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1
p. 352-353
ENIGME.
Début :
Le Tout-Puissant qui fait trembler les Dieux, [...]
Mots clefs :
Alphabet
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
En voicy deux nouvelles
que je vous envoye. La premiere
eft de M' Noé , l'un des
Officiers de la Maiſon de M' Ie
Prince Henry Cafimir de Naf-
Janvier 1682 . Gg
A
352MERCVRE
fau , Gouverneur des Provinces
-de Frife, de Groningue , & des
Ommelandes ; & la feconde , de
M' Girault le Jeune, Parifien.
ENIGME .
ETout-PPuiffant
les Dieux,
quifait trembler
Nous envoyafous la voûte desCieux,
Pour enchanter par noftre utile usage
Tousles Mortels qui voyent noftre ouvrage,
Et nous naiſſons nuit & jour en tous
Lieux.
3
Vous nous meſlez das vos propos joyенх,
Vous nous meſtez das vos discours pieux,
Vous nepriez que parnoſtre aſſemblage
LeTout-Puissant.
*
Nous inſtruiſons les jeunes & les vienxs
Vos Peres morts, leurs antiquesAyenx,
Par nos effets revivent en cet age.
GALANT. 353
Noussomesvingt,deuxou trois davatage,
Et nous mettonsſouvent devätvosyeux
LeTout-Puiſſant,
que je vous envoye. La premiere
eft de M' Noé , l'un des
Officiers de la Maiſon de M' Ie
Prince Henry Cafimir de Naf-
Janvier 1682 . Gg
A
352MERCVRE
fau , Gouverneur des Provinces
-de Frife, de Groningue , & des
Ommelandes ; & la feconde , de
M' Girault le Jeune, Parifien.
ENIGME .
ETout-PPuiffant
les Dieux,
quifait trembler
Nous envoyafous la voûte desCieux,
Pour enchanter par noftre utile usage
Tousles Mortels qui voyent noftre ouvrage,
Et nous naiſſons nuit & jour en tous
Lieux.
3
Vous nous meſlez das vos propos joyенх,
Vous nous meſtez das vos discours pieux,
Vous nepriez que parnoſtre aſſemblage
LeTout-Puissant.
*
Nous inſtruiſons les jeunes & les vienxs
Vos Peres morts, leurs antiquesAyenx,
Par nos effets revivent en cet age.
GALANT. 353
Noussomesvingt,deuxou trois davatage,
Et nous mettonsſouvent devätvosyeux
LeTout-Puiſſant,
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2
p. 1581-1595
LETTRE sur le Projet, pour perfectionner l'Ortografe des Langues de l'Europe. Par M. l'Abbé de Saint Pierre ; vol. in 8o. de 266. pag. chez Briasson, rüe saint Jacques. 1730.
Début :
MONSIEUR, Les Ouvrages & la réputation de Mr l'Abé de S. P. sont si conus dans la République [...]
Mots clefs :
Orthographe, Voyelles, Consonnes, Alphabet, Règles, Prononciation, Figures, Sons, Lecteurs, Grammairien
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur le Projet, pour perfectionner l'Ortografe des Langues de l'Europe. Par M. l'Abbé de Saint Pierre ; vol. in 8o. de 266. pag. chez Briasson, rüe saint Jacques. 1730.
LETTRE fur le Projet , pour perfection
ner l'Ortografe des Langues de l'Europe .
Par M. l'Abbé de Saint Pierre ; vol. in
8. de 266.pag. chez Briaffon , ruë faint
Jacques. 1730.
MONSIEUR ,
Les Ouvrages & la réputation de M*
l'Abé de S. P. font fi conus dans la République
des Letres , qu'à la feule infpection
d'un de fes livres , on peut hardiment conclure
que c'eſt un nouveau Projet pour la
perfection des Arts & des Siences . Cet
Auteur infatigable après avoir doné bien
des Projets fur les matieres les plus relevées
, vient d'en doner un autre pour perfectioner
l'Ortografe des Langues de l'Eu
rope . Le fujet , quelque petit qu'il parolffe
par lui-même , devient important entre
fes mains ; intereffe dans ce qu'il propoſe
toutes les Nations de l'Univers ; & s'il n'a
as la fatisfaction de voir metre en prati
Εν
1 que
P
1582 MERCURE DE FRANCE
que ce Projet , il a du moins l'avantage de
perfuader les perfones bien intentionées &
amies du bien public.
M. l'Abé de S. P. ne perdant jamais de
vue l'ordre qu'il a fuivi dans tous les ouvr
ges , comance par des Obfervations préliminaires
; & pour difpofer le lecteur à etre
moins choqué d'un nouveau fiftême d'ortographe
, ce favant Abé fuit d'abord une
ortografe melée de toutes les autres , pour
y acoutumer peu à peu les ieux des lecteurs
qui fans cete précaution feroient
fcandalifés de fe mélange bifare aux ïeux
des ignorans , ou des gens prévenus , mais
tres-neceffaires dans les vues d'un profond
grammairien. Il ne faudra pas metre fur
fon conte les fautes du Graveur , ni celles
de l'Imprimeur ; cependant il eft à craindre
que la vanité des lecteurs ne trouve:
plus aifé de condaner l'auteur , que d'aler
examiner de qui peuvent etre les fautes.
Je dis ceci par raport aus trois caracteres
a , f. g , que le graveur a trop couchés , &
qu'il a rendus italiques , au lieu de les
arondir & de les rendre quarés & romains
corps des autres letres.
ou du
Il eft de la nature du meilleur & fur tout du
beaucoup meilleur de faire perir peu à peu le
bon & de l'anéantir entierement , c'eft pourquoi
l'écriture hieroglifique des Egiptiens
anciens à peri peu de tems après que le
Legrer
JUILLET . 1730. 1583.
fegret d'écrire non les penfées , mais d'écrire
les paroles prononcées , a été publié.
L'ecriture des Tartares,fouverains dans
la Chine fera perir entierement & dans
peu de fiecles l'ecriture Chinoife ; & les
Chinois eux- memes adopteront peu à peu
l'Afabet Tartare, come beaucoup plus comode
; & peut-etre que notre Alfabet Européen
perfectioné , fervira un jour à perfectioner
le leur.
Le but de l'ortografe , eft certainement
d'exprimer exactement & fans laiffer aucun
doute , par un petit nombre defiguresfimples,
faciles àformer à diftinguer tous les mots
dont les hommes fe fervent enparlant.
Notre Ortografe doit toujours répondre , au
· tant qu'il eft poffible , non immediatement à la
penfee , mais au mot prononcé qui fignifie im
mediatement la pensée.
I1 y a trois ou quatre cens ans que l'ortografe
etoit beaucoup meilleure que la
nôtre, c'eft-à- dire qu'elle reffembloit beaucoup
plus à la maniere de prononcer , qui
étoit alors en ufage , que notre Ortografe
prefente ne reffemble à notre prononciation
prefente.
Durant le tems qu'un mot met à changer
tout à fait la premiere prononciation , il
continue toujours à conſerver ſa même ortografe.
Or y aïant peu
de gens intereffés à chan-
E vi ger
1584 MERCURE DE FRANCE
ger l'Ortografe de ce mot , & beaucoup
de gens intereffés à n'y rien changer ; il
paroit , dit le judicieux Auteur , que c'eft
une efpecede neceffité que les vices de l'ortografe
croiffent par l'autorité de l'ufage
abufif , & que ce fera une efpece de merveille
fi quelques- unes des regles que propoſe
la raifon , font fuivies de nos jours en
Europe,enFrance & en Angleterre, Royaumes
où la raifon eft plus refpectée , & où
elle a , ce femble , plus de credit qu'en aucune
autre partie de la terre.
Une autre caufe de la multitude épouventable
de défauts dans notre Ortografe,
c'eft le manque de figures ou de caracteres
dans l'alfabet ; car il faut une figure particuliere
, ou une voyele particuliere pour
fignifier chaque fon particulier fimple,
Nous connoiffons quinze fons fimples ,
& nous n'avons pour les exprimer que
ces cinq figures a , e , i , o , u.
De même nous conoiffons vint articuculations
diferentes , & nous n'avons que
quatorze caracteres ou confones écrites ancienes
, & deux nouveles ; favoir le carac
te J , & le caractere V. Ce defaut de figures
a fait employer les mêmes caracteres
pour des fonctions diferentes , & a caufé
bien des équivoques dans l'ortografe , &
fur rout dans l'ortografe des noms propres.
I
JUILLET .* 1730. 1585
1º. Négligence à fuivre dans l'Orto
grafe les changemens qui arrivent dans la
prononciation.
2º. Négligence à inventer autant de figures
qu'il y a de fons & d'articulations:
conuës.
3. Négligence à doner quelques marques
aux lettres quand on les employoit
quelqu'autre fonction qu'à leur fonction
ordinaire .
4° . Négligence à marquer dans chaque
mot les letres qui ne s'y prononcent plus
5º. Négligence à marquer les voyeles
longues.
M. l'Abbé de S. P. s'eft propofé d'indiquer
des remedes éficaces à ces fources &
à ces inconveniens de la coruption prefente
& de la coruption future de l'ortografe
: & pour ce perfectionement defirable
il fuit la fage maxime qui confeille de ne réformer
les abus univerfels introduis par voie
prefque infenfible, que par une voie femblable
prefque infenfible. Je fouhaite que le ри-
blic ne trouve point que l'auteur fe ſoit
écarté de cette maxime dans cet ouvrage,
& qu'on ne foit point fcandalifé de la li
berté d'ortografe que notre zele grammairien
demande : la feule tolerance en fait
d'ortografe , fera triomfer la moderne ; &
à la fin l'ortografe fera telle , que le lecteur
conoitra facilement fans aucun doute , fans
aucune
1586 MERCURE DE FRANCE
•
aucune équivoque , & avec certitude, la pro-
"nonciacion précife de tous les mots écrits.
Pour démontrer jufqu'où nous a conduit
infenfiblement l'ufage tiranique ,
M. l'Abbé de S. P. prend les trois lignes
du premier article de la preface du dic
tionaire de l'Academie françoife de l'édition
de 1718. ces trois lignes contienent
vingt - huit mots , & pour écrire fans
faute , felon la regle de la raifon & de
F'oreille , il y faudroit faire quarante
cinq changemens , c'eft- à - dire qu'il y a
quarante- cinq fautes contre la regle generale
de la bone ortografe de toute langue.
Le lecteur trouvera dans le livre de cet
Abé , les trois lignes & les quarante - cinq
fautes, letre à letre , mot à mot , & c.
Dans ces trois lignes il n'y a que les mots
une , de , ne, où M. l'Abbé de S. P. n'ait
trouvé aucune faute ; il en trouve quatre
dans le mot eft , il le démontre felon fes
principes , & établit en même-tems pour
regle importante que vu cette prodigieufe
quantité de fautes , il feroit ridicule de prétendre
les coriger toutes en même-tems , par
e qu'il faut avoir le loifir de nous acoutumer
peu peu à quelques-unes de ces com
rections avant que de fonger à en adopter
quelques autres.
à
Je dois ajoûter , au refte , qu'on auroit
tort de vouloir faire le mauvais plaifant
fur
JUILLET. 1730. 1587
fur les quarante-cinq fautes & fur les vinthuit
mots des trois lignes de la préface
du dictionaire de l'Academie Françoiſe ;
ces trois lignes font fans faute, felon l'ufage
abufif fuivi dans le dictionaire , come
dans les autres livres.
A l'égard des noms de famille , il faudroit
les écrire d'abord felon l'ortografe
reguliere & par rapport à la prononciacion
par exemple , le nom Danjo , &
écrire enfuite entre deux crochets & en
italique le même nom ( Dangean ) felon
fon ortografe anciene , qui répond aparament
à la prononciacion anciene.
Les écrivains doivent aprocher toûjours
mais
peu à peu
leur
ortografe
favante
&
vicieufe de l'ortografe ignorante & re
guliere ; parceque l'ortografe prefente doit
vifer à reprefenter à tout le monde , aus favans
, aus ignorans , aus femmes, aus enfans ,
& fur tout aus étrangers & à notre pofterité ,
notre veritable prononciacion prefente.
Notre zelé grammairien finit fes obfervations
préliminaires , en difant qu'on
ne doit point faire de reproche à celui
qui écrit le même mot de deux ou trois:
manieres differentes ; il fatisfait ainfi à
deux regles raifonables , la premiere eft
qu'il ne faut pas abandoner tout d'un coup
& entierement l'ufage abufif lorsqu'il eft univerfel
la fegonde eft qu'il faut s'éloigner
588 MERCURE DE FRANCE
a
gner quelquefois de cet ufage abufif, afin de
le rendre lui-même peu à peu raiſonable.
Après les obfervations préliminaires
M. l'Abé de S. P. en done fur les regles
qu'il divife en perpetueles & en paffageres.
Les perpetueles font pour tous les tems &
generales pour toutes les lingues écrites.
Les regles paffageres & particulieres ici
pour la langue françoife, ne doivent durer
qu'autant de tems que durera le paffage-de
Portografe vicieuſe à l'ortografe reguliere,
tant pour ffee defacoutumer
defacoutumer peu à peu de
P'une , que pour s'acoutumer peu à peu
à l'autre. Il y a onfe regles dont la plupart
ont des éclairciffemens & des confequences
dignes de la curiofité du lecteur.
La quantité d'équivoques dans notre
langue écrite , eft fi prodigieufe , que l'on
peut écrire de plus de trois cens manieres
le mot prononcé Haynault , province
dont Mons eft la capitale , & ces manieres
font toutes differentes en quelque chofe
& peuvent pourtant fignifier ce mot de
de ux filabes .
On lit dans les éclairciffemens de la quatriéme
regle les raifons qui ont obligé
M. l'Abé de S. P. à faire graver & fraper
huit caracteres diferens pour les fons a ,
ĩ , Sũ , cũyên , on ,en liant la confone
vec la voyele , ou les voyeles enfemble
par le trait de jo nction d'une letre à l'au-
> › > >
tre.
JULLLET. 1730. 1589
tre. A l'égard des fons exprimés par les
caracteres ch , gn , ill , notre auteur a mis
un petit trait entre le c , & l'h , lié leg,
avec l'n , & mis un point fous l'?, voilà
donc déja onfe caracteres de fa façon , &
pour achever la doufaine il a mis un point
fur la letre en faveur de l'articulation
guturale Efpagnole du mot D. Quixot.
Après une dépenfe fi genereufe de la part
de M. l'Abé de S. P. on devroit lui facrifier
fans regret d'ortografe , l'y grec & la
letre h des mots myftere , Phylofophe, Bacchus
, Rheteur , Theme , qu'il feroit mieux
d'écrire miftere , filofofe , bacus, reteur, tème.
Cet Alfabet eft encore enrichi de plufieurs
autres caracteres foulignez qui marquent
les voyeles longues & d'autres caracteres
furlignez qui marquent les letres muetes ;
ces caracteres foulignez feroient d'une
grande comodité pour les idolâtres de la
vielle ortografe; car moyenant ce furlignement
ils pouroient doubler & tripler inutilement
les cofones qu'ils afectioneroient
le plus , fans craindre d'expofer les lecteurs
aus équivoques de l'ufage abufif de la pre
fente ortografe .
Il y a enfuite dix regles paffageres que.
M. l'Abé de S. P. expofe come autant de
moyens de paffer par degrés prefque infenfibles
, par une augmentation continuele
, journaliere & anuele , de petits
chan1590
MERCURE DE FRANCE
changemens durant deux ou trois gene
fations de l'ortografe vicieufe à l'ortografe
reguliere , qui n'auroit pas befoin de mai
tre : en aprenant à lire on aprendroit l'or
tografe , aulieu qu'aujourd'ui il faut des
maitres pour aprendre l'ortografe ſavante ,
irreguliere & pleine d'exceptions.
Ces règles paffageres exigent que l'on
furligne les voyeles & les confones muetes;
que l'on écrive & que l'on imprime de
tėms en tems le même mot de diferentes
maniere ; & c'est ce que l'auteur a prati
qué dans cet ouvrage , où l'on trouvera
quelquefois les mots dictionaire , genre ,
Egiptiens , écriture, & c. écrits , digfionaires,
janre , Ejipfiens ; éqriture , &c. ce qui fufit
pour doner au lecteur une idée de ce
mêlange & de cette tolerance d'ortografe
à défirer dans la république des letres. On
peut donc fuivre à prefent dans ce tems
de trouble , de confufion & de fchifme
ortographique , l'ortografe que l'on voudra
, avec l'unique regle de reprefenter le
vrai fon des mots , & l'unique maniere
de lire fans équivoque , come dans les
mots çaje , qeur , oqcilière , & c. au lieu de
fage, coeur, auxiliaire, &c. en un mot écrire
come l'on prononce , & avoir plus d'égard
pour l'oreille que pour les ïeux . Cette regle
fera toujours dificile à fuivre par les
perfones qui ne favent pas bien lire , &
ic
JUILLET. 1730. 1591
je mets dans ce rang ceux qui écrivent ,
par exemple , gai fe de bones piques &
louvrage ave pafiance , & c. au lieu d'écrire
j'ai fait des bonèts piqués l'ouvrage
avec paffiance , pacience ou patience , &c.
- La dixiéme regle paffagere exorte les
imprimeurs à metre au comencement de
chaque ouvrage l'abregé du nouvel alfabet
fuivi dans le livre nouveau : cet alfabet
devroit être le plus fimple & le plus com →
plet qu'il feroit poffible , & contenir
non-feulement les letres regulieres , immuables
, mais encore les lettres ou figures
irregulieres , équivalentes , paffageres,
& c .
M. l'Abé de S. P. bien loin de mêler les
voyeles & les confones par une imitation
fervile dans notre a b c françois , a crû plus
raiſonable de metre toutes les voyeles de
fuite , avant que de doner les confones.
Les quinfe voyeles font a , a , e , é‚é‚è ,
i‚í‚o¸ó , u , ú , eu , eu , par où l'on voit
que cet Abé, trouve quinfe voyeles dans
notre langue , fans y faire entrer le fon
de l'au quelquefois diferent du fon de l'o,
Je ne crois pas que tout le monde conviene
de la diference de fon entre celui
d'й & d'eй , ni de la diference de fon entre
celui d'i & d'èn ou d'én , &c, il en fera
parlé plus au long dans l'A B C de Candiac
, ou dans le livre intitulé la Bibliote
que des enfans.
1592 MERCURE DE FRANCE
ples ,
Après les quinfe voyeles ou fons fimə
que notre favant grammairien trou.
ve dans la langue françoife , vienent les
vint confones ou les vint articulations
diferentes combinées avec les voyeles : il
eft vrai que le caractere h & le x des Efpagnols
font mis dans le nombre des vint
confones , ce qui fait en tout trente cinq
caracteres , aufquels ajoutant les quinfe
caracteres foulignés & les trente- cing furlignés
, cela fait quatre-vint-cinq poinçons :
& autant de matrices contenant la gravure
d'environ cent quinfe letres pour
le bas de cafe romain , il en faudroit autant
pour l'italique , autant pour le ca
pital , autant pour le petit majufcule du
corps , ce qui feroit quatre cens foixanteletres
à graver pour une fonte : de forte
que pour une vintaine de corps diferens
fuivis & reguliers , il faudroit faire graver
fondre & fraper neuf mile deux cens letres
caracteres , avec environ fix mile huit cens
poinçons , dépenfe digne du loifir pacifi
fique de quelque grand monarque.
Notre auteur, après avoir parle de l'Alfabet
regulier , parle enfuite des figures
équivalentes , la plupart paffageres , dont
on fe fert mal à propos à la place des
voyeles & des confones de l'Alfabet regulier.
M. l'Abé de S. P. done ſes obfervations
fur les trente- cinq caracteres &
les
JUILLET. 1730. 1593
•
?
feurs équivalens en trente- cinq articles
qu'un lecteur curieux fur cette matiere
lira toujours avec plaifir. On apele carac→
tere équivalent , celui ou ceux que l'on
emploie abufivement & ignorament pour
un autre , come em , en , eam pour le fon a
dans les mots employer , enfant, Jean , &c.
au lieu d'écrire felon la prononciation &
l'ortografe reguliere , aployer , afant , fã ‚
&c. fi quelqu'un invente de plus beaus'
caracteres que ceux de M. l'Abé de S. P. il
en fera bien -aife .
A l'égard de la denomination des confones
, ce Grammairien Filofofe- Geometre
dit qu'il conviendroit mieux , ce femble,
de döner un nom à chaque confone , dans
lequel on fentit l'articulation tant avant
qu'après la voyele , come dans les filabes
bab , faf, &c. & qu'on devroit preferer l'a
aux autres voyeles , pour la voyele auxiliaire
de l'articulation des confones, & dire.
lal, par ex, plutor que lel ou le ; ceci doit
s'entendre de l'alfabet regulier , & nom de
l'alfabet irregulier dont nous nous fervons.
On
peut, felon
notre
auteur
, continuer
l'ufage
des caracteres
italiques
dans
l'impreffion
, pour
avertir
le Lecteur
de
faire
plus
d'atention
à certains
mots
qu'à
d'autres
, ce qui eft tres comode
. On peut
auffi
fe fervir
encore
de la figure
& , &
de
1594 MERCURE DE FRANCE
de la figure & c.pour fignifier les conjonctions
, & les mots latins & cætera.Mais
je fouhaiterois que les Imprimeurs employaffent
quelquefois les deux letres, e, t,
au lieu du feul caractere & , pour la conjonction
& , fur tout après une virgule ,
& que l'on mit feulement le caractere &
loin des virgules , parce que l'union des
idées & des chofes eft plus grande .
M. l'Abé de S.P. toujours animé de l'efprit
du bien public, propofe modeftement
les Projets & les changemens qu'il a le
plus medités ; il écoute tout le monde , il
invite les bons citoyens à lui faire des objections
; il en raporte ici vint & unes ,
avec autant de réponſes. Ce qui mis en
deliberation entre les Partifans des Ortografes
diferentes , augmenteroit peut-être
le fchifme , bien loin de réunir les efprits
enemis de la raiſon & efclaves des ufages
& des abus quelconques.
Notre auteur ne fe contente pas d'inviter
les François libres du préjugé tirannique
; il ofre encore aux étrangers fon
ouvrage , & les exhorte à l'acomoder à
leur langue ; l'avertiffement eft bon pour
les Anglois dont l'ortografe eft encore
plus fauffe , plus dificile que la nôtre par
raport à la prononciation , Des efprits bornés
mepriſent cette partie de la grammaire
, mais on fera voir dans l'A , B , C ,
de
1
JUILLET . 1730. 1595
de Candiac que l'ortografe reguliere ne
doneroit pas lieu à tant d'équivoques
dans la lecture & dans la copie des actes
juridiques , dont la prononciation eft perdue
, faute d'avoir été bien reprefentée
par des caracteres reguliers.
Le Lecteur trouvera à la fin du livre
un abregé de l'ortografe reguliere , & un
Projet pour perfectioner les langues. Ce
n'a pas été fans quelque peine & même
fans quelque degout que M. l'Abé de S.P,
a mis cet ouvrage en l'état où il eft ; il a
confideré que peu de gens un peu habiles
fe refoudroient à travailler avec conftance
fur une matiere fi meprifée par le gros
des Lecteurs , fi dificile à bien traiter , &
cependant fi importante dans le fond au
bonheur des enfans & à l'honeur de la nation.
Ce genereux & bienfefant Abé croit
avoir lieu d'efperer qu'il aura des fucceffeurs
dans les fieçles fuivans qui travailleront
fur ce fujet , avec plus de facilité &
avec plus de fuccès qu'il n'a fait. Je fuis ,
Monfieur , &c.
ner l'Ortografe des Langues de l'Europe .
Par M. l'Abbé de Saint Pierre ; vol. in
8. de 266.pag. chez Briaffon , ruë faint
Jacques. 1730.
MONSIEUR ,
Les Ouvrages & la réputation de M*
l'Abé de S. P. font fi conus dans la République
des Letres , qu'à la feule infpection
d'un de fes livres , on peut hardiment conclure
que c'eſt un nouveau Projet pour la
perfection des Arts & des Siences . Cet
Auteur infatigable après avoir doné bien
des Projets fur les matieres les plus relevées
, vient d'en doner un autre pour perfectioner
l'Ortografe des Langues de l'Eu
rope . Le fujet , quelque petit qu'il parolffe
par lui-même , devient important entre
fes mains ; intereffe dans ce qu'il propoſe
toutes les Nations de l'Univers ; & s'il n'a
as la fatisfaction de voir metre en prati
Εν
1 que
P
1582 MERCURE DE FRANCE
que ce Projet , il a du moins l'avantage de
perfuader les perfones bien intentionées &
amies du bien public.
M. l'Abé de S. P. ne perdant jamais de
vue l'ordre qu'il a fuivi dans tous les ouvr
ges , comance par des Obfervations préliminaires
; & pour difpofer le lecteur à etre
moins choqué d'un nouveau fiftême d'ortographe
, ce favant Abé fuit d'abord une
ortografe melée de toutes les autres , pour
y acoutumer peu à peu les ieux des lecteurs
qui fans cete précaution feroient
fcandalifés de fe mélange bifare aux ïeux
des ignorans , ou des gens prévenus , mais
tres-neceffaires dans les vues d'un profond
grammairien. Il ne faudra pas metre fur
fon conte les fautes du Graveur , ni celles
de l'Imprimeur ; cependant il eft à craindre
que la vanité des lecteurs ne trouve:
plus aifé de condaner l'auteur , que d'aler
examiner de qui peuvent etre les fautes.
Je dis ceci par raport aus trois caracteres
a , f. g , que le graveur a trop couchés , &
qu'il a rendus italiques , au lieu de les
arondir & de les rendre quarés & romains
corps des autres letres.
ou du
Il eft de la nature du meilleur & fur tout du
beaucoup meilleur de faire perir peu à peu le
bon & de l'anéantir entierement , c'eft pourquoi
l'écriture hieroglifique des Egiptiens
anciens à peri peu de tems après que le
Legrer
JUILLET . 1730. 1583.
fegret d'écrire non les penfées , mais d'écrire
les paroles prononcées , a été publié.
L'ecriture des Tartares,fouverains dans
la Chine fera perir entierement & dans
peu de fiecles l'ecriture Chinoife ; & les
Chinois eux- memes adopteront peu à peu
l'Afabet Tartare, come beaucoup plus comode
; & peut-etre que notre Alfabet Européen
perfectioné , fervira un jour à perfectioner
le leur.
Le but de l'ortografe , eft certainement
d'exprimer exactement & fans laiffer aucun
doute , par un petit nombre defiguresfimples,
faciles àformer à diftinguer tous les mots
dont les hommes fe fervent enparlant.
Notre Ortografe doit toujours répondre , au
· tant qu'il eft poffible , non immediatement à la
penfee , mais au mot prononcé qui fignifie im
mediatement la pensée.
I1 y a trois ou quatre cens ans que l'ortografe
etoit beaucoup meilleure que la
nôtre, c'eft-à- dire qu'elle reffembloit beaucoup
plus à la maniere de prononcer , qui
étoit alors en ufage , que notre Ortografe
prefente ne reffemble à notre prononciation
prefente.
Durant le tems qu'un mot met à changer
tout à fait la premiere prononciation , il
continue toujours à conſerver ſa même ortografe.
Or y aïant peu
de gens intereffés à chan-
E vi ger
1584 MERCURE DE FRANCE
ger l'Ortografe de ce mot , & beaucoup
de gens intereffés à n'y rien changer ; il
paroit , dit le judicieux Auteur , que c'eft
une efpecede neceffité que les vices de l'ortografe
croiffent par l'autorité de l'ufage
abufif , & que ce fera une efpece de merveille
fi quelques- unes des regles que propoſe
la raifon , font fuivies de nos jours en
Europe,enFrance & en Angleterre, Royaumes
où la raifon eft plus refpectée , & où
elle a , ce femble , plus de credit qu'en aucune
autre partie de la terre.
Une autre caufe de la multitude épouventable
de défauts dans notre Ortografe,
c'eft le manque de figures ou de caracteres
dans l'alfabet ; car il faut une figure particuliere
, ou une voyele particuliere pour
fignifier chaque fon particulier fimple,
Nous connoiffons quinze fons fimples ,
& nous n'avons pour les exprimer que
ces cinq figures a , e , i , o , u.
De même nous conoiffons vint articuculations
diferentes , & nous n'avons que
quatorze caracteres ou confones écrites ancienes
, & deux nouveles ; favoir le carac
te J , & le caractere V. Ce defaut de figures
a fait employer les mêmes caracteres
pour des fonctions diferentes , & a caufé
bien des équivoques dans l'ortografe , &
fur rout dans l'ortografe des noms propres.
I
JUILLET .* 1730. 1585
1º. Négligence à fuivre dans l'Orto
grafe les changemens qui arrivent dans la
prononciation.
2º. Négligence à inventer autant de figures
qu'il y a de fons & d'articulations:
conuës.
3. Négligence à doner quelques marques
aux lettres quand on les employoit
quelqu'autre fonction qu'à leur fonction
ordinaire .
4° . Négligence à marquer dans chaque
mot les letres qui ne s'y prononcent plus
5º. Négligence à marquer les voyeles
longues.
M. l'Abbé de S. P. s'eft propofé d'indiquer
des remedes éficaces à ces fources &
à ces inconveniens de la coruption prefente
& de la coruption future de l'ortografe
: & pour ce perfectionement defirable
il fuit la fage maxime qui confeille de ne réformer
les abus univerfels introduis par voie
prefque infenfible, que par une voie femblable
prefque infenfible. Je fouhaite que le ри-
blic ne trouve point que l'auteur fe ſoit
écarté de cette maxime dans cet ouvrage,
& qu'on ne foit point fcandalifé de la li
berté d'ortografe que notre zele grammairien
demande : la feule tolerance en fait
d'ortografe , fera triomfer la moderne ; &
à la fin l'ortografe fera telle , que le lecteur
conoitra facilement fans aucun doute , fans
aucune
1586 MERCURE DE FRANCE
•
aucune équivoque , & avec certitude, la pro-
"nonciacion précife de tous les mots écrits.
Pour démontrer jufqu'où nous a conduit
infenfiblement l'ufage tiranique ,
M. l'Abbé de S. P. prend les trois lignes
du premier article de la preface du dic
tionaire de l'Academie françoife de l'édition
de 1718. ces trois lignes contienent
vingt - huit mots , & pour écrire fans
faute , felon la regle de la raifon & de
F'oreille , il y faudroit faire quarante
cinq changemens , c'eft- à - dire qu'il y a
quarante- cinq fautes contre la regle generale
de la bone ortografe de toute langue.
Le lecteur trouvera dans le livre de cet
Abé , les trois lignes & les quarante - cinq
fautes, letre à letre , mot à mot , & c.
Dans ces trois lignes il n'y a que les mots
une , de , ne, où M. l'Abbé de S. P. n'ait
trouvé aucune faute ; il en trouve quatre
dans le mot eft , il le démontre felon fes
principes , & établit en même-tems pour
regle importante que vu cette prodigieufe
quantité de fautes , il feroit ridicule de prétendre
les coriger toutes en même-tems , par
e qu'il faut avoir le loifir de nous acoutumer
peu peu à quelques-unes de ces com
rections avant que de fonger à en adopter
quelques autres.
à
Je dois ajoûter , au refte , qu'on auroit
tort de vouloir faire le mauvais plaifant
fur
JUILLET. 1730. 1587
fur les quarante-cinq fautes & fur les vinthuit
mots des trois lignes de la préface
du dictionaire de l'Academie Françoiſe ;
ces trois lignes font fans faute, felon l'ufage
abufif fuivi dans le dictionaire , come
dans les autres livres.
A l'égard des noms de famille , il faudroit
les écrire d'abord felon l'ortografe
reguliere & par rapport à la prononciacion
par exemple , le nom Danjo , &
écrire enfuite entre deux crochets & en
italique le même nom ( Dangean ) felon
fon ortografe anciene , qui répond aparament
à la prononciacion anciene.
Les écrivains doivent aprocher toûjours
mais
peu à peu
leur
ortografe
favante
&
vicieufe de l'ortografe ignorante & re
guliere ; parceque l'ortografe prefente doit
vifer à reprefenter à tout le monde , aus favans
, aus ignorans , aus femmes, aus enfans ,
& fur tout aus étrangers & à notre pofterité ,
notre veritable prononciacion prefente.
Notre zelé grammairien finit fes obfervations
préliminaires , en difant qu'on
ne doit point faire de reproche à celui
qui écrit le même mot de deux ou trois:
manieres differentes ; il fatisfait ainfi à
deux regles raifonables , la premiere eft
qu'il ne faut pas abandoner tout d'un coup
& entierement l'ufage abufif lorsqu'il eft univerfel
la fegonde eft qu'il faut s'éloigner
588 MERCURE DE FRANCE
a
gner quelquefois de cet ufage abufif, afin de
le rendre lui-même peu à peu raiſonable.
Après les obfervations préliminaires
M. l'Abé de S. P. en done fur les regles
qu'il divife en perpetueles & en paffageres.
Les perpetueles font pour tous les tems &
generales pour toutes les lingues écrites.
Les regles paffageres & particulieres ici
pour la langue françoife, ne doivent durer
qu'autant de tems que durera le paffage-de
Portografe vicieuſe à l'ortografe reguliere,
tant pour ffee defacoutumer
defacoutumer peu à peu de
P'une , que pour s'acoutumer peu à peu
à l'autre. Il y a onfe regles dont la plupart
ont des éclairciffemens & des confequences
dignes de la curiofité du lecteur.
La quantité d'équivoques dans notre
langue écrite , eft fi prodigieufe , que l'on
peut écrire de plus de trois cens manieres
le mot prononcé Haynault , province
dont Mons eft la capitale , & ces manieres
font toutes differentes en quelque chofe
& peuvent pourtant fignifier ce mot de
de ux filabes .
On lit dans les éclairciffemens de la quatriéme
regle les raifons qui ont obligé
M. l'Abé de S. P. à faire graver & fraper
huit caracteres diferens pour les fons a ,
ĩ , Sũ , cũyên , on ,en liant la confone
vec la voyele , ou les voyeles enfemble
par le trait de jo nction d'une letre à l'au-
> › > >
tre.
JULLLET. 1730. 1589
tre. A l'égard des fons exprimés par les
caracteres ch , gn , ill , notre auteur a mis
un petit trait entre le c , & l'h , lié leg,
avec l'n , & mis un point fous l'?, voilà
donc déja onfe caracteres de fa façon , &
pour achever la doufaine il a mis un point
fur la letre en faveur de l'articulation
guturale Efpagnole du mot D. Quixot.
Après une dépenfe fi genereufe de la part
de M. l'Abé de S. P. on devroit lui facrifier
fans regret d'ortografe , l'y grec & la
letre h des mots myftere , Phylofophe, Bacchus
, Rheteur , Theme , qu'il feroit mieux
d'écrire miftere , filofofe , bacus, reteur, tème.
Cet Alfabet eft encore enrichi de plufieurs
autres caracteres foulignez qui marquent
les voyeles longues & d'autres caracteres
furlignez qui marquent les letres muetes ;
ces caracteres foulignez feroient d'une
grande comodité pour les idolâtres de la
vielle ortografe; car moyenant ce furlignement
ils pouroient doubler & tripler inutilement
les cofones qu'ils afectioneroient
le plus , fans craindre d'expofer les lecteurs
aus équivoques de l'ufage abufif de la pre
fente ortografe .
Il y a enfuite dix regles paffageres que.
M. l'Abé de S. P. expofe come autant de
moyens de paffer par degrés prefque infenfibles
, par une augmentation continuele
, journaliere & anuele , de petits
chan1590
MERCURE DE FRANCE
changemens durant deux ou trois gene
fations de l'ortografe vicieufe à l'ortografe
reguliere , qui n'auroit pas befoin de mai
tre : en aprenant à lire on aprendroit l'or
tografe , aulieu qu'aujourd'ui il faut des
maitres pour aprendre l'ortografe ſavante ,
irreguliere & pleine d'exceptions.
Ces règles paffageres exigent que l'on
furligne les voyeles & les confones muetes;
que l'on écrive & que l'on imprime de
tėms en tems le même mot de diferentes
maniere ; & c'est ce que l'auteur a prati
qué dans cet ouvrage , où l'on trouvera
quelquefois les mots dictionaire , genre ,
Egiptiens , écriture, & c. écrits , digfionaires,
janre , Ejipfiens ; éqriture , &c. ce qui fufit
pour doner au lecteur une idée de ce
mêlange & de cette tolerance d'ortografe
à défirer dans la république des letres. On
peut donc fuivre à prefent dans ce tems
de trouble , de confufion & de fchifme
ortographique , l'ortografe que l'on voudra
, avec l'unique regle de reprefenter le
vrai fon des mots , & l'unique maniere
de lire fans équivoque , come dans les
mots çaje , qeur , oqcilière , & c. au lieu de
fage, coeur, auxiliaire, &c. en un mot écrire
come l'on prononce , & avoir plus d'égard
pour l'oreille que pour les ïeux . Cette regle
fera toujours dificile à fuivre par les
perfones qui ne favent pas bien lire , &
ic
JUILLET. 1730. 1591
je mets dans ce rang ceux qui écrivent ,
par exemple , gai fe de bones piques &
louvrage ave pafiance , & c. au lieu d'écrire
j'ai fait des bonèts piqués l'ouvrage
avec paffiance , pacience ou patience , &c.
- La dixiéme regle paffagere exorte les
imprimeurs à metre au comencement de
chaque ouvrage l'abregé du nouvel alfabet
fuivi dans le livre nouveau : cet alfabet
devroit être le plus fimple & le plus com →
plet qu'il feroit poffible , & contenir
non-feulement les letres regulieres , immuables
, mais encore les lettres ou figures
irregulieres , équivalentes , paffageres,
& c .
M. l'Abé de S. P. bien loin de mêler les
voyeles & les confones par une imitation
fervile dans notre a b c françois , a crû plus
raiſonable de metre toutes les voyeles de
fuite , avant que de doner les confones.
Les quinfe voyeles font a , a , e , é‚é‚è ,
i‚í‚o¸ó , u , ú , eu , eu , par où l'on voit
que cet Abé, trouve quinfe voyeles dans
notre langue , fans y faire entrer le fon
de l'au quelquefois diferent du fon de l'o,
Je ne crois pas que tout le monde conviene
de la diference de fon entre celui
d'й & d'eй , ni de la diference de fon entre
celui d'i & d'èn ou d'én , &c, il en fera
parlé plus au long dans l'A B C de Candiac
, ou dans le livre intitulé la Bibliote
que des enfans.
1592 MERCURE DE FRANCE
ples ,
Après les quinfe voyeles ou fons fimə
que notre favant grammairien trou.
ve dans la langue françoife , vienent les
vint confones ou les vint articulations
diferentes combinées avec les voyeles : il
eft vrai que le caractere h & le x des Efpagnols
font mis dans le nombre des vint
confones , ce qui fait en tout trente cinq
caracteres , aufquels ajoutant les quinfe
caracteres foulignés & les trente- cing furlignés
, cela fait quatre-vint-cinq poinçons :
& autant de matrices contenant la gravure
d'environ cent quinfe letres pour
le bas de cafe romain , il en faudroit autant
pour l'italique , autant pour le ca
pital , autant pour le petit majufcule du
corps , ce qui feroit quatre cens foixanteletres
à graver pour une fonte : de forte
que pour une vintaine de corps diferens
fuivis & reguliers , il faudroit faire graver
fondre & fraper neuf mile deux cens letres
caracteres , avec environ fix mile huit cens
poinçons , dépenfe digne du loifir pacifi
fique de quelque grand monarque.
Notre auteur, après avoir parle de l'Alfabet
regulier , parle enfuite des figures
équivalentes , la plupart paffageres , dont
on fe fert mal à propos à la place des
voyeles & des confones de l'Alfabet regulier.
M. l'Abé de S. P. done ſes obfervations
fur les trente- cinq caracteres &
les
JUILLET. 1730. 1593
•
?
feurs équivalens en trente- cinq articles
qu'un lecteur curieux fur cette matiere
lira toujours avec plaifir. On apele carac→
tere équivalent , celui ou ceux que l'on
emploie abufivement & ignorament pour
un autre , come em , en , eam pour le fon a
dans les mots employer , enfant, Jean , &c.
au lieu d'écrire felon la prononciation &
l'ortografe reguliere , aployer , afant , fã ‚
&c. fi quelqu'un invente de plus beaus'
caracteres que ceux de M. l'Abé de S. P. il
en fera bien -aife .
A l'égard de la denomination des confones
, ce Grammairien Filofofe- Geometre
dit qu'il conviendroit mieux , ce femble,
de döner un nom à chaque confone , dans
lequel on fentit l'articulation tant avant
qu'après la voyele , come dans les filabes
bab , faf, &c. & qu'on devroit preferer l'a
aux autres voyeles , pour la voyele auxiliaire
de l'articulation des confones, & dire.
lal, par ex, plutor que lel ou le ; ceci doit
s'entendre de l'alfabet regulier , & nom de
l'alfabet irregulier dont nous nous fervons.
On
peut, felon
notre
auteur
, continuer
l'ufage
des caracteres
italiques
dans
l'impreffion
, pour
avertir
le Lecteur
de
faire
plus
d'atention
à certains
mots
qu'à
d'autres
, ce qui eft tres comode
. On peut
auffi
fe fervir
encore
de la figure
& , &
de
1594 MERCURE DE FRANCE
de la figure & c.pour fignifier les conjonctions
, & les mots latins & cætera.Mais
je fouhaiterois que les Imprimeurs employaffent
quelquefois les deux letres, e, t,
au lieu du feul caractere & , pour la conjonction
& , fur tout après une virgule ,
& que l'on mit feulement le caractere &
loin des virgules , parce que l'union des
idées & des chofes eft plus grande .
M. l'Abé de S.P. toujours animé de l'efprit
du bien public, propofe modeftement
les Projets & les changemens qu'il a le
plus medités ; il écoute tout le monde , il
invite les bons citoyens à lui faire des objections
; il en raporte ici vint & unes ,
avec autant de réponſes. Ce qui mis en
deliberation entre les Partifans des Ortografes
diferentes , augmenteroit peut-être
le fchifme , bien loin de réunir les efprits
enemis de la raiſon & efclaves des ufages
& des abus quelconques.
Notre auteur ne fe contente pas d'inviter
les François libres du préjugé tirannique
; il ofre encore aux étrangers fon
ouvrage , & les exhorte à l'acomoder à
leur langue ; l'avertiffement eft bon pour
les Anglois dont l'ortografe eft encore
plus fauffe , plus dificile que la nôtre par
raport à la prononciation , Des efprits bornés
mepriſent cette partie de la grammaire
, mais on fera voir dans l'A , B , C ,
de
1
JUILLET . 1730. 1595
de Candiac que l'ortografe reguliere ne
doneroit pas lieu à tant d'équivoques
dans la lecture & dans la copie des actes
juridiques , dont la prononciation eft perdue
, faute d'avoir été bien reprefentée
par des caracteres reguliers.
Le Lecteur trouvera à la fin du livre
un abregé de l'ortografe reguliere , & un
Projet pour perfectioner les langues. Ce
n'a pas été fans quelque peine & même
fans quelque degout que M. l'Abé de S.P,
a mis cet ouvrage en l'état où il eft ; il a
confideré que peu de gens un peu habiles
fe refoudroient à travailler avec conftance
fur une matiere fi meprifée par le gros
des Lecteurs , fi dificile à bien traiter , &
cependant fi importante dans le fond au
bonheur des enfans & à l'honeur de la nation.
Ce genereux & bienfefant Abé croit
avoir lieu d'efperer qu'il aura des fucceffeurs
dans les fieçles fuivans qui travailleront
fur ce fujet , avec plus de facilité &
avec plus de fuccès qu'il n'a fait. Je fuis ,
Monfieur , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE sur le Projet, pour perfectionner l'Ortografe des Langues de l'Europe. Par M. l'Abbé de Saint Pierre ; vol. in 8o. de 266. pag. chez Briasson, rüe saint Jacques. 1730.
La lettre expose un projet de l'Abbé de Saint-Pierre visant à améliorer l'orthographe des langues européennes. L'auteur, reconnu pour ses nombreuses propositions innovantes, présente une réforme orthographique qui, bien que modeste, suscite l'intérêt de diverses nations. Bien que ce projet n'ait pas été mis en pratique, il convainc les personnes bien intentionnées et soucieuses du bien public. L'Abbé de Saint-Pierre commence par des observations préliminaires pour préparer les lecteurs à un nouveau système orthographique. Il introduit une orthographe mélangée pour habituer progressivement les lecteurs et souligne que les erreurs du graveur ou de l'imprimeur ne doivent pas être imputées à l'auteur. L'objectif de l'orthographe est de représenter précisément les mots parlés à l'aide de figures simples et faciles à former. L'orthographe actuelle est critiquée pour ne pas refléter la prononciation actuelle et pour contenir de nombreux défauts dus au manque de caractères dans l'alphabet. L'Abbé identifie plusieurs causes de ces défauts, notamment la négligence à suivre les changements de prononciation, à inventer de nouveaux caractères, et à marquer les lettres muettes ou les voyelles longues. Il propose des remèdes pour ces problèmes et suggère une réforme progressive et tolérante. Le texte illustre les erreurs orthographiques actuelles en analysant trois lignes d'un dictionnaire de l'Académie française, où vingt-huit mots contiennent quarante-cinq fautes. L'auteur recommande d'écrire les noms de famille selon l'orthographe régulière et de noter l'ancienne orthographe entre crochets. L'Abbé de Saint-Pierre divise les règles en perpétuelles et passagères. Les règles perpétuelles sont générales pour toutes les langues, tandis que les règles passagères sont spécifiques à la langue française et visent à transitionner vers une orthographe régulière. Il propose également des caractères nouveaux pour représenter certains sons et des marques pour les voyelles longues et les lettres muettes. Enfin, l'auteur encourage les imprimeurs à inclure un abrégé du nouvel alphabet au début de chaque ouvrage pour faciliter la transition vers la nouvelle orthographe. Le texte traite également des observations de l'Abbé sur l'orthographe et la typographie de la langue française. Il suggère de nommer chaque consonne en fonction de son articulation avant et après la voyelle, et de préférer la voyelle 'a' comme auxiliaire. Il recommande l'utilisation des caractères italiques pour attirer l'attention sur certains mots et propose des améliorations pour l'utilisation du caractère '&'. Le texte se termine par une invitation aux lecteurs, notamment aux étrangers et aux Anglais, à adopter une orthographe régulière pour éviter les équivoques dans la lecture et la copie des actes juridiques. L'Abbé exprime son espoir de voir des successeurs poursuivre son travail sur cette matière importante mais méprisée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 246-261
LETTRE d'un Professeur de l'Université de Paris à un Principal de College de Province, sur l'ABC DE CANDIAC, OU LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, OU LES PREMIERS ELEMENS DES LETTRES, &c.
Début :
Vous voulez donc, Monsieur, que je vous dise mon sentiment sur cette nouvelle Méthode [...]
Mots clefs :
Bibliothèque des enfants, Université de Paris, Bureau typographique, Charlatans, Système abécédaire, Alphabet, Algèbre, Syntaxe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Professeur de l'Université de Paris à un Principal de College de Province, sur l'ABC DE CANDIAC, OU LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, OU LES PREMIERS ELEMENS DES LETTRES, &c.
LETTRE d'un Professeur de l'Univer
sité de Paris à un Principal de College
de Province , sur l'ABC DE CANDIAC,
OU LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS , ou
LES PREMIERS ELEMENS DES LETTRES, & C
Vous voulez donc , Monsieur, que jevous dise mon sentiment sur cette nouvelle Méthode
dont vous avez appris qu'on fait beaucoup
de bruit à Paris depuis environ six mois , que
quelques Principaux ont laissé introduire dans
deux ou trois celebres Colleges de l'Université
et sur laq le Mercure de France a fait imprimer
cinq Lettres dont la premiere est
du mois de Mai , et la cinquiéme du mois d'Octobre
de la presente année 1730.
J'avois cependant résolu de garder un silence
constant à l'égard de l'Anonime , Auteur de ce
nouveau sistême Abécedique , comme je l'ai gardé
à l'égard de tant d'autres Charlatans de la
menuë litterature , qui ont jugé plus à propos
de faire connoître leur nom au Public , en le
faisant imprimer au Frontispice de leurs Livres.
Mais les prieres réïterées que vous me faites , le
désir que j'ai d'empêcher , autant qu'il sera en
moi , plusieurs Enfans de famille , particulierement
ceux qui sont confiés à vos soins , d'être la
dupe de ce nouvel avanturier , l'occasion favorable
FEVRIER . 1731. 247
Table de venger l'insulte qu'il fait à tous les habiles
et honnêtes gens qui suivent une autre maniere
d'enseigner que la sienne , en les accusant
d'ignorance , d'injustice et de vanité ; tout cela
m'engage à parler malgré l'inclination que j'avois
à me taire.
Je vais donc faire trois choses. 1° J'expliquerai
la structure de son Bureau Tipographique , suivant
une Carte imprimée qui m'est tombée entre
les mains , sans quoi vous ne pouvez rien comprendre
non plus que bien d'autres à ce qui en
est dit dans le Mercure que vous avez lû. 2° Je
ferai voir qu'il est impossible d'enseigner et d'apprendre
bien aucune Langue et aucune Science
par le moyen de ce Bureau . 3 ° Qu'un bon Alphabet
est une Méthode au moins aussi facile
aussi courte , aussi avantageuse et bien plus
›
commode pour bien montrer à lire à un Enfant.
.
Figurez -vous donc d'abord , Monsieur , un
ouvrage de menuiserie en forme de Colombier
qu'on attache à un mur à la hauteur d'un Enfant
de 4. à 5. ans. Ce Colombier de bois est
coupé ou partagé en 210. petits ous , sept en
hauteur , et trente en longueur. in nteur de
cette belle piece de menuiserie les appelle tantôt
cassetins et cassetes , tantôt cellules et logetes . Un
de mes amis qui a lû les cinq Lettres sans en
comprendre ni la beauté ni l'utilité , soutient
qu'on devroit plutôt les appeller Boulins , puisque
toute la boisure se nomme Colombier.
Mais quelque nom qu'on veuille donner à ces
trous , il faut sçavoir qu'ils sont à peu près quarrés
selon les trois dimensions , et de telle grandeur
qu'un Enfant y peut faire entrer aisément
sa main. On met dans ces trous des cartes , sur
lesquelles sont écrites differentes choses, La premiere
rangée de 30. trous est posée sur la table
du
248 MERCURE DE FRANCE.
du Bureau , qui est au-dessous , et de la même
longueur ; elle est appellée par l'Auteur Premier
Bureau Abécedique , c'est - à -dire Alphabetique.
Les 26. premiers trous contiennent sur des
cartes les 24. lettres de l'Alphabet , tant petites
que majuscules , et l'j et l'v consonnes ; les 4 .
derniers sont pour l'E æ , l'E ∞ , &t , ff , ft
ch , ph , rh , th : on ne voit pas la raison pourquoi
on appelle premier ce Bureau Abécedique ,
puisqu'il n'y en a point de second qui porte ce
nom.
Quoiqu'il en soit , les deux rangées de trente
logettes ou boulins chacune , qui sont immédiatement
au dessus de la premiere , portent le nom
de Bureau Latin , qu'on auroit pû aussi bien ,
et même encore mieux , nommer Bureau Franfois
, puisque les 2. premieres logettes ne renferment
que les lettres de l'Alphabet , grandes et
petites , Romaines et Italiques , qui sont communes
au François aussi bien qu'au Latin , et que
les 4. suivantes sont pour les e ouverts et fermés
, qui sont propres seulement à la Langue
Françoise. Les 4. dernieres cellules sont destinées
à l'Histoire Sainte et Prophane , à la Géographie
et à la Fable. Vous connoissez donc déja
bien en détail le contenu des 90. premiers cassetins
compris dans les trois premieres rangées.
Montons présentement aux 120. qui nous restent
, et qui sont et dominent les uns sur les au
tres.
La quatrième et cinquiéme rangée porte le beau
titre de Bureau François - Latin , cependant on
ne trouve dans les 60. cellules qui le composent
rien qui soit particulier au Latin , si ce n'est la
Io et la 11. intitulées Tèmes à faire , Tèmes
faits. Voici les étiquetes des 58. autres : 1. à , à ,
2 bb , bb , la 3 , 4 , 7 , 12 , 16 contiennent c ,
>
FEVRIER. 1731. 249
mm ,
d , g , 1 , p doublés comme le b'en Romain et en
Italique. La 5 , 6 , 9 , 17 , 18 , 20 , 21 , 23 , 24
contiennent aussi en Romain et en Italique he ,
ph , hi , qu , rh , th , hu , xc , hy ; la 8. est intitulée
Magasin ; je ne sçais pas pourquoi. La 13
m ; la 14 ñ , nn ; la 15 eau , au ; la 19 ç ;
fç , ff , la 2 2 W , w
, W, vv ; la 25 Livrèt , au
dessus duquel mot il y a écrit 10 10 , et au dessous
15 15 ; cette cassete est aparemment un
reservoir de chifres . ) La 26 &c , & c ; la 27 ai ,
aient , oient ; la 28 æ
et ; la 29 S *
; la 30 contient trois signes
de l'Algebre , qui signifient le moins , le plus ,
l'égalité ; ils ont été mis là , sans doute , afin de
pouvoir faire accroire au Public que par le moyen
de ce Bureau on apprend les principes de l'Algebre
, comme tout le reste . Voilà la rangée inférieure
du prétendu Bureau François-Latin ;
voici la superieure.
J;
> oe , et ,
>
,
,
On trouve dans les I 2
? 3 4 , 6 , 8 et g
cellules les marques ou signes de ponctuation , ;
: .? ! ' apostrophe : les 5 , 7 , 10 , 12 , 13 , 14
et 15 renferment eu , gn , ch , ill , ui , oi , où en
Romain et en Italique. La 11 a les parentheses
( et les crochets [ ] . La 16 20 ã‚ẽ‚í‚õ ,
en Romain et en Italique ; la 21 30 les dix premiers
chiffres , soit Romains , soit Arabiques.
Les deux rangées superieures du Bureau Tipographique
qui sont chacune de 30. cellules comme
les autres portent,pour titreRudiment pratique de
la Langue Latine. C'est là ce qu'on regarde particulierement
comme un Chef- d'oeuvre d'invention
, qui est bien au- dessus de toutes les Méthodes
dont on s'est servi jusqu'à présent pour
enseigner le Latin. Voici néanmoins tout ce que
c'est dans les six premieres logettes de ces deux
dernieres rangées : on voit les cinq Déclinaisons
C latines
250 MERCURE DE FRANCE ,
>
>
as,
Latines a æ &c . les Pronoms latins et françois
ego , je , tu , tu , vous ; ille , il , elle , l'article
hic , ce , cette , ( on auroit du dire le Pronom
demonstratif; ) le Pronom relatif qui , qui , lequel
; les terminaisons , Pronoms , piam , re , les
termin . Noms orum , ibus . Les cinq logettes suivantes
, soit d'enhaut , soit d'enbas contiennent
le Présent , l'Imparfait , le Parfait , le Plusqueparfait
et le Futur , tant de l'Indicatif que du
Subjonctif des Verbes sum , amo , et aparemment
des trois autres Conjugaisons . Voilà déja 22 .
logettes bien marquées. Les deux suivantes sont
pour l'Impératif et l'Infinitif, esto , ama , esse .
amare. Les 25 et 26. pour les Gérondifs et Supins,
amando , amatu , et les Participes ans , ens,
Les 27 et 28 pour les terminaisons actives, o >
α amus , et les passives, or , aris , atur , amur.
Les 29 38. sont pour les Verbes Actifs , Passifs ,
Neutres , Irreguliers , Déponens , Communs
Substantifs , Vocatifs , Reciproques , Irreguliers
( qui sont ici marqués pour la seconde fois )
Defectueux , Impersonels. Les 39 et 40. sont
pour les terminaisons françoises des Verbes , er
des Noms et Pronoms. Les 41 et 42 pour les
Verbes Auxiliaires François. Les 43 et 44. pour
les Noms Substantifs et Articles françois. Les
45 et 46. pour les Adjectifs , Positifs , Comparatifs
et Superlatifs . Les 47 et 48. pour les Pronoms
demonstratifs et Possessifs . Les 49 et 50. pour
les Verbes François et Particules Françoises. Les
51 et 52. pour les Indéclinables in , úbi , vel ,
et autres aparemment. Les 53 et 54. pour les
genres hic homo. Les 55 et 56. pour les Déclinaisons
homo inis. Les 57 et 58. pour les
Conjugaisons amo , avi Atum are. Enfin les
59 et 60. po la Syntaxe , ego amo Deum.
Je ne dou point que cette énumeration des
>
>
logettes
FEVRIER. 17310
251
logettes et de ce qui y est contenu , ne vous ait
fort ennuyé ; je vous en demande pardon ; mais
j'en avois besoin pour prouver la deuxième proposition
que j'avois avancée. Je dis donc en second
lieu que par cette machine de bois en Colombier
, et par tous les Boulins et toutes les lo
gettes dont elle est composée , aucune Langue
ni aucune Science ne peut être bien enseignée
et bien apprise , quoiqu'en disent ses inventeurs
ou ses approbateurs.
Faut-il se mettre en frais pour le prouver , et
n'est-il pas évident à quiconque a du bon sens
que ni la Philosophie , ni la Rhétorique , ni la
Poëtique , ni les Auteurs Grecs et Latins , même
les plus faciles , qu'on fait expliquer dans les
plus basses Classes des Colleges , n'entreront ja
mais dans la tête d'un enfant à l'aide de cette
pure méchanique. Que dis- je ? il est même impossible
d'apprendre à écrire par ce moyen ; aussi
nos bonnes gens paroissent - ils avoir entierement
renoncé d'eux -mêmes à toutes ces connoissances
, puisqu'ils n'y ont pas même consacré une
seule petite logette.
>
Mais du moins diront- ils on apprendra
P'Histoire Sainte et Prophane , la Géographie er
la Fable ; car elles ont chacune leur cellule , qui
sont les quatre dernieres du Bureau Latin.
A cela je réponds qu'on les apprendra à peu
près comme l'Arithmétique et l'Algebre , ausquelles
sont destinées les 25 et 30. logettes de
la deuxième rangée du Bureau François- Latin ;
c'est-à-dire , que quelques Noms propres d'Empereurs
et de Rois , de grands Royaumes et de
grandes Villes , tirés des cellules où on les met-
, pourront entrer et rester dans la mémoire
de l'enfant , s'il en a , et si on a coin de lui rebatre
plusieurs fois la même che Or c'est un
tra
C avanta
252 MERCURE DE FRANCE
avantage qu'on trouvera pour le moins aussi grand
dans quelque Méthode que ce soit , si tout est égal,
soit de la part de l'enfant , soit de celle du Maître
, à moins qu'on ne veuille croire , comme le
croyent, sans doute, ces Messieurs , que les principes
des Arts et des Sciences ont une vertu particuliere
pour s'insinuer dans l'idée et dans la
mémoire d'un enfant , parcequ'ils sont écrits sur
des cartes , et qu'ils ont eu l'attouchement de sa
petite main , et du bois des cellules étroites qui
les tiennent comme en prison.
Mais qui peut douter , diront encore nos gens
enthousiasmés de leur Rudiment Pratique de la
Langue Latine , composé de 60. logettes et d'autant
de cartes pour le moins , qui peut douter
qu'avec un tel secours on n'enseigne et on n'apprenne
bien mieux les déclinaisons des Noms et
des Pronoms , les Conjugaisons de toutes sortes
de Verbes , les Genres , les Préterits , les Supins
et la Syntaxe Latine, qu'on ne les enseigneroit et
ne les apprendroit avec le secours du Rudiment
et des Maîtres ordinaires .
Qui en peut douter ? moi certainement , tant
je suis incrédule. Pour faire voir combien mon
doute est raisonnable , je ne veux que comparer
un endroit de la cinquiéme Lettre de l'Auteur
avec un autre du celebre M. le Fevre , sur la
maniere de faire des interrogations aux enfans.
כ כ
ラン
Lorsqu'on voudra interroger l'écolier sur les
Déclinaisons et sur les Conjugaisons ( dit ´notre
Abécediste dans le Mercure d'Octobre page
» 2123. ) il ne faut pas suivre la Méthode peu
judicicuse de ces Maîtres qui demandent troptôt
, par exemple : Comment fait Musa à
l'accusatif plurier ? Quel est le genitif plurier
de Dominus ? Quelle est la troisiéme personne
» du Futur Indicatif du Verbe amo ? Cominent
dit -on en Latin ils auroient aimé ? &c.
50
FEVRIER. 1731. 253
Voilà les propres paroles du Docteur Tipografique
dont nous avons pris la liberté de changer
l'ortographe , quoique sa troisième partie
du Volume du Maître contienne dit-il , en
trente et tant de pages une Réponse aux raisonnemens
ou aux préjugés de M. l'Abbé Regnier ,
dans son Traité de l'ortografe , et quelques reflexions
sur l'ortographe des Dictionaires de
Richelet , de Furetiere , de Trévoux , de l'Académie
Françoise et de l'Académie d'Espagne.
Ecoutons presentement M. le Fevre. » Comme
de toutes les parties mobiles de l'Oraison ,
n'y en a point de plus difficile que les Verbes
, ( dit-il dans sa Méthode pour commencer
les Humanités , à Paris 1701. page 12. ) il
5
il
faut s'y arrêter aussi beaucoup plus que
» sur les noms , jusqu'à ce que l'enfant puisse
répondre sur le champ , et sans varier , à ces
» petites Questions , par exemple : où est audiet?
et que veut-il dire en françois ? où est audivisset
? Audire ne se trouve - t'il point en plus
d'un ou de deux endroits où est amatum iri?
» &c. Quand une fois l'enfant est bien assuré
là- dessus , il est en beau chemin , si le Maître
» a les qualités qu'il doit avoir.
Ne voit-on pas une manifeste contradiction
entre ces deux manieres d'enseigner les premiers
principes ? Ainsi nous voici dans un défilé d'où
nous ne pouvons sortir qu'en disant que l'une
de ces deux Méthodes est bien plus judicieuse que
l'autre.
Le Buraliste ne manquera pas de soutenir har→
diment que c'est la sienne , et il citera en sa faveur
l'exemple de M. de la Valette , petit-fils de
M. Chirac , qu'il appelle un enfant celebre du
Bureau tipographique , ( page 19. de la seconde
des quatre premieres Lettres qu'il a fait impri-
Cij mer
54 MERCURE DE FRANCE
mer séparément ) ; il citera encore le petit Gos
sard , fils d'un Marchand Tapissier , le fils de
M. Durand , le petit Espagnol Hernandez del
Valle , le petit Guillot , un Savoyard de zo . ans
qui a appris à lire le latin à cet âge , par le moyen
de cette Méthode , ibid. page 20. et 21. Quel
miracle ! Il n'oubliera pas M. Chompré , Maître
de Pension dans la rue des Carmes , qui se sert
du Bureau tipographique pour les enfans ( page
22 ) , ni M. & Mad . Hervé , qui étant , dit-il ,
témoins du progrés surprenant de l'exercice du
Bureau typographique , en ont fait faire un de
quatre rangées de logettes pour Mlle leur fille
page 28 , ni enfin le Cardinal Lugo , qui dés
l'âge de trois ans sçavoit lire les imprimez et les
manuscrits ; ni le Tasse , qui à l'âge de trois ans
commença à étudier la Grammaire , qui fut envoyé
au College des Jesuites dès l'âge de quatre
ans , et fit sous ces habiles Maîtres de si grands.
progrès , qu'à sept ans il sçavoit parfaitement le
Latin et très-passablement le Grec ; ni le petit
Jean- Philippe Baratier de Schwalbach , qui commença
d'apprendre les Lettres avant l'âge de deux
ans , page II . 12. et 20.
Mais sans vouloir examiner tout ce qu'on dit de
tous ces enfans celebres , ni rien rabattre de leur
science prématurée , ne puis-je pas dire avec verité
que tous ces exemples ne font rien en faveur
du Bureau typographique , puisque certainement
ni le petit Lugo , ni le Taffe , ni Baratier , qui
sont les trois plus rares exemples cités , ne sont
point du tout redevables de leurs miraculeux progrès
aux cellules de bois dont la rare invention
est posterieure a
Quant aux autres , outre qu'on ne nous dit
point que le petit Durand et le petit Hernandez
me soient servis du Bureau , et qu'on nous fait
entendre
FEVRIER.
1731. 255
Entendre au contraire qu'ils ont suivi une autre
Méthode ; n'est-il pas évident que leur érudition ,
quelle qu'elle soit , vient plutôt de leur heureux
naturel et de l'habileté de leurs Maîtres , que de la
nouvelle machine Alphabetique.
11 n'en eft pas de même de la Méthode de M. le
Févre , qui étant toute fondée sur la raison et
l'experience , a dû produire et a produit des miracles
, sur tout dans la personne de Mad. Dacier,
sa fille , et d'un fils , qui ayant commencé a apprendre
le Latin et le Grec â dix ans seulement
suivant la pratique de M. le Fevre , qui me paroît
bien fondée , et sçachant alors seulement bien lire
et bien écrire, » lorsqu'il mourut vers la fin de
sa 14 année , avoit lû et expliqué deux fois l'I-
» liade d'un bout à l'autre , et rendoit raison des
parties aussi prestement qu'auroit pû faire un
assez bon Maîrre , sans balancer et sans hesiter
jamais. Il sçavoit aussi l'Eneide de Virgile de
même , Terence , Phedre , les Métamorphoses
» d'Ovide, Saluste, la premiere Comedie de Plau-
» te , la premiere et la seconde d'Aristophane ,
avec les trois premiers Livres de Tite- Live ,
outre les autres petits Auteurs qu'il faut sça-
» voir pour entendre ceux -ci , Eutrope , Aurelius
Victor , Justin , les Fables d'Esope , et les cinq
» Livres Historiques du Nouveau Testament. Ù
avoit encore appris à fond de son pere , qui étoit
aussi son Précepteur , la Grammaire Latine et la
Grecque, et il avoit entamé même l'Hébraïque à
T'âge de 13. ans. Enfin il n'ignoroit ni la Géogra
phie , ni la Chronologie , ni l'Histoire.
Voilà des faits certains et exposez au grand
jour ; voilà des témoins illustres et non suspects
de la bonté de la Méthode de M. le Fevre , qui a
été presque entierement suivie et même perfectionnée
en quelques points dans les meilleurs Col-
Ciiij leges
256 MERCURE DE FRANCE
ges de l'Université. Nos Méchanistes avec leur
Bureau typographique , pousseront- ils un enfant
aussi loin et en si peu de temps, et l'instruiront -ils
d'une maniere aussi solide des premiers principes
de la Langue Grecque , de la Latine , et de la
Françoise ? S'ils sont assez présomptueux , pour
ne pas dire assez fous , pour le promettre, se trous
verat- il quelqu'un qui soit assez sot et assez duppe
pour le croire ? Peut-être que oui , puisque selon
le Poëte Satirique , mais véridique ,
Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.
Quoiqu'il en soit , nous pouvons conclure présentement
que les Méthodes ordinaires , sur tout
si elles sont semblables à celles de M. le Févre 2
sont bien au-dessus du Rudiment pratique de la
Langue Latine , qui est le troisiéme ou quatrième
Bureau de 60. Logettes , qui fait partie du Bureau
zypographique et general . Je pourois apporter encore
plusieurs raisons invincibles de cette même
verité ; mais je les omets pour abreger et passer
ma troisiéme proposition , d'autant plus que si
je la prouve , comme je l'espere j'aurai prouvé
encore une fois celle -ci . En effet si le Bureau typographique
n'apprend pas mieux à lire qu'un
bon Alphabet , à combien plus forte raison apprendra-
t-il encore moins bien qu'une bonne Mé
thode , les principes des Langues et des Sciences ?
Je dis donc en troisiéme lieu , quand nos Bibliothecaires
typographistes devroient se fâcher ,
que tout cet attirail de cartes écrites sur le dos ,
et de cassettes d'Imprimerie , n'est pas aussi bon
pour apprendre à lire , qu'un Alphabet en bon
ordre et bien digeré. On a vu dans la description
détaillée que nous avons faite du Bureau , qu'on
a sacrifié près de 100. cellules aux Lettres grandes
et petites , Romaines et Italiques , aux consonmes
doubles bb , ce , & c . et à la ponctuation . Un
bon
FEVRIER. 1731 . 257
ba ,
,
bon Alphabet dans les trois ou quatre premieres
pages, contient non - seulement les lettres simples,
mais encore presque toutes les syllabes qu'on peut
former par l'assemblage d'une voyelle et d'une ou
plufieurs consones, comme ,
be bi, bo , bu,
&c. bla, ble, bli, blo, blu , &c . ab , eb, ib, ob , ub ,
&c. ar , er , ir , or , ur , &c. stra , stre , stri ,
stro , stru, &c. L'Enfant les voit d'un coup d'oeil,
et s'accoutume à les prononcer presque lui seul.
par routine , avec le moindre secours du plus petit
Maître d'Ecole.
Or tout cela demande bien du temps dans le
nouveau Systême. Il faut que l'Enfant aille prendre
dans les logettes differentes les lettres qui
composent ces syllabes ; il faut un Maître bien
assidu et bien patient , tel qu'on en trouve peu ,
pour être toujours là present , et empêcher que
Enfant ne se trompe , ou le corriger quand il
s'est trompé.
Un seul Maître d'un médiocre sçavoir et d'une
médiocre exactitude , peut montrer à lire tout
à la fois à une cinquantaine d'Enfans , les obliger
à avoir tous ensemble les fixez sur le
yeux
même endroit , et les faire reprendre les uns par
les autres , ce qui les pique d'honneur et d'émulation
; et quand la leçon est achevée , chacun peut
emporter fon Livre avec foi à la maison , à l'Eglise
, à la promenade , et repasser ce qu'on lui a
fait lire. Le Bureau , au contraire , est très -embarassant
, on ne peut le faire fervir à trois ou
quatre tout à la fois ; il n'est pas portatif , et
P'Enfant , quand il le voudroit , ne pourroit pas
le mettre dans sa poche , il est d'une toute autre
mesure.
Un Alphabet s'achette 4 ou 5. sols ; un Bureau
est d'un bien plus haut prix , sur tout si on le fait
faire d'Ebene, comme l'Auteur semble le conseil-
Cv ley
258 MERCURE DE FRANCE
9A
ler aux Curieux et aux riches , vers la fin de sa
seconde Lettre , page 29. Un Alphabet ordinaire
contient 30 ou 40. pages , il est très -court et
très -clair. L'A B C de Candiac , dont on a obtenu
le privilege , mais qui n'est pas encore imprimé
est divisé en deux volumes qui contiennent 250.
leçons pour trois A B C Latins et trois François,.
et plus de cinq ou six cens pages , suivant le calcul
détaillé fait par l'Auteur , premiere Lettre
page 2 , 3 , 4 et 5. et seconde Let. page 23.et 24 ) .
Ce qu'on a mis dans le Mercure , pour donner
une idée et un précis de cet Ouvrage , est assez
obscur et confus , et à peu près du même gout
que l'Art de transposer toute sorte de Musique
donné au Public par le même Auteur en 1711.
dont deux celebres Musiciens qui l'ont depuis peu
examiné , à ma priere , avec attention , ont jugé
qu'il n'est pas clair , et que la plus grande utilité
qu'on en puisse tirer ,est de l'ignorer Parfaitement.
9%
Enfin un Alphabet ou on trouve des pages.
toutes entieres de syllabes et d'exemples de lectures
qui y sont proposez , peut servir aux Enfans
à bien employer ces premieres années de la vie ,
qui sont si précieuses , et donner matiere d'exercice
à leur mémoire , qui est alors la plus saine et
la plus parfaite de leurs facultez et presque la seule
dont ils puissent faire usage. Par lå on observe ce
beau précepte de Quintilien , ( L. 1. C. 1. ) Non
perdamus primum statim tempus atque eò
minus quod initia litterarum solâ memoriâ
constant; qua non modo jam est in parvis , sed
tum etiam tenacissima est . » Ne souffrons .
point qu'un Enfant perde ses premieres années,
et souffrons-le d'autant moins , que pour ces
commencemens de lettres il ne faut que de la
» mémoire , et que non-seulement les Enfans
en ont , mais qu'ils l'ont même très bonne et
très- fidele.
FEVRIER. 1731. 259
L'Auteur,qui cite quelquefois Quintilien quand
il croit qu'il lui est favorable , ne paroît pas faire
grand cas de ce précepte , puisqu'il ne parle jamais
d'exercer la mémoire des Enfans , et qu'il
paroît même peu approuver cette pratique , Lettre
5. page 2133. Ce qui est de certain , c'est
que son Systême et son Bureau typographique
n'y est point du tout favorable .
En voilà assez pour faire voir que ma troisiéme
proposition n'est pas moins veritable que la seconde,
et que l'Imprimerie en Colombier ne vaut
pas un A B C. bien composé et bien imprimé.
Avant que de finir cette Lettre , je fais une re
marque sur ce que l'Auteur dit , ( L. 2. p. 22. )
» que l'exercice du Bureau tipographique , bien
loin d'exposer les Enfans à être malades et à
rester nains et noüez , faute d'action , les entre
tient au contraire dans une bonne santé, dissipe
» peu à peu l'humeur noueuse qui les empêche de
> croître et leur allonge le corps , les bras et les
»jambes , dans la necessité où ils sont de prendre
» et de remettre les cartes aux plus hauts casse-
» tins du Bureau Typographique.
92
95
ود
Si cet avantage est aussi réel qu'on voudroit
nous le faire croire , pourquoi les Enfans gouvernez
par les Inventeurs de ce Bureau sont -ils
morts entre leurs mains ? Pourquoi le petit Candiac
, qui est si souvent cité dans ces Lettres comme
un prodige , et qui aimoit tant l'exercice du
Bureau Abecedique , n'a-t - il pas vécu au delà de
sa 8 ou 10 année? Au reste cette mort, qui d'une
part a été très-desavantageuse à l'Auteur de l'A
BC de Candiac , en lui enlevant un cher Disci →
ple ; lui a été d'une autre part assez avantageuse,,
puisqu'il peut nous alleguer sans cesse en faveur
de sa Méthode , un témoin que nous ne pouvons
ressusciter. D'ailleurs si on fait tant valoir le Bur
Cvj
ream
26 MERCURE DE FRANCE
reau , parce qu'il donne de l'exercice et de la santé
aux enfans , combien ne doit- on pas estimer
par cet endroit la coutume de les faire aller à pié
matin et soir aux petites Ecoles et aux Colleges ?
Je finis cette Lettre , qui vous paroîtra peutêtre
trop longue , par une reflexion de l'Auteur ,
qui m'a frappé , et qui ne peut manquer d'être
très-utile à un Lecteur judicieux et qui sçait faire
son profit de tout ce qu'il lit. On doit , dit - il ,
» ( L. 2. P. 27. ) regarder comme suspectes les
Méthodes mysterieuses et hierogliphiques , qui
annoncent & promettent des miracles , ou des.
choses au-delà de l'esprit humain : une bonne
Méthode exige la franchise et la generosité
» qu'inspire l'amour du bien public... L'incrédu
→ lité du Public n'est pas sans fondement, on voit
» tant de Charlatans , de visionnaires et d'impos-
» teurs , de toute classe , qu'il y auroit de la foiblesse
, de l'imprudence et même de la folie à
» les croire sur leur parole.
30
à
Quintilien ( L. 1. C. 1. ) après avoir recommandé
aux peres et aux meres de choisir pour
leurs enfans les meilleures Nourrices pour les allaiter
, et les meilleurs enfans de leur âge pour
leur tenir compagnie , ajoûte sur le choix des
Maîtres un précepte qui a beaucoup de rapport
ce qu'on vient de lire . A l'égard des Précepteurs
» qu'on donne aux Eafans , ce que j'ai , dit- il , à
recommander le plus , c'est qu'ils soient veritablement
habiles , ou qu'ils sçachent du moins
qu'ils ne le sont pas car je ne vois rien de
pire au monde , que ces gens , qui parce qu'ils
ont quelque legere teinture de Lettres , s'imaginent
être fort sçavans , et se donnent pour
tels . C'est en vain que vous voudrez les redresser;
ils croyent en sçavoir plus que tous les
Maîtres , et fiers de leur autorité comme ils
sont
FEVRIER . 2.61
173 .
"
5)
» sont ordinairement, ils enseignent leurs sottises
jusqu'à se mettre en fureur contre qui ose les
» contredire , souvent même leur ignorance ne
» nuit pas moins aux moeurs. De padagogis hoc
amplius ( dictum sit, ) ut aut sint eruditi planè,
quam primam esse curam velim aut se non
esse eruditos , sciant. Nihil enim pejus est irs
qui paulum aliquid ultra primas litteras pregressi
, falsam sibi scientia persuasionem induerunt.
Nam et credere pracipiendi peritis
indignantur , er jure quodam potestatis , que
ferè hoc hominum genus intumescit , imperiosi
atque interim savientes , stultitiam suam perdocent.
On voit par là , comme dit un de nos plus excellens
Poëtes , que le monde n'a jamais , manqué
de Charlatans , et que cette Science de tout tems
fut en Professeurs très - fertiles . Je suis , Monsieur
, &c..
sité de Paris à un Principal de College
de Province , sur l'ABC DE CANDIAC,
OU LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS , ou
LES PREMIERS ELEMENS DES LETTRES, & C
Vous voulez donc , Monsieur, que jevous dise mon sentiment sur cette nouvelle Méthode
dont vous avez appris qu'on fait beaucoup
de bruit à Paris depuis environ six mois , que
quelques Principaux ont laissé introduire dans
deux ou trois celebres Colleges de l'Université
et sur laq le Mercure de France a fait imprimer
cinq Lettres dont la premiere est
du mois de Mai , et la cinquiéme du mois d'Octobre
de la presente année 1730.
J'avois cependant résolu de garder un silence
constant à l'égard de l'Anonime , Auteur de ce
nouveau sistême Abécedique , comme je l'ai gardé
à l'égard de tant d'autres Charlatans de la
menuë litterature , qui ont jugé plus à propos
de faire connoître leur nom au Public , en le
faisant imprimer au Frontispice de leurs Livres.
Mais les prieres réïterées que vous me faites , le
désir que j'ai d'empêcher , autant qu'il sera en
moi , plusieurs Enfans de famille , particulierement
ceux qui sont confiés à vos soins , d'être la
dupe de ce nouvel avanturier , l'occasion favorable
FEVRIER . 1731. 247
Table de venger l'insulte qu'il fait à tous les habiles
et honnêtes gens qui suivent une autre maniere
d'enseigner que la sienne , en les accusant
d'ignorance , d'injustice et de vanité ; tout cela
m'engage à parler malgré l'inclination que j'avois
à me taire.
Je vais donc faire trois choses. 1° J'expliquerai
la structure de son Bureau Tipographique , suivant
une Carte imprimée qui m'est tombée entre
les mains , sans quoi vous ne pouvez rien comprendre
non plus que bien d'autres à ce qui en
est dit dans le Mercure que vous avez lû. 2° Je
ferai voir qu'il est impossible d'enseigner et d'apprendre
bien aucune Langue et aucune Science
par le moyen de ce Bureau . 3 ° Qu'un bon Alphabet
est une Méthode au moins aussi facile
aussi courte , aussi avantageuse et bien plus
›
commode pour bien montrer à lire à un Enfant.
.
Figurez -vous donc d'abord , Monsieur , un
ouvrage de menuiserie en forme de Colombier
qu'on attache à un mur à la hauteur d'un Enfant
de 4. à 5. ans. Ce Colombier de bois est
coupé ou partagé en 210. petits ous , sept en
hauteur , et trente en longueur. in nteur de
cette belle piece de menuiserie les appelle tantôt
cassetins et cassetes , tantôt cellules et logetes . Un
de mes amis qui a lû les cinq Lettres sans en
comprendre ni la beauté ni l'utilité , soutient
qu'on devroit plutôt les appeller Boulins , puisque
toute la boisure se nomme Colombier.
Mais quelque nom qu'on veuille donner à ces
trous , il faut sçavoir qu'ils sont à peu près quarrés
selon les trois dimensions , et de telle grandeur
qu'un Enfant y peut faire entrer aisément
sa main. On met dans ces trous des cartes , sur
lesquelles sont écrites differentes choses, La premiere
rangée de 30. trous est posée sur la table
du
248 MERCURE DE FRANCE.
du Bureau , qui est au-dessous , et de la même
longueur ; elle est appellée par l'Auteur Premier
Bureau Abécedique , c'est - à -dire Alphabetique.
Les 26. premiers trous contiennent sur des
cartes les 24. lettres de l'Alphabet , tant petites
que majuscules , et l'j et l'v consonnes ; les 4 .
derniers sont pour l'E æ , l'E ∞ , &t , ff , ft
ch , ph , rh , th : on ne voit pas la raison pourquoi
on appelle premier ce Bureau Abécedique ,
puisqu'il n'y en a point de second qui porte ce
nom.
Quoiqu'il en soit , les deux rangées de trente
logettes ou boulins chacune , qui sont immédiatement
au dessus de la premiere , portent le nom
de Bureau Latin , qu'on auroit pû aussi bien ,
et même encore mieux , nommer Bureau Franfois
, puisque les 2. premieres logettes ne renferment
que les lettres de l'Alphabet , grandes et
petites , Romaines et Italiques , qui sont communes
au François aussi bien qu'au Latin , et que
les 4. suivantes sont pour les e ouverts et fermés
, qui sont propres seulement à la Langue
Françoise. Les 4. dernieres cellules sont destinées
à l'Histoire Sainte et Prophane , à la Géographie
et à la Fable. Vous connoissez donc déja
bien en détail le contenu des 90. premiers cassetins
compris dans les trois premieres rangées.
Montons présentement aux 120. qui nous restent
, et qui sont et dominent les uns sur les au
tres.
La quatrième et cinquiéme rangée porte le beau
titre de Bureau François - Latin , cependant on
ne trouve dans les 60. cellules qui le composent
rien qui soit particulier au Latin , si ce n'est la
Io et la 11. intitulées Tèmes à faire , Tèmes
faits. Voici les étiquetes des 58. autres : 1. à , à ,
2 bb , bb , la 3 , 4 , 7 , 12 , 16 contiennent c ,
>
FEVRIER. 1731. 249
mm ,
d , g , 1 , p doublés comme le b'en Romain et en
Italique. La 5 , 6 , 9 , 17 , 18 , 20 , 21 , 23 , 24
contiennent aussi en Romain et en Italique he ,
ph , hi , qu , rh , th , hu , xc , hy ; la 8. est intitulée
Magasin ; je ne sçais pas pourquoi. La 13
m ; la 14 ñ , nn ; la 15 eau , au ; la 19 ç ;
fç , ff , la 2 2 W , w
, W, vv ; la 25 Livrèt , au
dessus duquel mot il y a écrit 10 10 , et au dessous
15 15 ; cette cassete est aparemment un
reservoir de chifres . ) La 26 &c , & c ; la 27 ai ,
aient , oient ; la 28 æ
et ; la 29 S *
; la 30 contient trois signes
de l'Algebre , qui signifient le moins , le plus ,
l'égalité ; ils ont été mis là , sans doute , afin de
pouvoir faire accroire au Public que par le moyen
de ce Bureau on apprend les principes de l'Algebre
, comme tout le reste . Voilà la rangée inférieure
du prétendu Bureau François-Latin ;
voici la superieure.
J;
> oe , et ,
>
,
,
On trouve dans les I 2
? 3 4 , 6 , 8 et g
cellules les marques ou signes de ponctuation , ;
: .? ! ' apostrophe : les 5 , 7 , 10 , 12 , 13 , 14
et 15 renferment eu , gn , ch , ill , ui , oi , où en
Romain et en Italique. La 11 a les parentheses
( et les crochets [ ] . La 16 20 ã‚ẽ‚í‚õ ,
en Romain et en Italique ; la 21 30 les dix premiers
chiffres , soit Romains , soit Arabiques.
Les deux rangées superieures du Bureau Tipographique
qui sont chacune de 30. cellules comme
les autres portent,pour titreRudiment pratique de
la Langue Latine. C'est là ce qu'on regarde particulierement
comme un Chef- d'oeuvre d'invention
, qui est bien au- dessus de toutes les Méthodes
dont on s'est servi jusqu'à présent pour
enseigner le Latin. Voici néanmoins tout ce que
c'est dans les six premieres logettes de ces deux
dernieres rangées : on voit les cinq Déclinaisons
C latines
250 MERCURE DE FRANCE ,
>
>
as,
Latines a æ &c . les Pronoms latins et françois
ego , je , tu , tu , vous ; ille , il , elle , l'article
hic , ce , cette , ( on auroit du dire le Pronom
demonstratif; ) le Pronom relatif qui , qui , lequel
; les terminaisons , Pronoms , piam , re , les
termin . Noms orum , ibus . Les cinq logettes suivantes
, soit d'enhaut , soit d'enbas contiennent
le Présent , l'Imparfait , le Parfait , le Plusqueparfait
et le Futur , tant de l'Indicatif que du
Subjonctif des Verbes sum , amo , et aparemment
des trois autres Conjugaisons . Voilà déja 22 .
logettes bien marquées. Les deux suivantes sont
pour l'Impératif et l'Infinitif, esto , ama , esse .
amare. Les 25 et 26. pour les Gérondifs et Supins,
amando , amatu , et les Participes ans , ens,
Les 27 et 28 pour les terminaisons actives, o >
α amus , et les passives, or , aris , atur , amur.
Les 29 38. sont pour les Verbes Actifs , Passifs ,
Neutres , Irreguliers , Déponens , Communs
Substantifs , Vocatifs , Reciproques , Irreguliers
( qui sont ici marqués pour la seconde fois )
Defectueux , Impersonels. Les 39 et 40. sont
pour les terminaisons françoises des Verbes , er
des Noms et Pronoms. Les 41 et 42 pour les
Verbes Auxiliaires François. Les 43 et 44. pour
les Noms Substantifs et Articles françois. Les
45 et 46. pour les Adjectifs , Positifs , Comparatifs
et Superlatifs . Les 47 et 48. pour les Pronoms
demonstratifs et Possessifs . Les 49 et 50. pour
les Verbes François et Particules Françoises. Les
51 et 52. pour les Indéclinables in , úbi , vel ,
et autres aparemment. Les 53 et 54. pour les
genres hic homo. Les 55 et 56. pour les Déclinaisons
homo inis. Les 57 et 58. pour les
Conjugaisons amo , avi Atum are. Enfin les
59 et 60. po la Syntaxe , ego amo Deum.
Je ne dou point que cette énumeration des
>
>
logettes
FEVRIER. 17310
251
logettes et de ce qui y est contenu , ne vous ait
fort ennuyé ; je vous en demande pardon ; mais
j'en avois besoin pour prouver la deuxième proposition
que j'avois avancée. Je dis donc en second
lieu que par cette machine de bois en Colombier
, et par tous les Boulins et toutes les lo
gettes dont elle est composée , aucune Langue
ni aucune Science ne peut être bien enseignée
et bien apprise , quoiqu'en disent ses inventeurs
ou ses approbateurs.
Faut-il se mettre en frais pour le prouver , et
n'est-il pas évident à quiconque a du bon sens
que ni la Philosophie , ni la Rhétorique , ni la
Poëtique , ni les Auteurs Grecs et Latins , même
les plus faciles , qu'on fait expliquer dans les
plus basses Classes des Colleges , n'entreront ja
mais dans la tête d'un enfant à l'aide de cette
pure méchanique. Que dis- je ? il est même impossible
d'apprendre à écrire par ce moyen ; aussi
nos bonnes gens paroissent - ils avoir entierement
renoncé d'eux -mêmes à toutes ces connoissances
, puisqu'ils n'y ont pas même consacré une
seule petite logette.
>
Mais du moins diront- ils on apprendra
P'Histoire Sainte et Prophane , la Géographie er
la Fable ; car elles ont chacune leur cellule , qui
sont les quatre dernieres du Bureau Latin.
A cela je réponds qu'on les apprendra à peu
près comme l'Arithmétique et l'Algebre , ausquelles
sont destinées les 25 et 30. logettes de
la deuxième rangée du Bureau François- Latin ;
c'est-à-dire , que quelques Noms propres d'Empereurs
et de Rois , de grands Royaumes et de
grandes Villes , tirés des cellules où on les met-
, pourront entrer et rester dans la mémoire
de l'enfant , s'il en a , et si on a coin de lui rebatre
plusieurs fois la même che Or c'est un
tra
C avanta
252 MERCURE DE FRANCE
avantage qu'on trouvera pour le moins aussi grand
dans quelque Méthode que ce soit , si tout est égal,
soit de la part de l'enfant , soit de celle du Maître
, à moins qu'on ne veuille croire , comme le
croyent, sans doute, ces Messieurs , que les principes
des Arts et des Sciences ont une vertu particuliere
pour s'insinuer dans l'idée et dans la
mémoire d'un enfant , parcequ'ils sont écrits sur
des cartes , et qu'ils ont eu l'attouchement de sa
petite main , et du bois des cellules étroites qui
les tiennent comme en prison.
Mais qui peut douter , diront encore nos gens
enthousiasmés de leur Rudiment Pratique de la
Langue Latine , composé de 60. logettes et d'autant
de cartes pour le moins , qui peut douter
qu'avec un tel secours on n'enseigne et on n'apprenne
bien mieux les déclinaisons des Noms et
des Pronoms , les Conjugaisons de toutes sortes
de Verbes , les Genres , les Préterits , les Supins
et la Syntaxe Latine, qu'on ne les enseigneroit et
ne les apprendroit avec le secours du Rudiment
et des Maîtres ordinaires .
Qui en peut douter ? moi certainement , tant
je suis incrédule. Pour faire voir combien mon
doute est raisonnable , je ne veux que comparer
un endroit de la cinquiéme Lettre de l'Auteur
avec un autre du celebre M. le Fevre , sur la
maniere de faire des interrogations aux enfans.
כ כ
ラン
Lorsqu'on voudra interroger l'écolier sur les
Déclinaisons et sur les Conjugaisons ( dit ´notre
Abécediste dans le Mercure d'Octobre page
» 2123. ) il ne faut pas suivre la Méthode peu
judicicuse de ces Maîtres qui demandent troptôt
, par exemple : Comment fait Musa à
l'accusatif plurier ? Quel est le genitif plurier
de Dominus ? Quelle est la troisiéme personne
» du Futur Indicatif du Verbe amo ? Cominent
dit -on en Latin ils auroient aimé ? &c.
50
FEVRIER. 1731. 253
Voilà les propres paroles du Docteur Tipografique
dont nous avons pris la liberté de changer
l'ortographe , quoique sa troisième partie
du Volume du Maître contienne dit-il , en
trente et tant de pages une Réponse aux raisonnemens
ou aux préjugés de M. l'Abbé Regnier ,
dans son Traité de l'ortografe , et quelques reflexions
sur l'ortographe des Dictionaires de
Richelet , de Furetiere , de Trévoux , de l'Académie
Françoise et de l'Académie d'Espagne.
Ecoutons presentement M. le Fevre. » Comme
de toutes les parties mobiles de l'Oraison ,
n'y en a point de plus difficile que les Verbes
, ( dit-il dans sa Méthode pour commencer
les Humanités , à Paris 1701. page 12. ) il
5
il
faut s'y arrêter aussi beaucoup plus que
» sur les noms , jusqu'à ce que l'enfant puisse
répondre sur le champ , et sans varier , à ces
» petites Questions , par exemple : où est audiet?
et que veut-il dire en françois ? où est audivisset
? Audire ne se trouve - t'il point en plus
d'un ou de deux endroits où est amatum iri?
» &c. Quand une fois l'enfant est bien assuré
là- dessus , il est en beau chemin , si le Maître
» a les qualités qu'il doit avoir.
Ne voit-on pas une manifeste contradiction
entre ces deux manieres d'enseigner les premiers
principes ? Ainsi nous voici dans un défilé d'où
nous ne pouvons sortir qu'en disant que l'une
de ces deux Méthodes est bien plus judicieuse que
l'autre.
Le Buraliste ne manquera pas de soutenir har→
diment que c'est la sienne , et il citera en sa faveur
l'exemple de M. de la Valette , petit-fils de
M. Chirac , qu'il appelle un enfant celebre du
Bureau tipographique , ( page 19. de la seconde
des quatre premieres Lettres qu'il a fait impri-
Cij mer
54 MERCURE DE FRANCE
mer séparément ) ; il citera encore le petit Gos
sard , fils d'un Marchand Tapissier , le fils de
M. Durand , le petit Espagnol Hernandez del
Valle , le petit Guillot , un Savoyard de zo . ans
qui a appris à lire le latin à cet âge , par le moyen
de cette Méthode , ibid. page 20. et 21. Quel
miracle ! Il n'oubliera pas M. Chompré , Maître
de Pension dans la rue des Carmes , qui se sert
du Bureau tipographique pour les enfans ( page
22 ) , ni M. & Mad . Hervé , qui étant , dit-il ,
témoins du progrés surprenant de l'exercice du
Bureau typographique , en ont fait faire un de
quatre rangées de logettes pour Mlle leur fille
page 28 , ni enfin le Cardinal Lugo , qui dés
l'âge de trois ans sçavoit lire les imprimez et les
manuscrits ; ni le Tasse , qui à l'âge de trois ans
commença à étudier la Grammaire , qui fut envoyé
au College des Jesuites dès l'âge de quatre
ans , et fit sous ces habiles Maîtres de si grands.
progrès , qu'à sept ans il sçavoit parfaitement le
Latin et très-passablement le Grec ; ni le petit
Jean- Philippe Baratier de Schwalbach , qui commença
d'apprendre les Lettres avant l'âge de deux
ans , page II . 12. et 20.
Mais sans vouloir examiner tout ce qu'on dit de
tous ces enfans celebres , ni rien rabattre de leur
science prématurée , ne puis-je pas dire avec verité
que tous ces exemples ne font rien en faveur
du Bureau typographique , puisque certainement
ni le petit Lugo , ni le Taffe , ni Baratier , qui
sont les trois plus rares exemples cités , ne sont
point du tout redevables de leurs miraculeux progrès
aux cellules de bois dont la rare invention
est posterieure a
Quant aux autres , outre qu'on ne nous dit
point que le petit Durand et le petit Hernandez
me soient servis du Bureau , et qu'on nous fait
entendre
FEVRIER.
1731. 255
Entendre au contraire qu'ils ont suivi une autre
Méthode ; n'est-il pas évident que leur érudition ,
quelle qu'elle soit , vient plutôt de leur heureux
naturel et de l'habileté de leurs Maîtres , que de la
nouvelle machine Alphabetique.
11 n'en eft pas de même de la Méthode de M. le
Févre , qui étant toute fondée sur la raison et
l'experience , a dû produire et a produit des miracles
, sur tout dans la personne de Mad. Dacier,
sa fille , et d'un fils , qui ayant commencé a apprendre
le Latin et le Grec â dix ans seulement
suivant la pratique de M. le Fevre , qui me paroît
bien fondée , et sçachant alors seulement bien lire
et bien écrire, » lorsqu'il mourut vers la fin de
sa 14 année , avoit lû et expliqué deux fois l'I-
» liade d'un bout à l'autre , et rendoit raison des
parties aussi prestement qu'auroit pû faire un
assez bon Maîrre , sans balancer et sans hesiter
jamais. Il sçavoit aussi l'Eneide de Virgile de
même , Terence , Phedre , les Métamorphoses
» d'Ovide, Saluste, la premiere Comedie de Plau-
» te , la premiere et la seconde d'Aristophane ,
avec les trois premiers Livres de Tite- Live ,
outre les autres petits Auteurs qu'il faut sça-
» voir pour entendre ceux -ci , Eutrope , Aurelius
Victor , Justin , les Fables d'Esope , et les cinq
» Livres Historiques du Nouveau Testament. Ù
avoit encore appris à fond de son pere , qui étoit
aussi son Précepteur , la Grammaire Latine et la
Grecque, et il avoit entamé même l'Hébraïque à
T'âge de 13. ans. Enfin il n'ignoroit ni la Géogra
phie , ni la Chronologie , ni l'Histoire.
Voilà des faits certains et exposez au grand
jour ; voilà des témoins illustres et non suspects
de la bonté de la Méthode de M. le Fevre , qui a
été presque entierement suivie et même perfectionnée
en quelques points dans les meilleurs Col-
Ciiij leges
256 MERCURE DE FRANCE
ges de l'Université. Nos Méchanistes avec leur
Bureau typographique , pousseront- ils un enfant
aussi loin et en si peu de temps, et l'instruiront -ils
d'une maniere aussi solide des premiers principes
de la Langue Grecque , de la Latine , et de la
Françoise ? S'ils sont assez présomptueux , pour
ne pas dire assez fous , pour le promettre, se trous
verat- il quelqu'un qui soit assez sot et assez duppe
pour le croire ? Peut-être que oui , puisque selon
le Poëte Satirique , mais véridique ,
Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.
Quoiqu'il en soit , nous pouvons conclure présentement
que les Méthodes ordinaires , sur tout
si elles sont semblables à celles de M. le Févre 2
sont bien au-dessus du Rudiment pratique de la
Langue Latine , qui est le troisiéme ou quatrième
Bureau de 60. Logettes , qui fait partie du Bureau
zypographique et general . Je pourois apporter encore
plusieurs raisons invincibles de cette même
verité ; mais je les omets pour abreger et passer
ma troisiéme proposition , d'autant plus que si
je la prouve , comme je l'espere j'aurai prouvé
encore une fois celle -ci . En effet si le Bureau typographique
n'apprend pas mieux à lire qu'un
bon Alphabet , à combien plus forte raison apprendra-
t-il encore moins bien qu'une bonne Mé
thode , les principes des Langues et des Sciences ?
Je dis donc en troisiéme lieu , quand nos Bibliothecaires
typographistes devroient se fâcher ,
que tout cet attirail de cartes écrites sur le dos ,
et de cassettes d'Imprimerie , n'est pas aussi bon
pour apprendre à lire , qu'un Alphabet en bon
ordre et bien digeré. On a vu dans la description
détaillée que nous avons faite du Bureau , qu'on
a sacrifié près de 100. cellules aux Lettres grandes
et petites , Romaines et Italiques , aux consonmes
doubles bb , ce , & c . et à la ponctuation . Un
bon
FEVRIER. 1731 . 257
ba ,
,
bon Alphabet dans les trois ou quatre premieres
pages, contient non - seulement les lettres simples,
mais encore presque toutes les syllabes qu'on peut
former par l'assemblage d'une voyelle et d'une ou
plufieurs consones, comme ,
be bi, bo , bu,
&c. bla, ble, bli, blo, blu , &c . ab , eb, ib, ob , ub ,
&c. ar , er , ir , or , ur , &c. stra , stre , stri ,
stro , stru, &c. L'Enfant les voit d'un coup d'oeil,
et s'accoutume à les prononcer presque lui seul.
par routine , avec le moindre secours du plus petit
Maître d'Ecole.
Or tout cela demande bien du temps dans le
nouveau Systême. Il faut que l'Enfant aille prendre
dans les logettes differentes les lettres qui
composent ces syllabes ; il faut un Maître bien
assidu et bien patient , tel qu'on en trouve peu ,
pour être toujours là present , et empêcher que
Enfant ne se trompe , ou le corriger quand il
s'est trompé.
Un seul Maître d'un médiocre sçavoir et d'une
médiocre exactitude , peut montrer à lire tout
à la fois à une cinquantaine d'Enfans , les obliger
à avoir tous ensemble les fixez sur le
yeux
même endroit , et les faire reprendre les uns par
les autres , ce qui les pique d'honneur et d'émulation
; et quand la leçon est achevée , chacun peut
emporter fon Livre avec foi à la maison , à l'Eglise
, à la promenade , et repasser ce qu'on lui a
fait lire. Le Bureau , au contraire , est très -embarassant
, on ne peut le faire fervir à trois ou
quatre tout à la fois ; il n'est pas portatif , et
P'Enfant , quand il le voudroit , ne pourroit pas
le mettre dans sa poche , il est d'une toute autre
mesure.
Un Alphabet s'achette 4 ou 5. sols ; un Bureau
est d'un bien plus haut prix , sur tout si on le fait
faire d'Ebene, comme l'Auteur semble le conseil-
Cv ley
258 MERCURE DE FRANCE
9A
ler aux Curieux et aux riches , vers la fin de sa
seconde Lettre , page 29. Un Alphabet ordinaire
contient 30 ou 40. pages , il est très -court et
très -clair. L'A B C de Candiac , dont on a obtenu
le privilege , mais qui n'est pas encore imprimé
est divisé en deux volumes qui contiennent 250.
leçons pour trois A B C Latins et trois François,.
et plus de cinq ou six cens pages , suivant le calcul
détaillé fait par l'Auteur , premiere Lettre
page 2 , 3 , 4 et 5. et seconde Let. page 23.et 24 ) .
Ce qu'on a mis dans le Mercure , pour donner
une idée et un précis de cet Ouvrage , est assez
obscur et confus , et à peu près du même gout
que l'Art de transposer toute sorte de Musique
donné au Public par le même Auteur en 1711.
dont deux celebres Musiciens qui l'ont depuis peu
examiné , à ma priere , avec attention , ont jugé
qu'il n'est pas clair , et que la plus grande utilité
qu'on en puisse tirer ,est de l'ignorer Parfaitement.
9%
Enfin un Alphabet ou on trouve des pages.
toutes entieres de syllabes et d'exemples de lectures
qui y sont proposez , peut servir aux Enfans
à bien employer ces premieres années de la vie ,
qui sont si précieuses , et donner matiere d'exercice
à leur mémoire , qui est alors la plus saine et
la plus parfaite de leurs facultez et presque la seule
dont ils puissent faire usage. Par lå on observe ce
beau précepte de Quintilien , ( L. 1. C. 1. ) Non
perdamus primum statim tempus atque eò
minus quod initia litterarum solâ memoriâ
constant; qua non modo jam est in parvis , sed
tum etiam tenacissima est . » Ne souffrons .
point qu'un Enfant perde ses premieres années,
et souffrons-le d'autant moins , que pour ces
commencemens de lettres il ne faut que de la
» mémoire , et que non-seulement les Enfans
en ont , mais qu'ils l'ont même très bonne et
très- fidele.
FEVRIER. 1731. 259
L'Auteur,qui cite quelquefois Quintilien quand
il croit qu'il lui est favorable , ne paroît pas faire
grand cas de ce précepte , puisqu'il ne parle jamais
d'exercer la mémoire des Enfans , et qu'il
paroît même peu approuver cette pratique , Lettre
5. page 2133. Ce qui est de certain , c'est
que son Systême et son Bureau typographique
n'y est point du tout favorable .
En voilà assez pour faire voir que ma troisiéme
proposition n'est pas moins veritable que la seconde,
et que l'Imprimerie en Colombier ne vaut
pas un A B C. bien composé et bien imprimé.
Avant que de finir cette Lettre , je fais une re
marque sur ce que l'Auteur dit , ( L. 2. p. 22. )
» que l'exercice du Bureau tipographique , bien
loin d'exposer les Enfans à être malades et à
rester nains et noüez , faute d'action , les entre
tient au contraire dans une bonne santé, dissipe
» peu à peu l'humeur noueuse qui les empêche de
> croître et leur allonge le corps , les bras et les
»jambes , dans la necessité où ils sont de prendre
» et de remettre les cartes aux plus hauts casse-
» tins du Bureau Typographique.
92
95
ود
Si cet avantage est aussi réel qu'on voudroit
nous le faire croire , pourquoi les Enfans gouvernez
par les Inventeurs de ce Bureau sont -ils
morts entre leurs mains ? Pourquoi le petit Candiac
, qui est si souvent cité dans ces Lettres comme
un prodige , et qui aimoit tant l'exercice du
Bureau Abecedique , n'a-t - il pas vécu au delà de
sa 8 ou 10 année? Au reste cette mort, qui d'une
part a été très-desavantageuse à l'Auteur de l'A
BC de Candiac , en lui enlevant un cher Disci →
ple ; lui a été d'une autre part assez avantageuse,,
puisqu'il peut nous alleguer sans cesse en faveur
de sa Méthode , un témoin que nous ne pouvons
ressusciter. D'ailleurs si on fait tant valoir le Bur
Cvj
ream
26 MERCURE DE FRANCE
reau , parce qu'il donne de l'exercice et de la santé
aux enfans , combien ne doit- on pas estimer
par cet endroit la coutume de les faire aller à pié
matin et soir aux petites Ecoles et aux Colleges ?
Je finis cette Lettre , qui vous paroîtra peutêtre
trop longue , par une reflexion de l'Auteur ,
qui m'a frappé , et qui ne peut manquer d'être
très-utile à un Lecteur judicieux et qui sçait faire
son profit de tout ce qu'il lit. On doit , dit - il ,
» ( L. 2. P. 27. ) regarder comme suspectes les
Méthodes mysterieuses et hierogliphiques , qui
annoncent & promettent des miracles , ou des.
choses au-delà de l'esprit humain : une bonne
Méthode exige la franchise et la generosité
» qu'inspire l'amour du bien public... L'incrédu
→ lité du Public n'est pas sans fondement, on voit
» tant de Charlatans , de visionnaires et d'impos-
» teurs , de toute classe , qu'il y auroit de la foiblesse
, de l'imprudence et même de la folie à
» les croire sur leur parole.
30
à
Quintilien ( L. 1. C. 1. ) après avoir recommandé
aux peres et aux meres de choisir pour
leurs enfans les meilleures Nourrices pour les allaiter
, et les meilleurs enfans de leur âge pour
leur tenir compagnie , ajoûte sur le choix des
Maîtres un précepte qui a beaucoup de rapport
ce qu'on vient de lire . A l'égard des Précepteurs
» qu'on donne aux Eafans , ce que j'ai , dit- il , à
recommander le plus , c'est qu'ils soient veritablement
habiles , ou qu'ils sçachent du moins
qu'ils ne le sont pas car je ne vois rien de
pire au monde , que ces gens , qui parce qu'ils
ont quelque legere teinture de Lettres , s'imaginent
être fort sçavans , et se donnent pour
tels . C'est en vain que vous voudrez les redresser;
ils croyent en sçavoir plus que tous les
Maîtres , et fiers de leur autorité comme ils
sont
FEVRIER . 2.61
173 .
"
5)
» sont ordinairement, ils enseignent leurs sottises
jusqu'à se mettre en fureur contre qui ose les
» contredire , souvent même leur ignorance ne
» nuit pas moins aux moeurs. De padagogis hoc
amplius ( dictum sit, ) ut aut sint eruditi planè,
quam primam esse curam velim aut se non
esse eruditos , sciant. Nihil enim pejus est irs
qui paulum aliquid ultra primas litteras pregressi
, falsam sibi scientia persuasionem induerunt.
Nam et credere pracipiendi peritis
indignantur , er jure quodam potestatis , que
ferè hoc hominum genus intumescit , imperiosi
atque interim savientes , stultitiam suam perdocent.
On voit par là , comme dit un de nos plus excellens
Poëtes , que le monde n'a jamais , manqué
de Charlatans , et que cette Science de tout tems
fut en Professeurs très - fertiles . Je suis , Monsieur
, &c..
Fermer
Résumé : LETTRE d'un Professeur de l'Université de Paris à un Principal de College de Province, sur l'ABC DE CANDIAC, OU LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, OU LES PREMIERS ELEMENS DES LETTRES, &c.
Un professeur de l'Université de Paris adresse une lettre à un principal de collège de province pour discuter de la méthode d'enseignement appelée l'ABC de Candiac, qui a suscité des débats à Paris et a été adoptée dans certains collèges renommés. Cette méthode utilise un dispositif nommé Bureau Tipographique, composé de 210 compartiments contenant des cartes avec des lettres, des mots et des symboles. Le dispositif est organisé en plusieurs rangées dédiées à l'alphabet, au français, au latin, et à d'autres matières comme l'histoire et la géographie. Le professeur critique cette méthode, estimant qu'il est impossible d'enseigner correctement une langue ou une science par un moyen mécanique. Il remet en question l'idée que cette méthode faciliterait l'apprentissage des déclinaisons latines et des conjugaisons, comparant les recommandations de l'auteur de l'ABC de Candiac à celles de M. le Fevre, un éminent pédagogue. Le professeur conclut que les méthodes traditionnelles, avec un bon alphabet et des maîtres compétents, sont plus efficaces pour enseigner aux enfants. Le texte compare ensuite le Bureau typographique à la méthode de M. le Fevre. Le buraliste, promoteur du Bureau typographique, cite des exemples d'enfants célèbres ayant appris à lire grâce à cette méthode, mais le texte conteste la validité de ces exemples. Il souligne que des figures historiques comme le Cardinal Lugo et le Tasse n'ont pas utilisé le Bureau typographique. Le texte met en avant la méthode de M. le Fevre, basée sur la raison et l'expérience, et cite l'exemple de sa fille, Madame Dacier, et de son fils, qui ont fait des progrès remarquables en latin et en grec avec cette méthode. Le texte critique le Bureau typographique, le jugeant moins efficace qu'un bon alphabet bien structuré. Il souligne que le Bureau est encombrant, non portatif et coûteux, tandis qu'un alphabet est économique et pratique. Il conclut que les méthodes ordinaires, comme celle de M. le Fevre, sont supérieures au Bureau typographique pour enseigner la lecture et les principes des langues et des sciences. Enfin, le texte aborde les défauts des pédagogues et l'impact négatif de leur ignorance sur les mœurs. Il souligne que ces enseignants propagent souvent des sottises et se mettent en colère face à la contradiction. Leur manque de savoir peut nuire aux valeurs morales. Le texte insiste sur l'importance que les pédagogues soient soit très érudits, soit conscients de leur manque de connaissances. Il critique ceux qui, ayant acquis une fausse idée de leur savoir, se croient supérieurs et refusent d'apprendre des experts. Ces individus, gonflés d'un sentiment de pouvoir, se montrent arrogants et enseignent leur propre sottise. Le texte conclut en citant un poète qui affirme que le monde a toujours été rempli de charlatans et que cette 'science' a toujours trouvé des professeurs en abondance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1092-1108
TROISIÈME Lettre d'un Professeur de l'Université de Paris, à un Principal de Province, sur le Bureau Typographique.
Début :
Nous voicy donc enfin arrivez, Monsieur, au plus bel endroit [...]
Mots clefs :
Professeur d'Université, Bureau typographique, Société des arts, Collège du Plessis, Académies, Machine typographique, Méthodes, Alphabet, Syllabes, Ecoles d'Europe, Enfants typographes, Précepteurs typographistes, Docteur Abécédiste, Buraliste
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texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME Lettre d'un Professeur de l'Université de Paris, à un Principal de Province, sur le Bureau Typographique.
ROISIEME Lettre d'un Professeur
del'Université de Paris , un Principal
de Province , sur le Bureau Typogra
phique.
Ni
Ous voicy donc enfin árrivez, Monsieur , au plus bel endroit de la Lettre , qui paroît au Buraliste , bien audessus des Vers de M. le Beau , et de la
Prose de M. Gaullyer , et qui nous pároît , à nous valoir au moins toutes les
Lettres écrites par le nouvel Abécédiste ,
I. Vol,
pour
JUI N. 1732 1093
pour faire valoir son ABC. Typogra
phique. C'est là qu'il met tout le fort
de sa Cause ; c'est un sujet de joye et de
triomphe pour lui ; c'est un Certificat
des plus autentiques et un Jugement sans
appel ; c'est par-là enfin , qu'en idées au
moins , il abbat et terrasse tous ses ennemis , sur tout les Régens du College du
Plessis.
Voici , Monsieur , ( dit-il d'un air victorieux
et triomphant ) un Certificat qui vous fera voir
un Jugement de la Societé des Arts , un peu dif- ferent de celui des Régens du College du Plessis.
EXTRAIT du Registre des Déliberations
de la Societé des Arts , du Dimanche
17. Décembre 1730.
Ce jour , Messieurs Medallon , Romieu , Degua , et Remond, Commissaires nommez par déliberation de la Societé du 27. Août dernier ,
pour l'examen d'une nouvelle Machine servant
à apprendre aux enfans plus facilement et plus promptement à connoître les Lettres , à les assem◄
bler , à ortographier , tant en Latin qu'en François, et même les premiers principes de la Langue
Latine , présentée à la Societé par le sieur Dumas,
sous le nom du Bureau Typographique , ont fait
leur rapport à la Compagnie , conçu en ces
termes :
Рома
Nous Commissaires nommez par la Societé pour
L'examen du Bureau Typographique , inventé
le sieur Dumas , certifions que cette nouvelle invention nous a parû mériter à plusieurs titres une entiere préference sur toutes les Méthodes employées I. Vol. jusqu'
T094 MERCURE DE FRANCE
jusqu'à présent pour l'instraction des enfans , en te
qu'ilfournit un moyen infaillible d'employer utilement les premieres années de la plus tendre enfance,
en mettant en œuvre la mesure d'intelligence qui
accompagne cet age , en épargnant les préceptes , en
ne parlant qu'au sens et à l'imagination , qui sont
le seul partage de l'enfance , en profitant même des
imperfections de cet age pour le progrès des connoissances , puisqu'on n'y employe que la voye du plaisir, et d'une prat que aisée et mécanique , laquelle
est néanmoinsfondée sur la théorie la plus exacte et la mieux suivie , enfin en donnant aux enfans une
habitude d'ordre et de travail , et ce qui mérite encore plus d'attention , en leur épargnant le dégots
qui les éloignant de l'étude , décide souvent de leur
sort pour le reste de leur vie. Nous croyons que tous
teux qui sentent l'importance de l'emploi des premieres années de l'enfance , regarderont avec estime
une invention dont l'utilité s'étend sur tous les âges,
et que l'Auteur recueillira par le succès et l'Approbation generale du Public , la seule récompense
qu'il ait attenduë de son travail.
Je soussigné Secretaire de la Societé des Arts ,
certifie que l'Extrait cy-dessus a été tiré du Registre des Déliberations de la Societé , et qu'il
est en tout conforme à son original. Donné à
Paris ce 14. Septembre 1731. HYNAULT.
Que ferai-je présentement ? de quel
côté me tournerai- je ? à qui aurai- je recours ? à l'Académie Françoise ? elle ne
voudra pas porter son jugement après la
Societé des Arts ; et comme il s'agit de
Latin , elle me renverra à l'Université
comme elle y a déja renvoyé le grand
I. Vol. Inven
JUIN. 1732. 1095
Inventeur de la Regle monosyllabique
ad, et de la Leçon d'une demie heure.
Al'Académie des Sciences ? mais oseroitelle juger d'un Systême mécanique moins
favorablement que ceux qui font, dit- on,
des mécaniques , presque toute leur occupation ? M'adresserai- je à l'Université?
il est vrai qu'elle est depuis plusieurs siecles la mere des Arts et des Sciences ,
qu'elle a le droit de prononcer sur ces
matieres, et qu'elle l'a souvent exercé avec
grand contentement , et avec l'applaudissement de la République des Lettres.
Ainsi comme elle s'est déja déclarée plus
d'une fois pour l'ancienne Méthode , je
n'aurois pas de peine à en obtenir une
décision contraire à celle de ces Mrs de
la Societé des Arts.
par des '
Mais de quelle utilité seroit pour moi
cette décision ? Le Buraliste n'en appel
leroit-il pas , comme étant faite
Juges suspects de partialité , et n'opposeroit-il pas à toutes les Universitez du Monde , l'autorité de la Societé des Arts , et
ne secroiroit- il pas bre de ce grand nom à couvert à l'omde réJe n'ai donc , je
crois , d'autre parti à prendre que
pondre au Certificat de ces M , et d'affoiblir un peu le coup mortel que le Machiniste a prétendu porter par là à tous
1. Vol. C les
1096 MERCURE DE FRANCE
les Régens , et particulierement à ceux
du College du Plessis. C'est à quoi pourront peut- être servir les Refléxions suivantes.
Je remarque donc d'abord que l'humilité de l'Auteur du Bureau, qui a bien voulu présenter et soumettre sa nouvelle Machine à l'examen de la nouvelle Societé,
la politesse et l'humanité des Examina
teurs , l'affection particuliere qu'ils ont
pour tout ce qui est mécanique , et.pour
tous les nouveaux Machinistes , tour
cela a peut-être contribué à leur faire
porter du Bureau Typographique un Jugement si favorable , autant . et même
plus, que la vûë claire et distincte de la
bonté et de l'utilité de cette Méthode de
bois.
En second lieu ces Mes n'ont point prononcé sur la préference que la Machine
doit avoir sur toutes les Méthodes employées jusqu'à present pour enseigner
aux enfans le Grec, l'Hebreu , l'Arabe
&c. 'Histoire , la Fable , la Chronolo
gie , la Géographie , les Généalogies , le
Blason , les Médailles , les Arts et les
Sciences, et par conséquent les Mécaniques , qui font leurs occupations particulieres , et à quoi le Buraliste prétend que
son Bureau est necessaire ( Lettre 4. page
1. Vol.
62.)
JUIN. 1732. 1097
2. ) ils se sont restraints à dire qu'il sert
à apprendre à connoître les Lettres , à les
assembler , à ortographier , tant en Latin
qu'en François , et même les premiers
principes de la Langue Latine , ajoûtentils, ce semble, avec quelque peine et sans
aller plus loin.
Troisièmement, l'Eloge que les quatre
Examinateurs font de la Machine Typo
graphique , et l'entiere préference qu'ils
lui donnent sur toutes les Méthodes qui
ont existé jusqu'à ce jour , nous paroît
convenir bien mieux à l'ingénieuse et à
l'admirable invention des Lettres et de
leurs combinaisons pour former les syllabes , qui se trouvent dans le moindre
petit Alphabet. C'est ce que Lucain et
son Traducteur Brebeuf ont exalté just
qu'au Ciel par ces Vers si beaux et si magnifiques :
Phænices primi, fama si creditur , ausi
Mansúram rudibus vocem signarefiguris.
Lucain 22.
C'est de lui que nous vient cet Art ingenieur
De peindre la parole et de parter aux yeux';
Et par les traits divers de figures tracées ,
Donner de la parole et du corps aux pensées.
Ainsi le Buraliste ne doit pas si fərt
I. Vol. Cijs'en
1098 MERCURE DE FRANCE
s'en orgueillir de ce qu'on a dit en faveur
de son Bureau , puisque les Lettres et les
Syllabes et par consequent l'Alphabet
qui les contient et qu'il méprise tant ,
nous paroît mériter à plusieurs titres
une entiere préference.
*
Ex
Examinons présentement plus en détail
le Certificat , et pesons en toutes les paroles. Nous certifions , dit-on , que cette
nouvelle invention nous a parû mériter à
plusieurs titres une entiere preference sur toutes les Méthodes employées jusqu'à present
pour l'instruction des enfans , même pour les
premiers principes de la Langue Latine;
par consequent sur la Méthode de Quintilien , de Despautere , de Sanctius et de
Vossius , de M M. de Port Royal , de
M. Rollin et de M. le Fevre , &c. MTs les
Commissaites nommez par déliberation
de la Societé , du Dimanche 27. Août
1730. ont fait leur rapport aussi le Dimanche 17. Septembre de la même année. Du premier terme au second , il n'y
a que 112. jours ou 16. Semaines , c'està-dire,pas quatre mois entiers. Qui pour
ra donc être assez simple pour croire
qu'un espace si court ait suffi pour lire les
anciennes Méthodes, et les comparer avec
la nouvelle , ou que sans les lire , on ait
pû en juger sainement et lui donner rai1. Vol son-
JUIN. 1732. 1099
sonnablement une entiere préference sus
elles ?!
Un Alphabet ne fournit- il pas aussi aux
enfans un moyen infaillible d'employer utibement les premieres années de la plus tendré
enfance , en mettant en œuvre la mesure d'intelligence qui accompagne cet âge ? N'épargne-t- il pas les préceptes en ne parlant qu'aux
sens ( aux yeux qui sont le sens le plus
vif ) et à l'imagination , tandis que le Maître parle aux oreilles , qui sont , non le
seul, ( car il y a la memoire ) mais un des
meilleurs partages de l'enfance ? Par le
moyen de l'Alphabet ne profite- t'on pas
même des imperfections de cet age pour le
progrès des connoissances , puisqu'on n'y employe que la voye du plaisir , sur tout si
Alphabet est de bon pain d'épice ou de
quelqu'autre pâte sucrée , comme le veut
M. de Vallange et d'une pratique aisée et
toute mécanique , c'est- à- dire d'une digestion facile , toute physique et très- utile
pour la santé , pourvû qu'on n'en prenne
pas avec excès : laquelle est neanmoins fondée sur la théorie la plus exacte et la mieux
suivie , sçavoir ,sur les combinaisons meryeilleuses des Lettres et des Syllabes ; enfin en donnant aux enfans une habitude
d'ordre et de travails d'ordre , tel qu'il est
suivi generalement dans tous les Diction
I. Vol. C iij naires
1100 MERCURE DE FRANCE
naires , et qu'il est le plus naturel pour les
enfans ; de travail , par rapport à
àlala pro
nonciation de certaines syllabes rudes et
retives sur laquelle Quintilien veut qu'on
les exerce beaucoup ; et , pour me servir
toûjours des expressions de M M. Medallon , Degua , Romieu et Remond , ce qui
mérite encore plus d'attention , en leur épar
gnant le dégoût , qui les éloignant de l'étude,
décide souvent de leur sort pour le reste de
leur vie.
Je croi donc que tous ceux qui sentent
L'importance de l'emploi des premieres années
de l'enfance , regarderont avec estime une invention dont l'utilité , durant une longue
suite de siecles , depuis Cadmus , premier
Inventeur des Lettres de l'Alphabet , jusqu'à nous, s'est étendue , et plus que problablement depuis nous jusqu'à la fin du
monde , malgré l'invention de la Machi
ne Typographique , s'étendra sur tous les
hommes,de quelque âge, de quelque sexe,
de quelque qualité et condition qu'ils
soient , et que l'Auteur ( c'est Cadmas
et non l'Auteur du Bureau ) recueillira ,
comme il l'a toûjours recueilli , par le
succès et l'approbation generale du Public ,
la seule récompense qu'il ait attendu de son travail.
N'est-il pas clair que le Certificat
de
I. Vol. Mrs
JÚ IN. 1732. 1101
Mles quatre Commissaires , ainsi tourné,
et expliqué, est bien plus conforme à la
verité et plus honorable pour eux et
pour la Societé des Arts , dont ils sont
Membres? Mais de quelle utilité peut-il
être pour le Buraliste , puis qu'il met l'invention des Lettres et de l'Alphabet qu'il
méprise tant , bien au-dessus du Bureau
Typographique , qu'il estime seul et qu'il
prefere hautement et en toutes occasions
aux Méthodes vulgaires reçûës jusqu'ici
dans toutes les Ecoles d'Europe.
Au reste on ne voit pas trop la raison
pourquoi ce Certificat donné le 17. Décembre 1730. n'a été délivré par M. Hynault , Secretaire de la Societé des Arts ,
que le 19.Septembre 173 1. ne seroit- ce pas
quel'Auteurdu Bureau n'a pas crû enavoir
besoin pour se deffendre contre ses Adversaires qui ont écrit en Prose contre lui ,
et qu'au contraire ill'a crû necessaire pour
résister à son nouvel antagoniste , qui par,
sa petite Comédie de 800. Vers environ
lui a donné un si terrible assaut et livré
un si cruel combat , qu'il n'y a pas d'apparence qu'il s'en releve jamais. Revenons
presentement au Buraliste , nous n'aurons
pas grande peine à l'expedier , présentément que nous nous sommes tirés d'un si
mauvais pas.
و
1. Vol. Ciiij Les
roz MERCURE DE FRANCE
Les parens , dit-il , curieux en fait d'éducation , qui voudront connoître par euxmêmes le mérite et l'utilité du Bureau Typographique , pourront prendre la peine d'aller
voir les Enfans Typographes , instruits et
exercez selon cette nouvelle Méthode.
Ils verront quelque chose d'infiniment
moins curieux que ce qu'on voyoit à la
Foire les années précedentes. A la Foire
on voyoit une Chienne qui avoit été tellement dressée, et qui étoit dans ses operations si bien dirigée par son Maître ,
qu'elle jouoit aux cartes et gagnoit des
parties de triomphe , assembloit des Lettres et composoit des mots bien mieux
ortographiez qu'ils ne le sont très- souvent,
suivant les principes du Buraliste , faisoit
enfin plusieurs autres choses sembla- .
bles , toutes plus merveilleuses les unes
que les autres ; et tout cela sans qu'il parût que son Maître l'aîdât en la moindre
chose. Les Enfans Typographes , au contraire , qui sont évidemment conduits
et dirigez par leurs Precepteurs Typographistes , suivent très-souvent une ortographe qui est très- mauvaise, et écrivent,
par exemple , Filipe , au lieu de Philippe ;
faute que la Chienne de la Foire n'auroit
jamais faite.
Ontrouvera, continuë le Buraliste , chez
I. Vol nn
JUIN. 17328 1103.
.
un Marchand de Soye , au Bras d'or, dins
la rue S Denis , vis- à- vis sainte Catherine ,
une aimable perite fille au- dessous de trois
ans, qui en peu de mois a appris avec le
Bureau , ce que bien des enfans ignorent
après des années d'Ecoles vulgaires. On
trouvera chez M. Procope , vis- à- vis de
la Comédie Françoise , un digne Enfant ,
dont le seul exemple est capable de fermer
la bouche à tous les Critiques. On pourroit
indiquer un grand nombre d'autres Enfans
Typographes , si on ne craignoit de fatiguer les Parens et les Maîtres.
Tous les Enfans de l'un et l'autre sexe,
qui apprennent à lire avec leBureau, sont
tous, au dire du Buraliste, de dignes et d'aimables enfans. Mais sans vouloir rien ici
rabattre de leurs esprits et de leur mérite
ne puis je pas dire des Enfins les plus ordinaires , ce qu'il dit ici de ses Enfans Typo
graphes , qu'on peut, non pas prendre la
peine de les aller voir , mais sans aucune
peine, les voir soit dans les maisons parti
culieres , soit dans les Ecoles publiques , es
remarquer que plusieurs d'entre ceux qui
ont des dispositions heureuses , apprennent à l'âge de trois ans en peu de mois
ce que bien d'autres , que la Nature a
traitez moins favorablement , ignorent
après plusieurs années d'étude opiniâtre,
3
1. Vol. Cy Cette
rio MERCURE DE FRANCE
₹
Cette seule remarque , fondée sur l'expe
rience de tous les lieux et de tous les
temps , est capable de fermer la bouche
à tous les nouveaux Méthodistes , qui
tombent très souvent dans le sophisme , que les Philosophes appellent non
causa , qui consiste à prendre pour la
cause d'un effet , ce qui ne l'est pas veritablement.
·
Don Ventura de Liria , dit-on , qui a
un Bureau au College d'Harcourt , a fait en peu de temps l'heureuse experience
de cette Méthode , de même que le petit
Remilli , qui ayant aussi un Bureau au
College du Plessis , a eu un des Prix de
mémoire, distribuez le jour de la Tragé
die ,
،et qui va en Classe , selon le goût
et la volonté de ses Parens.
Don Ventura de Liria , âgé de 7. ans
environ , et fils d'un très- illustre et trèsaimable Seigneur , que le College du Plessis a eu le bonheur de posseder autrefois , et qui n'a pas eu lieu de se repentig
d'y avoir été instruit selon la Méthode
ordinaire. Je ne sçai pourquoi , pour lui
enseigner l'A B C et les premiers princi
pes du Latin , on a suivi une autre route
que pour M. son père.
Quant au petit Remilli , il est bien vrai
qu'il a eu un Prix de memoire , mais il
1. Vol. est
U IN. 1732. 1105
est aussi très - vrai que c'est à sa memoire et à son industrie qu'il doit ce
Prix , et non au Bureau , auquel jusqu'à
present le Buraliste même n'avoit pas accordé l'avantage de donner de là mẹmoire aux enfans. Cet aimable Enfant va
en septiéme depuis plusieurs mois , selon le goût et la volonté de Mrs ses Pere
et Mere.
:
Les personnes bien intentionnées , continuë le Docteur Abécédisre , qui aiment··
le bien public, sçachant que Monseigneur
Le Dauphin et Mesdames de France , apprennent à lire par la Méthode du Bureau
Typographique , et que l'Auteur , par commission , en a déja envoyé dans les Provinces , ces personnes , dis-je , s'embarraseront
peu des Critiques qu'ont produites jusqu'ici ,
l'ignorance, la prévention et peut- être l'envie ou la mauvaise foi.
Vous voyez , Monsieur , que la source
des injures n'est point taric. Vous sçavez que nous y avons répondu ; si cela
ne suffit pas , voici une réponse de la
façon du Buraliste. Celui qui s'éleve contre
nous , dit-il dans le Mercure de Mars ,
page 426. ou 427. devroit avant que d'écrire , apprendre à penser, et s'il croit avoirraison , nous démontrer avec politesse que·
nous donnons dans Berreur : tout Ecrivain . ,
I. Vol. Cvj donts
1106 MERCURE DE FRANCE
dont le style est grossier , m'est suspect er je
n'en attends aucune instruction.
Tout ceci est bien plus vrai lorsque ,
comme lui , on attaque seul le genre hamain. Quant à l'exemple de Monseigneur
le Dauphin et de Mesdames de France ,
qu'ils nous allegue pour la seconde fois
en sa faveur , outre ce que nous y avons
déja répondu , que prouvera- t'il autre
chose , sinon qu'on peut apprendre à
lire par cette nouvelle Méthode , puisqu'on l'a bien appris jusqu'à present par Pancienne Méthode. Mais s'ensuit- il delà qu'ils pourront apprendre le Latin ,
le Grec , l'Hebreu , l'Arabe , &c tous les
Arts et toutes les Sciences , comme l'Auteur le prétend ( Lettre 4. page 62. ) si
cela est, qui m'empêchera de dire , avec
bien plus de raison , qu'on a appris jusqu'à present les Arts et les Sciences par
le moyen de l'Alphabet , et que c'est l'Alphaber qui a formé les Rois , les Guerriers , les Politiques , les Théologiens,
les Jurisconsultes , les Philosophes , les
Orateurs , les Historiens , les Poëtes , & c.
les plus illustres qui ayent paru dans le
Monde depuis l'invention des Caracteres
qui servent à peindre la parole et à par- ler aux yeux ?
Si donc , comme je le souhaite de tout
1. Kol. mon
JUIN. 17323 1107
prit.
mon cœur et comme je l'espere , il arrive
un jour que Monseigneur le Dauphin eɛ
Mesdames de France , surpassent tous les
autres , autant par la grandeur de leur esprit et de leur science , que par celle de
leur Naissance , le Buraliste en donneras,
s'il veut , la gloire à lui et à son Bureau;
pour moi j'attr bûrai plutôt un si heureux
succès à leur excellent naturel, et aux
sçavantes instructions des personnes estimables et respectables à qui le Roy a
confié le soin de leur éducation ; et je
pense qu'en cela je ne serois pas le seul
de mon sentiment.
Ceux , dit enfin le Buraliste , qui souhaiteront avoir quelqu'une des quatre Classes
du Bureau Typographique, en trouveront de
toutes garnies dans la maison attenant la
porte du College de Lisieux , ruë S. Etienne
d'Egrès; l'avis , le prix , et l'instruction sur
les quatre Classes , se trouveront à la fin de
la neuvième Lettre sur la Bibliotheque des
Enfans , inserée dans le Mercure du mois de
Février dernier , page 209. on 234. en atterdant la suite de la Relation Typographi
que , j'ay l'honneur d'être , & c. A Paris.
15 " Septembre 1731. RIOMBAL
Le prix de chacune de ces quatre Clas
ses du Bureau est marqué à la fin de la
Lettre , et fixé depuis une pistole jus1 Kolo qu'à
1108 MERCURE DE FRANCE
1
qu'à dix. Ainsi , vous voyez , Monsieur ,
que l'Auteur ne donne pas ses coquilles
et qu'on pourroit fort bien dire de lui
avec quelque proportion , ce que Ciceron
disoit du Maître de Marc- Antoine : Invideo Magistro tuo , qui te tantâ mercede
nihil sapere docuit. Vous me demanderez
peut- être , comment cela s'accorde avec
ce qui est dit dans la Lettre de Mars
qu'il n'agit par aucune vûë d'interêt et qu'il
ne lui revient rien de ses Bureaux , que bien
de la peine , et dans celle d'Avril , qu'il a
distribué bien des choses gratis , aux riches
comme aux pauvres, &c. et que jusques-là
il n'a pas touché un solpour les Bureaux , et
qu'au contraire il les a prêtez à ceux qui en
ont voulu faire l'experience ? Je n'en sçai
rien , à moins qu'on ne dise que per
sonne ne s'étoit encore présenté pour les
achepter;car je n'oserois vous le faire soupçonner de contradiction et de mensonge.
Quoiqu'il en soit , M³, vous pourrez dorénavant avoir des Bureaux , pour de l'argent,bien entendu. Il se fera aussi un plai---
sir de vous indiquer des Maîtres Typogra
phiques , à qui vous donnerez une bonne
nourriture et des appointemens tres-ho
nêtes. Je suis , Monsieur ; &c.
del'Université de Paris , un Principal
de Province , sur le Bureau Typogra
phique.
Ni
Ous voicy donc enfin árrivez, Monsieur , au plus bel endroit de la Lettre , qui paroît au Buraliste , bien audessus des Vers de M. le Beau , et de la
Prose de M. Gaullyer , et qui nous pároît , à nous valoir au moins toutes les
Lettres écrites par le nouvel Abécédiste ,
I. Vol,
pour
JUI N. 1732 1093
pour faire valoir son ABC. Typogra
phique. C'est là qu'il met tout le fort
de sa Cause ; c'est un sujet de joye et de
triomphe pour lui ; c'est un Certificat
des plus autentiques et un Jugement sans
appel ; c'est par-là enfin , qu'en idées au
moins , il abbat et terrasse tous ses ennemis , sur tout les Régens du College du
Plessis.
Voici , Monsieur , ( dit-il d'un air victorieux
et triomphant ) un Certificat qui vous fera voir
un Jugement de la Societé des Arts , un peu dif- ferent de celui des Régens du College du Plessis.
EXTRAIT du Registre des Déliberations
de la Societé des Arts , du Dimanche
17. Décembre 1730.
Ce jour , Messieurs Medallon , Romieu , Degua , et Remond, Commissaires nommez par déliberation de la Societé du 27. Août dernier ,
pour l'examen d'une nouvelle Machine servant
à apprendre aux enfans plus facilement et plus promptement à connoître les Lettres , à les assem◄
bler , à ortographier , tant en Latin qu'en François, et même les premiers principes de la Langue
Latine , présentée à la Societé par le sieur Dumas,
sous le nom du Bureau Typographique , ont fait
leur rapport à la Compagnie , conçu en ces
termes :
Рома
Nous Commissaires nommez par la Societé pour
L'examen du Bureau Typographique , inventé
le sieur Dumas , certifions que cette nouvelle invention nous a parû mériter à plusieurs titres une entiere préference sur toutes les Méthodes employées I. Vol. jusqu'
T094 MERCURE DE FRANCE
jusqu'à présent pour l'instraction des enfans , en te
qu'ilfournit un moyen infaillible d'employer utilement les premieres années de la plus tendre enfance,
en mettant en œuvre la mesure d'intelligence qui
accompagne cet age , en épargnant les préceptes , en
ne parlant qu'au sens et à l'imagination , qui sont
le seul partage de l'enfance , en profitant même des
imperfections de cet age pour le progrès des connoissances , puisqu'on n'y employe que la voye du plaisir, et d'une prat que aisée et mécanique , laquelle
est néanmoinsfondée sur la théorie la plus exacte et la mieux suivie , enfin en donnant aux enfans une
habitude d'ordre et de travail , et ce qui mérite encore plus d'attention , en leur épargnant le dégots
qui les éloignant de l'étude , décide souvent de leur
sort pour le reste de leur vie. Nous croyons que tous
teux qui sentent l'importance de l'emploi des premieres années de l'enfance , regarderont avec estime
une invention dont l'utilité s'étend sur tous les âges,
et que l'Auteur recueillira par le succès et l'Approbation generale du Public , la seule récompense
qu'il ait attenduë de son travail.
Je soussigné Secretaire de la Societé des Arts ,
certifie que l'Extrait cy-dessus a été tiré du Registre des Déliberations de la Societé , et qu'il
est en tout conforme à son original. Donné à
Paris ce 14. Septembre 1731. HYNAULT.
Que ferai-je présentement ? de quel
côté me tournerai- je ? à qui aurai- je recours ? à l'Académie Françoise ? elle ne
voudra pas porter son jugement après la
Societé des Arts ; et comme il s'agit de
Latin , elle me renverra à l'Université
comme elle y a déja renvoyé le grand
I. Vol. Inven
JUIN. 1732. 1095
Inventeur de la Regle monosyllabique
ad, et de la Leçon d'une demie heure.
Al'Académie des Sciences ? mais oseroitelle juger d'un Systême mécanique moins
favorablement que ceux qui font, dit- on,
des mécaniques , presque toute leur occupation ? M'adresserai- je à l'Université?
il est vrai qu'elle est depuis plusieurs siecles la mere des Arts et des Sciences ,
qu'elle a le droit de prononcer sur ces
matieres, et qu'elle l'a souvent exercé avec
grand contentement , et avec l'applaudissement de la République des Lettres.
Ainsi comme elle s'est déja déclarée plus
d'une fois pour l'ancienne Méthode , je
n'aurois pas de peine à en obtenir une
décision contraire à celle de ces Mrs de
la Societé des Arts.
par des '
Mais de quelle utilité seroit pour moi
cette décision ? Le Buraliste n'en appel
leroit-il pas , comme étant faite
Juges suspects de partialité , et n'opposeroit-il pas à toutes les Universitez du Monde , l'autorité de la Societé des Arts , et
ne secroiroit- il pas bre de ce grand nom à couvert à l'omde réJe n'ai donc , je
crois , d'autre parti à prendre que
pondre au Certificat de ces M , et d'affoiblir un peu le coup mortel que le Machiniste a prétendu porter par là à tous
1. Vol. C les
1096 MERCURE DE FRANCE
les Régens , et particulierement à ceux
du College du Plessis. C'est à quoi pourront peut- être servir les Refléxions suivantes.
Je remarque donc d'abord que l'humilité de l'Auteur du Bureau, qui a bien voulu présenter et soumettre sa nouvelle Machine à l'examen de la nouvelle Societé,
la politesse et l'humanité des Examina
teurs , l'affection particuliere qu'ils ont
pour tout ce qui est mécanique , et.pour
tous les nouveaux Machinistes , tour
cela a peut-être contribué à leur faire
porter du Bureau Typographique un Jugement si favorable , autant . et même
plus, que la vûë claire et distincte de la
bonté et de l'utilité de cette Méthode de
bois.
En second lieu ces Mes n'ont point prononcé sur la préference que la Machine
doit avoir sur toutes les Méthodes employées jusqu'à present pour enseigner
aux enfans le Grec, l'Hebreu , l'Arabe
&c. 'Histoire , la Fable , la Chronolo
gie , la Géographie , les Généalogies , le
Blason , les Médailles , les Arts et les
Sciences, et par conséquent les Mécaniques , qui font leurs occupations particulieres , et à quoi le Buraliste prétend que
son Bureau est necessaire ( Lettre 4. page
1. Vol.
62.)
JUIN. 1732. 1097
2. ) ils se sont restraints à dire qu'il sert
à apprendre à connoître les Lettres , à les
assembler , à ortographier , tant en Latin
qu'en François , et même les premiers
principes de la Langue Latine , ajoûtentils, ce semble, avec quelque peine et sans
aller plus loin.
Troisièmement, l'Eloge que les quatre
Examinateurs font de la Machine Typo
graphique , et l'entiere préference qu'ils
lui donnent sur toutes les Méthodes qui
ont existé jusqu'à ce jour , nous paroît
convenir bien mieux à l'ingénieuse et à
l'admirable invention des Lettres et de
leurs combinaisons pour former les syllabes , qui se trouvent dans le moindre
petit Alphabet. C'est ce que Lucain et
son Traducteur Brebeuf ont exalté just
qu'au Ciel par ces Vers si beaux et si magnifiques :
Phænices primi, fama si creditur , ausi
Mansúram rudibus vocem signarefiguris.
Lucain 22.
C'est de lui que nous vient cet Art ingenieur
De peindre la parole et de parter aux yeux';
Et par les traits divers de figures tracées ,
Donner de la parole et du corps aux pensées.
Ainsi le Buraliste ne doit pas si fərt
I. Vol. Cijs'en
1098 MERCURE DE FRANCE
s'en orgueillir de ce qu'on a dit en faveur
de son Bureau , puisque les Lettres et les
Syllabes et par consequent l'Alphabet
qui les contient et qu'il méprise tant ,
nous paroît mériter à plusieurs titres
une entiere préference.
*
Ex
Examinons présentement plus en détail
le Certificat , et pesons en toutes les paroles. Nous certifions , dit-on , que cette
nouvelle invention nous a parû mériter à
plusieurs titres une entiere preference sur toutes les Méthodes employées jusqu'à present
pour l'instruction des enfans , même pour les
premiers principes de la Langue Latine;
par consequent sur la Méthode de Quintilien , de Despautere , de Sanctius et de
Vossius , de M M. de Port Royal , de
M. Rollin et de M. le Fevre , &c. MTs les
Commissaites nommez par déliberation
de la Societé , du Dimanche 27. Août
1730. ont fait leur rapport aussi le Dimanche 17. Septembre de la même année. Du premier terme au second , il n'y
a que 112. jours ou 16. Semaines , c'està-dire,pas quatre mois entiers. Qui pour
ra donc être assez simple pour croire
qu'un espace si court ait suffi pour lire les
anciennes Méthodes, et les comparer avec
la nouvelle , ou que sans les lire , on ait
pû en juger sainement et lui donner rai1. Vol son-
JUIN. 1732. 1099
sonnablement une entiere préference sus
elles ?!
Un Alphabet ne fournit- il pas aussi aux
enfans un moyen infaillible d'employer utibement les premieres années de la plus tendré
enfance , en mettant en œuvre la mesure d'intelligence qui accompagne cet âge ? N'épargne-t- il pas les préceptes en ne parlant qu'aux
sens ( aux yeux qui sont le sens le plus
vif ) et à l'imagination , tandis que le Maître parle aux oreilles , qui sont , non le
seul, ( car il y a la memoire ) mais un des
meilleurs partages de l'enfance ? Par le
moyen de l'Alphabet ne profite- t'on pas
même des imperfections de cet age pour le
progrès des connoissances , puisqu'on n'y employe que la voye du plaisir , sur tout si
Alphabet est de bon pain d'épice ou de
quelqu'autre pâte sucrée , comme le veut
M. de Vallange et d'une pratique aisée et
toute mécanique , c'est- à- dire d'une digestion facile , toute physique et très- utile
pour la santé , pourvû qu'on n'en prenne
pas avec excès : laquelle est neanmoins fondée sur la théorie la plus exacte et la mieux
suivie , sçavoir ,sur les combinaisons meryeilleuses des Lettres et des Syllabes ; enfin en donnant aux enfans une habitude
d'ordre et de travails d'ordre , tel qu'il est
suivi generalement dans tous les Diction
I. Vol. C iij naires
1100 MERCURE DE FRANCE
naires , et qu'il est le plus naturel pour les
enfans ; de travail , par rapport à
àlala pro
nonciation de certaines syllabes rudes et
retives sur laquelle Quintilien veut qu'on
les exerce beaucoup ; et , pour me servir
toûjours des expressions de M M. Medallon , Degua , Romieu et Remond , ce qui
mérite encore plus d'attention , en leur épar
gnant le dégoût , qui les éloignant de l'étude,
décide souvent de leur sort pour le reste de
leur vie.
Je croi donc que tous ceux qui sentent
L'importance de l'emploi des premieres années
de l'enfance , regarderont avec estime une invention dont l'utilité , durant une longue
suite de siecles , depuis Cadmus , premier
Inventeur des Lettres de l'Alphabet , jusqu'à nous, s'est étendue , et plus que problablement depuis nous jusqu'à la fin du
monde , malgré l'invention de la Machi
ne Typographique , s'étendra sur tous les
hommes,de quelque âge, de quelque sexe,
de quelque qualité et condition qu'ils
soient , et que l'Auteur ( c'est Cadmas
et non l'Auteur du Bureau ) recueillira ,
comme il l'a toûjours recueilli , par le
succès et l'approbation generale du Public ,
la seule récompense qu'il ait attendu de son travail.
N'est-il pas clair que le Certificat
de
I. Vol. Mrs
JÚ IN. 1732. 1101
Mles quatre Commissaires , ainsi tourné,
et expliqué, est bien plus conforme à la
verité et plus honorable pour eux et
pour la Societé des Arts , dont ils sont
Membres? Mais de quelle utilité peut-il
être pour le Buraliste , puis qu'il met l'invention des Lettres et de l'Alphabet qu'il
méprise tant , bien au-dessus du Bureau
Typographique , qu'il estime seul et qu'il
prefere hautement et en toutes occasions
aux Méthodes vulgaires reçûës jusqu'ici
dans toutes les Ecoles d'Europe.
Au reste on ne voit pas trop la raison
pourquoi ce Certificat donné le 17. Décembre 1730. n'a été délivré par M. Hynault , Secretaire de la Societé des Arts ,
que le 19.Septembre 173 1. ne seroit- ce pas
quel'Auteurdu Bureau n'a pas crû enavoir
besoin pour se deffendre contre ses Adversaires qui ont écrit en Prose contre lui ,
et qu'au contraire ill'a crû necessaire pour
résister à son nouvel antagoniste , qui par,
sa petite Comédie de 800. Vers environ
lui a donné un si terrible assaut et livré
un si cruel combat , qu'il n'y a pas d'apparence qu'il s'en releve jamais. Revenons
presentement au Buraliste , nous n'aurons
pas grande peine à l'expedier , présentément que nous nous sommes tirés d'un si
mauvais pas.
و
1. Vol. Ciiij Les
roz MERCURE DE FRANCE
Les parens , dit-il , curieux en fait d'éducation , qui voudront connoître par euxmêmes le mérite et l'utilité du Bureau Typographique , pourront prendre la peine d'aller
voir les Enfans Typographes , instruits et
exercez selon cette nouvelle Méthode.
Ils verront quelque chose d'infiniment
moins curieux que ce qu'on voyoit à la
Foire les années précedentes. A la Foire
on voyoit une Chienne qui avoit été tellement dressée, et qui étoit dans ses operations si bien dirigée par son Maître ,
qu'elle jouoit aux cartes et gagnoit des
parties de triomphe , assembloit des Lettres et composoit des mots bien mieux
ortographiez qu'ils ne le sont très- souvent,
suivant les principes du Buraliste , faisoit
enfin plusieurs autres choses sembla- .
bles , toutes plus merveilleuses les unes
que les autres ; et tout cela sans qu'il parût que son Maître l'aîdât en la moindre
chose. Les Enfans Typographes , au contraire , qui sont évidemment conduits
et dirigez par leurs Precepteurs Typographistes , suivent très-souvent une ortographe qui est très- mauvaise, et écrivent,
par exemple , Filipe , au lieu de Philippe ;
faute que la Chienne de la Foire n'auroit
jamais faite.
Ontrouvera, continuë le Buraliste , chez
I. Vol nn
JUIN. 17328 1103.
.
un Marchand de Soye , au Bras d'or, dins
la rue S Denis , vis- à- vis sainte Catherine ,
une aimable perite fille au- dessous de trois
ans, qui en peu de mois a appris avec le
Bureau , ce que bien des enfans ignorent
après des années d'Ecoles vulgaires. On
trouvera chez M. Procope , vis- à- vis de
la Comédie Françoise , un digne Enfant ,
dont le seul exemple est capable de fermer
la bouche à tous les Critiques. On pourroit
indiquer un grand nombre d'autres Enfans
Typographes , si on ne craignoit de fatiguer les Parens et les Maîtres.
Tous les Enfans de l'un et l'autre sexe,
qui apprennent à lire avec leBureau, sont
tous, au dire du Buraliste, de dignes et d'aimables enfans. Mais sans vouloir rien ici
rabattre de leurs esprits et de leur mérite
ne puis je pas dire des Enfins les plus ordinaires , ce qu'il dit ici de ses Enfans Typo
graphes , qu'on peut, non pas prendre la
peine de les aller voir , mais sans aucune
peine, les voir soit dans les maisons parti
culieres , soit dans les Ecoles publiques , es
remarquer que plusieurs d'entre ceux qui
ont des dispositions heureuses , apprennent à l'âge de trois ans en peu de mois
ce que bien d'autres , que la Nature a
traitez moins favorablement , ignorent
après plusieurs années d'étude opiniâtre,
3
1. Vol. Cy Cette
rio MERCURE DE FRANCE
₹
Cette seule remarque , fondée sur l'expe
rience de tous les lieux et de tous les
temps , est capable de fermer la bouche
à tous les nouveaux Méthodistes , qui
tombent très souvent dans le sophisme , que les Philosophes appellent non
causa , qui consiste à prendre pour la
cause d'un effet , ce qui ne l'est pas veritablement.
·
Don Ventura de Liria , dit-on , qui a
un Bureau au College d'Harcourt , a fait en peu de temps l'heureuse experience
de cette Méthode , de même que le petit
Remilli , qui ayant aussi un Bureau au
College du Plessis , a eu un des Prix de
mémoire, distribuez le jour de la Tragé
die ,
،et qui va en Classe , selon le goût
et la volonté de ses Parens.
Don Ventura de Liria , âgé de 7. ans
environ , et fils d'un très- illustre et trèsaimable Seigneur , que le College du Plessis a eu le bonheur de posseder autrefois , et qui n'a pas eu lieu de se repentig
d'y avoir été instruit selon la Méthode
ordinaire. Je ne sçai pourquoi , pour lui
enseigner l'A B C et les premiers princi
pes du Latin , on a suivi une autre route
que pour M. son père.
Quant au petit Remilli , il est bien vrai
qu'il a eu un Prix de memoire , mais il
1. Vol. est
U IN. 1732. 1105
est aussi très - vrai que c'est à sa memoire et à son industrie qu'il doit ce
Prix , et non au Bureau , auquel jusqu'à
present le Buraliste même n'avoit pas accordé l'avantage de donner de là mẹmoire aux enfans. Cet aimable Enfant va
en septiéme depuis plusieurs mois , selon le goût et la volonté de Mrs ses Pere
et Mere.
:
Les personnes bien intentionnées , continuë le Docteur Abécédisre , qui aiment··
le bien public, sçachant que Monseigneur
Le Dauphin et Mesdames de France , apprennent à lire par la Méthode du Bureau
Typographique , et que l'Auteur , par commission , en a déja envoyé dans les Provinces , ces personnes , dis-je , s'embarraseront
peu des Critiques qu'ont produites jusqu'ici ,
l'ignorance, la prévention et peut- être l'envie ou la mauvaise foi.
Vous voyez , Monsieur , que la source
des injures n'est point taric. Vous sçavez que nous y avons répondu ; si cela
ne suffit pas , voici une réponse de la
façon du Buraliste. Celui qui s'éleve contre
nous , dit-il dans le Mercure de Mars ,
page 426. ou 427. devroit avant que d'écrire , apprendre à penser, et s'il croit avoirraison , nous démontrer avec politesse que·
nous donnons dans Berreur : tout Ecrivain . ,
I. Vol. Cvj donts
1106 MERCURE DE FRANCE
dont le style est grossier , m'est suspect er je
n'en attends aucune instruction.
Tout ceci est bien plus vrai lorsque ,
comme lui , on attaque seul le genre hamain. Quant à l'exemple de Monseigneur
le Dauphin et de Mesdames de France ,
qu'ils nous allegue pour la seconde fois
en sa faveur , outre ce que nous y avons
déja répondu , que prouvera- t'il autre
chose , sinon qu'on peut apprendre à
lire par cette nouvelle Méthode , puisqu'on l'a bien appris jusqu'à present par Pancienne Méthode. Mais s'ensuit- il delà qu'ils pourront apprendre le Latin ,
le Grec , l'Hebreu , l'Arabe , &c tous les
Arts et toutes les Sciences , comme l'Auteur le prétend ( Lettre 4. page 62. ) si
cela est, qui m'empêchera de dire , avec
bien plus de raison , qu'on a appris jusqu'à present les Arts et les Sciences par
le moyen de l'Alphabet , et que c'est l'Alphaber qui a formé les Rois , les Guerriers , les Politiques , les Théologiens,
les Jurisconsultes , les Philosophes , les
Orateurs , les Historiens , les Poëtes , & c.
les plus illustres qui ayent paru dans le
Monde depuis l'invention des Caracteres
qui servent à peindre la parole et à par- ler aux yeux ?
Si donc , comme je le souhaite de tout
1. Kol. mon
JUIN. 17323 1107
prit.
mon cœur et comme je l'espere , il arrive
un jour que Monseigneur le Dauphin eɛ
Mesdames de France , surpassent tous les
autres , autant par la grandeur de leur esprit et de leur science , que par celle de
leur Naissance , le Buraliste en donneras,
s'il veut , la gloire à lui et à son Bureau;
pour moi j'attr bûrai plutôt un si heureux
succès à leur excellent naturel, et aux
sçavantes instructions des personnes estimables et respectables à qui le Roy a
confié le soin de leur éducation ; et je
pense qu'en cela je ne serois pas le seul
de mon sentiment.
Ceux , dit enfin le Buraliste , qui souhaiteront avoir quelqu'une des quatre Classes
du Bureau Typographique, en trouveront de
toutes garnies dans la maison attenant la
porte du College de Lisieux , ruë S. Etienne
d'Egrès; l'avis , le prix , et l'instruction sur
les quatre Classes , se trouveront à la fin de
la neuvième Lettre sur la Bibliotheque des
Enfans , inserée dans le Mercure du mois de
Février dernier , page 209. on 234. en atterdant la suite de la Relation Typographi
que , j'ay l'honneur d'être , & c. A Paris.
15 " Septembre 1731. RIOMBAL
Le prix de chacune de ces quatre Clas
ses du Bureau est marqué à la fin de la
Lettre , et fixé depuis une pistole jus1 Kolo qu'à
1108 MERCURE DE FRANCE
1
qu'à dix. Ainsi , vous voyez , Monsieur ,
que l'Auteur ne donne pas ses coquilles
et qu'on pourroit fort bien dire de lui
avec quelque proportion , ce que Ciceron
disoit du Maître de Marc- Antoine : Invideo Magistro tuo , qui te tantâ mercede
nihil sapere docuit. Vous me demanderez
peut- être , comment cela s'accorde avec
ce qui est dit dans la Lettre de Mars
qu'il n'agit par aucune vûë d'interêt et qu'il
ne lui revient rien de ses Bureaux , que bien
de la peine , et dans celle d'Avril , qu'il a
distribué bien des choses gratis , aux riches
comme aux pauvres, &c. et que jusques-là
il n'a pas touché un solpour les Bureaux , et
qu'au contraire il les a prêtez à ceux qui en
ont voulu faire l'experience ? Je n'en sçai
rien , à moins qu'on ne dise que per
sonne ne s'étoit encore présenté pour les
achepter;car je n'oserois vous le faire soupçonner de contradiction et de mensonge.
Quoiqu'il en soit , M³, vous pourrez dorénavant avoir des Bureaux , pour de l'argent,bien entendu. Il se fera aussi un plai---
sir de vous indiquer des Maîtres Typogra
phiques , à qui vous donnerez une bonne
nourriture et des appointemens tres-ho
nêtes. Je suis , Monsieur ; &c.
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Résumé : TROISIÈME Lettre d'un Professeur de l'Université de Paris, à un Principal de Province, sur le Bureau Typographique.
Une lettre d'un professeur de l'Université de Paris et d'un principal de province discute du Bureau Typographique, une invention de M. Dumas. Un certificat de la Société des Arts, daté du 17 décembre 1730, loue cette invention pour son efficacité à enseigner aux enfants les lettres, l'orthographe et les principes de base du latin. Les commissaires de la Société des Arts, Messieurs Medallon, Romieu, Degua et Remond, affirment que cette méthode mérite une entière préférence sur les méthodes traditionnelles en raison de son approche ludique et mécanique, adaptée à l'intelligence des jeunes enfants. Le professeur et le principal expriment des doutes sur la rapidité avec laquelle la Société des Arts a évalué et approuvé l'invention, soulignant que seulement 112 jours séparaient la délibération initiale de la Société et le rapport final. Ils remettent également en question la portée du certificat, notant qu'il ne couvre pas l'enseignement du grec, de l'hébreu, de l'arabe, ni d'autres matières. Ils comparent l'invention des lettres et des syllabes, présentes dans tout alphabet, à l'invention du Bureau Typographique, estimant que les premières méritent une préférence. Le texte discute également de l'efficacité de la méthode d'apprentissage de la lecture à travers des bureaux typographiques. Les 'Enfants Typographes,' dirigés par leurs précepteurs, commettent souvent des erreurs orthographiques. Cependant, plusieurs exemples d'enfants ayant appris rapidement grâce à cette méthode sont mentionnés, comme une fille de moins de trois ans chez un marchand de soie et un garçon chez M. Procope. Le buraliste critique les 'nouveaux Méthodistes' qui tombent dans le sophisme de prendre pour cause d'un effet ce qui ne l'est pas. Il cite des exemples comme Don Ventura de Liria et le petit Remilli, qui ont réussi grâce à cette méthode. Le texte mentionne que des personnalités comme Monseigneur le Dauphin et Mesdames de France utilisent cette méthode, bien que le buraliste attribue leurs succès à leur naturel et à leurs instructeurs plutôt qu'au bureau typographique. Enfin, des informations sur l'achat des bureaux typographiques et des maîtres typographiques sont fournies, avec des prix allant d'une pistole à dix pistoles. Le buraliste affirme que l'auteur ne distribue pas ses bureaux gratuitement, contrairement à ce qui a été mentionné précédemment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 77-78
AUTRE.
Début :
Depuis longtems tu m'abandonnes, [...]
Mots clefs :
Alphabet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
DEPU EPUIS longtems tu m'abandonnes ,
Cher Lecteur ! quoique , tous les jours ,
Ayec agrément tu moiffonnes
Les fruits de mon ancien fecours.
Piqué de cette létargie ,
Je cherche encor à fixer tes regards.
Prends donc mes huit membres épars
Range-les à ta fantaiſie,
Ils t'offriront un de ces jeux ,
Où le coup d'oeil & la jufteffe ,
*
Ont peut- être , au gré de tes voeux ,
Plus d'une fois couronne ton adreffe.
Tantôt , couru par la jeuneſſe .
De mes plaiſirs tumultueux ,
Je fçais lui prodiguer l'ivreſſe.
Tantôt , à peine fuis - je né ,
Que de ma voix , l'indifcrette indécence,,
Fait foudain , fuivant l'occurrence ,
Rire ou rougir tout un cercle étonné.
Ici , victime de l'Envie ,
Je fus , hélas ! affaffiné:
Là, jadis , à mon culte impie,
Je vis maint autel deſtiné .
Je tiens mon rang dans la Mufique.
Je me fuis aufi , fans façon ,
Dij
78. MERCURE DE FRANCE.
Faufilé dans l'art Héraldique.
Tantôt , je fuis petit Poiffon ;
Tantôt , je deviens grande Ville.
Je puis encor , d'un meuble utile ,
Offrir les commodes douceurs .
Enfin , tout voyageur habile
Doit , à propos , ufer de mes faveurs .
C'eft te fournir affez ample carrière ,
Pour t'amufer , ou te mettre en ſouci.
Reftons- en là , pour aujourd'hui :
Car mon but n'eft que de te plaire ;
Et je pourrois te caufer de l'ennui.
DESMARA I Ș.
DEPU EPUIS longtems tu m'abandonnes ,
Cher Lecteur ! quoique , tous les jours ,
Ayec agrément tu moiffonnes
Les fruits de mon ancien fecours.
Piqué de cette létargie ,
Je cherche encor à fixer tes regards.
Prends donc mes huit membres épars
Range-les à ta fantaiſie,
Ils t'offriront un de ces jeux ,
Où le coup d'oeil & la jufteffe ,
*
Ont peut- être , au gré de tes voeux ,
Plus d'une fois couronne ton adreffe.
Tantôt , couru par la jeuneſſe .
De mes plaiſirs tumultueux ,
Je fçais lui prodiguer l'ivreſſe.
Tantôt , à peine fuis - je né ,
Que de ma voix , l'indifcrette indécence,,
Fait foudain , fuivant l'occurrence ,
Rire ou rougir tout un cercle étonné.
Ici , victime de l'Envie ,
Je fus , hélas ! affaffiné:
Là, jadis , à mon culte impie,
Je vis maint autel deſtiné .
Je tiens mon rang dans la Mufique.
Je me fuis aufi , fans façon ,
Dij
78. MERCURE DE FRANCE.
Faufilé dans l'art Héraldique.
Tantôt , je fuis petit Poiffon ;
Tantôt , je deviens grande Ville.
Je puis encor , d'un meuble utile ,
Offrir les commodes douceurs .
Enfin , tout voyageur habile
Doit , à propos , ufer de mes faveurs .
C'eft te fournir affez ample carrière ,
Pour t'amufer , ou te mettre en ſouci.
Reftons- en là , pour aujourd'hui :
Car mon but n'eft que de te plaire ;
Et je pourrois te caufer de l'ennui.
DESMARA I Ș.
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8
p. 60-62
LOGOGRYPHE.
Début :
Il n'est rien dans les cieux, sur la terre & dans l'onde, [...]
Mots clefs :
Alphabet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
Il n'eft rien dans les cieux , fur la terre & dans
l'onde ,
Qui ne porte le fruit de ma tige féconde ;
Je ſuis univerfel dans ma production and
C'est moi qui donne à tout & la forme & le nom ;*
C'est moi qui de l'efprit parcourant les idées ,
Raffemble fous les yeux fes fecrètes penſées :
Par les refforts divers qui font en mon pouvoir ,
Je facilite à l'homme un moyen de ſavoir :
C'eſt par moi qu'il apprend , je le répéte encore ,
Ce que fans mon fecours très-fouvent il ignore.
Combien de fois , Lecteur , avant de t'éclairer ,
Ne t'ai-je pas donné maint fujet de pleurer !
Mais changeons de propos : un fi long préambule
Doit fans doute déja paroître ridicule ;
J'en conviens : voyons donc s'il fera plus aifé
De favoir qui je fuis par mon décompofé .
FEVRIER . 1763. 6r
Le nombre de mes pieds , s'il faut que je m'explique,
Ami, c'eft deux fois quatre en bonne arithmé→
tique ,
Où tu pourras trouver une interjection ;
Une idole ; un dévot par- affectation 3
Deux Evêchés de France ; une ville en Turquie ;
Un autre dans la Suiffe ; un Mont dans l'Arménie
;
La matière qui fert à former l'aliment
Qui de tous les mortels fait le foulagement ;
Ce qu'un foldat en marche aime beaucoup à
faire ;
Un innocent Hébreu mis à mort par fon frère :
Plus , un jeu d'exercice ; un terme de blafon ;
Ce qui gâte le teint ; un meuble de maiſon ;
In uftenfile de ménage ,
Grand ou pétit , toujours fort en ufage ;
La bruïante affemblée , où l'on voit bien des gens
Se tourmenter fans ceffe en dépit du bon ſens ;
Et qui...... chut !.....Sur le refte ayons la bouche
clofe
Eh bien , Lecteur , dis- moi , trouves cu quelque
chofe
Qui puiffe t'indiquer ? .... Quoi ! tu ne me vois pas?
Courage , cherche donc , pour fortir d'embarras
Mais fi tu ne veux point rendre ta peine extrême,
Il faut pour me trouver recourir à moi- même.
62 MERCURE DE FRANCE.
Qu'ai-je dit ! .... Songe bien à ce dernier avis ,
Et dans très- peu de temps tu fauras qui je fuis.
Par M. FABRE , Licentié en Droit à Strasbourg.
Il n'eft rien dans les cieux , fur la terre & dans
l'onde ,
Qui ne porte le fruit de ma tige féconde ;
Je ſuis univerfel dans ma production and
C'est moi qui donne à tout & la forme & le nom ;*
C'est moi qui de l'efprit parcourant les idées ,
Raffemble fous les yeux fes fecrètes penſées :
Par les refforts divers qui font en mon pouvoir ,
Je facilite à l'homme un moyen de ſavoir :
C'eſt par moi qu'il apprend , je le répéte encore ,
Ce que fans mon fecours très-fouvent il ignore.
Combien de fois , Lecteur , avant de t'éclairer ,
Ne t'ai-je pas donné maint fujet de pleurer !
Mais changeons de propos : un fi long préambule
Doit fans doute déja paroître ridicule ;
J'en conviens : voyons donc s'il fera plus aifé
De favoir qui je fuis par mon décompofé .
FEVRIER . 1763. 6r
Le nombre de mes pieds , s'il faut que je m'explique,
Ami, c'eft deux fois quatre en bonne arithmé→
tique ,
Où tu pourras trouver une interjection ;
Une idole ; un dévot par- affectation 3
Deux Evêchés de France ; une ville en Turquie ;
Un autre dans la Suiffe ; un Mont dans l'Arménie
;
La matière qui fert à former l'aliment
Qui de tous les mortels fait le foulagement ;
Ce qu'un foldat en marche aime beaucoup à
faire ;
Un innocent Hébreu mis à mort par fon frère :
Plus , un jeu d'exercice ; un terme de blafon ;
Ce qui gâte le teint ; un meuble de maiſon ;
In uftenfile de ménage ,
Grand ou pétit , toujours fort en ufage ;
La bruïante affemblée , où l'on voit bien des gens
Se tourmenter fans ceffe en dépit du bon ſens ;
Et qui...... chut !.....Sur le refte ayons la bouche
clofe
Eh bien , Lecteur , dis- moi , trouves cu quelque
chofe
Qui puiffe t'indiquer ? .... Quoi ! tu ne me vois pas?
Courage , cherche donc , pour fortir d'embarras
Mais fi tu ne veux point rendre ta peine extrême,
Il faut pour me trouver recourir à moi- même.
62 MERCURE DE FRANCE.
Qu'ai-je dit ! .... Songe bien à ce dernier avis ,
Et dans très- peu de temps tu fauras qui je fuis.
Par M. FABRE , Licentié en Droit à Strasbourg.
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9
p. 60
« LE mot de la premiere Enigme du mois de Février est l'Encensoir. Celui [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du mois de Février est l'Encensoir. Celui [...]
Mots clefs :
Encensoir, Adam et Ève, Alphabet, Épine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du mois de Février est l'Encensoir. Celui [...] »
LE
E mot de la premiere Enigme du
mois de Février eft l'Encenfoir. Celui
de la feconde eft Adam & Eve. Celuidu
premier Logogryphe eft Alphabet ,
où l'on trouve ah ! Baal , Beat , Apt
& Aleth , Alep , Bâle , Aba ; pâte à faire
le pain , halte , Abel , palet , pat , hale ,
table , plat & bal. Celui du fecond eft
Epine , ou en mettant la premiere ler- 1
tre après le p ; Pon trouve peine épi ,
pie & pin en retranchant la premiere &
la derniére lettre pammen! I
E mot de la premiere Enigme du
mois de Février eft l'Encenfoir. Celui
de la feconde eft Adam & Eve. Celuidu
premier Logogryphe eft Alphabet ,
où l'on trouve ah ! Baal , Beat , Apt
& Aleth , Alep , Bâle , Aba ; pâte à faire
le pain , halte , Abel , palet , pat , hale ,
table , plat & bal. Celui du fecond eft
Epine , ou en mettant la premiere ler- 1
tre après le p ; Pon trouve peine épi ,
pie & pin en retranchant la premiere &
la derniére lettre pammen! I
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p. 208-210
« Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
Début :
Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...]
Mots clefs :
Estampes , Dessins, Vignettes, Ouvrage, Alphabet, Livre, Papiers, Emblèmes, Marchands, Libraires
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texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
LE Sieur BRESSON DE MAILLARD , Marchand
d'Eftampes , & Privilégié des Enfans de France ,
en ouvrages de Caractères , Deffeins , Vignettes ,
demeurant rue S. Jacques , Maifon de M. de Lambon
, Avocat , proche M. Duchefne , Marchand
Libraire à Paris , tient un affortiment de Caractères,
Vignettes , & de différentes Fleurs , qu'il a
deffinées d'après nature, & exécutées fur des Planches
de cuivre , avec lefquelles on peut, avec faci
JANVIER . 1764. 209
lité & fur le champ , faire divers Deffeins pour
meubles , & c .
Ledit Sieur exécute pareillement à jour nombre
d'autres ouvrages utiles , & d'une même facilité
dans l'ufage , comme des Adreſſes , Alphabeths
pour apprendre les Enfans à lire , Notes , Etiquettes
, Noms à laiffer en vifite , ou pour mettre fur
les Livres , Marques & Chiffres , Deffeins au fimple
trait pour broder ou peindre d'après.
Il dient auffi un alfortiment de toutes fortes de
Papiers peints en Vignettes , & entreprend de noter
les Livres de Plein- chant.
Il grave auffi en Taille-douce des Adreſſes avec
les attributs des différentes Profeffions , & autres
fujets.
L'Epoufe du Sieur MAILLARD deffine & colore
très - proprement les Fleurs , Emblêmes & Armoiries
, Ecrans. Elle montre aux Dames la manière
de fe fervir des Planches à jour , que l'on peut
qualifier d'Art de deffiner & de peindrefans Maitres
& fournit les Couleurs & autres chofes qui y font
relatives.
On trouvera auffi chez ledit Sieur une fuite affez
confidérable de petites Eftampes en Emblèmes ,
Deviles , Fables choilies , Prières , Bouquets & Sou
haits de bonnes Fêtes , Etrennes brochées en forme
de Calendrier, Emblématiques & Chantantes , pour
la nouvelle Année , préfentées aux Enjans de France..
Ceux qui defireront acheter & connoitre plus
particulièrement toutes lefdites Marchan difes d'Eltampes
, Caractères & Deffeins , & qui fouhaiteront
les vrais Originaux , s'adrefferont directement à
Paris au Sieur MAILLARD ; & en Province à MM.
les Libraires & Marchands d'Eftampes qu'il fournit.
Sçavoir ,
A Lyon , M. Daudet.
Rouen , M. Frere , fur le Port.
2TO MERCURE DE FRANCE.
Toulouſe , M. Jouques , rue S. Rome.
Tours , M. Jagus , Marchand Papetier.
Poitiers , M, Fatour.
Bordeaux , M. Noblet.
La Rochelle , M. Pavie , Marchand, Libraire.
A Nantes , M. Tancrer.
Liege , M. Soer , Marchand Libraire.
Dijon , M. Desventes , Marchand Libraire .
d'Eftampes , & Privilégié des Enfans de France ,
en ouvrages de Caractères , Deffeins , Vignettes ,
demeurant rue S. Jacques , Maifon de M. de Lambon
, Avocat , proche M. Duchefne , Marchand
Libraire à Paris , tient un affortiment de Caractères,
Vignettes , & de différentes Fleurs , qu'il a
deffinées d'après nature, & exécutées fur des Planches
de cuivre , avec lefquelles on peut, avec faci
JANVIER . 1764. 209
lité & fur le champ , faire divers Deffeins pour
meubles , & c .
Ledit Sieur exécute pareillement à jour nombre
d'autres ouvrages utiles , & d'une même facilité
dans l'ufage , comme des Adreſſes , Alphabeths
pour apprendre les Enfans à lire , Notes , Etiquettes
, Noms à laiffer en vifite , ou pour mettre fur
les Livres , Marques & Chiffres , Deffeins au fimple
trait pour broder ou peindre d'après.
Il dient auffi un alfortiment de toutes fortes de
Papiers peints en Vignettes , & entreprend de noter
les Livres de Plein- chant.
Il grave auffi en Taille-douce des Adreſſes avec
les attributs des différentes Profeffions , & autres
fujets.
L'Epoufe du Sieur MAILLARD deffine & colore
très - proprement les Fleurs , Emblêmes & Armoiries
, Ecrans. Elle montre aux Dames la manière
de fe fervir des Planches à jour , que l'on peut
qualifier d'Art de deffiner & de peindrefans Maitres
& fournit les Couleurs & autres chofes qui y font
relatives.
On trouvera auffi chez ledit Sieur une fuite affez
confidérable de petites Eftampes en Emblèmes ,
Deviles , Fables choilies , Prières , Bouquets & Sou
haits de bonnes Fêtes , Etrennes brochées en forme
de Calendrier, Emblématiques & Chantantes , pour
la nouvelle Année , préfentées aux Enjans de France..
Ceux qui defireront acheter & connoitre plus
particulièrement toutes lefdites Marchan difes d'Eltampes
, Caractères & Deffeins , & qui fouhaiteront
les vrais Originaux , s'adrefferont directement à
Paris au Sieur MAILLARD ; & en Province à MM.
les Libraires & Marchands d'Eftampes qu'il fournit.
Sçavoir ,
A Lyon , M. Daudet.
Rouen , M. Frere , fur le Port.
2TO MERCURE DE FRANCE.
Toulouſe , M. Jouques , rue S. Rome.
Tours , M. Jagus , Marchand Papetier.
Poitiers , M, Fatour.
Bordeaux , M. Noblet.
La Rochelle , M. Pavie , Marchand, Libraire.
A Nantes , M. Tancrer.
Liege , M. Soer , Marchand Libraire.
Dijon , M. Desventes , Marchand Libraire .
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Résumé : « Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
Le document présente le Sieur Bresson de Maillard, un marchand d'Etampes et privilégié des Enfants de France, résidant rue Saint-Jacques à Paris. Spécialisé dans les ouvrages de caractères, dessins et vignettes, Maillard propose une variété de produits gravés sur des planches de cuivre, tels que des caractères, vignettes, fleurs, dessins pour meubles, adresses, alphabets pour enfants, notes, étiquettes, marques, chiffres, et dessins pour broder ou peindre. Il offre également des papiers peints en vignettes et propose de noter les livres de plain-chant. Maillard grave en taille-douce des adresses avec les attributs des différentes professions. Son épouse dessine et colore des fleurs, emblèmes et armoiries, et enseigne aux dames l'art de dessiner et peindre à l'aide de planches à jour. Maillard vend aussi des petites estampes en emblèmes, devises, fables choisies, prières, bouquets et souhaits pour les bonnes fêtes. Les produits peuvent être achetés directement à Paris ou auprès de divers libraires et marchands d'estampes en province, comme M. Daudet à Lyon, M. Frere à Rouen, M. Jouques à Toulouse, et d'autres dans diverses villes françaises et belges.
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p. 103-104
LOGOGRYPHE.
Début :
C'est moi, très-cher Lecteur, qui, de ta tendre enfance [...]
Mots clefs :
Alphabet