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p. 692-710
SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE X.
Début :
Je partis de Bayeux, Monsieur, d'assez bon matin, accompagné seulement [...]
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Bayeux, Basse-Normandie, Inscription, Torigny, Marbre, Fastes, Matignon, Provinces, Piédestal, Monument, Gaule, Gaules, Normandie, Pays
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texteReconnaissance textuelle : SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE X.
SUITE du Voyage de Basse Normandie.
J
LETTRE X.
E partis de Bayeux , Monsieur , d'assez
bon matin , accompagné seulement
d'un domestique à cheval, non sans
quelque regret de quitter si - tôt des personnes
qui m'avoient traité avec tant de
politesse , et de n'avoir pas salué M. Evêque
, qui étoit alors occupé à la visite
de son Diocèse. J'eus aussi de la peine à
me séparer du sçavant et obligeant Medecin
qui m'avoit tenu si - bonne compagnie
à Caen et à Bayeux. Sa profession
et ses affaires domestiques le redeman
doient chez lui .
J'arrivai avant midi à l'Abbaye de Cé
risy , en me détoufnant un peu du droit
chemin qui mene à Torigny. Les Bene
dictins de la Congrégation de S. Maur ,
qui l'occupent , me firent un accueil tresgracieux
et fort bonne chere à diner, après
lequel je visitai toute la Maison , qui est
fort-bien bâtie et spacieuse. Sa situation
est dans une Forêt , qui a donné son nom
à l'Abbaye,à 4 lieues desVilles de Bayeux
et de S. Lo . Robert , surnommé le Magnifi'
AVRIL:
17333 693
nifique , Duc de Normandie , Pere de
uillaume le
Conquerant , la fonda en
année 1032. Elle porte dans les anciens
tres , le nom de S. Vigor de Cerisy :
anctus Vigor Ciriacensis . Ce Saint , dont
ous avons déja parlé au sujet du Prieué
de S. Vigor , près de Bayeux , en a été
'un des premiers Evêques . La tradition
orte que ce fut un grand destructeur
e Serpens , qui infestoient alors le Pays
t sur tout les Terres d'un grand Seineur
, lequel en reconnoissance donna
S. Vigor celle de Cérisy , où fut ensuie
bâti un Monastere,que le Duc de Normandie
, dont je viens de parler , restaura
, et dont il fit une belle Abbaye , à laquelle
il donna des biens considérables.
Elle possede encore aujourd'hui environ
12000 liv. de rente ; et c'est M. de Vendôme
, Grand Prieur de France , qui en
est Abbé .
On n'a que 4 lieues de chemin à faire
pour aller de cette Abbaye à Torigny.et
par un Pays fort agréable. J'arrivai donc
de fort bonne heure , le même jour à ce
magnifique Château , où je trouvai une
illustre et
nombreuse compagnie , et où
je fus reçu avec tous les agrémens possibles
; principalement de la part du Seigneur,
dont je n'oublierai jamais les bon-
Dij
tez.
694 MERCURE DE FRANCE
tez. Ce Seigneur est, comme vous le sçavez
, Monsieur , Jacques de Matignon ,
Comte de Torigny , &c. Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant General des
Armées du Roy , et Lieutenant General
de la Basse- Normandie. J'allongerois extrémement
ma Lettre , si je vous parlois
à cette occasion , de l'ancienneté , des
grandes alliances , et des illustrations de
la Maison de Matignon, qui a possedé et
possede encore les plus hautes Dignitez
de l'Eglise et de l'Epée ; et je ne vous apprendrois
rien en le faisant j'ajouterai
seulement que M. le Comte de Matignon,
dont je viens de parler, frere aîné du Marêchal
de Matignon , est aujourd'hui le
Chef de toute cette Illustre Maison , et
qu'il n'a de son mariage avec D.Charlotte
de Matignon , qu'un Fils unique ,
François-Léonor-Jacques de Matignon ,
qui porte le nom de Comte de Torigny
et qui dans un âge peu avancé , a déja
donné des marques de valeur et de conduite
, à la tête d'un Régiment distingué.
Je n'aurois jamais fait , s'il falloit entrer
icy dans un détail de tous les plaisirs
auxquels j'ai pris part pendant les
huit ou dix jours que j'ai demeuré à Torigni
; espace qui m'a semblé bien court,
par
AVRIL. 1733. 695
par la variété de ces innocens plaisirs ,
par l'attention et par les politesses continuelles
du Maître , et sur tout par cette
liberté aimable , si peu ordinaire dans les
Maisons des Grands , qui bannit toute
gêne , toute contrainte ; et qu'on goûte
si parfaitement à Torigny .
Vous me croirez , sans peine , Monsieur
, quand je vous dirai que le jour
même de mon arrivée je fis usage
de cette
liberté , pour satisfaire l'extrême passion
que j'avois de voir de mes propres
yeux le fameux Marbre de Torigny,dont
il a été parlé dans mes précedentes Lettres
; c'est - à - dire , le Pié - destal de la
Statuë de TITUS SENNIUS SOLLEMNIS ,
chargé d'une longue et curieuse Inscription
Romaine , dont je n'ai vû jusqu'à
present que des Copies imparfaites. Heureusement
je n'étois pas le seul homme
curieux de la compagnie ; deux autres
personnes de cette aimable Cour, avoient
formé le dessein de prendre cette Inscription
; mais on s'étoit rebuté par les
difficultez dont je vais parler. En effet ,
Monsieur , l'Inscription est aujourd'hui
extrêmement frustré , endommagée , interrompue
par l'injure du temps et par
d'autres accidens. Elle a suivi enfin le
sort du Pié - destal qui la contient , et
D iij
dont
696 MERCURE DE FRANCE
dont voici l'histoire en peu de mots.
Une tradition generale et constante
dans tout le Païs , principalement à Torigny
, veut que ce Monument ait été
trouvé à Vieux , près de Caën , dans les
ruines , qu'on a toujours crû être celles
d'une ancienne Ville ; ruines qui sont amplement
décrites , et sur lesquelles il y a
une Dissertation dans la huitiéme Lettre
du Voyage de Normandie. Une chose
encore plus certaine , c'est qu'en l'année
1580. ce Monument fut transporté au
Château de Torigny , par les ordres du
Maréchal de Matignon , qui le fit apparemment
placer dans un lieu convenable
; mais après la mort de ce Seigneur ,
arrivée en 1594. il y a tout lieu de croire
qu'il fût déplacé et mis dans une espece
d'oubli , jusqu'au temps de Dame Anne
Malon de Bercy , veuve de François de
Matignon , Comte de Torigny , &c. Il
fut alors trouvé dans des mazures, qu'on
achevoit de démolir , pour creuser les
fondemens d'un Bâtiment , destiné au lo
gement des Domestiques. On le laissa
tout auprès et il ne sortit de cette place
que pour être transporté dans l'Orangerie
, par ordre de M. le Comte de Matignon
d'aujourd'hui . L'Orangerie ayant
* Mercure d'Avril 1732.
été
AVRIL. 1733. 697
été brûlée en 1712. et n'ayant point été
rebâtie , le Monument resta exposé aux
injures du temps , et par surcroît d'infortune
des Couvreurs prirent la liberté ,
en l'absence des Maîtres , de tailler dessus
leurs ardoises , pendant un espace de
temgs considérable ; ce qui , comme on
peut penser, a extrêmement endommagé
l'Inscription : Quelle barbarie ! vous
écrierez -vous ; mais c'est le sort des plus
belles choses d'essuyer de pareilles disgraces
.
C'est , Monsieur , dans cet état et dans
cette situation que je trouvai , en arrivant
à Torigny , le Marbre en question ; Il est
de couleur rougeâtre et de même espece
et qualité que celui de la Carriere d'au
près de Vieux , dont on voit divers Ouvrages
dans quelques Eglises de Caën
comme je l'ai observé ailleurs. Pour peu
qu'on soit initié dans les Monumens antiques
, on reconnoît aisément celui - ci
pour avoir été le Pié-destal d'une Statuë ;
il est sans base , cet ornement ayant été
ou détruit, ou étant resté dans les ruines,
d'où il a été enlevé ; sa hauteur totale est.
d'un peu plus de quatre pieds , en y comprenant
le Plinthe , sur lequel posoit la
Statue, qui a environ trois pouces de saillie;
la face ou la largeur du Pié- destal est
de
698 MERCURE DE FRANCE
de deux pieds deux pouces ; et l'épaisseur
ou la largeur de chaque côté est d'environ
vingt pouces.
S'il avoit été aussi facile de copier l'Inscription
telle qu'elle a été gravée sur ce
Pié-destal ,, comme il le fût , d'en sçavoir
l'histoire , et d'en prendre les dimensions
, nous aurions eû une satisfaction
entiere; mais l'état dans lequel j'ai representé
ce Marbre , ne nous permit autre
chose que de le tenter ; ce que nous fimes
,avec le plus d'attention qu'il nous
fût possible , et ce travail ne laissa pas
de nous coûter.
Nous fûmes un peu raillez au retour,
pendant le souper , d'avoir , disoit - on ,
employé tant de temps après un Monument
qui n'offre presque plus rien aux
Antiquaires , que des regrets et des tortures
. La raillerie fût suivie d'un trait de
bonté et de politesse de la part du Maître
de la Maison , qui prit notre deffense
d'une maniere qui me fit esperer quelque
chose . Je ne me trompai point .
Le Repas fini , après avoir vû joüer
quelque-temps , je ne fus pas plutôt retiré
dans ma chambre, que je vis arriver
un Officier de la Justice de Torigny, c'étoit
, si je m'en souviens bien , le Procureur
Fiscal , lequel me mit entre les
mains
CAVRI L. 1733. 699
mains une coppie de l'Inscription , tirée ,
dit - il, des Papiers de feù son pere ; exacte
, ajouta- t -il , et faite d'après le Marbre,
avant les disgraces qui lui sont arrivées
par un habile homme qui n'avoit rien
épargné pour en venir à bout. Je le remerciai
, comme vous pouvez croire ;
et après avoir examiné cette Piece , qui
avoit l'air ancien , je reconnus qu'elle
suppléoit à beaucoup de Lacunes , et
qu'elle formoit un sens plus parfait que
tout ce que j'avois vû jusqu'alors de cette
Inscription .
Le lendemain je me trouvai au lever
du Seigneur , pour le remercier de ce
que son Officier m'avoit communiqué ,
sans doute par son ordre. Il me dit qu'il
avoit lui- même quelque chose de plus
important à me montrer et à me dire sur
ce sujet ; et me faisant entrer dans son
Cabinet , il me donna à lire une autre
copie de l'Inscription , plus ancienne que
la précedente , et tout au moins d'une
aussi habile main ; il étoit aisé de s'en appercevoir,
car cette autre copie étoit parfaitement
imitée de l'original ; mêmes caracteres
romains , mêmes abbreviations
même nombre de mots à chaque ligne
mêmes distances , &c . enfin , un scrupule
entier : Vous jugez bien , Monsieur ,
que D v
,
>
700
MERCURE DE FRANCE
que cette nouvelle découverte me fit un
extrême plaisir, et que je profitai de toutes
ces lumieres , pour avoir le Monument
presque dans son entier ; je dis presque ,
car il y a certains mots que l'injure du
temps a entierement détruits , sur tout sur
la premiere Face du Pié- destal.
Mais ce qui me causa une veritable
joye , c'est l'assurance que me donna le
même Seigneur , qu'un Sçavant du premier
ordre, avoit non seulement lû l'Ins
cription de la maniere qu'elle doit l'être,
mais qu'il l'avoit expliquée totalement
par des Remarques critiques , capables de
satisfaire. Il n'avoit pas ces Remarques ,
mais il eût la bonté de me donner des
ouvertures , dont je profitai , étant de retour
à Paris , pour les découvrir et pour
les avoir. Vous en profiterez aussi , Monsieur
, car je vais les inserer icy de suite ,
pour ne pas vous parler deux fois sur la
même matiere ; et je renvoïe pour cela à
une autre Lettre tout ce que j'ai à vous
dire au sujet de Torigny , &c.
Remarques de M... , .. sur l'Inscription
Romaine du Marbre de Torigny.
Voici d'abord comme je crois qu'il faut
lire cette Inscription.
SVR
AVRIL. 1733. got
SUR LE DEVANT.
Tito Sennio Sollemni Sollemnini Filie
non sine solido marmore statue honorem deferre
cupimus , heredes mandamus. Vir erat
Sennius Mercurii , Martis , atque Diana
Sacerdos , cujus curâ omne genus Spectaculorum,
atque Epinicia Diana data , recepta
millia nummorum -XXVII . ex quibus per quatriduum
sine tntermissione ediderunt *
fuit commendabilis
consummate peritia. Ex
Civitate Viducassium Oriundus . Iste Sollemnis
amicus bene merentis Claudii Plantini
Legati .Cæsaris Augusti Proprætore
Provincia Lugdunensis fuit. Cui postea
Britannia Legato Augusti penes eum ad
Legionem sextam adsedit , cui obsalarium
militia [ de sextertiis viginti quinque num→
mos ] in auro aliaque munera longe pluris
missa. Fuit Cliens Probatissimus AEdinii
Juliani Legati Augusti Provincia Lugdu-
Il y icy un espace qui est effacé , et qu'on
ne sçauroit rétablir , dit l'Auteur des Remarques
en cet Endroit.Selon l'inspection du Marbre , et suivant
les copies que j'ai vuë , cet cspace n'est pas considerable
, il est même rétabli par une de ces copies
faite apparamment avant la ruine de l'original.
D vj
nensis
702 MERCURE DE FRANCE
nensis cui semper affectus fuit , sicut Epistula
que ad nos scripta est declaratur. Adsedit
etiam in Provinciam Lugdunensem
Valerio Floro Tribuno militum cobortis ter
tia Augusta Judici Arca Ferrariorum.
Tres Provincia Galliarum Monumentum
in Civitate pofuerunt , locum ordo civitatis
Viducassium libenter dedit pedum XVIIII.
Annio Pio et Proculo Consulibus.
D'un côté du même Marbre , on lit :
Exemplum Epistula Claudi Paulini Legati
Augusti Proprætore Provincia Britannie
ad Sennium Sollemnem gratiam profitentis.
Licet plura moerenti tibi , à me pauca
tamen , quoniam honoris causa offeruntur ,
velim accipias libenter , Chlamidem Carbasinam
, Dalmaticum Laodicenam , fibulam
auream , cum gemmis , Lacernas duas , Trossulam
Britannicam , Pellem vituli marini
semestris. Alteram Epistulam ubi propediem
vacare coeperis , mittam ob cujus militia
salarium de sextertiis viginti quinque_nummos
in aura suscipe . Diis faventibus et
Majestate sancta Imperatoris deinceps pro
meritis adfectionis magis digna consequuturus,
concordia, &c.
Ce mot , Concordia , ne paroît avoir
aucune liaison avec ceux qui le précédent
; ainsi la Lettre de Paulinus reste
imAVRIL
703 1733 .
imparfaite , comme la suivante , écrite.au
Tribun Comnianus.
De l'autre côté du Marbre .
Exemplum Epistula AEdini Juliani Prafecti
Pratorio ad Badium Comnianum Tribunam
Vice Presidis agentem.
AEdinnis Juliano Badio Comniano sa-
Lutem in Provincia Lugdunensi quinquenmalia
fiscalia dum exigerem plerosque bones
viros prospexit , inter quos sollemnem istum
oriundum ex civitate viducassium Sacerdotem
quem propter sectam , gravitatem et
honestos mores amare coepi , his accedit quod
cum Claudio Paulino Decessori meo in Concilio
Galliarum instinctu quorumdam qui ab
eo propter merita sua ladi videbantur quasi
ex consensu accusationem instituere tentarunt
, Sollemnis iste meus proposito eorum
restitit. Provocatione fcilicet interjecta quod
Patria ejus cum inter cæteros Legatum eum
creasset nihil de accusatione mandassem , imo
contra laudarent. Qua ratione effectum est ut
omnes ab accufatione desisterent , quem magis
magisque amare et comprobare coepi . Is
certus honoris mei erga eum ad videndum
me in urbem venit proficifcens petiit ut eum
ibi commendarem . Recte itaque feceris si
desiderio illius annueris , & c.
RI704
MERCURE DE FRANCE
REMARQUES.
I. Ce Marbre avec son Inscription ;
a été dédié à l'honneur de Solemnis ,
Citoyen de Bayeux , par les trois Provinces
des Gaules sous le Consulat d'Annius
Pius et de Proculus en CCXXXVIII.
de l'Ere Chrétienne , l'an 991. de la Fondation
de Rome , qui est le temps auquel
Censorinus publia son Livre de Die
Natali , où l'on voit au Chapitre XV.
que dans la même année Ulpius et Pontianus
avoient été Consuls ordinaires . Notre
Inscription démontre d'abord qu'au
lieu d'Ulpius il faut lire Pius, dans le Texte
de Censorin , qui n'a pû se tromper
sur un fait dont il a été témoin oculaire
, on doit donc rejetter cette faute
sur les Copistes . On lit le même nom
de Pius , non - seulement dans l'Inscription
de notre Marbre , mais dans une
autre , rapportée par Gruter , page 104.
N. 3. dans trois Rescrits de l'Empereur
Gordien , inserez au Code de Justinien ,
L. II . T. X. Leg. 2. et au T. XXII . L. V.
T. 58. aussi bien que dans les Fastes trèsanciens
et très - exacts , tirez de la Bibliotheque
Impériale , dans ceux d'idace et
de Cassiodore , et dans les Fastes Grecs ,
qui sont en Angleterre , donnez à la fin
d'un
A VRLI.
1733. 705
d'un Manuscrit de Theon desquels
M. Dodwel a imprimé une partie à la
fin de ses Dissertations sur S. Cyprien .
Il n'y a que les Fastes de Sicile qui
donnent pour Collegue à Pontien Ulpicius
ΟΥΑΠΙΚΙΟΣ , qui est un mot visi
blement corrompu par les Grecules . Les
deux noms d'Ulpius et de Pius , se
trouvent d'ailleurs dans les Fastes de
Victorius , qui a crû qu'Ulpius étoit
le Prenom de ce Consul , mais il s'esttrompé
; car ces Lettres A N. de l'Inscription
de notre Marbre , marquent le
Prenom du Consul Pius , appellé Annius
Pius , et non pas Antonius , ni Antoninus
, ni Ulpius. Le nom d'Annius
Pius , se trouve encore gravé sur un
Marbre dans la Collection du Comte
Malvasia , page 346. L'autre Consul
de cette année est appellé Pontianus
dans les Constitutions de Gordien ;
dans l'Inscription de Gruter , et aut
Chapitre XV . du Livre de Censorinus.
Les Fastes de la Bibliotheque Imperiale ,
ceux d'Idace et les Fastes de Sicile , ont
tous le nom de Pontianus. Mais les Fastes
de Cassiodore ceux de Victorinus , et les
Fastes Grecs de Dodwel , marquent le
nom de Proculus. Comme ces derniers
sont appuyez de l'autorité de notre Inscription
706 MERCURE DE FRANCE
1
cription , on ne peut douter que le Col
legue d'Annius Pius n'ait été appellé
Pontianus Proculus. Chaque Consul Romain
ayant plusieurs noms , les Ecrivains
choisissoient indifferemment celui des
surnoms ou des Prenoms qui lui plaisoit s
ce qui étoit aussi pratiqué par ceux qui
gravoient les Inscriptions , aussi- bien que
par les Empereurs dans leurs Rescrits ou
Constitutions , et par ceux qui dressoient
les Actes publics , ou qui rédigeoient les
Fastes.
II. Tres Provincia Galliarum Monumentum
posuerunt in civitate. Ces trois Provinces
étoient la Lyonnoise , la Belgique.
et l'Aquitaine , qui composoient la Gaule
Cheveluë . Elles avoient ensemble une
étroite union , et étoient distinguées de
la Narbonnoise ; car lorsqu'on agita si
on donneroit le droit de Bourgeoisie à
toutes les Gaules , et si on recevroit dans
le Sénat les Naturels de ce Pays , l'Empereur
Claude fit une . Harangue dans le
Sénat , qui fut gravée sur des Tables de
cuivre. Gruter , p . 502. rapporte cet ancien
Monument après Paradin . Claude
*
* Ces Tables furent trouvées en 1528. auprès de
Lyon , en creusant pour chercher des Eaux. Elles
sont aujourd'hui exposées dans le Vestibule de l'Hôtel
de Ville , avec une Inscription Latine de M. de
dans
A VRIL. 1733.
707
dans cette Harangue dit en s'apostrophant
soi-même , Tempus est jam Tiberi Casar
Germanicè ( id est Claudius Imperator )
detegere te Patribus conscriptis quò tendat
oratio tua. Jam enim ad extremos fines Gallia
Narbonensis venisti ( Viennam nempe
) ...... Ensuite addressant la parole
aux Sénateurs , il dit : Quod si ita esse consensitis
, quid ultra desideratis quam ut
vobis digito demonstrem solum ipsum ultra
fines Provincie Narbonensis jam vobis Senatores
mittere , quando ex Lugduno habere
nos nostri ordinis viros non poenitet , timide
quidem , Patres conscripti , egressus assuetos
familiaresque Urbis Provinciarum terminos
sum. Sed districta jam Comate Gallia
causa agenda est .....
Une Inscription rapportée par Grüter ,
page 375. N. III. en l'honneur d'un
Vermandois , fait encore voir que la Gaule
Belgique étoit des trois Proivinces des
Gaules. Lucio Bessio Superiori Viromanduo
Equiti Romano omnibus honoribus apud
suos ( Belgas ) functo .... ob allecturam fideliter
administratam tres Provincia Galliarum.
Bellierre . Le P. de Colonia rapporte la teneur des
Tables , avec une Traduction , dans la I. Partie
de son Histoire Litteraire de la Ville de Lyon ,
page 136.
De -là
708 MERCURE DE FRANCE
De-là on doit conclure que les Belges
Compatriotes des Bessins , étoient compris
dans les trois Provinces. Aussi la
Gaule étoit souvent considerée comme
un Pays qui étoit séparé de la Narbonnoise
, et qui ne comprenoit que trois
Provinces ; la Celtique ou Lyonnoise ,
l'Aquitaine et la Belgique . Gallia omnis ,
dit César au commencement de ses Commentaires
, Divisa in partes tres , quarum
unam incolunt Belga , aliam Aquitani , tertiam
qui ipsorum lingua Celta , nostra Galli
appellantur.
Pline regarde la Narbonnoise ou Gallia
Bracchata , comme un Pays entierement
distingué de la veritable Gaule ,
appellée Cheveluë. Il décrit ainsi les confins
de cette Province , L. II. Ch. I V.
Narbonensis Provincia appellatur pars Galliarum
que interno mari allutitur , Bracchata
ante dicta , amni Varo ab Italia discreta ,
alpiumque saluberrimis Romano Imperio jagis
; reliqua vero Gallia Latere Septemtrionali
montibus Gibenna et Jura. Ensuite au
L. IV. Ch . XVII. il décrit la Gaule
Cheveluë qui comprenoit trois Provinces.
Gallia omnis Comata , dit - il , uno nomine
appellata in tria populorum genera
dividitur , amnibus maxime distincta , Ascaldi
ad Sequanam Belgica , ab co ad Garumnam
AVRIL . 1733. 709
rumnam Celtica , eademque Lugdunensis ;
inde Pyrenei Montis excursum Aquitania.
Il ajoûte encore ces mots : Agrippa universarum
Galliarum inter Rhenum et Pyrenaum
atque Oceanum ac Montes Gebennam
ac Juram quibus Narbonensem Gal,
liam excludit longitudinem quadringinta viginti
millia passuum , latitudinem trecentatredecim
computavit.
Enfin Auguste , après avoir partagé
les Provinces de l'Empire Romain avec
le Sénat et le Peuple , ceda au Peuple la
Gaule Narbonnoise , et ne se réserva que
la Cheveluë , divisée en trois Provinces
comme nous l'apprenons de Dion , Liv.
LIII. pag. 54. desorte que ces trois
Provinces des Gaules , qui étoient Imperiales
, avoient entre elles une plus
étroite union , et tenoient en commun
leurs Assemblées generales , soit pour
de
mander justice des concussions de leurs
Magistrats , soit pour reconnoître par des
témoignages publics les bons offices qu'el
les avoient reçus de ceux qui s'étoient
acquitez dignement de leurs Emplois ; et
elles en userent ainsi à l'égard de Sennius
Solemnis , qui est celui qui fut honoré
de l'Inscription gravée sur le Marbre
de Torigny; et à l'égard de Bessus
Superior , dont il est fait mention dans
l'Inscrip710
MERCURE DE FRANCE
l'Inscription de Gruter , citée cy - dessus .
Je m'arrête ici , Monsieur. Vous jugerez
par ces premieres Remarques sur
la principale des trois Inscriptions gravées
sur le Marbre en question , de la
capacité de l'Auteur et du mérite que
peuvent avoir celles qui suivent. J'espere
les faire entrer toutes dans ma premiere
Lettre , en continuant de petites
Notes où je les trouverai necessaires , c'est
pour ne pas trop allonger celle - cy que
je ne vous envoye pas l'Inscription écrite
conformément à l'original , ou aux
meilleures copies ; c'est - à dire , dans les
mêmes caracteres Romains et avec les abbreviations
bizares , qu'elle a été gravée
selon l'usage de ce temps - là . Cela seroit
dailleurs inutile par rapport à l'impression
, si vous publiez ma Lettre ; il
faudroit des caracteres faits exprès qui
manquent aux Imprimeurs ordinaires .
On ne peut y suppléer que par la
gravûre
, et c'est à quoi je vous promets de
penser. Je suis , Monsieur , &c.
J
LETTRE X.
E partis de Bayeux , Monsieur , d'assez
bon matin , accompagné seulement
d'un domestique à cheval, non sans
quelque regret de quitter si - tôt des personnes
qui m'avoient traité avec tant de
politesse , et de n'avoir pas salué M. Evêque
, qui étoit alors occupé à la visite
de son Diocèse. J'eus aussi de la peine à
me séparer du sçavant et obligeant Medecin
qui m'avoit tenu si - bonne compagnie
à Caen et à Bayeux. Sa profession
et ses affaires domestiques le redeman
doient chez lui .
J'arrivai avant midi à l'Abbaye de Cé
risy , en me détoufnant un peu du droit
chemin qui mene à Torigny. Les Bene
dictins de la Congrégation de S. Maur ,
qui l'occupent , me firent un accueil tresgracieux
et fort bonne chere à diner, après
lequel je visitai toute la Maison , qui est
fort-bien bâtie et spacieuse. Sa situation
est dans une Forêt , qui a donné son nom
à l'Abbaye,à 4 lieues desVilles de Bayeux
et de S. Lo . Robert , surnommé le Magnifi'
AVRIL:
17333 693
nifique , Duc de Normandie , Pere de
uillaume le
Conquerant , la fonda en
année 1032. Elle porte dans les anciens
tres , le nom de S. Vigor de Cerisy :
anctus Vigor Ciriacensis . Ce Saint , dont
ous avons déja parlé au sujet du Prieué
de S. Vigor , près de Bayeux , en a été
'un des premiers Evêques . La tradition
orte que ce fut un grand destructeur
e Serpens , qui infestoient alors le Pays
t sur tout les Terres d'un grand Seineur
, lequel en reconnoissance donna
S. Vigor celle de Cérisy , où fut ensuie
bâti un Monastere,que le Duc de Normandie
, dont je viens de parler , restaura
, et dont il fit une belle Abbaye , à laquelle
il donna des biens considérables.
Elle possede encore aujourd'hui environ
12000 liv. de rente ; et c'est M. de Vendôme
, Grand Prieur de France , qui en
est Abbé .
On n'a que 4 lieues de chemin à faire
pour aller de cette Abbaye à Torigny.et
par un Pays fort agréable. J'arrivai donc
de fort bonne heure , le même jour à ce
magnifique Château , où je trouvai une
illustre et
nombreuse compagnie , et où
je fus reçu avec tous les agrémens possibles
; principalement de la part du Seigneur,
dont je n'oublierai jamais les bon-
Dij
tez.
694 MERCURE DE FRANCE
tez. Ce Seigneur est, comme vous le sçavez
, Monsieur , Jacques de Matignon ,
Comte de Torigny , &c. Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant General des
Armées du Roy , et Lieutenant General
de la Basse- Normandie. J'allongerois extrémement
ma Lettre , si je vous parlois
à cette occasion , de l'ancienneté , des
grandes alliances , et des illustrations de
la Maison de Matignon, qui a possedé et
possede encore les plus hautes Dignitez
de l'Eglise et de l'Epée ; et je ne vous apprendrois
rien en le faisant j'ajouterai
seulement que M. le Comte de Matignon,
dont je viens de parler, frere aîné du Marêchal
de Matignon , est aujourd'hui le
Chef de toute cette Illustre Maison , et
qu'il n'a de son mariage avec D.Charlotte
de Matignon , qu'un Fils unique ,
François-Léonor-Jacques de Matignon ,
qui porte le nom de Comte de Torigny
et qui dans un âge peu avancé , a déja
donné des marques de valeur et de conduite
, à la tête d'un Régiment distingué.
Je n'aurois jamais fait , s'il falloit entrer
icy dans un détail de tous les plaisirs
auxquels j'ai pris part pendant les
huit ou dix jours que j'ai demeuré à Torigni
; espace qui m'a semblé bien court,
par
AVRIL. 1733. 695
par la variété de ces innocens plaisirs ,
par l'attention et par les politesses continuelles
du Maître , et sur tout par cette
liberté aimable , si peu ordinaire dans les
Maisons des Grands , qui bannit toute
gêne , toute contrainte ; et qu'on goûte
si parfaitement à Torigny .
Vous me croirez , sans peine , Monsieur
, quand je vous dirai que le jour
même de mon arrivée je fis usage
de cette
liberté , pour satisfaire l'extrême passion
que j'avois de voir de mes propres
yeux le fameux Marbre de Torigny,dont
il a été parlé dans mes précedentes Lettres
; c'est - à - dire , le Pié - destal de la
Statuë de TITUS SENNIUS SOLLEMNIS ,
chargé d'une longue et curieuse Inscription
Romaine , dont je n'ai vû jusqu'à
present que des Copies imparfaites. Heureusement
je n'étois pas le seul homme
curieux de la compagnie ; deux autres
personnes de cette aimable Cour, avoient
formé le dessein de prendre cette Inscription
; mais on s'étoit rebuté par les
difficultez dont je vais parler. En effet ,
Monsieur , l'Inscription est aujourd'hui
extrêmement frustré , endommagée , interrompue
par l'injure du temps et par
d'autres accidens. Elle a suivi enfin le
sort du Pié - destal qui la contient , et
D iij
dont
696 MERCURE DE FRANCE
dont voici l'histoire en peu de mots.
Une tradition generale et constante
dans tout le Païs , principalement à Torigny
, veut que ce Monument ait été
trouvé à Vieux , près de Caën , dans les
ruines , qu'on a toujours crû être celles
d'une ancienne Ville ; ruines qui sont amplement
décrites , et sur lesquelles il y a
une Dissertation dans la huitiéme Lettre
du Voyage de Normandie. Une chose
encore plus certaine , c'est qu'en l'année
1580. ce Monument fut transporté au
Château de Torigny , par les ordres du
Maréchal de Matignon , qui le fit apparemment
placer dans un lieu convenable
; mais après la mort de ce Seigneur ,
arrivée en 1594. il y a tout lieu de croire
qu'il fût déplacé et mis dans une espece
d'oubli , jusqu'au temps de Dame Anne
Malon de Bercy , veuve de François de
Matignon , Comte de Torigny , &c. Il
fut alors trouvé dans des mazures, qu'on
achevoit de démolir , pour creuser les
fondemens d'un Bâtiment , destiné au lo
gement des Domestiques. On le laissa
tout auprès et il ne sortit de cette place
que pour être transporté dans l'Orangerie
, par ordre de M. le Comte de Matignon
d'aujourd'hui . L'Orangerie ayant
* Mercure d'Avril 1732.
été
AVRIL. 1733. 697
été brûlée en 1712. et n'ayant point été
rebâtie , le Monument resta exposé aux
injures du temps , et par surcroît d'infortune
des Couvreurs prirent la liberté ,
en l'absence des Maîtres , de tailler dessus
leurs ardoises , pendant un espace de
temgs considérable ; ce qui , comme on
peut penser, a extrêmement endommagé
l'Inscription : Quelle barbarie ! vous
écrierez -vous ; mais c'est le sort des plus
belles choses d'essuyer de pareilles disgraces
.
C'est , Monsieur , dans cet état et dans
cette situation que je trouvai , en arrivant
à Torigny , le Marbre en question ; Il est
de couleur rougeâtre et de même espece
et qualité que celui de la Carriere d'au
près de Vieux , dont on voit divers Ouvrages
dans quelques Eglises de Caën
comme je l'ai observé ailleurs. Pour peu
qu'on soit initié dans les Monumens antiques
, on reconnoît aisément celui - ci
pour avoir été le Pié-destal d'une Statuë ;
il est sans base , cet ornement ayant été
ou détruit, ou étant resté dans les ruines,
d'où il a été enlevé ; sa hauteur totale est.
d'un peu plus de quatre pieds , en y comprenant
le Plinthe , sur lequel posoit la
Statue, qui a environ trois pouces de saillie;
la face ou la largeur du Pié- destal est
de
698 MERCURE DE FRANCE
de deux pieds deux pouces ; et l'épaisseur
ou la largeur de chaque côté est d'environ
vingt pouces.
S'il avoit été aussi facile de copier l'Inscription
telle qu'elle a été gravée sur ce
Pié-destal ,, comme il le fût , d'en sçavoir
l'histoire , et d'en prendre les dimensions
, nous aurions eû une satisfaction
entiere; mais l'état dans lequel j'ai representé
ce Marbre , ne nous permit autre
chose que de le tenter ; ce que nous fimes
,avec le plus d'attention qu'il nous
fût possible , et ce travail ne laissa pas
de nous coûter.
Nous fûmes un peu raillez au retour,
pendant le souper , d'avoir , disoit - on ,
employé tant de temps après un Monument
qui n'offre presque plus rien aux
Antiquaires , que des regrets et des tortures
. La raillerie fût suivie d'un trait de
bonté et de politesse de la part du Maître
de la Maison , qui prit notre deffense
d'une maniere qui me fit esperer quelque
chose . Je ne me trompai point .
Le Repas fini , après avoir vû joüer
quelque-temps , je ne fus pas plutôt retiré
dans ma chambre, que je vis arriver
un Officier de la Justice de Torigny, c'étoit
, si je m'en souviens bien , le Procureur
Fiscal , lequel me mit entre les
mains
CAVRI L. 1733. 699
mains une coppie de l'Inscription , tirée ,
dit - il, des Papiers de feù son pere ; exacte
, ajouta- t -il , et faite d'après le Marbre,
avant les disgraces qui lui sont arrivées
par un habile homme qui n'avoit rien
épargné pour en venir à bout. Je le remerciai
, comme vous pouvez croire ;
et après avoir examiné cette Piece , qui
avoit l'air ancien , je reconnus qu'elle
suppléoit à beaucoup de Lacunes , et
qu'elle formoit un sens plus parfait que
tout ce que j'avois vû jusqu'alors de cette
Inscription .
Le lendemain je me trouvai au lever
du Seigneur , pour le remercier de ce
que son Officier m'avoit communiqué ,
sans doute par son ordre. Il me dit qu'il
avoit lui- même quelque chose de plus
important à me montrer et à me dire sur
ce sujet ; et me faisant entrer dans son
Cabinet , il me donna à lire une autre
copie de l'Inscription , plus ancienne que
la précedente , et tout au moins d'une
aussi habile main ; il étoit aisé de s'en appercevoir,
car cette autre copie étoit parfaitement
imitée de l'original ; mêmes caracteres
romains , mêmes abbreviations
même nombre de mots à chaque ligne
mêmes distances , &c . enfin , un scrupule
entier : Vous jugez bien , Monsieur ,
que D v
,
>
700
MERCURE DE FRANCE
que cette nouvelle découverte me fit un
extrême plaisir, et que je profitai de toutes
ces lumieres , pour avoir le Monument
presque dans son entier ; je dis presque ,
car il y a certains mots que l'injure du
temps a entierement détruits , sur tout sur
la premiere Face du Pié- destal.
Mais ce qui me causa une veritable
joye , c'est l'assurance que me donna le
même Seigneur , qu'un Sçavant du premier
ordre, avoit non seulement lû l'Ins
cription de la maniere qu'elle doit l'être,
mais qu'il l'avoit expliquée totalement
par des Remarques critiques , capables de
satisfaire. Il n'avoit pas ces Remarques ,
mais il eût la bonté de me donner des
ouvertures , dont je profitai , étant de retour
à Paris , pour les découvrir et pour
les avoir. Vous en profiterez aussi , Monsieur
, car je vais les inserer icy de suite ,
pour ne pas vous parler deux fois sur la
même matiere ; et je renvoïe pour cela à
une autre Lettre tout ce que j'ai à vous
dire au sujet de Torigny , &c.
Remarques de M... , .. sur l'Inscription
Romaine du Marbre de Torigny.
Voici d'abord comme je crois qu'il faut
lire cette Inscription.
SVR
AVRIL. 1733. got
SUR LE DEVANT.
Tito Sennio Sollemni Sollemnini Filie
non sine solido marmore statue honorem deferre
cupimus , heredes mandamus. Vir erat
Sennius Mercurii , Martis , atque Diana
Sacerdos , cujus curâ omne genus Spectaculorum,
atque Epinicia Diana data , recepta
millia nummorum -XXVII . ex quibus per quatriduum
sine tntermissione ediderunt *
fuit commendabilis
consummate peritia. Ex
Civitate Viducassium Oriundus . Iste Sollemnis
amicus bene merentis Claudii Plantini
Legati .Cæsaris Augusti Proprætore
Provincia Lugdunensis fuit. Cui postea
Britannia Legato Augusti penes eum ad
Legionem sextam adsedit , cui obsalarium
militia [ de sextertiis viginti quinque num→
mos ] in auro aliaque munera longe pluris
missa. Fuit Cliens Probatissimus AEdinii
Juliani Legati Augusti Provincia Lugdu-
Il y icy un espace qui est effacé , et qu'on
ne sçauroit rétablir , dit l'Auteur des Remarques
en cet Endroit.Selon l'inspection du Marbre , et suivant
les copies que j'ai vuë , cet cspace n'est pas considerable
, il est même rétabli par une de ces copies
faite apparamment avant la ruine de l'original.
D vj
nensis
702 MERCURE DE FRANCE
nensis cui semper affectus fuit , sicut Epistula
que ad nos scripta est declaratur. Adsedit
etiam in Provinciam Lugdunensem
Valerio Floro Tribuno militum cobortis ter
tia Augusta Judici Arca Ferrariorum.
Tres Provincia Galliarum Monumentum
in Civitate pofuerunt , locum ordo civitatis
Viducassium libenter dedit pedum XVIIII.
Annio Pio et Proculo Consulibus.
D'un côté du même Marbre , on lit :
Exemplum Epistula Claudi Paulini Legati
Augusti Proprætore Provincia Britannie
ad Sennium Sollemnem gratiam profitentis.
Licet plura moerenti tibi , à me pauca
tamen , quoniam honoris causa offeruntur ,
velim accipias libenter , Chlamidem Carbasinam
, Dalmaticum Laodicenam , fibulam
auream , cum gemmis , Lacernas duas , Trossulam
Britannicam , Pellem vituli marini
semestris. Alteram Epistulam ubi propediem
vacare coeperis , mittam ob cujus militia
salarium de sextertiis viginti quinque_nummos
in aura suscipe . Diis faventibus et
Majestate sancta Imperatoris deinceps pro
meritis adfectionis magis digna consequuturus,
concordia, &c.
Ce mot , Concordia , ne paroît avoir
aucune liaison avec ceux qui le précédent
; ainsi la Lettre de Paulinus reste
imAVRIL
703 1733 .
imparfaite , comme la suivante , écrite.au
Tribun Comnianus.
De l'autre côté du Marbre .
Exemplum Epistula AEdini Juliani Prafecti
Pratorio ad Badium Comnianum Tribunam
Vice Presidis agentem.
AEdinnis Juliano Badio Comniano sa-
Lutem in Provincia Lugdunensi quinquenmalia
fiscalia dum exigerem plerosque bones
viros prospexit , inter quos sollemnem istum
oriundum ex civitate viducassium Sacerdotem
quem propter sectam , gravitatem et
honestos mores amare coepi , his accedit quod
cum Claudio Paulino Decessori meo in Concilio
Galliarum instinctu quorumdam qui ab
eo propter merita sua ladi videbantur quasi
ex consensu accusationem instituere tentarunt
, Sollemnis iste meus proposito eorum
restitit. Provocatione fcilicet interjecta quod
Patria ejus cum inter cæteros Legatum eum
creasset nihil de accusatione mandassem , imo
contra laudarent. Qua ratione effectum est ut
omnes ab accufatione desisterent , quem magis
magisque amare et comprobare coepi . Is
certus honoris mei erga eum ad videndum
me in urbem venit proficifcens petiit ut eum
ibi commendarem . Recte itaque feceris si
desiderio illius annueris , & c.
RI704
MERCURE DE FRANCE
REMARQUES.
I. Ce Marbre avec son Inscription ;
a été dédié à l'honneur de Solemnis ,
Citoyen de Bayeux , par les trois Provinces
des Gaules sous le Consulat d'Annius
Pius et de Proculus en CCXXXVIII.
de l'Ere Chrétienne , l'an 991. de la Fondation
de Rome , qui est le temps auquel
Censorinus publia son Livre de Die
Natali , où l'on voit au Chapitre XV.
que dans la même année Ulpius et Pontianus
avoient été Consuls ordinaires . Notre
Inscription démontre d'abord qu'au
lieu d'Ulpius il faut lire Pius, dans le Texte
de Censorin , qui n'a pû se tromper
sur un fait dont il a été témoin oculaire
, on doit donc rejetter cette faute
sur les Copistes . On lit le même nom
de Pius , non - seulement dans l'Inscription
de notre Marbre , mais dans une
autre , rapportée par Gruter , page 104.
N. 3. dans trois Rescrits de l'Empereur
Gordien , inserez au Code de Justinien ,
L. II . T. X. Leg. 2. et au T. XXII . L. V.
T. 58. aussi bien que dans les Fastes trèsanciens
et très - exacts , tirez de la Bibliotheque
Impériale , dans ceux d'idace et
de Cassiodore , et dans les Fastes Grecs ,
qui sont en Angleterre , donnez à la fin
d'un
A VRLI.
1733. 705
d'un Manuscrit de Theon desquels
M. Dodwel a imprimé une partie à la
fin de ses Dissertations sur S. Cyprien .
Il n'y a que les Fastes de Sicile qui
donnent pour Collegue à Pontien Ulpicius
ΟΥΑΠΙΚΙΟΣ , qui est un mot visi
blement corrompu par les Grecules . Les
deux noms d'Ulpius et de Pius , se
trouvent d'ailleurs dans les Fastes de
Victorius , qui a crû qu'Ulpius étoit
le Prenom de ce Consul , mais il s'esttrompé
; car ces Lettres A N. de l'Inscription
de notre Marbre , marquent le
Prenom du Consul Pius , appellé Annius
Pius , et non pas Antonius , ni Antoninus
, ni Ulpius. Le nom d'Annius
Pius , se trouve encore gravé sur un
Marbre dans la Collection du Comte
Malvasia , page 346. L'autre Consul
de cette année est appellé Pontianus
dans les Constitutions de Gordien ;
dans l'Inscription de Gruter , et aut
Chapitre XV . du Livre de Censorinus.
Les Fastes de la Bibliotheque Imperiale ,
ceux d'Idace et les Fastes de Sicile , ont
tous le nom de Pontianus. Mais les Fastes
de Cassiodore ceux de Victorinus , et les
Fastes Grecs de Dodwel , marquent le
nom de Proculus. Comme ces derniers
sont appuyez de l'autorité de notre Inscription
706 MERCURE DE FRANCE
1
cription , on ne peut douter que le Col
legue d'Annius Pius n'ait été appellé
Pontianus Proculus. Chaque Consul Romain
ayant plusieurs noms , les Ecrivains
choisissoient indifferemment celui des
surnoms ou des Prenoms qui lui plaisoit s
ce qui étoit aussi pratiqué par ceux qui
gravoient les Inscriptions , aussi- bien que
par les Empereurs dans leurs Rescrits ou
Constitutions , et par ceux qui dressoient
les Actes publics , ou qui rédigeoient les
Fastes.
II. Tres Provincia Galliarum Monumentum
posuerunt in civitate. Ces trois Provinces
étoient la Lyonnoise , la Belgique.
et l'Aquitaine , qui composoient la Gaule
Cheveluë . Elles avoient ensemble une
étroite union , et étoient distinguées de
la Narbonnoise ; car lorsqu'on agita si
on donneroit le droit de Bourgeoisie à
toutes les Gaules , et si on recevroit dans
le Sénat les Naturels de ce Pays , l'Empereur
Claude fit une . Harangue dans le
Sénat , qui fut gravée sur des Tables de
cuivre. Gruter , p . 502. rapporte cet ancien
Monument après Paradin . Claude
*
* Ces Tables furent trouvées en 1528. auprès de
Lyon , en creusant pour chercher des Eaux. Elles
sont aujourd'hui exposées dans le Vestibule de l'Hôtel
de Ville , avec une Inscription Latine de M. de
dans
A VRIL. 1733.
707
dans cette Harangue dit en s'apostrophant
soi-même , Tempus est jam Tiberi Casar
Germanicè ( id est Claudius Imperator )
detegere te Patribus conscriptis quò tendat
oratio tua. Jam enim ad extremos fines Gallia
Narbonensis venisti ( Viennam nempe
) ...... Ensuite addressant la parole
aux Sénateurs , il dit : Quod si ita esse consensitis
, quid ultra desideratis quam ut
vobis digito demonstrem solum ipsum ultra
fines Provincie Narbonensis jam vobis Senatores
mittere , quando ex Lugduno habere
nos nostri ordinis viros non poenitet , timide
quidem , Patres conscripti , egressus assuetos
familiaresque Urbis Provinciarum terminos
sum. Sed districta jam Comate Gallia
causa agenda est .....
Une Inscription rapportée par Grüter ,
page 375. N. III. en l'honneur d'un
Vermandois , fait encore voir que la Gaule
Belgique étoit des trois Proivinces des
Gaules. Lucio Bessio Superiori Viromanduo
Equiti Romano omnibus honoribus apud
suos ( Belgas ) functo .... ob allecturam fideliter
administratam tres Provincia Galliarum.
Bellierre . Le P. de Colonia rapporte la teneur des
Tables , avec une Traduction , dans la I. Partie
de son Histoire Litteraire de la Ville de Lyon ,
page 136.
De -là
708 MERCURE DE FRANCE
De-là on doit conclure que les Belges
Compatriotes des Bessins , étoient compris
dans les trois Provinces. Aussi la
Gaule étoit souvent considerée comme
un Pays qui étoit séparé de la Narbonnoise
, et qui ne comprenoit que trois
Provinces ; la Celtique ou Lyonnoise ,
l'Aquitaine et la Belgique . Gallia omnis ,
dit César au commencement de ses Commentaires
, Divisa in partes tres , quarum
unam incolunt Belga , aliam Aquitani , tertiam
qui ipsorum lingua Celta , nostra Galli
appellantur.
Pline regarde la Narbonnoise ou Gallia
Bracchata , comme un Pays entierement
distingué de la veritable Gaule ,
appellée Cheveluë. Il décrit ainsi les confins
de cette Province , L. II. Ch. I V.
Narbonensis Provincia appellatur pars Galliarum
que interno mari allutitur , Bracchata
ante dicta , amni Varo ab Italia discreta ,
alpiumque saluberrimis Romano Imperio jagis
; reliqua vero Gallia Latere Septemtrionali
montibus Gibenna et Jura. Ensuite au
L. IV. Ch . XVII. il décrit la Gaule
Cheveluë qui comprenoit trois Provinces.
Gallia omnis Comata , dit - il , uno nomine
appellata in tria populorum genera
dividitur , amnibus maxime distincta , Ascaldi
ad Sequanam Belgica , ab co ad Garumnam
AVRIL . 1733. 709
rumnam Celtica , eademque Lugdunensis ;
inde Pyrenei Montis excursum Aquitania.
Il ajoûte encore ces mots : Agrippa universarum
Galliarum inter Rhenum et Pyrenaum
atque Oceanum ac Montes Gebennam
ac Juram quibus Narbonensem Gal,
liam excludit longitudinem quadringinta viginti
millia passuum , latitudinem trecentatredecim
computavit.
Enfin Auguste , après avoir partagé
les Provinces de l'Empire Romain avec
le Sénat et le Peuple , ceda au Peuple la
Gaule Narbonnoise , et ne se réserva que
la Cheveluë , divisée en trois Provinces
comme nous l'apprenons de Dion , Liv.
LIII. pag. 54. desorte que ces trois
Provinces des Gaules , qui étoient Imperiales
, avoient entre elles une plus
étroite union , et tenoient en commun
leurs Assemblées generales , soit pour
de
mander justice des concussions de leurs
Magistrats , soit pour reconnoître par des
témoignages publics les bons offices qu'el
les avoient reçus de ceux qui s'étoient
acquitez dignement de leurs Emplois ; et
elles en userent ainsi à l'égard de Sennius
Solemnis , qui est celui qui fut honoré
de l'Inscription gravée sur le Marbre
de Torigny; et à l'égard de Bessus
Superior , dont il est fait mention dans
l'Inscrip710
MERCURE DE FRANCE
l'Inscription de Gruter , citée cy - dessus .
Je m'arrête ici , Monsieur. Vous jugerez
par ces premieres Remarques sur
la principale des trois Inscriptions gravées
sur le Marbre en question , de la
capacité de l'Auteur et du mérite que
peuvent avoir celles qui suivent. J'espere
les faire entrer toutes dans ma premiere
Lettre , en continuant de petites
Notes où je les trouverai necessaires , c'est
pour ne pas trop allonger celle - cy que
je ne vous envoye pas l'Inscription écrite
conformément à l'original , ou aux
meilleures copies ; c'est - à dire , dans les
mêmes caracteres Romains et avec les abbreviations
bizares , qu'elle a été gravée
selon l'usage de ce temps - là . Cela seroit
dailleurs inutile par rapport à l'impression
, si vous publiez ma Lettre ; il
faudroit des caracteres faits exprès qui
manquent aux Imprimeurs ordinaires .
On ne peut y suppléer que par la
gravûre
, et c'est à quoi je vous promets de
penser. Je suis , Monsieur , &c.
Fermer
Résumé : SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE X.
Le texte décrit un voyage en Basse-Normandie, débutant à Bayeux. L'auteur exprime son regret de quitter des hôtes polis et un médecin savant. Il se rend ensuite à l'Abbaye de Cerisy, fondée en 1032 par Robert le Magnifique, duc de Normandie. Cette abbaye, située dans une forêt, est occupée par des bénédictins et possède une rente annuelle d'environ 12 000 livres. L'auteur visite ensuite le château de Torigny, où il est accueilli par Jacques de Matignon, Comte de Torigny et Lieutenant Général des Armées du Roi et de la Basse-Normandie. Le comte et sa famille sont décrits comme illustres et hospitaliers. L'auteur admire un marbre de Torigny, un piédestal de statue romaine avec une inscription endommagée. Ce monument, trouvé à Vieux près de Caen, a été transporté à Torigny en 1580. L'inscription, bien que frustée, est copiée avec soin. Grâce à la bonté du comte et de ses officiers, l'auteur reçoit des copies plus complètes de l'inscription. Le texte se conclut par des remarques sur l'inscription romaine, dédiée à Solemnis, citoyen de Bayeux, par les trois provinces des Gaules sous le consulat d'Annius Pius et de Proculus en 238 de l'ère chrétienne. L'auteur, Juliano Badio Comniano, mentionne avoir rencontré Solemnis lors de ses fonctions fiscales en Provence. Solemnis, originaire de Bayeux, a été injustement accusé mais défendu par ses pairs pour sa probité et ses mérites. Il a ensuite demandé à être recommandé par l'auteur, qui accepte de le faire. Les remarques historiques précisent que l'inscription date de l'année où Ulpius et Pontianus étaient consuls ordinaires, mais l'inscription correcte devrait mentionner Annius Pius et Proculus. Les trois provinces des Gaules (Lyonnoise, Belgique et Aquitaine) avaient une union étroite et étaient distinctes de la Narbonnoise. Elles tenaient des assemblées générales pour des questions de justice et pour honorer ceux qui avaient bien servi leurs intérêts. L'auteur conclut en promettant de fournir plus de détails dans une prochaine lettre et en espérant que ses remarques démontrent sa capacité et le mérite de ses observations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 206-211
DE PARIS, le 18 Mars 1763.
Début :
Le Comte de Monteynard, Enseigne de la seconde Compagnie des Mousquetaires, ayant [...]
Mots clefs :
Comte, Compagnie des Mousquetaires, Statue du roi, Place, Piédestal, Ordonnances du roi, Compagnies, Réduction, Grenadiers, Officiers réformés, Régiment, Infanterie, Dragons, Colonel, Général, Soldes, Paix, Guerre, Soldats, Pensions militaires, Congé, Archevêque, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 18 Mars 1763.
DE PARIS. , le 18 Mars 1763.
Le Comte de Monteynard , Enſeigne de la
feconde Compagnie des Moufquetaires , ayant
obtenu du Roi la permifion de fe démettre de
cet emploi , Sa Majesté a diſpoſé de la cornette
vacante en faveur du Marquis du Hallay , Capitaine
au Régiment Royal- Etranger , Cavalerie.
Le 17 du mois dernier , fur les huit heures
du matin , le Statue du Roi , que Sa Majesté
a permis à la Ville de Paris de lui ériger , &
qui a été fondue fur le modéle du feu Sieur
Bouchardon , a commencé d'être conduite de
l'Attelier vers la place où elle doit être poſée ;
on avoit eu la précaution de la renfermer dans
une cage de charpente roulante ; par le moyen
< de Vindas & de mains d'hommes , on lui a fait
parcourir , dans l'espace de trois jours , le chemin
qu'elle avoit à tenir depuis la fortie de
l'Attelier , hors de la barrière du Fauxbourg
du Roule , jufqu'à la Place de Louis XV , en
lui faifant fuivre toute la rue dudit Fauxbourgi
& le 23 elle a été établie fur fon piedeſtal , aux
acclamations d'un grand concours de peuple.
Le fervice s'eft fait en préfence du Duc de Chevreuſe
, Gouverneur de Paris , du Prévôt des
Marchands & du Bureau de la Ville , avec tout
le fuccès que l'on pouvoit attendre des ſoins & de
l'intelligence des différentes perfonnes qui y
cétoient proposées , & en particulier du fieur
3
16
·M A 1. 1763. 207
2
'Herbette , Maître Charpentier à S. Denis , Entrepreneur
des Ponts & Chauffées & des Bâtimens
du Roi , Auteur des machines. En paffant devant
la porte de la maiſon où eft décédé le fieur Bouchardon
, on a fait une décharge de Canons &
de Boetes , pour honorer la mémoire d'un Ar
tifte fi excellent , qui par cet ouvrage immortel ,
s'eft afferé une gloire que la Nation partage
avec lui.
Il paroît quatre Ordonnances du Roi.
Par la première , en date du 21 Décembre dernier
,"Sa Majesté réduit à trente Compagnies les
quarante qui compofent actuellement le Régiment
des Carabiniers de Monfeigneur le Comte
de Provence. Les difpofitions qui concernent la
nouvelle compofition & la difcipline de ces Corps
font conformes à celles qui ont été établies par
P'Ordonnance de la Cavalerie.
Dans la feconde, du 20 Janvier 1763 , S. M.
réforme le Corps des Grenadiers- Royaux revenus
de la Martinique.
La troifiéme du 31 - da même mois , concerne
le traitement des Officiers réformés des Régimens
de Foix , de Boulonnois , de Quercy & d'Angoumois
, qui étoit de fervice à S. Domingue.
Par la quatrième , du même jour , S. M. réforme
les fx piquets d'Infanterie employés à S.
Domingue.
11 paroît encore quatres autres Ordonnances
du Roi datées du 21 Décembre dernier.
Par la première , concernant le Régiment
Royal- Italien , le Roi fupprime le Régiment d'In-
#fanterie Royal- Corfe dont les neuf Compagnies
feront incorporées dans le Régiment Royal d'Infanterie
Italienne , lequel , au n: oyen de cette inccorporation
, fera compofée de deux Bataillons."
208 MERCURE DE FRANCE.
Par la feconde , concernant les Régimens d'In
fanterie Allemande , Sa Majefté conferve fur pied
ceux d'Altace , d'Anhalt , la Marck , Royal- Bavière
, Royal - Suédois , Naffau , Royal - Deux- Ponts &
celui de Bouillon . Le Régiment d'Alface ne formera
plus que trois Bataillons ; chacun de ceux d'Anhalt
, la Marck , Royal- Bavière , Royal - Suédois ,
Naffau & Royal - Deux-Ponts ne feront compofés
que de deux , & celui de Bouillon d'un feulement
Le Bataillons excédens feront réformés & incorporés
dans ceux que Sa Majefté a jugé à propos
de conferver fur pied . Quant à ce qui concerne
la compofition des Bataillons & Compagnies ,
la création des nouvelles places , le choix & les
fonctions des Officiers , la paye de paix & de guerre
, le traitement des Officiers réformés , &c.
Les difpofitions de ces deux Ordonnances font
conformes à celles qui feront fuivies à l'égard de
l'Infanterie Françoife . Ces deux nouvelles Ordonnances
ont cela de particulier que S. M. accorde
un fol par jour avec une ration de pain aux
femmes des étrangers mariés qui voudront fervir
dans les fufdits Régimens ; mais ce traitement
n'aura lieu que tant qu'elles refteront au quartier
d'affemblée , & que leurs maris feront attachés
aux Régimens.
Par la troifiéme , Sa Majefté conferve fur
pied dix -fept Régimens de Dragons , fçavoir ,
Colonel - Général ; Meftrede Camp - Géné
ral , Royal , du Roi , de la Reine , Dauphin ,
Orléans , Bauffremont , Choifeul , d'Autichamp ,
Chabot , Coigny , Nicolaï , Chapt , Chabril
lant , Languedoc & Schomberg . Chacun de ces
Régimens fera compofé en tout temps de huit
compagnies celui de Schomberg confervera
les huit qui le compoſent ; & les feize de
MA I. 1763 . 208
shacun des autres Régimens feront doublées
pour n'en former également que huit. Chaque
compagnie fera compofée , en temps de paix
de quatre Maréchaux-des- Logis , un Fourrier ,
huit Brigadiers , huit Appointés , vingt-quatra
Dragons & un Tambour , formant quarante- fix
hommes , dont trente feront montés , & feize
refteront à pied. La paye de paix & de guerre.
eft fixée de la maniere fuivante,
COMPAGNIE S A chaque Capitaine ;
1800 livres en paix , & 3600 livres en guerre ;
à chaque Capitaine - Lieutenant des Compagnies ,
Colonel- Général & Meftre- de - Camp- Général , &
à chaque Lieutenant des autres Compagnies
800 livres en paix , & 1000 livres en guerres
au Sous- Lieutenant de la Compagnie du Colonel-
Général des Dragons , 600 livres en paix ,
& 800 livres en guerre ; au Cornette de ladite
Compagnie , 540 livres en paix , & 800 livres
en guerre ; au Sous- Lieutenant des autres Compagnies
, 500 livres en paix , & 800 livres en .
guerre à chaque Maréchal- des- Logis , 216
livres en paix , & 252 livres en guerre ; à chaque
Fourrier , 189 livres en paix , &-225 livres
en guerre ; à chaque Brigadier , 135 livres enpaix
, & 171 livres en guerre ; à chaque Appointé
, 126 livres en paix , & 162 livres en
guerre ; à chaque Dragon ou Tambour , 117
livres en paix , & 153 livres , en guerre. ETATMAJOR.
Au Meftre- de- Camp , y compris fes .
appointemens de Capitaine , 6000 livres en
paix , & 6600 livres en guerre; au Lieutenant-Colonel
, y compris fes appointemens de Capitai
ne , 3600 livres en paix , & 5400 livres en ½
guerre à chacun des Meftre- de- Camp en fe- ..
cond des Régimens du Meftre- de Camp Gé
210 MERCURE DE FRANCE.
néral , d'Orléans & de Schomberg , 2500 livres
en paix , & 3000 livres en guerre ; au Major ,
3000 livres en paix , & 4500 livres en guerre ;
à chaque Aide - Major , avec commiſſion de Capitaine
, 1800 livres en paix , & 3000 livres
en guerre à chaque Aide- Major , fans commillion
de Capitaine , 1500 livres en paix , &
2000 livres en guerre ; à chaque Sous - Aide-
Major , 1000 livres en paix , & 1200 livres en
guerre; au Quartier- Maître , 600 livres en paix ,
& 800 livres en guerre ; à chaque Porte - Guidon
, 480 livres en paix , & 540 livres en guerre
; au Tréforier , 2000 livres en paix , & 3.000
livres en guerre à l'Aumônier & au Chirurgien
, à chacun 720 livres en temps de guerre
feulement.
Les Capitaines réformés jouiront en penfion
fur le Tréfor Royal de soo livres ; les Lieutenans
, qui auront fervi dix ans , de 250 livres
; & les Cornettes , qui auront été Maréchaux-
des- Logis , de 150 livres. Quant aux Offi
ciers incorporés & réformés , à la fuite des Régimens
, ils fe retireront chez eux , & y toucheront
les appointemens qui leur ont été précédemment
accordés ; Sa Majesté ne voulant
plus entretenir d'Officiers incorporés ou réformés
à la fuite des Régimens de Dragons. Cette
* Ordonnance eft terminée par un état de l'uniforme
réglé par le Roi pour les Régimens cidefus.
Par la derniere , Sa Majesté conferve fur pied
les trois Régimens de Houflards de, Berchiny , de
Chamborant & de Royal - Naffau , dont chacun
fera composé de douze compagnies , formant
trois escadrons en temps de paix , & fix en
temps de guerre..Chaque compagnie fera comM
A I. 1763.
2.11
pofée de vingt- neuf hommes , dont dix monstés
, & dix -neuf à pied . Les Tymbales & Eten-.
dards de ces trois Régimens , ainfi que le Prevôt
qui eft dans le Régiment Royal - Nallau ,
feront fupprimés. Sa Majefté regle auffi pour
les Régimens confervés une paye de paix & une
paye de guerre , ainfi que l'uniforme de leur
habillement. L'Ordonnance de la Cavalerie fert
de regle aux deux nouvelles Ordonnances pour
ce qui concerne le choix , le rang & les fonctions
des Officiers , la fuppreffion de certaines
places , la création de nouvelles , l'adminiftration
de la caifle , le terme des engagemens &
la délivrance actuelle des congés , &c.
Le Comte de Taflo , jeune Seigneur Polonois ,
qui étoit en France depuis dix - huit mois , en est
reparti le deux de ce mois, pour retourner en Pologne
, après avoit eu l'honneur de prendre congé
de la Reine , qui luia marqué beaucoup de bonté.
Charles-Antoine de la Roche- Aymon Grand
Aumônier de France , ci-devant Archevêque de
Narbonne , aujourd'hui Archevêque de Rheims ,
& en cette qualité premier Pair Eccléfiaftique du
Royaume ; & le Duc de Sully , Prince d'Enrichemont
, ont été reçus le 14 de ce mois au Parlement,
& y ont pris féance en qualité de Pairs de
France. Le Duc d'Orléans , le Duc de Chartres ,
le Prince de Condé , le Prince de Conti , & le
Comte de la Marche , ont aſſiſté à leur récep-
Ation .
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
Le Comte de Monteynard , Enſeigne de la
feconde Compagnie des Moufquetaires , ayant
obtenu du Roi la permifion de fe démettre de
cet emploi , Sa Majesté a diſpoſé de la cornette
vacante en faveur du Marquis du Hallay , Capitaine
au Régiment Royal- Etranger , Cavalerie.
Le 17 du mois dernier , fur les huit heures
du matin , le Statue du Roi , que Sa Majesté
a permis à la Ville de Paris de lui ériger , &
qui a été fondue fur le modéle du feu Sieur
Bouchardon , a commencé d'être conduite de
l'Attelier vers la place où elle doit être poſée ;
on avoit eu la précaution de la renfermer dans
une cage de charpente roulante ; par le moyen
< de Vindas & de mains d'hommes , on lui a fait
parcourir , dans l'espace de trois jours , le chemin
qu'elle avoit à tenir depuis la fortie de
l'Attelier , hors de la barrière du Fauxbourg
du Roule , jufqu'à la Place de Louis XV , en
lui faifant fuivre toute la rue dudit Fauxbourgi
& le 23 elle a été établie fur fon piedeſtal , aux
acclamations d'un grand concours de peuple.
Le fervice s'eft fait en préfence du Duc de Chevreuſe
, Gouverneur de Paris , du Prévôt des
Marchands & du Bureau de la Ville , avec tout
le fuccès que l'on pouvoit attendre des ſoins & de
l'intelligence des différentes perfonnes qui y
cétoient proposées , & en particulier du fieur
3
16
·M A 1. 1763. 207
2
'Herbette , Maître Charpentier à S. Denis , Entrepreneur
des Ponts & Chauffées & des Bâtimens
du Roi , Auteur des machines. En paffant devant
la porte de la maiſon où eft décédé le fieur Bouchardon
, on a fait une décharge de Canons &
de Boetes , pour honorer la mémoire d'un Ar
tifte fi excellent , qui par cet ouvrage immortel ,
s'eft afferé une gloire que la Nation partage
avec lui.
Il paroît quatre Ordonnances du Roi.
Par la première , en date du 21 Décembre dernier
,"Sa Majesté réduit à trente Compagnies les
quarante qui compofent actuellement le Régiment
des Carabiniers de Monfeigneur le Comte
de Provence. Les difpofitions qui concernent la
nouvelle compofition & la difcipline de ces Corps
font conformes à celles qui ont été établies par
P'Ordonnance de la Cavalerie.
Dans la feconde, du 20 Janvier 1763 , S. M.
réforme le Corps des Grenadiers- Royaux revenus
de la Martinique.
La troifiéme du 31 - da même mois , concerne
le traitement des Officiers réformés des Régimens
de Foix , de Boulonnois , de Quercy & d'Angoumois
, qui étoit de fervice à S. Domingue.
Par la quatrième , du même jour , S. M. réforme
les fx piquets d'Infanterie employés à S.
Domingue.
11 paroît encore quatres autres Ordonnances
du Roi datées du 21 Décembre dernier.
Par la première , concernant le Régiment
Royal- Italien , le Roi fupprime le Régiment d'In-
#fanterie Royal- Corfe dont les neuf Compagnies
feront incorporées dans le Régiment Royal d'Infanterie
Italienne , lequel , au n: oyen de cette inccorporation
, fera compofée de deux Bataillons."
208 MERCURE DE FRANCE.
Par la feconde , concernant les Régimens d'In
fanterie Allemande , Sa Majefté conferve fur pied
ceux d'Altace , d'Anhalt , la Marck , Royal- Bavière
, Royal - Suédois , Naffau , Royal - Deux- Ponts &
celui de Bouillon . Le Régiment d'Alface ne formera
plus que trois Bataillons ; chacun de ceux d'Anhalt
, la Marck , Royal- Bavière , Royal - Suédois ,
Naffau & Royal - Deux-Ponts ne feront compofés
que de deux , & celui de Bouillon d'un feulement
Le Bataillons excédens feront réformés & incorporés
dans ceux que Sa Majefté a jugé à propos
de conferver fur pied . Quant à ce qui concerne
la compofition des Bataillons & Compagnies ,
la création des nouvelles places , le choix & les
fonctions des Officiers , la paye de paix & de guerre
, le traitement des Officiers réformés , &c.
Les difpofitions de ces deux Ordonnances font
conformes à celles qui feront fuivies à l'égard de
l'Infanterie Françoife . Ces deux nouvelles Ordonnances
ont cela de particulier que S. M. accorde
un fol par jour avec une ration de pain aux
femmes des étrangers mariés qui voudront fervir
dans les fufdits Régimens ; mais ce traitement
n'aura lieu que tant qu'elles refteront au quartier
d'affemblée , & que leurs maris feront attachés
aux Régimens.
Par la troifiéme , Sa Majefté conferve fur
pied dix -fept Régimens de Dragons , fçavoir ,
Colonel - Général ; Meftrede Camp - Géné
ral , Royal , du Roi , de la Reine , Dauphin ,
Orléans , Bauffremont , Choifeul , d'Autichamp ,
Chabot , Coigny , Nicolaï , Chapt , Chabril
lant , Languedoc & Schomberg . Chacun de ces
Régimens fera compofé en tout temps de huit
compagnies celui de Schomberg confervera
les huit qui le compoſent ; & les feize de
MA I. 1763 . 208
shacun des autres Régimens feront doublées
pour n'en former également que huit. Chaque
compagnie fera compofée , en temps de paix
de quatre Maréchaux-des- Logis , un Fourrier ,
huit Brigadiers , huit Appointés , vingt-quatra
Dragons & un Tambour , formant quarante- fix
hommes , dont trente feront montés , & feize
refteront à pied. La paye de paix & de guerre.
eft fixée de la maniere fuivante,
COMPAGNIE S A chaque Capitaine ;
1800 livres en paix , & 3600 livres en guerre ;
à chaque Capitaine - Lieutenant des Compagnies ,
Colonel- Général & Meftre- de - Camp- Général , &
à chaque Lieutenant des autres Compagnies
800 livres en paix , & 1000 livres en guerres
au Sous- Lieutenant de la Compagnie du Colonel-
Général des Dragons , 600 livres en paix ,
& 800 livres en guerre ; au Cornette de ladite
Compagnie , 540 livres en paix , & 800 livres
en guerre ; au Sous- Lieutenant des autres Compagnies
, 500 livres en paix , & 800 livres en .
guerre à chaque Maréchal- des- Logis , 216
livres en paix , & 252 livres en guerre ; à chaque
Fourrier , 189 livres en paix , &-225 livres
en guerre ; à chaque Brigadier , 135 livres enpaix
, & 171 livres en guerre ; à chaque Appointé
, 126 livres en paix , & 162 livres en
guerre ; à chaque Dragon ou Tambour , 117
livres en paix , & 153 livres , en guerre. ETATMAJOR.
Au Meftre- de- Camp , y compris fes .
appointemens de Capitaine , 6000 livres en
paix , & 6600 livres en guerre; au Lieutenant-Colonel
, y compris fes appointemens de Capitai
ne , 3600 livres en paix , & 5400 livres en ½
guerre à chacun des Meftre- de- Camp en fe- ..
cond des Régimens du Meftre- de Camp Gé
210 MERCURE DE FRANCE.
néral , d'Orléans & de Schomberg , 2500 livres
en paix , & 3000 livres en guerre ; au Major ,
3000 livres en paix , & 4500 livres en guerre ;
à chaque Aide - Major , avec commiſſion de Capitaine
, 1800 livres en paix , & 3000 livres
en guerre à chaque Aide- Major , fans commillion
de Capitaine , 1500 livres en paix , &
2000 livres en guerre ; à chaque Sous - Aide-
Major , 1000 livres en paix , & 1200 livres en
guerre; au Quartier- Maître , 600 livres en paix ,
& 800 livres en guerre ; à chaque Porte - Guidon
, 480 livres en paix , & 540 livres en guerre
; au Tréforier , 2000 livres en paix , & 3.000
livres en guerre à l'Aumônier & au Chirurgien
, à chacun 720 livres en temps de guerre
feulement.
Les Capitaines réformés jouiront en penfion
fur le Tréfor Royal de soo livres ; les Lieutenans
, qui auront fervi dix ans , de 250 livres
; & les Cornettes , qui auront été Maréchaux-
des- Logis , de 150 livres. Quant aux Offi
ciers incorporés & réformés , à la fuite des Régimens
, ils fe retireront chez eux , & y toucheront
les appointemens qui leur ont été précédemment
accordés ; Sa Majesté ne voulant
plus entretenir d'Officiers incorporés ou réformés
à la fuite des Régimens de Dragons. Cette
* Ordonnance eft terminée par un état de l'uniforme
réglé par le Roi pour les Régimens cidefus.
Par la derniere , Sa Majesté conferve fur pied
les trois Régimens de Houflards de, Berchiny , de
Chamborant & de Royal - Naffau , dont chacun
fera composé de douze compagnies , formant
trois escadrons en temps de paix , & fix en
temps de guerre..Chaque compagnie fera comM
A I. 1763.
2.11
pofée de vingt- neuf hommes , dont dix monstés
, & dix -neuf à pied . Les Tymbales & Eten-.
dards de ces trois Régimens , ainfi que le Prevôt
qui eft dans le Régiment Royal - Nallau ,
feront fupprimés. Sa Majefté regle auffi pour
les Régimens confervés une paye de paix & une
paye de guerre , ainfi que l'uniforme de leur
habillement. L'Ordonnance de la Cavalerie fert
de regle aux deux nouvelles Ordonnances pour
ce qui concerne le choix , le rang & les fonctions
des Officiers , la fuppreffion de certaines
places , la création de nouvelles , l'adminiftration
de la caifle , le terme des engagemens &
la délivrance actuelle des congés , &c.
Le Comte de Taflo , jeune Seigneur Polonois ,
qui étoit en France depuis dix - huit mois , en est
reparti le deux de ce mois, pour retourner en Pologne
, après avoit eu l'honneur de prendre congé
de la Reine , qui luia marqué beaucoup de bonté.
Charles-Antoine de la Roche- Aymon Grand
Aumônier de France , ci-devant Archevêque de
Narbonne , aujourd'hui Archevêque de Rheims ,
& en cette qualité premier Pair Eccléfiaftique du
Royaume ; & le Duc de Sully , Prince d'Enrichemont
, ont été reçus le 14 de ce mois au Parlement,
& y ont pris féance en qualité de Pairs de
France. Le Duc d'Orléans , le Duc de Chartres ,
le Prince de Condé , le Prince de Conti , & le
Comte de la Marche , ont aſſiſté à leur récep-
Ation .
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
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Résumé : DE PARIS, le 18 Mars 1763.
Le 18 mars 1763, le Comte de Monteynard, Enseigne des Mousquetaires, a obtenu la permission du Roi de démissionner. Le Marquis du Hallay, Capitaine au Régiment Royal-Étranger de Cavalerie, a été nommé pour le remplacer. Le 17 mars, la statue du Roi, fondue d'après le modèle du défunt Bouchardon, a été transportée de l'atelier à la Place de Louis XV. Installée sur son piédestal le 23 mars, elle a été acclamée par une grande foule en présence du Duc de Chevreuse et d'autres dignitaires. Le Maître Charpentier Herbette a supervisé les machines utilisées pour le transport. Quatre ordonnances royales ont été publiées. La première, datée du 21 décembre 1762, réduit le Régiment des Carabiniers de Monseigneur le Comte de Provence à trente compagnies. La deuxième, du 20 janvier 1763, réforme le Corps des Grenadiers-Royaux revenus de la Martinique. La troisième, du 31 janvier, concerne le traitement des officiers réformés des régiments de Foix, de Boulonnois, de Quercy et d'Angoumois, en service à Saint-Domingue. La quatrième réforme les six piquets d'infanterie employés à Saint-Domingue. Quatre autres ordonnances, datées du 21 décembre 1762, ont également été publiées. La première supprime le Régiment d'Infanterie Royal-Corse et incorpore ses compagnies dans le Régiment Royal d'Infanterie Italienne. La deuxième conserve plusieurs régiments d'infanterie allemande et réforme les bataillons excédentaires. La troisième conserve dix-sept régiments de Dragons et réforme leur composition et leur paye. La quatrième conserve trois régiments de Houzards et réforme leur composition et leur paye. Le Comte de Tarslo, un jeune seigneur polonais, a quitté la France le 2 mars pour retourner en Pologne après avoir pris congé de la Reine. Charles-Antoine de la Roche-Aymon, Grand Aumônier de France et Archevêque de Reims, et le Duc de Sully ont été reçus au Parlement le 14 mars et y ont pris séance en qualité de Pairs de France. Le Duc d'Orléans, le Duc de Chartres, le Prince de Condé, le Prince de Conti et le Comte de la Marche ont assisté à leur réception.
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