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1
p. 2-7
Déclaration du Roy, [titre d'après la table]
Début :
Parmy les Affaires importantes ausquelles ce grand Prince employe souvent [...]
Mots clefs :
Affaires, Hérésie, Protestants, Articles, Édit de Nantes, Culte, Juges, Intendants, Prétendus réformés, Arrêts
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texteReconnaissance textuelle : Déclaration du Roy, [titre d'après la table]
Parmy
GALANT 3
les Affaires importantes aufquelles
ce grand Prince employe
fouvent les journées
entieres , il ne s'applique à
aucune avec plus d'attention
, qu'à ce qui regarde
1'Extirpation de l'Heréfie .
Cela fe connoift par les Déclarations
que l'on continue
à publier contre les abus qui
ont efté jufqu'icy fouferts
aux Prétendus Reformez.
Quoy que par l'Article 43.
des Particuliers de l'Edit de
Nantes , il ne leur foit permis
de lever fur eux que
des fommes néceffaires pour
A ij
4 MERCURE
les frais de leurs Sinodes, &
pour l'exercice de leur Religion
, dont ils doivent faire
le Département en préfence
des Juges Royaux des Lieux ,
ce qui a efté confirmé par
les Articles 11. & 35 , de la
Déclaration de Sa Majefté
du premier Janvier 1669.
neanmoins il eſt arrivé qu'abufant
de cette Permiflion,
ils ont fait en divers Lieux
des Impofitions fur eux- mémes
, de leur autorité privée,
& fans l'affiftance des Juges ,
& en d'autres impofé diverfes
fommes pour des ufages
GALANT. 5
5 A
illicites. Le Roy qui en a
efté informé , jugeant à propos
de remédier à ce defordre
, a ordonné , Que les
Habitans de la Religion Préten
due Réformée feront tenus de
reprefenter pardevant les Intendans
Commiffaires départis
dans les Provinces & Generalitez
du Royaume , les Origi
naux des Etats d'Impofitions, e
Départemens par eux faits fur
eux-mefmes depuis vingt- neuf
années , avec les Comptes qui
en ont efté rendus , les Piéces
juftificatives , Registres , & autres
Actes , afin que les Inten
6 MERCURE
7.
a
le
dans & Commiffaires départis
en ayant dreffe leurs Procez Verbaux,
qu'on rapportera à Sa Majeſté
avec leurs Avis , il foit ordonné
ce qu'il appartiendra ; autrement,
& à faute par ceux
de cette Religion d'y fatisfaire
dans le delay d'un mois apres
jour de la fignification de l'Arreft
donné fur cc fujet , Sa Majefté
leur fait défenfes de faire
aucunes Impofitions fans fa permiffion
expreffe , à peine d'eftre
વે
punis felon la rigueur des Ordonnances
; & à fes Officiers,
d'autorifer ces Impofitions , à moins
qu'ils ne juftifient par un Cer
GALANT. 7
tificat des Intendans Commiffaires
départis , qu'ils auront
fatisfait à l'Arrest ; fans préjudice
neanmoins des Contrainles
Intendans
tes par corps que
Commiffaires
départis pourront
décerner contre les Anciens
Syndics de chaque année.
GALANT 3
les Affaires importantes aufquelles
ce grand Prince employe
fouvent les journées
entieres , il ne s'applique à
aucune avec plus d'attention
, qu'à ce qui regarde
1'Extirpation de l'Heréfie .
Cela fe connoift par les Déclarations
que l'on continue
à publier contre les abus qui
ont efté jufqu'icy fouferts
aux Prétendus Reformez.
Quoy que par l'Article 43.
des Particuliers de l'Edit de
Nantes , il ne leur foit permis
de lever fur eux que
des fommes néceffaires pour
A ij
4 MERCURE
les frais de leurs Sinodes, &
pour l'exercice de leur Religion
, dont ils doivent faire
le Département en préfence
des Juges Royaux des Lieux ,
ce qui a efté confirmé par
les Articles 11. & 35 , de la
Déclaration de Sa Majefté
du premier Janvier 1669.
neanmoins il eſt arrivé qu'abufant
de cette Permiflion,
ils ont fait en divers Lieux
des Impofitions fur eux- mémes
, de leur autorité privée,
& fans l'affiftance des Juges ,
& en d'autres impofé diverfes
fommes pour des ufages
GALANT. 5
5 A
illicites. Le Roy qui en a
efté informé , jugeant à propos
de remédier à ce defordre
, a ordonné , Que les
Habitans de la Religion Préten
due Réformée feront tenus de
reprefenter pardevant les Intendans
Commiffaires départis
dans les Provinces & Generalitez
du Royaume , les Origi
naux des Etats d'Impofitions, e
Départemens par eux faits fur
eux-mefmes depuis vingt- neuf
années , avec les Comptes qui
en ont efté rendus , les Piéces
juftificatives , Registres , & autres
Actes , afin que les Inten
6 MERCURE
7.
a
le
dans & Commiffaires départis
en ayant dreffe leurs Procez Verbaux,
qu'on rapportera à Sa Majeſté
avec leurs Avis , il foit ordonné
ce qu'il appartiendra ; autrement,
& à faute par ceux
de cette Religion d'y fatisfaire
dans le delay d'un mois apres
jour de la fignification de l'Arreft
donné fur cc fujet , Sa Majefté
leur fait défenfes de faire
aucunes Impofitions fans fa permiffion
expreffe , à peine d'eftre
વે
punis felon la rigueur des Ordonnances
; & à fes Officiers,
d'autorifer ces Impofitions , à moins
qu'ils ne juftifient par un Cer
GALANT. 7
tificat des Intendans Commiffaires
départis , qu'ils auront
fatisfait à l'Arrest ; fans préjudice
neanmoins des Contrainles
Intendans
tes par corps que
Commiffaires
départis pourront
décerner contre les Anciens
Syndics de chaque année.
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Résumé : Déclaration du Roy, [titre d'après la table]
Le texte décrit les mesures prises par un grand prince pour contrer les abus commis par les réformés, malgré les dispositions de l'Édit de Nantes et des déclarations royales qui autorisent ces derniers à lever des fonds pour leurs synodes et pratiques religieuses sous supervision judiciaire. Des abus ont été relevés, notamment des impositions sans l'assistance des juges et des levées de fonds à des fins illicites. Informé de ces abus, le roi a ordonné aux réformés de présenter aux intendants et commissaires provinciaux les documents relatifs aux impositions et départements des vingt-neuf dernières années, ainsi que les comptes et justificatifs. Les intendants doivent dresser des procès-verbaux et les soumettre au roi avec leurs avis pour déterminer les mesures à prendre. À défaut de réponse satisfaisante dans un mois, toute imposition sans permission royale est interdite, sous peine de sanctions. Les officiers ne peuvent autoriser ces impositions sans certificat des intendants. Ces derniers peuvent également contraindre les anciens syndics par corps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 245-246
Autres Morts, [titre d'après la table]
Début :
Mr Commeau, fameux & ancien Avocat au Parlement, mourut le 6. [...]
Mots clefs :
Avocat au parlement, Décès, Affaires, Dame, Veuve, Marquis
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texteReconnaissance textuelle : Autres Morts, [titre d'après la table]
M' Commeau , fameux
& ancien Avocat au Parlement
, mourut le 6. de ce
mois. Il eſtoit fort eſtimé , &
les grandes Affaires qu'on luy
confioit , faifoient affez voir
combien on eſtoit perfuadé
de ſeslumieres.
J'ay encore à vous apprendre
la mort de Dame Marguerite
Potdevin , arrivée le
19. de ce mois. Elle estoit
veuve de Meſſire Jean Louys
de Gondrin , Marquis de Sa
X. iij
246 MERCURE
vignac , Frere du défunt Archevefque
de Sens.
& ancien Avocat au Parlement
, mourut le 6. de ce
mois. Il eſtoit fort eſtimé , &
les grandes Affaires qu'on luy
confioit , faifoient affez voir
combien on eſtoit perfuadé
de ſeslumieres.
J'ay encore à vous apprendre
la mort de Dame Marguerite
Potdevin , arrivée le
19. de ce mois. Elle estoit
veuve de Meſſire Jean Louys
de Gondrin , Marquis de Sa
X. iij
246 MERCURE
vignac , Frere du défunt Archevefque
de Sens.
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3
p. 1-13
Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Quelque éclat qui ait accompagné le grand nombre de Victoires [...]
Mots clefs :
Victoires, Europe, Roi de France, Gloire, Admiration, Actions, Monarque, Sujets, Ministres, Affaires, Bonté, Arrêt du conseil, Malheureux, Éloges, Louis le Grand, Devises, Inscriptions, Dictionnaire, Palais de Versailles
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texteReconnaissance textuelle : Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
UELQUE éclat qui
ait
accompagné le
grand nombre de
Victoires que le Roy a rem
portées fur
l'Europe
prefque
entiere
liguée
contre luy , il
ne s'eft jamais
acquis tant de
gloire , que lors qu'il rendit
May 1685. A
MERCURE
contre luy- mefme en faveur
de fes Sujets , le fameux Arreit
dont tout le monde a
parlé avec autant d'admiration
que de furpriſe. Je ne
repéteray point les particularitez
de cette Action gené
ralement connue. Elles ont
remply plufieurs de mes Lettres
; & fi j'en fais fouvenir
icy , c'est pour dire qu'on
cherchaalors dans toute l'Antiquité
quelque Action qui
puft eftre comparée à celle
que Sa Majefté venoit de
faire , & qu'il fut impoffible
d'en trouver. Il n'apartenoit
3
GALANT.
3
quà ce grand Monarque
feul comparable à luy- mefme,
& fi accoûtumé à faire
des chofes inouies, d'en four.
nir encore une autre de mefme
nature , afin que les Sié,
cles à venir puffent travailler
à en faire des paralelles . Nous
l'avons veuë depuis peu de
jours , & vous en allez demeurer
d'accord , quand je
vous l'auray expliquée dans
toutes les circonstances . Il
s'agiffoit d'accorder une Re ,
mife à plufieurs de fes Sujets,
& Sa Majesté a bien voulu la
faire de plus de fept cens mille
A ij
4 MERCURE
que
livres chaque année d'un Bail
qui ne doit finir que dans
trois ans. Si d'un cofté on
ne fait réflexion que fur la
valeur de la Remife , quoy
tres- conſidérable, & que
de l'autre on regarde le panchant
naturel qui porte le
Roy à faire du bien , cette
Action ne fera pas naiftre
d'abord toute la furprife qu'
elle doit caufer mais elle
redoublera, fi- toft qu'on aura
appris que cette Remife a
efté faite à des Sous Fermiers,
c'eft à dire , à des Gens d'Affaires
, puis qu'il eſt certain
;
GALANT.
ད
qu'encore qu'on foit perfuadé
qu'ils peuvent perdre en quel
ques occafions , le Public ne
croit pas qu'on foit obligé
pour cela de leur accorder
aucunes Remiſes. On prétend
qu'ils gagnent en plus
d'Affaires qu'ils ne perdent,
& cette raiſon fait dire que
l'on ne doit tenir compte :
d'aucune perte à des Perſonnes
qui n'en tiennent pas des
grands gains qu'ils font . Cependant
le Roy , par une
bonté extraordinaire & inoüie
juſques à ce jour , a bien voulu
entrer dans les intéreſts
A iij
6 MERCURE
de ceux qui luy ont repré
fenté qu'ils perdoient. Il s'eft
donné la peine d'examiner
luy- mefme l'Affaire dont ils
fe font plaints , & s'en eſtant
fait faire des raports fidelles
par d'équitables Miniftres qui
luy ont fait connoiftre la ve
rité , ce Prince auffi gené
reux que jufte , n'a voulu
jetter les yeux que fur les
pertes qu'avoient à foufrir les
Intéreffez . Il s'en eft laiffé
toucher ; & craignant ' què
quelques Malheureux , qui
a
peut-eftre n'avoient jamais
gagné d'ailleurs avec luy , s'y
GALANT. 7
trouvant envelopez , ne fuſfent
ruinez d'une maniere à
ne s'en pas relever , & que
leur ruine n'entraînaft encore
celle de quelques autres Familles
, il leur a remis les
fept cens mille livres & plus
dont je viens de vous parler ,
ce qui monte à plus de deux
millions pendant trois années.
Cette bonté toute magnanime
regarde plus de quarante
Perfonnes, qui font nommées
dans l'Arreft du Confeil d'Etat
donné le 17. du dernier
mois , & imprimé depuis ce
temps- là.
A j
8 MERCURE
Il ne faut pas s'étonner
fi une fuite fi continuelle
d'Actions qui font audeffus
de toutes fortes d'éloges , en
attire tant tous les jours au
Roy , non feulement de fes
Sujets , mais encore des Nations
les plus éloignées , où
le bruit de fa grandeur s'eft
répandu . On ne la peut mieux
connoiftre
que par le Livre
intitulé Paralelle de LOUIS
LE GRAND avec les autres
Princes qui ont efté furnommez
Grands. Cet Ouvrage eft de
M' de Vertron de l'Académie
Royale d'Arles. Il fait voir
GALANT. 9
que le Roy a toutes leurs vertus
, fans avoir aucun de leurs
defauts , & l'on Y trouve les
plus beaux traits de l'Hiftoire
univerfelle. Il finit avec ces
paroles divines , qui font l'ame
d'une Devife qui a le
Soleil pour corps .
Non furrexit major.
Rien ne pouvoit mieux finir
un Livre dont le but est de
prouver que le Roy eft au
deffus de tout ce qui a jamais
porté le nom de Grand .
Le mefme jour que M' de
Vertron préfenta ce Paralelle
à Sa Majefté , il eut l'hon10
MERCURE
neur de luy donner en meſme
temps un Dictionnaire Hiftorique
de fes Conqueftes
depuis 1643. jufques en 1679.
Je ne fçay fi celles de toutes
les Puiffances du Monde mifes
enſemble depuis un fiécle,
compoſeroient un Volume
qui approchaft de la groffeur
de celuy dont je vous parle,
Ce Dictionnaire n'eft encore
qu'en manufcrit. Je ne vous
dis point de quelle maniere
le Roy le receut. Il a toujours
beaucoup de retenuë
fur ce qui le louë ; & l'on
fçait qu'un de nos plus illuf
GALANT. II
tres Autheurs luy ayant préfenté
un Ouvrage qui renfermoit
fon Eloge , & qui
avoit efté recité en Public
avec de grands applaudiffemens,
ce Prince luy dit, Qu'il
le loueroit davantage, s'ily eftoit
moins loué. Ce Monarque pou
voit dire la mefme chofe à.
M' de Vertron . C'est encore
luy qui a fait l'Infcription fuivante
pour le Palais de Verfailles.
Non eft aqua domus Regi . Quid majus
in Orbe?
Naturamfuperat LODOIX ,fuperavit
& artem.
12 MERCURE
Ces deux Vers ont efté traduits
de cette forte..
Tout merveilleux qu'est ce Palais,
Il n'a rien d'égal à fon Maistre.
LOVIS, le plus grand Roy que l'on ait
vûjamais ,
Donne l'ame aux beautez que l'ony
voit paroiftre.
A tout ce qui le forme un gouft exquis
a part,
Et dansfa fuperbe structure
Ce Monarque afurpaſſe l'Art,
Comme ilfurpaffe la Nature.
On n'a point encore choify
les Infcriptions qu'on doit
mettre au Louvre & à Ver
failles. La beauté de la matiere
, le defir de la gloire;
& fur tout l'envie de faire
GALANT. 13
quelque chofe qui puiffe
plaire à Sa Majefté , ont engagé
quantité de beaux Ef
pritsà travailler fur ces grands
fujets . Voicy une Infcription
pour le Louvre , faite par un
Autheur qui m'eft inconnu.
On fuppofe une Renommée
au- deffus de ce grand Portail.
Elle doit tenir le Portrait
du Roy d'une main , & de
l'autre fa Trompette , avec
ces Vers dans la Banderole.
Monde , viens voir ce queje voy,
Et ce que le Soleil admire,
Rome dans un Palais , dans Paris un
Empire,
Ettous les Céfars dans un Roy.
ait
accompagné le
grand nombre de
Victoires que le Roy a rem
portées fur
l'Europe
prefque
entiere
liguée
contre luy , il
ne s'eft jamais
acquis tant de
gloire , que lors qu'il rendit
May 1685. A
MERCURE
contre luy- mefme en faveur
de fes Sujets , le fameux Arreit
dont tout le monde a
parlé avec autant d'admiration
que de furpriſe. Je ne
repéteray point les particularitez
de cette Action gené
ralement connue. Elles ont
remply plufieurs de mes Lettres
; & fi j'en fais fouvenir
icy , c'est pour dire qu'on
cherchaalors dans toute l'Antiquité
quelque Action qui
puft eftre comparée à celle
que Sa Majefté venoit de
faire , & qu'il fut impoffible
d'en trouver. Il n'apartenoit
3
GALANT.
3
quà ce grand Monarque
feul comparable à luy- mefme,
& fi accoûtumé à faire
des chofes inouies, d'en four.
nir encore une autre de mefme
nature , afin que les Sié,
cles à venir puffent travailler
à en faire des paralelles . Nous
l'avons veuë depuis peu de
jours , & vous en allez demeurer
d'accord , quand je
vous l'auray expliquée dans
toutes les circonstances . Il
s'agiffoit d'accorder une Re ,
mife à plufieurs de fes Sujets,
& Sa Majesté a bien voulu la
faire de plus de fept cens mille
A ij
4 MERCURE
que
livres chaque année d'un Bail
qui ne doit finir que dans
trois ans. Si d'un cofté on
ne fait réflexion que fur la
valeur de la Remife , quoy
tres- conſidérable, & que
de l'autre on regarde le panchant
naturel qui porte le
Roy à faire du bien , cette
Action ne fera pas naiftre
d'abord toute la furprife qu'
elle doit caufer mais elle
redoublera, fi- toft qu'on aura
appris que cette Remife a
efté faite à des Sous Fermiers,
c'eft à dire , à des Gens d'Affaires
, puis qu'il eſt certain
;
GALANT.
ད
qu'encore qu'on foit perfuadé
qu'ils peuvent perdre en quel
ques occafions , le Public ne
croit pas qu'on foit obligé
pour cela de leur accorder
aucunes Remiſes. On prétend
qu'ils gagnent en plus
d'Affaires qu'ils ne perdent,
& cette raiſon fait dire que
l'on ne doit tenir compte :
d'aucune perte à des Perſonnes
qui n'en tiennent pas des
grands gains qu'ils font . Cependant
le Roy , par une
bonté extraordinaire & inoüie
juſques à ce jour , a bien voulu
entrer dans les intéreſts
A iij
6 MERCURE
de ceux qui luy ont repré
fenté qu'ils perdoient. Il s'eft
donné la peine d'examiner
luy- mefme l'Affaire dont ils
fe font plaints , & s'en eſtant
fait faire des raports fidelles
par d'équitables Miniftres qui
luy ont fait connoiftre la ve
rité , ce Prince auffi gené
reux que jufte , n'a voulu
jetter les yeux que fur les
pertes qu'avoient à foufrir les
Intéreffez . Il s'en eft laiffé
toucher ; & craignant ' què
quelques Malheureux , qui
a
peut-eftre n'avoient jamais
gagné d'ailleurs avec luy , s'y
GALANT. 7
trouvant envelopez , ne fuſfent
ruinez d'une maniere à
ne s'en pas relever , & que
leur ruine n'entraînaft encore
celle de quelques autres Familles
, il leur a remis les
fept cens mille livres & plus
dont je viens de vous parler ,
ce qui monte à plus de deux
millions pendant trois années.
Cette bonté toute magnanime
regarde plus de quarante
Perfonnes, qui font nommées
dans l'Arreft du Confeil d'Etat
donné le 17. du dernier
mois , & imprimé depuis ce
temps- là.
A j
8 MERCURE
Il ne faut pas s'étonner
fi une fuite fi continuelle
d'Actions qui font audeffus
de toutes fortes d'éloges , en
attire tant tous les jours au
Roy , non feulement de fes
Sujets , mais encore des Nations
les plus éloignées , où
le bruit de fa grandeur s'eft
répandu . On ne la peut mieux
connoiftre
que par le Livre
intitulé Paralelle de LOUIS
LE GRAND avec les autres
Princes qui ont efté furnommez
Grands. Cet Ouvrage eft de
M' de Vertron de l'Académie
Royale d'Arles. Il fait voir
GALANT. 9
que le Roy a toutes leurs vertus
, fans avoir aucun de leurs
defauts , & l'on Y trouve les
plus beaux traits de l'Hiftoire
univerfelle. Il finit avec ces
paroles divines , qui font l'ame
d'une Devife qui a le
Soleil pour corps .
Non furrexit major.
Rien ne pouvoit mieux finir
un Livre dont le but est de
prouver que le Roy eft au
deffus de tout ce qui a jamais
porté le nom de Grand .
Le mefme jour que M' de
Vertron préfenta ce Paralelle
à Sa Majefté , il eut l'hon10
MERCURE
neur de luy donner en meſme
temps un Dictionnaire Hiftorique
de fes Conqueftes
depuis 1643. jufques en 1679.
Je ne fçay fi celles de toutes
les Puiffances du Monde mifes
enſemble depuis un fiécle,
compoſeroient un Volume
qui approchaft de la groffeur
de celuy dont je vous parle,
Ce Dictionnaire n'eft encore
qu'en manufcrit. Je ne vous
dis point de quelle maniere
le Roy le receut. Il a toujours
beaucoup de retenuë
fur ce qui le louë ; & l'on
fçait qu'un de nos plus illuf
GALANT. II
tres Autheurs luy ayant préfenté
un Ouvrage qui renfermoit
fon Eloge , & qui
avoit efté recité en Public
avec de grands applaudiffemens,
ce Prince luy dit, Qu'il
le loueroit davantage, s'ily eftoit
moins loué. Ce Monarque pou
voit dire la mefme chofe à.
M' de Vertron . C'est encore
luy qui a fait l'Infcription fuivante
pour le Palais de Verfailles.
Non eft aqua domus Regi . Quid majus
in Orbe?
Naturamfuperat LODOIX ,fuperavit
& artem.
12 MERCURE
Ces deux Vers ont efté traduits
de cette forte..
Tout merveilleux qu'est ce Palais,
Il n'a rien d'égal à fon Maistre.
LOVIS, le plus grand Roy que l'on ait
vûjamais ,
Donne l'ame aux beautez que l'ony
voit paroiftre.
A tout ce qui le forme un gouft exquis
a part,
Et dansfa fuperbe structure
Ce Monarque afurpaſſe l'Art,
Comme ilfurpaffe la Nature.
On n'a point encore choify
les Infcriptions qu'on doit
mettre au Louvre & à Ver
failles. La beauté de la matiere
, le defir de la gloire;
& fur tout l'envie de faire
GALANT. 13
quelque chofe qui puiffe
plaire à Sa Majefté , ont engagé
quantité de beaux Ef
pritsà travailler fur ces grands
fujets . Voicy une Infcription
pour le Louvre , faite par un
Autheur qui m'eft inconnu.
On fuppofe une Renommée
au- deffus de ce grand Portail.
Elle doit tenir le Portrait
du Roy d'une main , & de
l'autre fa Trompette , avec
ces Vers dans la Banderole.
Monde , viens voir ce queje voy,
Et ce que le Soleil admire,
Rome dans un Palais , dans Paris un
Empire,
Ettous les Céfars dans un Roy.
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Résumé : Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
En mai 1685, le roi Louis XIV a accordé une remise annuelle de plus de sept cent mille livres pendant trois ans à plusieurs fermiers généraux, démontrant ainsi sa générosité. Cette décision, examinée personnellement par le roi pour garantir son équité, concernait plus de quarante personnes mentionnées dans un arrêt du Conseil d'État. La réputation du roi est souvent comparée à celle des grands princes de l'histoire, comme le montre l'ouvrage 'Parallèle de Louis le Grand avec les autres Princes qui ont été surnommés Grands' par M. de Verton. Un dictionnaire historique des conquêtes du roi de 1643 à 1679 témoigne également de ses réalisations. Louis XIV est décrit comme modeste face aux éloges, préférant être moins loué. Le texte évoque également des inscriptions poétiques destinées à orner les palais de Versailles et du Louvre, soulignant la supériorité du roi sur la nature et l'art. Une inscription anonyme, destinée au Louvre, est portée par une figure allégorique de la Renommée tenant le portrait du roi et une trompette. Les vers de cette inscription comparent la grandeur et la majesté du roi à celles des empereurs romains, affirmant : 'Monde, viens voir ce que je vois, Et ce que le Soleil admire, Rome dans un Palais, dans Paris un Empire, Et tous les Césars dans un Roy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 197-253
Particularitez des Audiences que Mr de Guilleragues a euës du Grand Seigneur & du Grand Visir avant sa mort. [titre d'après la table]
Début :
On ne peut porter plus haut la gloire de son Souverain, [...]
Mots clefs :
Souverain, Ambassade , Mr de Guilleragues, Constantinople, Grand vizir, Audience, Seigneurs, Officiers, Ministre, Gloire, Sérail, Empire, Honneur, Prudence, Cérémonie, Religion, Coutume, Maître, Affaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Particularitez des Audiences que Mr de Guilleragues a euës du Grand Seigneur & du Grand Visir avant sa mort. [titre d'après la table]
On ne peut porter plus haug
la gloire de fon Souverain
dans une Ambaffade, ny s'ent
acquitter avec plus d'éclat &
de prudence qu'a fait M' de
vel
?
Riij
198 MERCURE
"
Guilleragues , dans tout le
temps qu'il a eſté à Conſtan
tinople. Il eſt vray que ceux
qui ont une Dignité pareille
à foûtenir , n'ont pas de peine
perfuader ce qu'eft un Prin
ce, à qui fes Vertus & ſes furprenans
Exploits ont acquis
fi juftement le furnom de
Grand , puifque la Renommée
prend toûjours foin de le
devancer , & qu'elle apprend
avant eux aux Nations les
plus reculées tout ce qu'ils en
peuvent dire. Ainfi- ils arrivent
dans des lieux où les ef
prits font préparez à les croiGALANT.
199
re. Ceft ce qui a fait accor
der tant de chofes à M' de
Guilleragues , en faveur de
la Religion Catholique . Tour
ce qu'a fait cet Ambaffadeur,
a efté fait avec tant d'éclat &
tant de hauteur , & avec des
circonftances fi dignes d'ef
tre remarquées , que les quatre
ou cinq Relations que
vous avez dans mes Lettres ,
depuis qu'il eft party pour
l'Ambaffade de Conftantino
ple , font des morceaux qui
meritent d'être confervez é
ternellement. Voicy le dernier
, puifqu'on peut dire que:
R.iiij.
200 MERCURE
M' de Guilleragues eft mort
prefque en fortant de l'ADdience
du Grand Seigneur, &
aprés en avoir obtenu tout ce
qu'il pouvoit fouhaiter pour
la gloire de fon Maistre , &
pour le repos des Catholiques
quifont dans le Levant . On
quitte la vie avec moins de
peine , quand on en fort avec
la fatisfaction d'avoir fervy
utilement l'Eglife , fon Prince
& fa Patrie. Vous aurez peuteftre
veu déja des copies , &
mefme imprimées , de la Relation
que vous allez lire , ou
dumoins qui luy reffemblent
GALANT. 201
fr fort , que vous croirez que
ce foit la mefme choſe. Vous
ne deyés pas vous en étonner.
La verité eftant une ,les Relations
diverfes d'une mefme
action , doivent avoir plus de
reffemblance , que les Ou
vrages d'efprit fur une meſme
matiere. Il faut donc les rez
garder , comme devant effre
femblables dans les faits qu'el
les rapportent, mais differentes
pour avoir plus ou moins
de circonftances. Celle dont
on m'a fait part , en eft la plus
remplie;& tous ceux qui voudront
bien les examiner, n'au
202 MERCURE
ront pas de peine à sen de
meurer d'accord. Voicy ce
qu'elle contient .
30
d'o
M' de Guilleragues arri
va à Andrinople le
ctobre de l'année derniere ,
accompagné du Grand E
cuyer , de l'Aga des Janiſſai,
res , & de plufieurs autres
Officiers du Grand Seigneur,
qui eftoient venus le reces
voir à une lieuë de la Ville , &
qui l'y amenerent au milieu
d'une haye de Janiffaires fous
les armes . Le Grand Vifir qui
eftoit indifpofé , n'ayant pû
luy donner audience que le
و ت ا
GALANT. 203
28. de ce mefme mois , il emu
ploya tout ce temps à faire
connoiftre avec vigueur de
quelle maniere il prétendoit
que cette Audience luy fuft
donnée . Il infifta fur tout à
la refuſer dans la Chambre
où tous les Ambaſſadeurs ont
accoûtumé de la recevoir à
Andrinople , parce qu'il fçavoit
que le Sofa ou Eftrade,
y eftoit difpofé de telle forte ,
qu'occupant prefque toute
cette Chambre , il n'y reftoit
qu'un petit cfpace pour pofer
les Pabouches ou Souliers,
que les Turcs doivent y lai
204 MERCURE
4
fer lors qu'ils y entrent. On
luy fit connoiftre que le
Grand Vizir n'y recevoit pas
feulement les Ambaſſadeurs,
mais encore le Muphi & le
Mufahib, ou Favory du Grand
Seigneur , qui eltoient les
Perfonnes de tout l'Empire
qu'il devoir le plus confide
rer. M l'Ambaffadeur ré
pondit que le Muphri & le
Mufahib ne difputoient pas
au Grand Vizir les honneurs
qu'il leur rendoit , mais que
la forme du Sopha , & la ma
niere d'y eftre receu , eſtant
des points qui avoient fait
GALANT: 205
naiftre un different dont le
bruit s'eftoit répandu depuis
cinq ans dans toute l'Europe,
cote conteftation devoit eftre
terminée avec un éclat , qui
reparaſt le tort que l'on avoit
prétendu faire à l'honneur
qui eft deu fi juftement aux
Ambaffadeurs de France. Ses
raifons furent receuës , & on
Paffeura qu'il feroit entierement
fatisfait fur fa demande,
& fur toutes les autres qu'il
avoit déja faites fur ce fujet
Ainfi il ne fit plus difficulté
de fe faire conduire au Serrail
du Grand Vizir , le jour
206 MERCURE
qu'on avoit choiſi pour cette
Cerémonie Il y alla riche
ment vétu à la Françoife , &
monté furumfuperbe Cheval
de l'Ecurie du Grand Sei
gneur. Sa Suite eftoit de 70
Perfonnes , tant de fa Mailon
que des principaux Mar
chands François , tous trespropres
& tres leftes . Hentra
dans le Serrail du Grand Vizir,
& ayant mis pied à terre il
fut conduit par plufieurs Sales
à la Chambre où ce Minitre
reçoit Sa Hauteffe , lors
q'Elle luy fait l'honneur de
le vifiter. Cette Chambre
+
GALANT
. 207
deftinée pour l'Audience,
eftoit ornée de Peintures &
de dorures , & meubleé de
Minders , & de Couffins magnifiques.
Ily avoit au mi
lieu un Baflin de Marbre , environné
de Vafes remplis de
Fleurs , & avec plufieurs jers
d'eau. M' de Guilleragues
monta fur le Sofa , voyant
qu'il eftoit de la maniere qu'il
l'avoit demandé. Les Tabourers
, également enrichis
d'une broderie relevée d'or
fur un fond de Velours rou
ge , eftoient fur une mefme
ligne , tous deux fur la Natte,
208 MERCURE
C
fans que celuy du Vizir fuft
fur le Minder. Il prit fa Place
fur le Tabouret qui regar
doit la Porte pár où il eftoit
entré, & de Grand Vizir arri
va un peu aprés par une autre
Porte qui eftoit du cofté de
Bautre Tabouret. Il monta
fur le Sofa , & M' l'Ambaſſadeur
fe contenta de fe lever
pendant ce temps fans quicter
fa Place , quoy que tresfouvent
il fuft arrivé que les
Ambaffadeurs eftoient demeurez
debout au bas du So
fa , en attendant l'arrivée du
Grand Vizir. Aprés les faluts
GALANT. 209:
réciproques , il fe remit fur
fon Tabouret dans le mefme
temps que le Grand Vizir
s'aflit fur le fien , & alors le :
Salem Chaoux prononça
ſclon
la coûtume une courte
Priere à haute voix , pour la
profperité duGrand Seigneur,
ce qui eft une des fonctions
de fa Charge. Le Compli
ment de M l'Ambaffadeur,,
également fort & obligeant,,
fut interpreté en Turc par le
Sieur Fontaine , le Sieur For--
mefti premier Drogman ,,
n'ayant pû venir à Andrinople
à cause d'une indifpofis-
Juin 1685
S
210 MERCURE
tion . Il s'étendit fur le dignechoix
que Sa Hauteffe avoit
fait de la Perfonne de ce Mi
niftre , pour fe repofer fur fa
prudence , & fur la capacité
des Affaires de l'Empire. Le
Grand Vizir répondit par le
compliment ordinaire , c'eft
à dire , que Ml Ambaſſadeur
eftoit le tres bien venu , ce qu'il
répéta jufqu'à quatre fois,
quoy que les autres Vizirs
n'euffent accoûtumé de le
dire qu'une. Il ne pouvoit
mieux marquer le plaifir qu'il
reffentoit de voir cét Ambaf
fadeur , que par la répetition
द
GALANT 211
xe
les
de ces termes , par lesquels
les Turcs témoignent la joye
qu'ils ont de voir leurs Amis.
Il fe fervit auffi plufieurs fois .
du mot d'Eltechi , qui veut di-
Ambaffadeur , & parla tot
jours à la troifiéme Perfonne
; ce qui eft parmy.
Turcs une grande marque de:
confideration & de refpect..
Mi de Guilleragues remercia.
fort le Grand Vizir , de l'Aga :
qu'il luy avoit envoyé à Con
ftantinople pour Tamener,.
fe louant de fa diligence , &
de fes foins dans toutes les
chofes qui regardoient fa
•
Sij
212 MERCURE
Commiffion
;
& cela fut
avantageux à cét Aga , puis
que s'agiflant en ce tempslà
d'envoyer quelqu'un à
Bude , pour des ordres qu'on
avoit à y porter , ce qui ef
toit dangereux : & un Officier
l'ayant propofé au Grand
Vizir , ce Miniftre répondit
qu'il eftoit trop néceſſaire à
l'Ambaffadeur de France , &
qu'il falloit en choiſir un autre.
Peu de temps aprés il fur
revétu de la Charge de Capigilar-
Kiaiafi , l'une des trois
principales de la Maiſon du
Vizir. La converfation ayant
GALANT. 213
duré prés d'une heure , on apporta
le Café. Il fut prefenté
dans le mefme temps à l'un
& à l'autre , aprés que l'on cut
mis devant eux un grand
mouchoir de broderie , d'une
beauté & d'une richeffe égale.
Cela donna lieu au Grand
Vizir de demander à M
l'Ambaffadeur s'il aimoit cette
boiffon. Il répondit que le
Thé , & le Chocolat luy fembloient
meilleurs . Le Sorbet,
le Parfum , & les Eaux de
fenteur leur furent fervis enfuite
, & prefentez à tous
deux en melme temps. Ce
214 MERCURE
la eftant fait , le Grand Vizir
affeura M. l'Ambaffadeur,
qu'il employeroit tous les
foins pour le mener peu de
jours aprés à l'Audience du
Grand Seigneur, dont ilpou
voit efperer la reception la
plus favorable , luy promertant
paravance l'accompliffement
de toutes les chofes .
qu'il demanderoit . M de
Guilleragues fe lèva dans ce
moment pour recevoir là
Vefte dont il fut reveftü en
prefence de ce Miniftre. On
diftribuales autres Veſtesaux .
principaux de la Suite , juk
t
GALANT. 213
4.5
-
ques au nombre de trente,
ce qui n'avoit efté accordé à
aucun des autres Ambaffadeurs
, qui n'en avoient jamais
eu plus de vingt. Un
-Marchand Anglois , & un autre
Marchand Hollandois qui
s'eftoient trouvez à Andrinople
, & que cét Ambaſſadeur
avoit invitez à l'accompagner
à l'Audience , curent chacun
une de ces Veftes. Cette diftribution
achevée , M de
Guilleragues fe leva , & ſe retira
aprés avoir falüé le Grand
Vifir ,qui fe leva dans le même
temps , & qui luy dit encore
216 MERCURE
une fois , Vous eftes le tres-bien
venu. Il retourna à fon Palais
dans le mefme ordre qu'il
eftoit forty , eftant reconduit
par les mefmes Officiers , auf.
quels fe joignit Seferbec , Interprete
de la Porte , que le
fieur Fontaine avoit interrompu
fi adroitement , lors qu'il
entreprenoit d'interpreter les
paroles du Vizir , qu'il ne put
en proferer quatre de fuite
pendant tout le temps deÎ'Audience.
Comme les Ceremonies
en furent fort differentes
de celles que l'on avoit
obfervées par le paffe , lors
qu'on
GALANT. 217
*
quo y avoit admis les Ambalfadeurs
de France , le Tefchrifat.
Emini, c'eft à dire, le Maître
& Conſervateur des Cere.
monies , prefenta une Requefte
, pour demander qu'on les
inferaft das les Archives, comme
n'ayant jamais efté pratiquées
depuis le commencement
de l'Empire , criant
tout haut qu'ilfaloit brûler l'an
cien Regiftre. Jamais les Turcs
n'ont témoigné tant de joye
d'aucun fuccés qui leur ait
efté avantageux, que dans cet
te occafion
. Ils regardoient
M' de Guilleragues
comme
Juin 1685
T
218 MERCURE
le Liberateur de leur Empire,
puifqu'il avoit terminé fi heureufement
une affaire , dont
ils avoient craint des fuites
fâcheufes. Ce n'a pas efté fans
beaucoup de peine qu'il en
eft venu à bout avec tant de
gloire. Il a eu des Ennemis
qui l'ont traversé de tout leur
pouvoir ; mais il a ſceu fi bien
détourner par fa prudence
deurs dangereufes cabales ,
qu'il a donné lieu à quelquesuns
de fe repentir d'avoir
cherché à luy nuire . Il s'en
falut peu entre autres que
l'on ne mift en Prifon le Re-
**
"
GALANT. 219
fident de Michel Abaffy ,
Prince de Tranfilvanie , qui
par ordre de fon Maistre
voulut infinuer à la Porte ,
beaucoup de chofes entierement
oppofées aux droi
tes intention de M. l'Ambaffadeur.
Le Kiaia du Grand
Vifir receut un commandement
exprés d'aller luy en
faire reprimande. Il la luy
fit dune maniere fi feche ,
qu'il en fut malade dangereufement
pendant huit jours.
Ce qui effraya le plus ce Refident
, ce fut qu'on luy dir ,
•
Tij
220 MERCURE
qu'Abaffy eftoit en liberté
de faire ce qu'il voudroit , &
qu'il cherchoit inutilement
des pretextes à fa revolte . En
mefme temps pour mettre ſa
fidelité à l'épreuve , le Grand
Seigneur donna un ordre qui
1
obligeoit Abaffy de payer fon
Tribut en bled , & de le faire
tranfporter vers la Pologne ,
à l'Armée de Soliman Pacha ;
ce qu'il ne pouvoit executer ,
fans s'expofer au peril de foûlever
tous fesPeuples, qui n'en
recueillent que ce qui eft abfolument
neceffaire à leur
fubfiftance. La veille de l'Au-
1
GALANT. 221
dience , M' de Guilleragues
avoit envoyé fes prefens au
Grand Vifir , fuivant la cou
tume. Ce Miniftre , pour té
moigner qu'il les recevoit
agreablement , donna quarante
Sequins aux Drogmans
qui les porterent. C'eftoient
les fieurs Fontaine & Perru
que. Le Kiaia leur en donna
encore dix, lorfqu'ils luy por
terent ceux qui eftoient pour
luy,mais ces Drogmans, pour
faire connoiftre que l'intereft
ne les touchoit pas, diftribue .
rent la plus grande partie de
ces deux fommes aux Offi
Tiij
222 MERCURE
ciers de la maifon du Vifir
L'Audience du grand Seigneur
ne fut donnée à M ' de
Guilleragues que le 26. de
Novembre. Comme il eftoit
ce jour - là Dimanche , il entendit
la Meffe de fort bon
matin , & partit fur les huit
heures , accompagné du
Chaoux Bachi , & d'autres
Chaoux , & fuivy de fes Domeftiques
, & des principaux
Marchands François . Il ferendit
au Serrail de fa Hauteffe ,
& eftant entré dans la grande
Court, il y trouva environ mille
Janiffaires rangez , qui ef
#
GALANT 223
toit tout de quil y avoit alors
de cette Milice à Andrinople
. Dés qu'ils l'eurent apperceu
, ils prirent tous une
courfe , qui fut limitée par
plufieurs plats ou grands baffins
de Pilau , c'eft à dire de
ris cuit , regale ordinaire qu'
on leur fait dans des occafions
de cette nature . M' de Guilleragues
,
qu'on
pour
都fans s'arrefter à ce
on faifoit d'extraordinaire
le recevoir , continua
fon chemin jufques à la Sale
du Divan , où il entra , fuivy
de Mrs Merille & Noguerres,
Secretaires de l'Ambaffade
Tiiij
224 MERCURE
de fix de fes Domestiques , &
de deux Drogmans.Le grand.r
Vifir l'y attendoit avec le Ja
niffaire Aga , le Cadilefker, le
Tefterdar , & le Rifchangi
Bachi , tous affis à quelque
diſtance les uns des autres
fur un banc de Parquet attaché
à la muraille . M' l'Ambaffadeur
eſtant entré , s'affit
fur un Tabouret qu'on avoit
placé prés & vis-à - vis du Vi
r. Ils fe firent des complimens
reciproques , fur la joye
qu'ils avoient de fe revoir ;
aprés quoy M' de Guilleragues
fe leva , afin de laiffer ce
GALANT. 225
Miniftre en liberté de termi
ner les affaires des Particu
liers, & alla s'affeoir fur le me
meTabouret, dans un endroit
de la Sale plus éloigné des
Plaideurs qui venoient den
foule demander juftice . Leb
grand Vifir leur permit à
tous de s'approcher les uns
aprés les autres , & jugea plus.
de cent procés pendant une
heure & demie. Le grand Sei
gneur voyoit & entendoit
tout par une Jaloufie , qui étoit
audeffus du Siege du Vifir.
Lorfque le Divan fut achevé,
on apporta une petite table
226 MERCURE
ronde devant ce premier Miniftre
, à laquelle il mangea
feul avec M de Guilleragues,
qui y fut códuit par le Chaoux
Bachi. On en apporta quatre
autres en mefme temps , pour
le Janiffaire Aga , le Cadilef
Ker, le Tefterdar, le Rifchangi
Bachi , & pour ceux de la
fuite de M l'Ambaffadeur.
Ses deux Secretaires furent
menez à la feconde , deux autres
François à la quatrième,
& trois à la cinquième . LeCa
dilefker mangea feul à la troifiéme,
comme eftant une perfonne
de Loy , qui ne doit ja
GALANT. 227
mais manger avec dés gens
d'une Religion differente . On
fervit toutes ces Tables avec
beaucoup de magnificence à
la mode du Pays. Les fruits
& le ris n'y manquerent pas.
Le repas
dura une heure , &
M' de Guilleragues employa
ce temps bien moins à manger
, qu'à s'entretenir familie.
rement avec le Vifir , qui
écoutait avec grande attention
tout ce qu'il luy difoit
par la bouche du fieur Fonraine
fon Drogman. Aprés le
repas , M ' l'Ambaffadeur fut
reveſtu d'une riche Vefte , &
228 MERCURE
y
on en diftribua trente autres
à ceux de fa fuite. Le grand
Vifir fortit du Divan , & s'en
alla à l'appartement dugrand
Seigneur. M' l'Ambaſſadeur
fut conduit un demy- quart
d'heure aprés, avec fon Drogman
, fes deux Secretaires , &
fept autres perfonnes de fa
fuite , chacun ayant à fes cof
tez deux Capigis , qui ne leur
firent aucune contrainte , lors
mefine qu'il falut paroiſtre
devant fa Hauteffe, Il entra
dans la Salle d'Audience , ou
il vit le grand Seigneur affis
fur un Trône magnifique, qui
GALANT. 229
eftoit placé au fond. Ses ha
bits eftoient éclatans de pier
Feries , & ilavoit autour de luy
fes principaux Officiers. M
Ambaffadeur le falia par
ane profonde reverence , &
commença
un diſcours qu'il
prononça d'une maniere tresnoble
, & avec beaucoup de
dignité. Le grand Vifir l'ayant
voulu interrompre dans la
bouche du fieur Fontaine qui
l'interpretoit , le Grand Seigneur
dit à M' de Guilleragues
qu'il pouvoit pourſuivre ,
& demander ce qu'il luy plai
roit . Cette Audience dura prés
230 MERCURE
d'une demie heure , pendant
laquelle fa Hauteffe parla une
feconde fois à M l'Ambaffadeur
; ce qui n'avoit jamais
efté fait par les Sultans , qui
fe font toûjours contentez
d'entendre les Ambaſſadeurs ,
fans leur répondre autrement
que par un figne de teſte , en
leur faifant dire par leurs
Grands Vifirs , qu'ils font fatisfaits
de leurs complimens ,
& qu'ils répondront à la Lettre
de leurs Maiftres M de
Guilleragues ayant eſté ramené
de l'Audience , remonta
cheval hors du Serrail, & pour
GALANT. 231
fatisfaire à la coûtume , il fe
rangea auprés de la porte avec
tous ceux de fa fuite, pour en
voir fortir le Grand Vifir &
les autres Officiers , & défiler
les Janiffaires , aprés quoy il
fe retira gardant le mefme or
dre qu'il avoit tenu en arrivant.
Cette Audience a eu
trois particularitez qui la di
ftinguent de toutes les autres
qui ont efté accordées
auparavant aux Ambaſſadeurs
de France , le nombre
de trente Veſtes diftribuées à
fa Suite , neufperfonnes pour
lefuivre à l'Audience du
232 MERCURE
Grand Seigneur, & l'honneur
que fit fa Hauteffe à M' de
Guilleragues de lay parler jufques
à deux fois. A peine s'étoit-
il mis en chemin pour fe
retirer , que le Sultan fortit à
cheval par une porte de der
riere , pour aller fe divertir à
la chaffe . Il fortit encore le
lendemain , pour une autre ,
chaffe à laquelle il avoit refolu
d'employer foixante jours,
quelque temps fàcheux qu'il
euſt à craindre , cet exercice
n'eftant jamais plus agreable
à ce Prince , que lorfque le
froid eft grand , & que les
a
GALANT. 233
pluyes , les neges , & les glaces
font terribles . En effet
les gens du Serrail affcurent,,
qu'encore qu'il ne fe foûtienne
& ne marche qu'avec peine
il s'échauffe tellement
dés qu'il voit la nege , qu'on
ne peut jamais luy amener un
cheval affez promptement.
Il part fans attendre perfonne
pour le fuivre , laiffant à fes
Officiers la liberté de l'aller
joindre où ils peuvent.
Le 23 de Decembre , M
l'Ambaffadeur rendit vifite
au Muphti ; il y'alla à cheval,,
precedé de fes Janiffaires ,
y
234 MERCURE
Eftafiers , Valets de pied , &
Drogmans , & fuivy de fes
Officiers . Le Muphti , qui eſt
le Chef principal de la Religion
Mahometane, luy fit de
tres- grandes honneſtetez , &
receut avec un profond ref
pect la Lettre de Sa Majefté
qu'il luy prefenta. Le Café &
le Sorbet furent apportez
avec les Eaux de fenteur ; &
aprés qu'ils fe furent entretenus
quelque temps de chofes
generales , M' l'Ambaſſadeur
fe retira. Il trouva ce Muphti
tres mal logé , plus mal meublé,
& encore plus mal fervy
GALANT. 235
2
par dix ou douze Valers qui
compofoient tout fon Domeftique.
Il y a peut eftre plus
d'affectation dans cette fimplicité
, que de bonne & ſin.
cere intention , pour fe conformer
à la pauvreté que l'Al
coran ordonne à ceux de fa
forte , qui ne laiffent pas d'avoir
des revenus ftables &
confiderables
. On fait pour
la fubfiftance
du Muphti
, un
fond de deux mille Afpres par
jour, qui font environ foixan
te- cinq livres de noftre mon
noye ; & outre cela , il peutdifpofer
de quelques Benefi
Vij
236 MERCURE
ces qui dépendent de certai
nes Moſquées Royales , & en
tirer le plus d'argent qu'il luy
eft poffible , fans craindre dé
tre accusé de corruption. Ila
une authorité ſi grande , quen
quand il juge, ou qu'il decides
de quoy que ce foit, le Grand
Seigneur mefme ne s'y oppo.z
fe jamais. Le Sultan le con
fulte dans les affaires d'Eftatu
& ne bannit prefque jamais
un premier Vifir , ny n'ofte
un Bacha de fon employ fous
pretexte de crime , ny n'en
treprend rien de confiderable
qu'il n'ait la fentence du Mu
GALANT 237
phiti , parce qu'il paroift qu'il
y a plus d'équité dans le jugement
d'un homme de bien ,
que dans le pouvoir abfolu du
Prince. On fait rarement
mourir le Muphti ; & quand
cela arrive , on le dégrade
avant l'execution. Lorsqu'il
s'agit de crimes énormes ou
de trahison , on le met dans
un Mörtier , qui eft toûjours
gardé pour cela à Conftantinople
, dans la Priſon des fept
Tours. Son corps y eft pilé &
batu , jufqu'à ce que les os
& fa chair foient réduits en
bouillie.
238 MERCURE
M' de Guilleragues vit auff
le Capitan Pacha, Gendre du
Grand Seigneur , & fit cetre
vifite incognito , ayant remis
à le voir publiquement en
Ceremonie, lorfque ce Pacha
feroit de retour à Conftantinople
, où il exerce particulierement
fa Jurifdiction fur toure
l'Armée Navale. Le mois
de Janvier eftant venu, il voulut
prendre fon Audience de
Congé du Grand Vifir ; mais
des affaires importantes à l'Etat,
obligerent ce Miniſtre de
faire un voyage de dix jours
pour fe redre auprés du Grand
GALANT. 239
C
e
Seigneur, qui eftoit à la Chaffe
, à moitié chemin de Conftantinople
& d'Andrinople
.
Quelques jours aprés qu'il fut
revenu de ce voyage
, M
Ambafladeur
luy fit deman
der cette Audience
, qui luy
fut accordée pour le 29. de ce
mefme mois , avec autant de
pompe , d'éclat & de diftintion
qu'il l'avoit euë la premiere
fois , fans qu'il l'euft
follicitée. En effet , comme il
n'avoit pas crû que l'on y
deuft obferver la mefme regularité
que l'on avoit fait
dans la premiere, il avoit déja
240 MERCURE
renvoyé les livrées & fes habits
les plus magnifiques
à
Conftantinople
, fe conten .
tant d'aller à l'Audience veftu
d'une fort belle Vefte fourrée :
de Marte Zibeline, feul à che
val , & fuivy à pied de fes
principaux Domestiques , vé
tus auffi de longues Veſtes ,
fans Valers de pied. Cependant
le 28. Janvier , le fieur
Fontaine fon Drogman , vint
luy dire , que le Grand Vilir
avoit refolu de luy donner
encore trente Veſtes , pour
huy & pour la Suite, & de luy
envoyer trente chevaux de
fon :
GALANT. 241
fon Ecurie pour fa marche.
Cette difpofition qu'il n'attendoit
pas l'obligea de pren
dre d'autres melures . Il fit
appeller tous les François qui
fe trouverent à Andrinople,
pour rendre fon Cortege plus
nombreux , & pour avoir plus
de Perfonnes dignes de rece
voir l'honneur de la Vefte.
Il fit auffi revétir douze Grecs
qu'il avoit à fon fervice , d'ha
bits à leur mode , afin qu'ils
environnaffent fon Cheval ,
& que leurs Robes à la Gre
que répondiffent à l'Habit lóg
qu'il devoit porter, Les tren-
*Juin 1685 .
X
242 MERCURE
au
te Chevaux envoyez par le
Vizir , arriverent avec plufieurs
Officiers qui conduifi
rent M l'Ambaffadeur
Serrail de ce Miniftre . On le
conduifit d'abord dans la
Salle où l'on donne les Audiences
de cerémonie au
Muphti mefme , & au Fa
vory du Grand Seigneur, & à
peine y eut- il efté affis un de
my quart d'heure , qu'on le
vint prendre pour le mener
dans une tres belle Chambre,
differente de celle où il avoit
efté receu la premiere , fois.
Elle eftoit
magnifiquement
GALANT. 243
ornée. L'entrée n'y eft permile
qu'à fort peu de Turcs ,
& on affeure qu'aucun Chrétien
n'y eſtoit jamais entré.
Ml'Ambaffadeur s'y affit
d'abord fur le Tabouret
qu'on luy avoit préparé fur le
Sofa , & qui eftoit pofé fur la
Natte , comme celuy du Vizir.
Ce Miniftre eftant entré
un moment aprés , M ' de
Guilleragues fe leva pour
le
faluer , demeurant fur le Sofan
& Fun & l'autre s'affic
dans le mefme temps. L'Au.
dience qui dura prés d'une
heure,finit par les Régales du
X ij
244 MERCURE
Café , du Sorbet , des Eaux,
de Senteur , & du Parfum. Le
Grand Vizir remarquant que
M' l'Ambaffadeur avoit quelque
répugnance pour le Café
qu'on luy prefentoit , parce
qu'il eftoit ambré , commanda
qu'on en apportaft fans
ambre , & attendit à prendre
le fien qu'on luy en euſt ſervy
d'autre. Il luy donna avec
beaucoup de refpect la réponſe
du Grand Seigneur à
Sa Majesté. Elle eftoit dans un
gran Sachet de Brocard tres-,
riche , & cacheté d'une Bulle
d'or . M' de Guilleragues la
L GALANT
. 245
receut avec le mefme ref
pect , ainfi que la Lettre
que ce Miniftre écrivoit à
Sa Majefté. Enfuite l'on di
ftribua les trente Veftes .
M l'Ambaffadeurife
leva
un peu aprés , & fe retira
comblé d'honneurs
plus
qu'aucun Ambaffadeur qui
euft jamais efté à la Porte.
Le Sieur Fontaine portoit publiquement
devant luy la
Lettre de Sa Hauteffe , qu'il
luy avoit remife. Enfin par
an furcroift de faveur , le
Grand Vizir ordonna qu'on
luy fournit vingt Chevaux,
X iij
246 MERCURE
& vingt Chariots pour fon res
争
tour , quoy que la coûtume
foit que les Ambaffadeurs
retournent
à Conftantinople
à
leurs dépens . On cut de la
peine à trouver ce nombre de
Chariots, parce qu'ils eftoient
prefque tous employez à la
fuite du Grand Seigneur
, qui
continuoit à prendre le divertiffement
de la Chaffe. Ainfi
M'
l'Ambaffadeur
ne put partir
d'Andrinople
que le 26.
Fevrier. Il trouva les chemins
affez beaux pour la Saiſon , &
arriva le 22. à Conftantinople
,
ayant pour fa Perfonne un
GALANT. 247
La
Carroffe richement garny , &
fufpendu à la Polonnoife ,
dont le Grand Vizir luy avoit
fait prefent. Il defcendit de
Carroffe au fond du Port , où
M ' l'Archevêque de Cyfique,
Vicaire Patriarchal, l'attendoit
avec les Marchands François
& Venitiens , & plufieurs autres
Perfonnes affectionnées à
la France. Il entra en mefme
temps dans un Caïque qu'on
luy tenoit preft , & qui fut
fuivy d'un grand nombre
d'autres. En paffant devant
Galata, il fut falué de l'Artillerie
& de la Moufqueterie d'un
X iiij
248 MERCURE
Vaiffeau de deux Barques,
& d'une Tartane de Marſeil
le , & à fon débarquement à
Tophana , il trouva un Cheval
du Vaivode de Galata ,
qui le porta juſques au Palais
de France , où il fut receu de
Madame l'Ambaffadrice' , &
de Mademoiſelle de Guilleragues
fa Fille , avec une joye
extréme de le revoir aprés
une fi longue féparation ;
mais cette joye mêlée de celle
de le voir fortir avec tant
de gloire d'une Affaire fi fameuſe
avant & durant le
cours de fon Ambaffade , fur
GALANT. 249.
de tres- peu de durée. Cinq
jours aprés il fut attaqué d'u
ne Apoplexie , dont il mou
rut les . de Mars , aprés avoir
receu tous fes Sacremens , &
donné les plus fortes marques
d'une parfaite réfignation
à la volonté de Dieu.
On peut dire fans exagerer,
qu'il a efté regreté de toute la
Ville de
Conftantinople. Ou
tre les Grecs, les Arméniens,
& les Juifs mefme , les Turcs,
depuis les principaux juf
qu'aux moindres , ont donné
des témoignages
publics de
la part qu'ils prenoient à cet-
I
250 MERCURE
te perte. LeCapitan Pachaen
voya s'informer plufieurs fois
de fa fanté pendant qu'il étoit
'malade , & dit en prefence de
beaucoupde monde, qu'il n'avoit
point connu de Chrétien
qui meritaft plus d'eftre efti
mé & chery. Le Caimacan , le
Frere du Grand Vizir Coproli
, & les plus confiderables
Officiers de Conftantinople
,
n'ont point caché l'affliction
qu'ils en reffentoient , & le
Grand Vizir n'en eut pas plûtoft
appris la nouvelle par un
Courier que le Caimacan luy
dépefcha , que pour témoi
GALANT. 251
gner combien il eftimoit fa
mémoire , il en dépefcha auffi-
toft un autre au Caimacan,
avec ordre de faire faire fon
compliment
de condoleance
à Madame l'Ambaffadrice
, &
de l'affeurer que fon intention
eftoit que les choſes demeuraffent
fous fon autorité,
dans le mefme état où M de
Guilleragues
les avoit laiffées
lors qu'il eftoit party d'Andrinople.
Il la fit prier en
mefine temps d'envoyer
au
plûtoft la Lettre de Sa Hau
teffe à Sa majesté. Ce Miniſtre
ordonna de plus au Cai252
MERCURE
macan de faire en forte qu
que
Madame l'Ambaffadrice
, &
tous les François fuffent encore
dans une plus grande
confideration
, s'il fe pouvoit,
que pendant la vie de M
l'Ambaffadeur. Le Caima
can qui appella le Sieur Fontaine
fi toft que cet ordre fut
venu , pour l'envoyer affeurer
Madame l'Ambaffadrice
des intentions du Grand Vizir
, luy recommanda auffi
fur toutes chofes , de luy donner
avis de tous les befoins
qu'elle pourroit avoir pour ce
qui la touche en particulier,
GALANT. 253
& pour le bien du Commer,
ce , & la feureté des interefts
de l'Empereur de France
dans les Etats du Grand Seigneur
fon Mailtre , ce qui
fait connoiftre la haute ré
putation que M' de Guilleragues
s'eltoit acquife à la
Porte.
la gloire de fon Souverain
dans une Ambaffade, ny s'ent
acquitter avec plus d'éclat &
de prudence qu'a fait M' de
vel
?
Riij
198 MERCURE
"
Guilleragues , dans tout le
temps qu'il a eſté à Conſtan
tinople. Il eſt vray que ceux
qui ont une Dignité pareille
à foûtenir , n'ont pas de peine
perfuader ce qu'eft un Prin
ce, à qui fes Vertus & ſes furprenans
Exploits ont acquis
fi juftement le furnom de
Grand , puifque la Renommée
prend toûjours foin de le
devancer , & qu'elle apprend
avant eux aux Nations les
plus reculées tout ce qu'ils en
peuvent dire. Ainfi- ils arrivent
dans des lieux où les ef
prits font préparez à les croiGALANT.
199
re. Ceft ce qui a fait accor
der tant de chofes à M' de
Guilleragues , en faveur de
la Religion Catholique . Tour
ce qu'a fait cet Ambaffadeur,
a efté fait avec tant d'éclat &
tant de hauteur , & avec des
circonftances fi dignes d'ef
tre remarquées , que les quatre
ou cinq Relations que
vous avez dans mes Lettres ,
depuis qu'il eft party pour
l'Ambaffade de Conftantino
ple , font des morceaux qui
meritent d'être confervez é
ternellement. Voicy le dernier
, puifqu'on peut dire que:
R.iiij.
200 MERCURE
M' de Guilleragues eft mort
prefque en fortant de l'ADdience
du Grand Seigneur, &
aprés en avoir obtenu tout ce
qu'il pouvoit fouhaiter pour
la gloire de fon Maistre , &
pour le repos des Catholiques
quifont dans le Levant . On
quitte la vie avec moins de
peine , quand on en fort avec
la fatisfaction d'avoir fervy
utilement l'Eglife , fon Prince
& fa Patrie. Vous aurez peuteftre
veu déja des copies , &
mefme imprimées , de la Relation
que vous allez lire , ou
dumoins qui luy reffemblent
GALANT. 201
fr fort , que vous croirez que
ce foit la mefme choſe. Vous
ne deyés pas vous en étonner.
La verité eftant une ,les Relations
diverfes d'une mefme
action , doivent avoir plus de
reffemblance , que les Ou
vrages d'efprit fur une meſme
matiere. Il faut donc les rez
garder , comme devant effre
femblables dans les faits qu'el
les rapportent, mais differentes
pour avoir plus ou moins
de circonftances. Celle dont
on m'a fait part , en eft la plus
remplie;& tous ceux qui voudront
bien les examiner, n'au
202 MERCURE
ront pas de peine à sen de
meurer d'accord. Voicy ce
qu'elle contient .
30
d'o
M' de Guilleragues arri
va à Andrinople le
ctobre de l'année derniere ,
accompagné du Grand E
cuyer , de l'Aga des Janiſſai,
res , & de plufieurs autres
Officiers du Grand Seigneur,
qui eftoient venus le reces
voir à une lieuë de la Ville , &
qui l'y amenerent au milieu
d'une haye de Janiffaires fous
les armes . Le Grand Vifir qui
eftoit indifpofé , n'ayant pû
luy donner audience que le
و ت ا
GALANT. 203
28. de ce mefme mois , il emu
ploya tout ce temps à faire
connoiftre avec vigueur de
quelle maniere il prétendoit
que cette Audience luy fuft
donnée . Il infifta fur tout à
la refuſer dans la Chambre
où tous les Ambaſſadeurs ont
accoûtumé de la recevoir à
Andrinople , parce qu'il fçavoit
que le Sofa ou Eftrade,
y eftoit difpofé de telle forte ,
qu'occupant prefque toute
cette Chambre , il n'y reftoit
qu'un petit cfpace pour pofer
les Pabouches ou Souliers,
que les Turcs doivent y lai
204 MERCURE
4
fer lors qu'ils y entrent. On
luy fit connoiftre que le
Grand Vizir n'y recevoit pas
feulement les Ambaſſadeurs,
mais encore le Muphi & le
Mufahib, ou Favory du Grand
Seigneur , qui eltoient les
Perfonnes de tout l'Empire
qu'il devoir le plus confide
rer. M l'Ambaffadeur ré
pondit que le Muphri & le
Mufahib ne difputoient pas
au Grand Vizir les honneurs
qu'il leur rendoit , mais que
la forme du Sopha , & la ma
niere d'y eftre receu , eſtant
des points qui avoient fait
GALANT: 205
naiftre un different dont le
bruit s'eftoit répandu depuis
cinq ans dans toute l'Europe,
cote conteftation devoit eftre
terminée avec un éclat , qui
reparaſt le tort que l'on avoit
prétendu faire à l'honneur
qui eft deu fi juftement aux
Ambaffadeurs de France. Ses
raifons furent receuës , & on
Paffeura qu'il feroit entierement
fatisfait fur fa demande,
& fur toutes les autres qu'il
avoit déja faites fur ce fujet
Ainfi il ne fit plus difficulté
de fe faire conduire au Serrail
du Grand Vizir , le jour
206 MERCURE
qu'on avoit choiſi pour cette
Cerémonie Il y alla riche
ment vétu à la Françoife , &
monté furumfuperbe Cheval
de l'Ecurie du Grand Sei
gneur. Sa Suite eftoit de 70
Perfonnes , tant de fa Mailon
que des principaux Mar
chands François , tous trespropres
& tres leftes . Hentra
dans le Serrail du Grand Vizir,
& ayant mis pied à terre il
fut conduit par plufieurs Sales
à la Chambre où ce Minitre
reçoit Sa Hauteffe , lors
q'Elle luy fait l'honneur de
le vifiter. Cette Chambre
+
GALANT
. 207
deftinée pour l'Audience,
eftoit ornée de Peintures &
de dorures , & meubleé de
Minders , & de Couffins magnifiques.
Ily avoit au mi
lieu un Baflin de Marbre , environné
de Vafes remplis de
Fleurs , & avec plufieurs jers
d'eau. M' de Guilleragues
monta fur le Sofa , voyant
qu'il eftoit de la maniere qu'il
l'avoit demandé. Les Tabourers
, également enrichis
d'une broderie relevée d'or
fur un fond de Velours rou
ge , eftoient fur une mefme
ligne , tous deux fur la Natte,
208 MERCURE
C
fans que celuy du Vizir fuft
fur le Minder. Il prit fa Place
fur le Tabouret qui regar
doit la Porte pár où il eftoit
entré, & de Grand Vizir arri
va un peu aprés par une autre
Porte qui eftoit du cofté de
Bautre Tabouret. Il monta
fur le Sofa , & M' l'Ambaſſadeur
fe contenta de fe lever
pendant ce temps fans quicter
fa Place , quoy que tresfouvent
il fuft arrivé que les
Ambaffadeurs eftoient demeurez
debout au bas du So
fa , en attendant l'arrivée du
Grand Vizir. Aprés les faluts
GALANT. 209:
réciproques , il fe remit fur
fon Tabouret dans le mefme
temps que le Grand Vizir
s'aflit fur le fien , & alors le :
Salem Chaoux prononça
ſclon
la coûtume une courte
Priere à haute voix , pour la
profperité duGrand Seigneur,
ce qui eft une des fonctions
de fa Charge. Le Compli
ment de M l'Ambaffadeur,,
également fort & obligeant,,
fut interpreté en Turc par le
Sieur Fontaine , le Sieur For--
mefti premier Drogman ,,
n'ayant pû venir à Andrinople
à cause d'une indifpofis-
Juin 1685
S
210 MERCURE
tion . Il s'étendit fur le dignechoix
que Sa Hauteffe avoit
fait de la Perfonne de ce Mi
niftre , pour fe repofer fur fa
prudence , & fur la capacité
des Affaires de l'Empire. Le
Grand Vizir répondit par le
compliment ordinaire , c'eft
à dire , que Ml Ambaſſadeur
eftoit le tres bien venu , ce qu'il
répéta jufqu'à quatre fois,
quoy que les autres Vizirs
n'euffent accoûtumé de le
dire qu'une. Il ne pouvoit
mieux marquer le plaifir qu'il
reffentoit de voir cét Ambaf
fadeur , que par la répetition
द
GALANT 211
xe
les
de ces termes , par lesquels
les Turcs témoignent la joye
qu'ils ont de voir leurs Amis.
Il fe fervit auffi plufieurs fois .
du mot d'Eltechi , qui veut di-
Ambaffadeur , & parla tot
jours à la troifiéme Perfonne
; ce qui eft parmy.
Turcs une grande marque de:
confideration & de refpect..
Mi de Guilleragues remercia.
fort le Grand Vizir , de l'Aga :
qu'il luy avoit envoyé à Con
ftantinople pour Tamener,.
fe louant de fa diligence , &
de fes foins dans toutes les
chofes qui regardoient fa
•
Sij
212 MERCURE
Commiffion
;
& cela fut
avantageux à cét Aga , puis
que s'agiflant en ce tempslà
d'envoyer quelqu'un à
Bude , pour des ordres qu'on
avoit à y porter , ce qui ef
toit dangereux : & un Officier
l'ayant propofé au Grand
Vizir , ce Miniftre répondit
qu'il eftoit trop néceſſaire à
l'Ambaffadeur de France , &
qu'il falloit en choiſir un autre.
Peu de temps aprés il fur
revétu de la Charge de Capigilar-
Kiaiafi , l'une des trois
principales de la Maiſon du
Vizir. La converfation ayant
GALANT. 213
duré prés d'une heure , on apporta
le Café. Il fut prefenté
dans le mefme temps à l'un
& à l'autre , aprés que l'on cut
mis devant eux un grand
mouchoir de broderie , d'une
beauté & d'une richeffe égale.
Cela donna lieu au Grand
Vizir de demander à M
l'Ambaffadeur s'il aimoit cette
boiffon. Il répondit que le
Thé , & le Chocolat luy fembloient
meilleurs . Le Sorbet,
le Parfum , & les Eaux de
fenteur leur furent fervis enfuite
, & prefentez à tous
deux en melme temps. Ce
214 MERCURE
la eftant fait , le Grand Vizir
affeura M. l'Ambaffadeur,
qu'il employeroit tous les
foins pour le mener peu de
jours aprés à l'Audience du
Grand Seigneur, dont ilpou
voit efperer la reception la
plus favorable , luy promertant
paravance l'accompliffement
de toutes les chofes .
qu'il demanderoit . M de
Guilleragues fe lèva dans ce
moment pour recevoir là
Vefte dont il fut reveftü en
prefence de ce Miniftre. On
diftribuales autres Veſtesaux .
principaux de la Suite , juk
t
GALANT. 213
4.5
-
ques au nombre de trente,
ce qui n'avoit efté accordé à
aucun des autres Ambaffadeurs
, qui n'en avoient jamais
eu plus de vingt. Un
-Marchand Anglois , & un autre
Marchand Hollandois qui
s'eftoient trouvez à Andrinople
, & que cét Ambaſſadeur
avoit invitez à l'accompagner
à l'Audience , curent chacun
une de ces Veftes. Cette diftribution
achevée , M de
Guilleragues fe leva , & ſe retira
aprés avoir falüé le Grand
Vifir ,qui fe leva dans le même
temps , & qui luy dit encore
216 MERCURE
une fois , Vous eftes le tres-bien
venu. Il retourna à fon Palais
dans le mefme ordre qu'il
eftoit forty , eftant reconduit
par les mefmes Officiers , auf.
quels fe joignit Seferbec , Interprete
de la Porte , que le
fieur Fontaine avoit interrompu
fi adroitement , lors qu'il
entreprenoit d'interpreter les
paroles du Vizir , qu'il ne put
en proferer quatre de fuite
pendant tout le temps deÎ'Audience.
Comme les Ceremonies
en furent fort differentes
de celles que l'on avoit
obfervées par le paffe , lors
qu'on
GALANT. 217
*
quo y avoit admis les Ambalfadeurs
de France , le Tefchrifat.
Emini, c'eft à dire, le Maître
& Conſervateur des Cere.
monies , prefenta une Requefte
, pour demander qu'on les
inferaft das les Archives, comme
n'ayant jamais efté pratiquées
depuis le commencement
de l'Empire , criant
tout haut qu'ilfaloit brûler l'an
cien Regiftre. Jamais les Turcs
n'ont témoigné tant de joye
d'aucun fuccés qui leur ait
efté avantageux, que dans cet
te occafion
. Ils regardoient
M' de Guilleragues
comme
Juin 1685
T
218 MERCURE
le Liberateur de leur Empire,
puifqu'il avoit terminé fi heureufement
une affaire , dont
ils avoient craint des fuites
fâcheufes. Ce n'a pas efté fans
beaucoup de peine qu'il en
eft venu à bout avec tant de
gloire. Il a eu des Ennemis
qui l'ont traversé de tout leur
pouvoir ; mais il a ſceu fi bien
détourner par fa prudence
deurs dangereufes cabales ,
qu'il a donné lieu à quelquesuns
de fe repentir d'avoir
cherché à luy nuire . Il s'en
falut peu entre autres que
l'on ne mift en Prifon le Re-
**
"
GALANT. 219
fident de Michel Abaffy ,
Prince de Tranfilvanie , qui
par ordre de fon Maistre
voulut infinuer à la Porte ,
beaucoup de chofes entierement
oppofées aux droi
tes intention de M. l'Ambaffadeur.
Le Kiaia du Grand
Vifir receut un commandement
exprés d'aller luy en
faire reprimande. Il la luy
fit dune maniere fi feche ,
qu'il en fut malade dangereufement
pendant huit jours.
Ce qui effraya le plus ce Refident
, ce fut qu'on luy dir ,
•
Tij
220 MERCURE
qu'Abaffy eftoit en liberté
de faire ce qu'il voudroit , &
qu'il cherchoit inutilement
des pretextes à fa revolte . En
mefme temps pour mettre ſa
fidelité à l'épreuve , le Grand
Seigneur donna un ordre qui
1
obligeoit Abaffy de payer fon
Tribut en bled , & de le faire
tranfporter vers la Pologne ,
à l'Armée de Soliman Pacha ;
ce qu'il ne pouvoit executer ,
fans s'expofer au peril de foûlever
tous fesPeuples, qui n'en
recueillent que ce qui eft abfolument
neceffaire à leur
fubfiftance. La veille de l'Au-
1
GALANT. 221
dience , M' de Guilleragues
avoit envoyé fes prefens au
Grand Vifir , fuivant la cou
tume. Ce Miniftre , pour té
moigner qu'il les recevoit
agreablement , donna quarante
Sequins aux Drogmans
qui les porterent. C'eftoient
les fieurs Fontaine & Perru
que. Le Kiaia leur en donna
encore dix, lorfqu'ils luy por
terent ceux qui eftoient pour
luy,mais ces Drogmans, pour
faire connoiftre que l'intereft
ne les touchoit pas, diftribue .
rent la plus grande partie de
ces deux fommes aux Offi
Tiij
222 MERCURE
ciers de la maifon du Vifir
L'Audience du grand Seigneur
ne fut donnée à M ' de
Guilleragues que le 26. de
Novembre. Comme il eftoit
ce jour - là Dimanche , il entendit
la Meffe de fort bon
matin , & partit fur les huit
heures , accompagné du
Chaoux Bachi , & d'autres
Chaoux , & fuivy de fes Domeftiques
, & des principaux
Marchands François . Il ferendit
au Serrail de fa Hauteffe ,
& eftant entré dans la grande
Court, il y trouva environ mille
Janiffaires rangez , qui ef
#
GALANT 223
toit tout de quil y avoit alors
de cette Milice à Andrinople
. Dés qu'ils l'eurent apperceu
, ils prirent tous une
courfe , qui fut limitée par
plufieurs plats ou grands baffins
de Pilau , c'eft à dire de
ris cuit , regale ordinaire qu'
on leur fait dans des occafions
de cette nature . M' de Guilleragues
,
qu'on
pour
都fans s'arrefter à ce
on faifoit d'extraordinaire
le recevoir , continua
fon chemin jufques à la Sale
du Divan , où il entra , fuivy
de Mrs Merille & Noguerres,
Secretaires de l'Ambaffade
Tiiij
224 MERCURE
de fix de fes Domestiques , &
de deux Drogmans.Le grand.r
Vifir l'y attendoit avec le Ja
niffaire Aga , le Cadilefker, le
Tefterdar , & le Rifchangi
Bachi , tous affis à quelque
diſtance les uns des autres
fur un banc de Parquet attaché
à la muraille . M' l'Ambaffadeur
eſtant entré , s'affit
fur un Tabouret qu'on avoit
placé prés & vis-à - vis du Vi
r. Ils fe firent des complimens
reciproques , fur la joye
qu'ils avoient de fe revoir ;
aprés quoy M' de Guilleragues
fe leva , afin de laiffer ce
GALANT. 225
Miniftre en liberté de termi
ner les affaires des Particu
liers, & alla s'affeoir fur le me
meTabouret, dans un endroit
de la Sale plus éloigné des
Plaideurs qui venoient den
foule demander juftice . Leb
grand Vifir leur permit à
tous de s'approcher les uns
aprés les autres , & jugea plus.
de cent procés pendant une
heure & demie. Le grand Sei
gneur voyoit & entendoit
tout par une Jaloufie , qui étoit
audeffus du Siege du Vifir.
Lorfque le Divan fut achevé,
on apporta une petite table
226 MERCURE
ronde devant ce premier Miniftre
, à laquelle il mangea
feul avec M de Guilleragues,
qui y fut códuit par le Chaoux
Bachi. On en apporta quatre
autres en mefme temps , pour
le Janiffaire Aga , le Cadilef
Ker, le Tefterdar, le Rifchangi
Bachi , & pour ceux de la
fuite de M l'Ambaffadeur.
Ses deux Secretaires furent
menez à la feconde , deux autres
François à la quatrième,
& trois à la cinquième . LeCa
dilefker mangea feul à la troifiéme,
comme eftant une perfonne
de Loy , qui ne doit ja
GALANT. 227
mais manger avec dés gens
d'une Religion differente . On
fervit toutes ces Tables avec
beaucoup de magnificence à
la mode du Pays. Les fruits
& le ris n'y manquerent pas.
Le repas
dura une heure , &
M' de Guilleragues employa
ce temps bien moins à manger
, qu'à s'entretenir familie.
rement avec le Vifir , qui
écoutait avec grande attention
tout ce qu'il luy difoit
par la bouche du fieur Fonraine
fon Drogman. Aprés le
repas , M ' l'Ambaffadeur fut
reveſtu d'une riche Vefte , &
228 MERCURE
y
on en diftribua trente autres
à ceux de fa fuite. Le grand
Vifir fortit du Divan , & s'en
alla à l'appartement dugrand
Seigneur. M' l'Ambaſſadeur
fut conduit un demy- quart
d'heure aprés, avec fon Drogman
, fes deux Secretaires , &
fept autres perfonnes de fa
fuite , chacun ayant à fes cof
tez deux Capigis , qui ne leur
firent aucune contrainte , lors
mefine qu'il falut paroiſtre
devant fa Hauteffe, Il entra
dans la Salle d'Audience , ou
il vit le grand Seigneur affis
fur un Trône magnifique, qui
GALANT. 229
eftoit placé au fond. Ses ha
bits eftoient éclatans de pier
Feries , & ilavoit autour de luy
fes principaux Officiers. M
Ambaffadeur le falia par
ane profonde reverence , &
commença
un diſcours qu'il
prononça d'une maniere tresnoble
, & avec beaucoup de
dignité. Le grand Vifir l'ayant
voulu interrompre dans la
bouche du fieur Fontaine qui
l'interpretoit , le Grand Seigneur
dit à M' de Guilleragues
qu'il pouvoit pourſuivre ,
& demander ce qu'il luy plai
roit . Cette Audience dura prés
230 MERCURE
d'une demie heure , pendant
laquelle fa Hauteffe parla une
feconde fois à M l'Ambaffadeur
; ce qui n'avoit jamais
efté fait par les Sultans , qui
fe font toûjours contentez
d'entendre les Ambaſſadeurs ,
fans leur répondre autrement
que par un figne de teſte , en
leur faifant dire par leurs
Grands Vifirs , qu'ils font fatisfaits
de leurs complimens ,
& qu'ils répondront à la Lettre
de leurs Maiftres M de
Guilleragues ayant eſté ramené
de l'Audience , remonta
cheval hors du Serrail, & pour
GALANT. 231
fatisfaire à la coûtume , il fe
rangea auprés de la porte avec
tous ceux de fa fuite, pour en
voir fortir le Grand Vifir &
les autres Officiers , & défiler
les Janiffaires , aprés quoy il
fe retira gardant le mefme or
dre qu'il avoit tenu en arrivant.
Cette Audience a eu
trois particularitez qui la di
ftinguent de toutes les autres
qui ont efté accordées
auparavant aux Ambaſſadeurs
de France , le nombre
de trente Veſtes diftribuées à
fa Suite , neufperfonnes pour
lefuivre à l'Audience du
232 MERCURE
Grand Seigneur, & l'honneur
que fit fa Hauteffe à M' de
Guilleragues de lay parler jufques
à deux fois. A peine s'étoit-
il mis en chemin pour fe
retirer , que le Sultan fortit à
cheval par une porte de der
riere , pour aller fe divertir à
la chaffe . Il fortit encore le
lendemain , pour une autre ,
chaffe à laquelle il avoit refolu
d'employer foixante jours,
quelque temps fàcheux qu'il
euſt à craindre , cet exercice
n'eftant jamais plus agreable
à ce Prince , que lorfque le
froid eft grand , & que les
a
GALANT. 233
pluyes , les neges , & les glaces
font terribles . En effet
les gens du Serrail affcurent,,
qu'encore qu'il ne fe foûtienne
& ne marche qu'avec peine
il s'échauffe tellement
dés qu'il voit la nege , qu'on
ne peut jamais luy amener un
cheval affez promptement.
Il part fans attendre perfonne
pour le fuivre , laiffant à fes
Officiers la liberté de l'aller
joindre où ils peuvent.
Le 23 de Decembre , M
l'Ambaffadeur rendit vifite
au Muphti ; il y'alla à cheval,,
precedé de fes Janiffaires ,
y
234 MERCURE
Eftafiers , Valets de pied , &
Drogmans , & fuivy de fes
Officiers . Le Muphti , qui eſt
le Chef principal de la Religion
Mahometane, luy fit de
tres- grandes honneſtetez , &
receut avec un profond ref
pect la Lettre de Sa Majefté
qu'il luy prefenta. Le Café &
le Sorbet furent apportez
avec les Eaux de fenteur ; &
aprés qu'ils fe furent entretenus
quelque temps de chofes
generales , M' l'Ambaſſadeur
fe retira. Il trouva ce Muphti
tres mal logé , plus mal meublé,
& encore plus mal fervy
GALANT. 235
2
par dix ou douze Valers qui
compofoient tout fon Domeftique.
Il y a peut eftre plus
d'affectation dans cette fimplicité
, que de bonne & ſin.
cere intention , pour fe conformer
à la pauvreté que l'Al
coran ordonne à ceux de fa
forte , qui ne laiffent pas d'avoir
des revenus ftables &
confiderables
. On fait pour
la fubfiftance
du Muphti
, un
fond de deux mille Afpres par
jour, qui font environ foixan
te- cinq livres de noftre mon
noye ; & outre cela , il peutdifpofer
de quelques Benefi
Vij
236 MERCURE
ces qui dépendent de certai
nes Moſquées Royales , & en
tirer le plus d'argent qu'il luy
eft poffible , fans craindre dé
tre accusé de corruption. Ila
une authorité ſi grande , quen
quand il juge, ou qu'il decides
de quoy que ce foit, le Grand
Seigneur mefme ne s'y oppo.z
fe jamais. Le Sultan le con
fulte dans les affaires d'Eftatu
& ne bannit prefque jamais
un premier Vifir , ny n'ofte
un Bacha de fon employ fous
pretexte de crime , ny n'en
treprend rien de confiderable
qu'il n'ait la fentence du Mu
GALANT 237
phiti , parce qu'il paroift qu'il
y a plus d'équité dans le jugement
d'un homme de bien ,
que dans le pouvoir abfolu du
Prince. On fait rarement
mourir le Muphti ; & quand
cela arrive , on le dégrade
avant l'execution. Lorsqu'il
s'agit de crimes énormes ou
de trahison , on le met dans
un Mörtier , qui eft toûjours
gardé pour cela à Conftantinople
, dans la Priſon des fept
Tours. Son corps y eft pilé &
batu , jufqu'à ce que les os
& fa chair foient réduits en
bouillie.
238 MERCURE
M' de Guilleragues vit auff
le Capitan Pacha, Gendre du
Grand Seigneur , & fit cetre
vifite incognito , ayant remis
à le voir publiquement en
Ceremonie, lorfque ce Pacha
feroit de retour à Conftantinople
, où il exerce particulierement
fa Jurifdiction fur toure
l'Armée Navale. Le mois
de Janvier eftant venu, il voulut
prendre fon Audience de
Congé du Grand Vifir ; mais
des affaires importantes à l'Etat,
obligerent ce Miniſtre de
faire un voyage de dix jours
pour fe redre auprés du Grand
GALANT. 239
C
e
Seigneur, qui eftoit à la Chaffe
, à moitié chemin de Conftantinople
& d'Andrinople
.
Quelques jours aprés qu'il fut
revenu de ce voyage
, M
Ambafladeur
luy fit deman
der cette Audience
, qui luy
fut accordée pour le 29. de ce
mefme mois , avec autant de
pompe , d'éclat & de diftintion
qu'il l'avoit euë la premiere
fois , fans qu'il l'euft
follicitée. En effet , comme il
n'avoit pas crû que l'on y
deuft obferver la mefme regularité
que l'on avoit fait
dans la premiere, il avoit déja
240 MERCURE
renvoyé les livrées & fes habits
les plus magnifiques
à
Conftantinople
, fe conten .
tant d'aller à l'Audience veftu
d'une fort belle Vefte fourrée :
de Marte Zibeline, feul à che
val , & fuivy à pied de fes
principaux Domestiques , vé
tus auffi de longues Veſtes ,
fans Valers de pied. Cependant
le 28. Janvier , le fieur
Fontaine fon Drogman , vint
luy dire , que le Grand Vilir
avoit refolu de luy donner
encore trente Veſtes , pour
huy & pour la Suite, & de luy
envoyer trente chevaux de
fon :
GALANT. 241
fon Ecurie pour fa marche.
Cette difpofition qu'il n'attendoit
pas l'obligea de pren
dre d'autres melures . Il fit
appeller tous les François qui
fe trouverent à Andrinople,
pour rendre fon Cortege plus
nombreux , & pour avoir plus
de Perfonnes dignes de rece
voir l'honneur de la Vefte.
Il fit auffi revétir douze Grecs
qu'il avoit à fon fervice , d'ha
bits à leur mode , afin qu'ils
environnaffent fon Cheval ,
& que leurs Robes à la Gre
que répondiffent à l'Habit lóg
qu'il devoit porter, Les tren-
*Juin 1685 .
X
242 MERCURE
au
te Chevaux envoyez par le
Vizir , arriverent avec plufieurs
Officiers qui conduifi
rent M l'Ambaffadeur
Serrail de ce Miniftre . On le
conduifit d'abord dans la
Salle où l'on donne les Audiences
de cerémonie au
Muphti mefme , & au Fa
vory du Grand Seigneur, & à
peine y eut- il efté affis un de
my quart d'heure , qu'on le
vint prendre pour le mener
dans une tres belle Chambre,
differente de celle où il avoit
efté receu la premiere , fois.
Elle eftoit
magnifiquement
GALANT. 243
ornée. L'entrée n'y eft permile
qu'à fort peu de Turcs ,
& on affeure qu'aucun Chrétien
n'y eſtoit jamais entré.
Ml'Ambaffadeur s'y affit
d'abord fur le Tabouret
qu'on luy avoit préparé fur le
Sofa , & qui eftoit pofé fur la
Natte , comme celuy du Vizir.
Ce Miniftre eftant entré
un moment aprés , M ' de
Guilleragues fe leva pour
le
faluer , demeurant fur le Sofan
& Fun & l'autre s'affic
dans le mefme temps. L'Au.
dience qui dura prés d'une
heure,finit par les Régales du
X ij
244 MERCURE
Café , du Sorbet , des Eaux,
de Senteur , & du Parfum. Le
Grand Vizir remarquant que
M' l'Ambaffadeur avoit quelque
répugnance pour le Café
qu'on luy prefentoit , parce
qu'il eftoit ambré , commanda
qu'on en apportaft fans
ambre , & attendit à prendre
le fien qu'on luy en euſt ſervy
d'autre. Il luy donna avec
beaucoup de refpect la réponſe
du Grand Seigneur à
Sa Majesté. Elle eftoit dans un
gran Sachet de Brocard tres-,
riche , & cacheté d'une Bulle
d'or . M' de Guilleragues la
L GALANT
. 245
receut avec le mefme ref
pect , ainfi que la Lettre
que ce Miniftre écrivoit à
Sa Majefté. Enfuite l'on di
ftribua les trente Veftes .
M l'Ambaffadeurife
leva
un peu aprés , & fe retira
comblé d'honneurs
plus
qu'aucun Ambaffadeur qui
euft jamais efté à la Porte.
Le Sieur Fontaine portoit publiquement
devant luy la
Lettre de Sa Hauteffe , qu'il
luy avoit remife. Enfin par
an furcroift de faveur , le
Grand Vizir ordonna qu'on
luy fournit vingt Chevaux,
X iij
246 MERCURE
& vingt Chariots pour fon res
争
tour , quoy que la coûtume
foit que les Ambaffadeurs
retournent
à Conftantinople
à
leurs dépens . On cut de la
peine à trouver ce nombre de
Chariots, parce qu'ils eftoient
prefque tous employez à la
fuite du Grand Seigneur
, qui
continuoit à prendre le divertiffement
de la Chaffe. Ainfi
M'
l'Ambaffadeur
ne put partir
d'Andrinople
que le 26.
Fevrier. Il trouva les chemins
affez beaux pour la Saiſon , &
arriva le 22. à Conftantinople
,
ayant pour fa Perfonne un
GALANT. 247
La
Carroffe richement garny , &
fufpendu à la Polonnoife ,
dont le Grand Vizir luy avoit
fait prefent. Il defcendit de
Carroffe au fond du Port , où
M ' l'Archevêque de Cyfique,
Vicaire Patriarchal, l'attendoit
avec les Marchands François
& Venitiens , & plufieurs autres
Perfonnes affectionnées à
la France. Il entra en mefme
temps dans un Caïque qu'on
luy tenoit preft , & qui fut
fuivy d'un grand nombre
d'autres. En paffant devant
Galata, il fut falué de l'Artillerie
& de la Moufqueterie d'un
X iiij
248 MERCURE
Vaiffeau de deux Barques,
& d'une Tartane de Marſeil
le , & à fon débarquement à
Tophana , il trouva un Cheval
du Vaivode de Galata ,
qui le porta juſques au Palais
de France , où il fut receu de
Madame l'Ambaffadrice' , &
de Mademoiſelle de Guilleragues
fa Fille , avec une joye
extréme de le revoir aprés
une fi longue féparation ;
mais cette joye mêlée de celle
de le voir fortir avec tant
de gloire d'une Affaire fi fameuſe
avant & durant le
cours de fon Ambaffade , fur
GALANT. 249.
de tres- peu de durée. Cinq
jours aprés il fut attaqué d'u
ne Apoplexie , dont il mou
rut les . de Mars , aprés avoir
receu tous fes Sacremens , &
donné les plus fortes marques
d'une parfaite réfignation
à la volonté de Dieu.
On peut dire fans exagerer,
qu'il a efté regreté de toute la
Ville de
Conftantinople. Ou
tre les Grecs, les Arméniens,
& les Juifs mefme , les Turcs,
depuis les principaux juf
qu'aux moindres , ont donné
des témoignages
publics de
la part qu'ils prenoient à cet-
I
250 MERCURE
te perte. LeCapitan Pachaen
voya s'informer plufieurs fois
de fa fanté pendant qu'il étoit
'malade , & dit en prefence de
beaucoupde monde, qu'il n'avoit
point connu de Chrétien
qui meritaft plus d'eftre efti
mé & chery. Le Caimacan , le
Frere du Grand Vizir Coproli
, & les plus confiderables
Officiers de Conftantinople
,
n'ont point caché l'affliction
qu'ils en reffentoient , & le
Grand Vizir n'en eut pas plûtoft
appris la nouvelle par un
Courier que le Caimacan luy
dépefcha , que pour témoi
GALANT. 251
gner combien il eftimoit fa
mémoire , il en dépefcha auffi-
toft un autre au Caimacan,
avec ordre de faire faire fon
compliment
de condoleance
à Madame l'Ambaffadrice
, &
de l'affeurer que fon intention
eftoit que les choſes demeuraffent
fous fon autorité,
dans le mefme état où M de
Guilleragues
les avoit laiffées
lors qu'il eftoit party d'Andrinople.
Il la fit prier en
mefine temps d'envoyer
au
plûtoft la Lettre de Sa Hau
teffe à Sa majesté. Ce Miniſtre
ordonna de plus au Cai252
MERCURE
macan de faire en forte qu
que
Madame l'Ambaffadrice
, &
tous les François fuffent encore
dans une plus grande
confideration
, s'il fe pouvoit,
que pendant la vie de M
l'Ambaffadeur. Le Caima
can qui appella le Sieur Fontaine
fi toft que cet ordre fut
venu , pour l'envoyer affeurer
Madame l'Ambaffadrice
des intentions du Grand Vizir
, luy recommanda auffi
fur toutes chofes , de luy donner
avis de tous les befoins
qu'elle pourroit avoir pour ce
qui la touche en particulier,
GALANT. 253
& pour le bien du Commer,
ce , & la feureté des interefts
de l'Empereur de France
dans les Etats du Grand Seigneur
fon Mailtre , ce qui
fait connoiftre la haute ré
putation que M' de Guilleragues
s'eltoit acquife à la
Porte.
Fermer
5
p. 317-318
Voyage du Roy à Chambor, & retour à Fontainebleau. [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous fait point de détail de ce qui s'est passé [...]
Mots clefs :
Chambord, Chasse, Affaires, Comédie, Fontainebleau, Divertissement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyage du Roy à Chambor, & retour à Fontainebleau. [titre d'après la table]
Je ne vous fais point de
détail de ce qui s'eft paffé à
Chambor. Comme ce Pays
eft un lieu de Chaffe , &
qu'on y va pour prendre
ce divertiffement , vous devez
eftre perfuadée qu'on
"
Dd iij
318 MERCURE
y a fouvent goûté ce plaifir.
C'eft un de ceux que Sa
Sa Ma.
jeſté a pris pour ſe délaffer
de la grande application
avec laquelle Elle fe donne
aux Affaires. Il y a eu Comedie
plufieurs fois , & rien n'a
eſté fi magnifique , que les
Tables du Roy où toute la
Cour a mangé. Elle eſt
de retour à Fontainebleau ,
où Elle prendra de nouveaux
Divertiſſemens , il y a
déja quelque temps qu'on y
travaille.
détail de ce qui s'eft paffé à
Chambor. Comme ce Pays
eft un lieu de Chaffe , &
qu'on y va pour prendre
ce divertiffement , vous devez
eftre perfuadée qu'on
"
Dd iij
318 MERCURE
y a fouvent goûté ce plaifir.
C'eft un de ceux que Sa
Sa Ma.
jeſté a pris pour ſe délaffer
de la grande application
avec laquelle Elle fe donne
aux Affaires. Il y a eu Comedie
plufieurs fois , & rien n'a
eſté fi magnifique , que les
Tables du Roy où toute la
Cour a mangé. Elle eſt
de retour à Fontainebleau ,
où Elle prendra de nouveaux
Divertiſſemens , il y a
déja quelque temps qu'on y
travaille.
Fermer
6
p. 327-343
Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Début :
Pendant le sejour qu'ils ont fait à Versailles, ils ont [...]
Mots clefs :
Audiences, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, Roi, Ambassadeurs, Versailles, Audience, Ordres, Plaisir, Flandres, Affaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Pendant le ſejour qu'ils ont
fait à Verſailles , ils ont eſté
pluſieurs fois chez Monfieur
le marquis de Seignelay , qui
les a eſté voir à Clagny. Il y
a eu des Audiances de ceremonie
& des entreveuës
pour parler d'affaires. Comme
pendant tout ce temps,
il s'eſt à peine paffé une heure
dans chaque journée , ſans
qu'on leur ait fait voir quelque
choſe de nouveau , il ſe
trouva que le jour deſtiné
pour la premiere Audience
Cciij
3:14 Suite du Voyage
que ce Marquis leur donna,.
l'eſtoit auſſi pour quelque
promenade qu'ils devoient
faire avant que d'y eftre conduit.
Ainſi ils en firent d'abord
quelque difficulté, ayant
de la peine à ſe refoudre à
rien faire avant cette viſite,
qui puſt leur donner quelque
plaifir. Ils firent meſme témoigner
à Monfieur de Seignelay
les ſentimens où ils
eſtoient là- deſſus. Lorſqu'ils en
eurent Audience , ils luy dirent,
qu'ily avoit longtemps qu'ils
Souhaitoient de voir arriver les
jour dans lequel ils pûffent leremercier
de tous les bons offices qu'il
des Amb. de Siam.
315
leur avoit rendus , &de tous les
ordres qu'il avoit donnez en leur
faveur , & qu'ils avoient le coeur
plein de reconnoiffance de toutes les
bontez qu'il avoit euës pour eux..
Monfieur de Seignelay repliqua
, que bien qu'il ne les eût
pas encore rvûs , il pouvoit les
affeurer qu'il avoit pris toute la
part poſſible à tout ce qui les regar--
doit, &qu'ils'y estoit employé avec
plaisir , qu'il estoit ravy d'apprendre
qu'ils euffent esté contens des
Soins qu'il avoit pris pour lesfaire
recevoir : Que toutes les raiſons
du monde l'obligeoient à les fatisfaire
en toutes choses : Que le
Roy luy avoit commandé plus
316 Suite du Voyage
d'une fois qu'on n'oubliaft rien
de ce qui pourroit leur estre
agreable qu'il foubaitioit
que tout eût efté executé ſelon les
ordres de Sa Majesté , &sespropres
inclinations.Ils répondirent,
qu'il ne devoit avoir aucune inquietude
là-deſſus , qu'ils avoient
Sujet d'eſtre contens de tous ceux
qui avoient executé ſes ardres ;
mais qu'ils l'estoient extrêmement
de Monfieur Decluzeaux Intendant
à Brest , & de Monsieur
Torf. Ils ſe loüerent fort de
ce dernier , & même à differentes
repriſes , & s'adreſſant
enfuite à Monfieur de Seignelay,
ils luy dirent, Que leRoy ne
fe
des Amb. de Siam.
317
trompant jamais dans ſon choix
pour l'execution de ſes ordres
ils s'eftimoient fort heureux d'avoir
à traiter avec un Ministre
d'une si grande prudence
& qui paroiſſoit disposé à les
aimer favorablement ; & qu'ils
ne doutoient point que cela ne
Servist beaucoup à entretenir
à augmenter la bonne amitié des
deux Rois .Monfieur de Seignelay
leur repartit , Qu'il ne dou
toit point que cette amitié ne s'augmentat
, parce qu'il sçavoit que
le Roy fon Maistre se plairoit
toûjours àfaire tout ce qui seroit
agreable au Roy de Siam , &
qu'il estoit persuadé que ce Mo-
Dd
318 Suite du Voyage
marque se feroit auſſi de son côté
un plaisir de ce que Sa Maiesté
pouvoit defirer de luy fur la Religion
Chreftienne , & fur le Commerce
de ſes Suiets. Il leur dit
enfuite , Qu'il avoit commencé à
s'intereffer pour eux afin deſuivre
les Ordres du Roy , à la confideration
du Roy leur maître; mais
que bien que tant de raiſons &son
devoir l'yengageaſſent,il s'yfentoit
encore plus porté depuis qu'il avoit
ouy dire tant de bien d'eux par le
merite de leurs propresPersonnes.
Ils marquerent une extrême
reconnoiſſance pour
des paroles ſi obligeantes , &
remercierent enſuite Mf de
des Amb. de Siam.
319
Seignelay de la bonne reception
qu'il avoit faite aux deux
Mandarins qui estoient icy il
y a deux ans , & des foins
qu'ils en avoit pris , & luy dirent
qu'ils avoient eſté tresagreables
au Roy de Siam,
Aprés cela on ſervit uneCollation
fort magnifique .
Madame la Princeffe d'Eſpi
noy , Meſdames les Ducheſſes
de Chevreuſe , de Beauvil
liers & de Mortemar , avec
Meſdames de Seignelay & des
Grignan , ſe mirent à table
avec eux , & l'honneur que
ces Dames leur firent , leur
donna beaucoup de joye .
Ddij
320 Suite du Voyage
Quoy que l'Ambaſſadeur
n'euſt vû Madame de Seignelay
que dans la fcule , &
fans qu'elle vouluſt eftre connuë
, il ne laiſſa pas de marquer
qu'il la reconnoiffoit &
luy fit là-deſſus un Compliment
fort galant , & dans le
quel il parla fort à propos de
fon merite.
Le jour que Monfieur de
Seignelay leur rendit viſite
chez eux , aprés les premiers
Complimens de part & d'autre
qui furent fait en peu de paroles
, il leur dit , Qu'il estoit
perfuadé qu'il auroit beaucoup
de plaisir à lier avec eux une
:
des Amb. de Siam . 321
longue conversation ; mais qu'il
croyoit qu'ils voudroient bien
employer ce temps à parler d'affaires,
ce qu'ils feroient s'ils eftoient
feuls. Les Ambaſſadeurs
ayant témoigné beaucoup de
joye de cette propofition ,
chacun ordonna à ſes Gens
de fe retirer ; & ceux que la
curioſité avoir fait venir à
cette Audience , ſe retirerent
auffi .
Les Ambaſſadeurs eftant
allez chez Monfieur de Seignelay
quelques jours aprés,ils ne
le trouverent point , de forte
qu'ils furent obligez de l'attendre.
Il revint ,& leur dit,
Dd iij
3.22 Suite du Voyage
4
qu'il ne ferost pas forty si leRoy
ne l'eust envoyé querir. On
s'entretint de la magnificence
de Verſailles. L'Ambaſfadeur
dit , Qu'ily avoit dans
l'Orient quelques beautez difper-
Sées ; mais qu'on ne pouvoit voir
qu'à Versailles toutes cellesqu'ilsy
admiroient , &qu'ilſembloit que
Dieu n'eust passeulement donné au
Roy une grande puiſſance & ungénie
extraordinaire , mais encore
qu'il eust pris plaisir àfaire naître
fous ſon Regne dans toutesfortes
de Profeßons des Perſonnes capables
d'executer tout ce qu'il voudroit
entreprendre de magnifique &de
د
Surprenant.Monfieur de Seigne
des Amb. de Siam. 323
lay leur dit, Que Versailles estoit
veritablement la plus belle chofe
qu'ily eust en Europe ; mais qu'avant
le Regne du Roy , aucun de
ſes Predeceffeurs n'avoit porté la
magnificence au point où ils la
voyoient ; & que ce qu'il y a-
-voit de plus admirable &de plus
incomprehensible , estoit que le
Roy avoit fait bâtir Versailles
dans le meſime temps qu'il estoit
occupé à faire fortifier un tresgrand
nombre de Places : deforte
que c'eſtoit un des moindres Ouvrages
de Sa Majesté , qui ſoustenoit
auſſipendant le cours de toutes
ces grandes dépences , une glorieuse
Guerre contre la plupart des
Dd iiij
324 Suite du Voyage
Puissances de l'Europe liquées contre
luy , qu'il avoit obligées à recevoir
la Paix. Il leur parla enfuite
du Voyage qu'ils avoient
ſouhaité de faire pour voir les
Conquétes duRoy,& leur dit,
Que Sa Majesté l'avoit diminué ,
ne les faisoit aller qu'en Flandres,
de peur que lesfatigues de ce
Voyage dans une Saiſon fâcheuse ,
ne les incommodaffent.L'Ambaffadeur
répondit , Qu'il auroit en
une confolation particuliere de pouvoir
voir toutes les Conquestes du
Roy,quoy qu'à la verité ils nefuf-
Sent pas accoûtumez aux grands
froids ; mais qu'ayant veu les Places
de Flandres , ils pourroient en
des Amb. de Siam .
325
voir davantagefile froid n'estoit
pas trop violent, &laſaiſon trop
incommode. Enfuite Monfieur
de Seignelay leur dit , Qu'il
leur conſeilloit de prendre toutes
les précautions poffible contre le
froid. Pour moy , quoyque
j'en aye pris de tres-grandes
pour porter l'hiſtoire de cette
Ambaſſade plus loin dans
cette Lettre , il m'a eſté impoſſible
d'y faire entrer tout
ce qui regarde le Voyage des
Ambaſſadeurs à Verſailles. Il
me reſte des chofes tres- particulieres
à vous dire du Chenil
, & de la grande & petite
Ecurie ; & vous trouverez
Dd iiij
2 ds
326
dans ces
articles un
détail
dont
Suite du
Voyage
perſonne n'a
point
encore parlé
, &
qui
vous
marquera la
grandeur du
Roy.J'y
joindray
tout ce
que les
Ambaſſadeurs
ont
veu ,
fait & dit à
Paris ,
depuis
leur
retour de
Verſailles
,
juſqu'à
leur
départ
pour
Flandres ; &
dans la
même
Lettre je
vous
parleray de
tout
ce qui
s'eſt
paffé
pendant
ce
Voyage, & des
receptions
qui
leur
ont
eſté
faites
dans
tous
les
Lieux où ils ont
paffé.
Vous y
verrez des
choſes
nouvelles &
tres -
avec des
deſcriptions de
Fêtes curieuſes ,
galantes .
Cependant
comme
des Amb. de Siam. 327
je ſuis exact à vous tenir ma
parole,&que dans mapremiere
Relation ( dont celle - cy
n'eſt que la ſuite ) je ne vous
ay point envoyé le Diſcours
que les Ambaſſadeurs firent
au Roy le jour qu'ils curent
Audience de Sa Majeſté pour
la premiere fois ; voicy dequoy
contentervôtre curioſité
la-deſſus.
fait à Verſailles , ils ont eſté
pluſieurs fois chez Monfieur
le marquis de Seignelay , qui
les a eſté voir à Clagny. Il y
a eu des Audiances de ceremonie
& des entreveuës
pour parler d'affaires. Comme
pendant tout ce temps,
il s'eſt à peine paffé une heure
dans chaque journée , ſans
qu'on leur ait fait voir quelque
choſe de nouveau , il ſe
trouva que le jour deſtiné
pour la premiere Audience
Cciij
3:14 Suite du Voyage
que ce Marquis leur donna,.
l'eſtoit auſſi pour quelque
promenade qu'ils devoient
faire avant que d'y eftre conduit.
Ainſi ils en firent d'abord
quelque difficulté, ayant
de la peine à ſe refoudre à
rien faire avant cette viſite,
qui puſt leur donner quelque
plaifir. Ils firent meſme témoigner
à Monfieur de Seignelay
les ſentimens où ils
eſtoient là- deſſus. Lorſqu'ils en
eurent Audience , ils luy dirent,
qu'ily avoit longtemps qu'ils
Souhaitoient de voir arriver les
jour dans lequel ils pûffent leremercier
de tous les bons offices qu'il
des Amb. de Siam.
315
leur avoit rendus , &de tous les
ordres qu'il avoit donnez en leur
faveur , & qu'ils avoient le coeur
plein de reconnoiffance de toutes les
bontez qu'il avoit euës pour eux..
Monfieur de Seignelay repliqua
, que bien qu'il ne les eût
pas encore rvûs , il pouvoit les
affeurer qu'il avoit pris toute la
part poſſible à tout ce qui les regar--
doit, &qu'ils'y estoit employé avec
plaisir , qu'il estoit ravy d'apprendre
qu'ils euffent esté contens des
Soins qu'il avoit pris pour lesfaire
recevoir : Que toutes les raiſons
du monde l'obligeoient à les fatisfaire
en toutes choses : Que le
Roy luy avoit commandé plus
316 Suite du Voyage
d'une fois qu'on n'oubliaft rien
de ce qui pourroit leur estre
agreable qu'il foubaitioit
que tout eût efté executé ſelon les
ordres de Sa Majesté , &sespropres
inclinations.Ils répondirent,
qu'il ne devoit avoir aucune inquietude
là-deſſus , qu'ils avoient
Sujet d'eſtre contens de tous ceux
qui avoient executé ſes ardres ;
mais qu'ils l'estoient extrêmement
de Monfieur Decluzeaux Intendant
à Brest , & de Monsieur
Torf. Ils ſe loüerent fort de
ce dernier , & même à differentes
repriſes , & s'adreſſant
enfuite à Monfieur de Seignelay,
ils luy dirent, Que leRoy ne
fe
des Amb. de Siam.
317
trompant jamais dans ſon choix
pour l'execution de ſes ordres
ils s'eftimoient fort heureux d'avoir
à traiter avec un Ministre
d'une si grande prudence
& qui paroiſſoit disposé à les
aimer favorablement ; & qu'ils
ne doutoient point que cela ne
Servist beaucoup à entretenir
à augmenter la bonne amitié des
deux Rois .Monfieur de Seignelay
leur repartit , Qu'il ne dou
toit point que cette amitié ne s'augmentat
, parce qu'il sçavoit que
le Roy fon Maistre se plairoit
toûjours àfaire tout ce qui seroit
agreable au Roy de Siam , &
qu'il estoit persuadé que ce Mo-
Dd
318 Suite du Voyage
marque se feroit auſſi de son côté
un plaisir de ce que Sa Maiesté
pouvoit defirer de luy fur la Religion
Chreftienne , & fur le Commerce
de ſes Suiets. Il leur dit
enfuite , Qu'il avoit commencé à
s'intereffer pour eux afin deſuivre
les Ordres du Roy , à la confideration
du Roy leur maître; mais
que bien que tant de raiſons &son
devoir l'yengageaſſent,il s'yfentoit
encore plus porté depuis qu'il avoit
ouy dire tant de bien d'eux par le
merite de leurs propresPersonnes.
Ils marquerent une extrême
reconnoiſſance pour
des paroles ſi obligeantes , &
remercierent enſuite Mf de
des Amb. de Siam.
319
Seignelay de la bonne reception
qu'il avoit faite aux deux
Mandarins qui estoient icy il
y a deux ans , & des foins
qu'ils en avoit pris , & luy dirent
qu'ils avoient eſté tresagreables
au Roy de Siam,
Aprés cela on ſervit uneCollation
fort magnifique .
Madame la Princeffe d'Eſpi
noy , Meſdames les Ducheſſes
de Chevreuſe , de Beauvil
liers & de Mortemar , avec
Meſdames de Seignelay & des
Grignan , ſe mirent à table
avec eux , & l'honneur que
ces Dames leur firent , leur
donna beaucoup de joye .
Ddij
320 Suite du Voyage
Quoy que l'Ambaſſadeur
n'euſt vû Madame de Seignelay
que dans la fcule , &
fans qu'elle vouluſt eftre connuë
, il ne laiſſa pas de marquer
qu'il la reconnoiffoit &
luy fit là-deſſus un Compliment
fort galant , & dans le
quel il parla fort à propos de
fon merite.
Le jour que Monfieur de
Seignelay leur rendit viſite
chez eux , aprés les premiers
Complimens de part & d'autre
qui furent fait en peu de paroles
, il leur dit , Qu'il estoit
perfuadé qu'il auroit beaucoup
de plaisir à lier avec eux une
:
des Amb. de Siam . 321
longue conversation ; mais qu'il
croyoit qu'ils voudroient bien
employer ce temps à parler d'affaires,
ce qu'ils feroient s'ils eftoient
feuls. Les Ambaſſadeurs
ayant témoigné beaucoup de
joye de cette propofition ,
chacun ordonna à ſes Gens
de fe retirer ; & ceux que la
curioſité avoir fait venir à
cette Audience , ſe retirerent
auffi .
Les Ambaſſadeurs eftant
allez chez Monfieur de Seignelay
quelques jours aprés,ils ne
le trouverent point , de forte
qu'ils furent obligez de l'attendre.
Il revint ,& leur dit,
Dd iij
3.22 Suite du Voyage
4
qu'il ne ferost pas forty si leRoy
ne l'eust envoyé querir. On
s'entretint de la magnificence
de Verſailles. L'Ambaſfadeur
dit , Qu'ily avoit dans
l'Orient quelques beautez difper-
Sées ; mais qu'on ne pouvoit voir
qu'à Versailles toutes cellesqu'ilsy
admiroient , &qu'ilſembloit que
Dieu n'eust passeulement donné au
Roy une grande puiſſance & ungénie
extraordinaire , mais encore
qu'il eust pris plaisir àfaire naître
fous ſon Regne dans toutesfortes
de Profeßons des Perſonnes capables
d'executer tout ce qu'il voudroit
entreprendre de magnifique &de
د
Surprenant.Monfieur de Seigne
des Amb. de Siam. 323
lay leur dit, Que Versailles estoit
veritablement la plus belle chofe
qu'ily eust en Europe ; mais qu'avant
le Regne du Roy , aucun de
ſes Predeceffeurs n'avoit porté la
magnificence au point où ils la
voyoient ; & que ce qu'il y a-
-voit de plus admirable &de plus
incomprehensible , estoit que le
Roy avoit fait bâtir Versailles
dans le meſime temps qu'il estoit
occupé à faire fortifier un tresgrand
nombre de Places : deforte
que c'eſtoit un des moindres Ouvrages
de Sa Majesté , qui ſoustenoit
auſſipendant le cours de toutes
ces grandes dépences , une glorieuse
Guerre contre la plupart des
Dd iiij
324 Suite du Voyage
Puissances de l'Europe liquées contre
luy , qu'il avoit obligées à recevoir
la Paix. Il leur parla enfuite
du Voyage qu'ils avoient
ſouhaité de faire pour voir les
Conquétes duRoy,& leur dit,
Que Sa Majesté l'avoit diminué ,
ne les faisoit aller qu'en Flandres,
de peur que lesfatigues de ce
Voyage dans une Saiſon fâcheuse ,
ne les incommodaffent.L'Ambaffadeur
répondit , Qu'il auroit en
une confolation particuliere de pouvoir
voir toutes les Conquestes du
Roy,quoy qu'à la verité ils nefuf-
Sent pas accoûtumez aux grands
froids ; mais qu'ayant veu les Places
de Flandres , ils pourroient en
des Amb. de Siam .
325
voir davantagefile froid n'estoit
pas trop violent, &laſaiſon trop
incommode. Enfuite Monfieur
de Seignelay leur dit , Qu'il
leur conſeilloit de prendre toutes
les précautions poffible contre le
froid. Pour moy , quoyque
j'en aye pris de tres-grandes
pour porter l'hiſtoire de cette
Ambaſſade plus loin dans
cette Lettre , il m'a eſté impoſſible
d'y faire entrer tout
ce qui regarde le Voyage des
Ambaſſadeurs à Verſailles. Il
me reſte des chofes tres- particulieres
à vous dire du Chenil
, & de la grande & petite
Ecurie ; & vous trouverez
Dd iiij
2 ds
326
dans ces
articles un
détail
dont
Suite du
Voyage
perſonne n'a
point
encore parlé
, &
qui
vous
marquera la
grandeur du
Roy.J'y
joindray
tout ce
que les
Ambaſſadeurs
ont
veu ,
fait & dit à
Paris ,
depuis
leur
retour de
Verſailles
,
juſqu'à
leur
départ
pour
Flandres ; &
dans la
même
Lettre je
vous
parleray de
tout
ce qui
s'eſt
paffé
pendant
ce
Voyage, & des
receptions
qui
leur
ont
eſté
faites
dans
tous
les
Lieux où ils ont
paffé.
Vous y
verrez des
choſes
nouvelles &
tres -
avec des
deſcriptions de
Fêtes curieuſes ,
galantes .
Cependant
comme
des Amb. de Siam. 327
je ſuis exact à vous tenir ma
parole,&que dans mapremiere
Relation ( dont celle - cy
n'eſt que la ſuite ) je ne vous
ay point envoyé le Diſcours
que les Ambaſſadeurs firent
au Roy le jour qu'ils curent
Audience de Sa Majeſté pour
la premiere fois ; voicy dequoy
contentervôtre curioſité
la-deſſus.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Pendant leur séjour à Versailles, les ambassadeurs du Siam ont rencontré à plusieurs reprises le marquis de Seignelay, qui les a également reçus à Clagny. Des audiences cérémonielles et des entretiens ont été organisés pour discuter des affaires. Les ambassadeurs ont exprimé leur gratitude envers Seignelay pour ses bons offices et les ordres donnés en leur faveur. Seignelay a assuré les ambassadeurs qu'il avait agi selon les ordres du roi de France pour veiller à leur bien-être. Les ambassadeurs ont loué l'intendant Decluzeaux à Brest et Monsieur Torf, ainsi que la prudence et la disposition favorable de Seignelay, qui renforcerait l'amitié entre les deux rois. Seignelay a répondu que l'amitié entre les rois s'accroîtrait, car le roi de France se plairait toujours à faire ce qui serait agréable au roi de Siam. Il a mentionné son intervention en leur faveur pour suivre les ordres du roi et par considération pour le roi de Siam. Les ambassadeurs ont marqué leur extrême reconnaissance et ont remercié Seignelay pour la bonne réception des mandarins deux ans auparavant. Une collation magnifique a été servie, à laquelle ont participé Madame la Princesse d'Espinoy et plusieurs duchesses. Lors d'une visite de Seignelay chez les ambassadeurs, ils ont discuté d'affaires en privé après avoir renvoyé leur entourage et les curieux. Les ambassadeurs ont ensuite rendu visite à Seignelay, qui les a informés qu'il n'aurait pas été présent sans l'ordre du roi. Ils ont discuté de la magnificence de Versailles, l'ambassadeur soulignant que seules les beautés dispersées dans l'Orient ne pouvaient égaler celles de Versailles. Seignelay a expliqué que Versailles était le plus bel endroit d'Europe et que son règne avait porté la magnificence à un niveau sans précédent, tout en menant une guerre glorieuse contre plusieurs puissances européennes. Seignelay a également parlé du voyage des ambassadeurs pour voir les conquêtes du roi, réduit à la Flandre pour éviter les fatigues d'une saison difficile. Les ambassadeurs ont exprimé leur désir de voir toutes les conquêtes, malgré les froids auxquels ils n'étaient pas habitués. Seignelay leur a conseillé de prendre des précautions contre le froid. Le texte mentionne également des détails sur le voyage des ambassadeurs à Versailles, leurs activités à Paris, et les réceptions qu'ils ont reçues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 353-354
Affaires de France. [titre d'après la table]
Début :
Quant à la situation de nos Affaires, vous me permettrez de n'en rien dire, [...]
Mots clefs :
Affaires, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Affaires de France. [titre d'après la table]
Quant à la fituation de nos Affaires ,
vous me permettrez de n'en rien dire ,
parce qu'elles ne font pas deux jours de
fuite dans un même érat , & que vous ne
.pouvez recevoir ma Lettre que quatre
ou cinqjours aprés qu'elle fera achevée.
D'ailleurs tous ceux qui fe mêlent d'en
"
354 MERCURE
>
raiſonner , n'en peuvent parler felon fr
verité qu'ils ne fçavent pas ; mais chacun felon le caractere qui luy eft naturel.
Le timide craint toujours ; le fanfaron
extermine tout ; le feditieux porte les
chofes à la derniere extrêmité , & fait
toûjours grand bruit. Enfin l'on peut dire que la moderation n'eft point du
partage des hommes, & que chacunparle felon fon inclination naturelle & felon
fon enteftement. Ainfi comme la veritable fituation des Affaires eft ignorée , &
qu'un évenement en fait naître unautre,
il n'en faut qu'un avantageux pour faire
changer toute la face des Affaires. Cependant on peut affurer que lorfque les
Troupes du Royferont affemblées, elles
feront nombreuſes, belles, & qu'elles ne
manqueront de rien , & ce fera alors que
le fort decidera de l'évenement de cette
guerre. Je fuis Madame, vôtre , &c.
AParis ce 4. May 1710
vous me permettrez de n'en rien dire ,
parce qu'elles ne font pas deux jours de
fuite dans un même érat , & que vous ne
.pouvez recevoir ma Lettre que quatre
ou cinqjours aprés qu'elle fera achevée.
D'ailleurs tous ceux qui fe mêlent d'en
"
354 MERCURE
>
raiſonner , n'en peuvent parler felon fr
verité qu'ils ne fçavent pas ; mais chacun felon le caractere qui luy eft naturel.
Le timide craint toujours ; le fanfaron
extermine tout ; le feditieux porte les
chofes à la derniere extrêmité , & fait
toûjours grand bruit. Enfin l'on peut dire que la moderation n'eft point du
partage des hommes, & que chacunparle felon fon inclination naturelle & felon
fon enteftement. Ainfi comme la veritable fituation des Affaires eft ignorée , &
qu'un évenement en fait naître unautre,
il n'en faut qu'un avantageux pour faire
changer toute la face des Affaires. Cependant on peut affurer que lorfque les
Troupes du Royferont affemblées, elles
feront nombreuſes, belles, & qu'elles ne
manqueront de rien , & ce fera alors que
le fort decidera de l'évenement de cette
guerre. Je fuis Madame, vôtre , &c.
AParis ce 4. May 1710
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Résumé : Affaires de France. [titre d'après la table]
Le texte aborde la situation des affaires militaires sans fournir de détails précis, en raison de l'évolution rapide des informations. Les personnes impliquées décrivent la situation selon leur tempérament : les timides expriment toujours des craintes, les fanfarons exagèrent, et les séditieux dramatisent. La véritable situation reste donc méconnue, et un événement peut rapidement modifier le cours des choses. L'auteur assure que les troupes du roi, une fois rassemblées, seront nombreuses, bien équipées et ne manqueront de rien. Le succès dépendra alors de la force militaire. La lettre est datée du 4 mai 1710.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 207-240
HISTORIETTE.
Début :
L'Amour n'est point à couvert de la destinée, & [...]
Mots clefs :
Amour, Inconstance, Destinée , Attachement , Beauté, Esprit, Gentilhomme, Affaires, Passion, Ambition, Mariage, Rivalité, Trahison, Séduction, Jalousie, Chagrin, Vengeance, Fidélité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTORIETTE.
HISTORIETTE.
L'Amour nJielt point à
couvert de la destinée
, &
les changemens qui arrivent
tous les jours dans
les liaisons les mieux establies
sont assez connoistre
que les mouvements de
nostre coeur ne font pas fixez
par le premier choix
que nous faisons. Un certain
je ne sçay quoy qui
nousentraisne en dépitde
nous, nous determine à
estre inconstans;& quand
mille exem ples ne serviroient
pas à justifier ce que
je dis,l'avanture donrje vais
vous faire part en seroit la
preuve. Une Demoiselle
fort bien faite,estimable
par sa beauté, & plus encorepar
son esprit qu'elle
avoir vif&très penetrant,
estantvenuë depuis peu de
-
mois prendre soin de quelques
affaires dans une petite
Ville peu esloignée de
Paris, y fut connuë en fort
peu
peu de tems de tout ce
qu'elle y trouva de personnes
denaissance. Son pere
& sa mere qui estoient de
qualité, mais qui avoient
peu de biens, luy connoisfant
du talent pour venir à
bouc de mille chicannes
qui leur estoient faites,&
par lesquelles on taschoit
de renverser leurs précentions
,quoyquejustement
fondées
,
s'estoient reposez
sur elle de la conservation
de leursinterests,&
elles'appliquoitàles mainteniravec
tant d'exactitude
& de conduite, qu'elle
eut bientost demesté les
difficultez quiempefchoient
qu'on ne luy rendit
justice. Son habileté fie
bruit, & tout le monde
marquant de rempressement
pour la servis auprés
de ses Juges, un Gentilhomme
, maistre de son
bien, & des plus riches de
tout le Pays, n'épargna ni
son crédit,ni ses soins pour
luy faire voir combien il
prenoit de part à ses avantages.
Angelique receut
agréablement le secours
i
qu'illuy donnaj&comme
dans le besoin qu'elle avoic
de luy les visites assidues
luy estoient permises
,
insensiblement
le Cavalier
prit pour elle un attachement
plus fort qu'il ne l'avoit
cru. Il connut bien
que ce qu'on luy Jonneroiç
en la mariant n'approcheroit
pas
'*
de ce qu'il pouvoit
prérendre; mais l'amour
commençant à l'cc.
bloüir,il considera que les
grands biens qu'il avoit lui
attireroient beaucoup d'affaires,
& dans cette veuë,
il crut qu'illuy feroit plus
avantageux d'avoir une
femme qui y mettroit ordre
, que d'épouserunefille
qui luy apportant une
dote considerable
, ne se
mefleroit de rien, & n'auroit
l'esprit porté qu'àfaire
de la dépense.Labellequi
s'apperceut de la conquête
que son merite luy avoir
fait faire , la menagea si
adroitement, que le Cavalier
fut enfin contraint de
luydeclarer sapassion On
ne doute point qu'il ne fut
écouté avec plaisir. Elle lui
marqua une estimepleine
de reconnoissance ; & en
l'assurant que ses parens ne
luy seroient point contraires,
elle eut pour luy des
égards d'honnesteté & de
complaisance qui luy firent
connoistre qu'il estoitaimé.
Commeelle avoit de
l'ambition,elle voulut s'asfurer
un rang, & se servir
du pouvoir que sa passion
luy donnoit sur son esprit,
pour luy marquer qu'il y alloit
de sa gloire de pren dre
une Charge avant que de
l'épouser. Le Cavalier avoit
ce dessein depuis quelque
temps, & ainsi en luy promettant
de la satisfaire,il
ne faisoitquece qu'il avoic
desja resolu. Les affaires
d'Angelique s'estantterminées
de la maniere la plus
avantageuse qu'elleeût pû
le souhaiter
,
elle retourna
à Paris, où son Amant la
suivit deux jours après. Son
pere & sa mere qu'elle avoit
instruit de l'estas des
choses, luy firent un accuëil
tres-obligeant, & pour estre
moins en peril de le
laisser échapper, ils luy offrirent
un Appartement
chez eux. L'offre estoit trop
favorable à l'amour duCavalier
pour n'estre pas accepté.
Il logea chez le perc
de laBelle;& ne songeant
qu'à avancer ses affaires, il
prit son avis sur la Charge
qu'il vouloit achepter.Tandis
qu'ontravailloit à lever
des difficultez assez legercs
qui empeschoient de conclurre
le marché de cette
Charge, l'amour fit paroitre
sa bizarrerie par les sentimens
qu'il inspira au Cavalier
pour une soeur d'Angelique.
Cette cadetteavoit
dans les yeux un fort grand
deffaut, dont beaucou p de
gensne se seroient pas accommodez
; & ce deffaut,
tout grand qu'ilestoit
,
ne
pur dérourner le Cavalier
du dessein qu'il prit de ne
vivre que pour elle. Il est
vray ,
qu'excepté ce deffaut,
il n'y avoit rien de
plus aimable.Elle avoit un
tein qui ébloüissoit
,
d*$
traits reguliers dans tout
son visaoge,•des mains & desbras d'une beauté (ans
, pareiflle,uinentailleeaisée;&
fine; & ce quiengageoit
encoreplus,elle estoitdu
ne humeur si douce & G.
agreable queparcetteseulequalité
elleestoit digne
duplus fort amour. Plus
leCavalierla vit,plusil la
trouvacharmante.Illuy
contoit cent folies,& l'enjouëment
avec lequel elle
y répondoit, estoit tout plein de
4
feu ,&. d'esprit.
Riennedevenoit suspect
dans leurs conversations,
parce qu'elles se faisoient
sans àQCun. mystere
,
&:
que l'occasion qu'ils avoient
de se parler àtoute
heure les rendant fortfamiliers,
ne laissoitrienvoir
iqlui fûtrecherche.Eneffet/'
n'yavoit que des sentimens
d'honnestetéducôté
decetteaimable cadette,
qui ne doutant point que
leCavalier .n'épousait..sa:;
soeur,estoitincapable d'aller
pour luyplus loin que
l'estime. Il n'enestoit pasi
ainsi du Cavalier. Le pen^*
chantqui l'entraisnoitvers
Julie,c'estoit ainsiqu'on
nommoitlacadette, eut
tant deforcequ'aprés lui
avoit dit plusieursfois en
badinantqu'ilestoitcharmé
desesmanieras,ils'expliqua
enfin serieusement
sur l'ardent amour • qu'elle
layavoitdonné. Julietournantlachose
en plaisanterie,
luyditqu'il perdoit
l'esprit;toutes lesdeclarations
qu'illuyfit ensuite
luy attirant la mesmeréponse,
illuydemanda un
jour quel désegrément Ôir
dans
son
hitmëtïr[du dans
sa personneluy faisoit
croire qu'ilnemeritoitque
ses mépris. Julie, qaecc
reprochefurprir*seAÇEUS
obligée deluy répondre
d'un ton un peu serieuxi,
qu'il se faisoit tort auiff^-
bien qu'à elle quand il
l'accusoit de le me'priser,
,& que s'il lui eût marqué
del'estime avant quede
s'engager avec si^foeur/
peut-estrene lui eust-ellc.
pas donnésujet de seplain-
-ài-é.^u peu dereconnoiC*.
sancequ'elleauroiteu de
: ses sentimens; maisqu'en fl'eftâcoù estoient les choqu'avec
lesïrcferves-qu'il
trouvoit injustes. Cette réponse
animala passion ; Ce
fut assez qu'il crustt nedéplaire
pas pour l'engager
à aimeravecplus de vio-
~îehée;îl abandonna, son
coeur à tout son penchant,
& ne songea plus qu'à persuader
Julie de sonveritable
attachement. Comme
elle estoitsage, ellevoulut
leguérir en lui donnant
moins d'occasionsdel'entretenierdesonamour;
;rnâi$*plus elle avoit soin
de les éviter, plus illes re-
,
cherchoit.Cetempressement
fut remarquée .& il
:,fettahitbientoft& par
soninquiétude ,; lorsque
fpour le fuïr cette cadette- senfermoit exprisdans sa
chambre,&- par, les regards
pleinsdamour,qu'il
;jettoit sur elle quand illa
voyoitdeyant destémoins.
L'aisnée qui trouvaquel?-
cque refroidissementdans
les maniérés du CavalierJ, >» ensoupçonnaauflitoftla
cause.Ellç pritgardejqu^l
navoit plus auprès de sa
joçurces airs enjoiiez & lu
:bres qu1a-vou pris tantdç
ibis. Elle les .voyait embafailes
fitor quoleursyeuxfe
renconcroienr,ôçla contrainte
qu'ils s'ilup.osoient
J'un & rau.tre Ce lon les. div,
veerrescess'vy-ecuuëc1iCq¡uUt\lleessoobbHli--
geoient de s'observer, luy
fut enfin une indice de la
rrahifonqui lay cftoir faite.
Commeelle estoit ficre,
elle s'en feroit volontiers
vengeeenle prévenant par
ion cjungejnçncjmaisd
Je avpird£ fort peu de biens?en renonçantan
Cavalier elle
n'etoitpas furedexroirver
un :aurrc:fPareilquil'eust
confoléc xfesr avanrao-es
qu'elle auroit perdue ERllfe
rsfolut de dissimuler;& fc
Contenta desoulager ses
-t,' chagriné par- ; -, - ]4ùes quelques
plaintes qui deconcercerent
le Cavalier. Le troublequ'il
fit paroiflre suc
un aveu de son crimeelleen
tira desconfequettces
qui lui firent examiner
de plus prés tous lesfujers
quelleavoit de fe- deffier
de on amour.Leunma~-
riage ne se devant faire
quaprès cWEculcer lc+
vees touchantLr charge
qiriti vouloir-avoir'elfe
découvrit qu- ne teneit;
qu'à luy de les voir finies,
f&aqisuoeitlnesaiosbtrsetnacelpeosuqiuro'ii^eyn*c
avoir aucun autre fondée
mène que le defilein de gau
gner du terni. Remplie dfe
tous cés fouprons, & vouw
lanceftre* cclaircie dece
qu'elleapprehendoit relfe
pria son pere & sa mere
de vouloir presserlescheM
ses, leur faisant connoistre,
[ans leur parler de sa
foeur, ce qu'il y avoit
.4.r~q~~:~fqer~nT.
jypbftin^i<pn,4^Çav/alter
fur- les prétenduësdifficihi^
rez de la Charge avoic déjà
commencéàleur devenir
suspecte.-jlç, renrreriQrenten
particulier., & luy
dirent, que comme ilsl'a*-
voient logé chez eux >oni
lqïiuuarrnt^ijejrrodipc,..;dvaonirs'&tolountg^te-
.cçpips ^jiffçrpr le mariage
^IpAÈ p#i^^oit cpnvena>>;
que pour;:einpe^her.Iç?
fafcheu* difcoursril falloir
longerg terminerçette.af- fajre«Reliait mile.
fcefoin
-
d'attendre quileuft
fini (on autretraite. Le Cavalier
ne balançapoint far
le parti qu'il avoit à prendre.
IL leur repçjiditqu'il
se sôuvenoit dela, parole
qu'il avait doppée
, &
qu'il Tâ tiendrour avec joïç
en telteras qu'il leur plairoit*,
quilayoit promis d'entre
leur Gcndre., & qu'ilse
feroit un bonheur de le dc<-
venir, mais que ce feroit
en epousant la cadette pouf
qui il sentoit la plus violente
passion
;
qu'il trouçvoit
enelle tout ce* qui
pouvait lesarefairejq1!s
l'humeur de son aisnée êtoit
si peu compatiflante
avec la tienne , qu'elle rre
'hpeouurerurxoitque'terendre trial- ; Ce ques'ils rIl
soient ce qu'ildemandôté
aveclescplilsinftanresprte^
res; ilférdft côntrainrd'é (h
étirer.IlTenirStcette reponsèavec
tant de fermeté
,& toutcequ'ils purent
ce defleirieue si peud'efset,
quene voulant pas rifquer
une si bonne fortune,
ils se virent obligerde conïcntir
a ce qu'il voulÙr. La
feule condition qu'ils exigèrent
»fut que lachofe lè sirau.plustost&eri fçcrct,
afin Que l'aînée fit moins,
éclater."son rcfTehrimenc
quand elleapprendroic
luip injnftice-qui n'auroic,
plus de remède. Le transl
port qui l'obligea de se jet-l'
tera leurspieds pour leurs
rendre grâce de ce qu'ils
faifoiencpour luy, leur
fut une preuve dekvio-''
lence avec laquelle il aimait.
Ils direntà Angélique,,
que quelques raisons -'"~- :jl ¿Lt.,
q'u'Us eutreht: puappoftrf,
le CavalierNettoie si bien
mis en ceste de ne fc poins
marier-quiIn'tut traJcedc làCharge*qu'illeuravQÎt
este impossible den rien
obtenir.Elle compritce
vouloic direrirt refu?
siobstine, &ejifiic,p(qiie'c
audernierpoint: Cependant
toutseconcerroit fccfrecëitientpôurle
mariage
ifaCavalier & de la cadette,
6cil nemanquoitpoor
l'achever qu'une oçcasion
d'en faire la cercmonie
fins queJîaifnécenpu£k
«Tien^fçayoir.cElliBts^ôfffio
favorable peude joursa
persétosi.sU:-nteeDndamreemdeonntfacimelelcea^,
la priade lui tenir <comp&ȣ
gniedansune partie»de*
promenade qui l'enga- - géoît'àallerpasser^queU:
quesjours ala campagne,
Angelique y alla; &euch
assez de forced'esprit pourd
se rneitreaudessus, der fc*:
chagrins ,y;pàroiftra
d'une humeur toute char,s?
mante. Onluy dit qu'onr«
voyoit bien que lajoye
unmariage prêssà;fefai^*
re iiotkmit :au.JJr belles 4c>
grands sujetsd'en~
rrient 3c f>&ur affoibiir la
bèiïf^ÙfcÇftoic
:'1;W ~po~ sép^#;
<yi,'ori jugeoiemal d'elle;
qu'il falloitpourlatoucher
dfccçrtgînçft çp^plaiJàtW
ççsScéc^rpu^s,4'efpri^
qu'ellen'avoit potfiHfcotfivc
dans le Cavalier ;&que
]$&€&>&$tf/a^pkfbC ji;G-
''¥tt.,..Jà-, traîne
!
çnlon.
gwàF que .paw <~J)~
vouioitl'engagerà épothsersa
cadette.Un vieux
garçonfôrc riche,$c re-
.-, : ve stu
Veftj d'une Charge plus
côn(lderab!e, que; cele
^orn^le*CavalierttrakoiC",
itïi'dieeirriant^que quoif
qi/ft eûttousjours esté indiffèrentpoarle
mariage-,
41 vouloiravoir ces tou«s
dVfpm^qui^lmplaifq»erft
tartr,afin de luyoffrirses
*fcrviccssSe quepourles
^cotîi'pîaifiincc^illoy-ii#ok
'aisëifcritépondreîAng^-
lliquéluyrepartit''-¡Ual'-eR
'riant,quelleavoie cm de-
* cûcfâïr'c&luyoc-quï^ftolc
"ftfoftde Ionjgé&É1, faqu^
liotit premire
3*
iïij seroient
^(Tezl'undel'autre;
Surcepies la levietbQ£±,
t~fipç£jçnf4iar>çnj&$dce*uixdjoeus.rdsçruccoemubïfmeunAmant
declaré eç
die à une maistresse;ilgoû-
~asi bien foû-efpric,que
malgrétoutes lesresolutions
prises de demeurer
toujourslibre,il parla eafin
4cnnnfafriâge, Cetteproposition
fut ct.ua
d'Angelique. Elletrouvoit
un rangquicontetoitson
~M;AtPIC,
me à^ui elle '^ouviic foa
•;
ccçw*entrai dansla contu
sJgacejàp;vieik Officier è.ôç
luyfitpromettreque puisqpril,
scîlcrit;déclaré avec
son amie
,
ilen iroitfaire
la demande dans les fox?
mes apressonretour. Ao*
gelique estantrevenue ccçrmnrta à rscoynn pp~e~ree lr'eenn9g'aaggce,4.
ment ou l'on s'estoit mis
pourelle. Lemariagje de
lacadetteestoitfait;ce fut
• pourJuyune joye sensiblé
de voir finir plustost qu'il
f}cTayoit.^çnirembarrai
de te cacher. Cetteadroite
filledissimulant son reflet^
"timénr, ~tWIia deserendre
coure aimablepourle Cavalier
,afindereveillerson
: amour,&deluydonner
parlaplus de regret dela
perdre. Le lendemainelle
remarqua sans estreveue,
que le Cavàliers'èstoitcouole
dans sa chambre délà
soeur,&que la porte en
avoit esté au{fitbftrFerm'éei
Si elleeut ladouleur,elle eut de la joye en meflriè
temps de ce que sa
I
foeur faisant 0"det
avancessiindignesd'elle,
mettoit leic-al
valier hors d'estat de la voirloir,
pour sa femme.Cetre
penséelui remplie l'esprit,
E|lcçrutqfi'ilr^fufepait de
l'epouseraprés les ofreurs
qu'il enavoit obtenuës, &
qu'ainsielle seroit vengée
&d'elle&deluy, quand
son mariage avec l'Officier
ne laisseroit plus. aucun
prerexteà son pere de garder
leCavalier. CetOfficiertintparole.
Onavoit
esteaverti de savisite,& le
Cavalier qui la sçavoitalia
iQUt expréssouperenville
,
&ne revint que.forttard.
L'Officiercharmédel'ac.
*
cuélquï luifut fait, nesortit
point qu'onn'eustfigné
des articles.Angeliquequi
naspiroitqu'à joüir de
vengeance ,
attendisà G.;,
coucher que leCavalierfust
révenn. Apresluiavoirfait
quelquespUimes.delan}*-
niere dont il en usoit po^fc elledepuisquelque rems,
elleajoustaqu'elle lavpiç
timens favorablesqu'elle
luy avoirmarqué d'abord,
qu'ellevenoit ;d£/eagagejf
à un autre,&qu'un Contrat
dem~gc~~sa
separoit pour jamais. Ilseignit
vivejnençxogtçhiî 4e_cy tte
nouvelle. Augeiique pleinede
son triompheenlevoyant a-iii1
accablé, le quitta sans lui donner
letemsde répondra,c'étoit
ce qu'if avoitsouhaitté.Ilse
coucha forttranquillement, Sç
le lendemain comme il l'avoit
concerté avec sonbeaupere ££
atec sa femme,ilalla
chez
un
amidans un quartier éloigné,
oùildemeurajusqu'à ce qu'on,
~çût:sais;lemari^gplÀng^ljqu^
qui imputa cette retraité a'fj>n
deseespoir ,en
.-
sentir (a Vanité
agréablementflatée. Elleépousal'Officier,&
deuxjqursaprés.
le Cavalier revint auprèsde sa
femme. La nouvelle mariée ne
l'eûtpasplustost appris,qu'elle
alla trouver son pere, & luy fit
connoitre le péril où Julie eftoit
exposée s'il gardoitchez
luyleCavalier.Son pereluy
dit, que puisqqu'elleavoittout
sujet d'estre contente, il estoit
pesruadé qu'elle aimait sa soeur
pbur prendre partà ses avanta
ges ; après quoy illuyexpliqua
ce quiestoit arrivé: Le dépit
qu'elle,eue*,de s'estrepromis
une veugeance >
qui ne tournoitqu'asahonte
,la mit, dans
ila deff>rdr6~d'éfpVjhcroy2-
ble.Elle sorit blusquement,
& depuis trois moisqu'elle est
mariée
,
elle n'a
,
point encore
voulu.voirsa soeur
L'Amour nJielt point à
couvert de la destinée
, &
les changemens qui arrivent
tous les jours dans
les liaisons les mieux establies
sont assez connoistre
que les mouvements de
nostre coeur ne font pas fixez
par le premier choix
que nous faisons. Un certain
je ne sçay quoy qui
nousentraisne en dépitde
nous, nous determine à
estre inconstans;& quand
mille exem ples ne serviroient
pas à justifier ce que
je dis,l'avanture donrje vais
vous faire part en seroit la
preuve. Une Demoiselle
fort bien faite,estimable
par sa beauté, & plus encorepar
son esprit qu'elle
avoir vif&très penetrant,
estantvenuë depuis peu de
-
mois prendre soin de quelques
affaires dans une petite
Ville peu esloignée de
Paris, y fut connuë en fort
peu
peu de tems de tout ce
qu'elle y trouva de personnes
denaissance. Son pere
& sa mere qui estoient de
qualité, mais qui avoient
peu de biens, luy connoisfant
du talent pour venir à
bouc de mille chicannes
qui leur estoient faites,&
par lesquelles on taschoit
de renverser leurs précentions
,quoyquejustement
fondées
,
s'estoient reposez
sur elle de la conservation
de leursinterests,&
elles'appliquoitàles mainteniravec
tant d'exactitude
& de conduite, qu'elle
eut bientost demesté les
difficultez quiempefchoient
qu'on ne luy rendit
justice. Son habileté fie
bruit, & tout le monde
marquant de rempressement
pour la servis auprés
de ses Juges, un Gentilhomme
, maistre de son
bien, & des plus riches de
tout le Pays, n'épargna ni
son crédit,ni ses soins pour
luy faire voir combien il
prenoit de part à ses avantages.
Angelique receut
agréablement le secours
i
qu'illuy donnaj&comme
dans le besoin qu'elle avoic
de luy les visites assidues
luy estoient permises
,
insensiblement
le Cavalier
prit pour elle un attachement
plus fort qu'il ne l'avoit
cru. Il connut bien
que ce qu'on luy Jonneroiç
en la mariant n'approcheroit
pas
'*
de ce qu'il pouvoit
prérendre; mais l'amour
commençant à l'cc.
bloüir,il considera que les
grands biens qu'il avoit lui
attireroient beaucoup d'affaires,
& dans cette veuë,
il crut qu'illuy feroit plus
avantageux d'avoir une
femme qui y mettroit ordre
, que d'épouserunefille
qui luy apportant une
dote considerable
, ne se
mefleroit de rien, & n'auroit
l'esprit porté qu'àfaire
de la dépense.Labellequi
s'apperceut de la conquête
que son merite luy avoir
fait faire , la menagea si
adroitement, que le Cavalier
fut enfin contraint de
luydeclarer sapassion On
ne doute point qu'il ne fut
écouté avec plaisir. Elle lui
marqua une estimepleine
de reconnoissance ; & en
l'assurant que ses parens ne
luy seroient point contraires,
elle eut pour luy des
égards d'honnesteté & de
complaisance qui luy firent
connoistre qu'il estoitaimé.
Commeelle avoit de
l'ambition,elle voulut s'asfurer
un rang, & se servir
du pouvoir que sa passion
luy donnoit sur son esprit,
pour luy marquer qu'il y alloit
de sa gloire de pren dre
une Charge avant que de
l'épouser. Le Cavalier avoit
ce dessein depuis quelque
temps, & ainsi en luy promettant
de la satisfaire,il
ne faisoitquece qu'il avoic
desja resolu. Les affaires
d'Angelique s'estantterminées
de la maniere la plus
avantageuse qu'elleeût pû
le souhaiter
,
elle retourna
à Paris, où son Amant la
suivit deux jours après. Son
pere & sa mere qu'elle avoit
instruit de l'estas des
choses, luy firent un accuëil
tres-obligeant, & pour estre
moins en peril de le
laisser échapper, ils luy offrirent
un Appartement
chez eux. L'offre estoit trop
favorable à l'amour duCavalier
pour n'estre pas accepté.
Il logea chez le perc
de laBelle;& ne songeant
qu'à avancer ses affaires, il
prit son avis sur la Charge
qu'il vouloit achepter.Tandis
qu'ontravailloit à lever
des difficultez assez legercs
qui empeschoient de conclurre
le marché de cette
Charge, l'amour fit paroitre
sa bizarrerie par les sentimens
qu'il inspira au Cavalier
pour une soeur d'Angelique.
Cette cadetteavoit
dans les yeux un fort grand
deffaut, dont beaucou p de
gensne se seroient pas accommodez
; & ce deffaut,
tout grand qu'ilestoit
,
ne
pur dérourner le Cavalier
du dessein qu'il prit de ne
vivre que pour elle. Il est
vray ,
qu'excepté ce deffaut,
il n'y avoit rien de
plus aimable.Elle avoit un
tein qui ébloüissoit
,
d*$
traits reguliers dans tout
son visaoge,•des mains & desbras d'une beauté (ans
, pareiflle,uinentailleeaisée;&
fine; & ce quiengageoit
encoreplus,elle estoitdu
ne humeur si douce & G.
agreable queparcetteseulequalité
elleestoit digne
duplus fort amour. Plus
leCavalierla vit,plusil la
trouvacharmante.Illuy
contoit cent folies,& l'enjouëment
avec lequel elle
y répondoit, estoit tout plein de
4
feu ,&. d'esprit.
Riennedevenoit suspect
dans leurs conversations,
parce qu'elles se faisoient
sans àQCun. mystere
,
&:
que l'occasion qu'ils avoient
de se parler àtoute
heure les rendant fortfamiliers,
ne laissoitrienvoir
iqlui fûtrecherche.Eneffet/'
n'yavoit que des sentimens
d'honnestetéducôté
decetteaimable cadette,
qui ne doutant point que
leCavalier .n'épousait..sa:;
soeur,estoitincapable d'aller
pour luyplus loin que
l'estime. Il n'enestoit pasi
ainsi du Cavalier. Le pen^*
chantqui l'entraisnoitvers
Julie,c'estoit ainsiqu'on
nommoitlacadette, eut
tant deforcequ'aprés lui
avoit dit plusieursfois en
badinantqu'ilestoitcharmé
desesmanieras,ils'expliqua
enfin serieusement
sur l'ardent amour • qu'elle
layavoitdonné. Julietournantlachose
en plaisanterie,
luyditqu'il perdoit
l'esprit;toutes lesdeclarations
qu'illuyfit ensuite
luy attirant la mesmeréponse,
illuydemanda un
jour quel désegrément Ôir
dans
son
hitmëtïr[du dans
sa personneluy faisoit
croire qu'ilnemeritoitque
ses mépris. Julie, qaecc
reprochefurprir*seAÇEUS
obligée deluy répondre
d'un ton un peu serieuxi,
qu'il se faisoit tort auiff^-
bien qu'à elle quand il
l'accusoit de le me'priser,
,& que s'il lui eût marqué
del'estime avant quede
s'engager avec si^foeur/
peut-estrene lui eust-ellc.
pas donnésujet de seplain-
-ài-é.^u peu dereconnoiC*.
sancequ'elleauroiteu de
: ses sentimens; maisqu'en fl'eftâcoù estoient les choqu'avec
lesïrcferves-qu'il
trouvoit injustes. Cette réponse
animala passion ; Ce
fut assez qu'il crustt nedéplaire
pas pour l'engager
à aimeravecplus de vio-
~îehée;îl abandonna, son
coeur à tout son penchant,
& ne songea plus qu'à persuader
Julie de sonveritable
attachement. Comme
elle estoitsage, ellevoulut
leguérir en lui donnant
moins d'occasionsdel'entretenierdesonamour;
;rnâi$*plus elle avoit soin
de les éviter, plus illes re-
,
cherchoit.Cetempressement
fut remarquée .& il
:,fettahitbientoft& par
soninquiétude ,; lorsque
fpour le fuïr cette cadette- senfermoit exprisdans sa
chambre,&- par, les regards
pleinsdamour,qu'il
;jettoit sur elle quand illa
voyoitdeyant destémoins.
L'aisnée qui trouvaquel?-
cque refroidissementdans
les maniérés du CavalierJ, >» ensoupçonnaauflitoftla
cause.Ellç pritgardejqu^l
navoit plus auprès de sa
joçurces airs enjoiiez & lu
:bres qu1a-vou pris tantdç
ibis. Elle les .voyait embafailes
fitor quoleursyeuxfe
renconcroienr,ôçla contrainte
qu'ils s'ilup.osoient
J'un & rau.tre Ce lon les. div,
veerrescess'vy-ecuuëc1iCq¡uUt\lleessoobbHli--
geoient de s'observer, luy
fut enfin une indice de la
rrahifonqui lay cftoir faite.
Commeelle estoit ficre,
elle s'en feroit volontiers
vengeeenle prévenant par
ion cjungejnçncjmaisd
Je avpird£ fort peu de biens?en renonçantan
Cavalier elle
n'etoitpas furedexroirver
un :aurrc:fPareilquil'eust
confoléc xfesr avanrao-es
qu'elle auroit perdue ERllfe
rsfolut de dissimuler;& fc
Contenta desoulager ses
-t,' chagriné par- ; -, - ]4ùes quelques
plaintes qui deconcercerent
le Cavalier. Le troublequ'il
fit paroiflre suc
un aveu de son crimeelleen
tira desconfequettces
qui lui firent examiner
de plus prés tous lesfujers
quelleavoit de fe- deffier
de on amour.Leunma~-
riage ne se devant faire
quaprès cWEculcer lc+
vees touchantLr charge
qiriti vouloir-avoir'elfe
découvrit qu- ne teneit;
qu'à luy de les voir finies,
f&aqisuoeitlnesaiosbtrsetnacelpeosuqiuro'ii^eyn*c
avoir aucun autre fondée
mène que le defilein de gau
gner du terni. Remplie dfe
tous cés fouprons, & vouw
lanceftre* cclaircie dece
qu'elleapprehendoit relfe
pria son pere & sa mere
de vouloir presserlescheM
ses, leur faisant connoistre,
[ans leur parler de sa
foeur, ce qu'il y avoit
.4.r~q~~:~fqer~nT.
jypbftin^i<pn,4^Çav/alter
fur- les prétenduësdifficihi^
rez de la Charge avoic déjà
commencéàleur devenir
suspecte.-jlç, renrreriQrenten
particulier., & luy
dirent, que comme ilsl'a*-
voient logé chez eux >oni
lqïiuuarrnt^ijejrrodipc,..;dvaonirs'&tolountg^te-
.cçpips ^jiffçrpr le mariage
^IpAÈ p#i^^oit cpnvena>>;
que pour;:einpe^her.Iç?
fafcheu* difcoursril falloir
longerg terminerçette.af- fajre«Reliait mile.
fcefoin
-
d'attendre quileuft
fini (on autretraite. Le Cavalier
ne balançapoint far
le parti qu'il avoit à prendre.
IL leur repçjiditqu'il
se sôuvenoit dela, parole
qu'il avait doppée
, &
qu'il Tâ tiendrour avec joïç
en telteras qu'il leur plairoit*,
quilayoit promis d'entre
leur Gcndre., & qu'ilse
feroit un bonheur de le dc<-
venir, mais que ce feroit
en epousant la cadette pouf
qui il sentoit la plus violente
passion
;
qu'il trouçvoit
enelle tout ce* qui
pouvait lesarefairejq1!s
l'humeur de son aisnée êtoit
si peu compatiflante
avec la tienne , qu'elle rre
'hpeouurerurxoitque'terendre trial- ; Ce ques'ils rIl
soient ce qu'ildemandôté
aveclescplilsinftanresprte^
res; ilférdft côntrainrd'é (h
étirer.IlTenirStcette reponsèavec
tant de fermeté
,& toutcequ'ils purent
ce defleirieue si peud'efset,
quene voulant pas rifquer
une si bonne fortune,
ils se virent obligerde conïcntir
a ce qu'il voulÙr. La
feule condition qu'ils exigèrent
»fut que lachofe lè sirau.plustost&eri fçcrct,
afin Que l'aînée fit moins,
éclater."son rcfTehrimenc
quand elleapprendroic
luip injnftice-qui n'auroic,
plus de remède. Le transl
port qui l'obligea de se jet-l'
tera leurspieds pour leurs
rendre grâce de ce qu'ils
faifoiencpour luy, leur
fut une preuve dekvio-''
lence avec laquelle il aimait.
Ils direntà Angélique,,
que quelques raisons -'"~- :jl ¿Lt.,
q'u'Us eutreht: puappoftrf,
le CavalierNettoie si bien
mis en ceste de ne fc poins
marier-quiIn'tut traJcedc làCharge*qu'illeuravQÎt
este impossible den rien
obtenir.Elle compritce
vouloic direrirt refu?
siobstine, &ejifiic,p(qiie'c
audernierpoint: Cependant
toutseconcerroit fccfrecëitientpôurle
mariage
ifaCavalier & de la cadette,
6cil nemanquoitpoor
l'achever qu'une oçcasion
d'en faire la cercmonie
fins queJîaifnécenpu£k
«Tien^fçayoir.cElliBts^ôfffio
favorable peude joursa
persétosi.sU:-nteeDndamreemdeonntfacimelelcea^,
la priade lui tenir <comp&ȣ
gniedansune partie»de*
promenade qui l'enga- - géoît'àallerpasser^queU:
quesjours ala campagne,
Angelique y alla; &euch
assez de forced'esprit pourd
se rneitreaudessus, der fc*:
chagrins ,y;pàroiftra
d'une humeur toute char,s?
mante. Onluy dit qu'onr«
voyoit bien que lajoye
unmariage prêssà;fefai^*
re iiotkmit :au.JJr belles 4c>
grands sujetsd'en~
rrient 3c f>&ur affoibiir la
bèiïf^ÙfcÇftoic
:'1;W ~po~ sép^#;
<yi,'ori jugeoiemal d'elle;
qu'il falloitpourlatoucher
dfccçrtgînçft çp^plaiJàtW
ççsScéc^rpu^s,4'efpri^
qu'ellen'avoit potfiHfcotfivc
dans le Cavalier ;&que
]$&€&>&$tf/a^pkfbC ji;G-
''¥tt.,..Jà-, traîne
!
çnlon.
gwàF que .paw <~J)~
vouioitl'engagerà épothsersa
cadette.Un vieux
garçonfôrc riche,$c re-
.-, : ve stu
Veftj d'une Charge plus
côn(lderab!e, que; cele
^orn^le*CavalierttrakoiC",
itïi'dieeirriant^que quoif
qi/ft eûttousjours esté indiffèrentpoarle
mariage-,
41 vouloiravoir ces tou«s
dVfpm^qui^lmplaifq»erft
tartr,afin de luyoffrirses
*fcrviccssSe quepourles
^cotîi'pîaifiincc^illoy-ii#ok
'aisëifcritépondreîAng^-
lliquéluyrepartit''-¡Ual'-eR
'riant,quelleavoie cm de-
* cûcfâïr'c&luyoc-quï^ftolc
"ftfoftde Ionjgé&É1, faqu^
liotit premire
3*
iïij seroient
^(Tezl'undel'autre;
Surcepies la levietbQ£±,
t~fipç£jçnf4iar>çnj&$dce*uixdjoeus.rdsçruccoemubïfmeunAmant
declaré eç
die à une maistresse;ilgoû-
~asi bien foû-efpric,que
malgrétoutes lesresolutions
prises de demeurer
toujourslibre,il parla eafin
4cnnnfafriâge, Cetteproposition
fut ct.ua
d'Angelique. Elletrouvoit
un rangquicontetoitson
~M;AtPIC,
me à^ui elle '^ouviic foa
•;
ccçw*entrai dansla contu
sJgacejàp;vieik Officier è.ôç
luyfitpromettreque puisqpril,
scîlcrit;déclaré avec
son amie
,
ilen iroitfaire
la demande dans les fox?
mes apressonretour. Ao*
gelique estantrevenue ccçrmnrta à rscoynn pp~e~ree lr'eenn9g'aaggce,4.
ment ou l'on s'estoit mis
pourelle. Lemariagje de
lacadetteestoitfait;ce fut
• pourJuyune joye sensiblé
de voir finir plustost qu'il
f}cTayoit.^çnirembarrai
de te cacher. Cetteadroite
filledissimulant son reflet^
"timénr, ~tWIia deserendre
coure aimablepourle Cavalier
,afindereveillerson
: amour,&deluydonner
parlaplus de regret dela
perdre. Le lendemainelle
remarqua sans estreveue,
que le Cavàliers'èstoitcouole
dans sa chambre délà
soeur,&que la porte en
avoit esté au{fitbftrFerm'éei
Si elleeut ladouleur,elle eut de la joye en meflriè
temps de ce que sa
I
foeur faisant 0"det
avancessiindignesd'elle,
mettoit leic-al
valier hors d'estat de la voirloir,
pour sa femme.Cetre
penséelui remplie l'esprit,
E|lcçrutqfi'ilr^fufepait de
l'epouseraprés les ofreurs
qu'il enavoit obtenuës, &
qu'ainsielle seroit vengée
&d'elle&deluy, quand
son mariage avec l'Officier
ne laisseroit plus. aucun
prerexteà son pere de garder
leCavalier. CetOfficiertintparole.
Onavoit
esteaverti de savisite,& le
Cavalier qui la sçavoitalia
iQUt expréssouperenville
,
&ne revint que.forttard.
L'Officiercharmédel'ac.
*
cuélquï luifut fait, nesortit
point qu'onn'eustfigné
des articles.Angeliquequi
naspiroitqu'à joüir de
vengeance ,
attendisà G.;,
coucher que leCavalierfust
révenn. Apresluiavoirfait
quelquespUimes.delan}*-
niere dont il en usoit po^fc elledepuisquelque rems,
elleajoustaqu'elle lavpiç
timens favorablesqu'elle
luy avoirmarqué d'abord,
qu'ellevenoit ;d£/eagagejf
à un autre,&qu'un Contrat
dem~gc~~sa
separoit pour jamais. Ilseignit
vivejnençxogtçhiî 4e_cy tte
nouvelle. Augeiique pleinede
son triompheenlevoyant a-iii1
accablé, le quitta sans lui donner
letemsde répondra,c'étoit
ce qu'if avoitsouhaitté.Ilse
coucha forttranquillement, Sç
le lendemain comme il l'avoit
concerté avec sonbeaupere ££
atec sa femme,ilalla
chez
un
amidans un quartier éloigné,
oùildemeurajusqu'à ce qu'on,
~çût:sais;lemari^gplÀng^ljqu^
qui imputa cette retraité a'fj>n
deseespoir ,en
.-
sentir (a Vanité
agréablementflatée. Elleépousal'Officier,&
deuxjqursaprés.
le Cavalier revint auprèsde sa
femme. La nouvelle mariée ne
l'eûtpasplustost appris,qu'elle
alla trouver son pere, & luy fit
connoitre le péril où Julie eftoit
exposée s'il gardoitchez
luyleCavalier.Son pereluy
dit, que puisqqu'elleavoittout
sujet d'estre contente, il estoit
pesruadé qu'elle aimait sa soeur
pbur prendre partà ses avanta
ges ; après quoy illuyexpliqua
ce quiestoit arrivé: Le dépit
qu'elle,eue*,de s'estrepromis
une veugeance >
qui ne tournoitqu'asahonte
,la mit, dans
ila deff>rdr6~d'éfpVjhcroy2-
ble.Elle sorit blusquement,
& depuis trois moisqu'elle est
mariée
,
elle n'a
,
point encore
voulu.voirsa soeur
Fermer
Résumé : HISTORIETTE.
Le texte raconte les péripéties amoureuses et les manœuvres stratégiques d'Angélique, une jeune femme intelligente et belle, et d'un gentilhomme riche. Angélique se rend dans une petite ville près de Paris pour régler des affaires et attire rapidement l'attention du gentilhomme, qui tombe amoureux d'elle. Consciente de son pouvoir, Angélique manœuvre habilement pour obtenir une déclaration d'amour et une charge avant le mariage. Cependant, le gentilhomme rencontre Julie, la sœur cadette d'Angélique, et se trouve attiré par elle malgré un défaut physique notable. Julie, sage et douce, repousse d'abord ses avances mais finit par succomber. Angélique, devinant la situation, dissimule sa douleur et accepte de se marier avec un officier. Le gentilhomme obtient la charge et épouse Julie, tandis qu'Angélique se venge en se mariant rapidement, privant ainsi son père de garder le gentilhomme dans la famille. Parallèlement, un cavalier revient tard chez lui après un voyage. Un officier, charmé par Angélique, apprend qu'elle ne sortira pas tant que certains articles ne seront pas signés. Angélique, assoiffée de vengeance, attend le retour du cavalier pour lui révéler qu'elle est fiancée à un autre et que leur contrat de mariage les sépare à jamais. Accablé, le cavalier se couche tranquillement. Le lendemain, il se rend chez un ami dans un quartier éloigné pour éviter d'être saisi. Angélique épouse l'officier deux jours plus tard. Le cavalier revient ensuite auprès de sa femme, mais la nouvelle mariée informe son père du danger que court Julie si le cavalier reste. Le père explique la situation à sa fille, qui, dépitée de ne pas avoir obtenu sa vengeance, refuse de voir sa sœur depuis trois mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 12-128
HISTOIRE nouvelle.
Début :
La peste qui exerce souvent de furieux ravages dans les [...]
Mots clefs :
Amour, Monde, Veuve, Coeur, Dames, Dame, Cavalier, Chambre, Mort, Gentilhomme, Charmes, Affaires, Esprit, Comte, Rome, Pologne, Femmes, Roi, Ambassadeur, Tendresse, Hymen, Valet de chambre, Paris, Comte, Cavalier français, Aventures, Connaissances, Duc, Fête, Veuve, Yeux, Beauté, Maison, Récit, Amis, Compagnie, Voyage, Mariage, Province, Étrangers, Peste, Curiosité, Honneur, Bosquet, Hommes, Varsovie
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE nouvelle.
HISTOIRE
nouvelle .
LA peſte qui exerce
ſouvent de furieux ravages
dans lesPaïsduNord,
avoit déja détruit prés
d'un tiers de la belle Ville
de Varſovie , ceux de ſes
habitans qui avoient
quelque azile dans les
campagnes , l'abandonnoient
tous les jours ;
pluſieurs alloient à cent
GALANT. 13
lieuës&plus loin encore,
chercher à ſe preſerver
des perils de la conta
gion , lorſque la Palatine
de ... arriva à Dantzic
avec pluſieurs Dames de
confideration qui n'avoient
pas voulu quitter
Varſovie ſans elle.
Le Marquis de Canop
qui eſt un des plus dignes
& des plus honneftes
homes qu'on puiſſe voir,
& qui jouoit un tresgrand
rôle en Pologne ,
14 MERCURE
eſtoit alors à Dantzic ,
où il receut la Palatine
avec tous les honneurs &
toutes les feftes qu'on
puiſſe faire àune des plus
charmantes & des plus
grandes Princeſſes du
monde.drov mes
Des intereſts d'amour,
autant que la crainte de
la maladie , avoient dé
terminé pluſieurs Sei
gneurs Polonois à ſuivre
la Palatine & les Dames
qui l'accompagnoient :
GALANT.
ces Illuſtres captifs qui
n'avoient point abandon-
-néle Char de leur Maitreffe
pendant leur route ,
regarderent leur retraite
à Dantzic , comme l'azile
dumõde le plus favorable
à leurs foupirs. Mais parmi
tant de jeunes beautez
qui briguoient peuteſtre
encore plus d'hommages
qu'elles n'en recevoient
, rien n'eftoit plus
admirable , que le droit ,
qu'uneDame autant ref-
وت
16 MERCURE
pectable par la majeſté
de ſes traits , que par le
nombre de ſes années ,
ſembloit avoir ſur les
cooeurs de tous ceux qui
l'approchoient.
Il n'eſt pas eſtonnant
qu'à un certain âge , on
plaiſe à quelqu'un , mais
quelque beau retour
qu'on puiſſe avoir , il eſt
rare que dans un âge
avancé, on plaiſe à tout
le monde.
La Dame dont je parle,
&
GALANT. 17
&qui avoit cet avantage,
ſe nommoit alors Madame
Belzeſca , elle avoit
eü déja trois maris , &
au moins mille Amants,
elle s'eſtoit tousjours conduite
avec tant de difcretion
& d'innocence , que
les plus hardis & les plus
emportés de ſes adorateurs
n'avoient jamais ofé
donner la moindre atteinte
à ſa réputation : enfin à
quinze ans elle avoit ſou
ſe faire reſpecter comme
May1714. B
18 MERCURE
à ſoixante , & à foixante
paffées ſe faire aimer &
fervir comme à quinze.
Une femme de fa Province,
de fon âge , & qui
depuis fon premier mariage
l'a ſervie juſqu'à
préſent , m'a conté dix
fois fon hiſtoire , comme
je vais la raconter.
Voicy à peu prés ce
que jay retenu de fes
avantures.
Madame Belzeſca eft
originaire d'un Villagede
:
GALANT 12
!
Tourainne , fon Pere qui
eſtoit frere du Lieutenant
Generald'une des premieres
Villes de cette Province
, y poffedoit des biens
affez confiderables . Elle
reſta ſeule de 9. enfants
qu'eut ſa Mere , qui ne
l'aima jamais. Satendreſſe
pour un fils qu'elle avoit,
lorſqu'elle vint au monde;
en fit à ſon égard une
maraſtre ſi cruelle , que
l'oin d'accorder la moindre
indulgence aux ſentih
Bij
20 MERCURE
>
ments de la nature , quelques
efforts que fit fon
mary pour la rendre plus
humaine , elle ne voulut
jamais confentir à la voir.
Cette averſion s'eſtoit
fortifiée dans ſon coeur
ſur la prédiction d'un Berger
qui luy dit un jour ,
deſeſperé des mauvais
traittements dont elle
l'accabloit , qu'elle portoit
en fon fein un enfant
qui le vangeroitdesmaux
qu'elle luy faifoit. Cette
GALANT. 21
malheureuſe Prophetie
s'imprima ſi avant dans
ſon ame , que l'exceffive
haine qu'elle conceut
pour le fruit de cette couche
, fut l'unique cauſe
de la maladie dont elle
mourut. L'enfant qui en
vint , fut nommé Georgette
Pelagie le ſecond
jour de ſa naiſſance , &le
troifiéme emmenée dans
le fond d'un Village , où
la fecrette pieté de fon
Pere , &la charité de ſa
22. MERCURE
tendre nourrice l'elevérent
juſqu'à la mort de fa
mere , qui , eutà peine les
yeux fermés, qu'on ramena
ſa fille dans les lieux
où elle avoit receu le jour.
Pelagie avoit alors prés
de douze ans , &déja elle
eſtoit l'objet de la tendrefſe
de tous les habitans ,
&de tous les voiſins du
Hameau dont les foins
avoient contribué à la
mettre à couvert des rigueurs
d'une mere inhu
4
GALANT. 23
|
€
maine. Ses charmes naiffans,
avec mille graces naturelles
, ſa taille & fes
traits qui commençoient
à ſe former , promettoient
tant de merveilles aux
yeux de ceux qui la vor
yoient, que tous les lieux
d'alentour s'entretenoient
déja du bruit de ſa beauté.
Un eſprit tranquille ,
un temperament toûjours
égal , une grande attention
ſur ſes diſcours , &&&
une douceur parfaite
1
24 MERCURE
avoient preſque réparé
en elle le déffaut de l'éducation
, lorſque ſon Pere
réſolut de la conduire à
Tours.Quoyque l'air d'une
Ville de Province , &
celuy de la campagne ſe
reffemblent affés , elle ne
laiſſa pas de trouver là
d'honneſtes gens qui regarderent
les ſoins de l'inſtruire
comme les plus
raiſonnables foins du
monde. Mais il eſtoit
temps que le Dieu qui
fait
GALANT. 25
fait aimer commençaſt a
ſe meſler de ſes affaires ,
& que fon jeune coeur
apprit à ſe ſauver des pieges
& des perils de l'amour.
La tendreſſe que
ſes charmes inſpiroient
échauffoit tous les coeurs,
à meſure que l'art poliffoit
ſon eſprit , & fon
eſprit regloit ſes ſentimens
à meſure que la
flatterie eſſayoit de corrompre
ſes moeurs. Mais
c'eſt en vain que nous
May 1714.
,
C
26 MERCURE
prétendons nous arranger
fur les deſſeins de noſtre
vie , toutes nos précautions
ſont inutiles contre
les arreſts du deſtin .
Le Ciel refervoit de
trop beaux jours à l'heureuſe
Pelagie ſous les
loix de l'amour , pour
lui faire apprehender davantage
les écuëils de fon
empire. Cependant ce fut
une des plus amoureuſes
& des plus funeftes avantures
du monde qui déGALANT.
27
termina ſon coeur à la
tendreſſe.
Un jour ſe promenant
avec une de ſes amies ſur le
bord de la Loire , au pied
de la celebre Abbaye de
Marmoutier,elle apperceut
au milieu de l'eau un petit
batteaudécouvert , dans lequel
étoient deux femmes ,
un Abbé ,& le marinier qui
les conduiſoità Tours : mais
ſoit que ce bateau ne valuſt
rien ou que quelque malheureuſe
pierre en euſt écarté
les planches , en un moment
tout ce miferable é-
Cij
28. MERCURE
quipage fut enseveli ſous
les eaux. De l'autre coſté
de la riviere deux cavaliers
bien montez ſe jetterent à
l'inſtant à la nage pour ſecourir
ces infortunez ; mais
leur diligence ne leur ſervit
au peril de leur vie , qu'au
falut d'une de ces deux femmes
, que le moins troublé
de ces cavaliers avoit heureuſement
attrapée par les
cheveux , & qu'il conduifit
aux pieds de la tendre Pelagie
, qui fut fi effrayée de
cet affreux ſpectacle , qu'elle
eutpreſque autant beſoin
GALANT. 29
!
de ſecours , que celle qui
venoit d'eſtre ſauvée de cet
évident naufrage , où l'autre
femme & l'Abbé s'eftoient
desja noyez .
:
Le cavalier qui avoit eſté
le moins utile au falut de la
perſonne que ſon ami venoit
d'arracher des bras
de la mort , eſtoir cependant
l'amant aimé de la Dame
délivrée ; mais ſon amour
, fon trouble & fon
deſeſpoir avoient telle.
ment boulversé ſon imagination
, que bien loin de ſe
courir les autres , il ne s'en
C iij
30 MERCURE
fallut preſque rien qu'il ne
perift luy meſme: enfin fon
cheval impetueux le remit
malgré luy au bord d'où il
s'eſtoit précipité ; auffi- toft
il courut à toute bride, iltraverſa
la ville , & pafla les
ponts pour ſe rendre fur le
rivage , où ſa maiſtreſſe recevoit
toute forte de nouveaux
foulagements de Pelagie
, de ſa compagne , &
de ſon ami.
L'intrepidité du liberateur,
ſa prudence , ſes ſoins
& fa bonne mine pafferent
fur le champ pour des mer
GALANT. 31
veilles aux yeux de Pelagie,
De l'admiration d'une certaine
eſpece , il n'y a ordinairement
, ſans qu'on s'en
apperçoive , qu'un pas à
faire à l'amour , & l'amour
nous mene ſi loin naturellement
qu'il arrache bientoſt
tous les conſentements
de noſtre volonté. En vain
l'on ſe flatte d'avoir le tems
de reflechir , en vain l'on
veut eſſayer de ſoumettre
le coeur à la raiſon , l'eſprit
dans ces occafions eft tousjours
ſeduit par le coeur , on
regarde d'abord l'objet avec
C iiij
32 MERCURE
complaiſance.les préjugez
viennent auſſi toſt nous é
tourdir , & nous n'eſperons
ſouvent nous mieux deffendre
, que lorſque noſtre inclination
nous determine à
luytout ceder.
La tendre Pelagie eſtonnée
de ce qu'elle vient de
voir , n'ouvre ſes yeux embaraffés
, que pour jetter
des regards languiſſans
vers la petite maiſon , où
quelques Payſans aidés de
nos deux Cavaliers emportent
la Dame qui vient d'eftre
delivrée de la fureur
GALANT. 33
des flots. Elle n'enviſage
plus l'horreur du peril
qu'elle lui a vû courir ,
comme un ſpectacle ſi digne
de compaſſion , peu
s'en faut meſme qu'elle
n'envie ſon infortune.
Quoique ſes inquietudes
épouvantent ſon coeur , fes
intereſts ſe multiplient , à
meſure que cette troupe
s'éloigne d'elle . Elle croit
desja avoir démeflé que
ſon Cavalier ne ſoupire
point pour la Dame , ni la
Dame pour lui ; neanmoins
ſon eſprit s'en fait
34 MERCURE
une Rivale , elle aprehende
qu'un ſi grand ſervice
n'ait quelqu'autre motif
que la pure generofité , ou
pluſtoſt elle tremble qu'un
amour extreſme ne ſoit la
récompenſe d'un fi grand
ſervice. Cependant elle retourne
à la Ville , elle ſe
met au lit , où elle ſe tour.
mente , s'examine & s'afflige
, à force de raiſonner
fur certe avanture , dont
chacun parle à ſa mode
elle la raconte auffi tous
و
ceux qui veulent l'entendre
, mais elle s'embaraſſe
GALANT.
35
,
د tellement dans ſon récit
qu'il n'y a que l'indulgence
qu'on a pour ſon innocence
& ſa jeuneſſe , qui déguiſe
les circonſtances
qu'elle veut qu'on ignore.
Le Chevalier de Verſan
de ſon coſté ( C'eſt le
nom du Cavalier en qui
elle s'intereſſe , ) le Chevalier
de Verſan dis-je ,
n'eſt pas plus tranquille. La
belle Pelagie eſt tousjours
preſente à ſes yeux , enchanté
de ſes attraits , il va,
court , & revient , par tout
ſa bouche ne s'ouvre , que
36 MERCURE
,
,
pour vanter les appas de
Pelagie. Le bruit que cet
Amant impetueux fait de
fon amour frappe auflitoſt
ſes oreilles , elle s'applaudit
de ſa conqueſte
elle reçoit ſes viſites , écoute
ſes ſoupirs , répond à ſes
propoſitions , enfin elle
conſent , avec ſon Pere ,
que le flambeau de l'hymen
éclaire le triomphe de
fon Amant. Cette nouvelle
allarme , & deſeſpere
en vain tous ſes Rivaux. Il
eſt heureux déja. La fortune
elle-mefme pour le com
bler de graces vient atta
cher de nouveaux préſens
aux faveurs de l'amour. La
mort de ſon frere le fait
heritier de vingt mille livres
de rente. Le Chevalier
devient Marquis : nouvel
& précieux ornement
aux douceurs d'un tendre
mariage. Mais tout s'uſe
dans la vie , l'homme ſe
demaſque , la tendreſſe reciproque
s'épuiſe imper
ceptiblement , on languit ,
on ſe quitte , peut - eſtre
meſme on ſe hait , heureux
encore ſi l'on ne fouf
38 MERCURE
fre pas infiniment des caprices
de la déſunion Mais
Prices d la mort & l'amour ſe rangent
du parti de Madame
la Marquiſe de ... que ,
pour raiſon difcrette , je
nommerai Pelagie , juſqu'à
ce qu'elle foit Madame
Belzeſca.
Ainfi l'heureuſe Pelagie
aprés avoir goufté pendant
cinq ans toutes les douceurs
de l'hymen , ne ceſſe d'aimer
fon mary ( inconſtant
huit jours avant elle )
que fix ſemaines avant ſa
mort.
GALANT. 39
Un fils unique , ſeul &
cher gage de leur union ,la
rend àvingt ansheritiere &
dépofitaire des biensdu défunt.
Elle arrange exacte
ment toutes ſes affaires, elle
abandonne tranquillement
la province , & fe rend à
Paris avec fon fils .
De quel pays , Madame ,
luy dit- on,dés qu'on la voit,
nous apportez-vous tant de
beauté? dans quelle obſcure
contrée avez - vous eu le
courage d'enſevelir ju qu'a
preſent tant de charmes ?
que vous eſtes injuſte d'a
40 MERCURE
voir ſi long - temps honoré
de voſtre preſence des lieux
preſque inconnus , vous qui
eſtes encore trop belle pour
Paris . Cependant c'eſt le
ſeul endroit du monde qui
puiſſe prétendre à la gloire
de vous regarder comme la
Reine de ſes citoyennes.
Les ſpectacles , les aſſemblées,
les promenades , tout
retentit enfin des merveillesdela
belle veuve.
Le Roy Caſimir eſtoit
alors en France , pluſieurs
grands ſeigneurs avoient
ſuivi ce Prince juſqu'à la
porte
GALANT. 41
porte de ſa retraite.
Il n'y avoit point d'eſtranger
à Paris qui ne fuſt curieux
d'apprendre noſtre
langue qui commençoit à
ſe répandre dans toutes les
cours de l'Europe , & il n'y
enavoit aucun qui ne ſceuſt
parfaitement que la connoiſſance
& le commerce
des Dames font l'art, le merite
, & le profit de cette
eftude.
Un charmant voiſinage
eſt ſouvent le premier prétexte
des liaiſons que l'on
forme.
May 1714. D
MERCURE
Pelagie avoit ſa maiſon
dans le fauxbourg S. Germain
: ce quartier eſt l'azile
le plus ordinaire de tous les
eſtrangers , que leurs affaires
ou leur curioſité attirent
à Paris .
,
La Veuve dont il eſt
queſtion eſtoit fi belle
que ſa Maiſon eſtoit tous
les jours remplie des plus
honneſtes gens de la Ville ,
& environnée de ceux qui
n'avoient chez elle ni
,
droit , ni prétexte de viſite.
Enfin on croyoit en la
voyant , que , Maiſtreſſe
GALANT. 43
!
abſoluë des mouvements
de ſon ame , elle regnoit
ſouverainement ſur l'amour
comme l'amour
qu'elle donnoit regnoit fur
tous les coeurs ; mais on ſe
trompoit , & peut- eſtre ſe
trompoit- elle elle - meſme.
Pelagie eſtoit une trop
belle conqueſte , pour n'eftre
pas bien toſt encore la
victime de l'amour.
La magnificence du plus
grand Roy du monde raviſſoit
alors les yeux des
mortels , par l'éclat & la
pompe des ſpectacles &
Dij
44 MERCURE
,
des feftes , dont rien n'avoit
jamais égalé la richefſe
& la majefté ; l'on accouroit
de toutes parts ,
pour eſtre témoins de l'excellence
de ſes plaifirs , &
chaque jour ſes peuples
eſtoient obligez d'admirer
dans le délafſſement de ſes
travaux , les merveilles de
fa grandeur.
Le dernier jour enfin
des trois deſtinés pour cette
fuperbe feſte de Verfailles,
dont la poſterité parlera
comme d'une feſte inimitable
, ce jour où l'Amour
GALANT. 45
vuida tant de fois fon Carquois
, ce jour où l'Amour
ſe plut à joüer tant de
tours malins à mille beautés
que la fplendeur de ce
Spectacle avoit attiré dans
ces lieux , fut enfin le jour
qui avança le dénoüement
du fecond du ſecond hymen de Pelagie.
Un des ſeigneurs que le
Roy Caſimir avoit amenéz
avec luy , avoit malheureuſement
veu cette belle veuve
, un mois avant de ſedéterminer
à imiter le zele &
la pieté de ſon maiſtre , elle
46 MERCURE
avoit paru à ſes yeux ornée
de tant d'agrements , ou
plutoſt ſi parfaite , que la
veuë de ſes charmes luy fit
d'abord faire le voeu de n'en
plusfaire que pour elle; mais
c'eſt un conte de prétendre
qu'il ſuffiſe d'aimer pour ef
tre aimé ; rien n'eſt plus
faux que cette maxime , &
je ſouſtiens qu'on eſt ſouvent
traité fort mal en amour
, à moins qu'une heureuſe
influence n'eſtabliſſe
des diſpoſitions reciproques.
C'eſt en vain que l'amouGALANT.
47
reux Polonois brufle pour
Pelagie , ſon eſtoille n'eft
point dans ſes interefts , elle
regarde cette flame auffi
indifféremment , qu'un feu
que d'autres auroient allumé
, & quoy qu'elle voye
tous les jours ce nouvel
eſclave l'étourdir du récit
de ſa tendreſſe , ſon coeur
ſe fait ſi peu d'honneur de
cette conquefte , qu'il femble
qu'elle ignore qu'il y
ait des Polonois au monde
.
Mais l'eſprit de l'homme
prend quelquefois des ſen48
MERCURE
timents ſi audacieux quand
il aime , que la violence
de ſa paſſion & le defefpoir
de n'eſtre point écouté
, le portent ſouvent juſqu'à
l'inſolence. D'autresfois
nos titres& noſtre rang
nous aveuglent , & nous
nous perfuadons qu'on eſt
obligé de faire , du moins
en faveur de noſtre nom
ce que nous ne meritons
,
pas qu'on faſſe pour l'amour
de nous.
Le Polonois jure , tempeſte
, & s'impatiente contre
les rigueurs de ſa Maîtreffe,
GALANT .
49
treſſe , à qui ce procedé
paroiſt ſi nouveau , qu'elle
le fait tranquillement remercier
de ſes viſites . La
rage auffi toſt s'empare de
ſon coeur , il n'eſt point de
réſolution violente qui ne
lui paroiſſe légitime , l'inſenſible
Pelagie eft injufte
de n'eſtre pas tendre pour
lui , ſa dureté la rend indigne
de ſon amour , mais
fon amour irrité doit au
moins la punir de ſa rigueur
, & quoy qu'il en
couſte à l'honneur , l'éxécution
des plus criminels
May 1714. E
10 MERCURE
projets n'est qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de ſe
vanger d'une ingratte qui
ne peut nous aimer.
Ce malheureux Amant
ſcut que ſon inhumaine
devoit se trouver à la feſte
de Verſailles, avec une Dame
de ſes amies , & un de
ſes Rivaux , dont le mérite
luy avoit d'abord fait apprehender
la concurrence ,
mais qu'il croyoit trop foible
alors pour pouvoir déconcerter
ſes deſſeins . Il
prit ainſi ſes meſures avec
des gens que ſes promeſſes
GALANT.
SI
&ſes préſents engagérent
dans ſes intereſts , & il ré.
ſolut , aſſeuré de leur courage
& de leur prudence ,
d'enlever Pelagie , pendant
que le déſordre & la confuſionde
la find'une ſi grande
feſte , lui en fourniroient
encore les moyens..
Le Carroffe & les relais
qui devoient ſervir à cet
enlevement , eſtoient déja
ſi bien diſpoſés , qu'il ne
manquoit plus que le moment
heureux de s'empa
rer de l'objet de toute cette
entrepriſe ; lorſque Pelagie
1
E ij
52
MERCURE
laſſe & accablée du ſommeilque
lui avoient dérobé
ces brillantes nuits , entra ,
avec ſon amie , dans un
fombre boſquet , où la fraîcheur
& le hazard avoient
inſenſiblement conduit ſes
pasi elle y furà peine aſſiſe,
qu'elle s'y endormit
Laiffons la pour un inftant,
dans le fein du repos
dont on va bien toſt l'arracher.
- L'occaſion est trop belle
pour n'en pas profiter ; mais
le Polonois a beſoin de tout
fon monde , pour en fortir
GALANT.
53
a ſon honneur , & il commence
à trouver tant de
difficultez , à exécuter un ſi
grand deſſein dans le Palais
d'un ſi grand Roy , qu'il
s'imagine , aveuglé de ſon
déſeſpoir & de ſon amour ,
qu'il n'y a qu'une diligence
infinie , qui puiffe réparer
le déffaut de ſes précautions.
Il court pour raffem
bler ſes confidents ; mais la
vûë de ſon Rival qui ſe préſente
à ſes yeux , fait à l'inſtant
avorter tous ſes pro
jets. Où courez- vous, Monſieur
, luy dit- il , que vous
E iij
54 MERCURE
,
importe , répond l'autre ?
rendez graces , répond le
Cavalier François au refpect
que je dois aux lieux
cù nous ſommes fans
cette conſidération je
vous aurois déja puni , &
de voſtre audace , & de
l'inſolence de vos deſſeins.
Il te fied bien de m'inſulter
icy luy dit le Polonois ; je
te le pardonne : mais ſuy
moy ? & je ne tarderay pas
à t'apprendre à me reſpecter
moi- meſme , autant que
les lieux dont tu parles . Je
conſens , luy répondit le
4
GALANT .
SS
François , à te ſuivre où tu
voudras ; mais j'ay mainte
nant quelques affaires qui
font encore plus preſſées
que les tiennes: tu peux cependant
diſpoſer du rendez
vous , où je ne le feray pas
long-temps attendre.
Le bruit de ces deux
hommes éveille pluſieurs
perſonnes qui dormoient
ſur le gazon ; on s'aſſemble
autour d'eux , ils ſe taiſent
&enfin ils ſe ſéparent,
Ainfi le Polonois ſe retire
avec ſa courte honte ,
pendant que le François
E iii
56 MERCURE
cherche de tous cotez , les
Dames qu'il a perduës :
mais cette querelle s'eſtoit
paſſée ſi prés d'elles , que le
mouvement qu'elle cauſa ,
les reveilla , comme ceux
qui en avoient entendu la
fin ; elles fortirent de leur
boſquet qu'elles trouverent
desja environné de
gens qui compoſoient &
débitoient à leur mode les
circonstances decette avanture
, ſur l'idée que pouvoit
leur en avoir donné le peu
de mots qu'ils venoient
d'entendre , lorſqu'enfin il
GALANT.
$7
les retrouva. Je prie les
Lecteurs de me diſpenſer
de le nommer , ſon nom ,
ſes armes & ſes enfans ſont
encore ſi connus en France,
que , quoy que je n'aye que
ſon éloge à faire , je ne ſçay
pas ſi les fiens approuveroient
qu'on le nommaſt.
Deux heures avant que
le Cavalier François rencontrât
le Polonois , Mon.
fieur le Duc de ... avoit
heureuſement trouvé une
lettre à fos pieds : le hazard
pluſtoſt que la curiofité
la luy avoit fait ramaf
58 MERCURE
fer , un moment avant qu'il
s'apperceut des foins extreſmes
que prenoient trois
hommes pour la chercher :
la curioſité luy fit alors un
motifd'intereſt de cet effet
du hazard ; il s'éloigna des
gens dont il avoit remarqué
l'inquiétude , il ſe tira de la
foule , & dans un lieu plus
fombre & plus écarté , il
lut enfin cette lettre , qui
eſtoit , autant que je peux
m'en ſouvenir , conceuë ,
à peu prés , en ces termes.
Quelquesjustes mesures que
nous ayons priſes , quoy que mon
GALANT. رو
Carroffe & vos Cavaliers ne
foient qu'àcent pas d'icy , il n'y
aura pas d'apparence de réuffir
fi vous attendez que le retour
du jour nous ofte les moyens de
profiter du défordre de la nuit :
quelque claire que ſoit celle-cy ,
elle n'a qu'une lumiére empruntée
dont le ſoleil que j'apprenhende
plus que la mort
bien toſt diſſipper la clarté; ainfi
hatez vous de meſuivre , &ne
me perdez pas de veuë : je vais
déſoler Pelagie par ma préfen--
ce: dés qu'elle me verra , je ne
doutepas qu'elle ne cherche à me
fuir; mais je m'y prendray de
, va
60 MERCURE
façon ,que tous les pas qu'ells
fera , la conduiront dans nostre
embuscade.
La lecture de ce billet
eſtonna fort Mr le Duc ...
quiheureuſement connoiffoit
aſſez la belle veuve pour
s'intereffer parfaitement
dans tout ce qui la regardoit
; d'ailleurs le cavalier
françois qui eſtoit l'amant
declaré de la Dame , eſtoit
ſon amy particulier : ainſi il
priatout ce qu'il putraſſembler
de gens de ſa connoifſance
de l'aider à chercher
Pelagie avant qu'elle peuſt
GALANT. 61
eftre expoſée à courir les
moindres riſques d'une pareille
avanture. Il n'y avoit
pas de tempsà perdre , auſſi
n'en perd - il pas ; il fut par
tout où il creut la pouvoir
trouver , enfin aprés bien
des pas inutiles , il rencontra
ſon ami , qui ne venoit
de quitter ces deux Dames
que pour aller leur chercher
quelques rafraichif
ſements . Il est bien maintenant
queſtion de rafraif
chiſſements pour vos Dames
, luy dit le Duc , en luy
donnant la lettre qu'il ve
62 MERCURE
noit de lire , tenez , liſez, &
dites - moy ſi vous connoifſez
cette écriture , & à quoy
l'on peut à preſent vous eftre
utile. Monfieur le Duc ,
reprit le cavalier,je connois
le caractere du Comte Piof
Ki, c'eſt aſſeurement luy qui
aécrit ce billet ; mais il n'eſt
pas encore maiſtre de Pelagie
, que j'ay laiſſée avec
Madame Dormont à vingt
pas d'icy , entre les mains
d'un officier du Roy, qui eſt
mon amy , & qui , à leur
confideration , autant qu'à
la mienne , les a obligeamGALANT
. 63
ment placées dans un endroit
où elles ſont fort à leur
aife ; ainſi je ne crains rien
de ce coſté- là ; mais je voudrois
bien voir le Comte , &
l'équipage qu'il deſtine à
cet enlevement. Ne faites
point de folie icy , mon
amy , luy dit le Duc , aſſeurez
- vous ſeulement de quelques
perſonnes de voſtre
connoiſſance ſur qui vous
puiffiez compter : je vous
offre ces Meſſieurs que vous
voyez avec moy , raſſem.
blez- les autour de vos Dames
, & mettez - les ſage
64 MERCURE
ment à couvert des inſultes
de cet extravagant : fi je
n'avois pas quelques affaires
confiderables ailleurs ,
je ne vous quitterois que
certain du fuccez de vos
précautions.
Vi
LeDuc ſe retira alors vers
un boſquet où d'autres intereſts
l'appelloient,& laifſa
ainſi le cavalier françois
avec ſes amis ,à qui il montra
l'endroit où il avoit remis
ſa maiſtreſſe entre les
mains de l'officier qui s'eftoit
chargé du ſoin de la
placer commodément ; cependant
GALANT. 65
pendant il fut de ſon coſté
à la découverte de ſon ri.
val , qu'aprés bien des détours
, il rencontra enfin à
quatre pas du boſquet dont
jay parlé , &dont il ſe ſepara
comme je l'ay dit . Neanmoins
quelque ſatisfaction
qu'il ſentit du plaifir de retrouver
ſes Dames , il leur
demanda , aprés leur avoir
conté l'hiſtoire de ce qu'il
venoit de luy arriver , par
quel haſard elles ſe trouvoient
ſi loin du lieu où il
les avoit laiſſées. Apeine ,
luy dit Pelagie , nous vous
May 1714. F
66 MERCURE
avons perdu de veuë , que le
Comte Pioski eſt venu s'affeoir
à coſté de moy , aux
dépens d'un jeune homme
timide , que ſon air brufque
& fon étalage magnifique
ont engagé à luy ceder
la place qu'il occupoit.
Ses diſcours m'ont d'abord
fi cruellement ennuyée,que
mortellement fatiguée de
les entendre ,j'ay priéMadame
de me donner le bras,
pour m'aider à me tirer des
mains de cet imprudent ; le
monde , la foulle , & les
détours m'ont derobé la
GALANT. 67
connoiſſance des pas & des
efforts que fans doute il a
faits pour nous ſuivre , &
accablée de ſommeil &
d'ennuy, je me ſuis heureuſement
ſauvée dans ce bofquet
, ſans m'aviſer ſeulement
de fonger qu'il euſt
pû nous y voir entrer ; mais
quelque peril que j'aye couru
, je ſuis bien aiſe que fon
inſolence n'ait pas plus éclaté
contre vous , que fes
deſſeins contre moy , & je
vous demande en grace de
prévenir ſagement , & par
les voyesde ladouceur,tou-
tes les ſuites facheuſes que
ſon deſeſpoir & voſtre demeſlé
pourroient avoir. Il
n'y a plus maintenant rien
à craindre , il fait grand
jour , le chemin de Verſailles
à Paris eſt plein de monde
, & vous avez icy un
grand nombre de vos amis ,
ainſi nous pouvons retourner
à la ville fans danger.
Le cavalier promit à la
belle Pelagie de luy tenir
tout ce qu'elle voulut exiger
de ſes promeſſes , & fes
conditions acceptées , illamena
juſqu'à fon carroffe,
GALANT
69
où il prit ſa place , pendant
que quatre de ſes amis ſe
diſpoſerent à le ſuivre dans
le leur.
1
Il n'eut pas plutoſt remis
les Dames chez elles , &
quitté ſes amis , qu'en entrant
chez luy , un gentila
homme luy fie preſent du
billet que voicy.
Les plus heureux Amants
ceſſeroient de l'estre autant qu'ils
ſe l'imaginent , s'ils ne rencon
troient jamais d'obstacle à leur
bonheur je m'intereſſe affez au
voſtre , pour vousyfaire trouver
des difficultez qui ne vous
70
MERCURE
establiront une felicitéparfaite,
qu'aux prix de tout lefangde
Pioski. Le Gentilhomme que
je vous envoye vous expliquera
le reſte de mes intentions.
naypas
Affoyez-vous donc, Monſieur
, luy dit froidement le
cavalier françois ,& prenez
la peine de m'apprendre les
intentions de Monfieur le
Comte Pioski . Je n'ay
beſoin de ſiege , Monfieur ,
luy répondit ſur le meſme
ton , le gentilhomme Polonois
, & je n'ay que deux
mots à vous dire. Vous eſtes
l'heureux rival de Monfieur
GALANT.
le Comte qui n'eſt pas encore
accouſtumé à de telles
préferences , il eſt ſi jaloux
qu'il veut vous tuer , & que
je le veux auſſi , il vous attend
maintenant derriere
l'Obſervatoire ; ainſi prenez
, s'il vous plaiſt , un ſecond
comme moy , qui ait
aſſez de vigueur pour m'amuſer
, pendant que vous
aurez l'honneur de vous és
ggoorrggeerreennſſeemmbbllee.
Je ne ſçay ſi le françois ſe
ſouvint, ou ne ſe ſouvint pas
alors de tout ce qu'il avoit
promis à ſa maiſtreſſe , mais
72 MERCURE
voicy à bon compte lecas
qu'il en fit.
Il appella ſon valet de
chambre , qui estoit un
grand garçon de bonne vo
lonté , il luy demanda s'il
vouloit eſtre de la partie ,
ce qu'il accepta en riant,
Aufſi - toft il dit au gentilhomme,
Monfieur leComte
eſt genereux , vous eſtes
brave, voicy voſtre homme,
& je ſuis le ſien Mais Monfieur
eft- il noble , reprit le
gentilhomme. Le valet de
chambre , Eſpagnol de nation,
piqué de cette demande
GALANT .
73
de, luy répondit fierement
ſur le champ , & en ſon langage
, avec une ſaillie romaneſque
, Quienes tu hombre
? voto a San Juan. Viejo
Chriftiano estoy , hombre blanco
,y noble como el Rey Ce que
ſon maiſtre naiſtre expliqua au Polonois
en ces termes . Il
vous demande qui vous eftes
vous mesme , & il vous
jure qu'il eſt vieux Chreftien
,homme blanc , & noble
comme le Roy. Soit ,
reprit le gentilhomme,marchons.
Ces trois braves furent
ainſi grand train au
May 1714. G
74 MERCURE
rendez vous , où ils trouverent
le Comte qui commençoit
à s'ennuyer. Aprés
le falut accouſtumé , ils mirent
tous quatre l'épée àla
main. Pioski fit en vain des
merveilles , il avoit desja
perdu beaucoup de fang ,
lang,
lorſqu'heureuſement ſon épée
ſe caſſa; le gentilhomme
fut le plus maltraité,l'Ef
pagnol ſe battit comme un
lion ,& le combat finit.
Cependant le Comte
Pioski, qui , à ces violences
prés , eftoit entout un
homme fort raiſonnable ,
GALANT. 75
eut tant de regret des extravagances
que cette derniere
paffion venoit de luy
faire faire , que la pieté étouffant
dans ſon coeur tous
les interêts du monde , il
fut s'enfermer pour le reſte
de ſa vie dans la retraitte
la plus fameuſe qui ſoit en
France , & la plus connuë
par l'auſterité de ſes maximes.
Le Cavalier françois
foupira encore quelques
temps , & enfin il devint
l'heureux & digne Epoux
d'une des plus charmantes
femmes du monde.
Gij
76 MERCURE
4
Les mariages font une fi
grande époque dans les
hiſtoires , que c'eſt ordinairement
l'endroit par où
tous les Romans finiſſent ;
mais il n'en eſt pas de meſme
icy , & il ſemble juftement
qu'ils ne ſervent à
Madame Belzeſca que de
degrés à la fortune , où ſon
bonheur & ſes vertus l'ont
amenée . Tout ce qui luy
arrive dans un engagement
qui établit communément
, ou qui doit du
moins establir pour les autres
femmes , une ſigrande
GALANT. 77
tranquilité , qu'on diroit
que l'hymen n'eſt propre ,
qu'à faire oublier juſqu'à
leur nom , eſt au contraire
pour celle cy , la baze de
ſes avantures. L'eſtalage de
ſes charmes , & le bruit de
ſabeauté ne ſont point enſevelis
dans les embraffemens
d'un eſpoux : heureuſe
maiſtreſſe d'un mary
tendre & complaiſant , &
moins eſpouſe qu'amante
infiniment aimée , comme
ſi tous les incidens du monde
ne ſe raſſembloient que
pour contribuer à luy faire
Gij
78 MERCURE
des jours heureux , innocement
& naturellement
attachée à ſes devoirs , l'amour
enchainé , à ſa fuite
ne prend pour ferrer tous
les noeuds qui l'uniſſent à
ſon eſpoux , que les formes
les plus aimables , & les
douceurs du mariage ne ſe
maſquent point pour elle
ſous les traits d'un mary.
Enfin elle joüit pendant
neuf ou dix ans , au milieu
du monde , & de ſes adorateurs
, du repos le plus
doux que l'amour ait jamais
accordé aux plus heureux
GALAN 79
Amants ; mais la mort jalouſe
de ſa fecilité luy ra
vit impitoyablement le plus
cher objet de ſa tendreſſe:
que de cris ! que de ge.
miſſements ! que de larmes
! cependant tant de
mains ſe préſentent pour
efluyer ſes pleurs , que , le
temps ,la raiſon , & la néceſſité,
aprés avoir multiplié
ſes reflexions
nent enfin au ſecours de ſa
,
viendouleur
; mais il ne luy reſte
d'un eſpoux fi regretté ,
qu'une aimable fille , que la
mort la menace encore de
(
G iiij
80 MERCURE
luy ravir , ſur le tombeaude
fon pere. Que de nouvel.
les allarmes ! que de mortelles
frayeurs ? elle tombe
dans un eſtat de langueur
qui fait preſque deſeſperer
de ſa vie. Il n'eſt point de
ſaints qu'on n'invoque ,
point de voeux qu'on ne faf
ſe, elle en fait elle-meſme
pour fon enfant , & promet
enfin de porter un tableau
magnifique à Noftre-
Dame de Lorette ſi ſa
fille en réchappe. A l'inftant,
ſoit qu'un ſuccés favo
rable recompenfat ſon zele
GALANT. 81
&fa piete , ou qu'il fur
temps que les remedes operaſſent
à la fin plus effica
cement qu'ils n'avoient fait
encore , ſa maladie diminua
preſque à veuë d'oeil ,
en tros jours l'enfant fut
hors de danger , & au bout
de neufentierement guery.
Elle reſtaencore , en attendant
le retour du printemps
, prés de fix mois à
Paris , pendant lesquels elle
s'arrangea pour l'execution
de ſon voeu. Ce temps expiré
, accompagnée de ſon
fils & de ſa fille , d'une Da82
1 MERCURE
me de ſes amis , de deux
femmes de chambre , de
deux Cavaliers , & de quatre
valets , elle prit la route de
Lyon , d'où aprés avoir
paffé Grenoble , le mont
du l'An, Briançon , le mont
Geneve & Suze , elle ſe rendit
à Turin , où elle ſéjourna
trois ſemaines avec ſa
compagnie qui ſe déffit
comme elle de tout ſon équipage,
dans cette Ville,
pour s'embarquer ſur le Po.
Elle vit en paſſant les Villes
de Cazal du Montferrat
,
d'Alexandrie , le Texin qui
GALANT. 83
1
,
paſſe à Pavie , Plaiſance ,
+ Cremone , Ferrare , & enfin
elle entra de nuit à Venife
avec la marée. Elle
deſcendit à une Auberge
moitié Allemande , &moitié
Françoiſe , & dont
l'enſeigne d'un coſté , ſur
le grand Canal , reprefente
les armes de France , &
de l'autre , fur la Place de
ES. Marc , les armes de l'Empire.
Elle reçut le lende
main à ſa toilette , comme
cela ſe pratique ordinairement
à Veniſe , avec tous
les Estrangers confidera
,
S
१
84 MERCURE
,
bles , des compliments en
proſe & en vers imprimez
à ſa loüange , fon amie
& les Cavaliers de ſa compagnie
en eurent auſſi leur
part. Ces galanteries couftent
communément , & au
moins quelques Ducats à
ceux à qui on les fait. Le
ſecond jour elle fut avec
tout fon monde ſaluer Mr
l'Ambaſſadeur qui fut
d'autant plus charmé du
plaifir de voir une ſi aimable
femme , que , quoy que
Venife ſoit une Ville , où
lesbeautez ne ſont pas car
,
GALANT. 85
Π
S
res , il n'y en avoit pas encore
vû une , faite comme
- celle dont il recevoit la viſite.
La bonne chere , les,
Spectacles , les promena-
✓ des ſur la mer& ſur la coſte,
avec le Jeu, furent les plaifirs
dont il la regala , pen-
↓ dant les quinzejours qu'elle
y reſta. Il luy fitvoir dans ſa
Gondole , la pompeuſeCeremonie
du Bucentaure qui
ſe celebre tous les ans dans
cette Ville le jour de l'Afcenfion
, avec toute la magnificence
imaginable.
Je nedoute pas que bien
3
86 MERCURE
des gens neſcachent à peu
prés ce que c'eſt que cette
feſte; mais j'auray occafion
dans une autre hiſtoire d'en
faire une deſcription meſlée
de circonstances ſi agreables
que la varieté des évenemensque
je raconteray,
pourra intereſſer mes lecteurs
au recit d'une ceremonie
dont il ignore peuteſtre
les détails.
Enfin noſtre belle veuve
prit congé de Mr l'Ambaffadeur
, & le lendemain elle
s'embarqua ſur un petit baſtiment
, qui en trois jours
GALANT. 87
لا
}}
la rendit à Lorette , où elle
accomplit avec beaucoup
de zele & de religion , le
voeu qu'elle avoit fait à Pa-
1ris. Après avoir pieuſement
fatisfait à ce devoir indifpenſable
, dégouſtée des perils
, & ennuyée des fatigues
de la mer , elle refolut
de traverſer toute l'Italie
par terre , avant de retourner
en France .
!
Il n'y avoit pas fi loin de
Lorette à Rome pour n'y
pas faire untour,& je croy
a que pour tous les voyageurs,
cinquante lieuës plus ou
88 MERCURE
moins , ne ſont qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de
voir cette capitale du mõde.
- Il faiſoit alors ſi chaud ,
qu'il eſtoit fort difficile de
faire beaucoup de chemin
par jour ; mais lorſqu'on eſt
en bonne compagnie , &
de belle humeur , rien n'ennuye
moins que les ſéjours
charmants qu'ontrouve en
Italie.
Je ne prétens pas en faire
icy un brillant tableau,pour
enchanter mes lecteurs de
la beauté de ce climat ; tant
de voyageurs en ont parlé ;
Miffon
GALANT. 89
1
Miſſon l'a ſi bien épluché,
&cette terre eſt ſi fertile
en avantures , que les hiftoires
galantes que j'en raconteray
dorenavant ſuffiront
pour inſtruire d'une
maniere peut- eftre plus agreable
que celle dont ſe
ſont ſervis les écrivains qui
en ont fait d'amples relations
, ceux qui ſe conten
teront du Mercure pour
connoiſtre aſſez particuliement
les moeurs & le plan
de ce pays . Ainſi je renonceray
pour aujourd'huy au
détail des lieux que noftre
May 1714.
H
90 MERCURE
belle veuve vit , avant d'entrer
à Rome , parce que non
ſeulement il ne luy arriva
rien fur cette route qui puifſe
rendre intereſſants les cir
conſtances de ce voyage ,
mais encore parce que je ne
veux pas faire le geographe
malà propos . Le Capitole ,
le Vatican , le Chaſteau S.
Ange , le Colizée , la Place
dEſpagne, la Place Navonne
, l'Eglife S. Pierre , le
Pantheon , les Vignes , &
enfin tous les monuments
des Anciens , & les magnifiques
ouvrages des Moder
GALANT. 91
nes,dont cette ville eſt enrichie,
n'étalérent à ſes yeux
que ce que les voyageurs
lesplus indifferents peuvent
avoirveu comme elle ; mais
lorſque jetraitteray, comme
je l'ay dit,des incidens amufants
& raifonnables que
j'ay , pour y promener mes
lecteurs , j'eſpere que leur
curioſité ſatisfaite alors , les
dédommagera fuffifamment
de la remiſe & des
frais de leur voyage...
La conduite que tint à
Rome cette charmante veuve
, fut tres eſloignée de cel- :
Hij
92 MERCURE
le que nos Dames françoi
ſes y tiennent , lorſqu'avec
des graces moindres que les
fiennes , elles ſe promettent
d'y faire valoir juſqu'à leur
plus indifferent coup d'oeil.
Celle cy parcourut les Egliſes
,les Palais , les Places
& les Vignes en femme qui
ne veut plus d'avantures ;
mais elle comptoit fans for
hoſte, & l'amourn'avoit pas
figné le traité de l'arrangement
qu'elle s'eſtoit fait.
Ungentilhomme Italien
dela ſuite de l'Ambaſſadeur
de l'Empereur , qui avoir
GALANT. 93
veu par hafard une fois à la
Vigne Farneze , le viſage
admirable de noftre belle
veuve , fur ſi ſurpris de l'é
elat de tant de charmes ,
qu'il reſtacomme immobi
le , uniquement occupé dư
foin de la regarder. Elle
s'apperceut auffi- toft de fon
eſtonnement ; mais dans
Finſtant ſon voile qu'elle
laiſſa tomber, luy déroba la
veuë de cet objet de fon admiration.
L'Italien , loin de
fe rebuter de cet inconvenient
, réſolut de l'exami
ner juſqu'à ce qu'il ſceuſt ſa
94 MERCURE
ruë , fa demeure , ſon pays ,
fes deſſeins , & fon nom.
Dés qu'il ſe fut ſuffiſamment
inſtruit de tout ce
qu'il voulut apprendre ;
aprés avoir paffé& repaffé
cent fois devant ſa maiſon ,
ſans qu'on payaſt ſes ſoins
de la moindre courtoiſie,&
pleinement convaincu qu'il
n'y avoit auprés de cette
belle veuve , nulle bonne
fortune à eſperer pour luy ,
il conclut qu'il pouvoit regaler
Monfieur l'Ambaſſadeur
du merite de ſa découverte.
A
GALANT.951
En effet un jour que l'Ambaſſadeur
de Pologne difnoit
chez ſon maiſtre , voyant
vers la fin du repas,que
la compagnie entroit en
belle humeur , & que la
- converſation rouloit de
bonne grace ſur le chapitre
- des femmes ; Meſſieurs , dit-
- il , quelques ſentimens
qu'elles vous ayent fait
prendre pour elles , je ſuis
ſeur , que ſans vous embar-
-raſſer de vouloir connoiſtre
leurs coeurs plutoſt que
leurs perſonnes,vous renonceriez
à toutes les précau
96 MERCURE
tions du monde , ſi vous
aviez vû , une ſeule fois ,
une Dame que je n'ay vûë
qu'un inſtant. Je me promenois
, ily a quinze jours
àla Vigne Farneze , elle s'y
promenoit auſſi ; mais je
vous avoue que je fus ſaiſi
d'étonnement,en la voyant,
& que je luy trouvay cant
de charmes , un ſi grand
air ,& un ſi beau viſage
que je jurerois volontiers ,
quoy que cette Ville fourmille
en beautés , qu'il n'y
a rienà Rome qui ſoit beau
comme elle. Ces Miniſtres
1
Eſtrangers
GALANT. 97
5
Eſtrangers s'échaufférent
ſur le recit du Gentilhomme
Italien , celuy de Pologne
ſur tout , ſentitun mou.
vement de curioſité fi
prompt , qu'il luy demanda
d'un air empreſſé , s'il n'a
voit pas eſté tenté de ſur
vre une ſibelle femme ,&
s'il ne sçavoit pas où elle
demeuroit. Ouy, Monfieur,
luy répondit- il , je ſçay ſon
nom , ſa demeure & les
motifs de ſon voyage à
Rome, mais je n'en ſuis
pas plus avancé pour cela ,
&je croy au contraire que
May 1714.
I
98 MERCURE
mes empreſſements l'ont
tellement inquiétée, qu'elle
ne paroiſt plus aux Eglifes ,
ny aux promenades , de
puis qu'elle s'eſt apperçuë
du ſoin que je prenois d'éxaminer
ſes démarches .
Voila une fiere beauté , dit
l'Ambafladeur de l'Empereur
, & addreſſant la parole
en riant à celuy de Pologne
, Monfieur , continuast-
il , n'ayons pas le démentide
cette découverte ,
& connoiffons à quelque
prix que ce ſoit , cette belle THEQUE DEL
BIBLI
< YON
EVILL
1893*
J'y confens reTHEQUE
DA
5,
20
LY
GALANTE
18
E
VILL
prit l'autre , férieuſent
& je ſuis fort trompé fi
dans peu de jours , je ne
vous en dis des nouvelles.
Ils auroient volontiers
bû desja à la ſanté de l'inconnue
, ſi , une Eminence
qu'on venoit d'annoncer ,
ne les avoit pas arrachez de
la table , où le vin & l'amour
commençoient
à les 0
mettre en train de dire de
de
belles choses .
e Le Gentilhomme qui
ue avoit ſi à propos mis la belle
Veuve ſur le tapis , fut au
devant du Cardinal , que
I ij
100 MERCURE
fon Maiſtre fut recevoir
juſqu'au pprreemmiieerr degré de
fon Eſcalier , & en meſme
tems il reconduifit l'Ambas
ſadeur de Pologne juſqu'à
fon Carrofle. Ce Miniſtrele
questionnaſi bien , chemin
faiſant , qu'il retourna chez
luy , parfaitement inftruit
de tout ce qu'il vouloit ſcavor.
Des qu'il fut à fon
Appartement , il appella un
Valet de chambre , à qui il
avoit ſouvent fait de pareilles
confidences & aprés
luy avoir avoüé qu'il eſtoit
desja , fur un ſimple recit ,
GALANT. 101
1
:
1
éperduëment amoureux
d'un objet qu'il n'avoit jamais
vû , il luy demanda
s'il croyoit pouvoir l'aider
de ſes conſeils de fon zele
& de ſa difcretion , dans
Tembarras où il ſe trouvoit.
Je feray , luy dit le Valet
de chambre tout ce
qu'il vous plaira ; mma.is puifque
vous me permettez de
vous donner des confeils ,
je vous avoüeray franche-
FL
د
ment , que je pennſiee que
le
portrait que vous me faites,
de la conduitte ſage & retirée
que tient la perſonne
Inj 1
102 MERCURE
dont vous me parlez , eft
fouvent le voile dont Te
fervent les plus grandes
avanturieres , pour attrapper
de meilleures dupes. Ta
pénétration eſt inutile icy ,
luy répondit l'Ambaffadeur
: tu ſçais desja ſon nom
& ſa maiſon , informe toy
ſeulement fi ce qu'on m'en
adit eft véritable ; nous
verrons aprés cela le parti
que nous aurons à prendre .
Le Confident ſe met en
campagne , il louë une
chambre dans le voiſinage
de la belle Veuveil fait
>
GALANT. 103
1
1
0
e
it
connoiſſance avec un de ſes
domeſtiques , qui le met
en liaiſon avec la femme
de chambre de la Dame
qu'il veut connoiſtre : enfin
il la voit , & il apprend
qu'elle va tous les jours à
la meſſe , entre ſept & huit
heures du matin , à l'Eglife
de ſainte Cecile. Il avertit
auffi toſt ſon Maiſtre de
tout ce qui ſe paſſe ; ce Miniſtre
ne manque point de
ſe rendre ſans ſuite à cette
Eglife , & de ſe placer auprés
de cette beauté qui n'a
garde de ſe meffier à pareil
I iiij
104 MERCURE
le heure , ni de fes char
mes , ni des ſoins , ni de la
dévotion du perſonnage
quiles adore. לכ
Cependant l'allarme fonne
,& le Valet de chambre
apprend avec bien de la
douleur , que la Damedont
ſon Maiſtre eſt épris , commence
à s'ennuyer à Rome,
&qu'enfin incertaine ſi elle
retournera en France par
Genes,où ſi elle repaſſerales
Alpes, elle veutabſolument
eſtre hors de l'Italie , avant
le retour de la mauvaiſe
faifon. A l'inſtant l'AmbafGALANT.
1ος
t
!
es
16
10
le
f
1
Tadeur informé , & defefperé
de cette nouvelles ſe
détermine à luy eſcrire en
tremblant , la lettre que
voicy.
N'eſtes vous venue àRome,
Madame , que pour y violer
le droit des gens ; fi les franchiſes
les Privileges des
Ambaffadeurs font icy de vostre
Domaine , pourquoy vous dé-
Domaine
goustez - vous du plaisir d'en
joüir plus long-temps ? Fapprends
que vous avez réfolu de
partir dans buit jours. Ab! fi
rienne peut rompre ou differer
ce funeste voyage, rende-z moy
106 MERCURE
donc ma liberté que vos yeux
m'ont ravie , & au milieu de
la Capitale du monde. Ne me
laiſſez pas , en me fuyant,la
malheureuſe victime de l'amour
que vous m'avez donné. Permettez
moy bien pluſtoſt de vous
offrir en ces lieux tout ce qui
dépend de moy , & en reeevant
ma premiere visite , recevez en
mesme temps , si vous avez
quclques sentiments d'humanité,
la fortune , le coeur , & la
main de
BELZESKI.
Le Valet de Chambre
fut chargé du ſoin de luy
rendre cette lettre à elle
meſme au nom de ſon Maître
, d'examiner tous les
mouvemens de fon viſage ,
&de lui demander un mot
de réponſe.
La Dame fut aſſez
émeuë à la vûë de ce billet ,
cependant elle ſe remit aifément
de ce petit embarras
, & aprés avoir regardé
d'un air qui n'avoit rien
de déſobligeant , le porteur
de la lettre , qu'elle
avoit vûë vingt fois ſans reflexion
, elle luy dit , ce
108 MERCURE
?
tour eſt ſans doute de voſtre
façon Monfieur mais
Monfieur l'Ambaſſadeur
qui vous envoye , ne vous
en ſera guere plus obligé,
quoyque vous ne l'ayez pas
mal ſervi. Attendez icy un
moment, je vais paſſer dans
mon Cabinet , & vous en
voyer la réponſe que vous
me demandez pour luy :
Auſſi-toſt elle le quitta pour
aller efcrire ces mors. S
Fe ne sçay dequoy je ſuis
coupable à vos yeux, Monfieur,
mais je sçay bien que je ne re
ponds que par bienfeance à l'hon-
>
BAGALAN 109
0
neur que vous me faites ,
aux avantages que vous me proposez
: & je prévoy que la
viſite que vous me rendrez , si
vous voulez , vous fera auffi
peu utile qu'à moy , puisque
rien ne peut changer la réfolution
que j'ay priſe de repaffer
inceſſamment en France.
Le Polonnois éperduëment
amoureux ( car il y
avoit de la fatalité pour elle,
à eſtre aimée des gens de ce
pays ) le Polonnois , dis- je ,
donna à tous les termes de
ce billet , qu'il expliqua en
ſa faveur, un tourde confo110
MERCURE
lation que la Dame n'avoit
peut- eſtre pas eu l'intention
d'y mettre; d'ailleurs il eſtoit
parfaitementbien fait , tres
grand ſeigneur , fort riche ,
&magnifique entout. Les
hommes ſe connoiſſent , il
n'y a pas tantde mal à cela.
Celui- cy ſçavoit aſſez ſe
rendrejustice , mais heureuſement
il ne s'en faifoit pas
trop à croire , quoy qu'il
ſentit tous ſes avantages.....
Vers les * vingt& une ou
vingt- deux heures , il ſe ren-
**C'eſt en eſté à peu prés vers les fix heures
du ſoir,ſelon noftre façon de compter.
GALANT. III
コ
el
dit au logis de la belle veuve
, qu'il trouva dans undeshabillé
charmant & modeſte
, mille fois plusaimable
qu'elle ne luy avoit jamais
paru .
Que vous eſtes , Madame ,
luy dit- il , transporté du
plafir de la voir , au deſſus
des hommages que je vous
rends ; mais en verité je vais
eſtre le plus malheureux des
hommes , fi vous ne vous
rendez pas vous meſme aux
offres que je vous fais Nous
nenous connonfons n'y l'un
ny l'autre , Monfieur , luy
70%
112 MERCURE
11
répondit - elle , & vous me
propoſez d'abord des chofes
dont nous ne pourrions
peut eſtre que nous repentir
tousdeux, mais entrons , s'il
vousplaît,dansun plus grád
détail,& commençons par
examiner , i la majeſté de
voſtre caractere s'accorde
bien avec les ſaillies de cette
paffion ; d'ailleurs n'eſt il
pas ordinaire , & vrayſemblable
qu'un feu ſi prompt
às'allumer, n'en eſt que plus
prompt à s'éteindre. Enfin
ſupposé que je voulutſe encorem'engager
ſous les loix
de :
GALANT. 113
1
1
del'hymen, ſur quel fondement,
àmoins queje nem'a.
veuglaſſe de l'eſpoir de vos
promeſſes, pourrois- je compter
que vous me tiendrez
dans un certain tems ce que
vous me propoſez aujourd'huy
. Ah ! Madame , reprit
ilavecchaleur, donnez
aujourd huy voſtre confentement
à mon amour , &
demain je vous donne la
main. Par quelles loix voulez
vous authoriſer des maximes
de connoiſſance &
d'habitude , ſur des ſujers où
le coeur doit décider tout
114 MERCURE
,
ſeul ; n'y a t'il point dans le
monde des mouvements de
ſympathie pour vous , comme
pour nous , & quelle
bonne raiſon peut vous dif
penſerde faire pour nous
enun jour,la moitié du chemin
que vos charmes nous
font faire en un inſtant. Je
ſuis perfuadé que vous avez
trop d'eſprit, pour regarder
mal à propos ces chimeriques
précautions , comme
des principes de vertu , &
vous eſtes trop belle pour
douter un moment de la
conſtante ardeur des feux
GALANT 115
mt
&
רש
la
גנ
que vous allumez. Cependant
ſi vos ſcrupules s'effrayent
de la vivacité de ma
propoſition,je vous demande
du moins quinze jours
de grace , avant de vous
prier de vous déterminer en
ma faveur ; & j'eſpere ( fi
vos yeux n'ont point de peine
à s'accouſtumer à me
voir pendant le temps que
j'exige de voſtre complaiſance
) que les ſentiments
de voſtre coeur ne tarderont
pas à répondre aux tendres
& fidelles intentions du
mien. Ne me preſſez pas da
Kij
116 MERCURE
vantage à preſent , Monfieur
, luy dit elle,& laiſſez
à mes reflexions la liberté
d'examiner les circonſtancesde
voſtre propofition.
Cette réponſe finit une
conteftation qui alloit inſenſiblement
devenir tres.
intereſſante pour l'un &
pour l'autre.
Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe leva , & prit congé de la
belle veuve aprés avoir receu
d'elle la permiffion de
retourner la voir , lorſqu'il
le jugeroit à propos.
Ce miniſtre rentra chez
GALANT 117
-
luy , ravi d'avoir mis ſes affaires
en ſibon train , & le
lendemain au matin il écrivit
ce billet à cette Dame ,
dont il avoit abſolument refolu
la conqueſte.
Le temps que je vous ay don-
- né depuis hier , Madame , ne
fuffit-il pas pour vous tirer de
toutes vos incertitudes , s'il ne
ſuffit pas , je vais estre auffi indulgent
que vous estes aimable,
je veux bien pour vous efpargner
la peine de m'eſcrire vos
Sentiments , vous accorder, jufqu'à
ce soir , que j'iray appren
dre de vostre propre bouche , le
1
118 MERCURE
réſultat de vos reflexions.
Elles eſtoient desja faites
ces réflexions favorables à
T'heureux Polonois , & pendant
toute la nuit, cette belleveuve
n'avoit pû ſe refufer
la fatisfaction de convenir
en elle-meſme , qu'elle
meritoit bien le rang d'Ambaſſadrice.
Aufſfi luy fut-il
encore offert le meſme jour
avec des tranſports fi touchants&
fi vifs,qu'enfin elle
ne fit qu'une foible deffenſe
, avant de conſentir à la
propoſition de Mr l'Ambaffadeur.
En un mot toutes
GALANT. 119
!
les conventions faites & accordées
, entre elle & fon
amant,ſon voyage de France
fut rompu , & fon mariage
conclu , & celebré ſecretement
enquinze jours.
Legrandtheatredu monde
va maintenant eſtre le
champ où va paroiſtre dans
toute fon eſtenduë , l'excellence
du merite & du bon
efprit deMadame Belzeſca.
Elle reste encore preſque
inconnuë juſqu'à la declararion
de ſon hymen , qui
n'eſt pas plutoſt rendu public
, qu'elle ſe montre auſſi
120 MERCURE
4
éclairée dans les delicates
affaires de fon mary , que
fielle avoit toute la vie
eſte Ambaſſadrice,лэ тод
Les Miniſtres Eſtrangers,
les Prélats , les Eminences
tout rend hommage à fes
lumiéres. De concert aveo
fon Epoux , ſa pénerrap
tion abbrege , addoucit &
leve toutes les difficultez
de ſa commiffion : enfin
elle l'aide à ſortir de Rome
(ſous le bon plaifir de fon
Maſtre ) fatisfait & glorieux
du ſuccés de fonAm
baffade.altera teemal
هللا
GALANT. 121
Elle fut obligée pour le
bien de ſes affaires de repaſſer
en France avec ſon
mary : elle n'y ſéjourna que
trois ou quatre mois , de là
elle alla à Amſterdam , &
à la Haye , où elle s'embarqua
pour ſe rendre à Dant-
ZIK d'où elle fut à Varſovie
où elle jouit pendant
vingt-cinq ans , avec tous
les agréments imaginables,
de lagrande fortune , & de
la tendreſſe de ſon Epoux ,
qui fut enfin malheureufement
bleſſe à la Chaffe
d'un coup dont il mourut
May 1714.
L
127
MERCURE 122
quatreJours
Tavoir
apres la
Э
receu d'une façon toute
extraordinaire .
Rien n'eſt plus noble &
plus magnifique , que la
220
20
manière dont les Grands
Seigneurs vont à la Chaſſe
en Pologne. Ils menent ordinairement
avec eux , un
fi grand nombre deDomeftiques
, de Chevaux , & de
Chiens, que leur Equipage
reſſemble pluſtoſt à un gros
détachement de troupes reglées
, qu'à une compagnie
de gens aſſemblez , pour le
plaisir de faire la guerre à
GALANT. 123
+
20
وا
LEKCI }
des animaux. Cette précaution
me paroilt fort
raisonnable , & je trouve
qu'ils font parfaitement
bien de proportionner le
nombredes combatrants au
3
21091
nombre & à la fureur des
monſtres qu'ils attaquent.
Un jour enfin, Monfieur
Belzeſki , dans une de fes
redoutables Chaffes, fe laifſa
emporter par ſon cheval ,
à la pourſuite d'un des plus
fiers Sangliers qu'on cuſt
encore vû dans la Foreſt où
il chaſſoit alors. Le cheval
anime paſſa ſur le corps de
124 MERCURE
261
ce terrible animal , & s'abbatit
en meſme temps , à
quatre pas de luy. Monfieur
Belzeſki ſe dégagea, auflitoſt
adroitement des efriers
, avant que le Monf
tre l'attaquaft ; mais ils eftoient
trop prés l'un de Laura
tre & le Sanglier desia
bleffé trop furieux , pour ne
pas ſe meſurer
44
encore con-b
tre l'ennemi qui l'attendoit :
ainſi plein de rage , il voulut
ſe llaanncceerr fur luy , mais
dans le moment ſon ennemi
intrepide & prudent lui
abbattit la teſte d'un coup
GALANT.
1:5
ſi juſte , & fi vigoureux, que
fon fabre paffa entre le col
& le tronc de an
11
avec tant de viteſſe , que le
mouvement Violent avec
lequel il retira fon bras
entraîna fon 21911
corps , de ma
niere qu'un des pieds luy
manquant , il tomba à la
renverſe ; mais fi malheu
reuſement, qu'il alla ſe fen.
dre la tefte fur une pierfe
qui ſe trouva derriere luy.
Dans ce fatal inſtanttous
les autres Chaſſeurs arrivérent
, & emporterent en
pleurant , le Corps de leur
THAJAD
126 MERCURE
infortune maiſtre , qui vécu
encore quatre jours
qu'il employa à donner à
Madame Belzeſca les dernieres
& les plus fortes
preuves de ſon amour , if
la fiitt ſon heritiere univerſelle
, & enfin il mourut
adoré de ſa femme , & infiniment
regretté de tout
le monde.
il
Il y a plus de fix ans que
Madame Belzeſca pleure
ſa perte , malgré tous les
foins que les plus grands
Seigneurs , les Princes , &
mefme les Roys , ont pris
GALANT. 127
pour la conſoler. Enfin elle
eft depuis long-temps l'amie
inſéparable de Mada
infeparable
me la Palatine de ... elle a
maintenant foixante ans
paflez , & je puis affeurer
qu'elle est encore plus aimée
; & plus reſpectée ,
qu'elle ne le fut peut eftre
jamais , dans le plus grand
efclat de fa jeuneffe. On
parle meſme de la remarier
aun homme d'une fi grande
distinction
, que , ce
bruit , quelque fuite qu'il
ait eft toutccee qu'on en peut
dire de plus avantageux ,
Lin
128 MERCURE
pour faire un parfait éloge
de ſon mérite , & de fes
vertusaises
nouvelle .
LA peſte qui exerce
ſouvent de furieux ravages
dans lesPaïsduNord,
avoit déja détruit prés
d'un tiers de la belle Ville
de Varſovie , ceux de ſes
habitans qui avoient
quelque azile dans les
campagnes , l'abandonnoient
tous les jours ;
pluſieurs alloient à cent
GALANT. 13
lieuës&plus loin encore,
chercher à ſe preſerver
des perils de la conta
gion , lorſque la Palatine
de ... arriva à Dantzic
avec pluſieurs Dames de
confideration qui n'avoient
pas voulu quitter
Varſovie ſans elle.
Le Marquis de Canop
qui eſt un des plus dignes
& des plus honneftes
homes qu'on puiſſe voir,
& qui jouoit un tresgrand
rôle en Pologne ,
14 MERCURE
eſtoit alors à Dantzic ,
où il receut la Palatine
avec tous les honneurs &
toutes les feftes qu'on
puiſſe faire àune des plus
charmantes & des plus
grandes Princeſſes du
monde.drov mes
Des intereſts d'amour,
autant que la crainte de
la maladie , avoient dé
terminé pluſieurs Sei
gneurs Polonois à ſuivre
la Palatine & les Dames
qui l'accompagnoient :
GALANT.
ces Illuſtres captifs qui
n'avoient point abandon-
-néle Char de leur Maitreffe
pendant leur route ,
regarderent leur retraite
à Dantzic , comme l'azile
dumõde le plus favorable
à leurs foupirs. Mais parmi
tant de jeunes beautez
qui briguoient peuteſtre
encore plus d'hommages
qu'elles n'en recevoient
, rien n'eftoit plus
admirable , que le droit ,
qu'uneDame autant ref-
وت
16 MERCURE
pectable par la majeſté
de ſes traits , que par le
nombre de ſes années ,
ſembloit avoir ſur les
cooeurs de tous ceux qui
l'approchoient.
Il n'eſt pas eſtonnant
qu'à un certain âge , on
plaiſe à quelqu'un , mais
quelque beau retour
qu'on puiſſe avoir , il eſt
rare que dans un âge
avancé, on plaiſe à tout
le monde.
La Dame dont je parle,
&
GALANT. 17
&qui avoit cet avantage,
ſe nommoit alors Madame
Belzeſca , elle avoit
eü déja trois maris , &
au moins mille Amants,
elle s'eſtoit tousjours conduite
avec tant de difcretion
& d'innocence , que
les plus hardis & les plus
emportés de ſes adorateurs
n'avoient jamais ofé
donner la moindre atteinte
à ſa réputation : enfin à
quinze ans elle avoit ſou
ſe faire reſpecter comme
May1714. B
18 MERCURE
à ſoixante , & à foixante
paffées ſe faire aimer &
fervir comme à quinze.
Une femme de fa Province,
de fon âge , & qui
depuis fon premier mariage
l'a ſervie juſqu'à
préſent , m'a conté dix
fois fon hiſtoire , comme
je vais la raconter.
Voicy à peu prés ce
que jay retenu de fes
avantures.
Madame Belzeſca eft
originaire d'un Villagede
:
GALANT 12
!
Tourainne , fon Pere qui
eſtoit frere du Lieutenant
Generald'une des premieres
Villes de cette Province
, y poffedoit des biens
affez confiderables . Elle
reſta ſeule de 9. enfants
qu'eut ſa Mere , qui ne
l'aima jamais. Satendreſſe
pour un fils qu'elle avoit,
lorſqu'elle vint au monde;
en fit à ſon égard une
maraſtre ſi cruelle , que
l'oin d'accorder la moindre
indulgence aux ſentih
Bij
20 MERCURE
>
ments de la nature , quelques
efforts que fit fon
mary pour la rendre plus
humaine , elle ne voulut
jamais confentir à la voir.
Cette averſion s'eſtoit
fortifiée dans ſon coeur
ſur la prédiction d'un Berger
qui luy dit un jour ,
deſeſperé des mauvais
traittements dont elle
l'accabloit , qu'elle portoit
en fon fein un enfant
qui le vangeroitdesmaux
qu'elle luy faifoit. Cette
GALANT. 21
malheureuſe Prophetie
s'imprima ſi avant dans
ſon ame , que l'exceffive
haine qu'elle conceut
pour le fruit de cette couche
, fut l'unique cauſe
de la maladie dont elle
mourut. L'enfant qui en
vint , fut nommé Georgette
Pelagie le ſecond
jour de ſa naiſſance , &le
troifiéme emmenée dans
le fond d'un Village , où
la fecrette pieté de fon
Pere , &la charité de ſa
22. MERCURE
tendre nourrice l'elevérent
juſqu'à la mort de fa
mere , qui , eutà peine les
yeux fermés, qu'on ramena
ſa fille dans les lieux
où elle avoit receu le jour.
Pelagie avoit alors prés
de douze ans , &déja elle
eſtoit l'objet de la tendrefſe
de tous les habitans ,
&de tous les voiſins du
Hameau dont les foins
avoient contribué à la
mettre à couvert des rigueurs
d'une mere inhu
4
GALANT. 23
|
€
maine. Ses charmes naiffans,
avec mille graces naturelles
, ſa taille & fes
traits qui commençoient
à ſe former , promettoient
tant de merveilles aux
yeux de ceux qui la vor
yoient, que tous les lieux
d'alentour s'entretenoient
déja du bruit de ſa beauté.
Un eſprit tranquille ,
un temperament toûjours
égal , une grande attention
ſur ſes diſcours , &&&
une douceur parfaite
1
24 MERCURE
avoient preſque réparé
en elle le déffaut de l'éducation
, lorſque ſon Pere
réſolut de la conduire à
Tours.Quoyque l'air d'une
Ville de Province , &
celuy de la campagne ſe
reffemblent affés , elle ne
laiſſa pas de trouver là
d'honneſtes gens qui regarderent
les ſoins de l'inſtruire
comme les plus
raiſonnables foins du
monde. Mais il eſtoit
temps que le Dieu qui
fait
GALANT. 25
fait aimer commençaſt a
ſe meſler de ſes affaires ,
& que fon jeune coeur
apprit à ſe ſauver des pieges
& des perils de l'amour.
La tendreſſe que
ſes charmes inſpiroient
échauffoit tous les coeurs,
à meſure que l'art poliffoit
ſon eſprit , & fon
eſprit regloit ſes ſentimens
à meſure que la
flatterie eſſayoit de corrompre
ſes moeurs. Mais
c'eſt en vain que nous
May 1714.
,
C
26 MERCURE
prétendons nous arranger
fur les deſſeins de noſtre
vie , toutes nos précautions
ſont inutiles contre
les arreſts du deſtin .
Le Ciel refervoit de
trop beaux jours à l'heureuſe
Pelagie ſous les
loix de l'amour , pour
lui faire apprehender davantage
les écuëils de fon
empire. Cependant ce fut
une des plus amoureuſes
& des plus funeftes avantures
du monde qui déGALANT.
27
termina ſon coeur à la
tendreſſe.
Un jour ſe promenant
avec une de ſes amies ſur le
bord de la Loire , au pied
de la celebre Abbaye de
Marmoutier,elle apperceut
au milieu de l'eau un petit
batteaudécouvert , dans lequel
étoient deux femmes ,
un Abbé ,& le marinier qui
les conduiſoità Tours : mais
ſoit que ce bateau ne valuſt
rien ou que quelque malheureuſe
pierre en euſt écarté
les planches , en un moment
tout ce miferable é-
Cij
28. MERCURE
quipage fut enseveli ſous
les eaux. De l'autre coſté
de la riviere deux cavaliers
bien montez ſe jetterent à
l'inſtant à la nage pour ſecourir
ces infortunez ; mais
leur diligence ne leur ſervit
au peril de leur vie , qu'au
falut d'une de ces deux femmes
, que le moins troublé
de ces cavaliers avoit heureuſement
attrapée par les
cheveux , & qu'il conduifit
aux pieds de la tendre Pelagie
, qui fut fi effrayée de
cet affreux ſpectacle , qu'elle
eutpreſque autant beſoin
GALANT. 29
!
de ſecours , que celle qui
venoit d'eſtre ſauvée de cet
évident naufrage , où l'autre
femme & l'Abbé s'eftoient
desja noyez .
:
Le cavalier qui avoit eſté
le moins utile au falut de la
perſonne que ſon ami venoit
d'arracher des bras
de la mort , eſtoir cependant
l'amant aimé de la Dame
délivrée ; mais ſon amour
, fon trouble & fon
deſeſpoir avoient telle.
ment boulversé ſon imagination
, que bien loin de ſe
courir les autres , il ne s'en
C iij
30 MERCURE
fallut preſque rien qu'il ne
perift luy meſme: enfin fon
cheval impetueux le remit
malgré luy au bord d'où il
s'eſtoit précipité ; auffi- toft
il courut à toute bride, iltraverſa
la ville , & pafla les
ponts pour ſe rendre fur le
rivage , où ſa maiſtreſſe recevoit
toute forte de nouveaux
foulagements de Pelagie
, de ſa compagne , &
de ſon ami.
L'intrepidité du liberateur,
ſa prudence , ſes ſoins
& fa bonne mine pafferent
fur le champ pour des mer
GALANT. 31
veilles aux yeux de Pelagie,
De l'admiration d'une certaine
eſpece , il n'y a ordinairement
, ſans qu'on s'en
apperçoive , qu'un pas à
faire à l'amour , & l'amour
nous mene ſi loin naturellement
qu'il arrache bientoſt
tous les conſentements
de noſtre volonté. En vain
l'on ſe flatte d'avoir le tems
de reflechir , en vain l'on
veut eſſayer de ſoumettre
le coeur à la raiſon , l'eſprit
dans ces occafions eft tousjours
ſeduit par le coeur , on
regarde d'abord l'objet avec
C iiij
32 MERCURE
complaiſance.les préjugez
viennent auſſi toſt nous é
tourdir , & nous n'eſperons
ſouvent nous mieux deffendre
, que lorſque noſtre inclination
nous determine à
luytout ceder.
La tendre Pelagie eſtonnée
de ce qu'elle vient de
voir , n'ouvre ſes yeux embaraffés
, que pour jetter
des regards languiſſans
vers la petite maiſon , où
quelques Payſans aidés de
nos deux Cavaliers emportent
la Dame qui vient d'eftre
delivrée de la fureur
GALANT. 33
des flots. Elle n'enviſage
plus l'horreur du peril
qu'elle lui a vû courir ,
comme un ſpectacle ſi digne
de compaſſion , peu
s'en faut meſme qu'elle
n'envie ſon infortune.
Quoique ſes inquietudes
épouvantent ſon coeur , fes
intereſts ſe multiplient , à
meſure que cette troupe
s'éloigne d'elle . Elle croit
desja avoir démeflé que
ſon Cavalier ne ſoupire
point pour la Dame , ni la
Dame pour lui ; neanmoins
ſon eſprit s'en fait
34 MERCURE
une Rivale , elle aprehende
qu'un ſi grand ſervice
n'ait quelqu'autre motif
que la pure generofité , ou
pluſtoſt elle tremble qu'un
amour extreſme ne ſoit la
récompenſe d'un fi grand
ſervice. Cependant elle retourne
à la Ville , elle ſe
met au lit , où elle ſe tour.
mente , s'examine & s'afflige
, à force de raiſonner
fur certe avanture , dont
chacun parle à ſa mode
elle la raconte auffi tous
و
ceux qui veulent l'entendre
, mais elle s'embaraſſe
GALANT.
35
,
د tellement dans ſon récit
qu'il n'y a que l'indulgence
qu'on a pour ſon innocence
& ſa jeuneſſe , qui déguiſe
les circonſtances
qu'elle veut qu'on ignore.
Le Chevalier de Verſan
de ſon coſté ( C'eſt le
nom du Cavalier en qui
elle s'intereſſe , ) le Chevalier
de Verſan dis-je ,
n'eſt pas plus tranquille. La
belle Pelagie eſt tousjours
preſente à ſes yeux , enchanté
de ſes attraits , il va,
court , & revient , par tout
ſa bouche ne s'ouvre , que
36 MERCURE
,
,
pour vanter les appas de
Pelagie. Le bruit que cet
Amant impetueux fait de
fon amour frappe auflitoſt
ſes oreilles , elle s'applaudit
de ſa conqueſte
elle reçoit ſes viſites , écoute
ſes ſoupirs , répond à ſes
propoſitions , enfin elle
conſent , avec ſon Pere ,
que le flambeau de l'hymen
éclaire le triomphe de
fon Amant. Cette nouvelle
allarme , & deſeſpere
en vain tous ſes Rivaux. Il
eſt heureux déja. La fortune
elle-mefme pour le com
bler de graces vient atta
cher de nouveaux préſens
aux faveurs de l'amour. La
mort de ſon frere le fait
heritier de vingt mille livres
de rente. Le Chevalier
devient Marquis : nouvel
& précieux ornement
aux douceurs d'un tendre
mariage. Mais tout s'uſe
dans la vie , l'homme ſe
demaſque , la tendreſſe reciproque
s'épuiſe imper
ceptiblement , on languit ,
on ſe quitte , peut - eſtre
meſme on ſe hait , heureux
encore ſi l'on ne fouf
38 MERCURE
fre pas infiniment des caprices
de la déſunion Mais
Prices d la mort & l'amour ſe rangent
du parti de Madame
la Marquiſe de ... que ,
pour raiſon difcrette , je
nommerai Pelagie , juſqu'à
ce qu'elle foit Madame
Belzeſca.
Ainfi l'heureuſe Pelagie
aprés avoir goufté pendant
cinq ans toutes les douceurs
de l'hymen , ne ceſſe d'aimer
fon mary ( inconſtant
huit jours avant elle )
que fix ſemaines avant ſa
mort.
GALANT. 39
Un fils unique , ſeul &
cher gage de leur union ,la
rend àvingt ansheritiere &
dépofitaire des biensdu défunt.
Elle arrange exacte
ment toutes ſes affaires, elle
abandonne tranquillement
la province , & fe rend à
Paris avec fon fils .
De quel pays , Madame ,
luy dit- on,dés qu'on la voit,
nous apportez-vous tant de
beauté? dans quelle obſcure
contrée avez - vous eu le
courage d'enſevelir ju qu'a
preſent tant de charmes ?
que vous eſtes injuſte d'a
40 MERCURE
voir ſi long - temps honoré
de voſtre preſence des lieux
preſque inconnus , vous qui
eſtes encore trop belle pour
Paris . Cependant c'eſt le
ſeul endroit du monde qui
puiſſe prétendre à la gloire
de vous regarder comme la
Reine de ſes citoyennes.
Les ſpectacles , les aſſemblées,
les promenades , tout
retentit enfin des merveillesdela
belle veuve.
Le Roy Caſimir eſtoit
alors en France , pluſieurs
grands ſeigneurs avoient
ſuivi ce Prince juſqu'à la
porte
GALANT. 41
porte de ſa retraite.
Il n'y avoit point d'eſtranger
à Paris qui ne fuſt curieux
d'apprendre noſtre
langue qui commençoit à
ſe répandre dans toutes les
cours de l'Europe , & il n'y
enavoit aucun qui ne ſceuſt
parfaitement que la connoiſſance
& le commerce
des Dames font l'art, le merite
, & le profit de cette
eftude.
Un charmant voiſinage
eſt ſouvent le premier prétexte
des liaiſons que l'on
forme.
May 1714. D
MERCURE
Pelagie avoit ſa maiſon
dans le fauxbourg S. Germain
: ce quartier eſt l'azile
le plus ordinaire de tous les
eſtrangers , que leurs affaires
ou leur curioſité attirent
à Paris .
,
La Veuve dont il eſt
queſtion eſtoit fi belle
que ſa Maiſon eſtoit tous
les jours remplie des plus
honneſtes gens de la Ville ,
& environnée de ceux qui
n'avoient chez elle ni
,
droit , ni prétexte de viſite.
Enfin on croyoit en la
voyant , que , Maiſtreſſe
GALANT. 43
!
abſoluë des mouvements
de ſon ame , elle regnoit
ſouverainement ſur l'amour
comme l'amour
qu'elle donnoit regnoit fur
tous les coeurs ; mais on ſe
trompoit , & peut- eſtre ſe
trompoit- elle elle - meſme.
Pelagie eſtoit une trop
belle conqueſte , pour n'eftre
pas bien toſt encore la
victime de l'amour.
La magnificence du plus
grand Roy du monde raviſſoit
alors les yeux des
mortels , par l'éclat & la
pompe des ſpectacles &
Dij
44 MERCURE
,
des feftes , dont rien n'avoit
jamais égalé la richefſe
& la majefté ; l'on accouroit
de toutes parts ,
pour eſtre témoins de l'excellence
de ſes plaifirs , &
chaque jour ſes peuples
eſtoient obligez d'admirer
dans le délafſſement de ſes
travaux , les merveilles de
fa grandeur.
Le dernier jour enfin
des trois deſtinés pour cette
fuperbe feſte de Verfailles,
dont la poſterité parlera
comme d'une feſte inimitable
, ce jour où l'Amour
GALANT. 45
vuida tant de fois fon Carquois
, ce jour où l'Amour
ſe plut à joüer tant de
tours malins à mille beautés
que la fplendeur de ce
Spectacle avoit attiré dans
ces lieux , fut enfin le jour
qui avança le dénoüement
du fecond du ſecond hymen de Pelagie.
Un des ſeigneurs que le
Roy Caſimir avoit amenéz
avec luy , avoit malheureuſement
veu cette belle veuve
, un mois avant de ſedéterminer
à imiter le zele &
la pieté de ſon maiſtre , elle
46 MERCURE
avoit paru à ſes yeux ornée
de tant d'agrements , ou
plutoſt ſi parfaite , que la
veuë de ſes charmes luy fit
d'abord faire le voeu de n'en
plusfaire que pour elle; mais
c'eſt un conte de prétendre
qu'il ſuffiſe d'aimer pour ef
tre aimé ; rien n'eſt plus
faux que cette maxime , &
je ſouſtiens qu'on eſt ſouvent
traité fort mal en amour
, à moins qu'une heureuſe
influence n'eſtabliſſe
des diſpoſitions reciproques.
C'eſt en vain que l'amouGALANT.
47
reux Polonois brufle pour
Pelagie , ſon eſtoille n'eft
point dans ſes interefts , elle
regarde cette flame auffi
indifféremment , qu'un feu
que d'autres auroient allumé
, & quoy qu'elle voye
tous les jours ce nouvel
eſclave l'étourdir du récit
de ſa tendreſſe , ſon coeur
ſe fait ſi peu d'honneur de
cette conquefte , qu'il femble
qu'elle ignore qu'il y
ait des Polonois au monde
.
Mais l'eſprit de l'homme
prend quelquefois des ſen48
MERCURE
timents ſi audacieux quand
il aime , que la violence
de ſa paſſion & le defefpoir
de n'eſtre point écouté
, le portent ſouvent juſqu'à
l'inſolence. D'autresfois
nos titres& noſtre rang
nous aveuglent , & nous
nous perfuadons qu'on eſt
obligé de faire , du moins
en faveur de noſtre nom
ce que nous ne meritons
,
pas qu'on faſſe pour l'amour
de nous.
Le Polonois jure , tempeſte
, & s'impatiente contre
les rigueurs de ſa Maîtreffe,
GALANT .
49
treſſe , à qui ce procedé
paroiſt ſi nouveau , qu'elle
le fait tranquillement remercier
de ſes viſites . La
rage auffi toſt s'empare de
ſon coeur , il n'eſt point de
réſolution violente qui ne
lui paroiſſe légitime , l'inſenſible
Pelagie eft injufte
de n'eſtre pas tendre pour
lui , ſa dureté la rend indigne
de ſon amour , mais
fon amour irrité doit au
moins la punir de ſa rigueur
, & quoy qu'il en
couſte à l'honneur , l'éxécution
des plus criminels
May 1714. E
10 MERCURE
projets n'est qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de ſe
vanger d'une ingratte qui
ne peut nous aimer.
Ce malheureux Amant
ſcut que ſon inhumaine
devoit se trouver à la feſte
de Verſailles, avec une Dame
de ſes amies , & un de
ſes Rivaux , dont le mérite
luy avoit d'abord fait apprehender
la concurrence ,
mais qu'il croyoit trop foible
alors pour pouvoir déconcerter
ſes deſſeins . Il
prit ainſi ſes meſures avec
des gens que ſes promeſſes
GALANT.
SI
&ſes préſents engagérent
dans ſes intereſts , & il ré.
ſolut , aſſeuré de leur courage
& de leur prudence ,
d'enlever Pelagie , pendant
que le déſordre & la confuſionde
la find'une ſi grande
feſte , lui en fourniroient
encore les moyens..
Le Carroffe & les relais
qui devoient ſervir à cet
enlevement , eſtoient déja
ſi bien diſpoſés , qu'il ne
manquoit plus que le moment
heureux de s'empa
rer de l'objet de toute cette
entrepriſe ; lorſque Pelagie
1
E ij
52
MERCURE
laſſe & accablée du ſommeilque
lui avoient dérobé
ces brillantes nuits , entra ,
avec ſon amie , dans un
fombre boſquet , où la fraîcheur
& le hazard avoient
inſenſiblement conduit ſes
pasi elle y furà peine aſſiſe,
qu'elle s'y endormit
Laiffons la pour un inftant,
dans le fein du repos
dont on va bien toſt l'arracher.
- L'occaſion est trop belle
pour n'en pas profiter ; mais
le Polonois a beſoin de tout
fon monde , pour en fortir
GALANT.
53
a ſon honneur , & il commence
à trouver tant de
difficultez , à exécuter un ſi
grand deſſein dans le Palais
d'un ſi grand Roy , qu'il
s'imagine , aveuglé de ſon
déſeſpoir & de ſon amour ,
qu'il n'y a qu'une diligence
infinie , qui puiffe réparer
le déffaut de ſes précautions.
Il court pour raffem
bler ſes confidents ; mais la
vûë de ſon Rival qui ſe préſente
à ſes yeux , fait à l'inſtant
avorter tous ſes pro
jets. Où courez- vous, Monſieur
, luy dit- il , que vous
E iij
54 MERCURE
,
importe , répond l'autre ?
rendez graces , répond le
Cavalier François au refpect
que je dois aux lieux
cù nous ſommes fans
cette conſidération je
vous aurois déja puni , &
de voſtre audace , & de
l'inſolence de vos deſſeins.
Il te fied bien de m'inſulter
icy luy dit le Polonois ; je
te le pardonne : mais ſuy
moy ? & je ne tarderay pas
à t'apprendre à me reſpecter
moi- meſme , autant que
les lieux dont tu parles . Je
conſens , luy répondit le
4
GALANT .
SS
François , à te ſuivre où tu
voudras ; mais j'ay mainte
nant quelques affaires qui
font encore plus preſſées
que les tiennes: tu peux cependant
diſpoſer du rendez
vous , où je ne le feray pas
long-temps attendre.
Le bruit de ces deux
hommes éveille pluſieurs
perſonnes qui dormoient
ſur le gazon ; on s'aſſemble
autour d'eux , ils ſe taiſent
&enfin ils ſe ſéparent,
Ainfi le Polonois ſe retire
avec ſa courte honte ,
pendant que le François
E iii
56 MERCURE
cherche de tous cotez , les
Dames qu'il a perduës :
mais cette querelle s'eſtoit
paſſée ſi prés d'elles , que le
mouvement qu'elle cauſa ,
les reveilla , comme ceux
qui en avoient entendu la
fin ; elles fortirent de leur
boſquet qu'elles trouverent
desja environné de
gens qui compoſoient &
débitoient à leur mode les
circonstances decette avanture
, ſur l'idée que pouvoit
leur en avoir donné le peu
de mots qu'ils venoient
d'entendre , lorſqu'enfin il
GALANT.
$7
les retrouva. Je prie les
Lecteurs de me diſpenſer
de le nommer , ſon nom ,
ſes armes & ſes enfans ſont
encore ſi connus en France,
que , quoy que je n'aye que
ſon éloge à faire , je ne ſçay
pas ſi les fiens approuveroient
qu'on le nommaſt.
Deux heures avant que
le Cavalier François rencontrât
le Polonois , Mon.
fieur le Duc de ... avoit
heureuſement trouvé une
lettre à fos pieds : le hazard
pluſtoſt que la curiofité
la luy avoit fait ramaf
58 MERCURE
fer , un moment avant qu'il
s'apperceut des foins extreſmes
que prenoient trois
hommes pour la chercher :
la curioſité luy fit alors un
motifd'intereſt de cet effet
du hazard ; il s'éloigna des
gens dont il avoit remarqué
l'inquiétude , il ſe tira de la
foule , & dans un lieu plus
fombre & plus écarté , il
lut enfin cette lettre , qui
eſtoit , autant que je peux
m'en ſouvenir , conceuë ,
à peu prés , en ces termes.
Quelquesjustes mesures que
nous ayons priſes , quoy que mon
GALANT. رو
Carroffe & vos Cavaliers ne
foient qu'àcent pas d'icy , il n'y
aura pas d'apparence de réuffir
fi vous attendez que le retour
du jour nous ofte les moyens de
profiter du défordre de la nuit :
quelque claire que ſoit celle-cy ,
elle n'a qu'une lumiére empruntée
dont le ſoleil que j'apprenhende
plus que la mort
bien toſt diſſipper la clarté; ainfi
hatez vous de meſuivre , &ne
me perdez pas de veuë : je vais
déſoler Pelagie par ma préfen--
ce: dés qu'elle me verra , je ne
doutepas qu'elle ne cherche à me
fuir; mais je m'y prendray de
, va
60 MERCURE
façon ,que tous les pas qu'ells
fera , la conduiront dans nostre
embuscade.
La lecture de ce billet
eſtonna fort Mr le Duc ...
quiheureuſement connoiffoit
aſſez la belle veuve pour
s'intereffer parfaitement
dans tout ce qui la regardoit
; d'ailleurs le cavalier
françois qui eſtoit l'amant
declaré de la Dame , eſtoit
ſon amy particulier : ainſi il
priatout ce qu'il putraſſembler
de gens de ſa connoifſance
de l'aider à chercher
Pelagie avant qu'elle peuſt
GALANT. 61
eftre expoſée à courir les
moindres riſques d'une pareille
avanture. Il n'y avoit
pas de tempsà perdre , auſſi
n'en perd - il pas ; il fut par
tout où il creut la pouvoir
trouver , enfin aprés bien
des pas inutiles , il rencontra
ſon ami , qui ne venoit
de quitter ces deux Dames
que pour aller leur chercher
quelques rafraichif
ſements . Il est bien maintenant
queſtion de rafraif
chiſſements pour vos Dames
, luy dit le Duc , en luy
donnant la lettre qu'il ve
62 MERCURE
noit de lire , tenez , liſez, &
dites - moy ſi vous connoifſez
cette écriture , & à quoy
l'on peut à preſent vous eftre
utile. Monfieur le Duc ,
reprit le cavalier,je connois
le caractere du Comte Piof
Ki, c'eſt aſſeurement luy qui
aécrit ce billet ; mais il n'eſt
pas encore maiſtre de Pelagie
, que j'ay laiſſée avec
Madame Dormont à vingt
pas d'icy , entre les mains
d'un officier du Roy, qui eſt
mon amy , & qui , à leur
confideration , autant qu'à
la mienne , les a obligeamGALANT
. 63
ment placées dans un endroit
où elles ſont fort à leur
aife ; ainſi je ne crains rien
de ce coſté- là ; mais je voudrois
bien voir le Comte , &
l'équipage qu'il deſtine à
cet enlevement. Ne faites
point de folie icy , mon
amy , luy dit le Duc , aſſeurez
- vous ſeulement de quelques
perſonnes de voſtre
connoiſſance ſur qui vous
puiffiez compter : je vous
offre ces Meſſieurs que vous
voyez avec moy , raſſem.
blez- les autour de vos Dames
, & mettez - les ſage
64 MERCURE
ment à couvert des inſultes
de cet extravagant : fi je
n'avois pas quelques affaires
confiderables ailleurs ,
je ne vous quitterois que
certain du fuccez de vos
précautions.
Vi
LeDuc ſe retira alors vers
un boſquet où d'autres intereſts
l'appelloient,& laifſa
ainſi le cavalier françois
avec ſes amis ,à qui il montra
l'endroit où il avoit remis
ſa maiſtreſſe entre les
mains de l'officier qui s'eftoit
chargé du ſoin de la
placer commodément ; cependant
GALANT. 65
pendant il fut de ſon coſté
à la découverte de ſon ri.
val , qu'aprés bien des détours
, il rencontra enfin à
quatre pas du boſquet dont
jay parlé , &dont il ſe ſepara
comme je l'ay dit . Neanmoins
quelque ſatisfaction
qu'il ſentit du plaifir de retrouver
ſes Dames , il leur
demanda , aprés leur avoir
conté l'hiſtoire de ce qu'il
venoit de luy arriver , par
quel haſard elles ſe trouvoient
ſi loin du lieu où il
les avoit laiſſées. Apeine ,
luy dit Pelagie , nous vous
May 1714. F
66 MERCURE
avons perdu de veuë , que le
Comte Pioski eſt venu s'affeoir
à coſté de moy , aux
dépens d'un jeune homme
timide , que ſon air brufque
& fon étalage magnifique
ont engagé à luy ceder
la place qu'il occupoit.
Ses diſcours m'ont d'abord
fi cruellement ennuyée,que
mortellement fatiguée de
les entendre ,j'ay priéMadame
de me donner le bras,
pour m'aider à me tirer des
mains de cet imprudent ; le
monde , la foulle , & les
détours m'ont derobé la
GALANT. 67
connoiſſance des pas & des
efforts que fans doute il a
faits pour nous ſuivre , &
accablée de ſommeil &
d'ennuy, je me ſuis heureuſement
ſauvée dans ce bofquet
, ſans m'aviſer ſeulement
de fonger qu'il euſt
pû nous y voir entrer ; mais
quelque peril que j'aye couru
, je ſuis bien aiſe que fon
inſolence n'ait pas plus éclaté
contre vous , que fes
deſſeins contre moy , & je
vous demande en grace de
prévenir ſagement , & par
les voyesde ladouceur,tou-
tes les ſuites facheuſes que
ſon deſeſpoir & voſtre demeſlé
pourroient avoir. Il
n'y a plus maintenant rien
à craindre , il fait grand
jour , le chemin de Verſailles
à Paris eſt plein de monde
, & vous avez icy un
grand nombre de vos amis ,
ainſi nous pouvons retourner
à la ville fans danger.
Le cavalier promit à la
belle Pelagie de luy tenir
tout ce qu'elle voulut exiger
de ſes promeſſes , & fes
conditions acceptées , illamena
juſqu'à fon carroffe,
GALANT
69
où il prit ſa place , pendant
que quatre de ſes amis ſe
diſpoſerent à le ſuivre dans
le leur.
1
Il n'eut pas plutoſt remis
les Dames chez elles , &
quitté ſes amis , qu'en entrant
chez luy , un gentila
homme luy fie preſent du
billet que voicy.
Les plus heureux Amants
ceſſeroient de l'estre autant qu'ils
ſe l'imaginent , s'ils ne rencon
troient jamais d'obstacle à leur
bonheur je m'intereſſe affez au
voſtre , pour vousyfaire trouver
des difficultez qui ne vous
70
MERCURE
establiront une felicitéparfaite,
qu'aux prix de tout lefangde
Pioski. Le Gentilhomme que
je vous envoye vous expliquera
le reſte de mes intentions.
naypas
Affoyez-vous donc, Monſieur
, luy dit froidement le
cavalier françois ,& prenez
la peine de m'apprendre les
intentions de Monfieur le
Comte Pioski . Je n'ay
beſoin de ſiege , Monfieur ,
luy répondit ſur le meſme
ton , le gentilhomme Polonois
, & je n'ay que deux
mots à vous dire. Vous eſtes
l'heureux rival de Monfieur
GALANT.
le Comte qui n'eſt pas encore
accouſtumé à de telles
préferences , il eſt ſi jaloux
qu'il veut vous tuer , & que
je le veux auſſi , il vous attend
maintenant derriere
l'Obſervatoire ; ainſi prenez
, s'il vous plaiſt , un ſecond
comme moy , qui ait
aſſez de vigueur pour m'amuſer
, pendant que vous
aurez l'honneur de vous és
ggoorrggeerreennſſeemmbbllee.
Je ne ſçay ſi le françois ſe
ſouvint, ou ne ſe ſouvint pas
alors de tout ce qu'il avoit
promis à ſa maiſtreſſe , mais
72 MERCURE
voicy à bon compte lecas
qu'il en fit.
Il appella ſon valet de
chambre , qui estoit un
grand garçon de bonne vo
lonté , il luy demanda s'il
vouloit eſtre de la partie ,
ce qu'il accepta en riant,
Aufſi - toft il dit au gentilhomme,
Monfieur leComte
eſt genereux , vous eſtes
brave, voicy voſtre homme,
& je ſuis le ſien Mais Monfieur
eft- il noble , reprit le
gentilhomme. Le valet de
chambre , Eſpagnol de nation,
piqué de cette demande
GALANT .
73
de, luy répondit fierement
ſur le champ , & en ſon langage
, avec une ſaillie romaneſque
, Quienes tu hombre
? voto a San Juan. Viejo
Chriftiano estoy , hombre blanco
,y noble como el Rey Ce que
ſon maiſtre naiſtre expliqua au Polonois
en ces termes . Il
vous demande qui vous eftes
vous mesme , & il vous
jure qu'il eſt vieux Chreftien
,homme blanc , & noble
comme le Roy. Soit ,
reprit le gentilhomme,marchons.
Ces trois braves furent
ainſi grand train au
May 1714. G
74 MERCURE
rendez vous , où ils trouverent
le Comte qui commençoit
à s'ennuyer. Aprés
le falut accouſtumé , ils mirent
tous quatre l'épée àla
main. Pioski fit en vain des
merveilles , il avoit desja
perdu beaucoup de fang ,
lang,
lorſqu'heureuſement ſon épée
ſe caſſa; le gentilhomme
fut le plus maltraité,l'Ef
pagnol ſe battit comme un
lion ,& le combat finit.
Cependant le Comte
Pioski, qui , à ces violences
prés , eftoit entout un
homme fort raiſonnable ,
GALANT. 75
eut tant de regret des extravagances
que cette derniere
paffion venoit de luy
faire faire , que la pieté étouffant
dans ſon coeur tous
les interêts du monde , il
fut s'enfermer pour le reſte
de ſa vie dans la retraitte
la plus fameuſe qui ſoit en
France , & la plus connuë
par l'auſterité de ſes maximes.
Le Cavalier françois
foupira encore quelques
temps , & enfin il devint
l'heureux & digne Epoux
d'une des plus charmantes
femmes du monde.
Gij
76 MERCURE
4
Les mariages font une fi
grande époque dans les
hiſtoires , que c'eſt ordinairement
l'endroit par où
tous les Romans finiſſent ;
mais il n'en eſt pas de meſme
icy , & il ſemble juftement
qu'ils ne ſervent à
Madame Belzeſca que de
degrés à la fortune , où ſon
bonheur & ſes vertus l'ont
amenée . Tout ce qui luy
arrive dans un engagement
qui établit communément
, ou qui doit du
moins establir pour les autres
femmes , une ſigrande
GALANT. 77
tranquilité , qu'on diroit
que l'hymen n'eſt propre ,
qu'à faire oublier juſqu'à
leur nom , eſt au contraire
pour celle cy , la baze de
ſes avantures. L'eſtalage de
ſes charmes , & le bruit de
ſabeauté ne ſont point enſevelis
dans les embraffemens
d'un eſpoux : heureuſe
maiſtreſſe d'un mary
tendre & complaiſant , &
moins eſpouſe qu'amante
infiniment aimée , comme
ſi tous les incidens du monde
ne ſe raſſembloient que
pour contribuer à luy faire
Gij
78 MERCURE
des jours heureux , innocement
& naturellement
attachée à ſes devoirs , l'amour
enchainé , à ſa fuite
ne prend pour ferrer tous
les noeuds qui l'uniſſent à
ſon eſpoux , que les formes
les plus aimables , & les
douceurs du mariage ne ſe
maſquent point pour elle
ſous les traits d'un mary.
Enfin elle joüit pendant
neuf ou dix ans , au milieu
du monde , & de ſes adorateurs
, du repos le plus
doux que l'amour ait jamais
accordé aux plus heureux
GALAN 79
Amants ; mais la mort jalouſe
de ſa fecilité luy ra
vit impitoyablement le plus
cher objet de ſa tendreſſe:
que de cris ! que de ge.
miſſements ! que de larmes
! cependant tant de
mains ſe préſentent pour
efluyer ſes pleurs , que , le
temps ,la raiſon , & la néceſſité,
aprés avoir multiplié
ſes reflexions
nent enfin au ſecours de ſa
,
viendouleur
; mais il ne luy reſte
d'un eſpoux fi regretté ,
qu'une aimable fille , que la
mort la menace encore de
(
G iiij
80 MERCURE
luy ravir , ſur le tombeaude
fon pere. Que de nouvel.
les allarmes ! que de mortelles
frayeurs ? elle tombe
dans un eſtat de langueur
qui fait preſque deſeſperer
de ſa vie. Il n'eſt point de
ſaints qu'on n'invoque ,
point de voeux qu'on ne faf
ſe, elle en fait elle-meſme
pour fon enfant , & promet
enfin de porter un tableau
magnifique à Noftre-
Dame de Lorette ſi ſa
fille en réchappe. A l'inftant,
ſoit qu'un ſuccés favo
rable recompenfat ſon zele
GALANT. 81
&fa piete , ou qu'il fur
temps que les remedes operaſſent
à la fin plus effica
cement qu'ils n'avoient fait
encore , ſa maladie diminua
preſque à veuë d'oeil ,
en tros jours l'enfant fut
hors de danger , & au bout
de neufentierement guery.
Elle reſtaencore , en attendant
le retour du printemps
, prés de fix mois à
Paris , pendant lesquels elle
s'arrangea pour l'execution
de ſon voeu. Ce temps expiré
, accompagnée de ſon
fils & de ſa fille , d'une Da82
1 MERCURE
me de ſes amis , de deux
femmes de chambre , de
deux Cavaliers , & de quatre
valets , elle prit la route de
Lyon , d'où aprés avoir
paffé Grenoble , le mont
du l'An, Briançon , le mont
Geneve & Suze , elle ſe rendit
à Turin , où elle ſéjourna
trois ſemaines avec ſa
compagnie qui ſe déffit
comme elle de tout ſon équipage,
dans cette Ville,
pour s'embarquer ſur le Po.
Elle vit en paſſant les Villes
de Cazal du Montferrat
,
d'Alexandrie , le Texin qui
GALANT. 83
1
,
paſſe à Pavie , Plaiſance ,
+ Cremone , Ferrare , & enfin
elle entra de nuit à Venife
avec la marée. Elle
deſcendit à une Auberge
moitié Allemande , &moitié
Françoiſe , & dont
l'enſeigne d'un coſté , ſur
le grand Canal , reprefente
les armes de France , &
de l'autre , fur la Place de
ES. Marc , les armes de l'Empire.
Elle reçut le lende
main à ſa toilette , comme
cela ſe pratique ordinairement
à Veniſe , avec tous
les Estrangers confidera
,
S
१
84 MERCURE
,
bles , des compliments en
proſe & en vers imprimez
à ſa loüange , fon amie
& les Cavaliers de ſa compagnie
en eurent auſſi leur
part. Ces galanteries couftent
communément , & au
moins quelques Ducats à
ceux à qui on les fait. Le
ſecond jour elle fut avec
tout fon monde ſaluer Mr
l'Ambaſſadeur qui fut
d'autant plus charmé du
plaifir de voir une ſi aimable
femme , que , quoy que
Venife ſoit une Ville , où
lesbeautez ne ſont pas car
,
GALANT. 85
Π
S
res , il n'y en avoit pas encore
vû une , faite comme
- celle dont il recevoit la viſite.
La bonne chere , les,
Spectacles , les promena-
✓ des ſur la mer& ſur la coſte,
avec le Jeu, furent les plaifirs
dont il la regala , pen-
↓ dant les quinzejours qu'elle
y reſta. Il luy fitvoir dans ſa
Gondole , la pompeuſeCeremonie
du Bucentaure qui
ſe celebre tous les ans dans
cette Ville le jour de l'Afcenfion
, avec toute la magnificence
imaginable.
Je nedoute pas que bien
3
86 MERCURE
des gens neſcachent à peu
prés ce que c'eſt que cette
feſte; mais j'auray occafion
dans une autre hiſtoire d'en
faire une deſcription meſlée
de circonstances ſi agreables
que la varieté des évenemensque
je raconteray,
pourra intereſſer mes lecteurs
au recit d'une ceremonie
dont il ignore peuteſtre
les détails.
Enfin noſtre belle veuve
prit congé de Mr l'Ambaffadeur
, & le lendemain elle
s'embarqua ſur un petit baſtiment
, qui en trois jours
GALANT. 87
لا
}}
la rendit à Lorette , où elle
accomplit avec beaucoup
de zele & de religion , le
voeu qu'elle avoit fait à Pa-
1ris. Après avoir pieuſement
fatisfait à ce devoir indifpenſable
, dégouſtée des perils
, & ennuyée des fatigues
de la mer , elle refolut
de traverſer toute l'Italie
par terre , avant de retourner
en France .
!
Il n'y avoit pas fi loin de
Lorette à Rome pour n'y
pas faire untour,& je croy
a que pour tous les voyageurs,
cinquante lieuës plus ou
88 MERCURE
moins , ne ſont qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de
voir cette capitale du mõde.
- Il faiſoit alors ſi chaud ,
qu'il eſtoit fort difficile de
faire beaucoup de chemin
par jour ; mais lorſqu'on eſt
en bonne compagnie , &
de belle humeur , rien n'ennuye
moins que les ſéjours
charmants qu'ontrouve en
Italie.
Je ne prétens pas en faire
icy un brillant tableau,pour
enchanter mes lecteurs de
la beauté de ce climat ; tant
de voyageurs en ont parlé ;
Miffon
GALANT. 89
1
Miſſon l'a ſi bien épluché,
&cette terre eſt ſi fertile
en avantures , que les hiftoires
galantes que j'en raconteray
dorenavant ſuffiront
pour inſtruire d'une
maniere peut- eftre plus agreable
que celle dont ſe
ſont ſervis les écrivains qui
en ont fait d'amples relations
, ceux qui ſe conten
teront du Mercure pour
connoiſtre aſſez particuliement
les moeurs & le plan
de ce pays . Ainſi je renonceray
pour aujourd'huy au
détail des lieux que noftre
May 1714.
H
90 MERCURE
belle veuve vit , avant d'entrer
à Rome , parce que non
ſeulement il ne luy arriva
rien fur cette route qui puifſe
rendre intereſſants les cir
conſtances de ce voyage ,
mais encore parce que je ne
veux pas faire le geographe
malà propos . Le Capitole ,
le Vatican , le Chaſteau S.
Ange , le Colizée , la Place
dEſpagne, la Place Navonne
, l'Eglife S. Pierre , le
Pantheon , les Vignes , &
enfin tous les monuments
des Anciens , & les magnifiques
ouvrages des Moder
GALANT. 91
nes,dont cette ville eſt enrichie,
n'étalérent à ſes yeux
que ce que les voyageurs
lesplus indifferents peuvent
avoirveu comme elle ; mais
lorſque jetraitteray, comme
je l'ay dit,des incidens amufants
& raifonnables que
j'ay , pour y promener mes
lecteurs , j'eſpere que leur
curioſité ſatisfaite alors , les
dédommagera fuffifamment
de la remiſe & des
frais de leur voyage...
La conduite que tint à
Rome cette charmante veuve
, fut tres eſloignée de cel- :
Hij
92 MERCURE
le que nos Dames françoi
ſes y tiennent , lorſqu'avec
des graces moindres que les
fiennes , elles ſe promettent
d'y faire valoir juſqu'à leur
plus indifferent coup d'oeil.
Celle cy parcourut les Egliſes
,les Palais , les Places
& les Vignes en femme qui
ne veut plus d'avantures ;
mais elle comptoit fans for
hoſte, & l'amourn'avoit pas
figné le traité de l'arrangement
qu'elle s'eſtoit fait.
Ungentilhomme Italien
dela ſuite de l'Ambaſſadeur
de l'Empereur , qui avoir
GALANT. 93
veu par hafard une fois à la
Vigne Farneze , le viſage
admirable de noftre belle
veuve , fur ſi ſurpris de l'é
elat de tant de charmes ,
qu'il reſtacomme immobi
le , uniquement occupé dư
foin de la regarder. Elle
s'apperceut auffi- toft de fon
eſtonnement ; mais dans
Finſtant ſon voile qu'elle
laiſſa tomber, luy déroba la
veuë de cet objet de fon admiration.
L'Italien , loin de
fe rebuter de cet inconvenient
, réſolut de l'exami
ner juſqu'à ce qu'il ſceuſt ſa
94 MERCURE
ruë , fa demeure , ſon pays ,
fes deſſeins , & fon nom.
Dés qu'il ſe fut ſuffiſamment
inſtruit de tout ce
qu'il voulut apprendre ;
aprés avoir paffé& repaffé
cent fois devant ſa maiſon ,
ſans qu'on payaſt ſes ſoins
de la moindre courtoiſie,&
pleinement convaincu qu'il
n'y avoit auprés de cette
belle veuve , nulle bonne
fortune à eſperer pour luy ,
il conclut qu'il pouvoit regaler
Monfieur l'Ambaſſadeur
du merite de ſa découverte.
A
GALANT.951
En effet un jour que l'Ambaſſadeur
de Pologne difnoit
chez ſon maiſtre , voyant
vers la fin du repas,que
la compagnie entroit en
belle humeur , & que la
- converſation rouloit de
bonne grace ſur le chapitre
- des femmes ; Meſſieurs , dit-
- il , quelques ſentimens
qu'elles vous ayent fait
prendre pour elles , je ſuis
ſeur , que ſans vous embar-
-raſſer de vouloir connoiſtre
leurs coeurs plutoſt que
leurs perſonnes,vous renonceriez
à toutes les précau
96 MERCURE
tions du monde , ſi vous
aviez vû , une ſeule fois ,
une Dame que je n'ay vûë
qu'un inſtant. Je me promenois
, ily a quinze jours
àla Vigne Farneze , elle s'y
promenoit auſſi ; mais je
vous avoue que je fus ſaiſi
d'étonnement,en la voyant,
& que je luy trouvay cant
de charmes , un ſi grand
air ,& un ſi beau viſage
que je jurerois volontiers ,
quoy que cette Ville fourmille
en beautés , qu'il n'y
a rienà Rome qui ſoit beau
comme elle. Ces Miniſtres
1
Eſtrangers
GALANT. 97
5
Eſtrangers s'échaufférent
ſur le recit du Gentilhomme
Italien , celuy de Pologne
ſur tout , ſentitun mou.
vement de curioſité fi
prompt , qu'il luy demanda
d'un air empreſſé , s'il n'a
voit pas eſté tenté de ſur
vre une ſibelle femme ,&
s'il ne sçavoit pas où elle
demeuroit. Ouy, Monfieur,
luy répondit- il , je ſçay ſon
nom , ſa demeure & les
motifs de ſon voyage à
Rome, mais je n'en ſuis
pas plus avancé pour cela ,
&je croy au contraire que
May 1714.
I
98 MERCURE
mes empreſſements l'ont
tellement inquiétée, qu'elle
ne paroiſt plus aux Eglifes ,
ny aux promenades , de
puis qu'elle s'eſt apperçuë
du ſoin que je prenois d'éxaminer
ſes démarches .
Voila une fiere beauté , dit
l'Ambafladeur de l'Empereur
, & addreſſant la parole
en riant à celuy de Pologne
, Monfieur , continuast-
il , n'ayons pas le démentide
cette découverte ,
& connoiffons à quelque
prix que ce ſoit , cette belle THEQUE DEL
BIBLI
< YON
EVILL
1893*
J'y confens reTHEQUE
DA
5,
20
LY
GALANTE
18
E
VILL
prit l'autre , férieuſent
& je ſuis fort trompé fi
dans peu de jours , je ne
vous en dis des nouvelles.
Ils auroient volontiers
bû desja à la ſanté de l'inconnue
, ſi , une Eminence
qu'on venoit d'annoncer ,
ne les avoit pas arrachez de
la table , où le vin & l'amour
commençoient
à les 0
mettre en train de dire de
de
belles choses .
e Le Gentilhomme qui
ue avoit ſi à propos mis la belle
Veuve ſur le tapis , fut au
devant du Cardinal , que
I ij
100 MERCURE
fon Maiſtre fut recevoir
juſqu'au pprreemmiieerr degré de
fon Eſcalier , & en meſme
tems il reconduifit l'Ambas
ſadeur de Pologne juſqu'à
fon Carrofle. Ce Miniſtrele
questionnaſi bien , chemin
faiſant , qu'il retourna chez
luy , parfaitement inftruit
de tout ce qu'il vouloit ſcavor.
Des qu'il fut à fon
Appartement , il appella un
Valet de chambre , à qui il
avoit ſouvent fait de pareilles
confidences & aprés
luy avoir avoüé qu'il eſtoit
desja , fur un ſimple recit ,
GALANT. 101
1
:
1
éperduëment amoureux
d'un objet qu'il n'avoit jamais
vû , il luy demanda
s'il croyoit pouvoir l'aider
de ſes conſeils de fon zele
& de ſa difcretion , dans
Tembarras où il ſe trouvoit.
Je feray , luy dit le Valet
de chambre tout ce
qu'il vous plaira ; mma.is puifque
vous me permettez de
vous donner des confeils ,
je vous avoüeray franche-
FL
د
ment , que je pennſiee que
le
portrait que vous me faites,
de la conduitte ſage & retirée
que tient la perſonne
Inj 1
102 MERCURE
dont vous me parlez , eft
fouvent le voile dont Te
fervent les plus grandes
avanturieres , pour attrapper
de meilleures dupes. Ta
pénétration eſt inutile icy ,
luy répondit l'Ambaffadeur
: tu ſçais desja ſon nom
& ſa maiſon , informe toy
ſeulement fi ce qu'on m'en
adit eft véritable ; nous
verrons aprés cela le parti
que nous aurons à prendre .
Le Confident ſe met en
campagne , il louë une
chambre dans le voiſinage
de la belle Veuveil fait
>
GALANT. 103
1
1
0
e
it
connoiſſance avec un de ſes
domeſtiques , qui le met
en liaiſon avec la femme
de chambre de la Dame
qu'il veut connoiſtre : enfin
il la voit , & il apprend
qu'elle va tous les jours à
la meſſe , entre ſept & huit
heures du matin , à l'Eglife
de ſainte Cecile. Il avertit
auffi toſt ſon Maiſtre de
tout ce qui ſe paſſe ; ce Miniſtre
ne manque point de
ſe rendre ſans ſuite à cette
Eglife , & de ſe placer auprés
de cette beauté qui n'a
garde de ſe meffier à pareil
I iiij
104 MERCURE
le heure , ni de fes char
mes , ni des ſoins , ni de la
dévotion du perſonnage
quiles adore. לכ
Cependant l'allarme fonne
,& le Valet de chambre
apprend avec bien de la
douleur , que la Damedont
ſon Maiſtre eſt épris , commence
à s'ennuyer à Rome,
&qu'enfin incertaine ſi elle
retournera en France par
Genes,où ſi elle repaſſerales
Alpes, elle veutabſolument
eſtre hors de l'Italie , avant
le retour de la mauvaiſe
faifon. A l'inſtant l'AmbafGALANT.
1ος
t
!
es
16
10
le
f
1
Tadeur informé , & defefperé
de cette nouvelles ſe
détermine à luy eſcrire en
tremblant , la lettre que
voicy.
N'eſtes vous venue àRome,
Madame , que pour y violer
le droit des gens ; fi les franchiſes
les Privileges des
Ambaffadeurs font icy de vostre
Domaine , pourquoy vous dé-
Domaine
goustez - vous du plaisir d'en
joüir plus long-temps ? Fapprends
que vous avez réfolu de
partir dans buit jours. Ab! fi
rienne peut rompre ou differer
ce funeste voyage, rende-z moy
106 MERCURE
donc ma liberté que vos yeux
m'ont ravie , & au milieu de
la Capitale du monde. Ne me
laiſſez pas , en me fuyant,la
malheureuſe victime de l'amour
que vous m'avez donné. Permettez
moy bien pluſtoſt de vous
offrir en ces lieux tout ce qui
dépend de moy , & en reeevant
ma premiere visite , recevez en
mesme temps , si vous avez
quclques sentiments d'humanité,
la fortune , le coeur , & la
main de
BELZESKI.
Le Valet de Chambre
fut chargé du ſoin de luy
rendre cette lettre à elle
meſme au nom de ſon Maître
, d'examiner tous les
mouvemens de fon viſage ,
&de lui demander un mot
de réponſe.
La Dame fut aſſez
émeuë à la vûë de ce billet ,
cependant elle ſe remit aifément
de ce petit embarras
, & aprés avoir regardé
d'un air qui n'avoit rien
de déſobligeant , le porteur
de la lettre , qu'elle
avoit vûë vingt fois ſans reflexion
, elle luy dit , ce
108 MERCURE
?
tour eſt ſans doute de voſtre
façon Monfieur mais
Monfieur l'Ambaſſadeur
qui vous envoye , ne vous
en ſera guere plus obligé,
quoyque vous ne l'ayez pas
mal ſervi. Attendez icy un
moment, je vais paſſer dans
mon Cabinet , & vous en
voyer la réponſe que vous
me demandez pour luy :
Auſſi-toſt elle le quitta pour
aller efcrire ces mors. S
Fe ne sçay dequoy je ſuis
coupable à vos yeux, Monfieur,
mais je sçay bien que je ne re
ponds que par bienfeance à l'hon-
>
BAGALAN 109
0
neur que vous me faites ,
aux avantages que vous me proposez
: & je prévoy que la
viſite que vous me rendrez , si
vous voulez , vous fera auffi
peu utile qu'à moy , puisque
rien ne peut changer la réfolution
que j'ay priſe de repaffer
inceſſamment en France.
Le Polonnois éperduëment
amoureux ( car il y
avoit de la fatalité pour elle,
à eſtre aimée des gens de ce
pays ) le Polonnois , dis- je ,
donna à tous les termes de
ce billet , qu'il expliqua en
ſa faveur, un tourde confo110
MERCURE
lation que la Dame n'avoit
peut- eſtre pas eu l'intention
d'y mettre; d'ailleurs il eſtoit
parfaitementbien fait , tres
grand ſeigneur , fort riche ,
&magnifique entout. Les
hommes ſe connoiſſent , il
n'y a pas tantde mal à cela.
Celui- cy ſçavoit aſſez ſe
rendrejustice , mais heureuſement
il ne s'en faifoit pas
trop à croire , quoy qu'il
ſentit tous ſes avantages.....
Vers les * vingt& une ou
vingt- deux heures , il ſe ren-
**C'eſt en eſté à peu prés vers les fix heures
du ſoir,ſelon noftre façon de compter.
GALANT. III
コ
el
dit au logis de la belle veuve
, qu'il trouva dans undeshabillé
charmant & modeſte
, mille fois plusaimable
qu'elle ne luy avoit jamais
paru .
Que vous eſtes , Madame ,
luy dit- il , transporté du
plafir de la voir , au deſſus
des hommages que je vous
rends ; mais en verité je vais
eſtre le plus malheureux des
hommes , fi vous ne vous
rendez pas vous meſme aux
offres que je vous fais Nous
nenous connonfons n'y l'un
ny l'autre , Monfieur , luy
70%
112 MERCURE
11
répondit - elle , & vous me
propoſez d'abord des chofes
dont nous ne pourrions
peut eſtre que nous repentir
tousdeux, mais entrons , s'il
vousplaît,dansun plus grád
détail,& commençons par
examiner , i la majeſté de
voſtre caractere s'accorde
bien avec les ſaillies de cette
paffion ; d'ailleurs n'eſt il
pas ordinaire , & vrayſemblable
qu'un feu ſi prompt
às'allumer, n'en eſt que plus
prompt à s'éteindre. Enfin
ſupposé que je voulutſe encorem'engager
ſous les loix
de :
GALANT. 113
1
1
del'hymen, ſur quel fondement,
àmoins queje nem'a.
veuglaſſe de l'eſpoir de vos
promeſſes, pourrois- je compter
que vous me tiendrez
dans un certain tems ce que
vous me propoſez aujourd'huy
. Ah ! Madame , reprit
ilavecchaleur, donnez
aujourd huy voſtre confentement
à mon amour , &
demain je vous donne la
main. Par quelles loix voulez
vous authoriſer des maximes
de connoiſſance &
d'habitude , ſur des ſujers où
le coeur doit décider tout
114 MERCURE
,
ſeul ; n'y a t'il point dans le
monde des mouvements de
ſympathie pour vous , comme
pour nous , & quelle
bonne raiſon peut vous dif
penſerde faire pour nous
enun jour,la moitié du chemin
que vos charmes nous
font faire en un inſtant. Je
ſuis perfuadé que vous avez
trop d'eſprit, pour regarder
mal à propos ces chimeriques
précautions , comme
des principes de vertu , &
vous eſtes trop belle pour
douter un moment de la
conſtante ardeur des feux
GALANT 115
mt
&
רש
la
גנ
que vous allumez. Cependant
ſi vos ſcrupules s'effrayent
de la vivacité de ma
propoſition,je vous demande
du moins quinze jours
de grace , avant de vous
prier de vous déterminer en
ma faveur ; & j'eſpere ( fi
vos yeux n'ont point de peine
à s'accouſtumer à me
voir pendant le temps que
j'exige de voſtre complaiſance
) que les ſentiments
de voſtre coeur ne tarderont
pas à répondre aux tendres
& fidelles intentions du
mien. Ne me preſſez pas da
Kij
116 MERCURE
vantage à preſent , Monfieur
, luy dit elle,& laiſſez
à mes reflexions la liberté
d'examiner les circonſtancesde
voſtre propofition.
Cette réponſe finit une
conteftation qui alloit inſenſiblement
devenir tres.
intereſſante pour l'un &
pour l'autre.
Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe leva , & prit congé de la
belle veuve aprés avoir receu
d'elle la permiffion de
retourner la voir , lorſqu'il
le jugeroit à propos.
Ce miniſtre rentra chez
GALANT 117
-
luy , ravi d'avoir mis ſes affaires
en ſibon train , & le
lendemain au matin il écrivit
ce billet à cette Dame ,
dont il avoit abſolument refolu
la conqueſte.
Le temps que je vous ay don-
- né depuis hier , Madame , ne
fuffit-il pas pour vous tirer de
toutes vos incertitudes , s'il ne
ſuffit pas , je vais estre auffi indulgent
que vous estes aimable,
je veux bien pour vous efpargner
la peine de m'eſcrire vos
Sentiments , vous accorder, jufqu'à
ce soir , que j'iray appren
dre de vostre propre bouche , le
1
118 MERCURE
réſultat de vos reflexions.
Elles eſtoient desja faites
ces réflexions favorables à
T'heureux Polonois , & pendant
toute la nuit, cette belleveuve
n'avoit pû ſe refufer
la fatisfaction de convenir
en elle-meſme , qu'elle
meritoit bien le rang d'Ambaſſadrice.
Aufſfi luy fut-il
encore offert le meſme jour
avec des tranſports fi touchants&
fi vifs,qu'enfin elle
ne fit qu'une foible deffenſe
, avant de conſentir à la
propoſition de Mr l'Ambaffadeur.
En un mot toutes
GALANT. 119
!
les conventions faites & accordées
, entre elle & fon
amant,ſon voyage de France
fut rompu , & fon mariage
conclu , & celebré ſecretement
enquinze jours.
Legrandtheatredu monde
va maintenant eſtre le
champ où va paroiſtre dans
toute fon eſtenduë , l'excellence
du merite & du bon
efprit deMadame Belzeſca.
Elle reste encore preſque
inconnuë juſqu'à la declararion
de ſon hymen , qui
n'eſt pas plutoſt rendu public
, qu'elle ſe montre auſſi
120 MERCURE
4
éclairée dans les delicates
affaires de fon mary , que
fielle avoit toute la vie
eſte Ambaſſadrice,лэ тод
Les Miniſtres Eſtrangers,
les Prélats , les Eminences
tout rend hommage à fes
lumiéres. De concert aveo
fon Epoux , ſa pénerrap
tion abbrege , addoucit &
leve toutes les difficultez
de ſa commiffion : enfin
elle l'aide à ſortir de Rome
(ſous le bon plaifir de fon
Maſtre ) fatisfait & glorieux
du ſuccés de fonAm
baffade.altera teemal
هللا
GALANT. 121
Elle fut obligée pour le
bien de ſes affaires de repaſſer
en France avec ſon
mary : elle n'y ſéjourna que
trois ou quatre mois , de là
elle alla à Amſterdam , &
à la Haye , où elle s'embarqua
pour ſe rendre à Dant-
ZIK d'où elle fut à Varſovie
où elle jouit pendant
vingt-cinq ans , avec tous
les agréments imaginables,
de lagrande fortune , & de
la tendreſſe de ſon Epoux ,
qui fut enfin malheureufement
bleſſe à la Chaffe
d'un coup dont il mourut
May 1714.
L
127
MERCURE 122
quatreJours
Tavoir
apres la
Э
receu d'une façon toute
extraordinaire .
Rien n'eſt plus noble &
plus magnifique , que la
220
20
manière dont les Grands
Seigneurs vont à la Chaſſe
en Pologne. Ils menent ordinairement
avec eux , un
fi grand nombre deDomeftiques
, de Chevaux , & de
Chiens, que leur Equipage
reſſemble pluſtoſt à un gros
détachement de troupes reglées
, qu'à une compagnie
de gens aſſemblez , pour le
plaisir de faire la guerre à
GALANT. 123
+
20
وا
LEKCI }
des animaux. Cette précaution
me paroilt fort
raisonnable , & je trouve
qu'ils font parfaitement
bien de proportionner le
nombredes combatrants au
3
21091
nombre & à la fureur des
monſtres qu'ils attaquent.
Un jour enfin, Monfieur
Belzeſki , dans une de fes
redoutables Chaffes, fe laifſa
emporter par ſon cheval ,
à la pourſuite d'un des plus
fiers Sangliers qu'on cuſt
encore vû dans la Foreſt où
il chaſſoit alors. Le cheval
anime paſſa ſur le corps de
124 MERCURE
261
ce terrible animal , & s'abbatit
en meſme temps , à
quatre pas de luy. Monfieur
Belzeſki ſe dégagea, auflitoſt
adroitement des efriers
, avant que le Monf
tre l'attaquaft ; mais ils eftoient
trop prés l'un de Laura
tre & le Sanglier desia
bleffé trop furieux , pour ne
pas ſe meſurer
44
encore con-b
tre l'ennemi qui l'attendoit :
ainſi plein de rage , il voulut
ſe llaanncceerr fur luy , mais
dans le moment ſon ennemi
intrepide & prudent lui
abbattit la teſte d'un coup
GALANT.
1:5
ſi juſte , & fi vigoureux, que
fon fabre paffa entre le col
& le tronc de an
11
avec tant de viteſſe , que le
mouvement Violent avec
lequel il retira fon bras
entraîna fon 21911
corps , de ma
niere qu'un des pieds luy
manquant , il tomba à la
renverſe ; mais fi malheu
reuſement, qu'il alla ſe fen.
dre la tefte fur une pierfe
qui ſe trouva derriere luy.
Dans ce fatal inſtanttous
les autres Chaſſeurs arrivérent
, & emporterent en
pleurant , le Corps de leur
THAJAD
126 MERCURE
infortune maiſtre , qui vécu
encore quatre jours
qu'il employa à donner à
Madame Belzeſca les dernieres
& les plus fortes
preuves de ſon amour , if
la fiitt ſon heritiere univerſelle
, & enfin il mourut
adoré de ſa femme , & infiniment
regretté de tout
le monde.
il
Il y a plus de fix ans que
Madame Belzeſca pleure
ſa perte , malgré tous les
foins que les plus grands
Seigneurs , les Princes , &
mefme les Roys , ont pris
GALANT. 127
pour la conſoler. Enfin elle
eft depuis long-temps l'amie
inſéparable de Mada
infeparable
me la Palatine de ... elle a
maintenant foixante ans
paflez , & je puis affeurer
qu'elle est encore plus aimée
; & plus reſpectée ,
qu'elle ne le fut peut eftre
jamais , dans le plus grand
efclat de fa jeuneffe. On
parle meſme de la remarier
aun homme d'une fi grande
distinction
, que , ce
bruit , quelque fuite qu'il
ait eft toutccee qu'on en peut
dire de plus avantageux ,
Lin
128 MERCURE
pour faire un parfait éloge
de ſon mérite , & de fes
vertusaises
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Résumé : HISTOIRE nouvelle.
La peste à Varsovie pousse de nombreux habitants, dont la Palatine et Madame Belzesca, à se réfugier à Dantzic. Madame Belzesca, de son vrai nom Georgette Pelagie, originaire de Touraine, est célèbre pour sa beauté et ses aventures amoureuses. Elle épouse un cavalier après qu'il l'a sauvée lors d'un naufrage, mais leur mariage se détériore avec le temps. Devenue veuve, Pelagie s'installe à Paris avec son fils et attire de nombreux admirateurs. En 1714, un seigneur polonais tente de l'enlever, mais un cavalier français découvre le complot et la protège. Le texte raconte plusieurs épisodes. Dans le premier, Pelagie est protégée par un cavalier français contre le comte Pioski. Après diverses péripéties, elle est ramenée en sécurité à Paris. Le comte défie le cavalier en duel et est vaincu. Le cavalier finit par épouser une autre femme charmante. Un autre récit suit Madame Belzesca, dont les mariages marquent des étapes vers sa fortune et son bonheur. Après la mort de son mari, elle prie pour sa fille malade et voyage à travers l'Italie. À Rome, une belle veuve évite les aventures amoureuses et insiste sur une relation amicale. Madame Belzesca converse avec un ambassadeur polonais qui souhaite l'épouser promptement. Elle accepte après un délai de réflexion et ils se marient secrètement. Madame Belzesca aide son mari dans ses affaires diplomatiques. En 1714, Monsieur Belzeski meurt après une attaque de sanglier et la nomme son héritière universelle. Madame Belzesca pleure sa perte pendant plus de six ans et devient l'amie inséparable de Madame la Palatine. À soixante ans, elle reste respectée et aimée, et on envisage de la remarier. Le texte mentionne également la grandeur des chasses en Pologne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 289-296
Préambule où l'Auteur dégoûté du mauvais langage des Nouvelles, propose de les debiter dans le stile de l'Histoire pour en rendre la lecture plus interessante. [titre d'après la table]
Début :
Je tiendray avec le temps toutes les paroles que j'ay données [...]
Mots clefs :
Europe, Événements, Nouvelles, Affaires, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Préambule où l'Auteur dégoûté du mauvais langage des Nouvelles, propose de les debiter dans le stile de l'Histoire pour en rendre la lecture plus interessante. [titre d'après la table]
Je tiendray avec le temps
Coûtes les paroles que j'ay données,&
l'on verra au bout du
compte que je n'ay rien promis
dont je ne tâche de m'acquitter
tous les jours de mieux
en mieux.
La guerre qui piroît encore
très allumée entre les Princes
du Nord, le Siege de Barcelone
qui est à la veille davoir
un fore pareilà lamalheureuse
Ville de Numance, ou plutôt
à celle de Cativa savaisine,
la mort prelque imprevue
de la Reine de la Grandei
Bretagne 1
5
& la célébréaflfemtyée
de Badenprefentenc
maintenant aux yeux deroute
l'Europe unTableau sichargé
d'adions & de conjectures,
que je pense qu'il n'etf permis
d'entreprendre le détail de
tant de grands événements,
que dans les termes & dans le
stile consacrez à la majeflé de
fHifioire.
Je ne doute point qu'on ne
traite ce projet au moins do
témérité, & qu'on ne me ren.
voye àl'Apologie du Boeuf&
de la Grenouille, tant que dureront
les préjugez obligeants
que cinq ou six personnes onc
foin de répandre dans le monde
, contre le nouveauMercure
jmais ce qui m'étonne, c'est
que les gens qui les connoisicncéquités
entendent tous
les jours declamer contre mois
puissent s'en rapporter quelques
fois à de tels connois,
feurs.
#
Je prie le Public de me pardonner
cette petite digression,
& tous les bonnettes gens qi
ne cherchent qu'à s'amuser d
mon Livre, de me prêter, au
tant qu'ils me croiront capa
ble d'en profiter, leurs secous
& leursconseils, pour m'ai
der à le rendre meilleur.
Il y a si peu de fuite dan
toutes les Nouvelles manuf
crittcs & imprimées, sur ce qu
concerne les affaires de la Po
logne, du DannemarK
,
de 1
Moscovie, de la Suéde, & di
la Hongrie ,quej'ose avance
que les personnes qui ont éti
les plus soigneuses de s'mf
truiic à fond, de ces grand:
démêlez,oû les TUICS ont eu
au moins autant de part, que
ceux qui y ont paru plus interessez
qu'eux,n'en pourroicnt
aujourd'huy raisonner que
tres-fuperficietlement. J'excepte
néanmoins de ce nombre
,ces hommes éclairez, que
leur esprit & les grandes places
qu'ils occupent, mettent
indispensablement au fait de
toutes lesaffiires de l'Europe:
Et j'ajoute que ceux même qui
travaillent à l'Histoire de ces
Guerres fameuses que le sorta
remplies depuis douze ou trei.
ze ans de tant de révolutions
embrouillées, ne nous apprendroient
pcut-eflre rien,audelà
de ces grands événements
que per sonne n'oublie.>
si je n'avois pas lû unci'nJ
finité de Lettres, de Mémoires
particuliers, &de Manifestes
sur ces affaires, & si je
n'en avois pas appris & retenu
un grand nombre de circonttanceSjjc
mecontenterois de
donner chaque mois.en veri
table Auteur de Mercure Ga.
Jane, des tecits de Guerre, de
Paix, de Morts&de Mariages
desPays dont toutes les femai-
Des les Gazettes entretiennent
lePublic Maisil faut que mes
Supérieurs approuvent mon
dessein ,avant que je fonge à
l'cxecuteri s'ils l'approuvent,
je reprendray pour la satisfaction
des Lecteurs,les choses
dés leur origine; je les divifcray
par Chapitre, & je les diftribueray
dans chaque Mercufre
succintement & hiftoriquement.
Ainsiavant de rien dire
des Nouvelles du mois, je
mettray à la teste de chaque
Article des lieuxj dont je parr
leray, un ArticleJeparé dont
les circonfiances exactes &
chronologiques servirontà
mettre insensiblement le Lecteur
au fait des affaires des
principales Coursde l'Europe.
Je seray peu de raisonnemens
Politiques; je ne raconteray
que des événements veritables,
où jen'intereflerayjamais
ni la gloire, ni la réputation
de Personne ; & enfin on
verra au premier d'Octobre, si
ce projet cil: auchorifé. Je ne
donneray en attendant, pour
Nouvelles, que des Extraits
des Lettres que- j'ay reçues.
Coûtes les paroles que j'ay données,&
l'on verra au bout du
compte que je n'ay rien promis
dont je ne tâche de m'acquitter
tous les jours de mieux
en mieux.
La guerre qui piroît encore
très allumée entre les Princes
du Nord, le Siege de Barcelone
qui est à la veille davoir
un fore pareilà lamalheureuse
Ville de Numance, ou plutôt
à celle de Cativa savaisine,
la mort prelque imprevue
de la Reine de la Grandei
Bretagne 1
5
& la célébréaflfemtyée
de Badenprefentenc
maintenant aux yeux deroute
l'Europe unTableau sichargé
d'adions & de conjectures,
que je pense qu'il n'etf permis
d'entreprendre le détail de
tant de grands événements,
que dans les termes & dans le
stile consacrez à la majeflé de
fHifioire.
Je ne doute point qu'on ne
traite ce projet au moins do
témérité, & qu'on ne me ren.
voye àl'Apologie du Boeuf&
de la Grenouille, tant que dureront
les préjugez obligeants
que cinq ou six personnes onc
foin de répandre dans le monde
, contre le nouveauMercure
jmais ce qui m'étonne, c'est
que les gens qui les connoisicncéquités
entendent tous
les jours declamer contre mois
puissent s'en rapporter quelques
fois à de tels connois,
feurs.
#
Je prie le Public de me pardonner
cette petite digression,
& tous les bonnettes gens qi
ne cherchent qu'à s'amuser d
mon Livre, de me prêter, au
tant qu'ils me croiront capa
ble d'en profiter, leurs secous
& leursconseils, pour m'ai
der à le rendre meilleur.
Il y a si peu de fuite dan
toutes les Nouvelles manuf
crittcs & imprimées, sur ce qu
concerne les affaires de la Po
logne, du DannemarK
,
de 1
Moscovie, de la Suéde, & di
la Hongrie ,quej'ose avance
que les personnes qui ont éti
les plus soigneuses de s'mf
truiic à fond, de ces grand:
démêlez,oû les TUICS ont eu
au moins autant de part, que
ceux qui y ont paru plus interessez
qu'eux,n'en pourroicnt
aujourd'huy raisonner que
tres-fuperficietlement. J'excepte
néanmoins de ce nombre
,ces hommes éclairez, que
leur esprit & les grandes places
qu'ils occupent, mettent
indispensablement au fait de
toutes lesaffiires de l'Europe:
Et j'ajoute que ceux même qui
travaillent à l'Histoire de ces
Guerres fameuses que le sorta
remplies depuis douze ou trei.
ze ans de tant de révolutions
embrouillées, ne nous apprendroient
pcut-eflre rien,audelà
de ces grands événements
que per sonne n'oublie.>
si je n'avois pas lû unci'nJ
finité de Lettres, de Mémoires
particuliers, &de Manifestes
sur ces affaires, & si je
n'en avois pas appris & retenu
un grand nombre de circonttanceSjjc
mecontenterois de
donner chaque mois.en veri
table Auteur de Mercure Ga.
Jane, des tecits de Guerre, de
Paix, de Morts&de Mariages
desPays dont toutes les femai-
Des les Gazettes entretiennent
lePublic Maisil faut que mes
Supérieurs approuvent mon
dessein ,avant que je fonge à
l'cxecuteri s'ils l'approuvent,
je reprendray pour la satisfaction
des Lecteurs,les choses
dés leur origine; je les divifcray
par Chapitre, & je les diftribueray
dans chaque Mercufre
succintement & hiftoriquement.
Ainsiavant de rien dire
des Nouvelles du mois, je
mettray à la teste de chaque
Article des lieuxj dont je parr
leray, un ArticleJeparé dont
les circonfiances exactes &
chronologiques servirontà
mettre insensiblement le Lecteur
au fait des affaires des
principales Coursde l'Europe.
Je seray peu de raisonnemens
Politiques; je ne raconteray
que des événements veritables,
où jen'intereflerayjamais
ni la gloire, ni la réputation
de Personne ; & enfin on
verra au premier d'Octobre, si
ce projet cil: auchorifé. Je ne
donneray en attendant, pour
Nouvelles, que des Extraits
des Lettres que- j'ay reçues.
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Résumé : Préambule où l'Auteur dégoûté du mauvais langage des Nouvelles, propose de les debiter dans le stile de l'Histoire pour en rendre la lecture plus interessante. [titre d'après la table]
L'auteur d'un ouvrage historique expose ses intentions et les sujets qu'il compte aborder. Parmi les événements marquants, il cite la guerre entre les Princes du Nord, le siège de Barcelone, la mort inattendue de la Reine de Grande-Bretagne, et la célébration de Baden. Il souhaite traiter ces sujets avec la solennité requise par l'histoire. L'auteur anticipe des critiques et des préjugés, mais sollicite les conseils du public pour améliorer son travail. Il souligne l'insuffisance des informations disponibles sur les affaires de la Pologne, du Danemark, de la Moscovie, de la Suède et de la Hongrie, et l'importance des lettres et mémoires particuliers pour enrichir son récit. L'ouvrage sera structuré en chapitres, débutant par les origines des événements, et se concentrera sur des faits véridiques sans jugements politiques. En attendant, l'auteur publiera des extraits de lettres reçues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 278-315
TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
Début :
Dans le Harem où sont renfermées les femmes du Grand Seigneur [...]
Mots clefs :
Seigneur, Eunuques, Prince, Appartement, Vizir, Dames, Reine, Harem, Sultane, Sérail, Appartement, Reine, Princesse, Cheval, Esclaves, Cuisine, Grand vizir, Fourrure, Affaires, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
TRADUCTION
d'une description du Harem ,
ou de l'Appartement des Fem-
Appartemer
mes du Grand- Seigneur.
Dans le Harem où ſontrenfermées
les femmes duGrand-
C
GALANT. 279.
Seigneur , il y a trois principaux
appartements , outre сс
luy de ce Prince. Le premier
eſtceluy de la Sultane Validé ,
ou Reine Mere. Le ſecond celuy
de la Suliane Haffki , ou
Reine ; & le troſieme celuy
de la Kiaya Kadin , ou Sur- Intendante
des filles. La Kaya
Kadin a jurisdiction fur toutes
les filles eſclaves du Serrail;
c'eſt elle auſſi qui commande
auxquarante Boula. Les Boula
ſont des filles âgées qui ont
ſoin de faire le lit du Grand-
Seigneur,& de le ſervirquand
il eſt dans l'appartement des
280 MERCURE
1
femmes ; elles ſont ſur le même
pied que les quarante Pages
de la premiere chambre
qui fervent leGrand Seigneur
quand il eſt hors du Harem.
Dix de ces Boula font garde
pendant la nuit à la porte de
la chambre où le Grand Seigneur
couche. Ces Boula deviennent
par droit d'ancienneté
Hazinedar Oufta, ou Treforieres
,& enſuiteKaya Kadin.
La dignité de Kiaya Kadın
eſt la premiere : ſi quelque fille
veut repreſenter quelque choſe
au Grand Seigneur , elle
s'adreſſe à cette Sur- Intendante
,
GALANT. 281
te , & celle cy le fait ſçavoirà
ce Prince , parce qu'il n'y a
qu'elle , & les quarante Boula
qui ayent un libre accés auprés
de la perſonne duGrand-
Seigneur , auffi bien que la
Sultane Haffeki , & les quatre
premieres Kadins ou Dames.
La Kiaya Kadin a la direction
de toutes les filles qui ſont deftinées
pour les plaiſirs du
Grand- Seigneur ; il y en a une
centaine. Celles qui ont eu le
bonheur de plaire à ce Prince
s'appellent Odaliques , c'est- àdire
, filles de la chambre ; &
fi le Grand- Seigneur deman-
Novembre 1714. Aa
282 MERCURE
de quelqu'autre fille qui n'ait
pas encore eſté Odalique , c'eſt
la Kiaya Kadin qui l'introduir ,
aprés qu'elle en a cula permiffion
de la Sultane Validé. Ces
Princes ont cette déference
pour leurs meres.
La Sultane Haffeki , ou Reine
, eſt toûjours celle qui a cu
lapremiere un enfant mâle ;
elle porte une Couronne d'or
fur la tête. Elle & les quatre
premieres Dames qui ont eu
des enfans mâles , ou des filles ,
ont toutes leurs appartemens
leurs cuifines ,& offices à part;
elles ont des Eunuques pour
GALANT. 283
les ſervir dans le Serrail , &
pour les affaires du dehors elles
ont un Agent & des Baltagis
* du vieuxSerrail * qui leurs
font affectez . Elles vont auprés
duGrand Seigneur quand
elles veulent, ſans que laKiaya
Kadin en prenne connoiſſance,
&fice Prince veut aller chez
elles , il les fait ſeulement
avertir par une des Boula , &
alors elles ſe preparent,&vont
au devant de luy , baiſent la
Ce font ceux qui hors du Serrail
executent les commiſſions des Princes,
des femmes , &des Eunuques,
**Palais où on relegue les femmes du
Grand-Seigneur aprés ſa mort..
Aa ij
284 MERCURE
1
terre quand elles font en fa
prefence , le prennent en
fuite ſous les bras , & le conduiſent
dans leur chambre ;
tant que ce Prince reſte avec
ces Dames , ni la Kiaya Kadin ,
ni aucune Boula ne peut entrer
ſans qu'il ne les appelle...
On affigne à la SultaneHaf-
Seki pour appanage certains
fonds de terre quirendent environ
quarante , ou cinquanto
Yuk ou charges d'argent; chaque
charge vaut deux mille
cinq cent livres , on luydonne
encore une perſonne de
probité , & de confideration
GALANT. 285.
pour Agent , qui a ſoin des
affaires au dehors , & des appanages
, &qui en rend compte
au premier Eunuque , &
celuy cy à la Sultane Haffeki.
Celuy qui porte les ordres à
l'Agent aprés les avoir receu
du premier Eunuque , eſt le
Baltagi , qui eſt Kahuegi , ou
faiſeur du caffe de la Sultane.
On doit obſerver qu'il n'y
aqu'une Sultane Haßki , qui
comme j'ay dit eſt toûjours
celle qui accouche la premiere
d'un enfant mâle ; que fi
on ne luy donne point la
Couronne , on ne luy fair
:
2.86. MERCURE
point ſa Maiſon ,on ne l'ap
pelleque BacheKadin , premiere
Dame , & les autres Dames
Odaliques, qui ont enſuite des
enfans , font appellées la ſeconde
Dame , la troifiéme:
Dame ,& cela juſqu'à la neu
viéme ; parce que c'eſt la coû
tume qu'il peut y en avoir
juſqu'à neuf; mais elles n'ont
ni Maiſons à part , ni Appanages
; on leur affigne ſeulement
un certain nombre de
plats dela cuiſine Imperiale
on leur donne un ou deux
Eunuques pour les ſervir au
dedans,& quelques Baltagis,
ॐ
GALANT. 287
pour les fervir au dehors du
Serrail ;& outreles dépenſes.
tant pour leurs perſonnes .
que pour celle des Princes ou
Princeſſes leurs enfans le
Grand-Seigneur leur donne
une dizaine de bourſes , c'eſtà-
dire quinze mille livres pour
leurs menus plaiſirs.
Si parmi ces Dames qui ont
cudes enfans mâles , il y en a
quelqu'une que le Grand Scigneur
honore d'une bienveillance
particuliere , ce Prince
luy donne pour Appanage un
fonds de terre ſuffifantà faire
environ quinze ou vingt char288
MERCURE
ges d'argent,
Il n'en eſt pas de même à
l'égard de la Sultane Validé ,
dés que le Prince ſon fils eſt
fur le Trône , elle a en qualitéde
Reine Mere , fa Maifon
en particulier , elle a de gros
Appanages , elle a un Agent
au dehors ; & quand elle ordonne
au Grand- Viſir de faire
quelque choſe , ce premier
Miniſtre le repreſente au
Grand Seigneur , qui donne
aufſcoſt ſon confentement
par écrit :fi leGrand Seigneur
vient à mourir , & que fon &
fils monte fur le Trône , la
Sultane
GALANT. 289
Sultane Validé, comme grandmere
a toûjours les mêmes
honneurs ; mais elle ne ſe mêle
plus des affaires ,& la mere
du Prince n'eſt que la ſeconde
en dignitez , elle a pourtant
unemaiſon à part& les mêmes
Officiers que la grand'mere :
fi la grand' mere meurt, la Reine
devient abſoluë , & fi elle
vient à mourir, la Kiaya Kadın
prend fa place dans les affaires
qui regardent ſeulement l'appartement
des femmes , fans
ſe mêler des affaires du dehors.
Quand le Grand Seigneur
meurt , s'il n'a point de fils
Novembre 1714. Bb
290 MERCURE
pour luy fucceder د ou que
celuy qu'il a , ſoit trop jeune
pour regner , on met ſur le
Thrône le frere du Grand-
Seigneur , ou un autre Prince,
&alors la mere de ce Princedevient
Sultane Validé , &
on envoye au vieux Serrail
la Sultane Validé du Prince
mort , & elle y demeure juſqu'à
ſa mort fans pouvoir ſe
marier ; mais ſi le fils d'une
Sultane Haffeki ou d'une
autre Dame Odalique , vient à
mourir pendant que leGrand-
Seigneur ſon pere eſt en vie,
la mere du Prince ne reſte
,
1
GALANT. 291
point dans le Serrail , aprés
la mort du Grand- Seigneur ,
on la marie à quelque Viſir ,
ou on l'envoye au vieux Serrail.
Al'égard des Dames Odali
ques qui n'ont eu que des filles
, on les marie quelquefois
quand même leurs filles font
encore en vie , & du vivant
même du Grand Seigneur ;
cela ſepratique demême à l'égard
des Dames Odaliques qui
n'ont point eu d'enfans : mais
pour celles qui ont eu des enfans
mâles , on ne les marie
point , tant que leurs fils font
(
Bbij
292 MERCURE
en vie, on les envoye au vieux
Serrail. Dés que le Grand-Scigneur
vient à mourir , fi un
de ces Princes par ſucceſſion
de temps , devientGrand- Seigneur
, alors la mere de ce
Prince revient dans le Serrail
en qualité de Sultane Validé.
La Sultane Kalidé a plus de
cent filles eſclaves pour la fervir.
La premiere eſt la Hazinedar
Oufta , ou Treforiere ; &
la ſecondeKontongi Boula , qui
eſt celle qui eſt chargée de la
caffette aux bijoux; elle a deux
cuiſines , l'une dans l'appartement
des femmes , & l'autre
au dehors ; elle a trente ou
GALANT. 293
quarante Eunuques , dont le
chef s'appelle Bacha Aga ,ou
premier Aga , ce ſont ceux
qui ont ſoindes emplettes ,&
des affaires de toutes les eſclaves:
outre ce premier Aga , il
y en a encore deux autres
qu'on appelle ſecond & troifiémeAga
, & ces trois Aga
commandent les autres Eunuques.
Tous les Eunuques ſont
eſclaves : quand ils ſont vieux
on leur donne la liberté , &
on les envoye au Caire , en
leur donnant une paye par
jour depuis trente Paras *juf-
**Un Paras vaut 18. deniers de France.
ВБ ij
294 MERCURE
qu'à cent cinquante.
r
ว
La Maiſon de la Sultane
Haffeki est compoféede la même
maniere que cellede laSultane
Validé. Ily a environ fix
cent filles eſclaves dans l'appartement
des femmes ; les
unes deſtinées pour le Grand-
Seigneur ,& les autres pour le
ſervice de la Sultane Validé
pour celuyde la SultaneHaffeki
,&des autres Dames,quand
elles ont ſervy long temps ,
on les marie quelquefois à des
Agas , ou à des Secretaires de
laPorte ; mais la Kiaya Radin ,
& la Hazinedar Boula ouTreGALANT
. 295
foriere du Grand- Seigneur ,
reſtent juſqu'à leur mort dans
le Serrail.
Il y a trois ou quatre cent
Eunuques noirs qui ſervent
dans l'appartement des femmes
; leur chef s'appelle Kizlar
Aga. Celuy-cy les commande
tous , & fon pouvoir
eſt grand tant au dedans qu'au
dehors , il eſt toûjours auprés
de la perſonne du Grand Scigneur
, & on peut dire que ce
Prince n'a pas moins d'égard
pour luy , que pour leGrand-
Vifir.
Tous les Telhis ou Suppli
Bb iiij
296 MERCURE
ques & repreſentations que le
Grand-Vifir ou les autres Vifirs
veulent faire au Grand-
Seigneur, paſſent par les mains
dduuKiflar-Aga , & on ne peut
faire aucun preſent au Prince,
ni luy faire ſçavoir la moindre
choſe , ni avoir aucune réponſe
de luy fans ſa permiffion ,
& particulierement quand le
Grand- Seigneur eſt dansl'ap.
partement des femmes , &
ſuppoſé que le Kiflar-Aga cût
des affaires , il envoye à ſa
place le Hazinedar , ou Treforier
qui eſt auſſi unEunuque
noir , ou un des dix huit Eu-
}
e
ALANT. 2.97
nuques qu'on appelle Favoris,
&enfuite ils luy viennent rendrecomptede
ceque leGrand-
Seigneur a répondu. LeKiflar-
Aga eſt au-deſſus des autres
Viſirs , c'eſt pour cela que
dans les marches publiques
fon cheval a des chaînes d'or
au col comme celuy du
Grand-Seigneur &du Grand-
Viſir ; les chevaux des autres
Viſirs n'ont que des chaînes
d'argent,il porte auſſi les jours
de ceremonie la veſte de ſatin
blanc fourée de Martre Zibeline
, comme le Grand- Vizir ;
les autres Viſirs la portent
,
298 MERCURE
rouge , ou verte.
Enfin cet Officier eft toû
jours auprés du Grand Seigneur
, quand il eſt dans le
Harem ou au dehors , foit
,
ou que
qu'il monte à cheval pour aller
à la promenade ,
quelqu'un le traite ; il a accés
huprés du Grand- Seigneur en
quelqu'endroit qu'il foit , à
moins qu'il ne fût feul auprés
de la Sultane- Validé, de la Sultane-
Haff ki , ou de quelqu'autre
Dame Odalique , alors il
n'entre pas par refpect , &
quand même il auroit unTelhis
du Grand- Viſir , il n'entre
GALANT. 299
point àmoins qu'il ne ſoit appellé
, au lieu que le Hazinedar
&les autres Eunuques favoris
ne vont auprés de ce Prince
que quand ils font appellez ,
ou quand le KiflarAga les envoye
pour luy dire quelque
choſe. C'eſt luy qui a les clefs
des portes du Harem , & les
Eunuques de garde luy portent
les clefs , aprés qu'ils les
ont fermées , & le matin ils
reprennent les clefs pour les
ouvrir : fi le Grand Seigneur
veut fortir pendant la nuit
les Eunuques de garde avertiffent
le Kiflar-Aga , & alors
>
300 MERCURE
il va luy-mêmeouvrir la por
te.
Toutes les nuits il y a quarante
Eunuques de garde avec
deux favoris à la porte desap
partemens , & au dehors des
murailles du coſté desjardins ,
il y a toutes les nuits quatre
ou cinq cent Bostangis * qui
font la garde , & les uns , &
les autres font tous armez ; le
Kiflar-Aga fair quelquefois la
ronde pendant la nuit , & s'il
trouve quelqu'un des Gar-
* Ce font les Jardiniers qui compoſent
ceCorps , dont le Boſtangis-Bachi
eft le Chef.
GALANT. 301
des endormi , ou qui ne foit
point en ſon poſte , le lende
main il luy fait donner cing
cent coups de bâtons ſur la
plante des pieds , & l'envoye
au vieux Serrail .
L'appartement! du Kiflar-
Aga eſt auprés de la porte de
l'appartement des femmes, il
y a environ cent Eunuques ,
& cent Baltagis à ſon ſervice.,
les uns pour le ſervir en dedans
, & les autres au dehors.;
il y a auſſi une cuiſine au dehors
, & des Officiers juſqu'au
nombre de cent cinquante
perſonnes,ils dependent pour
302 MERCURE
tant du Chefde la cuiſine Imperiale
, & c'eſt le Kiflargi Bachi
ou Chefde la chambre de
l'Office du Grand - Seigneur
qui eſt leur Sur- Intendant ; ils
portent tous des bonnets
blancs faits en pain de ſucre ,
excepté que le bout eſt rond.
La Sultane Validé , la Sultane
Haffeki , & les autres Dames
Odaliques ont un certain nombre
de plats de la cuiſine du
Grand- Seigneur ; mais cela eſt
pour les filles qui font à leur
ſervice , car elles ne mangent
quece qui leur eſt preparédans
les cuiſines qu'elles ont dans
0
GALANT. 303
leurs appartements. Les viandes
pour le reſte des filles &
des Eunuques ſont preparées
dans la cuiſine du Kıflar-Aga.
Les Baltagis du vieux Serrail
compoſent unCorps d'environquatre
cens hommes ; ils
ont pour leur Chef le Baltagilar
Kiayaffi , qui les punit
quand ils fontquelques fautes.
Il porte une ceinture large de
brocard d'or ,& le bonnet de
feutre jaune pointu , & qui
eſt un peu plus grand qu'un
grand pain de ſucre ; les Bal.
tagis portent auſſi de ſemblables
bonnets de feutre jaune ,
304 MERCURE
ils ſervent les femmes du Serrail
du Grand-Seigneur , &
celles qui ſont dans le vieux
Serrail. Ce font eux qui font
toutes les emplettes&les commiſſions
au dehors , ils dependent
du Kiflar-Aga.
:
Quand les femmes du
Grand-Seigneur font en marche
pour aller d'un lieu à un
autre , ils marchent àpied au
tour des caroffes avec leurs
épécs , les Eunuques font à
cheval auffiarmez , & marchent
devant & derriere les
caroffes ; ily a aufli bon nombredeBostangis
, qui marchent
un
GALANT . 305 .
:
un peu éloignez , & conduiſent
de cette maniere les
femmes d'un gîte à l'autre.
Les Baltagis , ont ſoin de
charger & décharger le bagage.
Onfait le caffé de la Sultane
Validé,de la Sultane Haßeki ,
de la Bache Kadin , de la Kiaya
Kadin , & du Kiflar Aga , au
dehors ou à des chambres
particulieres pour cela deſſervies
par vingt ou trenteBaltagis
, & chacunes de ces chambres
a un chef qui eſt un
ancien Baltagi , qu'on appelle
Kahuegi Bachi.
Novembre 1714. Cc
306 MERCURE
Ces faiſeurs de caffé font
eſtimez parmi le corps des
Baltagis ,& quand ils ſortent
de-là on leur donne des employs
confiderables ou de
bons Ziamets * , ou on les fait
Capigis - Bachis.
Le Secretaire du Kiflar-Aga
eſt auſſi eſtimé , on l'appelle
Yazigi Effendi ,il eſt quelque
fois chargé des ordres du
Grand-Seigneur pour leGrand
Viſir , & il va toûjours auprés
de ce premier Miniftre
pour lesaffaires du KıflarAga.
Ce Secretaire eft pourtant
au- deſſous du BaltagisKiayaffi
* Fonds de terres
GALANT . 307
& porte un bonnet de feutre
jaune , comme celuy de ces
Officiers; mais dans les voyages
ils portent tous des bonnets
de draps rouges comme
ceux des Bostangis ;c'eſt leBaltagi
Larkiayaffi qui porte ordinairement
les Haticherifs ,
ou ordres duGrand Seigneur
tant par écrit que de bouche
au Grand Vıfır ,aux autres
Viſirs , & au Moufti : quand
ila ſervi long- temps , on le
fait Capigi Bachi , ou on luy
donne quelqu'autre employ
confiderable .
Les Baltagis peuvent deve
Ccij
308 MERCURE
nir Sphais , ou Cavaliers avec
dix-huit afpres * de paye par
jour ,ou bien Chaoux ; c'eſtàdire
Huiffier.
Autrefois quand les fils
des Grands Seigneurs eſtoient
devenus grands on leur donnoit
des Provinces à gouverner
, & on leur donnoit un
Viſir ſage & prudent pour
Kiaya ouLieutenant ; cesPrinces
apprenoient par là les affaires
du monde , & quand le
Grand Seigneur venoit à mourir
, les Officiers de la Porte ,
* Un Aſpre vaut dix-huit deniers de
Franse.
GALANT. 309
tous les Chefs des Corps des
Milices , & tous les Docteurs
de la Loy en donnoient avis
au Prince aîné , & à ſon arrivée
on l'inſtalloit à la place du
Grand Seigneur ſon pere.Dés
qu'il avoit l'autorité en main
il faiſoit revenir ſes freres , &
les mettoitdans les priſons qui
font deſtinées pour ces Princes
,&qui font dans l'appartement
des femmes , & on
leur donnoit pour les ſervir
quelques vieilles Boula
quelques Eunuques noirs avec
tout ce qu'il leur faut pour
Ieur nourriture& leur entre-
د
&
310 MERCURE
tien , & ils demeuroient enfermez
juſqu'à ce que leur
rang d'être Empereur , vint
ou que la mort les delivrat :&
fi quelqu'un de ces Princes ne
venoit point fe remettre en
prifon , on le pourfuivoit jufqu'à
ce qu'on le prit ,& on le
faiſoit enfuite mourir.Aujourd'huy
il n'en eft pas demême,
pendant que le Grand-Seigneur
leur pere eſt vivant , ils
font élevez auprés de luy , &
quand il meurt on met ſur le
Trône le premier né , & fes
autres freres dans les priſons
qui font dans l'appartement
し
GALANT. 311
des femmes ſous la garde de
la SultaneValidé ,& cela fe fait
de l'avisde tous les principaux
Officiers de l'Empire , & ils
prennent une declaration par
écrit de cette Princeffe , comme
il ne ſera fait aucun tort à
ces Princes. On donne auffi à
ces Princes quelques vieilles
Boula , & quelques Eunuques
pour les fervir dans leurs prifons,&
quelques Baltagis pour
les fervir au dehors .
Al'égard des Sultanes ou
filles des Grands- Seigneurs ,
c'eſt l'ordinaire qu'on les
maric environ à l'âge de
1
>
312 MERCURE
ſept ans , à quelque Viſir qui
ne ſoit point marié; quelques
jours aprés que le mariage a
été celebré , on conduit en
cérémonie cette Princeſſe avec.
ſa dot ; & fon trouffeau.
chez fon Epoux ; on luy don
ne auffi trente ou quarante
filles , & une vingtaine d'Eunuques
noirs pour la fervir.
Le Grand-Viſir , les Viſirs de
route , tous les principaux.
Docteurs de laLoy& generalement
tous les principaux
Officiers de la Porte marchent
à cheval au -devant des
Caroffes de la Princeffe , le
د
Kiflar
GALANT. 313
Kiflar-Aga & quelques Eunuques
favoris le précedent ;
Quand la Princeſſe eſt arrivée
chez ſon Epoux , le Kiflar-
Aga la luy remet entre les
mains ,& luy la conduit dans
fon appartement ,& la remet
entre les mains de ſa Kiaya-
Kadin, de fa nourrice , & de
ſes gouvernantes , il fort enſuite
de l'appartement de la
Princeffe , & traite tous les
principaux Officiers qui l'ont
accompagné ; aprés le repas
il donne au Grand Viſir , au
Kiflar-Aga , au Moufty , aux
deux Kadileskers , au Cadi de
Novembre 1714. Dd
314 MERCURE
Conftantinople ,& à tous les
les Viſirs de route à chacun
une fourrure de martre zibline;
il endonne à tous les autres
principaux Officiers de la
Caftanie; il donne auffi des
fourrures de martre zibline
auxEunuques favorisqui ont
accompagné le Kiflar-Aga ,&
diſtribuë de l'argent àtousles
autres chacun ſuivant ſa qualité,
& aprés que le Grand-
Vıfır , le Kflar-Aga, les autres
Viſirs , les Docteurs de la
Loy ont felicité le nouveau
marié, chacun ſe retire chez
ſoy. Le lendemain il va renGALANT.
315
dre ſa viſite au Grand-Viſir
qui luy donne une fourrure
de martre zibline ; le premier
Miniſtre l'envoye enfuite au
Grand- Seigneur , ce Prince
luy donne un Caftan de drap
d'or fourré de martre zibline ,
comme ſon gendre , il va
aprés chez le Kıflar- Aga où la
Reine Mere luy envoye une
fourrure de martre zibline ,
&puis il ſe retire chez luy.
d'une description du Harem ,
ou de l'Appartement des Fem-
Appartemer
mes du Grand- Seigneur.
Dans le Harem où ſontrenfermées
les femmes duGrand-
C
GALANT. 279.
Seigneur , il y a trois principaux
appartements , outre сс
luy de ce Prince. Le premier
eſtceluy de la Sultane Validé ,
ou Reine Mere. Le ſecond celuy
de la Suliane Haffki , ou
Reine ; & le troſieme celuy
de la Kiaya Kadin , ou Sur- Intendante
des filles. La Kaya
Kadin a jurisdiction fur toutes
les filles eſclaves du Serrail;
c'eſt elle auſſi qui commande
auxquarante Boula. Les Boula
ſont des filles âgées qui ont
ſoin de faire le lit du Grand-
Seigneur,& de le ſervirquand
il eſt dans l'appartement des
280 MERCURE
1
femmes ; elles ſont ſur le même
pied que les quarante Pages
de la premiere chambre
qui fervent leGrand Seigneur
quand il eſt hors du Harem.
Dix de ces Boula font garde
pendant la nuit à la porte de
la chambre où le Grand Seigneur
couche. Ces Boula deviennent
par droit d'ancienneté
Hazinedar Oufta, ou Treforieres
,& enſuiteKaya Kadin.
La dignité de Kiaya Kadın
eſt la premiere : ſi quelque fille
veut repreſenter quelque choſe
au Grand Seigneur , elle
s'adreſſe à cette Sur- Intendante
,
GALANT. 281
te , & celle cy le fait ſçavoirà
ce Prince , parce qu'il n'y a
qu'elle , & les quarante Boula
qui ayent un libre accés auprés
de la perſonne duGrand-
Seigneur , auffi bien que la
Sultane Haffeki , & les quatre
premieres Kadins ou Dames.
La Kiaya Kadin a la direction
de toutes les filles qui ſont deftinées
pour les plaiſirs du
Grand- Seigneur ; il y en a une
centaine. Celles qui ont eu le
bonheur de plaire à ce Prince
s'appellent Odaliques , c'est- àdire
, filles de la chambre ; &
fi le Grand- Seigneur deman-
Novembre 1714. Aa
282 MERCURE
de quelqu'autre fille qui n'ait
pas encore eſté Odalique , c'eſt
la Kiaya Kadin qui l'introduir ,
aprés qu'elle en a cula permiffion
de la Sultane Validé. Ces
Princes ont cette déference
pour leurs meres.
La Sultane Haffeki , ou Reine
, eſt toûjours celle qui a cu
lapremiere un enfant mâle ;
elle porte une Couronne d'or
fur la tête. Elle & les quatre
premieres Dames qui ont eu
des enfans mâles , ou des filles ,
ont toutes leurs appartemens
leurs cuifines ,& offices à part;
elles ont des Eunuques pour
GALANT. 283
les ſervir dans le Serrail , &
pour les affaires du dehors elles
ont un Agent & des Baltagis
* du vieuxSerrail * qui leurs
font affectez . Elles vont auprés
duGrand Seigneur quand
elles veulent, ſans que laKiaya
Kadin en prenne connoiſſance,
&fice Prince veut aller chez
elles , il les fait ſeulement
avertir par une des Boula , &
alors elles ſe preparent,&vont
au devant de luy , baiſent la
Ce font ceux qui hors du Serrail
executent les commiſſions des Princes,
des femmes , &des Eunuques,
**Palais où on relegue les femmes du
Grand-Seigneur aprés ſa mort..
Aa ij
284 MERCURE
1
terre quand elles font en fa
prefence , le prennent en
fuite ſous les bras , & le conduiſent
dans leur chambre ;
tant que ce Prince reſte avec
ces Dames , ni la Kiaya Kadin ,
ni aucune Boula ne peut entrer
ſans qu'il ne les appelle...
On affigne à la SultaneHaf-
Seki pour appanage certains
fonds de terre quirendent environ
quarante , ou cinquanto
Yuk ou charges d'argent; chaque
charge vaut deux mille
cinq cent livres , on luydonne
encore une perſonne de
probité , & de confideration
GALANT. 285.
pour Agent , qui a ſoin des
affaires au dehors , & des appanages
, &qui en rend compte
au premier Eunuque , &
celuy cy à la Sultane Haffeki.
Celuy qui porte les ordres à
l'Agent aprés les avoir receu
du premier Eunuque , eſt le
Baltagi , qui eſt Kahuegi , ou
faiſeur du caffe de la Sultane.
On doit obſerver qu'il n'y
aqu'une Sultane Haßki , qui
comme j'ay dit eſt toûjours
celle qui accouche la premiere
d'un enfant mâle ; que fi
on ne luy donne point la
Couronne , on ne luy fair
:
2.86. MERCURE
point ſa Maiſon ,on ne l'ap
pelleque BacheKadin , premiere
Dame , & les autres Dames
Odaliques, qui ont enſuite des
enfans , font appellées la ſeconde
Dame , la troifiéme:
Dame ,& cela juſqu'à la neu
viéme ; parce que c'eſt la coû
tume qu'il peut y en avoir
juſqu'à neuf; mais elles n'ont
ni Maiſons à part , ni Appanages
; on leur affigne ſeulement
un certain nombre de
plats dela cuiſine Imperiale
on leur donne un ou deux
Eunuques pour les ſervir au
dedans,& quelques Baltagis,
ॐ
GALANT. 287
pour les fervir au dehors du
Serrail ;& outreles dépenſes.
tant pour leurs perſonnes .
que pour celle des Princes ou
Princeſſes leurs enfans le
Grand-Seigneur leur donne
une dizaine de bourſes , c'eſtà-
dire quinze mille livres pour
leurs menus plaiſirs.
Si parmi ces Dames qui ont
cudes enfans mâles , il y en a
quelqu'une que le Grand Scigneur
honore d'une bienveillance
particuliere , ce Prince
luy donne pour Appanage un
fonds de terre ſuffifantà faire
environ quinze ou vingt char288
MERCURE
ges d'argent,
Il n'en eſt pas de même à
l'égard de la Sultane Validé ,
dés que le Prince ſon fils eſt
fur le Trône , elle a en qualitéde
Reine Mere , fa Maifon
en particulier , elle a de gros
Appanages , elle a un Agent
au dehors ; & quand elle ordonne
au Grand- Viſir de faire
quelque choſe , ce premier
Miniſtre le repreſente au
Grand Seigneur , qui donne
aufſcoſt ſon confentement
par écrit :fi leGrand Seigneur
vient à mourir , & que fon &
fils monte fur le Trône , la
Sultane
GALANT. 289
Sultane Validé, comme grandmere
a toûjours les mêmes
honneurs ; mais elle ne ſe mêle
plus des affaires ,& la mere
du Prince n'eſt que la ſeconde
en dignitez , elle a pourtant
unemaiſon à part& les mêmes
Officiers que la grand'mere :
fi la grand' mere meurt, la Reine
devient abſoluë , & fi elle
vient à mourir, la Kiaya Kadın
prend fa place dans les affaires
qui regardent ſeulement l'appartement
des femmes , fans
ſe mêler des affaires du dehors.
Quand le Grand Seigneur
meurt , s'il n'a point de fils
Novembre 1714. Bb
290 MERCURE
pour luy fucceder د ou que
celuy qu'il a , ſoit trop jeune
pour regner , on met ſur le
Thrône le frere du Grand-
Seigneur , ou un autre Prince,
&alors la mere de ce Princedevient
Sultane Validé , &
on envoye au vieux Serrail
la Sultane Validé du Prince
mort , & elle y demeure juſqu'à
ſa mort fans pouvoir ſe
marier ; mais ſi le fils d'une
Sultane Haffeki ou d'une
autre Dame Odalique , vient à
mourir pendant que leGrand-
Seigneur ſon pere eſt en vie,
la mere du Prince ne reſte
,
1
GALANT. 291
point dans le Serrail , aprés
la mort du Grand- Seigneur ,
on la marie à quelque Viſir ,
ou on l'envoye au vieux Serrail.
Al'égard des Dames Odali
ques qui n'ont eu que des filles
, on les marie quelquefois
quand même leurs filles font
encore en vie , & du vivant
même du Grand Seigneur ;
cela ſepratique demême à l'égard
des Dames Odaliques qui
n'ont point eu d'enfans : mais
pour celles qui ont eu des enfans
mâles , on ne les marie
point , tant que leurs fils font
(
Bbij
292 MERCURE
en vie, on les envoye au vieux
Serrail. Dés que le Grand-Scigneur
vient à mourir , fi un
de ces Princes par ſucceſſion
de temps , devientGrand- Seigneur
, alors la mere de ce
Prince revient dans le Serrail
en qualité de Sultane Validé.
La Sultane Kalidé a plus de
cent filles eſclaves pour la fervir.
La premiere eſt la Hazinedar
Oufta , ou Treforiere ; &
la ſecondeKontongi Boula , qui
eſt celle qui eſt chargée de la
caffette aux bijoux; elle a deux
cuiſines , l'une dans l'appartement
des femmes , & l'autre
au dehors ; elle a trente ou
GALANT. 293
quarante Eunuques , dont le
chef s'appelle Bacha Aga ,ou
premier Aga , ce ſont ceux
qui ont ſoindes emplettes ,&
des affaires de toutes les eſclaves:
outre ce premier Aga , il
y en a encore deux autres
qu'on appelle ſecond & troifiémeAga
, & ces trois Aga
commandent les autres Eunuques.
Tous les Eunuques ſont
eſclaves : quand ils ſont vieux
on leur donne la liberté , &
on les envoye au Caire , en
leur donnant une paye par
jour depuis trente Paras *juf-
**Un Paras vaut 18. deniers de France.
ВБ ij
294 MERCURE
qu'à cent cinquante.
r
ว
La Maiſon de la Sultane
Haffeki est compoféede la même
maniere que cellede laSultane
Validé. Ily a environ fix
cent filles eſclaves dans l'appartement
des femmes ; les
unes deſtinées pour le Grand-
Seigneur ,& les autres pour le
ſervice de la Sultane Validé
pour celuyde la SultaneHaffeki
,&des autres Dames,quand
elles ont ſervy long temps ,
on les marie quelquefois à des
Agas , ou à des Secretaires de
laPorte ; mais la Kiaya Radin ,
& la Hazinedar Boula ouTreGALANT
. 295
foriere du Grand- Seigneur ,
reſtent juſqu'à leur mort dans
le Serrail.
Il y a trois ou quatre cent
Eunuques noirs qui ſervent
dans l'appartement des femmes
; leur chef s'appelle Kizlar
Aga. Celuy-cy les commande
tous , & fon pouvoir
eſt grand tant au dedans qu'au
dehors , il eſt toûjours auprés
de la perſonne du Grand Scigneur
, & on peut dire que ce
Prince n'a pas moins d'égard
pour luy , que pour leGrand-
Vifir.
Tous les Telhis ou Suppli
Bb iiij
296 MERCURE
ques & repreſentations que le
Grand-Vifir ou les autres Vifirs
veulent faire au Grand-
Seigneur, paſſent par les mains
dduuKiflar-Aga , & on ne peut
faire aucun preſent au Prince,
ni luy faire ſçavoir la moindre
choſe , ni avoir aucune réponſe
de luy fans ſa permiffion ,
& particulierement quand le
Grand- Seigneur eſt dansl'ap.
partement des femmes , &
ſuppoſé que le Kiflar-Aga cût
des affaires , il envoye à ſa
place le Hazinedar , ou Treforier
qui eſt auſſi unEunuque
noir , ou un des dix huit Eu-
}
e
ALANT. 2.97
nuques qu'on appelle Favoris,
&enfuite ils luy viennent rendrecomptede
ceque leGrand-
Seigneur a répondu. LeKiflar-
Aga eſt au-deſſus des autres
Viſirs , c'eſt pour cela que
dans les marches publiques
fon cheval a des chaînes d'or
au col comme celuy du
Grand-Seigneur &du Grand-
Viſir ; les chevaux des autres
Viſirs n'ont que des chaînes
d'argent,il porte auſſi les jours
de ceremonie la veſte de ſatin
blanc fourée de Martre Zibeline
, comme le Grand- Vizir ;
les autres Viſirs la portent
,
298 MERCURE
rouge , ou verte.
Enfin cet Officier eft toû
jours auprés du Grand Seigneur
, quand il eſt dans le
Harem ou au dehors , foit
,
ou que
qu'il monte à cheval pour aller
à la promenade ,
quelqu'un le traite ; il a accés
huprés du Grand- Seigneur en
quelqu'endroit qu'il foit , à
moins qu'il ne fût feul auprés
de la Sultane- Validé, de la Sultane-
Haff ki , ou de quelqu'autre
Dame Odalique , alors il
n'entre pas par refpect , &
quand même il auroit unTelhis
du Grand- Viſir , il n'entre
GALANT. 299
point àmoins qu'il ne ſoit appellé
, au lieu que le Hazinedar
&les autres Eunuques favoris
ne vont auprés de ce Prince
que quand ils font appellez ,
ou quand le KiflarAga les envoye
pour luy dire quelque
choſe. C'eſt luy qui a les clefs
des portes du Harem , & les
Eunuques de garde luy portent
les clefs , aprés qu'ils les
ont fermées , & le matin ils
reprennent les clefs pour les
ouvrir : fi le Grand Seigneur
veut fortir pendant la nuit
les Eunuques de garde avertiffent
le Kiflar-Aga , & alors
>
300 MERCURE
il va luy-mêmeouvrir la por
te.
Toutes les nuits il y a quarante
Eunuques de garde avec
deux favoris à la porte desap
partemens , & au dehors des
murailles du coſté desjardins ,
il y a toutes les nuits quatre
ou cinq cent Bostangis * qui
font la garde , & les uns , &
les autres font tous armez ; le
Kiflar-Aga fair quelquefois la
ronde pendant la nuit , & s'il
trouve quelqu'un des Gar-
* Ce font les Jardiniers qui compoſent
ceCorps , dont le Boſtangis-Bachi
eft le Chef.
GALANT. 301
des endormi , ou qui ne foit
point en ſon poſte , le lende
main il luy fait donner cing
cent coups de bâtons ſur la
plante des pieds , & l'envoye
au vieux Serrail .
L'appartement! du Kiflar-
Aga eſt auprés de la porte de
l'appartement des femmes, il
y a environ cent Eunuques ,
& cent Baltagis à ſon ſervice.,
les uns pour le ſervir en dedans
, & les autres au dehors.;
il y a auſſi une cuiſine au dehors
, & des Officiers juſqu'au
nombre de cent cinquante
perſonnes,ils dependent pour
302 MERCURE
tant du Chefde la cuiſine Imperiale
, & c'eſt le Kiflargi Bachi
ou Chefde la chambre de
l'Office du Grand - Seigneur
qui eſt leur Sur- Intendant ; ils
portent tous des bonnets
blancs faits en pain de ſucre ,
excepté que le bout eſt rond.
La Sultane Validé , la Sultane
Haffeki , & les autres Dames
Odaliques ont un certain nombre
de plats de la cuiſine du
Grand- Seigneur ; mais cela eſt
pour les filles qui font à leur
ſervice , car elles ne mangent
quece qui leur eſt preparédans
les cuiſines qu'elles ont dans
0
GALANT. 303
leurs appartements. Les viandes
pour le reſte des filles &
des Eunuques ſont preparées
dans la cuiſine du Kıflar-Aga.
Les Baltagis du vieux Serrail
compoſent unCorps d'environquatre
cens hommes ; ils
ont pour leur Chef le Baltagilar
Kiayaffi , qui les punit
quand ils fontquelques fautes.
Il porte une ceinture large de
brocard d'or ,& le bonnet de
feutre jaune pointu , & qui
eſt un peu plus grand qu'un
grand pain de ſucre ; les Bal.
tagis portent auſſi de ſemblables
bonnets de feutre jaune ,
304 MERCURE
ils ſervent les femmes du Serrail
du Grand-Seigneur , &
celles qui ſont dans le vieux
Serrail. Ce font eux qui font
toutes les emplettes&les commiſſions
au dehors , ils dependent
du Kiflar-Aga.
:
Quand les femmes du
Grand-Seigneur font en marche
pour aller d'un lieu à un
autre , ils marchent àpied au
tour des caroffes avec leurs
épécs , les Eunuques font à
cheval auffiarmez , & marchent
devant & derriere les
caroffes ; ily a aufli bon nombredeBostangis
, qui marchent
un
GALANT . 305 .
:
un peu éloignez , & conduiſent
de cette maniere les
femmes d'un gîte à l'autre.
Les Baltagis , ont ſoin de
charger & décharger le bagage.
Onfait le caffé de la Sultane
Validé,de la Sultane Haßeki ,
de la Bache Kadin , de la Kiaya
Kadin , & du Kiflar Aga , au
dehors ou à des chambres
particulieres pour cela deſſervies
par vingt ou trenteBaltagis
, & chacunes de ces chambres
a un chef qui eſt un
ancien Baltagi , qu'on appelle
Kahuegi Bachi.
Novembre 1714. Cc
306 MERCURE
Ces faiſeurs de caffé font
eſtimez parmi le corps des
Baltagis ,& quand ils ſortent
de-là on leur donne des employs
confiderables ou de
bons Ziamets * , ou on les fait
Capigis - Bachis.
Le Secretaire du Kiflar-Aga
eſt auſſi eſtimé , on l'appelle
Yazigi Effendi ,il eſt quelque
fois chargé des ordres du
Grand-Seigneur pour leGrand
Viſir , & il va toûjours auprés
de ce premier Miniftre
pour lesaffaires du KıflarAga.
Ce Secretaire eft pourtant
au- deſſous du BaltagisKiayaffi
* Fonds de terres
GALANT . 307
& porte un bonnet de feutre
jaune , comme celuy de ces
Officiers; mais dans les voyages
ils portent tous des bonnets
de draps rouges comme
ceux des Bostangis ;c'eſt leBaltagi
Larkiayaffi qui porte ordinairement
les Haticherifs ,
ou ordres duGrand Seigneur
tant par écrit que de bouche
au Grand Vıfır ,aux autres
Viſirs , & au Moufti : quand
ila ſervi long- temps , on le
fait Capigi Bachi , ou on luy
donne quelqu'autre employ
confiderable .
Les Baltagis peuvent deve
Ccij
308 MERCURE
nir Sphais , ou Cavaliers avec
dix-huit afpres * de paye par
jour ,ou bien Chaoux ; c'eſtàdire
Huiffier.
Autrefois quand les fils
des Grands Seigneurs eſtoient
devenus grands on leur donnoit
des Provinces à gouverner
, & on leur donnoit un
Viſir ſage & prudent pour
Kiaya ouLieutenant ; cesPrinces
apprenoient par là les affaires
du monde , & quand le
Grand Seigneur venoit à mourir
, les Officiers de la Porte ,
* Un Aſpre vaut dix-huit deniers de
Franse.
GALANT. 309
tous les Chefs des Corps des
Milices , & tous les Docteurs
de la Loy en donnoient avis
au Prince aîné , & à ſon arrivée
on l'inſtalloit à la place du
Grand Seigneur ſon pere.Dés
qu'il avoit l'autorité en main
il faiſoit revenir ſes freres , &
les mettoitdans les priſons qui
font deſtinées pour ces Princes
,&qui font dans l'appartement
des femmes , & on
leur donnoit pour les ſervir
quelques vieilles Boula
quelques Eunuques noirs avec
tout ce qu'il leur faut pour
Ieur nourriture& leur entre-
د
&
310 MERCURE
tien , & ils demeuroient enfermez
juſqu'à ce que leur
rang d'être Empereur , vint
ou que la mort les delivrat :&
fi quelqu'un de ces Princes ne
venoit point fe remettre en
prifon , on le pourfuivoit jufqu'à
ce qu'on le prit ,& on le
faiſoit enfuite mourir.Aujourd'huy
il n'en eft pas demême,
pendant que le Grand-Seigneur
leur pere eſt vivant , ils
font élevez auprés de luy , &
quand il meurt on met ſur le
Trône le premier né , & fes
autres freres dans les priſons
qui font dans l'appartement
し
GALANT. 311
des femmes ſous la garde de
la SultaneValidé ,& cela fe fait
de l'avisde tous les principaux
Officiers de l'Empire , & ils
prennent une declaration par
écrit de cette Princeffe , comme
il ne ſera fait aucun tort à
ces Princes. On donne auffi à
ces Princes quelques vieilles
Boula , & quelques Eunuques
pour les fervir dans leurs prifons,&
quelques Baltagis pour
les fervir au dehors .
Al'égard des Sultanes ou
filles des Grands- Seigneurs ,
c'eſt l'ordinaire qu'on les
maric environ à l'âge de
1
>
312 MERCURE
ſept ans , à quelque Viſir qui
ne ſoit point marié; quelques
jours aprés que le mariage a
été celebré , on conduit en
cérémonie cette Princeſſe avec.
ſa dot ; & fon trouffeau.
chez fon Epoux ; on luy don
ne auffi trente ou quarante
filles , & une vingtaine d'Eunuques
noirs pour la fervir.
Le Grand-Viſir , les Viſirs de
route , tous les principaux.
Docteurs de laLoy& generalement
tous les principaux
Officiers de la Porte marchent
à cheval au -devant des
Caroffes de la Princeffe , le
د
Kiflar
GALANT. 313
Kiflar-Aga & quelques Eunuques
favoris le précedent ;
Quand la Princeſſe eſt arrivée
chez ſon Epoux , le Kiflar-
Aga la luy remet entre les
mains ,& luy la conduit dans
fon appartement ,& la remet
entre les mains de ſa Kiaya-
Kadin, de fa nourrice , & de
ſes gouvernantes , il fort enſuite
de l'appartement de la
Princeffe , & traite tous les
principaux Officiers qui l'ont
accompagné ; aprés le repas
il donne au Grand Viſir , au
Kiflar-Aga , au Moufty , aux
deux Kadileskers , au Cadi de
Novembre 1714. Dd
314 MERCURE
Conftantinople ,& à tous les
les Viſirs de route à chacun
une fourrure de martre zibline;
il endonne à tous les autres
principaux Officiers de la
Caftanie; il donne auffi des
fourrures de martre zibline
auxEunuques favorisqui ont
accompagné le Kiflar-Aga ,&
diſtribuë de l'argent àtousles
autres chacun ſuivant ſa qualité,
& aprés que le Grand-
Vıfır , le Kflar-Aga, les autres
Viſirs , les Docteurs de la
Loy ont felicité le nouveau
marié, chacun ſe retire chez
ſoy. Le lendemain il va renGALANT.
315
dre ſa viſite au Grand-Viſir
qui luy donne une fourrure
de martre zibline ; le premier
Miniſtre l'envoye enfuite au
Grand- Seigneur , ce Prince
luy donne un Caftan de drap
d'or fourré de martre zibline ,
comme ſon gendre , il va
aprés chez le Kıflar- Aga où la
Reine Mere luy envoye une
fourrure de martre zibline ,
&puis il ſe retire chez luy.
Fermer
Résumé : TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
Le harem ottoman est organisé autour de trois principaux appartements : celui de la Sultane Validé, celui de la Sultane Haffki et celui de la Kiaya Kadin. La Kiaya Kadin supervise les filles esclaves et les Boula, des femmes âgées au service du sultan. Ces dernières peuvent accéder à des rôles plus élevés, tels que Hazinedar Oufta ou Kiaya Kadin. La Sultane Haffki, reconnaissable à sa couronne d'or, ainsi que les quatre premières dames ayant des enfants mâles ou des filles, possèdent leurs propres appartements et eunuques. Elles ont également le privilège de voir le sultan sans intermédiaire. La Sultane Validé, après l'accession de son fils au trône, dispose d'une maison particulière et d'appanages. En cas de décès du sultan, la mère du nouveau sultan devient la principale figure féminine, suivie par la Sultane Validé, puis par la Kiaya Kadin. En l'absence d'héritier mâle, un frère ou un prince succède au sultan, et la mère du nouveau sultan devient Sultane Validé. La mère d'un prince décédé est envoyée au vieux serrail. Les odalisques sans enfants mâles peuvent être mariées, tandis que celles ayant des fils restent au serrail. La Sultane Validé est servie par de nombreux esclaves et eunuques, dirigés par le Kizlar Aga, qui contrôle l'accès au sultan et supervise les communications et les présents. L'organisation du palais comprend divers corps, tels que les Bostangis, supervisés par le Bostangis-Bachi, et les Baltagis, dirigés par le Baltagilar Kiayaffi. Ces derniers servent les femmes du harem et effectuent des tâches extérieures. Les cérémonies d'arrivée d'une princesse incluent des distributions de cadeaux et des visites protocolaires au Grand-Visir et à la Reine Mère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 729-741
LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
Début :
Les Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la [...]
Mots clefs :
Jean-François Niceron, Lettres, Ogier Ghislain de Busbecq, Empereur, Constantinople, Ambassade , Affaires, Lettre, Roi, Turquie, Mort, Pierandrea Mattioli, Flandres, Voyage, Autriche, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
LETTRE de M.... sur la Continuation
des Memoires du R. P. Niceron.
L
Es Memoires pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres dans la
Képublique des Lettres , &c. continuent ,
Monsieur , d'être publiez ici avec succès
, et c'est toujours le sieur Briasson ,
Libraire , rue S. Jacques , qui les imprime.
J'ai à vous parler ici du XXII. votume
, vous ayant rendu compte de tous
les précedens.
C'est toûjours le même plan et le même
ordre , ainsi il me suffira de vous
dire que ce Tome , de 410. pages sans
les Tables , contient la Vie et le Catalogue
de 45. Sçavans , entre lesquels j'ai
choisi Auger Gislen de Busbeg , comme
un sujet qui , je m'assure , sera de votre
goût , et qui conviendra d'ailleurs pour
ne point trop exceder les bornes d'une
Lettre. Voici comment en parle notre
Auteur , page 350. de son Livre.
AUGER Gislen de Busbeq , naquit Fan
15220
730 MERCURE DE FRANCE
1522. à Comines en Flandres sur la Lys,
et fut fils naturel de Gilles Gislen , Seigneur
de Busbeq , Château sur la Lys
entre Comines et Menin , qui l'eut d'une
fille de basse condition .
Les heureuses dispositions qu'il fit voir
dès sa premiere jeunesse pour les Sciences
, engagerent son pere , qui l'élevoit
dans sa maison , à ne rien oublier pour
son instruction , et à le faire légitimer
par un Rescrit de l'Empereur Charles
Quint.
Il l'envoya étudier dans les plus celebres
Universitez , à Louvain , à Paris ,
à Venise , à Boulogne et à Padoüe , et
le jeune Busbeq fit de grands progrès
dans toutes ces Villes sous les fameux
Professeurs qu'il y suivit.
>
En 1554 il fut en Angleterre à la suite
de Pierre Lasso , que Ferdinand , Roy des
Romains , y envoyoit en Ambassade
pour assister aux Nôces de la Reine Marie
avec Philippe , fils de l'Empereur
Charles-Quint , qui se celebrerent le 5 .
Juillet 1554.
De retour en Flandres , il reçut à Lille
le 3. Novembre suivant , une Lettre de
Ferdinand par laquelle ce Prince lui
marquoit de se rendre à Vienne , pour
aller en Ambassade à Constantinople.
"
II
AVRIL 1734 731
Il ne differa de partir qu'autant de
temps qu'il lui en fallut pour aller dire
adieu à son Pere , que Valere André
peu exact sur son chapitre , a supposé
mal à propos , mort en ce temps - là ;
aussi bien qu'à ses amis.
Arrivé àVienne , il en partit aussi - tôt
pour Constantinople , où il arriva le
20. Janvier 1555. Soliman II . étoit alors
à Amasie à la tête de son Armée , et ayant
sçû son arrivée , il lui fit dire de le venir
trouver.
Il sortit de Constantinople le 5. Mars
et arriva auprès du Grand Seigneur le
7. Avril ; mais il n'eut pas grande satisfaction
de lui .
Il avoit été envoyé à la Porte pour
y demeurer en qualité d'Ambassadeur
ordinaire ; cependant il y fit très peu
de séjour. Il ne put obtenir de Soliman
qu'une Tréve de six mois ; et on jugea
à propos qu'il retournât promptement
vers Ferdinand , pour lui porter la Lettre
de l'Empereur Turc.
Il partit donc d'Amasie le 2. Juin , et
eut presque toujours la fievre jusqu'au 24.
qu'il arriva à Constantinople , d'où après
quatorze jours de repos , il reprit le chemin
de Vienne.
Le Roy des Romains le renvoya au
mois
732 MERCURE DE FRANCE
mois de Novembre à Constantinople ,
où il arriva en Janvier 1556.
Cette seconde Ambassade fut plus longue
et plus heureuse que la premiere ;
car elle dura sept ans , et finit par un
Traité contenant une Tréve de huit ans:
Busbeq , quoiqu'appliqué aux affaires
de son Ambassade , ne laissa pas de travailler
pendant son séjour en Turquie
pour la République des Lettres . Il ramassoit
des Inscriptions , acheptoit des
Manuscrits , recherchoit les Plantes rares
, et s'informoit de la nature des Animaux.
A ce second voyage il avoit mené
avec lui un Peintre , pour dessiner les
Plantes et les Animaux qui nous sont
inconnus ; et il communiqua dans la suite
ces Desseins à Pierre- André Mathiole',
qui en fit qui en fit usage dans les Livres qu'il
donna au Public.
Quelques- uns se sont imaginez que
Mathiole avoit été à son service , fondez
sur la quatriéme Lettre de Busbeq ,
écrite en 1562. où il est dit : Nihil pene
stirpium neque herbarum retuli , nisi depictarum,
quas Mathiolo servo mandaram,
et alia pleraque , & c. mais il est visible
que la ponctuation est vicieuse dans cet
endroit , et qu'il faut lire : quas Mathiolo
servo, Mandaram et alia pleraque, & c.
Fest
AVRIL. 1734:
733
c'est-à - dire qu'il gardoit ces Desseins
pour Mathiole. Ajoûtez à cela que Mathiole
dit dans l'Epitre Décicatoire de
son Commentaire sur Dioscoride , écrite
l'an 1568. qu'il y avoit 17. ans de suite
qu'il étoit Medecin de Ferdinand d'Autriche
, second fils de Maximilien I. II
a donc commencé à l'être en 1551. et
n'a pû durant ce temps servir Busbeq .
Busbeq eut pendant son séjour en Turquie
un Medecin , dont il est bon do
dire quelque chose. Il s'appelloit Guillaume
Quacquelben , et étoit natif de
Courtray en Flandres. Il fut appellé en
1548. de Louvain pour professer la Medecine
à Vienne en Autriche . Il passa
de-là à Constantinople en 1552. et y
mourut en 1561. C'étoit un homme de
Lettres , et curieux en Médailles , et Busbeq
assure dans ses Lettres , que la République
des Lettres perdit par sa mort
quantité de Remarques curieuses qu'il
vouloit mettre au jour. Mathiole , dans
ses Observations sur Dioscoride , reconnoît
qu'il lui en avoit envoyé plusieurs
qu'il avoit inserées dans son Ouvrage.
Ce Medecin avoit pour principe qu'il ne
falloit pas craindre la Peste , parce que
la crainte seule pouvoit la donner ; cependant
il la gagna et en mourut sans
vouloir
734 MERCURE DE FRANCE
vouloir presque démordre de son prémier
sentiment. Busbeq le croyoit capable
de tenir sa place à Constantinople
, quand il en seroit parti .
Busbeq ayant terminé les affaires qui
l'avoient amené en Turquie , partit de
Constantinople à la fin du mois d'Août
de l'an 1562. avec Ebrahim Strotschen ,
Polonois , que Soliman II. envoyoit à
l'Empereur Ferdinand II . et arriva en
Autriche au commencement d'Octobre;
mais comme l'Empereur étoit alors à la
Diette de Francfort , il s'y transporta par
ses ordres pour lui rendre compte de
ses Négociations . Son dessein étoit de
passer après cela le reste de ses jours dans
une vie privée ; mais il fallut qu'il se
rembarquât plus que jamais à la Cour.
On lui confia le gouvernement des
jeunes Princes , fils de Maximilien II .
que ce Prince , devenu Empereur par la
mort de Ferdinand I. son Pere , arrivée
le 25. Juillet 1564. envoya en Espagne
auprès de Philippe II. leur Oncle , sous
sa conduite .
Lorsque la Princesse Elisabeth d'Autriche
, fille du même Empereur Maximilien
, fut mariée en 1570. avec Char
les IX. Roy de France , il fut chargé
de la conduire dans ce Royaume , et demeura
AVRIL 1734 735
meura auprès d'elle , avec l'Intendance
de sa Maison et de ses affaires ; et quand
cette Princesse sortit de France après la
mort de son Mary , arrivée le 30. May
1574. elle l'y laissa pour y avoir soin de
ses affaires.
·
L'Empereur Rodolphe II . le choisit
aussi pour être son Ambassadeur à la
Cour de France ; et l'on a les Lettres qu'il
lui écrivit en cette qualité depuis le 25.
Mars 1582. jusqu'à la fin de 1585.
En 1592. il obtint de l'Empereur un
Congé de six mois pour faire un voyage
en Flandres , où sa presence étoit nécessaire
par rapport à ses affaires domestiques.
Mais quoiqu'il eût pris pour faire
ce voyage plus sûrement , des passeports
du Roy et de la Ligue , il fut volé et
maltraité dans le Village de Cailly à quatre
lieues de Rouen , par un Parti de
Ligueurs , qui cependant , sur les représentations
qu'il leur fit par rapport à son
caractere , le laisserent libre et lui rendirent
tout ce qu'ils lui avoient pris.
Le Gouverneur de Rouen ayant sçû
cette avanture , lui en fit des excuses et
lui promit de punir ceux qui l'avoient
insulté , mais Busbeq lui répondit qu'il
songeoit plutôt à se tranquiliser l'esprit
qu'à se venger de l'injure qu'on avoit
faite à sa qualité.
736 MERCURE DE FRANCE
Il ne continua pas cependant son voyage
; car se sentant incommodé , il se fit
porter au Château de Mailloc , dans le
voisinage de Cailly.
Il y mourut onze jours après , le 28.
Octobre 1592. âgé d'environ 70. ans.Son
corps fut enterré honorablement dans
l'Eglise du Lieu , et son coeur fut porté
aux Bays - Bas , pour y être mis dans le
Tombeau de ses Ancêtres.
Le bruit courut alors qu'il avoit été
tué dans un bois par des voleurs , et c'est
conformément à ce bruit qu'en ont parlé
Philippe Camérarius dans ses Méditations
historiques, Scaliger, dans le Scaligeriana,
et Juste Lipse , dans l'Epitaphe qu'il lui
a faite.
L'Archiduc Albert , Gouverneur et
puis Souverain des Pays - Bas Epagnols ,
érigea en Baronie la Terre de Busbeq ,
pour honorer la mémoire de son Gouverneur
et lui témoigner sa reconnoissance.
Maximilien , Pere de ce Prince ,
lui avoit conferé l'Ordre de Chevalerie ,
et les Lettres Patentes qu'il lui accorda
pour cela , le 3. Avril 1554. lui sont très .
honorables .
Il avoit eu dessein de se fixer en Fran
ce , dont le séjour lui plaisoit extréme
ment , et il y avoit dans ce dessein acheté
quelques Terres.
AVRIL. 1734. 737
On dit qu'il parloit sept Langues en
perfection , la Latine l'Italienne , la
Françoise , l'Espagnole , l'Allemande , la
Flamande et la Sclavone.
>
Catalogue de ses Ouvrages.
1. Itinera II. Constantinopolitanum , et
Amasianum. Antuerpia , 1581. in 8. Ces
Voyages sont contenus en deux Lettres
que Busbeq adressa à NicolasMicaut , Sieur
d'Indevel , avec qui il avoit autrefois
étudié en Italie. Louis Carrion , qui en
fit faire cette premiere Edition , la dédia
au même Micaut.
2. Legationis Turcice Epistola quatuor,
quarum priores due prodierunt sub titulo
itinerum Constantinopolitani et Amasiani.
Paris. 1595. in 8. Il y a plusieurs autres
Editions de ces Lettres. Dans celle de
Francfort de l'an 1605. in 8. on a ajoûté
l'Ambassade d'Ebrahim Strotschen , dont
j'ai parlé cy-dessus. Ces Lettres qui sont
très-curieuses et très - instructives ont
été traduites en François sous ce titre :
Ambassades et Voyages en Turquie et Amasie
, de M. Busbequius , depuis l'an 1554.
jusqu'en 1562. traduit du Latin par le
S. Gaudon. Paris 1646. in 8. On en a
aussi une Traduction Allemande , imprimée
à Francfort en 1596. in 8.
3.
738 MERCURE DE FRANCE
3. De re Militari contra Turcam instituenda
Consilium A la suite des Lettres
sur son Ambassade de Turquie , tant
dans la premiere Edition de 1681. que
dans les suivantes. Item. à la page 18 .
du quatrième volume du Recueil de Nicolas
Reusner , intitulé : De Bello Turcico
selectissima Orationes et Consultationes.
Leipsia , 1596. in 4. Busbeq avoit examiné
avec beaucoup de soin l'état de la
Monarchie Ottomane et les veritables
moyens de l'attaquer avec succès
c'est ce qui fait la matiere de ce petit
Discours.
›
3
4. Augerii Gislenii Busbequii , Casaris
apud Regem Gallorum Legati , Epistola ad
Rudolphum. II. Imperatorem. è Bibliotheca
Joannis Bapt. Houvart J. C. Patricii
Bruxellensis. Louvanii , 1630. in 8.
Ces Lettres , qui sont au nombre de 53 .
s'étendent depuis le 25. Mars 1582. jusqu'à
la fin de 1585. elles ont été tradui .
tes en François par M. l'Abbé Bechet ;
Chanoine d'Usez , natif de Clermont en
Auvergne , Auteur de la Vie du Cardinal
Martinuzius , mort en 1722. âgé de
73. ans , et cette Traduction a été inserée
dans le II . Tome des Memoires de
Litterature du P. Desmolets , pag. 249 .
» Ces Lettres , dit Vigneul de Marville ,
Tom .
AVRIL. 1734. 739
❤
>
» Tom. I. de ses Melanges , pag. 52. sont
>> mieux remplies et plus utiles que celles
de Bongars . C'est un Portrait au
>> naturel des affaires de France sous le
» Regne de Henry III . Il raconte les cho-
» ses avec une naïveté si grande qu'elies
semblent se passer sous nos yeux . On ne
» trouve point ailleurs tant de faits his-
» toriques on si peu de discours . Les
» grands mouvemens comme la conspiration
d'Anvers et les petites intri-
» gues de la Cour y sont également bien.
marqués. Les attitudes , pour ainsi dire ,
» dans lesquelles il met Henry III , la .
» Reine Mere , le Duc d'Alençon , le Roy
» de Navarre , la Reine Marguerite , le
>> Duc de Guise , le Duc d'Epernon , et
» les autres Courtisans et Favoris de ce
» temps - là,nous les montrent du côté qui
» nous en découvre , à coup sûr , le fort
» et le foible , le bon et le mauvais. En
un mot , les Lettres de Busbeq sont un
modele de bien écrire pour les Ambassadeurs
qui rendent compte à leurs
Maîtres de ce qui se passe dans les
Cours où ils résident .
>>
5. Omnia quæ extant , seu Epistola ipsius
Legationum et alii Tractatus historici , et
Politici. Lugd. Bat. Elzevir , 1633. in 24.
Item . Amstelodami. Elzevir , 1660. in 24.
Voyez
740 MERCURE DE FRANCE
Voyez ses Lettres . C'est- là qu'on trouve
un détail exact de ce qui le regarde.
Bayle , Dictionnaire , son article est fait
avec beaucoup de soin. Tous les autres
Auteurs qui ont parlé de lui, sont tombez
dans des fautes grossieres et ont donné
une Relation de sa Vie , qui contredit
souvent ce qu'on trouve dans ses Let
tres. Tels sont les suivants. Valere André
, Bibliotheca Belgica : l'Auteur de sa
Vie qui est à la tête de ses Lettres à l'Empereur
Rodolphe , et que M. l'Abbé Bechet
a traduite de même que les Lettres.
Melchioris Adami vita Jurisconsultorum
Germanorum. p. 145. Freheri Theatrum Virorum
Doctorum , p. 931. Bullart , Académie
des Sciences , Tom. I. p. 80. Les
Eloges de M. de Thou , et les Additions
de Teissier.
Les autres Sçavans qui remplissent ce Volume
sont, Barthelemi Aneau, Elie Ashmole
,Jean d'Aubry, Guillaume de Baillou, Jacques
de Billy,Geoffroy et Jean de Billy, Adam
Blacvod , Edouard Brereword,RobertBurhill,
Louis Cappel, Louis Cappel lejeune,Jacques
Cappel, Scipion Carteromaco , Jacques Cassagne
, Antoine de Chandien, Nicolas Cisner,
Gaspard Contarini, Martin Antoine Delrio,
Antoine Densingius, Jeremie Drexelius,Jean
Drusius,Varino Favorino,Jean Gelida, Gilbert
AVRIL. 1734. 741
"
bert Genebrard, François Godwin , Laurent
Humphrey , Jean Marsham , Nicolas Hugues
Menard , Isaac Newton , François
Pinsson Arnaud de Pontac , Antoine
Possevin , Pierre du Ryer , François Sansovino,
J.Théodore Schenkius , Joseph Marie
Suarez , Paul et François Tallemant ,
J. F. Foy Vaillant , N. Durand de Villegagnon
, Burcher de Volder , Adolphe et
Everard Vorstius.
des Memoires du R. P. Niceron.
L
Es Memoires pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres dans la
Képublique des Lettres , &c. continuent ,
Monsieur , d'être publiez ici avec succès
, et c'est toujours le sieur Briasson ,
Libraire , rue S. Jacques , qui les imprime.
J'ai à vous parler ici du XXII. votume
, vous ayant rendu compte de tous
les précedens.
C'est toûjours le même plan et le même
ordre , ainsi il me suffira de vous
dire que ce Tome , de 410. pages sans
les Tables , contient la Vie et le Catalogue
de 45. Sçavans , entre lesquels j'ai
choisi Auger Gislen de Busbeg , comme
un sujet qui , je m'assure , sera de votre
goût , et qui conviendra d'ailleurs pour
ne point trop exceder les bornes d'une
Lettre. Voici comment en parle notre
Auteur , page 350. de son Livre.
AUGER Gislen de Busbeq , naquit Fan
15220
730 MERCURE DE FRANCE
1522. à Comines en Flandres sur la Lys,
et fut fils naturel de Gilles Gislen , Seigneur
de Busbeq , Château sur la Lys
entre Comines et Menin , qui l'eut d'une
fille de basse condition .
Les heureuses dispositions qu'il fit voir
dès sa premiere jeunesse pour les Sciences
, engagerent son pere , qui l'élevoit
dans sa maison , à ne rien oublier pour
son instruction , et à le faire légitimer
par un Rescrit de l'Empereur Charles
Quint.
Il l'envoya étudier dans les plus celebres
Universitez , à Louvain , à Paris ,
à Venise , à Boulogne et à Padoüe , et
le jeune Busbeq fit de grands progrès
dans toutes ces Villes sous les fameux
Professeurs qu'il y suivit.
>
En 1554 il fut en Angleterre à la suite
de Pierre Lasso , que Ferdinand , Roy des
Romains , y envoyoit en Ambassade
pour assister aux Nôces de la Reine Marie
avec Philippe , fils de l'Empereur
Charles-Quint , qui se celebrerent le 5 .
Juillet 1554.
De retour en Flandres , il reçut à Lille
le 3. Novembre suivant , une Lettre de
Ferdinand par laquelle ce Prince lui
marquoit de se rendre à Vienne , pour
aller en Ambassade à Constantinople.
"
II
AVRIL 1734 731
Il ne differa de partir qu'autant de
temps qu'il lui en fallut pour aller dire
adieu à son Pere , que Valere André
peu exact sur son chapitre , a supposé
mal à propos , mort en ce temps - là ;
aussi bien qu'à ses amis.
Arrivé àVienne , il en partit aussi - tôt
pour Constantinople , où il arriva le
20. Janvier 1555. Soliman II . étoit alors
à Amasie à la tête de son Armée , et ayant
sçû son arrivée , il lui fit dire de le venir
trouver.
Il sortit de Constantinople le 5. Mars
et arriva auprès du Grand Seigneur le
7. Avril ; mais il n'eut pas grande satisfaction
de lui .
Il avoit été envoyé à la Porte pour
y demeurer en qualité d'Ambassadeur
ordinaire ; cependant il y fit très peu
de séjour. Il ne put obtenir de Soliman
qu'une Tréve de six mois ; et on jugea
à propos qu'il retournât promptement
vers Ferdinand , pour lui porter la Lettre
de l'Empereur Turc.
Il partit donc d'Amasie le 2. Juin , et
eut presque toujours la fievre jusqu'au 24.
qu'il arriva à Constantinople , d'où après
quatorze jours de repos , il reprit le chemin
de Vienne.
Le Roy des Romains le renvoya au
mois
732 MERCURE DE FRANCE
mois de Novembre à Constantinople ,
où il arriva en Janvier 1556.
Cette seconde Ambassade fut plus longue
et plus heureuse que la premiere ;
car elle dura sept ans , et finit par un
Traité contenant une Tréve de huit ans:
Busbeq , quoiqu'appliqué aux affaires
de son Ambassade , ne laissa pas de travailler
pendant son séjour en Turquie
pour la République des Lettres . Il ramassoit
des Inscriptions , acheptoit des
Manuscrits , recherchoit les Plantes rares
, et s'informoit de la nature des Animaux.
A ce second voyage il avoit mené
avec lui un Peintre , pour dessiner les
Plantes et les Animaux qui nous sont
inconnus ; et il communiqua dans la suite
ces Desseins à Pierre- André Mathiole',
qui en fit qui en fit usage dans les Livres qu'il
donna au Public.
Quelques- uns se sont imaginez que
Mathiole avoit été à son service , fondez
sur la quatriéme Lettre de Busbeq ,
écrite en 1562. où il est dit : Nihil pene
stirpium neque herbarum retuli , nisi depictarum,
quas Mathiolo servo mandaram,
et alia pleraque , & c. mais il est visible
que la ponctuation est vicieuse dans cet
endroit , et qu'il faut lire : quas Mathiolo
servo, Mandaram et alia pleraque, & c.
Fest
AVRIL. 1734:
733
c'est-à - dire qu'il gardoit ces Desseins
pour Mathiole. Ajoûtez à cela que Mathiole
dit dans l'Epitre Décicatoire de
son Commentaire sur Dioscoride , écrite
l'an 1568. qu'il y avoit 17. ans de suite
qu'il étoit Medecin de Ferdinand d'Autriche
, second fils de Maximilien I. II
a donc commencé à l'être en 1551. et
n'a pû durant ce temps servir Busbeq .
Busbeq eut pendant son séjour en Turquie
un Medecin , dont il est bon do
dire quelque chose. Il s'appelloit Guillaume
Quacquelben , et étoit natif de
Courtray en Flandres. Il fut appellé en
1548. de Louvain pour professer la Medecine
à Vienne en Autriche . Il passa
de-là à Constantinople en 1552. et y
mourut en 1561. C'étoit un homme de
Lettres , et curieux en Médailles , et Busbeq
assure dans ses Lettres , que la République
des Lettres perdit par sa mort
quantité de Remarques curieuses qu'il
vouloit mettre au jour. Mathiole , dans
ses Observations sur Dioscoride , reconnoît
qu'il lui en avoit envoyé plusieurs
qu'il avoit inserées dans son Ouvrage.
Ce Medecin avoit pour principe qu'il ne
falloit pas craindre la Peste , parce que
la crainte seule pouvoit la donner ; cependant
il la gagna et en mourut sans
vouloir
734 MERCURE DE FRANCE
vouloir presque démordre de son prémier
sentiment. Busbeq le croyoit capable
de tenir sa place à Constantinople
, quand il en seroit parti .
Busbeq ayant terminé les affaires qui
l'avoient amené en Turquie , partit de
Constantinople à la fin du mois d'Août
de l'an 1562. avec Ebrahim Strotschen ,
Polonois , que Soliman II. envoyoit à
l'Empereur Ferdinand II . et arriva en
Autriche au commencement d'Octobre;
mais comme l'Empereur étoit alors à la
Diette de Francfort , il s'y transporta par
ses ordres pour lui rendre compte de
ses Négociations . Son dessein étoit de
passer après cela le reste de ses jours dans
une vie privée ; mais il fallut qu'il se
rembarquât plus que jamais à la Cour.
On lui confia le gouvernement des
jeunes Princes , fils de Maximilien II .
que ce Prince , devenu Empereur par la
mort de Ferdinand I. son Pere , arrivée
le 25. Juillet 1564. envoya en Espagne
auprès de Philippe II. leur Oncle , sous
sa conduite .
Lorsque la Princesse Elisabeth d'Autriche
, fille du même Empereur Maximilien
, fut mariée en 1570. avec Char
les IX. Roy de France , il fut chargé
de la conduire dans ce Royaume , et demeura
AVRIL 1734 735
meura auprès d'elle , avec l'Intendance
de sa Maison et de ses affaires ; et quand
cette Princesse sortit de France après la
mort de son Mary , arrivée le 30. May
1574. elle l'y laissa pour y avoir soin de
ses affaires.
·
L'Empereur Rodolphe II . le choisit
aussi pour être son Ambassadeur à la
Cour de France ; et l'on a les Lettres qu'il
lui écrivit en cette qualité depuis le 25.
Mars 1582. jusqu'à la fin de 1585.
En 1592. il obtint de l'Empereur un
Congé de six mois pour faire un voyage
en Flandres , où sa presence étoit nécessaire
par rapport à ses affaires domestiques.
Mais quoiqu'il eût pris pour faire
ce voyage plus sûrement , des passeports
du Roy et de la Ligue , il fut volé et
maltraité dans le Village de Cailly à quatre
lieues de Rouen , par un Parti de
Ligueurs , qui cependant , sur les représentations
qu'il leur fit par rapport à son
caractere , le laisserent libre et lui rendirent
tout ce qu'ils lui avoient pris.
Le Gouverneur de Rouen ayant sçû
cette avanture , lui en fit des excuses et
lui promit de punir ceux qui l'avoient
insulté , mais Busbeq lui répondit qu'il
songeoit plutôt à se tranquiliser l'esprit
qu'à se venger de l'injure qu'on avoit
faite à sa qualité.
736 MERCURE DE FRANCE
Il ne continua pas cependant son voyage
; car se sentant incommodé , il se fit
porter au Château de Mailloc , dans le
voisinage de Cailly.
Il y mourut onze jours après , le 28.
Octobre 1592. âgé d'environ 70. ans.Son
corps fut enterré honorablement dans
l'Eglise du Lieu , et son coeur fut porté
aux Bays - Bas , pour y être mis dans le
Tombeau de ses Ancêtres.
Le bruit courut alors qu'il avoit été
tué dans un bois par des voleurs , et c'est
conformément à ce bruit qu'en ont parlé
Philippe Camérarius dans ses Méditations
historiques, Scaliger, dans le Scaligeriana,
et Juste Lipse , dans l'Epitaphe qu'il lui
a faite.
L'Archiduc Albert , Gouverneur et
puis Souverain des Pays - Bas Epagnols ,
érigea en Baronie la Terre de Busbeq ,
pour honorer la mémoire de son Gouverneur
et lui témoigner sa reconnoissance.
Maximilien , Pere de ce Prince ,
lui avoit conferé l'Ordre de Chevalerie ,
et les Lettres Patentes qu'il lui accorda
pour cela , le 3. Avril 1554. lui sont très .
honorables .
Il avoit eu dessein de se fixer en Fran
ce , dont le séjour lui plaisoit extréme
ment , et il y avoit dans ce dessein acheté
quelques Terres.
AVRIL. 1734. 737
On dit qu'il parloit sept Langues en
perfection , la Latine l'Italienne , la
Françoise , l'Espagnole , l'Allemande , la
Flamande et la Sclavone.
>
Catalogue de ses Ouvrages.
1. Itinera II. Constantinopolitanum , et
Amasianum. Antuerpia , 1581. in 8. Ces
Voyages sont contenus en deux Lettres
que Busbeq adressa à NicolasMicaut , Sieur
d'Indevel , avec qui il avoit autrefois
étudié en Italie. Louis Carrion , qui en
fit faire cette premiere Edition , la dédia
au même Micaut.
2. Legationis Turcice Epistola quatuor,
quarum priores due prodierunt sub titulo
itinerum Constantinopolitani et Amasiani.
Paris. 1595. in 8. Il y a plusieurs autres
Editions de ces Lettres. Dans celle de
Francfort de l'an 1605. in 8. on a ajoûté
l'Ambassade d'Ebrahim Strotschen , dont
j'ai parlé cy-dessus. Ces Lettres qui sont
très-curieuses et très - instructives ont
été traduites en François sous ce titre :
Ambassades et Voyages en Turquie et Amasie
, de M. Busbequius , depuis l'an 1554.
jusqu'en 1562. traduit du Latin par le
S. Gaudon. Paris 1646. in 8. On en a
aussi une Traduction Allemande , imprimée
à Francfort en 1596. in 8.
3.
738 MERCURE DE FRANCE
3. De re Militari contra Turcam instituenda
Consilium A la suite des Lettres
sur son Ambassade de Turquie , tant
dans la premiere Edition de 1681. que
dans les suivantes. Item. à la page 18 .
du quatrième volume du Recueil de Nicolas
Reusner , intitulé : De Bello Turcico
selectissima Orationes et Consultationes.
Leipsia , 1596. in 4. Busbeq avoit examiné
avec beaucoup de soin l'état de la
Monarchie Ottomane et les veritables
moyens de l'attaquer avec succès
c'est ce qui fait la matiere de ce petit
Discours.
›
3
4. Augerii Gislenii Busbequii , Casaris
apud Regem Gallorum Legati , Epistola ad
Rudolphum. II. Imperatorem. è Bibliotheca
Joannis Bapt. Houvart J. C. Patricii
Bruxellensis. Louvanii , 1630. in 8.
Ces Lettres , qui sont au nombre de 53 .
s'étendent depuis le 25. Mars 1582. jusqu'à
la fin de 1585. elles ont été tradui .
tes en François par M. l'Abbé Bechet ;
Chanoine d'Usez , natif de Clermont en
Auvergne , Auteur de la Vie du Cardinal
Martinuzius , mort en 1722. âgé de
73. ans , et cette Traduction a été inserée
dans le II . Tome des Memoires de
Litterature du P. Desmolets , pag. 249 .
» Ces Lettres , dit Vigneul de Marville ,
Tom .
AVRIL. 1734. 739
❤
>
» Tom. I. de ses Melanges , pag. 52. sont
>> mieux remplies et plus utiles que celles
de Bongars . C'est un Portrait au
>> naturel des affaires de France sous le
» Regne de Henry III . Il raconte les cho-
» ses avec une naïveté si grande qu'elies
semblent se passer sous nos yeux . On ne
» trouve point ailleurs tant de faits his-
» toriques on si peu de discours . Les
» grands mouvemens comme la conspiration
d'Anvers et les petites intri-
» gues de la Cour y sont également bien.
marqués. Les attitudes , pour ainsi dire ,
» dans lesquelles il met Henry III , la .
» Reine Mere , le Duc d'Alençon , le Roy
» de Navarre , la Reine Marguerite , le
>> Duc de Guise , le Duc d'Epernon , et
» les autres Courtisans et Favoris de ce
» temps - là,nous les montrent du côté qui
» nous en découvre , à coup sûr , le fort
» et le foible , le bon et le mauvais. En
un mot , les Lettres de Busbeq sont un
modele de bien écrire pour les Ambassadeurs
qui rendent compte à leurs
Maîtres de ce qui se passe dans les
Cours où ils résident .
>>
5. Omnia quæ extant , seu Epistola ipsius
Legationum et alii Tractatus historici , et
Politici. Lugd. Bat. Elzevir , 1633. in 24.
Item . Amstelodami. Elzevir , 1660. in 24.
Voyez
740 MERCURE DE FRANCE
Voyez ses Lettres . C'est- là qu'on trouve
un détail exact de ce qui le regarde.
Bayle , Dictionnaire , son article est fait
avec beaucoup de soin. Tous les autres
Auteurs qui ont parlé de lui, sont tombez
dans des fautes grossieres et ont donné
une Relation de sa Vie , qui contredit
souvent ce qu'on trouve dans ses Let
tres. Tels sont les suivants. Valere André
, Bibliotheca Belgica : l'Auteur de sa
Vie qui est à la tête de ses Lettres à l'Empereur
Rodolphe , et que M. l'Abbé Bechet
a traduite de même que les Lettres.
Melchioris Adami vita Jurisconsultorum
Germanorum. p. 145. Freheri Theatrum Virorum
Doctorum , p. 931. Bullart , Académie
des Sciences , Tom. I. p. 80. Les
Eloges de M. de Thou , et les Additions
de Teissier.
Les autres Sçavans qui remplissent ce Volume
sont, Barthelemi Aneau, Elie Ashmole
,Jean d'Aubry, Guillaume de Baillou, Jacques
de Billy,Geoffroy et Jean de Billy, Adam
Blacvod , Edouard Brereword,RobertBurhill,
Louis Cappel, Louis Cappel lejeune,Jacques
Cappel, Scipion Carteromaco , Jacques Cassagne
, Antoine de Chandien, Nicolas Cisner,
Gaspard Contarini, Martin Antoine Delrio,
Antoine Densingius, Jeremie Drexelius,Jean
Drusius,Varino Favorino,Jean Gelida, Gilbert
AVRIL. 1734. 741
"
bert Genebrard, François Godwin , Laurent
Humphrey , Jean Marsham , Nicolas Hugues
Menard , Isaac Newton , François
Pinsson Arnaud de Pontac , Antoine
Possevin , Pierre du Ryer , François Sansovino,
J.Théodore Schenkius , Joseph Marie
Suarez , Paul et François Tallemant ,
J. F. Foy Vaillant , N. Durand de Villegagnon
, Burcher de Volder , Adolphe et
Everard Vorstius.
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Résumé : LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
La lettre traite de la publication continue des 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres', imprimés par le sieur Briasson à Paris. Le vingt-deuxième volume contient la vie et le catalogue de 45 savants, parmi lesquels Auger Gislen de Busbeq. Né en 1522 à Comines en Flandres, Busbeq est le fils naturel de Gilles Gislen, seigneur de Busbeq. Grâce à ses dispositions pour les sciences, son père l'envoya étudier dans plusieurs universités célèbres, telles que Louvain, Paris, Venise, Boulogne et Padoue. En 1554, Busbeq se rendit en Angleterre à la suite de Pierre Lasso pour assister aux noces de la reine Marie avec Philippe, fils de l'empereur Charles Quint. De retour en Flandres, il reçut une lettre de Ferdinand, roi des Romains, l'envoyant en ambassade à Constantinople. Il arriva à Constantinople en janvier 1555 et rencontra Soliman II à Amasie. Sa première ambassade fut brève, obtenant seulement une trêve de six mois. Il retourna à Vienne et fut renvoyé à Constantinople en novembre 1555, où il resta sept ans et négocia une trêve de huit ans. Pendant son séjour en Turquie, Busbeq collecta des inscriptions, acheta des manuscrits, rechercha des plantes rares et s'informa sur la nature des animaux. Il ramena des dessins de plantes et d'animaux inconnus en Europe, qu'il communiqua à Pierre-André Matthiole pour ses ouvrages. Il eut également un médecin, Guillaume Quacquelben, qui mourut à Constantinople en 1561. Après avoir terminé ses affaires en Turquie, Busbeq retourna en Autriche en 1562. Il fut ensuite chargé de diverses missions diplomatiques, notamment la conduite des jeunes princes fils de Maximilien II en Espagne et l'escorte de la princesse Élisabeth d'Autriche en France. Il fut également ambassadeur à la cour de France pour Rodolphe II. En 1592, Busbeq obtint un congé pour se rendre en Flandres, mais fut attaqué et volé par des ligueurs près de Rouen. Il mourut peu après, le 28 octobre 1592, à l'âge d'environ 70 ans. Son corps fut enterré honorablement et son cœur porté aux Pays-Bas pour être placé dans le tombeau de ses ancêtres. Busbeq parlait sept langues et laissa plusieurs ouvrages, dont des lettres sur ses voyages et ambassades en Turquie, traduites en français et en allemand. Ses lettres sont considérées comme un modèle de rapport diplomatique. Le volume mentionne également une série de savants, parmi lesquels figurent Valère André, auteur de la 'Bibliotheca Belgica' et de lettres adressées à l'empereur Rodolphe, traduites par l'abbé Bechet. D'autres ouvrages cités incluent 'Melchioris Adami vita Jurisconsultorum Germanorum' et 'Freheri Theatrum Virorum Doctorum'. Le texte fait référence aux éloges de M. de Thou et aux additions de Teissier. La liste des savants inclut Barthelemi Aneau, Elie Ashmole, Jean d'Aubry, Guillaume de Baillou, Jacques de Billy, Geoffroy et Jean de Billy, Adam Blacvod, Edouard Brereword, Robert Burhill, Louis Cappel, Louis Cappel le jeune, Jacques Cappel, Scipion Carteromaco, Jacques Cassagne, Antoine de Chandien, Nicolas Cisner, Gaspard Contarini, Martin Antoine Delrio, Antoine Densingius, Jerémie Drexelius, Jean Drusius, Varino Favorino, Jean Gelida, Gilbert Genebrard, François Godwin, Laurent Humphrey, Jean Marsham, Nicolas Hugues Menard, Isaac Newton, François Pinsson, Arnaud de Pontac, Antoine Possevin, Pierre du Ryer, François Sansovino, J. Théodore Schenkius, Joseph Marie Suarez, Paul et François Tallemant, J. F. Foy Vaillant, N. Durand de Villegagnon, Burcher de Volder, Adolphe et Everard Vorstius. Le texte est daté d'avril 1734.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 205-206
DÉCLARATION de l'Impératrice de toutes les Russies, remise par son Ministre à M. le Castellan de Lipski.
Début :
Sa Majesté Impériale ne permettra jamais que S. E. M. le Castellan & M. le [...]
Mots clefs :
Majesté impériale, Commission, Acte de juridiction, Duché, Courlande, Impératrice, Fiefs, Trône, Affaires, République
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCLARATION de l'Impératrice de toutes les Russies, remise par son Ministre à M. le Castellan de Lipski.
DÉCLARATION de l'Impératrice de toutes les
Ruffies , remife parfon Miniftre à M. le Caftellan
de Lipski.
Sa Majefté Impériale ne permettra jamais
que S. E. M. lé Caftellan & M.le Palatin de
Glateo éxécutent la commiffion dont Sa Ma
» jefté Polonoiſe les a chargés , ni qu'ils éxer
cent aucun acte de Jurifdiction dans les Duchés
de Courlande & de Semigallé.
*
??
""
""
1
Les affaires actuelles de la Courlande font des
affaires d'Etat qui demandent la concurrence
de toute la République ; le Roi & le Sénat ne
peuvent feuls s'en attribuer la décifion .
L'Impératrice ne reconnoît & ne reconnoîtra
jamais d'autre Duc que S. A. S. l'ancien Due
Erneft -Jean , légitimement inveſti du conſentement
de toute la République , & pour
l'é
largiffement duquel le Roi , conjointement avec
la République , s'eft fi fouvent intéreffé.
» Sa Majefté Impériale n'ignore point que ces
Duchés font un Fief dépendant du Corps entier
de la République , & non du Trône des
Rois de Pologne ; conféquemment l'Impéra
ratrice ne fouffrira jamais qu'on faffe la moin
206 MERCURE DE FRANCE:
» dre infraction aux droits & aux immunités de
ladite République , & qu'on s'arroge des affaires
qui font de fa compétence feule .
33
( Signé ) C. DE SIMOLIN . »
Ce Sénateur Lipski a fait à cette Déclaration
la Réponse fuivante .
Ruffies , remife parfon Miniftre à M. le Caftellan
de Lipski.
Sa Majefté Impériale ne permettra jamais
que S. E. M. lé Caftellan & M.le Palatin de
Glateo éxécutent la commiffion dont Sa Ma
» jefté Polonoiſe les a chargés , ni qu'ils éxer
cent aucun acte de Jurifdiction dans les Duchés
de Courlande & de Semigallé.
*
??
""
""
1
Les affaires actuelles de la Courlande font des
affaires d'Etat qui demandent la concurrence
de toute la République ; le Roi & le Sénat ne
peuvent feuls s'en attribuer la décifion .
L'Impératrice ne reconnoît & ne reconnoîtra
jamais d'autre Duc que S. A. S. l'ancien Due
Erneft -Jean , légitimement inveſti du conſentement
de toute la République , & pour
l'é
largiffement duquel le Roi , conjointement avec
la République , s'eft fi fouvent intéreffé.
» Sa Majefté Impériale n'ignore point que ces
Duchés font un Fief dépendant du Corps entier
de la République , & non du Trône des
Rois de Pologne ; conféquemment l'Impéra
ratrice ne fouffrira jamais qu'on faffe la moin
206 MERCURE DE FRANCE:
» dre infraction aux droits & aux immunités de
ladite République , & qu'on s'arroge des affaires
qui font de fa compétence feule .
33
( Signé ) C. DE SIMOLIN . »
Ce Sénateur Lipski a fait à cette Déclaration
la Réponse fuivante .
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Résumé : DÉCLARATION de l'Impératrice de toutes les Russies, remise par son Ministre à M. le Castellan de Lipski.
La déclaration de l'Impératrice de toutes les Ruffies, transmise par son ministre à M. le Caftellan de Lipski, interdit au Caftellan et à M. le Palatin de Glateo d'exécuter la commission du roi de Pologne concernant les Duchés de Courlande et de Semigallie. Les affaires courlandaises sont considérées comme des affaires d'État nécessitant l'intervention de toute la République. Le roi et le Sénat ne peuvent donc pas décider seuls de ces questions. L'Impératrice reconnaît uniquement l'ancien Duc Ernest-Jean comme légitime, investi du consentement de toute la République. Elle souligne que les Duchés sont un fief dépendant du Corps entier de la République et non du trône des rois de Pologne. Elle ne tolérera aucune infraction aux droits et immunités de la République ni aucune usurpation des affaires relevant de sa compétence exclusive. La déclaration est signée par C. de Simolin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 206-207
RÉPONSE à la Déclaration, remise de la part de Sa Majesté Impériale de Russie par son Conseiller d'Etat M. de Simolin.
Début :
La Courlande est in Fief relevant du Roi qui en est le Seigneur Suzerain, [...]
Mots clefs :
Courlande, Fiefs, Affaires, Duché, Royaume, Reconnaissance, Majesté impériale, Duc de Courlande
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Déclaration, remise de la part de Sa Majesté Impériale de Russie par son Conseiller d'Etat M. de Simolin.
RÉPONSE à la Déclaration , remife de la part
de Sa Majefté Impériale de Ruffie par fon
Confeiller d'Etat M. de Simolin.
» La Courlande eft un Fief relevant du Roi
so qui en eft le Seigneur Suzerain , conformément
» aux conſtitutions du Royaume ; il n'appartient
» done par conféquent qu'à Sa Majefté le Roi de
Pologne de prendre connoiffance des affaires
qui regardent ce Fief,
ƉƆ
22
รว
Depuis Sigifmond - Augufte jufqu'à Auguf-
» te III. qui règne glorieufement fur une Nation
jaloufe de fes droits & immunités , la République
n'a jamais trouvé rien à blâmer dans
l'ufage que fes Rois ont fait de leur autorité
» & du pouvoir qu'elle leur a accordé fur les Duchés
de Courlande & Semigalle .
"
Le Roi & le Sénat n'ont pas le pouvoir légiſlatif,
mais bien celui de mettre en éxécution
» ce qui a été réglé par les trois Ordres du
Royaume ; par conféquent la conftitution de
→ 1736 a donné au Roi le pouvoir de conférer l'inveftiture
de ce Fief à celui que Sa Majesté en
jugeroit digne . Depuis cette époque , toutes
les Diettes ont été malheureuſement rompues,
& le Roi & le Sénat ont fuivi l'efprit & le fens
de celle de 1736 , tant à l'occafion d'Erneft-
Jean de Biren , qu'à l'égard de Son Alteffe
Royale le Duc régnant Charles. Le Roi & le
AVRIL. 1763. 207
బ
Sénat , ainfi que la Nobleffe de Courlande ont
follicitéinutilement , pendant 18 ans confécutifs,
l'élargiffemens du premier, Le Sénat & la No
» bleffe du Duché ont demandé au Roi le Prince
» Royal Charles pour Duc ; la Déclaration de
l'Impératrice Elifabeth , de glorieuse mémoire ,
» a déterminé le Roi , & a été bientôt fuivie de
la tranfaction folemnelle conclue entre ladite
» Souveraine & Son Alteſſe Royale en 1759. Dèslors
, il étoit tout fimple que le Roi envoyât ,
avec l'avis de fon Sénat , des Sénateurs en
» Courlande , pour prendre connoiffance des troubles
qui fe font élevés dans ce Duché , & des
» violences qui s'y font commifes par les trou-
>> pes Impériales.
55
On ne peut donc , fans bleffer ouvertement
le droit des gens , & fans enfreindre tous
les Traités qui fubfiftent entre la Pologne
& la Ruffie , empêcher les deux Sénateurs délégués
de remplir l'objet de leur miffion , autorifée
par les loix du Royaume & par un ufage
> conftant.
53
53
פ כ
55
$0
» Si Sa Majesté Impériale ne reconnoît pas le
Prince Royal Charles pour Duc de Courlande ,
» c'eſt un malheur pour ce Prince , mais le Fief
n'en eft moins fous la Souveraineté du
pas
» Roi. Les titres de Sa Majesté à cet égard font
inconteftables ; & depuis plus de deux fiécles
» la République n'a jamais difputé à nos Rois
» les droits qu'elle leur a accordés fur ce Fief.
» Ce n'eft qu'au cas où il viendroit à changer de
nature que cette République s'eft réſervé d'en
prendre connoiffance , comme il eft aifé de le
voir dans nos convenitons de 1569 & 1727 .
» Donné à Mittau , le 29 Janvier 1763. »
de Sa Majefté Impériale de Ruffie par fon
Confeiller d'Etat M. de Simolin.
» La Courlande eft un Fief relevant du Roi
so qui en eft le Seigneur Suzerain , conformément
» aux conſtitutions du Royaume ; il n'appartient
» done par conféquent qu'à Sa Majefté le Roi de
Pologne de prendre connoiffance des affaires
qui regardent ce Fief,
ƉƆ
22
รว
Depuis Sigifmond - Augufte jufqu'à Auguf-
» te III. qui règne glorieufement fur une Nation
jaloufe de fes droits & immunités , la République
n'a jamais trouvé rien à blâmer dans
l'ufage que fes Rois ont fait de leur autorité
» & du pouvoir qu'elle leur a accordé fur les Duchés
de Courlande & Semigalle .
"
Le Roi & le Sénat n'ont pas le pouvoir légiſlatif,
mais bien celui de mettre en éxécution
» ce qui a été réglé par les trois Ordres du
Royaume ; par conféquent la conftitution de
→ 1736 a donné au Roi le pouvoir de conférer l'inveftiture
de ce Fief à celui que Sa Majesté en
jugeroit digne . Depuis cette époque , toutes
les Diettes ont été malheureuſement rompues,
& le Roi & le Sénat ont fuivi l'efprit & le fens
de celle de 1736 , tant à l'occafion d'Erneft-
Jean de Biren , qu'à l'égard de Son Alteffe
Royale le Duc régnant Charles. Le Roi & le
AVRIL. 1763. 207
బ
Sénat , ainfi que la Nobleffe de Courlande ont
follicitéinutilement , pendant 18 ans confécutifs,
l'élargiffemens du premier, Le Sénat & la No
» bleffe du Duché ont demandé au Roi le Prince
» Royal Charles pour Duc ; la Déclaration de
l'Impératrice Elifabeth , de glorieuse mémoire ,
» a déterminé le Roi , & a été bientôt fuivie de
la tranfaction folemnelle conclue entre ladite
» Souveraine & Son Alteſſe Royale en 1759. Dèslors
, il étoit tout fimple que le Roi envoyât ,
avec l'avis de fon Sénat , des Sénateurs en
» Courlande , pour prendre connoiffance des troubles
qui fe font élevés dans ce Duché , & des
» violences qui s'y font commifes par les trou-
>> pes Impériales.
55
On ne peut donc , fans bleffer ouvertement
le droit des gens , & fans enfreindre tous
les Traités qui fubfiftent entre la Pologne
& la Ruffie , empêcher les deux Sénateurs délégués
de remplir l'objet de leur miffion , autorifée
par les loix du Royaume & par un ufage
> conftant.
53
53
פ כ
55
$0
» Si Sa Majesté Impériale ne reconnoît pas le
Prince Royal Charles pour Duc de Courlande ,
» c'eſt un malheur pour ce Prince , mais le Fief
n'en eft moins fous la Souveraineté du
pas
» Roi. Les titres de Sa Majesté à cet égard font
inconteftables ; & depuis plus de deux fiécles
» la République n'a jamais difputé à nos Rois
» les droits qu'elle leur a accordés fur ce Fief.
» Ce n'eft qu'au cas où il viendroit à changer de
nature que cette République s'eft réſervé d'en
prendre connoiffance , comme il eft aifé de le
voir dans nos convenitons de 1569 & 1727 .
» Donné à Mittau , le 29 Janvier 1763. »
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Résumé : RÉPONSE à la Déclaration, remise de la part de Sa Majesté Impériale de Russie par son Conseiller d'Etat M. de Simolin.
Le texte est une réponse de Sa Majesté Impériale de Russie, transmise par M. de Simolin, concernant la Courlande. La Courlande est un fief relevant du Roi de Pologne, qui en est le Seigneur Suzerain. Depuis Sigismond Auguste jusqu'à Auguste III, la République n'a jamais contesté l'autorité des Rois de Pologne sur les Duchés de Courlande et Semigalle. Le Roi et le Sénat de Pologne peuvent mettre en exécution les décisions des trois Ordres du Royaume, mais n'ont pas de pouvoir législatif. La constitution de 1736 a donné au Roi le pouvoir de conférer l'investiture du fief à la personne de son choix. Depuis cette date, les Diètes ont été interrompues, et les sollicitations pour des élargissements sont restées vaines pendant 18 ans. La Déclaration de l'Impératrice Élisabeth a conduit à la nomination du Prince Royal Charles comme Duc de Courlande, confirmée en 1759. Le Roi a envoyé des Sénateurs en Courlande pour enquêter sur les troubles causés par les troupes impériales. Empêcher ces Sénateurs de remplir leur mission constituerait une violation des droits des gens et des traités entre la Pologne et la Russie. Les titres du Roi de Pologne sur la Courlande sont incontestables, et la République se réserve le droit de prendre connaissance du fief uniquement en cas de changement de sa nature, comme stipulé dans les conventions de 1569 et 1727. Le document est daté du 29 janvier 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 211
De MOSCOU, le 4 Mars 1763.
Début :
Le Baron de Borch, Chambellan du Roi de Pologne, envoyé ici pour faire les plus vives [...]
Mots clefs :
Baron, Chambellan, Roi de Pologne, Courlande, Affaires, Conférences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De MOSCOU, le 4 Mars 1763.
De Moscou , le 4 Mars 1763 .
L8 Baron de Borch , Chambellan du Roi de
Pologne , envoyé ici pour faire les plus vives
repréſentations au ſujet des affaires de la Courlande
, a déja eu quelques conférences ſur l'objet
de ſa miſſion ; mais il n'y a pas d'apparence
que les ſollicitations changent la réſolution
que Sa Majeſté Impériale paroît avoir priſe
en faveur du Duc Ernest - Jean.
L8 Baron de Borch , Chambellan du Roi de
Pologne , envoyé ici pour faire les plus vives
repréſentations au ſujet des affaires de la Courlande
, a déja eu quelques conférences ſur l'objet
de ſa miſſion ; mais il n'y a pas d'apparence
que les ſollicitations changent la réſolution
que Sa Majeſté Impériale paroît avoir priſe
en faveur du Duc Ernest - Jean.
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