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1
p. 18-38
PRIX REMPORTÉ Par LOÜIS LE GRAND, sur tous les Heros de l'Antiquité.
Début :
La Victoire ayant fait connoistre en une Assemblée des Dieux, [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Victoire, Héros antiques, Dieux, Conquérants, Honneur, Illustre, Temples, Perfection, Courage, Charmes, Invincible monarque
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texteReconnaissance textuelle : PRIX REMPORTÉ Par LOÜIS LE GRAND, sur tous les Heros de l'Antiquité.
PRIX REMPORTE
Par Louis LE GRAND ,
fur tous les Heros de l'Antiquité.
LA
A Victoire ayant fait connoiftre
en une Affemblée
des Dieux , qu'elle vouloit recompenfer
celuy de tous les He.
ros qui fe feroit le plus fignalé
par fes belles actions , en luy donpant
un prix qui puft égaler fon
merire , les Dieux furent tres
contens de cette propofition , &
Jupiter s'offrit mefme de donner
ce prix. Il députa Mercure pour
annoncer de fa part à tous ceux
qui pouroient y pretendre , qu'ils
euffent à fe trouver dans le Temdu
Mercure Galant. 19
ple de la Victoire , où l'on devoit
décider du merite de chaque
Heros en particulier , & recompenfer
celuy qui en en feroit
jugé le plus digne . Dés que
Mercure eut receu cét ordre , il
alla avertir tous les Conquerans
de venir recevoir la recompenſe
de leurs travaux. Chacun d'eux
fe trouva le plûtoft qu'il pût dans
ce Champ d'honneur , & mefme
ils furent fi ponctuels à executer
l'ordre qui leur avoit eſté donné,
qu'ils fe rendirent tous au mefme
temps à la porte du Temple
de la Victoire . Hercule , Achilles
, Céfar , Annibal , Alexandre
, Scipion , Pyrrus , Hector ,
& quantité d'autres attendoient
les ordres de cette grande Déef
fe pour entrer , lors qu'elle leur
Bij
20 Extraordinaire
1
vint ouvrir la porte de fon Temple.
D'abord Hercule voulut
paffer devant les autres , difant
qu'il avoit terraffé des Monftres,
& vaincu l'Hydre , & que quand
bien mefme il n'auroit pas receu
de fi grands avantages par fes
Conqueftes , le feul titre de Fils
de Jupiter luy fuffifoit pour eftre
preferé à tous les autres Conquerans.
Alexandre enfuite prit
la parole , difant qu'il ne devoit
pas eftre moins confideré , ayant
vaincu prefque tout l'Univers
& furmonté avec une poignée de
gens , les Armées les plus nombreuſes
; que s'il eftoit permis de
fe prevaloir de fa Naiffance , il
pouvoit fe vanter d'eſtre Fils de
Jupiter Hammon. Achilles difoit
qu'il ne fe glorifioit point d'eftre
du Mercure Galant. 21
Fils de la Deeffe Thetis , qui avoit
eu l'honneur d'eftre aymée
de Jupiter , que les marques glorieufes
qu'il avoit données de fon
courage , fur tout à la Guerre de
Troye , eftoient capables de le
faire diftinguer des plus Illuftres
Conquerans . Céfar tiroit fon
origine du Vaillant Enée , Fils .
de la Déeffe d'Amour , & diſoit
que Venus eftant Fille de Jupiter,
il avoit quelque raifon de fe
vanter d'eftre defcendu de Jupiter
; mais que la Naiffance , quel
que illuftre qu'elle pût eftre ,
eftoit un foible avantage fi elle
n'eftoit foûtenuë par un merite
particulier , & que s'eftant acquis
un renom immortel par fes Con .
queftes , il ne devoit point paffcr
aprés les autres. Scipion , An22
Extraordinaire
nibal , Hector & Pyrrus , relevoient
autant qu'il leur eftoit
poffible l'éclat de leur Naiffance
, & chacun d'eux fe glorifioit
d'avoir donné des preuves extraordinaires
de fa valeur. Sur
ces entrefaites la Victoire qui
avoit écouté toute leur difpute ,
& qui voyoit bien qu'elle pourroit
durer encore long - temps ,
les fit entrer , & aprés les avoir
mis chacun en leur place , elle
alla prendre la frenne en un lieu
plus élevé . Le Temple de la
Victoire eftoit un Edifice qui
devoit à bon droit paffer pour
un miracle de l'Art . Il eftoit
porté fur des Colomnes de Mar.
bre blanc , & les voûtes eftoient
enrichies de diverfes Hiftoires
repreſentées au naturel. On y
du Mercure Galant. 23
voyoit un grand nombre d'Autels
richement ornez & bien
qu'il n'y euft pas beaucoup de
Cierges allumez , l'éclat de l'or
& des pierreries y eftoit fi grand,
que le jour y euft paru à minuit .
C'eftoit unfpectacle affez agrea
ble pour les Conquerans que la
Victoire avoit fait entrer . De
quelque cofté qu'ils rournaffent
la veuë , ils trouvoient toujours
de quoy admirer mais l'objet
qui leur parut le plus digne d'admiration
, fut un Heros qui eftoit
aux coftez de la Victoire , qui
égaloit par fa bonne mine le plus
grand des Dieux , & ce qu'il y eut
de plus remarquable , c'eft que
ces grands Capitaines qui ne fon.
geoient auparavant qu'à contefter
ensemble à qui auroit la
;
24
Extraordinaire
préeminence , femblerent ſe reü.
nir tout à coup pour admirer un
fi grand Heros . Ils confeffoient
tous qu'ils n'avoient jamais rien
vû de plus beau que cét Invincible
( car c'eftoit le nom qu'ils
luy donnoient ) jugeant mefme
à fon port qu'il avoit fait des actions
furprenantes . Ils fe difoient
les uns aux autres que fon air n'é-
*toit pas d'un Mortel , & que fa
feule Majefté le mettoit au rang
des Dieux , mais ils en furent encore
bien plus perfuadez lors
qu'ils apprirent que c'eftoit
LOUIS LE GRAND ; qu'il eftoit
aux coſtez de la Victoire , parce
qu'elle & luy eſtoient infeparables
; que fes Victoires avoient
commencé avec fa Naiffance ,
& que vaincre & combattre n'é
toit
du Mercure Galant. 25
toit pour luy qu'une mefme chole
; que tout eftoit illuftre en
luy , & que s'il fe faifoit diftinguer
par la valeur , il n'en faifoit
pas moins par fes autres excellentes
qualitez , que fa Juſtice &
fa Prudence eftoient fans égales ;
que fes Bienfaits envers fes Sujets
auffi bien que fes Conquêtés
, n'avoient point de bornes ,
& qu'au milieu des plus ardentes
Guerres il ne laiffoit pas
de faire goûter à fes Peuples la
mefme douceur & les mefmes
délices que dans la plus grande
Paix , qu'enfin Lours eftoit le
modele des perfections ; qu'il étoit
Incomparable , Bon Magnanime
, Jufte ,Victorieux , toûjours
aimable , & toûjours aimé.
Tous ces Conquerans en
Q. d'Octobre 1685. C
>
26 Extraordinaire
tendant tant de merveilles de
s'ils
Loüis , jugeoient bieǹ que
avoient quelques pretentions au
Prix dont il s'agiffoit , il falloit
neceffairement les ceder à ce
Grand Monarque , qui en eftoit
d'autant plus digne , que la moindre
de fes Vertus furpaffoit de
beaucoup celles des plus fameux
Heros de l'Antiquité. Cependant
ils eftoient encore en balance
s'ils devoient luy difputer
le prix , lors que la Victoire leur
prefenta un Livre où eftoient
contenuës les actions heroïques
de cét illuftre Conquerant. Ce
fut pour lors que ces grands Capitaines
qui avoient toûjours efté
intrepides au milieu des plus
grands Combats , perdirent entierement
courage . Il eft impof
du Mercure Galant.
27
fible de dire l'effet que la lecture
des Conqueftes de Loüis
produifit dans leur efprit ; car
voyant que leur eſperance eftoit
perdue fans refource , les uns pâlirent
les autres baifferent la
tefte. On dit mefme que Céfar
fçachant que les Gaulois avoient
produit en la Perfonne de Louis
un fecond Mars pour la valeur ,
fe repentit de n'avoir pas détruit
toute leur race aprés qu'il les eut
défaits, Hercule ne put s'empefcher
de s'abandonner aux
plaintes , de ce qu'ayant terraffé
les Monftres , & remply toute
la Terre du bruit de fes furprenans
Exploits , il eftoit obligé
de ceder à un plus grand Con.
querant que luy . Achille fe montra
plus fenfible à la Gloire qu'à
Cij
28 Extraordinaire
l'Amour , car il témoigna en cette
occafion plus de colere , que
lors qu'Agamemnon luy ravit fa
belle Efclave . Pour les autres , ils
firent affez connoiſtre par leur
reffentiment la paffion qu'ils avoient
pour la gloire & pour
l'honneur. Mais quoy que cette
journée euft caufé beaucoup d'amertume
à ces grands courages ,
& que l'ambition ne leur duft
pas permettre de vouloir trop
de bien à un Vainqueur qui leur
enlevoit le prix par l'excellence
de fon merite , cependant com.
me fi l'admiration des vertus de
Louis les euft enlevez à leur
propre ambition , ils confefferent
qu'ils n'avoient point de regret
que la valeur fuft couronnée en
Louis LE GRAND . Hercule dit
du Mercure Galant. 29
tout haut que quelques honneurs
que l'on puft rendre à ce genereux
Monarque , ils eftoient bien
au deffous de fon merite . Achil
le ne fit point de difficulté d'avouer
que l'on ne pouvoit trop.
admirer un Prince qui avoit plus
fait en un an que les Heros les
plus illuftres én toute leur vie .
Pour Alexandre , ilfe contenta
de dire , que l'on voyoit briller
en Louis une Majeſté toute divine
; mais Annibal qui s'eftoit
vanté d'eftre le premier Homme
du monde , fut contraint de
confeffer , que la veritable gloire
n'eftoit deuë qu'à Louis , &
que c'eftoit eftre injufte que de
la luy vouloir difputer. La Victoi
re ayant remarqué auparavant
l'étonnement
que le feul afpect
C iij
30
Extraordinaire
de Loüis avoit fait naiftre dans
l'esprit de tous ces grands Capitaines,
& que fans avoir rien appris
de fes glorieux Exploits ; ils l'avoient
admiré comme uneDivini
té , & reconnoiffant de plus par
leurs dernieres paroles , que bien
loin de luy contefter une recompenfe
qu'il meritoit fans contredit,
ils avoüoient ingenument l'inégalité
d'avantages quife rencon
troient entre eux & un Prince fi
accomply , elle pria Jupiter de
luy envoyer le prix deſtiné pour
le plus illuftre de tous les Conquerans.
Jupiter envoya une
Couronne d'or par Mercure , qui
la porta à laVictoire,& fe fervit de
toute fon éloquence pour louer
l'invincible Monarque des François
car aprés avoir parle de fa.
du Mercure Galant. 31
valeur , de fa clemence , & de fon
amour pour les beaux Arts dont
il fe rendoit le Protecteur par
Feftime & les liberalitez , dontil
honoroit ceux qui y excelloient,
il s'arrefta fur fa bonté & fur fa
juſtice envers fes Sujets , qui bien
loin de fatiguer. Jupiter par
leurs
frequentes fupplications , comme
ils avoient fait dans les fiecles
precedens , ne luy adreffoient
plus que des Voeux , des Sacrifices
, & des actions de grace , en
reconnoiffance des faveurs dont
il les avoit comblez en leur don
nant un Monarque auffi aimable
, & auffi jufte que Lou 15.
De fi beaux Eloges partant d'une
bouche auffi éloquente que celle
de Mercure , n'auroient pas déplu
à tant de Conquerans , s'ils n'euf
C iiij
32
Extraordinaire
fent efté parties intereffées dans
cette affaire , & fi l'on en veut
croire la Renommée , ils interompirent
Mercure pour ſe plaindre
de la Victoire , qui fçachant
bien que Loüis les avoit ſurpaſfez
, tant par fa valeur que par
fon merite , & pouvant leur é
pargner la douleur de le voir
Couronner en leur prefence ,
n'avoit pas laiffé de les mander
pour venir recevoir la recompenfe
de leurs travaux. La Victoire
auroit bien pú fe paſſer de répondre
à leurs plaintes , mais
comme elle eftoit fage & prudente
, & qu'elle reconnoiffoit
bien que ce feroit accroitre leur
douleur que de ne pas faire femblant
de les entendre , elle leur
répondit mais avec affez de
du Mercure Galant .
33
fierté , que toute la Terre eftanc
informée des Conqueftes de
LOUIS LE GRAND , auffi bien
que du premier rang qu'il tenoit
par deffus tous les Conquerans
qui l'avoient devancé , il eftoit
bien jufte qu'ils appriffent à leur
tour à le tefpecter. En falloit-il
davantage pour défoler ces
Grands Capitaines ? Recevoir une
telle réponſe de la Victoire , qui
les avoit favorifez en tant d'oc.
cafions , c'eftoit à la verité une
rude atteinte , mais voir encore
pour comble de malheur couronner
leur Vainqueur par la
mefme Victoire , l'on peut dire .
que ce fut un coup de foudre
pour ces grands. courages , car
bien qu'ils euffent auparavant
cedé à Louis ce qu'ils ne luy
34
Extraordinaire
pouvoient difputer qu'à leur comfufion
, il eft aifé de juger que
ce fut plûtoft par contrainte que
de bonne grace. En effet eft il
croyable que l'ambition qui les
avoit toûjours emportez au delà
des bornes , euft efté fi prompte
ment éteinte en ces Conquerans ?
Il fembloit que la fortune prift
plaifir à les perfecuter , en ajoûtant
de nouveaux charmes à leur
Illuftre Vainqueur. L'éclat que
ce Soleil de juftice & de valeur
répandoit de tous coftez , é.
bloüit ces petits Aiglons qui fe
fioient un peu trop fur leurs for
ces, & fur leurs Conqueftes . L'afpect
d'un victorieux joint à la hon.
te d'eftre vaincus , les mit en un
eftat qu'il eft impoffible d'expri
mer.Jamais ils ne reffentirent tant
du Mercure Galant.
35.
de douleur qu'en cette journée.
Ce fut en vain qu'ils eurent recours
à la diffimulation , il eftoit.
aifé de lire leur trifteffe fur leurs
vilages . Ce n'eft pas qu'au plus
fort de leur chagrin ils n'euffent
en veneration l'Augufte Vainqueur
qui les avoit furmontez ,.
mais l'avidité naturelle qu'ils avoient
pour la gloire & pour les
louanges , leur fervoir de glaive
pour les tourmenter. Eux qui
regardoient au commencement
Louis avec tant d'admiration ,
ne purent foûtenir la veuë d'un
objet qui leur faifoit tant de confufion.
Ils fortirent fans prendre
congé de la Victoire. Céfar alla
du cofté d'Egypte ponr y trouver
quelque allégement à fa douleur ;
quelques- uns difent qu'il y cher..
36
Extraordinaire
cha Cleopatre , avec laquelle il
avoit autrefois paffé de fi doux
momens. Hercule eftoit fi préoccupé
de fon chagrin , que fans
fonger où il alloit , il fe trouva
au paffage du Fleuve d'Evene ,
mais ce luy fut un furcroift de
douleur , car il reconnut bien que
c'eftoit là l'endroit où le Çentaure
Neffus luy avoit donné des
marques de fa rage . Pour Alexandre
, le bruit courut qu'il eftoit
allé en Macedoine . L'on ne fçait
pas bien de quel costé les autres
tournerent. Cependant Lours
LE GRAND chargé de gloire &
d'honneur , & accompagné de la
Victoire , prit le chemin de Strafbourg.
Le mécontentement qu'il
avoit receu de cette Ville l'ayant
obligé a en tirer raifon par les
du Mercure Galant. 37
Armes , il fe preparoit à la punir
de fon audace & de fa temerité ;
mais fes Habitans ayant appris
les approches de ce redoutable
Vainqueur , & voyant bien que
toute refiftance eftoit inutile , fe
rendirent entierement , & pour
marque de leur foûmiſſion , ils luy
envoyerent les Clefs de la Ville.
Cét illuftre Heros dont la clemence
n'eft point limitée , les
receut en fa protection , & renvoya
leurs Députez avec des
conditions fi avantageufes & des
preuves fiévidentes de fa magnificence
& de fes liberalirez , qu'ils
publierent par tout qu'il y avoit
bien des Roys & des Princes
dans le Monde , mais qu'il étoit
impoffible qu'il y en euft un
feul , qui pût égaler en juſtice ,
38
Extraordinaire
.
en bonté , en clemence , & en valeur
, le puiffant Monarque des
François.
Par Louis LE GRAND ,
fur tous les Heros de l'Antiquité.
LA
A Victoire ayant fait connoiftre
en une Affemblée
des Dieux , qu'elle vouloit recompenfer
celuy de tous les He.
ros qui fe feroit le plus fignalé
par fes belles actions , en luy donpant
un prix qui puft égaler fon
merire , les Dieux furent tres
contens de cette propofition , &
Jupiter s'offrit mefme de donner
ce prix. Il députa Mercure pour
annoncer de fa part à tous ceux
qui pouroient y pretendre , qu'ils
euffent à fe trouver dans le Temdu
Mercure Galant. 19
ple de la Victoire , où l'on devoit
décider du merite de chaque
Heros en particulier , & recompenfer
celuy qui en en feroit
jugé le plus digne . Dés que
Mercure eut receu cét ordre , il
alla avertir tous les Conquerans
de venir recevoir la recompenſe
de leurs travaux. Chacun d'eux
fe trouva le plûtoft qu'il pût dans
ce Champ d'honneur , & mefme
ils furent fi ponctuels à executer
l'ordre qui leur avoit eſté donné,
qu'ils fe rendirent tous au mefme
temps à la porte du Temple
de la Victoire . Hercule , Achilles
, Céfar , Annibal , Alexandre
, Scipion , Pyrrus , Hector ,
& quantité d'autres attendoient
les ordres de cette grande Déef
fe pour entrer , lors qu'elle leur
Bij
20 Extraordinaire
1
vint ouvrir la porte de fon Temple.
D'abord Hercule voulut
paffer devant les autres , difant
qu'il avoit terraffé des Monftres,
& vaincu l'Hydre , & que quand
bien mefme il n'auroit pas receu
de fi grands avantages par fes
Conqueftes , le feul titre de Fils
de Jupiter luy fuffifoit pour eftre
preferé à tous les autres Conquerans.
Alexandre enfuite prit
la parole , difant qu'il ne devoit
pas eftre moins confideré , ayant
vaincu prefque tout l'Univers
& furmonté avec une poignée de
gens , les Armées les plus nombreuſes
; que s'il eftoit permis de
fe prevaloir de fa Naiffance , il
pouvoit fe vanter d'eſtre Fils de
Jupiter Hammon. Achilles difoit
qu'il ne fe glorifioit point d'eftre
du Mercure Galant. 21
Fils de la Deeffe Thetis , qui avoit
eu l'honneur d'eftre aymée
de Jupiter , que les marques glorieufes
qu'il avoit données de fon
courage , fur tout à la Guerre de
Troye , eftoient capables de le
faire diftinguer des plus Illuftres
Conquerans . Céfar tiroit fon
origine du Vaillant Enée , Fils .
de la Déeffe d'Amour , & diſoit
que Venus eftant Fille de Jupiter,
il avoit quelque raifon de fe
vanter d'eftre defcendu de Jupiter
; mais que la Naiffance , quel
que illuftre qu'elle pût eftre ,
eftoit un foible avantage fi elle
n'eftoit foûtenuë par un merite
particulier , & que s'eftant acquis
un renom immortel par fes Con .
queftes , il ne devoit point paffcr
aprés les autres. Scipion , An22
Extraordinaire
nibal , Hector & Pyrrus , relevoient
autant qu'il leur eftoit
poffible l'éclat de leur Naiffance
, & chacun d'eux fe glorifioit
d'avoir donné des preuves extraordinaires
de fa valeur. Sur
ces entrefaites la Victoire qui
avoit écouté toute leur difpute ,
& qui voyoit bien qu'elle pourroit
durer encore long - temps ,
les fit entrer , & aprés les avoir
mis chacun en leur place , elle
alla prendre la frenne en un lieu
plus élevé . Le Temple de la
Victoire eftoit un Edifice qui
devoit à bon droit paffer pour
un miracle de l'Art . Il eftoit
porté fur des Colomnes de Mar.
bre blanc , & les voûtes eftoient
enrichies de diverfes Hiftoires
repreſentées au naturel. On y
du Mercure Galant. 23
voyoit un grand nombre d'Autels
richement ornez & bien
qu'il n'y euft pas beaucoup de
Cierges allumez , l'éclat de l'or
& des pierreries y eftoit fi grand,
que le jour y euft paru à minuit .
C'eftoit unfpectacle affez agrea
ble pour les Conquerans que la
Victoire avoit fait entrer . De
quelque cofté qu'ils rournaffent
la veuë , ils trouvoient toujours
de quoy admirer mais l'objet
qui leur parut le plus digne d'admiration
, fut un Heros qui eftoit
aux coftez de la Victoire , qui
égaloit par fa bonne mine le plus
grand des Dieux , & ce qu'il y eut
de plus remarquable , c'eft que
ces grands Capitaines qui ne fon.
geoient auparavant qu'à contefter
ensemble à qui auroit la
;
24
Extraordinaire
préeminence , femblerent ſe reü.
nir tout à coup pour admirer un
fi grand Heros . Ils confeffoient
tous qu'ils n'avoient jamais rien
vû de plus beau que cét Invincible
( car c'eftoit le nom qu'ils
luy donnoient ) jugeant mefme
à fon port qu'il avoit fait des actions
furprenantes . Ils fe difoient
les uns aux autres que fon air n'é-
*toit pas d'un Mortel , & que fa
feule Majefté le mettoit au rang
des Dieux , mais ils en furent encore
bien plus perfuadez lors
qu'ils apprirent que c'eftoit
LOUIS LE GRAND ; qu'il eftoit
aux coſtez de la Victoire , parce
qu'elle & luy eſtoient infeparables
; que fes Victoires avoient
commencé avec fa Naiffance ,
& que vaincre & combattre n'é
toit
du Mercure Galant. 25
toit pour luy qu'une mefme chole
; que tout eftoit illuftre en
luy , & que s'il fe faifoit diftinguer
par la valeur , il n'en faifoit
pas moins par fes autres excellentes
qualitez , que fa Juſtice &
fa Prudence eftoient fans égales ;
que fes Bienfaits envers fes Sujets
auffi bien que fes Conquêtés
, n'avoient point de bornes ,
& qu'au milieu des plus ardentes
Guerres il ne laiffoit pas
de faire goûter à fes Peuples la
mefme douceur & les mefmes
délices que dans la plus grande
Paix , qu'enfin Lours eftoit le
modele des perfections ; qu'il étoit
Incomparable , Bon Magnanime
, Jufte ,Victorieux , toûjours
aimable , & toûjours aimé.
Tous ces Conquerans en
Q. d'Octobre 1685. C
>
26 Extraordinaire
tendant tant de merveilles de
s'ils
Loüis , jugeoient bieǹ que
avoient quelques pretentions au
Prix dont il s'agiffoit , il falloit
neceffairement les ceder à ce
Grand Monarque , qui en eftoit
d'autant plus digne , que la moindre
de fes Vertus furpaffoit de
beaucoup celles des plus fameux
Heros de l'Antiquité. Cependant
ils eftoient encore en balance
s'ils devoient luy difputer
le prix , lors que la Victoire leur
prefenta un Livre où eftoient
contenuës les actions heroïques
de cét illuftre Conquerant. Ce
fut pour lors que ces grands Capitaines
qui avoient toûjours efté
intrepides au milieu des plus
grands Combats , perdirent entierement
courage . Il eft impof
du Mercure Galant.
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fible de dire l'effet que la lecture
des Conqueftes de Loüis
produifit dans leur efprit ; car
voyant que leur eſperance eftoit
perdue fans refource , les uns pâlirent
les autres baifferent la
tefte. On dit mefme que Céfar
fçachant que les Gaulois avoient
produit en la Perfonne de Louis
un fecond Mars pour la valeur ,
fe repentit de n'avoir pas détruit
toute leur race aprés qu'il les eut
défaits, Hercule ne put s'empefcher
de s'abandonner aux
plaintes , de ce qu'ayant terraffé
les Monftres , & remply toute
la Terre du bruit de fes furprenans
Exploits , il eftoit obligé
de ceder à un plus grand Con.
querant que luy . Achille fe montra
plus fenfible à la Gloire qu'à
Cij
28 Extraordinaire
l'Amour , car il témoigna en cette
occafion plus de colere , que
lors qu'Agamemnon luy ravit fa
belle Efclave . Pour les autres , ils
firent affez connoiſtre par leur
reffentiment la paffion qu'ils avoient
pour la gloire & pour
l'honneur. Mais quoy que cette
journée euft caufé beaucoup d'amertume
à ces grands courages ,
& que l'ambition ne leur duft
pas permettre de vouloir trop
de bien à un Vainqueur qui leur
enlevoit le prix par l'excellence
de fon merite , cependant com.
me fi l'admiration des vertus de
Louis les euft enlevez à leur
propre ambition , ils confefferent
qu'ils n'avoient point de regret
que la valeur fuft couronnée en
Louis LE GRAND . Hercule dit
du Mercure Galant. 29
tout haut que quelques honneurs
que l'on puft rendre à ce genereux
Monarque , ils eftoient bien
au deffous de fon merite . Achil
le ne fit point de difficulté d'avouer
que l'on ne pouvoit trop.
admirer un Prince qui avoit plus
fait en un an que les Heros les
plus illuftres én toute leur vie .
Pour Alexandre , ilfe contenta
de dire , que l'on voyoit briller
en Louis une Majeſté toute divine
; mais Annibal qui s'eftoit
vanté d'eftre le premier Homme
du monde , fut contraint de
confeffer , que la veritable gloire
n'eftoit deuë qu'à Louis , &
que c'eftoit eftre injufte que de
la luy vouloir difputer. La Victoi
re ayant remarqué auparavant
l'étonnement
que le feul afpect
C iij
30
Extraordinaire
de Loüis avoit fait naiftre dans
l'esprit de tous ces grands Capitaines,
& que fans avoir rien appris
de fes glorieux Exploits ; ils l'avoient
admiré comme uneDivini
té , & reconnoiffant de plus par
leurs dernieres paroles , que bien
loin de luy contefter une recompenfe
qu'il meritoit fans contredit,
ils avoüoient ingenument l'inégalité
d'avantages quife rencon
troient entre eux & un Prince fi
accomply , elle pria Jupiter de
luy envoyer le prix deſtiné pour
le plus illuftre de tous les Conquerans.
Jupiter envoya une
Couronne d'or par Mercure , qui
la porta à laVictoire,& fe fervit de
toute fon éloquence pour louer
l'invincible Monarque des François
car aprés avoir parle de fa.
du Mercure Galant. 31
valeur , de fa clemence , & de fon
amour pour les beaux Arts dont
il fe rendoit le Protecteur par
Feftime & les liberalitez , dontil
honoroit ceux qui y excelloient,
il s'arrefta fur fa bonté & fur fa
juſtice envers fes Sujets , qui bien
loin de fatiguer. Jupiter par
leurs
frequentes fupplications , comme
ils avoient fait dans les fiecles
precedens , ne luy adreffoient
plus que des Voeux , des Sacrifices
, & des actions de grace , en
reconnoiffance des faveurs dont
il les avoit comblez en leur don
nant un Monarque auffi aimable
, & auffi jufte que Lou 15.
De fi beaux Eloges partant d'une
bouche auffi éloquente que celle
de Mercure , n'auroient pas déplu
à tant de Conquerans , s'ils n'euf
C iiij
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Extraordinaire
fent efté parties intereffées dans
cette affaire , & fi l'on en veut
croire la Renommée , ils interompirent
Mercure pour ſe plaindre
de la Victoire , qui fçachant
bien que Loüis les avoit ſurpaſfez
, tant par fa valeur que par
fon merite , & pouvant leur é
pargner la douleur de le voir
Couronner en leur prefence ,
n'avoit pas laiffé de les mander
pour venir recevoir la recompenfe
de leurs travaux. La Victoire
auroit bien pú fe paſſer de répondre
à leurs plaintes , mais
comme elle eftoit fage & prudente
, & qu'elle reconnoiffoit
bien que ce feroit accroitre leur
douleur que de ne pas faire femblant
de les entendre , elle leur
répondit mais avec affez de
du Mercure Galant .
33
fierté , que toute la Terre eftanc
informée des Conqueftes de
LOUIS LE GRAND , auffi bien
que du premier rang qu'il tenoit
par deffus tous les Conquerans
qui l'avoient devancé , il eftoit
bien jufte qu'ils appriffent à leur
tour à le tefpecter. En falloit-il
davantage pour défoler ces
Grands Capitaines ? Recevoir une
telle réponſe de la Victoire , qui
les avoit favorifez en tant d'oc.
cafions , c'eftoit à la verité une
rude atteinte , mais voir encore
pour comble de malheur couronner
leur Vainqueur par la
mefme Victoire , l'on peut dire .
que ce fut un coup de foudre
pour ces grands. courages , car
bien qu'ils euffent auparavant
cedé à Louis ce qu'ils ne luy
34
Extraordinaire
pouvoient difputer qu'à leur comfufion
, il eft aifé de juger que
ce fut plûtoft par contrainte que
de bonne grace. En effet eft il
croyable que l'ambition qui les
avoit toûjours emportez au delà
des bornes , euft efté fi prompte
ment éteinte en ces Conquerans ?
Il fembloit que la fortune prift
plaifir à les perfecuter , en ajoûtant
de nouveaux charmes à leur
Illuftre Vainqueur. L'éclat que
ce Soleil de juftice & de valeur
répandoit de tous coftez , é.
bloüit ces petits Aiglons qui fe
fioient un peu trop fur leurs for
ces, & fur leurs Conqueftes . L'afpect
d'un victorieux joint à la hon.
te d'eftre vaincus , les mit en un
eftat qu'il eft impoffible d'expri
mer.Jamais ils ne reffentirent tant
du Mercure Galant.
35.
de douleur qu'en cette journée.
Ce fut en vain qu'ils eurent recours
à la diffimulation , il eftoit.
aifé de lire leur trifteffe fur leurs
vilages . Ce n'eft pas qu'au plus
fort de leur chagrin ils n'euffent
en veneration l'Augufte Vainqueur
qui les avoit furmontez ,.
mais l'avidité naturelle qu'ils avoient
pour la gloire & pour les
louanges , leur fervoir de glaive
pour les tourmenter. Eux qui
regardoient au commencement
Louis avec tant d'admiration ,
ne purent foûtenir la veuë d'un
objet qui leur faifoit tant de confufion.
Ils fortirent fans prendre
congé de la Victoire. Céfar alla
du cofté d'Egypte ponr y trouver
quelque allégement à fa douleur ;
quelques- uns difent qu'il y cher..
36
Extraordinaire
cha Cleopatre , avec laquelle il
avoit autrefois paffé de fi doux
momens. Hercule eftoit fi préoccupé
de fon chagrin , que fans
fonger où il alloit , il fe trouva
au paffage du Fleuve d'Evene ,
mais ce luy fut un furcroift de
douleur , car il reconnut bien que
c'eftoit là l'endroit où le Çentaure
Neffus luy avoit donné des
marques de fa rage . Pour Alexandre
, le bruit courut qu'il eftoit
allé en Macedoine . L'on ne fçait
pas bien de quel costé les autres
tournerent. Cependant Lours
LE GRAND chargé de gloire &
d'honneur , & accompagné de la
Victoire , prit le chemin de Strafbourg.
Le mécontentement qu'il
avoit receu de cette Ville l'ayant
obligé a en tirer raifon par les
du Mercure Galant. 37
Armes , il fe preparoit à la punir
de fon audace & de fa temerité ;
mais fes Habitans ayant appris
les approches de ce redoutable
Vainqueur , & voyant bien que
toute refiftance eftoit inutile , fe
rendirent entierement , & pour
marque de leur foûmiſſion , ils luy
envoyerent les Clefs de la Ville.
Cét illuftre Heros dont la clemence
n'eft point limitée , les
receut en fa protection , & renvoya
leurs Députez avec des
conditions fi avantageufes & des
preuves fiévidentes de fa magnificence
& de fes liberalirez , qu'ils
publierent par tout qu'il y avoit
bien des Roys & des Princes
dans le Monde , mais qu'il étoit
impoffible qu'il y en euft un
feul , qui pût égaler en juſtice ,
38
Extraordinaire
.
en bonté , en clemence , & en valeur
, le puiffant Monarque des
François.
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Résumé : PRIX REMPORTÉ Par LOÜIS LE GRAND, sur tous les Heros de l'Antiquité.
La Victoire décide de récompenser le héros le plus méritant de l'Antiquité. Jupiter envoie Mercure convoquer des héros célèbres tels que Hercule, Alexandre, Achille, César, Hannibal, Scipion, Pyrrhus et Hector. Chaque héros présente ses exploits et sa lignée divine. La Victoire introduit ensuite Louis le Grand, récompensé pour ses victoires incessantes, sa justice, sa prudence et ses bienfaits envers ses sujets. Les héros admirent sa majesté et reconnaissent sa supériorité. La Victoire montre un livre contenant les actions héroïques de Louis, ce qui provoque un profond désarroi parmi les héros. César regrette de ne pas avoir anéanti les Gaulois, Hercule se plaint de devoir céder à un conquérant plus grand, et Achille manifeste plus de colère face à cette révélation qu'envers Agamemnon. Tous admettent finalement la supériorité de Louis. La Victoire demande à Jupiter de lui attribuer le prix, et Jupiter envoie une couronne d'or via Mercure, louant la valeur, la clémence, l'amour pour les arts, la bonté et la justice de Louis. Les héros, malgré leur amertume, acceptent la suprématie de Louis, couronné par la Victoire. Le texte décrit également la réaction des figures historiques face à la victoire de Louis XIV, surnommé 'le Soleil de justice & de valeur'. César, Hercule et Alexandre quittent la scène de leur défaite. Louis se dirige vers Strasbourg, qui se rend sans résistance. Il accepte la soumission des habitants avec clémence et générosité, soulignant ainsi sa justice, sa bonté et sa valeur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 132-151
Harangues faites à Dunkerque, à Gravelines, & à l'Isle, qui avoient esté oubliées dans la premiere Partie du Voyage de Flandres, avec quelques nouvelles particularités. [titre d'après la table]
Début :
Je croyois ne devoir plus vous parler d'aucune des Villes [...]
Mots clefs :
Dunkerque, Gravelines, Lille, Ville, Harangues, Roi, Ambassadeurs, Lieutenant, Compliment, Joie, Invincible monarque, Magistrat, Échevins, Amitié, Vin, Seigneurs, Troupes, Fortifications, Cérémonie
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texteReconnaissance textuelle : Harangues faites à Dunkerque, à Gravelines, & à l'Isle, qui avoient esté oubliées dans la premiere Partie du Voyage de Flandres, avec quelques nouvelles particularités. [titre d'après la table]
Je croyois ne devoir plus
vous parler d'aucune des Vil
les de Flandre où les Ambaſ
fadeurs ont eſté ; cependant
je ne puis me difpenferdevous
entretenir encore de Gravelines
, de Dunquerque & de
l'Iſle , dont il me reſte pluſieurs
chofes à vous dire, &
les harangues àvous envoyer,
le defir que j'ay eu de fatisfaire
voſtre curioſité , ayant
eſté cauſe que je vous ay écrit
avant que tous mes me-
1
des Amb de Siam. 133
moires ſuſſent arrivez . Ainfi
pour rendre juſtice à tous
ceux qui le meritent , je vais
encore vous apprendre quelques
particularitez de ce qui
s'eſt fait dans ces troisVilles,
mais ſans vous rien repeter
de ce que je vous ay déja dit.
Quoique Gravelines ne fuft
point du nombre de celles
que les Ambaſſadeurs devoient
voir , & qu'elle n'ait
fçû qu'ils y devoient dîner
que deux heures avant qu'ils
y arrivaſſent, comme on n'eſt
jamais ſurpris dans lesPlaces
duRoy, tout s'eſt paffé dans
134 IV. P. du Voyage
د
cette Ville là de la même ma
niere que dans les autres.
M Benoist Lieutenant
de Roy , reçût les Ambafſadeurs
avec l'Etat Major.
Les Troupes qui eſtoient en
haye eſtoient le Regimentde
Foreft, commandé parMde
Cleran , & les Compagnies
de Meuſnier & de Manuel ,
du Regiment d'Erlac. M. de
la Puiſade avec un Lieutenant
, & so hommes eſtoit
de garde au logis qui leur
avoit eſté preparé . M.le Prevoſt
Bailly à la teſte de Mles
Mayeur & Eſchevins , leur
A
des Amb. de Siam. 135
offrit les Vins de Ville, & leur
fit le compliment que je vous
envoye , auquel il avoit eſté
obligé de ſe preparer pref
que fur le champ.
MESSEIGNEVRS ,
Les Magistrats , aussi bien que
tout le Peuplede Graveline, reffentant
une joye extrême de ce qu'il
a plû à vos Excellences , d'honorer
cette ville de leurs illuftres presences
,
vous viennent en donner
des marques, en vous afſeurant qu'-
ils en auront une eternelle reconnoiffance
. Ils souhaiteroient avec
paffion, pouvoirpar un difcours accomply,
&par des Presens magnifiques,
témoigner les respects qu'ils
136 IV. P. du Voyage
ont pour vos Excellences, qui com
me Ambassadeurs reprefentent la
Majesté d'un grand Roy , pourlequel
ils auront toûjours toute la
veneration , qui est deuë à un Allié
de nostre Auguste &Invincible
Monarque ; mais n'ayant rien quż
Soit digne de vos Excellences , ils
leur offrent leurs coeurs pour leur
faire voir combien ils fontſenſibles
à la grace qu'ils reçoivent & ces
Vins de Ville , pour un effet de
leur Zele.
Mrs du Clergé les haranguerent
enſuite. Tous ces
compliments eftant finis , les
Ambaſſadeurs dirent , qu'ils
avoient trouvé les Troupes fi
desAmb. de Siam. 137
leftes &fi belles , qu'ilsfouhaitoient
de les revoir. On ordonna
à Mª de Cleran , Lieutenant
Colonel de Foreft , de
les faire défiler. Tous les OfficiersFrançois&
Suiffes,faluerent
de la Pique avec beaucoup
de grace, & un air qui
furprit les Ambaſſadeurs ,
quoiqu'ils fuſſent accoûtumez
à recevoir tous les jours
de pareils faluts. Comme
le temps eſtoit fort vilain, &
que d'ailleurs ils eſtoient preffez
de partir , ils ne purent
viſiter les Fortifications de la
Place; mais ils en demande-
M
138 IV. P. du Voyage
rent le Plan, qu'ils regarde
rent avec beaucoup de plaifir
& d'attention , juſqu'à ce
qu'ils ſe miſſent à table. Ils
dirent en l'examinant , que
s'estoit avecjustice que cettePlace
avoit une fi grande reputation.
ParmylesDames deBourbourg
qui estoient venues
pour les voir dîner, & celles
de Gravelines qui eurent la
même curiofité, ils en trouverent
de trés-belles , du
nombre deſquelles furent
Meſdemoiselles Charpentier
& de Seine ; auffi reçûrentelles
de grandes honeſtere,z
des Amb. de Siam. 139
des Ambaſſadeurs , qui leur
donnerent des fruits.
J'adjoûteray peu de choſes
à ce que je vous ay déja
dit de leur séjour àDunkerque.
Ils furent conduits dans
la grande Chambre deJuſtice
de l'Hôtel de Ville , où Mrs
du Magiftrat les vinrent
complimenter . A la teſte
anarchoient les quatre Sergens
du Baillage , vêtus de
leurs Caſaques de ceremonie,
& ayant leurs Halebardes fur
leurs épaules. Aprés eux entrerent
leBailly , le Bourguemeſtre,
les Echevins, les trois
міj
140 IV. P. du Voyage
t
Penſionnaires de la Ville , le
Greffier , le Treforier & les
Conſeillers; ceux qui compofent
le Corps du Magiſtrat les
fuivoient en robbes &
avoient aprés eux les quatre
Huiffiers de la Chambre du
Magiftrat , reveſtus auſſi de
leurs Manteaux de ceremonie.
Aprés que le Magiftrat
eut fait les reverences ordinaires
, le ſieur Alonſe Laurent
de Briſe , l'un des trois
Penſionnaires , prononça ce
compliment par ordre de M
Coppens,Bourguemeſtre, fuivant
l'ancien uſage du Païs,
r
desAmb. de Siam. 141
MESSEIGNEVRS ,
Les Bailly , Bourguemestre , Echevins
& Conseillers de cette ville
de Dunkerque ,sçachant aussi bien
que tous les Peuples de l'Europe,
avec combien de joye le Roy Louis
le Grand noftre trés-Auguste &Invincible
Monarque, vous a recens
enſesEtats, &l'eftime trés-particuliere
qu'il fait de l'amitié du puiffant
Royde Siam voſtre Souverain,
ont voulu s'aquiter de leur devoir,
en presentant à vos Excellences
leurs trés-humbles respects &fervices,
avec offre de Vin de Ville.
1
L'Ambaſſadeur répondit ,
qu'ils estoient fort obligez à
Ms du Magistrat , de leurs
142 IV. P. du Voyage
civilitez, &que leur Present
leur feroit fort agreable. Ils
fouperent en public , & M*
Coppens leur députa MSOmair
& Blomme , Echevins
qui leur preſenterent de la
part duMagiſtrat fix douzai
nes de bouteilles du plus excellent
Vin de Champagne,
qu'on euſt pû trouver , pour
Preſent du Vin de Ville.
Les Ambaſſadeurs ayant veu
les Ouvrages de la Marine
qui font àDunkerque, le Fort
du Rifban , & les Fortifications
de la Ville, come je vous
l'ay marqué dans la troifié
desAmb. de Siam. 143
me partie de cette Relation ,
partirent le 31. Octobre au
bruit du Canon , & au fon
des Cloches qui carrillonnerent
tant qu'ils les purent entendre.
Ils prirent leur route
par le Canal de Bergues pour
aller à Ypres, & l'on fit marcher
leurs Carroſſes vuides
par la Digue le long du Canal.
Le Magiſtrat avoit commandé
la Barque ou Yack de
laVille, pour les conduire par
caujuſqu'àlaVilledeBergues.
Cette Barque eft fort propre
&baſtie en forme de Fregate.
Je vous aydéja parlé fi am
144 IV. P.du Voyage
plement de la reception qui
leur a eſté faite à Lifle , que
ne retouchant cet article
que pour la harangue , tout
ce que j'y puis adjouter, c'eſt
que les principaux Officiers
de la Garniſon allerent environ
une lieuë au devant d'eux
avec les Gardes de M.le Marêchal
de Humiere , le reſte
ſe paſſa.comme je vous l'ay
déja maqué à l'égard de la
Gendarmerie. Voicy le compliment
que leur fit au nom
de la VilleM de Broide, Seigneur
de Gondecourt, & pre
mierConfeiller Penſionnaire.
ILLVS
des Amb. de Siam. 145
ILLYSTRES SEIGNEURS,
Les augustes qualitez , & les
triomphes de nôtre trés Haut, trés-
Magnanime & trés - Invincible Monarque
, ne vous avoient parû que
par ce que vous en avoit appris lakenommée
en publiant ses heroïques
exploits ; mais depuis que vous avez
eu l'honneur de ſes Audiences , que
vous avez veu la magnificence de
Sa Cour, la grandeur desa Puiſſance
& l'étendue de ſon Empire, &deſes
glorieuses conquêtes , vous aurez reconnu
au dessus de cette reputation
tout ce que vous aviezconceu de la
personne de cet Auguste Conquerant,
unegrandeurdAme incomparable une
Sageſſe ſurprenante en toutes choses,
& une prudence qui na pono d'é
N
146 IV. P. du Voyage
gale dons le Gouvernement de fes
Etats. Les penibles fatigues & les
travaux que vous avez effuyez dans
ce long trajet de vastes Mers ; l'inconstance
des vents &le dangerdes
écueils où vous vous estes exposez
pour luy rendre les honneurs qui luy
font dûs , & pour rechercher Son
amitié, nous font connoître l'admiration
où vous eſtes de le voir comblé
de gloire. Le commandement que
SaMajesténous afaitde vous recevoir
avec tous leshonneurs qu'on doit aux
personnes de vôtre caractere, marque
l'estime qu'Elle fait de la persoune
des merites du très- Puiſſant & tres-
Excellent Prince le Roy de Siam.
Nous ne doutons point, Illuftres Seigneurs
, que vous n'ayez receu tous
les temoignages que vous attendiez
du Zele de la France, pour la réuffite
des Amb. de Siam. 147
de l'union que vous désirez . Ce zele
n'est point particulier; il est commun
à tous les bons&fideles Suiets do
Roy , & principalement aux Magistrats
& au Peuple de cette ville de
Lifle, qui ne peuvent affez exprimer
la joye qu'ils reçoiventde l'honneur
de vôtre presence. Ils admirent
estiment , Meffeigneurs, vôtre generositéde
paſſer des extrêmitez de l'Ovient
dans ces contrées au peril de
vôtre vie, & ils tiennentcettefera
veur pour une preuve aſſurée de la
finceritéde vos affections. Cette inf
piration de l'Auguste Roy de Siam,
à rechercher l'amitié de ſa Majesté,
preferablement à tous autres , leur
paroit un effet de la Divine Provi
dence , qui leur preſage que cette
union perfuadera plus fortement le
Roy votre Maitre , d'embrasfer la
Nij
148 IV.P du Voyage
même creance, &de sefaire instruire
de la veritéde laReligion Chreftienne.
Noussouhaitons , Meſſeigneurs, que
cette penséefuit lafin heureuse &le
fruit de vôtre Voyage & de vosglorieux
travaux , à l'exemple de ce
Roy très- Pieux&très- Chieſtien, qui
apres avoir heureusement foûtenu la
Guerre ,& donné glorieusement la
Paix à l'Europe , s'applique avec
tous les soins imaginables , à faire
regnersouverainementla Loy du vray
Dieu. Enfin nous souhaitons au Roy
de Siam fous les auspices de cette
Divinité infinie & éternelle , l'accroiſſement
de sa grandeur &prof
perité, & que vous soyez auffi heureux
sous son Regne, que nous le
Sommes fous celuy du plus Sage , du
plus luſte & du plus parfait de tous
les Rois. Aggreez, Illustres Seigneurs,
des Amb. de Siam. 149
tes voeux de vos très-humbles &
três- obeiſſans Serviteurs ."
Pendant le ſéjour que les
Ambaffadeurs firent à Lifle,
ils eurent cent Hommes de
garde à leur logis , & les ruës
furent éclairées le ſoir & toute
la nuit. Ils allerent viſiter
l'Eglife Collegiale de S. Pierre
, & celle des Dominicains,
qui eſt une des plus belles
Eglifes de la Ville , & qu'ils
examinerent avec beaucoup
de ſoin. Je vous ay déja par- .
lé de l'Hôpital Comteſſe, où
ces Ambaſſadeurs allerent
Ninj
150 IV. P. du Voyage
auſſi ; mais je ne vous ay pas
dit qu'il eft ainſi nommé
parcequ'il a eſté fondé par
une Comteffe de Flandres .
Lorſque la Prieure leur preſenta
des Bouquets de Fleurs
de ſoye , comme je vous l'ay
marqué dans ma Relation
précedente , elle leur dit que
la couleur n'en changeroit ja
mais , & garderoit toûjours le
mesme éclat ; & les pria en
meſme temps de ſe ſouvenir
d'elle. Aquoy l'Ambaſſadeur
répondit qu'il s'enfſouviendroit
auſſi longtemps que les Fleurs
qu'elle leur avoit preſentées
des Amb de Siam. 151
garderoient leur couleur.
vous parler d'aucune des Vil
les de Flandre où les Ambaſ
fadeurs ont eſté ; cependant
je ne puis me difpenferdevous
entretenir encore de Gravelines
, de Dunquerque & de
l'Iſle , dont il me reſte pluſieurs
chofes à vous dire, &
les harangues àvous envoyer,
le defir que j'ay eu de fatisfaire
voſtre curioſité , ayant
eſté cauſe que je vous ay écrit
avant que tous mes me-
1
des Amb de Siam. 133
moires ſuſſent arrivez . Ainfi
pour rendre juſtice à tous
ceux qui le meritent , je vais
encore vous apprendre quelques
particularitez de ce qui
s'eſt fait dans ces troisVilles,
mais ſans vous rien repeter
de ce que je vous ay déja dit.
Quoique Gravelines ne fuft
point du nombre de celles
que les Ambaſſadeurs devoient
voir , & qu'elle n'ait
fçû qu'ils y devoient dîner
que deux heures avant qu'ils
y arrivaſſent, comme on n'eſt
jamais ſurpris dans lesPlaces
duRoy, tout s'eſt paffé dans
134 IV. P. du Voyage
د
cette Ville là de la même ma
niere que dans les autres.
M Benoist Lieutenant
de Roy , reçût les Ambafſadeurs
avec l'Etat Major.
Les Troupes qui eſtoient en
haye eſtoient le Regimentde
Foreft, commandé parMde
Cleran , & les Compagnies
de Meuſnier & de Manuel ,
du Regiment d'Erlac. M. de
la Puiſade avec un Lieutenant
, & so hommes eſtoit
de garde au logis qui leur
avoit eſté preparé . M.le Prevoſt
Bailly à la teſte de Mles
Mayeur & Eſchevins , leur
A
des Amb. de Siam. 135
offrit les Vins de Ville, & leur
fit le compliment que je vous
envoye , auquel il avoit eſté
obligé de ſe preparer pref
que fur le champ.
MESSEIGNEVRS ,
Les Magistrats , aussi bien que
tout le Peuplede Graveline, reffentant
une joye extrême de ce qu'il
a plû à vos Excellences , d'honorer
cette ville de leurs illuftres presences
,
vous viennent en donner
des marques, en vous afſeurant qu'-
ils en auront une eternelle reconnoiffance
. Ils souhaiteroient avec
paffion, pouvoirpar un difcours accomply,
&par des Presens magnifiques,
témoigner les respects qu'ils
136 IV. P. du Voyage
ont pour vos Excellences, qui com
me Ambassadeurs reprefentent la
Majesté d'un grand Roy , pourlequel
ils auront toûjours toute la
veneration , qui est deuë à un Allié
de nostre Auguste &Invincible
Monarque ; mais n'ayant rien quż
Soit digne de vos Excellences , ils
leur offrent leurs coeurs pour leur
faire voir combien ils fontſenſibles
à la grace qu'ils reçoivent & ces
Vins de Ville , pour un effet de
leur Zele.
Mrs du Clergé les haranguerent
enſuite. Tous ces
compliments eftant finis , les
Ambaſſadeurs dirent , qu'ils
avoient trouvé les Troupes fi
desAmb. de Siam. 137
leftes &fi belles , qu'ilsfouhaitoient
de les revoir. On ordonna
à Mª de Cleran , Lieutenant
Colonel de Foreft , de
les faire défiler. Tous les OfficiersFrançois&
Suiffes,faluerent
de la Pique avec beaucoup
de grace, & un air qui
furprit les Ambaſſadeurs ,
quoiqu'ils fuſſent accoûtumez
à recevoir tous les jours
de pareils faluts. Comme
le temps eſtoit fort vilain, &
que d'ailleurs ils eſtoient preffez
de partir , ils ne purent
viſiter les Fortifications de la
Place; mais ils en demande-
M
138 IV. P. du Voyage
rent le Plan, qu'ils regarde
rent avec beaucoup de plaifir
& d'attention , juſqu'à ce
qu'ils ſe miſſent à table. Ils
dirent en l'examinant , que
s'estoit avecjustice que cettePlace
avoit une fi grande reputation.
ParmylesDames deBourbourg
qui estoient venues
pour les voir dîner, & celles
de Gravelines qui eurent la
même curiofité, ils en trouverent
de trés-belles , du
nombre deſquelles furent
Meſdemoiselles Charpentier
& de Seine ; auffi reçûrentelles
de grandes honeſtere,z
des Amb. de Siam. 139
des Ambaſſadeurs , qui leur
donnerent des fruits.
J'adjoûteray peu de choſes
à ce que je vous ay déja
dit de leur séjour àDunkerque.
Ils furent conduits dans
la grande Chambre deJuſtice
de l'Hôtel de Ville , où Mrs
du Magiftrat les vinrent
complimenter . A la teſte
anarchoient les quatre Sergens
du Baillage , vêtus de
leurs Caſaques de ceremonie,
& ayant leurs Halebardes fur
leurs épaules. Aprés eux entrerent
leBailly , le Bourguemeſtre,
les Echevins, les trois
міj
140 IV. P. du Voyage
t
Penſionnaires de la Ville , le
Greffier , le Treforier & les
Conſeillers; ceux qui compofent
le Corps du Magiſtrat les
fuivoient en robbes &
avoient aprés eux les quatre
Huiffiers de la Chambre du
Magiftrat , reveſtus auſſi de
leurs Manteaux de ceremonie.
Aprés que le Magiftrat
eut fait les reverences ordinaires
, le ſieur Alonſe Laurent
de Briſe , l'un des trois
Penſionnaires , prononça ce
compliment par ordre de M
Coppens,Bourguemeſtre, fuivant
l'ancien uſage du Païs,
r
desAmb. de Siam. 141
MESSEIGNEVRS ,
Les Bailly , Bourguemestre , Echevins
& Conseillers de cette ville
de Dunkerque ,sçachant aussi bien
que tous les Peuples de l'Europe,
avec combien de joye le Roy Louis
le Grand noftre trés-Auguste &Invincible
Monarque, vous a recens
enſesEtats, &l'eftime trés-particuliere
qu'il fait de l'amitié du puiffant
Royde Siam voſtre Souverain,
ont voulu s'aquiter de leur devoir,
en presentant à vos Excellences
leurs trés-humbles respects &fervices,
avec offre de Vin de Ville.
1
L'Ambaſſadeur répondit ,
qu'ils estoient fort obligez à
Ms du Magistrat , de leurs
142 IV. P. du Voyage
civilitez, &que leur Present
leur feroit fort agreable. Ils
fouperent en public , & M*
Coppens leur députa MSOmair
& Blomme , Echevins
qui leur preſenterent de la
part duMagiſtrat fix douzai
nes de bouteilles du plus excellent
Vin de Champagne,
qu'on euſt pû trouver , pour
Preſent du Vin de Ville.
Les Ambaſſadeurs ayant veu
les Ouvrages de la Marine
qui font àDunkerque, le Fort
du Rifban , & les Fortifications
de la Ville, come je vous
l'ay marqué dans la troifié
desAmb. de Siam. 143
me partie de cette Relation ,
partirent le 31. Octobre au
bruit du Canon , & au fon
des Cloches qui carrillonnerent
tant qu'ils les purent entendre.
Ils prirent leur route
par le Canal de Bergues pour
aller à Ypres, & l'on fit marcher
leurs Carroſſes vuides
par la Digue le long du Canal.
Le Magiſtrat avoit commandé
la Barque ou Yack de
laVille, pour les conduire par
caujuſqu'àlaVilledeBergues.
Cette Barque eft fort propre
&baſtie en forme de Fregate.
Je vous aydéja parlé fi am
144 IV. P.du Voyage
plement de la reception qui
leur a eſté faite à Lifle , que
ne retouchant cet article
que pour la harangue , tout
ce que j'y puis adjouter, c'eſt
que les principaux Officiers
de la Garniſon allerent environ
une lieuë au devant d'eux
avec les Gardes de M.le Marêchal
de Humiere , le reſte
ſe paſſa.comme je vous l'ay
déja maqué à l'égard de la
Gendarmerie. Voicy le compliment
que leur fit au nom
de la VilleM de Broide, Seigneur
de Gondecourt, & pre
mierConfeiller Penſionnaire.
ILLVS
des Amb. de Siam. 145
ILLYSTRES SEIGNEURS,
Les augustes qualitez , & les
triomphes de nôtre trés Haut, trés-
Magnanime & trés - Invincible Monarque
, ne vous avoient parû que
par ce que vous en avoit appris lakenommée
en publiant ses heroïques
exploits ; mais depuis que vous avez
eu l'honneur de ſes Audiences , que
vous avez veu la magnificence de
Sa Cour, la grandeur desa Puiſſance
& l'étendue de ſon Empire, &deſes
glorieuses conquêtes , vous aurez reconnu
au dessus de cette reputation
tout ce que vous aviezconceu de la
personne de cet Auguste Conquerant,
unegrandeurdAme incomparable une
Sageſſe ſurprenante en toutes choses,
& une prudence qui na pono d'é
N
146 IV. P. du Voyage
gale dons le Gouvernement de fes
Etats. Les penibles fatigues & les
travaux que vous avez effuyez dans
ce long trajet de vastes Mers ; l'inconstance
des vents &le dangerdes
écueils où vous vous estes exposez
pour luy rendre les honneurs qui luy
font dûs , & pour rechercher Son
amitié, nous font connoître l'admiration
où vous eſtes de le voir comblé
de gloire. Le commandement que
SaMajesténous afaitde vous recevoir
avec tous leshonneurs qu'on doit aux
personnes de vôtre caractere, marque
l'estime qu'Elle fait de la persoune
des merites du très- Puiſſant & tres-
Excellent Prince le Roy de Siam.
Nous ne doutons point, Illuftres Seigneurs
, que vous n'ayez receu tous
les temoignages que vous attendiez
du Zele de la France, pour la réuffite
des Amb. de Siam. 147
de l'union que vous désirez . Ce zele
n'est point particulier; il est commun
à tous les bons&fideles Suiets do
Roy , & principalement aux Magistrats
& au Peuple de cette ville de
Lifle, qui ne peuvent affez exprimer
la joye qu'ils reçoiventde l'honneur
de vôtre presence. Ils admirent
estiment , Meffeigneurs, vôtre generositéde
paſſer des extrêmitez de l'Ovient
dans ces contrées au peril de
vôtre vie, & ils tiennentcettefera
veur pour une preuve aſſurée de la
finceritéde vos affections. Cette inf
piration de l'Auguste Roy de Siam,
à rechercher l'amitié de ſa Majesté,
preferablement à tous autres , leur
paroit un effet de la Divine Provi
dence , qui leur preſage que cette
union perfuadera plus fortement le
Roy votre Maitre , d'embrasfer la
Nij
148 IV.P du Voyage
même creance, &de sefaire instruire
de la veritéde laReligion Chreftienne.
Noussouhaitons , Meſſeigneurs, que
cette penséefuit lafin heureuse &le
fruit de vôtre Voyage & de vosglorieux
travaux , à l'exemple de ce
Roy très- Pieux&très- Chieſtien, qui
apres avoir heureusement foûtenu la
Guerre ,& donné glorieusement la
Paix à l'Europe , s'applique avec
tous les soins imaginables , à faire
regnersouverainementla Loy du vray
Dieu. Enfin nous souhaitons au Roy
de Siam fous les auspices de cette
Divinité infinie & éternelle , l'accroiſſement
de sa grandeur &prof
perité, & que vous soyez auffi heureux
sous son Regne, que nous le
Sommes fous celuy du plus Sage , du
plus luſte & du plus parfait de tous
les Rois. Aggreez, Illustres Seigneurs,
des Amb. de Siam. 149
tes voeux de vos très-humbles &
três- obeiſſans Serviteurs ."
Pendant le ſéjour que les
Ambaffadeurs firent à Lifle,
ils eurent cent Hommes de
garde à leur logis , & les ruës
furent éclairées le ſoir & toute
la nuit. Ils allerent viſiter
l'Eglife Collegiale de S. Pierre
, & celle des Dominicains,
qui eſt une des plus belles
Eglifes de la Ville , & qu'ils
examinerent avec beaucoup
de ſoin. Je vous ay déja par- .
lé de l'Hôpital Comteſſe, où
ces Ambaſſadeurs allerent
Ninj
150 IV. P. du Voyage
auſſi ; mais je ne vous ay pas
dit qu'il eft ainſi nommé
parcequ'il a eſté fondé par
une Comteffe de Flandres .
Lorſque la Prieure leur preſenta
des Bouquets de Fleurs
de ſoye , comme je vous l'ay
marqué dans ma Relation
précedente , elle leur dit que
la couleur n'en changeroit ja
mais , & garderoit toûjours le
mesme éclat ; & les pria en
meſme temps de ſe ſouvenir
d'elle. Aquoy l'Ambaſſadeur
répondit qu'il s'enfſouviendroit
auſſi longtemps que les Fleurs
qu'elle leur avoit preſentées
des Amb de Siam. 151
garderoient leur couleur.
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Résumé : Harangues faites à Dunkerque, à Gravelines, & à l'Isle, qui avoient esté oubliées dans la premiere Partie du Voyage de Flandres, avec quelques nouvelles particularités. [titre d'après la table]
Le texte décrit la visite des ambassadeurs de Siam dans plusieurs villes de Flandre. À Gravelines, les ambassadeurs furent accueillis par M. Benoist, lieutenant du roi. Les troupes présentes comprenaient le régiment de Forezt, commandé par M. de Cleran, ainsi que les compagnies de Meusnier et de Manuel du régiment d'Erlac. Les magistrats et le peuple exprimèrent leur joie et leur reconnaissance. Les ambassadeurs admirèrent les troupes et demandèrent à voir les fortifications, mais en raison du mauvais temps, ils se contentèrent d'examiner le plan de la place. Ils furent également impressionnés par les dames présentes. À Dunkerque, les ambassadeurs furent conduits à l'Hôtel de Ville où ils reçurent les compliments du magistrat. Ils visitèrent les ouvrages de la marine et les fortifications avant de partir pour Ypres via le canal de Bergues. Le magistrat de Dunkerque leur offrit du vin de Champagne. À Lille, les ambassadeurs furent accueillis par les principaux officiers de la garnison et reçurent une harangue de M. de Broide, seigneur de Gondecourt. La ville fut illuminée pendant leur séjour. Ils visitèrent plusieurs églises et l'hôpital Comtesse, fondé par une comtesse de Flandres. La prieure de l'hôpital leur offrit des bouquets de fleurs en soie et leur demanda de se souvenir d'elle.
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