoir û la satisfaction
de voir défiler de si belles
Troupes: Il descendit avec Mgr
le Duc d'Orléans, pour viiiter le
nouveau Pont tournant des Tuilleries.
Ces deux Princes se retire- Jj
rent ensemble dans un endroit separé,
& ûrent une Conference
d'une demie heure, en présence
du Prince Kurakin qui servoit 1
d'Interprete à S. M. Cz. Après
s'être promené un moment dans
les Tuilleries, il monta enCarosse,
accompagné de Messieurs les Marêchaux
de Tdlè, d'Estrées -
,
de
Matignon,& autres Seigneurs. Il
allasouperàS.Ouen,chezM.le
Duc de Tresmes, Gouverneur de
Paris : Il y fut traité splendidement
; il s'entretint prèsque toujours
, pendant le repas qui dura
près de trois heures, avec M. le
Comte de Bethune
, qui parle
Polonois&Allemand. Ce Prince
ayant sçû que Madame la Comtesse
de Bethune
,
fille de M.le Duc
de Tresmes étoit feulement
spectatrice
,
illa pria tres-gracieusement
de se mettre à table, ce
qu'elle fit.
Le 17. Mgrle Comte deToulouse,
fit presenter à ce Prince une grande
Carte Marine, avec plusieurs
Ecrans magnifigniques. Il retourna
encor à l'observatoire,où
il fut prés de deux heureàfaire
des observations, & de là il se
rendit chez Mr le Maréchal de
Villars qui le reçût avec tout l'appareil
possible; le souper se passa
enjoye,&àchaquesanté on tia
plusieurs boëtes.
Le 18 au matin,le Czar qui
avoir mandé MrDelisle le Géographe
,l'entretint fort longtems
par Interprète, sur la situation &
l'étendue de son Empire, dont
ce Prince est mieux instruit que
personne. Pour lui en donner une
connoissance plus exacte ; il ordonna
qu'on aporta deux Cartes
Manuscrites qu'il avoir fait faire
d'une partie de ses Etats, il fit
remarquer à M. Delisle la situation
d'une nouvelle Fortersse
qu'il avoir fait bâtir en Tartart,
& lui fit part de ses nouvelles
acquisitions dans ces quartiers-là,
par la soumission d'un Roy T*r±
tare, qui s'est rendu son Vassal, ÔÊ
par la jonction de cent mille Calmoucs,
avec les autres Tartares
quisont déja fous sa domination.
CePrincealla voir enfuitc
plusieurs experiences Chimiques
que Mr Geosroi. lui avoit prépa- rées. Le iS- leCzar vint à cinq heures
incognito,prendre congé du Roy ;il
entra par l'apparrement deM. le
Maréchal de Villeroy, il fit present
à S.M. du Plan dePeterbourg-
On peut juger del'importance &
de la grandeur de cette Place,
par les32Battions qui doivent U-.
deffendre. S. - M. l'a placé dansle
Cabinet du Conseil. Après
avoirreçûlavisite de Mgr. le
Duc Regent; il alla au Palais
Royal, où il salua Monseigneur&
MadamelaDuchene d'Orleans.
Le même jour,le Czar curieux de
- voir rendre la vue à un Aveugle,
donna ordre à M. Areskin son
premier Medecin, de lui decouVIrr
un habile Oculiste; s'étant
,
adressé à M. du Vernay Professeur
Royal d"Anatomie au Iardin des
Plantes ,
il lui indiqua M. de
VvolhouseGentil-hommeAnglois,
qui ayant amené à l'Hôtel de Lesdiguieres,
un Invalide Aveugledepuis
la Bataille d'Hochsteet, âgé
de65 ans, prépara tout pour cette
opération difficile. Le Czar voyant
planterl'éguille dans l'oeil de
l'Invalide, se détourna un moment:
mais la curiosité l'ayant
emporté, il le vit travailler &
illia preuve que la Cararacte étoit.
abatuë ;car ce Prince ayant motitré
sa main à l'Invalide, celui-ci
la distingua. Un succés si hûreux -
• a engagé S. M. Cz.a promettre
, ausieurde Woolhouse un Elève,
pour le former fous un si habil
Homme
,
à l'imitation du Grand
- Duc de Toscane, & du Roy de
Sicile qui lui en ont envoyée&qu'il
a perfectionnés dans cet Art.
Le 19. le Czar semit dans son
Bain,suivant la coûtume qu'il
a de le baigner tous les Samedis.
Le même jour, ce Prince voulant
setrouv et à une Audiencedu
: Parlement,s'y rendit. Il entra d'abord
chez MrPremier Président,
d'où il sur conduit par le Bailly du - Palais, à la Grand-Chambre. On
leplaça dans une des Lanternes
que l'on avoit décorée, d'où il vit
MESSIEURSSiégeantssurles
hauts Bancs. On appela une Cause
; après que les deux Avocars
Mres Milchault & Guerin ûrent
plaidé, M.,de Lamoignon Avocat
General
,
se leva; & après avoir
résumé l'affaire qu'on plaidoit
alors, dit qu'il y avoit plusieurs
exemples, où la Couravoir
été consultée par des Souverains,
dans les affaires 'es plus importantes
de leurs Etats, mais qu'un
• Monarque si éloigné dela France
, également puissant en Europe
fleen Asie. ût voulu être témoin
de. son Auguste Séance, c'étoirunexemple
rare: il ajouta
qu'un tel événement méritoir d'êne
conservé dans les Registres du
Parlement,& d'être transmis à la
Postérité.L'Académie finie, le
- Czar salüen sortant,cet Auguste
Sénat, qui étoit en Robes Rouges,
& les Présidens avec leurs FOUÏrures
; ce qui ne s'étoit pratiqué
en pareil cas,quepour l'Empereur
Charles-^wnt.
Le même jour, l'après-midi, le
Roy alla àl'Hôtel delesdiguieres,
rendrevisite au Czar, qui, après
l'avoir reçû,vint à l'Academie
des Sciences,où M,l'Abbé Bignon
présidoit:*Mr de la Faye lui montra
un modéle de laMachine qu'on
a imaginée fort ingenieusément pourélever l'eau , avec la moindre
force qu'il est possible,fondé sur les
Proportions les plus difficiles de
-
Geometrie. Le Czar confirma par
son approbation, le jugement du
Public & del'Academie. M.Lemery
lui fit observer l'effet de deux
vegetations chimiques fort singulieres,
& Monsieur de Reaumnr,
les desseins de la Defcrip-
* Capitaine aux Gardes Françoises,
tion des Arts, prêts à imprimer:
Enfin M. Dalesme lui fit voir l'esset
d'un nouveau Cric à Cremail---
lere
, qui,avec moins de force, fait
plus d'effet que les Crics. S. M.Cz.
a prêté beaucoup d'attention à
toutes ces Nouveautez
, & a bien
voulu prendre séance,permettant
à la Compagnie de s'asseoir, pour,
voir l'ordre de l'Academie & le
rang des Academiciens. Il a vû
pareillement celle des belles Lettres
, où on lui montra l'Histoire
de LouisXIV. en Medailles.
Le Dimanche 20. à deux heures
après midi., il envoya demander,
s'ilpouvoit revenir voir les
Medailles desRois de France, & - la suitte de l'Histoire de Loüis-
Quatorze,dont une grande partieétoit
de même que celle qu'on lui
avoit presentée de Bronze ,& les
reliefsd'Or. Il y arriva une heure - après
,
& examina tout avec encore
pLs d'attention quelapremiere
fois. Et comme il s'arrêta beaucoup
à considerer la Medaille de
LOUIS XV,qui a pour revers un Soleillevant,vec ces mots, Iubet
sperare; qui étoitaussi deBronze&
les reliefs d'Or.Le Directeur de la
Monoye crut devoir la lui offrir. Il
la recût trés-gracieusement, marquant
,en touchant sur sa Poitrine,
qu'il la garderoit éternellemenr.
Sur les 6. heures, il retourna à
l'Hôtel de Lesdiguieres, pour assilier
aux Vigillesde la Pentecôte,
dans la Chapelle; elles furent
chantées parce Prince &par les
Musiciens
,
quiavoient chacun, un
Livre de Plain-Chant à la main.
Le Czar,après avoir entendu
la Messe de la Pentecôte, selon
l'ancien stile & la Liturgie des
Grecs, partit enfinle it.au soir,
pour les Eaux de Spaa.; il étoit escorté
par dix Mousquetaires
,
qui
devoient se relayer successivement
enpareil nombre, jusqu'à Soissons. Ilsoupa &coucha à Livrv, chez
le Marquisde ce Nom; il bût à la
Santé du Roy&àcelledeMgr le
Régent.
Il a fait plusieurs largesses avant
son départ; il a donné son Portrait
enrichi de Diamans à M. le Duc
d'Antin,àM.leMarechal deTessé,,
à M. le Maréchal d'Estrées à
M. le Marquis deLivry, &à
& à M, de Verton, pour lequel
il a û des egards particuliers, qu'il
s'est attiré par les manières polies
& engageantes, & par une attention
continuelle au service de ce
Monarque
, qui l'a toujours fait
mangeravec lui pendant son sejour
à Paris. Ce Monarque a faitlpulius
en sa faveur,il ademandépour
à M.le DucRegent une pension
- de 6000 liv. sur
des
Benefices ;
ayant sçû que comme Chevalier
de S. Lazare
,
il pouvoit posseder
des Pensionsjusqu'àcettesomme
ce qui lui a c~ accordé. Il n'a pas
oublié M. de Cresmes. Contrôlleur
de la Maison du Roy, à qui
il a fait présent d'une trésbelle
Montre d'or; il a distribué plusieurs
grandes Médailles d'or du
poids de sept Louis d'or neufs, à. -
quelqu'autres,Officiers; 1500Ducats
pour lesOfficiers de la bouche
du Roy, & autant pourles
officiersde Versailles,deMarly,
deTrianon,dela Ménagerie,de
Meudon & de Fonrtainebleau ;
c'est M. de Verton qirc le Czar
achargé de toutes ses libéralités-
Le Lundy matinxi cePrin.-
ce, après s'estre promené dans les
Jardins de Livry, monta dans
une Chaise de Poste avec M. de
son Chambellan, alla
dîneràNanteuil, ensuite coucher
àSoissons. Il s'embarquera àCharleville
sur la Meuse, afin de se
-
tendre à Liege, où il se reposera
quelques loiirs,,dans un Palais que
l'EleB:e\11 de Cologne lui a fait
préparer. S. A.E. lui.afaitoffre
par M. Vvaldor son Envoyé en
France, de 100 de ses Gardes &
200 Hommes de sesTroupes pour
lui servir d'escorté.
,LeC-Laradittfi,mé àM-leDucd'Antin
&àplu/ïeu'sSeig-î«iTsdelaCour,uce
fuitedeMédaillesfrapées enHollandeà
son coin, où sontreprésentées les Aâions
les plus éclatants de ion lÚgde.
a part, le mois passét
touchant le Czar, le laissai ce Prince
à Pult-bcurt; : Il eji présentement
de
de mon devoir, que je reprene la'fate de ceJournal
, en condui-
,
sant ce Monarque jusqu'aux Eaux
de Spaa, où il va joindre la Clarine
son Epouse.
Le Dimanche30. du passé, le
Czar arriva de bonneheure àPetit-
Bourg, où M. le Duc d'Antin lui
fit servir un dîner magnifique;
après lequel il alla coucher à Fontainebleau.
Le lendemain, il courut
le Cerf avec l'Equipage du
Roy; il monta les Chevaux de
lÆgr le <3bmte de Toulonfe
,
qui
se trouva à cetteChasse ; elle fut
sivive que le Cerf fut forcé en
moins d'une heure & demie. Le
Czar qui n'avoir jamais pris ce
-
plaisir Royal, en parutfort content
,.<')[ fit à M. le Comte de
Toulousetoutes les honnêtetés
imaginables. Après la ChasTe
, ce
Prince dîna dans le Pavillon qui
est au milieu de la grande piéce
d'eau, où il resta fort long-tems à
;table. Comme on s'étoit flaté qu'il féjourneroitpluslon^-temsài-oatainebleau
, on avoir tout disposé
pour cet effet; cependant il en
partit ce jour là même
,
après s'être
promené quelque tems le long
du Tibre. Il revint coucherà
Petit-Bourg ,
ou M. le Ducd'Antin
le recut aussi magnifiquement
que la veilles quoique ce retour
fut imprévû. Après avoir parcouru
les Jardins, & laTerrassequi
sert de barriere àla Seine, il entra
le premier Juin, dans une Gondole
, qui le ramena àParis
, avec
toutesa Cour qui lesuivit dans
d'autresBateaux,il s'arrêtaàChoisi,
où il fut accueilli par Madame la
Princesse de Conty Doüairiere ,
qui doit y séjourner tout l'Eté;il
vit les Jardins & les Appartemens:
S'yétantrafraîchi, il continua son
chemin en Gondole
,
& ayant
traverfe^ous 4cs Ponts de Paris,
il vint descendieà l'A breuvoir , audefloas dela Porte de la Conférence
; il monta en Carosse
,
&- D.-flart surles Rempàrts de
la Ville
,
il allachez unArtificier
oùil acheta une grande quantité
de Fusées & de Pétards qu'il voulut
tirer lui-même, dans le Jardin
de l'Hôtel de Lesdiguiéres.
Le 2 ,
il alla l'aprés midy à
l'Abbayede S. Denis, où on lui
fit voir l'Eglise, le Trésor
,
les
Tombeaux
, & lesuperbe Bâtiment
que lesReligieux ont élevé
depuis quelquesannées, & qui
n'est pas encore achevé : la solidité
des Murs & des Voutes lui
plût extremement. Les Benedictins
lui avoient préparéunetrés
grande col lation, qu'il se fit apporter
dans une Cellule qui est
au bout du Dortoir
,
& dont la
vue est charmante; il revint de
S. Denis par S, Quen. où M.
le Duc deTresmes avec route sa
famille, l'attendoit. On lui servitunemagnifique
collation.
Le 3 ce Monarque partir d'ici,
accompagnéde toute sa Cour, de
M. le Maréchal de Tessé, & de
M. le Marquis de Bellegarde
fécond fils de , INI. leDucd'Antin;
ce jeune Seigneur ayant été pré
posé pour faire les honneurs des
Maisons Royales à la place de
M. son pète) qui comme -
Chef.
du Conseil du dedans du Royaume
,
n'avoit pu suivre S. M.
Czarienne ,à cause de quelques
affaires importantes. Le Czar
avoitcompté passer quelques jours
à Versailles, & même on s'étoit
préparé à l'y recevoir; mais il ne
s' y arrêtaqu'un moment , étant
allé coucher à Trianon, où il a
occupé avec toute sa suite, les
Appartemens duCorridor qui donne
sur
-
les Goulottes. Pendant le ,féjotfL"qu'il a fait à Trianon, il
prenoit surtout le plaisirdela promenade
dansles Jardins en Calesche,
& sur le Canal en Gondolle
; il a visitétous les endroits
les plus remarquables des environs.
Le 6, il partit de Trianon,
pour aller au Château de Clagny;
il monta au grand Aqueduc, &
de là se rendit à Af/trly. Il a eiij
[
ployé le tems qu'il y a demeuré,
à peu prés comme à Trianon,se
-- promenant presque tout le jour, &examinant les Jets d'eau, les
Cascades &les Statuës, avê..,cunc
attention surprenante;ilalloit surtout
à chaque instant, voir la Cascade
j4grij>pwne.
Le 10
,
M. deVerton,Maître;
d'Hôteldu Roy ,
qui est chargcf.
par ordre de la Cour ,de servirle
Czar,ayant ordonné un rres-benir
feu d'Artifice, avoirplacé dans
le Bosquet de Marly, unegrande
quantité de Haut-bois&detoutes
fortes d'instrumens qui préluderent
& donnerent une Serenade
qui dura prés d'une heure;
aprés quoi on tira le feu d'artifice
lequel fut suivi d'une tres belle
illumination, que M. le Marquis
, de Bellegarde avoit faitprepararer
dans les Bosquets desBains
d'Agrippinne, & dans celui de la
Cascade;lafête finit par une cfc
pece de Bal: Toutes les Dames
que la curiosité avoit attirée 1«
Marly, danserentdans le Sallort;-
bienavant dans la nuit. Le Czar
fut si content de cette galanterie,
qu'il se coucha trés tard, contre
son ordinaire.
Le II, étant alléle matin- à
Saint Germain en Laye; il examina
le Château vieux &: la neuf,
& resta fort long-temssurlaTerrafle.
Il descendit au Val, &delà
au Monastere de S. Cyr, où
a.-tt Madame de Maintenon qui
reçût sa visite sur son lict; il demanda
à voir les cinq Classes &
routes les Demoiselles, chacune
dans leur place;le Prince sist sort
édifié del'utilité &de la magnificence
de l'établissement de cette
Maison, & de la maniere dont les
Filles y étoient élevées.Aprés
s'estre beaucouppromené, il remonta
en Carosse -ex; revint coucher
à Trianon,
Le 12. il quitta avec regret ces
lieux enchantez, pour revenir à
Paris, il passa par Versailles, où
:-l dîna; avant que de se mettre à
table, il vit tous les Appartemens
~L: le Cabinet, des Curiositez
,
qui
cft auprès de la Piece de la Chapelle
;on lui montra les Medailles
Ȑc les Coquillages.LesLivrescurieux
& les Estampes magnifiques
r
des Anciens Balers du Roy,l'occuperent
plus agréablement, que
toute autrechose.Ildescendità
la Grande & àla Petite Ecurie; il
vit travailler dans l'une & dans
l'autre,plusieurs Chevaux que les
Ecuyers monterenten sa presence. Ilmonta en Carosse sur les cinq
heures, & vint à Chaillot, rendre
visite à la Reine d'Angleterre;Il
traversa, sans s'arrêter, le Cours la
r. Reine, où l'on se promenoit: Il
àvint descendre chez Mr deLaunai la Monoye des Medailles, où
Mr le Duc d'Antin l'attendoit ; ce
Seigneur fit fraper en la presence
de cePrince, une -
Medaille
d'Or, qu'il lui presenta : Le Czar
fat surpris de trouver d'un côté
son Portrait en Buste, ayant
- pour Legende,Petrus Alexievvitz.
T\ar, Mag. Russ. Im(J'eratol; ôî
au revers une Renomméedans les
airs , avec deux Trompettes ; autour
étoient ces mots, Vires aLgo'.
fit eundo. Cequifaitallusion aux
differens voyages que ce Souverain
a faitdepuis vingt ans :8c dans
l'Exergue;Lutet. Paris, 1717. Ilmonta
ensuitepour voir-leCabinet
des Medailles,où il trouva un Medailler
remplidetrente Médaillésd'Argent,
& de quarante Médailles
de Bronze, pareilles à celle qui
luiavoirétépresentéeenOr.Ilen
fut surpris, & encore plus, lorsqu'il
vit qu'elles furent distribuées aux
Personnes. qui l'accompagnoient
Après qu'il ût consideré avec attention
lOUt
ce qu'il y -avoit-diansla
MonoyedesMedailles,ilpna
dans l'Orphevrerie, oùil trouva
i?n grand nombre de beaux Ouvrages
de ce Metail , dont la plus
grande partie étoit pour le Roy,
&quelques uns aussi pour le Roy
de Portugal & à ses Armes ; il les
examina avec itn- discernement
lui marque son bon goût pour TOUtes
sortes de choses. Lorsqu'il s'en
alla
, en lui presenta de rechefune
pareilleMedaille de son Portrait,
quivenoitd'être achevée,dont
les fondsétoient de Bronze brune,
& tous les reliefs en Or.
Le 13. au matin, il reçût la Visîte
du Nonce, qui lui fit un com- pliment en Italien, auquel le Vice-
Chancellier Schaffirauu répondit.
Il sortitseull'aprés-midi, & se
rendit le soir chez Mr le Duc
d'Antin, où il soupa avec Mgr le
Comte deToulouses le repas fut
superbe.
Le15.aumatin, ilallaàl'ImprimerieRoyale
? on tira devant
lui plusieurs Epreuves:ll passa ensuite
au Collége des Quatre Nations,
fondé par le Cardinal de-
Mazarin; Il viGta l'Eglise&la Biblioteque,
& fit amitié à M Varignon,
le plus fameux Géometre
du Royaume; il s'infirma des
fonds destinez à entretenir un pareilEtabli(
Ternent*, il parut content
du détail qu'on luien fit, ~f~
ce qu'outre deux Colléges qu'il (li fondez dans ses Etats,l'un à Mor:
covu, & l'autre à Peterbourg ,il
a encore dessein d'en ériger de
nouveaux. Au sortir de cette Mai.
son,il passa chez le sieurPigeon,
Auteurd'une Sphere mouvante
très curieuse, suivant le Systéme
de Copernic; illa trouva parfaitement
executée; elle lui PZC si
fort, qu'il donna ordre
, en parrant,
del'acheter deux «mille ~écusa.
Ilalla ensuiteen Sorbonne,où-il
fMuat isrôençû,qup'ialr^lpeasciDeoucftaebuerasudcoeupa^
il admira le Tombeau du Cardinal
de Richelieu
, que l'on regôritr
comme un des Chefs d'Oeuvre de
Girardon. L'après-midi, ce Prince
monta sur les Tours de Nôtre-Dame
, pour découvrir d'un coup d'oeil, toute l'étenduëde cette
Capitale; il trouva , en rentrant à
l'Hôtelde Lesdiguieres, lesAmbassadeurs
de Portugal & de Malte
» qui vinrent en grand Cortége-,
lui rendre-visite.
-Le lS. au matin, étant retourne
aux Gobelins, il prit plaisiràvoir
r travailler: Entre plusieurs pieces
deTapisseriequ'on lui exposa, il
il fut Epris de l'Histoire de Don
Guichotte
,
dont les desseins sont
du jeune M,. Coëpel: LeRay lui
en a fait present du depuis, avec
quelques autres. L'après-diné, il
monta dans une Caleche,en forme
de Gondole
, ouverte de tous côtez,
appartenant à M. le Maréchal
deTeflé: Ce Monarque étoit accompagné
de ce Seigneur
,
de son
Chambellan ordinaire & de M.
de Verron ; il visita enpassant dans
la ruë des Bernardins,la Maison
de M. de Torpane, que lui aven-
,
du M. l'Abbé Bignon: Ensuite
celle de Madame la Duchesse de
.- la Ferté, qui donne sur lePalais
Royal; il sur charmédu gouc &
de la magnificencedontelleétoit
ornée: Il passarte làl'Hôtel de
MS- le Conre de Tou-ouïe*, après
quoi
,
CLlf le soir, il aiii (e promener
au Cours
,
où il fit plufîeucs
SOULS.
Le 16. le Czar ayant témoigné
quelque envie de voirles Troupes
de la Maison du Roy, Msr le-Duc
Regent donna ordre aux Gensdarmes
, aux Chevaux-Legers.,
aux deux Compagnies des Mousquetaires,
& aux Gardes Fran--
çoises& Suiffes, de se tenir prêts
le 16. aprés midi. On choisit, pour
enfail-e la revûë, la grande Allée
des Champs Elifées. Les Gardes
Françoises & Suisses étoient
rangées sur cinq Lignes, depuis le
commencementdecette Allée,jusqu'à
la Barriere qui la separe des
Allées du Roule. La Cavalerie se
plJça sur quatre Lignes, depuis
cette Barriere, juqu'aiideffiis-de la
grande Etoile. Le Prince deRohan
& lePrincedeSoubise reçû en survivance
de laChaige de M.son pere,
étoit à la tête de la Compagnie
des Cens-darmes. M. le Duc de
<.h2uLLesé[()ir au tri avec M. son
Fils -
,
à la tête des Chevaux Legers
:M.d'Arcagnancommandoit
les Mousquetaires Gris-, & M. de
Caullhc
i Canillac, les Noirs. Mgr le Duc du
'r Maine & M. le Duc de Guiche
* étoien à cheval:Le Czar arri va à
- trois heures & demie, au bas des -Allées
-
des Champs Elizées; il
monta sur un Cheval du Roy; on
en avoir aussiamené pour toute sa
Suite. Mgr le Duc d'Orleans étoit à
L cheval, suivi de plusieurs Seigneurs
de la Cour. Le Czar accompagné
de S. A. R. palTa fort
1. vîte devant le premier Rang ,
jusi
qu'au bout dela Ligne, &revint
t au petit galop : Etant parvenu à
,
l'entrée de l'Allée des Champs
Elifées, il vit faire l'exercice r à toute l'lnfanterie; mais s'étant
élevé des tourbillons épais de
-
poussiere,par la quantité des caros- | ses
,
des chevaux,& d'une multitude
infinie de Peuples qui s'y
rrouvetent; ce Prince en fut si fort
incommodé, qu'il fut obligé de se
retirer, sans avoir û la satisfaction
de voir défiler de si belles
Troupes: Il descendit avec Mgr
le Duc d'Orléans, pour viiiter le
nouveau Pont tournant des Tuilleries.
Ces deux Princes se retire- Jj
rent ensemble dans un endroit separé,
& ûrent une Conference
d'une demie heure, en présence
du Prince Kurakin qui servoit 1
d'Interprete à S. M. Cz. Après
s'être promené un moment dans
les Tuilleries, il monta enCarosse,
accompagné de Messieurs les Marêchaux
de Tdlè, d'Estrées -
,
de
Matignon,& autres Seigneurs. Il
allasouperàS.Ouen,chezM.le
Duc de Tresmes, Gouverneur de
Paris : Il y fut traité splendidement
; il s'entretint prèsque toujours
, pendant le repas qui dura
près de trois heures, avec M. le
Comte de Bethune
, qui parle
Polonois&Allemand. Ce Prince
ayant sçû que Madame la Comtesse
de Bethune
,
fille de M.le Duc
de Tresmes étoit feulement
spectatrice
,
illa pria tres-gracieusement
de se mettre à table, ce
qu'elle fit.
Le 17. Mgrle Comte deToulouse,
fit presenter à ce Prince une grande
Carte Marine, avec plusieurs
Ecrans magnifigniques. Il retourna
encor à l'observatoire,où
il fut prés de deux heureàfaire
des observations, & de là il se
rendit chez Mr le Maréchal de
Villars qui le reçût avec tout l'appareil
possible; le souper se passa
enjoye,&àchaquesanté on tia
plusieurs boëtes.
Le 18 au matin,le Czar qui
avoir mandé MrDelisle le Géographe
,l'entretint fort longtems
par Interprète, sur la situation &
l'étendue de son Empire, dont
ce Prince est mieux instruit que
personne. Pour lui en donner une
connoissance plus exacte ; il ordonna
qu'on aporta deux Cartes
Manuscrites qu'il avoir fait faire
d'une partie de ses Etats, il fit
remarquer à M. Delisle la situation
d'une nouvelle Fortersse
qu'il avoir fait bâtir en Tartart,
& lui fit part de ses nouvelles
acquisitions dans ces quartiers-là,
par la soumission d'un Roy T*r±
tare, qui s'est rendu son Vassal, ÔÊ
par la jonction de cent mille Calmoucs,
avec les autres Tartares
quisont déja fous sa domination.
CePrincealla voir enfuitc
plusieurs experiences Chimiques
que Mr Geosroi. lui avoit prépa- rées. Le iS- leCzar vint à cinq heures
incognito,prendre congé du Roy ;il
entra par l'apparrement deM. le
Maréchal de Villeroy, il fit present
à S.M. du Plan dePeterbourg-
On peut juger del'importance &
de la grandeur de cette Place,
par les32Battions qui doivent U-.
deffendre. S. - M. l'a placé dansle
Cabinet du Conseil. Après
avoirreçûlavisite de Mgr. le
Duc Regent; il alla au Palais
Royal, où il salua Monseigneur&
MadamelaDuchene d'Orleans.
Le même jour,le Czar curieux de
- voir rendre la vue à un Aveugle,
donna ordre à M. Areskin son
premier Medecin, de lui decouVIrr
un habile Oculiste; s'étant
,
adressé à M. du Vernay Professeur
Royal d"Anatomie au Iardin des
Plantes ,
il lui indiqua M. de
VvolhouseGentil-hommeAnglois,
qui ayant amené à l'Hôtel de Lesdiguieres,
un Invalide Aveugledepuis
la Bataille d'Hochsteet, âgé
de65 ans, prépara tout pour cette
opération difficile. Le Czar voyant
planterl'éguille dans l'oeil de
l'Invalide, se détourna un moment:
mais la curiosité l'ayant
emporté, il le vit travailler &
illia preuve que la Cararacte étoit.
abatuë ;car ce Prince ayant motitré
sa main à l'Invalide, celui-ci
la distingua. Un succés si hûreux -
• a engagé S. M. Cz.a promettre
, ausieurde Woolhouse un Elève,
pour le former fous un si habil
Homme
,
à l'imitation du Grand
- Duc de Toscane, & du Roy de
Sicile qui lui en ont envoyée&qu'il
a perfectionnés dans cet Art.
Le 19. le Czar semit dans son
Bain,suivant la coûtume qu'il
a de le baigner tous les Samedis.
Le même jour, ce Prince voulant
setrouv et à une Audiencedu
: Parlement,s'y rendit. Il entra d'abord
chez MrPremier Président,
d'où il sur conduit par le Bailly du - Palais, à la Grand-Chambre. On
leplaça dans une des Lanternes
que l'on avoit décorée, d'où il vit
MESSIEURSSiégeantssurles
hauts Bancs. On appela une Cause
; après que les deux Avocars
Mres Milchault & Guerin ûrent
plaidé, M.,de Lamoignon Avocat
General
,
se leva; & après avoir
résumé l'affaire qu'on plaidoit
alors, dit qu'il y avoit plusieurs
exemples, où la Couravoir
été consultée par des Souverains,
dans les affaires 'es plus importantes
de leurs Etats, mais qu'un
• Monarque si éloigné dela France
, également puissant en Europe
fleen Asie. ût voulu être témoin
de. son Auguste Séance, c'étoirunexemple
rare: il ajouta
qu'un tel événement méritoir d'êne
conservé dans les Registres du
Parlement,& d'être transmis à la
Postérité.L'Académie finie, le
- Czar salüen sortant,cet Auguste
Sénat, qui étoit en Robes Rouges,
& les Présidens avec leurs FOUÏrures
; ce qui ne s'étoit pratiqué
en pareil cas,quepour l'Empereur
Charles-^wnt.
Le même jour, l'après-midi, le
Roy alla àl'Hôtel delesdiguieres,
rendrevisite au Czar, qui, après
l'avoir reçû,vint à l'Academie
des Sciences,où M,l'Abbé Bignon
présidoit:*Mr de la Faye lui montra
un modéle de laMachine qu'on
a imaginée fort ingenieusément pourélever l'eau , avec la moindre
force qu'il est possible,fondé sur les
Proportions les plus difficiles de
-
Geometrie. Le Czar confirma par
son approbation, le jugement du
Public & del'Academie. M.Lemery
lui fit observer l'effet de deux
vegetations chimiques fort singulieres,
& Monsieur de Reaumnr,
les desseins de la Defcrip-
* Capitaine aux Gardes Françoises,
tion des Arts, prêts à imprimer:
Enfin M. Dalesme lui fit voir l'esset
d'un nouveau Cric à Cremail---
lere
, qui,avec moins de force, fait
plus d'effet que les Crics. S. M.Cz.
a prêté beaucoup d'attention à
toutes ces Nouveautez
, & a bien
voulu prendre séance,permettant
à la Compagnie de s'asseoir, pour,
voir l'ordre de l'Academie & le
rang des Academiciens. Il a vû
pareillement celle des belles Lettres
, où on lui montra l'Histoire
de LouisXIV. en Medailles.
Le Dimanche 20. à deux heures
après midi., il envoya demander,
s'ilpouvoit revenir voir les
Medailles desRois de France, & - la suitte de l'Histoire de Loüis-
Quatorze,dont une grande partieétoit
de même que celle qu'on lui
avoit presentée de Bronze ,& les
reliefsd'Or. Il y arriva une heure - après
,
& examina tout avec encore
pLs d'attention quelapremiere
fois. Et comme il s'arrêta beaucoup
à considerer la Medaille de
LOUIS XV,qui a pour revers un Soleillevant,vec ces mots, Iubet
sperare; qui étoitaussi deBronze&
les reliefs d'Or.Le Directeur de la
Monoye crut devoir la lui offrir. Il
la recût trés-gracieusement, marquant
,en touchant sur sa Poitrine,
qu'il la garderoit éternellemenr.
Sur les 6. heures, il retourna à
l'Hôtel de Lesdiguieres, pour assilier
aux Vigillesde la Pentecôte,
dans la Chapelle; elles furent
chantées parce Prince &par les
Musiciens
,
quiavoient chacun, un
Livre de Plain-Chant à la main.
Le Czar,après avoir entendu
la Messe de la Pentecôte, selon
l'ancien stile & la Liturgie des
Grecs, partit enfinle it.au soir,
pour les Eaux de Spaa.; il étoit escorté
par dix Mousquetaires
,
qui
devoient se relayer successivement
enpareil nombre, jusqu'à Soissons. Ilsoupa &coucha à Livrv, chez
le Marquisde ce Nom; il bût à la
Santé du Roy&àcelledeMgr le
Régent.
Il a fait plusieurs largesses avant
son départ; il a donné son Portrait
enrichi de Diamans à M. le Duc
d'Antin,àM.leMarechal deTessé,,
à M. le Maréchal d'Estrées à
M. le Marquis deLivry, &à
& à M, de Verton, pour lequel
il a û des egards particuliers, qu'il
s'est attiré par les manières polies
& engageantes, & par une attention
continuelle au service de ce
Monarque
, qui l'a toujours fait
mangeravec lui pendant son sejour
à Paris. Ce Monarque a faitlpulius
en sa faveur,il ademandépour
à M.le DucRegent une pension
- de 6000 liv. sur
des
Benefices ;
ayant sçû que comme Chevalier
de S. Lazare
,
il pouvoit posseder
des Pensionsjusqu'àcettesomme
ce qui lui a c~ accordé. Il n'a pas
oublié M. de Cresmes. Contrôlleur
de la Maison du Roy, à qui
il a fait présent d'une trésbelle
Montre d'or; il a distribué plusieurs
grandes Médailles d'or du
poids de sept Louis d'or neufs, à. -
quelqu'autres,Officiers; 1500Ducats
pour lesOfficiers de la bouche
du Roy, & autant pourles
officiersde Versailles,deMarly,
deTrianon,dela Ménagerie,de
Meudon & de Fonrtainebleau ;
c'est M. de Verton qirc le Czar
achargé de toutes ses libéralités-
Le Lundy matinxi cePrin.-
ce, après s'estre promené dans les
Jardins de Livry, monta dans
une Chaise de Poste avec M. de
son Chambellan, alla
dîneràNanteuil, ensuite coucher
àSoissons. Il s'embarquera àCharleville
sur la Meuse, afin de se
-
tendre à Liege, où il se reposera
quelques loiirs,,dans un Palais que
l'EleB:e\11 de Cologne lui a fait
préparer. S. A.E. lui.afaitoffre
par M. Vvaldor son Envoyé en
France, de 100 de ses Gardes &
200 Hommes de sesTroupes pour
lui servir d'escorté.
,LeC-Laradittfi,mé àM-leDucd'Antin
&àplu/ïeu'sSeig-î«iTsdelaCour,uce
fuitedeMédaillesfrapées enHollandeà
son coin, où sontreprésentées les Aâions
les plus éclatants de ion lÚgde.
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16
p. 128-143
NOUVELLE RELATION DE LA LOUISIANNE.
Début :
Comme je finissois cet Extrait, il m'est tombé à point / Le Mississippi appellé maintenant le Fleuve Saint Loüis, [...]
Mots clefs :
Mississippi, Vaisseaux, Amérique, Sauvages, Chasse, Climat, Pierres précieuses, Fort, Vers à soie, Gouverneur, Île, Vaisseaux, La Havane, Or et argent, Familles, Nation, Marchandises, Indigo, Laine, Peuples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE RELATION DE LA LOUISIANNE.
Cm'esttombé apoint nommé une
让
Ré
lation fort curieuse de la Loiſianne ,
autrement Missiſſipi : Les interêts du
Public ont une telle liaiſon avec ce
vaste Païs , par raport au nouvel éta--
bliſſement de la Compagnie d'Occident,
que je crois lui faire un préſent de fai--
Son , que de lui mettre sous les yeux
une Rélation précise &fidete de cegrand
Continent. Il sera difficile d'entrouver
une de plus fraîche datte , puiſqu'elle
a été écrite du Port Dauphin au Fort
Louis , à la fin de Mayde cette année
1717.
NOUVELLE RELATION
DE LA LOUISIANNE.
1
EMiffiflippi appellé maintenant
le Saint ſe décharge
dans le Golphe du Mexique . Le Cours
en fut découvert en 1682 par le ſieur
dela Salle , qui ût le malheur d'être
aſſaſſiné par ſes gens-mêmes en 1687
dans le tems qu'il étoit le plus animé
1
DE SEPTEMBRE . 129
chercher l'Embouchure de ce grand
Fleuve. Elle ne fut trouvée ſûrement
qu'en 1698 , par M. d'Hiberville Gentil-
homme Canadien , Capitaine des
Vaiſſeaux du Roy , fameux par ſes entrepriſes
& ſes fuccez ſurles Anglois
dans la Baye d'Hudſon & dans les
Iles de l'Amérique Méridionale. Ce
Fleuve avoit donné ſon nom à ce grand
Continent qui en eſt arrofé , juſqu'en
1682 , que le ſieur de la Salle lui impoſa
celui de la Loiüifiane , en l'honneur
de Louis XIV . Ce Païs eft borné
à l'Eſt par la Floride & la Caroline,où
les Anglois ont un établiſſement trés
confiderable à l'Oueſt par le nouveau
Mexique , dont les Eſpagnols font en
poffeffion & par le Fleuve Miſſouri *
qui traverſe un vaſte Païs , dont on
ne connoît point les bornes ; &
qui peut être tient au Japon , s'il eſt
vrai que ce dernier Empire ne
* On a remonté le Missouri plus de
400 lienës fans rencontrer aucune habitation
Espagnole , & cen'est qu'à soo
lieuës qu'on a commencé à en avoir des
nouvelles par des Sauvages qui ſont
en Guerre contre eux.
130 LE MERCURE
foit qu'une preſqu'Iſle . Les Terres
les plus Occidentalles de la Nouvelle
France ou du Canada , en font les li-,
mites au Nord , comme le Golphe
du Mexique les termine au Sud. La
Loüifiane va du Nord au Sud , depuis
le 29º dégré de latitude juſqu'au 45 ;
& de l'Eſt à l'Oueſt , ſon étendue est
tout-à-fait inconnuë.
On a ſeulement appris par des Satıvages
, que cette derniere Partie étoi
habitée partout , & que la Chaſſe y
étoit très abondante. Selon le raport
de ces mêmes Sauvages , les Fleuves
ent toujours leur cours à l'Occident ;
& le Climat y eſt trés temperé St.
trés fertile, étant ſitué depuis le 3se dégré
juſqu'au 45e . Ilsfont entendre qu'il
y a des Mines d'or & d'argent & qu'il
s'y trouve une Roche * fort précieuſe,
de laquelle ils ſont contraints dedéracher
à coup de Fléches, de certaines
Pierres vertes , fort dures & fort
belles , ſemblables à l'Emeraude dont
ils ornent leur lévre ſupérieure qu'ils
percent à cet effet. Ily a apparence
* Elle est fi eſcarpée , qu'on ne peut
monter Jur ſon ſammet.
۱
۱
DE SEPTEMBRE .
131
Ten
es
41
Site
que les François qui s'établiront chez
les Sauvages Illinois feront toutes ces
riches découvertes , lorſque la Colonie
ſera plus nombreuſe.
Les Illinois nommés auſſi les Catz,occupent
les bords d'uneRiviere* qui tombe
dans le Miſſiffipi: Elle tire ſes eaux
auprés des Lacs qui forment la ſource
du Fleuve S. Laurent . Ce Païs , outre
la beauté de ſon climat , eſt d'un excellent
raport : Tout y croît en abondance
, comme Prunes , Peſches , Abricotiers
, Noyers , &c. Légumes , Herbes ,
Bled d'Indes , Bled de France & c. Ces
Feuples ont l'obligation de cette abondance
aux Jeſuites du Canada qui font
venu habiter parmi eux ; car, en mêmetems
que ces Peres leur profeſſoient la
Religion chrétienne,ils leur aprenoient
à cultiver la terre : De forte qu'ils
recueillent à préſent plus de grains
qu'ils n'en peuvent confommer : La
terre y produit naturellement des Vignes
ſauvages dont le Raifin eſt de trés
bon goût , & il y a lieu de croire que fi
ces Vignes étoient tranſplantées , le
* Elle porte le nom de Rivieres
Islinois.
132
LE MERCURE
.
vin y feroit fort bon & fort commun.
Il s'y éleve partout une eſpéce de
Chanvre dont on peut faire du linge
& des cordages.
On y a bâti un Fort ſur la cîme d'un •
rocher élevé de prés de 200 pieds , au
bas duquel coule la Riviere des Illinois .
Il y a de plus,deux grands Villages habitez
par les Sauvages , en l'un deſquels
font les Jeſuites & en l'autre les Miffionaires
: Nous y avons une trentaine
de François qui font le commerce des
Pelleteries avec les Sauvages : On ſçait
par expérience que ce Canton renferme
des mines d'or & d'argent , de cuivre
& de plomb ; on en tire actuellement
beaucoup de ce dernier, ſans prefque
aucun travail : Les Mûriers y font
trés communs,comme dans toutle refte
du Pays , & l'on fit avec ſuccés l'année
derniere 1716, l'épreuve des Vers - à
foye : Cette Contrée eſt à 450 licuës
de l'endroit où les François ont le Fort
Saint-Loüis placé à la tête de la Riviere
de la Mobile : Elle eſt à 40 lieuës dans
1'Eſt du Fleuve Saint- Loüis; à 14 lieuës
dans l'Oüeſt d'un Fort Eſpagnol appellé
Panfaxola. Le Gouverneur de la
Loüifiane y fait ſa réſidence avec
quatre
!
DE SEPTEMBRE.
ち
quatre Compagnies de so hommes de
Garpiſon , outre plus de 200 Habitans .
Alieüës en Mer, eſt l'Iſle Dauphine,
autrefois l'ifle Maſſacre
,
nommée
ainſi à cauſe d'une Bataille trés fanglante
qui s'y donna entre deux Nations
Sauvages. Nous y avons établi
un Fort pour la déffenſe du Port qui eſt
à couvertdes vents du Large par l'Ifle
Eſpagnolette , & de ceux de la Terre
par les grandsbois de l'Iſle Dauphine :
Il pouvoit recevoir 25 ou 30 gros Bâtimens
; mais , par un accident imprévû
, l'entrée de ce Port où il y avoit
encore 14 à 15 pieds d'eau, les derniers
jours d'Avril de cette année 1717, le
trouva tout à coup bouchée lej , du
mois ſuivant, par une Digue de fable
large de 14 toiſes,& égale en hauteur
à l'Iſle à laquelle elle eſt joinre. Le
Paon l'un des deux Vaiſſeaux du Roy.
qui eſtoit alors à la Loüifiane , & un
Vaifleau Marchand furent preſque interceptés
dans ce Port ; ils ûrent cependant
le bonheur de déboucher en prenant
de tres grandes précautions par un
autre petit paſſage qui n'avoit quero
à 11 pieds d'eau : Au défautde ce Port
qui ne peut plus ſervir que pour des
Septembre 1717.
M
134
LE MERCURE
Brigantins , les Bâtimens auront toujours
pour azile, l'Isle aux Vaisseaux
qui eſt à 14 lieuës dans l'Oüeft de l'Iffe
Dauphine vers le Miſſipipi, où il fera
facile aux plus gros Vaiſſeaux d'entrer
& eſtre à l'abri des vents les plus
orageux. Il pourroit même arriver par
lafuite qu'on pourroit nétoyer un Banc
qui est à l'embouchure du Fleuve Saint
Loüis , fur lequel il y a encore à
12 pieds d'eau : Cet obstacle ſurmonté,
le Fleuve qui a un trés bon fond partout&
qui eſt fort droit juſqu'à 25 lienës,
formeune anſe aprés cette diſtance,propre
à conſtruire un trés beau Port.
Le Portde Pensacola, aprés celui de
la Havanne , peut paffer pour le plus
grand & le meilleur de l'Amérique :
Les Eſpagnols qui s'en font emparés,
l'appellent Préſidio de Santa Maria
de Galva ou de Santo Carolo de
Auſtria : Il eſtſur la Côte , 4 lienës à
l'Eſt de la Riviere Perdide; c'eſt un
grand Fort de lieux qui a préſentement
goo hommes de Garniſon:Ony envoye
du Mexique tous ceux qui ont mérité
la corde,&c'eſt , pour ainſi dire,les Galéres
par terre de la nouvelle Eſpagne :
Ces Eens, avec la Garniſon& les triftes
:
i
DE SEPTEMBRE 15
20
Et
J
reſtes des Apalaches qui furent détruits
il y a 9 ans, par les Alibamous , compofent
le nombre d'environ 300 perſonnes,
en y comprenant les Officiers &
les femmes . L'air eſt trés ſain le long de
Ja Côte. En viron 100 lieuës de la Mer ,
le Pays eſt d'une température charmante
; c'eſt chez la Nation des Oumas
que commencent les bonnes Terres ;
cene font que Plaines à perte de vûë ;
iln'y a qu'à mettre la charuë & enfuite
femer.
Ily a apparence que la Mer a couvert
autrefois les terres juſqu'à 150 lieuës
avant dans le Pays; car on a trouvé
vers les Akancas des Montagnes d'Ecailles
d'huitres.
Il nous eit revenu par des Sauvages
du haut du Mifſſouri, qu'il y a en ces
quartiers un Peuple d'Indiens chez qui
tous les ans , desHommes blancs viennent
traiter & enlever ſur des chevaux ,
du fer jaune , c'eſt ainſi que ces Peuples
appellent l'or; & ces hommes
blancs ſont ſans doute les Eſpagnols .
De plus , la même chaine des Montagnesoù
ſe trouve l'or & l'argent dans
le Pérou&dans le Méxique, paſſe par
lehaut de la Loüifiane .
Mij
136
LE MERCURE
La coutume d'applatir la tête des
enfans par une planche qu'on leur met
fur le front, n'eſt commune qu'aux Nations
voifines de la Mer. Les principales
Nations qui font autour de nous ,
font ou fur la Riviere de la Mobile ,
ou fur celle du Miſſiffipi , ou entre ces
deux Rivieres .
:
Sur la Mobile , font les Appallaches
de 20 Familles.
Les Chattaux ou Chattas , de 10.
Familles.
Les Taouachas , de 8 ou 9 Familles.
Les Mobiliens , de ; o Familles .
Les Thomés joints avec quelques
Chattas , de 40 Familles , à quelques
100 lieuës du Fort- Loüis de la Mobile.
Entre la Mobile & le Miffiflippi , vers
'le Nord d'Ouest du Fort-Louis , font
les Chattas diviſés en pluſieurs Villages
; cette Nation eft composée de
plus de 600 Hommes .
A so lieuës plus haut , vers le même
Rhombe de vent, font les Chica bas
en deux Villages , qui font 6 à 700
Hommes.
,
A l'Eſt de la Riviere de la Mobile ,
àquelques 70 lieuës du Fort-Loiis
font les Alibarnoms , fur le compte def
quels on a coûtume de mettre preſque
1
DE SEPTEMBRE.
137
:
toutes les Expéditions de Guerre qui
ſe font ſur Penfacole&fur nos Alliés.
Les Albikas & Conchaques leurs Voifins
, ſe fervent d'eux pour Guides ,
toutes les fois qu'ils marchent contre
les Mobiliens & Thomes.
Les Albikas & Conchaques font deux
puiſſantes Nations qui peuvent faire
enſemble quelques 8000 hommes ,
Nous les aurions pour amis , ſans les
Anglois de la Caroline qui les fréquentent&
qui les ont aliénés de nous.
Il y a entre les Chattas & les Chicachas,
un reste de la Nation des Sacchoumas
dont nous nous fervons utilement,
pourdécouvrir tout ce que nos
Ennemis trâment contre nous. Il faut
remarquer que dans 20 lieuës d'étenduë
fur la Mobile , il y a 4 Langues
différentes .
La premiere Nation qui ſe rencontre
l'Embouchure du Miffiffippi , ſont les
Bilocci , dont il ne reſte plus que s ou
6Familles.
Aquelques 60 lieües plus haut , font
les Oumas qui ont û autrefois un
Pere Jeſuîte pour Miffionaire. Ils compoſentbien
100 Familles.
En remontant environ 40 licües ,
Miij
138 LE MERCURE
font les Tonikas,dont il y en a un bon
nombre de Chrêtiens. Entre les Tonikas
& les Oumas de l'un & l'autre
bord du Miffiffippi , ſont les Sitimachas
qui s'étendoient autrefois jufque
fur les rivages de la Mer ; mais ,
depuis la guerre cruelle qui leur eſt
faite par nos Alliez , pour venger là
mort d'un de nos Miſſionaires ; elle n'a
plus de terrain certain , & erre vagabonde
, tantôt ſur les bordsdu Miliffippi
& tantôt ſur les côtes de la Mer.
Il y avoit une autre Nation alliée cidevant
à celle- ci , laquelle,pour n'être
pas envéloppée dans la guerre qu'on
faifoit aux Sitimachas , s'eſt ſéparée:
d'eux pour faire Village avec les Ournas..
Environ à 200 lieües de l'Embou
chure du Miffiffippi , ſont les Natchez
d'environ 6 à 700 Fanides , gouvernez
apréſent par une Femme qu'ils difent
deſcendre du Soleil. C'eſt le
Peuplele plus civiliſé du Miffiilippi
& le ſeul où on remarque quelque
veſtige de Réligion : On y voit un
Templede tems immémorial , où on
conferveun feu perpétuel , à peu prés ,
comme dans le Temple de Veſta chez
DE SEPTEMBRE. 139
ST
12
S
S
les Romains. A quelque 100 licües
desNatchez en remontant , on trouve
les Akancas : Ce Peuple autrefois fi
puiffant , ne fait gueres apréſent que
3 à 400 hommes.
Après avoir donné une idée générale
des Nations Sauvages qui nous environnent
, je reviens aux productions du
Pais.
On voit dans le haut des Terres
une quantité prodigieuſe de Boeufs fauvages
, qui au lieu de poil, ſont couverts
d'une laine trés fine , de laquelle on
pouroit faire des Draps & des Chapeaux
de ſervice, Ces Animaux ont
une boſſe élevée ſur le dos , comme le
Chameau. On n'a pu encore juſqu'apréfent
les accoutumer au joug: Nos
Voyageurs en eſtiment fort la chair.
Les Forets font pleines de Pouletsd'Inde
ſauvages , d'Outardes , de Per
drix d'une eſpéce particuliere , de
Canars&de Chevreüils , de Cochons ,
de Liévres & de toutes fortes deGi
biers. Il y a entr'autres , des Rats gros
comme des Chats,qui ont ſous la gorge
un ſac où ils enferment leurs Petits
Ils vivent de noix & de glands , font
fort gras & leur chair a le goût de
140 LE MERCURE
:
celled'un Cochon de lait. Les Perroquets
y font dans une extréme vénération.
Les Sauvages n'en tuënt ni n'en
élévent aucuns , ayant la ſuperftition
de croire que s'ils les dénichoient ,
ils perdrosent la vûë .
On ſçait par expérience , que tous
les grains d'Europe viendront à merveilles
dans ces Terres vierges , exceptè
ſur les bords de la Mer, leſquels
étant preſque tous ſablés , doivent
moins raporter que les autres ; quoiqu'il
foit vrai cependant , que dans
les Jardins dont on a û foin , tous les
Légumes de France , Peſchers, Abricotiers
, Poiriers , Pomiers , Muſcats
&c. y ont fort bien fait.
L'Indigo Sauvage , qui croît partout
comme la Vigne , ne demanderoit que
les ſoins de la culture , pour y venir
auſſibonquedans l'Iſle de S. Domingue;
il en ſeroit de même du Tabac,
Outre les Mats pour les Vaiſſeaux
dont on en pourroit tirer telle quantité
qu'on voudroit ; le bois yeſt fort
propre pour la conſtruction des Vaiffeaux;
tout eſt rempli de Cheſnes d'une
hauteur & d'une groſſeur étonnnante ;
àpeuprès ſemblables àceux de France:
DE SEPTEMBRE 141
Les Hétres,les Cédres rouges &blancs,
&pluſieurs autres eſpèces d'arbres ,
n'attendent que des Ouvriers pour être
employés à toutes fortes d'uſages .
Le Cédre y eſt ſi fort ſous la main ,
que les François établis dans la Louifianne
, y ont élevés des Maiſons affés
commodes , toutes conſtruites de
planches de ce bois de ſenteur; mais,
un des plus grands avantages qui puiffe
revenir à l'Etat de cette Colonie , doit
provenir fans doute des Meuriers : Cet
Arbre y eſt trés commun , particulierement
fur les bords du Flenve S. Loüis
où on en voit des Forêts entiéres ; dont
la feüille eſt double de celles de nos.
Meuriers de France . Les Vers à foye la
dévorent , & la foye qui en a éé
tirée,paroît plus fine que celle d'Ita
lie .
Les Peaux de Caſtors , de Chevreüils
& de Boeufs font le commerce
principal & ordinaire des Sauvages a
vec nous . Nous leur donnons en troc
des balles de fufil , de la poudre à
tirer , de groffes couvertures de laine ,
142 LE MERCURE
A
des fufils , de la Raſſade , * des gros
draps rouges & bleux dont ils ſe couyrent.
On peut affûrer que parmi une infi
nité deNations ſauvagesqui ſont dan's
la Loüifiane , il n'y en a point qui ne
s'accorde trés bien avec nos.Voyageurs
François en leur faiſant quelque
préfent : Le Gouverneur du Pays en
fera toujours le Maître. Dans toutes
les Ambaſſades qu'ils luy envoyent, ils
luy promettent ſincérement beaucoup
de dévouement & de fidélité , &d'eſtre
toujours preſts à porter la guerre où il
le jugera à propos : On ne peut même
leur faire plus de plaifir , que de leur
donner ordre decourir ſur des Nations
voifines.
Il n'y a qu'une ſeule Nation dans
toute la Loüifiane qui nous ſoit oppoſée;
il eſt vray qu'elle eſt trés confidérable.
On la nomme les Charaquis ;
elle eſt alliée des Anglois de la Caroline
, & habite à la ſource de la Riviere
* Cefont de petites Perles de verre ,
couleur de Turquoises, dont on fait des
grains de Chapelet en France & dont
les Sauvagesse font des Coliers.
DE SEPTEMBRE. 143
d'Ouabache qui groſſie de platien sautres
, ſedécharge dans leFleuve Saint-
Loüis à 40 lieuës des Illinois .
Les Chataquis deſcendent par-là dans
ce grand fleuve,pour ſurprendre ou ataquer
nosVoyageurs qui viennent de Canada
à la Mobile , qui eſt un vovage de
plus de 800 lieuës : Il y a 2ans qu'ils tuërent
dix à douze François qui tomberent
entre leurs mains , parmi leſquels
eſtoient deux Officiers du Canada. Le
Gouverneur Général envoya au commencement
de 1717, 300 Iroquois &
quelques Canadiens à leur tête, pour
venger la mort de ces François : On apprit
à la Mobile au mois d'Avril que ces
Iroquois en avoient déja mange trois
Villages. cette Nation étant toujours
antropophage,leGouverneur de la Loüifiane
ſe preparoit de ſon côté à faire
attaquer ces Sauvages ennemis.
让
Ré
lation fort curieuse de la Loiſianne ,
autrement Missiſſipi : Les interêts du
Public ont une telle liaiſon avec ce
vaste Païs , par raport au nouvel éta--
bliſſement de la Compagnie d'Occident,
que je crois lui faire un préſent de fai--
Son , que de lui mettre sous les yeux
une Rélation précise &fidete de cegrand
Continent. Il sera difficile d'entrouver
une de plus fraîche datte , puiſqu'elle
a été écrite du Port Dauphin au Fort
Louis , à la fin de Mayde cette année
1717.
NOUVELLE RELATION
DE LA LOUISIANNE.
1
EMiffiflippi appellé maintenant
le Saint ſe décharge
dans le Golphe du Mexique . Le Cours
en fut découvert en 1682 par le ſieur
dela Salle , qui ût le malheur d'être
aſſaſſiné par ſes gens-mêmes en 1687
dans le tems qu'il étoit le plus animé
1
DE SEPTEMBRE . 129
chercher l'Embouchure de ce grand
Fleuve. Elle ne fut trouvée ſûrement
qu'en 1698 , par M. d'Hiberville Gentil-
homme Canadien , Capitaine des
Vaiſſeaux du Roy , fameux par ſes entrepriſes
& ſes fuccez ſurles Anglois
dans la Baye d'Hudſon & dans les
Iles de l'Amérique Méridionale. Ce
Fleuve avoit donné ſon nom à ce grand
Continent qui en eſt arrofé , juſqu'en
1682 , que le ſieur de la Salle lui impoſa
celui de la Loiüifiane , en l'honneur
de Louis XIV . Ce Païs eft borné
à l'Eſt par la Floride & la Caroline,où
les Anglois ont un établiſſement trés
confiderable à l'Oueſt par le nouveau
Mexique , dont les Eſpagnols font en
poffeffion & par le Fleuve Miſſouri *
qui traverſe un vaſte Païs , dont on
ne connoît point les bornes ; &
qui peut être tient au Japon , s'il eſt
vrai que ce dernier Empire ne
* On a remonté le Missouri plus de
400 lienës fans rencontrer aucune habitation
Espagnole , & cen'est qu'à soo
lieuës qu'on a commencé à en avoir des
nouvelles par des Sauvages qui ſont
en Guerre contre eux.
130 LE MERCURE
foit qu'une preſqu'Iſle . Les Terres
les plus Occidentalles de la Nouvelle
France ou du Canada , en font les li-,
mites au Nord , comme le Golphe
du Mexique les termine au Sud. La
Loüifiane va du Nord au Sud , depuis
le 29º dégré de latitude juſqu'au 45 ;
& de l'Eſt à l'Oueſt , ſon étendue est
tout-à-fait inconnuë.
On a ſeulement appris par des Satıvages
, que cette derniere Partie étoi
habitée partout , & que la Chaſſe y
étoit très abondante. Selon le raport
de ces mêmes Sauvages , les Fleuves
ent toujours leur cours à l'Occident ;
& le Climat y eſt trés temperé St.
trés fertile, étant ſitué depuis le 3se dégré
juſqu'au 45e . Ilsfont entendre qu'il
y a des Mines d'or & d'argent & qu'il
s'y trouve une Roche * fort précieuſe,
de laquelle ils ſont contraints dedéracher
à coup de Fléches, de certaines
Pierres vertes , fort dures & fort
belles , ſemblables à l'Emeraude dont
ils ornent leur lévre ſupérieure qu'ils
percent à cet effet. Ily a apparence
* Elle est fi eſcarpée , qu'on ne peut
monter Jur ſon ſammet.
۱
۱
DE SEPTEMBRE .
131
Ten
es
41
Site
que les François qui s'établiront chez
les Sauvages Illinois feront toutes ces
riches découvertes , lorſque la Colonie
ſera plus nombreuſe.
Les Illinois nommés auſſi les Catz,occupent
les bords d'uneRiviere* qui tombe
dans le Miſſiffipi: Elle tire ſes eaux
auprés des Lacs qui forment la ſource
du Fleuve S. Laurent . Ce Païs , outre
la beauté de ſon climat , eſt d'un excellent
raport : Tout y croît en abondance
, comme Prunes , Peſches , Abricotiers
, Noyers , &c. Légumes , Herbes ,
Bled d'Indes , Bled de France & c. Ces
Feuples ont l'obligation de cette abondance
aux Jeſuites du Canada qui font
venu habiter parmi eux ; car, en mêmetems
que ces Peres leur profeſſoient la
Religion chrétienne,ils leur aprenoient
à cultiver la terre : De forte qu'ils
recueillent à préſent plus de grains
qu'ils n'en peuvent confommer : La
terre y produit naturellement des Vignes
ſauvages dont le Raifin eſt de trés
bon goût , & il y a lieu de croire que fi
ces Vignes étoient tranſplantées , le
* Elle porte le nom de Rivieres
Islinois.
132
LE MERCURE
.
vin y feroit fort bon & fort commun.
Il s'y éleve partout une eſpéce de
Chanvre dont on peut faire du linge
& des cordages.
On y a bâti un Fort ſur la cîme d'un •
rocher élevé de prés de 200 pieds , au
bas duquel coule la Riviere des Illinois .
Il y a de plus,deux grands Villages habitez
par les Sauvages , en l'un deſquels
font les Jeſuites & en l'autre les Miffionaires
: Nous y avons une trentaine
de François qui font le commerce des
Pelleteries avec les Sauvages : On ſçait
par expérience que ce Canton renferme
des mines d'or & d'argent , de cuivre
& de plomb ; on en tire actuellement
beaucoup de ce dernier, ſans prefque
aucun travail : Les Mûriers y font
trés communs,comme dans toutle refte
du Pays , & l'on fit avec ſuccés l'année
derniere 1716, l'épreuve des Vers - à
foye : Cette Contrée eſt à 450 licuës
de l'endroit où les François ont le Fort
Saint-Loüis placé à la tête de la Riviere
de la Mobile : Elle eſt à 40 lieuës dans
1'Eſt du Fleuve Saint- Loüis; à 14 lieuës
dans l'Oüeſt d'un Fort Eſpagnol appellé
Panfaxola. Le Gouverneur de la
Loüifiane y fait ſa réſidence avec
quatre
!
DE SEPTEMBRE.
ち
quatre Compagnies de so hommes de
Garpiſon , outre plus de 200 Habitans .
Alieüës en Mer, eſt l'Iſle Dauphine,
autrefois l'ifle Maſſacre
,
nommée
ainſi à cauſe d'une Bataille trés fanglante
qui s'y donna entre deux Nations
Sauvages. Nous y avons établi
un Fort pour la déffenſe du Port qui eſt
à couvertdes vents du Large par l'Ifle
Eſpagnolette , & de ceux de la Terre
par les grandsbois de l'Iſle Dauphine :
Il pouvoit recevoir 25 ou 30 gros Bâtimens
; mais , par un accident imprévû
, l'entrée de ce Port où il y avoit
encore 14 à 15 pieds d'eau, les derniers
jours d'Avril de cette année 1717, le
trouva tout à coup bouchée lej , du
mois ſuivant, par une Digue de fable
large de 14 toiſes,& égale en hauteur
à l'Iſle à laquelle elle eſt joinre. Le
Paon l'un des deux Vaiſſeaux du Roy.
qui eſtoit alors à la Loüifiane , & un
Vaifleau Marchand furent preſque interceptés
dans ce Port ; ils ûrent cependant
le bonheur de déboucher en prenant
de tres grandes précautions par un
autre petit paſſage qui n'avoit quero
à 11 pieds d'eau : Au défautde ce Port
qui ne peut plus ſervir que pour des
Septembre 1717.
M
134
LE MERCURE
Brigantins , les Bâtimens auront toujours
pour azile, l'Isle aux Vaisseaux
qui eſt à 14 lieuës dans l'Oüeft de l'Iffe
Dauphine vers le Miſſipipi, où il fera
facile aux plus gros Vaiſſeaux d'entrer
& eſtre à l'abri des vents les plus
orageux. Il pourroit même arriver par
lafuite qu'on pourroit nétoyer un Banc
qui est à l'embouchure du Fleuve Saint
Loüis , fur lequel il y a encore à
12 pieds d'eau : Cet obstacle ſurmonté,
le Fleuve qui a un trés bon fond partout&
qui eſt fort droit juſqu'à 25 lienës,
formeune anſe aprés cette diſtance,propre
à conſtruire un trés beau Port.
Le Portde Pensacola, aprés celui de
la Havanne , peut paffer pour le plus
grand & le meilleur de l'Amérique :
Les Eſpagnols qui s'en font emparés,
l'appellent Préſidio de Santa Maria
de Galva ou de Santo Carolo de
Auſtria : Il eſtſur la Côte , 4 lienës à
l'Eſt de la Riviere Perdide; c'eſt un
grand Fort de lieux qui a préſentement
goo hommes de Garniſon:Ony envoye
du Mexique tous ceux qui ont mérité
la corde,&c'eſt , pour ainſi dire,les Galéres
par terre de la nouvelle Eſpagne :
Ces Eens, avec la Garniſon& les triftes
:
i
DE SEPTEMBRE 15
20
Et
J
reſtes des Apalaches qui furent détruits
il y a 9 ans, par les Alibamous , compofent
le nombre d'environ 300 perſonnes,
en y comprenant les Officiers &
les femmes . L'air eſt trés ſain le long de
Ja Côte. En viron 100 lieuës de la Mer ,
le Pays eſt d'une température charmante
; c'eſt chez la Nation des Oumas
que commencent les bonnes Terres ;
cene font que Plaines à perte de vûë ;
iln'y a qu'à mettre la charuë & enfuite
femer.
Ily a apparence que la Mer a couvert
autrefois les terres juſqu'à 150 lieuës
avant dans le Pays; car on a trouvé
vers les Akancas des Montagnes d'Ecailles
d'huitres.
Il nous eit revenu par des Sauvages
du haut du Mifſſouri, qu'il y a en ces
quartiers un Peuple d'Indiens chez qui
tous les ans , desHommes blancs viennent
traiter & enlever ſur des chevaux ,
du fer jaune , c'eſt ainſi que ces Peuples
appellent l'or; & ces hommes
blancs ſont ſans doute les Eſpagnols .
De plus , la même chaine des Montagnesoù
ſe trouve l'or & l'argent dans
le Pérou&dans le Méxique, paſſe par
lehaut de la Loüifiane .
Mij
136
LE MERCURE
La coutume d'applatir la tête des
enfans par une planche qu'on leur met
fur le front, n'eſt commune qu'aux Nations
voifines de la Mer. Les principales
Nations qui font autour de nous ,
font ou fur la Riviere de la Mobile ,
ou fur celle du Miſſiffipi , ou entre ces
deux Rivieres .
:
Sur la Mobile , font les Appallaches
de 20 Familles.
Les Chattaux ou Chattas , de 10.
Familles.
Les Taouachas , de 8 ou 9 Familles.
Les Mobiliens , de ; o Familles .
Les Thomés joints avec quelques
Chattas , de 40 Familles , à quelques
100 lieuës du Fort- Loüis de la Mobile.
Entre la Mobile & le Miffiflippi , vers
'le Nord d'Ouest du Fort-Louis , font
les Chattas diviſés en pluſieurs Villages
; cette Nation eft composée de
plus de 600 Hommes .
A so lieuës plus haut , vers le même
Rhombe de vent, font les Chica bas
en deux Villages , qui font 6 à 700
Hommes.
,
A l'Eſt de la Riviere de la Mobile ,
àquelques 70 lieuës du Fort-Loiis
font les Alibarnoms , fur le compte def
quels on a coûtume de mettre preſque
1
DE SEPTEMBRE.
137
:
toutes les Expéditions de Guerre qui
ſe font ſur Penfacole&fur nos Alliés.
Les Albikas & Conchaques leurs Voifins
, ſe fervent d'eux pour Guides ,
toutes les fois qu'ils marchent contre
les Mobiliens & Thomes.
Les Albikas & Conchaques font deux
puiſſantes Nations qui peuvent faire
enſemble quelques 8000 hommes ,
Nous les aurions pour amis , ſans les
Anglois de la Caroline qui les fréquentent&
qui les ont aliénés de nous.
Il y a entre les Chattas & les Chicachas,
un reste de la Nation des Sacchoumas
dont nous nous fervons utilement,
pourdécouvrir tout ce que nos
Ennemis trâment contre nous. Il faut
remarquer que dans 20 lieuës d'étenduë
fur la Mobile , il y a 4 Langues
différentes .
La premiere Nation qui ſe rencontre
l'Embouchure du Miffiffippi , ſont les
Bilocci , dont il ne reſte plus que s ou
6Familles.
Aquelques 60 lieües plus haut , font
les Oumas qui ont û autrefois un
Pere Jeſuîte pour Miffionaire. Ils compoſentbien
100 Familles.
En remontant environ 40 licües ,
Miij
138 LE MERCURE
font les Tonikas,dont il y en a un bon
nombre de Chrêtiens. Entre les Tonikas
& les Oumas de l'un & l'autre
bord du Miffiffippi , ſont les Sitimachas
qui s'étendoient autrefois jufque
fur les rivages de la Mer ; mais ,
depuis la guerre cruelle qui leur eſt
faite par nos Alliez , pour venger là
mort d'un de nos Miſſionaires ; elle n'a
plus de terrain certain , & erre vagabonde
, tantôt ſur les bordsdu Miliffippi
& tantôt ſur les côtes de la Mer.
Il y avoit une autre Nation alliée cidevant
à celle- ci , laquelle,pour n'être
pas envéloppée dans la guerre qu'on
faifoit aux Sitimachas , s'eſt ſéparée:
d'eux pour faire Village avec les Ournas..
Environ à 200 lieües de l'Embou
chure du Miffiffippi , ſont les Natchez
d'environ 6 à 700 Fanides , gouvernez
apréſent par une Femme qu'ils difent
deſcendre du Soleil. C'eſt le
Peuplele plus civiliſé du Miffiilippi
& le ſeul où on remarque quelque
veſtige de Réligion : On y voit un
Templede tems immémorial , où on
conferveun feu perpétuel , à peu prés ,
comme dans le Temple de Veſta chez
DE SEPTEMBRE. 139
ST
12
S
S
les Romains. A quelque 100 licües
desNatchez en remontant , on trouve
les Akancas : Ce Peuple autrefois fi
puiffant , ne fait gueres apréſent que
3 à 400 hommes.
Après avoir donné une idée générale
des Nations Sauvages qui nous environnent
, je reviens aux productions du
Pais.
On voit dans le haut des Terres
une quantité prodigieuſe de Boeufs fauvages
, qui au lieu de poil, ſont couverts
d'une laine trés fine , de laquelle on
pouroit faire des Draps & des Chapeaux
de ſervice, Ces Animaux ont
une boſſe élevée ſur le dos , comme le
Chameau. On n'a pu encore juſqu'apréfent
les accoutumer au joug: Nos
Voyageurs en eſtiment fort la chair.
Les Forets font pleines de Pouletsd'Inde
ſauvages , d'Outardes , de Per
drix d'une eſpéce particuliere , de
Canars&de Chevreüils , de Cochons ,
de Liévres & de toutes fortes deGi
biers. Il y a entr'autres , des Rats gros
comme des Chats,qui ont ſous la gorge
un ſac où ils enferment leurs Petits
Ils vivent de noix & de glands , font
fort gras & leur chair a le goût de
140 LE MERCURE
:
celled'un Cochon de lait. Les Perroquets
y font dans une extréme vénération.
Les Sauvages n'en tuënt ni n'en
élévent aucuns , ayant la ſuperftition
de croire que s'ils les dénichoient ,
ils perdrosent la vûë .
On ſçait par expérience , que tous
les grains d'Europe viendront à merveilles
dans ces Terres vierges , exceptè
ſur les bords de la Mer, leſquels
étant preſque tous ſablés , doivent
moins raporter que les autres ; quoiqu'il
foit vrai cependant , que dans
les Jardins dont on a û foin , tous les
Légumes de France , Peſchers, Abricotiers
, Poiriers , Pomiers , Muſcats
&c. y ont fort bien fait.
L'Indigo Sauvage , qui croît partout
comme la Vigne , ne demanderoit que
les ſoins de la culture , pour y venir
auſſibonquedans l'Iſle de S. Domingue;
il en ſeroit de même du Tabac,
Outre les Mats pour les Vaiſſeaux
dont on en pourroit tirer telle quantité
qu'on voudroit ; le bois yeſt fort
propre pour la conſtruction des Vaiffeaux;
tout eſt rempli de Cheſnes d'une
hauteur & d'une groſſeur étonnnante ;
àpeuprès ſemblables àceux de France:
DE SEPTEMBRE 141
Les Hétres,les Cédres rouges &blancs,
&pluſieurs autres eſpèces d'arbres ,
n'attendent que des Ouvriers pour être
employés à toutes fortes d'uſages .
Le Cédre y eſt ſi fort ſous la main ,
que les François établis dans la Louifianne
, y ont élevés des Maiſons affés
commodes , toutes conſtruites de
planches de ce bois de ſenteur; mais,
un des plus grands avantages qui puiffe
revenir à l'Etat de cette Colonie , doit
provenir fans doute des Meuriers : Cet
Arbre y eſt trés commun , particulierement
fur les bords du Flenve S. Loüis
où on en voit des Forêts entiéres ; dont
la feüille eſt double de celles de nos.
Meuriers de France . Les Vers à foye la
dévorent , & la foye qui en a éé
tirée,paroît plus fine que celle d'Ita
lie .
Les Peaux de Caſtors , de Chevreüils
& de Boeufs font le commerce
principal & ordinaire des Sauvages a
vec nous . Nous leur donnons en troc
des balles de fufil , de la poudre à
tirer , de groffes couvertures de laine ,
142 LE MERCURE
A
des fufils , de la Raſſade , * des gros
draps rouges & bleux dont ils ſe couyrent.
On peut affûrer que parmi une infi
nité deNations ſauvagesqui ſont dan's
la Loüifiane , il n'y en a point qui ne
s'accorde trés bien avec nos.Voyageurs
François en leur faiſant quelque
préfent : Le Gouverneur du Pays en
fera toujours le Maître. Dans toutes
les Ambaſſades qu'ils luy envoyent, ils
luy promettent ſincérement beaucoup
de dévouement & de fidélité , &d'eſtre
toujours preſts à porter la guerre où il
le jugera à propos : On ne peut même
leur faire plus de plaifir , que de leur
donner ordre decourir ſur des Nations
voifines.
Il n'y a qu'une ſeule Nation dans
toute la Loüifiane qui nous ſoit oppoſée;
il eſt vray qu'elle eſt trés confidérable.
On la nomme les Charaquis ;
elle eſt alliée des Anglois de la Caroline
, & habite à la ſource de la Riviere
* Cefont de petites Perles de verre ,
couleur de Turquoises, dont on fait des
grains de Chapelet en France & dont
les Sauvagesse font des Coliers.
DE SEPTEMBRE. 143
d'Ouabache qui groſſie de platien sautres
, ſedécharge dans leFleuve Saint-
Loüis à 40 lieuës des Illinois .
Les Chataquis deſcendent par-là dans
ce grand fleuve,pour ſurprendre ou ataquer
nosVoyageurs qui viennent de Canada
à la Mobile , qui eſt un vovage de
plus de 800 lieuës : Il y a 2ans qu'ils tuërent
dix à douze François qui tomberent
entre leurs mains , parmi leſquels
eſtoient deux Officiers du Canada. Le
Gouverneur Général envoya au commencement
de 1717, 300 Iroquois &
quelques Canadiens à leur tête, pour
venger la mort de ces François : On apprit
à la Mobile au mois d'Avril que ces
Iroquois en avoient déja mange trois
Villages. cette Nation étant toujours
antropophage,leGouverneur de la Loüifiane
ſe preparoit de ſon côté à faire
attaquer ces Sauvages ennemis.
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17
p. 206-207
A Rome le 9. Novembre.
Début :
Le Cardinal Gualterio est de retour d'Urbin, où il a fait sa [...]
Mots clefs :
Cardinal, Chasse, Seigneur, Liberté, Marquis, Voyages, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 9. Novembre.
SUITE
DES NOUVELLES ETRANGERES.
A Rome le 9. Novembre.
E Cardinal Gualterio est de retour
LeCabina a
> où il a fait fa Cour
pendant 10 jours au - Prétendant , qui
vit affez retiré ; ne prenant d'autre
plaifir que celui de la Chaffe du Liévre
dans le Parc des Capucins , & de
manger avec les Seigneurs de fa fuite .
Milord Peterborough et enfin forti
de fa prifon par ordre de ce Prince ,
& a efté remis en liberté .
Avant hier , M. le Marquis de Ste
Croix reçût le Diplôme Imperial , qui
lui donne le rang & la qualité de Frince
du S. Empire .
c'eft
Depuis 4 jours , nous poffédons une
Dame Françoife , célébre par la fingularité
de fa vie & de fes
voyages ;
Madame de ... Elle cherche maifon
à louer On ne s'empreffe pas beau-
1
DE NOVEMBRE. 207
*
coup ici à lui faire la cour ; le tems
en eft paffé , & il n'en eft pas de la
beauté comme de la réputation , qu'on
repare aifément dans cette fainte Cité.
Pendant le féjour que cette Dame a fair
ici , lors d'un autre Voyage , fes charmes
& fes agrêmens lui avoient attiré
beaucoup d'ennemies: Comme elles en
appréhendent encore l'effet , on croit
qu'elles travaillent fous main , à faire
enforte que le S. Pere lui donne fon
congé.
DES NOUVELLES ETRANGERES.
A Rome le 9. Novembre.
E Cardinal Gualterio est de retour
LeCabina a
> où il a fait fa Cour
pendant 10 jours au - Prétendant , qui
vit affez retiré ; ne prenant d'autre
plaifir que celui de la Chaffe du Liévre
dans le Parc des Capucins , & de
manger avec les Seigneurs de fa fuite .
Milord Peterborough et enfin forti
de fa prifon par ordre de ce Prince ,
& a efté remis en liberté .
Avant hier , M. le Marquis de Ste
Croix reçût le Diplôme Imperial , qui
lui donne le rang & la qualité de Frince
du S. Empire .
c'eft
Depuis 4 jours , nous poffédons une
Dame Françoife , célébre par la fingularité
de fa vie & de fes
voyages ;
Madame de ... Elle cherche maifon
à louer On ne s'empreffe pas beau-
1
DE NOVEMBRE. 207
*
coup ici à lui faire la cour ; le tems
en eft paffé , & il n'en eft pas de la
beauté comme de la réputation , qu'on
repare aifément dans cette fainte Cité.
Pendant le féjour que cette Dame a fair
ici , lors d'un autre Voyage , fes charmes
& fes agrêmens lui avoient attiré
beaucoup d'ennemies: Comme elles en
appréhendent encore l'effet , on croit
qu'elles travaillent fous main , à faire
enforte que le S. Pere lui donne fon
congé.
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18
p. 1610-1612
Recueil des Pieces du Chevalier Thomas Brown, Docteur en Medecine, [titre d'après la table]
Début :
RECUEIL de diverses Pieces, composées par le Chevalier Thomas Brown, [...]
Mots clefs :
Fauconnier, Fauconnerie, Chasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Recueil des Pieces du Chevalier Thomas Brown, Docteur en Medecine, [titre d'après la table]
RECUEIL de diverfes Pieces , compo
fées par le Chevalier Thomas Brown ,
Docteur en Medecine . A Londres , 1684.
in 8 ° . de 215 pages .
8
Dans le Difcours , l'Auteur parle des
Oifeaux de Chaffe & de la Fauconnerie
ancienne & moderne.
Cette Chaffe n'étoit prefque point connuë
des Anciens . A proprement parler
Julius Firmicus qui a vécu fous le regne
de l'Empereur Conftance , eft le premier
qui en ait fait mention.
Après cet Auteur , on peut confulter
Démétrius de Conftantinople & Albert
le Grand . Ces Ecrivains n'employent
qu'un petit nombre de termes d'Art. Ils
expriment d'une maniere fimple les maladies
des Oifeaux , & les remedes qu'on
y apportoit . Les François qui font les plus
habiles
JUILLET . 1730. 161F
و
habiles Fauconniers de l'Europe , ont introduit
un grand nombre de termes d'Art.
Cependant , dit l'Auteur , ils n'ont aucun
mot dans leur langue , qui fignifie en general
le mot Anglois , Hawk. Les Anciens
Ecrivains ne nous ont rien dit de la viteffe
des Oifeaux de chaffe . Heresbachius
nous apprend que Guillaume Duc de
Cléves , en avoit un qui alla en un jour
de Weftphalie en Pruffe. M. Brown affure
qu'un de ces Oifeaux , dans la Province
de Norfolk , pourfuivit une Beccaffe
pendant près de 30 milles en une heure.
On ne fait point certainement avec quelle
viteffe volent les Faucons , les Emerillons
, &c. qui viennent en Angleterre par
un vent du Nord - Weft . M. Brown dit
qu'il en a vu arriver fur les côtes de ce
pays , & qu'ils étoient fi fatiguez , qu'on
fes prenoit avec des Chiens , & qu'on les
tuoit à coups de baton & de pierre . Les
Fauconniers de nos jours , continue l'Auteur
, font mille fermens & mille imprécations
; mais Démétrius nous apprend
qu'autrefois ces Chaffeurs commençoient
feur chaffe par invoquer Dieu. Le fçavant
Rigault a cru que fi les Romains avoient
connu la chaffe , dont il s'agit icy , ils au
roient eu moins d'ardeur pour les diver
tiffemens du Cirque.
Ariftote connoiffait fi peu la Faucon✩
nerie ,
1612 MERCURE DE FRANCE
nerie , qu'il croyoit que les Faucons nė
mangeoient point le coeur des Oifeaux.
Ce Philofophe affure que les Faucons &
les autres Oifeaux de Proye ne boivent ja
mais. L'Auteur remarque à cette occafion
qu'il a eu chez lui pendant deux ans une
Aigle qui fe nourriffoit de petits Chats ,
de petits Chiens & de Rats, fans boire une
feule goute.
M. Brown , dans le 6 Difcours , parle
des Cymbales ; des Vers qu'on nomme
Rhopalici ; des Langues , & particulierement
de la Saxonne; de certaines éminences
que l'on voit en divers lieux d'Angleterre
; de Troas , & de la fituation de
Sodôme , de Gomorrhe, &c . de la Réponfe
que l'Oracle de Delphes fit à Crafus ,
Roy de Lydie , &c.
fées par le Chevalier Thomas Brown ,
Docteur en Medecine . A Londres , 1684.
in 8 ° . de 215 pages .
8
Dans le Difcours , l'Auteur parle des
Oifeaux de Chaffe & de la Fauconnerie
ancienne & moderne.
Cette Chaffe n'étoit prefque point connuë
des Anciens . A proprement parler
Julius Firmicus qui a vécu fous le regne
de l'Empereur Conftance , eft le premier
qui en ait fait mention.
Après cet Auteur , on peut confulter
Démétrius de Conftantinople & Albert
le Grand . Ces Ecrivains n'employent
qu'un petit nombre de termes d'Art. Ils
expriment d'une maniere fimple les maladies
des Oifeaux , & les remedes qu'on
y apportoit . Les François qui font les plus
habiles
JUILLET . 1730. 161F
و
habiles Fauconniers de l'Europe , ont introduit
un grand nombre de termes d'Art.
Cependant , dit l'Auteur , ils n'ont aucun
mot dans leur langue , qui fignifie en general
le mot Anglois , Hawk. Les Anciens
Ecrivains ne nous ont rien dit de la viteffe
des Oifeaux de chaffe . Heresbachius
nous apprend que Guillaume Duc de
Cléves , en avoit un qui alla en un jour
de Weftphalie en Pruffe. M. Brown affure
qu'un de ces Oifeaux , dans la Province
de Norfolk , pourfuivit une Beccaffe
pendant près de 30 milles en une heure.
On ne fait point certainement avec quelle
viteffe volent les Faucons , les Emerillons
, &c. qui viennent en Angleterre par
un vent du Nord - Weft . M. Brown dit
qu'il en a vu arriver fur les côtes de ce
pays , & qu'ils étoient fi fatiguez , qu'on
fes prenoit avec des Chiens , & qu'on les
tuoit à coups de baton & de pierre . Les
Fauconniers de nos jours , continue l'Auteur
, font mille fermens & mille imprécations
; mais Démétrius nous apprend
qu'autrefois ces Chaffeurs commençoient
feur chaffe par invoquer Dieu. Le fçavant
Rigault a cru que fi les Romains avoient
connu la chaffe , dont il s'agit icy , ils au
roient eu moins d'ardeur pour les diver
tiffemens du Cirque.
Ariftote connoiffait fi peu la Faucon✩
nerie ,
1612 MERCURE DE FRANCE
nerie , qu'il croyoit que les Faucons nė
mangeoient point le coeur des Oifeaux.
Ce Philofophe affure que les Faucons &
les autres Oifeaux de Proye ne boivent ja
mais. L'Auteur remarque à cette occafion
qu'il a eu chez lui pendant deux ans une
Aigle qui fe nourriffoit de petits Chats ,
de petits Chiens & de Rats, fans boire une
feule goute.
M. Brown , dans le 6 Difcours , parle
des Cymbales ; des Vers qu'on nomme
Rhopalici ; des Langues , & particulierement
de la Saxonne; de certaines éminences
que l'on voit en divers lieux d'Angleterre
; de Troas , & de la fituation de
Sodôme , de Gomorrhe, &c . de la Réponfe
que l'Oracle de Delphes fit à Crafus ,
Roy de Lydie , &c.
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Résumé : Recueil des Pieces du Chevalier Thomas Brown, Docteur en Medecine, [titre d'après la table]
Le texte est un recueil de pièces du Chevalier Thomas Brown, Docteur en Médecine, publié à Londres en 1684. Brown y discute des oiseaux de chasse et de la fauconnerie ancienne et moderne. La chasse aux oiseaux de proie était peu connue des Anciens. Julius Firmicus, Démétrius de Constantinople et Albert le Grand ont écrit sur les maladies des oiseaux et les remèdes. Les Français, reconnus comme les meilleurs fauconniers d'Europe, ont introduit de nombreux termes techniques mais n'ont pas de mot équivalent à 'Hawk'. Les Anciens n'ont pas décrit la vitesse des oiseaux de chasse. Heresbachius mentionne un oiseau capable de voler de Westphalie à la Prusse en une journée. Brown rapporte qu'un oiseau de Norfolk a poursuivi une bécasse sur près de 30 milles en une heure. Il note également la vitesse des faucons et des émerillons arrivant en Angleterre par un vent du nord-ouest. Les fauconniers modernes utilisent des serments et des imprécations, contrairement aux anciens qui invoquaient Dieu. Aristote croyait que les faucons ne mangeaient pas le cœur des oiseaux et ne buvaient jamais. Brown contredit cette croyance en mentionnant une aigle observée pendant deux ans, se nourrissant de petits animaux sans boire. Dans un autre discours, Brown aborde divers sujets comme les cymbales, certains vers, les langues, notamment la saxonne, et des lieux en Angleterre, ainsi que des réponses d'oracles antiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 1881-1888
« Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...] »
Début :
Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...]
Mots clefs :
Artillerie, Canon, Roi, Cérémonies, Concert, Musique, Chasse, Académies, Ministre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...] »
E 20. du mois dernier , M. d'Angervilliers ,
Miniftre & Secretaire d'Etat de la Guerre ,
accompagné du Comte de Saint Florentin & du
Marquis de Pezé , Colonel , Meftre de Camp du
Régiment du Roi , fe rendit de Compiegne à la
Fere , pour voir le fiege auquel l'Ecole de l'Artillerie
, établie dans cette Ville fous les ordres du
Chevalier d'Abouville , eft actuellement occupée.
Le 21 , M. de Valliere , Maréchal de Camp ,
Directeur & Infpecteur General des mêmes
Ecoles , conduifit ce Miniftre à un demi quart de
lieuë de la Ville , pour lui faire voir differentes
manoeuvres ; & après que le Bataillon de M. de
la Perelle, du Régiment Royal Artillerie, & celui
de Pequigny , eurent paffé en revûë devant M.
d'Angervilliers , on jetta un Pont fur la Riviere
d'Oife , avec la même promptitude que lorfqu'il
s'agit de faire paffer une Armée. On fe rendit
enfuite à la Batterie , où on fit l'exercice du Canon.
M. d'Angervilliers parut fort fatisfait de l'adreffe
des Canoniers. Vers les neuf heures , les
Troupes deftinées à la défenfe du Fort fe rendi-
I rent
1882 MERCURE DE FRANCE
-
?
rent à leurs poftes fous les ordres de M. Lucas ,
Capitaine dans Royal Artillerie , qui commande
en chef dans la Place. Dès que les Afliegeans
monterent la tranchée , on fit fur eux un grand
feu du Canon & de la Moufqueterie de la Place;
les Affiegeans étoient logés fur la Contrefcarpe ,
où ils avoient établi le jour précedent huit Batteries
de Canon pour battre les dehors & le corps
de la Place . La principale action de cette journée
fut la prife de deux Tenaillons,conftruits fur une
Demi-Lune. Après bien des forties & des chicanes
de guerre de part & d'autre , toutes fort fingulieres
, ceux de la Place firent fauter , à l'attaque
de la droite , par les Mines , une Batterie de
Canon des Ennemis fur le chemin couvert.
A une heure après midi , M. de Valliere qui
commandoit en chef la Tranchée, y fit fervir un
magnifique diner. Indépendamment de la Table
du Miniftre , il y en avoit d'autres pour plus de
300. perfonnes.
A trois heures le feu recommença plus vivement
que jamais , & la Batterie qu'on avoit fait
fauter le matin fe trouva rétablie par les Affiegeans
en moins de deux heures & demie. Dès
qu'on y eut fait conduire le Canon , les Affiegés
la firent fauter pour la feconde fois . Le Canon &
les affuts furent jettés vers les foffés de la Place ,
ainfi que M. d'Antonnazzi , Capitaine des Mineurs,
fe l'étoit propofé , ce qui lui attira, auffibien
qu'aux autres Officiers de fa Compagnie ,
l'applaudiffement du Miniftre. Peu de tems après
on donna le fignal pour faire jouer les Mines que
les Affiegeans avoient faites fous les Tenaillons
dès qu'ils furent ouverts par deux breches , les
Grenadiers , fuivis des Ingenieurs avec les Travailleurs
deftinés à la prife de ces Ouvrages ,
monterent à l'affaut
à l'affaut pour ſe loger fur le haut des
breches
A O
UST .
1730. 1883
breches : ce fut alors qu'on vit une image bien
naturelle de la Guerre & des Sieges .
Les fix Chiens de Chaffe & les Oiseaux de
proye que l'Abbé de S. Hubert eft obligé d'envoyer
tous les ans au Roi , furent prefentés à
S. M. à Compiegne au commencement de ce
mois .
La Meute que le Roi a préfentement à Compiegne
est de 250. Chiens ; fçavoir , 143. pour
le Cerf, 60. pour le Chevreuil & 47. pour le
Sanglier , fans y comprendre la Meute du Loup,
qui eft reftée à Verſailles. On renouvelle tous les
fix mois trente Chiens de la Meute de S. M. qui
en donne les vieux à des Seigneurs qui ont des
équipages de chaffe . On a fait depuis peu des
couvertures & des houffes neuves de drap bleu
brodées d'un nouveau deffein
pour les Chevaux
de Chaffe.
Sur la fin du mois dernier , le Roi chaffa un
Cerftout gris dans la Forêt de Compiegne , qu'on
fut obligé d'abandonner aprés l'avoir pourfuivi
fix ou fept lieues. On affure que le même Cerf
fut auffi chaffé inutilement plufieurs fois l'année
derniere ; on ajoûte qu'il a 200. ans , & qu'il a
été chaffé par Louis XIII. & par Louis XIV .
Le 15 de ce mois , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , le Roi , accompagné du Duc
d'Orleans , du Comte d'Eu , & du Comte de
Toulouſe , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe du
Château , où S. M. entendit la Grand' - Meffe
célebrée pontificalement par l'Evêque de Soiffons.
L'après - midi le Roi alla entendre les Vêpres
dans l'Eglife de l'Abbaye Royale de S. Corneille
: S. M. y aſſiſta à la Proceſſion & au Salut¸
où le même Prélat officia
Į įj
Lc
1884 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , la Proceffion folemnelle de
Eglife Métropolitaine , qui fe fait tous les ans
à pareil jour , en execution du Vou de Louis
XIII. fe fit à Paris avec les cérémonies accoutumées.
L'Archevêque de Paris y officia , & le Parlement
, la Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & le Corps de Ville y affifterent fuivant
la coutume.
Le 21. vers les 8. heures du foir , le Roi arriva
du Château de Compiegne à Versailles .
Il a été fondu à Paris depuis peu par le fieur
Martin , deux très - grandes Coches , & quatre
beaucoup moindres pour le Roi de Portugal
qu'on va voir fur le Port S Nicolas par curiofité
, Pouvrage ayant parfaitement réuffi . On a
appris de Gennes qu'on y avoit auffi fondu huit
groffes Cloches pour le Roi de Portugal , qu'on
devoit embarquer pour Lisbonne.
M. L'Abbé Sevin eft de retour de Conſtantinople
depuis le commencement de ce mois. Il a
rapporté quantité de Manufcrits en diverfes
Langues Orientales pour la Bibliotheque du
Roy.
;
>
Le 15 , Fête de l'Aſſomption de la Vierge , il
y eut Concert Spirituel au Château des Tuilleries
M. Mouret fit chanter le Benedi&us , Motet
de M. de la Lande , dont l'éxecution fut parfaite.
Les Diles Erremens, Le Maure , & Petitpas ,
chanterent differens Motets à une & à deux voix ,
avec fimphonie,qui furent très - applaudis par une
très- nombreufe Affemblée , de même que les
Srs Blavet & Madonis dans l'éxecution de deux
Concerto fur la Flute & le Violon. Le Concert
fut
A O UST . 1730. 1885
fut terminé par Dominús regnavit , autre Moter
de M. de la Lande.
Dans l'Affemblée Generale du Corps de Ville ,
tenue le 16 de ce mois , le Prefident Turgot fut
continué Prevoft des Marchands , & les nouveaux
Echevins furent élus à l'ordinaire. On
fçait qu'il y a toujours quatre Echevins en fonction
; que les deux plus anciens fortent tous les
ans d'Echevinage , & que l'on en choifit deux
nouveaux pour remplir leur place . Au refte , ces
places ne font remplies que par des perfonnes
d'une probité reconnue ; les Statuts font trèsrigoureux
là deffus : un homme qui auroit été
arrêté prifonnier , quoi qu'injuftement , ne peut
être élu Echevin. On doit avant que d'y parvenir
avoir paffé par beaucoup d'Emplois , qui
font connoître le merite & la droiture des
Sujets .
>
Le 23 , le Corps de Ville , le Duc de Gevres.
Gouverneur de Paris , étant à la tête , enc
Verfailles Audience du Roy , avec les cerémonies
accoutumées. Il fut préfenté à S. M. par
le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat , &
conduit par le Marquis de Dreux , Grand-Maître
des Cerémonies , & par M. Defgranges, Maître
des Cerémonies . Ms Roffignol & Lagnau ,
nouveaux Echevins , prêterent entre les mains
du Roy le Serment de fidelité , dont le Comte
de Maurepas Secretaire d'Etat , fit la lecture ;
le Scrutin ayant été préſenté par M. Bignon ,
Avocat General du Grand Confeil , qui fit un
Difcours très -éloquent. Le même jour , le Corps
de Ville rendit fes refpects à Monfeigneur le
Dauphin , & à Mefdames de France.
I iij
Le
1886 MERCURE DE FRANCE
Le 25 , Fête de S. Louis , la Proceffion des
Carmes du Grand Convent , à laquelle le Corps
de Ville affifta , alla , fuivant la coûtume , à la
Chapelle du Château des Tuilleries , où ces Religieux
celébrerent la Meffe , pendant laquelle le
Duc de Gêvres , Gouverneur de Paris , fit rendre
les Pains- Benis , avec les cerémonies accoutumées.
Le même jour , l'Académie Françoiſe celébra
la Fête de S. Louis dans la Chapelle du Louvre.
On chanta pendant la Meffe un très -beau Motet
en Mufique , de la compofition de M. Dornel
après laquelle l'Abbé Ragon , Chapelain du Duc
d'Orleans , prononça le Panegyrique du Saint.
Le même jour , l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles - Lettres , & celle des Sciences ,
celébrerent la même Fête dans l'Eglife des Peres
de l'Oratoire ; on y chanta auffi un Motet en
Mufique pendant la Meffe de la compofition de
M. du Bouffet , & le Panegyrique de S. Louis
fut prononcé par Dom Léandre Pertuiſet , Religieux
Reformé de l'Ordre de Clugny , qui a
prêché avec fuccès dans plufieurs Eglifes de
Paris.
Le Concert d'Inftrumens que l'Académie
Royale de Mufique donne tous les ans au Château
des Tuilleries , à l'occafion de la Fête du
Roi , a été executé le 25 par un grand nombre
d'excellens Simphoniſtes de la même Académie ,
qui jouerent differens beaux morceaux de Mufique
de M. de Lully & de M. Rebel.
Le 3 Juillet , M. de Blamont , Sur-Intendant
de la Mufique du Roi , de Semeftre , fit chanter
devant
"
AOUST . 1730. 1887
devant la Reine , le Prologue & le premier Acte
de l'Opera de Roland , dans lequel la D'le Du- ,
clos & le fieur Godonnefche chanterent les
principaux Rôles dans le Prologue , & ceux de
la Piéce furent remplis par la Die Lenner &
par les Sieurs Guedon & Chaffé .
,
Le , on chanta le fecond & le troifiéme
Acte du même Opera , qu'on continua le ro
& qu'on finit le 12. La Die Duclos chanta dans
le dernier Acte le Rôle de Logistille .
Le 17 ว on executa avec un applaudiffement
general , l'Impromptu de Labyrinte de Verfailles
, de la compofition de M. de Blamont.
Le 24 , on chanta chez la Reine le Prologue
& le premier Acte de Bellerophon.
>
Le 27 , la Reine voulut entendre , à Trianon ,
le dernier Divertiffement de M. de Blamont
fait à l'occafion de la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin. C'eft le même qui fut executé l'année
derniere au Soupé de L. M. & enfuite dans
les grands Appartemens. Les Dite. Erremens ,
& le Maure , & le fieur d'Angerville , chanterent
les principaux Rôies .
Le 31. on continua Bellerophon , & on le finit
le 2 Août. La Dle Antier chanta le Rôle de
Stenobée , la D'te Lenner celui de Philonoé , &
le fieur Chaffé celui d'Amifodar.
Le 7
>
& le 21 Août , on chanta Amadis de
Gaule. La Dlle Pithron & le fieur d'Angerville
chanterent les principaux Rôles du Prologue
& dans la Piéce , la Dle Antier chanta le Rôle
d'Arcabone , la Dile Pichou celui de Corifande
, le fieur Godennefche celui de Floreftan , &
le fieur d'Angerville celui d'Arcelaus . La D'le
Antier chanta enfuite la Nymphe de la Seine ,
Cantate de M. de Blamont.
Le 25 , le même Auteur fit executer par les
I j 24
1888 MERCURE DE FRANCE
24 Violons du Roy , plufieurs Piéces de Simphonie
de fa compofition pendant le dîné de
S. M.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le rembourſement des Actions , fut tirée en
la maniere accoûtumée , à l'Hôtel de la Compagnie ;
on a publié la Lifte des Numeros des Actions &
Dixièmes d'Actions , qui feront rembourſés , faifant
en tout le nombre de 300. Actions .
Le 21. Juillet, le Duc de Lorraine alla voir le
Camp de la Meufe , le Comte de Bellifle donna
à S. A. R. un repas où fe trouverent 93. perſonnes
en quatre tables , fervies avec toute la délicateffe
poffible; & après le repas il fit faire à la
Cavalerie toutes les évolutions en preſence de ce
Prince , qui admira l'adreffe & la belle taille des
Cavaliers , ainfi que la beauté des Chevaux.
Miniftre & Secretaire d'Etat de la Guerre ,
accompagné du Comte de Saint Florentin & du
Marquis de Pezé , Colonel , Meftre de Camp du
Régiment du Roi , fe rendit de Compiegne à la
Fere , pour voir le fiege auquel l'Ecole de l'Artillerie
, établie dans cette Ville fous les ordres du
Chevalier d'Abouville , eft actuellement occupée.
Le 21 , M. de Valliere , Maréchal de Camp ,
Directeur & Infpecteur General des mêmes
Ecoles , conduifit ce Miniftre à un demi quart de
lieuë de la Ville , pour lui faire voir differentes
manoeuvres ; & après que le Bataillon de M. de
la Perelle, du Régiment Royal Artillerie, & celui
de Pequigny , eurent paffé en revûë devant M.
d'Angervilliers , on jetta un Pont fur la Riviere
d'Oife , avec la même promptitude que lorfqu'il
s'agit de faire paffer une Armée. On fe rendit
enfuite à la Batterie , où on fit l'exercice du Canon.
M. d'Angervilliers parut fort fatisfait de l'adreffe
des Canoniers. Vers les neuf heures , les
Troupes deftinées à la défenfe du Fort fe rendi-
I rent
1882 MERCURE DE FRANCE
-
?
rent à leurs poftes fous les ordres de M. Lucas ,
Capitaine dans Royal Artillerie , qui commande
en chef dans la Place. Dès que les Afliegeans
monterent la tranchée , on fit fur eux un grand
feu du Canon & de la Moufqueterie de la Place;
les Affiegeans étoient logés fur la Contrefcarpe ,
où ils avoient établi le jour précedent huit Batteries
de Canon pour battre les dehors & le corps
de la Place . La principale action de cette journée
fut la prife de deux Tenaillons,conftruits fur une
Demi-Lune. Après bien des forties & des chicanes
de guerre de part & d'autre , toutes fort fingulieres
, ceux de la Place firent fauter , à l'attaque
de la droite , par les Mines , une Batterie de
Canon des Ennemis fur le chemin couvert.
A une heure après midi , M. de Valliere qui
commandoit en chef la Tranchée, y fit fervir un
magnifique diner. Indépendamment de la Table
du Miniftre , il y en avoit d'autres pour plus de
300. perfonnes.
A trois heures le feu recommença plus vivement
que jamais , & la Batterie qu'on avoit fait
fauter le matin fe trouva rétablie par les Affiegeans
en moins de deux heures & demie. Dès
qu'on y eut fait conduire le Canon , les Affiegés
la firent fauter pour la feconde fois . Le Canon &
les affuts furent jettés vers les foffés de la Place ,
ainfi que M. d'Antonnazzi , Capitaine des Mineurs,
fe l'étoit propofé , ce qui lui attira, auffibien
qu'aux autres Officiers de fa Compagnie ,
l'applaudiffement du Miniftre. Peu de tems après
on donna le fignal pour faire jouer les Mines que
les Affiegeans avoient faites fous les Tenaillons
dès qu'ils furent ouverts par deux breches , les
Grenadiers , fuivis des Ingenieurs avec les Travailleurs
deftinés à la prife de ces Ouvrages ,
monterent à l'affaut
à l'affaut pour ſe loger fur le haut des
breches
A O
UST .
1730. 1883
breches : ce fut alors qu'on vit une image bien
naturelle de la Guerre & des Sieges .
Les fix Chiens de Chaffe & les Oiseaux de
proye que l'Abbé de S. Hubert eft obligé d'envoyer
tous les ans au Roi , furent prefentés à
S. M. à Compiegne au commencement de ce
mois .
La Meute que le Roi a préfentement à Compiegne
est de 250. Chiens ; fçavoir , 143. pour
le Cerf, 60. pour le Chevreuil & 47. pour le
Sanglier , fans y comprendre la Meute du Loup,
qui eft reftée à Verſailles. On renouvelle tous les
fix mois trente Chiens de la Meute de S. M. qui
en donne les vieux à des Seigneurs qui ont des
équipages de chaffe . On a fait depuis peu des
couvertures & des houffes neuves de drap bleu
brodées d'un nouveau deffein
pour les Chevaux
de Chaffe.
Sur la fin du mois dernier , le Roi chaffa un
Cerftout gris dans la Forêt de Compiegne , qu'on
fut obligé d'abandonner aprés l'avoir pourfuivi
fix ou fept lieues. On affure que le même Cerf
fut auffi chaffé inutilement plufieurs fois l'année
derniere ; on ajoûte qu'il a 200. ans , & qu'il a
été chaffé par Louis XIII. & par Louis XIV .
Le 15 de ce mois , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , le Roi , accompagné du Duc
d'Orleans , du Comte d'Eu , & du Comte de
Toulouſe , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe du
Château , où S. M. entendit la Grand' - Meffe
célebrée pontificalement par l'Evêque de Soiffons.
L'après - midi le Roi alla entendre les Vêpres
dans l'Eglife de l'Abbaye Royale de S. Corneille
: S. M. y aſſiſta à la Proceſſion & au Salut¸
où le même Prélat officia
Į įj
Lc
1884 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , la Proceffion folemnelle de
Eglife Métropolitaine , qui fe fait tous les ans
à pareil jour , en execution du Vou de Louis
XIII. fe fit à Paris avec les cérémonies accoutumées.
L'Archevêque de Paris y officia , & le Parlement
, la Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & le Corps de Ville y affifterent fuivant
la coutume.
Le 21. vers les 8. heures du foir , le Roi arriva
du Château de Compiegne à Versailles .
Il a été fondu à Paris depuis peu par le fieur
Martin , deux très - grandes Coches , & quatre
beaucoup moindres pour le Roi de Portugal
qu'on va voir fur le Port S Nicolas par curiofité
, Pouvrage ayant parfaitement réuffi . On a
appris de Gennes qu'on y avoit auffi fondu huit
groffes Cloches pour le Roi de Portugal , qu'on
devoit embarquer pour Lisbonne.
M. L'Abbé Sevin eft de retour de Conſtantinople
depuis le commencement de ce mois. Il a
rapporté quantité de Manufcrits en diverfes
Langues Orientales pour la Bibliotheque du
Roy.
;
>
Le 15 , Fête de l'Aſſomption de la Vierge , il
y eut Concert Spirituel au Château des Tuilleries
M. Mouret fit chanter le Benedi&us , Motet
de M. de la Lande , dont l'éxecution fut parfaite.
Les Diles Erremens, Le Maure , & Petitpas ,
chanterent differens Motets à une & à deux voix ,
avec fimphonie,qui furent très - applaudis par une
très- nombreufe Affemblée , de même que les
Srs Blavet & Madonis dans l'éxecution de deux
Concerto fur la Flute & le Violon. Le Concert
fut
A O UST . 1730. 1885
fut terminé par Dominús regnavit , autre Moter
de M. de la Lande.
Dans l'Affemblée Generale du Corps de Ville ,
tenue le 16 de ce mois , le Prefident Turgot fut
continué Prevoft des Marchands , & les nouveaux
Echevins furent élus à l'ordinaire. On
fçait qu'il y a toujours quatre Echevins en fonction
; que les deux plus anciens fortent tous les
ans d'Echevinage , & que l'on en choifit deux
nouveaux pour remplir leur place . Au refte , ces
places ne font remplies que par des perfonnes
d'une probité reconnue ; les Statuts font trèsrigoureux
là deffus : un homme qui auroit été
arrêté prifonnier , quoi qu'injuftement , ne peut
être élu Echevin. On doit avant que d'y parvenir
avoir paffé par beaucoup d'Emplois , qui
font connoître le merite & la droiture des
Sujets .
>
Le 23 , le Corps de Ville , le Duc de Gevres.
Gouverneur de Paris , étant à la tête , enc
Verfailles Audience du Roy , avec les cerémonies
accoutumées. Il fut préfenté à S. M. par
le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat , &
conduit par le Marquis de Dreux , Grand-Maître
des Cerémonies , & par M. Defgranges, Maître
des Cerémonies . Ms Roffignol & Lagnau ,
nouveaux Echevins , prêterent entre les mains
du Roy le Serment de fidelité , dont le Comte
de Maurepas Secretaire d'Etat , fit la lecture ;
le Scrutin ayant été préſenté par M. Bignon ,
Avocat General du Grand Confeil , qui fit un
Difcours très -éloquent. Le même jour , le Corps
de Ville rendit fes refpects à Monfeigneur le
Dauphin , & à Mefdames de France.
I iij
Le
1886 MERCURE DE FRANCE
Le 25 , Fête de S. Louis , la Proceffion des
Carmes du Grand Convent , à laquelle le Corps
de Ville affifta , alla , fuivant la coûtume , à la
Chapelle du Château des Tuilleries , où ces Religieux
celébrerent la Meffe , pendant laquelle le
Duc de Gêvres , Gouverneur de Paris , fit rendre
les Pains- Benis , avec les cerémonies accoutumées.
Le même jour , l'Académie Françoiſe celébra
la Fête de S. Louis dans la Chapelle du Louvre.
On chanta pendant la Meffe un très -beau Motet
en Mufique , de la compofition de M. Dornel
après laquelle l'Abbé Ragon , Chapelain du Duc
d'Orleans , prononça le Panegyrique du Saint.
Le même jour , l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles - Lettres , & celle des Sciences ,
celébrerent la même Fête dans l'Eglife des Peres
de l'Oratoire ; on y chanta auffi un Motet en
Mufique pendant la Meffe de la compofition de
M. du Bouffet , & le Panegyrique de S. Louis
fut prononcé par Dom Léandre Pertuiſet , Religieux
Reformé de l'Ordre de Clugny , qui a
prêché avec fuccès dans plufieurs Eglifes de
Paris.
Le Concert d'Inftrumens que l'Académie
Royale de Mufique donne tous les ans au Château
des Tuilleries , à l'occafion de la Fête du
Roi , a été executé le 25 par un grand nombre
d'excellens Simphoniſtes de la même Académie ,
qui jouerent differens beaux morceaux de Mufique
de M. de Lully & de M. Rebel.
Le 3 Juillet , M. de Blamont , Sur-Intendant
de la Mufique du Roi , de Semeftre , fit chanter
devant
"
AOUST . 1730. 1887
devant la Reine , le Prologue & le premier Acte
de l'Opera de Roland , dans lequel la D'le Du- ,
clos & le fieur Godonnefche chanterent les
principaux Rôles dans le Prologue , & ceux de
la Piéce furent remplis par la Die Lenner &
par les Sieurs Guedon & Chaffé .
,
Le , on chanta le fecond & le troifiéme
Acte du même Opera , qu'on continua le ro
& qu'on finit le 12. La Die Duclos chanta dans
le dernier Acte le Rôle de Logistille .
Le 17 ว on executa avec un applaudiffement
general , l'Impromptu de Labyrinte de Verfailles
, de la compofition de M. de Blamont.
Le 24 , on chanta chez la Reine le Prologue
& le premier Acte de Bellerophon.
>
Le 27 , la Reine voulut entendre , à Trianon ,
le dernier Divertiffement de M. de Blamont
fait à l'occafion de la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin. C'eft le même qui fut executé l'année
derniere au Soupé de L. M. & enfuite dans
les grands Appartemens. Les Dite. Erremens ,
& le Maure , & le fieur d'Angerville , chanterent
les principaux Rôies .
Le 31. on continua Bellerophon , & on le finit
le 2 Août. La Dle Antier chanta le Rôle de
Stenobée , la D'te Lenner celui de Philonoé , &
le fieur Chaffé celui d'Amifodar.
Le 7
>
& le 21 Août , on chanta Amadis de
Gaule. La Dlle Pithron & le fieur d'Angerville
chanterent les principaux Rôles du Prologue
& dans la Piéce , la Dle Antier chanta le Rôle
d'Arcabone , la Dile Pichou celui de Corifande
, le fieur Godennefche celui de Floreftan , &
le fieur d'Angerville celui d'Arcelaus . La D'le
Antier chanta enfuite la Nymphe de la Seine ,
Cantate de M. de Blamont.
Le 25 , le même Auteur fit executer par les
I j 24
1888 MERCURE DE FRANCE
24 Violons du Roy , plufieurs Piéces de Simphonie
de fa compofition pendant le dîné de
S. M.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le rembourſement des Actions , fut tirée en
la maniere accoûtumée , à l'Hôtel de la Compagnie ;
on a publié la Lifte des Numeros des Actions &
Dixièmes d'Actions , qui feront rembourſés , faifant
en tout le nombre de 300. Actions .
Le 21. Juillet, le Duc de Lorraine alla voir le
Camp de la Meufe , le Comte de Bellifle donna
à S. A. R. un repas où fe trouverent 93. perſonnes
en quatre tables , fervies avec toute la délicateffe
poffible; & après le repas il fit faire à la
Cavalerie toutes les évolutions en preſence de ce
Prince , qui admira l'adreffe & la belle taille des
Cavaliers , ainfi que la beauté des Chevaux.
Fermer
Résumé : « Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...] »
Le 20 du mois dernier, M. d'Angervilliers, ministre et secrétaire d'État de la Guerre, accompagné du Comte de Saint Florentin et du Marquis de Pezé, inspecta l'École de l'Artillerie à La Fère, dirigée par le Chevalier d'Abouville. Le lendemain, M. de Valliere, Maréchal de Camp et Directeur Général des Écoles, guida M. d'Angervilliers pour observer diverses manœuvres, incluant des revues de bataillons et la construction rapide d'un pont sur la rivière d'Oise. Les exercices de canonnerie impressionnèrent M. d'Angervilliers. Les troupes, sous les ordres de M. Lucas, se préparèrent à défendre le fort face aux assiégeants, qui établirent huit batteries de canon. La principale action de la journée fut la prise de deux tenaillons. Après des escarmouches, les défenseurs firent sauter une batterie ennemie. Un dîner somptueux fut offert dans la tranchée par M. de Valliere. Les combats reprirent, et une batterie ennemie fut détruite à plusieurs reprises. Les grenadiers montèrent à l'assaut des brèches. À Compiègne, les chiens de chasse et les oiseaux de proie envoyés par l'Abbé de Saint-Hubert furent présentés au Roi. La meute royale, comptant 250 chiens, participa à une chasse au cerf. Le 15 du mois, le Roi assista à la grand-messe à l'église paroissiale du Château et aux vêpres à l'Abbaye Royale de Saint-Corneille. Une procession solennelle eut lieu à Paris. Le 21, le Roi se rendit à Versailles. Deux grandes coches et quatre plus petites furent fondues pour le Roi de Portugal. L'Abbé Sevin revint de Constantinople avec des manuscrits orientaux pour la bibliothèque du Roi. Un concert spirituel eut lieu aux Tuileries. Le 23, le Corps de Ville rendit audience au Roi à Versailles. Le 25, à la fête de Saint Louis, diverses processions et messes furent célébrées, et l'Académie Française prononça un panégyrique. Des concerts et des opéras furent exécutés en l'honneur du Roi. Le 26, la loterie de la Compagnie des Indes fut tirée. Le 21 juillet, le Duc de Lorraine visita le camp de la Meuse et admira les évolutions de la cavalerie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 2057-2066
SUITE du Camp de Mulhberg & Radwitz.
Début :
Le 24. Juin, jour de S. Jean Baptiste, le Roi de Pologne voulut celebrer cette Fête avec [...]
Mots clefs :
Officiers, Chasse, Roi, Tables, Princes, Repas, Infanterie, Armée, Canon, Maréchal
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texteReconnaissance textuelle : SUITE du Camp de Mulhberg & Radwitz.
SUITE du Camp de Mulhberg
& Radwiz
E 24. Juin , jour de S. Jean Baptifte , le Roi
Lie
fa magnificence ordinaire. Elle commença à 6.
heures du foir par un grand fouper au Quar
tier du Roi , les Feux de joye enfuite , & à neuf
heures les Troupes fortirent de leurs lignes & fe
mirent en bataille à la tête du Camp. Après qu'on
leur cut donné le fignal du Quartier du Roi , on
fit
2058 MERCURE DE FRANCE
fit trois falves confécutives du Canon , fuivie
chaque fois d'un feu de toute la Moufqueterie.
Ce Feu marqua le temps pour allumer l'Illumination
préparée au-delà de l'Elbe , près du Village
de Riffa , vis -à-vis du Château de Premniz.
L. M. monterent auffi- tôt en Caroffe pour fe
rendre à ce Château . L. A. R. les Princes & la
Princeffe , les autres Princes & toutes les autres
perfonnes de diftinction , de l'un & l'autre fexe ,
les fuivirent.
Les deux Rois arrivez à Promniz , & dès qu'ils
parurent dans la Loge , on donna le premier fignal
par 60. pieces de Canon, au bruit des Trompettes
& Timballes. Entre ce premier fignal & le
fecond , qui fe fit de la même maniere , il ſe paſſa
un quart d'heure pour donner aux Spectateurs le
temps de confiderer les beautez de l'Illumination ,
qui , au dire des Connoiffeurs , étoit des mieux
entendues & des plus fuperbes qu'on eut vû en
Allemagne.
On avoit conftruit exprès un vafte Edifice de
charpente , long de 400. pieds , & au milieu où
étoit repréfenté le Temple de la Paix , un de 160.
piés de hauteur, une toile très-fine en couvroit toute
la façade .On y avoit peint l'Illumination & l'on
avoit appliqué fur la pemture un certain Vernis
qui en la rendant tranfparente , donnoit en même
temps aux couleurs une force & un éclat des
plus virs qui réjouiffoit infiniment l'oeil du Spectate
ur.
La Loge Royale étoit dreflée vis- à-vis & à
450. pas de ' Ilumination , compofée de 40000 .
millest ampes ,qui furent allumées en 15. minutes.
Le Temple de laPaix , d'ordre Ionique , en faifoit
le principal fujet. On y voyoit plufieurs Colom
nes & Pilaftres efpacez avec art & des Peintures
SEPTEMBRE. 1730. 2059
tures des mieux entenduûës , enrichies de Lapis ,
&c. avec des Trophées de Marbre blanc & autres
Ornemens ; les Chapiteaux étoient en Bronze , &
le tout enſemble faifoit un effet admirable ; les
autres parties & les dehors du Temple paroiffoient
conftruits de Marbre d'Egypte de differente couleur
, & tout l'Edifice étoit fi bien difpofé , fuivant
les Regles de l'Architecture & de la Perfpective
, qu'on avoit peine à décider lequel on
devoit le plus admirer , de la magnificence, ou de
la fymétrie.
Ďu milieu du Temple , au- deffus du Sanctuaire
s'élevoit une espece de Piedeltal , fur lequel on
voyoit la Déeffe de la Paix , figure gigantefque
de 22.
pieds de hauteur. Mars la tenoit entre
fes bras. Au-deffus de ces Divinitez , on lifoit fur
une table de bronze , l'Infcription fuivante : Sic
fulta manebit On voyoit au-deffus de l'Infcription
un Trophée pofé fur un Piédeſtal avec une
Lyre , deux Cornes d'abondance , des branches de
Palmier & d'Olivier liées enfemble pour reprefenter
l'affluence de tous les biens , fruits précieux
de la Paix.
Aux deux côtez du Sanctuaire étoient des Arcades
féparées par de doubles Pilaftres , ornez de
Trophées de Marbre blanc : au milieu de ces Arcades
on voyoit en perfpective de chaque côté
une Galerie , dont chacune conduifoit à un Salon.
Ces Salons paroiffoient être en deux Pavillons
foutenus par des Colones ifolées : au- deffus des
Corniches il y avoit plufieurs Trophées attachez
à des Palmiers , & de chaque côté des Renommées
fonnant de la Trompette. Enfin un grand Perron
au bas de l'Edifice , contribuoit becaucoup à en
relever la nobleffe.
Un quart d'heure après avoir donné le fecond
fignal & tiré 1100. coups de fufil , on alluma
τους
2060 MERCURE DE FRANCE
tout à la fois quinze Lettres , placées au bas
-de l'Illumination , formant la Devife dont on
vient de parler. Ces Lettres brillerent durant
plufieurs minutes d'un feu blanc & extrémement
vif. On alluma en même temps les feux courans
à terre , & on fit partir 6000. Fuſées jettées en
partie par des Caiffes , & en partie par des Girandoles
, 30. à la fois de chaque Caiffe & 100. de
chaque Girandole : toutes ces Fufées atteignirent
une hauteur très- confiderable , & firent tout l'ef
fet qu'on en pouvoit attendre.
Durant ce feu des Fufées , des Mortiers de 8.
16. 32. & 64. livres de bale , jetterent 100. Boëtes
remplies de feu de pluye, de Fufées à étoiles &
autres de chacune de 12. roues horifontales &
autant de perpendiculaires , fortirent 70. Fufées
d'une autre forte , & on mit le feu à 1200. Cartouches
& 200. Mortiers de nouvelle efpece , qui
n'ont point d'affut , mais pofez fur leur Trépié
: chaque Cartouche étoit rempli de 22. Fuſées
& chaque Mortier de 21. de deux onces chacune,
& d'une grande quantité d'autres Fufées à terre.
Ce fecond Spectacle dura une bonne demie heure
, après quoi on donna un nouveau ſignal , accompagné
de 2000. coups de Moufquets , & on
vit auffi -tôt le feu Gregeois : 200. Cartouches
chargez chacun de 22. Fufées , 200. Rejettons
fimples & doubles , remplis de 60. Fufées de 2. &
3. onces chacune,& 100. Tonneaux , dont les uns
étoient remplis de 60. Cones , & les autres de 30.
Fufées.Tout ce Feu Gregeois fut jetté dans l'eau
par 12. Bateaux fur terre on tira encore 2000.
Fufées de 6. 12. 25. 50. 75. & de 100. liv. pefant,
zo. Boëtes remplies de feu à étoiles & de pluye
chacune remplie d'autres Boetes , furent tirées ·par
des Mortiers de 45. 96. & 121. livres de bale. 24.
Girandes jetterent chacune 200. Fufées à la fois ,
:
&
SEPTEMBRE . 1730. 206 F
& cent Mortiers de la nouvelle invention dont on
a parlé , en jetterent 21. chacun.
Après ce Feu qui dura autant que le précedent
une nouvelle décharge de 60. Pieces de Canon, fut
donné le fignal pour une feconde efpece d'Illumination.
On vit auffi- tôt la Riviere couverte de 48.
Bâtimens éclairez & remplis de Mufique de guerre
; c'étoit des Chaloupes , des Brigantins , des
Frégates & de très -belles Gondoles parmi ces
Bâtimens brilloit principalement le Bucentaure ,
fuperbe & grand Bâtiment Royal , richement
meublé & illuminé par 30000.Lampions , qui attachez
artiſtement, & jufqu'aux Mats & aux Cordages
, formoient diverfes figures.
Après quelque temps on vit ces Bâtimens defcen-
'dre laRiviere les uns après les autres. Ils étoient précedez
par d'autres Bâtimens, dont quelques - uns repréfentant
des Dauphins,une autre une Baleine jettant
du feu , & c . & à mefure que chaque Batiment
paffa devant les deux Rois , il falua L. M. de fon
Canon & de fes Mortiers , & réïtera encore deux
fois ce falut ; l'un en paffant le Pont de Tonneaux
& l'autre en abordant près du Village de Bober-
Jen.Le Bucentaure s'arrêta devant la Loge Royale.'
L'Orchestre du Roy & les Chanteurs de l'Opera
Italien , qui y étoient , firent la clôture de cette
Fête par une très- belle Serenade . Cette Fête ne
finit que lorfque le jour commença à paroître ,
& il y eut abondance de toutes fortes de Rafraichiffemens
, & c.
Le 25. il n'y eut rien de remarquable , mais le
lendemain 26. jour deſtiné pour le Régal que le
Roi vouloit faire à toute l'armée , on fit diftribuer
la veille à tous les Régimens d'Infanterie & de
Cavalerie les Boeufs , le Pain , le Vin & la Biere'
neceffaires : les Boeufs furent coupez & rôtis par
quartiers ; il y avoit outre cela des Repas particu
liers
2062 MERCURE DE FRANCE
liers que les Chefs de chaque Régiment ou Corps
avoient fait préparer pour régaler leurs Officiers .
Vers les 11. heures du matin , on donna le premier
fignal ; fur quoi toute l'Armée fortit du
Camp fur deux lignes & en bon ordre , fans armes
, les Officiers à là tête . On porta devant chaque
Régiment les Viandes rôties , le Pain , le Vin
& la Biere jufqu'à la grande Place d'Armes devant
le Camp , où chaque Régiment fe rangeoit
fur deux lignes , dans le même ordre qu'il étoit
campé ; chaque Compagnie rangeoit devant fon
front les Viandes rôties , &c. qui lui étoient deftinées
& tous s'étant affis par terre , fe mirent
en devoir de prendre un ample & joyeux Repas.
:
Derriere chaque Régiment on avoit creusé la
terre pour y pratiquer des bancs & une longue
table , à laquelle chaque Chef & Colonel fit fervir
à part de très -bons mets à tous fes Officiers
qui après le fignal donné fe mirent à table ; ces
tables étoient difpofées fur deux lignes , à la diftance
de 100. pas l'une de l'autre ; & les Soldats
étoient affis à une égale distance les uns des autres
, ce qui fit un fort beau Spectacle.
Les deux Rois , qui de la hauteur du Quartier
Royal , avoient pu découvrir cet arrange ment,
en partirent avec toute leur fuite & pafferent les
deux lignes devant les tables des Officiers , pour
les voir manger. L. M. furent faluées par les Officiers
, les verres à la main , & les Soldats firent
éclater leur joye par des acclâmations de Vivent
les Rois , jettant leurs chapeaux en l'air , au bruit
des Tambours & au fon de divers Inftrumens de
M ufique.
Pendant cette Promenade des deux Rois & de
leur Suite , on fit fervir au Quartier du Roi , trois
tables , dont l'une qui étoit ovale , au milieu de
deux autres , & fur une élevation , étoit de 20 .
CouSEPTEMBRE
. 1730. 2063
Couverts pour les deux Rois , leur Famille Roya
le & les Princes Etrangers. Les deux autres tables
qui étoient en long , bordoient tout le Parapet de
deux côtez ,èlles étoient de 100. Couverts chacune,
pour tous les Generaux de l'Armée & pour les
Officiers & autres Etrangers qui fe trouvoient au
Camp.
Derriere la table ovale du milieu , fous une
magnifique Tente Turque , on avoit fait dreffer
une quatriéme table , longue de 40. à so. pieds
& large de dix à couze , fur laquelle il Y avoit
un Gâteau de la même grandeur que la table , &
de 36. Quintaux de poids ; ce Gâteau fut diftri→
bué à la fin du Repas à quiconque en fouhaitoit.
Après que les deux Rois eurent paffé les deux
lignes & vû dîner l'Amée , L. M. retournerent
au Quartier Royal & fe mirent à table , de même
que le Velt- Maréchal , les Officiers Generaux ,
les Officiers Etrangers & autres perfonnes de dif
tinction. Pendant le Repas on but plufieurs fois
au bruit des Canons , qui , au nombre de 48.
étoient rangez fur les Terraffes aux deux côtez .
Vers la fin du Repas , le Velt - Maréchal fe leva
& prefenta au Roi de Pruffe une Lettre au nom
& de la part de toute l'Armée , par laquelle elle
remercoit S. M. Pr. de la bonté qu'elle avoit euë
de ſe trouver à ſes Exercices Militaires , en lui
demandant en même temps la grace de la vouloir
congedier. Le Roi de Pruffe y répondit par toutes
fortes d'expreffions de politeffe , & lui accorda
le congé demandé avec tous les témoignages
d'une entiere fatisfaction.
Là-deffus le Velt-Maréchal & tous les Gene
raux de l'Armée fortirent de table & fe rendirent
au Quartier du Velt -Maréchal , ils y trouverent
tous les Officiers de l'Armée affemblez & formez
en bataillon , dont l'Infanterie tenoit le milieu
avec
2064 MERCURE DE FRANCE
avec 12 pelotons à quatre de hauteur , ayant à
chaque afle neuf pelotons de la Cavalerie à trois
de hauteur. Les Capitaines formerent le premier
rang , les Lieutenans le fecond ; les Sous - Lieutenans
le troifiéme , & les Enfeignes le quatrième.
Les Majors fe rangerent comme Caporaux , aux
aîles de leurs pelotons ; les Lieutenans - Colonels ,
comme Sergens , derriere leurs pelotons , & les
Colonels , comme Officiers , devant les pelotons :
les Generaux fe rangerent devant le Bataillon ,
chacun à fa place , felon fon ancienneté , ayant le
Velt-Maréchal à la tête . Les Officiers de l'Infanterie
marchoient avec leurs Efpontons , & ceux
de la Cavalerie , l'épée haute.
Le Bataillon s'étant mis en marche dans cet
ordre , le Velt - Maréchal le mena aux deux Terraffes
devant le Quartier Royal , où il ſe mit en
deux lignes ; la Cavalerie forma la premiere , &
l'Infanterie la feconde : Ils faluerent tous enfemble
les deux Rois ; les deux lignes s'étant enfuite
remifes en marche par pelotons , elles pafferent
en revûë au pied de la premiere Terraffe , où les
deux Rois s'étoient poftez avec toute leur Cour
& faluerent de nouveau L. M.par pelotons.Le Roi
de Pruffe les remercia fort gracieuſement ; &
comme S. M. Pr. pour donner une marque de
fon entiere fatisfaction , buvoit à chaque General
& à chaque Colonel -Commandant des Régimens,
on fit donner à tous les Officiers , à mesure qu'ils
paffoient par pelotons , des verres qu'ils vuiderent
à la fanté du Roi de Pruffe , au bruit de tout
le Canon ; & après avoir jetté les verres , ils pafferent
de cette façon les uns après les autres , &
le Canon ne ceffa de tirer qu'aprés qu'ils furent
tous paffez. C'eft ainfi que l'Armée prit congé
du Roi de Pruffe , qui la congedia.
Les deux Rois avec toute leur Cour , s'embarquerent
SEPTEMBRE . 1730. 2065
querent
fur l'Elbe le 27. & arriverent au Château
de Lichtembourg , où ils coucherent . Le lendemain
28. L. M. accompagnées des Princes leurs
fils , partirent de Lichtembourg avec toute leur
fuite pour fe rendre à l'endroit de la Chauffée
près de Zulhtsdorff , elles y trouverent d'abord
des gens de la Chaffe en habits verds galonaez
d'argent, avec leurs Chiens, rangez en haye. L'endroit
de la Chaffe & fes avenues étoient embellis
par plufieurs grandes & magnifiques Loges ,
conftruites de verdure. On avoit pris toutes les
précautions pour empêcher qu'il n'arrivât aucun
accident par des coups tirez . Le grand Veneur
à la tête du Veneur de la Cour , des Grands - Maî
tres des Forêts , des Gentilshommes & de tous les
autres Officiers qui dépendent de la Chaffe, étoient
auffi en habits verds richement l'odez .
2
Ils reçurent L. M. en defcendant de leur Chaife
, au fon des Cors de Chaffe & des Hautbois .
Il fe préfenta d'abord une Chaife de Chaffe , tirée
par fix Cerfs apprivoifez , & menée avec beau
coup d'adreffe par deux Garçons de Chaffe , ce
que le Roi de Pruffe ne put s'empêcher d'admirer.
On fit enfuite les préparatifs pour commencer
la Chaffe: Les Chevaliers & autres de la fuite
des deux Rois à cheval & munis de Lances , fe
rangerent à droite & à gauche. L. M. & L. A. R.
avec toutes les perfonnes de diftinction de leur
fuite , s'étant partagez , fe pofterent aux deux côtez
pour tirer. Le Grand Veneur rangea en ordre
tous ceux qui dépendent de la Chaffe , & s'étant
mis à la tête , il paffa avec eux devant les
deux Rois , & alors la Chaffe commença au fon
des Cors & des Hautbois. Il fut tué un grand
nombre de toutes fortes de bêtes fauves & autre
gibier , partie avec des Lances & en forçant avec
des Chiens , & partie par des armes à feu. Il fe
trour
2066 MERCURE DE FRANCE
trouva en tout 1124. Pieces; fçavoir, 804. Cerfs,
203. Sangliers , 97. Chevreuils & Dains , 18.
Lievres & 2. Renards , le tout porté à une Place
& rangé en ordre par les Gens de la Chaffe. Ainfi
finit cette grande & fuperbe Chaffe qui fut faite
avec beaucoup d'ordre & fans aucun accident.
On ſe retira enfuite vers les Loges , où les Tables
étoient couvertes & fervies pour le dîner. Il
y avoit trois tables , dont la premiere deſtinée
pour L. M. L. A. R. les Princes & autres perfon-
Tonnes de diftinction , étoit de 24. Couverts ; &
les deux autres de 20. Couverts chacune , pour
les Miniftres & autres Officiers. Il y avoit outre
cela deux autres tables de 48. Couverts chacune
pour les Gens de la Chaffe. La joye generale &
les deux Rois parurent fort contens ; lorfqu'on
fut hors de table , les deux Rois pafferent encore
quelque temps en converfation , après quoi L. M.
s'embrafferent & fe féparerent avec toutes les
marques poffibles de tendreffe. Le Roi de Pruffe
partit pour Poftdam & le Roi de Pologne retourna
au Camp de Radewitz.
& Radwiz
E 24. Juin , jour de S. Jean Baptifte , le Roi
Lie
fa magnificence ordinaire. Elle commença à 6.
heures du foir par un grand fouper au Quar
tier du Roi , les Feux de joye enfuite , & à neuf
heures les Troupes fortirent de leurs lignes & fe
mirent en bataille à la tête du Camp. Après qu'on
leur cut donné le fignal du Quartier du Roi , on
fit
2058 MERCURE DE FRANCE
fit trois falves confécutives du Canon , fuivie
chaque fois d'un feu de toute la Moufqueterie.
Ce Feu marqua le temps pour allumer l'Illumination
préparée au-delà de l'Elbe , près du Village
de Riffa , vis -à-vis du Château de Premniz.
L. M. monterent auffi- tôt en Caroffe pour fe
rendre à ce Château . L. A. R. les Princes & la
Princeffe , les autres Princes & toutes les autres
perfonnes de diftinction , de l'un & l'autre fexe ,
les fuivirent.
Les deux Rois arrivez à Promniz , & dès qu'ils
parurent dans la Loge , on donna le premier fignal
par 60. pieces de Canon, au bruit des Trompettes
& Timballes. Entre ce premier fignal & le
fecond , qui fe fit de la même maniere , il ſe paſſa
un quart d'heure pour donner aux Spectateurs le
temps de confiderer les beautez de l'Illumination ,
qui , au dire des Connoiffeurs , étoit des mieux
entendues & des plus fuperbes qu'on eut vû en
Allemagne.
On avoit conftruit exprès un vafte Edifice de
charpente , long de 400. pieds , & au milieu où
étoit repréfenté le Temple de la Paix , un de 160.
piés de hauteur, une toile très-fine en couvroit toute
la façade .On y avoit peint l'Illumination & l'on
avoit appliqué fur la pemture un certain Vernis
qui en la rendant tranfparente , donnoit en même
temps aux couleurs une force & un éclat des
plus virs qui réjouiffoit infiniment l'oeil du Spectate
ur.
La Loge Royale étoit dreflée vis- à-vis & à
450. pas de ' Ilumination , compofée de 40000 .
millest ampes ,qui furent allumées en 15. minutes.
Le Temple de laPaix , d'ordre Ionique , en faifoit
le principal fujet. On y voyoit plufieurs Colom
nes & Pilaftres efpacez avec art & des Peintures
SEPTEMBRE. 1730. 2059
tures des mieux entenduûës , enrichies de Lapis ,
&c. avec des Trophées de Marbre blanc & autres
Ornemens ; les Chapiteaux étoient en Bronze , &
le tout enſemble faifoit un effet admirable ; les
autres parties & les dehors du Temple paroiffoient
conftruits de Marbre d'Egypte de differente couleur
, & tout l'Edifice étoit fi bien difpofé , fuivant
les Regles de l'Architecture & de la Perfpective
, qu'on avoit peine à décider lequel on
devoit le plus admirer , de la magnificence, ou de
la fymétrie.
Ďu milieu du Temple , au- deffus du Sanctuaire
s'élevoit une espece de Piedeltal , fur lequel on
voyoit la Déeffe de la Paix , figure gigantefque
de 22.
pieds de hauteur. Mars la tenoit entre
fes bras. Au-deffus de ces Divinitez , on lifoit fur
une table de bronze , l'Infcription fuivante : Sic
fulta manebit On voyoit au-deffus de l'Infcription
un Trophée pofé fur un Piédeſtal avec une
Lyre , deux Cornes d'abondance , des branches de
Palmier & d'Olivier liées enfemble pour reprefenter
l'affluence de tous les biens , fruits précieux
de la Paix.
Aux deux côtez du Sanctuaire étoient des Arcades
féparées par de doubles Pilaftres , ornez de
Trophées de Marbre blanc : au milieu de ces Arcades
on voyoit en perfpective de chaque côté
une Galerie , dont chacune conduifoit à un Salon.
Ces Salons paroiffoient être en deux Pavillons
foutenus par des Colones ifolées : au- deffus des
Corniches il y avoit plufieurs Trophées attachez
à des Palmiers , & de chaque côté des Renommées
fonnant de la Trompette. Enfin un grand Perron
au bas de l'Edifice , contribuoit becaucoup à en
relever la nobleffe.
Un quart d'heure après avoir donné le fecond
fignal & tiré 1100. coups de fufil , on alluma
τους
2060 MERCURE DE FRANCE
tout à la fois quinze Lettres , placées au bas
-de l'Illumination , formant la Devife dont on
vient de parler. Ces Lettres brillerent durant
plufieurs minutes d'un feu blanc & extrémement
vif. On alluma en même temps les feux courans
à terre , & on fit partir 6000. Fuſées jettées en
partie par des Caiffes , & en partie par des Girandoles
, 30. à la fois de chaque Caiffe & 100. de
chaque Girandole : toutes ces Fufées atteignirent
une hauteur très- confiderable , & firent tout l'ef
fet qu'on en pouvoit attendre.
Durant ce feu des Fufées , des Mortiers de 8.
16. 32. & 64. livres de bale , jetterent 100. Boëtes
remplies de feu de pluye, de Fufées à étoiles &
autres de chacune de 12. roues horifontales &
autant de perpendiculaires , fortirent 70. Fufées
d'une autre forte , & on mit le feu à 1200. Cartouches
& 200. Mortiers de nouvelle efpece , qui
n'ont point d'affut , mais pofez fur leur Trépié
: chaque Cartouche étoit rempli de 22. Fuſées
& chaque Mortier de 21. de deux onces chacune,
& d'une grande quantité d'autres Fufées à terre.
Ce fecond Spectacle dura une bonne demie heure
, après quoi on donna un nouveau ſignal , accompagné
de 2000. coups de Moufquets , & on
vit auffi -tôt le feu Gregeois : 200. Cartouches
chargez chacun de 22. Fufées , 200. Rejettons
fimples & doubles , remplis de 60. Fufées de 2. &
3. onces chacune,& 100. Tonneaux , dont les uns
étoient remplis de 60. Cones , & les autres de 30.
Fufées.Tout ce Feu Gregeois fut jetté dans l'eau
par 12. Bateaux fur terre on tira encore 2000.
Fufées de 6. 12. 25. 50. 75. & de 100. liv. pefant,
zo. Boëtes remplies de feu à étoiles & de pluye
chacune remplie d'autres Boetes , furent tirées ·par
des Mortiers de 45. 96. & 121. livres de bale. 24.
Girandes jetterent chacune 200. Fufées à la fois ,
:
&
SEPTEMBRE . 1730. 206 F
& cent Mortiers de la nouvelle invention dont on
a parlé , en jetterent 21. chacun.
Après ce Feu qui dura autant que le précedent
une nouvelle décharge de 60. Pieces de Canon, fut
donné le fignal pour une feconde efpece d'Illumination.
On vit auffi- tôt la Riviere couverte de 48.
Bâtimens éclairez & remplis de Mufique de guerre
; c'étoit des Chaloupes , des Brigantins , des
Frégates & de très -belles Gondoles parmi ces
Bâtimens brilloit principalement le Bucentaure ,
fuperbe & grand Bâtiment Royal , richement
meublé & illuminé par 30000.Lampions , qui attachez
artiſtement, & jufqu'aux Mats & aux Cordages
, formoient diverfes figures.
Après quelque temps on vit ces Bâtimens defcen-
'dre laRiviere les uns après les autres. Ils étoient précedez
par d'autres Bâtimens, dont quelques - uns repréfentant
des Dauphins,une autre une Baleine jettant
du feu , & c . & à mefure que chaque Batiment
paffa devant les deux Rois , il falua L. M. de fon
Canon & de fes Mortiers , & réïtera encore deux
fois ce falut ; l'un en paffant le Pont de Tonneaux
& l'autre en abordant près du Village de Bober-
Jen.Le Bucentaure s'arrêta devant la Loge Royale.'
L'Orchestre du Roy & les Chanteurs de l'Opera
Italien , qui y étoient , firent la clôture de cette
Fête par une très- belle Serenade . Cette Fête ne
finit que lorfque le jour commença à paroître ,
& il y eut abondance de toutes fortes de Rafraichiffemens
, & c.
Le 25. il n'y eut rien de remarquable , mais le
lendemain 26. jour deſtiné pour le Régal que le
Roi vouloit faire à toute l'armée , on fit diftribuer
la veille à tous les Régimens d'Infanterie & de
Cavalerie les Boeufs , le Pain , le Vin & la Biere'
neceffaires : les Boeufs furent coupez & rôtis par
quartiers ; il y avoit outre cela des Repas particu
liers
2062 MERCURE DE FRANCE
liers que les Chefs de chaque Régiment ou Corps
avoient fait préparer pour régaler leurs Officiers .
Vers les 11. heures du matin , on donna le premier
fignal ; fur quoi toute l'Armée fortit du
Camp fur deux lignes & en bon ordre , fans armes
, les Officiers à là tête . On porta devant chaque
Régiment les Viandes rôties , le Pain , le Vin
& la Biere jufqu'à la grande Place d'Armes devant
le Camp , où chaque Régiment fe rangeoit
fur deux lignes , dans le même ordre qu'il étoit
campé ; chaque Compagnie rangeoit devant fon
front les Viandes rôties , &c. qui lui étoient deftinées
& tous s'étant affis par terre , fe mirent
en devoir de prendre un ample & joyeux Repas.
:
Derriere chaque Régiment on avoit creusé la
terre pour y pratiquer des bancs & une longue
table , à laquelle chaque Chef & Colonel fit fervir
à part de très -bons mets à tous fes Officiers
qui après le fignal donné fe mirent à table ; ces
tables étoient difpofées fur deux lignes , à la diftance
de 100. pas l'une de l'autre ; & les Soldats
étoient affis à une égale distance les uns des autres
, ce qui fit un fort beau Spectacle.
Les deux Rois , qui de la hauteur du Quartier
Royal , avoient pu découvrir cet arrange ment,
en partirent avec toute leur fuite & pafferent les
deux lignes devant les tables des Officiers , pour
les voir manger. L. M. furent faluées par les Officiers
, les verres à la main , & les Soldats firent
éclater leur joye par des acclâmations de Vivent
les Rois , jettant leurs chapeaux en l'air , au bruit
des Tambours & au fon de divers Inftrumens de
M ufique.
Pendant cette Promenade des deux Rois & de
leur Suite , on fit fervir au Quartier du Roi , trois
tables , dont l'une qui étoit ovale , au milieu de
deux autres , & fur une élevation , étoit de 20 .
CouSEPTEMBRE
. 1730. 2063
Couverts pour les deux Rois , leur Famille Roya
le & les Princes Etrangers. Les deux autres tables
qui étoient en long , bordoient tout le Parapet de
deux côtez ,èlles étoient de 100. Couverts chacune,
pour tous les Generaux de l'Armée & pour les
Officiers & autres Etrangers qui fe trouvoient au
Camp.
Derriere la table ovale du milieu , fous une
magnifique Tente Turque , on avoit fait dreffer
une quatriéme table , longue de 40. à so. pieds
& large de dix à couze , fur laquelle il Y avoit
un Gâteau de la même grandeur que la table , &
de 36. Quintaux de poids ; ce Gâteau fut diftri→
bué à la fin du Repas à quiconque en fouhaitoit.
Après que les deux Rois eurent paffé les deux
lignes & vû dîner l'Amée , L. M. retournerent
au Quartier Royal & fe mirent à table , de même
que le Velt- Maréchal , les Officiers Generaux ,
les Officiers Etrangers & autres perfonnes de dif
tinction. Pendant le Repas on but plufieurs fois
au bruit des Canons , qui , au nombre de 48.
étoient rangez fur les Terraffes aux deux côtez .
Vers la fin du Repas , le Velt - Maréchal fe leva
& prefenta au Roi de Pruffe une Lettre au nom
& de la part de toute l'Armée , par laquelle elle
remercoit S. M. Pr. de la bonté qu'elle avoit euë
de ſe trouver à ſes Exercices Militaires , en lui
demandant en même temps la grace de la vouloir
congedier. Le Roi de Pruffe y répondit par toutes
fortes d'expreffions de politeffe , & lui accorda
le congé demandé avec tous les témoignages
d'une entiere fatisfaction.
Là-deffus le Velt-Maréchal & tous les Gene
raux de l'Armée fortirent de table & fe rendirent
au Quartier du Velt -Maréchal , ils y trouverent
tous les Officiers de l'Armée affemblez & formez
en bataillon , dont l'Infanterie tenoit le milieu
avec
2064 MERCURE DE FRANCE
avec 12 pelotons à quatre de hauteur , ayant à
chaque afle neuf pelotons de la Cavalerie à trois
de hauteur. Les Capitaines formerent le premier
rang , les Lieutenans le fecond ; les Sous - Lieutenans
le troifiéme , & les Enfeignes le quatrième.
Les Majors fe rangerent comme Caporaux , aux
aîles de leurs pelotons ; les Lieutenans - Colonels ,
comme Sergens , derriere leurs pelotons , & les
Colonels , comme Officiers , devant les pelotons :
les Generaux fe rangerent devant le Bataillon ,
chacun à fa place , felon fon ancienneté , ayant le
Velt-Maréchal à la tête . Les Officiers de l'Infanterie
marchoient avec leurs Efpontons , & ceux
de la Cavalerie , l'épée haute.
Le Bataillon s'étant mis en marche dans cet
ordre , le Velt - Maréchal le mena aux deux Terraffes
devant le Quartier Royal , où il ſe mit en
deux lignes ; la Cavalerie forma la premiere , &
l'Infanterie la feconde : Ils faluerent tous enfemble
les deux Rois ; les deux lignes s'étant enfuite
remifes en marche par pelotons , elles pafferent
en revûë au pied de la premiere Terraffe , où les
deux Rois s'étoient poftez avec toute leur Cour
& faluerent de nouveau L. M.par pelotons.Le Roi
de Pruffe les remercia fort gracieuſement ; &
comme S. M. Pr. pour donner une marque de
fon entiere fatisfaction , buvoit à chaque General
& à chaque Colonel -Commandant des Régimens,
on fit donner à tous les Officiers , à mesure qu'ils
paffoient par pelotons , des verres qu'ils vuiderent
à la fanté du Roi de Pruffe , au bruit de tout
le Canon ; & après avoir jetté les verres , ils pafferent
de cette façon les uns après les autres , &
le Canon ne ceffa de tirer qu'aprés qu'ils furent
tous paffez. C'eft ainfi que l'Armée prit congé
du Roi de Pruffe , qui la congedia.
Les deux Rois avec toute leur Cour , s'embarquerent
SEPTEMBRE . 1730. 2065
querent
fur l'Elbe le 27. & arriverent au Château
de Lichtembourg , où ils coucherent . Le lendemain
28. L. M. accompagnées des Princes leurs
fils , partirent de Lichtembourg avec toute leur
fuite pour fe rendre à l'endroit de la Chauffée
près de Zulhtsdorff , elles y trouverent d'abord
des gens de la Chaffe en habits verds galonaez
d'argent, avec leurs Chiens, rangez en haye. L'endroit
de la Chaffe & fes avenues étoient embellis
par plufieurs grandes & magnifiques Loges ,
conftruites de verdure. On avoit pris toutes les
précautions pour empêcher qu'il n'arrivât aucun
accident par des coups tirez . Le grand Veneur
à la tête du Veneur de la Cour , des Grands - Maî
tres des Forêts , des Gentilshommes & de tous les
autres Officiers qui dépendent de la Chaffe, étoient
auffi en habits verds richement l'odez .
2
Ils reçurent L. M. en defcendant de leur Chaife
, au fon des Cors de Chaffe & des Hautbois .
Il fe préfenta d'abord une Chaife de Chaffe , tirée
par fix Cerfs apprivoifez , & menée avec beau
coup d'adreffe par deux Garçons de Chaffe , ce
que le Roi de Pruffe ne put s'empêcher d'admirer.
On fit enfuite les préparatifs pour commencer
la Chaffe: Les Chevaliers & autres de la fuite
des deux Rois à cheval & munis de Lances , fe
rangerent à droite & à gauche. L. M. & L. A. R.
avec toutes les perfonnes de diftinction de leur
fuite , s'étant partagez , fe pofterent aux deux côtez
pour tirer. Le Grand Veneur rangea en ordre
tous ceux qui dépendent de la Chaffe , & s'étant
mis à la tête , il paffa avec eux devant les
deux Rois , & alors la Chaffe commença au fon
des Cors & des Hautbois. Il fut tué un grand
nombre de toutes fortes de bêtes fauves & autre
gibier , partie avec des Lances & en forçant avec
des Chiens , & partie par des armes à feu. Il fe
trour
2066 MERCURE DE FRANCE
trouva en tout 1124. Pieces; fçavoir, 804. Cerfs,
203. Sangliers , 97. Chevreuils & Dains , 18.
Lievres & 2. Renards , le tout porté à une Place
& rangé en ordre par les Gens de la Chaffe. Ainfi
finit cette grande & fuperbe Chaffe qui fut faite
avec beaucoup d'ordre & fans aucun accident.
On ſe retira enfuite vers les Loges , où les Tables
étoient couvertes & fervies pour le dîner. Il
y avoit trois tables , dont la premiere deſtinée
pour L. M. L. A. R. les Princes & autres perfon-
Tonnes de diftinction , étoit de 24. Couverts ; &
les deux autres de 20. Couverts chacune , pour
les Miniftres & autres Officiers. Il y avoit outre
cela deux autres tables de 48. Couverts chacune
pour les Gens de la Chaffe. La joye generale &
les deux Rois parurent fort contens ; lorfqu'on
fut hors de table , les deux Rois pafferent encore
quelque temps en converfation , après quoi L. M.
s'embrafferent & fe féparerent avec toutes les
marques poffibles de tendreffe. Le Roi de Pruffe
partit pour Poftdam & le Roi de Pologne retourna
au Camp de Radewitz.
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Résumé : SUITE du Camp de Mulhberg & Radwitz.
Le 24 juin, à l'occasion de la Saint-Jean-Baptiste, le roi organisa une célébration à Mulhberg et Radwitz. La journée débuta par un grand souper au quartier du roi, suivi de feux de joie et d'une mise en bataille des troupes à 9 heures. Trois salves de canon et des feux de mousqueterie marquèrent le début d'une illumination près du village de Riffa, en face du château de Premniz. Le roi et les princes se rendirent au château où une illumination spectaculaire fut allumée, représentant un temple de la Paix de 400 pieds de long et 160 pieds de haut, orné de peintures et de trophées. L'illumination, composée de 40 000 millest ampes, fut allumée en 15 minutes. Le temple, de style ionique, était richement décoré de colonnes, de pilastres, et de peintures enrichies de lapis. Au centre du temple, une déesse de la Paix, tenue par Mars, surplombait une inscription en latin. Des arcades et des galeries complétaient la scène, avec des trophées et des renommées sonnant de la trompette. Après un quart d'heure, 15 lettres formant une devise furent allumées, accompagnées de feux courants à terre et de 6 000 fusées. Des mortiers tirèrent des boîtes remplies de feux d'artifice, et un feu grégeois fut allumé dans l'eau par des bateaux. Une seconde illumination vit la rivière couverte de 48 bâtiments éclairés et remplis de musique de guerre, incluant le Bucentaure, un grand bâtiment royal illuminé par 30 000 lampions. Le 26 juin, le roi offrit un repas à toute l'armée. Les régiments se rangèrent en ordre, et les viandes rôties, le pain, le vin et la bière furent distribués. Les rois passèrent en revue les troupes, qui les saluèrent avec des acclamations et des musiques. Après le repas, le maréchal présenta une lettre de remerciement au roi de Prusse, qui accorda le congé à l'armée. Les officiers, formés en bataillon, saluèrent les rois avant de se disperser. Les deux rois s'embarquèrent sur l'Elbe le 27 juin et arrivèrent au château de Lichtembourg, où ils passèrent la nuit. Le lendemain, ils se rendirent près de Zulhtsdorff. Le texte décrit également une grande chasse organisée avec une préparation minutieuse pour éviter les accidents. Les participants, vêtus de habits verts galonnés d'argent, incluaient des gens de la Chasse, des chiens, et divers officiers. L'endroit était embelli par des loges magnifiques construites de verdure. La chasse débuta avec une présentation d'une chaise tirée par six cerfs apprivoisés, admirée par le Roi de Prusse. Les préparatifs incluaient des chevaliers et autres cavaliers munis de lances, se rangeant de chaque côté. Les rois et les personnes de distinction se positionnèrent pour tirer. La chasse se déroula avec ordre, au son des cors et des hautbois, et un grand nombre de bêtes fauves et de gibier furent tuées, totalisant 1124 pièces. Après la chasse, un dîner fut servi dans les loges, avec trois tables pour les personnes de distinction et deux autres pour les gens de la Chasse. La joie générale et la satisfaction des rois furent notables. Après le dîner, les rois conversèrent brièvement avant que Leurs Majestés ne s'embrassent et se séparèrent avec tendresse. Le Roi de Prusse partit pour Potsdam, et le Roi de Pologne retourna au camp de Radewitz.
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21
p. 2920-2922
Châsse d'argent de S. Aignan, [titre d'après la table]
Début :
Nous sommes trop attentifs à celebrer le progrès des beaux Arts en France, [...]
Mots clefs :
Chasse, Tombeau de Saint-Aignan, Orléans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Châsse d'argent de S. Aignan, [titre d'après la table]
Nous fommes trop attentifs à celebrer
le progrès des beaux Arts en France,
pour ne pas dire quelque chofe d'un
grand Ouvrage d'Orfévrerie , fait depuis
peu par M. Meiffonniere , & que quantité
de Curieux ont été voir chez lui avec
une tres- grande fatisfaction .
و
C'eft la Châffe ou Tombeau de S. Aignan
qui doit être pofée à Orleans
dans l'Eglife érigée fous l'invocation de
ce Saint. Elle a la forme d'une efpece
de Tombe antique. Au deffus font
deux Cherubins , dont les aîles entrelaffées
foutiennent une Croix , & des
Rayons au bas des Cherubins ; le long
des deux côtez tombent des Fef
tons de fleurs izolées. Au corps du
deffous de cette Tombe font deux basreliefs
, couronnez par deux frontons
ceintrez ; un devant , l'autre derriere
haut de 20 pouces , où font repréſenteż
deux fujets de la vie de S. Aignan ; on
voit à celui de devant le Saint en priere,
11. Vol.
au
DECEMBRE. 1730. 2921
au bas d'un Autel , pour implorer la délivrance
d'Orleans , pour lors affiégé par
Atila ; à l'autre , S. Aignan qui guérit
Agripin , General des Romains , d'une
bleffure à la tête . Les principales figures
de ces deux bas- reliefs ont 15 pouces de
proportion , & font prefque izolées . Le
pourtour eft orné de Palmes , & au deffus
du fronton fortent des Guirlandes de
Feuilles de Chêne , qui entourent le
Corps de la Châffe . Aux deux bouts font
des Cartelles , où font d'un côté les Armes
de l'Evêque d'Orleans & de M. le
Coadjuteur; & de l'autre , les Armes de
la Ville & du Chapitre. La Châffe a cinq
pieds de haut , fur quatre pieds & demi
de long & deux pieds & demi de large .
Voicy la Defcription de l'Autel & la
décoration magnifique où la Châffe fera
pofée , pour pouvoir juger de l'effet
qu'elle fera.
.
L'Eglife eft gotique , le fond du Chour
eft angulaire , & chaque Angle eft percé
d'une arcade qui éclaire les bas côtez :
l'Autel eft izolé a huit pieds de diftance
du fond de la Nef, & élevé au
deffus de fept marches , dont la forme eft
circulaire , & foutenu par deux Confoles
de marbre de ferrancolin ; au deffus eft
pofée une Croix , formée par quatre
rayons ; au centre eft une Couronne d'EII.
Vol.
Govj - pine
2922 MERCURE DE FRANCE
pine , & au deffous un Groupe de Cherubins
& de nuages d'argent , pofez fur
un pied deftail , en partie doré , & fix
Chandeliers d'une belle forme ; le Retable
eft de Bréche violette, orné de bronze
doré .
L'Arcade du milieu du fond de la
Nef eft ceintrée fur fon plan , & s'éleve
en vouffure , dont le couronnement eft
de deux pieds & demi , plus élevé du percé
de l'Arcade , qui eft revêtu de marbre
Verdcampam , de même que les pieds
droits & les bandeaux des deux Arcades
des côtez , au deffus de la vouffure;
qui a trois pieds de fallie fur le nu du
mur , il y aun Socle haut de deux pieds;
au deffus du Socle eft la Châffe d'argent.
On voit derriere un Globe de verre
jaune, qui recevra le jour , entouré d'une
Gloire d'Anges & de nuages , d'où fortent
plufieurs rayons dorez , qui paffent derriere
des Anges qui font aux 2 côtez de
la Châffe, affis fur la vouffure. Ces Anges
qui ont fix pieds de proportion , ainfi
que la Gloire , feront de marbre blanc.
Au deffous de la vouffure eft un Ange
qui tient une Lampe ; & aux deux Arcades
des côtez , le long des deux pieds
droits de celle du milieu , font fufpendues
des Confoles ou Cartalames ,
tiennent chacune une Lampe.
le progrès des beaux Arts en France,
pour ne pas dire quelque chofe d'un
grand Ouvrage d'Orfévrerie , fait depuis
peu par M. Meiffonniere , & que quantité
de Curieux ont été voir chez lui avec
une tres- grande fatisfaction .
و
C'eft la Châffe ou Tombeau de S. Aignan
qui doit être pofée à Orleans
dans l'Eglife érigée fous l'invocation de
ce Saint. Elle a la forme d'une efpece
de Tombe antique. Au deffus font
deux Cherubins , dont les aîles entrelaffées
foutiennent une Croix , & des
Rayons au bas des Cherubins ; le long
des deux côtez tombent des Fef
tons de fleurs izolées. Au corps du
deffous de cette Tombe font deux basreliefs
, couronnez par deux frontons
ceintrez ; un devant , l'autre derriere
haut de 20 pouces , où font repréſenteż
deux fujets de la vie de S. Aignan ; on
voit à celui de devant le Saint en priere,
11. Vol.
au
DECEMBRE. 1730. 2921
au bas d'un Autel , pour implorer la délivrance
d'Orleans , pour lors affiégé par
Atila ; à l'autre , S. Aignan qui guérit
Agripin , General des Romains , d'une
bleffure à la tête . Les principales figures
de ces deux bas- reliefs ont 15 pouces de
proportion , & font prefque izolées . Le
pourtour eft orné de Palmes , & au deffus
du fronton fortent des Guirlandes de
Feuilles de Chêne , qui entourent le
Corps de la Châffe . Aux deux bouts font
des Cartelles , où font d'un côté les Armes
de l'Evêque d'Orleans & de M. le
Coadjuteur; & de l'autre , les Armes de
la Ville & du Chapitre. La Châffe a cinq
pieds de haut , fur quatre pieds & demi
de long & deux pieds & demi de large .
Voicy la Defcription de l'Autel & la
décoration magnifique où la Châffe fera
pofée , pour pouvoir juger de l'effet
qu'elle fera.
.
L'Eglife eft gotique , le fond du Chour
eft angulaire , & chaque Angle eft percé
d'une arcade qui éclaire les bas côtez :
l'Autel eft izolé a huit pieds de diftance
du fond de la Nef, & élevé au
deffus de fept marches , dont la forme eft
circulaire , & foutenu par deux Confoles
de marbre de ferrancolin ; au deffus eft
pofée une Croix , formée par quatre
rayons ; au centre eft une Couronne d'EII.
Vol.
Govj - pine
2922 MERCURE DE FRANCE
pine , & au deffous un Groupe de Cherubins
& de nuages d'argent , pofez fur
un pied deftail , en partie doré , & fix
Chandeliers d'une belle forme ; le Retable
eft de Bréche violette, orné de bronze
doré .
L'Arcade du milieu du fond de la
Nef eft ceintrée fur fon plan , & s'éleve
en vouffure , dont le couronnement eft
de deux pieds & demi , plus élevé du percé
de l'Arcade , qui eft revêtu de marbre
Verdcampam , de même que les pieds
droits & les bandeaux des deux Arcades
des côtez , au deffus de la vouffure;
qui a trois pieds de fallie fur le nu du
mur , il y aun Socle haut de deux pieds;
au deffus du Socle eft la Châffe d'argent.
On voit derriere un Globe de verre
jaune, qui recevra le jour , entouré d'une
Gloire d'Anges & de nuages , d'où fortent
plufieurs rayons dorez , qui paffent derriere
des Anges qui font aux 2 côtez de
la Châffe, affis fur la vouffure. Ces Anges
qui ont fix pieds de proportion , ainfi
que la Gloire , feront de marbre blanc.
Au deffous de la vouffure eft un Ange
qui tient une Lampe ; & aux deux Arcades
des côtez , le long des deux pieds
droits de celle du milieu , font fufpendues
des Confoles ou Cartalames ,
tiennent chacune une Lampe.
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Résumé : Châsse d'argent de S. Aignan, [titre d'après la table]
Le texte décrit une œuvre d'orfèvrerie réalisée par M. Meiffonniere, la châsse de Saint Aignan, destinée à l'église d'Orléans dédiée à ce saint. La châsse, en forme de tombe antique, est ornée de divers éléments décoratifs. Au-dessus, deux chérubins soutiennent une croix et des rayons, avec des festons de fleurs le long des côtés. Sur le corps de la châsse, deux bas-reliefs représentent des épisodes de la vie de Saint Aignan : le saint en prière pour la délivrance d'Orléans assiégée par Attila, et Saint Aignan guérissant Agripin, général romain. Les figures mesurent 15 pouces et sont entourées de palmes et de guirlandes de feuilles de chêne. Aux extrémités, des cartouches affichent les armes de l'évêque, du coadjuteur, de la ville et du chapitre. La châsse mesure cinq pieds de haut, quatre pieds et demi de long, et deux pieds et demi de large. L'église est de style gothique, avec un chœur angulaire éclairant les bas-côtés. L'autel est isolé et élevé sur sept marches, soutenu par des consoles de marbre. Au-dessus se trouve une croix avec une couronne d'épines et des chérubins. Le retable est en brèche violette, orné de bronze doré. La châsse est placée sur un socle de marbre blanc, entourée d'une gloire d'anges et de nuages, avec des rayons dorés et des lampes tenues par des anges et des consoles.
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22
p. 156-164
FESTES données à la Cour de S. Alt-Electorale Palatine, à l'occasion du Mariage du Prince de Sultzbach avec la Princesse de Hesse - Rheinfels. Extrait d'une Lettre écrite de Landau le 24. Janvier 1731. par M. Frezier, Ingenieur en chef.
Début :
Vous avez, sans doute, appris, Monsieur, par les nouvelles publiques [...]
Mots clefs :
Mariage, Chasse, Festivités, Cour, Spectacle, Prince de Soulzbach, Princesse de Hesse
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texteReconnaissance textuelle : FESTES données à la Cour de S. Alt-Electorale Palatine, à l'occasion du Mariage du Prince de Sultzbach avec la Princesse de Hesse - Rheinfels. Extrait d'une Lettre écrite de Landau le 24. Janvier 1731. par M. Frezier, Ingenieur en chef.
V
Electorale Palatine , à l'occasion du Mariage
du Prince de Sulzbach avec la
Princesse de Hesse - Rheinfels. Extrait
d'une Lettre écrite de Landau le 24. Janvier
1731. par M. Frezier , Ingenieur
en chef.
>
Ous avez , sans doute , appris , Monsieur ,
par les nouvelles publiques , que le Prince
de Sultzbach , heritier présomptif du Palatinat
vient d'épouser une Princesse de Hesse- Rhinfels ,
qui est soeur de la Reine de Sardaigne , et
de la Duchesse de Bourbon. M. de Josseau
Commandant de cette Place est allé complimenter
ce Prince sur son Mariage , et il a bien
voulu que j'eusse l'honneur de l'accompagner.
Je ne pouvois trouver une occasion plus favorable
pour voir la Cour de S. A. E. le Prince Palatin
et je ne pouvois être présenté à ce Prince par une
personne qui lui fut plus agréable que M. de
Josseau , qu'il considere et qu'il aime. La bonté
avec laquelle S. A. E. l'a reçu , et le bon accueil
qu'il a fait aux Officiers qui l'accompagnoient
cn sont des preuves certaines.
›
Nous arrivâmes trop tard à Manheim pour
voir la Ceremonie du Mariage. Elle fut faite le
11. et nous ne partîmes de Landau que deux
jours après ; mais nous avons vû pendant six
jours une partie des Fêtes qui en sont la suite
et qui doivent durer tout le Carnaval . La plus
singuliere a été une Chasse d'une invention extraordinaire
, qui merite bien qu'on en fasse la
description. Le Lundy 15. de ce mois la Cour
s'embarqua sur le Rhin , au son des Timballes ,
TromJANVIER.
1731. -157
Trompettes et Corps de chasse , dans un Yack
qui contenoit deux chambres magnifiquement
décorées , et debarqua à trois quarts de lieue de
la ville , à deux portées de fusil du lieu où la
chasse s'est faite. C'étoit un Parc de 1400. pas
de longueur sur 200. pas de largeur , fermé de
toilles et de filets bien alignez : le tout formoit
un quarré long.
Au fond de ce Parc étoit un retranchement
orné de décorations peintes sur toilles comme
celle des Theatres , lequel étoit destiné pour la
chasse à pied , et pour le spectacle de la Berne ,
et de la Mascarade des animaux.
- La separation des deux Scenes étoit formée
par un Corps de bâtimens , dont le milieu étoit
une Tente octogone de 32 pieds de diametre ,
qui servoit de vestibule à deux Sales , à droite
et à gauche , dont l'une fort ornée étoit destinée
pour placer la Cour pendant la chasse , qu'elle
pouvoit voir dans l'un et l'autre Parc ; Pautre
Salle étoit occupée par une grande Table où la
Cour vint se rafraîchir. Aux deux côtez de ces
Salles étoient des échafaudages en façon de plateformes
, pour placer les Spectateurs qui n'étoient
pas de la Cour.
La Décoration du petit Parc étoit un Portique
avec des Arcades à jour , dont le fond représensoit
en perspective le plan de la moitié d'un
decagone , au milieu duquel s'élevoient les Armes
de l'Electeur qui en faisoient le point de
vue. Ce Portique étoit élevé sur un Perron formé
par des planches en talud , sur lesquelles les
marches n'étoiens marquées que par des tringles
de bois peu saillantes , afin que les sangliers
n'y pussent monter que très-difficilement. Dans
les deux Angles étoient deux Portes sur un Pan
coupé , où étoient aussi deux Perrons de même
figure.
H
158 MERCURE DE FRANCE
Au dessus des Arcades du fond regnoit un
Cours de tablettes en saillie , d'un pied de large,
destinées pour faire courir le gibier , pour le
donner en spectacle à l'Assemblée , et aux deux
aîles. Il regnoit un pareil Cours au-dessus des
Impostes des Arcades , avec des Rampes pour
y monter , dont celles du fond étoient apparentes
, et celles des aîles étoient cachées derriere la
Décoration . Le gibier y venoit par une porte
pratiquée dans une représentation de nues
il paroissoit tout d'un coup élevé à vingt- cinq
pieds de hauteur , afin qu'il fut dit qu'on avoit
fait sortir des sangliers et des biches des nuës
on auroit pû dire aussi qu'il en pleuvoit ; car
ces animaux en tomboient ondement.
›
> οι
On commença la Chasse par plusieurs troupes
de dix ou douze sangliers , qu'on faisoit entrer
par les portes des angles. Ces animaux effrayez
de voir tant de monde cherchoient à se sauver
du côté des bâtimens , ils étoient repoussez par
des gens armez de fourches ; et du côté de la
Décoration ils cherchoient inutilement à grimper
sur les perrons ; ils glissoient toûjours ,
retomboient les uns sur les autres ; les plus hårdis
alloient attaquer les Chasseurs qui les attendoient
, l'épée à la main , et les tuoient.
et
Après en avoir fait ainsi entrer par les portes
d'enbas ,on en faisoit passer d'autres par les portes
des nuës , par le moyen des rampes cachées. Ces
animaux se trouvant alors sur un chemin trop
étroit , n'osoient avancer ; mais en leur jettant
des serpentaux et des petards; on les effarouchoit
tellement , qu'ils se précipitoient ; les plus adroits
tâchoient de gagner les rampes qui descendoient
au grand Parc , mais ils y parvenoient rarement
sans tomber.
Aprés avoir ainsi diversifié le spectacle , en
haur
JANVIER. 1721. 159
haut et en bas , en faisant perir les bêtes par le
fer ou par les chutes , on rangea au pied du Perron
plus de cent sangliers qui avoient été tuez
pour donner une autre sorte de spectacle moins
sanglant,
On lâcha par les trois portes du fond et par
celles des nues une quantité prodigieuse de renards
et de liévres, tous masquez avec des cartons
et des toilles peintes ; la plupart des renards
étoient déguisez en coqs , avec des becs , des
aîles et des queües de coqs. Ces animaux que
leurs ajustemens rendoient , pour ainsi dire , tout,
sots et fort embarrassez de leur accoutrement
cherchoient de tous côtez à s'enfuïr ; mais le
Parc étant tout couvert de Bernes , ils ne pouvoient
poser les pieds qu'ils ne donnassent dans
les pieges , par lesquels on les faisoit sauter à
douze ou quinze pieds de hauteur. En se relevant
d'une chute ils passoient sur une autre Berne
où on leur jouoit le même tour , jusqu'à ce
qu'à force de tomber et de se blesser , ils restoient
morts sur la place : on en fit perir ainsi
,trois cens de chaque espece , liévres et renards.
Il est necessaire d'expliquer icy- ce qu'il fant
entendre par le terine de Bernes : ce sont des especes
dd'échelles à quatre rangs de cordes de 15.
ou 20. échelons de bois , qui sont des mailles de
six à huit pouces ; deux hommes , un à chaque
bout , les tiennent lâches par terre , et dès que
l'animal passe dessus , ils donnent subitement une
secousse qui l'élance en l'air .
La moyenne grosseur des liévres et des renards
paroissoit assez propre à ce jeu : mais il
est étonnant qu'on ait ainsi fait sauter des sangliers
et des biches. Trente hommes autour d'une
toille , qu'ils tiroient par secousses , élevoient en
l'air les sangliers aussi haut quelquefois que les
Hij licyres &
165 MERCURE DE FRANCE
lievres , et on voyoit ces pesants animaux s'agiter
en l'air comme nos Sauteurs et danseurs de
corde.
5
Après le divertissement de la Berne , la Cour
passa dans la Salle où l'on avoit servi une Halte
de viandes chaudes et froides . Les Dames se mirent
à table , et les Cavaliers mangerent debout
la plus grande partie sous la tente ou un grand
nombre de Valets de pied,magnifiquement vêtus,
servoient abondamment de toutes sortes de vins.
Cet utile intermede dura près d'une heure ,
après quoy le Spectacle recommença par un loup
vétu en Arlequin ; mais comme il faisoit le méchant
, on fut obligé de mettre les chiens à ses
trousses , et de le faire tuer.
On lácha ensuite des plus fiers sangliers , que
fes Cavaliers combattirent , l'épée à la main ; et
parce qu'on avoit ouvert les portes de communication
au grand Parc , les plus farouches s'échappoient
par ces portes , et fournissoient
aux Chasseurs , à cheval , et aux Dames
phaetons , guidez par des Cavaliers , le plaisir de
courir après , et de les combattre à coups de pistolets
, ou de les faire arrêter par les chiens .
>
en
On en tua ainsi plusieurs , et enfin on revint
à la Mascarade. On vit paroître huit ou dix traineaux
en forme de chars , dans chacun desquels
il y avoit un lievre masqué ly en Demoiselle , qui
avoit pour cocher un renard attaché sur son
siege , comme la demoiselle l'étoit sur son
fauteuil ; mais le malin cocher profitant de la liberté
qu'il avoit de tourner la tête , perdoit nonseulement
le respect à sa dame par de mauvaises
grimaces , mais lui lâchoit encore de bons coups
de dents quand il pouvoit l'atteindre. L'animal
attelé à ce char étoit un jeune sanglier , qui conduisoit
sa voiture un peu irregulierement , suiyant
JANVIER . 1731. 161
vant ses caprices , qui donnoient beaucoup à rire
aux Spectateurs : tels avoient déja paru d'autres
sangliers , harnachez comme des élephans portant
de petites figures de carton , peintes de differentes
couleurs.
Enfin on vit de toutes sortes d'animaux masquez
differemment : six bleraux parurent deguisez
en carpes , et une troupe de cocqs -d'Inde
avoient les plumes peintes des couleurs de celles
de cocqs de Bruyere.Ceux-ci furent les seuls qui
s'en retournerent la vie sauve ; car la Princesse
ne voulut pas qu'on tirât , soit par crainte des
accidens qui pourroient arriver , ou de l'incommodité
du bruit.
>
des
Pendant qu'on bernoit les renards , quelquesuns
d'entr'eux plus ruzez que les autres , pour
éviter cette danse forcée , qui aboutissoit à la
mort se refugierent sur les hauteurs des Décorations
, et allerent par le moyen des rampes
sentiers , se percher sur les vases d'Orangers qui
en faisoient le Couronnement . Ceux qui n'y
purent atteindre se blotirent sur les sentiers
S'accumulant les uns sur les autres ; delà ils regardoient
leurs camarades sauter et voltiger en
Pair par les secoussés des bernes ; mais ils se crurent
envain en sureté , on les dénicha à grands
coups de fusils , qui
abatirent les plus élevez , et
laisserent les autres morts sur les sentiers.
Ainsi finit cette ingenieuse et nouvelle Chasse,
de l'invention de M.le Baron deWack, Grand-VCneur
de S.A.E. qui en donne tous les ans , et les
sçait varier d'une infinité de manieres. Tout s'y
passa avec beaucoup d'ordre , les Pages et les
Seigneurs de la Cour , en habits verds galonnez
d'or , en furent les principaux Acteurs , et il n'y
eut que trois hommes de blessez , quoiqu'une
infinité se fussent exposez à l'être. M. le Comte
H iij de
ཐདྷཱ
162 MERCURE DE FRANCE
de Nassau , seigneur d'une aimable figure , pour
qui toutes les Dames s'interessoient , y combatit
plusieurs sangliers avec une adresse extrême , er
´s'en retira sans accident.
Nous vîmes les jours suivans des Divertissemens
de differentes especes se succeder les uns
aux autres. Il y eut deux Bals précedez par un
Soupé de 80. Couverts au premier , et de plus
de cent au second : dans celui - ci les Dames et les
Cavaliers furent alternativement rangez , suivant
P'ordre dont le sort avoit décidé par des billets
numerotez qu'on avoit tirés au hazard, et qui se
trouvoient attachez à chaque couvert , où chacun
alloit reconnoître sa place. J'eus le bonheur
d'y être associé à une des plus belles Dames de
la Cour , appellée Madame la Baronne de Feningre
, dont la conversation me fit connoître que
la nature ne l'avoit pas moins bien partagée en
esprit qu'en beauté et en naissance. Lorsque
j'eus l'honneur de lui donner la main pour enzrer
dans la Salle , je me souvins de la pensée de
ce Grand d'Espagne , qui en pareille rencontre
s'écria : que les Etoilles disparoissent , voici le
Soleil , Apartense las Estrellas , viene el Sol.
Aprés le Soupé , S. A. E. ordonna que chacun
prit le rang de son numero avec sa Dame , et il
commença lui - même le Bal à la tête de
quarante
quatre Couples , par une Danse Polonoise , qui
n'est qu'une espece de marche assez grave. Le
Prince de Sultbach suivoit S. A. E. avec les jeunes
Princesses , pendant que la Princesse son
Epouse , qui n'aime pas la Danse , demeura dans
un fauteuil , d'où elle la voyoit tranquillement.
Après cette ouverture du Bal S. A. E. dansa le
Menuet avec une grace et une noblesse admirable
, je dois même ajoûter avec une legereté surprenante
à l'âge de 70. A voir cet aimable Prince,
sans
JANVIER. 1731. 163
sans le connoître , il n'est pas difficile de deviner
qu'il est le premier de la Cour. Le jour suivant
on joua la Comedie de Tartuffe , en François :
cette Langue n'est guere moins commune à la
Cour que l'Allemande,qui est la naturelle du pays .
La Langue Italienne n'y est pas ignorée , mais
ellest entenduë d'un petit nombre de personnes
je le remarquai le le jour suivant , lorsqu'on joua
une Pastorale en Musique , où je servois d'Interprete
à plusieurs de mes voisins. La plus grande
partie des Danseurs de ce Ballet étoient les Pages
de la Cour , les Acteurs étoient les Musiciens de
S. A. E.
Je n'ai parlé jusqu'à present que des plaisirs
qui terminoient la journée , je ne dois pas
oublier
ceux de la bonne chere que nous avons faite à
cette Cour. Les Seigneurs animez par l'exemple
du Prince , et par l'estime qu'ils ont pour M. de
Josseau , qui n'est guere moins aimé dans les
Cours des Princes voisins de Landau , que dans
Landau même , nous regalerent magnifiquement.
M. le Comte de Nassau qui soutient la grandeur
de sa Naissance par tout ce qui peut le distinguer ,
nous donna un Repas superbe. Mrs le Baron de
Bevren , Grand- Maréchal , et le Baron Deschal ,
Grand-Ecuyer de la Princesse , nous firent connoître
que les meilleurs vins du monde et tes
mets les plus exquis fe trouvoient rassemblez
Manheim ,
Enfin notre cher Commandant rappellé par fon
devoir , revint à Landau comblé des bontez du
Prince & des politesses de toute la Cour ; chacun
de nous partageoit avec lui cette fatisfaction , car
S. A. E. nous avoit aussi donné des marques de
sa bonté. Il me fit l'honneur de m'adresser plusieurs
fois la parole ; et reconnoissant par la naïveté
de mes réponses la sincerité dont je fais pro-
Hiiij
fession ,
164 MERCURE DE FRANCE
fession , il me dit qu'il aimoit les François ;
parce qu'ils disoient naturellement leur pensée ,
sur quoy il releva un trait de Morale qui m'étoit
échapé d'une maniere qui me fit connoître la
justesse de son esprit et la droiture de son coeur.
Le tems de retourner à notre garnison étant
arrivé , je priai le Gouverneur de la Place de me
permettre d'en voir les Fortifications , quoiqu'il
me connut pour être l'Ingenieur en chef de Landau
; il me l'accorda de si bonne grace , qu'il
'voulut que l'Ingenieur subalterne , qui sçait parler
français , nous servit de guide. Je remarquai
une situation des plus avantageuses pour une Place
de guerre, par le confluent de deux grandes
rivieres , le Rhin et le Necre , qui en défendent
les approches , et une Fortification très - proprement
executée sur le sistême de Cocorn , que
nous n'avons point suivi en France , quoiqu'il
soit public depuis près de trente ans .
Je parcourus aussi l'interieur de la ville qui est
nouvellement bâtie , très- propre et très-reguliere
dans l'alignement de ses rues. Les maisons qui
n'ont ordinairement qu'un étage , rarement deux,
sont propres au dehors , mais l'interieur n'a pas
été distribué par de bons Architectes , particulierement
pour les escaliers.
Je vis aussi le nouveau Palais de l'Electeur qui
n'est pas achevé , et deux cabinets de tableaux,
parmi lesquels il y en a d'un grand prix , que S. A.
E. a fait apporter depuis peu de Dusseldort , ou
l'on dit qu'il en a de merveilleux , particulierement
de Rubens. J'ai l'honneur d'être &c.à Lang
dau le 24. Janvier 1731 .
Electorale Palatine , à l'occasion du Mariage
du Prince de Sulzbach avec la
Princesse de Hesse - Rheinfels. Extrait
d'une Lettre écrite de Landau le 24. Janvier
1731. par M. Frezier , Ingenieur
en chef.
>
Ous avez , sans doute , appris , Monsieur ,
par les nouvelles publiques , que le Prince
de Sultzbach , heritier présomptif du Palatinat
vient d'épouser une Princesse de Hesse- Rhinfels ,
qui est soeur de la Reine de Sardaigne , et
de la Duchesse de Bourbon. M. de Josseau
Commandant de cette Place est allé complimenter
ce Prince sur son Mariage , et il a bien
voulu que j'eusse l'honneur de l'accompagner.
Je ne pouvois trouver une occasion plus favorable
pour voir la Cour de S. A. E. le Prince Palatin
et je ne pouvois être présenté à ce Prince par une
personne qui lui fut plus agréable que M. de
Josseau , qu'il considere et qu'il aime. La bonté
avec laquelle S. A. E. l'a reçu , et le bon accueil
qu'il a fait aux Officiers qui l'accompagnoient
cn sont des preuves certaines.
›
Nous arrivâmes trop tard à Manheim pour
voir la Ceremonie du Mariage. Elle fut faite le
11. et nous ne partîmes de Landau que deux
jours après ; mais nous avons vû pendant six
jours une partie des Fêtes qui en sont la suite
et qui doivent durer tout le Carnaval . La plus
singuliere a été une Chasse d'une invention extraordinaire
, qui merite bien qu'on en fasse la
description. Le Lundy 15. de ce mois la Cour
s'embarqua sur le Rhin , au son des Timballes ,
TromJANVIER.
1731. -157
Trompettes et Corps de chasse , dans un Yack
qui contenoit deux chambres magnifiquement
décorées , et debarqua à trois quarts de lieue de
la ville , à deux portées de fusil du lieu où la
chasse s'est faite. C'étoit un Parc de 1400. pas
de longueur sur 200. pas de largeur , fermé de
toilles et de filets bien alignez : le tout formoit
un quarré long.
Au fond de ce Parc étoit un retranchement
orné de décorations peintes sur toilles comme
celle des Theatres , lequel étoit destiné pour la
chasse à pied , et pour le spectacle de la Berne ,
et de la Mascarade des animaux.
- La separation des deux Scenes étoit formée
par un Corps de bâtimens , dont le milieu étoit
une Tente octogone de 32 pieds de diametre ,
qui servoit de vestibule à deux Sales , à droite
et à gauche , dont l'une fort ornée étoit destinée
pour placer la Cour pendant la chasse , qu'elle
pouvoit voir dans l'un et l'autre Parc ; Pautre
Salle étoit occupée par une grande Table où la
Cour vint se rafraîchir. Aux deux côtez de ces
Salles étoient des échafaudages en façon de plateformes
, pour placer les Spectateurs qui n'étoient
pas de la Cour.
La Décoration du petit Parc étoit un Portique
avec des Arcades à jour , dont le fond représensoit
en perspective le plan de la moitié d'un
decagone , au milieu duquel s'élevoient les Armes
de l'Electeur qui en faisoient le point de
vue. Ce Portique étoit élevé sur un Perron formé
par des planches en talud , sur lesquelles les
marches n'étoiens marquées que par des tringles
de bois peu saillantes , afin que les sangliers
n'y pussent monter que très-difficilement. Dans
les deux Angles étoient deux Portes sur un Pan
coupé , où étoient aussi deux Perrons de même
figure.
H
158 MERCURE DE FRANCE
Au dessus des Arcades du fond regnoit un
Cours de tablettes en saillie , d'un pied de large,
destinées pour faire courir le gibier , pour le
donner en spectacle à l'Assemblée , et aux deux
aîles. Il regnoit un pareil Cours au-dessus des
Impostes des Arcades , avec des Rampes pour
y monter , dont celles du fond étoient apparentes
, et celles des aîles étoient cachées derriere la
Décoration . Le gibier y venoit par une porte
pratiquée dans une représentation de nues
il paroissoit tout d'un coup élevé à vingt- cinq
pieds de hauteur , afin qu'il fut dit qu'on avoit
fait sortir des sangliers et des biches des nuës
on auroit pû dire aussi qu'il en pleuvoit ; car
ces animaux en tomboient ondement.
›
> οι
On commença la Chasse par plusieurs troupes
de dix ou douze sangliers , qu'on faisoit entrer
par les portes des angles. Ces animaux effrayez
de voir tant de monde cherchoient à se sauver
du côté des bâtimens , ils étoient repoussez par
des gens armez de fourches ; et du côté de la
Décoration ils cherchoient inutilement à grimper
sur les perrons ; ils glissoient toûjours ,
retomboient les uns sur les autres ; les plus hårdis
alloient attaquer les Chasseurs qui les attendoient
, l'épée à la main , et les tuoient.
et
Après en avoir fait ainsi entrer par les portes
d'enbas ,on en faisoit passer d'autres par les portes
des nuës , par le moyen des rampes cachées. Ces
animaux se trouvant alors sur un chemin trop
étroit , n'osoient avancer ; mais en leur jettant
des serpentaux et des petards; on les effarouchoit
tellement , qu'ils se précipitoient ; les plus adroits
tâchoient de gagner les rampes qui descendoient
au grand Parc , mais ils y parvenoient rarement
sans tomber.
Aprés avoir ainsi diversifié le spectacle , en
haur
JANVIER. 1721. 159
haut et en bas , en faisant perir les bêtes par le
fer ou par les chutes , on rangea au pied du Perron
plus de cent sangliers qui avoient été tuez
pour donner une autre sorte de spectacle moins
sanglant,
On lâcha par les trois portes du fond et par
celles des nues une quantité prodigieuse de renards
et de liévres, tous masquez avec des cartons
et des toilles peintes ; la plupart des renards
étoient déguisez en coqs , avec des becs , des
aîles et des queües de coqs. Ces animaux que
leurs ajustemens rendoient , pour ainsi dire , tout,
sots et fort embarrassez de leur accoutrement
cherchoient de tous côtez à s'enfuïr ; mais le
Parc étant tout couvert de Bernes , ils ne pouvoient
poser les pieds qu'ils ne donnassent dans
les pieges , par lesquels on les faisoit sauter à
douze ou quinze pieds de hauteur. En se relevant
d'une chute ils passoient sur une autre Berne
où on leur jouoit le même tour , jusqu'à ce
qu'à force de tomber et de se blesser , ils restoient
morts sur la place : on en fit perir ainsi
,trois cens de chaque espece , liévres et renards.
Il est necessaire d'expliquer icy- ce qu'il fant
entendre par le terine de Bernes : ce sont des especes
dd'échelles à quatre rangs de cordes de 15.
ou 20. échelons de bois , qui sont des mailles de
six à huit pouces ; deux hommes , un à chaque
bout , les tiennent lâches par terre , et dès que
l'animal passe dessus , ils donnent subitement une
secousse qui l'élance en l'air .
La moyenne grosseur des liévres et des renards
paroissoit assez propre à ce jeu : mais il
est étonnant qu'on ait ainsi fait sauter des sangliers
et des biches. Trente hommes autour d'une
toille , qu'ils tiroient par secousses , élevoient en
l'air les sangliers aussi haut quelquefois que les
Hij licyres &
165 MERCURE DE FRANCE
lievres , et on voyoit ces pesants animaux s'agiter
en l'air comme nos Sauteurs et danseurs de
corde.
5
Après le divertissement de la Berne , la Cour
passa dans la Salle où l'on avoit servi une Halte
de viandes chaudes et froides . Les Dames se mirent
à table , et les Cavaliers mangerent debout
la plus grande partie sous la tente ou un grand
nombre de Valets de pied,magnifiquement vêtus,
servoient abondamment de toutes sortes de vins.
Cet utile intermede dura près d'une heure ,
après quoy le Spectacle recommença par un loup
vétu en Arlequin ; mais comme il faisoit le méchant
, on fut obligé de mettre les chiens à ses
trousses , et de le faire tuer.
On lácha ensuite des plus fiers sangliers , que
fes Cavaliers combattirent , l'épée à la main ; et
parce qu'on avoit ouvert les portes de communication
au grand Parc , les plus farouches s'échappoient
par ces portes , et fournissoient
aux Chasseurs , à cheval , et aux Dames
phaetons , guidez par des Cavaliers , le plaisir de
courir après , et de les combattre à coups de pistolets
, ou de les faire arrêter par les chiens .
>
en
On en tua ainsi plusieurs , et enfin on revint
à la Mascarade. On vit paroître huit ou dix traineaux
en forme de chars , dans chacun desquels
il y avoit un lievre masqué ly en Demoiselle , qui
avoit pour cocher un renard attaché sur son
siege , comme la demoiselle l'étoit sur son
fauteuil ; mais le malin cocher profitant de la liberté
qu'il avoit de tourner la tête , perdoit nonseulement
le respect à sa dame par de mauvaises
grimaces , mais lui lâchoit encore de bons coups
de dents quand il pouvoit l'atteindre. L'animal
attelé à ce char étoit un jeune sanglier , qui conduisoit
sa voiture un peu irregulierement , suiyant
JANVIER . 1731. 161
vant ses caprices , qui donnoient beaucoup à rire
aux Spectateurs : tels avoient déja paru d'autres
sangliers , harnachez comme des élephans portant
de petites figures de carton , peintes de differentes
couleurs.
Enfin on vit de toutes sortes d'animaux masquez
differemment : six bleraux parurent deguisez
en carpes , et une troupe de cocqs -d'Inde
avoient les plumes peintes des couleurs de celles
de cocqs de Bruyere.Ceux-ci furent les seuls qui
s'en retournerent la vie sauve ; car la Princesse
ne voulut pas qu'on tirât , soit par crainte des
accidens qui pourroient arriver , ou de l'incommodité
du bruit.
>
des
Pendant qu'on bernoit les renards , quelquesuns
d'entr'eux plus ruzez que les autres , pour
éviter cette danse forcée , qui aboutissoit à la
mort se refugierent sur les hauteurs des Décorations
, et allerent par le moyen des rampes
sentiers , se percher sur les vases d'Orangers qui
en faisoient le Couronnement . Ceux qui n'y
purent atteindre se blotirent sur les sentiers
S'accumulant les uns sur les autres ; delà ils regardoient
leurs camarades sauter et voltiger en
Pair par les secoussés des bernes ; mais ils se crurent
envain en sureté , on les dénicha à grands
coups de fusils , qui
abatirent les plus élevez , et
laisserent les autres morts sur les sentiers.
Ainsi finit cette ingenieuse et nouvelle Chasse,
de l'invention de M.le Baron deWack, Grand-VCneur
de S.A.E. qui en donne tous les ans , et les
sçait varier d'une infinité de manieres. Tout s'y
passa avec beaucoup d'ordre , les Pages et les
Seigneurs de la Cour , en habits verds galonnez
d'or , en furent les principaux Acteurs , et il n'y
eut que trois hommes de blessez , quoiqu'une
infinité se fussent exposez à l'être. M. le Comte
H iij de
ཐདྷཱ
162 MERCURE DE FRANCE
de Nassau , seigneur d'une aimable figure , pour
qui toutes les Dames s'interessoient , y combatit
plusieurs sangliers avec une adresse extrême , er
´s'en retira sans accident.
Nous vîmes les jours suivans des Divertissemens
de differentes especes se succeder les uns
aux autres. Il y eut deux Bals précedez par un
Soupé de 80. Couverts au premier , et de plus
de cent au second : dans celui - ci les Dames et les
Cavaliers furent alternativement rangez , suivant
P'ordre dont le sort avoit décidé par des billets
numerotez qu'on avoit tirés au hazard, et qui se
trouvoient attachez à chaque couvert , où chacun
alloit reconnoître sa place. J'eus le bonheur
d'y être associé à une des plus belles Dames de
la Cour , appellée Madame la Baronne de Feningre
, dont la conversation me fit connoître que
la nature ne l'avoit pas moins bien partagée en
esprit qu'en beauté et en naissance. Lorsque
j'eus l'honneur de lui donner la main pour enzrer
dans la Salle , je me souvins de la pensée de
ce Grand d'Espagne , qui en pareille rencontre
s'écria : que les Etoilles disparoissent , voici le
Soleil , Apartense las Estrellas , viene el Sol.
Aprés le Soupé , S. A. E. ordonna que chacun
prit le rang de son numero avec sa Dame , et il
commença lui - même le Bal à la tête de
quarante
quatre Couples , par une Danse Polonoise , qui
n'est qu'une espece de marche assez grave. Le
Prince de Sultbach suivoit S. A. E. avec les jeunes
Princesses , pendant que la Princesse son
Epouse , qui n'aime pas la Danse , demeura dans
un fauteuil , d'où elle la voyoit tranquillement.
Après cette ouverture du Bal S. A. E. dansa le
Menuet avec une grace et une noblesse admirable
, je dois même ajoûter avec une legereté surprenante
à l'âge de 70. A voir cet aimable Prince,
sans
JANVIER. 1731. 163
sans le connoître , il n'est pas difficile de deviner
qu'il est le premier de la Cour. Le jour suivant
on joua la Comedie de Tartuffe , en François :
cette Langue n'est guere moins commune à la
Cour que l'Allemande,qui est la naturelle du pays .
La Langue Italienne n'y est pas ignorée , mais
ellest entenduë d'un petit nombre de personnes
je le remarquai le le jour suivant , lorsqu'on joua
une Pastorale en Musique , où je servois d'Interprete
à plusieurs de mes voisins. La plus grande
partie des Danseurs de ce Ballet étoient les Pages
de la Cour , les Acteurs étoient les Musiciens de
S. A. E.
Je n'ai parlé jusqu'à present que des plaisirs
qui terminoient la journée , je ne dois pas
oublier
ceux de la bonne chere que nous avons faite à
cette Cour. Les Seigneurs animez par l'exemple
du Prince , et par l'estime qu'ils ont pour M. de
Josseau , qui n'est guere moins aimé dans les
Cours des Princes voisins de Landau , que dans
Landau même , nous regalerent magnifiquement.
M. le Comte de Nassau qui soutient la grandeur
de sa Naissance par tout ce qui peut le distinguer ,
nous donna un Repas superbe. Mrs le Baron de
Bevren , Grand- Maréchal , et le Baron Deschal ,
Grand-Ecuyer de la Princesse , nous firent connoître
que les meilleurs vins du monde et tes
mets les plus exquis fe trouvoient rassemblez
Manheim ,
Enfin notre cher Commandant rappellé par fon
devoir , revint à Landau comblé des bontez du
Prince & des politesses de toute la Cour ; chacun
de nous partageoit avec lui cette fatisfaction , car
S. A. E. nous avoit aussi donné des marques de
sa bonté. Il me fit l'honneur de m'adresser plusieurs
fois la parole ; et reconnoissant par la naïveté
de mes réponses la sincerité dont je fais pro-
Hiiij
fession ,
164 MERCURE DE FRANCE
fession , il me dit qu'il aimoit les François ;
parce qu'ils disoient naturellement leur pensée ,
sur quoy il releva un trait de Morale qui m'étoit
échapé d'une maniere qui me fit connoître la
justesse de son esprit et la droiture de son coeur.
Le tems de retourner à notre garnison étant
arrivé , je priai le Gouverneur de la Place de me
permettre d'en voir les Fortifications , quoiqu'il
me connut pour être l'Ingenieur en chef de Landau
; il me l'accorda de si bonne grace , qu'il
'voulut que l'Ingenieur subalterne , qui sçait parler
français , nous servit de guide. Je remarquai
une situation des plus avantageuses pour une Place
de guerre, par le confluent de deux grandes
rivieres , le Rhin et le Necre , qui en défendent
les approches , et une Fortification très - proprement
executée sur le sistême de Cocorn , que
nous n'avons point suivi en France , quoiqu'il
soit public depuis près de trente ans .
Je parcourus aussi l'interieur de la ville qui est
nouvellement bâtie , très- propre et très-reguliere
dans l'alignement de ses rues. Les maisons qui
n'ont ordinairement qu'un étage , rarement deux,
sont propres au dehors , mais l'interieur n'a pas
été distribué par de bons Architectes , particulierement
pour les escaliers.
Je vis aussi le nouveau Palais de l'Electeur qui
n'est pas achevé , et deux cabinets de tableaux,
parmi lesquels il y en a d'un grand prix , que S. A.
E. a fait apporter depuis peu de Dusseldort , ou
l'on dit qu'il en a de merveilleux , particulierement
de Rubens. J'ai l'honneur d'être &c.à Lang
dau le 24. Janvier 1731 .
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Résumé : FESTES données à la Cour de S. Alt-Electorale Palatine, à l'occasion du Mariage du Prince de Sultzbach avec la Princesse de Hesse - Rheinfels. Extrait d'une Lettre écrite de Landau le 24. Janvier 1731. par M. Frezier, Ingenieur en chef.
Le 24 janvier 1731, M. Frezier, ingénieur en chef, rédige une lettre relatant les événements entourant le mariage du Prince de Sulzbach avec la Princesse de Hesse-Rheinfels. Le Prince de Sulzbach, héritier présomptif du Palatinat, a épousé la sœur de la Reine de Sardaigne et de la Duchesse de Bourbon. M. de Josseau, commandant de la place de Landau, a félicité le Prince et a invité M. Frezier à l'accompagner. La cérémonie du mariage a eu lieu le 11 janvier. M. Frezier et M. de Josseau sont partis de Landau deux jours plus tard pour assister à diverses fêtes et divertissements durant le Carnaval. Une chasse remarquable a été organisée le 15 janvier. La Cour s'est embarquée sur le Rhin et a débarqué près d'un parc aménagé pour l'occasion, mesurant 1400 pas sur 200 pas. Ce parc était décoré de toiles et de filets et contenait des scènes de chasse à pied et des mascarades d'animaux. La chasse a débuté avec des sangliers, effrayés par des chasseurs armés de fourches. Des renards et des lièvres, déguisés en coqs et autres animaux, ont été lâchés et forcés de sauter grâce à des dispositifs appelés 'bernes'. Après la chasse, la Cour a pris un repas suivi d'autres spectacles, dont une mascarade avec des animaux déguisés. La chasse a été organisée par M. le Baron de Wack, Grand-Veneur du Prince Palatin, et s'est déroulée sans incident majeur. Les jours suivants, divers divertissements ont eu lieu, incluant des bals, des soupers et des représentations théâtrales. M. Frezier a noté la polyglossie de la Cour, où le français, l'allemand et l'italien étaient parlés. Il a également mentionné les repas somptueux offerts par les seigneurs, inspirés par l'exemple du Prince et l'estime pour M. de Josseau. Le narrateur a visité Mannheim, où le Comte de Nassau a offert un repas somptueux. Les Barons de Bevren et Deschal ont souligné la qualité des vins et des mets. Le Commandant a partagé sa satisfaction pour les marques de bonté du Prince et les politesses de la Cour. Le narrateur a reçu des attentions du Prince, qui a apprécié sa sincérité et a discuté de morale avec lui. Avant de retourner à sa garnison, le narrateur a visité les fortifications de Mannheim, notant leur situation avantageuse grâce au confluent du Rhin et du Neckar, ainsi que l'exécution des fortifications selon le système de Cocorn. Il a également observé la ville, nouvellement construite, avec des rues régulières mais des maisons mal conçues intérieurement. Le narrateur a vu le palais inachevé de l'Électeur et deux cabinets de tableaux, incluant des œuvres de grand prix récemment transférées de Düsseldorf, notamment des œuvres de Rubens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 1615-1618
Nouvelle de la Cour, de Paris, &c.
Début :
La Cour est toûjours trés-nombreuse à Fontainebleau, où les plaisirs et [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Plaisirs et amusements, Comédie française et italienne, Chasse
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelle de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelle de la Cour , de Paris , &c...
L
A Cour est toûjours trés -nombreuse
à Fontainebleau , où les plaisirs et
les amusemens se succedent & regnent
tour à tour divers jours de la Semaine sont
marqués pour le Jeu , le Concert , la
Comédie Françoise et Italienne , & d'au
tres pour la Promenade à pied , à cheval ,
en carosse & carioles découvertes , et pour
la Chasse du Vol , du Cerf , du Sanglier ,
du Loup , du Chevreuil , &c .
Le 26. de ce mois , le Roy prit le Deüil
pour la mort de la Princesse Douairiere de
Toscane , Veuve du Prince Ferdinand de
Medicis .
Le Roi a accordé au Chevalier de Ni
colaï le Regiment de Dragons , vacant par
la démission volontaire de son Frere aîné,
Le 18. Juin , il y eût concert à Fontaine-
Beau , on chanta dans l'Antichambre de la
Reine , le Prologue et le premier Acte
Amadis de Gaule.
Le 20. M. Destouches , Sur-Intendant ™
BL Volt
I vi de
1616 MERCURE DE FRANCE
de la Musique du Roy , fit executer par
ordre de la Reine , le Prologue , le premier
et le second Acte du Ballet des Elemens ,
qu'on continua le 25. L'éxecution de ce
Divertissement fut très- brillante . Les De
moiselles Courvasier , Lenners , et Bar
bier , chanterent avec succès les Rôles de
Funon et de Leucosie dans le Prologue . Le
fieur d'Angerville chanta ceux du Destin
et d'Ixion , et le St Guesdon celui d'Arion
La Demoiselle Lenner rendit parfaite
ment le Rôle d'Emilie , dans le troisiéme
Acte , ainsi que celui de Valere , chanté
par le fieur d'Angerville. Le sieur le
Prince fit avec applaudissement le Rôle
de Vertumne au quatriéme Acte , de même
que la Demoiselle Barbier dans celui de
Pomone. Les Choeurs et toutes les sim
phonies furent si bien exécutez , que la
Reine eût la bonté d'en marquer sa sa
tisfaction à M. Destouches.
Le 27. on chanta devant la Reine ;
le Prologue et le premier Acte de l'Opera
de Roland.
Le 19. Juin , les Comédiens François
représenterent à Fontainebleau , la Tra
gedie d'Amasis qui fut suivie de la petite
Piece du Concert Ridicule ; le 21 la Co
médie de l'Etourdi ; le 26. le Trage
die d'Andromaque , et la Comédie des
II. Vol. Fâcheux
JUIN. 1731. 1617
Fâcheux ; et le 28. le Dépit Amoureux..
Ces Pieces furent très bien exécutées et .
firent beaucoup de plaisir.
>
>
›
Le vingt-trois Juin , les Comédiens
Italiens représenterent Démocrite , pré
tendu Fou ,Comedie en Vers , de M. Au.
treau les De et pour petite Piéce
buts suivie de l'Intermede ou Paro
die de Lesbina et Dom Micco jouée
sur le Théatre de l'Opera , au mois
d'Aoust 1729. laquelle n'avoit pas en
core été représentée à la Cour. La De
moiselle Silvia et le fieur Theveneau qui
jouent ces deux Rôles , les exécuterent
en perfection .
Le 30 ?
ils représenterent la Tragi
Comedie de Samson , qui fut fort goû
tée. La Chûte du Temple fut parfaite
ment bien executée par le fieur le Maire
qui en est l'Auteur.
د
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes pour le remboursement des
Actions , fut tirée en la maniere accou
tumée à l'Hôtel de la Compagnie. La
Liste des Numero gagnans des Actions.
et dixiéme d'Actions qui doivent être
remboursées , a été rendue publique ,
faisant en tout le nombre de 294. Ac
tions qui ont été remboursées..
II. Vol. M.
1618 MERCURE DE FRANCE
M. Bonnier de Lamosson , ancien
Colonel du Régiment de Dragons Dau
phin , ayant
, ayant obtenu du Roy l'agrément
pour la Charge de Capitaine des Chasses
de la Plaine de S. Denis , autrement dite
là Varenne des Thuilleries , dont il a traité
avec le Comte de Sainte Maure , qui
étoit pourvû de cette Charge , eut l'hon
neur d'en remercier S. Mi le 2. de ce
mois , et le 8 il tint sa premiere audiènce
en qualité de Capitaine des Chasses
aprés avoir été reçu par les Officiers de
la Capitainerie , dans la Galerie du Châs
teau des Thailleries , où les Audiences
se tiendront dorénavant.
On écrit de Bayeux qu'il y a fait surs
fa fin du mois de Juin des Tonnerres
et des Eclairs si épouvantables , que de
mémoire d'homme on n'en a vû de
pareils,
et sans qu'il soit tombé une goute de
pluye. Le Tonnerre , tombé plusieurs fois >
sur divers Bâtimens de la Ville , a causé
beaucoup de dommage , et a tué même
et blessé plusieurs personnes.
a
On apprend de Liege , que le Couvent
des Franciscains de cette Ville avoits
été réduit en cendre par le Tonnerre .
L
A Cour est toûjours trés -nombreuse
à Fontainebleau , où les plaisirs et
les amusemens se succedent & regnent
tour à tour divers jours de la Semaine sont
marqués pour le Jeu , le Concert , la
Comédie Françoise et Italienne , & d'au
tres pour la Promenade à pied , à cheval ,
en carosse & carioles découvertes , et pour
la Chasse du Vol , du Cerf , du Sanglier ,
du Loup , du Chevreuil , &c .
Le 26. de ce mois , le Roy prit le Deüil
pour la mort de la Princesse Douairiere de
Toscane , Veuve du Prince Ferdinand de
Medicis .
Le Roi a accordé au Chevalier de Ni
colaï le Regiment de Dragons , vacant par
la démission volontaire de son Frere aîné,
Le 18. Juin , il y eût concert à Fontaine-
Beau , on chanta dans l'Antichambre de la
Reine , le Prologue et le premier Acte
Amadis de Gaule.
Le 20. M. Destouches , Sur-Intendant ™
BL Volt
I vi de
1616 MERCURE DE FRANCE
de la Musique du Roy , fit executer par
ordre de la Reine , le Prologue , le premier
et le second Acte du Ballet des Elemens ,
qu'on continua le 25. L'éxecution de ce
Divertissement fut très- brillante . Les De
moiselles Courvasier , Lenners , et Bar
bier , chanterent avec succès les Rôles de
Funon et de Leucosie dans le Prologue . Le
fieur d'Angerville chanta ceux du Destin
et d'Ixion , et le St Guesdon celui d'Arion
La Demoiselle Lenner rendit parfaite
ment le Rôle d'Emilie , dans le troisiéme
Acte , ainsi que celui de Valere , chanté
par le fieur d'Angerville. Le sieur le
Prince fit avec applaudissement le Rôle
de Vertumne au quatriéme Acte , de même
que la Demoiselle Barbier dans celui de
Pomone. Les Choeurs et toutes les sim
phonies furent si bien exécutez , que la
Reine eût la bonté d'en marquer sa sa
tisfaction à M. Destouches.
Le 27. on chanta devant la Reine ;
le Prologue et le premier Acte de l'Opera
de Roland.
Le 19. Juin , les Comédiens François
représenterent à Fontainebleau , la Tra
gedie d'Amasis qui fut suivie de la petite
Piece du Concert Ridicule ; le 21 la Co
médie de l'Etourdi ; le 26. le Trage
die d'Andromaque , et la Comédie des
II. Vol. Fâcheux
JUIN. 1731. 1617
Fâcheux ; et le 28. le Dépit Amoureux..
Ces Pieces furent très bien exécutées et .
firent beaucoup de plaisir.
>
>
›
Le vingt-trois Juin , les Comédiens
Italiens représenterent Démocrite , pré
tendu Fou ,Comedie en Vers , de M. Au.
treau les De et pour petite Piéce
buts suivie de l'Intermede ou Paro
die de Lesbina et Dom Micco jouée
sur le Théatre de l'Opera , au mois
d'Aoust 1729. laquelle n'avoit pas en
core été représentée à la Cour. La De
moiselle Silvia et le fieur Theveneau qui
jouent ces deux Rôles , les exécuterent
en perfection .
Le 30 ?
ils représenterent la Tragi
Comedie de Samson , qui fut fort goû
tée. La Chûte du Temple fut parfaite
ment bien executée par le fieur le Maire
qui en est l'Auteur.
د
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes pour le remboursement des
Actions , fut tirée en la maniere accou
tumée à l'Hôtel de la Compagnie. La
Liste des Numero gagnans des Actions.
et dixiéme d'Actions qui doivent être
remboursées , a été rendue publique ,
faisant en tout le nombre de 294. Ac
tions qui ont été remboursées..
II. Vol. M.
1618 MERCURE DE FRANCE
M. Bonnier de Lamosson , ancien
Colonel du Régiment de Dragons Dau
phin , ayant
, ayant obtenu du Roy l'agrément
pour la Charge de Capitaine des Chasses
de la Plaine de S. Denis , autrement dite
là Varenne des Thuilleries , dont il a traité
avec le Comte de Sainte Maure , qui
étoit pourvû de cette Charge , eut l'hon
neur d'en remercier S. Mi le 2. de ce
mois , et le 8 il tint sa premiere audiènce
en qualité de Capitaine des Chasses
aprés avoir été reçu par les Officiers de
la Capitainerie , dans la Galerie du Châs
teau des Thailleries , où les Audiences
se tiendront dorénavant.
On écrit de Bayeux qu'il y a fait surs
fa fin du mois de Juin des Tonnerres
et des Eclairs si épouvantables , que de
mémoire d'homme on n'en a vû de
pareils,
et sans qu'il soit tombé une goute de
pluye. Le Tonnerre , tombé plusieurs fois >
sur divers Bâtimens de la Ville , a causé
beaucoup de dommage , et a tué même
et blessé plusieurs personnes.
a
On apprend de Liege , que le Couvent
des Franciscains de cette Ville avoits
été réduit en cendre par le Tonnerre .
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Résumé : Nouvelle de la Cour, de Paris, &c.
Le texte décrit la vie à la cour de Fontainebleau, marquée par une succession de plaisirs et de divertissements. Les activités varient selon les jours de la semaine et incluent des jeux, des concerts, des comédies françaises et italiennes, ainsi que des promenades et des chasses. Le 26 juin, le roi a observé un deuil pour la mort de la princesse douairière de Toscane. Il a également nommé le chevalier de Nicolaï à la tête du régiment de dragons, vacant après la démission de son frère aîné. Le 18 juin, un concert a présenté le prologue et le premier acte d'Amadis de Gaule. Le 20 juin, M. Destouches, sur-intendant de la musique du roi, a exécuté le prologue, le premier et le second acte du ballet des Éléments, sur ordre de la reine. Cette performance a été poursuivie le 25 juin. Les demoiselles Courvasier, Lenners et Barbier, ainsi que les sieurs d'Angerville et Saint-Guesdon, ont interprété divers rôles avec succès, suscitant la satisfaction de la reine. Le 27 juin, le prologue et le premier acte de l'opéra de Roland ont été chantés devant la reine. Les comédiens français ont joué plusieurs pièces à Fontainebleau, notamment la tragédie d'Amasis, la comédie de l'Étourdi, la tragédie d'Andromaque, la comédie des Fâcheux et le Dépit Amoureux. Les comédiens italiens ont présenté Démocrite, prétendu fou, suivie de la parodie de Lesbina et Dom Micco, ainsi que la tragicomédie de Samson. Le 25 juin, la lotterie de la Compagnie des Indes pour le remboursement des actions a été tirée. M. Bonnier de Lamosson a obtenu l'agrément du roi pour la charge de capitaine des chasses de la plaine de Saint-Denis et a tenu sa première audience le 8 juin. Des phénomènes météorologiques violents, incluant des tonnerres et des éclairs, ont causé des dommages à Bayeux et tué plusieurs personnes. À Liège, le couvent des Franciscains a été détruit par le tonnerre.
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24
p. 2822-2830
Poësies du P. Vaniere, Jesuite, &c. [titre d'après la table]
Début :
On ne sçauroit trop multiplier les bons Livres, Robert, Libraire à Toulouze, [...]
Mots clefs :
Chasse, Poules, Jeunesse, Inaction, Ménage des champs, Agriculture
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texteReconnaissance textuelle : Poësies du P. Vaniere, Jesuite, &c. [titre d'après la table]
On ne sçauroit trop multiplier les
bons Livres , Robert , Libraire à Toulouze,
a réimprimé les Poësies du R. P. Vaniere
Jesuite , sur l'Agriculture , et le Ménage
des Champs. Cette Edition surpasse de
beaucoup les précedentes , non- seulement
à cause de l'augmentation de deux Livres,
P'une sur les Maladies des Arbres , l'autre
sur les Abeilles , mais parce que l'Auteur
a retouché beaucoup d'endroits , et qu'il
a répandu d'ailleurs dans tout l'Ouvrage
des Digressions , qui en rendent la lectu
re plus agréable par la beauté et par la
varieté des images.
Les bornes qui nous resserrent , nous
permettent à peine d'indiquer quelques-
I. Fol. unes
DECEMBRE 1731. 2823
unes de ces agréables Additions. Dans la
Digression sur la maniere dont il faut se
loger à la Campagne , l'Auteur , après
avoir preferé l'ancienne mode à la nou
velle , qui est d'éclairer extrémement les
Bâtimens , conclud que les François sont
si fort tyrannisez par les modes que in
morem sit venerit , aurum argentumque levi
placeat mutare papyro , &c . ce que l'Histoire
ne confirmera que trop un jour.
Dans le second Livre , rempli d'excellens
préceptes et d'images brillantes , on
trouve un trait réjouissant sur les Paniers
des Dames , qu'un Vilageois obligé de
faire un voyage à la Ville , voit pour
premiere fois. On ne peut guere mieux
exprimer le ridicule de cette mode que
par ce trait,
Obstupet in primis cum spectat in urbe puellas ,
Purpureis grandes intexere vestibus orbes ,
Qualibus ille solet sua cingere dolia vinclis :
Occupat una vias , laxosque Canephora vicos ,
Vixque suas intrat foribus bipatentibus ædes ;
Protensis latè tunicis , inflantur ut Austro ,
Carbusa , cum plenis sulcat ratis æquora velis.
la
Une Nôce de Village , morceau travaillé
avec soin finit agreablement ce
Livre.
*
1. Vol.
F vj
Le
2824 MERCURE DE FRANCE
Le troisiéme contient une Digression
bien differente , et non moins artistement
maniée ; elle est sur la Peste de Marseille ,
dont le Poëte fait le triomphe de notre Religion
, qui seule peut apprendre aux hommes
à exposer leur vie pour sauver celle de
leur Prochain. Les Ministres du Seigneur
accourent en foule pour ce pieux sujet ,
jusqu'à traverser à la nâge un Fleuve ra
pide pour arriver plutôt à Marseille.
Iter per Alumina quærunt ,
Nec dubitant ( via quæ sibi visa brevissima }
vastos ,
Amnis inexpertinando perrumpere fluctus ,
Et duplici fortes animas committere fato.
Ce grand exemple de courage et de
charité fut donné par deux PP. Capucins.
Le P. Vaniere n'oublie pas le grand
mobile de l'oeuvre de Dieu dans Marseille
, durant tout le temps que dura
cette affreuse calamité , c'est- à - dire M. l'Evêque
, dont le nom seul sera toujours un
grand Eloge.
Fecerat hos animos vitæ qui Præsul et auri ,
Prodigus , assiduis animas et corpora curis ,
Sustinuit , mortem visus calcare metumque ,
latrepida vadens per strata cadavera passu .
I. Fol.. Less
1
"
(
DECEMBRE 1731. 2825
Les justes louanges dues en cette occasion
à M les Officiers des Galeres ne
sont pas non- plus omises. Ils ne convien
dront cependant pas eux-mêmes de tout
ce que l'enthousiasme poëtique fait dire
à notre Auteur de ces combats de Mer ,
ausquels ils se sont , dit-il , auparavant
trouvez , &c. On sçait que les Galéres
n'en ont point donné depuis près 'd'un ·
siecle , faure d'occasion , mais cela ne fair
aucun tort à leur veritable gloire sur le
sujet dont il s'agit ici ..
Necisque Ministram ,
Inter bella manum vitæ admovere tuendæ ;
Afflatam neque peste magis timuere , cruentam -
Quam prius horruerant media inter prælia mor-
Iem ..
Nous passons bien des choses agréables
et utiles , par la raison que nous
avons dite , pour ne point omettre quelques
endroits qui méritent d'être particu
lierement remarquez ; par exemple , dans
le dixiéme Livre le Poëte s'exprime ainsi
sur les Larmes de la Vigne , utiles pour :
le soulagement des douleurs de la Pierre,
et your faire passer l'yvresse .
Si largius olim ,
Hausta nocent quæ vina dabit , præsaga futuri , )
I. Vol. Pro
2826 MERCURE DE FRANCE
Providet auxilium succo lacrymosa salubri ,
Vulnus opemque ferens uno de stipite vitis.
Dans le XII . la peinture et tout ce qu'il
dit du Paon , a quelque chose qui frappe
et qui doit contenter les Connoisseurs les
plus difficiles.
En pictas ut in orbem gemineus alas ,
Explicat ; et caudæ longo quasi syrmate verrens,
Atria , gallinas inter gallumque minorem ,
Atque humiles inter capos , anatumque cohortem
Fluctivagam , cunctis mirantibus , altior unus ,
Ingreditur , plumisque tumens , cristâque su
perbus ,
Regia fastosa jactat diademata frontis.
Et un peu plus bas sur l'usage des Plu
mes de ce superbe Oyseau.
Pictæ det gemmea caudæ ,
Ornamenta Ducum Galeis , det et aurea Flabra
Queis molles animant Zephiros æstate Puellæ,
L'empressement qu'ont les meres ambitieuses
des jeunes Paons , de les produire
avant qu'elles ayent suffisamment couvé
tous les oeufs , donne ici lieu au P. Vaniere
de les comparer , avec son énergie
ordinaire , aux Poëtes trop avides de gloi-
> qui ne prennent pas assez de peine
I. Vol. • pous
DECEMBRE. 1731. 4 2827
pour rendre leurs Ouvrages finis et parfaits
, avant que de les exposer au grand
jour.
Ce qu'il a ajoûté dans le même Livre
au sujet des Poules , est également d'un
excellent Poëte et d'un bon Physicien .
Quoique les Poules se levent et se couchent
ordinairement avec le Soleil , l'Auteur
les a vûës se retirer à Midi pendant
l'Eclipse du mois de May 1715.
et sortir incessamment après que le Soleil'
eut reparû .
Obstupuere breues tenebras , er solis oborti ,
Præcipitem , Gallo non compellante, recursum
Le XIII. Livre destiné à chanter les Colombes
, a reçû aussi des changemens et des
Additions heureuses de la main de l'habile
Auteur. Par exemple , sur l'attachement
qu'ont les Pigeons pour leur ancienne
demeure , il n'a pas oublié l'avantage que
les Romains en tirerent pendant le Siege
de la Ville de Modene. Ils avoient transporté
au Camp des Pigeons de la Ville ,
et ils avoient envoyé au Gouverneur de
la Place des Pigeons de la Campagne
qu'on lâchoit de part et d'autre , quand
il y avoit quelque chose d'important à
faire sçavoir.
I. Vol
-
Ob
2828 MERCURE DE FRANCE
Obsessis tellure viis , it nuncia Coelo ,
Sub pennis nexas ultro citroque tabellas ;
Telorum secura ferens.
Notre Poëté a sans doute ignoré , car
il en auroit dit un mot , que la mêmé
chose se pratique encore tous les jours
entre nos Marchands François d'Alep ;
et leurs Correspondans d'Alexandrete ,
lesquels par le moyen des Pigeons , se
donnent réciproquement avis de l'arrivée
des Vaisseaux d'Europe , de leurs charges
mens, du prix courant des Marchandises ,
du passage des Caravannes et de tout ce
qui peut interesser leur Commerce."
Nous finirons par une Digression heu
reuse et des mieux travaillées , sur les Chasses
du Roi , ajoutée au seiziéme Livre .
Ce noble exercice donne à la Jeunesse
des avantages,sur lesquels le Poëte préludè
d'abord en ces termes :
Nobilium labor ille virum est, bellique cruenti ,
Dulce rudimentum : Juvenes exercita cursu ,
Corpora venando durant ad frigus et æstum ,
Corda sibi generosa parant, animamque capacem3.
Mortis et expertem media inter tela pavoris :
Exercent et ad arma manus ; astuque ferarum ,
At nemorum insidiis et bellica furte docentur , 1
Is Vol. HostilesDECEMBRE.
1731. 2825
Hostilesque dolos ; domitorum strage Luporum ,
Nobile Martis opus discunt ; et ab hoste tuentur ,
Defensos Apris à vastatoribus agros.
Il n'y a que la Chasse , ajoûte- t'il , qui
puisse disposer la Jeunesse aux penibles
travaux de la guerre , et suppléer à l'utilité
des Carousels et des autres exercices
depuis long- temps abandonnez , les .
quels fortifioient le corps en délassant
Besprit.
Fluxit in hos juvenum nunc mollis inertia mores
Ut nisi venandi studium firmaverit artus
Torpeat enervi cum corpore bellicus ardor :
Deservere pilam, simulacraque ludricæ pugnæ ,
Et celeres in equo cursus , &c....
Vestitu indulgent muliebrite , oraque fuco
Dedecorant , speculumque magis quàm ferrea
tractant
Tela manu : dant vel choreis vel amoribus unum ,
Dulcibus aut epulis ludum ; resolutaque luxu
Corpora militiæ tradunt ; nisi forte Dianæ .
Quam Veneri servire , ferisque nivosa sequendis,
Per loca maluerint acri praludere bello.
Pour remedier à l'inaction , source des
desordres du temps,que le Poëte vient de
remarquer ; un grand Roy , continuë- t'il ,
L.. Vol. yeut
2830 MERCURE DE FRANCE
veut tacher par son exemple d'inspirer
l'amour de la Chasse à la Noblesse Françoise
et empêcher par ce laborieux exercice
qu'une longue Paix n'énerve enfin
son courage.
Exemplo mores et tempora Princeps
Emendare volens , ubi magna negotia Regni
Explicuit ; vacuas rerum venatibus horas
Dans Lodoix , bellum Gallos desuescere longâ ,
Pace vetat : juvenum ftoremper acerba Locorum
Indefessus agit vaga post vestigia cervi :
Et soles hyememque pati , Martisque labores
Ferre docet,presensque levat : duce Principe sudor
Erroresque placent ; neque jam palatia curant ,
Cum populi Lodoix amor inde recedit , et
Aulæ
Delicias secum montes transmutat in altos,
bons Livres , Robert , Libraire à Toulouze,
a réimprimé les Poësies du R. P. Vaniere
Jesuite , sur l'Agriculture , et le Ménage
des Champs. Cette Edition surpasse de
beaucoup les précedentes , non- seulement
à cause de l'augmentation de deux Livres,
P'une sur les Maladies des Arbres , l'autre
sur les Abeilles , mais parce que l'Auteur
a retouché beaucoup d'endroits , et qu'il
a répandu d'ailleurs dans tout l'Ouvrage
des Digressions , qui en rendent la lectu
re plus agréable par la beauté et par la
varieté des images.
Les bornes qui nous resserrent , nous
permettent à peine d'indiquer quelques-
I. Fol. unes
DECEMBRE 1731. 2823
unes de ces agréables Additions. Dans la
Digression sur la maniere dont il faut se
loger à la Campagne , l'Auteur , après
avoir preferé l'ancienne mode à la nou
velle , qui est d'éclairer extrémement les
Bâtimens , conclud que les François sont
si fort tyrannisez par les modes que in
morem sit venerit , aurum argentumque levi
placeat mutare papyro , &c . ce que l'Histoire
ne confirmera que trop un jour.
Dans le second Livre , rempli d'excellens
préceptes et d'images brillantes , on
trouve un trait réjouissant sur les Paniers
des Dames , qu'un Vilageois obligé de
faire un voyage à la Ville , voit pour
premiere fois. On ne peut guere mieux
exprimer le ridicule de cette mode que
par ce trait,
Obstupet in primis cum spectat in urbe puellas ,
Purpureis grandes intexere vestibus orbes ,
Qualibus ille solet sua cingere dolia vinclis :
Occupat una vias , laxosque Canephora vicos ,
Vixque suas intrat foribus bipatentibus ædes ;
Protensis latè tunicis , inflantur ut Austro ,
Carbusa , cum plenis sulcat ratis æquora velis.
la
Une Nôce de Village , morceau travaillé
avec soin finit agreablement ce
Livre.
*
1. Vol.
F vj
Le
2824 MERCURE DE FRANCE
Le troisiéme contient une Digression
bien differente , et non moins artistement
maniée ; elle est sur la Peste de Marseille ,
dont le Poëte fait le triomphe de notre Religion
, qui seule peut apprendre aux hommes
à exposer leur vie pour sauver celle de
leur Prochain. Les Ministres du Seigneur
accourent en foule pour ce pieux sujet ,
jusqu'à traverser à la nâge un Fleuve ra
pide pour arriver plutôt à Marseille.
Iter per Alumina quærunt ,
Nec dubitant ( via quæ sibi visa brevissima }
vastos ,
Amnis inexpertinando perrumpere fluctus ,
Et duplici fortes animas committere fato.
Ce grand exemple de courage et de
charité fut donné par deux PP. Capucins.
Le P. Vaniere n'oublie pas le grand
mobile de l'oeuvre de Dieu dans Marseille
, durant tout le temps que dura
cette affreuse calamité , c'est- à - dire M. l'Evêque
, dont le nom seul sera toujours un
grand Eloge.
Fecerat hos animos vitæ qui Præsul et auri ,
Prodigus , assiduis animas et corpora curis ,
Sustinuit , mortem visus calcare metumque ,
latrepida vadens per strata cadavera passu .
I. Fol.. Less
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(
DECEMBRE 1731. 2825
Les justes louanges dues en cette occasion
à M les Officiers des Galeres ne
sont pas non- plus omises. Ils ne convien
dront cependant pas eux-mêmes de tout
ce que l'enthousiasme poëtique fait dire
à notre Auteur de ces combats de Mer ,
ausquels ils se sont , dit-il , auparavant
trouvez , &c. On sçait que les Galéres
n'en ont point donné depuis près 'd'un ·
siecle , faure d'occasion , mais cela ne fair
aucun tort à leur veritable gloire sur le
sujet dont il s'agit ici ..
Necisque Ministram ,
Inter bella manum vitæ admovere tuendæ ;
Afflatam neque peste magis timuere , cruentam -
Quam prius horruerant media inter prælia mor-
Iem ..
Nous passons bien des choses agréables
et utiles , par la raison que nous
avons dite , pour ne point omettre quelques
endroits qui méritent d'être particu
lierement remarquez ; par exemple , dans
le dixiéme Livre le Poëte s'exprime ainsi
sur les Larmes de la Vigne , utiles pour :
le soulagement des douleurs de la Pierre,
et your faire passer l'yvresse .
Si largius olim ,
Hausta nocent quæ vina dabit , præsaga futuri , )
I. Vol. Pro
2826 MERCURE DE FRANCE
Providet auxilium succo lacrymosa salubri ,
Vulnus opemque ferens uno de stipite vitis.
Dans le XII . la peinture et tout ce qu'il
dit du Paon , a quelque chose qui frappe
et qui doit contenter les Connoisseurs les
plus difficiles.
En pictas ut in orbem gemineus alas ,
Explicat ; et caudæ longo quasi syrmate verrens,
Atria , gallinas inter gallumque minorem ,
Atque humiles inter capos , anatumque cohortem
Fluctivagam , cunctis mirantibus , altior unus ,
Ingreditur , plumisque tumens , cristâque su
perbus ,
Regia fastosa jactat diademata frontis.
Et un peu plus bas sur l'usage des Plu
mes de ce superbe Oyseau.
Pictæ det gemmea caudæ ,
Ornamenta Ducum Galeis , det et aurea Flabra
Queis molles animant Zephiros æstate Puellæ,
L'empressement qu'ont les meres ambitieuses
des jeunes Paons , de les produire
avant qu'elles ayent suffisamment couvé
tous les oeufs , donne ici lieu au P. Vaniere
de les comparer , avec son énergie
ordinaire , aux Poëtes trop avides de gloi-
> qui ne prennent pas assez de peine
I. Vol. • pous
DECEMBRE. 1731. 4 2827
pour rendre leurs Ouvrages finis et parfaits
, avant que de les exposer au grand
jour.
Ce qu'il a ajoûté dans le même Livre
au sujet des Poules , est également d'un
excellent Poëte et d'un bon Physicien .
Quoique les Poules se levent et se couchent
ordinairement avec le Soleil , l'Auteur
les a vûës se retirer à Midi pendant
l'Eclipse du mois de May 1715.
et sortir incessamment après que le Soleil'
eut reparû .
Obstupuere breues tenebras , er solis oborti ,
Præcipitem , Gallo non compellante, recursum
Le XIII. Livre destiné à chanter les Colombes
, a reçû aussi des changemens et des
Additions heureuses de la main de l'habile
Auteur. Par exemple , sur l'attachement
qu'ont les Pigeons pour leur ancienne
demeure , il n'a pas oublié l'avantage que
les Romains en tirerent pendant le Siege
de la Ville de Modene. Ils avoient transporté
au Camp des Pigeons de la Ville ,
et ils avoient envoyé au Gouverneur de
la Place des Pigeons de la Campagne
qu'on lâchoit de part et d'autre , quand
il y avoit quelque chose d'important à
faire sçavoir.
I. Vol
-
Ob
2828 MERCURE DE FRANCE
Obsessis tellure viis , it nuncia Coelo ,
Sub pennis nexas ultro citroque tabellas ;
Telorum secura ferens.
Notre Poëté a sans doute ignoré , car
il en auroit dit un mot , que la mêmé
chose se pratique encore tous les jours
entre nos Marchands François d'Alep ;
et leurs Correspondans d'Alexandrete ,
lesquels par le moyen des Pigeons , se
donnent réciproquement avis de l'arrivée
des Vaisseaux d'Europe , de leurs charges
mens, du prix courant des Marchandises ,
du passage des Caravannes et de tout ce
qui peut interesser leur Commerce."
Nous finirons par une Digression heu
reuse et des mieux travaillées , sur les Chasses
du Roi , ajoutée au seiziéme Livre .
Ce noble exercice donne à la Jeunesse
des avantages,sur lesquels le Poëte préludè
d'abord en ces termes :
Nobilium labor ille virum est, bellique cruenti ,
Dulce rudimentum : Juvenes exercita cursu ,
Corpora venando durant ad frigus et æstum ,
Corda sibi generosa parant, animamque capacem3.
Mortis et expertem media inter tela pavoris :
Exercent et ad arma manus ; astuque ferarum ,
At nemorum insidiis et bellica furte docentur , 1
Is Vol. HostilesDECEMBRE.
1731. 2825
Hostilesque dolos ; domitorum strage Luporum ,
Nobile Martis opus discunt ; et ab hoste tuentur ,
Defensos Apris à vastatoribus agros.
Il n'y a que la Chasse , ajoûte- t'il , qui
puisse disposer la Jeunesse aux penibles
travaux de la guerre , et suppléer à l'utilité
des Carousels et des autres exercices
depuis long- temps abandonnez , les .
quels fortifioient le corps en délassant
Besprit.
Fluxit in hos juvenum nunc mollis inertia mores
Ut nisi venandi studium firmaverit artus
Torpeat enervi cum corpore bellicus ardor :
Deservere pilam, simulacraque ludricæ pugnæ ,
Et celeres in equo cursus , &c....
Vestitu indulgent muliebrite , oraque fuco
Dedecorant , speculumque magis quàm ferrea
tractant
Tela manu : dant vel choreis vel amoribus unum ,
Dulcibus aut epulis ludum ; resolutaque luxu
Corpora militiæ tradunt ; nisi forte Dianæ .
Quam Veneri servire , ferisque nivosa sequendis,
Per loca maluerint acri praludere bello.
Pour remedier à l'inaction , source des
desordres du temps,que le Poëte vient de
remarquer ; un grand Roy , continuë- t'il ,
L.. Vol. yeut
2830 MERCURE DE FRANCE
veut tacher par son exemple d'inspirer
l'amour de la Chasse à la Noblesse Françoise
et empêcher par ce laborieux exercice
qu'une longue Paix n'énerve enfin
son courage.
Exemplo mores et tempora Princeps
Emendare volens , ubi magna negotia Regni
Explicuit ; vacuas rerum venatibus horas
Dans Lodoix , bellum Gallos desuescere longâ ,
Pace vetat : juvenum ftoremper acerba Locorum
Indefessus agit vaga post vestigia cervi :
Et soles hyememque pati , Martisque labores
Ferre docet,presensque levat : duce Principe sudor
Erroresque placent ; neque jam palatia curant ,
Cum populi Lodoix amor inde recedit , et
Aulæ
Delicias secum montes transmutat in altos,
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Résumé : Poësies du P. Vaniere, Jesuite, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente une réimpression des 'Poësies' du Père Vaniere, jésuite, spécialisées dans l'agriculture et le ménage des champs. Cette édition, réalisée par Robert, libraire à Toulouse, est enrichie par l'ajout de deux nouveaux livres : l'un sur les maladies des arbres et l'autre sur les abeilles. De plus, l'auteur a apporté des retouches et des digressions qui enrichissent le contenu original. Parmi les digressions notables, l'auteur critique les nouvelles modes d'éclairage des bâtiments, comparant les changements fréquents des modes françaises aux changements de papyrus. Dans le second livre, une description humoristique des paniers des dames est mise en avant. Le troisième livre contient une digression sur la peste de Marseille, soulignant le courage et la charité des ministres du Seigneur, notamment deux pères capucins et l'évêque de Marseille. Le texte mentionne également des louanges pour les officiers des galères, bien que leur rôle dans les combats de mer soit discuté. D'autres digressions traitent des larmes de la vigne, utiles pour soulager les douleurs de la pierre, et des caractéristiques du paon. Le treizième livre, dédié aux colombes, inclut des anecdotes historiques sur l'utilisation des pigeons pour la communication. Enfin, une digression sur les chasses du roi est ajoutée au seizième livre. Cette digression souligne les avantages de cet exercice pour la jeunesse et son utilité pour préparer à la guerre. Le roi est présenté comme un modèle pour inspirer la noblesse française à pratiquer la chasse et à maintenir leur courage.
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25
p. 489-494
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Châlons en Champagne, au mois de Decembre 1732. dans laquelle il est parlé des Ouvrages de differens Peintres renommez.
Début :
Je n'ai pas de meilleur moïen pour prévenir les accès de l'ennui que de [...]
Mots clefs :
Châlons-en-Champagne, Plaisir, Esprit, Ouvrages, Chasse, Peintres
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Châlons en Champagne, au mois de Decembre 1732. dans laquelle il est parlé des Ouvrages de differens Peintres renommez.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Chálons
en Champagne , au mois de Decembre
1732. dans laquelle il est parlé des
Ouvrages de differens Peintres renammez.
E n'ai pas de meilleur moïen pour
prévenir les accès de l'ennui que de
me rappeller ces beaux jours dont nous
avons passé ensemble la plus grande
partie. Je me transporte en esprit auprès
de vous . Il me semble que nous allons encore
, avec M. le Chevalier Dorigny, voir
le riche Cabinet de M. de Julienne aux
Gobelins. L'esprit également rempli des
idées riantes , que nous ont données les
Ouvrages de Katean, et de celles lais
J ledeche de
que
D v sept
490 MERCURE DE FRANCE
•
sent les manieres gracieuses de l'illustre
Curieux qui travaille avec tant de succès
à l'immortaliser ; nous courons chercher
de nouveaux plaisirs chez M. d'Argenville.
Il nous ouvre le Porte - feü: lle qui
contient un grand nombre de desseins
Originaux des meilleurs Maîtres des
Païs bas. Alors je ne me crois plus renfermé
dans l'enceinte de son appartement.
Je me promene avec vous dans les agréa
bles Païsages de Brugbel. Herman Svavenwelt
nous conduit auprès des Ruines
et des Solitudes des environs de Rome ,
dans lesquelles il se retiroit pour étudier
plus tranquillement la nature. Fosse de
Mompré nous égare quelquefois dans de
vastes Déserts , er du Sommet d'un Montagne
escarpée , où son génie nous transport
, il nous fait découvrir une prodigieuse
étendue de Païs . Ici nous voïons
des Vallées profondes ; là des Forêts de
Chênes et de Sapins , qui les couvrent de
leur ombre ; un amas de Cabannes nous
présente un peu plus loin l'Image de la
retraite de l'Innocence .
ť
A quelque distance s'éleve un Château
, dont les Jardins délicieux s'étendent
jusqu'aux bords d'un Fleuve , qui
serpente en formant plusieurs Isles . Ne
diroit- on pas que ses Eaux portent l'abonMAR
S. 1733 . 491
bondance dans les Campagnes qu'il ar-
Fose , et qu'elles facilitent le commerce
d'un nombre de Villes et de Bourgades
qui se perdent dans l'éloignement ? A
peine sommes - nous descendus de la Mon
tagne de Mompré , que Bloemaert nous
invite à nous reposer avec ses Bergers.
Appuyez contre le Tronc noüeux d'un
vieux Chesne , nous les considerons quel
que- temps ; leur simplicité , leur candeur
nous disposent à trouver du plaisir dans
une Chaumine enfumée , dans laquelle
Rinbrant nous conduit.
Après que nous avons raisonné sur la
Phisionomie d'un vieux Pere de famille
qui fixe Pattention de son Epouse et de
ses Enfans , par la lecture qu'il leur fait ,
à la clarté d'une Lampe. D. Teniers , nous
tire de ce réduit , pour nous donner le
Spectacle d'une . Fête de Village, Pierre
de Laert , Brauver et Van Ostade , nous
font entrer au Cabaret : par bonheur malgré
ce qu'ils nous y montrent de divertissant
nous n'aimons pas à y rester autant
qu'eux ; nous sortons pour prendre
dans les Champs un plaisir plus digne de
nous. Bergheim nous le Procure ; nous
entendons le Bêlement de ses Brebis , et le
Mugissement de ses Boeufs , auprès d'une
Cascade qui se précipite à travers des Ro
Dvj chers
492 MERCURE DE FRANCE
chers qui ne paroissent accessibles qu'aux
Chévres qui vont y dépouiller les Buissons.
Cette vûë nous porte à d'agréables réveries
; mais tout à'coup nous voïons accourir
une troupe de Dames et de Cavaliers
, montez sur les plus beaux Chevaux
de l'Ecurie de Vanverman. Ils reviennent
ensemble de la Chasse ; nous
nous en appercevons aux Veneurs , aux
Fauconniers , aux Chiens , aux Оyseaux
de Proye , aux Valets chargez de Gibier ,
qui les suivent. Les Païsans sortent de
feurs Maisons pour admirer leur Equipage
leste et galant ; d'un côté les Meres
font remarquer à leurs Enfans la grosseur
énorme du Sanglier qui vient d'être
pris ; et d'un autre elles retirent avec
précipitation ceux qu'une curiosité témeraire
expose trop à la vivacité des
Chevaux .
Que dirai - je du Regal dont nous sommes
redevables aux attentions de Jean
Bol? Rien ne lui a échappé dans la nature
de tout ce qui pouvoit nous réjouir
la Chasse , la Pêche , les Occupations
, les Amusemens de la Campagne ,
les Oyseaux , les Animaux , les Poissons ,
les Insectes , les Reptiles , les Fleurs , les
Fruits , les Plantes et les Coquillages
pous
MAR S. 1733-
493
nous sont offerts dans le petit espace de
son Domaine. Enfin Corneille Poclenbourg
permet à Diane et à ses Nimphes de se
baigner devant nous , et Rotenhamer n'a
pas moins de complaisance.
Voilà , Monsieur , les douces illusions
que je ne cesse d'entretenir ; voilà les temedes
les plus efficaces que j'employe
pour détourner la mélancolie , qui pourroit
répandre sur mon esprit autant de
nuages que la triste saison de l'Hyver répand
autour de moi de Brouillars et de
Frimats. C'est ainsi que j'écarte l'ennui
de ma solitude je suis aidé par quelques:
Estampes que je viens de recevoir d'Allemagne
, le dessein et la gravure ne les
rendent pas recommandables . Qu'importe
? Elles m'ainusent par la variété des objets
qu'elles représentent , et, mon imagination
prend plaisir à finir ce qu'ellės:
n'ont fait qu'ébaucher ; je m'y promene
dans de vastes Jardins sans me lasser, j'en
parcours les Labyrintes sans m'égarer , je
m'y retire dans des Grottes dont je ne
crains pas que l'humidité m'incommode
; j'y vois de près les Ours et les Sangliers
sans redouter ni les Grifes des uns ,
ni les Deffenses meutrieres des autres; j'y
partage les travaux des Païsans de Souabe
sans me fatiguer , et leurs divertissemens
Sans
494 MERCURE
DE FRANCE
sans me compromettre
; enfin il me sems
ble ( n'est- ce pas ce que l'on peut penser
de plus flateur ? ) que je fais l'amour aux
plus jolies Bergeres sans avoir rien à
craindre , ni de la satire des envieux , ni
de la persécution des jaloux.
en Champagne , au mois de Decembre
1732. dans laquelle il est parlé des
Ouvrages de differens Peintres renammez.
E n'ai pas de meilleur moïen pour
prévenir les accès de l'ennui que de
me rappeller ces beaux jours dont nous
avons passé ensemble la plus grande
partie. Je me transporte en esprit auprès
de vous . Il me semble que nous allons encore
, avec M. le Chevalier Dorigny, voir
le riche Cabinet de M. de Julienne aux
Gobelins. L'esprit également rempli des
idées riantes , que nous ont données les
Ouvrages de Katean, et de celles lais
J ledeche de
que
D v sept
490 MERCURE DE FRANCE
•
sent les manieres gracieuses de l'illustre
Curieux qui travaille avec tant de succès
à l'immortaliser ; nous courons chercher
de nouveaux plaisirs chez M. d'Argenville.
Il nous ouvre le Porte - feü: lle qui
contient un grand nombre de desseins
Originaux des meilleurs Maîtres des
Païs bas. Alors je ne me crois plus renfermé
dans l'enceinte de son appartement.
Je me promene avec vous dans les agréa
bles Païsages de Brugbel. Herman Svavenwelt
nous conduit auprès des Ruines
et des Solitudes des environs de Rome ,
dans lesquelles il se retiroit pour étudier
plus tranquillement la nature. Fosse de
Mompré nous égare quelquefois dans de
vastes Déserts , er du Sommet d'un Montagne
escarpée , où son génie nous transport
, il nous fait découvrir une prodigieuse
étendue de Païs . Ici nous voïons
des Vallées profondes ; là des Forêts de
Chênes et de Sapins , qui les couvrent de
leur ombre ; un amas de Cabannes nous
présente un peu plus loin l'Image de la
retraite de l'Innocence .
ť
A quelque distance s'éleve un Château
, dont les Jardins délicieux s'étendent
jusqu'aux bords d'un Fleuve , qui
serpente en formant plusieurs Isles . Ne
diroit- on pas que ses Eaux portent l'abonMAR
S. 1733 . 491
bondance dans les Campagnes qu'il ar-
Fose , et qu'elles facilitent le commerce
d'un nombre de Villes et de Bourgades
qui se perdent dans l'éloignement ? A
peine sommes - nous descendus de la Mon
tagne de Mompré , que Bloemaert nous
invite à nous reposer avec ses Bergers.
Appuyez contre le Tronc noüeux d'un
vieux Chesne , nous les considerons quel
que- temps ; leur simplicité , leur candeur
nous disposent à trouver du plaisir dans
une Chaumine enfumée , dans laquelle
Rinbrant nous conduit.
Après que nous avons raisonné sur la
Phisionomie d'un vieux Pere de famille
qui fixe Pattention de son Epouse et de
ses Enfans , par la lecture qu'il leur fait ,
à la clarté d'une Lampe. D. Teniers , nous
tire de ce réduit , pour nous donner le
Spectacle d'une . Fête de Village, Pierre
de Laert , Brauver et Van Ostade , nous
font entrer au Cabaret : par bonheur malgré
ce qu'ils nous y montrent de divertissant
nous n'aimons pas à y rester autant
qu'eux ; nous sortons pour prendre
dans les Champs un plaisir plus digne de
nous. Bergheim nous le Procure ; nous
entendons le Bêlement de ses Brebis , et le
Mugissement de ses Boeufs , auprès d'une
Cascade qui se précipite à travers des Ro
Dvj chers
492 MERCURE DE FRANCE
chers qui ne paroissent accessibles qu'aux
Chévres qui vont y dépouiller les Buissons.
Cette vûë nous porte à d'agréables réveries
; mais tout à'coup nous voïons accourir
une troupe de Dames et de Cavaliers
, montez sur les plus beaux Chevaux
de l'Ecurie de Vanverman. Ils reviennent
ensemble de la Chasse ; nous
nous en appercevons aux Veneurs , aux
Fauconniers , aux Chiens , aux Оyseaux
de Proye , aux Valets chargez de Gibier ,
qui les suivent. Les Païsans sortent de
feurs Maisons pour admirer leur Equipage
leste et galant ; d'un côté les Meres
font remarquer à leurs Enfans la grosseur
énorme du Sanglier qui vient d'être
pris ; et d'un autre elles retirent avec
précipitation ceux qu'une curiosité témeraire
expose trop à la vivacité des
Chevaux .
Que dirai - je du Regal dont nous sommes
redevables aux attentions de Jean
Bol? Rien ne lui a échappé dans la nature
de tout ce qui pouvoit nous réjouir
la Chasse , la Pêche , les Occupations
, les Amusemens de la Campagne ,
les Oyseaux , les Animaux , les Poissons ,
les Insectes , les Reptiles , les Fleurs , les
Fruits , les Plantes et les Coquillages
pous
MAR S. 1733-
493
nous sont offerts dans le petit espace de
son Domaine. Enfin Corneille Poclenbourg
permet à Diane et à ses Nimphes de se
baigner devant nous , et Rotenhamer n'a
pas moins de complaisance.
Voilà , Monsieur , les douces illusions
que je ne cesse d'entretenir ; voilà les temedes
les plus efficaces que j'employe
pour détourner la mélancolie , qui pourroit
répandre sur mon esprit autant de
nuages que la triste saison de l'Hyver répand
autour de moi de Brouillars et de
Frimats. C'est ainsi que j'écarte l'ennui
de ma solitude je suis aidé par quelques:
Estampes que je viens de recevoir d'Allemagne
, le dessein et la gravure ne les
rendent pas recommandables . Qu'importe
? Elles m'ainusent par la variété des objets
qu'elles représentent , et, mon imagination
prend plaisir à finir ce qu'ellės:
n'ont fait qu'ébaucher ; je m'y promene
dans de vastes Jardins sans me lasser, j'en
parcours les Labyrintes sans m'égarer , je
m'y retire dans des Grottes dont je ne
crains pas que l'humidité m'incommode
; j'y vois de près les Ours et les Sangliers
sans redouter ni les Grifes des uns ,
ni les Deffenses meutrieres des autres; j'y
partage les travaux des Païsans de Souabe
sans me fatiguer , et leurs divertissemens
Sans
494 MERCURE
DE FRANCE
sans me compromettre
; enfin il me sems
ble ( n'est- ce pas ce que l'on peut penser
de plus flateur ? ) que je fais l'amour aux
plus jolies Bergeres sans avoir rien à
craindre , ni de la satire des envieux , ni
de la persécution des jaloux.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Châlons en Champagne, au mois de Decembre 1732. dans laquelle il est parlé des Ouvrages de differens Peintres renommez.
En décembre 1732, à Châlons en Champagne, une lettre évoque les souvenirs agréables partagés entre l'auteur et un ami. Ils se remémorent la visite du riche cabinet de M. de Julienne aux Gobelins, où ils ont admiré les œuvres de peintres tels que Katean et Le Deche de Septembre. Par la suite, ils se rendent chez M. d'Argenville pour contempler des dessins originaux des maîtres des Pays-Bas. La lettre décrit ensuite des promenades imaginaires à travers divers paysages et œuvres d'art. Ils se promènent dans les paysages de Brughel, explorent les ruines romaines de Herman Svavenwelt, et traversent les vastes déserts de Fosse de Mompré. Ils visitent également des scènes pastorales de Bloemaert, des intérieurs de Rembrandt, et des fêtes de village de David Teniers. La lettre se conclut par des scènes de chasse et des paysages campagnards, illustrant comment l'auteur utilise son imagination pour échapper à l'ennui et à la mélancolie hivernale.
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26
p. 992-993
Autres d'après Wauvermans, [titre d'après la table]
Début :
PHILIPPE WAUVERMANS, Peintre Hollandois, en petites Figures, grand Paysagiste, qui a excellé [...]
Mots clefs :
Philips Wouwerman, Cabinet, Chasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres d'après Wauvermans, [titre d'après la table]
PHILIPPE WAUVERMANS , Peintre Hollandois ,
en petites Figures , grand Paysagiste , qui a excellé
pour les Batailles , les Chasses , les Animaux
et sur tout pour les Chevaux , sembloit avoir été
negligé par les Graveurs de notre siecle , de quoi il
y a lieu de s'étonner ; car peu de Tableaux de
Chevalet des meilleurs Maîtres sont si bien
composez , si agréables , si estimez et si chéris
parr les Curieux .
>
Il paroît depuis peu six belles Estampes d'après
Wauvermans , gravées par le sieur Moyreau, et
qui ont un fort grand débit chez lui où elles se
vendent , rue Galande , vis - à - vis la Chapelle de
saint Blaise.
Le principal Morceau et une GRANDI
CHASSE A L'OISEAU , riche et abondante Composition
d'après le Tableau original du fameux
Cabinet de la Comtesse de Verrue , de 42. pouces
de large sur 28. pouces de haut.
D'EPART POUR LA CHASSE , d'après l'Original
du Cabinet de M. Crosat , 30 pouces de
large sur 14. et demi de haut.
R
" M A Y.
993 1733.
RETOUR DE CHASSE ET CURE'E , du Cabinet
de Monseigneur le Duc d'Orleans , 24.
pouces de large , sur 18 .
ABREVOIR , du Cabinet de la Comtesse de
Verrue , mêmes dimentions.
CHASSE AUX CANARDS , du Cabinet de
M. Crosat , 15. pouces de haut , sur 12 .
LA MARCHANDE DE MARE'E ; du même
Cabinet et mêmes dimentions.
en petites Figures , grand Paysagiste , qui a excellé
pour les Batailles , les Chasses , les Animaux
et sur tout pour les Chevaux , sembloit avoir été
negligé par les Graveurs de notre siecle , de quoi il
y a lieu de s'étonner ; car peu de Tableaux de
Chevalet des meilleurs Maîtres sont si bien
composez , si agréables , si estimez et si chéris
parr les Curieux .
>
Il paroît depuis peu six belles Estampes d'après
Wauvermans , gravées par le sieur Moyreau, et
qui ont un fort grand débit chez lui où elles se
vendent , rue Galande , vis - à - vis la Chapelle de
saint Blaise.
Le principal Morceau et une GRANDI
CHASSE A L'OISEAU , riche et abondante Composition
d'après le Tableau original du fameux
Cabinet de la Comtesse de Verrue , de 42. pouces
de large sur 28. pouces de haut.
D'EPART POUR LA CHASSE , d'après l'Original
du Cabinet de M. Crosat , 30 pouces de
large sur 14. et demi de haut.
R
" M A Y.
993 1733.
RETOUR DE CHASSE ET CURE'E , du Cabinet
de Monseigneur le Duc d'Orleans , 24.
pouces de large , sur 18 .
ABREVOIR , du Cabinet de la Comtesse de
Verrue , mêmes dimentions.
CHASSE AUX CANARDS , du Cabinet de
M. Crosat , 15. pouces de haut , sur 12 .
LA MARCHANDE DE MARE'E ; du même
Cabinet et mêmes dimentions.
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Résumé : Autres d'après Wauvermans, [titre d'après la table]
Philippe Wauvermans est un peintre hollandais célèbre pour ses petites figures, ses paysages et ses scènes de batailles, de chasses et d'animaux, notamment les chevaux. Ses œuvres sont bien composées, agréables et appréciées des amateurs d'art. Cependant, il a été peu représenté par les graveurs de son époque. Récemment, six estampes d'après Wauvermans ont été gravées par le sieur Moyreau. Ces estampes sont très populaires et se vendent bien chez Moyreau, rue Galande, en face de la Chapelle de saint Blaise. Parmi les œuvres gravées, on trouve 'Grand Chasse à l'oiseau' d'après un tableau du cabinet de la Comtesse de Verrue, mesurant 42 pouces de large sur 28 pouces de haut. D'autres œuvres notables incluent 'Départ pour la chasse' du cabinet de M. Crosat, 'Retour de chasse et cure' du cabinet du Duc d'Orléans, 'Abrevoir' du cabinet de la Comtesse de Verrue, 'Chasse aux canards' et 'La marchande de marée' du cabinet de M. Crosat.
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27
p. 2266
GRANDE BRETAGNE.
Début :
On écrit de Londres, que sur la fin du mois dernier, un Cerf que Leurs Majestez chassoient, [...]
Mots clefs :
Cerf, Chasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
N écrit de Londres , que sur la fin du mois -
dernier , un Cerf que Leurs Majestez chassoient
, étant entré dans un Champ, auquel on ne
pouvoit arriver que par un passage fort étroit,
le Proprietaire ferma ce passage avec une chaîne,
et: déclara qu'il ne souffriroit point que les
Chasseurs suivissent le Cerf , à moins qu'on ne
le dédommageât du dégât qu'ils feroient sur sa
terre ; quelques jeunes Seigneurs , qui étoient à
la suite du Roy , voulurent passer malgré l'oppofition
du Paysan , mais le Roy le leur déf
fendit , et fit donner plusieurs guinées à cet hommes
qui moyennant ce présent , consentit qu'on
ôtât cette chaîne..
Le Chevalier Ossorio , Envoyé extraordinaire
du Roy de Sardaigne , a ed depuis peu une Audience
particuliere du Roy , à qui il donna part
2
du Traité d'alliance conclu entre le Roy de Franca
et le Roy son Maître.
N écrit de Londres , que sur la fin du mois -
dernier , un Cerf que Leurs Majestez chassoient
, étant entré dans un Champ, auquel on ne
pouvoit arriver que par un passage fort étroit,
le Proprietaire ferma ce passage avec une chaîne,
et: déclara qu'il ne souffriroit point que les
Chasseurs suivissent le Cerf , à moins qu'on ne
le dédommageât du dégât qu'ils feroient sur sa
terre ; quelques jeunes Seigneurs , qui étoient à
la suite du Roy , voulurent passer malgré l'oppofition
du Paysan , mais le Roy le leur déf
fendit , et fit donner plusieurs guinées à cet hommes
qui moyennant ce présent , consentit qu'on
ôtât cette chaîne..
Le Chevalier Ossorio , Envoyé extraordinaire
du Roy de Sardaigne , a ed depuis peu une Audience
particuliere du Roy , à qui il donna part
2
du Traité d'alliance conclu entre le Roy de Franca
et le Roy son Maître.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En Grande-Bretagne, un cerf chassé par le roi s'est réfugié dans un champ privé. Le propriétaire a bloqué l'accès et exigé une compensation. Le roi a offert plusieurs guinées pour retirer la chaîne. Par ailleurs, le Chevalier Ossorio a informé le roi de Grande-Bretagne d'un traité d'alliance entre la France et la Sardaigne.
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28
p. 2868-2869
« Jean Dessaint, Libraire à Paris, va débiter un Ouvrage qui paroît mériter l'attention [...] »
Début :
Jean Dessaint, Libraire à Paris, va débiter un Ouvrage qui paroît mériter l'attention [...]
Mots clefs :
Basse, Poème, Musique, Éloges, Chasse, Oraisons funèbres, Poésies spirituelles et morales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Jean Dessaint, Libraire à Paris, va débiter un Ouvrage qui paroît mériter l'attention [...] »
Jean Dessaint , Libraire à Paris , va débiter
un Ouvrage qui paroît mériter l'at
tention des Curieux . C'est un Poëme sur
la Musique , et un autre sur la Chasse.
Une partie du premier Poëme a déja paru
à Lyon et en Hollande , et a reçu des
II.Vol.
éloges
DECEMBRE. 1733. 2869
éloges tres flateurs pour l'Auteur. Nous
ne doutons pas que ce que l'on donne de
nouveau ne soit favorablement
accueilli
par le Public. On n'a rien négligé du côté
de l'exécution
pour flater agréablement
les yeux . On y trouvera plusieurs Estampes
dessinées par Mrs de Troyes et Oudry
et gravées par M. Debats.Le Papier d'ailleurs
, le Caractere et l'Impression
vont
de pair avec ce que nous avons de mieux
en ce genre.
Le même Libraire débite une nouvelle
Edition de ce que nous avons de meilleur
en Oraisons Funebres ; c'est- à - dire
celles de Mrs Bossuet , Fléchier et Mascaron
, en 3 vol. in 12. avec le Portrait de
ces deux derniers , gravé par Edelinck. Le
prix de chaque vol . de ces Oraisons Funebres
est de 2 liv . 1o f. relié.
2
›
NOUVELLES POESIES SPIRITUELLES ct
Morales sur les plus beaux Airs de la
Musique Françoise et Italienne , avec la
Basse . A Paris , chez P. N. Lottin rue
S. Jacques 1733. in 4 en large de 44 pages
et 12 pages pour les Fables sur de
petits Airs et sur des Vaudevilles choisis ,
avec la Basse et une Basse en musette ,
prix 3 livres .
un Ouvrage qui paroît mériter l'at
tention des Curieux . C'est un Poëme sur
la Musique , et un autre sur la Chasse.
Une partie du premier Poëme a déja paru
à Lyon et en Hollande , et a reçu des
II.Vol.
éloges
DECEMBRE. 1733. 2869
éloges tres flateurs pour l'Auteur. Nous
ne doutons pas que ce que l'on donne de
nouveau ne soit favorablement
accueilli
par le Public. On n'a rien négligé du côté
de l'exécution
pour flater agréablement
les yeux . On y trouvera plusieurs Estampes
dessinées par Mrs de Troyes et Oudry
et gravées par M. Debats.Le Papier d'ailleurs
, le Caractere et l'Impression
vont
de pair avec ce que nous avons de mieux
en ce genre.
Le même Libraire débite une nouvelle
Edition de ce que nous avons de meilleur
en Oraisons Funebres ; c'est- à - dire
celles de Mrs Bossuet , Fléchier et Mascaron
, en 3 vol. in 12. avec le Portrait de
ces deux derniers , gravé par Edelinck. Le
prix de chaque vol . de ces Oraisons Funebres
est de 2 liv . 1o f. relié.
2
›
NOUVELLES POESIES SPIRITUELLES ct
Morales sur les plus beaux Airs de la
Musique Françoise et Italienne , avec la
Basse . A Paris , chez P. N. Lottin rue
S. Jacques 1733. in 4 en large de 44 pages
et 12 pages pour les Fables sur de
petits Airs et sur des Vaudevilles choisis ,
avec la Basse et une Basse en musette ,
prix 3 livres .
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Résumé : « Jean Dessaint, Libraire à Paris, va débiter un Ouvrage qui paroît mériter l'attention [...] »
Jean Dessaint, libraire à Paris, propose deux ouvrages notables. Le premier est un poème sur la musique, dont une partie a déjà été publiée à Lyon et en Hollande avec des éloges. Cette édition inclut des estampes dessinées par les sieurs de Troyes et Oudry, et gravées par M. Debats, sur un papier de haute qualité. Le second ouvrage est une nouvelle édition des meilleures oraisons funèbres, incluant celles de Bossuet, Fléchier et Mascaron, en trois volumes in-12. Cette édition contient les portraits de Fléchier et Mascaron gravés par Edelinck, et chaque volume est vendu 2 livres 10 sols, relié. Par ailleurs, P. N. Lottin publie des 'Nouvelles Poésies Spirituelles et Morales' sur les plus beaux airs de la musique française et italienne, avec la basse. Cet ouvrage, en format in-4, comprend 44 pages de poésies et 12 pages de fables sur des petits airs et des vaudevilles choisis, avec une basse en musette, au prix de 3 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 612-615
« Le premier Mars, il y eut Concert à Marly chez la Reine, qui fut continué [...] »
Début :
Le premier Mars, il y eut Concert à Marly chez la Reine, qui fut continué [...]
Mots clefs :
Reine, Concert, Demoiselle, Marly, Reine, Musique, Roi, Destouches, Opéra, Marie Pélissier, Chasse, Église paroissiale de Saint-Sulpice, Fête de l'Annonciation de la Vierge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier Mars, il y eut Concert à Marly chez la Reine, qui fut continué [...] »
Le premier Mars , il y eut Concert à
Marly chez la Reine , qui fut continué
3 et le 6. M. Destouches Sur- Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter
l'Opéra de Pirame et Thisbé , mis en
Musique par les Sieurs Rebel et Francoeur,
le premier, Sur- Intendant de la Musique
en Survivance de M. Destouches , et le
second, Compositeur de la Chambre. Les
Diles Lenner , d'Aigremont et Roblin ,
chanterent lesRolles du Prologue; ceux de
Zoroastre, de Ninus, et de Pirame , furent
chantez dans laTragédie par les SrsChassé,
d'Angerville etJelior, la voix de ce dernier
parut
MARS 1734: 613
parut très touchante . Les Dlles Erremens et
Pelissier remplirent les Rolles deZoraïde et
de Thisbé avec beaucoup de précision .
La Reine eut la bonté de marquer aux
Auteurs sa satisfaction , et de louer leurs
talens. Le Poëme est de M. de la Serre.
›
Le 8 et le 9 , S. M. souhaita d'entendre
le Ballet du Carnaval et de la Folie ,
dont l'exécution parut très- brillante . Le
Rolle de la Folie fut rempli avec applaudissement
par la Dlle Pelissier , celui du
Carnaval par le Sieur d'Angerville ; la
Dlle Mathieu et le Sr Petillot , chanterent
ceux de Plutus , et de la Jeunesse. Cet
Opéra,de la composition de M. Destouches
, plut beaucoup à la Reine , S. M.
ordonna qu'on le chanteroit tous les
ahs pendant le Carnaval .
2
Le 15 , 17 et 22 , on chanta l'Opéra
·de Telemaque du même Auteur. Le Rolle
de Minerve dans le Prologue et dans la
Piéce , fut chanté par la Dlle Lenner ;
celui de Calipso par la Dlle Anuer , et
ceux d'Eucharis et de Telemaque furent
remplis d'une façon très interessante par
la Dile Pelissier et par le Sr Jeliot.
Le 11 de ce mois , le Roy étant allé
chasser sur Lotti , le cerf mena la chasse
jusqu'au près de Magni , d'où le Roy
ICVC614
MERCURE DE FRANCE
revenant à Marly , la nuit le surprit à
Meulan , et Sa Majesté prévoyant qu'il
arriveroit trop tard à Marly , alla demander
à souper à l'Abbé Bignon, qui se trouvoit
par hazard dans sa Maison de l'Isle - Belle.
Au sortir de table , le Roy partit vers les
dix heures un quart pour retourner à
Marly , témoignant beaucoup de satisfaction
de la maniere dont il avoit éte reçu .
S.M.n'étoit accompagnée que du Duc de
Richelieu , du Comte d'Ayen , du Marquis
de Coigny et du Marquis de Sourches.
Le 20 Mars on consacra solemnellement
le Grand Autel de l'Eglise Paroissiale
de Saint Sulpice ; M. l'Archevêque
de Sens en fit la cérémonie : la Reine
d'Espagne y assista avec plusieurs personnes
de considération . La cérémonie finit
par une décharge d'un grand nombre
de boëtes, et par les Aumônes que M. le
Curé fit distribuer à quantité de Pauvres
.
Le 25 Mars , Fête de l'Anronciation de
la Vierge , il y eut Concert Spirituel au
Chateau des Thuilleries . M. Mouret y
fit chanter le Magnus Dominus , excelent
Motet de M. de la Lande. La Dlle Petite .
pas
MARS 1734.
619
pas , et le Sr Jeliot en chanterent un au
tre à deux voix , qui fut très applaudi
par une très nombreuse Assemblée ; de
même que les Concerto exécutez par les
Srs Blavet et le Clair . Le Concert fut
terminé par le Motet Cantate du même
Auteur dans lequel la Dlle Erremens
chanta le beau verset Viderunt avec toute
la précision que demande un si beau
morceau de Musique .
Marly chez la Reine , qui fut continué
3 et le 6. M. Destouches Sur- Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter
l'Opéra de Pirame et Thisbé , mis en
Musique par les Sieurs Rebel et Francoeur,
le premier, Sur- Intendant de la Musique
en Survivance de M. Destouches , et le
second, Compositeur de la Chambre. Les
Diles Lenner , d'Aigremont et Roblin ,
chanterent lesRolles du Prologue; ceux de
Zoroastre, de Ninus, et de Pirame , furent
chantez dans laTragédie par les SrsChassé,
d'Angerville etJelior, la voix de ce dernier
parut
MARS 1734: 613
parut très touchante . Les Dlles Erremens et
Pelissier remplirent les Rolles deZoraïde et
de Thisbé avec beaucoup de précision .
La Reine eut la bonté de marquer aux
Auteurs sa satisfaction , et de louer leurs
talens. Le Poëme est de M. de la Serre.
›
Le 8 et le 9 , S. M. souhaita d'entendre
le Ballet du Carnaval et de la Folie ,
dont l'exécution parut très- brillante . Le
Rolle de la Folie fut rempli avec applaudissement
par la Dlle Pelissier , celui du
Carnaval par le Sieur d'Angerville ; la
Dlle Mathieu et le Sr Petillot , chanterent
ceux de Plutus , et de la Jeunesse. Cet
Opéra,de la composition de M. Destouches
, plut beaucoup à la Reine , S. M.
ordonna qu'on le chanteroit tous les
ahs pendant le Carnaval .
2
Le 15 , 17 et 22 , on chanta l'Opéra
·de Telemaque du même Auteur. Le Rolle
de Minerve dans le Prologue et dans la
Piéce , fut chanté par la Dlle Lenner ;
celui de Calipso par la Dlle Anuer , et
ceux d'Eucharis et de Telemaque furent
remplis d'une façon très interessante par
la Dile Pelissier et par le Sr Jeliot.
Le 11 de ce mois , le Roy étant allé
chasser sur Lotti , le cerf mena la chasse
jusqu'au près de Magni , d'où le Roy
ICVC614
MERCURE DE FRANCE
revenant à Marly , la nuit le surprit à
Meulan , et Sa Majesté prévoyant qu'il
arriveroit trop tard à Marly , alla demander
à souper à l'Abbé Bignon, qui se trouvoit
par hazard dans sa Maison de l'Isle - Belle.
Au sortir de table , le Roy partit vers les
dix heures un quart pour retourner à
Marly , témoignant beaucoup de satisfaction
de la maniere dont il avoit éte reçu .
S.M.n'étoit accompagnée que du Duc de
Richelieu , du Comte d'Ayen , du Marquis
de Coigny et du Marquis de Sourches.
Le 20 Mars on consacra solemnellement
le Grand Autel de l'Eglise Paroissiale
de Saint Sulpice ; M. l'Archevêque
de Sens en fit la cérémonie : la Reine
d'Espagne y assista avec plusieurs personnes
de considération . La cérémonie finit
par une décharge d'un grand nombre
de boëtes, et par les Aumônes que M. le
Curé fit distribuer à quantité de Pauvres
.
Le 25 Mars , Fête de l'Anronciation de
la Vierge , il y eut Concert Spirituel au
Chateau des Thuilleries . M. Mouret y
fit chanter le Magnus Dominus , excelent
Motet de M. de la Lande. La Dlle Petite .
pas
MARS 1734.
619
pas , et le Sr Jeliot en chanterent un au
tre à deux voix , qui fut très applaudi
par une très nombreuse Assemblée ; de
même que les Concerto exécutez par les
Srs Blavet et le Clair . Le Concert fut
terminé par le Motet Cantate du même
Auteur dans lequel la Dlle Erremens
chanta le beau verset Viderunt avec toute
la précision que demande un si beau
morceau de Musique .
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Résumé : « Le premier Mars, il y eut Concert à Marly chez la Reine, qui fut continué [...] »
En mars 1734, plusieurs événements musicaux et cérémoniels marquèrent le mois. Du 1er au 6 mars, l'opéra 'Pirame et Thisbé' de Rebel et Francoeur fut interprété à Marly chez la Reine, avec des rôles principaux chantés par les demoiselles Lenner, d'Aigremont, Roblin, Erremens et Pelissier, ainsi que par les sieurs Chassé, d'Angerville et Jeliot. La Reine exprima sa satisfaction. Les 8 et 9 mars, le roi écouta le ballet 'Le Carnaval et la Folie' de Destouches, interprété par la demoiselle Pelissier, le sieur d'Angerville, la demoiselle Mathieu et le sieur Petillot. La Reine ordonna que cet opéra soit chanté quotidiennement pendant le Carnaval. Du 15 au 22 mars, l'opéra 'Télémaque' de Destouches fut chanté, avec les rôles de Minerve, Calypso, Eucharis et Télémaque interprétés par les demoiselles Lenner, Anuer, Pelissier et le sieur Jeliot. Le 11 mars, le roi chassa sur l'île de Loiti avec plusieurs nobles et soupa à Meulan chez l'abbé Bignon. Le 20 mars, l'archevêque de Sens consacra solennellement le grand autel de l'église paroissiale de Saint-Sulpice en présence de la reine d'Espagne et de personnes de considération. Le 25 mars, à l'occasion de la fête de l'Annonciation de la Vierge, un concert spirituel eut lieu au château des Tuileries. M. Mouret dirigea le 'Magnus Dominus' de M. de la Lande, et les demoiselles Petitepas et Erremens, ainsi que le sieur Jeliot, chantèrent d'autres morceaux applaudis. Les concerts furent exécutés par les sieurs Blavet et le Clair.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 644-657
LETTRE écrite [à] M. D. L. R. / A MONSIEUR *** Auteur des Dons des Enfans de Latone, Poëme sur la Musique, et sur la Chasse du Cerf.
Début :
Je ne connois point personnellement, Monsieur, l'Auteur des Dons des Enfans [...]
Mots clefs :
Chasse, Cerf, Chiens, Temps, Ouvrage, Chasseurs, Chasse du cerf, Savary, Veneurs, Principes, Auteur, Poème, Connaissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite [à] M. D. L. R. / A MONSIEUR *** Auteur des Dons des Enfans de Latone, Poëme sur la Musique, et sur la Chasse du Cerf.
LETTRE écrite à M. D. L. R.
E ne connois point personnellement ,
Monsieur , l'Auteur des Dons des Eng
fans de Latone , cependant je vous adresse
une Lettre , contenant les Réfléxions que
j'ai faites sur son Poëme de la Chasse du
Cerf. Vous me ferez plaisir de l'inserer
dans le premier Mercure. Je serai bienaise
de lui faire part et au public , par
votre entremise, de la justice que je rends
à son Ouvrage. J'ai l'honneur d'être, &c.
A MONSIEUR ***
Auteur des Dons des Enfans de Latone,
Poëme sur la Musique , et sur
la Chasse du Cerf.
U
pour
N Chasseur de profession hazarde
Monsieur , de prendre la plume
vous faire part de ses Réfléxions sur
la traduction libre que vous venez de
donner au public , du Poëme Latin de
Savary , sur la Chasse du Cerf ; c'est un
Auteur que j'ai étudié il y a long- temps,
et que j'ai toujours souhaité de voir traduit
en François, pour le rendre plus à la
portée des jeunes Chasseurs, à qui la Langue
A VRIL. 1734. 645
gue Latine est devenue moins familiere
qu'elle ne l'étoit de son temps .
L'Ouvrage étoit difficile , et vous avez
surpassé mes souhaits , en le rendant en
Vers , et en le faisant précéder par deux
autres Poëmes sur la Musique. Je les ai
lûs avec tout le plaisir imaginable ; mais
comme je suis moins Musicien que Chas-,
seur , je laisse le soin d'en faire l'éloge à
gens plus connoisseurs que moi en Musique
, et je me renferme uniquement dans
l'examen de votre Poëme sur la Chasse.
- J'ai toujours regardé la Chasse du Cerf
comme le plus noble , et le plus parfait
* amusement, dont les Rois , les Princes et
les Seigneurs pouvoient s'occuper ; mais
en même temps je l'ai regardé comme un
Art difficile , où 20 ans d'étude et une
grande aplication suffiroient à peine pour
découvrir tous les secrets qui en font
partie ; j'ai cru qu'il étoit indigne d'un
homme raisonnable d'y perdre son tems,
s'il ne se mettoit en état d'en acquerir.
toutes les connoissances , sans lesquelles il
ne peut trouver qu'un plaisir chimerique,
beaucoup d'ennuis, de dégoût et un
vuide aussi languissant que fatiguant,
Car est- ce en effet avoir du plaisir que
de n'être au fait de rien ? de voir passer
un Cerf sans en peuvoir rendre compte ?
B d'en
646 MERCURE DE FRANCE
d'en revoir du pied sans pouvoir juger
ni de son espece , ni de son âge ? d'être
dans l'embarras , ou se porter par l'ignorance
où l'on est des refuites du Cerf, de
ses faux rembuchemens, de ses retours et
de ses ruzes ? de ne point sçavoir comment
on s'y prend pour relever un deffaut
de ne point suivre la voix des
Chiens ? de ne point distinguer les bons
cris d'avec les mauvais ? enfin de ne faire
aucun usage de sa raison dans les occasions
embarrassantes ? Suffit- il, en verité, de
s'en rapporter à des Piqueurs, dont les lumieres
sont souvent médiocres , et le raisonnement
peu solide et un homme
d'esprit peut-il borner tous ses amusemens
à être bien monté, à enfiler de longues
routes , à courir toute une journée
sans sçavoir ce qui se passe , ce qu'on a
fait , ce qu'on peut faire , où on doit aller
, si la Meute est dans la bonne voïe ,
ou si elle a pris le change? C'est- là cependant
la situation où se trouvent les jeunes
Chasseurs pendant long- temps , et
souvent toute leur vie ; ils n'ont acquis
aucuns principes ; ils ne font que balbutier
les termes qu'ils n'ont point étudiez ; ils
n'ont fait aucunes réfléxions sur la diversité
des connoissances , faute de sçavoir où
aller,ils ne voyent rien, n'entendent rien,
perAVRIL.
1734- 647
perdent la Chasse et mettent toute leur
fortune à suivre quelquefois un bon Chasseur,
comme un Postillon qui leur procure
par hazard l'avantage de se trouver à
un Halali , ou à la mort du Cerf, C'est-là
le grand triomphe ; car tout fiers d'une
victoire où ils n'ont point contribué , ils
se croyent les plus habiles Chasseurs du
monde , et s'imaginent avoir goûté tous
les plaisirs imaginables , lorsque réellement
ils n'ont eu que beaucoup d'ennuis
et de fatigues. Ce n'est pas la maniere
dont chassoit Charles IX. et Louis
XIV. ce dernier sçavoit tout , jugeoit par
lui -même , décidoit, vouloit qu'on suivit
ses décisions , et ne se trompoit pas.
Charles IX. dans le Livre qu'il a composé
lui - même, fait voir quelles étoient
ses connoissances , par le détail où il est
entré , et de la nature des Cerfs , et de
toutes les parties de laChasse.Le sage Roi
qui nous gouverne aujourd'hui, suit parfaitement
les traces de ses deux Prédècesseurs
, et rien n'est plus juste, Monsieur ,
que quatre Vers qui se voïent dans
votre Epître.
les
La Déesse n'a plus de secret à t'apprendre ;
De ses sçavantes Loix , Interprête encor tendre,
Tu rens des jugemens sages et raisonnez ,
Que n'oseroient porter des Veneurs surannez .
Bij
Mais
648 MERCURE DE FRANCE
. Mais est-il imité dans son application ?
je n'ose l'assurer ; ce qu'il y a de certain
c'est que Savary que vous avez traduit est
le seul Auteur capable d'apprendre tous
les secrets de l'Art à ceux qui l'ignorent,
non seulement les François , mais encore
tous les Etrangers conviennent qu'il n'a
paru dans ce genre aucun Ouvrage comparable
au sien , pour l'ordre , la suite , la
précision , l'arrangement des matieres , et
la netteté avec laquelle elles sont expliquées,
toutes les idées y sont placées , raprochées
et rendues sensibles ; y a-t-il
quelqu'apprentilf chasseur,qui n'ait voulu
lire et Fouilloux et Salnouë ? en est-on
devenu plus habile ? s'y est- on fait des
principes certains , les différentes matieres
y sont- elles traitées dans un ordre
propre à se faire retenir ?
Fouilloux est confus et plein de verbiages
; Salnouë à tout dit , mais il ne l'a pas
arrangé , et les matiéres y sont souvent
transposées ; Savary qui a écrit après lui,
y a mis l'ordre qu'elles demandoient ; il a
réduit à 2500 Vers latins , la moitié d'un
volume in 4° . fait par Salnoue sur la
Chasse du Cerf; et vous , Monsieur , dans
votre Traduction vous avez encore plus
fait que Savary , puisqu'en n'obmettant
rien de tout ce qui étoit nécessaire, vous
avez
AVRIL. 1734 649
avez dit en 1500 Vers François , ce que
Savari n'avoit pû faire en latin qu'en
2500 ; quelle précision ; aussi n'y voit- on
pas un Vers qui n'ait son sens et son instruction
. On n'y trouve rien d'inutile
et de superflu ; c'est un véritable Poëme
didactique , mais ennobli par Diane
qu'on y fait parler avec dignité , enrichi
d'images et de comparaisons élevées , et
où mille traits d'une Poësie élégante rendent
parfaitement votre original . Quelles
graces n'ont point les six premieres pages
de votre premier Chant , où après votre
invocation , vous détaillez l'origine de la
Chasse dans les Gaules , les exercices des
Gaulois , et la maniere qu'ils avoient de
conserver la connoissance des Arts et des
Sciences ?
Peut- on expliquer avec plus de nettcté
l'âge des Cerfs , depuis le Faon , jusqu'aux
vieuxCerfs , avec les noms différens *
qu'on leur a donnez , par rapport à leur
Tête .
Est-il permis à quelqu'un de ne pas entendre
clairement toutes les différentes .
parties des quatre especes de têtes dont
vous donnez le modele , et sur lesquelles
il ne reste aucun doute ? Pour en sentir la
différence , la connoissance des pieds ne
devient - elle pas sensible par le détail
Biij heus
so MERCURE DE FRANCE
heureux des quatre pieds, relatifs aux parties
des figures , si exactement dessinées ?
et 20 pages de lecture des autres Auteurs
les peuvent- elles faire comprendre avec
autant de facilité ? La connoissance des
fumées n'est pas moins bien éclaircie dans
le second Chant, par rapport aux saisons,
par rapport aux Biches , et à l'âge des différens
Cerfs , et vous terminez enfin toutes
les lumieres qu'on peut tirer du corps
du Fauve , par l'explication des abbatures
, des portées , du raire et du frayoir
où vous marquez précisément le dégré
de foy que l'on peut ajouter à des témoignages
aussi incertains.
Après avoir établi ces principes generaux
, vous déterminez les lieux où l'on
doit chercher les Cerfs , pour les détourner
selon les différentes saisons ; sçavoir
dans l'Hyver , au fond des Forêts , où
vous expliquez et la maniere dont ils se
nourrissent et dont ils se garentissent du
froid ; et comment dans les autres saisons
ils se séparent , prennent leur Buisson à
l'extrémité des grands Païs, pour se nourrir
avec plus de facilité , et mettre bas
leurs têtes dont vous expliquez la chute,
et les causes que les Naturalistes y attribuent.
Des lieux , vous passez au temps que
l'on
AVRIL. 1734.
l'on doit prendre pour les détourner ;
l'agitation continuelle où ils sont pendant
le rut , l'embarras de les trouver
pendant ce temps , où toutes leurs démarches
sont incertaines .
Peut- on assez admirer la description
charmante que vous en faites , sous l'Image
d'un Tournoy , leurs Combats, leur
Victoire , le prix dont elle est suivie , et le
nombre des Spectateurs qui en sont les
témoins? Pouvoit- on distraire plus agréablement
le Lecteur du Didactique , qui a
précédé, que par des Images aussi noblement
imaginées ?
Quel heureux détail du Limier qu'on
veut dresser dans le troisiémeChant! Tous
les termes de l'art y sont si heureusement
employez qu'ils ne pourroient être substituez
par d'autres , il semble qu'ils se
soient venus offrir à la rime , sans qu'il
vous en ait rien couté. On y voit quel
doit être le nombre de Picqueurs; en quoi
consistent leurs devoirs, la qualité et l'espece
des differens Chiens , leurs bontez
ou leurs défauts , l'instruction donnée
aux Valets de Limier pour détourner, les
précautions qu'ils doivent prendre , et les
observations qu'ils doivent faire.
Ce détail est terminé par l'appareil de
eette assemblée générale où se font les
B iiij dif-
>
652 MERCURE DE FRANCE
·
différens rapports. Pouvoit on décrire
avec plus d'élevation ce celebre conseil ,
où tous les Veneurs décident du Cerf
que
l'on doit lancer , par les principes que
vous établissez ?
Le quatrième Chant regarde la disposition
des Relais , les noms différens qu'on
leur donne , l'espece et la nature des
Chiens qui les doivent composer , les
postes où il les faut placer , l'usage que
les Valets de Chiens en doivent faire
l'arrivée au laissez - coure , la verification
qu'on y doit faire du rapport , la maniere
dont on lance aujourd'hui , différente
de celle où on lançoit autrefois à trait de
Limier, ce que les Veneurs dispersez doivent
observer quand le Cerf est lancé ; la
crainte d'un faux rembuchement , la nécessité
de laisser agir les Chiens sans les
presser de trop près ; la deffense de Diane
, d'enlever la Meute , comme l'impatience
Françoise ne force que trop
souvent de le faire , et enfin les temps
et les précautions nécessaires que doivent
prendre les Valets de Chiens pour
ne donner les Relais qu'à propos et
quand ils sont demandez .
L'heureux trait de morale par où vous
commencez le cinquième Chant , est une
juste application des inconveniens qui
sura
AVRIL. 1734. 653
surviennent dans le cours de la Chasse ,
soit pour les Chiens , soit pour les Veneurs
; on y voit toutes les différentes
ruses des Cerfs , le désordre que causent
les jeunes Chiens , la sagesse des vieux ,
les lumieres qu'ils donnent pour sortir
d'embarras , pour relever les deffauts et
relancer le Cerf , comment on le suit.
dans l'eau , comment on découvre s'il y
est resté , s'il en est sorti , les secrets pour
en retrouver seurement la voye , et enfin
l'halali et la mort du Cerf, dont vous faites
un détail aussi - vrai qu'interessant.
Je finirai , Monsieur , par l'éloge que
mérite votre dernier Chant,d'autant plus
que sa principale beauté est bien moins
dûë à votre original qu'à vos heureuses
idées ; Pouviez - vous relever plus noblement
le bas Didactique où vous étiez forcé
d'entrer par le détail de la Curée, qu'en
le représentant sous l'image d'un Sacrifice
offert à Diane . Comment avez - vous
pû ennoblir un pareil carnage par tant
de richesses d'expressions ? Pouviez - vous
mieux établir les droits qui appartiennent
au Maître ,auxVeneurs ,aux Limiers et aux
Chiens dans les différentes parties du
Cerf. C'étoit une connoissance fondée de
temps immémorial que vous ne pouviez
omettre , et qui servira de loi immuable
dans
B v
654 MERCURE DE FRANCE
dans tous les temps pour les Chasseurs.
Enfin pouviez-vous mieux terminer tous
les Préceptes que renferme votre Ouvrage
que par cette Fête qu'un retour general
de la Chasse attire dans le Parvis du
Temple de Diane , où tous les Chasseurs
réunis dans un jour fameux , consacré
plus particulierement à sa gloire , passent
la nuit à celebrer ses loüanges et à chanter
les victoires que les différens Chasseurs
ont remportées ?
On voit bien , Monsieur, que vous n'avez
pas voulu travailler pour des Picqueurs
seulement ; ce ne sont pas eux en
effet qui avoient besoin de vos leçons , leur
application , la routine , la longue expérience
leur donnent à la fin toutes les
connoissances qui leur sont nécessaires ;
cependant votre ouvrage est si clair par
lui -même qu'il leur sera aisé d'y apprendre
tous les principes aussi - aisément qu'ils
l'auroienr pû faire s'il avoit été en Prose ;
mais je m'imagine que l'intention de Savary
a été d'endoctriner la Noblesse et de
la tirer agréablement de l'ignorance où
elle croupit ordinairement ; il a voulu
leur parler un langage conforme à leur
éducation en les instruisant.
Et vous , Monsieur , vous leur avez encore
abrégé la peine en le mettant en
Vers
AVRIL 1734. 655
Vers François , qui se retiennent incomparablement
mieux que la Prose.
, Je finirai , Monsieur , mes Réfléxions
en vous répétant que votre Ouvrage par
lui- même , est admirable ; jamais Auteur
n'a pû former un plus beau plan , et suivre
un meilleur ordre que Savary ; ce sera
une instruction éternelle pour tous ceux
qui voudront acquerir des connoissances
dans la Chasse du Cerf , chasser avec esprit
et goûter les parfaits plaisirs qu'un
homme raisonnable y doit rechercher ; il
dit tout ce qu'il faut dire , renferme tout
ce qu'il faut sçavoir , et éclaircit tout ce
que les autres Auteurs dans de gros volumes
entiers n'avoient traité qu'avec
confusion .
Votre traduction l'a considérablement
embelli , par ce que vous y avez ajouté, et
par ce que vous en avez sagement retranché;
vous l'avez rendu avec clarté et précision
, votre Poësie est noble, naturelle,
non entortillée , ni louche ; elle ne sent ni
l'huile, ni la lime , et fait sentir quelque
chose de supérieur à celle d'un Poëte de
profession.
Il ne me reste plus , Monsieur , qu'à
vous parler de votre Dictionnaire et du
Recueil des Tons de Chasse et Fanfares
qui terminent votre Livre ; ce sont les
B vj deux
656 MERCURE DE FRANCE
deux plus beaux et plus utiles présens
que vous pouviez faire au Public ; personne
ne s'étoit encore avisé de faire un
Dictionnaire de Chasse aussi exact et aussi
étendu que le vôtre. Il ne vous a rien
échapé des termes tant anciens que
nouveaux, répandus dans tous les Livres,
ou de ceux que l'usage a consacrés ; c'est
une instruction admirable , soit pour les
Picqueurs, soit pour les jeunes Chasseurs
qui auront la curiosité de sçavoir. A l'égard
des Tons de chasse et Fanfares ,
vous en avez l'obligation à M. de Dampierre,
Gentilhomme des Plaisirs du Roy,
il a l'avantage d'être excellent Musicien
et grand Chasseur ; ses Fanfares sont d'un
goût charmant , mais on ne peut trop
admirer l'application merveilleuse et nouvelle
qu'il a inventée pour les faire servir
de signaux, qui apprennent aux Veneurs
dispersez , l'espece du Cerf que l'on court,
+
ses mouvemens et toutes ses ruses.
C'est un moyen facile pour mettre au
蜜
fait de ce qui se passe , et une pareille
Méthode doit passer non seulement dans
toutes les Provinces , mais encore chez
les Etrangers . Les Parodies des Fanfares
que vous avez ramassées , y donnent encore
une nouvelle grace , et peuvent extrêmement
divertir dans un retour de
Chasse. • Le
AVRIL 1734
657
Le Public doit de grands remercimens
à M. de Dampierre , de vous avoir bien
voulu communiquer son travail. Et vous ,
Monsieur , vous lui en devez beaucoup ,
pour les Eloges qu'il ne cesse de donner
à ce qu'on m'a dit , à votre Ouvrage ;
témoignages
seuls capables d'en relever infiniment
le prix. J'ai l'honneur d'être ,
Monsieur , & c .
E ne connois point personnellement ,
Monsieur , l'Auteur des Dons des Eng
fans de Latone , cependant je vous adresse
une Lettre , contenant les Réfléxions que
j'ai faites sur son Poëme de la Chasse du
Cerf. Vous me ferez plaisir de l'inserer
dans le premier Mercure. Je serai bienaise
de lui faire part et au public , par
votre entremise, de la justice que je rends
à son Ouvrage. J'ai l'honneur d'être, &c.
A MONSIEUR ***
Auteur des Dons des Enfans de Latone,
Poëme sur la Musique , et sur
la Chasse du Cerf.
U
pour
N Chasseur de profession hazarde
Monsieur , de prendre la plume
vous faire part de ses Réfléxions sur
la traduction libre que vous venez de
donner au public , du Poëme Latin de
Savary , sur la Chasse du Cerf ; c'est un
Auteur que j'ai étudié il y a long- temps,
et que j'ai toujours souhaité de voir traduit
en François, pour le rendre plus à la
portée des jeunes Chasseurs, à qui la Langue
A VRIL. 1734. 645
gue Latine est devenue moins familiere
qu'elle ne l'étoit de son temps .
L'Ouvrage étoit difficile , et vous avez
surpassé mes souhaits , en le rendant en
Vers , et en le faisant précéder par deux
autres Poëmes sur la Musique. Je les ai
lûs avec tout le plaisir imaginable ; mais
comme je suis moins Musicien que Chas-,
seur , je laisse le soin d'en faire l'éloge à
gens plus connoisseurs que moi en Musique
, et je me renferme uniquement dans
l'examen de votre Poëme sur la Chasse.
- J'ai toujours regardé la Chasse du Cerf
comme le plus noble , et le plus parfait
* amusement, dont les Rois , les Princes et
les Seigneurs pouvoient s'occuper ; mais
en même temps je l'ai regardé comme un
Art difficile , où 20 ans d'étude et une
grande aplication suffiroient à peine pour
découvrir tous les secrets qui en font
partie ; j'ai cru qu'il étoit indigne d'un
homme raisonnable d'y perdre son tems,
s'il ne se mettoit en état d'en acquerir.
toutes les connoissances , sans lesquelles il
ne peut trouver qu'un plaisir chimerique,
beaucoup d'ennuis, de dégoût et un
vuide aussi languissant que fatiguant,
Car est- ce en effet avoir du plaisir que
de n'être au fait de rien ? de voir passer
un Cerf sans en peuvoir rendre compte ?
B d'en
646 MERCURE DE FRANCE
d'en revoir du pied sans pouvoir juger
ni de son espece , ni de son âge ? d'être
dans l'embarras , ou se porter par l'ignorance
où l'on est des refuites du Cerf, de
ses faux rembuchemens, de ses retours et
de ses ruzes ? de ne point sçavoir comment
on s'y prend pour relever un deffaut
de ne point suivre la voix des
Chiens ? de ne point distinguer les bons
cris d'avec les mauvais ? enfin de ne faire
aucun usage de sa raison dans les occasions
embarrassantes ? Suffit- il, en verité, de
s'en rapporter à des Piqueurs, dont les lumieres
sont souvent médiocres , et le raisonnement
peu solide et un homme
d'esprit peut-il borner tous ses amusemens
à être bien monté, à enfiler de longues
routes , à courir toute une journée
sans sçavoir ce qui se passe , ce qu'on a
fait , ce qu'on peut faire , où on doit aller
, si la Meute est dans la bonne voïe ,
ou si elle a pris le change? C'est- là cependant
la situation où se trouvent les jeunes
Chasseurs pendant long- temps , et
souvent toute leur vie ; ils n'ont acquis
aucuns principes ; ils ne font que balbutier
les termes qu'ils n'ont point étudiez ; ils
n'ont fait aucunes réfléxions sur la diversité
des connoissances , faute de sçavoir où
aller,ils ne voyent rien, n'entendent rien,
perAVRIL.
1734- 647
perdent la Chasse et mettent toute leur
fortune à suivre quelquefois un bon Chasseur,
comme un Postillon qui leur procure
par hazard l'avantage de se trouver à
un Halali , ou à la mort du Cerf, C'est-là
le grand triomphe ; car tout fiers d'une
victoire où ils n'ont point contribué , ils
se croyent les plus habiles Chasseurs du
monde , et s'imaginent avoir goûté tous
les plaisirs imaginables , lorsque réellement
ils n'ont eu que beaucoup d'ennuis
et de fatigues. Ce n'est pas la maniere
dont chassoit Charles IX. et Louis
XIV. ce dernier sçavoit tout , jugeoit par
lui -même , décidoit, vouloit qu'on suivit
ses décisions , et ne se trompoit pas.
Charles IX. dans le Livre qu'il a composé
lui - même, fait voir quelles étoient
ses connoissances , par le détail où il est
entré , et de la nature des Cerfs , et de
toutes les parties de laChasse.Le sage Roi
qui nous gouverne aujourd'hui, suit parfaitement
les traces de ses deux Prédècesseurs
, et rien n'est plus juste, Monsieur ,
que quatre Vers qui se voïent dans
votre Epître.
les
La Déesse n'a plus de secret à t'apprendre ;
De ses sçavantes Loix , Interprête encor tendre,
Tu rens des jugemens sages et raisonnez ,
Que n'oseroient porter des Veneurs surannez .
Bij
Mais
648 MERCURE DE FRANCE
. Mais est-il imité dans son application ?
je n'ose l'assurer ; ce qu'il y a de certain
c'est que Savary que vous avez traduit est
le seul Auteur capable d'apprendre tous
les secrets de l'Art à ceux qui l'ignorent,
non seulement les François , mais encore
tous les Etrangers conviennent qu'il n'a
paru dans ce genre aucun Ouvrage comparable
au sien , pour l'ordre , la suite , la
précision , l'arrangement des matieres , et
la netteté avec laquelle elles sont expliquées,
toutes les idées y sont placées , raprochées
et rendues sensibles ; y a-t-il
quelqu'apprentilf chasseur,qui n'ait voulu
lire et Fouilloux et Salnouë ? en est-on
devenu plus habile ? s'y est- on fait des
principes certains , les différentes matieres
y sont- elles traitées dans un ordre
propre à se faire retenir ?
Fouilloux est confus et plein de verbiages
; Salnouë à tout dit , mais il ne l'a pas
arrangé , et les matiéres y sont souvent
transposées ; Savary qui a écrit après lui,
y a mis l'ordre qu'elles demandoient ; il a
réduit à 2500 Vers latins , la moitié d'un
volume in 4° . fait par Salnoue sur la
Chasse du Cerf; et vous , Monsieur , dans
votre Traduction vous avez encore plus
fait que Savary , puisqu'en n'obmettant
rien de tout ce qui étoit nécessaire, vous
avez
AVRIL. 1734 649
avez dit en 1500 Vers François , ce que
Savari n'avoit pû faire en latin qu'en
2500 ; quelle précision ; aussi n'y voit- on
pas un Vers qui n'ait son sens et son instruction
. On n'y trouve rien d'inutile
et de superflu ; c'est un véritable Poëme
didactique , mais ennobli par Diane
qu'on y fait parler avec dignité , enrichi
d'images et de comparaisons élevées , et
où mille traits d'une Poësie élégante rendent
parfaitement votre original . Quelles
graces n'ont point les six premieres pages
de votre premier Chant , où après votre
invocation , vous détaillez l'origine de la
Chasse dans les Gaules , les exercices des
Gaulois , et la maniere qu'ils avoient de
conserver la connoissance des Arts et des
Sciences ?
Peut- on expliquer avec plus de nettcté
l'âge des Cerfs , depuis le Faon , jusqu'aux
vieuxCerfs , avec les noms différens *
qu'on leur a donnez , par rapport à leur
Tête .
Est-il permis à quelqu'un de ne pas entendre
clairement toutes les différentes .
parties des quatre especes de têtes dont
vous donnez le modele , et sur lesquelles
il ne reste aucun doute ? Pour en sentir la
différence , la connoissance des pieds ne
devient - elle pas sensible par le détail
Biij heus
so MERCURE DE FRANCE
heureux des quatre pieds, relatifs aux parties
des figures , si exactement dessinées ?
et 20 pages de lecture des autres Auteurs
les peuvent- elles faire comprendre avec
autant de facilité ? La connoissance des
fumées n'est pas moins bien éclaircie dans
le second Chant, par rapport aux saisons,
par rapport aux Biches , et à l'âge des différens
Cerfs , et vous terminez enfin toutes
les lumieres qu'on peut tirer du corps
du Fauve , par l'explication des abbatures
, des portées , du raire et du frayoir
où vous marquez précisément le dégré
de foy que l'on peut ajouter à des témoignages
aussi incertains.
Après avoir établi ces principes generaux
, vous déterminez les lieux où l'on
doit chercher les Cerfs , pour les détourner
selon les différentes saisons ; sçavoir
dans l'Hyver , au fond des Forêts , où
vous expliquez et la maniere dont ils se
nourrissent et dont ils se garentissent du
froid ; et comment dans les autres saisons
ils se séparent , prennent leur Buisson à
l'extrémité des grands Païs, pour se nourrir
avec plus de facilité , et mettre bas
leurs têtes dont vous expliquez la chute,
et les causes que les Naturalistes y attribuent.
Des lieux , vous passez au temps que
l'on
AVRIL. 1734.
l'on doit prendre pour les détourner ;
l'agitation continuelle où ils sont pendant
le rut , l'embarras de les trouver
pendant ce temps , où toutes leurs démarches
sont incertaines .
Peut- on assez admirer la description
charmante que vous en faites , sous l'Image
d'un Tournoy , leurs Combats, leur
Victoire , le prix dont elle est suivie , et le
nombre des Spectateurs qui en sont les
témoins? Pouvoit- on distraire plus agréablement
le Lecteur du Didactique , qui a
précédé, que par des Images aussi noblement
imaginées ?
Quel heureux détail du Limier qu'on
veut dresser dans le troisiémeChant! Tous
les termes de l'art y sont si heureusement
employez qu'ils ne pourroient être substituez
par d'autres , il semble qu'ils se
soient venus offrir à la rime , sans qu'il
vous en ait rien couté. On y voit quel
doit être le nombre de Picqueurs; en quoi
consistent leurs devoirs, la qualité et l'espece
des differens Chiens , leurs bontez
ou leurs défauts , l'instruction donnée
aux Valets de Limier pour détourner, les
précautions qu'ils doivent prendre , et les
observations qu'ils doivent faire.
Ce détail est terminé par l'appareil de
eette assemblée générale où se font les
B iiij dif-
>
652 MERCURE DE FRANCE
·
différens rapports. Pouvoit on décrire
avec plus d'élevation ce celebre conseil ,
où tous les Veneurs décident du Cerf
que
l'on doit lancer , par les principes que
vous établissez ?
Le quatrième Chant regarde la disposition
des Relais , les noms différens qu'on
leur donne , l'espece et la nature des
Chiens qui les doivent composer , les
postes où il les faut placer , l'usage que
les Valets de Chiens en doivent faire
l'arrivée au laissez - coure , la verification
qu'on y doit faire du rapport , la maniere
dont on lance aujourd'hui , différente
de celle où on lançoit autrefois à trait de
Limier, ce que les Veneurs dispersez doivent
observer quand le Cerf est lancé ; la
crainte d'un faux rembuchement , la nécessité
de laisser agir les Chiens sans les
presser de trop près ; la deffense de Diane
, d'enlever la Meute , comme l'impatience
Françoise ne force que trop
souvent de le faire , et enfin les temps
et les précautions nécessaires que doivent
prendre les Valets de Chiens pour
ne donner les Relais qu'à propos et
quand ils sont demandez .
L'heureux trait de morale par où vous
commencez le cinquième Chant , est une
juste application des inconveniens qui
sura
AVRIL. 1734. 653
surviennent dans le cours de la Chasse ,
soit pour les Chiens , soit pour les Veneurs
; on y voit toutes les différentes
ruses des Cerfs , le désordre que causent
les jeunes Chiens , la sagesse des vieux ,
les lumieres qu'ils donnent pour sortir
d'embarras , pour relever les deffauts et
relancer le Cerf , comment on le suit.
dans l'eau , comment on découvre s'il y
est resté , s'il en est sorti , les secrets pour
en retrouver seurement la voye , et enfin
l'halali et la mort du Cerf, dont vous faites
un détail aussi - vrai qu'interessant.
Je finirai , Monsieur , par l'éloge que
mérite votre dernier Chant,d'autant plus
que sa principale beauté est bien moins
dûë à votre original qu'à vos heureuses
idées ; Pouviez - vous relever plus noblement
le bas Didactique où vous étiez forcé
d'entrer par le détail de la Curée, qu'en
le représentant sous l'image d'un Sacrifice
offert à Diane . Comment avez - vous
pû ennoblir un pareil carnage par tant
de richesses d'expressions ? Pouviez - vous
mieux établir les droits qui appartiennent
au Maître ,auxVeneurs ,aux Limiers et aux
Chiens dans les différentes parties du
Cerf. C'étoit une connoissance fondée de
temps immémorial que vous ne pouviez
omettre , et qui servira de loi immuable
dans
B v
654 MERCURE DE FRANCE
dans tous les temps pour les Chasseurs.
Enfin pouviez-vous mieux terminer tous
les Préceptes que renferme votre Ouvrage
que par cette Fête qu'un retour general
de la Chasse attire dans le Parvis du
Temple de Diane , où tous les Chasseurs
réunis dans un jour fameux , consacré
plus particulierement à sa gloire , passent
la nuit à celebrer ses loüanges et à chanter
les victoires que les différens Chasseurs
ont remportées ?
On voit bien , Monsieur, que vous n'avez
pas voulu travailler pour des Picqueurs
seulement ; ce ne sont pas eux en
effet qui avoient besoin de vos leçons , leur
application , la routine , la longue expérience
leur donnent à la fin toutes les
connoissances qui leur sont nécessaires ;
cependant votre ouvrage est si clair par
lui -même qu'il leur sera aisé d'y apprendre
tous les principes aussi - aisément qu'ils
l'auroienr pû faire s'il avoit été en Prose ;
mais je m'imagine que l'intention de Savary
a été d'endoctriner la Noblesse et de
la tirer agréablement de l'ignorance où
elle croupit ordinairement ; il a voulu
leur parler un langage conforme à leur
éducation en les instruisant.
Et vous , Monsieur , vous leur avez encore
abrégé la peine en le mettant en
Vers
AVRIL 1734. 655
Vers François , qui se retiennent incomparablement
mieux que la Prose.
, Je finirai , Monsieur , mes Réfléxions
en vous répétant que votre Ouvrage par
lui- même , est admirable ; jamais Auteur
n'a pû former un plus beau plan , et suivre
un meilleur ordre que Savary ; ce sera
une instruction éternelle pour tous ceux
qui voudront acquerir des connoissances
dans la Chasse du Cerf , chasser avec esprit
et goûter les parfaits plaisirs qu'un
homme raisonnable y doit rechercher ; il
dit tout ce qu'il faut dire , renferme tout
ce qu'il faut sçavoir , et éclaircit tout ce
que les autres Auteurs dans de gros volumes
entiers n'avoient traité qu'avec
confusion .
Votre traduction l'a considérablement
embelli , par ce que vous y avez ajouté, et
par ce que vous en avez sagement retranché;
vous l'avez rendu avec clarté et précision
, votre Poësie est noble, naturelle,
non entortillée , ni louche ; elle ne sent ni
l'huile, ni la lime , et fait sentir quelque
chose de supérieur à celle d'un Poëte de
profession.
Il ne me reste plus , Monsieur , qu'à
vous parler de votre Dictionnaire et du
Recueil des Tons de Chasse et Fanfares
qui terminent votre Livre ; ce sont les
B vj deux
656 MERCURE DE FRANCE
deux plus beaux et plus utiles présens
que vous pouviez faire au Public ; personne
ne s'étoit encore avisé de faire un
Dictionnaire de Chasse aussi exact et aussi
étendu que le vôtre. Il ne vous a rien
échapé des termes tant anciens que
nouveaux, répandus dans tous les Livres,
ou de ceux que l'usage a consacrés ; c'est
une instruction admirable , soit pour les
Picqueurs, soit pour les jeunes Chasseurs
qui auront la curiosité de sçavoir. A l'égard
des Tons de chasse et Fanfares ,
vous en avez l'obligation à M. de Dampierre,
Gentilhomme des Plaisirs du Roy,
il a l'avantage d'être excellent Musicien
et grand Chasseur ; ses Fanfares sont d'un
goût charmant , mais on ne peut trop
admirer l'application merveilleuse et nouvelle
qu'il a inventée pour les faire servir
de signaux, qui apprennent aux Veneurs
dispersez , l'espece du Cerf que l'on court,
+
ses mouvemens et toutes ses ruses.
C'est un moyen facile pour mettre au
蜜
fait de ce qui se passe , et une pareille
Méthode doit passer non seulement dans
toutes les Provinces , mais encore chez
les Etrangers . Les Parodies des Fanfares
que vous avez ramassées , y donnent encore
une nouvelle grace , et peuvent extrêmement
divertir dans un retour de
Chasse. • Le
AVRIL 1734
657
Le Public doit de grands remercimens
à M. de Dampierre , de vous avoir bien
voulu communiquer son travail. Et vous ,
Monsieur , vous lui en devez beaucoup ,
pour les Eloges qu'il ne cesse de donner
à ce qu'on m'a dit , à votre Ouvrage ;
témoignages
seuls capables d'en relever infiniment
le prix. J'ai l'honneur d'être ,
Monsieur , & c .
Fermer
Résumé : LETTRE écrite [à] M. D. L. R. / A MONSIEUR *** Auteur des Dons des Enfans de Latone, Poëme sur la Musique, et sur la Chasse du Cerf.
La correspondance entre deux individus traite d'un poème sur la chasse au cerf. Le premier auteur, inconnu de l'auteur des 'Dons des Enfants de Latone', envoie une lettre contenant ses réflexions sur le poème 'La Chasse du Cerf' à un destinataire pour qu'il l'insère dans le Mercure. Le second auteur, un chasseur de profession, félicite l'auteur du poème pour sa traduction libre du poème latin de Savary sur la chasse au cerf. Il souligne la difficulté de l'ouvrage et la qualité de la traduction en vers, ainsi que les poèmes sur la musique qui précèdent le poème principal. Le chasseur de profession exprime son admiration pour la chasse au cerf, qu'il considère comme un amusement noble et parfait pour les rois, princes et seigneurs, mais aussi comme un art difficile nécessitant une grande application et des connaissances approfondies. Il critique les jeunes chasseurs qui manquent de principes et de réflexions, se contentant souvent de suivre des piqueurs sans comprendre les secrets de la chasse. Il loue Savary, dont la traduction est considérée comme la meilleure dans ce genre, pour l'ordre, la précision et la clarté de ses explications. Il compare favorablement la traduction de l'auteur à celles de Fouilloux et Salnouë, jugées confuses ou mal organisées. Le poème est structuré en plusieurs chants qui couvrent divers aspects de la chasse : l'origine de la chasse dans les Gaules, la description des cerfs, les différentes parties des têtes de cerf, la connaissance des fumées, les lieux et les saisons pour chasser, la description des combats entre cerfs, le dressage des limiers, la disposition des relais, les ruses des cerfs, et enfin la curée représentée comme un sacrifice à Diane. Le chasseur de profession termine en soulignant que l'ouvrage n'est pas seulement destiné aux piqueurs, mais à tous les chasseurs, et qu'il est suffisamment clair pour être compris par tous, même en prose. Le texte, daté d'avril 1734, discute de l'œuvre de Savary sur la chasse au cerf. L'auteur imagine que Savary a voulu instruire la noblesse en adaptant son langage à leur éducation. Il loue la traduction en vers de l'ouvrage, soulignant que les vers se retiennent mieux que la prose. Il considère l'ouvrage de Savary comme admirable, bien structuré et complet, offrant une instruction éternelle pour ceux qui souhaitent acquérir des connaissances sur la chasse au cerf. L'auteur apprécie également la traduction, qui a embelli l'œuvre par des ajouts et des suppressions judicieuses, et loue la poésie pour sa noblesse et sa naturalité. Il mentionne ensuite le dictionnaire de chasse et le recueil des tons de chasse et fanfares, qualifiés de présents précieux pour le public. Le dictionnaire est salué pour son exactitude et son étendue, couvrant tous les termes anciens et nouveaux. Les fanfares, attribuées à M. de Dampierre, sont décrites comme charmantes et innovantes, servant de signaux pour informer les veneurs des mouvements et des ruses du cerf. Les parodies des fanfares ajoutent une touche divertissante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 205-206
Avis aux Chasseurs.
Début :
Le sieur Santiny, Italien, Plombier Privilégié & Pensionnaire du Roi [...]
Mots clefs :
Chasse, Plomb, Balle, Charge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis aux Chasseurs.
Avis aux Chaffeurs .
Le fieur SANTINY , Italien , Plombier Privilégié
& Penfionnaire du Roi pour les Chaffes , fabrique
dans la derniere des perfections , toute forte de
plomb a giboyer, bien rond, bien égal , fans cavité
& fans être compofé d'aucune drogue venimeufe ,
ni apprêté avec aucune mine de plomb : ce plomb
eft très-propre &auffi blanc que de l'argent , de forte
qu'il ne falit ni les mains ni les gibecieres ; il porte
les coups fans s'écarter , plus ferré & plus loin de
1 à 15 pas que tout autre plomb ; il eſt trèsnécellaire
de ne charger que les trois quarts de la
charge ordinaire. Le fieur Santini a l'honneur d'en
fournir avec fuccès , pour les plaifirs des Chaſſes
de Sa Majesté & de toute la Cour.
Comme le Public paroît lui donner fon aprobation
par les demandes réitérées qu'on lui fait ,
le fieur Santiny , pour répondre à l'empreflement
206 MERCURE DE FRANCE.
de ceux qui veulent de fon plomb , les avertit qu'il
établit fon Magafin général à Paris , chez M. Duchauffour
, Marchand de fer , rue Saint Martin
proche Saint Julien , à la Tête d'or , où toutes les
perfonnes de Province qui en defireront pourront
s'adreffer.
Pour la facilité publique , l'on en débitera à
l'adreffe ci- deffus & chez le fieur Regnard , Marchand
Epicier rue Dauphine , à côté du Caffé de
Conty , au bas du Pont- Neuf.
A Verfailles , chez le fieur Tortel , Marchand
Epicier , rue Satory au bas de la Rampe.
A Saint Germain-en-Laye , chez le fieur Metayer
, Marchand, à la Gerbe d'or , dans le Marché,
vis-à- vis le Poids à la Farine .
Pour empêcher l'abus qui pourra fe commettre,
F'on donnera aux Domeftiques qui viendront chercher
du Plomb fabriqué par Santiny , une facture
fignée du Marchand où ledit plomb aura été
pris , & l'on n'en débitera que dans les endroits
indiqués ci-deffus. Le prix eft de fept fols la livre.
Le fieur SANTINY , Italien , Plombier Privilégié
& Penfionnaire du Roi pour les Chaffes , fabrique
dans la derniere des perfections , toute forte de
plomb a giboyer, bien rond, bien égal , fans cavité
& fans être compofé d'aucune drogue venimeufe ,
ni apprêté avec aucune mine de plomb : ce plomb
eft très-propre &auffi blanc que de l'argent , de forte
qu'il ne falit ni les mains ni les gibecieres ; il porte
les coups fans s'écarter , plus ferré & plus loin de
1 à 15 pas que tout autre plomb ; il eſt trèsnécellaire
de ne charger que les trois quarts de la
charge ordinaire. Le fieur Santini a l'honneur d'en
fournir avec fuccès , pour les plaifirs des Chaſſes
de Sa Majesté & de toute la Cour.
Comme le Public paroît lui donner fon aprobation
par les demandes réitérées qu'on lui fait ,
le fieur Santiny , pour répondre à l'empreflement
206 MERCURE DE FRANCE.
de ceux qui veulent de fon plomb , les avertit qu'il
établit fon Magafin général à Paris , chez M. Duchauffour
, Marchand de fer , rue Saint Martin
proche Saint Julien , à la Tête d'or , où toutes les
perfonnes de Province qui en defireront pourront
s'adreffer.
Pour la facilité publique , l'on en débitera à
l'adreffe ci- deffus & chez le fieur Regnard , Marchand
Epicier rue Dauphine , à côté du Caffé de
Conty , au bas du Pont- Neuf.
A Verfailles , chez le fieur Tortel , Marchand
Epicier , rue Satory au bas de la Rampe.
A Saint Germain-en-Laye , chez le fieur Metayer
, Marchand, à la Gerbe d'or , dans le Marché,
vis-à- vis le Poids à la Farine .
Pour empêcher l'abus qui pourra fe commettre,
F'on donnera aux Domeftiques qui viendront chercher
du Plomb fabriqué par Santiny , une facture
fignée du Marchand où ledit plomb aura été
pris , & l'on n'en débitera que dans les endroits
indiqués ci-deffus. Le prix eft de fept fols la livre.
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Résumé : Avis aux Chasseurs.
Le plombier italien Santini fabrique des plombs de chasse de haute qualité, décrits comme bien ronds, égaux, sans cavité ni substance venimeuse, et blancs comme l'argent. Ces plombs ne salissent ni les mains ni les gibecières et portent les coups plus loin que les autres. Santini recommande de n'utiliser que les trois quarts de la charge ordinaire. Ses plombs sont utilisés pour les chasses du roi et de la cour, et sont approuvés par le public. Pour répondre à la demande, Santini ouvre un magasin général à Paris chez M. Duchauffour, marchand de fer, rue Saint-Martin. Le plomb est également disponible chez le sieur Regnard, épicier rue Dauphine, le sieur Tortel à Versailles, et le sieur Metayer à Saint-Germain-en-Laye. Pour éviter les abus, une facture signée du marchand sera remise aux domestiques venant chercher le plomb, qui ne sera vendu que dans les endroits indiqués. Le prix est de sept sols la livre.
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32
p. 203-204
« Le Sieur LANGUIGNEUX, Fils, Marchand Tapissier, qui s'est fait annoncer dans les [...] »
Début :
Le Sieur LANGUIGNEUX, Fils, Marchand Tapissier, qui s'est fait annoncer dans les [...]
Mots clefs :
Marchand tapissier, Siège portatif, Inventeur, Vente, Promenade, Amélioration, Tabouret, Chasse, Acier
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texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur LANGUIGNEUX, Fils, Marchand Tapissier, qui s'est fait annoncer dans les [...] »
Le Sieur LANGUIGNEUX , Fils , Marchand
Tapiffier , qui s'eft fait annoncer dans les Papiers
publics au mois de Mars dernier , avec Fermiffion,
pour un Siége portatif dont il eft le premier &
le feul Inventeur , & qu'il continue de vendre , lequel
fert dans les Parterres des Spectacles , fans
craindre les flux & reflux ; l'on ne perd point de fa
hauteur , vû que l'on jouit de plufieurs dégrés , &
au moyen d'une augmentation fimple il devient
commode pour la Promenade. Il a fimplifié fondit
Siége par la fuppreflion d'un Ecrou & par la
légéreré du Strapontin qui fe met dans la Poche &
s'adapte fur une Canne dans fon entier , de groffeur
ordinaire , imitant le Jai ; l'on peut auffi y
placer un parafol .
De plus , avec une nouvelle Permiſſion du 31
Juillet , il fait fçavoir qu'il vient d'imaginer un
nouveau Tabouret portatif, utile pour la Promenade
, la Campagne & autres Lieux , lequel fe
démonte en trois & fe renfermedans un Sac moins
gros que celui d'un Paraíol ; ceTabouret étant trèsléger
, donne la facilité de le porter dans la
Poche , fous le bras ou dans un Sac à Ouvrage ;
les Dames y trouveront une affife commode &
folide.
Il a encore trouvé le moyen de placer un Siége
fur un Fufil , fans l'endommager , ce qui devient
très -utile pour les Perfonnes qui vont à la Chaffe .
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
On trouvera desdits Siéges propres à tous Fufils.
Il vend auffi un Siége en Acier très -folide for--
mant un triangle , qui fe renferme tout entier
dans une Canne, dont le poids eft très- léger les
prix font à la portée de tout le monde , & l'on
trouvera à choifir.
:
Ildemeurechezfon Père , Marchand Tapiffier , rue
de la Harpe , vis à- vis celle des Mathurins , àla
VILLE DE ROME ; qui fait , vend , loue , troque ,
achete & tient Magafin de toutes fortes de Meubles
tant neufs que de rencontre : le tout à juſte prix.
A PARIS.
Tapiffier , qui s'eft fait annoncer dans les Papiers
publics au mois de Mars dernier , avec Fermiffion,
pour un Siége portatif dont il eft le premier &
le feul Inventeur , & qu'il continue de vendre , lequel
fert dans les Parterres des Spectacles , fans
craindre les flux & reflux ; l'on ne perd point de fa
hauteur , vû que l'on jouit de plufieurs dégrés , &
au moyen d'une augmentation fimple il devient
commode pour la Promenade. Il a fimplifié fondit
Siége par la fuppreflion d'un Ecrou & par la
légéreré du Strapontin qui fe met dans la Poche &
s'adapte fur une Canne dans fon entier , de groffeur
ordinaire , imitant le Jai ; l'on peut auffi y
placer un parafol .
De plus , avec une nouvelle Permiſſion du 31
Juillet , il fait fçavoir qu'il vient d'imaginer un
nouveau Tabouret portatif, utile pour la Promenade
, la Campagne & autres Lieux , lequel fe
démonte en trois & fe renfermedans un Sac moins
gros que celui d'un Paraíol ; ceTabouret étant trèsléger
, donne la facilité de le porter dans la
Poche , fous le bras ou dans un Sac à Ouvrage ;
les Dames y trouveront une affife commode &
folide.
Il a encore trouvé le moyen de placer un Siége
fur un Fufil , fans l'endommager , ce qui devient
très -utile pour les Perfonnes qui vont à la Chaffe .
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
On trouvera desdits Siéges propres à tous Fufils.
Il vend auffi un Siége en Acier très -folide for--
mant un triangle , qui fe renferme tout entier
dans une Canne, dont le poids eft très- léger les
prix font à la portée de tout le monde , & l'on
trouvera à choifir.
:
Ildemeurechezfon Père , Marchand Tapiffier , rue
de la Harpe , vis à- vis celle des Mathurins , àla
VILLE DE ROME ; qui fait , vend , loue , troque ,
achete & tient Magafin de toutes fortes de Meubles
tant neufs que de rencontre : le tout à juſte prix.
A PARIS.
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Résumé : « Le Sieur LANGUIGNEUX, Fils, Marchand Tapissier, qui s'est fait annoncer dans les [...] »
Le document décrit les inventions et activités commerciales du Sieur LANGUIGNEUX, Fils, Marchand Tapissier. En mars, il a présenté un siège portatif adapté aux parterres des spectacles, résistant aux mouvements de la foule. Ce siège offre plusieurs niveaux de hauteur et peut être utilisé pour la promenade. Il est simplifié par la suppression d'un écrou et la légèreté du strapontin, qui se range dans une poche et s'adapte sur une canne. Le 31 juillet, LANGUIGNEUX a obtenu une nouvelle permission pour un tabouret portatif démontable en trois parties, se rangeant dans un sac plus petit qu'un parapluie. Ce tabouret est léger et pratique pour les dames, pouvant être porté dans une poche, sous le bras ou dans un sac à ouvrage. Il a également inventé un siège adaptable sur un fusil sans l'endommager, utile pour les chasseurs. De plus, il vend un siège en acier solide formant un triangle, se rangeant dans une canne légère. Les prix de ces sièges sont accessibles à tous. LANGUIGNEUX réside chez son père, également Marchand Tapissier, rue de la Harpe, vis-à-vis de celle des Mathurins, à Rome. Il achète, vend, loue et troque divers meubles, neufs ou d'occasion, à des prix justes.
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33
p. 211-212
AVIS très-intéressant au Public.
Début :
Les accidens funestes dont on entend parler continuellement, surtout dans la saison [...]
Mots clefs :
Chasse, Canons, Ouvrage, Ruban, Poudre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS très-intéressant au Public.
Av.1s très-intéreffant au Public
Las accidens funeftes dont on entend parler
continuellement , furtout dans la faifon des Chaf
fes , ont fair faire des réfléxions férieuſes pours.
mettre le Public à l'abri de toute eſpèce d'inconvénient
Il y a longtemps qu'on parle de Canons à rubans
, mais le temps qu'il faut employer pour les
bien faire , les frais qui en font la fuite & la difficulté
de l'Ouvrage y ont fait renoncer ; de forte
que les Artiftes ont préféré les fufils bientôt faits
à la fureté des Gitoyens. On le contente de les
faire à platebande , & par extraordinaire on en
fait de fer torts qu'on fait paffer poor rubans , &
qui , pour peu qu'on y réfléchiffe , font encore
plus défectueux que lespremiers.
Qn a donc établi dans la Cour de la Corderies
212 MERCURE DE FRANCE
du Temple à Paris une Fabrique de Canons à
rubans , forgés de vieilles férailles qui reçoivent
une fi prodigieufe quantité de chaudes , que le
fer le trouve tout - à - fait dépuré & auſſi doux que
le plomb. Plufieurs de ces Canons à qui on a fair
éprouver la triple charge fe font courbés & ont
été redreffés avec un fimple mandrin de bois fans
effort & fans qu'il y paroiffe. Ces Canons font fins ,.
légers , parfaitement dreffés , portent très-bien
le plomb , & on ofe affurer qu'il eft impoffible
qu'ils crévent ; leur folidité couronne leur perfection
. On n'en diftribue aucun qui n'ait fubi plufieurs
fois l'épreuve de deux fortes charges de la
meilleure poudre & d'autant de plomb ; & pour
mettre les gens curieux de leur fanté en état de
n'être pas trompés , ils font invités à prendre la
peine d'aller dans quelque temps & à quelque
heure que ce foit dans ladite Cour du Temple :
ils les verront forger , & ne pourront s'empêcher
de reconnoître avec étonnement la folidité de ce
travail. Avec demie charge de poudre ils portent
auffi loin que les autres avec la charge ordinaire.
L'Auteur a auffi imaginé une Machine curieufe
qui en perfore fix à la fois . Le Magalin
de ces Canons eft chez M. Defcourtieux , Marchand
, rue S. Denys , Porte cochère vis-à- vis
l'ancien grand Cerf à Paris.
Las accidens funeftes dont on entend parler
continuellement , furtout dans la faifon des Chaf
fes , ont fair faire des réfléxions férieuſes pours.
mettre le Public à l'abri de toute eſpèce d'inconvénient
Il y a longtemps qu'on parle de Canons à rubans
, mais le temps qu'il faut employer pour les
bien faire , les frais qui en font la fuite & la difficulté
de l'Ouvrage y ont fait renoncer ; de forte
que les Artiftes ont préféré les fufils bientôt faits
à la fureté des Gitoyens. On le contente de les
faire à platebande , & par extraordinaire on en
fait de fer torts qu'on fait paffer poor rubans , &
qui , pour peu qu'on y réfléchiffe , font encore
plus défectueux que lespremiers.
Qn a donc établi dans la Cour de la Corderies
212 MERCURE DE FRANCE
du Temple à Paris une Fabrique de Canons à
rubans , forgés de vieilles férailles qui reçoivent
une fi prodigieufe quantité de chaudes , que le
fer le trouve tout - à - fait dépuré & auſſi doux que
le plomb. Plufieurs de ces Canons à qui on a fair
éprouver la triple charge fe font courbés & ont
été redreffés avec un fimple mandrin de bois fans
effort & fans qu'il y paroiffe. Ces Canons font fins ,.
légers , parfaitement dreffés , portent très-bien
le plomb , & on ofe affurer qu'il eft impoffible
qu'ils crévent ; leur folidité couronne leur perfection
. On n'en diftribue aucun qui n'ait fubi plufieurs
fois l'épreuve de deux fortes charges de la
meilleure poudre & d'autant de plomb ; & pour
mettre les gens curieux de leur fanté en état de
n'être pas trompés , ils font invités à prendre la
peine d'aller dans quelque temps & à quelque
heure que ce foit dans ladite Cour du Temple :
ils les verront forger , & ne pourront s'empêcher
de reconnoître avec étonnement la folidité de ce
travail. Avec demie charge de poudre ils portent
auffi loin que les autres avec la charge ordinaire.
L'Auteur a auffi imaginé une Machine curieufe
qui en perfore fix à la fois . Le Magalin
de ces Canons eft chez M. Defcourtieux , Marchand
, rue S. Denys , Porte cochère vis-à- vis
l'ancien grand Cerf à Paris.
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Résumé : AVIS très-intéressant au Public.
Le texte aborde les accidents fréquents liés à l'utilisation des fusils, notamment lors des chasses, et les réflexions sur la sécurité du public. Les canons à rubans, bien que connus depuis longtemps, n'ont pas été adoptés en raison de leur temps de fabrication, de leur coût élevé et des difficultés techniques. Les artisans ont préféré les fusils à platine, souvent en fer, qui sont encore plus défectueux. Une fabrique de canons à rubans a été créée dans la cour des Corderies du Temple à Paris. Ces canons sont forgés à partir de vieilles ferrailles chauffées à haute température, ce qui les rend doux et sans impuretés. Ils sont légers, bien dressés et résistent aux charges de poudre et de plomb. Leur solidité est prouvée par des épreuves répétées avec des charges importantes. Le public est invité à visiter la fabrique pour constater la solidité de ces canons. Une machine permet de percer six canons simultanément. Les canons sont disponibles chez M. Defcourtieux, marchand rue Saint-Denis à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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