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1
p. 49-68
Description de tout ce qui s'est fait à Rome à l'occasion de Dom Alphonse VI. Roy de Portugal, avec la Description du Mausolée dressé pour cette Cérémonie, [titre d'après la table]
Début :
On a eu nouvelle que Mercredy 24 de Janvier dernier, [...]
Mots clefs :
Roi du Portugal, Église, Rome, Cérémonies, Cardinal, Estrade, Ornements, Peintures, Médailles, Alphonse VI, Éminence, Couleurs, Armes, Mausolée
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texteReconnaissance textuelle : Description de tout ce qui s'est fait à Rome à l'occasion de Dom Alphonse VI. Roy de Portugal, avec la Description du Mausolée dressé pour cette Cérémonie, [titre d'après la table]
On a eu nouvelle que le
Mercredy 24 de Janvier der
nier , on fit à Rome un Service
folemnel pour Dom Alphonfe
VI. Roy de Portugal .
La Ceremonie fut faite avec
tant d'ordre , déclat & de
pompe , que quoy que ce foit
un lieu où lesfomptueux
Spectacles
foient fort ordinaires,
on ne laiffa pas de l'admirer.
Mars 1685. E
To MERCURE
Ainfi je croy vous faire plai
fir de vous en apprendre les
particularitez , & je me fers
pour cela des mefmes termes
qui ont efté employez dans
une Lettre écrite fur ce fujet
à M' de S. Romain , Ambaſ
fadeur Extraordinaire du Roy
à Lisbonne. L'Eglife Nationnale
de S. Antoine des Por
tugais ayant efté deſtinée
pour cette fonction , par M
le Cardinal d'Eftrées , Prote-
&teur des Affaires de Portugal
, & par Dom Domingos
Barreiros Leita , Refident de
eRoyaume , Son Eminence
GALANT.
ད་
concerta la Décoration de
l'Eglife , avec M ' l'Abbé Benedetti
, Agent de France , à
qui il donna le foin de l'execution.
Il s'en acquitta parfaitement
bien , eftant affifté
de M' l'Abbé Mesquita, & du
fieur Antonio Gherardi , Architecte
& Peintre fameux.
Toute la Façade de l'Eglife
eftoit couverte & ornée de
Peintures , & de Figures en
relief, qui la rendoient beaucoup
plus belle & plus agréable
qu'elle n'étoit auparavant
,
& qui toutes avoient du rapport
à cette Ceremonie . La
E ij
52 MERCURE
foû
Porte eftoit entourée , ou plû
toft envelopée d'un Drap
noir. Le deffus , ou le Fronton
de la meſine Porte ,
tenoit deux Statues qui reprefentoient
la Religion & la
Force , par lesquelles les Portugais
fe font toûjours diftin
guez ; avec une Infcription
qui marquoit que les Roys
de Portugal par leurs Conqueftes
dans les Païs éloignez
, par leur Pieté , & par
leur Valeur , avoient foûmis
des Peuples innombrables ,
auffi bien à l'Eglife qu'à la
Couronne:
GALANT. 53
La Façade des deux côtez
de la Porte étoit enrichie de
Pilaftres , & de Contrepila.
ftres , ornez de Figures & de
Trophées de Mort & de Feftons
. Les deux vuides qui
reftoient des deux côtez entre
les Pilaftres , étoient remplis
par deux grands Medaillons
ovales, de plus de quinze
pieds dans leur plus long Diametre
, & peints en couleur
de Bronze, qui reprefentoient
deux Illuftres Actions de
deux autres Alphonfes , fçavoir
la Bataille d'Ourique, gagnée
par le Roy Alphonfe
E iij
54 MERCURE
Henriquez I. du nom, contre
cinq Roys Mores , & le Siége
de la Ville d'Alcazer en Afrique
, priſe par le Roy Alphonfe
II . On lifoit au def
fous , des Infcriptions qui expliquoient
le fujet de ces
Peintures.
Le deffus , ou le fecond
Ordre de la Façade , étoit
embelly auffi bien que le premier
, de divers Ornemens
d'Architecture: Au milieu
étoient les Armes de Portugal
, avec ces deux mots
Calitus Data , pour faire allufion
à ce que les Hiftoriens
GALANT. 55
raportent, qu'elles furent mi
raculeufement
données au
Roy Alphonfe I. Des deux
côtez s'élevoient deux belles
Pyramides , fur lefquelles on
voyoit deux.Infcriptions
Morales
, & convenables
au Sujet.
Les extrémitez de la Façade
foûtenoient
des Vaſes , & fur
le haut étoit placée une Tour
qui faifoit partie des Armes
de Portugal , avec une Mort
armée de fa Faux au deffus,
& deux Etendarts noirs qui
pendoient des deux côtez,
Sur l'un on voyoit une Mort
qui tenoit des Sceptres & des
E iiij .
56 MERCURE
Couronnes , & fur l'autre une
Tefte de Mort avec la Lune,
le tout accompagné de Devifes
& d'autres Ornemens,
qui faifoient un effet tresagréable
à la veuë. Le dedans
de l'Eglife étoit orné d'une
maniere toute lugubre , mais.
avec tant d'Art qu'il ne laiffoit
pas de plaire , & de fatisfaire
les Spectateurs. Sur la
Porte , on voyoit trois Medaillons
, qui repreſentoient
les Roys Alphonfe III . Alphonfe
IV. & Alphonfe V.
avec une Devife à chacun .
Les Murailles , la Coupole ,
GALANT. 57
ou le Dome ,les Voutes des
Chapelles , & celles de l'Eglife
, étoient entierement
couvertes de Drap noir , qui
fur un fond blanc formoit des.
Coquilles , des Vafes , des
Feftons, & divers autres com
partimens , avec un fi beau
deffein & un fi bel ordre, que
ces Ornemens
, quoy que tres
fimples , faifoient un effet furprenant
en cette trifte Cere
monie. Ils étoient encore relevez
par une large bande de
Satin noir , bordée par le bas
d'une grande Dentelle d'ar
gent , qui couvroit la Corni
$8 MERCURE
che, & faifoit avec elle tour
le tour de l'Eglife.
Les huit Pilaftres qui feparent
les Chapelles éroient
Couverts & peints en Pyramides
, fur lesquelles étoient
écrites des Sentences morales.
De grandes Figures de
Mort en relief, dorées avec
des Manteaux de mefme ,
foûtenues par de beaux Sca
bellons de couleur de Bron
ze & en diverfes attitudes,
étoient appuyées contre ces
Pyramides , & portoient cha
cune un Cierge d'une gran--
deur extraordinaire .
GALANT.
50%
On dreffa devant le grand
Autel un fuperbe Mauſolée,
de pres de trente pieds de
hauteur . Cette Machine étoit
foûtenue par un Soubaffement
de figure ovale, & poſé
fur un Socle qui paroiffoir
eftre de Porphire. Les quatre
Angles qui fortoient hors
d'oeuvre , fervoient de Baſe à
quatre grandes Morts dorées,
Couvertes de Manteaux de
deüil de mefme , & qui por
toient des Cierges de pres de
demy pied de Diametre , &
d'une longueur extraordinaire.
Entre les Angles , ou fur
60 MERCURE
les quatre côtez du Soubaf
fement , qui fembloit étre de
Bronze à compartiment
d'or,
on voyoit 4. Medaillons , où
étoient reprefentez
les quatre
Ages de l'Homme , avec une
Mort à chacun, & une Deviſe
qui faifoit entendre que perfonne
n'étoit exempt de fes
Loix . Du côté qui regardoit la
Porte , on lifoit cette Infcription
, en gráds Caracteres d'or.
ALPHONSO VI.
LUSITANIA ET ALGARBIORUM
REGI.
Au deffus de tout cela , s'é
GALANT. 61
levoit une grande Urne quarrée
& couverte , & qui paroiffoit
une Maffe d'or cifelée &
enrichie de feuillages , cartouches,
& autres ornemens.
Aux quatre coins , il y avoit
quatre Figures richement vétues
, & qui par leurs Habits
differens , reprefentoient les
quatre Parties du Monde ;
pour faire allufion aux Etats
du Roy de Portugal , qui s'étendent
dans ces quatre par
ties de la Terre. Ces Figures
tenoient d'une main une
Corne d'abondance d'argent,
& de l'autre une Torche à
62 MERCURE
quatre branches , & fem
bloient marquer
par leurs po-
Aures triftes , qu'elles étoient
affligées de la mort du Roy
Alphonfe.
Sur l'Urne on voyoit un
Ange doré, qui mettoit deux
Sceptres fur un Carreau de
brocard d'or, & au deffus une
Couronne d'or , qui terminoit
agréablement ce magnifique
Maufolée.
Toutes ces chofes ayant
eſté ainſi diſpoſées , le matin
du jour que ce Service fut
fait , M' le Cardinal d'Eftrées
fit diftribuer de grandes AuGALANT.
63
mônes à plus de quatre mille
pauvres , afin de les obliger à
prier Dieu pour le repos de
PAme du Roy défunt. Tous
Γ
ceux qui devoient accompagner
ce Cardinal, s'affemblerent
cependant au Palais Farnefe.
On leur prefenta à tous
& en grande abondance du
Chocolat , des Biſcuits & des
Maſſepains, à cauſe
que fon
Eminence prévoyoit
que la
Ceremonie
feroit longue.
Sur les dix heures Male Cardinal
d'Eftrées partit avec un
Cortege de pres de
cinquante
Prélats, & de quantité d'au64
MERCURE
.
tres Perfonnes confiderables:
On ne fe fouvient point à
Rome, d'avoir veu un fi grand
nombre de Prélats à aucune
fonction , & cette circonftance
eft d'autant plus remarquable
' , qu'il y en avoit de
tous les Ordres, quoy que ce
jour là la plupart des Congregations
& des Tribunaux
fuffent affemblez . Son Eminence
fut reçeue à la Porte
le Refident de Portugal.
par
accompagné des principaux
de la Nation ; & des Officiers
de l'Eglife . Apres que ce Care
dinal eut pris fa Place aupres
GALANT. 65
de l'Autel , fur une Eftrade,
les Prélats à la droite du Maufolée
, du cofté de l'Evangile ,
& le Refident & ceux qui
l'accompagnoient , vis à vis
du cofté de l'Epiftre , la M.ſſe
commença. Elle fut celebrée
par M' l'Archevelque de Trebifonde
, qui étoit affifté de
quatre Evefques , fuivant le
Ceremonial que l'on obferve
aux Obfeques des Roys. Las
Mufique parut merveilleute,,
tant par la beauté de la compofition
, que par le nombre
des voix , & des inftrumens.
Il étoit environ deux heus-
E
Mars 1685.
66 MERCURE
le
res apres midy , lors que tou
tes les Ceremonies furent
achevées . Tous les Prélats à
qui leur fanté ou leurs affaires
purent permettre , accompagnerent
M' le Cardinal
d'Eftrées , à fon retour au Palais
Farneze , où il avoit fait
préparer avec une Magnificence
Royale , un Repas auquel
vingt huit de ces Prélats
affifterent. La Table fut
dreffée dans la Galerie de Farnefe
, fi fameufe par la beauté
des Peintures à freſque , qui
font les Chef d'oeuvres des
Carraches & du DominiGALANT.
67
1
quain. Elle étoit de trentequatre
Couverts , & il y eut
deux Services de trente- fix
plats à chacun. Le dernier fut
relevé par dix- huit plats d'entremets
, qui furent fuivis de
trente-fix autres , de fruit ; les
Compotes furent changées
contre vingt- quatre Soucoupes
chargées de Vins de Li
queur , de Roffolis & d'Hypocras.
Vingt- quatre Sou
coupes fuivirent , garnies deplufieurs
fortes d'Eaux gla
cées , de Sorbets & de Cho--
colats, & toute la Compagnie
fe retira avec une en tiere fa-
Fij tisfaction..
68 MERCURE
Au bout de la Galerie dans:
la Salle des Buftes, ainfi nommée
à cauſe d'un grand nom
bre de Buftes antiques que
f'on y voit , on avoit dreffé
quatre Buffets , le premier de
Vermeil dorée fecond
d'Argent , le troifiéme de
Criftaux de Veniſe , & le quatriéme
de trente- ſix Soucoupes
, garnies de leurs Garaffes.
La Bouteillerie avec les Buf
fets étoit dans une Chambre
voiline .
Mercredy 24 de Janvier der
nier , on fit à Rome un Service
folemnel pour Dom Alphonfe
VI. Roy de Portugal .
La Ceremonie fut faite avec
tant d'ordre , déclat & de
pompe , que quoy que ce foit
un lieu où lesfomptueux
Spectacles
foient fort ordinaires,
on ne laiffa pas de l'admirer.
Mars 1685. E
To MERCURE
Ainfi je croy vous faire plai
fir de vous en apprendre les
particularitez , & je me fers
pour cela des mefmes termes
qui ont efté employez dans
une Lettre écrite fur ce fujet
à M' de S. Romain , Ambaſ
fadeur Extraordinaire du Roy
à Lisbonne. L'Eglife Nationnale
de S. Antoine des Por
tugais ayant efté deſtinée
pour cette fonction , par M
le Cardinal d'Eftrées , Prote-
&teur des Affaires de Portugal
, & par Dom Domingos
Barreiros Leita , Refident de
eRoyaume , Son Eminence
GALANT.
ད་
concerta la Décoration de
l'Eglife , avec M ' l'Abbé Benedetti
, Agent de France , à
qui il donna le foin de l'execution.
Il s'en acquitta parfaitement
bien , eftant affifté
de M' l'Abbé Mesquita, & du
fieur Antonio Gherardi , Architecte
& Peintre fameux.
Toute la Façade de l'Eglife
eftoit couverte & ornée de
Peintures , & de Figures en
relief, qui la rendoient beaucoup
plus belle & plus agréable
qu'elle n'étoit auparavant
,
& qui toutes avoient du rapport
à cette Ceremonie . La
E ij
52 MERCURE
foû
Porte eftoit entourée , ou plû
toft envelopée d'un Drap
noir. Le deffus , ou le Fronton
de la meſine Porte ,
tenoit deux Statues qui reprefentoient
la Religion & la
Force , par lesquelles les Portugais
fe font toûjours diftin
guez ; avec une Infcription
qui marquoit que les Roys
de Portugal par leurs Conqueftes
dans les Païs éloignez
, par leur Pieté , & par
leur Valeur , avoient foûmis
des Peuples innombrables ,
auffi bien à l'Eglife qu'à la
Couronne:
GALANT. 53
La Façade des deux côtez
de la Porte étoit enrichie de
Pilaftres , & de Contrepila.
ftres , ornez de Figures & de
Trophées de Mort & de Feftons
. Les deux vuides qui
reftoient des deux côtez entre
les Pilaftres , étoient remplis
par deux grands Medaillons
ovales, de plus de quinze
pieds dans leur plus long Diametre
, & peints en couleur
de Bronze, qui reprefentoient
deux Illuftres Actions de
deux autres Alphonfes , fçavoir
la Bataille d'Ourique, gagnée
par le Roy Alphonfe
E iij
54 MERCURE
Henriquez I. du nom, contre
cinq Roys Mores , & le Siége
de la Ville d'Alcazer en Afrique
, priſe par le Roy Alphonfe
II . On lifoit au def
fous , des Infcriptions qui expliquoient
le fujet de ces
Peintures.
Le deffus , ou le fecond
Ordre de la Façade , étoit
embelly auffi bien que le premier
, de divers Ornemens
d'Architecture: Au milieu
étoient les Armes de Portugal
, avec ces deux mots
Calitus Data , pour faire allufion
à ce que les Hiftoriens
GALANT. 55
raportent, qu'elles furent mi
raculeufement
données au
Roy Alphonfe I. Des deux
côtez s'élevoient deux belles
Pyramides , fur lefquelles on
voyoit deux.Infcriptions
Morales
, & convenables
au Sujet.
Les extrémitez de la Façade
foûtenoient
des Vaſes , & fur
le haut étoit placée une Tour
qui faifoit partie des Armes
de Portugal , avec une Mort
armée de fa Faux au deffus,
& deux Etendarts noirs qui
pendoient des deux côtez,
Sur l'un on voyoit une Mort
qui tenoit des Sceptres & des
E iiij .
56 MERCURE
Couronnes , & fur l'autre une
Tefte de Mort avec la Lune,
le tout accompagné de Devifes
& d'autres Ornemens,
qui faifoient un effet tresagréable
à la veuë. Le dedans
de l'Eglife étoit orné d'une
maniere toute lugubre , mais.
avec tant d'Art qu'il ne laiffoit
pas de plaire , & de fatisfaire
les Spectateurs. Sur la
Porte , on voyoit trois Medaillons
, qui repreſentoient
les Roys Alphonfe III . Alphonfe
IV. & Alphonfe V.
avec une Devife à chacun .
Les Murailles , la Coupole ,
GALANT. 57
ou le Dome ,les Voutes des
Chapelles , & celles de l'Eglife
, étoient entierement
couvertes de Drap noir , qui
fur un fond blanc formoit des.
Coquilles , des Vafes , des
Feftons, & divers autres com
partimens , avec un fi beau
deffein & un fi bel ordre, que
ces Ornemens
, quoy que tres
fimples , faifoient un effet furprenant
en cette trifte Cere
monie. Ils étoient encore relevez
par une large bande de
Satin noir , bordée par le bas
d'une grande Dentelle d'ar
gent , qui couvroit la Corni
$8 MERCURE
che, & faifoit avec elle tour
le tour de l'Eglife.
Les huit Pilaftres qui feparent
les Chapelles éroient
Couverts & peints en Pyramides
, fur lesquelles étoient
écrites des Sentences morales.
De grandes Figures de
Mort en relief, dorées avec
des Manteaux de mefme ,
foûtenues par de beaux Sca
bellons de couleur de Bron
ze & en diverfes attitudes,
étoient appuyées contre ces
Pyramides , & portoient cha
cune un Cierge d'une gran--
deur extraordinaire .
GALANT.
50%
On dreffa devant le grand
Autel un fuperbe Mauſolée,
de pres de trente pieds de
hauteur . Cette Machine étoit
foûtenue par un Soubaffement
de figure ovale, & poſé
fur un Socle qui paroiffoir
eftre de Porphire. Les quatre
Angles qui fortoient hors
d'oeuvre , fervoient de Baſe à
quatre grandes Morts dorées,
Couvertes de Manteaux de
deüil de mefme , & qui por
toient des Cierges de pres de
demy pied de Diametre , &
d'une longueur extraordinaire.
Entre les Angles , ou fur
60 MERCURE
les quatre côtez du Soubaf
fement , qui fembloit étre de
Bronze à compartiment
d'or,
on voyoit 4. Medaillons , où
étoient reprefentez
les quatre
Ages de l'Homme , avec une
Mort à chacun, & une Deviſe
qui faifoit entendre que perfonne
n'étoit exempt de fes
Loix . Du côté qui regardoit la
Porte , on lifoit cette Infcription
, en gráds Caracteres d'or.
ALPHONSO VI.
LUSITANIA ET ALGARBIORUM
REGI.
Au deffus de tout cela , s'é
GALANT. 61
levoit une grande Urne quarrée
& couverte , & qui paroiffoit
une Maffe d'or cifelée &
enrichie de feuillages , cartouches,
& autres ornemens.
Aux quatre coins , il y avoit
quatre Figures richement vétues
, & qui par leurs Habits
differens , reprefentoient les
quatre Parties du Monde ;
pour faire allufion aux Etats
du Roy de Portugal , qui s'étendent
dans ces quatre par
ties de la Terre. Ces Figures
tenoient d'une main une
Corne d'abondance d'argent,
& de l'autre une Torche à
62 MERCURE
quatre branches , & fem
bloient marquer
par leurs po-
Aures triftes , qu'elles étoient
affligées de la mort du Roy
Alphonfe.
Sur l'Urne on voyoit un
Ange doré, qui mettoit deux
Sceptres fur un Carreau de
brocard d'or, & au deffus une
Couronne d'or , qui terminoit
agréablement ce magnifique
Maufolée.
Toutes ces chofes ayant
eſté ainſi diſpoſées , le matin
du jour que ce Service fut
fait , M' le Cardinal d'Eftrées
fit diftribuer de grandes AuGALANT.
63
mônes à plus de quatre mille
pauvres , afin de les obliger à
prier Dieu pour le repos de
PAme du Roy défunt. Tous
Γ
ceux qui devoient accompagner
ce Cardinal, s'affemblerent
cependant au Palais Farnefe.
On leur prefenta à tous
& en grande abondance du
Chocolat , des Biſcuits & des
Maſſepains, à cauſe
que fon
Eminence prévoyoit
que la
Ceremonie
feroit longue.
Sur les dix heures Male Cardinal
d'Eftrées partit avec un
Cortege de pres de
cinquante
Prélats, & de quantité d'au64
MERCURE
.
tres Perfonnes confiderables:
On ne fe fouvient point à
Rome, d'avoir veu un fi grand
nombre de Prélats à aucune
fonction , & cette circonftance
eft d'autant plus remarquable
' , qu'il y en avoit de
tous les Ordres, quoy que ce
jour là la plupart des Congregations
& des Tribunaux
fuffent affemblez . Son Eminence
fut reçeue à la Porte
le Refident de Portugal.
par
accompagné des principaux
de la Nation ; & des Officiers
de l'Eglife . Apres que ce Care
dinal eut pris fa Place aupres
GALANT. 65
de l'Autel , fur une Eftrade,
les Prélats à la droite du Maufolée
, du cofté de l'Evangile ,
& le Refident & ceux qui
l'accompagnoient , vis à vis
du cofté de l'Epiftre , la M.ſſe
commença. Elle fut celebrée
par M' l'Archevelque de Trebifonde
, qui étoit affifté de
quatre Evefques , fuivant le
Ceremonial que l'on obferve
aux Obfeques des Roys. Las
Mufique parut merveilleute,,
tant par la beauté de la compofition
, que par le nombre
des voix , & des inftrumens.
Il étoit environ deux heus-
E
Mars 1685.
66 MERCURE
le
res apres midy , lors que tou
tes les Ceremonies furent
achevées . Tous les Prélats à
qui leur fanté ou leurs affaires
purent permettre , accompagnerent
M' le Cardinal
d'Eftrées , à fon retour au Palais
Farneze , où il avoit fait
préparer avec une Magnificence
Royale , un Repas auquel
vingt huit de ces Prélats
affifterent. La Table fut
dreffée dans la Galerie de Farnefe
, fi fameufe par la beauté
des Peintures à freſque , qui
font les Chef d'oeuvres des
Carraches & du DominiGALANT.
67
1
quain. Elle étoit de trentequatre
Couverts , & il y eut
deux Services de trente- fix
plats à chacun. Le dernier fut
relevé par dix- huit plats d'entremets
, qui furent fuivis de
trente-fix autres , de fruit ; les
Compotes furent changées
contre vingt- quatre Soucoupes
chargées de Vins de Li
queur , de Roffolis & d'Hypocras.
Vingt- quatre Sou
coupes fuivirent , garnies deplufieurs
fortes d'Eaux gla
cées , de Sorbets & de Cho--
colats, & toute la Compagnie
fe retira avec une en tiere fa-
Fij tisfaction..
68 MERCURE
Au bout de la Galerie dans:
la Salle des Buftes, ainfi nommée
à cauſe d'un grand nom
bre de Buftes antiques que
f'on y voit , on avoit dreffé
quatre Buffets , le premier de
Vermeil dorée fecond
d'Argent , le troifiéme de
Criftaux de Veniſe , & le quatriéme
de trente- ſix Soucoupes
, garnies de leurs Garaffes.
La Bouteillerie avec les Buf
fets étoit dans une Chambre
voiline .
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Résumé : Description de tout ce qui s'est fait à Rome à l'occasion de Dom Alphonse VI. Roy de Portugal, avec la Description du Mausolée dressé pour cette Cérémonie, [titre d'après la table]
Le 24 janvier 1685, un service funèbre solennel fut organisé à Rome en mémoire de Dom Alphonse VI, roi de Portugal. La cérémonie se déroula à l'église nationale de Saint-Antoine des Portugais, se distinguant par son ordre, son éclat et sa pompe, même selon les standards romains habitués aux spectacles somptueux. Le cardinal d'Estrées, protecteur des affaires du Portugal, et Domingos Barreiros Leita, résident du royaume, supervisèrent les préparatifs. L'abbé Benedetti, assisté de l'abbé Mesquita et de l'architecte Antonio Gherardi, dirigea la décoration de l'église. La façade de l'église fut ornée de peintures et de figures en relief, illustrant des thèmes liés à la cérémonie. La porte principale était drapée de noir, avec des statues symbolisant la Religion et la Force, ainsi qu'une inscription célébrant les conquêtes et la piété des rois de Portugal. Des médaillons ovales représentaient des actions héroïques des rois Alphonse Henriques et Alphonse II. À l'intérieur, les murs et la coupole étaient couverts de drap noir orné de motifs simples mais artistiques. Un mausolée imposant fut érigé devant le grand autel, orné de figures de la Mort et de médaillons représentant les âges de l'homme. Le cardinal d'Estrées distribua des aumônes à plus de quatre mille pauvres et offrit des rafraîchissements aux participants. La messe, célébrée par l'archevêque de Trebisonda, fut suivie d'un repas somptueux au Palais Farnèse, où vingt-huit prélats furent invités. La table fut dressée dans la galerie des Carraches, avec une succession de plats et de desserts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 187-239
Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
Début :
Je vous envoyay le dernier Mois une Lettre du Generalissime / L'Escadre de Malte, composée de huit Galeres, & commandée [...]
Mots clefs :
Général, Bataillon, Malte, Troupes, Chevaliers, Vénitiens, Ennemis, Galères, Siège, Étendard, Canon, Capitaine, Camp, Pape, Résistance, Éminence, Attaque, Morts, Blessés, Liste de noms
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
Je vous envoyay le dernier
Mois une Lettre duGeneralissimeMorosini
sur l'Affaire
de Coron, ôc aujourd'huy
jevous feray partd'une
Relation toute entiere
,,}
*
touchant le Siege &: la prise
de cette Place. Elle est exacte
& remplie de faits tout nou- 1
veaux,& de circonilancesl
qui n'ont point encore esté
sceuës, & je puis vous
~~urer
qu'on n'arien veu
surs
-
cette matiere de plus cu-^
rieux
,
& de plus digne d'être
conservédansl'Histoire
à cause des Chevaliers quij
ont faitvoir leur valeur, &-
versé leur fang en combatttant
contre les Ennemis de
laFoy. Cette Relation estve-4
nuë de Malte. Ainsi quand 1
vous trouverez, ces 1110ts,
î
1
y Les Nostres, nos fignfs, & d'autrès
semblables
,
fouvenezvous
que c'est un Maltois
*; qui parle.
1
$
Relation de ceqye les Galeres
l- & le Bàtaillon de Malte>
t, ont fait au Siege de Coron
dans la Morée
J
pendant la
1* derniere Campagne de l'année
16$y.
.i LEscadre deMaIre,com..
posée de huit Galeres,
-:! & commandée par le Bailly
Brancaccio,s'unit au cornmencement
de Juin avec
l'Escadre des cinq Galeres
deSaSainteté, qui ne portant
point d'Etendars
,
se mirent
à l'obeissance du General
de Malte. Elles arriverent
toutes ensemble vers la
my-Juin au Port de Dragoffiefire,
où estoit l'Armée
Navale des Venitiens,à la
quelle quatre Galeres du
Grand Duc s'estoient jointes
quelques jours auparavant
; & après que les choses
y furent reglées; en forte
que selon la coûtume la Capitane
de Malte futplacée
à la droite de la Reale de Venise
,
& que le premier Poste
dans les Conseils de Guerre
futaccordéau General Brancaccio,
toute l'Armée fit voile
le 20. au nombre de 17.
Vaisseaux, 5. Galeasses, 11.
Galeres de Venise, 5. du Pape,
8. de Malthe, 4. du Grand
Duc, 15. Galiottes, &15. ou
20. Barques ou Brigantins.
L'intelligence que le Capitaine
General Morosini entretenoit
depuis quelques
: mois avec les Maïnotes,pour
les animer à secoüer le joug
desTurcs,luy avoit fait esperer
qu'il pourroiraisément
faire des progrés dans la Morée,
par le moyen de ces Peuples;
mais ayant appris en
s'approchant de leur costé,
que la fortune ne leur avoit
pas esté favorable dans ce
qu'ils avoient tâché de faire
pourse procurer la liberté,&
qu'au contraire ils avoient
esté forcez de donner des Otages
au Turc,qui les avoit
exigez pour asseurance de
fidélité, il se trouva obligé
de prendre d'autres mesures
pour pouvoir entreprendre
quelque chose de considerable.
ttable. Son premier dessein lfut d'attaquer Modon,Capi-
] tale de la Morée; mais en
s ayant fait reconnoistre la firtuation
le 23.Juin,les difficulftezquife
presenterent pour
( le débarquement des Trou-
[ pes & duCanon l'en détour- ['nerent,& luy firent résoudre
t le Siege de Coron, Place qui
n'est pas d'une moindre con-
: jsiderationdans cette même
Province. Elle est éloignée parterreenvirondedouze
1 millesdeModon,&située au
,
devant du Cap Gallo, vers lePays des Maïnotes.
Le%$. au matin, on fitAéÉ
barquer lesTroupespnefquiài
portée du Canon de la Ville
sans aucun obstacle de la par
des Turcs. Elles consisftoient
en trois mille hommes de
Troupes ordinaires des Ve
nitiens ; -
mille Esclavons -
deux mille quatre cens hommes
de tres-borines Troupes
, que le Prince de Brunsvich
Duc de Hanover, avoit
envoyées avec un jeunePrince
de ses Enfans,par convenu
tion faite avec la Republique;
le Bataillon de Malte
composé de huit à neufcens
Soldats & six vingts Chevalliers;
un Bataillon du Pape
Jbdc quatre cens hommes
)
&
un autre du grand Duc de
trois cens; ce qui faisoit en
ttouc environ huit mille hommes
de pied sans Cavalerie.
Cette Armée étoit commandée
par le Comte de Saint
Paul, General, de capacité& d'experience, qui a longtemps
servy le Roy de Danemark,
& le Duc de Neubourg
; & le premier Poste
dans l'ordre de Bataille, y
seftoit occupe par le Bataillon
de Malte, dont le Commandeur
de la Tour-Maubourg
avoit le Commandement
general, avec une approbation
aussi universelle,
que celle qu'il s'étoit déjaacquife
dans un pareil Employ0
pendant le dernier Siege de
Candie. Il avoit aussile Bataillon
desGaleres de Sa Sainteté
fous son commandement.
Tout se faisoit cependant
dans le Camp, aussi-*
bien que dans l'ArméeNavale,
sous la direction du Cal
pitaine General Morosini, &
du Bailly Brancaccio, General
des Galeres de Malte,qui
estoient moüillées à la Cofte.,,
On s'approcha de la Ville
à la faveur des Oliviers qui
l'environnent, sans qu'il se
passast autre.chose que de legeres
Escarmouches, & on
ouvrit la Tranchée le 26. le
Bataillon de Malte, les
Brunfvich
,
& les Papalins
sur la droite vers la Mer, &
les Vénitiens& Esclavons sur
la gauche versun Fauxbourg
dont ilsfefendirent les maîtres
sans resistance. Lemesme
jour nous perdifmes le
Chevalier San-Vitali,Parmeran)
tué d'un coup de Mousquet
dans la Tranchée, & on
avança les travaux de part &
d'autre avec assez de facilité.
Ony éleva deux Batteries,
chacune de trois pieces de
grosCanon avec quatreMortiers
à Bombes
,
ausquels on
joignit dans la fuite deux autres
pieces de Canon. Les
Ennemis ne firent que de le-"
geres Sorties, dans lesquelles
ils furent vigoureusement repaulIèz.
Leur ~fem>ftoitassez
mediocre *
,
& faisoit juger"
qu'ils ne se disposoient pas à
résusterfort long-temps;
mais on connut dans la Cuite,'
i" t
, que leur intentionestoit de
ménager leurs gens, dans
l'esperance d'estrebien-tost
secourus par le Bacha de la
Morée,quirassèmbloit un
Camp volant de trois ou
quatre mille hommes, tant
Infanterie que Cavalerie; ce
qui obligea les nostresàfaire
des travaux considerables
pour se mettre à couvert, 8c
à fortifierentr'autres une
eminence,qui commandoit
d'un collé toutes nos lignes,
& découvroit de l'autre le
Pays d'alentour. On y éleva
une Batterie de quatre pieces
de Canon avec un Mortier.
Le Bacha de la Morée parut
en effet le 3. de Juillet, &
se vint camper à portée de
Canon de l'Armée Chrestienne;
où s'estant retranché,
il mit quatre pieces de
Canon en Batterie, qui se
croisantavec l'Artillerie de
la Place, causoient quelque
incommodité dans nos travaux.
Ce Bacha donnoit
presque tous les jours l'alarme
auxnostres par de chaudes
Escarmouches, dans lel:
quelles les Turcs furenttoû1
jours repoussez avec perte.
Les Assiegez de leur collé
redoublerent leur feu, & répondirent
avec fierté aux
chamades qu'on leur fit, en
les menaçant de mettre le
feu aux Mines où l'on travailla
loitinceflàmment-,maisavec
, moins de succés que 1on f
n'aurait souhaité, parce qu'il
les falloit conduire dans le
'1
Rocher, en forte qu'on employa
plus de trois semaines
à ces fortes de travaux.
,
_i Les Defenses de la Place
, se trouvoientalors fort ruinées
par le feu continuel de
nos Batteries,&les Bombes
y avoient fait beaucoup de
desordre; mais outre que
cette Place est d'une ÍÏtuation
avantageuse, parce qu'-
ellen'a qu'un front à garder
flanquéde grosses Tours bâties
sur le Roc, elle estoit encore
gardée de 80. pieces de
Canon, avec abondance de
munitions de guerre & de
bouche, & les Ennemis y avoient
septàhuitcens hommes
de Garnison, sans ceux
qui estoient capables de porter
les armes, parmy un Peuple
de quatre à cinq mille
ames. Ainsi on ne pouvoit
sien ouvrir l'entrée que par
les Fourneaux, & par des Assauts
vigoureux, penaartlefquels
on ne doutoit pas que -
l'on ne fûst attaque par le
Camp volant des Turcs.
- Cette disposition des choses
causoit quelque embarras
; mais enfin les mines s'etant
trouvées en estat de
joüer le 24. Juillet, on fbfolut
de faire une tentative, &
tout. se prépara pour cela.
LeChevalier de Segrés devoit
commencer l'assauta
lateste de soixante Grena..-':
diers
,
soûtenu de quelque
detachement de Fuzeliers &
d'Esclavons. Le Chevalier
dela Barre, Lieutenant General
du Bataillon de Malte
, venoitaprés avec le Chevalier
de Refuge, premier
Capitaine, à la teste d'une
partie de nos Troupes,&de
quelques Compagnies des
Papalins & Venitiens. Le
Prince de BrunfvicK le soûtenoit
avec 230. hommes de
; ses Troupes, & le Commandeur
de la Tour-Maubourg
suivoit avec un gros de Chevaliers,
au milieudesquels ij
esftoit l'Etendard de la Religion.
Il avoitaussï avec luy
quelques-unes de nos Compagnies
& de celles du Pape;
mais lors que chacun eut
pris son palle, il arriva que
la Mine n'eut pas la force de
faire fauter le Rocher, &
ainsi elle ne fit aucun effet
capable de donner jour à
l'assaut que l'on avoit pro-
1 jetté.
Cependant, dans le mefme
temps qu'on y mit le
feu, le Bacha de la Morée
vint attaquer la Redoute,
& la batterieelevée sur l'Eminence
qui couvroit nos
lignes, & cette attaque fut
telle que les Venitiens & Esclavons
qui en avoient la
defense, quoy qu'accoûtumezà
bien faire leur devoir,
ne purent luy resister. Tout
ay ant plié devant les Turcs,
ils se rendirent maistres de
la Redoute, &ilsy avoient
déjà planté plus de vingt de
leurs Etendards ou Banderoles
, lors qu'on vint avertir
le Commandeur de la
Tour de ce desordre.
On voit par la disposition
des Troupes qui étoient
commaudées pour ralfàut,
qu'il se trouvoit avec les
Chevaliers le plus proche
d'un porte si important pour
le salut de toutel'Armée. Il
connut qu'on ne pouvoit le
sauver que par une action
de vigueur;aussi ne balança-
t'il point à l'entreprendre.
Il cria aux siens qu'ils
le suivissent
,
&après avoir
baisé la Croix de nostre Etendart
par un mouvement
de cette pieté qui animoit
toutes ses actions,ils'avança
avec < une promptitude incroyable
vers l'Ennemy
(lUtale premier dans la Redoute
, & y tua de sa main
deux Turcs'qui voulurent'
luy faire teste. Un troisiéme
Turc l'ayant chargé par derriere,
luy abattitdu premier
coup de sabre un leger morion
qu'il portoit, &du Second
luy fendit la teste, & le
renversa par terre, ou l'effet,
d'un Baril de Poudre qui prici
feuacheva de luy faire perdre
la vie. Il fut suivy de prés ';
par plusieurs Chevaliers; en-j
rre lesquels le Chevalier de
Trefmes ayant passé son é-i
pée au travers du corps d'un l
j
'Turc, receut luy-mesmeun
si grand coup de sabre sur la
teste qu'il tomba mort avec
ssoonn EEnnnneemm-yy-il fût trouvé en ;-ll fût- trouve en,
cette posture aprésleCÇHTIbat.
Le Frere Servant d'armes
Michon,fut tuéd'un coup de
Mousquet en défendant le
Commandeur de la Tour,
avec beaucoup de' vigueur le Chevalier de Grandmont
reçût deux coups deSabre &:.
un coup de Mousquet. Les
Chevaliers de Bourbon &
de Gaillard & le Frere Servant
d'armes, la Motte, surent
mortellement bléssez.
Les Chevaliers de Piosasque,
& Doria Brasseuze le furent
legerement ;
ôcleChevatien
de Pont qui portoit l'Eten
dart ayant esté attaqué par
deux Turcs y^n tua un d'un
coup de Pistolet, & ~persé
l'autre deson épée, sansêtre
aussi que legerement bleÍfé
Le Chevalier de Beaupré-
Choiseul fut des -p-reiniers
se jetter dans I3. redoute,ou
le Chevalier de Mechacin,
Major du Bataillon
,
Ce di-J
stingua comme luy; & tou
enfin montrérent tant de
vigueur, qu'ils chasserent
les Ennemis de ce patte)
leur prirent onze de leurs
Banderoles, & y planterent
l'Etendard de la Religion,
à la veuë du quel toute l'Armée
ayant crié Vive Malte.
les Vénitiens&Esclavons
reprirent si bien courage,
que plus de trois cens Turcs
< furent passezau fil de l'épée;
ensorte qu'il ne son {auva
aucun de ceux qui s'estoient
logezdans la Redoute. Cette
journée coûtaauxchrétiénsenvironcentcinquanttJ:
c homrftesJ. )i
Tout le Camp reconnut
les Chevaliers pour ses Libérateurs
,
& on leur donna
mille loüanges. Les OiH-~
ciers GeneraDux envoyerent
en faire Compliment au General
des Galeres de Malte;
& en effet l'action fut si t
grande & si hardie, que l'on
pourroit assurer que rien n'y
auroit manqué, s'il n'en apas
coûté la vie à tant de
braves gens, & particulièrement
au Commandeur de la
Tour, qui fut pleuré de toute
l'Armée
y
& dont le Capitaine
General Morosini
,
ne pût apprendre la mort
sans verser des larmes. Il fut
enterré avec toutes les ceremoniesqui
peuvent marquer
la considération qu'on
avoit pour son mériter l'on
conserva son Coeur & ses os
pour les apporter à Malte.
On peut dire que personne
n'a jamais eu tout ensemble
de plus grandes qualitez
qu'il en avoit. Sa pieté estoit
il exemplaire,qu'n ne sçauroit
exprimer tous les bons
effets qu'elle produisoit sur
ceux qui servoient sous luy.
Sa douceur naturelle,ses
maniérés honnestes&engageantes,
sa capacité, sa valeur,
& toutes ses autres vertus
le rendoient - si recommandable
qu'ilestimpossible
qu'on ne le regrette (ensiblement
; mais enfin comme
selon sa loüable coûtume,
il avoit communiéavant
quedallerau Champ de Bataille,
on ne doit pas douter
que le sacrificé de savie joint
à une preparation si Chrêtienne
, ne l'ait élevér un
estat qui le rend digne el'en-"
vie. Le Chevalierde la Bar-tI
, A. - ¡ requ'ontoujoursveumar- 1
cher sur de semblables traces
, a passé par là au Commandement
General du Bataillon
,& lestime que tout
le monde fait de son mérite
n'a pas peu contribué à
leconsoler d'une telle perte.
Le 30. Juillet, les Ennemis
firent une nouvelle entreprise
sur nosLignes,quelques-
uns d'entreeuxs'estant
encore jettez le sabre à la
main dans la Redoute, située
sur l'Eminence à laquelle les
Vénitiensavoient donné le
nom de Fort Saint Jean ,
depuis qu'elleavoit esté fauvéepar
la valeur des Chevaliers
; mais ces Infîdellesfurent
repoussez jusque dans
leurs Retranchemens par les
Troupes dur* Pape& de Venise&
ils trouverent une
semblable resistance en diverses
autres attaques, où
les Maltois eurent souvent
l'avantage de les voir süir,
aussi-tost que l'Etendard de
Saint Jean paroissoit; ces
Barbares criant hautement,
selon la coûtume qu'ils ont
de faire graud bruit en combattant,
que sans ce Bataillon
deMalte ilssçauroient bienvenir
nir à bout de ce qu'ils entreprenoient.
Les Assiegez pendant ce
temps là se défendoienttoûjours
avec beaucoup d'opiniatreté,
quoy qu'il y cust
une Bresche assez confide-
[
rable du costé de l'attaque
où estoient les Troupes de
; Malte, & que vers l'attaque
des Venitiens ont eût
préparé une mine de deux
cens Barils de poudre dont
on esperoit un fort grand efset.
Les nostres de leur part estoient dans l'impatience
de pouvoir donner l'assaut à
la Place; mais comme on
étoit certain que lesTurcs de
la Campagne qui s'estoient
grossisjusqu'au nombre de
prés de six mille hommes,
ne manqueroient pas d'insulter
les lignes dans le
temps qu'onmonteroit à la
brêche, on resolut de les prevenireux-
mesmesavant que
de rien tenter, & deles aller
attaquer jusque dans leurs
propres travaux.
C'est ce qui s'executa
avec tout le succez possibles
le7. jour d'Aoust. Les Troupes
estant sorties en bon
ordre de leurs lignes, les
Turcs en furent si épouvantez
qu'ils se mirent aussi-tost
> en desordre, & se laisserent
tailler en pieces sans faire
> que tres-peu de resistance.
) On gagna tous leurs Retranchemens
; on se rendit maître
de leur Batterie de quatre
pieces de Canon; on pilla
leur Camp; on leur prit un
nombre considerable deche-
^vauxj on les poussa encore bien loin dans laCampagne,
& on leur tua prés de mille
d'hommes. On ne perdit que
> deuy ou trois Soldats das toutes
nos Troupes, ôc pas utinx
seul du Bataillon de Malte
Un événement si extraordi..ib
naire fut pris avec raison
pour un coup de la main d<>b
Dieu, & on écrit que la ve~
neration qu'on avoit pour
la pieté du feu Commann.
deur de la Tour-Maubougue - faisoit dire dans toute l'Ar])
niée
,
quec'estoit sans dout
à ses prieres qu'on le devoit
attribuer.Une Barque qui est
depuisarrivée icy de
1
Patras
, dans la Moré*e,rapporteque
quelques Turcs s'estantfaut
vez du combat,y avoient
representé la déroute encore
plus grande que nous ne la
sçavons, & qu'ils avoient afsuré
que le Bacha de la Morée
y avoit esté tué, & que
son Armée s'estoit entierement
dissipée.
Le Capitaine General Morofini
fit sommer les Assiegez
aussi-tost après cette victoire
; mais ils répondirent
fierement qu'ils sçavoient
bien que leurs gensavoient
esté battus, mais qu'ils n'en
estoient pas moins resolus de
mourir tous plûtost que de
se rendre, ce qui fit qu'on
ne songea plus qu'a tenir la
mine preste pour donner un
assaut général.
Le onzième jour d'Aoust
fut assigné pour cela, & les
Troupes ayant pris leurs
postes pendant la nuit, on
fit jouer à la pointe du jour
la grande Mine de l'attaque
des Venitiens. Elle fit tout
l'effet qu'ils en avoient attendu,
ôc elle auroit pu donner
le moyen d'entrer dés
lors dans la Ville, si au lieu
de l'éprouverils ne s'estoient
pas contentez de faire um
logement sur la brèche.Cependant
aussi-tost que le
l, bruit de laMine se fûtfait
I entendre, les Troupes de
I Malte qui avoient la teste | de l'autre attaque, soutenuës
[ de celles du Pape, & de
! Brunsvick
,
gagnerent avec
vigueur le haut de la brê-
I che qui estoit ouverte depuis
t plusieurs jours, quoy que
I laccez en fût fort difficile;
I mais comme lesEnnemis
f avoient eu le temps de s'y | fortifier,ils'y forma un rude
I•combat, durant lequelles Chevaliers firent tout ce
t. qu'on se peut imaginer de
leur bravoure poufforcerles
Retranchemens, qui se trouvant
bien flanquez & garnis
de Canons & de Pierriers,
firent sur eux un feu si terrible
,
qu'il y en eut quatre
tuez sur la place
, avec le
Comte de Fenelon qui fervoit
en qualité de volontaire
avec eux, & plus de trente-
deux blessez. Le Chevalier
de la Barre Commandant
general du Bataillon,
fit paroistre toute la valeur
possible en cette dernière.
occasion.Il fut tres-bien fou-<
tenu par les Officiers du Pape
&de BrunsvicK
,
dont quelques-
uns furentaussi tuez ou
blessez; mais enfin voyant
qu'il y avait de l'impossibilitê
à surmonter tous ces
grands obstacles, on fut contraint
de se retirer.
Neantmoins
,
bien loin
que ce contre-temps rébutast
les Chevaliers, ayant reconnu
la grande ouverture que
la mine des Venitiens avoit
faite, ils se resolurent à recommencer
à une heure
aprésmidy, ôc àdonner un
nouvel assaut aux deux endroits
,mais avec plus de vigueur
à cette derniere brêche
qu'a l'autre. Toutyétoit
disposé lors que les Turcs s'êtant
apperçûs de ce dessèiny
desployerent tout d'un coup
une Baniere blanche en demandant
à capituler. Quatre
d'entre-eux s'avancerent ssir
la brèche proposant de se
rendre, pourveu qu on leur
accordait la liberré & la vie;
mais le Capitaine General
Morosini n'ayant voulu consentir
à rien qu'ils n'eussent
laissé les nostres maistres
d'un Tourillon qui assuroit
l'entrée de la Ville;le hazard
fit que pendant que cela se
- traitoit, denx Soldats Chrétiens
des plus avancez vers
la Place, se querellerent entr'eux,
& se tirerent nn cou p
?
de pistolet. La bandoliere
d'un autre prit feu dans le mesme temps. Les Turcs de
laVille croyant là dessus que
la Trêve estoit rompuë Se
qu'on nagissoit pas de bonne
foy avec les leurs, mirent
le feu à une piece de Canon
qui tua plusieurs des nostres;
il n'en salut pas davantage
1
pour faire aussi-tost réprendre
les armes. Les Chrétiens
ayant crié Trahison
,
enfoncerent
si brusquement le peu
, de Retranchemens que les Ennemis avoient
surla
Bréche,
que rien ne les put empescher
de se jetter dans la
Ville, où tout fut passé au fil
de l'épée, à la reserve de quelques
heureux,&de beaucoup
de Femmes&Enfans,leChevalicr
de la Barre ayant eu
mesmedela peine à garantir
de la fureur du Soldat les quatre
Turcs qui estoient venus
parlementer avec'luy.
Ainsi finit le Siege de Coron
, après quarante- sept
jours de Tranchéeouverte,
;' pendant lesquels l'Armée
! Clireftienne a eu à combattre
en deux endroits contre
(
des Ennemis puissans,surqui
Il elle a remporté une double viâoire, avec toute la gloire
! imaginable.Les Venitiens &
le Comte de Saint Paul
,
s'y
font acquis beaucoup d'honneur.
Le jeune Prince de
,: Brunfvich s'y est tout-à-fait
distingué avec ses Troupes.
Celles de Florence y ont
: donné des marques de leur
valeur julqua leur Rembarquement,
qui se fit quelques
jours avant la fin de ce Siege;
& il est aisé de juger quelle
est la part que le Bataillon
de Malte y a euë, avec les
TroupesduPape,quiluy ont
esté toujours unies.LeChevalier
de laBarre y a dignement
soûtenu par plusieurs belles
actions,la réputation que le
Commandeur de la Tour
s'étoit acquise. Tous lesChevaliers
s'y sont genereusement
sacrifiez pour l'interest
de la Foy, y ayant supporté
des fatigues incroyables, &
plusieurs d'entr'eux y ayant
répandu leur sang, comme
vous pouvezle voir par la Liste
que je vous envoye. J'y
ay marqué les diverses Langues
d'où ils sont.
NOMS DE e/}lESSIEVR.S
les Chevaliers, Morts &
blessez au Sieçede Coron.
FRANCOIS.
AUVERGNE. LE Commandeur de la
i
TourMaubourg, Ge
neral du Bataillon de Malte,
tué en l'occasion de la RedeU
e
De Creus, Volontaire, mm
.1 de maladie causéepar lesgrandesfatigues.
De MontchalinGarde Etendard,
blrfé.
Junius, ou Junior, Volontaire
,
b/efé.
,
Du Breüil, blesséd'uncoup de
Mousquet à la gorge, au dernierAssaut.
Goudras JJ , Sous - Lieutenant
de Grenadiers, blesé.
De Saillans d'Estans, Sous-
Lieutenant deGrenadiers,
blessé de deux coups de Adoufquet
à la cuisse.
De Corcin Mongon, Garde
Etendard, blessé d'un coup
de Mousquet à la main.
De Saint Pierre, blesséd'un coup
de mousquet à la main.
Du Pont, blessé en l'occasion de
la Redoute.
FRANCE.
De Tresmes-Gesvres,Volontaire,
mort deses liejjeuus
receuës en l'occasion de la Redoute.
De Bourgon,Volontaire.
mort aussi de ses blessures re -'
cenés en la mesme. occasion.
De Lire dela Bourdonnaye,
Volontaire, tue à ïA(faut.
Du Plessis Getté,
De la Brunetiere.
Freres,tous
deux morts
de maladiescausées par les
grandes fatigues.
Michon) Ayde-Major, tuéen toccasion de la Redoute.
De la Mothe, Volontaire,
morj de (es blesseures receuës
en l'occasion de la Redoute.
..DeBeaupré,Garde-Etendard,
Boindin, Volontaire,
Doria-Braflèule,f<?^trois blesfeK
dangereusementaudernier
Affdut.
De Bernieres, Sous-Lieutenant
de Brigadiers, blessé
d'uncoup de mousquet à 14
main.
De Reffuge,Capitaine, blessé.
De BraignyVolontaire,blessé.
DeSeffeval,Lieutenant,blessé.
De Brosias/Volontaire,blessé.
Des Aunois, Volontaire, bIefsé
d'un coup de mousquet à la
cuisse.
PROVENCE.
De Gaillard, Capitaine, mort
de ses bleseures receuës en l'occaston
de la Redoute.
De la Minoye, Volontaire, tué au dernier Assaut.
De Galean,Capitaine, Meslê
dangereusement dans la wf/L
me eccafîon.
Tondu, Volontaire, bIef;
dangereusement dans la mef
me octasion. V ij
JRoigne,Volontaire,blesséd'un
coup de mousquet à ta jambe.
Lescaillon, Volontaireblessé.
Descoulettes, ( blessé.
De Fanesin,Volontaire,blessé.
Caulet, blesé.
De Sade de Guieres, Lieutenant,
biefé.
De Cais, blessé.
Baron, Volontaire, blessé.
De Gramont,Aydede Camp,
blessé en L'occasion de la Redoute.
ITALIENS.
Le Comte de Vital, Volontaire,
tué dansla tranchée.
Citadelli l'aisné, Lieutenant,
tue dans le dernier Assaut.
Vicaris, Garde
-
Etendard r blessé dangereusement au dernier
j4jfeut.
Beccaria, Volontaire, blessé
dangereusement dans la mef
me occasion.
Carraccioli, Volontaire.,bler-
J
sé.
Pieuzaque, Volontaire, blessé
en l'occasion de la Redoute.
Perrussi, Volontaire,b pensinghi, Volontaire,blejp.
Spinola l'aisné, blefijé.
ESPAGNOLS.
CASTILLE.
Dom FélixVerra-terra, Lieti
tenant,tué dans le dernier
Ajiaut.
Dom Juan Melos, Lieutenant,
worf de maladiecausée
par les grandesfatigues.
Dom Juan de Barros, dange-
- reujement bieffé. Dora Juan Emanuel
,
Capi-
"J< taine,blessé.
JRRAGON.
Dom Emanuel de Cordoüa,
Capitaine, blejJé dangereusementaudernierAOàutd'un
coup de mousquet à la cuisse.
Dom IgnacioOurias. Il a eu
le coude cajpd'un coup de
c-
1-le Ca - mouflet au dernier AJfaurJ
& efl en d.tnver. - -
ALLEMAND.
Schesbelle
, ou Chaifeber,
Garde
-
Etendard, blessé.
Mois une Lettre duGeneralissimeMorosini
sur l'Affaire
de Coron, ôc aujourd'huy
jevous feray partd'une
Relation toute entiere
,,}
*
touchant le Siege &: la prise
de cette Place. Elle est exacte
& remplie de faits tout nou- 1
veaux,& de circonilancesl
qui n'ont point encore esté
sceuës, & je puis vous
~~urer
qu'on n'arien veu
surs
-
cette matiere de plus cu-^
rieux
,
& de plus digne d'être
conservédansl'Histoire
à cause des Chevaliers quij
ont faitvoir leur valeur, &-
versé leur fang en combatttant
contre les Ennemis de
laFoy. Cette Relation estve-4
nuë de Malte. Ainsi quand 1
vous trouverez, ces 1110ts,
î
1
y Les Nostres, nos fignfs, & d'autrès
semblables
,
fouvenezvous
que c'est un Maltois
*; qui parle.
1
$
Relation de ceqye les Galeres
l- & le Bàtaillon de Malte>
t, ont fait au Siege de Coron
dans la Morée
J
pendant la
1* derniere Campagne de l'année
16$y.
.i LEscadre deMaIre,com..
posée de huit Galeres,
-:! & commandée par le Bailly
Brancaccio,s'unit au cornmencement
de Juin avec
l'Escadre des cinq Galeres
deSaSainteté, qui ne portant
point d'Etendars
,
se mirent
à l'obeissance du General
de Malte. Elles arriverent
toutes ensemble vers la
my-Juin au Port de Dragoffiefire,
où estoit l'Armée
Navale des Venitiens,à la
quelle quatre Galeres du
Grand Duc s'estoient jointes
quelques jours auparavant
; & après que les choses
y furent reglées; en forte
que selon la coûtume la Capitane
de Malte futplacée
à la droite de la Reale de Venise
,
& que le premier Poste
dans les Conseils de Guerre
futaccordéau General Brancaccio,
toute l'Armée fit voile
le 20. au nombre de 17.
Vaisseaux, 5. Galeasses, 11.
Galeres de Venise, 5. du Pape,
8. de Malthe, 4. du Grand
Duc, 15. Galiottes, &15. ou
20. Barques ou Brigantins.
L'intelligence que le Capitaine
General Morosini entretenoit
depuis quelques
: mois avec les Maïnotes,pour
les animer à secoüer le joug
desTurcs,luy avoit fait esperer
qu'il pourroiraisément
faire des progrés dans la Morée,
par le moyen de ces Peuples;
mais ayant appris en
s'approchant de leur costé,
que la fortune ne leur avoit
pas esté favorable dans ce
qu'ils avoient tâché de faire
pourse procurer la liberté,&
qu'au contraire ils avoient
esté forcez de donner des Otages
au Turc,qui les avoit
exigez pour asseurance de
fidélité, il se trouva obligé
de prendre d'autres mesures
pour pouvoir entreprendre
quelque chose de considerable.
ttable. Son premier dessein lfut d'attaquer Modon,Capi-
] tale de la Morée; mais en
s ayant fait reconnoistre la firtuation
le 23.Juin,les difficulftezquife
presenterent pour
( le débarquement des Trou-
[ pes & duCanon l'en détour- ['nerent,& luy firent résoudre
t le Siege de Coron, Place qui
n'est pas d'une moindre con-
: jsiderationdans cette même
Province. Elle est éloignée parterreenvirondedouze
1 millesdeModon,&située au
,
devant du Cap Gallo, vers lePays des Maïnotes.
Le%$. au matin, on fitAéÉ
barquer lesTroupespnefquiài
portée du Canon de la Ville
sans aucun obstacle de la par
des Turcs. Elles consisftoient
en trois mille hommes de
Troupes ordinaires des Ve
nitiens ; -
mille Esclavons -
deux mille quatre cens hommes
de tres-borines Troupes
, que le Prince de Brunsvich
Duc de Hanover, avoit
envoyées avec un jeunePrince
de ses Enfans,par convenu
tion faite avec la Republique;
le Bataillon de Malte
composé de huit à neufcens
Soldats & six vingts Chevalliers;
un Bataillon du Pape
Jbdc quatre cens hommes
)
&
un autre du grand Duc de
trois cens; ce qui faisoit en
ttouc environ huit mille hommes
de pied sans Cavalerie.
Cette Armée étoit commandée
par le Comte de Saint
Paul, General, de capacité& d'experience, qui a longtemps
servy le Roy de Danemark,
& le Duc de Neubourg
; & le premier Poste
dans l'ordre de Bataille, y
seftoit occupe par le Bataillon
de Malte, dont le Commandeur
de la Tour-Maubourg
avoit le Commandement
general, avec une approbation
aussi universelle,
que celle qu'il s'étoit déjaacquife
dans un pareil Employ0
pendant le dernier Siege de
Candie. Il avoit aussile Bataillon
desGaleres de Sa Sainteté
fous son commandement.
Tout se faisoit cependant
dans le Camp, aussi-*
bien que dans l'ArméeNavale,
sous la direction du Cal
pitaine General Morosini, &
du Bailly Brancaccio, General
des Galeres de Malte,qui
estoient moüillées à la Cofte.,,
On s'approcha de la Ville
à la faveur des Oliviers qui
l'environnent, sans qu'il se
passast autre.chose que de legeres
Escarmouches, & on
ouvrit la Tranchée le 26. le
Bataillon de Malte, les
Brunfvich
,
& les Papalins
sur la droite vers la Mer, &
les Vénitiens& Esclavons sur
la gauche versun Fauxbourg
dont ilsfefendirent les maîtres
sans resistance. Lemesme
jour nous perdifmes le
Chevalier San-Vitali,Parmeran)
tué d'un coup de Mousquet
dans la Tranchée, & on
avança les travaux de part &
d'autre avec assez de facilité.
Ony éleva deux Batteries,
chacune de trois pieces de
grosCanon avec quatreMortiers
à Bombes
,
ausquels on
joignit dans la fuite deux autres
pieces de Canon. Les
Ennemis ne firent que de le-"
geres Sorties, dans lesquelles
ils furent vigoureusement repaulIèz.
Leur ~fem>ftoitassez
mediocre *
,
& faisoit juger"
qu'ils ne se disposoient pas à
résusterfort long-temps;
mais on connut dans la Cuite,'
i" t
, que leur intentionestoit de
ménager leurs gens, dans
l'esperance d'estrebien-tost
secourus par le Bacha de la
Morée,quirassèmbloit un
Camp volant de trois ou
quatre mille hommes, tant
Infanterie que Cavalerie; ce
qui obligea les nostresàfaire
des travaux considerables
pour se mettre à couvert, 8c
à fortifierentr'autres une
eminence,qui commandoit
d'un collé toutes nos lignes,
& découvroit de l'autre le
Pays d'alentour. On y éleva
une Batterie de quatre pieces
de Canon avec un Mortier.
Le Bacha de la Morée parut
en effet le 3. de Juillet, &
se vint camper à portée de
Canon de l'Armée Chrestienne;
où s'estant retranché,
il mit quatre pieces de
Canon en Batterie, qui se
croisantavec l'Artillerie de
la Place, causoient quelque
incommodité dans nos travaux.
Ce Bacha donnoit
presque tous les jours l'alarme
auxnostres par de chaudes
Escarmouches, dans lel:
quelles les Turcs furenttoû1
jours repoussez avec perte.
Les Assiegez de leur collé
redoublerent leur feu, & répondirent
avec fierté aux
chamades qu'on leur fit, en
les menaçant de mettre le
feu aux Mines où l'on travailla
loitinceflàmment-,maisavec
, moins de succés que 1on f
n'aurait souhaité, parce qu'il
les falloit conduire dans le
'1
Rocher, en forte qu'on employa
plus de trois semaines
à ces fortes de travaux.
,
_i Les Defenses de la Place
, se trouvoientalors fort ruinées
par le feu continuel de
nos Batteries,&les Bombes
y avoient fait beaucoup de
desordre; mais outre que
cette Place est d'une ÍÏtuation
avantageuse, parce qu'-
ellen'a qu'un front à garder
flanquéde grosses Tours bâties
sur le Roc, elle estoit encore
gardée de 80. pieces de
Canon, avec abondance de
munitions de guerre & de
bouche, & les Ennemis y avoient
septàhuitcens hommes
de Garnison, sans ceux
qui estoient capables de porter
les armes, parmy un Peuple
de quatre à cinq mille
ames. Ainsi on ne pouvoit
sien ouvrir l'entrée que par
les Fourneaux, & par des Assauts
vigoureux, penaartlefquels
on ne doutoit pas que -
l'on ne fûst attaque par le
Camp volant des Turcs.
- Cette disposition des choses
causoit quelque embarras
; mais enfin les mines s'etant
trouvées en estat de
joüer le 24. Juillet, on fbfolut
de faire une tentative, &
tout. se prépara pour cela.
LeChevalier de Segrés devoit
commencer l'assauta
lateste de soixante Grena..-':
diers
,
soûtenu de quelque
detachement de Fuzeliers &
d'Esclavons. Le Chevalier
dela Barre, Lieutenant General
du Bataillon de Malte
, venoitaprés avec le Chevalier
de Refuge, premier
Capitaine, à la teste d'une
partie de nos Troupes,&de
quelques Compagnies des
Papalins & Venitiens. Le
Prince de BrunfvicK le soûtenoit
avec 230. hommes de
; ses Troupes, & le Commandeur
de la Tour-Maubourg
suivoit avec un gros de Chevaliers,
au milieudesquels ij
esftoit l'Etendard de la Religion.
Il avoitaussï avec luy
quelques-unes de nos Compagnies
& de celles du Pape;
mais lors que chacun eut
pris son palle, il arriva que
la Mine n'eut pas la force de
faire fauter le Rocher, &
ainsi elle ne fit aucun effet
capable de donner jour à
l'assaut que l'on avoit pro-
1 jetté.
Cependant, dans le mefme
temps qu'on y mit le
feu, le Bacha de la Morée
vint attaquer la Redoute,
& la batterieelevée sur l'Eminence
qui couvroit nos
lignes, & cette attaque fut
telle que les Venitiens & Esclavons
qui en avoient la
defense, quoy qu'accoûtumezà
bien faire leur devoir,
ne purent luy resister. Tout
ay ant plié devant les Turcs,
ils se rendirent maistres de
la Redoute, &ilsy avoient
déjà planté plus de vingt de
leurs Etendards ou Banderoles
, lors qu'on vint avertir
le Commandeur de la
Tour de ce desordre.
On voit par la disposition
des Troupes qui étoient
commaudées pour ralfàut,
qu'il se trouvoit avec les
Chevaliers le plus proche
d'un porte si important pour
le salut de toutel'Armée. Il
connut qu'on ne pouvoit le
sauver que par une action
de vigueur;aussi ne balança-
t'il point à l'entreprendre.
Il cria aux siens qu'ils
le suivissent
,
&après avoir
baisé la Croix de nostre Etendart
par un mouvement
de cette pieté qui animoit
toutes ses actions,ils'avança
avec < une promptitude incroyable
vers l'Ennemy
(lUtale premier dans la Redoute
, & y tua de sa main
deux Turcs'qui voulurent'
luy faire teste. Un troisiéme
Turc l'ayant chargé par derriere,
luy abattitdu premier
coup de sabre un leger morion
qu'il portoit, &du Second
luy fendit la teste, & le
renversa par terre, ou l'effet,
d'un Baril de Poudre qui prici
feuacheva de luy faire perdre
la vie. Il fut suivy de prés ';
par plusieurs Chevaliers; en-j
rre lesquels le Chevalier de
Trefmes ayant passé son é-i
pée au travers du corps d'un l
j
'Turc, receut luy-mesmeun
si grand coup de sabre sur la
teste qu'il tomba mort avec
ssoonn EEnnnneemm-yy-il fût trouvé en ;-ll fût- trouve en,
cette posture aprésleCÇHTIbat.
Le Frere Servant d'armes
Michon,fut tuéd'un coup de
Mousquet en défendant le
Commandeur de la Tour,
avec beaucoup de' vigueur le Chevalier de Grandmont
reçût deux coups deSabre &:.
un coup de Mousquet. Les
Chevaliers de Bourbon &
de Gaillard & le Frere Servant
d'armes, la Motte, surent
mortellement bléssez.
Les Chevaliers de Piosasque,
& Doria Brasseuze le furent
legerement ;
ôcleChevatien
de Pont qui portoit l'Eten
dart ayant esté attaqué par
deux Turcs y^n tua un d'un
coup de Pistolet, & ~persé
l'autre deson épée, sansêtre
aussi que legerement bleÍfé
Le Chevalier de Beaupré-
Choiseul fut des -p-reiniers
se jetter dans I3. redoute,ou
le Chevalier de Mechacin,
Major du Bataillon
,
Ce di-J
stingua comme luy; & tou
enfin montrérent tant de
vigueur, qu'ils chasserent
les Ennemis de ce patte)
leur prirent onze de leurs
Banderoles, & y planterent
l'Etendard de la Religion,
à la veuë du quel toute l'Armée
ayant crié Vive Malte.
les Vénitiens&Esclavons
reprirent si bien courage,
que plus de trois cens Turcs
< furent passezau fil de l'épée;
ensorte qu'il ne son {auva
aucun de ceux qui s'estoient
logezdans la Redoute. Cette
journée coûtaauxchrétiénsenvironcentcinquanttJ:
c homrftesJ. )i
Tout le Camp reconnut
les Chevaliers pour ses Libérateurs
,
& on leur donna
mille loüanges. Les OiH-~
ciers GeneraDux envoyerent
en faire Compliment au General
des Galeres de Malte;
& en effet l'action fut si t
grande & si hardie, que l'on
pourroit assurer que rien n'y
auroit manqué, s'il n'en apas
coûté la vie à tant de
braves gens, & particulièrement
au Commandeur de la
Tour, qui fut pleuré de toute
l'Armée
y
& dont le Capitaine
General Morosini
,
ne pût apprendre la mort
sans verser des larmes. Il fut
enterré avec toutes les ceremoniesqui
peuvent marquer
la considération qu'on
avoit pour son mériter l'on
conserva son Coeur & ses os
pour les apporter à Malte.
On peut dire que personne
n'a jamais eu tout ensemble
de plus grandes qualitez
qu'il en avoit. Sa pieté estoit
il exemplaire,qu'n ne sçauroit
exprimer tous les bons
effets qu'elle produisoit sur
ceux qui servoient sous luy.
Sa douceur naturelle,ses
maniérés honnestes&engageantes,
sa capacité, sa valeur,
& toutes ses autres vertus
le rendoient - si recommandable
qu'ilestimpossible
qu'on ne le regrette (ensiblement
; mais enfin comme
selon sa loüable coûtume,
il avoit communiéavant
quedallerau Champ de Bataille,
on ne doit pas douter
que le sacrificé de savie joint
à une preparation si Chrêtienne
, ne l'ait élevér un
estat qui le rend digne el'en-"
vie. Le Chevalierde la Bar-tI
, A. - ¡ requ'ontoujoursveumar- 1
cher sur de semblables traces
, a passé par là au Commandement
General du Bataillon
,& lestime que tout
le monde fait de son mérite
n'a pas peu contribué à
leconsoler d'une telle perte.
Le 30. Juillet, les Ennemis
firent une nouvelle entreprise
sur nosLignes,quelques-
uns d'entreeuxs'estant
encore jettez le sabre à la
main dans la Redoute, située
sur l'Eminence à laquelle les
Vénitiensavoient donné le
nom de Fort Saint Jean ,
depuis qu'elleavoit esté fauvéepar
la valeur des Chevaliers
; mais ces Infîdellesfurent
repoussez jusque dans
leurs Retranchemens par les
Troupes dur* Pape& de Venise&
ils trouverent une
semblable resistance en diverses
autres attaques, où
les Maltois eurent souvent
l'avantage de les voir süir,
aussi-tost que l'Etendard de
Saint Jean paroissoit; ces
Barbares criant hautement,
selon la coûtume qu'ils ont
de faire graud bruit en combattant,
que sans ce Bataillon
deMalte ilssçauroient bienvenir
nir à bout de ce qu'ils entreprenoient.
Les Assiegez pendant ce
temps là se défendoienttoûjours
avec beaucoup d'opiniatreté,
quoy qu'il y cust
une Bresche assez confide-
[
rable du costé de l'attaque
où estoient les Troupes de
; Malte, & que vers l'attaque
des Venitiens ont eût
préparé une mine de deux
cens Barils de poudre dont
on esperoit un fort grand efset.
Les nostres de leur part estoient dans l'impatience
de pouvoir donner l'assaut à
la Place; mais comme on
étoit certain que lesTurcs de
la Campagne qui s'estoient
grossisjusqu'au nombre de
prés de six mille hommes,
ne manqueroient pas d'insulter
les lignes dans le
temps qu'onmonteroit à la
brêche, on resolut de les prevenireux-
mesmesavant que
de rien tenter, & deles aller
attaquer jusque dans leurs
propres travaux.
C'est ce qui s'executa
avec tout le succez possibles
le7. jour d'Aoust. Les Troupes
estant sorties en bon
ordre de leurs lignes, les
Turcs en furent si épouvantez
qu'ils se mirent aussi-tost
> en desordre, & se laisserent
tailler en pieces sans faire
> que tres-peu de resistance.
) On gagna tous leurs Retranchemens
; on se rendit maître
de leur Batterie de quatre
pieces de Canon; on pilla
leur Camp; on leur prit un
nombre considerable deche-
^vauxj on les poussa encore bien loin dans laCampagne,
& on leur tua prés de mille
d'hommes. On ne perdit que
> deuy ou trois Soldats das toutes
nos Troupes, ôc pas utinx
seul du Bataillon de Malte
Un événement si extraordi..ib
naire fut pris avec raison
pour un coup de la main d<>b
Dieu, & on écrit que la ve~
neration qu'on avoit pour
la pieté du feu Commann.
deur de la Tour-Maubougue - faisoit dire dans toute l'Ar])
niée
,
quec'estoit sans dout
à ses prieres qu'on le devoit
attribuer.Une Barque qui est
depuisarrivée icy de
1
Patras
, dans la Moré*e,rapporteque
quelques Turcs s'estantfaut
vez du combat,y avoient
representé la déroute encore
plus grande que nous ne la
sçavons, & qu'ils avoient afsuré
que le Bacha de la Morée
y avoit esté tué, & que
son Armée s'estoit entierement
dissipée.
Le Capitaine General Morofini
fit sommer les Assiegez
aussi-tost après cette victoire
; mais ils répondirent
fierement qu'ils sçavoient
bien que leurs gensavoient
esté battus, mais qu'ils n'en
estoient pas moins resolus de
mourir tous plûtost que de
se rendre, ce qui fit qu'on
ne songea plus qu'a tenir la
mine preste pour donner un
assaut général.
Le onzième jour d'Aoust
fut assigné pour cela, & les
Troupes ayant pris leurs
postes pendant la nuit, on
fit jouer à la pointe du jour
la grande Mine de l'attaque
des Venitiens. Elle fit tout
l'effet qu'ils en avoient attendu,
ôc elle auroit pu donner
le moyen d'entrer dés
lors dans la Ville, si au lieu
de l'éprouverils ne s'estoient
pas contentez de faire um
logement sur la brèche.Cependant
aussi-tost que le
l, bruit de laMine se fûtfait
I entendre, les Troupes de
I Malte qui avoient la teste | de l'autre attaque, soutenuës
[ de celles du Pape, & de
! Brunsvick
,
gagnerent avec
vigueur le haut de la brê-
I che qui estoit ouverte depuis
t plusieurs jours, quoy que
I laccez en fût fort difficile;
I mais comme lesEnnemis
f avoient eu le temps de s'y | fortifier,ils'y forma un rude
I•combat, durant lequelles Chevaliers firent tout ce
t. qu'on se peut imaginer de
leur bravoure poufforcerles
Retranchemens, qui se trouvant
bien flanquez & garnis
de Canons & de Pierriers,
firent sur eux un feu si terrible
,
qu'il y en eut quatre
tuez sur la place
, avec le
Comte de Fenelon qui fervoit
en qualité de volontaire
avec eux, & plus de trente-
deux blessez. Le Chevalier
de la Barre Commandant
general du Bataillon,
fit paroistre toute la valeur
possible en cette dernière.
occasion.Il fut tres-bien fou-<
tenu par les Officiers du Pape
&de BrunsvicK
,
dont quelques-
uns furentaussi tuez ou
blessez; mais enfin voyant
qu'il y avait de l'impossibilitê
à surmonter tous ces
grands obstacles, on fut contraint
de se retirer.
Neantmoins
,
bien loin
que ce contre-temps rébutast
les Chevaliers, ayant reconnu
la grande ouverture que
la mine des Venitiens avoit
faite, ils se resolurent à recommencer
à une heure
aprésmidy, ôc àdonner un
nouvel assaut aux deux endroits
,mais avec plus de vigueur
à cette derniere brêche
qu'a l'autre. Toutyétoit
disposé lors que les Turcs s'êtant
apperçûs de ce dessèiny
desployerent tout d'un coup
une Baniere blanche en demandant
à capituler. Quatre
d'entre-eux s'avancerent ssir
la brèche proposant de se
rendre, pourveu qu on leur
accordait la liberré & la vie;
mais le Capitaine General
Morosini n'ayant voulu consentir
à rien qu'ils n'eussent
laissé les nostres maistres
d'un Tourillon qui assuroit
l'entrée de la Ville;le hazard
fit que pendant que cela se
- traitoit, denx Soldats Chrétiens
des plus avancez vers
la Place, se querellerent entr'eux,
& se tirerent nn cou p
?
de pistolet. La bandoliere
d'un autre prit feu dans le mesme temps. Les Turcs de
laVille croyant là dessus que
la Trêve estoit rompuë Se
qu'on nagissoit pas de bonne
foy avec les leurs, mirent
le feu à une piece de Canon
qui tua plusieurs des nostres;
il n'en salut pas davantage
1
pour faire aussi-tost réprendre
les armes. Les Chrétiens
ayant crié Trahison
,
enfoncerent
si brusquement le peu
, de Retranchemens que les Ennemis avoient
surla
Bréche,
que rien ne les put empescher
de se jetter dans la
Ville, où tout fut passé au fil
de l'épée, à la reserve de quelques
heureux,&de beaucoup
de Femmes&Enfans,leChevalicr
de la Barre ayant eu
mesmedela peine à garantir
de la fureur du Soldat les quatre
Turcs qui estoient venus
parlementer avec'luy.
Ainsi finit le Siege de Coron
, après quarante- sept
jours de Tranchéeouverte,
;' pendant lesquels l'Armée
! Clireftienne a eu à combattre
en deux endroits contre
(
des Ennemis puissans,surqui
Il elle a remporté une double viâoire, avec toute la gloire
! imaginable.Les Venitiens &
le Comte de Saint Paul
,
s'y
font acquis beaucoup d'honneur.
Le jeune Prince de
,: Brunfvich s'y est tout-à-fait
distingué avec ses Troupes.
Celles de Florence y ont
: donné des marques de leur
valeur julqua leur Rembarquement,
qui se fit quelques
jours avant la fin de ce Siege;
& il est aisé de juger quelle
est la part que le Bataillon
de Malte y a euë, avec les
TroupesduPape,quiluy ont
esté toujours unies.LeChevalier
de laBarre y a dignement
soûtenu par plusieurs belles
actions,la réputation que le
Commandeur de la Tour
s'étoit acquise. Tous lesChevaliers
s'y sont genereusement
sacrifiez pour l'interest
de la Foy, y ayant supporté
des fatigues incroyables, &
plusieurs d'entr'eux y ayant
répandu leur sang, comme
vous pouvezle voir par la Liste
que je vous envoye. J'y
ay marqué les diverses Langues
d'où ils sont.
NOMS DE e/}lESSIEVR.S
les Chevaliers, Morts &
blessez au Sieçede Coron.
FRANCOIS.
AUVERGNE. LE Commandeur de la
i
TourMaubourg, Ge
neral du Bataillon de Malte,
tué en l'occasion de la RedeU
e
De Creus, Volontaire, mm
.1 de maladie causéepar lesgrandesfatigues.
De MontchalinGarde Etendard,
blrfé.
Junius, ou Junior, Volontaire
,
b/efé.
,
Du Breüil, blesséd'uncoup de
Mousquet à la gorge, au dernierAssaut.
Goudras JJ , Sous - Lieutenant
de Grenadiers, blesé.
De Saillans d'Estans, Sous-
Lieutenant deGrenadiers,
blessé de deux coups de Adoufquet
à la cuisse.
De Corcin Mongon, Garde
Etendard, blessé d'un coup
de Mousquet à la main.
De Saint Pierre, blesséd'un coup
de mousquet à la main.
Du Pont, blessé en l'occasion de
la Redoute.
FRANCE.
De Tresmes-Gesvres,Volontaire,
mort deses liejjeuus
receuës en l'occasion de la Redoute.
De Bourgon,Volontaire.
mort aussi de ses blessures re -'
cenés en la mesme. occasion.
De Lire dela Bourdonnaye,
Volontaire, tue à ïA(faut.
Du Plessis Getté,
De la Brunetiere.
Freres,tous
deux morts
de maladiescausées par les
grandes fatigues.
Michon) Ayde-Major, tuéen toccasion de la Redoute.
De la Mothe, Volontaire,
morj de (es blesseures receuës
en l'occasion de la Redoute.
..DeBeaupré,Garde-Etendard,
Boindin, Volontaire,
Doria-Braflèule,f<?^trois blesfeK
dangereusementaudernier
Affdut.
De Bernieres, Sous-Lieutenant
de Brigadiers, blessé
d'uncoup de mousquet à 14
main.
De Reffuge,Capitaine, blessé.
De BraignyVolontaire,blessé.
DeSeffeval,Lieutenant,blessé.
De Brosias/Volontaire,blessé.
Des Aunois, Volontaire, bIefsé
d'un coup de mousquet à la
cuisse.
PROVENCE.
De Gaillard, Capitaine, mort
de ses bleseures receuës en l'occaston
de la Redoute.
De la Minoye, Volontaire, tué au dernier Assaut.
De Galean,Capitaine, Meslê
dangereusement dans la wf/L
me eccafîon.
Tondu, Volontaire, bIef;
dangereusement dans la mef
me octasion. V ij
JRoigne,Volontaire,blesséd'un
coup de mousquet à ta jambe.
Lescaillon, Volontaireblessé.
Descoulettes, ( blessé.
De Fanesin,Volontaire,blessé.
Caulet, blesé.
De Sade de Guieres, Lieutenant,
biefé.
De Cais, blessé.
Baron, Volontaire, blessé.
De Gramont,Aydede Camp,
blessé en L'occasion de la Redoute.
ITALIENS.
Le Comte de Vital, Volontaire,
tué dansla tranchée.
Citadelli l'aisné, Lieutenant,
tue dans le dernier Assaut.
Vicaris, Garde
-
Etendard r blessé dangereusement au dernier
j4jfeut.
Beccaria, Volontaire, blessé
dangereusement dans la mef
me occasion.
Carraccioli, Volontaire.,bler-
J
sé.
Pieuzaque, Volontaire, blessé
en l'occasion de la Redoute.
Perrussi, Volontaire,b pensinghi, Volontaire,blejp.
Spinola l'aisné, blefijé.
ESPAGNOLS.
CASTILLE.
Dom FélixVerra-terra, Lieti
tenant,tué dans le dernier
Ajiaut.
Dom Juan Melos, Lieutenant,
worf de maladiecausée
par les grandesfatigues.
Dom Juan de Barros, dange-
- reujement bieffé. Dora Juan Emanuel
,
Capi-
"J< taine,blessé.
JRRAGON.
Dom Emanuel de Cordoüa,
Capitaine, blejJé dangereusementaudernierAOàutd'un
coup de mousquet à la cuisse.
Dom IgnacioOurias. Il a eu
le coude cajpd'un coup de
c-
1-le Ca - mouflet au dernier AJfaurJ
& efl en d.tnver. - -
ALLEMAND.
Schesbelle
, ou Chaifeber,
Garde
-
Etendard, blessé.
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3
p. 111-116
Autre fait par le Doyen des Avocats au Conseil. [titre d'après la table]
Début :
Aussi-tost que Mr Boucherat eut esté nommé Chancelier de [...]
Mots clefs :
Discours, Chancelier, Mr Boucherat, Doyen, Compliments, Obéissance, Dignité, Éminence
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texteReconnaissance textuelle : Autre fait par le Doyen des Avocats au Conseil. [titre d'après la table]
Auffi- toft que M Boucherat
eut efté nomméChan.
celier de France , les Avocats
au Confeil refolurent
de luy aller faire leurs Complimens
. Ils fe rendirent à
Fontainebleau , & M' de
Cauffan leur Doyen luy par
la de cette forte.
112 MERCURE
"ONSEIGNEUR ,
Les Avocats au Con-
M
feil du Royfe prefentent à vôté
, en
tre Grandeur avec toute l'humilil'obeïffance
qu'ils vous doivent.
Ils vous témoignent la joye
extrême qu'ils ont de voftre Promotion
, de l'honneur qu'il a
pleu au Roy de vous faire
vous commettant la plus fublime
Dignité de fon Royaume . Bien
que cette recompenfe ne pust avec
juſtice eſtre refuſée à vos actions
toutes vertueufes & glorieuses ;
neanmoins , Monfeigneur , l'on
peut dire que le choix de Voftre
GALANT. 113
Perfonne pour cette éminente
Charge , eft encore plus honorable
que la Charge mefme , puifque
ce choix a efté fait par le ju
gement du plus Fuste & du plus
Sage de tous les Roys de la Ter
re. Les dons des Rois ( comme
ceux des Dieux dans Homere )
font toujours grands & magnifiques
; mais quant ils font faits
pour le feul prix du merite & de
la vertu , ils font inestimables..
Cette vertu & ce merite fe ren
contrant heureuſement en Voftre
Perfonne , Monseigneur , nous
donnent une grande efperance »
que par Voftre Sageffe & par
Decembre
168£. K
114 MERCURE
VoftreJusticefinguliere , ce Siecle
fera comblé de felicité , & que
la Justice confervant fon pur
ancien luftre , Vous honorerez les
Avocats au Confeil de voftre
Protection.
M' le Chancelier répon
dit , Qu'ilavoit connoiffance des
Reglemens du Confeil , à com
mencer par celuy de 1660. auquel
il avoit trravaillé , comme
ayant efté l'un des Commiſſaires
nommez pour l'examiner par
Mle Chancelier Seguier , duquel
il avoit l'honneur d'eftre
Parent ; Qu'il fçavoit auffi
celuy de 1673. Qu'il leur enjoiGALANT.
is
gnoit d'avoir toujours foin qu'on
les fuivift, dans leur Corps , &
qu'il loüsit la bonne Difcipline
qui s'y obfervoir , les exhor
tant à la bien entretenir
s'ils
vouloient obtenir la protection
qu'ils luy demandoient. J'ajoûteray
icy à ce que je vous
dis le dernier mois de la
Maiſon de M Boucherat ,
qu'outre
les alliances
que
je vous ay marquées
qu'il
avoit dans la Robe , il a
encore celles de Ms de
Molé , Megrigny
, Pithou ,
Miron , & qu'il defcend du
Chancelier des Dormans
Kij
116 MERCUER
Plufieurs Femmes luy ont
auffi fait des Alliances tresconfiderables
dans l'Epée ,
& nous envoyons encore
aujourd'huy deux du nom
de Boucherat , dont l'une a
époufé M de Mailly Falart ,
& l'autre Mr le Comte de
Mailly Crouy , dont la Soeur
avoit époufé le grand Chancelier
de Lithuanie .
eut efté nomméChan.
celier de France , les Avocats
au Confeil refolurent
de luy aller faire leurs Complimens
. Ils fe rendirent à
Fontainebleau , & M' de
Cauffan leur Doyen luy par
la de cette forte.
112 MERCURE
"ONSEIGNEUR ,
Les Avocats au Con-
M
feil du Royfe prefentent à vôté
, en
tre Grandeur avec toute l'humilil'obeïffance
qu'ils vous doivent.
Ils vous témoignent la joye
extrême qu'ils ont de voftre Promotion
, de l'honneur qu'il a
pleu au Roy de vous faire
vous commettant la plus fublime
Dignité de fon Royaume . Bien
que cette recompenfe ne pust avec
juſtice eſtre refuſée à vos actions
toutes vertueufes & glorieuses ;
neanmoins , Monfeigneur , l'on
peut dire que le choix de Voftre
GALANT. 113
Perfonne pour cette éminente
Charge , eft encore plus honorable
que la Charge mefme , puifque
ce choix a efté fait par le ju
gement du plus Fuste & du plus
Sage de tous les Roys de la Ter
re. Les dons des Rois ( comme
ceux des Dieux dans Homere )
font toujours grands & magnifiques
; mais quant ils font faits
pour le feul prix du merite & de
la vertu , ils font inestimables..
Cette vertu & ce merite fe ren
contrant heureuſement en Voftre
Perfonne , Monseigneur , nous
donnent une grande efperance »
que par Voftre Sageffe & par
Decembre
168£. K
114 MERCURE
VoftreJusticefinguliere , ce Siecle
fera comblé de felicité , & que
la Justice confervant fon pur
ancien luftre , Vous honorerez les
Avocats au Confeil de voftre
Protection.
M' le Chancelier répon
dit , Qu'ilavoit connoiffance des
Reglemens du Confeil , à com
mencer par celuy de 1660. auquel
il avoit trravaillé , comme
ayant efté l'un des Commiſſaires
nommez pour l'examiner par
Mle Chancelier Seguier , duquel
il avoit l'honneur d'eftre
Parent ; Qu'il fçavoit auffi
celuy de 1673. Qu'il leur enjoiGALANT.
is
gnoit d'avoir toujours foin qu'on
les fuivift, dans leur Corps , &
qu'il loüsit la bonne Difcipline
qui s'y obfervoir , les exhor
tant à la bien entretenir
s'ils
vouloient obtenir la protection
qu'ils luy demandoient. J'ajoûteray
icy à ce que je vous
dis le dernier mois de la
Maiſon de M Boucherat ,
qu'outre
les alliances
que
je vous ay marquées
qu'il
avoit dans la Robe , il a
encore celles de Ms de
Molé , Megrigny
, Pithou ,
Miron , & qu'il defcend du
Chancelier des Dormans
Kij
116 MERCUER
Plufieurs Femmes luy ont
auffi fait des Alliances tresconfiderables
dans l'Epée ,
& nous envoyons encore
aujourd'huy deux du nom
de Boucherat , dont l'une a
époufé M de Mailly Falart ,
& l'autre Mr le Comte de
Mailly Crouy , dont la Soeur
avoit époufé le grand Chancelier
de Lithuanie .
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4
p. 2673-2675
LETTRE du P. Androl, Celestin, écrite de Sens, le 7 Novembre 1731. à un Seigneur de la Cour.
Début :
Monsieur, Ce que j'ai l'honneur de vous écrire, vous paroîtra venir des antipodes, si je ne [...]
Mots clefs :
Éminence, Bienveillance
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du P. Androl, Celestin, écrite de Sens, le 7 Novembre 1731. à un Seigneur de la Cour.
LETTRE du P. Androl , Celestin , écrite
de Sens , le 7 Novembre 1731. à un Seis
gneur de la Cour.
MONSIE
ONSIEUR ;
Ce que j'ai l'honneur de vous écrire
vous paroîtra venir des antipodes , si je ne
trouve le moyen de rappeller dans votre
souvenir le P. Androl , ce Celestin à qui
vous donniez autrefois une petite part de
votre estime et de votre bienveillance . Je
me flatte que vous n'avez pas entierement
oublié une de mes Lettres, qui vous parut
assez jolie , pour mériter d'être lûe à une
illustre Compagnie , qui se réjouissoit avec
vous à Versailles. Autre époque plus marquée
; c'est la visite que je vous rendis
aux petites Ecuries , où la goutte vous
avoit surpris , et où vous m'assurâtes que
mon enjouëment avoit suspendu les violeutes
douleurs que vous soufriez depuis
quinze jours. En voilà assez , Monsieur
pour rafraichir dans votre esprit une idée
qui n'a jamais dû vous occuper.
Je m'adresse à vous preferablement à
tout autre, pour présenter une petire Requête
à M.le Cardinal de Fleury.Elle n'est
pas du caractere de celles dont on a pei-
I ne
.
2674 MERCURE DE FRANCE
ne à se mêler.Un mouvement , un mot de
votre part en avancera sans doute le suc
ces. Si son Eminence désiroit d'en aprendre
les motifs , vous lui pouvez dire secretement
que toute ma famille a péri au service
du Roy, et qu'il ne me reste plus que
deux neveux usez , dont la Croix de saint
Louis est presque tout le bien . Si elle
ajoutoit que les Celestins ont la réputation
de n'en point manquer , je répondrois
que notre maison menaçant ruine ,
nous l'avons rebâtie de fond en comble ,
et que cet Edifice m'a mis assez au large
pour l'habitation , et fort à l'étroit pour
les commoditez que mon grand âge me'
rend si nécessaires. J'entrai dans notre
Ordre dans un temps où les pensions
étoient inusitées , et d'ailleurs vous sçayez
qu'elles sont aussi rares pour les Cadets
du Vivarez, que les Lettres de Change
pour ceux de Gascogne;, nous sommes
obligez de chercher un établissement
dans les avantures, et nous n'avons d'auxres
partis à prendre que le Froc ou l'Epée.
Le pis aller pour moi , c'est que ma.
Requête ne serve qu'à divertir son Eminence
et lui faire esperer de longs jours.
Il ne me paroît pas que les miens ni ma
Conversation fatiguent encore le monde.
Je me sens même propre à vous dire avec
NOVEMBRE . 1731. 2675 :
autant de feu et de gayeté que jadis , que,
je suis avec une parfaite reconnoissance ,
& c .
de Sens , le 7 Novembre 1731. à un Seis
gneur de la Cour.
MONSIE
ONSIEUR ;
Ce que j'ai l'honneur de vous écrire
vous paroîtra venir des antipodes , si je ne
trouve le moyen de rappeller dans votre
souvenir le P. Androl , ce Celestin à qui
vous donniez autrefois une petite part de
votre estime et de votre bienveillance . Je
me flatte que vous n'avez pas entierement
oublié une de mes Lettres, qui vous parut
assez jolie , pour mériter d'être lûe à une
illustre Compagnie , qui se réjouissoit avec
vous à Versailles. Autre époque plus marquée
; c'est la visite que je vous rendis
aux petites Ecuries , où la goutte vous
avoit surpris , et où vous m'assurâtes que
mon enjouëment avoit suspendu les violeutes
douleurs que vous soufriez depuis
quinze jours. En voilà assez , Monsieur
pour rafraichir dans votre esprit une idée
qui n'a jamais dû vous occuper.
Je m'adresse à vous preferablement à
tout autre, pour présenter une petire Requête
à M.le Cardinal de Fleury.Elle n'est
pas du caractere de celles dont on a pei-
I ne
.
2674 MERCURE DE FRANCE
ne à se mêler.Un mouvement , un mot de
votre part en avancera sans doute le suc
ces. Si son Eminence désiroit d'en aprendre
les motifs , vous lui pouvez dire secretement
que toute ma famille a péri au service
du Roy, et qu'il ne me reste plus que
deux neveux usez , dont la Croix de saint
Louis est presque tout le bien . Si elle
ajoutoit que les Celestins ont la réputation
de n'en point manquer , je répondrois
que notre maison menaçant ruine ,
nous l'avons rebâtie de fond en comble ,
et que cet Edifice m'a mis assez au large
pour l'habitation , et fort à l'étroit pour
les commoditez que mon grand âge me'
rend si nécessaires. J'entrai dans notre
Ordre dans un temps où les pensions
étoient inusitées , et d'ailleurs vous sçayez
qu'elles sont aussi rares pour les Cadets
du Vivarez, que les Lettres de Change
pour ceux de Gascogne;, nous sommes
obligez de chercher un établissement
dans les avantures, et nous n'avons d'auxres
partis à prendre que le Froc ou l'Epée.
Le pis aller pour moi , c'est que ma.
Requête ne serve qu'à divertir son Eminence
et lui faire esperer de longs jours.
Il ne me paroît pas que les miens ni ma
Conversation fatiguent encore le monde.
Je me sens même propre à vous dire avec
NOVEMBRE . 1731. 2675 :
autant de feu et de gayeté que jadis , que,
je suis avec une parfaite reconnoissance ,
& c .
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Résumé : LETTRE du P. Androl, Celestin, écrite de Sens, le 7 Novembre 1731. à un Seigneur de la Cour.
Le Père Androl, Celestin, écrit une lettre datée du 7 novembre 1731 à un seigneur de la Cour. Il évoque des souvenirs communs, tels qu'une lettre appréciée et une visite aux petites Écuries où il avait soulagé les douleurs de la goutte du seigneur. Androl présente une requête destinée au Cardinal de Fleury, espérant que l'intervention du seigneur facilitera son succès. Il mentionne que sa famille a péri au service du roi et que ses deux neveux ne possèdent que la Croix de Saint-Louis comme bien. Il souligne également la rénovation de leur maison, menacée de ruine, et les difficultés financières des cadets de Vivarez. Androl exprime son espoir que sa requête puisse divertir le Cardinal et lui souhaiter de longs jours, tout en affirmant qu'il est toujours capable de conversation enjouée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 2675-2677
REQUESTE à S. E. M. le Cardinal DE FLEURY.
Début :
Ministre sans pareil, grand Atlas de la France, [...]
Mots clefs :
Éminence, Atlas, Requête, Dijon, Maire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REQUESTE à S. E. M. le Cardinal DE FLEURY.
REQUESTE à S. E. M. le Cardinal
DE FLEURY .
MInistre
Inistre sans pareil ,grand Atlas de la France,
Qu'on voit si dignement en porter tout le faiz
Oserois-je esperer qu'enfin ton Eminence ,
Jusqu'à moi voudra bien étendre ses bienfaits.
Au milieu des grands biens , et dans ton rang
suprême.
Tu pourras quelque jour connoître par toi - même
,
quatre - vingt- huit ans me laissent sans besoins.
Cent écus sur une Abbaye ,
Borneroient toute mon envie.
Et me délivreroient d'un grand nombre de soins.
Avec cette modique somme ,
Que je ne veux devoir qu'à ta seule bonté ,
J'aurois un feu , du bois , un Valet et du Thé ,
Et serois plus content que le Maître de Rome.
Ne crois pas que dans le Couvent ,
On ait toujours le necessaire ;
J'experimente le contraire
Et m'en plains en vain trop souvent.
Un vieillard à ses yeux est toûjours sans mérite.
Ses services passez ne sont comptez pour rien ,
Et la grace n'est pas petite.
I ij Quand
2676 MERCURE DE FRANCE
Quand on souffre son entretien.
Si par ma très humble Requête ,
De te plaire j'ai le bonheur ,
Au ciel qui jusqu'ici m'a conservé la tête ;
J'addiesserai pour toi tous les voeux de mon
coeur.
Pense donc que ton Eminence ,
En me faisant du bien à quatre -vingt-huit
ans ,
Doit tirer cette conséquence ,
Que c'est ne le prêter que pour un peu de temps!
ANDROL , Celestin.
On écrit de Dijon que M.Bouhier, premier
Evêque de cette Ville , y arriva le 3
de Novembre , au son de toutes les Cloches.
On auroit bien voulu , dit- on , lui
rendre tous les honncurs qu'il mérite ;
mais son humilité y a mis un obstacle invincible
. Le lendemain M. l'Abbé Gagne ,
Doyen du Chapitre , connu par le Mandement
inseré dans le dernier Mercure ,
alla complimenter le Prélat au nom du
Clergé séculier et régulier , qui se fit un
honneur , un plaisir et un devoir d'accompagner
son illustre interprete qui parla
avec beaucoup de dignité . Le Mercre
di suivant , le même Abbé après des Aumônes
abondantes , fit tirer un beau feu
d'Arti¬
F
NOVEMBRE. 1731. 2677
d'Artifice , et toute la Ville témoigna sa
joye en plusieurs manieres .
DE FLEURY .
MInistre
Inistre sans pareil ,grand Atlas de la France,
Qu'on voit si dignement en porter tout le faiz
Oserois-je esperer qu'enfin ton Eminence ,
Jusqu'à moi voudra bien étendre ses bienfaits.
Au milieu des grands biens , et dans ton rang
suprême.
Tu pourras quelque jour connoître par toi - même
,
quatre - vingt- huit ans me laissent sans besoins.
Cent écus sur une Abbaye ,
Borneroient toute mon envie.
Et me délivreroient d'un grand nombre de soins.
Avec cette modique somme ,
Que je ne veux devoir qu'à ta seule bonté ,
J'aurois un feu , du bois , un Valet et du Thé ,
Et serois plus content que le Maître de Rome.
Ne crois pas que dans le Couvent ,
On ait toujours le necessaire ;
J'experimente le contraire
Et m'en plains en vain trop souvent.
Un vieillard à ses yeux est toûjours sans mérite.
Ses services passez ne sont comptez pour rien ,
Et la grace n'est pas petite.
I ij Quand
2676 MERCURE DE FRANCE
Quand on souffre son entretien.
Si par ma très humble Requête ,
De te plaire j'ai le bonheur ,
Au ciel qui jusqu'ici m'a conservé la tête ;
J'addiesserai pour toi tous les voeux de mon
coeur.
Pense donc que ton Eminence ,
En me faisant du bien à quatre -vingt-huit
ans ,
Doit tirer cette conséquence ,
Que c'est ne le prêter que pour un peu de temps!
ANDROL , Celestin.
On écrit de Dijon que M.Bouhier, premier
Evêque de cette Ville , y arriva le 3
de Novembre , au son de toutes les Cloches.
On auroit bien voulu , dit- on , lui
rendre tous les honncurs qu'il mérite ;
mais son humilité y a mis un obstacle invincible
. Le lendemain M. l'Abbé Gagne ,
Doyen du Chapitre , connu par le Mandement
inseré dans le dernier Mercure ,
alla complimenter le Prélat au nom du
Clergé séculier et régulier , qui se fit un
honneur , un plaisir et un devoir d'accompagner
son illustre interprete qui parla
avec beaucoup de dignité . Le Mercre
di suivant , le même Abbé après des Aumônes
abondantes , fit tirer un beau feu
d'Arti¬
F
NOVEMBRE. 1731. 2677
d'Artifice , et toute la Ville témoigna sa
joye en plusieurs manieres .
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Résumé : REQUESTE à S. E. M. le Cardinal DE FLEURY.
Un homme de 88 ans adresse une requête à Son Éminence le Cardinal de Fleury, ministre de France, pour obtenir une somme de cent écus sur une abbaye. Cette somme est nécessaire pour couvrir ses besoins fondamentaux, tels que le chauffage, le bois, un valet et du thé. L'auteur souligne les difficultés rencontrées dans le couvent, où les vieillards sont souvent négligés malgré leurs services passés. Il espère que sa demande sera favorablement accueillie, précisant que l'aide serait temporaire en raison de son âge avancé. Par ailleurs, le texte mentionne l'arrivée de M. Bouhier, premier évêque de Dijon, le 3 novembre, accompagnée de manifestations de joie et de respect de la part de la ville et du clergé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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