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1
p. 74-104
Sujets de neuf Opéra qui ont tous esté representez à Venise depuis le mois de Ianvier de la presente année, avec les Noms de ceux qui ont composé les Pieces & la Musique : la Description des Changemens de Theatre, & de toutes les Machines. [titre d'après la table]
Début :
Si le Voyage n'estoit point si long, je luy [...]
Mots clefs :
Opéra, Venise, Scène, Décoration, Ouverture, Théâtre, Machine, Changement, Enseigne, Musique, Salle, Théâtre Grimani, Acte, Ballet, Théâtre Zane
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texteReconnaissance textuelle : Sujets de neuf Opéra qui ont tous esté representez à Venise depuis le mois de Ianvier de la presente année, avec les Noms de ceux qui ont composé les Pieces & la Musique : la Description des Changemens de Theatre, & de toutes les Machines. [titre d'après la table]
Si le Voyage n'eſtoit point ſi long , je luy confeillerois d'aller tous les ans
paſſer le Carnaval à Venife ,
elle y auroit contentement , &
la diverſité des Opéra nou- veauxquis'y reprefentent ,luy
E ij
32 LE MERCURE
fourniroit ſouvent de nouveaux plaifirs. Il yen a eu cet- te année neufdiferens fur cinq Theatres. J'ay appris des par- ticularitez de quelques-uns ,
qui valentbienque je vous les faſſe ſçavoir. Elles ſervirontdu moins à vous donner quelque idée de ces grands Spectacles ,
& à vous rendre preſente en quelque forte à ce que l'éloignement des Lieux ne vous permet point de voir.
Le premier de ces Opéra a
eſté le Totila , de la compofi- tion de Mateo Neris. Ila paru fur le Theatre Grimani de S.
Jean & S. Paul , avec un fuc- cés digne de la beauté de l'Ou- vrage. Chaque Acte avoit di- vers changemens de Scenes.
L'Ouverturedu premierſe fai- foit par une petite Chambre
GALANT. 53 avec un Lit ſur lequel un En- fant dormoit. Clelie paroiſſoit auprés de luy tenant un poi- gnard qu'elle ſembloit prefſte à luy enfoncer dans le ſein. La Chambre diſparoiſſoit tout- à- coup , &le Theatre reprefen- toit unedes Places de Rome,
environnée de Palais d'une
ſtructure admirable.Totila entroit ſuivy de fes Troupes , l'E- pée & le Flambeau à la main ,
Trompetes fonnantes , avec
leurs Enſeignes. Ces Palais s'embraſoient les uns apres les autres. On en voyoit tomber les pieces à meſure quela fla- me s'y attachoit , mais avecun artifice ſi ſuprenant , &qui ap- prochoit tellementde la natu-- re , qu'il n'y avoit perſonne qui ne cruſt qu'ils brûloient veri- tablement.Ledefordre regnoit
E iij
54 LE MERCVRE partout ,&dans cette confu- fion , Marſia Fille de Servius ,
cherchant à ſe ſauver des Soldats qui la pourſuivoient , ſe jettoit parunefeneftre,&tom- boit évanoüie entre les bras de
Totila qui la recevoit. La troi- fiéme Scene avoit pourDéco- ration une Salle de l'Apparte- ment de Clelie ; & celle de la
quatriéme eſtoit une Ruë où l'on voyoit une Tour , & une des Portes de Rome en éloignement. Des Eſclaves con- duiſoient de loin unElephant d'une grandeur démeſurée. Il ſembloit tout couvert d'or ; &
ce qui cauſa autant d'admira- tion que de ſurpriſe , c'eſt que cét Elephant s'eſtant arreſté ,
s'ouvrit au fondes Trompetes,
&ſe ſepara en pluſieurs par- ties , qui firentparoiſtre Belif
GALANT.
55 faire , Lepide , Cinna , une Troupe nombreuſe de Soldats
avec leur Armes &leurs Bou
cliers , des Trompetes , &des Enſeignes dont toute laScene fut remplie. Onyvitdu moins cent cinquantePerſonnes tout àla fois. Jugez avec quel ordre ils devoient avoir efté rangez
les uns fur les autres , & avec
combien d'adreſſe il falloit
qu'oneuſt entremêlé les Boucliers, lesArmes,les Enſeignes &les Trompetes pour former le corps de ceprodigieux Ele- phant. Cét Acte finiſſoit par une Danfe de Cavaliers monzez fur de veritables Chevaux.
La premiere Scene du Se- cond ſe paſſoit dans la Court d'un Palais , qui faifoit place à
une Mer. On découvroit la
Plage, & l'armée Navale de
1
38 LE MERCVRE Totila , avec la Ville de Rome en éloignement. Des Soldats en fortoient comme en triomphe , faiſant marcher devant euxdesEſclaves &des Prifonniers , tandis que les autres rempliſſoient les Vaiſſeaux des Dépoüilles &des Tréſors dont ils s'eſtoientenrichis au Sacde
cette fameuſe Ville. Une Tempeſte accompagnée de Ton- nerres & d'Eclairs les pouſſoit contre des Ecüeils , ils s'y bri- foient & s'abifmoient les uns
apres les autres.Il n'y avoit rien de mieux repreſenté que ce Naufrage. D'effroyables cris qu'on entendoit retentir , fai- foient connoiſtre le deſeſpoir deceuxqui ſe perdoient , &on en voyoit une partie qui ſejet- tant à la nage , tâchoit de ga- gnerlebord. La derniere Sce
GALANT. 59 neavoit unBois pourDécora- tion,&elle ſe paſſoit dansune Nuit éclairée d'une Lune qui ſe couvroit peu à peu de nua- ges , & laiſſoit enfin le Ciel
entierement obſcurcy. Une Entréede Soldats attaquez/par
deuxOurs finiſoit l'Acte. BIB
LYON
Le troiſième faiſoit paro tred'abordune Plaine où l'Ar
mée des Romains eftoit campée d'un coſté , & de l'autre ondécouvroit la Ville deRome avec un Pont ſur la Brêche. DesChariots chargezdes Dépoüilles des Ennemis paf- foient fur ce pont , ils eftoient tirez par de veritables Che- vaux ,&Beliſſaire entroit en ſuite par cetteBrêche avecſes Gens montez comme luy fur des Chevaux vivans, La Scene
ſuivante ſe repreſentait dans
60 LE MERCVRE
**
une Salle d'un riche & magnifique Palais. Puis on voyoit unegrande Court qui ſe chan- geoit en un Theatre chargé d'un grand Peuple , qui s'y eſtoit placé pour voir le Tour- noy des Quatre Elemens. Ce Tournoy commençoit par la Quadrille de Junon , qui re- preſentant l'Air , y paroifſoit fur une Nuë. Cibelle comme
Déeſſe de la Terre , y ame- noit dans une Machine force
Cavaliers armez , & diſpoſez à bien ſoûtenir ſes intereſts.
La Région du Feu s'ouvroit en fuite , & on y voyoit Plu- ton qui conduiſoit ſa Troupe dans une autre Machine. Neptune prenoit le parti de l'Eau,
&fa Quadrille fortoit d'une vaſte Mer , dont l'agitation n'eſtoit pas l'objet le moins
GAL ANT. 61
1
agreable aux yeux. Je ne vous dis riendes Jouſtes qui ſe fai- foient avec une adreſſe merveilleuſe , &qui estoient ter- minées par l'arrivée de la Paix,
qui venoit en Machine comme ces autres Divinitez , &
qui mettoit d'accord tous les Combatans ; ce qui n'empé- choit pas que le Spectacle ne finît par un Combat de Vvan- dales contre les Romains , &
par un autredePaſteurs contre des Bêtes farouches.
Avoüez , Madame , que fi le Totila ſe joüoit à Paris, vous ne vous defendriez pas de quitter la Province pourquel- ques jours. Tant de beautez meriteroient bien de vous attirer, &je croy quevous n'au- riez pas moins de curiofité pour l'Astiage , qui a eſté
62 LE MERCVREle ſecond Opéra repreſenté l'Hyver dernier à Veniſe fur le meſme Theatre Grimani.
Le Sujet a eſté pris de celuy que leCavalierAppoloni avoit déja traité avec tant d'applau- diſſement , & les Décorations ont paru admirables. La pre- miere Scene eftoit le Camp d'une Armée entiere , où des
Soldats faifoient l'ouverture
par une Danſe Pyrrique , ac- compagnée d'une ſimphonie merveilleuſe. Cette Danſe
eſtoit interrompuë par l'arri- vée d'une Princeſſe ,ſuivie de
quelques Officiers Generaux
de fon Armée, tous à cheval.
Onvoyoit en ſuite une Salle richement parée, dont unEn- fer horrible prenoit la place.
Caron y paſſoit les Amesdans ſa Barque. L'Ombre de Cirene
GALANT. 63
Jar THERM LYON
ne Femme d'Aſtiage , s'offroit en ſonge à ce Prince, & tout Enfer diſparoiffoit au mo- ment de fon réveil. Une Prifon fuccedoit à ces divers
changemens , qui estoient fui- vis d'une Décoration de
dins délicieux , d'où lesTours de la Priſon ſe découvroient
Le ſecond Acte s'ouvroit par unegrandePlace ornéed'Arcs de Triomphe ; & les autres Scenes offroient une Veuë de
Maiſons, celle d'une Court, &
en ſuite tout ce que le Tem- ple de Diane peut avoir de plus pompeuxdansſa ftructu- re. Un lieu où il ſembloit que la Nature n'avoit rien laiſſe à
-defirer pour les Délices , fai- foit la premiere Décoration du Troiſieme Acte ; aprés la- - quelle onvoyoit un Salon du
i
Tome VI. F
64 LE MERCVRE Palais du Roy', qui ſe chan geoit en une efpece de Porti- que , d'où l'on avoit communi- cation au lieu où les Beſtes
eſtoient enfermées. Le dernier
changement de Theatre fai- foit voir une Salle toute brillante de Criftaux , & ce magnifique Spectacle eſtoit em- belly de deux Entrées outre
celledes Soldats quiouvroit le
premier Acte. Il yen avoitune dePages au Second, &le tout eſtoit terminé par une autre deDemons qui s'enfuyoient à
l'aſpect d'une divinité. Le Seigneur Iean Bonaventure Vi- viani , Maître de Chapelle de l'Empereur à Inſpruk , avoit pris foin de la Muſique. La compoſition en estoit merveil- leuſe , & l'execution en avoit
eſté entrepriſe par les pre
GALANT. 65 miers Muficiens de l'Europe ,
&par les plus excellés Joüeurs d'Inſtrumens de l'un &del'autre Sexe , pour leſquels on avoit fait une dépenſe prodi- gieuſe, car il yavoit telleMu- ſicienne àquil'ondonnoit plus de quatre cens Piſtoles pour ſon Carnaval. C'eſt le moyen de ne manquer pas de belles Voix; & il ne faut pas s'éton- mer apres des liberalitez fi ac- commodantes; fi tant de Per- ſonnes s'apliquentàl'envy à ſe rendre parfaites dans la Muſique.
Nicomede en Bithinie , dedié
àl'Imperatrice Eleonor , a fui- vy ces deux Opéra. Le Do- teur Matheo Giannini en
avoit fait les Vers , & il a paru fur le Theatre Zane de S.Moïſe avec un applaudiſement fi
Fij
66 LE MERCURE
general , que tous ceux qui Pontveurepreſenter,ontavoué quejamais Piece n'avoit cu ny tant d'inventions galantes &
fines , ny tant de choſes capa- bles de plaire &detoucher le.
gouft des plus délicats. Com- melesMachines que ce grand Sujet demandoit n'auroient pu s'executer dans le petit eſpace d'un Theatre ordinaire , on s'eſt contentédes Décorations
&des Changemens de Scenes qu'ony a faites les plus belles &les plus riches qu'ont ait ja- mais veuës. Le premier Acte finiffoit par un Balet de Tail- leurs de pierre. Ils tenoient chacun leur Marteaux & leurs
Ciſeaux,&faifoient leurs mouvemens en cadence autour
d'une Statuë de Nicomede,
qu'ils ſembloient achever en
GALANT. 67 dançant; mais tout celad'une maniere fi bien concertée ,
qu'on ne pouvoit rien voirde plusjufte. Une entrée de Paï- sās&de laboureurs avec leurs
Bêches &leurs Hoyaux finif- foit l'Acte ſuivant; &la fecon-
✓ de Scene du Troifiéme eſtoit
agreablement interrompuëpar uneDanſe de plufieursHéros,
qui fe ſouvenant de leurs anciennes amours , prenoient chacun un bout des cordons
de diverſes couleurs qui pen- doientauxbranches d'unMirteélevé au milieu du Theatre.
Iln'y avoit riende ſi divertif- fant que de les voir ſe mefler &ſe démefler les uns d'avec
les autres , cequ'ils faifoientde diferentes manieres , & toûjours avec une adreſſe qui at- tiroit les acclamations de tout
Fiij
68 LE MERCVRE
le monde. La Muſique de cér Opéra eſtoit du tres-excellent Cavalier Charles Groffi , Maî- tre de Chapelle de la Serenif- fime Republique..C'eſt undes Hõmesdumonde qui poffede le mieux cettte Science. Iln'a.
rien fait qui ne porte les mar- ques d'une haute capacité ,&
ſi elle a paru avec tantd'avan- tage pour luy dans l'Opéra de Nicomede , elle n'a pas eſté moins admirée dans celuyd'Io- cafte Reyne d'Armenie , qu'on adonné encor fur le meſme:
Theatre Zane avec un tresgrandfuccés. LeDocteurMo- niglia qui en avoit fait les Vers,
en a remporté beaucoup de gloire. Je ne vous diray point
toutes les beautez de cette Pie--
ce. Les Décorations ſurpre- noient, les Machines en étoient
1
GALANT. 69
admirables , la Muſique par- faite , & l'execution merveilLeufe..
Jules Cefaren Egypte , afours ny le ſujetdu cinquiémeOpé- ra qui a efté repreſenté ſur le fameux Theatre Vendramino
de S.Sauveur. Les Vers étoient
du Seigneur Buffani, & la Mu- fiquedela compoſitiondu Sei- gneur Antoine Sartorio , Maî- tre deChapelle du Duc Jean- Fredericde Brunſvic &de Lunebourg,Ducd'Hanover.Cér Opéra n'a pas eſté moins ap- plaudi que celuy & Antonin &
de Pompejan, compoſé par les meſmes Autheurs , donné fur le meſme Theatre , &chanté
par les plus excellentes Voix.
LesVers,laMufique,lesDé- corations , les Machines , tout yestoit admirable; & il n'en
70 LE MERCVRE faut point d'autre preuve que le grand concours de monde quis'yeſt toûjours trouvé pour le voir.
Il yen a eu encor deux au- tres fur un des anciens Theatres de Veniſe. Je ne vous en
puisdire ny les Sujets , ny le Nomde ceux qui ont compo- ſe les Vers & la Muſique je vous diray ſeulement que ce grand nombre de Spectacles n'a point empeſché l'Etabliſ- fement d'un Theatre tout nouveau , appellé le Theatre de SaintAnge.
C
On n'y a donné cette an- née qu'un ſeulOpéra, qui fait le neufiéme de ceux dont j'a- vois à vous parler. Il avoſt pourSujet le Raviſſement d'Helene , & eftoit chanté comme tous les autres par de tres.
GALANT. 7
d'Inci
habiles Muſiciens. La beauté
de leurs Voix répondoit par- faitement au profond ſçavoir de l'excellent SeigneurDomi- nique Freſchi, MaîtredeCha- pelle à Vicenze , qui en avoit compoſe la Muſique. Je n'ay point ſceu le Nom de l'Au theur des Vers , & tout c
qu'onm'a pûdire , c'est que la Piece eftoit remplie dens en fort grand nombre,&
fort égalemens beaux &fur- prenans. Il n'y avoit riende fi magnifique que les Décora- tions. On y admiroit ſur tout une Grote, qui faiſoit undes plus agreables ornemens du Palais d'Oenone. Elle estoit
embellie de Fontaines vives.
&de Jets d'eau naturels , & fi vous voulez bien rappeller l'image de toutes les choses.
*72 LE MERCVRE queje viensdevous ébaucher legerement , vous aurez peine à concevoir qu'on ſe refolve àfaire tantde dépenſes &tant d'appreſts pourdes Spectacles qui ne paroiſſentque pendant deux mois , & qu'une ſeule Ville puiſſe fournir afſez de Spectateurs pour ſatisfaire aux fraisdetant de diferentesPerſonnes qu'on yemploye. Aufſi nabandonne-t-on rien auPublic de cette nature qui n'a- proche de la perfection. Il n'y apoint de talent affoupi que F'émulation ne réveille. C'est
àqui emportera le prix ſur les autres. Onne ſe negligepoint,
parce qu'on craint d'être fur- monté &que ſi on laiſſoir
échaper quelque choſe de bas ou de foible , ce qu'on verroit de plus achevé,en feroit trop
د
GALANT. 73 4
alfément appercevoir les de- fauts. Lapeine ſuivroit incon- tinent , & le manque de fuc- cés de ces Ouvrages negligez en feroit perdre toute la dé- penſe. On ne les repreſente jamais qu'en Janvier & Fe- vrier , c'eſt àdire pendant tout le tempsduCarnaval. J'aypris mesmeſures pour en avoirdes nouvelles tous lesAns, afin de
vous en faire part ; & j'eſpere les avoir beaucoupplûtoſt que je ne les ay euës cette année.
Cen'eſt pas ſeulement à Ve- nife que les Opéra ſont en re- gne. Il s'en fait preſque dans toutes les Villes d'Italie , &
les Troubles de Meſſine n'ont
point empeſche qu'on n'y ait donné ce pompeux Divertif- ſement àM le Mareſchal Duc
deVivonne.C'eſt uneglorieuſe
74 LE MERCURE marquede la merveilleuſe pré- voyance du Roy , qui entre- tient ſi bien l'abondance dans
un lieu où regne la Guerre ,
queles Plaiſirs n'en ſont point
bannis.
paſſer le Carnaval à Venife ,
elle y auroit contentement , &
la diverſité des Opéra nou- veauxquis'y reprefentent ,luy
E ij
32 LE MERCURE
fourniroit ſouvent de nouveaux plaifirs. Il yen a eu cet- te année neufdiferens fur cinq Theatres. J'ay appris des par- ticularitez de quelques-uns ,
qui valentbienque je vous les faſſe ſçavoir. Elles ſervirontdu moins à vous donner quelque idée de ces grands Spectacles ,
& à vous rendre preſente en quelque forte à ce que l'éloignement des Lieux ne vous permet point de voir.
Le premier de ces Opéra a
eſté le Totila , de la compofi- tion de Mateo Neris. Ila paru fur le Theatre Grimani de S.
Jean & S. Paul , avec un fuc- cés digne de la beauté de l'Ou- vrage. Chaque Acte avoit di- vers changemens de Scenes.
L'Ouverturedu premierſe fai- foit par une petite Chambre
GALANT. 53 avec un Lit ſur lequel un En- fant dormoit. Clelie paroiſſoit auprés de luy tenant un poi- gnard qu'elle ſembloit prefſte à luy enfoncer dans le ſein. La Chambre diſparoiſſoit tout- à- coup , &le Theatre reprefen- toit unedes Places de Rome,
environnée de Palais d'une
ſtructure admirable.Totila entroit ſuivy de fes Troupes , l'E- pée & le Flambeau à la main ,
Trompetes fonnantes , avec
leurs Enſeignes. Ces Palais s'embraſoient les uns apres les autres. On en voyoit tomber les pieces à meſure quela fla- me s'y attachoit , mais avecun artifice ſi ſuprenant , &qui ap- prochoit tellementde la natu-- re , qu'il n'y avoit perſonne qui ne cruſt qu'ils brûloient veri- tablement.Ledefordre regnoit
E iij
54 LE MERCVRE partout ,&dans cette confu- fion , Marſia Fille de Servius ,
cherchant à ſe ſauver des Soldats qui la pourſuivoient , ſe jettoit parunefeneftre,&tom- boit évanoüie entre les bras de
Totila qui la recevoit. La troi- fiéme Scene avoit pourDéco- ration une Salle de l'Apparte- ment de Clelie ; & celle de la
quatriéme eſtoit une Ruë où l'on voyoit une Tour , & une des Portes de Rome en éloignement. Des Eſclaves con- duiſoient de loin unElephant d'une grandeur démeſurée. Il ſembloit tout couvert d'or ; &
ce qui cauſa autant d'admira- tion que de ſurpriſe , c'eſt que cét Elephant s'eſtant arreſté ,
s'ouvrit au fondes Trompetes,
&ſe ſepara en pluſieurs par- ties , qui firentparoiſtre Belif
GALANT.
55 faire , Lepide , Cinna , une Troupe nombreuſe de Soldats
avec leur Armes &leurs Bou
cliers , des Trompetes , &des Enſeignes dont toute laScene fut remplie. Onyvitdu moins cent cinquantePerſonnes tout àla fois. Jugez avec quel ordre ils devoient avoir efté rangez
les uns fur les autres , & avec
combien d'adreſſe il falloit
qu'oneuſt entremêlé les Boucliers, lesArmes,les Enſeignes &les Trompetes pour former le corps de ceprodigieux Ele- phant. Cét Acte finiſſoit par une Danfe de Cavaliers monzez fur de veritables Chevaux.
La premiere Scene du Se- cond ſe paſſoit dans la Court d'un Palais , qui faifoit place à
une Mer. On découvroit la
Plage, & l'armée Navale de
1
38 LE MERCVRE Totila , avec la Ville de Rome en éloignement. Des Soldats en fortoient comme en triomphe , faiſant marcher devant euxdesEſclaves &des Prifonniers , tandis que les autres rempliſſoient les Vaiſſeaux des Dépoüilles &des Tréſors dont ils s'eſtoientenrichis au Sacde
cette fameuſe Ville. Une Tempeſte accompagnée de Ton- nerres & d'Eclairs les pouſſoit contre des Ecüeils , ils s'y bri- foient & s'abifmoient les uns
apres les autres.Il n'y avoit rien de mieux repreſenté que ce Naufrage. D'effroyables cris qu'on entendoit retentir , fai- foient connoiſtre le deſeſpoir deceuxqui ſe perdoient , &on en voyoit une partie qui ſejet- tant à la nage , tâchoit de ga- gnerlebord. La derniere Sce
GALANT. 59 neavoit unBois pourDécora- tion,&elle ſe paſſoit dansune Nuit éclairée d'une Lune qui ſe couvroit peu à peu de nua- ges , & laiſſoit enfin le Ciel
entierement obſcurcy. Une Entréede Soldats attaquez/par
deuxOurs finiſoit l'Acte. BIB
LYON
Le troiſième faiſoit paro tred'abordune Plaine où l'Ar
mée des Romains eftoit campée d'un coſté , & de l'autre ondécouvroit la Ville deRome avec un Pont ſur la Brêche. DesChariots chargezdes Dépoüilles des Ennemis paf- foient fur ce pont , ils eftoient tirez par de veritables Che- vaux ,&Beliſſaire entroit en ſuite par cetteBrêche avecſes Gens montez comme luy fur des Chevaux vivans, La Scene
ſuivante ſe repreſentait dans
60 LE MERCVRE
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une Salle d'un riche & magnifique Palais. Puis on voyoit unegrande Court qui ſe chan- geoit en un Theatre chargé d'un grand Peuple , qui s'y eſtoit placé pour voir le Tour- noy des Quatre Elemens. Ce Tournoy commençoit par la Quadrille de Junon , qui re- preſentant l'Air , y paroifſoit fur une Nuë. Cibelle comme
Déeſſe de la Terre , y ame- noit dans une Machine force
Cavaliers armez , & diſpoſez à bien ſoûtenir ſes intereſts.
La Région du Feu s'ouvroit en fuite , & on y voyoit Plu- ton qui conduiſoit ſa Troupe dans une autre Machine. Neptune prenoit le parti de l'Eau,
&fa Quadrille fortoit d'une vaſte Mer , dont l'agitation n'eſtoit pas l'objet le moins
GAL ANT. 61
1
agreable aux yeux. Je ne vous dis riendes Jouſtes qui ſe fai- foient avec une adreſſe merveilleuſe , &qui estoient ter- minées par l'arrivée de la Paix,
qui venoit en Machine comme ces autres Divinitez , &
qui mettoit d'accord tous les Combatans ; ce qui n'empé- choit pas que le Spectacle ne finît par un Combat de Vvan- dales contre les Romains , &
par un autredePaſteurs contre des Bêtes farouches.
Avoüez , Madame , que fi le Totila ſe joüoit à Paris, vous ne vous defendriez pas de quitter la Province pourquel- ques jours. Tant de beautez meriteroient bien de vous attirer, &je croy quevous n'au- riez pas moins de curiofité pour l'Astiage , qui a eſté
62 LE MERCVREle ſecond Opéra repreſenté l'Hyver dernier à Veniſe fur le meſme Theatre Grimani.
Le Sujet a eſté pris de celuy que leCavalierAppoloni avoit déja traité avec tant d'applau- diſſement , & les Décorations ont paru admirables. La pre- miere Scene eftoit le Camp d'une Armée entiere , où des
Soldats faifoient l'ouverture
par une Danſe Pyrrique , ac- compagnée d'une ſimphonie merveilleuſe. Cette Danſe
eſtoit interrompuë par l'arri- vée d'une Princeſſe ,ſuivie de
quelques Officiers Generaux
de fon Armée, tous à cheval.
Onvoyoit en ſuite une Salle richement parée, dont unEn- fer horrible prenoit la place.
Caron y paſſoit les Amesdans ſa Barque. L'Ombre de Cirene
GALANT. 63
Jar THERM LYON
ne Femme d'Aſtiage , s'offroit en ſonge à ce Prince, & tout Enfer diſparoiffoit au mo- ment de fon réveil. Une Prifon fuccedoit à ces divers
changemens , qui estoient fui- vis d'une Décoration de
dins délicieux , d'où lesTours de la Priſon ſe découvroient
Le ſecond Acte s'ouvroit par unegrandePlace ornéed'Arcs de Triomphe ; & les autres Scenes offroient une Veuë de
Maiſons, celle d'une Court, &
en ſuite tout ce que le Tem- ple de Diane peut avoir de plus pompeuxdansſa ftructu- re. Un lieu où il ſembloit que la Nature n'avoit rien laiſſe à
-defirer pour les Délices , fai- foit la premiere Décoration du Troiſieme Acte ; aprés la- - quelle onvoyoit un Salon du
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Tome VI. F
64 LE MERCVRE Palais du Roy', qui ſe chan geoit en une efpece de Porti- que , d'où l'on avoit communi- cation au lieu où les Beſtes
eſtoient enfermées. Le dernier
changement de Theatre fai- foit voir une Salle toute brillante de Criftaux , & ce magnifique Spectacle eſtoit em- belly de deux Entrées outre
celledes Soldats quiouvroit le
premier Acte. Il yen avoitune dePages au Second, &le tout eſtoit terminé par une autre deDemons qui s'enfuyoient à
l'aſpect d'une divinité. Le Seigneur Iean Bonaventure Vi- viani , Maître de Chapelle de l'Empereur à Inſpruk , avoit pris foin de la Muſique. La compoſition en estoit merveil- leuſe , & l'execution en avoit
eſté entrepriſe par les pre
GALANT. 65 miers Muficiens de l'Europe ,
&par les plus excellés Joüeurs d'Inſtrumens de l'un &del'autre Sexe , pour leſquels on avoit fait une dépenſe prodi- gieuſe, car il yavoit telleMu- ſicienne àquil'ondonnoit plus de quatre cens Piſtoles pour ſon Carnaval. C'eſt le moyen de ne manquer pas de belles Voix; & il ne faut pas s'éton- mer apres des liberalitez fi ac- commodantes; fi tant de Per- ſonnes s'apliquentàl'envy à ſe rendre parfaites dans la Muſique.
Nicomede en Bithinie , dedié
àl'Imperatrice Eleonor , a fui- vy ces deux Opéra. Le Do- teur Matheo Giannini en
avoit fait les Vers , & il a paru fur le Theatre Zane de S.Moïſe avec un applaudiſement fi
Fij
66 LE MERCURE
general , que tous ceux qui Pontveurepreſenter,ontavoué quejamais Piece n'avoit cu ny tant d'inventions galantes &
fines , ny tant de choſes capa- bles de plaire &detoucher le.
gouft des plus délicats. Com- melesMachines que ce grand Sujet demandoit n'auroient pu s'executer dans le petit eſpace d'un Theatre ordinaire , on s'eſt contentédes Décorations
&des Changemens de Scenes qu'ony a faites les plus belles &les plus riches qu'ont ait ja- mais veuës. Le premier Acte finiffoit par un Balet de Tail- leurs de pierre. Ils tenoient chacun leur Marteaux & leurs
Ciſeaux,&faifoient leurs mouvemens en cadence autour
d'une Statuë de Nicomede,
qu'ils ſembloient achever en
GALANT. 67 dançant; mais tout celad'une maniere fi bien concertée ,
qu'on ne pouvoit rien voirde plusjufte. Une entrée de Paï- sās&de laboureurs avec leurs
Bêches &leurs Hoyaux finif- foit l'Acte ſuivant; &la fecon-
✓ de Scene du Troifiéme eſtoit
agreablement interrompuëpar uneDanſe de plufieursHéros,
qui fe ſouvenant de leurs anciennes amours , prenoient chacun un bout des cordons
de diverſes couleurs qui pen- doientauxbranches d'unMirteélevé au milieu du Theatre.
Iln'y avoit riende ſi divertif- fant que de les voir ſe mefler &ſe démefler les uns d'avec
les autres , cequ'ils faifoientde diferentes manieres , & toûjours avec une adreſſe qui at- tiroit les acclamations de tout
Fiij
68 LE MERCVRE
le monde. La Muſique de cér Opéra eſtoit du tres-excellent Cavalier Charles Groffi , Maî- tre de Chapelle de la Serenif- fime Republique..C'eſt undes Hõmesdumonde qui poffede le mieux cettte Science. Iln'a.
rien fait qui ne porte les mar- ques d'une haute capacité ,&
ſi elle a paru avec tantd'avan- tage pour luy dans l'Opéra de Nicomede , elle n'a pas eſté moins admirée dans celuyd'Io- cafte Reyne d'Armenie , qu'on adonné encor fur le meſme:
Theatre Zane avec un tresgrandfuccés. LeDocteurMo- niglia qui en avoit fait les Vers,
en a remporté beaucoup de gloire. Je ne vous diray point
toutes les beautez de cette Pie--
ce. Les Décorations ſurpre- noient, les Machines en étoient
1
GALANT. 69
admirables , la Muſique par- faite , & l'execution merveilLeufe..
Jules Cefaren Egypte , afours ny le ſujetdu cinquiémeOpé- ra qui a efté repreſenté ſur le fameux Theatre Vendramino
de S.Sauveur. Les Vers étoient
du Seigneur Buffani, & la Mu- fiquedela compoſitiondu Sei- gneur Antoine Sartorio , Maî- tre deChapelle du Duc Jean- Fredericde Brunſvic &de Lunebourg,Ducd'Hanover.Cér Opéra n'a pas eſté moins ap- plaudi que celuy & Antonin &
de Pompejan, compoſé par les meſmes Autheurs , donné fur le meſme Theatre , &chanté
par les plus excellentes Voix.
LesVers,laMufique,lesDé- corations , les Machines , tout yestoit admirable; & il n'en
70 LE MERCVRE faut point d'autre preuve que le grand concours de monde quis'yeſt toûjours trouvé pour le voir.
Il yen a eu encor deux au- tres fur un des anciens Theatres de Veniſe. Je ne vous en
puisdire ny les Sujets , ny le Nomde ceux qui ont compo- ſe les Vers & la Muſique je vous diray ſeulement que ce grand nombre de Spectacles n'a point empeſché l'Etabliſ- fement d'un Theatre tout nouveau , appellé le Theatre de SaintAnge.
C
On n'y a donné cette an- née qu'un ſeulOpéra, qui fait le neufiéme de ceux dont j'a- vois à vous parler. Il avoſt pourSujet le Raviſſement d'Helene , & eftoit chanté comme tous les autres par de tres.
GALANT. 7
d'Inci
habiles Muſiciens. La beauté
de leurs Voix répondoit par- faitement au profond ſçavoir de l'excellent SeigneurDomi- nique Freſchi, MaîtredeCha- pelle à Vicenze , qui en avoit compoſe la Muſique. Je n'ay point ſceu le Nom de l'Au theur des Vers , & tout c
qu'onm'a pûdire , c'est que la Piece eftoit remplie dens en fort grand nombre,&
fort égalemens beaux &fur- prenans. Il n'y avoit riende fi magnifique que les Décora- tions. On y admiroit ſur tout une Grote, qui faiſoit undes plus agreables ornemens du Palais d'Oenone. Elle estoit
embellie de Fontaines vives.
&de Jets d'eau naturels , & fi vous voulez bien rappeller l'image de toutes les choses.
*72 LE MERCVRE queje viensdevous ébaucher legerement , vous aurez peine à concevoir qu'on ſe refolve àfaire tantde dépenſes &tant d'appreſts pourdes Spectacles qui ne paroiſſentque pendant deux mois , & qu'une ſeule Ville puiſſe fournir afſez de Spectateurs pour ſatisfaire aux fraisdetant de diferentesPerſonnes qu'on yemploye. Aufſi nabandonne-t-on rien auPublic de cette nature qui n'a- proche de la perfection. Il n'y apoint de talent affoupi que F'émulation ne réveille. C'est
àqui emportera le prix ſur les autres. Onne ſe negligepoint,
parce qu'on craint d'être fur- monté &que ſi on laiſſoir
échaper quelque choſe de bas ou de foible , ce qu'on verroit de plus achevé,en feroit trop
د
GALANT. 73 4
alfément appercevoir les de- fauts. Lapeine ſuivroit incon- tinent , & le manque de fuc- cés de ces Ouvrages negligez en feroit perdre toute la dé- penſe. On ne les repreſente jamais qu'en Janvier & Fe- vrier , c'eſt àdire pendant tout le tempsduCarnaval. J'aypris mesmeſures pour en avoirdes nouvelles tous lesAns, afin de
vous en faire part ; & j'eſpere les avoir beaucoupplûtoſt que je ne les ay euës cette année.
Cen'eſt pas ſeulement à Ve- nife que les Opéra ſont en re- gne. Il s'en fait preſque dans toutes les Villes d'Italie , &
les Troubles de Meſſine n'ont
point empeſche qu'on n'y ait donné ce pompeux Divertif- ſement àM le Mareſchal Duc
deVivonne.C'eſt uneglorieuſe
74 LE MERCURE marquede la merveilleuſe pré- voyance du Roy , qui entre- tient ſi bien l'abondance dans
un lieu où regne la Guerre ,
queles Plaiſirs n'en ſont point
bannis.
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Résumé : Sujets de neuf Opéra qui ont tous esté representez à Venise depuis le mois de Ianvier de la presente année, avec les Noms de ceux qui ont composé les Pieces & la Musique : la Description des Changemens de Theatre, & de toutes les Machines. [titre d'après la table]
Le texte met en lumière les opéras représentés à Venise pendant le Carnaval, recommandant de s'y rendre chaque année pour apprécier la diversité des spectacles. Neuf opéras différents ont été joués dans cinq théâtres. Parmi eux, 'Totila' de Mateo Neris, représenté au théâtre Grimani de Saint-Jean et Saint-Paul, se distingue par ses changements de scènes impressionnants et ses décors sophistiqués, tels qu'une chambre avec un enfant dormant, des places de Rome en flammes, et un éléphant se transformant en soldats. D'autres opéras mentionnés incluent 'Astiage', 'Nicomède en Bithynie', 'Ioaspe Reine d'Arménie', 'Jules César en Égypte', et 'Le Ravissement d'Hélène'. Chaque opéra est loué pour ses décors, machines, musique et exécution. Le texte souligne également l'émulation et la perfection recherchée dans ces spectacles, qui attirent un grand nombre de spectateurs malgré les coûts élevés. Les artistes craignent de négliger certains aspects de leur travail par peur des critiques, ce qui peut entraîner des défauts immédiatement perçus et la perte des efforts investis. Les opéras sont généralement représentés en janvier et février. L'auteur mentionne avoir pris des mesures pour obtenir des nouvelles des opéras chaque année afin de les partager. Les opéras ne sont pas seulement populaires à Venise, mais aussi dans toutes les villes d'Italie. Même à Messine, malgré les troubles, un opéra a été donné en l'honneur du Maréchal Duc de Vivonne, démontrant la prévoyance du roi qui maintient l'abondance et les plaisirs même en temps de guerre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 102-131
Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Début :
Ils estoient encore à Berny, lors qu'ils furent priez [...]
Mots clefs :
Tragédie, Femmes, Berny, Ambassadeurs, Roi, Collège Louis le Grand, Hercule, Ballet, Siam, Ambassadeur, Père de La Chaise, Enfants, Plaisir, Esprit, Princesses, Cheval, Portrait, Clovis, Hôtel des ambassadeurs, Abbé de Dangeau
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texteReconnaissance textuelle : Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Ils estoient encore à
Berny , lors qu'ils furent
priez par le Pere de la
de Siam.
103
ב
Ce
e Chaife , de venir à la Traitgedie
du College de Loüis:
le Grand , intitulée Clovis ..
Ils luy répondirent , qu'ils
nc croyoient pas qu'ils duf-
Sent voir perſonne , ny aller
en quelque Maiſon que ce
fust avant que d'avoir rendu
leurs respects au Roy ;
U
t
1
é
e
mais que puis qu'une Pere
Sonne auß ſage, les affuroit
que celaſe pouvoit , ilsy affifteroient
avec plaisir , ne
doutant point qu' allant au
[
College ,ils ne fiffent une
L iiij
104 Voyage des Amb.
choſe agreable aux deux
grands Roys. Le jour que
la Tragedie ſe devoit repreſenter
, ils partirent de
Berny des fix heures du
matin dans des Caroffes
dont les rideaux estoient
tirez , & vinrent incognita
ſe repoſer a l'Hoſtel des
Ambaſſadeurs , qui estoit
tout meublé pour les recevoir
le jour de leur Entrée.
L'heure de la Tragedie
approchant , les Jefuites
du Collegeleur ende
Siam. 105
α
e
0
S
voyerent quatreCaroffes,
avec les livrées de quelques
Princes Etrangers
qui y font en Penfion ,
parmy leſquels eftoient
celles du Fils naturel du
( Roy d'Angleterre, des Enfans
de M le Grand Ge-
S
-
neral de Pologne , & du
Fils de Mele grand General
de Lithuanie. Eſtant
arrivez au lieu qui leur
. eſtoit deſtiné , ils furent
furpris de la grandeur &
de la beauté du Theatre
106 Voyage des Amb.
où l'Action ſe devoit repreſenter
,& ils ne furent
pas moins étonnez de la
grande multitude de perſonnes
de la premiere
qualité , & d'une infinité
de peuple qui s'y trouva ,
fans qu'il y euſt la moindre
confufion. Ils admirerent
l'air dégagé des
Acteurs , & la beautédes
Danfes , & ils prirent un
tres - grand plaifir à voir
danfer les Enfans de Male
Duc de Villeroy , & de
de Siam. 107
.
1
2
-
Mts de Coëtquin, de Sourches
,& de la Mareliere ,
auffi- bien que M'le Chevalier
d'Avaux , tous Penfionnaires
, & qui charmerent
toute l'Affemblée .
Il eft neceffaire que je
yous faſſe icy un court
détail du Balet , afin de
vous faire mieux comprendre
ce qu'ils dirent de
ceDivertiſſement.
Ce Balet avoit quatre
- Parties , & chaque Partie
cinq Entrées .
108 VoyagedesAmb.
On voyoit dans la premiere
partie ce qu'Hercule
a fait pour ſa propre
gloire.
Dans la feconde
و
ce
qu'il a fait pour le bonheur
& pour l'utilité de
fes Peuples .
Dans la troifiéme , ce
qu'il a entrepris pour la
confervation defes Amis ,
&de fes Alliez .
Dans la quatriéme , ce
qu'ila execuré pour l'honneur
des Dieux.
de Siam. 109
t
Le Temps faifoit l'ouverture
du Balet . Il eſtoit
accompagné des Siecles.
Ce Dieu , aprés avoir attendu
pendant pluſieurs
années un Heros que le
Ciel luy avoit promis ,&
qui devoit effacer la gloire
de tous ceux qui a-
1 voient parujuſques alors,
› apprenoit enfin de Mercure,
qu'Hercule eſtoit ce
Heros qui devoit étonner
toute la terre par le nombre
, & par la grandeur
110 Voyage des Amb.
de fes belles actions .
Les travaux d'Hercule
eſtant rapportez à ceux
du Roy dans ce Balet , on
y voyoit ce Monarque
terraffer la Flandre , appaiſer
les Troubles au dedans
, & au dehors de fon
Royaume , dompter la
Triple Alliance , paffer le
Rhin , entrer en Hollande
, défendre les Duels ,
donner la Paix , rendre le
Commerce floriffant ,joindre
les Mers , donner du
de Siam. II
7
fecours à Candie , à la
Hongrie , auffi-bien qu'à
la Suede , foudroyer Alger
& Tripoli , delivrer
les Captifs', proteger fes
↑ Alliez , affoiblir l'Impieté,
foûtenir la vrayeReligion,
□ & détruire l'Herefie.
Il y a longtemps qu'on
| n'a fait de Balet dont le
deſſein ait efte fi beau , &
s qui ait mieux remply l'efprit.
Lors qu'on en explii
quoit les differentes Entrées
aux Ambaſſadeurs ,
112 Voyage des Amb.
ils prévenoient , ſansavoir
fçeu l'Allegorie que l'on avoit
voulu faire, tous ceux
qui leur parloient d'Hercule
, & difoient Que cet
Hercule devoit representer
leRoy , puis qu'il triomphoit
de tous ſes Ennemis , S
portoit la victoire par tout
où il paſſoit . Ils loüerent
fort la Collation qu'on
leur preſenta , & la trouverent
d'une beauté furprenante
, & d'une magnificence
extraordinaire .
de Siam. 113
Pluſieurs perſonnes de la
premiere qualité , comme
Princes , Ducs , Ambaffa-.
- deurs , & autres , les vinrent
voir pendant cette
Tragedie. Illes reçeurent
fort obligeamment ,
répondirent à chacun fe-
&
lon fon Employ , fon rang,
&fa qualité .
| M l'Abbé de Dangeau:
qui connoiſſoit parfaitement
leur merite ,&leur
eſprit , parce qu'il eſt in
time Amy de M'l'Abbé de
K
114 Voyage des Amb.
Choify , & que cet Abbé
luy a meſme adreffé une
fort belle Relation de fon
Voyage de Siam , qui n'a
point eſté imprimée, plein
de la réputation de ces
Ambaſſadeurs , & d'eftime
pour leurs belles qualitez
, les alla voir à Berny
, où ils le retinrent à
fouper . Ils ſe dirent beaucoup
de choſes ſpirituelles
; & enfin M² l'Abbé de
Dangoau dit au premier
Ambaſſadeur , Que dans
de Siam. 115
le defir qu'il avoit de converſer
avecun homme d'efprit
comme luy , il alloit
apprendre la Langue Siamoiſe
L'Ambaſſadeur luy
répondit , Que bien que ce
fuft une Langue a fée , il
luy épargneroit la moitiéde
la peine , en tachant luy
mesme d'aprendre le François
. Comme les Sçavans
font curieux , & que nous
en avons peu qui s'atta
chent plus à apprendre
que M' l'Abbé de Dan
Kij
116 Voyage des Amb.
geau , il luy fit beaucoup
de queſtions , & fut fort
content de ſes réponfes
. Tous ceux qui ont eſt é
voir ces Ambaſſadeurs , &
qui estoient d'un rang à
les entretenir, en font revenus
tout remplisde leur
efprit, & l'on a vû juſques
à vingt Compagnies en
un meſmejour ſortiravec
une entiere fatisfaction
de leurs reparties, toutes
fpirituelles ,& toutes differentes.
Leur civilité n'a
deSiam.
117
pas moins brillé que leur
- eſprit , & dés qu'ils ont
- connu parmy ceux qui les
font venus voir, quelques
perſonnes qui meritoient
d'être diftinguées,ils n'ont
- pas manqué à redoubler
leurs honneſterez . Medu
5 Mets , Garde du Trefor
Royal, eſtant alle un jour
leur rendre viſite , ils le
prierent de diſner fi-toft
qu'ils ſçeurent quiil eſtoit;
-& comme il répondit qu'il
ne pouvoit avoir cet hon118
Voyage des Amb.
neur , parce que des affaires
preffées l'obligeoient
de s'en retourner , ils dirent
que s'il vouloit leur
faire cette grace, ils prieroient
qu'on avançaſt le
difner , ce qu'ils firent ,
Mª du Mers n'ayant pů
A
refifter à une civilité fi engageante
.
Quelques Dames étant
alléesles voir à Berny , ils
ſe ſouvinrent en les enrendant
nommer qu'ils
avoient vú dancer leurs
de Siam. 119
Enfans dans la Tragedie
des Jefuites . Ils demanderent
à les voir , on répondit
qu'on les leur meneroit
dés que le Roy leur
auroit donné Audience ,
& l'on ajoûta que s'ils
vouloient , on les envoyeroitjuſques
à Siam; à quoy
ils répondirent , qu'ils y
Seroient bien receus 2
gnitez . Un autre jour apourvûs
des plus hautes di--
]
vant qu'ils partiffent de
Berny, l'Affemblée ſe trou
120 Voyage des Amb.
va tres - nombreuſe , & il
y avoit un cercle de fort
belles Dames , ce qui fut
cauſe qu'on leur fit diverfes
queſtions pendant cetteApreſdinée
là. Ily en eut
qui leur demanderent.
pourquoy ils n'avoient
pas amené leurs Femmes
avec eux , & ils demanderent
à leur tour , s'il y en
avoit parmy elles qui vouluffent
faire ce voyage en
cas que leurs Marisfe trouvaffent
obligez d'aller à
Siam
de Siam. 121
Siam. Les plus jeunes &
les plus belles de la Compagnie
leur demanderent
s'ils vouloient bien les
prendre pour Femmes, ce
qu'ellescroyoient qui leur
ſeroit permis , puis qu'ils
pouvoient en avoir pluſieurs.
Ils repartirent, Que
nonseulement ils le vouloient
bien , mais qu'ils les
traiteroient avec la diftin-
Etion qu'elles meritoient,
Leur donneroient les plus
beaux Appartemens .
L
122 Voyage des Amb.
Comme on voulut les
railler ſur ce qu'ils avoient
juſqu'à vingt-deux Femmes
, le premier Ambaf.
fadeur dit, Qu'on ne devoit
point s'en étonner , que c'étoit
l'usage du Pays , &que
dans les lieux où les modes
s'établiſſfoient , on s'y accoûtumoit
infeniblement , de
maniere qu'avec le temps ,
elles ne paroiſſfoient plus étranges
,&que par exemple
s'il arrivoit que ce fuft un
jour l'usage queles Femmes
de Siam. 123
-
de France euffent vingtdeux
Maris, il croyoit qu'il
ne leur faudroit pas beaucoup
de temps pour s'accoûtumer
à cette mode , &
- qu'elles seroient ſurpriſes
qu'on y trouvaſt un jour à
redire , de mesme qu'elles
trouvoient aujourd'huy étrange
qu'ily euft des hommes
à Siam qui euffent un
fi grand nombre de Femmes.
Ainfi ils raillerent galamment
, & avec eſprit,
celles qui avoient cru les
Lij
1.24 Voyage des Amb.
embarraffer , ce qu'ils ont
fait pluſieurs fois .
Ils reçeurent un jour
une viſite d'une Compagnie
auffi brillante qu'illuſtre.
Il y avoit M² &
Madame la Princeſſe d'IG
finguen, Madame la Princeffe
de Bournonville , &
Madame la Marquiſe de
Lavardin . Les deux Princeſſes
eſtoient à cheval ,
en Jufte- au- corps & en
Peruques,& veſtuës enfin
comme les Dames l'efde
Siam. 125
-
-
toient dans les Repetitions
du Carroufel , &
comme elles font ordinairement
lors qu'elles
vont à la Chaffe avec le
- Roy. Elles ſe mirent en
cercle,&la converſation
fut auffi galante quefpirituelle.
Les Ambaſfadeurs
furent furpris de leur voir
- des habits fi differens de
ceux des autres Femmes ,
& en demanderent la rai .
fon . On les eclaircit làdeſſus
,& ils loüerent l'a
Liij
126 Voyage des Amb.
dreffe des Dames qui ſças
voient fi bien monter à
cheval ,& comme on s'aperçeut
qu'ils auroient
bien ſouhaité voir de ces
galantes Cavalcades , les
deux Princeſſes , & Mile
Prince d'Iffinguen s'offrirent
à leur donner ce
plaifir; ce qu'ils accepterent
, mais en faiſant paroiſtre
leur refpect , &
en marquant qu'ils n'auroient
ofé le demander.
Les Dames defcendirent
ॐ
127 de Siam.
S
en meſme temps , & les
Ambaſſadeurs ſe mirent
-fur les Balcons qui regardent
la court. M'le Prince
d'Iffinguen , les deux
Princeſſes , & quelques
Gentilshommes de leur
- fuite,monterent auffi- toft
e à cheval , & aprés avoir
- fait quelques tours dans
- la court , on ouvrit le Jardin
, afin que cette galan--
te Troupe euſt plus d'étendue
pour faire voir
fon adreſſe ; les Ambaſſa-
L. iiij
128 Voyage des Amb.
dcurs pafferent de l'autre
cofté, & s'allerent mettre
aux feneftres quidonnent
fur le Jardin . Ils curent
pendant un quart d'heure
le plaifir de voir l'adreſſe
avec laquelle cesilluftres
Perſonnes ſçavoient manier
leurs chevaux. Aprés
cette Cavalcade ils monterent
tous pour prendre
congé des Ambaſfadeurs.
Le Soupé eſtoit preft , &
les Ambaſſadeurs les prefferent
de fi bonne grace
de Siam. 129
:
de leur faire l'honneur de
demeurer à fouper , qu'il
Ieur fut impoffible de s'en
défendre . Ils cederent
e leurs Fautcüils aux Princoffes
, les fervirent pendant
tout le Soupé , &
- burent à leur ſanté. On
but auffi à celle du principal
Ambaſſadeur , &
e de fes vingt- deux Femmes
. On parla du nombre
, & l'on dit agréable-
- ment que c'eſtoit beaue
coup. Il répondit qu'elles
130 Voyage des Amb.
estoient fatisfaites de luy,
& dit en s'adreffant à un
homme qui estoit à table,
Ie pourrois bien, Monfieur,
vous apprendre le Secret
d'en avoir autant . maisje
craindrois que cela ne plût
pas à Madame vostre
Femme.
Les Diamans qu'environnoient
un Portrait
une qu'avoit au bras
Dame qui estoit de ceSoupé
, ayant obligé à le regarder
, on luy demanda
de Siam. 131
de qui estoit ce Portrait.
Elle répondit que c'eſtoit
| celuy de fa Mere,&l'Ambaſſadeur
dit qu'elle devoit
mettre le Portrait
de fon Mary à l'autre
bras . Je paſse par deſsus
beaucoup de reparties ſpirituelles
qu'ils ont faites
à d'autres perſonnes.
de qualité qui ont eſté les
voir à Berny , parce que
cela me meneroit trop
- loin , & que j'ay beaucoup
de chofes curieuſes
à vous dire .
Berny , lors qu'ils furent
priez par le Pere de la
de Siam.
103
ב
Ce
e Chaife , de venir à la Traitgedie
du College de Loüis:
le Grand , intitulée Clovis ..
Ils luy répondirent , qu'ils
nc croyoient pas qu'ils duf-
Sent voir perſonne , ny aller
en quelque Maiſon que ce
fust avant que d'avoir rendu
leurs respects au Roy ;
U
t
1
é
e
mais que puis qu'une Pere
Sonne auß ſage, les affuroit
que celaſe pouvoit , ilsy affifteroient
avec plaisir , ne
doutant point qu' allant au
[
College ,ils ne fiffent une
L iiij
104 Voyage des Amb.
choſe agreable aux deux
grands Roys. Le jour que
la Tragedie ſe devoit repreſenter
, ils partirent de
Berny des fix heures du
matin dans des Caroffes
dont les rideaux estoient
tirez , & vinrent incognita
ſe repoſer a l'Hoſtel des
Ambaſſadeurs , qui estoit
tout meublé pour les recevoir
le jour de leur Entrée.
L'heure de la Tragedie
approchant , les Jefuites
du Collegeleur ende
Siam. 105
α
e
0
S
voyerent quatreCaroffes,
avec les livrées de quelques
Princes Etrangers
qui y font en Penfion ,
parmy leſquels eftoient
celles du Fils naturel du
( Roy d'Angleterre, des Enfans
de M le Grand Ge-
S
-
neral de Pologne , & du
Fils de Mele grand General
de Lithuanie. Eſtant
arrivez au lieu qui leur
. eſtoit deſtiné , ils furent
furpris de la grandeur &
de la beauté du Theatre
106 Voyage des Amb.
où l'Action ſe devoit repreſenter
,& ils ne furent
pas moins étonnez de la
grande multitude de perſonnes
de la premiere
qualité , & d'une infinité
de peuple qui s'y trouva ,
fans qu'il y euſt la moindre
confufion. Ils admirerent
l'air dégagé des
Acteurs , & la beautédes
Danfes , & ils prirent un
tres - grand plaifir à voir
danfer les Enfans de Male
Duc de Villeroy , & de
de Siam. 107
.
1
2
-
Mts de Coëtquin, de Sourches
,& de la Mareliere ,
auffi- bien que M'le Chevalier
d'Avaux , tous Penfionnaires
, & qui charmerent
toute l'Affemblée .
Il eft neceffaire que je
yous faſſe icy un court
détail du Balet , afin de
vous faire mieux comprendre
ce qu'ils dirent de
ceDivertiſſement.
Ce Balet avoit quatre
- Parties , & chaque Partie
cinq Entrées .
108 VoyagedesAmb.
On voyoit dans la premiere
partie ce qu'Hercule
a fait pour ſa propre
gloire.
Dans la feconde
و
ce
qu'il a fait pour le bonheur
& pour l'utilité de
fes Peuples .
Dans la troifiéme , ce
qu'il a entrepris pour la
confervation defes Amis ,
&de fes Alliez .
Dans la quatriéme , ce
qu'ila execuré pour l'honneur
des Dieux.
de Siam. 109
t
Le Temps faifoit l'ouverture
du Balet . Il eſtoit
accompagné des Siecles.
Ce Dieu , aprés avoir attendu
pendant pluſieurs
années un Heros que le
Ciel luy avoit promis ,&
qui devoit effacer la gloire
de tous ceux qui a-
1 voient parujuſques alors,
› apprenoit enfin de Mercure,
qu'Hercule eſtoit ce
Heros qui devoit étonner
toute la terre par le nombre
, & par la grandeur
110 Voyage des Amb.
de fes belles actions .
Les travaux d'Hercule
eſtant rapportez à ceux
du Roy dans ce Balet , on
y voyoit ce Monarque
terraffer la Flandre , appaiſer
les Troubles au dedans
, & au dehors de fon
Royaume , dompter la
Triple Alliance , paffer le
Rhin , entrer en Hollande
, défendre les Duels ,
donner la Paix , rendre le
Commerce floriffant ,joindre
les Mers , donner du
de Siam. II
7
fecours à Candie , à la
Hongrie , auffi-bien qu'à
la Suede , foudroyer Alger
& Tripoli , delivrer
les Captifs', proteger fes
↑ Alliez , affoiblir l'Impieté,
foûtenir la vrayeReligion,
□ & détruire l'Herefie.
Il y a longtemps qu'on
| n'a fait de Balet dont le
deſſein ait efte fi beau , &
s qui ait mieux remply l'efprit.
Lors qu'on en explii
quoit les differentes Entrées
aux Ambaſſadeurs ,
112 Voyage des Amb.
ils prévenoient , ſansavoir
fçeu l'Allegorie que l'on avoit
voulu faire, tous ceux
qui leur parloient d'Hercule
, & difoient Que cet
Hercule devoit representer
leRoy , puis qu'il triomphoit
de tous ſes Ennemis , S
portoit la victoire par tout
où il paſſoit . Ils loüerent
fort la Collation qu'on
leur preſenta , & la trouverent
d'une beauté furprenante
, & d'une magnificence
extraordinaire .
de Siam. 113
Pluſieurs perſonnes de la
premiere qualité , comme
Princes , Ducs , Ambaffa-.
- deurs , & autres , les vinrent
voir pendant cette
Tragedie. Illes reçeurent
fort obligeamment ,
répondirent à chacun fe-
&
lon fon Employ , fon rang,
&fa qualité .
| M l'Abbé de Dangeau:
qui connoiſſoit parfaitement
leur merite ,&leur
eſprit , parce qu'il eſt in
time Amy de M'l'Abbé de
K
114 Voyage des Amb.
Choify , & que cet Abbé
luy a meſme adreffé une
fort belle Relation de fon
Voyage de Siam , qui n'a
point eſté imprimée, plein
de la réputation de ces
Ambaſſadeurs , & d'eftime
pour leurs belles qualitez
, les alla voir à Berny
, où ils le retinrent à
fouper . Ils ſe dirent beaucoup
de choſes ſpirituelles
; & enfin M² l'Abbé de
Dangoau dit au premier
Ambaſſadeur , Que dans
de Siam. 115
le defir qu'il avoit de converſer
avecun homme d'efprit
comme luy , il alloit
apprendre la Langue Siamoiſe
L'Ambaſſadeur luy
répondit , Que bien que ce
fuft une Langue a fée , il
luy épargneroit la moitiéde
la peine , en tachant luy
mesme d'aprendre le François
. Comme les Sçavans
font curieux , & que nous
en avons peu qui s'atta
chent plus à apprendre
que M' l'Abbé de Dan
Kij
116 Voyage des Amb.
geau , il luy fit beaucoup
de queſtions , & fut fort
content de ſes réponfes
. Tous ceux qui ont eſt é
voir ces Ambaſſadeurs , &
qui estoient d'un rang à
les entretenir, en font revenus
tout remplisde leur
efprit, & l'on a vû juſques
à vingt Compagnies en
un meſmejour ſortiravec
une entiere fatisfaction
de leurs reparties, toutes
fpirituelles ,& toutes differentes.
Leur civilité n'a
deSiam.
117
pas moins brillé que leur
- eſprit , & dés qu'ils ont
- connu parmy ceux qui les
font venus voir, quelques
perſonnes qui meritoient
d'être diftinguées,ils n'ont
- pas manqué à redoubler
leurs honneſterez . Medu
5 Mets , Garde du Trefor
Royal, eſtant alle un jour
leur rendre viſite , ils le
prierent de diſner fi-toft
qu'ils ſçeurent quiil eſtoit;
-& comme il répondit qu'il
ne pouvoit avoir cet hon118
Voyage des Amb.
neur , parce que des affaires
preffées l'obligeoient
de s'en retourner , ils dirent
que s'il vouloit leur
faire cette grace, ils prieroient
qu'on avançaſt le
difner , ce qu'ils firent ,
Mª du Mers n'ayant pů
A
refifter à une civilité fi engageante
.
Quelques Dames étant
alléesles voir à Berny , ils
ſe ſouvinrent en les enrendant
nommer qu'ils
avoient vú dancer leurs
de Siam. 119
Enfans dans la Tragedie
des Jefuites . Ils demanderent
à les voir , on répondit
qu'on les leur meneroit
dés que le Roy leur
auroit donné Audience ,
& l'on ajoûta que s'ils
vouloient , on les envoyeroitjuſques
à Siam; à quoy
ils répondirent , qu'ils y
Seroient bien receus 2
gnitez . Un autre jour apourvûs
des plus hautes di--
]
vant qu'ils partiffent de
Berny, l'Affemblée ſe trou
120 Voyage des Amb.
va tres - nombreuſe , & il
y avoit un cercle de fort
belles Dames , ce qui fut
cauſe qu'on leur fit diverfes
queſtions pendant cetteApreſdinée
là. Ily en eut
qui leur demanderent.
pourquoy ils n'avoient
pas amené leurs Femmes
avec eux , & ils demanderent
à leur tour , s'il y en
avoit parmy elles qui vouluffent
faire ce voyage en
cas que leurs Marisfe trouvaffent
obligez d'aller à
Siam
de Siam. 121
Siam. Les plus jeunes &
les plus belles de la Compagnie
leur demanderent
s'ils vouloient bien les
prendre pour Femmes, ce
qu'ellescroyoient qui leur
ſeroit permis , puis qu'ils
pouvoient en avoir pluſieurs.
Ils repartirent, Que
nonseulement ils le vouloient
bien , mais qu'ils les
traiteroient avec la diftin-
Etion qu'elles meritoient,
Leur donneroient les plus
beaux Appartemens .
L
122 Voyage des Amb.
Comme on voulut les
railler ſur ce qu'ils avoient
juſqu'à vingt-deux Femmes
, le premier Ambaf.
fadeur dit, Qu'on ne devoit
point s'en étonner , que c'étoit
l'usage du Pays , &que
dans les lieux où les modes
s'établiſſfoient , on s'y accoûtumoit
infeniblement , de
maniere qu'avec le temps ,
elles ne paroiſſfoient plus étranges
,&que par exemple
s'il arrivoit que ce fuft un
jour l'usage queles Femmes
de Siam. 123
-
de France euffent vingtdeux
Maris, il croyoit qu'il
ne leur faudroit pas beaucoup
de temps pour s'accoûtumer
à cette mode , &
- qu'elles seroient ſurpriſes
qu'on y trouvaſt un jour à
redire , de mesme qu'elles
trouvoient aujourd'huy étrange
qu'ily euft des hommes
à Siam qui euffent un
fi grand nombre de Femmes.
Ainfi ils raillerent galamment
, & avec eſprit,
celles qui avoient cru les
Lij
1.24 Voyage des Amb.
embarraffer , ce qu'ils ont
fait pluſieurs fois .
Ils reçeurent un jour
une viſite d'une Compagnie
auffi brillante qu'illuſtre.
Il y avoit M² &
Madame la Princeſſe d'IG
finguen, Madame la Princeffe
de Bournonville , &
Madame la Marquiſe de
Lavardin . Les deux Princeſſes
eſtoient à cheval ,
en Jufte- au- corps & en
Peruques,& veſtuës enfin
comme les Dames l'efde
Siam. 125
-
-
toient dans les Repetitions
du Carroufel , &
comme elles font ordinairement
lors qu'elles
vont à la Chaffe avec le
- Roy. Elles ſe mirent en
cercle,&la converſation
fut auffi galante quefpirituelle.
Les Ambaſfadeurs
furent furpris de leur voir
- des habits fi differens de
ceux des autres Femmes ,
& en demanderent la rai .
fon . On les eclaircit làdeſſus
,& ils loüerent l'a
Liij
126 Voyage des Amb.
dreffe des Dames qui ſças
voient fi bien monter à
cheval ,& comme on s'aperçeut
qu'ils auroient
bien ſouhaité voir de ces
galantes Cavalcades , les
deux Princeſſes , & Mile
Prince d'Iffinguen s'offrirent
à leur donner ce
plaifir; ce qu'ils accepterent
, mais en faiſant paroiſtre
leur refpect , &
en marquant qu'ils n'auroient
ofé le demander.
Les Dames defcendirent
ॐ
127 de Siam.
S
en meſme temps , & les
Ambaſſadeurs ſe mirent
-fur les Balcons qui regardent
la court. M'le Prince
d'Iffinguen , les deux
Princeſſes , & quelques
Gentilshommes de leur
- fuite,monterent auffi- toft
e à cheval , & aprés avoir
- fait quelques tours dans
- la court , on ouvrit le Jardin
, afin que cette galan--
te Troupe euſt plus d'étendue
pour faire voir
fon adreſſe ; les Ambaſſa-
L. iiij
128 Voyage des Amb.
dcurs pafferent de l'autre
cofté, & s'allerent mettre
aux feneftres quidonnent
fur le Jardin . Ils curent
pendant un quart d'heure
le plaifir de voir l'adreſſe
avec laquelle cesilluftres
Perſonnes ſçavoient manier
leurs chevaux. Aprés
cette Cavalcade ils monterent
tous pour prendre
congé des Ambaſfadeurs.
Le Soupé eſtoit preft , &
les Ambaſſadeurs les prefferent
de fi bonne grace
de Siam. 129
:
de leur faire l'honneur de
demeurer à fouper , qu'il
Ieur fut impoffible de s'en
défendre . Ils cederent
e leurs Fautcüils aux Princoffes
, les fervirent pendant
tout le Soupé , &
- burent à leur ſanté. On
but auffi à celle du principal
Ambaſſadeur , &
e de fes vingt- deux Femmes
. On parla du nombre
, & l'on dit agréable-
- ment que c'eſtoit beaue
coup. Il répondit qu'elles
130 Voyage des Amb.
estoient fatisfaites de luy,
& dit en s'adreffant à un
homme qui estoit à table,
Ie pourrois bien, Monfieur,
vous apprendre le Secret
d'en avoir autant . maisje
craindrois que cela ne plût
pas à Madame vostre
Femme.
Les Diamans qu'environnoient
un Portrait
une qu'avoit au bras
Dame qui estoit de ceSoupé
, ayant obligé à le regarder
, on luy demanda
de Siam. 131
de qui estoit ce Portrait.
Elle répondit que c'eſtoit
| celuy de fa Mere,&l'Ambaſſadeur
dit qu'elle devoit
mettre le Portrait
de fon Mary à l'autre
bras . Je paſse par deſsus
beaucoup de reparties ſpirituelles
qu'ils ont faites
à d'autres perſonnes.
de qualité qui ont eſté les
voir à Berny , parce que
cela me meneroit trop
- loin , & que j'ay beaucoup
de chofes curieuſes
à vous dire .
Fermer
Résumé : Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, alors à Berny, reçurent une invitation du Père de la Chaise pour assister à une tragédie intitulée 'Clovis' au Collège de Louis-le-Grand. Ils déclinèrent initialement, souhaitant d'abord rendre leurs respects au roi, mais acceptèrent finalement en raison de la sagesse du Père. Le jour de la tragédie, ils se rendirent incognito à l'Hôtel des Ambassadeurs pour se reposer. Ils furent impressionnés par la grandeur du théâtre et la multitude de personnes présentes. La tragédie comprenait un ballet en quatre parties, représentant les exploits d'Hercule et les actions du roi de France. Les ambassadeurs apprécièrent particulièrement les danses des enfants pensionnaires, dont ceux du Duc de Villeroy et du Chevalier d'Avaux. Après la représentation, ils reçurent diverses visites, notamment celle de l'Abbé de Dangeau, qui exprima son désir d'apprendre la langue siamoise. Les ambassadeurs montrèrent une grande civilité et esprit, répondant avec finesse aux questions et railleries des visiteurs. Ils assistèrent également à une cavalcade de princesses et dames françaises, qu'ils complimentèrent sur leur adresse à cheval. Lors d'un souper, ils burent à la santé des princesses et répondirent avec humour aux questions sur leurs vingt-deux femmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 33-56
DIVERTISSEMENT donné depuis peu à une noce d'un Officier general. Les paroles sont de M. P... & mises en musique par M. de la E.....
Début :
SCENE 1. BELONNE, suivie des Guerrier, & L'HYMEN accompagné [...]
Mots clefs :
Spectacles et divertissements, Noces, Musique, Belonne, Hymen, Amour, Fureur, Plaisir, Douceur, Destin, Didascalie, Soleil, Heures, Ballet, Étourdis, Choeur
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texteReconnaissance textuelle : DIVERTISSEMENT donné depuis peu à une noce d'un Officier general. Les paroles sont de M. P... & mises en musique par M. de la E.....
DIVERTISSEMENT
donné depuis peu à une node
d'un Officier general.
Les paroles font de M. P...
mifes en mufique par M.
de la E.......
SCENE L
BELONNE , fuivie des:
Guerriers & L'HYMEN
acccompagné des Amours:
O
BELONNE..
Ui rend l'Hymenfi
teméraire ?
H vient mêler aux cris de
341 MERCURE
guerre & de fureur
De fes chants amoureux:
l'importune langueur.
Ne craint-il point de me
déplaire ?
L'HYMEN.
Sima douceur déplaît à Belonne en colere ,
Ses fureurs ne plaifent gueress
Aux paifibles Amours, I
Quiviennent pour toujours
Diffipertes horreurs par des
chants d'allegreffe.
BELONNE.
Nefçais- tu pas que la fierté
D'une impitoyable Déeſſe
GALANT. 35%
S'irrite par la tendreffe ?
Je fens déja mon cœur de
colere agité :
Mais je fais grace à ta temerité
En faveur de ta foibleffe.
L'HYMEN.
L'Hymen & les Amours
Sont plus forts qu'on ne
penſe ;
Uneheureufe alliance.
Vient d'unir pour toûjours
L'Hymen & les Amours.
Er la Difcorde a bien peu
de puiffance
Lorfque l'on voit d'intelli
gence
MERCURE
L'Hymen & les Amours:
L'HYMEN aux Amours.
Invoquonsle Deftin, lui feul
par fa prefence
Peut de Belonne arrêter la
puiffance.
BELONNE.
Guerriers,par vos fieres cla
meurs:
Venez au Deftin même inſpirer mes fureurs.
CHOEURS des Guerriers »
accompagnez de trompettes.
Deftin , foyez inexorable ,
Que la guerre dure à jamais.
GALANT. 37
CHOEURS des Amours
accompagnez de Autes
douces..
Deltin , ſoyez- nous favorable ,
LHymenvous demande la
paix.
SCENE 11.
LE DESTIN.
JE fais le malheur extrême
De'a plûpart des h'ima'ns :
Mais leurbonheur fupr ne
Eft auffi dans mes mains.
38 MERCURE
Pour les punir je defole la
terre
Par Belonne & par ſon tonnerre ;
Et quand je veux leur donner d'heureux jours ,
J'éteins le flambeau de la
guerre
Par le flambeau des Amours.
Al'arrêt du Deftin que Belonne obeiffe ,
Et qu'Hymen à jamais de
ces lieux la banniſſe.
BELONNE.
Si tout languit dans un pròfond repos,
1
GALANT. 3.9
Que deviendra la valeur
des Heros?
LE DESTIN avec un accompagnement.
La valeur des Heros triomphera du vice ,
La force des Guerriers fervira deformais
Afaire trembler l'injuſtice ,
La force des Guerriers fervira deformais
A maintenir la juftice &
la paix.
LE DESTIN feul.
Fuis donc , va porter la
guerre
Et les horreurs du trépas
40 MERCURE
En quelque coin de la terre
Que le Soleil n'éclaire pas.
Belonne les Guerriers
prennent lafuite, & le Deftin ordonne aux peuples d'invoquer le Soleil, & de de
mander l'abondance lebon.
heur que la guerre avoit in
terrompus.
SCENE IH
LE DESTIN,
APrés avoir chaffé Belonne ,
Peuples , le Deftin vous orསྙབག བརྡ ལྟ D'a-
GALANT. 41
D'avoir recours au Dieuqui
doircombler nos vœux;
C'eſt le Soleil , dont la prèfence
Peut feule conferver dans
ces climats heureux
L'ordre, le calme & l'abon2 dance i
CeDieuquiparfa prudense
Sçait moderer la courfe en
parcourant les airs ;
• CeDieu quipar luiſeulfçait
regler fa puiffance,
Merite feul auffi de regler
2715 Funivers. e
* Le Deftin rentre dans-la
Grotte profonde d'où il étoit Octobre 17125 D
42 MERCURE
forti, & on voit paroître les
Soleil accompagné des Heures.
SCENE IV.
LE SOLEIL & LES
HEURES.
TAnt que le demon de
la guerre
Par fes fureurs a defolé la
terre ,
Le Deſtin a permis que le
demon des airs ,
Le cruel Aquilonfit regner
les hyvers
GALANT.
Dans l'excés de fa rage
Ila voulu confondre les faifons ,
Renverfer les moiffons.
Enfin j'ai diffipé l'orage ,
Jeramene en ces lieux,pour
combler vos defirs
Et l'abondance & les plaifirs.
Une NYMPHE.
Sans l'abondance
Tous les plaiſirs font languiffans,
2.1
On languiroit dans l'abondance
Sans les plaifirs & les jeux
innocens.
Dij
44 MERCURE.
Une autre NYMPHE
Le Soleil qui donne
Une riche autonne
Donne auffi de doux printemps ;.
La même ardeur qui rend
nos moiffons abondantes ,
Parent nos champs.
De mille fleurs naiffantes
Qui charment les fens.
LE SOLEIL parlant
aux Heures.
Vous qui fuivez les loix que
j'ai ſçû vous preſcrire ,
Vous , Heures , dont les pas.
égaux
GALANT.
Marquent mesglorieux tra
vaux ,
Faites qu'on admire
Jufques dans vos jeux
Cet ordre merveilleux
Que ma juſteſſe inſpire.
DIVERTISSEMENT
des Heures..
Les douze Heures forment
une entrée de Baller , fur plufieurs airs dont la méfure &
les chauts imitent au naturel
toutes les differentes manieres
dont les Horloges & les Pendules fonuent les Heures.
464 MERGURE
Toute la Scene ſuivante~
marque la jufteffe des heures ,
&l'égalité du cours du So--
leil.
SCENE V..
Une des HEURES
QUel bruit nouveau ſe
fait entendre ?
Ce font Une autre HEURE..
les Plaifirs turbu
lens
,
Qui malgré nous viennent
ici fe rendre
Leurs chants impetueux
GALANT 47
leurs tranfports violens
Vont troubler nos jeux innocens.
Entrée de Plaifirs turbulens.
L'ETOURDI
Nous cherchions en ces
lieux une Fête éclatante.
Mais rien n'y flate nôtre attente.
Quelle tranquilité le cal
bat me regne icis , wing
Eft- ce done ainfi 260231
Qu'un divertiffement s'aps prête ?
Le defardre, le bruit , le
trouble & le fracas
Nefont-ils pasbenq-294
48 MERCURE
Les charmes d'une Fête?
L'ordre pour nous n'apomt
d'appas.
Quittez , Heures , quittez
l'importune jufteffe ,
Et n'exprimez que la vîteffe :
Du temps , dont vous marquez les pas.
Une des Heures tranquilles.
chante ce qui fuit , accompa
gnée d'une fymphonie douce.
Les pas des Heures char
TODA antes nuo
I
mantes
Ne font jamais affez lents.
Unpetit Chœur d'Heures.
reprend.
Les pas des Heures charmantes Ne
GALANT. 49
Nefont jamais affez lents.
L'ETOURDI.
Les Heures font toûjours
trop lentes
Pour les plaiſirs impatiens.
Courons , agitons- nous , le
repos nous ennuye.
LES ETOURDIS.
Courons , agitons-nous , le
repos nous ennuye ,
Brufquons le temps, paffons
la vie.
Une des HEURES tranquilles.
Vous cherchez à paffer la
vie ,
Octobre 1712.
E
SP%.
MERCURE
Et nous cherchons à la goûtter
La courfe du temps vous
ennuye
Vous voulez la precipiter,
Que ne pouvons nous l'ar
rêter ?
Vous cherchez à paffer la
vie ,
Et nous cherchons à la goû
ter..
L'ETOURDI.
Le temps qui fuit , & que
je fuis,
Tout rapide qu'il eft, m'ennuye & minquieter,
Toûjours je le regrette ,
GALANT.
ST
Jamais je n'en joüis.
Une des HEURES tranquilles.
Sans regret. du paffé , la
tranquille innocence
Joüit d'unjour quicontente
fes vœux,
Elle attend fans impatience
Des jours encore plus heu
reux.
L'ETOURDI.
Suivons le temps &ſa vìteffe extrême ,
Il faut courir auffi vîte que
lui ,
s'é¿ ·
S'agiter , s'étourdir , &s'é
viter foy- même
Eij
MERCURE
Pour éviter l'ennui.
L'ETOURDI.
Tout eft chagrin dans la
30་ ིན་ vie.
Une des HEURES tran...
quilles.
Tout eft plaifir dans la vie.
? L'ETOURDI.
1:20
Tout eſt chagrin dans la
vie :
Mais ce qui t tient lieu de
plaifirs ,
C'eft de voler de defirs en
defirs.
Hors l'inconftance tout en
nuye.
GALANT. 53
DUO.
L'ETOURDI.
Tout eft chagrin dans la
.niv
vie.
L'HEURE tranquille.
Tout eft plaifir dans la vie.
L'HEURE tranquille ſeule.
Quand on fçait avec peu
contenter fon envie ,
Lorique des tranquiles plaifirs
L'innocence nous defennuye,
Tout eft plaifir dans la vie.
L'ETOURDI.
Tout eft chagrin.
E iij
$4
MERCURE
L'HEURE
Tout eft plaifir.
TOUS DEUX enfemble.
Tout eft chagrin dans la
vie.
Tout eft plaifir dans la vie,
DIVERTISSEMENT
des Plaiſirs innocens
& des Heures.
Unpetit Chœur formé par
les Heures reprend les paroles.
dis Duo.
Tout eft plaifir.....
GALANT. 55
UnPlaifir innocent chante
ce qui fuit.
Tout eft plaifir dans la vie ,
Qui fçait dans un heureux
féjour
Profiter d'un beau jour ,
Jamais ne s'ennuye.
Le chant des oifeaux ,
Le murmure des eaux
Une fleur fraîchement . .
cueillie ,
Touteft plaifir dans la vie.
On finit par un Chaur
d'Ecos , qui repetent en differentes manieres les paroles
fuivantes.
Tout eft plaifir dans la vie ;
E
iiij
56 MERCURE
Quand on s'eft fait un fort
au-deffus de l'envie ;
Quand on fçait mêler à
propos
Aux travaux glorieux les
charmes du repos ,
Tout eft plaifir dans la vie.
CHOEUR.
Faifons redire auxEchos :
Tout eft plaifir dans la vie
donné depuis peu à une node
d'un Officier general.
Les paroles font de M. P...
mifes en mufique par M.
de la E.......
SCENE L
BELONNE , fuivie des:
Guerriers & L'HYMEN
acccompagné des Amours:
O
BELONNE..
Ui rend l'Hymenfi
teméraire ?
H vient mêler aux cris de
341 MERCURE
guerre & de fureur
De fes chants amoureux:
l'importune langueur.
Ne craint-il point de me
déplaire ?
L'HYMEN.
Sima douceur déplaît à Belonne en colere ,
Ses fureurs ne plaifent gueress
Aux paifibles Amours, I
Quiviennent pour toujours
Diffipertes horreurs par des
chants d'allegreffe.
BELONNE.
Nefçais- tu pas que la fierté
D'une impitoyable Déeſſe
GALANT. 35%
S'irrite par la tendreffe ?
Je fens déja mon cœur de
colere agité :
Mais je fais grace à ta temerité
En faveur de ta foibleffe.
L'HYMEN.
L'Hymen & les Amours
Sont plus forts qu'on ne
penſe ;
Uneheureufe alliance.
Vient d'unir pour toûjours
L'Hymen & les Amours.
Er la Difcorde a bien peu
de puiffance
Lorfque l'on voit d'intelli
gence
MERCURE
L'Hymen & les Amours:
L'HYMEN aux Amours.
Invoquonsle Deftin, lui feul
par fa prefence
Peut de Belonne arrêter la
puiffance.
BELONNE.
Guerriers,par vos fieres cla
meurs:
Venez au Deftin même inſpirer mes fureurs.
CHOEURS des Guerriers »
accompagnez de trompettes.
Deftin , foyez inexorable ,
Que la guerre dure à jamais.
GALANT. 37
CHOEURS des Amours
accompagnez de Autes
douces..
Deltin , ſoyez- nous favorable ,
LHymenvous demande la
paix.
SCENE 11.
LE DESTIN.
JE fais le malheur extrême
De'a plûpart des h'ima'ns :
Mais leurbonheur fupr ne
Eft auffi dans mes mains.
38 MERCURE
Pour les punir je defole la
terre
Par Belonne & par ſon tonnerre ;
Et quand je veux leur donner d'heureux jours ,
J'éteins le flambeau de la
guerre
Par le flambeau des Amours.
Al'arrêt du Deftin que Belonne obeiffe ,
Et qu'Hymen à jamais de
ces lieux la banniſſe.
BELONNE.
Si tout languit dans un pròfond repos,
1
GALANT. 3.9
Que deviendra la valeur
des Heros?
LE DESTIN avec un accompagnement.
La valeur des Heros triomphera du vice ,
La force des Guerriers fervira deformais
Afaire trembler l'injuſtice ,
La force des Guerriers fervira deformais
A maintenir la juftice &
la paix.
LE DESTIN feul.
Fuis donc , va porter la
guerre
Et les horreurs du trépas
40 MERCURE
En quelque coin de la terre
Que le Soleil n'éclaire pas.
Belonne les Guerriers
prennent lafuite, & le Deftin ordonne aux peuples d'invoquer le Soleil, & de de
mander l'abondance lebon.
heur que la guerre avoit in
terrompus.
SCENE IH
LE DESTIN,
APrés avoir chaffé Belonne ,
Peuples , le Deftin vous orསྙབག བརྡ ལྟ D'a-
GALANT. 41
D'avoir recours au Dieuqui
doircombler nos vœux;
C'eſt le Soleil , dont la prèfence
Peut feule conferver dans
ces climats heureux
L'ordre, le calme & l'abon2 dance i
CeDieuquiparfa prudense
Sçait moderer la courfe en
parcourant les airs ;
• CeDieu quipar luiſeulfçait
regler fa puiffance,
Merite feul auffi de regler
2715 Funivers. e
* Le Deftin rentre dans-la
Grotte profonde d'où il étoit Octobre 17125 D
42 MERCURE
forti, & on voit paroître les
Soleil accompagné des Heures.
SCENE IV.
LE SOLEIL & LES
HEURES.
TAnt que le demon de
la guerre
Par fes fureurs a defolé la
terre ,
Le Deſtin a permis que le
demon des airs ,
Le cruel Aquilonfit regner
les hyvers
GALANT.
Dans l'excés de fa rage
Ila voulu confondre les faifons ,
Renverfer les moiffons.
Enfin j'ai diffipé l'orage ,
Jeramene en ces lieux,pour
combler vos defirs
Et l'abondance & les plaifirs.
Une NYMPHE.
Sans l'abondance
Tous les plaiſirs font languiffans,
2.1
On languiroit dans l'abondance
Sans les plaifirs & les jeux
innocens.
Dij
44 MERCURE.
Une autre NYMPHE
Le Soleil qui donne
Une riche autonne
Donne auffi de doux printemps ;.
La même ardeur qui rend
nos moiffons abondantes ,
Parent nos champs.
De mille fleurs naiffantes
Qui charment les fens.
LE SOLEIL parlant
aux Heures.
Vous qui fuivez les loix que
j'ai ſçû vous preſcrire ,
Vous , Heures , dont les pas.
égaux
GALANT.
Marquent mesglorieux tra
vaux ,
Faites qu'on admire
Jufques dans vos jeux
Cet ordre merveilleux
Que ma juſteſſe inſpire.
DIVERTISSEMENT
des Heures..
Les douze Heures forment
une entrée de Baller , fur plufieurs airs dont la méfure &
les chauts imitent au naturel
toutes les differentes manieres
dont les Horloges & les Pendules fonuent les Heures.
464 MERGURE
Toute la Scene ſuivante~
marque la jufteffe des heures ,
&l'égalité du cours du So--
leil.
SCENE V..
Une des HEURES
QUel bruit nouveau ſe
fait entendre ?
Ce font Une autre HEURE..
les Plaifirs turbu
lens
,
Qui malgré nous viennent
ici fe rendre
Leurs chants impetueux
GALANT 47
leurs tranfports violens
Vont troubler nos jeux innocens.
Entrée de Plaifirs turbulens.
L'ETOURDI
Nous cherchions en ces
lieux une Fête éclatante.
Mais rien n'y flate nôtre attente.
Quelle tranquilité le cal
bat me regne icis , wing
Eft- ce done ainfi 260231
Qu'un divertiffement s'aps prête ?
Le defardre, le bruit , le
trouble & le fracas
Nefont-ils pasbenq-294
48 MERCURE
Les charmes d'une Fête?
L'ordre pour nous n'apomt
d'appas.
Quittez , Heures , quittez
l'importune jufteffe ,
Et n'exprimez que la vîteffe :
Du temps , dont vous marquez les pas.
Une des Heures tranquilles.
chante ce qui fuit , accompa
gnée d'une fymphonie douce.
Les pas des Heures char
TODA antes nuo
I
mantes
Ne font jamais affez lents.
Unpetit Chœur d'Heures.
reprend.
Les pas des Heures charmantes Ne
GALANT. 49
Nefont jamais affez lents.
L'ETOURDI.
Les Heures font toûjours
trop lentes
Pour les plaiſirs impatiens.
Courons , agitons- nous , le
repos nous ennuye.
LES ETOURDIS.
Courons , agitons-nous , le
repos nous ennuye ,
Brufquons le temps, paffons
la vie.
Une des HEURES tranquilles.
Vous cherchez à paffer la
vie ,
Octobre 1712.
E
SP%.
MERCURE
Et nous cherchons à la goûtter
La courfe du temps vous
ennuye
Vous voulez la precipiter,
Que ne pouvons nous l'ar
rêter ?
Vous cherchez à paffer la
vie ,
Et nous cherchons à la goû
ter..
L'ETOURDI.
Le temps qui fuit , & que
je fuis,
Tout rapide qu'il eft, m'ennuye & minquieter,
Toûjours je le regrette ,
GALANT.
ST
Jamais je n'en joüis.
Une des HEURES tranquilles.
Sans regret. du paffé , la
tranquille innocence
Joüit d'unjour quicontente
fes vœux,
Elle attend fans impatience
Des jours encore plus heu
reux.
L'ETOURDI.
Suivons le temps &ſa vìteffe extrême ,
Il faut courir auffi vîte que
lui ,
s'é¿ ·
S'agiter , s'étourdir , &s'é
viter foy- même
Eij
MERCURE
Pour éviter l'ennui.
L'ETOURDI.
Tout eft chagrin dans la
30་ ིན་ vie.
Une des HEURES tran...
quilles.
Tout eft plaifir dans la vie.
? L'ETOURDI.
1:20
Tout eſt chagrin dans la
vie :
Mais ce qui t tient lieu de
plaifirs ,
C'eft de voler de defirs en
defirs.
Hors l'inconftance tout en
nuye.
GALANT. 53
DUO.
L'ETOURDI.
Tout eft chagrin dans la
.niv
vie.
L'HEURE tranquille.
Tout eft plaifir dans la vie.
L'HEURE tranquille ſeule.
Quand on fçait avec peu
contenter fon envie ,
Lorique des tranquiles plaifirs
L'innocence nous defennuye,
Tout eft plaifir dans la vie.
L'ETOURDI.
Tout eft chagrin.
E iij
$4
MERCURE
L'HEURE
Tout eft plaifir.
TOUS DEUX enfemble.
Tout eft chagrin dans la
vie.
Tout eft plaifir dans la vie,
DIVERTISSEMENT
des Plaiſirs innocens
& des Heures.
Unpetit Chœur formé par
les Heures reprend les paroles.
dis Duo.
Tout eft plaifir.....
GALANT. 55
UnPlaifir innocent chante
ce qui fuit.
Tout eft plaifir dans la vie ,
Qui fçait dans un heureux
féjour
Profiter d'un beau jour ,
Jamais ne s'ennuye.
Le chant des oifeaux ,
Le murmure des eaux
Une fleur fraîchement . .
cueillie ,
Touteft plaifir dans la vie.
On finit par un Chaur
d'Ecos , qui repetent en differentes manieres les paroles
fuivantes.
Tout eft plaifir dans la vie ;
E
iiij
56 MERCURE
Quand on s'eft fait un fort
au-deffus de l'envie ;
Quand on fçait mêler à
propos
Aux travaux glorieux les
charmes du repos ,
Tout eft plaifir dans la vie.
CHOEUR.
Faifons redire auxEchos :
Tout eft plaifir dans la vie
Fermer
Résumé : DIVERTISSEMENT donné depuis peu à une noce d'un Officier general. Les paroles sont de M. P... & mises en musique par M. de la E.....
Un divertissement récent a été organisé en l'honneur d'un officier général. La scène s'ouvre sur Belonne, déesse de la guerre, accompagnée de guerriers, et l'Hymen, dieu du mariage, entouré des Amours. Belonne s'interroge sur l'audace de l'Hymen à mêler les chants amoureux aux cris de guerre. L'Hymen répond que les Amours et lui sont plus puissants que les fureurs de Belonne. Le Destin intervient alors, expliquant qu'il peut à la fois causer le malheur et le bonheur des hommes. Il ordonne à Belonne de porter la guerre ailleurs et aux peuples d'invoquer le Soleil pour l'abondance et le bonheur. Le Soleil apparaît ensuite, accompagné des Heures, et explique qu'il a dissipé les fureurs de la guerre pour apporter l'abondance et les plaisirs. Une nymphe souligne que l'abondance sans plaisirs est languissante. Le Soleil et les Heures célèbrent l'ordre et la justice, illustrés par une danse des Heures. Des plaisirs turbulents perturbent ensuite la scène, cherchant une fête plus animée. Les Heures tranquilles chantent la beauté de leur rythme régulier, tandis que les étourdis expriment leur ennui face au repos et leur désir de précipiter le temps. Les Heures et les étourdis débattent sur la nature de la vie, les uns trouvant tout chagrin, les autres tout plaisir. Le divertissement se conclut par un chœur affirmant que la vie est pleine de plaisirs pour ceux qui savent en profiter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1856-1864
La Tragédie de Maurice, &c. & Ballet, [titre d'après la table]
Début :
Le 2 Août, on representa au College de Louis le Grand, pour la Distribution [...]
Mots clefs :
Théâtre, Ballet, Ridicule, Dieu, Armée, Mort, Collège de Louis le Grand, Histoire, Tyran, Prince, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Tragédie de Maurice, &c. & Ballet, [titre d'après la table]
Le 2 Août , on reprefenta au College
de Louis le Grand , pour la Diftribution
des Prix , fondé par S. M. la Tragédie
de Maurice , Empereur d'Orient cette
Tragédie fut fuivie d'un Ballet . Nous allons
donner de l'une & de l'autre un Extrait
le plus fuccinct qu'il nous fera
poffible.
Argument de la Tragédie.
Maurice
AOUST. 1730. 1857
Maurice agité de remords pour avoir
laiffé périr dans les fers un nombre confiderable
de fes fujets , qu'il n'avoit tenu
qu'à lui de racheter , fe reconnoît coupable
devant Dieu , & le prie de lui faire
expier fon crime dans ce monde plutôt
que dans l'autre. Sa priere eft exaucée ;
Dieu lui fait voir fon châtiment en fonge ;
il confeffe humblement qu'il l'a merité.
Il est déthrôné par Phocas ; & prêt à
mourir il prononce fouvent ces paroles ,
qui furent les dernieres de ſa vie : Vous
êtes jufte , Seigneur , & votre Jugement eft
équitable.
La Scene eft à Conftantinople , dans le
Palais Imperial.
ACTE I.
Maurice avoit fait arrêter Germain , Beau
Pere de fon fils Theodore , fur une Lettre anonyme
, par laquelle on lui offroit l'Empire ; mais
ayant vú en fonge un ufurpateur qui vouloit lui
arracher le Sceptre , & la lettre Ph. étant
gravée fur le front du coupable , fes foupçons
tombent fur Philipiccus , fon beau- frere ; il fait
remettre Germain en liberté , & ordonne qu'on
lui amene Philipiccus ; celui- ci fe contente de
faire parler fon innocence dans le tems que Mau
rice l'accable de fanglans reproches . Ce dernier
accufé eft encore juftifié par la nouvelle que
PEmpereur apprend de la révolte de Phocas , l'un
des Officiers Generaux de fon Armée. Il veug
aller
H
1858 MERCURE DE FRANCE
aller reprimer les Rebelles ; Philippicus l'en détourne
, en lui reprefentant le danger évident
où il s'expoferoit ; cependant il va raffembler ce
qui refte de fujets fideles à Maurice pour le mettre
en état de diffiper les Factieux . Maurice effrayé
du fonge qu'il a fait ; & voyant bien que
Dieu eft prêt à le punir de fon crime , fonge
plutôt à fauver fes Enfans qu'à fe fauver lui-même
; il leur ordonne d'aller chercher un azile fous
la conduite de Prifcus , Gouverneur de Juftin ,
fon fils. Theodofe , fon autre fils , refuſe d'obéïr
, & veut périr en deffendant le Trône & la
vie de fon Pere ; l'Empereur confie à Prifcus le
fecond de fes Enfans , & va fe mettre à la tête
de quelques Troupes que Philippicus à ramaffées
pour combattre les révoltez .
ACTE I I..
Maurice ayant été lâchement abandonné des
Troupes qu'il croyoit lui être fideles , Germain
irrité de fon emprifonnement , fe flate que Phocas
n'a confpiré que pour le mettre fur le Trône
; il introduit ce traître dans le Palais . Alcime ,
Officier de l'Armée , & Confident de Phocas
vient annoncer à Germain la défaite & la prife
de Maurice & de Theodore , fon fils aîné. Germain
voudroit qu'on leur eut laiffé la liberté de
fuïr ; il craint que leur préfence n'intereffe les
Peuples en leur faveur ; Alcime ſoutient au contraire
que
la fuite les auroit pû mettre en état
de remonter fur le Trône. On préfente à Phocas
Maurice chargé de fers ; Germain , par un reſte
de vertu , ne peut en foûtenir la vûë , & fe reti
re. Phocas s'efforce envain d'engager Maurice à
lui livrer fon fecond fils Juftin , fous prétexte.
de le mettre à couvert de la fureur du peuple ; co
pere
A O UST . 1730. 1859
ce
Pere infortuné ne donne pas dans un piége fi
groffier ; on amene Theodore à Phocas
Prince fier & intrépide détefte la perfidie de Ger
main , & reproche à Phocas d'avoir confpiré
pour le mettre fur le Trône. Phocas lui fait entendre
en termes équivoques , qu'il n'ôtera jamais
la Couronne à Maurice , pour la mettre
fur la tête d'un autre. L'Empereur & fon fils
s'étant retirez , il ouvre fon coeur à Alcime , &
lui déclare qu'il n'a travaillé que pour lui - mêil
l'envoye recevoir en fon nom le ferment
de l'Armée , & fort pour aller donner ordre à
la recherche de Juftin , frere de Theodore.
me ;
ACTE I I I..
pour faire rentrer Philippicus n'oublie rien
Germain dans fon devoir ; ce dernier offre le
Trône Imperial à fon Gendre Theodore , qui le
refufe genereufement comme appartenant à fon
pere ; il fait entendre à Germain que Phocas ne
l'a ufurpé que pour lui - même. Germain ne le
peut croire ; cependant il fort avec Philippicus
pour penetrer avec lui un deffein dont il commence
à fe défier. Prifcus , dont Phocas a enfin
découvert la retraite , eft amené au Palais , avec
fon fils Heraclius , à qui il a donné le nom &
l'habit de Juftin , pour fauver ce jeune Prince
aux dépens de la vie de fon propre fils . Les difcours
du faux Juftin épouventent Phocas , qu'on
fuppofe n'avoir jamais vu le fecond fils de Maurice
; il efpere abbattre ce noble orgüeil , en luž
montrant Maurice chargé de fers ; Prifcus tâ
che envain de détourner une entr'vûë qui doit
trahir fon fecret. Heureufement pour lui Phocas
fe retire , & ce n'eft qu'en fon abfence que
Murice reconnoît le genereux artifice de Prif-
Hij cus i
1860 MERCURE DE FRANCE
cus ; il veut genereulement en avertir Phocas ;
mais l'un & l'autre le prient fi ardemment de
laiffer le Tyran dans l'erreur , qu'il y confent ,
dans la crainte d'expofer infructueufement Heraclius
au reffentiment de Phocas , qui ne manqueroit
pas de fe venger fur le Pere & fur le Fils
d'un fi genereux artifice. Prifcus ordonne qu'on
enferme fon fils , & va retrouver le veritable
Justin,
ACTE I V,
Germain ne doutant plus que Phocas ne
yeuille s'emparer du Trône au lieu de lui , fe
réfout à le perdre ; il a un entretien avec cet
ambitieux concurrent , où ce dernier s'explique
affez ouvertement, Germain s'emporte , & fort
pour courir à la vengeance , en fe joignant à
Philippicus. Alcime confeille à Phocas de le faire
obferver & arrêter s'il fe peut ; mais Phocas occupé
des frayeurs que la fierté d'Heraclius lui a
infpirée, le veut entretenir ; il croit le faire trembler
, & tremble lui -même ; il fe réfout à le
faire périr , mais Heraclius furvenant , lui déclare
qu'il n'eft point fon fils. Phocas ordonne
qu'on cherche le vrai Juftin. Ce dernier s'étant
échappé des mains de Prifcus , vient redemander
fon Pere & reprendre fon nom qu'Heraclius lui
a dérobé. Tout femble flatter la fureur de Phocas
, lorfqu'il apprend que Theodore a briſé ſes
fers ; il veut s'en venger par la mort de Juftin ;
mais l'avis foudain qu'il reçoit , que Germain
foutenu de Philippicus & de Prifcus a foulevé le
peuple , & vient l'inveſtir dans le Palais , l'oblige
fufpendre fa fanglante execution,
ACTE
A OUST . 1730. 1861
ACTE V..
Phocas triomphant de Germain , qui vient
d'être tué , & de Theodore qui a été bleffé , veut
faire périr Philippicus & Prifcus ; mais comme
ces deux Generaux font refpectés de l'Armée ;
Alcime lui fait voir à quel danger il s'expoferoit
s'il leur faifoit donner la mort . Phocas ordonne
qu'on les amene devant lui avec Heraclius ; il fe
réfout à facrifier à fa sûreté Maurice & fes
deux enfans . Philippicus , Prifcus , & Heraclius
paroiffent devant Phocas ; ils ne daignent pas
écouter les flatteufes promeffes qu'il leur fait , &
demandent pour toute grace qu'on leur faffe
voir leur Empereur. Phocas y confent , & fort
pour aller entretenir les Chefs de l'Armée , qui
fe font affemblés , & qui lui demandent la grace
de ces trois Prifonniers ; Maurice eft amené
chargé de fers ; quel fpectacle pour ces trois fideles
fujets ! le fon de la Trompette leur annonce
la proclamation de Phocas ; on les fépare de
Maurice ; ce déplorable Prince demeure feul . On
aporte leTrône Imperial où Phocas fe doit placer
à fes yeux ; Maurice s'humilie devant Dieu ,
confeffe qu'il a merité le fort dont la justice Paccable
; il demande au Ciel vengeur , pour toute
grace , que fes Enfans ne foyent pas enveloppés
dans fa ruïne. Phocas n'eft pas plutôt affis fur le
Trône , qu'il commande qu'on enleve Theodore
& Juftin pour leur donner la mort. Theodore
déja bleffé expire aux yeux de fon malheureux
Pere , Juftin eft arraché d'entre les bras de Maurice,
Le Tyran envoye Maurice à la mort , quoique
le Peuple & l'Armée lui laiffent la liberté de
vivre ; le Heros allant à la mort , prédit à Phocas
le châtiment que le Ciel vengeur réſerve à
Hiij tous
& -
1862 MERCURE DE FRANCE
tous fes crimes. L'ufurpateur en eft fi épouvanté
, que le Sceptre lui tombe des mains , c'eft
ainfi qu'il commence à recevoir la peine dûë à
fon parricide. Le Théatre fut fermé par un éloge
du Roy.
Cette Tragédie fut fuivie du Ballet
dont nous allons parler. Le ridicule
des hommes en fit le fujet : en voici la
Divifion. Ce ridicule , exprimé par la
Danfe , fe fait connoître dans le Balet en
quatre manieres , qui en font le partage.
1º . Dans leurs Caracteres . 2 ° . Dans leurs
Entreprises. 3. Dans leurs Déguisemens.
4 Dans leurs Amuſemens. Ce ridicule a
trop d'étenduë pour pouvoir être contenu
dans un feul Ballet ; on s'eft contenté
de le borner à ces quatre parties ; la Fable
& l'Hiftoire y ont été employées avec
beaucoup d'art.
Minerve defcend du Ciel avec plufieurs Génies
férieux pour corriger les deffauts des hommes
; elle n'y réuffit prefque point , ce qui l'oblige
de ceder la place à Momus. Ce dernier
contrefait le ridicule de plufieurs perfonnes qui
commencent à fe corriger. Ce premier fuccès enhardit
ce Dieu de la cenfure , & lui fait former
le deffein de donner le ridicule des hommes en
fpectacle.
Les Amateurs d'eux - mêmes font la premiere
Entrée ; la feconde eft compofée des foupçonneux
, & la troifiéme des préfomptueux. La Fable
de Narciffe fonde la premiere. Denis le Tyran
AOUST. 1730. 1863
ran de Siracuſe , amene la feconde , & Mydas ,
Roi de Phrigie , eft à la tête des préfomptueux ,
pour avoir préferé la Flute de Pan à la Lyre
d'Apollon.
Anthée voulant éprouver les forces contre le
fils de Jupiter , fonde la premiere Entrée de la
feconde Partie , fçavoir , l'Entreprife au- deffus
des forces. L'Entreprise au- deffus des moyens
fait la feconde Entrée , l'Hiftoire qui y donne
lieu , eft celle de Pyrrhus , Roy d'Epire , qui for
me le deffein de conftruire un Pont d'environ
dix-fept lieuës fur la Mer Adriatique . Bavins ,
Mavius , & autres Poëtes femblables , font plufieurs
tentatives pour occuper le Parnaffe ; ce qui
amene la troifiéme Entrée , qui a pour
treprise au- deffus des talens .
titre : Enveut
Pâris , qui , couvert d'une peau de Lion ,
combattre Menelas , à qui il n'échappe que par
une honteuſe fuite , établit la premiere Entrée ,
qui a pour titre la Lâcheté mafquée . La feconde
qui eft la Fidelité fimulée , eft marquée par un
Monument élevé à la memoire de Nabopharzan,
par ordre de fon Epouſe qui ne l'avoit jamais
aimé. La troifiéme Entrée , qui eft la Débauche
cachée , eft peinte par ce trait d'Hiftoire des
Etruciens paroiffent accompagnez des Vertus pendant
le jour , l'Abftinence & la Temperance leur
fervent un repas frugal , fur le modele de celui
du fameux Curius ; mais à peine la nuit eft - elle
arrivée que ces faux Curius font une Bacchanale,
dans laquelle les Vices danfent à la place des
Vertus.
:
La vaine Parure , la Curiofité frivole & les
Idées chimériques , forment les trois Entrées de
cette derniere Partie. De jeunes Sibarites établiffent
la premiere. Des Athéniens , qui s'étant affemblez
pour entendre difcourir leurs plus cele-
Hij bres
1864 MERCURE DE FRANCE
bres Orateurs fur des affaires importantes , les
quittent pour voir des Joueurs de Gobelets , fondent
la feconde. Quelques traits bizarrès du fameux
Chevalier de la Manche , donnent lieu à la
troifléme , &c. Minerve voyant l'utilité des leçons
de Momus , fe réconcilie avee lui ; ce qui
fait le Balet general & l'Epilogue du deffein .
de Louis le Grand , pour la Diftribution
des Prix , fondé par S. M. la Tragédie
de Maurice , Empereur d'Orient cette
Tragédie fut fuivie d'un Ballet . Nous allons
donner de l'une & de l'autre un Extrait
le plus fuccinct qu'il nous fera
poffible.
Argument de la Tragédie.
Maurice
AOUST. 1730. 1857
Maurice agité de remords pour avoir
laiffé périr dans les fers un nombre confiderable
de fes fujets , qu'il n'avoit tenu
qu'à lui de racheter , fe reconnoît coupable
devant Dieu , & le prie de lui faire
expier fon crime dans ce monde plutôt
que dans l'autre. Sa priere eft exaucée ;
Dieu lui fait voir fon châtiment en fonge ;
il confeffe humblement qu'il l'a merité.
Il est déthrôné par Phocas ; & prêt à
mourir il prononce fouvent ces paroles ,
qui furent les dernieres de ſa vie : Vous
êtes jufte , Seigneur , & votre Jugement eft
équitable.
La Scene eft à Conftantinople , dans le
Palais Imperial.
ACTE I.
Maurice avoit fait arrêter Germain , Beau
Pere de fon fils Theodore , fur une Lettre anonyme
, par laquelle on lui offroit l'Empire ; mais
ayant vú en fonge un ufurpateur qui vouloit lui
arracher le Sceptre , & la lettre Ph. étant
gravée fur le front du coupable , fes foupçons
tombent fur Philipiccus , fon beau- frere ; il fait
remettre Germain en liberté , & ordonne qu'on
lui amene Philipiccus ; celui- ci fe contente de
faire parler fon innocence dans le tems que Mau
rice l'accable de fanglans reproches . Ce dernier
accufé eft encore juftifié par la nouvelle que
PEmpereur apprend de la révolte de Phocas , l'un
des Officiers Generaux de fon Armée. Il veug
aller
H
1858 MERCURE DE FRANCE
aller reprimer les Rebelles ; Philippicus l'en détourne
, en lui reprefentant le danger évident
où il s'expoferoit ; cependant il va raffembler ce
qui refte de fujets fideles à Maurice pour le mettre
en état de diffiper les Factieux . Maurice effrayé
du fonge qu'il a fait ; & voyant bien que
Dieu eft prêt à le punir de fon crime , fonge
plutôt à fauver fes Enfans qu'à fe fauver lui-même
; il leur ordonne d'aller chercher un azile fous
la conduite de Prifcus , Gouverneur de Juftin ,
fon fils. Theodofe , fon autre fils , refuſe d'obéïr
, & veut périr en deffendant le Trône & la
vie de fon Pere ; l'Empereur confie à Prifcus le
fecond de fes Enfans , & va fe mettre à la tête
de quelques Troupes que Philippicus à ramaffées
pour combattre les révoltez .
ACTE I I..
Maurice ayant été lâchement abandonné des
Troupes qu'il croyoit lui être fideles , Germain
irrité de fon emprifonnement , fe flate que Phocas
n'a confpiré que pour le mettre fur le Trône
; il introduit ce traître dans le Palais . Alcime ,
Officier de l'Armée , & Confident de Phocas
vient annoncer à Germain la défaite & la prife
de Maurice & de Theodore , fon fils aîné. Germain
voudroit qu'on leur eut laiffé la liberté de
fuïr ; il craint que leur préfence n'intereffe les
Peuples en leur faveur ; Alcime ſoutient au contraire
que
la fuite les auroit pû mettre en état
de remonter fur le Trône. On préfente à Phocas
Maurice chargé de fers ; Germain , par un reſte
de vertu , ne peut en foûtenir la vûë , & fe reti
re. Phocas s'efforce envain d'engager Maurice à
lui livrer fon fecond fils Juftin , fous prétexte.
de le mettre à couvert de la fureur du peuple ; co
pere
A O UST . 1730. 1859
ce
Pere infortuné ne donne pas dans un piége fi
groffier ; on amene Theodore à Phocas
Prince fier & intrépide détefte la perfidie de Ger
main , & reproche à Phocas d'avoir confpiré
pour le mettre fur le Trône. Phocas lui fait entendre
en termes équivoques , qu'il n'ôtera jamais
la Couronne à Maurice , pour la mettre
fur la tête d'un autre. L'Empereur & fon fils
s'étant retirez , il ouvre fon coeur à Alcime , &
lui déclare qu'il n'a travaillé que pour lui - mêil
l'envoye recevoir en fon nom le ferment
de l'Armée , & fort pour aller donner ordre à
la recherche de Juftin , frere de Theodore.
me ;
ACTE I I I..
pour faire rentrer Philippicus n'oublie rien
Germain dans fon devoir ; ce dernier offre le
Trône Imperial à fon Gendre Theodore , qui le
refufe genereufement comme appartenant à fon
pere ; il fait entendre à Germain que Phocas ne
l'a ufurpé que pour lui - même. Germain ne le
peut croire ; cependant il fort avec Philippicus
pour penetrer avec lui un deffein dont il commence
à fe défier. Prifcus , dont Phocas a enfin
découvert la retraite , eft amené au Palais , avec
fon fils Heraclius , à qui il a donné le nom &
l'habit de Juftin , pour fauver ce jeune Prince
aux dépens de la vie de fon propre fils . Les difcours
du faux Juftin épouventent Phocas , qu'on
fuppofe n'avoir jamais vu le fecond fils de Maurice
; il efpere abbattre ce noble orgüeil , en luž
montrant Maurice chargé de fers ; Prifcus tâ
che envain de détourner une entr'vûë qui doit
trahir fon fecret. Heureufement pour lui Phocas
fe retire , & ce n'eft qu'en fon abfence que
Murice reconnoît le genereux artifice de Prif-
Hij cus i
1860 MERCURE DE FRANCE
cus ; il veut genereulement en avertir Phocas ;
mais l'un & l'autre le prient fi ardemment de
laiffer le Tyran dans l'erreur , qu'il y confent ,
dans la crainte d'expofer infructueufement Heraclius
au reffentiment de Phocas , qui ne manqueroit
pas de fe venger fur le Pere & fur le Fils
d'un fi genereux artifice. Prifcus ordonne qu'on
enferme fon fils , & va retrouver le veritable
Justin,
ACTE I V,
Germain ne doutant plus que Phocas ne
yeuille s'emparer du Trône au lieu de lui , fe
réfout à le perdre ; il a un entretien avec cet
ambitieux concurrent , où ce dernier s'explique
affez ouvertement, Germain s'emporte , & fort
pour courir à la vengeance , en fe joignant à
Philippicus. Alcime confeille à Phocas de le faire
obferver & arrêter s'il fe peut ; mais Phocas occupé
des frayeurs que la fierté d'Heraclius lui a
infpirée, le veut entretenir ; il croit le faire trembler
, & tremble lui -même ; il fe réfout à le
faire périr , mais Heraclius furvenant , lui déclare
qu'il n'eft point fon fils. Phocas ordonne
qu'on cherche le vrai Juftin. Ce dernier s'étant
échappé des mains de Prifcus , vient redemander
fon Pere & reprendre fon nom qu'Heraclius lui
a dérobé. Tout femble flatter la fureur de Phocas
, lorfqu'il apprend que Theodore a briſé ſes
fers ; il veut s'en venger par la mort de Juftin ;
mais l'avis foudain qu'il reçoit , que Germain
foutenu de Philippicus & de Prifcus a foulevé le
peuple , & vient l'inveſtir dans le Palais , l'oblige
fufpendre fa fanglante execution,
ACTE
A OUST . 1730. 1861
ACTE V..
Phocas triomphant de Germain , qui vient
d'être tué , & de Theodore qui a été bleffé , veut
faire périr Philippicus & Prifcus ; mais comme
ces deux Generaux font refpectés de l'Armée ;
Alcime lui fait voir à quel danger il s'expoferoit
s'il leur faifoit donner la mort . Phocas ordonne
qu'on les amene devant lui avec Heraclius ; il fe
réfout à facrifier à fa sûreté Maurice & fes
deux enfans . Philippicus , Prifcus , & Heraclius
paroiffent devant Phocas ; ils ne daignent pas
écouter les flatteufes promeffes qu'il leur fait , &
demandent pour toute grace qu'on leur faffe
voir leur Empereur. Phocas y confent , & fort
pour aller entretenir les Chefs de l'Armée , qui
fe font affemblés , & qui lui demandent la grace
de ces trois Prifonniers ; Maurice eft amené
chargé de fers ; quel fpectacle pour ces trois fideles
fujets ! le fon de la Trompette leur annonce
la proclamation de Phocas ; on les fépare de
Maurice ; ce déplorable Prince demeure feul . On
aporte leTrône Imperial où Phocas fe doit placer
à fes yeux ; Maurice s'humilie devant Dieu ,
confeffe qu'il a merité le fort dont la justice Paccable
; il demande au Ciel vengeur , pour toute
grace , que fes Enfans ne foyent pas enveloppés
dans fa ruïne. Phocas n'eft pas plutôt affis fur le
Trône , qu'il commande qu'on enleve Theodore
& Juftin pour leur donner la mort. Theodore
déja bleffé expire aux yeux de fon malheureux
Pere , Juftin eft arraché d'entre les bras de Maurice,
Le Tyran envoye Maurice à la mort , quoique
le Peuple & l'Armée lui laiffent la liberté de
vivre ; le Heros allant à la mort , prédit à Phocas
le châtiment que le Ciel vengeur réſerve à
Hiij tous
& -
1862 MERCURE DE FRANCE
tous fes crimes. L'ufurpateur en eft fi épouvanté
, que le Sceptre lui tombe des mains , c'eft
ainfi qu'il commence à recevoir la peine dûë à
fon parricide. Le Théatre fut fermé par un éloge
du Roy.
Cette Tragédie fut fuivie du Ballet
dont nous allons parler. Le ridicule
des hommes en fit le fujet : en voici la
Divifion. Ce ridicule , exprimé par la
Danfe , fe fait connoître dans le Balet en
quatre manieres , qui en font le partage.
1º . Dans leurs Caracteres . 2 ° . Dans leurs
Entreprises. 3. Dans leurs Déguisemens.
4 Dans leurs Amuſemens. Ce ridicule a
trop d'étenduë pour pouvoir être contenu
dans un feul Ballet ; on s'eft contenté
de le borner à ces quatre parties ; la Fable
& l'Hiftoire y ont été employées avec
beaucoup d'art.
Minerve defcend du Ciel avec plufieurs Génies
férieux pour corriger les deffauts des hommes
; elle n'y réuffit prefque point , ce qui l'oblige
de ceder la place à Momus. Ce dernier
contrefait le ridicule de plufieurs perfonnes qui
commencent à fe corriger. Ce premier fuccès enhardit
ce Dieu de la cenfure , & lui fait former
le deffein de donner le ridicule des hommes en
fpectacle.
Les Amateurs d'eux - mêmes font la premiere
Entrée ; la feconde eft compofée des foupçonneux
, & la troifiéme des préfomptueux. La Fable
de Narciffe fonde la premiere. Denis le Tyran
AOUST. 1730. 1863
ran de Siracuſe , amene la feconde , & Mydas ,
Roi de Phrigie , eft à la tête des préfomptueux ,
pour avoir préferé la Flute de Pan à la Lyre
d'Apollon.
Anthée voulant éprouver les forces contre le
fils de Jupiter , fonde la premiere Entrée de la
feconde Partie , fçavoir , l'Entreprife au- deffus
des forces. L'Entreprise au- deffus des moyens
fait la feconde Entrée , l'Hiftoire qui y donne
lieu , eft celle de Pyrrhus , Roy d'Epire , qui for
me le deffein de conftruire un Pont d'environ
dix-fept lieuës fur la Mer Adriatique . Bavins ,
Mavius , & autres Poëtes femblables , font plufieurs
tentatives pour occuper le Parnaffe ; ce qui
amene la troifiéme Entrée , qui a pour
treprise au- deffus des talens .
titre : Enveut
Pâris , qui , couvert d'une peau de Lion ,
combattre Menelas , à qui il n'échappe que par
une honteuſe fuite , établit la premiere Entrée ,
qui a pour titre la Lâcheté mafquée . La feconde
qui eft la Fidelité fimulée , eft marquée par un
Monument élevé à la memoire de Nabopharzan,
par ordre de fon Epouſe qui ne l'avoit jamais
aimé. La troifiéme Entrée , qui eft la Débauche
cachée , eft peinte par ce trait d'Hiftoire des
Etruciens paroiffent accompagnez des Vertus pendant
le jour , l'Abftinence & la Temperance leur
fervent un repas frugal , fur le modele de celui
du fameux Curius ; mais à peine la nuit eft - elle
arrivée que ces faux Curius font une Bacchanale,
dans laquelle les Vices danfent à la place des
Vertus.
:
La vaine Parure , la Curiofité frivole & les
Idées chimériques , forment les trois Entrées de
cette derniere Partie. De jeunes Sibarites établiffent
la premiere. Des Athéniens , qui s'étant affemblez
pour entendre difcourir leurs plus cele-
Hij bres
1864 MERCURE DE FRANCE
bres Orateurs fur des affaires importantes , les
quittent pour voir des Joueurs de Gobelets , fondent
la feconde. Quelques traits bizarrès du fameux
Chevalier de la Manche , donnent lieu à la
troifléme , &c. Minerve voyant l'utilité des leçons
de Momus , fe réconcilie avee lui ; ce qui
fait le Balet general & l'Epilogue du deffein .
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Résumé : La Tragédie de Maurice, &c. & Ballet, [titre d'après la table]
Le 2 août 1730, la tragédie 'Maurice, Empereur d'Orient' a été représentée au Collège de Louis le Grand pour la distribution des prix. Cette tragédie, suivie d'un ballet, raconte l'histoire de Maurice, empereur de Constantinople, tourmenté par des remords pour avoir laissé périr de nombreux sujets qu'il aurait pu sauver. Il prie Dieu de lui faire expier son crime dans ce monde plutôt que dans l'autre. Sa prière est exaucée, et il est déchu de son trône par Phocas, qui le fait emprisonner. Maurice meurt en confessant la justice de Dieu. L'intrigue se déroule en cinq actes. Dans le premier acte, Maurice, après avoir fait arrêter Germain, le beau-père de son fils Theodore, sur la base d'une lettre anonyme, découvre que Philippicus, son beau-frère, est le véritable coupable. Il libère Germain et prépare une armée pour réprimer la révolte de Phocas. Maurice, effrayé par un songe, décide de sauver ses enfants plutôt que lui-même. Theodore refuse de fuir et veut défendre le trône. Dans le deuxième acte, Maurice est abandonné par ses troupes et capturé par Phocas. Germain, irrité par son emprisonnement, introduit Phocas dans le palais. Alcime, confident de Phocas, annonce la défaite de Maurice et de Theodore. Phocas tente de faire livrer Justin, le fils cadet de Maurice, mais ce dernier refuse de tomber dans le piège. Dans le troisième acte, Philippicus et Germain découvrent les intentions de Phocas. Priscus, gouverneur de Justin, sauve le jeune prince en le faisant passer pour son propre fils, Heraclius. Phocas, trompé, ne reconnaît pas Justin. Dans le quatrième acte, Germain, réalisant les ambitions de Phocas, se joint à Philippicus pour le combattre. Phocas, effrayé par la fierté d'Heraclius, décide de le faire périr. Justin, échappant à Priscus, réclame son père et son nom. Phocas, apprenant la révolte de Germain soutenue par Philippicus et Priscus, suspend l'exécution de Justin. Dans le cinquième et dernier acte, Phocas triomphe de Germain et de Theodore, mais épargne Philippicus et Priscus en raison de leur respect au sein de l'armée. Maurice, amené chargé de fers, confesse ses fautes et demande que ses enfants soient épargnés. Phocas fait exécuter Theodore et Justin sous les yeux de Maurice, qui prédit à Phocas un châtiment divin. Le théâtre se ferme par un éloge du roi. La tragédie est suivie d'un ballet satirique sur le ridicule des hommes, divisé en quatre parties : leurs caractères, leurs entreprises, leurs déguisements et leurs amusements. Minerve et Momus tentent de corriger les défauts humains, mais sans grand succès. Le ballet se conclut par une réconciliation entre Minerve et Momus.
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5
p. 1173-1175
« Le premier May, les Hautbois de la Chambre du Roy joüerent au levé de [...] »
Début :
Le premier May, les Hautbois de la Chambre du Roy joüerent au levé de [...]
Mots clefs :
Roi, Chanter, Symphonie, Concert, Reine, Ballet, Entrée, Fête, Motet, Destouches
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texteReconnaissance textuelle : « Le premier May, les Hautbois de la Chambre du Roy joüerent au levé de [...] »
Le premier May , les Hautbois de la
Chambre du Roy joüerent au levé de :
Sa Majesté , plusieurs airs de Symphonie
de M. de Lully , et les 24. Violons
de la Chambre donnerent au diné du Roy
une suite de symphonie de la composition
de
1174 MERCURE DE FRANCE
de M. Destouches Sur Intendant de la
Musique du Roy en Semestre , dont l'execution
fût trés brillante .
Le s . il y eût Concert à Marly , on y
chanta les deux derniers Actes de l'Opera'd'Atys.
Le 7 , on chanta devant la Reyne le
Prologue du Balet des Stratagêmes de
l'Amour , dont les vers sont de M. Roy ,
et la Musique de M. Destouches . Ce Prologue
, fait à l'occasion du mariage de L.
M. fut chanté par la Dile. Lenner qui fit
le Rôle de la Prétresse de la Gloire , avec
tout le succès qu'on en pouvoit attendre ,
les Choeur et les Symphonies firent le
même plaisir.
Le 16 , on chanta devant la Reyne la
premiere Entrée du même Balet , intitulée
Scamandre , dont le Rôle fût rempli
par le sieur d'Angerville , et celui de-
Callirée par la Die Barbier , ces deux sujets
rendirent ccs Caractéres avec beaud'Art.
coup
·
Le 19 , on donna la seconde Entrée ,
qui a pour titre les Abderites , le sieur
Guedon y chinta le Rôle de Timante , le
sieurLe Prince celuy d'Iphis , et la Dlle
Couvassier c lui d'Irene , dans lequelelle
plût infiniment.
Le 21 , on finit le Balet par la troisiéme
MAY. 1735. 1175
me Entrée intitulée la Fête de Philotis ; la
Die Lenner et le sieur d'Argervile chanterent
les Rôles d'Albine et d'Emile au
contentement de la Reyne et de toute la
Cour , et le sieur Le Prince fit le Rôle de
Lycas , avec autant de précision que de
legereté .
Le 3. jour Fêre de l'Ascension , et le 1 3 .
Fête de la Pentecôte , il y eût Concert spirituel
au Château des Thuilleries ; on y
chanta differents Motets de M. de la Lande
qui furent parfaitement bien executés,
de même que d'autres petits Motets à une
et deux voix de differents Auteurs.
Le 24 , jour de la Fête- Dieu , on chanta
Exaltabo te Deus , Motet de M. de la
Lande , et Venite exultemus , du sieur du
Bous et. Les Diles. Erremens et Lenner ,
chanterent O Sacrum convivium , Motet
de M. Mouret , qui fût trés aplaudi , de
même qu'un autre petit Motet de M. le
Maire , chanté par la Dlle . Petit- pas ; ce
dernier Concert fût terminé par le Te
Deum de M. de la Lande ,avec Timballes
et Trompettes , précedé d'une trés belle
Symphonie.
Le 8. de ce mois , les Officiers des Gardes
du Corps allerent par la premiere fois
prendre l'Ordre de M. le Dauphin , en
l'absence du Roy.
Chambre du Roy joüerent au levé de :
Sa Majesté , plusieurs airs de Symphonie
de M. de Lully , et les 24. Violons
de la Chambre donnerent au diné du Roy
une suite de symphonie de la composition
de
1174 MERCURE DE FRANCE
de M. Destouches Sur Intendant de la
Musique du Roy en Semestre , dont l'execution
fût trés brillante .
Le s . il y eût Concert à Marly , on y
chanta les deux derniers Actes de l'Opera'd'Atys.
Le 7 , on chanta devant la Reyne le
Prologue du Balet des Stratagêmes de
l'Amour , dont les vers sont de M. Roy ,
et la Musique de M. Destouches . Ce Prologue
, fait à l'occasion du mariage de L.
M. fut chanté par la Dile. Lenner qui fit
le Rôle de la Prétresse de la Gloire , avec
tout le succès qu'on en pouvoit attendre ,
les Choeur et les Symphonies firent le
même plaisir.
Le 16 , on chanta devant la Reyne la
premiere Entrée du même Balet , intitulée
Scamandre , dont le Rôle fût rempli
par le sieur d'Angerville , et celui de-
Callirée par la Die Barbier , ces deux sujets
rendirent ccs Caractéres avec beaud'Art.
coup
·
Le 19 , on donna la seconde Entrée ,
qui a pour titre les Abderites , le sieur
Guedon y chinta le Rôle de Timante , le
sieurLe Prince celuy d'Iphis , et la Dlle
Couvassier c lui d'Irene , dans lequelelle
plût infiniment.
Le 21 , on finit le Balet par la troisiéme
MAY. 1735. 1175
me Entrée intitulée la Fête de Philotis ; la
Die Lenner et le sieur d'Argervile chanterent
les Rôles d'Albine et d'Emile au
contentement de la Reyne et de toute la
Cour , et le sieur Le Prince fit le Rôle de
Lycas , avec autant de précision que de
legereté .
Le 3. jour Fêre de l'Ascension , et le 1 3 .
Fête de la Pentecôte , il y eût Concert spirituel
au Château des Thuilleries ; on y
chanta differents Motets de M. de la Lande
qui furent parfaitement bien executés,
de même que d'autres petits Motets à une
et deux voix de differents Auteurs.
Le 24 , jour de la Fête- Dieu , on chanta
Exaltabo te Deus , Motet de M. de la
Lande , et Venite exultemus , du sieur du
Bous et. Les Diles. Erremens et Lenner ,
chanterent O Sacrum convivium , Motet
de M. Mouret , qui fût trés aplaudi , de
même qu'un autre petit Motet de M. le
Maire , chanté par la Dlle . Petit- pas ; ce
dernier Concert fût terminé par le Te
Deum de M. de la Lande ,avec Timballes
et Trompettes , précedé d'une trés belle
Symphonie.
Le 8. de ce mois , les Officiers des Gardes
du Corps allerent par la premiere fois
prendre l'Ordre de M. le Dauphin , en
l'absence du Roy.
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Résumé : « Le premier May, les Hautbois de la Chambre du Roy joüerent au levé de [...] »
Du 1er au 24 juin, plusieurs événements musicaux eurent lieu à la cour du Roi. Le 1er mai, les Hautbois de la Chambre du Roi jouèrent des symphonies de Lully au lever du Roi, et les Violons de la Chambre exécutèrent une suite de symphonies de Destouches lors du dîner du Roi. Le 5 mai, un concert à Marly présenta les deux derniers actes de l'opéra 'Atys'. Le 7 mai, le Prologue du Ballet des Stratagèmes de l'Amour, avec des vers de Roy et la musique de Destouches, fut chanté devant la Reine par Lenner. Les 16, 19 et 21 mai, différentes entrées du même ballet furent interprétées devant la Reine, avec des rôles joués par plusieurs artistes. Le 3 juin, jour de l'Ascension, et le 13 juin, jour de la Pentecôte, des concerts spirituels eurent lieu aux Tuileries avec des motets de La Lande et d'autres auteurs. Le 24 juin, jour de la Fête-Dieu, plusieurs motets furent chantés, dont ceux de La Lande, Du Bousset et Mouret, interprétés par Erremens et Lenner. Le concert se termina par le Te Deum de La Lande avec timbales et trompettes. Le 8 juin, les Officiers des Gardes du Corps prirent l'Ordre du Dauphin en l'absence du Roi.
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6
p. 1348-1350
Balet des Fêtes Venitiennes, [titre d'après la table]
Début :
Le 14. on remit au Theatre le Balet des Fêtes Venitiennes, dont les paroles sont de [...]
Mots clefs :
Ballet, Entrées, Rôles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Balet des Fêtes Venitiennes, [titre d'après la table]
Le 14. on remit au Theatre le Balet des
Fêtes Venitiennes
, dont les paroles sont de
M. Danchet , & la Musique
de M. Cam
pra. Ce Balet , composé de plusieurs
Er
trées , avoit été donné la premiere
fois en
Juin 1710. et la derniere Reprise en Juil
let 1721. On joüe aujourd'hui
le Prologue
et trois Entrées ; sçavoir , les Devins de la
Place S. Marc , l'Amour Saltinbanque
, et
le Bal.
Les deux principaux Rôles du Prologue,
qui sont le Carnaval et la Folie , qui
avoient été joués en 1721. par le fieur le
Mire , et la Dile Souris , sont remplacez
I. Vole
par
'JU IN. 1731. 7349
par le sieur Dun , et la Dlc Erremens.
Les trois Rôles de la premiere Entrée
de Leandre , Cavalier
François , Zelie ,
jeune Vénitienne
et une Bohémienne
, qui
avoient été jouées par le fieur Thevenard
,
par la De Antier , et par la Dlle Lambert ,
sont remplis par le fieur Chassé , par
Dile Pellissier
, et la Dlle Julie.
la
Dans la deuxième Entrée de l'Amour
Saltinbanque , le fieur Dun chante le Rôle
du Chef des Saltinbanques , à la place du
fieur du Bourg ; celui d'Eraste,jeune, Fran
çois , Amant de Leonore, est chanté par le
S Tribou , à la place du S Muraire , celui
de Leonore , par la Dile le Maure , au lieu
de la Dile Tulon , et celui de la Surveil
lante de Leonore , par le fieur Cuvillier ,
qui a remplacé le sieur Mantienne . Le
Rôle de l'Amour Saltinbanque , qui avoit
été joüé par la Dlle Minier ," est exécuté
par la Dile Petitpas.
•
Le Rôle d'Alamir , Prince Polonois , dans
la 3º Entrée , est chanté par le St Chassé ,
à la place du S Thevenard ; le St Dumas
joue celui du Gentilhomme du Prince ,
qui avoit été chanté par le fieur Ariand ;
celui d'Iphise , par la Dule Pelissier , à la
place de la Dile Antier , et les deux Rô.
les , aussi originaux que singuliers , du
Maître de Musique , et du Maître de
1. Vol. Gij Dan
1350 MERCURE
DE FRANCE
Danse , sont joüez par les fieurs Tribou et
Dupré , qui ont remplacé les sieurs Man
desorte tienne et Marcel.; que tous les
Acteurs & Actrices qui joüoient dans cet
Operaily a dix ans , sont totalement
rem
placez. Au reste , ce Balet qui eft remis
d'une maniere très-brillante , est très -bien
executé , et tous les principaux
Rôles sont
remplis par differens Sujets , qui en ren
dent parfaitement
les caracteres . On n'a
rien épargné pour le bon goût , le brillant
des Habits , et la beauté du Spectacle. Les
Danses composées
par le fieur Blondi ,
sont bien caracterisćes
, variées et inge
nieuses. Le Public témoigne par des ap
plaudissemens
et de nombreuses
Assem
blées , le plaisir que lui fait cet Opera .
Fêtes Venitiennes
, dont les paroles sont de
M. Danchet , & la Musique
de M. Cam
pra. Ce Balet , composé de plusieurs
Er
trées , avoit été donné la premiere
fois en
Juin 1710. et la derniere Reprise en Juil
let 1721. On joüe aujourd'hui
le Prologue
et trois Entrées ; sçavoir , les Devins de la
Place S. Marc , l'Amour Saltinbanque
, et
le Bal.
Les deux principaux Rôles du Prologue,
qui sont le Carnaval et la Folie , qui
avoient été joués en 1721. par le fieur le
Mire , et la Dile Souris , sont remplacez
I. Vole
par
'JU IN. 1731. 7349
par le sieur Dun , et la Dlc Erremens.
Les trois Rôles de la premiere Entrée
de Leandre , Cavalier
François , Zelie ,
jeune Vénitienne
et une Bohémienne
, qui
avoient été jouées par le fieur Thevenard
,
par la De Antier , et par la Dlle Lambert ,
sont remplis par le fieur Chassé , par
Dile Pellissier
, et la Dlle Julie.
la
Dans la deuxième Entrée de l'Amour
Saltinbanque , le fieur Dun chante le Rôle
du Chef des Saltinbanques , à la place du
fieur du Bourg ; celui d'Eraste,jeune, Fran
çois , Amant de Leonore, est chanté par le
S Tribou , à la place du S Muraire , celui
de Leonore , par la Dile le Maure , au lieu
de la Dile Tulon , et celui de la Surveil
lante de Leonore , par le fieur Cuvillier ,
qui a remplacé le sieur Mantienne . Le
Rôle de l'Amour Saltinbanque , qui avoit
été joüé par la Dlle Minier ," est exécuté
par la Dile Petitpas.
•
Le Rôle d'Alamir , Prince Polonois , dans
la 3º Entrée , est chanté par le St Chassé ,
à la place du S Thevenard ; le St Dumas
joue celui du Gentilhomme du Prince ,
qui avoit été chanté par le fieur Ariand ;
celui d'Iphise , par la Dule Pelissier , à la
place de la Dile Antier , et les deux Rô.
les , aussi originaux que singuliers , du
Maître de Musique , et du Maître de
1. Vol. Gij Dan
1350 MERCURE
DE FRANCE
Danse , sont joüez par les fieurs Tribou et
Dupré , qui ont remplacé les sieurs Man
desorte tienne et Marcel.; que tous les
Acteurs & Actrices qui joüoient dans cet
Operaily a dix ans , sont totalement
rem
placez. Au reste , ce Balet qui eft remis
d'une maniere très-brillante , est très -bien
executé , et tous les principaux
Rôles sont
remplis par differens Sujets , qui en ren
dent parfaitement
les caracteres . On n'a
rien épargné pour le bon goût , le brillant
des Habits , et la beauté du Spectacle. Les
Danses composées
par le fieur Blondi ,
sont bien caracterisćes
, variées et inge
nieuses. Le Public témoigne par des ap
plaudissemens
et de nombreuses
Assem
blées , le plaisir que lui fait cet Opera .
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Résumé : Balet des Fêtes Venitiennes, [titre d'après la table]
Le 14, la pièce 'Le Ballet des Fêtes Vénitiennes' a été représentée au Théâtre. Ce ballet, créé en juin 1710 et repris pour la dernière fois en juillet 1721, comprend plusieurs entrées. Lors de cette représentation, le prologue et trois entrées ont été jouées : 'Les Devins de la Place S. Marc', 'L'Amour Saltinbanque' et 'Le Bal'. Les rôles principaux du prologue, Carnaval et Folie, initialement interprétés par le sieur Le Mire et la Dlle Souris, sont désormais joués par le sieur Dun et la Dlle Erremens. Dans la première entrée, les rôles de Leandre, Zelie et une Bohémienne sont interprétés respectivement par le sieur Chassé, la Dlle Pellissier et la Dlle Julie. Dans la deuxième entrée, le sieur Dun remplace le sieur du Bourg, le sieur Tribou remplace le sieur Muraire, la Dlle le Maure remplace la Dlle Tulon, et le sieur Cuvillier remplace le sieur Mantienne. La Dlle Petitpas remplace la Dlle Minier dans le rôle de l'Amour Saltinbanque. Dans la troisième entrée, le rôle d'Alamir est interprété par le sieur Chassé, et le rôle du Gentilhomme du Prince est joué par le sieur Dumas. La Dlle Pellissier remplace la Dlle Antier dans le rôle d'Iphise. Les rôles du Maître de Musique et du Maître de Danse sont joués par les sieurs Tribou et Dupré. Tous les acteurs et actrices ayant joué dans ce ballet il y a dix ans ont été remplacés. La représentation est brillante et bien exécutée, avec des danses composées par le sieur Blondi. Le public exprime son plaisir par des applaudissements et des assemblées nombreuses.
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7
p. 1568-1575
Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
Début :
Le Balet des Fêtes Venitiennes, dont nous avons déja parlé dans le premier [...]
Mots clefs :
Opéra, Ballet, Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
LE
E Balet des Fêtes Venitiennes , dont
nous avons déja parlé dans le premier
volume du Mercure de ce mois , est tou
jours extrémement goûté du Public. Au
Prologue , le Théatre représente le Port
de Venise. Le Carnaval y paroît au mi
lieu d'une troupe de Masques . Il annon
ce le sujet par ces Vers :
L'éclat de ce séjour , tranquile au sein des Mers ,,
Attire cent Peuples divers ,
Charmez de sa magnificence :
Mais il n'est jamais plus pompeux
Que lorsque les Ris et les Jeux ,
Sy rassemblent par ma presence , &c.
La Folie vient se joindre au Carnaval
pour rendre la Fête plus vive , elle s'ex
prime ainsi :.
O
Accourez , hâtez-vous ;
Goutez les charmes de la vie ;
II..Vol. Je
. ا
r539
JUIN 1732:
Je les dispense tous :
Il n'en est point sans la Folie.
La Suite de la Folie se joint à celle du
Carnaval ; elles composent le. Balet- du
Prologue..
Dans la premiere Entrée qui a pour
titre les Devins de la Place de S. Marc
le Théatre représente cette Place . Zelie,
jeune Vénitienne , masquée en Bohemien
ne , veut apprendre à la faveur de ce
déguisement , si Leandre , Cavalier Fran
çois , ne lui fait point d'infidelité ; elle
se retire voyant approcher Léandre , et
fait connoître son dessein par ces Vers :
>
C'est lui qui vient , pour le surprendre,,
Je veux l'observer et l'entendre.
Léandre expose son caractere par ces
Vers :
Amour , favorise mes voeux;
Ne sois point offensé si mon coeur est vol age ;
Prendre souvent de nouveaux noeuds ,
C'est te rendre souvent hommage.
Zelie vient parler à Léandre sous le
masque , et lui dit en dansant avec un
Tambour de Basque :
Jeune Etranger, veux-tu sçavoir,
II. Vol..
Ta
1570 MERCURE DE FRANCE
Ta bonne ou mauvaise fortune ?
Ma science n'est point commune ,
Dans le grand Art de tout prévoir.
Leandre n'ajoute d'abord point de fot
à la prétendue science de la fausse Bohé
mienne ; mais il commence à la croire
après avoir entendu ces Vers :
Que voy-je dans ces lieux ?
A combien de Beautez tu promets tą tendresse !
Tu sçais parler d'amour , tu l'exprime des mieux,
Sans que d'un trait constant jamais ce Dieu te
blesse.
" Il lui repond :
Il est vrai je suis infidele ;
Par tout ce qui me plaît je me sens arrêté ;
Le coeur ne fut jamais le tribut d'une Belle
C'est le tribut de la Beauté.
Zelie le quitte après lui avoir dit
Ecoute , par mon Art ce que je vais prédire :
Aujourd'hui dans nos Jeux ,
Tu verras l'objet de tes voeux ;
Lui-même aura soin de t'instruire ,"
Du succès de tes feux.
Les Devins et les Bohémiennes de la
II. Vol.
Place
A
JUIN. 1731. 7575
Place de S. Marc , font le divertissement
de cette premiere Entrée ; Zelie vient se
faire connoître à Leandre , et fait le dé
noüement par ces deux Vers :
Tu m'offrois de dangereux liens ,
Je sçais tes sentimens , tu peux juger des miens.
Dans la deuxième Entrée , intitulée l'A
mourSaltinbanque , Filindo , Chef des Sal
tinbanques , promet son secours à Eraste ,
jeune François habillé à la Venitienne et
amoureux de Leonore ; il lui dit que cette
Belle vient souvent voir leurs Jeux , et
qu'à la faveur de la foule des Spectateurs
qu'ils attirent , il pourra lui parler de
son amour.
Eraste se retire voyant paroître Leono
re suivie de Nerine , sa Surveillante ; Ne
rine ne cesse point d'exhorter l'aimable
Venitienne dont la garde lui est commise,
à se défendre des pieges de tous les Amans;
elle lui témoigne sur tout sa défiance sur
un jeune François ; Leonore lui répond
ingenûment , que sans ces remontran
ces , hors de saison , elle ne se seroit peut
être jamais apperçuë ni du merite ni de
l'amour de ce François.
Une troupe de Saltinbanques arrive ; on
apperçoit un Char qui s'entr'ouvre et qui
II. Vol. se
572 MERCURE DE FRANCE
se présente en forme de Théatre. L'Amout
y paroît avec tous les ornemens d'un Sal
tinbanque , il n'est caracterisé que par unt
Arc qu'il tient dans sa main ; les Plaisirs et
l'ès Jeux sont autour de lui sous des figu
res comiques , et composent le Balet .
Filindo et les Choeurs annoncent la
Fête par ces Vers :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts ☀
Nous vous amenons de Cythere ,
"
Ce qui peut charmer vos regards ;
Notre soin vous est necessaire :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts.
L'Amour expose less sujets de sa venuë
par ces Vers :
Venez tous , venez faire emplette ;
Je vends le secret d'être heureux :
Je fais dispenser ma recette ,
Par les Plaisirs et par les Jeux , &c. ·
A la faveur de la Fête , Eraste s'appro
che de Leonore , et lui parle malgré tous
les soins de sa Surveillante ; elle les sur
prend enfin ; Eraste la met dins leurs in
terêts par ces paroles :
Ne contraint plus nos feux ;"
Gesse de nous être contraire ; .
LI Vol. Obres
JUIN.
3573 1731.
Obtenons l'aveu de son Pere ;
Espere tout de moi si je deviens heureux .
&
La troisiéme Entrée de cet Opera Balet
est appellée le Bal. La Scene est dans un
Palais de Venise ; le Théatre représente
un lieu préparé pour un Bal.
Alamir , Prince Polonois , amoureux
d'une jeune Venitienne , ne veut passer,
auprès d'elle que pour un simple Gentil
homme pour gouter le doux plaisir de
s'en faire aimer sans emprunter le se
cours d'un rang illustre ; Themir , son
Confident , qu'il fait passer pour son
Maître , lui dit qu'il est temps de se
donner pour ce qu'il est en effet , puisque
sa chere Iphise l'aime , tout simple Gen
tilhomme qu'elle le croit , tandis que lui
Thémir , prétendu Prince , ne s'attire pas
le moindre regard favorable ; il finit cette
premiere Scene par ces Vers qui annon
cent la Fête:
Par vos ordres exprès je donne un Bal pompeux;
Deux Maîtres renommez , qu'à vû naître là:
France ,
Doivent en préparer et les chants et la danse :
Vous y verrez l'objet de vos plus tendres voeux..?
Alamir lui répond :
Tu sçais par quel moyen tu me feras connoître
11. Vol.
-Les
1574 MERCURE DE FRANCE
Les Ordonnateurs du Bal étalent aux
yeux du Prince , à l'envi l'un de l'autre ,
tout ce que leur Art a de plus brillant.
Tout ce que chante le Maître de Musique
est une fine Critique dont on reconnoît
les objets. Cette Scene est suivie d'une au
tre , dans laquelle Alamir conseille à sa
chere Iphise d'aimer son prétendu Rival,
qui la veut placer dans un rang glorieux,
au lieu qu'il n'a à lui offrir que son amour
et sa constance ; cette charmante Scene
finit par ce bout de Dialogue.:
Ah ! j'ai perdu votre tendresse ;
Ce vain discours est une adresse ,
Qui cache un changement fatal :
Non , il n'est pas possible ,
Qu'un Amant bien sensible ,
Parle pour son Rival.
Alamir.
Aimez un Prince , aimez ....
Iphise.
Tu le veux donc , perfide ?
Alamir.
Si vous ne l'aimez pas , je ne puis être heureux.
Iphise.
C'en est fait , je suivrai le transport qui me guide;
5
1.1. Vol. Pour
JUIN. 1731. 1575
"
Pour me vanger de toi , j'approuverai ses feux ;
Mon juste désespoir ... je le voi qui s'avance ;
Ingrat , je t'aime encor malgré ton inconstance.
L'arrivée du Prince prétendu , qui fait
connoître Alamir pour le veritable , dé
noiie agréablement l'action ; le Bal qui
survient , finit cette derniere Entrée ,
dont les applaudissemens redoublez mar
quent le plaisir qu'elle fait.
On a appris de Naples , que le 27. du
mois dernier , on y représenta pour la
premiere fois le nouvel Opera d'Argene ,
qui fut generalement applaudi et honoré
de la présence du Chevalier de S. George
et de la principale Noblesse de la Ville.
E Balet des Fêtes Venitiennes , dont
nous avons déja parlé dans le premier
volume du Mercure de ce mois , est tou
jours extrémement goûté du Public. Au
Prologue , le Théatre représente le Port
de Venise. Le Carnaval y paroît au mi
lieu d'une troupe de Masques . Il annon
ce le sujet par ces Vers :
L'éclat de ce séjour , tranquile au sein des Mers ,,
Attire cent Peuples divers ,
Charmez de sa magnificence :
Mais il n'est jamais plus pompeux
Que lorsque les Ris et les Jeux ,
Sy rassemblent par ma presence , &c.
La Folie vient se joindre au Carnaval
pour rendre la Fête plus vive , elle s'ex
prime ainsi :.
O
Accourez , hâtez-vous ;
Goutez les charmes de la vie ;
II..Vol. Je
. ا
r539
JUIN 1732:
Je les dispense tous :
Il n'en est point sans la Folie.
La Suite de la Folie se joint à celle du
Carnaval ; elles composent le. Balet- du
Prologue..
Dans la premiere Entrée qui a pour
titre les Devins de la Place de S. Marc
le Théatre représente cette Place . Zelie,
jeune Vénitienne , masquée en Bohemien
ne , veut apprendre à la faveur de ce
déguisement , si Leandre , Cavalier Fran
çois , ne lui fait point d'infidelité ; elle
se retire voyant approcher Léandre , et
fait connoître son dessein par ces Vers :
>
C'est lui qui vient , pour le surprendre,,
Je veux l'observer et l'entendre.
Léandre expose son caractere par ces
Vers :
Amour , favorise mes voeux;
Ne sois point offensé si mon coeur est vol age ;
Prendre souvent de nouveaux noeuds ,
C'est te rendre souvent hommage.
Zelie vient parler à Léandre sous le
masque , et lui dit en dansant avec un
Tambour de Basque :
Jeune Etranger, veux-tu sçavoir,
II. Vol..
Ta
1570 MERCURE DE FRANCE
Ta bonne ou mauvaise fortune ?
Ma science n'est point commune ,
Dans le grand Art de tout prévoir.
Leandre n'ajoute d'abord point de fot
à la prétendue science de la fausse Bohé
mienne ; mais il commence à la croire
après avoir entendu ces Vers :
Que voy-je dans ces lieux ?
A combien de Beautez tu promets tą tendresse !
Tu sçais parler d'amour , tu l'exprime des mieux,
Sans que d'un trait constant jamais ce Dieu te
blesse.
" Il lui repond :
Il est vrai je suis infidele ;
Par tout ce qui me plaît je me sens arrêté ;
Le coeur ne fut jamais le tribut d'une Belle
C'est le tribut de la Beauté.
Zelie le quitte après lui avoir dit
Ecoute , par mon Art ce que je vais prédire :
Aujourd'hui dans nos Jeux ,
Tu verras l'objet de tes voeux ;
Lui-même aura soin de t'instruire ,"
Du succès de tes feux.
Les Devins et les Bohémiennes de la
II. Vol.
Place
A
JUIN. 1731. 7575
Place de S. Marc , font le divertissement
de cette premiere Entrée ; Zelie vient se
faire connoître à Leandre , et fait le dé
noüement par ces deux Vers :
Tu m'offrois de dangereux liens ,
Je sçais tes sentimens , tu peux juger des miens.
Dans la deuxième Entrée , intitulée l'A
mourSaltinbanque , Filindo , Chef des Sal
tinbanques , promet son secours à Eraste ,
jeune François habillé à la Venitienne et
amoureux de Leonore ; il lui dit que cette
Belle vient souvent voir leurs Jeux , et
qu'à la faveur de la foule des Spectateurs
qu'ils attirent , il pourra lui parler de
son amour.
Eraste se retire voyant paroître Leono
re suivie de Nerine , sa Surveillante ; Ne
rine ne cesse point d'exhorter l'aimable
Venitienne dont la garde lui est commise,
à se défendre des pieges de tous les Amans;
elle lui témoigne sur tout sa défiance sur
un jeune François ; Leonore lui répond
ingenûment , que sans ces remontran
ces , hors de saison , elle ne se seroit peut
être jamais apperçuë ni du merite ni de
l'amour de ce François.
Une troupe de Saltinbanques arrive ; on
apperçoit un Char qui s'entr'ouvre et qui
II. Vol. se
572 MERCURE DE FRANCE
se présente en forme de Théatre. L'Amout
y paroît avec tous les ornemens d'un Sal
tinbanque , il n'est caracterisé que par unt
Arc qu'il tient dans sa main ; les Plaisirs et
l'ès Jeux sont autour de lui sous des figu
res comiques , et composent le Balet .
Filindo et les Choeurs annoncent la
Fête par ces Vers :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts ☀
Nous vous amenons de Cythere ,
"
Ce qui peut charmer vos regards ;
Notre soin vous est necessaire :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts.
L'Amour expose less sujets de sa venuë
par ces Vers :
Venez tous , venez faire emplette ;
Je vends le secret d'être heureux :
Je fais dispenser ma recette ,
Par les Plaisirs et par les Jeux , &c. ·
A la faveur de la Fête , Eraste s'appro
che de Leonore , et lui parle malgré tous
les soins de sa Surveillante ; elle les sur
prend enfin ; Eraste la met dins leurs in
terêts par ces paroles :
Ne contraint plus nos feux ;"
Gesse de nous être contraire ; .
LI Vol. Obres
JUIN.
3573 1731.
Obtenons l'aveu de son Pere ;
Espere tout de moi si je deviens heureux .
&
La troisiéme Entrée de cet Opera Balet
est appellée le Bal. La Scene est dans un
Palais de Venise ; le Théatre représente
un lieu préparé pour un Bal.
Alamir , Prince Polonois , amoureux
d'une jeune Venitienne , ne veut passer,
auprès d'elle que pour un simple Gentil
homme pour gouter le doux plaisir de
s'en faire aimer sans emprunter le se
cours d'un rang illustre ; Themir , son
Confident , qu'il fait passer pour son
Maître , lui dit qu'il est temps de se
donner pour ce qu'il est en effet , puisque
sa chere Iphise l'aime , tout simple Gen
tilhomme qu'elle le croit , tandis que lui
Thémir , prétendu Prince , ne s'attire pas
le moindre regard favorable ; il finit cette
premiere Scene par ces Vers qui annon
cent la Fête:
Par vos ordres exprès je donne un Bal pompeux;
Deux Maîtres renommez , qu'à vû naître là:
France ,
Doivent en préparer et les chants et la danse :
Vous y verrez l'objet de vos plus tendres voeux..?
Alamir lui répond :
Tu sçais par quel moyen tu me feras connoître
11. Vol.
-Les
1574 MERCURE DE FRANCE
Les Ordonnateurs du Bal étalent aux
yeux du Prince , à l'envi l'un de l'autre ,
tout ce que leur Art a de plus brillant.
Tout ce que chante le Maître de Musique
est une fine Critique dont on reconnoît
les objets. Cette Scene est suivie d'une au
tre , dans laquelle Alamir conseille à sa
chere Iphise d'aimer son prétendu Rival,
qui la veut placer dans un rang glorieux,
au lieu qu'il n'a à lui offrir que son amour
et sa constance ; cette charmante Scene
finit par ce bout de Dialogue.:
Ah ! j'ai perdu votre tendresse ;
Ce vain discours est une adresse ,
Qui cache un changement fatal :
Non , il n'est pas possible ,
Qu'un Amant bien sensible ,
Parle pour son Rival.
Alamir.
Aimez un Prince , aimez ....
Iphise.
Tu le veux donc , perfide ?
Alamir.
Si vous ne l'aimez pas , je ne puis être heureux.
Iphise.
C'en est fait , je suivrai le transport qui me guide;
5
1.1. Vol. Pour
JUIN. 1731. 1575
"
Pour me vanger de toi , j'approuverai ses feux ;
Mon juste désespoir ... je le voi qui s'avance ;
Ingrat , je t'aime encor malgré ton inconstance.
L'arrivée du Prince prétendu , qui fait
connoître Alamir pour le veritable , dé
noiie agréablement l'action ; le Bal qui
survient , finit cette derniere Entrée ,
dont les applaudissemens redoublez mar
quent le plaisir qu'elle fait.
On a appris de Naples , que le 27. du
mois dernier , on y représenta pour la
premiere fois le nouvel Opera d'Argene ,
qui fut generalement applaudi et honoré
de la présence du Chevalier de S. George
et de la principale Noblesse de la Ville.
Fermer
Résumé : Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
Le ballet des Fêtes Vénitiennes est un spectacle très apprécié du public. Le prologue se déroule au port de Venise, où les personnages du Carnaval et de la Folie annoncent le début de la fête. La première entrée, intitulée 'Les Devins de la Place de S. Marc', met en scène Zelie, une jeune Vénitienne déguisée en bohémienne. Zelie surveille son amant Leandre et découvre son infidélité. Elle se révèle alors à lui. La deuxième entrée, 'L'Amour Saltinbanque', présente Eraste, un jeune Français amoureux de Leonore. Avec l'aide de Filindo, chef des saltimbanques, Eraste parvient à parler à Leonore malgré la surveillance de Nerine. La troisième entrée, 'Le Bal', se déroule dans un palais vénitien. Alamir, un prince polonais amoureux d'Iphise, se fait passer pour un simple gentilhomme. Thémir, son confident, lui conseille de révéler son véritable rang. Alamir finit par avouer son amour à Iphise, qui accepte finalement de l'aimer. Le ballet se conclut par un bal et des applaudissements. Par ailleurs, le texte mentionne la représentation à Naples de l'opéra d'Argene, acclamé par le public et la noblesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 1816-1822
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 3 Juillet, les Comédiens François représenterent à la Cour la Tragédie [...]
Mots clefs :
Cour, Comédiens-Français, Tragédie, Comédiens-Italiens, Concert, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 3 Juillet , les Comédiens François
Lrepresenterent à la Cour la Tragédie
de Phédre et Hipolite , qui fut suivie de la
petite Comédie de l'Eté des Coquetes.
Les , la Mere Coquette.
Le 10, Radamiste et Zénobie : Tragédie
de
JUILLET. 1731. 1817
de M. Crébillon , qui fut suivie de l'Eté
des Coquetes , que la Cour fut bien - aise de
voir.
Le 12 , la Comédie du Joueur.
Le 17 , Astrate , Tragédie de M. Quinaut
, et le François à Londres.
Le 19 , le Muet.
Le 24 , le Cid et l'Amour Medecin.
La Dile Gossin joüa pour la premiere
fois à la Cour le rôle de Chimene.Elle fut
fort applaudie
.
Le 28. l'Italie Galante. Ce sont trois
petites Piéces de M.de la Motte , qui ont
été fort goûtées , et tres- bien joüées , par
les Comédiens François de la Cour et de
Paris.
Le Mardi 31. le Faux Sincere,Comédie
nouvelle , ens actes , par feu M. Dufreni,
qui a été fort goûtée , et les trois Cousines
par les Comédiens qui étoient restez à
Paris , et qui joueront pendant le reste du
voyage de Fontainebleau , à la place de
ceux qui avoient suivi la Cour.
Le 7 Juillet , les Comédiens Italiens représenterent
le Jeu de l'Amour et du Hazard
, qui fut suivi de la petite Comédie
du Retour de Tendresse.
Le 14 , Arlequin Muet par crainte ; Pié-
I ce
1818 MERCURE DE FRANCE :
ce Italienne , qui fit beaucoup de plaisir ,
et pour petite Piéce , le Portrait.
Le 21 , Arlequin Sauvage et Arlequin
Hulla.
Le 26 , l'Embarras des Richesses et Arlequin
Phaeton , Parodie. Il y a eu une nouvelleDécoration
,et un nouveauSoleil faits
à Fontainebleau , par le sieur Lemaire ,
Auteur de la premiere Décoration qu'on
a vû à l'Hôtel de Bourgogne. On en poutra
parler plus au long.
Le 4 Juillet , il y eut Concert chez la
Reine. M. de Blamont , Sur -Intendant
de la Musique du Roy , de Sémestre , fit
chanter le second et le troisiéme Acte de
l'Opera de Roland , qui fut continué le
9,par le 4 et le dernier Acte.
Le 11 , on chanta le Prologue et le premier
Acte du Balet des Fêtes Venitiennes,
de M. Campra.
Le 15 , il y eut Promenade et une gran
de Simphonie sur le Canal. La Reine
étoit en Gondole , avec les Princesses et
les Dames du Palais , & c.
,
Le 18 , on exécuta les deux derniers
Actes du même Balet des Fêtes Vénitiennes ,
qui sont l'Amour Saltinbanque et le Bal.
Le 23 , il y eut Promenade , Symphonie
et Collation sur l'Etang du Jardin neuf ,
et
JUILLET. 1731. 1819
et le 30 , on chanta le Prologue et le
mier Acte de Bellerophon.
pre-
Le Roy a donné le Gouvernement du
Prat-de-Mouliou en Roussillon , à M.de
Beaupuy,Commandant duRegiment d'Infanterie
de Toulouse. M. le Marquis de la
Vieuville qui l'avoit , s'est retiré avec une
pension de 2000 liv.
On a appris des côtes de Barbarie que
M. Duguai-Trouin , Lieutenant General
des Armées Navales du Roy , étoit sur son
départ , dans la Rade d'Alger , avec les
quatre Vaisseaux de Guerre qu'il commande
, et que la Régence lui avoit fait
rendre 29 Esclaves, tant François que Gênois,
qu'il avoit redemandez, et qui avoient
été priscontre la teneur des Traitez .
Le 18 de ce mois , l'Académie François
se fit faire dans 1 Eglise des Cordeliers du
Grand Couvent, un Service pour le repos
de l'ame de feu M. de la Faye .
Le
24 la
Lotterie
de la
Compagnie
des
Indes
, établie
pour
le remboursement
des
Actions
, fut
tirée
en
la maniere
accoûtumée
, à l'Hôtel
de
la
Compagnie
. La
Liste
des
Numero
gagnans
des
Actions
et Dixiémes
I ij
1820 MERCURE DE FRANCE
xièmes d'Actions , qui doivent être remboursées
, a été renduë publique , faisant
en tout le nombre de 309 Actions.
Le Roy a accordé à la Ville de Valencienne
un Marché franc , qui se tiendra le
16 de chaque mois . Toutes sortes de personnes
, tant Etrangers qu'autres , pourront
y aller librement , pour vendre, acheter
et troquer des Chevaux, Boeufs, Moutons
et autres Bestiaux , et retourner sans
payer aucun droit , et sans que leurs personnes
ou marchandises puissent être arrêtées
ou saisies , Ce Marché franc commencera
le 16 du mois d'Août , auquel
jour on distribuera trois Prix : Un pour
le
plus beau Cheval de Selle ; le second , pour
Ja plus belle couple de Chevaux de Carosse
; et le troisiéme , pour le plus beau
Cheval de trait,
Après la mort du Marquis de Goussainville
, Conseiller au Parlement , reçû
en survivance dans la Charge de son pere ,
premier Président de la Chambre des
Comptes , le Roy a accordé le Regiment
de Dragons du Marquis de Nicolai , à
present son fils aîné , à son frere , Chevalier
de Malthe , qui étoit Capitaine dans
le même Regiment,lequel a un autre frere
aussi
JUILLET. 1731. 1821
aussi Chevalier de Malthe . C'est à ce sujet
que les Vers suivans ont été envoïez au
Marquis de Nicolai , qui a repris le parti
de la Robe , ayant été reçû Avocat avant
d'être Colonel.
Thémis reprend ses droits
avec elle ,
Mars d'accord
Consent qu'en imitant vos illustres Ayeux ,
Vous remplissiez un jour le destin glorieux ;
Où la Déesse vous appelle.
Il est jaloux de la faveur nouvelle ,
Qui lui ravit en vous un sujet belliqueux
Mais il ne perdra rien de sa Cour militaire.
Pour deux freres , jeunes guerriers ,
Dont la vertu paroît hereditaire ,
Il réservera les Lauriers ,
Qu'ils cueilleront dans leur noble carriere ,
Ainsi par votre nom , il est dédommagé ,
Et l'on dira de vous , Cedant Arma Toga.
M. D. M.
Le ri de ce mois Aly Mehemet , Mahométan
, natif d'Alger , âgé de 31 ans ,
a été baptisé à Moulins , ville capitale du
Bourbonnois , dans l'Eglise Parroissiale de
S. Jean ; il a été instruit pendant près
d'un an des veritez de la Religion chré-
I iij
tienne ,
1822 MERCURE DE FRANCE
tienne , par M. le Maître , Curé de la même
Paroisse , et Official de M. l'Evêque
d'Autun.
Ce Baptême se fit sur les 4 heures après
midi , les Administrateurs de l'Hôpital .
General , où ce Cathécumene avoit trouvé
un azile secourable , le conduisirent à l'Eglise.
Le Parrain fut M.de Vanolles, Maître
des Requêtes , Intendant de la Province
; et la Marraine , Madame d'Alençon
, épouse de M. d'Alençon , cy- devant
Colonel d'Infanterie , au service du Roy
Stanislas. Les cérémonies furent faites
avec beaucoup d'ordre et de dignité ; la
Maréchaussée étoit rangée aux Portes et
avenues de l'Eglise ; les Tambours de la
Ville et des Instrumens de toute espece
augmenterent encore la pompe de cette
Fête ; Madame l'Intendante , les principaux
Magistrats , plusieurs personnes de
l'un et l'autre sexe , tant du Corps de la
Noblesse , que des autres Etats les plus
distinguez de la Ville , y assisterent. Il y cut
le soir à l'Intendance un grand souper, on
y servit deux Tables avec autant de délicatesse
que de propreté.
E 3 Juillet , les Comédiens François
Lrepresenterent à la Cour la Tragédie
de Phédre et Hipolite , qui fut suivie de la
petite Comédie de l'Eté des Coquetes.
Les , la Mere Coquette.
Le 10, Radamiste et Zénobie : Tragédie
de
JUILLET. 1731. 1817
de M. Crébillon , qui fut suivie de l'Eté
des Coquetes , que la Cour fut bien - aise de
voir.
Le 12 , la Comédie du Joueur.
Le 17 , Astrate , Tragédie de M. Quinaut
, et le François à Londres.
Le 19 , le Muet.
Le 24 , le Cid et l'Amour Medecin.
La Dile Gossin joüa pour la premiere
fois à la Cour le rôle de Chimene.Elle fut
fort applaudie
.
Le 28. l'Italie Galante. Ce sont trois
petites Piéces de M.de la Motte , qui ont
été fort goûtées , et tres- bien joüées , par
les Comédiens François de la Cour et de
Paris.
Le Mardi 31. le Faux Sincere,Comédie
nouvelle , ens actes , par feu M. Dufreni,
qui a été fort goûtée , et les trois Cousines
par les Comédiens qui étoient restez à
Paris , et qui joueront pendant le reste du
voyage de Fontainebleau , à la place de
ceux qui avoient suivi la Cour.
Le 7 Juillet , les Comédiens Italiens représenterent
le Jeu de l'Amour et du Hazard
, qui fut suivi de la petite Comédie
du Retour de Tendresse.
Le 14 , Arlequin Muet par crainte ; Pié-
I ce
1818 MERCURE DE FRANCE :
ce Italienne , qui fit beaucoup de plaisir ,
et pour petite Piéce , le Portrait.
Le 21 , Arlequin Sauvage et Arlequin
Hulla.
Le 26 , l'Embarras des Richesses et Arlequin
Phaeton , Parodie. Il y a eu une nouvelleDécoration
,et un nouveauSoleil faits
à Fontainebleau , par le sieur Lemaire ,
Auteur de la premiere Décoration qu'on
a vû à l'Hôtel de Bourgogne. On en poutra
parler plus au long.
Le 4 Juillet , il y eut Concert chez la
Reine. M. de Blamont , Sur -Intendant
de la Musique du Roy , de Sémestre , fit
chanter le second et le troisiéme Acte de
l'Opera de Roland , qui fut continué le
9,par le 4 et le dernier Acte.
Le 11 , on chanta le Prologue et le premier
Acte du Balet des Fêtes Venitiennes,
de M. Campra.
Le 15 , il y eut Promenade et une gran
de Simphonie sur le Canal. La Reine
étoit en Gondole , avec les Princesses et
les Dames du Palais , & c.
,
Le 18 , on exécuta les deux derniers
Actes du même Balet des Fêtes Vénitiennes ,
qui sont l'Amour Saltinbanque et le Bal.
Le 23 , il y eut Promenade , Symphonie
et Collation sur l'Etang du Jardin neuf ,
et
JUILLET. 1731. 1819
et le 30 , on chanta le Prologue et le
mier Acte de Bellerophon.
pre-
Le Roy a donné le Gouvernement du
Prat-de-Mouliou en Roussillon , à M.de
Beaupuy,Commandant duRegiment d'Infanterie
de Toulouse. M. le Marquis de la
Vieuville qui l'avoit , s'est retiré avec une
pension de 2000 liv.
On a appris des côtes de Barbarie que
M. Duguai-Trouin , Lieutenant General
des Armées Navales du Roy , étoit sur son
départ , dans la Rade d'Alger , avec les
quatre Vaisseaux de Guerre qu'il commande
, et que la Régence lui avoit fait
rendre 29 Esclaves, tant François que Gênois,
qu'il avoit redemandez, et qui avoient
été priscontre la teneur des Traitez .
Le 18 de ce mois , l'Académie François
se fit faire dans 1 Eglise des Cordeliers du
Grand Couvent, un Service pour le repos
de l'ame de feu M. de la Faye .
Le
24 la
Lotterie
de la
Compagnie
des
Indes
, établie
pour
le remboursement
des
Actions
, fut
tirée
en
la maniere
accoûtumée
, à l'Hôtel
de
la
Compagnie
. La
Liste
des
Numero
gagnans
des
Actions
et Dixiémes
I ij
1820 MERCURE DE FRANCE
xièmes d'Actions , qui doivent être remboursées
, a été renduë publique , faisant
en tout le nombre de 309 Actions.
Le Roy a accordé à la Ville de Valencienne
un Marché franc , qui se tiendra le
16 de chaque mois . Toutes sortes de personnes
, tant Etrangers qu'autres , pourront
y aller librement , pour vendre, acheter
et troquer des Chevaux, Boeufs, Moutons
et autres Bestiaux , et retourner sans
payer aucun droit , et sans que leurs personnes
ou marchandises puissent être arrêtées
ou saisies , Ce Marché franc commencera
le 16 du mois d'Août , auquel
jour on distribuera trois Prix : Un pour
le
plus beau Cheval de Selle ; le second , pour
Ja plus belle couple de Chevaux de Carosse
; et le troisiéme , pour le plus beau
Cheval de trait,
Après la mort du Marquis de Goussainville
, Conseiller au Parlement , reçû
en survivance dans la Charge de son pere ,
premier Président de la Chambre des
Comptes , le Roy a accordé le Regiment
de Dragons du Marquis de Nicolai , à
present son fils aîné , à son frere , Chevalier
de Malthe , qui étoit Capitaine dans
le même Regiment,lequel a un autre frere
aussi
JUILLET. 1731. 1821
aussi Chevalier de Malthe . C'est à ce sujet
que les Vers suivans ont été envoïez au
Marquis de Nicolai , qui a repris le parti
de la Robe , ayant été reçû Avocat avant
d'être Colonel.
Thémis reprend ses droits
avec elle ,
Mars d'accord
Consent qu'en imitant vos illustres Ayeux ,
Vous remplissiez un jour le destin glorieux ;
Où la Déesse vous appelle.
Il est jaloux de la faveur nouvelle ,
Qui lui ravit en vous un sujet belliqueux
Mais il ne perdra rien de sa Cour militaire.
Pour deux freres , jeunes guerriers ,
Dont la vertu paroît hereditaire ,
Il réservera les Lauriers ,
Qu'ils cueilleront dans leur noble carriere ,
Ainsi par votre nom , il est dédommagé ,
Et l'on dira de vous , Cedant Arma Toga.
M. D. M.
Le ri de ce mois Aly Mehemet , Mahométan
, natif d'Alger , âgé de 31 ans ,
a été baptisé à Moulins , ville capitale du
Bourbonnois , dans l'Eglise Parroissiale de
S. Jean ; il a été instruit pendant près
d'un an des veritez de la Religion chré-
I iij
tienne ,
1822 MERCURE DE FRANCE
tienne , par M. le Maître , Curé de la même
Paroisse , et Official de M. l'Evêque
d'Autun.
Ce Baptême se fit sur les 4 heures après
midi , les Administrateurs de l'Hôpital .
General , où ce Cathécumene avoit trouvé
un azile secourable , le conduisirent à l'Eglise.
Le Parrain fut M.de Vanolles, Maître
des Requêtes , Intendant de la Province
; et la Marraine , Madame d'Alençon
, épouse de M. d'Alençon , cy- devant
Colonel d'Infanterie , au service du Roy
Stanislas. Les cérémonies furent faites
avec beaucoup d'ordre et de dignité ; la
Maréchaussée étoit rangée aux Portes et
avenues de l'Eglise ; les Tambours de la
Ville et des Instrumens de toute espece
augmenterent encore la pompe de cette
Fête ; Madame l'Intendante , les principaux
Magistrats , plusieurs personnes de
l'un et l'autre sexe , tant du Corps de la
Noblesse , que des autres Etats les plus
distinguez de la Ville , y assisterent. Il y cut
le soir à l'Intendance un grand souper, on
y servit deux Tables avec autant de délicatesse
que de propreté.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En juillet 1731, plusieurs événements culturels et administratifs ont marqué la Cour. Les Comédiens Français ont présenté diverses tragédies et comédies, notamment 'Phèdre et Hippolyte' suivie de 'L'Été des Coquettes', 'Radamiste et Zénobie' de Crébillon, 'Astrate' de Quinaut, 'Le Cid', et 'L'Italie Galante' de La Motte. La comédienne Dile Gossin a été particulièrement applaudie dans le rôle de Chimène. Les Comédiens Italiens ont également donné des représentations, comme 'Le Jeu de l'Amour et du Hazard' et 'Arlequin Muet par crainte'. Des concerts et des promenades ont été organisés, incluant un concert chez la Reine avec des extraits de l'opéra 'Roland' et des représentations du ballet 'Les Fêtes Vénitiennes'. Le Roi a pris plusieurs décisions administratives, telles que l'attribution du gouvernement du Prat-de-Mouliou à M. de Beaupuy et une pension à M. de la Vieuville. M. Duguay-Trouin a négocié la libération d'esclaves à Alger. L'Académie Française a rendu hommage à M. de la Faye. La lotterie de la Compagnie des Indes a été tirée, remboursant 309 actions. Le Roi a accordé un marché franc à la ville de Valenciennes. Après le décès du Marquis de Goussainville, le régiment de dragons a été transmis au Chevalier de Malthe. Aly Mehemet, un Algérien, a été baptisé à Moulins après avoir été instruit dans la foi chrétienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 1992-1998
Tragedie de Regulus et Balet de l'empire de la Mode, au College des Jesuites, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredi premier de ce mois, on représenta pour la distribution des Prix, dans la Cour du [...]
Mots clefs :
Tragédie, Ballet, Mode, Roi légitime, Barbier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragedie de Regulus et Balet de l'empire de la Mode, au College des Jesuites, [titre d'après la table]
Le Mercredi premier de ce mois , on représenta
pour la distribution des Prix , dans la Cour du
College de Louis le Grand , la Tragedie de Regulus
, du Pere de la Sante , en Latin. Elle fut
ter minée par un Eloge du Roy. Nous n'entrerons.
po'nt dans le détail de cette Piece , dont le sujet
est connu de tout le monde , pour pouvoir nous
arrêter plus long- temps sur le Balet qui a servi
d'in ermede à la Tragedie , sous le titre de l'Empire
de la Mode. Ce Balet est divisé en quatre-
Da rties ; sçavoir , l'établissement de l'Empire de
a Mode , son étenduë , sa tyrannie , sa décadence.
Avant que d'entrer dans les subdivisions de
ces quatre Parties , il est à propos de parler de
l'ouverture du Balet , en voici le Sujet.
L'Au
A O UST. 1731. 1993
•
L'Auteur suppose très- ingenieusement que l'Uage
est fils du Temps et de la Coûtume , que la
Mode , Princesse naturellement ambitieuse , fille
du Caprice et de la Phantaisie , entreprit de détrôner
l'Usage , et de faite tomber son Royaume
en quenouille. Elle a des Soldats lestes et vétus
à la moderne , qui surprennent les vieilles bandes
du Roy legitime ; ils les enchaînent et les forcent
même à venir rendre hommage à l'usurpatrice
assise sur le Trône , d'où elle donne des Loix at
Monde qu'elle tient sous ses pieds.
La premiere Partie du Balet comprend l'établissement
de l'Empire de la Mode , et la subdivision.
1 °.L'exemple des Grands . 2 °. L'envie de
eacher ce que
l'on est. 3 ° . L'ambition de paroître
plus qu'on n'est.
1. Le fameux Barbier de Midas , invente l'usage
de la Perruque en faveur de son Prince, pour
couvrir la disgrace de ses oreilles . Plusieurs Maîtres
Perruquiers font sur ce modele de pareilles
coëffures , dont les Courtisans se parent à l'exemple
du Souverain , et transmettent cette mode aux
siecles suivans , qui s'en sont plus d'une fois servis
pour des besoins à peu près semblables.
2. Plusieurs Sauvages se peignent le visage ,
pour ne point laisser paroître les mouvemens de
leur ame. I's sortent des Bois de Samos et viennent
livrer aux Marchands Romais le Fard , la
Pommade , la Céruse et le Vern , que ceuxcy
mettent à la mode parmi les Dames Romaines,
qui s'en servent pour cacher les rides de leurs
visages et le desagrément de leur teint.
.
3. Niobé, fiere du nombre et de la beauté de ses
enfans , leur fait prendre des simboles des Dieux
et se produisant elle- même en public sous un habit
conforme à celui de Latone , elle voudroit à
La
1994 MERCURE DE FRANCE
la faveur de cet appareil passer pour Déesse aux
yeux de son peuple , et faire adorer ses enfanscomme
autant de demi-Dieux , dans un temps où
la Mode commençoit à diviniser les Passions mêmes
. Apollon et Diane font tomber sur cette
mere ambitieuse une grêle de fleches avec une
pluye de feu. Transformée en Rocher, elle éprouve
à ses dépens que c'est une vanité punissable
que d'aspirer à paroître plus que l'on n'est..
SECONDE PARTIE.
29
L'Empire de la Mode s'étend , 1 ° . Sur la
plupart des conditions . 2 ° . Sur presque.
toutes les Nations. 3 ° . Sur tous les âges.
I. ENTRE'E . Lycurgue , gouvernant le Royaume
au nom de son Neveu encore jeune , ne peut
voir sans indignation , que l'entêtement pour la
mode confonde toutes les conditions dans Sparte;
que le Villageois s'érige en Artisan , l'Artisan
en Bourgeois , le Bourgeois en Gentilhomme , le
Gentilhomme en Seigneur , le Seigneur en petit :
Souverain , le Marchand en Magistrat , &c. 11 .
entreprend de réformer de tels abus, et publie avec
appareil, au son des tambours et des trompettes,
une loi sévere par laquelle il regle l'ordre des
conditions.
II. ENTREE. Auguste , après avoir pacifié
l'Univers , fait dresser des Arcs de Triomphe à
l'entrée d'un . Bocage voisin de son Palais. Là il
donne une Fête aux Ambassadeurs des Nations
nouvellement subjugués, qu'il prétend engager à
prendre les manieres Romaines , tant pour le langage
que pour l'habillement ; mais la plupart de
ces Etrangers,, sur tout les Gaulois , jaloux de leure
liberté.
A OUST 1731 . 1995
liberté , se maintiennent dans le droit de changer
de mode à leur gré par le refus qu'ils font de subir
la loi qu'on veut leur imposer , ils se montrent
plus soumis au joug de la Mode qu'à celui
de leur vainqueur.
III. ENTRE'E. La Déesse Manie , soeur de
la Nouveauté , panoît sur un Char traîné par des
Singes. Ce Char n'est d'abord suivi que par des
enfans et de jeunes avanturiers. Bien - tôt après ,
des hommes d'un âge mûr se joignent à ce Cortege.
Enfin de graves Vieillards se mettent euxmêmes
de la partie . Tous ensemble affectent les
airs , la démarche , la contenance , les . grimaces
de cette Cour bizare , et deviennent plus Singes.
que les Singes mêmes.
TROISIE'ME PARTIE.
L'Empire de la Mode est une vraye tyrannie,
qui force àfaire , 1º . plus qu'on ne doit.
2º. Plus qu'on ne veut. 3 ° . Plus qu'on
ne peut.
I. ENTRE'E. En Asie , la mode du grand
deüil regna pour un tems, et fit même un devoir.
aux riches veuves d'élever des Tombeaux à leurs
maris. Artemise et la Matrone d'Ephése , voulant
signaler leur douleur , érigent à leurs Epoux desuperbes
Mausolées. Mercure les voyant l'une et
l'autre inconsolables en apparence , ranime ceux:
qu'elles pleurent , en touchant leurs corps de sa
baguette fatale ; la douleur des deuxaffligées paroit
s'accroître par le prodige même qu'il opera
pour la soulager.
II . ENTRE' E. Deux partis de Gentilshommes
Bourguignons entrent en champ clos et se
battent
1997 MERCURE DE FRANCE
battent en duel malgré leurs répugnances ,sous les
yeux même de leur Roi , arbitre du combat , pour
obéir à la mode barbare établie parmi eux de
prouver, l'épée à la main, son innocence et la justice
de sa cause.
III. ENTRE'B Les quatre Divinitez , du
Jeu, des Festins , du Luxe et de la Volupté, confedérées
avec la Mode , engagent de jeunes Seigneurs
dans de folles dépenses qu'ils ne peuvent
Soutenir. Pendant qu'ils sont occupez à leurs plaisirs
, des Huissiers envoyez par les Créanciers
saisissent ce qu'ils trouvent sous leurs mains
poursuivent les débiteurs , et vont mettre leurs
terres en decret.
>
QUATRIE ME PARTIE.
L'Empire de la Mode tombe en décadence ;
1º . Par une nouvelle Mode qui bannie
la précedente. 2° . Par la rigueur des Loix
qui proscrivent les Modes dangereuses.
3º. Par le temps qui les détruit l'une après
l'autre.
I. ENTRE' E. Pendant que les plus grands
Maîtres raisonnent suivant Pancienne Méthode
dans le Lycée d'Athénes , et traitent gravement
des points de doctrine les plus sublimes , on voit
paroitre une troupe de petits Grecs nouveaux venus
, qui font grand bruit pour interrompre ceux
qu'ils devroient écouter avec respect , contrefont
leurs gestes , copient leur gravité , introduisent.
une mode nouvelle qui fait fortune pour un instant;
mais la saine antiquité prévaut et dissipe les
yaines chimeres.
LL ENTRE' . Henry IV. voulant multiplies
A O UST. 1731. 1997
plier les especes de monnoye qui devenoient rares
en France , avoit porté un Edit par lequel il permettoit
aux seuls Filoux de porter des étoffes
d'or et d'argent. Une troupe de Filoux ayant saisi
les premiers exemplaires imprimez de l'Edit
viennent déguisez en Colporteurs , et distribuent
des copies de cette loi à de jeunes Seigneurs rassemblez
dans un Bal. Ceux - cy aiment mieux
changer d'habits avec les prétendus Colpolteurs
que de passer pour Filoux. Après ce changement
les fourbes font une danse grotesque , où ils se
divertissent aux dépens de leurs dupés.
*
III ENTRE E. Saturne , Dieu du Tems ,
invoqué par de jeune Eleves de Mars , qui lui demandent
les meilleures armes qu'il ait vû mettre
en oeuvre pour la guerre , leur fait apporter
par les Siecles differentes sortes d'armes à la
vieille mode ; on les essaye en sa presence pour
Pattaque d'une Place ; mais ce Dicu les proscrit
d'un coup
de faulx, et ne laisse aux jeunes Guerriers
que l'armure nouvelle qui leur est fournie
par le dernier Siecle ; il menace même d'en abolir
bientôt l'usage.
BALET GENERAL.
Pendant que la Mode fait une Marche triomphale,
et s'applaudit de la victoire qu'elle a rem
portée sur l'Usage , elle est surprise de voir un
grand nombre de Nations l'abandonner aussi aisément
qu'elles l'avoient suivie , et s'attacher à
Constance , Princesse alliée du Roi détrôné et
ennemie de l'Usurpatrice. L'Usage est rétabli sur
le Trône , que la Constance rend fixe et immuable.
Minerve , Déesse de la Sagesse , de concert
avec les Dieux intéressez au bon ordre de l'Uni-
YCA
1998 MERCURE DE FRANCE
vers publie des Loix invariables qui assurent la
gloire , le bonheur et la stabilité de l'Empire.
Les Danses sont de la composition de Mrs Blon
di et Ma taire l'ainé.
Le Lundi 13. de ce mois , on représenta sur le
Théatre du College d'Harcourt , pour la distri
bution des Prix, la Tragedie d' Absa on , de M. Duché.
Les changemens qu'on a été obligé d'y faire
pour l'accommoder à l'usage de ce College , ne
lui ont rien ôté de son vrai mérite Elle fut trèsbien
représentée par les Ecoliers de Réthorique ,
et l'Assemblée fut très - belle et très- nombreuse .
pour la distribution des Prix , dans la Cour du
College de Louis le Grand , la Tragedie de Regulus
, du Pere de la Sante , en Latin. Elle fut
ter minée par un Eloge du Roy. Nous n'entrerons.
po'nt dans le détail de cette Piece , dont le sujet
est connu de tout le monde , pour pouvoir nous
arrêter plus long- temps sur le Balet qui a servi
d'in ermede à la Tragedie , sous le titre de l'Empire
de la Mode. Ce Balet est divisé en quatre-
Da rties ; sçavoir , l'établissement de l'Empire de
a Mode , son étenduë , sa tyrannie , sa décadence.
Avant que d'entrer dans les subdivisions de
ces quatre Parties , il est à propos de parler de
l'ouverture du Balet , en voici le Sujet.
L'Au
A O UST. 1731. 1993
•
L'Auteur suppose très- ingenieusement que l'Uage
est fils du Temps et de la Coûtume , que la
Mode , Princesse naturellement ambitieuse , fille
du Caprice et de la Phantaisie , entreprit de détrôner
l'Usage , et de faite tomber son Royaume
en quenouille. Elle a des Soldats lestes et vétus
à la moderne , qui surprennent les vieilles bandes
du Roy legitime ; ils les enchaînent et les forcent
même à venir rendre hommage à l'usurpatrice
assise sur le Trône , d'où elle donne des Loix at
Monde qu'elle tient sous ses pieds.
La premiere Partie du Balet comprend l'établissement
de l'Empire de la Mode , et la subdivision.
1 °.L'exemple des Grands . 2 °. L'envie de
eacher ce que
l'on est. 3 ° . L'ambition de paroître
plus qu'on n'est.
1. Le fameux Barbier de Midas , invente l'usage
de la Perruque en faveur de son Prince, pour
couvrir la disgrace de ses oreilles . Plusieurs Maîtres
Perruquiers font sur ce modele de pareilles
coëffures , dont les Courtisans se parent à l'exemple
du Souverain , et transmettent cette mode aux
siecles suivans , qui s'en sont plus d'une fois servis
pour des besoins à peu près semblables.
2. Plusieurs Sauvages se peignent le visage ,
pour ne point laisser paroître les mouvemens de
leur ame. I's sortent des Bois de Samos et viennent
livrer aux Marchands Romais le Fard , la
Pommade , la Céruse et le Vern , que ceuxcy
mettent à la mode parmi les Dames Romaines,
qui s'en servent pour cacher les rides de leurs
visages et le desagrément de leur teint.
.
3. Niobé, fiere du nombre et de la beauté de ses
enfans , leur fait prendre des simboles des Dieux
et se produisant elle- même en public sous un habit
conforme à celui de Latone , elle voudroit à
La
1994 MERCURE DE FRANCE
la faveur de cet appareil passer pour Déesse aux
yeux de son peuple , et faire adorer ses enfanscomme
autant de demi-Dieux , dans un temps où
la Mode commençoit à diviniser les Passions mêmes
. Apollon et Diane font tomber sur cette
mere ambitieuse une grêle de fleches avec une
pluye de feu. Transformée en Rocher, elle éprouve
à ses dépens que c'est une vanité punissable
que d'aspirer à paroître plus que l'on n'est..
SECONDE PARTIE.
29
L'Empire de la Mode s'étend , 1 ° . Sur la
plupart des conditions . 2 ° . Sur presque.
toutes les Nations. 3 ° . Sur tous les âges.
I. ENTRE'E . Lycurgue , gouvernant le Royaume
au nom de son Neveu encore jeune , ne peut
voir sans indignation , que l'entêtement pour la
mode confonde toutes les conditions dans Sparte;
que le Villageois s'érige en Artisan , l'Artisan
en Bourgeois , le Bourgeois en Gentilhomme , le
Gentilhomme en Seigneur , le Seigneur en petit :
Souverain , le Marchand en Magistrat , &c. 11 .
entreprend de réformer de tels abus, et publie avec
appareil, au son des tambours et des trompettes,
une loi sévere par laquelle il regle l'ordre des
conditions.
II. ENTREE. Auguste , après avoir pacifié
l'Univers , fait dresser des Arcs de Triomphe à
l'entrée d'un . Bocage voisin de son Palais. Là il
donne une Fête aux Ambassadeurs des Nations
nouvellement subjugués, qu'il prétend engager à
prendre les manieres Romaines , tant pour le langage
que pour l'habillement ; mais la plupart de
ces Etrangers,, sur tout les Gaulois , jaloux de leure
liberté.
A OUST 1731 . 1995
liberté , se maintiennent dans le droit de changer
de mode à leur gré par le refus qu'ils font de subir
la loi qu'on veut leur imposer , ils se montrent
plus soumis au joug de la Mode qu'à celui
de leur vainqueur.
III. ENTRE'E. La Déesse Manie , soeur de
la Nouveauté , panoît sur un Char traîné par des
Singes. Ce Char n'est d'abord suivi que par des
enfans et de jeunes avanturiers. Bien - tôt après ,
des hommes d'un âge mûr se joignent à ce Cortege.
Enfin de graves Vieillards se mettent euxmêmes
de la partie . Tous ensemble affectent les
airs , la démarche , la contenance , les . grimaces
de cette Cour bizare , et deviennent plus Singes.
que les Singes mêmes.
TROISIE'ME PARTIE.
L'Empire de la Mode est une vraye tyrannie,
qui force àfaire , 1º . plus qu'on ne doit.
2º. Plus qu'on ne veut. 3 ° . Plus qu'on
ne peut.
I. ENTRE'E. En Asie , la mode du grand
deüil regna pour un tems, et fit même un devoir.
aux riches veuves d'élever des Tombeaux à leurs
maris. Artemise et la Matrone d'Ephése , voulant
signaler leur douleur , érigent à leurs Epoux desuperbes
Mausolées. Mercure les voyant l'une et
l'autre inconsolables en apparence , ranime ceux:
qu'elles pleurent , en touchant leurs corps de sa
baguette fatale ; la douleur des deuxaffligées paroit
s'accroître par le prodige même qu'il opera
pour la soulager.
II . ENTRE' E. Deux partis de Gentilshommes
Bourguignons entrent en champ clos et se
battent
1997 MERCURE DE FRANCE
battent en duel malgré leurs répugnances ,sous les
yeux même de leur Roi , arbitre du combat , pour
obéir à la mode barbare établie parmi eux de
prouver, l'épée à la main, son innocence et la justice
de sa cause.
III. ENTRE'B Les quatre Divinitez , du
Jeu, des Festins , du Luxe et de la Volupté, confedérées
avec la Mode , engagent de jeunes Seigneurs
dans de folles dépenses qu'ils ne peuvent
Soutenir. Pendant qu'ils sont occupez à leurs plaisirs
, des Huissiers envoyez par les Créanciers
saisissent ce qu'ils trouvent sous leurs mains
poursuivent les débiteurs , et vont mettre leurs
terres en decret.
>
QUATRIE ME PARTIE.
L'Empire de la Mode tombe en décadence ;
1º . Par une nouvelle Mode qui bannie
la précedente. 2° . Par la rigueur des Loix
qui proscrivent les Modes dangereuses.
3º. Par le temps qui les détruit l'une après
l'autre.
I. ENTRE' E. Pendant que les plus grands
Maîtres raisonnent suivant Pancienne Méthode
dans le Lycée d'Athénes , et traitent gravement
des points de doctrine les plus sublimes , on voit
paroitre une troupe de petits Grecs nouveaux venus
, qui font grand bruit pour interrompre ceux
qu'ils devroient écouter avec respect , contrefont
leurs gestes , copient leur gravité , introduisent.
une mode nouvelle qui fait fortune pour un instant;
mais la saine antiquité prévaut et dissipe les
yaines chimeres.
LL ENTRE' . Henry IV. voulant multiplies
A O UST. 1731. 1997
plier les especes de monnoye qui devenoient rares
en France , avoit porté un Edit par lequel il permettoit
aux seuls Filoux de porter des étoffes
d'or et d'argent. Une troupe de Filoux ayant saisi
les premiers exemplaires imprimez de l'Edit
viennent déguisez en Colporteurs , et distribuent
des copies de cette loi à de jeunes Seigneurs rassemblez
dans un Bal. Ceux - cy aiment mieux
changer d'habits avec les prétendus Colpolteurs
que de passer pour Filoux. Après ce changement
les fourbes font une danse grotesque , où ils se
divertissent aux dépens de leurs dupés.
*
III ENTRE E. Saturne , Dieu du Tems ,
invoqué par de jeune Eleves de Mars , qui lui demandent
les meilleures armes qu'il ait vû mettre
en oeuvre pour la guerre , leur fait apporter
par les Siecles differentes sortes d'armes à la
vieille mode ; on les essaye en sa presence pour
Pattaque d'une Place ; mais ce Dicu les proscrit
d'un coup
de faulx, et ne laisse aux jeunes Guerriers
que l'armure nouvelle qui leur est fournie
par le dernier Siecle ; il menace même d'en abolir
bientôt l'usage.
BALET GENERAL.
Pendant que la Mode fait une Marche triomphale,
et s'applaudit de la victoire qu'elle a rem
portée sur l'Usage , elle est surprise de voir un
grand nombre de Nations l'abandonner aussi aisément
qu'elles l'avoient suivie , et s'attacher à
Constance , Princesse alliée du Roi détrôné et
ennemie de l'Usurpatrice. L'Usage est rétabli sur
le Trône , que la Constance rend fixe et immuable.
Minerve , Déesse de la Sagesse , de concert
avec les Dieux intéressez au bon ordre de l'Uni-
YCA
1998 MERCURE DE FRANCE
vers publie des Loix invariables qui assurent la
gloire , le bonheur et la stabilité de l'Empire.
Les Danses sont de la composition de Mrs Blon
di et Ma taire l'ainé.
Le Lundi 13. de ce mois , on représenta sur le
Théatre du College d'Harcourt , pour la distri
bution des Prix, la Tragedie d' Absa on , de M. Duché.
Les changemens qu'on a été obligé d'y faire
pour l'accommoder à l'usage de ce College , ne
lui ont rien ôté de son vrai mérite Elle fut trèsbien
représentée par les Ecoliers de Réthorique ,
et l'Assemblée fut très - belle et très- nombreuse .
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Résumé : Tragedie de Regulus et Balet de l'empire de la Mode, au College des Jesuites, [titre d'après la table]
Le 1er août, une tragédie latine intitulée 'Regulus' du Père de la Sainte fut représentée au Collège de Louis le Grand pour la distribution des prix, suivie d'un éloge du roi. Le ballet 'L'Empire de la Mode' accompagna cette tragédie et fut divisé en quatre parties : l'établissement, l'extension, la tyrannie et la décadence de la mode. L'ouverture du ballet présente la Mode comme une princesse ambitieuse qui détrône l'Usage, aidée par des soldats modernes. La première partie, 'Établissement de l'Empire de la Mode', illustre l'exemple des grands, comme le barbier de Midas inventant la perruque, l'envie de cacher ses défauts, et l'ambition de paraître plus que l'on est, montrée par Niobé voulant passer pour une déesse. La deuxième partie, 'Extension de l'Empire de la Mode', montre comment la mode confond les conditions sociales à Sparte sous Lycurgue et comment Auguste tente d'imposer les manières romaines aux nations conquises. La déesse Manie, sœur de la Nouveauté, influence tous les âges. La troisième partie, 'Tyrannie de l'Empire de la Mode', décrit comment la mode force à faire plus qu'on ne doit, comme les veuves élevant des tombeaux, pousse à des actions contre nature, comme des duels forcés, et entraîne des dépenses excessives, illustrées par des jeunes seigneurs endettés. La quatrième partie, 'Décadence de l'Empire de la Mode', montre comment une nouvelle mode remplace l'ancienne, les lois proscrivent les modes dangereuses, et le temps détruit les modes successives. Le ballet se conclut par le retour de l'Usage, aidé par la Constance, et l'établissement de lois invariables par Minerve pour assurer la stabilité. Les danses du ballet furent composées par Messieurs Blondy et Mataire l'aîné. Le 13 août, la tragédie 'Absalon' de M. Duché fut représentée au Collège d'Harcourt pour la distribution des prix, adaptée pour les écoliers de rhétorique et bien accueillie par une assemblée nombreuse.
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10
p. 2625-2627
COUPLETS, Sur le Menuet des Berceaux, du Ballet des Anglois, de l'Opera Comique.
Début :
Viens à mon secours, [...]
Mots clefs :
Menuet, Ballet, Opéra comique, Amours, Grâces, Jeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLETS, Sur le Menuet des Berceaux, du Ballet des Anglois, de l'Opera Comique.
COUPLETS ,
Sur le Menuet des Berceaux , du Ballet des
Anglois , de l'Opera Comique.
Viens àmon secours
Bacchus , aux Amours
Dispute la Victoire ;
Viens à mon secours
Bacchus , aux Amours
Dispute mes beaux jours.
Soutiens un Buveur
Ma langueur ,
Affoiblit ta gloire ;
Orné d'un Pampre fleuri ,
Verse ton jus chéri ;
A boire ,
A boire ,
Je serai guéri.
Amans malheuroux ,
Chérissez vos noeuds ,
pour Climene : S'ils sont faits
Amans malheureux ,
Chérissez vos noeuds
Quoiqu'ils soient rigoureux.
G US
2626 MERCURE DE FRANCE
Un coeur vainement .
Fait serment ,
De fuir l'Inhumaine a
Loin même de ses attraits ,
On en ressent les traits.
Climene ,
Ta chaîne ,
Ne se rompt jamais,
Philis , tes accens ,
Toûjours ravissans >
Triomphent des Canentes ;
Philis , tes accens
Toujours ravissans ,
Ne nous laissent qu'un sens.
Ah ! qu'ils sont puissants !
Que je sens ,
Leurs douceurs touchantes !
Philis quel coeur indompté ,
T'a jamais résisté ?
Tu chantes
Νε
Tu chantes ,
Tout est enchanté.
CHANSON.
E vous étonnez pas , Julie ,
Si prés de vous l'esprit s'oublie ;
Tous les écarts sont de saison ,
NOVEMBRE. 1731. 2627,
Où regnent les Jeux et les Graces ;
Trop d'Amours volent sur vos traces
Pour y rencontrer la Raison .
Sur le Menuet des Berceaux , du Ballet des
Anglois , de l'Opera Comique.
Viens àmon secours
Bacchus , aux Amours
Dispute la Victoire ;
Viens à mon secours
Bacchus , aux Amours
Dispute mes beaux jours.
Soutiens un Buveur
Ma langueur ,
Affoiblit ta gloire ;
Orné d'un Pampre fleuri ,
Verse ton jus chéri ;
A boire ,
A boire ,
Je serai guéri.
Amans malheuroux ,
Chérissez vos noeuds ,
pour Climene : S'ils sont faits
Amans malheureux ,
Chérissez vos noeuds
Quoiqu'ils soient rigoureux.
G US
2626 MERCURE DE FRANCE
Un coeur vainement .
Fait serment ,
De fuir l'Inhumaine a
Loin même de ses attraits ,
On en ressent les traits.
Climene ,
Ta chaîne ,
Ne se rompt jamais,
Philis , tes accens ,
Toûjours ravissans >
Triomphent des Canentes ;
Philis , tes accens
Toujours ravissans ,
Ne nous laissent qu'un sens.
Ah ! qu'ils sont puissants !
Que je sens ,
Leurs douceurs touchantes !
Philis quel coeur indompté ,
T'a jamais résisté ?
Tu chantes
Νε
Tu chantes ,
Tout est enchanté.
CHANSON.
E vous étonnez pas , Julie ,
Si prés de vous l'esprit s'oublie ;
Tous les écarts sont de saison ,
NOVEMBRE. 1731. 2627,
Où regnent les Jeux et les Graces ;
Trop d'Amours volent sur vos traces
Pour y rencontrer la Raison .
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Résumé : COUPLETS, Sur le Menuet des Berceaux, du Ballet des Anglois, de l'Opera Comique.
Le texte extrait du 'Mercure de France' de novembre 1731 présente des couplets et des chansons. Les couplets, inspirés du menuet des Berceaux du Ballet des Anglois de l'Opéra Comique, implorent Bacchus de secourir un buveur affaibli. Ce dernier demande au dieu de soutenir sa langueur et de verser son vin pour le guérir. Les amants malheureux sont encouragés à chérir leurs liens, malgré leur rigueur. Une chanson exprime l'incapacité d'un cœur à fuir une personne inhumaine, malgré les serments. Climène est décrite avec une chaîne inbrisable, tandis que Philis, par ses accents ravissants, triomphe des Canentes et charme irrésistiblement. La dernière chanson s'adresse à Julie, soulignant que près d'elle, l'esprit s'oublie et que les amours et les grâces y règnent, laissant peu de place à la raison.
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11
p. 137-146
SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique remit au Théâtre le 3. [...]
Mots clefs :
Callirhoé, Opéra, Académie royale de musique, Ballet, Actes, Décoration, Rôles, Habits
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
SPECTACLE S
La
'Académie Royale de Musique remit
au Théatre le 3. Janvier , la Tragé
die de Callirhoé. Le Poëme est de M. Roy,
et la Musique de M. Destouches , SurIntendant de la Musique du Roy. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois le
27. Decembre 1712. il eut un succès des.
plus brillants ; il a été fort applaudi à la GY IGE
138 MERCURE DE FRANCE
reprises mais un peu moins que dans sa
naissance ; ce qui fait voir que les succès
plus ou moins éclatans , dépendent de
certaines circonstances dont on ne peut
donner de justes raisons. Comme cet Ouvrage est depuis vingt ans entre les mains
de tout le monde , nous n'en donnerons
qu'un Extrait des plus succincts.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu rempli d'armes differentes et deLauriers ; la Victoire y a assemblé des
Guerriers pour leur accorder les hon-.
neurs du Triomphe. La celebre journée
de Denain a donné lieu à ce Prologues
la Victoire y applaudit à des Guerriers
qu'elle sembloit avoir abandonnés depuis
quelque temps ; elle s'excuse par ces Vers.
Guerriers, ne craignez rien , je ne suis pas volage ,
Je vous aimai toujours ; mais quelque Dieu
jaloux ,
Devant mes yeux opposoit un nuage ,
En vain je vous cherchois , il m'éloignoit de yous :
Aux efforts de votre courage ,
Fai sçû vous reconnoître , et tout cede à vos
coups.
Astrée descend des Cieux , suivie des
Arts et des Plaisirs ; elle annonce la Paix
dont
JANVIER 1732. 139
dont elle donne la premiere gloire à la
Reine Anne ; la Victoire ajoûte ces Vers
à l'honneur du Héros de la France :
Au Héros glorieux dont je sers les desseins,
La Paix fut toûjours chere ;
Mais je voulois qu'elle eût des Palmes dans lea mains ;
La voilà digne de me plaire.
La Victoire et Astrée chantent ensemble ces quatre autres Vers :
Le plus sage des Héros ,
A sous ses Etendarts ramené la Victoire ;
Il peut goûter le repos ,
De l'aveu même de la Gloire..
La Suite de la Victoire , et celle d'A'strée , font le Divertissement de ce Pro--
logue.
Le Théatre représente le Temple de
Bacchus , au premier Acte. Callirboé ,
Princesse de Calydon , expose le Sujet de
la Piece par ce Monologue :
Onuit , témoin de mes soupirs secrets ,
Que ton ombre en ces lieux ne regne-t'elle en-- core !
Pourquoi l'impatiente Aurore ,
Ouvre-t'elle mes yeux aux funestes apprêts ,
G. vj D'un
140 MERCURE DE FRANCE
D'un Hymen que j'abhorre ?
Je vais donc m'engager à l'objet que je hais ,
Et je perds pour jamais un Amant que j'adore.
O nuit , &c.
La Reine de Calydon , mere de Callirhoé, vient déclarer à cette Princesse que
Coresus paroîtra bien- tôt pour recevoir sa
foy sur les Autels de Bacchus ; elle l'exhotte à se livrer toute entiere à son devoir et à ne plus penser à son amour
puisqu'Agenor, qui en étoit l'objet , n’esť
plus. Elle la quitte pour aller ordonner la
Céremonie Nuptiale.
Callirhoé se détermine à subir la Loy
que sa Mere et ses Peuples lui imposent,
quelque dure qu'elle la trouve.
Agenor qu'on croyoit mort , paroît aux
yeux de Callirhoé ; elle cache son amour
sous un simple mouvement de surprise.
Agenor lui explique ce qui a donné lieu
au bruit de sa mort ; mais il n'en peut
rien tirer de favorable pour son amour.
Il lui témoigne son étonnement par ces
Vers , qu'on a trouvez très- délicats :
Ayez-vous oublié , Princesse , que vos charmes,
Ont essayé sur moi leurs premiers coups ?
Votre pere expiroit , je recueillois vos larmes
Parmi le trouble et les allarmes ,
i
Vos
JANVIER. 1732.
14
Vos yeux brilloient déja de l'éclat le plus dour
Fappaisai des mutins les mouvemens jaloux ;
Ah ! ne jugiez -vous pas au succès de mes armes
Qu'un Amant combattoit pour vous ?
Callirhoé continue à se contraindre
elle ordonne à Agenor de sortir et lui
défend de la voir jamais.
La Reine , Coresus , et les Prêtres de
sa suite arrivent pour celebrer l'Hymen
qui fait l'action principale de ce premier
Acte. Coresus dit galamment à Calli
rhoć.
Dès Autels à vos beaux yeux
Je porterai mon hommage ,
Şans craindre, que ce partage ,
Offense jamais nos Dieux ;
J'adore en vous leur image.
La Suite de Coresus celebre la Fête de
cet Hymen ; Coresus s'approche de l'Autel avec Callirhoé ; il chante ces Vers :
Toi, qui pour éclairer le plus beau de mes jours ,
Pares le Ciel d'une clarté nouvelle
Soleil , à mes tendres amours
Tu me vérras aussi fidele ,
,
Que tu l'es à remplir ton cours..
Coresus commence le serment sur l'Autels
142: MERCURE DE FRANCE
rel; mais Callirhoé ne peut l'achever parce
qu'Agenor vientsemontrer à ses yeux; son:
aspect la fait évanouir , et par là le serment conjugal est interrompu au grand
regret de Coresus , de la Reine et des
Prêtres de Bacchus.
Au second Acte , le Théatre représente
Pavant- cour d'un Palais ; on voit à l'un
des côtez un Temple domestique.
Agenor se flate d'être aimé de Calli
thoć cette Princesse agitée de remordss
vient lui déclarer qu'elle veut achever
son Hymen , pour réparer le tort qu'elle
vient de faire à sa gloire : Agenor l'accuse de cruauté ; elle ne peut s'empêcherde lui faire connoître qu'il est la cause
de son malheur , et par consequent qu'il
est aimé. Agenor se jette à ses pieds pour
lui rendre graces d'un aveu si favorable.
Coresus surprend son Rival aux pieds de
son Amante ; il lui reproche son infidelité; elle lui répond fierement qu'elle nelui a rien promis , et se retire. Coresus
menace Agenor, qui lui répond avec une
intrépidité héroïque et le quitte.
Coresus invite les Prêtres de sa suite à vanger l'affront qu'on vient de
faire aux Autels en la personne de leur
Grand-Prêtre ; ils invoquent Bacchus et
lui demandent vangeance.Les Prêtres avec
desc
JANVIER. 1732. 1431
des flambeaux , font le Balet de cet Acte. ,
Le Théatre représente au troisiéme
Acte , un Temple rustique , consacré à
Pan. La Reine er Callirhoé déplorent less
malheurs dont Bacchus accable leurs Peu-.
ples , et en font une description très - tou--
chante. Après les plaintes , la Reine dit:
à sa fille qu'elle veut interroger l'Oracle ,
du Dieu des Forêts. Elle la quitte pour
aller donner ordre à ce qu'elle vient de se
proposer, et lui dit d'attendre Caresus
qu'elle a mandé , et de ne rien oublier.
pour le fléchir.
Coresus vient ; la Scene est vive entre
Callirhoé et lui ; ne pouvant rien obte
nir de lui , elle le menace de sa propre·
mort ; Coresus s'attendrit et lui promet
de ne rien oublier pour obtenir de Bac--
chus la grace d'un Peuple, expirant ; it
hui dit de consulter son Oracle , et la
quicte.
>
2
Le Ministre de Pan vient , on chante
des Hymnes à l'honneur de ce Dieu ,.
qui du fond du Théatre prononce cet:
Öracle.
Le calme à ces climats ne peut être rendú ,
Qu'au prix que les Destins veulent de votre zele
Que de Callirhoé le sang soit répandu ,
Ou celui d'un Amant qui s'offrira pour elle.
La
T44 MERCURE DE FRANCE
+
La Reine frémit de cet Oracle ; elle prio
le Grand Prêtre de le cacher au Peuple
et de le flater d'un plus heureux avenir.
Au quatriéme Acte la Décoration represente une Plaine bornée de Côteaux
fleuris. Callirhoé se prépare à la mort
avec constance. Agenor trompé par les
fausses esperances qu'on lui a données
d'un heureux changement , vient s'en
réjouir avec sa Princesse ; elle lui cache
son malheur autant qu'elle peut , mais
enfin elle lui déclare que les Dieux de
mandent son sang ; Agnenor furieux lui
proteste qu'il ne souffrira jamais un Sacrifice si barbare , et la quitte en lui di
sant ::
DeCoresus , que le crime s'expié ,
On me payera cher de m'avoir fait trembler..
Le bucher brule , et moi j'éteins sa flamme impie
Dans le sang du cruel qui veut vous immoler.
Mes amis sont tous prêts , ils suivront mon exemple ;
F'attaquerai vos Dieux , je briserai leur Temple,
Dût sa ruine m'accabler.
Une Troupe de Bergers et de Bergeres
viennent se réjouir du nouveau calme
dont ils jouissent; Callirhocleur dit qu'elle
va au Temple assurer leur bonheur ; ils
la
JANVIER. 1731. 145
la suivent. La Reine , qui survient , croit
qu'ils vont la conduire à l'Autel ; elle
leur reproche leur barbarie , les Bergers.
témoignent la douleur et l'effro, dont ils
sont saisis par un Choeur très- pathetique.
Agenor vient leur dire qu'il a appris
d'un des Ministres de Pan qu'un sang
moins précieux offert pour celui de la
Princesse , peut suffire aux Dieux ; il offre
le sien les Bergers applaudissent à sa
generosité et à son amour.
La Décoration du dernier Acte représente le Temple de Bacchus , orné pour
le Sacrifice de la Victime. Coresus prêt
à donner la mort à son Rival , qui veut
être immolé pour Callirhoé , ne sçait s'il
y doit consentir ; il craint de trahir sa
gloire et même son amour , puisqu'Age
nor sacrifié pour sa Princesse , n'en regnera que mieux dans son cœur..
Callithoé vient demander la mort à
Coresus , la Scene est très- vive et trèspathetique entre le Prêtre et la Victime..
Agenor arrive ; les Prêtres le menent
à l'Autel'; après une contestation trèstendre entre les deuxVictimes et Coresus;
ce dernier prend un parti noble et gene
reux , et leur dit :
Arrêtez; c'est à moi de choisir la Victime.
ER
146 MERCURE DE FRANCE
Endisant ces mots il se frappe et finit la
Tragédie par ces Vers adressez à Callirhoé:
Je sauve vos jours :
De vos malheurs, dcs miens , je termine le cours.
Vous pleurez; se peut- il que ce cœur s'atendrisse !
Je meurs content , mes feux ne vous troubleront
plus.
Approchez ; en mourant , que ma main vous unisse ;
Souvenez-vous de Coresus.
Cet Opera , au reste , est très- bien executé et très-bien remis pour le choix des
Rôles , pour les Décorations et les habits.
Les Balets du Sr.Blondi en sont variez et
executez dans la plus grande perfection ;
un Pas de Trois dansé par le sieur Dumoulin et les Dlles Camargo et Salé , est
un morceau aussi picquant et aussi agréable qu'on en ait vû à l'Opera. Deux trèsbons Poëtes ont celebré la danse de ces
deux inimitables personnes en cette ma- niere.
A
La
'Académie Royale de Musique remit
au Théatre le 3. Janvier , la Tragé
die de Callirhoé. Le Poëme est de M. Roy,
et la Musique de M. Destouches , SurIntendant de la Musique du Roy. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois le
27. Decembre 1712. il eut un succès des.
plus brillants ; il a été fort applaudi à la GY IGE
138 MERCURE DE FRANCE
reprises mais un peu moins que dans sa
naissance ; ce qui fait voir que les succès
plus ou moins éclatans , dépendent de
certaines circonstances dont on ne peut
donner de justes raisons. Comme cet Ouvrage est depuis vingt ans entre les mains
de tout le monde , nous n'en donnerons
qu'un Extrait des plus succincts.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu rempli d'armes differentes et deLauriers ; la Victoire y a assemblé des
Guerriers pour leur accorder les hon-.
neurs du Triomphe. La celebre journée
de Denain a donné lieu à ce Prologues
la Victoire y applaudit à des Guerriers
qu'elle sembloit avoir abandonnés depuis
quelque temps ; elle s'excuse par ces Vers.
Guerriers, ne craignez rien , je ne suis pas volage ,
Je vous aimai toujours ; mais quelque Dieu
jaloux ,
Devant mes yeux opposoit un nuage ,
En vain je vous cherchois , il m'éloignoit de yous :
Aux efforts de votre courage ,
Fai sçû vous reconnoître , et tout cede à vos
coups.
Astrée descend des Cieux , suivie des
Arts et des Plaisirs ; elle annonce la Paix
dont
JANVIER 1732. 139
dont elle donne la premiere gloire à la
Reine Anne ; la Victoire ajoûte ces Vers
à l'honneur du Héros de la France :
Au Héros glorieux dont je sers les desseins,
La Paix fut toûjours chere ;
Mais je voulois qu'elle eût des Palmes dans lea mains ;
La voilà digne de me plaire.
La Victoire et Astrée chantent ensemble ces quatre autres Vers :
Le plus sage des Héros ,
A sous ses Etendarts ramené la Victoire ;
Il peut goûter le repos ,
De l'aveu même de la Gloire..
La Suite de la Victoire , et celle d'A'strée , font le Divertissement de ce Pro--
logue.
Le Théatre représente le Temple de
Bacchus , au premier Acte. Callirboé ,
Princesse de Calydon , expose le Sujet de
la Piece par ce Monologue :
Onuit , témoin de mes soupirs secrets ,
Que ton ombre en ces lieux ne regne-t'elle en-- core !
Pourquoi l'impatiente Aurore ,
Ouvre-t'elle mes yeux aux funestes apprêts ,
G. vj D'un
140 MERCURE DE FRANCE
D'un Hymen que j'abhorre ?
Je vais donc m'engager à l'objet que je hais ,
Et je perds pour jamais un Amant que j'adore.
O nuit , &c.
La Reine de Calydon , mere de Callirhoé, vient déclarer à cette Princesse que
Coresus paroîtra bien- tôt pour recevoir sa
foy sur les Autels de Bacchus ; elle l'exhotte à se livrer toute entiere à son devoir et à ne plus penser à son amour
puisqu'Agenor, qui en étoit l'objet , n’esť
plus. Elle la quitte pour aller ordonner la
Céremonie Nuptiale.
Callirhoé se détermine à subir la Loy
que sa Mere et ses Peuples lui imposent,
quelque dure qu'elle la trouve.
Agenor qu'on croyoit mort , paroît aux
yeux de Callirhoé ; elle cache son amour
sous un simple mouvement de surprise.
Agenor lui explique ce qui a donné lieu
au bruit de sa mort ; mais il n'en peut
rien tirer de favorable pour son amour.
Il lui témoigne son étonnement par ces
Vers , qu'on a trouvez très- délicats :
Ayez-vous oublié , Princesse , que vos charmes,
Ont essayé sur moi leurs premiers coups ?
Votre pere expiroit , je recueillois vos larmes
Parmi le trouble et les allarmes ,
i
Vos
JANVIER. 1732.
14
Vos yeux brilloient déja de l'éclat le plus dour
Fappaisai des mutins les mouvemens jaloux ;
Ah ! ne jugiez -vous pas au succès de mes armes
Qu'un Amant combattoit pour vous ?
Callirhoé continue à se contraindre
elle ordonne à Agenor de sortir et lui
défend de la voir jamais.
La Reine , Coresus , et les Prêtres de
sa suite arrivent pour celebrer l'Hymen
qui fait l'action principale de ce premier
Acte. Coresus dit galamment à Calli
rhoć.
Dès Autels à vos beaux yeux
Je porterai mon hommage ,
Şans craindre, que ce partage ,
Offense jamais nos Dieux ;
J'adore en vous leur image.
La Suite de Coresus celebre la Fête de
cet Hymen ; Coresus s'approche de l'Autel avec Callirhoé ; il chante ces Vers :
Toi, qui pour éclairer le plus beau de mes jours ,
Pares le Ciel d'une clarté nouvelle
Soleil , à mes tendres amours
Tu me vérras aussi fidele ,
,
Que tu l'es à remplir ton cours..
Coresus commence le serment sur l'Autels
142: MERCURE DE FRANCE
rel; mais Callirhoé ne peut l'achever parce
qu'Agenor vientsemontrer à ses yeux; son:
aspect la fait évanouir , et par là le serment conjugal est interrompu au grand
regret de Coresus , de la Reine et des
Prêtres de Bacchus.
Au second Acte , le Théatre représente
Pavant- cour d'un Palais ; on voit à l'un
des côtez un Temple domestique.
Agenor se flate d'être aimé de Calli
thoć cette Princesse agitée de remordss
vient lui déclarer qu'elle veut achever
son Hymen , pour réparer le tort qu'elle
vient de faire à sa gloire : Agenor l'accuse de cruauté ; elle ne peut s'empêcherde lui faire connoître qu'il est la cause
de son malheur , et par consequent qu'il
est aimé. Agenor se jette à ses pieds pour
lui rendre graces d'un aveu si favorable.
Coresus surprend son Rival aux pieds de
son Amante ; il lui reproche son infidelité; elle lui répond fierement qu'elle nelui a rien promis , et se retire. Coresus
menace Agenor, qui lui répond avec une
intrépidité héroïque et le quitte.
Coresus invite les Prêtres de sa suite à vanger l'affront qu'on vient de
faire aux Autels en la personne de leur
Grand-Prêtre ; ils invoquent Bacchus et
lui demandent vangeance.Les Prêtres avec
desc
JANVIER. 1732. 1431
des flambeaux , font le Balet de cet Acte. ,
Le Théatre représente au troisiéme
Acte , un Temple rustique , consacré à
Pan. La Reine er Callirhoé déplorent less
malheurs dont Bacchus accable leurs Peu-.
ples , et en font une description très - tou--
chante. Après les plaintes , la Reine dit:
à sa fille qu'elle veut interroger l'Oracle ,
du Dieu des Forêts. Elle la quitte pour
aller donner ordre à ce qu'elle vient de se
proposer, et lui dit d'attendre Caresus
qu'elle a mandé , et de ne rien oublier.
pour le fléchir.
Coresus vient ; la Scene est vive entre
Callirhoé et lui ; ne pouvant rien obte
nir de lui , elle le menace de sa propre·
mort ; Coresus s'attendrit et lui promet
de ne rien oublier pour obtenir de Bac--
chus la grace d'un Peuple, expirant ; it
hui dit de consulter son Oracle , et la
quicte.
>
2
Le Ministre de Pan vient , on chante
des Hymnes à l'honneur de ce Dieu ,.
qui du fond du Théatre prononce cet:
Öracle.
Le calme à ces climats ne peut être rendú ,
Qu'au prix que les Destins veulent de votre zele
Que de Callirhoé le sang soit répandu ,
Ou celui d'un Amant qui s'offrira pour elle.
La
T44 MERCURE DE FRANCE
+
La Reine frémit de cet Oracle ; elle prio
le Grand Prêtre de le cacher au Peuple
et de le flater d'un plus heureux avenir.
Au quatriéme Acte la Décoration represente une Plaine bornée de Côteaux
fleuris. Callirhoé se prépare à la mort
avec constance. Agenor trompé par les
fausses esperances qu'on lui a données
d'un heureux changement , vient s'en
réjouir avec sa Princesse ; elle lui cache
son malheur autant qu'elle peut , mais
enfin elle lui déclare que les Dieux de
mandent son sang ; Agnenor furieux lui
proteste qu'il ne souffrira jamais un Sacrifice si barbare , et la quitte en lui di
sant ::
DeCoresus , que le crime s'expié ,
On me payera cher de m'avoir fait trembler..
Le bucher brule , et moi j'éteins sa flamme impie
Dans le sang du cruel qui veut vous immoler.
Mes amis sont tous prêts , ils suivront mon exemple ;
F'attaquerai vos Dieux , je briserai leur Temple,
Dût sa ruine m'accabler.
Une Troupe de Bergers et de Bergeres
viennent se réjouir du nouveau calme
dont ils jouissent; Callirhocleur dit qu'elle
va au Temple assurer leur bonheur ; ils
la
JANVIER. 1731. 145
la suivent. La Reine , qui survient , croit
qu'ils vont la conduire à l'Autel ; elle
leur reproche leur barbarie , les Bergers.
témoignent la douleur et l'effro, dont ils
sont saisis par un Choeur très- pathetique.
Agenor vient leur dire qu'il a appris
d'un des Ministres de Pan qu'un sang
moins précieux offert pour celui de la
Princesse , peut suffire aux Dieux ; il offre
le sien les Bergers applaudissent à sa
generosité et à son amour.
La Décoration du dernier Acte représente le Temple de Bacchus , orné pour
le Sacrifice de la Victime. Coresus prêt
à donner la mort à son Rival , qui veut
être immolé pour Callirhoé , ne sçait s'il
y doit consentir ; il craint de trahir sa
gloire et même son amour , puisqu'Age
nor sacrifié pour sa Princesse , n'en regnera que mieux dans son cœur..
Callithoé vient demander la mort à
Coresus , la Scene est très- vive et trèspathetique entre le Prêtre et la Victime..
Agenor arrive ; les Prêtres le menent
à l'Autel'; après une contestation trèstendre entre les deuxVictimes et Coresus;
ce dernier prend un parti noble et gene
reux , et leur dit :
Arrêtez; c'est à moi de choisir la Victime.
ER
146 MERCURE DE FRANCE
Endisant ces mots il se frappe et finit la
Tragédie par ces Vers adressez à Callirhoé:
Je sauve vos jours :
De vos malheurs, dcs miens , je termine le cours.
Vous pleurez; se peut- il que ce cœur s'atendrisse !
Je meurs content , mes feux ne vous troubleront
plus.
Approchez ; en mourant , que ma main vous unisse ;
Souvenez-vous de Coresus.
Cet Opera , au reste , est très- bien executé et très-bien remis pour le choix des
Rôles , pour les Décorations et les habits.
Les Balets du Sr.Blondi en sont variez et
executez dans la plus grande perfection ;
un Pas de Trois dansé par le sieur Dumoulin et les Dlles Camargo et Salé , est
un morceau aussi picquant et aussi agréable qu'on en ait vû à l'Opera. Deux trèsbons Poëtes ont celebré la danse de ces
deux inimitables personnes en cette ma- niere.
A
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Résumé : SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
Le texte présente la tragédie en musique 'Callirhoé', dont le poème est de M. Roy et la musique de M. Destouches, Surintendant de la Musique du Roi. Cette œuvre a été jouée pour la première fois le 27 décembre 1712 et a connu un succès éclatant. Le prologue célèbre la victoire de Denain et la paix, avec des personnages comme la Victoire et Astrée. L'intrigue principale suit Callirhoé, princesse de Calydon, qui doit se marier avec Coresus malgré son amour pour Agenor, que l'on croyait mort. Agenor réapparaît, mais Callirhoé doit se conformer aux attentes de sa mère et de son peuple. La pièce est marquée par des conflits émotionnels et des révélations dramatiques, notamment l'interruption du mariage par l'apparition d'Agenor et la menace de sacrifice divin. La tragédie se conclut par le sacrifice de Coresus, qui permet à Callirhoé et Agenor de se réunir. L'opéra est salué pour son exécution, ses décors, ses costumes et ses ballets, notamment ceux du sieur Blondy et un pas de trois dansé par le sieur Dumoulin et les demoiselles Camargo et Salé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 170-174
« Le premier Janvier, les Hautbois de la Chambre du Roy joüerent selon [...] »
Début :
Le premier Janvier, les Hautbois de la Chambre du Roy joüerent selon [...]
Mots clefs :
Symphonie, Concert, Opéra, Ballet, Théâtre, Course de traîneaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier Janvier, les Hautbois de la Chambre du Roy joüerent selon [...] »
FRANCE
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
E premier Janvier , les Hautbois de
la Chambre du Roy joüerent selon
la coutume , plusieurs Pieces de Sympho
nie de M. de Lully , au lever de S. M. et:
les Vingt- quatre executerent au dîner une
suite d'Airs de la composition de M. Destouches , Sur- Intendant de la Musique du
Roy en semestre.
Le 2 , il y eut Concert dans le salon de
de la Reine , et on chanta devant S. M. le
quattiéme Acte de l'Opera de Roland ,
dont le principal Rôle fut chanté par le:
sieur Chassé , les Actes precedens avoient
été chantés au mois de Decembre.
Le7. on fit entendre à la Reine le Prologue et le premier Acte d'Amadis , et on
continua la suite le 9. etle 14.La Dlle Antier chanta le Rôle d'Arcabonne , le sieur
d'Angerville: celui d'Arcalaus , le sieur
Guedon celui d'Amadis , & la Dle le.
Maurefit avec un grand succès leRôle d'O-- rianne.
•
Le is. la Reine demanda l'Opera d'Omphale:
JANVIER. 1732. 171
phale, mis en Musique par M.Destouches.
S. M. entendit le Prologue et le 1er Acte
dans son Salon. Le même Opera fut continué le 21. et le 23. les Dlles Antier et
Lenners chanterent les Rôles d'Argine et
d'Omphale , et les sieurs d'Angerville et;
Petillot ceux d'Hercule et d'Iphis.
Le 28. il y eut Ballet sur le Theatre ou
Pon joue ordinairement la Comedie. Le
divertissement étoit composé de la qua
triéme Entrée du Ballet de l'Europe Galante, intitulé la Turquie, de la quatriéme Entrée du Ballet des Elemens , qui a pour titre
la Terre, et de l'Acte du Bal des Fêtes Ve nitiennes.
Dans le premier Acte les sieurs Thevenard et Chassé chanterent les Rôles du
Sultan et du Grand Bostangi , et les Dlles
Antier etPellessier ceux des deux Sultanes,
P'une favorite et l'autre disgraciée.
Dans le second Acte , les sieurs Tribou ;
et Chassé firent les Rôles de Vertumne et
de Pan , et la Dlle le Maure celui de Pamone.
›
Dans l'Acte du Bal , les sieurs Chassé
et Dumats , ont fait les Rôles d'Alamir
et de Themir; ceux du Maître de Musique et de Danse ont été joués par les sieurs
Tribou et Laval , et la Dlle Petit- Pas a
chanté le Rôle d'Iphise... Les
72 MERCURE DE FRANCE,
Les sieurs du Pré , du Moulin Freres
Laval , Javilliers , Malter & les Diles Prevôr , Camargo , Salé et autres , ont executé le Ballet composé par le sieur Blondi ;
on y a dansépar ordre de la Reine le Past
de Trois du quatriéme Acte de Callirhoé.
L'Orchestre étoit composé des Violons,
Hautbois et Flutes du Roy, et les Chœurs
ont été executés par les Acteurs et Actrices de l'Académie Royalede Musique.
Le 7. de ce mois, le Roy prit le Divertissement d'uneCourse deTraineaux.S.M.
après avoir été prendre à l'Appartement
de Mädemoiselle de Charolois , les Princesses du Sang et les Dames de la Cour,
qui entrerent dans des Traineaux , conduits par les Seigneurs en habits et bonnets de velours cramoisi , doublez d'hermine, fit plusieurs tours dans les Allées
du Parc et le long du grand Canal pendant trois heures ; ayant changé deux
fois de Relais , le Roy mena ensuite la
Compagnie à Trianon , où elle eu l'honneur de souper avec S. M. qui ne retour“
na à Versailles que vers les deux heures
du matin au clair de la Lune.
Les Députez du Parlement qui avoient
reçû les ordres du Roy le 9. Janvier , se
rendirent à Versailles le lendemain matin,
M. Portail, Premier Président , étant à
lcut
JANVIER. 1732. 173
leur tête ; ils furent présentez et conduits
avec les ceremonies ordinaires à l'AKdiance de S. M. qui leur déclara sa volonté.
.Le 13 L'Abbé de Laubriere., cy- devant
Conseiller au Parlement , nommé à l'Evêché de Soissons , fut sacré dans la Chapelle de l'Archevêché, par l'Archevêque de
Paris , assisté de l'Evêque de Châlons sur
Marne , et de l'Evêque de Luçon , et le
20 il prêta serment de fidelité entre les
mains du Roy.
Le 15.et le 16.les Religieux Mathurins,
de l'Ordre de la sainte Trinité , condui
sirent en Procession dans la Ville de Paris , 33. Esclaves qu'ils ont rachetez à
Constantinople pendant l'année derniere.
Le Marquis de Solera , premier Gentilhomme de la Chambre de l'Infant Dan
Carlos , et que son A. R. a envoyé à Paris
pour remercier le Roy des honneurs qui
lui ont été rendus dans son passage en
France , et pour marquer à S. M. sa reconnoissance de la maniere avec laquelle
on l'a reçu , s'acquitta de cette commission le 15 de ce mois ; il fut présenté au
Roy, par le Marquis de Castellar , Ambassadeur Extraordinaire de S. M. Cath.
Il prit congé de S. M. le 29 , présenté par
le même Ambassadeur.
Le
174 MERCURE DE FRANCE
Le 19 de ce mois , après la Messe du
Roy, Mademoiselle de Chartres reçut
dans la Chapelle du Chateau de Versailles les Cérémonies du Baptême. Le Roy
fut son Parrain ; la Princesse de Conty ,
troisiéme Douairiere, la Maraine ; et cette
Princesse fut nommé Louise Diane. La
Reine et les Princes et Princesses assisterent à cette Cérémonie , qui fut faite par
le Cardinal de Rohan , Grand Aumonier
de France , en présence du Curé de la
Paroisse du Château.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
E premier Janvier , les Hautbois de
la Chambre du Roy joüerent selon
la coutume , plusieurs Pieces de Sympho
nie de M. de Lully , au lever de S. M. et:
les Vingt- quatre executerent au dîner une
suite d'Airs de la composition de M. Destouches , Sur- Intendant de la Musique du
Roy en semestre.
Le 2 , il y eut Concert dans le salon de
de la Reine , et on chanta devant S. M. le
quattiéme Acte de l'Opera de Roland ,
dont le principal Rôle fut chanté par le:
sieur Chassé , les Actes precedens avoient
été chantés au mois de Decembre.
Le7. on fit entendre à la Reine le Prologue et le premier Acte d'Amadis , et on
continua la suite le 9. etle 14.La Dlle Antier chanta le Rôle d'Arcabonne , le sieur
d'Angerville: celui d'Arcalaus , le sieur
Guedon celui d'Amadis , & la Dle le.
Maurefit avec un grand succès leRôle d'O-- rianne.
•
Le is. la Reine demanda l'Opera d'Omphale:
JANVIER. 1732. 171
phale, mis en Musique par M.Destouches.
S. M. entendit le Prologue et le 1er Acte
dans son Salon. Le même Opera fut continué le 21. et le 23. les Dlles Antier et
Lenners chanterent les Rôles d'Argine et
d'Omphale , et les sieurs d'Angerville et;
Petillot ceux d'Hercule et d'Iphis.
Le 28. il y eut Ballet sur le Theatre ou
Pon joue ordinairement la Comedie. Le
divertissement étoit composé de la qua
triéme Entrée du Ballet de l'Europe Galante, intitulé la Turquie, de la quatriéme Entrée du Ballet des Elemens , qui a pour titre
la Terre, et de l'Acte du Bal des Fêtes Ve nitiennes.
Dans le premier Acte les sieurs Thevenard et Chassé chanterent les Rôles du
Sultan et du Grand Bostangi , et les Dlles
Antier etPellessier ceux des deux Sultanes,
P'une favorite et l'autre disgraciée.
Dans le second Acte , les sieurs Tribou ;
et Chassé firent les Rôles de Vertumne et
de Pan , et la Dlle le Maure celui de Pamone.
›
Dans l'Acte du Bal , les sieurs Chassé
et Dumats , ont fait les Rôles d'Alamir
et de Themir; ceux du Maître de Musique et de Danse ont été joués par les sieurs
Tribou et Laval , et la Dlle Petit- Pas a
chanté le Rôle d'Iphise... Les
72 MERCURE DE FRANCE,
Les sieurs du Pré , du Moulin Freres
Laval , Javilliers , Malter & les Diles Prevôr , Camargo , Salé et autres , ont executé le Ballet composé par le sieur Blondi ;
on y a dansépar ordre de la Reine le Past
de Trois du quatriéme Acte de Callirhoé.
L'Orchestre étoit composé des Violons,
Hautbois et Flutes du Roy, et les Chœurs
ont été executés par les Acteurs et Actrices de l'Académie Royalede Musique.
Le 7. de ce mois, le Roy prit le Divertissement d'uneCourse deTraineaux.S.M.
après avoir été prendre à l'Appartement
de Mädemoiselle de Charolois , les Princesses du Sang et les Dames de la Cour,
qui entrerent dans des Traineaux , conduits par les Seigneurs en habits et bonnets de velours cramoisi , doublez d'hermine, fit plusieurs tours dans les Allées
du Parc et le long du grand Canal pendant trois heures ; ayant changé deux
fois de Relais , le Roy mena ensuite la
Compagnie à Trianon , où elle eu l'honneur de souper avec S. M. qui ne retour“
na à Versailles que vers les deux heures
du matin au clair de la Lune.
Les Députez du Parlement qui avoient
reçû les ordres du Roy le 9. Janvier , se
rendirent à Versailles le lendemain matin,
M. Portail, Premier Président , étant à
lcut
JANVIER. 1732. 173
leur tête ; ils furent présentez et conduits
avec les ceremonies ordinaires à l'AKdiance de S. M. qui leur déclara sa volonté.
.Le 13 L'Abbé de Laubriere., cy- devant
Conseiller au Parlement , nommé à l'Evêché de Soissons , fut sacré dans la Chapelle de l'Archevêché, par l'Archevêque de
Paris , assisté de l'Evêque de Châlons sur
Marne , et de l'Evêque de Luçon , et le
20 il prêta serment de fidelité entre les
mains du Roy.
Le 15.et le 16.les Religieux Mathurins,
de l'Ordre de la sainte Trinité , condui
sirent en Procession dans la Ville de Paris , 33. Esclaves qu'ils ont rachetez à
Constantinople pendant l'année derniere.
Le Marquis de Solera , premier Gentilhomme de la Chambre de l'Infant Dan
Carlos , et que son A. R. a envoyé à Paris
pour remercier le Roy des honneurs qui
lui ont été rendus dans son passage en
France , et pour marquer à S. M. sa reconnoissance de la maniere avec laquelle
on l'a reçu , s'acquitta de cette commission le 15 de ce mois ; il fut présenté au
Roy, par le Marquis de Castellar , Ambassadeur Extraordinaire de S. M. Cath.
Il prit congé de S. M. le 29 , présenté par
le même Ambassadeur.
Le
174 MERCURE DE FRANCE
Le 19 de ce mois , après la Messe du
Roy, Mademoiselle de Chartres reçut
dans la Chapelle du Chateau de Versailles les Cérémonies du Baptême. Le Roy
fut son Parrain ; la Princesse de Conty ,
troisiéme Douairiere, la Maraine ; et cette
Princesse fut nommé Louise Diane. La
Reine et les Princes et Princesses assisterent à cette Cérémonie , qui fut faite par
le Cardinal de Rohan , Grand Aumonier
de France , en présence du Curé de la
Paroisse du Château.
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Résumé : « Le premier Janvier, les Hautbois de la Chambre du Roy joüerent selon [...] »
En janvier 1732 à la cour de France, plusieurs événements musicaux et sociaux marquèrent le mois. Le 1er janvier, les hautbois de la chambre du roi jouèrent des pièces de Jean-Baptiste Lully au lever du roi, et les Vingt-quatre exécutèrent des airs de Michel Richard Delalande au dîner. Le 2 janvier, un concert eut lieu dans le salon de la reine, avec la représentation du quatrième acte de l'opéra 'Roland', interprété par le sieur Chassé. Du 7 au 14 janvier, des extraits de l'opéra 'Amadis' furent chantés, avec des rôles interprétés par la demoiselle Antier, le sieur d'Angerville, le sieur Guédon et la demoiselle Le Maure. Le 11 janvier, la reine demanda l'opéra 'Omphale' de Michel Richard Delalande, continué les 21 et 23 janvier avec les demoiselles Antier et Lenners, et les sieurs d'Angerville et Petillot. Le 28 janvier, un ballet fut présenté sur le théâtre de la comédie, composé de plusieurs entrées de ballets célèbres. Les rôles furent interprétés par divers artistes, dont les sieurs Thévenard, Chassé, Tribou, Dumats, et les demoiselles Antier et Pellessier. Le 7 janvier, le roi participa à une course de traîneaux avec les princesses du sang et les dames de la cour, suivie d'un souper à Trianon. Le 10 janvier, les députés du Parlement se rendirent à Versailles pour recevoir les ordres du roi. Le 13 janvier, l'abbé de Laubrière fut sacré évêque de Soissons et prêta serment de fidélité au roi le 20 janvier. Les 15 et 16 janvier, les Religieux Mathurins conduisirent une procession dans Paris avec des esclaves rachetés à Constantinople. Le 15 janvier, le marquis de Solera, premier gentilhomme de la chambre de l'infant Don Carlos, remercia le roi pour les honneurs reçus et prit congé le 29 janvier. Le 19 janvier, Mademoiselle de Chartres reçut les cérémonies du baptême au château de Versailles, avec le roi comme parrain et la princesse de Conty comme marraine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 371-373
« Les Comédiens François ont donné sur la fin de ce [...] »
Début :
Les Comédiens François ont donné sur la fin de ce [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Académie royale de musique, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont donné sur la fin de ce [...] »
Les Comédiens François ont donné sur
la fin de ce mois plusieurs Représentations de la Tontine ; petite Piece d'un Acte , fort bien écrite et dont le sujet est
assez plaisant. Un Médecin fondé de
grandes esperances d'un revenu consideHiiij table
372 MERCURE DE FRANCE
rable par le choix qu'il a fait d'un homme fort et robuste , sur la tête duquel il
a mis à la Tontine ; et qu'il prétend faire
vivre au moins cent ans , par le regime
qu'il lui fait observer, et par les autres secours de son Art.
Les mêmes Comédiens donneront avant
la fin de l'Hyver , la Tragedie d'Eriphile ,
de M. de Voltaire.
Ils ont remis au Théatre , depuis peu ,
la Tragédie d'Agrippa , ou le Faux Tiberinus , de M.Quinault, dont les Représentations font beaucoup de plaisir par l'art
admirable dont cette Piece est écrite et
conduite. Elle est aussi fort bien représentée. Le sieur de Grandval y remplit le
principal Rôle , et le sieur Sarrasin celui
de Tirene. La Dile Dufresne joue celui de
la Princesse , avec beaucoup d'intelligence , de feu et de précision.
Le 9 Février , les Comédiens Italiens
donnerent une petite Piece nouvelle, d'un
Acte en Vers,, avec des Divertissemens
intitulée La Critique , précédée d'un Prologue , qui a pour titre, l'Auteur Superstitieux. Ces deux Piéces sont de la composition de M. de Boissy , et ont été reçuës
. très favorablement du Public. Nous en
parlerons plus au long.
-
Le
FEVRIER 1732. 373
Le 12 Février , l'Académie Royale de
Musique , donna sur le Théatre de l'Ope
ra, le Divertissement qui avoit été représenté à la Cour , le 28 Janvier , on y a
joué l'Acte de l'Amour Saltinbanque , du
Balet des Fêtes Venitiennes , qui a été suivi des trois autres Actes , qui avoient été
joüez en présence de leurs Majestez. Ce
Divertissement a attiré de nombreuses assemblées , et a été parfaitement bien exécuté. La Dile Camargo a dansé un Tambourin à la fin de l'Acte du Bal , avec la
brillante vivacité , que tout le monde lui
connoît.
On donna les deux derniers jours de
Carnaval , le même Balet , qui fut suivi
du Divertissement de Pourceaugnac , deM.
de Lully ; Piece tres convenable au temps
qu'on l'a donnée , et dans lequel le sieur
Tribou , met autant de vivacité que de
gayeté.
1
Le Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant General de Police, en la maniere accoutumée.
la fin de ce mois plusieurs Représentations de la Tontine ; petite Piece d'un Acte , fort bien écrite et dont le sujet est
assez plaisant. Un Médecin fondé de
grandes esperances d'un revenu consideHiiij table
372 MERCURE DE FRANCE
rable par le choix qu'il a fait d'un homme fort et robuste , sur la tête duquel il
a mis à la Tontine ; et qu'il prétend faire
vivre au moins cent ans , par le regime
qu'il lui fait observer, et par les autres secours de son Art.
Les mêmes Comédiens donneront avant
la fin de l'Hyver , la Tragedie d'Eriphile ,
de M. de Voltaire.
Ils ont remis au Théatre , depuis peu ,
la Tragédie d'Agrippa , ou le Faux Tiberinus , de M.Quinault, dont les Représentations font beaucoup de plaisir par l'art
admirable dont cette Piece est écrite et
conduite. Elle est aussi fort bien représentée. Le sieur de Grandval y remplit le
principal Rôle , et le sieur Sarrasin celui
de Tirene. La Dile Dufresne joue celui de
la Princesse , avec beaucoup d'intelligence , de feu et de précision.
Le 9 Février , les Comédiens Italiens
donnerent une petite Piece nouvelle, d'un
Acte en Vers,, avec des Divertissemens
intitulée La Critique , précédée d'un Prologue , qui a pour titre, l'Auteur Superstitieux. Ces deux Piéces sont de la composition de M. de Boissy , et ont été reçuës
. très favorablement du Public. Nous en
parlerons plus au long.
-
Le
FEVRIER 1732. 373
Le 12 Février , l'Académie Royale de
Musique , donna sur le Théatre de l'Ope
ra, le Divertissement qui avoit été représenté à la Cour , le 28 Janvier , on y a
joué l'Acte de l'Amour Saltinbanque , du
Balet des Fêtes Venitiennes , qui a été suivi des trois autres Actes , qui avoient été
joüez en présence de leurs Majestez. Ce
Divertissement a attiré de nombreuses assemblées , et a été parfaitement bien exécuté. La Dile Camargo a dansé un Tambourin à la fin de l'Acte du Bal , avec la
brillante vivacité , que tout le monde lui
connoît.
On donna les deux derniers jours de
Carnaval , le même Balet , qui fut suivi
du Divertissement de Pourceaugnac , deM.
de Lully ; Piece tres convenable au temps
qu'on l'a donnée , et dans lequel le sieur
Tribou , met autant de vivacité que de
gayeté.
1
Le Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant General de Police, en la maniere accoutumée.
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Résumé : « Les Comédiens François ont donné sur la fin de ce [...] »
En février 1732, les Comédiens Français ont présenté 'La Tontine', une pièce en un acte relatant l'histoire d'un médecin cherchant à obtenir un revenu en choisissant un homme robuste pour une tontine. Ils prévoient également de jouer 'Ériphile' de Voltaire et ont remis en scène 'Agrippa, ou le Faux Tibérinus' de Quinault, avec les acteurs Grandval, Sarrasin et Dufresne. Le 9 février, les Comédiens Italiens ont présenté 'La Critique' et 'L'Auteur Superstitieux' de Boissy, bien accueillis par le public. Le 12 février, l'Académie Royale de Musique a donné un divertissement à l'Opéra incluant 'L'Amour Saltimbanque' et le ballet 'Les Fêtes Vénitiennes', avec une performance remarquée de la demoiselle Camargo. Les derniers jours du carnaval, 'Les Fêtes Vénitiennes' ont été suivis de 'Le Bourgeois Gentilhomme' de Lully, interprété par le sieur Tribou. La foire Saint-Germain a été ouverte le 1er février par le Lieutenant Général de Police.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 389-394
« Le I de ce mois, la Reine entendit la Messe [...] »
Début :
Le I de ce mois, la Reine entendit la Messe [...]
Mots clefs :
Messe, Universités, Fête de la Purification de la Sainte Vierge, Concert, Opéra, Ballet, Loterie, Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le I de ce mois, la Reine entendit la Messe [...] »
FRANCE,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
E Ii de ce mois , la Reine entendit la
Messe dans la Chapelle du Château
deVersailles , et S. M. communia par les
mains du Cardinal de Fleury , son Grand
Aumonier.
Le même jour , M. Piat , Recteur de
Université, accompagné des Doyens des
Facultez et des Procureurs des Nations
eut l'honneur , suivant l'ancien usage, de
I pré-
>
$90. MERCURE DE FRANCE
présenter un Cierge au Roy , à la Reine,
et à Monseigneur le Dauphin.
Le même jour , le Pere Vicaire , General des Religieux de la Mercy , accompagné de trois Religieux du Convent du
Marais , eut l'honneur de présenter un
Cierge à la Reine , pour satisfaire à une
des conditions de leur établissement , fait
à Paris , en 1615. par la Reine Marie de
Medicis.
Le 2 , Fête de la Purification de la Ste
Vierge , le Royaccompagné du Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon , du Comte de
Clermont , du Duc du Maine , du Prince
de Dombes , du Comte d'Eu , du Comte
de Toulouse et des Chevaliers, Commandeurs et Officiers de l'Ordre du S. Esprit,
qui s'étoient assemblez dans son Cabinet,
se rendit à la Chapelle du Château de
Versailles. Le Roy, devant lequel les deux
Huissiers de la Chambre portoient leurs
Masses , assista à la Benediction des Cierges, à la Procession qui se fit dans la Cour
du Château , et à la grande Messe , celebrée P'Abbé Brosseau , Chapelain
ordinaire de la Chapelle de Musique , et
chantée par la Musique. La Reine , accompagnée des Dames de sa Cour, entendit la grande Messe dans la Tribune
Après midi , L. M. accompagnées du
par
Duc
FEVRIER 1732. 391
Duc d'Orleans et du Comte de Toulouse,
assisterent à la Prédication du P. Ségaud,
de la Compagnie de Jesus ; et ensuite aux
Vespres , chantées par la Musique. "
Le Roy a accordé le Gouvernement
des Païs , Ville et Citadelle de Broliage ,
au Vicomte de Beaune , Lieutenant General des Armées de S. M. et Chevalier de
ses Ordres.
Le 17 de ce mois , l'Abbé de Tilly
nommé par le Roy à l'Evêché d'Orange,
fut sacré dans la Chapelle de l'Archevêché , par l'Archevêque de Paris , assisté
de l'Evêque d'Europée , Coadjuteur de
l'Evêque d'Orleans , et de l'Evêque de
Grasse. Il prêta serment le 19 , entre les
mains de S. M.
il
Le 2 Février , Fête de la Purification ,
y eut Concert Spirituel au Château des
Thuilleries.On y chanta : Exaltabo te,Domine , Motet de M. de la Lande , qui fat
suivi de deux petits Motets , à une et deux
voix , chantez par les DesLenner , de la
Musique du Roy , et par les Diles Erremens et Petitpas. On y exécuta encore un
Motet nouveau , du sieur Dupin , Maître
de Musique de Province ; et après plusieurs excellentes Piéces de symphonie ,
exécutées par les sieurs le Clerc et Blavet,
le Concert fut terminé par le Motet :
Dominus regnavit.
I j La
392 MERCURE DE FRANCE
Le 4 , il y eut Concert à Marly , chez
la Reine. M. Destouches , Sur-Intendant
dela Musique de la Chambre du Roy ,
en semestre , fit chanter le se Acte de l'Opera d'Omphale,dont les Actes précedents
avoient été exécutez à Versailles , au mois .
de Janvier.
Les , la Reine entendit le Prologue ,
et le premier Acte de l'Opéra d'Issé , qui
fat continué le 9 ; et le 11 , la De Courvasier chanta avec applaudissement , le
Rôle de l'Hesperide , dans le Prologue , et
celui d'Issé, dans la Piece. Les S's Godeneche et Petillot , firent ceux de Jupiter et
d'Apollon. Les Rôles d'Hilas et de Pan ,
furent chantez par les S d'Angerville et
Godeneche ; et celui de Doris , par la Dile
Petitpas. Cet Opera fut exécuté avec une
grande précision.
Le 13 , S. M. entendit le Prologue et le
premier Acte du Ballet des Elemens, qu'on
continua le 16 , et le 18 , par le second , le
troisiéme et le quatriéme Acte. La DHe
Courvasier chanta le Rôle de Venus, dans
le Prologue , et le Sr d'Angerville, ceux du
Destin , d'Ixion , de Valere et de Pan ; dans
la Piece les Des Antier et Mathieu firent
les Rôles d'Emilie et de Leucosie , et la
DieLenner, ceux de Junon, et de Pomone,
et le St Petillot chanta ceux d'Arion , et
de
FEVRIER 1732 393
de Vertumne. L'exécution de ce Ballet fut
tres-brillante.
Le 20 et le 23 , on chanta devant la
Reine , le Ballet du Carnaval et de la Folie. La Dlle Lenner fit le Rôle de Venus ,
et le S'd'Angerville , ceux de Jupiter et
du Carnaval. Le St Godeneche , celui de
Momus;et le S Petillot, et la Dile Mathieu
chanterent ceux de Plutus et de la Jeunesz
se. Les Rôles du Professeur de Folie et de
son Ecolier furent chantez par les S Gué
don et le Prince , avec beaucoup de lége
reté. Ce Ballet fut suivi d'une Ariete et
d'un grand Chœur de Trompettes ; de la
composition de M. Destouches , dont
l'exécution fut tres- vive et très- précise.
Le Mardy , 12 de ce mois , les Comé
diens François représenterent dans le Sa
lon de Marly , sans Théatre, la Comédie
du Chevalier à la mode , et celle du Cock
imaginaire. Mais ces Piéces firent peu
plaisir ; la voix des Acteurs se perdant par
l'exhaussement du lieu . On n'avoit jamais
joué la Comédie à Marly.
de
Le 23, la Lotterie de la Compagnie des
Indes , établie pour le remboursement des
Actions , fut tirée en la maniere accoutumée, à l'Hôtel de la Compagnie. La Liste
des Numeros gagnans des Actions et dixiémes d'Actions , qui doivent être rem- I iij bour
394 MERCURE DE FRANCE
boursez , a été renduë publique ; elle fait
en tout le nombre de 304 Actions, un dixiéme d'Action..
On a remarqué que le Carnaval a été
tres-bien celebré cette année à Paris , et
qu'on s'y est beaucoup diverti ; tous les
Spectacles ont été fort fréquentez ; il y a
eu quantité de Mariages et de Nôces brillantes , de Bals , de Fêtes , de Concerts et
autres Assemblées de jeu , de bonne- chere,
&c. On a vû dans les rues , en plus grand
nombre que les autres années , des Mascarades avec des déguisemens singuliers ,
des Troupes de Masques, des Cavalcades,
des Chariots, &c. Le nombre des Carosses .
et des Masques a été prodigieux au FauxbourgS.Antoine, pendant les trois derniers
jours gras..Le beau-tems , la douceur du
Gouvernement et l'attention continuelle
des Magistrats, sur la Police de cette grande
Ville , ont sans doute porté les peuples à
se livrer à la joye qu'ils ont fait paroître.
Une autre circonstance heureuse , c'estqu'il n'est pas arrivé le moindre désordre,
point de batterie , point de querelle , pas
le moindre accident.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
E Ii de ce mois , la Reine entendit la
Messe dans la Chapelle du Château
deVersailles , et S. M. communia par les
mains du Cardinal de Fleury , son Grand
Aumonier.
Le même jour , M. Piat , Recteur de
Université, accompagné des Doyens des
Facultez et des Procureurs des Nations
eut l'honneur , suivant l'ancien usage, de
I pré-
>
$90. MERCURE DE FRANCE
présenter un Cierge au Roy , à la Reine,
et à Monseigneur le Dauphin.
Le même jour , le Pere Vicaire , General des Religieux de la Mercy , accompagné de trois Religieux du Convent du
Marais , eut l'honneur de présenter un
Cierge à la Reine , pour satisfaire à une
des conditions de leur établissement , fait
à Paris , en 1615. par la Reine Marie de
Medicis.
Le 2 , Fête de la Purification de la Ste
Vierge , le Royaccompagné du Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon , du Comte de
Clermont , du Duc du Maine , du Prince
de Dombes , du Comte d'Eu , du Comte
de Toulouse et des Chevaliers, Commandeurs et Officiers de l'Ordre du S. Esprit,
qui s'étoient assemblez dans son Cabinet,
se rendit à la Chapelle du Château de
Versailles. Le Roy, devant lequel les deux
Huissiers de la Chambre portoient leurs
Masses , assista à la Benediction des Cierges, à la Procession qui se fit dans la Cour
du Château , et à la grande Messe , celebrée P'Abbé Brosseau , Chapelain
ordinaire de la Chapelle de Musique , et
chantée par la Musique. La Reine , accompagnée des Dames de sa Cour, entendit la grande Messe dans la Tribune
Après midi , L. M. accompagnées du
par
Duc
FEVRIER 1732. 391
Duc d'Orleans et du Comte de Toulouse,
assisterent à la Prédication du P. Ségaud,
de la Compagnie de Jesus ; et ensuite aux
Vespres , chantées par la Musique. "
Le Roy a accordé le Gouvernement
des Païs , Ville et Citadelle de Broliage ,
au Vicomte de Beaune , Lieutenant General des Armées de S. M. et Chevalier de
ses Ordres.
Le 17 de ce mois , l'Abbé de Tilly
nommé par le Roy à l'Evêché d'Orange,
fut sacré dans la Chapelle de l'Archevêché , par l'Archevêque de Paris , assisté
de l'Evêque d'Europée , Coadjuteur de
l'Evêque d'Orleans , et de l'Evêque de
Grasse. Il prêta serment le 19 , entre les
mains de S. M.
il
Le 2 Février , Fête de la Purification ,
y eut Concert Spirituel au Château des
Thuilleries.On y chanta : Exaltabo te,Domine , Motet de M. de la Lande , qui fat
suivi de deux petits Motets , à une et deux
voix , chantez par les DesLenner , de la
Musique du Roy , et par les Diles Erremens et Petitpas. On y exécuta encore un
Motet nouveau , du sieur Dupin , Maître
de Musique de Province ; et après plusieurs excellentes Piéces de symphonie ,
exécutées par les sieurs le Clerc et Blavet,
le Concert fut terminé par le Motet :
Dominus regnavit.
I j La
392 MERCURE DE FRANCE
Le 4 , il y eut Concert à Marly , chez
la Reine. M. Destouches , Sur-Intendant
dela Musique de la Chambre du Roy ,
en semestre , fit chanter le se Acte de l'Opera d'Omphale,dont les Actes précedents
avoient été exécutez à Versailles , au mois .
de Janvier.
Les , la Reine entendit le Prologue ,
et le premier Acte de l'Opéra d'Issé , qui
fat continué le 9 ; et le 11 , la De Courvasier chanta avec applaudissement , le
Rôle de l'Hesperide , dans le Prologue , et
celui d'Issé, dans la Piece. Les S's Godeneche et Petillot , firent ceux de Jupiter et
d'Apollon. Les Rôles d'Hilas et de Pan ,
furent chantez par les S d'Angerville et
Godeneche ; et celui de Doris , par la Dile
Petitpas. Cet Opera fut exécuté avec une
grande précision.
Le 13 , S. M. entendit le Prologue et le
premier Acte du Ballet des Elemens, qu'on
continua le 16 , et le 18 , par le second , le
troisiéme et le quatriéme Acte. La DHe
Courvasier chanta le Rôle de Venus, dans
le Prologue , et le Sr d'Angerville, ceux du
Destin , d'Ixion , de Valere et de Pan ; dans
la Piece les Des Antier et Mathieu firent
les Rôles d'Emilie et de Leucosie , et la
DieLenner, ceux de Junon, et de Pomone,
et le St Petillot chanta ceux d'Arion , et
de
FEVRIER 1732 393
de Vertumne. L'exécution de ce Ballet fut
tres-brillante.
Le 20 et le 23 , on chanta devant la
Reine , le Ballet du Carnaval et de la Folie. La Dlle Lenner fit le Rôle de Venus ,
et le S'd'Angerville , ceux de Jupiter et
du Carnaval. Le St Godeneche , celui de
Momus;et le S Petillot, et la Dile Mathieu
chanterent ceux de Plutus et de la Jeunesz
se. Les Rôles du Professeur de Folie et de
son Ecolier furent chantez par les S Gué
don et le Prince , avec beaucoup de lége
reté. Ce Ballet fut suivi d'une Ariete et
d'un grand Chœur de Trompettes ; de la
composition de M. Destouches , dont
l'exécution fut tres- vive et très- précise.
Le Mardy , 12 de ce mois , les Comé
diens François représenterent dans le Sa
lon de Marly , sans Théatre, la Comédie
du Chevalier à la mode , et celle du Cock
imaginaire. Mais ces Piéces firent peu
plaisir ; la voix des Acteurs se perdant par
l'exhaussement du lieu . On n'avoit jamais
joué la Comédie à Marly.
de
Le 23, la Lotterie de la Compagnie des
Indes , établie pour le remboursement des
Actions , fut tirée en la maniere accoutumée, à l'Hôtel de la Compagnie. La Liste
des Numeros gagnans des Actions et dixiémes d'Actions , qui doivent être rem- I iij bour
394 MERCURE DE FRANCE
boursez , a été renduë publique ; elle fait
en tout le nombre de 304 Actions, un dixiéme d'Action..
On a remarqué que le Carnaval a été
tres-bien celebré cette année à Paris , et
qu'on s'y est beaucoup diverti ; tous les
Spectacles ont été fort fréquentez ; il y a
eu quantité de Mariages et de Nôces brillantes , de Bals , de Fêtes , de Concerts et
autres Assemblées de jeu , de bonne- chere,
&c. On a vû dans les rues , en plus grand
nombre que les autres années , des Mascarades avec des déguisemens singuliers ,
des Troupes de Masques, des Cavalcades,
des Chariots, &c. Le nombre des Carosses .
et des Masques a été prodigieux au FauxbourgS.Antoine, pendant les trois derniers
jours gras..Le beau-tems , la douceur du
Gouvernement et l'attention continuelle
des Magistrats, sur la Police de cette grande
Ville , ont sans doute porté les peuples à
se livrer à la joye qu'ils ont fait paroître.
Une autre circonstance heureuse , c'estqu'il n'est pas arrivé le moindre désordre,
point de batterie , point de querelle , pas
le moindre accident.
Fermer
Résumé : « Le I de ce mois, la Reine entendit la Messe [...] »
En février 1732, plusieurs événements significatifs se sont déroulés à la cour de France. Le 1er février, la Reine a assisté à la messe à la Chapelle du Château de Versailles et a communié. M. Piat, Recteur de l'Université, a présenté un cierge au Roi, à la Reine et au Dauphin, suivant une ancienne tradition. Le Père Vicaire, Général des Religieux de la Mercy, a également offert un cierge à la Reine, conformément aux conditions de l'établissement de leur ordre en 1615. Le 2 février, à la fête de la Purification de la Sainte Vierge, le Roi, accompagné de plusieurs princes et chevaliers, a participé à la bénédiction des cierges, à une procession et à la grande messe à Versailles. L'après-midi, le Roi et la Reine ont écouté une prédication et les vêpres. Le Roi a également accordé le gouvernement de Broliage au Vicomte de Beaune. Le 2 février, un concert spirituel a eu lieu au Château des Tuileries, avec des motets et des symphonies exécutés par des musiciens du Roi. Le 4 février, un concert a été donné à Marly, où l'opéra 'Omphale' a été joué. Les 7 et 9 février, la Reine a écouté les premiers actes de l'opéra 'Issé'. Le 11 février, la danseuse Courvasier a interprété les rôles de l'Hespéride et d'Issé. Le 13 février, le Roi a assisté au prologue et au premier acte du ballet 'Les Éléments', continué les 16 et 18 février. Les 20 et 23 février, le ballet 'Le Carnaval et la Folie' a été joué devant la Reine. Le 12 février, les comédiens français ont représenté 'Le Chevalier à la mode' et 'Le Cocu imaginaire' à Marly, sans grand succès. Le 23 février, la loterie de la Compagnie des Indes a été tirée à l'Hôtel de la Compagnie. Le Carnaval à Paris a été bien célébré, avec de nombreux spectacles, mariages, bals, fêtes et mascarades. La police et le bon gouvernement ont contribué à une célébration joyeuse et sans désordre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 571-588
Extrait de l'Opéra de Jephté, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique donna la premiere Representation de [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Jepthé, Tragédie, Théâtre, Prologue, Spectacle, Théâtre de l'Académie, Extrait, Musique, Ballet, Acteurs, Danse, Chant, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'Opéra de Jephté, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique donna
la premiere Representation de Jephie,
Tragédie , tirée de l'Ecriture sainte , le
premier Jeudy de Carême ; la nouveauté
du genre en avoit rendu le succès si
douteux, qu'on ne croioit pas qu'elle pût
être jouée deux fois ; cette prévention
presque générale n'a pas tenu contre les
beautez du Poëme et de la Musique , et
M. l'Abbé Pellegrin et M. de Monteclair qui en sont les Auteurs , peuvent
se vanter qu'il y a tres- peu d'Opéra que
le Public ait honoré de plus d'applaudissemens. Nos Lecteurs pourront juger du
Poëme par cet Extrait. Pour la Musique ,
les plus grands connoisseurs la trouvent
tres-digne de Lully , et on ne les contredit point.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu orné pour des Spectacles , c'està dire,
*
72 MERCURE DE FRANCE
à- dire , le Théatre même de l'Académie,
dont tous les Dieux fabuleux se sont em
parez , comme du seul Temple qui leur
reste depuis l'extinction du Paganisme :
Apollon invite Polhymnie et Terpsicore à
le seconder dans le dessein qu'il a de
maintenir le culte qu'on leur rend encore sur ce Théatre. Il s'exprime ainsi :
>
Vous , qu'avec Apollon , en ces lieux on adore,
Sçavante Polhymnie , aimable Terpsicore
Par vos chants , par vos jeux , secondez mes´ désirs ;
Ce Temple seul , nous reste encore ;
Faisons-y regner les plaisirs.
Les deux Muses exécutent ces ordres ;*
elles étalent , à l'envi , ce qu'elles ont de
plus flateur , pour séduire les mortels ;
mais leur regne n'est pas de longue durée; la Verité descend des Cieux , suivie
des vertus qui forment sa brillante Cour.
Elle leur parle ainsi :
Phantômes séduisans , Enfans de l'imposture
Osez-vous soûtenir ma clarté vivé et pure ›
Cachez, vous dans l'obscurité ,
Où mon brillant aspect vous plonge ;
Il est temps que la verité ,
Fasseévanouir le mensonge.
C'est
MARS. 1732. $73 .
C'est trop abuser l'Univers ;
Rentrez dans les Enfers.
Les faux Dieux , dont l'Ecriture dit :-
Dii autem Gentium dæmonia , sont forcez
de s'abîmer.
La verité expose le Sujet de la Tragédie qu'on va representer , par ces Vers
qu'elle addresse aux Vertus qui l'accompagnent.
Troupe , immortelle comme moy;
Vertus , ornez ces lieux pour un nouveau Spec tacle ;
Annoncez aux Mortels la redoutable loy,
Du Dieu seul , dont je suis l'Oracle 9.3
Retirez du Tombeau le malheureux Jephté ;,
Rappellez son vœu téméraire ;
Au soin d'instruire , ajoutez l'art de plaire
Vous pouvez adoucir votre sévérité ;
Mais qu'aucun faux brillant n'altere
La splendeur de la vérité.
Le Chœur des Vertus, Suivantes de la
Verité , l'invite à faire briller sur la Terre
sa celeste lumiere. Le Prologue finit par
cet éloge, d'autant plus beau qu'il est dans
la bouche de la Vérité même,
Un Roy qui me chérit dès l'âge le plus ten- dre ,
Bait
son
unique
soin
de marcher
sur
mes
pas.
M
$74 MERCURE DE FRANCE
Il veut qu'en ces heureux climats ,
Ma seule voix se fasse entendre.
Qu'il triomphe par moi , quand je regne par lui,
Que la terre , le ciel , qu'à l'envi tout conspires
Afaire fleurir un Empire ,
Dontje suis le plus ferme appuy.
La DileHerremens, qui remplit le Rôle
dè la Vérité , y réussit parfaitement; mais
passons à la Tragédie.
Le Théatre représente d'abord le Fleuve du Jourdain , dont les Flots séparent
l'Armée des Israëlites de celle des Ammonites.
Jephté ouvre la Scene ; il témoigne d'abort le plaisir qu'il a de revoir Maspha
sa chere Patrie , après un long exil ; la
tristesse succede à la joye quand il voit
les Etendards des Ammonites plantez sur
les bords du Jourd in.
Abdon , l'un des Officiers Généraux
de l'Armée Israëlite , lui vient ` annoncer que l'Arche sainte va paroître à la
tête des Troupes , dont on lui a donné le commandement. A cette heureuse nouvelle Jephté est transporté de joie et
rempli de confiance. C'est icy la Scene
d'exposition ; l'Auteur y apprend aux
Spectateurs des choses essentielles à sa
Piece, et qui servent de base à la situation
MARS. 1732. 57.5
tion la plus frappante ; sçavoir , qu'il n'a
point vû sa fille depuis son enfance ; et
qu'il ne veut la voir qu'après qu'il aura
rempli son premier devoir. Il s'exprime
ainsi :
La gloire du Seigneur, fait mon premier devoir;
Nos Tribus , mes Soldats , sont toute ma Fa- mille.
Quoi ? lui dit Abdon , l'amour ni le
sang , ne peut vous émouvoir ?
Jephte lui répond !
Dis plutôt que je me défie ,
D'un cœur trop prompt à s'attendrir ;
Non ; je ne veux rien voir qui m'attache à la vie,
Quand pour sauver mon Peuple , il faut vaincre ou mourir.
Le Grand Prêtre Phinée vient annoncer à Jephté que la voix du Seigneur confirme le choix que les Hebreux ont fait
de lui , pour regner sur eux ; il lui apprend qu'Ammon , Fils du Roy des Ammonites et Prisonnier dans Maspha, a corrompu la Tribu d'Ephraim , ce qui donné lieu à un très- beau duo:
Les Guerriers Israëlites , assemblez par
l'ordre de Jephté , viennent attendre
l'Arche sainte. Le Grand-Prêtre et Jephté
leur annoncent les prodiges que Dieu a
faits
$76 MERCURE DE FRANCE
faits en faveur de son Peuple. Les Guerriers se mêlent à ce récit. Voicy les Vers
qui forment ce beau Chœur , qui fait
Fadmiration de tout Paris.
Phinée.
Ennemis du Maître suprême ,
Redoutez son couroux vangeur
La Terre , l'Enfer , le Ciel même
Tout tremble devant le Seigneur.
Le Chœur répete : La terre , &c.
Phinée et Fephté.
Le Jourdain retourne en arriere
Le Soleil suspend sa carriere ;
La Mer désarme sa fureur ,
En faveur d'un Peuple qu'il aime.
Le Chœur reprend : La terre , &c.
Phinée et Jephté.
La bruyante Trompette , à l'égal du Tonnerre
Brise les Murs d'airain , jette les Tours par terre ,
Et déclare Israël vainqueur ;
Elle va porter la terreur
Chez l'Idolatre qui blasphême.
Le Chœur.
La Terre , l'Enfer , le Ciel même ,
Tout tremble devant le Seigneur.
L'Arche
MARS. 1732. 577
L'Arche paroît de loin aux yeux dụ
Grand- Prêtre ; il ordonne aux Guerriers
de détourner la vûë; un nuage lumineux
la couvre , comme il arriva la premiere
fois Moïse la voulut offrir aux yeux
duPeuple.
que
Abdon annonce à Jephté que les Ammonites viennent de fondre sur le Camp
des Israëlites. Jephté ordonne qu'on assemble ses Guerriers sous ses Etendards
au son de la Trompette sacrée ; et c'est
dans ce pressant péril qu'il fait ce serment.
Grand Dieu , sois attentif au serment que je fais
Contre tes Ennemis , si je soûtiens ta gloire ,
Le premier qu'à mes yeux offrira mon Palais
Sera sur tes Autels le prix de ma victoire.
Je jure de te l'immoler ;
C'est à toy de choisir le sang qui doit couler
A peine le serment est - il prononcé
que le Jourdain se sépare en deux , et
forme deux remparts , au travers desquels l'armée Israëlite passe au son des
Trompettes.
Au II. Acte , le Théatre représente le
Palais de Jephté ; Ammon ouvre la Scene. Abner, son confident , l'exhorte à
mettre à profit la liberté que la Tribu
d'Ephraim vient de lui rendre , et à se
sauver
3-8 MERCURE DE FRANCE
sauver d'un lieu où il périra, si Jephté revient victorieux. Ammon lui dit qu'il ne
sçauroit quitter Iphise , fille de Jephté ,
dont il est amoureux. Iphise vient ; Am-
'mon lui déclare son amour. Eile le veut
fuïr ; il la retient ; et comme il blaspheme
contre le Dieu des Hébreux , elle lui dit :
Arrête. A l'Univers craint de servir d'exemple ;
Outrage à ton gré tes faux Dieux
Mais au Dieu d'Israël ne livre point la guerre ,
Il régit la terte et les cieux.
;
+
Et sur le Sacrilege , il lance le tonnerrè ;
Tremble , son bras vangeur , est prêt à t'im.
moler.
Elle lui ordonne de se retirer ; il lui
obéit. Iphise fait connoître dans un Monologue l'amour qu'elle sent, malgré elle,
pour Ammon; elle s'exprime ainsi :
Mes yeux , éteignez dans vos larmes
Des feux qui dans mon cœur s'allument malgré moi.
Tu vois mes mortelles allarmes ,
Dieu puissant , j'ai recours à toy.
Pourquoi faut-il , hélas ! que je trouve des char- : mes
Dans un fatal panchant , condamné par ta loy ?
Mes yeux , &c.
Almasie , mere d'Iphise , vient s'affliger
avec
MARS. 1732. 579
avec sa fille , d'un songe terrible qu'elle
a fait , et dans lequel elle a vû tomber
la foudre sur elle : Iphise ne doute point.
que ce ne soit un châtiment que Dieu lui
destine pour la punir de son amour pour
un Idolâtre ; elle en fait un aveu à sa
mere à la fin de la Scene. Abdon leur annonce la victoire de Jephté ; les Peuples
viennent s'en réjouir dans leur Palais. Almasie ordonne à sa Fille de présider aux
jeux , tandis qu'elle va dans le Temple
rendre graces à Dieu d'une si heureuse
victoire. Iphise lui dit qu'elle ira bientôt l'y trouver dans un même esprit de
reconnoissance envers Dieu. Un bruit de
Trompettes annonce l'arrivée de Jephté;
les Peuples se mettent en état d'aller au
devant de lui ; Iphise ne peut s'empêcher
d'y aller à son tour ; elle le fait connoître
par ces Vers qu'elle addresse à Dieu :
Je ne puis résister à mon impatience ;
Seigneur , un seul moment , je ne veux que le voir ,
Et je vole où m'appelle un plus sacré devoir.
C'est-à- dire , au Temple, où elle a promis à sa mere de l'aller joindre.
Le Théatre représente au troisiéme Ac
te une avant- court du Palais de Jephté ,
ornée d'Arcs de Triomphe ; on y a élevé
H au
$80 MERCURE DE FRANCE
un Trône.Jephté troublé de son serment,
fait retirer tous ceux qui le suivent. 11
fait entendre qu'il a vû sa Victime et
qu'il n'a osé lui prononcer l'Arrêt de sa
mort. Il ne sçait pas que cette Victime
est sa propre fille. Il se représente, en frémissant , quelle eût été la rigueur de son
sort si son Epouse ou sa fille eussent paru
les premieres à ses yeux ; on lui à dit
qu'elles sont dans le Temple , ce qui le
met dans une entiere securité ; cependant
il plaint les parens de celle qu'il a vüe
la premiere par ces Vers :
O toi que mon ame attendrie ,
A laissé sans obstacle éloigner de ces lieux ,
Quel pleurs tu vas coûter aux Auteurs de ta vie,
S'il faut que je remplisse un serment odieux !
Almasie vient; Jephté la prie d'excuser
le trouble dont elle le trouve agité ; elle
lui confirme que sa fille est dans le Temple. Iphise arrives Jephté frémit en la
voyant , parce qu'il la reconnoît pour
celle qu'il a vûë la premiere ; mais de
quel coup n'est-il pas frappé quand il
entend ces mots d'Almasie!
Approchez- vous , ma fille,
. Cette situation à tiré des larmes ; voici
la fin de cette interessante Scene.
Iphise
MARS. 1732. 581
Iphise.
Votre présence m'est si chere ,
Pourquoi détournez-vous les yeux ?
Fephré.
Je devrois les fermer à la clarté des Cieux.
Iphise.
O mon pere , envers vous de quoi suis - je coupable?
Ai-je à vos yeux montré trop peu d'amour
Au bruit de votre heureux retour
J'ai volé la premiere.
Jephté.
Eh! c'est ce qui m'accable ;
Et mon malheur est confirmé.
Iphise.
Votre malheur ! Parlez ; quelle douleur vous
presse ?
Me reprochez vous ma tendresse a
Jephie.
Vous ne m'avez que trop aimé ?
Hela's !
Iphise.
Jephte.
Votre présence augmente mon supplices
Eloignez-vous.
Almasie.
Quelle est votre injustice !
Hij Jephti
•
82 MERCURE DE FRANCE
Jephte.
Otez-moi çet objet ; il me perce le cœur. &c.
La Scene entre Jephté et Almasie n'est
gueres moins interressante. Jephté lui
apprend son serment ; elle lui répond
avec transport :
Non , Dieu n'accepte pas un vœu si témeraire.
Mais pensez- vous, cruel, que nos saintes Tribus ,
Malgré vos ordres absolus ,
Ne conserveront pas une fille à sa mere?
Tout Israël lui servira de pere ,
·Puisqu'enfin vous ne l'êtes plus. &c.
Ce troisiéme Acte finit par cette leçon , que Phinée fait à Jephté , après la Fête du Couronnement.
Phinée.
“Jephté , si tu veux qu'on te craigne ,
La crainte du Seigneur doit regler tes projets.
Ce n'est pas toi , c'est Dieu qui regne ;
Sois le premier de ses Sujets.
Grave au fond de ton coeur sa parole éternelle ;
Tiens sans cesse tes yeux attachez sur sa Loy;
Dans ses sermens il est fidelle ;
Ne lui manque jamais de foy.
Ces dernieres paroles prononcées au
hazard
MA'R S. 1732. 58.3
hasard , rappellent à Jephté le fatal serment, et font finir l'Acte d'une maniere
plus interressante et plus propre à augmenter le péril.
Au quatriéme Acte , le Théatre représenteun Jardin, où Almasie a dit à sa fille
dans l'Acte précedent de l'aller attendre.
Iphise ouvre la Scene par ce Monologue
qui convient à sa situation.
Ruisseaux, qui serpentez sur ces fertiles bords ,
Allez loin de mes yeux répandre les trésors ,
Qu'on voit couler avec votre Onde.
Dans le cours de vos flots, l'un par l'autre chassez,
Ruisseaux , hélas ! vous me tracez ,
L'image des grandeurs du monde.
Ruisseaux , &c.
Les Bergers et les Bergeres des Rives
du Jourdain , viennent rendre hommage.
à la fille de leur nouveau Souverain , et lui
présentent les prémices de leurs Champs,
qu'elle rapporte à Dieu par ces Vers :
J'aime à voir vos soins empressez ;
Mais à l'Auteur de la Nature ,
Vos chants doivent être adressez.
Ces fruits , ces fleurs , cette verdure ,
Tout appartient à ce supréme Roy ;
Il en demande les prémices.
H iij Pour
$ 84 MERCURE DE FRANCE
J
Pour attirer sur vous des regards plus propices ,
Immolez-lui vos cœurs , c'est sa premiere Loys
Puissiez-vous dans vos Sacrifices *
Estre plus fidelle que moi !
Cetre Fête , qui est , sans contredit , l'a
plus gracieuse de la Piece , et qu'on compare , à bon droit , à celle du quatriéme
Acte de l'Opera de Roland, est interrompue par Almasie , qui après avoir fait
éloigner les Bergers , annonce à 1phise
qu'elle doit être sacrifiée. Voici comme
elle lui parle :
Par le Grand- Prêtre et par Jephté,
L'Eternel à mes yeux vient d'être consulté.
Que d'horreurs à la fois ! je tremble à te le dire.
Le Ciel gronde , l'Autel que je vois s'ébranler ,
Semble se refuser au sang qui doit couler.
Le Voile sacré se déchire ;
Le Grand-Prêtre saisi d'effroi ,
Jene un sombre regard sur ton pere et sur moi.
Vers l'Arche redoutable en tremblant il s'avanee;
Il l'interroge sur ton sort.
L'Arche garde un triste silence ,
Et ce silence est l'Arrêt de ta mort.
Iphise apprenant que són sang est le
prix de la victoire qui a sauvé le Peuple,
se
MARS. 173-2 585
se dévotie à la mort avec joye ; Almasie
sort pour aller du moins retarder le fatal
Sacrifice. Iphise refléchit sur sa triste situation par ce Monologue.
C'en est donc fait ! bientôt cette Terre, ces Cieux,
Ce Soleil , pourjamais tout se voile à mes yeux !
Malheureux un cœur qui se livre ,
Au vain bonheur qui vient s'offrir !
A peine je commence à vivre ,
Qu'il faut me résoudre à mourir.
Du comble des grandeurs dont l'éclat m'envi
ronne ,
Je cours d'un pas rapide à mes derniers instans;
Je ressemble à ces fleurs que l'Aquilon moissonne ?
Dès les premiers jours du Printemps.
Malheureux un cœur , &c.
L'Acte finit que une Scene les Con- par noisseurs trouvent la plus belle de la Piece. Ammon veut sauver Iphise ; elle refuse le secours qu'il vient lui offrir , soutenu de toute la Tribu d'Ephraïm ; le
désespoir d'Ammon qui veut perir , lui
arrache des sentimens qui Aattent l'amour dont il brule pour elle , mais elle
lui ôte toute esperance par ces Vers :
Apprens que pour sentir une fatale flamme ,
Un grand cœur n'est pas abbattu.
Hiiij L'A-
586 MERCURE DE FRANCE
L'Amour peut entrer dans une ame ,
Sans triompher de la vertu.
Ammon désesperé , lui dit qu'il entrera
dans le Temple , la vengeance à la main
elle se résout à aller se livrer à l'Autel
pour prévenir la fureur de son Amant.
Comme cet Extrait n'est déja que trop
long , nous ne dirons plus que ce qui concerne l'Action théatrale du V. Acte.
Jephté déplore sa situation , et la comparant à celle d'Abraham , il demande à
Dieu la même clémence qu'il fit autrefois éclater en faveur de ce Patriarche.
Iphise vient se livrer à l'Autel malgré le
Peuple qui veut la retenir ; la Scene envers son Pere est des plus touchantes.
Unbruit de guerre oblige Jephté à aller deffendre le Temple qu'Ammon assiege avec la Tribu d'Ephraïm. Ammon
entre dans la partie exterieure du Temple pour enlever Iphise ; elle se sauve
dans l'interieure. Ammon la suit jusques
dans le Sanctuaire , en blasphemant.
Jephté revient , l'épée à la main , et
voyant le Temple forcé , y veut entrer.
Phinée l'arrête, en lui disant, que le Dieu
des Armées n'a pas besoin du secours
d'un foible Mortel ; l'Ange Exterminateur descend dans un Globe de feu. Ammon
MARS. 1732.
587
mon par et les Rebelles font entendre
des voix mourantes qu'ils périssent tous.
•
On amene Iphise pour la sacrifier ; la
résignation de la fille , l'étonnement du
Grand-Prêtre , et la douleur du Pere et
de la Mere , font un tableau qui inspire
tout- à-la fois la pieté et la terreur. Iphise
est sauvée par une inspiration du GrandPrêtre , qui lui annonce que Dieu luj
fait grace en faveur de son repentir.
On a ajoûté une Fête en action de
grace , dont on convient que le Poëme n'avoit pas besoin pour s'assurer un succès des plus complets.
Au surplus cet Opera est executé d'une maniere à satisfaire les Spectateurs les
plus difficiles et les plus délicats. Le sieur
Chassé fait voir dans le premier Rôle ,
par l'expression de son jeu et par la fléxibilité de sa voix , qu'il est capable de
remplir avantageusement tous les Rôles
dont il voudra se charger. La Dile Antier
ne dément point la grande réputation
qu'elle s'est si justement acquise jusqu'aujourd'hui , et la Dile le Maure , dans le
Rôle d'Iphise , joint à la plus belle voix
du monde , toutes les graces , toute la
sensibilité et toute la noblesse qu'on peut
souhaiter. Tous les autres Acteurs , tant
chantans que dansans , se sont distinH v guez
588 MERCURE DE FRANCE
guez;et le sieurBlondi s'est fait un honneur
infini dans la composition d'un Balet, dont
le genre etoit inconnu à ses Prédeceseurs ;
les Diles Camargo et Salé , l'y ont secondé
avec leur legereté et leurs graces ordinaires. Nous apprenons que le succès de cet
Opera augmente de jour en jour , et le
Public se promet avec plaisir de le revoir
le Carême prochain.
la premiere Representation de Jephie,
Tragédie , tirée de l'Ecriture sainte , le
premier Jeudy de Carême ; la nouveauté
du genre en avoit rendu le succès si
douteux, qu'on ne croioit pas qu'elle pût
être jouée deux fois ; cette prévention
presque générale n'a pas tenu contre les
beautez du Poëme et de la Musique , et
M. l'Abbé Pellegrin et M. de Monteclair qui en sont les Auteurs , peuvent
se vanter qu'il y a tres- peu d'Opéra que
le Public ait honoré de plus d'applaudissemens. Nos Lecteurs pourront juger du
Poëme par cet Extrait. Pour la Musique ,
les plus grands connoisseurs la trouvent
tres-digne de Lully , et on ne les contredit point.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu orné pour des Spectacles , c'està dire,
*
72 MERCURE DE FRANCE
à- dire , le Théatre même de l'Académie,
dont tous les Dieux fabuleux se sont em
parez , comme du seul Temple qui leur
reste depuis l'extinction du Paganisme :
Apollon invite Polhymnie et Terpsicore à
le seconder dans le dessein qu'il a de
maintenir le culte qu'on leur rend encore sur ce Théatre. Il s'exprime ainsi :
>
Vous , qu'avec Apollon , en ces lieux on adore,
Sçavante Polhymnie , aimable Terpsicore
Par vos chants , par vos jeux , secondez mes´ désirs ;
Ce Temple seul , nous reste encore ;
Faisons-y regner les plaisirs.
Les deux Muses exécutent ces ordres ;*
elles étalent , à l'envi , ce qu'elles ont de
plus flateur , pour séduire les mortels ;
mais leur regne n'est pas de longue durée; la Verité descend des Cieux , suivie
des vertus qui forment sa brillante Cour.
Elle leur parle ainsi :
Phantômes séduisans , Enfans de l'imposture
Osez-vous soûtenir ma clarté vivé et pure ›
Cachez, vous dans l'obscurité ,
Où mon brillant aspect vous plonge ;
Il est temps que la verité ,
Fasseévanouir le mensonge.
C'est
MARS. 1732. $73 .
C'est trop abuser l'Univers ;
Rentrez dans les Enfers.
Les faux Dieux , dont l'Ecriture dit :-
Dii autem Gentium dæmonia , sont forcez
de s'abîmer.
La verité expose le Sujet de la Tragédie qu'on va representer , par ces Vers
qu'elle addresse aux Vertus qui l'accompagnent.
Troupe , immortelle comme moy;
Vertus , ornez ces lieux pour un nouveau Spec tacle ;
Annoncez aux Mortels la redoutable loy,
Du Dieu seul , dont je suis l'Oracle 9.3
Retirez du Tombeau le malheureux Jephté ;,
Rappellez son vœu téméraire ;
Au soin d'instruire , ajoutez l'art de plaire
Vous pouvez adoucir votre sévérité ;
Mais qu'aucun faux brillant n'altere
La splendeur de la vérité.
Le Chœur des Vertus, Suivantes de la
Verité , l'invite à faire briller sur la Terre
sa celeste lumiere. Le Prologue finit par
cet éloge, d'autant plus beau qu'il est dans
la bouche de la Vérité même,
Un Roy qui me chérit dès l'âge le plus ten- dre ,
Bait
son
unique
soin
de marcher
sur
mes
pas.
M
$74 MERCURE DE FRANCE
Il veut qu'en ces heureux climats ,
Ma seule voix se fasse entendre.
Qu'il triomphe par moi , quand je regne par lui,
Que la terre , le ciel , qu'à l'envi tout conspires
Afaire fleurir un Empire ,
Dontje suis le plus ferme appuy.
La DileHerremens, qui remplit le Rôle
dè la Vérité , y réussit parfaitement; mais
passons à la Tragédie.
Le Théatre représente d'abord le Fleuve du Jourdain , dont les Flots séparent
l'Armée des Israëlites de celle des Ammonites.
Jephté ouvre la Scene ; il témoigne d'abort le plaisir qu'il a de revoir Maspha
sa chere Patrie , après un long exil ; la
tristesse succede à la joye quand il voit
les Etendards des Ammonites plantez sur
les bords du Jourd in.
Abdon , l'un des Officiers Généraux
de l'Armée Israëlite , lui vient ` annoncer que l'Arche sainte va paroître à la
tête des Troupes , dont on lui a donné le commandement. A cette heureuse nouvelle Jephté est transporté de joie et
rempli de confiance. C'est icy la Scene
d'exposition ; l'Auteur y apprend aux
Spectateurs des choses essentielles à sa
Piece, et qui servent de base à la situation
MARS. 1732. 57.5
tion la plus frappante ; sçavoir , qu'il n'a
point vû sa fille depuis son enfance ; et
qu'il ne veut la voir qu'après qu'il aura
rempli son premier devoir. Il s'exprime
ainsi :
La gloire du Seigneur, fait mon premier devoir;
Nos Tribus , mes Soldats , sont toute ma Fa- mille.
Quoi ? lui dit Abdon , l'amour ni le
sang , ne peut vous émouvoir ?
Jephte lui répond !
Dis plutôt que je me défie ,
D'un cœur trop prompt à s'attendrir ;
Non ; je ne veux rien voir qui m'attache à la vie,
Quand pour sauver mon Peuple , il faut vaincre ou mourir.
Le Grand Prêtre Phinée vient annoncer à Jephté que la voix du Seigneur confirme le choix que les Hebreux ont fait
de lui , pour regner sur eux ; il lui apprend qu'Ammon , Fils du Roy des Ammonites et Prisonnier dans Maspha, a corrompu la Tribu d'Ephraim , ce qui donné lieu à un très- beau duo:
Les Guerriers Israëlites , assemblez par
l'ordre de Jephté , viennent attendre
l'Arche sainte. Le Grand-Prêtre et Jephté
leur annoncent les prodiges que Dieu a
faits
$76 MERCURE DE FRANCE
faits en faveur de son Peuple. Les Guerriers se mêlent à ce récit. Voicy les Vers
qui forment ce beau Chœur , qui fait
Fadmiration de tout Paris.
Phinée.
Ennemis du Maître suprême ,
Redoutez son couroux vangeur
La Terre , l'Enfer , le Ciel même
Tout tremble devant le Seigneur.
Le Chœur répete : La terre , &c.
Phinée et Fephté.
Le Jourdain retourne en arriere
Le Soleil suspend sa carriere ;
La Mer désarme sa fureur ,
En faveur d'un Peuple qu'il aime.
Le Chœur reprend : La terre , &c.
Phinée et Jephté.
La bruyante Trompette , à l'égal du Tonnerre
Brise les Murs d'airain , jette les Tours par terre ,
Et déclare Israël vainqueur ;
Elle va porter la terreur
Chez l'Idolatre qui blasphême.
Le Chœur.
La Terre , l'Enfer , le Ciel même ,
Tout tremble devant le Seigneur.
L'Arche
MARS. 1732. 577
L'Arche paroît de loin aux yeux dụ
Grand- Prêtre ; il ordonne aux Guerriers
de détourner la vûë; un nuage lumineux
la couvre , comme il arriva la premiere
fois Moïse la voulut offrir aux yeux
duPeuple.
que
Abdon annonce à Jephté que les Ammonites viennent de fondre sur le Camp
des Israëlites. Jephté ordonne qu'on assemble ses Guerriers sous ses Etendards
au son de la Trompette sacrée ; et c'est
dans ce pressant péril qu'il fait ce serment.
Grand Dieu , sois attentif au serment que je fais
Contre tes Ennemis , si je soûtiens ta gloire ,
Le premier qu'à mes yeux offrira mon Palais
Sera sur tes Autels le prix de ma victoire.
Je jure de te l'immoler ;
C'est à toy de choisir le sang qui doit couler
A peine le serment est - il prononcé
que le Jourdain se sépare en deux , et
forme deux remparts , au travers desquels l'armée Israëlite passe au son des
Trompettes.
Au II. Acte , le Théatre représente le
Palais de Jephté ; Ammon ouvre la Scene. Abner, son confident , l'exhorte à
mettre à profit la liberté que la Tribu
d'Ephraim vient de lui rendre , et à se
sauver
3-8 MERCURE DE FRANCE
sauver d'un lieu où il périra, si Jephté revient victorieux. Ammon lui dit qu'il ne
sçauroit quitter Iphise , fille de Jephté ,
dont il est amoureux. Iphise vient ; Am-
'mon lui déclare son amour. Eile le veut
fuïr ; il la retient ; et comme il blaspheme
contre le Dieu des Hébreux , elle lui dit :
Arrête. A l'Univers craint de servir d'exemple ;
Outrage à ton gré tes faux Dieux
Mais au Dieu d'Israël ne livre point la guerre ,
Il régit la terte et les cieux.
;
+
Et sur le Sacrilege , il lance le tonnerrè ;
Tremble , son bras vangeur , est prêt à t'im.
moler.
Elle lui ordonne de se retirer ; il lui
obéit. Iphise fait connoître dans un Monologue l'amour qu'elle sent, malgré elle,
pour Ammon; elle s'exprime ainsi :
Mes yeux , éteignez dans vos larmes
Des feux qui dans mon cœur s'allument malgré moi.
Tu vois mes mortelles allarmes ,
Dieu puissant , j'ai recours à toy.
Pourquoi faut-il , hélas ! que je trouve des char- : mes
Dans un fatal panchant , condamné par ta loy ?
Mes yeux , &c.
Almasie , mere d'Iphise , vient s'affliger
avec
MARS. 1732. 579
avec sa fille , d'un songe terrible qu'elle
a fait , et dans lequel elle a vû tomber
la foudre sur elle : Iphise ne doute point.
que ce ne soit un châtiment que Dieu lui
destine pour la punir de son amour pour
un Idolâtre ; elle en fait un aveu à sa
mere à la fin de la Scene. Abdon leur annonce la victoire de Jephté ; les Peuples
viennent s'en réjouir dans leur Palais. Almasie ordonne à sa Fille de présider aux
jeux , tandis qu'elle va dans le Temple
rendre graces à Dieu d'une si heureuse
victoire. Iphise lui dit qu'elle ira bientôt l'y trouver dans un même esprit de
reconnoissance envers Dieu. Un bruit de
Trompettes annonce l'arrivée de Jephté;
les Peuples se mettent en état d'aller au
devant de lui ; Iphise ne peut s'empêcher
d'y aller à son tour ; elle le fait connoître
par ces Vers qu'elle addresse à Dieu :
Je ne puis résister à mon impatience ;
Seigneur , un seul moment , je ne veux que le voir ,
Et je vole où m'appelle un plus sacré devoir.
C'est-à- dire , au Temple, où elle a promis à sa mere de l'aller joindre.
Le Théatre représente au troisiéme Ac
te une avant- court du Palais de Jephté ,
ornée d'Arcs de Triomphe ; on y a élevé
H au
$80 MERCURE DE FRANCE
un Trône.Jephté troublé de son serment,
fait retirer tous ceux qui le suivent. 11
fait entendre qu'il a vû sa Victime et
qu'il n'a osé lui prononcer l'Arrêt de sa
mort. Il ne sçait pas que cette Victime
est sa propre fille. Il se représente, en frémissant , quelle eût été la rigueur de son
sort si son Epouse ou sa fille eussent paru
les premieres à ses yeux ; on lui à dit
qu'elles sont dans le Temple , ce qui le
met dans une entiere securité ; cependant
il plaint les parens de celle qu'il a vüe
la premiere par ces Vers :
O toi que mon ame attendrie ,
A laissé sans obstacle éloigner de ces lieux ,
Quel pleurs tu vas coûter aux Auteurs de ta vie,
S'il faut que je remplisse un serment odieux !
Almasie vient; Jephté la prie d'excuser
le trouble dont elle le trouve agité ; elle
lui confirme que sa fille est dans le Temple. Iphise arrives Jephté frémit en la
voyant , parce qu'il la reconnoît pour
celle qu'il a vûë la premiere ; mais de
quel coup n'est-il pas frappé quand il
entend ces mots d'Almasie!
Approchez- vous , ma fille,
. Cette situation à tiré des larmes ; voici
la fin de cette interessante Scene.
Iphise
MARS. 1732. 581
Iphise.
Votre présence m'est si chere ,
Pourquoi détournez-vous les yeux ?
Fephré.
Je devrois les fermer à la clarté des Cieux.
Iphise.
O mon pere , envers vous de quoi suis - je coupable?
Ai-je à vos yeux montré trop peu d'amour
Au bruit de votre heureux retour
J'ai volé la premiere.
Jephté.
Eh! c'est ce qui m'accable ;
Et mon malheur est confirmé.
Iphise.
Votre malheur ! Parlez ; quelle douleur vous
presse ?
Me reprochez vous ma tendresse a
Jephie.
Vous ne m'avez que trop aimé ?
Hela's !
Iphise.
Jephte.
Votre présence augmente mon supplices
Eloignez-vous.
Almasie.
Quelle est votre injustice !
Hij Jephti
•
82 MERCURE DE FRANCE
Jephte.
Otez-moi çet objet ; il me perce le cœur. &c.
La Scene entre Jephté et Almasie n'est
gueres moins interressante. Jephté lui
apprend son serment ; elle lui répond
avec transport :
Non , Dieu n'accepte pas un vœu si témeraire.
Mais pensez- vous, cruel, que nos saintes Tribus ,
Malgré vos ordres absolus ,
Ne conserveront pas une fille à sa mere?
Tout Israël lui servira de pere ,
·Puisqu'enfin vous ne l'êtes plus. &c.
Ce troisiéme Acte finit par cette leçon , que Phinée fait à Jephté , après la Fête du Couronnement.
Phinée.
“Jephté , si tu veux qu'on te craigne ,
La crainte du Seigneur doit regler tes projets.
Ce n'est pas toi , c'est Dieu qui regne ;
Sois le premier de ses Sujets.
Grave au fond de ton coeur sa parole éternelle ;
Tiens sans cesse tes yeux attachez sur sa Loy;
Dans ses sermens il est fidelle ;
Ne lui manque jamais de foy.
Ces dernieres paroles prononcées au
hazard
MA'R S. 1732. 58.3
hasard , rappellent à Jephté le fatal serment, et font finir l'Acte d'une maniere
plus interressante et plus propre à augmenter le péril.
Au quatriéme Acte , le Théatre représenteun Jardin, où Almasie a dit à sa fille
dans l'Acte précedent de l'aller attendre.
Iphise ouvre la Scene par ce Monologue
qui convient à sa situation.
Ruisseaux, qui serpentez sur ces fertiles bords ,
Allez loin de mes yeux répandre les trésors ,
Qu'on voit couler avec votre Onde.
Dans le cours de vos flots, l'un par l'autre chassez,
Ruisseaux , hélas ! vous me tracez ,
L'image des grandeurs du monde.
Ruisseaux , &c.
Les Bergers et les Bergeres des Rives
du Jourdain , viennent rendre hommage.
à la fille de leur nouveau Souverain , et lui
présentent les prémices de leurs Champs,
qu'elle rapporte à Dieu par ces Vers :
J'aime à voir vos soins empressez ;
Mais à l'Auteur de la Nature ,
Vos chants doivent être adressez.
Ces fruits , ces fleurs , cette verdure ,
Tout appartient à ce supréme Roy ;
Il en demande les prémices.
H iij Pour
$ 84 MERCURE DE FRANCE
J
Pour attirer sur vous des regards plus propices ,
Immolez-lui vos cœurs , c'est sa premiere Loys
Puissiez-vous dans vos Sacrifices *
Estre plus fidelle que moi !
Cetre Fête , qui est , sans contredit , l'a
plus gracieuse de la Piece , et qu'on compare , à bon droit , à celle du quatriéme
Acte de l'Opera de Roland, est interrompue par Almasie , qui après avoir fait
éloigner les Bergers , annonce à 1phise
qu'elle doit être sacrifiée. Voici comme
elle lui parle :
Par le Grand- Prêtre et par Jephté,
L'Eternel à mes yeux vient d'être consulté.
Que d'horreurs à la fois ! je tremble à te le dire.
Le Ciel gronde , l'Autel que je vois s'ébranler ,
Semble se refuser au sang qui doit couler.
Le Voile sacré se déchire ;
Le Grand-Prêtre saisi d'effroi ,
Jene un sombre regard sur ton pere et sur moi.
Vers l'Arche redoutable en tremblant il s'avanee;
Il l'interroge sur ton sort.
L'Arche garde un triste silence ,
Et ce silence est l'Arrêt de ta mort.
Iphise apprenant que són sang est le
prix de la victoire qui a sauvé le Peuple,
se
MARS. 173-2 585
se dévotie à la mort avec joye ; Almasie
sort pour aller du moins retarder le fatal
Sacrifice. Iphise refléchit sur sa triste situation par ce Monologue.
C'en est donc fait ! bientôt cette Terre, ces Cieux,
Ce Soleil , pourjamais tout se voile à mes yeux !
Malheureux un cœur qui se livre ,
Au vain bonheur qui vient s'offrir !
A peine je commence à vivre ,
Qu'il faut me résoudre à mourir.
Du comble des grandeurs dont l'éclat m'envi
ronne ,
Je cours d'un pas rapide à mes derniers instans;
Je ressemble à ces fleurs que l'Aquilon moissonne ?
Dès les premiers jours du Printemps.
Malheureux un cœur , &c.
L'Acte finit que une Scene les Con- par noisseurs trouvent la plus belle de la Piece. Ammon veut sauver Iphise ; elle refuse le secours qu'il vient lui offrir , soutenu de toute la Tribu d'Ephraïm ; le
désespoir d'Ammon qui veut perir , lui
arrache des sentimens qui Aattent l'amour dont il brule pour elle , mais elle
lui ôte toute esperance par ces Vers :
Apprens que pour sentir une fatale flamme ,
Un grand cœur n'est pas abbattu.
Hiiij L'A-
586 MERCURE DE FRANCE
L'Amour peut entrer dans une ame ,
Sans triompher de la vertu.
Ammon désesperé , lui dit qu'il entrera
dans le Temple , la vengeance à la main
elle se résout à aller se livrer à l'Autel
pour prévenir la fureur de son Amant.
Comme cet Extrait n'est déja que trop
long , nous ne dirons plus que ce qui concerne l'Action théatrale du V. Acte.
Jephté déplore sa situation , et la comparant à celle d'Abraham , il demande à
Dieu la même clémence qu'il fit autrefois éclater en faveur de ce Patriarche.
Iphise vient se livrer à l'Autel malgré le
Peuple qui veut la retenir ; la Scene envers son Pere est des plus touchantes.
Unbruit de guerre oblige Jephté à aller deffendre le Temple qu'Ammon assiege avec la Tribu d'Ephraïm. Ammon
entre dans la partie exterieure du Temple pour enlever Iphise ; elle se sauve
dans l'interieure. Ammon la suit jusques
dans le Sanctuaire , en blasphemant.
Jephté revient , l'épée à la main , et
voyant le Temple forcé , y veut entrer.
Phinée l'arrête, en lui disant, que le Dieu
des Armées n'a pas besoin du secours
d'un foible Mortel ; l'Ange Exterminateur descend dans un Globe de feu. Ammon
MARS. 1732.
587
mon par et les Rebelles font entendre
des voix mourantes qu'ils périssent tous.
•
On amene Iphise pour la sacrifier ; la
résignation de la fille , l'étonnement du
Grand-Prêtre , et la douleur du Pere et
de la Mere , font un tableau qui inspire
tout- à-la fois la pieté et la terreur. Iphise
est sauvée par une inspiration du GrandPrêtre , qui lui annonce que Dieu luj
fait grace en faveur de son repentir.
On a ajoûté une Fête en action de
grace , dont on convient que le Poëme n'avoit pas besoin pour s'assurer un succès des plus complets.
Au surplus cet Opera est executé d'une maniere à satisfaire les Spectateurs les
plus difficiles et les plus délicats. Le sieur
Chassé fait voir dans le premier Rôle ,
par l'expression de son jeu et par la fléxibilité de sa voix , qu'il est capable de
remplir avantageusement tous les Rôles
dont il voudra se charger. La Dile Antier
ne dément point la grande réputation
qu'elle s'est si justement acquise jusqu'aujourd'hui , et la Dile le Maure , dans le
Rôle d'Iphise , joint à la plus belle voix
du monde , toutes les graces , toute la
sensibilité et toute la noblesse qu'on peut
souhaiter. Tous les autres Acteurs , tant
chantans que dansans , se sont distinH v guez
588 MERCURE DE FRANCE
guez;et le sieurBlondi s'est fait un honneur
infini dans la composition d'un Balet, dont
le genre etoit inconnu à ses Prédeceseurs ;
les Diles Camargo et Salé , l'y ont secondé
avec leur legereté et leurs graces ordinaires. Nous apprenons que le succès de cet
Opera augmente de jour en jour , et le
Public se promet avec plaisir de le revoir
le Carême prochain.
Fermer
Résumé : Extrait de l'Opéra de Jephté, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique présenta 'Jephte', une tragédie biblique, le premier jeudi de Carême. Malgré des doutes initiaux, l'œuvre fut acclamée pour la qualité de son poème et de sa musique, respectivement écrits par l'abbé Pellegrin et M. de Montéclair. Le prologue met en scène Apollon, Polhymnie et Terpsichore, interrompus par la Vérité et ses vertus, qui condamnent les faux dieux et annoncent le sujet de la tragédie. La pièce commence avec Jephté, qui exprime sa joie de revoir sa patrie, Maspha, mais sa tristesse en voyant les étendards des Ammonites. Abdon, un officier, lui annonce l'arrivée de l'Arche sainte. Jephté, déterminé à sauver son peuple, refuse de voir sa fille avant la bataille. Le Grand Prêtre Phinée confirme son choix et révèle la corruption de la tribu d'Éphraïm par Ammon. Les guerriers israéliens, inspirés par les prodiges de Dieu, se préparent au combat. Jephté fait un serment solennel, promettant d'immoler le premier être vivant qu'il verra à son retour. Dans le deuxième acte, Ammon, prisonnier, exprime son amour pour Iphise, la fille de Jephté. Iphise, déchirée entre son amour et sa loyauté envers Dieu, prie pour être délivrée de ses sentiments. Almasie, la mère d'Iphise, partage son inquiétude après un rêve prémonitoire. La victoire de Jephté est annoncée, et Iphise se rend au temple pour remercier Dieu. Le troisième acte montre Jephté troublé par son serment. Il voit Iphise, qu'il reconnaît comme la première personne qu'il a vue à son retour, et est accablé par la nécessité de l'immoler. Almasie et Iphise tentent de le réconforter, mais Jephté est déchiré entre son devoir et son amour paternel. Phinée rappelle à Jephté que ses actions doivent être guidées par la crainte de Dieu. Dans le quatrième acte, Iphise attend dans un jardin, exprimant sa détresse. Des bergers et bergères lui rendent hommage, et elle leur rappelle de louer Dieu pour leurs récoltes. La pièce se conclut sur cette note de dévotion et de sacrifice. Dans la scène suivante, Almasie annonce à Iphise qu'elle doit être sacrifiée. Le Grand-Prêtre, après avoir consulté l'Éternel, décide que le sang d'Iphise est le prix de la victoire. Iphise accepte son destin avec joie, tandis qu'Almasie tente de retarder le sacrifice. Iphise exprime sa tristesse et son acceptation de la mort dans un monologue. Ammon, amoureux d'Iphise, tente de la sauver, mais elle refuse son aide, affirmant que l'amour ne peut triompher de la vertu. Ammon, désespéré, menace de se venger. Dans le cinquième acte, Jephté déplore sa situation et demande clémence à Dieu. Iphise se livre à l'autel malgré les tentatives du peuple de la retenir. Une bataille éclate entre Ammon et Jephté, et Ammon est finalement vaincu par l'Ange Exterminateur. Iphise est amenée pour le sacrifice, mais elle est sauvée grâce à une inspiration du Grand-Prêtre, qui annonce que Dieu lui fait grâce en faveur de son repentir. L'opéra fut exécuté avec succès, avec des performances remarquables des acteurs, notamment Chassé, Dile Antier, et Dile le Maure dans le rôle d'Iphise. Le ballet, composé par le sieur Blondi, fut également salué pour son originalité et l'exécution des danseurs comme Camargo et Salé. Le public apprécia l'opéra et se promit de le revoir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 1648-1653
« Le 14, le Prévôt des Marchands et Echevins descendirent la [...] »
Début :
Le 14, le Prévôt des Marchands et Echevins descendirent la [...]
Mots clefs :
Prévôt des marchands, Conversion religieuse, Te Deum, Collège royal de Navarre, Camargo, Mademoiselle Sallé, Ballet, Loterie de la Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 14, le Prévôt des Marchands et Echevins descendirent la [...] »
Le 14 , le Prévôt des Marchands et
Echevins descendirent la Riviere de Seine dans leur Gondole , et firent faire , selon la coûtume , par des Plorgeurs , la
visite des Ponts et des Quays de Paris.
On a eu avis de Toulouse que le 31.
Mai dernier , veille de la Pentecôte , le
sieur Hain Petit , Juif de la Syna- gogue d'Avignon ayant été converti
à la foi par les soins de l'Abbé de La-
-
و
rocque ,
JUILLET. 1732. 1649
rocque , Conseiller Clerc au Parlement
de Toulouse , et Doyen des Enquêtes , et
après avoir été par lui instruit des principes de la Religion , y avoit reçû le Baptême dans l'Eglise Métropolitaine , par
les mains de M. l'Archevêque de Toulause , qui fit à cette occasion un Discours très-éloquent , et rempli d'érudition. Le nouveau Chrétien eut pour
Parrain M. de Maniban , Premier Prési
dent du Parlement de Toulouse , et pour
Maraine Mad. le Mazuyer , épouse
du Procureur Géneral du même Parlement. On lui donna les noms de JosephMarie Gaspard. Après les cérémonies da
-Baptême , l'Archevêque de Toulouse lui
donna le Sacrement de Confirmation , et
ayant ensuite célebré la Messe , il donna
Eucharistie à ce Neophite , qui avoit été
pareillement disposé à recevoir ces Sacremens , par les soins de l'Abbé de Laroque.
Le 19.de ce mois , M. le Grand-Prieur
fit chanter sur le soir dans l'Eglise du
Temple un Te Deum en musique à grand
Choeur , pour la convalescence de Mademoiselle Son Altesse Royale y assista
avec cette Princesse.
3
L'Eglise étoit magnifiquement ornée
et
1650 MERCURE DE FRANCE
et éclairée ; on avoit élevé dans la Nef
une Tribune pour y placer la Musique
le Te Deum de la composition de M. de
Blamont , Sur-Intendant de la Musique
du Roi , y fut éxecuté sous ses ordres et
applaudi d'un grand nombre de personnes de considération qui s'y trouverent.
Après le Te Deum il se fit une décharge
de quantité de Boëtes , et S. A. R. fut
conduite aux Appartemens du Palais
Prieural , où l'on servit des rafraîchissemens.
A l'entrée de la nuit on tira du haut
des Tours des Fusées avec d'autres artifices , dont l'Assemblée qui s'étoit repandue dans le Jardin,pût voir agréablement
tout l'effet.
Le TeDeum fut admirablement éxecuté
par 80. Musiciens des plus célebres , avec
un Motet à voix seule et simphonie , aussi de la composition de M. de Blamont
ainsi que plusieurs grandes Simphonies
à Trompettes et Timbales. Les principaux
qui réciterent furent les Dlles le Maure
Petitpas , Courvassier , Ducroc er Bourbonnois l'aînée ; les Sieurs le Prince
Ducroc , le Baigue , Hardouin , Petitot ,
Cuvillier , Sautier , et les Abbez Benoît
et Maline , qui tous à l'envie se surpasserent ,
JUILLET. 1732. 1651
•
=
tent , ensorte qu'il n'y avoit rien à désirer pour la beauté de l'éxécution et l'effet
de la Musique , dont l'Auteur reçût des
complimens très-gracieux.
,
Le 20. il y eut un Acte considérable au
College Royal de Navarre. M. de Bauffremont , Chevalier de Malthe ay sou
tint des Theses de Mathematiques en présence d'une illustre et nombreuse Assemblée , depuis trois heures jusqu'à six heures du soir. Les Theses étoient sur la
Géometrie spéculative et pratique , sur la
Trigonométrie Rectiligne , sur la Longi
métrie , et sur la Mécanique. Jamais Répondant ne mérita mieux des applaudissemens que ceux que fûrent donnez à
M. de Bauffremont par quantité de Connoisseurs , par ceux même qui disputerent
contre lui, ou qui lui proposerent des difficultez capables d'embarasser des personnes très-avancées dans cette Science.
dans
Il y eut dans cet Exercice une singularité ; c'est pour la premiere fois que
le Pays Latin on a imprimé et distribué
des Theses de Mathematiques en François.
M. le Recteur a bien voulu le permettre ,
à cause que l'usage étant que les Objections , les Demandes et les Réponses ne
se fassent qu'en François dans le tems de
l'Exer
r52 MERCURE DE FRANCE
Exercice , on a crû qu'il y auroit plus
d'uniformité à imprimer aussi les Theses
en François , et que cela donneroit lieu
de proposer les Objections avec plus de
justesse. Il y a lieu de croire que ce premier exemple sera suivi.
Le 24. de ce mois , il y eut une trèsgrande et très-illustre Assemblée au PaLais de Bourbon , chez Madame la Duchesse Douairiere. On y representa , dans
la grande Gallerie , sur un Théatre trèsbien disposé , ainsi que le reste de la Gallerie , la Tragédie de Venceslas , et ensuite une petite Comédie de la composition
de M. de Moncrif , intitulée les Abderites , qui fut extrêmement applaudie : elle
fut terminée par un Balet , dans lequel
les Diles Camargo et Sallé danserent.
Quelques Seigneurs de la Cour ne craignirent point de paroître sous le masque aux
côtez de ces illustres Danseuses , et firent
admirer leur grace et leur noblesse. D'autres Seigneurs joüerent avec beaucoup
d'intelligence les principaux Rôles dans
les deux Piéces dont on vient de parler.
Le 24. Juillet , la Lotterie de la Compagnie des Indes , établie pour le remboursement des Actions , fut tirée en la maniere
JUILLET. 17320 1653
maniere accoûtumée à l'Hôtel de la Com
pagnie. La Liste des Numeros gagnans
des Actions et dixièmes d'Actions qui doivent être remboursées a été renduë publique ,
faisant en tout le nombre de 319.
Actions.
Le 27. de ce mois , l'Abbé de Valras
nommé par le Roi à l'Evêché de Mâcon
fut sacré dans la Chapelle du Seminaire
de S. Sulpice par l'Archevêque de Cambray , assisté de l'Evêque d'Uzès , et de
l'Evêque de Bayeux
Echevins descendirent la Riviere de Seine dans leur Gondole , et firent faire , selon la coûtume , par des Plorgeurs , la
visite des Ponts et des Quays de Paris.
On a eu avis de Toulouse que le 31.
Mai dernier , veille de la Pentecôte , le
sieur Hain Petit , Juif de la Syna- gogue d'Avignon ayant été converti
à la foi par les soins de l'Abbé de La-
-
و
rocque ,
JUILLET. 1732. 1649
rocque , Conseiller Clerc au Parlement
de Toulouse , et Doyen des Enquêtes , et
après avoir été par lui instruit des principes de la Religion , y avoit reçû le Baptême dans l'Eglise Métropolitaine , par
les mains de M. l'Archevêque de Toulause , qui fit à cette occasion un Discours très-éloquent , et rempli d'érudition. Le nouveau Chrétien eut pour
Parrain M. de Maniban , Premier Prési
dent du Parlement de Toulouse , et pour
Maraine Mad. le Mazuyer , épouse
du Procureur Géneral du même Parlement. On lui donna les noms de JosephMarie Gaspard. Après les cérémonies da
-Baptême , l'Archevêque de Toulouse lui
donna le Sacrement de Confirmation , et
ayant ensuite célebré la Messe , il donna
Eucharistie à ce Neophite , qui avoit été
pareillement disposé à recevoir ces Sacremens , par les soins de l'Abbé de Laroque.
Le 19.de ce mois , M. le Grand-Prieur
fit chanter sur le soir dans l'Eglise du
Temple un Te Deum en musique à grand
Choeur , pour la convalescence de Mademoiselle Son Altesse Royale y assista
avec cette Princesse.
3
L'Eglise étoit magnifiquement ornée
et
1650 MERCURE DE FRANCE
et éclairée ; on avoit élevé dans la Nef
une Tribune pour y placer la Musique
le Te Deum de la composition de M. de
Blamont , Sur-Intendant de la Musique
du Roi , y fut éxecuté sous ses ordres et
applaudi d'un grand nombre de personnes de considération qui s'y trouverent.
Après le Te Deum il se fit une décharge
de quantité de Boëtes , et S. A. R. fut
conduite aux Appartemens du Palais
Prieural , où l'on servit des rafraîchissemens.
A l'entrée de la nuit on tira du haut
des Tours des Fusées avec d'autres artifices , dont l'Assemblée qui s'étoit repandue dans le Jardin,pût voir agréablement
tout l'effet.
Le TeDeum fut admirablement éxecuté
par 80. Musiciens des plus célebres , avec
un Motet à voix seule et simphonie , aussi de la composition de M. de Blamont
ainsi que plusieurs grandes Simphonies
à Trompettes et Timbales. Les principaux
qui réciterent furent les Dlles le Maure
Petitpas , Courvassier , Ducroc er Bourbonnois l'aînée ; les Sieurs le Prince
Ducroc , le Baigue , Hardouin , Petitot ,
Cuvillier , Sautier , et les Abbez Benoît
et Maline , qui tous à l'envie se surpasserent ,
JUILLET. 1732. 1651
•
=
tent , ensorte qu'il n'y avoit rien à désirer pour la beauté de l'éxécution et l'effet
de la Musique , dont l'Auteur reçût des
complimens très-gracieux.
,
Le 20. il y eut un Acte considérable au
College Royal de Navarre. M. de Bauffremont , Chevalier de Malthe ay sou
tint des Theses de Mathematiques en présence d'une illustre et nombreuse Assemblée , depuis trois heures jusqu'à six heures du soir. Les Theses étoient sur la
Géometrie spéculative et pratique , sur la
Trigonométrie Rectiligne , sur la Longi
métrie , et sur la Mécanique. Jamais Répondant ne mérita mieux des applaudissemens que ceux que fûrent donnez à
M. de Bauffremont par quantité de Connoisseurs , par ceux même qui disputerent
contre lui, ou qui lui proposerent des difficultez capables d'embarasser des personnes très-avancées dans cette Science.
dans
Il y eut dans cet Exercice une singularité ; c'est pour la premiere fois que
le Pays Latin on a imprimé et distribué
des Theses de Mathematiques en François.
M. le Recteur a bien voulu le permettre ,
à cause que l'usage étant que les Objections , les Demandes et les Réponses ne
se fassent qu'en François dans le tems de
l'Exer
r52 MERCURE DE FRANCE
Exercice , on a crû qu'il y auroit plus
d'uniformité à imprimer aussi les Theses
en François , et que cela donneroit lieu
de proposer les Objections avec plus de
justesse. Il y a lieu de croire que ce premier exemple sera suivi.
Le 24. de ce mois , il y eut une trèsgrande et très-illustre Assemblée au PaLais de Bourbon , chez Madame la Duchesse Douairiere. On y representa , dans
la grande Gallerie , sur un Théatre trèsbien disposé , ainsi que le reste de la Gallerie , la Tragédie de Venceslas , et ensuite une petite Comédie de la composition
de M. de Moncrif , intitulée les Abderites , qui fut extrêmement applaudie : elle
fut terminée par un Balet , dans lequel
les Diles Camargo et Sallé danserent.
Quelques Seigneurs de la Cour ne craignirent point de paroître sous le masque aux
côtez de ces illustres Danseuses , et firent
admirer leur grace et leur noblesse. D'autres Seigneurs joüerent avec beaucoup
d'intelligence les principaux Rôles dans
les deux Piéces dont on vient de parler.
Le 24. Juillet , la Lotterie de la Compagnie des Indes , établie pour le remboursement des Actions , fut tirée en la maniere
JUILLET. 17320 1653
maniere accoûtumée à l'Hôtel de la Com
pagnie. La Liste des Numeros gagnans
des Actions et dixièmes d'Actions qui doivent être remboursées a été renduë publique ,
faisant en tout le nombre de 319.
Actions.
Le 27. de ce mois , l'Abbé de Valras
nommé par le Roi à l'Evêché de Mâcon
fut sacré dans la Chapelle du Seminaire
de S. Sulpice par l'Archevêque de Cambray , assisté de l'Evêque d'Uzès , et de
l'Evêque de Bayeux
Fermer
Résumé : « Le 14, le Prévôt des Marchands et Echevins descendirent la [...] »
En juillet 1732, plusieurs événements marquants ont eu lieu à Paris et en France. Le 14 juillet, le Prévôt des Marchands et les Échevins ont inspecté les ponts et les quais de Paris selon la tradition. À Toulouse, le 31 mai précédent, le sieur Hain Petit, un Juif de la synagogue d'Avignon, s'est converti au christianisme grâce à l'Abbé de La Roque. Il a été baptisé dans l'église métropolitaine de Toulouse, avec pour parrain M. de Maniban, Premier Président du Parlement, et pour marraine Madame le Mazuyer, épouse du Procureur Général. Après le baptême, l'Archevêque de Toulouse lui a administré les sacrements de confirmation et d'eucharistie. Le 19 juillet, un Te Deum a été chanté dans l'église du Temple pour célébrer la convalescence de Mademoiselle, fille de Son Altesse Royale. L'église était somptueusement décorée et éclairée, et le Te Deum, composé par M. de Blamont, a été interprété par 80 musiciens renommés. Des feux d'artifice et des rafraîchissements ont suivi au Palais Prieural. Le 20 juillet, M. de Bauffremont a soutenu des thèses de mathématiques au Collège Royal de Navarre devant une assemblée nombreuse. Les thèses portaient sur la géométrie, la trigonométrie, la longimétrie et la mécanique. Pour la première fois, les thèses ont été imprimées et distribuées en français. Le 24 juillet, une grande assemblée s'est tenue au Palais de Bourbon chez Madame la Duchesse Douairière. La tragédie de Venceslas et la comédie 'Les Abderites' ont été représentées, suivies d'un ballet où les danseuses Camargo et Sallé ont excellé. Le même jour, la loterie de la Compagnie des Indes a été tirée à l'Hôtel de la Compagnie, avec 319 actions gagnantes. Enfin, le 27 juillet, l'Abbé de Valras, nommé par le Roi à l'évêché de Mâcon, a été sacré dans la chapelle du Séminaire de Saint-Sulpice par l'Archevêque de Cambrai, assisté des évêques d'Uzès et de Bayeux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 1816-1828
L'Opera Comique, Pieces nouvelles, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Lundy 28 Juillet, l'Opéra Comique donna la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Opéra comique, Ballet des sens, Procès des Sens, Ballet, Intérêts de village, Scène, Danseur, Lanterne véridique, Air noté, Zaïre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opera Comique, Pieces nouvelles, &c. [titre d'après la table]
PECTACLE S.
E Lundy 28 Juillet , l'Opéra ComiLque donna la premiere Représenta
tion de deux petites Pieces nouvelles
précédées d'un Prologue, dont la premie
re Scene se passe entre l'Instinct et la Nature. Celle-ci rend compte des soins qu'elle se donne pour la Réconciliation des
sens. Il est aisé de comprendre que toures les idées de ce Prologue ont rapport
au Ballet des Sens, et au Procès des Sens
représenté à la Comédie Françoise. La
Scene de la Nature et de l'Instinct est interrompuë par l'Opinion qui vient féliciter la Nature sur le racommodement
qu'elle projette ; la Nature congédie fort
naturellement l'Opinion , quoiqu'elle se
prétende sa Collégue dans l'Empire de
Î'Univers , fondée sur le Proverbe Italien: L'Opinione Regina del Mondo.L'Instinct revient dès que l'Opinion est sortie.
Un Amour arrive pour exhorter la Nature à terminer le Procès des Sens. Après
quelques questions , elle lui demande qui
des deux Amours à la mode il aime le
mieux. ( On sçait que ces deux Amours
sont la Dule d'Angeville et la Due le Maure. )
A O UST. 1732. 1817
re. ) L'Amour répond par ce Couplet, sur
Pair : Deux beaux yeux n'ont qu'à parler.
Bon , moy , j'entens tous les jours,
Cent Discours ,
Sur ces deux aimables Amours.
Sans me sembler fort téméraire ,
Şur leur mérite , on ne peut rien régler ,
Car l'un n'a qu'à chanter pour plaire ,
Et l'autre n'a qu'à parler.
Le Prologue finit par un Ballet , composé des Sens , et de leur suite.
La premiere Piece , intitulée : Les In
terets de Village , se passe dans un Village.
Chaton , Manceau , Sécrétaire du deffunt
Bailli , paroît d'abord avec Gripant , Record et son Confident , à qui en expliquant sa situation et ses vûes , il apprend
qu'il s'apperçoit qu'il est aimé de la veuve du Bailli , mais qu'il aime Agate sa
Niéce , promise à Piérot. Primò , dit - il
je veux épouser Agate , et pour y parvenir ,
la brouiller avec Piérot. 2° . Je veux pour
jouir toujours des Revenans- bons du Bailliage , me servir de l'ascendant que j'ai sur
l'esprit de Me Triolet , ( c'est la veuve)
pour l'engager à remettre sa Charge à un imbécile qui se contente de n'en posseder que.
G Le
1818 MERCURE DE FRANCE
Le Titre, comme faisoit le deffunt. Gripant
lui demande à quel heureux imbécile il
donnera la préférence. Chaton propose
d'abord Piérot , qu'il détacheroit d'Agate, en lui inspirant l'ambition d'être Bailli ; ensuite il parle de Grosdos , riche Fermier , glorieux de Village , capable de ser- vir à ses desseins.
La Veuve paroît et tâche de s'expliquer avec Chaton , qui feint de ne pas entendre son galimatias passionné. Elle le
quitte , en appercevant Piérot. Chaton
fait accroire à Piérot que la Veuve a du
penchant pour lui , et songe à supplanter sa Niéce; il ébranle la fidélité de Piérot
en lui exagerant les prérogatives de la
Charge de Bailli. Piérot sort presqu'inconstant ; et sur le champ Chaton ins
truit Agate des inconstances de son Rival , et lui déclare en même temps son
amour. Agate méprise cette déclaration
et s'afflige de l'infidelité de Piérot. Chaton après son départ , s'applaudit du succès de son mensonge , et ne perd pas l'esperance , malgré la rigueur d'Agate . Grosdos paroît, Chaton gagne sa confiance par
des respects et des soumissions ; il lui mes
dans la tête de devenir Bailli ; Grosdos le
retient pour son Secretaire, comme avoit
fait Piérot. Chaton dit: Je tiens Grosdos
dans
AOUST. 1732. 1819
dans mesfilets; je choisirai entre Piérot et lui,
suivant les dispositions de Mme Triolet. Il
est question à present de l'amener à mon but.
Elle vient; je veux faire rompre la glace par
Gripant ; allons lui donner mes instructions.
que
Dans la Scene suivante , Janot qui survient , apprend à la Veuve qu'on parle
dans le Village de l'envie que Grosdos a
d'être Bailly. Piérot arrive , et dit crument à la Baillive , qu'il la sçait amou
reuse de lui ; elle le détrompe , et conçoit de violens soupçons au sujet de Chaton Piérot declare être la cause
de son erreur. Agate paroît quand sa tante a quitté Piérot. Il veut lui cacher sa
courte inconstance par des démonstrations de tendresse ; Agate le rebute ironiquement; Piérot se flare d'un prompt
retour. Il apperçoit Grosdos, et reste pour
le narguer ; Grosdos lui conseille de le
respecter comme un homme qui va être
bien-tôt Bailly; cette nouvelle fait changer de ton à Piérot , qui s'humilie devant
le prétendu oncle d'Agate. Grosdos dir
qu'il consultera sur ceci son Secretaire
Chaton. Ouais , dit Piérot à part ; Cha
ton par tout ! je crois que le fripon nous
trompe tous. Mme Triolet qui vient , sans
être apperçue , de surprendre Chatonaux,
pieds de sa niéce , arrive en fureur , et 292003 Gij Agate
1820 MERCURE DE FRANCE
Agate qui survient , l'augmente en se
plaignant des importunitez de ce fourbe ; ils prennent tous le parti de se ca- cher derriere des arbres , en voyant paroître Chaton et Gripant, que Piérot seul
aborde ; il les fait parler à cœur ouvert ,
sur tous leurs interêts differens. Ils sont
tous détrompez par celui qui les avoit
tous abusez ; la veuve dépitée épouse
Grosdos, et donne Agate à Piérot. Cha
ton et Gripant se retirent avec l'audace
de deux fripons , et le Village assemblé
vient féliciter le nouveau Bailly , et cele
brer les deux mariages par des Danses ,
qui forment le Divertissement.
La 2 Piéce , intitulée : L'Epreuve des
Fées, est composée de plusieurs Scenes
Episodiques , qui se passent dans une
Grotte, destinée à l'Epreuve des Fées. La
Récipiendaire y donne audience aux per- sonnages , destinez pour lui demander
graces des conseils; et c'est sur les
Réponses qu'elle fait , que les Fées cathées dans les Rochers de la Grotte , jugent de sa capacité , et la reconnoissent
Fée,à la fin de l'épreuve on la renvoye.
des et
Dans la 2de Scene , Bagatelius , Philosophe, vient demander à Finette , ( c'est la
jeune Fée qu'on éprouve ) la connoissanse de la verité. Finette, fatiguée de ses
doctes
AOUST. 1732 1811
*
doctes clabauderies , le dotie d'une extinction de voix , et le renvoye presque
muet.
Le second Client est Jacot , Paisan, qui
supplie la Fée de lui accorder le don d'être toujours autant aimé de sa femme ,
qu'il l'est présentement : Finette lui promet que son front sera toujours aussi res
pecté qu'il l'est. Il faut sçavoir que par le
recit de Jacot, et par l'éloge même qu'il
fait de sa chere moitié ,il prouve lui- même, sans s'en appercevoir qu'elle ne lui
est point du tout fidelle.
Après le départ du crédule Jacot , paroît unejolie femme , nommée Araminte ,
qui demande le rétablissement de la réputation d'une de ses bonnes amies , qu'une
jmprudence a un peu timpanisée ; la Fée
l'oblige à conter l'aventure de son amic.
Araminte avoue que cette amie a été surprise avec son amant par son mari, et dans la chaleur de sa narration elle se coupe ,
et fait connoître qu'elle est l'Héroïne du Roman.
La derniere Scene , mêlée de critique et
dé Jeu de Théatre , est remplie par un
Danseur , toujours occupé de son talent ,
et toujours sacrifiant aux Graces : Voici
des Morceaux du Panégirique qu'il fait
du Gracieux.
Giij Jai
1822 MERCURE DE FRANCE
J'ai pour le Gracieux une ardeur infinie ,
Je voue au Gracieux mes Jambes , mon Génie ;
Non , sans le Gracieux , je ne puis faire un Pás,
Il gouverne mes pieds , il balance * mes Bras ,
* , il me panche *, il me tourne Il me pousse
il m'arrête,
Il me tient le menton, quand il leve la tête ¿
Etcomme le Soleil est le flambeau des cieux
MonAstre , à moi mon Astre est ...
Pierot.
La Gargouillade.
Le Danseur.
Quoi?
Le Gracieux.
Croit- on qu'il ne me suit que dans les Bergeries▸
Je fais au bord du Stix minauder les Furies ,
Et lorsque l'on me voit figurer en Démon ,
On croit, au Masque près, voir danser Céladon.
Si je suis en Guérrier qui sort d'une Bataille ,
Si pour la tendre Alceste à Sciros je ferraille ,
Une grace me met monEpée à la main ,
Sous cent habits divers on me déguise en vain
Peste ! on me reconnoît toûjours.... Ah ! c'esɛ lui- même ,
C'est lui , dit- on, c'est lui ; que sa garce est ex- trême !
****** L'Axis différents,
Londres
AOUST. 1732.` 1823
Londres mevit un jour sous un habit oblong,
En Sacrificateur , dansant un Cotillon ,
Quel Tapage ce fut ! c'étoit pis qu'un Tonnerret
De ce Cottillon-là , les Gourmets d'Angleterre,
Se souviendront long- temps...
Finette.
Et nous aussi , ma foy !
Pierot , à la Gargouillarde.
Votre Gracieux est souvent berné , je croi,
La Gargoüillade.
Vous croicz mal , pourvu que l'on danse avec
grace ,
Nal contresens ne choque , il n'est rien qui ne
passe ;
Jamais on n'analise un divertissement ;
Ou n'y demande point ni pourquoi , ni com- ment ;
J
Qu'on mette à la Françoise un Peuple de laGrece
Que l'on Coiffe en Bichon une grande Prêtresse,
Que la Sirene prête à massacrer les gens ,
Se prépare à leur mort par des Ballets galans ,
Cela n'est-il pas bien , dés que cela.sçait plaire
Pour les autres talens ce Juge si sévere ,
Qui rejette à son gré Thalie et ses bons mots,
Houspille Melpomene, et nargue ses Héros ;
Ce Public qui par tout veut de la convenance
Apour la danse seule une entiere indulgence ;
?
2
Güij
1824 MERCURE DE FRANCE一个
Lss Romains les plus grands , par lui sont ab- batus
Dans sa conduite , il a blâmé jusqu'à Brutus ,
Mais il a vû, revû , sans chicaner l'idée ,
Danser des Tambourins aux filles de Judée.
Et dans le Ballet neuf, avant qu'il fut rogné ,
Recousu , recrépi , frisoté , tignoné ,
Devant Protésilas , sortant du sombre Empire.
Des Trépassez dansoient , on l'a vû sans en rire
Et sans imaginer aucune absurdité
Dans ces Morts qui sautoient pour un réssuscité,
Piérot.
Si l'on ne rioit pas , on en avoit envie ;
Mais on ne le pouvoit ; observez, je vous prie ,
Me disoit un Frater , me lavant le Menton >
Que les Os du Gosier sont placez de façon ,
Qu'on ne peut à la fois rire et baailler... la bou che ;
Tres-distincte à marquer quel sentiment nous touche ,
S'ouvre en long, quand on baaille, en large quand
on rit ;
Vous voiez , sans avoir autant que moi d'esprit
Que le large et le long... que le long et le large...
Ne peuvent exercer au même instant leur charge.
Piérot , Physicien !
Finette.
Piered
AOUS T. 1732. 1825
Piérot.
Ouy, c'est le long qui fait
Que l'on ne rioit pas dans le nouveau Ballet.
Finette.
A la danse s'entend ; car à la Poësie
On rioit volontiers ; et quand Laodamie ,
Déplorant les malheurs de la viduité ,
Faisant sentir combien peze la chasteté
Sur le malheureux corps d'une veuve oppressée ,
t
Aux pieds d'une Statue ardamment carressée ,
De son époux deffunt alloit chercher l'ardeur ,
On disoit fy; c'est mal rappeller son Buveur.
Il réve !
Le Danseur.
Je descens sur un Port de Provence ;
De-là , tout en dansant je vois toute la France
Je me rens à Paris pour connoître le goût
D'un Peuple que j'entens préconiser par tout.
J'y trouve dans la danse un tumulte effroiable !
Chacun m'y yeut compter qu'un sujet admi-
›
rable ;
L'un pour le Gracieux , et l'autre pour le vif ,
Fait de ces deux talens un injuste tarif.
Deux Prodiges dansans que chacun idolâtre ,
Partageoient sans débat l'Empire du Théatre ,
I GY Mais
1826 MERCURE DE FRANCE
Mais on les désunit , et sur le moindre mot
L'une passe la Mer , l'autre court à Chaillot.
Leur départ nous allarme, et les Partis glapissents
De Doctes heurlemens les Caffez retentissent ;
Et dans l'Opéra même un Braillard à nos yeux,
Décide sans quartier ; loüangeur furieux ,
Au talent qu'il réprouve il déclare la guerre ;
Le Balcon s'en émeut , il trouble le parterre ,
Son souffle impur s'aigrit , l'air en est infecté ,
Le Flot qui l'apporta, recule épouvanté.
On implore aussi-tôt mon avis , on m'entoure
On fait silence, et moi, je répons cette Loure,&c
A
Le Danseur livré à son Entousiasme , se
met à danser, oublie ce qu'il venoit demander à la Fée , et sort en redoublant
ses Lazis de danse. Cet Acte est terminé
par une Fête champêtre , exécutée par des
Jardiniers et des Jardinieres , et par un
Vaudeville , qui termine la Piéce. En voiey quelques couplets :
Dans une fille bien apprise
J'aime une modeste rougeur ;
Le vermillon de la Cerise
Vaut-il celui de la pudeur ?
L'Amant avant son mariage
Est aussi sucré qu'un Brugnon:
Est-1
AOUST 173 . 1827
Est-il mari ? dans son ménage
Il est plus aigre qu'un Citron.
Barbons , Coquets , de bon sens vuides,
Cessez vos soupirs ennuyeux :
Jamais la neffle avec ses rides
Ne flata le goût et les yeux.
An Public.
Le bruit qui nous plaît davantage ,
Messieurs , quand nous ouvrons le bec ,
C'est sûrement votre suffrage ,
Mangerons-nous notre pain sec.
(
On trouvera l'Air notté au bas de la
Chanson.
Le 19 Aoust , le même Opéra Comique donna deux Piéces nouvelles , d'un
Acte chacune ; la premiere , intitulée :
La Lanterne Véridique, précédée d'un Prologue qui a pour titre : Le Réveil de POpera Comique. La seconde , Le Rival de
lui-même. Celle- ci est jouée par les Petits
Comédiens , qu'on a vûs avec plaisir ,
l'année passée à la même Foire S.Laurent.
Cette Piéce est encore précédée d'un Prologue , intitulé : Le Parterre Merveilleux.
Tous ces nouveaux Divertissemens ont été
G vj reçus
1828 MERCURE DE FRANCE
receus favorablement du public. On en
parlera plus au long.
Le Mercredi 13. de ce mois , les Comédiens François donnerent la premiere
Représentation de Zaire. Cette Piece fut
beaucoup critiquée , et encore plus applaudie. Nous entrions icy dans l'exposition , et les autres détails de ce Poëme ,
mais l'Auteur lui même nous dispense
de ce soin dans la Lettre qu'on va lire. Il
est inutile de faire sentir combien le Lecteur y gagnera ; nous y gagnons aussi ,
quoique l'illustre Poëte , en prodigant sa
modestie , ait trop pcu ménagé la nôtre.
E Lundy 28 Juillet , l'Opéra ComiLque donna la premiere Représenta
tion de deux petites Pieces nouvelles
précédées d'un Prologue, dont la premie
re Scene se passe entre l'Instinct et la Nature. Celle-ci rend compte des soins qu'elle se donne pour la Réconciliation des
sens. Il est aisé de comprendre que toures les idées de ce Prologue ont rapport
au Ballet des Sens, et au Procès des Sens
représenté à la Comédie Françoise. La
Scene de la Nature et de l'Instinct est interrompuë par l'Opinion qui vient féliciter la Nature sur le racommodement
qu'elle projette ; la Nature congédie fort
naturellement l'Opinion , quoiqu'elle se
prétende sa Collégue dans l'Empire de
Î'Univers , fondée sur le Proverbe Italien: L'Opinione Regina del Mondo.L'Instinct revient dès que l'Opinion est sortie.
Un Amour arrive pour exhorter la Nature à terminer le Procès des Sens. Après
quelques questions , elle lui demande qui
des deux Amours à la mode il aime le
mieux. ( On sçait que ces deux Amours
sont la Dule d'Angeville et la Due le Maure. )
A O UST. 1732. 1817
re. ) L'Amour répond par ce Couplet, sur
Pair : Deux beaux yeux n'ont qu'à parler.
Bon , moy , j'entens tous les jours,
Cent Discours ,
Sur ces deux aimables Amours.
Sans me sembler fort téméraire ,
Şur leur mérite , on ne peut rien régler ,
Car l'un n'a qu'à chanter pour plaire ,
Et l'autre n'a qu'à parler.
Le Prologue finit par un Ballet , composé des Sens , et de leur suite.
La premiere Piece , intitulée : Les In
terets de Village , se passe dans un Village.
Chaton , Manceau , Sécrétaire du deffunt
Bailli , paroît d'abord avec Gripant , Record et son Confident , à qui en expliquant sa situation et ses vûes , il apprend
qu'il s'apperçoit qu'il est aimé de la veuve du Bailli , mais qu'il aime Agate sa
Niéce , promise à Piérot. Primò , dit - il
je veux épouser Agate , et pour y parvenir ,
la brouiller avec Piérot. 2° . Je veux pour
jouir toujours des Revenans- bons du Bailliage , me servir de l'ascendant que j'ai sur
l'esprit de Me Triolet , ( c'est la veuve)
pour l'engager à remettre sa Charge à un imbécile qui se contente de n'en posseder que.
G Le
1818 MERCURE DE FRANCE
Le Titre, comme faisoit le deffunt. Gripant
lui demande à quel heureux imbécile il
donnera la préférence. Chaton propose
d'abord Piérot , qu'il détacheroit d'Agate, en lui inspirant l'ambition d'être Bailli ; ensuite il parle de Grosdos , riche Fermier , glorieux de Village , capable de ser- vir à ses desseins.
La Veuve paroît et tâche de s'expliquer avec Chaton , qui feint de ne pas entendre son galimatias passionné. Elle le
quitte , en appercevant Piérot. Chaton
fait accroire à Piérot que la Veuve a du
penchant pour lui , et songe à supplanter sa Niéce; il ébranle la fidélité de Piérot
en lui exagerant les prérogatives de la
Charge de Bailli. Piérot sort presqu'inconstant ; et sur le champ Chaton ins
truit Agate des inconstances de son Rival , et lui déclare en même temps son
amour. Agate méprise cette déclaration
et s'afflige de l'infidelité de Piérot. Chaton après son départ , s'applaudit du succès de son mensonge , et ne perd pas l'esperance , malgré la rigueur d'Agate . Grosdos paroît, Chaton gagne sa confiance par
des respects et des soumissions ; il lui mes
dans la tête de devenir Bailli ; Grosdos le
retient pour son Secretaire, comme avoit
fait Piérot. Chaton dit: Je tiens Grosdos
dans
AOUST. 1732. 1819
dans mesfilets; je choisirai entre Piérot et lui,
suivant les dispositions de Mme Triolet. Il
est question à present de l'amener à mon but.
Elle vient; je veux faire rompre la glace par
Gripant ; allons lui donner mes instructions.
que
Dans la Scene suivante , Janot qui survient , apprend à la Veuve qu'on parle
dans le Village de l'envie que Grosdos a
d'être Bailly. Piérot arrive , et dit crument à la Baillive , qu'il la sçait amou
reuse de lui ; elle le détrompe , et conçoit de violens soupçons au sujet de Chaton Piérot declare être la cause
de son erreur. Agate paroît quand sa tante a quitté Piérot. Il veut lui cacher sa
courte inconstance par des démonstrations de tendresse ; Agate le rebute ironiquement; Piérot se flare d'un prompt
retour. Il apperçoit Grosdos, et reste pour
le narguer ; Grosdos lui conseille de le
respecter comme un homme qui va être
bien-tôt Bailly; cette nouvelle fait changer de ton à Piérot , qui s'humilie devant
le prétendu oncle d'Agate. Grosdos dir
qu'il consultera sur ceci son Secretaire
Chaton. Ouais , dit Piérot à part ; Cha
ton par tout ! je crois que le fripon nous
trompe tous. Mme Triolet qui vient , sans
être apperçue , de surprendre Chatonaux,
pieds de sa niéce , arrive en fureur , et 292003 Gij Agate
1820 MERCURE DE FRANCE
Agate qui survient , l'augmente en se
plaignant des importunitez de ce fourbe ; ils prennent tous le parti de se ca- cher derriere des arbres , en voyant paroître Chaton et Gripant, que Piérot seul
aborde ; il les fait parler à cœur ouvert ,
sur tous leurs interêts differens. Ils sont
tous détrompez par celui qui les avoit
tous abusez ; la veuve dépitée épouse
Grosdos, et donne Agate à Piérot. Cha
ton et Gripant se retirent avec l'audace
de deux fripons , et le Village assemblé
vient féliciter le nouveau Bailly , et cele
brer les deux mariages par des Danses ,
qui forment le Divertissement.
La 2 Piéce , intitulée : L'Epreuve des
Fées, est composée de plusieurs Scenes
Episodiques , qui se passent dans une
Grotte, destinée à l'Epreuve des Fées. La
Récipiendaire y donne audience aux per- sonnages , destinez pour lui demander
graces des conseils; et c'est sur les
Réponses qu'elle fait , que les Fées cathées dans les Rochers de la Grotte , jugent de sa capacité , et la reconnoissent
Fée,à la fin de l'épreuve on la renvoye.
des et
Dans la 2de Scene , Bagatelius , Philosophe, vient demander à Finette , ( c'est la
jeune Fée qu'on éprouve ) la connoissanse de la verité. Finette, fatiguée de ses
doctes
AOUST. 1732 1811
*
doctes clabauderies , le dotie d'une extinction de voix , et le renvoye presque
muet.
Le second Client est Jacot , Paisan, qui
supplie la Fée de lui accorder le don d'être toujours autant aimé de sa femme ,
qu'il l'est présentement : Finette lui promet que son front sera toujours aussi res
pecté qu'il l'est. Il faut sçavoir que par le
recit de Jacot, et par l'éloge même qu'il
fait de sa chere moitié ,il prouve lui- même, sans s'en appercevoir qu'elle ne lui
est point du tout fidelle.
Après le départ du crédule Jacot , paroît unejolie femme , nommée Araminte ,
qui demande le rétablissement de la réputation d'une de ses bonnes amies , qu'une
jmprudence a un peu timpanisée ; la Fée
l'oblige à conter l'aventure de son amic.
Araminte avoue que cette amie a été surprise avec son amant par son mari, et dans la chaleur de sa narration elle se coupe ,
et fait connoître qu'elle est l'Héroïne du Roman.
La derniere Scene , mêlée de critique et
dé Jeu de Théatre , est remplie par un
Danseur , toujours occupé de son talent ,
et toujours sacrifiant aux Graces : Voici
des Morceaux du Panégirique qu'il fait
du Gracieux.
Giij Jai
1822 MERCURE DE FRANCE
J'ai pour le Gracieux une ardeur infinie ,
Je voue au Gracieux mes Jambes , mon Génie ;
Non , sans le Gracieux , je ne puis faire un Pás,
Il gouverne mes pieds , il balance * mes Bras ,
* , il me panche *, il me tourne Il me pousse
il m'arrête,
Il me tient le menton, quand il leve la tête ¿
Etcomme le Soleil est le flambeau des cieux
MonAstre , à moi mon Astre est ...
Pierot.
La Gargouillade.
Le Danseur.
Quoi?
Le Gracieux.
Croit- on qu'il ne me suit que dans les Bergeries▸
Je fais au bord du Stix minauder les Furies ,
Et lorsque l'on me voit figurer en Démon ,
On croit, au Masque près, voir danser Céladon.
Si je suis en Guérrier qui sort d'une Bataille ,
Si pour la tendre Alceste à Sciros je ferraille ,
Une grace me met monEpée à la main ,
Sous cent habits divers on me déguise en vain
Peste ! on me reconnoît toûjours.... Ah ! c'esɛ lui- même ,
C'est lui , dit- on, c'est lui ; que sa garce est ex- trême !
****** L'Axis différents,
Londres
AOUST. 1732.` 1823
Londres mevit un jour sous un habit oblong,
En Sacrificateur , dansant un Cotillon ,
Quel Tapage ce fut ! c'étoit pis qu'un Tonnerret
De ce Cottillon-là , les Gourmets d'Angleterre,
Se souviendront long- temps...
Finette.
Et nous aussi , ma foy !
Pierot , à la Gargouillarde.
Votre Gracieux est souvent berné , je croi,
La Gargoüillade.
Vous croicz mal , pourvu que l'on danse avec
grace ,
Nal contresens ne choque , il n'est rien qui ne
passe ;
Jamais on n'analise un divertissement ;
Ou n'y demande point ni pourquoi , ni com- ment ;
J
Qu'on mette à la Françoise un Peuple de laGrece
Que l'on Coiffe en Bichon une grande Prêtresse,
Que la Sirene prête à massacrer les gens ,
Se prépare à leur mort par des Ballets galans ,
Cela n'est-il pas bien , dés que cela.sçait plaire
Pour les autres talens ce Juge si sévere ,
Qui rejette à son gré Thalie et ses bons mots,
Houspille Melpomene, et nargue ses Héros ;
Ce Public qui par tout veut de la convenance
Apour la danse seule une entiere indulgence ;
?
2
Güij
1824 MERCURE DE FRANCE一个
Lss Romains les plus grands , par lui sont ab- batus
Dans sa conduite , il a blâmé jusqu'à Brutus ,
Mais il a vû, revû , sans chicaner l'idée ,
Danser des Tambourins aux filles de Judée.
Et dans le Ballet neuf, avant qu'il fut rogné ,
Recousu , recrépi , frisoté , tignoné ,
Devant Protésilas , sortant du sombre Empire.
Des Trépassez dansoient , on l'a vû sans en rire
Et sans imaginer aucune absurdité
Dans ces Morts qui sautoient pour un réssuscité,
Piérot.
Si l'on ne rioit pas , on en avoit envie ;
Mais on ne le pouvoit ; observez, je vous prie ,
Me disoit un Frater , me lavant le Menton >
Que les Os du Gosier sont placez de façon ,
Qu'on ne peut à la fois rire et baailler... la bou che ;
Tres-distincte à marquer quel sentiment nous touche ,
S'ouvre en long, quand on baaille, en large quand
on rit ;
Vous voiez , sans avoir autant que moi d'esprit
Que le large et le long... que le long et le large...
Ne peuvent exercer au même instant leur charge.
Piérot , Physicien !
Finette.
Piered
AOUS T. 1732. 1825
Piérot.
Ouy, c'est le long qui fait
Que l'on ne rioit pas dans le nouveau Ballet.
Finette.
A la danse s'entend ; car à la Poësie
On rioit volontiers ; et quand Laodamie ,
Déplorant les malheurs de la viduité ,
Faisant sentir combien peze la chasteté
Sur le malheureux corps d'une veuve oppressée ,
t
Aux pieds d'une Statue ardamment carressée ,
De son époux deffunt alloit chercher l'ardeur ,
On disoit fy; c'est mal rappeller son Buveur.
Il réve !
Le Danseur.
Je descens sur un Port de Provence ;
De-là , tout en dansant je vois toute la France
Je me rens à Paris pour connoître le goût
D'un Peuple que j'entens préconiser par tout.
J'y trouve dans la danse un tumulte effroiable !
Chacun m'y yeut compter qu'un sujet admi-
›
rable ;
L'un pour le Gracieux , et l'autre pour le vif ,
Fait de ces deux talens un injuste tarif.
Deux Prodiges dansans que chacun idolâtre ,
Partageoient sans débat l'Empire du Théatre ,
I GY Mais
1826 MERCURE DE FRANCE
Mais on les désunit , et sur le moindre mot
L'une passe la Mer , l'autre court à Chaillot.
Leur départ nous allarme, et les Partis glapissents
De Doctes heurlemens les Caffez retentissent ;
Et dans l'Opéra même un Braillard à nos yeux,
Décide sans quartier ; loüangeur furieux ,
Au talent qu'il réprouve il déclare la guerre ;
Le Balcon s'en émeut , il trouble le parterre ,
Son souffle impur s'aigrit , l'air en est infecté ,
Le Flot qui l'apporta, recule épouvanté.
On implore aussi-tôt mon avis , on m'entoure
On fait silence, et moi, je répons cette Loure,&c
A
Le Danseur livré à son Entousiasme , se
met à danser, oublie ce qu'il venoit demander à la Fée , et sort en redoublant
ses Lazis de danse. Cet Acte est terminé
par une Fête champêtre , exécutée par des
Jardiniers et des Jardinieres , et par un
Vaudeville , qui termine la Piéce. En voiey quelques couplets :
Dans une fille bien apprise
J'aime une modeste rougeur ;
Le vermillon de la Cerise
Vaut-il celui de la pudeur ?
L'Amant avant son mariage
Est aussi sucré qu'un Brugnon:
Est-1
AOUST 173 . 1827
Est-il mari ? dans son ménage
Il est plus aigre qu'un Citron.
Barbons , Coquets , de bon sens vuides,
Cessez vos soupirs ennuyeux :
Jamais la neffle avec ses rides
Ne flata le goût et les yeux.
An Public.
Le bruit qui nous plaît davantage ,
Messieurs , quand nous ouvrons le bec ,
C'est sûrement votre suffrage ,
Mangerons-nous notre pain sec.
(
On trouvera l'Air notté au bas de la
Chanson.
Le 19 Aoust , le même Opéra Comique donna deux Piéces nouvelles , d'un
Acte chacune ; la premiere , intitulée :
La Lanterne Véridique, précédée d'un Prologue qui a pour titre : Le Réveil de POpera Comique. La seconde , Le Rival de
lui-même. Celle- ci est jouée par les Petits
Comédiens , qu'on a vûs avec plaisir ,
l'année passée à la même Foire S.Laurent.
Cette Piéce est encore précédée d'un Prologue , intitulé : Le Parterre Merveilleux.
Tous ces nouveaux Divertissemens ont été
G vj reçus
1828 MERCURE DE FRANCE
receus favorablement du public. On en
parlera plus au long.
Le Mercredi 13. de ce mois , les Comédiens François donnerent la premiere
Représentation de Zaire. Cette Piece fut
beaucoup critiquée , et encore plus applaudie. Nous entrions icy dans l'exposition , et les autres détails de ce Poëme ,
mais l'Auteur lui même nous dispense
de ce soin dans la Lettre qu'on va lire. Il
est inutile de faire sentir combien le Lecteur y gagnera ; nous y gagnons aussi ,
quoique l'illustre Poëte , en prodigant sa
modestie , ait trop pcu ménagé la nôtre.
Fermer
Résumé : L'Opera Comique, Pieces nouvelles, &c. [titre d'après la table]
Le 28 juillet, l'Opéra Comique présenta deux nouvelles pièces précédées d'un prologue. Ce prologue mettait en scène la Nature et l'Instinct, interrompus par l'Opinion, qui fut congédiée par la Nature. L'Amour intervint ensuite pour encourager la Nature à conclure le procès des Sens, concluant par un ballet des Sens. La première pièce, 'Les Intérêts de Village', se déroulait dans un village. Chaton, secrétaire du défunt bailli, révélait ses plans pour épouser Agate, la nièce du bailli, et obtenir les revenus du bailliage. Il manipulait Piérot et Grosdos pour atteindre ses objectifs. Après diverses intrigues et malentendus, la veuve du bailli épousa Grosdos, et Agate fut unie à Piérot. Chaton et son complice Gripant furent démasqués et se retirèrent. La seconde pièce, 'L'Épreuve des Fées', se déroulait dans une grotte où une jeune fée, Finette, recevait des personnages pour les conseiller. Elle devait juger de leur capacité en fonction de ses réponses. Parmi les personnages, figuraient un philosophe, un paysan crédule, et une femme cherchant à rétablir la réputation d'une amie. La pièce se termina par une critique du théâtre et de la danse, illustrée par un danseur vantant son art. Le 19 août, l'Opéra Comique présenta deux autres pièces : 'La Lanterne Véridique' et 'Le Rival de lui-même', toutes deux précédées de prologues. Ces divertissements furent bien accueillis par le public. En 1828, le 'Mercure de France' mentionne que la pièce 'Zaire' des Comédiens Français a été reçue favorablement par le public. La première représentation a eu lieu le mercredi 13 du mois. La pièce a suscité de nombreuses critiques mais a également été largement applaudie. L'auteur de 'Zaire' a écrit une lettre qui dispense le 'Mercure de France' de l'exposer et de fournir d'autres détails sur le poème. L'auteur exprime sa modestie, ce qui est apprécié par le lecteur et les rédacteurs du 'Mercure de France'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 2009-2017
Tragédie et Ballet, et Décoration du College de Louis Le Grand, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredy 6 Aoust, on representa au College de LOUIS LE GRAND, la Tragédie [...]
Mots clefs :
Danse, Collège de Louis le Grand, Sennacherib, Tragédie, Ballet, Danse, Décoration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragédie et Ballet, et Décoration du College de Louis Le Grand, [titre d'après la table]
SPECTACLE S.
E Mercredy 6 Aoust, on representa au
LE ›
gédie de Sennacherib , Roy des Assiriens ,
pour la distribution des Prix. En voici le
sujet.
SENNACHERIB ayant perdu devant Jerusalemi
18f000 hommes, tuez dans une nuit, par la main
d'un Ange , retourna à Ninive plein de fureur et
de confusion. Il crut que ce malheur lui étoit are
rivé , parce que son Dieu tutelaire étoit irrité.
Tandis qu'il songeoit à se le rendre favorable , il
fut immolé au pied de son Idole , par ses deux
fils aînez , Adramelech et Sarasar, 45 jours après
la défaite de fon Armée. Liv. 4. des Rois. c . 19.
Tob. c. I.
Ainsi s'accomplit la Prophetie faite par Isaic
au Roy Ezechias , environ deux mois auparavant. Ifa. c. 37.
La Tradition des Hébreux rapportée par S.Jerôme , est que Sennacherib vouloit immoler ses deux fils pour fléchir son Dieu par ce Sacrifice ,
que ceux- ci le prévinrent et lui porterent les coupsqu'il leur destinoit.
. On suppose , comme il est vrai- semblable
que Sennacherib vouloit fléchir son Dieu pour tenter une seconde fois la conquête de Jeru- salem,
La Scene est à Ninive , dans le Palais
du Roy.
Fiij La
2010 MERCURE DE FRANCE
*
Le Ballet qui fut dansé après la Tragé
'die , porte pour titre : Histoire de la Danse. Voici le dessein et la division de ce
Ballet.
Comme on ne sçauroit donner dans un
seul Ballet tout ce qui concerne la Danse,
`on se borne icy à en exposer la naissance
et les quatres âges.
›
te
La Danse , selon le sentiment de la
plupart des Auteurs , doit son origine
aux Egyptiens ; on croit qu'elle est née
de l'observation des Planettes ; comme
elle. sert à exprimer les differentes passions des hommes , et sur tout celles qui
ont la joye pour principe , on la suppose
presqu'aussi ancienne que le monde , parce que les passions attachées à l'humanité
ont existé plus ou moins dans tous les
temps.
Dans la premiere Entrée , des Bergers ,
forment des pas sur le mouvement des
Airs champêtres,avant même que les Ins
trumens de Musique soient inventez.Dans
la seconde , des Personnes de différentes
conditions dansent plus méthodiquement,
au son des Instrumens, nouvellement inventez. De la naissance de la Danse on
passe à ses quatre différens âges.
Pre-
SEPTEMBR E. 1732. 2013
Premier âge de la Danse.
Les Egyptiens sont les Peuples chez qui
la Danse ait fait de plus grands progrès
l'Histoire leur donne l'honneur de l'avoir
inventée , et de l'avoir employée à plu sieurs différens usages.
"
Danse Astronomique.
Des Astronomes Egyptiens , après avoir
rendu hommage au Soleil , observent le
cours des Astres et leurs Eclipses , avec
des Tubes ; ce qui est exprimé par leurs
Danses.
Danse Magique.
Des Magiciens évoquent les ombres dos
Morts,
Danse Idolatrique.
Dans cette Danse, les habitans des Villes et des Champs adorent les Divinitez
de leurs Païs , sous la figure de divers animaux.
Second âge de la Danse.
Les Grecs ont la gloire d'avoir inven
té , ou du moins perfectionné tous les
beaux Arts , et sur tout la Danse.
Fiiij Danse
2012 MERCURE DE FRANCE
Danse Politique et Militaire.
Licurgue établit une Danse politique
dans Lacédémone , pour concilier tous les
Membres de l'Etat ; les Citoyens de differens âges et de differentes conditions ,
se mêlent ensemble. Les Lacédémoniens
avoient déja introduit chez eux la Danse
Militaire , pour se représenter l'image des
combats comme un jeu.
Danse de Fête solemnelle.
La Danse faisoit une des principales Fêtes des Thébains ; on represente
dans cette Entrée les Orgies ; on en retranche toute image de licence , à la fureur près.
Danse Théatrale.
Les Poëtes Athéniens introduisirent la
Danse dans leurs Pieces ; on donne dans
cette Entrée l'idée d'une Scene Tragique
et d'une Scene Comique , dans le gout
d'Euripide et d'Aristophane.
Troisiéme âge de la Danse.
Les Romains n'eurent pas beaucoup
d'estime pour la Danse ; l'Art Militaire
leur fit long-temps oublier tous les Arts
pacifiques , et ce ne fut que sous les Empercurs
SEPTEMBRE. 1752. 2013:
pereurs que la Danse occupa un Peuple
oisif et amolli , à qui on vouloit faire
oublier son ancienne liberté.
Danse Triomphale:
Les Saliens , Prêtres de Mars , furent
admis dans les Marches de Triomphes ;
c'est cette Danse guerriere qu'on exprime dans cette premiere Entrée.
Danse Italique. s *
Les Pantomimes , Sérieux et Comiques,
furent inventez sous Auguste; on en donne icy.une légere idée; pour rendre cette
Danse plus intelligible aux Spectateurs
on a choisi les Caracteres Comiques ,
qui leur sont les plus connus , préférablement à ceux des Comédies Romaines.
Danse d'Animaux.
On prend pour modeles de cette Danse
les Sibarites , Peuples de la basse Italie ,
qui eurent tant de passion pour la Danse,
qu'ils y firent entrer leurs Chevaux , et
d'autres animaux.
Quatrième âge de la Danse, sous les Nations
modernes, et principalement sous
lés François.
On appelle Nations modernes , celles
Fy qui
2014 MERCURE DE FRANCE
qui ont été démembrées de l'Empire
Romain, Elles ont toutes cultivé la Dan-'
> chacune selon son génie ; aucun de
ces Peuples ne s'y est tant distingué que
les François.
Bal de Ceremonie. abs
Un Prince donne un Bal aux Seigneurs
de sa Cour , ou à des Etrangers de dis
tinction , arrivez de divers Païs.
Bal de Spectacle.
La France, qui a reçu de l'Italie les Ballets avec Machines , a beaucoup encheri
sur elle dans ce genre de Spectacle ; c'est
ce qu'on représente dans cette Entrée.
Bal Bourgeois.
Des Bourgeois et des Artisans forment
une espece de Mascarade , où chacun est
admis , sans distinction .
La Danse des Academies Litteraires.
Les Danses figurées ont été introduites
dans plusieurs Académies littéraires. On
y represente des Ballets nouveaux ou historiques , pour relever la solemnité d'un
Spectacle établi et souvent fondé par des
Rois , pour distribuer avec éclat des Prix
à la jeunesse qu'on y éleve dans l'étude
des Belles Lettres,
Apollon
SEPTEMBRE. 1732. 2015
Apollon , Minerve et Mercure distri- buent des Couronnes de Laurier aux Eleves qui se sont distinguez dans les Exercices Litteraires.
La jeunesse couronnée , exprime par la
Danse , le plaisir qu'elle ressent du Prix
glorieux qu'elle a remporté.
Des Bergers ont chanté des Vers dans
la premiere Entrée de l'ouverture; nous en
donnerons une légere idée par ceux qu'on
va voir.
Bergers , qu'un doux repos assemble ,
Venez sous ces tendres Ormeaux
Nous y devons former ensemble
Des jeux innocens et nouveaux..
C'est icy que la Danse ,
Va prendre sa naissance.
Sur mes chants composez vos pas ;
Que tous les mouvemens de vos pieds, de vosbras
D'accord avec ma voix , en suivent la cadance.
Que sans voltiger ,
Les naïves Graces ,
Marchent sur vos traces,
D'un pas coulant et leger , &c.
La Décoration de ce grand et pompeux Spec
tacle , representoit une grande Cour exterieure
d'un Palais magnifique,d'Ordre composite , for- mant un plan circulaire de cent pieds de face , et:
faisant par la Perspective 150 pieds de circonfe- F vj rence
2016 MERCURE DE FRANCE
rence sur 35 pieds d'élévation. Au milieu est un
corps avancé , soutenu par des Colonnes et Pilastres de breche violette; les Chapiteaux et Bases
en or. Dans les entre-Colonnes sont placez des Grouppes de Figures de Marbre blanc sur des
piedestaux de forme ronde : sçavoir , à la droite,
MédéeJason; à la gauche le Sacrifice d'Iphigenie.
Sur les devants de la partie circulaire,à la droite
Oedipe qui se perce les yeux ; à la gauche , Her- rule sur le bucher ; sur le devant de ces deux extrêmitez sont des Amphitheatres terminés par une Balustrade , en forme de demi-fer à cheval ,
au bas de laquelle on voit les Statues des deux
plus fameux Poëtes Grecs ; sçavoir , à la droite
Sophocle; à la gauche Euripide. ?
Au milieu de la Décoration est une grande et magnifique Arcade surmontée des Armes de
France , soutenues par des Génies , au travers
de laquelle on apperçoit un grand Salon cintré ,
soutenu par des colonnes couplées , et dans les
deux passages , aux côtez des Galeries ingénieusement percées d'une Architecture noble et simple , ornée de Bustes sur des scabellons ; au- dessus des quatre Groupes de colonnes , sont dea
trophées de Guerre , et sur les corps avancez qui terminent les côtez de la Décoration des Trophées de Poësie en or , ainsi que les Armes du
Roi et les autres Trophées et Consolles qui sont
sous la Corniche , sur laquelle est une Balustrade
qui régne au pourtour de cette magnifique Ordonnance.
ges
M. Le Maire , déja connu par plusieurs ouvrade cette espece qui ont eu l'applaudissement
du Public . est Auteur de celui- ci , qui a été fort
approuvé. L'Estampe qu'il en a fait graver avec soin
SEPTEMBRE. 1732. 2017
soin , se vend chez lui dans la Cour des Quinze
Vingts.
E Mercredy 6 Aoust, on representa au
LE ›
gédie de Sennacherib , Roy des Assiriens ,
pour la distribution des Prix. En voici le
sujet.
SENNACHERIB ayant perdu devant Jerusalemi
18f000 hommes, tuez dans une nuit, par la main
d'un Ange , retourna à Ninive plein de fureur et
de confusion. Il crut que ce malheur lui étoit are
rivé , parce que son Dieu tutelaire étoit irrité.
Tandis qu'il songeoit à se le rendre favorable , il
fut immolé au pied de son Idole , par ses deux
fils aînez , Adramelech et Sarasar, 45 jours après
la défaite de fon Armée. Liv. 4. des Rois. c . 19.
Tob. c. I.
Ainsi s'accomplit la Prophetie faite par Isaic
au Roy Ezechias , environ deux mois auparavant. Ifa. c. 37.
La Tradition des Hébreux rapportée par S.Jerôme , est que Sennacherib vouloit immoler ses deux fils pour fléchir son Dieu par ce Sacrifice ,
que ceux- ci le prévinrent et lui porterent les coupsqu'il leur destinoit.
. On suppose , comme il est vrai- semblable
que Sennacherib vouloit fléchir son Dieu pour tenter une seconde fois la conquête de Jeru- salem,
La Scene est à Ninive , dans le Palais
du Roy.
Fiij La
2010 MERCURE DE FRANCE
*
Le Ballet qui fut dansé après la Tragé
'die , porte pour titre : Histoire de la Danse. Voici le dessein et la division de ce
Ballet.
Comme on ne sçauroit donner dans un
seul Ballet tout ce qui concerne la Danse,
`on se borne icy à en exposer la naissance
et les quatres âges.
›
te
La Danse , selon le sentiment de la
plupart des Auteurs , doit son origine
aux Egyptiens ; on croit qu'elle est née
de l'observation des Planettes ; comme
elle. sert à exprimer les differentes passions des hommes , et sur tout celles qui
ont la joye pour principe , on la suppose
presqu'aussi ancienne que le monde , parce que les passions attachées à l'humanité
ont existé plus ou moins dans tous les
temps.
Dans la premiere Entrée , des Bergers ,
forment des pas sur le mouvement des
Airs champêtres,avant même que les Ins
trumens de Musique soient inventez.Dans
la seconde , des Personnes de différentes
conditions dansent plus méthodiquement,
au son des Instrumens, nouvellement inventez. De la naissance de la Danse on
passe à ses quatre différens âges.
Pre-
SEPTEMBR E. 1732. 2013
Premier âge de la Danse.
Les Egyptiens sont les Peuples chez qui
la Danse ait fait de plus grands progrès
l'Histoire leur donne l'honneur de l'avoir
inventée , et de l'avoir employée à plu sieurs différens usages.
"
Danse Astronomique.
Des Astronomes Egyptiens , après avoir
rendu hommage au Soleil , observent le
cours des Astres et leurs Eclipses , avec
des Tubes ; ce qui est exprimé par leurs
Danses.
Danse Magique.
Des Magiciens évoquent les ombres dos
Morts,
Danse Idolatrique.
Dans cette Danse, les habitans des Villes et des Champs adorent les Divinitez
de leurs Païs , sous la figure de divers animaux.
Second âge de la Danse.
Les Grecs ont la gloire d'avoir inven
té , ou du moins perfectionné tous les
beaux Arts , et sur tout la Danse.
Fiiij Danse
2012 MERCURE DE FRANCE
Danse Politique et Militaire.
Licurgue établit une Danse politique
dans Lacédémone , pour concilier tous les
Membres de l'Etat ; les Citoyens de differens âges et de differentes conditions ,
se mêlent ensemble. Les Lacédémoniens
avoient déja introduit chez eux la Danse
Militaire , pour se représenter l'image des
combats comme un jeu.
Danse de Fête solemnelle.
La Danse faisoit une des principales Fêtes des Thébains ; on represente
dans cette Entrée les Orgies ; on en retranche toute image de licence , à la fureur près.
Danse Théatrale.
Les Poëtes Athéniens introduisirent la
Danse dans leurs Pieces ; on donne dans
cette Entrée l'idée d'une Scene Tragique
et d'une Scene Comique , dans le gout
d'Euripide et d'Aristophane.
Troisiéme âge de la Danse.
Les Romains n'eurent pas beaucoup
d'estime pour la Danse ; l'Art Militaire
leur fit long-temps oublier tous les Arts
pacifiques , et ce ne fut que sous les Empercurs
SEPTEMBRE. 1752. 2013:
pereurs que la Danse occupa un Peuple
oisif et amolli , à qui on vouloit faire
oublier son ancienne liberté.
Danse Triomphale:
Les Saliens , Prêtres de Mars , furent
admis dans les Marches de Triomphes ;
c'est cette Danse guerriere qu'on exprime dans cette premiere Entrée.
Danse Italique. s *
Les Pantomimes , Sérieux et Comiques,
furent inventez sous Auguste; on en donne icy.une légere idée; pour rendre cette
Danse plus intelligible aux Spectateurs
on a choisi les Caracteres Comiques ,
qui leur sont les plus connus , préférablement à ceux des Comédies Romaines.
Danse d'Animaux.
On prend pour modeles de cette Danse
les Sibarites , Peuples de la basse Italie ,
qui eurent tant de passion pour la Danse,
qu'ils y firent entrer leurs Chevaux , et
d'autres animaux.
Quatrième âge de la Danse, sous les Nations
modernes, et principalement sous
lés François.
On appelle Nations modernes , celles
Fy qui
2014 MERCURE DE FRANCE
qui ont été démembrées de l'Empire
Romain, Elles ont toutes cultivé la Dan-'
> chacune selon son génie ; aucun de
ces Peuples ne s'y est tant distingué que
les François.
Bal de Ceremonie. abs
Un Prince donne un Bal aux Seigneurs
de sa Cour , ou à des Etrangers de dis
tinction , arrivez de divers Païs.
Bal de Spectacle.
La France, qui a reçu de l'Italie les Ballets avec Machines , a beaucoup encheri
sur elle dans ce genre de Spectacle ; c'est
ce qu'on représente dans cette Entrée.
Bal Bourgeois.
Des Bourgeois et des Artisans forment
une espece de Mascarade , où chacun est
admis , sans distinction .
La Danse des Academies Litteraires.
Les Danses figurées ont été introduites
dans plusieurs Académies littéraires. On
y represente des Ballets nouveaux ou historiques , pour relever la solemnité d'un
Spectacle établi et souvent fondé par des
Rois , pour distribuer avec éclat des Prix
à la jeunesse qu'on y éleve dans l'étude
des Belles Lettres,
Apollon
SEPTEMBRE. 1732. 2015
Apollon , Minerve et Mercure distri- buent des Couronnes de Laurier aux Eleves qui se sont distinguez dans les Exercices Litteraires.
La jeunesse couronnée , exprime par la
Danse , le plaisir qu'elle ressent du Prix
glorieux qu'elle a remporté.
Des Bergers ont chanté des Vers dans
la premiere Entrée de l'ouverture; nous en
donnerons une légere idée par ceux qu'on
va voir.
Bergers , qu'un doux repos assemble ,
Venez sous ces tendres Ormeaux
Nous y devons former ensemble
Des jeux innocens et nouveaux..
C'est icy que la Danse ,
Va prendre sa naissance.
Sur mes chants composez vos pas ;
Que tous les mouvemens de vos pieds, de vosbras
D'accord avec ma voix , en suivent la cadance.
Que sans voltiger ,
Les naïves Graces ,
Marchent sur vos traces,
D'un pas coulant et leger , &c.
La Décoration de ce grand et pompeux Spec
tacle , representoit une grande Cour exterieure
d'un Palais magnifique,d'Ordre composite , for- mant un plan circulaire de cent pieds de face , et:
faisant par la Perspective 150 pieds de circonfe- F vj rence
2016 MERCURE DE FRANCE
rence sur 35 pieds d'élévation. Au milieu est un
corps avancé , soutenu par des Colonnes et Pilastres de breche violette; les Chapiteaux et Bases
en or. Dans les entre-Colonnes sont placez des Grouppes de Figures de Marbre blanc sur des
piedestaux de forme ronde : sçavoir , à la droite,
MédéeJason; à la gauche le Sacrifice d'Iphigenie.
Sur les devants de la partie circulaire,à la droite
Oedipe qui se perce les yeux ; à la gauche , Her- rule sur le bucher ; sur le devant de ces deux extrêmitez sont des Amphitheatres terminés par une Balustrade , en forme de demi-fer à cheval ,
au bas de laquelle on voit les Statues des deux
plus fameux Poëtes Grecs ; sçavoir , à la droite
Sophocle; à la gauche Euripide. ?
Au milieu de la Décoration est une grande et magnifique Arcade surmontée des Armes de
France , soutenues par des Génies , au travers
de laquelle on apperçoit un grand Salon cintré ,
soutenu par des colonnes couplées , et dans les
deux passages , aux côtez des Galeries ingénieusement percées d'une Architecture noble et simple , ornée de Bustes sur des scabellons ; au- dessus des quatre Groupes de colonnes , sont dea
trophées de Guerre , et sur les corps avancez qui terminent les côtez de la Décoration des Trophées de Poësie en or , ainsi que les Armes du
Roi et les autres Trophées et Consolles qui sont
sous la Corniche , sur laquelle est une Balustrade
qui régne au pourtour de cette magnifique Ordonnance.
ges
M. Le Maire , déja connu par plusieurs ouvrade cette espece qui ont eu l'applaudissement
du Public . est Auteur de celui- ci , qui a été fort
approuvé. L'Estampe qu'il en a fait graver avec soin
SEPTEMBRE. 1732. 2017
soin , se vend chez lui dans la Cour des Quinze
Vingts.
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Résumé : Tragédie et Ballet, et Décoration du College de Louis Le Grand, [titre d'après la table]
Le spectacle 'La Tragédie de Sennacherib, Roy des Assiriens' a été représenté le mercredi 6 août pour la distribution des prix. L'histoire met en scène la défaite de Sennacherib devant Jérusalem, où il perdit 18 000 hommes en une nuit. De retour à Ninive, il fut assassiné par ses deux fils aînés, Adramelech et Sarasar, 45 jours après la défaite. Cette tragédie accomplissait une prophétie d'Isaïe au roi Ézéchias. Selon la tradition hébraïque rapportée par Saint Jérôme, Sennacherib voulait sacrifier ses fils pour apaiser son dieu, mais ceux-ci le tuèrent avant. Le spectacle se déroulait à Ninive, dans le palais du roi. Après la tragédie, un ballet intitulé 'Histoire de la Danse' fut présenté. Ce ballet retraçait la naissance et les quatre âges de la danse. Les Égyptiens sont crédités de l'origine de la danse, qui servait à exprimer les passions humaines. Le ballet se divisait en plusieurs entrées représentant différents âges et styles de danse, des bergers aux danses modernes en France. La décoration du spectacle représentait une cour extérieure d'un palais magnifique, avec diverses statues et trophées. L'auteur de la décoration, M. Le Maire, est connu pour ses œuvres appréciées du public. Une estampe de la décoration était disponible à la vente.
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19
p. 2034-2035
Scylla, Tragédie en musique, [titre d'après la table]
Début :
Le Jeudi 11 de ce mois, l'Académie Royale de Musique remit au Théâtre Scylla, [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Ballet, Scylla, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Scylla, Tragédie en musique, [titre d'après la table]
Le Jeudi 11 de ce mois > l'Académie
Royale de Musique remit au Théatre Scylla , Tragédie representée dans sa nouveauté au mois de Septembre 1701. et reprise en Octobre 1720. Le Poëme et la
Musique sont de M. Duché et de M.Theobalde.Nous en donnerons l'Extrait en parlant de l'xécution. Nous ajoûterons seulement ici que cet Opéra est très bien remis , bien habillé et bien décoré. Un
morceau sur tout , cssentiel à caracteriser
le lieu de la Scene , a été trouvé admirable ; c'est la représentation du Tombeau
de Tiresie , d'une Architecture rustique ,
simple , noble et vraie. Les gens du meilleur goût n'y désirent rien pour le colo- ris
SEPTEMBRE. 1732. 2035
ris , pour la juste distribution des lumieres
et des ombres , pour le relief des différentesparties , et pour l'effet du tout ensemble.
,
Le Balet est très- bien composé par le
sieur Blondi , et très - varié. Les airs de
Violons y sont harmonieux , dansans
d'une très- grande beauté , et caracterisez
au mieux principalement la fameuse
Passacaille du second Acte , qui est un
morceau au- dessus de tout ce que nous
avons vû en ce genre. La Musique en général est fort goûtée et mérite de l'être ,
le Poëme ne l'est pas tant.
Royale de Musique remit au Théatre Scylla , Tragédie representée dans sa nouveauté au mois de Septembre 1701. et reprise en Octobre 1720. Le Poëme et la
Musique sont de M. Duché et de M.Theobalde.Nous en donnerons l'Extrait en parlant de l'xécution. Nous ajoûterons seulement ici que cet Opéra est très bien remis , bien habillé et bien décoré. Un
morceau sur tout , cssentiel à caracteriser
le lieu de la Scene , a été trouvé admirable ; c'est la représentation du Tombeau
de Tiresie , d'une Architecture rustique ,
simple , noble et vraie. Les gens du meilleur goût n'y désirent rien pour le colo- ris
SEPTEMBRE. 1732. 2035
ris , pour la juste distribution des lumieres
et des ombres , pour le relief des différentesparties , et pour l'effet du tout ensemble.
,
Le Balet est très- bien composé par le
sieur Blondi , et très - varié. Les airs de
Violons y sont harmonieux , dansans
d'une très- grande beauté , et caracterisez
au mieux principalement la fameuse
Passacaille du second Acte , qui est un
morceau au- dessus de tout ce que nous
avons vû en ce genre. La Musique en général est fort goûtée et mérite de l'être ,
le Poëme ne l'est pas tant.
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Résumé : Scylla, Tragédie en musique, [titre d'après la table]
Le 11 octobre 1732, l'Académie Royale de Musique a présenté la tragédie 'Scylla' au Théâtre. Cette œuvre, initialement créée en septembre 1701 et reprise en octobre 1720, est le fruit du poème de M. Duché et de la musique de M. Théobalde. La production est saluée pour sa mise en scène, ses costumes et ses décors. Le Tombeau de Tirésias est particulièrement remarqué pour son architecture rustique, simple, noble et vraie. Les experts apprécient la distribution des couleurs, des lumières et des ombres, ainsi que le relief et l'effet global. Le ballet, composé par le sieur Blondi, est varié et les airs de violons sont harmonieux et dansants. La passacaille du second acte est particulièrement remarquable. La musique est globalement très appréciée, bien que le poème le soit moins.
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20
p. 2231-2237
L'Allure. Compliment. [titre d'après la table]
Début :
Le 27. on donna sur le même Théatre la premiere Représentation de l'Allure. [...]
Mots clefs :
L'Allure, Représentation, Mode, Goût, Théâtre, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Allure. Compliment. [titre d'après la table]
Le 27. on donna sur le même Theatre.
la premiete Représentation de l'Allure.
La fortune de ce mot l'a presque suivie
sur le Théatre , et l'Allure personifiée
a fort réussi.
La Scene ouvre par la Mode et le Goût,
qui paroît triste ; la Mode lui demande
le sujet de son chagrin... Il lui cite le
dernier affront qu'il a reçû à Paris sous le
nom d'Ergone dans le Ballet des Sens , et
chante :
Helas
2232 MERCURE DE FRANCE
Helas en plein Parterre ,
Le Goût s'est vû , ma chere ,
Siffler à l'Opera.
Ecoutez , lui dit la Mode , vous ne serés
plus guére suivi. Le Caprice fait mieux ses
affaires que vous ; il a une fille bâtarde nouvellement établie ici qui vous coupe l'herbe
sous le pied , elle s'appelle l' Allure.
Le Goût se récrie sur ce nom pitoyable
et sur l'imbecilité enfantine du Public ,
qui s'amuse souvent , sans sçavoir pourquoi,d'un rien , qui n'est pas même ingé- nieux. La mode insiste sur les miracles de
l'Allure.
Par tout l'Allure est nécessaire :
Une Vieille veut- elle plaire ?
L'Allure vient à son secours ;
Tel que pour sincere on renomme ,
Sans l'Allure seroit toujours
Connu pour un malhonnête homme.
Le goût piqué , prend congé de Paris ;
dont il n'est pas content , et n'a pas tort.
L'Allure paroît , qui est extrêmement
complimentée par la Mode. Elle reste
seule sur le Théatre ; un Campagnard
l'aborde , et la prie de façonner ses deux
filles qu'il lui présente : l'Allure les interroge , et les trouvent dignes de son atten
OCTOBRE. 1732: 2235
tention et de figurer dans la bonne Ville
de Paris ; voici , dit- elle
manque. Air de Joconde.
Un peu moins d'ingénuité
Et des façons plus fieres ,
Une fine naïveté
Sur les tendres matieres ;
C'est le manége qu'à Paris ,
Un chacun nomme Allure ,
Et qui procure à tant d'Iris
Le bien et la parure.
tout ce qui leur
Au Campagnard succede un Auteur
qui vient demander à l'Allure le don de
plaire à l'Opera Comique.
L'Auteur est suivi d'une Plaideuse Normande , qui implore à son tour la protection de l'Allure , pour engager ses Juges
dans ses interêts. Après la Plaideuse paroît une jeune et jolie Procureuse , mariée à un vieux jaloux ; elle expose son
sort dans le Couplet suivant sur l'air
De la Syrene du Ballet des Sens.
D'un époux je subis les loix ,
Si l'Amour en eût fait le choix ,
Cet époux auroit l'art de plaire. . .
Je maudis monsort mille fois ;
Si l'Himen a tant de rigueurs ,
.
Pour-
2234 MERCURE DE FRANCE
Pourquoi donc force- t'on nos cœurs
A donner à ce Dieu sévere
La plus belle des fleurs ?
Les beaux jours sont pour les Amans,
Les Epoux n'ont que des tourmens ,
Des malheurs toujours renaissans ,
Et des maux plus ou moins rebutans.
D'un époux je subis , &c...
Les maris sont toujours jaloux ;
Avec eux il n'est point de charmes ;
Ils font sentir leur couroux ;
Dieu d'Himen , te rend- on les armes ♪
On est tourmenté ,
Plus d'amour , adieu la liberté .
D'un époux , je subis , &c.
Une Comédienne de Campagne qui
veut débuter à Paris , se présente ensuite
et dit:
'Ah ! j'ai brillé dans plus d'un Rôle ,
Mais Paris veut de grands talens.
L'Allure.
Oui , c'est une excellente Ecole
Pour se former en peu de tems.
Vous réussirés , je vous jure ;
Du Théatre voici l'Allure :
་
Suivés
OCTOBRE. 1732. 2235
Suivés bien ce principe-là ,
Résistés... jusqu'à ce point-là.
Ces derniers mots se chantent en faisant le lazzi de compter de l'argent. La
Comédienne céde la place à un Paysan
qui
demande
à
l'Allure
d'ôter
à sa
petite
femme
ce
que
les
autres
vont
chercher
à
son
Audience
. Un
Fiacre
yvre
le chasse
et
conte
ses
proüesses
de
Cocher
à la
Déesse
nouvelle
.
Un Maître de Ballet des bords de la
Garone couronne l'œuvre par ses gasconades , voici comme il commence , air :
Quand Iris pron plaisir à boire.
A mes talens , aimable Allure ,
Répondés , je vous en conjure ,
Je suis le Heros de mon Art ;
Mes pas divins me font assés connoître
Ceux que je fais même au hazard ,
Sont des pas où l'Amour a part ,
De tous les cœurs je suis le maître.
Il donne à l'Allure un Ballet de sa composition , qui est terminé
ville suivant.
par le VaudeAujourd'hui pour faire figure,
On se passe fort bien d'esprit ;
Qu'un faquin porte la dorure
2236 MERCURE DE FRANCE
On trouve bon tout ce qu'il dit ,
En lui qu'est-ce qu'on applaudit
C'estl'Allure.
>
Plus d'un Fat , rempli de roture ,
Que la fortune a mis fur pié ,
Cache de sa naissance obscure ,
Anos yeux plus de la moitié ,
A chacun il feroit pitié ,
Sans l'Allure.
Un Amant qui craint la coëffure ,
Que portent nombre de Maris ,
Epouse fille qui lui jure ,
Que sa vertu n'a point de prix
Qui fait que ce Benès est pris è
C'est l'Allure.
Une Iris , qui cent fois vous jure ,
Que ses feux sont toujours constans
Saisit la premiere avanture ,
Que l'amour offre à ses talens ,
Qu'est-ce qui trompe tant d'Amans ?
C'est l'Allure.
Un Cocher de Fiacre.
Qu'un Galant presne ma voiture ,
Et
OCTOBRE. 1732 2237.
Et me faffe sortir Paris ,
Je me mocque de l'avanture ;
S'il vient à bout de son Iris ,
Il ne dispute point du prix ;
C'est l'Allure.
1
Au Public.
Lorsque le Public nous censure ,
il prononce équitablement ;
La Piece qu'on croît la plus sûre ,
Reçoit un fâcheux compliment ,
Consultons son discernement
C'est l'Allure.
Couplet du Gascon , sur l'air de l' Allure.
C'est dans notre Païs ,
Cadedis ;
Qu'on voit vriller l'Allure ;
Sans un teston ,
Par tout un Gascon
Vit à son aise , et fait le fanfaron ,
Voilà du Païs
L'Allure ,
Mes Cousis ,
Du Païs ,
Cousis ,
C'est l'Allure.
la premiete Représentation de l'Allure.
La fortune de ce mot l'a presque suivie
sur le Théatre , et l'Allure personifiée
a fort réussi.
La Scene ouvre par la Mode et le Goût,
qui paroît triste ; la Mode lui demande
le sujet de son chagrin... Il lui cite le
dernier affront qu'il a reçû à Paris sous le
nom d'Ergone dans le Ballet des Sens , et
chante :
Helas
2232 MERCURE DE FRANCE
Helas en plein Parterre ,
Le Goût s'est vû , ma chere ,
Siffler à l'Opera.
Ecoutez , lui dit la Mode , vous ne serés
plus guére suivi. Le Caprice fait mieux ses
affaires que vous ; il a une fille bâtarde nouvellement établie ici qui vous coupe l'herbe
sous le pied , elle s'appelle l' Allure.
Le Goût se récrie sur ce nom pitoyable
et sur l'imbecilité enfantine du Public ,
qui s'amuse souvent , sans sçavoir pourquoi,d'un rien , qui n'est pas même ingé- nieux. La mode insiste sur les miracles de
l'Allure.
Par tout l'Allure est nécessaire :
Une Vieille veut- elle plaire ?
L'Allure vient à son secours ;
Tel que pour sincere on renomme ,
Sans l'Allure seroit toujours
Connu pour un malhonnête homme.
Le goût piqué , prend congé de Paris ;
dont il n'est pas content , et n'a pas tort.
L'Allure paroît , qui est extrêmement
complimentée par la Mode. Elle reste
seule sur le Théatre ; un Campagnard
l'aborde , et la prie de façonner ses deux
filles qu'il lui présente : l'Allure les interroge , et les trouvent dignes de son atten
OCTOBRE. 1732: 2235
tention et de figurer dans la bonne Ville
de Paris ; voici , dit- elle
manque. Air de Joconde.
Un peu moins d'ingénuité
Et des façons plus fieres ,
Une fine naïveté
Sur les tendres matieres ;
C'est le manége qu'à Paris ,
Un chacun nomme Allure ,
Et qui procure à tant d'Iris
Le bien et la parure.
tout ce qui leur
Au Campagnard succede un Auteur
qui vient demander à l'Allure le don de
plaire à l'Opera Comique.
L'Auteur est suivi d'une Plaideuse Normande , qui implore à son tour la protection de l'Allure , pour engager ses Juges
dans ses interêts. Après la Plaideuse paroît une jeune et jolie Procureuse , mariée à un vieux jaloux ; elle expose son
sort dans le Couplet suivant sur l'air
De la Syrene du Ballet des Sens.
D'un époux je subis les loix ,
Si l'Amour en eût fait le choix ,
Cet époux auroit l'art de plaire. . .
Je maudis monsort mille fois ;
Si l'Himen a tant de rigueurs ,
.
Pour-
2234 MERCURE DE FRANCE
Pourquoi donc force- t'on nos cœurs
A donner à ce Dieu sévere
La plus belle des fleurs ?
Les beaux jours sont pour les Amans,
Les Epoux n'ont que des tourmens ,
Des malheurs toujours renaissans ,
Et des maux plus ou moins rebutans.
D'un époux je subis , &c...
Les maris sont toujours jaloux ;
Avec eux il n'est point de charmes ;
Ils font sentir leur couroux ;
Dieu d'Himen , te rend- on les armes ♪
On est tourmenté ,
Plus d'amour , adieu la liberté .
D'un époux , je subis , &c.
Une Comédienne de Campagne qui
veut débuter à Paris , se présente ensuite
et dit:
'Ah ! j'ai brillé dans plus d'un Rôle ,
Mais Paris veut de grands talens.
L'Allure.
Oui , c'est une excellente Ecole
Pour se former en peu de tems.
Vous réussirés , je vous jure ;
Du Théatre voici l'Allure :
་
Suivés
OCTOBRE. 1732. 2235
Suivés bien ce principe-là ,
Résistés... jusqu'à ce point-là.
Ces derniers mots se chantent en faisant le lazzi de compter de l'argent. La
Comédienne céde la place à un Paysan
qui
demande
à
l'Allure
d'ôter
à sa
petite
femme
ce
que
les
autres
vont
chercher
à
son
Audience
. Un
Fiacre
yvre
le chasse
et
conte
ses
proüesses
de
Cocher
à la
Déesse
nouvelle
.
Un Maître de Ballet des bords de la
Garone couronne l'œuvre par ses gasconades , voici comme il commence , air :
Quand Iris pron plaisir à boire.
A mes talens , aimable Allure ,
Répondés , je vous en conjure ,
Je suis le Heros de mon Art ;
Mes pas divins me font assés connoître
Ceux que je fais même au hazard ,
Sont des pas où l'Amour a part ,
De tous les cœurs je suis le maître.
Il donne à l'Allure un Ballet de sa composition , qui est terminé
ville suivant.
par le VaudeAujourd'hui pour faire figure,
On se passe fort bien d'esprit ;
Qu'un faquin porte la dorure
2236 MERCURE DE FRANCE
On trouve bon tout ce qu'il dit ,
En lui qu'est-ce qu'on applaudit
C'estl'Allure.
>
Plus d'un Fat , rempli de roture ,
Que la fortune a mis fur pié ,
Cache de sa naissance obscure ,
Anos yeux plus de la moitié ,
A chacun il feroit pitié ,
Sans l'Allure.
Un Amant qui craint la coëffure ,
Que portent nombre de Maris ,
Epouse fille qui lui jure ,
Que sa vertu n'a point de prix
Qui fait que ce Benès est pris è
C'est l'Allure.
Une Iris , qui cent fois vous jure ,
Que ses feux sont toujours constans
Saisit la premiere avanture ,
Que l'amour offre à ses talens ,
Qu'est-ce qui trompe tant d'Amans ?
C'est l'Allure.
Un Cocher de Fiacre.
Qu'un Galant presne ma voiture ,
Et
OCTOBRE. 1732 2237.
Et me faffe sortir Paris ,
Je me mocque de l'avanture ;
S'il vient à bout de son Iris ,
Il ne dispute point du prix ;
C'est l'Allure.
1
Au Public.
Lorsque le Public nous censure ,
il prononce équitablement ;
La Piece qu'on croît la plus sûre ,
Reçoit un fâcheux compliment ,
Consultons son discernement
C'est l'Allure.
Couplet du Gascon , sur l'air de l' Allure.
C'est dans notre Païs ,
Cadedis ;
Qu'on voit vriller l'Allure ;
Sans un teston ,
Par tout un Gascon
Vit à son aise , et fait le fanfaron ,
Voilà du Païs
L'Allure ,
Mes Cousis ,
Du Païs ,
Cousis ,
C'est l'Allure.
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Résumé : L'Allure. Compliment. [titre d'après la table]
Le 27 octobre 1732, la première représentation de la pièce 'L'Allure' a eu lieu sur une scène théâtrale et a rencontré un succès notable. L'œuvre met en scène 'L'Allure' personnifiée, qui obtient un bon accueil. La scène initiale présente la Mode et le Goût. Ce dernier est triste car il a été sifflé à l'Opéra lors du ballet des Sens, où il était connu sous le nom d'Ergone. La Mode informe le Goût que le Caprice et sa fille bâtarde, 'L'Allure', sont désormais plus populaires. Mécontent, le Goût décide de quitter Paris. 'L'Allure' apparaît alors et est complimentée par la Mode. Elle rencontre ensuite divers personnages, chacun sollicitant son aide pour réussir dans leurs domaines respectifs. Parmi eux, un campagnard souhaite façonner ses filles pour qu'elles puissent briller à Paris, un auteur désire plaire à l'Opéra Comique, une plaideuse normande, une jeune procureuse mariée à un époux jaloux, une comédienne de campagne, un paysan, un cocher de fiacre ivre, et un maître de ballet gascon. La pièce se conclut par une réflexion sur l'importance de 'L'Allure' dans la société parisienne, soulignant comment elle permet aux individus de masquer leurs défauts et de se faire valoir.
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21
p. 2470-2471
« Le 27 du mois d'Août, les Barnabites de Montargis firent représenter par leurs Pensionnaires [...] »
Début :
Le 27 du mois d'Août, les Barnabites de Montargis firent représenter par leurs Pensionnaires [...]
Mots clefs :
Barnabites de Montargis, Absalon, Tragédie, Danses, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 27 du mois d'Août, les Barnabites de Montargis firent représenter par leurs Pensionnaires [...] »
Le 27 du mois d'Août , les Barnabites de Mon
targis firent représenter par leurs Pensionnaires
et les Ecoliers de leur College, la Tragédie d'Ab
salon. L´s Entr'Actes étoient remplis par unBallet
de l'Ambition , dans lequel on faisoit voir par
des Danses ingénieusement figurées et parfaite- ment conformes aux différens traits de l'Histoi
re et de la Fable , propres aux Sujets , et exposez
par ordre dans les Programmes , les sources de
cette passion , les moyens qu'elle employe , les
excès ausquels elle se porte , et les suites fâcheu
ses qu'elle produit. Le grand concours de monde , tant de la Ville que des environs , rendoit:
ce spectacle des plus magnifiques : mais la distribution des Prix accordez par S. A. R. Monsei
gneur le Duc d'Orleans , Protecteur et bienfaiteur du College , et dont le Portrait étoit en fa
ce du Théatre , en releva beaucoup la pompe.
Elle fut faite par M. Bouseonnier , Premier Président au Présidial de Montargis , ' et fut suivie
de la récitation d'une OdeFrançoise, en actions de
graces de la liberalité de Son Altesse Serenissime.
La magnificence et la varieté des habits , la décoration du Spectacle , et les mouvemens du Théa~
tre ont rendu cette Représentation beaucoup.
plus
NOVEMBRE. 1732. 247
plus belle , que ne l'avoient été les précédentes.
Les Acteurs de la Tragédie et du Ballet , dont la
plûpart ont remporté des prix , se sont attiré des
applaudissemens universels , et ont parfaitement rempli l'attente du Public.
targis firent représenter par leurs Pensionnaires
et les Ecoliers de leur College, la Tragédie d'Ab
salon. L´s Entr'Actes étoient remplis par unBallet
de l'Ambition , dans lequel on faisoit voir par
des Danses ingénieusement figurées et parfaite- ment conformes aux différens traits de l'Histoi
re et de la Fable , propres aux Sujets , et exposez
par ordre dans les Programmes , les sources de
cette passion , les moyens qu'elle employe , les
excès ausquels elle se porte , et les suites fâcheu
ses qu'elle produit. Le grand concours de monde , tant de la Ville que des environs , rendoit:
ce spectacle des plus magnifiques : mais la distribution des Prix accordez par S. A. R. Monsei
gneur le Duc d'Orleans , Protecteur et bienfaiteur du College , et dont le Portrait étoit en fa
ce du Théatre , en releva beaucoup la pompe.
Elle fut faite par M. Bouseonnier , Premier Président au Présidial de Montargis , ' et fut suivie
de la récitation d'une OdeFrançoise, en actions de
graces de la liberalité de Son Altesse Serenissime.
La magnificence et la varieté des habits , la décoration du Spectacle , et les mouvemens du Théa~
tre ont rendu cette Représentation beaucoup.
plus
NOVEMBRE. 1732. 247
plus belle , que ne l'avoient été les précédentes.
Les Acteurs de la Tragédie et du Ballet , dont la
plûpart ont remporté des prix , se sont attiré des
applaudissemens universels , et ont parfaitement rempli l'attente du Public.
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Résumé : « Le 27 du mois d'Août, les Barnabites de Montargis firent représenter par leurs Pensionnaires [...] »
Le 27 août, les Barnabites de Montargis organisèrent une représentation de la tragédie d'Absalon par leurs pensionnaires et écoliers. Les entractes furent occupés par un ballet intitulé 'L'Ambition', illustrant les sources, les moyens, les excès et les conséquences funestes de cette passion. Le ballet était accompagné de programmes détaillant ces aspects. La représentation attira une grande foule de la ville et des environs, rendant le spectacle magnifique. La distribution des prix, accordés par le Duc d'Orléans, protecteur et bienfaiteur du collège, fut faite par M. Bouseonnier, Premier Président au Présidial de Montargis. Cette cérémonie fut suivie de la récitation d'une ode française en action de grâce pour la générosité du Duc. La magnificence des habits, la décoration du spectacle et les mouvements du théâtre rendirent cette représentation plus belle que les précédentes. Les acteurs de la tragédie et du ballet, dont la plupart reçurent des prix, furent acclamés par le public et répondirent pleinement aux attentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 1853-1860
L'ENVIE, Balet dansé à la Tragédie de Jonathas, Machabée.
Début :
DESSEIN ET DIVISION. On sçait que ce qui détermina en partie le brave Simon Machabée, [...]
Mots clefs :
Envie, Envieux, Ballet, Vertus, Troupe, Enfants, Jalousie, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ENVIE, Balet dansé à la Tragédie de Jonathas, Machabée.
ENVIE , Balet dansé à la Tragédie
de Jonathas , Machabée .
DESSEIN ET DIVISION. On sçait que
e qui détermina en partie le brave Simon Machabée
, à livrer la rançon et les Enfans de son
frere Jonathas , au perfide Triphon , General des
Troupes Syriennes , fut la crainte d'aigrir la haine
et l'envie du Peuple d'Israël , qui commençoit à
murmurer contre la lenteur de ses démarches en
faveur d'un Captif , dont il occupoit la place dans
Le Gouvernement . Ces plaintes ameres d'une Troupe
d'envieux , ont fait naître l'idée du Balet da
Envie , qui paroît avoir une liaison assez naturelle
avec la Piece Tragique , où l'on représente la
mort
1854 MERCURE DE FRANCE
mort de Jonathas et de ses enfans . Pour executer
ce dessein , on envisage l'Envie sous quatre rapports
essentiels qui fournissent les quatre parties de ce
Balet. La découvre les principales sources d'où
naît l'Envie. La 2 ° peint les noirs complots qu'el
le trame. La 3 fait voir le cruel supplice qu'elle
endure. La 4º montre les solides avantages qu'en
sire la Sagesse.
Le Theatre représente le délicieux Valon de
Tempé , où la Félicité et la Jalousie , assises sur
des Trônes , versent leurs dons à pleines mains
sur la Jeunesse de Thessalie , qui fait une Fête
où elle se réjouit de sa prosperité . Dans le lointain
de cet aimable séjour , paroît l'affreuse Caverne
de l'Envie , qui , se nourrissant de fiel
d'Aspic et de chair de Vipere , s'afflige de ne rien
voir d'affligeant et fond en larmes , parce qu'elle
' apperçoit aucun sujet de peurs. Elle détache
une Brigade de ses Sujets , qui viennent troubler
la Fête et le bonheur de ceux qui la celebrent.
Comme elle ne rit jamais que de ce qui fait pleuzer
les autres , elle s'applaudit d'avoir dissipé la
Troupe joyeuse , et prétend fixer son Empire
dans cette Contrée , qu'elle regarde comme un
Pays de conquête.
Ón voit dans la premeere Entrée les principales
sources d'où naît l'Envie . Petitesse de génie ,
basse rivalité , naturel mal -faisant.
Zole , miserable Sophiste , esprit mince et
borné , entreprend , avec le secours de certains
petits Crecs , de culbuter de la cime du double
Mont , le fameux Homere , dont il envie la
gloire. Il engage inême quelques Bouffons de
son parti à représenter cet ingenieux Aveugle
comme un simple Vielleur et comme une Muse
sampagnarde, dont ses Consorts se font unjouer.
Mais
A OUST. 17338 1855
Mais Minerve , Déesse du bon goût , châtie ces
insoleus ; et les Guerriers de laade vangent
Poutrage fait au Chan re de leurs exploits , &c.
Il n'est peut-être point de condition au monde
plus sujette à la jalousie de métier , que celle
des Auteurs Dia.matiques . Cette jalousie dégenere
quelquefois en basse riva ité , dont on ne
trace ici qu'un Portrait énigmatique dans la ridicule
avanture qu'un Ecrivain burlesque raconte
d'une Troupe de Comédiens nouvellement débarquez
dans une Vile de Province. Ils y sifflent
un Rival de Théatre ', et font une Parodie badine
d'une Piece sérieuse , où l'on représente le
festin de Théodoric , qui voit sortir de la tête.
d'un Foisson celle de Symmaque, égorgé par
son ordre.
>
Médee ne pouvant souffrir la douce union qui
regne dans la famille du vieux Roi Pélias , imagine
un stratagême funeste pour faire périr ce
respectable Vieillard . Elle se fait apporter par
ses Enchanteurs des herbes de Thessalie , qu'elle
met dans une chaudi re bouillante où elle
plonge son beau pere Ason , qu'elle rajeunit en
présence des enfans de Pélias. Elle leur persuade
par la vue de ce prodige de faire la même opération
à leur Pere , et même de lui trer tout le
sang des veines , pour le remplacer par de nouveau
sang. Le charm disparoît , il ne reste que
le corps ensanglanté du bon Prince , sacrifié au
naturel mal faisant de l'envieuse Megere.
1
SECONDE PARTIE. Les noirs complots que trame
Enve contre la Fortune contre la réputation
et quel ruefois même contre la vie de ceux dont le
bonheur ou les talens la chagrinent,
BELISAIRE , Vainqueur d'un grand nombre
de Nations , fait son Entrée triomphante dans
H Rome
1846 MERCURE DE FRANCE
Rome sur un Char traîné par des Lions d'Afri
que , où il a dompté les Vandales pour la seconde
fois. Il est placé au faîte de la roue de Fortune
, il y reçoit les hommages des Guerriers et
des Courtisans. Ce comble de grandeur anime
contre lui une foule d'envieux . Ils l'attaquent ,
le précipitent , lui Crévent les yeux , et l'enchaî
nent derriere le Char avec une partie de ses Suivans
, dont la plupart l'abandonnent dans sa dişgrace
, pour s'attacher à la fortune de ses Rivaux.
10:07
+
"
La Renommée publie , la trompette à la main ,
les louanges de la Probité , dont elle couronne
les vertus . La Calomnie , jalouse de ces éloges
suscite contre sa vertueuse Rivale une Troupe de
Furies qui l'enveloppent , lá saisissent et se préparent
à l'entraîner dans l'abîme déja ouvert sous
ses pieds. Mais du sein même de ce gouffre profond
sort la Verité , dont la brillante lumiere
jette la consternation parmi les Eumenides . Elles
sont mises en déroute par les Partisans de la
Déesse , qui fait ériger un Trophée à la gloire
de la Probité.
Des voisins envieux viennent accuser de malé
fice le pieux et laborieux Furius , dont le Vigno
ble étoit de bon rapport dans les années mêmes
ou ceux des autres ne portoient rien. Les Accusateurs
produisent des Baguettes magiques et
des Tambours prétendus enchantez , dont ils
soutiennent que l'Accusé se sert pour arracher
la Lune du Ciel , et pour évoquer des Monstres
odieux , qui répandent la grêle et la gelée sur les
Champs d'autrui . Pendant qu'on fait jouer cette
Machine frauduleuse , Furius , suivi de ses Enfans
, n'apporte pour sa deffense que les Outils
de son travail , qu'il expose aux yeux des Juges,
ср
AOUST. 1733.- 1857
en leur montrant le cal et le durillon de ses
mains , qu'il leve au Ciel. Il leur fait entendre
que c'est là toute sa Magie. Il est absous , et ses
Accusateurs sont confondus par l'équité des sages
Magistrats .
Le cruel supplice que souffre l'Envie , esr le
Sujet de la troisiéme Partie . 1 ° . L'hommage qu'elle
est forcée de rendre au vrai mérite 2 ° . L'aveu secret
qu'elle est contrainte de faire de sa propre inferiorité.
3. Le vif sentiment de son mal qu'elle
devore sans en oser dire le principe , de sorte qu'elle
est elle-même son plus grand supplice.
Les mêmes Seigneurs , qu'un dépit jaloux avoit
portés à bannir de Rome le grand Camille , s'en
voyant chassés par les Gaulois qui assicgent le
Capitole , sont forcez de recourir à la valeur de
çet illustre General , et par là de rendre homma-,
ge à son génie supérieur pour la guerre . Il se
met à la tête de quelques Officiers fuyards , il
charge les Assiegeans , et les oblige à laisser les
sommes d'argent que leur comptoient les Assiegez
pour se garantir du dernier malheur .
Quelques jeunes Béotiens , indignez de l'avantage
qu'avoient remporté sur eux de jeunes Mégariens
, dans un Combat du Ceste , viennent insulter
leurs Vainqueurs dans leur Triomphe , et
piquez d'une jalousie maligne , osent les defier à
la lutte , se flattant d'être aussi supérieurs en
adresse que leurs Rivaux l'avoient été en force.
Les Mégariens acceptent le défi , terrassent leurs
Adversaires , les relevent et les obligent à convenir
de leur inferiorité.
1.
Latone , dans un Sacrifice que lui offrent les
Matelots et les Bergers de son Isle de Delos ,
exige pour la principale victime l'insolent Titys
,qui avoit parû lui envier sa gloire. Pendant
Hij que
1818 MERCURE DE FRANCE
que les Insulaires rendent leurs hommages et
présentent leurs offrandes à cette Décse , ks Sal
crificateurs amenent le Coupable enchaî é au
pied de l'Autel , où un Vautour lui ronge le coeur
et le foye en punition de son attentat. De à il
est abîmé dans le Tartare. Les Déliens en témoignent
leur contentement par une Danse
joyeuse.
On expose dans la quatriéme Partie , les avantages
que la Sagesse tire de l'Envie . 1º . Elle ap- .
prend à ne donner prise à l'Envie par aucun foible.
2 ° . A concevoir un souverain mépris pour une
si lache passion. 3 ° . A confondre l'acharnement
des envieux
pratique constante des plus su par
blimes vertus.
la
Ulisse irrité de l'estime qu'a conçû toute la
Grece pour les éminentes quali ez de Palamede ,
le fait observer de près par des surveillans à gages.
Pendant que ce grand homme forme de jeunes
Heros à de nobles exercices , les Espions
apostez ont beau examiner toutes ses démarches,
ils ne trouvent rien dont on lui puisse faire un
crime . Ulisse a recours à l'Imposture , il saısıt le
moment où Palamede va au fourrage avec ses
Guerriers , il fait mettre dans sa Tente des sacs
d'argent ; il accuse Pa'amede à son retour d'avoir
reçu ces sommes de Priam . Les Chefs de
l'Armée condamnent l'Accusé . qui sur le champ
seroit victime de la fourberie , si ses braves Eleves
n'avoient soin de soustraire l'injus ice.
Alcide , après avoir dompté les Monstres ,
s'endort tranquillement à l'ombre de ses Lauriers;
une multitude de Pigmées bassement ja'ouse du
nom qu'il s'est acquis par ses exploits , vient
is ayer ses armes contre lui , chante victoire
avant le combat , investit ce Héros et tâche de
lai
AQUST. 1733 1859
lui enlever l'instrument de tant de triomphes.
Il ne daigne pas interrompre son repos pour de
si toibles ennemis Il se contente d'écarter d'un
geste et d'un soufle cette race importune , qui
échit le genouil devant lui au premier mouvement
de sa Massue Les compagnons de ses travaux
viennent se divertir de la posture supplian
te de ces petits témeraires , ausquels ils font plus
de peur que de mal. Cette Partie du Balet n'est
pas celle qui a été la moins applau die.
Arist de,, que les Athéniens surnommerent le
Juste , banui par les intrigues de quelques Factieux
, et par la dure loi de l'Ostracisme , se retire
dans une Campagne déserte où il n'est suivi
que par les Vertus . Il continue à leur rendre
un culte fidele. A leur tour elles lui érigent un
beau Monument , où il est placé au milieu d'elles
, et couronné par la Constance. Sa Patrie
éplorée vient à la tête des bons Citoyens , implorer
son secours contre les desordres que produit
son éloignement. Elle lui amene les Auteurs
de sa disgrace , les enchaîne à ses pieds , et le
conduit avec un pompeux appareil dans les murs
d'Athénes , où les Vertus lui font cortege à la
honte des Envieux .
Pour la distribution des Prix , voici le D.ssein
du Balet General.
L'Emulation est une passion aussi noble et
aussi louable que l'Envie est un vice bas et odieux.
La premiere , bien differente de la seconde , ne
s'attriste point du bonheur et du succès d'autrui;
mais elle s'anime à égaler ou même à surpasser
les talens et les vertus qu'elle voit dans les autres
. Elle pique le courage sans exciter la jalou- ;
sie. Elle aspire au bien que possedent d'illustres
Rivaux , sans vouloir les en dépouiller ; elle tend
A iij à
1860 MERCURE DE FRANCE
à la même gloire , sans vouloir la leur ravir. Le
motif en est honnête ; c'est le desir de se perfectionner.
L'effet en est utile ; c'est le progrès des
Beaux- Arts , d'où résulte le bien public.
-- Telle est l'émulation que Minerve et Apollon
couronnent dans leurs jeunes Eleves , en leur dis :
tribuant des Prix et des Lauriers , qui sont les
heureux fruits de leurs veilles et de leurs travaux .
Aprés la distribution solemnelle des Prix , les
deux Divinitez rassemblent leur Jeunesse victorieuse
, et lui montrent un plus digne objet de son
émulation ; c'est l'Olympe où les Vertus appellent
leurs plus zelez Favoris. Elles en descendent'
pour en tracer la route à toute la Troupe des
génereux Aspirans. L'Envie 'sortant de son Antre
avec les Partisans , fait une nouvelle tentative
pour traverser la marche des Braves , que son
aspect rend d'abord immobiles . Mais bien - tôt
après ils reprennent courage, ils mettent en fuite
les Envieux , ils font une Fête en forme de
Triomphe ; et superieurs à tous les évenemens ,
ils parviennent enfin à l'Olympe, où ils vont être
à couvert de tous les traits de l'Envie .
de Jonathas , Machabée .
DESSEIN ET DIVISION. On sçait que
e qui détermina en partie le brave Simon Machabée
, à livrer la rançon et les Enfans de son
frere Jonathas , au perfide Triphon , General des
Troupes Syriennes , fut la crainte d'aigrir la haine
et l'envie du Peuple d'Israël , qui commençoit à
murmurer contre la lenteur de ses démarches en
faveur d'un Captif , dont il occupoit la place dans
Le Gouvernement . Ces plaintes ameres d'une Troupe
d'envieux , ont fait naître l'idée du Balet da
Envie , qui paroît avoir une liaison assez naturelle
avec la Piece Tragique , où l'on représente la
mort
1854 MERCURE DE FRANCE
mort de Jonathas et de ses enfans . Pour executer
ce dessein , on envisage l'Envie sous quatre rapports
essentiels qui fournissent les quatre parties de ce
Balet. La découvre les principales sources d'où
naît l'Envie. La 2 ° peint les noirs complots qu'el
le trame. La 3 fait voir le cruel supplice qu'elle
endure. La 4º montre les solides avantages qu'en
sire la Sagesse.
Le Theatre représente le délicieux Valon de
Tempé , où la Félicité et la Jalousie , assises sur
des Trônes , versent leurs dons à pleines mains
sur la Jeunesse de Thessalie , qui fait une Fête
où elle se réjouit de sa prosperité . Dans le lointain
de cet aimable séjour , paroît l'affreuse Caverne
de l'Envie , qui , se nourrissant de fiel
d'Aspic et de chair de Vipere , s'afflige de ne rien
voir d'affligeant et fond en larmes , parce qu'elle
' apperçoit aucun sujet de peurs. Elle détache
une Brigade de ses Sujets , qui viennent troubler
la Fête et le bonheur de ceux qui la celebrent.
Comme elle ne rit jamais que de ce qui fait pleuzer
les autres , elle s'applaudit d'avoir dissipé la
Troupe joyeuse , et prétend fixer son Empire
dans cette Contrée , qu'elle regarde comme un
Pays de conquête.
Ón voit dans la premeere Entrée les principales
sources d'où naît l'Envie . Petitesse de génie ,
basse rivalité , naturel mal -faisant.
Zole , miserable Sophiste , esprit mince et
borné , entreprend , avec le secours de certains
petits Crecs , de culbuter de la cime du double
Mont , le fameux Homere , dont il envie la
gloire. Il engage inême quelques Bouffons de
son parti à représenter cet ingenieux Aveugle
comme un simple Vielleur et comme une Muse
sampagnarde, dont ses Consorts se font unjouer.
Mais
A OUST. 17338 1855
Mais Minerve , Déesse du bon goût , châtie ces
insoleus ; et les Guerriers de laade vangent
Poutrage fait au Chan re de leurs exploits , &c.
Il n'est peut-être point de condition au monde
plus sujette à la jalousie de métier , que celle
des Auteurs Dia.matiques . Cette jalousie dégenere
quelquefois en basse riva ité , dont on ne
trace ici qu'un Portrait énigmatique dans la ridicule
avanture qu'un Ecrivain burlesque raconte
d'une Troupe de Comédiens nouvellement débarquez
dans une Vile de Province. Ils y sifflent
un Rival de Théatre ', et font une Parodie badine
d'une Piece sérieuse , où l'on représente le
festin de Théodoric , qui voit sortir de la tête.
d'un Foisson celle de Symmaque, égorgé par
son ordre.
>
Médee ne pouvant souffrir la douce union qui
regne dans la famille du vieux Roi Pélias , imagine
un stratagême funeste pour faire périr ce
respectable Vieillard . Elle se fait apporter par
ses Enchanteurs des herbes de Thessalie , qu'elle
met dans une chaudi re bouillante où elle
plonge son beau pere Ason , qu'elle rajeunit en
présence des enfans de Pélias. Elle leur persuade
par la vue de ce prodige de faire la même opération
à leur Pere , et même de lui trer tout le
sang des veines , pour le remplacer par de nouveau
sang. Le charm disparoît , il ne reste que
le corps ensanglanté du bon Prince , sacrifié au
naturel mal faisant de l'envieuse Megere.
1
SECONDE PARTIE. Les noirs complots que trame
Enve contre la Fortune contre la réputation
et quel ruefois même contre la vie de ceux dont le
bonheur ou les talens la chagrinent,
BELISAIRE , Vainqueur d'un grand nombre
de Nations , fait son Entrée triomphante dans
H Rome
1846 MERCURE DE FRANCE
Rome sur un Char traîné par des Lions d'Afri
que , où il a dompté les Vandales pour la seconde
fois. Il est placé au faîte de la roue de Fortune
, il y reçoit les hommages des Guerriers et
des Courtisans. Ce comble de grandeur anime
contre lui une foule d'envieux . Ils l'attaquent ,
le précipitent , lui Crévent les yeux , et l'enchaî
nent derriere le Char avec une partie de ses Suivans
, dont la plupart l'abandonnent dans sa dişgrace
, pour s'attacher à la fortune de ses Rivaux.
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La Renommée publie , la trompette à la main ,
les louanges de la Probité , dont elle couronne
les vertus . La Calomnie , jalouse de ces éloges
suscite contre sa vertueuse Rivale une Troupe de
Furies qui l'enveloppent , lá saisissent et se préparent
à l'entraîner dans l'abîme déja ouvert sous
ses pieds. Mais du sein même de ce gouffre profond
sort la Verité , dont la brillante lumiere
jette la consternation parmi les Eumenides . Elles
sont mises en déroute par les Partisans de la
Déesse , qui fait ériger un Trophée à la gloire
de la Probité.
Des voisins envieux viennent accuser de malé
fice le pieux et laborieux Furius , dont le Vigno
ble étoit de bon rapport dans les années mêmes
ou ceux des autres ne portoient rien. Les Accusateurs
produisent des Baguettes magiques et
des Tambours prétendus enchantez , dont ils
soutiennent que l'Accusé se sert pour arracher
la Lune du Ciel , et pour évoquer des Monstres
odieux , qui répandent la grêle et la gelée sur les
Champs d'autrui . Pendant qu'on fait jouer cette
Machine frauduleuse , Furius , suivi de ses Enfans
, n'apporte pour sa deffense que les Outils
de son travail , qu'il expose aux yeux des Juges,
ср
AOUST. 1733.- 1857
en leur montrant le cal et le durillon de ses
mains , qu'il leve au Ciel. Il leur fait entendre
que c'est là toute sa Magie. Il est absous , et ses
Accusateurs sont confondus par l'équité des sages
Magistrats .
Le cruel supplice que souffre l'Envie , esr le
Sujet de la troisiéme Partie . 1 ° . L'hommage qu'elle
est forcée de rendre au vrai mérite 2 ° . L'aveu secret
qu'elle est contrainte de faire de sa propre inferiorité.
3. Le vif sentiment de son mal qu'elle
devore sans en oser dire le principe , de sorte qu'elle
est elle-même son plus grand supplice.
Les mêmes Seigneurs , qu'un dépit jaloux avoit
portés à bannir de Rome le grand Camille , s'en
voyant chassés par les Gaulois qui assicgent le
Capitole , sont forcez de recourir à la valeur de
çet illustre General , et par là de rendre homma-,
ge à son génie supérieur pour la guerre . Il se
met à la tête de quelques Officiers fuyards , il
charge les Assiegeans , et les oblige à laisser les
sommes d'argent que leur comptoient les Assiegez
pour se garantir du dernier malheur .
Quelques jeunes Béotiens , indignez de l'avantage
qu'avoient remporté sur eux de jeunes Mégariens
, dans un Combat du Ceste , viennent insulter
leurs Vainqueurs dans leur Triomphe , et
piquez d'une jalousie maligne , osent les defier à
la lutte , se flattant d'être aussi supérieurs en
adresse que leurs Rivaux l'avoient été en force.
Les Mégariens acceptent le défi , terrassent leurs
Adversaires , les relevent et les obligent à convenir
de leur inferiorité.
1.
Latone , dans un Sacrifice que lui offrent les
Matelots et les Bergers de son Isle de Delos ,
exige pour la principale victime l'insolent Titys
,qui avoit parû lui envier sa gloire. Pendant
Hij que
1818 MERCURE DE FRANCE
que les Insulaires rendent leurs hommages et
présentent leurs offrandes à cette Décse , ks Sal
crificateurs amenent le Coupable enchaî é au
pied de l'Autel , où un Vautour lui ronge le coeur
et le foye en punition de son attentat. De à il
est abîmé dans le Tartare. Les Déliens en témoignent
leur contentement par une Danse
joyeuse.
On expose dans la quatriéme Partie , les avantages
que la Sagesse tire de l'Envie . 1º . Elle ap- .
prend à ne donner prise à l'Envie par aucun foible.
2 ° . A concevoir un souverain mépris pour une
si lache passion. 3 ° . A confondre l'acharnement
des envieux
pratique constante des plus su par
blimes vertus.
la
Ulisse irrité de l'estime qu'a conçû toute la
Grece pour les éminentes quali ez de Palamede ,
le fait observer de près par des surveillans à gages.
Pendant que ce grand homme forme de jeunes
Heros à de nobles exercices , les Espions
apostez ont beau examiner toutes ses démarches,
ils ne trouvent rien dont on lui puisse faire un
crime . Ulisse a recours à l'Imposture , il saısıt le
moment où Palamede va au fourrage avec ses
Guerriers , il fait mettre dans sa Tente des sacs
d'argent ; il accuse Pa'amede à son retour d'avoir
reçu ces sommes de Priam . Les Chefs de
l'Armée condamnent l'Accusé . qui sur le champ
seroit victime de la fourberie , si ses braves Eleves
n'avoient soin de soustraire l'injus ice.
Alcide , après avoir dompté les Monstres ,
s'endort tranquillement à l'ombre de ses Lauriers;
une multitude de Pigmées bassement ja'ouse du
nom qu'il s'est acquis par ses exploits , vient
is ayer ses armes contre lui , chante victoire
avant le combat , investit ce Héros et tâche de
lai
AQUST. 1733 1859
lui enlever l'instrument de tant de triomphes.
Il ne daigne pas interrompre son repos pour de
si toibles ennemis Il se contente d'écarter d'un
geste et d'un soufle cette race importune , qui
échit le genouil devant lui au premier mouvement
de sa Massue Les compagnons de ses travaux
viennent se divertir de la posture supplian
te de ces petits témeraires , ausquels ils font plus
de peur que de mal. Cette Partie du Balet n'est
pas celle qui a été la moins applau die.
Arist de,, que les Athéniens surnommerent le
Juste , banui par les intrigues de quelques Factieux
, et par la dure loi de l'Ostracisme , se retire
dans une Campagne déserte où il n'est suivi
que par les Vertus . Il continue à leur rendre
un culte fidele. A leur tour elles lui érigent un
beau Monument , où il est placé au milieu d'elles
, et couronné par la Constance. Sa Patrie
éplorée vient à la tête des bons Citoyens , implorer
son secours contre les desordres que produit
son éloignement. Elle lui amene les Auteurs
de sa disgrace , les enchaîne à ses pieds , et le
conduit avec un pompeux appareil dans les murs
d'Athénes , où les Vertus lui font cortege à la
honte des Envieux .
Pour la distribution des Prix , voici le D.ssein
du Balet General.
L'Emulation est une passion aussi noble et
aussi louable que l'Envie est un vice bas et odieux.
La premiere , bien differente de la seconde , ne
s'attriste point du bonheur et du succès d'autrui;
mais elle s'anime à égaler ou même à surpasser
les talens et les vertus qu'elle voit dans les autres
. Elle pique le courage sans exciter la jalou- ;
sie. Elle aspire au bien que possedent d'illustres
Rivaux , sans vouloir les en dépouiller ; elle tend
A iij à
1860 MERCURE DE FRANCE
à la même gloire , sans vouloir la leur ravir. Le
motif en est honnête ; c'est le desir de se perfectionner.
L'effet en est utile ; c'est le progrès des
Beaux- Arts , d'où résulte le bien public.
-- Telle est l'émulation que Minerve et Apollon
couronnent dans leurs jeunes Eleves , en leur dis :
tribuant des Prix et des Lauriers , qui sont les
heureux fruits de leurs veilles et de leurs travaux .
Aprés la distribution solemnelle des Prix , les
deux Divinitez rassemblent leur Jeunesse victorieuse
, et lui montrent un plus digne objet de son
émulation ; c'est l'Olympe où les Vertus appellent
leurs plus zelez Favoris. Elles en descendent'
pour en tracer la route à toute la Troupe des
génereux Aspirans. L'Envie 'sortant de son Antre
avec les Partisans , fait une nouvelle tentative
pour traverser la marche des Braves , que son
aspect rend d'abord immobiles . Mais bien - tôt
après ils reprennent courage, ils mettent en fuite
les Envieux , ils font une Fête en forme de
Triomphe ; et superieurs à tous les évenemens ,
ils parviennent enfin à l'Olympe, où ils vont être
à couvert de tous les traits de l'Envie .
Fermer
Résumé : L'ENVIE, Balet dansé à la Tragédie de Jonathas, Machabée.
Le ballet 'Envie' s'inspire de la tragédie de Jonathas Machabée. Simon Machabée, frère de Jonathas, a livré ce dernier et ses enfants au général syrien Triphon par crainte de la haine et de l'envie du peuple d'Israël, qui murmurait contre la lenteur de ses démarches pour libérer Jonathas. Le ballet explore l'Envie sous quatre aspects : ses sources, ses complots, son supplice et les avantages de la sagesse face à elle. La première partie met en lumière les principales sources de l'Envie, telles que la petitesse de génie, la basse rivalité et le naturel malfaisant. La deuxième partie illustre les complots de l'Envie contre la fortune, la réputation et la vie des personnes talentueuses ou heureuses. La troisième partie décrit le supplice de l'Envie, forcée de reconnaître le mérite des autres et de souffrir en silence. La quatrième partie expose les avantages de la sagesse, qui apprend à éviter les faiblesses que l'Envie exploite et à mépriser cette passion. Le ballet se déroule dans le Valon de Tempé, où la Félicité et la Jalousie distribuent leurs dons. L'Envie, nourrie de fiel et de chair de vipère, envoie ses sujets troubler la fête des jeunes Thessaliens. Diverses scènes illustrent les effets de l'Envie, comme la rivalité entre Zole et Homère, les intrigues de Médée, la chute de Bélisaire, et les accusations contre Furius. Le ballet se conclut par une distribution de prix à l'émulation, opposée à l'Envie, et par une ascension vers l'Olympe, symbole des vertus et des talents supérieurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 861-870
LETTRE de M. *** à Mlle *** sur l'Origine de la Musique.
Début :
Vous m'avez souvent demandé ce que je pensois sur les différentes [...]
Mots clefs :
Origine de la musique, Musique, Amour, Psyché, Ballet, Coeur, Yeux, Sons, Vénus, Chant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. *** à Mlle *** sur l'Origine de la Musique.
LETTRE de M. *** à Mlle ***
sur l'Origine de la Musique.
V
Ous m'avez souvent demandé ce
que je pensois sur les différentes
sortes de Musique , en personne qui n'a
pas decidé quel est son gout , qui n'ose
s'y fier, et qui reste dans l'incertitude ; les
différentes opinions n'ont pas la force
de vous entraîner mais bien celle de
suspendre l'impression du sentiment auquel
vous n'osez vous livrer : voici votre
excuse.
"
د
Votre coeur n'a jamais été touché,vous
ne connoissez point l'amour, vos Amants
ont voulu vainement vous le faire connoître
vous n'avez connu que vos
Amants , les uns emportez et grossiers ne
vouloient que vous corrompre , ils vous
ont inspiré de l'horreur , d'autres ayant
Bilj le
852 MERCURE DE FRANCE
le même projet l'ont dissimulé , les uns
se sont donnez pour Philosophes uniquement
charmez de vos vertus , la plûpart
se disoient séduits par les graces de
votre esprit , ce même esprit qu'ils vantoient
vous a servi à connoître la fausseté
de leur caractere , les voilà démasquez er
méprisez ; d'autres encore ont essayé de
vous plaire par les discours flatteurs , les
coquetteries et les gentillesses frivoles
qui séduisent presque toutes les femmes ;
cet art , ce manége vous a paru plat¸
et tous les Amans vous ont paru dangereux
et incapables de satisfaire vôtre esprit
et de toucher votre coeur.
Il m'a paru nécessaire de débroüiller
en vous les idées fausses que vous avez de
l'amour avant que de vous parler de lui .
Ne croyez pas que j'entreprenne de vous
le faire connoître autrement que par la
simple théorie,peut-être un jour l'Amant
qu'il vous a destiné vous fera sentir quel
il est.
amours
On a distingué il y a longtems deux
l'un sous le nom d'Eros et
l'autre d'Anteros , c'est du premier dont
je veux vous parler , c'est lui qui aima
Psiché , cet amour tendre , pur , vrai ,
vif , constant , fidele , ne pouvoit aimer
que Psiché, il vouloit être aimé de même;
1
pour
MAY . 1734 863
"
>
pour cela il lui falloit une ame toute entiere
, il trouvoit dans toutes les femmes
les deffauts et les dégouts que Psiché
trouvoit dans tous les hommes , rien ne
pouvoit plaire à Psiché et n'étoit digne
d'elle que l'Amour lui - même , la Fable
vous a apris tous ses malheurs, la curiosité
et la vanité les causerent , elle y joignit
la défiance , crime pour l'amitié
mais affreux et irrémissible aux yeux du
véritable Amour , vous êtes étonnée de
m'entendre dire aux yeux du véritable
Amour:Oui à ces yeux: celui là n'est point
aveugle, ilest clairvoyant,mais silentieux ;
il parle peu , simplement, évite les frases
et les tours affectez , son langage est vif ;
plein de naiveté et d'expressions , tout
parle en lui rien n'étoit perdu pour
Psiché, une ame n'a pas besoin de grands
discours pour entendre toute la force et
toute la grace d'une pensée, encore moins
lorsque ces pensées viennent du sentiment.
Après toutes les peines que les défauts
de Psiché lui avoient causées , après
qu'elle eut expié ses crimes , en se livrant
entierement a l'Amour , il l'épousa ; les
Dieux approuvérent ce mariage, ils étoient
seuls dans l'univers faits l'un pour l'autte;
de ce couple charmant naquit la volup
té , cette Deésse étoit digne de son ori-
و
Bilij gine ,
864 MERCURE DE FRANCE
•
gine , elle ne se sépara jamais de son pere
et de sa mere , elle enfaisoit les délices
sans parler les différens idiomes , elle se faisoit
entendre à toutesles nations , il suffisoit
pour cela d'avoir une ame ou de l'amour
, tout ce qui étoit privé de l'un ou
de l'autre ne l'entendoit point , tout ce
qui suivoit les étendarts d'Anteros étois
sourd pour sa voix délicate et gracieuse ;
vous sçavez qu'Anteros , le faux amour
vint s'établir sur la terre , qu'il subjugua
presque tous les mortels , il les blessoit
avec des fléches empoisonnées, il trainoit
après lui la jalousie , la fraude , la trahil'inconstance
, l'indiscretion ; delà
vinrent des guerres et des meurtres sans
nombre ; pour les séduire , il menoit avec
lui une fausse volupté qui ne ressembloit
en rien à la fille de Psiché ; elle ne don- .
noit que
des plaisirs grossiers qui ne flattant
les sens que pour des instants, les détruisoient
en peu de temps ; la fille de
Psiché un jour en badinant essaya
d'imiter
les soupirs d'amour sur un instrument
qu'elle fit avec un roseau ; sur ce même
instrument elle trouva le moyen de peindre
par des sons les differentes agitations
d'un coeur amoureux : langueurs, larmes,
délices , joye douce et naïve ; son pere et
sa mere sentoient augmenter leurs plaisirs
son ,
pac
MAY. 1734. `865
par les sons touchans qui les représentoient
; la volupté ne s'en tint pas à ce
coup d'essay , elle inventa plusieurs instrumens
, ayant tous des beautez particulieres
et propres à caractériser et à peindre
tous les differents mouvements de
l'ame au point de les faire ressentir à ceux
qui en étoient susceptibles : les Oyseaux
habitans des bocages du pays fortuné ou
ces Dieux charmans avoient choisi leur
retraite , apprirent bien- tôt à former des
sons mélodieux et agréables ; les Bergers
soupiroient sur la flutte & animoient
leurs danses , par le son de la Musette et
du Tambourin . Un jour un Rosignol
s'étant éloigné de sa demeure ordinaire ,
fut surpris par un amour folâtre qui voltigeoit
près de l'isle fortunée , son chant
lui parut nouveau ; il porta l'Oyseau à
Venus comme un présent rare et digne
d'elle , elle en connut tout le prix , et sur
le champ ayant fait atteler son Char, elle
ordonna au Rossignol de voler devant
ses Pigeons et de la conduire dans les
climats , inconnus jusqu'alors , où les
Oyseaux avoient un ramage si tendre ,
il obeït , elle part et arrive , son Char
resta suspendu dans les airs enveloppé
d'un nuage ; elle vouloit vor sans être
apperçue , ses yeux furent frappez du
>
B v plus
866 MERCURE DE FRANCE
plus agréable spectacle qui fut jamais
son fils et Psiché sur un Trône de gazon
et de fleurs dans le lieu le plus délicieux
de l'univers. Je n'en ferai point la description
, l'Amour l'avoit choisi pour
sa demeure , et sa fille l'avoit orné , à la
tête des Nimphes et de leur cour elle
leur donnoit une Fête champêtre , elles
dansoient sur le gazon , les Zephirs legers
dansoient avec elles , les Bergers et les
Bergeres danserent quelques Entrées de
ce Ballet ; les Graces de la suite de Psiché
en danserent aussi; ces Graces ne ressemblent
point à celles qui accompagnent
Venus , elles sont aussi modestes, naïves et
touchantes , que les dernieres sont effrontées
et minaudieres , toute la Musique du
Ballet étoit caractérisée, les yeux fermez,
on pouvoit deviner quels étoient lesDanseurs
et se représenter à peu près les différentes
figures du Ballet , tant la même
expression regnoit et dans le Chant et
dans la Danse ; il sembloit que la nature
seule eut produit l'une et l'autre ; et sans
que l'on s'en apperçut , on ressentoit les
plus délicates nuances des douces passions
exprimées par les Sons. Lorsque les jeux
furent terminez , Venus regagna Cichére
plus jalouse que jamais de la beauté et
du bonheur de Psiché , il n'étoit plus en
1
son
MA Y. 867
1734
son pouvoir de le troubler , elle voulut
du moins essayer de joüir du même plaisir
, et si les spectacles qu'elle donneroit
à Cithére n'avoient pas les mêmes charmes
, les surpasser du moins en magnificence
; elle fit construire un Theatre dont
les ornemens étoient chargez d'or et de
Pierres précieuses , les Décorations et les
Prespectives tâcherent d'imiter ce beau
Paysage qu'elle venoit de voir , un nombre
prodigieux d'Instrumens furent fabriquez
, Venus promit des dons et des
faveurs à tous ceux qui travailleroient
avec succès pour son Théatre ; tous les
hommes croyant avoir besoin de la protection
de Venus ont recours à elle
comme à une Divinité bienfaisante ; ils
ignorent que
d'elle et de ses enfans viennent
les peines dont ils gémissent , tous
travaillent à l'envi à composer de la
Musique , chacun vantoit son travail et.
la peine qu'il s'étoit donnée , les Grométres
même s'en mêlerent , ils loüoient les
calculs immenses qu'ils avoient fait pour
trouver moyen de parcourir dans les Airs
de violons toutes les differentes combinaisons
d'un ré ou d'un mi , avec les au
tres Notes; il est vrai que cet Air n'avoit
point de chant , et dans cette Musique
contrainte et si pénible à composer , rien
B vj
>
ne
868 MERCURE DE FRANCE
•
2
que
ne couloit de source , nul génie ne les
animoit , ils fuioient la nature et le sentiment
, l'art n'auroit dû servir qu'à chercher
l'un et l'autre pour les orner et les
mettre dans leur plus beau jour : quand
celui où l'on devoit exécuter sur leThéatre
deCithére ce Ballet tant vanté,fut arrivé,
la plus part des Spectateurs s'écriérent
les Instrumens étoient faux , leurs
Sons faisoient peine aux oreilles les moins
délicates on leur déclara dogmatiquement
que c'étoit des dissonnances faites
exprès et le chef- d'oeuvre de l'Art , les
Chats originaires de Cithére ont transmis
jusqu'à nous quelques tons de cette harmonie,
comme lesRosignols nous en font
entendre quelqu'uns de celle qu'ils ont
entendue dans l'isle de l'Amour.
Le Ballet fut dansé par les Nimphes de
la suite deVenus , Danses indécentes où
se mêloient des Athlettes de la suite de
Mars , les Graces faisoient des sauts et des
tours de force la confusion regnoit ,
la Musique n'avoit de raport à la Danse
que par le mouvement plus ou moins
vif , point de pensée par conséquent ,
point d'expression; on parcouroit tous les
tours avec rapidité , les dissonances prodiguées
sans cesses quelquefois on s'obsti
noit à rebattre deux Notes pendant un
quart
M/ACY. 1734. 369
quart d'heure , beaucoup de bruit , force
fredons ; et lorsque par hazard il se rencontroit
deux mesures qui pouvoient
faire un Chant agréable , l'on changeoit
bien vîte de ton , de mode et de mesure,
toujours de la tristesse au lieu de tendresse,
le singulier étoit du barocque , la fureur
du tintamare; au licu de gayeté, du turbulant,
et jamais de gentillesse, ni rien qui
put aller au coeur ; vous en sçavez à présent
autant que moi , faite votre choix
l'une des deux Musiques vient de Cithére,
l'autre de la fille de l'Amour et de Psiché ,
ne croyez pas qu'une nation s'en soit
proprié, l'une à l'exclusion de l'autre ; les
deux Musiques se sont répandues dans
toutes les nations , vôtre coeur et vôtre
gout vous feront démêler quelle est leur
origine. K
ap-
Vous trouverez peut- être que j'avance
sans preuve que les Chats sont originaires
de Cithere , ils en conservent encore
les inclinations et les manieres , remplis
de gentillesses dans leurs badinages , un
cruels
trompeurs, féroces, sans amitié ; lorsque
l'Amour les rend heureux, leur indiscrétion
l'aprend au voisinage par leurs clameurs
ils sont légers et volages comme
les Cupidons , le Rosignol amoureux
air doux
plein de dissinmitié
,
I
Venu
870 MERCURE DE FRANCE
venu de l'Ifle fortunée ne chante que
pour toucher sa Maîtresse ; est - il heureux
? il se tait et ne chante plus. Content
de sa bonne fortune , il la goute
en silence.
sur l'Origine de la Musique.
V
Ous m'avez souvent demandé ce
que je pensois sur les différentes
sortes de Musique , en personne qui n'a
pas decidé quel est son gout , qui n'ose
s'y fier, et qui reste dans l'incertitude ; les
différentes opinions n'ont pas la force
de vous entraîner mais bien celle de
suspendre l'impression du sentiment auquel
vous n'osez vous livrer : voici votre
excuse.
"
د
Votre coeur n'a jamais été touché,vous
ne connoissez point l'amour, vos Amants
ont voulu vainement vous le faire connoître
vous n'avez connu que vos
Amants , les uns emportez et grossiers ne
vouloient que vous corrompre , ils vous
ont inspiré de l'horreur , d'autres ayant
Bilj le
852 MERCURE DE FRANCE
le même projet l'ont dissimulé , les uns
se sont donnez pour Philosophes uniquement
charmez de vos vertus , la plûpart
se disoient séduits par les graces de
votre esprit , ce même esprit qu'ils vantoient
vous a servi à connoître la fausseté
de leur caractere , les voilà démasquez er
méprisez ; d'autres encore ont essayé de
vous plaire par les discours flatteurs , les
coquetteries et les gentillesses frivoles
qui séduisent presque toutes les femmes ;
cet art , ce manége vous a paru plat¸
et tous les Amans vous ont paru dangereux
et incapables de satisfaire vôtre esprit
et de toucher votre coeur.
Il m'a paru nécessaire de débroüiller
en vous les idées fausses que vous avez de
l'amour avant que de vous parler de lui .
Ne croyez pas que j'entreprenne de vous
le faire connoître autrement que par la
simple théorie,peut-être un jour l'Amant
qu'il vous a destiné vous fera sentir quel
il est.
amours
On a distingué il y a longtems deux
l'un sous le nom d'Eros et
l'autre d'Anteros , c'est du premier dont
je veux vous parler , c'est lui qui aima
Psiché , cet amour tendre , pur , vrai ,
vif , constant , fidele , ne pouvoit aimer
que Psiché, il vouloit être aimé de même;
1
pour
MAY . 1734 863
"
>
pour cela il lui falloit une ame toute entiere
, il trouvoit dans toutes les femmes
les deffauts et les dégouts que Psiché
trouvoit dans tous les hommes , rien ne
pouvoit plaire à Psiché et n'étoit digne
d'elle que l'Amour lui - même , la Fable
vous a apris tous ses malheurs, la curiosité
et la vanité les causerent , elle y joignit
la défiance , crime pour l'amitié
mais affreux et irrémissible aux yeux du
véritable Amour , vous êtes étonnée de
m'entendre dire aux yeux du véritable
Amour:Oui à ces yeux: celui là n'est point
aveugle, ilest clairvoyant,mais silentieux ;
il parle peu , simplement, évite les frases
et les tours affectez , son langage est vif ;
plein de naiveté et d'expressions , tout
parle en lui rien n'étoit perdu pour
Psiché, une ame n'a pas besoin de grands
discours pour entendre toute la force et
toute la grace d'une pensée, encore moins
lorsque ces pensées viennent du sentiment.
Après toutes les peines que les défauts
de Psiché lui avoient causées , après
qu'elle eut expié ses crimes , en se livrant
entierement a l'Amour , il l'épousa ; les
Dieux approuvérent ce mariage, ils étoient
seuls dans l'univers faits l'un pour l'autte;
de ce couple charmant naquit la volup
té , cette Deésse étoit digne de son ori-
و
Bilij gine ,
864 MERCURE DE FRANCE
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gine , elle ne se sépara jamais de son pere
et de sa mere , elle enfaisoit les délices
sans parler les différens idiomes , elle se faisoit
entendre à toutesles nations , il suffisoit
pour cela d'avoir une ame ou de l'amour
, tout ce qui étoit privé de l'un ou
de l'autre ne l'entendoit point , tout ce
qui suivoit les étendarts d'Anteros étois
sourd pour sa voix délicate et gracieuse ;
vous sçavez qu'Anteros , le faux amour
vint s'établir sur la terre , qu'il subjugua
presque tous les mortels , il les blessoit
avec des fléches empoisonnées, il trainoit
après lui la jalousie , la fraude , la trahil'inconstance
, l'indiscretion ; delà
vinrent des guerres et des meurtres sans
nombre ; pour les séduire , il menoit avec
lui une fausse volupté qui ne ressembloit
en rien à la fille de Psiché ; elle ne don- .
noit que
des plaisirs grossiers qui ne flattant
les sens que pour des instants, les détruisoient
en peu de temps ; la fille de
Psiché un jour en badinant essaya
d'imiter
les soupirs d'amour sur un instrument
qu'elle fit avec un roseau ; sur ce même
instrument elle trouva le moyen de peindre
par des sons les differentes agitations
d'un coeur amoureux : langueurs, larmes,
délices , joye douce et naïve ; son pere et
sa mere sentoient augmenter leurs plaisirs
son ,
pac
MAY. 1734. `865
par les sons touchans qui les représentoient
; la volupté ne s'en tint pas à ce
coup d'essay , elle inventa plusieurs instrumens
, ayant tous des beautez particulieres
et propres à caractériser et à peindre
tous les differents mouvements de
l'ame au point de les faire ressentir à ceux
qui en étoient susceptibles : les Oyseaux
habitans des bocages du pays fortuné ou
ces Dieux charmans avoient choisi leur
retraite , apprirent bien- tôt à former des
sons mélodieux et agréables ; les Bergers
soupiroient sur la flutte & animoient
leurs danses , par le son de la Musette et
du Tambourin . Un jour un Rosignol
s'étant éloigné de sa demeure ordinaire ,
fut surpris par un amour folâtre qui voltigeoit
près de l'isle fortunée , son chant
lui parut nouveau ; il porta l'Oyseau à
Venus comme un présent rare et digne
d'elle , elle en connut tout le prix , et sur
le champ ayant fait atteler son Char, elle
ordonna au Rossignol de voler devant
ses Pigeons et de la conduire dans les
climats , inconnus jusqu'alors , où les
Oyseaux avoient un ramage si tendre ,
il obeït , elle part et arrive , son Char
resta suspendu dans les airs enveloppé
d'un nuage ; elle vouloit vor sans être
apperçue , ses yeux furent frappez du
>
B v plus
866 MERCURE DE FRANCE
plus agréable spectacle qui fut jamais
son fils et Psiché sur un Trône de gazon
et de fleurs dans le lieu le plus délicieux
de l'univers. Je n'en ferai point la description
, l'Amour l'avoit choisi pour
sa demeure , et sa fille l'avoit orné , à la
tête des Nimphes et de leur cour elle
leur donnoit une Fête champêtre , elles
dansoient sur le gazon , les Zephirs legers
dansoient avec elles , les Bergers et les
Bergeres danserent quelques Entrées de
ce Ballet ; les Graces de la suite de Psiché
en danserent aussi; ces Graces ne ressemblent
point à celles qui accompagnent
Venus , elles sont aussi modestes, naïves et
touchantes , que les dernieres sont effrontées
et minaudieres , toute la Musique du
Ballet étoit caractérisée, les yeux fermez,
on pouvoit deviner quels étoient lesDanseurs
et se représenter à peu près les différentes
figures du Ballet , tant la même
expression regnoit et dans le Chant et
dans la Danse ; il sembloit que la nature
seule eut produit l'une et l'autre ; et sans
que l'on s'en apperçut , on ressentoit les
plus délicates nuances des douces passions
exprimées par les Sons. Lorsque les jeux
furent terminez , Venus regagna Cichére
plus jalouse que jamais de la beauté et
du bonheur de Psiché , il n'étoit plus en
1
son
MA Y. 867
1734
son pouvoir de le troubler , elle voulut
du moins essayer de joüir du même plaisir
, et si les spectacles qu'elle donneroit
à Cithére n'avoient pas les mêmes charmes
, les surpasser du moins en magnificence
; elle fit construire un Theatre dont
les ornemens étoient chargez d'or et de
Pierres précieuses , les Décorations et les
Prespectives tâcherent d'imiter ce beau
Paysage qu'elle venoit de voir , un nombre
prodigieux d'Instrumens furent fabriquez
, Venus promit des dons et des
faveurs à tous ceux qui travailleroient
avec succès pour son Théatre ; tous les
hommes croyant avoir besoin de la protection
de Venus ont recours à elle
comme à une Divinité bienfaisante ; ils
ignorent que
d'elle et de ses enfans viennent
les peines dont ils gémissent , tous
travaillent à l'envi à composer de la
Musique , chacun vantoit son travail et.
la peine qu'il s'étoit donnée , les Grométres
même s'en mêlerent , ils loüoient les
calculs immenses qu'ils avoient fait pour
trouver moyen de parcourir dans les Airs
de violons toutes les differentes combinaisons
d'un ré ou d'un mi , avec les au
tres Notes; il est vrai que cet Air n'avoit
point de chant , et dans cette Musique
contrainte et si pénible à composer , rien
B vj
>
ne
868 MERCURE DE FRANCE
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que
ne couloit de source , nul génie ne les
animoit , ils fuioient la nature et le sentiment
, l'art n'auroit dû servir qu'à chercher
l'un et l'autre pour les orner et les
mettre dans leur plus beau jour : quand
celui où l'on devoit exécuter sur leThéatre
deCithére ce Ballet tant vanté,fut arrivé,
la plus part des Spectateurs s'écriérent
les Instrumens étoient faux , leurs
Sons faisoient peine aux oreilles les moins
délicates on leur déclara dogmatiquement
que c'étoit des dissonnances faites
exprès et le chef- d'oeuvre de l'Art , les
Chats originaires de Cithére ont transmis
jusqu'à nous quelques tons de cette harmonie,
comme lesRosignols nous en font
entendre quelqu'uns de celle qu'ils ont
entendue dans l'isle de l'Amour.
Le Ballet fut dansé par les Nimphes de
la suite deVenus , Danses indécentes où
se mêloient des Athlettes de la suite de
Mars , les Graces faisoient des sauts et des
tours de force la confusion regnoit ,
la Musique n'avoit de raport à la Danse
que par le mouvement plus ou moins
vif , point de pensée par conséquent ,
point d'expression; on parcouroit tous les
tours avec rapidité , les dissonances prodiguées
sans cesses quelquefois on s'obsti
noit à rebattre deux Notes pendant un
quart
M/ACY. 1734. 369
quart d'heure , beaucoup de bruit , force
fredons ; et lorsque par hazard il se rencontroit
deux mesures qui pouvoient
faire un Chant agréable , l'on changeoit
bien vîte de ton , de mode et de mesure,
toujours de la tristesse au lieu de tendresse,
le singulier étoit du barocque , la fureur
du tintamare; au licu de gayeté, du turbulant,
et jamais de gentillesse, ni rien qui
put aller au coeur ; vous en sçavez à présent
autant que moi , faite votre choix
l'une des deux Musiques vient de Cithére,
l'autre de la fille de l'Amour et de Psiché ,
ne croyez pas qu'une nation s'en soit
proprié, l'une à l'exclusion de l'autre ; les
deux Musiques se sont répandues dans
toutes les nations , vôtre coeur et vôtre
gout vous feront démêler quelle est leur
origine. K
ap-
Vous trouverez peut- être que j'avance
sans preuve que les Chats sont originaires
de Cithere , ils en conservent encore
les inclinations et les manieres , remplis
de gentillesses dans leurs badinages , un
cruels
trompeurs, féroces, sans amitié ; lorsque
l'Amour les rend heureux, leur indiscrétion
l'aprend au voisinage par leurs clameurs
ils sont légers et volages comme
les Cupidons , le Rosignol amoureux
air doux
plein de dissinmitié
,
I
Venu
870 MERCURE DE FRANCE
venu de l'Ifle fortunée ne chante que
pour toucher sa Maîtresse ; est - il heureux
? il se tait et ne chante plus. Content
de sa bonne fortune , il la goute
en silence.
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Résumé : LETTRE de M. *** à Mlle *** sur l'Origine de la Musique.
La lettre de M. *** à Mlle *** aborde l'origine de la musique et les différentes formes d'amour. L'auteur observe que Mlle *** n'a jamais été véritablement touchée par l'amour, ayant rencontré des amants grossiers, hypocrites, flatteurs ou superficiels. Il estime nécessaire de clarifier ses idées sur l'amour avant d'en discuter. L'auteur distingue deux types d'amour : Éros et Anteros. Il se concentre sur Éros, l'amour tendre, pur et fidèle, illustré par l'histoire de Psyché et Amour. Psyché, après avoir surmonté ses erreurs, est récompensée par un mariage avec Amour, et de leur union naît la Volupté, une déesse qui exprime les délices de l'amour à travers la musique. La lettre décrit ensuite l'invention de la musique par la fille de Psyché et Amour, qui utilise un roseau pour imiter les soupirs d'amour. La Volupté invente divers instruments pour exprimer les mouvements de l'âme. Les oiseaux et les bergers adoptent ces sons mélodieux. Venus, jalouse du bonheur de Psyché, tente de recréer cette musique sur Cythère, mais échoue, produisant une musique artificielle et dissonante. L'auteur conclut en opposant la musique authentique, née de l'amour véritable, à celle, artificielle et barbare, venue de Cythère. Il invite Mlle *** à reconnaître les origines de ces deux types de musique pour faire son propre choix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 1203-1204
« L'Académie Royale de Musique, continuë toujours avec succès les Représentations [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique, continuë toujours avec succès les Représentations [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Ballet des Éléments, Comédiens-Italiens, Petit Maître amoureux, Ballet, Musique, Succès, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique, continuë toujours avec succès les Représentations [...] »
L'Académie Royale de Musique , continue
toujours avec succès les Représentations
du Ballet des Elemens ; c'est le même
qui fut dansé par le Roi en son Château
des Thuilleries au mois de Decembre
1721. Nous avons déja donné un Extrait
du Poëme , de la composition de
M.Roy, qu'on peut voir dans le Mercure
de Janvier 1722. Ce Ballet qui fut remis
ensuite au Theatre de l'Opera en Mai
1625. et en Fevrier 1727. est toujours
composé d'un Prologue , dont le sujet est.
·le Cabos, et de quatre differentes Entrées ,
l'Air , le Feu , l'Eau , et laTerre . Les Dlles
Antier , le Maure et Petitpas remplissent
parfaitement bien les principaux Rôles
les Sieurs Dun ,
que
Tribou et Jeliot. Le Ballet composé par le
Sr. Blondi , fait beaucoup de plaisir , et
les danses en particulier sont très- bien cade
même
I. Vol.
Chassé ,
racte1204
MERCURE DE FRANCE
racterisées , distribuées avec art et parfaitement
executées par les meilleurs Sujets
de l'Académie.Cet Opera a un fort grand
succès , la Musique est de M. Destouches .
Les Comediens Italiens préparent une
Comedie nouvelle , sous le titre du Petit
Maître Amoureux , dont on parlera en
son tems.
toujours avec succès les Représentations
du Ballet des Elemens ; c'est le même
qui fut dansé par le Roi en son Château
des Thuilleries au mois de Decembre
1721. Nous avons déja donné un Extrait
du Poëme , de la composition de
M.Roy, qu'on peut voir dans le Mercure
de Janvier 1722. Ce Ballet qui fut remis
ensuite au Theatre de l'Opera en Mai
1625. et en Fevrier 1727. est toujours
composé d'un Prologue , dont le sujet est.
·le Cabos, et de quatre differentes Entrées ,
l'Air , le Feu , l'Eau , et laTerre . Les Dlles
Antier , le Maure et Petitpas remplissent
parfaitement bien les principaux Rôles
les Sieurs Dun ,
que
Tribou et Jeliot. Le Ballet composé par le
Sr. Blondi , fait beaucoup de plaisir , et
les danses en particulier sont très- bien cade
même
I. Vol.
Chassé ,
racte1204
MERCURE DE FRANCE
racterisées , distribuées avec art et parfaitement
executées par les meilleurs Sujets
de l'Académie.Cet Opera a un fort grand
succès , la Musique est de M. Destouches .
Les Comediens Italiens préparent une
Comedie nouvelle , sous le titre du Petit
Maître Amoureux , dont on parlera en
son tems.
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Résumé : « L'Académie Royale de Musique, continuë toujours avec succès les Représentations [...] »
L'Académie Royale de Musique présente avec succès le Ballet des Éléments, initialement dansé par le Roi au Château des Tuileries en décembre 1721. Un extrait du poème de M. Roy a été publié dans le Mercure de janvier 1722. Ce ballet a été repris au Théâtre de l'Opéra en mai 1625 et en février 1727. Il comprend un prologue sur le Chaos et quatre entrées représentant l'Air, le Feu, l'Eau et la Terre. Les rôles principaux sont interprétés par les demoiselles Antier, le Maure et Petitpas, ainsi que par les sieurs Dun, Tribou et Jeliot. Le ballet, chorégraphié par M. Blondi, est apprécié pour ses danses bien exécutées par les meilleurs sujets de l'Académie. La musique est composée par M. Destouches. Par ailleurs, les Comédiens Italiens préparent une nouvelle comédie intitulée 'Le Petit Maître Amoureux'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
25
p. 197-203
Extrait d'Anacréon, nouveau Ballet en un Acte, de MM. de Cabusac & Rameau.
Début :
On s'est proposé dans ce ballet de peindre un caractere ; & celui d'Anacréon, le [...]
Mots clefs :
Ballet, Amour, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'Anacréon, nouveau Ballet en un Acte, de MM. de Cabusac & Rameau.
Extrait d'Anacréon , nouveau Ballet en un
Acte , de MM. de Cabufac & Rameau.jį
On s'eft propofé dans ce ballet de peindre
un caractere ; & celui d'Anacréon , le
Poëte des graces & de l'enjouement , n'étoit
pas aifé à développer fur le théâtre lyrique.
Le nom d'Anacréon nous repréſenté
l'idée d'un vieillard , fort aimable à la vé-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
rité , mais c'est toujours l'idée d'un vieillard
; & un pareil perfonnage amoureux ,
ou comme le dit M. de C. , jouant fans
celle avec les Amours , touche de bien près
au comique , peut - être même au ridicule.
Il falloit éviter ce premier écueil . On a
mis en scène , à côté même d'Anacréon ,
Batyle , ce perfonnage fi connu dans les
chroniques du Parnaffe . Il étoit indifpenfable
d'imaginer des prétextes honnêtes
qui puffent autorifer une pareille entreprife
, & c'eft ce qu'on a eu l'art de faire
ici , par un ppllaann tthhééaattrraall , qui a tout le mérite
de la difficulté adroitement vaincue .
On fuppofe qu'Anacréon a élevé Batyle
& Chloé , avec tous les foins & la tendreffe
de l'amitié. Ces jeunes enfans inf
truits par cet aimable Maître , faits l'un
pour l'autre , ne fe quittant jamais , s'aiment
, fe le difent , & croyent leur liaiſon
tout-à fait ignorée. Anacréon a facilement
apperçu leur intelligence , il en eft flaté ,
& il s'en amufe. Voici comme il en parle
dans le monologue qui ouvre la fcène .
Myrtes fleuris , naiffant feuillage ,
Où Flore & les Amours ont fixé les zéphirs ;
Berceaux charmans , que votre ombrage
Me promet encor de plaifirs !
Deux cecurs que j'ai formés , qu'un doux penchant
engage ,
Penfent qu'Anacréon ignore leurs foupirs.
DECEMBRE. 1754. 199
D'ici je vois leur trouble , & j'entens leur langage;
J'alarme tour à tour & fate leurs défirs
J'aime à jouir de mon ouvrage ;
Et cet innocent badinage
De l'hyver de mes ans embellit les loifirs.
Une grande fête fe prépare , Chloé &
& Batyle doivent y chanter des vers nouveaux
d'Anacréon ; mais on ignore quel
eft l'objet fecret de tous ces préparatifs :
Chloé arrive pour s'en informer.
Anacreon , qui dans fon monologue a
déja annoncé une partie de fon projet , ne
lui répond que d'une maniere détournée ,
& par des galanteries legeres . Il lui dit enfin
qu'elle eft appellée par l'hymen pour
former une chaîne digne d'elle , & bientôt
après :
En vain le poids des ans me preffe,
Mon coeur n'eft jamais fans defirs ;
Au charme de vos yeux , au feu de ma tendreffe
Je dois ma vie & mes plaifirs.
C'eſt Hébé , fous vos traits , qui me rend la jeu◄
neffe.
Chloé , qui connoît Anacréon , craint
avec raifon que cet hymen ne le regarde :
le vieillard jouit de fon trouble , & pour
l'augmenter , il lui adreffe ce difcours équivoque
en la quittant :
Auprès de cent beautés que j'aimai tour à tour
L'amour a comblé mon attente ;
I iiij
100 MERCURE DE FRANCE.
Mais ce jour eft mon plus beau jour ,
Chloé , j'y veux former une chaîne conſtante ,
Qui de tous fes bienfaits m'acquitte envers l'amour.
Au moment qu'Anacréon fort , Batyle
paroît dans l'enchantement que lui caufent
les vers dont Anacréon l'a chargé pour
la fère qu'on prépare , il apperçoit Chloé ,
& dans fon enthoufiafme , il lui dit :
Ah ma Chloé , daignez entendre
Ce que je chante dans nos jeux.
Et tout de fuite il chante :
» Des zéphirs que Flore rappelle \
» Je voulois chanter le retour.
» Je vis Chloé : qu'elle étoit belle !
» Je ne pus chanter que l'amour.
» Je lui confacrai dès ce jour
>> Tous mes voeux , mes vers , & malyre.
C'est pour Chloé que je refpire ,
Je ne chante qu'elle & l'amour.
Batyle alors tourne fes regards fur elle :
il la voit fondante en larmes ; il frémit. Elle
lui déclare le deffein d'Anacréon . Les vers
que Batyle vient de chanter , le lui confirment
; ceux qu'elle doit chanter elle - même
en font une preuve nouvelle . Ils font en
effet , les uns & les autres , tournés de façon
qu'ils peuvent convenir & à la pofition
qu'ils craignent , & au but fecret d'Anacréon.
Cette fcène vive & touchante eft
DECEMBRE . 1754. 201
interrompue par la fète. La jeuneffe de
Théos environne Anacréon qui joue de fa
lyre , le couronne de rofes , & le pare de
fleurs nouvelles . C'est là qu'on a place
quelques traits de la philofophie aimable
d'Anacréon. Il dit au milieu de cette jeuneffe
, que le plaifir anime :
Mettre à profit tous les inftans
Eft l'unique foin du vrai fage.
11 naît des fleurs dans tous les tems ;
Il eft des plaifirs à tout âge.
Et plus bas ,
Des caprices du fort je crains peu les retours ;
Je jouis du préfent , j'en connois l'avantage.
Je retrouve au déclin de l'âge
Les jeux rians de mes beaux jours.
Livrons au doux plaifir chaque inftant qui nous
refte ,
Et courons au terme funefte ,
En jouant avec les Amours .
Cependant Anacréon ne perd point de
vûe Batyle & Chloé : ils font l'un & l'autre
dans un trouble dont il fe plaît à jouir.
Tous ces préparatifs , ces fleurs dont on le
pare , les vers qu'ils font chargés de chanter
, leur infpirent des alarmes qu'il redouble
en preffant Chloé de commencer .
Il y a dans cet endroit une fcène de trèspeu
de vers , tendre & badine de la part
d'Anacréon , théatrale & naïve de la part
Iy
202 MERCURE DE FRANCE
des deux jeunes amans , qui conduit enfin
à l'explication fuivante.
Anacréon.
J'ai voulu quelque tems jouir de vos foupirs.
Rendre heureux ce qu'on aime eft l'amour de mor
âge.
Qu'a former vos deux coeurs j'ai goûté de plaifirs !
Mais c'eſt en comblant vos defirs
Que je couronne mon ouvrage.
En chantant les derniers vers , il les unit;
& ce dénouement heureux eft fuivi d'un
divertiffement auffi neuf que faillant.
La Ferme du fond s'ouvre. Une terraffe
qui forme un fecond théâtre eft remplie
de jeunes Danfeurs qui fuivent les mouvemens
du ballet qu'on voit fur le devant
du théatre. Cette fète eft formée par une
troupe de jeunes Théoniens , qui repréfentent
une orgie galante . Le ballet , dans lequel
on a vû fucceffivement des pas de 2 , de
3 , de 4 , & de 7 , fort ingénieux , & trèsgais
, fans ceffer d'être nobles , eft pour la
mufique & la danfe , de la plus forte & de
la plus agréable compofition , & il eft terminé
par un choeur de bacchanales , digne
de la réputation de M. Rameau. Ce font
MM. de Chaffé & Jeliote qui ont rempli
les rolles d'Anacréon & de Batyle. Mile
Fel étoit chargée de celui de Chloé.
Le 26 , Anacréon fut donné
pour
la for
DECEMBRE . 1754 203
-
conde fois avec Cenie , comédie de Mad.
de Graffigni ; & le 29 l'Opéra , fans avoir
befoin d'une plus longue préparation , repréfenta
pour la premiere fois Daphnis &
Alcimadure , paftorale Languedocienne ,
en trois actes , précédée d'un prologue.
Acte , de MM. de Cabufac & Rameau.jį
On s'eft propofé dans ce ballet de peindre
un caractere ; & celui d'Anacréon , le
Poëte des graces & de l'enjouement , n'étoit
pas aifé à développer fur le théâtre lyrique.
Le nom d'Anacréon nous repréſenté
l'idée d'un vieillard , fort aimable à la vé-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
rité , mais c'est toujours l'idée d'un vieillard
; & un pareil perfonnage amoureux ,
ou comme le dit M. de C. , jouant fans
celle avec les Amours , touche de bien près
au comique , peut - être même au ridicule.
Il falloit éviter ce premier écueil . On a
mis en scène , à côté même d'Anacréon ,
Batyle , ce perfonnage fi connu dans les
chroniques du Parnaffe . Il étoit indifpenfable
d'imaginer des prétextes honnêtes
qui puffent autorifer une pareille entreprife
, & c'eft ce qu'on a eu l'art de faire
ici , par un ppllaann tthhééaattrraall , qui a tout le mérite
de la difficulté adroitement vaincue .
On fuppofe qu'Anacréon a élevé Batyle
& Chloé , avec tous les foins & la tendreffe
de l'amitié. Ces jeunes enfans inf
truits par cet aimable Maître , faits l'un
pour l'autre , ne fe quittant jamais , s'aiment
, fe le difent , & croyent leur liaiſon
tout-à fait ignorée. Anacréon a facilement
apperçu leur intelligence , il en eft flaté ,
& il s'en amufe. Voici comme il en parle
dans le monologue qui ouvre la fcène .
Myrtes fleuris , naiffant feuillage ,
Où Flore & les Amours ont fixé les zéphirs ;
Berceaux charmans , que votre ombrage
Me promet encor de plaifirs !
Deux cecurs que j'ai formés , qu'un doux penchant
engage ,
Penfent qu'Anacréon ignore leurs foupirs.
DECEMBRE. 1754. 199
D'ici je vois leur trouble , & j'entens leur langage;
J'alarme tour à tour & fate leurs défirs
J'aime à jouir de mon ouvrage ;
Et cet innocent badinage
De l'hyver de mes ans embellit les loifirs.
Une grande fête fe prépare , Chloé &
& Batyle doivent y chanter des vers nouveaux
d'Anacréon ; mais on ignore quel
eft l'objet fecret de tous ces préparatifs :
Chloé arrive pour s'en informer.
Anacreon , qui dans fon monologue a
déja annoncé une partie de fon projet , ne
lui répond que d'une maniere détournée ,
& par des galanteries legeres . Il lui dit enfin
qu'elle eft appellée par l'hymen pour
former une chaîne digne d'elle , & bientôt
après :
En vain le poids des ans me preffe,
Mon coeur n'eft jamais fans defirs ;
Au charme de vos yeux , au feu de ma tendreffe
Je dois ma vie & mes plaifirs.
C'eſt Hébé , fous vos traits , qui me rend la jeu◄
neffe.
Chloé , qui connoît Anacréon , craint
avec raifon que cet hymen ne le regarde :
le vieillard jouit de fon trouble , & pour
l'augmenter , il lui adreffe ce difcours équivoque
en la quittant :
Auprès de cent beautés que j'aimai tour à tour
L'amour a comblé mon attente ;
I iiij
100 MERCURE DE FRANCE.
Mais ce jour eft mon plus beau jour ,
Chloé , j'y veux former une chaîne conſtante ,
Qui de tous fes bienfaits m'acquitte envers l'amour.
Au moment qu'Anacréon fort , Batyle
paroît dans l'enchantement que lui caufent
les vers dont Anacréon l'a chargé pour
la fère qu'on prépare , il apperçoit Chloé ,
& dans fon enthoufiafme , il lui dit :
Ah ma Chloé , daignez entendre
Ce que je chante dans nos jeux.
Et tout de fuite il chante :
» Des zéphirs que Flore rappelle \
» Je voulois chanter le retour.
» Je vis Chloé : qu'elle étoit belle !
» Je ne pus chanter que l'amour.
» Je lui confacrai dès ce jour
>> Tous mes voeux , mes vers , & malyre.
C'est pour Chloé que je refpire ,
Je ne chante qu'elle & l'amour.
Batyle alors tourne fes regards fur elle :
il la voit fondante en larmes ; il frémit. Elle
lui déclare le deffein d'Anacréon . Les vers
que Batyle vient de chanter , le lui confirment
; ceux qu'elle doit chanter elle - même
en font une preuve nouvelle . Ils font en
effet , les uns & les autres , tournés de façon
qu'ils peuvent convenir & à la pofition
qu'ils craignent , & au but fecret d'Anacréon.
Cette fcène vive & touchante eft
DECEMBRE . 1754. 201
interrompue par la fète. La jeuneffe de
Théos environne Anacréon qui joue de fa
lyre , le couronne de rofes , & le pare de
fleurs nouvelles . C'est là qu'on a place
quelques traits de la philofophie aimable
d'Anacréon. Il dit au milieu de cette jeuneffe
, que le plaifir anime :
Mettre à profit tous les inftans
Eft l'unique foin du vrai fage.
11 naît des fleurs dans tous les tems ;
Il eft des plaifirs à tout âge.
Et plus bas ,
Des caprices du fort je crains peu les retours ;
Je jouis du préfent , j'en connois l'avantage.
Je retrouve au déclin de l'âge
Les jeux rians de mes beaux jours.
Livrons au doux plaifir chaque inftant qui nous
refte ,
Et courons au terme funefte ,
En jouant avec les Amours .
Cependant Anacréon ne perd point de
vûe Batyle & Chloé : ils font l'un & l'autre
dans un trouble dont il fe plaît à jouir.
Tous ces préparatifs , ces fleurs dont on le
pare , les vers qu'ils font chargés de chanter
, leur infpirent des alarmes qu'il redouble
en preffant Chloé de commencer .
Il y a dans cet endroit une fcène de trèspeu
de vers , tendre & badine de la part
d'Anacréon , théatrale & naïve de la part
Iy
202 MERCURE DE FRANCE
des deux jeunes amans , qui conduit enfin
à l'explication fuivante.
Anacréon.
J'ai voulu quelque tems jouir de vos foupirs.
Rendre heureux ce qu'on aime eft l'amour de mor
âge.
Qu'a former vos deux coeurs j'ai goûté de plaifirs !
Mais c'eſt en comblant vos defirs
Que je couronne mon ouvrage.
En chantant les derniers vers , il les unit;
& ce dénouement heureux eft fuivi d'un
divertiffement auffi neuf que faillant.
La Ferme du fond s'ouvre. Une terraffe
qui forme un fecond théâtre eft remplie
de jeunes Danfeurs qui fuivent les mouvemens
du ballet qu'on voit fur le devant
du théatre. Cette fète eft formée par une
troupe de jeunes Théoniens , qui repréfentent
une orgie galante . Le ballet , dans lequel
on a vû fucceffivement des pas de 2 , de
3 , de 4 , & de 7 , fort ingénieux , & trèsgais
, fans ceffer d'être nobles , eft pour la
mufique & la danfe , de la plus forte & de
la plus agréable compofition , & il eft terminé
par un choeur de bacchanales , digne
de la réputation de M. Rameau. Ce font
MM. de Chaffé & Jeliote qui ont rempli
les rolles d'Anacréon & de Batyle. Mile
Fel étoit chargée de celui de Chloé.
Le 26 , Anacréon fut donné
pour
la for
DECEMBRE . 1754 203
-
conde fois avec Cenie , comédie de Mad.
de Graffigni ; & le 29 l'Opéra , fans avoir
befoin d'une plus longue préparation , repréfenta
pour la premiere fois Daphnis &
Alcimadure , paftorale Languedocienne ,
en trois actes , précédée d'un prologue.
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Résumé : Extrait d'Anacréon, nouveau Ballet en un Acte, de MM. de Cabusac & Rameau.
Le ballet 'Anacréon', créé par MM. de Cabufac et Rameau, met en scène Anacréon, un poète connu pour ses grâces et son enjouement. Pour éviter les aspects comiques ou ridicules d'un vieillard amoureux, les auteurs introduisent Batyle et Chloé, deux jeunes personnes élevés par Anacréon et secrètement amoureux l'un de l'autre. Anacréon, conscient de leur amour, décide de les unir. L'intrigue se déroule lors d'une grande fête où Chloé et Batyle doivent chanter des vers d'Anacréon. Par des monologues et des discours équivoques, Anacréon laisse entendre à Chloé qu'elle est destinée à un hymen, augmentant ainsi son trouble. Batyle, en chantant les vers d'Anacréon, révèle involontairement ses sentiments à Chloé. La fête est interrompue par des danses et des chants, durant lesquels Anacréon exprime sa philosophie de jouir du présent et de profiter de chaque instant. Finalement, Anacréon révèle son plan de les unir, comblant ainsi leurs désirs. Le ballet se termine par un divertissement avec des danses et des chants, mettant en scène des jeunes Théoniens dans une orgie galante. Les rôles principaux sont interprétés par MM. de Chaffé et Jeliote, ainsi que Mlle Fel. Le ballet a été représenté pour la première fois le 26 décembre 1754, suivi de la pastorale 'Daphnis et Alcimadure' le 29 décembre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 200-201
SPECTACLES DE LA COUR.
Début :
Le 27 Novembre, les Comédiens Italiens donnerent en présence du Roi & [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR.
SPECTACLES DE LA COUR.
E 27 Novembre , les Comédiens Italiens
donnerent en préſence du Roi &
de toute la Famille royale , Arlequin veleur
, Prévôt & Juge.
:
Le 4 Décembre , le Retour d'Arlequin &
la Servante Maîtreffe. A la fin de la premiere
piece on donna un divertiffement
exécuté par Mlle Catinon & M. Balletti
cadet en pas de deux à la fin de la Servante
Maitreffe on ajouta le Colin maillard
, danfé par Mlle Camille & M. Billioni
, en pas de deux ; Mlle Marine feule
; Mlle Maffon & M. Berquelor en pas
de deux .
JANVIER. 1755. 201
Corps de Ballet.
MESSIEURS.
Rouſſeau ,
Martin ,
MESDEMOISELLES .
Gotton ,
Rouffelet ,
Foulquier , Granger
Giguet ,
Defmartins.
Rouffe ,
Verfian.
Le 11 , Monfeigneur le Dauphin fir
donner la repréſentation d'Arlequin perſecuté
par la Dame invisible . Hauteroche en
a tiré l'Esprit follet , que les Comédiens
François avoient donné huit jours auparavant.
Le 18 , on repréſenta les Déguisemens
amoureuxx Comédie Italienne en trois
actes.
E 27 Novembre , les Comédiens Italiens
donnerent en préſence du Roi &
de toute la Famille royale , Arlequin veleur
, Prévôt & Juge.
:
Le 4 Décembre , le Retour d'Arlequin &
la Servante Maîtreffe. A la fin de la premiere
piece on donna un divertiffement
exécuté par Mlle Catinon & M. Balletti
cadet en pas de deux à la fin de la Servante
Maitreffe on ajouta le Colin maillard
, danfé par Mlle Camille & M. Billioni
, en pas de deux ; Mlle Marine feule
; Mlle Maffon & M. Berquelor en pas
de deux .
JANVIER. 1755. 201
Corps de Ballet.
MESSIEURS.
Rouſſeau ,
Martin ,
MESDEMOISELLES .
Gotton ,
Rouffelet ,
Foulquier , Granger
Giguet ,
Defmartins.
Rouffe ,
Verfian.
Le 11 , Monfeigneur le Dauphin fir
donner la repréſentation d'Arlequin perſecuté
par la Dame invisible . Hauteroche en
a tiré l'Esprit follet , que les Comédiens
François avoient donné huit jours auparavant.
Le 18 , on repréſenta les Déguisemens
amoureuxx Comédie Italienne en trois
actes.
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR.
En novembre 1754 et janvier 1755, la cour a assisté à plusieurs spectacles. Les Comédiens Italiens ont joué 'Arlequin veleur, Prévôt & Juge' le 27 novembre et 'Le Retour d'Arlequin & la Servante Maîtreffe' le 4 décembre. En janvier 1755, 'Arlequin persecuté par la Dame invisible' et 'Les Déguisemens amoureux' ont été représentés. Divers danseurs et membres du corps de ballet ont participé à ces divertissements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 196-200
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Le 22 Mai les Comédiens Italiens ont remis, ou plutôt donné pour la premiere [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie en danse, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
LE 22 Mai les Comédiens Italiens ont
remis , ou plutôt donné pour la premiere
fois , le Mai , Ballet mêlé de chants . Il eft
changé & embelli de façon qu'on peut
l'annoncer comme un divertiffement nouveau
; on peut même dire qu'il forme une
petitè Comédie en danfe. J'ajouterai qu'on
JUI N. 1755. 197
*
en voit peu qui faffent autant de plaifir au
théâtre par la variété & par la gaieté continue.
Je crois obliger le lecteur de lui en
donner ici le Programme .
Le fond du théâtre repréfente la porte
d'un château , au - deffus l'on découvre
une terraffe ornée de baluftrades & de fontaines
& garnie de vafes remplis de
fleurs.
>
PREMIERE ENTRÉE .
Le Ballet commence au point du jour ;
plufieurs Payfans viennent pour donner
des bouquets à leurs maîtreffes , d'autres
apportent des échelles à un fignal ; plufieurs
jeunes Payfans & Payfannes garniffent
la terraffe & reçoivent les bouquets.
Les Amans témoignent leur joie par une
danfe vive.
SECONDE ENTRÉE.
Les Payfannes fortent du château avec
leurs bouquets, & remercient les Payfans de
leur galanterie ; ils vont tous pour rentrer
dans le château , un Payfan retient deux
des Payfannes & danfe avec elles un pas
de trois .
TROISIEME ENTRE E.
Une autre troupe de Payfans & Payfan
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
nes viennent planter le Mai devant la
porte du château ; tous danfent autour ,
pendant que la jeuneffe forme une danfe
gaie fur la terraffe , de forte que l'on voit
en même tems deux corps de Ballets . Un
Payfan chante les agrémens du mois de
Mai.
QUATRIEME ENTRÉE.
La porte du château s'ouvre ; le Seigneur
& la Dame vêtus en Berger & Bergere
, & fuivis de tous les habitans , forment
une marche autour du Mai ; une
Bergere chante , un Payfan & une Payſanne
danfent un pas deux.
Le Seigneur & la Dame chantent une
Mufette , elle invite après un Berger à la
danfer avec elle . Ils exécutent enfuite un
Tambourin.
Le pas de deux eft coupé par un pas de
trois , qui à fon tour l'eft par un autre pas
de deux tous les Payfans & Payfannes
chantent & danfent une ronde.
CINQUIEME ENTRÉE.
Contredanfe.
Ce Divertiffement eft compofé de trois
corps de Ballets , le premier commence la
contredanſe.
JUIN. 1755-
199
Danfé par
Second Couplet.
les amans & leurs maîtreffes .
Troifiéme Couplet.
Danfé par la jeuneſſe du village .
Danfé
Quatrieme Couplet.
par le Seigneur & la Dame.
Cinquième Couplet.
Les trois corps de Ballets fe joignent
enfemble . La jeuneffe occupe toujours le
centre , & fe trouve fouvent fous les bras
des deux autres corps de Ballets , ce qui
multiplie les figures de façon qu'il paroît
beaucoup plus de monde qu'il n'y en a.
La Contredanfe finit par une lutte d'entrechats.
Premier pas de trois.
Mlle Camille . M. Sody. Mile Catinop
Premier
pas
de deux.
Mlle Camille. M. Balletti ( cadet . )
Deuxieme pas
de deux.
Mlle Favart. M. Balletti ( aîné . )
Deuxieme pas de trois.
M. Berquelor. Mlle Marine. M. Dupuis.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE .
Troisieme pas de deux.
Mlle Catinon . M. Billioni.
Troifieme pas de trois.
M. Vifintini. Mlle Artus. M. Artus.
LE 22 Mai les Comédiens Italiens ont
remis , ou plutôt donné pour la premiere
fois , le Mai , Ballet mêlé de chants . Il eft
changé & embelli de façon qu'on peut
l'annoncer comme un divertiffement nouveau
; on peut même dire qu'il forme une
petitè Comédie en danfe. J'ajouterai qu'on
JUI N. 1755. 197
*
en voit peu qui faffent autant de plaifir au
théâtre par la variété & par la gaieté continue.
Je crois obliger le lecteur de lui en
donner ici le Programme .
Le fond du théâtre repréfente la porte
d'un château , au - deffus l'on découvre
une terraffe ornée de baluftrades & de fontaines
& garnie de vafes remplis de
fleurs.
>
PREMIERE ENTRÉE .
Le Ballet commence au point du jour ;
plufieurs Payfans viennent pour donner
des bouquets à leurs maîtreffes , d'autres
apportent des échelles à un fignal ; plufieurs
jeunes Payfans & Payfannes garniffent
la terraffe & reçoivent les bouquets.
Les Amans témoignent leur joie par une
danfe vive.
SECONDE ENTRÉE.
Les Payfannes fortent du château avec
leurs bouquets, & remercient les Payfans de
leur galanterie ; ils vont tous pour rentrer
dans le château , un Payfan retient deux
des Payfannes & danfe avec elles un pas
de trois .
TROISIEME ENTRE E.
Une autre troupe de Payfans & Payfan
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
nes viennent planter le Mai devant la
porte du château ; tous danfent autour ,
pendant que la jeuneffe forme une danfe
gaie fur la terraffe , de forte que l'on voit
en même tems deux corps de Ballets . Un
Payfan chante les agrémens du mois de
Mai.
QUATRIEME ENTRÉE.
La porte du château s'ouvre ; le Seigneur
& la Dame vêtus en Berger & Bergere
, & fuivis de tous les habitans , forment
une marche autour du Mai ; une
Bergere chante , un Payfan & une Payſanne
danfent un pas deux.
Le Seigneur & la Dame chantent une
Mufette , elle invite après un Berger à la
danfer avec elle . Ils exécutent enfuite un
Tambourin.
Le pas de deux eft coupé par un pas de
trois , qui à fon tour l'eft par un autre pas
de deux tous les Payfans & Payfannes
chantent & danfent une ronde.
CINQUIEME ENTRÉE.
Contredanfe.
Ce Divertiffement eft compofé de trois
corps de Ballets , le premier commence la
contredanſe.
JUIN. 1755-
199
Danfé par
Second Couplet.
les amans & leurs maîtreffes .
Troifiéme Couplet.
Danfé par la jeuneſſe du village .
Danfé
Quatrieme Couplet.
par le Seigneur & la Dame.
Cinquième Couplet.
Les trois corps de Ballets fe joignent
enfemble . La jeuneffe occupe toujours le
centre , & fe trouve fouvent fous les bras
des deux autres corps de Ballets , ce qui
multiplie les figures de façon qu'il paroît
beaucoup plus de monde qu'il n'y en a.
La Contredanfe finit par une lutte d'entrechats.
Premier pas de trois.
Mlle Camille . M. Sody. Mile Catinop
Premier
pas
de deux.
Mlle Camille. M. Balletti ( cadet . )
Deuxieme pas
de deux.
Mlle Favart. M. Balletti ( aîné . )
Deuxieme pas de trois.
M. Berquelor. Mlle Marine. M. Dupuis.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE .
Troisieme pas de deux.
Mlle Catinon . M. Billioni.
Troifieme pas de trois.
M. Vifintini. Mlle Artus. M. Artus.
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
Le 22 mai 1755, les Comédiens Italiens ont présenté pour la première fois le ballet 'Le Mai', un spectacle mêlant chants et danses, annoncé comme un divertissement nouveau et comparable à une petite comédie en danse. Ce ballet, salué pour sa variété et sa gaieté, se déroule devant la porte d'un château orné de balustrades, fontaines et vases de fleurs. Il se compose de cinq entrées distinctes. La première entrée montre des valets apportant des bouquets à leurs maîtresses et dansant avec eux. La deuxième entrée voit les valets et valettes sortir du château pour remercier les valets et danser. La troisième entrée présente une autre troupe de valets et valettes plantant le Mai et dansant autour. La quatrième entrée voit le seigneur et la dame, vêtus en bergers, ouvrir la porte du château et danser avec les habitants. La cinquième entrée est une contredanse composée de trois corps de ballets, incluant les amants, la jeunesse du village et le seigneur et la dame. Les principaux danseurs incluent Mlle Camille, M. Sody, Mlle Catinon, M. Balletti, Mlle Favart, M. Berquelor, Mlle Marine, M. Dupuis, Mlle Artus et M. Artus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 207-208
DANSE.
Début :
Comme le Mercure est fait pour être le héraut des arts, & que notre devoir [...]
Mots clefs :
Danse, Opéra, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : DANSE.
ARTS AGRÉABLE S.
Co
DANS E.
Omme le Mercure eft fait pour être
le héraut des arts , & que notre devoir
eft furtout de marquer leurs progrès ,
à mesure qu'ils fe perfectionnent , nous
croirions y manquer , fi nous tardions plus
long tems à parler ici de la danfe. Elie eft
actuellement la premiere colonne de l'Opéra
. L'art acceffoire y eft devenu l'art principal.
Les balets de M. Lani contribuent à
lui mériter cette gloire. Qu'on juge de leur
pouvoir par leurs effets . Ils ont réchauffé
la froideur d'Ajax , & viennent d'égayer
la trifteffe du Carnaval. Il est vrai que les
talens de la foeur ont bien fecondé les travaux
du frere. Mlle Lani met dans fes pas
la précifion , l'aifance , la légereté , en un
mot le fini que Mlle Fel met dans le chant ,
c'est dire qu'elle vient de porter la haute
danfe à fon point de perfection . Mlle Camargo
avoit commencé le genre , Mlle Lani
208 MERCURE DE FRANCE
l'acheve. Mlle Puvigné de fon côté fou
tient avec fuccès la danfe terre à terre. Elle
a heureuſement remplacé Mlle Salé. Quel
éloge ! les graces nobles & détentes la diftinguent.
La gaieté vive & brillante caractérife
Mlle Lyonnois , & l'effor prompt &
facile d'un oifeau qui vole de branche en
branche peint l'agilité de Mlle Rey. On
peut dire pour le coup que la danfe eft
tombée en quenouille , les femmes en font
tout l'ornement , elles tiennent le premier
rang à l'Opéra , ainfi qu'à tous les autres
fpectacles. Rien ne manqueroit au tableau
varié qu'elles offrent aujourd'hui ſur la
fcene danfante , fi on y voyoit paroître
Mlle Veftris , cette aimable danſeuſe de la
volupté , dont l'expreffion paffionnée porte
le feu du plaifir dans les ames les plus froides.
Il feroit à fouhaiter pour l'honneur des
hommes , & pour le bien de ce théâtre ,
que M. Veftris fon frere y rentrât au plutôt
avec elle . Son abſence y fait un vuide ,
que rien ne peut remplir ; & qui laiffe la
danfe imparfaite.
Co
DANS E.
Omme le Mercure eft fait pour être
le héraut des arts , & que notre devoir
eft furtout de marquer leurs progrès ,
à mesure qu'ils fe perfectionnent , nous
croirions y manquer , fi nous tardions plus
long tems à parler ici de la danfe. Elie eft
actuellement la premiere colonne de l'Opéra
. L'art acceffoire y eft devenu l'art principal.
Les balets de M. Lani contribuent à
lui mériter cette gloire. Qu'on juge de leur
pouvoir par leurs effets . Ils ont réchauffé
la froideur d'Ajax , & viennent d'égayer
la trifteffe du Carnaval. Il est vrai que les
talens de la foeur ont bien fecondé les travaux
du frere. Mlle Lani met dans fes pas
la précifion , l'aifance , la légereté , en un
mot le fini que Mlle Fel met dans le chant ,
c'est dire qu'elle vient de porter la haute
danfe à fon point de perfection . Mlle Camargo
avoit commencé le genre , Mlle Lani
208 MERCURE DE FRANCE
l'acheve. Mlle Puvigné de fon côté fou
tient avec fuccès la danfe terre à terre. Elle
a heureuſement remplacé Mlle Salé. Quel
éloge ! les graces nobles & détentes la diftinguent.
La gaieté vive & brillante caractérife
Mlle Lyonnois , & l'effor prompt &
facile d'un oifeau qui vole de branche en
branche peint l'agilité de Mlle Rey. On
peut dire pour le coup que la danfe eft
tombée en quenouille , les femmes en font
tout l'ornement , elles tiennent le premier
rang à l'Opéra , ainfi qu'à tous les autres
fpectacles. Rien ne manqueroit au tableau
varié qu'elles offrent aujourd'hui ſur la
fcene danfante , fi on y voyoit paroître
Mlle Veftris , cette aimable danſeuſe de la
volupté , dont l'expreffion paffionnée porte
le feu du plaifir dans les ames les plus froides.
Il feroit à fouhaiter pour l'honneur des
hommes , & pour le bien de ce théâtre ,
que M. Veftris fon frere y rentrât au plutôt
avec elle . Son abſence y fait un vuide ,
que rien ne peut remplir ; & qui laiffe la
danfe imparfaite.
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Résumé : DANSE.
Le texte du Mercure de France souligne l'importance croissante de la danse à l'Opéra, où elle est devenue l'art principal. Les ballets de M. Lani ont contribué à cette reconnaissance, notamment avec les productions Ajax et le Carnaval. Mlle Lani, sœur de M. Lani, est particulièrement saluée pour sa précision, son aisance et sa légèreté, achevant ainsi la perfection de la haute danse initiée par Mlle Camargo. D'autres danseuses comme Mlle Puvigné, Mlle Lyonnois et Mlle Rey sont également mentionnées pour leurs qualités respectives : Mlle Puvigné pour sa grâce noble et détendue, Mlle Lyonnois pour sa gaieté vive et brillante, et Mlle Rey pour son agilité. Le texte met en avant la domination des femmes sur la scène de la danse, tenant le premier rang à l'Opéra et dans d'autres spectacles. L'absence de Mlle Vestris, connue pour son expression passionnée, est regrettée, ainsi que l'absence de son frère, M. Vestris, dont le retour est souhaité pour compléter l'excellence de la danse à l'Opéra.
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29
p. 235-236
OPERA COMIQUE.
Début :
L'Opéra comique ouvrit son théâtre le samedi 28 Juin, & donna le Lundi 30, la [...]
Mots clefs :
Opéra comique, Théâtre, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : OPERA COMIQUE.
OPERA COMIQUE.
?
L'Opéra comique ouvrit fon théâtre le
famedi 28 Juin , & donna le Lundi 30 , la
repréſentation de la Maifon à deux portes ,
piece en un acte , qui fut précédée de la
Rofe , & fuivie de Citbere affiegee . Le 14
Juillet , la Bohémienne , parodie de la Zingara,
intermede italien , a été jouée pour la
premiere fois avec le Cocq de village , & le
Ballet Chinois.
Les Comédiens Italiens doivent donner
inceffamment la parodie ou plutôt la traduction
du même intermede. Nous parlerons
de l'une & de l'autre dans le Mercure
du mois prochain. Nous dirons feulement
dans celui - ci que Mlle Rofaline
remplit très -bien le rôle de la Bohémienne.
Nous ajouterons que le ballet chinois
a toujours le mérité de la nouveauté ,
236 MERCURE DE FRANCE.
& qu'on le voit avec le même intérêt.
M. Ñover y a fait des changemens , qui
l'ont , pour ainfi dire , rajeuni.
On doit remettre bientôt la Fontaine de
Jouvence , en attendant un troifieme ballet
nouveau du même compofiteur.
La danfe eft aujourd'hui la premiere
reffource de tous les fpectacles de Paris.
Le théâtre françois doit feul en être excepté
, c'est un acceffoire , dont il pourroit
très -bien fe paffer. Nous croyons qu'il y
gagneroit , même en ne prenant que le
prix fimple.
?
L'Opéra comique ouvrit fon théâtre le
famedi 28 Juin , & donna le Lundi 30 , la
repréſentation de la Maifon à deux portes ,
piece en un acte , qui fut précédée de la
Rofe , & fuivie de Citbere affiegee . Le 14
Juillet , la Bohémienne , parodie de la Zingara,
intermede italien , a été jouée pour la
premiere fois avec le Cocq de village , & le
Ballet Chinois.
Les Comédiens Italiens doivent donner
inceffamment la parodie ou plutôt la traduction
du même intermede. Nous parlerons
de l'une & de l'autre dans le Mercure
du mois prochain. Nous dirons feulement
dans celui - ci que Mlle Rofaline
remplit très -bien le rôle de la Bohémienne.
Nous ajouterons que le ballet chinois
a toujours le mérité de la nouveauté ,
236 MERCURE DE FRANCE.
& qu'on le voit avec le même intérêt.
M. Ñover y a fait des changemens , qui
l'ont , pour ainfi dire , rajeuni.
On doit remettre bientôt la Fontaine de
Jouvence , en attendant un troifieme ballet
nouveau du même compofiteur.
La danfe eft aujourd'hui la premiere
reffource de tous les fpectacles de Paris.
Le théâtre françois doit feul en être excepté
, c'est un acceffoire , dont il pourroit
très -bien fe paffer. Nous croyons qu'il y
gagneroit , même en ne prenant que le
prix fimple.
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Résumé : OPERA COMIQUE.
L'Opéra Comique a inauguré son théâtre le 28 juin et a présenté 'La Maifon à deux portes' le 30 juin, précédée de 'La Rose' et suivie de 'Cithère assiégée'. Le 14 juillet, 'La Bohémienne', une parodie de 'La Zingara', a été jouée pour la première fois avec 'Le Cocq de village' et le 'Ballet Chinois'. Les Comédiens Italiens doivent également présenter une parodie ou traduction de cet intermède. Mlle Rosaline a interprété avec succès le rôle de la Bohémienne, et le 'Ballet Chinois' a été bien accueilli grâce à des modifications apportées par M. Nover. La 'Fontaine de Jouvence' doit être remise en scène prochainement, en attendant un troisième ballet nouveau du même compositeur. La danse est actuellement la principale attraction des spectacles parisiens, à l'exception du théâtre français.
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30
p. 227-228
OPERA COMIQUE.
Début :
Le 11 Août, l'Opera-Comique donna pour la premiere fois les Réjouissances [...]
Mots clefs :
Ballet
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texteReconnaissance textuelle : OPERA COMIQUE.
OPERA COMIQUE.
E 11 Août , l'Opera - Comique donna
pour la premiere fois les Réjouiffances
K vj
22S MERCURE DE FRANCE,
Flamandes , baler nouveau , de la compofition
de M. Novere , & qui forme un joli
tableau de Teniers. On joua le même jour
les Amours de Nanterre , de Jerôme & Fanchonnette
, & le Confident heureux , piéce
nouvelle en un acte de M. Vadé .
E 11 Août , l'Opera - Comique donna
pour la premiere fois les Réjouiffances
K vj
22S MERCURE DE FRANCE,
Flamandes , baler nouveau , de la compofition
de M. Novere , & qui forme un joli
tableau de Teniers. On joua le même jour
les Amours de Nanterre , de Jerôme & Fanchonnette
, & le Confident heureux , piéce
nouvelle en un acte de M. Vadé .
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31
p. 20-22
Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Début :
Vous, qui courez [...]
Mots clefs :
Heureux, Plaisirs, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie.
PARODI E.
LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Vous ,qui courez
Après l'éclat & l'opulence ;
Qui dévorez
Tous les plaifirs outrés ;
Que je vous plains ! la moindre décadence
Vous met au rang des hommes égarés.
La trop aimable fagefle
Qui doit charmer
Sçait animer
L'honneur , le devoir & la tendreffe.
Pourquoi
Ne pas écouter fa loi ,
Qui , fans condamner les defirs,
Semble approuver fouvent l'ufage des plaifirs
Partiſan de ſon ſyſtême ,
Je ris , & j'aime
Sincerement ,
Conftamment ,
Qui ? ma femme ſeulement ;
Et fans redouter les rieurs ,
Les froids railleurs ,
Les moqueurs ,
Je ne fçais point aimer ailleurs.
DECEMBRE. 28
1755.
Je reçois dans ma retraite
Mes amis ;
A ce que chacun ſouhaite
J'applaudis ,
En menageant les eſprits ;
Et quand je vois la fin d'une Comete ,
Sans fracas ,
Trois petits plats
Affez délicats
A deux font offerts tout baş,
Minuit fonne , je me couche.
Dieux ! pour lors
Comme heureux époux je touche
Des trésors.
L'amour ſe retire , & je m'endors
Affez fouvent fur la bonne bouche,
Mais le jour venu
De mon revenu
Je vois fi tout s'eft foutenu.
Si-tôt que ma maiſon
Eft fur le ton
De la raison ,
Je lis Caton ,
Baile , Newton ,
Rollin , Platon ,
Anacréon ,
Arnaud , Virgile , Horace , ou Ciceron.
Entre-nous
Que les four
22 MERCURE DE FRANCE.
Me critiquent.
S'ils m'indiquent
L'art heureux
De vivre mieux ,
Je me rends , & fuis pour eux.
Par M. Fuzillier , à Amiens .
PARODI E.
LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Vous ,qui courez
Après l'éclat & l'opulence ;
Qui dévorez
Tous les plaifirs outrés ;
Que je vous plains ! la moindre décadence
Vous met au rang des hommes égarés.
La trop aimable fagefle
Qui doit charmer
Sçait animer
L'honneur , le devoir & la tendreffe.
Pourquoi
Ne pas écouter fa loi ,
Qui , fans condamner les defirs,
Semble approuver fouvent l'ufage des plaifirs
Partiſan de ſon ſyſtême ,
Je ris , & j'aime
Sincerement ,
Conftamment ,
Qui ? ma femme ſeulement ;
Et fans redouter les rieurs ,
Les froids railleurs ,
Les moqueurs ,
Je ne fçais point aimer ailleurs.
DECEMBRE. 28
1755.
Je reçois dans ma retraite
Mes amis ;
A ce que chacun ſouhaite
J'applaudis ,
En menageant les eſprits ;
Et quand je vois la fin d'une Comete ,
Sans fracas ,
Trois petits plats
Affez délicats
A deux font offerts tout baş,
Minuit fonne , je me couche.
Dieux ! pour lors
Comme heureux époux je touche
Des trésors.
L'amour ſe retire , & je m'endors
Affez fouvent fur la bonne bouche,
Mais le jour venu
De mon revenu
Je vois fi tout s'eft foutenu.
Si-tôt que ma maiſon
Eft fur le ton
De la raison ,
Je lis Caton ,
Baile , Newton ,
Rollin , Platon ,
Anacréon ,
Arnaud , Virgile , Horace , ou Ciceron.
Entre-nous
Que les four
22 MERCURE DE FRANCE.
Me critiquent.
S'ils m'indiquent
L'art heureux
De vivre mieux ,
Je me rends , & fuis pour eux.
Par M. Fuzillier , à Amiens .
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Résumé : Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Le texte 'Le Philosophe aimable' du 'Ballet des Fêtes de Thalie' décrit un philosophe qui méprise l'éclat et l'opulence, préférant les plaisirs modérés. Il valorise l'honneur, le devoir et la tendresse, et choisit de n'aimer que sa femme, indifférent aux moqueurs. Le 28 décembre 1755, il invite ses amis dans sa retraite, leur offre un repas délicat à minuit, et se couche heureux. Le lendemain, il découvre que ses revenus ont disparu. Lorsqu'il vit raisonnablement, il lit des auteurs classiques tels que Caton, Newton, Rollin, Platon, Anacréon, Arnaud, Virgile, Horace ou Cicéron. Il est ouvert aux critiques constructives qui pourraient lui apprendre à vivre mieux. Le texte est publié par M. Fuzillier à Amiens dans le Mercure de France.
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32
p. 217-229
CATALOGUE D'un Cabinet de Musique Italienne, à vendre. Corelli.
Début :
Livre premier, Sonates à premier & second dessus, flûtes & basses, [...]
Mots clefs :
Sonates, Flûte, Basse, Clavecin, Violon, Concert, Haute-contre, Ballet, Hautbois, Trompette, Opéra, Symphonie, Flûte traversière, Menuet, Motet, Cantates, Livres de musique, Cabinet, Vente
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texteReconnaissance textuelle : CATALOGUE D'un Cabinet de Musique Italienne, à vendre. Corelli.
CATALOGUE
D'un Cabinet de Musique Italienne, à vendre,
Corelli.
LIVRE premier , Sonates à premier & fecond
deffus , flûtes & baffes ,
3 cahiers in-fol.
Livre 2 , Sonates à deux flûtes & baffes , 3 in-fol
Livre 3 , Sonates à deux flûtes & baffes , 3 in-fol
Livre 6 , de même ,
Livre premier, fuite à un claveffin , un violon &
baffe
4 in-fol
3 in-fol
K
218 MERCURE DE FRANCE:
Livre 2 , de même`, 3 cahiers in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , de même ,
Opera 3 , de même ,
Opera 4 , de même ,
Operas , id. à un violon & baffe , avec les agrémens
,
Le même à parties féparées ,
4 in-fol.
4 in-fol.
4 in-fol.
in-fol.
3 in-fol.
7 in-fol.
Opera 6 , Concerts à quatre violons , une hautecontre
& deux baffes ,
Ouvrages pofthumes à deux violons & baffe , 3
in-fol.
Et autres Auteurs , Sonates à un violon & baffe
in-fol.
Et autres Auteurs , fix Sonates à 4,
7 in-4°.
Rogs paisible . Corelli,
Huit Sonates à deux flûtes ,
Albinoni.
& 6 parties ,
2 in-4°.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , Concert à deux violons h, c. taille &
baffe , 7 in -fol.
Opera 3 , Ballets à deux violons & baffe , 4 in-fol,
Sonates à un violon & baffe , grand
Opera 4 ,
in-4°.
Opera 5 , Concert à deux violons , h. c. taille &
baffe ,
7'in-fol.
h . c. & baffe ,
Sonates à un violon & baffe
Opera 6 , Sonates à un violon & baffe ,
Opera 7 , Concert à deux violons , haut- bois ,
Albinoni Tibaldi.
in-fol.
7 in-fol.
in-fel.
1
MARS. 1757. 219
Vivaldi.
Opera prima , Sonates à deux violons & baſſes ,
4 cahiers in-fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe , in-fol.
Concerts à quatre violons , haute-contre
Opera 3
& baffe
Opera 4,
bale ,
8 in-fol.
id. à trois violons , haute- contre &
6 in-fol.
Opera 5 , Sonates à un & deux violons & baffe
Opera 6 , Concerts à trois violons , haute- contre
2 in-fol,
& baffe ,
Opera 7 , de même ,
Bitti , Vivaldi & Torelli.
6 in-fol.
6 in-fol.
Concerts à cinq , fix , fept inftrumens , dont un
pour la trompette ou le haut-bois.
Veracini , Vivaldi , Alberti , Salvini , Torelli:
Concerts à trois violons , haute-contre & baffe ,
6 in-fol.
Moffi.
Opera prima , Sonates à un violon & baffe
grand ,
in-4®.
Opera 2 , Concerts à trois & cinq Inftrumens ,
6 in-fol.
Opera 3 , id. à quatre violons , haute- contre &
baffe ,
Moffi, Valentini & Vivaldi.
Concerts à cinq , à fix Inftrumens ,
Valentine.
7 in-fol.
7 in fot.
Opera prima , Symphonies à deux violons & baffe,
4 in-fol.
Opera 2 , Bifarreries , id .
Opera 3 , Fantaisies ; id.
4 in-fol.
4 in-fol.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Opera 4 , Idées à un violon & baffe , cab. in-fol.
Opera 5 , Sonates à deux violons , ou quatre hautescontre
& deux baſſes , ¨
4 in-fol.
Opera 7 , Concerts à deux & quatre violons , h. c.
& deux baffes , 8 in-fol.
Opera 8 , Sonates à deux violons & baffe , in-fol.
Albicafiro.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe ,
Opera 3 Sonates , id. >
Opera 4 , id. à deux violons & baffe
Operas , de même
Opera 6, Concerts à deux violons ,
& baffe
>
2 in-fol.
3 in-fol.
4 in-fol.
grand in-4°.
haute-contre
grand in-4°.
Opera 7 , Concerts à deux violons , haute- contrè
& baffe , sin-fol.
Opera 8 , Sonates à deux violons & baffe
4 in-fol.
>
Opera 9 , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°.
Paifible Pez.
Sonates à un violon ou hautbois & baffe , 4 in-fol.
Varacini.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in -fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe , 2 in-fol.
Operas , Sonates à deux violons & baffe , 3 in -fol.
Valentini , Vivaldi , Abinoni-Veracini, S. Martin-
Marcello , Rampin , Predifi.
Concerts à trois violons , haute- contre & baffe ,
6 in-fol.
Taglietty.
Opera 2 , Concerts à deux violons & baſſe ,
Opera 3 , Airs à un violon & baſſe
2
MARS. 1757. 221
haute- contre
S cahiers in-fol.
Opera 4 , Concerts à deux violons ,
& baffe ,
Opera 5 , Sonates à deux violons & baſſe , 4 in -fol.
Opera 6 , Concerts à deux & trois violons , haute-
Opera 8 , Concerts à quatre violons , haute- contre
contre & deux baſſes ,
& baffe ,
Opera 11 , de même ,
Balbi.
s in-fol.
7 in-fol.
7 in-fol.
Opera prima, Sonates à un violon & baffe, 3 in fol.
Opera 2 , de même grand in-4°.
Opera 3 , Sonates à deux violons & baffe , 4 in-fol.
Schickardt.
Opera prima , Sonates à une flûte & baſſe , grand
in-40.
Opera 2 , Sonates à un hautbois , ou violon &
baffe ,
grand in-4 °.
Opera 3 , Sonates à une flûte & baffe , 2 in-fol.
Opera 4 , Sonates à deux flûtes & baffe , 3 in-fol.
Opera , Sonates à une flûte , deux hautbois &
deux baffes ,
5 in-fol.
Opera 6 , Sonates à deux flûtes & baffe , 3 in-fol.
Sonates à deux hautbois , ou violon & Opera 7 >
baffe ,
Opera
8 , Sonates
à un hautbois
, ou violon
&
baffe ,
baffe ,
4 in-fol.
in -fol.
3 in -fol.
3 in-fol.
Opera 9 , Sonates à deux flûtes & baffe , ou fans
Opera 10 , Sonates à deux violons ou hautbois , &
´Alûte & baffe , ou fans baffe ,
Opera 11 , quatre Recueils de Menuets , deffus &
'baffe ,
Opera 12 , Principes de la flûte avec quarante- deux
Airs à deux flûtes ,
2 in-4°.
2 in-4° .
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
›
Opera 13 , Concerts à deux violons , deux hautbois
, ou violons & deux baffes , 6 cahiers in-fol .
Opera 14 , Sonates à une flûte , hautbois , ou violon
& deux baffes .
4in-fol.
Opera 15 , Principes de hautbois avec cinquantetrois
Airs de hautbois , 2 in-4°.
Opera 16 , Sonates à deux flûtes & baffe , 4 in-fol .
Opera 17 , Sonates à une flûte & baffe , grand
in-4°.
Opera 18 , Recueil d'Airs de mouvemens pour la
Aûte ,
in-4°.
Opera 19 , Concerts à quatre Aûtes & baffe , 6
in-fol.
Opera 20 , Sonates à une flûte , hautbois , ou
violon & baffe ,
Opera 21 , Airs à flûte & baffe ,
Opera 22 , Sonates à deux flûtes , un
Gafpardini & Schickardt.
baffe,
Airs à deux flûtes ,
Torelli.
grand in-4° .
3 in-fol:
haut-bois &
4 in-fol.
z in-fol.
Opera 2 , Concerts à deux violons & baffe , 4
in-fol.
Opera 4 , Sonates à un violon & baffe , 2 in-fol.
Operas , Concerts à deux violons , s in-fol.
Opera 6 , Concerts , id.
s in-fol.
Opera 7, Caprices à un violon & baffe , 2 in -fol.
Torelli & autres Auteurs.
Sonates à un violon & baffe ,
Bernardi Torelli .
2 in-4°.
Livre premier , Concert à quatre , cinq & fix parties
,
Albaco.
7 in-fol.
Opera prima , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°
MARS. 1757. 223
Opera 2 Concerts à deux violons , કે
haute- contre
& baffe , 5 cahiers in -fol
Opera 3 , Sonates à deux violons & baffle , 4 in-fol.
Opera 4 , Sonates à un violon & baffe , in-fol.
Operas , Concerts à quatre violons, haute - contre
& baffe , 8 in-fol.
Marini.
Opera 3 , Sonates à deux & trois violons , hautecontre
& baffe
6 in-fol.
Operas , Sonates à deux violons & baffe , 3 in-4°.
Opera 6 , Sonates à deux violons , haute - contre
´& baſſe ,
s in -fok.
Opera 7 , Sonates à deux violons & baffe , 4 in-fol.
Opera 8 , Sonates à un violon & baffe , grand
in-40.
Caldera.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , Sonates à trois violons & baffe , 4 in-fol.
Buonporti.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Ópera 2 , de même ,
Opera 4 ,
de même ,
Opera 6 de même ,
4 in-4°.
4 in-4°
4 in-4°.
Opera 7 , Sonates à un violon & baſſe , grand
in-4°.
C
Opera 8 , Cent Menucts à un violon & baffe ,
2 in-4°.
Opera 9 , Ballets à un violon & baffe , 2 in-4° .
Opera 10 , Sonates à un violon & baſſe , in-fol.
Pour la flûte , fix Sonates à deux flûtes & baffes ,
4 in-fol.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE:
L'Oueillet.
Opera prima , Sonates à une flûte & baffe , grand
cahiers in-4°.
Opera 2 , de même ,
Opera 3 , de même ,
Opera 4 ,
de même ,
grand in-4°.
grand in-4°.
grand in-4°.
•
Operas , livre premier , Sonates à une flûte- traverfiere
, hautbois ou violon , premier cahier
in-fol. Livre 2 , Sonates à deux Aûtes-traverfieres
, hautbois ou violon ,
Pepufch.
2 in-fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°.
Opera 5 ,
de même ,
Opera 6 , de même
grand in-fol.
grand in-4°.
Opera 7 , Concerts à deux flûtes à bec , deux flûtes-
traverfieres , hautbois , ou violon & baffe ,
6 in-fol.
Pez.
Opera prima , Concerts à deux violons & baffe ;
4 in -fol.
Operas , Sonates à deux violons & baſſe , 3 in-fol.
Opera 3 , Sonates , id.
Fings.
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux & trois violons &
baffe ,
4 in-fol.
Opera , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 4 & 6 , Sonates à deux flûtes & baffe ,
3 in-fol.
1
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Corbett.
Sonates à une trompette ou hautbois , deux vioMAR
S. 1757 . 225
lons & baffe , avec une ouverture & fuite à
deux trompettes , ou hautbois , deux violons ,
haute-contre & baffe .
Corbettes Fings.
Sonates à deux Aûtes & baffe ,
De Fefch.
3 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons , 2 in-fol.
Opera 2 , Concerts à quatre violons, haute- contre
& baffe .
Opera 3 , de même ,
Tibaldi.
7 in -fol.
7 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe'
4 in-fol.
Opera 2 , de même ,
Baldaffini.
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4in-fol.
Opera 2 , de même
Bianchi.
12 :44 in-fol
Opera prima, Sonates à deux violons & baffe ,
4 in- fol.
Opera 2 , Concerts à deux violons , haute- contre
& baffe ,
Ravencroft.
7 in -fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baſſe ;
4 in-fol.
Opera 2 , de même ,
Scherard.
4 in-fol
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ;
4 in -fol.
Opera 2 , de même >
Haim.
"
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe
4in-4°.
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
3 cahiers in-4 :
Opera 2 , de même ,
Matteis.
Trois Livres de Sonates à deux violons & baffe ;
10 infol.
Palbertir
Opera prima , Sonates à deux violons & baſſe ;
4 in-fol.
G. Malberti.
Opera prima , Sonates à trois violons , hautecontre
& baffe ,
Cavellio.
6 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Dallabella.
Opera prima , de même ,
Facer.
4 in-fol
Opera prima , Concerts à trois violons , hautecontre
& baffe ,
Garpardini.
4 in-fol.
Opera 2 Sonates à deux violons & baffe ;
>
4 in-fol.
Reali.
Opera prima , de même , To stol
Novelli.
4 in-fola
Opera prima , de même , 4 in-fol.
Motta.
Opera prima , Concerts à deux violons , hautecontre-
taille & baſſe ,
Fiore.
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à un violon & bafle
ain-fol.
MAR S. 1757 227
Opera 2 •
& baffe ,
Manfredini.
haute-contre
Ss cahiers in-fol.
Sonates à deux violons ,
Vanturini.
Opera prima , Concerts à quatre , cinq , fix ,
fept , huit , neuf inftrumens , 10 in-fol.
Franco.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffes ,
4 in-fol.
Franchi.
Opera prima , de même ,
Rells.
4in-fola
A cinq inftrumens , fix Sonates , dont trois à
trompettes ou hautbois , deux violons , une
haute- contre & baffe , & à trois flûtes , deux
hautbois ou violon & baffes , 6 in-fol.
Romano.
Livre premier , & deuxieme Sonate à deux flûtes
& baffe ,
Caftraci.
4 in-fol
Opera prima , Sonates à un violon & baffe , in-fol.
Germiniani.
Opera prima , de même ,.
Macharani
Marcello.
Opera prima , de même
Opera 2 Sonates à une flûte & baſſe ;
1
Coffini.
in-fol .
in-fol.
in-4°.
Opera prima , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°.
Visconti,
Opera prima , de même , grand in-4°.
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
D.
Opera prima , de même , grand cahiers in-4° ¿
Somis.
Opera prima , de même , in-4".
Vitali.
Opera 9, Sonates à deux violons & baſſes , grand
in-4°.
Gaillard & S.
3 in-4°.
Sonates à une flûte & baffe ,
Bononcini.
'Airs à deux flûtes , ou deux violons & baffes , 3
i
in-4°.
Mule.
Opera prima, Sonates à un hautbois , deux violons,
ou hautbois , haute-contre & baffes , 6 in-fol.
MUSIQUE.
Baflani.
;
Motets à voix feule, deux violons & baffe, 4 in -fol.
Opera 11 , id. à une , deux trois & quatre voix ,
deux violons & baffe , 8 in-fol.
Opera 12 , id. à voix feute , deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 13 ,
de même
4 in-fot.
Opera 20 , Menuets à plufieurs parties , 14 in -fol.
Opera 24 , Motets à deux & trois voix , deux vio-
Opera 26 , Motets à un , deux , trois voix , & à
lons & baffes ,
7 in-fot.
trois & cinq inftrumens , 7 in-fol
sin-fol.
Opera 27 , Motets à voix feule , deux violons &
baffe >
Scarlati.
Opera 2 , Moters à une, deux , trois & quatre voix
& Symphonie, 8. in-fol
MAR S. 1757. 229
Batiftini.
Opera 2 , Motets àune , deux & trois voix & Sym-
8 cahiers in-fol. phonie ,
D'Ave.
Opera prima , Motets à deux , trois , quatre & cinq
voix, & Symphonie ,
Fioco.
11 in-fol.
Opera prima , Motets à quatre voix & quatre inftrumens
,
Allegri.
8 in-fol.
Opera prima , Motets à voix feule , deux violons
• & baffe ,
Aldovrandini.
s in-fol.
Opera prima , Moters à deux & trois voix & Symphonies
,
Cantates de Pifiochi ,
7 in-fol.
in-fol.
Cantates & Ariettes de Pallakoli , à voix ſeule &
deux violons ,
3 in-4°.
Cantates & Ariettes de le Grand , à voix feule , &
avec Symphonie & fans Symphonie , in-4°.
Cantates de Scarlati , à une & deux voix , in-4°.
Cantates de Caldara & autresAuteurs, à une & deux
voix, avec Symphonie & fans Symphonie, in-4°.
Dix Airs Italiens ,
in-12.
Ces Livres de Mufique font très-bien conditionnés
chaque Oeuvre eft renfermé dans un carton
de relieure en veau , avec des attaches de ru
bans , & les titres fur les redos.
On s'adreffera , pour voir cette Collection , chez
M. de la Garde , rue du Chantre Saint Honoré ,
à Paris.
On ne vendra ce Cabinet qu'en entier.
D'un Cabinet de Musique Italienne, à vendre,
Corelli.
LIVRE premier , Sonates à premier & fecond
deffus , flûtes & baffes ,
3 cahiers in-fol.
Livre 2 , Sonates à deux flûtes & baffes , 3 in-fol
Livre 3 , Sonates à deux flûtes & baffes , 3 in-fol
Livre 6 , de même ,
Livre premier, fuite à un claveffin , un violon &
baffe
4 in-fol
3 in-fol
K
218 MERCURE DE FRANCE:
Livre 2 , de même`, 3 cahiers in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , de même ,
Opera 3 , de même ,
Opera 4 , de même ,
Operas , id. à un violon & baffe , avec les agrémens
,
Le même à parties féparées ,
4 in-fol.
4 in-fol.
4 in-fol.
in-fol.
3 in-fol.
7 in-fol.
Opera 6 , Concerts à quatre violons , une hautecontre
& deux baffes ,
Ouvrages pofthumes à deux violons & baffe , 3
in-fol.
Et autres Auteurs , Sonates à un violon & baffe
in-fol.
Et autres Auteurs , fix Sonates à 4,
7 in-4°.
Rogs paisible . Corelli,
Huit Sonates à deux flûtes ,
Albinoni.
& 6 parties ,
2 in-4°.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , Concert à deux violons h, c. taille &
baffe , 7 in -fol.
Opera 3 , Ballets à deux violons & baffe , 4 in-fol,
Sonates à un violon & baffe , grand
Opera 4 ,
in-4°.
Opera 5 , Concert à deux violons , h. c. taille &
baffe ,
7'in-fol.
h . c. & baffe ,
Sonates à un violon & baffe
Opera 6 , Sonates à un violon & baffe ,
Opera 7 , Concert à deux violons , haut- bois ,
Albinoni Tibaldi.
in-fol.
7 in-fol.
in-fel.
1
MARS. 1757. 219
Vivaldi.
Opera prima , Sonates à deux violons & baſſes ,
4 cahiers in-fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe , in-fol.
Concerts à quatre violons , haute-contre
Opera 3
& baffe
Opera 4,
bale ,
8 in-fol.
id. à trois violons , haute- contre &
6 in-fol.
Opera 5 , Sonates à un & deux violons & baffe
Opera 6 , Concerts à trois violons , haute- contre
2 in-fol,
& baffe ,
Opera 7 , de même ,
Bitti , Vivaldi & Torelli.
6 in-fol.
6 in-fol.
Concerts à cinq , fix , fept inftrumens , dont un
pour la trompette ou le haut-bois.
Veracini , Vivaldi , Alberti , Salvini , Torelli:
Concerts à trois violons , haute-contre & baffe ,
6 in-fol.
Moffi.
Opera prima , Sonates à un violon & baffe
grand ,
in-4®.
Opera 2 , Concerts à trois & cinq Inftrumens ,
6 in-fol.
Opera 3 , id. à quatre violons , haute- contre &
baffe ,
Moffi, Valentini & Vivaldi.
Concerts à cinq , à fix Inftrumens ,
Valentine.
7 in-fol.
7 in fot.
Opera prima , Symphonies à deux violons & baffe,
4 in-fol.
Opera 2 , Bifarreries , id .
Opera 3 , Fantaisies ; id.
4 in-fol.
4 in-fol.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Opera 4 , Idées à un violon & baffe , cab. in-fol.
Opera 5 , Sonates à deux violons , ou quatre hautescontre
& deux baſſes , ¨
4 in-fol.
Opera 7 , Concerts à deux & quatre violons , h. c.
& deux baffes , 8 in-fol.
Opera 8 , Sonates à deux violons & baffe , in-fol.
Albicafiro.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe ,
Opera 3 Sonates , id. >
Opera 4 , id. à deux violons & baffe
Operas , de même
Opera 6, Concerts à deux violons ,
& baffe
>
2 in-fol.
3 in-fol.
4 in-fol.
grand in-4°.
haute-contre
grand in-4°.
Opera 7 , Concerts à deux violons , haute- contrè
& baffe , sin-fol.
Opera 8 , Sonates à deux violons & baffe
4 in-fol.
>
Opera 9 , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°.
Paifible Pez.
Sonates à un violon ou hautbois & baffe , 4 in-fol.
Varacini.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in -fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe , 2 in-fol.
Operas , Sonates à deux violons & baffe , 3 in -fol.
Valentini , Vivaldi , Abinoni-Veracini, S. Martin-
Marcello , Rampin , Predifi.
Concerts à trois violons , haute- contre & baffe ,
6 in-fol.
Taglietty.
Opera 2 , Concerts à deux violons & baſſe ,
Opera 3 , Airs à un violon & baſſe
2
MARS. 1757. 221
haute- contre
S cahiers in-fol.
Opera 4 , Concerts à deux violons ,
& baffe ,
Opera 5 , Sonates à deux violons & baſſe , 4 in -fol.
Opera 6 , Concerts à deux & trois violons , haute-
Opera 8 , Concerts à quatre violons , haute- contre
contre & deux baſſes ,
& baffe ,
Opera 11 , de même ,
Balbi.
s in-fol.
7 in-fol.
7 in-fol.
Opera prima, Sonates à un violon & baffe, 3 in fol.
Opera 2 , de même grand in-4°.
Opera 3 , Sonates à deux violons & baffe , 4 in-fol.
Schickardt.
Opera prima , Sonates à une flûte & baſſe , grand
in-40.
Opera 2 , Sonates à un hautbois , ou violon &
baffe ,
grand in-4 °.
Opera 3 , Sonates à une flûte & baffe , 2 in-fol.
Opera 4 , Sonates à deux flûtes & baffe , 3 in-fol.
Opera , Sonates à une flûte , deux hautbois &
deux baffes ,
5 in-fol.
Opera 6 , Sonates à deux flûtes & baffe , 3 in-fol.
Sonates à deux hautbois , ou violon & Opera 7 >
baffe ,
Opera
8 , Sonates
à un hautbois
, ou violon
&
baffe ,
baffe ,
4 in-fol.
in -fol.
3 in -fol.
3 in-fol.
Opera 9 , Sonates à deux flûtes & baffe , ou fans
Opera 10 , Sonates à deux violons ou hautbois , &
´Alûte & baffe , ou fans baffe ,
Opera 11 , quatre Recueils de Menuets , deffus &
'baffe ,
Opera 12 , Principes de la flûte avec quarante- deux
Airs à deux flûtes ,
2 in-4°.
2 in-4° .
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
›
Opera 13 , Concerts à deux violons , deux hautbois
, ou violons & deux baffes , 6 cahiers in-fol .
Opera 14 , Sonates à une flûte , hautbois , ou violon
& deux baffes .
4in-fol.
Opera 15 , Principes de hautbois avec cinquantetrois
Airs de hautbois , 2 in-4°.
Opera 16 , Sonates à deux flûtes & baffe , 4 in-fol .
Opera 17 , Sonates à une flûte & baffe , grand
in-4°.
Opera 18 , Recueil d'Airs de mouvemens pour la
Aûte ,
in-4°.
Opera 19 , Concerts à quatre Aûtes & baffe , 6
in-fol.
Opera 20 , Sonates à une flûte , hautbois , ou
violon & baffe ,
Opera 21 , Airs à flûte & baffe ,
Opera 22 , Sonates à deux flûtes , un
Gafpardini & Schickardt.
baffe,
Airs à deux flûtes ,
Torelli.
grand in-4° .
3 in-fol:
haut-bois &
4 in-fol.
z in-fol.
Opera 2 , Concerts à deux violons & baffe , 4
in-fol.
Opera 4 , Sonates à un violon & baffe , 2 in-fol.
Operas , Concerts à deux violons , s in-fol.
Opera 6 , Concerts , id.
s in-fol.
Opera 7, Caprices à un violon & baffe , 2 in -fol.
Torelli & autres Auteurs.
Sonates à un violon & baffe ,
Bernardi Torelli .
2 in-4°.
Livre premier , Concert à quatre , cinq & fix parties
,
Albaco.
7 in-fol.
Opera prima , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°
MARS. 1757. 223
Opera 2 Concerts à deux violons , કે
haute- contre
& baffe , 5 cahiers in -fol
Opera 3 , Sonates à deux violons & baffle , 4 in-fol.
Opera 4 , Sonates à un violon & baffe , in-fol.
Operas , Concerts à quatre violons, haute - contre
& baffe , 8 in-fol.
Marini.
Opera 3 , Sonates à deux & trois violons , hautecontre
& baffe
6 in-fol.
Operas , Sonates à deux violons & baffe , 3 in-4°.
Opera 6 , Sonates à deux violons , haute - contre
´& baſſe ,
s in -fok.
Opera 7 , Sonates à deux violons & baffe , 4 in-fol.
Opera 8 , Sonates à un violon & baffe , grand
in-40.
Caldera.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , Sonates à trois violons & baffe , 4 in-fol.
Buonporti.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Ópera 2 , de même ,
Opera 4 ,
de même ,
Opera 6 de même ,
4 in-4°.
4 in-4°
4 in-4°.
Opera 7 , Sonates à un violon & baſſe , grand
in-4°.
C
Opera 8 , Cent Menucts à un violon & baffe ,
2 in-4°.
Opera 9 , Ballets à un violon & baffe , 2 in-4° .
Opera 10 , Sonates à un violon & baſſe , in-fol.
Pour la flûte , fix Sonates à deux flûtes & baffes ,
4 in-fol.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE:
L'Oueillet.
Opera prima , Sonates à une flûte & baffe , grand
cahiers in-4°.
Opera 2 , de même ,
Opera 3 , de même ,
Opera 4 ,
de même ,
grand in-4°.
grand in-4°.
grand in-4°.
•
Operas , livre premier , Sonates à une flûte- traverfiere
, hautbois ou violon , premier cahier
in-fol. Livre 2 , Sonates à deux Aûtes-traverfieres
, hautbois ou violon ,
Pepufch.
2 in-fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°.
Opera 5 ,
de même ,
Opera 6 , de même
grand in-fol.
grand in-4°.
Opera 7 , Concerts à deux flûtes à bec , deux flûtes-
traverfieres , hautbois , ou violon & baffe ,
6 in-fol.
Pez.
Opera prima , Concerts à deux violons & baffe ;
4 in -fol.
Operas , Sonates à deux violons & baſſe , 3 in-fol.
Opera 3 , Sonates , id.
Fings.
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux & trois violons &
baffe ,
4 in-fol.
Opera , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 4 & 6 , Sonates à deux flûtes & baffe ,
3 in-fol.
1
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Corbett.
Sonates à une trompette ou hautbois , deux vioMAR
S. 1757 . 225
lons & baffe , avec une ouverture & fuite à
deux trompettes , ou hautbois , deux violons ,
haute-contre & baffe .
Corbettes Fings.
Sonates à deux Aûtes & baffe ,
De Fefch.
3 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons , 2 in-fol.
Opera 2 , Concerts à quatre violons, haute- contre
& baffe .
Opera 3 , de même ,
Tibaldi.
7 in -fol.
7 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe'
4 in-fol.
Opera 2 , de même ,
Baldaffini.
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4in-fol.
Opera 2 , de même
Bianchi.
12 :44 in-fol
Opera prima, Sonates à deux violons & baffe ,
4 in- fol.
Opera 2 , Concerts à deux violons , haute- contre
& baffe ,
Ravencroft.
7 in -fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baſſe ;
4 in-fol.
Opera 2 , de même ,
Scherard.
4 in-fol
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ;
4 in -fol.
Opera 2 , de même >
Haim.
"
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe
4in-4°.
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
3 cahiers in-4 :
Opera 2 , de même ,
Matteis.
Trois Livres de Sonates à deux violons & baffe ;
10 infol.
Palbertir
Opera prima , Sonates à deux violons & baſſe ;
4 in-fol.
G. Malberti.
Opera prima , Sonates à trois violons , hautecontre
& baffe ,
Cavellio.
6 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Dallabella.
Opera prima , de même ,
Facer.
4 in-fol
Opera prima , Concerts à trois violons , hautecontre
& baffe ,
Garpardini.
4 in-fol.
Opera 2 Sonates à deux violons & baffe ;
>
4 in-fol.
Reali.
Opera prima , de même , To stol
Novelli.
4 in-fola
Opera prima , de même , 4 in-fol.
Motta.
Opera prima , Concerts à deux violons , hautecontre-
taille & baſſe ,
Fiore.
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à un violon & bafle
ain-fol.
MAR S. 1757 227
Opera 2 •
& baffe ,
Manfredini.
haute-contre
Ss cahiers in-fol.
Sonates à deux violons ,
Vanturini.
Opera prima , Concerts à quatre , cinq , fix ,
fept , huit , neuf inftrumens , 10 in-fol.
Franco.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffes ,
4 in-fol.
Franchi.
Opera prima , de même ,
Rells.
4in-fola
A cinq inftrumens , fix Sonates , dont trois à
trompettes ou hautbois , deux violons , une
haute- contre & baffe , & à trois flûtes , deux
hautbois ou violon & baffes , 6 in-fol.
Romano.
Livre premier , & deuxieme Sonate à deux flûtes
& baffe ,
Caftraci.
4 in-fol
Opera prima , Sonates à un violon & baffe , in-fol.
Germiniani.
Opera prima , de même ,.
Macharani
Marcello.
Opera prima , de même
Opera 2 Sonates à une flûte & baſſe ;
1
Coffini.
in-fol .
in-fol.
in-4°.
Opera prima , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°.
Visconti,
Opera prima , de même , grand in-4°.
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
D.
Opera prima , de même , grand cahiers in-4° ¿
Somis.
Opera prima , de même , in-4".
Vitali.
Opera 9, Sonates à deux violons & baſſes , grand
in-4°.
Gaillard & S.
3 in-4°.
Sonates à une flûte & baffe ,
Bononcini.
'Airs à deux flûtes , ou deux violons & baffes , 3
i
in-4°.
Mule.
Opera prima, Sonates à un hautbois , deux violons,
ou hautbois , haute-contre & baffes , 6 in-fol.
MUSIQUE.
Baflani.
;
Motets à voix feule, deux violons & baffe, 4 in -fol.
Opera 11 , id. à une , deux trois & quatre voix ,
deux violons & baffe , 8 in-fol.
Opera 12 , id. à voix feute , deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 13 ,
de même
4 in-fot.
Opera 20 , Menuets à plufieurs parties , 14 in -fol.
Opera 24 , Motets à deux & trois voix , deux vio-
Opera 26 , Motets à un , deux , trois voix , & à
lons & baffes ,
7 in-fot.
trois & cinq inftrumens , 7 in-fol
sin-fol.
Opera 27 , Motets à voix feule , deux violons &
baffe >
Scarlati.
Opera 2 , Moters à une, deux , trois & quatre voix
& Symphonie, 8. in-fol
MAR S. 1757. 229
Batiftini.
Opera 2 , Motets àune , deux & trois voix & Sym-
8 cahiers in-fol. phonie ,
D'Ave.
Opera prima , Motets à deux , trois , quatre & cinq
voix, & Symphonie ,
Fioco.
11 in-fol.
Opera prima , Motets à quatre voix & quatre inftrumens
,
Allegri.
8 in-fol.
Opera prima , Motets à voix feule , deux violons
• & baffe ,
Aldovrandini.
s in-fol.
Opera prima , Moters à deux & trois voix & Symphonies
,
Cantates de Pifiochi ,
7 in-fol.
in-fol.
Cantates & Ariettes de Pallakoli , à voix ſeule &
deux violons ,
3 in-4°.
Cantates & Ariettes de le Grand , à voix feule , &
avec Symphonie & fans Symphonie , in-4°.
Cantates de Scarlati , à une & deux voix , in-4°.
Cantates de Caldara & autresAuteurs, à une & deux
voix, avec Symphonie & fans Symphonie, in-4°.
Dix Airs Italiens ,
in-12.
Ces Livres de Mufique font très-bien conditionnés
chaque Oeuvre eft renfermé dans un carton
de relieure en veau , avec des attaches de ru
bans , & les titres fur les redos.
On s'adreffera , pour voir cette Collection , chez
M. de la Garde , rue du Chantre Saint Honoré ,
à Paris.
On ne vendra ce Cabinet qu'en entier.
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Résumé : CATALOGUE D'un Cabinet de Musique Italienne, à vendre. Corelli.
Le document est un catalogue de musique italienne à vendre, publié en mars 1757. Il présente une variété d'œuvres de différents compositeurs, principalement sous forme de sonates, concertos et autres compositions instrumentales. Les œuvres sont classées par compositeurs et par opus ou livres. Parmi les compositeurs mentionnés figurent Corelli, Albinoni, Vivaldi, Moffi, Valentini, Veracini, Schickardt, Torelli, Marini, Buonporti, et plusieurs autres. Les formats des œuvres varient, incluant des in-folio, in-4°, et des cahiers. Les instruments mentionnés incluent les violons, flûtes, hautbois, basses, et autres. Le catalogue détaille également des recueils de menuets, airs, et motets. Chaque œuvre est soigneusement conditionnée dans des cartons de reliure en veau avec des attaches de ruban. Le texte annonce également la vente d'une collection de bans et de titres relatifs aux redos. Pour consulter cette collection, il est nécessaire de se rendre chez M. de la Garde, situé rue du Chantre Saint Honoré à Paris. Il est précisé que cette collection ne sera vendue qu'en totalité, et non par lots séparés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 174-177
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
Début :
LE Mardi 1 Février les Comédiens François représenterent le Glorieux [...]
Mots clefs :
Comédie, Spectacles, Ballet, Musique
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
SPECTACLES DE LA COUR A VER
SAILLES,
LE Mardi 1 Février les Comédiens
François repréfenterent le Glorieux
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu fieur NÉRICAULT DESTOUCHES .
Le fieur BELCOUR y jouoit le principal
rôle ( a ) . Pour feconde Piéce les
Orignaux , Comédie en un Acte , en
profe , du feu fieur FAGAN (b).
(a) Premiére Repréſentation en 17320
(b ) En 1737.
}
座
MARS. 1763. 175
€ Le Mercredi il n'y a point eu de
fpectacle à caufe de la Fête .
Le Jeudi les mêmes Comédiens re-
3
préfenterent Zulime , Tragédie du fieur
de VOLTAIRE (c). La Dile CLAIRON
jouoit le rôle de Zulime. La Dlle Du-
BOIS celui d'Atide ; la Dile PREVILLE
celui de Serame. Les rôles de Benafar
& de fon confident étoient remplis par
les fieurs BRISART & DUBOIS : ceux
de Ramir & du Confident, par les fieurs
le KAIN & d'AUBERVAL. La Tragédie
fut fuivie de l'Indifcret , Comédie
en un Acte en vers du même Auteur
(d) ..
"
Le Mardi 8 on repréfenta l'Esprit
follet , Comédie en 5 Actes & en vers
du feu fieur HAUTEROCHE ( e) , qui
fut fuivie du Cocherfuppofé (f) , Comédie
en un Acte & en profe du même
Auteur.
Le lendemain 9 les Comédiens Italiens
repréſenterent la Cantatrice , Comédie
Italienne , dans laquelle la Dlle
PICCINELLI exécutoit le rôle de Cantatrice.
Cette Comédie précédoit Ver-
(c) En 2740.
( d) En 1725.11
( e )En 1684.
f)Dans la même année.
Ħ iv
176 MERCURE DE FRANCE.
tumne & Pomone , ballet en un Acte ;
( extrait du ballet des Elémens ) repréfenté
par l'Académie Royale de Mufique
, conjointement avec la Mufique du
Roi. Le Poëme de ce Ballet eft du fieur
ROY , Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
La Mufique , du feu fieur DESTOUCHES
. Les rôles de Vertumne & de
Pan furent exécutés par les fieurs GELIOTE
& GELIN ; celui de Pomone
par la Dile ARNOULD. Les Grâces &
l'expreffion des chants de ce ballet , l'ef
prit & l'agrément qui régnent dans le
Poëme , les talens fi connus & fi admirés
des Acteurs qui en rendoient les
principaux rôles , tant de charmes réunis
ne pouvoient manquer de plaire & de
rendre cette repréſentation très-agréable.
La Dlle LANI danfoit feule une
principale entrée dans les Bergeres . Le
fieur CAMPIONI & la Dlle DUMONCEAU
un pas de deux, Les fieurs LAVAL
& GARDEL danfoient dans les
Faunes , ainfi que les fieurs d'AUBERVAL
, GROSSET & CAMPIONI . Le
fieur LANI & la Dlle ALLARD exécutoient
les principales entrées dans les
Paftres.
"
Le Jeudi 10 , les Comédiens François
repréſenterent Mérope , Tragédie du
fieur de VOLTAIRE , dans laquelle la
MARS. 1763 . 177
Dlle DUMESNIL joua le rôle de Mérope.
(g).
Pour feconde Pièce le Galant Coureur
, Comédie en un Acte en profe du
feu fieur le GRAND ( h ) . Le fieur Mo-
LE y jouoit le principal rôle .
Le Mardi 15 , dernier jour du Carnaval
, par extraordinaire , les Sujets de la
Comédie Italienne -exécuterent à la
Cour deux Opéra- Comiques ; le Roi &
le Fermier , Paroles du fieur SEDAINE ,
Mufique du fieur MONCIGNI & On ne
s'avife jamais de tout.
On donnera dans le Mercure prochain
le Journal des autres repréfentations
jufques à la clôture.
.. N. B. Nous n'avons fait qu'annoncer
fommairement , dans le précédent
Vol. les premiers BALS DE LA COUR.
Nous ne doutons pas que nos Lecteurs
n'en defirent une relation détaillée jufques
à la fin du Carnaval : mais comme
ce genre de Spectacles doit à tous égards
être diftingué des repréfentations theatrales
dont nous venons de rendre compte
, on en a fait un Article particulier.
que l'on trouvera après notre Article des
Théâtres & autres Spectacles ordinaires .
(g) Première fois en 1743-
(h) En 1722.
SAILLES,
LE Mardi 1 Février les Comédiens
François repréfenterent le Glorieux
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu fieur NÉRICAULT DESTOUCHES .
Le fieur BELCOUR y jouoit le principal
rôle ( a ) . Pour feconde Piéce les
Orignaux , Comédie en un Acte , en
profe , du feu fieur FAGAN (b).
(a) Premiére Repréſentation en 17320
(b ) En 1737.
}
座
MARS. 1763. 175
€ Le Mercredi il n'y a point eu de
fpectacle à caufe de la Fête .
Le Jeudi les mêmes Comédiens re-
3
préfenterent Zulime , Tragédie du fieur
de VOLTAIRE (c). La Dile CLAIRON
jouoit le rôle de Zulime. La Dlle Du-
BOIS celui d'Atide ; la Dile PREVILLE
celui de Serame. Les rôles de Benafar
& de fon confident étoient remplis par
les fieurs BRISART & DUBOIS : ceux
de Ramir & du Confident, par les fieurs
le KAIN & d'AUBERVAL. La Tragédie
fut fuivie de l'Indifcret , Comédie
en un Acte en vers du même Auteur
(d) ..
"
Le Mardi 8 on repréfenta l'Esprit
follet , Comédie en 5 Actes & en vers
du feu fieur HAUTEROCHE ( e) , qui
fut fuivie du Cocherfuppofé (f) , Comédie
en un Acte & en profe du même
Auteur.
Le lendemain 9 les Comédiens Italiens
repréſenterent la Cantatrice , Comédie
Italienne , dans laquelle la Dlle
PICCINELLI exécutoit le rôle de Cantatrice.
Cette Comédie précédoit Ver-
(c) En 2740.
( d) En 1725.11
( e )En 1684.
f)Dans la même année.
Ħ iv
176 MERCURE DE FRANCE.
tumne & Pomone , ballet en un Acte ;
( extrait du ballet des Elémens ) repréfenté
par l'Académie Royale de Mufique
, conjointement avec la Mufique du
Roi. Le Poëme de ce Ballet eft du fieur
ROY , Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
La Mufique , du feu fieur DESTOUCHES
. Les rôles de Vertumne & de
Pan furent exécutés par les fieurs GELIOTE
& GELIN ; celui de Pomone
par la Dile ARNOULD. Les Grâces &
l'expreffion des chants de ce ballet , l'ef
prit & l'agrément qui régnent dans le
Poëme , les talens fi connus & fi admirés
des Acteurs qui en rendoient les
principaux rôles , tant de charmes réunis
ne pouvoient manquer de plaire & de
rendre cette repréſentation très-agréable.
La Dlle LANI danfoit feule une
principale entrée dans les Bergeres . Le
fieur CAMPIONI & la Dlle DUMONCEAU
un pas de deux, Les fieurs LAVAL
& GARDEL danfoient dans les
Faunes , ainfi que les fieurs d'AUBERVAL
, GROSSET & CAMPIONI . Le
fieur LANI & la Dlle ALLARD exécutoient
les principales entrées dans les
Paftres.
"
Le Jeudi 10 , les Comédiens François
repréſenterent Mérope , Tragédie du
fieur de VOLTAIRE , dans laquelle la
MARS. 1763 . 177
Dlle DUMESNIL joua le rôle de Mérope.
(g).
Pour feconde Pièce le Galant Coureur
, Comédie en un Acte en profe du
feu fieur le GRAND ( h ) . Le fieur Mo-
LE y jouoit le principal rôle .
Le Mardi 15 , dernier jour du Carnaval
, par extraordinaire , les Sujets de la
Comédie Italienne -exécuterent à la
Cour deux Opéra- Comiques ; le Roi &
le Fermier , Paroles du fieur SEDAINE ,
Mufique du fieur MONCIGNI & On ne
s'avife jamais de tout.
On donnera dans le Mercure prochain
le Journal des autres repréfentations
jufques à la clôture.
.. N. B. Nous n'avons fait qu'annoncer
fommairement , dans le précédent
Vol. les premiers BALS DE LA COUR.
Nous ne doutons pas que nos Lecteurs
n'en defirent une relation détaillée jufques
à la fin du Carnaval : mais comme
ce genre de Spectacles doit à tous égards
être diftingué des repréfentations theatrales
dont nous venons de rendre compte
, on en a fait un Article particulier.
que l'on trouvera après notre Article des
Théâtres & autres Spectacles ordinaires .
(g) Première fois en 1743-
(h) En 1722.
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
En février et mars 1763, la cour de Versailles a organisé divers spectacles. Le 1er février, les comédiens français ont joué 'Le Glorieux' de Néricault Destouches, avec Belcour dans le rôle principal, et 'Les Orignaux' de Fagan. Le 3 mars, ils ont représenté 'Zulime' et 'L'Indiscret' de Voltaire, avec Clairon dans le rôle-titre de la première pièce. Le 8 mars, 'L'Esprit follet' de Hauteroche et 'Le Cocher supposé' ont été présentés. Le 9 mars, les comédiens italiens ont joué 'La Cantatrice', suivi du ballet 'Vertumne et Pomone' de l'Académie Royale de Musique. Le 10 mars, 'Mérope' de Voltaire et 'Le Galant Coureur' de Le Grand ont été présentés. Le 15 mars, les sujets de la comédie italienne ont exécuté les opéras-comiques 'Le Roi et le Fermier' de Sedaine et Moncigni. Le texte mentionne également des bals de la cour et des représentations théâtrales ordinaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 212-214
PREMIER BAL, le Lundi 17 Janvier.
Début :
Le Sujet du Ballet, étoit les SAISONS Ce Ballet étoit [...]
Mots clefs :
Quadrille, Marquis, Comtesse, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : PREMIER BAL, le Lundi 17 Janvier.
PREMIER BAL , le Lundi 17 Janvier.
Le Sujet du Ballet , étoit les SAISONS
.
Ce Ballet étoit divifé en 4 Quadrilles,
defquels voici la diftribution.
MARS. 1763.
213
LE PRINTEMPS.
M. le Prince de GUIMENÉ .
M. le Marquis de LAVAIR.
Mde la Princeffe de CHIMAI .
Mde la Comteffe d'ESPARBES .
L'ÉTÉ.
M. le Prince de BOURNONVILLE .
M. le Marquis d'HARCOURT.
Mde la Princeffe de GUIMENÉ.
Mde la Comteffe de LAN MARIE.
L'AUTOMNE
M. le Marquis de VAUDREUIL.
M. le Marquis de SERAN.
Mde la Marquife de DURAS.
Mde la Comteffe de l'ILLEBONNE .
L'HYV ER.
M. le Marquis d'Entragues.
M. le Chevalier de CLERMOnt.
Mde la Comteffe de MAILLY .
Mde la Comteffe de SALUCES.
214 MERCURE DE FRANCE .
1
Ces Quadrilles , dont les Perfonnages
étoient vêtus dans les caractères propres
à chaque Saifon , entrerent fur une
marche
, à quelque diftance l'un de
l'autre , par le fond de la partie ceintrée
de la falle , en face des loges de Leurs-
MAJESTÉS.ChaqueQuadrille danfa fucceffivement
fon Entrée,& elles fe réunirent
enfuite toutes les quatre dans une
Entrée générale qui terminoit ce Ballet.
Il fut applaudi par des battemens de
mains réïtérés. La Cour le redemanda ,
& il fut danfé une feconde fois dans cé
même Bal.
Les Entrées de l'Hyver & de l'Été
étoient de la compofition du fieur de
Heffe , Comédien ordinaire du Roi au
Théâtre Italien. Les deux autres & le
Ballet général étoient du fieur Gardel,
de l'Académie Royale de Mufique .
Le Sujet du Ballet , étoit les SAISONS
.
Ce Ballet étoit divifé en 4 Quadrilles,
defquels voici la diftribution.
MARS. 1763.
213
LE PRINTEMPS.
M. le Prince de GUIMENÉ .
M. le Marquis de LAVAIR.
Mde la Princeffe de CHIMAI .
Mde la Comteffe d'ESPARBES .
L'ÉTÉ.
M. le Prince de BOURNONVILLE .
M. le Marquis d'HARCOURT.
Mde la Princeffe de GUIMENÉ.
Mde la Comteffe de LAN MARIE.
L'AUTOMNE
M. le Marquis de VAUDREUIL.
M. le Marquis de SERAN.
Mde la Marquife de DURAS.
Mde la Comteffe de l'ILLEBONNE .
L'HYV ER.
M. le Marquis d'Entragues.
M. le Chevalier de CLERMOnt.
Mde la Comteffe de MAILLY .
Mde la Comteffe de SALUCES.
214 MERCURE DE FRANCE .
1
Ces Quadrilles , dont les Perfonnages
étoient vêtus dans les caractères propres
à chaque Saifon , entrerent fur une
marche
, à quelque diftance l'un de
l'autre , par le fond de la partie ceintrée
de la falle , en face des loges de Leurs-
MAJESTÉS.ChaqueQuadrille danfa fucceffivement
fon Entrée,& elles fe réunirent
enfuite toutes les quatre dans une
Entrée générale qui terminoit ce Ballet.
Il fut applaudi par des battemens de
mains réïtérés. La Cour le redemanda ,
& il fut danfé une feconde fois dans cé
même Bal.
Les Entrées de l'Hyver & de l'Été
étoient de la compofition du fieur de
Heffe , Comédien ordinaire du Roi au
Théâtre Italien. Les deux autres & le
Ballet général étoient du fieur Gardel,
de l'Académie Royale de Mufique .
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Résumé : PREMIER BAL, le Lundi 17 Janvier.
Le premier bal de l'année 1763 se tint le lundi 17 janvier. Le ballet, intitulé 'Les Saisons', était divisé en quatre quadrilles représentant chacune une saison. Pour 'Le Printemps', les rôles étaient tenus par M. le Prince de Guiméné, M. le Marquis de Lavair, Mde la Princesse de Chimai et Mde la Comtesse d'Esparbes. Pour 'L'Été', les danseurs étaient M. le Prince de Bournonville, M. le Marquis d'Harcourt, Mde la Princesse de Guiméné et Mde la Comtesse de Lan Marie. 'L'Automne' voyait la participation de M. le Marquis de Vaudreuil, M. le Marquis de Seran, Mde la Marquise de Duras et Mde la Comtesse de l'Illebonne. Enfin, 'L'Hiver' était interprété par M. le Marquis d'Entragues, le Chevalier de Clermont, Mde la Comtesse de Mailly et Mde la Comtesse de Saluces. Les personnages étaient habillés en fonction des caractéristiques de chaque saison. Les quadrilles entrèrent en marchant à distance les uns des autres, face aux loges des Majestés, et dansèrent successivement avant de se réunir pour une entrée générale. Le ballet fut acclamé et redemandé par la Cour, qui le fit danser une seconde fois lors du même bal. Les entrées de 'L'Hiver' et 'L'Été' étaient composées par le sieur de Heffe, tandis que les deux autres entrées et le ballet général étaient de la composition du sieur Gardel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 224-232
CINQUIÈME BAL, le 14 Février.
Début :
Le Mai Flamand fut le Sujet d'un nouveau Ballet, pour cette dernière [...]
Mots clefs :
Seigneur, Cœur, Ballet, Filles
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texteReconnaissance textuelle : CINQUIÈME BAL, le 14 Février.
CINQUIÈME BAL , le 14 Février.
Le Mai Flamand fut le Sujet d'un
nouveau Ballet , pour cette dernière
Nuit. Plus Pantomime , plus en action
& plus compofé qu'aucun des précédens
, nous allons éffayer de détailler
la compofition & les parties du tableau
qu'il repréfentoit. L'objet en étoit l'hom
mage rendu les habitans d'un canton
de Flandres à un ancien & très - grand
Seigneur de ce Pays. On fuppofe quel'action
de cet hommage étoit de planter un
Mai devant fon château , avec tout
l'appareil & toute la gaîé des fêtes qui
peuvent embellir cette forte de cérémonial
champêtre.
par
Ainfi cela formoit deux corps de ballet
diftingués. L'un compofé du Seigneur
avec fa famille , les Seigneurs & Dames
de fa Cour ou de fa compagnie , &
tout le cortége qui accompagnoit les
Seigneurs de ce pays. Dans l'autre corps
de Ballet étoient les Habitans avec un
Bourgmestre à leur tête.
ر
MARS. 1763. 225
La Salle du Bal repréfentoit la Scène
convenable à cette action : un château
antique dans le fond , du genre des anciens
édifices de Flandres , & la partie
où l'on danfoit ornée de verdure & de
fleurs.
Diftribution des Perfonnages danfans
dans le Ballet.
LE
SEIGNEUR ,
Un SEIGNEUR de
fa Compagnie ,
Le Fils du SEIgneur
,
La Fille du SEIGNEUR
,
Une Dame de la
Cour du SEIGNEUR
,
M. le Marquis de
SERAN.
M. leMarquis d'AVARAI.
MM.. llee Comte de
LAVAIR.
Mde la Comteffe
d'ESPARBÉS
.”
Mde la Marquife
de BRANCAS.
La Gouvernante , Mdela Ducheffe de
MAZARIN.
Le Bourgmestre , M. le Marquis de
GARÇONS duVillage,
ouPayfans
Flamans.
VAUDREUIL.
FILLES du Villa
ge ou Flamandes.
M. le Duc de Mde la Marquife
FRONSAC .
de BEZONS .
K v z
226 MERCURE DE FRANCE.
M. le Marquis de
DURAS : mo ha
M. le Comte de
RABODANGE.
M. le Vicomte de
CHABOT.
M. le Comte
COIGNY.
de
M. le Chevalier de
COIGNYAY
Mde la Baronne de
WASSEBERGH
.
Mde la Ducheffe
de CoSSÉ.
Mde la Marquife
d'AVARAI.
Mde la Vicomteffe
de BEAUNE.
Mde de ROCHAMBEAU
.
Six Pages vêtus à l'antique & à la
Flamande.
Symphonistes.
Deux Pages , portant chacun un faucon
fur le poing , ouvroient la marche.
Enfuite paroiffoit le Seigneur , fuivi de
deux autres Pages , dont l'un portoir fa
Rondache & l'autre fon Epée. Le jeune
Seigneur , fa Soeur , avec la Gouvernante
, entroient à la fuite avec deux
autres Pages , dont l'un portoit un Arc
& l'autre une Lance. La Dame & le Seigneur
de cette Cour les fuivoient.
Le Bourgmestre ( vêtu de noir & dans
l'exact habillement des portraits de Wandeik
& Reimbranz ) étoit fuivi des Payfannes
Flamandes & dé Symphoniſtes ,
dont les inftrumens étoient ornés de rubans
& d'oripeaux,
MARS. 1763. 227
Le Seigneur , avec fa Famille & fa
Cour , alloir prendre place au fond de
la Salle. Quelques Garçons du Village
faifoient groupe au milieu de la Salle ;
d'autres pofoient par derriere des gradins
de gazon. On apportoit enfuite le Mai ,
& les Payfans Flamands qui le portoient
avoient des maillets & des coins pour le
planter.
Le Bourgmestre faifoit ranger les Filles
du Village en demi-rond. Il ordonnoit
enfuite aux Symphonistes de commencer
une Sérénade en l'honneur du
Seigneur , pendant laquelle les Garçons
élevoient le Mai , qui étoit orné de cercles
de fleurs par étages. Sur la fin de
la Sérénade , les Symphoniftes alloient
fe placer fur les gradins de gazons , au
pied du Mai qu'ils environnoient.
Ces Joueurs d'inftrumens , vêtus à
la Flamande & de couleur forte , ainfi
groupés au centre , faifoient valoir &
reffortir les autres parties éclatantes du
tableau .
Les filles du Village conduifoient
en danfant le Bourguemeftre à un fiége
préparé auprès du Mai en face de la
Cour. Dès qu'il y étoit affis , les Garçons
Flamands & les Filles formoient
enfemble plufieurs danfes autour de ce
Mai. K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Le Bourguemeftre fe levoit ; il alloit
inviter le Seigneur à danfer avec fa
Compagnie , & retournoit gravement
reprendre fa place. Le Seigneur fa
Famille & fa Compagnie , danfoient
des Entrées conformes à la dignité de
leurs caractères..
,
Tout le Village applaudiffoit par des
battemens de mains à la complaifance
du Seigneur & de fa Cour. Tous formoient
une Entrée de trois en trois, ce
qui faifoit quatre groupes aux quatre
coins de la Salle .
Les Pages s'approchoient du Mai , en
détachoient de très-longues guirlandes
de fleurs , dont il étoit entouré. Sur la
fin des précédentes entrées , ils alloient
occuper les quatre angles , & les deux
milieux de côté de la Salle , en tenant &
foulevant les extrémités des guirlandes ,
ce qui formoit un Baldaquin très- galant.
Sur des Allemandes que jouoit la
Symphonie , le Seigneur fe levoit avec
vivacité & alloit inviter les Dames du
Bal à danfer , en leur préfentant les
hommes de fa cour. Les Filles du Village
alloient prendre des hommes dans
le Bal , & tous enfemble danfoient
fous le Baldaquin de fleurs. Ce moment
MARS. 1763. 229
de mêlange des Flamands avec les autres
Perfonnes du Bal produifoit un
tumulte de gaîté très-piquant & trèsagréable.
Le Bourgmeftre interrompoit
ces Danfes ; & lorfque le Seigneur
avec fa cour avoit repris fa place au bas
des loges de SA MAJESTÉ , il raffembloit
tous fes habitans en demi cercle
& chantoit les couplets fuivans
fur
l'Air de la Ronde des Amours Grivois
ainfi qu'il eft notté ci- contre. Tous les
couplets étoient adreffés au Seigneur
& les Affiftans en répétoient le
refrain au Choeur,
Vla donc not' Mai qu'eſt planté !
Je viens compléter l'hommage.
Pour nous donner plus d'gaîté ,
Et couronner notre ouvrage,
Faut la chanson du Seigneur ;
C'est dans l'ordre & c'eft l'ufage ;
Le coeur doit donner au coeur ( refrain . )
Le vrai droit du Seigneur.
Son Domaine eft ben peuplé ;
Quoiqu'ça falle ben du monde ,
Tout ç'monde- là raſſemblé ,
F'roit chorus à notre ronde ,
Diroit comm'nous : »> notre bonheur
» Sur vos jours , fur vous fe fonde ;
230 MERCURE DE FRANCE.
> Tous nos coeurs ne font qu'un coeur ;
» C'eft l'vrai droit du Seigneur.
On l'aim'roit quand i'n' feroit
Pas d'une auffi bonn'famille :
Pourquoi ? ç'eft qu'il brillercit
Partout où la bonté brille .
Et quand nous l'chantons , l'ardeur
Qui dans tous nos yeux petille ,
Rend ben moins au rang qu'au coeur
De notre bon Seigneur.
A par foi chacun penſoit
C'que jly dis , qu'eft ben , c'que j'penſe
A tous nos coeurs ça peloit ;
Pour eux l'mien rompt le filence :
Au furplus ça n'fait qu'un coeur
De plus dans la confidence.
Ouvrons donc nos coeurs en choeur
A notre bon Seigneur.
Sa Famill' qu'il couv' des yeux
En bonté comin'ça lui r'ſemble !
Tous ont leur part dans les voeux
Qu'un mêm' zéle ici raffemble :
Ils aimont tant not' bonheur
Que pour nous ils n'ont enſemble
Qu'un mêm' coeur qui tient du coeur
De notre bon Seigneur .
MARS. 231
Avant de v'nir , je m'difois :
Comment eft-c' que j'vais m'y prendre ?
J'voulois chanter ; puis j'nofois :
V'la pourtant qui'l vient d'mentendre !
Sa bonté guérit d'la peur ;
Si ça m'fait trop entreprendre ;
Le pardon eft dans fon coeur :
C'eſt d'vrai droit du Seigneur.
Cette Ronde fut chantée très- agréablement
, avec beaucoup de naturel &
d'enjouement. Chaque couplet en étoit
univerfellement applaudi.
Après la Ronde , les Garçons alloient
inviter le Bourgmestre à danfer : il s'en
défendoit beaucoup , il refufoit même
les Filles : mais il étoit entraîné par
toutes ces troupes réunies . Enfuite il
s'animoit ; enforte qu'il danfoit une entrée
feul ; puis il alloit prendre le Seigneur
& fa cour, qu'il engageoit à danfer
avec lui . Les Garçons & les Filles formoient
un Rond , qui environnoit le
Seigneur , fa Cour & le Bourgmeftre.
Un groupe général de tous les perfonnages
terminoit le Ballet d'une manière
très- brillante.
La compofition générale du Ballet &
de toutes les Entrées eft du fieur de
132 MERCURE DE FRANCE.
Heffe ; le fieur Lani avoit compofé les
premieres Entrées du Seigneur & de fa
Cour.
Nous ne donnerons point le détail
des Habillemens , il nous fuffira de dire
que l'effet général en parut brillant &
agréable. Ils étoient tous dans le genre
convenable , & l'Enfemble produifoit
deux Tableaux réunis fidélement
”
,
copiés mais avec choix choix , d'après
Vauwermans , pour les Flamands de
qualité , & d'après Tenieres pour les
Villageois.
Ce Ballet eût le fuccès qu'on
s'en étoit promis . Il fut exécuté avec la
plus grande précifion & les grâces propres
du genre , dans tous les caractères
différens dont il étoit compofé . Il fut
redemandé & danfé trois fois dans cette
même nuit , & toutes les fois applaudi
avec une nouvelle vivacité.
M. le DUC DE DURAS , Premier
Gentilhomme de la Chambre en exercice
, fecondé de MM. les autres Gentilshommes
de la Chambre , faifoit les
honneurs à tous ces Bals.
Il y avoit dans les Salles joignantes
celle du Bal , toutes les fortes de rafraîchiffemens
que l'on pouvoit defirer,
ainfi que les Bouillons , confommés & c.
Le Mai Flamand fut le Sujet d'un
nouveau Ballet , pour cette dernière
Nuit. Plus Pantomime , plus en action
& plus compofé qu'aucun des précédens
, nous allons éffayer de détailler
la compofition & les parties du tableau
qu'il repréfentoit. L'objet en étoit l'hom
mage rendu les habitans d'un canton
de Flandres à un ancien & très - grand
Seigneur de ce Pays. On fuppofe quel'action
de cet hommage étoit de planter un
Mai devant fon château , avec tout
l'appareil & toute la gaîé des fêtes qui
peuvent embellir cette forte de cérémonial
champêtre.
par
Ainfi cela formoit deux corps de ballet
diftingués. L'un compofé du Seigneur
avec fa famille , les Seigneurs & Dames
de fa Cour ou de fa compagnie , &
tout le cortége qui accompagnoit les
Seigneurs de ce pays. Dans l'autre corps
de Ballet étoient les Habitans avec un
Bourgmestre à leur tête.
ر
MARS. 1763. 225
La Salle du Bal repréfentoit la Scène
convenable à cette action : un château
antique dans le fond , du genre des anciens
édifices de Flandres , & la partie
où l'on danfoit ornée de verdure & de
fleurs.
Diftribution des Perfonnages danfans
dans le Ballet.
LE
SEIGNEUR ,
Un SEIGNEUR de
fa Compagnie ,
Le Fils du SEIgneur
,
La Fille du SEIGNEUR
,
Une Dame de la
Cour du SEIGNEUR
,
M. le Marquis de
SERAN.
M. leMarquis d'AVARAI.
MM.. llee Comte de
LAVAIR.
Mde la Comteffe
d'ESPARBÉS
.”
Mde la Marquife
de BRANCAS.
La Gouvernante , Mdela Ducheffe de
MAZARIN.
Le Bourgmestre , M. le Marquis de
GARÇONS duVillage,
ouPayfans
Flamans.
VAUDREUIL.
FILLES du Villa
ge ou Flamandes.
M. le Duc de Mde la Marquife
FRONSAC .
de BEZONS .
K v z
226 MERCURE DE FRANCE.
M. le Marquis de
DURAS : mo ha
M. le Comte de
RABODANGE.
M. le Vicomte de
CHABOT.
M. le Comte
COIGNY.
de
M. le Chevalier de
COIGNYAY
Mde la Baronne de
WASSEBERGH
.
Mde la Ducheffe
de CoSSÉ.
Mde la Marquife
d'AVARAI.
Mde la Vicomteffe
de BEAUNE.
Mde de ROCHAMBEAU
.
Six Pages vêtus à l'antique & à la
Flamande.
Symphonistes.
Deux Pages , portant chacun un faucon
fur le poing , ouvroient la marche.
Enfuite paroiffoit le Seigneur , fuivi de
deux autres Pages , dont l'un portoir fa
Rondache & l'autre fon Epée. Le jeune
Seigneur , fa Soeur , avec la Gouvernante
, entroient à la fuite avec deux
autres Pages , dont l'un portoit un Arc
& l'autre une Lance. La Dame & le Seigneur
de cette Cour les fuivoient.
Le Bourgmestre ( vêtu de noir & dans
l'exact habillement des portraits de Wandeik
& Reimbranz ) étoit fuivi des Payfannes
Flamandes & dé Symphoniſtes ,
dont les inftrumens étoient ornés de rubans
& d'oripeaux,
MARS. 1763. 227
Le Seigneur , avec fa Famille & fa
Cour , alloir prendre place au fond de
la Salle. Quelques Garçons du Village
faifoient groupe au milieu de la Salle ;
d'autres pofoient par derriere des gradins
de gazon. On apportoit enfuite le Mai ,
& les Payfans Flamands qui le portoient
avoient des maillets & des coins pour le
planter.
Le Bourgmestre faifoit ranger les Filles
du Village en demi-rond. Il ordonnoit
enfuite aux Symphonistes de commencer
une Sérénade en l'honneur du
Seigneur , pendant laquelle les Garçons
élevoient le Mai , qui étoit orné de cercles
de fleurs par étages. Sur la fin de
la Sérénade , les Symphoniftes alloient
fe placer fur les gradins de gazons , au
pied du Mai qu'ils environnoient.
Ces Joueurs d'inftrumens , vêtus à
la Flamande & de couleur forte , ainfi
groupés au centre , faifoient valoir &
reffortir les autres parties éclatantes du
tableau .
Les filles du Village conduifoient
en danfant le Bourguemeftre à un fiége
préparé auprès du Mai en face de la
Cour. Dès qu'il y étoit affis , les Garçons
Flamands & les Filles formoient
enfemble plufieurs danfes autour de ce
Mai. K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Le Bourguemeftre fe levoit ; il alloit
inviter le Seigneur à danfer avec fa
Compagnie , & retournoit gravement
reprendre fa place. Le Seigneur fa
Famille & fa Compagnie , danfoient
des Entrées conformes à la dignité de
leurs caractères..
,
Tout le Village applaudiffoit par des
battemens de mains à la complaifance
du Seigneur & de fa Cour. Tous formoient
une Entrée de trois en trois, ce
qui faifoit quatre groupes aux quatre
coins de la Salle .
Les Pages s'approchoient du Mai , en
détachoient de très-longues guirlandes
de fleurs , dont il étoit entouré. Sur la
fin des précédentes entrées , ils alloient
occuper les quatre angles , & les deux
milieux de côté de la Salle , en tenant &
foulevant les extrémités des guirlandes ,
ce qui formoit un Baldaquin très- galant.
Sur des Allemandes que jouoit la
Symphonie , le Seigneur fe levoit avec
vivacité & alloit inviter les Dames du
Bal à danfer , en leur préfentant les
hommes de fa cour. Les Filles du Village
alloient prendre des hommes dans
le Bal , & tous enfemble danfoient
fous le Baldaquin de fleurs. Ce moment
MARS. 1763. 229
de mêlange des Flamands avec les autres
Perfonnes du Bal produifoit un
tumulte de gaîté très-piquant & trèsagréable.
Le Bourgmeftre interrompoit
ces Danfes ; & lorfque le Seigneur
avec fa cour avoit repris fa place au bas
des loges de SA MAJESTÉ , il raffembloit
tous fes habitans en demi cercle
& chantoit les couplets fuivans
fur
l'Air de la Ronde des Amours Grivois
ainfi qu'il eft notté ci- contre. Tous les
couplets étoient adreffés au Seigneur
& les Affiftans en répétoient le
refrain au Choeur,
Vla donc not' Mai qu'eſt planté !
Je viens compléter l'hommage.
Pour nous donner plus d'gaîté ,
Et couronner notre ouvrage,
Faut la chanson du Seigneur ;
C'est dans l'ordre & c'eft l'ufage ;
Le coeur doit donner au coeur ( refrain . )
Le vrai droit du Seigneur.
Son Domaine eft ben peuplé ;
Quoiqu'ça falle ben du monde ,
Tout ç'monde- là raſſemblé ,
F'roit chorus à notre ronde ,
Diroit comm'nous : »> notre bonheur
» Sur vos jours , fur vous fe fonde ;
230 MERCURE DE FRANCE.
> Tous nos coeurs ne font qu'un coeur ;
» C'eft l'vrai droit du Seigneur.
On l'aim'roit quand i'n' feroit
Pas d'une auffi bonn'famille :
Pourquoi ? ç'eft qu'il brillercit
Partout où la bonté brille .
Et quand nous l'chantons , l'ardeur
Qui dans tous nos yeux petille ,
Rend ben moins au rang qu'au coeur
De notre bon Seigneur.
A par foi chacun penſoit
C'que jly dis , qu'eft ben , c'que j'penſe
A tous nos coeurs ça peloit ;
Pour eux l'mien rompt le filence :
Au furplus ça n'fait qu'un coeur
De plus dans la confidence.
Ouvrons donc nos coeurs en choeur
A notre bon Seigneur.
Sa Famill' qu'il couv' des yeux
En bonté comin'ça lui r'ſemble !
Tous ont leur part dans les voeux
Qu'un mêm' zéle ici raffemble :
Ils aimont tant not' bonheur
Que pour nous ils n'ont enſemble
Qu'un mêm' coeur qui tient du coeur
De notre bon Seigneur .
MARS. 231
Avant de v'nir , je m'difois :
Comment eft-c' que j'vais m'y prendre ?
J'voulois chanter ; puis j'nofois :
V'la pourtant qui'l vient d'mentendre !
Sa bonté guérit d'la peur ;
Si ça m'fait trop entreprendre ;
Le pardon eft dans fon coeur :
C'eſt d'vrai droit du Seigneur.
Cette Ronde fut chantée très- agréablement
, avec beaucoup de naturel &
d'enjouement. Chaque couplet en étoit
univerfellement applaudi.
Après la Ronde , les Garçons alloient
inviter le Bourgmestre à danfer : il s'en
défendoit beaucoup , il refufoit même
les Filles : mais il étoit entraîné par
toutes ces troupes réunies . Enfuite il
s'animoit ; enforte qu'il danfoit une entrée
feul ; puis il alloit prendre le Seigneur
& fa cour, qu'il engageoit à danfer
avec lui . Les Garçons & les Filles formoient
un Rond , qui environnoit le
Seigneur , fa Cour & le Bourgmeftre.
Un groupe général de tous les perfonnages
terminoit le Ballet d'une manière
très- brillante.
La compofition générale du Ballet &
de toutes les Entrées eft du fieur de
132 MERCURE DE FRANCE.
Heffe ; le fieur Lani avoit compofé les
premieres Entrées du Seigneur & de fa
Cour.
Nous ne donnerons point le détail
des Habillemens , il nous fuffira de dire
que l'effet général en parut brillant &
agréable. Ils étoient tous dans le genre
convenable , & l'Enfemble produifoit
deux Tableaux réunis fidélement
”
,
copiés mais avec choix choix , d'après
Vauwermans , pour les Flamands de
qualité , & d'après Tenieres pour les
Villageois.
Ce Ballet eût le fuccès qu'on
s'en étoit promis . Il fut exécuté avec la
plus grande précifion & les grâces propres
du genre , dans tous les caractères
différens dont il étoit compofé . Il fut
redemandé & danfé trois fois dans cette
même nuit , & toutes les fois applaudi
avec une nouvelle vivacité.
M. le DUC DE DURAS , Premier
Gentilhomme de la Chambre en exercice
, fecondé de MM. les autres Gentilshommes
de la Chambre , faifoit les
honneurs à tous ces Bals.
Il y avoit dans les Salles joignantes
celle du Bal , toutes les fortes de rafraîchiffemens
que l'on pouvoit defirer,
ainfi que les Bouillons , confommés & c.
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Résumé : CINQUIÈME BAL, le 14 Février.
Le 14 février, un ballet intitulé 'Le Mai Flamand' a été présenté lors du cinquième bal. Ce ballet, plus pantomimique et en action que les précédents, mettait en scène l'hommage rendu par les habitants d'un canton de Flandres à un ancien et grand seigneur du pays. L'action principale consistait à planter un mai devant le château du seigneur, accompagné de festivités champêtres. La salle de bal était décorée pour ressembler à une scène flamande, avec un château antique en fond et des ornements de verdure et de fleurs là où l'on dansait. Le ballet se divisait en deux groupes distincts : l'un composé du seigneur, de sa famille, des seigneurs et dames de sa cour, et de leur cortège ; l'autre formé par les habitants, dirigés par un bourgmestre. Les personnages principaux incluaient le seigneur, sa famille, des membres de la cour, et divers nobles tels que le marquis de Seran, le marquis d'Avaray, et la comtesse d'Esparbès. Le bourgmestre, vêtu à la manière des portraits de Vandeyck et Rembrandt, était suivi par des paysans et des symphonistes. Le ballet débutait par l'entrée du seigneur, suivi de sa famille et de sa cour, puis par l'arrivée du bourgmestre et des habitants. Le mai, orné de fleurs, était planté au centre de la salle. Les symphonistes jouaient une sérénade pendant que le mai était élevé. Ensuite, le bourgmestre invitait le seigneur à danser, et tous les participants formaient des danses autour du mai. Le ballet se poursuivait avec des danses et des chants, notamment une ronde en l'honneur du seigneur. Après la ronde, les garçons invitaient le bourgmestre à danser, et tous les personnages se rejoignaient pour une entrée générale. La composition du ballet et des entrées était attribuée à M. Heffe, tandis que M. Lani avait composé les premières entrées du seigneur et de sa cour. Les costumes, inspirés des œuvres de Vauwermans et Teniers, étaient brillants et appropriés. Le ballet a rencontré un grand succès et a été redemandé trois fois au cours de la même nuit, chaque fois acclamé avec enthousiasme. M. le duc de Duras, Premier Gentilhomme de la Chambre, et les autres gentilshommes de la Chambre faisaient les honneurs de ces bals. Des rafraîchissements étaient disponibles dans les salles adjacentes.
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36
p. 202-205
DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
Début :
Sa Majesté Catholique ayant fixé au 24 le jour de cette fête, [...]
Mots clefs :
Mariage, Ambassadeur, Dieu, Amour, Madrid, Marquis, Ballet, Table, Fête, Palais, Temple
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
DEscRIPTIoN de la Fête donnée à Madrid par
le Marquis d'OssvN , Ambaſſadeur du RoI
auprès de Sa Majeſté Catholique, à l'occaſion
du Mariage de l'Infante Marie-Louiſe avec
l'Archiduc LEoPoED.
Sa Majeſté Catholique ayant fixé au 24 lejour de
cette fête, les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaſſadeurs & les Miniſtres Etrangers, ainſi que
phuſieurs autres perſonnes de la première diſ
tinction, qui y avoient été invitées, ſe rendirent
. vers les ſix heures du ſoir à l'Hôtel de l'Ambaſſa
deur : la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduiſoit, d'un côté, à
e
- J U I N. 1764. 2o3
une maiſon qui étoit deſtinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,ſelon l'uſage du Pays,
leur diſtribuer des confitures & des rafraîchiſſe
mens, & de l'autre, à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La † fut reçue
Par l'Ambaſſadeur & par la Ducheſſe de Medina
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête; les Dames & les Cavaliers furent con
duits dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , &, quoique ſéparés les uns des autres, ſelon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de cauſer avec elles ,
la ſéparation n'étant formée que par des canapés
que perſonne n'avoit l'indiſcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés. A huit heures, le refreſco
( le rafraîchiſſement ) fut ſervi par ſoixante-dix
Pages richement habillés; après ce ſervice, qui ſe
fit avec autant d'ordre que de magnificence & pro
fuſion, on préſenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes, qui juſqu'à ce moment avoient été maſ
quées & qui donnoient ſur le jardin, préſenterent .
aux yeux des ſpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient diſpoſés autour de la Salle ſur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre, & ceux des Ca
valiers étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête. Le Théâtre repréſentoit le Veſtibule du
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroiſſent ſur
la ſcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniſſant enſemble l'Eſpagne, l'Al
lemagne, l'Italie & la France, Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu--
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment.
L vj.
2o4 MERCURE DE FRANCE.
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiſſe voir
dans l'intérieur ſur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon ſou
tenu par des Amours.Vénus fait l'éloge du Princes
Minerve fait l'eloge de la Princeſſe, dans lequel
ſe trouve naturellement amené celui de ſon au
guſte Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiſſent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaiſirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre. Enfin, Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainſi
réunis pour le bonheur du monde. Ce Prologue,
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet, fut ſuivi d'un Intermé de intitulé : la
Valleé du Plaiſir, où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille; des Bergers & des
Bergères y faiſoient des voeux pour le bonheur
des auguſtes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral,
après lequel on repréſenta le Futeur Amoureux,
Cpéra-Comique, traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie ſuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fieſta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyen
nes de Madrid , connues ſous le nom de Majas :
la décoration repréſentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaſſadeur. Le Specta
de dura environ trois heures. On en ſortit après
minuit & l'on monta à l'appartement d'enhaut
uniquement deſtiné pour le ſouper qui fut ſervi
à une table de cent vingt-quatre couverts, placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre leſquels étoient peints,
d'eſpace en eſpace des thermes en marbre blanc
& des ſtatues de grandeur naturelle : à l'un des
bouts de la Salle § repréſenté le coucher du
t
J U I N. 1764. 2o5
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune. Sur cette
table étoit auſſi figuré en ſucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers,en
trecoupé de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture. De cette grande
Salle on paſſoit dans une autre richement meu
blée où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingt
dix couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale, entre chacun deſquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
fleurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de ſept cens perſonnes, parmi leſquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreſſa ſur le champ pluſieurs tables dans les piéces
d'en-bas : il y avoit auſſi ſur le Théâtre dèux
tables de ſoixante couverts chacune, pour les
Comédiens & les Muſiciens. Après le ſervice, on
en dreſſa d'autres pour ſoixante-dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre. Le ſouper fini,
on deſendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pſyché & de l'Amour, & à côté de l'Autel , ſur
les deux aîles de la Salle, quatre ſtatues de gran
deur naturelle, l'Hymen & l'Amour, le Plaiſir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On ſervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perſonnes qui étoient reſtées juſqu'à ce mo
ment. L'Ambaſſadeur & la Ducheſſe de Medina
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ;ils furent ſecondés par le Comte
d'Egmont, le Marquis de Confians & le Marquis
de Crillon, qui ſe trouvoient alors à Madrid.
le Marquis d'OssvN , Ambaſſadeur du RoI
auprès de Sa Majeſté Catholique, à l'occaſion
du Mariage de l'Infante Marie-Louiſe avec
l'Archiduc LEoPoED.
Sa Majeſté Catholique ayant fixé au 24 lejour de
cette fête, les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaſſadeurs & les Miniſtres Etrangers, ainſi que
phuſieurs autres perſonnes de la première diſ
tinction, qui y avoient été invitées, ſe rendirent
. vers les ſix heures du ſoir à l'Hôtel de l'Ambaſſa
deur : la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduiſoit, d'un côté, à
e
- J U I N. 1764. 2o3
une maiſon qui étoit deſtinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,ſelon l'uſage du Pays,
leur diſtribuer des confitures & des rafraîchiſſe
mens, & de l'autre, à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La † fut reçue
Par l'Ambaſſadeur & par la Ducheſſe de Medina
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête; les Dames & les Cavaliers furent con
duits dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , &, quoique ſéparés les uns des autres, ſelon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de cauſer avec elles ,
la ſéparation n'étant formée que par des canapés
que perſonne n'avoit l'indiſcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés. A huit heures, le refreſco
( le rafraîchiſſement ) fut ſervi par ſoixante-dix
Pages richement habillés; après ce ſervice, qui ſe
fit avec autant d'ordre que de magnificence & pro
fuſion, on préſenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes, qui juſqu'à ce moment avoient été maſ
quées & qui donnoient ſur le jardin, préſenterent .
aux yeux des ſpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient diſpoſés autour de la Salle ſur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre, & ceux des Ca
valiers étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête. Le Théâtre repréſentoit le Veſtibule du
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroiſſent ſur
la ſcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniſſant enſemble l'Eſpagne, l'Al
lemagne, l'Italie & la France, Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu--
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment.
L vj.
2o4 MERCURE DE FRANCE.
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiſſe voir
dans l'intérieur ſur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon ſou
tenu par des Amours.Vénus fait l'éloge du Princes
Minerve fait l'eloge de la Princeſſe, dans lequel
ſe trouve naturellement amené celui de ſon au
guſte Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiſſent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaiſirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre. Enfin, Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainſi
réunis pour le bonheur du monde. Ce Prologue,
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet, fut ſuivi d'un Intermé de intitulé : la
Valleé du Plaiſir, où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille; des Bergers & des
Bergères y faiſoient des voeux pour le bonheur
des auguſtes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral,
après lequel on repréſenta le Futeur Amoureux,
Cpéra-Comique, traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie ſuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fieſta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyen
nes de Madrid , connues ſous le nom de Majas :
la décoration repréſentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaſſadeur. Le Specta
de dura environ trois heures. On en ſortit après
minuit & l'on monta à l'appartement d'enhaut
uniquement deſtiné pour le ſouper qui fut ſervi
à une table de cent vingt-quatre couverts, placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre leſquels étoient peints,
d'eſpace en eſpace des thermes en marbre blanc
& des ſtatues de grandeur naturelle : à l'un des
bouts de la Salle § repréſenté le coucher du
t
J U I N. 1764. 2o5
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune. Sur cette
table étoit auſſi figuré en ſucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers,en
trecoupé de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture. De cette grande
Salle on paſſoit dans une autre richement meu
blée où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingt
dix couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale, entre chacun deſquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
fleurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de ſept cens perſonnes, parmi leſquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreſſa ſur le champ pluſieurs tables dans les piéces
d'en-bas : il y avoit auſſi ſur le Théâtre dèux
tables de ſoixante couverts chacune, pour les
Comédiens & les Muſiciens. Après le ſervice, on
en dreſſa d'autres pour ſoixante-dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre. Le ſouper fini,
on deſendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pſyché & de l'Amour, & à côté de l'Autel , ſur
les deux aîles de la Salle, quatre ſtatues de gran
deur naturelle, l'Hymen & l'Amour, le Plaiſir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On ſervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perſonnes qui étoient reſtées juſqu'à ce mo
ment. L'Ambaſſadeur & la Ducheſſe de Medina
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ;ils furent ſecondés par le Comte
d'Egmont, le Marquis de Confians & le Marquis
de Crillon, qui ſe trouvoient alors à Madrid.
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Résumé : DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
Le 24 juin 1764, le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, organisa une fête somptueuse à Madrid pour célébrer le mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Léopold. La fête se déroula à l'hôtel de l'Ambassadeur, dont la façade et la rue étaient illuminées par de nombreux flambeaux. Les invités, comprenant les Grands d'Espagne, les Ambassadeurs et les Ministres Étrangers, furent accueillis par l'Ambassadeur et la Duchesse de Medina Sidonia. Les appartements étaient magnifiquement meublés et bien éclairés, permettant aux invités de se voir et de converser tout en respectant le cérémonial espagnol. À huit heures, un rafraîchissement fut servi par soixante-dix Pages richement habillés. Ensuite, une pièce de théâtre fut présentée, débutant par un prologue relatant l'union de l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie et la France. La pièce fut suivie d'intermèdes et d'un opéra-comique traduit en espagnol, le spectacle durant environ trois heures. Après minuit, les invités montèrent à l'appartement supérieur pour le souper, servi à une table de cent vingt-quatre couverts dans une salle décorée de berceaux fleuris et de statues. Une autre salle, ornée des portraits de la Famille Royale, accueillit une table de quatre-vingt-dix couverts. Plusieurs tables supplémentaires furent dressées pour les convives, les comédiens, les musiciens, les Pages et les Valets de Chambre. Le bal, représentant le Temple de l'Hymen, débuta à deux heures du matin et se poursuivit jusqu'à neuf heures. Une table de quatre-vingt couverts fut ensuite servie pour les personnes restées jusqu'à ce moment. L'Ambassadeur et la Duchesse de Medina Sidonia, aidés par le Comte d'Egmont, le Marquis de Confians et le Marquis de Crillon, veillèrent à rendre la fête agréable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 180-182
Comédie Italienne.
Début :
M. RENAUD, dont nous avons déja parlé dans le Mercure précédent, [...]
Mots clefs :
Rôle, Timidité, Débutant, Jeu d'acteur, Spectacle, Ballet, Opéra, Légèreté, Grâces, Danse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédie Italienne.
Comédie Italienne.
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
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Résumé : Comédie Italienne.
Le texte évoque les débuts de M. Renaud dans le rôle de Lucas dans 'Les Aveux indifférents', soulignant ses progrès malgré une timidité initiale. Son jeu a été encouragé, et il est attendu qu'il devienne un acteur utile pour le spectacle. Le 24 octobre, la première représentation de 'Ulysse dans l'Île de Circe', un ballet sérieux héroïque et pantomime composé par M. Pitrot, a eu lieu. M. Pitrot et son épouse, anciennement Mlle Rey, ont dansé les principales entrées. Le ballet a été salué pour sa magnificence, la beauté des situations, les grâces et les variétés du dessin, ainsi que l'ensemble de l'exécution, confirmant la célébrité de M. Pitrot en Europe. Le public, impatient de revoir M. Pitrot, l'a acclamé, notamment pour sa performance dans la chaconne de M. le Berton. Mme Pitrot a également été félicitée pour sa légèreté, précision et grâces, confirmant son statut de première danseuse dans le genre brillant. Les nièces de M. Pitrot, Mlles Louise et Mion Rey, ont été louées pour leurs talents naissants, prouvant que les grâces sont héréditaires dans leur famille. Le texte inclut également le programme du ballet et une épître au public fournis par M. Pitrot.
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