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1
p. 127-133
Description d'une Feste Galante donnée à Montpellier par M. de la Quere à Mademoiselle de la Verune. [titre d'après la table]
Début :
Je ne doute point, Madame, que vous ne joigniez vos [...]
Mots clefs :
Monsieur de la Quere, Mariage, Fêtes, Galanterie, Théâtre, Souper, Feu d'artifice
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texteReconnaissance textuelle : Description d'une Feste Galante donnée à Montpellier par M. de la Quere à Mademoiselle de la Verune. [titre d'après la table]
Je ne doute point , Mada- me, que vous ne joigniez vos applaudiſſemens à ceux que l'Autheur de ce Compliment a receus ; &pour paffer d'A les àMontpelier, jeus diray qu'ony parle fort du Mariage de Mademoiselle de la Verune
avec Monfieur de la Quere Capitaine des Vaiſſeaux. C'eſt une Heritiere qu'on tient ri- che d'un million. Cela eſt
conſidérable ; mais ce qui eſt beaucoup plus avantageux pourelle , c'eſt que ſa fortune,
toute grande qu'elle eft , pa- roiſt encor au deſſous de fon
merite. Monfieur de la Quere luy a donné pluſieurs Feftes.
Elles ont toutes efté d'une ga- Janterie admirable , mais fur
Hij
90 LE MERCVRE
tout la derniere vous fera voir
que l'inconnu que vous avez tant aimé fur le Theatre , &
que vous nommiez ſi plaiſam- ment L'Amant qui nese trouve point ailleurs , n'apas donné un exemple d'une fi dangereuſe confequence, qu'il n'y ait des Gens qui faffenegloire de l'i- miter. Il ne faut qu'aimer pour cela , & voicy de qu'elle ma- niere Monfieur de la Quere s'y eſt pris. Mademoiselle de la Verune s'eſtoit allé prome- ner un peu tard avec quel- ques-unes de ſes Amies &de ſes Parentes , dans un Jardin
où il y a un petit Pavillon , &
quatre Cabinets de verdure
aux quatre coins. Elles furent fort ſurpriſes de trouver dans le premier où elles entrerent ,
une Table à dix-huit couverts.
GALANT. 91
20
dic
ure
en
an
ent
erts
Lamagnificence y fut grande,
&la propreté merveilleuſe. II y eut huit Services differens,
& il n'y manqua rien de tout ce qu'on ſe peut figurer de plus exquis & de plus délicat pour le gouft. Aucune d'elles ne s'attendoit à ce Souper , &
moins encor à eſtre diverties
par un Concert admirable de Hautbois qui estoient dans
autre Cabinet. A
un
ces Haut
bois fuccederent les Violds
THEAS
1
qu'on avoit mis dans le tro fiéme ; & ils n'eurent pas plû- toſt ceffé de joüer , qu'une ex- cellente Muſiqueſe fit enten- dre dudernierde ces Cabinets.
Le Souper eſtant finy , la Ta- ble fut couverte de Bouquets de Fleurs de toutes les Saifons , & de Rubans de toutes
fortes. Un moment apres on
Hiij
92 LE MERCVRE
propoſade s'aller repoſer dans des Chaiſes de commodite qui
eſtoient dans le Pavillon , &
ce futde nouveau un agreable ſujet de ſurpriſe pour ces aima- bles Perſonnes , devoir toutle
Iardin éclairé demilleBougies qu'on avoit attacheés aux branches des Arbres , & dont
Ia lumiere leur fit découvrir
les appreſts d'un tres- beau Feud'Artifice qui dura plus de demy-heure. Il fut fuivy d'un nombre infini de Fuſées vo
lantes qui faiſoient voir en l'air de cent diferentes manieres
le Nom&les Chiffres de Mademoiselle de la Verune. Ce
Divertiſſement qui les occupa quelque temps ayantceffé, el- les continuerent de marcher
vers le Pavillon , & furent à
peine affifesdansle Veftibule,
GALANT. 93
2
X
e
1
ir
aCe
Da
-
-
er
a
qu'elles virent fortir du derrieredela Tapifſerie,des Acteurs qui leur donnerent la Comedie. Ce fut par elle que cette galante Fefte ſe termina : elle
ne finit qu'avec la nuit; &cette belle Troupen'euſt pas lieu de regreter les heures que tant de plaiſirs luy firent dérober au fommeil.
avec Monfieur de la Quere Capitaine des Vaiſſeaux. C'eſt une Heritiere qu'on tient ri- che d'un million. Cela eſt
conſidérable ; mais ce qui eſt beaucoup plus avantageux pourelle , c'eſt que ſa fortune,
toute grande qu'elle eft , pa- roiſt encor au deſſous de fon
merite. Monfieur de la Quere luy a donné pluſieurs Feftes.
Elles ont toutes efté d'une ga- Janterie admirable , mais fur
Hij
90 LE MERCVRE
tout la derniere vous fera voir
que l'inconnu que vous avez tant aimé fur le Theatre , &
que vous nommiez ſi plaiſam- ment L'Amant qui nese trouve point ailleurs , n'apas donné un exemple d'une fi dangereuſe confequence, qu'il n'y ait des Gens qui faffenegloire de l'i- miter. Il ne faut qu'aimer pour cela , & voicy de qu'elle ma- niere Monfieur de la Quere s'y eſt pris. Mademoiselle de la Verune s'eſtoit allé prome- ner un peu tard avec quel- ques-unes de ſes Amies &de ſes Parentes , dans un Jardin
où il y a un petit Pavillon , &
quatre Cabinets de verdure
aux quatre coins. Elles furent fort ſurpriſes de trouver dans le premier où elles entrerent ,
une Table à dix-huit couverts.
GALANT. 91
20
dic
ure
en
an
ent
erts
Lamagnificence y fut grande,
&la propreté merveilleuſe. II y eut huit Services differens,
& il n'y manqua rien de tout ce qu'on ſe peut figurer de plus exquis & de plus délicat pour le gouft. Aucune d'elles ne s'attendoit à ce Souper , &
moins encor à eſtre diverties
par un Concert admirable de Hautbois qui estoient dans
autre Cabinet. A
un
ces Haut
bois fuccederent les Violds
THEAS
1
qu'on avoit mis dans le tro fiéme ; & ils n'eurent pas plû- toſt ceffé de joüer , qu'une ex- cellente Muſiqueſe fit enten- dre dudernierde ces Cabinets.
Le Souper eſtant finy , la Ta- ble fut couverte de Bouquets de Fleurs de toutes les Saifons , & de Rubans de toutes
fortes. Un moment apres on
Hiij
92 LE MERCVRE
propoſade s'aller repoſer dans des Chaiſes de commodite qui
eſtoient dans le Pavillon , &
ce futde nouveau un agreable ſujet de ſurpriſe pour ces aima- bles Perſonnes , devoir toutle
Iardin éclairé demilleBougies qu'on avoit attacheés aux branches des Arbres , & dont
Ia lumiere leur fit découvrir
les appreſts d'un tres- beau Feud'Artifice qui dura plus de demy-heure. Il fut fuivy d'un nombre infini de Fuſées vo
lantes qui faiſoient voir en l'air de cent diferentes manieres
le Nom&les Chiffres de Mademoiselle de la Verune. Ce
Divertiſſement qui les occupa quelque temps ayantceffé, el- les continuerent de marcher
vers le Pavillon , & furent à
peine affifesdansle Veftibule,
GALANT. 93
2
X
e
1
ir
aCe
Da
-
-
er
a
qu'elles virent fortir du derrieredela Tapifſerie,des Acteurs qui leur donnerent la Comedie. Ce fut par elle que cette galante Fefte ſe termina : elle
ne finit qu'avec la nuit; &cette belle Troupen'euſt pas lieu de regreter les heures que tant de plaiſirs luy firent dérober au fommeil.
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Résumé : Description d'une Feste Galante donnée à Montpellier par M. de la Quere à Mademoiselle de la Verune. [titre d'après la table]
Le texte évoque un mariage prochain entre Mademoiselle de la Verune et Monsieur de la Quere, capitaine des vaisseaux. Mademoiselle de la Verune est une héritière fortunée, possédant un million, bien que sa valeur personnelle soit jugée supérieure à sa richesse. Monsieur de la Quere a organisé plusieurs réjouissances en son honneur, dont une fête particulièrement mémorable. Lors de cette dernière, Mademoiselle de la Verune et ses amies ont été agréablement surprises par un somptueux souper dans un jardin, accompagné de huit services et d'un concert de hautbois et violons. Après le souper, le jardin a été illuminé par des bougies et un feu d'artifice a été tiré, avec des fusées affichant le nom et les chiffres de Mademoiselle de la Verune. La soirée s'est conclue par une comédie interprétée par des acteurs dans le pavillon, offrant ainsi de nombreux divertissements aux invités jusqu'à la nuit.
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2
p. 107-112
Autres faites à Paris par les Augustins Reformez établis au Fauxbourg Saint Germain. [titre d'après la table]
Début :
Les Augustins Réformez établis au Fauxbourg Saint Germain, ont aussi [...]
Mots clefs :
Augustins réformés, Procession, Vêpres, Vénération, Abbaye, Chasse, Te Deum, Éloge, Martyrs, Fêtes
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texteReconnaissance textuelle : Autres faites à Paris par les Augustins Reformez établis au Fauxbourg Saint Germain. [titre d'après la table]
Les Auguſtins Réformez
établis au Fauxbourg Saint
Germain , ont auffi commencé
par une Proceffion la So-
# lemnité de l'Octave qu'ils
ont faite cette année de Saint
Feliciffime. Ils firent cette ,
Proceffion à l'iffuë de Vef
pres le Dimanche 29. Avril,
avec une pompe digné de la
evenération , qu'on doit avoir
pour ce Saint dont ils ont le
* Corps entier dans une Chaffe
de trois pieds de long & def
deux de large. Quatre Reli-
1
..
108 MERCURE
gieux Preftres revétus d'Au
bes & de Dalmatiques
la
portoient. Ils avoienr à leurs
coftez la Compagnie des Gardes
de M' le Duc de Crequi
Gouverneur de Paris avec
leurs Officiers , & eftoient
environnez d'une Troupe de
petits Anges portant des
Flambeaux & des bandero
les . La Proceffion eftant arrivée
à l'Abbaye de Saint Germain
des Prez , le Prieur en
Chappe qui l'attendoit avec
fes Religieux à la Porte de
l'Eglife , harangua le Pere
Talon , Prieur des Auguftins,
GALANT. 1og
qui l'avoit premierement harangué
fur le fujet de cette
Sainte Relique , aprés quoy
il fit chanter le Te Deum. On
alla dans l'Eglife des Peres
de la Charité , qui fe trouverent
tous à la Porte poury recevoir
la Proceffion , ce qui
eftant fait , elle retourna à
l'Eglife des Peres Auguſtins,
où la Chaffe fut posée ſur une
Table qui eftoit fur une Eſtrade
autour de laquelle il y
avoit une Baluftrade avec un
Eriche Dais au deffus. On
chanta le Te Deum , & pendant
ce temps les Religieux
To MERCURE
qui eftoient en deux Colomnes
au nombre de cent quatorze
vinrent deux à deux
>
baifer la Chaffe. Le Te Deum
achévé , M' le Curé de Saint
-Sulpice monta en Chaire , &
fit l'Eloge du Saint avec un
zele qui répondoit à ſa pieté.
La Chaffe demeura expofée
toute l'Octave , & beaucoup
de Perfonnes qui font venues
reclamer ce Saint , en ont receu
des foulagemens extraordinaires.
Les Peres Auguftins
Réformez du Faubourg
Saint Germain doiyent
ces préci.ufes Reliques
*
GALANT: III
J
à la pieufe liberalité de Ma
dame la Ducheffe de Crequi.
Elle les tenoit de Madame la
Ducheffe de Bracciane , qui
les luy donna le 10. Decembre
1682. & à laquelle M' le
Cardinal Porto Carrero les
avoit données . Il les avoit
receués de M' le Cardinal
Carpégna pour lequel le
Corps de Saint Feliciffime
: avoit efté tiré du Cimetiere
de Prétextat par ordre de
Clement X. avec pouvoir de
le garder , ou de le donner à
quelque autre , comme il le
jugeroit à propos.Ce Saint eſt
112 MERCURE
celuy qui eftoit le Diacre de
Sixte II. Pape & Martyr , &
qui fouffrit le Martyre avec
luy & Saint Agapit, fon autre
Diacre,fous l'Empereur Valerien
. L'Eglife celebre la Fefte
de plufieurs autres Saints qui
ont porté le nom de Felicifime
, mais comme il n'y a que
le Diacre de Saint Sixte qui ait
eftéinhumé dans le Cimetiere
de Prétetxat
, on ne peut
sdouter que ce ne foit ce Mar.
tyr Illuftre , dont le Corps en
a efté tiré de nos jours.
établis au Fauxbourg Saint
Germain , ont auffi commencé
par une Proceffion la So-
# lemnité de l'Octave qu'ils
ont faite cette année de Saint
Feliciffime. Ils firent cette ,
Proceffion à l'iffuë de Vef
pres le Dimanche 29. Avril,
avec une pompe digné de la
evenération , qu'on doit avoir
pour ce Saint dont ils ont le
* Corps entier dans une Chaffe
de trois pieds de long & def
deux de large. Quatre Reli-
1
..
108 MERCURE
gieux Preftres revétus d'Au
bes & de Dalmatiques
la
portoient. Ils avoienr à leurs
coftez la Compagnie des Gardes
de M' le Duc de Crequi
Gouverneur de Paris avec
leurs Officiers , & eftoient
environnez d'une Troupe de
petits Anges portant des
Flambeaux & des bandero
les . La Proceffion eftant arrivée
à l'Abbaye de Saint Germain
des Prez , le Prieur en
Chappe qui l'attendoit avec
fes Religieux à la Porte de
l'Eglife , harangua le Pere
Talon , Prieur des Auguftins,
GALANT. 1og
qui l'avoit premierement harangué
fur le fujet de cette
Sainte Relique , aprés quoy
il fit chanter le Te Deum. On
alla dans l'Eglife des Peres
de la Charité , qui fe trouverent
tous à la Porte poury recevoir
la Proceffion , ce qui
eftant fait , elle retourna à
l'Eglife des Peres Auguſtins,
où la Chaffe fut posée ſur une
Table qui eftoit fur une Eſtrade
autour de laquelle il y
avoit une Baluftrade avec un
Eriche Dais au deffus. On
chanta le Te Deum , & pendant
ce temps les Religieux
To MERCURE
qui eftoient en deux Colomnes
au nombre de cent quatorze
vinrent deux à deux
>
baifer la Chaffe. Le Te Deum
achévé , M' le Curé de Saint
-Sulpice monta en Chaire , &
fit l'Eloge du Saint avec un
zele qui répondoit à ſa pieté.
La Chaffe demeura expofée
toute l'Octave , & beaucoup
de Perfonnes qui font venues
reclamer ce Saint , en ont receu
des foulagemens extraordinaires.
Les Peres Auguftins
Réformez du Faubourg
Saint Germain doiyent
ces préci.ufes Reliques
*
GALANT: III
J
à la pieufe liberalité de Ma
dame la Ducheffe de Crequi.
Elle les tenoit de Madame la
Ducheffe de Bracciane , qui
les luy donna le 10. Decembre
1682. & à laquelle M' le
Cardinal Porto Carrero les
avoit données . Il les avoit
receués de M' le Cardinal
Carpégna pour lequel le
Corps de Saint Feliciffime
: avoit efté tiré du Cimetiere
de Prétextat par ordre de
Clement X. avec pouvoir de
le garder , ou de le donner à
quelque autre , comme il le
jugeroit à propos.Ce Saint eſt
112 MERCURE
celuy qui eftoit le Diacre de
Sixte II. Pape & Martyr , &
qui fouffrit le Martyre avec
luy & Saint Agapit, fon autre
Diacre,fous l'Empereur Valerien
. L'Eglife celebre la Fefte
de plufieurs autres Saints qui
ont porté le nom de Felicifime
, mais comme il n'y a que
le Diacre de Saint Sixte qui ait
eftéinhumé dans le Cimetiere
de Prétetxat
, on ne peut
sdouter que ce ne foit ce Mar.
tyr Illuftre , dont le Corps en
a efté tiré de nos jours.
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Résumé : Autres faites à Paris par les Augustins Reformez établis au Fauxbourg Saint Germain. [titre d'après la table]
Le 29 avril, les Augustins Réformés du Faubourg Saint-Germain ont célébré la solennité de l'Octave de Saint Félicissime. Une procession, dirigée par quatre religieux portant une châsse contenant le corps du saint, s'est rendue à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, escortée par la Compagnie des Gardes du Duc de Créqui et des enfants portant des flambeaux et des bannières. À l'arrivée, le prieur de l'abbaye a adressé un discours au père Talon, prieur des Augustins, suivi du chant du Te Deum. La procession a ensuite rejoint l'église des Pères de la Charité avant de revenir à l'église des Pères Augustins, où cent quatorze religieux ont vénéré la châsse. Le curé de Saint-Sulpice a loué le saint. La châsse est restée exposée durant toute l'octave, attirant de nombreux fidèles espérant des miracles. Les reliques, offertes par la Duchesse de Créqui, provenaient de la Duchesse de Bracciano, qui les avait reçues du Cardinal Porto Carrero, lui-même les ayant obtenues du Cardinal Carpégna. Le corps de Saint Félicissime, diacre de Sixte II et martyr sous l'empereur Valérien, avait été exhumé du cimetière de Prétextat par ordre du pape Clément X.
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3
p. 296-298
Réjoüissances faites à Angers. [titre d'après la table]
Début :
Tous les avantages qui ont esté remportez sur les Troupes [...]
Mots clefs :
Troupes ottomanes, Chrétiens, Fêtes, Angers, Feux d'artifice, Harmonie
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texteReconnaissance textuelle : Réjoüissances faites à Angers. [titre d'après la table]
Tous les avantages qui
ont efté
remportez ſur les
Troupes Ottomanes , ayant
caufé beaucoup de réjouiffances
genérales parmy les
Chrétiens ont fait faire
quantité de Festes particu
酒
GALANT 297
fieres. Celles qui ont le plus
éclaté ont efté faites à Angers
par quinze ou feize
Gentilhommes Allemands ,
du nombre defquels font
M le Comte de Truchfes,
& Mrs les Barons de Mege
rii , de Sonau , de Guimenyh
& de Hock. Ils ont fait bril
ler des illuminations , rem→
plir l'air d'artifice , fait entendre
des Salves & des
Concerts guerriers , & d'autres
dont l'harmonie eft plus
douce. Les grands repas
1.
n'ont point efté épargnez,
& ils y ont paru veritables
298 MERCURE
Allemands. Enfin ils n'ont
rien oublié pour marquer
leur joye , & l'on pourroit
dire qu'ils ont efté au de là
de tout ce que des Particu
liers peuvent faire en de pareilles
occafions.
ont efté
remportez ſur les
Troupes Ottomanes , ayant
caufé beaucoup de réjouiffances
genérales parmy les
Chrétiens ont fait faire
quantité de Festes particu
酒
GALANT 297
fieres. Celles qui ont le plus
éclaté ont efté faites à Angers
par quinze ou feize
Gentilhommes Allemands ,
du nombre defquels font
M le Comte de Truchfes,
& Mrs les Barons de Mege
rii , de Sonau , de Guimenyh
& de Hock. Ils ont fait bril
ler des illuminations , rem→
plir l'air d'artifice , fait entendre
des Salves & des
Concerts guerriers , & d'autres
dont l'harmonie eft plus
douce. Les grands repas
1.
n'ont point efté épargnez,
& ils y ont paru veritables
298 MERCURE
Allemands. Enfin ils n'ont
rien oublié pour marquer
leur joye , & l'on pourroit
dire qu'ils ont efté au de là
de tout ce que des Particu
liers peuvent faire en de pareilles
occafions.
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Résumé : Réjoüissances faites à Angers. [titre d'après la table]
Les gentilshommes allemands ont célébré leurs victoires sur les troupes ottomanes avec des fêtes somptueuses à Angers. Parmi eux figuraient le Comte de Truchsef et les Barons de Megeri, de Sonau, de Guimenyh et de Hock. Les festivités incluaient illuminations, feux d'artifice, salves de canons, concerts et grands repas, où ils ont affirmé leur identité allemande.
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4
s. p.
A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR ERNEST-AUGUSTE Duc de Brunsvic-Lunebourg, de Hanover, de Calemberg, de Gottinghem, de Grubenhagen, Prince d'Osnabruc, &c.
Début :
MONSEIGNEUR, Depuis onze années que je travaille au Mercure, qu'on [...]
Mots clefs :
Souverains, Actions, Rang, Cour, Sujets, Prince, Peuples, États, Souverains, Fêtes, Spectacles, Parler, Troupes, Gloire, Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR ERNEST-AUGUSTE Duc de Brunsvic-Lunebourg, de Hanover, de Calemberg, de Gottinghem, de Grubenhagen, Prince d'Osnabruc, &c.
A SON
ALTESSE SERENISSIME.
MONSEIGNEUR
ERNEST 3 AUGUSTE
Duc de Brunfvic- Lunebourg,
de Hanover,de Calemberg, de
Gottinghem , de Grubenha-
Prince d'Ofnabruc , &c.
gen,
ONSEIGNEUR,
Depuis onze années que je travaille
au Mercure , qu'on peut
a ij
EPISTRE.
"
nommer l'Abbregé de l'Hiftoire du
Monde, & dont j'ay déja fait prés
de deux cens Volumes avec quelque
forte d'approbation , puis que le
Public a fouffert que le nombre en
foit devenu fi grand , il y a peu
de Cours , & particulierement dans
l'Europe , dont je n'aye fait voir la
galanterie , la magnificence , & la
grandeur , & par confequent peu
de Souverains dont je n'aye décrit
les plus éclatantes Actions ; mais
comme tant d'augufte Perfonnes ne
font pas toujours également diftinguées
, & qu'il s'en trouve qui font
plus d'honneur à leur rang qu'ils
n'en reçoivent d'éclat , tout ce que
la Renommée a pris foin de m'apprendre
de Vous ,
MONSEIGNEUR
,
pour embellir mon Hiftoire , m'afait
connoiftre qu'un nombre infiny de
brillantes Actions ont fait meriter
EPISTRE.
à V. A.S. une des premieres places
entre les Souverains , qui à force de
vertus fe font élevez au deffus de
beur Naiffance. Qui peut mieux en
eſtre informé que moy ,
MONSEIGNEUR
, qui ayant pris foin de
m'en inftruire , en ay rendu à toute
la terre un compte exact & fidel
le ? J'ay marqué la joye de vos
Peuples lors que vous priftes poffef
fion des Eftats où un droit hereditaire
vous a appellé. Ils connoif-
·foient V. A. S. & le bonheur dont
ils devoient jouir , fous le Regne
glorieux & fortuné d'un-Souverain.
fi digne d'eftre leur Maiftre , &
Si parfaitement honnefte Homme
qualité plus rare & plus eftimée
que les Titres les plus faftueux que
puiffent donner la naissance & la
fortune. Il feroit difficile qu'on
puft porter la magnificence plus loin
a iij
EPISTRE.
que vous avez fait , lors que vous
avez receu chez vous des Souverains
avec leur Cour entiere . Auffi
je travaillay avec beaucoup de
plaifir à la defcription des galantes
& fuperbes Feftes que vous donnaftes
à la feue Reyne Douairiere
de Dannemark , Soeur de V. A. S.
lors que cette Princeſſe y fut regalée
de tous les Spectacles qu'un magnifique
& grand Prince peut donner.
Voftre Ame genereufe n'en
demeura pas-là , & la Cour de cette
auguste Reyne ne quitta la vofre
que comblée de Prefens ; il ne
faut qu'entendre parler là- deffus
ceux qui s'y trouverent , auffi- bien
que tous les Sujets des Souverains
qui ont eu l'avantage de vous voir
dans leurs Eftats ,pour apprendre la
maniere de fe diftinguer en donnant.
L'Allemagne ne s'en tait
pass
EPISTRE.
pas ; l'Italie en parle ; Rome le
publie , & Venife fait retentir
vos loüanges fur un article fi dignes
d'une belle Ame , & qui marque
avec tant d'éclat le caractere d'un
Souverain. C'est par cet endroit,
par vos manieres galantes , & par
vos Troupes , qui ont tant cueilly de
Lauriers cette Campagne avec l'Armée
Venitienne , que vous regnez
dans les coeurs des Sujets de cette
puiffante Republique , comme dans
ceux des voftres mefmes. Quels
Spectacles n'y avez - vous point donnez
? Quels applaudiffemens
n'y
avez - vous point reccns , & avec
quelle ardeur n'y eftes vous point
fouhaité , puis qu'avec l'allegreffe
que vostre galanterie & vos Feftes
y répandent , vos liberalite font
ques ces Peuples n'oublieront jamais
V. A. S. Toutes ces Feftes, tous
-
ces
EPISTRE.
ne
ces Spectacles aufquels un Souve
rain femble eftre obligé pour fou
tenir la gloire de fon rang ,
vous ont point détourné des foins
que vous devez à la conduite de
vos Eftats , & n'ont point empef
ché que vous n'ayez toûjours en
de bonnes Troupes & bien difciplinées.
Je n'entre point dans le
détail de ce que vous avez souvent
fait à leur tefte , & je diray fenlement
que depuis ce temps-là vous
en avez eu en Hongrie qui ont eu
part aux defaites des Ennemis de
la Chreftienté , & que cette année
voftre Sang s'eft partagé pour combattre
ces mefmes Ennemis. Deux
Princes qui tiennent de Vous le
Sang glorieux qui les anime . &
qui les pouffe à chercher la gloire
par tout où on peut la trouver ,
ont combattu , l'un à la tefte des
Cui
EPISTR E.
Cuiraffters de l'Empereur , qu'il
commande , & l'autre avec les Troupes
de Voftre Alteffe Sereniffime
qui font employées dans l'Armée
Venitienne. Je devrois icy, MONSEIGNEUR
parler de voftre Perfonne
, & de cet air grand &
noble qui n'attire pas moins les regards
de tous ceux qui voyent Voftre
Alteffe Sereniffime , que le
rang que vous tenez entre les Souverains.
Je devrois auffi faire une
peinture de vostre Efprit , afin
de vous montrer tout entier aux
Peuples des Nations qui ne peuvent
vous connoistre que par ce
qu'ils entendent dire de Voftre Alteffe
Sereniffime. Mais , MO NSEIGNEUR
il feroit inutile
d'en parler aprés ce que je viens de
dire de Vous , puis qu'il eft impoffable
qu'on ne foit perfuadé qu'un
a v
EPISTRE.
Prince fi galant , fi magnifique
& fi plein de coeur , n'ait pas toutes
les qualite du corps & de l'aqu'on
peut fouhaitter dans me
ر
un Souverain accomply. Tout ce
qui vous touche de plus prés,Mon-
SEIGNEUR , & mefme tout ce qui
vous appartient , jouit des mefmes
dons de la Nature . La France a
reconnu ces veritez lors que voftre
augufte Efpoufe , & la Princeffe
voftre Fille ont brillé à la Cour
de Louis LE GRAND ,
puis qu'elles y ont efté fi eftimées
par tous les endroits qui peuvent
faire meriter au beau Sexe les
louanges d'une Cour difficile , &
de bon gouft , on ne fcauroit douter
qu'elles ne foient außi parfaites
qu'elles y ont paru. Je ne parleray
point ici de l'ancienneté de
voftre Augufte Maifon , il faudroit
fouil
EPISTR E.
fouiller trop avant dans les ficcles
les plus reculez pour penetrerjufques
à fa glorieufe fource , & puis
que les plus anciennesfont les plus
confiderables , & que celle de Voftre
Alteffe Sereniffime , eft generalement
reconnue pour eftre de ce.
nombre , ilfuffit ,fans que je m'étende
plus au long fur une chofe
fi connue , de la mettre au premier
rang des plus illuftres de la terre.
Je n'ouvriray point non plus les
Tombeaux de vos Anceftres , & ne
chercheray point leur Histoire pour
vous louer par ce qu'ils ont fait de
grand , puis que Voftre Alteffe Sereniffime
eft affe digne d'éloges
parce qu'Elle fait Elle - mefme.
Oy , MONSEIGNEUR , mille &
mille endroits de vostre vie porteront
la gloire de vostre nom jufqu'à
la pofterité la plus éloignée.
Vos
EPISTRE.
On ne
Vos Sujets ne font pas les feuls qui
vantent la douceur de voftre Regne
, & le bon choix que vous avez
fait des Miniftres qui gouvernent
fous vos ordres. Ils ne
publient pas feuls vos grandes qualitez
, mais les Etrangers mêlent
leurs voix à celles de ces Sujets
pleins d'amour & de zele.
fçauroit douter de ces veritez qui
vous font fi glorieufes , puis que
tant de Nations differentes en conviennent.
Auffi l'éloge que j'ay ofe
entreprendre, ne contient- il que des
faits , & non de ces paroles flatenfes
qu'on applique à tous ceux dont
la Vie ne fournit aucunes Actions
éclatantes qui meritent qu'on en
parle. QQuuooyy qquuee la reconnoiffance
m'ait engagé à dedier cet Ouvrage
à Voftre Alteffe Sereniffime,
j'ay au moins l'avantage qu'on ne
pren
EPISTR E.
prendra point pour flateries les éloges
que je viens de luy donner.
Je dois cette reconnoiſſance à l'eftime
que vous avez fait voirpour
le Mercure , en témoignant il y au
Sept ans que vous fouhaitiez que
j'euffe l'honneur de vous l'envoyer,
& à la bonté que vous avez euë
de vouloir bien le recevoir depuis
ce temps - là. J'ofe dire , MO NSEIGNEUR
, qu'il n'eftoit pas
indigne de vostre curiofité , puis
que vous y avez veu un nombre infini
des Actions toutes merveillenfes
de Louis LE GRAND,
& que vous y avez lû tout ce que
Vous avez fait de remarquable depuis
un affez grand nombre d'années.
Je ne vous dis rien du Livre
que je prends aujourd'huy la
liberté de vous offrir , puis que
Voftre Alteffe Sereniffime en va
juger
EPISTR E.
juger Elle - mefme. La matiere ,
MONSEIGNEUR , vous en doit
eftre d'autant plus agreable , qu'en
faifant voir les pertes que les Infidelles
viennent de faire, elle vous
fera fouvenir que vostre Sang a
beaucoup contribué à les humilier
en Hongrie,& dans la Morée. Ainfi
c'est beauconp que de vous prefenter
un Ouvrage dont le sujet doit
plaire à Voftre Alteffe Sereniffime,
& il ne me reste plus qu'à vous fupplier
de vouloir permettre que l'Autheur
fe dife avec un profond refpect
,
MONSEIGNEUR ,
De V. A. S.
Le tres- humble & tresobeïffant
ferviteur.
DEVIZE
ALTESSE SERENISSIME.
MONSEIGNEUR
ERNEST 3 AUGUSTE
Duc de Brunfvic- Lunebourg,
de Hanover,de Calemberg, de
Gottinghem , de Grubenha-
Prince d'Ofnabruc , &c.
gen,
ONSEIGNEUR,
Depuis onze années que je travaille
au Mercure , qu'on peut
a ij
EPISTRE.
"
nommer l'Abbregé de l'Hiftoire du
Monde, & dont j'ay déja fait prés
de deux cens Volumes avec quelque
forte d'approbation , puis que le
Public a fouffert que le nombre en
foit devenu fi grand , il y a peu
de Cours , & particulierement dans
l'Europe , dont je n'aye fait voir la
galanterie , la magnificence , & la
grandeur , & par confequent peu
de Souverains dont je n'aye décrit
les plus éclatantes Actions ; mais
comme tant d'augufte Perfonnes ne
font pas toujours également diftinguées
, & qu'il s'en trouve qui font
plus d'honneur à leur rang qu'ils
n'en reçoivent d'éclat , tout ce que
la Renommée a pris foin de m'apprendre
de Vous ,
MONSEIGNEUR
,
pour embellir mon Hiftoire , m'afait
connoiftre qu'un nombre infiny de
brillantes Actions ont fait meriter
EPISTRE.
à V. A.S. une des premieres places
entre les Souverains , qui à force de
vertus fe font élevez au deffus de
beur Naiffance. Qui peut mieux en
eſtre informé que moy ,
MONSEIGNEUR
, qui ayant pris foin de
m'en inftruire , en ay rendu à toute
la terre un compte exact & fidel
le ? J'ay marqué la joye de vos
Peuples lors que vous priftes poffef
fion des Eftats où un droit hereditaire
vous a appellé. Ils connoif-
·foient V. A. S. & le bonheur dont
ils devoient jouir , fous le Regne
glorieux & fortuné d'un-Souverain.
fi digne d'eftre leur Maiftre , &
Si parfaitement honnefte Homme
qualité plus rare & plus eftimée
que les Titres les plus faftueux que
puiffent donner la naissance & la
fortune. Il feroit difficile qu'on
puft porter la magnificence plus loin
a iij
EPISTRE.
que vous avez fait , lors que vous
avez receu chez vous des Souverains
avec leur Cour entiere . Auffi
je travaillay avec beaucoup de
plaifir à la defcription des galantes
& fuperbes Feftes que vous donnaftes
à la feue Reyne Douairiere
de Dannemark , Soeur de V. A. S.
lors que cette Princeſſe y fut regalée
de tous les Spectacles qu'un magnifique
& grand Prince peut donner.
Voftre Ame genereufe n'en
demeura pas-là , & la Cour de cette
auguste Reyne ne quitta la vofre
que comblée de Prefens ; il ne
faut qu'entendre parler là- deffus
ceux qui s'y trouverent , auffi- bien
que tous les Sujets des Souverains
qui ont eu l'avantage de vous voir
dans leurs Eftats ,pour apprendre la
maniere de fe diftinguer en donnant.
L'Allemagne ne s'en tait
pass
EPISTRE.
pas ; l'Italie en parle ; Rome le
publie , & Venife fait retentir
vos loüanges fur un article fi dignes
d'une belle Ame , & qui marque
avec tant d'éclat le caractere d'un
Souverain. C'est par cet endroit,
par vos manieres galantes , & par
vos Troupes , qui ont tant cueilly de
Lauriers cette Campagne avec l'Armée
Venitienne , que vous regnez
dans les coeurs des Sujets de cette
puiffante Republique , comme dans
ceux des voftres mefmes. Quels
Spectacles n'y avez - vous point donnez
? Quels applaudiffemens
n'y
avez - vous point reccns , & avec
quelle ardeur n'y eftes vous point
fouhaité , puis qu'avec l'allegreffe
que vostre galanterie & vos Feftes
y répandent , vos liberalite font
ques ces Peuples n'oublieront jamais
V. A. S. Toutes ces Feftes, tous
-
ces
EPISTRE.
ne
ces Spectacles aufquels un Souve
rain femble eftre obligé pour fou
tenir la gloire de fon rang ,
vous ont point détourné des foins
que vous devez à la conduite de
vos Eftats , & n'ont point empef
ché que vous n'ayez toûjours en
de bonnes Troupes & bien difciplinées.
Je n'entre point dans le
détail de ce que vous avez souvent
fait à leur tefte , & je diray fenlement
que depuis ce temps-là vous
en avez eu en Hongrie qui ont eu
part aux defaites des Ennemis de
la Chreftienté , & que cette année
voftre Sang s'eft partagé pour combattre
ces mefmes Ennemis. Deux
Princes qui tiennent de Vous le
Sang glorieux qui les anime . &
qui les pouffe à chercher la gloire
par tout où on peut la trouver ,
ont combattu , l'un à la tefte des
Cui
EPISTR E.
Cuiraffters de l'Empereur , qu'il
commande , & l'autre avec les Troupes
de Voftre Alteffe Sereniffime
qui font employées dans l'Armée
Venitienne. Je devrois icy, MONSEIGNEUR
parler de voftre Perfonne
, & de cet air grand &
noble qui n'attire pas moins les regards
de tous ceux qui voyent Voftre
Alteffe Sereniffime , que le
rang que vous tenez entre les Souverains.
Je devrois auffi faire une
peinture de vostre Efprit , afin
de vous montrer tout entier aux
Peuples des Nations qui ne peuvent
vous connoistre que par ce
qu'ils entendent dire de Voftre Alteffe
Sereniffime. Mais , MO NSEIGNEUR
il feroit inutile
d'en parler aprés ce que je viens de
dire de Vous , puis qu'il eft impoffable
qu'on ne foit perfuadé qu'un
a v
EPISTRE.
Prince fi galant , fi magnifique
& fi plein de coeur , n'ait pas toutes
les qualite du corps & de l'aqu'on
peut fouhaitter dans me
ر
un Souverain accomply. Tout ce
qui vous touche de plus prés,Mon-
SEIGNEUR , & mefme tout ce qui
vous appartient , jouit des mefmes
dons de la Nature . La France a
reconnu ces veritez lors que voftre
augufte Efpoufe , & la Princeffe
voftre Fille ont brillé à la Cour
de Louis LE GRAND ,
puis qu'elles y ont efté fi eftimées
par tous les endroits qui peuvent
faire meriter au beau Sexe les
louanges d'une Cour difficile , &
de bon gouft , on ne fcauroit douter
qu'elles ne foient außi parfaites
qu'elles y ont paru. Je ne parleray
point ici de l'ancienneté de
voftre Augufte Maifon , il faudroit
fouil
EPISTR E.
fouiller trop avant dans les ficcles
les plus reculez pour penetrerjufques
à fa glorieufe fource , & puis
que les plus anciennesfont les plus
confiderables , & que celle de Voftre
Alteffe Sereniffime , eft generalement
reconnue pour eftre de ce.
nombre , ilfuffit ,fans que je m'étende
plus au long fur une chofe
fi connue , de la mettre au premier
rang des plus illuftres de la terre.
Je n'ouvriray point non plus les
Tombeaux de vos Anceftres , & ne
chercheray point leur Histoire pour
vous louer par ce qu'ils ont fait de
grand , puis que Voftre Alteffe Sereniffime
eft affe digne d'éloges
parce qu'Elle fait Elle - mefme.
Oy , MONSEIGNEUR , mille &
mille endroits de vostre vie porteront
la gloire de vostre nom jufqu'à
la pofterité la plus éloignée.
Vos
EPISTRE.
On ne
Vos Sujets ne font pas les feuls qui
vantent la douceur de voftre Regne
, & le bon choix que vous avez
fait des Miniftres qui gouvernent
fous vos ordres. Ils ne
publient pas feuls vos grandes qualitez
, mais les Etrangers mêlent
leurs voix à celles de ces Sujets
pleins d'amour & de zele.
fçauroit douter de ces veritez qui
vous font fi glorieufes , puis que
tant de Nations differentes en conviennent.
Auffi l'éloge que j'ay ofe
entreprendre, ne contient- il que des
faits , & non de ces paroles flatenfes
qu'on applique à tous ceux dont
la Vie ne fournit aucunes Actions
éclatantes qui meritent qu'on en
parle. QQuuooyy qquuee la reconnoiffance
m'ait engagé à dedier cet Ouvrage
à Voftre Alteffe Sereniffime,
j'ay au moins l'avantage qu'on ne
pren
EPISTR E.
prendra point pour flateries les éloges
que je viens de luy donner.
Je dois cette reconnoiſſance à l'eftime
que vous avez fait voirpour
le Mercure , en témoignant il y au
Sept ans que vous fouhaitiez que
j'euffe l'honneur de vous l'envoyer,
& à la bonté que vous avez euë
de vouloir bien le recevoir depuis
ce temps - là. J'ofe dire , MO NSEIGNEUR
, qu'il n'eftoit pas
indigne de vostre curiofité , puis
que vous y avez veu un nombre infini
des Actions toutes merveillenfes
de Louis LE GRAND,
& que vous y avez lû tout ce que
Vous avez fait de remarquable depuis
un affez grand nombre d'années.
Je ne vous dis rien du Livre
que je prends aujourd'huy la
liberté de vous offrir , puis que
Voftre Alteffe Sereniffime en va
juger
EPISTR E.
juger Elle - mefme. La matiere ,
MONSEIGNEUR , vous en doit
eftre d'autant plus agreable , qu'en
faifant voir les pertes que les Infidelles
viennent de faire, elle vous
fera fouvenir que vostre Sang a
beaucoup contribué à les humilier
en Hongrie,& dans la Morée. Ainfi
c'est beauconp que de vous prefenter
un Ouvrage dont le sujet doit
plaire à Voftre Alteffe Sereniffime,
& il ne me reste plus qu'à vous fupplier
de vouloir permettre que l'Autheur
fe dife avec un profond refpect
,
MONSEIGNEUR ,
De V. A. S.
Le tres- humble & tresobeïffant
ferviteur.
DEVIZE
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Résumé : A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR ERNEST-AUGUSTE Duc de Brunsvic-Lunebourg, de Hanover, de Calemberg, de Gottinghem, de Grubenhagen, Prince d'Osnabruc, &c.
L'épître est adressée à Ernest-Auguste, Duc de Brunswick-Lunebourg, de Hanovre, de Calenberg, de Göttingen, de Grubenhagen, et Prince d'Osnabrück. L'auteur, collaborateur du Mercure, un abrégé de l'histoire du monde, exprime son admiration pour les nombreuses actions brillantes du Duc. Il met en avant les fêtes somptueuses organisées en l'honneur de la reine douairière de Danemark, soulignant la générosité du Duc envers les souverains et leurs cours. L'auteur mentionne également les exploits militaires du Duc aux côtés des armées vénitiennes. La magnificence et la galanterie du Duc sont soulignées, ainsi que son sens du devoir envers ses sujets. La famille du Duc, notamment son épouse et sa fille, est également louée pour leurs qualités à la cour de Louis XIV. L'épître se conclut par une expression de gratitude pour le soutien du Duc au Mercure et par l'offrande d'un ouvrage traitant des victoires contre les infidèles, auxquelles le Duc a contribué.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
s. p.
AVIS.
Début :
Comme les Festes solemnelles qui ont esté faites dans toute [...]
Mots clefs :
Guérison du roi, Histoire journalière, Historien, Nouvelles ordinaires, Fêtes, Ambassade de Siam, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
COmme les Fejees folemnelles
qui ont efiéfaites dans
toute lu Prance , pour marquer
sh lufoye que U guérifin du Ry
a caufée a tous les Peuples,
j/ ont ypour ainfîdire ^efié jufqua
ïinfiny fil a efté impoffble de
les faire entrer toutes dans trois
ou quatre Volumes
3
€) on, l'a pu
d autant moins 5 qu ilarme en^^
core tous lesjours des Mémoires
des Provinces les plus éloignées^
ainfi l on efi obligé de différerpuff
a.1).
AVIS.
qu’au mois prochain à donner h c
refie de ces fiâmes réjoüiflances. fi ilnefieroitpas jufte que lavenir n
rien trouvafique la moitiédam s‘
rHiftoire journalière que venih
ferment les Mercures 3 & Ion da
auroit lieu de croire qu il ny
roit quune partie de la France
quifeferoit impofie ce pieux de^p
voir, quoy que le ze le ardentch
de l'autre naît pas paru avectâ
moins d'éclat. Quelques
- uns aui
croyent que parce que l'on ne^
prie plus , on doit cefier de direct
quon a prié. Mais ces raifins^u
nefiont pointpour un Hifiorien,
( es puis quon en trouve qui ne
AVIS.
le commencentaujourdihuy des Hi-
25. foires de ce qui s efi pafe il ‘ll mille y a ans , onpeut donner ce qui
75 s eft pafé ily a un mois. D'aiF ” leurs, outre lajuflice quon ren^
)n draa ceux qui ont fait éclater
t-hur %ele pour le Roy , 8 qui
iauraient fajet de fe plaindre on ne parloit point d'eux, tchacun ne peut efperer
que du
^plaifir en apprenant ce que les
S autresontfait,)puis
que lapluf
art de ces Fefies ont efléGagnées accom- de ftperbes
ornement ^rur dembedifèment des Egli
ses
, dont on ne s efloit point
i ncoreawiféen France, 6 quun
A V I S.
zele de rendreplus d'honneur dl
Dieu, @ de prier pour le Royy
avec plus de pompe, a fait im^
tenter. Les réjoüijfances qui ont^
efiéfaites aufinir des Eglifes, g
font encore une purtie de ces Fe^
fies. On achèvera le mois prc a
chain de donner tout ce
détaif
Onyferaentrerce quiilya encor c
à dire’de Paris du refie de^
France,0 1 on
ménagera lesM
fis dunemaniéré.quele Mercfi
ne
laijfera pas d efire remply de
Nouvelles ordinaires. On aur^
fait desfécondes Parties de tel
tes ces
Fefies ,
mais on n a.fi
voulu en
charger le Publieyp
s,
I
aîcs- quatre Volumes que ton:
dotent de luy donner de l Am-
^afiade de Siam, quoy que ces
MquatreVolumesfientdune très-
^grande utilité, puis quils ap-
Eprennent à connoifire ce quil y
r0 a deplus beau €) deplus curieux:
ii\
€n France , dont on na^voit en-
0i cote fait qu ébaucher la déferle
?
^tion,.
qui ont efiéfaites dans
toute lu Prance , pour marquer
sh lufoye que U guérifin du Ry
a caufée a tous les Peuples,
j/ ont ypour ainfîdire ^efié jufqua
ïinfiny fil a efté impoffble de
les faire entrer toutes dans trois
ou quatre Volumes
3
€) on, l'a pu
d autant moins 5 qu ilarme en^^
core tous lesjours des Mémoires
des Provinces les plus éloignées^
ainfi l on efi obligé de différerpuff
a.1).
AVIS.
qu’au mois prochain à donner h c
refie de ces fiâmes réjoüiflances. fi ilnefieroitpas jufte que lavenir n
rien trouvafique la moitiédam s‘
rHiftoire journalière que venih
ferment les Mercures 3 & Ion da
auroit lieu de croire qu il ny
roit quune partie de la France
quifeferoit impofie ce pieux de^p
voir, quoy que le ze le ardentch
de l'autre naît pas paru avectâ
moins d'éclat. Quelques
- uns aui
croyent que parce que l'on ne^
prie plus , on doit cefier de direct
quon a prié. Mais ces raifins^u
nefiont pointpour un Hifiorien,
( es puis quon en trouve qui ne
AVIS.
le commencentaujourdihuy des Hi-
25. foires de ce qui s efi pafe il ‘ll mille y a ans , onpeut donner ce qui
75 s eft pafé ily a un mois. D'aiF ” leurs, outre lajuflice quon ren^
)n draa ceux qui ont fait éclater
t-hur %ele pour le Roy , 8 qui
iauraient fajet de fe plaindre on ne parloit point d'eux, tchacun ne peut efperer
que du
^plaifir en apprenant ce que les
S autresontfait,)puis
que lapluf
art de ces Fefies ont efléGagnées accom- de ftperbes
ornement ^rur dembedifèment des Egli
ses
, dont on ne s efloit point
i ncoreawiféen France, 6 quun
A V I S.
zele de rendreplus d'honneur dl
Dieu, @ de prier pour le Royy
avec plus de pompe, a fait im^
tenter. Les réjoüijfances qui ont^
efiéfaites aufinir des Eglifes, g
font encore une purtie de ces Fe^
fies. On achèvera le mois prc a
chain de donner tout ce
détaif
Onyferaentrerce quiilya encor c
à dire’de Paris du refie de^
France,0 1 on
ménagera lesM
fis dunemaniéré.quele Mercfi
ne
laijfera pas d efire remply de
Nouvelles ordinaires. On aur^
fait desfécondes Parties de tel
tes ces
Fefies ,
mais on n a.fi
voulu en
charger le Publieyp
s,
I
aîcs- quatre Volumes que ton:
dotent de luy donner de l Am-
^afiade de Siam, quoy que ces
MquatreVolumesfientdune très-
^grande utilité, puis quils ap-
Eprennent à connoifire ce quil y
r0 a deplus beau €) deplus curieux:
ii\
€n France , dont on na^voit en-
0i cote fait qu ébaucher la déferle
?
^tion,.
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Résumé : AVIS.
En France, la guérison du roi a été célébrée par de nombreuses festivités, dont la liste complète est impossible à inclure dans quelques volumes. Des mémoires des provinces éloignées continuent d'arriver, retardant ainsi la publication. Un avis annonce la sortie prochaine d'un résumé des réjouissances. Certaines personnes estiment que les prières pour le roi doivent se poursuivre, bien que moins fréquemment. Le texte insiste sur l'importance de documenter les événements récents, même mineurs, pour l'histoire. Les célébrations ont inclus des processions et des réjouissances dans les églises, marquant un zèle renouvelé pour honorer Dieu et prier pour le roi. Le mois prochain, un détail complet des festivités sera publié, débutant par Paris et s'étendant à toute la France. Les volumes déjà publiés contiennent des informations précieuses sur les beautés et les curiosités de la France, bien que leur description soit encore incomplète.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 250-259
Festes de Mr le Duc d'Albe.
Début :
Mr le Duc d'Albe donne tous les ans une belle Feste, [...]
Mots clefs :
Fêtes, Bal, Duc d'Albe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Festes de Mr le Duc d'Albe.
Festes deMr le Ducd'Albe.
Mr le Duc d'Albe donne
tous lesansunebelleFeste,
selon l'usage de son Pays , le jour de la Naissance du
Roy d'Espagne. Les Efpagnols
appellent ce jour,
Dia de Anos, jour d'Années.
Son Excellence a du
grand & du magnifique
dans tout ce qu'Elle faicj
mais la nouvelledusuccez
de Brihuega,quElle reçût
lematin
, augmenta bien
la joye & l'éclat de cette
Feste, ce qui lafait differer
de quelques jours. Les
personnes dedistinction
qui y furent invitées en
grand nombre, & le Public
qui en peut juger par le dehors
, furent dans une égale
surprise, qu'à l'occasion
d'une nouvelle qui estoit
arrivée le mesme jour, Ôc
qui ne pouvoit pas estre
prévûë
, on put donner
deux repas decette magnificence,
des divertissements
publics & particuliers. &
le soir une grande illumination,
& un beau de joye, ,
qui fut suivi d'un bal qui 1
ddurua jumsqu'àacitnqinlie.uâ,es *
,- » Son Excellence eut un
peu plus detempsà donnerses
ordres & a.&preparer à";
la rejoiüssance que meritoit
la victoire complete de
Villaviciofa qui assure le
- thrône au Roy son Maistre
,
dont il a si fort à
coeur laPersonne, la gloire.,
& les interests, a ewncoçre
donné à cette occasion
une Feste qui n'a pû estre
c*omparéequ'à celles , qu a ce lCS qU.1
Elle a déjàdonné à Paris
*
sur tout à la Naissance du
Prince des Asturies. Cellecy
s'est donnée Dimanche
28. Decembre.Ellecommença
dés le midy. Il y eut
un grand dîner,&un grand
jeu l'aprés-midy. Sur le
soir trois ou quatre cens
personnes des plus qualifiées
&duplus haut rang,
qui y avoientesté invitées,
s'y rendirent. Le jeu continua
; il y eut des concerts
de musque au dehors &
au dedans de l'Hostel. A
l'entrée de la nuit. Il y eut
une illumination qui dura
toute le reste de la nuit, en
gros flambeaux de cire
blanche. Madame la Duchesse
de Vendosme s'y
renditsur les 9. heures.Entre
neuf & dix on servit un
des plus somptueux souper
qui se soit encore donné.
La premiere table où estoit
Madame de Vendosme avec
des Princesses & des
Duchessesinvitées, &des
Seigneurs du premier rang.
estoit de quarante couverts.
Cette Table estoit en
feràCheval, Il y fut servi
plus de trois cens pLus,
portez & rapportez par des
Suissesavecdes habits uniformes.
Trois ou quatre
autresTables furentservies
en mesme temps. Les plus
excellents mets y furent
servis avec autant d'ordre
que de profusion. Les Liqueurs
les
plus rares y furent
prodiguées.Dés qu'on
sortit de table entre onze
heures &minuit, ilpartit
un grand nombre de fufées
que le feu d'artifice
suivit de prés. Le Bal mencaimmédiatemecntoma-- ainimediatement a_.
prés. Il fut ouvert par Mr
le Prince d'Espinoy & par
Me la Marquise deTorcy.
J A minuit les Masques en-
, trerent,& le concours du
plus beau monde,masque
la pluspart magniifquement,
y fut si prodigieux
que l'on compte qu'il est
entré cette nuit-là chez
Son Excellence environ
douze mille personnes
masquées, & qu'ellea donnéàsouperce
soir-lààplus
de
de cinq cens personnes. Les
Appartements estoient ornez
& éclairez magnifiquement.
Le Jeu continua
toute la nuit dans une Galerie.
Le Bal dura jusqu'a
neuf heures dumatin. Les
rafraichissements y furent
prodiguez sans inierruption.
On dança en six endroits
differents. Il ne s'est
gueres vû ensemble un plus
grand nombre de belles
personnes & d'hommes de
meilleur air, ni masquez
d'un plus grand goust. Les
concerts au dehors & au
dedans de l'Hostel, ne finirene
qu'à l'ouverture du
Bal. Les ordres y furent
donnez si à propos qu'il
BY eut ni contretemps ni
accident fâcheux. Quelqu'un
vint dire à Mr le
Duc d'Albequel'affluence
des Masques quise pressoient
contre lesTremeaux
avoienc cassé plusieurs glacesde
grand prix, a quoy
Son Excellence répondit
en riant, les verres cassez
font des marqués de joye.
Le 4. de ce mois, Son
Excellence fit de nouvelles,
rejouissances pour la victoire
de Villaviciofa. Il
donna un magnifique repas
sur trois Tables differences.
La premiere estoit
de quarante-six couverts,&
les deux autres de douze ôc
de treize seulement. Ce regal
fut suivi d'un Bal, &
d'une collation abondante,
d'illuminations & de feux
d'artifice. Ces réjoüissances
durerentjusqu'au matin.
Mr le Duc d'Albe donne
tous lesansunebelleFeste,
selon l'usage de son Pays , le jour de la Naissance du
Roy d'Espagne. Les Efpagnols
appellent ce jour,
Dia de Anos, jour d'Années.
Son Excellence a du
grand & du magnifique
dans tout ce qu'Elle faicj
mais la nouvelledusuccez
de Brihuega,quElle reçût
lematin
, augmenta bien
la joye & l'éclat de cette
Feste, ce qui lafait differer
de quelques jours. Les
personnes dedistinction
qui y furent invitées en
grand nombre, & le Public
qui en peut juger par le dehors
, furent dans une égale
surprise, qu'à l'occasion
d'une nouvelle qui estoit
arrivée le mesme jour, Ôc
qui ne pouvoit pas estre
prévûë
, on put donner
deux repas decette magnificence,
des divertissements
publics & particuliers. &
le soir une grande illumination,
& un beau de joye, ,
qui fut suivi d'un bal qui 1
ddurua jumsqu'àacitnqinlie.uâ,es *
,- » Son Excellence eut un
peu plus detempsà donnerses
ordres & a.&preparer à";
la rejoiüssance que meritoit
la victoire complete de
Villaviciofa qui assure le
- thrône au Roy son Maistre
,
dont il a si fort à
coeur laPersonne, la gloire.,
& les interests, a ewncoçre
donné à cette occasion
une Feste qui n'a pû estre
c*omparéequ'à celles , qu a ce lCS qU.1
Elle a déjàdonné à Paris
*
sur tout à la Naissance du
Prince des Asturies. Cellecy
s'est donnée Dimanche
28. Decembre.Ellecommença
dés le midy. Il y eut
un grand dîner,&un grand
jeu l'aprés-midy. Sur le
soir trois ou quatre cens
personnes des plus qualifiées
&duplus haut rang,
qui y avoientesté invitées,
s'y rendirent. Le jeu continua
; il y eut des concerts
de musque au dehors &
au dedans de l'Hostel. A
l'entrée de la nuit. Il y eut
une illumination qui dura
toute le reste de la nuit, en
gros flambeaux de cire
blanche. Madame la Duchesse
de Vendosme s'y
renditsur les 9. heures.Entre
neuf & dix on servit un
des plus somptueux souper
qui se soit encore donné.
La premiere table où estoit
Madame de Vendosme avec
des Princesses & des
Duchessesinvitées, &des
Seigneurs du premier rang.
estoit de quarante couverts.
Cette Table estoit en
feràCheval, Il y fut servi
plus de trois cens pLus,
portez & rapportez par des
Suissesavecdes habits uniformes.
Trois ou quatre
autresTables furentservies
en mesme temps. Les plus
excellents mets y furent
servis avec autant d'ordre
que de profusion. Les Liqueurs
les
plus rares y furent
prodiguées.Dés qu'on
sortit de table entre onze
heures &minuit, ilpartit
un grand nombre de fufées
que le feu d'artifice
suivit de prés. Le Bal mencaimmédiatemecntoma-- ainimediatement a_.
prés. Il fut ouvert par Mr
le Prince d'Espinoy & par
Me la Marquise deTorcy.
J A minuit les Masques en-
, trerent,& le concours du
plus beau monde,masque
la pluspart magniifquement,
y fut si prodigieux
que l'on compte qu'il est
entré cette nuit-là chez
Son Excellence environ
douze mille personnes
masquées, & qu'ellea donnéàsouperce
soir-lààplus
de
de cinq cens personnes. Les
Appartements estoient ornez
& éclairez magnifiquement.
Le Jeu continua
toute la nuit dans une Galerie.
Le Bal dura jusqu'a
neuf heures dumatin. Les
rafraichissements y furent
prodiguez sans inierruption.
On dança en six endroits
differents. Il ne s'est
gueres vû ensemble un plus
grand nombre de belles
personnes & d'hommes de
meilleur air, ni masquez
d'un plus grand goust. Les
concerts au dehors & au
dedans de l'Hostel, ne finirene
qu'à l'ouverture du
Bal. Les ordres y furent
donnez si à propos qu'il
BY eut ni contretemps ni
accident fâcheux. Quelqu'un
vint dire à Mr le
Duc d'Albequel'affluence
des Masques quise pressoient
contre lesTremeaux
avoienc cassé plusieurs glacesde
grand prix, a quoy
Son Excellence répondit
en riant, les verres cassez
font des marqués de joye.
Le 4. de ce mois, Son
Excellence fit de nouvelles,
rejouissances pour la victoire
de Villaviciofa. Il
donna un magnifique repas
sur trois Tables differences.
La premiere estoit
de quarante-six couverts,&
les deux autres de douze ôc
de treize seulement. Ce regal
fut suivi d'un Bal, &
d'une collation abondante,
d'illuminations & de feux
d'artifice. Ces réjoüissances
durerentjusqu'au matin.
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Résumé : Festes de Mr le Duc d'Albe.
Le Duc d'Albe organisait chaque année une grande fête en l'honneur de la naissance du roi d'Espagne, appelée 'Dia de Anos'. En 1610, cette célébration fut particulièrement somptueuse en raison de la récente victoire de Brihuega, dont la nouvelle fut annoncée le matin même du 28 décembre. La fête débuta à midi par un grand dîner et des jeux, suivis le soir par un souper somptueux à neuf heures. Environ quatre cents personnes de haut rang furent invitées, et une illumination avec des flambeaux de cire blanche éclaira la nuit. La première table comptait quarante couverts, et plusieurs autres tables furent également servies. Après le souper, des feux d'artifice et un bal furent organisés, ouverts par le Prince d'Espinoy et la Marquise de Torcy. Environ douze mille personnes masquées assistèrent à la fête, et plus de cinq cents personnes furent invitées à souper. Les appartements étaient magnifiquement ornés et éclairés, et le jeu et le bal se poursuivirent toute la nuit dans différents endroits. Le 4 janvier, de nouvelles réjouissances furent organisées pour célébrer la victoire de Villaviciosa, incluant un repas somptueux, un bal, une collation abondante, des illuminations et des feux d'artifice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 197-202
Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Début :
Je n'aurois pas manqué de faire ce mois-cy un détail [...]
Mots clefs :
Prince de Vaudemont, Fêtes, Journal de Verdun, Juges, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Je n'aurois pas manqué de
faire ce mois - cy un détail
peut être agreable des grandes
feſtes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Com
mercy à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves , ſi l'Auteur du Journal
de Verdun ( à l'exemple
-des Princes & Princeffes à
R iij
198 MERCURE
ply
Thonneur deſquels ces feftes
ſe celebroient ) ne s'étoit pas
luy-même *fatisfait & remd'admiration
de la majestueuſe
dépense que M. le Prince
Madame la Princeſſe de Vandemont
avoient faites en leur faveur
; encore du plus grand coeur
des belles manieres dont le
tout fut accompagné : Mais helas
!que lesplaiſirs de la vie, même
ceux des Princes ſont courts
&ſujets à bien des traverſes !
Les plaisirs , continue cet
illuſtre Auteur , qui s'étoient
** Ces paroles font tirées mot pour
motdu Journal de Septembre.
GALANT. 199
comme donnez un rendez-vous à
Commercy , s'évanoüirent prefque
auffitôt que les Testes Couronnées
enfurentparties. Enfuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la mort de Madame la Princeffe
de Vaudemont , dont il
eſt auſſi vray que toute l'éloquence
des hommes exprimeroit
à peine le caractere& les
vertus ,qu'il eſt ſeur que l'Auteur
du Journal de Verdun
qui ſe pare des dépoüilles du
Mercure eſt un mauvais Orateur.
Mais ſur tout ſes raiſonnements
politiques & deciſifs
Riiij
200 MERCURE
me paroiffent fort bien trouvcz.
Ily a lieu de croire , dit-il ,
que lesJuges & arbitres de la
paix compenferont la plupartdes
Articles de dedommagement ,
que leur principale attention roulerafur
la reſtitution àfaire des
Villes&Provinces occupéespendant
le cours d'une guerre longue
sanglante , commencée avecfi
peu de neceffité & defondement.
Carfile motif d'une riche fucceffion
disputée entre deux puiffants
concurrents , a allumé la
guerre d'Espagne , on n'apperçoit
aucun legitime prétexte qui ait
GALANT 201
pit faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Juriſte porte fes
veuës bien loin ! que fera-til
maintenant que la Paix eft
faite ? ſi l'on me permet
cependant de raiſonner con
tre luy , l'émulation rendra
peut-eſtre nos ouvrages meil.
leurs:
Je n'offenſe perſonne
Meſſieurs , je le repête encore
; mais je croy qu'il eſt naturel
d'attaquer des eſprits
qui ſe repoſent affez fur la
bonne opinion qu'ils ont de
leur étude pour nous donner
202 MERCURE
des balivernes de leur imagination
pour des productions
ſolides; qu'on neſe previenne
en un mot ny pour eux
ny pour moy ; mais que de
bonne foy ,les gens éclairez
mettent dans la balance , d'un
côté le droit ufurpé que les
uns ont de raiſonner comme
bon leur ſemble , & de
l'autre , l'obligation oùje ſuis
de me taire , juſqu'à ce qu'on
m'accordela libertéde m'éten
dre d'avantage , &qu'ils nous
jugent.
faire ce mois - cy un détail
peut être agreable des grandes
feſtes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Com
mercy à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves , ſi l'Auteur du Journal
de Verdun ( à l'exemple
-des Princes & Princeffes à
R iij
198 MERCURE
ply
Thonneur deſquels ces feftes
ſe celebroient ) ne s'étoit pas
luy-même *fatisfait & remd'admiration
de la majestueuſe
dépense que M. le Prince
Madame la Princeſſe de Vandemont
avoient faites en leur faveur
; encore du plus grand coeur
des belles manieres dont le
tout fut accompagné : Mais helas
!que lesplaiſirs de la vie, même
ceux des Princes ſont courts
&ſujets à bien des traverſes !
Les plaisirs , continue cet
illuſtre Auteur , qui s'étoient
** Ces paroles font tirées mot pour
motdu Journal de Septembre.
GALANT. 199
comme donnez un rendez-vous à
Commercy , s'évanoüirent prefque
auffitôt que les Testes Couronnées
enfurentparties. Enfuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la mort de Madame la Princeffe
de Vaudemont , dont il
eſt auſſi vray que toute l'éloquence
des hommes exprimeroit
à peine le caractere& les
vertus ,qu'il eſt ſeur que l'Auteur
du Journal de Verdun
qui ſe pare des dépoüilles du
Mercure eſt un mauvais Orateur.
Mais ſur tout ſes raiſonnements
politiques & deciſifs
Riiij
200 MERCURE
me paroiffent fort bien trouvcz.
Ily a lieu de croire , dit-il ,
que lesJuges & arbitres de la
paix compenferont la plupartdes
Articles de dedommagement ,
que leur principale attention roulerafur
la reſtitution àfaire des
Villes&Provinces occupéespendant
le cours d'une guerre longue
sanglante , commencée avecfi
peu de neceffité & defondement.
Carfile motif d'une riche fucceffion
disputée entre deux puiffants
concurrents , a allumé la
guerre d'Espagne , on n'apperçoit
aucun legitime prétexte qui ait
GALANT 201
pit faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Juriſte porte fes
veuës bien loin ! que fera-til
maintenant que la Paix eft
faite ? ſi l'on me permet
cependant de raiſonner con
tre luy , l'émulation rendra
peut-eſtre nos ouvrages meil.
leurs:
Je n'offenſe perſonne
Meſſieurs , je le repête encore
; mais je croy qu'il eſt naturel
d'attaquer des eſprits
qui ſe repoſent affez fur la
bonne opinion qu'ils ont de
leur étude pour nous donner
202 MERCURE
des balivernes de leur imagination
pour des productions
ſolides; qu'on neſe previenne
en un mot ny pour eux
ny pour moy ; mais que de
bonne foy ,les gens éclairez
mettent dans la balance , d'un
côté le droit ufurpé que les
uns ont de raiſonner comme
bon leur ſemble , & de
l'autre , l'obligation oùje ſuis
de me taire , juſqu'à ce qu'on
m'accordela libertéde m'éten
dre d'avantage , &qu'ils nous
jugent.
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Résumé : Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Le texte décrit les festivités organisées par le Prince de Vaudemont à Commercy en l'honneur des Altesses Royales de Lorraine et de l'Électeur de Trèves. L'auteur du journal de Verdun loue la magnificence et les bonnes manières de ces fêtes, tout en soulignant leur caractère éphémère. Il mentionne également la mort de Madame la Princesse de Vaudemont, saluant ses vertus mais critiquant l'éloquence de l'auteur du journal. Ce dernier aborde les conséquences politiques de la guerre, prédisant que les juges de la paix se concentreront sur la restitution des villes et provinces occupées durant un conflit long et sanglant, sans motif légitime apparent. L'auteur du texte actuel conteste les raisonnements politiques de l'auteur du journal de Verdun et plaide pour une évaluation impartiale des arguments présentés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 108-109
Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Début :
Decembre, dixième mois de l'année Romaine, & le dernier [...]
Mots clefs :
Décembre, Saturnales, Fêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Decembre, dixième mois
de l'année Romaine , & le
GALANT.
109
dernier du Calendrier Gregorien
, fut autrefois ſous
la protection de Veſta , &
conſacréà Saturne. On celebroit
pendant ce mois les
Fêtes Saturnales : mais ce
temps n'eſt pas le nôtre ,
&fauf aux lecteurs à voir
àpreſent s'ils approuveront
que nous y celebrions de
nouvelles Fêtes.
de l'année Romaine , & le
GALANT.
109
dernier du Calendrier Gregorien
, fut autrefois ſous
la protection de Veſta , &
conſacréà Saturne. On celebroit
pendant ce mois les
Fêtes Saturnales : mais ce
temps n'eſt pas le nôtre ,
&fauf aux lecteurs à voir
àpreſent s'ils approuveront
que nous y celebrions de
nouvelles Fêtes.
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9
p. 259-260
« A peine ay-je le loisir de jetter les yeux sur une Lettre [...] »
Début :
A peine ay-je le loisir de jetter les yeux sur une Lettre [...]
Mots clefs :
Fêtes, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A peine ay-je le loisir de jetter les yeux sur une Lettre [...] »
A peine ay- je le loisir de
jetter les yeux sur une Lettre
qu'il s'en presente une autre,
encore une autre après. Je
vous avoüe que je trouverois
ces lectures continuelles tresrebutantes,
s'il n'y alloit pas
de mon interest & de mon
honneur à vous conter des
choses qui vous amusent.
Voyons donc s'il vous plaist,
Meilleurstce que renferment
ces enormes paquets.
D'Alicdnte, ce 2.8. Janvier
Bo171j.n. De Varsovie, ce G. Janvier
171f.
4
Fort bien Ce sont des Relations
de Festes qu'on m'envoye.
Rien n'est meilleur que
cela;& je voudrois en verité.
pour l'amour de vous, pouvoir
vous faire chaumer tout le
Mercure. A tout hazard,commençons
par un bout & finissons
par l'autre; mais attend
d'abord au plus pres.
jetter les yeux sur une Lettre
qu'il s'en presente une autre,
encore une autre après. Je
vous avoüe que je trouverois
ces lectures continuelles tresrebutantes,
s'il n'y alloit pas
de mon interest & de mon
honneur à vous conter des
choses qui vous amusent.
Voyons donc s'il vous plaist,
Meilleurstce que renferment
ces enormes paquets.
D'Alicdnte, ce 2.8. Janvier
Bo171j.n. De Varsovie, ce G. Janvier
171f.
4
Fort bien Ce sont des Relations
de Festes qu'on m'envoye.
Rien n'est meilleur que
cela;& je voudrois en verité.
pour l'amour de vous, pouvoir
vous faire chaumer tout le
Mercure. A tout hazard,commençons
par un bout & finissons
par l'autre; mais attend
d'abord au plus pres.
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10
p. 280-282
« Je ne doute pas qu'on n'envoye en Pologne en échange de [...] »
Début :
Je ne doute pas qu'on n'envoye en Pologne en échange de [...]
Mots clefs :
Pologne, Prince, Fêtes, Bénéfices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne doute pas qu'on n'envoye en Pologne en échange de [...] »
Je ne doute pas qu'on n'envoye
en Pologne en échange
de
de cette Relation
, une Description
tres curicufc de 1eclat,
de la Noblesse & de la
magnificence des festes que
le Prince Royal de Pologne
donne icy tous les jours;c est
bien la moindre chose qu'on
en soit informé dans ses Etats;
pourmoysi j'avois l'art de
sçavoir faire avec succés de
de ces brillantes peintures ,
je voudrois instruire tout TUi
nivers des grandes qualitez?
& des vertusde ce Prince.
Ily a, selon moy , tant de
rapport entre des Festes8£
d.JesBBénéfcice*, qu.ejay efe, sr-ur,
le point d'annoncer cet arriclc)
comme une suite de l'au.. 1
tre,cependant je m'apperçois
que la façon des Cérémonies
& la distance des lieux enfont
la différence.
en Pologne en échange
de
de cette Relation
, une Description
tres curicufc de 1eclat,
de la Noblesse & de la
magnificence des festes que
le Prince Royal de Pologne
donne icy tous les jours;c est
bien la moindre chose qu'on
en soit informé dans ses Etats;
pourmoysi j'avois l'art de
sçavoir faire avec succés de
de ces brillantes peintures ,
je voudrois instruire tout TUi
nivers des grandes qualitez?
& des vertusde ce Prince.
Ily a, selon moy , tant de
rapport entre des Festes8£
d.JesBBénéfcice*, qu.ejay efe, sr-ur,
le point d'annoncer cet arriclc)
comme une suite de l'au.. 1
tre,cependant je m'apperçois
que la façon des Cérémonies
& la distance des lieux enfont
la différence.
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11
p. 127-133
Discours sur l'origine du mois, pièce curieuse, mais precedée d'un assez mauvais prélude. [titre d'après la table]
Début :
Même beauté, tant soit exquise, [...]
Mots clefs :
Mois de mars, Fêtes, Romains, Diversité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du mois, pièce curieuse, mais precedée d'un assez mauvais prélude. [titre d'après la table]
Même beauté ,tantfoit exquiſe,
Raffafie & foule à la fin.
Il me faut d'un d'autre pain .
Diverſité c'eſt ma deviſe.
Dans les Livres qui netraitent
que d'un même ſujet ,les
Auteurs ontraiſon d'allonger
la courroye'autant qu'ils peu
vent ,pour remplir leut Volume.
Il n'en est pas demême du
mien, les ſujets les plus oppolez
s'y aſſemblent en foule ,
&maintenant chacun à l'envi
Liiij
128 MERCURE
y veut avoir ſa place , il n'y a
pasjuſqu'à la Lune qui y a rétenu
la fienne ,& qui prétend
que Mercure luy rende au
moins douze fois hommage ,
en confideration des douze
viſites que tous les ans elle
rendà noſtre Hemisphere.J'y
confens , Madame la Lune ,&
c'eſt pour l'amour de vous
que je vais à mon ordinaire
conter l'Histoire de ce mois.
S'il faut s'en rapporter à
l'autorité de Fulvius&de Junius,
ces deux Auteurs pretendent
que Romulus impoſa le
nom aux dix premiers mois de
1
GALANT. 129
l'année, dont le premier commençoit
par Mars & finiſſoit
par Decembre. Il l'appella
Martius en memoire de Mars
fon Pere , comme Avril en
l'honneur de Venus Aphrodite,
à laquelle il attribuoit
l'origine de ſes Aycux.
Varroncependant acruque
ce premier mois del'annéeRomaine
n'a reçu le nom de
Martius qu'à cauſe que Mars
étant le Dieu de la guerre ,ils
luydonnoient la premiereplace
par inclination. Ovide en
rend même la raiſon dans les
deux vers ſuivants.
130 / MERCURE
Mars Latio venerandus erat ,
quia prafidet armis ,
Armafera genti, remque, decusque
dabant.
Le premier jour de ce mois
les Dames Romaines fervoient
à table leurs Domeſtiques,
imitant en cela leursMaris,
qui , en Decembre , en
uforene ainſi envers leurs Efclaves
,pendans les Feſtes Sa
turnales.
Elles celebroient cette Fefte
fort religieusement , parceque
felon Feftus, ce fut en ce jour
qu'elles rendirent leur premier
culte dans un Temple dedié à
GALANT. 131
Junon Lucine , Divinité qui
preſidoit à l'accouchementdes
femmes. Selon Servius ce fut
à cauſe de la Paix jurée entre
les Romains & les Sabins ,
par la mediation des Sabines
qui avoient été enlevéespar les
premiers. Les Romains fetoient
également ce jour en
memoirede cettePaix 1
Ce jour & les ſuivans font
encore connus par la feſte dos
Anciles ou Boucliers facrez
que l'on croyoit être tombez
duCiel,du RegnedeNuma,&
que l'on regardoircomme un
gage tutelaire de la Ville de
132 MERCURE
Rome : comme l'on danſoit
beaucoup en cejour , on l'ap
pelloit auffi la feſte des Saliens.
Ces peuples avoient la fuperstition
dene ſe point marier
en ce mois , ou s'ils le
faifoient , ils n'en auguroient
pas favorablement, par la raiſon
que Mars n'avoit pu
feduire Minerve , qui pour
avoir conſervé ſa virginité ,
fut nommée Nerine.
Le 17. de Mars arrivoient les
feſtes des Bacchanales quine le
cedoient point en folies à celles
de noſtre Carnaval.
GALANT. 133
Ceux qui voudront paſſer
pourErudits ,apprendront ici
que ce mois ſe nommoit chez
les Grecs, Munichion.
Raffafie & foule à la fin.
Il me faut d'un d'autre pain .
Diverſité c'eſt ma deviſe.
Dans les Livres qui netraitent
que d'un même ſujet ,les
Auteurs ontraiſon d'allonger
la courroye'autant qu'ils peu
vent ,pour remplir leut Volume.
Il n'en est pas demême du
mien, les ſujets les plus oppolez
s'y aſſemblent en foule ,
&maintenant chacun à l'envi
Liiij
128 MERCURE
y veut avoir ſa place , il n'y a
pasjuſqu'à la Lune qui y a rétenu
la fienne ,& qui prétend
que Mercure luy rende au
moins douze fois hommage ,
en confideration des douze
viſites que tous les ans elle
rendà noſtre Hemisphere.J'y
confens , Madame la Lune ,&
c'eſt pour l'amour de vous
que je vais à mon ordinaire
conter l'Histoire de ce mois.
S'il faut s'en rapporter à
l'autorité de Fulvius&de Junius,
ces deux Auteurs pretendent
que Romulus impoſa le
nom aux dix premiers mois de
1
GALANT. 129
l'année, dont le premier commençoit
par Mars & finiſſoit
par Decembre. Il l'appella
Martius en memoire de Mars
fon Pere , comme Avril en
l'honneur de Venus Aphrodite,
à laquelle il attribuoit
l'origine de ſes Aycux.
Varroncependant acruque
ce premier mois del'annéeRomaine
n'a reçu le nom de
Martius qu'à cauſe que Mars
étant le Dieu de la guerre ,ils
luydonnoient la premiereplace
par inclination. Ovide en
rend même la raiſon dans les
deux vers ſuivants.
130 / MERCURE
Mars Latio venerandus erat ,
quia prafidet armis ,
Armafera genti, remque, decusque
dabant.
Le premier jour de ce mois
les Dames Romaines fervoient
à table leurs Domeſtiques,
imitant en cela leursMaris,
qui , en Decembre , en
uforene ainſi envers leurs Efclaves
,pendans les Feſtes Sa
turnales.
Elles celebroient cette Fefte
fort religieusement , parceque
felon Feftus, ce fut en ce jour
qu'elles rendirent leur premier
culte dans un Temple dedié à
GALANT. 131
Junon Lucine , Divinité qui
preſidoit à l'accouchementdes
femmes. Selon Servius ce fut
à cauſe de la Paix jurée entre
les Romains & les Sabins ,
par la mediation des Sabines
qui avoient été enlevéespar les
premiers. Les Romains fetoient
également ce jour en
memoirede cettePaix 1
Ce jour & les ſuivans font
encore connus par la feſte dos
Anciles ou Boucliers facrez
que l'on croyoit être tombez
duCiel,du RegnedeNuma,&
que l'on regardoircomme un
gage tutelaire de la Ville de
132 MERCURE
Rome : comme l'on danſoit
beaucoup en cejour , on l'ap
pelloit auffi la feſte des Saliens.
Ces peuples avoient la fuperstition
dene ſe point marier
en ce mois , ou s'ils le
faifoient , ils n'en auguroient
pas favorablement, par la raiſon
que Mars n'avoit pu
feduire Minerve , qui pour
avoir conſervé ſa virginité ,
fut nommée Nerine.
Le 17. de Mars arrivoient les
feſtes des Bacchanales quine le
cedoient point en folies à celles
de noſtre Carnaval.
GALANT. 133
Ceux qui voudront paſſer
pourErudits ,apprendront ici
que ce mois ſe nommoit chez
les Grecs, Munichion.
Fermer
12
p. 45-48
LETTRE DE Mr GRAVELOT, A Mrs. M. & T.
Début :
Heureux Amis, qui dans les Fêtes. [...]
Mots clefs :
Amis, Fêtes, Plaisirs, Muse, Amour, Ennui, Amants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE Mr GRAVELOT, A Mrs. M. & T.
LETTRE DE ME GRAVELOT ,
H
A Mrs. M. & T.
EureuxAmis,qui dans lesFêtes,
Qu'àl'envi des Chaulieux, on vous voit
célébrer ,
a
Goutés tous les Plaiſirs honnêtes
Qu'un Fainéant peut défirer :
Vous pouvés comprendre ſans peine,
La vive impréſſion qu'à fait sur mon
esprit ,
Vôtre Synodique Récit ;
Tout aussi-tôt ma Muse a dit ,
Bons Dieux ? de quelle hûrense
veine
Coûlent ces Vers que rien gêne.
46. LE MERCURE
Ainsi rimoient jadis.
Mirdondaine ,
, en chantant
Les Convives joyeux de la Croix de
Lorraine :
Chez nous , c'est au Rebours, trop ſenſi-.
ble au chagrin ,
De n'être plus de la Douzaine,
Je fais des Vers sans être en train.
Rien ne réveille tant la Muse,
Que d'avoir Plaisirs à souhait :
Chacun vous aime, c'est bien fait ;
Mainte Climéne vous amuse ,
Far son esprit ; peut- être aussi
-L'Amour est- il de la Partie ,
Car c'est un point qui Dieu mercy ,
Est de vôtre Philosophie :
Outre que vous êtes récus ,
Privilégiez au Parnaffe ,
Amis , que voulés-vous de plus ,
C'eſt pofféder les Biens que défiroit
Horace.
Pour moi , je ne trouve rien ici que
de fort propre à m'ennuyer : On my
avoit d'abord procuré quelques Connoiſſances
, mais j'ai eu ſoin de m'en
défaire promprement;elles ne ſervoient
qu'à me faire regretter nos bons Amis :
Je tâche quelquefois de me confoler
de leur abfence avec mes Livres .
D'AOUST.
47
Pour resource , fur un vieux ais ,
J'ai Montagne , j'ai Rabelais
La Fontaine avec S. Gelais ;
Ettout gentilkimeur habitantdu Marais :
C'eft chés ces bonnes gens que je puiſe
a longs traits ,
Le Vrai , l'Agréable &l'Utile.
Voiture est plus galant , Pavillon plus
facile
Rousseau plus cadencé , la Mothe plus
fertile :
Mais vous favés ces choses mieux
quenous ;
Sije pouvoisparler là deſſus comme vous ,
Je défierois le plus habile.
Soir & matin je ſuis tout seul ;
Sije quitte parfois mon ſombre domicile ,
Ce n'est que pour aller en quelque Endroit
tranquile ,
Voir soupirer ZEPHIRſous l'Orme &
le Tilleul .
, En vojant ces Vallons ces Forêts
ces Montagnes,
,
Où les Beautez font fans Art &fans
Choix ,
Ma Muse se délafſe à chanter quelquefois
,
L'heureux Négligé desCampagnes.
Helas ! difois-je un jour , que vous êtes
chmans!
48 LE MERCURE
Bocages reculés , fi chéris des Amans ;
Siſous vosfeüillages naiffans ,
Amour vouloit un jour , conduire ma
Sylvie ;
De par Venus je lui promets
De ne regretter de ma vie ,
Ceque m'ontfait souffrirſes Traits.
H
A Mrs. M. & T.
EureuxAmis,qui dans lesFêtes,
Qu'àl'envi des Chaulieux, on vous voit
célébrer ,
a
Goutés tous les Plaiſirs honnêtes
Qu'un Fainéant peut défirer :
Vous pouvés comprendre ſans peine,
La vive impréſſion qu'à fait sur mon
esprit ,
Vôtre Synodique Récit ;
Tout aussi-tôt ma Muse a dit ,
Bons Dieux ? de quelle hûrense
veine
Coûlent ces Vers que rien gêne.
46. LE MERCURE
Ainsi rimoient jadis.
Mirdondaine ,
, en chantant
Les Convives joyeux de la Croix de
Lorraine :
Chez nous , c'est au Rebours, trop ſenſi-.
ble au chagrin ,
De n'être plus de la Douzaine,
Je fais des Vers sans être en train.
Rien ne réveille tant la Muse,
Que d'avoir Plaisirs à souhait :
Chacun vous aime, c'est bien fait ;
Mainte Climéne vous amuse ,
Far son esprit ; peut- être aussi
-L'Amour est- il de la Partie ,
Car c'est un point qui Dieu mercy ,
Est de vôtre Philosophie :
Outre que vous êtes récus ,
Privilégiez au Parnaffe ,
Amis , que voulés-vous de plus ,
C'eſt pofféder les Biens que défiroit
Horace.
Pour moi , je ne trouve rien ici que
de fort propre à m'ennuyer : On my
avoit d'abord procuré quelques Connoiſſances
, mais j'ai eu ſoin de m'en
défaire promprement;elles ne ſervoient
qu'à me faire regretter nos bons Amis :
Je tâche quelquefois de me confoler
de leur abfence avec mes Livres .
D'AOUST.
47
Pour resource , fur un vieux ais ,
J'ai Montagne , j'ai Rabelais
La Fontaine avec S. Gelais ;
Ettout gentilkimeur habitantdu Marais :
C'eft chés ces bonnes gens que je puiſe
a longs traits ,
Le Vrai , l'Agréable &l'Utile.
Voiture est plus galant , Pavillon plus
facile
Rousseau plus cadencé , la Mothe plus
fertile :
Mais vous favés ces choses mieux
quenous ;
Sije pouvoisparler là deſſus comme vous ,
Je défierois le plus habile.
Soir & matin je ſuis tout seul ;
Sije quitte parfois mon ſombre domicile ,
Ce n'est que pour aller en quelque Endroit
tranquile ,
Voir soupirer ZEPHIRſous l'Orme &
le Tilleul .
, En vojant ces Vallons ces Forêts
ces Montagnes,
,
Où les Beautez font fans Art &fans
Choix ,
Ma Muse se délafſe à chanter quelquefois
,
L'heureux Négligé desCampagnes.
Helas ! difois-je un jour , que vous êtes
chmans!
48 LE MERCURE
Bocages reculés , fi chéris des Amans ;
Siſous vosfeüillages naiffans ,
Amour vouloit un jour , conduire ma
Sylvie ;
De par Venus je lui promets
De ne regretter de ma vie ,
Ceque m'ontfait souffrirſes Traits.
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13
p. 2436-2437
Calendrier perpetuel, &c. [titre d'après la table]
Début :
CALENDRIER PERPETUEL ou Almanach de Cabinet. Outre les jours de la [...]
Mots clefs :
Calendrier perpétuel, Almanach de cabinet, Fêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Calendrier perpetuel, &c. [titre d'après la table]
CALENDRLER PERPETUEL ou Almamach de Cabinet. Outre les jours de la
Semaine et les Fêtes du mois qui sont
marqués avec plusieurs petites Notes
convenables , ce Calandrier marque encore exactement , pendant dix années
les Lunaisons : Exemple, au mois de Janvier de l'année 1735. la Lune sera nouvelle le 24 , à 2 heures , 9 min. du matin ;
son premier quartier arrivera le 31, à 8 h.
54 m. du soir. Ainsi des autres.
Comme aussi la Lettre Dominicale ,
l'Epacte , les Fêtes Mobiles , Rogations ,
les 4 Temps et les Eclipses du Soleil et de
la Lune.
Ce Calendrier est tres- simple dans sa
construction ; on peut s'en servir sans ancun mouvement , il sera à la portée de
toutes personnes qui sçauront seulement
lire , étant aussi intelligible que les Almanachs journaliers.
Il se débitera le 28 Decembre de la presente
NOVEMBRE. 1732 2437
sente année 1732. chez la veuve Spé , ruë
S. Jacques , vis- à- vis les Mathurins.
Semaine et les Fêtes du mois qui sont
marqués avec plusieurs petites Notes
convenables , ce Calandrier marque encore exactement , pendant dix années
les Lunaisons : Exemple, au mois de Janvier de l'année 1735. la Lune sera nouvelle le 24 , à 2 heures , 9 min. du matin ;
son premier quartier arrivera le 31, à 8 h.
54 m. du soir. Ainsi des autres.
Comme aussi la Lettre Dominicale ,
l'Epacte , les Fêtes Mobiles , Rogations ,
les 4 Temps et les Eclipses du Soleil et de
la Lune.
Ce Calendrier est tres- simple dans sa
construction ; on peut s'en servir sans ancun mouvement , il sera à la portée de
toutes personnes qui sçauront seulement
lire , étant aussi intelligible que les Almanachs journaliers.
Il se débitera le 28 Decembre de la presente
NOVEMBRE. 1732 2437
sente année 1732. chez la veuve Spé , ruë
S. Jacques , vis- à- vis les Mathurins.
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Résumé : Calendrier perpetuel, &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit un calendrier perpétuel, ou Alma-mach de Cabinet, incluant jours de la semaine, fêtes mensuelles et phases lunaires pour dix ans. Par exemple, en janvier 1735, la lune sera nouvelle le 24 et son premier quartier le 31. Il marque aussi la lettre dominicale, l'épacte, les fêtes mobiles, les rogations, les quatre temps et les éclipses. Simple et accessible, il sera vendu le 28 décembre 1732 chez la veuve Spé, rue Saint-Jacques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 1198-1200
Estampes nouvelles, Portrait de M. des Portes, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Joullain, Graveur, vient de mettre au jour une très-belle Estampe, d'après le Tableau [...]
Mots clefs :
Joullain, Graver, Desportes, Fêtes, Motets, Motet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles, Portrait de M. des Portes, &c. [titre d'après la table]
Le sieur Joullain , Graveur , vient de mettre
au jour une très- belle Estampe , d'après le Tableau
en hauteur de M. Des Portes , Peintre ordi
naire du Roi , Conseiller en son Académie Royale
de Peinture et Sculpture , fait il y a 34. ans
lors de sa Reception à l'Académie. Cet habile
Maître s'est peint en Chasseur , avec des Chiens
et du Gibier mort , dans un fond de Paysage .
C'est sous la conduite de l'Auteur que le sieur
Joullain se fait honneur d'avoir gravé cet excellent
Tableau , qui a toujours fait l'admiration
de tous les Connoisseurs. Animé par l'accueil
favorable que Je Public vient de faire à cet Ouvrage
, le sieur Joullain a entrepris de graver
I. Vol. tous
JUIN. 1199
1733.
tous les précieux Morceaux de M. Des Portes ,
dont aucun n'a encore été gravé , quoiqu'ils fas--
sent depuis long-temps l'ornement des Maisons
Royales , des Cabinets des Princes et de ceux des
meilleurs Curieux . Suivant le Privilege que le
Graveur en a obtenu , il poursuivra son travail
jusqu'à la fin , c'est- à- dire , qu'il n'y comprendra
pas seulement toutes les Pieces qui ont paru
jusqu'à présent de cet habile Peintre , mais encore
celles auxquelles il travaille actuellement.
Le sieur Joullain se flate de son côté qu'il pourra
dans la suite , par son étude et son application
, rendre de plus en plus ses Ouvrages dignes.
de l'attention des Curieux. L'Estampe qui donne
lieu à cet Article , répond du succès de l'entreprise.
Pour satisfaire l'empressement du Public , on
lui donnera chaque Morceau aussi- tôt qu'il sera
achevé. Le sieur Joullain demeure chez le sieur
Gautrot , Marchand d'Estampes , Quay de le
Mégisserie , à la Ville de Rome.
Le sieur Lemaire ,Maître de Musique , à Paris ,
vient de faire mettre sous presse , les Motets qu'il
a composez pour le Concert Spirituel au Château
des Thuilleries, depuis 1728. jusqu'en 1733 .
Ces Ouvrages ayant plû au Public , il s'est déterminé
de les mettre au jour. Depuis 30. ans
on n'en a point donné de nouveaux .
La disposition de ces Motets est faite égale
ment pour les Communautez Religieuses , comme
pour les Concerts des Particuliers . Il y en a
pour toutes les grandes Fêtes de l'année ; pour
les Fêtes de Vierge , pour le S. Sacrement , er
pour plusieurs Fêtes particulieres , qui conviendront
à toutes les Maisons Religieuses. Chaque
I. Vola Salur
1200 MERCURE DE FRANCE
Salut contiendra un Motet à une ou deux voix ,
avec Simphonie , un Motet à une ou deux voix ,
sans Simphonie ; et un Domine , salvum fac Regem
, que l'on vendra 1. livre 10. sols. jusqu'au
nombre de 18. Saluts , que l'on donnera d'ici au
Carême prochain. On distribuera les six premiers
dans le courant du mois d'Août prochain,
et se vendront à Paris , au Mont Parnasse , ruë
S. Jean de Beauvais. Chez l'Auteur , ruë de la
Bouclerie , au bas du Pont S. Michel. Boivin , ruë
S. Honoré , à la Regle d'Or, Le Clerc , rue du
Roule , à la Croix d'Or.
Le même Auteur a fait graver dix Cantatilles
nouvelles , chantées au Concert du Château des
Thuilleries, dont le prix de chacune est de 24. f.
Il en donnera six autres nouvelles au mois de
Novembre prochain ; sçavoir , Hebé , Acis ,
l'Aurore , l'Amante Persuadée , la Bergere impa
tienté , le Sommeil de Climene. Les Paroles de ces
six sont de M. l'Affichard.
On va les graver incessamment de la même
forme les autres in
que
prix sera de 24 sols.
au jour une très- belle Estampe , d'après le Tableau
en hauteur de M. Des Portes , Peintre ordi
naire du Roi , Conseiller en son Académie Royale
de Peinture et Sculpture , fait il y a 34. ans
lors de sa Reception à l'Académie. Cet habile
Maître s'est peint en Chasseur , avec des Chiens
et du Gibier mort , dans un fond de Paysage .
C'est sous la conduite de l'Auteur que le sieur
Joullain se fait honneur d'avoir gravé cet excellent
Tableau , qui a toujours fait l'admiration
de tous les Connoisseurs. Animé par l'accueil
favorable que Je Public vient de faire à cet Ouvrage
, le sieur Joullain a entrepris de graver
I. Vol. tous
JUIN. 1199
1733.
tous les précieux Morceaux de M. Des Portes ,
dont aucun n'a encore été gravé , quoiqu'ils fas--
sent depuis long-temps l'ornement des Maisons
Royales , des Cabinets des Princes et de ceux des
meilleurs Curieux . Suivant le Privilege que le
Graveur en a obtenu , il poursuivra son travail
jusqu'à la fin , c'est- à- dire , qu'il n'y comprendra
pas seulement toutes les Pieces qui ont paru
jusqu'à présent de cet habile Peintre , mais encore
celles auxquelles il travaille actuellement.
Le sieur Joullain se flate de son côté qu'il pourra
dans la suite , par son étude et son application
, rendre de plus en plus ses Ouvrages dignes.
de l'attention des Curieux. L'Estampe qui donne
lieu à cet Article , répond du succès de l'entreprise.
Pour satisfaire l'empressement du Public , on
lui donnera chaque Morceau aussi- tôt qu'il sera
achevé. Le sieur Joullain demeure chez le sieur
Gautrot , Marchand d'Estampes , Quay de le
Mégisserie , à la Ville de Rome.
Le sieur Lemaire ,Maître de Musique , à Paris ,
vient de faire mettre sous presse , les Motets qu'il
a composez pour le Concert Spirituel au Château
des Thuilleries, depuis 1728. jusqu'en 1733 .
Ces Ouvrages ayant plû au Public , il s'est déterminé
de les mettre au jour. Depuis 30. ans
on n'en a point donné de nouveaux .
La disposition de ces Motets est faite égale
ment pour les Communautez Religieuses , comme
pour les Concerts des Particuliers . Il y en a
pour toutes les grandes Fêtes de l'année ; pour
les Fêtes de Vierge , pour le S. Sacrement , er
pour plusieurs Fêtes particulieres , qui conviendront
à toutes les Maisons Religieuses. Chaque
I. Vola Salur
1200 MERCURE DE FRANCE
Salut contiendra un Motet à une ou deux voix ,
avec Simphonie , un Motet à une ou deux voix ,
sans Simphonie ; et un Domine , salvum fac Regem
, que l'on vendra 1. livre 10. sols. jusqu'au
nombre de 18. Saluts , que l'on donnera d'ici au
Carême prochain. On distribuera les six premiers
dans le courant du mois d'Août prochain,
et se vendront à Paris , au Mont Parnasse , ruë
S. Jean de Beauvais. Chez l'Auteur , ruë de la
Bouclerie , au bas du Pont S. Michel. Boivin , ruë
S. Honoré , à la Regle d'Or, Le Clerc , rue du
Roule , à la Croix d'Or.
Le même Auteur a fait graver dix Cantatilles
nouvelles , chantées au Concert du Château des
Thuilleries, dont le prix de chacune est de 24. f.
Il en donnera six autres nouvelles au mois de
Novembre prochain ; sçavoir , Hebé , Acis ,
l'Aurore , l'Amante Persuadée , la Bergere impa
tienté , le Sommeil de Climene. Les Paroles de ces
six sont de M. l'Affichard.
On va les graver incessamment de la même
forme les autres in
que
prix sera de 24 sols.
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Résumé : Estampes nouvelles, Portrait de M. des Portes, &c. [titre d'après la table]
Le graveur Joullain a publié une estampe d'après un tableau de M. Des Portes, peintre du Roi et conseiller à l'Académie Royale de Peinture et Sculpture. Ce tableau, réalisé lors de la réception de Des Portes à l'Académie, le montre en chasseur avec des chiens et du gibier, sur un fond de paysage. Joullain, guidé par Des Portes, prévoit de graver toutes les œuvres de ce dernier, y compris celles en cours. Il réside chez le marchand d'estampes Gautrot, quai de la Mégisserie, à la Ville de Rome. Par ailleurs, le maître de musique Lemaire a publié des motets composés pour le Concert Spirituel au Château des Tuileries entre 1728 et 1733. Ces œuvres, destinées aux communautés religieuses et aux concerts particuliers, sont vendues 1 livre 10 sols par recueil. Les six premiers recueils seront distribués en août à plusieurs adresses à Paris. Lemaire a également fait graver dix cantatilles nouvelles, avec six autres prévues pour novembre, dont les paroles sont de M. l'Affichard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 63-64
« Nous avions d'abord formé le dessein de donner au Public une Liste de [...] »
Début :
Nous avions d'abord formé le dessein de donner au Public une Liste de [...]
Mots clefs :
Public, Te Deum, Liste, Peuple, Roi, Compagnies, Communautés, Corps de métiers, Convalescence, Zèle, Fêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous avions d'abord formé le dessein de donner au Public une Liste de [...] »
Nde donner au Public une Liſte de
tous les Te Deum qui ont été chantés pour
la Convalescence du Roi , mais nous avons
craint que cette Liſte , trop longue& trop
uniforme , ne fatiguât nos Lecteurs & ne
remplît mal une partiede notre Recueil ,
que nous pouvons donner à des matieres
plus intéreſſantes. Il ſuffirade dire que nonſeulement
toutes les Compagnies , toutes
les Communautés , tous les Corps de Métiers
ſe ſont ſignalés à ce ſujet , mais que
même les Compagnons de chaque Métier ,
&tous lesOuvriers qui n'avoient pas encore
l'honneur de faire un Corps , ont été réiinisdans
cette circonſtance par leur zéle , au
défaut des Statuts , & ont fait célébrer des
Meffes folemnelles , ſuivies du Te Deum &
de l'Exaudiat. On n'entendra pas dire, ſans
étonnement , qu'on a vû le Public invité
par des Affiches aux Te Deum des Porteurs
d'Eau , des Bateliers du Port S. Nicolas ,
des Blanchiſſeuſes de la Grenoüillere , &
enfin des Laquais du Fauxbourg S. Germain.
Cette Cérémonie étoit ſuivie le foir
d'Illuminations , & pendant près de trois
mois , Paris n'a point été ſans être illuminé
en quelque endroit ; les Porteurs d'Eau ont
Dij
64 MERCURE DE FRANCE.
illuminé les Fontaines publiques , qui font
leur domicile le plus ordinaire.
Ces circonstances font moins frivoles
qu'elles ne le paroiſſent ; on y voit la joye
fincére du Peuple , & l'amour de la Nation
pour ſon Prince s'y développe mieux que
dans les loüanges les plus pompeuſes , car
le Peuple jamais n'a menti ni flaté.
Nous avons crû ne pouvoir nous diſpenſer
de rendre compte au Public des Fêtes qui
ont été célébrées dans les differentes Villes
du Royaume , à l'occaſion de la Convalefcence
du Roi ; nous croirions leur faire injuſtice
, ſi nous négligions de tranſmettre à
la Poſtérité ces témoignages de leur zéle ,
auſſi honorables pour elles , qu'ils font fla
teurs pour le Prince qui en eſt l'objet,
tous les Te Deum qui ont été chantés pour
la Convalescence du Roi , mais nous avons
craint que cette Liſte , trop longue& trop
uniforme , ne fatiguât nos Lecteurs & ne
remplît mal une partiede notre Recueil ,
que nous pouvons donner à des matieres
plus intéreſſantes. Il ſuffirade dire que nonſeulement
toutes les Compagnies , toutes
les Communautés , tous les Corps de Métiers
ſe ſont ſignalés à ce ſujet , mais que
même les Compagnons de chaque Métier ,
&tous lesOuvriers qui n'avoient pas encore
l'honneur de faire un Corps , ont été réiinisdans
cette circonſtance par leur zéle , au
défaut des Statuts , & ont fait célébrer des
Meffes folemnelles , ſuivies du Te Deum &
de l'Exaudiat. On n'entendra pas dire, ſans
étonnement , qu'on a vû le Public invité
par des Affiches aux Te Deum des Porteurs
d'Eau , des Bateliers du Port S. Nicolas ,
des Blanchiſſeuſes de la Grenoüillere , &
enfin des Laquais du Fauxbourg S. Germain.
Cette Cérémonie étoit ſuivie le foir
d'Illuminations , & pendant près de trois
mois , Paris n'a point été ſans être illuminé
en quelque endroit ; les Porteurs d'Eau ont
Dij
64 MERCURE DE FRANCE.
illuminé les Fontaines publiques , qui font
leur domicile le plus ordinaire.
Ces circonstances font moins frivoles
qu'elles ne le paroiſſent ; on y voit la joye
fincére du Peuple , & l'amour de la Nation
pour ſon Prince s'y développe mieux que
dans les loüanges les plus pompeuſes , car
le Peuple jamais n'a menti ni flaté.
Nous avons crû ne pouvoir nous diſpenſer
de rendre compte au Public des Fêtes qui
ont été célébrées dans les differentes Villes
du Royaume , à l'occaſion de la Convalefcence
du Roi ; nous croirions leur faire injuſtice
, ſi nous négligions de tranſmettre à
la Poſtérité ces témoignages de leur zéle ,
auſſi honorables pour elles , qu'ils font fla
teurs pour le Prince qui en eſt l'objet,
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16
p. 165-169
RELATION de la Fête donnée par M. le Duc DE ROHAN, le 18 Novembre 1744, pendant l'Assemblée des Etats dans la Ville de Rennes, à l'occasion du rétablissement de la santé du Roi & de ses Conquêtes.
Début :
LES Etats voulant laisser un monument de leur zéle & de leur amour pour le [...]
Mots clefs :
Fêtes, États, Roi, Duc de Rohan, Rennes, Place, Peuple, Char, Viandes, Chansons, Charité, Illumination, Souper
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de la Fête donnée par M. le Duc DE ROHAN, le 18 Novembre 1744, pendant l'Assemblée des Etats dans la Ville de Rennes, à l'occasion du rétablissement de la santé du Roi & de ses Conquêtes.
RELATION de la Fête donnée par M. le
DUC DE ROHAN, le 18 Novembre 1744,
pendant l'Aſſemblée des Etats dans la Ville
de Rennes , à l'occaſion du rétabliſſement de
la ſanté du Roi & de ſes Conquêtes.
L
Es Etats voulant laiſſer un monument
de leur zéle & de leur amour pour le
Roi , ordonnerent le 5 Novembre 1744 ,
qu'il ſeroit érigé dans la Ville de Rennes
une Statuë pedeſtre de Sa Majesté , en mémoire
du rétabliſſement de fa fanté & de
l'heureux ſuccès de ſes armes , avec une
Inſcription dont ils ont chargé M. Duclos ,
de l'Académie Royale des Belles -Lettres , &
Membre de l'Ordre du Tiers.
M. le Duc de Rohan , Préſident de la Nobleſſe
, plus diſtingué encore par fon zéle
pour le Roi , que par fa naiſſance & fes dignités
, offrit à l'inſtant de donner une Fête
qui a été exécutée le 18 de ce mois.
Les Etats en ont été ſi ſatisfaits ; le nom
de M. le Duc de Rohan eſt ſi cher à la Province
,& l'objet de la Fête leur eſt ſi précieux
, qu'ils ont cru donner une nouvelle
marque de leur amour pour le Roi , en ordonnant
qu'on inféreroit dans leurs Regiffres
le détailde cette Fête.
Hy
166 MERCURE DE FRANCE.
Elle fut annoncée le matin par pluſieurs
falves de canon , la Milice Bourgeoiſe s'étantmiſe
en bataille dans la Place du Palais,
M. le Maréchal de Brancas , Commandant
de la Province , accompagné de Mrs les
Commiſſaires du Roi , & l'Aſſemblée des
Etats , après avoir affiſté au Te Deum, chanté
dans la Chapelle des Etats , ſe rendirent
dans la grande Sale du Palais , pour être
préſens au Banquet public ;deux Trompettes
& fix Cors de Chaſſe eſcortés de pluſieurs
Cavaliers , commencerent la marche ,
&entrerent dans la Place en fonnantdes.
Fanfares qui donnerent le ſignal aux ſalves
ducanon&de la mouſqueterie & aux cris
dejoye du Peuple. On vit en même- tems
paroître une troupe de jeunes gens vêtus
de blanc & ornés de rubans bleus , portans
des corbeilles pour diſtribuer les pains ; une
pareille troupe diftinguée par des rubans
rouges , étoit chargée de la diftribution des
viandes.Ces deux troupes étoient accompagnées
de Bergers galamment habillés &marchantau
fondes Muſettes ,des Haut-Bois &
des Tambourins..
Deux Suiffes & douze hommes de M. le
Duc de Rohan marehoient enfuite , & précédoient
un grand Char , tiré par fix chevaux
couverts de caparaçons armories&
menés en main par des Palfreniers de la mê
V
NOVEMBRE. 1744. 167
me livrée. Le Char monté ſur huit rouës ,
orné de Lauriers , de Feſtons , de Guirlandes
& de Banderoles , formoit une table
couverte d'une toile qui en cachoit la charpente
, & fur laquelle étoient peints tous
les attributs de l'abondance . Sur cette table
étoitun plat argenté de 30 pieds de long
fur 16 de large , au milieu duquel s'élévoit
un ſurtout , portant un boeuf& deux veaux
rôtis pofés ſur leurs pieds. Les flancs du
plat étoient garnis de douze moutons rôtis ,
&flanqués de cent piéces de differentes efpéces
de viandes , le tout parfemé de fleurs
&de branches de Laurier.
VingtCavaliers couvroient ,& fermoient
lamarche. Le Char étant entré entre deux
barrieres , la diſtribution du pain & des
viandes ſe fit au Peuple , avec autant d'ordre
qu'il eſt poſſible d'en obferver avec la
multitude.
On avoit élevé aux quatre coins de la
Place des échaffauts ornés de pampre & de
lierre , ſur leſquels étoient des tonneaux
de vin , que des hommes déguisés , avec les
attributs de Bacchus , verfoient à tous ceux
qui ſe préſentoient.
Des troupes de Chanteurs , vêtus d'habits
de caractére, répandus dans la Place&dans
les ruës ,& animés par la joye publique
la redoubloient encore par des Chanfons
Hvj
168 MERCURE DE FRANCE.
vives& convenables à la Fête. Le repas fut
ſuivi de Danſes au ſon des Muſettes , des
Tambours de Baſque & autres Inſtrumens ,
qui ne finirent qu'avec le jour. La Fête fut.
terminée par la Comédie , que M. le Duc
de Rohan fit donner gratis au peuple.
Cette Fête marquée par la magnificence ,
a été accompagnée d'une charité d'autant
plus reſpectable , qu'elle a eu moins d'éclat .
On a fait une diſtribution abondante aux
priſonniers ; c'étoit dans un tel jour que les
malheureux devoient ceſſer de l'être .
Après la Fête du Peuple , M. le Maréchal
de Brancas & les Etats ſe ſont rendus chés
M. le Duc de Rohan , où l'on a trouvé un
nouveau ſpectacle , d'un goût convenable à
ceux à qui il étoit deſtiné.
Une illumination prodigieufe , & faite
avec intelligence, formoit une Architecture
très-bien ordonnée , compoſée d'un Porti.
que qui couvroit le Portail , & de vingtſept
Arcades qui ornoient la cour.
Le ſouper où les trois Ordres des Etats &
toutes les perſonnes diftinguées étoient invités
, a été de la derniere magnificence . La
premiere table étoit de cent couverts , & les
autres en formoient environ trois cent ,
mais indépendamment des perſonnes invitées
par billet , ou qui étoient cenſées l'être
par leur état , il ſuffiſoit de ſe préſenter pour
:
NOVEMBRE. 1744. 169
être admis ; on dreſſoit à l'inſtant de nouvelles
tables , de forte qu'il a été diftribué
mille à douze cent couverts . On a furtout
admiré l'élégance du fruit , qui étoit une
allégorie noble , tirée de la Fable , & relative
aux Vertus du Roi , au bonheur & à la
gloire de fon Régne , & ornée de deviſes
ingénieuſes. Le repas a été ſuivi d'un Bał
maſqué , qui a terminé la Fête.
Tout s'eſt pallé avec un ordre & un goût,
qui ſe rencontrent rarement avec tant de
magnificence. On a trouvé la Fête aufli
Royaledans fon exécutionque par fon objet,
& l'on n'a remarqué que ce tumulte agréable
qui naît de la joye publique , qui en eft
même une des marques , & qui fait le principal
ornement des grandes Fêtes.
Le même jour , M. l'Evêque de Nantes ,
Préſident du Clergé , donna un grand fouper
aux Prélats & à tous les Députés de fon
Ordre , avec une fuperbe illumination.
Deux jours après , M. le Maréchal de Brancas
, fit faire une magnifique illumination ,
&donna un grand ſouper aux trois Ordres
des Etats , & aux autres perſonnes diftinguées.
DUC DE ROHAN, le 18 Novembre 1744,
pendant l'Aſſemblée des Etats dans la Ville
de Rennes , à l'occaſion du rétabliſſement de
la ſanté du Roi & de ſes Conquêtes.
L
Es Etats voulant laiſſer un monument
de leur zéle & de leur amour pour le
Roi , ordonnerent le 5 Novembre 1744 ,
qu'il ſeroit érigé dans la Ville de Rennes
une Statuë pedeſtre de Sa Majesté , en mémoire
du rétabliſſement de fa fanté & de
l'heureux ſuccès de ſes armes , avec une
Inſcription dont ils ont chargé M. Duclos ,
de l'Académie Royale des Belles -Lettres , &
Membre de l'Ordre du Tiers.
M. le Duc de Rohan , Préſident de la Nobleſſe
, plus diſtingué encore par fon zéle
pour le Roi , que par fa naiſſance & fes dignités
, offrit à l'inſtant de donner une Fête
qui a été exécutée le 18 de ce mois.
Les Etats en ont été ſi ſatisfaits ; le nom
de M. le Duc de Rohan eſt ſi cher à la Province
,& l'objet de la Fête leur eſt ſi précieux
, qu'ils ont cru donner une nouvelle
marque de leur amour pour le Roi , en ordonnant
qu'on inféreroit dans leurs Regiffres
le détailde cette Fête.
Hy
166 MERCURE DE FRANCE.
Elle fut annoncée le matin par pluſieurs
falves de canon , la Milice Bourgeoiſe s'étantmiſe
en bataille dans la Place du Palais,
M. le Maréchal de Brancas , Commandant
de la Province , accompagné de Mrs les
Commiſſaires du Roi , & l'Aſſemblée des
Etats , après avoir affiſté au Te Deum, chanté
dans la Chapelle des Etats , ſe rendirent
dans la grande Sale du Palais , pour être
préſens au Banquet public ;deux Trompettes
& fix Cors de Chaſſe eſcortés de pluſieurs
Cavaliers , commencerent la marche ,
&entrerent dans la Place en fonnantdes.
Fanfares qui donnerent le ſignal aux ſalves
ducanon&de la mouſqueterie & aux cris
dejoye du Peuple. On vit en même- tems
paroître une troupe de jeunes gens vêtus
de blanc & ornés de rubans bleus , portans
des corbeilles pour diſtribuer les pains ; une
pareille troupe diftinguée par des rubans
rouges , étoit chargée de la diftribution des
viandes.Ces deux troupes étoient accompagnées
de Bergers galamment habillés &marchantau
fondes Muſettes ,des Haut-Bois &
des Tambourins..
Deux Suiffes & douze hommes de M. le
Duc de Rohan marehoient enfuite , & précédoient
un grand Char , tiré par fix chevaux
couverts de caparaçons armories&
menés en main par des Palfreniers de la mê
V
NOVEMBRE. 1744. 167
me livrée. Le Char monté ſur huit rouës ,
orné de Lauriers , de Feſtons , de Guirlandes
& de Banderoles , formoit une table
couverte d'une toile qui en cachoit la charpente
, & fur laquelle étoient peints tous
les attributs de l'abondance . Sur cette table
étoitun plat argenté de 30 pieds de long
fur 16 de large , au milieu duquel s'élévoit
un ſurtout , portant un boeuf& deux veaux
rôtis pofés ſur leurs pieds. Les flancs du
plat étoient garnis de douze moutons rôtis ,
&flanqués de cent piéces de differentes efpéces
de viandes , le tout parfemé de fleurs
&de branches de Laurier.
VingtCavaliers couvroient ,& fermoient
lamarche. Le Char étant entré entre deux
barrieres , la diſtribution du pain & des
viandes ſe fit au Peuple , avec autant d'ordre
qu'il eſt poſſible d'en obferver avec la
multitude.
On avoit élevé aux quatre coins de la
Place des échaffauts ornés de pampre & de
lierre , ſur leſquels étoient des tonneaux
de vin , que des hommes déguisés , avec les
attributs de Bacchus , verfoient à tous ceux
qui ſe préſentoient.
Des troupes de Chanteurs , vêtus d'habits
de caractére, répandus dans la Place&dans
les ruës ,& animés par la joye publique
la redoubloient encore par des Chanfons
Hvj
168 MERCURE DE FRANCE.
vives& convenables à la Fête. Le repas fut
ſuivi de Danſes au ſon des Muſettes , des
Tambours de Baſque & autres Inſtrumens ,
qui ne finirent qu'avec le jour. La Fête fut.
terminée par la Comédie , que M. le Duc
de Rohan fit donner gratis au peuple.
Cette Fête marquée par la magnificence ,
a été accompagnée d'une charité d'autant
plus reſpectable , qu'elle a eu moins d'éclat .
On a fait une diſtribution abondante aux
priſonniers ; c'étoit dans un tel jour que les
malheureux devoient ceſſer de l'être .
Après la Fête du Peuple , M. le Maréchal
de Brancas & les Etats ſe ſont rendus chés
M. le Duc de Rohan , où l'on a trouvé un
nouveau ſpectacle , d'un goût convenable à
ceux à qui il étoit deſtiné.
Une illumination prodigieufe , & faite
avec intelligence, formoit une Architecture
très-bien ordonnée , compoſée d'un Porti.
que qui couvroit le Portail , & de vingtſept
Arcades qui ornoient la cour.
Le ſouper où les trois Ordres des Etats &
toutes les perſonnes diftinguées étoient invités
, a été de la derniere magnificence . La
premiere table étoit de cent couverts , & les
autres en formoient environ trois cent ,
mais indépendamment des perſonnes invitées
par billet , ou qui étoient cenſées l'être
par leur état , il ſuffiſoit de ſe préſenter pour
:
NOVEMBRE. 1744. 169
être admis ; on dreſſoit à l'inſtant de nouvelles
tables , de forte qu'il a été diftribué
mille à douze cent couverts . On a furtout
admiré l'élégance du fruit , qui étoit une
allégorie noble , tirée de la Fable , & relative
aux Vertus du Roi , au bonheur & à la
gloire de fon Régne , & ornée de deviſes
ingénieuſes. Le repas a été ſuivi d'un Bał
maſqué , qui a terminé la Fête.
Tout s'eſt pallé avec un ordre & un goût,
qui ſe rencontrent rarement avec tant de
magnificence. On a trouvé la Fête aufli
Royaledans fon exécutionque par fon objet,
& l'on n'a remarqué que ce tumulte agréable
qui naît de la joye publique , qui en eft
même une des marques , & qui fait le principal
ornement des grandes Fêtes.
Le même jour , M. l'Evêque de Nantes ,
Préſident du Clergé , donna un grand fouper
aux Prélats & à tous les Députés de fon
Ordre , avec une fuperbe illumination.
Deux jours après , M. le Maréchal de Brancas
, fit faire une magnifique illumination ,
&donna un grand ſouper aux trois Ordres
des Etats , & aux autres perſonnes diftinguées.
Fermer
17
p. 163-170
Suite des Réfléxions sur les Ballets.
Début :
Nous avons rapporté le témoignage de Lucien en faveur de la Danse, parce que [...]
Mots clefs :
Danse, Ballets, Danseur, Pantomime, Lucien, Anciens, Théâtre, Opéra, Fêtes, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Réfléxions sur les Ballets.
Suite des Réfléxions fur les Ballets.
Nous avons rapporté le témoignage de
Lucien en faveur de la Danfe , parce que
le fuffrage d'un Critique mérite plus de foi
que les amplifications fleuries des Panegiriftes.
Ce railleur impitoyable qui perfécutoit
fans ceffe les Philofophes & les Rhéteurs
Grecs les plus accrédités , & qui n'épargnoit
pas même les Dieux que la fçavante Athêne
adoroit, a fait très-férieuſement l'apologie
de la Danſe, condamnée par les faux la184
MERCURE DE FRANCE.
ges ; ( car les hypocrites font auffi anciens
que les Religions. ) Oui , Lucien nous traçant
la route que nous allons fuivre n'a pas
donné fon fentiment comme l'unique garand
du mérité de la Danſe . Il s'eft appuyé des
citations les plus impofantes , tant de fon
fiécle que de l'Antiquité la plus voifine de
la Création du monde. La Créte , la Phrygie
, les Phéaques , les Theffaliens , les Deliens
, les Indiens , les Ethiopiens , les Bithiniens
, les Tirrheniens , l'Egypte ou la
Fable de Prothée , doit fon origine * à un
excellent Danfeur dont le corps fouple & l'ef
prit ingenieux fçavoient tout contrefaire &
tout imiterfi adroitement qu'il fembloit devenir
ce qu'il imitoit , enfin l'auftere & vertueufe
Lacedémone lui fournit mille preuves
fon opinion , foutenue encore par l'autorité
d'Hefiode , d'Homere & du divin Platon .
Quelle idée n'avoit- on pas alors de la Danfe
? Nous allons laiffer parler Lucien ' luimême
, on croiroit que nous plaifanterions
fi nous ofions prendre fur notre compte ce
qu'il exige des Maîtres de cet Art . Je repréfenterai
, dit-il , les qualités que doit avoir un
bon Danfeur pour faire voir que fa profeffion
n'eft pas des plus faciles , car il faut que le
Pantomime on Danfeur de Ballets qui eft celui
dont j'entens parler,fcache plufieurs chofes, com-
* Luc. Apol, de la Danfe.
de
FEVRIER 1745. 165
me la Poëfie , la Géometrie , la Musique &
la Philofophie même , quoiqu'il n'ait pas
befoin
des Ergo de la Dialectique ; il faut qu'il
ait auffi le fecret d'exprimer les Paffions & les
Mouvemens de l'ime que la Rethorique enfeigne
, & qu'il emprunte de la Peinture & de
la Sculpture les diverfes Poftures & Contenan
ces , enforte qu'il ne le cede point à Phidias ni
à Appelle pour ce regard ; mais furtout il a
befoin de mémoire , car il faut que comme Calchas
il fache le passé , le préfent & l'avenir
& qu'il les ait toujourspréfens dans fon efprit
pour les pouvoir repréfenter dans l'occafion.
Mais il doit fçavoir particulierement expliquer
les conceptions de l'Ame & découvrir fes
Sentimens par les geftes & les mouvemens du
corps ; enfin il doit avoir ce que Thucidide attribue
à Pericles , le fecret de voir par tout ce
qui convient.
Enfuite il fait une longue énumeration
de tous les Tableaux que l'excellent Pantomime
doit fçavoir peindre , & ce détail
embraffe tous les évenemens rapportés par
l'Hiftoire où inventés par la Fable.
Nous croyons que c'eft ici l'occafion de
détruire une erreur moderne généralement
répandue non-feulement dans le Public qui
fouvent ne connoît pas les principes des
plaifirs qu'il goute , mais qui eft encore
1.66 MERCURE DE FRANCE.
plus enracinée dans la tête des Maîtres de
Danfe. Ils n'entendent tous ordinairement
par le mot de Pantomime qu'un danfeur Comique
digne feulement de n'exercer ſes talens
qu'aux Spectacles de la Foire ; ils fe figurent
que toute la ſcienſe doit être bornée au genre
badin & même burleſque . Les Pantomimes
eux-mêmes , du moins ceux que nous avons
ûs fur nos Théatres partagent cette injufte
erreur avec les danfeurs férieux qui les méprifent.
Ils ne connoiffent pas leurs droits &
fe reftraignent à un grotefque bas & rifible
que l'ignorance prefque univerfelle leur affigne.
Que les uns & les autres apprennent
que la Danfe Pantomime renferme tous les
differens caracteres Comiques & Tragiques ,
imaginés & imaginables, que le danfeur Pantomime
, c'eft- à- dire , le parfait danfeur
fuivant la définition des Sçavans de tous les
fiecles, doit être noble & ferieux dans les
Ballets Heroïques , galand & naif dans les
Paftorales , terrible & furieux dans les entrées
de Demons. Enfin que tout bon danfeur
doit être Pantomime fur le Théatre , &
que tout Baller doit être un Tableau expreffif
& changeant où l'on reconnoiffe les
perfonnages repréſentés par leurs habillemens,
leurs cocffures , leurs attitudes & leurs
geftes. Nos Ballets de l'Opera manquent
Louvent de toutes ces marques diftinctives 8
>
FEVRIER $ 745 , 169
sh y voit des Matelots fans rames ; des Bergeres
coëffées en femmes de la Cour & des
Magiciennes en Bavolet ; cependant la Danſe
qui eft muette a befoin pour fe faire entendre
du fecours des fymboles & des ornemens . Si
Jupiter danfoit , il devroit danfer avec fon
foudre , & Mercure avec fon Caducée.
Qu'on ne fe figure pas que ces réflexions
n'appartiennent qu'au fiécle d'Homere, quoiqu'elles
foient plus anciennes que l'enlevement
d'Hélene , & que le long fiége de
Troye,qu'on ne croye pas qu'elles ne foient
approuvées que par Lucien & par la foule
étonnante des Auteurs qu'il a cités . Nous
avons des autorités récentes qui préconiſent
laDanfe Pantomime & qui n'admettent qu'elle
fur le Théatre où l'on doit toujours voir ,
comme le dit Athenée dans fes Entretiens
que le Ballet eft une imitation fidelle des chofes
que l'on dit& que l'onfait,
Nous avons omis ce qui honore le plus la
Danfe ; on nous permettra de le placer ici.
Nous n'avons pas promis un difcours fcrupuleufement
arrangé , qu'on ne nous faffe
donc point de procès fur les défauts de liaifon.
Nous ne fommes comptables que de'
la jufteffe des idées & non pas deleur ordre.
Voici la plus grande cauſe de ſurpriſe
pour les Amateurs & même les Profeffeurs
de la Danfe , c'eft que cet exercice regardé
à prefent comme une occupation frivole
68 MERCURE DE FRANCE. '
de la jeuneffe légere & diffipée , doit fon
origine à la Religion . * Nous foupçonnons
bien d'illuftres Danfeurs de ne pas fçavoir
la génealogie de leur Art & de n'en avoir
jamais feuilleté les Titres. ) Les Juifs à qui
Dieu donna lui -même les Loix & les Cerémonie
qu'ils obferverent , l'introduisirent dans
leurs Fêtes & les Payens après eux la confacrerent
à leurs Dieux.
Ainfi donc la Danfe eft non feulement
célebre par les Fêtes de la Politique , mais
encore par celles de la Religion . Nous n'accumulerons
point ici tous les paffages de
l'Ecriture & des Peres de l'Eglife qui confirment
cette Propofition . On peut verifier
cette immenfe multitude de Collections qui
font l'Eloge de la Danfe dans le Traité des
Ballets anciens & modernes felon les Regles du
Theatre.Compofé par le R. P.Menetrier, Sçayant
Jefuite, & dedié à M. le Duc d'Aumont,
Nous nous contenterons de nommer David
le Prophête Royal , qui danfa devant
l'Arche quand on la portoit de la maiſon
d'Obédedon en Bethićem.
Ce n'eft pas pour trancher des Erudits
que nous avons entaffé tant de doctes Citations.
C'eſt pour montrer que nous ne
rifquons pas des Opinions nouvelles & que
notre fentiment eſt foutenu par celui des
Des Ballets anciens & modernes
Sages
FEVRIER 1745 169
Sages de la Grece . Nous fçavons que bien.
des Lecteurs déferent plus à la célébrité
des noms qu'à la force des raifons , & que
tel qui réfifte opiniatrément à l'évidence fe
rend dès qu'on lui allegue' Ciceron ; fi
c'eft un opiniatre qui n'eftime pas les Anciens
, il faut lui opofer Defcartes & encore
mieux Newton. Nous efperons fondés fur
cette connoiffance exacte du pouvoir immenfe
des préjugés , qu'on ne nous regardera
pas comme l'intimé de la Comedie
des Plaideurs , qui remonte à la Création
du Monde pour tomber fur un chien
qui a dérobé un chapon. On ne nous mettra
pas auffi dans la Claffe de cet Herille
que peint le Moralifte la Bruiere parmi fes
excellens Portraits , de cet Herille qui fait dire
an Prince des Philofophes que l'eau l'enyvre ,
& à l'Orateur Romain que l'eau le tempere.
Les Comediens François ont interrompu
les repréſentations de Mahomet II. Les
fêtes préparées pour Verfailles les occupent
trop pour leur permettre de donner inceffamment
une Comedie en cinq Actes de
M. de Boiffi , dont ils ont pourtant déja
commencé les Répétitions .
On a continué à la Comédie Italienne le Siege
de Grenade & ony a ajouté Arlequin Thefee,
Parodie nouvelle de la Tragedie de Thefée,
qui a été repréſentée pour la premiere-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
fois le Samedi trente Janvier. C'eft une imitation
comique & fuivie des principales Scenes
de l'Opera; il y a des Vaudevilles heureufement
appliqués ; en voici un échantillon
dans le dénouement, lorfque le Roi d'Athêne
reconnoit fon fils par fon Epée.
EGEE A EGLE',
Oui je reconnois cette lame
Voilà la marque fur mon ame
Que ce cher Enfant doit avoir .
Quel bonheur imprévu , Madame !
Ici pour aider mon pouvoir ,
J'avois un fils grace à ma femme ,
Sans le fçavoir,
Les Ballets font naifs , ingénieux & parodiés
de ceux de l'Opéra,
Nous avons rapporté le témoignage de
Lucien en faveur de la Danfe , parce que
le fuffrage d'un Critique mérite plus de foi
que les amplifications fleuries des Panegiriftes.
Ce railleur impitoyable qui perfécutoit
fans ceffe les Philofophes & les Rhéteurs
Grecs les plus accrédités , & qui n'épargnoit
pas même les Dieux que la fçavante Athêne
adoroit, a fait très-férieuſement l'apologie
de la Danſe, condamnée par les faux la184
MERCURE DE FRANCE.
ges ; ( car les hypocrites font auffi anciens
que les Religions. ) Oui , Lucien nous traçant
la route que nous allons fuivre n'a pas
donné fon fentiment comme l'unique garand
du mérité de la Danſe . Il s'eft appuyé des
citations les plus impofantes , tant de fon
fiécle que de l'Antiquité la plus voifine de
la Création du monde. La Créte , la Phrygie
, les Phéaques , les Theffaliens , les Deliens
, les Indiens , les Ethiopiens , les Bithiniens
, les Tirrheniens , l'Egypte ou la
Fable de Prothée , doit fon origine * à un
excellent Danfeur dont le corps fouple & l'ef
prit ingenieux fçavoient tout contrefaire &
tout imiterfi adroitement qu'il fembloit devenir
ce qu'il imitoit , enfin l'auftere & vertueufe
Lacedémone lui fournit mille preuves
fon opinion , foutenue encore par l'autorité
d'Hefiode , d'Homere & du divin Platon .
Quelle idée n'avoit- on pas alors de la Danfe
? Nous allons laiffer parler Lucien ' luimême
, on croiroit que nous plaifanterions
fi nous ofions prendre fur notre compte ce
qu'il exige des Maîtres de cet Art . Je repréfenterai
, dit-il , les qualités que doit avoir un
bon Danfeur pour faire voir que fa profeffion
n'eft pas des plus faciles , car il faut que le
Pantomime on Danfeur de Ballets qui eft celui
dont j'entens parler,fcache plufieurs chofes, com-
* Luc. Apol, de la Danfe.
de
FEVRIER 1745. 165
me la Poëfie , la Géometrie , la Musique &
la Philofophie même , quoiqu'il n'ait pas
befoin
des Ergo de la Dialectique ; il faut qu'il
ait auffi le fecret d'exprimer les Paffions & les
Mouvemens de l'ime que la Rethorique enfeigne
, & qu'il emprunte de la Peinture & de
la Sculpture les diverfes Poftures & Contenan
ces , enforte qu'il ne le cede point à Phidias ni
à Appelle pour ce regard ; mais furtout il a
befoin de mémoire , car il faut que comme Calchas
il fache le passé , le préfent & l'avenir
& qu'il les ait toujourspréfens dans fon efprit
pour les pouvoir repréfenter dans l'occafion.
Mais il doit fçavoir particulierement expliquer
les conceptions de l'Ame & découvrir fes
Sentimens par les geftes & les mouvemens du
corps ; enfin il doit avoir ce que Thucidide attribue
à Pericles , le fecret de voir par tout ce
qui convient.
Enfuite il fait une longue énumeration
de tous les Tableaux que l'excellent Pantomime
doit fçavoir peindre , & ce détail
embraffe tous les évenemens rapportés par
l'Hiftoire où inventés par la Fable.
Nous croyons que c'eft ici l'occafion de
détruire une erreur moderne généralement
répandue non-feulement dans le Public qui
fouvent ne connoît pas les principes des
plaifirs qu'il goute , mais qui eft encore
1.66 MERCURE DE FRANCE.
plus enracinée dans la tête des Maîtres de
Danfe. Ils n'entendent tous ordinairement
par le mot de Pantomime qu'un danfeur Comique
digne feulement de n'exercer ſes talens
qu'aux Spectacles de la Foire ; ils fe figurent
que toute la ſcienſe doit être bornée au genre
badin & même burleſque . Les Pantomimes
eux-mêmes , du moins ceux que nous avons
ûs fur nos Théatres partagent cette injufte
erreur avec les danfeurs férieux qui les méprifent.
Ils ne connoiffent pas leurs droits &
fe reftraignent à un grotefque bas & rifible
que l'ignorance prefque univerfelle leur affigne.
Que les uns & les autres apprennent
que la Danfe Pantomime renferme tous les
differens caracteres Comiques & Tragiques ,
imaginés & imaginables, que le danfeur Pantomime
, c'eft- à- dire , le parfait danfeur
fuivant la définition des Sçavans de tous les
fiecles, doit être noble & ferieux dans les
Ballets Heroïques , galand & naif dans les
Paftorales , terrible & furieux dans les entrées
de Demons. Enfin que tout bon danfeur
doit être Pantomime fur le Théatre , &
que tout Baller doit être un Tableau expreffif
& changeant où l'on reconnoiffe les
perfonnages repréſentés par leurs habillemens,
leurs cocffures , leurs attitudes & leurs
geftes. Nos Ballets de l'Opera manquent
Louvent de toutes ces marques diftinctives 8
>
FEVRIER $ 745 , 169
sh y voit des Matelots fans rames ; des Bergeres
coëffées en femmes de la Cour & des
Magiciennes en Bavolet ; cependant la Danſe
qui eft muette a befoin pour fe faire entendre
du fecours des fymboles & des ornemens . Si
Jupiter danfoit , il devroit danfer avec fon
foudre , & Mercure avec fon Caducée.
Qu'on ne fe figure pas que ces réflexions
n'appartiennent qu'au fiécle d'Homere, quoiqu'elles
foient plus anciennes que l'enlevement
d'Hélene , & que le long fiége de
Troye,qu'on ne croye pas qu'elles ne foient
approuvées que par Lucien & par la foule
étonnante des Auteurs qu'il a cités . Nous
avons des autorités récentes qui préconiſent
laDanfe Pantomime & qui n'admettent qu'elle
fur le Théatre où l'on doit toujours voir ,
comme le dit Athenée dans fes Entretiens
que le Ballet eft une imitation fidelle des chofes
que l'on dit& que l'onfait,
Nous avons omis ce qui honore le plus la
Danfe ; on nous permettra de le placer ici.
Nous n'avons pas promis un difcours fcrupuleufement
arrangé , qu'on ne nous faffe
donc point de procès fur les défauts de liaifon.
Nous ne fommes comptables que de'
la jufteffe des idées & non pas deleur ordre.
Voici la plus grande cauſe de ſurpriſe
pour les Amateurs & même les Profeffeurs
de la Danfe , c'eft que cet exercice regardé
à prefent comme une occupation frivole
68 MERCURE DE FRANCE. '
de la jeuneffe légere & diffipée , doit fon
origine à la Religion . * Nous foupçonnons
bien d'illuftres Danfeurs de ne pas fçavoir
la génealogie de leur Art & de n'en avoir
jamais feuilleté les Titres. ) Les Juifs à qui
Dieu donna lui -même les Loix & les Cerémonie
qu'ils obferverent , l'introduisirent dans
leurs Fêtes & les Payens après eux la confacrerent
à leurs Dieux.
Ainfi donc la Danfe eft non feulement
célebre par les Fêtes de la Politique , mais
encore par celles de la Religion . Nous n'accumulerons
point ici tous les paffages de
l'Ecriture & des Peres de l'Eglife qui confirment
cette Propofition . On peut verifier
cette immenfe multitude de Collections qui
font l'Eloge de la Danfe dans le Traité des
Ballets anciens & modernes felon les Regles du
Theatre.Compofé par le R. P.Menetrier, Sçayant
Jefuite, & dedié à M. le Duc d'Aumont,
Nous nous contenterons de nommer David
le Prophête Royal , qui danfa devant
l'Arche quand on la portoit de la maiſon
d'Obédedon en Bethićem.
Ce n'eft pas pour trancher des Erudits
que nous avons entaffé tant de doctes Citations.
C'eſt pour montrer que nous ne
rifquons pas des Opinions nouvelles & que
notre fentiment eſt foutenu par celui des
Des Ballets anciens & modernes
Sages
FEVRIER 1745 169
Sages de la Grece . Nous fçavons que bien.
des Lecteurs déferent plus à la célébrité
des noms qu'à la force des raifons , & que
tel qui réfifte opiniatrément à l'évidence fe
rend dès qu'on lui allegue' Ciceron ; fi
c'eft un opiniatre qui n'eftime pas les Anciens
, il faut lui opofer Defcartes & encore
mieux Newton. Nous efperons fondés fur
cette connoiffance exacte du pouvoir immenfe
des préjugés , qu'on ne nous regardera
pas comme l'intimé de la Comedie
des Plaideurs , qui remonte à la Création
du Monde pour tomber fur un chien
qui a dérobé un chapon. On ne nous mettra
pas auffi dans la Claffe de cet Herille
que peint le Moralifte la Bruiere parmi fes
excellens Portraits , de cet Herille qui fait dire
an Prince des Philofophes que l'eau l'enyvre ,
& à l'Orateur Romain que l'eau le tempere.
Les Comediens François ont interrompu
les repréſentations de Mahomet II. Les
fêtes préparées pour Verfailles les occupent
trop pour leur permettre de donner inceffamment
une Comedie en cinq Actes de
M. de Boiffi , dont ils ont pourtant déja
commencé les Répétitions .
On a continué à la Comédie Italienne le Siege
de Grenade & ony a ajouté Arlequin Thefee,
Parodie nouvelle de la Tragedie de Thefée,
qui a été repréſentée pour la premiere-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
fois le Samedi trente Janvier. C'eft une imitation
comique & fuivie des principales Scenes
de l'Opera; il y a des Vaudevilles heureufement
appliqués ; en voici un échantillon
dans le dénouement, lorfque le Roi d'Athêne
reconnoit fon fils par fon Epée.
EGEE A EGLE',
Oui je reconnois cette lame
Voilà la marque fur mon ame
Que ce cher Enfant doit avoir .
Quel bonheur imprévu , Madame !
Ici pour aider mon pouvoir ,
J'avois un fils grace à ma femme ,
Sans le fçavoir,
Les Ballets font naifs , ingénieux & parodiés
de ceux de l'Opéra,
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18
p. 132-136
DIXIÉME suite des réflexions sur les Ballets
Début :
LE Ballet des Fêtes Greques & Romaines n'est pas le seul qui offre à la brillante [...]
Mots clefs :
Fleurs, Ballet, Fêtes, Rose, Opéra
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texteReconnaissance textuelle : DIXIÉME suite des réflexions sur les Ballets
DIXIE'ME fuite des réflexions fur les Ballets®
Left
E Ballet des Fêtes Greques & Romaines
An'et pas le feul qui offre à la brillanre
Therpficore un Prologue digne d'exercer
fon talent ; toutes les autres entrées de cet
Opera tiré de l'Hiftoire pouvoient expofer
des peintures nobles & galantes aux regards
curieux des fpectateurs. Dans l'une on pou
voit déffiner avec force les differentes quadrilles
des Athlétes qui fe fignaloient aux
jeux Olympiques , & le triomphe d'Alcibia-"
de vainqueur de la courfe des chars . Dans
l'acte des bacchanales la flotte magnifique
& le traveftiflement politique dela Cour de
Cléopatre en Menades & en Egipans occafionnoient
un Spectacle fuperbe & des danfes
caracterifées. On pouvoit raſſembler
toutes les graces naïves & legeres de la
Paftorale dans l'acte confacré à Saturne .
On peut remarquer encore à la gloire
du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
une circonftance finguliere & prefque unique ,
c'eft que les divertiffemens qui font fou
JUIN 1946. 133
vent très poftiches dans les autres Opera ,
font dans celui- ci fondés fur l'Hiftoire & font
fituation & le noeud des intrigues qu'ils
embelliffent.
L'Auteur des paroles de ce Ballet héroïque
s'eft toujours appliqué dans fes ceuvres
lyriques a imaginer des fêtes fufceptibles de
danfes pittorefques , & ce n'eſt pas fa faute
fi l'Opera n'eft point riche en tableaux .
Sans donner ici une énumeration exacte'
de tous les fujets qu'il a fournis au génie Pantomime
, & qui n'ont pas même été apperçus
par ceux qui en pouvoient profiter ,
il y a un Prologue au Ballet des âges mis
en mufique par le célebre Campra , qui devoit
faire briller la capacité d'un compofiteur
de danſes .
Le Théatre y repréfente les délicieux
jardins d'Hebé Divinité de la jeuneſſe .
Le temps & fa fuite ennemie des agrémens
paffagers & des plaifirs du premier
âge pourfuivent les volages fuivantes d'Hébé
, & leur danſes devoient dépeindre la
légereté de la jeuneffe qui recommence fes
jeux autant de fois qu'on les interrompt. Cela
nous auroit exprimé fon caractére , qui
eft d'oublier les chagrins dès qu'ils difparoiffent.
La troifiéme entrée du Ballet des Ages
remplie par la vieilleffe eft terminée par
134 MERCURE DE FRANCE.
e triomphe de la Folie, divertiffement fertile
en danſes de caractéres variés .
Nous ne rappellerons plus que le Ballet
des fleurs qui couronne fi agréablement l'Opera
des Indes Galantes , dont les paroles
font de l'Auteur des Amours déguifés , des.
Fetes Grecques & Romaines & des Ages .
& la Mufique du fçavant Rameau.
Ce divertiſſement a été imaginé à la gloire
des fleurs eftimées dans toute la terre , &
fêtées avec éclat en Turquie & en Perſe ,
où des jours leur font confacrés par la Nation.
Le Théatre repréſente dans un jardin
fuperbe des berceaux illuminés , & décorés
de guirlandes & de pors de fleurs. Des Symphoniſtes
& des Eſclaves chantans font diftribués
dans des balcons de feuillages.
D'aimables Odalifques de diverfes provinces
de l'Afie portent dans leurs coëffures &
fur leurs habits les fleurs les plus belles.
Cette pompeufe décoration eft une idée de
Auteur des paroles, ainfi que laTherpficore
du Prologue des Fêtes Grecques & Romaines
& la Rofe des Indes galantes dont il a
projetté les plans .
Une Sultane annonce ainfi le triomphe
des fleurs perfonnifiées.
Triomphez , agréables fleurs ,
Répandez vos parfums , ranimez vos couleurs,
JUIN 1746.
C'eft parmi vous qu'Amour cache ſous la verdure
Ses feux les plus ardens , fes plus aimables traits
Le printemps vous doit fes attraits ;
Vous parez la faifon qui pare la Nature.
Triomphez , & c.
Vous tenez le rang fuprême
Sur les bords de nos ruiffeaux ,
Et vous embelliffez dans les jours les plus beaux
La beauté même.
Triomphez , &c.
Le Ballet qui fuit cette Cantatille repréfence
pittorefquement le fort des fleurs dans
un jardin. On les a perfonnifiées aiafi que
Boréé & Zephire pour donner de l'ame à
certe peinture dans le goût de Vateau , executée
par d'aimables efciaves de l'un & de
l'autre fexe.
D'abord les fleurs choifies pour former
la Cour de la Rofe danſent enſemble &
compofent un parterre gracieux qui varie à
chaque inftant ; la Rofe leur aimable Reine
danfe feule. La fête eft interrompue par un
orage qu'amene Borée : les fleurs en éprouvent
l'injufte colere. La Rofe réfifte plus
long tems au cruel ennemi qui la perfé
cute avec opiniatreté . Les pas de Boréé expriment
fon impetueufe fureur ; les atti
36 MERCURE DE FRANCE.
tudes de la Rofe peignent fa douceur & fes
craintes. Zephire arrive avec la clarté renaiffante
; il ranime & releve les fleurs ab
batues par la tempête & termine leur triomphe
& le fien par les hommages que fa tendreffe
rend à la Roſe.
Left
E Ballet des Fêtes Greques & Romaines
An'et pas le feul qui offre à la brillanre
Therpficore un Prologue digne d'exercer
fon talent ; toutes les autres entrées de cet
Opera tiré de l'Hiftoire pouvoient expofer
des peintures nobles & galantes aux regards
curieux des fpectateurs. Dans l'une on pou
voit déffiner avec force les differentes quadrilles
des Athlétes qui fe fignaloient aux
jeux Olympiques , & le triomphe d'Alcibia-"
de vainqueur de la courfe des chars . Dans
l'acte des bacchanales la flotte magnifique
& le traveftiflement politique dela Cour de
Cléopatre en Menades & en Egipans occafionnoient
un Spectacle fuperbe & des danfes
caracterifées. On pouvoit raſſembler
toutes les graces naïves & legeres de la
Paftorale dans l'acte confacré à Saturne .
On peut remarquer encore à la gloire
du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
une circonftance finguliere & prefque unique ,
c'eft que les divertiffemens qui font fou
JUIN 1946. 133
vent très poftiches dans les autres Opera ,
font dans celui- ci fondés fur l'Hiftoire & font
fituation & le noeud des intrigues qu'ils
embelliffent.
L'Auteur des paroles de ce Ballet héroïque
s'eft toujours appliqué dans fes ceuvres
lyriques a imaginer des fêtes fufceptibles de
danfes pittorefques , & ce n'eſt pas fa faute
fi l'Opera n'eft point riche en tableaux .
Sans donner ici une énumeration exacte'
de tous les fujets qu'il a fournis au génie Pantomime
, & qui n'ont pas même été apperçus
par ceux qui en pouvoient profiter ,
il y a un Prologue au Ballet des âges mis
en mufique par le célebre Campra , qui devoit
faire briller la capacité d'un compofiteur
de danſes .
Le Théatre y repréfente les délicieux
jardins d'Hebé Divinité de la jeuneſſe .
Le temps & fa fuite ennemie des agrémens
paffagers & des plaifirs du premier
âge pourfuivent les volages fuivantes d'Hébé
, & leur danſes devoient dépeindre la
légereté de la jeuneffe qui recommence fes
jeux autant de fois qu'on les interrompt. Cela
nous auroit exprimé fon caractére , qui
eft d'oublier les chagrins dès qu'ils difparoiffent.
La troifiéme entrée du Ballet des Ages
remplie par la vieilleffe eft terminée par
134 MERCURE DE FRANCE.
e triomphe de la Folie, divertiffement fertile
en danſes de caractéres variés .
Nous ne rappellerons plus que le Ballet
des fleurs qui couronne fi agréablement l'Opera
des Indes Galantes , dont les paroles
font de l'Auteur des Amours déguifés , des.
Fetes Grecques & Romaines & des Ages .
& la Mufique du fçavant Rameau.
Ce divertiſſement a été imaginé à la gloire
des fleurs eftimées dans toute la terre , &
fêtées avec éclat en Turquie & en Perſe ,
où des jours leur font confacrés par la Nation.
Le Théatre repréſente dans un jardin
fuperbe des berceaux illuminés , & décorés
de guirlandes & de pors de fleurs. Des Symphoniſtes
& des Eſclaves chantans font diftribués
dans des balcons de feuillages.
D'aimables Odalifques de diverfes provinces
de l'Afie portent dans leurs coëffures &
fur leurs habits les fleurs les plus belles.
Cette pompeufe décoration eft une idée de
Auteur des paroles, ainfi que laTherpficore
du Prologue des Fêtes Grecques & Romaines
& la Rofe des Indes galantes dont il a
projetté les plans .
Une Sultane annonce ainfi le triomphe
des fleurs perfonnifiées.
Triomphez , agréables fleurs ,
Répandez vos parfums , ranimez vos couleurs,
JUIN 1746.
C'eft parmi vous qu'Amour cache ſous la verdure
Ses feux les plus ardens , fes plus aimables traits
Le printemps vous doit fes attraits ;
Vous parez la faifon qui pare la Nature.
Triomphez , & c.
Vous tenez le rang fuprême
Sur les bords de nos ruiffeaux ,
Et vous embelliffez dans les jours les plus beaux
La beauté même.
Triomphez , &c.
Le Ballet qui fuit cette Cantatille repréfence
pittorefquement le fort des fleurs dans
un jardin. On les a perfonnifiées aiafi que
Boréé & Zephire pour donner de l'ame à
certe peinture dans le goût de Vateau , executée
par d'aimables efciaves de l'un & de
l'autre fexe.
D'abord les fleurs choifies pour former
la Cour de la Rofe danſent enſemble &
compofent un parterre gracieux qui varie à
chaque inftant ; la Rofe leur aimable Reine
danfe feule. La fête eft interrompue par un
orage qu'amene Borée : les fleurs en éprouvent
l'injufte colere. La Rofe réfifte plus
long tems au cruel ennemi qui la perfé
cute avec opiniatreté . Les pas de Boréé expriment
fon impetueufe fureur ; les atti
36 MERCURE DE FRANCE.
tudes de la Rofe peignent fa douceur & fes
craintes. Zephire arrive avec la clarté renaiffante
; il ranime & releve les fleurs ab
batues par la tempête & termine leur triomphe
& le fien par les hommages que fa tendreffe
rend à la Roſe.
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19
p. 199-205
RELATION Des Fêtes données à Rome pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
Début :
Le Duc de Nivernois Ambassadeur extraordinaire de France auprès du Saint Siege, [...]
Mots clefs :
Fêtes, Rome, Naissance du duc de Bourgogne, Duc de Nivernois, Ambassadeur, Noblesse, Palais, Cardinaux, Goût, Fêtes
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texteReconnaissance textuelle : RELATION Des Fêtes données à Rome pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
RELATION
Des Fêtes données à Rome pour la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
Le Duc de Nivernois Ambassadeur extraordinaire
de France auprès du Saint Siege,
ayant fixé au 22. 13. & 24. de Novembre les
fêtes qu'il devoit donner pour la naissance de
Monseigneui le Duc de Bourgogne, elles com-
mencerent Lundi matin 22. par un Te Deum so-
lemnel qui fut chanté dans l'Eglise Françoise de
Saint Louis. Son Excellence reçut avant de partit
les complimens d'un grand nombre de Prélats,
qui s'étoient rendus au Palais de France, &
ceux des Cardinaux, & des Princes Romains
qui envoyereut leurs Gentilshommes. On distri-
bua en abondance à tous avant de partit des gla-
ces & des stuits gelés.
Iiiij
200 MERCURE DEFRANCE.
M. l'Ambassadeur se rendit à l'Eglise de S.
Louis avec son train ordinaire composé de qua-
torze carosses qui étoient remplis de trente Pré-
lats & d'un cortège nombreux formé par les
Ftançois, & la Maison de son Excellence. L'E-
glise de Saint Louis étoit ornée avec beancoup
de goût & de magnificence, & prépaiée pour
tenir la chapelle cardinalitienne intimée par Sa
Sainteté Vingt-cinq Cardinaux s'y rendirent &
toute la Prélature. M. Vicentini Archevêque,
célebia pontificalement la messe qui fut sui-
vie d'un Te Deum chanté par la Musique du Pa-
pe, pendant lequel on fit une triple sal ve de
boëtes.
A trois heures après midi Son Excellence sui-
vie seulement de trois carosses, se tendit au
cours, où la course de Barbes indiquée pour ces
sêtes avoit attiré une foule prodigieuse de Nobles-
se & de peuple, & après y avoir fait deux tours
elle entra dans le Palais de l'Académie de Fran-
ee pour y recevoir les Cardinaux, les Prélats
& la Noblesse qui avoient été invités à s'y ren-
dre pour y voir la course. L'assemblée étoit aussi
nombreuse & aussi brillante qu'elle pouvoit l'è-
tre, & l'on servit, en attendant la course, un
superbe rafraîchissement. Dix sept chevaux cou-
rurent, dont quatorze appartenoient à des Sei-
goeurs Romains, & trois étoient venus de diffé-
rentes Villes d'Italie, & ce fut un cheval du
Prince Dom Camillo Rospigliosi qui fut vain-
queur. Le prix étoit une piéce d'une des plus bel-
les étoffes de Lvon fond d'argent à fleurs d'or.
Le sacté Collége, la Prélature & la Noblesse
étoient invités le même jour à une cantate, ou
Dame en deux Actes & en musique qui devoit
s'exécuter dans un salon du Palais Farnése. Ce
JANVIER. 1752. 201
sallon avoit été orné pour cet effet en maniere
de décoration théâtrale, sur les desseins & sous
la direction du Cavalier Jean Paul Panini, Pein-
tre & Architecte, dont le nom est célebre en Eu-
rope. Le sallon étoit éclairé par trente-neuf lus-
tres, plus de sept cens autres grosses bougles, &
environ cent cinquante flambeaux de cinq livres.
Il aété trouvé généralement du plus grand gout,
& de la plus grande magnificence, & l'on a dit
unanimement qu'on n'avoit jamais rien vu de
plus beau ni de plus brillant. Comme il seroit
difficile de donner une idée de ce spectacle, on
renvoie à la description détaillée qui suit cette
relation.
Madame la Princesse Borghese faisoit les hon-
neurs aux Dames qui se placerent sur une espe-
ce d'amphitheâtre pratiqué à œe dessein, & M.
l'Ambassadeur reçut les Cardinaux qui vinrent
au nombre de vingt- un. Les Acteurs de la canta-
te étoient vêtus d'habits brodés fort riches & de
très bon goût, conformes aux personnages qu'ils
représentoient. Tout l'Orchestre qui étoit dispose
en forme d'amphithéâtre composé de plus de
quatre vingt joveurs d'instrumens, vêtus d'habits
de théâtre tres-bien entendus, & ayant chacun
une couronne de fleurs sur la têre, formoient
un coup d'œil qui augmentoit encore l'agrément
& l'éciat de ce spectacle aussi brillaut qu'il pou-
voit l'être. La musique de la cantate qui est de la
tomposition du Signor Rinaldo de Capoue, fut
trouvée fort belle. Dans l'intervalle de la pre-
miere partie à la seconde, on distribua des gla-
ces, des eaux frasches & des fruits glaces à tout
le monde. Aprés la fin de la cantate, & le dé-
part des Cardinaux, les Dames passe rent dans la
gallerie du Palais appellé la gallerie des Caraches,
IV
zed by Goc
202 MERCURE DEFRANCE.
où elles trouverent une table de quatre-vingt
couverts, très-bien illuminée, & couverte d'un
magnifique ambigu. Dans les chambres voisines
étoient des tables volantes & des détachemens
de valets de-chambre destinés à les servir & à les
couvrir de viandes froides ou chaudes, suivant le
goût de ceux qui s'y rassembloient, de façon que
chacun fut servi comme il vouloit l'être, ce qui
parut plaire & surprendre également. Pendant le
temps du souper on avoit préparé le sallon pour
V danser. Les Dames y etant repasséés, M. le
Duc de Nivernois ouvrit le bal avec Madame
l'Ambassadiice de Venise. La sête ne finit qu'au
jour, & tant qu'elle dura, les Officiers de M.
l'Ambassadeur ne cesserent de porter & de pre-
senter dans tous les rangs des rafraschissemens
soit de fruits glaces, soit de vin, soit de ratafiat.
Le lendemain Mardi M. l'Ambassadeur se rendit
comme la veille, à l'Académie de France, où il
y eut le même concours de Cardinaux, de Pré-
lats & de Nob'esse. La troupe des chevaux qui
disputoient le prix étoit composée de seize
& ce fut encore un cheval de Dom Camillo Ros-
pigliosi qui remporta ce prix consistant, comme
celui de la veille, en une piéce d'étoffes de Lyon
des plus ri hes.
Le Mercredi étoit destiné à un Bal public, fait
non seulemeut pour la Noblesse, mais pour toute
la Ville, & pour cet effet le grand Appartement
du Parais Fatnese avoit été meublé, & éclairé su-
perbement; le Sallon, dont on vient de parler
au sujet de la Cantate, devoit servir à la Noblesse,
& les douze autres piéces, dont l'appartement
est composé, à tous les masques iudifferemment.
Outre ces salles, on avoit meublé des plus bel-
les tapisscries de Flandres & des Gobelins, les
17)2.
203
JANVIER.
trois grands portiques ou galleries ouvertes qui
occupent trois côtés du Palais. Deux de ces galle-
ries servoient aux Masques, & s'unissoient au
reste de l'appartement. Dans le troisiéme on avoit
dressé une longue table, au bout de laquelle étoit
un buffet en forme d'amphithéâtre richement dé-
coré, très-bien illuminé & chargé de toutes sor-
te de viandes, pâtés, pâtisseries, vins, liqueurs, &
toutes sortes de rafraîchissemens. Tous ceux qui
vinrent se presenter à cette table y trouverent
chondamment pendant toute la nuit tout ce qu'ils
pouvoient demander soit en glaces & fruits gla-
cés, soit en viandes, vins & ratafiats. On ne
cessa, comme au premier bal, de porter des ra-
fraschissemens dans la salle de la Noblesse, &
vers une heure après minuit, on vit paroître
dans le milieu de cette salle, six tables volantes
qui furent aussi- tot couvertes de viandes froides,
& les Cavaliers servant eux-mêmes les Dames,
& portant à manger à celles qui ne s'étoient,
poiut approchées des tables; tout le monde fit,
une espéce de souper dont la confusion & le des-
ordre parut ajouter à l'agrément de la fête. Ceux-
qui demanderent des mets chauds furent servis
sur le champ, comme le jout de l'ambigu: on
a compté qu'il pouvoit y avoir au moins huit à
neuf cens personnes dans la salle de la No-
blesse, & que dans le cours de la nuit il pouvoit
être venu trente mille personnes dans les autres.
Toutes les differentes parties de ces fêtes ont-
éé exécutées & servies avec un ordre qu'il esti
aussi rare que difficile d'observer dans une si
grande confusion, & l'abondance des prépara-
tifs a fait que rien n'a manqué, malgré le con-
cours prodigieux des Masques. Pendant les trois
jours qu'a duré la fête, l'Atchitecture extérieute
1vj
itized byC
204 MERCURE DEFRA NCE.
du Palais Farnese, & tout le tour de la
place a été illuminé de flambeaux de cire blan-
rche & de lampions, suivant l'usage du Pays Cet-
te place étoit ornée d'espece de portiques, for-
mes pare des branches de laurier qui faisoient
un spectacle fort agréable. Aux deux côtés étoient
deux fontaines de vin destinées au peuple Le Pa-
lais de M. l'Ambassadeur, ainsi que ceux des
Cardinaux & des Ministres, ont aussi été illuminés
pendant ces trois jours. Les maisons françoises
l'étoient aussi, & M. l'Ambassadeur avoit fait
distribuer pout cet effet vingt-cinq miile lu-
mieres.
Le Jeudi, M. l'Ambassadeur se rendit avec son
cortège, & en habit dde cérémonie, au Palais
Farnese où devoit venit Sa Sainteté pour don-
ner un coup d'œil au spectacle du sallon. Tous les
Acteurs de la cantate étoient disposés à leurs pla-
ces,, & dès que le Pape parut, on leva la toile
& on commença l'ouverture. Sa Sainteté enten-
dit chanter trois ariettes & un chœur, & ent la
bonté de témoigner à M l'Ambassadeur qu'elle
étoit fort satisfaite de ce qu'elle avoit vu.
Lorsque le Pape fut parti, on se hâta de défai-
re le thrône qui avoit été préparé pour sa Sain-
reté, & on remit la salle dans son premier état
cette soirée étant destinée à faire entendre la can-
tate à ceux qui n'avoient pas pu être admis à la
fête, ou la Noblesse seule & la Prélature pon-
vbient être admises; & pour donner une satisfac-
tion plus entiere à cet Ordre de personnes, le
Samedi suivant, il fut donné encore une répré-
sentation pour elles, de façon qu'en y compre-
nant denx répétitions qui ont été faites avec la
salle illuminée, & pour lesquelles, ainsi que
pour les deux dernieres sois, on avoit distribué
ized by Goc
205
1752.
JANVIER.
des billets, il y a eu quatre réprésentations, in-
dépendamment de celle du Lundi. On donne
ici les plus grands éloges à la magnificence & au
bon goût de ces fêtes, ainsi qu'à l'abondance
& à la somptuosité qui y ont regné. On dit
généralement qu'on n'a jamais rien vu de plus
beau ni de mieux entendu, & où il y ait eu un
plus grand air de magnificence. La Noblesse
Romaine s'est empressée dans cette circonstance
de donner à M. le Duc de Nivernois des Sar-
ques très-flatteuses de l'estime & de la préven-
tion favorable qu'on a pour lui. Tous les Ordres
se sont tassemblés, & jamais la Noblesse Romai.
ne n'avoit paru avec plus d'éclat. Un grand
nombre de Dames surtout ont fait voir dans
cette occasion des habits de masques du goût
le plus recherché, & de la plus grande richesse.
Il y avoit aussi un concours nombreux d'Etran-
gers de distinction qui contribuerent beaucoup
an succès de ces fêtes, en assurant qu'ils n'en
ont point vul dans les différentes Cours où ils
se sont trouvés, de comparables à ces dernieres
& pour tout dire en un mot, les Habitans de
cette Capitale du Monde la trouverent digne
d'eux & de leur Ville.
Des Fêtes données à Rome pour la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
Le Duc de Nivernois Ambassadeur extraordinaire
de France auprès du Saint Siege,
ayant fixé au 22. 13. & 24. de Novembre les
fêtes qu'il devoit donner pour la naissance de
Monseigneui le Duc de Bourgogne, elles com-
mencerent Lundi matin 22. par un Te Deum so-
lemnel qui fut chanté dans l'Eglise Françoise de
Saint Louis. Son Excellence reçut avant de partit
les complimens d'un grand nombre de Prélats,
qui s'étoient rendus au Palais de France, &
ceux des Cardinaux, & des Princes Romains
qui envoyereut leurs Gentilshommes. On distri-
bua en abondance à tous avant de partit des gla-
ces & des stuits gelés.
Iiiij
200 MERCURE DEFRANCE.
M. l'Ambassadeur se rendit à l'Eglise de S.
Louis avec son train ordinaire composé de qua-
torze carosses qui étoient remplis de trente Pré-
lats & d'un cortège nombreux formé par les
Ftançois, & la Maison de son Excellence. L'E-
glise de Saint Louis étoit ornée avec beancoup
de goût & de magnificence, & prépaiée pour
tenir la chapelle cardinalitienne intimée par Sa
Sainteté Vingt-cinq Cardinaux s'y rendirent &
toute la Prélature. M. Vicentini Archevêque,
célebia pontificalement la messe qui fut sui-
vie d'un Te Deum chanté par la Musique du Pa-
pe, pendant lequel on fit une triple sal ve de
boëtes.
A trois heures après midi Son Excellence sui-
vie seulement de trois carosses, se tendit au
cours, où la course de Barbes indiquée pour ces
sêtes avoit attiré une foule prodigieuse de Nobles-
se & de peuple, & après y avoir fait deux tours
elle entra dans le Palais de l'Académie de Fran-
ee pour y recevoir les Cardinaux, les Prélats
& la Noblesse qui avoient été invités à s'y ren-
dre pour y voir la course. L'assemblée étoit aussi
nombreuse & aussi brillante qu'elle pouvoit l'è-
tre, & l'on servit, en attendant la course, un
superbe rafraîchissement. Dix sept chevaux cou-
rurent, dont quatorze appartenoient à des Sei-
goeurs Romains, & trois étoient venus de diffé-
rentes Villes d'Italie, & ce fut un cheval du
Prince Dom Camillo Rospigliosi qui fut vain-
queur. Le prix étoit une piéce d'une des plus bel-
les étoffes de Lvon fond d'argent à fleurs d'or.
Le sacté Collége, la Prélature & la Noblesse
étoient invités le même jour à une cantate, ou
Dame en deux Actes & en musique qui devoit
s'exécuter dans un salon du Palais Farnése. Ce
JANVIER. 1752. 201
sallon avoit été orné pour cet effet en maniere
de décoration théâtrale, sur les desseins & sous
la direction du Cavalier Jean Paul Panini, Pein-
tre & Architecte, dont le nom est célebre en Eu-
rope. Le sallon étoit éclairé par trente-neuf lus-
tres, plus de sept cens autres grosses bougles, &
environ cent cinquante flambeaux de cinq livres.
Il aété trouvé généralement du plus grand gout,
& de la plus grande magnificence, & l'on a dit
unanimement qu'on n'avoit jamais rien vu de
plus beau ni de plus brillant. Comme il seroit
difficile de donner une idée de ce spectacle, on
renvoie à la description détaillée qui suit cette
relation.
Madame la Princesse Borghese faisoit les hon-
neurs aux Dames qui se placerent sur une espe-
ce d'amphitheâtre pratiqué à œe dessein, & M.
l'Ambassadeur reçut les Cardinaux qui vinrent
au nombre de vingt- un. Les Acteurs de la canta-
te étoient vêtus d'habits brodés fort riches & de
très bon goût, conformes aux personnages qu'ils
représentoient. Tout l'Orchestre qui étoit dispose
en forme d'amphithéâtre composé de plus de
quatre vingt joveurs d'instrumens, vêtus d'habits
de théâtre tres-bien entendus, & ayant chacun
une couronne de fleurs sur la têre, formoient
un coup d'œil qui augmentoit encore l'agrément
& l'éciat de ce spectacle aussi brillaut qu'il pou-
voit l'être. La musique de la cantate qui est de la
tomposition du Signor Rinaldo de Capoue, fut
trouvée fort belle. Dans l'intervalle de la pre-
miere partie à la seconde, on distribua des gla-
ces, des eaux frasches & des fruits glaces à tout
le monde. Aprés la fin de la cantate, & le dé-
part des Cardinaux, les Dames passe rent dans la
gallerie du Palais appellé la gallerie des Caraches,
IV
zed by Goc
202 MERCURE DEFRANCE.
où elles trouverent une table de quatre-vingt
couverts, très-bien illuminée, & couverte d'un
magnifique ambigu. Dans les chambres voisines
étoient des tables volantes & des détachemens
de valets de-chambre destinés à les servir & à les
couvrir de viandes froides ou chaudes, suivant le
goût de ceux qui s'y rassembloient, de façon que
chacun fut servi comme il vouloit l'être, ce qui
parut plaire & surprendre également. Pendant le
temps du souper on avoit préparé le sallon pour
V danser. Les Dames y etant repasséés, M. le
Duc de Nivernois ouvrit le bal avec Madame
l'Ambassadiice de Venise. La sête ne finit qu'au
jour, & tant qu'elle dura, les Officiers de M.
l'Ambassadeur ne cesserent de porter & de pre-
senter dans tous les rangs des rafraschissemens
soit de fruits glaces, soit de vin, soit de ratafiat.
Le lendemain Mardi M. l'Ambassadeur se rendit
comme la veille, à l'Académie de France, où il
y eut le même concours de Cardinaux, de Pré-
lats & de Nob'esse. La troupe des chevaux qui
disputoient le prix étoit composée de seize
& ce fut encore un cheval de Dom Camillo Ros-
pigliosi qui remporta ce prix consistant, comme
celui de la veille, en une piéce d'étoffes de Lyon
des plus ri hes.
Le Mercredi étoit destiné à un Bal public, fait
non seulemeut pour la Noblesse, mais pour toute
la Ville, & pour cet effet le grand Appartement
du Parais Fatnese avoit été meublé, & éclairé su-
perbement; le Sallon, dont on vient de parler
au sujet de la Cantate, devoit servir à la Noblesse,
& les douze autres piéces, dont l'appartement
est composé, à tous les masques iudifferemment.
Outre ces salles, on avoit meublé des plus bel-
les tapisscries de Flandres & des Gobelins, les
17)2.
203
JANVIER.
trois grands portiques ou galleries ouvertes qui
occupent trois côtés du Palais. Deux de ces galle-
ries servoient aux Masques, & s'unissoient au
reste de l'appartement. Dans le troisiéme on avoit
dressé une longue table, au bout de laquelle étoit
un buffet en forme d'amphithéâtre richement dé-
coré, très-bien illuminé & chargé de toutes sor-
te de viandes, pâtés, pâtisseries, vins, liqueurs, &
toutes sortes de rafraîchissemens. Tous ceux qui
vinrent se presenter à cette table y trouverent
chondamment pendant toute la nuit tout ce qu'ils
pouvoient demander soit en glaces & fruits gla-
cés, soit en viandes, vins & ratafiats. On ne
cessa, comme au premier bal, de porter des ra-
fraschissemens dans la salle de la Noblesse, &
vers une heure après minuit, on vit paroître
dans le milieu de cette salle, six tables volantes
qui furent aussi- tot couvertes de viandes froides,
& les Cavaliers servant eux-mêmes les Dames,
& portant à manger à celles qui ne s'étoient,
poiut approchées des tables; tout le monde fit,
une espéce de souper dont la confusion & le des-
ordre parut ajouter à l'agrément de la fête. Ceux-
qui demanderent des mets chauds furent servis
sur le champ, comme le jout de l'ambigu: on
a compté qu'il pouvoit y avoir au moins huit à
neuf cens personnes dans la salle de la No-
blesse, & que dans le cours de la nuit il pouvoit
être venu trente mille personnes dans les autres.
Toutes les differentes parties de ces fêtes ont-
éé exécutées & servies avec un ordre qu'il esti
aussi rare que difficile d'observer dans une si
grande confusion, & l'abondance des prépara-
tifs a fait que rien n'a manqué, malgré le con-
cours prodigieux des Masques. Pendant les trois
jours qu'a duré la fête, l'Atchitecture extérieute
1vj
itized byC
204 MERCURE DEFRA NCE.
du Palais Farnese, & tout le tour de la
place a été illuminé de flambeaux de cire blan-
rche & de lampions, suivant l'usage du Pays Cet-
te place étoit ornée d'espece de portiques, for-
mes pare des branches de laurier qui faisoient
un spectacle fort agréable. Aux deux côtés étoient
deux fontaines de vin destinées au peuple Le Pa-
lais de M. l'Ambassadeur, ainsi que ceux des
Cardinaux & des Ministres, ont aussi été illuminés
pendant ces trois jours. Les maisons françoises
l'étoient aussi, & M. l'Ambassadeur avoit fait
distribuer pout cet effet vingt-cinq miile lu-
mieres.
Le Jeudi, M. l'Ambassadeur se rendit avec son
cortège, & en habit dde cérémonie, au Palais
Farnese où devoit venit Sa Sainteté pour don-
ner un coup d'œil au spectacle du sallon. Tous les
Acteurs de la cantate étoient disposés à leurs pla-
ces,, & dès que le Pape parut, on leva la toile
& on commença l'ouverture. Sa Sainteté enten-
dit chanter trois ariettes & un chœur, & ent la
bonté de témoigner à M l'Ambassadeur qu'elle
étoit fort satisfaite de ce qu'elle avoit vu.
Lorsque le Pape fut parti, on se hâta de défai-
re le thrône qui avoit été préparé pour sa Sain-
reté, & on remit la salle dans son premier état
cette soirée étant destinée à faire entendre la can-
tate à ceux qui n'avoient pas pu être admis à la
fête, ou la Noblesse seule & la Prélature pon-
vbient être admises; & pour donner une satisfac-
tion plus entiere à cet Ordre de personnes, le
Samedi suivant, il fut donné encore une répré-
sentation pour elles, de façon qu'en y compre-
nant denx répétitions qui ont été faites avec la
salle illuminée, & pour lesquelles, ainsi que
pour les deux dernieres sois, on avoit distribué
ized by Goc
205
1752.
JANVIER.
des billets, il y a eu quatre réprésentations, in-
dépendamment de celle du Lundi. On donne
ici les plus grands éloges à la magnificence & au
bon goût de ces fêtes, ainsi qu'à l'abondance
& à la somptuosité qui y ont regné. On dit
généralement qu'on n'a jamais rien vu de plus
beau ni de mieux entendu, & où il y ait eu un
plus grand air de magnificence. La Noblesse
Romaine s'est empressée dans cette circonstance
de donner à M. le Duc de Nivernois des Sar-
ques très-flatteuses de l'estime & de la préven-
tion favorable qu'on a pour lui. Tous les Ordres
se sont tassemblés, & jamais la Noblesse Romai.
ne n'avoit paru avec plus d'éclat. Un grand
nombre de Dames surtout ont fait voir dans
cette occasion des habits de masques du goût
le plus recherché, & de la plus grande richesse.
Il y avoit aussi un concours nombreux d'Etran-
gers de distinction qui contribuerent beaucoup
an succès de ces fêtes, en assurant qu'ils n'en
ont point vul dans les différentes Cours où ils
se sont trouvés, de comparables à ces dernieres
& pour tout dire en un mot, les Habitans de
cette Capitale du Monde la trouverent digne
d'eux & de leur Ville.
Fermer
20
p. 219-229
RELATION Des réjouissances que le College de Belsunce & la Maison des Pensionnaires du même College, ont faites à l'occasion de la naissance de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, le 24. Novembre, &c.
Début :
La joie que la naissance de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE à [sic] causée dans toute [...]
Mots clefs :
Collège de Belsunce, Naissance du duc de Bourgogne, Génie de la France, Zèle, Prince, Provence, Maison, Bonheur, Fêtes, Réjouissances
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texteReconnaissance textuelle : RELATION Des réjouissances que le College de Belsunce & la Maison des Pensionnaires du même College, ont faites à l'occasion de la naissance de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, le 24. Novembre, &c.
RELATION
Des réjouissances que le College de Belsunce
& la Maison des Pensionnaires du même
College, ont faites à l'occasion de la
naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
le 24. Novembre, &c.
La joie que la naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE à [sic] causée dans toute
la France, & que l'Europe entiere a partagée
ne devoit point être bornée au court espace de
quelques semaines. On parle, & on patlera en-
core long temps de cet heureux évenement avec
les mêmes transports que fit naître dans tous
les cœurs la premiere nouvelle qui s'en répan-
dit. Ces transports & cette joie si juste & si vi-
ve, les Jesuites de Marseille n'ont pas cru de-
voir les renfermer dans le secret de leur mai-
son; & ils n'ont pas voulu en borner le té-
moignage à quelques pieces de poësie compo-
sces à ce sujet. Le bonheur étoit trop grand,
& ils le partageoient avec trop de monde
pour ne pas s'empresser à rendre publiques leur
allegresse & leurs actions de graces; & s'ils se
sont vu obligés de différer leurs fêtes à cause du
long séjour que l'on fait dans ce Pais plus qu'ail-
Jeurs à la campagne pendant l'Automne, ils
n'en ont été que plus attentifs à ne rien oublier
pour signaler leur zéle & leurs sentimens. Ilo
Kij
220 MERCUREDE FRANCE.
ont eu la satisfaction de voir que tout ce qui ra-
pelle au peuple le souvenir, du bienfait qu'il a
reçu du Ciel, renouvelle toute la vivacité de
ses transports & l'ardeur de ses empressemens.
Ces fêtes commencerent le Mercredi 24. No-
vembre par un discours latin fort applaudi, pro-
noncé par le Pere Abbressevin, Professeut de Rhé-
torique en présence de Monseigneur l'Evêque
Fondatenrdu College & de Messieurs les Echevins,
qui furent reçus au bivit des fanfares. L'Orateur ne
crut pas devoir séparer le bonheur du Prince de
celui des François. Il fit voir dans son premier
Point tout ce que laiaissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne a d'heureux pour la Fran-
ce, & tout ce que nous devons nous en pro-
mettre. Dans le second Point adressé au Prin-
ce lui-même, il lui assure par un juste retour
de la part du Peuple François (celui de tous les
peuples qui par ses sentimens & ses qualitès peut
le plus contribuer au bonheur de ses Souverains)
une félicité qui repond à celle que sa naissance
nous a apportée. La cour du College étoit en-
tierement tapissée; & on y voyoit un très-grand
nombre d'emblêmes & des devises dont les con-
noisseuts parurent fort satisfaits. La journée fut
terminée par une belle illumination.
Le lendemain Jeudi 15. Messieurs les Pension-
naires qui en attendant que la partie du Colle-
ge qu'ils habitoient auparavant soit rebatie
occupent la maison de Sainte-Croix, dont la
situation est des plus avantageuses, & où se
trouve un des plus beaux Observatoires de Fran-
ce, commencernt eleurs réjouissances pat un Te
Deum qui fut exécuté par l'Academie Royale
de Musique, & auquel Messieurs les Echevins
assisterent. Monseigneur l'Evêque y officia. Le
JANVIER. 1752. 221
zéle de cet Illustre Prélat pour la prospérité de
la maison Royale & le bien des peuples, est
trop connu pour avoir besoin du témoignage
public que la justice jointe à la reconnoissance
semble exiger qu'on lui rende ici. Il avoit dé-
jà éclaté d'une maniere digne de lui par la part
qu'il avoit prise aux fêtes que la Ville donna
& par la distribution qu'il fit faire d'une trés-
grande quantité de pains aux Pauvres de toutes
les Paroisies. Mais a t-il jamais sçu prescrire des
bornes à son zéle ou à sa complaisance : Le, Te
Deum fut suivi d'une salve d'un grand nombie
de boëtes, & dès l'entrée de la nuit toutes les
fenêtres de lla Maison furent illuminées en lam-
pions. Il y eut une grande quantité de caisses
de fusées, & un feu d'artifice tiré de dessus la
tertasse de l'Observatoire, dont l'illumination
qui étoit composée de plusieurs grandes pyramides
chargées de lampions, se faisoit surtour remat-
quer. Le tems qui ne pouvoit être plus beau, ne
la savorisa pas moins que la situation du lieu, l'un
des plus propres qu'on puisse imaginer pour cet
effet, aussi présenta- t'elle à tous ceux qui s'étoient
rendus en soule du côté du Port, un coup d'œil
des plus satis faisans.
Le Vendredi 26, les Jesuites célébrerent eux-
mêmes une grande Messe, qui fut accompagnée
d'un Discours Chrétien. M. l'Evêque & Mes-
sieurs les Echevins y assisterent; & l'Assembiée
fut également nombreuse & brillante. L'Egl. se de
Sainte Croix, l'une des plus belles de la Ville
étoit tapissée en Damas Cramoisy. On avoit eu
soin, pour que rien ne manquât a la décoration,
de l'orner de quantité de miroirs & de lustres en
cristal. A l'issue de la Grand-Messe, qui ainsi
que le Te Deum de la veille, avoit été chantée par
K iij
a
222 MERCUREDE FRANCE.
la Musique du Concert, il y eut une seconde de-
charge de Boëtes.
Ces paroles, tirées du Cantique de la Vierge,
la misericords du Sergneur s'étend de génération en
gé lération, servirent de texte au Discours. Après
avoit montté que c'est le Seigneur qui accorde
les bons Rois aux peuples & les grands bienfaits
aux bons Rois, qu'il perpetue leur gloire en per-
pétuant leur nom, & récompense leurs vertus en
étendant leur postérité: 1»» Le don, disoit l'Ora-
»teur, que le Seigneur vient de faire à LOUIS
„ & à ses peuples, présente un doubie motif à
„ notre reconnoissance. Elle se doit également,
» & à ce que le Seigneur fait pour nous, en nous
„donnant un Prince, l'objet de nos vœux, & à
„ ce qu'il s'est engagé à faire pour ce Prinee l'ob-
u» jet de notre tendresse. Ce qu'il fait pour nous
Ȏgale nos desirs: Ce qu'il s'engage a faire pour
o lui, doit égaler nos espérances. L'un est la
mesure de notre joie: l'autre sera le comble de
» notre félicité.
»Premiere Partie. Ce que le Seigneur fait
pour nous dans la Naissance de ce Prince, &
»qui remplit nos desirs dans toute leur étendue
„ c'est de flatter toute la délicatesse de norsenti-
mens pour la Maison Royale, & d'assurer la
o tranquillité de l'Eglise & de l'Etat.
»Seconde Partie. Ce que le Seigoeur s'est en-
„ gagé à faire pour ce Prince, & qui doit égaler
»nos espérances, c'est 1°. En le faisant u itre
»du sang des Bourbons, de lui assuter de grands
sentimens pour élever son cœur, & de grands
»excmples pour le former. 2°. En le faisant nai-
„ tre pour les destinées des Bourbons, d'attacher
»un grand nom à sa personne, & de grands in-
atérets à ses jours. Je n'ajouterai pas, dit l'Ora-
itized by Goog
JANVIER.
1752.
223.
„teur, qu'il promet par-la des grands évenemens
„à son Regne. Regne heureux ! le Ciel qui le
»prépare pour nos neveux, nous aimera sans
53 doute assez pour ne pas nous en faire jouir nous-
» mêmes.
Dans la Peroraison l'Orateur adresse au Ciel
des actions de graces pour la Naissance du Prin-
ce, & des vœeux pour la conservation de ses jours,
„ Conservez, Seigneur, dit-il, des jours qui nous
„ sont si précieux, &c. Mais conservez surtout
»son innocence. Prenez son cœur entre vos
»mains, puisque vous devez mettre un jour nos
„ destinées dans les siennes. Faites-en un Priuce
»selon votre cœur, & il sera toujours un Prince
selon le nôtre. Pour remplir, en un mot, nos
Desperances & nos desiis, prenez, graud Dieu !
prenez pour lui nos sentimens, &c.
On avoit annoncé pour l'après-midi, la repré-
sentation d'une Piéce intitulée: Les Fêtes Proven-
gales, &c. Mais, malgré toutes les mesures que
l'on avoit prises, la trop grande affluence de
monde, attirée par la réputation de l'Auteur, le
Pere Regis, en empêcha l'exécution, & l'on se vit
obligé de renvoyer la reptésentation à un autre
jour, & de chercher pour cet effet une salle plus
vaste, que ne l'étoit celle où le Theatre étoit
dressé selon la coûtume. Dans l'embarras où on
se trouvoit, on eut recours à M. de Charton
Commisiaire Général de la Marive, Ordonnateur
à Marseille, lequel avec cette bonté & cette
politesse, qui lui sont ordinaires & qui lui
gagnent, tous les cœurs, offrit une salle des
plus vastes qui soient dans le Parc. Son zéle
s'étoit déja signalé de la maniere la plus écla-
tante, par une sête brillante, dont on n'a pas
moins admiré l'ordre & le goût, que la magnifi-
cence & la somptuosité. C'est ce même zéle qui
K iiij
224 MERCUREDE FRANCE.
l'a porté à favoriser en tout la représentation d'u-
ne piéce, dont l'heureuse naissance qui vient de
combler les vœux de la France, étoit l'occasion
& le sujet. Sa complaisance alla même jusqu'à
faciliter, par les moyens qu'il fournit & les ordres
qu'il donna, l'exécution du projet qu'on avoit
formé de transporter le Théatre dans la nouvelle
salle, de sorte que tout se trouvant prêt pour le
Mardi 30, Messieurs les Pensionnaires y représen-
terent leur Pièce, qu'ils répeterent le lendemain.
On ne s'est point lassé d'admirer l'ordre & le
silence qui y regnerent, malgré le concours ex-
taordinaire de monde qui s'y rendit l'un & l'au-
tre jour. M. l'Evèque présida à l'une des repré-
sentations; & Messieurs les Echevins honorerent
l'autre de leut présence. Ces Messieurs, dont la
voix publique ne cesse de faire l'éloge, ont bien
voulu confondre en cette occasion la complai-
sance avec leur zéle. On ne pourroit jamais assex
louer leur politesse, & leur attention qu'ils ont
portées jusqu'à l'empressement, & presque au. dela
de ce qu'on auroit pu souhaiter. Ils s'étoient de-
là distingués dans les fêtes de la Ville: Empressés
à secondet les pieuses intentions de Sa Majesté
ils avoient relevé leurs rejouissances par la célé-
bration du Mariage de soixante-dix filles qu'ils
avoient dotées, & par un festin donné dans l'Hô-
tel de-Ville, auquel se trouverent tous les nou-
veaux époux avec leurs parens. Les Villes sont
heureuses, lorsqu'elles ont à leur tête des person-
nes qui scavent porter leur attention à tout ce qui
peut favorifer & animer le zéle des bons Ci-
toyens.
L'ouverture de la Pièce, dont on n'entreprend
de donner ici qu'une légere idée, se faisoit par le
genie de la France & pat celui de la Provence. Le
225
1752.
ANVIER.
après avoir parcouru les differentes Pro-
Les du puissant Etat auquel il préside, & avoir
epandu par tout la nouvelle, qui après avoir été
si long-tems l'objet de tous les vœeux, est devenue
celui de tous les transports, étoit arrêté par le
genie de la Provence. Celui-ci vouloit à son tour
se rendre témoin de la joie & des empressemens
d'une Province, qui par sa fidélité & son amour
pour ses Princes, ne le cede à aucune autre; &
sur ce que le genie de la France lui representoit
qu'il devoit encore ce jour-là même se transpor-
ter au Palais des Destins, pour les consulter sur le
sort du jeune Prince & le leur recommander, le
Génie de la Provence, après avoir redoublé ses
instances, ajodtoit:
Et n'est-ce pas dans la Provence
Qu'a patu cet homme divin
Qui lui-même régla les Arrêts du destin
Le Grand Nostradamus, si connu dans le monde,
Pour la conuoissance profonde
Qu'il avoit de tous les secrets
Que le Ciel tient encor cachés dans ses décrets
Je m'offre à le faire paroître;
Bien mieux que les destins il vous satisfera
Sur ce que vous voulez connoltre, &c.
Le Génie François gagné par cette promesse,
consentoit à s'arréter pour le reste du jour. Les
ordres sont aussi tôt donnés. On annonce les fe-
tes. Elles commencent, elles se succédent. Cha-
cun s'empresse à y prendre part. On en omet le
détail, pour ne pas trop charger cette description.
KV
gl
zed by Goo
226 MERCUREDEFRANC
On croit seulement devoir remarquer qu'on s.
étudié à les caractériser, de lorte qu'on ne po.
voit pas y méconnoître le goût, les usages & le
genie des Provençaux. Elles étoient accompa-
gnées d'une Cantate, de quelques Vaudevilles,
& de plusicurs danses, dont l'exécution fut extrê-
mement applaudie. Après une longue suite de
divertissemens, le Génie de Provence invitoit son
hôte à voir l'illumination des Galéres & des Vais.
seaux, telle qu'elle s'est faite bien des fois dans
les Ports de cette Province, & lui annonçoit pour
le lendemain un nouvel ordre de rejouissances;
mais celui ci empressé de se trouver à son terme,
lui rappelloit sa promesse. Le Génie Provençal
évoquoit alors l'onibre du célébre Nostradamus
qui lortoit du tombeau, & faisoit voir qu'il avoit
prédit dans ses Quatrains la Naissance du Prince.
Il en commençoit l'horoscope, que venoient
achever à son invitation, & avec moins d'obscu-
rité, quatre Troubadours. On sçait que c'est ainsi
que l'on nommoit les anciens Poëtes Provençaux.
Les Troubadours paroissoient, tenant chacun à la
main un Rameau symbolique, pris de quatre ar-
bres differens, mais qui tous ou sont particuliets
à la Provence, ou du moins y viennent plus aisé-
ment qu'ailleurs. Ces Rameaux, qui devoient
servir de présent au Prince, & qui étoient un pré-
sage de ce qu'il seroit un jour, étoient des ra-
meaux d'oranger, de grenadier, d'olivier & de
laurier. On s'est laissé persuader qu'on ne seroit
pas fâché de voit ici en langage moderne des
Tioubadours, la façon dont ils s'expriment sur la
qualité de leur présens & sur leur symbole:
tized by Goog
JANVIER. 1752.
227
2. Tr. Couneissez l'Aurengier & sabez quinte
audour
Porte pertout eme sei flour;
Vaqui de sei vertus la plus fidelle eimagi.
2. Tr. Aqueu Lautier de sa valour
Deou vous douna i'idée & vous servi de gagi.
3. Tr. L'Aulivier de la Pax es lou signe parfait;
La Pax sera toujou sei plus arden soubait.
4. Tr. Lou Migranié marque l'Empire;
Soun fruit es courouna: regarda de sei gran
Et lou nombre & l'ordre charman;
Coumprenez ce qu'aco vaou dire.
1. Tr. Prenez aquelei brou; scran noustre preq
sen.
Tr. Tenez de tout aco fasez une Couroune
Et pourtaleis & nostrei couers encen
A sa polidette Persoune, &c.
Enfin, le Génie de la France satis fait, se dis-
pose à partir; & ceui de la Provence finit ses
adieux, en lui disant:
...... Allez, portez de notre hommage
Le sincere tribut à cet auguste Enfant.
Et s'il se pent, à son pere en passant
Dites un mot de noîre zéle
De nos tendres respects, de notre ardeur si lelle,
Kvj
as
228 MERCUREDEFRANCE.
Et n'oubliez pas la Maman,
Tout notre bonheur nous vient d'elle.
Que votre sort est doux que vous êtes heureux,
De pouvoir à leuis pieds porter vos justes rœux !
Volez où le devoir, où l'amour vous appelle;
Sous les yeux de LOUIS & de son digne fils,
Voyez croître le nombre & l'éclat de nos Lys;
Que formé sur ce grand modelle
Cet Enfant soit un jour leur fidelle portrait.
Je n'ajoute plus rien à cet ardent souhait.
Er si nous avons en le bonheur de vous plaire
Allez, vantez par tout, non pas ce qu'on a fait,
Mais ce qu'on auroit voulu faire.
L'une & l'autre représentation fut terminée
par un Feu d'artisice, exécuté sur le Théatre avec
beaucoup de succès. Puisqu'on s'est enhardi ainserer
dans cette description quelques vers Provençaux,
& que dans une Piéce du caractère de celle-ci,
on a dii s'accommoder au goût du Pays, décidé
pour le langage qui lui est particulier, on va ter-
miner cette Reiation par un couplet Provençal,
qui fut chanté à la suite de quelques autres par un
Berger. Sur l'air: Lou beou Tirsis se proumenave,
&c.
Tout es charman din sa Persoune;
Et tout près d'eou
Les flous que lou printemps nous donne
N'an ren de beou
JANVIER. 1752.
229
Lei plus doux presen de Poumoune
Nous toquoun plu
Est lou plus beou fruit de l'Autoune
Quaguen agu.
Des réjouissances que le College de Belsunce
& la Maison des Pensionnaires du même
College, ont faites à l'occasion de la
naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
le 24. Novembre, &c.
La joie que la naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE à [sic] causée dans toute
la France, & que l'Europe entiere a partagée
ne devoit point être bornée au court espace de
quelques semaines. On parle, & on patlera en-
core long temps de cet heureux évenement avec
les mêmes transports que fit naître dans tous
les cœurs la premiere nouvelle qui s'en répan-
dit. Ces transports & cette joie si juste & si vi-
ve, les Jesuites de Marseille n'ont pas cru de-
voir les renfermer dans le secret de leur mai-
son; & ils n'ont pas voulu en borner le té-
moignage à quelques pieces de poësie compo-
sces à ce sujet. Le bonheur étoit trop grand,
& ils le partageoient avec trop de monde
pour ne pas s'empresser à rendre publiques leur
allegresse & leurs actions de graces; & s'ils se
sont vu obligés de différer leurs fêtes à cause du
long séjour que l'on fait dans ce Pais plus qu'ail-
Jeurs à la campagne pendant l'Automne, ils
n'en ont été que plus attentifs à ne rien oublier
pour signaler leur zéle & leurs sentimens. Ilo
Kij
220 MERCUREDE FRANCE.
ont eu la satisfaction de voir que tout ce qui ra-
pelle au peuple le souvenir, du bienfait qu'il a
reçu du Ciel, renouvelle toute la vivacité de
ses transports & l'ardeur de ses empressemens.
Ces fêtes commencerent le Mercredi 24. No-
vembre par un discours latin fort applaudi, pro-
noncé par le Pere Abbressevin, Professeut de Rhé-
torique en présence de Monseigneur l'Evêque
Fondatenrdu College & de Messieurs les Echevins,
qui furent reçus au bivit des fanfares. L'Orateur ne
crut pas devoir séparer le bonheur du Prince de
celui des François. Il fit voir dans son premier
Point tout ce que laiaissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne a d'heureux pour la Fran-
ce, & tout ce que nous devons nous en pro-
mettre. Dans le second Point adressé au Prin-
ce lui-même, il lui assure par un juste retour
de la part du Peuple François (celui de tous les
peuples qui par ses sentimens & ses qualitès peut
le plus contribuer au bonheur de ses Souverains)
une félicité qui repond à celle que sa naissance
nous a apportée. La cour du College étoit en-
tierement tapissée; & on y voyoit un très-grand
nombre d'emblêmes & des devises dont les con-
noisseuts parurent fort satisfaits. La journée fut
terminée par une belle illumination.
Le lendemain Jeudi 15. Messieurs les Pension-
naires qui en attendant que la partie du Colle-
ge qu'ils habitoient auparavant soit rebatie
occupent la maison de Sainte-Croix, dont la
situation est des plus avantageuses, & où se
trouve un des plus beaux Observatoires de Fran-
ce, commencernt eleurs réjouissances pat un Te
Deum qui fut exécuté par l'Academie Royale
de Musique, & auquel Messieurs les Echevins
assisterent. Monseigneur l'Evêque y officia. Le
JANVIER. 1752. 221
zéle de cet Illustre Prélat pour la prospérité de
la maison Royale & le bien des peuples, est
trop connu pour avoir besoin du témoignage
public que la justice jointe à la reconnoissance
semble exiger qu'on lui rende ici. Il avoit dé-
jà éclaté d'une maniere digne de lui par la part
qu'il avoit prise aux fêtes que la Ville donna
& par la distribution qu'il fit faire d'une trés-
grande quantité de pains aux Pauvres de toutes
les Paroisies. Mais a t-il jamais sçu prescrire des
bornes à son zéle ou à sa complaisance : Le, Te
Deum fut suivi d'une salve d'un grand nombie
de boëtes, & dès l'entrée de la nuit toutes les
fenêtres de lla Maison furent illuminées en lam-
pions. Il y eut une grande quantité de caisses
de fusées, & un feu d'artifice tiré de dessus la
tertasse de l'Observatoire, dont l'illumination
qui étoit composée de plusieurs grandes pyramides
chargées de lampions, se faisoit surtour remat-
quer. Le tems qui ne pouvoit être plus beau, ne
la savorisa pas moins que la situation du lieu, l'un
des plus propres qu'on puisse imaginer pour cet
effet, aussi présenta- t'elle à tous ceux qui s'étoient
rendus en soule du côté du Port, un coup d'œil
des plus satis faisans.
Le Vendredi 26, les Jesuites célébrerent eux-
mêmes une grande Messe, qui fut accompagnée
d'un Discours Chrétien. M. l'Evêque & Mes-
sieurs les Echevins y assisterent; & l'Assembiée
fut également nombreuse & brillante. L'Egl. se de
Sainte Croix, l'une des plus belles de la Ville
étoit tapissée en Damas Cramoisy. On avoit eu
soin, pour que rien ne manquât a la décoration,
de l'orner de quantité de miroirs & de lustres en
cristal. A l'issue de la Grand-Messe, qui ainsi
que le Te Deum de la veille, avoit été chantée par
K iij
a
222 MERCUREDE FRANCE.
la Musique du Concert, il y eut une seconde de-
charge de Boëtes.
Ces paroles, tirées du Cantique de la Vierge,
la misericords du Sergneur s'étend de génération en
gé lération, servirent de texte au Discours. Après
avoit montté que c'est le Seigneur qui accorde
les bons Rois aux peuples & les grands bienfaits
aux bons Rois, qu'il perpetue leur gloire en per-
pétuant leur nom, & récompense leurs vertus en
étendant leur postérité: 1»» Le don, disoit l'Ora-
»teur, que le Seigneur vient de faire à LOUIS
„ & à ses peuples, présente un doubie motif à
„ notre reconnoissance. Elle se doit également,
» & à ce que le Seigneur fait pour nous, en nous
„donnant un Prince, l'objet de nos vœux, & à
„ ce qu'il s'est engagé à faire pour ce Prinee l'ob-
u» jet de notre tendresse. Ce qu'il fait pour nous
Ȏgale nos desirs: Ce qu'il s'engage a faire pour
o lui, doit égaler nos espérances. L'un est la
mesure de notre joie: l'autre sera le comble de
» notre félicité.
»Premiere Partie. Ce que le Seigneur fait
pour nous dans la Naissance de ce Prince, &
»qui remplit nos desirs dans toute leur étendue
„ c'est de flatter toute la délicatesse de norsenti-
mens pour la Maison Royale, & d'assurer la
o tranquillité de l'Eglise & de l'Etat.
»Seconde Partie. Ce que le Seigoeur s'est en-
„ gagé à faire pour ce Prince, & qui doit égaler
»nos espérances, c'est 1°. En le faisant u itre
»du sang des Bourbons, de lui assuter de grands
sentimens pour élever son cœur, & de grands
»excmples pour le former. 2°. En le faisant nai-
„ tre pour les destinées des Bourbons, d'attacher
»un grand nom à sa personne, & de grands in-
atérets à ses jours. Je n'ajouterai pas, dit l'Ora-
itized by Goog
JANVIER.
1752.
223.
„teur, qu'il promet par-la des grands évenemens
„à son Regne. Regne heureux ! le Ciel qui le
»prépare pour nos neveux, nous aimera sans
53 doute assez pour ne pas nous en faire jouir nous-
» mêmes.
Dans la Peroraison l'Orateur adresse au Ciel
des actions de graces pour la Naissance du Prin-
ce, & des vœeux pour la conservation de ses jours,
„ Conservez, Seigneur, dit-il, des jours qui nous
„ sont si précieux, &c. Mais conservez surtout
»son innocence. Prenez son cœur entre vos
»mains, puisque vous devez mettre un jour nos
„ destinées dans les siennes. Faites-en un Priuce
»selon votre cœur, & il sera toujours un Prince
selon le nôtre. Pour remplir, en un mot, nos
Desperances & nos desiis, prenez, graud Dieu !
prenez pour lui nos sentimens, &c.
On avoit annoncé pour l'après-midi, la repré-
sentation d'une Piéce intitulée: Les Fêtes Proven-
gales, &c. Mais, malgré toutes les mesures que
l'on avoit prises, la trop grande affluence de
monde, attirée par la réputation de l'Auteur, le
Pere Regis, en empêcha l'exécution, & l'on se vit
obligé de renvoyer la reptésentation à un autre
jour, & de chercher pour cet effet une salle plus
vaste, que ne l'étoit celle où le Theatre étoit
dressé selon la coûtume. Dans l'embarras où on
se trouvoit, on eut recours à M. de Charton
Commisiaire Général de la Marive, Ordonnateur
à Marseille, lequel avec cette bonté & cette
politesse, qui lui sont ordinaires & qui lui
gagnent, tous les cœurs, offrit une salle des
plus vastes qui soient dans le Parc. Son zéle
s'étoit déja signalé de la maniere la plus écla-
tante, par une sête brillante, dont on n'a pas
moins admiré l'ordre & le goût, que la magnifi-
cence & la somptuosité. C'est ce même zéle qui
K iiij
224 MERCUREDE FRANCE.
l'a porté à favoriser en tout la représentation d'u-
ne piéce, dont l'heureuse naissance qui vient de
combler les vœux de la France, étoit l'occasion
& le sujet. Sa complaisance alla même jusqu'à
faciliter, par les moyens qu'il fournit & les ordres
qu'il donna, l'exécution du projet qu'on avoit
formé de transporter le Théatre dans la nouvelle
salle, de sorte que tout se trouvant prêt pour le
Mardi 30, Messieurs les Pensionnaires y représen-
terent leur Pièce, qu'ils répeterent le lendemain.
On ne s'est point lassé d'admirer l'ordre & le
silence qui y regnerent, malgré le concours ex-
taordinaire de monde qui s'y rendit l'un & l'au-
tre jour. M. l'Evèque présida à l'une des repré-
sentations; & Messieurs les Echevins honorerent
l'autre de leut présence. Ces Messieurs, dont la
voix publique ne cesse de faire l'éloge, ont bien
voulu confondre en cette occasion la complai-
sance avec leur zéle. On ne pourroit jamais assex
louer leur politesse, & leur attention qu'ils ont
portées jusqu'à l'empressement, & presque au. dela
de ce qu'on auroit pu souhaiter. Ils s'étoient de-
là distingués dans les fêtes de la Ville: Empressés
à secondet les pieuses intentions de Sa Majesté
ils avoient relevé leurs rejouissances par la célé-
bration du Mariage de soixante-dix filles qu'ils
avoient dotées, & par un festin donné dans l'Hô-
tel de-Ville, auquel se trouverent tous les nou-
veaux époux avec leurs parens. Les Villes sont
heureuses, lorsqu'elles ont à leur tête des person-
nes qui scavent porter leur attention à tout ce qui
peut favorifer & animer le zéle des bons Ci-
toyens.
L'ouverture de la Pièce, dont on n'entreprend
de donner ici qu'une légere idée, se faisoit par le
genie de la France & pat celui de la Provence. Le
225
1752.
ANVIER.
après avoir parcouru les differentes Pro-
Les du puissant Etat auquel il préside, & avoir
epandu par tout la nouvelle, qui après avoir été
si long-tems l'objet de tous les vœeux, est devenue
celui de tous les transports, étoit arrêté par le
genie de la Provence. Celui-ci vouloit à son tour
se rendre témoin de la joie & des empressemens
d'une Province, qui par sa fidélité & son amour
pour ses Princes, ne le cede à aucune autre; &
sur ce que le genie de la France lui representoit
qu'il devoit encore ce jour-là même se transpor-
ter au Palais des Destins, pour les consulter sur le
sort du jeune Prince & le leur recommander, le
Génie de la Provence, après avoir redoublé ses
instances, ajodtoit:
Et n'est-ce pas dans la Provence
Qu'a patu cet homme divin
Qui lui-même régla les Arrêts du destin
Le Grand Nostradamus, si connu dans le monde,
Pour la conuoissance profonde
Qu'il avoit de tous les secrets
Que le Ciel tient encor cachés dans ses décrets
Je m'offre à le faire paroître;
Bien mieux que les destins il vous satisfera
Sur ce que vous voulez connoltre, &c.
Le Génie François gagné par cette promesse,
consentoit à s'arréter pour le reste du jour. Les
ordres sont aussi tôt donnés. On annonce les fe-
tes. Elles commencent, elles se succédent. Cha-
cun s'empresse à y prendre part. On en omet le
détail, pour ne pas trop charger cette description.
KV
gl
zed by Goo
226 MERCUREDEFRANC
On croit seulement devoir remarquer qu'on s.
étudié à les caractériser, de lorte qu'on ne po.
voit pas y méconnoître le goût, les usages & le
genie des Provençaux. Elles étoient accompa-
gnées d'une Cantate, de quelques Vaudevilles,
& de plusicurs danses, dont l'exécution fut extrê-
mement applaudie. Après une longue suite de
divertissemens, le Génie de Provence invitoit son
hôte à voir l'illumination des Galéres & des Vais.
seaux, telle qu'elle s'est faite bien des fois dans
les Ports de cette Province, & lui annonçoit pour
le lendemain un nouvel ordre de rejouissances;
mais celui ci empressé de se trouver à son terme,
lui rappelloit sa promesse. Le Génie Provençal
évoquoit alors l'onibre du célébre Nostradamus
qui lortoit du tombeau, & faisoit voir qu'il avoit
prédit dans ses Quatrains la Naissance du Prince.
Il en commençoit l'horoscope, que venoient
achever à son invitation, & avec moins d'obscu-
rité, quatre Troubadours. On sçait que c'est ainsi
que l'on nommoit les anciens Poëtes Provençaux.
Les Troubadours paroissoient, tenant chacun à la
main un Rameau symbolique, pris de quatre ar-
bres differens, mais qui tous ou sont particuliets
à la Provence, ou du moins y viennent plus aisé-
ment qu'ailleurs. Ces Rameaux, qui devoient
servir de présent au Prince, & qui étoient un pré-
sage de ce qu'il seroit un jour, étoient des ra-
meaux d'oranger, de grenadier, d'olivier & de
laurier. On s'est laissé persuader qu'on ne seroit
pas fâché de voit ici en langage moderne des
Tioubadours, la façon dont ils s'expriment sur la
qualité de leur présens & sur leur symbole:
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JANVIER. 1752.
227
2. Tr. Couneissez l'Aurengier & sabez quinte
audour
Porte pertout eme sei flour;
Vaqui de sei vertus la plus fidelle eimagi.
2. Tr. Aqueu Lautier de sa valour
Deou vous douna i'idée & vous servi de gagi.
3. Tr. L'Aulivier de la Pax es lou signe parfait;
La Pax sera toujou sei plus arden soubait.
4. Tr. Lou Migranié marque l'Empire;
Soun fruit es courouna: regarda de sei gran
Et lou nombre & l'ordre charman;
Coumprenez ce qu'aco vaou dire.
1. Tr. Prenez aquelei brou; scran noustre preq
sen.
Tr. Tenez de tout aco fasez une Couroune
Et pourtaleis & nostrei couers encen
A sa polidette Persoune, &c.
Enfin, le Génie de la France satis fait, se dis-
pose à partir; & ceui de la Provence finit ses
adieux, en lui disant:
...... Allez, portez de notre hommage
Le sincere tribut à cet auguste Enfant.
Et s'il se pent, à son pere en passant
Dites un mot de noîre zéle
De nos tendres respects, de notre ardeur si lelle,
Kvj
as
228 MERCUREDEFRANCE.
Et n'oubliez pas la Maman,
Tout notre bonheur nous vient d'elle.
Que votre sort est doux que vous êtes heureux,
De pouvoir à leuis pieds porter vos justes rœux !
Volez où le devoir, où l'amour vous appelle;
Sous les yeux de LOUIS & de son digne fils,
Voyez croître le nombre & l'éclat de nos Lys;
Que formé sur ce grand modelle
Cet Enfant soit un jour leur fidelle portrait.
Je n'ajoute plus rien à cet ardent souhait.
Er si nous avons en le bonheur de vous plaire
Allez, vantez par tout, non pas ce qu'on a fait,
Mais ce qu'on auroit voulu faire.
L'une & l'autre représentation fut terminée
par un Feu d'artisice, exécuté sur le Théatre avec
beaucoup de succès. Puisqu'on s'est enhardi ainserer
dans cette description quelques vers Provençaux,
& que dans une Piéce du caractère de celle-ci,
on a dii s'accommoder au goût du Pays, décidé
pour le langage qui lui est particulier, on va ter-
miner cette Reiation par un couplet Provençal,
qui fut chanté à la suite de quelques autres par un
Berger. Sur l'air: Lou beou Tirsis se proumenave,
&c.
Tout es charman din sa Persoune;
Et tout près d'eou
Les flous que lou printemps nous donne
N'an ren de beou
JANVIER. 1752.
229
Lei plus doux presen de Poumoune
Nous toquoun plu
Est lou plus beou fruit de l'Autoune
Quaguen agu.
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21
p. 243
De Cagliary le 29. Novembre.
Début :
M. le Grand[,] Consul de France, a commencé les Fêtes qu'il a données ici à l'occasion de [...]
Mots clefs :
Cagliari, Naissance du duc de Bourgogne, M. Le Grand, Fêtes, Ville, Consul de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Cagliary le 29. Novembre.
De Cagliary le 29. Novembre.
M. le Grand[,] Consul de France, a commencé
les Fêtes qu'il a données ici à l'occasion de
la Naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne par les Quarante-heures & les Indulgen-
ces qu'il avoit obtenues de M. l'Archevêque de
cette Ville: l'Eglise de Saint Louis tut choisie
pour cela, le grand-Autel, illuminé en pira-
mide, étoit surmonté par la Statue de Saint
Louis sous un dais, orné des armoiries du Roi
de Monseigneur le Dauphin, & de Monseigneur
le Duc de Bourgogne. Ces Fêtes furent annon-
cées le matin au lever du Soleil par une salve d'ar-
tillerie en arborant le pavillon au haut de la façade
del'Eigise. LaGrande-Messe & le Te Deum à grand
Chœur furent chantés par tout ce qu'il y a de
meilleurs Musiciens dans le Royaume, & il y
eut un discours prononcé par le R. P. Simon
Jesuite. La clôture des Quarante--Heures se fit
le troisiéme jour au soir par la Procession du
Saint Sacrement, M. le Consul y assista accom-
pagné des Consuls Etrangers & de tous les
François qui habitent cette Ville. Le premier
jour de ces Fêtes, M. le Consul donna à diner
acinquante personnes des plus distinguées de cette
Ville, il fit tirer le soir un fort beau feu d'arti-
fice, & pendant les trois jours, sa Maison fut il-
luminée par des flambeaux de cire- vierge, pélant
quatre livres chacun.
M. le Grand[,] Consul de France, a commencé
les Fêtes qu'il a données ici à l'occasion de
la Naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne par les Quarante-heures & les Indulgen-
ces qu'il avoit obtenues de M. l'Archevêque de
cette Ville: l'Eglise de Saint Louis tut choisie
pour cela, le grand-Autel, illuminé en pira-
mide, étoit surmonté par la Statue de Saint
Louis sous un dais, orné des armoiries du Roi
de Monseigneur le Dauphin, & de Monseigneur
le Duc de Bourgogne. Ces Fêtes furent annon-
cées le matin au lever du Soleil par une salve d'ar-
tillerie en arborant le pavillon au haut de la façade
del'Eigise. LaGrande-Messe & le Te Deum à grand
Chœur furent chantés par tout ce qu'il y a de
meilleurs Musiciens dans le Royaume, & il y
eut un discours prononcé par le R. P. Simon
Jesuite. La clôture des Quarante--Heures se fit
le troisiéme jour au soir par la Procession du
Saint Sacrement, M. le Consul y assista accom-
pagné des Consuls Etrangers & de tous les
François qui habitent cette Ville. Le premier
jour de ces Fêtes, M. le Consul donna à diner
acinquante personnes des plus distinguées de cette
Ville, il fit tirer le soir un fort beau feu d'arti-
fice, & pendant les trois jours, sa Maison fut il-
luminée par des flambeaux de cire- vierge, pélant
quatre livres chacun.
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22
p. 207-215
DESCRIPTION Des Fêtes données à Versailles par ordre du Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne ayant comblé les voeux de la France, [...]
Mots clefs :
Fêtes, Versailles, Corps, Feu, Architecture, Arc, Fleurs, Colonnes, Lapis, Guirlandes, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION Des Fêtes données à Versailles par ordre du Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
DESCRIPTION
Des Fêtes données à Versailles par ordre du
Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à
l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne
ayant comblé les voeux de la France,
le Roi voulut qu'elle fut celebrée à Versa illes par
des Fêtes dignes d'un évenement aussi cher à la
Nation.
M. le Duc deGesvres PremierGentilhomme de la
Chambre du Roi, en exercice, donna des ordres
en consequence. Ces Fêtes furent conduites par
Monsieur de Curys, Intendant & Contrôleur Gé-
néral de l'Argenterie, Menus Plaisirs, & Affaires
de la Chambre de Sa Majesté.
On n'eut que sixsemaines, environ, pour les pré-
paratifs, & tout fut prêt au terups marqué, mah-
gré les incommodités d'une saison contraire & ri-
gourense.
Musfines beO
208 MERCURE DE FRANCE.
En face de la grande Gallerie, on avoit formé ui,
vaste plancher qui s'étendoit depuis l'allée de Sa-
turne jusqu'à celle qui conduit au Bassin du Dra-
gon: ce plancher construit sur un terrain inégal
commençoit au bout du parterre d'eau à quatre
pieds de hauteur & s'avançoit de 30 toises jusqu'au
Bassin de Latone, au dessus duquel il avoit 36
pieds d'élévation.
Là sur un plancher circulaire de 142 toises re-
gnoient trois grands corps d'Architecture dont le
principal étoit un Arc de Triomphe isolé consacté
à la Félicité.
Cet édifice étoit d'ordre Corinthien; on y
montoit par 9 dégrés de maibre blanc, la porte
triomphale avoit 40 pieds d'élévation, elle étoit
accompagnée de deux autres qui terminoient leur
forme quarrée au dessous de l'Imposte à 28 pieds.
Au devant des massiss qui les divisoient étoient
accouplées des Colonnes de lapis canelées & eu-
tourées de Guirlandes de roses.
Leurs Pied-d'estaux de marbre breche violette
encadroient des Paneaux de lapis, sur lesquels
éclatoient des Festons en or.
Les Basses & les Chapiteaux étoient de bronze
doré, la Corniche de marbre breche violette, l'lm-
poste & les Archivoltes de marbre blanc veiné
ainsi que le Corps d'Architecture.
La Frise étoit festonnée de Guirlandes de lau-
rier en or sur un fond de lapis, & à l'endroit ou
l'entablement faisoit ressaut sur chaqne Grouppe
de Colonnes elle étoit enrichie de Palmes sur mon-
tées d'une Fleur de Lis.
Deux Bas reliess en or de 14 pieds de longueur
sur 8 de hauteur, décoroient le dessus des Portes
laterales.
Dans l'un paroissoit Apollon distribuant aux Mu-
MARS.
1752.
209
ses les différents attributs des Sciences & des
Beaux Arts.
On voyoit dans l'autre, Cérés sur son Char,
répandant l'abondance, elle étoit suivie de la Con-
corde & des Graces, & dans le fond du Tableau;
on découvroit un Soleil naissant.
Un Socle de marbre verd s'affermissoit sur la
Corniche, & portoit à l'endroit des Colonnes
les Statues de la Justice, de la Prudence, de la
Modération & de la Magnanimité.
Entre ces figures s'élevoit sur cinq dégrez de mar-
bre jaune antique, un pied d'estal de forme circu-
laire orné de canelures avec des ornemens en or,
& ceint par le haut d'un tors de feuilles de Chêne
en bronze doré.
Sur ce pied-d'estal on voyoit le Globe des Ar-
mes de France, soutenu par la force & par diffé-
tens Génies, la Victoire & la Paix le présentoient
à la Félicité; cette derniere figure dominoit le
Grouppe, elle tenoit un Caducée, simbole de l'u-
nion, & selon les Egyptiens le Hyerogliphe de la
naissance des Grands Hommes. D'une Corne d'a-
bondance qui étoit à ses pieds, sortoient des fruits
mêlés de fleurs. De l'autre côté la Renommée
prenoit son vol pour aller annoncer à l'Univers la
Naissance du Prince & ses heureux destins.
Toutes les Figures étoient de bronze doré, le Glo-
be étoit de lapis, & ses Fleurs de lys d'or, de mê,
me que sa Couronne qui terminoit l'arc de triom-
phe pat amortissement à 97 pieds d'élévation.
Les deux autres corps d'architecture étoient
d'un ordre composé, ils formoient des deux côtés
de l'Arc de triomphe une continuité d'arcades en
niches ornées de Paneaux & de Coquilles, ces ni-
ches étoiant séparées par des pilastres revêtus de
Trophées en bronze doré qui se détachoient sur
Hiues vOO
LIO MERCURE DEFRANCE.
un fond verd d'émeraude incrusté dans un marbre
blanc veiné.
Au-lessus des Trophées étoient des Camayeux
en azur en forine de médaillons, réprésentans
tous les Arts qui contribuent au bonheur & tous
les Etats qui y participent.
Des Guirlandes de fleurs de toute espêce leut
fervoient de bordures & se réunissoient en festons
au dessus des Ceintres & des Pilastres.
Des avant corps terminoient les ailes, ils étoient
ornés de Statues de différentes Divinités en bronze
doré, on y remarquoit d'un côté Jupiter, Junon,
Mercure & Minerve, & de l'autre, Apollon, Dia
ne, Mars & Venus.
Les Ballustres d'or bordoient les galleries ou
plates-formes qui regnoient généralement sut les
édifices des parties laterales, ils étoient interrom-
pus sur les avant cotps seulement par des Frontons
on s'appuyoient des Faunes & des Tritons de
bronze doré, tenant des tors de feuilles de chêne
entremélés de coquillages & supportans des vases
de lapis surchargés de Girandoles.
On avoit aussi distribué des Girandoles sur tous
les couronnemens, plusieurs lustres pendoient du
sein des archivoltes, & toutes les niches étoient
garnies d'Otangers dans des vases d'or, autour
desquels jouoient des guirlandes de fleurs naturel-
les.
Trois grands escaliers de sept degrez se presen-
toienr au-devant de toute la décoration.
Le principal occupoit 20 toises de face; les deux
autres qui répondoient aux avant-corps avoient
chacun 12 toises d'ouverture, des balustres s'éten-
doient entre ces escaliers d'un aîle à l'autre & for-
moient carrément, & par des angles coupés des
retours en saillies pour accompagner les Corpo-
avancés.
MARS. 1752.
211
Ces balustrades étoient divisées par seize
Pied- d'estaux portans des girandoles sur des for-
mes d'ornemens en lapis, rehaussées d'or &
entourées de guirlandes de fleurs.
A travers les portes de l'arc triomphal
& par les espaces qui divisoient les trois grands
corps d'architecture, on découvroit dans l'é-
loignement le Temple de la Félicité sur une
vaste terrasse, audevant de laquelle étoit une
fontaine ornée de Pilastres rustiques & de
Statues.
On montoit à cette terrasse par deux grands
escaliers: des colonnades d'Ordre Dorique
conduisoient aux dégrés du Temple.
Ce Temple étoit une rotonde d'Ordre Com-
posite, dont le corps étoit de Porphire, les
Colonnes & les Frises d'émeraudes, & les Cha-
pitaux, Bazes, Architraves, & Corniches
d'or, de même que les courbes & les festons
qui enrichissoient la Coupole.
On entroit dans ce Temple par huit Porti-
ques: au milieu du Sanctuaire étoit un riche
baldaquin, dont les rideaux retroussés, lais-
soient voir sur un Pied-d'estal de marbre verd
antique, la Statue en or de la Félicité. Des
balustres entouroient l'estrade: au de vant étoit
un Autel de Sacrifice, où brûloient des par-
fums en actions de graces.
Ou appercevoit au de-là du Temple & des
colonnades, une partie des jardins de la Fé-
licité, où s'élevoient des Palmiers, des Lau-
riers, des Myrthes, des Oliviers & autres Ar-
bres chargés de fleurs & de fruits.
Le Roi ordonna que cette décoration seroit
illuminée le 17, & qu'elle serviroit le 30 ;
pour un feu d'artifice. Sa Majesté devant tenir
212 MERCURÉDE FRANCE.
ces mêmes jours grand appartement, on décora
l'intérieur du Château avec autant de soin
que les jardins.
Trois rangées de lustres étoient attachées au
platfond de la galletie par des gazes bouillon-
nées, où s'entrelaçoient des festons de rozes.
Ces gazos, & ces festons étoient disposés de
manière qu'ils laissoient voir tout l'éclat des
Peintures, & toute la richesse des lambris.
Une multitude de girandoles s'elevoient à
la hauteur des lustres de chaque côté de la gal-
lerie, sur une longue file de gueridons dorés,
& de torcheres d'argent d'une compesition ga-
lante.
Des Amours assis sur ces torcheres, entre
des palmes & des mirthes, jouoient avec des
guirlandes de fleurs en cristaux, sous des ber-
ceaux d'étoiles.
Les Sallons de la Guerre & de la Paix ter-
minoient aux deux extrémités cette brillante
perspective; les autres appartemens étoient
décorés à proportion.
Le 19, sur les six heures du soir, le Roi &
toute la Conr s'étant rendus dans la gallerie,
la décoration qui faisoit face au Château, pa-
rut tout à coup illuminée, & malgré la con-
trariété du vent, on sentit l'effet que devoient
produire les différentes espéces d'illumination,
que l'on n'avoit point encore hazardé d'em-
ployer sous un même point de vue.
Leurs Majestés, après avoir joui quelques
momens de la beauté de ce spectacle, conti-
nuerent de tenir appartement jusqu'à dix heu-
res. Il y eut ensuite grand couvert, pendant
sequel tout le monde eut la liberté d'entrer
dans les appartemens.
213
MARS. 1752.
Le 30 du même mois, jour indiqué pour le
feu d'artifice, la décoration de l'arc de triom-
phe & des ailes parut toute différente. Des
Mosaiques dorées & découpées, remplissoient
les Piedestaux, les Frises, les Bas-reliefs, les
Pilastres, les Médaillons.
Les Colonnes étoient cannelées à jour, &
ceintes de bandeaux. Leurs Bazes & leurs Cha-
piteaux étoient découpés.
Des Piramides spirales remplaçoient les
orangers qui avoient décoré les niches.
Aux lustres & aux girandoles en succederent
d'autres composés d'artisice.
En face des corps d'Architecture étoient
plusieurs grandes Cascades d'artifice en am-
phithéâtre de quarante & cinquante pieds de
hauteur.
Au-devant de l'enceinte, on avoit placé
tout le long de la balustrade & vis-à vis les
escaliers de grandes Piéces figurées en com-
partimens.
Sur les côtés on voyoit des treillages en
berceaux qui s'étendoient jusqu'aux dégres de
la terrasse du Château.
L'arangement de toutes ces différentes pié-
ces composoit une décoration légere & ga-
lante, qui constrastoit avec celle que l'on avoit
vû les jours précédens,
Sur les cinq heures du soir, la gallerie fut
éclairée comme elle l'avoit été le 19.
Au moment que Leurs Majestés s'y rendi-
rent avec toute la Cour, on donna le signal
pour tirer le feu d'artifice, qui devoit être
exécuté selon les dispositions suivantes.
Des fusées d'honneurs & des fusés de table
drées de l'arc de triomphe & des ailes, au
Vigires vOO
214 MERCURE DE FRANCE.
bruit d'une infinité de boetes distribuées odans
plusieurs endroits du Parc, devoient servit
de prélude, & annoncer la premiere décora-
tion d'artifice, composées de Pièces figurées
formant en feu brillant différentes Mosaiques
successivement variées.
Après ce tableau, des gerbes, des Ifs, &
des napes de feu devoient occuper toute l'é-
tendue comprise entre les édifices, en même
tems que les grandes Cascades paroîtroient,
& donneroient naissance à douze grands jets
portans leur feu à quarante pieds d'élévation.
On devoit voir ensuite tous les contours de
l'Architecture dessinés par des feux de lance,
ainsi que les lustres, les girandoles & les pira-
mides tournantes, pendant que les Colonnes,
les Bas-reliefs, les Pilastres & les Médaillons
seroient pronnoncés par des feux mouvants
jouant derriere leurs découpures & leurs Mo-
saiques.
Au tiers de la durée des lances, devoient
paroître les treillages en berceaux qui bornoient
la terrasse, les Gloires qui couronnoient les
entablemens, & les Soleils fixes, dont le prin-
cipal fo moit un globe de seu de soixante pieds
de diametre.
Sur les trois corps d'Architecture étoient dis-
posés des vases lumineux, jettans continuelle-
ment des étoiles & des serpentaux, pour ser-
vir de cadre à cette brillante decoration.
Des bombes, des pluyes d'or, des grenades
à étoiles, de très grosses fusées de chevalet,
des pots-à-feu, des pots-à-égrettes & des
feux de caisses de toute e spéce, etoient desti-
nés à garnir les airs pendant toute la durée du
feu, qui devoit finir par une guirlande coma
MARS.
1752.
215
posée d'une multiiude infinie de fusées cou-
romhées de bombes brillantes, s'élevant tou-
tes à la fois de l'arc de triomphe & des ailes.
Après le feu d'artifice, il y eut apparte-
ment jusqu'à dix heures, & cette journée se
termina, comme la premiere, par un grand
couvert.
Ces Fêtes furent exécutées sur les plans &
desseins des Sieurs Slodtz, Dessinateur du Ca-
binet du Roi, Peintre & Sculpteur de ses me-
nus plaisirs.
Les Sieurs Dumas, Girault & Plenet furent
chargés de la construction des charpentes, &
le Sieur Vedy, de la partie concernant la ser-
rurerie.
Le Sieur l'Evêque, Garde-Magazin des me-
nus, & toutes les personnes employées dans
cette partie, se distinguerent par leur exactitu-
de à exécuter les ordres dont on les avoit
chargés.
Des Fêtes données à Versailles par ordre du
Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à
l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne
ayant comblé les voeux de la France,
le Roi voulut qu'elle fut celebrée à Versa illes par
des Fêtes dignes d'un évenement aussi cher à la
Nation.
M. le Duc deGesvres PremierGentilhomme de la
Chambre du Roi, en exercice, donna des ordres
en consequence. Ces Fêtes furent conduites par
Monsieur de Curys, Intendant & Contrôleur Gé-
néral de l'Argenterie, Menus Plaisirs, & Affaires
de la Chambre de Sa Majesté.
On n'eut que sixsemaines, environ, pour les pré-
paratifs, & tout fut prêt au terups marqué, mah-
gré les incommodités d'une saison contraire & ri-
gourense.
Musfines beO
208 MERCURE DE FRANCE.
En face de la grande Gallerie, on avoit formé ui,
vaste plancher qui s'étendoit depuis l'allée de Sa-
turne jusqu'à celle qui conduit au Bassin du Dra-
gon: ce plancher construit sur un terrain inégal
commençoit au bout du parterre d'eau à quatre
pieds de hauteur & s'avançoit de 30 toises jusqu'au
Bassin de Latone, au dessus duquel il avoit 36
pieds d'élévation.
Là sur un plancher circulaire de 142 toises re-
gnoient trois grands corps d'Architecture dont le
principal étoit un Arc de Triomphe isolé consacté
à la Félicité.
Cet édifice étoit d'ordre Corinthien; on y
montoit par 9 dégrés de maibre blanc, la porte
triomphale avoit 40 pieds d'élévation, elle étoit
accompagnée de deux autres qui terminoient leur
forme quarrée au dessous de l'Imposte à 28 pieds.
Au devant des massiss qui les divisoient étoient
accouplées des Colonnes de lapis canelées & eu-
tourées de Guirlandes de roses.
Leurs Pied-d'estaux de marbre breche violette
encadroient des Paneaux de lapis, sur lesquels
éclatoient des Festons en or.
Les Basses & les Chapiteaux étoient de bronze
doré, la Corniche de marbre breche violette, l'lm-
poste & les Archivoltes de marbre blanc veiné
ainsi que le Corps d'Architecture.
La Frise étoit festonnée de Guirlandes de lau-
rier en or sur un fond de lapis, & à l'endroit ou
l'entablement faisoit ressaut sur chaqne Grouppe
de Colonnes elle étoit enrichie de Palmes sur mon-
tées d'une Fleur de Lis.
Deux Bas reliess en or de 14 pieds de longueur
sur 8 de hauteur, décoroient le dessus des Portes
laterales.
Dans l'un paroissoit Apollon distribuant aux Mu-
MARS.
1752.
209
ses les différents attributs des Sciences & des
Beaux Arts.
On voyoit dans l'autre, Cérés sur son Char,
répandant l'abondance, elle étoit suivie de la Con-
corde & des Graces, & dans le fond du Tableau;
on découvroit un Soleil naissant.
Un Socle de marbre verd s'affermissoit sur la
Corniche, & portoit à l'endroit des Colonnes
les Statues de la Justice, de la Prudence, de la
Modération & de la Magnanimité.
Entre ces figures s'élevoit sur cinq dégrez de mar-
bre jaune antique, un pied d'estal de forme circu-
laire orné de canelures avec des ornemens en or,
& ceint par le haut d'un tors de feuilles de Chêne
en bronze doré.
Sur ce pied-d'estal on voyoit le Globe des Ar-
mes de France, soutenu par la force & par diffé-
tens Génies, la Victoire & la Paix le présentoient
à la Félicité; cette derniere figure dominoit le
Grouppe, elle tenoit un Caducée, simbole de l'u-
nion, & selon les Egyptiens le Hyerogliphe de la
naissance des Grands Hommes. D'une Corne d'a-
bondance qui étoit à ses pieds, sortoient des fruits
mêlés de fleurs. De l'autre côté la Renommée
prenoit son vol pour aller annoncer à l'Univers la
Naissance du Prince & ses heureux destins.
Toutes les Figures étoient de bronze doré, le Glo-
be étoit de lapis, & ses Fleurs de lys d'or, de mê,
me que sa Couronne qui terminoit l'arc de triom-
phe pat amortissement à 97 pieds d'élévation.
Les deux autres corps d'architecture étoient
d'un ordre composé, ils formoient des deux côtés
de l'Arc de triomphe une continuité d'arcades en
niches ornées de Paneaux & de Coquilles, ces ni-
ches étoiant séparées par des pilastres revêtus de
Trophées en bronze doré qui se détachoient sur
Hiues vOO
LIO MERCURE DEFRANCE.
un fond verd d'émeraude incrusté dans un marbre
blanc veiné.
Au-lessus des Trophées étoient des Camayeux
en azur en forine de médaillons, réprésentans
tous les Arts qui contribuent au bonheur & tous
les Etats qui y participent.
Des Guirlandes de fleurs de toute espêce leut
fervoient de bordures & se réunissoient en festons
au dessus des Ceintres & des Pilastres.
Des avant corps terminoient les ailes, ils étoient
ornés de Statues de différentes Divinités en bronze
doré, on y remarquoit d'un côté Jupiter, Junon,
Mercure & Minerve, & de l'autre, Apollon, Dia
ne, Mars & Venus.
Les Ballustres d'or bordoient les galleries ou
plates-formes qui regnoient généralement sut les
édifices des parties laterales, ils étoient interrom-
pus sur les avant cotps seulement par des Frontons
on s'appuyoient des Faunes & des Tritons de
bronze doré, tenant des tors de feuilles de chêne
entremélés de coquillages & supportans des vases
de lapis surchargés de Girandoles.
On avoit aussi distribué des Girandoles sur tous
les couronnemens, plusieurs lustres pendoient du
sein des archivoltes, & toutes les niches étoient
garnies d'Otangers dans des vases d'or, autour
desquels jouoient des guirlandes de fleurs naturel-
les.
Trois grands escaliers de sept degrez se presen-
toienr au-devant de toute la décoration.
Le principal occupoit 20 toises de face; les deux
autres qui répondoient aux avant-corps avoient
chacun 12 toises d'ouverture, des balustres s'éten-
doient entre ces escaliers d'un aîle à l'autre & for-
moient carrément, & par des angles coupés des
retours en saillies pour accompagner les Corpo-
avancés.
MARS. 1752.
211
Ces balustrades étoient divisées par seize
Pied- d'estaux portans des girandoles sur des for-
mes d'ornemens en lapis, rehaussées d'or &
entourées de guirlandes de fleurs.
A travers les portes de l'arc triomphal
& par les espaces qui divisoient les trois grands
corps d'architecture, on découvroit dans l'é-
loignement le Temple de la Félicité sur une
vaste terrasse, audevant de laquelle étoit une
fontaine ornée de Pilastres rustiques & de
Statues.
On montoit à cette terrasse par deux grands
escaliers: des colonnades d'Ordre Dorique
conduisoient aux dégrés du Temple.
Ce Temple étoit une rotonde d'Ordre Com-
posite, dont le corps étoit de Porphire, les
Colonnes & les Frises d'émeraudes, & les Cha-
pitaux, Bazes, Architraves, & Corniches
d'or, de même que les courbes & les festons
qui enrichissoient la Coupole.
On entroit dans ce Temple par huit Porti-
ques: au milieu du Sanctuaire étoit un riche
baldaquin, dont les rideaux retroussés, lais-
soient voir sur un Pied-d'estal de marbre verd
antique, la Statue en or de la Félicité. Des
balustres entouroient l'estrade: au de vant étoit
un Autel de Sacrifice, où brûloient des par-
fums en actions de graces.
Ou appercevoit au de-là du Temple & des
colonnades, une partie des jardins de la Fé-
licité, où s'élevoient des Palmiers, des Lau-
riers, des Myrthes, des Oliviers & autres Ar-
bres chargés de fleurs & de fruits.
Le Roi ordonna que cette décoration seroit
illuminée le 17, & qu'elle serviroit le 30 ;
pour un feu d'artifice. Sa Majesté devant tenir
212 MERCURÉDE FRANCE.
ces mêmes jours grand appartement, on décora
l'intérieur du Château avec autant de soin
que les jardins.
Trois rangées de lustres étoient attachées au
platfond de la galletie par des gazes bouillon-
nées, où s'entrelaçoient des festons de rozes.
Ces gazos, & ces festons étoient disposés de
manière qu'ils laissoient voir tout l'éclat des
Peintures, & toute la richesse des lambris.
Une multitude de girandoles s'elevoient à
la hauteur des lustres de chaque côté de la gal-
lerie, sur une longue file de gueridons dorés,
& de torcheres d'argent d'une compesition ga-
lante.
Des Amours assis sur ces torcheres, entre
des palmes & des mirthes, jouoient avec des
guirlandes de fleurs en cristaux, sous des ber-
ceaux d'étoiles.
Les Sallons de la Guerre & de la Paix ter-
minoient aux deux extrémités cette brillante
perspective; les autres appartemens étoient
décorés à proportion.
Le 19, sur les six heures du soir, le Roi &
toute la Conr s'étant rendus dans la gallerie,
la décoration qui faisoit face au Château, pa-
rut tout à coup illuminée, & malgré la con-
trariété du vent, on sentit l'effet que devoient
produire les différentes espéces d'illumination,
que l'on n'avoit point encore hazardé d'em-
ployer sous un même point de vue.
Leurs Majestés, après avoir joui quelques
momens de la beauté de ce spectacle, conti-
nuerent de tenir appartement jusqu'à dix heu-
res. Il y eut ensuite grand couvert, pendant
sequel tout le monde eut la liberté d'entrer
dans les appartemens.
213
MARS. 1752.
Le 30 du même mois, jour indiqué pour le
feu d'artifice, la décoration de l'arc de triom-
phe & des ailes parut toute différente. Des
Mosaiques dorées & découpées, remplissoient
les Piedestaux, les Frises, les Bas-reliefs, les
Pilastres, les Médaillons.
Les Colonnes étoient cannelées à jour, &
ceintes de bandeaux. Leurs Bazes & leurs Cha-
piteaux étoient découpés.
Des Piramides spirales remplaçoient les
orangers qui avoient décoré les niches.
Aux lustres & aux girandoles en succederent
d'autres composés d'artisice.
En face des corps d'Architecture étoient
plusieurs grandes Cascades d'artifice en am-
phithéâtre de quarante & cinquante pieds de
hauteur.
Au-devant de l'enceinte, on avoit placé
tout le long de la balustrade & vis-à vis les
escaliers de grandes Piéces figurées en com-
partimens.
Sur les côtés on voyoit des treillages en
berceaux qui s'étendoient jusqu'aux dégres de
la terrasse du Château.
L'arangement de toutes ces différentes pié-
ces composoit une décoration légere & ga-
lante, qui constrastoit avec celle que l'on avoit
vû les jours précédens,
Sur les cinq heures du soir, la gallerie fut
éclairée comme elle l'avoit été le 19.
Au moment que Leurs Majestés s'y rendi-
rent avec toute la Cour, on donna le signal
pour tirer le feu d'artifice, qui devoit être
exécuté selon les dispositions suivantes.
Des fusées d'honneurs & des fusés de table
drées de l'arc de triomphe & des ailes, au
Vigires vOO
214 MERCURE DE FRANCE.
bruit d'une infinité de boetes distribuées odans
plusieurs endroits du Parc, devoient servit
de prélude, & annoncer la premiere décora-
tion d'artifice, composées de Pièces figurées
formant en feu brillant différentes Mosaiques
successivement variées.
Après ce tableau, des gerbes, des Ifs, &
des napes de feu devoient occuper toute l'é-
tendue comprise entre les édifices, en même
tems que les grandes Cascades paroîtroient,
& donneroient naissance à douze grands jets
portans leur feu à quarante pieds d'élévation.
On devoit voir ensuite tous les contours de
l'Architecture dessinés par des feux de lance,
ainsi que les lustres, les girandoles & les pira-
mides tournantes, pendant que les Colonnes,
les Bas-reliefs, les Pilastres & les Médaillons
seroient pronnoncés par des feux mouvants
jouant derriere leurs découpures & leurs Mo-
saiques.
Au tiers de la durée des lances, devoient
paroître les treillages en berceaux qui bornoient
la terrasse, les Gloires qui couronnoient les
entablemens, & les Soleils fixes, dont le prin-
cipal fo moit un globe de seu de soixante pieds
de diametre.
Sur les trois corps d'Architecture étoient dis-
posés des vases lumineux, jettans continuelle-
ment des étoiles & des serpentaux, pour ser-
vir de cadre à cette brillante decoration.
Des bombes, des pluyes d'or, des grenades
à étoiles, de très grosses fusées de chevalet,
des pots-à-feu, des pots-à-égrettes & des
feux de caisses de toute e spéce, etoient desti-
nés à garnir les airs pendant toute la durée du
feu, qui devoit finir par une guirlande coma
MARS.
1752.
215
posée d'une multiiude infinie de fusées cou-
romhées de bombes brillantes, s'élevant tou-
tes à la fois de l'arc de triomphe & des ailes.
Après le feu d'artifice, il y eut apparte-
ment jusqu'à dix heures, & cette journée se
termina, comme la premiere, par un grand
couvert.
Ces Fêtes furent exécutées sur les plans &
desseins des Sieurs Slodtz, Dessinateur du Ca-
binet du Roi, Peintre & Sculpteur de ses me-
nus plaisirs.
Les Sieurs Dumas, Girault & Plenet furent
chargés de la construction des charpentes, &
le Sieur Vedy, de la partie concernant la ser-
rurerie.
Le Sieur l'Evêque, Garde-Magazin des me-
nus, & toutes les personnes employées dans
cette partie, se distinguerent par leur exactitu-
de à exécuter les ordres dont on les avoit
chargés.
Fermer
23
p. 200-211
Relation des Fêtes données à Aix, au College Royal-Bourbon, de la Compagnie de Jesus, à l'occaison de la naissance de Monseigneur le Comte de Provence.
Début :
Les Colleges n'étant pas moins destinés à former de bons citoyens à l'Etat, [...]
Mots clefs :
Comte de Provence, Naissance, Fêtes, Prince, Sa Majesté, Contrées de France, Bénédiction, Magistrats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation des Fêtes données à Aix, au College Royal-Bourbon, de la Compagnie de Jesus, à l'occaison de la naissance de Monseigneur le Comte de Provence.
Relation des Fêtes données à Aix , au College
Royal- Bourbon , de la Compagnie de Jefus,
à l'occafion de la naiffance de Monfeigneur
le Comte de Provence .
LES Colleges n'étant pas moins deftinés à former
de bons citoyens à l'Etat , que des Sujets à
la République des Lettres , il n'eft pas furprenant
que ceux qui en ont la direction , dans les
événemens où nos Princes & la patrie font intéreffés
, excitent leurs jeunes Eleves à y prendre
part. La naiffance de Monfeigneur le Comte
de Provence étoit une époque trop favorable ,
pour que le College Royal - Bourbon des Jéfuites
AVRIL. 1756. 201
ne la célébrât pas . Il auroit cru négliger une
portion précieufe de l'éducation publique confiée
à fes foins , & manquer à ce qu'il doit à l'augufte
maifon des Bourbons fes fondateurs , s'il
avoit retenu captifs les tranfports de fa joie &
de fa reconnoiffance. C'eft dans ces vues qu'il
a donné quelques fêtes où la Religion & les
Beaux- Arts ont préfidé.
Le Vendredi matin , fecond jour de la nouvelle
année 1756 , elles furent annoncées par
diverfes décharges de boîtes . Vers les 11 heures ,
le P. Dufferre , l'un des Profeffeurs de Rhétorique
, prononça un Difcours François fur cet heureux
événement , en préſence de MM . les Confuls
& Affeffeurs d'Aix , Procureurs du Pays de
Provence , du Confeil de Ville , & d'une affemblée
des plus nombreufes & des plus brillantes
qu'on eût vues depuis long-temps. Ce qui fait
ehouer ces fortes de génethliaques , c'est que
pour l'ordinaire ils adoptent des idées trop vagues
, des préfages peu fondés , & qu'on y répete
ce qui a été déja dit bien des fois . Pour éviter
cet écueil , l'Orateur n'a envisagé la naiflance
du Prince dont il s'agit , que par l'intérêt qu'y
trouve la Provence . Mais il va nous tracer luimême
le plan de fon difcours , & nous en montrer
toute l'économie dans un exorde confacré en
grande partie à l'éloge des Bourbons.
Tandis que la Maifon puiffante , longtemps
rivale de nos Rois , & qui pendant tant de fiecles
a occupé le trône des Céfars , n'a pu échapper au
naufrage , ni continuer de donner des héritiers à
Charles V, Louis voit fa poftérité s'accroître , fe
perpétuer fous fes yeux , le fceptre affermi , la
fucceffion toujours plus affurée dans fon augufte
famille , le trône entouré de nouveaux foutiens ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
& la tranquillité publique porter fur un plus
grand nombre d'appuis.
Ces grands objets qui ouvrent un vafte champ
à l'éloquence , & qui intéreffent tout coeur François
, je pourrois ici les peindre , & annoncer la
fplendeur que jettera fur le royaume le Prince
naiffant. J'évoquerois , j'interrogerois les mânes
des ayeux célebres , à qui il doit fon origine , &
indiquant rapidement ces grands Hommes , ces
grands Rois à qui l'antiquité payenne eût élevé
des Temples , & aufquels l'admiration , la reconnoiffance
, ont parmi nous dreffé des autels dans
les coeurs , je dirois : Peuples , mefurez la gloire
du nouveau Bourbon fur celle de fes ancêtres ;
parce qu'ils ont été , préfagez ce qu'il fera . Il eft
du fang des Héros, de ce fang fait pour donner des
Rois au monde , ou pour les protéger , de ce fang
qui affis fur les trônes de France , d'Espagne , de
Naples , de Sicile, de Parme , fait partout des heureux
, & rend le joug de la Royauté préférable à la
liberté la plus douce. Un Bourbon en naiffant ,
averti par je ne fçais quel cri du coeur , d'afpirer
à une grandeur fupérieure à celle de fon rang.
Marchant au milieu des trophées de fes ayeux ,
invefti des rayons de leur gloire , entouré des
plus beaux modeles , témoin des titres illuftres
de Saint , de Grand , de Jufte , de Bien-aimé
titres que l'adulation ne prodigua point , que la
vérité a donnés , que l'envie elle -même n'a pu
refufer , partout où il porte les yeux , il voit
des traces d'héroïfme , des ftatues élevées à leur
magnanimité. Tous les livres , tous les tableaux ,
font l'hiftoire de leurs triomphes. A peine fçaurat'il
bégayer qu'on lui parlera de Fontenoi ,
de
Lawfeld , des Provinces que le courage de fon
ayeul a conquifes , & que fa modération a tendues
; on lui dira qu'interrompant lui- même le
eft
AVRIL 1756. 203
cours de fes exploits , & pofant de plein gré fon
tonnerre , il a préféré la conquête des coeurs à
toutes les autres victoires . Avec des exemples fi
voifins , des encouragemens fi puiffans , ne ſeroit-
ce pas une espece de prodige que ce Prince
vînt à dégénérer , & que des aigles qui ont porté
hardiment leur vol dans les cieux ,
n'euffent engendré
qu'une timide colombe ?
Tels font les augures que je formerois à la
gloire de la Nation , fi je n'avois pas à célébrer
la naiffance d'un Comte de Provence. Mais cette
dénomination demande des traits moins généraux
, & plus propres à exprimer l'intérêt particulier
que vous prenez à cet événement . Bor-
"
nons-nous donc à féliciter la Provence de l'honneur
qu'elle a de donner fon nom à l'augufte
enfant qui vient de naître , & effayons de réfoudre
deux queftions qui femblent embraffer tout
ce qu'offre ce fujet. Qu'est- ce qui a procuré à la
Provence une diftinction fi glorieuſe & que
doit-elle en attendre ? Je trouve qu'elle en eft
redevable à l'amour du Roi pour cette Province
& à l'attachement de cette Province pour nos
Rois. Que doit-elle s'en promettre ? La protec
tion la plus fignalée ; diftinction , par conféquent
, la plus glorieufe dans fes caufes , la plus
avantageufe dans fes effets.
Pour vous donner une idée de cette piece d'éloquence
, citons- en quelques morceaux qui
vous feront connoître le ton & la maniere de
P'Auteur.
La faveur dont la Provence vient d'être honorée
, n'eft point une de ces démonſtrations d'eftime
& de bienveillance qu'on fçait fi bien affecter
dans les Cours , démonftrations verbales &
extérieures que la politique , que la néceflité des
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
conjonctures arrache fouvent & dont on fe fert
quelquefois pour payer le mérite & les fervices
. C'eft une marque non fufpecte , non équivoque
, à laquelle on ne fçauroit méconnoître
les fentimens favorables du Prince à notre égard.
Ce n'eft point une de ces graces qui tombent
uniquement fur quelques particuliers qu'on
éleve aux premieres charges , tandis que le corps
entier refte dans la pouffiere. Celle dont il s'agit
intéreffe toute la Province. Ce n'eft point un de
ces témoignages d'attachement , connus feulement
de la perfonne qui les reçoit & qui n'éclatent
point au- dehors , qu'on donne dans le fecret ,
& qu'on peut défavouer en public . Rien de fi folemnel
que le témoignage d'affection donné à
cette province . En nommant fon auguſte petitfils
Comte de Provence , le Roi dit à toute l'Europe
, dit au monde entier attentif à ſes démarches
, que la Provence eft une contrée privilé
giée & favorite , que c'est un nom qui lui eft cher,
& qu'il met dans fa famille pour avoir occafion
de l'entendre fouvent répéter .
L'Orateur prouve enfuite que l'affection du
Roi pour la Provence , eft l'unique caufe qui aic
pu lui procurer une diftinction li glorieufe ; que
ce n'étoit point une obligation qu'il eût à remplir
, ni un ufage qu'il fallut refpecter.
Le Dauphiné compte avec raifon parmi fes
plus belles prérogatives , celle de donner fon nom
à l'héritier préfomptif de la Couronne . Mais fans
prétendre dégrader fes privileges , ne peut-on pas
dire que le nom de Dauphin eft moins une preuve
de la bienveillance de nos Rois que de leur
juftice, une grace qu'ils accordent , qu'une dette
qu'ils acquittent Ici fans être déterminé par le
devoir , ou averti par la coutume , fans trouver
AVRIL. 1756. 205
dans l'espace de trois ficcles la moindre trace d'une
pareille prédilection , Louis n'écoutant que fon
amour pour cette Province , veut être le premier
à lui donner cette marque de préférence , & qu'une
fi brillante époque pour elle date de fon regne :
attention précieufe du Souverain que la Provence
doit mettre dans les faftes de fa gloire . Eh quoi !
fi le moindre figne de bonté de la part de ces maîtres
du monde eft remarqué avec foin ; fi un coup
d'oeil favorable jetté comme par hazard , fi un
éloge échappé eft recueilli avec tranfport , une
faveur auffi réfléchie , auſſi déciſive , auffi intéreffante
, trouveroit - elle des coeurs froids & diftraits
?
La diftinction que reçoit la Provence , n'eft pas
feulement la preuve de l'attachement du Roi pour
cette Province ; c'eft encore la récompenfe de
l'attachement de cette Province pour nos Rois.
Ici on met fous un feul point de vue les principaux
monumens de zele & de fidélité par lesquels
les Provençaux ont fignalé leur amour pour nos
Souverains ; leurs exploits , les fervices qu'ils ont
rendus à la Monarchie lorfque leur Pays eft devenu
le théâtre de la guerre. Chaque coup de pinceau
eft un nouveau trait glorieux à la Provence .
Trois fois l'Autriche eft venu fondre dans ces
contrées avec des forces redoutables , & trois fois
cette aigle , qui comptant fur une proie certaine ,
avoit pris fon effor vers la Provence , a été obligée
de revoler vers les lieux d'où elle étoit partie
; ces armées nombreufes qui avoient inondées
vos villes , ont été diffipées comme l'ombre , &
ceux qui ont échappé au carnage , obligés honteufement
de s'enfuir , n'ont emporté avec eux que le regret
d'avoir
ofé attaquer
une nation
f
fidèle
& fi formidable
,
206 MERCURE DE FRANCE.
L'Orateur fait une mention particuliere de la derniere
irruption des Autrichiens en 1746. Il peint
avec les plus vives couleurs les défaftres aufquels
la Provence fut alors en proie , & les efforts héroïques
qu'elle oppofa aux armées ennemies . Et
il conclut ainfi ce morceau :
Mais quelle contrée fournit à la France dans
ces temps critiques des reffources fi prodigieufes ?
Eft-ce un de ces pays riches de leur propre fonds ,
qui dans l'étendue ou la fertilité, trouvent de quoi
faire les plus grandes avances , & fubvenir aux
plus preffans befoins ? Non : c'eſt la Province la
plus ftérile du Royaume , & une des plus petites ;
où la terre eft aufli ingrate que le ciel y eft beau ,
& qui produit le fuperflu fans donner le néceffaire.
Mais que ne peut pas l'amour de la patrie , le zele
pour fon Roi ? Il multiplie , il étend les reffources ;
il fupplée à la ftérilité du fol ; il compenfe le défaut
des richeffes ; il adoucit les charges les plus
pefantes. C'eft cet amour qui foutient , qui confole
la Province malgré l'épuifement où fes derniers
efforts l'ont réduite , & dont elle n'eft
encore relevée .
pas
La protection fignalée que la Provence trouvera
dans le Prince nouveau -né , & les effets avantageux
qui en réfulteront , font la matiere de la
feconde partie.
N'eft-il pas naturel , dit le P. D. que le nom
de Comte de Provence , nom qui n'ayant point
été porté avant lui par aucun fils de nos Rois
doit l'affecter d'avantage , lui rappelle fans ceffe
les intérêts de cette Province , foit pour elle un
titre à fa protection , un gage de fes bienfaits ?
Rien ne demande d'être manié avec plus d'art
que la louange. Elle n'offre que des fadeurs aux
Héros même qui en font l'objet , fi fe préfentant
AVRIL. 1756 . 207
trop à découvert , elle ne ménage point la modeltie
de ceux dont on prétend flatter l'amour - propre.
Notre Orateur a brûlé quelques grains d'encens
en l'honneur de ce qu'il y a de plus illuftre
dans la Provence ; mais c'eft un encens léger &
qui n'eft nullement infipide. Il fuppofe que dès
que la raifon aura éclairé le Comte de Provence ,
la Province dont il tire fon nom , fera un des premiers
objets de fa curiofité ; que charmé de connoître
cette contrée , fes moeurs , fes grands
hommes , on lui vantera la magnificence de cette
ville ( d'Aix , ) le ton d'aménité & de politeffe qui
y regne , ton qui fembloit être affecté à la Ĉapitale
du Royaume , & c. Les diverſes réponſes
faites au jeune Prince pour fatisfaire fa curiofité ,
renferment les éloges des Cours fouveraines , des
chefs qu'elles ont à leur tête , de M. le Duc de
Villars , Gouverneur de la Provence , de la Nobleffe
, des Provençaux célebres dans le monde
fçavant , &c. éloges d'autant plus flatteurs qu'ils
font plus indirects , & qu'en peu de mots ils offrent
un grand fens .
Quel défir ces divers Portraits n'infpireront- ils
pas au jeune Comte d'avoir près de fa perfonne
quelques membres de cette Province ? Pourra-t'il
les connoître fans aimer l'enjouement du caractere
, la vivacité de l'efprit qui femblent être
comme un des fruits de ce terroir ? & pour combien
l'honneur de l'approcher va- t'il être l'origine
de la fortune & l'époque de l'élévation ? ( 1 )
(1 ) Un détail intéreffant préfage ici aux divers
Habitans de la Provence , au Patriote zélé , au
Guerrier courageux , à l'amateur éclairé , à l'induftrieux
Négociant des avantages relatifs à leur
état. Cette Peinture riante femble contrafter avec
208 MERCURE DE FRANCE.
.....
Ainfi le Seigneur dont le bras vient de s'appéfantir
fi fenfiblement fur une grande partie de
la Provence , veut bien lui ménager des motifs de
confolation. Tandis que les fleuves qui l'arrofent
franchiffant leurs barrieres , & s'ouvrant des routes
nouvelles , ont montré , après leur débordement
l'aviron fendant les flots , là où deux jours
auparavant la charrue ouvroit la terre ; tandis
que ce nouveau déluge offroit l'affreux fpectacle
de digues renverfées , d'édifices écroulés , de
champs inondés, de troupeaux noyés , d'hommes
enfevelis fous les eaux , de malheureux placés entre
la famine & le naufrage , & du haut de leurs
maifons appellant avec des cris plaintifs la charité
bienfaifante ; dans le temps que nos Contrées
étoient ainsi déſolées par ces fléaux que je ne fais
qu'ébaucher , & qui auroient été bien plus funef
tes fans l'active prudence des Peres de la Patrie ,
du milieu des maux , du fein des défaftres , nous
voyons fortir l'efpérance. Sur l'horizon de laFrance
brille un nouvel Aftre dont l'éclat rejaillit en
grande partie fur cette Province , & lui annonce
les plus beaux jours. Des mains de Louis , la Provence
reçoit fon petit-fils pour Génie tutélaire ,
pour Protecteur . Et quel Protecteur ! Eft - ici un
de ces foibles appuis qui manquent aux befoins
les plus preffans , de ces fragiles rofeaux que le
moindre foufe déracine , de ces favoris dont la
chûte eft fort voisine de l'élévation , que la bizarre
fortune montre tantôt au faîte de la grandeur
, tantôt rampant dans la pouffiere , aujourd'hui
excitant l'envie , demain objet de compaffion
Le fang , la qualité du Protecteur dont je
le tableau des malheurs qui ont derniérement affligé
cette Province .
AVRIL. 1756. 209
parle , le mettent à l'abri de ces étranges viciffitude
; fon rang les place néceffairement , & toujours
à la fource des graces , & nos espérances ne
fçauroient fe repofer fur un appui plus folide.,
Il feroit trop long de fuivre l'Orateur dans la
defcription brillante des Fêtes magnifiques que
M. le Duc de Villars & la Ville d'Aix ont données
à l'occafion de cette naiffance. On y rappelle les
abondantes largeffes d'un Prélat ( 1 ) refpectable,
qui font allés chercher l'indigence dans les fombres
réduits où elle fe cachoit , y ont porté la joie ,.
& en ont chaffé la faim.
Verfez , ô mon Dieu ; les plus amples bénédictions
fur cette Princeffe , dont la fécondité eft le
prix de la vertu , qui au milieu des écueils & des
naufrages , montrant la piété la plus pure, fuit de fi
près les traces de l'Efther de la France . Continuez
à combler de vos bienfaits fon augufte époux qui ,
deftiné à retracer à nos neveux les regnes les plus
fortunés , donné par fes rares qualités les plus belles
efpérances. Plus flatté d'être le premier fujet
du Roi , que l'héritier préfomptif de la Couronne ,
ce Prince n'ambitionne point de porter la main
aux rênes d'un empire qu'il gouvernera toujours
trop tôt au gré de ſes défirs ; & à l'ombre d'un trône
où il voit affife avec Louis XV, la juftice , la clémence
, la valeur , la générofité , il fe contente de
fe montrer , de fe rendre toujours plus digne de
régner. Ne ceffez point , Seigneur , de préfider aux
Confeils de ce Roi bien aimé, pour qui renaiffent
ces jours brillans de la France , ou Louis XIV
voyoit fon Fils unique pere de trois Princes , &
une nombreuſe poſtérité affermir toujours plus le
Sceptre dans fon augufte maiſon : mais dans cette
(1) Monseigneur l'Archevêque d'Aix.
210 MERCURE DE FRANCE.
:
diftribution de faveurs céleftes , réſervez en une
part abondante pour le Comte de Provence . Ce
ne font point des profpérités humaines, des couronnes
fragiles que nous ſouhaitons , que nous deman-
'dons pour ce Prince , nos voeux ont un objet plus
fublime puiffe -t'il avoir pour la Religion un
amour inaltérable ,& la maintenir dans fes droits, à
l'exemple de fes ayeux , plus touchés du nom de
très- Chrétien , de Fils aîné de l'Eglife , que des
titres fuperbes de monarque & de conquérant !
que tandis que les arts éclaireront fon efprit , les
vertus forment fon coeur ! Ecartez de fa perfonne
ces hommes dangereux qui fe font une gloire
d'être les Miniftres des paffions des Princes, d'éveil
ler la volupté , & de lui prêter de nouvelles armes
contre leur foibleffe ! Qu'il détefte la flatterie, dont
le poifon defféche les plus beaux fruits du naturel
& de l'éducation ! & que la vérité trop fouvent
captive dans les palais des Grands , à travers les
barrieres & les nuages qu'on lui oppofe , faffe retentir
à fon oreille fes divins oracles ! Pour s'exciter
à l'héroïſme qu'il jette de temps en temps les yeux
fur les Bourbons fes ancêtres ! Non ; il na pas befoin
d'encouragemens étrangers : les exemples domeftiques
fuffifent ; & fans fortir de ſa famille , il trouvera
Augufte , Titus , Antonin & Trajan.
Ce Difcours qui parut être fort goûté des connoiffeurs
, fut fuivie d'une grand'Meſſe en Mufique.
Au fortir de l'Eglife , on trouva la Cour du College
tapiffée & décorée d'emblêmes , de devifes ,
de vers en plufieurs langues , où les Muſes Grecques
, Latines , Italiennes , Françoiſes & Provençales
, payoient à l'envi un tribut poétique au
nouveau Comte de Provence.
Le 3 & le MM. les Penfionnaires S repréfenteAVRIL.
1756. 211
rent un Drame Héroïque intitulé le Génie Tutélaire
, en trois Actes en vers , mêlé de chants &
de danfes. Cette Piece de Théâtre , de la compofition
du P. de Beaumanoir , Profeffeur de Rhétorique
, fut très -bien exécutée & généralement
applaudie. Elle offroit fous le voile de l'allégorie ,
tout ce qui peut intéreffer la Provence . Le concours
de Spectateurs qu'elle attira , fut prodigieux:
MM. les Confuls , à la tête du Confeil de Ville , ont
préfidés à la premiere repréſentation. M. le Duc
de Villars , Mefdames de la Tour , premieres Préfidentes
& Intendantes , & profque tout ce qu'il y
a de perfonnes de diftinction dans cette Ville ,
ont honoré la feconde de leur préfeace . Une brillante
illumination chaque jour a terminé la fête.
Royal- Bourbon , de la Compagnie de Jefus,
à l'occafion de la naiffance de Monfeigneur
le Comte de Provence .
LES Colleges n'étant pas moins deftinés à former
de bons citoyens à l'Etat , que des Sujets à
la République des Lettres , il n'eft pas furprenant
que ceux qui en ont la direction , dans les
événemens où nos Princes & la patrie font intéreffés
, excitent leurs jeunes Eleves à y prendre
part. La naiffance de Monfeigneur le Comte
de Provence étoit une époque trop favorable ,
pour que le College Royal - Bourbon des Jéfuites
AVRIL. 1756. 201
ne la célébrât pas . Il auroit cru négliger une
portion précieufe de l'éducation publique confiée
à fes foins , & manquer à ce qu'il doit à l'augufte
maifon des Bourbons fes fondateurs , s'il
avoit retenu captifs les tranfports de fa joie &
de fa reconnoiffance. C'eft dans ces vues qu'il
a donné quelques fêtes où la Religion & les
Beaux- Arts ont préfidé.
Le Vendredi matin , fecond jour de la nouvelle
année 1756 , elles furent annoncées par
diverfes décharges de boîtes . Vers les 11 heures ,
le P. Dufferre , l'un des Profeffeurs de Rhétorique
, prononça un Difcours François fur cet heureux
événement , en préſence de MM . les Confuls
& Affeffeurs d'Aix , Procureurs du Pays de
Provence , du Confeil de Ville , & d'une affemblée
des plus nombreufes & des plus brillantes
qu'on eût vues depuis long-temps. Ce qui fait
ehouer ces fortes de génethliaques , c'est que
pour l'ordinaire ils adoptent des idées trop vagues
, des préfages peu fondés , & qu'on y répete
ce qui a été déja dit bien des fois . Pour éviter
cet écueil , l'Orateur n'a envisagé la naiflance
du Prince dont il s'agit , que par l'intérêt qu'y
trouve la Provence . Mais il va nous tracer luimême
le plan de fon difcours , & nous en montrer
toute l'économie dans un exorde confacré en
grande partie à l'éloge des Bourbons.
Tandis que la Maifon puiffante , longtemps
rivale de nos Rois , & qui pendant tant de fiecles
a occupé le trône des Céfars , n'a pu échapper au
naufrage , ni continuer de donner des héritiers à
Charles V, Louis voit fa poftérité s'accroître , fe
perpétuer fous fes yeux , le fceptre affermi , la
fucceffion toujours plus affurée dans fon augufte
famille , le trône entouré de nouveaux foutiens ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
& la tranquillité publique porter fur un plus
grand nombre d'appuis.
Ces grands objets qui ouvrent un vafte champ
à l'éloquence , & qui intéreffent tout coeur François
, je pourrois ici les peindre , & annoncer la
fplendeur que jettera fur le royaume le Prince
naiffant. J'évoquerois , j'interrogerois les mânes
des ayeux célebres , à qui il doit fon origine , &
indiquant rapidement ces grands Hommes , ces
grands Rois à qui l'antiquité payenne eût élevé
des Temples , & aufquels l'admiration , la reconnoiffance
, ont parmi nous dreffé des autels dans
les coeurs , je dirois : Peuples , mefurez la gloire
du nouveau Bourbon fur celle de fes ancêtres ;
parce qu'ils ont été , préfagez ce qu'il fera . Il eft
du fang des Héros, de ce fang fait pour donner des
Rois au monde , ou pour les protéger , de ce fang
qui affis fur les trônes de France , d'Espagne , de
Naples , de Sicile, de Parme , fait partout des heureux
, & rend le joug de la Royauté préférable à la
liberté la plus douce. Un Bourbon en naiffant ,
averti par je ne fçais quel cri du coeur , d'afpirer
à une grandeur fupérieure à celle de fon rang.
Marchant au milieu des trophées de fes ayeux ,
invefti des rayons de leur gloire , entouré des
plus beaux modeles , témoin des titres illuftres
de Saint , de Grand , de Jufte , de Bien-aimé
titres que l'adulation ne prodigua point , que la
vérité a donnés , que l'envie elle -même n'a pu
refufer , partout où il porte les yeux , il voit
des traces d'héroïfme , des ftatues élevées à leur
magnanimité. Tous les livres , tous les tableaux ,
font l'hiftoire de leurs triomphes. A peine fçaurat'il
bégayer qu'on lui parlera de Fontenoi ,
de
Lawfeld , des Provinces que le courage de fon
ayeul a conquifes , & que fa modération a tendues
; on lui dira qu'interrompant lui- même le
eft
AVRIL 1756. 203
cours de fes exploits , & pofant de plein gré fon
tonnerre , il a préféré la conquête des coeurs à
toutes les autres victoires . Avec des exemples fi
voifins , des encouragemens fi puiffans , ne ſeroit-
ce pas une espece de prodige que ce Prince
vînt à dégénérer , & que des aigles qui ont porté
hardiment leur vol dans les cieux ,
n'euffent engendré
qu'une timide colombe ?
Tels font les augures que je formerois à la
gloire de la Nation , fi je n'avois pas à célébrer
la naiffance d'un Comte de Provence. Mais cette
dénomination demande des traits moins généraux
, & plus propres à exprimer l'intérêt particulier
que vous prenez à cet événement . Bor-
"
nons-nous donc à féliciter la Provence de l'honneur
qu'elle a de donner fon nom à l'augufte
enfant qui vient de naître , & effayons de réfoudre
deux queftions qui femblent embraffer tout
ce qu'offre ce fujet. Qu'est- ce qui a procuré à la
Provence une diftinction fi glorieuſe & que
doit-elle en attendre ? Je trouve qu'elle en eft
redevable à l'amour du Roi pour cette Province
& à l'attachement de cette Province pour nos
Rois. Que doit-elle s'en promettre ? La protec
tion la plus fignalée ; diftinction , par conféquent
, la plus glorieufe dans fes caufes , la plus
avantageufe dans fes effets.
Pour vous donner une idée de cette piece d'éloquence
, citons- en quelques morceaux qui
vous feront connoître le ton & la maniere de
P'Auteur.
La faveur dont la Provence vient d'être honorée
, n'eft point une de ces démonſtrations d'eftime
& de bienveillance qu'on fçait fi bien affecter
dans les Cours , démonftrations verbales &
extérieures que la politique , que la néceflité des
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
conjonctures arrache fouvent & dont on fe fert
quelquefois pour payer le mérite & les fervices
. C'eft une marque non fufpecte , non équivoque
, à laquelle on ne fçauroit méconnoître
les fentimens favorables du Prince à notre égard.
Ce n'eft point une de ces graces qui tombent
uniquement fur quelques particuliers qu'on
éleve aux premieres charges , tandis que le corps
entier refte dans la pouffiere. Celle dont il s'agit
intéreffe toute la Province. Ce n'eft point un de
ces témoignages d'attachement , connus feulement
de la perfonne qui les reçoit & qui n'éclatent
point au- dehors , qu'on donne dans le fecret ,
& qu'on peut défavouer en public . Rien de fi folemnel
que le témoignage d'affection donné à
cette province . En nommant fon auguſte petitfils
Comte de Provence , le Roi dit à toute l'Europe
, dit au monde entier attentif à ſes démarches
, que la Provence eft une contrée privilé
giée & favorite , que c'est un nom qui lui eft cher,
& qu'il met dans fa famille pour avoir occafion
de l'entendre fouvent répéter .
L'Orateur prouve enfuite que l'affection du
Roi pour la Provence , eft l'unique caufe qui aic
pu lui procurer une diftinction li glorieufe ; que
ce n'étoit point une obligation qu'il eût à remplir
, ni un ufage qu'il fallut refpecter.
Le Dauphiné compte avec raifon parmi fes
plus belles prérogatives , celle de donner fon nom
à l'héritier préfomptif de la Couronne . Mais fans
prétendre dégrader fes privileges , ne peut-on pas
dire que le nom de Dauphin eft moins une preuve
de la bienveillance de nos Rois que de leur
juftice, une grace qu'ils accordent , qu'une dette
qu'ils acquittent Ici fans être déterminé par le
devoir , ou averti par la coutume , fans trouver
AVRIL. 1756. 205
dans l'espace de trois ficcles la moindre trace d'une
pareille prédilection , Louis n'écoutant que fon
amour pour cette Province , veut être le premier
à lui donner cette marque de préférence , & qu'une
fi brillante époque pour elle date de fon regne :
attention précieufe du Souverain que la Provence
doit mettre dans les faftes de fa gloire . Eh quoi !
fi le moindre figne de bonté de la part de ces maîtres
du monde eft remarqué avec foin ; fi un coup
d'oeil favorable jetté comme par hazard , fi un
éloge échappé eft recueilli avec tranfport , une
faveur auffi réfléchie , auſſi déciſive , auffi intéreffante
, trouveroit - elle des coeurs froids & diftraits
?
La diftinction que reçoit la Provence , n'eft pas
feulement la preuve de l'attachement du Roi pour
cette Province ; c'eft encore la récompenfe de
l'attachement de cette Province pour nos Rois.
Ici on met fous un feul point de vue les principaux
monumens de zele & de fidélité par lesquels
les Provençaux ont fignalé leur amour pour nos
Souverains ; leurs exploits , les fervices qu'ils ont
rendus à la Monarchie lorfque leur Pays eft devenu
le théâtre de la guerre. Chaque coup de pinceau
eft un nouveau trait glorieux à la Provence .
Trois fois l'Autriche eft venu fondre dans ces
contrées avec des forces redoutables , & trois fois
cette aigle , qui comptant fur une proie certaine ,
avoit pris fon effor vers la Provence , a été obligée
de revoler vers les lieux d'où elle étoit partie
; ces armées nombreufes qui avoient inondées
vos villes , ont été diffipées comme l'ombre , &
ceux qui ont échappé au carnage , obligés honteufement
de s'enfuir , n'ont emporté avec eux que le regret
d'avoir
ofé attaquer
une nation
f
fidèle
& fi formidable
,
206 MERCURE DE FRANCE.
L'Orateur fait une mention particuliere de la derniere
irruption des Autrichiens en 1746. Il peint
avec les plus vives couleurs les défaftres aufquels
la Provence fut alors en proie , & les efforts héroïques
qu'elle oppofa aux armées ennemies . Et
il conclut ainfi ce morceau :
Mais quelle contrée fournit à la France dans
ces temps critiques des reffources fi prodigieufes ?
Eft-ce un de ces pays riches de leur propre fonds ,
qui dans l'étendue ou la fertilité, trouvent de quoi
faire les plus grandes avances , & fubvenir aux
plus preffans befoins ? Non : c'eſt la Province la
plus ftérile du Royaume , & une des plus petites ;
où la terre eft aufli ingrate que le ciel y eft beau ,
& qui produit le fuperflu fans donner le néceffaire.
Mais que ne peut pas l'amour de la patrie , le zele
pour fon Roi ? Il multiplie , il étend les reffources ;
il fupplée à la ftérilité du fol ; il compenfe le défaut
des richeffes ; il adoucit les charges les plus
pefantes. C'eft cet amour qui foutient , qui confole
la Province malgré l'épuifement où fes derniers
efforts l'ont réduite , & dont elle n'eft
encore relevée .
pas
La protection fignalée que la Provence trouvera
dans le Prince nouveau -né , & les effets avantageux
qui en réfulteront , font la matiere de la
feconde partie.
N'eft-il pas naturel , dit le P. D. que le nom
de Comte de Provence , nom qui n'ayant point
été porté avant lui par aucun fils de nos Rois
doit l'affecter d'avantage , lui rappelle fans ceffe
les intérêts de cette Province , foit pour elle un
titre à fa protection , un gage de fes bienfaits ?
Rien ne demande d'être manié avec plus d'art
que la louange. Elle n'offre que des fadeurs aux
Héros même qui en font l'objet , fi fe préfentant
AVRIL. 1756 . 207
trop à découvert , elle ne ménage point la modeltie
de ceux dont on prétend flatter l'amour - propre.
Notre Orateur a brûlé quelques grains d'encens
en l'honneur de ce qu'il y a de plus illuftre
dans la Provence ; mais c'eft un encens léger &
qui n'eft nullement infipide. Il fuppofe que dès
que la raifon aura éclairé le Comte de Provence ,
la Province dont il tire fon nom , fera un des premiers
objets de fa curiofité ; que charmé de connoître
cette contrée , fes moeurs , fes grands
hommes , on lui vantera la magnificence de cette
ville ( d'Aix , ) le ton d'aménité & de politeffe qui
y regne , ton qui fembloit être affecté à la Ĉapitale
du Royaume , & c. Les diverſes réponſes
faites au jeune Prince pour fatisfaire fa curiofité ,
renferment les éloges des Cours fouveraines , des
chefs qu'elles ont à leur tête , de M. le Duc de
Villars , Gouverneur de la Provence , de la Nobleffe
, des Provençaux célebres dans le monde
fçavant , &c. éloges d'autant plus flatteurs qu'ils
font plus indirects , & qu'en peu de mots ils offrent
un grand fens .
Quel défir ces divers Portraits n'infpireront- ils
pas au jeune Comte d'avoir près de fa perfonne
quelques membres de cette Province ? Pourra-t'il
les connoître fans aimer l'enjouement du caractere
, la vivacité de l'efprit qui femblent être
comme un des fruits de ce terroir ? & pour combien
l'honneur de l'approcher va- t'il être l'origine
de la fortune & l'époque de l'élévation ? ( 1 )
(1 ) Un détail intéreffant préfage ici aux divers
Habitans de la Provence , au Patriote zélé , au
Guerrier courageux , à l'amateur éclairé , à l'induftrieux
Négociant des avantages relatifs à leur
état. Cette Peinture riante femble contrafter avec
208 MERCURE DE FRANCE.
.....
Ainfi le Seigneur dont le bras vient de s'appéfantir
fi fenfiblement fur une grande partie de
la Provence , veut bien lui ménager des motifs de
confolation. Tandis que les fleuves qui l'arrofent
franchiffant leurs barrieres , & s'ouvrant des routes
nouvelles , ont montré , après leur débordement
l'aviron fendant les flots , là où deux jours
auparavant la charrue ouvroit la terre ; tandis
que ce nouveau déluge offroit l'affreux fpectacle
de digues renverfées , d'édifices écroulés , de
champs inondés, de troupeaux noyés , d'hommes
enfevelis fous les eaux , de malheureux placés entre
la famine & le naufrage , & du haut de leurs
maifons appellant avec des cris plaintifs la charité
bienfaifante ; dans le temps que nos Contrées
étoient ainsi déſolées par ces fléaux que je ne fais
qu'ébaucher , & qui auroient été bien plus funef
tes fans l'active prudence des Peres de la Patrie ,
du milieu des maux , du fein des défaftres , nous
voyons fortir l'efpérance. Sur l'horizon de laFrance
brille un nouvel Aftre dont l'éclat rejaillit en
grande partie fur cette Province , & lui annonce
les plus beaux jours. Des mains de Louis , la Provence
reçoit fon petit-fils pour Génie tutélaire ,
pour Protecteur . Et quel Protecteur ! Eft - ici un
de ces foibles appuis qui manquent aux befoins
les plus preffans , de ces fragiles rofeaux que le
moindre foufe déracine , de ces favoris dont la
chûte eft fort voisine de l'élévation , que la bizarre
fortune montre tantôt au faîte de la grandeur
, tantôt rampant dans la pouffiere , aujourd'hui
excitant l'envie , demain objet de compaffion
Le fang , la qualité du Protecteur dont je
le tableau des malheurs qui ont derniérement affligé
cette Province .
AVRIL. 1756. 209
parle , le mettent à l'abri de ces étranges viciffitude
; fon rang les place néceffairement , & toujours
à la fource des graces , & nos espérances ne
fçauroient fe repofer fur un appui plus folide.,
Il feroit trop long de fuivre l'Orateur dans la
defcription brillante des Fêtes magnifiques que
M. le Duc de Villars & la Ville d'Aix ont données
à l'occafion de cette naiffance. On y rappelle les
abondantes largeffes d'un Prélat ( 1 ) refpectable,
qui font allés chercher l'indigence dans les fombres
réduits où elle fe cachoit , y ont porté la joie ,.
& en ont chaffé la faim.
Verfez , ô mon Dieu ; les plus amples bénédictions
fur cette Princeffe , dont la fécondité eft le
prix de la vertu , qui au milieu des écueils & des
naufrages , montrant la piété la plus pure, fuit de fi
près les traces de l'Efther de la France . Continuez
à combler de vos bienfaits fon augufte époux qui ,
deftiné à retracer à nos neveux les regnes les plus
fortunés , donné par fes rares qualités les plus belles
efpérances. Plus flatté d'être le premier fujet
du Roi , que l'héritier préfomptif de la Couronne ,
ce Prince n'ambitionne point de porter la main
aux rênes d'un empire qu'il gouvernera toujours
trop tôt au gré de ſes défirs ; & à l'ombre d'un trône
où il voit affife avec Louis XV, la juftice , la clémence
, la valeur , la générofité , il fe contente de
fe montrer , de fe rendre toujours plus digne de
régner. Ne ceffez point , Seigneur , de préfider aux
Confeils de ce Roi bien aimé, pour qui renaiffent
ces jours brillans de la France , ou Louis XIV
voyoit fon Fils unique pere de trois Princes , &
une nombreuſe poſtérité affermir toujours plus le
Sceptre dans fon augufte maiſon : mais dans cette
(1) Monseigneur l'Archevêque d'Aix.
210 MERCURE DE FRANCE.
:
diftribution de faveurs céleftes , réſervez en une
part abondante pour le Comte de Provence . Ce
ne font point des profpérités humaines, des couronnes
fragiles que nous ſouhaitons , que nous deman-
'dons pour ce Prince , nos voeux ont un objet plus
fublime puiffe -t'il avoir pour la Religion un
amour inaltérable ,& la maintenir dans fes droits, à
l'exemple de fes ayeux , plus touchés du nom de
très- Chrétien , de Fils aîné de l'Eglife , que des
titres fuperbes de monarque & de conquérant !
que tandis que les arts éclaireront fon efprit , les
vertus forment fon coeur ! Ecartez de fa perfonne
ces hommes dangereux qui fe font une gloire
d'être les Miniftres des paffions des Princes, d'éveil
ler la volupté , & de lui prêter de nouvelles armes
contre leur foibleffe ! Qu'il détefte la flatterie, dont
le poifon defféche les plus beaux fruits du naturel
& de l'éducation ! & que la vérité trop fouvent
captive dans les palais des Grands , à travers les
barrieres & les nuages qu'on lui oppofe , faffe retentir
à fon oreille fes divins oracles ! Pour s'exciter
à l'héroïſme qu'il jette de temps en temps les yeux
fur les Bourbons fes ancêtres ! Non ; il na pas befoin
d'encouragemens étrangers : les exemples domeftiques
fuffifent ; & fans fortir de ſa famille , il trouvera
Augufte , Titus , Antonin & Trajan.
Ce Difcours qui parut être fort goûté des connoiffeurs
, fut fuivie d'une grand'Meſſe en Mufique.
Au fortir de l'Eglife , on trouva la Cour du College
tapiffée & décorée d'emblêmes , de devifes ,
de vers en plufieurs langues , où les Muſes Grecques
, Latines , Italiennes , Françoiſes & Provençales
, payoient à l'envi un tribut poétique au
nouveau Comte de Provence.
Le 3 & le MM. les Penfionnaires S repréfenteAVRIL.
1756. 211
rent un Drame Héroïque intitulé le Génie Tutélaire
, en trois Actes en vers , mêlé de chants &
de danfes. Cette Piece de Théâtre , de la compofition
du P. de Beaumanoir , Profeffeur de Rhétorique
, fut très -bien exécutée & généralement
applaudie. Elle offroit fous le voile de l'allégorie ,
tout ce qui peut intéreffer la Provence . Le concours
de Spectateurs qu'elle attira , fut prodigieux:
MM. les Confuls , à la tête du Confeil de Ville , ont
préfidés à la premiere repréſentation. M. le Duc
de Villars , Mefdames de la Tour , premieres Préfidentes
& Intendantes , & profque tout ce qu'il y
a de perfonnes de diftinction dans cette Ville ,
ont honoré la feconde de leur préfeace . Une brillante
illumination chaque jour a terminé la fête.
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Résumé : Relation des Fêtes données à Aix, au College Royal-Bourbon, de la Compagnie de Jesus, à l'occaison de la naissance de Monseigneur le Comte de Provence.
En avril 1756, le Collège Royal-Bourbon des Jésuites à Aix organisa des festivités pour célébrer la naissance du Comte de Provence. Ces événements visaient à former de bons citoyens et à honorer la maison des Bourbons, fondateurs du collège. Le 2 janvier 1756, le Père Dufferre, professeur de rhétorique, prononça un discours en présence de dignitaires locaux et d'une assemblée nombreuse. Il évita les généralités en se concentrant sur l'intérêt de la Provence pour la naissance du prince. Le discours souligna l'amour du roi pour la Provence et l'attachement de la Provence pour la monarchie, illustré par les services rendus lors des invasions autrichiennes. Le Père Dufferre mentionna également les ressources prodigieuses fournies par la Provence malgré sa stérilité, soulignant l'amour patriotique et le zèle pour le roi. Il conclut en espérant que le Comte de Provence, portant le nom de la province, en deviendrait un protecteur et un bienfaiteur. Parallèlement, le texte décrit les ravages causés par des inondations en Provence, avec des digues renversées, des édifices écroulés, des champs inondés, des troupeaux noyés et des hommes ensevelis. Malgré ces malheurs, une lueur d'espoir apparaît avec la naissance du Comte de Provence, présenté comme un appui solide et stable, contrairement aux favoris éphémères. Le Duc de Villars et la ville d'Aix organisèrent des fêtes magnifiques pour célébrer cette naissance, et un prélat respecté porta secours aux indigents. Des prières furent adressées pour la santé et la vertu du Comte de Provence, afin qu'il suive les traces de ses ancêtres illustres et gouverne avec justice et clémence. Les célébrations inclurent une grand-messe et une pièce de théâtre allégorique intitulée 'Le Génie Tutélaire', composée par le Père de Beaumanoir. Les représentations attirèrent un grand nombre de spectateurs distingués et furent marquées par des illuminations brillantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 208-217
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Il n'est point d'image assez expressive, pour bien peindre la douleur, [...]
Mots clefs :
Blessure du roi, Prières, Lettres innombrables, Attentat contre le roi, Saumur, Régiment de Poitou, Régiment du roi, Célébrations, Te Deum, Royaume, Voeux de santé, Fêtes, Nominations, Fête de la Purification de la Sainte Vierge, Comtes, Princes, Ducs, Marquis, Princes, Vaisseaux, Marchandises, Corsaires, Capitaines, Navires anglais
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Il n'eft point d'image affez expreffive , pour
bien peindre la douleur , la confternation & les
allarmes , que la bleffure du Roi a caufées dans
tout le Royaume . Partout , dans les Villes &
dans les campagnes , les habitans ont fufpendu
leurs travaux ont oublié même le foin de leurs
maifons & de leurs enfans , pour courir aux Eglifes
demander la guériſon de Sa Majefté. Les bornes
de cet article ne nous permettent pas d'inférer
les Relations que nous avons reçues à ce fujet de
divers endroits du Royaume. D'ailleurs , il feroit
difficile de faire ufage de ces Relations , fans
fe répéter. Toutes préfentent le même tableau.
On voit dans toutes , le Clergé , la Nobleffe , les
Magiftrats , les troupes & le peuple , adreffer
avec la même ferveur les mêmes voeux au Ciel , &
s'efforcer de le fléchir par les mêmes actes de
MARS. 1757: 209
piété & de charité. La Ville de Saumur s'eft principalement
diftinguée . Auffitôt après l'horrible
attentat commis contre la Perfonne Sacrée du
Roi , Mefdames de France dépêcherent le fieur
Primois , Officier de leur Chambre , pour porter
à l'Abbaye de Fontevrault cette fatale nouvelle.
Ces Princeffes , pendant le féjour qu'elles ont fait
dans cette Abbaye où elles ont été élevées , fe
font concilié généralement le reſpect & l'amour de
toute la Province. C'étoit , pour les peuples qui
l'habitent , un nouveau motif de donner des
preuves éclatantes de leur zele. Outre les prieres
ordonnées par l'Evêque d'Angers dans toute l'étendue
de fon Dioceſe , le Clergé & les habitans
de la Ville de Saumur & de tous les lieux voiſins
ont fait des proceffions pendant neufjours confécutifs.
Ils ont terminé la neuvaine par une proceffion
générale , à laquelle la Nobleffe , la Magiftrature
& le Corps de Ville , ont affifté. Les aumônes
ont été fi abondantes , qu'elles ont fuffi
pour fecourir cinq cens pauvres familles .
comman-
Le 16 Janvier , le Régiment de Poitou , qui
eft en garnifon à Bethune , y fit chanter une
Meffe folemnelle dans l'Eglife paroiffiale de
Saint Waft , en action de grace du prompt
rétabliffement du Roi. M. de Fais ,
dant ce Régiment , donna un magnifique dîner
à toute la Nobleffe. L'après- midi , le Te Deum
fut chanté en mufique. On alluma enfuite un bu
cher , que le Régiment avoit fait dreffer fur la
principale Place , & auquel M. de Grimaldi ,
Lieutenant de Roi , mit le feu . Le Régiment fit
trois falves de moufqueterie , entremêlées de fix
falves de canon. Sur les dix heures du foir , commença
un bal , qui dura toute la nuit .
Les Officiers du Régiment du Roi , Cavalerie ,
210 MERCURE DE FRANCE.
célébrerent le 19 à Saint - Dizier , par une fête magnifique,
la convalefcence de Sa Majeſté. Ils firent
diftribuer des cocardes à tout le Régiment , &
trente fols à chaque Cavalier. Après le Te Deum ,
qui fut chanté au bruit de plufieurs falves d'artillerie
& de moufqueterie , il y eut feu d'artifice ,
illumination , fouper & bal. Quatre fontaines de
vin coulerent pour le peuple.
On écrit d'Avelnes , qu'à la même occafion le
Régiment de Cavalerie de Beauvillier a fait éclater
fon zele. M. de Chouppes , Major de ce
Régiment , s'eft diftingué en particulier par un re
pas fplendide , qu'il a donné à tous les Militaires
qui fe font trouvés dans la Ville .
res ,
Les lettres de la Ville d'Eu marquent que le 30
le Régiment d'Artois y a fait auffi chanter le Te
Deum. Ce Régiment , non content de témoigner
fon attachement à la Perfonne du Roi par des priea
donné des marques de fa charité , en faifant
diftribuer abondamment du pain à tous les
pauvres de la Ville & des Paroiffes voisines . Monfear
Jourdain , qui commande le Régiment , à
fait inviter au Te Deum toutes les perfonnes de
diftinction.
Les Juifs Portugais de Bordeaux & de Bayonne
fe font empreffés à l'envi d'adreffer des voeux aut
Ciel pour la guérifon du Roi , & de célébrer la
convalefcence de Sa Majefté. Leurs prieres pour
la confervation du Monarque & pour la profpérité
du Royaume font marquées au coin de la fidélité
& de la reconnoiffance. A Bayonne , ainfi qu'à
Bordeaux , les jours de leurs prieres & de leurs
actions de graces , ils ont fermé leurs Comptoirs
& leurs Boutiques , fe font abftenus de toute
forte d'affaires , ont obfervé un jeûne 24 heures ,
& ont diftribué d'abondantes aumônes.
MAR S. 1757 217
Le 3 Février , les Régimens de Royal Ecoffois
& d'Ogilvy , qui font partie de la Garniſon de
Berg- Saint-Vinox , firent chanter à cinq heures.
du foir , dans l'Abbaye de Saint-Vinox, un TeDeum
en mufique , en action de graces de la confervation
du Roi. L'Abbé de Saint - Vinox y officia en habits
pontificaux. Le Gouverneur & les Magiftrats de la
Ville , ainfi que tous les Officiers du Régiment de
l'Ile de France & des Dragons de la Reine , y
avoient été invités , & y affifterent . Au fortir de
P'Eglife , la compagnie fe rendit à l'Hôtel de Ville
, où le bal s'ouvrit dans une Salle extrêmement
décorée. Ce bal fut interrompu à neuf heures
& l'on paffa dans une autre Salle , où un magnifique
ambigu fut fervi fur plufieurs tables. Après
le repas , on rentra dans la Salle du bal ; il dura
jufqu'à fept heures du matin , & l'on y diftribua en
abondance toute forte de rafraîchiffemens. Cette
fête , qui a été complette en tous points , s'eft
faite aux dépens des Officiers des deux Régimens
Etrangers.
Selon les lettres écrites de Saint -Sauveur- le Vicomte
, le Régiment de Cavalerie de Caraman ,
& en particulier M. du Verger , Lieutenant - Colonel
de ce Corps , ont fignalé auffi leur zele par
une fête très- brillante .
Le Régiment des Cuiraffiers & celui de Royal
Rouffillon , à Haguenau ; la feconde Brigade du
Corps des Volontaires Etrangers , à Avranches
& les Officiers du Bataillon de Senlis , à Rocroy ,
n'ont pas célébré avec moins d'éclat le rétabliffe.
ment de la fanté de Sa Majeſté.
La nuit du 21 au 22 Janvier , à Provins en
Brie , toute la Ville Baſſe ſe trouva fubitement
inondée par la fonte des neiges . En plufieurs endroits
, il y avoit jufqu'à ſept pieds d'eau . Par
212 MERCURE DE FRANCE .
malheur , on avoit amaffé une grande quantité de
chaux dans quatre tanneries du quartier des Bénédictines.
L'eau a allumé cette chaux ; & cet accident
a produit un affreux incendie . Il y a eu plufieurs
maifons de brûlées. Le refte de la Ville ne
doit fon falut qu'à l'activité des Maire & Echevins
, & au zele avec lequel le Régiment de Vatan
a porté du fecours partout où il étoit nécef
faire.
Diverſes lettres annoncent que le 18 on a
fenti quelques fecouffes de tremblement de terre
en Franche-Comté & dans une partie de l'Alface.
Madame la Ducheffe de Coffé- Briffac fut préfentée
le 30 Janvier à Leurs Majeftés , & prit le
tabouret.
Le Roi a mis Madame la Vicomteffe de Choifeul
au nombre des Dames nommées pour ac
compagner Madame la Dauphine.
Le premier Février , M. le Comte de Saint -Florentin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat , alla de la
part du Roi redemander les Sceaux à M. de Machault
, avec la démiffion de ſa Charge de Secretaire
d'Etat de la Marine. M. le Comte de Saint-
Florentin a reporté les Sceaux au Roi . M. de M.
de Machault s'eſt retiré à ſa terre d'Arnouville.
Le même jour , M. Rouillé , Miniftre & Secretaire
d'Etat , alla auffi de la part du Roi demander
au Comte d'Argenfon , Miniftre & Secretaire
d'Etat de la Guerre , la démiffion de fa charge.
Le Comte d'Argenfon eft parti pour fa terre des
Ormes- Saint -Martin , fituée en Touraine.
Le 31 Janvier , le Roi affifta au Service qui fut
célébré dans la Chapelle pour le repos des ames
des Chevaliers de l'Ordre du Saint-Elprit , morts
dans le cours de l'année derniere. L'Evêque de
Strafbourg , Prélat - Commandeur , officia à la
MARS. 1757. 213
Meffe , & elle fut chantée par la Mufique.
Le jour de la Purification de la Sainte Vierge ,
les Chevaliers Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , s'étant affemblés vers les
onze heures du matin dans le cabinet du Roi , Sa
Majeſté tint un Chapitre . La profeffion de Foi ,
& l'information des vie & moeurs du Prince de
Beauvau , du Marquis de Gontaut , du Comte de
Maillebois , du Marquis de Bethune , du Marquis
d'Aubeterre & du Comte de Broglie , qui avoient
été proposés le premier Janvier pour être Chevaliers
ayant été admifes , ils furent introduits dans
le cabinet de Sa Majeſté , & reçus Chevaliers de
l'Ordre de Saint Michel. Le Roi fortit enfuite de
fon appartement pour aller à la Chapelle . Sa Majefté
devant laquelle les deux Huiffiers de la
Chambre portoient leurs Maffes , étoit en manteau
, le collier de l'Ordre pardeffus , ainfi que
celui de l'Ordre de la Toifon d'or. Elle étoit
précédée de Monſeigneur le Dauphin , du Prince
de Condé , du Comte de Charolois , du Comte
de Clermont , du Prince de Conty , du Comte de
la Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthievre
, & des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre. Les nouveaux Chevaliers en
habits de Novices , marchoient entre les Chevaliers
& les Officiers . Le Roi affifta à la Bénédic
tion des Cierges & à la Proceffion qui fe fit dans
la Chapelle. Après la grand'Meffe , célébrée par
l'Evêque Duc de Langres , Prélat- Commandeur ,
Sa Majesté monta à fon trône , & revêtit des
marques de l'Ordre du Saint- Efprit les nouveaux
Chevaliers . Le Prince de Beauvau , le Marquis de
Gontaut & le Comte de Maillebois , eurent pour
Farreins le Duc d'Ayen & le Maréchal Duc de
Belle-Ifle. Les parreins du Marquis de Béthune ,
214 MERCURE DE FRANCE.
du Marquis d'Aubeterre & du Comte de Broglie ,
furent le Comte de Lautrec & le Marquis de
Montal. Cette cérémonie étant finie , le Roi fut
reconduit à fon appartement en la maniere accoutumée.
Le 6 , le Roi admit à fon Confeil d'Etat , en
qualité de Miniftres , M. le Marquis de Paulmy ,
Secretaire d'Etat ayant le Département de la
Guerre , & M. de Moras , Contrôleur Général
des Finances.
Sa Majefté a donné à M. le Comte de Saint-
Florentin , Miniftre & Secretaire d'Etat , le Département
de Paris , dont étoit chargé M. le
Comte d'Argenſon.
Elle a difpofé de la charge de Secretaire d'Etat
au Département de la Marine , en faveur de M.
de Moras , à qui Elle conferve en même temps la
place de Contrôleur Général des Finances.
Le Roi a confervé par un brevet à M. de Machault
tous les honneurs attachés à la Dignité de
Garde des Sceaux de France.
On a célébré le 10 Février dans l'Eglife de la
Paroiffe du Château , pour le repos de l'ame de
Madame Henriette de France , le Service fondé
par Monfeigneur le Dauphin. Ce Prince , Madame
la Dauphine , Madame , & Mefdames Victoire
, Sophie & Louife , y ont affifté.
Le 12 , M. le Duc de Duras fut reçu & prit
féance au Parlement , en qualité de Pair de France.
M. le Duc d'Orléans , M. le Prince de Condé
, M. le Comte de Clermont , M. le Prince de
Conty , le Comte de la Marche , Prince du Sang ,
& MM. les Ducs d'Uzés , de Luynes , Maréchal
Duc de Richelieu , de la Force , de Luxembourg ,
de Villeroi , de Saint- Aignan , Maréchal Duc de
Noialles , d'Aumont , de Fitz -James , d'Antin ,
1
MARS. 1757. 215
de Chaulnes , Prince de Soubize , Duc de Rohan-
Rohan , de Villars - Brancas Lauraguais , Prince
de Monaco , Duc de Valentinois , de Biron , de
la Valliere , de Fleury , Maréchal de Belle - Ifle
Duc de Gifors , fe trouverent à fa réception.
On a reçu avis que les Vaiffeaux le Lys & le Neptune
, de la Compagnie des Indes , étoient arrivés
l'un le 7,
l'autre le ro de Février , au Port de
P'Orient ; & que le Vaiffeau le Duc d'Aquitaine ,
appartenant à la même Compagnie , avoit rélâché
le 10 du mois dernier à Liſbonne. Ainfi la
nouvelle de la prife de ce dernier Bâtiment
Anglois étoit fans fondement.
par les
Ŏn mande de Dunkerque , que le Capitaine
Dhondt , commandant le Corfaire le Comte de
Saint Germain , de ce Port , y a conduit les Navires
Anglois la Penelope , de 180 tonneaux , chargé
de cacao , de bois pour teinture , de vin & de
fruits , & l'Anne- Elifabeth , de 120 tonneaux
chargé de beurre & de biere,
Le même Corfaire s'eft emparé de deux autres
Bâtimens Anglois , appellés l'un le Triton , de
120 tonneaux ; l'autre le Hennefey , de 100 tonneaux
, qui ont été conduits au Havre , & qui
font tous deux chargés de bled , d'orge & d'autres
grains.
Le Corfaire le Duc de Penthievre , de Dunker
que , commandé par le Capitaine de Lifle , s'eft
rendu maître du Brigantin Anglois le Jean &
Jeanne , de 70 tonneaux , chargé de farine & de
couperofe , & l'a fait conduire à Calais,
Le Capitaine Louis Bray , commandant le Cor
faire le Marquis de Villequier , de Boulogne , a
auffi conduit à Calais les Navires Anglois le
Hampfire , de so tonneaux , chargé de vin , &
PEléonore , de 120 tonneaux , dont le charge
216 MERCURE DE FRANCE.
ment confifte en 126 boucauts de tabac.
On apprend encore par des lettres écrites de
Calais , que le Corfaire le Danglemont , de ce
Port, y eft rentré avec le Navire Anglois le Jean
Anne, de 70 tonneaux , chargé de 252 barrils de
faumon falé .
Les Navires Anglois le Mindhede , de 140 tonneaux
, chargé de fucre , & l'Amitié , de 100 tonneaux
, dont le chargement eft compofé de beurre
, de cuirs & de morue feche , ont été pris par
le Corfaire le Machault , de Granville , dont eft
Capitaine le fieur Magnonnet ; & ils font arrivés ,
le premier à Granville , & l'autre au Havre.
>
Il est arrivé à Dieppe deux Bâtimens Anglois
appellés , l'un le Démontant , de Londres , de 80
tonneaux ; l'autre l'Eliſabeth , de so tonneaux
ayant chacun un chargement compofé de grains.
Ils ont été pris par les Corfaires le Gros Thomas ,
de Boulogne , & le Hardi Mendiant , de Dunkerque.
Le Capitaine Canon , commandant le Corfaire
le Prince de Soubize , de ce Port , s'eft rendu maî .
tre du Navire le Williams de Cork , de 180 tonneaux
, chargé de beurre & de boeuf , qui a été
conduit àSaint- Vallery fur Somme.
à
Le Navire Anglois le Prince de Galles , de 200
tonneaux , richement chargé , a fait naufrage
deux lieues de Boulogne. L'équipage compofé de
treize hommes a été fauvé , & l'on efpere que la
cargaiſon fera recouvrée en entier .
Le Petit Jean , autre Navire Anglois , chargé
de foude , de raifins , d'anil & d'amandes , a été
conduit à la Rochelle par le Corfaite le Mentrofier ,
de de Port.
On a été informé que le Capitaine Gautier , qui
commande le Corfaire le Furet , de Bordeaux ,
s'eft
MARS. 1757. 217
s'eft emparé d'un Navire Anglois de 3 50 tonneaux,
armé de 10 canons , chargé d'indigo , de fucre ,
de bois de campeche & de coton.
Il n'eft point d'image affez expreffive , pour
bien peindre la douleur , la confternation & les
allarmes , que la bleffure du Roi a caufées dans
tout le Royaume . Partout , dans les Villes &
dans les campagnes , les habitans ont fufpendu
leurs travaux ont oublié même le foin de leurs
maifons & de leurs enfans , pour courir aux Eglifes
demander la guériſon de Sa Majefté. Les bornes
de cet article ne nous permettent pas d'inférer
les Relations que nous avons reçues à ce fujet de
divers endroits du Royaume. D'ailleurs , il feroit
difficile de faire ufage de ces Relations , fans
fe répéter. Toutes préfentent le même tableau.
On voit dans toutes , le Clergé , la Nobleffe , les
Magiftrats , les troupes & le peuple , adreffer
avec la même ferveur les mêmes voeux au Ciel , &
s'efforcer de le fléchir par les mêmes actes de
MARS. 1757: 209
piété & de charité. La Ville de Saumur s'eft principalement
diftinguée . Auffitôt après l'horrible
attentat commis contre la Perfonne Sacrée du
Roi , Mefdames de France dépêcherent le fieur
Primois , Officier de leur Chambre , pour porter
à l'Abbaye de Fontevrault cette fatale nouvelle.
Ces Princeffes , pendant le féjour qu'elles ont fait
dans cette Abbaye où elles ont été élevées , fe
font concilié généralement le reſpect & l'amour de
toute la Province. C'étoit , pour les peuples qui
l'habitent , un nouveau motif de donner des
preuves éclatantes de leur zele. Outre les prieres
ordonnées par l'Evêque d'Angers dans toute l'étendue
de fon Dioceſe , le Clergé & les habitans
de la Ville de Saumur & de tous les lieux voiſins
ont fait des proceffions pendant neufjours confécutifs.
Ils ont terminé la neuvaine par une proceffion
générale , à laquelle la Nobleffe , la Magiftrature
& le Corps de Ville , ont affifté. Les aumônes
ont été fi abondantes , qu'elles ont fuffi
pour fecourir cinq cens pauvres familles .
comman-
Le 16 Janvier , le Régiment de Poitou , qui
eft en garnifon à Bethune , y fit chanter une
Meffe folemnelle dans l'Eglife paroiffiale de
Saint Waft , en action de grace du prompt
rétabliffement du Roi. M. de Fais ,
dant ce Régiment , donna un magnifique dîner
à toute la Nobleffe. L'après- midi , le Te Deum
fut chanté en mufique. On alluma enfuite un bu
cher , que le Régiment avoit fait dreffer fur la
principale Place , & auquel M. de Grimaldi ,
Lieutenant de Roi , mit le feu . Le Régiment fit
trois falves de moufqueterie , entremêlées de fix
falves de canon. Sur les dix heures du foir , commença
un bal , qui dura toute la nuit .
Les Officiers du Régiment du Roi , Cavalerie ,
210 MERCURE DE FRANCE.
célébrerent le 19 à Saint - Dizier , par une fête magnifique,
la convalefcence de Sa Majeſté. Ils firent
diftribuer des cocardes à tout le Régiment , &
trente fols à chaque Cavalier. Après le Te Deum ,
qui fut chanté au bruit de plufieurs falves d'artillerie
& de moufqueterie , il y eut feu d'artifice ,
illumination , fouper & bal. Quatre fontaines de
vin coulerent pour le peuple.
On écrit d'Avelnes , qu'à la même occafion le
Régiment de Cavalerie de Beauvillier a fait éclater
fon zele. M. de Chouppes , Major de ce
Régiment , s'eft diftingué en particulier par un re
pas fplendide , qu'il a donné à tous les Militaires
qui fe font trouvés dans la Ville .
res ,
Les lettres de la Ville d'Eu marquent que le 30
le Régiment d'Artois y a fait auffi chanter le Te
Deum. Ce Régiment , non content de témoigner
fon attachement à la Perfonne du Roi par des priea
donné des marques de fa charité , en faifant
diftribuer abondamment du pain à tous les
pauvres de la Ville & des Paroiffes voisines . Monfear
Jourdain , qui commande le Régiment , à
fait inviter au Te Deum toutes les perfonnes de
diftinction.
Les Juifs Portugais de Bordeaux & de Bayonne
fe font empreffés à l'envi d'adreffer des voeux aut
Ciel pour la guérifon du Roi , & de célébrer la
convalefcence de Sa Majefté. Leurs prieres pour
la confervation du Monarque & pour la profpérité
du Royaume font marquées au coin de la fidélité
& de la reconnoiffance. A Bayonne , ainfi qu'à
Bordeaux , les jours de leurs prieres & de leurs
actions de graces , ils ont fermé leurs Comptoirs
& leurs Boutiques , fe font abftenus de toute
forte d'affaires , ont obfervé un jeûne 24 heures ,
& ont diftribué d'abondantes aumônes.
MAR S. 1757 217
Le 3 Février , les Régimens de Royal Ecoffois
& d'Ogilvy , qui font partie de la Garniſon de
Berg- Saint-Vinox , firent chanter à cinq heures.
du foir , dans l'Abbaye de Saint-Vinox, un TeDeum
en mufique , en action de graces de la confervation
du Roi. L'Abbé de Saint - Vinox y officia en habits
pontificaux. Le Gouverneur & les Magiftrats de la
Ville , ainfi que tous les Officiers du Régiment de
l'Ile de France & des Dragons de la Reine , y
avoient été invités , & y affifterent . Au fortir de
P'Eglife , la compagnie fe rendit à l'Hôtel de Ville
, où le bal s'ouvrit dans une Salle extrêmement
décorée. Ce bal fut interrompu à neuf heures
& l'on paffa dans une autre Salle , où un magnifique
ambigu fut fervi fur plufieurs tables. Après
le repas , on rentra dans la Salle du bal ; il dura
jufqu'à fept heures du matin , & l'on y diftribua en
abondance toute forte de rafraîchiffemens. Cette
fête , qui a été complette en tous points , s'eft
faite aux dépens des Officiers des deux Régimens
Etrangers.
Selon les lettres écrites de Saint -Sauveur- le Vicomte
, le Régiment de Cavalerie de Caraman ,
& en particulier M. du Verger , Lieutenant - Colonel
de ce Corps , ont fignalé auffi leur zele par
une fête très- brillante .
Le Régiment des Cuiraffiers & celui de Royal
Rouffillon , à Haguenau ; la feconde Brigade du
Corps des Volontaires Etrangers , à Avranches
& les Officiers du Bataillon de Senlis , à Rocroy ,
n'ont pas célébré avec moins d'éclat le rétabliffe.
ment de la fanté de Sa Majeſté.
La nuit du 21 au 22 Janvier , à Provins en
Brie , toute la Ville Baſſe ſe trouva fubitement
inondée par la fonte des neiges . En plufieurs endroits
, il y avoit jufqu'à ſept pieds d'eau . Par
212 MERCURE DE FRANCE .
malheur , on avoit amaffé une grande quantité de
chaux dans quatre tanneries du quartier des Bénédictines.
L'eau a allumé cette chaux ; & cet accident
a produit un affreux incendie . Il y a eu plufieurs
maifons de brûlées. Le refte de la Ville ne
doit fon falut qu'à l'activité des Maire & Echevins
, & au zele avec lequel le Régiment de Vatan
a porté du fecours partout où il étoit nécef
faire.
Diverſes lettres annoncent que le 18 on a
fenti quelques fecouffes de tremblement de terre
en Franche-Comté & dans une partie de l'Alface.
Madame la Ducheffe de Coffé- Briffac fut préfentée
le 30 Janvier à Leurs Majeftés , & prit le
tabouret.
Le Roi a mis Madame la Vicomteffe de Choifeul
au nombre des Dames nommées pour ac
compagner Madame la Dauphine.
Le premier Février , M. le Comte de Saint -Florentin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat , alla de la
part du Roi redemander les Sceaux à M. de Machault
, avec la démiffion de ſa Charge de Secretaire
d'Etat de la Marine. M. le Comte de Saint-
Florentin a reporté les Sceaux au Roi . M. de M.
de Machault s'eſt retiré à ſa terre d'Arnouville.
Le même jour , M. Rouillé , Miniftre & Secretaire
d'Etat , alla auffi de la part du Roi demander
au Comte d'Argenfon , Miniftre & Secretaire
d'Etat de la Guerre , la démiffion de fa charge.
Le Comte d'Argenfon eft parti pour fa terre des
Ormes- Saint -Martin , fituée en Touraine.
Le 31 Janvier , le Roi affifta au Service qui fut
célébré dans la Chapelle pour le repos des ames
des Chevaliers de l'Ordre du Saint-Elprit , morts
dans le cours de l'année derniere. L'Evêque de
Strafbourg , Prélat - Commandeur , officia à la
MARS. 1757. 213
Meffe , & elle fut chantée par la Mufique.
Le jour de la Purification de la Sainte Vierge ,
les Chevaliers Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , s'étant affemblés vers les
onze heures du matin dans le cabinet du Roi , Sa
Majeſté tint un Chapitre . La profeffion de Foi ,
& l'information des vie & moeurs du Prince de
Beauvau , du Marquis de Gontaut , du Comte de
Maillebois , du Marquis de Bethune , du Marquis
d'Aubeterre & du Comte de Broglie , qui avoient
été proposés le premier Janvier pour être Chevaliers
ayant été admifes , ils furent introduits dans
le cabinet de Sa Majeſté , & reçus Chevaliers de
l'Ordre de Saint Michel. Le Roi fortit enfuite de
fon appartement pour aller à la Chapelle . Sa Majefté
devant laquelle les deux Huiffiers de la
Chambre portoient leurs Maffes , étoit en manteau
, le collier de l'Ordre pardeffus , ainfi que
celui de l'Ordre de la Toifon d'or. Elle étoit
précédée de Monſeigneur le Dauphin , du Prince
de Condé , du Comte de Charolois , du Comte
de Clermont , du Prince de Conty , du Comte de
la Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthievre
, & des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre. Les nouveaux Chevaliers en
habits de Novices , marchoient entre les Chevaliers
& les Officiers . Le Roi affifta à la Bénédic
tion des Cierges & à la Proceffion qui fe fit dans
la Chapelle. Après la grand'Meffe , célébrée par
l'Evêque Duc de Langres , Prélat- Commandeur ,
Sa Majesté monta à fon trône , & revêtit des
marques de l'Ordre du Saint- Efprit les nouveaux
Chevaliers . Le Prince de Beauvau , le Marquis de
Gontaut & le Comte de Maillebois , eurent pour
Farreins le Duc d'Ayen & le Maréchal Duc de
Belle-Ifle. Les parreins du Marquis de Béthune ,
214 MERCURE DE FRANCE.
du Marquis d'Aubeterre & du Comte de Broglie ,
furent le Comte de Lautrec & le Marquis de
Montal. Cette cérémonie étant finie , le Roi fut
reconduit à fon appartement en la maniere accoutumée.
Le 6 , le Roi admit à fon Confeil d'Etat , en
qualité de Miniftres , M. le Marquis de Paulmy ,
Secretaire d'Etat ayant le Département de la
Guerre , & M. de Moras , Contrôleur Général
des Finances.
Sa Majefté a donné à M. le Comte de Saint-
Florentin , Miniftre & Secretaire d'Etat , le Département
de Paris , dont étoit chargé M. le
Comte d'Argenſon.
Elle a difpofé de la charge de Secretaire d'Etat
au Département de la Marine , en faveur de M.
de Moras , à qui Elle conferve en même temps la
place de Contrôleur Général des Finances.
Le Roi a confervé par un brevet à M. de Machault
tous les honneurs attachés à la Dignité de
Garde des Sceaux de France.
On a célébré le 10 Février dans l'Eglife de la
Paroiffe du Château , pour le repos de l'ame de
Madame Henriette de France , le Service fondé
par Monfeigneur le Dauphin. Ce Prince , Madame
la Dauphine , Madame , & Mefdames Victoire
, Sophie & Louife , y ont affifté.
Le 12 , M. le Duc de Duras fut reçu & prit
féance au Parlement , en qualité de Pair de France.
M. le Duc d'Orléans , M. le Prince de Condé
, M. le Comte de Clermont , M. le Prince de
Conty , le Comte de la Marche , Prince du Sang ,
& MM. les Ducs d'Uzés , de Luynes , Maréchal
Duc de Richelieu , de la Force , de Luxembourg ,
de Villeroi , de Saint- Aignan , Maréchal Duc de
Noialles , d'Aumont , de Fitz -James , d'Antin ,
1
MARS. 1757. 215
de Chaulnes , Prince de Soubize , Duc de Rohan-
Rohan , de Villars - Brancas Lauraguais , Prince
de Monaco , Duc de Valentinois , de Biron , de
la Valliere , de Fleury , Maréchal de Belle - Ifle
Duc de Gifors , fe trouverent à fa réception.
On a reçu avis que les Vaiffeaux le Lys & le Neptune
, de la Compagnie des Indes , étoient arrivés
l'un le 7,
l'autre le ro de Février , au Port de
P'Orient ; & que le Vaiffeau le Duc d'Aquitaine ,
appartenant à la même Compagnie , avoit rélâché
le 10 du mois dernier à Liſbonne. Ainfi la
nouvelle de la prife de ce dernier Bâtiment
Anglois étoit fans fondement.
par les
Ŏn mande de Dunkerque , que le Capitaine
Dhondt , commandant le Corfaire le Comte de
Saint Germain , de ce Port , y a conduit les Navires
Anglois la Penelope , de 180 tonneaux , chargé
de cacao , de bois pour teinture , de vin & de
fruits , & l'Anne- Elifabeth , de 120 tonneaux
chargé de beurre & de biere,
Le même Corfaire s'eft emparé de deux autres
Bâtimens Anglois , appellés l'un le Triton , de
120 tonneaux ; l'autre le Hennefey , de 100 tonneaux
, qui ont été conduits au Havre , & qui
font tous deux chargés de bled , d'orge & d'autres
grains.
Le Corfaire le Duc de Penthievre , de Dunker
que , commandé par le Capitaine de Lifle , s'eft
rendu maître du Brigantin Anglois le Jean &
Jeanne , de 70 tonneaux , chargé de farine & de
couperofe , & l'a fait conduire à Calais,
Le Capitaine Louis Bray , commandant le Cor
faire le Marquis de Villequier , de Boulogne , a
auffi conduit à Calais les Navires Anglois le
Hampfire , de so tonneaux , chargé de vin , &
PEléonore , de 120 tonneaux , dont le charge
216 MERCURE DE FRANCE.
ment confifte en 126 boucauts de tabac.
On apprend encore par des lettres écrites de
Calais , que le Corfaire le Danglemont , de ce
Port, y eft rentré avec le Navire Anglois le Jean
Anne, de 70 tonneaux , chargé de 252 barrils de
faumon falé .
Les Navires Anglois le Mindhede , de 140 tonneaux
, chargé de fucre , & l'Amitié , de 100 tonneaux
, dont le chargement eft compofé de beurre
, de cuirs & de morue feche , ont été pris par
le Corfaire le Machault , de Granville , dont eft
Capitaine le fieur Magnonnet ; & ils font arrivés ,
le premier à Granville , & l'autre au Havre.
>
Il est arrivé à Dieppe deux Bâtimens Anglois
appellés , l'un le Démontant , de Londres , de 80
tonneaux ; l'autre l'Eliſabeth , de so tonneaux
ayant chacun un chargement compofé de grains.
Ils ont été pris par les Corfaires le Gros Thomas ,
de Boulogne , & le Hardi Mendiant , de Dunkerque.
Le Capitaine Canon , commandant le Corfaire
le Prince de Soubize , de ce Port , s'eft rendu maî .
tre du Navire le Williams de Cork , de 180 tonneaux
, chargé de beurre & de boeuf , qui a été
conduit àSaint- Vallery fur Somme.
à
Le Navire Anglois le Prince de Galles , de 200
tonneaux , richement chargé , a fait naufrage
deux lieues de Boulogne. L'équipage compofé de
treize hommes a été fauvé , & l'on efpere que la
cargaiſon fera recouvrée en entier .
Le Petit Jean , autre Navire Anglois , chargé
de foude , de raifins , d'anil & d'amandes , a été
conduit à la Rochelle par le Corfaite le Mentrofier ,
de de Port.
On a été informé que le Capitaine Gautier , qui
commande le Corfaire le Furet , de Bordeaux ,
s'eft
MARS. 1757. 217
s'eft emparé d'un Navire Anglois de 3 50 tonneaux,
armé de 10 canons , chargé d'indigo , de fucre ,
de bois de campeche & de coton.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
La blessure du Roi a suscité une grande inquiétude à travers le Royaume. Les habitants, qu'ils soient en ville ou à la campagne, ont suspendu leurs activités pour prier dans les églises pour sa guérison. La ville de Saumur s'est particulièrement distinguée en organisant des processions et des prières pendant neuf jours consécutifs, terminées par une procession générale à laquelle ont assisté la noblesse, la magistrature et le corps de ville. Des aumônes abondantes ont été distribuées pour secourir cinq cents pauvres familles. Plusieurs régiments ont célébré la convalescence du Roi par des messes solennelles, des Te Deum, des feux d'artifice et des bals. Le Régiment de Poitou à Béthune, le Régiment du Roi à Saint-Dizier, et d'autres régiments à Avranches, Rocroy et Haguenau ont participé à ces célébrations. Les Juifs Portugais de Bordeaux et de Bayonne ont également prié pour la guérison du Roi et ont distribué des aumônes. À Berg-Saint-Vincent, les régiments de Royal Écossais et d'Ogilvy ont chanté un Te Deum, suivi d'un bal et d'un repas. Le Régiment de Cavalerie de Caraman et d'autres unités ont également célébré le rétablissement du Roi par des fêtes brillantes. À Provins, une inondation et un incendie ont causé des dégâts, mais l'intervention rapide des autorités et du Régiment de Vatan a limité les pertes. Des tremblements de terre ont été ressentis en Franche-Comté et en Alsace. La Duchesse de Cossé-Brissac a été présentée au Roi, et plusieurs changements ministériels ont eu lieu, notamment la démission de Machault et d'Argenson, remplacés par Saint-Florentin et Moras. Le Roi a assisté à une messe pour les âmes des Chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit décédés et a reçu de nouveaux Chevaliers. Il a également admis Paulmy et Moras au Conseil d'État. Un service a été célébré pour l'âme de Madame Henriette de France, et le Duc de Duras a été reçu au Parlement en tant que Pair de France. En mars 1757, plusieurs événements maritimes notables ont été rapportés. Deux bâtiments anglais, le Démontant et l'Elisabeth, chargés de grains, ont été capturés par les corsaires français le Gros Thomas et le Hardi Mendiant. Le capitaine Canon, à bord du corsaire le Prince de Soubize, a pris le contrôle du navire Williams de Cork, chargé de beurre et de bœuf, et l'a conduit à Saint-Valery-sur-Somme. Le navire anglais le Prince de Galles, richement chargé, a fait naufrage à deux lieues de Boulogne, mais son équipage de treize hommes a été sauvé et la cargaison est espérée récupérée en entier. Le Petit Jean, un autre navire anglais chargé de soude, de raisins, d'anil et d'amandes, a été conduit à La Rochelle par le corsaire le Mentorier. De plus, le capitaine Gautier, commandant le corsaire le Furet de Bordeaux, s'est emparé d'un navire anglais de 350 tonneaux, armé de 10 canons et chargé d'indigo, de sucre, de bois de Campeche et de coton.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 165-181
Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
Début :
La joie que cet évènement a répandue dans l'Artois, ne s'est [...]
Mots clefs :
Fêtes, Arras, Monseigneur le Comte d'Artois, Naissance, Évêque d'Arras, Te Deum, Mandement, Heureux, Prince, Royaume, Secrétaire, Lettre du roi, Bonheur, Voeux, Providence, Banquets, Conseillers, Militaires, Religieux, Peuple, Vers d'un citoyen d'Arras, Représentations, Feux d'artifice, Destruction d'édifices, Chronographes, Peinture, Médaillons, Symboles, Histoire de l'Artois, Armes, Inscriptions latines, Arts et sciences, Royauté, Bal, Comtes, Comtesses, Marquis, Cérémonies, Sentiments, Vertus, Architecture, Décors, Concert de musique, Jésuites, Capitale, Villes de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
Defcription des Fêtes données en la ville d'Arras ,
à l'occafion de la Naiffance de Monseigneur le
Comte d'Artois.
LA joie que cet événement a répandue dans
l'Artois , ne s'eft pas bornée aux fentimens de
refpect , d'amour & de reconnoiffance que les
Etats de cette Province ont portés jufqu'au pied
du trône , par la députation nombreufe dont le
Mercure de Novembre a fait mention . Cette joie
a encore éclaté par des fêtes qui méritent qu'on
en conferve le fouvenir ; & nous allons détailler
ce qui s'eft paffé en cette conjoncture dans la
Capitale du pays,
Dès le 11 Octobre , jour auquel un Courier du
cabinet vint apporter aux Députés ordinaires des
Etats ( 1 ) , la nouvelle de l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & du nom donné par
le Roi au Prince nouveau-né , il y eut des illuminations
& autres démonftrations publiques d'alégreffe
, tant aux Etats & à l'Hôtel de Ville , qu'au
Confeil d'Artois , à l'Evêché , à l'Abbaye de Saint-
Vaaft , &c. mais elles ne furent que le prélude
des réjouiffances brillantes qui devoient les fuivre,
M. l'Evêque fixa au Dimanche 6 Novembre , lé
(1 ) Ce font trois perfonnes choifies dans les trois
Corps des Etats , qui réfident à Arras , & font
chargées de l'adminiftration , hors du temps dés
Affemblées,
166 MERCURE DE FRANCE.
"
Te Deum ordonné par le Roi , & publia à ce fujet
un Mandement conçu en ces terines :
Jean de Bonneguize , par la grace de Dien
» & du S. Siège Apoftolique , Evêque d'Arras : à
tous Abbés , Abbeffes , Chapitres , Doyens ,
Paſteurs , Supérieurs & Supérieures des Eglifes
» & Monafteres exempts & non exempts, & à tous
» fideles de notre Dioceſe , falut & bénédiction.
» Le Seigneur , Mes Très- Chers Freres , tient
dans , fes mains , & la deftinée des Maîtres de
» la terre & le fort des Empires. Heureux les Rois
» & les Peuples , quand ils ne l'apprennent qué
par les preuves qu'il leur donne de fon amour
» & de fa protection !
» Tel eft l'avantage dont nous jouiffons , Mes
Très Chers Freres, furtout depuis que l'heureuſe
fécondité de Madame la Dauphine ajoute à tant
» d'autres faveurs du ciel , les bénédictions dont
≫ il comble par elle le Roi & le Royaume . Cha-
» que année nous ramene au pied des Autels pour
» y rendre graces d'un préſent nouveau à un Dieu
» qui véille au repos & à la profpérité de l'Etar.
» Il donne encore aujourd'hui dans le Prince qui
» vient de naître un nouvel appui au trône déjà le
» mieux affermi , & à la Nation la plus heureufe
un gage de plus de la durée de fon bonheur.
i » Mais fi la naiffance de Monfeigneur le Comté
» d'Artois doit être pour toute la France un fujer
» de joié & un objet de reconnoiffance , vous le
fçavez , M. T. C. F. cet événement intéreffe
» particuliérement cette Province ; & le nom de
ce Prince doit lui feul vous rappeller tout ce que
vous devez dans cette circonftance aux bontés
du Roi , ou plutôt aux miféricordes du Seigneur
qui , après avoir mis dans l'ame du Monarque
, l'amour de tous fes Peuples , daigné
JANVIER. 1758. 167
aujourd'hui fixer finguliérement fur nous les regards
de fa tendrefle.
>> Province heureuſe & préférée , hâtons- nous
» de faire éclater notre joie , & de fignaler notre
» reconnoiffance pour un Dieu qui nous diftingue .
» Mais joignons à nos actions de graces pour ce
préfent ineftimable de fa bonté , les prieres les
plus ferventes , pour qu'il daigne nous le con-
>> ferver. Ce Prince eſt , en naiſſant , le fondement
» & l'appui de nos efpérances : qu'il foit pendant
» le cours d'une longue vie , le gage de notre fé-
» licité , & le lien qui refferre de plus en plus les
>> noeuds de cette tendreffe paternelle , dont le Roi
»> nous donne aujourd'hui dans fa perfonne , la
preuve la plus éclatante.
» Demandons au Seigneur de graver de bonne
>> heure dans fon ame les principes inaltérables de
» de bonté & d'humanité qui nous font trouver
» le meilleur des Peres dans le plus grand des
Rois qu'il lui infpire le goût de cette piété tendre
& folide qui fait de la Reine l'exemple de la
Cour & la gloire de la Religion ; qu'il mette
» dans fon coeur le germe des vertus de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la Dauphine,
»fi dignes l'un & l'autre des bénédictions multipliées
que le Ciel répand fur leur union , & fi
propres à attirer fur le Royaume celles qui peuvent
en perpétuer la gloire , le répos & la
» profpérité.
Puiffe cet augufte Enfant fi précieux à cette
» Province en particulier , devenit , pour notre
bonheur, tous les jours de fa vie , plus parfait, en
fe formant fur de pareils modeles puiffent
> nos neveux avoir des raifons de renouveller fans
» ceffe au Seigneur pour fa confervation les ac-
» tions de graces que nous allons lui rendre pour
fa naiflance,
16S MERCURE DE FRANCE.
» A ces cauſes , après avoir pris l'avis de nos
» Vénérables Freres les Prévôt , Doyen , Cha-
» noines & Chapitre de notre Eglife Cathédrale ,
» nous ordonnons de faire chanter le Te Deum,
>> chacun dans vos Eglifes , avec les folemnités
>> requifes , le premier Dimanche ou jour de
Fête , après que vous aurez reçu notre préſent
>> Mandement , les Officiers , Magiftrats des
>> lieux , & tous autres qu'il appartiendra , invités
» d'y aſſiſter .
» Donné à Arras , en notre Palais Epiſcopal ,
fous notre feing & la fignature de notre Secre-
D taire , le trois Novembre mil fept cens cinquan-
» te-fept » .
JEAN , Evêque d'Arras.
Par Monfeigneur ,
PECHENA , Secrétaire.
Lettre du Roi , à M. l'Evêque d'Arras .
Monfieur l'Evêque d'Arras , la durée du bonheur
de mes fujets étant l'objet de mes voeux les plus
ardens , tous les événemens capables de le perpétuef,
excitent en moi les fentimens que mérite
un peuple toujours empreffé à me donner des
marques de fon zele , de fa fidélité & de fon
amour. Les princes dont il a plu à Dieu de combler
mes fouhaits , affurent la tranquillité dans
mes états. Celui dont matrès chere Fille la Dauphine
vient d'être heureuſement délivrée , eſt un
nouveau don de la providence , & c'eft pour lui
rendre les actions de graces qui lui font dûes , que
je vous fais cette lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans votre Eglife Cathédrale , & dans toutes les
autres
JANVIERL
169
. 1758.
autres de votre Dioceſe , avec la folemnité requife
, & que vous invitiez d'y affifter tous ceux qu'il
conviendra ; ce que me promettant de votre zele
je ne vous ferai la préfente plus longue , que pour
prier Dieu qu'il vous ait , Mons. l'Evêque d'Arras
, en fa fainte garde. Ecrit à Versailles le 9 Octobre
1757. Signé , LOUIS . Et plus bas , R. de
Voyer. Etfur le repli : à Mons. l'Evêque d'Arras,
Confeiller en mes Confeils .
La fête fut annoncée le au foir par toutes les
cloches de la Ville , que l'on fonna encore le 6 ,
de grand matin. En même temps des falves d'artillerie
& de boîte fe firent entendre , & recommencerent
à différentes reptiles dans le cours de
la journée. Il y eut ce même jour à l'Hôtel de
Ville un dîner fomptueux de plus de quatre-vingts
couverts , où le trouva M. de Caumartin , Intendant
de la Province . On y avoit auffi invité l'Evêque
, l'Abbé de Saint- Vaaft , le Commandant
de la Place , le premier Préfident du Confeil d'Artois
, & la Nobleffe , ainfi qu'un certain nombre
des Officiers de la garnifon , & des autres principaux
Corps , ecclefiaftiques , civils & militaires.
Pendant ce repas , on jetta de l'argent au peuple
& les Magiftrats lui firent diftribuer du pain , des
viandes & du vin. Immédiatement après que la
fanté de Monfeigneur le Comte d'Artois eût été
bue au fon des inftrumens , on préfenta à tous les
convives des exemplaires de la piece fuivante ,
compofée par M Harduin , Avocat , ancien Député
des Etats d'Artois à la Cour , & Secretaire
perpétuel de la Société Littéraire d'Arras.
L. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
Sentimens d'un Citoyen d'Arras , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Comte d'Artois .
It fort donc aujourd'hui de fon obſcurité ,
Ce Titre qu'autrefois des Héros ont porté ( 1 ).
D'un Enfant de Louis il devient le partage :
Louis , pour couronner notre fidélité ,
Daigne de fon amour nous accorder ce gage .
Vous reprenez enfin votre antique fplendeur ,
Lieux où de Pharamond le brave Succeffeur (1 )
Jetta les fondemens du floriffant Empire
Qui commande à l'Europe , & que le monde admire.
Monarque triomphant , que le Ciel a formé
Pour les vertus & pour la gloire ,
Ton peuple réuni , d'un beau zele animé ,
T'a placé dès long-temps au Temple de mémoire ,
Sous le nom de Roi Bien - Aimé.
Mais lorfque furpaffant toute notre eſpérance ,
Tu veux nous diftinguer de tes autres Sujets ,
Lorfque tu mets pour nous le comble à tes bienfaits
,
Quel nom te donnera notre reconnoiffance !
Plaifirs , volez ici fous mille traits divers :
Que Polymnie & Terpsichore
Célebrent à l'envi le Maître qu'on adore.
(1) Robert I & Robert II, Comtes d'Artois.
(2) Clodion.2
JANVIER.
1758.
171
Qu'un bruit guerrier fe mêle aux plus tendres
concerts :
Que la fiere trompette fonne :
Sur nos murs que la foudre tonne :
Que le falpêtre éclate dans les airs.
Que mille bouche enflammées
Annoncent les tranfports de nos ames charmées
Au bout de ce vafte Univers.
Je vois juſques à
l'Empyrée
S'élevér de rapides feux :
Ainfi vers la voûte azurée
S'élance l'ardeur de nos voeux.
Tels que ces
brillantes étoiles ,
Qui de la nuit perçant les voiles ,
Retombent en foule à nos yeux ,
Sur l'Enfant fi cher à la France
Puiffent
defcendre en
abondance
Les plus riches préfens des Cieux.
Dans le
raviffement où mon ame fe livre ,
En lui déja je vois revivre
Ce Frere vertueux du plus faint de nos Rois ( 1).
A nos ayeux il fit chérir fes loix :
Des cruels
Sarrafins il
confondit la rage :
Prince , lis fes exploits , & deviens fon image ...
Mais pourquoi de l'hiftoire
emprunter le fecours ▸
(1) Robert I, frere de Saint Louis , furnommé
le Bon & le
Vaillant, ‹
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour acquérir une gloire immortelle ,
Il ne te faut d'autre modele
Que ton augufte Ayeul , ou l'Auteur de tes jours.
Illuftre Enfant , auprès du trône
Tu feras de l'Artois le plus ferme foutien :
De Louis & du peuple à qui fa main te donne ,
Tu refferres encor le fortuné lien .
Si tu pouvois juger de notre amour extrêmê
Si tu lifois au fond de notre coeur ,
Ah ! tu t'applaudirois toi- même
Du nom qui fait notre bonheur .
.
On avoit élevé , vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
un Feu d'artifice , pour lequel on n'avoit épargné
ni foins , ni dépenfe , non plus que pour les illuminations
de cet hôtel , de la haute & admirable
tour qui l'accompagne , & des autres édifices publics
. Tous les particuliers s'étoient auffi empreffés
à illuminer leurs maiſons , d'une maniere qui
répondît à la folemnité du jour ; mais une pluie
continuelle empêcha l'effet de ces préparatifs. On
ne put faire jouer qu'une petite partie de l'artifice
; & le refte fut remis au furlendemain.
L'édifice conftruit pour le feu , fur les deffeins
du fieur Beffara , Architecte de la Ville , étoit
feint de marbre blanc , & avoit s 2 pieds d'élévation
en deux étages , furmontés d'une pyramide
de 33 pieds . Le premier étage ou rez - de - chauffée
étoit un quarré d'ordre dorique , ayant 44 pieds
de face , dont le côté principal offroit un portique
, avec fronton & baluftrade , orné des Armes
du Roi , de Monfeigneur le Dauphin , & de Mon.
feigneur le Comte d'Artois , Une colonnade ioniJANVIER.
1758. 173
que formoit le fecond étage , qui étoit circulaire.
Vingt-quatre vafes à fleurs & trophées d'armes
ou de mufique , fervoient d'amortiffemens aux
deux ordres d'architecture . Cette décoration étoit
femée de chronogrammes ou chronographes
forte d'infcription fort en ufage aux Pays Bas ,
dans laquelle on trouve , en chiffre Romain , par
la réunion de toutes les lettres numérales qu'elle
contient , l'année de l'événement qui en eſt l'objet.
Voici quelques- uns de ces chronographes :
nasCItVŕ CoMes , spLenDor artesIx.
DonVM CLI aC, regIs.
PVLChra FIDel MerCes .
LætVs aMor aCCenDIt Ignes,
Entre les différentes illuminations qui avoient
été préparées , on remarquoit aux croifées de
Pappartement que la Société Littéraire occupe à
l'hôtel du Gouverneur , trois tranfparens , fur
lefquels étoient peints autant de médaillons , imaginés
par M. Camp , Avocat , Membre de cette
Société , & actuellement Député des Etats à lạ
Cour. On croit devoir donner ici la defcription
de ces morceaux de peinture.
Premier Médaillon.
L'hiftoire de l'Artois caractérisée fpécifiquement
par une femme vêtue d'une faie blanche
rayée de pourpre ( 1 ) . Elle a fur la tête une couronne
de laurier , & une plume à la main . Devant
(1 ) Cette espece d'étoffe fe fabriquoit autrefois
par les habitans d'Arras , nommés Atrebates, avec
tant de réputation que les Romains en faifoient
leurs plus magniques habillemens.
Hiij
74 MERCURE DE FRANCE.
elle eft un grand livre ouvert , fur la couverture
duquel fe voyent les Armes de la province . Elle
tient de la main gauche un médaillon portant
celles de Monfeigneur le Comte d'Artois , qu'elle
regarde avec un étonnement mêlé de joie. Une
pile de volumes imprimés & manuſcrits , fur laquelle
font les aîles & autres attributs du Temps ,
fert d'appui au livre que cette femme tient ouvert.
Elle a un pied pofé fur un débris de monument
antique , dont les reftes font épars. Auprès eft
une urne renverfée , d'où fe répand un grand
nombre de médailles .
Légende.
QUANTA FASTORUM GLORIA !
Exergue.
COMES DATUS IXA. OCT. M. DCC. LVII .
Second médaillon ,
Minerve affife , ferrant de fon bras gauche un
vafe aux Armes d'Artois , dans lequel eft planté
un rejetton de lys , qu'elle prend foin de cultiver.
A fes pieds font des trophées relatifs aux Arts &
aux Sciences.
Légende.
CURAT NOBISQUE COLIT.
Exergue.
SOC. LITT . ATR. SPES ET VOT.
Troisieme médaillon.
Les chiffres des Rois Louis VIII & Louis XV,
figurés par deux doubles IL , placés fous une
même couronne , & accompagnées refpectivement
JANVIER. 1758 . 175
des nombres VIII & XV . Un cordon bleu fort de
la couronne , entrelace les deux chiffres , & ſe
termine par un noeud , d'où pendent les Armes de
Monfeigneur le Comte d'Artois ( 1 ) .
Légende.
AB EVO IN ÆVUM.
Exergue.
DECUS FUNDATUM ET RESTITUTUM.
Le même jour 6 Novembre , vers les dix heures
du foir , il y eut dans la grande falle de l'Hôtel
de Ville , qu'on avoit fuperbement décorée , un
bal qui fut ouvert par M. l'Intendant avec Madame
la Comteffe de Houchin , épouse du Député
ordinaire de la Nobleffe des Etats . On y fervit
fur des buffets en gradins , un ambigu fuffifant
pour fatisfaire les goûts divers de deux mille perfonnes
au moins qui fe trouverent à ce bal .
Les Etats d'Artois différerent jufqu'à l'ouverture
de leur Affemblée générale , la folemnité de
leurs actions de graces & de leurs réjouiflances ,
afin que tous les Membres des trois Ordres fuflent
à portée d'y participer. Ce fut le lundi 21 Novembre
que le fit cette ouverture ; & après la
féance , qui fe tint dans la forme ordinaire fur les
dix heures du matin , on chanta dans l'Eglife des
Récollets un Te Deum en mufique , auquel M.
(1) Louis VIII , par fon Teftament du mois de
Juin 1225 , affigna l'Artois en partage à Robert
fon fecond fils , frere de S. Louis , de qui defcend la
branche de Bourbon. Depuis ce Robert , premier
Comte d'Artois , aucun fils de France n'en avoit
porté le titre.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
l'Evêque d'Arras officia pontificalement. M. fe
Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province ;
M. l'Intendant , & M. Briois , Premier Préfident
du Confeil Provincial , Commiffaires du Roi pour
la tenue des Etats , affifterent à cette cérémonie ,
accompagnés de tous les Membres de l'Affemblée.
Il y eut enfuite un magnifique dîner de deux cens
vingt-cinq couverts, auquel tous les Corps avoient
été invités. Sur la fin du repas , on but avec appareil
les fantés du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
& du nouveau Prince , qui furent annoncées
fucceffivement par des falves de boîtes & d'artillerie
; & les Députés ordinaires jetterent de l'argent
au peuple. Dès que la nuit fut venue , on tira
avec toute la réuffite poffible , un très- beau Feu
d'artifice au milieu de la grande place.
Ce feu avoit la forme d'un temple , dont le
premier
étage , quarré & élevé d'environ fept pieds
au deffus du pavé , fervoit de focle à tout l'édifice.
Quatre grandes rampes de dix marches occupoient
le milieu de chaque face , & conduifoient
à une galerie fermée de panneaux & d'acroteres
enrichis d'Armes du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
, & de Monfeigneur le Comte d'Artois , ainfi
que des Chiffres de la province.
Le principal corps établi fur le premier étage
avoit huit côtés , dont quatre plus larges que les
autres , faifant faillie & avant- corps , formoient
des portiques , & répondoient aux rampes. Aux
entrées de ces portiques étoient les figures fymboliques
de la fincérité & de la fidélité , qui caractérifent
les Artéfiens , & celles de la reconnoiffance
& de l'espérance , fentimens dont ce peuple eft
particuliérement affecté dans la circonftance préfente.
Les quatre côtés enfoncés étoient ornés de
iches , avec d'autres figures qui défignoient les
JANVIER. 1758. 177
Vertus protectrices du jeune Prince ; fçavoir , la
Religion , la Bonté , la Valeur & la Prudence.
Des emblêmes relatifs à ces vertus rempliffoient
le deffus des niches. La décoration générale de
toute cette partie étoit un ordre Ionique régulier ,
dont l'entablement faillant foutenoit une baluftrade
mêlée d'acroteres , fur chacun defquels on
voyoit des grouppes d'enfans , qui fembloient , en
exprimant leur joie , difputer à qui porteroit les
Armes du Roi , & celles des autres perfonnes de
la Famille Royale.
Sur le deuxieme étage étoit pofé un attique à
quatre faces , dont trois préfentoient des tableaux
emblématiques , & l'autre contenoir cette infcription
:
NOVO ARTESIA COMITI
Il y avoit des pilaftres aux angles de ce corps
d'architecture avec un entablement en faillie ,
lequel étoit couronné de quatre vafes de ronde
bolle. Une pyramide en mofaïque évidée , s'élevoit
fur l'attique qui lui fervoit de baſe , & portoit
fur fa cime les Armes d'Artois , furmontées
d'un foleil .
Aux quatre coins du temple , & à une diſtance
convenable , étoient de grands obéliſques décorés,
de chiffres , de médaillons , &c.
Toutes les parties de l'édifice étoient peintes
en grifaille , à l'exception des tableaux & des
emblêmes , qui l'étoient en camayeu de couleur
bleue. Mais cette fimplicité étoit relevée par l'éclat
de l'or répandu fur les armoiries , les infcriptions
, les cartouches , les guirlandes ; fur la pyramide
, fur les vafes , & fur tous les ornemens
où l'on avoit pu l'employer avec goût.
Cet ouvrage fut exécuté par les foins & fur les
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
deffeins du fieur Linque , Architecte , natif & hæ
bitant d'Arras.
Les Commiffaires de Sa Majesté & les Etats
virent jouer l'artifice d'un amphithéâtre dreffé à
l'un des bouts de la place , qui eft une des plus
vaftes du Royaume. Des fanfares de cors , trompettes
& timbales , animerent ce fpectacle , aprèslequel
plufieurs fontaines de vin coulerent pour
le peuple.
Les deux façades de l'Hôtel des Etats furent
illuminés par une quantité immenfe de lamprons
, dont l'arrangement deffinoit , fans confufion
, toute la belle architecture de cet hôtel Dans
un grand tableau tranfparent placé au deffus de
la porte d'entrée , on voyoit Lucine defcendant
du Ciel , & tenant dans fes bras le Prince nouveau-
né. Le Roi montroit à cette Déeffe la Province
d'Artois perſonnifiée qui , d'un air empreffé
, tendoit les mains pour recevoir l'augufte Enfant.
Un rayon de lumiere partant du vifage de
ce nouveau Comte , fe répandoit fur celui de la
Province ; & on lifoit fur une banderole ce chronographe
:
novo spLenDes CIt CoMIte.
A neuf heures du foir commença un concert ,
dans lequel on exécuta plufieurs pieces de mufique
Françoife & Italienne . A ce concert fuccéda
un ambigu pour les Dames , fervi fur deux tables
de foixante perfonnes chacune . La fête fut terminée
par un grand bal , que M. le Duc de
Chaulnes ouvrit avec Madame la Comteffe de
Houchin , & qui dura jufqu'au jour. Rien n'y
fut oublié , foit pour la décoration des trois falles
où l'on danfa , foit pour la maniere dont elles
furent éclairées , foit pour la fymphonie & les
rafraîchiffemens de toute efpece.
JANVIER . 1758. 179
M. l'Evêque d'Arras donna de grands foupers
la veille de l'ouverture & le jour de la clôture
des Etats. Pendant la fête du 21 , on diftribua
abondamment dans fon palais du pain , des viandes
, de la biere , du bois & de Pargent à cinq
cens perfonnes au moins . La maison du Bon
Pafteur , qui renferme plus de cent pauvres filles ,
a éprouvé les mêmes libéralités de la part de ce
Prélat.
Le 6 & le 21 , M. de Briois , Abbé de S. Vaaſt ,
fit tirer beaucoup d'artifice. Il a pareillement
fignalé fa charité , en faisant délivrer aux pauvres
quatre mille pains , du poids de trois livres &
demie:
M. de Caumartin qui , depuis le commencement
de l'Affemblée des Etats avoit donné des
preuves de fa magnificence ordinaire , y ajouta
le Dimanche 27 Novembre un dîner de cent trente
couverts. Ce feftin ne fut que pour les hommes ;
mais environ quatre- vingts Dames fouperent le
même jour à l'intendance , où il y eut audi un
bal qui ne laiffa rien à défirer . M. le premier
Préſident du Confeil d'Artois s'étoit diftingué de
fon côté le jeudi précédent , par un dîner fuivi
d'un bal , qui fut interrompu pour voir un bouquet
d'artifice & une illumination terreftre , formée
avec goût dans le parterre du jardin de ce
Magiftrat. Il fit fervir fur les neuf heures un ambigu
; après lequel il y eut concert , & l'on reprit
le bal qui ne finit qu'avec la nuit.
Enfin le 30 Novembre , les RR. PP. Jéfuites
du College d'Arras firent chanter dans leur Eglife
le Te Deum & l'Exaudiat , par toute la mufique
de la Cathédrale . M. l'Evêque d'Arra y officia ,
& les Etats qu'on avoit invités à la cérémonie ,
affifterent en corps ; après quoi ils pafferent dans
y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
la falle des Actes , où le R. P. Dubuiffon , Profeffeur
de Rhétorique , leur adreffa une harangue
latine , dont l'objet étoit de féliciter la province
d'Artois fur la naiffance du nouveau Comte.
L'Orateur s'attacha à prouver dans la premiere
partie de fon difcours , qu'il ne pouvoit rien arriver
de plus avantageux à la Province , que de
voir fon nom porté par un Prince de la Maifon de
Bourbon ; & dans la feconde , qu'aucune Province
n'étoit plus digne de cette grace.
Les PP. Jéfuites ont fourni ce jour là de quoi
dîner à douze pauvres familles de chacune des
onze Paroiffes de la Ville. Les écoliers , tant externes
que penfionnaires , qui font de la Congré
gation de la Vierge , ont donné le même jour à
dîner & à fouper aux malheureux détenus dans
les prifons royales , lefquels étoient au nombre
de quarante , les ont fervis eux- mêmes , & leur ont
encore diftribué des aumônes.
Les autres Villes de l'Artois n'ont pas témoi
gné moins d'ardeur que la Capitale à célébrer
une époque fi glorieufe pour la Province ; & de
fimples Bourgades ont donné en cette occafion
les marques les plus éclatantes de leur zele & de
leur alégreffe.
Le Roi a nommé le Maréchal de Tomond ,
pour commander fur les côtes de la Méditerranée .
Sa Majefté a auffi difpofé du commandement de
la Guyenne en faveur du Comte de Langeron
Lieutenant-Général de fes armées , & Elle a donné
au Comte de Gramont , Brigadier d'Infanterie,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , le Commandement
des troupes , dans la partie du Gouvernement
de la Guyenne , qui dépend de la Généralité
d'Aufch.
Sur la démiffion de Madame la Ducheffe d'Antin,
JANVIER. 1758.
181
de la place de Dame du Palais de la Reine , le Roi a
nommé le 25 Novembre Madame la Comteffe de
Clermont-Tonnere pour la remplacer.
Le 27, M. le Comte de Rochechouart prêta ferment
entre les mains du Roi , pour le Gouvernement
de l'Orléannois.
M. Le Duc de Chaulnes étant revenu de l'armée
du Maréchal Duc de Richelieu , pour tenir les
Etats d'Artois , en fit l'ouverture à Arras le 21
Novembre.
à l'occafion de la Naiffance de Monseigneur le
Comte d'Artois.
LA joie que cet événement a répandue dans
l'Artois , ne s'eft pas bornée aux fentimens de
refpect , d'amour & de reconnoiffance que les
Etats de cette Province ont portés jufqu'au pied
du trône , par la députation nombreufe dont le
Mercure de Novembre a fait mention . Cette joie
a encore éclaté par des fêtes qui méritent qu'on
en conferve le fouvenir ; & nous allons détailler
ce qui s'eft paffé en cette conjoncture dans la
Capitale du pays,
Dès le 11 Octobre , jour auquel un Courier du
cabinet vint apporter aux Députés ordinaires des
Etats ( 1 ) , la nouvelle de l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & du nom donné par
le Roi au Prince nouveau-né , il y eut des illuminations
& autres démonftrations publiques d'alégreffe
, tant aux Etats & à l'Hôtel de Ville , qu'au
Confeil d'Artois , à l'Evêché , à l'Abbaye de Saint-
Vaaft , &c. mais elles ne furent que le prélude
des réjouiffances brillantes qui devoient les fuivre,
M. l'Evêque fixa au Dimanche 6 Novembre , lé
(1 ) Ce font trois perfonnes choifies dans les trois
Corps des Etats , qui réfident à Arras , & font
chargées de l'adminiftration , hors du temps dés
Affemblées,
166 MERCURE DE FRANCE.
"
Te Deum ordonné par le Roi , & publia à ce fujet
un Mandement conçu en ces terines :
Jean de Bonneguize , par la grace de Dien
» & du S. Siège Apoftolique , Evêque d'Arras : à
tous Abbés , Abbeffes , Chapitres , Doyens ,
Paſteurs , Supérieurs & Supérieures des Eglifes
» & Monafteres exempts & non exempts, & à tous
» fideles de notre Dioceſe , falut & bénédiction.
» Le Seigneur , Mes Très- Chers Freres , tient
dans , fes mains , & la deftinée des Maîtres de
» la terre & le fort des Empires. Heureux les Rois
» & les Peuples , quand ils ne l'apprennent qué
par les preuves qu'il leur donne de fon amour
» & de fa protection !
» Tel eft l'avantage dont nous jouiffons , Mes
Très Chers Freres, furtout depuis que l'heureuſe
fécondité de Madame la Dauphine ajoute à tant
» d'autres faveurs du ciel , les bénédictions dont
≫ il comble par elle le Roi & le Royaume . Cha-
» que année nous ramene au pied des Autels pour
» y rendre graces d'un préſent nouveau à un Dieu
» qui véille au repos & à la profpérité de l'Etar.
» Il donne encore aujourd'hui dans le Prince qui
» vient de naître un nouvel appui au trône déjà le
» mieux affermi , & à la Nation la plus heureufe
un gage de plus de la durée de fon bonheur.
i » Mais fi la naiffance de Monfeigneur le Comté
» d'Artois doit être pour toute la France un fujer
» de joié & un objet de reconnoiffance , vous le
fçavez , M. T. C. F. cet événement intéreffe
» particuliérement cette Province ; & le nom de
ce Prince doit lui feul vous rappeller tout ce que
vous devez dans cette circonftance aux bontés
du Roi , ou plutôt aux miféricordes du Seigneur
qui , après avoir mis dans l'ame du Monarque
, l'amour de tous fes Peuples , daigné
JANVIER. 1758. 167
aujourd'hui fixer finguliérement fur nous les regards
de fa tendrefle.
>> Province heureuſe & préférée , hâtons- nous
» de faire éclater notre joie , & de fignaler notre
» reconnoiffance pour un Dieu qui nous diftingue .
» Mais joignons à nos actions de graces pour ce
préfent ineftimable de fa bonté , les prieres les
plus ferventes , pour qu'il daigne nous le con-
>> ferver. Ce Prince eſt , en naiſſant , le fondement
» & l'appui de nos efpérances : qu'il foit pendant
» le cours d'une longue vie , le gage de notre fé-
» licité , & le lien qui refferre de plus en plus les
>> noeuds de cette tendreffe paternelle , dont le Roi
»> nous donne aujourd'hui dans fa perfonne , la
preuve la plus éclatante.
» Demandons au Seigneur de graver de bonne
>> heure dans fon ame les principes inaltérables de
» de bonté & d'humanité qui nous font trouver
» le meilleur des Peres dans le plus grand des
Rois qu'il lui infpire le goût de cette piété tendre
& folide qui fait de la Reine l'exemple de la
Cour & la gloire de la Religion ; qu'il mette
» dans fon coeur le germe des vertus de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la Dauphine,
»fi dignes l'un & l'autre des bénédictions multipliées
que le Ciel répand fur leur union , & fi
propres à attirer fur le Royaume celles qui peuvent
en perpétuer la gloire , le répos & la
» profpérité.
Puiffe cet augufte Enfant fi précieux à cette
» Province en particulier , devenit , pour notre
bonheur, tous les jours de fa vie , plus parfait, en
fe formant fur de pareils modeles puiffent
> nos neveux avoir des raifons de renouveller fans
» ceffe au Seigneur pour fa confervation les ac-
» tions de graces que nous allons lui rendre pour
fa naiflance,
16S MERCURE DE FRANCE.
» A ces cauſes , après avoir pris l'avis de nos
» Vénérables Freres les Prévôt , Doyen , Cha-
» noines & Chapitre de notre Eglife Cathédrale ,
» nous ordonnons de faire chanter le Te Deum,
>> chacun dans vos Eglifes , avec les folemnités
>> requifes , le premier Dimanche ou jour de
Fête , après que vous aurez reçu notre préſent
>> Mandement , les Officiers , Magiftrats des
>> lieux , & tous autres qu'il appartiendra , invités
» d'y aſſiſter .
» Donné à Arras , en notre Palais Epiſcopal ,
fous notre feing & la fignature de notre Secre-
D taire , le trois Novembre mil fept cens cinquan-
» te-fept » .
JEAN , Evêque d'Arras.
Par Monfeigneur ,
PECHENA , Secrétaire.
Lettre du Roi , à M. l'Evêque d'Arras .
Monfieur l'Evêque d'Arras , la durée du bonheur
de mes fujets étant l'objet de mes voeux les plus
ardens , tous les événemens capables de le perpétuef,
excitent en moi les fentimens que mérite
un peuple toujours empreffé à me donner des
marques de fon zele , de fa fidélité & de fon
amour. Les princes dont il a plu à Dieu de combler
mes fouhaits , affurent la tranquillité dans
mes états. Celui dont matrès chere Fille la Dauphine
vient d'être heureuſement délivrée , eſt un
nouveau don de la providence , & c'eft pour lui
rendre les actions de graces qui lui font dûes , que
je vous fais cette lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans votre Eglife Cathédrale , & dans toutes les
autres
JANVIERL
169
. 1758.
autres de votre Dioceſe , avec la folemnité requife
, & que vous invitiez d'y affifter tous ceux qu'il
conviendra ; ce que me promettant de votre zele
je ne vous ferai la préfente plus longue , que pour
prier Dieu qu'il vous ait , Mons. l'Evêque d'Arras
, en fa fainte garde. Ecrit à Versailles le 9 Octobre
1757. Signé , LOUIS . Et plus bas , R. de
Voyer. Etfur le repli : à Mons. l'Evêque d'Arras,
Confeiller en mes Confeils .
La fête fut annoncée le au foir par toutes les
cloches de la Ville , que l'on fonna encore le 6 ,
de grand matin. En même temps des falves d'artillerie
& de boîte fe firent entendre , & recommencerent
à différentes reptiles dans le cours de
la journée. Il y eut ce même jour à l'Hôtel de
Ville un dîner fomptueux de plus de quatre-vingts
couverts , où le trouva M. de Caumartin , Intendant
de la Province . On y avoit auffi invité l'Evêque
, l'Abbé de Saint- Vaaft , le Commandant
de la Place , le premier Préfident du Confeil d'Artois
, & la Nobleffe , ainfi qu'un certain nombre
des Officiers de la garnifon , & des autres principaux
Corps , ecclefiaftiques , civils & militaires.
Pendant ce repas , on jetta de l'argent au peuple
& les Magiftrats lui firent diftribuer du pain , des
viandes & du vin. Immédiatement après que la
fanté de Monfeigneur le Comte d'Artois eût été
bue au fon des inftrumens , on préfenta à tous les
convives des exemplaires de la piece fuivante ,
compofée par M Harduin , Avocat , ancien Député
des Etats d'Artois à la Cour , & Secretaire
perpétuel de la Société Littéraire d'Arras.
L. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
Sentimens d'un Citoyen d'Arras , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Comte d'Artois .
It fort donc aujourd'hui de fon obſcurité ,
Ce Titre qu'autrefois des Héros ont porté ( 1 ).
D'un Enfant de Louis il devient le partage :
Louis , pour couronner notre fidélité ,
Daigne de fon amour nous accorder ce gage .
Vous reprenez enfin votre antique fplendeur ,
Lieux où de Pharamond le brave Succeffeur (1 )
Jetta les fondemens du floriffant Empire
Qui commande à l'Europe , & que le monde admire.
Monarque triomphant , que le Ciel a formé
Pour les vertus & pour la gloire ,
Ton peuple réuni , d'un beau zele animé ,
T'a placé dès long-temps au Temple de mémoire ,
Sous le nom de Roi Bien - Aimé.
Mais lorfque furpaffant toute notre eſpérance ,
Tu veux nous diftinguer de tes autres Sujets ,
Lorfque tu mets pour nous le comble à tes bienfaits
,
Quel nom te donnera notre reconnoiffance !
Plaifirs , volez ici fous mille traits divers :
Que Polymnie & Terpsichore
Célebrent à l'envi le Maître qu'on adore.
(1) Robert I & Robert II, Comtes d'Artois.
(2) Clodion.2
JANVIER.
1758.
171
Qu'un bruit guerrier fe mêle aux plus tendres
concerts :
Que la fiere trompette fonne :
Sur nos murs que la foudre tonne :
Que le falpêtre éclate dans les airs.
Que mille bouche enflammées
Annoncent les tranfports de nos ames charmées
Au bout de ce vafte Univers.
Je vois juſques à
l'Empyrée
S'élevér de rapides feux :
Ainfi vers la voûte azurée
S'élance l'ardeur de nos voeux.
Tels que ces
brillantes étoiles ,
Qui de la nuit perçant les voiles ,
Retombent en foule à nos yeux ,
Sur l'Enfant fi cher à la France
Puiffent
defcendre en
abondance
Les plus riches préfens des Cieux.
Dans le
raviffement où mon ame fe livre ,
En lui déja je vois revivre
Ce Frere vertueux du plus faint de nos Rois ( 1).
A nos ayeux il fit chérir fes loix :
Des cruels
Sarrafins il
confondit la rage :
Prince , lis fes exploits , & deviens fon image ...
Mais pourquoi de l'hiftoire
emprunter le fecours ▸
(1) Robert I, frere de Saint Louis , furnommé
le Bon & le
Vaillant, ‹
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour acquérir une gloire immortelle ,
Il ne te faut d'autre modele
Que ton augufte Ayeul , ou l'Auteur de tes jours.
Illuftre Enfant , auprès du trône
Tu feras de l'Artois le plus ferme foutien :
De Louis & du peuple à qui fa main te donne ,
Tu refferres encor le fortuné lien .
Si tu pouvois juger de notre amour extrêmê
Si tu lifois au fond de notre coeur ,
Ah ! tu t'applaudirois toi- même
Du nom qui fait notre bonheur .
.
On avoit élevé , vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
un Feu d'artifice , pour lequel on n'avoit épargné
ni foins , ni dépenfe , non plus que pour les illuminations
de cet hôtel , de la haute & admirable
tour qui l'accompagne , & des autres édifices publics
. Tous les particuliers s'étoient auffi empreffés
à illuminer leurs maiſons , d'une maniere qui
répondît à la folemnité du jour ; mais une pluie
continuelle empêcha l'effet de ces préparatifs. On
ne put faire jouer qu'une petite partie de l'artifice
; & le refte fut remis au furlendemain.
L'édifice conftruit pour le feu , fur les deffeins
du fieur Beffara , Architecte de la Ville , étoit
feint de marbre blanc , & avoit s 2 pieds d'élévation
en deux étages , furmontés d'une pyramide
de 33 pieds . Le premier étage ou rez - de - chauffée
étoit un quarré d'ordre dorique , ayant 44 pieds
de face , dont le côté principal offroit un portique
, avec fronton & baluftrade , orné des Armes
du Roi , de Monfeigneur le Dauphin , & de Mon.
feigneur le Comte d'Artois , Une colonnade ioniJANVIER.
1758. 173
que formoit le fecond étage , qui étoit circulaire.
Vingt-quatre vafes à fleurs & trophées d'armes
ou de mufique , fervoient d'amortiffemens aux
deux ordres d'architecture . Cette décoration étoit
femée de chronogrammes ou chronographes
forte d'infcription fort en ufage aux Pays Bas ,
dans laquelle on trouve , en chiffre Romain , par
la réunion de toutes les lettres numérales qu'elle
contient , l'année de l'événement qui en eſt l'objet.
Voici quelques- uns de ces chronographes :
nasCItVŕ CoMes , spLenDor artesIx.
DonVM CLI aC, regIs.
PVLChra FIDel MerCes .
LætVs aMor aCCenDIt Ignes,
Entre les différentes illuminations qui avoient
été préparées , on remarquoit aux croifées de
Pappartement que la Société Littéraire occupe à
l'hôtel du Gouverneur , trois tranfparens , fur
lefquels étoient peints autant de médaillons , imaginés
par M. Camp , Avocat , Membre de cette
Société , & actuellement Député des Etats à lạ
Cour. On croit devoir donner ici la defcription
de ces morceaux de peinture.
Premier Médaillon.
L'hiftoire de l'Artois caractérisée fpécifiquement
par une femme vêtue d'une faie blanche
rayée de pourpre ( 1 ) . Elle a fur la tête une couronne
de laurier , & une plume à la main . Devant
(1 ) Cette espece d'étoffe fe fabriquoit autrefois
par les habitans d'Arras , nommés Atrebates, avec
tant de réputation que les Romains en faifoient
leurs plus magniques habillemens.
Hiij
74 MERCURE DE FRANCE.
elle eft un grand livre ouvert , fur la couverture
duquel fe voyent les Armes de la province . Elle
tient de la main gauche un médaillon portant
celles de Monfeigneur le Comte d'Artois , qu'elle
regarde avec un étonnement mêlé de joie. Une
pile de volumes imprimés & manuſcrits , fur laquelle
font les aîles & autres attributs du Temps ,
fert d'appui au livre que cette femme tient ouvert.
Elle a un pied pofé fur un débris de monument
antique , dont les reftes font épars. Auprès eft
une urne renverfée , d'où fe répand un grand
nombre de médailles .
Légende.
QUANTA FASTORUM GLORIA !
Exergue.
COMES DATUS IXA. OCT. M. DCC. LVII .
Second médaillon ,
Minerve affife , ferrant de fon bras gauche un
vafe aux Armes d'Artois , dans lequel eft planté
un rejetton de lys , qu'elle prend foin de cultiver.
A fes pieds font des trophées relatifs aux Arts &
aux Sciences.
Légende.
CURAT NOBISQUE COLIT.
Exergue.
SOC. LITT . ATR. SPES ET VOT.
Troisieme médaillon.
Les chiffres des Rois Louis VIII & Louis XV,
figurés par deux doubles IL , placés fous une
même couronne , & accompagnées refpectivement
JANVIER. 1758 . 175
des nombres VIII & XV . Un cordon bleu fort de
la couronne , entrelace les deux chiffres , & ſe
termine par un noeud , d'où pendent les Armes de
Monfeigneur le Comte d'Artois ( 1 ) .
Légende.
AB EVO IN ÆVUM.
Exergue.
DECUS FUNDATUM ET RESTITUTUM.
Le même jour 6 Novembre , vers les dix heures
du foir , il y eut dans la grande falle de l'Hôtel
de Ville , qu'on avoit fuperbement décorée , un
bal qui fut ouvert par M. l'Intendant avec Madame
la Comteffe de Houchin , épouse du Député
ordinaire de la Nobleffe des Etats . On y fervit
fur des buffets en gradins , un ambigu fuffifant
pour fatisfaire les goûts divers de deux mille perfonnes
au moins qui fe trouverent à ce bal .
Les Etats d'Artois différerent jufqu'à l'ouverture
de leur Affemblée générale , la folemnité de
leurs actions de graces & de leurs réjouiflances ,
afin que tous les Membres des trois Ordres fuflent
à portée d'y participer. Ce fut le lundi 21 Novembre
que le fit cette ouverture ; & après la
féance , qui fe tint dans la forme ordinaire fur les
dix heures du matin , on chanta dans l'Eglife des
Récollets un Te Deum en mufique , auquel M.
(1) Louis VIII , par fon Teftament du mois de
Juin 1225 , affigna l'Artois en partage à Robert
fon fecond fils , frere de S. Louis , de qui defcend la
branche de Bourbon. Depuis ce Robert , premier
Comte d'Artois , aucun fils de France n'en avoit
porté le titre.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
l'Evêque d'Arras officia pontificalement. M. fe
Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province ;
M. l'Intendant , & M. Briois , Premier Préfident
du Confeil Provincial , Commiffaires du Roi pour
la tenue des Etats , affifterent à cette cérémonie ,
accompagnés de tous les Membres de l'Affemblée.
Il y eut enfuite un magnifique dîner de deux cens
vingt-cinq couverts, auquel tous les Corps avoient
été invités. Sur la fin du repas , on but avec appareil
les fantés du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
& du nouveau Prince , qui furent annoncées
fucceffivement par des falves de boîtes & d'artillerie
; & les Députés ordinaires jetterent de l'argent
au peuple. Dès que la nuit fut venue , on tira
avec toute la réuffite poffible , un très- beau Feu
d'artifice au milieu de la grande place.
Ce feu avoit la forme d'un temple , dont le
premier
étage , quarré & élevé d'environ fept pieds
au deffus du pavé , fervoit de focle à tout l'édifice.
Quatre grandes rampes de dix marches occupoient
le milieu de chaque face , & conduifoient
à une galerie fermée de panneaux & d'acroteres
enrichis d'Armes du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
, & de Monfeigneur le Comte d'Artois , ainfi
que des Chiffres de la province.
Le principal corps établi fur le premier étage
avoit huit côtés , dont quatre plus larges que les
autres , faifant faillie & avant- corps , formoient
des portiques , & répondoient aux rampes. Aux
entrées de ces portiques étoient les figures fymboliques
de la fincérité & de la fidélité , qui caractérifent
les Artéfiens , & celles de la reconnoiffance
& de l'espérance , fentimens dont ce peuple eft
particuliérement affecté dans la circonftance préfente.
Les quatre côtés enfoncés étoient ornés de
iches , avec d'autres figures qui défignoient les
JANVIER. 1758. 177
Vertus protectrices du jeune Prince ; fçavoir , la
Religion , la Bonté , la Valeur & la Prudence.
Des emblêmes relatifs à ces vertus rempliffoient
le deffus des niches. La décoration générale de
toute cette partie étoit un ordre Ionique régulier ,
dont l'entablement faillant foutenoit une baluftrade
mêlée d'acroteres , fur chacun defquels on
voyoit des grouppes d'enfans , qui fembloient , en
exprimant leur joie , difputer à qui porteroit les
Armes du Roi , & celles des autres perfonnes de
la Famille Royale.
Sur le deuxieme étage étoit pofé un attique à
quatre faces , dont trois préfentoient des tableaux
emblématiques , & l'autre contenoir cette infcription
:
NOVO ARTESIA COMITI
Il y avoit des pilaftres aux angles de ce corps
d'architecture avec un entablement en faillie ,
lequel étoit couronné de quatre vafes de ronde
bolle. Une pyramide en mofaïque évidée , s'élevoit
fur l'attique qui lui fervoit de baſe , & portoit
fur fa cime les Armes d'Artois , furmontées
d'un foleil .
Aux quatre coins du temple , & à une diſtance
convenable , étoient de grands obéliſques décorés,
de chiffres , de médaillons , &c.
Toutes les parties de l'édifice étoient peintes
en grifaille , à l'exception des tableaux & des
emblêmes , qui l'étoient en camayeu de couleur
bleue. Mais cette fimplicité étoit relevée par l'éclat
de l'or répandu fur les armoiries , les infcriptions
, les cartouches , les guirlandes ; fur la pyramide
, fur les vafes , & fur tous les ornemens
où l'on avoit pu l'employer avec goût.
Cet ouvrage fut exécuté par les foins & fur les
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
deffeins du fieur Linque , Architecte , natif & hæ
bitant d'Arras.
Les Commiffaires de Sa Majesté & les Etats
virent jouer l'artifice d'un amphithéâtre dreffé à
l'un des bouts de la place , qui eft une des plus
vaftes du Royaume. Des fanfares de cors , trompettes
& timbales , animerent ce fpectacle , aprèslequel
plufieurs fontaines de vin coulerent pour
le peuple.
Les deux façades de l'Hôtel des Etats furent
illuminés par une quantité immenfe de lamprons
, dont l'arrangement deffinoit , fans confufion
, toute la belle architecture de cet hôtel Dans
un grand tableau tranfparent placé au deffus de
la porte d'entrée , on voyoit Lucine defcendant
du Ciel , & tenant dans fes bras le Prince nouveau-
né. Le Roi montroit à cette Déeffe la Province
d'Artois perſonnifiée qui , d'un air empreffé
, tendoit les mains pour recevoir l'augufte Enfant.
Un rayon de lumiere partant du vifage de
ce nouveau Comte , fe répandoit fur celui de la
Province ; & on lifoit fur une banderole ce chronographe
:
novo spLenDes CIt CoMIte.
A neuf heures du foir commença un concert ,
dans lequel on exécuta plufieurs pieces de mufique
Françoife & Italienne . A ce concert fuccéda
un ambigu pour les Dames , fervi fur deux tables
de foixante perfonnes chacune . La fête fut terminée
par un grand bal , que M. le Duc de
Chaulnes ouvrit avec Madame la Comteffe de
Houchin , & qui dura jufqu'au jour. Rien n'y
fut oublié , foit pour la décoration des trois falles
où l'on danfa , foit pour la maniere dont elles
furent éclairées , foit pour la fymphonie & les
rafraîchiffemens de toute efpece.
JANVIER . 1758. 179
M. l'Evêque d'Arras donna de grands foupers
la veille de l'ouverture & le jour de la clôture
des Etats. Pendant la fête du 21 , on diftribua
abondamment dans fon palais du pain , des viandes
, de la biere , du bois & de Pargent à cinq
cens perfonnes au moins . La maison du Bon
Pafteur , qui renferme plus de cent pauvres filles ,
a éprouvé les mêmes libéralités de la part de ce
Prélat.
Le 6 & le 21 , M. de Briois , Abbé de S. Vaaſt ,
fit tirer beaucoup d'artifice. Il a pareillement
fignalé fa charité , en faisant délivrer aux pauvres
quatre mille pains , du poids de trois livres &
demie:
M. de Caumartin qui , depuis le commencement
de l'Affemblée des Etats avoit donné des
preuves de fa magnificence ordinaire , y ajouta
le Dimanche 27 Novembre un dîner de cent trente
couverts. Ce feftin ne fut que pour les hommes ;
mais environ quatre- vingts Dames fouperent le
même jour à l'intendance , où il y eut audi un
bal qui ne laiffa rien à défirer . M. le premier
Préſident du Confeil d'Artois s'étoit diftingué de
fon côté le jeudi précédent , par un dîner fuivi
d'un bal , qui fut interrompu pour voir un bouquet
d'artifice & une illumination terreftre , formée
avec goût dans le parterre du jardin de ce
Magiftrat. Il fit fervir fur les neuf heures un ambigu
; après lequel il y eut concert , & l'on reprit
le bal qui ne finit qu'avec la nuit.
Enfin le 30 Novembre , les RR. PP. Jéfuites
du College d'Arras firent chanter dans leur Eglife
le Te Deum & l'Exaudiat , par toute la mufique
de la Cathédrale . M. l'Evêque d'Arra y officia ,
& les Etats qu'on avoit invités à la cérémonie ,
affifterent en corps ; après quoi ils pafferent dans
y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
la falle des Actes , où le R. P. Dubuiffon , Profeffeur
de Rhétorique , leur adreffa une harangue
latine , dont l'objet étoit de féliciter la province
d'Artois fur la naiffance du nouveau Comte.
L'Orateur s'attacha à prouver dans la premiere
partie de fon difcours , qu'il ne pouvoit rien arriver
de plus avantageux à la Province , que de
voir fon nom porté par un Prince de la Maifon de
Bourbon ; & dans la feconde , qu'aucune Province
n'étoit plus digne de cette grace.
Les PP. Jéfuites ont fourni ce jour là de quoi
dîner à douze pauvres familles de chacune des
onze Paroiffes de la Ville. Les écoliers , tant externes
que penfionnaires , qui font de la Congré
gation de la Vierge , ont donné le même jour à
dîner & à fouper aux malheureux détenus dans
les prifons royales , lefquels étoient au nombre
de quarante , les ont fervis eux- mêmes , & leur ont
encore diftribué des aumônes.
Les autres Villes de l'Artois n'ont pas témoi
gné moins d'ardeur que la Capitale à célébrer
une époque fi glorieufe pour la Province ; & de
fimples Bourgades ont donné en cette occafion
les marques les plus éclatantes de leur zele & de
leur alégreffe.
Le Roi a nommé le Maréchal de Tomond ,
pour commander fur les côtes de la Méditerranée .
Sa Majefté a auffi difpofé du commandement de
la Guyenne en faveur du Comte de Langeron
Lieutenant-Général de fes armées , & Elle a donné
au Comte de Gramont , Brigadier d'Infanterie,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , le Commandement
des troupes , dans la partie du Gouvernement
de la Guyenne , qui dépend de la Généralité
d'Aufch.
Sur la démiffion de Madame la Ducheffe d'Antin,
JANVIER. 1758.
181
de la place de Dame du Palais de la Reine , le Roi a
nommé le 25 Novembre Madame la Comteffe de
Clermont-Tonnere pour la remplacer.
Le 27, M. le Comte de Rochechouart prêta ferment
entre les mains du Roi , pour le Gouvernement
de l'Orléannois.
M. Le Duc de Chaulnes étant revenu de l'armée
du Maréchal Duc de Richelieu , pour tenir les
Etats d'Artois , en fit l'ouverture à Arras le 21
Novembre.
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Résumé : Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
À l'occasion de la naissance du Comte d'Artois, Arras a organisé des festivités marquantes. Dès l'annonce de la nouvelle le 11 octobre, des illuminations et des salves d'artillerie ont exprimé la joie publique. L'évêque d'Arras a ordonné un Te Deum le 6 novembre, accompagné d'un mandement célébrant la naissance du prince et appelant à la prière pour sa conservation. Le roi a demandé la célébration du Te Deum dans toutes les églises du diocèse. Le jour de la fête, des cloches ont sonné, des salves d'artillerie ont retenti, et un dîner somptueux a été organisé à l'Hôtel de Ville, avec la présence de personnalités locales. Pendant le repas, de l'argent et des vivres ont été distribués au peuple. Une pièce poétique de M. Harduin a été lue, exprimant la joie et la reconnaissance des citoyens d'Arras. Un feu d'artifice et des illuminations étaient prévus, mais la pluie a perturbé leur réalisation. L'édifice pour le feu d'artifice, conçu par l'architecte Beffara, était orné des armes royales et de chronogrammes. La Société Littéraire a exposé des transparents avec des médaillons imaginés par M. Camp, dont le premier représentait l'histoire de l'Artois symbolisée par une femme tenant un médaillon aux armes du Comte d'Artois. Le 6 novembre, un bal a été organisé à l'Hôtel de Ville, décoré somptueusement, avec un buffet pour deux mille personnes. Les États d'Artois ont reporté leurs actions de grâce pour permettre à tous les membres de participer. Le 21 novembre, après une séance solennelle, un Te Deum a été chanté à l'église des Récollets, suivi d'un dîner pour deux cent vingt-cinq personnes. Des salves d'artillerie ont annoncé les santés du Roi, du Dauphin et du nouveau prince, et des pièces d'argent ont été jetées au peuple. Un feu d'artifice en forme de temple a été tiré sur la grande place, illustrant diverses vertus et emblèmes. Les façades de l'Hôtel des États ont été illuminées, et un concert ainsi qu'un bal ont clôturé la fête. Des soupers et distributions de vivres aux pauvres ont été organisés par l'évêque d'Arras et d'autres dignitaires. Le 30 novembre, les Jésuites ont chanté un Te Deum, et une harangue latine a félicité la province pour la naissance du nouveau Comte. D'autres villes de l'Artois ont également célébré cet événement. Par ailleurs, le Roi a nommé de nouveaux commandants pour les côtes de la Méditerranée, la Guyenne, et le Gouvernement de l'Orléannois.
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26
p. *204-204
DE LA HAYE, le 7 Mars.
Début :
Le 5 de ce mois, le mariage de la Princesse Caroline avec le Prince [...]
Mots clefs :
Mariage, Princesse Caroline, Prince, Général de l'infanterie, Fêtes
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texteReconnaissance textuelle : DE LA HAYE, le 7 Mars.
DE LA HAY E , le 7 Mars.
Les de ce mois , le mariage de la Princeffe
Caroline avec le Prince de Nallau -Weilbourg , a
été célébré à la haute Eglife. Il y a eu a ce fujet ,
beaucoup de fêtes dans cette Ville . Le Prince avoit
déjà été nommé par leurs Hautes Puntlances
Général de l'Infanterie .
Les de ce mois , le mariage de la Princeffe
Caroline avec le Prince de Nallau -Weilbourg , a
été célébré à la haute Eglife. Il y a eu a ce fujet ,
beaucoup de fêtes dans cette Ville . Le Prince avoit
déjà été nommé par leurs Hautes Puntlances
Général de l'Infanterie .
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27
p. 192-194
DE VIENNE, le 4 Juin.
Début :
L'Impératrice Reine a fait remettre aux Etats-Géneraux, par le baron [...]
Mots clefs :
Impératrice Reine, Baron, États généraux, Majestés, Déclaration, Angleterre, Prusse, Nominations, Ministre plénipotentiaire, Duc, Mémoire, Prince Charles de Lorraine, Fêtes, Préparatifs , Baron de Laudon, Marquis de Paulmy, Varsovie, Ambassadeur, Congrès
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texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 4 Juin.
De VIENNE , le 4 Juin.
L'Impératrice Reine a fait remettre aux Etats-
Géneraux , par le Baron de Reifchach , Ambaffadeur
Plénipotentiaire de Leurs Majeſtés Imriales
, une déclaration en réponſe à celle des Rois
d'Angleterre & de Pruile.
Elle porte que , pour répondre aux deſirs de
Leurs Majeftés Britannique & Pruffienne pour le
rérabliſſement de la paix , Leurs Majeſtés l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Bohême , le
Roi Très-Chrétien , & l'Impératrice de toutes les
Ruffies , également animées du defir de contri
buer au rétabliffement de la tranquillité publiqua
fur un pied folide & équitable , déclaren:,
Que Sa Majefté Catholique ayant bien voulu
» offrir la médiation pour la guèrre qui fubfifte
» depuis quelques années entre la Erance & l'An-
» gleterre
JUILLET. 1786.
>>
gleterre ; & cette guèrre n'ayant d'ailleurs rien
de commun avec celle que foutiennent égale
ment depuis quelques années les deux Impératrices
avec leurs Alliés contre le Roi de Pruffe
; Sa Majefté Très-Chrétienne eft prête à trai
ter de la paix perſonnelle avec l'Angleterre, par
les bons offices de Sa Majefté Catholique, dont
elle s'eft fait un plaifir d'accepter la médiation.
"Quant à la guerre qui regarde directement
Sa Majefté Pruffienne; leurs Majeftés l'Impérasitrice
Reine de Hongrie & de Bohême , le Rai
Très- Chrétien , & l'Impératrice de Ruffie, font
>> difpofés à donner les mains à l'établitlement du
Congrès propofé. Mais comme , en vertu de
leurs traités , elles ne peuvent prendre aucun
engagement relatif à la paix , que conjointe-
» ment avec leurs Alliés ; il fera nécellaire pour
qu'elles puiffent s'expliquer définitivement fur
ce fajet , qu'avant tout il plaife à Leurs Majeftés
Britannique & Pruffienne de faire parvenir
lear invitation à un Congrès , à toutes.
celles des Puiffances qui fe trouvent directement
en guèrre contre le Roi de Prulle ; nommément
à Sa Majefté le Roi de Suéde , ainfi
» qu'à Sa Majefté le Roi de Pologne , Electeur
» de Saxe , lefquels fpécialement doivent être
invités au futur Congrès.
L'Impératrice Reine nomma , le 3 du mois
dernier , jour de l'Invention de la Sainte-Croix ,
I'Infante Ifabelle, Dame de l'Ordre de la Croix
Etoilée. L'Archiducheffe Marie-Anne reçut , en
fon nom , la Croix , des mains de Sa Majesté.
Le 13 du même mois , la Cour , raſſemblée à
Schonbrun , fut en Gala , à l'occafion de l'Anniverſaire
de l'Impératrice Reine , qui eſt entrée
de ce jour , dans la quarante-quatrième année.
I, Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE:
Le Baron de Breteuil , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi de France auprès de l'Impératrice de
Ruffie , eft parti d'ici pour continuer la route
après avoir pris congé de Leurs Majeſtés .
On apprend de Warfovie , que le Duc
de Courlande eft dangereufement malade. Le
fieur Benoit , Sécrétaire de Légation du Roi de
Pruffe , à la Cour de Pologne , a remis un Mémoire
, en réponse à celui que cette Cour lui avoit
fait remettre parfon Vice- Chancelier . Il nie dans
ce Mémoire la plupart des griefs allégués par
ce Miniftre , & il y forme contre le Roi & la
République de Pologne , un grand nombre dé
plaintes, énoncées d'une maniere fort vive.
Le Prince Charles de Lorraine , & la Prin
ceffe fa foeur , arriveront le mois prochain de
Bruxelles en cette Ville , pour affifter au mariage
de l'Archiduc Jofeph . On travaille aux prépaatifs
des fêtes que l'on donnera à cette occafion.
Toutes les troupes,aux ordres du Baron de Lau
don , campèrent le 31 du mois dernier , dans
les environs de Frankenſtein.
Le Marquis de Paulmy, Miniftre , ci - devant
Secrétaire d'Etat de la Guerre , eft arrivé depuis
peu , dans cette Ville , pour le rendre a Warfovie
en qualité d'Ambafladeur de Sa Majesté Très-
Chrétienne auprès du Roi & de la République de
Pologne. Il a été préfenté , le z de ce mois , à
Leurs Majeftés Impériales & Royales , & à leur
Famille , par le Comte de Choifeul , Ambaffadeur
de France en cette Cour ; & l'Ambaffadrice
a préfenté le même jour , à Sa Majesté Impériale
& Royale Apoftolique , la Marquise de Paulmy.
L'Impératrice Reine a fait remettre aux Etats-
Géneraux , par le Baron de Reifchach , Ambaffadeur
Plénipotentiaire de Leurs Majeſtés Imriales
, une déclaration en réponſe à celle des Rois
d'Angleterre & de Pruile.
Elle porte que , pour répondre aux deſirs de
Leurs Majeftés Britannique & Pruffienne pour le
rérabliſſement de la paix , Leurs Majeſtés l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Bohême , le
Roi Très-Chrétien , & l'Impératrice de toutes les
Ruffies , également animées du defir de contri
buer au rétabliffement de la tranquillité publiqua
fur un pied folide & équitable , déclaren:,
Que Sa Majefté Catholique ayant bien voulu
» offrir la médiation pour la guèrre qui fubfifte
» depuis quelques années entre la Erance & l'An-
» gleterre
JUILLET. 1786.
>>
gleterre ; & cette guèrre n'ayant d'ailleurs rien
de commun avec celle que foutiennent égale
ment depuis quelques années les deux Impératrices
avec leurs Alliés contre le Roi de Pruffe
; Sa Majefté Très-Chrétienne eft prête à trai
ter de la paix perſonnelle avec l'Angleterre, par
les bons offices de Sa Majefté Catholique, dont
elle s'eft fait un plaifir d'accepter la médiation.
"Quant à la guerre qui regarde directement
Sa Majefté Pruffienne; leurs Majeftés l'Impérasitrice
Reine de Hongrie & de Bohême , le Rai
Très- Chrétien , & l'Impératrice de Ruffie, font
>> difpofés à donner les mains à l'établitlement du
Congrès propofé. Mais comme , en vertu de
leurs traités , elles ne peuvent prendre aucun
engagement relatif à la paix , que conjointe-
» ment avec leurs Alliés ; il fera nécellaire pour
qu'elles puiffent s'expliquer définitivement fur
ce fajet , qu'avant tout il plaife à Leurs Majeftés
Britannique & Pruffienne de faire parvenir
lear invitation à un Congrès , à toutes.
celles des Puiffances qui fe trouvent directement
en guèrre contre le Roi de Prulle ; nommément
à Sa Majefté le Roi de Suéde , ainfi
» qu'à Sa Majefté le Roi de Pologne , Electeur
» de Saxe , lefquels fpécialement doivent être
invités au futur Congrès.
L'Impératrice Reine nomma , le 3 du mois
dernier , jour de l'Invention de la Sainte-Croix ,
I'Infante Ifabelle, Dame de l'Ordre de la Croix
Etoilée. L'Archiducheffe Marie-Anne reçut , en
fon nom , la Croix , des mains de Sa Majesté.
Le 13 du même mois , la Cour , raſſemblée à
Schonbrun , fut en Gala , à l'occafion de l'Anniverſaire
de l'Impératrice Reine , qui eſt entrée
de ce jour , dans la quarante-quatrième année.
I, Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE:
Le Baron de Breteuil , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi de France auprès de l'Impératrice de
Ruffie , eft parti d'ici pour continuer la route
après avoir pris congé de Leurs Majeſtés .
On apprend de Warfovie , que le Duc
de Courlande eft dangereufement malade. Le
fieur Benoit , Sécrétaire de Légation du Roi de
Pruffe , à la Cour de Pologne , a remis un Mémoire
, en réponse à celui que cette Cour lui avoit
fait remettre parfon Vice- Chancelier . Il nie dans
ce Mémoire la plupart des griefs allégués par
ce Miniftre , & il y forme contre le Roi & la
République de Pologne , un grand nombre dé
plaintes, énoncées d'une maniere fort vive.
Le Prince Charles de Lorraine , & la Prin
ceffe fa foeur , arriveront le mois prochain de
Bruxelles en cette Ville , pour affifter au mariage
de l'Archiduc Jofeph . On travaille aux prépaatifs
des fêtes que l'on donnera à cette occafion.
Toutes les troupes,aux ordres du Baron de Lau
don , campèrent le 31 du mois dernier , dans
les environs de Frankenſtein.
Le Marquis de Paulmy, Miniftre , ci - devant
Secrétaire d'Etat de la Guerre , eft arrivé depuis
peu , dans cette Ville , pour le rendre a Warfovie
en qualité d'Ambafladeur de Sa Majesté Très-
Chrétienne auprès du Roi & de la République de
Pologne. Il a été préfenté , le z de ce mois , à
Leurs Majeftés Impériales & Royales , & à leur
Famille , par le Comte de Choifeul , Ambaffadeur
de France en cette Cour ; & l'Ambaffadrice
a préfenté le même jour , à Sa Majesté Impériale
& Royale Apoftolique , la Marquise de Paulmy.
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Résumé : DE VIENNE, le 4 Juin.
Le 4 juin 1786, l'Impératrice Reine de Hongrie et de Bohême a transmis une déclaration aux États-Généraux via le Baron de Reifchach, ambassadeur des Majestés Impériales. Cette déclaration répondait à celle des Rois d'Angleterre et de Prusse concernant le rétablissement de la paix. L'Impératrice Reine, le Roi Très-Chrétien et l'Impératrice de toutes les Russies exprimaient leur désir de contribuer à la tranquillité publique sur une base solide et équitable. La France, par l'intermédiaire de Sa Majesté Catholique, proposait sa médiation pour mettre fin à la guerre entre la France et l'Angleterre, indépendamment des conflits impliquant les deux Impératrices et leurs alliés contre le Roi de Prusse. La France était prête à négocier une paix personnelle avec l'Angleterre sous la médiation de la Majesté Catholique. Pour la guerre impliquant la Prusse, les Majestés Impériales étaient disposées à participer à un congrès proposé, mais elles nécessitaient l'invitation de toutes les puissances en guerre contre la Prusse, notamment le Roi de Suède et le Roi de Pologne. Le 3 juillet, l'Impératrice Reine a nommé l'Infante Isabelle, Dame de l'Ordre de la Croix Étoilée, et l'Archiduchesse Marie-Anne a reçu la Croix des mains de Sa Majesté. Le 13 juillet, la Cour s'est rassemblée à Schönbrun pour célébrer l'anniversaire de l'Impératrice Reine, qui entrait dans sa quarante-quatrième année. Le Baron de Breteuil, ministre plénipotentiaire du Roi de France auprès de l'Impératrice de Russie, a quitté Vienne. À Varsovie, le Duc de Courlande était gravement malade, et le Sieur Benoit, secrétaire de légation du Roi de Prusse, a remis un mémoire en réponse à celui du Vice-Chancelier de Pologne, contestant les griefs et formulant de nombreuses plaintes. Le Prince Charles de Lorraine et la Princesse sa sœur devaient arriver de Bruxelles pour assister au mariage de l'Archiduc Joseph. Les troupes du Baron de Laudon ont campé près de Frankenstein. Le Marquis de Paulmy, ancien secrétaire d'État à la Guerre, est arrivé en qualité d'ambassadeur de Sa Majesté Très-Chrétienne auprès du Roi et de la République de Pologne.
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28
p. 179-180
De VIENNE, le 20 Septembre.
Début :
Selon les nouvelles de Constantinople, la révolte du Pacha d'Iconium [...]
Mots clefs :
Révolte, Pacha , Grand seigneur, Fêtes, Mariage, Comte, Concert, Repas, Bal, Procession, Commémorations, Siège, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 20 Septembre.
De VIENNE , le 20 Septembre."
SELON
ELON les nouvelles de Conftantinople , la révolte
du Pacha d'Iconium commence à donner de
l'inquiétude au Divan. Ce Pacha , à la tête de
quinze mille hommes , s'eft mis en marche de fon
Gouvernement vers cette Capitale . On prétend
que le Grand-Seigneur la fait allurer de la grâce
s'il rentroit dans fon devoir ; mais on ne croit pas
que ce Rebelle fe laiffe prendre à ce piege , & il
faudra employer la force pour le foumettre .
Les fêtes préparées pour le mariage de l'Archi-
Duc Jofeph avec l'Infante Ifabelle , viennent de
commencer. La nouvelle de la conclufion de ce
mariage fut apportée le 14 de ce mois , par le
Comte de Kaunitz-Rittberg , Chambellan de leurs
Majeftés Impériales , fils aîné du Comte de ce
nom , Chancelier de Cour & d'Etat ; la Cour ſe
mit , à cette occafion , en grand gala pour trois
jours , & leurs Majeftés Impériales furent compli
mentées par les Ambaffadeurs & les Miniftres,
étrangers , ainfi que par la haute Nobleffe. Elles
dînerent enfuite en Public avec les Archiducs Jofeph
, Charles & Léopold , quatre des Archidscheffes
, & avec le Prince Charles & la Princeffe
Charlotte de Lorraine. On exécuta un beau Concert
pendant le repas. Le foir , il y eur un bal paré
qui fut fuivi d'un grand fouper. Le matin , Leurs
Majeftés Impériales , accompagnées de l'Archiduc
Jofeph , avoient affifté à la Proceffion qui fe fait
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
annnellement , en mémoire de la levée du Siége
de cette Capitale , par les Turcs en 1683. L'Artillerie
des remparts fit une triple falve , à chacune
defquelles la Garniſon répondit par le feu de fa
Moufquetterie.
Le Comte de Palfi , Général d'Infanterie , fut
déclaré, le même jour, Capitaine de la Compagnie
des Gardes du Corps , formée par le Royaume de
Hongrie, pour
la Garde de l'Archiduc & de l'Archiduchelle
.
On a reçu
de Parme , le détail fuivant des cérémonies
qui ont été faites , à l'occafion du Mariage
de l'Archiduc Jofeph avec l'Infante Ifabelle.
SELON
ELON les nouvelles de Conftantinople , la révolte
du Pacha d'Iconium commence à donner de
l'inquiétude au Divan. Ce Pacha , à la tête de
quinze mille hommes , s'eft mis en marche de fon
Gouvernement vers cette Capitale . On prétend
que le Grand-Seigneur la fait allurer de la grâce
s'il rentroit dans fon devoir ; mais on ne croit pas
que ce Rebelle fe laiffe prendre à ce piege , & il
faudra employer la force pour le foumettre .
Les fêtes préparées pour le mariage de l'Archi-
Duc Jofeph avec l'Infante Ifabelle , viennent de
commencer. La nouvelle de la conclufion de ce
mariage fut apportée le 14 de ce mois , par le
Comte de Kaunitz-Rittberg , Chambellan de leurs
Majeftés Impériales , fils aîné du Comte de ce
nom , Chancelier de Cour & d'Etat ; la Cour ſe
mit , à cette occafion , en grand gala pour trois
jours , & leurs Majeftés Impériales furent compli
mentées par les Ambaffadeurs & les Miniftres,
étrangers , ainfi que par la haute Nobleffe. Elles
dînerent enfuite en Public avec les Archiducs Jofeph
, Charles & Léopold , quatre des Archidscheffes
, & avec le Prince Charles & la Princeffe
Charlotte de Lorraine. On exécuta un beau Concert
pendant le repas. Le foir , il y eur un bal paré
qui fut fuivi d'un grand fouper. Le matin , Leurs
Majeftés Impériales , accompagnées de l'Archiduc
Jofeph , avoient affifté à la Proceffion qui fe fait
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
annnellement , en mémoire de la levée du Siége
de cette Capitale , par les Turcs en 1683. L'Artillerie
des remparts fit une triple falve , à chacune
defquelles la Garniſon répondit par le feu de fa
Moufquetterie.
Le Comte de Palfi , Général d'Infanterie , fut
déclaré, le même jour, Capitaine de la Compagnie
des Gardes du Corps , formée par le Royaume de
Hongrie, pour
la Garde de l'Archiduc & de l'Archiduchelle
.
On a reçu
de Parme , le détail fuivant des cérémonies
qui ont été faites , à l'occafion du Mariage
de l'Archiduc Jofeph avec l'Infante Ifabelle.
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Résumé : De VIENNE, le 20 Septembre.
Le 20 septembre, des nouvelles de Constantinople signalent une révolte du Pacha d'Iconium, qui inquiète le Divan. À la tête de quinze mille hommes, ce Pacha avance vers la capitale. Le Grand-Seigneur lui propose la grâce s'il se soumet, mais son acceptation est incertaine, rendant une intervention militaire possible. À Vienne, les festivités pour le mariage de l'Archiduc Joseph avec l'Infante Isabelle ont débuté. La nouvelle du mariage a été annoncée le 14 septembre par le Comte de Kaunitz-Rittberg. La cour s'est mise en grand gala pendant trois jours, avec des compliments des ambassadeurs, ministres étrangers et haute noblesse. Un dîner public, un concert et un bal ont suivi. Le matin, les Majestés Impériales ont assisté à une procession commémorant la levée du siège de Vienne par les Turcs en 1683. Le Comte de Palfi a été nommé Capitaine de la Compagnie des Gardes du Corps hongrois pour la garde de l'Archiduc et de l'Archiduchesse. Des détails des cérémonies du mariage à Parme ont également été reçus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 211
AVERTISSEMENT.
Début :
Les fêtes publiques n'ayant été terminées que le 23 du mois précédent, [...]
Mots clefs :
Fêtes, Relations, Lecteurs, Précisions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT .
Es fêtes publiques n'ayant été terminées que
le 23 du mois précédent , il ne nous reftoit pas
affez de temps pour en donner des Relations détaillées
, comme nous nous propofons de le faire
dans les Volumes faivans . Pour fatisfaire cependant
le jufte empreffement de nos Lecteurs à ce
fujet , nous avons fait des efforts afin de leur en
donner au moins dans celui - ci , un Précis Sommaire
, mais exact . Nous espérons qu'en faveur.
de notre artention & de nos foins , on voudra
bien nous exculer d'avoir, retardé de quelques
jours la diftribution du Mercure de ce mois.
Es fêtes publiques n'ayant été terminées que
le 23 du mois précédent , il ne nous reftoit pas
affez de temps pour en donner des Relations détaillées
, comme nous nous propofons de le faire
dans les Volumes faivans . Pour fatisfaire cependant
le jufte empreffement de nos Lecteurs à ce
fujet , nous avons fait des efforts afin de leur en
donner au moins dans celui - ci , un Précis Sommaire
, mais exact . Nous espérons qu'en faveur.
de notre artention & de nos foins , on voudra
bien nous exculer d'avoir, retardé de quelques
jours la diftribution du Mercure de ce mois.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Un avertissement informe d'un retard dans la publication des détails des fêtes publiques du 23 du mois précédent. Les auteurs présentent un résumé succinct pour satisfaire la curiosité des lecteurs, espérant que leur diligence sera comprise et excusée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 153
DESCRIPTIONS particulières & détaillées.
Début :
POUR acquiter l'engagement pris dans le précédent volume, nous allons donner [...]
Mots clefs :
Description, Engagement, Fêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTIONS particulières & détaillées.
DESCRIPTIONS particulières &
POUR
détaillées.
.
OUR acquiter l'engagement pris dans
le précédent volume , nous allons don
ner quelques détails fur les grands obe
jets des fêtes dont nous avions commencé
à parler en général au commencement:
de ce mois.
POUR
détaillées.
.
OUR acquiter l'engagement pris dans
le précédent volume , nous allons don
ner quelques détails fur les grands obe
jets des fêtes dont nous avions commencé
à parler en général au commencement:
de ce mois.
Fermer
31
p. 153-154
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE 25 Juillet, on a donné sur ce Théâtre la première représentation des [...]
Mots clefs :
Représentation, Chasseurs, Fêtes, Scènes, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE. ›
L E 25 Juillet , on a donné fur ce
Théâtre la première repréſentation des
Deux Chaffeurs & de la Laitiere , Fables
dialoguées & mêlées d'Ariettes , fuivie
de la neuviéme repréſentation des Fêtes
de la Paix , auxquelles on a ajouté de
nouvelles Scènes & un Ballet qui ont
fait beaucoup de plaifir . On continue ce
même Spectacle avec un très- grand fuc-
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
cès ; nous rendrons un compte plus dé
taillé dans le prochain Mercure de la
Piéce nouvelle des Chaffeurs , & des
Scènes , ainfi que du Ballet ajoutés aux
Fêtes de la Paix.
L E 25 Juillet , on a donné fur ce
Théâtre la première repréſentation des
Deux Chaffeurs & de la Laitiere , Fables
dialoguées & mêlées d'Ariettes , fuivie
de la neuviéme repréſentation des Fêtes
de la Paix , auxquelles on a ajouté de
nouvelles Scènes & un Ballet qui ont
fait beaucoup de plaifir . On continue ce
même Spectacle avec un très- grand fuc-
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
cès ; nous rendrons un compte plus dé
taillé dans le prochain Mercure de la
Piéce nouvelle des Chaffeurs , & des
Scènes , ainfi que du Ballet ajoutés aux
Fêtes de la Paix.
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32
p. 188-190
DE FONTAINEBLEAU, le 16 Novembre 1763.
Début :
Le Roi a nommé l'Évêque de Comminges à l'Évêché de Châlons-sur-Marne, l'Abbé d'Osmond, [...]
Mots clefs :
Évêque, Nominations, Comte, Abbaye, Diocèse, Messe, Baptême, Prince, Ministre plénipotentiaire de l'Impératrice de Russie, Audience du roi, Duc, Démission, Plaisirs, Fêtes, Opéra, Décorations, Assemblée, Famille royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE FONTAINEBLEAU, le 16 Novembre 1763.
DE FONTAINEBLEAU , le 16 Novembre 1763 .
LE a
E Roi a nommé l'Evêque de Comminges à
l'Evêché de Châlons-fur- Marne , l'Abbé d'Ofmond,
Comte de Lyon , Vicaire Général du Diocèle
d'Auxerre , à l'Evêché de Comminges ; l'Abbé
de la Chataigneraye , Comte de Lyon , Aumônier
du Roi , à l'Evêché de Saintes , & l'Abbé de
Narbonne - Lara , Vicaire Général du Diocèfe
d'Agen , à l'Evêché de Gap . Sa Majesté a donné
en même temps l'Abbaye de Montier , à l'Evêque
de Châlons ; l'Abbaye de Saint Gildas des Bois ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Nantes , à
l'Abbé de Valory , Prévôt de l'Eglife Collégiale
de Saint Pierre à Lille ; l'Abbaye de l'Ile -Chauvet,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Luçon
à l'Abbé de Menou , Vicaire Général du Diocèle
de la Rochelle ; l'Abbaye de Neauffe le Vieux ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèſe de Chartres , à
l'Abbé de Radonvilliers , Sous - Précepteur des Enfans
de France ; l'Abbaye de Saint Jean en Val
lée , Ordre de Saint Auguftin , Diocèfe de Char
JANVIER. 1764. 189
tres , à l'Abbé Dromgheld ; l'Abbaye de Mont-de-
Sion , Ordre de Citeaux , Diocèle de Marſeille ,
à la Dame de Gafparis , Religieufe au Monaſtere
des Bernardines d'Aubagne , même Diocèle ; l'Abbaye
de Saint Bernard lès-Bayonne , Ordre de
Citeaux , Diocèle d'Acqs , à la Dame de Membrede
, Religieufe de la même Abbaye ; l'Abbaye de
la Bourdilliere , Diocèle de Tours , à la Dame de
la Roche - Menou , Religieufe de la même Abbaye.
Le 30 du mois dernier , le Roi , après avoir entendu
la Meffe , tint avec Madame Victoire , fur
les fonts de Baptême , Louis-Victoire- Hippolyte-
Luce de Montmorin de Saint- Herem , fils du
Marquis de Montmorin , Lieutenant Général des
Armées du Roi , & Gouverneur de Fontainebleau.
Le Baptême fut adminiftré par l'Archevêque de
Rheims , Grand Aumônier de France , en préfence
du fieur Magniere , Curé de la Paroiffe , & du
Pere Poinfignon , Docteur de Sorbonne , & Miniftre
des Religieux du Château . Sa Majefté , précédée
des Huiffiers de fa Chambre portant leurs
Mafles , fut conduite à cette cérémonie par le
Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies.
2
Le 6 de ce mois , le Prince Mitrix de Gallitzin ,
Miniftre Plénipotentiaire de l'Impératrice de Ruf
fie , eut une audience particuliere du Roi , à qui il
remit fes Lettres de créance. Le 8 , le Général de
Fontenay , Envoyé Extraordinaire de l'Electeur
de Saxe eut auffi une audience particuliere
de Sa Majefté , & lui remit fa Lettre de
créance . Ces deux Miniftres furent conduits à ces
Audiences , ainfi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin ,de Madame & de Meldames,
par le fieur de la Live , Introducteur des Ambal
Ladeurs.j
go MERCURE DE FRANCE.
Le Duc de Villeroy , Capitaine de la premiere
Compagnie des Gardes du Roi , ayant donné la
démillion du Gouvernement de Lyon , Sa Majefté
en a difpofé en faveur du Marquis de Villeroy ;
& la place de Lieutenant Général de la Province ,
dont ce dernier étoit pourvu , a été donnée au
Duc de Villeroy .
•
Depuis que le Roi eft arrivé ici , les plaiſirs &
les fêtes fe font fuccédées fans interruption , & ont
rendu la Cour auffi brillante que nombreuſe.
Parmi les différens Spectacles qui ont été donnés ,
on a exécuté avec le plus grand fuccès les Opéra
de Dardanus , de Scanderberg , & de Caftor & Pollux.
La richeffe des décorations & des habits ,
jointe au mérite de l'exécution , a donné à ces repréfentations
tout l'éclat & l'intérêt dont elles
font fufceptibles, & Sa Majeſté en a paru fatisfaite.
Le 29 Octobre & le 6 de ce mois , il y a eu Bal
dans la Salle du Spectacle , qui avoit été ornée
pour cet effet avec autant de goût que de magnificence.
Le Duc de Chartres & le Prince de Condé
, avec plufieurs Seigneurs de la Cour, y ont
formé différens Quadrilles ingénieufement imaginés
, & très bien exécutés . Le Roi , la Reine ,
les Princes & Princelles du Sang , ont honoré de
leurs préfences ces Affemblées auxquelles avoient
été invités les Amballadeurs & les Miniftres Etrangers.
Les Fêtes ont été ordonnées par le Duc de
Duras , premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi en exercice , & dirigées par le fieur de la Ferté ,
Intendant des Menus - Plaiſirs de Sa Majeſté.
Le 14 de ce mois , le Roi eft parti d'ici pour
Choify , d'où Sa Majefté s'eft rendue le 16 à
Verſailles. La Reine & Mefdames font authi parties
le 14 pour le rendre à Versailles.
LE a
E Roi a nommé l'Evêque de Comminges à
l'Evêché de Châlons-fur- Marne , l'Abbé d'Ofmond,
Comte de Lyon , Vicaire Général du Diocèle
d'Auxerre , à l'Evêché de Comminges ; l'Abbé
de la Chataigneraye , Comte de Lyon , Aumônier
du Roi , à l'Evêché de Saintes , & l'Abbé de
Narbonne - Lara , Vicaire Général du Diocèfe
d'Agen , à l'Evêché de Gap . Sa Majesté a donné
en même temps l'Abbaye de Montier , à l'Evêque
de Châlons ; l'Abbaye de Saint Gildas des Bois ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Nantes , à
l'Abbé de Valory , Prévôt de l'Eglife Collégiale
de Saint Pierre à Lille ; l'Abbaye de l'Ile -Chauvet,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Luçon
à l'Abbé de Menou , Vicaire Général du Diocèle
de la Rochelle ; l'Abbaye de Neauffe le Vieux ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèſe de Chartres , à
l'Abbé de Radonvilliers , Sous - Précepteur des Enfans
de France ; l'Abbaye de Saint Jean en Val
lée , Ordre de Saint Auguftin , Diocèfe de Char
JANVIER. 1764. 189
tres , à l'Abbé Dromgheld ; l'Abbaye de Mont-de-
Sion , Ordre de Citeaux , Diocèle de Marſeille ,
à la Dame de Gafparis , Religieufe au Monaſtere
des Bernardines d'Aubagne , même Diocèle ; l'Abbaye
de Saint Bernard lès-Bayonne , Ordre de
Citeaux , Diocèle d'Acqs , à la Dame de Membrede
, Religieufe de la même Abbaye ; l'Abbaye de
la Bourdilliere , Diocèle de Tours , à la Dame de
la Roche - Menou , Religieufe de la même Abbaye.
Le 30 du mois dernier , le Roi , après avoir entendu
la Meffe , tint avec Madame Victoire , fur
les fonts de Baptême , Louis-Victoire- Hippolyte-
Luce de Montmorin de Saint- Herem , fils du
Marquis de Montmorin , Lieutenant Général des
Armées du Roi , & Gouverneur de Fontainebleau.
Le Baptême fut adminiftré par l'Archevêque de
Rheims , Grand Aumônier de France , en préfence
du fieur Magniere , Curé de la Paroiffe , & du
Pere Poinfignon , Docteur de Sorbonne , & Miniftre
des Religieux du Château . Sa Majefté , précédée
des Huiffiers de fa Chambre portant leurs
Mafles , fut conduite à cette cérémonie par le
Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies.
2
Le 6 de ce mois , le Prince Mitrix de Gallitzin ,
Miniftre Plénipotentiaire de l'Impératrice de Ruf
fie , eut une audience particuliere du Roi , à qui il
remit fes Lettres de créance. Le 8 , le Général de
Fontenay , Envoyé Extraordinaire de l'Electeur
de Saxe eut auffi une audience particuliere
de Sa Majefté , & lui remit fa Lettre de
créance . Ces deux Miniftres furent conduits à ces
Audiences , ainfi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin ,de Madame & de Meldames,
par le fieur de la Live , Introducteur des Ambal
Ladeurs.j
go MERCURE DE FRANCE.
Le Duc de Villeroy , Capitaine de la premiere
Compagnie des Gardes du Roi , ayant donné la
démillion du Gouvernement de Lyon , Sa Majefté
en a difpofé en faveur du Marquis de Villeroy ;
& la place de Lieutenant Général de la Province ,
dont ce dernier étoit pourvu , a été donnée au
Duc de Villeroy .
•
Depuis que le Roi eft arrivé ici , les plaiſirs &
les fêtes fe font fuccédées fans interruption , & ont
rendu la Cour auffi brillante que nombreuſe.
Parmi les différens Spectacles qui ont été donnés ,
on a exécuté avec le plus grand fuccès les Opéra
de Dardanus , de Scanderberg , & de Caftor & Pollux.
La richeffe des décorations & des habits ,
jointe au mérite de l'exécution , a donné à ces repréfentations
tout l'éclat & l'intérêt dont elles
font fufceptibles, & Sa Majeſté en a paru fatisfaite.
Le 29 Octobre & le 6 de ce mois , il y a eu Bal
dans la Salle du Spectacle , qui avoit été ornée
pour cet effet avec autant de goût que de magnificence.
Le Duc de Chartres & le Prince de Condé
, avec plufieurs Seigneurs de la Cour, y ont
formé différens Quadrilles ingénieufement imaginés
, & très bien exécutés . Le Roi , la Reine ,
les Princes & Princelles du Sang , ont honoré de
leurs préfences ces Affemblées auxquelles avoient
été invités les Amballadeurs & les Miniftres Etrangers.
Les Fêtes ont été ordonnées par le Duc de
Duras , premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi en exercice , & dirigées par le fieur de la Ferté ,
Intendant des Menus - Plaiſirs de Sa Majeſté.
Le 14 de ce mois , le Roi eft parti d'ici pour
Choify , d'où Sa Majefté s'eft rendue le 16 à
Verſailles. La Reine & Mefdames font authi parties
le 14 pour le rendre à Versailles.
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Résumé : DE FONTAINEBLEAU, le 16 Novembre 1763.
Le 16 novembre 1763, à Fontainebleau, le Roi a procédé à plusieurs nominations ecclésiastiques. L'Évêque de Comminges a été nommé à l'Évêché de Châlons-sur-Marne, l'Abbé d'Ofmond à l'Évêché de Comminges, l'Abbé de la Chataigneraye à l'Évêché de Saintes, et l'Abbé de Narbonne-Lara à l'Évêché de Gap. Par ailleurs, le Roi a attribué diverses abbayes à plusieurs abbés et religieuses. Le 30 octobre 1763, le Roi a organisé une cérémonie de baptême pour Louis-Victoire-Hippolyte-Luce de Montmorin de Saint-Herem, fils du Marquis de Montmorin. Cette cérémonie a été dirigée par l'Archevêque de Reims et s'est déroulée en présence de nombreux dignitaires. Le 6 janvier 1764, le Prince Mikhaïl de Gallitzin, ministre plénipotentiaire de l'Impératrice de Russie, et le Général de Fontenay, envoyé extraordinaire de l'Électeur de Saxe, ont eu des audiences privées avec le Roi. Le Duc de Villeroy a reçu le Gouvernement de Lyon et la place de Lieutenant Général de la Province. Depuis l'arrivée du Roi à Fontainebleau, diverses fêtes et spectacles ont été organisés, incluant des représentations d'opéras et des bals. Le Roi, la Reine, et les Princes du Sang ont assisté à ces événements. Le 14 janvier 1764, le Roi a quitté Fontainebleau pour se rendre à Choisy, puis à Versailles, accompagné de la Reine et de Mesdames.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 206-210
MARIAGES.
Début :
Henri-Bernard, Marquis d'Espagne, Capitaine de Cavalerie, & premier [...]
Mots clefs :
Capitaine de cavalerie, Vicomte, Demoiselle, Bénédiction nuptiale, Marquis, Gouverneur, Comte, Maison de Cabalby, Mariage, Famille, Décès, Héritiers, Charles d'Espagne, Fêtes, Décorations, Lumières, Magistrat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
M A R I A G E S.
Henri-Bernard, Marquis d'Eſpagne, Capitaine
de Cavalerie, & premier Baron né des Etats de la
Vicomté de Nebouzan, a épouſé la nuit du 27 au
28 Décembre dernier, Demoiſelle Claire-Char
lotte de Cabalby, à S. Lézier, dans la Chapelle
Epiſcopale de M. l'Evêque de Couzerans, qui leur
a donné la Bénédiction nuptiale. M. le Maréchal
Duc de Richelieu avec la principale Nobleſſe de la
Province, avoit honoré ſon contrat de mariage
de ſa préſence. Le Marquis d'Eſpagne, ſeul de
ſon nom, eſt fils unique de feu Joſeph-André,
| Marquis d'Eſpagne, Gouverneur pour le Roi de
ladite Vicomté, & de Dame Françoiſe de l'ancien
ne & illuſtre Maiſon d'Orbeſſan.
Mademoiſelle de Cabalby eſt fille & héritière
d'Octavien de Cabalby, Baron d'Eſplas, Gouver
neur pour Sa Majeſté de la Ville & Vallée de Seix,
& Commandant ſous les ordres de M. le Maréchal
Duc de Richelieu dans ſa partie du Couzerans, &
de feue Dame Jeanne de Dupac. Le Marquis d'Eſ
pagne deſcend en ligne directe de Léon d'Eſpagne,
Prince ſorti du Sang Royal de Léon, portant
pour armes le Lion de gueule au champ d'argent,
Comte de Paillas, & Vicomte de Couzerans, qui
épouſa la fille unique du Seigneur de Monteſpan ;
& de leur mariage vint Roger I. d'Eſpagne ,
Seigneur de Monteſpan , Comte de Paillas, &
Vicomte de Couzerans , lequel épouſa Grize
de Riviere, fille unique & héritière du Seigneur
de Riviere, Seigneur de la Ville de Montrejan,
· & Baron de Borderes ; qui eut pour fils Ar
naud d'Eſpagne , premier de ce nom , Sel
·gneur de Monteſpan , Comte de Paillas, & Vi
M A I. 1764. 2o7
comte de Couzerans, quiépouſa Philippe de Foix,
fille de Roger-Bernard, ſixiéme de ce nom, &
huitiéme Comte de Foix , ſoeur d'Eſclarmonde de
Foix, Reine de Majorque ; qui eut pour fils Ar
naud II. d'Eſpagne, Seigneur de Monteſpan,
Comte de Paillas, & Vicomte de Couzerans, qui
épouſa Marquéſe de Benac ; & de leur mariage
ſortit Azemar d'Eſpagne, premier de ce nom,
qui épouſa Léonore de Vellere, héritière de la
Maiſon de Vellere en Eſpagne, & de leur mariage
ſortit Arnaud III d'Eſpagne, Seigneur de Monteſ
pan, Sénéchal & Gouverneur de Carcaſſonne,
qui épouſa Demoiſelle de la Barthe ; & de leur
mariage ſortit Roger II du nom, Seigneur de
Monteſpan, Chevalier de l'Ordre du Roi , ſon
Chambellan , Gouverneur & Sénéchal de Tou
louſe, Albigeois & Carcaſſonne, qui épouſa Claire
de Gramont ; d'où ſortit Roger III du nom, Sei
gneur de Monteſpan, Chevalier de l'Ordre du
Roi, qui épouſa Jacquette de Moleon , d'où ſortit
Matthieu I d'Eſpagne, Seigneur de Monteſpan,
qui épouſa Catherine de Foix, & de leur mariage
ſortit trois enfans mâles. Le premier Roger IV du
nom , le ſecond, Arnaud IV du nom, & le troi
ſiéme, Charles I d'Eſpagne, qui eut pour appana
ge la Baronie de§Roger IV, qui étoit
Chevalier des Ordres du Roi, mourut ſans poſté
rité. Arnaud IV d'Eſpagne, ſon frère, lui ſuccéda,
* qui épouſa Magdelaine Daure, fille de Geraud
Daure, Chevalier des Ordres du Roi , Baron de
Larbouſt ; & de leur mariage ſortit Roger V du
nom, Chevalier des Ordres du Roi , qui mourut
ſans poſtérité, & qui, malgré la ſubſtitution gra
duelle & perpétuelle établie depuis pluſieurs ſiécles
dans la Maiſon d'Eſpagne, fit paſſer, au préjudice
de ſon oncleCharles I d'Eſpagne, Baron de Rame
2C8 MERCURE DE FRANCE.
fort, tous les biens de la Branche aînée à ſa ſoeur
Paule d'Eſpagne, qui ſe maria dans la Maiſon de
Gondrin. Charles I d'Eſpagne continua la poſté
rité , & épouſa Marie d'Aſté, fille de Jean Daure,
Vicomte d'Aſté, & ſoeur de Manaut Daure, qui
épouſa Claire de Gramont. Lequel Charles I
d'Eſpagne eut pour fils Onofre d'Eſpagne , Baron
de Ramefort, qui étoit Colonel d'un Régiment
qui a ſervi avec beaucoup de diſtinction en Pro
-vence. Il épouſa Catherine de Saman de la Mai
ſon d'Eſtarac, d'où eſt ſorti Jean-Alexandre d'Eſ
, pagne,'qui avoit commencé à ſervir à douze ans ;
il fut bleſſé dans quatre ou cinq occaſions différen
tes, & fut tué ſur la brêche de la Ville de Lambeſc,
âgé de vingt-quatre ans, Capitaine aux Gardes ,
& un des plus valeureux Capitaines de ſon temps.
Le Roi lui avoit donné , entre autres récompenſes,
pour l'aider à ſe ſoutenir dans le ſervice ſelon ſa
qualité, le Marc-d'or dû à ſon Avènement à la
Couronne. Charles II d'Eſpagne ſon frère lui ſuc
céda, qui a ſervi avec beaucoup de diſtinction, &
fut Gouverneur de la Ville & Citadelle de Siſteron,
& Capitaine d'une Compagnie de cent Hommes
d'Armes. Il épouſa Jeanne de Saman de la même
Maiſon de ſa mère , d'où eſt ſorti Charles III
: d'Eſpagne , Baron de Ramefort , qui épouſa Mar
guerite de Saint-Paſtou ; d'où ſortit Melkior d'Eſ
, pagne, Baron de Ramefort , qui épouſa Françoiſe
: d'Orbeſſan , d'où eſt ſorti Charles IV d'Eſpagne,
qui a commencé ſes ſervices dans le Régiment de
Ségur , qui épouſa Marguerite de Sapte, d'où eſt
- ſorti Joſeph-André Marquis d'Eſpagne , Baron de
- Ramefort, Gouverneur & Sénéchal de la Vicomté
de Nebouzan , qui a ſervi long-temps dans les
Régimens de Dunois & d'Auvergne, ayant reçu
- des bleſſures conſidérables deſquelles il eſt mort 1
- M A I. 1764. 2og
s'étant rouvertes le 8 Octobre r7 59. Il avoit épou
ſé Françoiſe d'Orbeſſan, & a laiſſé, comme il a
été dit pour fils unique Henri-Bernard†
d'Eſpagne. Pluſieurs filles de cette Maiſon ſont
aliiées avec des Maiſons très-illuſtres du Royaume3
entr'autres avec celles de Noailles, de Puyſegur,
de Gondrin , d'Auſſun , de Narbonne & autres.
Différens Cadets de cette Maiſon ont ſervi dans
des grades ſupérieurs, & s'y ſont également diſ
tingués. D'autres qui ont pris l'Etat Eccléſiaſtique,
ont été Evêques de Cominges, Rieux & Leitoure,
Le Mariage de M. le Comte de Freſnay, Capi
taine au Régiment du Roi, avec Mlle l'Eſcalopier,
fille de M. l'Eſcalopier , Intendant de Tours, a été
célébré le premier de ce mois dans l'Egliſe de S.
Hilaire , Paroiſſe de cette Ville.
M. & Madame l'Eſcalopier ont reçu à cette oc
caſion les complimens de tous les Corps & Compa
† de la Ville, qui étoient dictés par l'eſtime &
e ſentiment. Mais le zèle public s'eſt encore plus
particulièrement ſignalé dans la Fête qui leur a été
donnée le Dimanche quatre de Mars, par les per
ſonnes les plus diſtinguées de la Nobleſſe, de la
Robe & du Commerce. Plus de quatre - vingt
Chefs de Familles repréſentant ces différens Etats,
ſe ſont réunis pour y contribuer. Elle a été célébrée
dans la Salle ordinaire du Spectacle, dont le Par
terre avoit été mis au niveau du Théâtre. Un
nombre conſidérable de luſtres, de girandoles &
de conſoles chargés de bougies ingénieuſementdiſ
poſées y jettoient une lumière éclatante, des guir
landes de fleurs entrelacées dans des ſujets allégo
riques à la Fête la caractériſoient.Une table en fer
à-cheval, garnie de cent cinquante couverts occu
- pés par autant de Dames galamment vêtues,en or
A
21o MERCURE DE FRANCE.
noient le contour. Sur les huit heures du ſolr elle
fut ſervie ſplendidement. Chaque Cavalier ſervoit
ſa Dame. Les premières & ſecondes Loges rem
plies de Spectateurs, formoient un coup-d'oeil
agréable. Les honneurs du repas ont été déférés à
M. l'Eſcalopier, premier Magiſtrat de la Provin
ce , & à ſa Famille, dont la ſanté a été célébrée
à pluſieurs repriſes au bruit des inſtrumens de
† Le ſouper a fini à onze heures, & a été
ivi d'un Bal où toutes les Dames de la Ville qui
n'avoient pu être du repas, ſe rendirent, les unes
en habits galans, les autres maſquées. S'il eſt dif
ficile d'expoſer au naturel le coloris de la joie, il
l'eſt encore plus de rendre le tableau touchant de
la tendreſſe & de la vénération publique, qui a fait
le principal ornement de cette Fête : Monument
flatteur & reſpectable de l'hommage dû aux vertus
d'un Magiſtrat auſſi diſtingué par ſa naiſſance que
par ſon affabilité, ſon amour pour le bien public,
& par toutes les qualités qui conſtituent eſſentiel
lement l'Homme d'Etat.
Henri-Bernard, Marquis d'Eſpagne, Capitaine
de Cavalerie, & premier Baron né des Etats de la
Vicomté de Nebouzan, a épouſé la nuit du 27 au
28 Décembre dernier, Demoiſelle Claire-Char
lotte de Cabalby, à S. Lézier, dans la Chapelle
Epiſcopale de M. l'Evêque de Couzerans, qui leur
a donné la Bénédiction nuptiale. M. le Maréchal
Duc de Richelieu avec la principale Nobleſſe de la
Province, avoit honoré ſon contrat de mariage
de ſa préſence. Le Marquis d'Eſpagne, ſeul de
ſon nom, eſt fils unique de feu Joſeph-André,
| Marquis d'Eſpagne, Gouverneur pour le Roi de
ladite Vicomté, & de Dame Françoiſe de l'ancien
ne & illuſtre Maiſon d'Orbeſſan.
Mademoiſelle de Cabalby eſt fille & héritière
d'Octavien de Cabalby, Baron d'Eſplas, Gouver
neur pour Sa Majeſté de la Ville & Vallée de Seix,
& Commandant ſous les ordres de M. le Maréchal
Duc de Richelieu dans ſa partie du Couzerans, &
de feue Dame Jeanne de Dupac. Le Marquis d'Eſ
pagne deſcend en ligne directe de Léon d'Eſpagne,
Prince ſorti du Sang Royal de Léon, portant
pour armes le Lion de gueule au champ d'argent,
Comte de Paillas, & Vicomte de Couzerans, qui
épouſa la fille unique du Seigneur de Monteſpan ;
& de leur mariage vint Roger I. d'Eſpagne ,
Seigneur de Monteſpan , Comte de Paillas, &
Vicomte de Couzerans , lequel épouſa Grize
de Riviere, fille unique & héritière du Seigneur
de Riviere, Seigneur de la Ville de Montrejan,
· & Baron de Borderes ; qui eut pour fils Ar
naud d'Eſpagne , premier de ce nom , Sel
·gneur de Monteſpan , Comte de Paillas, & Vi
M A I. 1764. 2o7
comte de Couzerans, quiépouſa Philippe de Foix,
fille de Roger-Bernard, ſixiéme de ce nom, &
huitiéme Comte de Foix , ſoeur d'Eſclarmonde de
Foix, Reine de Majorque ; qui eut pour fils Ar
naud II. d'Eſpagne, Seigneur de Monteſpan,
Comte de Paillas, & Vicomte de Couzerans, qui
épouſa Marquéſe de Benac ; & de leur mariage
ſortit Azemar d'Eſpagne, premier de ce nom,
qui épouſa Léonore de Vellere, héritière de la
Maiſon de Vellere en Eſpagne, & de leur mariage
ſortit Arnaud III d'Eſpagne, Seigneur de Monteſ
pan, Sénéchal & Gouverneur de Carcaſſonne,
qui épouſa Demoiſelle de la Barthe ; & de leur
mariage ſortit Roger II du nom, Seigneur de
Monteſpan, Chevalier de l'Ordre du Roi , ſon
Chambellan , Gouverneur & Sénéchal de Tou
louſe, Albigeois & Carcaſſonne, qui épouſa Claire
de Gramont ; d'où ſortit Roger III du nom, Sei
gneur de Monteſpan, Chevalier de l'Ordre du
Roi, qui épouſa Jacquette de Moleon , d'où ſortit
Matthieu I d'Eſpagne, Seigneur de Monteſpan,
qui épouſa Catherine de Foix, & de leur mariage
ſortit trois enfans mâles. Le premier Roger IV du
nom , le ſecond, Arnaud IV du nom, & le troi
ſiéme, Charles I d'Eſpagne, qui eut pour appana
ge la Baronie de§Roger IV, qui étoit
Chevalier des Ordres du Roi, mourut ſans poſté
rité. Arnaud IV d'Eſpagne, ſon frère, lui ſuccéda,
* qui épouſa Magdelaine Daure, fille de Geraud
Daure, Chevalier des Ordres du Roi , Baron de
Larbouſt ; & de leur mariage ſortit Roger V du
nom, Chevalier des Ordres du Roi , qui mourut
ſans poſtérité, & qui, malgré la ſubſtitution gra
duelle & perpétuelle établie depuis pluſieurs ſiécles
dans la Maiſon d'Eſpagne, fit paſſer, au préjudice
de ſon oncleCharles I d'Eſpagne, Baron de Rame
2C8 MERCURE DE FRANCE.
fort, tous les biens de la Branche aînée à ſa ſoeur
Paule d'Eſpagne, qui ſe maria dans la Maiſon de
Gondrin. Charles I d'Eſpagne continua la poſté
rité , & épouſa Marie d'Aſté, fille de Jean Daure,
Vicomte d'Aſté, & ſoeur de Manaut Daure, qui
épouſa Claire de Gramont. Lequel Charles I
d'Eſpagne eut pour fils Onofre d'Eſpagne , Baron
de Ramefort, qui étoit Colonel d'un Régiment
qui a ſervi avec beaucoup de diſtinction en Pro
-vence. Il épouſa Catherine de Saman de la Mai
ſon d'Eſtarac, d'où eſt ſorti Jean-Alexandre d'Eſ
, pagne,'qui avoit commencé à ſervir à douze ans ;
il fut bleſſé dans quatre ou cinq occaſions différen
tes, & fut tué ſur la brêche de la Ville de Lambeſc,
âgé de vingt-quatre ans, Capitaine aux Gardes ,
& un des plus valeureux Capitaines de ſon temps.
Le Roi lui avoit donné , entre autres récompenſes,
pour l'aider à ſe ſoutenir dans le ſervice ſelon ſa
qualité, le Marc-d'or dû à ſon Avènement à la
Couronne. Charles II d'Eſpagne ſon frère lui ſuc
céda, qui a ſervi avec beaucoup de diſtinction, &
fut Gouverneur de la Ville & Citadelle de Siſteron,
& Capitaine d'une Compagnie de cent Hommes
d'Armes. Il épouſa Jeanne de Saman de la même
Maiſon de ſa mère , d'où eſt ſorti Charles III
: d'Eſpagne , Baron de Ramefort , qui épouſa Mar
guerite de Saint-Paſtou ; d'où ſortit Melkior d'Eſ
, pagne, Baron de Ramefort , qui épouſa Françoiſe
: d'Orbeſſan , d'où eſt ſorti Charles IV d'Eſpagne,
qui a commencé ſes ſervices dans le Régiment de
Ségur , qui épouſa Marguerite de Sapte, d'où eſt
- ſorti Joſeph-André Marquis d'Eſpagne , Baron de
- Ramefort, Gouverneur & Sénéchal de la Vicomté
de Nebouzan , qui a ſervi long-temps dans les
Régimens de Dunois & d'Auvergne, ayant reçu
- des bleſſures conſidérables deſquelles il eſt mort 1
- M A I. 1764. 2og
s'étant rouvertes le 8 Octobre r7 59. Il avoit épou
ſé Françoiſe d'Orbeſſan, & a laiſſé, comme il a
été dit pour fils unique Henri-Bernard†
d'Eſpagne. Pluſieurs filles de cette Maiſon ſont
aliiées avec des Maiſons très-illuſtres du Royaume3
entr'autres avec celles de Noailles, de Puyſegur,
de Gondrin , d'Auſſun , de Narbonne & autres.
Différens Cadets de cette Maiſon ont ſervi dans
des grades ſupérieurs, & s'y ſont également diſ
tingués. D'autres qui ont pris l'Etat Eccléſiaſtique,
ont été Evêques de Cominges, Rieux & Leitoure,
Le Mariage de M. le Comte de Freſnay, Capi
taine au Régiment du Roi, avec Mlle l'Eſcalopier,
fille de M. l'Eſcalopier , Intendant de Tours, a été
célébré le premier de ce mois dans l'Egliſe de S.
Hilaire , Paroiſſe de cette Ville.
M. & Madame l'Eſcalopier ont reçu à cette oc
caſion les complimens de tous les Corps & Compa
† de la Ville, qui étoient dictés par l'eſtime &
e ſentiment. Mais le zèle public s'eſt encore plus
particulièrement ſignalé dans la Fête qui leur a été
donnée le Dimanche quatre de Mars, par les per
ſonnes les plus diſtinguées de la Nobleſſe, de la
Robe & du Commerce. Plus de quatre - vingt
Chefs de Familles repréſentant ces différens Etats,
ſe ſont réunis pour y contribuer. Elle a été célébrée
dans la Salle ordinaire du Spectacle, dont le Par
terre avoit été mis au niveau du Théâtre. Un
nombre conſidérable de luſtres, de girandoles &
de conſoles chargés de bougies ingénieuſementdiſ
poſées y jettoient une lumière éclatante, des guir
landes de fleurs entrelacées dans des ſujets allégo
riques à la Fête la caractériſoient.Une table en fer
à-cheval, garnie de cent cinquante couverts occu
- pés par autant de Dames galamment vêtues,en or
A
21o MERCURE DE FRANCE.
noient le contour. Sur les huit heures du ſolr elle
fut ſervie ſplendidement. Chaque Cavalier ſervoit
ſa Dame. Les premières & ſecondes Loges rem
plies de Spectateurs, formoient un coup-d'oeil
agréable. Les honneurs du repas ont été déférés à
M. l'Eſcalopier, premier Magiſtrat de la Provin
ce , & à ſa Famille, dont la ſanté a été célébrée
à pluſieurs repriſes au bruit des inſtrumens de
† Le ſouper a fini à onze heures, & a été
ivi d'un Bal où toutes les Dames de la Ville qui
n'avoient pu être du repas, ſe rendirent, les unes
en habits galans, les autres maſquées. S'il eſt dif
ficile d'expoſer au naturel le coloris de la joie, il
l'eſt encore plus de rendre le tableau touchant de
la tendreſſe & de la vénération publique, qui a fait
le principal ornement de cette Fête : Monument
flatteur & reſpectable de l'hommage dû aux vertus
d'un Magiſtrat auſſi diſtingué par ſa naiſſance que
par ſon affabilité, ſon amour pour le bien public,
& par toutes les qualités qui conſtituent eſſentiel
lement l'Homme d'Etat.
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Résumé : MARIAGES.
Le texte relate le mariage de Henri-Bernard, Marquis d'Espagne, Capitaine de Cavalerie et premier Baron né des États de la Vicomté de Nebouzan, avec Demoiselle Claire-Charlotte de Cabalby. La cérémonie s'est déroulée la nuit du 27 au 28 décembre dans la Chapelle Épiscopale de M. l'Évêque de Couzerans à Saint-Lézier. Le contrat de mariage a été honoré par la présence du Maréchal Duc de Richelieu et de la principale noblesse de la province. Henri-Bernard est le fils unique de feu Joseph-André, Marquis d'Espagne, Gouverneur pour le Roi de la Vicomté de Nebouzan, et de Dame Françoise de la Maison d'Orbessan. Claire-Charlotte est la fille et héritière d'Octavien de Cabalby, Baron d'Esplas, Gouverneur de la Ville et Vallée de Seix, et de feue Dame Jeanne de Dupac. Le Marquis d'Espagne descend en ligne directe de Léon d'Espagne, Prince du Sang Royal de Léon, portant pour armes le Lion de gueule au champ d'argent, Comte de Paillas et Vicomte de Couzerans. La lignée inclut plusieurs générations de seigneurs de Montespan, Comtes de Paillas et Vicomtes de Couzerans, avec des alliances notables telles que les Maisons de Foix, de Gramont, et de Vellere. La famille d'Espagne a également produit plusieurs membres distingués dans les armées et l'Église, avec des alliances avec des Maisons illustres comme Noailles, Puysegur, et Gondrin. Le texte mentionne également le mariage du Comte de Fresnay, Capitaine au Régiment du Roi, avec Mlle l'Escalopier, fille de M. l'Escalopier, Intendant de Tours. Cette cérémonie a eu lieu le 1er mars dans l'Église de Saint-Hilaire à Tours. La fête en leur honneur a réuni des personnes distinguées de la noblesse, de la robe et du commerce, avec une table de cent cinquante couverts et un bal masqué.
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34
p. 171
De NANTES, le 25 Septembre 1764.
Début :
Le Maréchal Duc de Richelieu est arrivé ici, le 22 [...]
Mots clefs :
Maréchal duc de Richelieu, Honneurs, Fêtes, Conquête, Célébration, Feu d'artifice, Concert
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texteReconnaissance textuelle : De NANTES, le 25 Septembre 1764.
De NANTES , le 25 Septembre 1764.
Le Maréchal Duc de Richelieu eft arrivé ici , le
22 de ce mois , & y a été reçu avec tous les honneurs
dûs à fon rang . Parmi différentes Fêtes que
le Duc d'Aiguillon lui a données , on a tiré devant
lui après un foupé de cent couverts , un feu
d'Artifice repréfentant la Conquête de Mahon .
Ce Maréchal a foupé à la Bourſe , le 23 avec
deux cens perfonnes des plus confidérables de la
Province. Le lendemain , après avoir vifité tous
les embelliffemens que le Duc d'Aiguillon a fait
faire ici , il a affifté au Concert de la Ville auquel
s'étoit réunie la Mufique du Duc d'Aiguillon .
Čes différentes Fêtes ont été terminées par un
grand Bal. Le Maréchal de Richelieu eft parti ce
matin pour l'Orient.
Le Maréchal Duc de Richelieu eft arrivé ici , le
22 de ce mois , & y a été reçu avec tous les honneurs
dûs à fon rang . Parmi différentes Fêtes que
le Duc d'Aiguillon lui a données , on a tiré devant
lui après un foupé de cent couverts , un feu
d'Artifice repréfentant la Conquête de Mahon .
Ce Maréchal a foupé à la Bourſe , le 23 avec
deux cens perfonnes des plus confidérables de la
Province. Le lendemain , après avoir vifité tous
les embelliffemens que le Duc d'Aiguillon a fait
faire ici , il a affifté au Concert de la Ville auquel
s'étoit réunie la Mufique du Duc d'Aiguillon .
Čes différentes Fêtes ont été terminées par un
grand Bal. Le Maréchal de Richelieu eft parti ce
matin pour l'Orient.
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Résumé : De NANTES, le 25 Septembre 1764.
Le 25 septembre 1764, le Maréchal Duc de Richelieu a été accueilli à Nantes avec honneurs. Le Duc d'Aiguillon a organisé des fêtes, dont un dîner et un feu d'artifice pour la conquête de Mahon. Le Maréchal a soupé avec des notables et visité des améliorations avant de partir pour l'Orient.
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