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1
p. 9-20
Discours fait aux mesmes par M. le Bret, Official de la mesme Ville, [titre d'après la table]
Début :
Toute l'Assemblée marqua beaucoup de soûmission, & se [...]
Mots clefs :
Assemblée, Soumission, Mr le Bret, Official de Montauban, Avertissement pastoral, Ouvrage, Prétendus réformés, Schisme, Discours, Église, Clergé, Charité, Raison, Missions, Miracles, Sectes, Triomphe, Église gallicane, Allemagne
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texteReconnaissance textuelle : Discours fait aux mesmes par M. le Bret, Official de la mesme Ville, [titre d'après la table]
Toute l'Affſemblée mar
qua beaucoup de ſoûmiffion,
&ſe montra preſte d'écouter;
apres quoy, M² le Bret, Offi10
MERCURE
cial de Montauban, fit la le-
Eture de l'Avertiſſement Paftoral.
C'eſt un Ouvrage digne
de la charité de ceux qui
l'ont fait , & plein de raiſons
tres- fortes , pour obliger les
Prétendus Reformez à reconnoiſtre
leur Schifme,
s'ils veulent agir de bonnefoy.
M'le Bret ajoûta à cette
lecture un tres-beau Diſcours
qui termina l'Aſſemblée. Il
eſtoit conçeu dans ces termes.
MESSIEURS,
Le ſejour que je fais en cette
GALANT II
de
Ville depuis tant d'années ,
m'ayant uny d'amitié avecplufieurs
d'entre vous , m'a auffi
donné lieu de connoistre
plaindre voſtre état ; ce qui m'a
fait souvent defirer l'occaſion de
vous y estre utile, &de pouvoir
■ contribuer à voſtre réünion avec
- l'Eglise nostre commune Mere,
de laquelle vous vous eftesféparez
depuis plus d'un Siecle . Ce
defir toutefois ne m'a pas esté
particulier. La charité Chreftienne
l'a inspiré à beaucoup
d'autres , & principalement au
Clergé de France de la part de
qui je vous parle; car quoy qu'il
12 MERCURE
ſefuſt aſſemblé l'année derniere
à Paris pour d'autres Affaires , il
ne laiſſa pas de s'appliquer fortement
à celle. là, comme la plus
importante de toutes, parce qu'elle
regarde vostrefalut , qui est cette
affaire que Nostre- Seigneur nous
a fifi particulierement recommandée,
Porro unum eft neceffarium.
Noftre Grand Monarque,
dont la pietérépond fi dignement
au Titre de Tres -Chreftien que
l'Eglise luy a donné , a trouvé
cela si juste , qu'il a bien voulu
charger M² l'Intendant, comme
le Dépositaire de fon autorité
dans cette Province , de vous
८
GALANT. 13
T
L
faire connoiſtre là-deſſus ſes in
tentions ; de forte que comme ce
qu'il vous en a dit ne peut estre
plus précis, je me contenteray d'y
ajouſter que l'Eglise eftant cette
Arche veritable , hors laquelle il
n'y apoint deſalut, vous n'avez
pû ny dû vous en ſéparer, quel-
- que couleur qu'on ait prétendu
donner à cette séparation . Je ne
doute point que vous ne difiez que
l'Egliſe eſtant tombée en ruine,
il eftoit neceſſaire de la reparer.
Cefut le discours , comme le prétexte
, dont ſe prétendirent couvrir
les Autheurs de ce Schifme;
mais , Meffieurs , foufrez que je
1
14 MERCURE
ril
vous réponde avec S. Augustin,
parlant aux Donatistes, que pour
reparer dans l'ordre cette prétenduë
ruine de l'Eglife , bien loin
de la quiter, il falloit au contraire
y demeurer plus intimement unis ,
& n'y employer que la charité,
le bon exemple , & la patience.
Ce sont les regles que nous prefcrit
l'Evangile, & celles que les
Apostres & leurs Succeffeurs ob-
Serverent dans l'établiſſement du
Chriftianisme. Je diray encor,
que pourse croire veritablement
capable d'une telle entrepriſe , il
falloit en avoir la miſſion , puis
que felon S. Paul, Nemo fibi
GALANT. 15
fumit honorem, fed qui vocatur
à Deo tanquamAaron,
fic Chriftus non femetipfum
clarificavit , ce grand Apoſtre
n'ayant parlé de laforte que pour
nous apprendre l'abſoluë neceſſité
d'une Mission, & mesme l'obli
gation oùl'on estde ne pas écouter
ceux qui n'en ont point. Nous
fçavons tous qu'il n'y en a que
de deux fortes , l'ordinaire ,
l'extraordinaire ; que la premiere
ne vient que des Eveſques, à qui
la conduite de l'Eglife a de tout
temps appartenu, Quos Spiritus
Sanctus pofuit Epifcopos regere
Ecclefiam. Vos Autheurs
16 MERCURE
n'oferent ſe l'attribuer , parce
qu'ils appréhenderentavec raiſon
que ſes Evesques ne les defavoüaffent;
fi- bien que dans la
necefſſivé où ils ſe crûrent de perfuader
qu'ils ne venoient pas
d'eux- meſmes , ils ſe vanterent
d'avoir l'extraordinaire ; mais
comme cette Miſſion neſeprouve
que par des miracles , il est aisé.
de connoiſtre que ce n'estoit qu'une
fupoſition, parce qu'outre qu'ils ne
firent point de miracles , & que
l'esprit de Dieu ne sçauroit ja
mais estre qu'uniforme, ils furent
toûjours ſi peu d'accord entr'eux,
qu'apres une infinité de contestaGALANT.
17
tions, &de querelles ſanglantes,
ils prirent enfin le party d'établir
toutes les Sectes diverſes quiſe
voyent en Allemagne , en Hollande
, en Angleterre , & en
France. De forte qu'une cauſe ſi
vitiée ſi erronée, influant neceſſairement
la mesme défectuosité
dansſes effets, il en faut conclure
que vostre état ne sçauroit estre
meilleur que son principe , &
qu'en un mot tout ce grand mal
ne se peut jamais guérir que par
fon contraire , c'est à dire que par
voſtre retour à l'Eglise que vous
avezquittée, d'autantplus qu'elle
est la veritable Eglife, qu'en effet
Mars 1683. B
18 MERCURE
vous y avez esté unis pendant
plus de quinze cens ans , quenfin
elle est auſſi viſiblement,
qu'incontestablement, cette Eglife
contre laquelle le Sauveur du
Monde a promis que les Portes
de l'Enfer ne prévaudront jamais
. Nous en avons pluſieurs
preuvesfans contredit, mais entre
autres,le gloricux triomphequ'elle
a remporté de tant de diférentes
Sectes, qui l'ayant fi violemment
attaquée dans tous les Siecles,
n'ontſervy qu'àſignaler davantage
leur confusion , & qu'à ren
dre plus remarquable l'effet de
cette grande promeffe de I. C. à
GALANT. 19
-fon Epouse. Aquoy, Meſſieurs,
- pour ménager le temps qui nous
refte, j'ajouteray cette miraculeuse
@conftanteſucceſſion deſesEvefques
, laquelle felon Tertullien,
S S. Augustin, &les autres Peres ,
n'est pas moins une marque autentique
deſa verité , que le defaut
de cette fucceffion a toûjours
efté dansſes Rivales une preuve
convainquante de leur fauffeté.
Je ne m'étendray done pas davantage,
Meſſieurs, furces gran..
des veritez, puis que je ne doute
point que vous n'en conceviez
l'énergie , &que cela estant , it
ne me reſte plus qu'à vous fou-
S
Bij
20 MERCURE
haiter, comme je fais de tout mon
ccoeur , la grace d'y eſtreſenſibles,
ainſi qu'à ce qui est contenu plus
au long dans l'Avis Pastoral que
l'Eglife Gallicane vous adreffe,
&dont je viens de vous faire la
lecture.
qua beaucoup de ſoûmiffion,
&ſe montra preſte d'écouter;
apres quoy, M² le Bret, Offi10
MERCURE
cial de Montauban, fit la le-
Eture de l'Avertiſſement Paftoral.
C'eſt un Ouvrage digne
de la charité de ceux qui
l'ont fait , & plein de raiſons
tres- fortes , pour obliger les
Prétendus Reformez à reconnoiſtre
leur Schifme,
s'ils veulent agir de bonnefoy.
M'le Bret ajoûta à cette
lecture un tres-beau Diſcours
qui termina l'Aſſemblée. Il
eſtoit conçeu dans ces termes.
MESSIEURS,
Le ſejour que je fais en cette
GALANT II
de
Ville depuis tant d'années ,
m'ayant uny d'amitié avecplufieurs
d'entre vous , m'a auffi
donné lieu de connoistre
plaindre voſtre état ; ce qui m'a
fait souvent defirer l'occaſion de
vous y estre utile, &de pouvoir
■ contribuer à voſtre réünion avec
- l'Eglise nostre commune Mere,
de laquelle vous vous eftesféparez
depuis plus d'un Siecle . Ce
defir toutefois ne m'a pas esté
particulier. La charité Chreftienne
l'a inspiré à beaucoup
d'autres , & principalement au
Clergé de France de la part de
qui je vous parle; car quoy qu'il
12 MERCURE
ſefuſt aſſemblé l'année derniere
à Paris pour d'autres Affaires , il
ne laiſſa pas de s'appliquer fortement
à celle. là, comme la plus
importante de toutes, parce qu'elle
regarde vostrefalut , qui est cette
affaire que Nostre- Seigneur nous
a fifi particulierement recommandée,
Porro unum eft neceffarium.
Noftre Grand Monarque,
dont la pietérépond fi dignement
au Titre de Tres -Chreftien que
l'Eglise luy a donné , a trouvé
cela si juste , qu'il a bien voulu
charger M² l'Intendant, comme
le Dépositaire de fon autorité
dans cette Province , de vous
८
GALANT. 13
T
L
faire connoiſtre là-deſſus ſes in
tentions ; de forte que comme ce
qu'il vous en a dit ne peut estre
plus précis, je me contenteray d'y
ajouſter que l'Eglise eftant cette
Arche veritable , hors laquelle il
n'y apoint deſalut, vous n'avez
pû ny dû vous en ſéparer, quel-
- que couleur qu'on ait prétendu
donner à cette séparation . Je ne
doute point que vous ne difiez que
l'Egliſe eſtant tombée en ruine,
il eftoit neceſſaire de la reparer.
Cefut le discours , comme le prétexte
, dont ſe prétendirent couvrir
les Autheurs de ce Schifme;
mais , Meffieurs , foufrez que je
1
14 MERCURE
ril
vous réponde avec S. Augustin,
parlant aux Donatistes, que pour
reparer dans l'ordre cette prétenduë
ruine de l'Eglife , bien loin
de la quiter, il falloit au contraire
y demeurer plus intimement unis ,
& n'y employer que la charité,
le bon exemple , & la patience.
Ce sont les regles que nous prefcrit
l'Evangile, & celles que les
Apostres & leurs Succeffeurs ob-
Serverent dans l'établiſſement du
Chriftianisme. Je diray encor,
que pourse croire veritablement
capable d'une telle entrepriſe , il
falloit en avoir la miſſion , puis
que felon S. Paul, Nemo fibi
GALANT. 15
fumit honorem, fed qui vocatur
à Deo tanquamAaron,
fic Chriftus non femetipfum
clarificavit , ce grand Apoſtre
n'ayant parlé de laforte que pour
nous apprendre l'abſoluë neceſſité
d'une Mission, & mesme l'obli
gation oùl'on estde ne pas écouter
ceux qui n'en ont point. Nous
fçavons tous qu'il n'y en a que
de deux fortes , l'ordinaire ,
l'extraordinaire ; que la premiere
ne vient que des Eveſques, à qui
la conduite de l'Eglife a de tout
temps appartenu, Quos Spiritus
Sanctus pofuit Epifcopos regere
Ecclefiam. Vos Autheurs
16 MERCURE
n'oferent ſe l'attribuer , parce
qu'ils appréhenderentavec raiſon
que ſes Evesques ne les defavoüaffent;
fi- bien que dans la
necefſſivé où ils ſe crûrent de perfuader
qu'ils ne venoient pas
d'eux- meſmes , ils ſe vanterent
d'avoir l'extraordinaire ; mais
comme cette Miſſion neſeprouve
que par des miracles , il est aisé.
de connoiſtre que ce n'estoit qu'une
fupoſition, parce qu'outre qu'ils ne
firent point de miracles , & que
l'esprit de Dieu ne sçauroit ja
mais estre qu'uniforme, ils furent
toûjours ſi peu d'accord entr'eux,
qu'apres une infinité de contestaGALANT.
17
tions, &de querelles ſanglantes,
ils prirent enfin le party d'établir
toutes les Sectes diverſes quiſe
voyent en Allemagne , en Hollande
, en Angleterre , & en
France. De forte qu'une cauſe ſi
vitiée ſi erronée, influant neceſſairement
la mesme défectuosité
dansſes effets, il en faut conclure
que vostre état ne sçauroit estre
meilleur que son principe , &
qu'en un mot tout ce grand mal
ne se peut jamais guérir que par
fon contraire , c'est à dire que par
voſtre retour à l'Eglise que vous
avezquittée, d'autantplus qu'elle
est la veritable Eglife, qu'en effet
Mars 1683. B
18 MERCURE
vous y avez esté unis pendant
plus de quinze cens ans , quenfin
elle est auſſi viſiblement,
qu'incontestablement, cette Eglife
contre laquelle le Sauveur du
Monde a promis que les Portes
de l'Enfer ne prévaudront jamais
. Nous en avons pluſieurs
preuvesfans contredit, mais entre
autres,le gloricux triomphequ'elle
a remporté de tant de diférentes
Sectes, qui l'ayant fi violemment
attaquée dans tous les Siecles,
n'ontſervy qu'àſignaler davantage
leur confusion , & qu'à ren
dre plus remarquable l'effet de
cette grande promeffe de I. C. à
GALANT. 19
-fon Epouse. Aquoy, Meſſieurs,
- pour ménager le temps qui nous
refte, j'ajouteray cette miraculeuse
@conftanteſucceſſion deſesEvefques
, laquelle felon Tertullien,
S S. Augustin, &les autres Peres ,
n'est pas moins une marque autentique
deſa verité , que le defaut
de cette fucceffion a toûjours
efté dansſes Rivales une preuve
convainquante de leur fauffeté.
Je ne m'étendray done pas davantage,
Meſſieurs, furces gran..
des veritez, puis que je ne doute
point que vous n'en conceviez
l'énergie , &que cela estant , it
ne me reſte plus qu'à vous fou-
S
Bij
20 MERCURE
haiter, comme je fais de tout mon
ccoeur , la grace d'y eſtreſenſibles,
ainſi qu'à ce qui est contenu plus
au long dans l'Avis Pastoral que
l'Eglife Gallicane vous adreffe,
&dont je viens de vous faire la
lecture.
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Résumé : Discours fait aux mesmes par M. le Bret, Official de la mesme Ville, [titre d'après la table]
Lors d'une assemblée, M. le Bret, officier de Montauban, a présenté un Avertissement Pastoral destiné à encourager les protestants à se convertir au catholicisme. Dans son discours, il a exprimé le désir du clergé français et du roi, qualifié de Très-Chrétien, de voir les protestants revenir à l'Église catholique. M. le Bret a insisté sur le fait que l'Église catholique est la seule voie de salut et que les divisions religieuses sont injustifiées. Il a réfuté l'idée que l'Église doive être réformée, citant Saint Augustin pour affirmer que la véritable réparation réside dans l'unité et la charité. Le discours a critiqué les prétentions des réformés à posséder une mission extraordinaire, soulignant l'absence de miracles et les divisions internes qui ont conduit à la création de multiples sectes protestantes. M. le Bret a conclu en appelant les protestants à revenir à l'Église catholique, qu'il a décrite comme véritable et incontestable, et en mentionnant la succession ininterrompue des évêques comme preuve de sa légitimité. Il a également exprimé son engagement personnel et religieux, insistant sur l'importance de la grâce divine. Enfin, il a fait référence à un Avis Pastoral de l'Église gallicane, contenant des informations supplémentaires pertinentes pour les destinataires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 29-32
Autre du mesme Autheur. [titre d'après la table]
Début :
Voicy une autre piece du mesme Autheur, faite sur le / L'Univers étonné vante encor des miracles, [...]
Mots clefs :
Univers, Tonneau de Heidelberg, Miracles, Dieux, Trône, Esprit, Remède, Amants, Gloire, Inventeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre du mesme Autheur. [titre d'après la table]
Voicy une autre piece du
mefme Autheur , faite fur le
grand Tonneau de Heidelberg
, qui contient plus de
1200.muids, que feu Mófieur
l'Electeur Palatin , Pere de
Madame , a fait conſtruire.
30 MERCURE
L
'Univers étonné vante encor
des
miracles ,
Et des Templesfameux d'où fortoient
les Oracles ,
Où les Dieux adorez fur d'indignes
Autels ,
Abufoient les efprits des profanes
Mortels.
Admire icy , Paffant , de plus rares
merveilles ,
C'est le Throne pompeux du grand
Dicu des Bouteilles ,
De ce Dieu bien faisant qui charme
tous les coeurs
2
Et répand fon efprit fur fes adorateurs
.
Le puiffant Iupiter en fa gloire fupréme
,
Nous paroift redoutable au moment
qu'il nous aime,
GALANT. 31
Et la Foudre à la main , verſe de
deux tonneaux
Sur les Humains tremblans , & les
biens & les maux .
Mais de ce feul Tonneau dont Bachus
fait fon Temple ,
Le bien eft ordinaire , &le malfans
exemple,
Et ce Dieu qui folâtre , affis parmy
les Ieux ,
Prefente un prompt remede à tous les
malheureux.
Icy l'on voit bannir les foins de la
fortune ,
Er des tristes Amans la langueur importune.
Les folles paffions , & les mornes
foucis,
Quelque obftinez qu'ils foient , s'y
trouvent adoucis .
Mieux que l'ancien Vaiffeau qui bra
va le Deluge ,
32 MERCURE
Cegrand Vafe aux mortels ferviroit
de refuge,
Et les plus fiers affauts du perfide
Clement ,
N'en approchent jamais , ou le font
vainement.
C'eft icy , chers Beuveurs ,
de la Gloire ,
le
Temple
Quittez tout autre foin , & nefon
gez qu'à boire ;
Et d'une vaste coupe arrofez àplein
fonds
Vos poulmons alterez , & ves ventres
profonds.
Celebrez à l'envy dans le plaifir Bachique
,
D'un Ouvrage fi beau l'Inventeur
magnifique.
Faites volerfa gloire en cent Climats
divers ,
Luy mefme eft un miracle aux yeux
de l'Univers.
mefme Autheur , faite fur le
grand Tonneau de Heidelberg
, qui contient plus de
1200.muids, que feu Mófieur
l'Electeur Palatin , Pere de
Madame , a fait conſtruire.
30 MERCURE
L
'Univers étonné vante encor
des
miracles ,
Et des Templesfameux d'où fortoient
les Oracles ,
Où les Dieux adorez fur d'indignes
Autels ,
Abufoient les efprits des profanes
Mortels.
Admire icy , Paffant , de plus rares
merveilles ,
C'est le Throne pompeux du grand
Dicu des Bouteilles ,
De ce Dieu bien faisant qui charme
tous les coeurs
2
Et répand fon efprit fur fes adorateurs
.
Le puiffant Iupiter en fa gloire fupréme
,
Nous paroift redoutable au moment
qu'il nous aime,
GALANT. 31
Et la Foudre à la main , verſe de
deux tonneaux
Sur les Humains tremblans , & les
biens & les maux .
Mais de ce feul Tonneau dont Bachus
fait fon Temple ,
Le bien eft ordinaire , &le malfans
exemple,
Et ce Dieu qui folâtre , affis parmy
les Ieux ,
Prefente un prompt remede à tous les
malheureux.
Icy l'on voit bannir les foins de la
fortune ,
Er des tristes Amans la langueur importune.
Les folles paffions , & les mornes
foucis,
Quelque obftinez qu'ils foient , s'y
trouvent adoucis .
Mieux que l'ancien Vaiffeau qui bra
va le Deluge ,
32 MERCURE
Cegrand Vafe aux mortels ferviroit
de refuge,
Et les plus fiers affauts du perfide
Clement ,
N'en approchent jamais , ou le font
vainement.
C'eft icy , chers Beuveurs ,
de la Gloire ,
le
Temple
Quittez tout autre foin , & nefon
gez qu'à boire ;
Et d'une vaste coupe arrofez àplein
fonds
Vos poulmons alterez , & ves ventres
profonds.
Celebrez à l'envy dans le plaifir Bachique
,
D'un Ouvrage fi beau l'Inventeur
magnifique.
Faites volerfa gloire en cent Climats
divers ,
Luy mefme eft un miracle aux yeux
de l'Univers.
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Résumé : Autre du mesme Autheur. [titre d'après la table]
Le texte présente une œuvre dédiée au grand tonneau de Heidelberg, capable de contenir plus de 1200 muids, construit par le défunt Électeur Palatin, père de Madame. Ce tonneau est célébré comme le trône du dieu Bacchus, symbole de joie et de réconfort. À la différence de Jupiter, Bacchus offre des bienfaits quotidiens et des remèdes aux malheureux. Le tonneau est décrit comme un refuge contre les soucis et les passions tristes, plus efficace que l'arche de Noé. Les lecteurs sont invités à célébrer l'inventeur de cette merveille, considérée comme un miracle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 71-87
DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Début :
Ce que l'on nous conte du Phenix est-ce une verité [...]
Mots clefs :
Phénix, Nature, Esprit humain, Créatures, Âme, Oiseau, Prodige, Auteurs, Plumes, Ailes, Miracles, Mystère, Espèces, Monarque, Victoire, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
DU PHENIX.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
Fermer
Résumé : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Le texte aborde l'existence du Phénix, un oiseau légendaire, en discutant de sa réalité ou de sa fiction. L'auteur explore diverses hypothèses sur sa nature et sa localisation, soulignant que l'homme crée souvent des êtres imaginaires pour satisfaire sa curiosité. Il examine les arguments contre l'existence du Phénix, tels que son absence dans l'Arche de Noé et la nécessité de reproduction conventionnelle, mais suggère que l'âme humaine peut distinguer le réel de l'imaginaire. Il mentionne également des phénomènes rares en nature et la possibilité que Dieu préserve des créatures uniques. Le Phénix est décrit avec une apparence majestueuse : une tête couronnée de plumes, un collier d'or et de plumes blanches, un corps bleu comme des saphirs, et des ailes pourpres ornées de pierreries. Il meurt après mille ans, se sacrifiant sur un bûcher de bois odoriférants, et renaît de ses cendres, un processus respecté par la nature et observé en Égypte. Le texte compare ensuite le roi de France au Phénix, soulignant ses qualités exceptionnelles et ses actions modérées malgré ses victoires militaires. Les autres souverains suivent son exemple, et l'Europe se pacifie grâce à son initiative de paix. Le roi est ainsi vu comme ayant vaincu la victoire elle-même en choisissant de régner par ses vertus plutôt que par la force.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1-2
Prelude. [titre d'après la table]
Début :
C'est avec raison, Madame, que tous ceux qui ont entrepris [...]
Mots clefs :
Miracles, Éloges, Roi, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude. [titre d'après la table]
'Eft avec raifon,Madame,
que tous ceux
qui ont entrepris l'Eloge
du Roy, ont dit
que fa vie eftoit un conti
nuel enchainement de Miracles.
Ce quife paffe aujour
Novembre 1685. A
2 MERCURE
·
d'huy nous le fait connoiftre
, & il ne me feroit pas
difficile d'y trouver une
ample matiere aux loüanges
de ce grand Prince,
fi je n'avois accoûtumé de
me taire , quand je puis
faire parler un autre en ma
place. Je n'ay ny
le temps
de ramaffer toutes les chofes
que l'on peut dire à fa
gloire , ny l'éloquence qui
me feroit neceffaire pour
les bien repreſenter.
que tous ceux
qui ont entrepris l'Eloge
du Roy, ont dit
que fa vie eftoit un conti
nuel enchainement de Miracles.
Ce quife paffe aujour
Novembre 1685. A
2 MERCURE
·
d'huy nous le fait connoiftre
, & il ne me feroit pas
difficile d'y trouver une
ample matiere aux loüanges
de ce grand Prince,
fi je n'avois accoûtumé de
me taire , quand je puis
faire parler un autre en ma
place. Je n'ay ny
le temps
de ramaffer toutes les chofes
que l'on peut dire à fa
gloire , ny l'éloquence qui
me feroit neceffaire pour
les bien repreſenter.
Fermer
Résumé : Prelude. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre évoque l'éloge du roi, décrit par certains comme une suite de miracles. Les événements de novembre 1685 illustrent cette vision. Bien qu'il puisse trouver des sujets de louange, il préfère laisser la parole à d'autres, manquant de temps et d'éloquence pour les présenter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 203-213
A MONSIEUR L'ABBÉ DE SAZILLY.
Début :
Enfin le grand Article des Conversions, qui grossissoit tous les / Je sçay, Monsieur, le plaisir que vous avez d'apprendre [...]
Mots clefs :
Conversions, Véritable religion, Règne, Église, Sermons, Saint-Esprit, Abjuration, Confession, Miracles, Erreur, Prière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR L'ABBÉ DE SAZILLY.
Enfin le grand Article des
Converfions , qui groffiffoir
tous les mois maLettre,commence
heureuſement à diminuer
, faute de matiere , & la
veritable Religion va regner
entierement chez des Peuples
, à qui il ne manquoit
que cette union pour joüir
avec une pleine joye de la
gloire & du repos que leur
procure le plus floriffant &
le plus beau Regne que l'on
vit jamais. Je ne vous parleray
plus de Converfions de
Villes entieres, mais de quelques
Particuliers feulement,
204 MERCURE
dont l'obftination a rendu la
défaite plus éclatante. Vous
en allez voir trois de cette
nature dans la Lettre que je
vous envoye. Elle eft curieufe
, & remplie en peu
de mots de chofes touchantes
.
A MONSIEVR
L'ABBE' DE SAZILLY.
E çay , Monfieur , le plaifir
que vous avez d'apprendre le
nombre de ceux qui rentrent dans
le fein de l'Eglife , non feulement
GALANT. 205
par l'intereft que vous prenez au
falut de leurs Ames , mais encore
parce que
a
les merveilles
que
Dien
fait paroiftre dans plufieurs de ces
Converfions , font autant d'Eloges
pour noftre Auguſte Monarque.
Voicy ce que j'ay veu dans
une Lettre écrite de Lodeve le 19.
Fanvier, par un Docteur de Sor
bonne à M. Berthe , Superieur de
Mes de la Congregation de la
Miffion à Saint Lazare , dont le
rare merite vous eft connu. Aprés
avoir parlé d'un grand nombre de
Converfions , & de l'affiduité de
plus de huit mille Perfonnes à entendre
fes Sermons tous les foirs ,
206 MERCURE
il dit qu'une Fille âgée de dix- huit
ans fe cacha affez long - temps
dans fon lit , feignant d'eſtre ma
Lade , pour n'eftre pas obligée d'aller
à l'Eglife ; mais dans la crainte
de s'y voir forcée , elle quitta le
lit, &fe retira dans une Caverne,
qui auroit paru affreuse à toute
autre. Elle y demeura prés de trois
mois , fans en fortir que
pour allerchercher des herbes de la
Campagne , afin de s'en nourrir.
Enfin preffée par des mouvemens
interieurs du S. Efprit , elle quitta
fa Solitude , & vint le jour meſme
qu'il écrivit cette Lettre , le
prier de recevoirfon abjuration ,
la nuit
GALANT. 207
qu'elle fit avec les fentimens les
plus religieux du monde , aprés un
entretien de cinq heures , où elle fit
connoiftre qu'elle eftoit extraordi-
@
nairementfçavante dansfa Religion,
fort attachée à fa croyan
ce. Elle fit enfuite fa Confeffion
generale, nonfans verfer beaucoup
de larmes , tant pour ses pechez,
que pour avoir trop tardé à fe fai.
re inftruire. Sa Mere & fon Frere
, qui estoient dans une obstination
inconcevable pour leur fauſſe
Religion , touchez d'un exemple
qu'ils n'auroient jamais attendu ,
fe convertirent auffi. Voila, Monfieur
, une Converfion qui fait
voir ,
208 MERCURE
Que Dieu répand fouvent fes plus
rares faveurs
Dans les plus jeunes Cours ;
Une autre va montrer avec quel
avantage
Il les répand auffi dans ceux d'un
plus grand âge.
Une Demoiselle de Qualité fit
connoiftre dans le mefme temps
qu'il ne faut qu'un moment à la
Grace pour brifer le coeur le plus
endurcy. Ellefe nomme la Baronne
de Faugere , âgée de quarante
ans. Son opiniaftreté eftoitfi grande,
qu'elle protestoit de fe laiffer
plutoft maffacrer, que d'aller ja
mais à confeffe. Elle vint auſſi ſe
jetter aux pieds du mefme DoGALANT.
209
cteur, &fes larmes couloient en
fi grande abondance du regret d'avoir
demeuré fi long- temps dans
l'Erreur, qu'il eut toutes lespeines
du monde à les arreſter , & fut
extremement touché de fa penitence.
Ce n'est pas feulement à
Lodeve que Dieu a operé de tels
Miracles , je croy mepouvoirfervir
de ce terme aprés S. Thomas.
On feroit des Volumes entiers de
tous ceux qui font arrivez dans
chaque endroit du Royaume , mais
une Converfion qui s'eftfaite dans
une Paroiffe de Paris , eft fi particuliere
, qu'elle peut tenirfa pla
ce icy ; je m'affeure, Monfieur,
Mars 1686..
210 MERCURE
que vous direz avec tous ceux qui
en feront la lecture.
Quand ce n'eſt que la feule
bouche
Qui demande à Dieu du fecours
,
On ne voit pas qu'elle le tou
che ,
Mais lors que le Coeur parle , il
luy répond toujours.
C'est une Dame qui mene prefentement
une Vie fi cachée & fe
remplie de pieté , que je ne pourrois
la nommer fans luy faire de
la peine , a bleſſer få modestie.
que je puis dire , c'est qu'elle
eft Etrangere, & de grande Qua
Ce
GALANT. 211
lité; qu'elle eft tres- bienfaite ,
felon ce que l'on peut juger, d'environ
trente - deux ans ; qu'elle a
aimé le Monde , & a laiffé de
fort grands Biens en fon Pays. Elle
vint en France avecfon Mary,
qui eftoit de la Religion P. R.
comme elle , & qui eſt mort de_
puis quelques mois. Cette mort
luy a efté tres-fenfible , mais les
grandes chofes que le Roy a
tes pour le falut de fes Sujets qui
eftoient dans l'Erreur , luy ayans
fait naiftre des doutes defa croyance
, elle oublia toutes chofes pour
ne penfer qu'à celle - là . Elle ne s'er
ouvrit pourtant à perfonne . Elle
fai-
Sij
212 MERCURE
n'avoit de recours qu'à la Priere
à fes larmes, pour demander à
Dieu qu'il luy enfeignast le chemin
qu'elle devoitfurore. Unfoir
fort tard qu'elle le prioit avec une
ferveur extraordinaire , de luyfaire
cette grace , elle entendit une
Voix qui luy dit fort diftinctement
, Leve- toy , & fuy celuy
qui paffe. Elle court auffi- toft à
la feneftre , & voit paffer noftre
Seigneur que l'on portoit à quelques
malades. Elle prit foudain
fon Efcharpe, fe mit à le fuivre.
Eftant revenue chez elle, elle
paſſa une partie de la nuit à genoux,
pour remercierfon Divin
GALANT.
213
Av.
21
Maistre de la grace qu'il luy
voit faite. Le lendemain elle fit
fon abjuration & fa Confeffion
generale. On luy a voulu donner
une Penfion affez forte , mais elle
n'a accepté que ce qu'il luy faur
pour vivre tres-modiquement. Je
fuis , Monfieur , avec respect, vo-
Fire tres , &c. VIGNIER ,
A Paris ce 3. Mars 1686 .
Converfions , qui groffiffoir
tous les mois maLettre,commence
heureuſement à diminuer
, faute de matiere , & la
veritable Religion va regner
entierement chez des Peuples
, à qui il ne manquoit
que cette union pour joüir
avec une pleine joye de la
gloire & du repos que leur
procure le plus floriffant &
le plus beau Regne que l'on
vit jamais. Je ne vous parleray
plus de Converfions de
Villes entieres, mais de quelques
Particuliers feulement,
204 MERCURE
dont l'obftination a rendu la
défaite plus éclatante. Vous
en allez voir trois de cette
nature dans la Lettre que je
vous envoye. Elle eft curieufe
, & remplie en peu
de mots de chofes touchantes
.
A MONSIEVR
L'ABBE' DE SAZILLY.
E çay , Monfieur , le plaifir
que vous avez d'apprendre le
nombre de ceux qui rentrent dans
le fein de l'Eglife , non feulement
GALANT. 205
par l'intereft que vous prenez au
falut de leurs Ames , mais encore
parce que
a
les merveilles
que
Dien
fait paroiftre dans plufieurs de ces
Converfions , font autant d'Eloges
pour noftre Auguſte Monarque.
Voicy ce que j'ay veu dans
une Lettre écrite de Lodeve le 19.
Fanvier, par un Docteur de Sor
bonne à M. Berthe , Superieur de
Mes de la Congregation de la
Miffion à Saint Lazare , dont le
rare merite vous eft connu. Aprés
avoir parlé d'un grand nombre de
Converfions , & de l'affiduité de
plus de huit mille Perfonnes à entendre
fes Sermons tous les foirs ,
206 MERCURE
il dit qu'une Fille âgée de dix- huit
ans fe cacha affez long - temps
dans fon lit , feignant d'eſtre ma
Lade , pour n'eftre pas obligée d'aller
à l'Eglife ; mais dans la crainte
de s'y voir forcée , elle quitta le
lit, &fe retira dans une Caverne,
qui auroit paru affreuse à toute
autre. Elle y demeura prés de trois
mois , fans en fortir que
pour allerchercher des herbes de la
Campagne , afin de s'en nourrir.
Enfin preffée par des mouvemens
interieurs du S. Efprit , elle quitta
fa Solitude , & vint le jour meſme
qu'il écrivit cette Lettre , le
prier de recevoirfon abjuration ,
la nuit
GALANT. 207
qu'elle fit avec les fentimens les
plus religieux du monde , aprés un
entretien de cinq heures , où elle fit
connoiftre qu'elle eftoit extraordi-
@
nairementfçavante dansfa Religion,
fort attachée à fa croyan
ce. Elle fit enfuite fa Confeffion
generale, nonfans verfer beaucoup
de larmes , tant pour ses pechez,
que pour avoir trop tardé à fe fai.
re inftruire. Sa Mere & fon Frere
, qui estoient dans une obstination
inconcevable pour leur fauſſe
Religion , touchez d'un exemple
qu'ils n'auroient jamais attendu ,
fe convertirent auffi. Voila, Monfieur
, une Converfion qui fait
voir ,
208 MERCURE
Que Dieu répand fouvent fes plus
rares faveurs
Dans les plus jeunes Cours ;
Une autre va montrer avec quel
avantage
Il les répand auffi dans ceux d'un
plus grand âge.
Une Demoiselle de Qualité fit
connoiftre dans le mefme temps
qu'il ne faut qu'un moment à la
Grace pour brifer le coeur le plus
endurcy. Ellefe nomme la Baronne
de Faugere , âgée de quarante
ans. Son opiniaftreté eftoitfi grande,
qu'elle protestoit de fe laiffer
plutoft maffacrer, que d'aller ja
mais à confeffe. Elle vint auſſi ſe
jetter aux pieds du mefme DoGALANT.
209
cteur, &fes larmes couloient en
fi grande abondance du regret d'avoir
demeuré fi long- temps dans
l'Erreur, qu'il eut toutes lespeines
du monde à les arreſter , & fut
extremement touché de fa penitence.
Ce n'est pas feulement à
Lodeve que Dieu a operé de tels
Miracles , je croy mepouvoirfervir
de ce terme aprés S. Thomas.
On feroit des Volumes entiers de
tous ceux qui font arrivez dans
chaque endroit du Royaume , mais
une Converfion qui s'eftfaite dans
une Paroiffe de Paris , eft fi particuliere
, qu'elle peut tenirfa pla
ce icy ; je m'affeure, Monfieur,
Mars 1686..
210 MERCURE
que vous direz avec tous ceux qui
en feront la lecture.
Quand ce n'eſt que la feule
bouche
Qui demande à Dieu du fecours
,
On ne voit pas qu'elle le tou
che ,
Mais lors que le Coeur parle , il
luy répond toujours.
C'est une Dame qui mene prefentement
une Vie fi cachée & fe
remplie de pieté , que je ne pourrois
la nommer fans luy faire de
la peine , a bleſſer få modestie.
que je puis dire , c'est qu'elle
eft Etrangere, & de grande Qua
Ce
GALANT. 211
lité; qu'elle eft tres- bienfaite ,
felon ce que l'on peut juger, d'environ
trente - deux ans ; qu'elle a
aimé le Monde , & a laiffé de
fort grands Biens en fon Pays. Elle
vint en France avecfon Mary,
qui eftoit de la Religion P. R.
comme elle , & qui eſt mort de_
puis quelques mois. Cette mort
luy a efté tres-fenfible , mais les
grandes chofes que le Roy a
tes pour le falut de fes Sujets qui
eftoient dans l'Erreur , luy ayans
fait naiftre des doutes defa croyance
, elle oublia toutes chofes pour
ne penfer qu'à celle - là . Elle ne s'er
ouvrit pourtant à perfonne . Elle
fai-
Sij
212 MERCURE
n'avoit de recours qu'à la Priere
à fes larmes, pour demander à
Dieu qu'il luy enfeignast le chemin
qu'elle devoitfurore. Unfoir
fort tard qu'elle le prioit avec une
ferveur extraordinaire , de luyfaire
cette grace , elle entendit une
Voix qui luy dit fort diftinctement
, Leve- toy , & fuy celuy
qui paffe. Elle court auffi- toft à
la feneftre , & voit paffer noftre
Seigneur que l'on portoit à quelques
malades. Elle prit foudain
fon Efcharpe, fe mit à le fuivre.
Eftant revenue chez elle, elle
paſſa une partie de la nuit à genoux,
pour remercierfon Divin
GALANT.
213
Av.
21
Maistre de la grace qu'il luy
voit faite. Le lendemain elle fit
fon abjuration & fa Confeffion
generale. On luy a voulu donner
une Penfion affez forte , mais elle
n'a accepté que ce qu'il luy faur
pour vivre tres-modiquement. Je
fuis , Monfieur , avec respect, vo-
Fire tres , &c. VIGNIER ,
A Paris ce 3. Mars 1686 .
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Résumé : A MONSIEUR L'ABBÉ DE SAZILLY.
Le texte décrit la diminution des conversions religieuses massives dans certaines régions, permettant à la 'véritable Religion' de s'imposer davantage. Les conversions se font désormais au cas par cas, impliquant des individus déterminés. Trois exemples notables de conversions sont présentés. Premièrement, une jeune fille de dix-huit ans de Lodève, qui évitait d'aller à l'église, se convertit après trois mois de solitude et fit une abjuration sincère. Sa mère et son frère la suivirent dans cette décision. Deuxièmement, la Baronne de Faugere, une femme de quarante ans réputée pour son obstination, se convertit après avoir été touchée par la grâce divine et une profonde pénitence. Troisièmement, une dame étrangère de haute naissance, âgée d'environ trente-deux ans, se convertit après le décès de son mari. Elle fut guidée par une vision divine et fit son abjuration ainsi qu'une confession générale. Elle refusa une pension généreuse, préférant accepter seulement ce qui était nécessaire pour vivre modestement. Ces récits mettent en lumière la puissance de la grâce divine et l'influence des actions royales sur les conversions religieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 945-949
JUDITH, POEME, Tiré de l'Ecriture sainte. Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux a remporté cette année 1731. à Toulouze, le Prix destiné à ce genre de Poësie. Il est de M. l'Abbé Poncy de Neuville.
Début :
Aux cœurs humiliez l'Eternel est propice ; [...]
Mots clefs :
Cœurs humiliés, Justice, Holopherne, Assyrien, Miracles, Illusion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JUDITH, POEME, Tiré de l'Ecriture sainte. Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux a remporté cette année 1731. à Toulouze, le Prix destiné à ce genre de Poësie. Il est de M. l'Abbé Poncy de Neuville.
JUDITH ,
POEME ,
Tiré de l'Ecriture Sainte ,
Qui parlejugement de l'Académie des Jeux
Floraux a remporté cette année 1731 .
Toulouze , le Prix destiné à ce genre de
Poësie . Il est de M. l'Abbé Poncy de
Neuville.
Ux Aux coeurs humiliez l'Eternel est propice ;
Superbes Conquerans , redoutez sa Justice ,
46 MERCURE DE FRANÇE
Il change quand il veut , pour punir votre or
gueil ,
Les Lauriers en Cyprès et les Fêtes en deüil.
Holopherne , des Juifs méditoit la ruine ,
Sa fureur ravageoit la triste Palestine ,
La seule Bethulie ose lui résister ,
Mais helas ! que peut- elle ? et comment l'arrêter?
La faim , la soif , l'horreur
murailles ,
regnent
dans ses
Et la peste se joint au démon des Batailles.
Déja l'Assirien croit tenir sous ses Loix ,
Ces Juifs si renommez par de nombreux Exploits
Ces Juifs dont la valeur , maîtresse des obstacles ,
Tant de fois enfanta les plus fameux Miracles.
Superbe illusion : ô prophanes Humains ,
Adarez le Très-Haut , respectez ses desseins ;
Plus éloignez de vous que n'est dans sa carriere ;
L'Astre qui fait les jours et répand la lumiere ;
Que ne sont dans leurs cours ces Globes radieux ;
Dont sa magnificence a décéoré les Cieux.
Le Dieu des Juifs n'est point un Juge inexo
rable ,
11 va tendre à son Peuple une main secourable ,
Le cri de leur misere à son Trône est monté ,
Sa Justice s'appaise et cede à sa bonté ;
Mais quoi ! pour dissiper cette innombrable Ar
mée ,
Parmi des tourbillons de flamme et de fumée ,
Dien fera- t'il voler devant lui la terreur ?
En
1
AVRIL 1731. 947
Envoyera -t'il des Cieux l'Ange Exterminate ur ?
Non , non ; mais une Veuve obscure et solitaire ,
S'arrache par son ordre à sa retraite austere .
Judith va devenir l'instrument glorieux ,
Qui doit faire éclater sa grandeur à nos yeux.
De son Esprit Divin , cette Juive remplie ,
Elle seule entreprend de sauver Béthulie ,
Et le Dieu qui l'envoye ajoûte à ses beautez ,
Des riches ornemens les secours empruntez ;
Aux Tentes du Vainqueur elle arrive , il l'admire
Ce farouche Guerrier s'attendrit et soupire ;
Les Hebreux , lui dit- elle , ont mérité vos coups,
Seigneur , n'étendez pas sur moi votre courroux;
J'abandonne des murs que le Ciel abandonne ,
Où réside la mort et qu'un Camp environne.
Je viens vous découvrir des secrets importans.
Le Barbare l'écoute , il l'observe long-temps.
Judith lit dans ses yeux une ardeur témeraire :
Que cette ardeur coupable augmente sa colere !
La nuit succede au jour , un Festin fomptueux ,
Etale du Vainqueur le luxe fastueux
Des mets les plus exquis les tables sont comblées,
Les plus rares odeurs à l'Encens sont mêlées ;
"1Tout anime aux plaisirs ; des vins délicieux ,
Couronnent à l'envi des Vafes précieux .
Le Chef et les Soldats ont déposé leurs armes ,
La molesse triomphe , et ses perfides charmes ,
Enervent les esprits et versent dans les coeurs >
(
F D'un
948 MERCURE DE FRANCE
2
D'un poison dangereux les funestes douceurs.
Le superbe Holopherne ébloui de sa gloire
Va laisser de ses mains échapper la victoire.
Aveugle , il ne sent pas que pour les vrais Héros
Il n'est point d'ennemi pire que le repos.
Dans un calme trompeur , tel un Nocher peu sage,
S'abandonne à la joye et méprise l'orage.
Sur la foi des Zéphirs il dort paisiblement
Sa Nef semble regner sur l'humide Element
Les flots impétueux s'abbaissent devant elle ;
Mais tout à coup quel bruit ! ô disgrace cruelle!
Tous les vents déchaînez troublent le sein des
Mers ,
La nuit d'un voile obscur enveloppe les Airs ;
3 La Tempête , la Foudre et l'Onde mugissante ;
Des Eclairs redoublez la lueur palissante ,
Arrache, mais trop tard , le Nocher au sommeil.
Des fiers Affiriens tel sera le réveil ,
Ils sont ensevelis dans une longue yvresse ,
Les feux sont presque éteints et partout le bruit
cesse.
Judith veille , elle est seule , elle sent la terreur ;
Pour la premiere fois s'emparer de son coeur:
Mais bien-tôt bannissant cette crainte coupable
Elle ose envisager l'Ennemi redoutable ,
Sans suite et sur un lit lâchement étendu ,
Son large Coutelas y brille suspendu ;
Judith le prend , approche et son ame s'écrie ,
Dieu
AVRIL. 1731. 949
•
Dieu puissant , soutiens -moi , dêlivre Béthulie a
Toi dont jamais en vain je n'implorai le nom
Qui jadis mis le Glaive aux mains de Simeon ,
Pour punir de Sichem l'audace criminelle ,
Qui toûjours de ton Peuple embrassant la querelle
,>
Ouvris les vastes Mers à nos Ayeux errans ,
Et réunis leurs flots pour perdre leurs Tyrans
Toi qu'on nomme l'Arbitre et le Dieu des Batailles
;
Toi par qui Jericho vit tomber ses murailles
Jahel de Sisara termina le destin ;
David trancha les jours de l'altier Philistin
Le genereux Ahed illustra sa memoire .
Débora de mon sexe éternisa la gloire ;
Fais tomber sous mes coups dans l'infernale.nuit,
Le superbe vainqueur que ton courroux poursuit.
Que son trépas apprenne à craindre ton Empire.
Elle dit , elle frappe , et ce Vainqueur expire.
L'Hébreu met à son tour l'Idolâtre en ses fers ,
Quand le Ciel est pour nous , que peuvent les
Enfers
Si Deus pro nobis , quis contrà nos ?
POEME ,
Tiré de l'Ecriture Sainte ,
Qui parlejugement de l'Académie des Jeux
Floraux a remporté cette année 1731 .
Toulouze , le Prix destiné à ce genre de
Poësie . Il est de M. l'Abbé Poncy de
Neuville.
Ux Aux coeurs humiliez l'Eternel est propice ;
Superbes Conquerans , redoutez sa Justice ,
46 MERCURE DE FRANÇE
Il change quand il veut , pour punir votre or
gueil ,
Les Lauriers en Cyprès et les Fêtes en deüil.
Holopherne , des Juifs méditoit la ruine ,
Sa fureur ravageoit la triste Palestine ,
La seule Bethulie ose lui résister ,
Mais helas ! que peut- elle ? et comment l'arrêter?
La faim , la soif , l'horreur
murailles ,
regnent
dans ses
Et la peste se joint au démon des Batailles.
Déja l'Assirien croit tenir sous ses Loix ,
Ces Juifs si renommez par de nombreux Exploits
Ces Juifs dont la valeur , maîtresse des obstacles ,
Tant de fois enfanta les plus fameux Miracles.
Superbe illusion : ô prophanes Humains ,
Adarez le Très-Haut , respectez ses desseins ;
Plus éloignez de vous que n'est dans sa carriere ;
L'Astre qui fait les jours et répand la lumiere ;
Que ne sont dans leurs cours ces Globes radieux ;
Dont sa magnificence a décéoré les Cieux.
Le Dieu des Juifs n'est point un Juge inexo
rable ,
11 va tendre à son Peuple une main secourable ,
Le cri de leur misere à son Trône est monté ,
Sa Justice s'appaise et cede à sa bonté ;
Mais quoi ! pour dissiper cette innombrable Ar
mée ,
Parmi des tourbillons de flamme et de fumée ,
Dien fera- t'il voler devant lui la terreur ?
En
1
AVRIL 1731. 947
Envoyera -t'il des Cieux l'Ange Exterminate ur ?
Non , non ; mais une Veuve obscure et solitaire ,
S'arrache par son ordre à sa retraite austere .
Judith va devenir l'instrument glorieux ,
Qui doit faire éclater sa grandeur à nos yeux.
De son Esprit Divin , cette Juive remplie ,
Elle seule entreprend de sauver Béthulie ,
Et le Dieu qui l'envoye ajoûte à ses beautez ,
Des riches ornemens les secours empruntez ;
Aux Tentes du Vainqueur elle arrive , il l'admire
Ce farouche Guerrier s'attendrit et soupire ;
Les Hebreux , lui dit- elle , ont mérité vos coups,
Seigneur , n'étendez pas sur moi votre courroux;
J'abandonne des murs que le Ciel abandonne ,
Où réside la mort et qu'un Camp environne.
Je viens vous découvrir des secrets importans.
Le Barbare l'écoute , il l'observe long-temps.
Judith lit dans ses yeux une ardeur témeraire :
Que cette ardeur coupable augmente sa colere !
La nuit succede au jour , un Festin fomptueux ,
Etale du Vainqueur le luxe fastueux
Des mets les plus exquis les tables sont comblées,
Les plus rares odeurs à l'Encens sont mêlées ;
"1Tout anime aux plaisirs ; des vins délicieux ,
Couronnent à l'envi des Vafes précieux .
Le Chef et les Soldats ont déposé leurs armes ,
La molesse triomphe , et ses perfides charmes ,
Enervent les esprits et versent dans les coeurs >
(
F D'un
948 MERCURE DE FRANCE
2
D'un poison dangereux les funestes douceurs.
Le superbe Holopherne ébloui de sa gloire
Va laisser de ses mains échapper la victoire.
Aveugle , il ne sent pas que pour les vrais Héros
Il n'est point d'ennemi pire que le repos.
Dans un calme trompeur , tel un Nocher peu sage,
S'abandonne à la joye et méprise l'orage.
Sur la foi des Zéphirs il dort paisiblement
Sa Nef semble regner sur l'humide Element
Les flots impétueux s'abbaissent devant elle ;
Mais tout à coup quel bruit ! ô disgrace cruelle!
Tous les vents déchaînez troublent le sein des
Mers ,
La nuit d'un voile obscur enveloppe les Airs ;
3 La Tempête , la Foudre et l'Onde mugissante ;
Des Eclairs redoublez la lueur palissante ,
Arrache, mais trop tard , le Nocher au sommeil.
Des fiers Affiriens tel sera le réveil ,
Ils sont ensevelis dans une longue yvresse ,
Les feux sont presque éteints et partout le bruit
cesse.
Judith veille , elle est seule , elle sent la terreur ;
Pour la premiere fois s'emparer de son coeur:
Mais bien-tôt bannissant cette crainte coupable
Elle ose envisager l'Ennemi redoutable ,
Sans suite et sur un lit lâchement étendu ,
Son large Coutelas y brille suspendu ;
Judith le prend , approche et son ame s'écrie ,
Dieu
AVRIL. 1731. 949
•
Dieu puissant , soutiens -moi , dêlivre Béthulie a
Toi dont jamais en vain je n'implorai le nom
Qui jadis mis le Glaive aux mains de Simeon ,
Pour punir de Sichem l'audace criminelle ,
Qui toûjours de ton Peuple embrassant la querelle
,>
Ouvris les vastes Mers à nos Ayeux errans ,
Et réunis leurs flots pour perdre leurs Tyrans
Toi qu'on nomme l'Arbitre et le Dieu des Batailles
;
Toi par qui Jericho vit tomber ses murailles
Jahel de Sisara termina le destin ;
David trancha les jours de l'altier Philistin
Le genereux Ahed illustra sa memoire .
Débora de mon sexe éternisa la gloire ;
Fais tomber sous mes coups dans l'infernale.nuit,
Le superbe vainqueur que ton courroux poursuit.
Que son trépas apprenne à craindre ton Empire.
Elle dit , elle frappe , et ce Vainqueur expire.
L'Hébreu met à son tour l'Idolâtre en ses fers ,
Quand le Ciel est pour nous , que peuvent les
Enfers
Si Deus pro nobis , quis contrà nos ?
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Résumé : JUDITH, POEME, Tiré de l'Ecriture sainte. Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux a remporté cette année 1731. à Toulouze, le Prix destiné à ce genre de Poësie. Il est de M. l'Abbé Poncy de Neuville.
Le poème 'Judith' de l'Abbé Poncy de Neuville a remporté le prix de l'Académie des Jeux Floraux en 1731 à Toulouse. Il s'inspire de l'histoire biblique de Judith, une veuve juive qui sauve sa ville, Bethulie, assiégée par l'armée assyrienne dirigée par Holopherne. Judith utilise sa beauté et son intelligence pour approcher Holopherne, le séduire et finalement le tuer pendant son sommeil, libérant ainsi Bethulie. Le poème met en avant la justice divine et la protection de Dieu envers son peuple. Judith, guidée par Dieu, devient l'instrument de la délivrance de son peuple. La scène culminante montre Judith priant pour obtenir la force de tuer Holopherne, soulignant ainsi son rôle de héros biblique et l'intervention divine dans sa mission.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1669-1677
ÉCLAIRCISSEMENS demandés par une Lettre écrite de Soissons, insérée dans le Mercure d'Avril 1731. sur la Vie de Saint Front ou Fronton.
Début :
Il paraît un peu singulier qu'on démande des Éclaircissemens sur un Saint [...]
Mots clefs :
Saint Front, Éclaircissements, Martyrologes, Histoire de l'Église gallicane, Idolâtrie, Rivière de Dordogne, Miracles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉCLAIRCISSEMENS demandés par une Lettre écrite de Soissons, insérée dans le Mercure d'Avril 1731. sur la Vie de Saint Front ou Fronton.
EPITA PHE ,
D'UN AVARE.
Par M. de Malerais de la Vigne.
CY gât un homme peu chrétien
Dont l'avarice étoit extrême
Le
JUILLET . 1731 . 1663
Le bien des autres fût le sien ,
Et jamais il ne prêta rien ,
Qu'au denier
même.
quatre ou cinq , fût-ce à son Pere
Mets l'oreille à sa Tombe, ô Passant , et fremis ;
Ses os s'entrefroissant font un affreux murmure,
Et semblent s'irriter que tu fasses lecture ,
De son Epitaphe gratis.
AUTRE EPITAPHE
D'UN PRETENDU BEL ESPRIT.
Par la Même.
CYgit qui s'estimoit l'Arbitre des Arbitres ;
De la Langue au hazard il décidoit les cas ;
Qui le contredisoit ne s'y connoissoit pas ;
Des Livres il sçût tous les titres ,
Et ne lût que les Almanachs .
***:****XXX :XXXXX
ECLAIRCISSEMENS demandés
>
par
une Lettre écrite de Soissons , inserée dans
le Mercure d'Avril 1731. sur la Vie de
Saint Front on Frontor
L paroît un peu singulier qu'on démande
desEclaircissemens sur un Saint Im
aussi
1670 MERCURE DE FRANCEaussi
connu que S. Fronton, Saint, qu'une
Eglise de ce Royaume reconnoît pour
son Fondateur , et pour son Apôtre ,
sans que la Critique ait encore ose le lui
disputer. Il est parlé de ce Saint dans tous
les Martyrologes au 25. d'Octobre , dans
le Martyrologe Romain , dans ceux de
France et d'Espagne , dans Baronius ,
dans Surius , dans Ribadeneira &c. Cependant
nous exposerons ici avec la briéveté
requise , ce que nous en apprenons
dans les Actes de sa vie, rapportés par M.
Bosquet dans son Histoire de l'Eglise
Gallicane.
Saint Front , ou Fronton , que quelques
uns font naître à Perigueux , d'autres
en Orient , ayant été connu de Saint
Pierre dans un Voyage qu'il fit à Rome ,
et en ayant été jugé digne de porter la
foy parmi les Idolatres , ce Prince des
Apôtres l'envoya dans les Gaules avec un
compagnon , nommé Georges , pour y
publier l'Evangile . Ces deux hommes
Apostoliques aprés beaucoup de Stations
faites dans les lieux de leur passage pour
y semer la parole de Dieu , arriverent à
Perigueux. Ce fut là qu'ils s'arrêterent
davantage , et que le Champ répondant
aux soins du Laboureur , la Moisson devint
bientôt trés-abondante. L'Evangile
JUILLET. 1731. 1871
y fit en peu de tems un progrés considerable.
Il y avoit alors un Gouverneur
en Perigord , nommé Squirius , homme
fort attaché à l'Idolâtrie. Cet homme
politique ou superstitieux s'efforça d'arrêter
le progrès d'une Religion incompatible
avec celle de ses Peres ; il fit arrêter
pour cela un grand nombre de fideles
; il emprisonnà les uns , il exila les
autres , il en fit mourir plusieurs la
persecution augmentant tous les jours
força bientôt le reste des Fideles à chercher
dans la fuite une ressource contre
les vives poursuites du Gouverneur .
Les Fideles allerent donc se cacher dans
un Desert voisin de la Riviere de Dordogne
, avec leur Pasteur qu'ils entraînerent
avec eux : Saint Fronton chassa de
cet endroit un Dragon qui infectoit tout
le Pays.
par
fin
des menaces ,
par
par
Mais Dieu qui vouloit établir son culte
dans cette Province , força le Gouverneur
des fleaux , et endes
avis qu'il lui donna en songe,
de plier sous le joug de la Foy.La paix fût
rendue à cette Eglise naissante . Le Gouverneur
alla lui -même chercher S. Fronton
dans le Desert , il ramena avec lui
le Pasteur et le Troupeau. S. Fronton
bâtit ensuite à Perigueux , du consentement
1672 MERCURE DE FRANCE
ment du Gouverneur une Eglise en l'honncur
de S. Etienne , premier Martyr.
Quand S. Fronton vit cette Eglise suffisamment
affermie , il y laissa un Disciple
nommé Anien pour la gouverner
pendant son absence , et envoya son compagnon
au Puy - en -Velay , où S. George
fonda une nouvelle Eglise dont il fût le
premier Evêque . Pour S. Fronton il alla
prêcher l'Evangile dans la Saintonge et
dans le Poitou ; il passa même par Paris
et pénetra jusques dans le Beauvaisis et
dans le Soissonnois. On voit encore dans
le Diocèse de Soissons unChâteau appellé
Neulli Saint Front , ce qui porteroit à
croire que ce qu'on dit des Voyages de
ce Saint n'est pas sans fondement. Quoyqu'il
en soit , S. Fronton aprés être retourné
dans son Diocèse , passa dans un
autre Voyage par les Villes de Bourdeaux
et de Bayonne , et s'avança jusqu'à Valance
en Espagne. Enfin fatigué , épuisé par
son grand âge et par ses travaux , il rétourna
dans son Siege,où il y mourut en
paix. On rapporte de lui plusieurs Miracles.
En voilà assés sur les Actes de S. Fronton,
premiet Evêque de Perigueux. Il ne
faut pas le confondre avec un aurre Saint
Fronton , Abbé , marqué au 14. Avril
dans
JUILLET. 1731. 1673
'dans le petit ouvrage intitulé * Fasti Mariani
, que l'Auteur Jesuite , dit avoir tiré
de la vie des Peres.
Cependant comme les Actes de Saint
Fronton , Fondateur de l'Eglise de Perigueux
, ont été rejettés par plusieurs critiques
, et en particulier par M. M. de
Tillemont et Baillet , nous rapporterons
ici en peu de mots ce qu'en dit ce dernier,
soit dans les Notes qu'il a mises au commencement
du mois d'Octobre , soit dans
ce qu'il dit de la vie de ce Saint au 25 .
du même mois.
Il commence la vie de S. Front par le
reconnoître pour l'Apôtre de Perigueux :
mais il a soin de mettre à la
marge , 3 .
ou 4. Siecle , ce qui ruine absolument
tout ce qu'on dit de son Voyage à Rome ,
et de sa mission dans les Gaules par Saint
Pierre , & c .
On ne peut , dit- il , entrer dans aucun
détail des actions de ce Saint , ni so
flatter même d'en pouvoir produire dont
on soit assuré , si l'on en excepte la conversion
du Peuple de Perigueux , qu'on
a tout sujet de regarder comme le fruit
de ses travaux et de ses souffrances . Tout
a paru , continue- t-il, tellement insoûtena-
1. Vol 1 Antuerpia 1633-
C
1674 MERCURE DE FRANCE
ble dans les premiers Actes qu'on avoit
publiés de sa vie , qu'on s'est crû obligé
d'en composer d'autres , qui sont cependant
tombés comme les premiers.
M. Baillet regarde aussi comme douteuse
la Tradition qui lui donne pour
compagnon dans ses travaux Apostoliques
un Prêtre , nommé George , aussi - bien
que la fondation de l'Eglise du Puy- en-
Velay,que la même Tradition fait remonter
comme celle de Perigueux au premier
Siecle.
Tous les Actes s'accordent à le faire
mourir en paix. Mais il n'en faut pas conclure
, ajoûte M. Baillet , qu'il ne soit
venu en Perigord qu'aprés la paix donnée
à l'Eglise par Constantin , à moins qu'on
ne voulût raisonner de même de S. Marrial
de Limoges , de S. Julien du Mans ,
de S. Gatien de Tours , et de beaucoup
d'autres Confesseurs , à qui les Payens
n'ont point ôté la vie.
La Fête de S, Fronton est marquée au
25. d'Octobre dans les Martyrologes
d'Adon et d'Usuard , en quoy on les a
suivis dans le Romain moderne. On dit
que le corps de S. Front fût trouvé quelques
années aprés la mort de Clovis I. et
transporté dans une Eglise que fit bâtir
en son honneur Chronope , Evêque de
Perigueux
JUILLET. 1731. 1875
Perigueux , du tems duquel la Ville passa
de la domination des Wisigoths sous
celle des François. On fait Mémoire de
cette Translation le 14. d'Octobre.
M. Baillet dit que les Actes de la vie
de ce Saint furent publiés par M. Bosquet
,dans la deuxième partie de son Histoire
de l'Eglise Gallicane , liv . 5. pag. ș.
ils ont été vûs , ajoûte t-il , par Adon de
Vienne ; ainsi ils ne peuvent être
rieurs au IX. Siecle.
poste
M. de Tillemont, Tom. 4. pag. 502. les
tient tout-à- fait insoutenables, tant pour
le fond que pour la composition. Un
Abbé de Solignac dans le Concile de Lis
moges , tenu l'an 1031. les rejetta devant
toute l'Assemblée , comme une fausse Piece
, et soutint que s'étoit une Fable composée
par un Gausbert Chorévêque de
Limoges , qui l'avoit faite même pour en
tirer de l'argent. Depuis l'onzième Siecle ,
comme on ne voyoit plus d'apparence à
soutenir cette Histoire de S. Front , on
en inventa une autre sous le nom des
Evêques ses Successeurs . Mais cette Piece,
dont M. Bosquet a donné l'Extrait , est
encore plus ridicule que la premiere , au
jugement du même M. de Tillemont.
Voilà ce qu'on peut recueillir de divers
Auteurs sur la vie de S. Front ; mais
Cij
comme
1676 MERCURE DE FRANCE
comme il nous est venu un Mémoire
d'un autre Endroit sur le même sujet ,
posterieur à la Lettre de Soissons , dans
lequel on demande plusieurs autres Eclaircissemens
, nous ajoûterons ici le précis
de ce Mémoire.
On demande d'abord si l'Auteur de
la Lettre inserée dans le Mercure d'Avril
travaille au Breviaire de ce Diocèse. On
prie ensuite de s'informer par la voye du
Mercure , de Messieurs de Perigueux ,
19. Si la Tradition de leur Eglise n'est pas
que le corps entier de S. Front y étoit
conservé lorsque les Calvinistes la pille-`
rent. 29. Si l'on a des preuves que la
Translation de ce corps ait été faite un
peu aprés l'an 1441. comme il paroît
qu'elle a dû être faite par une Bulle du
Pape Eugene IV. qui est dans le Gallia
Christiana.
Nous remarquerons sur ce second article
, qu'il faudroit donc supposer qu'il
eût été fait deux Translations du corps de
ce Saint , puisque M. Baillet parle d'une
Translation qu'on croit avoir été faite
vers la fin du cinquiéme Siecle , ou au
Commencement du sixième.
3º . s'il n'est rien échappé des Reliques
de ce Saint Evêque depuis le pillage des
Calvinistes , et supposé que l'on ait sauvé
quelques
JUILLET. 1731. 1677.
quelques parties de son corps , quelles
sont ces parties ? et en quelles Eglises elles
sont ? 4°. Si l'on a eu le Chef de ce Saint
enchassé en entier avec le refte du corps ,
ou séparement. 5º . En quels jours se celebrent
les Fêtes de la Translation du
corps ou des Reliques de ce même Saint.
Nous avons satisfait en partie à ce dernier
Article, en rapportant aprés M. Baillet
, qu'on fait la Fête de sa Translation
le 14. Octobre . L'Auteur de ce nouveau
Mémoire paroît avoir quelques
Eclaircissemens plus particuliers à donner
au Public sur la vie de S. Fronton.
Il y a lieu d'esperer que M M. de Perigueux
n'oublieront pas de contribuer, de
tout leur pouvoir à ce qui peut faire honneur
à la mémoire de leur Saint Apôtre ,
et qu'ils voudront bien exposer la Tradition
de leur Eglise sur les Articles de
ce dernier Mémoire.
D'UN AVARE.
Par M. de Malerais de la Vigne.
CY gât un homme peu chrétien
Dont l'avarice étoit extrême
Le
JUILLET . 1731 . 1663
Le bien des autres fût le sien ,
Et jamais il ne prêta rien ,
Qu'au denier
même.
quatre ou cinq , fût-ce à son Pere
Mets l'oreille à sa Tombe, ô Passant , et fremis ;
Ses os s'entrefroissant font un affreux murmure,
Et semblent s'irriter que tu fasses lecture ,
De son Epitaphe gratis.
AUTRE EPITAPHE
D'UN PRETENDU BEL ESPRIT.
Par la Même.
CYgit qui s'estimoit l'Arbitre des Arbitres ;
De la Langue au hazard il décidoit les cas ;
Qui le contredisoit ne s'y connoissoit pas ;
Des Livres il sçût tous les titres ,
Et ne lût que les Almanachs .
***:****XXX :XXXXX
ECLAIRCISSEMENS demandés
>
par
une Lettre écrite de Soissons , inserée dans
le Mercure d'Avril 1731. sur la Vie de
Saint Front on Frontor
L paroît un peu singulier qu'on démande
desEclaircissemens sur un Saint Im
aussi
1670 MERCURE DE FRANCEaussi
connu que S. Fronton, Saint, qu'une
Eglise de ce Royaume reconnoît pour
son Fondateur , et pour son Apôtre ,
sans que la Critique ait encore ose le lui
disputer. Il est parlé de ce Saint dans tous
les Martyrologes au 25. d'Octobre , dans
le Martyrologe Romain , dans ceux de
France et d'Espagne , dans Baronius ,
dans Surius , dans Ribadeneira &c. Cependant
nous exposerons ici avec la briéveté
requise , ce que nous en apprenons
dans les Actes de sa vie, rapportés par M.
Bosquet dans son Histoire de l'Eglise
Gallicane.
Saint Front , ou Fronton , que quelques
uns font naître à Perigueux , d'autres
en Orient , ayant été connu de Saint
Pierre dans un Voyage qu'il fit à Rome ,
et en ayant été jugé digne de porter la
foy parmi les Idolatres , ce Prince des
Apôtres l'envoya dans les Gaules avec un
compagnon , nommé Georges , pour y
publier l'Evangile . Ces deux hommes
Apostoliques aprés beaucoup de Stations
faites dans les lieux de leur passage pour
y semer la parole de Dieu , arriverent à
Perigueux. Ce fut là qu'ils s'arrêterent
davantage , et que le Champ répondant
aux soins du Laboureur , la Moisson devint
bientôt trés-abondante. L'Evangile
JUILLET. 1731. 1871
y fit en peu de tems un progrés considerable.
Il y avoit alors un Gouverneur
en Perigord , nommé Squirius , homme
fort attaché à l'Idolâtrie. Cet homme
politique ou superstitieux s'efforça d'arrêter
le progrès d'une Religion incompatible
avec celle de ses Peres ; il fit arrêter
pour cela un grand nombre de fideles
; il emprisonnà les uns , il exila les
autres , il en fit mourir plusieurs la
persecution augmentant tous les jours
força bientôt le reste des Fideles à chercher
dans la fuite une ressource contre
les vives poursuites du Gouverneur .
Les Fideles allerent donc se cacher dans
un Desert voisin de la Riviere de Dordogne
, avec leur Pasteur qu'ils entraînerent
avec eux : Saint Fronton chassa de
cet endroit un Dragon qui infectoit tout
le Pays.
par
fin
des menaces ,
par
par
Mais Dieu qui vouloit établir son culte
dans cette Province , força le Gouverneur
des fleaux , et endes
avis qu'il lui donna en songe,
de plier sous le joug de la Foy.La paix fût
rendue à cette Eglise naissante . Le Gouverneur
alla lui -même chercher S. Fronton
dans le Desert , il ramena avec lui
le Pasteur et le Troupeau. S. Fronton
bâtit ensuite à Perigueux , du consentement
1672 MERCURE DE FRANCE
ment du Gouverneur une Eglise en l'honncur
de S. Etienne , premier Martyr.
Quand S. Fronton vit cette Eglise suffisamment
affermie , il y laissa un Disciple
nommé Anien pour la gouverner
pendant son absence , et envoya son compagnon
au Puy - en -Velay , où S. George
fonda une nouvelle Eglise dont il fût le
premier Evêque . Pour S. Fronton il alla
prêcher l'Evangile dans la Saintonge et
dans le Poitou ; il passa même par Paris
et pénetra jusques dans le Beauvaisis et
dans le Soissonnois. On voit encore dans
le Diocèse de Soissons unChâteau appellé
Neulli Saint Front , ce qui porteroit à
croire que ce qu'on dit des Voyages de
ce Saint n'est pas sans fondement. Quoyqu'il
en soit , S. Fronton aprés être retourné
dans son Diocèse , passa dans un
autre Voyage par les Villes de Bourdeaux
et de Bayonne , et s'avança jusqu'à Valance
en Espagne. Enfin fatigué , épuisé par
son grand âge et par ses travaux , il rétourna
dans son Siege,où il y mourut en
paix. On rapporte de lui plusieurs Miracles.
En voilà assés sur les Actes de S. Fronton,
premiet Evêque de Perigueux. Il ne
faut pas le confondre avec un aurre Saint
Fronton , Abbé , marqué au 14. Avril
dans
JUILLET. 1731. 1673
'dans le petit ouvrage intitulé * Fasti Mariani
, que l'Auteur Jesuite , dit avoir tiré
de la vie des Peres.
Cependant comme les Actes de Saint
Fronton , Fondateur de l'Eglise de Perigueux
, ont été rejettés par plusieurs critiques
, et en particulier par M. M. de
Tillemont et Baillet , nous rapporterons
ici en peu de mots ce qu'en dit ce dernier,
soit dans les Notes qu'il a mises au commencement
du mois d'Octobre , soit dans
ce qu'il dit de la vie de ce Saint au 25 .
du même mois.
Il commence la vie de S. Front par le
reconnoître pour l'Apôtre de Perigueux :
mais il a soin de mettre à la
marge , 3 .
ou 4. Siecle , ce qui ruine absolument
tout ce qu'on dit de son Voyage à Rome ,
et de sa mission dans les Gaules par Saint
Pierre , & c .
On ne peut , dit- il , entrer dans aucun
détail des actions de ce Saint , ni so
flatter même d'en pouvoir produire dont
on soit assuré , si l'on en excepte la conversion
du Peuple de Perigueux , qu'on
a tout sujet de regarder comme le fruit
de ses travaux et de ses souffrances . Tout
a paru , continue- t-il, tellement insoûtena-
1. Vol 1 Antuerpia 1633-
C
1674 MERCURE DE FRANCE
ble dans les premiers Actes qu'on avoit
publiés de sa vie , qu'on s'est crû obligé
d'en composer d'autres , qui sont cependant
tombés comme les premiers.
M. Baillet regarde aussi comme douteuse
la Tradition qui lui donne pour
compagnon dans ses travaux Apostoliques
un Prêtre , nommé George , aussi - bien
que la fondation de l'Eglise du Puy- en-
Velay,que la même Tradition fait remonter
comme celle de Perigueux au premier
Siecle.
Tous les Actes s'accordent à le faire
mourir en paix. Mais il n'en faut pas conclure
, ajoûte M. Baillet , qu'il ne soit
venu en Perigord qu'aprés la paix donnée
à l'Eglise par Constantin , à moins qu'on
ne voulût raisonner de même de S. Marrial
de Limoges , de S. Julien du Mans ,
de S. Gatien de Tours , et de beaucoup
d'autres Confesseurs , à qui les Payens
n'ont point ôté la vie.
La Fête de S, Fronton est marquée au
25. d'Octobre dans les Martyrologes
d'Adon et d'Usuard , en quoy on les a
suivis dans le Romain moderne. On dit
que le corps de S. Front fût trouvé quelques
années aprés la mort de Clovis I. et
transporté dans une Eglise que fit bâtir
en son honneur Chronope , Evêque de
Perigueux
JUILLET. 1731. 1875
Perigueux , du tems duquel la Ville passa
de la domination des Wisigoths sous
celle des François. On fait Mémoire de
cette Translation le 14. d'Octobre.
M. Baillet dit que les Actes de la vie
de ce Saint furent publiés par M. Bosquet
,dans la deuxième partie de son Histoire
de l'Eglise Gallicane , liv . 5. pag. ș.
ils ont été vûs , ajoûte t-il , par Adon de
Vienne ; ainsi ils ne peuvent être
rieurs au IX. Siecle.
poste
M. de Tillemont, Tom. 4. pag. 502. les
tient tout-à- fait insoutenables, tant pour
le fond que pour la composition. Un
Abbé de Solignac dans le Concile de Lis
moges , tenu l'an 1031. les rejetta devant
toute l'Assemblée , comme une fausse Piece
, et soutint que s'étoit une Fable composée
par un Gausbert Chorévêque de
Limoges , qui l'avoit faite même pour en
tirer de l'argent. Depuis l'onzième Siecle ,
comme on ne voyoit plus d'apparence à
soutenir cette Histoire de S. Front , on
en inventa une autre sous le nom des
Evêques ses Successeurs . Mais cette Piece,
dont M. Bosquet a donné l'Extrait , est
encore plus ridicule que la premiere , au
jugement du même M. de Tillemont.
Voilà ce qu'on peut recueillir de divers
Auteurs sur la vie de S. Front ; mais
Cij
comme
1676 MERCURE DE FRANCE
comme il nous est venu un Mémoire
d'un autre Endroit sur le même sujet ,
posterieur à la Lettre de Soissons , dans
lequel on demande plusieurs autres Eclaircissemens
, nous ajoûterons ici le précis
de ce Mémoire.
On demande d'abord si l'Auteur de
la Lettre inserée dans le Mercure d'Avril
travaille au Breviaire de ce Diocèse. On
prie ensuite de s'informer par la voye du
Mercure , de Messieurs de Perigueux ,
19. Si la Tradition de leur Eglise n'est pas
que le corps entier de S. Front y étoit
conservé lorsque les Calvinistes la pille-`
rent. 29. Si l'on a des preuves que la
Translation de ce corps ait été faite un
peu aprés l'an 1441. comme il paroît
qu'elle a dû être faite par une Bulle du
Pape Eugene IV. qui est dans le Gallia
Christiana.
Nous remarquerons sur ce second article
, qu'il faudroit donc supposer qu'il
eût été fait deux Translations du corps de
ce Saint , puisque M. Baillet parle d'une
Translation qu'on croit avoir été faite
vers la fin du cinquiéme Siecle , ou au
Commencement du sixième.
3º . s'il n'est rien échappé des Reliques
de ce Saint Evêque depuis le pillage des
Calvinistes , et supposé que l'on ait sauvé
quelques
JUILLET. 1731. 1677.
quelques parties de son corps , quelles
sont ces parties ? et en quelles Eglises elles
sont ? 4°. Si l'on a eu le Chef de ce Saint
enchassé en entier avec le refte du corps ,
ou séparement. 5º . En quels jours se celebrent
les Fêtes de la Translation du
corps ou des Reliques de ce même Saint.
Nous avons satisfait en partie à ce dernier
Article, en rapportant aprés M. Baillet
, qu'on fait la Fête de sa Translation
le 14. Octobre . L'Auteur de ce nouveau
Mémoire paroît avoir quelques
Eclaircissemens plus particuliers à donner
au Public sur la vie de S. Fronton.
Il y a lieu d'esperer que M M. de Perigueux
n'oublieront pas de contribuer, de
tout leur pouvoir à ce qui peut faire honneur
à la mémoire de leur Saint Apôtre ,
et qu'ils voudront bien exposer la Tradition
de leur Eglise sur les Articles de
ce dernier Mémoire.
Fermer
Résumé : ÉCLAIRCISSEMENS demandés par une Lettre écrite de Soissons, insérée dans le Mercure d'Avril 1731. sur la Vie de Saint Front ou Fronton.
Le texte présente deux épitaphes et un débat historique sur la vie de Saint Front. La première épitaphe, 'D'un avare', décrit un homme extrêmement avare, qui considérait le bien des autres comme sien et ne prêtait jamais rien. La deuxième épitaphe, 'D'un prétendu bel esprit', critique un individu se prétendant arbitre de la langue et connaissant les titres des livres sans les lire. Le texte principal traite de Saint Front, ou Fronton, dont la vie est controversée. Selon certaines sources, Saint Front, originaire de Périgueux ou d'Orient, fut envoyé par Saint Pierre pour évangéliser les Gaules. Il fonda une église à Périgueux et effectua plusieurs missions dans diverses régions, y compris la Saintonge, le Poitou, Paris, le Beauvaisis, et le Soissonnois. Il est également mentionné qu'il chassa un dragon et effectua plusieurs miracles. Cependant, des critiques comme M. de Tillemont et M. Baillet remettent en question l'authenticité des actes de Saint Front. Ils doutent de son voyage à Rome et de sa mission par Saint Pierre, ainsi que de la fondation de l'église du Puy-en-Velay. Ils considèrent les premiers actes de sa vie comme insoutenables et douteux. Le texte mentionne également des demandes d'éclaircissements sur la vie de Saint Front, notamment sur la conservation de ses reliques après le pillage des Calvinistes et les dates des fêtes de sa translation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 1823-1825
MANDEMENT de M. l'Archevêque de Paris, au sujet d'un Ecrit qui a pour titre : Dissertation sur les Miracles, et en particulier sur ceux qui ont été opérez au Tombeau de M. de Paris, en l'Eglise de S. Medard de Paris, avec la Relation et les Preuves de celui qui s'est fait le 3 Novembre 1730. en la Personne d'Anne le Franc, de la Paroisse de S. Barthelemi. Brochure in 4o. de 34 pages. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, 1731.
Début :
Nous nous contenterons de rapporter ici l'essentiel de ce Mandement ; sçavoir, [...]
Mots clefs :
Mandement, Miracles, Archevêque de Paris, Théologiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANDEMENT de M. l'Archevêque de Paris, au sujet d'un Ecrit qui a pour titre : Dissertation sur les Miracles, et en particulier sur ceux qui ont été opérez au Tombeau de M. de Paris, en l'Eglise de S. Medard de Paris, avec la Relation et les Preuves de celui qui s'est fait le 3 Novembre 1730. en la Personne d'Anne le Franc, de la Paroisse de S. Barthelemi. Brochure in 4o. de 34 pages. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, 1731.
MANDEMENT de M. l'Archevêque
de Paris, au sujet d'un Ecrit qui a pour
titre : Dissertation sur les Miracles, et en
particulier sur ceux qui ont été opérez au
Tombeau de M. de Paris , en l'Eglise de
S. Medard de Paris , avec la Relation et
les Preuves de celui qui s'estfait le 3 Novembre
1730. en la Personne d'Anne le
Franc , de la Paroisse de S. Barthelemi.
Brochure in 4º . de 34 pages. A Paris ,
chez Pierre Simon , ruë de la Harpe, 1731 .
Nous nous contenterons de rapporter
ici l'essentiel de ce Mandement ; sçavoir,
ce que M. l'Archevêque y déclare, y condamne
, et ordonne sur la fin , à cause des
bornes ausquelles on est assujetti dans un
Journal comme celui- ci.
2
A CES CAUSES , veu P'Ecrit qui a pour titre
: Dissertation sur les Miracles , etc. Le
Requisitoire de notre Promoteur d'Offce
, avec notre Ordonnance ; au bas d'icelui
, du 15 Juin dernier , le cahier d'information
, contenant la déposition de 40
témoins , le rapport de deux Médecins ,
du 7 de ce present mois ; autre Rapport
de trois Chirurgiens , du 11 du même
mois ; après en avoir conféré avec plusieurs
Théologiens , sçavans et pieux le
I iiij
saint
1824 MERCURE DE FRANCE
S. Nom de Dieu invoqué : TouT CONSIDE'RE'
. Nous déclarons faux et supposé le
Miracle qu'on a prétendu avoir été opéré
le 3 du mois de Novembre dernier , en la
personne d'Anne le Franc ; et en renouvellant
l'art. 30. des Statuts Synodaux de
ce Diocèse , défendons de publier aucens
Miracles nouveaux , que de notre autorité
, et après que par un examen canonique
, nous en aurons reconnu et déclaré
juridiquement la vérité. Défendons en
outre de rendre aucun culte religieux au
fieur Paris , d'honorer son Tombeau , de
celebrer , ou de faire celebrer des Messes
en son honneur. Condamnons led.Ecrit ,
intitulé : Dissertation , etc. comme rempli
de suppositions et d'impostures , tendant à
séduire les Fidéles , injurieux au Pape et
au Corps des premiers Pasteurs , et favorisant
des erreurs condamnées par l'Eglise
défendons de le lire , ou de le refenir
: Ordonnons d'en rapporter incessamment
les Exemplaires à notre Secretariat
; le tout sous les peines de droit. Et
sera notre present Mandement lû , publié
et affiché par tout où besoin sera . DONNE
à Paris , en notre Palais Archiepiscopal ,
le 15 Juillet 1731. Signé CHARLES , Archevêque
de Paris. Par Monseigneur
;
Martin.
I
JUILLET. 1731. 1825
A la fin du Mandement on trouve le
Rapport de Messieurs Andry et Winslow,
Docteurs en Médecine , de la Faculté de
Paris , et celui des Sieurs Petit , Guérin et
Morand, Chirurgiens Jurez,au sujet de la
maladie et guérison d'Anne le Franc.
de Paris, au sujet d'un Ecrit qui a pour
titre : Dissertation sur les Miracles, et en
particulier sur ceux qui ont été opérez au
Tombeau de M. de Paris , en l'Eglise de
S. Medard de Paris , avec la Relation et
les Preuves de celui qui s'estfait le 3 Novembre
1730. en la Personne d'Anne le
Franc , de la Paroisse de S. Barthelemi.
Brochure in 4º . de 34 pages. A Paris ,
chez Pierre Simon , ruë de la Harpe, 1731 .
Nous nous contenterons de rapporter
ici l'essentiel de ce Mandement ; sçavoir,
ce que M. l'Archevêque y déclare, y condamne
, et ordonne sur la fin , à cause des
bornes ausquelles on est assujetti dans un
Journal comme celui- ci.
2
A CES CAUSES , veu P'Ecrit qui a pour titre
: Dissertation sur les Miracles , etc. Le
Requisitoire de notre Promoteur d'Offce
, avec notre Ordonnance ; au bas d'icelui
, du 15 Juin dernier , le cahier d'information
, contenant la déposition de 40
témoins , le rapport de deux Médecins ,
du 7 de ce present mois ; autre Rapport
de trois Chirurgiens , du 11 du même
mois ; après en avoir conféré avec plusieurs
Théologiens , sçavans et pieux le
I iiij
saint
1824 MERCURE DE FRANCE
S. Nom de Dieu invoqué : TouT CONSIDE'RE'
. Nous déclarons faux et supposé le
Miracle qu'on a prétendu avoir été opéré
le 3 du mois de Novembre dernier , en la
personne d'Anne le Franc ; et en renouvellant
l'art. 30. des Statuts Synodaux de
ce Diocèse , défendons de publier aucens
Miracles nouveaux , que de notre autorité
, et après que par un examen canonique
, nous en aurons reconnu et déclaré
juridiquement la vérité. Défendons en
outre de rendre aucun culte religieux au
fieur Paris , d'honorer son Tombeau , de
celebrer , ou de faire celebrer des Messes
en son honneur. Condamnons led.Ecrit ,
intitulé : Dissertation , etc. comme rempli
de suppositions et d'impostures , tendant à
séduire les Fidéles , injurieux au Pape et
au Corps des premiers Pasteurs , et favorisant
des erreurs condamnées par l'Eglise
défendons de le lire , ou de le refenir
: Ordonnons d'en rapporter incessamment
les Exemplaires à notre Secretariat
; le tout sous les peines de droit. Et
sera notre present Mandement lû , publié
et affiché par tout où besoin sera . DONNE
à Paris , en notre Palais Archiepiscopal ,
le 15 Juillet 1731. Signé CHARLES , Archevêque
de Paris. Par Monseigneur
;
Martin.
I
JUILLET. 1731. 1825
A la fin du Mandement on trouve le
Rapport de Messieurs Andry et Winslow,
Docteurs en Médecine , de la Faculté de
Paris , et celui des Sieurs Petit , Guérin et
Morand, Chirurgiens Jurez,au sujet de la
maladie et guérison d'Anne le Franc.
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Résumé : MANDEMENT de M. l'Archevêque de Paris, au sujet d'un Ecrit qui a pour titre : Dissertation sur les Miracles, et en particulier sur ceux qui ont été opérez au Tombeau de M. de Paris, en l'Eglise de S. Medard de Paris, avec la Relation et les Preuves de celui qui s'est fait le 3 Novembre 1730. en la Personne d'Anne le Franc, de la Paroisse de S. Barthelemi. Brochure in 4o. de 34 pages. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, 1731.
Le mandement de l'archevêque de Paris, daté du 15 juillet 1731, condamne un écrit intitulé 'Dissertation sur les Miracles, et en particulier sur ceux qui ont été opérés au Tombeau de M. de Paris, en l’Église de Saint-Médard de Paris, avec la Relation et les Preuves de celui qui s'est fait le 3 novembre 1730 en la personne d'Anne le Franc', publié en 1731. Après avoir examiné les témoignages de 40 témoins, les rapports de deux médecins et trois chirurgiens, ainsi que les avis de théologiens, l'archevêque déclare que le miracle prétendu survenu le 3 novembre 1730 est faux. Il interdit la publication de nouveaux miracles sans examen canonique et défend tout culte rendu au diacre Paris, ainsi que toute célébration de messes en son honneur. L'écrit est condamné pour ses suppositions et impostures, et il est interdit de le lire ou de le diffuser. Les exemplaires doivent être rapportés au secrétariat archiépiscopal sous peine de sanctions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
MANDEMENT de M. l'Archevêque de Paris, au sujet d'un Ecrit qui a pour titre : Dissertation sur les Miracles, et en particulier sur ceux qui ont été opérez au Tombeau de M. de Paris, en l'Eglise de S. Medard de Paris, avec la Relation et les Preuves de celui qui s'est fait le 3 Novembre 1730. en la Personne d'Anne le Franc, de la Paroisse de S. Barthelemi. Brochure in 4o. de 34 pages. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, 1731.
9
p. 1854-1859
PARAPHRASE. Du Pseaume XXXIV. Judica, Domine, nocentes me, &c. P. L. D. D. R. P. G. J. P. L. A. J.
Début :
Dieu d'Israël, sois mon réfuge ; [...]
Mots clefs :
Refuge, Juge, Israël, Tonnerre, Glaive, Ignominie, Pièges, Trahisons, Miracles
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texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE. Du Pseaume XXXIV. Judica, Domine, nocentes me, &c. P. L. D. D. R. P. G. J. P. L. A. J.
PARAPHRASE.
Du Pseaume XXXIV.
Fulica , Domine , nocentes me , &c.
P. L. D. D. R. P. G. J. P. L. A. J.
Dieu d Ieu d'Israël , sois mon réfuge ;
Combats
pour moi , deviens le Juge
De mes lâches Pérsécuteurs ;
Fais gronder, fais partir ta foudre, ton Tonnerre,
Er que ton bras vengeur montre à toute la Terre
Que tu ne délaissas jamais tes serviteurs.
Je vois ton glaive redoutable ,
Levé sur la tête coupable ;
Cachez - vous , foibles ennemis :
Le Seigneur en ce jour va prendre ma défense ,
Vous , dont les coeurs pervers oppriment l'innocence
,
Traîtres , où fuirez - vous ? l'Enfer même est soumis.
SP
AOUST
1855 1731 .
Que la fuite et l'ignominic ,
Soient le prix de la calomnie ,
Et de ses suppôts renommez !
Que, tels qu'un vain amas de sable et de poussiere ,
Que dissipe des vents une haleine legere ,
Leurs complots soient détruits aussi - tôt que
formez !
Vous , les
M
organes de Dieu-même ,
Vous , de sa Justice suprême ,
Ministres sages , éclairez ,
Par vos décisions , par vos Arrêts celebres ,
Punissez ces esprits d'erreur et de tenebres ;
Ils sont contre le Ciel hautement déclarez.
En vain ils me tendent des pieges ,
En vain leurs fureurs sacrileges ,
Soufflent un dangereux poison :
De leur rage impuissante exemplaires victimes ;
Ils sont ensevelis dans ces mêmes abymes ,
Que m'avoit préparés leur noire trahison .
讚
Cependant mon ame contente ,
De la verité triomphante ,
Connoît les salutaires droits :
Ma langue toujours prête à chanter la puissance ,
D'un
1856 MERCURE DE FRANCE
D'un Juge qui punit , d'un Dieu qui récompense,
Dans ses Temples sacrez fait connoître ses Loix.
潞
Interprete de ses oracles ,
De sa main féconde en Miracles ,
Elle vantera le pouvoir :
Le Seigneur se souvient du pauvre en sa soka
france ;
Ses coups sont étonnans , et l'humaine prudence ,
Ne sçauroit les comprendre et ne peut les prévoir.
Des témoins trompeurs et perfides ,
Par leurs mensonges homicides ,
M'imputent un crime odieux :
Touché de leurs erreurs , mon coeur est moins
sensible ,
'Aux aprêts éclatans d'un Jugement terrible ,
Qu'aux genereux desirs de désiller leurs yeux.
粥
Pour les conduire à la lumiere ,
La patience et la priere ,
Ont fait des efforts superflus :
Toujours plus endurcis , ils ont forcé leurs ames ,
Par un nouveau tissu d'intrigues et de trames ,
A braver des remords qu'ils n'éprouveront plus.
Mais
A O UST. , 1731 1857
Mais tous leurs desseins que j'ignore ,
Et que leur haine forme encore ,
Voat être bien- tôt dissipez :
Leurs bouches au silence enfin vont se réduire ,
Sans que jamais leurs coeurs toûjours ardens à
nuire
Soient réduits à l'aveu d'avoir été trompez.
Seigneur , d'un regard favorable ,
Du mortel ennui qui m'accable ,
Daigne dissiper les horreurs ;
Aompt de mes Meurtriers les troupes conjurées ,
Ma voix en s'élevant dans tes Voutes sacrées,
Aux Peuples attentifs apprendra tes grandeurs.
諾
Ne verray-je point de l'envie ,
Qui poursuit ma gloire et ma vie ,
Avorter le honteux dessein ?
Sous un dehors trompeur , dans une humble posture
,
Mes superbes Rivaux méditent l'imposture ,
Pour lancer surement tous leurs traits dans mon
sein.
Hypocrites , le masque tombe ;
Qu'ilmeure , ont-ils dit , qu'il succombe ,
Sous l'effort de nos bras unis !
Soutiens
1858 MERCURE DE FRANCE
Soutiens- moi , Dieu puissant , fais parler ta Justice
,
Confond mes ennemis , toi qui vois leur malice ,
Et qui sondes des coeurs les plus secrets replis.
Fais cesser ma douleur profonde ;
Il est temps d'annoncer au Monde ,
Qu'on m'a jugé selon tes Loix :
Arbitre des Humains, l'esprit de Dieu vous guide,
A vos justes decrets cet Esprit Saint préside ;
Vous êtes seulement les Echos de sa voix.
Tremblez , vous , dont les fourberies ,
Et les cruelles railleries ,
Se nourissoient d'un faux espoir :
Les barbares Auteurs d'un projet fanatique ,
Pour salaire n'auront qu'un regret tyranique ;
Sous le poids de leur crime ils seront sans pouvoir.
Mais vous que mon sort înteresse
Remerciez le Ciel sans cesse 1.3
Par des Cantiques immortels :
Puissent-ils, ces grands Choeurs , chanter ma délivrance
,
Et celebrer , grand Dieu , de ta magnificence ,
L'éclatante splendeur aux pieds des Autels.
AOUST. 1859
1
1731.
Ma voix d'une force nouvelle ,
Valde ta Justice éternelle ,
Seigneur , publier les bienfaits :
1.1
Tandis que nuit et jour méditant ta Loi sainte ,
Mon esprit rassuré pourra gouter sans crainte
faveurs et les dons de la Paix.
Le prix de tes fa
Ad majorem Dei gloriam.
Du Pseaume XXXIV.
Fulica , Domine , nocentes me , &c.
P. L. D. D. R. P. G. J. P. L. A. J.
Dieu d Ieu d'Israël , sois mon réfuge ;
Combats
pour moi , deviens le Juge
De mes lâches Pérsécuteurs ;
Fais gronder, fais partir ta foudre, ton Tonnerre,
Er que ton bras vengeur montre à toute la Terre
Que tu ne délaissas jamais tes serviteurs.
Je vois ton glaive redoutable ,
Levé sur la tête coupable ;
Cachez - vous , foibles ennemis :
Le Seigneur en ce jour va prendre ma défense ,
Vous , dont les coeurs pervers oppriment l'innocence
,
Traîtres , où fuirez - vous ? l'Enfer même est soumis.
SP
AOUST
1855 1731 .
Que la fuite et l'ignominic ,
Soient le prix de la calomnie ,
Et de ses suppôts renommez !
Que, tels qu'un vain amas de sable et de poussiere ,
Que dissipe des vents une haleine legere ,
Leurs complots soient détruits aussi - tôt que
formez !
Vous , les
M
organes de Dieu-même ,
Vous , de sa Justice suprême ,
Ministres sages , éclairez ,
Par vos décisions , par vos Arrêts celebres ,
Punissez ces esprits d'erreur et de tenebres ;
Ils sont contre le Ciel hautement déclarez.
En vain ils me tendent des pieges ,
En vain leurs fureurs sacrileges ,
Soufflent un dangereux poison :
De leur rage impuissante exemplaires victimes ;
Ils sont ensevelis dans ces mêmes abymes ,
Que m'avoit préparés leur noire trahison .
讚
Cependant mon ame contente ,
De la verité triomphante ,
Connoît les salutaires droits :
Ma langue toujours prête à chanter la puissance ,
D'un
1856 MERCURE DE FRANCE
D'un Juge qui punit , d'un Dieu qui récompense,
Dans ses Temples sacrez fait connoître ses Loix.
潞
Interprete de ses oracles ,
De sa main féconde en Miracles ,
Elle vantera le pouvoir :
Le Seigneur se souvient du pauvre en sa soka
france ;
Ses coups sont étonnans , et l'humaine prudence ,
Ne sçauroit les comprendre et ne peut les prévoir.
Des témoins trompeurs et perfides ,
Par leurs mensonges homicides ,
M'imputent un crime odieux :
Touché de leurs erreurs , mon coeur est moins
sensible ,
'Aux aprêts éclatans d'un Jugement terrible ,
Qu'aux genereux desirs de désiller leurs yeux.
粥
Pour les conduire à la lumiere ,
La patience et la priere ,
Ont fait des efforts superflus :
Toujours plus endurcis , ils ont forcé leurs ames ,
Par un nouveau tissu d'intrigues et de trames ,
A braver des remords qu'ils n'éprouveront plus.
Mais
A O UST. , 1731 1857
Mais tous leurs desseins que j'ignore ,
Et que leur haine forme encore ,
Voat être bien- tôt dissipez :
Leurs bouches au silence enfin vont se réduire ,
Sans que jamais leurs coeurs toûjours ardens à
nuire
Soient réduits à l'aveu d'avoir été trompez.
Seigneur , d'un regard favorable ,
Du mortel ennui qui m'accable ,
Daigne dissiper les horreurs ;
Aompt de mes Meurtriers les troupes conjurées ,
Ma voix en s'élevant dans tes Voutes sacrées,
Aux Peuples attentifs apprendra tes grandeurs.
諾
Ne verray-je point de l'envie ,
Qui poursuit ma gloire et ma vie ,
Avorter le honteux dessein ?
Sous un dehors trompeur , dans une humble posture
,
Mes superbes Rivaux méditent l'imposture ,
Pour lancer surement tous leurs traits dans mon
sein.
Hypocrites , le masque tombe ;
Qu'ilmeure , ont-ils dit , qu'il succombe ,
Sous l'effort de nos bras unis !
Soutiens
1858 MERCURE DE FRANCE
Soutiens- moi , Dieu puissant , fais parler ta Justice
,
Confond mes ennemis , toi qui vois leur malice ,
Et qui sondes des coeurs les plus secrets replis.
Fais cesser ma douleur profonde ;
Il est temps d'annoncer au Monde ,
Qu'on m'a jugé selon tes Loix :
Arbitre des Humains, l'esprit de Dieu vous guide,
A vos justes decrets cet Esprit Saint préside ;
Vous êtes seulement les Echos de sa voix.
Tremblez , vous , dont les fourberies ,
Et les cruelles railleries ,
Se nourissoient d'un faux espoir :
Les barbares Auteurs d'un projet fanatique ,
Pour salaire n'auront qu'un regret tyranique ;
Sous le poids de leur crime ils seront sans pouvoir.
Mais vous que mon sort înteresse
Remerciez le Ciel sans cesse 1.3
Par des Cantiques immortels :
Puissent-ils, ces grands Choeurs , chanter ma délivrance
,
Et celebrer , grand Dieu , de ta magnificence ,
L'éclatante splendeur aux pieds des Autels.
AOUST. 1859
1
1731.
Ma voix d'une force nouvelle ,
Valde ta Justice éternelle ,
Seigneur , publier les bienfaits :
1.1
Tandis que nuit et jour méditant ta Loi sainte ,
Mon esprit rassuré pourra gouter sans crainte
faveurs et les dons de la Paix.
Le prix de tes fa
Ad majorem Dei gloriam.
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Résumé : PARAPHRASE. Du Pseaume XXXIV. Judica, Domine, nocentes me, &c. P. L. D. D. R. P. G. J. P. L. A. J.
Le texte est une paraphrase du Psaume XXXIV, adressée à Dieu pour solliciter protection et justice contre les persécuteurs. Le narrateur prie Dieu de se manifester comme un refuge et un juge contre les ennemis lâches et pervers qui oppriment l'innocence. Il exprime sa confiance en la justice divine, qui punit les calomniateurs et les traîtres. Le narrateur évoque les complots de ses ennemis, comparés à un amas de sable dispersé par le vent, et demande aux ministres de Dieu de punir les esprits d'erreur. Il se réjouit de la victoire de la vérité et de la puissance divine, qui récompense et punit selon ses lois. Le texte mentionne également les efforts de patience et de prière pour convertir les ennemis, sans succès. Le narrateur demande à Dieu de dissiper son ennui et de confondre ses ennemis, révélant leur malice. Il exprime l'espoir que son sort intéressera ceux qui le soutiennent et qu'ils chanteront sa délivrance. Enfin, il loue la justice éternelle de Dieu et aspire à goûter les faveurs et les dons de la paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 2568-2572
A M. BOUHIER, Nommé premier Evêque de Dijon. ODE.
Début :
Dieu, dont la bonté féconde, [...]
Mots clefs :
Dieu, Bonté féconde, Miracles, Lyre, Zèle, Censure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. BOUHIER, Nommé premier Evêque de Dijon. ODE.
A M. BOUHIER ,
Nommé premier Evêque de Dijon.
ODE.
Dieu , dont la bonté féconde ,
Par des Miracles divers ,
Remplissant la Terre et l'Onde ,
Embrasse tout l'Univers :
Fais retentir sur ma Lyre ,
Ce qu'un saint amour m'inspire ,
En un jour si plein d'attraits.
J'encourage le Fidele ,
A s'enflammer d'un beau zele ,
Pour celebrer tes bienfaits.
Je n'irai point au Parnasse ,
Pour y chercher des accords.
Je n'ai pas besoin d'Horace y
Pour animer mes efforts.
Je suis la verité pure ,
Et méprisant la censure ,
Je
NOVEMBRE. 1731 ° 2569
Je publie avec éclat ,
Du grand BоUHIER la noblesse ,
Les Vertus et la Sagesse ,
Qui l'ont fait notre Prélat.
Je consacre les prémices ;
Du feu qui saisit mon coeur ,
A faire sous ses auspices ,
L'essai de ma noble ardeur.
'Aux vertus qu'il fit paroître ,
Depuis qu'on le put connoître ,
J'offre un légitime encens .
Heureux ! si ma voix timide ,
Dans le transport qui me guide ,
Exprime ce que je sens !
Comme on voit une Fontaine ,
Par le secours de ses Eaux ,
'Arroser toute une Plaine
Et former mille Ruisseaux :
BOUHIER , ainsi ta Famille ,
Ici se répand et brille ;
De Dijon elle est l'honneur
Du Peuple la Protectrice
De l'Orphelin la Nourrice ,
De tous elle est le bonheur.
Combien
2570 MERCURE DE FRANCE
Combien en a- t'on vû naître
De Guerriers et de Héros ?
Que de Magistrats paroître ,
Pour remplir nos Tribunaux !
Dans le Sénat équitable ,
Dans les Combats redoutable
Son lustre éclata toûjours .
Du Peuple , des Grands , chérie,
Elle fit de sa Patrie ,
Et la gloire et les amours.
Tu suis noblement les traces ,
De tes illustres Ayeux ;
graces ,
Que de vertus , que de
Tu fais briller à nos yeux !
Quant à la Cour on t'honore ;
A tous tu parois encore ,
Bien plus grand par ta vertu
Que par le glorieux Titre ,
Et par la brillante Mitre ,
Dont Louis t'a revétu.
Le courage que te donne
Ton amour pour l'équité
Te fait la ferme Colomne ,
Qui soutient la verité
Thémis , à qui tu sçûs plaire ,
Te fit dans son Sanctuaire ,
・
1
L'inNOVEMBRE
1731. 2579.
L'Interprete de ses Loix ;
Te mit en main sa Balance ;
Et sûre de ta prudence ,
T'abandonna tous ses droits.
C'est de toi que la Province ,
A reçû tant de bienfaits ,
Par toi , son AUGUSTE PRINCE ,
Comble nos plus doux souhaits.
A ton zele infatigable ,
La Bourgogne est redevable ,
De ces sçavantes leçons ,
Qui dans une illustre Ecole ,
De Gratien , de Barthole ,
Instruisent les Nourrissons.
La vertu toûjours entiere
Depuis long-temps éclatoit ;
Dans l'Eglise ta lumiere ,
De plus en plus s'augmentoit
Il étoit temps que la France ,
Vît placer en évidence ,
Ton Chandelier sur l'Autel ,
Que la divine Sagesse ,
Accomplissant sa promesse ,
Rendit ton nom immortel.
Plus ta vertu favorite ,
Te
2572 MERCURE DE FRANCE
Te faisoit fuir la grandeur ;
Plus le prix qu'elle mérite ,
Fera briller ta splendeur.
C'est ainsi que sur la Terre
La main qui tient le Tonnerre
Exalte l'humilité :
Cette humilité profonde ,
Trouve son prix dans le monde ;
Comme dans l'Eternité.
L *. B *.
Nommé premier Evêque de Dijon.
ODE.
Dieu , dont la bonté féconde ,
Par des Miracles divers ,
Remplissant la Terre et l'Onde ,
Embrasse tout l'Univers :
Fais retentir sur ma Lyre ,
Ce qu'un saint amour m'inspire ,
En un jour si plein d'attraits.
J'encourage le Fidele ,
A s'enflammer d'un beau zele ,
Pour celebrer tes bienfaits.
Je n'irai point au Parnasse ,
Pour y chercher des accords.
Je n'ai pas besoin d'Horace y
Pour animer mes efforts.
Je suis la verité pure ,
Et méprisant la censure ,
Je
NOVEMBRE. 1731 ° 2569
Je publie avec éclat ,
Du grand BоUHIER la noblesse ,
Les Vertus et la Sagesse ,
Qui l'ont fait notre Prélat.
Je consacre les prémices ;
Du feu qui saisit mon coeur ,
A faire sous ses auspices ,
L'essai de ma noble ardeur.
'Aux vertus qu'il fit paroître ,
Depuis qu'on le put connoître ,
J'offre un légitime encens .
Heureux ! si ma voix timide ,
Dans le transport qui me guide ,
Exprime ce que je sens !
Comme on voit une Fontaine ,
Par le secours de ses Eaux ,
'Arroser toute une Plaine
Et former mille Ruisseaux :
BOUHIER , ainsi ta Famille ,
Ici se répand et brille ;
De Dijon elle est l'honneur
Du Peuple la Protectrice
De l'Orphelin la Nourrice ,
De tous elle est le bonheur.
Combien
2570 MERCURE DE FRANCE
Combien en a- t'on vû naître
De Guerriers et de Héros ?
Que de Magistrats paroître ,
Pour remplir nos Tribunaux !
Dans le Sénat équitable ,
Dans les Combats redoutable
Son lustre éclata toûjours .
Du Peuple , des Grands , chérie,
Elle fit de sa Patrie ,
Et la gloire et les amours.
Tu suis noblement les traces ,
De tes illustres Ayeux ;
graces ,
Que de vertus , que de
Tu fais briller à nos yeux !
Quant à la Cour on t'honore ;
A tous tu parois encore ,
Bien plus grand par ta vertu
Que par le glorieux Titre ,
Et par la brillante Mitre ,
Dont Louis t'a revétu.
Le courage que te donne
Ton amour pour l'équité
Te fait la ferme Colomne ,
Qui soutient la verité
Thémis , à qui tu sçûs plaire ,
Te fit dans son Sanctuaire ,
・
1
L'inNOVEMBRE
1731. 2579.
L'Interprete de ses Loix ;
Te mit en main sa Balance ;
Et sûre de ta prudence ,
T'abandonna tous ses droits.
C'est de toi que la Province ,
A reçû tant de bienfaits ,
Par toi , son AUGUSTE PRINCE ,
Comble nos plus doux souhaits.
A ton zele infatigable ,
La Bourgogne est redevable ,
De ces sçavantes leçons ,
Qui dans une illustre Ecole ,
De Gratien , de Barthole ,
Instruisent les Nourrissons.
La vertu toûjours entiere
Depuis long-temps éclatoit ;
Dans l'Eglise ta lumiere ,
De plus en plus s'augmentoit
Il étoit temps que la France ,
Vît placer en évidence ,
Ton Chandelier sur l'Autel ,
Que la divine Sagesse ,
Accomplissant sa promesse ,
Rendit ton nom immortel.
Plus ta vertu favorite ,
Te
2572 MERCURE DE FRANCE
Te faisoit fuir la grandeur ;
Plus le prix qu'elle mérite ,
Fera briller ta splendeur.
C'est ainsi que sur la Terre
La main qui tient le Tonnerre
Exalte l'humilité :
Cette humilité profonde ,
Trouve son prix dans le monde ;
Comme dans l'Eternité.
L *. B *.
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Résumé : A M. BOUHIER, Nommé premier Evêque de Dijon. ODE.
Le texte est une ode dédiée à M. Bouhier, nommé premier évêque de Dijon en novembre 1731. L'auteur exprime sa dévotion et son admiration pour Bouhier, soulignant ses vertus, sa sagesse et sa noblesse. La famille de Bouhier est célèbre pour avoir produit des guerriers, des héros et des magistrats, toujours chérie par le peuple et les grands. Bouhier est loué pour suivre les traces de ses ancêtres et pour être honoré à la cour non seulement pour son titre, mais surtout pour sa vertu. Sa passion pour l'équité et la justice lui a valu la confiance de Thémis, la déesse de la justice. La province de Bourgogne lui doit de nombreux bienfaits, notamment des leçons savantes dispensées dans une école illustre. L'auteur conclut en affirmant que la vertu de Bouhier, malgré son humilité, le mènera à une splendeur éternelle, exaltée par la main divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 100-122
Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
Début :
Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, expliqués en [...]
Mots clefs :
Miracles, Religion, Religion naturelle, Religion chrétienne, Dieu, Christianisme, Nature, Jésus-Christ, Hommes, Lois, Esprits, Foi, Preuve, Faits, Effet, Chrétiens, Caractère, Prodiges, Doctrine, Croire, Témoins, Authenticité, Vérité, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
Les Principes de la Religion Naturelle &
de la Religion Chrétienne , expliqués en
forme de Catéchifme. A Paris , chez
Berton , rue Saint-Victor ; Crapart ,
rue d'Enfer ; Onfroy , quai des Auguſtins.
Si l'incrédulité prend aujourd'hui toute
forte de formes pour éblouir les efprits
fuperficiels & avides de nouveautés , le
zèle qu'infpire la vraie Religion , n'en
eft aufli que plus actif & plus occupé à
inftruire les fidèles , & à les prémunir
contre la féduction. On voit ce zèle fi
louable , fe fervir tantôt des armes de la
dialectique & de l'érudition , tantôt de
la méthode fimple & claire du catéchifme.
L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons a préféré celle des interlocutions
, qui n'eft pas tout-à-fait fi
MARS. 1778 . 101
uniforme , & qui eft d'un autre côté moins
variée que le ton ordinaire du dialogue.
Il a cru devoir prendre ce jufte milieu ,
afin d'éviter l'ennui de la monotonie , &
de mettre par ce moyen dans la marche
du difcours , le plus de fimplicité qu'il
eft poffible. Il a voulu fe proportionner
aux perfonnes les moins inftruites , en
employant le ftyle familier , & fouvent
même populaire.
Comme on rencontre dans les états
même les plus obfcurs , des hommes
préparés à la féduction par leur ignorance
groffière , c'eft pour les Apologiftes
de la Religion Chrétienne un devoir
important de fe faire tout à tous ,
& de choisir de préférence le de
genre
preuves qui convient le mieux aux efprits
les moins pénétrans. Tel eft le but que
s'eft propofé l'Auteur des principes de la
Religion Naturelle , & de la foi chrétienne.
Il a fu rendre fenfibles & familières
, les preuves les plus fortes de
l'existence de Dieu , de la diftinction du
bien & du mal moral , & de la certitude
des vérités renfermées dans les livres de
l'ancien & du nouveau Teftament, Rien
n'eft plus convaincant que ce que cet
Auteur dit , par exemple , fur l'excellence
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des vertus que le Chriftianiſme a produit
dans les fociétés politiques , & fur la
preuve fondamentale des miracles , &
F'obligation de croire à ceux que l'Inftituteur
adorable de la Religion Chrétienne
, & fes difciples , ont opéré , &
qui ont été atteftés par une multitude de
témoins , fans lefquels on n'auroit jamais
admis , comme authentique , l'Hiftoire.
qui repréfente ces miracles comme des
faits publics. Un Néophite , qui aura
faifi les raifonnemens fimples , claits &
même populaires du nouveau Catéchifte
fur ces deux objets principaux , excellence
de la morale chrétienne force
victorieufe de la preuve des miracles
, un tel Néophite ne fauroit être
ébranlé par les fophifmes de plufieurs
Écrivains modernes. Les lumières qu'il
aura puifées dans l'Ouvrage que nous
annonçons , doivent fuffire pour le prémunir
encore contre les raifonnemens
fpécieux de l'Auteur anonyme qui traite
du fort des Empires dans les différentes
époques . Cet Écrivain, également verfé
dans l'étude de l'Hiftoire , de la Philofophie
, de la Politique , examine , dans
fon Traité rempli d'excellentes vues patriotiques,
fi les hommes font plus heureux
de nos jours , qu'ils ne l'ont été
MARS. 1778. 103
S
dans les fiècles paffés , & indique en
même- tems les moyens d'améliorer le
fort des Empires . Il a cru que la difcuffion
de cette matière fi intéreffante
l'obligeoit à examiner auffi tout ce qui
a rapport à l'établiffement du Chriftianifme
, à fes effets , à fon influence fur
le bonheur des Peuples . Nous ne croyons
pas , comme cet Auteur le fait entendre
, que cette Religion fi admirable
par fa morale & par les vertus fociales.
qu'elle infpire , confidérée même du côté
politique , ait fouvent été contraire, par
plufieurs de fes inftitutions, à la profpérité
des Empires . Nous croyons au contraire
que rien n'eft plus propre à cimenter
, dans un Etat , la félicité publique
, que le Chriftianifme confidéré
dans fa pureté. Que faut-il en effet pour
améliorer les Gouvernemens , & rendre
également heureux les Souverains & les
Sujets ? Il faut que l'autorité foit refpectée
, que l'on obéiffe aux Loix , &
que cette heureufe harmonie foit partout
obfervée , non par la crainte des
homines , qui n'eft qu'une toile d'arraignée
, fuivant l'expreffion d'un Sage
de l'Antiquité ; mais par amour pour le
Législateur fuprême , &- par obéiffance
à fa Loi. Le Chriftianifme élève au
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
)
rang des premiers devoirs de la confcience
, la néceffité de maintenir l'ordre
public par de fages Loix ; la foumiffion
parfaite à ces mêmes Loix ; donne à l'autorité
fouveraine , un caractère facré &
inviolable , réprime les horreurs du defpotifme
, érige en Loix un grand nombre
de vertus fociales , infpire un attachement
tendre & zélé pour les intérêts du
Corps dont nous faifons partie , unit.
les efprits & les coeurs , rapproche
toutes les Nations par la feule Loi de
la charité , & nous délivre des erreurs
fuperftitieufes , & de toutes celles qui
font contraires à la profpérité des Empires
; en un mot , elle nous fait refpecter
les droits de l'humanité , & nous
apprend qu'on ne peut attenter à la liberté
que les hommes tiennent de la
Nature & des Loix , qu'en outrageant
le divin Législateur , qui eft leur bienfaiteur
& leur père. C'est ainsi que cette
Religion, dont le joug eft doux , & le
fardeau léger , formant le caractère national
, fait fentir fon aimable influence
dans toutes les parties de l'adminiſtra
tion d'un Etat pour en tempérer la rigeur
, & pour en affermir la conſtitution.
« Chofe admirable , s'écrie MonMAR
S. 1778. 105
tefquieu : la Religion Chrétienne qui
» ne femble avoir d'objet que la félicité
» de l'autre vie , fait encore notre bon-
» heur dans celle - ci.... Nous devons au
» Chriftianifme , ajoute-t il , un certain
droit politique , & dans la guerre un
» certain droit des gens , que la nature
» humaine ne fauroit affez reconnoître ...
» C'est la Religion Chrétienne qui ,
ود
malgré la grandeur de l'Empire & le
» vice du climat , a empêché le defpo-
» tifme de s'établir en Ethiopie , & a
ود
porté au milieu de l'Afrique , les
» Moeurs de l'Europe & fes Loix.... Nos
» Gouvernemens modernes , dit M.
Rouffeau dans fon Emile , doivent
incontestablement au Chriftianifme
» leur plus folide autorité , & leurs ré-
» volutions moins fréquentes ; il les a
» rendus eux- mêmes moins fanguinaires :
» cela fe prouve par le fait , en les comparant
aux Gouvernemens anciens » .
Il feroit très-aifé de prouver , fans
employer la profonde érudition & les
charmes du ftyle de l'Auteur anonyme ,
que le Chriftianifme , quand on en fépare
les abus que les hommes mêlent
aux chofes les plus excellentes , ne peut
produire dans les Sociétés que d'heureux
E
106 MERCURE DE FRANCE .
J
effets , puifque fa première loi à laquelle
toutes les autres font fubordonnées , eft la
loi de charité. Et qu'eft-ce , en effet
qu'une Société gouvernée par ce fentiment
? C'est une famille de frères &
d'amis , fous l'autorité d'un père commun
, qui aime & qui veut être aimé..
C'est ce même fentiment qui doit unir
auffi les Nations entre elles ; car, ce qu'eft
un homme à l'égard d'un autre homme ,
un Peuple l'eft à l'égard d'un autre Peuple.
» Il en doit être de la Religion , dit le
» célèbre Bacon , comme de la Nature :
» tous les refforts doivent tendre par
"
ود
ود
ود
préférence au bien commun : or il ne
» s'eft trouvé dans aucun fiècle , ni
fyftême de Philofophie , ni fecte de
Religion , ni corps de Jurifprudence ,
ni corps Politique qui ait , autant que
» la Religion Chrétienne , exalté le bien
» de tous , & réduit à fes juftes bornes
» le bien particulier, d'où réfulte évidem-
» ment que c'eft un feul & même Dieu
qui eft P'Auteur des loix de la Nature
» & du Chriftianifme »,
99
Combien d'autres témoignages auffi
favorables pourrions- nous citer les Bolinbroke
, les Maupertuis , les d'Alembert
, qui ont fait les mêmes aveus
MARS. 1778. 107
1
que Montefquieu , Rouffeau & Bacon ,
àl'égard de l'heureufe influence de la ReligionChrétienne
fur les Sociétés politiques.
Ces autorités doivent être impofantes
pour l'Auteur anonyme . Voyons comme
il s'explique fur la preuve victorieufe des
miracles , qui ont fervi à l'établiſſement
du Chriftianifme . « Si la Providence
» avoit voulu, dit- il, (tom I. p . 248) établir
» fon culte fur les miracles , il lui auroit
fuffi d'opérer à Rome une petite partie-
» de ceux dont les Juifs furent les feuls
» témoins ; ou même de donner à ceux-
» là une telle authenticité , qu'il eût été
impoffible de les révoquer en doute ,
» ou de les paffer fous filence , comme
» l'ont fait les deux plus favans Hommes,
Jofeph & Philon » . A cette affertion ,
où l'on cherche à détruire , ou du moins
à affoiblir la preuve fondamentale des
miracles , eft jointe une note fur les
prétendus aveus d'Origène fur les prodiges
, les vertus & la doctrine des Thaumaturges
pour apprécier leurs miracles .
93
"
On établit dans le Catéchifme dont nous
parlons , & on l'a démontré dans une
infinité d'autres , que les miracles qui
ont opéré la converfion du monde en
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
4
tier , avoient eu toute l'authenticité qu'un
efprit jufte , & un coeur droit pouvoient
defirer . Les Apologiftes de la Religion
Chrétienne , ont remarqué que la crédulité
des Peuples & l'illufion ne pouvoient
avoir eu aucune part à la foi qu'on
a ajoutée à ces miracles : les Auteurs qui
les rapportent étoient contemporains , &
plufieurs en parlent comme témoins oculaires
; ils ont été publics , multipliés &
très- bien circonftanciés : de la Judée , où
on les a crus malgré les préventions , le
bruit s'en eft répandu par toute la terre ,
où après avoir paffé par la plus févère
critique , on les a reçus comme indubitables
; la foi qu'on y a donnée s'eft
toujours foutenue fans altération , &
l'on ne peut affigner aucun tems où on
ne les a pas crus véritables .
Seroit-il poffible que la fauffeté eût
été univerfellement adoptée par les Savans
comme par les ignorans ? Auroientils
voulu , les uns & les autres , foumettre
leurs efprits à tant de mystères
impénétrables , & embraffer une Religion
qui prefcrit l'abnégation de foi-
-même , & la mortification des fens , fi
elle n'offroit pas par- tour des preuves
fenfibles de fa divinité ? Si les miracles
MARS. 1778. 109
de Jésus- Chrift euffent été faux , pourquoi
les Juifs ont- ils cherché des explications
pour en éluder la force , les uns
en difant que c'étoit l'opération du Démon
, les autres en recourant à d'autres
Commentaires auffi abfurdes ? Pourquoi
tant de détours , & ne pas tout d'un
coup en montrer la fauffeté ? Si on avoit
pu conteſter les miracles de Jéfus-Chrift,
Celfe & Julien auroient - ils fait tant
pour
-
d'efforts énerver la preuve que les
Chrétiens en tirèrent? Il falloit donc
que les prodiges de Jéfus Chrift fuffent
bien avérés , pour forcer un homme
comme Julien , à faire un aveu dont on
peut tirer des conféquences fi avantageufes
pour la Religion. N'étoit-il pas
plus fimple de les nier , & de défabufer
l'Univers en démafquant l'impoſture ?
Ils ne l'ont pas fait , au contraire , ils en
ont avoué plufieurs ; ainfi l'aveu & la
conduite des ennemis de la Religion
Chrétienne , démontrent évidemment
que l'hiftoire des miracles de Jéfus- Chrift
rapportée par les Évangéliftes , eft conforme
à la vérité.
Le Philofophe Hiftorien qui voudroit
que les miracles , en faveur du Chrif
tianifme , euffent eu plus d'authenticité ,
MERCURE DE FRANCE.
n'a befoin que de lire quelques - uns des
Ouvrages où cette matière eft difcutée ,
pour être perfuadé que les miracles ont
eu toute l'authenticité que l'on pouvoit
exiger ; il verra en lifant l'Histoire ,
que le dernier des fidèles impofoit filence
aux Oracles des Démons , & les forçoit
de déclarer qu'ils étoient des Démons .
Tous les jours les Payens imploroient le
fecours des Chrétiens pour guérir les
poffédés. Il n'étoit point extraordinaire ,
comme le remarque Saint Irenée , de
voir des Églifes fe mettre en prières , &
obtenir la réfurrection d'un Mott. Plufieurs
fe convertiffoient ; mais on doit
l'avouer , le grand nombre n'y faifoit
aucune attention . On auroit cru fe donner
un travers , de prendre la peine d'approfondir
& de faire des informations.
juridiques de tout ce que l'on difoit
en ce genre. Il y avoit dans la Judée ,
comme par - tout ailleurs , des hommes
qui avoient trop d'intérêt d'être
incrédules , pour croire à la preuve des
miracles. En effet , comment s'y prendre
pour convaincre du furnaturel , des gens
bien déterminés , tantôt à donner à la
Nature des forces arbitraires qu'ils étendent
felon le befoin , & à adopter les
J
MARS. 1778. I rr
fyftêmes les plus bizarres pourvu qu'ils
fe débarraffent du miracle , tantôt à
chicanet fans fin fur la certitude des
, &
faits , & le caractère
des
témoins
? Comment
trouver
les
moyens
de
perfuader
ces
efprits
fubtils
, féconds
en
difficultés
contre
les
chofes
les
mieux
établies
, &
ces
Savans
préfomptueux
, qui
, à force
d'examiner
les
chofes
, font
fi bien
que
les
plus
évidentes
leur
deviennent
incroyables
? Eft
-il fi aiſé
de
convaincre
ces
Efprits
foibles
ou
trop
préoccupés
pour
contempler
en
même
-tems
faifir
, tout
à la
fois
par
la
penfée
, les
différentes
circonftances
, les
différens
motifs
qui
, par
leur
concours
, donnent
à un
fait
ou
à une
queftion
, toute
la
certitude
dont
la
matière
eft
fufceptible
?
Comment
, en
effet
, ces
fortes
d'Efprits
trouveront
-ils
une
preuve
complette
qu'ils
femblent
chercher
, lorfqu'ils
ne
la cherchent
pas
où
elle
fe
trouve
, c'eftà-
dire
, dans
le
fecours
mutuel
que
fe
donnent
les
motifs
de
crédibilité
réunis
enfemble
? Peut
- on
aifément
ramener
au
vrai
des
hommes
qui
mefurent
la
certi
tude
des
faits
, non
fur
le
nombre
, la
gravité
, la
fidélité
des
témoins
, mais
fur
la
poffibilité
ou
l'impoffibilité
appa
112 MERCURE DE FRANCE.
+
rente de la chofe , & qui au lieu de dire ,
le fait eft poffible puifque il eft conftaté ,
décident qu'il n'eft point arrivé , parce
qu'ils le jugent impoffible ? C'eft donc
en vain que Jésus- Chrift & les Apôtres
auroient opéré les miracles à Rome?
Cette authenticité de plus , n'auroit pas
fait une plus forte fenfation : l'efprit
humain n'en autoit pas moins été fertile
en prétextes pour les déprifer , &
n'en tirer aucune induction. Les miracles
font certainement la voix de Dieu même,
qui parle aux fens , qui les jette dans la
furprife , & qui leur dit avec une éloquence
inimitable , que celui qui a le
pouvoir de fufpendre , d'interrompre &
de changer à fou gré les loix de la Nature
, mérite d'être écouté . Ils donnent
à celui qui les fait , une fupériorité en
genre de témoignage , qui devroit les
faire triompher de tout. Ils font les fondemens
de la révélation , & ne peuvent
pas par conféquent être joints à l'erreur ,
parce que le propre caractère d'un fondement
de la vérité , eft d'être auffi
immobile , auffi ferme & aufli inva
riable qu'elle. Quant à ceux qu'on trouve
joints à la fauffeté , on les a toujours
regardés comme des prèftiges qui ne peuMARS.
1778. 113
à
vent jamais entret en parallèle avec la
grandeur & la majefté des miracles divins.
Cependant , malgré toutes ces raifons
victorieufes , l'incrédulité fi naturelle
à l'homme corrompu , & fon oppofition
à tout ce qui peut le conduire
à une Religion qui déclare la guerre
fes paffions favorites , ne lui fuggère
que trop de fophifmes pour l'anéantir
s'il pouvoit , ou du moins éluder ce
genre de preuves. L'Evangile nous explique
la caufe de cette contradiction que
les miracles éprouvèrent dans tous les
tems. Voici les paroles terribles qui
furent adreffées aux Juifs incrédules , &
qui doivent être également appliquées à
tous ceux qui , dans tous les fiècles &
dans tous les pays , ont imité & imiteront
leurs funeftes difpofitions : Après tant de
» miracles que Jéfus-Chrift avoit fait à
» leurs yeux ( Saint-Jean , ch . 12 ) ils ne
» croyoient point eenn lluuii ,, afin que ce
» qu'a dit le Prophète Ifaïe s'accomplit.
Qui eft-ce , Seigneur , qui a ajouté foi
» à notre parole ? Et à qui le bras du
Seigneur s'eft il fait connoître ? Auffi
ne pouvoient-ils pas croire , fuivant ce
qu'a dit encore Ifaïe : Il a aveuglé
leurs yeux , & il a endurci leur coeur
>
"9
~
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
» de forte qu'ils ne voient point des yeux ,
qu'ils ne comprennent point du coeur ,
» qu'ils ne fe convertiffent point , & que
» je ne les guéris point » . Cette prédiction
, qui ne fe vérifie que trop fouvent
, n'empêche pas que les miracles
ne foient la voix éloquente du Tout-
Puiffant , qui doit éclairer notre foi ,
affermir notre espérance enflammer
notre charité; & que , d'un autre côté ,
l'incrédulité ne foit l'effet propre de
la cupidité de l'homme , & d'un aveuglement
volontaire , fuivant cette parole
du Sage , fap 2. « Leur malice les a aveu
glés ».
و د
›
L'expérience de tous les fiècles , & la
connoiffance du coeur humain fuffifent
pour prouver que , ni les miracles les
plus frappans , ni les plus éclatantes merveilles
de la nature ne peuvent , feules 2
nous fixer invariablement dans le bien.
On trouve dans tous les tems où Dieu
s'eft manifefté d'une manière éclatante ,
une foule d'hommes de tout caractère
& de toute condition , qui , « aimant
» mieux leurs ténèbres que la lumière ,
» parce que leurs oeuvres font mauvaiſes ,
qui , n'ayant point en eux l'amour de
» Dieu ne peuvent croire , parce qu'ils
วง
› `
MARS . 1778. 115
» recherchent la gloire qu'ils fe donnent
» les uns aux autres , & ne recherchent
و د
point la gloire qui vient de Dieu
» feul. ». On peut donc avoir vu les prodiges
les plus étonnans , & n'en être pas
moins difpofé à les oublier & à les nier
même , lorfque l'intérêt des paflions
l'exige : tout dépend des difpofitions de
'ceux qui en font fpectateurs.
Quant au filence de Philon & de
Jofeph , on doit obferver d'abord , par rapport
au premier , qu'il a toujours vécu
hors de la Judée , & qu'il n'a pu compofer
fes Ouvrages que du tems d'Augufte
& de Tibère , étant déjà avancé
en âge quand il fut député par les Juifs
d'Alexandrie vers l'Empereur Caïus - Caligula
. Son filence fur Jéfus- Chrift &
fur les Chrétiens , n'a rien d'étonnant ,
puifque la plupart de fes Ouvrages font
d'une date antérieure . D'ailleurs on a
reproché à Philon d'avoir donné des
preuves de mauvaiſe foi , en cherchant
a affoiblir la certitude des prodiges opérés
par Moïfe. A l'égard de Jofeph , s'il
n'avoit pas ajouté foi aux miracles de
Jésus- Chrift & de fes Apôtres , il n'auroit
eu garde de fetaire dans cette fup116
MERCURE DE FRANCE.
>
pofition, parce que tout le portoit à parler:
l'intérêt de la vérité , le zèle pour
fa Religion , l'amour de fa Nation , le
defir fi naturel de plaire aux Juifs & aux
payens , ennemis déclarés de Jéfus-
Chrift & de fes Difciples . En dévoilant
les impoftures des Apôtres , Jofeph couvroit
les Chrétiens de confufion ; il s'attiroit
les applaudiffemens des Céfars
mêmes qui déteftoient cette Religion
& auroit eu la gloire de détromper les
Chrétiens que les premiers Difciples de
Jéfus avoient féduits . Au refte , perfonne
n'ignore que Jofeph pouffa la flatterie
jufqu'à vouloir faire regarder Vefpafien
comme le Roi que les Prophètes avoient
prédit , & qu'il fe mit par- là dans la néceffité
de rejeter tous les faits qui pou
voient être favorables à la divinité de
Jésus- Chriſt , & à la vérité de fes miracles.
La raifon de fon filence eft connue
, & cette raifon fuppofe la vérité de
tous les faits qu'il fupprime.
Quand l'incrédulité viendroit à ébranler
la force victorieufe de la preuve des miracles
, fuppofition qui certainement ne
fe réalifera jamais , la vérité de l'Évangile
n'en fouffriroit pas la plus légère atteinte .
Car , comme l'obferve Saint-Auguftin ,
M AR S. 1778. 117
fi le monde a cru à l'Evangile fans miracles
, le fait , ' s'il étoit vrai , feroit luimême
un grand miracle . Car il n'eſt pas
dans la nature , ni dans l'ordre de nos
moeurs , qu'une Religion qui humilie
notre efprit par l'incompréhenfibilité de
fes mystères , qui mortifie la cupidité par
l'austérité de la morale , attaquée d'ailleurs
par les préjugés des Nations fur le culte
religieux annoncée enfin
gens groffiers & ignorans , ait été reçue
avec tant de facilité , à moins que Dien
n'eut opéré extraordinairement fur les
efprits & les volontés des hommes. Cer
événement , difent les Apologiftes du
Chriftianifme , s'il avoit eu lieu , auroit
donc été lui-même le plus grand des
prodiges.
>
*
par
des
Quant à la note que l'Auteur joint
,
* cc Origène , dans fa défenfe contre Celle ,
tom. I , p. 248 accorde à la Philofophie
Payenne , que plufieurs miracles ont pu être
opérés par magie ; & la feule règle qu'il donne
pour diftinguer ceux qui viennent du Ciel ,
c'eſt la morale , la doctrine & les moeurs de
ceux qui les opèrent. Perfonne n'ignore les
prodiges enfantés par les Magiciens de Pharaon;
" & l'on fait auffi que , lorfque les Payens vous
118 MERCURE DE FRANCE.
•
à cet endroit de fon Livre où il affoiblit
l'authenticité des miracles de Jéfus Chrift ,
les fuppofitions qu'elle renferme ne nous
paroiffent pas exactes . Nous ne voyons
dans aucun Ouvrage ancien & moderne ,
qu'Origène , ou aucun autre Apologiſte
de la Religion , ait jamais accordé aux
Philofophes Payens , que des miracles
proprement dits , peuvent être opérés
par la magie . Tous ceux qui ont défendu
le Chriftianifme contre les accufations
ou les infultes des Payens , ont conftamment
enfeigné , ce qui eft d'ailleurs évident,
que Dieu feul étant le Souverain
Maître de la nature , lui feul auffi peut
en renverfer ou en fufpendre les Loix ;
& qu'ainfi un vrai miracle ne peut être
que l'effet de fa toute- puiffance , fans que
ni le Démon , ni aucun Être créé puiffe
opérer de femblabes merveilles . Les
ɔɔ
» lurent oppofer les miracles d'Apollonius de
Tyane à ceux de Jefus - Chrift , les Chrétiens,
»pour répondre à cette objection , fe contentè-
» rent de faire la critique de la vie & du caractère
de ce Philofophe ; parce qu'il importoit peu ,
felon eux , quels miracles il pouvoit opérer , s'il
» étoit certain que fa doctrine & fa conduite ac
méritoient ni reſpect ni confiance » .
20
MARS. 1778. 119
fauffes Divinités des Nations , ou les
Démons invoqués dans les opérations de
la magie , peuvent étonner des hommes
ignorans ou peu attentifs, par des preſtiges
& des oeuvres extraordinaires ; mais ils
ne fauroient changer les loix de la nature.
Ce pouvoir a été regardé par Origène
& par les autres Défenfeurs de la Religion
, comme un caractère incommunicable
du vrai Dieu , & le fondement principal de
la révélation . C'eft un principe que l'on
puife également dans la faine Philofophie
& dans la tradition , que les
Efprits créés ne peuvent opérer un miracle
proprement dit , c'eſt- à dire
و
un
effet fupérieur à l'ordre de toute nature.
créée ; que la matière ne leur est pas
tellement foumife, qu'ils puiffent à leur
gré la changer d'une forme en une autre ,
que les Démons ne peuvent agir qu'en
mettant en oeuvre les femences les
germes , les principes cachés que Dieu
a mis dans le monde en le créeant pour
produire certains effets. C'eft fans aucun
fondement que l'Anonyme foutient que
les Chrétiens n'ont eu à oppoſer aux
prétendus miracles d'Appollonius , que
les vices de fa conduite ou la fauffeté
de fa doctrine, Ce qu'on a fur- tout ré120
MERCURE DE FRANCE.
+
pondu à ceux qui oppofoient au Chriftianifme
les faits de cet étrange Thaumaturge
, c'eft que le premier qui en
ait parlé , eft Philoftrate , ce méprifable
Écrivain qui n'a compofé fon Roman
que plus de cent ans après la mort d'Appollonius
; & qu'au contraire les Auteurs
contemporains , tels qu'Euphrate , ce Philofophe
fi célébré par Pline le jeune , ne
difent mot de ces prétendues merveilles
& nous reprefentent Appollonius comme
un Aventurier & un Impofteur . Il eſt
bien fingulier que ceux qui font fi féconds
en difficultés quand il s'agit de croire les
faits fi bien atteftés , qui fervent d'appui
à la Religion , reçoivent avec une fi
aveugle crédulité , le témoignage d'un
Auteur tel que Philoftrate & faffent
femblant de croire à une hiftoire remplie
de menfonges groffiers & de fables ridicules.
Le favant Huet compare l'Hiſtoire
d'Appollonius aux Contes des Fées . On
ne prouvera jamais que les Chrétiens
n'ayent fait aucun cas des miracles , &
qu'ils ne fe foient attachés qu'à l'examen
de la doctrine . Ils n'ont cru dans aucun
tems que la doctrine véritable , & des
miracles proprement dits , puffent être
en contradiction ; qu'il y eût jamais des
>
cas
MAR S. 1778. 121
cas où l'on fut obligé d'opter , & de
rejeter de vrais miracles , pour conferver
la pureté de la doctrine. L'indifférence
que l'Auteur de la note leur attribue
pour les miracles , eft une pure fuppofition
, & un outrage fait aux Apologiftes
de la Religion.
Perfonne affurément n'ignore les prodiges
enfantés par les Magiciens de Pharaon.
Mais qu'ont de commun ces preftiges de
l'Efprit impur avec les miracles opérés
en faveur de la Religion ? Ces Magiciens
eux-mêmes s'avouent vaincus. Ils confeffent
malgré eux , & leur impuiffance
& le fouverain pouvoir du vrai Dieu ,
dont Moyfe eft dépofitaire. Eft-ce que la
fcience & l'érudition ne produiroient aujourd'hui
d'autre effet que de nous rendre
féconds en difficultés , & plus ingénieux
que les Impofteurs de l'Égypte , à trouver
des prétextes pour méconnoître le doigt
de Dieu dans les merveilles qui ont opéré
la converfion du monde ?
Nos pères ont fouvent péché par une crédulité
fuperftitieufe , & par un amour déréglé
du merveilleux . Pour éviter cet excès ,
nous fommes tombés dans l'excès contraire.
A une critique judicieuſe qui n'admet
dans ce genre extraordinaire , que ce
F
122 MERCURE
DE FRANCE.
qui eft bien prouvé , a fuccédé une critique
hardie & fère de fes lumières , qui
rejette tout ce qu'elle n'entend pas , par
cela feul qu'elle ne peut le comprendre.
Sous prétexte de faire valoir les droits de
la raifon , on en a oublié le légitime
ufage & l'on s'eft livré à un pyrronifme
hiſtorique , qui mefure la certitude
des faits , non fur le nombre , la
gravité , la fidélité des Témoins , mais
fur la poffibilité ou l'impoffibilité apparente
de la chofe.
de la Religion Chrétienne , expliqués en
forme de Catéchifme. A Paris , chez
Berton , rue Saint-Victor ; Crapart ,
rue d'Enfer ; Onfroy , quai des Auguſtins.
Si l'incrédulité prend aujourd'hui toute
forte de formes pour éblouir les efprits
fuperficiels & avides de nouveautés , le
zèle qu'infpire la vraie Religion , n'en
eft aufli que plus actif & plus occupé à
inftruire les fidèles , & à les prémunir
contre la féduction. On voit ce zèle fi
louable , fe fervir tantôt des armes de la
dialectique & de l'érudition , tantôt de
la méthode fimple & claire du catéchifme.
L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons a préféré celle des interlocutions
, qui n'eft pas tout-à-fait fi
MARS. 1778 . 101
uniforme , & qui eft d'un autre côté moins
variée que le ton ordinaire du dialogue.
Il a cru devoir prendre ce jufte milieu ,
afin d'éviter l'ennui de la monotonie , &
de mettre par ce moyen dans la marche
du difcours , le plus de fimplicité qu'il
eft poffible. Il a voulu fe proportionner
aux perfonnes les moins inftruites , en
employant le ftyle familier , & fouvent
même populaire.
Comme on rencontre dans les états
même les plus obfcurs , des hommes
préparés à la féduction par leur ignorance
groffière , c'eft pour les Apologiftes
de la Religion Chrétienne un devoir
important de fe faire tout à tous ,
& de choisir de préférence le de
genre
preuves qui convient le mieux aux efprits
les moins pénétrans. Tel eft le but que
s'eft propofé l'Auteur des principes de la
Religion Naturelle , & de la foi chrétienne.
Il a fu rendre fenfibles & familières
, les preuves les plus fortes de
l'existence de Dieu , de la diftinction du
bien & du mal moral , & de la certitude
des vérités renfermées dans les livres de
l'ancien & du nouveau Teftament, Rien
n'eft plus convaincant que ce que cet
Auteur dit , par exemple , fur l'excellence
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des vertus que le Chriftianiſme a produit
dans les fociétés politiques , & fur la
preuve fondamentale des miracles , &
F'obligation de croire à ceux que l'Inftituteur
adorable de la Religion Chrétienne
, & fes difciples , ont opéré , &
qui ont été atteftés par une multitude de
témoins , fans lefquels on n'auroit jamais
admis , comme authentique , l'Hiftoire.
qui repréfente ces miracles comme des
faits publics. Un Néophite , qui aura
faifi les raifonnemens fimples , claits &
même populaires du nouveau Catéchifte
fur ces deux objets principaux , excellence
de la morale chrétienne force
victorieufe de la preuve des miracles
, un tel Néophite ne fauroit être
ébranlé par les fophifmes de plufieurs
Écrivains modernes. Les lumières qu'il
aura puifées dans l'Ouvrage que nous
annonçons , doivent fuffire pour le prémunir
encore contre les raifonnemens
fpécieux de l'Auteur anonyme qui traite
du fort des Empires dans les différentes
époques . Cet Écrivain, également verfé
dans l'étude de l'Hiftoire , de la Philofophie
, de la Politique , examine , dans
fon Traité rempli d'excellentes vues patriotiques,
fi les hommes font plus heureux
de nos jours , qu'ils ne l'ont été
MARS. 1778. 103
S
dans les fiècles paffés , & indique en
même- tems les moyens d'améliorer le
fort des Empires . Il a cru que la difcuffion
de cette matière fi intéreffante
l'obligeoit à examiner auffi tout ce qui
a rapport à l'établiffement du Chriftianifme
, à fes effets , à fon influence fur
le bonheur des Peuples . Nous ne croyons
pas , comme cet Auteur le fait entendre
, que cette Religion fi admirable
par fa morale & par les vertus fociales.
qu'elle infpire , confidérée même du côté
politique , ait fouvent été contraire, par
plufieurs de fes inftitutions, à la profpérité
des Empires . Nous croyons au contraire
que rien n'eft plus propre à cimenter
, dans un Etat , la félicité publique
, que le Chriftianifme confidéré
dans fa pureté. Que faut-il en effet pour
améliorer les Gouvernemens , & rendre
également heureux les Souverains & les
Sujets ? Il faut que l'autorité foit refpectée
, que l'on obéiffe aux Loix , &
que cette heureufe harmonie foit partout
obfervée , non par la crainte des
homines , qui n'eft qu'une toile d'arraignée
, fuivant l'expreffion d'un Sage
de l'Antiquité ; mais par amour pour le
Législateur fuprême , &- par obéiffance
à fa Loi. Le Chriftianifme élève au
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
)
rang des premiers devoirs de la confcience
, la néceffité de maintenir l'ordre
public par de fages Loix ; la foumiffion
parfaite à ces mêmes Loix ; donne à l'autorité
fouveraine , un caractère facré &
inviolable , réprime les horreurs du defpotifme
, érige en Loix un grand nombre
de vertus fociales , infpire un attachement
tendre & zélé pour les intérêts du
Corps dont nous faifons partie , unit.
les efprits & les coeurs , rapproche
toutes les Nations par la feule Loi de
la charité , & nous délivre des erreurs
fuperftitieufes , & de toutes celles qui
font contraires à la profpérité des Empires
; en un mot , elle nous fait refpecter
les droits de l'humanité , & nous
apprend qu'on ne peut attenter à la liberté
que les hommes tiennent de la
Nature & des Loix , qu'en outrageant
le divin Législateur , qui eft leur bienfaiteur
& leur père. C'est ainsi que cette
Religion, dont le joug eft doux , & le
fardeau léger , formant le caractère national
, fait fentir fon aimable influence
dans toutes les parties de l'adminiſtra
tion d'un Etat pour en tempérer la rigeur
, & pour en affermir la conſtitution.
« Chofe admirable , s'écrie MonMAR
S. 1778. 105
tefquieu : la Religion Chrétienne qui
» ne femble avoir d'objet que la félicité
» de l'autre vie , fait encore notre bon-
» heur dans celle - ci.... Nous devons au
» Chriftianifme , ajoute-t il , un certain
droit politique , & dans la guerre un
» certain droit des gens , que la nature
» humaine ne fauroit affez reconnoître ...
» C'est la Religion Chrétienne qui ,
ود
malgré la grandeur de l'Empire & le
» vice du climat , a empêché le defpo-
» tifme de s'établir en Ethiopie , & a
ود
porté au milieu de l'Afrique , les
» Moeurs de l'Europe & fes Loix.... Nos
» Gouvernemens modernes , dit M.
Rouffeau dans fon Emile , doivent
incontestablement au Chriftianifme
» leur plus folide autorité , & leurs ré-
» volutions moins fréquentes ; il les a
» rendus eux- mêmes moins fanguinaires :
» cela fe prouve par le fait , en les comparant
aux Gouvernemens anciens » .
Il feroit très-aifé de prouver , fans
employer la profonde érudition & les
charmes du ftyle de l'Auteur anonyme ,
que le Chriftianifme , quand on en fépare
les abus que les hommes mêlent
aux chofes les plus excellentes , ne peut
produire dans les Sociétés que d'heureux
E
106 MERCURE DE FRANCE .
J
effets , puifque fa première loi à laquelle
toutes les autres font fubordonnées , eft la
loi de charité. Et qu'eft-ce , en effet
qu'une Société gouvernée par ce fentiment
? C'est une famille de frères &
d'amis , fous l'autorité d'un père commun
, qui aime & qui veut être aimé..
C'est ce même fentiment qui doit unir
auffi les Nations entre elles ; car, ce qu'eft
un homme à l'égard d'un autre homme ,
un Peuple l'eft à l'égard d'un autre Peuple.
» Il en doit être de la Religion , dit le
» célèbre Bacon , comme de la Nature :
» tous les refforts doivent tendre par
"
ود
ود
ود
préférence au bien commun : or il ne
» s'eft trouvé dans aucun fiècle , ni
fyftême de Philofophie , ni fecte de
Religion , ni corps de Jurifprudence ,
ni corps Politique qui ait , autant que
» la Religion Chrétienne , exalté le bien
» de tous , & réduit à fes juftes bornes
» le bien particulier, d'où réfulte évidem-
» ment que c'eft un feul & même Dieu
qui eft P'Auteur des loix de la Nature
» & du Chriftianifme »,
99
Combien d'autres témoignages auffi
favorables pourrions- nous citer les Bolinbroke
, les Maupertuis , les d'Alembert
, qui ont fait les mêmes aveus
MARS. 1778. 107
1
que Montefquieu , Rouffeau & Bacon ,
àl'égard de l'heureufe influence de la ReligionChrétienne
fur les Sociétés politiques.
Ces autorités doivent être impofantes
pour l'Auteur anonyme . Voyons comme
il s'explique fur la preuve victorieufe des
miracles , qui ont fervi à l'établiſſement
du Chriftianifme . « Si la Providence
» avoit voulu, dit- il, (tom I. p . 248) établir
» fon culte fur les miracles , il lui auroit
fuffi d'opérer à Rome une petite partie-
» de ceux dont les Juifs furent les feuls
» témoins ; ou même de donner à ceux-
» là une telle authenticité , qu'il eût été
impoffible de les révoquer en doute ,
» ou de les paffer fous filence , comme
» l'ont fait les deux plus favans Hommes,
Jofeph & Philon » . A cette affertion ,
où l'on cherche à détruire , ou du moins
à affoiblir la preuve fondamentale des
miracles , eft jointe une note fur les
prétendus aveus d'Origène fur les prodiges
, les vertus & la doctrine des Thaumaturges
pour apprécier leurs miracles .
93
"
On établit dans le Catéchifme dont nous
parlons , & on l'a démontré dans une
infinité d'autres , que les miracles qui
ont opéré la converfion du monde en
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
4
tier , avoient eu toute l'authenticité qu'un
efprit jufte , & un coeur droit pouvoient
defirer . Les Apologiftes de la Religion
Chrétienne , ont remarqué que la crédulité
des Peuples & l'illufion ne pouvoient
avoir eu aucune part à la foi qu'on
a ajoutée à ces miracles : les Auteurs qui
les rapportent étoient contemporains , &
plufieurs en parlent comme témoins oculaires
; ils ont été publics , multipliés &
très- bien circonftanciés : de la Judée , où
on les a crus malgré les préventions , le
bruit s'en eft répandu par toute la terre ,
où après avoir paffé par la plus févère
critique , on les a reçus comme indubitables
; la foi qu'on y a donnée s'eft
toujours foutenue fans altération , &
l'on ne peut affigner aucun tems où on
ne les a pas crus véritables .
Seroit-il poffible que la fauffeté eût
été univerfellement adoptée par les Savans
comme par les ignorans ? Auroientils
voulu , les uns & les autres , foumettre
leurs efprits à tant de mystères
impénétrables , & embraffer une Religion
qui prefcrit l'abnégation de foi-
-même , & la mortification des fens , fi
elle n'offroit pas par- tour des preuves
fenfibles de fa divinité ? Si les miracles
MARS. 1778. 109
de Jésus- Chrift euffent été faux , pourquoi
les Juifs ont- ils cherché des explications
pour en éluder la force , les uns
en difant que c'étoit l'opération du Démon
, les autres en recourant à d'autres
Commentaires auffi abfurdes ? Pourquoi
tant de détours , & ne pas tout d'un
coup en montrer la fauffeté ? Si on avoit
pu conteſter les miracles de Jéfus-Chrift,
Celfe & Julien auroient - ils fait tant
pour
-
d'efforts énerver la preuve que les
Chrétiens en tirèrent? Il falloit donc
que les prodiges de Jéfus Chrift fuffent
bien avérés , pour forcer un homme
comme Julien , à faire un aveu dont on
peut tirer des conféquences fi avantageufes
pour la Religion. N'étoit-il pas
plus fimple de les nier , & de défabufer
l'Univers en démafquant l'impoſture ?
Ils ne l'ont pas fait , au contraire , ils en
ont avoué plufieurs ; ainfi l'aveu & la
conduite des ennemis de la Religion
Chrétienne , démontrent évidemment
que l'hiftoire des miracles de Jéfus- Chrift
rapportée par les Évangéliftes , eft conforme
à la vérité.
Le Philofophe Hiftorien qui voudroit
que les miracles , en faveur du Chrif
tianifme , euffent eu plus d'authenticité ,
MERCURE DE FRANCE.
n'a befoin que de lire quelques - uns des
Ouvrages où cette matière eft difcutée ,
pour être perfuadé que les miracles ont
eu toute l'authenticité que l'on pouvoit
exiger ; il verra en lifant l'Histoire ,
que le dernier des fidèles impofoit filence
aux Oracles des Démons , & les forçoit
de déclarer qu'ils étoient des Démons .
Tous les jours les Payens imploroient le
fecours des Chrétiens pour guérir les
poffédés. Il n'étoit point extraordinaire ,
comme le remarque Saint Irenée , de
voir des Églifes fe mettre en prières , &
obtenir la réfurrection d'un Mott. Plufieurs
fe convertiffoient ; mais on doit
l'avouer , le grand nombre n'y faifoit
aucune attention . On auroit cru fe donner
un travers , de prendre la peine d'approfondir
& de faire des informations.
juridiques de tout ce que l'on difoit
en ce genre. Il y avoit dans la Judée ,
comme par - tout ailleurs , des hommes
qui avoient trop d'intérêt d'être
incrédules , pour croire à la preuve des
miracles. En effet , comment s'y prendre
pour convaincre du furnaturel , des gens
bien déterminés , tantôt à donner à la
Nature des forces arbitraires qu'ils étendent
felon le befoin , & à adopter les
J
MARS. 1778. I rr
fyftêmes les plus bizarres pourvu qu'ils
fe débarraffent du miracle , tantôt à
chicanet fans fin fur la certitude des
, &
faits , & le caractère
des
témoins
? Comment
trouver
les
moyens
de
perfuader
ces
efprits
fubtils
, féconds
en
difficultés
contre
les
chofes
les
mieux
établies
, &
ces
Savans
préfomptueux
, qui
, à force
d'examiner
les
chofes
, font
fi bien
que
les
plus
évidentes
leur
deviennent
incroyables
? Eft
-il fi aiſé
de
convaincre
ces
Efprits
foibles
ou
trop
préoccupés
pour
contempler
en
même
-tems
faifir
, tout
à la
fois
par
la
penfée
, les
différentes
circonftances
, les
différens
motifs
qui
, par
leur
concours
, donnent
à un
fait
ou
à une
queftion
, toute
la
certitude
dont
la
matière
eft
fufceptible
?
Comment
, en
effet
, ces
fortes
d'Efprits
trouveront
-ils
une
preuve
complette
qu'ils
femblent
chercher
, lorfqu'ils
ne
la cherchent
pas
où
elle
fe
trouve
, c'eftà-
dire
, dans
le
fecours
mutuel
que
fe
donnent
les
motifs
de
crédibilité
réunis
enfemble
? Peut
- on
aifément
ramener
au
vrai
des
hommes
qui
mefurent
la
certi
tude
des
faits
, non
fur
le
nombre
, la
gravité
, la
fidélité
des
témoins
, mais
fur
la
poffibilité
ou
l'impoffibilité
appa
112 MERCURE DE FRANCE.
+
rente de la chofe , & qui au lieu de dire ,
le fait eft poffible puifque il eft conftaté ,
décident qu'il n'eft point arrivé , parce
qu'ils le jugent impoffible ? C'eft donc
en vain que Jésus- Chrift & les Apôtres
auroient opéré les miracles à Rome?
Cette authenticité de plus , n'auroit pas
fait une plus forte fenfation : l'efprit
humain n'en autoit pas moins été fertile
en prétextes pour les déprifer , &
n'en tirer aucune induction. Les miracles
font certainement la voix de Dieu même,
qui parle aux fens , qui les jette dans la
furprife , & qui leur dit avec une éloquence
inimitable , que celui qui a le
pouvoir de fufpendre , d'interrompre &
de changer à fou gré les loix de la Nature
, mérite d'être écouté . Ils donnent
à celui qui les fait , une fupériorité en
genre de témoignage , qui devroit les
faire triompher de tout. Ils font les fondemens
de la révélation , & ne peuvent
pas par conféquent être joints à l'erreur ,
parce que le propre caractère d'un fondement
de la vérité , eft d'être auffi
immobile , auffi ferme & aufli inva
riable qu'elle. Quant à ceux qu'on trouve
joints à la fauffeté , on les a toujours
regardés comme des prèftiges qui ne peuMARS.
1778. 113
à
vent jamais entret en parallèle avec la
grandeur & la majefté des miracles divins.
Cependant , malgré toutes ces raifons
victorieufes , l'incrédulité fi naturelle
à l'homme corrompu , & fon oppofition
à tout ce qui peut le conduire
à une Religion qui déclare la guerre
fes paffions favorites , ne lui fuggère
que trop de fophifmes pour l'anéantir
s'il pouvoit , ou du moins éluder ce
genre de preuves. L'Evangile nous explique
la caufe de cette contradiction que
les miracles éprouvèrent dans tous les
tems. Voici les paroles terribles qui
furent adreffées aux Juifs incrédules , &
qui doivent être également appliquées à
tous ceux qui , dans tous les fiècles &
dans tous les pays , ont imité & imiteront
leurs funeftes difpofitions : Après tant de
» miracles que Jéfus-Chrift avoit fait à
» leurs yeux ( Saint-Jean , ch . 12 ) ils ne
» croyoient point eenn lluuii ,, afin que ce
» qu'a dit le Prophète Ifaïe s'accomplit.
Qui eft-ce , Seigneur , qui a ajouté foi
» à notre parole ? Et à qui le bras du
Seigneur s'eft il fait connoître ? Auffi
ne pouvoient-ils pas croire , fuivant ce
qu'a dit encore Ifaïe : Il a aveuglé
leurs yeux , & il a endurci leur coeur
>
"9
~
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
» de forte qu'ils ne voient point des yeux ,
qu'ils ne comprennent point du coeur ,
» qu'ils ne fe convertiffent point , & que
» je ne les guéris point » . Cette prédiction
, qui ne fe vérifie que trop fouvent
, n'empêche pas que les miracles
ne foient la voix éloquente du Tout-
Puiffant , qui doit éclairer notre foi ,
affermir notre espérance enflammer
notre charité; & que , d'un autre côté ,
l'incrédulité ne foit l'effet propre de
la cupidité de l'homme , & d'un aveuglement
volontaire , fuivant cette parole
du Sage , fap 2. « Leur malice les a aveu
glés ».
و د
›
L'expérience de tous les fiècles , & la
connoiffance du coeur humain fuffifent
pour prouver que , ni les miracles les
plus frappans , ni les plus éclatantes merveilles
de la nature ne peuvent , feules 2
nous fixer invariablement dans le bien.
On trouve dans tous les tems où Dieu
s'eft manifefté d'une manière éclatante ,
une foule d'hommes de tout caractère
& de toute condition , qui , « aimant
» mieux leurs ténèbres que la lumière ,
» parce que leurs oeuvres font mauvaiſes ,
qui , n'ayant point en eux l'amour de
» Dieu ne peuvent croire , parce qu'ils
วง
› `
MARS . 1778. 115
» recherchent la gloire qu'ils fe donnent
» les uns aux autres , & ne recherchent
و د
point la gloire qui vient de Dieu
» feul. ». On peut donc avoir vu les prodiges
les plus étonnans , & n'en être pas
moins difpofé à les oublier & à les nier
même , lorfque l'intérêt des paflions
l'exige : tout dépend des difpofitions de
'ceux qui en font fpectateurs.
Quant au filence de Philon & de
Jofeph , on doit obferver d'abord , par rapport
au premier , qu'il a toujours vécu
hors de la Judée , & qu'il n'a pu compofer
fes Ouvrages que du tems d'Augufte
& de Tibère , étant déjà avancé
en âge quand il fut député par les Juifs
d'Alexandrie vers l'Empereur Caïus - Caligula
. Son filence fur Jéfus- Chrift &
fur les Chrétiens , n'a rien d'étonnant ,
puifque la plupart de fes Ouvrages font
d'une date antérieure . D'ailleurs on a
reproché à Philon d'avoir donné des
preuves de mauvaiſe foi , en cherchant
a affoiblir la certitude des prodiges opérés
par Moïfe. A l'égard de Jofeph , s'il
n'avoit pas ajouté foi aux miracles de
Jésus- Chrift & de fes Apôtres , il n'auroit
eu garde de fetaire dans cette fup116
MERCURE DE FRANCE.
>
pofition, parce que tout le portoit à parler:
l'intérêt de la vérité , le zèle pour
fa Religion , l'amour de fa Nation , le
defir fi naturel de plaire aux Juifs & aux
payens , ennemis déclarés de Jéfus-
Chrift & de fes Difciples . En dévoilant
les impoftures des Apôtres , Jofeph couvroit
les Chrétiens de confufion ; il s'attiroit
les applaudiffemens des Céfars
mêmes qui déteftoient cette Religion
& auroit eu la gloire de détromper les
Chrétiens que les premiers Difciples de
Jéfus avoient féduits . Au refte , perfonne
n'ignore que Jofeph pouffa la flatterie
jufqu'à vouloir faire regarder Vefpafien
comme le Roi que les Prophètes avoient
prédit , & qu'il fe mit par- là dans la néceffité
de rejeter tous les faits qui pou
voient être favorables à la divinité de
Jésus- Chriſt , & à la vérité de fes miracles.
La raifon de fon filence eft connue
, & cette raifon fuppofe la vérité de
tous les faits qu'il fupprime.
Quand l'incrédulité viendroit à ébranler
la force victorieufe de la preuve des miracles
, fuppofition qui certainement ne
fe réalifera jamais , la vérité de l'Évangile
n'en fouffriroit pas la plus légère atteinte .
Car , comme l'obferve Saint-Auguftin ,
M AR S. 1778. 117
fi le monde a cru à l'Evangile fans miracles
, le fait , ' s'il étoit vrai , feroit luimême
un grand miracle . Car il n'eſt pas
dans la nature , ni dans l'ordre de nos
moeurs , qu'une Religion qui humilie
notre efprit par l'incompréhenfibilité de
fes mystères , qui mortifie la cupidité par
l'austérité de la morale , attaquée d'ailleurs
par les préjugés des Nations fur le culte
religieux annoncée enfin
gens groffiers & ignorans , ait été reçue
avec tant de facilité , à moins que Dien
n'eut opéré extraordinairement fur les
efprits & les volontés des hommes. Cer
événement , difent les Apologiftes du
Chriftianifme , s'il avoit eu lieu , auroit
donc été lui-même le plus grand des
prodiges.
>
*
par
des
Quant à la note que l'Auteur joint
,
* cc Origène , dans fa défenfe contre Celle ,
tom. I , p. 248 accorde à la Philofophie
Payenne , que plufieurs miracles ont pu être
opérés par magie ; & la feule règle qu'il donne
pour diftinguer ceux qui viennent du Ciel ,
c'eſt la morale , la doctrine & les moeurs de
ceux qui les opèrent. Perfonne n'ignore les
prodiges enfantés par les Magiciens de Pharaon;
" & l'on fait auffi que , lorfque les Payens vous
118 MERCURE DE FRANCE.
•
à cet endroit de fon Livre où il affoiblit
l'authenticité des miracles de Jéfus Chrift ,
les fuppofitions qu'elle renferme ne nous
paroiffent pas exactes . Nous ne voyons
dans aucun Ouvrage ancien & moderne ,
qu'Origène , ou aucun autre Apologiſte
de la Religion , ait jamais accordé aux
Philofophes Payens , que des miracles
proprement dits , peuvent être opérés
par la magie . Tous ceux qui ont défendu
le Chriftianifme contre les accufations
ou les infultes des Payens , ont conftamment
enfeigné , ce qui eft d'ailleurs évident,
que Dieu feul étant le Souverain
Maître de la nature , lui feul auffi peut
en renverfer ou en fufpendre les Loix ;
& qu'ainfi un vrai miracle ne peut être
que l'effet de fa toute- puiffance , fans que
ni le Démon , ni aucun Être créé puiffe
opérer de femblabes merveilles . Les
ɔɔ
» lurent oppofer les miracles d'Apollonius de
Tyane à ceux de Jefus - Chrift , les Chrétiens,
»pour répondre à cette objection , fe contentè-
» rent de faire la critique de la vie & du caractère
de ce Philofophe ; parce qu'il importoit peu ,
felon eux , quels miracles il pouvoit opérer , s'il
» étoit certain que fa doctrine & fa conduite ac
méritoient ni reſpect ni confiance » .
20
MARS. 1778. 119
fauffes Divinités des Nations , ou les
Démons invoqués dans les opérations de
la magie , peuvent étonner des hommes
ignorans ou peu attentifs, par des preſtiges
& des oeuvres extraordinaires ; mais ils
ne fauroient changer les loix de la nature.
Ce pouvoir a été regardé par Origène
& par les autres Défenfeurs de la Religion
, comme un caractère incommunicable
du vrai Dieu , & le fondement principal de
la révélation . C'eft un principe que l'on
puife également dans la faine Philofophie
& dans la tradition , que les
Efprits créés ne peuvent opérer un miracle
proprement dit , c'eſt- à dire
و
un
effet fupérieur à l'ordre de toute nature.
créée ; que la matière ne leur est pas
tellement foumife, qu'ils puiffent à leur
gré la changer d'une forme en une autre ,
que les Démons ne peuvent agir qu'en
mettant en oeuvre les femences les
germes , les principes cachés que Dieu
a mis dans le monde en le créeant pour
produire certains effets. C'eft fans aucun
fondement que l'Anonyme foutient que
les Chrétiens n'ont eu à oppoſer aux
prétendus miracles d'Appollonius , que
les vices de fa conduite ou la fauffeté
de fa doctrine, Ce qu'on a fur- tout ré120
MERCURE DE FRANCE.
+
pondu à ceux qui oppofoient au Chriftianifme
les faits de cet étrange Thaumaturge
, c'eft que le premier qui en
ait parlé , eft Philoftrate , ce méprifable
Écrivain qui n'a compofé fon Roman
que plus de cent ans après la mort d'Appollonius
; & qu'au contraire les Auteurs
contemporains , tels qu'Euphrate , ce Philofophe
fi célébré par Pline le jeune , ne
difent mot de ces prétendues merveilles
& nous reprefentent Appollonius comme
un Aventurier & un Impofteur . Il eſt
bien fingulier que ceux qui font fi féconds
en difficultés quand il s'agit de croire les
faits fi bien atteftés , qui fervent d'appui
à la Religion , reçoivent avec une fi
aveugle crédulité , le témoignage d'un
Auteur tel que Philoftrate & faffent
femblant de croire à une hiftoire remplie
de menfonges groffiers & de fables ridicules.
Le favant Huet compare l'Hiſtoire
d'Appollonius aux Contes des Fées . On
ne prouvera jamais que les Chrétiens
n'ayent fait aucun cas des miracles , &
qu'ils ne fe foient attachés qu'à l'examen
de la doctrine . Ils n'ont cru dans aucun
tems que la doctrine véritable , & des
miracles proprement dits , puffent être
en contradiction ; qu'il y eût jamais des
>
cas
MAR S. 1778. 121
cas où l'on fut obligé d'opter , & de
rejeter de vrais miracles , pour conferver
la pureté de la doctrine. L'indifférence
que l'Auteur de la note leur attribue
pour les miracles , eft une pure fuppofition
, & un outrage fait aux Apologiftes
de la Religion.
Perfonne affurément n'ignore les prodiges
enfantés par les Magiciens de Pharaon.
Mais qu'ont de commun ces preftiges de
l'Efprit impur avec les miracles opérés
en faveur de la Religion ? Ces Magiciens
eux-mêmes s'avouent vaincus. Ils confeffent
malgré eux , & leur impuiffance
& le fouverain pouvoir du vrai Dieu ,
dont Moyfe eft dépofitaire. Eft-ce que la
fcience & l'érudition ne produiroient aujourd'hui
d'autre effet que de nous rendre
féconds en difficultés , & plus ingénieux
que les Impofteurs de l'Égypte , à trouver
des prétextes pour méconnoître le doigt
de Dieu dans les merveilles qui ont opéré
la converfion du monde ?
Nos pères ont fouvent péché par une crédulité
fuperftitieufe , & par un amour déréglé
du merveilleux . Pour éviter cet excès ,
nous fommes tombés dans l'excès contraire.
A une critique judicieuſe qui n'admet
dans ce genre extraordinaire , que ce
F
122 MERCURE
DE FRANCE.
qui eft bien prouvé , a fuccédé une critique
hardie & fère de fes lumières , qui
rejette tout ce qu'elle n'entend pas , par
cela feul qu'elle ne peut le comprendre.
Sous prétexte de faire valoir les droits de
la raifon , on en a oublié le légitime
ufage & l'on s'eft livré à un pyrronifme
hiſtorique , qui mefure la certitude
des faits , non fur le nombre , la
gravité , la fidélité des Témoins , mais
fur la poffibilité ou l'impoffibilité apparente
de la chofe.
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Résumé : Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, expliqués en forme de Catéchisme' prouve l'existence de Dieu, distingue le bien du mal et valide les Écritures bibliques. L'auteur adopte une méthode pédagogique pour rendre le discours accessible aux personnes peu instruites et renforcer la foi chrétienne face aux incrédules. Le texte souligne l'impact positif du christianisme sur les sociétés politiques, en promouvant les vertus morales, le respect des lois et l'unité entre les citoyens. Il réfute l'idée que le christianisme soit nuisible à la prospérité des empires, affirmant qu'il contribue à la stabilité et au bonheur public. Le christianisme est décrit comme une force stabilisatrice pour les gouvernements modernes grâce à sa loi fondamentale de charité, favorisant la fraternité et l'amour entre les individus et les nations. Plusieurs penseurs, tels que Francis Bacon, Bolingbroke, Maupertuis et d'Alembert, reconnaissent l'impact positif du christianisme. Le texte discute des miracles, affirmant leur authenticité et leur rôle dans la conversion du monde. Les apologistes chrétiens soulignent que les auteurs des Évangiles étaient contemporains et témoins oculaires des miracles, qui furent acceptés malgré les critiques. L'incrédulité humaine, souvent motivée par des passions et des intérêts personnels, persiste malgré les preuves miraculeuses. Le texte cite des passages bibliques pour expliquer que cette incrédulité était prévue et résultait d'un aveuglement volontaire. La crédibilité des miracles est liée à la foi et à l'amour de Dieu, et les miracles doivent être jugés en fonction de la moralité et de la doctrine de ceux qui les accomplissent. Le texte examine également la crédibilité des miracles attribués à Apollonius et les critiques adressées aux chrétiens pour leur scepticisme envers ces phénomènes. Les chrétiens ont contesté les miracles d'Apollonius en soulignant ses vices et la faiblesse de sa doctrine. Philostrate, qui a écrit sur Apollonius plus d'un siècle après sa mort, est jugé peu fiable. En revanche, les contemporains d'Apollonius, comme Euphrate, le décrivent comme un aventurier et un imposteur sans mentionner ses miracles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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