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p. 112-182
ENTIERE EXPOSITION d'une premiere Langue Universelle.
Début :
Vous sçavez, Monsieur, qu'aprés que les Apostres eurent [...]
Mots clefs :
Langue universelle, Lettres, Chiffres, Signification, Auxiliaire, Expression, Diphtongue, Écriture, Parler, Prononciation, Accents, Usages, Consonnes, Voyelles, Nations, Pensées, Comparaison , Caractères, Équivoque , Verbes, Exemples
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texteReconnaissance textuelle : ENTIERE EXPOSITION d'une premiere Langue Universelle.
ENTIERE EXPOSITION
- d'une premiere Langue
Universelle. ..,
vA Fau-Cleranton, le 8. d'Aoust1685. Oussçavez,Monsieur,qui-••
prés que les Apostres eurent
receu du saine Es prit,le don
des Langues, ils estoient entendus
des gens de divers Pays, bien
que ces gens ne s'entendissent pas
encre eux, mais qu'il n'est pas décidé
si les Apostres parloient en
même temps toutes fortes de
Langues; ou bien s'ils n'en parloientqu'unefeulequi
fust entenduë
de tous. Il me semble plus
plausible de croire qu'ils.partaient
une Langue Universelle,quietoit
comme la Langue de la Nature
humaine dans tous ses mots,com_
me elle l'est de la douleur dans le,
mot bon bon prononcé lentement,
& de la joye dans le mot hi hi hi,
prononcé viste & qu'il leur étoit
ainsi facile de se rendre inrelhgL.
bles à tous les hommes.
Une telle Langue, qui fut, sans
doute, celle de nostre premier
Pere
,
estoit bien plus propre
toucher l'esprit & le coeur, que
taures les autres Langues; & n'aida
peut-estre pas peu le Serpent
à persuader ce qu'il voulutànôtre
premiere Mère; &: puisque
Dieu a favorisë tous les Animaux,
d'une langue de cette forte, propre
à se faire entendre de leurs
petits & de leurs semblables,
pourquoy ne croirions nous pas
qu'il en donna une de mesmeà
l'Homme,qui est la principale
de ses creatures?
Cela mesemble horsdedoute;
mais la corruption du peché yapporta
bien-tost du changement,
de mesme qu'à tous les autres a.
vantages qui avoient esté faits à
Adam avant sa chute; & comme
les Rivieres sont moins pures &
moins claires, à mesure qu'elles
s'éloignent de leurs sources;cette
langue dégénéra de sa pureté ôc
de sa force à mesure que les hommes
se répandirent sur la Terre,
&s'éloignerent du temps de leur
création,de de l'innocence qui
l'avoit accompagnée ; &. elle devint,
pour ainsi dire, un patois, * dont on tient que nous avons les
restes dans la langue Hebraïque.
Ce n'en:pas qu'on ne puisse
croire que la petite Famille que
Dieu sauvadu Deluge, la parloit
encore assez bien, & que cet avantage
dura mesme jusqu'à la
construction de laTour de Babelj,-
mais depuis ce temps-Ià,cctte langue
qui prit, à ce qu'on dit, le
nom d'Hebraique de la Famille
; d'Heber où elle demeura, receut
de la colere de Dieu, je ne sçay
combien de compagnes ou defiI
les, qui la gâtèrent par le commerce
qu'elles eurent ensemble,.
& elle a commenté si tard à paroistre
dans les premiers Livres
que nous en avons,qu'on peut
dire qu'elle avoirdèja éprouvéce
queletemps & le peché peuvent
sur toutes choies.
Les.nomsqu'Adami-niofa aux
Animaux, cflotent leurs noms pro-
!ru) ditleTextesacré; & comme
nous ne voyons point que les-
Animaux viennent aux noms que
Moyseleur donne, quand nous
les employons, il y a lieu de croire
qu'il ne se servit pas de ces noms
naturels quenostre premierPere
leurimposa
; parce que les causes
que je viens de rapporter, lesavoient
corrompus, ou tout à fait
changez, dans le temps que ce
Prophete écrivit.
Une langue si parfaite eftoir un
grand bien dans le monde, &son
patois mesme n'en estoit pas un
petit, car quel embarras n'est-ce
point, que cette diversitéinutile
de mots & de prononciations, qui
rendles Nations, comme sourdes
les unes pour les autres; &qui
fait tant perdre de temps aux curitufes
pour entendre leurs voifines
> Et quel moyen de reparer
jamais ce mal 6c cet embarras?
Il est vray qu'ilpourroitcesser
par uneconqueste qui foûmift
toutes les Nations à un mesme
Prince,& par une Defense abfo,¿
luë & redoutable de ce grand
Conquérant, d'apprendreaux
Enfans une autre langue que la
sienne; mais comme les Alexandres
font rares, & que si ce
bonheur n'éclate dans nostre siecle,
il arrivera difficilement dans
un autre, personne n'ayantjamais
esté si propre aux grandes choses
que LE GRAND Louis nostre
Auguste Monarque, je vais en
attendant vous en proposer,
Monsieur , une ou deux de ma
façon,quejenetrouve pas moins
propres à estre renduës universellesque
les Ecritures dont je
vous ay entretenu par mes Lettres
precedentes.
Avant néanmoins que d'en ve.
nir là, ilne fera pas hors de pro.
pos, ce me semble, que je vous
parle d'une Langue parciculiere,
qui a fait l'eronnement de ce
Pays, & qui en fait encore l'admiration
lorsqu'on y reflechit,en T^icyl'Histoire.
Maitre Guillaume Bellenden,
fameux Avocat au ParlemênFÏÏé
Paris, qui a comporé de sçavans
Livres unentr'autres de lure Re-
¡if) ,-& fêtcfiAtumy & qui estoit
:Agn. du Roy d'Angleterre en
France, 8< qui en a laisse un à
imprimer- De HierarchiaEcclesia-
',stica, ayant amassé du bien, &se
voyant sur l'âge & sans Enfans,
rfit venir d'Ecosse qui estoit son
pays un Neveu qu'il avoit de
mesmenom, &demesmesurnom
que luy , pour l'instituer son Hé- -
ritier
,,
& pourle marier ; mais ce
Naveu estant arrivè en France,
[TIC feconda pasles intentions de;
ÉaeïDncle,à l'égarddumariage*
Il se sentoit de la vocationpour
IJEgIife, il alla bien-tost aprés à
Rome, y étudia en Theologie, 6c
s'y fit Prestre. A son retour à
Paris, il trouva son Oncle mort,
& sa successiondispersée, la plus
grande partie au profit des Hôpitaux.
Il estoit homme de pieté,
il s'en consola, & dans la suite
du temps, son merite le fit
choisir par M. Zamet Evesque
de Langres, pour estre son Confesseur
& son Aumônier. Il fut
quinzeannéesdans ces fonctions
auprésde ce Sage Prélat ; a prés
quoy la mort en estant arrivée,
ilseretira dans une Cure qu'ilen
avoitreceuë,avec quelques Chapelles.
Cette Cure qu'il desservit
pendant 25ans est ma Paroisse,
ainsi cér bonnetteEcclesiastique
m'estoitfortconnu.
C'étoit
C'estoit un homme d'une raille
médiocre & droite, d'une
complexion forte, & d'un ceint
plein de feu, qui marquoit l'ardeur
de son esprit, & la promptitude
de son humeur. Il avoit du
bon sens, outre l'étude; la conversation
agréable, & les inclinations
portées au bien. Il estoit
tel en 1670. & il tomba malade
cette année là
, au mois de Septembre
,estant alors âgé de 77.
ans. Cette maladie fut une Fiévre
qui luy dura prés de trois
mois, & qui fut accompagnée
dés son commencement, d'une
Paralisie sur la langue, qui le fit
begayer encore quelques jours
après la guérison de la Fiévre;
en forte qu'on ne le pouvoit entendre.
La Paralisie estant pasfée,
il parla fort distictement;
mais voicy la merveille. C'est
qu'au lieu de parler sa Langue
ordinaire, qui estoit la nostre;ou
bien l'Ecossoide,qui estoit celle de
son Pays; ou la Latine qu'il sçavoit,
ou la Grecque, ou l'Hebraïque,
dont il avoit quelques
teintures, il parla une Langue
inconnuë àtout le monde. On
entendoit bien les mors qu'il prononçoit
,
& je me souviens que
dans une conversation que j'eus
avec luy, aux Festes de Pasques
de l'an 1671. où je feignois de
l'entendre, & où je répondois
par conjectures à sa pensée
, autant
à propos qu'il m'estoit possible,
ilrepetoit quelquesfois ces
mots paginé, maginé, prius;mais
je n'y concevois rien, non plus
qu'aux autres qu'il proferoit
,
il
entendoit bien ce qu'on luy difoit,
& il ne disoit rien qu'on pust
entendre. Ce quiestdeparticulier,
c'est que Monsieur Ramezet
son Neveu, aussi Ecossois,
Theologien, & Prestre fait à
Rome commeluy, à qui ilavoit
resigné sa Cure,quelques années
avant sa maladie, l'ayant prié de
mettre par écrit quelque chose
qu'il vouloit sçavoirde luy
,
dans
l'esperance qu'il écriroit autrement
qu'il ne parloit, M. Bellenden
prit la Plume, & écrivit quatre
ou cinq lignes d'une maniere
fort lisible
; puis presentant son
Ecriture à son Neveu, avec un
geste qui témoignoit beaucoup
plus que les paroles dont il l'accompagna
,
qu'il avoit fait ce
qu'il desiroitde luy
; M. Ramezet
prit ce Papier avec joye, 8c
fut bien étonné de n'y trouver
que ce mesme langagequ'il ne
pouvoit entendre, & de se voir
aussi peu avancé qu'auparavant.
Ce qui me semble encore plus
surprenant que cela, c'est que
M. Bellenden qui ne disoit plus
laMesse, ne manquoit point d'y
assister; & se mettantau Lutrin,
chantoit avec les Chantres les
Airs de l'Eglise, & ne prononçoit
pourtant aucune des paroles ordinaires
; mais toujours ses paro.
les inconnuës. Son Neveu averty
de cette singularité dont quelques-
uns avoient ry & raillé,
obligea le bon homme à prendre
depuis ce temps là une autre
place dans l'Eglise
,
& l'invita à
prier Dieu tout bas. Ilfitl'un&
l'autre sansresistance.Ilenestoit
de mesme
,
lors que l'envie le prenoit
de dire son Breviaire; on le
voyoit bien lire, & onl'entendoit
bien prononcer; mais rien
de ce qui estoit écrit dans son Livre.
L'adresse que son Neveu
employa pour le faire confesser,
quand après huit ou neuf mois de
santé, il le vit attaqué d'une nouvelleFiévre
,
fut demander son
Confesseur ordinaire, & de luy
faire dire par ce Confesseur qu'il
n'entendoit point son langage,
qu'ill'interrogeroit, & qu'il luy
pressastlamain lors qu'il se fenriroit
coupable du peché dont il
luy parleroit,& la luy pressast pluheurs
fois quand il y auroit plusieurs
rechutes; moyennant quoy
il luy donneroit l'Absolution.
Celafut executé, & dés le lendemain
le bon homme prit son
Neveu par la main, le mena à l'EgIifc,,& luy montra leTabernacle
, pour luy témoigner qu'il
desiroit de recevoir le Viatique;
puis estant de retour à sa Maison,
il s'étendit sur son lit en joignant
,
les mains, pour marquer la mesme
intention. Son Confesseur
fut mandé, il revint, & M. Bellenden
ayant pris de son propre
mouvement du linge blanc, &
ses Habits longs, vint oüir la
Messe, communia avec grande
devotion, & versamesme des larmes.
Il mourut quinzejours après
ces Actions de pleine connoissance,
parlant peu;mais parlant tou-
- jours son mesme langage inconnu,
quand la necessité l'obligeoit
de parler. Un incendie qui arriva
au Village six ans après sa
mort ,
&qui consuma une partie
de la Maison & des Livres de son
Neveu, brûla aussi le Billet qu'il
avoit écrit; ce quime sembleune
grande perte pour lesCurieux,qui
auroientpu travaillersur sa ledu.
re, à reconnoistre quel langage
parla M. Bellenden, depuislafin
desapremieremaladie,jusqu'à sa
mort, c'est à dire pendant huit ou
neuf mois. Il disoitassez souvent
Subgenenemé Goguené prius quiapri
la magnus, à ce que j'ay sceu d'un
homme qui le servoit; & quand
il rencontroit un de ses Paroissiens,
nommé Prieur, qui l'avoit
flatté de quelque esperance qui
ne luy déplaisoit pas, illuy disoit
Ancnu prius. Voila ce que mon
peu de sejour au Pays, m'a pu apprendre
des circonstancesdecette
Histoire qui me sembleassez curieuse.
Ce que j'y puis ajouter
,
c'est
qu'il estseur queM.Bellenden ne
parloit pas la Langue Hebraïque
ordinaire,je m'en serois apperceu
à la conversationque j'eus
avec luy, lx. M. son Neveu auili
qui avoit quelque teinture de cette
Langue. Ce n'estoit pas non
plus la Languenaturelle dJ-Adanl,
dont je viens de parler, elle auroitestéintelligible.
Quece furt:
la Langue Phrigienne, la plus
ancienne du monde selon l'épreuve
de Psammetiques Roy
d'Egypte,rapportée dans Herodote,
on ne peut pas le dire, parce
qu'il n'employa jamais le mot
de Becos ,
à demander du pain,
oud'autreschosesàmanger. Ce
que je m'en persuade
,
c'est que
cette Langue luy estoit particuliere;
& je jugede là, malgré l'épreuve
de Psammetiques, que
si mille Enfans estoient nourris
par autant de Personnes muettes,
ils parleroient tous des Langues
aussi differentes
, que seroient
leurs voix, leurs visages, leurs
complexions, & leurs esprits. La
Mothe leVayersoûtient qu'ils
seroienttous muets, parce qu'il
ne fort aucune parole de la bouche
, qui ne foit entrée par l'oreille
,
surquoy il cite l'exemple
des Sourds de naissance dont aucun
ne parle, & il allégue que
les Enfans de l'épreuve de Psammetiques,
avoient sans doute oüy
la voix de quelque Chevre qui
crioit Bayhe, d'où ils avoient appris
à dire Becos,qui se trouva par
hazardeftre une parole Phrigienne;
mais pour moy ,
jecroyque
la Langueestfaite pour parler,
aussi bien que les yeux pour voir
& que les oreilles pour entendre,
& que si les Sourds de naissance
font muets, c'est que l'empefchement
qu'ils ont à l'oreille, s'étend
jusqu'à la Langue, & qu'on ne
peur oster l'un sans l'autre. Vous
pouvez, Monsieur, proposer
cette Question aux Curieux pour
l'examiner plus à fonds, & pour
en avoir leurs sentimens ; comme
aussi les prier, de dire ce qu'ils
pensent de cette maladie, qui
ayant fait oublier à son Malade
sa Langue ordinaire, où l'empeichaut
de la parier, luy donne
-en échange l'usage d'une langue
nouvelle & inconnue.
J'aylu dans des Mémoires d'un
demes Ancestres, qui a vescu la
grande Climacerique, queNicolasde
Vienne son Trisayeul, mort
& enterré àLigny, dont il estoit
Gouverneur en 1474. âgé de jo.
ans ,
sélon Con Epitaphe , après
avoir receu du Ciel une mémoire
si heureuse, uneimaginarion si vive
,
&,tant d'adresse naturelle,,
qu'ayant eu des Maistres en toutes
fortes d'exercices d'efprir &
de corps, il sçavoit à l'âge de 21
anvtout ce-q¡n'on peut sçavoir, &
faisoit tout ce qu'on peut faire:
tomba malade à 21 ans d'une fiè-
-vre chaude, & puis d'une parali- surla langue, donrles effets
furentsiétranges, qu'il en perdit
le souvenir de tout ce qu'il avoic
jamais appris, enforte qu'illuyi
fallut même ra pprendre à parler,
à lire &à écrire, comme on l'apprend
aux Enfans, à quoy il eut
bien de la peine à parvenir. Et j'ay
veu un nomméJean Guenot,Fermier
d'une Terre de mon Voisinage,
où il y avoit ces années
passées une Cristallerie
,
à qui la
nesmechose estoit arrivée à l'âge
d-j 30 ans; mais ny l'un,ny l'autre
ne partaient point du tout après
leurs maladies, bien loinde parler
avec facilité & distinction une
langue inconnuecomme mon defunt
Curé. Les Curieuxde la Médecine
ou de l'Histoire, pourront
encore m'éclaircir par vostre entremise,
s'il y ades exemples d'une
pareille avanture,où vous, Monteur,
qui n'ignorez rien, pourrez
m'en instruire sans leur secours, si
peu que vous ayez de complaisance
pour mes desirs.
Il faut presentement queje vous
avoue
,
qu'encore bien que j'aye
conceu l'Ecritureuniverselle avant
la langue
,
celle-cy a fait la
loy
,
& donne la regle à l'autre;
& que si je n'avois imaginé la langue,
j'aurois apparemment disposé
l'Ecriture d'une autre maniere,
car enfin il m'estoit d'abord venu
dans la pensée d'employer dans
l'Ecriture, le moins d'enseignes Se
de signes qu'il me feroit possible;
3e à cet effet de distinguer le nombre
pluriel des Noms & des Verbes
, par des chiffresdifferens
de ceux du nombre singulier; Se
de marquer meime, par des chiffres
aussi, le genre des Noms dont
j'ay lailré l'expression à la Nature.
Chaque Nom substantif simple
auroit eu trois chiffres pour la fignificarion
de ses variarions; chaque
Nomadjeâlf,&chaquenoni
de diminution, d'augmentation &
de comparaison,en auroit eu quatre;
& chaque Verbe, cinq. III
par exemple, auroit exprimé le
nom au masculin
, par ion premier
chiffrej au nombre singulier,
par son deuxiéme
; &au nominatif
par son troisiéme. 223 l'auroic
lignifié au feminin
, par son premier
chissre; au pluriel,ou au
duel par son fécondj & au datif,
par son dernier.316 l'auroit donné
à connoistre au neutre, ou
au commun , par son premier
chiffre; au singulier, par ion lecond;
& à l'ablatif par Ton troisiéme.
Et aioli j'aurois pû donner
aux noms simples, si je l'a.
vois voulu, plus de trois genres,
plus de deux nombres, & plus de
six cas, le tout sans aucune confusion.
Quant aux autres noms, j'aurois ajoûté ud chiffre,. aux
trois que je viens de marquer;Se
ce chiffre qui auroit précédéles
autres, auroit exprimé l'adjeâif
par un zero; le premier diminutif
par i ;
le fecond par 2j le premier
augmentatif par.?; le fecond
par4-,lenomd'égalité,aussi, autant
, ny plus ny moins, par f; le
comparatifplus, par 6; le comparatif
moins par 7 ; le superlatif le
plus par 1; & le superlatiflemoins
par pi & j'aurois ainsi marqué
tous les degrez dont le nom est
susceptible. A l'égard des verbes,
mi ,auroit signifîé le verbe à l'actif
par ion premier chiffre
; à
l'indicatif par son fecond ;au present
par son troisiéme; au singulier
par son quarriéme, & à la pre.
miere personne par son cinquié.
me. 24323 l'auroit exprimé au paffifpar
son premier chirrre,au fubjondif
par son deuxième ; au futur
par son troifiénle; au pluriel
par son quatrièmej & à la troisiéme
personne par son dernier; Se
j'aurois augmenté aussi toutes les
fortesde variations du verbe, autant
qu'il m'auroit plu, & sans aucun
embarras
, pourveu que je
n'eusse pas poussé l'expression de
chacune, plus loin que le zero,&
les neuf càiJfreSjOu nombres;simpies.
Cette methode auroit elle
claire, exacte) & d'un facile dénieflement
i mais dés que j'eus
conceu le grand fecretde la Lan.
gueuniverselle, ilme fallut pren1
dre d'autres mesures, &. renon..
cer à cettebelle methode pour en'
chercher une plus commode à
l'expression de cette langue. II ne
fera pas inutile que je vous apprenne
la maniéré dont elle me
vint dans l'esprit.Lavoicy.
Lors que j'eus ébauché le premier
Plan de l'Ecriture, il me
sembla d'abord qu'il y manquoit
quelquechofe àsa perfeébon;c'é
toit d'estre lisible, car le moyen,
àssois.je en moy mesme') de lire
ce qui n'est pas composéde leu
rres,puis quecefont elles qui forment:
les sillabes & les mots, Ct}:
manquement me cboquoit, mais
je m'en confolay bien tost, en jugeant
mesme pour me flater, que
cette indépendance des lettres,
estoit un grand avantage à cette
Ecriture, veu qu'elle ne laiflcic
pas d'exprimer toutes choses; &
que c'estoit la veritable Ecriture
de l'esprit, puis qu'elle signifioit
immédiatement, tout ce qu'il estoit
capable de concevoir. Néanmoins
je remarquay ensuite qu'-
on la pouvoit lire, en disant par
exemple cent quatre pour signifier
Dieu, quej'exprimepar194,dans
mon premier Dictionnaire,en disant
mille trente-quatre pour signifier
cennoitre. Et disantmille trente-
quatre cent quatre, pour exprimer
cotoneifireDieu. Maisconfideranr
aussi tost l'embarras de ces
expressions, dans la pluraliré des
mots que j'employoisàn'ensignifier
qu'un; ôc dans leurs équivoques
à ne sçavoir par exemple si
mille trente quatre qu'on entendroit
prononcer, feroient trois
mots, ou deux, ou un seul,je connus
que cette façon de lire estoit
mal propre à estre mise en usage ;
& presque impossible, lors qu'on
passeroit del'expressïon des nombres
primitifs, à celle des auxiliaires;
& qued'ailleurs, quand bien
elleseroit facile& commode, elle
ne seroit pas universelle comme
l'Ecriture, parce quechaque Nation
donne des noms differens à
ses chiffres, ôc aux nombres qui
s'en forment.
L'éloignement de cette pensée
fit place à une autre; & l'usage
des Hebreux & des Grecs, qui
employent leurs lettres à figurer
leursnombres,mefit songer qu'au
lieu de substituer des mots aux
chiffres, il n'y falloir substituer
que des lettres; & qu'ainsi il ne
resulteroit qu'un mot pour chaque
nombre composé de plusieurs
chiffres; que ces mots feroienc
differenssuivant la diverse combinaison
de ces chiffres; & qu'alors
mon écriture feroit lisiblepar
elle-mesme, sans superfluité Se
sans équivoque; & se liroitencore
d'une mesme façon,par toutes
les Nations.
Sur cette idée,je passay de la
speculation à la pratique;& après
avoir donné à chaque chiffre,telle
signification de lettres que je jugeay
à proposée trouvay en effet
qu'il s'en formoit non seulement
une écritureaisée à lire&àconcevoir,
mais encore une langue claire
&. distincte, tout aussi propre à
estre renduë universelle,que l'Ecriture
mesme.
Uefl difficile d'atteindre d'abord
à la perfection des choses, il me
salut faire plusieurs Alphabets,
avant que de me déterminer dans
leur choix; & lors que je me
vis en possession de deux Ecritures
au lieu d'une, il fallut encore
changer quelque chose à ces Alphabets
pour les accommoder à
ces, Ecritures; mais enfin voicy
quels ils font pour l'une & pour
l'autre
,
d'où vous pouvez juger
que comme ces Ecrirures font diverses
dans leurs dispositions
,
il
ne se peut que les Langues qui en
resultent ne soient différentes
dans leurs mots ,&qu'ainsi au
lieu d'une que j'ay proposée jusqu'à
ce jour,je ne vous en donne
aussideux.
J'ay divisé les Chiffres en primitifs,
&enauxiliaires, à quoy
j'ay ajouté des enseignes, des accents
,& quelques points; & de
tout cela j'ay formé mes Caracteres.
Voulant les changer en
paroles
,
je fais répondre, aux
Chiffres primitifs
1, 2,3,4,5,6,7,3,9,0.
Les Lettres b,f, d, g,tll,p, c,j, v,ti,
que j'appelle aussi Lettres primitives.
Aux Chiffres auxiliaires
Il Il3, 4)y, 63 7,8,9,0,
les Lettres
a,i,ay,o,u,ou,é, eu,oy,r,
que je nomme aussi Lettres auxiliaires.
Et aux enseignes
, aux points
& auxaccents les Lettres simples
ic,1,f,C.
Et leurs Combinaisons ou Lettres
doubles-
KK,KL,KS,KT.LK,LL,LS,LT.
SK,SL,SS,ST. TK,TL,TS,TT.
Et encore kz, LZ, TZ. que je
nomme Lettres subalternes, pour
lesdistinguer des précedentes qui
sont les Lettres principales. Il
feroit à souhaiter que les subalternes
doubles s'exprimassent par
des figures simples; comme ks
s'ex prime par x.
Quanta z, il ne répond ny à
Chiffreny Signe, lors qu'il n'èst
pasuny à une autre Consone, ce
qui meluy fait donner en cet état
le nom denulle.Quelques autres
Lettres prennent aulIi ce nom,
suivant les endroits où elles se
trouvent; & d'autres portent
quelquesfoisceluy de /ùp,!eantu..,
parce qu'elles sont substituéesen
la place de leurs Compagnes. Cela
s'expliquera dansla fuite. *
Pour les Diphtongues ei ,eiU
au, &, pour la Lettre double qu
ouq, je ne juge pas à propos de
m'en servir, àcause qu'elleséquivoquent
avec é,o,&k.
A la vérité i, employe l'y Grec;
mais c'estseulement dans l'expression
des Diphtongues ay &
cy; &je marque les deux autres
ou&eti parunrenvoy ,ainsioû;eû,
afin de lesdistinguer des Voyelles
qui les forment, lors que ces
Voyelles ne sont quecontiguës.
Cét
CérJ Grec, 6c ce figne de liaison
montrent que chacune de
ces quatre Diphtongues, n'a de
rapport qu'à un seulChiffre. Il
seroitmieux de ne les exprimer
que parune feule Figure, comme
nous exprimonsay par e) mais ce
feroit trop d'innovation à l'égard
des autres.
Il en fera de mesme de la demie
lettre ou aspirationh , comme
de l'r Grec.Elle ne répondra
qu'au
Chiffre
de la Consone,àlaquelle
on la joindra, si on la veut
exprimer;mais il fera mieux de la
sousentendre, pour ne pas augmenter
inutilement l'Ecriture. Il
feroit inutile aussi de l'employer
après p ,
puis que ph ne fait rien
entendre de plus quef Quant à
la prononciation des mots de ces
nouvelles Langues, elle doit estre
exacte,& ne rien perdre des
Lettres qui les composent,&il
faut sur tout distinguer clairement
ces lettres les unesdes autres
, afin de connoistre avec facilité
le rapport qu'elles ont avec
les Chiffres & avec les signes.
Il fera libre à la verité de prononcer
gn , comme dans le mot
François regne , ou comme dans
le mot Latin regnum; 6c ll comme
dans le mot mille, ou dans le
rnotflmillr,\11ais on prononcerag
suivy de Voyelle,ou de Diphtongue
,
d'un ton ferme
, comme
dans ga, go, gu ; & par consequent
ge, gi, comme s'ils estoient
écrits ghe
,
ghi, afin de les empefcherd'équivoqueravecje,
ji,
Il en fera de mesme de t, il se prononcera
comme dans ta, to, tu, &
par consequent ti, comme s'il
estoit écrittbi, pour le distinguer
de Ji.
Pourc, on le prononcera par
th., afin qu'on ne le confonde pas
avec K ,
dans Ka ,
Ko
,
Ku ,
&
avec s,dans ce, ci; & l'on prendra
garde à ne le point mettre à
la fin d'uneSyllabe, parce qu'il y
équivoqueroitencoreavec K. On
fera la mesme observation pour
ma nulle
, que l'oreille ne déîmfkroit
point d'avec s ,
si une
Syllabe en estoit terminée.
A l'égard de b, il fera prononcé
differemment d'v eOlJflne, 6c
on distinguera de mesme u voyelle,
de la Diphtongue ou. Jesçay
bien que cette premiere diversité
de prononciation fera de la peine
aux Gascons,& quela seconde
encauseraau Italiens k aux Espagnols
; mais pourquoy confondent,
ils ce qui doit estre distingué?
Enfinpn donnera à chaque
Lettre, un son qui n'aie rien de
commun ave lesautres, afind'éviter
les équivoques qui se pourroient
glisser dans l'Ecriture numeralie
lors qu'on viendroit à
écrire en Chiffres les mots de l'une
ou de l'autre Langue.
Vous jugez bien de là, Monsieur
, que chaque Langue aura
deux forres d'écritures, la numerale
qui est composée de Chiffres
ou de nombres;& la litteralequi
seformeavec les Lettres de l'Alphabet,&:
dont chaque Nation
pourra se servir en son particulier,
pour s'exercer,& pours'instruire
plus commodement dans
la Langue universelle.Cette Lan..
gue fera contraire en cela à l'Hebraïque
Se à la Grecque,parce
que n'employant que les mesmes
Caractères à exprimer leurs Lettres
Scieurs Chiffres, elles n'ont
qu'une Ecriture pour ces deux
choses, mais il ne tiendra qu'aux
Nations de reduire les deux à
une, en quittant leurs Ecritures
parciculieres pour la générale.
Je ne doute point que vous ne
soyez dans .l'impatience de sçavoir
de quelle maniéré je me
prends pour prononcer mes Lettres
primitives, puisque je ne les
exprime que par des Consones,
Je me fers pour cela de lademie
Voyelle quela naturemettou.
jours dans nostre prononciation,
lors qu'il y a deux Consones con-'
secutives, de difficile union dans
unemeime Syllabe, que j'ay dit
dans la Grammaire Universelle,
devoir estre marquée feule après,
chaque Conson, pour en apprendre
plus aisément la prononciation
; & qui est le fçcva Ólf.
fihcvll des Hebreux; si perceptible
aux oreilles fines par tout ou
il est inséré par.la nature, & si
remarquable aux moins déHcars:
dans les mots de blâmer, drapper.
fpcttacleySL autres semblables,puis
quelles entendent bien qu'ils se
prononcent comme s'ils estotent
écrits de cette forte belamer
,
tU":
rapper ,
J'infère donc
cet e féminin entre routes mes
Consones primitives, lcfts qu'elles
font disposées de la maniéré
que je viens de dire, le considerant
comme leur lien naturel; &
je l'exprime mesme afin de re.,
gler les Syllabes, & ne pas faire
de peine au Lecteur qui ne seroit
pas accoustumé, comme les Allemans,
à voir de fuite dans irn
mot plusieurs Consones peuaecordantes.
Je laisse mesme encore-
la liberté de le prononcer
en e masculin,aux endroits ou
l'on jugera que cette prononciation
aura plus de grace que la
feminine; & bien que j'emploie
céré masculin pour exprimer le
Chiffre7.lorsqu'il est auxiliaire,
il n'en faut pas craindre d'équivoques,
comme vous le connoistrez
parlesRégies qui fuivent.
Régies a observer dans le changent
de la premiere Ecriture
numerale en Litterale. LA premiere Régie est quV
masculin ou féminin, place
seul entre deux primitives, doic
toujours estre consideré comme
une nulle
,
c'est à dire, comme ne
répondant à Chiffre ny à signe
ainsi que je l'ay déja explique.
Voulant donc changer en Lettres
104. & III. Chiffres primitifs
de mon premier Dictionnaire,
qui ftgninenc Dieu& Faux-Dieu,
au lieu d'écrirebng,&bbb,j'écris
h(n(%& bebeb;mais sije veuxehanger
en deux mots ma premiere
Langue, 1.'14'(. & 111'1) Caractercs
aussi ae ma premiere Ecriturequilignifientau
nominatif ces
mesmes paroles Dieu & Faux.
Dieti, au lieu d'écrire benega &
bebeba,j'abrege &j'écris benga &
bebba.
La sécondé Régie en: que
quand un Caractere a deux, trois,
quatre ou cinq Chiffres primitifs
de mesme façon, on en peut
exprimer un par la Diphtongue
eâ,, & deux par la Diphtongue
oy.
o
Ainsi n 31. qui: signifie
Divinité, Dieu ou DlcJfl, dans m&
premiere Ecriture, & quise change
en bebeda ou bebda
,
selon la
Régle precedenre, se peur exprimer
par beuda. III'I. quin~nin~
Vaux-Dieu
,
& qui se tourne de
mesmeenbebedaou hebba, la comme esté dit, se peur exprimer par
beuba. un'i qui lignine le CielPcredes
Dieux,&qui se transforme
en bebbeba. ou bebebba, se peut ou
plûtost se doit exprimer par beubbitouboybt;
Et qui lignifie
Imposteur, & qui se marque par
bebbebeba ou bebbebba
,
se doit exprimer
par beubebba, ou plutost
par boybba. J'appelle ces Diphtongues
qui font substiruées çJe
laforte,àla place des Consones.
primitives Lettres supplcantes ou
cjjlcieufes
, non feulement parce
qu'elles fervent pour d'autres
Lettres ;
mais encore parce qu'-
elles abrègent les mots ,
Se en
adoucirent la prononciation.
De là il résulte
, que toutes les
fois que ces Diphtongues se trouvent
inferées seules entre des primitives
,on ne les doit pas 'onf.
derer comme des auxiliaires, mais
comme des suppleantes.
LatroisiémeRégie, est de ne
pas commencer un mot par. la
nulle e ,
puis qu'il ne fait cette
fonction qu'étant inséré & de
ne pasnon plus substituer les suppleanres
à la place de la premiere
primitive, puis que c'est elle qui
fait connoistre leur employ:
comme aussi de ne jamais mettre
~comme nulle, après la derniere
primitive, ny les suppleantes en
sa place, lors qu'elle est suivie
d'une voyelle qui fait l'office
d'auxiliaire, d'autant que cette
voyelle suffit pour l'adoucissement
du mot ,
& que cér ufiçe
causeroit de l'équivoque. Aind
voulant exprimer iiiiqtilficnisieDivin,
il ne faut pas écrire bebbea
,
bebeûa
, ny boyd, parce que
bebbea répond à ii1-7-1 r bebeûa-, à
11.81; ôcboya à 1.91 mais ondoit
écrire bebbaou beuba., qui ne peu
vent répondre qu'au premier Caraétere
m'i,suivant les deux Régiesqui
précèdent. Quesila
derniere primicive-efr fuivie de
l'auxiliaire r, on peut umployer
é, comme nulle après cette primitive;
supposé que la necessités
de leur liaison le demande
, ou
mesme changer cette primitive
en suppleante ; mais en prenant
l'un ou l'autre party, il faut ajouter
la Cubalternek,après r, pour
marquer la nullité de IV
, ou la.
substitution des suppleantes, parce
qu'autrement ces Lettres pafseroient
là pour des auxiliaires..
Ainsivoulantexprimer 97orqui
signific ce mot nullité dans ma
premiere Ecriture, au lieu d'écrire
simplement vecbera ou vecera
y
j'écris vecerka, dautant que
vecera exprimeroit 97-701, Caractère
differentde l'autre mais
si j'avois à exprimer 104-01 qui
signifie Divinité, qualiré qui appartientàDieu,
&, 10411-01 qui
signifie Création,qualitédu Créateur
, au lieu d'écrire bengerka &
bengckberka
,
j'écrirois bengra &
& bengebbra, à cause de la nature
de la primitiveg, qui s'unit à l'au.
xiliaire r y
sans demander entre
ellesl'expressiondeIV. Ainsiencore
voulant exprimer 88-01 &
888-01
,
je dois écrire jeûrkaôC
joyrka.
, parce que jeûra &joyr*t
répondroient à 8-801 êcà 8-901,
autres Caractères que les pre.
miers. Que il au lieu d'une pn.
mitive,ille trouve une fubaltcrne
devant r, on doitaussi mettre
entre deux e , comme nulle, s'il
est necessaire pour la liaison du
mot 5
mais conjointement avec
le k, pour marque de cette nullité.
Ainsivoulant exprimer 104-01
qui signifie le premier diminutif
de Divinitéy qualité, oupetite Divinité
,
il faut que je Mzbcngctferka
,
à moins que je ne veuille
prononcer bengetsra
,
qui seroit
bien rude.
La quatrième Régle, est flu'/,
doit estre encore confideré comme
nulle; & eû & oy, comme fuppleanres,
lors qu'ils sont inserez
seuls dans un mot après des primitives
,
& devant toutes fortes
de subalternes
,
excepté devanc
t, *& devantlz unis, ou bien separez
feulement par une auxiliaire.
La fuite en fournira assez d'exemples
,
sans que j'en rapporte
icy.
La cinquième Règle, est que
,
que cel mesmes Lettres se trouvant
dans un mesme mot feules
& finales, après des primitives
ou des subalternes, y font par
rieceffité la fonaion d'auxiliaires,
, parce qu'il n'y a point de mot
dans la Langue, qui ne réponde
à un Caractère ;ny un Caractere
dans l'Ecriture, qui ne soit composéde
Chiffres auxiliaires & de
primitifs; maisil faut mettre un
t après elles, pour donner à connoistre
cette fonction quelles
font d'auxiliaires
, comme pour
marquer celles de nulle & de fuppleantes
,
j'ay dit qu'il falloir y
employer un k. Ainsi voulanc
exprimer 1'7)1'8, &1'9 qui si-
•
gnifient dans ma premiere Ecri.
'ture l'Adverbe ouy ,
la conjonction
&) &la proportion en ou
dans, au lieu d'écrire fiment
be, beu,boy, on doit écrire & prononcer
bet, beût, boyt. Il en est
de mesme de 2/7 & de 2/7 qui fignifient
les Advarbes numéraux,
deux fois & la deuxième fois, au
lieu de les exprimer par sikié &
fkjJ, il faut écrire6c direket&
sikz,et.
Enfin la fixicme Règle
,
ett
que toutes les fois que ces mefj
mes Lettres font immédiatement
suivies ou -
précedées. d'autres
Voyelles,d'autres Diphtongues,
ou d'elles mesmes, elles font en- -
core la fondion d'auxiliaires
, en
quelque endroit qu'elles se trouvent
avoir besoin d'aucune mar>
que. Ainsi dans bebbee ou bcûbée
qui signifie l'Adverbe superlatifleplus
divinement, les deux é
qui se Suivent immediaremenc
font auxiliaires & répondent à
77 , comme tout le Caraél:re àiri-
77. Cet exemple suffit pouren
former d'autres.
L'observation de ces Régies-.
empefeheraqu'il n'y arrive aucune
équivoque dans cette premiere
Langue, non plus que dans ma
premiere Ecriture; & voila tou'_-
tes les marques qui concernent
le changement de sesChiffrespriu
mitifs en Lettres,
Quant à celuy de ses Enseignes
& desautres Signes. Lepremier
avernucmentest, que l'Enseigne
simpleinferée nes'ex prime
point,dautant que la réparation
quelle apporre entre les
Chiffresprimirifs & les auxiliaires,
éclattea(Tez par la difteren-
- ce des Lettresausquellesje donne
ces mesmes dénominations,
sans qu'ilfoitnecessaired'y ajouter
un autre Signe de diftinclion.
Ainli1°4'1; 104.-ii,104-10^, Be
1041.1003 caraares de ma premiere
Ecriture qui fignifienf
Dieu, Divin, ilcrée Se on crée, s'expriment
fimplemenr par bengd,
bengaa, bengebaray
,
& bengebar*
ray.
Le fecond avertitfemenr
,
est
qu'il en est de mesme de l'Enfeignequeje
place sur les Chiffres,
paroùjemarque les parties invariables
du discours
,
les Proverbg3,
& les Lettres de l'Alphabet
avec leurs Diphtongues & leurs
Syllabes les plus communes, elle
ne s'exprime pas non plus, dautant
qu'elle se refout en inferée,
avant le dernier Chiffre de ses
ex prc ssions.Ainsi 17 qui signifie : l'Adverbeouy
, 1017 qui signifie
l'interjection helas lOS. qui figni.
fie la conjondion car, 119 qui
gnifielaprépositiondedans, 4tto
qui signifie un proverbe5 & 015; qui signifie la Lettre d ou de
,
seresolvent
en l'y, en 101'7'-, en<
10'8, en 11*9, 411'0en 01h'
& s'expriment par bet, senbet, binent,
hehoJt,gebber & nebay.
! Le troisiéme avertillemenr,,
estqu'il n'en est pas de mesme derEnfUgne
que je mets sur les
Chiffres
, par ou je marque .les' »
noms des lieux & des Person. *"
nés celébres ) ny de celle que je
place dessous
, par où, je, les nombrans
, ou qui demeurent
en nature: Ces Enfei*
grnes fervent à mettre de la diveriité
entre des expressions
,
qui4
n'en auroient point sans cela; Su
par conlequent se doivent exprh
mer. Je marque donc celle que
jeplace furies Chiffres
, qui si.
gnificnt les noms des lieux& des
Personnes par la subalterne KT.
Et de cette forte t'i qnisignifie
rAJle; 11'1 qui finisse la chine-i:
& 111'1 qui signifie Canton prerniere
Province de la Chine, &c.
s'expriment par btkla
»
par bebe..
fra, ou beúKta
,
& par bibbew, b..
bcâuayQVL boj,e-ta. Et z/U}i qui
vous signifie s'exprime par febbebcdi
kla
, ou fcbojdexKtt. Et je
marque celle que je mets fous les
Chiffres,,qui signifient les nom
! bres nombrans par les fubalternes
Ki ou x ,
quîcfFla mesme
chose,&par kzj..fiçavoirla barre
droite des nombres Cardinaux
par x) & la courbe des Ordinaux
parkAinfi1quisignifiedeux
indéclinablej & lï qui le figni..
fie déclinable au nominatif pluriel,
s'ex primenr par [ex) & par
fixas. Et l'ï qui signifie deuxième
ou second substantif; & 211 qui
le signifient adicdif ,s'expriment
par /ÎK^4&par ftnzaa. Ileneft
de mesme de leurs Adverbes adjrdifs,
2,17 qui signifie doubleruent,
& 2 17quisignifie dltlxiémement
i ih s'expriment par PXAt
&/:K~. J'ay parlé de l'expression
de leurs autres Adverbes
dans la cinquième Règle.Quant
aux Verbes & aux Noms verb,
lux,qtlidériver desNoms numéraux,
on peut les exprimer comme
les autres dérivez; mais a l'égard
de leurs négatifs, & de ceux
qui signifient le retour de l'action,
il est plus à propos de suivre dans
la Langue
,
l'avis que j'ay donné
pour leur expression page 197,
& 298 du XX. Extraordinaire
, que la manierede les exprimer
par les auxiliaires, telle quelle
est marquée dans les pages
précédentes du mesmeLivre.
Le quatrième avertissement,
est que j'exprime pour la raison
précédente
,
les signes qui font
joints aux Enseignes, & qui donnent
à connoistre les degrez
d'augmentation, de diminution
& de comparaison. je marque •
ceux d'augmentation par ST 6C
SL , ceux de diminution par TS
&rz, ceux de comparaison en
, élevant parSK,& ceux decomparaison
enabaissantpar.TK.
Ainsi 104'1 & 104 11 qui signifient
Dieu & Divin, & que j'exprime
simplement par benga & benga,
commeiladéjaestédit, ont pour
augmentatifs 104;1 ,
& 104,1 qui
signifient grand Dieu
,
&. trèsgrand
Dieu, &104-11,& 104.11 quisignifient
fort Divin & tres Divin,
& que j'exprime par bengesta,
bengejht
,
bengestaa
,
& bengeslaa.
Ils ont pour diminutifs104?I &
104?I qui signifient petit Dieu ôC
trèspetit Vilu; & 104.11, & 104-11
qui signifient peu Divin& tres pet «
Divin; &que j'exprime par ben
gnfl) bengetza,bengetsaa& ben-
-
gflztZtl. Ils ont pour degrez de
comparaison en élevant 104 11^,
104-41 & 104-71 qui signifient
autant ou aufjl Divin, plus Divin,
&leplus Divin, & que j'exprime
par bengeskaa
,
bengeskaa
,
& bengeskea.
Etils ont enfin pour degrez
decomparaison en abaissant
104 11,104 41 &104-71 qui fignifient
dujji peu Divin,moins Divin&
lemoinsDivin,&quej'exprime
par bengetkaa,bengetKoa&
hengcKCtl. Neanmoins comme
j'employe simplement dans ma
premiere Ecriture 104-41 &
104-71 à exprimer les comparaifons
d'élevation plus Divin & le
plm Divin, il fera plusà propos
pour
pour l'abréviation de la Langue,
de ne point ajourer de subalternes
dans l'expression de ces deux
degrez
,
& de dire simplement
bengôa & bengea.
£ Le cinquièmeavertissement
estquej'exprime aussi les deux
points & la barre, que je mets
sur les Chiffres auxiliaires, pour
marquer le nombre pluriel de
tout ce quise décline, & de tout ce' qui se conjugue, avec cette
différence que j'employes. pour
le pluriel de la déclinaison
,
& l.
pour celuy de la conjuguaifon.
Ainsi 104'i
, ou 1041 qui signifientDieuxau
nominatif pluriel;
104*2 qui en signifient le génitif
des Dieuxj & 104*3 qui en signifient
le datifaux Dieux s'exprimentparbenvas,
benris&benrais.
«
Et 1041 ioï ou 1041.101 qui fignifienc
nomcréons;1041-101 qui fignifienc
vous créez,3 & 1041-10;
qui fignifienc ils créent s'expriment
par bengebaral,kengebaril,&-
bengebartyl.
Le fixiémc avertissement, regarde
les accents d'augmentation
, que je mets sur les Chiffres
primitifs pour accroistre le nombre
des expressions, & en fournir
les feaioos des estres les plus
abondantesj celuy que je place
sur les mesmestChiftres
, pour
marquer les feconds Verbes negatifs
; celay que j'employe sur
les Chiffres auxiliaires pour fignifier
le futur prochain,& le
futur éloigné de toutes fortes de
Verbes. Ces accents font detrois
façons pour l'augmentation des
expressions qui regardentle
estres
;
l'aigu, le grave & le cir-
-confléxei& je mefers des mefmes
fubalternesl &fpour expri.
mer les deux premiers, 6c encore
dé K pour sïgnifïer le troifiérné;
Ain(î,4é^7'i qui signifie dans
ma première Ecriture Ecuyers'ex.
prime par gepeteta, & 4647*1 qui
lignifie son augmentation, PaÜ-.
frinier se marque par gepegerela.
Il en, est de mesme de m'i qui
lignifie Canton' premiere Province
de la Chine, & qui s'exprime
yaiMbekta>6çdeIII'Iquifignifie-/
onaugmentation htnam dixième.
Province du mesme Etar,
&quisemarque par bebbektU.
Ces mots se peuvent abreger
,
Se
on peut dire gepgetela 6c boyktela.
yoHa.cwmc,s'exprimc.l'accenc
aigu d'augmentation, quand il se
trouve sur la derniere primitive;
&. on peut juger par luy
,
de la
maniéré d'exprimer le grave èc
le circonfléxe
,
quand ils se rencontrent
sur la mesme primitive;
& de tous trois lors qu'ils sont
placez sur la penultiéme ou sur
l'antépenultiéme,oùils setransportent
selon le besoin, sans qu'il
soit necessaire que j'en rapporte
des exemples. Quantat'accencaigu
qui marque les seconds Verbes
négatifs
,
je l'exprime par la,
subalternekl. Ainsi 1066-10 qui
signifie dans ma
premièrer,EcriJ
ture lesecondVerbepositif
faire,s'exprime par benpepar,
oui
Bcntppar, Et1066-10 qui y signifie
le second Verbe negatif red!.
faire s'exprime avec son accent
par beneppeklar. Ma premiere
pensée n'avoit pas esté d'exprimerdela
sorte ce second Verbe
négatif, ny mesme son positif
refaire; ny ceux encore dont l'un
& l'autredérivent, jeveux dire,
faire&défaire
, comme vous l'avez
pu remarquer dans ma Lettre
de vostreXVII. Extraordinaire
page 310 & suivantes. Je
projettois alors de distinguer ces
quatre sortes de Verbes, par la
diversité de leur premier Chiffre
primitif, tellement quesi 11110
avoitsignifié le premier positif
ou l'affirmatiffaire;211-10 auroit
exprimé le premiernégatif
dlfirt; 31110 le second positif
refaire, & 411-10 le second nega.
tif redéfaire. J'appelle aussi ces
deux derniers Verbes du nom de
rcfijts de retour d'action -, maisayant
reconnu dans la fuite que
cetusage pourroit apporter de la
confusion à d'autres expressions,
je le changay ,
& je transporta y
ladistinction de ces Verbes,de
leur premier Chiffre sur leur dernier
, en exprimant faire par
106410 défaire par 1065.Ío; &
refairepar 1066 10. Cechangement
le voir dans ma Lettre du
XX. Extraordinaire page 247.
avec la raison qui m'a fait recourir
à un accent pour l'expression
du second Verbe negatif; & si je
vous en entretiens icy;c'est pour
reparer l'omission quej'enay faite
là. A l'égard de l'accent encore
aigu, que jemetssur les Chiffres
auxiliaires pour marquer les divers
futurs des Verbes, lesquels
t;
font particuliers à ma premiere
Ecriture, je l'exprime encore différemment
de celuy que. j'employe
sur ses Chiffresprimitifs,
Sec'cft par la subalterne Ainsi
1-10 qui signifiele Verbetftrt,&.
qui s'exprime par bar, a pour son
futur ordinaire, futur indéfiny
1-104 qui signifiejeseray, &. qui
se marque par baro; & pour futurs
définis 1-104 qui signifieje
seray loll, & 1-104 qui signifieje
feraytardy & qui s'expriment avec
leur accent par batro & barto.
Cetteexpression de futurs sepeut
aussi étendre sur les préccrits,
puisqu'on peutdirejefustost, je
fta tard,j'ay esté tost, j'ayestétard&
autres semblables.
Le septiéme & dernier aver.
tissement, est d'observer que
quand un Caractère a deux accents
, comme l'auroit le futur
du Verbe redéfaire,on doitsedispenser
de l'expression du second,
si le mot qui en réfulre a une
longueur desagreable, & employer
la phrase
, au lieu du mot
simple.
Apres ces avertissecmens qui
font mes secondes Régles, il
reste quelquesréflexionsà faire.
La premiere, que l'expression
des Enseignes ou seules, ou accompagnées
de Signes, s'infere
toujours entre les expressions des
Chiffres primitifs
,
& des auxiliaires.
La seconde, que l'expression
des accents & des points
ne se place qu'après celle du
Chiffre primitif ou de l'auxiliaire
,
sur Lequel ils font marquer
Latroisiéme
, que mes subalternes
doubles ne répondent qu'à
un Signe, de mesme que mes
Diphtongues auxiliaires faisant
cette fonction, ne répondent
qu'à un Chiffre. La quatrième,
quenon feulement éfait l'office
,' de nullej mais K &.Taussi, aux
endroits que j'ayrapportez, &
qu'ainsiestant auxiliaire, & ces
subalternes me servant à exprimer
des accents d'augmentation,
ces trois Lettres ont double employ.
La cinquième ; que leurs
compagnes eû & oy, 7 &ffont de
mesme employées doublemenr.
Les premieres
, comme auxiliaires
& comme suppleantes
;
&les.
autres àl'expression des pluriels,
&àcelle desaccents. Etlafixié.
me, que les subalternes doubles,
KK,/I,.If, tt,Ik, Is, lt, &tla
contraires des subalternes fimn
ples n'ont aucun employ dans
cette premiere Langue.L,en
arusesi uzn tbroisiieemenq-uervooussvte.r
Je ne vous ay presque encoroi
rien ditde la nulles.Ilest rempjq
de vous expliquer son usage ;jot
l'insere parmy mes Lerrres auxi..;:
Jiairesàmefmefin que ma nulltl
e parmy mes primitives
,
je veuaxi
dire pour leur liaÏÍon, & pour
leur adoucissement, & de plusi
comme j'employe e élu unis en--j
semble dans la Diphtongue eû
pour suppleante simple
, &,,
pour suppleante double
, encres
ces primitives, fin de diminuer
dans les mots le nombre des Sy1-
labes,Remployé encore à mesmes
intention l & z. unis ou separez,
entre ces auxiliaires; mais seule,
ment pour suppleantesimple, la
double nem'estant pas necessaire.
Ainsi au lieu d'écrire & de
prononcer simplement benga.
quisignifie Divin
,
6cfaa qui signifie
savois
,
faaiqui signifieTu
aveis ; faaay qui signifieilavoit;
&fitaaay qui signifie onavoit, j'écris
& je dis bengA&a fitza,flizi,
falzay 6c ftlzallY ou falazay. Le
toutde la maniere qu'on trouvera
la plus propre à lier le mot, &
à luy oster sa rudesse. Surquoy
il fautobserver que l'employ de
Suppléante entre les auxiliaires
appartient à la subalterne 1 6c
non pasaz, mais que pour avoir
cet employ
,
elle doit estre suiviedu
z immediatement, ou bien feparée
de luy seulement par une,
auxiliaire: Et on ne doit pas
craindre que l'usage de ces nulles
& de ces subalternes simples ou
doubles, cause aucune équivoque
dans cette Langue, il n'y en
arriveroit pas mesmes quand
bien on en écriroit tous les mots
sans distance, on les diftingueroit
encore plus aisément queles Caraéteres
dont ils résultent
,
i smesmesçavoir
leur signification,
pourveu qu'on priftbien garde à
mes Régies.
Voila,Monsieur, l'expression
litterale de la premiere de mes
Ecritures universelles,& dequoy
former, une Langue de mesme
étenduë, demesmeclarté, 6cde
mesme abondance qu'elle. Il ne
mereste qu'àen donnerun petit
échantillon, comme j'ay fait à la
fin de chacune de ces Ecritures;
& je me ferviray du mesme exemple
que j'ay employé.Vous sçavezqu'il
consiste en ce début du
Texte Sacré. Dans le commencement
Bien créa le Ciel & la Terre.
Je n'ay que faire d'en rapporter
les Caractères numéraux, vous
les pouvez voir dans le XX. Extraordinaire
page 284.Voicy
les motsqui en résultent boyt du
benembebru bengabengebalzuô de
fenbi,beûtdosembo.
Je pourrois joindre au dérail de
cette premiere Langue universelle,
celuy de la seconde, & ce que
j'ay encore à vous dire de l'une M
de l'autrecommeje l'avois projetté
à la fin de ma derniere Lettre
, mais je croy qu'il est plus à
propos de finir celle-cy
,
elle me
paroist assez longue, & mesme
trop pour un petit Livre où taoDI
de beaux Ouvrages demandent
place. Agréez doncquejeremette
l'accomplissementdumienà vôtre
Extraordinaire du 15.de Janvier
, & faites moy toujours Jass
grâcede me croire, MOPÍieur'
vostre,&c.
DE VlINNJS P&AÏÏCV.,
- d'une premiere Langue
Universelle. ..,
vA Fau-Cleranton, le 8. d'Aoust1685. Oussçavez,Monsieur,qui-••
prés que les Apostres eurent
receu du saine Es prit,le don
des Langues, ils estoient entendus
des gens de divers Pays, bien
que ces gens ne s'entendissent pas
encre eux, mais qu'il n'est pas décidé
si les Apostres parloient en
même temps toutes fortes de
Langues; ou bien s'ils n'en parloientqu'unefeulequi
fust entenduë
de tous. Il me semble plus
plausible de croire qu'ils.partaient
une Langue Universelle,quietoit
comme la Langue de la Nature
humaine dans tous ses mots,com_
me elle l'est de la douleur dans le,
mot bon bon prononcé lentement,
& de la joye dans le mot hi hi hi,
prononcé viste & qu'il leur étoit
ainsi facile de se rendre inrelhgL.
bles à tous les hommes.
Une telle Langue, qui fut, sans
doute, celle de nostre premier
Pere
,
estoit bien plus propre
toucher l'esprit & le coeur, que
taures les autres Langues; & n'aida
peut-estre pas peu le Serpent
à persuader ce qu'il voulutànôtre
premiere Mère; &: puisque
Dieu a favorisë tous les Animaux,
d'une langue de cette forte, propre
à se faire entendre de leurs
petits & de leurs semblables,
pourquoy ne croirions nous pas
qu'il en donna une de mesmeà
l'Homme,qui est la principale
de ses creatures?
Cela mesemble horsdedoute;
mais la corruption du peché yapporta
bien-tost du changement,
de mesme qu'à tous les autres a.
vantages qui avoient esté faits à
Adam avant sa chute; & comme
les Rivieres sont moins pures &
moins claires, à mesure qu'elles
s'éloignent de leurs sources;cette
langue dégénéra de sa pureté ôc
de sa force à mesure que les hommes
se répandirent sur la Terre,
&s'éloignerent du temps de leur
création,de de l'innocence qui
l'avoit accompagnée ; &. elle devint,
pour ainsi dire, un patois, * dont on tient que nous avons les
restes dans la langue Hebraïque.
Ce n'en:pas qu'on ne puisse
croire que la petite Famille que
Dieu sauvadu Deluge, la parloit
encore assez bien, & que cet avantage
dura mesme jusqu'à la
construction de laTour de Babelj,-
mais depuis ce temps-Ià,cctte langue
qui prit, à ce qu'on dit, le
nom d'Hebraique de la Famille
; d'Heber où elle demeura, receut
de la colere de Dieu, je ne sçay
combien de compagnes ou defiI
les, qui la gâtèrent par le commerce
qu'elles eurent ensemble,.
& elle a commenté si tard à paroistre
dans les premiers Livres
que nous en avons,qu'on peut
dire qu'elle avoirdèja éprouvéce
queletemps & le peché peuvent
sur toutes choies.
Les.nomsqu'Adami-niofa aux
Animaux, cflotent leurs noms pro-
!ru) ditleTextesacré; & comme
nous ne voyons point que les-
Animaux viennent aux noms que
Moyseleur donne, quand nous
les employons, il y a lieu de croire
qu'il ne se servit pas de ces noms
naturels quenostre premierPere
leurimposa
; parce que les causes
que je viens de rapporter, lesavoient
corrompus, ou tout à fait
changez, dans le temps que ce
Prophete écrivit.
Une langue si parfaite eftoir un
grand bien dans le monde, &son
patois mesme n'en estoit pas un
petit, car quel embarras n'est-ce
point, que cette diversitéinutile
de mots & de prononciations, qui
rendles Nations, comme sourdes
les unes pour les autres; &qui
fait tant perdre de temps aux curitufes
pour entendre leurs voifines
> Et quel moyen de reparer
jamais ce mal 6c cet embarras?
Il est vray qu'ilpourroitcesser
par uneconqueste qui foûmift
toutes les Nations à un mesme
Prince,& par une Defense abfo,¿
luë & redoutable de ce grand
Conquérant, d'apprendreaux
Enfans une autre langue que la
sienne; mais comme les Alexandres
font rares, & que si ce
bonheur n'éclate dans nostre siecle,
il arrivera difficilement dans
un autre, personne n'ayantjamais
esté si propre aux grandes choses
que LE GRAND Louis nostre
Auguste Monarque, je vais en
attendant vous en proposer,
Monsieur , une ou deux de ma
façon,quejenetrouve pas moins
propres à estre renduës universellesque
les Ecritures dont je
vous ay entretenu par mes Lettres
precedentes.
Avant néanmoins que d'en ve.
nir là, ilne fera pas hors de pro.
pos, ce me semble, que je vous
parle d'une Langue parciculiere,
qui a fait l'eronnement de ce
Pays, & qui en fait encore l'admiration
lorsqu'on y reflechit,en T^icyl'Histoire.
Maitre Guillaume Bellenden,
fameux Avocat au ParlemênFÏÏé
Paris, qui a comporé de sçavans
Livres unentr'autres de lure Re-
¡if) ,-& fêtcfiAtumy & qui estoit
:Agn. du Roy d'Angleterre en
France, 8< qui en a laisse un à
imprimer- De HierarchiaEcclesia-
',stica, ayant amassé du bien, &se
voyant sur l'âge & sans Enfans,
rfit venir d'Ecosse qui estoit son
pays un Neveu qu'il avoit de
mesmenom, &demesmesurnom
que luy , pour l'instituer son Hé- -
ritier
,,
& pourle marier ; mais ce
Naveu estant arrivè en France,
[TIC feconda pasles intentions de;
ÉaeïDncle,à l'égarddumariage*
Il se sentoit de la vocationpour
IJEgIife, il alla bien-tost aprés à
Rome, y étudia en Theologie, 6c
s'y fit Prestre. A son retour à
Paris, il trouva son Oncle mort,
& sa successiondispersée, la plus
grande partie au profit des Hôpitaux.
Il estoit homme de pieté,
il s'en consola, & dans la suite
du temps, son merite le fit
choisir par M. Zamet Evesque
de Langres, pour estre son Confesseur
& son Aumônier. Il fut
quinzeannéesdans ces fonctions
auprésde ce Sage Prélat ; a prés
quoy la mort en estant arrivée,
ilseretira dans une Cure qu'ilen
avoitreceuë,avec quelques Chapelles.
Cette Cure qu'il desservit
pendant 25ans est ma Paroisse,
ainsi cér bonnetteEcclesiastique
m'estoitfortconnu.
C'étoit
C'estoit un homme d'une raille
médiocre & droite, d'une
complexion forte, & d'un ceint
plein de feu, qui marquoit l'ardeur
de son esprit, & la promptitude
de son humeur. Il avoit du
bon sens, outre l'étude; la conversation
agréable, & les inclinations
portées au bien. Il estoit
tel en 1670. & il tomba malade
cette année là
, au mois de Septembre
,estant alors âgé de 77.
ans. Cette maladie fut une Fiévre
qui luy dura prés de trois
mois, & qui fut accompagnée
dés son commencement, d'une
Paralisie sur la langue, qui le fit
begayer encore quelques jours
après la guérison de la Fiévre;
en forte qu'on ne le pouvoit entendre.
La Paralisie estant pasfée,
il parla fort distictement;
mais voicy la merveille. C'est
qu'au lieu de parler sa Langue
ordinaire, qui estoit la nostre;ou
bien l'Ecossoide,qui estoit celle de
son Pays; ou la Latine qu'il sçavoit,
ou la Grecque, ou l'Hebraïque,
dont il avoit quelques
teintures, il parla une Langue
inconnuë àtout le monde. On
entendoit bien les mors qu'il prononçoit
,
& je me souviens que
dans une conversation que j'eus
avec luy, aux Festes de Pasques
de l'an 1671. où je feignois de
l'entendre, & où je répondois
par conjectures à sa pensée
, autant
à propos qu'il m'estoit possible,
ilrepetoit quelquesfois ces
mots paginé, maginé, prius;mais
je n'y concevois rien, non plus
qu'aux autres qu'il proferoit
,
il
entendoit bien ce qu'on luy difoit,
& il ne disoit rien qu'on pust
entendre. Ce quiestdeparticulier,
c'est que Monsieur Ramezet
son Neveu, aussi Ecossois,
Theologien, & Prestre fait à
Rome commeluy, à qui ilavoit
resigné sa Cure,quelques années
avant sa maladie, l'ayant prié de
mettre par écrit quelque chose
qu'il vouloit sçavoirde luy
,
dans
l'esperance qu'il écriroit autrement
qu'il ne parloit, M. Bellenden
prit la Plume, & écrivit quatre
ou cinq lignes d'une maniere
fort lisible
; puis presentant son
Ecriture à son Neveu, avec un
geste qui témoignoit beaucoup
plus que les paroles dont il l'accompagna
,
qu'il avoit fait ce
qu'il desiroitde luy
; M. Ramezet
prit ce Papier avec joye, 8c
fut bien étonné de n'y trouver
que ce mesme langagequ'il ne
pouvoit entendre, & de se voir
aussi peu avancé qu'auparavant.
Ce qui me semble encore plus
surprenant que cela, c'est que
M. Bellenden qui ne disoit plus
laMesse, ne manquoit point d'y
assister; & se mettantau Lutrin,
chantoit avec les Chantres les
Airs de l'Eglise, & ne prononçoit
pourtant aucune des paroles ordinaires
; mais toujours ses paro.
les inconnuës. Son Neveu averty
de cette singularité dont quelques-
uns avoient ry & raillé,
obligea le bon homme à prendre
depuis ce temps là une autre
place dans l'Eglise
,
& l'invita à
prier Dieu tout bas. Ilfitl'un&
l'autre sansresistance.Ilenestoit
de mesme
,
lors que l'envie le prenoit
de dire son Breviaire; on le
voyoit bien lire, & onl'entendoit
bien prononcer; mais rien
de ce qui estoit écrit dans son Livre.
L'adresse que son Neveu
employa pour le faire confesser,
quand après huit ou neuf mois de
santé, il le vit attaqué d'une nouvelleFiévre
,
fut demander son
Confesseur ordinaire, & de luy
faire dire par ce Confesseur qu'il
n'entendoit point son langage,
qu'ill'interrogeroit, & qu'il luy
pressastlamain lors qu'il se fenriroit
coupable du peché dont il
luy parleroit,& la luy pressast pluheurs
fois quand il y auroit plusieurs
rechutes; moyennant quoy
il luy donneroit l'Absolution.
Celafut executé, & dés le lendemain
le bon homme prit son
Neveu par la main, le mena à l'EgIifc,,& luy montra leTabernacle
, pour luy témoigner qu'il
desiroit de recevoir le Viatique;
puis estant de retour à sa Maison,
il s'étendit sur son lit en joignant
,
les mains, pour marquer la mesme
intention. Son Confesseur
fut mandé, il revint, & M. Bellenden
ayant pris de son propre
mouvement du linge blanc, &
ses Habits longs, vint oüir la
Messe, communia avec grande
devotion, & versamesme des larmes.
Il mourut quinzejours après
ces Actions de pleine connoissance,
parlant peu;mais parlant tou-
- jours son mesme langage inconnu,
quand la necessité l'obligeoit
de parler. Un incendie qui arriva
au Village six ans après sa
mort ,
&qui consuma une partie
de la Maison & des Livres de son
Neveu, brûla aussi le Billet qu'il
avoit écrit; ce quime sembleune
grande perte pour lesCurieux,qui
auroientpu travaillersur sa ledu.
re, à reconnoistre quel langage
parla M. Bellenden, depuislafin
desapremieremaladie,jusqu'à sa
mort, c'est à dire pendant huit ou
neuf mois. Il disoitassez souvent
Subgenenemé Goguené prius quiapri
la magnus, à ce que j'ay sceu d'un
homme qui le servoit; & quand
il rencontroit un de ses Paroissiens,
nommé Prieur, qui l'avoit
flatté de quelque esperance qui
ne luy déplaisoit pas, illuy disoit
Ancnu prius. Voila ce que mon
peu de sejour au Pays, m'a pu apprendre
des circonstancesdecette
Histoire qui me sembleassez curieuse.
Ce que j'y puis ajouter
,
c'est
qu'il estseur queM.Bellenden ne
parloit pas la Langue Hebraïque
ordinaire,je m'en serois apperceu
à la conversationque j'eus
avec luy, lx. M. son Neveu auili
qui avoit quelque teinture de cette
Langue. Ce n'estoit pas non
plus la Languenaturelle dJ-Adanl,
dont je viens de parler, elle auroitestéintelligible.
Quece furt:
la Langue Phrigienne, la plus
ancienne du monde selon l'épreuve
de Psammetiques Roy
d'Egypte,rapportée dans Herodote,
on ne peut pas le dire, parce
qu'il n'employa jamais le mot
de Becos ,
à demander du pain,
oud'autreschosesàmanger. Ce
que je m'en persuade
,
c'est que
cette Langue luy estoit particuliere;
& je jugede là, malgré l'épreuve
de Psammetiques, que
si mille Enfans estoient nourris
par autant de Personnes muettes,
ils parleroient tous des Langues
aussi differentes
, que seroient
leurs voix, leurs visages, leurs
complexions, & leurs esprits. La
Mothe leVayersoûtient qu'ils
seroienttous muets, parce qu'il
ne fort aucune parole de la bouche
, qui ne foit entrée par l'oreille
,
surquoy il cite l'exemple
des Sourds de naissance dont aucun
ne parle, & il allégue que
les Enfans de l'épreuve de Psammetiques,
avoient sans doute oüy
la voix de quelque Chevre qui
crioit Bayhe, d'où ils avoient appris
à dire Becos,qui se trouva par
hazardeftre une parole Phrigienne;
mais pour moy ,
jecroyque
la Langueestfaite pour parler,
aussi bien que les yeux pour voir
& que les oreilles pour entendre,
& que si les Sourds de naissance
font muets, c'est que l'empefchement
qu'ils ont à l'oreille, s'étend
jusqu'à la Langue, & qu'on ne
peur oster l'un sans l'autre. Vous
pouvez, Monsieur, proposer
cette Question aux Curieux pour
l'examiner plus à fonds, & pour
en avoir leurs sentimens ; comme
aussi les prier, de dire ce qu'ils
pensent de cette maladie, qui
ayant fait oublier à son Malade
sa Langue ordinaire, où l'empeichaut
de la parier, luy donne
-en échange l'usage d'une langue
nouvelle & inconnue.
J'aylu dans des Mémoires d'un
demes Ancestres, qui a vescu la
grande Climacerique, queNicolasde
Vienne son Trisayeul, mort
& enterré àLigny, dont il estoit
Gouverneur en 1474. âgé de jo.
ans ,
sélon Con Epitaphe , après
avoir receu du Ciel une mémoire
si heureuse, uneimaginarion si vive
,
&,tant d'adresse naturelle,,
qu'ayant eu des Maistres en toutes
fortes d'exercices d'efprir &
de corps, il sçavoit à l'âge de 21
anvtout ce-q¡n'on peut sçavoir, &
faisoit tout ce qu'on peut faire:
tomba malade à 21 ans d'une fiè-
-vre chaude, & puis d'une parali- surla langue, donrles effets
furentsiétranges, qu'il en perdit
le souvenir de tout ce qu'il avoic
jamais appris, enforte qu'illuyi
fallut même ra pprendre à parler,
à lire &à écrire, comme on l'apprend
aux Enfans, à quoy il eut
bien de la peine à parvenir. Et j'ay
veu un nomméJean Guenot,Fermier
d'une Terre de mon Voisinage,
où il y avoit ces années
passées une Cristallerie
,
à qui la
nesmechose estoit arrivée à l'âge
d-j 30 ans; mais ny l'un,ny l'autre
ne partaient point du tout après
leurs maladies, bien loinde parler
avec facilité & distinction une
langue inconnuecomme mon defunt
Curé. Les Curieuxde la Médecine
ou de l'Histoire, pourront
encore m'éclaircir par vostre entremise,
s'il y ades exemples d'une
pareille avanture,où vous, Monteur,
qui n'ignorez rien, pourrez
m'en instruire sans leur secours, si
peu que vous ayez de complaisance
pour mes desirs.
Il faut presentement queje vous
avoue
,
qu'encore bien que j'aye
conceu l'Ecritureuniverselle avant
la langue
,
celle-cy a fait la
loy
,
& donne la regle à l'autre;
& que si je n'avois imaginé la langue,
j'aurois apparemment disposé
l'Ecriture d'une autre maniere,
car enfin il m'estoit d'abord venu
dans la pensée d'employer dans
l'Ecriture, le moins d'enseignes Se
de signes qu'il me feroit possible;
3e à cet effet de distinguer le nombre
pluriel des Noms & des Verbes
, par des chiffresdifferens
de ceux du nombre singulier; Se
de marquer meime, par des chiffres
aussi, le genre des Noms dont
j'ay lailré l'expression à la Nature.
Chaque Nom substantif simple
auroit eu trois chiffres pour la fignificarion
de ses variarions; chaque
Nomadjeâlf,&chaquenoni
de diminution, d'augmentation &
de comparaison,en auroit eu quatre;
& chaque Verbe, cinq. III
par exemple, auroit exprimé le
nom au masculin
, par ion premier
chiffrej au nombre singulier,
par son deuxiéme
; &au nominatif
par son troisiéme. 223 l'auroic
lignifié au feminin
, par son premier
chissre; au pluriel,ou au
duel par son fécondj & au datif,
par son dernier.316 l'auroit donné
à connoistre au neutre, ou
au commun , par son premier
chiffre; au singulier, par ion lecond;
& à l'ablatif par Ton troisiéme.
Et aioli j'aurois pû donner
aux noms simples, si je l'a.
vois voulu, plus de trois genres,
plus de deux nombres, & plus de
six cas, le tout sans aucune confusion.
Quant aux autres noms, j'aurois ajoûté ud chiffre,. aux
trois que je viens de marquer;Se
ce chiffre qui auroit précédéles
autres, auroit exprimé l'adjeâif
par un zero; le premier diminutif
par i ;
le fecond par 2j le premier
augmentatif par.?; le fecond
par4-,lenomd'égalité,aussi, autant
, ny plus ny moins, par f; le
comparatifplus, par 6; le comparatif
moins par 7 ; le superlatif le
plus par 1; & le superlatiflemoins
par pi & j'aurois ainsi marqué
tous les degrez dont le nom est
susceptible. A l'égard des verbes,
mi ,auroit signifîé le verbe à l'actif
par ion premier chiffre
; à
l'indicatif par son fecond ;au present
par son troisiéme; au singulier
par son quarriéme, & à la pre.
miere personne par son cinquié.
me. 24323 l'auroit exprimé au paffifpar
son premier chirrre,au fubjondif
par son deuxième ; au futur
par son troifiénle; au pluriel
par son quatrièmej & à la troisiéme
personne par son dernier; Se
j'aurois augmenté aussi toutes les
fortesde variations du verbe, autant
qu'il m'auroit plu, & sans aucun
embarras
, pourveu que je
n'eusse pas poussé l'expression de
chacune, plus loin que le zero,&
les neuf càiJfreSjOu nombres;simpies.
Cette methode auroit elle
claire, exacte) & d'un facile dénieflement
i mais dés que j'eus
conceu le grand fecretde la Lan.
gueuniverselle, ilme fallut pren1
dre d'autres mesures, &. renon..
cer à cettebelle methode pour en'
chercher une plus commode à
l'expression de cette langue. II ne
fera pas inutile que je vous apprenne
la maniéré dont elle me
vint dans l'esprit.Lavoicy.
Lors que j'eus ébauché le premier
Plan de l'Ecriture, il me
sembla d'abord qu'il y manquoit
quelquechofe àsa perfeébon;c'é
toit d'estre lisible, car le moyen,
àssois.je en moy mesme') de lire
ce qui n'est pas composéde leu
rres,puis quecefont elles qui forment:
les sillabes & les mots, Ct}:
manquement me cboquoit, mais
je m'en confolay bien tost, en jugeant
mesme pour me flater, que
cette indépendance des lettres,
estoit un grand avantage à cette
Ecriture, veu qu'elle ne laiflcic
pas d'exprimer toutes choses; &
que c'estoit la veritable Ecriture
de l'esprit, puis qu'elle signifioit
immédiatement, tout ce qu'il estoit
capable de concevoir. Néanmoins
je remarquay ensuite qu'-
on la pouvoit lire, en disant par
exemple cent quatre pour signifier
Dieu, quej'exprimepar194,dans
mon premier Dictionnaire,en disant
mille trente-quatre pour signifier
cennoitre. Et disantmille trente-
quatre cent quatre, pour exprimer
cotoneifireDieu. Maisconfideranr
aussi tost l'embarras de ces
expressions, dans la pluraliré des
mots que j'employoisàn'ensignifier
qu'un; ôc dans leurs équivoques
à ne sçavoir par exemple si
mille trente quatre qu'on entendroit
prononcer, feroient trois
mots, ou deux, ou un seul,je connus
que cette façon de lire estoit
mal propre à estre mise en usage ;
& presque impossible, lors qu'on
passeroit del'expressïon des nombres
primitifs, à celle des auxiliaires;
& qued'ailleurs, quand bien
elleseroit facile& commode, elle
ne seroit pas universelle comme
l'Ecriture, parce quechaque Nation
donne des noms differens à
ses chiffres, ôc aux nombres qui
s'en forment.
L'éloignement de cette pensée
fit place à une autre; & l'usage
des Hebreux & des Grecs, qui
employent leurs lettres à figurer
leursnombres,mefit songer qu'au
lieu de substituer des mots aux
chiffres, il n'y falloir substituer
que des lettres; & qu'ainsi il ne
resulteroit qu'un mot pour chaque
nombre composé de plusieurs
chiffres; que ces mots feroienc
differenssuivant la diverse combinaison
de ces chiffres; & qu'alors
mon écriture feroit lisiblepar
elle-mesme, sans superfluité Se
sans équivoque; & se liroitencore
d'une mesme façon,par toutes
les Nations.
Sur cette idée,je passay de la
speculation à la pratique;& après
avoir donné à chaque chiffre,telle
signification de lettres que je jugeay
à proposée trouvay en effet
qu'il s'en formoit non seulement
une écritureaisée à lire&àconcevoir,
mais encore une langue claire
&. distincte, tout aussi propre à
estre renduë universelle,que l'Ecriture
mesme.
Uefl difficile d'atteindre d'abord
à la perfection des choses, il me
salut faire plusieurs Alphabets,
avant que de me déterminer dans
leur choix; & lors que je me
vis en possession de deux Ecritures
au lieu d'une, il fallut encore
changer quelque chose à ces Alphabets
pour les accommoder à
ces, Ecritures; mais enfin voicy
quels ils font pour l'une & pour
l'autre
,
d'où vous pouvez juger
que comme ces Ecrirures font diverses
dans leurs dispositions
,
il
ne se peut que les Langues qui en
resultent ne soient différentes
dans leurs mots ,&qu'ainsi au
lieu d'une que j'ay proposée jusqu'à
ce jour,je ne vous en donne
aussideux.
J'ay divisé les Chiffres en primitifs,
&enauxiliaires, à quoy
j'ay ajouté des enseignes, des accents
,& quelques points; & de
tout cela j'ay formé mes Caracteres.
Voulant les changer en
paroles
,
je fais répondre, aux
Chiffres primitifs
1, 2,3,4,5,6,7,3,9,0.
Les Lettres b,f, d, g,tll,p, c,j, v,ti,
que j'appelle aussi Lettres primitives.
Aux Chiffres auxiliaires
Il Il3, 4)y, 63 7,8,9,0,
les Lettres
a,i,ay,o,u,ou,é, eu,oy,r,
que je nomme aussi Lettres auxiliaires.
Et aux enseignes
, aux points
& auxaccents les Lettres simples
ic,1,f,C.
Et leurs Combinaisons ou Lettres
doubles-
KK,KL,KS,KT.LK,LL,LS,LT.
SK,SL,SS,ST. TK,TL,TS,TT.
Et encore kz, LZ, TZ. que je
nomme Lettres subalternes, pour
lesdistinguer des précedentes qui
sont les Lettres principales. Il
feroit à souhaiter que les subalternes
doubles s'exprimassent par
des figures simples; comme ks
s'ex prime par x.
Quanta z, il ne répond ny à
Chiffreny Signe, lors qu'il n'èst
pasuny à une autre Consone, ce
qui meluy fait donner en cet état
le nom denulle.Quelques autres
Lettres prennent aulIi ce nom,
suivant les endroits où elles se
trouvent; & d'autres portent
quelquesfoisceluy de /ùp,!eantu..,
parce qu'elles sont substituéesen
la place de leurs Compagnes. Cela
s'expliquera dansla fuite. *
Pour les Diphtongues ei ,eiU
au, &, pour la Lettre double qu
ouq, je ne juge pas à propos de
m'en servir, àcause qu'elleséquivoquent
avec é,o,&k.
A la vérité i, employe l'y Grec;
mais c'estseulement dans l'expression
des Diphtongues ay &
cy; &je marque les deux autres
ou&eti parunrenvoy ,ainsioû;eû,
afin de lesdistinguer des Voyelles
qui les forment, lors que ces
Voyelles ne sont quecontiguës.
Cét
CérJ Grec, 6c ce figne de liaison
montrent que chacune de
ces quatre Diphtongues, n'a de
rapport qu'à un seulChiffre. Il
seroitmieux de ne les exprimer
que parune feule Figure, comme
nous exprimonsay par e) mais ce
feroit trop d'innovation à l'égard
des autres.
Il en fera de mesme de la demie
lettre ou aspirationh , comme
de l'r Grec.Elle ne répondra
qu'au
Chiffre
de la Consone,àlaquelle
on la joindra, si on la veut
exprimer;mais il fera mieux de la
sousentendre, pour ne pas augmenter
inutilement l'Ecriture. Il
feroit inutile aussi de l'employer
après p ,
puis que ph ne fait rien
entendre de plus quef Quant à
la prononciation des mots de ces
nouvelles Langues, elle doit estre
exacte,& ne rien perdre des
Lettres qui les composent,&il
faut sur tout distinguer clairement
ces lettres les unesdes autres
, afin de connoistre avec facilité
le rapport qu'elles ont avec
les Chiffres & avec les signes.
Il fera libre à la verité de prononcer
gn , comme dans le mot
François regne , ou comme dans
le mot Latin regnum; 6c ll comme
dans le mot mille, ou dans le
rnotflmillr,\11ais on prononcerag
suivy de Voyelle,ou de Diphtongue
,
d'un ton ferme
, comme
dans ga, go, gu ; & par consequent
ge, gi, comme s'ils estoient
écrits ghe
,
ghi, afin de les empefcherd'équivoqueravecje,
ji,
Il en fera de mesme de t, il se prononcera
comme dans ta, to, tu, &
par consequent ti, comme s'il
estoit écrittbi, pour le distinguer
de Ji.
Pourc, on le prononcera par
th., afin qu'on ne le confonde pas
avec K ,
dans Ka ,
Ko
,
Ku ,
&
avec s,dans ce, ci; & l'on prendra
garde à ne le point mettre à
la fin d'uneSyllabe, parce qu'il y
équivoqueroitencoreavec K. On
fera la mesme observation pour
ma nulle
, que l'oreille ne déîmfkroit
point d'avec s ,
si une
Syllabe en estoit terminée.
A l'égard de b, il fera prononcé
differemment d'v eOlJflne, 6c
on distinguera de mesme u voyelle,
de la Diphtongue ou. Jesçay
bien que cette premiere diversité
de prononciation fera de la peine
aux Gascons,& quela seconde
encauseraau Italiens k aux Espagnols
; mais pourquoy confondent,
ils ce qui doit estre distingué?
Enfinpn donnera à chaque
Lettre, un son qui n'aie rien de
commun ave lesautres, afind'éviter
les équivoques qui se pourroient
glisser dans l'Ecriture numeralie
lors qu'on viendroit à
écrire en Chiffres les mots de l'une
ou de l'autre Langue.
Vous jugez bien de là, Monsieur
, que chaque Langue aura
deux forres d'écritures, la numerale
qui est composée de Chiffres
ou de nombres;& la litteralequi
seformeavec les Lettres de l'Alphabet,&:
dont chaque Nation
pourra se servir en son particulier,
pour s'exercer,& pours'instruire
plus commodement dans
la Langue universelle.Cette Lan..
gue fera contraire en cela à l'Hebraïque
Se à la Grecque,parce
que n'employant que les mesmes
Caractères à exprimer leurs Lettres
Scieurs Chiffres, elles n'ont
qu'une Ecriture pour ces deux
choses, mais il ne tiendra qu'aux
Nations de reduire les deux à
une, en quittant leurs Ecritures
parciculieres pour la générale.
Je ne doute point que vous ne
soyez dans .l'impatience de sçavoir
de quelle maniéré je me
prends pour prononcer mes Lettres
primitives, puisque je ne les
exprime que par des Consones,
Je me fers pour cela de lademie
Voyelle quela naturemettou.
jours dans nostre prononciation,
lors qu'il y a deux Consones con-'
secutives, de difficile union dans
unemeime Syllabe, que j'ay dit
dans la Grammaire Universelle,
devoir estre marquée feule après,
chaque Conson, pour en apprendre
plus aisément la prononciation
; & qui est le fçcva Ólf.
fihcvll des Hebreux; si perceptible
aux oreilles fines par tout ou
il est inséré par.la nature, & si
remarquable aux moins déHcars:
dans les mots de blâmer, drapper.
fpcttacleySL autres semblables,puis
quelles entendent bien qu'ils se
prononcent comme s'ils estotent
écrits de cette forte belamer
,
tU":
rapper ,
J'infère donc
cet e féminin entre routes mes
Consones primitives, lcfts qu'elles
font disposées de la maniéré
que je viens de dire, le considerant
comme leur lien naturel; &
je l'exprime mesme afin de re.,
gler les Syllabes, & ne pas faire
de peine au Lecteur qui ne seroit
pas accoustumé, comme les Allemans,
à voir de fuite dans irn
mot plusieurs Consones peuaecordantes.
Je laisse mesme encore-
la liberté de le prononcer
en e masculin,aux endroits ou
l'on jugera que cette prononciation
aura plus de grace que la
feminine; & bien que j'emploie
céré masculin pour exprimer le
Chiffre7.lorsqu'il est auxiliaire,
il n'en faut pas craindre d'équivoques,
comme vous le connoistrez
parlesRégies qui fuivent.
Régies a observer dans le changent
de la premiere Ecriture
numerale en Litterale. LA premiere Régie est quV
masculin ou féminin, place
seul entre deux primitives, doic
toujours estre consideré comme
une nulle
,
c'est à dire, comme ne
répondant à Chiffre ny à signe
ainsi que je l'ay déja explique.
Voulant donc changer en Lettres
104. & III. Chiffres primitifs
de mon premier Dictionnaire,
qui ftgninenc Dieu& Faux-Dieu,
au lieu d'écrirebng,&bbb,j'écris
h(n(%& bebeb;mais sije veuxehanger
en deux mots ma premiere
Langue, 1.'14'(. & 111'1) Caractercs
aussi ae ma premiere Ecriturequilignifientau
nominatif ces
mesmes paroles Dieu & Faux.
Dieti, au lieu d'écrire benega &
bebeba,j'abrege &j'écris benga &
bebba.
La sécondé Régie en: que
quand un Caractere a deux, trois,
quatre ou cinq Chiffres primitifs
de mesme façon, on en peut
exprimer un par la Diphtongue
eâ,, & deux par la Diphtongue
oy.
o
Ainsi n 31. qui: signifie
Divinité, Dieu ou DlcJfl, dans m&
premiere Ecriture, & quise change
en bebeda ou bebda
,
selon la
Régle precedenre, se peur exprimer
par beuda. III'I. quin~nin~
Vaux-Dieu
,
& qui se tourne de
mesmeenbebedaou hebba, la comme esté dit, se peur exprimer par
beuba. un'i qui lignine le CielPcredes
Dieux,&qui se transforme
en bebbeba. ou bebebba, se peut ou
plûtost se doit exprimer par beubbitouboybt;
Et qui lignifie
Imposteur, & qui se marque par
bebbebeba ou bebbebba
,
se doit exprimer
par beubebba, ou plutost
par boybba. J'appelle ces Diphtongues
qui font substiruées çJe
laforte,àla place des Consones.
primitives Lettres supplcantes ou
cjjlcieufes
, non feulement parce
qu'elles fervent pour d'autres
Lettres ;
mais encore parce qu'-
elles abrègent les mots ,
Se en
adoucirent la prononciation.
De là il résulte
, que toutes les
fois que ces Diphtongues se trouvent
inferées seules entre des primitives
,on ne les doit pas 'onf.
derer comme des auxiliaires, mais
comme des suppleantes.
LatroisiémeRégie, est de ne
pas commencer un mot par. la
nulle e ,
puis qu'il ne fait cette
fonction qu'étant inséré & de
ne pasnon plus substituer les suppleanres
à la place de la premiere
primitive, puis que c'est elle qui
fait connoistre leur employ:
comme aussi de ne jamais mettre
~comme nulle, après la derniere
primitive, ny les suppleantes en
sa place, lors qu'elle est suivie
d'une voyelle qui fait l'office
d'auxiliaire, d'autant que cette
voyelle suffit pour l'adoucissement
du mot ,
& que cér ufiçe
causeroit de l'équivoque. Aind
voulant exprimer iiiiqtilficnisieDivin,
il ne faut pas écrire bebbea
,
bebeûa
, ny boyd, parce que
bebbea répond à ii1-7-1 r bebeûa-, à
11.81; ôcboya à 1.91 mais ondoit
écrire bebbaou beuba., qui ne peu
vent répondre qu'au premier Caraétere
m'i,suivant les deux Régiesqui
précèdent. Quesila
derniere primicive-efr fuivie de
l'auxiliaire r, on peut umployer
é, comme nulle après cette primitive;
supposé que la necessités
de leur liaison le demande
, ou
mesme changer cette primitive
en suppleante ; mais en prenant
l'un ou l'autre party, il faut ajouter
la Cubalternek,après r, pour
marquer la nullité de IV
, ou la.
substitution des suppleantes, parce
qu'autrement ces Lettres pafseroient
là pour des auxiliaires..
Ainsivoulantexprimer 97orqui
signific ce mot nullité dans ma
premiere Ecriture, au lieu d'écrire
simplement vecbera ou vecera
y
j'écris vecerka, dautant que
vecera exprimeroit 97-701, Caractère
differentde l'autre mais
si j'avois à exprimer 104-01 qui
signifie Divinité, qualiré qui appartientàDieu,
&, 10411-01 qui
signifie Création,qualitédu Créateur
, au lieu d'écrire bengerka &
bengckberka
,
j'écrirois bengra &
& bengebbra, à cause de la nature
de la primitiveg, qui s'unit à l'au.
xiliaire r y
sans demander entre
ellesl'expressiondeIV. Ainsiencore
voulant exprimer 88-01 &
888-01
,
je dois écrire jeûrkaôC
joyrka.
, parce que jeûra &joyr*t
répondroient à 8-801 êcà 8-901,
autres Caractères que les pre.
miers. Que il au lieu d'une pn.
mitive,ille trouve une fubaltcrne
devant r, on doitaussi mettre
entre deux e , comme nulle, s'il
est necessaire pour la liaison du
mot 5
mais conjointement avec
le k, pour marque de cette nullité.
Ainsivoulant exprimer 104-01
qui signifie le premier diminutif
de Divinitéy qualité, oupetite Divinité
,
il faut que je Mzbcngctferka
,
à moins que je ne veuille
prononcer bengetsra
,
qui seroit
bien rude.
La quatrième Régle, est flu'/,
doit estre encore confideré comme
nulle; & eû & oy, comme fuppleanres,
lors qu'ils sont inserez
seuls dans un mot après des primitives
,
& devant toutes fortes
de subalternes
,
excepté devanc
t, *& devantlz unis, ou bien separez
feulement par une auxiliaire.
La fuite en fournira assez d'exemples
,
sans que j'en rapporte
icy.
La cinquième Règle, est que
,
que cel mesmes Lettres se trouvant
dans un mesme mot feules
& finales, après des primitives
ou des subalternes, y font par
rieceffité la fonaion d'auxiliaires,
, parce qu'il n'y a point de mot
dans la Langue, qui ne réponde
à un Caractère ;ny un Caractere
dans l'Ecriture, qui ne soit composéde
Chiffres auxiliaires & de
primitifs; maisil faut mettre un
t après elles, pour donner à connoistre
cette fonction quelles
font d'auxiliaires
, comme pour
marquer celles de nulle & de fuppleantes
,
j'ay dit qu'il falloir y
employer un k. Ainsi voulanc
exprimer 1'7)1'8, &1'9 qui si-
•
gnifient dans ma premiere Ecri.
'ture l'Adverbe ouy ,
la conjonction
&) &la proportion en ou
dans, au lieu d'écrire fiment
be, beu,boy, on doit écrire & prononcer
bet, beût, boyt. Il en est
de mesme de 2/7 & de 2/7 qui fignifient
les Advarbes numéraux,
deux fois & la deuxième fois, au
lieu de les exprimer par sikié &
fkjJ, il faut écrire6c direket&
sikz,et.
Enfin la fixicme Règle
,
ett
que toutes les fois que ces mefj
mes Lettres font immédiatement
suivies ou -
précedées. d'autres
Voyelles,d'autres Diphtongues,
ou d'elles mesmes, elles font en- -
core la fondion d'auxiliaires
, en
quelque endroit qu'elles se trouvent
avoir besoin d'aucune mar>
que. Ainsi dans bebbee ou bcûbée
qui signifie l'Adverbe superlatifleplus
divinement, les deux é
qui se Suivent immediaremenc
font auxiliaires & répondent à
77 , comme tout le Caraél:re àiri-
77. Cet exemple suffit pouren
former d'autres.
L'observation de ces Régies-.
empefeheraqu'il n'y arrive aucune
équivoque dans cette premiere
Langue, non plus que dans ma
premiere Ecriture; & voila tou'_-
tes les marques qui concernent
le changement de sesChiffrespriu
mitifs en Lettres,
Quant à celuy de ses Enseignes
& desautres Signes. Lepremier
avernucmentest, que l'Enseigne
simpleinferée nes'ex prime
point,dautant que la réparation
quelle apporre entre les
Chiffresprimirifs & les auxiliaires,
éclattea(Tez par la difteren-
- ce des Lettresausquellesje donne
ces mesmes dénominations,
sans qu'ilfoitnecessaired'y ajouter
un autre Signe de diftinclion.
Ainli1°4'1; 104.-ii,104-10^, Be
1041.1003 caraares de ma premiere
Ecriture qui fignifienf
Dieu, Divin, ilcrée Se on crée, s'expriment
fimplemenr par bengd,
bengaa, bengebaray
,
& bengebar*
ray.
Le fecond avertitfemenr
,
est
qu'il en est de mesme de l'Enfeignequeje
place sur les Chiffres,
paroùjemarque les parties invariables
du discours
,
les Proverbg3,
& les Lettres de l'Alphabet
avec leurs Diphtongues & leurs
Syllabes les plus communes, elle
ne s'exprime pas non plus, dautant
qu'elle se refout en inferée,
avant le dernier Chiffre de ses
ex prc ssions.Ainsi 17 qui signifie : l'Adverbeouy
, 1017 qui signifie
l'interjection helas lOS. qui figni.
fie la conjondion car, 119 qui
gnifielaprépositiondedans, 4tto
qui signifie un proverbe5 & 015; qui signifie la Lettre d ou de
,
seresolvent
en l'y, en 101'7'-, en<
10'8, en 11*9, 411'0en 01h'
& s'expriment par bet, senbet, binent,
hehoJt,gebber & nebay.
! Le troisiéme avertillemenr,,
estqu'il n'en est pas de mesme derEnfUgne
que je mets sur les
Chiffres
, par ou je marque .les' »
noms des lieux & des Person. *"
nés celébres ) ny de celle que je
place dessous
, par où, je, les nombrans
, ou qui demeurent
en nature: Ces Enfei*
grnes fervent à mettre de la diveriité
entre des expressions
,
qui4
n'en auroient point sans cela; Su
par conlequent se doivent exprh
mer. Je marque donc celle que
jeplace furies Chiffres
, qui si.
gnificnt les noms des lieux& des
Personnes par la subalterne KT.
Et de cette forte t'i qnisignifie
rAJle; 11'1 qui finisse la chine-i:
& 111'1 qui signifie Canton prerniere
Province de la Chine, &c.
s'expriment par btkla
»
par bebe..
fra, ou beúKta
,
& par bibbew, b..
bcâuayQVL boj,e-ta. Et z/U}i qui
vous signifie s'exprime par febbebcdi
kla
, ou fcbojdexKtt. Et je
marque celle que je mets fous les
Chiffres,,qui signifient les nom
! bres nombrans par les fubalternes
Ki ou x ,
quîcfFla mesme
chose,&par kzj..fiçavoirla barre
droite des nombres Cardinaux
par x) & la courbe des Ordinaux
parkAinfi1quisignifiedeux
indéclinablej & lï qui le figni..
fie déclinable au nominatif pluriel,
s'ex primenr par [ex) & par
fixas. Et l'ï qui signifie deuxième
ou second substantif; & 211 qui
le signifient adicdif ,s'expriment
par /ÎK^4&par ftnzaa. Ileneft
de mesme de leurs Adverbes adjrdifs,
2,17 qui signifie doubleruent,
& 2 17quisignifie dltlxiémement
i ih s'expriment par PXAt
&/:K~. J'ay parlé de l'expression
de leurs autres Adverbes
dans la cinquième Règle.Quant
aux Verbes & aux Noms verb,
lux,qtlidériver desNoms numéraux,
on peut les exprimer comme
les autres dérivez; mais a l'égard
de leurs négatifs, & de ceux
qui signifient le retour de l'action,
il est plus à propos de suivre dans
la Langue
,
l'avis que j'ay donné
pour leur expression page 197,
& 298 du XX. Extraordinaire
, que la manierede les exprimer
par les auxiliaires, telle quelle
est marquée dans les pages
précédentes du mesmeLivre.
Le quatrième avertissement,
est que j'exprime pour la raison
précédente
,
les signes qui font
joints aux Enseignes, & qui donnent
à connoistre les degrez
d'augmentation, de diminution
& de comparaison. je marque •
ceux d'augmentation par ST 6C
SL , ceux de diminution par TS
&rz, ceux de comparaison en
, élevant parSK,& ceux decomparaison
enabaissantpar.TK.
Ainsi 104'1 & 104 11 qui signifient
Dieu & Divin, & que j'exprime
simplement par benga & benga,
commeiladéjaestédit, ont pour
augmentatifs 104;1 ,
& 104,1 qui
signifient grand Dieu
,
&. trèsgrand
Dieu, &104-11,& 104.11 quisignifient
fort Divin & tres Divin,
& que j'exprime par bengesta,
bengejht
,
bengestaa
,
& bengeslaa.
Ils ont pour diminutifs104?I &
104?I qui signifient petit Dieu ôC
trèspetit Vilu; & 104.11, & 104-11
qui signifient peu Divin& tres pet «
Divin; &que j'exprime par ben
gnfl) bengetza,bengetsaa& ben-
-
gflztZtl. Ils ont pour degrez de
comparaison en élevant 104 11^,
104-41 & 104-71 qui signifient
autant ou aufjl Divin, plus Divin,
&leplus Divin, & que j'exprime
par bengeskaa
,
bengeskaa
,
& bengeskea.
Etils ont enfin pour degrez
decomparaison en abaissant
104 11,104 41 &104-71 qui fignifient
dujji peu Divin,moins Divin&
lemoinsDivin,&quej'exprime
par bengetkaa,bengetKoa&
hengcKCtl. Neanmoins comme
j'employe simplement dans ma
premiere Ecriture 104-41 &
104-71 à exprimer les comparaifons
d'élevation plus Divin & le
plm Divin, il fera plusà propos
pour
pour l'abréviation de la Langue,
de ne point ajourer de subalternes
dans l'expression de ces deux
degrez
,
& de dire simplement
bengôa & bengea.
£ Le cinquièmeavertissement
estquej'exprime aussi les deux
points & la barre, que je mets
sur les Chiffres auxiliaires, pour
marquer le nombre pluriel de
tout ce quise décline, & de tout ce' qui se conjugue, avec cette
différence que j'employes. pour
le pluriel de la déclinaison
,
& l.
pour celuy de la conjuguaifon.
Ainsi 104'i
, ou 1041 qui signifientDieuxau
nominatif pluriel;
104*2 qui en signifient le génitif
des Dieuxj & 104*3 qui en signifient
le datifaux Dieux s'exprimentparbenvas,
benris&benrais.
«
Et 1041 ioï ou 1041.101 qui fignifienc
nomcréons;1041-101 qui fignifienc
vous créez,3 & 1041-10;
qui fignifienc ils créent s'expriment
par bengebaral,kengebaril,&-
bengebartyl.
Le fixiémc avertissement, regarde
les accents d'augmentation
, que je mets sur les Chiffres
primitifs pour accroistre le nombre
des expressions, & en fournir
les feaioos des estres les plus
abondantesj celuy que je place
sur les mesmestChiftres
, pour
marquer les feconds Verbes negatifs
; celay que j'employe sur
les Chiffres auxiliaires pour fignifier
le futur prochain,& le
futur éloigné de toutes fortes de
Verbes. Ces accents font detrois
façons pour l'augmentation des
expressions qui regardentle
estres
;
l'aigu, le grave & le cir-
-confléxei& je mefers des mefmes
fubalternesl &fpour expri.
mer les deux premiers, 6c encore
dé K pour sïgnifïer le troifiérné;
Ain(î,4é^7'i qui signifie dans
ma première Ecriture Ecuyers'ex.
prime par gepeteta, & 4647*1 qui
lignifie son augmentation, PaÜ-.
frinier se marque par gepegerela.
Il en, est de mesme de m'i qui
lignifie Canton' premiere Province
de la Chine, & qui s'exprime
yaiMbekta>6çdeIII'Iquifignifie-/
onaugmentation htnam dixième.
Province du mesme Etar,
&quisemarque par bebbektU.
Ces mots se peuvent abreger
,
Se
on peut dire gepgetela 6c boyktela.
yoHa.cwmc,s'exprimc.l'accenc
aigu d'augmentation, quand il se
trouve sur la derniere primitive;
&. on peut juger par luy
,
de la
maniéré d'exprimer le grave èc
le circonfléxe
,
quand ils se rencontrent
sur la mesme primitive;
& de tous trois lors qu'ils sont
placez sur la penultiéme ou sur
l'antépenultiéme,oùils setransportent
selon le besoin, sans qu'il
soit necessaire que j'en rapporte
des exemples. Quantat'accencaigu
qui marque les seconds Verbes
négatifs
,
je l'exprime par la,
subalternekl. Ainsi 1066-10 qui
signifie dans ma
premièrer,EcriJ
ture lesecondVerbepositif
faire,s'exprime par benpepar,
oui
Bcntppar, Et1066-10 qui y signifie
le second Verbe negatif red!.
faire s'exprime avec son accent
par beneppeklar. Ma premiere
pensée n'avoit pas esté d'exprimerdela
sorte ce second Verbe
négatif, ny mesme son positif
refaire; ny ceux encore dont l'un
& l'autredérivent, jeveux dire,
faire&défaire
, comme vous l'avez
pu remarquer dans ma Lettre
de vostreXVII. Extraordinaire
page 310 & suivantes. Je
projettois alors de distinguer ces
quatre sortes de Verbes, par la
diversité de leur premier Chiffre
primitif, tellement quesi 11110
avoitsignifié le premier positif
ou l'affirmatiffaire;211-10 auroit
exprimé le premiernégatif
dlfirt; 31110 le second positif
refaire, & 411-10 le second nega.
tif redéfaire. J'appelle aussi ces
deux derniers Verbes du nom de
rcfijts de retour d'action -, maisayant
reconnu dans la fuite que
cetusage pourroit apporter de la
confusion à d'autres expressions,
je le changay ,
& je transporta y
ladistinction de ces Verbes,de
leur premier Chiffre sur leur dernier
, en exprimant faire par
106410 défaire par 1065.Ío; &
refairepar 1066 10. Cechangement
le voir dans ma Lettre du
XX. Extraordinaire page 247.
avec la raison qui m'a fait recourir
à un accent pour l'expression
du second Verbe negatif; & si je
vous en entretiens icy;c'est pour
reparer l'omission quej'enay faite
là. A l'égard de l'accent encore
aigu, que jemetssur les Chiffres
auxiliaires pour marquer les divers
futurs des Verbes, lesquels
t;
font particuliers à ma premiere
Ecriture, je l'exprime encore différemment
de celuy que. j'employe
sur ses Chiffresprimitifs,
Sec'cft par la subalterne Ainsi
1-10 qui signifiele Verbetftrt,&.
qui s'exprime par bar, a pour son
futur ordinaire, futur indéfiny
1-104 qui signifiejeseray, &. qui
se marque par baro; & pour futurs
définis 1-104 qui signifieje
seray loll, & 1-104 qui signifieje
feraytardy & qui s'expriment avec
leur accent par batro & barto.
Cetteexpression de futurs sepeut
aussi étendre sur les préccrits,
puisqu'on peutdirejefustost, je
fta tard,j'ay esté tost, j'ayestétard&
autres semblables.
Le septiéme & dernier aver.
tissement, est d'observer que
quand un Caractère a deux accents
, comme l'auroit le futur
du Verbe redéfaire,on doitsedispenser
de l'expression du second,
si le mot qui en réfulre a une
longueur desagreable, & employer
la phrase
, au lieu du mot
simple.
Apres ces avertissecmens qui
font mes secondes Régles, il
reste quelquesréflexionsà faire.
La premiere, que l'expression
des Enseignes ou seules, ou accompagnées
de Signes, s'infere
toujours entre les expressions des
Chiffres primitifs
,
& des auxiliaires.
La seconde, que l'expression
des accents & des points
ne se place qu'après celle du
Chiffre primitif ou de l'auxiliaire
,
sur Lequel ils font marquer
Latroisiéme
, que mes subalternes
doubles ne répondent qu'à
un Signe, de mesme que mes
Diphtongues auxiliaires faisant
cette fonction, ne répondent
qu'à un Chiffre. La quatrième,
quenon feulement éfait l'office
,' de nullej mais K &.Taussi, aux
endroits que j'ayrapportez, &
qu'ainsiestant auxiliaire, & ces
subalternes me servant à exprimer
des accents d'augmentation,
ces trois Lettres ont double employ.
La cinquième ; que leurs
compagnes eû & oy, 7 &ffont de
mesme employées doublemenr.
Les premieres
, comme auxiliaires
& comme suppleantes
;
&les.
autres àl'expression des pluriels,
&àcelle desaccents. Etlafixié.
me, que les subalternes doubles,
KK,/I,.If, tt,Ik, Is, lt, &tla
contraires des subalternes fimn
ples n'ont aucun employ dans
cette premiere Langue.L,en
arusesi uzn tbroisiieemenq-uervooussvte.r
Je ne vous ay presque encoroi
rien ditde la nulles.Ilest rempjq
de vous expliquer son usage ;jot
l'insere parmy mes Lerrres auxi..;:
Jiairesàmefmefin que ma nulltl
e parmy mes primitives
,
je veuaxi
dire pour leur liaÏÍon, & pour
leur adoucissement, & de plusi
comme j'employe e élu unis en--j
semble dans la Diphtongue eû
pour suppleante simple
, &,,
pour suppleante double
, encres
ces primitives, fin de diminuer
dans les mots le nombre des Sy1-
labes,Remployé encore à mesmes
intention l & z. unis ou separez,
entre ces auxiliaires; mais seule,
ment pour suppleantesimple, la
double nem'estant pas necessaire.
Ainsi au lieu d'écrire & de
prononcer simplement benga.
quisignifie Divin
,
6cfaa qui signifie
savois
,
faaiqui signifieTu
aveis ; faaay qui signifieilavoit;
&fitaaay qui signifie onavoit, j'écris
& je dis bengA&a fitza,flizi,
falzay 6c ftlzallY ou falazay. Le
toutde la maniere qu'on trouvera
la plus propre à lier le mot, &
à luy oster sa rudesse. Surquoy
il fautobserver que l'employ de
Suppléante entre les auxiliaires
appartient à la subalterne 1 6c
non pasaz, mais que pour avoir
cet employ
,
elle doit estre suiviedu
z immediatement, ou bien feparée
de luy seulement par une,
auxiliaire: Et on ne doit pas
craindre que l'usage de ces nulles
& de ces subalternes simples ou
doubles, cause aucune équivoque
dans cette Langue, il n'y en
arriveroit pas mesmes quand
bien on en écriroit tous les mots
sans distance, on les diftingueroit
encore plus aisément queles Caraéteres
dont ils résultent
,
i smesmesçavoir
leur signification,
pourveu qu'on priftbien garde à
mes Régies.
Voila,Monsieur, l'expression
litterale de la premiere de mes
Ecritures universelles,& dequoy
former, une Langue de mesme
étenduë, demesmeclarté, 6cde
mesme abondance qu'elle. Il ne
mereste qu'àen donnerun petit
échantillon, comme j'ay fait à la
fin de chacune de ces Ecritures;
& je me ferviray du mesme exemple
que j'ay employé.Vous sçavezqu'il
consiste en ce début du
Texte Sacré. Dans le commencement
Bien créa le Ciel & la Terre.
Je n'ay que faire d'en rapporter
les Caractères numéraux, vous
les pouvez voir dans le XX. Extraordinaire
page 284.Voicy
les motsqui en résultent boyt du
benembebru bengabengebalzuô de
fenbi,beûtdosembo.
Je pourrois joindre au dérail de
cette premiere Langue universelle,
celuy de la seconde, & ce que
j'ay encore à vous dire de l'une M
de l'autrecommeje l'avois projetté
à la fin de ma derniere Lettre
, mais je croy qu'il est plus à
propos de finir celle-cy
,
elle me
paroist assez longue, & mesme
trop pour un petit Livre où taoDI
de beaux Ouvrages demandent
place. Agréez doncquejeremette
l'accomplissementdumienà vôtre
Extraordinaire du 15.de Janvier
, & faites moy toujours Jass
grâcede me croire, MOPÍieur'
vostre,&c.
DE VlINNJS P&AÏÏCV.,
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Résumé : ENTIERE EXPOSITION d'une premiere Langue Universelle.
Le texte examine l'idée d'une langue universelle, inspirée par la langue originelle parlée par Adam et Ève, qui aurait été corrompue après le Déluge et la construction de la Tour de Babel. L'auteur regrette la diversité des langues actuelles, qui entrave la communication internationale. Il cite l'exemple de Maître Guillaume Bellenden, un avocat écossais devenu aphasique après une fièvre et parlant ensuite une langue inconnue jusqu'à sa mort. Le texte aborde également la relation entre la parole et l'audition, mentionnant des cas de perte de la mémoire linguistique suite à une maladie. Pour remédier à cette diversité linguistique, l'auteur propose une écriture universelle basée sur les chiffres et les lettres, avec des règles précises de prononciation et d'écriture afin d'éviter les ambiguïtés. Chaque lettre doit avoir un son unique, et des voyelles sont insérées entre les consonnes difficiles à unir. Deux types d'écriture sont envisagés : numérique et littérale. Des règles spécifiques permettent la conversion de l'écriture numérique en littérale, utilisant des diphtongues pour abréger et adoucir la prononciation. Le texte décrit aussi l'utilisation des accents et des symboles pour marquer les nuances des verbes et des expressions. Un exemple de phrase en langue universelle est donné : 'Bien créa le Ciel & la Terre,' accompagné de ses caractères numéraux correspondants. L'auteur prévoit de développer davantage son projet dans une lettre ultérieure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 110-146
ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
Début :
C'Est une chose assez surprenante, Monsieur, que de tant de [...]
Mots clefs :
Langue universelle, Lettres, Chiffres, Expressions, Caractères, Auxiliaire, Accents, Verbes, Signification, Exemples, Ouvrages, Méthode, Prononciation, Écritures, Diphtongue, Terminaisons, Règles
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texteReconnaissance textuelle : ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
ENTIERE EXPOSITION
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
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3
p. 261-268
Ce qu'ils ont vû & dit à l'Imprimerie du Roy. [titre d'après la table]
Début :
On les a aussi menés à l'Imprimerie du Roy, dont Mr [...]
Mots clefs :
Imprimerie du roi, Sébastien Mabre-Cramoisy, Ambassadeur, France, Roi, Caractères, Travail, Feuilles, Imprimerie, Presses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qu'ils ont vû & dit à l'Imprimerie du Roy. [titre d'après la table]
On les a auſſi menés à l'Imprimerie
du Roy , dont M
Mabre - Cramoify eft Direteur.
Il y avoit fait mettre
pluſieurs brafiers , afin qu'il
s'y répandiſt par tout un air
chaud. Il les conduifit d'abord
au lieu où ſont les caf262
IV . P. du Voyage
fes des Compoſteurs , pour
leur faire voir comment on
aflemble les caracteres . Ils
furent furpris de la viteſſe a
vec laquelle les Ouvriers levo
ent les lettres , & particulierement
les petites;car l'Ambaſſadeur
fit de luy-meſme
la difference des gros & des
petits caracteres qu'il confronta
les uns contre les autres.
Il demanda à MF Cramoiſy
de quel metal ces lettres
estoient ,&fi on les faisoit en
France. Lors qu'il eut fatisfait
à ces demandes , l'Ambaſſadeur
pourſuivit en difant que
des Amb. de Siam. 263
l'on trouvoit toutes choses en
France , & qu'elle pouvoit fo
paſſer de tous les autres Païs.
M. CrCramoiſy fit enſuite lier
des pages , & meſme impofer
une Forme devant eux, & les
mena aufli- toft dans la Salle
où font les Preſſes au nombre
de douze , toutes roulantes.
Leur ſurpriſe augmenta d'abord
, & l'Ambaſſadeur dit en
entrant à m' Cramoify , & en
s'arreſtant à confiderer les
mouvements des 24. hommes
qui faifoient aller les Preſſes,
qu'il croyoit voir des Soldats
rangez en bataille. M Cramoi-
!
264 IV. P. du Voyage
ſy luy répondit , que s'ils n'étoientpas
Soldats, ils employoient
leur die auſſi utilement pour le
fervice du Roy ; que le plus
grand travail de l'Imprimerie
h'avoit preſentement pour but
que la gloire de Sa Majesté,
qu'à bien examinerles chofes , il
n'y avoit pas moins de merite à
apprendre aux Nations les plus
éloignées , & à la pofterité même
, les grandes actions de Sa
Majesté , qu'à prendre des Villes
, & à gagner des Batailles.
L'Ambaſſadeur luy répondit
qu'il ne s'étonnoit pas de voir
tant de Travailleurs , & qu'il
ny
des Amb. de Siam. 265
n'y en pourroit jamais avoir af-
Sez, pour publier les grandeurs
inoüies du Roy & de la France.
Ils s'attacherent enſuite à examiner
le travail de chaque
Preſſe , & l'Ambaſſadeur fit
pluſieurs queſtions à m ' Cramoiſy
ſur l'ancre & fur les balles,&
luydemanda pourquoy
le papier eſtoit moüillé, aprés
quoy il mania beaucoup de
choſes pour les mieux connoître.
Le ſecond Ambaſſadeur
prit un bareau, tira cinq
ou fix feuilles , & parut fort
furpris , de ce que les feuilles
qu'il avoit tirées , eſtoient ve-
Z
266 IV. P. du Voyage
nuës toutes pareilles aux autres.
Ils entrerent apres dans
le Magazin , oùM Cramoiſy
leur fit entendre comment on
étend les feuilles mouillées ,
comment on les affemble ,
aprés qu'on les a ſechées , &
la maniere dont on fait des
corps complets de Livres. Ils
les pria enfuite de monter
dans un petit Cabinet , où il
leur fit voir les Poinçons des
CaracteresGrecs du Roy,que
François I. a fait faire,&qui
font tres-beaux. M. Cramoiſy
leur montra auffi des Cara-
Eteres Arabes nouvellement
des Amb. de Siam. 267
fondus , ſur quoy le premier
Ambaſſadeur luy dit qu'on
pourroit donc faire des Caracteres
Siamois , & avoir une Im
primerie à Siam ? Il luy répondit
que oüy , &qu'il ne falloit
que le vouloir. L'Ambaſſadeur
leva auſſi- tôt les yeux auCiel,
& fit une maniere de cry. M
Cramoiſy demanda à l'Inter
prete ce que l'Ambaſſadeur
diſoit , & il luy répondit qu'il
avoit dit , ô France , France!
Ils fortirent enſuite de l'Im.
primerie apres avoir remer
cié M Cramoiſy , qui leur
dit en les reconduiſant , qu'il
Zij
268 IV. P. du Voyage
s'eſtimoit heureux que defigrands
Seigneursfuſſent venus defi loin
voirfon travail, &qu'ilsy euffent
pris duplaisir..
du Roy , dont M
Mabre - Cramoify eft Direteur.
Il y avoit fait mettre
pluſieurs brafiers , afin qu'il
s'y répandiſt par tout un air
chaud. Il les conduifit d'abord
au lieu où ſont les caf262
IV . P. du Voyage
fes des Compoſteurs , pour
leur faire voir comment on
aflemble les caracteres . Ils
furent furpris de la viteſſe a
vec laquelle les Ouvriers levo
ent les lettres , & particulierement
les petites;car l'Ambaſſadeur
fit de luy-meſme
la difference des gros & des
petits caracteres qu'il confronta
les uns contre les autres.
Il demanda à MF Cramoiſy
de quel metal ces lettres
estoient ,&fi on les faisoit en
France. Lors qu'il eut fatisfait
à ces demandes , l'Ambaſſadeur
pourſuivit en difant que
des Amb. de Siam. 263
l'on trouvoit toutes choses en
France , & qu'elle pouvoit fo
paſſer de tous les autres Païs.
M. CrCramoiſy fit enſuite lier
des pages , & meſme impofer
une Forme devant eux, & les
mena aufli- toft dans la Salle
où font les Preſſes au nombre
de douze , toutes roulantes.
Leur ſurpriſe augmenta d'abord
, & l'Ambaſſadeur dit en
entrant à m' Cramoify , & en
s'arreſtant à confiderer les
mouvements des 24. hommes
qui faifoient aller les Preſſes,
qu'il croyoit voir des Soldats
rangez en bataille. M Cramoi-
!
264 IV. P. du Voyage
ſy luy répondit , que s'ils n'étoientpas
Soldats, ils employoient
leur die auſſi utilement pour le
fervice du Roy ; que le plus
grand travail de l'Imprimerie
h'avoit preſentement pour but
que la gloire de Sa Majesté,
qu'à bien examinerles chofes , il
n'y avoit pas moins de merite à
apprendre aux Nations les plus
éloignées , & à la pofterité même
, les grandes actions de Sa
Majesté , qu'à prendre des Villes
, & à gagner des Batailles.
L'Ambaſſadeur luy répondit
qu'il ne s'étonnoit pas de voir
tant de Travailleurs , & qu'il
ny
des Amb. de Siam. 265
n'y en pourroit jamais avoir af-
Sez, pour publier les grandeurs
inoüies du Roy & de la France.
Ils s'attacherent enſuite à examiner
le travail de chaque
Preſſe , & l'Ambaſſadeur fit
pluſieurs queſtions à m ' Cramoiſy
ſur l'ancre & fur les balles,&
luydemanda pourquoy
le papier eſtoit moüillé, aprés
quoy il mania beaucoup de
choſes pour les mieux connoître.
Le ſecond Ambaſſadeur
prit un bareau, tira cinq
ou fix feuilles , & parut fort
furpris , de ce que les feuilles
qu'il avoit tirées , eſtoient ve-
Z
266 IV. P. du Voyage
nuës toutes pareilles aux autres.
Ils entrerent apres dans
le Magazin , oùM Cramoiſy
leur fit entendre comment on
étend les feuilles mouillées ,
comment on les affemble ,
aprés qu'on les a ſechées , &
la maniere dont on fait des
corps complets de Livres. Ils
les pria enfuite de monter
dans un petit Cabinet , où il
leur fit voir les Poinçons des
CaracteresGrecs du Roy,que
François I. a fait faire,&qui
font tres-beaux. M. Cramoiſy
leur montra auffi des Cara-
Eteres Arabes nouvellement
des Amb. de Siam. 267
fondus , ſur quoy le premier
Ambaſſadeur luy dit qu'on
pourroit donc faire des Caracteres
Siamois , & avoir une Im
primerie à Siam ? Il luy répondit
que oüy , &qu'il ne falloit
que le vouloir. L'Ambaſſadeur
leva auſſi- tôt les yeux auCiel,
& fit une maniere de cry. M
Cramoiſy demanda à l'Inter
prete ce que l'Ambaſſadeur
diſoit , & il luy répondit qu'il
avoit dit , ô France , France!
Ils fortirent enſuite de l'Im.
primerie apres avoir remer
cié M Cramoiſy , qui leur
dit en les reconduiſant , qu'il
Zij
268 IV. P. du Voyage
s'eſtimoit heureux que defigrands
Seigneursfuſſent venus defi loin
voirfon travail, &qu'ilsy euffent
pris duplaisir..
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Résumé : Ce qu'ils ont vû & dit à l'Imprimerie du Roy. [titre d'après la table]
Des ambassadeurs de Siam ont visité l'Imprimerie du Roy, dirigée par M. Cramoisy. Ils ont été conduits dans divers ateliers pour observer le processus d'impression. Les ambassadeurs ont été impressionnés par la rapidité avec laquelle les ouvriers assemblaient les caractères et ont posé des questions sur le métal utilisé et la fabrication des lettres en France. M. Cramoisy leur a montré comment les pages étaient liées et imprimées, et ils ont été surpris par l'efficacité des presses et des ouvriers. Les ambassadeurs ont ensuite examiné le travail des presses et posé des questions sur les mécanismes. Ils ont également visité le magasin où les feuilles étaient étendues et assemblées pour former des livres. M. Cramoisy leur a présenté des poinçons de caractères grecs et arabes, et un ambassadeur a exprimé son intérêt pour la création de caractères siamois. La visite s'est conclue par des remerciements et des compliments de part et d'autre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 53-57
LIVRE NOUVEAU. Avis donné par l'Autheur.
Début :
On vend à Paris chez Claude Jombert, à la descente [...]
Mots clefs :
Claude Jombert, Livre, Promenade du Luxembourg, Raccommodement, Incidents, Caractères, Ouvrage, Anonyme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LIVRE NOUVEAU. Avis donné par l'Autheur.
LIVRE NOUVEAU.
Avis donné par VAutheur.
ON vend à Paris chez
Claude Jombert, à la descente
du Pont neuf, prés
les Augustins, à l'Image
Nostre Dame) un Livre
nouveau intitulé: LaPromenadedu
Luxembourg. Cette
promenade contient onze
Journées
,
& chaque
Journée est remplie d'incidents
tous plus beaux les
uns que les autres.On y
voit des passions & des évenements
extraordinaires
; des ruptures & des
ihfidelÜez surprenantes ;
des raccommodements
feints & dissimulez; d'autres
qui font veritables &
de bonne foy
, & dont la
fin a esté heureuse.On y
voit encore des apparitions
d'esprits,des jalousies sans
exemples, & des victimes
que l'amour & la colere
sacrifient au desespoir.
D'ailleurs on y trouvera
des conversations galantes
& serieuses sur des questionsqui
n'ont jamais eftç
traitées, & qui font également
propres à polir l'esprit
, & à former les
moeurs ; des caracteres 6c
des portraits singuliers tirez
d'après nature,y paroissent
en plusieursendroits.
Enfin on y verra
çent choses différentes qui
feroient trop longues à
rapporter icy,&qui donneront
tousjours beaucoup
plus de plaisir au Loueur
quand il les apprendra par
luy -
mesme. A l'égard du
stile il est pur, les pensées
en sont vives, & le tour en
est ingenieux. Il ne manqueà
cet ouvrage que le
nom de l'Autheur. On ne
peut pas s'empescher de
s'enplaindre, & il est de
l'interest du public de connoistre
un homme qui écric
si noblement, & avec
tantdejustesse.On trouvera
chezlemesmeLibraire
plusieurs autres ouvrages
curieux du mesme Autheur
anonyme.
Avis donné par VAutheur.
ON vend à Paris chez
Claude Jombert, à la descente
du Pont neuf, prés
les Augustins, à l'Image
Nostre Dame) un Livre
nouveau intitulé: LaPromenadedu
Luxembourg. Cette
promenade contient onze
Journées
,
& chaque
Journée est remplie d'incidents
tous plus beaux les
uns que les autres.On y
voit des passions & des évenements
extraordinaires
; des ruptures & des
ihfidelÜez surprenantes ;
des raccommodements
feints & dissimulez; d'autres
qui font veritables &
de bonne foy
, & dont la
fin a esté heureuse.On y
voit encore des apparitions
d'esprits,des jalousies sans
exemples, & des victimes
que l'amour & la colere
sacrifient au desespoir.
D'ailleurs on y trouvera
des conversations galantes
& serieuses sur des questionsqui
n'ont jamais eftç
traitées, & qui font également
propres à polir l'esprit
, & à former les
moeurs ; des caracteres 6c
des portraits singuliers tirez
d'après nature,y paroissent
en plusieursendroits.
Enfin on y verra
çent choses différentes qui
feroient trop longues à
rapporter icy,&qui donneront
tousjours beaucoup
plus de plaisir au Loueur
quand il les apprendra par
luy -
mesme. A l'égard du
stile il est pur, les pensées
en sont vives, & le tour en
est ingenieux. Il ne manqueà
cet ouvrage que le
nom de l'Autheur. On ne
peut pas s'empescher de
s'enplaindre, & il est de
l'interest du public de connoistre
un homme qui écric
si noblement, & avec
tantdejustesse.On trouvera
chezlemesmeLibraire
plusieurs autres ouvrages
curieux du mesme Autheur
anonyme.
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Résumé : LIVRE NOUVEAU. Avis donné par l'Autheur.
Le texte annonce la vente à Paris d'un livre intitulé 'La Promenade du Luxembourg'. Cet ouvrage, composé de onze journées, relate des incidents variés et captivants. Il explore des passions et des événements extraordinaires, des ruptures et des infidélités, ainsi que des raccommodements feints ou sincères. Le livre inclut des apparitions d'esprits, des jalousies intenses et des victimes sacrifiées par l'amour et la colère. Il propose également des conversations galantes et sérieuses sur des questions inédites, visant à polir l'esprit et à former les mœurs. Des personnages et portraits singuliers, inspirés de la nature, apparaissent tout au long du récit. Le style est pur, les pensées vives et le tour ingénieux. L'auteur reste anonyme, ce qui est regretté, car le public mériterait de connaître cet écrivain qui écrit avec noblesse et justesse. Le libraire Claude Jombert propose également d'autres ouvrages curieux du même auteur anonyme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Le Lecteur doit être un peu surpris de trouver des [...]
Mots clefs :
Caractères, Impression, Lecteurs, Journaux, Recueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT - PROPOS .
E Lecteur doit être un peufur
pris de trouver des caractères fi
differents de ceux , dont on s'étoit
fervi jufqu'à préfent , pour imprimer
le Mercure. J'espere cependant de
fon indulgence , qu'il entrera aves
bonté , dans les raisons qui m'ont
déterminé à ce changement . Je dois
donc dire pour ma juſtification envers
le Public , que c'est le cri public même
qui m'y a engagé. Auffitôt que mon
premier Recueil parut , je reçû des
Avis de toutes parts , tant de Paris,
que des Provinces ; que l'on s'étoit
attendu que je diminuerois le prix
de ce Livre , en le réduisant à la
moitié que pour cela , je ne devois
pas être plus délicat que les Auteurs
des Journaux de Trevoux , de Hollande
, &c. qui , pour donner un cours
plus aife à leur Ouvrage , avoient
choifis la forme des caracteres , dont
A ij
AVANT- PROPOS.
jufe aujourd' buy. Que perfonne ne
s'en plaignoit ; Que d'ailleurs d'étoit
trop préfumer du mérite de mon
travail , que d'exiger le double du
prix d'un Livre qui ne contenoit pas
plus de matieres que ces fortes d'Ouvrages.
Favoue que ces raisons
m'ont parû fi fenfées , qu'elles m'ont
abfolument emporté ; puifque necesfairement
il doit en résulter plufieurs
avantages. Le premier , la médiocrité
du prix , qui eftant à quinzefols , fera
un puiffant attrait pour l'acheter.
Le fecond eft , que les débitant brochés
, on pourra à la fin de chaque
année , les faire relier en quatre volumes
, qui feront très portatifs. Le
troisième , qu'il paſſera plus aisément
dans les Provinces , & dans les Païs
Etrangers , à cause que le port enfera
moins confiderable , & c. Que l'on ne
croye pas cependant , qu'ils contiendront
moins de matieres que les
precedens au contraire , ils feront
beaucoup plus remplis , & par là , il
ichapera fort peu de Pièces volantes
qui n'y trouvent leur place. Enfin ,
je tacherai de former un Recueil qui
AVANT-PROPOS.
puiffe tenir lieu de quantité d'autres
Ouvrages périodiques , dont le Public
eft furchargé depuis quelque temps ;
eeft là l'inftitution du Mercure ;
les autres ouvrages de cette espéce
n'ayant pas le droit d'embraßer la
varieté des matieres qui fingularifeno
celui- ci. Je declare néantmoins que je
m'abstiendrai d'entrer dans le Secret
du Cabinet des Princes.
Je renvois les eurieux de Reflexions
Politiques au Journal Historique de
Verdun ; il en a trouvé la clef, ainfi
cette partie lui eft reſervée , je la lui
abandonne fans rancune .
E Lecteur doit être un peufur
pris de trouver des caractères fi
differents de ceux , dont on s'étoit
fervi jufqu'à préfent , pour imprimer
le Mercure. J'espere cependant de
fon indulgence , qu'il entrera aves
bonté , dans les raisons qui m'ont
déterminé à ce changement . Je dois
donc dire pour ma juſtification envers
le Public , que c'est le cri public même
qui m'y a engagé. Auffitôt que mon
premier Recueil parut , je reçû des
Avis de toutes parts , tant de Paris,
que des Provinces ; que l'on s'étoit
attendu que je diminuerois le prix
de ce Livre , en le réduisant à la
moitié que pour cela , je ne devois
pas être plus délicat que les Auteurs
des Journaux de Trevoux , de Hollande
, &c. qui , pour donner un cours
plus aife à leur Ouvrage , avoient
choifis la forme des caracteres , dont
A ij
AVANT- PROPOS.
jufe aujourd' buy. Que perfonne ne
s'en plaignoit ; Que d'ailleurs d'étoit
trop préfumer du mérite de mon
travail , que d'exiger le double du
prix d'un Livre qui ne contenoit pas
plus de matieres que ces fortes d'Ouvrages.
Favoue que ces raisons
m'ont parû fi fenfées , qu'elles m'ont
abfolument emporté ; puifque necesfairement
il doit en résulter plufieurs
avantages. Le premier , la médiocrité
du prix , qui eftant à quinzefols , fera
un puiffant attrait pour l'acheter.
Le fecond eft , que les débitant brochés
, on pourra à la fin de chaque
année , les faire relier en quatre volumes
, qui feront très portatifs. Le
troisième , qu'il paſſera plus aisément
dans les Provinces , & dans les Païs
Etrangers , à cause que le port enfera
moins confiderable , & c. Que l'on ne
croye pas cependant , qu'ils contiendront
moins de matieres que les
precedens au contraire , ils feront
beaucoup plus remplis , & par là , il
ichapera fort peu de Pièces volantes
qui n'y trouvent leur place. Enfin ,
je tacherai de former un Recueil qui
AVANT-PROPOS.
puiffe tenir lieu de quantité d'autres
Ouvrages périodiques , dont le Public
eft furchargé depuis quelque temps ;
eeft là l'inftitution du Mercure ;
les autres ouvrages de cette espéce
n'ayant pas le droit d'embraßer la
varieté des matieres qui fingularifeno
celui- ci. Je declare néantmoins que je
m'abstiendrai d'entrer dans le Secret
du Cabinet des Princes.
Je renvois les eurieux de Reflexions
Politiques au Journal Historique de
Verdun ; il en a trouvé la clef, ainfi
cette partie lui eft reſervée , je la lui
abandonne fans rancune .
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6
p. 1575-1597
Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 16. de ce mois, les Comédiens François donnerent la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédie, Auteur, Caractères, Chevalier, Charles Dufresny, Marquise
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texteReconnaissance textuelle : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16. de ce mois , les Comédiens Fran
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
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Résumé : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16 juin, les Comédiens Français ont présenté la première représentation de 'Le Faux Sincère', une comédie en vers et en cinq actes écrite par le défunt M. Dufresny. Cette œuvre est appréciée pour son originalité, sa naïveté et la précision avec laquelle les caractères sont exprimés, ainsi que pour les traits saillants et inattendus qui parsèment la pièce. Dans le premier acte, l'auteur expose la situation des personnages principaux. Madame Argante a deux filles, Angelique et Marianne. Angelique, récemment sortie du couvent, a rencontré le Chevalier Valère, le héros de la pièce. Marianne, qui a passé du temps chez une parente, aime Dorante. Madame Argante prévoit de marier Angelique à M. Franchard, un riche négociant, et Marianne au Chevalier Valère. Angelique est satisfaite de ce projet, tandis que Marianne est mécontente. Dorante décrit le Chevalier Valère comme un homme dangereux et manipulateur, capable de dire la vérité pour mieux mentir. Le Chevalier Valère est caractérisé par sa fausse sincérité, qu'il utilise pour manipuler les autres à son avantage. M. Franchard, quant à lui, est décrit comme un homme franc et honnête, contrastant avec le Chevalier. La pièce se complexifie avec l'introduction de nouveaux personnages et de situations intrigantes. Par exemple, un caissier du banquier Franchard et un nouveau Rapin, cousin du faux Valère, apparaissent dans le second acte. Laurette, la suivante de la Marquise, joue un rôle clé en révélant des secrets et en ourdissant des plans de vengeance. Le troisième acte est considéré comme le plus beau de la pièce. Dorante et Marianne cherchent à démasquer le faux sincère en le mettant aux prises avec la Marquise et Angelique, toutes deux mécontentes de lui. La pièce explore les motivations et les manipulations des personnages, révélant les intrigues et les conflits qui les opposent. La pièce se termine par deux mariages : M. Franchard avec Angelique, et Dorante avec Marianne. Malgré une intrigue confuse, la pièce est appréciée pour ses traits saillants et la versification de M. Dufresny. La pièce a été représentée à plusieurs reprises et est actuellement sous presse.
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7
p. 544-548
DEUX QUESTIONS sur la dénomination des Lettres.
Début :
I. QUESTION. On suppose pour un moment l'ignorance des [...]
Mots clefs :
Questions, Lettres, Caractères, Système du bureau typographique, Méthode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEUX QUESTIONS sur la dénomination des Lettres.
DEUX QUESTIONS sur la
dénomination des Lettres.
I. QUESTION.
On suppose pour un moment l'ignorance des Lettres , et que leur Inventeur paroissant pour la
premiere fois , donne les mots cy-dessous , pour.
exprimer les sons d'usage, qui signifient des chosesconnues. Il s'agit ensuite de donner des noms
MARS. 17328 $45 à ces nouveaux caracteres. Les noms vulgairess
d'aujourd'hui étant proposez , seroient- ils préfé--
rables aux noms que donne le Systême du Bu
Leau Tipographique ?
II. QUESTION..
On demande lequel se feroit le mieux entendre à
une personne qui ne sçait pas lire , de celui qui, -
pour demander les choses signifiées par les mots
cy-dessous , n'en prononceroit que les Lettres,
selon la Méthode vulgaire ; ou de celui qui n'en
prononceroit que les sons , selon la Méthode da
Bureau Typographique.
EXEMPLES de la Méthode.
Vulgaire. Typographique.
Mots.. Lettres nommées. Noms des Lettres, -
Réputa erre e pe u te ate is tion. o enne
Ailleurs. ai elle elle e u erre
esse.
Héris- ache e erre i esse esse
son. O enne
Café .. ce a effe e
Becasse. be e ce a esse esse e
Quicon- qu u i ce o enne qu
que це
Saucisse esse a u ce i esse
esse e
'Action acte io enne
ka fé
Re pe u te a ci
A lhe eu re ce
he re i ce
be ka ce
ki ke ō ke
se o ce i cen
a csi õ
Bœuf be o e u effe be eu fe
Phiole pe ache i o elle e fe io le
-Vi£... # consone i effe ye i fe
Joseph
545 MERCURE
DE FRANCE
Vulgaire. Typographiqus.
Mots. Lettres nommées. Noms des Lettres
Dâuphin .
Joseph i consone o esse e pe ache
de a u pe ache i
enne
Favori effe au consone o
je o ze è fe
de o fe i
soient erre i esse o ie
Vive
enne te
ú consone i u consone e
fe a ve o re i ze è
ve i ve
Phase pe ache a esse e fe a ze
Ligaé elle ige u e
Gant ge a enne te
Gigue ge i ge u e
Gigot ge i ge ot Agde a gende e
Juge i consone u ge
Gagége a ge e
Jaugé 1 consone a u
ge e
leighé
ghe at
ge i ghe
ge i ghe ot
a ghe de
je u je
ghe a gé
je o gé Lezé elle e zede e le zé
Volé u consone o elle e ve o lé
Louve
ne e le ou ve
elle a ne i me a leme è ze o
elle ou u consoAnimal a enne i emme a
Maison emme a i esse a
enne
Hyper ache i grec pe e
mnestre erre emme enne
e esse terre e
Mnemo emme enne e emsine me o esse i enne e
He i pe re mene fte re
me ne me o zeine
Stockolm
MARS. 17328 547
Vulgaire. Typographie.
Mots. Lettres nommées.
Stockolm.
esse te o ce ka o elle emme
Noms des Lettras.
fteo ke keole me • Mou- emme o u te o
ton enne
None enne o enné e
Ninive enne i enne i u
consone e
Agneau a ge enne e a u
Cha- ce ache a pe e
peau a u
me ou te õ
ne o ne e
ne i ne i've
a gne o
che a pe
Veau u consone e a u ve o
Pain pe a i enne pe î
Vin u consone i enne ve i
Viande u consone i a enne de e
ve iã de
Chou ce ache o u che ou
Volail- u consone a elle a i
le. elle elle e ye ole a lhe
Taxe te a isque e
te a kse
Exil e icse i elle e gze i le
Suson esse u esse o enne se u ze õ
Deux de e u isque de eu ce
Styx
Taxé te a icse e
Perplex pe e erre pe elle e
isque
esse ti grec isque Vœux u cans.o e u icse
Vivre ucons.i u cons.erre e ve i ve re
Zizanie zede i zede a enne ie
Chuche- ce ache u ce ache e
ICE re e erre
ze i ze a ne ie
che u che te re
te a csé
pere pe le ksce
fte i кse ve eu ce
Milhau
548 MERCURE DE FRANCE
Vulgaire.
Mots. Lettres nommées.
Typographique.
Noms des Lettres
Milhau emme i elle ache a ume il he o
Vigneu cons. i ge enne e ve igne.
Proven- pe erre o u consone
çal e enne ce a elle
Langue- elle a enne ge u e de
pe erre o ve a ce
a le
dochien e ce ache ie enne le a ghe de o che Bour- be o u erre ge u ités
gui- i ge enne o enne
gnon Castil- ce a esse te i elle elle
lan. a enne
be ou re ghigne
õ
ka fte i lhe a
Si quelqu'un dit qu'on a choisi exprès les mots
les plus propres, pour faire voir la supériorité de
la Méthode Typographique , sur la Méthode
vulgaire ; on lui répondra, en convenant du fait,
et en défiant tous les Maîtres , sans exception , de
pouvoit trouver un seul mot, en aucune languei vivante ou morte , dans lequel la dénomination.
et la Méthode vulgaire , ayent aucun avantage
sur la Méthode du Bureau. Si le fait est tel
comment se peut - il trouver un seul critique
contre la Pratique de la dénomination des sons
et des Lettres ?
C'est l'effet de la prevention qui met souvent
audessus de la raison de très-grans génies , et
à plus forte raison , de petits esprits incapables de
saisir , de suivre et de retenir les princip
dénomination des Lettres.
I. QUESTION.
On suppose pour un moment l'ignorance des Lettres , et que leur Inventeur paroissant pour la
premiere fois , donne les mots cy-dessous , pour.
exprimer les sons d'usage, qui signifient des chosesconnues. Il s'agit ensuite de donner des noms
MARS. 17328 $45 à ces nouveaux caracteres. Les noms vulgairess
d'aujourd'hui étant proposez , seroient- ils préfé--
rables aux noms que donne le Systême du Bu
Leau Tipographique ?
II. QUESTION..
On demande lequel se feroit le mieux entendre à
une personne qui ne sçait pas lire , de celui qui, -
pour demander les choses signifiées par les mots
cy-dessous , n'en prononceroit que les Lettres,
selon la Méthode vulgaire ; ou de celui qui n'en
prononceroit que les sons , selon la Méthode da
Bureau Typographique.
EXEMPLES de la Méthode.
Vulgaire. Typographique.
Mots.. Lettres nommées. Noms des Lettres, -
Réputa erre e pe u te ate is tion. o enne
Ailleurs. ai elle elle e u erre
esse.
Héris- ache e erre i esse esse
son. O enne
Café .. ce a effe e
Becasse. be e ce a esse esse e
Quicon- qu u i ce o enne qu
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Saucisse esse a u ce i esse
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'Action acte io enne
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Re pe u te a ci
A lhe eu re ce
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Bœuf be o e u effe be eu fe
Phiole pe ache i o elle e fe io le
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Joseph
545 MERCURE
DE FRANCE
Vulgaire. Typographiqus.
Mots. Lettres nommées. Noms des Lettres
Dâuphin .
Joseph i consone o esse e pe ache
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Favori effe au consone o
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Phase pe ache a esse e fe a ze
Ligaé elle ige u e
Gant ge a enne te
Gigue ge i ge u e
Gigot ge i ge ot Agde a gende e
Juge i consone u ge
Gagége a ge e
Jaugé 1 consone a u
ge e
leighé
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ge i ghe
ge i ghe ot
a ghe de
je u je
ghe a gé
je o gé Lezé elle e zede e le zé
Volé u consone o elle e ve o lé
Louve
ne e le ou ve
elle a ne i me a leme è ze o
elle ou u consoAnimal a enne i emme a
Maison emme a i esse a
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Hyper ache i grec pe e
mnestre erre emme enne
e esse terre e
Mnemo emme enne e emsine me o esse i enne e
He i pe re mene fte re
me ne me o zeine
Stockolm
MARS. 17328 547
Vulgaire. Typographie.
Mots. Lettres nommées.
Stockolm.
esse te o ce ka o elle emme
Noms des Lettras.
fteo ke keole me • Mou- emme o u te o
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None enne o enné e
Ninive enne i enne i u
consone e
Agneau a ge enne e a u
Cha- ce ache a pe e
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ne i ne i've
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Veau u consone e a u ve o
Pain pe a i enne pe î
Vin u consone i enne ve i
Viande u consone i a enne de e
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Chou ce ache o u che ou
Volail- u consone a elle a i
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Exil e icse i elle e gze i le
Suson esse u esse o enne se u ze õ
Deux de e u isque de eu ce
Styx
Taxé te a icse e
Perplex pe e erre pe elle e
isque
esse ti grec isque Vœux u cans.o e u icse
Vivre ucons.i u cons.erre e ve i ve re
Zizanie zede i zede a enne ie
Chuche- ce ache u ce ache e
ICE re e erre
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Milhau
548 MERCURE DE FRANCE
Vulgaire.
Mots. Lettres nommées.
Typographique.
Noms des Lettres
Milhau emme i elle ache a ume il he o
Vigneu cons. i ge enne e ve igne.
Proven- pe erre o u consone
çal e enne ce a elle
Langue- elle a enne ge u e de
pe erre o ve a ce
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gui- i ge enne o enne
gnon Castil- ce a esse te i elle elle
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Si quelqu'un dit qu'on a choisi exprès les mots
les plus propres, pour faire voir la supériorité de
la Méthode Typographique , sur la Méthode
vulgaire ; on lui répondra, en convenant du fait,
et en défiant tous les Maîtres , sans exception , de
pouvoit trouver un seul mot, en aucune languei vivante ou morte , dans lequel la dénomination.
et la Méthode vulgaire , ayent aucun avantage
sur la Méthode du Bureau. Si le fait est tel
comment se peut - il trouver un seul critique
contre la Pratique de la dénomination des sons
et des Lettres ?
C'est l'effet de la prevention qui met souvent
audessus de la raison de très-grans génies , et
à plus forte raison , de petits esprits incapables de
saisir , de suivre et de retenir les princip
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Résumé : DEUX QUESTIONS sur la dénomination des Lettres.
Le texte 'DEUX QUESTIONS sur la dénomination des Lettres' aborde deux interrogations principales concernant la dénomination et la prononciation des lettres. La première question examine la préférence entre les noms vulgaires actuels des lettres et ceux proposés par le Système du Bureau Typographique, en supposant une ignorance initiale des lettres. Le texte compare les noms des lettres selon la méthode vulgaire et la méthode typographique à travers divers exemples de mots. La deuxième question explore quelle méthode serait la plus compréhensible pour une personne ne sachant pas lire : prononcer les lettres selon la méthode vulgaire ou les sons selon la méthode typographique. Le texte fournit des exemples comparatifs de mots prononcés selon les deux méthodes. Le texte conclut en défiant les critiques de trouver un mot où la méthode vulgaire serait supérieure à la méthode typographique, affirmant que la prévention et les préjugés peuvent souvent obscurcir la raison.
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8
p. 2008-2009
« LES CARACTERES DE THEOPHRASTE, avec les Caracteres, ou les Moeurs de ce siécle. [...] »
Début :
LES CARACTERES DE THEOPHRASTE, avec les Caracteres, ou les Moeurs de ce siécle. [...]
Mots clefs :
La Bruyère, Caractères, Théophraste, Pastor fido, Tertullien, Guzmán de Alfarache
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES CARACTERES DE THEOPHRASTE, avec les Caracteres, ou les Moeurs de ce siécle. [...] »
LES CARACTERIS DE THEOPHHASTE,avec
les
SEPTEMBRE. 1733. 2009
Caracteres , ou les Moeurs de ce siècle.
Par M. de la Bruyere , nouvelle Edition ,
argentée de la Deffense de M. de la
Bruyere, et de ses caracteres. Par M.Coste.
1733. in i 2. 2 vol. A Paris , chez Michel-
Etienne David, Quai des Augustins ..
TRAITE" de Tertullien , sur l'ornement
des femmes , les Spectacles , le Baptême
et la patience ; avec une Lettre aux Martyrs
, traduits en François ; chez Rollin',
fils , Quai des Augustins , 1733. in 12 ..
NOUVELLE TRADUCTION FRANÇOISE d'u
Pastor Fido , avec le texte à côté A Paris,
chez Nyon fils , Place de Conty , à Sainte
Monique. 1733. in 12. 2 vol.
LA VIE DE GUSMAN D'ALFARACHE, NOUvelle
Edition, revue et corrigée. A Paris,
chez Guillaume Cavelier, rue S. Jacques, an
Lys d'or. 1733. 2 vol. in 12 .
les
SEPTEMBRE. 1733. 2009
Caracteres , ou les Moeurs de ce siècle.
Par M. de la Bruyere , nouvelle Edition ,
argentée de la Deffense de M. de la
Bruyere, et de ses caracteres. Par M.Coste.
1733. in i 2. 2 vol. A Paris , chez Michel-
Etienne David, Quai des Augustins ..
TRAITE" de Tertullien , sur l'ornement
des femmes , les Spectacles , le Baptême
et la patience ; avec une Lettre aux Martyrs
, traduits en François ; chez Rollin',
fils , Quai des Augustins , 1733. in 12 ..
NOUVELLE TRADUCTION FRANÇOISE d'u
Pastor Fido , avec le texte à côté A Paris,
chez Nyon fils , Place de Conty , à Sainte
Monique. 1733. in 12. 2 vol.
LA VIE DE GUSMAN D'ALFARACHE, NOUvelle
Edition, revue et corrigée. A Paris,
chez Guillaume Cavelier, rue S. Jacques, an
Lys d'or. 1733. 2 vol. in 12 .
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Résumé : « LES CARACTERES DE THEOPHRASTE, avec les Caracteres, ou les Moeurs de ce siécle. [...] »
En septembre 1733, plusieurs publications notables sont sorties. Une nouvelle édition des 'Caractères' de La Bruyère, avec une défense de l'auteur par M. Coste, est publiée par Michel-Étienne David. Un traité de Tertullien traduit en français est disponible chez Rollin, fils. Une nouvelle traduction du 'Pastor Fido' est publiée par Nyon fils. Enfin, une édition révisée de 'La Vie de Guzmán d'Alfarache' est publiée par Guillaume Cavelier.
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9
p. 2587-2609
DES HIEROGLYPHES, et de leurs usages dans l'Antiquité. Discours où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de tous les Monstres et de tous les Animaux chimeriques dont les Anciens nous ont parlé. Par M. Beneton de Perrin.
Début :
Les premiers hommes, avec la seule faculté du langage par les organes [...]
Mots clefs :
Hiéroglyphes, Figures, Hiéroglyphe, Marques, Hommes, Animaux, Religion, Écriture, Sciences, Marque, Monstres, Caractères, Homme, Figure, Chevaux, Terre, Explication, Connaissance , Symbole, Poètes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DES HIEROGLYPHES, et de leurs usages dans l'Antiquité. Discours où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de tous les Monstres et de tous les Animaux chimeriques dont les Anciens nous ont parlé. Par M. Beneton de Perrin.
DES HIEROGLYPHES , et de
leurs usages dans l'Antiquité. Discours
où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de
tous les Monstres et de tous les Animaux
chimeriques dont les Anciens nous ont
parlé. Par M. Beneton de Perrin .
Es premiers hommes , avec la seule
Lfaculté du langage par les organes
de la voix , auroient manqué de moyens
pour s'entretenir absents les uns des
-autres , et n'auroient pû avoir commerce
entre eux que difficilement, Pour remedier
à ces inconveniens , ils inventerent
des figures et convinrent qu'elles serviroient
à représenter leurs pensées , pour
ne les découvrir qu'à ceux qui en auroient
l'intelligence. Les actions et les
passions étant des accidens qui agitent
également la Nature et les hommes ;
ces figures emblêmatiques servirent d'a
bord à exprimer les unes et les autres
de ces choses , et formerent par-là un
langage muet , qui montroit le coeur
de l'homme aux yeux sans le secours
de la parole.
Les Grecs nommerent ces figures Hie-
1. Vol.
roglyphes
2588 MERCURE DE FRANCE
rogliphes , des mots Ιερος et γλύφος , com .
me qui diroit Sacra Sculptura , parce que
ce furent les Prêtres qui les premiers s'en
servirent pour écrire sur la Religion , et
envelopper par là les Mysteres. Le Pere
Kirker dérive le terme d'Hierogliphe des
mots da T. espos na gaúços , ce qui revient
assez à ce que j'ai dit qu'ils servoient
à une Ecriture sacrée , faite pour
être gravée ou taillée sur le bois ou sur
la pierre , Quasi sacra scalpendo ; les Hierogliphes
se multiplierent à mesure que
Part de parler se perfectionna et que les
Sciences se formerent.
Je les distingue en deux classes ; sçavoir
, les Hierogliphes animez , qui se
représentoient sous des formes de bêtes
soit Quadrupedes , Reptiles , Oiseaux ,
"Poissons et Plantes vegétatives , et les
Hierogliphes inanimez , qu'il faut plutôt
nommer Hierogrammes , parce qu'ils n'étoient
que des figures que les hommes
se firent à leur fantaisie , la plupart desquelles
formerent les Lettres qu'on nomma
Alphabetiques , en s'en servant pour
une autre Ecriture que le Hierogliphique
, comme j'aurai occasion de le faire
voir dans la suite. Les Chaldéens ayant
les premiers observé les Cieux et considere
l'ordre que semblent garder entre
I. Vol. elles
DECEMBRE. 1733. 2589
elles les Etoilles rassemblées , comme par
pelotons , dans ce vaste espace , ils tracerent
des figures dans le même arrangement
, et comme dans les choses mises
en confusion , on croit voir tout ce
qu'on a dessein d'y voir ; ils crurent
avoir remarqué dans ces assemblages d'Etoilles
, des formes distinctes d'hommes ,
d'oiseaux et d'animaux , ce qui leur fit
donner à ces amas ou conjonctions d'Astres
, les noms de Sagittaire , de Vierge ,
de Cigne , d'Ours , de Chien , &c. les
marquant des mêmes figures sur leurs
Tables Astronomiques.
>
Les Grecs nommerent aussi beaucoup
'de Constellations , les appellant du nom
de leurs Héros , et sur tout de ceux qui
se distinguerent dans l'Expedition de la
Colchide , sous le nom d'Argonautes
parce que ces Braves ayant été les
miers hommes qui eussent osé s'exposer
en pleine Mer , et ne se guidant que
par les Etoilles , les Poëtes jugerent qu'u
ne pareille hardie se méritoit que ces
Etoilles portassent leurs noms .
pre-
Les Astres une fois personnifiez , firent
naître l'Idolatrie ; on adora non - seulement
l'Astre en original , que l'on croyoit
influer sur un Pays ; mais encore sa figure
taillée et son Symbole ou Hiero-
I. Vol
C gliphes
2890 MERCURE DE FRANCE
gliphes, devinrent une chose respectable.
On alla même encore plus loin dans la
Deification des Corps de l'Univers ; car
la Terre étant deifiée comme les autres
Corps , on partagea sa divinité pour mul
tiplier les Dieux. Chacune de ces productions
eut séparément cet avantage , et
furent symbolisées par de nouveaux Hicrogliphes
, ce qui augmenta considerablement
et le nombre des cultes et celui
des figures.
Enfin le comble de l'Idolatrie fut qu'on
déïfia les hommes , regardant comme
des Dieux les Héros et les Inventeurs des
Sciences et des Arts. Alors on acheva de
faire porter aux Astres les noms des
personnes illustres , et confondant l'homme
et l'Astre , on honora le tout ensemble
sous la Statue ou le Hierogliphe
qui désignoit également ces deux choses
confonduës.
Par exemple , la Lyre , le Serpent ,
le Centaure , étoient des Signes Celestes ,
ces mêmes Signes ou Hierogliphes , désignoient
un Apollon , Pere prétendu
des Poëtes et des Musiciens ; un Esculape ,
Pere de la Médecine , et un Neptune ,
qui le premier dompta des Chevaux pour
s'en servir à la guerre et à la Chasse.
Mais ce qui embroüilla beaucoup la
I, Vol, signifi
DECEMBRE. 1733. 259%
signification des Hierogliphes , et quit
commença à en rendre l'explication malaisée
, c'est que tous les Personnages qui
réüssissoient dans les Sciences , et qui par
conséquent marchoient sur les traces de
ces hommes déïfiez pour en avoir été
les Inventeurs , se disoient leurs Enfans ;
de bons Poëtes et Musiciens étoient dits
Enfans d'Apollon ; un bon Médecin se
disoit fils d'Esculape , et d'habiles Cavaliers
se mettoient au nombre des descendans
de Neptune , le dompteur de
Chevaux. On qualifioit d'Enfans de Vulcain
tous ceux qui travailloient à forger
les Armes et les Outils pour l'Agriculture.
La Fable ne donne qu'un oeil aux
Cyclopes , pour signifier que les Ouvriers
qui travailloient aux Mines dans les en
trailles de la Terre , séjour continuellement
ténebreux , ne joüissoient que
d'un des deux avantages communs aux
autres hommes qui voyent alternativement
la luraiere du Soleil après l'obscu
rité de la nuit ; d'habiles Pilotes et Mariniers
étoient considerez comme fils
d'Eole et de l'Ocean.
Toutes ces personnes désignoient leur
Art sous un Hierogliphe , lequel souvent
les désignoit aussi eux - mêmes. La marque
étoit relative à la Profession et à
1. Vol. Cij l'Ou2592
MERCURE DE FRANCE
l'Ouvrier , et ces deux qualitez à la Divinité
Protectrice de l'Ouvrage , celafait
qu'un même Hierogliphe pouvoit signifier
trois choses bien differentes , une Sacrée ,
comme marque du Dieu d'un Art ; unc
Méchanique , comme marque de l'Art
même ; enfin une simple marque d'Ouvrier
Ainsi le même Hierogliphe qui
désignoit un Dieu , se mettoit souvent
sur le Tombeau d'un homme , pour montrer
la Profession dont il avoit été . Je
me servirai pour donner de cela un exem
ple sensible , d'un usage observé égale
ment par les Payens et par les premiers
Chrétiens en enterrant leurs Morts , les
uns mettoient souvent une hache sur
leurs Tombeaux , ce qui ne désignoit
pas toujours que celui qui étoit renfermé ||
dedans eût été un Ouvrier , ce pouvoit
être une personne de consideration qui
avoit eu pour Patron quelque Dieu Protecteur
d'un Art ou d'une Science , et
la hache étoit alors le Hierogliphe du
Dieu et non pas celui du Mort . Voilà
selon moi , ce qu'on doit entendre par
les Tombeaux érigez Sub ascia. Pan étoit
le Dieu des Campagnes , on n'enterroit
que là ; il a pû se faire que la hache ou
le hoyau , Instrumens propres à couper
les bois ou à remuer les terres
1. Vel
?
>
ont été
Les
DECEMBRE. 1733 2393
les Symboles des Dieux Champêtres , et
én mettant les Morts sous la protection
de ces Dieux , on mettoit leur Symbole
sur les Tombeaux .
A l'égard des Chrétiens , ils gravoient
une Pale sur les Sépulchres de feurs Martyrs
; ce Hierogliphe avoit une double
signification , l'une de passion , qui étoft
la gloire que s'étoient procuré ces Saints
par la souffrance , et l'autre de Religion , *
qui faisoit connoître celle dont ces illustres
avoient été les soutiens .
La représentation de differentes choses
par le même Hierogliphe , est ce qui
rend aujourd'hui presque impossible l'explication
des Monumens écrits avec ces ·
figures.
Comme je m'étendrai plus sur les Hierogliphes
que sur les Hierogrammes
quoique le mêlange des uns avec les
autres servit à fournir plus de moyens
d'exprimer ce qu'on avoit à faire sentir ;
je ne puis m'empêcher de faire une reflexion
qui tombe également sur tou
tes ces marques , c'est qu'il seroit à
souhaiter que les personnes qui s'appliquent
à les étudier , s'attachassent
bien à distinguer les deux especes dont
je parle , et les differents sujets ausquels
elles convenoient. Chacune de
1. Vol. Cij nos
2594 MERCURE DE FRANCE
nos Sciences a ses termes propres , il
en devoit être de même des Sciences
anciennes qui devoient par la même
Taison avoir aussi leurs marques propres.
Je ne dis pas que l'attention que
j'exige des Etudians en Hierogliphes fût
suffisante pour les conduire à une entiere
connoissance de ces figures énig .
matiques , on sçait assez que les Prêtres
et les Philosophes qui se servirent d'elles
depuis que l'on eut les Caracteres alphabetiques
, ne le faisoient que pour ca
cher une partie des choses dont ils ne
vouloient pas que le commun du peuple
fût instruit , mais du moins pár la
distinction des Hierogliphes on pourroit
en apprendre assez pour distinguer dans
les Monumens qui en sont chargez , ce qui
est de sacré d'avec ce qui est de prophane,
on tiendroit par là en bride les Charlatans
de la Litterature , qui trouvant
dans ces Monumens tout ce que leur
imagination y veut mettre , ne font
qu'embrouiller l'Histoire , loin de l'éclaircir
, et ils se trouveroient par ce
moyen hors d'état d'en imposer et d'ébloüir
les ignorans .
Revenons presentement à l'objet prin
cipal de cet Ouvrage , qui est de montrer
qu'entre toutes ces figures dont les
1. Vol. hommes
DECEMBRE. 1733. 2595
hommes se servirent pour expliquer leurs
connoissances , celles qui représentoient
des Animaux de differente nature , devinrent
dans les siecles où l'intelligence
de ces figures se trouva perduë, des Monstres
que l'ignorance fit croire avoir été
ou être existans. Je pense neanmoins que
dès - lors les Sçavans qui voulurent se mêler
de l'explication de ces Emblêmes , le
firent à l'avanture , et n'ont pas eu sur
cela plus d'avantage que ceux qui ont
voulu marcher sur leurs traces dans des
temps posterieurs , tels qu'Horus Apollo,
Pierrius Valerianus , les sieurs Langlois ,
et Dinet , et les Peres Kirker et Caussini
qui ont donné de ces Explications autant
justes qu'il est possible de le faire
dans une matiere aussi obscure ;il ne faut
pas douter que ce nombre infini de marques
de choses , tant animées qu'inanimées
qui se trouvent rangées dans un si bel ordre
sur les vieux Monumens Egyptiens , ne
contiennent des narrations bien suivies
sur differentes choses dont il falloit être
Instruit , tout s'écrivoit ainsi , et la connoissance
de la Religion , des Sciences ,
et de l'Histoire , ne se conservoit que
par le moyen de cette écriture figurée ,
la preuve de cela s'en peut tirer ( selon
moi ) de ce que dans ces longues nar-
L. Vol Ciiij rations
2596 MERCURE DE FRANCE
rations , certains Caracteres y sont répétez
souvent , et d'autres moins ; il y en
a même qui sont uniques , ou qui ne se.
trouvent répétez que deux ou trois fois
dans une longue Inscription ; ce qui devoit
faire la même chose que ce qu'on
peut remarquer dans notre écriture , où
nous avons des Lettres , comme les cinq
Voyelles qui reviennent souvent, pendant
que les K , les X , les Y , et les Z , y pa
roissent bien moins.
Il y avoit des Hyerogliphes qui contenoient
seuls un sens complet , ou une
pensée entiere; d'autres qui étoient d'abréviation
, et d'autres qui pouvoient ne former
que des demi mots et des mots dont
il étoit nécessaire de joindre plusieurs
ensemble,pour en former une expression
ou un sens déterminés de même que nous
employons en écrivant plusieurs mots ,
composés de différentes syllabes , pour
former une Phrase parfaite. J'ai fait cette
remarque en étudiant avec un peu d'attention
l'Obélisque Pamphile , que nous
a donné le Pere Kirker.
On y voit de fréquentes répétitions de
bras posez en fasce , les uns à mains ouvertes
, et les autres à poing fermé ; beaucoup
de signes en ziguezagues ; des Enfans
assis sur leur cul , le Panier de Séra-
1. Vol.
pis
DECEMBRE . 1733 . 2597
pis sur la tête , de Serpents , d'Anubis, de
Cynocéphales , &c. pendant qu'entre toutes
ces marques , souvent répétées , on ne
trouve qu'un seul sautoir , un seul tourteau
, qui est chargé d'une Croix pattée ,
quelques Etoiles , mais en petit nombre ;
tout cela donne lieu de conjecturer que
cet Obélisque contient des Enseignemens
de plusieurs natures , tant de Religion ,
de Science , que de Politique ; et que
chacune de ces choses avoit ses figures
propres à sonexpression ; ce qui fait que
les unes de ces figures paroissent souvent
dans un endroit , et bien moins dans un
autre , où il s'en trouve d'autres qui n'avoient
point encore paru.
Souvent pour donner à un Hyerogli
phe la force d'exprimer une action complete
, ou une pensée entiere , on étoit
obligé de le faire d'un composé de différens
membres d'animaux , et alors cette
figure devenoit monstrueuse ; tels étoient
les Hyérogliphes d'hommes à tête de
Chien , d'Oyseaux à face humaine , de
Corps à plusieurs têtes , et de têtes à plusieurs
visages ; ce dernier qui servit aux
Romains à symboliser leur Dieu Janus
étoit donc un Hyerogliphe plus ancien
qu'eux , il représentoit chez les Perses
Orimase et Arimane , et chez les Egyp-
1. Vola Cv tiens
2598 MERCURE DE FRANCE
tiens Osiris et Tiphon , c'est -à- dire , les
deux principes que les premiers Philosophes
admettoient pour Auteurs de toutes
choses , bonnes et mauvaises.
A l'égard des Hyerogrammes ou marques
fantasques , les plus simples comme
Le Cercle , le Triangle , le Quarré , le
Chevron, la Croix droite et la Croix panchée
composerent dans la suite les Caracteres
Litteraires , comme l'Omicron
le Delta , le Mi , l'Alpha, le Tau , le Chi
et autres , dont on se servit en quittant
P'Ecriture Hyerogliphique. Celle qui étoit
composée de Lettres , paroissant plus aisée
et plus propre à lier les pensées , et
à les produire dans un Discours suivi .
Je me sers de l'exemple des Caracteres
Grecs , parce que c'est par les Grecs que
nous avons la premiere connoissance de
T'usage que les Egyptiens faisoient de
leurs Hyerogliphes.
Les Hiérogrammes joints aux Hyerogliphes
, ne laissoient pas dans les temps où
l'on n'eut que cette sorte d'Ecriture
d'expliquer assez parfaitement les choses
dont les hommes 'devoient être instruits,
le faisant seulement plus en abrégé que
ne le fait l'Ecriture courante , ainsi il faut
croire que l'Ecriture figurée a toujours
été plus difficile à expliquer , sur tout l'étude
des Hyerogliphes Monstres deman-
1. Vol.
doit
DECEMBRE. 1733 2559
doit une grande attention et une grande
connoissance, puisqu'un seul pouvoit renfermer
un mystere de Religion , ou la
maniere de réussir dans un Ouvrage scientifique
, au lieu qu'il auroit fallu plusieurs
Hyérogrammes pour enseigner ces
choses ; cependant ces marques- cy firent
évanouir les autres ; kes Arabes , Mahométans
, à qui la Religion ne permettoit
pas d'écrire avec des figures d'hommes
et d'animaux , ne conserverent que les
Hyérogrammes, et quoiqu'ils eussent des
Caracteres Litteraires , ils se servirent des
premiers pour l'expression plus abrégée
et plus simple de leurs opérations Philosophiques
et Chimiques , continuant
par- là de faire de ces marques le même
usage qu'en faisoient les Egyptiens , qui
étoit de montrer par elles , la maniere de
décomposer et de recomposer les Corps
élémentaires. Ces mêmes marques ont
passé jusqu'à nos Phisiciens , qui les emploient
aux mêmes usages.
Le monde et toutes les sciences qu'on
peut acquerir se symbolisoient sous un
Hyerogliphe de figure tres bizare. C'étoit
un Globe avec des aîles , et des Serpens
autour de son Disque ; ce qui fait appeller
ce Hyérogliphe par le Pere Kirker :
Ali-Sphero Serpenti formem. On le voit
I. Vola
C vj paz
2600 MERCURE DE FRANCE
ན
paroître au haut de presque tous les
Obélisques , et on le mettoit là , comme
un titre , qui annonçoit que tout le Discours
qui alloit suivre , n'étoit que pour
instruire des choses connues dans l'Univers
, dont ce Globe volant étoit le type,
du mouvement , er des actions qui agitent
eet Univers .
Les Phéniciens , les Egyptiens et les
Chinois sont les premiers peuples qui firent
usage des Hyerogliphes , et qui leur
donnerent l'arrangement méthodique
dont je viens de parler , les divisant par
Classes , pour s'en servir aux différentes
applications qu'ils avoient à en faire s
leur figure fut d'abord fort simple dans
les premiers temps ; le trafic ne se faisoit
que par l'échange des Denrées; pour
le faire ( quand on n'étoit pas present )
on n'avoit d'autres moyens que d'envoyer
la figure gravée sur quelque chose
de ce qu'on vouloit vendre , et de ce
qu'on vouloit en retour. Un homme ,
par exemple , qui vouloit vendre un
Boeuf pour des Moutons , envoyoit à un
autre homme la figure d'autant de Moutons
qu'il prétendoit en avoir pour l'échange
du Boeuf, l'échange des Oyseaux
et des fruits de la terre se faisoit de même;
un Arbre se désignoit par un Arbre,
J.Val
DECEMBR E. 1733 . 260
et une personne qui auroit voulu faire
couper des Bois , en envoyoit l'ordre par
un Arbre renversé . On verra facilement
par ces seuls exemples, comment un hom
me pouvoit faire sçavoir ses volontez à
un autre , par le moyen des Hyérogli
phes, qui furent les premieres Monnoyes,
quoiqu'il n'eussent point de valeur en
eux-mêmes ; les accidens avoient leur
marque , la maladie avoit la sienne , une
personne qui vouloit faire consulter le
mal dont elle étoit affligée , envoyoit au
Médecin le symbole general de la maladie
, auquel étoit joint le symbole particulier
de la partie du corps qui étoit affectée
; si c'étoit le coeur , on mettoit un
coeur , et un oeil , ou un pied , si c'érbit
l'oeil ou le pied qui fut malade. Cela se
fait encore à peu près de même chez les
Chinois , qui ont beaucoup de Caracteres
figurez pour les mêmes choses , qu'ils
ont besoin d'exprimer.
Suivant l'explication qu'un de nos Académiciens
a donnée de la Fable des Gorgones
, il paroît que ce n'est qu'une action
de commerce que P'on avoit mis par
écrit en Hyérogliphes , et qu'après qu'on
eut perdu l'intelligence de ces marques,
en voyant des Yeux , des Dents , des Serpens
, qui n'étoient que la Relation du
LVel
voya
2602 MERCURE DE FRANCE
yoyage et l'énumération
des Marchandises
qu'une Flotte , partant de la Mer Méditerranée
, avoit rapporté des Terres situées
sur la Mer Océane , où le commerce
l'avoit attiré. On a cru que c'étoit
toute autre chose : et sur cela les Poëtes
composerent une Fiction Historique , où
de ces Gorgones , qui n'étoient que des
Vaisseaux revenus , chargez de Diamans ',
de Poudre d'or , et de Dents d'Eléphans ;
ils en firent des Filles horribles , qui
avoient la tête pleine de Serpens .
Parmi les Hyérogliphes il y en avoit
de plus simples les uns que les autres ;
les simples étoient les figures naturelles ,
véritables , et sans exagération ; au lieu
que les autres étoient des figures de pure
imagination; c'est ceux - cy qui ont donné
naissance à certains monstres qui ne
peuvent point avoir existé ; plusieurs
choses ont pû occasionner l'invention de
ces figures si extraordinaires ; par exemple
, un Chef de Nation qui vainquoit
différens ennemis , marquoit son triomphe
par une Bête allégorique , à qui on
donnoit autant de têtes que ce Chef avoit
terrassé de Peuples, ennemis. Voilà d'où
viennent les ( 1 ) Amphisbenes , les Cerbe-
( 1 ) Serpent qui pique par les deux extrémitez de
son corps.
1. Vol. ECS,
DECEMBRE. 1733 280g.
res et les Hydres , représentez avec 2 , 3 ,
et jusqu'à 7 têtes.
Apollon fut surnommé Pythiep , pour
avoir tué , disent les Mythologues , le Ser
pent Python , Monstre affreux qui s'étoie
formé du Limon échauffé , que les eaux
du Déluge avoient laissé sur la terre d'Egypte
; mais il est plus croyable que cette
Fable est une allégorie d'un effet naturel
que le Soleil opére tous les ans par sa
chaleur , qui desseche le Limon du Nil
et que les Rayons de l'astre sont les Flé
ches qui détruisent une pourriture , qui
infecteroit la terre sans ce secours annuel,
auquel on donna un mérite particulier
la premiere fois qu'on remarqua ce salutaire
effet , wu , en grec , signifie putrefaction
.
J'ai déja dit qu'entre les Hyérogliphes il
y en avoit de plus propres les uns que
les autres à caractériser certaines choses,
ainsi en suivant ce principe , la Religion
devoit avoir les siens , et les actions et
passions humaines les leurs ; ce que je
viens de remarquer des Gorgones , et de
ces guerriers symbolisés par des Monstres
suffira pour faire voir quels pouvoient
être les Hyérogliphes d'actions. Passons
présentement à la connoissance de quelques-
uns de ceux de passion , pour venir
I. Vol.
enfin
2604 MERCURE DE FRANCE
enfin à connoître quels étoient ceux de
Religion .
Il faut distinguer les passions humaines
en actives et en passives ; c'est nous
qui agissons dans les unes et nous recevons
l'action dans les autres les premiers
se symbolisoient par des marques fort
simples et les secondes par de plus composées,
un seul exemple suffira pour preu
ve de ce qu'étoient les dernieres , qui fera
l'explication du Hyérogliphe de la fortune
; cette Divinité fantasque , qui malgré
ses caprices , a toujours été l'objet
des désirs de tous les hommes , elle se
symbolisoit diversement selon le gout, le
sexe , l'âge et la condition de ses adorateurs
; on la faisoit tantôt homme , tantôt
femme , tantôt vieille et tantôt jeune,
en l'invoquant sous des noms qui avoient
rapport à ces changemens de figures.
>
Comme fortune aimée , fortuna primis
genia , elle étoit proprement le hazard
que quelques Philosophes soutenoient
avoir seul servi au débrouillement duz
Cahos . Les autres surnoms de la fortune
étoient , fortuna obsequens , l'obéissante
patrone des gens heureux ; privata , la
médiocre , qui est celle qui contente les
Sçavans ; fortuna mulier et virgo ; celle des
femmes et des filles,fortuna virilis;celle des
I, Vol
hom
DECEMBRE . 1733. 2605
hommes qui se représentoit de sexe mas
culin , il y avoit même la fortune des
vieillards , représentée avec une longue
barbe , et celle-cy étoit sans doute de
toutes les fortunes celle qu'on honoroit
le plus tard .
Cette Divinité se représentoit en general
avec tout l'appareil significatif des
effets que ses caprices produisoient dans
le monde , montée sur une roue, avec des
aîles sur le dos , un bandeau sur les yeux,
ses cheveux assemblez sur le devant de
la tête , et chauve par derriere , tout cela
pour montrer son instabilité , son inconstance
, son aveuglement dans la dispensation
de ses dons , et la difficulté de
la ratraper quand elle nous a tourné le
dos ; on lui mettoit aussi un Globe en
une main , et un Gouvernail ou une Corne
d'abondance en l'autre , pour mon
trer qu'elle gouverne le Monde , et y répand
les biens à sa volonté , ce qui étoit
encore signifié par un Soleil et une Lune
qui accompagnoient sa tête ; enfin cette
Deïté , qui est , pour ainsi dire, l'ame du
monde , pouvoit- elle manquer d'être fi
gurée par un Hierogliphe des plus composez
? C'est peut- être celui qui donna
l'idée de faire les figures panthées dont
je parlerai bien-tôt.
1. Vet. Quan
2606 MERCURE DE FRANCE
:
Quant aux Hierogliphes des passions
actives qui sont au - dedans de nous - mê
mes , ils étoient tous simples quand on
n'avoit à lés représenter que chacun séparément
; la Genisse , l'Agneau , la Colombe
, la Tourterelle , & c. marquoient
la pureté , l'innocence , l'amitié et la
constance. La virginité paroissoit sous la
marque d'une fille échevelée , vétuë de
blanc , les Vertus étoient symbolisées par
des Animaux de figures aimables , et les
vices , au contraire , étoient figurez par
des Animaux affreux , dont la seule vûe
causoit de l'horreur ; la Religion Chrétienne
a conservé ces usages , on a dé
signé les pechez capitaux par les plus
hideuses bêtes que nous connoissions , à
l'imitation des Anciens qui inventerent
des Monstres qui n'existoient point, pour
dépeindre les vices avec des couleurs plus
effrayantes.
Ils imaginerent un Basilic qui tuë de
son regard ; un Serpent qui empoisonne
de son écume toutes les herbes où il se
traîne; une infinité d'autres bêtes affreuses
étoient les Symboles des deffauts les plus
nuisibles à la Societé , comme la calomnie
, le mensonge et d'autres ; l'Hiene
étoit la marque de la cruauté ; et comme
les femmes ne sont pas exemptes de ce
I. Vol. vice
DECEMBRE . 1733. 2607
vice , on fit cet Animal hermaphrodite.
Toutes ces Images que je viens de représenter
, étoient simples ; mais quand
il falloit caracteriser en un même Symbole
plusieurs vices ou plusieurs vertus ,
il falloit bien composer un Hierogliphe
dans lequel les Symboles particuliers de
toutes ces choses entrassent , et cela formoit
des Panthées de passions , semblables
aux Panthées sacrez.
L'Antiquité eut des Héros et des braves
, qui ainsi que nos Chevaliers Errans
du temps de Charlemagne , se dévoüoient
à passer leur vie en courant le Monde
pour secourir les foibles et purger la Terre
des brigands , qui en étoient les veritables
Monstres ; tels furent parmi les
Gercs Hercule , Thesée , Jason , Persée ,
et autres. Je métonne que les Auteurs
zelez pour la gloire de notre ancienne
Chevalerie , ayent borné son origine
aux Chevaliers Romains , et qu'ils ne
l'ayent pas remontée jusqu'aux demi-
Dieux de la Grece , nos vieux Romanciers
leur en avoient donné l'ouverture ,
par le merveilleux qu'ils ont répandu sur
les avantures de nos valeureux Paladins ,
Renaud , Roland et Amadis , en leur
fournissant à point nommé des montures
diaboliques pour les conduire plus
par
B.I. Vel
prem
2303 MERCURE DE FRANCE
promptement vers les Géants qu'ils devoient
exterminer , à l'exemple des Poëtes
Grecs qui trouvoient des Pégases pour
en fournir fort à propos aux Deffenseurs
des Dames , télles qu'Andromede et Hésione.
Michel de Cervantes et Rabelais , pour
se mocquer des idées folles des Auteurs
de Romans , ont imaginé les Oriflants ,
les Hippogriphes et les Chevillards , don't
ils ont parlé , l'un dans son Don Quichote
, et l'autre dans son Gargantua .
›
Ce sont ces Chevaux ailez de la Fable
qui ont pû persuader qu'il y avoit des
Licornes ( autres animaux aussi fabuleux )
il est aisé de voir de quelle source partoit
cette fausse persuasion . L'Yvoire venoir
, à ce qu'on disoit d'une Corne de
bête qui se trouvoit en Afrique et
Pline dans son Histoire Naturelle ( L. 8.
C. 21. ) admet des Chevaux volants et
des Chevaux à Cornes , à qui il donne
également le nom de Pégase , et les fait
trouver en Ethiopie , Pays voisin des
Monts Athlas , où Persée eut occasion
de se servir d'un de ces Chevaux . Æthiopia
generat , multaque alia Monstro similia
Pennatos equos et Cornibus armatos
quos Pegasos vocant ; ce Passage ne m'empêchera
pas de conclure que , puisque
I. Vol. los
DECEMBRE . 1733. 2609
tes Pégases sont chimeriques , les Licornes
ne le sont pas moins , et la description
que continue d'en faire le méme
Auteur , achevera de prouver que ces
Animaux ne doivent être regardez que
comme des chimeres , ou plutôt ce sont
des Hierogliphes qui ont eu cette forme
, la Licorne a pû êrre une image
Panthée propre à désigner la fécondité
cu les perfections dans le genre animal ,,
elle avoit le corps d'un Cheval , la tête
d'un Cerf , les pieds d'Elephant , sa
queue d'un Sanglier , avec une corne de
deux coudées de long , placée au milieu
du front.
"
L'Auteur promet la suite.
leurs usages dans l'Antiquité. Discours
où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de
tous les Monstres et de tous les Animaux
chimeriques dont les Anciens nous ont
parlé. Par M. Beneton de Perrin .
Es premiers hommes , avec la seule
Lfaculté du langage par les organes
de la voix , auroient manqué de moyens
pour s'entretenir absents les uns des
-autres , et n'auroient pû avoir commerce
entre eux que difficilement, Pour remedier
à ces inconveniens , ils inventerent
des figures et convinrent qu'elles serviroient
à représenter leurs pensées , pour
ne les découvrir qu'à ceux qui en auroient
l'intelligence. Les actions et les
passions étant des accidens qui agitent
également la Nature et les hommes ;
ces figures emblêmatiques servirent d'a
bord à exprimer les unes et les autres
de ces choses , et formerent par-là un
langage muet , qui montroit le coeur
de l'homme aux yeux sans le secours
de la parole.
Les Grecs nommerent ces figures Hie-
1. Vol.
roglyphes
2588 MERCURE DE FRANCE
rogliphes , des mots Ιερος et γλύφος , com .
me qui diroit Sacra Sculptura , parce que
ce furent les Prêtres qui les premiers s'en
servirent pour écrire sur la Religion , et
envelopper par là les Mysteres. Le Pere
Kirker dérive le terme d'Hierogliphe des
mots da T. espos na gaúços , ce qui revient
assez à ce que j'ai dit qu'ils servoient
à une Ecriture sacrée , faite pour
être gravée ou taillée sur le bois ou sur
la pierre , Quasi sacra scalpendo ; les Hierogliphes
se multiplierent à mesure que
Part de parler se perfectionna et que les
Sciences se formerent.
Je les distingue en deux classes ; sçavoir
, les Hierogliphes animez , qui se
représentoient sous des formes de bêtes
soit Quadrupedes , Reptiles , Oiseaux ,
"Poissons et Plantes vegétatives , et les
Hierogliphes inanimez , qu'il faut plutôt
nommer Hierogrammes , parce qu'ils n'étoient
que des figures que les hommes
se firent à leur fantaisie , la plupart desquelles
formerent les Lettres qu'on nomma
Alphabetiques , en s'en servant pour
une autre Ecriture que le Hierogliphique
, comme j'aurai occasion de le faire
voir dans la suite. Les Chaldéens ayant
les premiers observé les Cieux et considere
l'ordre que semblent garder entre
I. Vol. elles
DECEMBRE. 1733. 2589
elles les Etoilles rassemblées , comme par
pelotons , dans ce vaste espace , ils tracerent
des figures dans le même arrangement
, et comme dans les choses mises
en confusion , on croit voir tout ce
qu'on a dessein d'y voir ; ils crurent
avoir remarqué dans ces assemblages d'Etoilles
, des formes distinctes d'hommes ,
d'oiseaux et d'animaux , ce qui leur fit
donner à ces amas ou conjonctions d'Astres
, les noms de Sagittaire , de Vierge ,
de Cigne , d'Ours , de Chien , &c. les
marquant des mêmes figures sur leurs
Tables Astronomiques.
>
Les Grecs nommerent aussi beaucoup
'de Constellations , les appellant du nom
de leurs Héros , et sur tout de ceux qui
se distinguerent dans l'Expedition de la
Colchide , sous le nom d'Argonautes
parce que ces Braves ayant été les
miers hommes qui eussent osé s'exposer
en pleine Mer , et ne se guidant que
par les Etoilles , les Poëtes jugerent qu'u
ne pareille hardie se méritoit que ces
Etoilles portassent leurs noms .
pre-
Les Astres une fois personnifiez , firent
naître l'Idolatrie ; on adora non - seulement
l'Astre en original , que l'on croyoit
influer sur un Pays ; mais encore sa figure
taillée et son Symbole ou Hiero-
I. Vol
C gliphes
2890 MERCURE DE FRANCE
gliphes, devinrent une chose respectable.
On alla même encore plus loin dans la
Deification des Corps de l'Univers ; car
la Terre étant deifiée comme les autres
Corps , on partagea sa divinité pour mul
tiplier les Dieux. Chacune de ces productions
eut séparément cet avantage , et
furent symbolisées par de nouveaux Hicrogliphes
, ce qui augmenta considerablement
et le nombre des cultes et celui
des figures.
Enfin le comble de l'Idolatrie fut qu'on
déïfia les hommes , regardant comme
des Dieux les Héros et les Inventeurs des
Sciences et des Arts. Alors on acheva de
faire porter aux Astres les noms des
personnes illustres , et confondant l'homme
et l'Astre , on honora le tout ensemble
sous la Statue ou le Hierogliphe
qui désignoit également ces deux choses
confonduës.
Par exemple , la Lyre , le Serpent ,
le Centaure , étoient des Signes Celestes ,
ces mêmes Signes ou Hierogliphes , désignoient
un Apollon , Pere prétendu
des Poëtes et des Musiciens ; un Esculape ,
Pere de la Médecine , et un Neptune ,
qui le premier dompta des Chevaux pour
s'en servir à la guerre et à la Chasse.
Mais ce qui embroüilla beaucoup la
I, Vol, signifi
DECEMBRE. 1733. 259%
signification des Hierogliphes , et quit
commença à en rendre l'explication malaisée
, c'est que tous les Personnages qui
réüssissoient dans les Sciences , et qui par
conséquent marchoient sur les traces de
ces hommes déïfiez pour en avoir été
les Inventeurs , se disoient leurs Enfans ;
de bons Poëtes et Musiciens étoient dits
Enfans d'Apollon ; un bon Médecin se
disoit fils d'Esculape , et d'habiles Cavaliers
se mettoient au nombre des descendans
de Neptune , le dompteur de
Chevaux. On qualifioit d'Enfans de Vulcain
tous ceux qui travailloient à forger
les Armes et les Outils pour l'Agriculture.
La Fable ne donne qu'un oeil aux
Cyclopes , pour signifier que les Ouvriers
qui travailloient aux Mines dans les en
trailles de la Terre , séjour continuellement
ténebreux , ne joüissoient que
d'un des deux avantages communs aux
autres hommes qui voyent alternativement
la luraiere du Soleil après l'obscu
rité de la nuit ; d'habiles Pilotes et Mariniers
étoient considerez comme fils
d'Eole et de l'Ocean.
Toutes ces personnes désignoient leur
Art sous un Hierogliphe , lequel souvent
les désignoit aussi eux - mêmes. La marque
étoit relative à la Profession et à
1. Vol. Cij l'Ou2592
MERCURE DE FRANCE
l'Ouvrier , et ces deux qualitez à la Divinité
Protectrice de l'Ouvrage , celafait
qu'un même Hierogliphe pouvoit signifier
trois choses bien differentes , une Sacrée ,
comme marque du Dieu d'un Art ; unc
Méchanique , comme marque de l'Art
même ; enfin une simple marque d'Ouvrier
Ainsi le même Hierogliphe qui
désignoit un Dieu , se mettoit souvent
sur le Tombeau d'un homme , pour montrer
la Profession dont il avoit été . Je
me servirai pour donner de cela un exem
ple sensible , d'un usage observé égale
ment par les Payens et par les premiers
Chrétiens en enterrant leurs Morts , les
uns mettoient souvent une hache sur
leurs Tombeaux , ce qui ne désignoit
pas toujours que celui qui étoit renfermé ||
dedans eût été un Ouvrier , ce pouvoit
être une personne de consideration qui
avoit eu pour Patron quelque Dieu Protecteur
d'un Art ou d'une Science , et
la hache étoit alors le Hierogliphe du
Dieu et non pas celui du Mort . Voilà
selon moi , ce qu'on doit entendre par
les Tombeaux érigez Sub ascia. Pan étoit
le Dieu des Campagnes , on n'enterroit
que là ; il a pû se faire que la hache ou
le hoyau , Instrumens propres à couper
les bois ou à remuer les terres
1. Vel
?
>
ont été
Les
DECEMBRE. 1733 2393
les Symboles des Dieux Champêtres , et
én mettant les Morts sous la protection
de ces Dieux , on mettoit leur Symbole
sur les Tombeaux .
A l'égard des Chrétiens , ils gravoient
une Pale sur les Sépulchres de feurs Martyrs
; ce Hierogliphe avoit une double
signification , l'une de passion , qui étoft
la gloire que s'étoient procuré ces Saints
par la souffrance , et l'autre de Religion , *
qui faisoit connoître celle dont ces illustres
avoient été les soutiens .
La représentation de differentes choses
par le même Hierogliphe , est ce qui
rend aujourd'hui presque impossible l'explication
des Monumens écrits avec ces ·
figures.
Comme je m'étendrai plus sur les Hierogliphes
que sur les Hierogrammes
quoique le mêlange des uns avec les
autres servit à fournir plus de moyens
d'exprimer ce qu'on avoit à faire sentir ;
je ne puis m'empêcher de faire une reflexion
qui tombe également sur tou
tes ces marques , c'est qu'il seroit à
souhaiter que les personnes qui s'appliquent
à les étudier , s'attachassent
bien à distinguer les deux especes dont
je parle , et les differents sujets ausquels
elles convenoient. Chacune de
1. Vol. Cij nos
2594 MERCURE DE FRANCE
nos Sciences a ses termes propres , il
en devoit être de même des Sciences
anciennes qui devoient par la même
Taison avoir aussi leurs marques propres.
Je ne dis pas que l'attention que
j'exige des Etudians en Hierogliphes fût
suffisante pour les conduire à une entiere
connoissance de ces figures énig .
matiques , on sçait assez que les Prêtres
et les Philosophes qui se servirent d'elles
depuis que l'on eut les Caracteres alphabetiques
, ne le faisoient que pour ca
cher une partie des choses dont ils ne
vouloient pas que le commun du peuple
fût instruit , mais du moins pár la
distinction des Hierogliphes on pourroit
en apprendre assez pour distinguer dans
les Monumens qui en sont chargez , ce qui
est de sacré d'avec ce qui est de prophane,
on tiendroit par là en bride les Charlatans
de la Litterature , qui trouvant
dans ces Monumens tout ce que leur
imagination y veut mettre , ne font
qu'embrouiller l'Histoire , loin de l'éclaircir
, et ils se trouveroient par ce
moyen hors d'état d'en imposer et d'ébloüir
les ignorans .
Revenons presentement à l'objet prin
cipal de cet Ouvrage , qui est de montrer
qu'entre toutes ces figures dont les
1. Vol. hommes
DECEMBRE. 1733. 2595
hommes se servirent pour expliquer leurs
connoissances , celles qui représentoient
des Animaux de differente nature , devinrent
dans les siecles où l'intelligence
de ces figures se trouva perduë, des Monstres
que l'ignorance fit croire avoir été
ou être existans. Je pense neanmoins que
dès - lors les Sçavans qui voulurent se mêler
de l'explication de ces Emblêmes , le
firent à l'avanture , et n'ont pas eu sur
cela plus d'avantage que ceux qui ont
voulu marcher sur leurs traces dans des
temps posterieurs , tels qu'Horus Apollo,
Pierrius Valerianus , les sieurs Langlois ,
et Dinet , et les Peres Kirker et Caussini
qui ont donné de ces Explications autant
justes qu'il est possible de le faire
dans une matiere aussi obscure ;il ne faut
pas douter que ce nombre infini de marques
de choses , tant animées qu'inanimées
qui se trouvent rangées dans un si bel ordre
sur les vieux Monumens Egyptiens , ne
contiennent des narrations bien suivies
sur differentes choses dont il falloit être
Instruit , tout s'écrivoit ainsi , et la connoissance
de la Religion , des Sciences ,
et de l'Histoire , ne se conservoit que
par le moyen de cette écriture figurée ,
la preuve de cela s'en peut tirer ( selon
moi ) de ce que dans ces longues nar-
L. Vol Ciiij rations
2596 MERCURE DE FRANCE
rations , certains Caracteres y sont répétez
souvent , et d'autres moins ; il y en
a même qui sont uniques , ou qui ne se.
trouvent répétez que deux ou trois fois
dans une longue Inscription ; ce qui devoit
faire la même chose que ce qu'on
peut remarquer dans notre écriture , où
nous avons des Lettres , comme les cinq
Voyelles qui reviennent souvent, pendant
que les K , les X , les Y , et les Z , y pa
roissent bien moins.
Il y avoit des Hyerogliphes qui contenoient
seuls un sens complet , ou une
pensée entiere; d'autres qui étoient d'abréviation
, et d'autres qui pouvoient ne former
que des demi mots et des mots dont
il étoit nécessaire de joindre plusieurs
ensemble,pour en former une expression
ou un sens déterminés de même que nous
employons en écrivant plusieurs mots ,
composés de différentes syllabes , pour
former une Phrase parfaite. J'ai fait cette
remarque en étudiant avec un peu d'attention
l'Obélisque Pamphile , que nous
a donné le Pere Kirker.
On y voit de fréquentes répétitions de
bras posez en fasce , les uns à mains ouvertes
, et les autres à poing fermé ; beaucoup
de signes en ziguezagues ; des Enfans
assis sur leur cul , le Panier de Séra-
1. Vol.
pis
DECEMBRE . 1733 . 2597
pis sur la tête , de Serpents , d'Anubis, de
Cynocéphales , &c. pendant qu'entre toutes
ces marques , souvent répétées , on ne
trouve qu'un seul sautoir , un seul tourteau
, qui est chargé d'une Croix pattée ,
quelques Etoiles , mais en petit nombre ;
tout cela donne lieu de conjecturer que
cet Obélisque contient des Enseignemens
de plusieurs natures , tant de Religion ,
de Science , que de Politique ; et que
chacune de ces choses avoit ses figures
propres à sonexpression ; ce qui fait que
les unes de ces figures paroissent souvent
dans un endroit , et bien moins dans un
autre , où il s'en trouve d'autres qui n'avoient
point encore paru.
Souvent pour donner à un Hyerogli
phe la force d'exprimer une action complete
, ou une pensée entiere , on étoit
obligé de le faire d'un composé de différens
membres d'animaux , et alors cette
figure devenoit monstrueuse ; tels étoient
les Hyérogliphes d'hommes à tête de
Chien , d'Oyseaux à face humaine , de
Corps à plusieurs têtes , et de têtes à plusieurs
visages ; ce dernier qui servit aux
Romains à symboliser leur Dieu Janus
étoit donc un Hyerogliphe plus ancien
qu'eux , il représentoit chez les Perses
Orimase et Arimane , et chez les Egyp-
1. Vola Cv tiens
2598 MERCURE DE FRANCE
tiens Osiris et Tiphon , c'est -à- dire , les
deux principes que les premiers Philosophes
admettoient pour Auteurs de toutes
choses , bonnes et mauvaises.
A l'égard des Hyerogrammes ou marques
fantasques , les plus simples comme
Le Cercle , le Triangle , le Quarré , le
Chevron, la Croix droite et la Croix panchée
composerent dans la suite les Caracteres
Litteraires , comme l'Omicron
le Delta , le Mi , l'Alpha, le Tau , le Chi
et autres , dont on se servit en quittant
P'Ecriture Hyerogliphique. Celle qui étoit
composée de Lettres , paroissant plus aisée
et plus propre à lier les pensées , et
à les produire dans un Discours suivi .
Je me sers de l'exemple des Caracteres
Grecs , parce que c'est par les Grecs que
nous avons la premiere connoissance de
T'usage que les Egyptiens faisoient de
leurs Hyerogliphes.
Les Hiérogrammes joints aux Hyerogliphes
, ne laissoient pas dans les temps où
l'on n'eut que cette sorte d'Ecriture
d'expliquer assez parfaitement les choses
dont les hommes 'devoient être instruits,
le faisant seulement plus en abrégé que
ne le fait l'Ecriture courante , ainsi il faut
croire que l'Ecriture figurée a toujours
été plus difficile à expliquer , sur tout l'étude
des Hyerogliphes Monstres deman-
1. Vol.
doit
DECEMBRE. 1733 2559
doit une grande attention et une grande
connoissance, puisqu'un seul pouvoit renfermer
un mystere de Religion , ou la
maniere de réussir dans un Ouvrage scientifique
, au lieu qu'il auroit fallu plusieurs
Hyérogrammes pour enseigner ces
choses ; cependant ces marques- cy firent
évanouir les autres ; kes Arabes , Mahométans
, à qui la Religion ne permettoit
pas d'écrire avec des figures d'hommes
et d'animaux , ne conserverent que les
Hyérogrammes, et quoiqu'ils eussent des
Caracteres Litteraires , ils se servirent des
premiers pour l'expression plus abrégée
et plus simple de leurs opérations Philosophiques
et Chimiques , continuant
par- là de faire de ces marques le même
usage qu'en faisoient les Egyptiens , qui
étoit de montrer par elles , la maniere de
décomposer et de recomposer les Corps
élémentaires. Ces mêmes marques ont
passé jusqu'à nos Phisiciens , qui les emploient
aux mêmes usages.
Le monde et toutes les sciences qu'on
peut acquerir se symbolisoient sous un
Hyerogliphe de figure tres bizare. C'étoit
un Globe avec des aîles , et des Serpens
autour de son Disque ; ce qui fait appeller
ce Hyérogliphe par le Pere Kirker :
Ali-Sphero Serpenti formem. On le voit
I. Vola
C vj paz
2600 MERCURE DE FRANCE
ན
paroître au haut de presque tous les
Obélisques , et on le mettoit là , comme
un titre , qui annonçoit que tout le Discours
qui alloit suivre , n'étoit que pour
instruire des choses connues dans l'Univers
, dont ce Globe volant étoit le type,
du mouvement , er des actions qui agitent
eet Univers .
Les Phéniciens , les Egyptiens et les
Chinois sont les premiers peuples qui firent
usage des Hyerogliphes , et qui leur
donnerent l'arrangement méthodique
dont je viens de parler , les divisant par
Classes , pour s'en servir aux différentes
applications qu'ils avoient à en faire s
leur figure fut d'abord fort simple dans
les premiers temps ; le trafic ne se faisoit
que par l'échange des Denrées; pour
le faire ( quand on n'étoit pas present )
on n'avoit d'autres moyens que d'envoyer
la figure gravée sur quelque chose
de ce qu'on vouloit vendre , et de ce
qu'on vouloit en retour. Un homme ,
par exemple , qui vouloit vendre un
Boeuf pour des Moutons , envoyoit à un
autre homme la figure d'autant de Moutons
qu'il prétendoit en avoir pour l'échange
du Boeuf, l'échange des Oyseaux
et des fruits de la terre se faisoit de même;
un Arbre se désignoit par un Arbre,
J.Val
DECEMBR E. 1733 . 260
et une personne qui auroit voulu faire
couper des Bois , en envoyoit l'ordre par
un Arbre renversé . On verra facilement
par ces seuls exemples, comment un hom
me pouvoit faire sçavoir ses volontez à
un autre , par le moyen des Hyérogli
phes, qui furent les premieres Monnoyes,
quoiqu'il n'eussent point de valeur en
eux-mêmes ; les accidens avoient leur
marque , la maladie avoit la sienne , une
personne qui vouloit faire consulter le
mal dont elle étoit affligée , envoyoit au
Médecin le symbole general de la maladie
, auquel étoit joint le symbole particulier
de la partie du corps qui étoit affectée
; si c'étoit le coeur , on mettoit un
coeur , et un oeil , ou un pied , si c'érbit
l'oeil ou le pied qui fut malade. Cela se
fait encore à peu près de même chez les
Chinois , qui ont beaucoup de Caracteres
figurez pour les mêmes choses , qu'ils
ont besoin d'exprimer.
Suivant l'explication qu'un de nos Académiciens
a donnée de la Fable des Gorgones
, il paroît que ce n'est qu'une action
de commerce que P'on avoit mis par
écrit en Hyérogliphes , et qu'après qu'on
eut perdu l'intelligence de ces marques,
en voyant des Yeux , des Dents , des Serpens
, qui n'étoient que la Relation du
LVel
voya
2602 MERCURE DE FRANCE
yoyage et l'énumération
des Marchandises
qu'une Flotte , partant de la Mer Méditerranée
, avoit rapporté des Terres situées
sur la Mer Océane , où le commerce
l'avoit attiré. On a cru que c'étoit
toute autre chose : et sur cela les Poëtes
composerent une Fiction Historique , où
de ces Gorgones , qui n'étoient que des
Vaisseaux revenus , chargez de Diamans ',
de Poudre d'or , et de Dents d'Eléphans ;
ils en firent des Filles horribles , qui
avoient la tête pleine de Serpens .
Parmi les Hyérogliphes il y en avoit
de plus simples les uns que les autres ;
les simples étoient les figures naturelles ,
véritables , et sans exagération ; au lieu
que les autres étoient des figures de pure
imagination; c'est ceux - cy qui ont donné
naissance à certains monstres qui ne
peuvent point avoir existé ; plusieurs
choses ont pû occasionner l'invention de
ces figures si extraordinaires ; par exemple
, un Chef de Nation qui vainquoit
différens ennemis , marquoit son triomphe
par une Bête allégorique , à qui on
donnoit autant de têtes que ce Chef avoit
terrassé de Peuples, ennemis. Voilà d'où
viennent les ( 1 ) Amphisbenes , les Cerbe-
( 1 ) Serpent qui pique par les deux extrémitez de
son corps.
1. Vol. ECS,
DECEMBRE. 1733 280g.
res et les Hydres , représentez avec 2 , 3 ,
et jusqu'à 7 têtes.
Apollon fut surnommé Pythiep , pour
avoir tué , disent les Mythologues , le Ser
pent Python , Monstre affreux qui s'étoie
formé du Limon échauffé , que les eaux
du Déluge avoient laissé sur la terre d'Egypte
; mais il est plus croyable que cette
Fable est une allégorie d'un effet naturel
que le Soleil opére tous les ans par sa
chaleur , qui desseche le Limon du Nil
et que les Rayons de l'astre sont les Flé
ches qui détruisent une pourriture , qui
infecteroit la terre sans ce secours annuel,
auquel on donna un mérite particulier
la premiere fois qu'on remarqua ce salutaire
effet , wu , en grec , signifie putrefaction
.
J'ai déja dit qu'entre les Hyérogliphes il
y en avoit de plus propres les uns que
les autres à caractériser certaines choses,
ainsi en suivant ce principe , la Religion
devoit avoir les siens , et les actions et
passions humaines les leurs ; ce que je
viens de remarquer des Gorgones , et de
ces guerriers symbolisés par des Monstres
suffira pour faire voir quels pouvoient
être les Hyérogliphes d'actions. Passons
présentement à la connoissance de quelques-
uns de ceux de passion , pour venir
I. Vol.
enfin
2604 MERCURE DE FRANCE
enfin à connoître quels étoient ceux de
Religion .
Il faut distinguer les passions humaines
en actives et en passives ; c'est nous
qui agissons dans les unes et nous recevons
l'action dans les autres les premiers
se symbolisoient par des marques fort
simples et les secondes par de plus composées,
un seul exemple suffira pour preu
ve de ce qu'étoient les dernieres , qui fera
l'explication du Hyérogliphe de la fortune
; cette Divinité fantasque , qui malgré
ses caprices , a toujours été l'objet
des désirs de tous les hommes , elle se
symbolisoit diversement selon le gout, le
sexe , l'âge et la condition de ses adorateurs
; on la faisoit tantôt homme , tantôt
femme , tantôt vieille et tantôt jeune,
en l'invoquant sous des noms qui avoient
rapport à ces changemens de figures.
>
Comme fortune aimée , fortuna primis
genia , elle étoit proprement le hazard
que quelques Philosophes soutenoient
avoir seul servi au débrouillement duz
Cahos . Les autres surnoms de la fortune
étoient , fortuna obsequens , l'obéissante
patrone des gens heureux ; privata , la
médiocre , qui est celle qui contente les
Sçavans ; fortuna mulier et virgo ; celle des
femmes et des filles,fortuna virilis;celle des
I, Vol
hom
DECEMBRE . 1733. 2605
hommes qui se représentoit de sexe mas
culin , il y avoit même la fortune des
vieillards , représentée avec une longue
barbe , et celle-cy étoit sans doute de
toutes les fortunes celle qu'on honoroit
le plus tard .
Cette Divinité se représentoit en general
avec tout l'appareil significatif des
effets que ses caprices produisoient dans
le monde , montée sur une roue, avec des
aîles sur le dos , un bandeau sur les yeux,
ses cheveux assemblez sur le devant de
la tête , et chauve par derriere , tout cela
pour montrer son instabilité , son inconstance
, son aveuglement dans la dispensation
de ses dons , et la difficulté de
la ratraper quand elle nous a tourné le
dos ; on lui mettoit aussi un Globe en
une main , et un Gouvernail ou une Corne
d'abondance en l'autre , pour mon
trer qu'elle gouverne le Monde , et y répand
les biens à sa volonté , ce qui étoit
encore signifié par un Soleil et une Lune
qui accompagnoient sa tête ; enfin cette
Deïté , qui est , pour ainsi dire, l'ame du
monde , pouvoit- elle manquer d'être fi
gurée par un Hierogliphe des plus composez
? C'est peut- être celui qui donna
l'idée de faire les figures panthées dont
je parlerai bien-tôt.
1. Vet. Quan
2606 MERCURE DE FRANCE
:
Quant aux Hierogliphes des passions
actives qui sont au - dedans de nous - mê
mes , ils étoient tous simples quand on
n'avoit à lés représenter que chacun séparément
; la Genisse , l'Agneau , la Colombe
, la Tourterelle , & c. marquoient
la pureté , l'innocence , l'amitié et la
constance. La virginité paroissoit sous la
marque d'une fille échevelée , vétuë de
blanc , les Vertus étoient symbolisées par
des Animaux de figures aimables , et les
vices , au contraire , étoient figurez par
des Animaux affreux , dont la seule vûe
causoit de l'horreur ; la Religion Chrétienne
a conservé ces usages , on a dé
signé les pechez capitaux par les plus
hideuses bêtes que nous connoissions , à
l'imitation des Anciens qui inventerent
des Monstres qui n'existoient point, pour
dépeindre les vices avec des couleurs plus
effrayantes.
Ils imaginerent un Basilic qui tuë de
son regard ; un Serpent qui empoisonne
de son écume toutes les herbes où il se
traîne; une infinité d'autres bêtes affreuses
étoient les Symboles des deffauts les plus
nuisibles à la Societé , comme la calomnie
, le mensonge et d'autres ; l'Hiene
étoit la marque de la cruauté ; et comme
les femmes ne sont pas exemptes de ce
I. Vol. vice
DECEMBRE . 1733. 2607
vice , on fit cet Animal hermaphrodite.
Toutes ces Images que je viens de représenter
, étoient simples ; mais quand
il falloit caracteriser en un même Symbole
plusieurs vices ou plusieurs vertus ,
il falloit bien composer un Hierogliphe
dans lequel les Symboles particuliers de
toutes ces choses entrassent , et cela formoit
des Panthées de passions , semblables
aux Panthées sacrez.
L'Antiquité eut des Héros et des braves
, qui ainsi que nos Chevaliers Errans
du temps de Charlemagne , se dévoüoient
à passer leur vie en courant le Monde
pour secourir les foibles et purger la Terre
des brigands , qui en étoient les veritables
Monstres ; tels furent parmi les
Gercs Hercule , Thesée , Jason , Persée ,
et autres. Je métonne que les Auteurs
zelez pour la gloire de notre ancienne
Chevalerie , ayent borné son origine
aux Chevaliers Romains , et qu'ils ne
l'ayent pas remontée jusqu'aux demi-
Dieux de la Grece , nos vieux Romanciers
leur en avoient donné l'ouverture ,
par le merveilleux qu'ils ont répandu sur
les avantures de nos valeureux Paladins ,
Renaud , Roland et Amadis , en leur
fournissant à point nommé des montures
diaboliques pour les conduire plus
par
B.I. Vel
prem
2303 MERCURE DE FRANCE
promptement vers les Géants qu'ils devoient
exterminer , à l'exemple des Poëtes
Grecs qui trouvoient des Pégases pour
en fournir fort à propos aux Deffenseurs
des Dames , télles qu'Andromede et Hésione.
Michel de Cervantes et Rabelais , pour
se mocquer des idées folles des Auteurs
de Romans , ont imaginé les Oriflants ,
les Hippogriphes et les Chevillards , don't
ils ont parlé , l'un dans son Don Quichote
, et l'autre dans son Gargantua .
›
Ce sont ces Chevaux ailez de la Fable
qui ont pû persuader qu'il y avoit des
Licornes ( autres animaux aussi fabuleux )
il est aisé de voir de quelle source partoit
cette fausse persuasion . L'Yvoire venoir
, à ce qu'on disoit d'une Corne de
bête qui se trouvoit en Afrique et
Pline dans son Histoire Naturelle ( L. 8.
C. 21. ) admet des Chevaux volants et
des Chevaux à Cornes , à qui il donne
également le nom de Pégase , et les fait
trouver en Ethiopie , Pays voisin des
Monts Athlas , où Persée eut occasion
de se servir d'un de ces Chevaux . Æthiopia
generat , multaque alia Monstro similia
Pennatos equos et Cornibus armatos
quos Pegasos vocant ; ce Passage ne m'empêchera
pas de conclure que , puisque
I. Vol. los
DECEMBRE . 1733. 2609
tes Pégases sont chimeriques , les Licornes
ne le sont pas moins , et la description
que continue d'en faire le méme
Auteur , achevera de prouver que ces
Animaux ne doivent être regardez que
comme des chimeres , ou plutôt ce sont
des Hierogliphes qui ont eu cette forme
, la Licorne a pû êrre une image
Panthée propre à désigner la fécondité
cu les perfections dans le genre animal ,,
elle avoit le corps d'un Cheval , la tête
d'un Cerf , les pieds d'Elephant , sa
queue d'un Sanglier , avec une corne de
deux coudées de long , placée au milieu
du front.
"
L'Auteur promet la suite.
Fermer
Résumé : DES HIEROGLYPHES, et de leurs usages dans l'Antiquité. Discours où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de tous les Monstres et de tous les Animaux chimeriques dont les Anciens nous ont parlé. Par M. Beneton de Perrin.
Le texte 'Des hiéroglyphes, et de leurs usages dans l'Antiquité' de M. Beneton de Perrin explore l'origine et l'évolution des hiéroglyphes. Les premiers hommes, limités par la communication orale, inventèrent des figures pour représenter leurs pensées, appelées hiéroglyphes. Ces figures servaient à exprimer les actions et les passions, formant un langage muet. Les Grecs nommèrent ces figures hiéroglyphes, dérivant du terme 'sacra sculptura' car les prêtres les utilisaient pour écrire sur la religion et envelopper les mystères. Les hiéroglyphes se multiplièrent avec le perfectionnement du langage et des sciences. Ils sont distingués en deux classes : les hiéroglyphes animés, représentant des formes de bêtes ou de plantes, et les hiéroglyphes inanimés, ou hiérogrammes, qui étaient des figures fantaisistes formant souvent les lettres alphabétiques. Les Chaldéens, observant les cieux, traçaient des figures correspondant aux constellations, nommant des amas d'étoiles comme le Sagittaire ou la Vierge. Les Grecs nommèrent également des constellations d'après leurs héros, notamment les Argonautes. Cette personnification des astres conduisit à l'idolatrie, où les figures taillées et les symboles hiéroglyphiques devinrent respectables. L'idolatrie s'intensifia avec la déification des hommes illustres, comme Apollon ou Esculape, et des arts qu'ils inventèrent. Les hiéroglyphes devinrent complexes, signifiant parfois trois choses différentes : sacrée, mécanique, et personnelle. Par exemple, une hache sur un tombeau pouvait désigner un ouvrier ou une personne protégée par un dieu. Les hiéroglyphes étaient utilisés pour conserver la connaissance de la religion, des sciences et de l'histoire. Leur interprétation est rendue difficile par le mélange des hiéroglyphes et des hiérogrammes. Le texte souligne l'importance de distinguer ces figures pour éviter les erreurs historiques et les interprétations trompeuses. Les hiéroglyphes représentaient des concepts complexes et des principes philosophiques, comme Orimase et Arimane chez les Perses, et Osiris et Tiphon chez les Égyptiens, symbolisant les forces du bien et du mal. Les hiérogrammes, des marques plus simples comme le cercle, le triangle, et la croix, ont évolué pour former des caractères littéraires utilisés dans l'écriture courante. Les hiéroglyphes étaient utilisés pour représenter des idées abstraites et des concepts religieux, souvent difficiles à interpréter et nécessitant une grande connaissance pour être compris. Les Arabes, en raison de leurs restrictions religieuses, ont conservé les hiérogrammes pour des usages philosophiques et chimiques, une pratique adoptée par les physiciens modernes. Le texte mentionne également un hiéroglyphe particulier, un globe ailé avec des serpents, souvent trouvé sur les obélisques, symbolisant l'univers et ses mouvements. Les Phéniciens, les Égyptiens et les Chinois sont cités comme les premiers peuples à avoir utilisé les hiéroglyphes de manière méthodique. Les hiéroglyphes étaient utilisés pour diverses applications, comme le commerce et la médecine. Par exemple, une figure d'un animal ou d'une partie du corps pouvait indiquer une maladie ou une demande de traitement. Les hiéroglyphes étaient également utilisés pour représenter des passions humaines, des vertus et des vices, souvent symbolisés par des animaux. Le texte explore également les hiéroglyphes liés à la fortune, représentée par une divinité capricieuse et instable, souvent figurée avec une roue, des ailes et un bandeau sur les yeux. Les passions actives et passives étaient symbolisées par des marques simples ou composées, respectivement. Enfin, le texte compare les héros grecs, comme Hercule et Thésée, aux chevaliers errants de la chevalerie médiévale, notant les similitudes dans leurs quêtes pour secourir les faibles et combattre les monstres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
10
p. 213
Faute à corriger dans le Mercure de Septembre.
Début :
Page 103, ligne 9, au lieu de Marseillois, lisez, Massiliens. Je prie ceux [...]
Mots clefs :
Fautes, Caractères, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Faute à corriger dans le Mercure de Septembre.
Faute à corriger dans le Mercure de Septembre.
PAGE 103 , ligne 9 , au lieu de Marſeillois , lisi
-fez , Maffiliens.
Je prie ceux qui m'envoyent leurs manufcrits
de vouloir bien marquer diſtinctement les lettres
des noms propres ſur leſquels le ſens ne peut lever
l'équivoque des caracteres. La reſſemblance du z
avec l'r de l'écriture courante a fait imprimer
dans le Mercure d'Août à l'article des Morts , page
213 , Philibert de Sizy au lieu de Siry, &de même
Hugues de Sizy au lieu de Hugues de Siry.
PAGE 103 , ligne 9 , au lieu de Marſeillois , lisi
-fez , Maffiliens.
Je prie ceux qui m'envoyent leurs manufcrits
de vouloir bien marquer diſtinctement les lettres
des noms propres ſur leſquels le ſens ne peut lever
l'équivoque des caracteres. La reſſemblance du z
avec l'r de l'écriture courante a fait imprimer
dans le Mercure d'Août à l'article des Morts , page
213 , Philibert de Sizy au lieu de Siry, &de même
Hugues de Sizy au lieu de Hugues de Siry.
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Résumé : Faute à corriger dans le Mercure de Septembre.
Le texte évoque des fautes d'impression dans le Mercure. En septembre, 'Marseillois' a été corrigé en 'Maffiliens'. L'auteur recommande de bien distinguer les lettres des noms propres. En août, 'Philibert de Sizy' et 'Hugues de Sizy' ont été imprimés à la place de 'Philibert de Siry' et 'Hugues de Siry' en raison de la ressemblance entre 'z' et 'r'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 138-146
GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
Début :
LA Littérature a été enrichie cette année d'une très belle édition des Contes [...]
Mots clefs :
Contes, Format, Papiers, Caractères, Culs-de-lampe, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
GRAVURE.
EDITION des CONTES DE
LA
LA FONTAINE,
?
A Littérature a été enrichie cette année
d'une très-belle édition des Contes
de M. de la Fontaine en deux vol. in- 8°.
A Amfterdam .
Peu d'ouvrages ont été traités avec
autant de foins le texte en eft épuré
d'après les éditions du temps de l'Auteur.
Son ortographe même y a été fcru
puleufement confervée ; le format , le
papier , les caractères , tout annonce le
choix , le goût & l'élégance . Le premier
Tome commence par un court éloge
hiſtorique du Poëte , morceau neuf en
ce genre , & généralement eftimé. Les
deux volumes font ornés de 140 gravu
res , dont deux portraits , quatre - vingt
eftampes d'après les Contes , quatre fleurons
, deux vignettes & cinquante-deux
culs - de-lampe.
Le portrait de M. de la Fontaine regarde
le frontispice du premier Tome :
JANVIER: 1763. 139
celui du Deffinateur occupe la même
place dans le fecond : tous deux font gravés
par le fameux Fiquet.
1
"
Les deffeins des eftampes & des vignettes
font de M. Eifen. Si cet Artifte célébre
s'eft quelquefois négligé(qui peut fe flater
d'être toujours égal ? ) Les fujets de
Richard Minutolo , de la Fiancée du Roi
de Garbe dans la grotte , la feconde
Deftampe du Faucon , & nombre d'autres
, renferment une expreffion pleine
d'intérêt 8a de fentiment. On fe rappelle
la touche de Rubens dans le Magnifique;
celle de Tenières dans les Troqueurs ;
celle des grâces dans le Villageois qui
i cherchefon veau , dans les deux amis &
ailleurs. Le paysage de promettre eft un
eft plein degoût. L'architecture eft noble
udans le mari confeffeur , & la fineffe de
•fa femme eft bien rendue . C'eft un beau
-morceau que le deffein de comment l'efprit
vient aux filles . Le pittorefque , la
force & la correction ifrappent auffi les
Connoiffeurs dans le Glomon, le Juge de
-Mefle ,Feronde , Oraifon de S. Julien ,
son ne s'avife jamais de tout. Nombre
d'autres d'une compofition riche & heureufe
, fe font affez remarquer pour que
nous nous, difpenfions: d'en parler. La
collection ' eft d'autant plus précieuſe ,
140 MERCURE DE FRANCE .
que MM. Aliamet , Lemire , Phlipart &
Longueil ont répandu dans la gravure de
prèfque tous les deffeins , l'excellence
& le charme de leur Art.
C'eft par une fuite néceffaire des foins
qu'on a apportés à la perfection de cette
édition que nous nous trouvons engagés
à dire quelque chofe du genre d'ornement
& des allégories dont on s'eft ſervi
pour les culs-de - lampe & fleurons. Il
fuffit pour en apprécier le choix d'entrer
dans le caractère de poëfie des Contes
de la Fontaine , dans lefquels an
remarque les graces , la légéreté & la
naiveté réunies , en un mot , cette fineffe
de touche ( fi nous ofons nous exprimer
ainfi ) qui anime fes peintures : c'eftice
que M. Choffard , deffinateur & graveur
chargé de cette partie , femble avoir
fenti & éxprimé en employant le genre
Arabefque , genre léger , délicat , illuftré
dans le dernier fiècle , & malheureufement
oublié de nos jours. Il a fçu
le faire revivre par des pensées & des
allégories d'autant plus piquantes & heureufes
, qu'elles font en général d'une
exécution parfaite.
Nous éffleurerons nos remarques à
ce fujet , & nous nous contenterons
d'obferver en faveur de l'Artiſte , &
"
JANVIER. 1763. 141
1
pour la commodité des perfonnes peu
verfées en cette partie , quelques allégories
relatives à l'ouvrage en général , &
particulieres aux Contes.
Nous y avons remarqué le fleuron du
premier Tome repréfentant la Lyre de
la Fontaine placée en regard de fon
portrait , environnée de myrthes & de
rofes pofées fur des couronnes de même
efpéce , & furmontées par celle de l'im-
"mortalité.
Le fleuron qui termine la Préface repréfente
un Satyre , emblême connu de
la paffion de l'amour , qui léve d'une
main le voile qui couvroit les plaifirs
du monde , & femble prêt à les divulguer
avec une trompette fatyrique qu'il ·
tient de l'autre. Ce Satyre paroît regarder
le génie de la nature , embrafant tout de
fon flambeau , qui fait la vignette du
premier Conte.
"
Les culs-de -lampe du cocu battu , du
payfan qui avoit offenfe fon Seigneur
de la fervante juftifiée , de la gageure des
trois commeres &c , quoiqu'agréables
par leurs formes & leur élégance , laiffent
remarquer des allufions plus recherchées
dans ceux du Calendrier du
Gafcon puni , de la Fiancée du Roi de
Garbe , de la coupe enchantée , &c.
و
142 MERCURE DE FRANCE .
L'Artiste paroît avoir voulu exprimer
dans celui du Calendrier des vieillards ze
par un amour entouré de fleurs de la
jeuneffe , & qui montre l'heure de midi
à un globe horaire qu'il foutient , que
la fleur de l'âge eft le vrai temps du
mariage.
Celui de la Fiancée du Roi de Garbe
eft principalement formé des attributs
& du voile de l'hyménée , fur lequel
font pofés les chiffres d'Alaciel & de
Mamolin. Il couvre de fon ombre une
efpéce de chaîne de myrtes fleuris , enrichis
des huit médaillons de fes premiers
amans .... voile très-bienfaifant !
L'allégorie de la coupe enchantée ſẹ
trouve dans la nature de la jaloufie. On
diftingue au milieu des fumées funébres
le trepied d'Hecate , qui fervoit aux enchantèmens
, portant un coeur rongé
des ferpens de la jaloufie .
Les ornemens de ce volume font terminés
par le cul - de-lampe de la differta- i
tion fur la Joconde , où l'on voit des
grenouilles croaffant après les attributs
de la Poëfie , vrai fymbole des mauvais
critiques.
Le fecond volume s'ouvre par un
fleuron en regard du portrait de M.
Eifen. L'allégorie en eft animée & hoJANVIER.
1763 . 143
norable à la Peintnre. La Préface eft fuivie
d'une autre dont la penfée paroît liée
avec le fujet de la vignette fuivante . It
repréfente deux jeunes amours qui , dès
leur aurore , femblent offrir un myrthe ,
& confacrer une chaîne de fleurs à leur
mere , défignée fous l'emblême de la
volupté , fervant de vignette à la premiere
page où commence le Conte des
oies de Frère Philippe. Ce Conte eft
terminé par un cul-de-lampe des plus
agréables : c'eſt un jeune oifeau qui au
lever du foleil s'élance vers d'aimables
objets en cherchant à s'éloigner d'un
trifte féjour , d'une beface & d'un bâton
, où il eft encore attaché. Le fuivant
eft une allufion fenfible du Conte de
Richard Minutolo : l'amour au milieu
des rofes s'appuyant un maſque à la main
fur un fac d'argent , & entouré d'un
filet tendu , rend affez bien les moyens
& les reffources qu'un amant employe
en pareil cas .
L'Oraifon de S. Julien , Hermite , la
Mandragore , où l'on voir l'aveugle ftu
pidité bridée & enlacée par la fineffe ; les
Remois, la Courtifane amoureufe , Nicaife
, le diable de Papefiguierre ont auffi
leurs attributs dans celui de la Courtifanne,
qui eft le corps piqué d'or du Conte , fe
144 MERCURE DE FRANCE .
trouve brodée la Vanité faifant hommage
à l'Amour. Celui de Nicaife eft
tiré fans doute des deux derniers vers
qui ont fait naître l'idée de l'occafion
entourée de fes vapeurs s'échappant de
deffus un tapis.
Féronde , dont le travail eft précieux ,
mérite qu'on en recherche la penſée.
Celui du Roi Candaule & du Maître
en Droit réunit les attributs des deux
Contes dans un tableau furmonté d'un
trophée convenable à la famille des Héraclides.
C'eft un Prince , le bandeau fur
les yeux , répandant fes tréfors les plus
chers devant un courtisan prêt à s'en
emparer. Le bas du cul-de-lampe eſt
orné d'un bas-relief affez plaiſamment
couronné , qui repréſente le moment de
la lanterne du Maître en Droit.
Ceux du diable en enfer , de la Jument
du compere Pierre , de la chofe
impoffible , font très- ornés , & précedent
celui du tableau. Si l'Artiſte a eu
en vue ce mot de la Fontaine
Tout y fera voilé , mais de gaze & fi bien ,
Que je crois qu'on n'y perdra rien.
on peut dire à fa louange , qu'il a rendu
l'intention du Poëte.
Nous pourrions auffi parler avantageufement
JANVIER. 1763 . 145
geufement du bât , dufaifeur d'oreilles ,
du fleuve Scamandre , du reméde , du
contrat & de plufieurs autres que nous
n'avons point nommés ; mais ce feroit
priver le Lecteur intelligent des amufemens
qu'il y trouvera lui - même. Nous
finirons nos remarques par le cul - delampe
du Roffignol , qui eft le dernier
des Contes.
L'Auteur a profité de l'efpace pour y
placer un médaillon , dans lequel il a
gravé fon portrait , qu'on lui avoit demandé.
Quelques nuées légéres & tranfparentes
féparent ce médaillon & les ornemens
d'avec le Roffignol , qui y eft
dans fa cage , & donnent au tout enfemble
une douceur & une harmonie
intéreffante. Nous croyons l'allégorie.
& le fymbole de la guirlande d'olives
& les rofes qui entourent ce portrait ,
auffi-bien employés à ce fujet, que toutes
celles qui font répandues dans l'ouvrage
.
Lambert & Duchefne , rue de la Comédie
Françoife & rue S. Jacques , &
plufieurs autres Libraires , ont reçu quelques
exemplaires de cette belle édition .
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
LARÉCOMPENSE VILLAGEOISÉ ,
eftampe admirable gravée par M. Lebas ,
d'après C. Lorain , & dédiée à M. le Marquis
de Marigny , fe vend , ainfi que les
premiers & feconds Ports de France ,
chez l'Auteur , rue de la Harpe , vis- àvis
la rue Percée , en porte cochere .
EDITION des CONTES DE
LA
LA FONTAINE,
?
A Littérature a été enrichie cette année
d'une très-belle édition des Contes
de M. de la Fontaine en deux vol. in- 8°.
A Amfterdam .
Peu d'ouvrages ont été traités avec
autant de foins le texte en eft épuré
d'après les éditions du temps de l'Auteur.
Son ortographe même y a été fcru
puleufement confervée ; le format , le
papier , les caractères , tout annonce le
choix , le goût & l'élégance . Le premier
Tome commence par un court éloge
hiſtorique du Poëte , morceau neuf en
ce genre , & généralement eftimé. Les
deux volumes font ornés de 140 gravu
res , dont deux portraits , quatre - vingt
eftampes d'après les Contes , quatre fleurons
, deux vignettes & cinquante-deux
culs - de-lampe.
Le portrait de M. de la Fontaine regarde
le frontispice du premier Tome :
JANVIER: 1763. 139
celui du Deffinateur occupe la même
place dans le fecond : tous deux font gravés
par le fameux Fiquet.
1
"
Les deffeins des eftampes & des vignettes
font de M. Eifen. Si cet Artifte célébre
s'eft quelquefois négligé(qui peut fe flater
d'être toujours égal ? ) Les fujets de
Richard Minutolo , de la Fiancée du Roi
de Garbe dans la grotte , la feconde
Deftampe du Faucon , & nombre d'autres
, renferment une expreffion pleine
d'intérêt 8a de fentiment. On fe rappelle
la touche de Rubens dans le Magnifique;
celle de Tenières dans les Troqueurs ;
celle des grâces dans le Villageois qui
i cherchefon veau , dans les deux amis &
ailleurs. Le paysage de promettre eft un
eft plein degoût. L'architecture eft noble
udans le mari confeffeur , & la fineffe de
•fa femme eft bien rendue . C'eft un beau
-morceau que le deffein de comment l'efprit
vient aux filles . Le pittorefque , la
force & la correction ifrappent auffi les
Connoiffeurs dans le Glomon, le Juge de
-Mefle ,Feronde , Oraifon de S. Julien ,
son ne s'avife jamais de tout. Nombre
d'autres d'une compofition riche & heureufe
, fe font affez remarquer pour que
nous nous, difpenfions: d'en parler. La
collection ' eft d'autant plus précieuſe ,
140 MERCURE DE FRANCE .
que MM. Aliamet , Lemire , Phlipart &
Longueil ont répandu dans la gravure de
prèfque tous les deffeins , l'excellence
& le charme de leur Art.
C'eft par une fuite néceffaire des foins
qu'on a apportés à la perfection de cette
édition que nous nous trouvons engagés
à dire quelque chofe du genre d'ornement
& des allégories dont on s'eft ſervi
pour les culs-de - lampe & fleurons. Il
fuffit pour en apprécier le choix d'entrer
dans le caractère de poëfie des Contes
de la Fontaine , dans lefquels an
remarque les graces , la légéreté & la
naiveté réunies , en un mot , cette fineffe
de touche ( fi nous ofons nous exprimer
ainfi ) qui anime fes peintures : c'eftice
que M. Choffard , deffinateur & graveur
chargé de cette partie , femble avoir
fenti & éxprimé en employant le genre
Arabefque , genre léger , délicat , illuftré
dans le dernier fiècle , & malheureufement
oublié de nos jours. Il a fçu
le faire revivre par des pensées & des
allégories d'autant plus piquantes & heureufes
, qu'elles font en général d'une
exécution parfaite.
Nous éffleurerons nos remarques à
ce fujet , & nous nous contenterons
d'obferver en faveur de l'Artiſte , &
"
JANVIER. 1763. 141
1
pour la commodité des perfonnes peu
verfées en cette partie , quelques allégories
relatives à l'ouvrage en général , &
particulieres aux Contes.
Nous y avons remarqué le fleuron du
premier Tome repréfentant la Lyre de
la Fontaine placée en regard de fon
portrait , environnée de myrthes & de
rofes pofées fur des couronnes de même
efpéce , & furmontées par celle de l'im-
"mortalité.
Le fleuron qui termine la Préface repréfente
un Satyre , emblême connu de
la paffion de l'amour , qui léve d'une
main le voile qui couvroit les plaifirs
du monde , & femble prêt à les divulguer
avec une trompette fatyrique qu'il ·
tient de l'autre. Ce Satyre paroît regarder
le génie de la nature , embrafant tout de
fon flambeau , qui fait la vignette du
premier Conte.
"
Les culs-de -lampe du cocu battu , du
payfan qui avoit offenfe fon Seigneur
de la fervante juftifiée , de la gageure des
trois commeres &c , quoiqu'agréables
par leurs formes & leur élégance , laiffent
remarquer des allufions plus recherchées
dans ceux du Calendrier du
Gafcon puni , de la Fiancée du Roi de
Garbe , de la coupe enchantée , &c.
و
142 MERCURE DE FRANCE .
L'Artiste paroît avoir voulu exprimer
dans celui du Calendrier des vieillards ze
par un amour entouré de fleurs de la
jeuneffe , & qui montre l'heure de midi
à un globe horaire qu'il foutient , que
la fleur de l'âge eft le vrai temps du
mariage.
Celui de la Fiancée du Roi de Garbe
eft principalement formé des attributs
& du voile de l'hyménée , fur lequel
font pofés les chiffres d'Alaciel & de
Mamolin. Il couvre de fon ombre une
efpéce de chaîne de myrtes fleuris , enrichis
des huit médaillons de fes premiers
amans .... voile très-bienfaifant !
L'allégorie de la coupe enchantée ſẹ
trouve dans la nature de la jaloufie. On
diftingue au milieu des fumées funébres
le trepied d'Hecate , qui fervoit aux enchantèmens
, portant un coeur rongé
des ferpens de la jaloufie .
Les ornemens de ce volume font terminés
par le cul - de-lampe de la differta- i
tion fur la Joconde , où l'on voit des
grenouilles croaffant après les attributs
de la Poëfie , vrai fymbole des mauvais
critiques.
Le fecond volume s'ouvre par un
fleuron en regard du portrait de M.
Eifen. L'allégorie en eft animée & hoJANVIER.
1763 . 143
norable à la Peintnre. La Préface eft fuivie
d'une autre dont la penfée paroît liée
avec le fujet de la vignette fuivante . It
repréfente deux jeunes amours qui , dès
leur aurore , femblent offrir un myrthe ,
& confacrer une chaîne de fleurs à leur
mere , défignée fous l'emblême de la
volupté , fervant de vignette à la premiere
page où commence le Conte des
oies de Frère Philippe. Ce Conte eft
terminé par un cul-de-lampe des plus
agréables : c'eſt un jeune oifeau qui au
lever du foleil s'élance vers d'aimables
objets en cherchant à s'éloigner d'un
trifte féjour , d'une beface & d'un bâton
, où il eft encore attaché. Le fuivant
eft une allufion fenfible du Conte de
Richard Minutolo : l'amour au milieu
des rofes s'appuyant un maſque à la main
fur un fac d'argent , & entouré d'un
filet tendu , rend affez bien les moyens
& les reffources qu'un amant employe
en pareil cas .
L'Oraifon de S. Julien , Hermite , la
Mandragore , où l'on voir l'aveugle ftu
pidité bridée & enlacée par la fineffe ; les
Remois, la Courtifane amoureufe , Nicaife
, le diable de Papefiguierre ont auffi
leurs attributs dans celui de la Courtifanne,
qui eft le corps piqué d'or du Conte , fe
144 MERCURE DE FRANCE .
trouve brodée la Vanité faifant hommage
à l'Amour. Celui de Nicaife eft
tiré fans doute des deux derniers vers
qui ont fait naître l'idée de l'occafion
entourée de fes vapeurs s'échappant de
deffus un tapis.
Féronde , dont le travail eft précieux ,
mérite qu'on en recherche la penſée.
Celui du Roi Candaule & du Maître
en Droit réunit les attributs des deux
Contes dans un tableau furmonté d'un
trophée convenable à la famille des Héraclides.
C'eft un Prince , le bandeau fur
les yeux , répandant fes tréfors les plus
chers devant un courtisan prêt à s'en
emparer. Le bas du cul-de-lampe eſt
orné d'un bas-relief affez plaiſamment
couronné , qui repréſente le moment de
la lanterne du Maître en Droit.
Ceux du diable en enfer , de la Jument
du compere Pierre , de la chofe
impoffible , font très- ornés , & précedent
celui du tableau. Si l'Artiſte a eu
en vue ce mot de la Fontaine
Tout y fera voilé , mais de gaze & fi bien ,
Que je crois qu'on n'y perdra rien.
on peut dire à fa louange , qu'il a rendu
l'intention du Poëte.
Nous pourrions auffi parler avantageufement
JANVIER. 1763 . 145
geufement du bât , dufaifeur d'oreilles ,
du fleuve Scamandre , du reméde , du
contrat & de plufieurs autres que nous
n'avons point nommés ; mais ce feroit
priver le Lecteur intelligent des amufemens
qu'il y trouvera lui - même. Nous
finirons nos remarques par le cul - delampe
du Roffignol , qui eft le dernier
des Contes.
L'Auteur a profité de l'efpace pour y
placer un médaillon , dans lequel il a
gravé fon portrait , qu'on lui avoit demandé.
Quelques nuées légéres & tranfparentes
féparent ce médaillon & les ornemens
d'avec le Roffignol , qui y eft
dans fa cage , & donnent au tout enfemble
une douceur & une harmonie
intéreffante. Nous croyons l'allégorie.
& le fymbole de la guirlande d'olives
& les rofes qui entourent ce portrait ,
auffi-bien employés à ce fujet, que toutes
celles qui font répandues dans l'ouvrage
.
Lambert & Duchefne , rue de la Comédie
Françoife & rue S. Jacques , &
plufieurs autres Libraires , ont reçu quelques
exemplaires de cette belle édition .
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
LARÉCOMPENSE VILLAGEOISÉ ,
eftampe admirable gravée par M. Lebas ,
d'après C. Lorain , & dédiée à M. le Marquis
de Marigny , fe vend , ainfi que les
premiers & feconds Ports de France ,
chez l'Auteur , rue de la Harpe , vis- àvis
la rue Percée , en porte cochere .
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Résumé : GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
Le texte décrit une édition des Contes de La Fontaine publiée en 1763 à Amsterdam. Cette édition, composée de deux volumes in-octavo, se distingue par un soin particulier apporté au texte, épuré selon les éditions contemporaines de l'auteur et respectant son orthographe. Le format, le papier et les caractères reflètent un choix élégant et raffiné. Le premier tome s'ouvre par un éloge historique du poète. Les deux volumes sont enrichis de 140 gravures, incluant des portraits, des estampes, des fleurons, des vignettes et des culs-de-lampe. Les portraits de La Fontaine et du défunteur sont gravés par Fiquet. Les dessins des estampes et des vignettes sont réalisés par Eisen, qui a su exprimer l'intérêt et le sentiment dans plusieurs sujets. Les gravures sont également l'œuvre de Aliamet, Lemire, Phlipart et Longueil. Les culs-de-lampe et fleurons sont réalisés par Choffard, qui a utilisé le genre arabe pour refléter la grâce, la légèreté et la naïveté des Contes. Les allégories et ornements sont choisis pour correspondre au caractère poétique des Contes. Cette édition est disponible chez plusieurs libraires, dont Lambert et Duchefne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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