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p. 193-243
Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Début :
Enfin, Madame, je passe à un Article dont je n'aurois [...]
Mots clefs :
Pierreries, Fontainebleau, Plaisirs, Cour, Habits, Roi, Château, Comédie, Hôtel de Bourgogone, Opéra, Musique, Reine, Habillement, Dames, Bals, Divertissement, Dauphin, Chasse
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Enfin , Madame , je paſſe à
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
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Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Le texte relate le séjour prolongé du roi à Fontainebleau, initialement prévu pour quinze jours et étendu jusqu'au 30 septembre. Le château, vaste et somptueux, impressionne par ses nombreuses cours, appartements, galeries et jardins. Après des conquêtes hivernales et des décisions stratégiques, le roi cherchait à se détendre. Son séjour fut marqué par divers divertissements préparés avec magnificence. Le Prince de Marillac, Grand Maître de la Garderobe, fit confectionner des habits extraordinaires pour le roi, qui les apprécia. Les divertissements incluaient des représentations théâtrales et des opéras à l'Hôtel de Bourgogne, avec des pièces comme 'Iphigénie', 'Le Menteur' et 'L'Avare'. La musique du roi, augmentée de nouvelles voix, fut particulièrement applaudie. Les danseurs reçurent des gratifications pour leurs performances. Des mascarades et des spectacles comiques, comme celui de M. Philibert, ajoutèrent à l'ambiance festive. Deux bals magnifiques furent organisés, où la cour apparut dans des tenues somptueuses ornées de pierreries. Le roi, la reine, le Dauphin, Monseigneur, Madame et Mademoiselle portèrent des habits richement décorés. Les dames se parèrent de nattes, de boucles et de pierreries, avec des habits gris brodés. Les bals furent l'occasion de montrer l'éclat et la magnificence de la cour, avec une participation libre pour ceux de qualité considérable. Le roi se distingua par son air et sa grâce. La collation du premier bal à Fontainebleau fut particulièrement somptueuse, soulignant la magnificence croissante de la France. La table était ornée de fruits frais et de confitures, avec des flambeaux et des girandoles illuminant l'ensemble. Les convives, y compris le roi et quarante dames, étaient parés de pierreries, et les hommes en justaucorps brodé admiraient la broderie. M. Bigot, contrôleur ordinaire de la Maison du Roi, est loué pour son intelligence et son savoir-faire dans l'organisation de ces événements. Pendant le séjour à Fontainebleau, les plaisirs étaient nombreux, avec des bals jusqu'à minuit et diverses chasses, notamment celles du lièvre, du cerf et du sanglier. Le roi et plusieurs nobles, dont le Dauphin et Madame, participèrent activement à ces activités. La présence de Madame la Duchesse de Toscane et de Monsieur le Prince de Conti, ainsi que la vigueur de Monsieur le Duc de Monmouth, furent notées. La Duchesse de Bouillon et Mademoiselle de Grancey se distinguèrent par leur adresse et leur esprit. Le Te Deum de Monsieur Lully, composé pour l'occasion, fut particulièrement apprécié par le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 231-235
Comédie de l'Usurier, [titre d'après la table]
Début :
Le Théatre François ne nous a encore donné qu'une Piéce [...]
Mots clefs :
Théâtre, Nouvelles pièces, Ajax, L'Usurier, Tragédie, Comédie, Héros, Amour, Aventure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédie de l'Usurier, [titre d'après la table]
Le Théatre François ne nous
a encore donné qu'une Piéce
nouvelle , depuis le commencement
de l'Hyver ; c'est une Tragedie
intitulée Ajax ; elle eſt de
Monfieur de la Chapelle. Cer
232 MERCURE
Autheur a fait dans toutes fes
Piéces des Scenes fi brillantes
pour Monfieur Baron , que quoy
que cet excellent Acteur ait toûjours
eu beaucoup de réputation ,
il femble en avoir acquis une
nouvelle dans celle- cy . Les mêmes
Comediens promettent une
Piéce Comique fous le nom de
l'ufurier , & elle doit eftre reprefentée
l'un des premiers jours de
la Semaines prochaine. Le nom
de fon Heros me fait fouvenird'un
Mariage que fit ces jours.
paffez un Heros pareil . Cet.
Ufurier avoit prefté une fomme
tres confidérable à un
Homme qui faifoit une affez
bonne figure , & dont le Fils
étoit Amoureux de fa Fille .
Quelque temps apres , on luy
vint dire que fon Emprunteur
avoit fait banquetoute , & que
3
GALANT. 233
les chofes avoient tourné d'unc
maniere qui ne luy laiffoit aucune
espérance de rien retirer
de ce qu'il avoit prêté . Il imagina
mille expédiens pour ne pas
perdre toute fa fomme; & faifant
tout à coup réflexion que le Fils
de celuy dont les Affaires étoient
en defordre aimoit fa Fille , il
réfolut de luy propofer de la luy
donner en mariage & pour dot ,
F'argent que fon Pere luy faifoit
perdre , aimant mieux que fa
Fille fuft gueufe toute la vie ,
que de ne pas tirer
avantage
de
quelque maniere que ce fuft,
de l'argent qu'on luy avoit emporté.
Le Party fut accepté par
l'Amant ; le mariage fe fit ; il fut
confommé ; & l'Ufurier apprit
enfuite , que c'eftoit un tour
qu'on luy avoit joué pour l'obliger
à le faire , parce qu'il n'y auroit
234
MERCURE
cer
pas confenty fans cela ,
Amant ayant beaucoup moins
de bien que fa Fille . Cette Avanture
ne paroiftra pas dans la
Comédie de l'vfurier , dont le
hazard m'a fait trouver à une
lecture que l'Autheur en a faite;
mais l'on y découvre , fans choquer
perfonne , & en marquant
feulement les vices en general ,
tous les fecrets de la Banque ,
c'est à dire , à l'égard de ceux
qui prétent & qui empruntent
de l'argent à ufure ; car àl'égard
de ce qui touche le Commerce ,
on n'en parle point du tout. Ce
qui fait l'agrément de cette Comédie
, qui peut eſtre auffi - toft
appellée le Banquier, que l'Vfurier
eft que les Banquiers connoiffant
l'intérieurs des Affaires
Hommes , & principalement les
Gens de qualité , & les Perſondes
GALANT. 235
nes de toutes les Profeffions
ayant à faire à eux , on en voit
dans cette Piece un grand nombre
de diférens caracteres , &
l'on y remarque une perpétuelle
oppoſition de la Nobleffe gueuſe
à la riche Roture . Ainfi quoy
que cette Piece femble avoir un
Titre Bourgeois , elle ne laiffe
pas d'eftre pour toutes fortes
d'Etats .
a encore donné qu'une Piéce
nouvelle , depuis le commencement
de l'Hyver ; c'est une Tragedie
intitulée Ajax ; elle eſt de
Monfieur de la Chapelle. Cer
232 MERCURE
Autheur a fait dans toutes fes
Piéces des Scenes fi brillantes
pour Monfieur Baron , que quoy
que cet excellent Acteur ait toûjours
eu beaucoup de réputation ,
il femble en avoir acquis une
nouvelle dans celle- cy . Les mêmes
Comediens promettent une
Piéce Comique fous le nom de
l'ufurier , & elle doit eftre reprefentée
l'un des premiers jours de
la Semaines prochaine. Le nom
de fon Heros me fait fouvenird'un
Mariage que fit ces jours.
paffez un Heros pareil . Cet.
Ufurier avoit prefté une fomme
tres confidérable à un
Homme qui faifoit une affez
bonne figure , & dont le Fils
étoit Amoureux de fa Fille .
Quelque temps apres , on luy
vint dire que fon Emprunteur
avoit fait banquetoute , & que
3
GALANT. 233
les chofes avoient tourné d'unc
maniere qui ne luy laiffoit aucune
espérance de rien retirer
de ce qu'il avoit prêté . Il imagina
mille expédiens pour ne pas
perdre toute fa fomme; & faifant
tout à coup réflexion que le Fils
de celuy dont les Affaires étoient
en defordre aimoit fa Fille , il
réfolut de luy propofer de la luy
donner en mariage & pour dot ,
F'argent que fon Pere luy faifoit
perdre , aimant mieux que fa
Fille fuft gueufe toute la vie ,
que de ne pas tirer
avantage
de
quelque maniere que ce fuft,
de l'argent qu'on luy avoit emporté.
Le Party fut accepté par
l'Amant ; le mariage fe fit ; il fut
confommé ; & l'Ufurier apprit
enfuite , que c'eftoit un tour
qu'on luy avoit joué pour l'obliger
à le faire , parce qu'il n'y auroit
234
MERCURE
cer
pas confenty fans cela ,
Amant ayant beaucoup moins
de bien que fa Fille . Cette Avanture
ne paroiftra pas dans la
Comédie de l'vfurier , dont le
hazard m'a fait trouver à une
lecture que l'Autheur en a faite;
mais l'on y découvre , fans choquer
perfonne , & en marquant
feulement les vices en general ,
tous les fecrets de la Banque ,
c'est à dire , à l'égard de ceux
qui prétent & qui empruntent
de l'argent à ufure ; car àl'égard
de ce qui touche le Commerce ,
on n'en parle point du tout. Ce
qui fait l'agrément de cette Comédie
, qui peut eſtre auffi - toft
appellée le Banquier, que l'Vfurier
eft que les Banquiers connoiffant
l'intérieurs des Affaires
Hommes , & principalement les
Gens de qualité , & les Perſondes
GALANT. 235
nes de toutes les Profeffions
ayant à faire à eux , on en voit
dans cette Piece un grand nombre
de diférens caracteres , &
l'on y remarque une perpétuelle
oppoſition de la Nobleffe gueuſe
à la riche Roture . Ainfi quoy
que cette Piece femble avoir un
Titre Bourgeois , elle ne laiffe
pas d'eftre pour toutes fortes
d'Etats .
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Résumé : Comédie de l'Usurier, [titre d'après la table]
Le Théâtre François a présenté une nouvelle tragédie intitulée 'Ajax', écrite par Monsieur de la Chapelle, depuis le début de l'hiver. Cette pièce met en vedette Monsieur Baron, un acteur réputé dont la renommée a été accrue par cette œuvre. Les comédiens préparent également une pièce comique intitulée 'L'Usurier', prévue pour la semaine prochaine. Cette comédie ne traite pas d'une aventure spécifique mais révèle les secrets de la banque et des prêts à intérêt sans choquer le public. Elle met en scène divers personnages, notamment des banquiers connaissant les affaires intimes des hommes, et oppose la noblesse démunie à la roture riche. Bien que le titre semble bourgeois, la pièce est accessible à toutes les classes sociales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 318-323
Comédies nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens François représentent depuis un mois une Tragédie intitulée [...]
Mots clefs :
Tragédie, Comédien, Larmes, Pièces, Représentation, Bon goût, Vérité, Auteur, Acte, Personnages, Comédie, Vices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédies nouvelles, [titre d'après la table]
Les Comédiens François repréfentent
depuis un mois une
Tragédie intitulée Andronic. Cet
Ouvrage eft le charme de la Cour
& de Paris. Il tire des larmes des
plus infenfibles ; & l'ona rien vû
depuis long temps , qui ait eu un
auffi grand fuccés. La Comédie
de l'Ufurier , qu'on jouë alterGALANT.
319
nativement avec cette Piéce , n'a
pas efté traitée d'abord fi favorablement
, & plufieurs ont imité
le Marquis de la Critique de l'E .
cole des Femmes. C'eft le fort
des Piéces qui reprennent les vices,
d'eftre condamnées dans les
premieres Repréſentations. Le
chagrin de fe reconnoiftre dans
des Portraits genéraux , & de
s'accufer en fecret des defauts .
qu'on blâme , oblige ceux qui fe
les reprochent à eux -meſmes , à ›
décrier une Piéce , afin d'empêcher
qu'on ne la voye ; mais les
Gens finceres & de bon gouft,
rétabliffent dans la fuite ce que
ces Critiques intéreffez ont tâché
d'abatre . C'est ce qui ne
pouvoit manquer à l'Ufurier, puis
que la Piéce paffe pour bien
320 MERCURE
écrite , & bien conduire , & qu'on
Y rit depuis le commencement
jufques à la fin , fans qu'il y ait
ny fade plaifancerie , ny équivoque
dont la modeftie puiffe eftre
bleffée. Ainfi l'on n'y peut rire
que de la verité des chofes qu'on
y dit en reprenant les defauts des
Hommes . Ces fortes de chofes
ne peuvent rendre un Autheur
blâmable . Quand on fera voir
que de certains Courtifans font
gueux par leur faute , loin de s'en
fâcher,ils doivent remercier ceux
qui en leur faifant ouvrir les yeux ,
leur donnent moyen d'éviter leur
ruine entiere. Il eft fi vray qu'on
n'a pas eu deffein de choquer la
Cour dans cette Piéce , qu'apres
avoir donné dans un Acte un Por.
trait des Courtiſans qui vivent
GALANT. 321
1
dans le defordre, on en donne un
dans l'Acte qui fuit , entièrement
à l'avantage de la Cour. On s'eft
réché fur ce que dans cette Piéce
on avoit mis des Abb.z fur le
Théatre ; mais fi ceux qui critiquent
cet endroit , l'avoient bien
examiné , ils connoiftroient que
le Perfonnage qu'ils prennent
pour un Abbé , n'eft qu'un des
Ufurpateurs de ce Tître , qui s'en
fervent feulement afin d'eftre
mieux receus dans les Compagnies
; de forte qu'on ne peut
faire aucune comparaifon de ce
Perfonnage avec un veritable
Abbé. D'ailleurs quand c'en feroit
un , on ne pourroit alleguer
qu'il defigne particulierement
aucun Abbé , puis qu'il dit des
chofes genérales , & qui ne peu
322 MERCURE
"
vent eftre appliquées à une mef
me Perfonne. Cela fait voir
que
c'eft fort injuftement que l'on
impute à un Particulier ce qui en
regarde plus de cent . Il en eft de
mefme des Banquiers dont on
parle dans la Piéce. Il cft certain
que l'Autheur n'en a eu aucun
en veuë , mais feulement les vices
de leur Profeffion. Ceux qui prêtent
à ufure , peuvent ne fe pas
corriger pour cela , mais le Pu
blic fera du moins averty de
beaucoup de chofes qu'il doit
éviter à leur égard . Cette maniere
de corriger les vices a efté
trouvée fi utile de tout temps ,
que les Anciens fe fervoient de
Mafques femblables à ceux dont
ils vouloient faire voir les - defauts,
afin de les faire remarquer
GALANT. 323
au Public Il n'en eft pas de mê
me aujourd'huy ; & l'on n'attaque
à la Comédie que les vices,
& non pas les Hommes.
depuis un mois une
Tragédie intitulée Andronic. Cet
Ouvrage eft le charme de la Cour
& de Paris. Il tire des larmes des
plus infenfibles ; & l'ona rien vû
depuis long temps , qui ait eu un
auffi grand fuccés. La Comédie
de l'Ufurier , qu'on jouë alterGALANT.
319
nativement avec cette Piéce , n'a
pas efté traitée d'abord fi favorablement
, & plufieurs ont imité
le Marquis de la Critique de l'E .
cole des Femmes. C'eft le fort
des Piéces qui reprennent les vices,
d'eftre condamnées dans les
premieres Repréſentations. Le
chagrin de fe reconnoiftre dans
des Portraits genéraux , & de
s'accufer en fecret des defauts .
qu'on blâme , oblige ceux qui fe
les reprochent à eux -meſmes , à ›
décrier une Piéce , afin d'empêcher
qu'on ne la voye ; mais les
Gens finceres & de bon gouft,
rétabliffent dans la fuite ce que
ces Critiques intéreffez ont tâché
d'abatre . C'est ce qui ne
pouvoit manquer à l'Ufurier, puis
que la Piéce paffe pour bien
320 MERCURE
écrite , & bien conduire , & qu'on
Y rit depuis le commencement
jufques à la fin , fans qu'il y ait
ny fade plaifancerie , ny équivoque
dont la modeftie puiffe eftre
bleffée. Ainfi l'on n'y peut rire
que de la verité des chofes qu'on
y dit en reprenant les defauts des
Hommes . Ces fortes de chofes
ne peuvent rendre un Autheur
blâmable . Quand on fera voir
que de certains Courtifans font
gueux par leur faute , loin de s'en
fâcher,ils doivent remercier ceux
qui en leur faifant ouvrir les yeux ,
leur donnent moyen d'éviter leur
ruine entiere. Il eft fi vray qu'on
n'a pas eu deffein de choquer la
Cour dans cette Piéce , qu'apres
avoir donné dans un Acte un Por.
trait des Courtiſans qui vivent
GALANT. 321
1
dans le defordre, on en donne un
dans l'Acte qui fuit , entièrement
à l'avantage de la Cour. On s'eft
réché fur ce que dans cette Piéce
on avoit mis des Abb.z fur le
Théatre ; mais fi ceux qui critiquent
cet endroit , l'avoient bien
examiné , ils connoiftroient que
le Perfonnage qu'ils prennent
pour un Abbé , n'eft qu'un des
Ufurpateurs de ce Tître , qui s'en
fervent feulement afin d'eftre
mieux receus dans les Compagnies
; de forte qu'on ne peut
faire aucune comparaifon de ce
Perfonnage avec un veritable
Abbé. D'ailleurs quand c'en feroit
un , on ne pourroit alleguer
qu'il defigne particulierement
aucun Abbé , puis qu'il dit des
chofes genérales , & qui ne peu
322 MERCURE
"
vent eftre appliquées à une mef
me Perfonne. Cela fait voir
que
c'eft fort injuftement que l'on
impute à un Particulier ce qui en
regarde plus de cent . Il en eft de
mefme des Banquiers dont on
parle dans la Piéce. Il cft certain
que l'Autheur n'en a eu aucun
en veuë , mais feulement les vices
de leur Profeffion. Ceux qui prêtent
à ufure , peuvent ne fe pas
corriger pour cela , mais le Pu
blic fera du moins averty de
beaucoup de chofes qu'il doit
éviter à leur égard . Cette maniere
de corriger les vices a efté
trouvée fi utile de tout temps ,
que les Anciens fe fervoient de
Mafques femblables à ceux dont
ils vouloient faire voir les - defauts,
afin de les faire remarquer
GALANT. 323
au Public Il n'en eft pas de mê
me aujourd'huy ; & l'on n'attaque
à la Comédie que les vices,
& non pas les Hommes.
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Résumé : Comédies nouvelles, [titre d'après la table]
Les Comédiens Français jouent depuis un mois la tragédie 'Andronic', qui connaît un grand succès à la cour et à Paris. La comédie 'L'Ufurier', alternée avec 'Andronic', a d'abord été mal reçue, certains critiques la comparant à la critique de l'École des Femmes. Les pièces dénonçant les vices sont souvent mal accueillies lors des premières représentations, car les spectateurs se reconnaissent dans les portraits tracés. Cependant, les gens sincères et de bon goût finissent par rétablir la réputation de la pièce. 'L'Ufurier' est bien écrite et offre un rire constant sans recourir à des plaisanteries fades ou blessantes. Le rire provient de la vérité des choses reprochées aux hommes. La pièce ne vise pas à choquer la cour, alternant entre des portraits de courtisans vivant dans le désordre et des portraits flatteurs de la cour. Les critiques ont également reproché la présence d'abbés sur scène, mais le personnage en question est un usurpateur du titre. Les banquiers mentionnés ne sont pas visés individuellement, mais leurs vices professionnels sont mis en lumière pour avertir le public. Cette méthode de correction des vices est jugée utile et a été utilisée par les Anciens pour faire remarquer les défauts au public. Aujourd'hui, on attaque les vices et non les hommes à la comédie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 202-227
Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Début :
Je viens à l'Article que je vous ay promis du Carnaval [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Mademoiselle , Marquis, Avocat, Mascarade, Duc de Bourbon, Carnaval, Habits, Cour, Prince, Trompettes, Timbales, Course, Comte, Divertissement, Quadrille, Opéra, Bal, Comédie, Madame la Dauphine, Déguisements, Richesse, Mademoiselle , Armes, Cortège, Couleur, Foire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Je viens à l'Article que je
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
Fermer
Résumé : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Le texte décrit les divertissements de la cour pendant les mois de janvier et février, marqués par une série de mascarades et de spectacles. Chaque semaine, l'opéra de Roland était représenté, alternant avec des bals, des comédies et des opéras. La cour a participé à sept mascarades, brièvement interrompues par la mort du roi d'Angleterre. Le Dauphin a changé plusieurs fois d'habits lors de chaque mascarade, se déguisant notamment en docteur, en Flamande et en opérateur. Le Duc de Bourbon et Mademoiselle de Bourbon ont également participé avec des déguisements variés, tels que des habits de magicienne, de seigneur hongrois et de païfane. Les thèmes des mascarades incluaient la troupe italienne, les perroquets et les petits vieillards. Le Duc du Maine a impressionné avec une mascarade de petits vieillards et vieilles. Ces événements étaient caractérisés par une grande magnificence et inventivité dans les déguisements. Le Carnaval s'est conclu par une course de têtes, un spectacle équestre où le Dauphin et d'autres nobles ont participé, déguisés en personnages célèbres. Cette course a été suivie par une représentation de l'opéra d'Amadis à Versailles. D'autres divertissements incluaient une mascarade de Suisses et une représentation de la foire de Saint-Germain chez Madame de Montespan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 256-272
Histoire, [titre d'après la table]
Début :
On m'a conté une chose fort particuliere, arrivée icy sur [...]
Mots clefs :
Carnaval, Déguisements, Cavalier, Dame, Filles, Richesse, Honnêteté, Soeurs, Coeur, Charme, Belle, Correspondance, Mariage, Passion, Comédie, Galanterie, Bal, Assemblée, Amour, Divertissement, Amants, Hasard, Masques, Attaque, Diamant, Bourse, Mémoire, Jugement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire, [titre d'après la table]
On m'a conté une choſe
fort particuliere , arrivée icy
ſur la fin du Carnaval. C'eſt
la ſaiſon des Déguiſemens , &
par conféquent des Avantures.
Un Cavalier d'une Province
éloignée, eſlant venu à
Paris pour y acquerir d'air de
liberté & de politeffe qui diftingue
ceux qui ont veu le
monde , prit habitude chez
uneDame tres ſpirituelle, qui
cultiva cette connoiſſance
GALANT. 297
Voit
avec tout le ſoin qu'elle de-
Elle avoit deux Filles,
toutes deuxbien faites , & la
fortune ne luy ayant pascité
favorable , il eſtoit de l'inte
reſt de l'une & de l'autre que
ſa politique ménageaft ceux
que desviſites un peu affidues
pouvoient engager à prendre
feu Le Cavalier eſtoit
tiche , & cette ſeule raifon
euſtportéla Dame àtous les
égards qu'elle avoit pour luy,
quand mesme il n'auroit efte
confiderable par aucun merite.
Il n'eut pendant quel
que temps que des complai
Avril 1685. Y
258 MERCURE
fances genérales que l'hon
neſteté oblige d'avoir pour
toutes les Dames. On le recevoit
agréablement ,& les
deux Soeurs a l'envy luy faifoient
paroiſtre toute l'eſtime
que la bien ſéance leur pou
voit permettre , fans qu'aucunempreſſement
particulier
pour l'une ou pour l'autremarquaft
le choix de ſon coeur,
mais enfin il s'attacha à l'Aînée,&
l'égalité d'humeur qu'il
luy trouva fut pour luy un fi
grand charme qu'il mit
tous ſes foins à s'en faire
,
aimer. Vous jugez bien qu'il
GALANT. 259
n'eut pas de peine à y reüf
fir. La Belle eſtoit dans des
dipoſitions qui avoient en
quelque forte prévenu fess
voeux , & la Mere authori--
ſant la correſpondance que le
Cavalier luy demandoit, il cute
le plaifir de ſe voir aimé dés
qu'il ſe fut déclaré Amant.
Oneuſtbien voulu qu'il euſt
arreſté le Mariage , mais ill
eſtoit dangereux de l'en pref
fer , & on jugea à propos
d'attendre que fa paflion
mieux affermie l'euft mis en
état de ne point examiner les
peu d'avantage qu'il devoit
2
Yij
260 MERCURE
tirer de cette alliance. 10Gefie
pendant ce ne furent plus
que des Parties de plaifire Le
Cavalier voulant divertir das
belle Maiſtreſſe , la menoit
ſouvent à la Comédie ou à
l'Opera , & cherchoit d'ail
leurs tout ce qui pouvoit
contribuer à luy donner de la
joye. Le temps de la Foire
eſtant venu , ils yallérent
pluſieurs fois enſemble ,& ild
luy faifoir toûjours quelque
Preſent. La Mere avoit part
à ſes liberalitez , & comme il
aidoit à entretenir le Jeu chez
elle, ſes viſites affiduës luy
GALANT.261
eſtoient utiles de bien des
manieres. La fin du Carna
val approchoit , & la Belle
ayant un jour témoigné qu'
elle avoit envie de courir le
Bal , le Cavalier ſongea aufh
toftà la fatisfaire. Il alla cher ) {
cher des habits fort riches,
les fit porter chez la Dame,
& chacun choifit ce qu'il
voulut. Les deux Filles s'habillerenten
Hommes à la
Françoiſe avec des écharpes
magnifiques ,& les autres ornemens
qui pouvoient ſervin
à leur donner de l'éclat &
a. Mere & le Cavalier ſe dé262
MERCURE
guiférenten Arméniens. La
galanterie eſtoit jointe, à la
propreté & cette petite
Troupe meritoit bien qu'on
la regardaft. Le Cavalier
qui aimoit le jeu , ayant
accoûtumé de porter beaucoup
d'argent , la Belle vouloit
qu'il laiſſaſt ſa bourſe.
La Mere dit là deſſus , que
puis qu'on croyoit qu'il n'y
euſt pas feureté entiere à ſe
trouver le foir dans lesRuës,
elle aimoit mieux rompre la
Partie , que de s'expoſer
à une mauvaiſe rencontre...
Le Cavalier ne manqua pas
GALANT. 263
de répondre , qu'elle estoit fi
peu à craindre , par le bon
ordre que les Magittrats y
avoient mis , que quand il
auroit mille piſtoles , il iroit
luy ſeul par tout Paris , aufli
ſeurement que s'il eſtoit efcorté
de tous les Archersdu
Guet. En meſme temps il
donna à la Belle un Diamant
qui estoit de prix , pour tenir
fon Maſque , & ils montérent
tous en Carroffe, pour
aller dans le Fauxbourg Saint
Germain , où ils apprirent
qu'il y avoit une tres - belle
Affemblée. L'affluence des
264 MERCURE
Maſques leur permit à peine
d'y entrer , mais enfin le Ca
valier s'eſtant fait jour dans
la foule , ils arrivérent juſqu'à
la Salle du Bal. Les Luftres
dont elle eſtoit éclairée , relevoient
merveilleuſement la
beautéde leurs Habits. Toute
Affemblée les remarqua, &
cela fut cauſe qu'on les fic
d'abord dancer. Ils s'en aqui
térent avec une grace qui leur
attira de grandes honnettetez
du Maistre de la Mifon...
Il leur fit donner des ſiéges,
& le Cavalier prit place au
prés de la Belle. Tandis que
l'Amour
GALANT 265
!
l'Amour leur fourniffoit le
ſujetd'un entretien agréable,
la Mere & la Soeur n'estoient
occupées qu'à regarder ; &
s'ennuyant d'eftre toûjours
dans le meſme endroit , elles
ſe firent un divertiſſement
d'aller dans toute la Salle
nouer converſation avec les
Maſques qu'elles y trouvé
rent. On en voyoit fans cefle
entrer de nouveaux ,
confufiony devint fi grande,
qu'onfut enfin obligé de faire
ceffer les Violons. Les deux
Amans ſe leverent , & aprés
avoir cherché inutilement la
Avril1685. Z
&
266MERCURE
1
T
Mere & la Soeur , ils defoendirent
en bas , croyant les y
rencontrer. Ils n'y furent pas
plûtoſt qu'ils les apperceu
rent. Le Cavalier prit la Mere
par la main & fit paſſer
les deux Sceoeurs devant. On
ne fongea qu'à fe hater de
fortir , & ils monterent tous
quatre en Carroſſe, ſans ſe
dire rien . Le Cocher , qui
en partant du Logis avoit cu
ordre de les mener à un ſecond
Bal , en prit le chemin.
Apeine avoit il fait deux cens
pas , que le Cavalier ofta fon
maſque , pour demander à
}
GALANT. 267
7
la Mere fi elle s'estoit un peu
divertie. Cette Mere préten
düe fut fort ſurpriſe d'enten
dre une voix qu'elle ne cong
noiffoit point. Elle cria au
Cocher qu'il arreſtaſt ; & le
Cavalier & fa Maiſtreſſe ne fu
rent pas moins étonnez que
les deux autres, d'une mépriſe
qui les mettoit tous dans un
parcil embarras. Le hazard
avoit voulu qu'unHomme di
ſtingué dans la Robe, s'eſtoir
déguisé avec ſa Femme , ſa
Soeur, & fa Fille, delamesmo
forte que le Cavalier & lesq
trois Femmes dont il s'eſtoit
Zij
268 MERCURE
fait le Conducteur , c'eſt à
dire , deux en Arméniens,
&deux en habits à la Françoife.
Ils s'eſtoiem perdus
parmy la foule des Maſques,
&dans la confufion la Femme
& la Fille de l'Homme
de Robe , avoient pris le Cat
valier & la Belle pour les
deux Perſonnes qu'elles cherchoient.
Il fut queſtion de
retourner à ce premier Bal,
pour tirer de peine ceux qu'-
on y avoit laiſſez ; & lon
prenoit deja cette route , lors
que dix Hommes maſquez
approchérent duCarroffe. Ils
10
GALANT 269
forcérent le Cocher à quiter
le ſiege , & l'un d'eux s'y
eftant mis , conduiſit le Cavalier
& les trois Dames aſſez
loin dans le Fauxbourg. Le
Carroſſe s'eſtant enfin arrefté,
ceux qui l'eſcortoient leur
dirent qu'il y alloit de leur
vie s'ils faifoient du bruit , &
qu'on n'en vouloit qu'à leurs
Habits . La réſiſtance auroit
efté inutile. Ainſi le meilleur
Party qu'ils virent à prendre,
fut de defcendre fort paifiblement
, & d'entrer dans
une Maiſon de peu d'apparence,
qui leur fut ouverte
•
Z iij
270 MURCURE
Lalces Maſques un peu trop
officielux prirent la peine de
les décharger de tous d'équi
page qui avoit ſervy ales dé
guifer , & les revétirentà peu
de frais ,&feulementpourles
garantir du froid Quredes
Habits la Belle laiſſa fon Dia,
mant, de Cavalier fa bourfe,
&une fort belle Montre , &&
les deux Dames , ce qu'elles
avoient qui valoin la peine
d'eſtregardé. Apres les avoin
ainſi dépoüillez , ces Voleurs
leur demandérent où ils vou
loient qu'onlesreménaſt. Le
Cavalier & laDame ſe nom
上
GALANIM 271
mérent,&on les remit chez
eux. L'Homme de Robe ayat
retrouvé la Femmes, felper
ſuada que le Cavalier n'avoir
imité fon déguisement que
pour faire réüffir le vol qui
venoit d'eſtre commis ,& ne
doutant point qu'il n'euft
efté d'intelligence avec les
Voleurs , il commença con
tre luy des procédures qui
apparemment auront de la
fuires De l'autre coſtéle Cab
valier touché de fa perre, ſe
mit dans l'efprit que la Mere
della Belle n'avoit témoigné
vouloir rompre la partic
•
272MERCURE
€
quand on luy avoit propoſe
de laiſſer ſabourſe , que pour
Fobliger à la porter , &s'ima
ginant qu'elle s'eftoit cachée
àdeſſein parmy les Maſques
pour l'engager à fortir fans
elle, il la crut complice de
fon avanture. Ainfi fon chagrin
ayant étouffé l'amour , il
fait contr'elle les mefmes
pourſuites que fait contre luy
PHomme de Robe. L'acharnement
eft grand à plaider
de part & d'autre. Voila,
Madame , ce que portemon
Memoire.On m'aſſeure qu'il
eft vray dans toutes les cir
conſtances.
fort particuliere , arrivée icy
ſur la fin du Carnaval. C'eſt
la ſaiſon des Déguiſemens , &
par conféquent des Avantures.
Un Cavalier d'une Province
éloignée, eſlant venu à
Paris pour y acquerir d'air de
liberté & de politeffe qui diftingue
ceux qui ont veu le
monde , prit habitude chez
uneDame tres ſpirituelle, qui
cultiva cette connoiſſance
GALANT. 297
Voit
avec tout le ſoin qu'elle de-
Elle avoit deux Filles,
toutes deuxbien faites , & la
fortune ne luy ayant pascité
favorable , il eſtoit de l'inte
reſt de l'une & de l'autre que
ſa politique ménageaft ceux
que desviſites un peu affidues
pouvoient engager à prendre
feu Le Cavalier eſtoit
tiche , & cette ſeule raifon
euſtportéla Dame àtous les
égards qu'elle avoit pour luy,
quand mesme il n'auroit efte
confiderable par aucun merite.
Il n'eut pendant quel
que temps que des complai
Avril 1685. Y
258 MERCURE
fances genérales que l'hon
neſteté oblige d'avoir pour
toutes les Dames. On le recevoit
agréablement ,& les
deux Soeurs a l'envy luy faifoient
paroiſtre toute l'eſtime
que la bien ſéance leur pou
voit permettre , fans qu'aucunempreſſement
particulier
pour l'une ou pour l'autremarquaft
le choix de ſon coeur,
mais enfin il s'attacha à l'Aînée,&
l'égalité d'humeur qu'il
luy trouva fut pour luy un fi
grand charme qu'il mit
tous ſes foins à s'en faire
,
aimer. Vous jugez bien qu'il
GALANT. 259
n'eut pas de peine à y reüf
fir. La Belle eſtoit dans des
dipoſitions qui avoient en
quelque forte prévenu fess
voeux , & la Mere authori--
ſant la correſpondance que le
Cavalier luy demandoit, il cute
le plaifir de ſe voir aimé dés
qu'il ſe fut déclaré Amant.
Oneuſtbien voulu qu'il euſt
arreſté le Mariage , mais ill
eſtoit dangereux de l'en pref
fer , & on jugea à propos
d'attendre que fa paflion
mieux affermie l'euft mis en
état de ne point examiner les
peu d'avantage qu'il devoit
2
Yij
260 MERCURE
tirer de cette alliance. 10Gefie
pendant ce ne furent plus
que des Parties de plaifire Le
Cavalier voulant divertir das
belle Maiſtreſſe , la menoit
ſouvent à la Comédie ou à
l'Opera , & cherchoit d'ail
leurs tout ce qui pouvoit
contribuer à luy donner de la
joye. Le temps de la Foire
eſtant venu , ils yallérent
pluſieurs fois enſemble ,& ild
luy faifoir toûjours quelque
Preſent. La Mere avoit part
à ſes liberalitez , & comme il
aidoit à entretenir le Jeu chez
elle, ſes viſites affiduës luy
GALANT.261
eſtoient utiles de bien des
manieres. La fin du Carna
val approchoit , & la Belle
ayant un jour témoigné qu'
elle avoit envie de courir le
Bal , le Cavalier ſongea aufh
toftà la fatisfaire. Il alla cher ) {
cher des habits fort riches,
les fit porter chez la Dame,
& chacun choifit ce qu'il
voulut. Les deux Filles s'habillerenten
Hommes à la
Françoiſe avec des écharpes
magnifiques ,& les autres ornemens
qui pouvoient ſervin
à leur donner de l'éclat &
a. Mere & le Cavalier ſe dé262
MERCURE
guiférenten Arméniens. La
galanterie eſtoit jointe, à la
propreté & cette petite
Troupe meritoit bien qu'on
la regardaft. Le Cavalier
qui aimoit le jeu , ayant
accoûtumé de porter beaucoup
d'argent , la Belle vouloit
qu'il laiſſaſt ſa bourſe.
La Mere dit là deſſus , que
puis qu'on croyoit qu'il n'y
euſt pas feureté entiere à ſe
trouver le foir dans lesRuës,
elle aimoit mieux rompre la
Partie , que de s'expoſer
à une mauvaiſe rencontre...
Le Cavalier ne manqua pas
GALANT. 263
de répondre , qu'elle estoit fi
peu à craindre , par le bon
ordre que les Magittrats y
avoient mis , que quand il
auroit mille piſtoles , il iroit
luy ſeul par tout Paris , aufli
ſeurement que s'il eſtoit efcorté
de tous les Archersdu
Guet. En meſme temps il
donna à la Belle un Diamant
qui estoit de prix , pour tenir
fon Maſque , & ils montérent
tous en Carroffe, pour
aller dans le Fauxbourg Saint
Germain , où ils apprirent
qu'il y avoit une tres - belle
Affemblée. L'affluence des
264 MERCURE
Maſques leur permit à peine
d'y entrer , mais enfin le Ca
valier s'eſtant fait jour dans
la foule , ils arrivérent juſqu'à
la Salle du Bal. Les Luftres
dont elle eſtoit éclairée , relevoient
merveilleuſement la
beautéde leurs Habits. Toute
Affemblée les remarqua, &
cela fut cauſe qu'on les fic
d'abord dancer. Ils s'en aqui
térent avec une grace qui leur
attira de grandes honnettetez
du Maistre de la Mifon...
Il leur fit donner des ſiéges,
& le Cavalier prit place au
prés de la Belle. Tandis que
l'Amour
GALANT 265
!
l'Amour leur fourniffoit le
ſujetd'un entretien agréable,
la Mere & la Soeur n'estoient
occupées qu'à regarder ; &
s'ennuyant d'eftre toûjours
dans le meſme endroit , elles
ſe firent un divertiſſement
d'aller dans toute la Salle
nouer converſation avec les
Maſques qu'elles y trouvé
rent. On en voyoit fans cefle
entrer de nouveaux ,
confufiony devint fi grande,
qu'onfut enfin obligé de faire
ceffer les Violons. Les deux
Amans ſe leverent , & aprés
avoir cherché inutilement la
Avril1685. Z
&
266MERCURE
1
T
Mere & la Soeur , ils defoendirent
en bas , croyant les y
rencontrer. Ils n'y furent pas
plûtoſt qu'ils les apperceu
rent. Le Cavalier prit la Mere
par la main & fit paſſer
les deux Sceoeurs devant. On
ne fongea qu'à fe hater de
fortir , & ils monterent tous
quatre en Carroſſe, ſans ſe
dire rien . Le Cocher , qui
en partant du Logis avoit cu
ordre de les mener à un ſecond
Bal , en prit le chemin.
Apeine avoit il fait deux cens
pas , que le Cavalier ofta fon
maſque , pour demander à
}
GALANT. 267
7
la Mere fi elle s'estoit un peu
divertie. Cette Mere préten
düe fut fort ſurpriſe d'enten
dre une voix qu'elle ne cong
noiffoit point. Elle cria au
Cocher qu'il arreſtaſt ; & le
Cavalier & fa Maiſtreſſe ne fu
rent pas moins étonnez que
les deux autres, d'une mépriſe
qui les mettoit tous dans un
parcil embarras. Le hazard
avoit voulu qu'unHomme di
ſtingué dans la Robe, s'eſtoir
déguisé avec ſa Femme , ſa
Soeur, & fa Fille, delamesmo
forte que le Cavalier & lesq
trois Femmes dont il s'eſtoit
Zij
268 MERCURE
fait le Conducteur , c'eſt à
dire , deux en Arméniens,
&deux en habits à la Françoife.
Ils s'eſtoiem perdus
parmy la foule des Maſques,
&dans la confufion la Femme
& la Fille de l'Homme
de Robe , avoient pris le Cat
valier & la Belle pour les
deux Perſonnes qu'elles cherchoient.
Il fut queſtion de
retourner à ce premier Bal,
pour tirer de peine ceux qu'-
on y avoit laiſſez ; & lon
prenoit deja cette route , lors
que dix Hommes maſquez
approchérent duCarroffe. Ils
10
GALANT 269
forcérent le Cocher à quiter
le ſiege , & l'un d'eux s'y
eftant mis , conduiſit le Cavalier
& les trois Dames aſſez
loin dans le Fauxbourg. Le
Carroſſe s'eſtant enfin arrefté,
ceux qui l'eſcortoient leur
dirent qu'il y alloit de leur
vie s'ils faifoient du bruit , &
qu'on n'en vouloit qu'à leurs
Habits . La réſiſtance auroit
efté inutile. Ainſi le meilleur
Party qu'ils virent à prendre,
fut de defcendre fort paifiblement
, & d'entrer dans
une Maiſon de peu d'apparence,
qui leur fut ouverte
•
Z iij
270 MURCURE
Lalces Maſques un peu trop
officielux prirent la peine de
les décharger de tous d'équi
page qui avoit ſervy ales dé
guifer , & les revétirentà peu
de frais ,&feulementpourles
garantir du froid Quredes
Habits la Belle laiſſa fon Dia,
mant, de Cavalier fa bourfe,
&une fort belle Montre , &&
les deux Dames , ce qu'elles
avoient qui valoin la peine
d'eſtregardé. Apres les avoin
ainſi dépoüillez , ces Voleurs
leur demandérent où ils vou
loient qu'onlesreménaſt. Le
Cavalier & laDame ſe nom
上
GALANIM 271
mérent,&on les remit chez
eux. L'Homme de Robe ayat
retrouvé la Femmes, felper
ſuada que le Cavalier n'avoir
imité fon déguisement que
pour faire réüffir le vol qui
venoit d'eſtre commis ,& ne
doutant point qu'il n'euft
efté d'intelligence avec les
Voleurs , il commença con
tre luy des procédures qui
apparemment auront de la
fuires De l'autre coſtéle Cab
valier touché de fa perre, ſe
mit dans l'efprit que la Mere
della Belle n'avoit témoigné
vouloir rompre la partic
•
272MERCURE
€
quand on luy avoit propoſe
de laiſſer ſabourſe , que pour
Fobliger à la porter , &s'ima
ginant qu'elle s'eftoit cachée
àdeſſein parmy les Maſques
pour l'engager à fortir fans
elle, il la crut complice de
fon avanture. Ainfi fon chagrin
ayant étouffé l'amour , il
fait contr'elle les mefmes
pourſuites que fait contre luy
PHomme de Robe. L'acharnement
eft grand à plaider
de part & d'autre. Voila,
Madame , ce que portemon
Memoire.On m'aſſeure qu'il
eft vray dans toutes les cir
conſtances.
Fermer
6
p. 288-295
Changement arrivé dans la Troupe des Comédiens François, [titre d'après la table]
Début :
La Comédie estant plus à la mode qu'elle n'a jamais [...]
Mots clefs :
Comédie, Divertissement, Cour, Public, Troupes, Plaisir, Acteurs, Troupe de Molière, Décès, Applaudissements, Distinction, Actrices, Campagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Changement arrivé dans la Troupe des Comédiens François, [titre d'après la table]
La Comédie eftant plus à
la mode qu'elle n'a jamais.
eſté , & faifant depuis quel
que temps pluſieurs fois chaque
ſemaine le divertiſſe
ment de la Cour,& tous les
jours
4
GALANT. 289
jours celuy du Public depuis
la jonction nction ddeessTroupes Françoiſes,
je croy que je doisvous
que je doisvous
en parler comme d'un plaifir
recherché de tout le monde,
& que l'on voit genéralement
aimé. Je vous diray
donc que ce divertiſſement
qui a ceſſe ſelon la coûtume
pendant la quinzaine de Paf
ques, va recommencer , mais
avec des changemens confiderables
du coſte desActeurs .
Il n'y a pas lieu d'en eſtre ſurpris.
Les Comédiens qui occupoient
l'Hoſtel de Bourgogne
, ceux qui joüoient au
Avril 1685. Bb
•
290 MERCURE
PalaisRoyal,&ſous le nomde
LaTrouuppee ddeo MMoliere , & celle
quirepreſentoit au Marais,ne
compoſant àpreſent qu'une
ſeule Troupe qu'on appellede
Guenegaut,àcauſe qu'elle a fon
Théatre au bout de la Ruë
qui porte ce nom: ces trois
Troupes , dis-je , formant un
Corps tres-nombreux , &
tous les grands Corps cftant
ſujets à de fréquens change
mens , iill eſt difficile qu'iln'en
arrive ſouvent à celuy dont je
vous parle. La mort a em
porté des Acteurs qui avoient
fait bruit dans le monde.
GALANTM 29F
y en a d'autres qui font fortist
de la Troupe avec leporacal
commodemens qui leur onp
efté propoſez , &M Habere
a demandé à fe gretireroll
eſtoit l'Original de pluſieurs
Roles qu'il repreſentoit dans
les Pieces de Moliereg &
comme il eſtoit entré dans le
fens de ce fameux Autheur
par qui il avoit efté inftruit,
il y réüffiffoit parfaitement.
Jamais Acteur n'a porté filoin
les Roles d'Homme en Fem
me. Celuy qu'il reprefentoit
dans les Femmes Sçavantes,
Madame Jourdain dans le
•
Bb ij
292 MERCURE
e
G
C
Bourgeois Gentilhomme , &
Madame Jobin dans la Devinereſſe
, luy ont attiré l'applaudiſſement
de tout Paris .
Il s'eſt fait auſſi admirer dans
le Role du Vicomte de l'Inconnu
, ainſi que dans ceux
de Medecins & de Marquis
Ridicules. Il eſt fort
avantageux d'avoir excellé
dansles choſes pour leſquelles
on s'eſt ſenty du Talent.
C'eſt ce que M' Poiſſon a fait
avec une grande diſtinction.
AuſficétActeur ſurprit fort ſes
Camarades lors qu'il leur déclara
qu'il vouloit quitter la
Comédie. Ils le prierent avec
GALANT. 293
de grandes inſtances d'aban.
donner ce deffein , mais illes
a preſſez fi fortement pendant
pluſieurs jours de luy
permettre de ſe retirer, qu'ils
ont eſté enfin obligez d'y
conſentir. Il y a vingt- cinq
ans que le Roy ayant pris
plaiſir à le voir joüer dans.
une Troupe de Campagne,
le mit à l'Hoſtel de Bourgogne.
Son grand naturel ne le
fit pas ſeulement réuſlir comme
Acteur mais meſme
comme Autheur ; & le recit
que le Baron de la Craffe fair
de la Cour , parut extreme--
,
294 MERCURE
ment bien touché. Il a fait
pluſieurs Pieces de Theatre,
& l'on peut dire que c'eſt la
nature qui parle dans toutes.
Lors qu'il a quitté la Comédie
, ſes Camarades luy ont
donné des marques de leur
eſtime & de leur regret. Ily
a eu encore d'autres changemens
dans cette Troupe,
mais comme ils ſont trop
éclatans pour eſtre ignorez ,
je n'ay rien à vous en dire. It
y eſt entré des Acteurs nou
veaux & des Actrices nouvelles
, qui onttous eſté choifis
parmy ce qu'ilya de meil
eur entre les Comédiens
GALANT. 295
quijoüent à la Campagne.
la mode qu'elle n'a jamais.
eſté , & faifant depuis quel
que temps pluſieurs fois chaque
ſemaine le divertiſſe
ment de la Cour,& tous les
jours
4
GALANT. 289
jours celuy du Public depuis
la jonction nction ddeessTroupes Françoiſes,
je croy que je doisvous
que je doisvous
en parler comme d'un plaifir
recherché de tout le monde,
& que l'on voit genéralement
aimé. Je vous diray
donc que ce divertiſſement
qui a ceſſe ſelon la coûtume
pendant la quinzaine de Paf
ques, va recommencer , mais
avec des changemens confiderables
du coſte desActeurs .
Il n'y a pas lieu d'en eſtre ſurpris.
Les Comédiens qui occupoient
l'Hoſtel de Bourgogne
, ceux qui joüoient au
Avril 1685. Bb
•
290 MERCURE
PalaisRoyal,&ſous le nomde
LaTrouuppee ddeo MMoliere , & celle
quirepreſentoit au Marais,ne
compoſant àpreſent qu'une
ſeule Troupe qu'on appellede
Guenegaut,àcauſe qu'elle a fon
Théatre au bout de la Ruë
qui porte ce nom: ces trois
Troupes , dis-je , formant un
Corps tres-nombreux , &
tous les grands Corps cftant
ſujets à de fréquens change
mens , iill eſt difficile qu'iln'en
arrive ſouvent à celuy dont je
vous parle. La mort a em
porté des Acteurs qui avoient
fait bruit dans le monde.
GALANTM 29F
y en a d'autres qui font fortist
de la Troupe avec leporacal
commodemens qui leur onp
efté propoſez , &M Habere
a demandé à fe gretireroll
eſtoit l'Original de pluſieurs
Roles qu'il repreſentoit dans
les Pieces de Moliereg &
comme il eſtoit entré dans le
fens de ce fameux Autheur
par qui il avoit efté inftruit,
il y réüffiffoit parfaitement.
Jamais Acteur n'a porté filoin
les Roles d'Homme en Fem
me. Celuy qu'il reprefentoit
dans les Femmes Sçavantes,
Madame Jourdain dans le
•
Bb ij
292 MERCURE
e
G
C
Bourgeois Gentilhomme , &
Madame Jobin dans la Devinereſſe
, luy ont attiré l'applaudiſſement
de tout Paris .
Il s'eſt fait auſſi admirer dans
le Role du Vicomte de l'Inconnu
, ainſi que dans ceux
de Medecins & de Marquis
Ridicules. Il eſt fort
avantageux d'avoir excellé
dansles choſes pour leſquelles
on s'eſt ſenty du Talent.
C'eſt ce que M' Poiſſon a fait
avec une grande diſtinction.
AuſficétActeur ſurprit fort ſes
Camarades lors qu'il leur déclara
qu'il vouloit quitter la
Comédie. Ils le prierent avec
GALANT. 293
de grandes inſtances d'aban.
donner ce deffein , mais illes
a preſſez fi fortement pendant
pluſieurs jours de luy
permettre de ſe retirer, qu'ils
ont eſté enfin obligez d'y
conſentir. Il y a vingt- cinq
ans que le Roy ayant pris
plaiſir à le voir joüer dans.
une Troupe de Campagne,
le mit à l'Hoſtel de Bourgogne.
Son grand naturel ne le
fit pas ſeulement réuſlir comme
Acteur mais meſme
comme Autheur ; & le recit
que le Baron de la Craffe fair
de la Cour , parut extreme--
,
294 MERCURE
ment bien touché. Il a fait
pluſieurs Pieces de Theatre,
& l'on peut dire que c'eſt la
nature qui parle dans toutes.
Lors qu'il a quitté la Comédie
, ſes Camarades luy ont
donné des marques de leur
eſtime & de leur regret. Ily
a eu encore d'autres changemens
dans cette Troupe,
mais comme ils ſont trop
éclatans pour eſtre ignorez ,
je n'ay rien à vous en dire. It
y eſt entré des Acteurs nou
veaux & des Actrices nouvelles
, qui onttous eſté choifis
parmy ce qu'ilya de meil
eur entre les Comédiens
GALANT. 295
quijoüent à la Campagne.
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7
p. 275-279
Ce qui s'est passé à la Comedie Françoise le premier jour que les Ambassadeurs y ont esté. [titre d'après la table]
Début :
Ayant vû jouer la Comedie du Bourgeois Gentilhomme, il comprit [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Pièce, Bourgeois gentilhomme, La Grange, Comédie, Compliment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé à la Comedie Françoise le premier jour que les Ambassadeurs y ont esté. [titre d'après la table]
Ayant vu jouer
la Comedie du Bourgeois
Gentilhomme , il comprit
tout le ſujet de la Piece
fur ce qu'on luy en expli
276 Voyagedes Amb.
qua , & dit à la fin qu'il
auroit fouhaité qu'il y euſt
eu dans le dénoüement
de certaines chofes qu'il
marqua. Mª de la Grange
dit dans ſon Compliment,
- Qu'ils avoient estéſouvent
honorez de la presence de
pluſieurs Ambaſſadeurs ,
qui pouſſez par leur curiofité
estoient venus admirer
leurs Spectacles, mais qu'ils
n'avoient jamais eu l'avantage
de voir chez eux
des Perſonnes,dont la qua
deSiam.
277
lité de l'Ambassade dans
toutesses circonstances eust
plus attiré d'admiration ,
& que c'estoit ce qui leur
arrivoit ce jour-làpar leur
prefence; que toute la France
estoit pleinement informée
de l'eſtime particuliere
que nostre Auguste Monarque
faisoit de leur merite
, &qu'außi s'empresfoit-
on àleur rendre de toutes
parts leshonneurs dûs à
leur Caractere , chacun allant
au devant de ce qui
278 Voyage des Amb.
afin
leur pouvoit estre agreables
qu'il auroit estéà souhaiter
pour la Troupe , qu'un peu
d'habitude de la Langue
Françoise leur euſt rendu
la Piece intelligible ,
qu'ils en euſſent på ſentir
la beauté, ce qui leur auroit
fait mieux comprendre le
zele aveclequel ils s'estoient
portez à leur donner quelque
plaisir ; qu'ils prioient
leurs Interpretes de le leur
faire entendre , außi- bien
que le defir qu'ils auroient
de Siam.
279
de contribuer encore à leur
divertiſſementpendant leur
Sejour à Paris.Ce difcours
receut beaucoup d'aplaudiffemens
, & l'Ambaffadeur
ayant rencontré M.
de la Grange lors qu'il
fortoit de la Comedie ,
luy dit en François,Je vous
remercie , M' le Marquis,
parce qu'il avoit joué le
rôle du Marquis dans la
Piece.
la Comedie du Bourgeois
Gentilhomme , il comprit
tout le ſujet de la Piece
fur ce qu'on luy en expli
276 Voyagedes Amb.
qua , & dit à la fin qu'il
auroit fouhaité qu'il y euſt
eu dans le dénoüement
de certaines chofes qu'il
marqua. Mª de la Grange
dit dans ſon Compliment,
- Qu'ils avoient estéſouvent
honorez de la presence de
pluſieurs Ambaſſadeurs ,
qui pouſſez par leur curiofité
estoient venus admirer
leurs Spectacles, mais qu'ils
n'avoient jamais eu l'avantage
de voir chez eux
des Perſonnes,dont la qua
deSiam.
277
lité de l'Ambassade dans
toutesses circonstances eust
plus attiré d'admiration ,
& que c'estoit ce qui leur
arrivoit ce jour-làpar leur
prefence; que toute la France
estoit pleinement informée
de l'eſtime particuliere
que nostre Auguste Monarque
faisoit de leur merite
, &qu'außi s'empresfoit-
on àleur rendre de toutes
parts leshonneurs dûs à
leur Caractere , chacun allant
au devant de ce qui
278 Voyage des Amb.
afin
leur pouvoit estre agreables
qu'il auroit estéà souhaiter
pour la Troupe , qu'un peu
d'habitude de la Langue
Françoise leur euſt rendu
la Piece intelligible ,
qu'ils en euſſent på ſentir
la beauté, ce qui leur auroit
fait mieux comprendre le
zele aveclequel ils s'estoient
portez à leur donner quelque
plaisir ; qu'ils prioient
leurs Interpretes de le leur
faire entendre , außi- bien
que le defir qu'ils auroient
de Siam.
279
de contribuer encore à leur
divertiſſementpendant leur
Sejour à Paris.Ce difcours
receut beaucoup d'aplaudiffemens
, & l'Ambaffadeur
ayant rencontré M.
de la Grange lors qu'il
fortoit de la Comedie ,
luy dit en François,Je vous
remercie , M' le Marquis,
parce qu'il avoit joué le
rôle du Marquis dans la
Piece.
Fermer
Résumé : Ce qui s'est passé à la Comedie Françoise le premier jour que les Ambassadeurs y ont esté. [titre d'après la table]
Le texte décrit la visite d'ambassadeurs siamois à une représentation de la comédie 'Le Bourgeois Gentilhomme'. Un des ambassadeurs comprit le sujet de la pièce grâce aux explications fournies et proposa des suggestions pour le dénouement. Madame de la Grange, dans son compliment, souligna que les ambassadeurs étaient les premiers de leur qualité à assister à leurs spectacles. Elle mentionna l'estime particulière du monarque français pour leur mérite et les honneurs qui leur étaient rendus. Elle regretta que la troupe ne maîtrisât pas la langue française, ce qui aurait rendu la pièce plus intelligible. Les ambassadeurs exprimèrent leur désir de mieux comprendre la pièce et leur volonté de contribuer au divertissement pendant leur séjour à Paris. Le discours de Madame de la Grange fut applaudi. En sortant, un ambassadeur remercia Monsieur de la Grange en français pour son rôle dans la pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 184-187
Ils vont à la Comedie de l'Avare, & à l'Opera d'Armide, & ce qu'ils en ont dit, [titre d'après la table]
Début :
Comme chacun s'empressoit à leur donner des divertissements aprés [...]
Mots clefs :
Opéra, Comédie, Avare, Armide, Française, Palais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont à la Comedie de l'Avare, & à l'Opera d'Armide, & ce qu'ils en ont dit, [titre d'après la table]
Comme chacun s'empref
ſoit à leur donner des divertiſſements
aprés leur retour
des Amb. de Siam. 185
de Flandre, & qu'on leur offroit
l'Opera & la Comedie ,
ils allerent à l'Avare , & ce
qu'il y eut de ſurprenant ,
c'eſt que l'Ambaſſadeur dit
pendant la Piece , qu'il gageroit
que la caſſette où estoit l'argent
de l'Avare feroit priſe, &
que l'Avare feroit trompé; ce
qui eſtant arrivé ſelon ſa
pensée, dût luy faire beaucoup
de plaiſir, & fit connoiſtre
dans le meſme temps
combien la penetration de
fon eſprit eſt grande pour
les chofes qui font de fon
ufage.
186 IV . P. du Voyage
- Ils allerent le lendemain
voir l'Opera d'Armide , que
MadeVeneroni leur expliqua
ainſi qu'il avoit fait la Comedie
le jour precedent. L'Ambaffadeur
voulut eſtre éclaircy
de tout le Sujet ; & fur les
enchantemens que faifoitArmide
pour engager Renaud
à l'aimer , il demanda fi Armide
estoit Françoise; & quand
on luy eut repondu que non,
& qu'elle estoit Niéce d'Hidraot
Roy de Damas, il reparrit,
Si elle euft efté Françoise, elle
n'auroit pas eu beſoin de magie
pourse faire aimer, car les Fran
desAmb. de Siam. 187
coiſes charment par elles meſmes .
Cet Opera luy plut extraor
dinairement ; & quand il vit
le Palais d'Armide ruiné &
brûlé , il dit, Sortons, le Palais
eſt tombé , nous ne pouvons plus
coucher icy.
ſoit à leur donner des divertiſſements
aprés leur retour
des Amb. de Siam. 185
de Flandre, & qu'on leur offroit
l'Opera & la Comedie ,
ils allerent à l'Avare , & ce
qu'il y eut de ſurprenant ,
c'eſt que l'Ambaſſadeur dit
pendant la Piece , qu'il gageroit
que la caſſette où estoit l'argent
de l'Avare feroit priſe, &
que l'Avare feroit trompé; ce
qui eſtant arrivé ſelon ſa
pensée, dût luy faire beaucoup
de plaiſir, & fit connoiſtre
dans le meſme temps
combien la penetration de
fon eſprit eſt grande pour
les chofes qui font de fon
ufage.
186 IV . P. du Voyage
- Ils allerent le lendemain
voir l'Opera d'Armide , que
MadeVeneroni leur expliqua
ainſi qu'il avoit fait la Comedie
le jour precedent. L'Ambaffadeur
voulut eſtre éclaircy
de tout le Sujet ; & fur les
enchantemens que faifoitArmide
pour engager Renaud
à l'aimer , il demanda fi Armide
estoit Françoise; & quand
on luy eut repondu que non,
& qu'elle estoit Niéce d'Hidraot
Roy de Damas, il reparrit,
Si elle euft efté Françoise, elle
n'auroit pas eu beſoin de magie
pourse faire aimer, car les Fran
desAmb. de Siam. 187
coiſes charment par elles meſmes .
Cet Opera luy plut extraor
dinairement ; & quand il vit
le Palais d'Armide ruiné &
brûlé , il dit, Sortons, le Palais
eſt tombé , nous ne pouvons plus
coucher icy.
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Résumé : Ils vont à la Comedie de l'Avare, & à l'Opera d'Armide, & ce qu'ils en ont dit, [titre d'après la table]
Lors de leur visite en France, les ambassadeurs de Siam furent invités à divers divertissements, notamment des représentations à l'Opéra et au théâtre. Ils assistèrent à la pièce 'L'Avare' de Molière, où l'ambassadeur prédit avec justesse le vol de la cassette contenant l'argent de l'Avare, démontrant ainsi sa perspicacité. Le lendemain, ils virent l'opéra 'Armide', expliqué par M. Veneroni. L'ambassadeur s'intéressa particulièrement aux enchantements d'Armide et demanda si elle était française, suggérant que les femmes françaises n'auraient pas besoin de magie pour charmer. Il fut impressionné par l'opéra et fit une remarque humoristique lorsque le palais d'Armide fut détruit, déclarant qu'ils ne pouvaient plus y dormir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 319-320
Ils vont à la Comedie de l'Inconnu. [titre d'après la table]
Début :
La derniere Comedie qu'ils ont veuë, a esté celle de l'Inconnu. [...]
Mots clefs :
Comédie, La Grange, Ornements, Troupe
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texteReconnaissance textuelle : Ils vont à la Comedie de l'Inconnu. [titre d'après la table]
La derniere Comedie qu'ils
ont veuë, a eſté celle de l'In
connu. Ils prirent beaucoup
de plaifir aux ornemens dont
cette Piece eft remplie , &
ſceurent en démefler le ſujer.
Mr de la Grange les remer
cia de ce que leur Troupe
avoit eſté la premiere & la
Dd iiij
320 IV. P. du Voyage
T
derniere honorée de leur pre
fence ; & marqua la joye
qu'ils devoient avoir de rem
porter une reputation ſi univerſelle
, & d'avoir plû dans
une Cour qui fert de modele
à toutes les autres , & où
l'on a bien- toſt découvert le
faux merite . Il dit encore
beaucoup d'autres choſes qui
feroient trop longues à rapporter.
ont veuë, a eſté celle de l'In
connu. Ils prirent beaucoup
de plaifir aux ornemens dont
cette Piece eft remplie , &
ſceurent en démefler le ſujer.
Mr de la Grange les remer
cia de ce que leur Troupe
avoit eſté la premiere & la
Dd iiij
320 IV. P. du Voyage
T
derniere honorée de leur pre
fence ; & marqua la joye
qu'ils devoient avoir de rem
porter une reputation ſi univerſelle
, & d'avoir plû dans
une Cour qui fert de modele
à toutes les autres , & où
l'on a bien- toſt découvert le
faux merite . Il dit encore
beaucoup d'autres choſes qui
feroient trop longues à rapporter.
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Résumé : Ils vont à la Comedie de l'Inconnu. [titre d'après la table]
Les spectateurs ont assisté à la pièce 'l'Inconnu' et ont apprécié les ornements et le sujet. Monsieur de la Grange a remercié les acteurs pour leur présence, soulignant que leur troupe avait été la première et la dernière à être honorée. Il a exprimé sa joie de voir leur réputation universelle et leur succès dans une cour modèle où le faux mérite est rapidement démasqué.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 101-120
Nouvelles d'Utrecht.
Début :
Les Plenipotentiaires d'Espagne continuent leurs conferences avec ceux de [...]
Mots clefs :
Plénipotentiaires, Conférences, Comédie, Bal, Traité de paix, Colonie, Contagion, Preuve, Division, Parlement
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Utrecht.
Nouvelles d'Utrecht.
Les Plenipotentiaires
d'Espagne continuent leurs
conférences avec ceux de
cet Etat. Le Duc d'Oubne
donna le 25. Août la comedie,
le bal, avec un magnique
repas,àun grand nombre
de Seigneurs & de Dames,
pour celebrer le jour
de la naissance du Prince
d'Espagne. Le Marquis Rinuccini,
Envoyé du grand
Duc de Toscane, partit
d'ici le 16.pour aller à Dusseldorp,
& en quelques
Cours d'Allemagne. Le
Duc & la Duchesse de saint
Pierre en partirent aussi le
19. 6c le Procurateur Ruzzini,
ambassadeur de Venise,
partit de la Haye le
27. pour retourner en Italie.
Cn écrit de la Haye du
4. de ce mois, que les Etats
Generaux avoient envoyé
ordre dans les Provinces ôc
aux Amirautez de prendre
toutes les précautions possibles
pour empêcherl'entrée
des personnes Ôc des
effets venant des lieux soupçonnez
d'être insectez de
maladies contagieuses. Que
le Conseil d'Etat avoit ordonné
à tous les Colonels
de reduire avant le 9. de ce
mois leurs compagnies ;
la
cavalerie à trente & un
homme, & trente - cinq
chevaux, compris les Officiers
; ôc l'infanterie à quarante-
cinq hommes, compris
aussi les Officiers y Ôc
que le Sieur de saint Jean
avoit aussi apporté de Londres
la ratification du traité
de paix entre l'Espagne &c
la Grande Bretagne. On
écrit de Cologne, que le
24. un parti François avoit
enlevé vingt-quatre bourgeois
à la porte d'Eigelstein.
L'Academie de la ruë
des Canettes, prés saint Sulpice,
a toujours été celebre
par la capacité des Ecuyers,
& par l'adresse des Gentilshommes.
M. deVandeüil,
qui en est à present le Chef,
endonnades marques dans
le dernier Caroufel qu'il fit
faire le 11. de ce mois. Voici
les noms des Academistes
qui se sont distinguez dans
cette Fête.
M. le Chevalier de Maiaufejde
la Maison de Bourbon.
Le Marquis de Chifreville,
neveu de M. le Maréchal
de Tessé.
Le Marquis du Gage.
Le Marquis de la Roche.
., Le Marquis de Chamarante.
Le Mercié.
De Noinville.
Le Comte Oginski, Polonois.
Le Marquis de Momege.
Le Baron Dosket, Flamand.
Les Barons de Bergintine,
Danois.
Les Marquis lx Comte
de Mailly.
Le Baron de Vindrefefte,
Allemand.
Le Caroufel commença
par une marche autour du
manege découvert, qui est v
bordé de chaque côté de
trois rangs d'arbres.Un
timbalier, quatre trompettes,
& quatre hautbois parurent
d'abord; M. de Vandeüilétoit
ensuite à la tête
de ses eleves, qui étoientau
nombre de trente, qui gardoient
chacun leur rang.
Les crins de tous les chevaux
étoient ornez de rubans
de differentes couleurs.
Ils passerent en cet
ordre devant les Dames,
qu'ils saluerent de fort bonne
grace avec leurs épées,
en entrant dans le manege
découvert.M. de Vandeüil,
aprés les avoir rangez en
bataille, commença le manege
par une galopade
dont les airs satisfirent les,
connoisseurs. On se retira
sur sa bonne grace. On
n'admira pas moins celle de
M. le Mercié
,
qui fit manier
son cheval avec toute
la justesse d'un ancien Academiste.
Les jeunes Gentilshommes
brillerent enfuite
par des galopades, des
changemens de rnain, des
caprioles, & des arets à
courbette M. Je Chevalier
de Malaufe, & M. le Marquis
de Chiffreville se distinguerent
sur deux sauteurs
par le droit en liberté. Le
manege fini, on courut les
têtes àdeux en même temps
avec une adresse surprenante
: aticun Gentilhomme
ne fit pas moins que
neuf têtes; Meilleurs les
Marquis de Chiffreville,
les Comte ôc Baron de Bergentine
)
& le Marquis de
la Roche en ayant fait chacun
dix,firent une seconde
course
)
dontM.le Marquis
de Chiffreville remporta
l'honneur. Le prix, qui étoit
une épée fort bien travaillée,
lui fut donné par
M. de Vandeüil, avec l'applaudissement
de l'assemblée,
qui fut regaleé d'un
nouveau spectacle. On fut
surpris de voir les mêmes
Gentilshommes faire manier
d'autreschevaux dans
unefigure de onze, qu'ils
formerentd'eux - mêmes.
Trois se placerent au milieu
,deux dans chaque côté
dumilieu, & les quatre
autres dans les coins. Ils
commencerent au pas leur
manege,pendantqueMessieurs
les Marquis & Comte
de Mailly faisoient fauter
leurs chevaux entre les piliers
: & ensuite M. de Vandeüil
fit partir les onze Academistes
en même temps; sçavoir, les trois du milieu
sur les voltes
,
& les huit
autres sur les demi-voltes,
avec tant de justesse & si
peu de confusion ,que tout
le monde s'en retourna,
fort satisfait de M.de Vandeüil
& de ses éleves. Il espere
faire encore un carousel
au mois de Mars
prochain.
Sans pretendre rien diminuer
du merite de 1auteur,
on croit pouvoir dire
que son ouvragesur la preuve
de 11, pour dirruire
celle de 9 ,estbeaucoup
plus curieux qu'utile.
Car outre qu'il n'est point
d'Arithmeticien quinesçacheque
la preuve de 9 est
fausse en une infinité de
rencontres, & qui ne la rejette
par cette raison; c'ell:
que la preuve de11, propsoesée
par l'auteur, est infiniment
plus difficile & plus
embarassante par ses circonstances
, que celle qui
se fait par la division, &
qu'il proscrit toutefois comme
trop embaraffante, pendant
qu'elle l'est certainement
moins que celle de
JI; outre que la division est
trés- familiere, & consequemmenttrés-
aisée pour
ce qui s'appelle un Arithmeticien.
Sur ce pied, ou celui qui
[ lira cet ouvrage fera arithmeticien,
ou il ne le fera
pas:s'il l'est, il préférera
toujours à la preuve de II
& à toute autre celle qui se
fait par la division, & plus
facilement encore celle qui
se fait en repassant simplement
sa multiplication: &
s'il n'est pas arichmeticien,
comment entendra -t - il
mieux cette preuve de n
que les deux autres?
Il y a plus; car non-feulement
on n'a pas besoin
de la preuve par II, dés que
l'on a celle de la division,
qui est beaucoup plus acile,
plus prompte & tréssûre
: mais même presque
personne ne se sert de cette
derniere, par la facilité extrême,
& l'égale sûreté que
l'on trouve à repasser comme
on vient de le dire sa
multiplication; de même
quaprés avoir fait une addition
de bas en haut, on a
infiniment plutôt fait, &
aussisûrement,de la repaffer
de haut en bas, que de
recourir a aucune autre
preuve. Les operations les
plus simples font toujours
préférables lorsque la jutesse
est égaleCelasupposé,
cet essai
de la preuve par ii ,
quoique
bon par lui-même, paroît
tout à fait inutile à proposer,
plus encore dans le
Mercure que par-tout ailleurs
:ce n'est pas la sa place;
les Arithmeticiens muteront
par-dessus, comme
curiosité inutile pour eux;
&ceux quine le seront pas,
le passeront encore mieux,
faute d'y pouvoir rien entendre.
La vraye place de cet
essai seroit ou dans un livre
d'arithmetique, qui donne
le choix de plusieurs preuves
,
( il suffit POUItlnt d'une
bonne qui loit fort (imple)
ou dans un Journal des
Sçavans.
* On ne doit pas laisser de
sçavoir gré à l'auteut de là
recherche, il est toûjours
beau d'en faire.
Par Arrêt du Conseil d'en
haut, au rapport de Monsieur
VoisinSecrétaire d'Etat,
a été jugé l'onze du
present mois de Septembre,
que le Sieur Savary,
Chanoine & Conseiller au
Parlement de Metz3 decaniferoic
comme plus ancien,
des Conseillers du Parlement,
& a été gardé &
maintenu dans la qualité
de Doyen duditParlement;
ordonnéqu'il joüiroit de
tous les honneurs, droits &
avantages dont les Doyens
du Parlement ont joüi, ou
dû jouirjusques à present.
On avertir le Public que
le Sieur Henry a trouvé une
nouvelle maniere d'ecrire
d'autant plus curieuse,qu'-
elle estutile aux gens d'ex,
peditions & d'affaires. Cet
j arc consiste à écrire sur le
champ, en toutes fortes de
marges & caracteres, deux
ou trois copies à la fois,
semblables jusques en la,
moind re partie d'une lettre
, & avec la même vîtesse
qu'une feule: mais cequ'il
y a ici de plus particulier,
& où les sçavans,
comme les étrangers, recevront
toute forte de secours,
c'est que par le même
moyen il écrit généralement
en toutes fortes de
langues, & conformément
aux originaux qui lui font
fournis. Il entreprend generalement
toutes fortes
d'ouvrages Il demeure dans
la ruë saint Jacques, chez
Monsieur Joffe Imprimeur,
à la Colombe Royale.
Les Plenipotentiaires
d'Espagne continuent leurs
conférences avec ceux de
cet Etat. Le Duc d'Oubne
donna le 25. Août la comedie,
le bal, avec un magnique
repas,àun grand nombre
de Seigneurs & de Dames,
pour celebrer le jour
de la naissance du Prince
d'Espagne. Le Marquis Rinuccini,
Envoyé du grand
Duc de Toscane, partit
d'ici le 16.pour aller à Dusseldorp,
& en quelques
Cours d'Allemagne. Le
Duc & la Duchesse de saint
Pierre en partirent aussi le
19. 6c le Procurateur Ruzzini,
ambassadeur de Venise,
partit de la Haye le
27. pour retourner en Italie.
Cn écrit de la Haye du
4. de ce mois, que les Etats
Generaux avoient envoyé
ordre dans les Provinces ôc
aux Amirautez de prendre
toutes les précautions possibles
pour empêcherl'entrée
des personnes Ôc des
effets venant des lieux soupçonnez
d'être insectez de
maladies contagieuses. Que
le Conseil d'Etat avoit ordonné
à tous les Colonels
de reduire avant le 9. de ce
mois leurs compagnies ;
la
cavalerie à trente & un
homme, & trente - cinq
chevaux, compris les Officiers
; ôc l'infanterie à quarante-
cinq hommes, compris
aussi les Officiers y Ôc
que le Sieur de saint Jean
avoit aussi apporté de Londres
la ratification du traité
de paix entre l'Espagne &c
la Grande Bretagne. On
écrit de Cologne, que le
24. un parti François avoit
enlevé vingt-quatre bourgeois
à la porte d'Eigelstein.
L'Academie de la ruë
des Canettes, prés saint Sulpice,
a toujours été celebre
par la capacité des Ecuyers,
& par l'adresse des Gentilshommes.
M. deVandeüil,
qui en est à present le Chef,
endonnades marques dans
le dernier Caroufel qu'il fit
faire le 11. de ce mois. Voici
les noms des Academistes
qui se sont distinguez dans
cette Fête.
M. le Chevalier de Maiaufejde
la Maison de Bourbon.
Le Marquis de Chifreville,
neveu de M. le Maréchal
de Tessé.
Le Marquis du Gage.
Le Marquis de la Roche.
., Le Marquis de Chamarante.
Le Mercié.
De Noinville.
Le Comte Oginski, Polonois.
Le Marquis de Momege.
Le Baron Dosket, Flamand.
Les Barons de Bergintine,
Danois.
Les Marquis lx Comte
de Mailly.
Le Baron de Vindrefefte,
Allemand.
Le Caroufel commença
par une marche autour du
manege découvert, qui est v
bordé de chaque côté de
trois rangs d'arbres.Un
timbalier, quatre trompettes,
& quatre hautbois parurent
d'abord; M. de Vandeüilétoit
ensuite à la tête
de ses eleves, qui étoientau
nombre de trente, qui gardoient
chacun leur rang.
Les crins de tous les chevaux
étoient ornez de rubans
de differentes couleurs.
Ils passerent en cet
ordre devant les Dames,
qu'ils saluerent de fort bonne
grace avec leurs épées,
en entrant dans le manege
découvert.M. de Vandeüil,
aprés les avoir rangez en
bataille, commença le manege
par une galopade
dont les airs satisfirent les,
connoisseurs. On se retira
sur sa bonne grace. On
n'admira pas moins celle de
M. le Mercié
,
qui fit manier
son cheval avec toute
la justesse d'un ancien Academiste.
Les jeunes Gentilshommes
brillerent enfuite
par des galopades, des
changemens de rnain, des
caprioles, & des arets à
courbette M. Je Chevalier
de Malaufe, & M. le Marquis
de Chiffreville se distinguerent
sur deux sauteurs
par le droit en liberté. Le
manege fini, on courut les
têtes àdeux en même temps
avec une adresse surprenante
: aticun Gentilhomme
ne fit pas moins que
neuf têtes; Meilleurs les
Marquis de Chiffreville,
les Comte ôc Baron de Bergentine
)
& le Marquis de
la Roche en ayant fait chacun
dix,firent une seconde
course
)
dontM.le Marquis
de Chiffreville remporta
l'honneur. Le prix, qui étoit
une épée fort bien travaillée,
lui fut donné par
M. de Vandeüil, avec l'applaudissement
de l'assemblée,
qui fut regaleé d'un
nouveau spectacle. On fut
surpris de voir les mêmes
Gentilshommes faire manier
d'autreschevaux dans
unefigure de onze, qu'ils
formerentd'eux - mêmes.
Trois se placerent au milieu
,deux dans chaque côté
dumilieu, & les quatre
autres dans les coins. Ils
commencerent au pas leur
manege,pendantqueMessieurs
les Marquis & Comte
de Mailly faisoient fauter
leurs chevaux entre les piliers
: & ensuite M. de Vandeüil
fit partir les onze Academistes
en même temps; sçavoir, les trois du milieu
sur les voltes
,
& les huit
autres sur les demi-voltes,
avec tant de justesse & si
peu de confusion ,que tout
le monde s'en retourna,
fort satisfait de M.de Vandeüil
& de ses éleves. Il espere
faire encore un carousel
au mois de Mars
prochain.
Sans pretendre rien diminuer
du merite de 1auteur,
on croit pouvoir dire
que son ouvragesur la preuve
de 11, pour dirruire
celle de 9 ,estbeaucoup
plus curieux qu'utile.
Car outre qu'il n'est point
d'Arithmeticien quinesçacheque
la preuve de 9 est
fausse en une infinité de
rencontres, & qui ne la rejette
par cette raison; c'ell:
que la preuve de11, propsoesée
par l'auteur, est infiniment
plus difficile & plus
embarassante par ses circonstances
, que celle qui
se fait par la division, &
qu'il proscrit toutefois comme
trop embaraffante, pendant
qu'elle l'est certainement
moins que celle de
JI; outre que la division est
trés- familiere, & consequemmenttrés-
aisée pour
ce qui s'appelle un Arithmeticien.
Sur ce pied, ou celui qui
[ lira cet ouvrage fera arithmeticien,
ou il ne le fera
pas:s'il l'est, il préférera
toujours à la preuve de II
& à toute autre celle qui se
fait par la division, & plus
facilement encore celle qui
se fait en repassant simplement
sa multiplication: &
s'il n'est pas arichmeticien,
comment entendra -t - il
mieux cette preuve de n
que les deux autres?
Il y a plus; car non-feulement
on n'a pas besoin
de la preuve par II, dés que
l'on a celle de la division,
qui est beaucoup plus acile,
plus prompte & tréssûre
: mais même presque
personne ne se sert de cette
derniere, par la facilité extrême,
& l'égale sûreté que
l'on trouve à repasser comme
on vient de le dire sa
multiplication; de même
quaprés avoir fait une addition
de bas en haut, on a
infiniment plutôt fait, &
aussisûrement,de la repaffer
de haut en bas, que de
recourir a aucune autre
preuve. Les operations les
plus simples font toujours
préférables lorsque la jutesse
est égaleCelasupposé,
cet essai
de la preuve par ii ,
quoique
bon par lui-même, paroît
tout à fait inutile à proposer,
plus encore dans le
Mercure que par-tout ailleurs
:ce n'est pas la sa place;
les Arithmeticiens muteront
par-dessus, comme
curiosité inutile pour eux;
&ceux quine le seront pas,
le passeront encore mieux,
faute d'y pouvoir rien entendre.
La vraye place de cet
essai seroit ou dans un livre
d'arithmetique, qui donne
le choix de plusieurs preuves
,
( il suffit POUItlnt d'une
bonne qui loit fort (imple)
ou dans un Journal des
Sçavans.
* On ne doit pas laisser de
sçavoir gré à l'auteut de là
recherche, il est toûjours
beau d'en faire.
Par Arrêt du Conseil d'en
haut, au rapport de Monsieur
VoisinSecrétaire d'Etat,
a été jugé l'onze du
present mois de Septembre,
que le Sieur Savary,
Chanoine & Conseiller au
Parlement de Metz3 decaniferoic
comme plus ancien,
des Conseillers du Parlement,
& a été gardé &
maintenu dans la qualité
de Doyen duditParlement;
ordonnéqu'il joüiroit de
tous les honneurs, droits &
avantages dont les Doyens
du Parlement ont joüi, ou
dû jouirjusques à present.
On avertir le Public que
le Sieur Henry a trouvé une
nouvelle maniere d'ecrire
d'autant plus curieuse,qu'-
elle estutile aux gens d'ex,
peditions & d'affaires. Cet
j arc consiste à écrire sur le
champ, en toutes fortes de
marges & caracteres, deux
ou trois copies à la fois,
semblables jusques en la,
moind re partie d'une lettre
, & avec la même vîtesse
qu'une feule: mais cequ'il
y a ici de plus particulier,
& où les sçavans,
comme les étrangers, recevront
toute forte de secours,
c'est que par le même
moyen il écrit généralement
en toutes fortes de
langues, & conformément
aux originaux qui lui font
fournis. Il entreprend generalement
toutes fortes
d'ouvrages Il demeure dans
la ruë saint Jacques, chez
Monsieur Joffe Imprimeur,
à la Colombe Royale.
Fermer
Résumé : Nouvelles d'Utrecht.
Le document présente divers événements et nouvelles provenant d'Utrecht et d'autres lieux. Les plénipotentiaires d'Espagne continuent leurs conférences avec ceux des Pays-Bas. Le Duc d'Oubne a célébré la naissance du Prince d'Espagne par une comédie, un bal et un repas somptueux. Plusieurs diplomates ont quitté Utrecht, notamment le Marquis Rinuccini, le Duc et la Duchesse de Saint-Pierre, et l'ambassadeur de Venise, Ruzzini. Les États Généraux ont pris des mesures pour prévenir l'entrée de personnes et d'effets provenant de régions suspectes de maladies contagieuses. Le Conseil d'État a ordonné la réduction des compagnies de cavalerie et d'infanterie. Le traité de paix entre l'Espagne et la Grande-Bretagne a été ratifié par le Sieur de Saint-Jean. À Cologne, un parti français a enlevé vingt-quatre bourgeois. L'Académie de la rue des Canettes a organisé une fête équestre où plusieurs gentilshommes se sont distingués. Le document critique un ouvrage sur la preuve arithmétique par 11, jugée inutile par rapport à la division. Un arrêt du Conseil d'État a confirmé le Sieur Savary comme Doyen du Parlement de Metz. Enfin, le Sieur Henry a inventé une nouvelle méthode d'écriture rapide et polyglotte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 13-39
L'HOMME ROUGE. Nouvelle Metamorphose.
Début :
Tout Paris a crû trop legerement qu'un époux, de [...]
Mots clefs :
Gascon, Peintre, Nièce, Oncle, Mariage, Intrigue, Lettre, Vanité, Duperie, Comédie, Rouge, Métamorphose, Fiançailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HOMME ROUGE. Nouvelle Metamorphose.
L'HOMME ROUGE.
-1vouirgiu
TOut Larissacrûtrop
iegercment qu'un é-•
poux. de concert avec
sa n|s: -•
aimable: moitié,
avoit teint en verd
un galantehomme, qui les incommodait:
par lès frequentcs fie
très- importunés visites
, 8c
- par la liberté
qu'il prenoit tous les
jours de faire nombrea
leur table sans. t~t avoir
jamais été invité. Il efli
inutile de rapporter 1^
détail de cette fiétion,
où personnen'a varié J
ni change la moindres
circonstancepour larendre
encore plus croya
ble sur le comptede ce
luiauxdépens de quvJ
elle a été imaginée ; &t::
comme le public se dédit
rarement ,
l'homme
verd passe aujourd'hui
dans sescroniques pour
être parvenu, en se lavant
&frotanc bien tous
les jours, à n'être plus
que de couleur de verd
de Tourville;cesont encore
deux ou troisnuan*
ces vertes qu'ilfautqu'il
essuye pour se trouver à
sa couleur naturelle.
Un jeune &.très
tourdi Gascon n'en fera
pas quitte a meilleur
marché. On amande ici
qu'ilénoitd'Aire, ville,
& Evêché deGascogne.
&,' qu'étant arrivé sur Jai
fin du printemps, der-;
niér à Marseille en qualité
de jeune Peintre qui
voyageyiisymit en
testedefairelafortune
àlanieced'un Peintre,
qui est jolie
,
& qui a
vingt,foisplusde bien
que lui. Elleaperdu très
jeuneson pere & sa mci
re , &C a été élevée par
un oncle, quiest sontu^
teur,
teur, avecplusdesoin
que si elleeût été sa propre
fille. Lescomplimens
outrez 8c lesoffres
dé services à perte
de vue duGascon furent
d'abord reçues par
l'oncle, avec beaucoup
d'indifference. Les Provençaux,
trop prévenus
contre les Gascons, font
persuadez que tout l'univers
met de grandes
différences entre leurcarters&
ccl'uid'ullLatl
guedockien,d'un Ptri.
gourdin, d'un Gascon &
de tous leurs autres voisins
; semblables en cela
aux Normands & aux
Manceaux, qui quoy
qu'également fins, subtils&
c prévoyans, affectent
neanmoins d'avoir
en particulier de belles
qualitez, & de n'estre
jamais fuicts) a certains
défauts dont les quolibets
& mauvais proverbescaracterisent
également
les uns & les autres.
Le fcul nom de
Gascon mit donc en
garde lé Provençal, qui
ne prit pas pour argent
comptant les vingt mil
écus quele jeune Peintre
disoit que son pere
étoit fort en état de luy
donner s'il se presentoit
un partiquilui convinst.
Il avançoitautïi que sa
famille étoit alliée à toute
la noblessedeson pays;
que les ancestres avoient
blanchi auservicedu
Prince. Il ne manquoit
que des preuves &•des
titres a tout cela ;&,l'oncle,
quicomeriça$ecou->
ter avec plaisirlesrécits
romanesques quçle¡Ga(j
con faisoitdesesançêrres-
& de fafortune,affecta
de ne le contredire en
rien. Il nerebutadoncpoint
le dessein qu'ilavoit
d'epouser sa niece;
& pour rendre le roman
plus long & plus complçt,
ilfdpm#n4.a à l'amant
des lettres Se des
assurancesdp, ses parens quiprouvaientque là
recherche de-sa nièce
leur étoit agréable.
': Le
Gascon; fij^d'un pere-
CltJtar' .ptyscfçvi&.plusi
vajfl-que lui ,-e0, reçut
bientost réponsesur l'avis^
u'U:lvy eivit.,4on-;
nétiqUi'iJIé^oit-defiri.ejrt»
m.rlag': '-pa,i unetrèsbc:,
Uef &. , Jirés.-riche'Da-,
rfioUeJlejquiiherït^roiC:
encore d'un oncle, qui
le pressoit l'épée dans les
reins pour la conclusion
du mariage de sa niece ;
dont tout le pays de
Marseille jazoit, depuis
qu'il lui comptoit des
fleurettes. Le Gasconlogeoitchez
un hôte malin,
& qui nemanquoit
pas d'esprit > il lui confial'intrigile
de son mariage,
Se ils firent ensemble
la lettre qu'il écrivit
à son pere ; c'cft*
de lui qu'on a sçû ce
qu'elle contenoit:voici
la reponef du pere.
Vôtremere, vos quatre
freres toutesVQ$
fteurs craignent,comme, "Jnemam
foyezxtrvp )'ren,J"tIII/#
appas de,la belle que
?etts 'VwlezJ épojifèr i
V0.ttsa'veT^anotre pàrtç
des filles richest belles
f5 de condition
-,
qui ne
demandentpas mieux.
%7\
que notre alliancei&si
nous gagnons le procès
de la demande que mes
'-la!cy'.culs font depuis prés
cent: ans àlamaifon
'-¡Braqucnagt.
, vous
IJtIW--¡t#Ji:oJfe- asix
vthmnaux ylmo*WMi*Q$r\W^ le droit de vosports)f5
ne> vousméfalhe^ pasa
qu'àconditionquelafille
que vous pÓurfùi'Vt'en
mariagefiitune grande
hmmre;e.t"rmnk.
aufifi
àu,et dans ses parens
9 tant paternels que maternels
ilny en a point
eu qui eurent des vices
de corps ou d'iffrit; car
parbleu on ne peut rien
reprocher à ma race> eS
nous efmmes tous gaillards
f5 Jains comme
des poissons:je vous envoirai
par la premiere
sosievôtre extrait ba..
ptiftaireFlJ un pouvoir
de moy f5 de votre me
n de vous marier à t'()ô:" -
tre gré
s en'vous refera
vant al, nos(uccejjions dés
que nous ferons mortsjouhliois de : vous dire
que vo/1tre mere a une
bellef5 riche croix d'or
ou pendent six rubis
troisperlesfinesdegrand
prix; elle a aussi un fort
beau colier f5 des hraf
felets dambre
>
quiJont
les preftns de nôce que
rvotreajeule luifit lors
que je l'épousai, elle les
çonfèrve bien chèrement
pour en faire un-presènt
à evotre épouse ,
a qui
nous vous chargeons de
faire e5 redoubler quelque
joli compliment de
nôtre part. Jefuisvotre
fere es bon ami,
DE CAGANAC.
Le Gascon qui craignoit
que son pere n'eût
pas resprit de lui faire
unereponseequ"il pûtmotrer
en avoit une toute
preste de sa façon,si celle
qu'il reçut neutt pas
satisfait sa folle vanité:
mais il la trouva encore
plus à son gré que la
sienne, qu'il avoit déjà
fait voir & corriger par
son hte, railleur de
profession, & qui aassuré
que l'une valoit bien
l'autre. La reponse du
pere fut bientost communiquée
à l'oncle, qui
la trouva si singuliere&
si piaisante, qu'il pria le
Gascon de la lui laisser,
afin qu'il la montrât à
sa niece, & à ses proches
parens , qui s'en divertirent
en perfection avec
tous leurs amis: on ne
parla pendant plus d'un
mois dans Marseille que
de la lettre du pere Gascon,
que tout le monde
voulut voir &C copier;
on en parloit au fils avec
des éloges pour sa belle
famille, & pour toutes
les grandes demandes
qu'elle faisoit à Messieurs
de Braquenage. LeGascon
recevoit tout ce quon
lui disoit comme
choses qui lui eussent
esté fort deuës, & quoiqu'on
sçust qu'il n'estoit
que le fils d'un petit
marchand de drap, on
le traittoit ~néanmoins
en homme de qualité,
& avec des maniérés qui
acheverent de lui gâter
l'esprit : mais le peintre,
qui le recevoit toûjours
gracieusement, & qui
l'arrestoitquelquefois à
souper, se trouva embarrassé
dans le dénoue..
ment du pretendu mariage
de sa niece, que le
Gascon disoit en confidence
à tout le monde ne
dépendre plus que de
lui, d'autant qu'il avoic
mis la Demoiselle sur le
pied de le traiter autant
bien qu'it pouvoitl'esperer
d'une personne à
qui il feroit sa fortune,
& qui recevroitde grads
honneurs de son allince;
on redisoit à l'oncle &
à la niece les sotises ÔC
toutes les gasconades
qu'imaginoit de jour en
jour le pretendu futur;
& comme la matière en
étoit delicate, & extravagament
mise en oeuvre
par le Gascon, on
crut qu'il étoit necessaire
de finir cette comedie.
L'oncle pour y
parvenir ménagea un entretien
seul à seul avec
l'amant àquiilfit confidence
d'un bruit qui
couroit de sa niece, non
pas qu'il le crustcapable
d'un pareil attentat:mais
bien un Gentil-homme
que sa niece écoutoit
trop favorablement depuis
prés de deux ans.
LeGascon qui avoit toutes
les preuves de sa
continence avec laniece
du Peintre,se mordit le
doigt au recit de cette
confidence, & neanmoins
aprés un moment
de reflexion il se jetta
aux pieds de l'oncle en
le conjurant de ne pas
aprofondir un mystere
amoureux; le Gascon
s'imagina apparemment
que la niece mourant
d'envie de l'épouser auroit
eu l'adressede faire
courir ce faux bruit, &
il continua de supplier
l'oncle de ne point faire
d'éclat pour une bagatelle
: mais l'oncle, qui
avec une pareille fuposition
ne trouva point
l'interessé Gascon dégouté
de sa niecc, prit sur
le champ le parti de lui
défendrel'entrée de sa
maison, en lui disant
qu'il étoit resolu de laisfer
époufer à sa niece le
Gentil-homme dontelle
estoit en-testéè. Le Gascon
ne se tint pas pour
irrevocablement rcfufé,
& parut dés le lendemain
chez le peintre à
l'heure de son souper,
il se mit à table sans en
estre prié,&buteffron.
tement à la santé de la
belle qui ne pouvoit
plus S'ên dédire;la niece
qui étoit trés-sage sortit
de table dés qu'elle eut
entendu ce compliment,
& l'oncle, pour ôter abfolument
au Gascon
toutes ses folles pretentions,
le fit inviter dés
le lendemain à souper
chez lui, où il pria deux
de les amis de le venir
seconder pour mieux
jouër sa piece 5 illeur en
fit considence, & leur
dit qu'ils ne feroient
qu'imiter ce qu'on avoit
fait à Paris depuis trois
mois à l' homme verd.
On convint que la niece
ne feroit point du souper,
pour être en état de
parler gayment & à
coeur ouvert de ce que
le Gascon pretendoits'êtrepassé
entre elle & lui;
on se mit à table à l'heure
convenue, 84 on y
tint des propos à mettre
l'imagination du Gascon
en campagne > on lui
porta coup sur coup la
sante de sa maîtresse, &C
dés qu'on le vit pris de
vin, on lui en donna de
préparé dont l'effet fut
d'assoupir ses sens de
telle maniéré qu'on le
coucha sur un lit de repos,
où ilnesetouvient
point d'avoir été mis,ni
d'avoir été porté chez
lui, après qu'on lui eut
peint tout le visage en
rouge couleur de masque
de furie. Ne voila
que deux couleursusées
pour des amans importuns
& indiscrets
t &
tous ceux qui leur ressemblent
meritent au
moins de pareils traitemens.
Cetteavanture m'aété
envoyée par M. l¥-.¥¥
-1vouirgiu
TOut Larissacrûtrop
iegercment qu'un é-•
poux. de concert avec
sa n|s: -•
aimable: moitié,
avoit teint en verd
un galantehomme, qui les incommodait:
par lès frequentcs fie
très- importunés visites
, 8c
- par la liberté
qu'il prenoit tous les
jours de faire nombrea
leur table sans. t~t avoir
jamais été invité. Il efli
inutile de rapporter 1^
détail de cette fiétion,
où personnen'a varié J
ni change la moindres
circonstancepour larendre
encore plus croya
ble sur le comptede ce
luiauxdépens de quvJ
elle a été imaginée ; &t::
comme le public se dédit
rarement ,
l'homme
verd passe aujourd'hui
dans sescroniques pour
être parvenu, en se lavant
&frotanc bien tous
les jours, à n'être plus
que de couleur de verd
de Tourville;cesont encore
deux ou troisnuan*
ces vertes qu'ilfautqu'il
essuye pour se trouver à
sa couleur naturelle.
Un jeune &.très
tourdi Gascon n'en fera
pas quitte a meilleur
marché. On amande ici
qu'ilénoitd'Aire, ville,
& Evêché deGascogne.
&,' qu'étant arrivé sur Jai
fin du printemps, der-;
niér à Marseille en qualité
de jeune Peintre qui
voyageyiisymit en
testedefairelafortune
àlanieced'un Peintre,
qui est jolie
,
& qui a
vingt,foisplusde bien
que lui. Elleaperdu très
jeuneson pere & sa mci
re , &C a été élevée par
un oncle, quiest sontu^
teur,
teur, avecplusdesoin
que si elleeût été sa propre
fille. Lescomplimens
outrez 8c lesoffres
dé services à perte
de vue duGascon furent
d'abord reçues par
l'oncle, avec beaucoup
d'indifference. Les Provençaux,
trop prévenus
contre les Gascons, font
persuadez que tout l'univers
met de grandes
différences entre leurcarters&
ccl'uid'ullLatl
guedockien,d'un Ptri.
gourdin, d'un Gascon &
de tous leurs autres voisins
; semblables en cela
aux Normands & aux
Manceaux, qui quoy
qu'également fins, subtils&
c prévoyans, affectent
neanmoins d'avoir
en particulier de belles
qualitez, & de n'estre
jamais fuicts) a certains
défauts dont les quolibets
& mauvais proverbescaracterisent
également
les uns & les autres.
Le fcul nom de
Gascon mit donc en
garde lé Provençal, qui
ne prit pas pour argent
comptant les vingt mil
écus quele jeune Peintre
disoit que son pere
étoit fort en état de luy
donner s'il se presentoit
un partiquilui convinst.
Il avançoitautïi que sa
famille étoit alliée à toute
la noblessedeson pays;
que les ancestres avoient
blanchi auservicedu
Prince. Il ne manquoit
que des preuves &•des
titres a tout cela ;&,l'oncle,
quicomeriça$ecou->
ter avec plaisirlesrécits
romanesques quçle¡Ga(j
con faisoitdesesançêrres-
& de fafortune,affecta
de ne le contredire en
rien. Il nerebutadoncpoint
le dessein qu'ilavoit
d'epouser sa niece;
& pour rendre le roman
plus long & plus complçt,
ilfdpm#n4.a à l'amant
des lettres Se des
assurancesdp, ses parens quiprouvaientque là
recherche de-sa nièce
leur étoit agréable.
': Le
Gascon; fij^d'un pere-
CltJtar' .ptyscfçvi&.plusi
vajfl-que lui ,-e0, reçut
bientost réponsesur l'avis^
u'U:lvy eivit.,4on-;
nétiqUi'iJIé^oit-defiri.ejrt»
m.rlag': '-pa,i unetrèsbc:,
Uef &. , Jirés.-riche'Da-,
rfioUeJlejquiiherït^roiC:
encore d'un oncle, qui
le pressoit l'épée dans les
reins pour la conclusion
du mariage de sa niece ;
dont tout le pays de
Marseille jazoit, depuis
qu'il lui comptoit des
fleurettes. Le Gasconlogeoitchez
un hôte malin,
& qui nemanquoit
pas d'esprit > il lui confial'intrigile
de son mariage,
Se ils firent ensemble
la lettre qu'il écrivit
à son pere ; c'cft*
de lui qu'on a sçû ce
qu'elle contenoit:voici
la reponef du pere.
Vôtremere, vos quatre
freres toutesVQ$
fteurs craignent,comme, "Jnemam
foyezxtrvp )'ren,J"tIII/#
appas de,la belle que
?etts 'VwlezJ épojifèr i
V0.ttsa'veT^anotre pàrtç
des filles richest belles
f5 de condition
-,
qui ne
demandentpas mieux.
%7\
que notre alliancei&si
nous gagnons le procès
de la demande que mes
'-la!cy'.culs font depuis prés
cent: ans àlamaifon
'-¡Braqucnagt.
, vous
IJtIW--¡t#Ji:oJfe- asix
vthmnaux ylmo*WMi*Q$r\W^ le droit de vosports)f5
ne> vousméfalhe^ pasa
qu'àconditionquelafille
que vous pÓurfùi'Vt'en
mariagefiitune grande
hmmre;e.t"rmnk.
aufifi
àu,et dans ses parens
9 tant paternels que maternels
ilny en a point
eu qui eurent des vices
de corps ou d'iffrit; car
parbleu on ne peut rien
reprocher à ma race> eS
nous efmmes tous gaillards
f5 Jains comme
des poissons:je vous envoirai
par la premiere
sosievôtre extrait ba..
ptiftaireFlJ un pouvoir
de moy f5 de votre me
n de vous marier à t'()ô:" -
tre gré
s en'vous refera
vant al, nos(uccejjions dés
que nous ferons mortsjouhliois de : vous dire
que vo/1tre mere a une
bellef5 riche croix d'or
ou pendent six rubis
troisperlesfinesdegrand
prix; elle a aussi un fort
beau colier f5 des hraf
felets dambre
>
quiJont
les preftns de nôce que
rvotreajeule luifit lors
que je l'épousai, elle les
çonfèrve bien chèrement
pour en faire un-presènt
à evotre épouse ,
a qui
nous vous chargeons de
faire e5 redoubler quelque
joli compliment de
nôtre part. Jefuisvotre
fere es bon ami,
DE CAGANAC.
Le Gascon qui craignoit
que son pere n'eût
pas resprit de lui faire
unereponseequ"il pûtmotrer
en avoit une toute
preste de sa façon,si celle
qu'il reçut neutt pas
satisfait sa folle vanité:
mais il la trouva encore
plus à son gré que la
sienne, qu'il avoit déjà
fait voir & corriger par
son hte, railleur de
profession, & qui aassuré
que l'une valoit bien
l'autre. La reponse du
pere fut bientost communiquée
à l'oncle, qui
la trouva si singuliere&
si piaisante, qu'il pria le
Gascon de la lui laisser,
afin qu'il la montrât à
sa niece, & à ses proches
parens , qui s'en divertirent
en perfection avec
tous leurs amis: on ne
parla pendant plus d'un
mois dans Marseille que
de la lettre du pere Gascon,
que tout le monde
voulut voir &C copier;
on en parloit au fils avec
des éloges pour sa belle
famille, & pour toutes
les grandes demandes
qu'elle faisoit à Messieurs
de Braquenage. LeGascon
recevoit tout ce quon
lui disoit comme
choses qui lui eussent
esté fort deuës, & quoiqu'on
sçust qu'il n'estoit
que le fils d'un petit
marchand de drap, on
le traittoit ~néanmoins
en homme de qualité,
& avec des maniérés qui
acheverent de lui gâter
l'esprit : mais le peintre,
qui le recevoit toûjours
gracieusement, & qui
l'arrestoitquelquefois à
souper, se trouva embarrassé
dans le dénoue..
ment du pretendu mariage
de sa niece, que le
Gascon disoit en confidence
à tout le monde ne
dépendre plus que de
lui, d'autant qu'il avoic
mis la Demoiselle sur le
pied de le traiter autant
bien qu'it pouvoitl'esperer
d'une personne à
qui il feroit sa fortune,
& qui recevroitde grads
honneurs de son allince;
on redisoit à l'oncle &
à la niece les sotises ÔC
toutes les gasconades
qu'imaginoit de jour en
jour le pretendu futur;
& comme la matière en
étoit delicate, & extravagament
mise en oeuvre
par le Gascon, on
crut qu'il étoit necessaire
de finir cette comedie.
L'oncle pour y
parvenir ménagea un entretien
seul à seul avec
l'amant àquiilfit confidence
d'un bruit qui
couroit de sa niece, non
pas qu'il le crustcapable
d'un pareil attentat:mais
bien un Gentil-homme
que sa niece écoutoit
trop favorablement depuis
prés de deux ans.
LeGascon qui avoit toutes
les preuves de sa
continence avec laniece
du Peintre,se mordit le
doigt au recit de cette
confidence, & neanmoins
aprés un moment
de reflexion il se jetta
aux pieds de l'oncle en
le conjurant de ne pas
aprofondir un mystere
amoureux; le Gascon
s'imagina apparemment
que la niece mourant
d'envie de l'épouser auroit
eu l'adressede faire
courir ce faux bruit, &
il continua de supplier
l'oncle de ne point faire
d'éclat pour une bagatelle
: mais l'oncle, qui
avec une pareille fuposition
ne trouva point
l'interessé Gascon dégouté
de sa niecc, prit sur
le champ le parti de lui
défendrel'entrée de sa
maison, en lui disant
qu'il étoit resolu de laisfer
époufer à sa niece le
Gentil-homme dontelle
estoit en-testéè. Le Gascon
ne se tint pas pour
irrevocablement rcfufé,
& parut dés le lendemain
chez le peintre à
l'heure de son souper,
il se mit à table sans en
estre prié,&buteffron.
tement à la santé de la
belle qui ne pouvoit
plus S'ên dédire;la niece
qui étoit trés-sage sortit
de table dés qu'elle eut
entendu ce compliment,
& l'oncle, pour ôter abfolument
au Gascon
toutes ses folles pretentions,
le fit inviter dés
le lendemain à souper
chez lui, où il pria deux
de les amis de le venir
seconder pour mieux
jouër sa piece 5 illeur en
fit considence, & leur
dit qu'ils ne feroient
qu'imiter ce qu'on avoit
fait à Paris depuis trois
mois à l' homme verd.
On convint que la niece
ne feroit point du souper,
pour être en état de
parler gayment & à
coeur ouvert de ce que
le Gascon pretendoits'êtrepassé
entre elle & lui;
on se mit à table à l'heure
convenue, 84 on y
tint des propos à mettre
l'imagination du Gascon
en campagne > on lui
porta coup sur coup la
sante de sa maîtresse, &C
dés qu'on le vit pris de
vin, on lui en donna de
préparé dont l'effet fut
d'assoupir ses sens de
telle maniéré qu'on le
coucha sur un lit de repos,
où ilnesetouvient
point d'avoir été mis,ni
d'avoir été porté chez
lui, après qu'on lui eut
peint tout le visage en
rouge couleur de masque
de furie. Ne voila
que deux couleursusées
pour des amans importuns
& indiscrets
t &
tous ceux qui leur ressemblent
meritent au
moins de pareils traitemens.
Cetteavanture m'aété
envoyée par M. l¥-.¥¥
Fermer
Résumé : L'HOMME ROUGE. Nouvelle Metamorphose.
Le texte présente deux anecdotes distinctes. La première raconte l'histoire d'un homme qui se teint en vert pour se débarrasser d'un importun. Après s'être lavé et frotté quotidiennement, il parvient à retrouver une couleur de peau plus naturelle, bien que quelques nuances vertes subsistent encore. La seconde anecdote met en scène un jeune Gascon, peintre ambitieux, qui arrive à Marseille dans l'espoir d'épouser une jeune femme riche et belle, élevée par son oncle. Malgré les préjugés des Provençaux contre les Gascons, le jeune homme insiste sur sa richesse et sa noblesse. L'oncle, amusé par les récits romantiques du Gascon, ne le contredit pas et laisse croire que le mariage est possible. Encouragé, le Gascon écrit à son père pour obtenir son consentement. La réponse du père, exagérant la richesse et la noblesse de la famille, est communiquée à l'oncle et à la nièce, qui s'en divertissent. Flatté, le Gascon se comporte de plus en plus arrogamment. Pour mettre fin à cette situation, l'oncle organise un souper où il invite des amis pour jouer une pièce similaire à celle jouée à Paris contre l'homme vert. Lors du souper, ils font boire au Gascon du vin préparé qui l'endort. Pendant son sommeil, ils lui peignent le visage en rouge. À son réveil, le Gascon ne comprend pas ce qui lui est arrivé et est ainsi dissuadé de poursuivre ses avances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 250-258
Quart de critique. [titre d'après la table]
Début :
Tous les évenemens dont le Journal de ce mois est rempli [...]
Mots clefs :
Comédie, Historien, Poète, Critique, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Quart de critique. [titre d'après la table]
Tous les évenemens dont
GALANT. 251
De Journal de ce mois eſt remli
, ne preſentent heureuſement
aux Lecteurs que des
Tableaux agreables , & j'eſpee
les mener juſqu'à la fin du
Mercure de ſpectacles en ſpectacles
: celuy dont je vais parder
maintenant , eftd'un genre
fortdifferent des autres .
Je me garderay bien d'entreprendre
icy une Critique
que tout lemonde a negligée.
Je parleray ſeulement en Hiftorien
, du fort de la Comedie
des Captifs que M. R.
vient de donner au Theatre.
Cette Piece fut repreſentée
252 MERCURE
1
pour lapremiere fois un Vendredy
, vingt - huitiéme du
mois paffé , la Salle de la Comedie
auffi pleine de ſpectateurs
qu'elle pouvoit l'eſtre;
les luftres furent enfin levez ,
& le Prologue commença.
M. de la Thorilliere , qui
ale talent d'embellir tous les
rôles qu'il jouë , de tout ce
qu'un bon Acteur peut leur
donner de grace & d'ornement
, parut d'abord ſous le
nom de Mercure dans les
Champs Elifées , & ayant à fa
ceinture une douzaine de Placets
, que quelques ombres
GALANT. 253
plaintives luy avoient preſentez
. Celuy de Promethée ,
entre autres donne occafion à
une ſaillie du Poëte; il ſe plaint
que Pluton ait changé ſon
fupplice ,& qu'il ait ſubſtitué
un jeune Procureur , pour luy
ronger le coeur , à la place du
Vautour qui eſtoit deſtiné à
cecruel employ.
Pendant que Mercure fait
la reveuë des ces placets ,Plaute
arrive , la converſation de
ce Poëte avec Mercure eſt fort
animée , & plaiſt beaucoup.
Plaute ſe plaint de la licence
avec laquelle les Modernes
254 MERCURE
pillent dans les ouvrages des
Anciens ; Mercure luy repro
che les larcins qu'il a faits luy
même , & luy demande s'il
deſapprouve que Moliere ait
tiré de luy le ſujet de ſonAm
phitrion. Le Poëte répond à
ces objections des choſes fort
ſenſées. Mercure luy apprend
enfin que ſa Comedie des Ca.
ptifs qui fit autrefois tant de
bruit à Rome , a fourni à un
Poëte moderne , l'idée de la
Piece qu'on va joüer. Les exclamations
de Plaute ſont icy
comiques & pleines d'eſprit.
Il dit qu'il a ſeul enfanté ce ſu
GALANT. 255
jet ; qu'il en eſt le premier
pere , & qu'il eſt en un mot
fort inquiet du fort de ſesCaptifs.
Mercure luy répond à
cela , ce Vers qui finit le
Prologue.
Lesecond est encor plus inquiet
quevous.
J'avois formé le deſſein de
ſuivre l'Hiſtoire de cette Comedie
; mais j'en confidere
trop l'Auteur , pour ne pas
croire de bonne foy que j'ay
pû me tromper dans l'idée
que j'en ay conceuë . J'en diray
ſeulement en paffant ce
que j'en ay entendu dire.
2
256 MERCURE
On prétend que M. R. a
eu le malheur de ne pas pren
dre , comme il le pouvoit ; ce
qu'il y a de meilleur dans les
Captifs de Plaute ,& on foutient
que fon Ariftophon eft
un Auteur qui tombe des
nuës , & qu'il n'a aucun rapport
avec le Clitophon de
Plaute qui eſt un des plus intereffants
perſonnages de ſa
Comedie. Pour l'intrigue, on
ajoûte qu'elle eſt tirée de
'Heureux Esclave, ou duPrince
Esclave , & qu'elle en eft
mal tirée. Ce qu'il y a de vrai,
c'eſt que ſes Chanfons , dont
la
GALANT 257
1
la Muſique eſt de M. Quinaut
, font fort goutées , &
que les divertiſſements de cette
Comedie ſont extraordinaires
, beaux , & bien caracteriſez
.
: On a beaucoup crié contre
les Feſtes de Thalie , il y a cependant
plus de deux mois
qu'on jouë ce Ballet ſur le
Theâtre de l'Opera. Je m'étendrois
davantage ſur les Pieces
nouvelles , fi je ne craignois
pas de ſoulever contre
moy le Public & les Auteurs.
Il faut pourtant que j'en parle
, puiſque c'eſt un des Arti-
Octobre 1714 . Y
1
258 MERCURE
د
cles qui font le plus de bruit
dans le monde. Mais files Au.
teurs veulent m'en croire
qu'il me donnent , par écrit ,
ce qu'il leur plaira que je diſe
de leurs Ouvrages. S'ils font
équitables , ils confulteront
les fuffrages du Public , pour
ſe rendre juſtice ; s'ils ne le
ſont pas , je ne feray pas un
ridicule uſage des Memoires
qu'ils m'enverront.
GALANT. 251
De Journal de ce mois eſt remli
, ne preſentent heureuſement
aux Lecteurs que des
Tableaux agreables , & j'eſpee
les mener juſqu'à la fin du
Mercure de ſpectacles en ſpectacles
: celuy dont je vais parder
maintenant , eftd'un genre
fortdifferent des autres .
Je me garderay bien d'entreprendre
icy une Critique
que tout lemonde a negligée.
Je parleray ſeulement en Hiftorien
, du fort de la Comedie
des Captifs que M. R.
vient de donner au Theatre.
Cette Piece fut repreſentée
252 MERCURE
1
pour lapremiere fois un Vendredy
, vingt - huitiéme du
mois paffé , la Salle de la Comedie
auffi pleine de ſpectateurs
qu'elle pouvoit l'eſtre;
les luftres furent enfin levez ,
& le Prologue commença.
M. de la Thorilliere , qui
ale talent d'embellir tous les
rôles qu'il jouë , de tout ce
qu'un bon Acteur peut leur
donner de grace & d'ornement
, parut d'abord ſous le
nom de Mercure dans les
Champs Elifées , & ayant à fa
ceinture une douzaine de Placets
, que quelques ombres
GALANT. 253
plaintives luy avoient preſentez
. Celuy de Promethée ,
entre autres donne occafion à
une ſaillie du Poëte; il ſe plaint
que Pluton ait changé ſon
fupplice ,& qu'il ait ſubſtitué
un jeune Procureur , pour luy
ronger le coeur , à la place du
Vautour qui eſtoit deſtiné à
cecruel employ.
Pendant que Mercure fait
la reveuë des ces placets ,Plaute
arrive , la converſation de
ce Poëte avec Mercure eſt fort
animée , & plaiſt beaucoup.
Plaute ſe plaint de la licence
avec laquelle les Modernes
254 MERCURE
pillent dans les ouvrages des
Anciens ; Mercure luy repro
che les larcins qu'il a faits luy
même , & luy demande s'il
deſapprouve que Moliere ait
tiré de luy le ſujet de ſonAm
phitrion. Le Poëte répond à
ces objections des choſes fort
ſenſées. Mercure luy apprend
enfin que ſa Comedie des Ca.
ptifs qui fit autrefois tant de
bruit à Rome , a fourni à un
Poëte moderne , l'idée de la
Piece qu'on va joüer. Les exclamations
de Plaute ſont icy
comiques & pleines d'eſprit.
Il dit qu'il a ſeul enfanté ce ſu
GALANT. 255
jet ; qu'il en eſt le premier
pere , & qu'il eſt en un mot
fort inquiet du fort de ſesCaptifs.
Mercure luy répond à
cela , ce Vers qui finit le
Prologue.
Lesecond est encor plus inquiet
quevous.
J'avois formé le deſſein de
ſuivre l'Hiſtoire de cette Comedie
; mais j'en confidere
trop l'Auteur , pour ne pas
croire de bonne foy que j'ay
pû me tromper dans l'idée
que j'en ay conceuë . J'en diray
ſeulement en paffant ce
que j'en ay entendu dire.
2
256 MERCURE
On prétend que M. R. a
eu le malheur de ne pas pren
dre , comme il le pouvoit ; ce
qu'il y a de meilleur dans les
Captifs de Plaute ,& on foutient
que fon Ariftophon eft
un Auteur qui tombe des
nuës , & qu'il n'a aucun rapport
avec le Clitophon de
Plaute qui eſt un des plus intereffants
perſonnages de ſa
Comedie. Pour l'intrigue, on
ajoûte qu'elle eſt tirée de
'Heureux Esclave, ou duPrince
Esclave , & qu'elle en eft
mal tirée. Ce qu'il y a de vrai,
c'eſt que ſes Chanfons , dont
la
GALANT 257
1
la Muſique eſt de M. Quinaut
, font fort goutées , &
que les divertiſſements de cette
Comedie ſont extraordinaires
, beaux , & bien caracteriſez
.
: On a beaucoup crié contre
les Feſtes de Thalie , il y a cependant
plus de deux mois
qu'on jouë ce Ballet ſur le
Theâtre de l'Opera. Je m'étendrois
davantage ſur les Pieces
nouvelles , fi je ne craignois
pas de ſoulever contre
moy le Public & les Auteurs.
Il faut pourtant que j'en parle
, puiſque c'eſt un des Arti-
Octobre 1714 . Y
1
258 MERCURE
د
cles qui font le plus de bruit
dans le monde. Mais files Au.
teurs veulent m'en croire
qu'il me donnent , par écrit ,
ce qu'il leur plaira que je diſe
de leurs Ouvrages. S'ils font
équitables , ils confulteront
les fuffrages du Public , pour
ſe rendre juſtice ; s'ils ne le
ſont pas , je ne feray pas un
ridicule uſage des Memoires
qu'ils m'enverront.
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13
p. 351-352
Avis en gros & en détail que tout le monde doit lire pour raison.
Début :
Le Sr Godeheult le fils Marchand Tailleur demeurant ruë Tirechappe, [...]
Mots clefs :
Marchand tailleur, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis en gros & en détail que tout le monde doit lire pour raison.
Avis engros& en détail que tout
le monde doit lire pour raiſon,
Le S Godeheult lefils Marchand
Tailleur demeurant ruë Tirechappe,
du côtéde la ruëBetizy,à l'enseigne
du Point du jour, avertit le public
qu'il habille à l'année, c'est à- dire ,
que moyennant la Somme dont on
convient avec lui, ilfournit deux ,
quatre ,fix & douze habits neufs
par an si l'on veut , & à tresbon
compte.
M. Dancourt vientdedonner encore
uneComedie nouvelleque lePublic
trouve maltaillée&mal cousue,
352 MERCURE
jen'en dirois rien ,ſi je n'étois pas
obligé de parler de toutes les pieces
qui fe preſentent , quoiqu'erles
n'aientpas defuccez , mais celle-cy
a Pignon fur ruë :Voicy l'histoire
deson eſtabliſſement.
M.Dancourt lût aux Comediens,
ilya environ unan , la Comedie du
Vert galant ;fes camarades qui ta
trouverent mauvaise,refuferent ab .
folument de la joüer : quandilvit
qu'ils n'en vouloientpoint,illa negligea
,&quelque tems aprés il avova
à ceux qui étoient deſonparty
qu'ilavoitfait courir dans lemonde
, le Conte de l'Abbé vert ,pour
donnerplus de credit àſapiece:Voila
ce qu'on appelle inventer àproposdes
Vauxdevilles pourleTheâtre.
Ils réüffent s'ils peuvent ,
qu'importe? les espritsfontroûjours
prévenus & voilàle Vert galant.
le monde doit lire pour raiſon,
Le S Godeheult lefils Marchand
Tailleur demeurant ruë Tirechappe,
du côtéde la ruëBetizy,à l'enseigne
du Point du jour, avertit le public
qu'il habille à l'année, c'est à- dire ,
que moyennant la Somme dont on
convient avec lui, ilfournit deux ,
quatre ,fix & douze habits neufs
par an si l'on veut , & à tresbon
compte.
M. Dancourt vientdedonner encore
uneComedie nouvelleque lePublic
trouve maltaillée&mal cousue,
352 MERCURE
jen'en dirois rien ,ſi je n'étois pas
obligé de parler de toutes les pieces
qui fe preſentent , quoiqu'erles
n'aientpas defuccez , mais celle-cy
a Pignon fur ruë :Voicy l'histoire
deson eſtabliſſement.
M.Dancourt lût aux Comediens,
ilya environ unan , la Comedie du
Vert galant ;fes camarades qui ta
trouverent mauvaise,refuferent ab .
folument de la joüer : quandilvit
qu'ils n'en vouloientpoint,illa negligea
,&quelque tems aprés il avova
à ceux qui étoient deſonparty
qu'ilavoitfait courir dans lemonde
, le Conte de l'Abbé vert ,pour
donnerplus de credit àſapiece:Voila
ce qu'on appelle inventer àproposdes
Vauxdevilles pourleTheâtre.
Ils réüffent s'ils peuvent ,
qu'importe? les espritsfontroûjours
prévenus & voilàle Vert galant.
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14
p. 143-144
La Dlle Dangeville la jeune, son début, [titre d'après la table]
Début :
Le 28, ils jouerent du même Auteur la Comedie en vers & en cinq actes du [...]
Mots clefs :
Comédie, Mlle Dangeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Dlle Dangeville la jeune, son début, [titre d'après la table]
Le î 8 , ils jouèrent du même Auteur'
la Comédie en vers & en cinq actes du-
Miiisant, iáfrS laquelle la D"e Mariane "
Dangeville, Nièce & Elevé de MUe Des
mares, à présent âgée d'environ 14 ans ,
joua le rôle de la Suivante, avec beaucoup 1
d'intelligence , de vivacité , de gtaces Sc
de finesse. C'est la même qui a déja beauçoup
brillé sur le même Théâtre dès fa*
G vj pl«Sj
i44 MERCURE DE FRANCE.
λlus tendre jeunesse , par ses calcns pour
a Comédie & pour la Danse. On espère
qu'elle dédommagera le Public , qui 1*9*
extrêmement applaudie de son incompa
rable Tante , qu'on ne cesse de regreter.
Elle joua le même rôle le sur-lendemain
& elle fut infiniment plus applaudie. Et
dans la petite Piece elle parut fous le nom .
de S -zette dans le Coche fùposé , avec
une satisfaction generale des Spectateurs ,
qui la trouvent façonnée au Théâtre com*
me si elle étoit âgée de trente ans , & qu'el
le l'eut toujours alîì.lument cultivé*
Deux jours après , elle remplit le rôle
de Clemtis dans la Comédie de Démocritg
amo ureux , & le Public qui l'applaudic:
extrêmement , en parut encore plus con
tent.
la Comédie en vers & en cinq actes du-
Miiisant, iáfrS laquelle la D"e Mariane "
Dangeville, Nièce & Elevé de MUe Des
mares, à présent âgée d'environ 14 ans ,
joua le rôle de la Suivante, avec beaucoup 1
d'intelligence , de vivacité , de gtaces Sc
de finesse. C'est la même qui a déja beauçoup
brillé sur le même Théâtre dès fa*
G vj pl«Sj
i44 MERCURE DE FRANCE.
λlus tendre jeunesse , par ses calcns pour
a Comédie & pour la Danse. On espère
qu'elle dédommagera le Public , qui 1*9*
extrêmement applaudie de son incompa
rable Tante , qu'on ne cesse de regreter.
Elle joua le même rôle le sur-lendemain
& elle fut infiniment plus applaudie. Et
dans la petite Piece elle parut fous le nom .
de S -zette dans le Coche fùposé , avec
une satisfaction generale des Spectateurs ,
qui la trouvent façonnée au Théâtre com*
me si elle étoit âgée de trente ans , & qu'el
le l'eut toujours alîì.lument cultivé*
Deux jours après , elle remplit le rôle
de Clemtis dans la Comédie de Démocritg
amo ureux , & le Public qui l'applaudic:
extrêmement , en parut encore plus con
tent.
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Résumé : La Dlle Dangeville la jeune, son début, [titre d'après la table]
Le 8 juillet, la comédie en vers et en cinq actes 'Le Misanthrope' fut jouée. Mademoiselle Marianne Dangeville, nièce et élève de Madame Desmares, âgée d'environ 14 ans, interpréta le rôle de la Suivante avec intelligence, vivacité, grâce et finesse. Elle avait déjà démontré ses talents en comédie et en danse sur la même scène. Le public espérait qu'elle compenserait l'absence de sa tante célèbre. Elle joua le même rôle deux jours plus tard et reçut de nombreux applaudissements. Dans une autre pièce, elle incarna Suzanne dans 'Le Coche complaisant', suscitant une satisfaction générale des spectateurs, qui la trouvèrent remarquablement mature pour son âge. Deux jours après, elle interpréta le rôle de Clitandre dans 'Démocrite amoureux', suscitant à nouveau l'admiration du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 369-370
« La jeune Dlle Dangeville, qui a continué de paroître avec avantage sur [...] »
Début :
La jeune Dlle Dangeville, qui a continué de paroître avec avantage sur [...]
Mots clefs :
Mlle Dangeville, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La jeune Dlle Dangeville, qui a continué de paroître avec avantage sur [...] »
LA jeune D"e Dangeville, qui a con?'
cinué de paroîrre avec avantage fur
le Ttowatre François , dans les Rôles de
Suivantes Comiques , joua celui de la-
Comédie du Florentin le 5. de ce mois,
avec un applaudiísement universel , le 7.
celui de Laurette, dans la Comédie de
la Mere Coquette , avec le même succès „
& le 9. la Suivante encore , dans les Fo
ies Amoureuses , avec toute la vivacité»
les grâces, la justesse & la légèreté ima
ginable. Elle est assez grande pour son
âge, avec la taille admirable, bon air,
marchant bien , la parole , le geste aisé,
le visage agréable , & quelque chose de
fin & de picquant dans la philïonomie
dans les manières.
; La D"c Dangeville a jolie depuis trois
autres Rôles , qui lui ont fait beaucoup
4'honnçur, & .qui ont unanimement con-
* " fr1"!
;3>o -MERCURE DE FRANCE,
jfirmé dans la boqnc opinion qu'on avoit
d'elle & dé ses talcns. La Suivante , dans
ia Comédie d' Esope à la Fille , celui de
Túnette , .dans le Malade Imaginaire , Sf.
Jjifette , dans la petite Comédie de la Sé
rénade , ce qui a fait dire à tout le monde
<juc cette jeune personne commence com
me les meilleurs Comédiens ont fini.
cinué de paroîrre avec avantage fur
le Ttowatre François , dans les Rôles de
Suivantes Comiques , joua celui de la-
Comédie du Florentin le 5. de ce mois,
avec un applaudiísement universel , le 7.
celui de Laurette, dans la Comédie de
la Mere Coquette , avec le même succès „
& le 9. la Suivante encore , dans les Fo
ies Amoureuses , avec toute la vivacité»
les grâces, la justesse & la légèreté ima
ginable. Elle est assez grande pour son
âge, avec la taille admirable, bon air,
marchant bien , la parole , le geste aisé,
le visage agréable , & quelque chose de
fin & de picquant dans la philïonomie
dans les manières.
; La D"c Dangeville a jolie depuis trois
autres Rôles , qui lui ont fait beaucoup
4'honnçur, & .qui ont unanimement con-
* " fr1"!
;3>o -MERCURE DE FRANCE,
jfirmé dans la boqnc opinion qu'on avoit
d'elle & dé ses talcns. La Suivante , dans
ia Comédie d' Esope à la Fille , celui de
Túnette , .dans le Malade Imaginaire , Sf.
Jjifette , dans la petite Comédie de la Sé
rénade , ce qui a fait dire à tout le monde
<juc cette jeune personne commence com
me les meilleurs Comédiens ont fini.
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Résumé : « La jeune Dlle Dangeville, qui a continué de paroître avec avantage sur [...] »
La jeune Demoiselle Dangeville a récemment brillé sur le Théâtre Français en interprétant plusieurs rôles avec succès. Le 5 du mois, elle a joué dans 'La Comédie du Florentin' et a reçu des applaudissements universels. Le 7, elle a incarné Laurette dans 'La Mère Coquette', et le 9, elle a interprété un rôle dans 'Les Folles Amoureuses', démontrant vivacité, grâce, justesse et légèreté. Physiquement, elle est de taille convenable pour son âge, avec une silhouette admirable, une bonne allure, une démarche assurée, une parole et des gestes aisés, un visage agréable, et une expression fine et piquante. Depuis, elle a joué trois autres rôles qui lui ont valu beaucoup d'honneur et ont confirmé l'opinion favorable sur ses talents. Elle a interprété La Suivante dans 'Esope à la Ville', Tunette dans 'Le Malade Imaginaire', et Javotte dans 'La Sérénade', ce qui a conduit à des éloges, soulignant qu'elle commence sa carrière comme les meilleurs comédiens l'ont terminée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 541-543
« On trouve chez Delespine, pere & fils, Libraires, ruë S. Jacques, à l'Image saint [...] »
Début :
On trouve chez Delespine, pere & fils, Libraires, ruë S. Jacques, à l'Image saint [...]
Mots clefs :
Italien, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On trouve chez Delespine, pere & fils, Libraires, ruë S. Jacques, à l'Image saint [...] »
On trouve chez Delefpine , pere & fils,
Libraires , rue S. Jacques , à l'image faint
Paul , les Voyages du Pere Labat , de
l'Ordre des Freres Prêcheurs , en Espagne
& en Italie , in - 12 . 8. volumes . L'Auteur
y fait une fidelle deſcription des endroits
où il a été ; il y a inferé une Defcription
de la Ville de Florence , &
des environs , qu'il a traduite de l'Italien
, & une Relation exacte de la Cour
de Rome , des Ceremonies qui s'y obſervent
du Pape , des Cardinaux , de tous
les Officiers du S. Siege , de leurs Jurifdictions
, Revenus & autres chofes qui
peuvent donner une idée parfaite de cette
Cour ; traduite de l'Italien du fieur Je
rêine
542 MERCURE
DE FRANCE
.
Tême Limadoro , Chevalier de l'Ordre de
S. Etienne , & Gentilhomme Siennois.
On peut juger de cet Ouvrage par la réputation
que l'Auteur s'eft acquife pare
mi les gens d'efprit & de mérite , 1730.
Le même Libraire a imprimé la Relation
des Fêtes données à Rome , au mois
de Novembre dernier , par le Cardinal
de Polignac , avec une Cantate en deux
Actes , dont les Paroles font de l'Abbé
Méthaftafe. Le tout traduit de l'Italien .
Le Breton , pere , Libraire , Quay de
Conty , près la rue Guenegaud , imprime
les Philofophes Amoureux , Comédie en
Vers & en cinq Actes , par M. Nericault
Deftouches , repréſentée pour la premiere
fois le 26. Novembre 1279. fur le Théatre
de la Comedie Françoife . L'Auteur
l'a retirée, craignant de trouver encore des
Spectateurs indifpofez contre lui , & il a
mieux aimé prendre pour juge le Lecteur
tranquille ; cette Piece fera en vente à la
fin du mois.
TRAITEZ GEOGRAPHIQUES ET
HISTORIQUES , pour faciliter l'intelligence
de l'Ecriture Sainte , par divers
Auteurs. A la Hays , chez Ga. Vander
Poel , 1730. 2. volumes.
L'HONM.
ARS. 1730. 545
L'HONNESTE HOMME , ou Recueil
de Pieces choifies fur differens ſujets ,
comme fur l'Amitié , l'Amour , la Galanterie
, le Mariage , la Morale , les Affaires
de Commerce , la Peinture , l'Hiftoire
, la Poëfie , &c. A Londres , chez
Innys , J. Knapton , &c. 3. vol. in- 8 . cm
Anglois.
Libraires , rue S. Jacques , à l'image faint
Paul , les Voyages du Pere Labat , de
l'Ordre des Freres Prêcheurs , en Espagne
& en Italie , in - 12 . 8. volumes . L'Auteur
y fait une fidelle deſcription des endroits
où il a été ; il y a inferé une Defcription
de la Ville de Florence , &
des environs , qu'il a traduite de l'Italien
, & une Relation exacte de la Cour
de Rome , des Ceremonies qui s'y obſervent
du Pape , des Cardinaux , de tous
les Officiers du S. Siege , de leurs Jurifdictions
, Revenus & autres chofes qui
peuvent donner une idée parfaite de cette
Cour ; traduite de l'Italien du fieur Je
rêine
542 MERCURE
DE FRANCE
.
Tême Limadoro , Chevalier de l'Ordre de
S. Etienne , & Gentilhomme Siennois.
On peut juger de cet Ouvrage par la réputation
que l'Auteur s'eft acquife pare
mi les gens d'efprit & de mérite , 1730.
Le même Libraire a imprimé la Relation
des Fêtes données à Rome , au mois
de Novembre dernier , par le Cardinal
de Polignac , avec une Cantate en deux
Actes , dont les Paroles font de l'Abbé
Méthaftafe. Le tout traduit de l'Italien .
Le Breton , pere , Libraire , Quay de
Conty , près la rue Guenegaud , imprime
les Philofophes Amoureux , Comédie en
Vers & en cinq Actes , par M. Nericault
Deftouches , repréſentée pour la premiere
fois le 26. Novembre 1279. fur le Théatre
de la Comedie Françoife . L'Auteur
l'a retirée, craignant de trouver encore des
Spectateurs indifpofez contre lui , & il a
mieux aimé prendre pour juge le Lecteur
tranquille ; cette Piece fera en vente à la
fin du mois.
TRAITEZ GEOGRAPHIQUES ET
HISTORIQUES , pour faciliter l'intelligence
de l'Ecriture Sainte , par divers
Auteurs. A la Hays , chez Ga. Vander
Poel , 1730. 2. volumes.
L'HONM.
ARS. 1730. 545
L'HONNESTE HOMME , ou Recueil
de Pieces choifies fur differens ſujets ,
comme fur l'Amitié , l'Amour , la Galanterie
, le Mariage , la Morale , les Affaires
de Commerce , la Peinture , l'Hiftoire
, la Poëfie , &c. A Londres , chez
Innys , J. Knapton , &c. 3. vol. in- 8 . cm
Anglois.
Fermer
Résumé : « On trouve chez Delespine, pere & fils, Libraires, ruë S. Jacques, à l'Image saint [...] »
En 1730, plusieurs publications et ouvrages sont disponibles chez différents libraires. Chez Delefpine, père et fils, on trouve les 'Voyages du Père Labat', un moine dominicain décrivant ses voyages en Espagne et en Italie. L'ouvrage inclut des descriptions de Florence et de ses environs, ainsi qu'une relation de la cour de Rome, des cérémonies papales et des fonctions des cardinaux, traduites de l'italien. Le même libraire a également imprimé la relation des fêtes données à Rome en novembre par le Cardinal de Polignac, incluant une cantate en deux actes de l'Abbé Méthastase. Le Breton, père, propose les 'Philosophes Amoureux', une comédie en vers et en cinq actes de M. Nericault Destouches, représentée pour la première fois le 26 novembre 1729 au Théâtre de la Comédie Française. Les 'Traitez Géographiques et Historiques' pour faciliter l'intelligence de l'Écriture Sainte, par divers auteurs, sont disponibles en deux volumes chez Ga. Vander Poel à La Haye. L'ouvrage 'L'Honnête Homme', un recueil de pièces choisies sur divers sujets, est publié en trois volumes en anglais à Londres chez Innys et J. Knapton.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 772-779
Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 23 Janvier les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentatoin d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Théâtre, Comédie, Amour, Maître, Travestissement, Sentiment, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
E 23 Janvier les Comédiens Italiens donnela
premiere Repréſentation d'une Comé
die en Profe , & en trois Actes , intitulée : Le Jeu
de l'Amour & du Hazard. Cette Piéce,qui eft de
M. de Marivaux, a été reçue favorablement du
public. En voici l'Extrait , avec quelques remarques
qui font venuës jufqu'à nous.
Au premier Acte , Silvia & fa fuivante Liſette
ouvrent la Scene . Sylvia paroît fâchée contre Lifette,
parce qu'elle a dit ingénument à Orgon fon
pere , qu'elle feroit bien aife d'être mariée . La
raifon qui la porte à témoigner ce mécontentement
à la Suivante , c'eft qu'elle ne fçait pas fi le
mari que fon perelui deftine lui conviendra, quoiqu'on
lui en ait fait des rapports tres-avantageux.
Orgon vient annoncer à fa fille que fon Prétendu
doit arriver ce jour même. Sylvia ne reçoit pas
Cette
AVRIL. 1730. 773
gette nouvelle fans quelques troubles , dont fon
pere lui demande la raiſon ; elle lui fait entendre
- qu'elle voudroit bien voir , avant que de s'engager
, fi cet époux dont on dit tant de bien , lui
convient. Elle prie Orgon de confentir qu'elle l'éprouve
fous les habits & le nom de Lifette , tandis
que Lifette paffera pour Sylvia. Cette idée fait
rire Orgon pour des raifons qu'on va apprendre
dans la Scene fuivante. Il confent au double traveftiffement.
Sylvia & Liſette fortent pour l'aller
exécuter.
Mario , fils d'Orgon , vient féliciter fa foeur
fur fon Hymen prochain , mais elle le quitte en
lui difant qu'elle a des affaires plus férieufes &
plus preffées . Orgon explique cet Enigme à fon
fils ; il commence par lui lire un Fragment d'une
Lettre du pere de fon gendre futur. En voici les
propres termes :
Je ne fçai, au refte , ce que vous penferez d'une
imagination qui eft venue à mon fils ; elle eft
bizare, il en convient lui - même , mais le motif
en eft pardonnable & même délicat ; c'est qu'il
m'a prié de lui permettre de n'arriver d'abord
ehez vous que fous la figure defon valet , qui
de fon côtéfera le perfonnage de fon Maître.
Cette idée paroît tout -à-fait finguliere à Mario
; mais il l'a trouve bien plus comique quand
Orgon lui apprend que par un effet du bazard ,
Sylvia entreprend le même déguiſement faus ſçavoir
le traveftiffement de fon futur époux ; le pere
& le fils fe propofent de jouir de cette Comedie ,
fans prévenir aucun des perfonnages qui l'a vont
jouer.
?
Sylvia , n'ayant pas befoin d'employer tant de
temps que Lifette à fe métamorphofer , revient la
premiere de fa Toilette,& le prépare à bien jouer
fon nouveau rôle.
Derante
774 MER CURE DE FRANCE
Dorante arrive fous les habits d'Arlequin fon
valet , fuivant le projet déja annoncé ; fon début
n'eft pas moins galant que fa perfonne eft relevée.
Orgon & Mario le laiffent tête à tête avec
la fauffe Lifette ; leur converfation eft tout-à-fait
plaifante ; & leurs coeurs commencent à fentir de
la difpofition à s'unir ; ils ont beau protefter l'un
& l'autre que leur horofcope porte qu'ils n'aimeront
que des perfonnes de condition; leur penchant
les entraine malgré eux ce qui femble
les authoriſer en fecret , c'eft que Dorante de fon
côté dit à Sylvia qu'il n'eft pas né pour être va
let, & que Sylvia fait entendre quelque chofe d'aprochant.
Quoiqu'il en foit , cette Scene a fait
plaifir , & a commencé à intereffer le public.
Arlequin arrive enfin ; mais toutes ces paroles
& toutes fes actions font fi peut dignes du perfonnage
qu'il vient reprefenter, que Sylvia le quitte
brufquement, en difant à part : Que le fort eft
bifarre ! aucun de ces deux hommes n'eft à fa
place.
Ce que l'Auteur met dans la bouche du vrai
Dorante , prévient la critique qu'il n'a pas manqué
de prévoir. Il lui dit qu'il lui avoit promis
de quitter fes manieres de parler fottes & triviales
, & qu'il lui avoit fur tout recommandé
d'être férieux , mais a -t- il dû ſe promettre qu'un
Butor lui tiendroit parole ? En effet il retombe
le moment après dans la même faute; on en peut
juger par la réponſe à Orgon, fon prétendu beaupere
; la voicy :
Monfieur, mille pardons! c'eft beaucoup trop ,
& il n'en faut qu'un, quand on n'a fait qu'une
faute ; aufurplus tous mes pardonsfont à votre
Service.
Dans la premiere Scene du fecond Acte , Lifette
fait entendre à Orgon, qu'il eft temps de finir
AVRIL 1730. 775.
nir un jeu qui pourroit aller trop loin , parce que
fes charmes commencent à faire bien du ravage
fur le coeur de Dorante , & que de la maniere
dont il prend feu , elle fe garantit bien - tôt
adorée. Orgon la félicite de fa conquête , & lui
dit qu'il confent qu'elle pouffe fa bonne fortune
jufqu'à l'Hymen. Il l'a charge de faire entendre'
à fa Maîtreffe qu'elle foupçonne Bourguignon , le
prétendu valet de Dorante , de la prévenir contre
fon Maître. Lifette lui promet tout , & fe promer
tout à elle -même. Orgon fe retire voyant venir
le faux Dorante.
Arlequin parle d'amour à Lifette à fa maniere;
le vrai Dorante le vient interrompre pour lui
ordonner tout bas de le débaraffer de tout ce qui
fe paffe , de ne fe point trop livrer à dire fes impertinences
ordinaires , & de paroître férieux ,
rêveur & mêcontent .
Arlequin & Lifette continuent leur entretien ;
chacun d'eux fe croyant indigne de fon bonheur,
s'humilie : Vous me croyez plus de quali
tez que je n'en ay , dit Lifette. Et vous , Madame
, répond Arlequin ; vous ne sçavez pas
les miennes , & je ne devrois vous parler qu'à
genoux. Cette Scene eft le germe de la reconnoiffance
qui doit fe faire entr'eux dans le troifiéme
Acte.
La fauffe Lifette vient les interrompre , comme
le faux Bourguignon vient de faire. Arlequin fe
retire.
Sylvia ordonne à Lifette de fe défaire de ce
brutal qui vient de lui dire des groffiéretez . Lifette
lui répond que M. Orgon vient de lui donner
des ordres directement oppofez aux fiens
elle lui parle de Bourguignon , comme d'un valer
qui l'a prévient contre fon Maître, Sylvia ne peut
s'empêcher de prendre le parti du faux Bourguignon
>
776 MERCURE DE FRANCE
!
gnon, ce qui donne d'étranges foupçons à Lifette,
Les foupçons , quoiqu'ils ne foient expliquez qu'à
demi, la mettent dans une mauvaiſe humeur qui
l'oblige à chaffer Liſette.
Sylvia fait entrevoir dans un court monolo
gue une partie de ce qui fe paffe dans fon coeur.
Voicy par où elle finit fon monologue , voyant
paroître Bourguignon : Voilà cet objet en queftion
, pour qui on veut que je m'emporte , mais
se n'est pas fa faute , le pauvre garçon , ¿je
ne dois pas m'en prendre à lui.
Le faux Bourguignon fait une Scene avec la
fauffe Lifette , dans laquelle ils paroiffent également
agitez. Cette Scene eft interrompue par
l'arrivée d'Orgon & de Mario, qui ayant furpris
Bourguignon à fes genoux, lui en font la guerre
a
d'une maniere à la livrer toute entiere à ſon dépit;
fon pere lui ordonne de continuer fon dé→
guifement , pour voir fi l'averfion qu'elle a pour
Dorante continuëra.
Le faux Bourguignon vient renouer avec la
fauffe Lifette la converfation qu'Orgon & Mario
avoient interrompuë. Cette Scene a été generalement
applaudie & a paru la plus intéreffante de
la Piece. Dorante, par un fentiment de probité
ne veut plus abufer la prétendue Sylvia , qui fe
livre un peu trop au faux Dorante; il déclare à la
fauffe Lifette qu'il n'eft que fon valet , & que c'eft
le vrai Dorante qui lui parle actuellement. Il lui
dit que l'amour qu'il a pour elle ne lui permet
plus aucun engagement , & que ne pouvant être
uni avec elle , attendu la diftance des conditions
qui les fépare ; il feroit trop heureux s'il pouvoit
être affuré de fon coeur. Sylvia lui fait efperer cet
amour qu'il lui demande ; cependant , elle ne lui
rend pas confidence pour confidence , fans qu'on
en puifle pénétrer d'autre raifon que celle de faiAVRIL.
1730. 777
te durer la piece , qui n'eft encore qu'à la fin du
fecond Acte : Paffons au troifiéme.
Nous ne nous étendrons pas beaucoup fur ce
dernier Acte. Il ne s'y agit que de fatisfaire la
petite vanité de Sylvia , qui veut que Dorantefo
détermine à l'époufer , malgré la prétendue inégalité
de conditions. Nous n'appuyerons pas
beaucoup fur la jaloufie que Dorante prend au
fujet de Mario ; la Piece n'en a pas befoin pour
aller fon train.
Dans la premiere Scene , Dorante par un fentiment
de probité , ne veut pas que la fauffe Sylvia
foit abufée plus long-temps par un valet déguifé
. Arlequin ne pouvant obtenir de lui qu'il
lui laiffe pouffer fa pointe , lui promet de lui déclarer
fon état , & le prie de ne pas s'opposer à
fa bonne fortune , fi malgre fa qualité de valet ,
elle veut bien confentir à l'épouſer. Dorante
croyant la chofe impoffible , lui promet ce qu'il
lui demande. Lifette a déja obtenu la même grace
de M. Orgon , qui la lui a d'autant plus facilement
accordée , qu'il fçavoit l'égalité des conditions.
Nous paffons le plus promptement qu'il
nous eft poffible à la reconnoiffance réciproque
du valet & de la fervante. Cette Scene contrafte
parfaitement avec celle duMaître & de la Maîtreſſe
que nous avons déja vûë ; fi cette derniere a été
intereffante , celle qui la fuit eft plaifante . Arlequin
& Lifette s'humilient l'un devant l'autre ,
faute de fe connoître ; enfin Lifette , que la modeftie
outrée d'Arlequin commence à faire douter
de quelque chofe, après avoir dit à part: Tant
d'abaiffement n'eft pas naturel; lui dit tout haut:
Pourquoi me dites - vous cela? Arlequin lui avouë
enfin qu'il n'eft que le valet de Dorante, & Life:-
te ne pouvant s'empêcher d'en rire , prend fa revanche
en lui confeffant qu'elle n'eft que la Sui
vante de Sylvia. G Dorante
A
778 MERCURE DE FRANCE
Dorante a encore une tres -belle Scene avec
Sylvia , mais on l'a trouvée inférieure à celle du
fecond Acte. Elle roule fur la jaloufie que Mario
a donnée à Dorante , dont , comme on l'a déja
remarqué , la piece n'avoit prefque que faire.Le
facrifice que Dorante fait à fa prétendue Suivante,
qui eft de confentir à l'époufer , toute Lifette
qu'elle paroît , détermine enfin Sylvia à lui apprendre
tout fon bonheur.
Voicy les remarques qu'on a faites fur cette
Comédie ; nous ne lommes icy que les échos
du Public. On dit , 1 ° . qu'il n'eft pas vrai-femblable
que Sylvia puiffe fe perfuader qu'un butor
tel qu'Arlequin foit ce même Dorante dont on
lui a fait une peinture fi avantageufe. En effet ,
dès la premiere Scene de la piece, Lifette lui parle
ainfi : On dit que votre futur est bien fait , aimable
, de bonne mine, qu'on ne peut pas avoir
plus d'efprit , qu'on ne sçauroit être d'un meilleur
caractere , &c. Sylvia lui répond : L'Utile
& l'agréable fe trouvent dans le portrait que tu
en fais, on dit qu'il lui reffemble . Dans la
Scene fuivante , M. Orgon parle ainfi à fa fille :
Pour moi , je n'ai jamais vu Dorante , il étoit
abfent quand j'étois chez fon pere ; mais, fur
tout le bien qu'on m'en a dit , je ne sçaurois
craindre que vous vous déplaifiez ni l'un ni
l'autre. La feule vue du faux Dorante ne doitelle
pas faire foupçonner du myftere , fur tout à
Sylvia qui fe trouve dans le cas d'un traveftiffement
, dont elle peut facilement foupçonner fon
Prétendu?
2. Arlequin, à t'on dit, ne ſoûtient pas fon ca
ractere par tout ; des chofes tres-jolies fuccedent
à des groffieretés . En effet,peut-on s'imaginer que
celui qui a dit fi maufladement à fon prétendu
Beaupere : Au furplus tous mes pardons font à
*
Votre
AVRIL. 1730. 779
votre fervice , dife fi joliment à la fauffe Sylvia:
Je voudrois bien pouvoir baiser ces petits mots
là les cueillir fur votre bouche avec la
mienne. 3
3°On auroit voulu que le fecondActe eût été le
troifiéme , & l'on croît que cela n'auroit pas été
difficile ; la raifon qui empêche Sylvia de fe découvrir
après avoir appris que Bourguignon eft
Dorante , n'étant qu'une petite vanité , ne fçau
roit excufer fon filence ; d'ailleurs , Dorante &
Sylvia étant les objets principaux de la piece, c'é
toit par leur reconnoiffance qu'elle devoit finir
& non par celle d'Arlequin & de Lifette , qui
ne font que les finges , l'un de fon Maître , l'autre
de fa Maîtreffe. Au refte tout le monde convient
que la Piece eft bien écrite & pleine d'efprit ,
fentiment & de délicateffe.
premiere Repréſentation d'une Comé
die en Profe , & en trois Actes , intitulée : Le Jeu
de l'Amour & du Hazard. Cette Piéce,qui eft de
M. de Marivaux, a été reçue favorablement du
public. En voici l'Extrait , avec quelques remarques
qui font venuës jufqu'à nous.
Au premier Acte , Silvia & fa fuivante Liſette
ouvrent la Scene . Sylvia paroît fâchée contre Lifette,
parce qu'elle a dit ingénument à Orgon fon
pere , qu'elle feroit bien aife d'être mariée . La
raifon qui la porte à témoigner ce mécontentement
à la Suivante , c'eft qu'elle ne fçait pas fi le
mari que fon perelui deftine lui conviendra, quoiqu'on
lui en ait fait des rapports tres-avantageux.
Orgon vient annoncer à fa fille que fon Prétendu
doit arriver ce jour même. Sylvia ne reçoit pas
Cette
AVRIL. 1730. 773
gette nouvelle fans quelques troubles , dont fon
pere lui demande la raiſon ; elle lui fait entendre
- qu'elle voudroit bien voir , avant que de s'engager
, fi cet époux dont on dit tant de bien , lui
convient. Elle prie Orgon de confentir qu'elle l'éprouve
fous les habits & le nom de Lifette , tandis
que Lifette paffera pour Sylvia. Cette idée fait
rire Orgon pour des raifons qu'on va apprendre
dans la Scene fuivante. Il confent au double traveftiffement.
Sylvia & Liſette fortent pour l'aller
exécuter.
Mario , fils d'Orgon , vient féliciter fa foeur
fur fon Hymen prochain , mais elle le quitte en
lui difant qu'elle a des affaires plus férieufes &
plus preffées . Orgon explique cet Enigme à fon
fils ; il commence par lui lire un Fragment d'une
Lettre du pere de fon gendre futur. En voici les
propres termes :
Je ne fçai, au refte , ce que vous penferez d'une
imagination qui eft venue à mon fils ; elle eft
bizare, il en convient lui - même , mais le motif
en eft pardonnable & même délicat ; c'est qu'il
m'a prié de lui permettre de n'arriver d'abord
ehez vous que fous la figure defon valet , qui
de fon côtéfera le perfonnage de fon Maître.
Cette idée paroît tout -à-fait finguliere à Mario
; mais il l'a trouve bien plus comique quand
Orgon lui apprend que par un effet du bazard ,
Sylvia entreprend le même déguiſement faus ſçavoir
le traveftiffement de fon futur époux ; le pere
& le fils fe propofent de jouir de cette Comedie ,
fans prévenir aucun des perfonnages qui l'a vont
jouer.
?
Sylvia , n'ayant pas befoin d'employer tant de
temps que Lifette à fe métamorphofer , revient la
premiere de fa Toilette,& le prépare à bien jouer
fon nouveau rôle.
Derante
774 MER CURE DE FRANCE
Dorante arrive fous les habits d'Arlequin fon
valet , fuivant le projet déja annoncé ; fon début
n'eft pas moins galant que fa perfonne eft relevée.
Orgon & Mario le laiffent tête à tête avec
la fauffe Lifette ; leur converfation eft tout-à-fait
plaifante ; & leurs coeurs commencent à fentir de
la difpofition à s'unir ; ils ont beau protefter l'un
& l'autre que leur horofcope porte qu'ils n'aimeront
que des perfonnes de condition; leur penchant
les entraine malgré eux ce qui femble
les authoriſer en fecret , c'eft que Dorante de fon
côté dit à Sylvia qu'il n'eft pas né pour être va
let, & que Sylvia fait entendre quelque chofe d'aprochant.
Quoiqu'il en foit , cette Scene a fait
plaifir , & a commencé à intereffer le public.
Arlequin arrive enfin ; mais toutes ces paroles
& toutes fes actions font fi peut dignes du perfonnage
qu'il vient reprefenter, que Sylvia le quitte
brufquement, en difant à part : Que le fort eft
bifarre ! aucun de ces deux hommes n'eft à fa
place.
Ce que l'Auteur met dans la bouche du vrai
Dorante , prévient la critique qu'il n'a pas manqué
de prévoir. Il lui dit qu'il lui avoit promis
de quitter fes manieres de parler fottes & triviales
, & qu'il lui avoit fur tout recommandé
d'être férieux , mais a -t- il dû ſe promettre qu'un
Butor lui tiendroit parole ? En effet il retombe
le moment après dans la même faute; on en peut
juger par la réponſe à Orgon, fon prétendu beaupere
; la voicy :
Monfieur, mille pardons! c'eft beaucoup trop ,
& il n'en faut qu'un, quand on n'a fait qu'une
faute ; aufurplus tous mes pardonsfont à votre
Service.
Dans la premiere Scene du fecond Acte , Lifette
fait entendre à Orgon, qu'il eft temps de finir
AVRIL 1730. 775.
nir un jeu qui pourroit aller trop loin , parce que
fes charmes commencent à faire bien du ravage
fur le coeur de Dorante , & que de la maniere
dont il prend feu , elle fe garantit bien - tôt
adorée. Orgon la félicite de fa conquête , & lui
dit qu'il confent qu'elle pouffe fa bonne fortune
jufqu'à l'Hymen. Il l'a charge de faire entendre'
à fa Maîtreffe qu'elle foupçonne Bourguignon , le
prétendu valet de Dorante , de la prévenir contre
fon Maître. Lifette lui promet tout , & fe promer
tout à elle -même. Orgon fe retire voyant venir
le faux Dorante.
Arlequin parle d'amour à Lifette à fa maniere;
le vrai Dorante le vient interrompre pour lui
ordonner tout bas de le débaraffer de tout ce qui
fe paffe , de ne fe point trop livrer à dire fes impertinences
ordinaires , & de paroître férieux ,
rêveur & mêcontent .
Arlequin & Lifette continuent leur entretien ;
chacun d'eux fe croyant indigne de fon bonheur,
s'humilie : Vous me croyez plus de quali
tez que je n'en ay , dit Lifette. Et vous , Madame
, répond Arlequin ; vous ne sçavez pas
les miennes , & je ne devrois vous parler qu'à
genoux. Cette Scene eft le germe de la reconnoiffance
qui doit fe faire entr'eux dans le troifiéme
Acte.
La fauffe Lifette vient les interrompre , comme
le faux Bourguignon vient de faire. Arlequin fe
retire.
Sylvia ordonne à Lifette de fe défaire de ce
brutal qui vient de lui dire des groffiéretez . Lifette
lui répond que M. Orgon vient de lui donner
des ordres directement oppofez aux fiens
elle lui parle de Bourguignon , comme d'un valer
qui l'a prévient contre fon Maître, Sylvia ne peut
s'empêcher de prendre le parti du faux Bourguignon
>
776 MERCURE DE FRANCE
!
gnon, ce qui donne d'étranges foupçons à Lifette,
Les foupçons , quoiqu'ils ne foient expliquez qu'à
demi, la mettent dans une mauvaiſe humeur qui
l'oblige à chaffer Liſette.
Sylvia fait entrevoir dans un court monolo
gue une partie de ce qui fe paffe dans fon coeur.
Voicy par où elle finit fon monologue , voyant
paroître Bourguignon : Voilà cet objet en queftion
, pour qui on veut que je m'emporte , mais
se n'est pas fa faute , le pauvre garçon , ¿je
ne dois pas m'en prendre à lui.
Le faux Bourguignon fait une Scene avec la
fauffe Lifette , dans laquelle ils paroiffent également
agitez. Cette Scene eft interrompue par
l'arrivée d'Orgon & de Mario, qui ayant furpris
Bourguignon à fes genoux, lui en font la guerre
a
d'une maniere à la livrer toute entiere à ſon dépit;
fon pere lui ordonne de continuer fon dé→
guifement , pour voir fi l'averfion qu'elle a pour
Dorante continuëra.
Le faux Bourguignon vient renouer avec la
fauffe Lifette la converfation qu'Orgon & Mario
avoient interrompuë. Cette Scene a été generalement
applaudie & a paru la plus intéreffante de
la Piece. Dorante, par un fentiment de probité
ne veut plus abufer la prétendue Sylvia , qui fe
livre un peu trop au faux Dorante; il déclare à la
fauffe Lifette qu'il n'eft que fon valet , & que c'eft
le vrai Dorante qui lui parle actuellement. Il lui
dit que l'amour qu'il a pour elle ne lui permet
plus aucun engagement , & que ne pouvant être
uni avec elle , attendu la diftance des conditions
qui les fépare ; il feroit trop heureux s'il pouvoit
être affuré de fon coeur. Sylvia lui fait efperer cet
amour qu'il lui demande ; cependant , elle ne lui
rend pas confidence pour confidence , fans qu'on
en puifle pénétrer d'autre raifon que celle de faiAVRIL.
1730. 777
te durer la piece , qui n'eft encore qu'à la fin du
fecond Acte : Paffons au troifiéme.
Nous ne nous étendrons pas beaucoup fur ce
dernier Acte. Il ne s'y agit que de fatisfaire la
petite vanité de Sylvia , qui veut que Dorantefo
détermine à l'époufer , malgré la prétendue inégalité
de conditions. Nous n'appuyerons pas
beaucoup fur la jaloufie que Dorante prend au
fujet de Mario ; la Piece n'en a pas befoin pour
aller fon train.
Dans la premiere Scene , Dorante par un fentiment
de probité , ne veut pas que la fauffe Sylvia
foit abufée plus long-temps par un valet déguifé
. Arlequin ne pouvant obtenir de lui qu'il
lui laiffe pouffer fa pointe , lui promet de lui déclarer
fon état , & le prie de ne pas s'opposer à
fa bonne fortune , fi malgre fa qualité de valet ,
elle veut bien confentir à l'épouſer. Dorante
croyant la chofe impoffible , lui promet ce qu'il
lui demande. Lifette a déja obtenu la même grace
de M. Orgon , qui la lui a d'autant plus facilement
accordée , qu'il fçavoit l'égalité des conditions.
Nous paffons le plus promptement qu'il
nous eft poffible à la reconnoiffance réciproque
du valet & de la fervante. Cette Scene contrafte
parfaitement avec celle duMaître & de la Maîtreſſe
que nous avons déja vûë ; fi cette derniere a été
intereffante , celle qui la fuit eft plaifante . Arlequin
& Lifette s'humilient l'un devant l'autre ,
faute de fe connoître ; enfin Lifette , que la modeftie
outrée d'Arlequin commence à faire douter
de quelque chofe, après avoir dit à part: Tant
d'abaiffement n'eft pas naturel; lui dit tout haut:
Pourquoi me dites - vous cela? Arlequin lui avouë
enfin qu'il n'eft que le valet de Dorante, & Life:-
te ne pouvant s'empêcher d'en rire , prend fa revanche
en lui confeffant qu'elle n'eft que la Sui
vante de Sylvia. G Dorante
A
778 MERCURE DE FRANCE
Dorante a encore une tres -belle Scene avec
Sylvia , mais on l'a trouvée inférieure à celle du
fecond Acte. Elle roule fur la jaloufie que Mario
a donnée à Dorante , dont , comme on l'a déja
remarqué , la piece n'avoit prefque que faire.Le
facrifice que Dorante fait à fa prétendue Suivante,
qui eft de confentir à l'époufer , toute Lifette
qu'elle paroît , détermine enfin Sylvia à lui apprendre
tout fon bonheur.
Voicy les remarques qu'on a faites fur cette
Comédie ; nous ne lommes icy que les échos
du Public. On dit , 1 ° . qu'il n'eft pas vrai-femblable
que Sylvia puiffe fe perfuader qu'un butor
tel qu'Arlequin foit ce même Dorante dont on
lui a fait une peinture fi avantageufe. En effet ,
dès la premiere Scene de la piece, Lifette lui parle
ainfi : On dit que votre futur est bien fait , aimable
, de bonne mine, qu'on ne peut pas avoir
plus d'efprit , qu'on ne sçauroit être d'un meilleur
caractere , &c. Sylvia lui répond : L'Utile
& l'agréable fe trouvent dans le portrait que tu
en fais, on dit qu'il lui reffemble . Dans la
Scene fuivante , M. Orgon parle ainfi à fa fille :
Pour moi , je n'ai jamais vu Dorante , il étoit
abfent quand j'étois chez fon pere ; mais, fur
tout le bien qu'on m'en a dit , je ne sçaurois
craindre que vous vous déplaifiez ni l'un ni
l'autre. La feule vue du faux Dorante ne doitelle
pas faire foupçonner du myftere , fur tout à
Sylvia qui fe trouve dans le cas d'un traveftiffement
, dont elle peut facilement foupçonner fon
Prétendu?
2. Arlequin, à t'on dit, ne ſoûtient pas fon ca
ractere par tout ; des chofes tres-jolies fuccedent
à des groffieretés . En effet,peut-on s'imaginer que
celui qui a dit fi maufladement à fon prétendu
Beaupere : Au furplus tous mes pardons font à
*
Votre
AVRIL. 1730. 779
votre fervice , dife fi joliment à la fauffe Sylvia:
Je voudrois bien pouvoir baiser ces petits mots
là les cueillir fur votre bouche avec la
mienne. 3
3°On auroit voulu que le fecondActe eût été le
troifiéme , & l'on croît que cela n'auroit pas été
difficile ; la raifon qui empêche Sylvia de fe découvrir
après avoir appris que Bourguignon eft
Dorante , n'étant qu'une petite vanité , ne fçau
roit excufer fon filence ; d'ailleurs , Dorante &
Sylvia étant les objets principaux de la piece, c'é
toit par leur reconnoiffance qu'elle devoit finir
& non par celle d'Arlequin & de Lifette , qui
ne font que les finges , l'un de fon Maître , l'autre
de fa Maîtreffe. Au refte tout le monde convient
que la Piece eft bien écrite & pleine d'efprit ,
fentiment & de délicateffe.
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Résumé : Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
Le 23 janvier, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en prose et en trois actes intitulée 'Le Jeu de l'Amour et du Hazard' de Pierre de Marivaux. La pièce a été bien accueillie par le public. L'intrigue commence avec Silvia, fille d'Orgon, qui est mécontente de sa suivante Lisette après que celle-ci a exprimé son désir de se marier. Silvia craint que le mari choisi par son père ne lui convienne pas. Orgon annonce à Silvia que son prétendant, Dorante, doit arriver ce jour-là. Silvia demande à son père de lui permettre d'éprouver Dorante en échangeant leurs rôles avec Lisette. Orgon accepte cette idée. Mario, fils d'Orgon, félicite Silvia pour son prochain mariage, mais elle le quitte pour des affaires plus urgentes. Orgon explique à Mario le projet de Silvia et lui lit une lettre du père de Dorante, qui révèle que Dorante souhaite arriver déguisé en valet. Silvia revient déguisée en Lisette et rencontre Dorante, déguisé en valet. Leur conversation est plaisante et ils commencent à s'attirer mutuellement. Cependant, Silvia est déçue par le comportement d'Arlequin, le valet de Dorante, qui ne correspond pas à l'image qu'elle avait de Dorante. Dans le deuxième acte, Lisette informe Orgon que Dorante est tombé amoureux d'elle. Orgon lui permet de poursuivre sa 'bonne fortune'. Dorante ordonne à Arlequin de se comporter sérieusement. Silvia, toujours déguisée, ordonne à Lisette de se débarrasser du valet brutal. Lisette révèle à Silvia que Bourguignon, le valet de Dorante, l'a prévenue contre son maître, ce qui suscite des soupçons chez Silvia. Dans le troisième acte, Dorante, par probité, révèle son identité à Silvia. Arlequin et Lisette se reconnaissent mutuellement comme valets. Silvia finit par révéler son identité à Dorante, qui accepte de l'épouser malgré les différences de condition. La pièce se termine par la reconnaissance réciproque des personnages. Les critiques notent que certaines scènes sont peu vraisemblables et que le caractère d'Arlequin manque de cohérence. Cependant, la pièce est jugée bien écrite et pleine d'esprit, de sentiment et de délicatesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 806-807
« Le 17. l'Académie Royale de Musique fit l'ouverte de son Théatre par l'Opera de Telemaque [...] »
Début :
Le 17. l'Académie Royale de Musique fit l'ouverte de son Théatre par l'Opera de Telemaque [...]
Mots clefs :
Théâtre, Comédie, Comédiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 17. l'Académie Royale de Musique fit l'ouverte de son Théatre par l'Opera de Telemaque [...] »
Le 17. l'Académie Royale de Mufique fit l'ou
verture de fon Théatre par l'Opera de Telemaque.
On prépare celui d'Alcione pour être donné
le mois prochain.
Le 17. de ce mois , les Comédiens François firent
l'ouverture de leur Théatre qui étoit fermé
depuis le 24. Mars , à caufe de la folemnité
des Fêtes de Pafques , ainfi que les autres , par la
Tragédie de Poliente. Le Sr Duval complimenta
le Public , felon la coutume , & fut fort applaudi.
Le Sr Dangeville , frere de la jeune Dile Dangeville
, joua le principal Rôle dans cette Piéce
ainfi que dans la petite Comédie du François à
Londres , qu'on joua enfuite , & il fut fort applaudi
dans l'un & dans l'autre Rôle.
Le lendemain , ils remirent au Théatre la Comédie
du Muet , de feu M. l'Abbé Brueys , qui
fit beaucoup de plaifir. Les Srs de la Torilliere &
Quinaut & les Diles Quinaut , Labat & Dufresne
y jouent les principaux Rôles.
Le 24. ils remirent au Théatre la Comédie des
Trois Coufines avec fes Intermedes , que le Public
revoit avec beaucoup de plaifir , & qu'on ne fe
laffe pas de voir. Elle eft repréfentée auffi legerement
& auffi vivement qu'il fe puiffe.
Les mêmes Comédiens ont reçû une Comédie
nouAVRIL.
807 1730.
nouvelle en Vers & en trois Actes , avec un Pro
logue qu'on donnera Samedi 29. de ce mois.
Elle a pour titre Le Divorce , ou les Maris mécontens.
Ils en ont reçu une autre en Profe , en
un Acte , fous le titre de La Tragédie en Profe ,
lûë aux Comédiens on la jouëra au commencement
du mois prochain."
Le 17. Avril , les Comédiens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre par le nouveau Sam→
fon. La Dile Thomaffin fit le compliment qu'on
fait ordinairement à l'ouverture du Théatre , lequel
fut fort bien reçû du Public.
Le 24. les mêmes Comédiens donnerent la premiere
Repréfentation d'une Piéce nouvelle en
Vers & en trois Actes , avec un Divertiffemént
terminé par un Vaudeville , dont le titre eft Democrite
prétendu fou , de la compofition de M.
Autreau ; elle a été très - bien reçue du Public
on en parlera plus au long.
›
;
Le 25. la De Nardi Duperier Italienne
nouvelle Comédienne , joia pour la premiere
fois fur le même Théatre le Rôle de Colombine
dans la Comédie des Deux Arlequins , Piéce de
l'Ancien Théatre Italien , & dans la petite Comédie
du Fleuve d'oubli . Elle a été applaudie du
Public.
L'Opera Italien de Parthenope fut repréſenté
le 18. du mois dernier fur le Théatre du Marché
au foin à Londres , & honoré de la préfence du
Roi & de la Reine d'Angleterre , qui en parurent
fort fatisfaits.
verture de fon Théatre par l'Opera de Telemaque.
On prépare celui d'Alcione pour être donné
le mois prochain.
Le 17. de ce mois , les Comédiens François firent
l'ouverture de leur Théatre qui étoit fermé
depuis le 24. Mars , à caufe de la folemnité
des Fêtes de Pafques , ainfi que les autres , par la
Tragédie de Poliente. Le Sr Duval complimenta
le Public , felon la coutume , & fut fort applaudi.
Le Sr Dangeville , frere de la jeune Dile Dangeville
, joua le principal Rôle dans cette Piéce
ainfi que dans la petite Comédie du François à
Londres , qu'on joua enfuite , & il fut fort applaudi
dans l'un & dans l'autre Rôle.
Le lendemain , ils remirent au Théatre la Comédie
du Muet , de feu M. l'Abbé Brueys , qui
fit beaucoup de plaifir. Les Srs de la Torilliere &
Quinaut & les Diles Quinaut , Labat & Dufresne
y jouent les principaux Rôles.
Le 24. ils remirent au Théatre la Comédie des
Trois Coufines avec fes Intermedes , que le Public
revoit avec beaucoup de plaifir , & qu'on ne fe
laffe pas de voir. Elle eft repréfentée auffi legerement
& auffi vivement qu'il fe puiffe.
Les mêmes Comédiens ont reçû une Comédie
nouAVRIL.
807 1730.
nouvelle en Vers & en trois Actes , avec un Pro
logue qu'on donnera Samedi 29. de ce mois.
Elle a pour titre Le Divorce , ou les Maris mécontens.
Ils en ont reçu une autre en Profe , en
un Acte , fous le titre de La Tragédie en Profe ,
lûë aux Comédiens on la jouëra au commencement
du mois prochain."
Le 17. Avril , les Comédiens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre par le nouveau Sam→
fon. La Dile Thomaffin fit le compliment qu'on
fait ordinairement à l'ouverture du Théatre , lequel
fut fort bien reçû du Public.
Le 24. les mêmes Comédiens donnerent la premiere
Repréfentation d'une Piéce nouvelle en
Vers & en trois Actes , avec un Divertiffemént
terminé par un Vaudeville , dont le titre eft Democrite
prétendu fou , de la compofition de M.
Autreau ; elle a été très - bien reçue du Public
on en parlera plus au long.
›
;
Le 25. la De Nardi Duperier Italienne
nouvelle Comédienne , joia pour la premiere
fois fur le même Théatre le Rôle de Colombine
dans la Comédie des Deux Arlequins , Piéce de
l'Ancien Théatre Italien , & dans la petite Comédie
du Fleuve d'oubli . Elle a été applaudie du
Public.
L'Opera Italien de Parthenope fut repréſenté
le 18. du mois dernier fur le Théatre du Marché
au foin à Londres , & honoré de la préfence du
Roi & de la Reine d'Angleterre , qui en parurent
fort fatisfaits.
Fermer
Résumé : « Le 17. l'Académie Royale de Musique fit l'ouverte de son Théatre par l'Opera de Telemaque [...] »
En avril 1730, plusieurs événements marquants ont eu lieu dans le monde du théâtre et de la musique. Le 17 avril, l'Académie Royale de Musique a inauguré sa saison avec l'opéra 'Télémaque', et l'opéra 'Alcione' est prévu pour le mois suivant. Les Comédiens Français ont rouvert leur théâtre le 17 avril avec la tragédie 'Polyeucte', après une fermeture due aux fêtes de Pâques. Le sieur Duval a complimenté le public, et le sieur Dangeville a joué le rôle principal, recevant des applaudissements. Le lendemain, ils ont joué 'Le Muet' de l'abbé Brueys. Le 24 avril, ils ont représenté 'Les Trois Cousines' et ont annoncé deux nouvelles pièces : 'Le Divorce, ou les Maris mécontents' et 'La Tragédie en prose'. Les Comédiens Italiens ont ouvert leur saison le 17 avril avec 'Le Nouveau Samson'. Le 24 avril, ils ont présenté 'Démocrite prétendu fou' de M. Autreau, bien accueilli par le public. Le 25 avril, la demoiselle Duperier a joué pour la première fois le rôle de Colombine dans 'Les Deux Arlequins'. Par ailleurs, l'opéra italien 'Parthenope' a été représenté à Londres le 18 mars précédent, en présence du roi et de la reine d'Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 1381-1388
Le Théatre des Grecs, &c. [titre d'après la table]
Début :
Il va bien-tôt paroître un Ouvrage intitulé LE THEATRE DES GRECS, dont le R.P. [...]
Mots clefs :
Théâtre grec, Ouvrage, Pièces, Comédie, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Théatre des Grecs, &c. [titre d'après la table]
Il va bien-tôt paroître un Ouvrage intitulé
LE THEATRE DES GRECS , dont leR.P.
Brumoy Jefuite , qui en eft l'Auteur , a
donné par avance l'idée & le plan imprimé
C'eft un Ouvrage de goût , qui avoit
toujours manqué à la République des
Lettres . Quatre ou cinq Pieces , foit Tragiques
, foit Comiques , données féparément
par quelques Sçavans , n'en ont
donné qu'une legere idée. Il étoit donc
neceffaire de réunir tous les précieux
reftes que le tems nous a confervez pour en
II. Vol. F com1382
MERCURE DE FRANCE
"
compofer un corps vivant & animé , &
pour rebâtir le Theatre ancien fur fes propres
débris. C'eft ce que l'Auteur dit fort
modeftement avoir effayé de faire après
un travail de neufannées.
Il divife fon Ouvrage en trois Parties.
La premiere eft précedée de trois Difcours
également utiles aux Sçavans de
-Profeffion , & aux Gens d'efprit , & qui
rendent le refte de l'Ouvrage avantageux
aux uns & aux autres. Le premier Difcours
traite de la maniere de confiderer le
Theatre des Grecs. Le but du P. Brumoy.
eft de bien convaincre le Lecteur que dans
le Pays de l'Antiquité , il faut marcher
avec de grandes précautions , quand il
s'agit de prononcer fur des Ouvrages de
gout : S'il eft des regles pour les expofer,
il en eft auffi pour en juger. Le fecond
-Difcours préliminaire a pour Sujet l'origine
& l'accroiffement de la Tragedie
Grecque. Dans le troifiéme Difcours
l'Auteur fait voir l'étendue & les bornes
de la comparaiſon entre le Theatre antique
& le moderne , & difpofe l'efprit à
faire un parallele fans prévention & équitable
de l'un & de l'autre , en comparant
le caractere des Siecles & des Genies , des
Poëtes & des Spectateurs.
Après ce Difcours , l'Auteur entre dans
la premiere Partie de fon Ouvrage : Elle
II.Vol. 3. comprend
JUIN. 1730. 1383
comprend la Traduction entiere de fept
Tragedies , dont trois font de Sophocle
& quatre d'Euripide : il inftruit le Public
des raifons pour lefquelles il ne traduit
en entier aucune Piece d'Efchyle , le Pere
de la Tragedie. Quant à celles des deux
autres Poëtes , il n'a pas , dit- il , choiſi
les plus belles pour les traduire , mais
feulement celles qui lui ont paru avoir le
moins de ces manieres Grecques , fi capables
de nous choquer , à la reſerve de
celle d'Alceste , qu'il a traduite de deffein
formé , tout entiere : il rend raiſon de ce
qui l'a engagé à le faire.
Il explique enfuite fa penfée fur la Traduction
de ces Poëtes : & cette digreffion
fait voir la folidité du genie de l'Auteur ,
& combien il eft exact & judicieux. Défigurer
ces Pieces , dit-il , ce n'eft pas les
traduire ; c'eft là le défaut de la plûpart
des Traductions. Ce défaut vient de trois
caufes. La premiere eft une exactitude
fcrupuleuse à rendre mot pour mor le
Grec en François , & d'en fuivre les tours
dans la Traduction. La feconde confifte
à changer les expreffions reçûes dans le
bel ufage de l'antiquité en termes bas &
populaires , c'eſt une Parodie plutôt qu'u
ne Traduction. Le P. Brumoy reproche
cette malignité à M. Perrault. La troifié
me eft de rendre en François chaque Epi-
II. Vol.
Fij thete
1384 MERCURE DE FRANCE
2
thete & d'amortir par un allongement
vicieux tout le feu de la Poëfie Grecque.
L'Autheur développe enfuite la route
qu'il a fuivie dans fa Traduction : il a eu
foin de l'enrichir de Notes curieuſes , &
de mettre à la tête de chaque Tragedie le
Sujet expliqué , autant qu'il peut l'être
& à la fin quelques Obfervations fur le
gout & le tour de chacune de ces Pieces.
*-
La feconde Partie de l'Ouvrage eft com- ·
pofée d'environ 50. Pieces Theatrales . I
yen a fept d'Efchile , autant de Sophocle
, dix- huit d'Euripide , & autant d'Ariftophane
; l'Auteur ne les a pas traduites
au long , par l'impoffibilité qu'il y a
d'y réüffir , par rapport au gout de notre
fiecle : il en donne les preuves dans fon
Projet imprimé : il y a fuppléé par des
Analyfes raifonnées , ou prefque tout eft
traduction & où aucun trait confiderable
- n'eft obmis : & pour rendre ces Analyfes
auffi curieufes qu'utiles , le P.Brumoy a cu
foin de recueillir , en paffant , des traits
d'Hiftoire , & des pensées de divers Poëtes
qui y avoient quelque conformité , &
d'y joindre des caracteres & des tours
imités exprès , ou par hazard .
Le Theatre de Seneque fournit encore
à notre Auteur de quoi enrichir fon Ouvrage
, parce que la plupart des Pieces
Latines que nous avons fous ce nom , font,
II. Vol. .
dit-il ,
JUIN. 1730. 1283
dit-il , tirées des Grecs. Ainfi il en fait la
confrontation avec les Pieces Grecques ;
& il avertit le Lecteur qu'on regrettera
fans doute le Theatre Romain du fiecle
d'Augufte , que le tems nous a envié . Il
fait remarquer en paffant , que Seneque
& Lucain ont été en partie l'origine du
Theatre François : il fait à ce fujet une
belle comparaifon qui n'eft pas au défa
vantage de nos Poëtes , & qu'on peut voir
dans le projet auquel nous renvoyons.
Il n'a pas manqué de faire remarquer
les imitations qu'en ont fait les Modernes
, afin de jetter plus de lumieres fur les
Originaux qu'on veut connoître.
Le P. Brumoy ajoûte à ces deux Parties
du Theatre une troifiéme , qui concerne
le Theatre comique : elle comprend un
long Difcours fur la Comedie Grecque ;
les onze Pieces d'Ariſtophane rangées fuivant
l'ordre de leurs dattes , & une con
clufion generale de tout l'Ouvrage . Le
fujet du Difcours eft la perfonne & les
Ouvrages d'Ariftophane , fes partifans &
fes critiques , un jugement fur les uns &
les autres , la Comedie Romaine , & d'autres
Curiofités utiles. "
L'Auteur y joint des Obfervations neceffaires
pour lire avec fruit ce qu'il donne
d'Ariftophane ; les faftes de la guerre
du Peloponese , à laquelle prefque toutes
II. Vol.
Fii
les
1386 MERCURE DE FRANCE
les Pieces ont rapport. Dans le détail des
Pieces, outre la Traduction de tout ce qui
peut être traduit , ifexplique tous les évenemens
Hiftoriques qui y conviennent
& qui regardent pour la plupart le Gouvernement
d'Athénes. Enfin l'Auteur
dans la conclufion de fon Ouvrage , examine
le Theatre dans fes commencemens,
dans fon progrès & dans les diverfes décadences:
ils'attache à donner une vraïe idée
du genie d'Ariftophane , & de faire voir
le tour de fes railleries , fes défauts & les
beautés de fes peintures allegoriques , fur
tout celles du Peuple Athénien : il continuë
ces mêmes Réflexions à l'égard des
trois autres Poëtes , & donne ainfi une
nouvelle efpece de Poëtique par les faits.
Le feul Projet de cet Ouvrage fait connoître
le gout fin & l'exactitude des recherches
de l'Auteur du Theatre des
Grecs.
On a orné l'Ouvrage d'un Frontifpice ,
de plufieurs Vignettes , & d'une Carte.
Le fond du Frontifpice eft un Theatre
d'Ordre Ionien . Le Genie François qui
préfide à la Scene , leve leur rideau ; &
l'on voit la Déeffe d'Athénes fur un nuage.
Elle montre à Melpomene & à Thalie
, caracterifées par leurs Symboles , &
plus encore par les noms de nos plus illuftres
Poëtes François , un Olivier , dont
II. Vol.
le
UIN. 1730. 1387
le Tronc eft revêtu en Trophée de Théatre
, & des branches duquel pendent quatre
Médaillons où font les noms des qua
tre Poëtes Athéniens . Les Latins ne font
pas oubliez dans un Rouleau , porté par
un Génie.Quantité
d'autres petits Génies,
dont les vols & les attitudes fe contra
ftent , contribuent à animer le Deffein.
On a mis au bas ces deux Vers de Boi
leau.
Des fuccès fortunez du Théatre Tragi
que ,
Dans Athénes nâquit la Comédie antique.
Les Vignettes repreſentent les plus frap?
pantes fituations des Tragédies aufquelles
on les
auffi variez les fujets .
rapporte.
que
Les ornemens en font
La Carte ne pouvant montrer aux
yeux toute la Grece , vû fa grandeur, n'en
fait voir qu'une partie , mais la plus effentielle
pour le Livre ,
le Livre , fur tout pour l'intelligence
d'Ariftophane.
On a gravé auffi quelques Monnoyes
les Athéniennes. Le tout a été fait par
plus habiles Maîtres.
Les Caracteres & les Papiers font les
mêmes que ceux du Projet imprimé.
Les Exemplaires, en grand papier , font
imprimez fur le plus beau Grand-Raiſin
d'Auvergne.
II. Vol. Fiiij Or
1588 MERCURE DE FRANCË.
On avertit enfin qu'on ne tirera qu'un'
tres petit nombre d'Exemplaires de cet
Ouvrage,
Et quoiqu'il foit d'une dépenfe confidérable
, les trois volumes in 4 ° . petit
papier , ne fe vendront que 20 livres en
feuilles , & 30 , en grand papier , à ceux
qui s'affureront des premiers Exemplaires
; ils auront outre cela l'avantage des
premieres épreuves des Figures & Vignettes.
On s'adreffera à Paris , aux Libraires
ci -deffus ; & dans les Provinces
chez les principaux Libraires.
2
L'Ouvrage entier paroîtra au mois
d'Octobre de cette année 1730. en trois
volumes in 49. avec Figures , chez Rollin
pere & fils , Quay des Auguftins , & chez
Coignard, fils , rue S.Jacques.
LE THEATRE DES GRECS , dont leR.P.
Brumoy Jefuite , qui en eft l'Auteur , a
donné par avance l'idée & le plan imprimé
C'eft un Ouvrage de goût , qui avoit
toujours manqué à la République des
Lettres . Quatre ou cinq Pieces , foit Tragiques
, foit Comiques , données féparément
par quelques Sçavans , n'en ont
donné qu'une legere idée. Il étoit donc
neceffaire de réunir tous les précieux
reftes que le tems nous a confervez pour en
II. Vol. F com1382
MERCURE DE FRANCE
"
compofer un corps vivant & animé , &
pour rebâtir le Theatre ancien fur fes propres
débris. C'eft ce que l'Auteur dit fort
modeftement avoir effayé de faire après
un travail de neufannées.
Il divife fon Ouvrage en trois Parties.
La premiere eft précedée de trois Difcours
également utiles aux Sçavans de
-Profeffion , & aux Gens d'efprit , & qui
rendent le refte de l'Ouvrage avantageux
aux uns & aux autres. Le premier Difcours
traite de la maniere de confiderer le
Theatre des Grecs. Le but du P. Brumoy.
eft de bien convaincre le Lecteur que dans
le Pays de l'Antiquité , il faut marcher
avec de grandes précautions , quand il
s'agit de prononcer fur des Ouvrages de
gout : S'il eft des regles pour les expofer,
il en eft auffi pour en juger. Le fecond
-Difcours préliminaire a pour Sujet l'origine
& l'accroiffement de la Tragedie
Grecque. Dans le troifiéme Difcours
l'Auteur fait voir l'étendue & les bornes
de la comparaiſon entre le Theatre antique
& le moderne , & difpofe l'efprit à
faire un parallele fans prévention & équitable
de l'un & de l'autre , en comparant
le caractere des Siecles & des Genies , des
Poëtes & des Spectateurs.
Après ce Difcours , l'Auteur entre dans
la premiere Partie de fon Ouvrage : Elle
II.Vol. 3. comprend
JUIN. 1730. 1383
comprend la Traduction entiere de fept
Tragedies , dont trois font de Sophocle
& quatre d'Euripide : il inftruit le Public
des raifons pour lefquelles il ne traduit
en entier aucune Piece d'Efchyle , le Pere
de la Tragedie. Quant à celles des deux
autres Poëtes , il n'a pas , dit- il , choiſi
les plus belles pour les traduire , mais
feulement celles qui lui ont paru avoir le
moins de ces manieres Grecques , fi capables
de nous choquer , à la reſerve de
celle d'Alceste , qu'il a traduite de deffein
formé , tout entiere : il rend raiſon de ce
qui l'a engagé à le faire.
Il explique enfuite fa penfée fur la Traduction
de ces Poëtes : & cette digreffion
fait voir la folidité du genie de l'Auteur ,
& combien il eft exact & judicieux. Défigurer
ces Pieces , dit-il , ce n'eft pas les
traduire ; c'eft là le défaut de la plûpart
des Traductions. Ce défaut vient de trois
caufes. La premiere eft une exactitude
fcrupuleuse à rendre mot pour mor le
Grec en François , & d'en fuivre les tours
dans la Traduction. La feconde confifte
à changer les expreffions reçûes dans le
bel ufage de l'antiquité en termes bas &
populaires , c'eſt une Parodie plutôt qu'u
ne Traduction. Le P. Brumoy reproche
cette malignité à M. Perrault. La troifié
me eft de rendre en François chaque Epi-
II. Vol.
Fij thete
1384 MERCURE DE FRANCE
2
thete & d'amortir par un allongement
vicieux tout le feu de la Poëfie Grecque.
L'Autheur développe enfuite la route
qu'il a fuivie dans fa Traduction : il a eu
foin de l'enrichir de Notes curieuſes , &
de mettre à la tête de chaque Tragedie le
Sujet expliqué , autant qu'il peut l'être
& à la fin quelques Obfervations fur le
gout & le tour de chacune de ces Pieces.
*-
La feconde Partie de l'Ouvrage eft com- ·
pofée d'environ 50. Pieces Theatrales . I
yen a fept d'Efchile , autant de Sophocle
, dix- huit d'Euripide , & autant d'Ariftophane
; l'Auteur ne les a pas traduites
au long , par l'impoffibilité qu'il y a
d'y réüffir , par rapport au gout de notre
fiecle : il en donne les preuves dans fon
Projet imprimé : il y a fuppléé par des
Analyfes raifonnées , ou prefque tout eft
traduction & où aucun trait confiderable
- n'eft obmis : & pour rendre ces Analyfes
auffi curieufes qu'utiles , le P.Brumoy a cu
foin de recueillir , en paffant , des traits
d'Hiftoire , & des pensées de divers Poëtes
qui y avoient quelque conformité , &
d'y joindre des caracteres & des tours
imités exprès , ou par hazard .
Le Theatre de Seneque fournit encore
à notre Auteur de quoi enrichir fon Ouvrage
, parce que la plupart des Pieces
Latines que nous avons fous ce nom , font,
II. Vol. .
dit-il ,
JUIN. 1730. 1283
dit-il , tirées des Grecs. Ainfi il en fait la
confrontation avec les Pieces Grecques ;
& il avertit le Lecteur qu'on regrettera
fans doute le Theatre Romain du fiecle
d'Augufte , que le tems nous a envié . Il
fait remarquer en paffant , que Seneque
& Lucain ont été en partie l'origine du
Theatre François : il fait à ce fujet une
belle comparaifon qui n'eft pas au défa
vantage de nos Poëtes , & qu'on peut voir
dans le projet auquel nous renvoyons.
Il n'a pas manqué de faire remarquer
les imitations qu'en ont fait les Modernes
, afin de jetter plus de lumieres fur les
Originaux qu'on veut connoître.
Le P. Brumoy ajoûte à ces deux Parties
du Theatre une troifiéme , qui concerne
le Theatre comique : elle comprend un
long Difcours fur la Comedie Grecque ;
les onze Pieces d'Ariſtophane rangées fuivant
l'ordre de leurs dattes , & une con
clufion generale de tout l'Ouvrage . Le
fujet du Difcours eft la perfonne & les
Ouvrages d'Ariftophane , fes partifans &
fes critiques , un jugement fur les uns &
les autres , la Comedie Romaine , & d'autres
Curiofités utiles. "
L'Auteur y joint des Obfervations neceffaires
pour lire avec fruit ce qu'il donne
d'Ariftophane ; les faftes de la guerre
du Peloponese , à laquelle prefque toutes
II. Vol.
Fii
les
1386 MERCURE DE FRANCE
les Pieces ont rapport. Dans le détail des
Pieces, outre la Traduction de tout ce qui
peut être traduit , ifexplique tous les évenemens
Hiftoriques qui y conviennent
& qui regardent pour la plupart le Gouvernement
d'Athénes. Enfin l'Auteur
dans la conclufion de fon Ouvrage , examine
le Theatre dans fes commencemens,
dans fon progrès & dans les diverfes décadences:
ils'attache à donner une vraïe idée
du genie d'Ariftophane , & de faire voir
le tour de fes railleries , fes défauts & les
beautés de fes peintures allegoriques , fur
tout celles du Peuple Athénien : il continuë
ces mêmes Réflexions à l'égard des
trois autres Poëtes , & donne ainfi une
nouvelle efpece de Poëtique par les faits.
Le feul Projet de cet Ouvrage fait connoître
le gout fin & l'exactitude des recherches
de l'Auteur du Theatre des
Grecs.
On a orné l'Ouvrage d'un Frontifpice ,
de plufieurs Vignettes , & d'une Carte.
Le fond du Frontifpice eft un Theatre
d'Ordre Ionien . Le Genie François qui
préfide à la Scene , leve leur rideau ; &
l'on voit la Déeffe d'Athénes fur un nuage.
Elle montre à Melpomene & à Thalie
, caracterifées par leurs Symboles , &
plus encore par les noms de nos plus illuftres
Poëtes François , un Olivier , dont
II. Vol.
le
UIN. 1730. 1387
le Tronc eft revêtu en Trophée de Théatre
, & des branches duquel pendent quatre
Médaillons où font les noms des qua
tre Poëtes Athéniens . Les Latins ne font
pas oubliez dans un Rouleau , porté par
un Génie.Quantité
d'autres petits Génies,
dont les vols & les attitudes fe contra
ftent , contribuent à animer le Deffein.
On a mis au bas ces deux Vers de Boi
leau.
Des fuccès fortunez du Théatre Tragi
que ,
Dans Athénes nâquit la Comédie antique.
Les Vignettes repreſentent les plus frap?
pantes fituations des Tragédies aufquelles
on les
auffi variez les fujets .
rapporte.
que
Les ornemens en font
La Carte ne pouvant montrer aux
yeux toute la Grece , vû fa grandeur, n'en
fait voir qu'une partie , mais la plus effentielle
pour le Livre ,
le Livre , fur tout pour l'intelligence
d'Ariftophane.
On a gravé auffi quelques Monnoyes
les Athéniennes. Le tout a été fait par
plus habiles Maîtres.
Les Caracteres & les Papiers font les
mêmes que ceux du Projet imprimé.
Les Exemplaires, en grand papier , font
imprimez fur le plus beau Grand-Raiſin
d'Auvergne.
II. Vol. Fiiij Or
1588 MERCURE DE FRANCË.
On avertit enfin qu'on ne tirera qu'un'
tres petit nombre d'Exemplaires de cet
Ouvrage,
Et quoiqu'il foit d'une dépenfe confidérable
, les trois volumes in 4 ° . petit
papier , ne fe vendront que 20 livres en
feuilles , & 30 , en grand papier , à ceux
qui s'affureront des premiers Exemplaires
; ils auront outre cela l'avantage des
premieres épreuves des Figures & Vignettes.
On s'adreffera à Paris , aux Libraires
ci -deffus ; & dans les Provinces
chez les principaux Libraires.
2
L'Ouvrage entier paroîtra au mois
d'Octobre de cette année 1730. en trois
volumes in 49. avec Figures , chez Rollin
pere & fils , Quay des Auguftins , & chez
Coignard, fils , rue S.Jacques.
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Résumé : Le Théatre des Grecs, &c. [titre d'après la table]
Le Père Brumoy, jésuite, annonce la publication prochaine de son ouvrage intitulé 'Le Théâtre des Grecs'. Ce livre, résultant de neuf années de travail, a pour objectif de rassembler les vestiges précieux du théâtre grec afin de reconstruire le théâtre ancien à partir de ses propres ruines. L'ouvrage est structuré en trois parties. La première partie, précédée de trois discours préliminaires, présente la traduction intégrale de sept tragédies, incluant trois de Sophocle et quatre d'Euripide. Le Père Brumoy justifie ses choix de traduction et critique les défauts des traductions existantes. La deuxième partie regroupe environ cinquante pièces théâtrales, parmi lesquelles des tragédies d'Eschyle, Sophocle, Euripide et des comédies d'Aristophane, analysées de manière raisonnée. La troisième partie se concentre sur le théâtre comique, avec un long discours sur la comédie grecque et les œuvres d'Aristophane. L'ouvrage est enrichi de notes curieuses, d'observations sur le goût et le style de chaque pièce, ainsi que de comparaisons avec le théâtre romain et français. Il est illustré d'un frontispice, de vignettes et d'une carte. Les exemplaires seront disponibles en octobre 1730 chez Rollin père et fils, ainsi que chez Coignard fils.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 1402-1427
Zemine & Almansor, Pieces Comiques, Extrait, / Vaudeville, [titre d'après la table]
Début :
Le 27. Juin, l'Opera Comique fit l'ouverture de son Theatre à la Foire [...]
Mots clefs :
Opéra comique, Foire Saint-Laurent, Comédie, Vaudeville, Vizir, Sagesse, Prince, Jardin, Amants, Amour, Vertu, Fille, Sagesse, Bonheur
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texteReconnaissance textuelle : Zemine & Almansor, Pieces Comiques, Extrait, / Vaudeville, [titre d'après la table]
Le 27. Juin , P'Opera Comique fir
l'ouverture de fon Theatre à la Foire
S. Laurent par une Piéce nouvelle en Vaudeville
, intitulée Zemine & Almanfor
fuivie des Routes du Monde ; ces deux
Piéces font précedées d'un Prologue qui a
pour titre L'Induftrie. Le tout orné de
Divertiffemens , de Danfes & c.
La Scene du Prologue fe paffe devant le
Palais de l'Industrie , dont la moitié du Bâtiment
paroît moitié gothique & moitié
II. Vol
moderne
JUIN. 1730. 1403
-
à
moderne. Pierrot & Jacot defcendent
dans un char. Jacot fe plaint de la voiture
, & dit qu'il n'aime pas à fe voir dans
un char volant neuf cens piés au deffus
des ornieres ; Je vois bien , lui répond
Pierrot , que tu ne te plais pas voyager
côte à côte des nuages. Cependant , mon cher
petit frere Jacot , puifque je t'aifait recevoir
depuis peu par mon crédit à l'Opera Comique,
ilfaut bien que tu te faffes à la fatigue ; car
vois- tu , nous devons effuyer les mêmes corvées
que les Divinités de l'Opera,
Sur l'Air , Ramonez ci &c.
Attachés à des ficelles ,
Il nous faut , volant comme elles ,
Mais avec moins de fracas ,
Ramoner ci , ramoner là , la , la , la ,
La Couliffe du haut en bas.
Jacot demande à fon frere quel eft le
Palais qui fe préfente à fes yeux , & dans
quel deffein un Enchanteur de leurs amis
vient de les y tranſporter ; Pierrot lui
répond que ce Palais , quoique délabré, eft
le féjour de la Nouveauté , dont ils ont
grand befoin pour leur Théatre , & tandis
qu'il reſte à la porte , il envoye Jacot
pour découvrir s'il n'en eft point quelqu'autre
qui foit ouverte. L'Antiquité fort
du Château , & parle Gaulois à Pierrot ,
II. Vol.
qui
1404 MERCURE DE FRANCE
qui rebuté de fon langage l'appelle radoteufe
: elle le frappe avec fa béquille , &
le laiffe là . Pierrot la pourfuit ; il eſt arrêté
par la Chronologie , qui lui reproche
le crime qu'il commet en ne refpectant
pas la venerable Antiquité . Pierrot lui
demande quel eft fon emploi ; la Chronologie
lui décline fon nom & fes titres.
Pierrot la. prie de lui donner des nouvelles
de la Nouveauté ; la Chronologie , loin
de lui répondre jufte , commence toutes
fes Phrafes par des Epoques , & veut l'entretenir
des Olimpiades de l'Egire de Mahomet
& autres dates celebres ; cela impatiente
Pierrot ; il la chaffe, & dit , l'Enchanteur
m'a joué d'un tour ; il me promet
de me transporter au Palais de la Nouveauté
... j'y trouve d'abord une vieille Decrépite
, & enfuite une faifeufe d'Almanachs.
Dans ce moment l'Industrie avance ; Pierrot
la prend pour la Nouveauté ; elle le
défabule , & lui dit que la Nouveauté eſt
morte depuis plus de quatre
mille ans
qu'elle n'en eft que la copie , que le Public
tombe quelquefois dans l'erreur fur
fon compte , & prend l'induftrie pour la
Nouveauté. Je renouvelle , ajoûte l'Induftrie
, non feulement les habits & les meubles,
mais je rajeunis les vieux Ouvrages d'efprit,
& chante fur l'Air , Robin turelure & c.
II. Vol. Dans
JUIN.
1405 1730.
· Dans un moderne morceau ,
Je joins par une coûture
De Terence un fin lambeau ...
Pierrot.
Ture lure.
Chacun voit la rentraiture .
L'Induftrie , ironiquement.
Robin , turelurelure.
Alors Pierrot lui expofe les befoins de
l'Opera Comique , qui manque de Piéces
nouvelles ; l'Induftrie lui préfente un
Drame intitulé Zemine & Almanfor , Sujet
tiré de l'Hiftoire de Tartarie , dont Bourfaut
a pris fon dénouement d'Ejope à la
Cour. Le Public n'a pas approuvé cette
reffemblance , quoique fondée fur une autorité
irrécufable , & cela , fans doute, par
ce qu'il a plus vu la Comédie d'Efope à
la Cour qu'il n'a lû l'Hiftoire de Tartarie.
Pierrot marque fon inquiétude à l'Induftrie
, qui lui réplique qu'il fait le Public
plus méchant qu'il n'eft , qu'il s'eft
bien accommodé de tous les Ocdipes &
de toutes les Mariannes qu'on lui a re
tournées de cent façons.
Lefecond Drame offert par l'Induftrie,
eft intitulé les Routes du Monde. Jacot
II. Vol. G IC
1406 MERCURE DE FRANCE
revient dans cet inftant , & excuſe ſon
retardement par le plaifir qu'il a eu à voir
repeter un Balet Comique ; l'Induſtrie
leur apprend que c'eft une Fête qu'on prépare
pour elle , & qu'ils peuvent voir.
Elle eft executée fur le champ par les Chevaliers
de l'Induſtrie , figurés par des
Zanis Italiens. Voici les paroles du Vaudeville
de ce Divertiffement.
VAUDEVILLE.
Dans les Jardins de l'Induſtrie
Phoebus & la Galanterie
S'en vont cueillant foir & matin , tin tin tin tią
Mais en vain leur adreffe trie , ho ho ho !
Ce n'eft jamais du fruit nouveau.
On voudroit connoître une Belle ,
A fon Epoux toujours fidelle ,
Et voir l'Epoux auffi conftant , tan tan tan
Un ménage de ce modele , ho ho ho
Ce feroit là du fruit nouveau.
Dès la bavetté on fonge à plaire ;
La fille en fçait plus que
fa mere ,
Qui pourtant jeune a coqueté , té té té ;
Et dans les Jardins de Cithere , ho ho ho !
On trouve peu de fruit nouveau.
I I. Vol. Un
JUIN. 1730.
1407
Un Cadet de race Gaſcone ,
Qui n'emprunte pas & qui donne ,
Et qui convient qu'on l'a battu , tu tu tu
Sur les Rives de la Garone , ho ho ho,
Ce feroit là du fruit nouveau.
Un Grand du mérite idolâtre ,
Géometre vif & folâtre ,
Actrice vouée à Yeſtá , ta ta ta ,
Par ma foi fur plus d'un Théatre , ho ho he
Ce ſeroit là du fruit nouveau.
Ce Prologue eft fuivi de Zemine & Al
manfor , en un Acte. La premiere Scene
fe paffe entre Pierrot , Confident d'Almanfor
, Vizir & fils de Timurcan , Roi
'd'Aſtracan , mais crû fils de l'Emir Abe
nazar , & Lira , Suivante de Zemine , fille
de l'Emir Abenazar , & cruë fille du Roi
Timurcan. Voici le premier Couplet que
chante Pierrot , fur l'Air , Chers amis , que
mon ame eft ravie :
Oüi , Lira , fi tu tiens ta promeffe ,
Par l'Hymen j'efpere que dans peu
Tu verras couronner notre feu ; a
Du Monarque enfin touché de leur tendreffe ,
Nos Amans ont obtenu l'aveu ;
Le Vizir mon Maître époufe la Princeffe ;
II. Vol.
Gij L'a
1408 MERCURE DE FRANCE
L'amitié du bon Roi d'Aftracan
L'éleve juſqu'au premier rang.
Lira répond à Pierrot que Zemine fa
Maitreffe ne craindra donc plus la prédiction
d'une Devinereffe qui lui a depuis
peu annoncé qu'elle alloit être mariée au
fils d'un Souverain. Pierrot applaudit au
bonheur de fon Maître , qui , quoique
jeune,le furpaffe en prudence & en valeur;
il n'oublie pas dans fon Eloge qu'il n'eft
pourtant pas de meilleure maifon que lui,
& qu'ils ont gardé enfemble les moutons.
Lira lui demande par quel hazard Almanfor
eft devenu fi grand Seigneur ; je vais
te le dire , répond Pierrot Un jour que
notre grand Roi Timurcan chaffoit autour
de chez nous , il rencontra le petit Almanfor
qui lifoit l'Hiftoire de Tartarie en faisant
paître fon troupeau , il s'amusa à caufer avec
lui ; il le trouva gentil , bien avifé , & le
prit en affection. Sur ces entrefaites mourut
Kalem , pere du jeune Berger , que Timurcan'
fit auffi-tôt venir à la Cour. Il le fit
élever en Prince , & l'envoya enfuite dans
fes Armées , où il fe diftingua bientôt. IL
joignit même dans peu de temps les talens
du Miniftere au mérite guerrier , & devint
Grand-Vizir par le fecours de fa . feule
vertu. L'année derniere , comme il revenoit
de la frontiere , il paſſa par notre Village
II. Vol.
aveg
JUIN. 1730 . 1409
3
avec une troupe degens de guerre ,
il
m'apperçut
dans la foule, & me dit : Eh ! te voilà,
mon pauvre Pierrot , approche , approche ...
il chante :
Je lui tirai ma reverence 2
Enfuite je lâchai ces mots :
Ces Moutons gaillards & difpos
Que mene là Votre Excellence ,
Ne fe laifferoient pas , je penfe
Manger la laine fur le dos.
,
Il rit de ce trait de malice qui lui rappelloit
fa premiere condition , & changea
la mienne , en m'emmenant avec lui. On
} débite , interrompt Lira s qu'il eft fort
defintereffe ; Pierrot lui avoue qu'il a eu
long tems cette opinion , mais qu'il en
eft defabuſe , depuis que déjeunant avec
Jacot , Secretaire du Prince Alinguer , il
a entendu Almanfor qui enfermé dans un
cabinet , faifoit cette exclamation : Air ,
L'autre jour ma Cloris.
O précieux Tréfor !
Si jamais dans fa courfe
On arrête Almanfor ,
Tu feras fa reffource ;
O Tréfor mes amours
Je t'aimerai toujours.
-II. Vol. Lira G iij
1410 MERCURE DE FRANCE
Lira conclud que le Vizir amaffe des remedes
contre la défaveur , & que l'on
agit prudemment dans l'incertitude de
fon fort : Oui , vraiment , répond Pierrot
, & chante fur l'Air : Adieu panier.
Quand on a rempli fes pochetes ,
Si l'on eft chaffé par malheur , -
En fuyant , on dit de bon coeur
Adieu panier , vendanges font faites.-
A ces mots , Zemine arrive éplorée , &
leur dit que la prophetie de la Devinereffe
va s'accomplir , que l'inconnu fixé
depuis peu à la Cour d'Aftracan vient de
lui déclarer fon amour , & de lui apprendre
en même tems qu'il étoit fils du Monarque
de la Ruffie : Helas , s'écrie - t'elle,
Alinguer eft fils d'un Roi puiſſant , Alman--
for fimple Sujet ne tiendra pas contre lui !
fur l'Air : Pour paſſer doucement la vie.
Il a le mérite en partage ;
Mais le mérite par malheur
Ne trouve pas fon avantage
A luter contre la Grandeur.
Lira apperçoit de loin Timurcan qui
fe promene ; Zemine va le joindre pour
le toucher en fa faveur ; Pierrot refte feul
avec Lira , & lui expofe la crainte que
II. Vol. fait
JUIN. 1730. 141
fait naître dans fon efprit le haut rang du
Rival de fon Maître . Il exige un aveu
décifif pour lui ; Lira en le flattant lui déclare
pourtant qu'elle prétend fuivre le
fort de Zemine. Jacot paroît , & contefte
avec Pierrot fur les amours d'Alinguer ;
il prétend que ce Prince époufera Zemine
, & que lui , en qualité de Secretaire ,
deviendra le mari de Lira ; elle les quitte
en leur déclarant qu'elle époufera celui
des deux dont le Maitre obtiendra fa
Maitreffe. Les deux confidens rivaux reftent
enfemble , & continuent leur dif
pute ; ils y mêlent des difcours fur la fortune
& le tréfor caché du Vizir , qui
font interrompus par l'arrivée du Roi &
du Prince Alinguer. Pierrot & Jacot fe
retirent. Alinguer demande Zemine en
mariage ; le Roi lui apprend qu'elle n'eft
pas heritiere de fon Royaume , qu'il a
un fils que des raifons politiques l'ont
empêché jufqu'ici de faire paroître ;
Alinguer répond en Amant genereux ,
qu'il n'exige point d'autre dot que la
perfonne de Zemine ; le Roi lui objecte fa
parole donnée au Vizir Almanfor , & fait
le Panegyrique de fes vertus. Alinguer
piqué , ofe le contredire , & lui dit que
ce Miniftre , dont il vante fi fort le défintéreffement,
a un tréfor confiderable qu'il
dérobe à fa connoiffance , & dont , fans
II. Vol.
Giiij doute
1412 MERCURE DE FRANCE
doute , il doit faire un ufage crimine!. H
jette de violens foupçons dans l'efprit de
Timurcan , & offre de lui produire un
témoin fidele qui le conduira à l'endroit
où font enfermées les richeffes fecretes
d'Almanfor. Le Roi ébranlé confent à
cette vifite , & fort avec le Prince de
Ruffie.
Le Théatre change , & repréfente une
Salle de la Maifon du Vizir , où l'on ne
voit rien qui ne foit d'une grande fimplicité
. Almanfor y eft avec Zemine , à
qui il exalte fon bonheur & fon amour ;
Pierot vient leur annoncer gayement l'arrivée
du Roi , qui va , dit- il , unir Almanfor
& la Princeffe , ce qui lui procu
rera l'avantage d'époufer Lira. Le Roi
entre furieux , & reproche au Vizir fon
prétendu tréfor ; Jacot arrive , & montre
à Timurcan le Cabinet où l'on doit le
trouver. On l'ouvre par ordre de Timurcan
, & l'on n'y trouve que la houlete
& l'habit que portoit Almanfor quand il
étoit Berger : Je les gardois , dit - il , pour
me rappeller ma naiſſance , & pour les reprendre
, Seigneur , fi vous m'ôtiez votre
faveur & c.
La vertu d'Almanfor ayant éclaté dans
fon plus grand jour , le Roi lui apprend
qu'il eft fon fils ; cette découverte favorable
pour la gloire d'Almanſor , attriſte
II. Vol. fon
JUIN 1730. 1413
fon amour ; Zemine qui reconnoît qu'il
eft fon frere , partage fa douleur , & fe
plaint avec refpect au Roi d'Aftracan de
ce qu'il a permis qu'elle aime le Prince
Almanfor. Timurcan termine leur trou
ble , & comble leur joye , en leur appre
nant qu'ils nneeffoonntt point unis par le fang,
&
que
Zemine
eft
fille
de l'Emir
Abena
zar. Almanfor
remercie
le Roi
de ces
heu
reux
éclairciffemens
, & chante
ce Cou
plet
:
Le grand Nom que je tiens de vous
Flatte l'amour qui me domine
Il me devient d'autant plus doux
Qu'il fait plus d'honneur à Zemine
Ah ! dit Zemine à Almanfor ::
Seigneur , de vos tranfports je juge par moimême
;
Vous avez herité de mon noble défir ;
Fille de Timurcan , quel étoit mon plaifir
D'élever mon Berger à la grandeur fuprême
Pierot obtient Eira , & chaffe Jacot . La
Piéce finit par une Fête champêtre , execurée
par les Habitans du Village où a été
élevé Almanfor..
La feconde Piéce , auffi d'un Acte , compofée
de Scenes détachées , eft allegorique
& morale , tant par les idées que par quel-
II Vol. ques
1414 MERCURE DE FRANCE
د
ques- uns de fes perfonages ; elle eft inti ,
tulée les Routes du monde. Le . Théatre re
préfente dans les aîles les Jardins d'Hebé,
& dans le fond trois Portiques qui commencent
les trois chemins que prennent
les hommes en fortant de la Jeuneffe. Le
Portique du milieu eft étroit , compofé de
Rochers couverts de ronces avec cette
Infcription : Le chemin de la Vertu . Le
fecond , à droite , plus large ( ainfi que le
troifiéme qui eft à gauche ) eft orné de
tous les fimboles des honneurs & des richeffes
, & a pour titre , Le chemin de la
Fortune. Le troifiéme , intitulé Le chemin
de la Volupté , paroît chargé des attributs
des Plaiſirs , du Jeu , de l'Amour &
de Bacchus. La Scene ouvre par Leandre,
conduit par le Tems.
Leandre , Air : Amis , fans regreter Pa--
ris &c.
O Saturne , Doyen des Dieux
Des Peres le moins tendre ...
O Tems , dites -moi dans quels lieux
Vous conduifez Leandre ?
Le Tems , Air : Contre mon gré je cheriss
Peau :
Je vais vous expliquer cela ;
Voyez ces trois Portiques là ,
Du monde ils commencent les routes
11. Vol. On
JUIN. 1415 1730.
On doit ( telle eft la loi du fort )
Paffer fous l'une de ces Voutes
Quand des Jardins d'Hebé l'on fort.
Leandre.
Depuis que je vis dans ces Jardins , je
n'avois point encore apperçû ces trois
Portiques .
Le Tems.
Je le crois bien ; vous ne pouviez les
voir fans moi .
Air : Quand le péril eft agréable .
Ici dans une Paix profonde ,-
Les Jeunes Gens font jour & nuit ;
C'eſt le Tems feul qui les conduit
Près des routes du monde.
Mais je ne leur fais pas toujours comme
à vous , l'honneur de me rendre viſible.
Leandre confiderant les Portiques.
Que ces Portiques là fe reffemblent peu!
Le Tems.
Les chemins aufquels ils conduifent
font encore plus differens.-
Leandre montrant le Portique de la Fertu,
Air: Fe fuis la fleur des garçons du Village.
II. Vol. G-vis Que
1416 MERCURE DE FRANCE
Que ce chemin me paroît effroyable !
Mes yeux en font épouvantés !
Le Tems.
I eft pourtant à la plus adorable.
De toutes les Divinités.
r
Leandre , Air Philis , en cherchant for
Amant.
Eh ! quelle eft donc la Déïté
Par qui peut être fréquenté
Ce paffage étroit , peu battu ,
Paf tout de ronces revêtu ?
Le Tems.
C'eft la Vertu .
La Vertu
Leandre étonné.
Le Tems , Air : Sois complaifant , & cà
De la vertu la demeure épouvante ,
De fon chemin l'entrée eft rebutante
Mais
La fortiè en eft brillante ; -
C'eft la Gloire & fon Palais.
Le Portique, à droite, enrichi d'or & de
pierreries ,mene au Temple de la Fortune;:
II. Val par
JUIN. 1730 1417
par cette Porte on voit paffer , Air : J'ai
fait fouvent réfoner ma Mufette.
Le Peuple altier , dangereux , formidable
Des Conquerans & des Agioteurs ;
Ces derniers - ci ( le fait eft incroyable )
Ont avec eux compté quelques Auteurs.
Leandre , Air : Voyelles anciennes.
Ce chemin ne me tente pas
Le Tems.
C'eft pourtant le plus magnifique .
Leandre montrant le Portique de la Volupté
Cet autre a pour moi plus d'appas .
Quel eft donc ce galand Portique ?
Le Tems
C'eft celui de la Volupté ;
Tous les plaifirs en font l'enſeigne
Des trois c'eſt le plus fréquenté ,
Quoique très -fouvent on s'en plaigne .
Leandre.
Je ne vois là que des violons , des ver
res , des bouteilles , des cartes & des dez :
Le Tems.
C'eft ce qui fait qu'on y met la preffe..
O
ça , nous allons 繄 nous féparer ; mais
II. Vol avant
1418 MERCURE DE FRANCE
avant que je vous quitte , il faut que je
vous donne un avis falutaire ; ayez grand
foin de fuir la Débauche qui rode fans
ceffe autour de ces Portiques ...
Leandre.
Oh ! la Débauche m'a toujours fait horreur
; elle ne me féduira pas.
Le Tems , Air : Baifez moi donc , me di
foit Blaife.
Vous êtes dans l'erreur , Leandre ;
Craignez de vous laiffer furprendre ;
Fuyez cette Sirene là ;
Déguifant fon effronterie ,
Devant vous elle paroîtra
Sous le nom de Galanterie.
Leandre.
Je fuis bien aile de fçavoir cela.-
Adieu .....
Le Tems..
Leandre le retenant.
Encore un moment .... Air : Il faut
que je file file.
Sur un point qui m'embaraffe
Je voudrois vous confulter
11.-Vol.-
JUIN
1730. 1419
Le Tems voulant toujours s'en aller.
Cela ne fe peut ....
Leandre l'arrêtant encore.
De
grace ››
Daignez encor m'écouter ...
Le Tems.
C'eft trop demeurer en place 5 .
Suis-je fait pour y refter ?
Le Tems toujours paffe paffe ,
Rien ne fçauroit l'arrêter.
On a donné cette Scene - ci entiere , patce
qu'on ne pouvoit gueres expofer plus
fuccinctement le fujet de la Piéce.Leandre
refté feul , delibere fur le chemin qu'il doit
choifir ; mais , dit- il , Air : Les filles de
Nanterre.
Suis- je donc à moi-même ,
Et Maître de mes voeux ?
On eft à ce qu'on aime
Quand on eft amoureux.
Oui , c'est à l'aimable Angelique à difpo
fer de mon fort ; allons la chercher , & prenons
enfemble des mefures pour fléchir fon
Tuteur qui s'oppose à notre hymen.
Dans le moment qu'il veut partir , il eſt
arrêté par la Débauche , qui fous le nom
1.1. Volg
det
1420 MERCURE DE FRANCE
de Galanterie s'efforce de l'attirer à elle ;
Leandre refifte à fes difcours fuborneurs,
& la quitte. Elle le fuit , voyant paroître
une mere coquette avec ſa fille , en diſant
qu'elle n'a que faire là . Araminte , mere
de Lolotte , eft fort parée : elle a du rouge,
des mouches , des fleurs & des diamans- :
fa fille eft en fimple grifette & en linge
uni. Araminte prêche Lolotte , & veut la
faire entrer dans le chemin de la Vertu ;
Lolotte y repugne , & fe deffend avec opi
niâtreté.
Araminte , Air Je ne fuis né ni Roi ni
Prince.
Votre coeur en fecret murmure
De n'avoir point une parure ,
A faire briller vos appas ;
Vous n'avez point de modeſtie .
Lolotte.
Eh ! pourquoi n'en aurois -je pas ?
Sans ceffe je vous étudie ?
Araminte , Air : Ma raifon s'en va beau
train .
1
Vous me repondez , je crois ...
Lolotte.
Je répons ce que je dois ;
N'ai - je pas raifon
II. Vol.
De
JUI N. 1730. 1421
De trouver fort bon
Ce qu'en vous je contemple
Araminte.
Oh ! ne fuivez que ma leçon ...
Lolotte..
Je fuivrai votre exemple , lon la
Je fuivrai votre exemple,
La conteftation d'Araminte & de Lolotte
finit par le parti que prend la mere d'être
la conductrice de fa fille dans la route des
plaifirs où elles entrent enſemble. La Debauche
reparoît , & dit : Je fçavois bien le
chemin que cette petite fille là prendroit.
Mais j'apperçois mes deux voifines. C'est
la Sageffe & la Richeffe qui fortent l'une
du Portique de la Vertu & l'autre de celui
de la Fortune , & s'efforcent de s'attirer des
Chalans. La bonne Marchandife que vous
criez là toutes deux , leur dit ironiquement.
la Sageffe, Air : Vous qui vous macquez par
vos ris.
Elle eft d'un fort bon acabit.
La Richeffe
Nous fçavons l'une & l'autre
Tout le bien que le monde dit
Déeffe , de la vôtre ...
II. Vol. ·LA
1422 MERCURE DE FRANCELa
Débauche.
Mais elle n'eft point de débit ,
Et nous vendons la nôtre.
Therefe , jeune perfonne bien élevée ,
refufe les offres de la Richeffe , refifte aux
attraits de la Débauche , & fuit la Sageffe
qui la conduit dans le chemin de la Vertu.
La voilà bien charmée de nous avoir enlevé
une petite fille , dit la Richeffe Bon , répond
la Débauche , nous lui en fouflons
bien d'autres. Un jeune heritier en grand
deuil & en pleureufes furvient : Dépensez,
lui crie la Débauche , amaffez , lui dit la
Richeffe , Air : Le Cotillon de Thalie.
A préfent Phomme në fçait plus
Compter les vertus
Que par les écus
Comme votre pere
Il faut faire ,
Toujours courir fus ,
Aux Jacobus ,
Aux Carolus.
A préfent l'homme ne fçait plus &c.
›
L'Heritier , tout bien confideré , fe livre
à la Débauche , fuivant la loüable
coûtume de bien des Mineurs. Guillot
Payfan , remplace l'Heritier ; mais comme
II. Vol.
il
JUIN. 1730 1423
il n'a rien , il dit qu'il veut commencer
fa carriere par le chemin de la Fortune.
Mais , lui dit la Débauche , Air : Attendez
moi fous l'Orme.
Mais la Richeffe exige"
Un travail dur & long ;
A cent foins elle oblige ..
La Richeffe.
Dans le Commerce , bon ,
La finance moins fouche
Procure un gain plus promt ;:
Un Créfus , fur fa couche ,
Croît comme un champignon .
La Débauche détermine la Richeffe à
favorifer promtement Guillot , & à le luf
remettre opulent ; Guillot toujours avide
de nouveaux dons , demande qu'on ajoûte
s'il fe peut , une promte nobleffe à fa
promte richeffe : on lui accorde fa Requête.
Ho ! ho ! dit-il , Air : Nos plaifirs
feront peu
durables.
Quan plaifi ! quan bone avanturé ,
Au mitan de ma parenté ,
Qu'eft jufqu'au cou dans la roture !!
Je frai tou feul de qualité..
Guillot , après une promeffe de vivre
très noblement dès qu'il feroit riche , &
II. Vol.
le
1424 MERCURE DE FRANCE
le feul Gentilhomme de fa famille , entre
vîte dans le Portique de la Fortune , guidé
par la Richeffe. La Débauche le fuit
un moment pour l'encourager encore
dans fes bons deffeins.
Angelique arrive avec fon Tuteur , qui
lui propofe trois maris contre fon inclination
. L'amour interrompt ce fâcheux
entretien , chaffe le Tuteur & confeille à
Angelique d'époufer Léandre qu'elle
aime. Mais vous n'y pensez pas , dit- elle
au petit Dieu ; ce mariage fait fans l'aven
de mon Tuteur, m'écarteroit du chemin de
la vertu. Vous n'y pense pas vous même
lui répond le fils de Venus , ce font les
triftes Mariages faits fans l'aveu de l'amour
qui écartent du chemin de la vertu. L'irré
folution d'Angelique eft vaincuë par
Léandre qui lui apporte le confentement
de fa famille pour leur Hymen. La Débauche
revient à la charge & s'oppose à
l'union légitime des deux Amans ; ils la
rebutent elle appelle à fon fecours les
Plaifirs libertins qui fortent par Troupesdes
Portiques de la Fortune & de la Vo
lupté. Ils danfent & font briller leurs
charmes dangereux aux yeux de Léandre
& d'Angelique. La Sageffe & les Plaifirs
innocens fortent par le Portique de la
Vertu. Les Plaifirs libertins étonnez , leur
;
II. Vol. cedent
JUIN. 1730. 1425
cedent le paffage qu'ils prétendoient leur
fermer.
La Sageffe , aux deux Amans.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs ;
Défiez- vous de vos défirs ;
Que devant la Raiſon ils gardent le filence.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs.
La Débauche , aux mêmes.
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire ,
Folâtrez , mocquez- vous dans le fein du repos ,
Des fecours de l'honneur , des Faveurs de la
gloire ,
Et de l'Exemple des Héros ;
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire,
L'Amour , aux mêmes .
Air : du Roy de Cocagne.
Gardez-vous d'écouter la Débauche
Qui porte un Mafque trompeur ;
Sur fes pas on prend toujours à gauche
Et l'on fuit le vrai bonheur.
Non , non , jamais il ne fut fon partage ;
Et lon , lan , la ,
Ce n'eft pas là ,
11. Vol. Qu'on
426 MERCURE DE FRANCE
Qu'on trouve cela ,
Craignez la fin du voyage.
La Sageffe.
Heureux qui fuit dès fa jeuneffe,
Du vice le Sentier battu
Et qui formé par la vertu ,
Se fait mener par la Sageffe !
Elle fçait le payer enfin
De la fatigué du chemin.
La Débauche.
;
N'écoutez pas la voix févere ;
Qui condamne l'amufement
Voulez- vous voiager gaiment ?
Que le plaifir feul vous éclaire.
Si vous fuivez ce Pelerin ,
Vous irez droit au bon chemin.
Lolotte.
Autrefois , dit -on , l'art de, plaire ,
Coutoit bien des foins & du temps ,
Et l'on mettoit douze ou quinze ans ,
Pour fe rendre au Port de Cithere ;
Mais à prefent on eft plus fin
On fcait accourcir le chemin .
La Sageffe.
Vous qui du Dieu de la Bouteille ,
II. Vel.
Suivez
JUI N. 1739. 1427
Suivez affidument les pas ,
Que vous vous plaindrez des appas
Qui vous amufent fous la Treille !
Lorfqu'on cherche toujours le vin
On trouve la Goutte en chemin.
La Débauche.
Maris , fi vous trouvez vos femmes
Tête à tête avec leurs Galans ,
N'allez pas faire les méchans ,
Et manquer de refpect aux Dames ;
Sans dire mot , d'un air benin ,
Paffez , paffez votre chemin.
La Sageffe , aux Spectateurs.
Meffieurs , nous avons pour vous plaire ‚ ·
Employé nos petits talens ,
Et
;
pour vous rendre plus conten's
Nous allons tâcher de mieux faire
De nos Jeux , puiffions nous demain ,
Vous voir reprendre le chemin.
Léandre & Angélique conduits par
'Amour & la Sageffe , entrent dans le
chemin de la Vertu ; la Débauche accompagnée
des plaifirs libertins , fe retire
fous les Portiques de la Fortune & de la
Volupté.
l'ouverture de fon Theatre à la Foire
S. Laurent par une Piéce nouvelle en Vaudeville
, intitulée Zemine & Almanfor
fuivie des Routes du Monde ; ces deux
Piéces font précedées d'un Prologue qui a
pour titre L'Induftrie. Le tout orné de
Divertiffemens , de Danfes & c.
La Scene du Prologue fe paffe devant le
Palais de l'Industrie , dont la moitié du Bâtiment
paroît moitié gothique & moitié
II. Vol
moderne
JUIN. 1730. 1403
-
à
moderne. Pierrot & Jacot defcendent
dans un char. Jacot fe plaint de la voiture
, & dit qu'il n'aime pas à fe voir dans
un char volant neuf cens piés au deffus
des ornieres ; Je vois bien , lui répond
Pierrot , que tu ne te plais pas voyager
côte à côte des nuages. Cependant , mon cher
petit frere Jacot , puifque je t'aifait recevoir
depuis peu par mon crédit à l'Opera Comique,
ilfaut bien que tu te faffes à la fatigue ; car
vois- tu , nous devons effuyer les mêmes corvées
que les Divinités de l'Opera,
Sur l'Air , Ramonez ci &c.
Attachés à des ficelles ,
Il nous faut , volant comme elles ,
Mais avec moins de fracas ,
Ramoner ci , ramoner là , la , la , la ,
La Couliffe du haut en bas.
Jacot demande à fon frere quel eft le
Palais qui fe préfente à fes yeux , & dans
quel deffein un Enchanteur de leurs amis
vient de les y tranſporter ; Pierrot lui
répond que ce Palais , quoique délabré, eft
le féjour de la Nouveauté , dont ils ont
grand befoin pour leur Théatre , & tandis
qu'il reſte à la porte , il envoye Jacot
pour découvrir s'il n'en eft point quelqu'autre
qui foit ouverte. L'Antiquité fort
du Château , & parle Gaulois à Pierrot ,
II. Vol.
qui
1404 MERCURE DE FRANCE
qui rebuté de fon langage l'appelle radoteufe
: elle le frappe avec fa béquille , &
le laiffe là . Pierrot la pourfuit ; il eſt arrêté
par la Chronologie , qui lui reproche
le crime qu'il commet en ne refpectant
pas la venerable Antiquité . Pierrot lui
demande quel eft fon emploi ; la Chronologie
lui décline fon nom & fes titres.
Pierrot la. prie de lui donner des nouvelles
de la Nouveauté ; la Chronologie , loin
de lui répondre jufte , commence toutes
fes Phrafes par des Epoques , & veut l'entretenir
des Olimpiades de l'Egire de Mahomet
& autres dates celebres ; cela impatiente
Pierrot ; il la chaffe, & dit , l'Enchanteur
m'a joué d'un tour ; il me promet
de me transporter au Palais de la Nouveauté
... j'y trouve d'abord une vieille Decrépite
, & enfuite une faifeufe d'Almanachs.
Dans ce moment l'Industrie avance ; Pierrot
la prend pour la Nouveauté ; elle le
défabule , & lui dit que la Nouveauté eſt
morte depuis plus de quatre
mille ans
qu'elle n'en eft que la copie , que le Public
tombe quelquefois dans l'erreur fur
fon compte , & prend l'induftrie pour la
Nouveauté. Je renouvelle , ajoûte l'Induftrie
, non feulement les habits & les meubles,
mais je rajeunis les vieux Ouvrages d'efprit,
& chante fur l'Air , Robin turelure & c.
II. Vol. Dans
JUIN.
1405 1730.
· Dans un moderne morceau ,
Je joins par une coûture
De Terence un fin lambeau ...
Pierrot.
Ture lure.
Chacun voit la rentraiture .
L'Induftrie , ironiquement.
Robin , turelurelure.
Alors Pierrot lui expofe les befoins de
l'Opera Comique , qui manque de Piéces
nouvelles ; l'Induftrie lui préfente un
Drame intitulé Zemine & Almanfor , Sujet
tiré de l'Hiftoire de Tartarie , dont Bourfaut
a pris fon dénouement d'Ejope à la
Cour. Le Public n'a pas approuvé cette
reffemblance , quoique fondée fur une autorité
irrécufable , & cela , fans doute, par
ce qu'il a plus vu la Comédie d'Efope à
la Cour qu'il n'a lû l'Hiftoire de Tartarie.
Pierrot marque fon inquiétude à l'Induftrie
, qui lui réplique qu'il fait le Public
plus méchant qu'il n'eft , qu'il s'eft
bien accommodé de tous les Ocdipes &
de toutes les Mariannes qu'on lui a re
tournées de cent façons.
Lefecond Drame offert par l'Induftrie,
eft intitulé les Routes du Monde. Jacot
II. Vol. G IC
1406 MERCURE DE FRANCE
revient dans cet inftant , & excuſe ſon
retardement par le plaifir qu'il a eu à voir
repeter un Balet Comique ; l'Induſtrie
leur apprend que c'eft une Fête qu'on prépare
pour elle , & qu'ils peuvent voir.
Elle eft executée fur le champ par les Chevaliers
de l'Induſtrie , figurés par des
Zanis Italiens. Voici les paroles du Vaudeville
de ce Divertiffement.
VAUDEVILLE.
Dans les Jardins de l'Induſtrie
Phoebus & la Galanterie
S'en vont cueillant foir & matin , tin tin tin tią
Mais en vain leur adreffe trie , ho ho ho !
Ce n'eft jamais du fruit nouveau.
On voudroit connoître une Belle ,
A fon Epoux toujours fidelle ,
Et voir l'Epoux auffi conftant , tan tan tan
Un ménage de ce modele , ho ho ho
Ce feroit là du fruit nouveau.
Dès la bavetté on fonge à plaire ;
La fille en fçait plus que
fa mere ,
Qui pourtant jeune a coqueté , té té té ;
Et dans les Jardins de Cithere , ho ho ho !
On trouve peu de fruit nouveau.
I I. Vol. Un
JUIN. 1730.
1407
Un Cadet de race Gaſcone ,
Qui n'emprunte pas & qui donne ,
Et qui convient qu'on l'a battu , tu tu tu
Sur les Rives de la Garone , ho ho ho,
Ce feroit là du fruit nouveau.
Un Grand du mérite idolâtre ,
Géometre vif & folâtre ,
Actrice vouée à Yeſtá , ta ta ta ,
Par ma foi fur plus d'un Théatre , ho ho he
Ce ſeroit là du fruit nouveau.
Ce Prologue eft fuivi de Zemine & Al
manfor , en un Acte. La premiere Scene
fe paffe entre Pierrot , Confident d'Almanfor
, Vizir & fils de Timurcan , Roi
'd'Aſtracan , mais crû fils de l'Emir Abe
nazar , & Lira , Suivante de Zemine , fille
de l'Emir Abenazar , & cruë fille du Roi
Timurcan. Voici le premier Couplet que
chante Pierrot , fur l'Air , Chers amis , que
mon ame eft ravie :
Oüi , Lira , fi tu tiens ta promeffe ,
Par l'Hymen j'efpere que dans peu
Tu verras couronner notre feu ; a
Du Monarque enfin touché de leur tendreffe ,
Nos Amans ont obtenu l'aveu ;
Le Vizir mon Maître époufe la Princeffe ;
II. Vol.
Gij L'a
1408 MERCURE DE FRANCE
L'amitié du bon Roi d'Aftracan
L'éleve juſqu'au premier rang.
Lira répond à Pierrot que Zemine fa
Maitreffe ne craindra donc plus la prédiction
d'une Devinereffe qui lui a depuis
peu annoncé qu'elle alloit être mariée au
fils d'un Souverain. Pierrot applaudit au
bonheur de fon Maître , qui , quoique
jeune,le furpaffe en prudence & en valeur;
il n'oublie pas dans fon Eloge qu'il n'eft
pourtant pas de meilleure maifon que lui,
& qu'ils ont gardé enfemble les moutons.
Lira lui demande par quel hazard Almanfor
eft devenu fi grand Seigneur ; je vais
te le dire , répond Pierrot Un jour que
notre grand Roi Timurcan chaffoit autour
de chez nous , il rencontra le petit Almanfor
qui lifoit l'Hiftoire de Tartarie en faisant
paître fon troupeau , il s'amusa à caufer avec
lui ; il le trouva gentil , bien avifé , & le
prit en affection. Sur ces entrefaites mourut
Kalem , pere du jeune Berger , que Timurcan'
fit auffi-tôt venir à la Cour. Il le fit
élever en Prince , & l'envoya enfuite dans
fes Armées , où il fe diftingua bientôt. IL
joignit même dans peu de temps les talens
du Miniftere au mérite guerrier , & devint
Grand-Vizir par le fecours de fa . feule
vertu. L'année derniere , comme il revenoit
de la frontiere , il paſſa par notre Village
II. Vol.
aveg
JUIN. 1730 . 1409
3
avec une troupe degens de guerre ,
il
m'apperçut
dans la foule, & me dit : Eh ! te voilà,
mon pauvre Pierrot , approche , approche ...
il chante :
Je lui tirai ma reverence 2
Enfuite je lâchai ces mots :
Ces Moutons gaillards & difpos
Que mene là Votre Excellence ,
Ne fe laifferoient pas , je penfe
Manger la laine fur le dos.
,
Il rit de ce trait de malice qui lui rappelloit
fa premiere condition , & changea
la mienne , en m'emmenant avec lui. On
} débite , interrompt Lira s qu'il eft fort
defintereffe ; Pierrot lui avoue qu'il a eu
long tems cette opinion , mais qu'il en
eft defabuſe , depuis que déjeunant avec
Jacot , Secretaire du Prince Alinguer , il
a entendu Almanfor qui enfermé dans un
cabinet , faifoit cette exclamation : Air ,
L'autre jour ma Cloris.
O précieux Tréfor !
Si jamais dans fa courfe
On arrête Almanfor ,
Tu feras fa reffource ;
O Tréfor mes amours
Je t'aimerai toujours.
-II. Vol. Lira G iij
1410 MERCURE DE FRANCE
Lira conclud que le Vizir amaffe des remedes
contre la défaveur , & que l'on
agit prudemment dans l'incertitude de
fon fort : Oui , vraiment , répond Pierrot
, & chante fur l'Air : Adieu panier.
Quand on a rempli fes pochetes ,
Si l'on eft chaffé par malheur , -
En fuyant , on dit de bon coeur
Adieu panier , vendanges font faites.-
A ces mots , Zemine arrive éplorée , &
leur dit que la prophetie de la Devinereffe
va s'accomplir , que l'inconnu fixé
depuis peu à la Cour d'Aftracan vient de
lui déclarer fon amour , & de lui apprendre
en même tems qu'il étoit fils du Monarque
de la Ruffie : Helas , s'écrie - t'elle,
Alinguer eft fils d'un Roi puiſſant , Alman--
for fimple Sujet ne tiendra pas contre lui !
fur l'Air : Pour paſſer doucement la vie.
Il a le mérite en partage ;
Mais le mérite par malheur
Ne trouve pas fon avantage
A luter contre la Grandeur.
Lira apperçoit de loin Timurcan qui
fe promene ; Zemine va le joindre pour
le toucher en fa faveur ; Pierrot refte feul
avec Lira , & lui expofe la crainte que
II. Vol. fait
JUIN. 1730. 141
fait naître dans fon efprit le haut rang du
Rival de fon Maître . Il exige un aveu
décifif pour lui ; Lira en le flattant lui déclare
pourtant qu'elle prétend fuivre le
fort de Zemine. Jacot paroît , & contefte
avec Pierrot fur les amours d'Alinguer ;
il prétend que ce Prince époufera Zemine
, & que lui , en qualité de Secretaire ,
deviendra le mari de Lira ; elle les quitte
en leur déclarant qu'elle époufera celui
des deux dont le Maitre obtiendra fa
Maitreffe. Les deux confidens rivaux reftent
enfemble , & continuent leur dif
pute ; ils y mêlent des difcours fur la fortune
& le tréfor caché du Vizir , qui
font interrompus par l'arrivée du Roi &
du Prince Alinguer. Pierrot & Jacot fe
retirent. Alinguer demande Zemine en
mariage ; le Roi lui apprend qu'elle n'eft
pas heritiere de fon Royaume , qu'il a
un fils que des raifons politiques l'ont
empêché jufqu'ici de faire paroître ;
Alinguer répond en Amant genereux ,
qu'il n'exige point d'autre dot que la
perfonne de Zemine ; le Roi lui objecte fa
parole donnée au Vizir Almanfor , & fait
le Panegyrique de fes vertus. Alinguer
piqué , ofe le contredire , & lui dit que
ce Miniftre , dont il vante fi fort le défintéreffement,
a un tréfor confiderable qu'il
dérobe à fa connoiffance , & dont , fans
II. Vol.
Giiij doute
1412 MERCURE DE FRANCE
doute , il doit faire un ufage crimine!. H
jette de violens foupçons dans l'efprit de
Timurcan , & offre de lui produire un
témoin fidele qui le conduira à l'endroit
où font enfermées les richeffes fecretes
d'Almanfor. Le Roi ébranlé confent à
cette vifite , & fort avec le Prince de
Ruffie.
Le Théatre change , & repréfente une
Salle de la Maifon du Vizir , où l'on ne
voit rien qui ne foit d'une grande fimplicité
. Almanfor y eft avec Zemine , à
qui il exalte fon bonheur & fon amour ;
Pierot vient leur annoncer gayement l'arrivée
du Roi , qui va , dit- il , unir Almanfor
& la Princeffe , ce qui lui procu
rera l'avantage d'époufer Lira. Le Roi
entre furieux , & reproche au Vizir fon
prétendu tréfor ; Jacot arrive , & montre
à Timurcan le Cabinet où l'on doit le
trouver. On l'ouvre par ordre de Timurcan
, & l'on n'y trouve que la houlete
& l'habit que portoit Almanfor quand il
étoit Berger : Je les gardois , dit - il , pour
me rappeller ma naiſſance , & pour les reprendre
, Seigneur , fi vous m'ôtiez votre
faveur & c.
La vertu d'Almanfor ayant éclaté dans
fon plus grand jour , le Roi lui apprend
qu'il eft fon fils ; cette découverte favorable
pour la gloire d'Almanſor , attriſte
II. Vol. fon
JUIN 1730. 1413
fon amour ; Zemine qui reconnoît qu'il
eft fon frere , partage fa douleur , & fe
plaint avec refpect au Roi d'Aftracan de
ce qu'il a permis qu'elle aime le Prince
Almanfor. Timurcan termine leur trou
ble , & comble leur joye , en leur appre
nant qu'ils nneeffoonntt point unis par le fang,
&
que
Zemine
eft
fille
de l'Emir
Abena
zar. Almanfor
remercie
le Roi
de ces
heu
reux
éclairciffemens
, & chante
ce Cou
plet
:
Le grand Nom que je tiens de vous
Flatte l'amour qui me domine
Il me devient d'autant plus doux
Qu'il fait plus d'honneur à Zemine
Ah ! dit Zemine à Almanfor ::
Seigneur , de vos tranfports je juge par moimême
;
Vous avez herité de mon noble défir ;
Fille de Timurcan , quel étoit mon plaifir
D'élever mon Berger à la grandeur fuprême
Pierot obtient Eira , & chaffe Jacot . La
Piéce finit par une Fête champêtre , execurée
par les Habitans du Village où a été
élevé Almanfor..
La feconde Piéce , auffi d'un Acte , compofée
de Scenes détachées , eft allegorique
& morale , tant par les idées que par quel-
II Vol. ques
1414 MERCURE DE FRANCE
د
ques- uns de fes perfonages ; elle eft inti ,
tulée les Routes du monde. Le . Théatre re
préfente dans les aîles les Jardins d'Hebé,
& dans le fond trois Portiques qui commencent
les trois chemins que prennent
les hommes en fortant de la Jeuneffe. Le
Portique du milieu eft étroit , compofé de
Rochers couverts de ronces avec cette
Infcription : Le chemin de la Vertu . Le
fecond , à droite , plus large ( ainfi que le
troifiéme qui eft à gauche ) eft orné de
tous les fimboles des honneurs & des richeffes
, & a pour titre , Le chemin de la
Fortune. Le troifiéme , intitulé Le chemin
de la Volupté , paroît chargé des attributs
des Plaiſirs , du Jeu , de l'Amour &
de Bacchus. La Scene ouvre par Leandre,
conduit par le Tems.
Leandre , Air : Amis , fans regreter Pa--
ris &c.
O Saturne , Doyen des Dieux
Des Peres le moins tendre ...
O Tems , dites -moi dans quels lieux
Vous conduifez Leandre ?
Le Tems , Air : Contre mon gré je cheriss
Peau :
Je vais vous expliquer cela ;
Voyez ces trois Portiques là ,
Du monde ils commencent les routes
11. Vol. On
JUIN. 1415 1730.
On doit ( telle eft la loi du fort )
Paffer fous l'une de ces Voutes
Quand des Jardins d'Hebé l'on fort.
Leandre.
Depuis que je vis dans ces Jardins , je
n'avois point encore apperçû ces trois
Portiques .
Le Tems.
Je le crois bien ; vous ne pouviez les
voir fans moi .
Air : Quand le péril eft agréable .
Ici dans une Paix profonde ,-
Les Jeunes Gens font jour & nuit ;
C'eſt le Tems feul qui les conduit
Près des routes du monde.
Mais je ne leur fais pas toujours comme
à vous , l'honneur de me rendre viſible.
Leandre confiderant les Portiques.
Que ces Portiques là fe reffemblent peu!
Le Tems.
Les chemins aufquels ils conduifent
font encore plus differens.-
Leandre montrant le Portique de la Fertu,
Air: Fe fuis la fleur des garçons du Village.
II. Vol. G-vis Que
1416 MERCURE DE FRANCE
Que ce chemin me paroît effroyable !
Mes yeux en font épouvantés !
Le Tems.
I eft pourtant à la plus adorable.
De toutes les Divinités.
r
Leandre , Air Philis , en cherchant for
Amant.
Eh ! quelle eft donc la Déïté
Par qui peut être fréquenté
Ce paffage étroit , peu battu ,
Paf tout de ronces revêtu ?
Le Tems.
C'eft la Vertu .
La Vertu
Leandre étonné.
Le Tems , Air : Sois complaifant , & cà
De la vertu la demeure épouvante ,
De fon chemin l'entrée eft rebutante
Mais
La fortiè en eft brillante ; -
C'eft la Gloire & fon Palais.
Le Portique, à droite, enrichi d'or & de
pierreries ,mene au Temple de la Fortune;:
II. Val par
JUIN. 1730 1417
par cette Porte on voit paffer , Air : J'ai
fait fouvent réfoner ma Mufette.
Le Peuple altier , dangereux , formidable
Des Conquerans & des Agioteurs ;
Ces derniers - ci ( le fait eft incroyable )
Ont avec eux compté quelques Auteurs.
Leandre , Air : Voyelles anciennes.
Ce chemin ne me tente pas
Le Tems.
C'eft pourtant le plus magnifique .
Leandre montrant le Portique de la Volupté
Cet autre a pour moi plus d'appas .
Quel eft donc ce galand Portique ?
Le Tems
C'eft celui de la Volupté ;
Tous les plaifirs en font l'enſeigne
Des trois c'eſt le plus fréquenté ,
Quoique très -fouvent on s'en plaigne .
Leandre.
Je ne vois là que des violons , des ver
res , des bouteilles , des cartes & des dez :
Le Tems.
C'eft ce qui fait qu'on y met la preffe..
O
ça , nous allons 繄 nous féparer ; mais
II. Vol avant
1418 MERCURE DE FRANCE
avant que je vous quitte , il faut que je
vous donne un avis falutaire ; ayez grand
foin de fuir la Débauche qui rode fans
ceffe autour de ces Portiques ...
Leandre.
Oh ! la Débauche m'a toujours fait horreur
; elle ne me féduira pas.
Le Tems , Air : Baifez moi donc , me di
foit Blaife.
Vous êtes dans l'erreur , Leandre ;
Craignez de vous laiffer furprendre ;
Fuyez cette Sirene là ;
Déguifant fon effronterie ,
Devant vous elle paroîtra
Sous le nom de Galanterie.
Leandre.
Je fuis bien aile de fçavoir cela.-
Adieu .....
Le Tems..
Leandre le retenant.
Encore un moment .... Air : Il faut
que je file file.
Sur un point qui m'embaraffe
Je voudrois vous confulter
11.-Vol.-
JUIN
1730. 1419
Le Tems voulant toujours s'en aller.
Cela ne fe peut ....
Leandre l'arrêtant encore.
De
grace ››
Daignez encor m'écouter ...
Le Tems.
C'eft trop demeurer en place 5 .
Suis-je fait pour y refter ?
Le Tems toujours paffe paffe ,
Rien ne fçauroit l'arrêter.
On a donné cette Scene - ci entiere , patce
qu'on ne pouvoit gueres expofer plus
fuccinctement le fujet de la Piéce.Leandre
refté feul , delibere fur le chemin qu'il doit
choifir ; mais , dit- il , Air : Les filles de
Nanterre.
Suis- je donc à moi-même ,
Et Maître de mes voeux ?
On eft à ce qu'on aime
Quand on eft amoureux.
Oui , c'est à l'aimable Angelique à difpo
fer de mon fort ; allons la chercher , & prenons
enfemble des mefures pour fléchir fon
Tuteur qui s'oppose à notre hymen.
Dans le moment qu'il veut partir , il eſt
arrêté par la Débauche , qui fous le nom
1.1. Volg
det
1420 MERCURE DE FRANCE
de Galanterie s'efforce de l'attirer à elle ;
Leandre refifte à fes difcours fuborneurs,
& la quitte. Elle le fuit , voyant paroître
une mere coquette avec ſa fille , en diſant
qu'elle n'a que faire là . Araminte , mere
de Lolotte , eft fort parée : elle a du rouge,
des mouches , des fleurs & des diamans- :
fa fille eft en fimple grifette & en linge
uni. Araminte prêche Lolotte , & veut la
faire entrer dans le chemin de la Vertu ;
Lolotte y repugne , & fe deffend avec opi
niâtreté.
Araminte , Air Je ne fuis né ni Roi ni
Prince.
Votre coeur en fecret murmure
De n'avoir point une parure ,
A faire briller vos appas ;
Vous n'avez point de modeſtie .
Lolotte.
Eh ! pourquoi n'en aurois -je pas ?
Sans ceffe je vous étudie ?
Araminte , Air : Ma raifon s'en va beau
train .
1
Vous me repondez , je crois ...
Lolotte.
Je répons ce que je dois ;
N'ai - je pas raifon
II. Vol.
De
JUI N. 1730. 1421
De trouver fort bon
Ce qu'en vous je contemple
Araminte.
Oh ! ne fuivez que ma leçon ...
Lolotte..
Je fuivrai votre exemple , lon la
Je fuivrai votre exemple,
La conteftation d'Araminte & de Lolotte
finit par le parti que prend la mere d'être
la conductrice de fa fille dans la route des
plaifirs où elles entrent enſemble. La Debauche
reparoît , & dit : Je fçavois bien le
chemin que cette petite fille là prendroit.
Mais j'apperçois mes deux voifines. C'est
la Sageffe & la Richeffe qui fortent l'une
du Portique de la Vertu & l'autre de celui
de la Fortune , & s'efforcent de s'attirer des
Chalans. La bonne Marchandife que vous
criez là toutes deux , leur dit ironiquement.
la Sageffe, Air : Vous qui vous macquez par
vos ris.
Elle eft d'un fort bon acabit.
La Richeffe
Nous fçavons l'une & l'autre
Tout le bien que le monde dit
Déeffe , de la vôtre ...
II. Vol. ·LA
1422 MERCURE DE FRANCELa
Débauche.
Mais elle n'eft point de débit ,
Et nous vendons la nôtre.
Therefe , jeune perfonne bien élevée ,
refufe les offres de la Richeffe , refifte aux
attraits de la Débauche , & fuit la Sageffe
qui la conduit dans le chemin de la Vertu.
La voilà bien charmée de nous avoir enlevé
une petite fille , dit la Richeffe Bon , répond
la Débauche , nous lui en fouflons
bien d'autres. Un jeune heritier en grand
deuil & en pleureufes furvient : Dépensez,
lui crie la Débauche , amaffez , lui dit la
Richeffe , Air : Le Cotillon de Thalie.
A préfent Phomme në fçait plus
Compter les vertus
Que par les écus
Comme votre pere
Il faut faire ,
Toujours courir fus ,
Aux Jacobus ,
Aux Carolus.
A préfent l'homme ne fçait plus &c.
›
L'Heritier , tout bien confideré , fe livre
à la Débauche , fuivant la loüable
coûtume de bien des Mineurs. Guillot
Payfan , remplace l'Heritier ; mais comme
II. Vol.
il
JUIN. 1730 1423
il n'a rien , il dit qu'il veut commencer
fa carriere par le chemin de la Fortune.
Mais , lui dit la Débauche , Air : Attendez
moi fous l'Orme.
Mais la Richeffe exige"
Un travail dur & long ;
A cent foins elle oblige ..
La Richeffe.
Dans le Commerce , bon ,
La finance moins fouche
Procure un gain plus promt ;:
Un Créfus , fur fa couche ,
Croît comme un champignon .
La Débauche détermine la Richeffe à
favorifer promtement Guillot , & à le luf
remettre opulent ; Guillot toujours avide
de nouveaux dons , demande qu'on ajoûte
s'il fe peut , une promte nobleffe à fa
promte richeffe : on lui accorde fa Requête.
Ho ! ho ! dit-il , Air : Nos plaifirs
feront peu
durables.
Quan plaifi ! quan bone avanturé ,
Au mitan de ma parenté ,
Qu'eft jufqu'au cou dans la roture !!
Je frai tou feul de qualité..
Guillot , après une promeffe de vivre
très noblement dès qu'il feroit riche , &
II. Vol.
le
1424 MERCURE DE FRANCE
le feul Gentilhomme de fa famille , entre
vîte dans le Portique de la Fortune , guidé
par la Richeffe. La Débauche le fuit
un moment pour l'encourager encore
dans fes bons deffeins.
Angelique arrive avec fon Tuteur , qui
lui propofe trois maris contre fon inclination
. L'amour interrompt ce fâcheux
entretien , chaffe le Tuteur & confeille à
Angelique d'époufer Léandre qu'elle
aime. Mais vous n'y pensez pas , dit- elle
au petit Dieu ; ce mariage fait fans l'aven
de mon Tuteur, m'écarteroit du chemin de
la vertu. Vous n'y pense pas vous même
lui répond le fils de Venus , ce font les
triftes Mariages faits fans l'aveu de l'amour
qui écartent du chemin de la vertu. L'irré
folution d'Angelique eft vaincuë par
Léandre qui lui apporte le confentement
de fa famille pour leur Hymen. La Débauche
revient à la charge & s'oppose à
l'union légitime des deux Amans ; ils la
rebutent elle appelle à fon fecours les
Plaifirs libertins qui fortent par Troupesdes
Portiques de la Fortune & de la Vo
lupté. Ils danfent & font briller leurs
charmes dangereux aux yeux de Léandre
& d'Angelique. La Sageffe & les Plaifirs
innocens fortent par le Portique de la
Vertu. Les Plaifirs libertins étonnez , leur
;
II. Vol. cedent
JUIN. 1730. 1425
cedent le paffage qu'ils prétendoient leur
fermer.
La Sageffe , aux deux Amans.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs ;
Défiez- vous de vos défirs ;
Que devant la Raiſon ils gardent le filence.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs.
La Débauche , aux mêmes.
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire ,
Folâtrez , mocquez- vous dans le fein du repos ,
Des fecours de l'honneur , des Faveurs de la
gloire ,
Et de l'Exemple des Héros ;
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire,
L'Amour , aux mêmes .
Air : du Roy de Cocagne.
Gardez-vous d'écouter la Débauche
Qui porte un Mafque trompeur ;
Sur fes pas on prend toujours à gauche
Et l'on fuit le vrai bonheur.
Non , non , jamais il ne fut fon partage ;
Et lon , lan , la ,
Ce n'eft pas là ,
11. Vol. Qu'on
426 MERCURE DE FRANCE
Qu'on trouve cela ,
Craignez la fin du voyage.
La Sageffe.
Heureux qui fuit dès fa jeuneffe,
Du vice le Sentier battu
Et qui formé par la vertu ,
Se fait mener par la Sageffe !
Elle fçait le payer enfin
De la fatigué du chemin.
La Débauche.
;
N'écoutez pas la voix févere ;
Qui condamne l'amufement
Voulez- vous voiager gaiment ?
Que le plaifir feul vous éclaire.
Si vous fuivez ce Pelerin ,
Vous irez droit au bon chemin.
Lolotte.
Autrefois , dit -on , l'art de, plaire ,
Coutoit bien des foins & du temps ,
Et l'on mettoit douze ou quinze ans ,
Pour fe rendre au Port de Cithere ;
Mais à prefent on eft plus fin
On fcait accourcir le chemin .
La Sageffe.
Vous qui du Dieu de la Bouteille ,
II. Vel.
Suivez
JUI N. 1739. 1427
Suivez affidument les pas ,
Que vous vous plaindrez des appas
Qui vous amufent fous la Treille !
Lorfqu'on cherche toujours le vin
On trouve la Goutte en chemin.
La Débauche.
Maris , fi vous trouvez vos femmes
Tête à tête avec leurs Galans ,
N'allez pas faire les méchans ,
Et manquer de refpect aux Dames ;
Sans dire mot , d'un air benin ,
Paffez , paffez votre chemin.
La Sageffe , aux Spectateurs.
Meffieurs , nous avons pour vous plaire ‚ ·
Employé nos petits talens ,
Et
;
pour vous rendre plus conten's
Nous allons tâcher de mieux faire
De nos Jeux , puiffions nous demain ,
Vous voir reprendre le chemin.
Léandre & Angélique conduits par
'Amour & la Sageffe , entrent dans le
chemin de la Vertu ; la Débauche accompagnée
des plaifirs libertins , fe retire
fous les Portiques de la Fortune & de la
Volupté.
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Résumé : Zemine & Almansor, Pieces Comiques, Extrait, / Vaudeville, [titre d'après la table]
Le 27 juin, l'Opéra Comique ouvre son théâtre à la Foire Saint-Laurent avec deux pièces en vaudeville : 'Zemine & Almanfor' et 'Les Routes du Monde'. Ces pièces sont précédées d'un prologue intitulé 'L'Industrie', orné de divertissements et de danses. La scène du prologue se déroule devant le Palais de l'Industrie, dont la moitié du bâtiment est gothique et l'autre moitié moderne. Pierrot et Jacot descendent dans un char, et Jacot exprime son inconfort face à la hauteur. Pierrot lui rappelle qu'ils doivent endurer les mêmes corvées que les divinités de l'Opéra. Pierrot et Jacot discutent ensuite du Palais de la Nouveauté, que Pierrot décrit comme le refuge de la nouveauté nécessaire à leur théâtre. Ils rencontrent l'Antiquité, qui parle gaulois et frappe Pierrot avec sa béquille. La Chronologie apparaît ensuite, reprochant à Pierrot de ne pas respecter l'Antiquité. Pierrot, impatient, la chasse et rencontre l'Industrie, qu'il prend d'abord pour la Nouveauté. L'Industrie explique qu'elle est la copie de la Nouveauté et présente deux drames : 'Zemine & Almanfor' et 'Les Routes du Monde'. Dans 'Zemine & Almanfor', Pierrot, confident d'Almanfor, et Lira, suivante de Zemine, discutent de leur bonheur imminent. Zemine arrive, inquiète de la prophétie d'une devineresse. Timurcan, le roi d'Astracan, révèle qu'Almanfor est son fils et que Zemine est la fille de l'Emir Abenazar. La pièce se termine par une fête champêtre. 'Les Routes du Monde' est une pièce allégorique et morale, composée de scènes détachées. Elle représente les jardins d'Hébé et trois portiques symbolisant les chemins que prennent les hommes en sortant de la jeunesse. Le premier portique, étroit et couvert de ronces, est dédié à la Vertu. Le second, orné de symboles de richesse et d'honneurs, est appelé 'Le chemin de la Fortune'. Le troisième, intitulé 'Le chemin de la Volupté', est associé aux plaisirs, au jeu, à l'amour et à Bacchus. Leandre, guidé par le Temps, exprime son aversion pour le chemin de la Vertu et son attirance pour celui de la Volupté. Le Temps lui explique les dangers de la Débauche, qui peut se déguiser en Galanterie. Leandre décide de chercher Angélique, qu'il aime, malgré l'opposition de son tuteur. La Débauche, déguisée en Galanterie, tente de séduire Leandre. Araminte, une mère coquette, essaie de convaincre sa fille Lolotte de suivre le chemin de la Vertu, mais échoue et finit par la conduire vers les plaisirs. La Sageffe et la Richeffe, représentant la vertu et la fortune, tentent d'attirer des followers. Thérèse, une jeune fille, refuse les offres de la Richeffe et suit la Sageffe. La Débauche et la Richeffe tentent ensuite de corrompre un jeune héritier et Guillot Payfan, ce dernier étant finalement conduit vers la fortune. Angélique, aimée de Leandre, est confrontée à un choix de mariage par son tuteur. L'Amour intervient pour les réunir, malgré l'opposition de la Débauche et des plaisirs libertins. La Sageffe et les plaisirs innocents finissent par chasser les plaisirs libertins, permettant à Leandre et Angélique de suivre le chemin de la Vertu. La pièce se termine par un appel à suivre l'innocence et à se méfier des désirs et des plaisirs trompeurs, soulignant l'importance de la vertu et de la sagesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 2482-2490
Le Prince de Noisi, Comedie nouvelle, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedi, 4 de ce mois, les Comédiens François donnerent la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Prince, Druide, Chasseur, Amour, Sang, Ennemi, Mort, Bonheur, Comédie, Comédiens-Français
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texteReconnaissance textuelle : Le Prince de Noisi, Comedie nouvelle, [titre d'après la table]
Le Samedi , 4 de ce mois , les Comé
diens François donnerent la premiere repréfentation
du Prince de Noyfi, Comédie
en Profe , en trois Actes , avec un Prologue
& trois Intermedes . Le Sr Dufrene &
les Dues Labat & Dangeville la jeune , y
jouent avec beaucoup d'aplaudiffemens
les principaux Rôles. Cette derniere eft
NOVEMBRE . 1730. 2483
en garçon, fous le nom de Poinçon , & la
fineffe de fon jeu , jointe aux agrémens &
à l'air charmant de fa perfonne , font admirer
fes heureux talens , dans un âge
fi peu avancé. Elle danfe un pas de
deux avec autant de jufteffe que de vivacité
avec la Dile Labat , dont on connoît
les graces & la nobleffe.
Voici l'Extrait de cette Piéce que nous
abregeons. Elle eft de M. d'Aiguebere ,
Auteur des Trois Spectacles.
Le Prologue n'a point d'autre objet
que le ridicule de certaines gens qui fut
le feul titre d'une Piéce prétendent en
juger fouverainement , ou qui fur la fimple
lecture de la Fable ou de l'Hiſtoire ou
le fujet a été pris , s'imaginent qu'on
n'en doit rien retrancher , non pas même
les abfurdités. Telle eft la Comteffe de
ce Prologue ; elle croit trouver dans la
Piéce du Prince de Noifi un coûteau
qui écrit de lui même des chiens d'argent
qui jappent & des ftatues qui gémiffent.
On y agite quelques autres
queftions ; un des Acteurs foûtient que
les Piéces d'agrément font préferables à
toutes les autres , & que le Milantrope
l'ennuye par la feule raifon qu'il n'y a
point de divertiffement. Le plus fenfé des
interlocuteurs eft un Commandeur qui
G vj la
2484 MERCURE DE FRANCE
fe mocquant de ceux qui jugent d'une
Piéce avant que de l'avoir vûë , prononce
ainfi fur le Prince de Noifi : Puiſque
vous le voulez , je vais vous fatisfaire , &
voici mon avis. Les Acteurs entrent fur le
Théatre : la Piéce va commencer ; allons tous
prendre nos places , & joindre notre jugement
à celui du Public.
Le Théatre repréſente au premier Acte
les Jardins du Chef des Druides ; on voit
au milieu la ſtatuë de Cleopain. Ce Chef
des Druides fait entendre à fa fille Alie
qu'il a enlevé à Merlin le glaive enchantéqu'il
déroba autrefois à la belle Philoclée;
que ce fer merveilleux , entr'autres vertus,
poffede celle d'écrire de lui- même tout
ce qu'on veut fçavoir par fon fecours , &
que l'ayant interrogé fur fon fort , il lui
a tracé fur le champ cette réponſe :
Si tu veux à ta fille affurer d'heureux jours ,
De Philoclée implore le fecours..
Le Druide ajoûte qu'il a envoyé confulter
Philoclée ; un Druide lui en vient
apporter cette réponſe :
Avant que pour la belle Alie-
Un Epoux foit choifi ,
Il faut pour affurer le bonheur de fa vie
Qu'on ait yerfé le fang du Prince de Noifi.
Cef
NOVEMBRE. 1730. 248 §
Çet Oracle allarme le Druide plus que
jamais. Le Prince de Noifi eft fils de Merlin
, fon plus redoutable Ennemi ; il jure
de ne rien oublier pour le faire périr . En
attendant cette mort qui doit préceder
l'hymen de fa fille , il l'exhorte à défendre
fon coeur de tout engagement ; il luf
parle d'un Géant qui eft capable de tout
entreprendre pour l'obtenir de gré ou de
force ; & comme le petit Poinçon , fils de
la Fée Melizande eft le plus vigilant des
tous les Génies , il le fait fortir du fein
de la ftatue où il étoit renfermé , & luf
commet la garde de la belle Alie.
Poinçon remercie le Chef des Druides.
de l'avoir tiré d'une prifon où il s'ennuyoit
; mais il trouve le nouvel emplor
qu'il lui donne beaucoup plus difficile
que le premier ; voici comme il s'explique
: Ce nouvel emploi eft bien different de
celui que vous m'ôtez : là je n'avois qu'une
Statue à garder , ici c'est une jeune Beaute
qui malgré fon petit air froid , me paroît
trés vivante & c.
Le Chef des Druides ſe retire. Poinçon
raille Alie fur l'indifference dont elle fait
profeffion , & qu'elle croit toujours gar
der. Une Sylphide vient prendre Alie
pour la conduire auprès de fes compagnes
qui l'attendent pour l'habiller . Poincon
demeure feul pour découvrir fi la
Pr
2486 MERCURE DE FRANCE
prétendue indifferente dont la garde lui
eft commife n'auroit point quelque Amant
fecret. Le Géant Moulineau fe préſente
le premier ; Poinçon le reçoit bien mal
& lui dit enfin Monfieur Moulineau ,
vous êtes trop hideux , trop brutal & trop
Géant pour ma charmante petite Maîtreffe :
pour moi ,je me mocque de tous les Moulineaux
du monde , & malgré votre air rebarbatif
& votre longue face ... Le Géant
veut écraser Poinçon ; mais ce petit gardien
fe rend invifible.
Le fecond Amant qui fe préfente eft
mieux reçû : c'eft le Prince de Noifi en
chaffeur ; il demande à Poinçon pour toute
grace , de lui permettre de voir un
moment la belle Alie qu'il a idolatrée au
moment qu'il l'a vûë pour la premiere
fois pourfuivant une biche. Poinçon fe
laiffe attendrir ; il dit au Prince de Noifi
qu'il ne tiendra qu'à lui de voir fa belle
Maitreffe à la Fête duGuy où elle doit danfer.
On vient celebrer cette Fête.
Alie & Poinçon commencent le fecond
Acte. Alie paroît fort rêveufe , ce qui fait
dire à Poinçon : vous verrez que le Chaffeur
n'a pointperdu fon tems . Alie laiffe échaper
un foupir : Fort bien , dit Poinçon , voilà
le mot qui dénoia la langue de l'Amour encore
au berceau. Alie lui difant qu'il a bien
vû comme elle a pris la fuite à l'approche
NOVEMBRE. 1730. 2487
che du Chaffeur , il lui répond ingénieu
fement : ma foi , ma chere Maîtreffe , voulez
vous que je vous parle franchement ?
femme qui fuit trop vite , ou qui s'arrête
trop long tems fait penfer la même chofe . Alie
avoue à Poinçon qu'elle n'eft pas infenfi- (
ble pour cet aimable Chaſſeur ; mais elle
ajoûte que fidelle à fa gloire , elle ne le
verra de fa vie. Elle fuit , le voyant approcher
; mais il l'arrête malgré toute fa
réfolution .
Alie après s'être long- tems 'deffendue
contre l'amour que le Chaffeur lui témoigne
, lui dit pour achever de lui ôter
toute efperance : Seigneur , car enfin puifque
vous ofez me déclarer votre amour , je
dois vous nommer ainsi , & vous êtes fans
doute d'une naiſſance illuftre , ceffez de'm'adreffer
un difcours que je ne puis entendre
& triomphez d'un amour qui ne peut que
vous être funefte & c. Un Oracle fatal m'a
défendu de prendre aucun engagement , que le
fang d'un ennemi de mon pere n'ait été versé,
& celui qui doit périr voit encore la lumière.
Le Chaffeur s'offre à immoler ce fatal
ennemi ; Alie lui nomme le Prince de
Noifi ; le Prince de Noifi , qui eft ce Chaf
feur même , veut s'immoler au bonheur
prétendu d'Alie : elle lui retient le bras
& lui fait connoître fon amour par ces
mots
2488 MERCURE DE FRANCE
mots qui lui échapent : mon amour vous
deffend de mourir & c. Cette fituation a
paru belle ; mais on auroit fouhaité qu'elle
eût été un peu plus filée &c ..
Le Chef des Druides vient annoncer
le Divertiffement de cet Acte qui ne
vient qu'à la fuite d'un Tournois qui fe
fait derriere le Théatre à la gloire d'Alie.
Nous paffons ici une feconde Scene de
Moulineau , qui ne rabat rien de fa pre..
miere férocité .
Au troifiéme Acte , le Druide feul réfléchit
fur la profonde mélancolie où la
fille lui paroît plongée depuis quelques
heures. Poinçon parle en termes équivoques
au Druide qui s'en va plus tranquille
qu'il n'eft venu.
Poinçon
dit à part foi qu'il n'a rien à
fe reprocher
dans tout ce qu'il vient de dire au Pere d'Alie
, & que s'il a pris les chofes
dans un fens contraire
, il ne doit
s'en prendre
qu'à fon peu de pénétration
.
Alie vient témoigner la peine que lui
cauſe l'absence du Prince de Noil ; elle
n'attribuë fon éloignement qu'à fon inconftance
ou à fa mort ; Poinçon la raffure
; mais fon Pere vient la frapper d'un
coup mortel en lui apprenant que le
Prince de Noifi , leur implacable ennemi
vient d'être bleffé mortellement au Tour
,
nois
NOVEMBRE. 1730. 2489
:
mois : Alie à cette funefte nouvelle ne peut
plus retenir fes regrets , ni renfermer fon
amour. Le Druide frappé de la douleur
de fa Fille , & de la funefte réfolution
qu'elle prend de ne point furvivre à la
perte d'un fi parfait Amant , accuſe l'Oracle
de l'avoir trompé, quand il lui a fait
entendre que le bonheur de fa fille dépendoit
de répandre le fang du Prince de
Noifi ; mais fa douleur eft bientôt changée
en joye par l'arrivée de Philoclée „ qui
fui parle ainfi Souverain Chef des Druides
, vos redoutables cris font parvenus jufqu'à
moi : mon Oracle ne vous a point trompé
; il demandoit le fang du Prince de Noifi,
ce genéreux Amant vient d'y fatisfaire dans
le Tournois , & fi vous le voulez le refte va
s'accomplir ; uniffez Alie à ce Prince que
le Ciel lui deftine , & que je viens d'arracher
des bras de la mort . Elle ajoûte qu'à
peine ce Prince a - t'il été gueri de fes bleffures,
qu'il eft allé combatre le Géant Moulineau
qui venoit affieger ce Palais. Le
Prince de Noifi revient victorieux du
Géant , & fon hymen avec la belle Alic
fe conclud. On vient célébrer ce grand
jour , & la Piéce finit par cette troifiéme
Fête. Voici un Couplet de chacun des
trois Divertiffemens..
2490 MERCURE DE FRANCE
Une
Bergere.
Epris d'une flamme nouvelle
Mon Berger évite mes yeux ;
J'éprouve une peine mortelle ,
Don précieux ,
Ramene l'infidelle ,
Et tu combleras tous mes veux.
Un Chevalier.
"
Que fert d'obtenir l'honneur
Du prix qu'on donne au courage ,
Si l'objet qui nous engage ,
Loin d'approuver notre ardeur ,
Nomme un autre Vainqueur.
Poinçon au Parterre.
Un Auteur qui cherche à vous plaire ,
De mille foins eſt tourmenté ;
Le goût éclairé du Partère
Sans ceffe le tient agité ;
Mais il ne faut qu'un doux moment
Pour finir fon tourment .
diens François donnerent la premiere repréfentation
du Prince de Noyfi, Comédie
en Profe , en trois Actes , avec un Prologue
& trois Intermedes . Le Sr Dufrene &
les Dues Labat & Dangeville la jeune , y
jouent avec beaucoup d'aplaudiffemens
les principaux Rôles. Cette derniere eft
NOVEMBRE . 1730. 2483
en garçon, fous le nom de Poinçon , & la
fineffe de fon jeu , jointe aux agrémens &
à l'air charmant de fa perfonne , font admirer
fes heureux talens , dans un âge
fi peu avancé. Elle danfe un pas de
deux avec autant de jufteffe que de vivacité
avec la Dile Labat , dont on connoît
les graces & la nobleffe.
Voici l'Extrait de cette Piéce que nous
abregeons. Elle eft de M. d'Aiguebere ,
Auteur des Trois Spectacles.
Le Prologue n'a point d'autre objet
que le ridicule de certaines gens qui fut
le feul titre d'une Piéce prétendent en
juger fouverainement , ou qui fur la fimple
lecture de la Fable ou de l'Hiſtoire ou
le fujet a été pris , s'imaginent qu'on
n'en doit rien retrancher , non pas même
les abfurdités. Telle eft la Comteffe de
ce Prologue ; elle croit trouver dans la
Piéce du Prince de Noifi un coûteau
qui écrit de lui même des chiens d'argent
qui jappent & des ftatues qui gémiffent.
On y agite quelques autres
queftions ; un des Acteurs foûtient que
les Piéces d'agrément font préferables à
toutes les autres , & que le Milantrope
l'ennuye par la feule raifon qu'il n'y a
point de divertiffement. Le plus fenfé des
interlocuteurs eft un Commandeur qui
G vj la
2484 MERCURE DE FRANCE
fe mocquant de ceux qui jugent d'une
Piéce avant que de l'avoir vûë , prononce
ainfi fur le Prince de Noifi : Puiſque
vous le voulez , je vais vous fatisfaire , &
voici mon avis. Les Acteurs entrent fur le
Théatre : la Piéce va commencer ; allons tous
prendre nos places , & joindre notre jugement
à celui du Public.
Le Théatre repréſente au premier Acte
les Jardins du Chef des Druides ; on voit
au milieu la ſtatuë de Cleopain. Ce Chef
des Druides fait entendre à fa fille Alie
qu'il a enlevé à Merlin le glaive enchantéqu'il
déroba autrefois à la belle Philoclée;
que ce fer merveilleux , entr'autres vertus,
poffede celle d'écrire de lui- même tout
ce qu'on veut fçavoir par fon fecours , &
que l'ayant interrogé fur fon fort , il lui
a tracé fur le champ cette réponſe :
Si tu veux à ta fille affurer d'heureux jours ,
De Philoclée implore le fecours..
Le Druide ajoûte qu'il a envoyé confulter
Philoclée ; un Druide lui en vient
apporter cette réponſe :
Avant que pour la belle Alie-
Un Epoux foit choifi ,
Il faut pour affurer le bonheur de fa vie
Qu'on ait yerfé le fang du Prince de Noifi.
Cef
NOVEMBRE. 1730. 248 §
Çet Oracle allarme le Druide plus que
jamais. Le Prince de Noifi eft fils de Merlin
, fon plus redoutable Ennemi ; il jure
de ne rien oublier pour le faire périr . En
attendant cette mort qui doit préceder
l'hymen de fa fille , il l'exhorte à défendre
fon coeur de tout engagement ; il luf
parle d'un Géant qui eft capable de tout
entreprendre pour l'obtenir de gré ou de
force ; & comme le petit Poinçon , fils de
la Fée Melizande eft le plus vigilant des
tous les Génies , il le fait fortir du fein
de la ftatue où il étoit renfermé , & luf
commet la garde de la belle Alie.
Poinçon remercie le Chef des Druides.
de l'avoir tiré d'une prifon où il s'ennuyoit
; mais il trouve le nouvel emplor
qu'il lui donne beaucoup plus difficile
que le premier ; voici comme il s'explique
: Ce nouvel emploi eft bien different de
celui que vous m'ôtez : là je n'avois qu'une
Statue à garder , ici c'est une jeune Beaute
qui malgré fon petit air froid , me paroît
trés vivante & c.
Le Chef des Druides ſe retire. Poinçon
raille Alie fur l'indifference dont elle fait
profeffion , & qu'elle croit toujours gar
der. Une Sylphide vient prendre Alie
pour la conduire auprès de fes compagnes
qui l'attendent pour l'habiller . Poincon
demeure feul pour découvrir fi la
Pr
2486 MERCURE DE FRANCE
prétendue indifferente dont la garde lui
eft commife n'auroit point quelque Amant
fecret. Le Géant Moulineau fe préſente
le premier ; Poinçon le reçoit bien mal
& lui dit enfin Monfieur Moulineau ,
vous êtes trop hideux , trop brutal & trop
Géant pour ma charmante petite Maîtreffe :
pour moi ,je me mocque de tous les Moulineaux
du monde , & malgré votre air rebarbatif
& votre longue face ... Le Géant
veut écraser Poinçon ; mais ce petit gardien
fe rend invifible.
Le fecond Amant qui fe préfente eft
mieux reçû : c'eft le Prince de Noifi en
chaffeur ; il demande à Poinçon pour toute
grace , de lui permettre de voir un
moment la belle Alie qu'il a idolatrée au
moment qu'il l'a vûë pour la premiere
fois pourfuivant une biche. Poinçon fe
laiffe attendrir ; il dit au Prince de Noifi
qu'il ne tiendra qu'à lui de voir fa belle
Maitreffe à la Fête duGuy où elle doit danfer.
On vient celebrer cette Fête.
Alie & Poinçon commencent le fecond
Acte. Alie paroît fort rêveufe , ce qui fait
dire à Poinçon : vous verrez que le Chaffeur
n'a pointperdu fon tems . Alie laiffe échaper
un foupir : Fort bien , dit Poinçon , voilà
le mot qui dénoia la langue de l'Amour encore
au berceau. Alie lui difant qu'il a bien
vû comme elle a pris la fuite à l'approche
NOVEMBRE. 1730. 2487
che du Chaffeur , il lui répond ingénieu
fement : ma foi , ma chere Maîtreffe , voulez
vous que je vous parle franchement ?
femme qui fuit trop vite , ou qui s'arrête
trop long tems fait penfer la même chofe . Alie
avoue à Poinçon qu'elle n'eft pas infenfi- (
ble pour cet aimable Chaſſeur ; mais elle
ajoûte que fidelle à fa gloire , elle ne le
verra de fa vie. Elle fuit , le voyant approcher
; mais il l'arrête malgré toute fa
réfolution .
Alie après s'être long- tems 'deffendue
contre l'amour que le Chaffeur lui témoigne
, lui dit pour achever de lui ôter
toute efperance : Seigneur , car enfin puifque
vous ofez me déclarer votre amour , je
dois vous nommer ainsi , & vous êtes fans
doute d'une naiſſance illuftre , ceffez de'm'adreffer
un difcours que je ne puis entendre
& triomphez d'un amour qui ne peut que
vous être funefte & c. Un Oracle fatal m'a
défendu de prendre aucun engagement , que le
fang d'un ennemi de mon pere n'ait été versé,
& celui qui doit périr voit encore la lumière.
Le Chaffeur s'offre à immoler ce fatal
ennemi ; Alie lui nomme le Prince de
Noifi ; le Prince de Noifi , qui eft ce Chaf
feur même , veut s'immoler au bonheur
prétendu d'Alie : elle lui retient le bras
& lui fait connoître fon amour par ces
mots
2488 MERCURE DE FRANCE
mots qui lui échapent : mon amour vous
deffend de mourir & c. Cette fituation a
paru belle ; mais on auroit fouhaité qu'elle
eût été un peu plus filée &c ..
Le Chef des Druides vient annoncer
le Divertiffement de cet Acte qui ne
vient qu'à la fuite d'un Tournois qui fe
fait derriere le Théatre à la gloire d'Alie.
Nous paffons ici une feconde Scene de
Moulineau , qui ne rabat rien de fa pre..
miere férocité .
Au troifiéme Acte , le Druide feul réfléchit
fur la profonde mélancolie où la
fille lui paroît plongée depuis quelques
heures. Poinçon parle en termes équivoques
au Druide qui s'en va plus tranquille
qu'il n'eft venu.
Poinçon
dit à part foi qu'il n'a rien à
fe reprocher
dans tout ce qu'il vient de dire au Pere d'Alie
, & que s'il a pris les chofes
dans un fens contraire
, il ne doit
s'en prendre
qu'à fon peu de pénétration
.
Alie vient témoigner la peine que lui
cauſe l'absence du Prince de Noil ; elle
n'attribuë fon éloignement qu'à fon inconftance
ou à fa mort ; Poinçon la raffure
; mais fon Pere vient la frapper d'un
coup mortel en lui apprenant que le
Prince de Noifi , leur implacable ennemi
vient d'être bleffé mortellement au Tour
,
nois
NOVEMBRE. 1730. 2489
:
mois : Alie à cette funefte nouvelle ne peut
plus retenir fes regrets , ni renfermer fon
amour. Le Druide frappé de la douleur
de fa Fille , & de la funefte réfolution
qu'elle prend de ne point furvivre à la
perte d'un fi parfait Amant , accuſe l'Oracle
de l'avoir trompé, quand il lui a fait
entendre que le bonheur de fa fille dépendoit
de répandre le fang du Prince de
Noifi ; mais fa douleur eft bientôt changée
en joye par l'arrivée de Philoclée „ qui
fui parle ainfi Souverain Chef des Druides
, vos redoutables cris font parvenus jufqu'à
moi : mon Oracle ne vous a point trompé
; il demandoit le fang du Prince de Noifi,
ce genéreux Amant vient d'y fatisfaire dans
le Tournois , & fi vous le voulez le refte va
s'accomplir ; uniffez Alie à ce Prince que
le Ciel lui deftine , & que je viens d'arracher
des bras de la mort . Elle ajoûte qu'à
peine ce Prince a - t'il été gueri de fes bleffures,
qu'il eft allé combatre le Géant Moulineau
qui venoit affieger ce Palais. Le
Prince de Noifi revient victorieux du
Géant , & fon hymen avec la belle Alic
fe conclud. On vient célébrer ce grand
jour , & la Piéce finit par cette troifiéme
Fête. Voici un Couplet de chacun des
trois Divertiffemens..
2490 MERCURE DE FRANCE
Une
Bergere.
Epris d'une flamme nouvelle
Mon Berger évite mes yeux ;
J'éprouve une peine mortelle ,
Don précieux ,
Ramene l'infidelle ,
Et tu combleras tous mes veux.
Un Chevalier.
"
Que fert d'obtenir l'honneur
Du prix qu'on donne au courage ,
Si l'objet qui nous engage ,
Loin d'approuver notre ardeur ,
Nomme un autre Vainqueur.
Poinçon au Parterre.
Un Auteur qui cherche à vous plaire ,
De mille foins eſt tourmenté ;
Le goût éclairé du Partère
Sans ceffe le tient agité ;
Mais il ne faut qu'un doux moment
Pour finir fon tourment .
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Résumé : Le Prince de Noisi, Comedie nouvelle, [titre d'après la table]
Le 4 novembre 1730, les Comédiens Français ont présenté pour la première fois 'Le Prince de Noifi', une comédie en prose en trois actes avec un prologue et trois intermèdes. Les rôles principaux étaient interprétés par le Sieur Dufrene, les Dames Labat et Dangeville la jeune, cette dernière jouant un rôle masculin sous le nom de Poinçon. Sa performance, alliée à son charme et à sa vivacité, a été acclamée. La pièce, écrite par M. d'Aiguebere, critique les jugements hâtifs sur les œuvres théâtrales. Le prologue se moque de ceux qui prétendent juger une pièce sans l'avoir vue ou qui s'imaginent qu'il ne faut rien retrancher, même les absurdités. L'intrigue se déroule dans les jardins du chef des Druides, où une statue de Cléopâtre est présente. Le Druide révèle à sa fille Alie qu'il a volé un glaive enchanté à Merlin, capable d'écrire des réponses. Un oracle prédit que le bonheur d'Alie dépend de la mort du Prince de Noifi, fils de Merlin. Le Druide décide de protéger Alie en la confiant à Poinçon, un génie vigilant. Plusieurs personnages tentent de séduire Alie, notamment le Géant Moulineau et le Prince de Noifi déguisé en chasseur. Alie, malgré ses résistances, finit par avouer son amour pour le Prince. Après un tournoi, le Prince est blessé mais survit, tue le Géant et épouse Alie. La pièce se conclut par une fête célébrant leur union.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 2492-2494
Le Triomphe de l'Interêt, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 8. de ce mois, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie, Théâtre
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texteReconnaissance textuelle : Le Triomphe de l'Interêt, Extrait, [titre d'après la table]
Le 8. de ce mois , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréfentation d'une Comédie
nouvelle en Vers libres , en un Acte , avec quelques
Vaudevilles & un Divertiffement de M. Mouret
, intitulée , Le Triomphe de l'interêt. Le
fonds de la Piéce confifte en ceci : l'Interêt ,
qu'on perfonifie , s'applaudit en préſence de Mereure
du crédit & du pouvoir qu'il a en France.
Mercure lui apprend que l'Honneur ,ſon ennemi
irréconciliable , fe prépare à l'attaquer , & qu'il
a réfolu de lui faire une vive guerre. L'Interêt
frappé de cette nouvelle , fort à l'inftant pour raf
fembler toutes fes troupes & fe mettre en état.
de repouffer les efforts de fon ennemi. Maïs
auparavant il prie Mercure de vouloir bien donner
audiance en fa place à tous ceux qui viendront
dans fon Palais pour le confulter ou lui
demander quelque grace. La premiere perfonne
qui paroît eft Fanchon , Grifette qui n'a rien ,
petite brune qui veut faire fortune ; elle demande
à Mercure un protecteur qui lui aide à
débuter fur la Scene Françoife. M. Jacquin , riche
Caiffier , ſe préfente ; & comme il aime beau--
coup , le chant , il détermine Fanchon pour le
Théatre de l'Opera , & lui donne auffi tôt des
diamans pour la parer. Cette Scene eft mêlée de
Vaudevilles & d'Airs férieux .
Un vieux Soldat vient enfuite , & demande un
emploi de finance que Mercure lui accorde. Arlequin
, au contraire , qui vient après , ne demande
rien , & déclare qu'il eft neutre entre l'Interêt
& l'Honneur , c'est - à- dire , qu'il n'eft partifan
ni de l'un ni de l'autre , & que fa fantaific
eft ſon ſeul guide ; c'eft là qu'il dit ce Vers heureux
:
L'interet eft Normand & l'Honneur eft Gafcon.
C'eft
NOVEMBRE. 1730. 2493
C'eft en vain que Mercure veut l'attirer au
parti de l'Interêt ; Arlequin le regarde comme
un fuborneur qui pourroit le corrompre , &
s'enfuit.
M. Jacquin & Fanchon reviennent , mais auf
brouillés qu'ils étoient bien enſemble peu de tems
auparavant. Le fujet de la brouillerie eft que
Fanchon ne veut point rendre les diamans que
M. Jacquin foutient lui avoir prêtés & non donnés.
Mercure juge en faveur de Fanchon . Après
ces Scenes diverſes , l'Interêt revient fur le Théatre
, & dit qu'il a inventé un ftratagême pour
confondre fon Ennemi , & lui enlever tous fes
partifans ; il fait la revue de fes Troupes ; l'Honneur
paroît , & en fait autant ; mais fur le point
de combatre on tire le rideau , & l'Interêt fait
paroître aux yeux des Soldats de l'Honneur des
Fleuves d'or & d'argent , des Cafcades de perles
& de diamans , & enfin leur étale toutes les richeffes.
A cet afpect tous les Soldats de l'Honneur
défertent , & paffent du côté de l'Interé : qui
celebre fon Triomphe par un magnifique Diver 、
tiffement.
Cette Piéce a été genéralement applaudie . Il y
a long- tems qu'on n'a vu un concours fi prodigieux
de fpectateurs , & un fuccès fi plein , fi parfait
& fi foutenu. On y trouve beancoup d'efprit
& de fel , une verfification aiſée & élegante ,
& même des ménagemens , car Fanchon ne prétend
avoir gagné les diamans que par les Récitatifs
& les Arietes , & M. Jacquin en convient
de bonne foi. On doit imprimer cette Piéce
lorfqu'elle paroîtra , nous en pourrons donner
un Extrait plus étendu. L'Auteur eft M. Du
Caftre d'Aurigny , âgé de 18. ans , qui à l'age
de 16. a donné au Public un Abregé de l'Hifsoire
de France , imprimé à Paris , chez Le Gras,
&
,
2494 MERCURE DE FRANCE
& qui eft eftimée. Il a donné cet Eté au Théatre
François la Comédie intitulée : La Tragédie en
Profe , ou la Tragédie extravagante , petite
Piéce bien écrite , comme nous l'avons dit alors,
mais qui n'a eu qu'un fuccès médiocre. Enfin il
fera paroître le mois prochain une Hiſtoire Galante
& Héroïque , intitulée Les Avantures d'Ariftée
de Telafie en 2. vol . chez là Veuve
Guillaume. La même Libraire vendra fa Comédie
en même -tems.
la premiere Repréfentation d'une Comédie
nouvelle en Vers libres , en un Acte , avec quelques
Vaudevilles & un Divertiffement de M. Mouret
, intitulée , Le Triomphe de l'interêt. Le
fonds de la Piéce confifte en ceci : l'Interêt ,
qu'on perfonifie , s'applaudit en préſence de Mereure
du crédit & du pouvoir qu'il a en France.
Mercure lui apprend que l'Honneur ,ſon ennemi
irréconciliable , fe prépare à l'attaquer , & qu'il
a réfolu de lui faire une vive guerre. L'Interêt
frappé de cette nouvelle , fort à l'inftant pour raf
fembler toutes fes troupes & fe mettre en état.
de repouffer les efforts de fon ennemi. Maïs
auparavant il prie Mercure de vouloir bien donner
audiance en fa place à tous ceux qui viendront
dans fon Palais pour le confulter ou lui
demander quelque grace. La premiere perfonne
qui paroît eft Fanchon , Grifette qui n'a rien ,
petite brune qui veut faire fortune ; elle demande
à Mercure un protecteur qui lui aide à
débuter fur la Scene Françoife. M. Jacquin , riche
Caiffier , ſe préfente ; & comme il aime beau--
coup , le chant , il détermine Fanchon pour le
Théatre de l'Opera , & lui donne auffi tôt des
diamans pour la parer. Cette Scene eft mêlée de
Vaudevilles & d'Airs férieux .
Un vieux Soldat vient enfuite , & demande un
emploi de finance que Mercure lui accorde. Arlequin
, au contraire , qui vient après , ne demande
rien , & déclare qu'il eft neutre entre l'Interêt
& l'Honneur , c'est - à- dire , qu'il n'eft partifan
ni de l'un ni de l'autre , & que fa fantaific
eft ſon ſeul guide ; c'eft là qu'il dit ce Vers heureux
:
L'interet eft Normand & l'Honneur eft Gafcon.
C'eft
NOVEMBRE. 1730. 2493
C'eft en vain que Mercure veut l'attirer au
parti de l'Interêt ; Arlequin le regarde comme
un fuborneur qui pourroit le corrompre , &
s'enfuit.
M. Jacquin & Fanchon reviennent , mais auf
brouillés qu'ils étoient bien enſemble peu de tems
auparavant. Le fujet de la brouillerie eft que
Fanchon ne veut point rendre les diamans que
M. Jacquin foutient lui avoir prêtés & non donnés.
Mercure juge en faveur de Fanchon . Après
ces Scenes diverſes , l'Interêt revient fur le Théatre
, & dit qu'il a inventé un ftratagême pour
confondre fon Ennemi , & lui enlever tous fes
partifans ; il fait la revue de fes Troupes ; l'Honneur
paroît , & en fait autant ; mais fur le point
de combatre on tire le rideau , & l'Interêt fait
paroître aux yeux des Soldats de l'Honneur des
Fleuves d'or & d'argent , des Cafcades de perles
& de diamans , & enfin leur étale toutes les richeffes.
A cet afpect tous les Soldats de l'Honneur
défertent , & paffent du côté de l'Interé : qui
celebre fon Triomphe par un magnifique Diver 、
tiffement.
Cette Piéce a été genéralement applaudie . Il y
a long- tems qu'on n'a vu un concours fi prodigieux
de fpectateurs , & un fuccès fi plein , fi parfait
& fi foutenu. On y trouve beancoup d'efprit
& de fel , une verfification aiſée & élegante ,
& même des ménagemens , car Fanchon ne prétend
avoir gagné les diamans que par les Récitatifs
& les Arietes , & M. Jacquin en convient
de bonne foi. On doit imprimer cette Piéce
lorfqu'elle paroîtra , nous en pourrons donner
un Extrait plus étendu. L'Auteur eft M. Du
Caftre d'Aurigny , âgé de 18. ans , qui à l'age
de 16. a donné au Public un Abregé de l'Hifsoire
de France , imprimé à Paris , chez Le Gras,
&
,
2494 MERCURE DE FRANCE
& qui eft eftimée. Il a donné cet Eté au Théatre
François la Comédie intitulée : La Tragédie en
Profe , ou la Tragédie extravagante , petite
Piéce bien écrite , comme nous l'avons dit alors,
mais qui n'a eu qu'un fuccès médiocre. Enfin il
fera paroître le mois prochain une Hiſtoire Galante
& Héroïque , intitulée Les Avantures d'Ariftée
de Telafie en 2. vol . chez là Veuve
Guillaume. La même Libraire vendra fa Comédie
en même -tems.
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Résumé : Le Triomphe de l'Interêt, Extrait, [titre d'après la table]
Le 8 novembre 1730, les Comédiens Italiens ont présenté 'Le Triomphe de l'intérêt', une comédie en vers libres écrite par M. Mouret. La pièce met en scène l'Interêt personnifié, qui se félicite de son influence en France. Mercure informe l'Interêt que l'Honneur, son ennemi, se prépare à l'attaquer. L'Interêt rassemble ses troupes et demande à Mercure d'accorder audience à ceux qui viennent le consulter. Plusieurs personnages apparaissent, dont Fanchon, une jeune femme désirant faire fortune au théâtre, aidée par M. Jacquin, un riche cafetier amoureux du chant. Un vieux soldat obtient un emploi de finance, tandis qu'Arlequin déclare sa neutralité entre l'Interêt et l'Honneur. Fanchon et M. Jacquin se disputent à propos de diamants prêtés, et Mercure tranche en faveur de Fanchon. L'Interêt révèle un stratagème pour séduire les partisans de l'Honneur en leur montrant des richesses, entraînant la défection des soldats de l'Honneur. La pièce a été acclamée par le public et a connu un succès durable. L'auteur, M. Du Castre d'Aurigny, est un jeune homme de 18 ans ayant déjà publié un abrégé de l'histoire de France et une comédie intitulée 'La Tragédie en Prose'. Il prépare également une 'Histoire Galante & Héroïque' intitulée 'Les Aventures d'Aristée de Télasie'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. [1]-9
LE ROMAN COMIQUE, CHAPITRE SECOND. POEME. Quel homme étoit le Sieur de la Rapiniere.
Début :
Ayant donc pris quelque repos, [...]
Mots clefs :
Sieur de la Rapinière, Humour, Comédie, Troupe de théâtre , Ville du Mans, Mésaventures , Improvisation, Costumes , Représentation, Tumulte
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texteReconnaissance textuelle : LE ROMAN COMIQUE, CHAPITRE SECOND. POEME. Quel homme étoit le Sieur de la Rapiniere.
LE ROMAN COMIQUE,
CHAPITRE SECOND.
.
POEM E.
Quel homme étoit le Sieur de la Rapiniere:
ADIO Yant donc pris quelque repos ,
A Je vais vous dire en peu
de mots
Que le sieur de la Rapiniere ,
Etoit le Rieur ordinaire
De la bonne Ville du Mans ;
L'on trouve partout de ces gens ,
C'ef
2 MERCURE DE FRANCE.
1
C'est une race trés- fertile ,
Il n'est point de petite Ville ,
Qui n'ait son Rieur importun
Et Paris n'en a pas pour un ;
Souvent le nombre en est extrême`,
Dans chaque quartier , & moi-même ,
Si j'avois voulu , l'on sçait bien ,
Que je le serois dans le mien ,
Mais depuis trop long-tems je gronde ,
Contre les vanitez du monde ,
Et c'eft un fort vilain métier
2
D'être le Rieur d'un quartier.
Revenons à la Rapiniere ,
Qui pour mieux entrer en matiere ,
Reprit la conversation ,
Que les coups et l'émotion ,
Avoient d'abord interrompuë ,
Dans le beau milieu de la ruë
Et s'adressant au sieur Destin ,?
'
" Qui décrotoit son Brodequin ,
Lui conta mainte baliverne ,
Et demanda si la Caverne ,´
Monsieur de la Rancune et lui ,
Dont il vouloit être l'appui ,
Pouvoient composer une Troupe ,
Et s'ils avoient le vent en poupe ;
Notre Troupe , répondit- il ,
En fronçant un peu le sourcil ,
Vaut
JANVIER. 1731.
Vaut bien , sans outrer la louange
Et celle du Prince d'Orange,
Et celle du Duc d'Epernon .
Nous ne manquons pas
de renom
*
Nous déclamons tous avec grace ;
Mais , hélas ! par une disgrace
Qui nous est arrivée à Tours
Je m'en ressouviendrai toujours ,
Car la récolte étoit fertile ,
Dans cette grande et belle,Ville ,
Ou notre étourdi de Portier ,
A mis à mort un Fuzelier ,
De l'Intendant de la Province ,
Sçachant l'Ordonnance du Prince
Chacun s'est enfui tout ému
2
Le pied droit chaussé , l'autre nu ,
Dans un assez triste équipage ,
Comme vous voyez , j'en enrage ;
Les Fuzeliers de l'Intendant ,
A la Fleche en on fait autant ,,
Dit le sieur de la Rapiniere ,
Ventrebleu , dit la Tripotiere ,,
Ces gens me causent des transports .
Que le diable soit dans leurs corps ,
Qu'après mainte et mainte nazarde
Le feu S. Antoine les arde.
Ils méritent ce châtiment ;
Quel terrible dérangement }
97
Au
1
4
MERCURE DE FRANCE.
Aujourd'hui par leur perfidie,
Nous n'aurons point la Comedie ;
Ah ! tout cela ne seroit rien ,
Répond le vieux Comédien ,
Ma peine seroit moins fatale ,
Si j'avois la clef d'une Male,
Où sont la plupart des habits ;
Je serais vraiment bien d'avis ,
De ne pas rester inutile ,
Pour plaire à Messieurs de la Ville ,
Trois ou quatre jours sans faço n ,
Avant de gagner Alençon ,
Où notre Troupe doit se rendre.
Comme on ne devoit pas s'attendre
A cette réponse , aussi - tôt ,
Le sieur Lieutenant de Prévôt ,
Offrit
gayement à la Caverne ,
Robbe qui n'étoit pas moderne ,
Puisque sa femme et ses enfans ,
S'en servoient depuis quatorze ans ;
De son côté la Tripotiere ,
Qui cherchoit à se satisfaire ,
Dit que chez elle on avoit mis ,
gage deux ou trois habits ,
Fort propres pour la Mascarade ,
Que Destin et son Camarade ,
Pouvoient aisément s'en saisir,
Que cela lui feroit plaisir ;
En
Mais
JANVIER.
1731.
Mais quelqu'un de la Compagnie',
Ajoûta que la Comedie ,
Seroit tout d'un coup
aux abois ,
N'étant pour cet effet que
trois ;
Oh oh ! s'écria la Rancune ,
L'avanture est assez commune
Sur les leçons de mon Ayeul ,
Je joue une Piece moi seul ,
Je puis faire sans grande peine ,'
En même-temps le Roi , la Reine ,
Aussi-bien que l'Ambassadeur ;
Je sçai tous les Rôies par coeur
Par exemple dans une Scene ,
Qui doit commencer par la Reine ,
Je garde un moment le tacet ,
Après quoi je parle en faucet ;
Pour l'Ambassadeur je nazonne ,
En me tournant vers ma Couroe ,
Que je mets sur un Tabouret ;
Cependant admirez ce trait :
Pour le Roi , sans aucun cortege ,
Je prens ma Couronne et mon Siege ,
Et grossissant un peu ma voix ,
Je
MERCURE DE FRANCE.
Je parle avec beaucoup de poids ,
Mais qu'ainsi ne soit pour vous plaire ,
Nous voulons bien vous satisfaire
Par un plat de notre métier ;
Messieurs contentez le Chartier ,
Avant qu'il aille à l'Ecurie ,
Et payez notre Hôtellerie J
*
Fournissez à chacun l'habit ,
Et nous joueront avant la nuit ;
Sur ma parole on m'en doit croire ,
Ou bien ma foi nous allons boire ,
Chacun quatre coups seulement ,
Puis reposer tranquilement ;
Car nous n'avons point de l'année
Fait une si grande journée.
Un tel parti si bien conçu ,
Unanimement fut reçû ,
Et le diable de Rapiniere ,
Malicieux à l'ordinaire ,
Dit que sans chercher au taudis ,
Il falloit prendre les habits ,
De deux jeunes gens de la Ville ,
Que la chose étoit fort facile ,
Parce
JANVIER. 1731 .
>
Farce que ces deux jeunes gens ,
Dans le Tripot joüeroient long-temps;
Que la Caverne pourroit faire ,
Avec son habit ordinaire ,
Tel personnage qu'on voudroit ,
Que partout elle passeroit ,
Soit dans une Piece tragique ,
Soit dans une Piece comique ;
Aussi-tôt dit , aussi-tôt fait
Les Comédiens en effet ,
Vuiderent bien vîte une pinte ,
La mesure parut succinte ,
Et s'emparant desdits habits ,
Ils furent bien- tôt travestis ;
L'Assemblée étant fort grossie ,
Par la meilleure Bourgeoisie ,
Prit place dans un Galetas ,
Dont le plancher étoit très-bas ;
On leva d'abord un drap sale ,
D'une maniere originale ,
Et l'on vit sur un matelas ,
Le Destin qui paroissoit las ,
Le Corbillon de quelque Nonne ,
Lui servoit alors de Couronne ,
Il n'avoit pas de quoi choisir ,
Donc il faloit bien s'en servir ;
Se frotant les yeux et l'oreille ,
Comme un homme qui se réveille ,
's MERCURE DE FRANCE.
Il fit un peu le rencheri ,
Et sur un ton de Mondori ,
Parce qu'il étoit à la mode ,
Récita le Rôle d'Herode ,
Qui commence par ces cinq mots ,
Ombre qui troubles mon repos.
Il déclama d'un grand courage ;
Et l'emplâtre de son visage ,
N'empêcha pas qu'on ne vît bien ,
Qu'il étoit bon Comedien ;
La Caverne fit à merveille ,
L'on n'avoit point vû sa pareille ,
Et tout le monde l'approuva ,
Dans les Rôles qu'elle joua ,
De Mariane et de Salome ;
La Rancune n'étoit pas homme ,
A ne point plaire au Spectateur ,
Aussi parut-il bon Acteur ,
En montrant beaucoup de noblesse ,
Dans plusieurs Rôles de la Piece ,
On alloit tirer le Rideau
Ce n'étoit pas la le moins beau ,
Quand le diable , qui rien n'oublie ,
Fit finir cette Tragedie ,
Non-pas par la cruelle mort ,
De Mariane qu'on plaint fort
Ni par les desespoirs d'Hérode ;
Mais si le sieur Scaron ne brode ,
Y
Ce
JANVIER.
1731 .
Ce fut par mille coups complets ,
Du poing , des pieds , sans les soufflets
Par des juremens effroyables ,
Que n'auroient pas fait tous les diables
Dans une telle occasion ,
Et par une information ,
Que fit le sieur la Rapiniere ,
Fort expert en cette matiere ,
Et plus sçavant que .... mais ,
hola !
Notre Chapitre finit là.
Par M. le Tellier d'Orvilliers , Lieutenant
General d'Epée à Vernon.
La suite pour les Mercures suivans.
CHAPITRE SECOND.
.
POEM E.
Quel homme étoit le Sieur de la Rapiniere:
ADIO Yant donc pris quelque repos ,
A Je vais vous dire en peu
de mots
Que le sieur de la Rapiniere ,
Etoit le Rieur ordinaire
De la bonne Ville du Mans ;
L'on trouve partout de ces gens ,
C'ef
2 MERCURE DE FRANCE.
1
C'est une race trés- fertile ,
Il n'est point de petite Ville ,
Qui n'ait son Rieur importun
Et Paris n'en a pas pour un ;
Souvent le nombre en est extrême`,
Dans chaque quartier , & moi-même ,
Si j'avois voulu , l'on sçait bien ,
Que je le serois dans le mien ,
Mais depuis trop long-tems je gronde ,
Contre les vanitez du monde ,
Et c'eft un fort vilain métier
2
D'être le Rieur d'un quartier.
Revenons à la Rapiniere ,
Qui pour mieux entrer en matiere ,
Reprit la conversation ,
Que les coups et l'émotion ,
Avoient d'abord interrompuë ,
Dans le beau milieu de la ruë
Et s'adressant au sieur Destin ,?
'
" Qui décrotoit son Brodequin ,
Lui conta mainte baliverne ,
Et demanda si la Caverne ,´
Monsieur de la Rancune et lui ,
Dont il vouloit être l'appui ,
Pouvoient composer une Troupe ,
Et s'ils avoient le vent en poupe ;
Notre Troupe , répondit- il ,
En fronçant un peu le sourcil ,
Vaut
JANVIER. 1731.
Vaut bien , sans outrer la louange
Et celle du Prince d'Orange,
Et celle du Duc d'Epernon .
Nous ne manquons pas
de renom
*
Nous déclamons tous avec grace ;
Mais , hélas ! par une disgrace
Qui nous est arrivée à Tours
Je m'en ressouviendrai toujours ,
Car la récolte étoit fertile ,
Dans cette grande et belle,Ville ,
Ou notre étourdi de Portier ,
A mis à mort un Fuzelier ,
De l'Intendant de la Province ,
Sçachant l'Ordonnance du Prince
Chacun s'est enfui tout ému
2
Le pied droit chaussé , l'autre nu ,
Dans un assez triste équipage ,
Comme vous voyez , j'en enrage ;
Les Fuzeliers de l'Intendant ,
A la Fleche en on fait autant ,,
Dit le sieur de la Rapiniere ,
Ventrebleu , dit la Tripotiere ,,
Ces gens me causent des transports .
Que le diable soit dans leurs corps ,
Qu'après mainte et mainte nazarde
Le feu S. Antoine les arde.
Ils méritent ce châtiment ;
Quel terrible dérangement }
97
Au
1
4
MERCURE DE FRANCE.
Aujourd'hui par leur perfidie,
Nous n'aurons point la Comedie ;
Ah ! tout cela ne seroit rien ,
Répond le vieux Comédien ,
Ma peine seroit moins fatale ,
Si j'avois la clef d'une Male,
Où sont la plupart des habits ;
Je serais vraiment bien d'avis ,
De ne pas rester inutile ,
Pour plaire à Messieurs de la Ville ,
Trois ou quatre jours sans faço n ,
Avant de gagner Alençon ,
Où notre Troupe doit se rendre.
Comme on ne devoit pas s'attendre
A cette réponse , aussi - tôt ,
Le sieur Lieutenant de Prévôt ,
Offrit
gayement à la Caverne ,
Robbe qui n'étoit pas moderne ,
Puisque sa femme et ses enfans ,
S'en servoient depuis quatorze ans ;
De son côté la Tripotiere ,
Qui cherchoit à se satisfaire ,
Dit que chez elle on avoit mis ,
gage deux ou trois habits ,
Fort propres pour la Mascarade ,
Que Destin et son Camarade ,
Pouvoient aisément s'en saisir,
Que cela lui feroit plaisir ;
En
Mais
JANVIER.
1731.
Mais quelqu'un de la Compagnie',
Ajoûta que la Comedie ,
Seroit tout d'un coup
aux abois ,
N'étant pour cet effet que
trois ;
Oh oh ! s'écria la Rancune ,
L'avanture est assez commune
Sur les leçons de mon Ayeul ,
Je joue une Piece moi seul ,
Je puis faire sans grande peine ,'
En même-temps le Roi , la Reine ,
Aussi-bien que l'Ambassadeur ;
Je sçai tous les Rôies par coeur
Par exemple dans une Scene ,
Qui doit commencer par la Reine ,
Je garde un moment le tacet ,
Après quoi je parle en faucet ;
Pour l'Ambassadeur je nazonne ,
En me tournant vers ma Couroe ,
Que je mets sur un Tabouret ;
Cependant admirez ce trait :
Pour le Roi , sans aucun cortege ,
Je prens ma Couronne et mon Siege ,
Et grossissant un peu ma voix ,
Je
MERCURE DE FRANCE.
Je parle avec beaucoup de poids ,
Mais qu'ainsi ne soit pour vous plaire ,
Nous voulons bien vous satisfaire
Par un plat de notre métier ;
Messieurs contentez le Chartier ,
Avant qu'il aille à l'Ecurie ,
Et payez notre Hôtellerie J
*
Fournissez à chacun l'habit ,
Et nous joueront avant la nuit ;
Sur ma parole on m'en doit croire ,
Ou bien ma foi nous allons boire ,
Chacun quatre coups seulement ,
Puis reposer tranquilement ;
Car nous n'avons point de l'année
Fait une si grande journée.
Un tel parti si bien conçu ,
Unanimement fut reçû ,
Et le diable de Rapiniere ,
Malicieux à l'ordinaire ,
Dit que sans chercher au taudis ,
Il falloit prendre les habits ,
De deux jeunes gens de la Ville ,
Que la chose étoit fort facile ,
Parce
JANVIER. 1731 .
>
Farce que ces deux jeunes gens ,
Dans le Tripot joüeroient long-temps;
Que la Caverne pourroit faire ,
Avec son habit ordinaire ,
Tel personnage qu'on voudroit ,
Que partout elle passeroit ,
Soit dans une Piece tragique ,
Soit dans une Piece comique ;
Aussi-tôt dit , aussi-tôt fait
Les Comédiens en effet ,
Vuiderent bien vîte une pinte ,
La mesure parut succinte ,
Et s'emparant desdits habits ,
Ils furent bien- tôt travestis ;
L'Assemblée étant fort grossie ,
Par la meilleure Bourgeoisie ,
Prit place dans un Galetas ,
Dont le plancher étoit très-bas ;
On leva d'abord un drap sale ,
D'une maniere originale ,
Et l'on vit sur un matelas ,
Le Destin qui paroissoit las ,
Le Corbillon de quelque Nonne ,
Lui servoit alors de Couronne ,
Il n'avoit pas de quoi choisir ,
Donc il faloit bien s'en servir ;
Se frotant les yeux et l'oreille ,
Comme un homme qui se réveille ,
's MERCURE DE FRANCE.
Il fit un peu le rencheri ,
Et sur un ton de Mondori ,
Parce qu'il étoit à la mode ,
Récita le Rôle d'Herode ,
Qui commence par ces cinq mots ,
Ombre qui troubles mon repos.
Il déclama d'un grand courage ;
Et l'emplâtre de son visage ,
N'empêcha pas qu'on ne vît bien ,
Qu'il étoit bon Comedien ;
La Caverne fit à merveille ,
L'on n'avoit point vû sa pareille ,
Et tout le monde l'approuva ,
Dans les Rôles qu'elle joua ,
De Mariane et de Salome ;
La Rancune n'étoit pas homme ,
A ne point plaire au Spectateur ,
Aussi parut-il bon Acteur ,
En montrant beaucoup de noblesse ,
Dans plusieurs Rôles de la Piece ,
On alloit tirer le Rideau
Ce n'étoit pas la le moins beau ,
Quand le diable , qui rien n'oublie ,
Fit finir cette Tragedie ,
Non-pas par la cruelle mort ,
De Mariane qu'on plaint fort
Ni par les desespoirs d'Hérode ;
Mais si le sieur Scaron ne brode ,
Y
Ce
JANVIER.
1731 .
Ce fut par mille coups complets ,
Du poing , des pieds , sans les soufflets
Par des juremens effroyables ,
Que n'auroient pas fait tous les diables
Dans une telle occasion ,
Et par une information ,
Que fit le sieur la Rapiniere ,
Fort expert en cette matiere ,
Et plus sçavant que .... mais ,
hola !
Notre Chapitre finit là.
Par M. le Tellier d'Orvilliers , Lieutenant
General d'Epée à Vernon.
La suite pour les Mercures suivans.
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Résumé : LE ROMAN COMIQUE, CHAPITRE SECOND. POEME. Quel homme étoit le Sieur de la Rapiniere.
Le texte extrait du 'Roman Comique' intitulé 'Quel homme étoit le Sieur de la Rapinière' présente le Sieur de la Rapinière comme le 'Rieur ordinaire' de la ville du Mans, une figure connue dans de nombreuses villes. Il fait partie d'une troupe de comédiens qui se retrouvent en difficulté après qu'un portier ait tué un Fuzelier à Tours, forçant les comédiens à fuir. La troupe, composée de la Rapinière, Destin, la Caverne, la Tripotiere et la Rancune, se trouve confrontée à un problème : ils manquent d'habits pour jouer. Ils décident alors d'emprunter les vêtements de deux jeunes gens de la ville pour se déguiser et monter une pièce devant une assemblée de bourgeois. La représentation commence, mais elle est interrompue par une bagarre déclenchée par le diable, mettant fin à la tragédie. Le chapitre se termine sans conclusion définitive, laissant la suite des événements à découvrir dans les prochains numéros du Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 142-143
Le Chevalier à la mode, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens François ont remis au Théâtre au commencement de [...]
Mots clefs :
Comédie, Théâtre, Acteurs, Représentation, Tragédie
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texteReconnaissance textuelle : Le Chevalier à la mode, [titre d'après la table]
LE
SPECTACLES.
Es Comédiens François ont remis
au Théatre au commencement de ce
mois , la Comédie en Prose et en cinq
Actes du Chevalier à la mode , que le Public
revoit avec beaucoup de plaisir ,
d'autant plus qu'elle est fort bien représentée.
Elle est d'ailleurs des meilleureset
des plus comiques du Theatre François
; feu M. de Saintion en est Auteur
aussi bien que des Bourgeoises à la mode ;.
mais ces deux Pieces n'ont jamais parû
sous son nom. Le S Quinaut y jouë le
principal Rôle. Ceux de Migand , de
Serrefort et de Crispin sont remplis par
les S Dangeville , Du Chemin et Poisson,
Ceux de Madame Patin , de sâ niece , de
la Barone et de la Suivante sont joués par
les Diles Lamote , Labat , Dangeville et
Dangeville la jeune.
Dans la nouveauté de cette Pièce , le
St de Villiers , Acteur Comique , dont:
le Theatre François ne perdra jamais le
souvenir , y joüoit le Rôle dù Chevalier..
Ceux de Madame Patin et de la Barone
étoient remplis par les Diles La Grange et
Durieux , deux Actrices d'un grand talent
JANVIER. 1731. 243
Ient pour ces sortes de Rôles chargés .
Le Jeudi 4. de ce mois , ils représenterent
à la Cour la Tragédie d'Absalon et
la petite Comédie du Medecin malgré lui.
Le 27. la Tragédie d'Amasis et la Serenade.
Le 30. le Chevalier à la mode et le
Cocher supposé.
Ils ont aussi remis la petite Comédie
du Balet Extravagant , de feu M. Palapra .
Le 17. de ce mois ils donnerent la quinziéme
Représentation de Brutus , de M. de
Voltaire, et le surlendemain ils remirent
au Théatre la Tragédie de Médée , de
feu M. de Longepierre , que le Public
revoit avec beaucoup de plaisir.La DeBalicourt
y joue le principal Rôle.
SPECTACLES.
Es Comédiens François ont remis
au Théatre au commencement de ce
mois , la Comédie en Prose et en cinq
Actes du Chevalier à la mode , que le Public
revoit avec beaucoup de plaisir ,
d'autant plus qu'elle est fort bien représentée.
Elle est d'ailleurs des meilleureset
des plus comiques du Theatre François
; feu M. de Saintion en est Auteur
aussi bien que des Bourgeoises à la mode ;.
mais ces deux Pieces n'ont jamais parû
sous son nom. Le S Quinaut y jouë le
principal Rôle. Ceux de Migand , de
Serrefort et de Crispin sont remplis par
les S Dangeville , Du Chemin et Poisson,
Ceux de Madame Patin , de sâ niece , de
la Barone et de la Suivante sont joués par
les Diles Lamote , Labat , Dangeville et
Dangeville la jeune.
Dans la nouveauté de cette Pièce , le
St de Villiers , Acteur Comique , dont:
le Theatre François ne perdra jamais le
souvenir , y joüoit le Rôle dù Chevalier..
Ceux de Madame Patin et de la Barone
étoient remplis par les Diles La Grange et
Durieux , deux Actrices d'un grand talent
JANVIER. 1731. 243
Ient pour ces sortes de Rôles chargés .
Le Jeudi 4. de ce mois , ils représenterent
à la Cour la Tragédie d'Absalon et
la petite Comédie du Medecin malgré lui.
Le 27. la Tragédie d'Amasis et la Serenade.
Le 30. le Chevalier à la mode et le
Cocher supposé.
Ils ont aussi remis la petite Comédie
du Balet Extravagant , de feu M. Palapra .
Le 17. de ce mois ils donnerent la quinziéme
Représentation de Brutus , de M. de
Voltaire, et le surlendemain ils remirent
au Théatre la Tragédie de Médée , de
feu M. de Longepierre , que le Public
revoit avec beaucoup de plaisir.La DeBalicourt
y joue le principal Rôle.
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Résumé : Le Chevalier à la mode, [titre d'après la table]
En janvier 1731, les comédiens français ont repris la comédie en prose et en cinq actes 'Le Chevalier à la mode' de M. de Saintion, qui a été bien accueillie par le public. Les rôles principaux étaient interprétés par Quinaut, Dangeville, Du Chemin, Poisson, Lamote, Labat, Dangeville et Dangeville la jeune. Le rôle du Chevalier était joué par l'acteur comique de Villiers. Le 4 janvier, les comédiens ont représenté à la cour la tragédie 'Absalon' et la comédie 'Le Médecin malgré lui'. Le 27 janvier, ils ont joué 'Amasis' et une sérénade, et le 30 janvier, 'Le Chevalier à la mode' et 'Le Cocher supposé'. Ils ont également repris 'Le Ballet Extravagant' de M. Palaprat. Le 17 janvier, ils ont donné la quinzième représentation de 'Brutus' de M. de Voltaire, et le 19 janvier, ils ont repris la tragédie 'Médée' de M. de Longepierre, avec Mme De Balicourt dans le rôle principal.
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25
p. 143-145
La Devineresse, Comédie, [titre d'après la table]
Début :
Le 19. ils remirent la Comédie de la Devineresse ou [...]
Mots clefs :
Comédie, Théâtre, Succès, Acteurs, Représentation, Donneau de Visé, Thomas Corneille, Mercure galant
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texteReconnaissance textuelle : La Devineresse, Comédie, [titre d'après la table]
Le 19. ils remirent la Comédie de la
Devineresse ou Madame Jobin , dont les
Représentations attirerent beaucoup de
morde. Le principal Rôle est rempli par
Fa Dlle Dubreuil . Au mois de Février 1722 .
lors de la derniere reprise de cette Piece,
la Dlle Gautier , aujourd'hui Religieuse
Carmelite , à Lyon , joüoit ce Rôle . Les
autres de Dame Françoise , Mathurine , la
Comtesse d'Estragon , Mad Noblet , la
Marquise, Me du Buisson , Mad de Clerimont
, Mad de Troufignac , et la petite
Paysanne , sont jouez par le sieur d'Ange
ville, en femme; et par les Des Jouvenot ,
Labat , Balicour , du Fresne, du Baccage ,
G. vj
d'An144
MERCURE DE FRANCE.
·
d'Angeville , Lamotte et Dangeville la
jeune.Ceux de Duclos, Gosselin, Procureur
Fiscal , le Marquis, la Giraudiere, le Chevalier,
Gilet, M.deTroufignac,sont remplis par
les sieurs Armand , Berci , Quinaut, Montmenil
, du Breuil , Poisson , la Thorilliere fils.
Dans le Mercure Galant du mois de May
1710. on lit cet Article :
» Les Comédiens ayant fort pressé feu
» M. de Visé , Auteur du Mercure , de
>>mettre après la mort de la Dame Voisin,
>> tout ce qui s'étoit passé chez elle pen-
» dant sa vie , à l'occasion du métier dont
>> elle s'étoit mêlée ; il fit un grand nom-
» bre de Scenes qui auroient pû fournir
»de la matiere pour trois ou quatre Pie-
»ces , mais qui ne pouvoient former un
»sujet , parce qu'il étoit trop uniforme ,
» et qu'il ne s'agissoit que de gens qui al-
» loient demander leur bonne avanture, et
» faire des propositions qui la regardoients
>> máis toutes cesScenes ne pouvant former
>> le noeud d'une Comédie , parce que
» toutes ces personnes se fuyant et évitant
» de se parler , il étoit impossible de faire
» une liaison de Scenes , et que la Piece
» pût avoir un noud . M. de Visé donna
» les Scenes qu'il avoit faites à M. Cor-
»> neille,lequel en choisit un certain nom-
» bre avec lesquelles il composa un sujet
»dont le noeud parut des plus agréables ,
» et
JANVIER. 1731. T45
» et qui a été regardé comme un chef- ·
» doeuvre. Le succès de cette Piece a été
» un des plus grands.
>
La Devineresse , ou les faux Enchantemens
de Made Jobin , titre sous lequel
cette Piece étoit représentée sur le Théatre
de Guenegaud , dans sa nouveauté ,
le 19. Novembre 1679. fut joüće 48. fois
de suite sans intermission d'aucune autre
Piece. Les 18. premieres Représentations
furent jouées au double. En ce tems- là le
sieur Hubert remplissoit le Rôle de Mad.
Fobin. On sçait qu'il étoit inimitable dans
ces sortes de Personnages. Les Rôles de
Mad. Pernelle , Mad. Fourdain , Mad. de
Sottenville , Mad. d'Escarbagnas , &c. des
Pieces de Moliere , avoient été faits pour
lui.
Devineresse ou Madame Jobin , dont les
Représentations attirerent beaucoup de
morde. Le principal Rôle est rempli par
Fa Dlle Dubreuil . Au mois de Février 1722 .
lors de la derniere reprise de cette Piece,
la Dlle Gautier , aujourd'hui Religieuse
Carmelite , à Lyon , joüoit ce Rôle . Les
autres de Dame Françoise , Mathurine , la
Comtesse d'Estragon , Mad Noblet , la
Marquise, Me du Buisson , Mad de Clerimont
, Mad de Troufignac , et la petite
Paysanne , sont jouez par le sieur d'Ange
ville, en femme; et par les Des Jouvenot ,
Labat , Balicour , du Fresne, du Baccage ,
G. vj
d'An144
MERCURE DE FRANCE.
·
d'Angeville , Lamotte et Dangeville la
jeune.Ceux de Duclos, Gosselin, Procureur
Fiscal , le Marquis, la Giraudiere, le Chevalier,
Gilet, M.deTroufignac,sont remplis par
les sieurs Armand , Berci , Quinaut, Montmenil
, du Breuil , Poisson , la Thorilliere fils.
Dans le Mercure Galant du mois de May
1710. on lit cet Article :
» Les Comédiens ayant fort pressé feu
» M. de Visé , Auteur du Mercure , de
>>mettre après la mort de la Dame Voisin,
>> tout ce qui s'étoit passé chez elle pen-
» dant sa vie , à l'occasion du métier dont
>> elle s'étoit mêlée ; il fit un grand nom-
» bre de Scenes qui auroient pû fournir
»de la matiere pour trois ou quatre Pie-
»ces , mais qui ne pouvoient former un
»sujet , parce qu'il étoit trop uniforme ,
» et qu'il ne s'agissoit que de gens qui al-
» loient demander leur bonne avanture, et
» faire des propositions qui la regardoients
>> máis toutes cesScenes ne pouvant former
>> le noeud d'une Comédie , parce que
» toutes ces personnes se fuyant et évitant
» de se parler , il étoit impossible de faire
» une liaison de Scenes , et que la Piece
» pût avoir un noud . M. de Visé donna
» les Scenes qu'il avoit faites à M. Cor-
»> neille,lequel en choisit un certain nom-
» bre avec lesquelles il composa un sujet
»dont le noeud parut des plus agréables ,
» et
JANVIER. 1731. T45
» et qui a été regardé comme un chef- ·
» doeuvre. Le succès de cette Piece a été
» un des plus grands.
>
La Devineresse , ou les faux Enchantemens
de Made Jobin , titre sous lequel
cette Piece étoit représentée sur le Théatre
de Guenegaud , dans sa nouveauté ,
le 19. Novembre 1679. fut joüće 48. fois
de suite sans intermission d'aucune autre
Piece. Les 18. premieres Représentations
furent jouées au double. En ce tems- là le
sieur Hubert remplissoit le Rôle de Mad.
Fobin. On sçait qu'il étoit inimitable dans
ces sortes de Personnages. Les Rôles de
Mad. Pernelle , Mad. Fourdain , Mad. de
Sottenville , Mad. d'Escarbagnas , &c. des
Pieces de Moliere , avoient été faits pour
lui.
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Résumé : La Devineresse, Comédie, [titre d'après la table]
Le 19 novembre 1679, la pièce 'La Devineresse ou Madame Jobin' fut représentée pour la première fois au Théâtre de Guénégaud. Cette comédie attira beaucoup de monde grâce au rôle principal interprété par la demoiselle Dubreuil. En février 1722, lors de la dernière reprise, la demoiselle Gautier, devenue religieuse carmélite à Lyon, joua ce rôle. Les autres personnages furent interprétés par des acteurs tels que le sieur d'Angeville, Des Jouvenot, Labat, Balicour, du Fresne, du Baccage, Lamotte et Dangeville le jeune, ainsi que les sieurs Armand, Berci, Quinaut, Montmenil, du Breuil, Poisson et la Thorilliere fils. En 1710, le Mercure Galant mentionna que les comédiens avaient demandé à M. de Visé d'écrire des scènes basées sur la vie de la Dame Voisin. Ces scènes furent transmises à M. Corneille, qui en composa la pièce 'La Devineresse, ou les faux Enchantements de Madame Jobin', jouée 48 fois consécutivement. Le rôle de Madame Jobin était interprété par le sieur Hubert.
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26
p. 147-149
« Le 6 Janvier, Fête des Rois, l'Académie Royale de Musique [...] »
Début :
Le 6 Janvier, Fête des Rois, l'Académie Royale de Musique [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Opéra, Comédiens-Italiens, Parodie, Comédie, Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 6 Janvier, Fête des Rois, l'Académie Royale de Musique [...] »
Le 6 Janvier , Fête des Rois , l'Aca
démie Royale de Musique , qui continue
toujours
148 MERCURE DE FRANCE
toujours les Représentations de Phaéton ,
avec un tres-grand concours , donna le
premier Bal de cette année sur le Théatre
de l'Opera , qu'elle continuera de
donner differens jours de la semaine ,
pendant le Carnaval .
›
Les Comédiens Italiens ont perdu l'un
de leurs meilleurs sujets , en la personne
de Pierre Alborghet , natif de Venise
connu sous le nom de Pantalon , qui
mourut le 4 de ce mois , âgé d'environ
55 ans , après une longue maladie . C'étoit
un homme d'une probité reconnue ,
et un excellent sujet dans sa profession;
il jouoit ordinairement dans les Pieces
Italiennes , en habit de Noble Venitien ,
et sous le Masque , d'une maniere inimitable.
Les amateurs de la Comedie
Italienne le regrettent fort. Son jeu étoit
naturel , plein d'action , animé et dans
le vrai goût de son païs. Il a été inhumé
à S. Eustache sa Paroisse , aprés avoir
reçu tous ses Sacremens .
,
Le 12. les mêmes Comédiens remirent
au Theatre la Parodie du Mari joueur, et
de la Femme bigotte , Scenes Italiennes
jouées sur le Theatre de l'Opera. La Damoiselle
Thomassin doubla pour la premiere
fois le Rôle de Serpilla , qu'elle
joua avec beaucoup de vivacité , et fut
fort aplaudie.
La
JANVIER. 1731 . 149
Le 24. les mêmes Comediens donnerent
la premiere Représentation d'une
petite Comédie en vers Alexandrins , et
en un acte , intitulée Bolus , qui a été
reçuë fort favorablement du public , C'est
une Parodie de la Tragedie nouvelle de
Brutus , qui a été Jouée au Theatre François.
On en parlera plus au long.
Le 28 Decembre , Fête des SS . Innocens
on ouvrit , selon la coutume
les Theatres de Rome , et on représenta
sur celui de Capranica , l'Opera de l'Adone
, Roy de Chipre ; et sur celui de
Don Dominique Walle , des Comédies
à l'improviste.
démie Royale de Musique , qui continue
toujours
148 MERCURE DE FRANCE
toujours les Représentations de Phaéton ,
avec un tres-grand concours , donna le
premier Bal de cette année sur le Théatre
de l'Opera , qu'elle continuera de
donner differens jours de la semaine ,
pendant le Carnaval .
›
Les Comédiens Italiens ont perdu l'un
de leurs meilleurs sujets , en la personne
de Pierre Alborghet , natif de Venise
connu sous le nom de Pantalon , qui
mourut le 4 de ce mois , âgé d'environ
55 ans , après une longue maladie . C'étoit
un homme d'une probité reconnue ,
et un excellent sujet dans sa profession;
il jouoit ordinairement dans les Pieces
Italiennes , en habit de Noble Venitien ,
et sous le Masque , d'une maniere inimitable.
Les amateurs de la Comedie
Italienne le regrettent fort. Son jeu étoit
naturel , plein d'action , animé et dans
le vrai goût de son païs. Il a été inhumé
à S. Eustache sa Paroisse , aprés avoir
reçu tous ses Sacremens .
,
Le 12. les mêmes Comédiens remirent
au Theatre la Parodie du Mari joueur, et
de la Femme bigotte , Scenes Italiennes
jouées sur le Theatre de l'Opera. La Damoiselle
Thomassin doubla pour la premiere
fois le Rôle de Serpilla , qu'elle
joua avec beaucoup de vivacité , et fut
fort aplaudie.
La
JANVIER. 1731 . 149
Le 24. les mêmes Comediens donnerent
la premiere Représentation d'une
petite Comédie en vers Alexandrins , et
en un acte , intitulée Bolus , qui a été
reçuë fort favorablement du public , C'est
une Parodie de la Tragedie nouvelle de
Brutus , qui a été Jouée au Theatre François.
On en parlera plus au long.
Le 28 Decembre , Fête des SS . Innocens
on ouvrit , selon la coutume
les Theatres de Rome , et on représenta
sur celui de Capranica , l'Opera de l'Adone
, Roy de Chipre ; et sur celui de
Don Dominique Walle , des Comédies
à l'improviste.
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Résumé : « Le 6 Janvier, Fête des Rois, l'Académie Royale de Musique [...] »
Le 6 janvier, l'Académie Royale de Musique a organisé le premier bal de l'année au Théâtre de l'Opéra, marquant la Fête des Rois avec des représentations de 'Phaéton'. Ces bals se poursuivront divers jours de la semaine pendant le Carnaval. Le 4 janvier, les Comédiens Italiens ont perdu Pierre Alborghet, connu sous le nom de Pantalon, décédé à environ 55 ans après une longue maladie. Natif de Venise, il était reconnu pour sa probité et son excellence dans sa profession. Il jouait souvent dans des pièces italiennes en habit de noble vénitien et sous le masque. Il a été inhumé à l'église Saint-Eustache. Le 12 janvier, les Comédiens Italiens ont repris la parodie du 'Mari joueur' et de 'la Femme bigotte', avec la demoiselle Thomassin interprétant Serpilla pour la première fois. Le 24 janvier, ils ont présenté 'Bolus', une petite comédie en vers alexandrins parodiant la tragédie 'Brutus'. Le 28 décembre, les théâtres de Rome ont ouvert avec la représentation de l'opéra 'l'Adone, Roy de Chipre' et des comédies improvisées.
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27
p. 301-306
Le Triomphe de l'Interêt, Comedie, [titre d'après la table]
Début :
LE TRIOMPHE DE L'INTEREST, Comedie. Cette Piece paroît imprimée in [...]
Mots clefs :
Comédie, Intérêt, Honneur, Mercure, Arlequin, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Triomphe de l'Interêt, Comedie, [titre d'après la table]
LE TRIOMPHE DE L'INTEREST ,
Comedie . Cette Piece paroît imprimée
in 12. de 48. pages , sans nom d'Auteur ,
de Ville , ni de Libraire.
Le succès qu'elle a eu doit avoir excité
la curiosité du Public , et c'est pour la satisfaire
que nous allons en donner ici
quelques fragmens ; nous nous en tiendrons
aux Scenes dont on a permis la
representation , et dont nous avons déja
dit quelque chose en donnant l'Argument
de la Piece.
Comme le fond de cette Comédie est
tel qu'on le voit dans la plupart des Pieces
à Scenes détachées , il ne nous sera
pas difficile d'en donner une idée en
peu de mots . Il s'agit d'un Combat entre
l'Interêt et l'Honneur ; après plu-.
sieurs Scenes où l'Interêt se trouve toujours
le plus fort , si l'on en excepte une
où Arlequin ne tient ni pour l'un ni pour
l'autre des deux Concurrens ; l'Honneur
suivi de ses Soldats , vient attaquer le
Palais de l'Interêt , et ne menace pas
moins que de le réduire en cendres ; mais,
E ij l'Interêt
302 MERCURE DE FRANCE.
Interêt n'a pas plutôt fait briller ses
trésors aux yeux de ses Ennemis , qu'ils
viennent tous se ranger sous ses Drapeaux
. Voilà le Plan de la Piece ; en veici
Î'Accessoire dans quelques Traits. La Comedie
commence par ce Monologue de
Mercure :
C'est ici le Palais que l'Interêt habite ,
Cette Idole du siecle , à qui tout se soumet .
Qui fonde son pouvoir sur l'équité proscrite ,
De tant de passions , le mobile secret ,
L'ame du monde enfin , et la source maudite ,
De tout le mal qui s'y commet.
Que ces lambris dorez et que ces murs durables ,
Que tous ces Marbres que voilà ,
Ont écrasé de miserables ,
Pour bien loger ce Monstre- là ! &c.
La seconde Scene est entre Mercure et
l'Interêt. Ce dernier est vétù en riche
Financier il prie Mercure de le loüer ,
Mercure prend le ton ironique , que l'interêt
reçoit comme de veritables louanges
, ce qu'il fait connoître par cet hémistiche
:
On ne peut mieux louer ,
A quoi Mercure répond avec plus de
sincerité :
N'en
FEVRIER. 1731. 303
N'en soyez pas plus vain ;
Car mon encens critique.
Fait moins votre Panegyrique ,
Que le procès du genre humain.
L'Interêt porte l'audace jusqu'à choisir.
Mercure pour son
ainsi :
Substitut ; il s'exprime
Toi cependant , ici tu n'as qu'à recevoir ,
Les Mortels qui viendront réverer mon pouvoir,
Et me demander quelque grace ;
Sers-moi de Substitut et remplit bien ma place .
Une jeune personne vient consulter
Pinterêt sur des vûës de fortune dont
elle s'est fait un Plan ; Mercure lui fait
connoître son nouvel emploi de premier
Commis de l'Interêt , par ces Vers :
Je le double ; et dans cette affaire ,
Mercure seul vous conduira ,
Comme Introducteur ordinaire ,
Des Princesses de l'Opera.
Cette Scene est si vive , qu'on ne s'ap
perçoit pas de sa longueurs nous n'en
citerons qu'une tirade de Fanchon , c'est
le nom de la jeune personne qui veut
faire fortune au Théatre en tout bien
et tout honneur. Elle se regarde déja com
E iiij me
304 MERCURE DE FRANCE
me une Actrice du premier ordre. Elle
s'exprime ainsi :
Au Théatie , quelles délices !
Sans cesse je reçoi des applaudissemens ,
Dans les Foyers , des complimens
Et sans oublier les Coulisses ,
Où l'on me conte cent douceurs.
Vous êtes , me dit l'un , la Reine des Actrices ,
Et vous enlevez tous les coeurs.
'Ah ! vous m'avez percé jusques au fond de l'ame ,
Ajoûte un autre tout en pleurs ;
Fanchon , unique objet de mes vives ardeurs , -
Vous m'atendrissez trop , finissez , je me pâme ,
S'écrie un petit Maître , en ces instans flateurs.
Grands Dieux ! quand elle songe à ce bonheur
extrême ,
Peu s'en faut que Fanchon ne se pâme ellemême.
Nous passons sous silence toutes les
Scenes qui n'ont pas fait beaucoup de
plaisir , celles de M. Faquin ne sont pas
de ce nombre ; mais comme elles sont
dans le goût de l'Opera Comiqué , et
qu'elles doivent beaucoup de leur agrément
au chant , nous les supprimons , de
peur qu'elles ne perdent de leur prix à
la simple lecture .
Nous finirons par quelques traits de
la Scene entre Mercure et Arlequin. Voici
le
FEVRIER. 1731. 305
le caractere que l'Auteur a donné à ce
charmant Héros du Théatre Italien ; c'est
Arlequin même qui parle :
Je suis un homme comme un autre :
Je bois , je mange , je dors bien ;
Je vis de peu de chose et n'ai souci de rien.
Mercure lui demande s'il a beaucoup
de joye ? Il lui répond :
J'en ai ma fourniture ,
Et de la bonne et de la pure ,
Car je la tiens de la premiere main.
Mercure.
Au sein de l'indigence , eh ! qui vous la procure
Arlequin.
Belle demande ! La Nature.
Elle m'a bâti de façon ,
Que tout me fait plaisir et rien ne m'inquiete
Je me passe de peu dans ma condition ;
Et je jouis d'une santé parfaite ;
Je puis me dire le garçon ,
De la meilleure pâte , en un mot , qu'elle ait faite..
Mercure lui offrant le choix de l'Inte
rêt ou de l'Honneur , après un Portrait
fidele qu'il lui en a fait ; il lui répond
Ex
quil
305 MERCURE DE FRANCE
qu'il ne veut ni de l'un ni de l'autre ;
Voici la raison laconique qu'il en donne.
L'Interêt est Normand , et l'Honneur est Gas-→
con.
Comedie . Cette Piece paroît imprimée
in 12. de 48. pages , sans nom d'Auteur ,
de Ville , ni de Libraire.
Le succès qu'elle a eu doit avoir excité
la curiosité du Public , et c'est pour la satisfaire
que nous allons en donner ici
quelques fragmens ; nous nous en tiendrons
aux Scenes dont on a permis la
representation , et dont nous avons déja
dit quelque chose en donnant l'Argument
de la Piece.
Comme le fond de cette Comédie est
tel qu'on le voit dans la plupart des Pieces
à Scenes détachées , il ne nous sera
pas difficile d'en donner une idée en
peu de mots . Il s'agit d'un Combat entre
l'Interêt et l'Honneur ; après plu-.
sieurs Scenes où l'Interêt se trouve toujours
le plus fort , si l'on en excepte une
où Arlequin ne tient ni pour l'un ni pour
l'autre des deux Concurrens ; l'Honneur
suivi de ses Soldats , vient attaquer le
Palais de l'Interêt , et ne menace pas
moins que de le réduire en cendres ; mais,
E ij l'Interêt
302 MERCURE DE FRANCE.
Interêt n'a pas plutôt fait briller ses
trésors aux yeux de ses Ennemis , qu'ils
viennent tous se ranger sous ses Drapeaux
. Voilà le Plan de la Piece ; en veici
Î'Accessoire dans quelques Traits. La Comedie
commence par ce Monologue de
Mercure :
C'est ici le Palais que l'Interêt habite ,
Cette Idole du siecle , à qui tout se soumet .
Qui fonde son pouvoir sur l'équité proscrite ,
De tant de passions , le mobile secret ,
L'ame du monde enfin , et la source maudite ,
De tout le mal qui s'y commet.
Que ces lambris dorez et que ces murs durables ,
Que tous ces Marbres que voilà ,
Ont écrasé de miserables ,
Pour bien loger ce Monstre- là ! &c.
La seconde Scene est entre Mercure et
l'Interêt. Ce dernier est vétù en riche
Financier il prie Mercure de le loüer ,
Mercure prend le ton ironique , que l'interêt
reçoit comme de veritables louanges
, ce qu'il fait connoître par cet hémistiche
:
On ne peut mieux louer ,
A quoi Mercure répond avec plus de
sincerité :
N'en
FEVRIER. 1731. 303
N'en soyez pas plus vain ;
Car mon encens critique.
Fait moins votre Panegyrique ,
Que le procès du genre humain.
L'Interêt porte l'audace jusqu'à choisir.
Mercure pour son
ainsi :
Substitut ; il s'exprime
Toi cependant , ici tu n'as qu'à recevoir ,
Les Mortels qui viendront réverer mon pouvoir,
Et me demander quelque grace ;
Sers-moi de Substitut et remplit bien ma place .
Une jeune personne vient consulter
Pinterêt sur des vûës de fortune dont
elle s'est fait un Plan ; Mercure lui fait
connoître son nouvel emploi de premier
Commis de l'Interêt , par ces Vers :
Je le double ; et dans cette affaire ,
Mercure seul vous conduira ,
Comme Introducteur ordinaire ,
Des Princesses de l'Opera.
Cette Scene est si vive , qu'on ne s'ap
perçoit pas de sa longueurs nous n'en
citerons qu'une tirade de Fanchon , c'est
le nom de la jeune personne qui veut
faire fortune au Théatre en tout bien
et tout honneur. Elle se regarde déja com
E iiij me
304 MERCURE DE FRANCE
me une Actrice du premier ordre. Elle
s'exprime ainsi :
Au Théatie , quelles délices !
Sans cesse je reçoi des applaudissemens ,
Dans les Foyers , des complimens
Et sans oublier les Coulisses ,
Où l'on me conte cent douceurs.
Vous êtes , me dit l'un , la Reine des Actrices ,
Et vous enlevez tous les coeurs.
'Ah ! vous m'avez percé jusques au fond de l'ame ,
Ajoûte un autre tout en pleurs ;
Fanchon , unique objet de mes vives ardeurs , -
Vous m'atendrissez trop , finissez , je me pâme ,
S'écrie un petit Maître , en ces instans flateurs.
Grands Dieux ! quand elle songe à ce bonheur
extrême ,
Peu s'en faut que Fanchon ne se pâme ellemême.
Nous passons sous silence toutes les
Scenes qui n'ont pas fait beaucoup de
plaisir , celles de M. Faquin ne sont pas
de ce nombre ; mais comme elles sont
dans le goût de l'Opera Comiqué , et
qu'elles doivent beaucoup de leur agrément
au chant , nous les supprimons , de
peur qu'elles ne perdent de leur prix à
la simple lecture .
Nous finirons par quelques traits de
la Scene entre Mercure et Arlequin. Voici
le
FEVRIER. 1731. 305
le caractere que l'Auteur a donné à ce
charmant Héros du Théatre Italien ; c'est
Arlequin même qui parle :
Je suis un homme comme un autre :
Je bois , je mange , je dors bien ;
Je vis de peu de chose et n'ai souci de rien.
Mercure lui demande s'il a beaucoup
de joye ? Il lui répond :
J'en ai ma fourniture ,
Et de la bonne et de la pure ,
Car je la tiens de la premiere main.
Mercure.
Au sein de l'indigence , eh ! qui vous la procure
Arlequin.
Belle demande ! La Nature.
Elle m'a bâti de façon ,
Que tout me fait plaisir et rien ne m'inquiete
Je me passe de peu dans ma condition ;
Et je jouis d'une santé parfaite ;
Je puis me dire le garçon ,
De la meilleure pâte , en un mot , qu'elle ait faite..
Mercure lui offrant le choix de l'Inte
rêt ou de l'Honneur , après un Portrait
fidele qu'il lui en a fait ; il lui répond
Ex
quil
305 MERCURE DE FRANCE
qu'il ne veut ni de l'un ni de l'autre ;
Voici la raison laconique qu'il en donne.
L'Interêt est Normand , et l'Honneur est Gas-→
con.
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Résumé : Le Triomphe de l'Interêt, Comedie, [titre d'après la table]
La pièce 'Le Triomphe de l'Intérêt' est une comédie imprimée en 12 pages de 48 lignes chacune, sans mention d'auteur, de ville ou de libraire. Elle a connu un succès notable, suscitant la curiosité du public. La comédie explore le conflit entre l'Intérêt et l'Honneur, avec plusieurs scènes où l'Intérêt domine. Une scène particulière montre Arlequin refusant de choisir entre les deux. La pièce commence par un monologue de Mercure, qui décrit l'Intérêt comme une idole du siècle, source de nombreux maux. Dans la deuxième scène, l'Intérêt, vêtu en riche financier, demande à Mercure de le louer. Mercure répond ironiquement, soulignant que l'Intérêt corrompt l'humanité. Une jeune personne, Fanchon, consulte l'Intérêt pour des projets de fortune. Mercure, désormais commis de l'Intérêt, guide Fanchon dans ses ambitions théâtrales. Fanchon rêve de devenir une actrice célèbre et de recevoir des compliments. La pièce inclut également des scènes supprimées pour éviter de perdre leur agrément à la lecture. Une scène notable est celle entre Mercure et Arlequin, où ce dernier déclare se contenter de peu et jouir d'une santé parfaite, refusant de choisir entre l'Intérêt et l'Honneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
28
p. 306-311
Le Brutus, Tragédie, [titre d'après la table]
Début :
LE BRUTUS de M. de Voltaire, avec un Discours sur la Tragedie. A Paris, [...]
Mots clefs :
Brutus , Voltaire, Tragédie, Versification, Rime, Théâtre, Milord Bolingbroke, Comédie, Décorations, Acteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Brutus, Tragédie, [titre d'après la table]
LE BRUTUS de M. de Voltaire , avec
un Discours sur la Tragedie. A Paris ;
ruë S. Jacques , chez J. F. Fosse , 1731 .
in 8. de 110. pages , sans le Discours qui
en contient 29 .
Comme nous avons déja assez parlé de
cette Piece et de ses Représentations ,
nous n'en dirons rien davantage. Mais
nos Lecteurs y perdroient trop si nous
ne disions rien du Discours qu'on lit avec
autant d'avidité que de plaisir. Nous en
allons rapporter quelques traits , et à cette
occasion nous rapporterons aussi quelques
fragmens d'une ancienne Tragédie
qui a assez de rapport à celle de Brutus .
Ce Discours est adressé à Milord Bolinbrook.
M. de Voltaire , après s'être
plaint de la difficulté de notre Versifi
cation , de sa séverité , de l'esclavage de
la rime et de la liberté qu'on a sur les
Théatres d'Italie et d'Angleterre , et de
la tentative qu'on a faite ici de donner
des Tragédies en Prose, il s'exprime ainsi :
» Il y a grande apparence qu'il faudra
» toujours des Vers sur tous les Théatres
» Tragiques , et de plus toujours des Rimes
FEVRIER. 1731. 307
»mes sur le nôtre . C'est même à cette
» contrainte de la Rime et à cette severité
>> extrême de notre versification que nous
>> devons ces excellens Ouvrages que nous
>> avons dans notre Langue.
>> Nous voulons que la Rime ne coûte
jamais rien aux pensées,qu'elle ne soit ni
» triviale , ni trop recherchée , nous exi-
» geons rigoureusement dans un Vers la
» même pureté , la même exactitude que
» dans la Prose. Nous ne permettons pas la
» moindre licence , nous demandons qu'un
»Auteur porte sans discontinuer toutes ces
» chaînes et cependant qu'il paroisse
»toujours libre , et nous ne reconnois-
» sons pour Poëtes que ceux qui ont rem
» pli toutes ces conditions .
>
>>Voilà pourquoi il est plus aisé de faire-
"cent Vers en toute autre Langue , que
quatre Vers en François , &c .
,
» Je sçai combien de disputes j'ai es
suyées sur notre Versification en Angleterre
et quels reproches me fair
» souvent le sçavant Evêque de Rochester,
» sur cette contrainte puerile qu'il pré-
» tend que nous nous imposons de gayeté
de coeur. Mais soyez persuadé , Milord ,
que plus un Etranger connoîtra notre
» Langue , et plus il se réconciliera avec:
» cette Rime qui l'effraye d'abord. Nonseulement
elle est nécessaire à notre
E vj » Tran
ן כ
308 MERCURE DE FRANCE
ง
» Tragédie , mais elle embellit nos Co
» médies même. Un bon mot en Vers en
» est retenu plus aisément , les Portraits de
>> la vie humaine seront toujours plus frap-
20 pants en Vers qu'en Prose , et qui dit
» Vers François , dit necessairement des
» Vers rimez ; en un mot , nous avons
» des Comédies en Prose du celebre Moliere
, que l'on a été obligé de mettre
en Vers après sa mort , et qui ne sont
plus jouées que de cette nouvelle mas
>> niere .
»
» Ne pouvant , Milord , hazarder sug
» le Théatre François des Vers non-rimez,
>> tels qu'ils sont en usage en Italie et en
Angleterre , j'aurois du moins voulu
>> transporter sur notre Scene certaines
» beautez de la vôtre. Il est vrai , et je
» l'avoue , que le Théatre Anglois est bien
» défectueux; j'ai entendu de votre bou-
>> che , que vous n'aviez pas une bonne-
20
Tragédie ; mais en récompense dans ces
» Pieces si monstrueuses , vous avez des
» Scenes admirables. Il a manqué jusqu'à
» present et à presque tous les Auteurs
» Tragiques de votre Nation , cette pu-
» reté , cette conduite réguliere , ces bienséances
de l'action et du stile , cettę
élegance et toutes ce , finesses de l'Art,
qui ont établi la réputation du Théatre
François depuis le grand Corneille. Mais
VOS
FEVRIER. 1731. ༢༠༡
vos Pieces les plus irregulieres ont un
» grand mérite ; c'est celui de l'action .
» Nous avons en France des Tragédies
estimées qui sont plutôt des conversa-
" tions qu'elles ne sont la représentation
» d'un évenement . Un Auteur Italien m'é-
» crivoit dans une Lettre sur les Théatres
" Un Critico del nostro Pastor filo , disse
» che quel componimento era un riassunto di
» bellissimi Madrigali , credo se vivesse
» che direbbe delle Tragedie Francesi , che
» sono un riassunto di belle Elegie et sontuosi
Epitalami & c..
A la dixiéme page , M. de Voltaire se
plaint avec raison du défaut du Théatre ·
François. » L'endroit où l'on joue la Comédie
, dit- il , et les abus qui s'y sont
» glissés sont encore une cause de cette
».secheresse qu'on peut reprocher à quel-
>> ques- unes de nos Piéces. Les bancs qui
» sont sur le Théatre destinés aux spec-
» tateurs retrécissent la scene et rendent
» toute action presque impraticable. Ce
» défaut est cause que les décorations tant
>> recommandées par les Anciens sont ra-
>> rement convenables à laPiéce. Il empêche
» sur tout que les Acteurs ne passent d'un
» appartement dans un autre aux yeux
des spectateurs , comme les Grecs et les
» Romains le pratiquoient sagement pour
conserver à la fois l'unité de lieu et la
vraisemblance & c.. Mais
fro MERCURE DE FRANCE
Mais si les Grecs et vous , vous passez
» les bornes de la bienséance , et si sur-
» tout les Anglois ont donné des specta-
» cles effroyables , voulant en donner de
>>> terribles , nous autres françois aussi
>> scrupuleux que vous avés été témeraires ,
>> nous nous arrêtons trop de peur de nous
» emporter , et quelquefois nous n'arri-
» vons pas au tragique , dans la crainte
» d'en passer les bornes & c.
L'amour dans une Tragédie n'est pas
» plus un défaut essentiel que dans l'E-
» néïde ; il n'est à reprendre que quand
» il est amené mal à propos ou traité sans
art.
39. Les Grecs ont rarement hazardé cette –
» passion sur le Théatre d'Athénes , pre-
>> mierement , parceque leurs Tragédies
» n'ayant roulé d'abord que sur des su-
» jets terribles , l'esprit des spectateurs
» étoit plié à ce genre de spectacles ; se-
» condement , parceque les femmes me
>> noient une vie infiniment plus retirée
» que les nôtres , et qu'ainsi le langage
» de l'amour n'étant pas comme aujour-
» d'hui le sujet de toutes les conversations ,
» les Poëtes en étoient moins invités à
» traiter cette passion , qui de toutes est
» la plus difficile à représenter , par les
» ménagemens infinis qu'elle demande.
Une troisiéme raison qui me paroît
assez
FEVRIER. 1731. 3rr
» assez forte , c'est que l'on n'avoit point
» de Comédienne ; les Rôles de femme
» étoient joués par des hommes masqués .
» Il semble que l'amour eut été ridicule
» dans leur bouche.
D C'est tout le contraire à Londres et
» à Paris , et il faut avouer que les Auteurs
» n'auroient gueres entendu leurs interêts ,
» ni connu leur auditoire , s'ils n'avoient
» jamais fait parler les Oldfield , ou les
» Duclos et les Lecouvreur, que d'ambition
> et de politique.
A
Mais pour terminer cet Extrait quenous
abrégeons à regret , finissons le par
ce trait. Pour que l'amour soit digne
» du Théatre Tragique , dit l'Auteur , il
» faut qu'il soit le noeud necessaire de las
» Piéce , et non qu'il soit amené par force
» pour remplir le vuide de vos Tragédies.
» et des nôtres qui sont toutes trop lon
gues , il faut que ce soit une passion ve-
>> ritablement Tragique , regardée comme
» une foiblesse , et combatuë des repar
mords ; il faut ou que l'amour conduise
» aux malheurs et aux crimes , pour faire
» voir combien il est dangereux , ou que
» la vertu en triomphe , pour montrer
ל כ
qu'elle n'est pas invincible , sans cela
» ce n'est plus qu'un amour d'Eglogue
» ou de Comédie.
un Discours sur la Tragedie. A Paris ;
ruë S. Jacques , chez J. F. Fosse , 1731 .
in 8. de 110. pages , sans le Discours qui
en contient 29 .
Comme nous avons déja assez parlé de
cette Piece et de ses Représentations ,
nous n'en dirons rien davantage. Mais
nos Lecteurs y perdroient trop si nous
ne disions rien du Discours qu'on lit avec
autant d'avidité que de plaisir. Nous en
allons rapporter quelques traits , et à cette
occasion nous rapporterons aussi quelques
fragmens d'une ancienne Tragédie
qui a assez de rapport à celle de Brutus .
Ce Discours est adressé à Milord Bolinbrook.
M. de Voltaire , après s'être
plaint de la difficulté de notre Versifi
cation , de sa séverité , de l'esclavage de
la rime et de la liberté qu'on a sur les
Théatres d'Italie et d'Angleterre , et de
la tentative qu'on a faite ici de donner
des Tragédies en Prose, il s'exprime ainsi :
» Il y a grande apparence qu'il faudra
» toujours des Vers sur tous les Théatres
» Tragiques , et de plus toujours des Rimes
FEVRIER. 1731. 307
»mes sur le nôtre . C'est même à cette
» contrainte de la Rime et à cette severité
>> extrême de notre versification que nous
>> devons ces excellens Ouvrages que nous
>> avons dans notre Langue.
>> Nous voulons que la Rime ne coûte
jamais rien aux pensées,qu'elle ne soit ni
» triviale , ni trop recherchée , nous exi-
» geons rigoureusement dans un Vers la
» même pureté , la même exactitude que
» dans la Prose. Nous ne permettons pas la
» moindre licence , nous demandons qu'un
»Auteur porte sans discontinuer toutes ces
» chaînes et cependant qu'il paroisse
»toujours libre , et nous ne reconnois-
» sons pour Poëtes que ceux qui ont rem
» pli toutes ces conditions .
>
>>Voilà pourquoi il est plus aisé de faire-
"cent Vers en toute autre Langue , que
quatre Vers en François , &c .
,
» Je sçai combien de disputes j'ai es
suyées sur notre Versification en Angleterre
et quels reproches me fair
» souvent le sçavant Evêque de Rochester,
» sur cette contrainte puerile qu'il pré-
» tend que nous nous imposons de gayeté
de coeur. Mais soyez persuadé , Milord ,
que plus un Etranger connoîtra notre
» Langue , et plus il se réconciliera avec:
» cette Rime qui l'effraye d'abord. Nonseulement
elle est nécessaire à notre
E vj » Tran
ן כ
308 MERCURE DE FRANCE
ง
» Tragédie , mais elle embellit nos Co
» médies même. Un bon mot en Vers en
» est retenu plus aisément , les Portraits de
>> la vie humaine seront toujours plus frap-
20 pants en Vers qu'en Prose , et qui dit
» Vers François , dit necessairement des
» Vers rimez ; en un mot , nous avons
» des Comédies en Prose du celebre Moliere
, que l'on a été obligé de mettre
en Vers après sa mort , et qui ne sont
plus jouées que de cette nouvelle mas
>> niere .
»
» Ne pouvant , Milord , hazarder sug
» le Théatre François des Vers non-rimez,
>> tels qu'ils sont en usage en Italie et en
Angleterre , j'aurois du moins voulu
>> transporter sur notre Scene certaines
» beautez de la vôtre. Il est vrai , et je
» l'avoue , que le Théatre Anglois est bien
» défectueux; j'ai entendu de votre bou-
>> che , que vous n'aviez pas une bonne-
20
Tragédie ; mais en récompense dans ces
» Pieces si monstrueuses , vous avez des
» Scenes admirables. Il a manqué jusqu'à
» present et à presque tous les Auteurs
» Tragiques de votre Nation , cette pu-
» reté , cette conduite réguliere , ces bienséances
de l'action et du stile , cettę
élegance et toutes ce , finesses de l'Art,
qui ont établi la réputation du Théatre
François depuis le grand Corneille. Mais
VOS
FEVRIER. 1731. ༢༠༡
vos Pieces les plus irregulieres ont un
» grand mérite ; c'est celui de l'action .
» Nous avons en France des Tragédies
estimées qui sont plutôt des conversa-
" tions qu'elles ne sont la représentation
» d'un évenement . Un Auteur Italien m'é-
» crivoit dans une Lettre sur les Théatres
" Un Critico del nostro Pastor filo , disse
» che quel componimento era un riassunto di
» bellissimi Madrigali , credo se vivesse
» che direbbe delle Tragedie Francesi , che
» sono un riassunto di belle Elegie et sontuosi
Epitalami & c..
A la dixiéme page , M. de Voltaire se
plaint avec raison du défaut du Théatre ·
François. » L'endroit où l'on joue la Comédie
, dit- il , et les abus qui s'y sont
» glissés sont encore une cause de cette
».secheresse qu'on peut reprocher à quel-
>> ques- unes de nos Piéces. Les bancs qui
» sont sur le Théatre destinés aux spec-
» tateurs retrécissent la scene et rendent
» toute action presque impraticable. Ce
» défaut est cause que les décorations tant
>> recommandées par les Anciens sont ra-
>> rement convenables à laPiéce. Il empêche
» sur tout que les Acteurs ne passent d'un
» appartement dans un autre aux yeux
des spectateurs , comme les Grecs et les
» Romains le pratiquoient sagement pour
conserver à la fois l'unité de lieu et la
vraisemblance & c.. Mais
fro MERCURE DE FRANCE
Mais si les Grecs et vous , vous passez
» les bornes de la bienséance , et si sur-
» tout les Anglois ont donné des specta-
» cles effroyables , voulant en donner de
>>> terribles , nous autres françois aussi
>> scrupuleux que vous avés été témeraires ,
>> nous nous arrêtons trop de peur de nous
» emporter , et quelquefois nous n'arri-
» vons pas au tragique , dans la crainte
» d'en passer les bornes & c.
L'amour dans une Tragédie n'est pas
» plus un défaut essentiel que dans l'E-
» néïde ; il n'est à reprendre que quand
» il est amené mal à propos ou traité sans
art.
39. Les Grecs ont rarement hazardé cette –
» passion sur le Théatre d'Athénes , pre-
>> mierement , parceque leurs Tragédies
» n'ayant roulé d'abord que sur des su-
» jets terribles , l'esprit des spectateurs
» étoit plié à ce genre de spectacles ; se-
» condement , parceque les femmes me
>> noient une vie infiniment plus retirée
» que les nôtres , et qu'ainsi le langage
» de l'amour n'étant pas comme aujour-
» d'hui le sujet de toutes les conversations ,
» les Poëtes en étoient moins invités à
» traiter cette passion , qui de toutes est
» la plus difficile à représenter , par les
» ménagemens infinis qu'elle demande.
Une troisiéme raison qui me paroît
assez
FEVRIER. 1731. 3rr
» assez forte , c'est que l'on n'avoit point
» de Comédienne ; les Rôles de femme
» étoient joués par des hommes masqués .
» Il semble que l'amour eut été ridicule
» dans leur bouche.
D C'est tout le contraire à Londres et
» à Paris , et il faut avouer que les Auteurs
» n'auroient gueres entendu leurs interêts ,
» ni connu leur auditoire , s'ils n'avoient
» jamais fait parler les Oldfield , ou les
» Duclos et les Lecouvreur, que d'ambition
> et de politique.
A
Mais pour terminer cet Extrait quenous
abrégeons à regret , finissons le par
ce trait. Pour que l'amour soit digne
» du Théatre Tragique , dit l'Auteur , il
» faut qu'il soit le noeud necessaire de las
» Piéce , et non qu'il soit amené par force
» pour remplir le vuide de vos Tragédies.
» et des nôtres qui sont toutes trop lon
gues , il faut que ce soit une passion ve-
>> ritablement Tragique , regardée comme
» une foiblesse , et combatuë des repar
mords ; il faut ou que l'amour conduise
» aux malheurs et aux crimes , pour faire
» voir combien il est dangereux , ou que
» la vertu en triomphe , pour montrer
ל כ
qu'elle n'est pas invincible , sans cela
» ce n'est plus qu'un amour d'Eglogue
» ou de Comédie.
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Résumé : Le Brutus, Tragédie, [titre d'après la table]
Le texte présente une édition de la tragédie 'Brutus' de Voltaire, publiée à Paris en 1731, accompagnée d'un discours sur la tragédie. Ce discours est adressé à Milord Bolinbrook et traite des contraintes et des mérites de la versification française. Voltaire souligne la difficulté et la rigueur de la rime en français, mais aussi la qualité des œuvres littéraires qu'elle permet de produire. Il compare les théâtres français, anglais et italiens, notant que les pièces françaises sont souvent plus régulières et élégantes, mais manquent parfois d'action vive. Il critique également les conditions matérielles des théâtres français, qui restreignent les décors et les mouvements des acteurs. Voltaire aborde aussi la question de l'amour dans la tragédie, soulignant que cette passion doit être traitée avec art et pertinence pour être digne du théâtre tragique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 339-340
« Le Samedi 10. de ce mois, les Comédiens François donnerent [...] »
Début :
Le Samedi 10. de ce mois, les Comédiens François donnerent [...]
Mots clefs :
Représentation, Comédie, Tragédie, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Samedi 10. de ce mois, les Comédiens François donnerent [...] »
Ldiens François donnerent la premiere
Représentation de la Comédie de l'Effet
de la Prévention , en un Acte , en Prose ,.
avec un Divertissement à la fin . Elle n'a
pas été rejoüée.
Lc
340 MERCURE DE FRANCE.
Le 13. ils représenterent à la Cour la
Tragédie d'Ariane et la petite Comédie
du Balet Extravagant. La Dlle La Traverse
joüa le principal Rôle dans la Tragédie ,
et y fut fort applaudie , ainsi que dans
celui de Roxane , dans Bajazet qu'on joiia
le 20. Cette Actrice , petite- fille du feu
sieur Baron , a été reçue sur le pied de
demi-part.
Les mêmes Comédiens joüerent aussi à
la Cour le 15. la Comédie du Médisant
et leMariage forcé. Le 22. la Devineresse , et
le 27. Mědée et le Bon Soldat.
Représentation de la Comédie de l'Effet
de la Prévention , en un Acte , en Prose ,.
avec un Divertissement à la fin . Elle n'a
pas été rejoüée.
Lc
340 MERCURE DE FRANCE.
Le 13. ils représenterent à la Cour la
Tragédie d'Ariane et la petite Comédie
du Balet Extravagant. La Dlle La Traverse
joüa le principal Rôle dans la Tragédie ,
et y fut fort applaudie , ainsi que dans
celui de Roxane , dans Bajazet qu'on joiia
le 20. Cette Actrice , petite- fille du feu
sieur Baron , a été reçue sur le pied de
demi-part.
Les mêmes Comédiens joüerent aussi à
la Cour le 15. la Comédie du Médisant
et leMariage forcé. Le 22. la Devineresse , et
le 27. Mědée et le Bon Soldat.
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Résumé : « Le Samedi 10. de ce mois, les Comédiens François donnerent [...] »
Le texte décrit des représentations théâtrales à la cour par des comédiens français. Le 13, ils jouèrent 'Ariane' et 'Le Balet Extravagant'. La Traverse interpréta Ariane et Roxane dans 'Bajazet' le 20. D'autres pièces comme 'Le Médisant', 'Le Mariage forcé', 'La Devineresse', 'Médée' et 'Le Bon Soldat' furent également représentées. 'La Comédie de l'Effet de la Prévention' fut jouée une seule fois avec un divertissement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 357-365
L'Esclavage de Psyché, Opera Comique, [titre d'après la table]
Début :
Le 3 Février, l'Ouverture de la Foire S. Germain [...]
Mots clefs :
Foire, Théâtre, Psyché, Amour, Vénus, Zéphyr, Tragédie, Comédie, Curiosité, Tendresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Esclavage de Psyché, Opera Comique, [titre d'après la table]
Le 3 Février , l'Ouverture de la Foire S. Ger
main fut faite par le Lieutenant General de Police
, en la maniere accoûtumée.
Le même jour , l'Opera Comique fit aussi
P'ouverture de son Théatre , rue de Bussy , par
une Piece nouvelle en trois Actes , composée de
Chants et de Danses , qui a pour titre l'Escla
vage de Psiché , dont voici un petit Extrait.
Au premier Acte , l'Amour seul ouvre la Scene
et se plaint des maux causez par la curiosité de
Psyché
358 MERCURE DE FRANCE
Psiché, et de ce qu'elle est tombée entre les mains
de Venus ; qu'il ne sçait quel traitement elle reçoit
de la Déesse , mais qu'il en sera bien-tôt
me- éclairci par l'ordre qu'il a donné à Pierrot ,
tamorphosé en Zéphire , pour s'informer de ce
qui se passe.
Egle , Confidente de Venus , vient apprendre à
l'Amour que Venus est fort irritée de son Mariage
clandestin , et que la Déesse traite Psiché
avec la derniere rigueur ; P'Amour est penetré de
douleur à cette nouvelle , il dit qu'il est prêt d'oublier
tout ce qu'il doit à sa mère, et qu'elle verra
bien - tôt que son fils est son Maître. Eglé engage
l'Amour à secourir Psyché , et lui conseille de
prendre le parti de la douceur.
Zéphire promet à son Maître de' mettre tout
en usage pour le servir et pour délivrer Psyché
des mauvais traitemens qu'elle reçoit. Eglé demande
à Zéphire si Flore est contente de le voir
dans cet équipage , à quoi Zéphire répond qu'elle
en a été charmée .
Eglé apprend encore à l'Amour que Venus doit
envoyerPsyché à la Fontaine de Jouvence pour lui
en apporter
de l'eau ; mais que comme cette Fontaine
est gardée par un Monstre horrible , elle ne
lui a donné cette commission que pour la faire
périr .
L'Amour voyant le danger où sa chere Psyché
va être exposée , prend le parti de se métamorphoser
lui-même pour la garentir , Zéphire lui
dit qu'il peut prendre relle figure qu'il lui plaira
à l'exemple de son Grand Papa Jupiter , et charte
sur l'Air des Fraises
Pour Europe et pour Leda ,
Soe Amourfut sans bornes ,
Carpour l'une il s'empluma ,
Et
FEVRIER. 1731. 359
Et pour l'autre il emprunta ,
Des cornes , des cornes , des cornes .
Le Théatre change et représente la Fontaine
de Jouvence.
Psyché paroît seule plus touchée de se voir séparée
de son cher Epoux , que du danger où elle
va s'exposer ; elle se met en devoir de s'acquiter
de sa commission ; un Choeur se fait entendre ,
qui lui annoncé qu'elle va périr si elle avance .
Elle approche cependant de la Fontaine ; aspect
du Monstre la fait tomber évanouie sur un gason.
L'Amour et Zéphire paroissent travestis en Musiciens
, Zéphire joue un Menuet Italien qui endort
le Monstre , après quoi l'Amour fait remplir
le vase que Psyché a apporté , et le laisse à
ses pieds. Psyché revenuë de sa frayeur , est fort
étonnée de voir les ordres de Venus executez sans
sçavoir à qui elle est redevable de ce secours.
Elle se retire .
Venus paroît au milieu de sa Cour,dans une profonde
rêverie ; les Graces tâchent de la dissiper et
vantent ses charmes . On annonce le retour de Psyché
qui présente ce Vase rempli d'eau à Venus qui
en est très-étonnée . Elle charge encore Psyché d'une
commiffion qui n'est pas moins difficile. Elle
lui ordonne de concilier une Troupe de Comédiens,
et de chasser la discorde qui regne ordinairement
dans leurs Assemblées: Les Comédiens
paroissent , disputent avec animosité , se querelÎent
sur une distribution de Rôles ; Psychẻ tâche
en vain de les racommoder, et se retire ;
en même
tems un petit Amour paroît en l'air , secouë son
flambeau , aussi – tôt la dispute des Comediens
cesse , et ils sont d'accord
-
Zéphire apprend à Eglé, au second Acte, comment
Psyché a été secourue par l'Amour sous la
figure
360 MERCURE DE FRANCE
figure d'un Berger , contre la fureur des Beliers
du Soleil , ausquels elle vient d'être exposée par
un nouvel ordre de Venus , sous prétexte d'avoir
de leur Toison pour faire une Robbe ; Eglé confeille
à Psyché d'aller porter ce present à la Reine
de Cythere pour la calmer.
Venus irritée de plus en plus contre Psyché
l'expose encore à une nouvelle épreuve . Elle lui
ordonne d'engager à restitution un fameux Usurier
, qui par un Acte falsifié a ruiné une famille
orpheline , et la menace d'une mort certaine si
elle n'en vient pas à bout.L'Amour et Zéphire, en
Robbes , arrivent , et proposent d'accommoder
cette affaire , Zéphire dit à l'Usurier que tôt ou
tard il faut se rendre à l'Arbitre que voilà ( montrant
l'Amour , ) l'Usurier rend le bien qu'il a injustement
acquis , et épouse une fille de la famille
orpheline.
Psyché dit à l'Amour qu'elle lui a trop
d'obli
gation pour ne pas le prier de ne la pas quitter
si - tôt , &c. Venus paroît , qui entend qu'on ne
parle pas d'elle avantageusement . Elle ordonne à
Psyché de se retirer . Zéphire dit à l'Amour que
Venus ne les reconnoît point , et qu'il faut tenir
bon; Vénus continuë de plaisanter avec eux , et leur
sçait bon gré , dit-elle , de s'interesser pour Psyché
, que cependant,afin qu'elle ne soit plus à portée
d'être secouruë , elle va la faire partir pour les
Enfers.
L'Amour accablé de douleur dit qu'il n'est pas
permis aux Dieux de descendre au Royaume som
Bre, et qu'il n'est plus à portée de secourir sa chere
Psyché , il ordonna à Zéphire de rassembler
tous les Zéphirs , afin qu'ils puissent transporter
dans un instant et sans danger Psyché fur les Rives
infernales , Zéphire obéit à cet ordre ; l'Aour
fait une invocation aux Dieux et se retire..
Le
FEVRIER. 1731. 361
Le Théatre représente le Palais de Pluton , on
vient annoncer à ce Dieu l'arrivée d'une Mortelle
dans son Empire. Psyché lui remet une Lettre de
la part de Venus , par laquelle elle le prie de lui
envoyer une Boëte remplie du fard de Porserpine.
Pluton ordonne à ses Sujets de rompre le si
lence, et de celebrer la presence de Psyché par un
Divertissement , après lequel il remet la Boëte à
Psyché , et la renvoye ; il chante sur l'Air la
Curiosité.
Les Dieux vous ont donné plus que toute autre
femme.
La beauté.
Au doux tyran des coeurs , vous causez de la
flâme ,
La rareté !
Pourjouir de ces biens , banissez de votre ame ,
La curiosité.
Le Théatre représente au troisiéme Acte une
Forêt , et dans le fond l'Antre d'Averne.
Apeine Psyché est -elle sortie des Enfers , qu'el
Te est tentée d'ouvrir la Boëte ; les deffenses que
Pluton lui a faites d'y regarder , lui font croire
qu'elle renferme un fard précieux ; elle espere par
ce moyen rétablir ses charmes alterez par le
voyage, elle se met à l'écart crainte d'être apperçue.
L'Amour et Zéphire arrivent en habits de
Chasseurs , ils cherchent Psyché de tous côtez , er
pendant qu'ils s'entretiennent d'elle , ils entendent
une voix plaintive; ils prêtent l'oreille tandis que
Psyché , pâle et défigurée , dit qu'en ouvrant la
Boëte une vapeur lui a offusqué les yeux , que
tout a disparu, et qu'elle n'y a trouvé qu'un Bilfet
qu'elle lit.
Psyche
362 MERCURE DE FRANCE
Psiché , tu n'as plus de beauté ;
Ta vaine curiosité ,
Vient de la faire disparoître 5
Ton visage est affreux , et telle est ta laideur
Que ceuxdont le secours soulageoit ta douleur,
Ne pourront plus te reconnoître.
-
Psyché déplore son malheur , s'accuse elle
même, et dit que les Dieux ne la traitent pas encore
comme elle mérite. L'Amour surpris d'entendre
parler de Psyché â une personne qu'il croit
étrangere , l'aborde dans le dessein d'apprendre
de ses nouvelles ; Psyché 1appelle en peu de mots
tous ses ma.heurs , dont le plus grand est celui
d'avoir ouvert une Boëte qui lui a fait perdre
tous ses charmes. A ce portrait , dit-elle , et aux
pleurs qui coulent de mes yeux , ne reconnoissez-
vous pas cette malheureuse Psyché. L'Amour
saisi d'éteonnement et de tendresse , se fait
connoître et dit à sa chere Psyché , que c'est lui
qui a causé tous ses maux ; mais qu'elle ne doit
point s'allarmer , que sa beauté lui sera renduë
puisqu'il va remonter aux Cieux ; Psyché veut
P'en empêcher , et dit qu'il vaudroit mieux faire
un dernier effort pour toucher Venus. Zéphire
est d'avis d'implorer l'assistance de Cybelle pour
fléchir Vénus . L'Amour prend ce parti et ordonne
à Zéphire de conduire Psyché à Cythere . En
cet endroit le Théatre change et représente les
Jardins de Vénus.
Eglé et une autre Nimphe se plaignent de la
tristesse qui regne dans la Cour de Venus depuis
la division de la Mere et du Fils . Vénus , arrive
qui une foule de mécontens fait les mêmes reproches
, Cybelle , qui survient , se joint à eux et
chante sur l'Air : Ce beau jour ne permet que
l'Aurore , de l'Opera de Phaeton.
FEVRIER . 1731 . 363
Recevez en ces lieux de Cybelle ,
La visite et quelques avis ,
Au sujet de l'Amour votre Fils.
Quelle triste nouvelle ! .
Quels maux ! quels ennuis !
Quelle haine mortelle ,
Dans tous les esprits ;
L'Amour plaît , il est la douceur même ,
Ce Dieu charmant nous enchante tous ;
Lorsque chacun l'aime ,
Le haïrez-vous ?
Venus.
Se peut- il, sage immortelle ,
En verité ,
Que mon Fils rebelle ,
Ait mérité ,
Tant de bonté.
Cybelle.
Du destin des Mortels il dispose ,
Quand je le sers >
Je soutiens la cause ,
De tout l'univers.
L'Amour vient se jetter aux pieds de Vénus
et tâche de la fléchir par des sentimens de soumission
et de tendresse . Venus lui répond et
chante sur l'Air : Quand on a prononcé ce malheureux
ani.
Hous
364 MERCURE DE FRANCE
Vous avez pris plaisir à braver votre Meře ,
Et vous avez détruit tout ce que j'ai sçu fairez
Voyons à cette fois si vous l'emporterez i
Si contre mes desseins vous vous déclarerez.
Voilà , continue Venus , le supplice que j'ai
réservé à votre Amante. Psyché paroît en même-
temps au fond du Théatre dans un lieu enchanté
, environnée des Graces , des Ris et des
Jeux, qui forment le Divertissement , pour celebrer
l'Hymen de l'Amour et de Psyché , après
lequel , Zéphire , qui a suivi Cybelle aux Cieux,
arrive et apporte pour present de Nôces un Brevet
de Déesse et une promesse de la part des
Dieux que la volupté naîtra de Psyché .
L
VAUDEVILLE.
Amour m'a rendu la maîtresse
D'un Plumet rempli d'ardeur ,
Avant de payer sa tendresse ,
Consulte-toi bien , mon coeur ,
Il est galant, attentif à complaire ;
Plaire ,
Est son unique objet ;
Mais rarement on voit un Mousquetaire ,
Taire ,
Les faveurs qu'on lui fait.
Le 12. on donna une autre petite Piece d'un
Acte à la suite de la premiere , intitulée la Fausse
Ridicule , qui fut reçue très favorablement du Public
, et dont nous parlerons plus au long.
Le
FEVRIER. 1731. 365
Le 20. on donna à la place de l'Esclavage de
Pfyché une Piece nouvelle qui a pour titre Cydippe
, précedée d'un Prologue , avec un Divertissement.
On doit construire incessamment une Salle et
un Theatre dans l'Enceinte et sous le couvert de
la Foire S. Germain , pour les Spectacles qui en
dépendent : voici ce qui donne lieu à cet établissement
, autorisé par un Arrêt du Conseil.
main fut faite par le Lieutenant General de Police
, en la maniere accoûtumée.
Le même jour , l'Opera Comique fit aussi
P'ouverture de son Théatre , rue de Bussy , par
une Piece nouvelle en trois Actes , composée de
Chants et de Danses , qui a pour titre l'Escla
vage de Psiché , dont voici un petit Extrait.
Au premier Acte , l'Amour seul ouvre la Scene
et se plaint des maux causez par la curiosité de
Psyché
358 MERCURE DE FRANCE
Psiché, et de ce qu'elle est tombée entre les mains
de Venus ; qu'il ne sçait quel traitement elle reçoit
de la Déesse , mais qu'il en sera bien-tôt
me- éclairci par l'ordre qu'il a donné à Pierrot ,
tamorphosé en Zéphire , pour s'informer de ce
qui se passe.
Egle , Confidente de Venus , vient apprendre à
l'Amour que Venus est fort irritée de son Mariage
clandestin , et que la Déesse traite Psiché
avec la derniere rigueur ; P'Amour est penetré de
douleur à cette nouvelle , il dit qu'il est prêt d'oublier
tout ce qu'il doit à sa mère, et qu'elle verra
bien - tôt que son fils est son Maître. Eglé engage
l'Amour à secourir Psyché , et lui conseille de
prendre le parti de la douceur.
Zéphire promet à son Maître de' mettre tout
en usage pour le servir et pour délivrer Psyché
des mauvais traitemens qu'elle reçoit. Eglé demande
à Zéphire si Flore est contente de le voir
dans cet équipage , à quoi Zéphire répond qu'elle
en a été charmée .
Eglé apprend encore à l'Amour que Venus doit
envoyerPsyché à la Fontaine de Jouvence pour lui
en apporter
de l'eau ; mais que comme cette Fontaine
est gardée par un Monstre horrible , elle ne
lui a donné cette commission que pour la faire
périr .
L'Amour voyant le danger où sa chere Psyché
va être exposée , prend le parti de se métamorphoser
lui-même pour la garentir , Zéphire lui
dit qu'il peut prendre relle figure qu'il lui plaira
à l'exemple de son Grand Papa Jupiter , et charte
sur l'Air des Fraises
Pour Europe et pour Leda ,
Soe Amourfut sans bornes ,
Carpour l'une il s'empluma ,
Et
FEVRIER. 1731. 359
Et pour l'autre il emprunta ,
Des cornes , des cornes , des cornes .
Le Théatre change et représente la Fontaine
de Jouvence.
Psyché paroît seule plus touchée de se voir séparée
de son cher Epoux , que du danger où elle
va s'exposer ; elle se met en devoir de s'acquiter
de sa commission ; un Choeur se fait entendre ,
qui lui annoncé qu'elle va périr si elle avance .
Elle approche cependant de la Fontaine ; aspect
du Monstre la fait tomber évanouie sur un gason.
L'Amour et Zéphire paroissent travestis en Musiciens
, Zéphire joue un Menuet Italien qui endort
le Monstre , après quoi l'Amour fait remplir
le vase que Psyché a apporté , et le laisse à
ses pieds. Psyché revenuë de sa frayeur , est fort
étonnée de voir les ordres de Venus executez sans
sçavoir à qui elle est redevable de ce secours.
Elle se retire .
Venus paroît au milieu de sa Cour,dans une profonde
rêverie ; les Graces tâchent de la dissiper et
vantent ses charmes . On annonce le retour de Psyché
qui présente ce Vase rempli d'eau à Venus qui
en est très-étonnée . Elle charge encore Psyché d'une
commiffion qui n'est pas moins difficile. Elle
lui ordonne de concilier une Troupe de Comédiens,
et de chasser la discorde qui regne ordinairement
dans leurs Assemblées: Les Comédiens
paroissent , disputent avec animosité , se querelÎent
sur une distribution de Rôles ; Psychẻ tâche
en vain de les racommoder, et se retire ;
en même
tems un petit Amour paroît en l'air , secouë son
flambeau , aussi – tôt la dispute des Comediens
cesse , et ils sont d'accord
-
Zéphire apprend à Eglé, au second Acte, comment
Psyché a été secourue par l'Amour sous la
figure
360 MERCURE DE FRANCE
figure d'un Berger , contre la fureur des Beliers
du Soleil , ausquels elle vient d'être exposée par
un nouvel ordre de Venus , sous prétexte d'avoir
de leur Toison pour faire une Robbe ; Eglé confeille
à Psyché d'aller porter ce present à la Reine
de Cythere pour la calmer.
Venus irritée de plus en plus contre Psyché
l'expose encore à une nouvelle épreuve . Elle lui
ordonne d'engager à restitution un fameux Usurier
, qui par un Acte falsifié a ruiné une famille
orpheline , et la menace d'une mort certaine si
elle n'en vient pas à bout.L'Amour et Zéphire, en
Robbes , arrivent , et proposent d'accommoder
cette affaire , Zéphire dit à l'Usurier que tôt ou
tard il faut se rendre à l'Arbitre que voilà ( montrant
l'Amour , ) l'Usurier rend le bien qu'il a injustement
acquis , et épouse une fille de la famille
orpheline.
Psyché dit à l'Amour qu'elle lui a trop
d'obli
gation pour ne pas le prier de ne la pas quitter
si - tôt , &c. Venus paroît , qui entend qu'on ne
parle pas d'elle avantageusement . Elle ordonne à
Psyché de se retirer . Zéphire dit à l'Amour que
Venus ne les reconnoît point , et qu'il faut tenir
bon; Vénus continuë de plaisanter avec eux , et leur
sçait bon gré , dit-elle , de s'interesser pour Psyché
, que cependant,afin qu'elle ne soit plus à portée
d'être secouruë , elle va la faire partir pour les
Enfers.
L'Amour accablé de douleur dit qu'il n'est pas
permis aux Dieux de descendre au Royaume som
Bre, et qu'il n'est plus à portée de secourir sa chere
Psyché , il ordonna à Zéphire de rassembler
tous les Zéphirs , afin qu'ils puissent transporter
dans un instant et sans danger Psyché fur les Rives
infernales , Zéphire obéit à cet ordre ; l'Aour
fait une invocation aux Dieux et se retire..
Le
FEVRIER. 1731. 361
Le Théatre représente le Palais de Pluton , on
vient annoncer à ce Dieu l'arrivée d'une Mortelle
dans son Empire. Psyché lui remet une Lettre de
la part de Venus , par laquelle elle le prie de lui
envoyer une Boëte remplie du fard de Porserpine.
Pluton ordonne à ses Sujets de rompre le si
lence, et de celebrer la presence de Psyché par un
Divertissement , après lequel il remet la Boëte à
Psyché , et la renvoye ; il chante sur l'Air la
Curiosité.
Les Dieux vous ont donné plus que toute autre
femme.
La beauté.
Au doux tyran des coeurs , vous causez de la
flâme ,
La rareté !
Pourjouir de ces biens , banissez de votre ame ,
La curiosité.
Le Théatre représente au troisiéme Acte une
Forêt , et dans le fond l'Antre d'Averne.
Apeine Psyché est -elle sortie des Enfers , qu'el
Te est tentée d'ouvrir la Boëte ; les deffenses que
Pluton lui a faites d'y regarder , lui font croire
qu'elle renferme un fard précieux ; elle espere par
ce moyen rétablir ses charmes alterez par le
voyage, elle se met à l'écart crainte d'être apperçue.
L'Amour et Zéphire arrivent en habits de
Chasseurs , ils cherchent Psyché de tous côtez , er
pendant qu'ils s'entretiennent d'elle , ils entendent
une voix plaintive; ils prêtent l'oreille tandis que
Psyché , pâle et défigurée , dit qu'en ouvrant la
Boëte une vapeur lui a offusqué les yeux , que
tout a disparu, et qu'elle n'y a trouvé qu'un Bilfet
qu'elle lit.
Psyche
362 MERCURE DE FRANCE
Psiché , tu n'as plus de beauté ;
Ta vaine curiosité ,
Vient de la faire disparoître 5
Ton visage est affreux , et telle est ta laideur
Que ceuxdont le secours soulageoit ta douleur,
Ne pourront plus te reconnoître.
-
Psyché déplore son malheur , s'accuse elle
même, et dit que les Dieux ne la traitent pas encore
comme elle mérite. L'Amour surpris d'entendre
parler de Psyché â une personne qu'il croit
étrangere , l'aborde dans le dessein d'apprendre
de ses nouvelles ; Psyché 1appelle en peu de mots
tous ses ma.heurs , dont le plus grand est celui
d'avoir ouvert une Boëte qui lui a fait perdre
tous ses charmes. A ce portrait , dit-elle , et aux
pleurs qui coulent de mes yeux , ne reconnoissez-
vous pas cette malheureuse Psyché. L'Amour
saisi d'éteonnement et de tendresse , se fait
connoître et dit à sa chere Psyché , que c'est lui
qui a causé tous ses maux ; mais qu'elle ne doit
point s'allarmer , que sa beauté lui sera renduë
puisqu'il va remonter aux Cieux ; Psyché veut
P'en empêcher , et dit qu'il vaudroit mieux faire
un dernier effort pour toucher Venus. Zéphire
est d'avis d'implorer l'assistance de Cybelle pour
fléchir Vénus . L'Amour prend ce parti et ordonne
à Zéphire de conduire Psyché à Cythere . En
cet endroit le Théatre change et représente les
Jardins de Vénus.
Eglé et une autre Nimphe se plaignent de la
tristesse qui regne dans la Cour de Venus depuis
la division de la Mere et du Fils . Vénus , arrive
qui une foule de mécontens fait les mêmes reproches
, Cybelle , qui survient , se joint à eux et
chante sur l'Air : Ce beau jour ne permet que
l'Aurore , de l'Opera de Phaeton.
FEVRIER . 1731 . 363
Recevez en ces lieux de Cybelle ,
La visite et quelques avis ,
Au sujet de l'Amour votre Fils.
Quelle triste nouvelle ! .
Quels maux ! quels ennuis !
Quelle haine mortelle ,
Dans tous les esprits ;
L'Amour plaît , il est la douceur même ,
Ce Dieu charmant nous enchante tous ;
Lorsque chacun l'aime ,
Le haïrez-vous ?
Venus.
Se peut- il, sage immortelle ,
En verité ,
Que mon Fils rebelle ,
Ait mérité ,
Tant de bonté.
Cybelle.
Du destin des Mortels il dispose ,
Quand je le sers >
Je soutiens la cause ,
De tout l'univers.
L'Amour vient se jetter aux pieds de Vénus
et tâche de la fléchir par des sentimens de soumission
et de tendresse . Venus lui répond et
chante sur l'Air : Quand on a prononcé ce malheureux
ani.
Hous
364 MERCURE DE FRANCE
Vous avez pris plaisir à braver votre Meře ,
Et vous avez détruit tout ce que j'ai sçu fairez
Voyons à cette fois si vous l'emporterez i
Si contre mes desseins vous vous déclarerez.
Voilà , continue Venus , le supplice que j'ai
réservé à votre Amante. Psyché paroît en même-
temps au fond du Théatre dans un lieu enchanté
, environnée des Graces , des Ris et des
Jeux, qui forment le Divertissement , pour celebrer
l'Hymen de l'Amour et de Psyché , après
lequel , Zéphire , qui a suivi Cybelle aux Cieux,
arrive et apporte pour present de Nôces un Brevet
de Déesse et une promesse de la part des
Dieux que la volupté naîtra de Psyché .
L
VAUDEVILLE.
Amour m'a rendu la maîtresse
D'un Plumet rempli d'ardeur ,
Avant de payer sa tendresse ,
Consulte-toi bien , mon coeur ,
Il est galant, attentif à complaire ;
Plaire ,
Est son unique objet ;
Mais rarement on voit un Mousquetaire ,
Taire ,
Les faveurs qu'on lui fait.
Le 12. on donna une autre petite Piece d'un
Acte à la suite de la premiere , intitulée la Fausse
Ridicule , qui fut reçue très favorablement du Public
, et dont nous parlerons plus au long.
Le
FEVRIER. 1731. 365
Le 20. on donna à la place de l'Esclavage de
Pfyché une Piece nouvelle qui a pour titre Cydippe
, précedée d'un Prologue , avec un Divertissement.
On doit construire incessamment une Salle et
un Theatre dans l'Enceinte et sous le couvert de
la Foire S. Germain , pour les Spectacles qui en
dépendent : voici ce qui donne lieu à cet établissement
, autorisé par un Arrêt du Conseil.
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Résumé : L'Esclavage de Psyché, Opera Comique, [titre d'après la table]
Le 3 février, la Foire Saint-Germain débuta avec l'intervention du Lieutenant Général de Police et l'ouverture de la saison de l'Opéra Comique, qui présenta la pièce 'L'Esclavage de Psyché' en trois actes. Dans le premier acte, l'Amour se plaint des souffrances causées par la curiosité de Psyché et son emprisonnement par Vénus. Egle, confidente de Vénus, révèle que Vénus est en colère à cause du mariage clandestin de l'Amour et traite Psyché avec sévérité. L'Amour décide de secourir Psyché avec l'aide de Zéphire, transformé en Zéphyr. Vénus envoie Psyché à la Fontaine de Jouvence, gardée par un monstre, pour la faire périr. L'Amour se métamorphose pour protéger Psyché, qui échappe au monstre grâce à l'intervention de l'Amour et de Zéphire. Dans le deuxième acte, Psyché est soumise à de nouvelles épreuves par Vénus, mais elle est secourue par l'Amour. Vénus, de plus en plus irritée, envoie Psyché aux Enfers pour récupérer une boîte remplie du fard de Proserpine. Par curiosité, Psyché ouvre la boîte, ce qui lui fait perdre sa beauté. L'Amour, après l'avoir cherchée, la retrouve défigurée et lui promet de restaurer sa beauté. Le troisième acte se déroule dans les jardins de Vénus, où Cybèle intervient pour réconcilier Vénus et l'Amour. Psyché est finalement transformée en déesse et célèbre son hymen avec l'Amour. Le 12 février, une autre pièce, 'La Fausse Ridicule', fut bien accueillie par le public. Le 20 février, une nouvelle pièce intitulée 'Cydippe' fut présentée. Par ailleurs, un arrêt du Conseil autorisa la construction d'une salle et d'un théâtre dans l'enceinte de la foire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 560-563
Épitaphe de la Dlle Oldfield, Comedienne, [titre d'après la table]
Début :
LE NOUVELLISTE DU PARNASSE, sixiéme Lettre. Nous emprunterons de cette [...]
Mots clefs :
Épitaphes, Anne Oldfield, Théâtre anglais, Actrice, Comédie, Tragédie, Louanges, Poètes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Épitaphe de la Dlle Oldfield, Comedienne, [titre d'après la table]
NOUVELISTE DU PARNASSE,
sixiéme Lettre .
Nous emprunterons
de cette feuille
deux Epitaphes
qui manquent à ce que nous avons dit de la celebre Actrice du
Théatre Anglois dans le Mercure de Novembre
dernier , page 2494. morte à Londres
le 23. Octobre 1730. et inhumée dans
la Chapelle Royale de Westminster
. Le
Nouveliste
compare cette illustre défunte
à notre inimitable
Le Couvreur.
Hic
MARS. 17318 567
Hic juxta requiescit
Tot inter Poëtarum laudata nomina
Anna Oldfield.
>
Nec ipsa minore laude digna
Quippe quæ eorum opera
In Scenam quoties prodivit ,
Illustravit semper et nobilitavit ;
Nunquam ingenium idem ad partes diversissimas
Habilius fuit :
,
Ita tamen ut ad singulas
Non facta , sed nata esse videretur.
In Tragediis
›
Formæ splendor , oris dignitas , incessu
majestas ,
Tanta vocis suavitate temperabantur ,
Ut nemo esset tam agrestis , tam durus
spectator ,
Quin in admirationem totus raperetur ;
In Comoedia autem
Tanta vis , tam venusta hilaritas , tam curiosa
felicitas
Ut neque sufficerent spectando oculi ,
Neque plaudendo manus.
TRADUCTION .
Ici repose parmi les Poëtes les plus renommés
Anne Oldfield , digne de partager leur
gloire , puisqu'elle n'a jamais paru sur la
Scene sans donner un nouvel éclat à leurs
Gj
Onura-
>
562 MERCURE DE FRANCE.
Ouvrages. On ne vit jamais un même génie
saisir tant de Rôles opposés ; elle sembloit
née pour chacun en particulier. Dans le Tragique
, l'éclat de sa beauté , sa noble phisionomie
et son port majestueux étoient temperespar
une voix si charmante , que le plus
feroce spectateur étoit forcé d'admirer ; dans
le Comique , c'étoit une si grande force , un
enjouement si plein de graces , des attraits si
picquans,que les yeux ne pouvoient se lasser
de regarder , ni les mains d'applaudir.
La seconde Epitaphe est en Anglois ;
nous n'en donnerons que cetteTraduction :
Ici repose le corps d'Anne Oldfield , la
plus celebre Actrice , non-seulement de son
tems , mais de tous les tems.
Formée également par la nature et par l'art,
pour plaire , pour engager et interesser tous
les coeurs;
Applaudie dans la vie publique par tous
ceux qui l'ont vuë ,
Aimée dans la vie privée de tous ceux qui
Pont connuë.
{ ELOGE DES NORMANDS , où l'on
trouvera un petit Abregé de leur Histoire
, avec les grands hommes qui en
sont sortis , et les belles qualitês qui doivent
les rendre respectables à l'Univers
entier. Par M. Riviere. A Paris , chez
la
MARS. 1731.
563
la Veuve Guillaume , Quay des Augustins,
1731. broch. de 44. pages in 12.
SIMON et BORDELET , Libraires à Paris, viennent
de réimprîmer les Géorgiques du R. P. Vanier
, Jésuite , avec quelques autres Ouvrages de
cet excellent Poëte Latin , sous ce titre : VANIERII
, Pradium rusticum Editio emendatior cui
accesserunt Libri duo ejusdem opuscula varia.
sixiéme Lettre .
Nous emprunterons
de cette feuille
deux Epitaphes
qui manquent à ce que nous avons dit de la celebre Actrice du
Théatre Anglois dans le Mercure de Novembre
dernier , page 2494. morte à Londres
le 23. Octobre 1730. et inhumée dans
la Chapelle Royale de Westminster
. Le
Nouveliste
compare cette illustre défunte
à notre inimitable
Le Couvreur.
Hic
MARS. 17318 567
Hic juxta requiescit
Tot inter Poëtarum laudata nomina
Anna Oldfield.
>
Nec ipsa minore laude digna
Quippe quæ eorum opera
In Scenam quoties prodivit ,
Illustravit semper et nobilitavit ;
Nunquam ingenium idem ad partes diversissimas
Habilius fuit :
,
Ita tamen ut ad singulas
Non facta , sed nata esse videretur.
In Tragediis
›
Formæ splendor , oris dignitas , incessu
majestas ,
Tanta vocis suavitate temperabantur ,
Ut nemo esset tam agrestis , tam durus
spectator ,
Quin in admirationem totus raperetur ;
In Comoedia autem
Tanta vis , tam venusta hilaritas , tam curiosa
felicitas
Ut neque sufficerent spectando oculi ,
Neque plaudendo manus.
TRADUCTION .
Ici repose parmi les Poëtes les plus renommés
Anne Oldfield , digne de partager leur
gloire , puisqu'elle n'a jamais paru sur la
Scene sans donner un nouvel éclat à leurs
Gj
Onura-
>
562 MERCURE DE FRANCE.
Ouvrages. On ne vit jamais un même génie
saisir tant de Rôles opposés ; elle sembloit
née pour chacun en particulier. Dans le Tragique
, l'éclat de sa beauté , sa noble phisionomie
et son port majestueux étoient temperespar
une voix si charmante , que le plus
feroce spectateur étoit forcé d'admirer ; dans
le Comique , c'étoit une si grande force , un
enjouement si plein de graces , des attraits si
picquans,que les yeux ne pouvoient se lasser
de regarder , ni les mains d'applaudir.
La seconde Epitaphe est en Anglois ;
nous n'en donnerons que cetteTraduction :
Ici repose le corps d'Anne Oldfield , la
plus celebre Actrice , non-seulement de son
tems , mais de tous les tems.
Formée également par la nature et par l'art,
pour plaire , pour engager et interesser tous
les coeurs;
Applaudie dans la vie publique par tous
ceux qui l'ont vuë ,
Aimée dans la vie privée de tous ceux qui
Pont connuë.
{ ELOGE DES NORMANDS , où l'on
trouvera un petit Abregé de leur Histoire
, avec les grands hommes qui en
sont sortis , et les belles qualitês qui doivent
les rendre respectables à l'Univers
entier. Par M. Riviere. A Paris , chez
la
MARS. 1731.
563
la Veuve Guillaume , Quay des Augustins,
1731. broch. de 44. pages in 12.
SIMON et BORDELET , Libraires à Paris, viennent
de réimprîmer les Géorgiques du R. P. Vanier
, Jésuite , avec quelques autres Ouvrages de
cet excellent Poëte Latin , sous ce titre : VANIERII
, Pradium rusticum Editio emendatior cui
accesserunt Libri duo ejusdem opuscula varia.
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Résumé : Épitaphe de la Dlle Oldfield, Comedienne, [titre d'après la table]
Le 'Nouveliste du Parnasse' publie une lettre rendant hommage à l'actrice anglaise Anne Oldfield, décédée à Londres le 23 octobre 1730 et inhumée dans la Chapelle Royale de Westminster. La lettre présente deux épitaphes, l'une en latin et l'autre en français, comparant Oldfield à l'acteur français Le Couvreur. La première épitaphe souligne son talent exceptionnel, affirmant qu'elle illuminait et nobilisait chaque rôle, qu'il soit tragique ou comique. La seconde épitaphe, traduite de l'anglais, la décrit comme la plus célèbre actrice de son temps et de tous les temps, formée par la nature et l'art pour plaire et toucher les cœurs. Le texte mentionne également la réimpression des 'Géorgiques' du Père Vanier par les libraires Simon et Bordelet à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 575-577
« Les Comédiens François répresenterent le premier de ce mois à la Cour, [...] »
Début :
Les Comédiens François répresenterent le premier de ce mois à la Cour, [...]
Mots clefs :
Comédie, Tragédie, Théâtre, Académie royale de musique, Opéra, Représentation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François répresenterent le premier de ce mois à la Cour, [...] »
LE
rent le premier de ce mois à la Cour,.
la Comedie du double Veuvage , du feu
sieur Dufresni , et la Comedie nouvelled'Alcibiade,
qui firent beaucoup de plaisir ..
Le 6. la Tragedie de Polieucie , et la petite
Comedie du Deüil.
Le 8. Alcibiade et le double Veuvage .
Le 17. ils donnerent pour la clôture de
leur
576 MERCURE DE FRANCEfeur
Théatre , la Tragedie d'Absalon ;
qui fut bien représentée et fort goutée
par une nombreuse Assemblée. Le sieur
de Montmenil fit un Compliment au Public
, qui fut fort bien reçû .
L'Académie Royale de Musique donna
le s . Mars et le 10. jour de la clôture
du Théatre , deux Représentations de
l'Opera de Thesée , pour les Acteurs
comme cela se pratique toutes les années ;
la Dlle Petitpas chanta une Ariette Italienne
, et la De Camargo dansa à la fin les
caracteres de la Danse avec toute la vivacité
dont elle est capable. On prépare
l'Opera d'Idomenée de M. Campra , pour
être donné à l'ouverture du Théatre.
Le 3. les Comediens
Italiens
représenterent
à la Cour l'Embarras
des Richesses
et le Retour de Tendresse
.
Le 9. ils représenterent à l'Hôtel de
Bourgogne Sanson et la Parodie de Phaeton
, pour la clôture du Théatre ; la De
Thomassin fit le Compliment qu'on fait
ordinairement toutes les années , lequel
fut reçû favorablement.
Le 10. ils jouerent à la Cour la Surprise
de l'Amour et l'Horoscope accompli.
Dile Marguerite Rusca , Epouse du sieur
Thomassin , originaire de Boulogne , l'une
MARS. 1731. 577
ne des Comediennes Italiennes de l'Hôtel
de Bourgogne , connue sous le nom
de Violetta , mourut le dernier Fevrier ,
âgée d'environ 40. ans , après une longue
maladie. Elle joüoit ordinairement dans
les Comedies Italiennes les Rôles de Suivantes
, avec beaucoup de feu. Elle a été
inhumée à S. Laurent sa Paroisse , après
avoir reçû tous ses Sacremens.
LE BOLUS , PARODIE DU BRUTUS.
Par Mr Dominique et Romagnesi , Comédiens
du Roi , représentée le 24. Janvier
dernier , .& c. A Paris , ruë de la
Harpe , chez L. D. Delatour , 1731 .
Nous sommes dispensez de nous arrêter
sur cette Piece, en ayant donné un Extrait
fort étendu dans le Mercure de Février.
rent le premier de ce mois à la Cour,.
la Comedie du double Veuvage , du feu
sieur Dufresni , et la Comedie nouvelled'Alcibiade,
qui firent beaucoup de plaisir ..
Le 6. la Tragedie de Polieucie , et la petite
Comedie du Deüil.
Le 8. Alcibiade et le double Veuvage .
Le 17. ils donnerent pour la clôture de
leur
576 MERCURE DE FRANCEfeur
Théatre , la Tragedie d'Absalon ;
qui fut bien représentée et fort goutée
par une nombreuse Assemblée. Le sieur
de Montmenil fit un Compliment au Public
, qui fut fort bien reçû .
L'Académie Royale de Musique donna
le s . Mars et le 10. jour de la clôture
du Théatre , deux Représentations de
l'Opera de Thesée , pour les Acteurs
comme cela se pratique toutes les années ;
la Dlle Petitpas chanta une Ariette Italienne
, et la De Camargo dansa à la fin les
caracteres de la Danse avec toute la vivacité
dont elle est capable. On prépare
l'Opera d'Idomenée de M. Campra , pour
être donné à l'ouverture du Théatre.
Le 3. les Comediens
Italiens
représenterent
à la Cour l'Embarras
des Richesses
et le Retour de Tendresse
.
Le 9. ils représenterent à l'Hôtel de
Bourgogne Sanson et la Parodie de Phaeton
, pour la clôture du Théatre ; la De
Thomassin fit le Compliment qu'on fait
ordinairement toutes les années , lequel
fut reçû favorablement.
Le 10. ils jouerent à la Cour la Surprise
de l'Amour et l'Horoscope accompli.
Dile Marguerite Rusca , Epouse du sieur
Thomassin , originaire de Boulogne , l'une
MARS. 1731. 577
ne des Comediennes Italiennes de l'Hôtel
de Bourgogne , connue sous le nom
de Violetta , mourut le dernier Fevrier ,
âgée d'environ 40. ans , après une longue
maladie. Elle joüoit ordinairement dans
les Comedies Italiennes les Rôles de Suivantes
, avec beaucoup de feu. Elle a été
inhumée à S. Laurent sa Paroisse , après
avoir reçû tous ses Sacremens.
LE BOLUS , PARODIE DU BRUTUS.
Par Mr Dominique et Romagnesi , Comédiens
du Roi , représentée le 24. Janvier
dernier , .& c. A Paris , ruë de la
Harpe , chez L. D. Delatour , 1731 .
Nous sommes dispensez de nous arrêter
sur cette Piece, en ayant donné un Extrait
fort étendu dans le Mercure de Février.
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Résumé : « Les Comédiens François répresenterent le premier de ce mois à la Cour, [...] »
En mars 1731, plusieurs représentations théâtrales ont eu lieu à la Cour et à l'Hôtel de Bourgogne. Le 1er mars, la Comédie du double Veuvage de Dufresni et la Comédie nouvelle d'Alcibiade ont été jouées. Le 6 mars, la Tragédie de Polyeucte et la petite Comédie du Deuil ont été présentées. Le 8 mars, Alcibiade et le double Veuvage ont été rejoués. Le 17 mars, la Tragédie d'Absalon a marqué la clôture du théâtre, avec un compliment du sieur de Montmenil au public. L'Académie Royale de Musique a donné deux représentations de l'Opéra de Thésée les 1er et 10 mars, avec des performances de la demoiselle Petitpas et Camargo. L'Opéra d'Idoménée de Campra était préparé pour l'ouverture du théâtre. Les Comédiens Italiens ont représenté à la Cour l'Embarras des Richesses et le Retour de Tendresse le 3 mars, et à l'Hôtel de Bourgogne Sanson et la Parodie de Phaéton le 9 mars. La demoiselle Thomassin a fait le compliment annuel. Le 10 mars, ils ont joué à la Cour la Surprise de l'Amour et l'Horoscope accompli. Marguerite Rusca, épouse de Thomassin et comédienne italienne connue sous le nom de Violetta, est décédée en février à l'âge d'environ 40 ans après une longue maladie. Elle jouait souvent les rôles de suivantes dans les comédies italiennes et a été inhumée à Saint-Laurent. La pièce Le Bolus, parodie du Brutus, a été représentée le 24 janvier par les comédiens Dominique et Romagnesi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 577-591
Arlequin Phaeton, &c. [titre d'après la table]
Début :
ARLEQUIN PHAETON, Parodie, &c. par les mêmes Auteurs, et chez [...]
Mots clefs :
Parodie, Arlequin, Théâtre, Comédie, Soleil, Trône, Décoration, Scène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arlequin Phaeton, &c. [titre d'après la table]
ARLEQUIN PHAETON , Parodie ,
&c. par les mêmes Auteurs , et chez le
même Libraire , 1731 .
Cette Piece fut donnée sur le Théatre
de l'Hôtel de Bourgogne le 22. Février
et très -favorablement reçûë du Public.
Le Théatre représente la Mer dans le
fond , Libie ouvre la Scene par ces Vers
parodiez , sur l'Air : Ici sont venus ex
personne.
Heureuse une ame indifferente !
Le bonheur dont j'étois contente ,
Le
378 MERCURE DE FRANCE
Ne me sera-t'il point rendu ?
Dans ces beaux lieux tout est paisible .
Helas ! que ne m'est -il possible ,
D'y trouver ce que j'ai perdu !
C'est un petit coeur ingenu ,
C'est un coeur sincere et fidele ,
Dont je n'avois plus de nouvelle.
Quand une fois l'Amour le prend ,
Jamais le traitre ne le rend.
- Théone s'étonne de voir Libie seule et
rêveuse ; celle-cy lui dit qu'elle vient rêver
aussi en ce lieu , et qu'il est à présumer
qu'elle aime ; oui , lui répond- elle ,
je n'en fais aucun mistere.
Il faut aimer pour éprouver ,
Le plaisir de rêver.
Avoüez , ajoûte- t'elle , que vous en te
nez aussi bien que moi ; sur le Chant de
Opera :
Le Fils de Jupiter vous aime.
Libie.
Je ne serois qu'à lui s'il n'étoit qu'à moi-même.
Vous êtes plus heureuse que moi , contiñue-
t'elle , le fils du Soleil vous plaît .
vous joüissez d'un plein repos. Toutes deux.
Ah !
MARS.
1731. 379
Ah! Madame Enroux ,
>
Que l'Amour est fou ,
Et qu'il fait de folles !
Ah ! Madame Enroux ,
Combien de paroles ,
Ici perdons nous ?
Phaeton arrive tout rêveur. Vous passez
sans me voir , lui dit Théone , craignez-
vous ma presence ? Non , répond- il,
je cherche la Reine , ma Mere. Le bon
enfant , dit Théone. Est - il deffendu de
chercher sa mere , ajoûte Phaeton ? Oui ;
c'est sa Maîtresse qu'il faut chercher.Voilà
une Maîtresse , reprend Phaeton , qui
m'embarrasse autant qu'une femme. Il
affecte beaucoup d'indifference , et voyant
venir sa mere , il dit sur l'Air de l'Opera.
La Reine tourne ici ses pas.
Théone.
C'est bien répondre ; allez , ne vous contraignez
pas.
A la quatriéme Scène , Climene arrive
qui demande à son fils le sujet de son
chagrin , il lui répond que le Roi va se
choisir un Gendre qui doit succeder au
Trône; qu'Epaphus en brigue l'honneur, et
quece sont là les motifs de sa tristesse. Il
no
580 MERCURE DE FRANCE.
ne faut pas être envieux , lui répond Cli.
mene , mais il y a une chose qui m'embarrasse
, ajoûte Phaeton . Le Soleil est
mon pere , n'est- ce pas ? Oüi vraiment ,
répart Climene. Phaeton chante sur l'Air
Vous avez bean faire la fiere.
Comment avez- vous pu faire
Pour engager votre foi
Et de vous ma chere mere
>
Que pensé notre bon Roi ?
Avez-vous passé pour neuve ,
Dans l'esprit de ce butord .
Climene.
Il m'a prise comme veuve.
Phaeton.
Mais le Soleil n'est
pas
mort.
Tout cela me chicanne ; taisez-vous
lui dit Climene , vous êtes un épilogueur.
Prothée va venir ici avec ses Moutons
er je veux le consulter sur ce qui vous
regarde ; retirez-vous. Prothée chante ;
Air de M. Mouret.
Heureux qui peut sur les bords de la Seine ,
Se promener sans rien risquer ;
Heureux ceux que l'espoir d'une amoureuse an
baine ,
Ne force point à s'embarquer.
Dangere
ZWA
NOVUM
BRENNITATS
DUX
ANDEGAVENS NATUS
XXXAUGUSTI
M DCC XXX
PIGNUS
B
MARS.
581
1731.
Dangereux en est le voyage :
Jeunes Amans , craignez l'orage ,
Qui vous fait quelquefois ,
Faire nauffrage ,
A Javelle , au Port à Langlois,
Prothée s'endort. Climene dit à sea
frere Triton , qu'il faut l'obliger à s'expliquer
sur le sort de Phaeton . Triton
sur l'Air, A nos voix unissez vos Hautbois.
Bondissez ,
Petits Agneaux , paisser
Sur ces Rivages ;
Vous, Oiseaux ,
Vous , Chalumeaux ,
Et vous , murmure des Eaux ,
Vous , Feuillages ,
Vous , Ombrages ,
Vous , badins Zéphirs ,
Qui rimez à plaisirs ,
Vous , charmans Bocages ,
Vous , tendres desirs ,
Amoureux Soupirs ,
Et Sornettes
Qu'on a faites ,
Depuis si long-temps ,
Qu'on remet tous les ans ,
Dans les Chansonnettes ,
Remplissez nos Chants.
H Prothée
$82 MERCURE DE FRANCE
Prothée s'éveille , en disant qu'il est -eharmé
de cette Musique , mais que son
Troupeau s'égare , et qu'il ne peut rester
davantage; Triton et ses Suivans l'arrêtent
; il se change successivement en Arbre
, en Asne et en Cochon , en vendeur
de Ptisanne , et en pluye de feu ; ensuite
il paroît sous sa forme ordinaire , et se
voyant obligé de parler , il chante ce qui
suit , sur l'Air de l'Opera.
Puisque vous le voulez , je romprai le silence ,
Le sort de Phaeton se découvre à mes yeux :
Dieux ! que d'argent ; quel monde, ô Dieux !
Il ne doit son succés heureux ,
Qu'à sa magnificence , &c .
Phaeton demande à Climene , dans la
septiéme Scene , ce qu'a dit Prothée ; que
vous mourrez bientôt , lui répond Climene.
Adieu , mon fils , j'espere que
l'amour de Théone l'emportera sur l'ambition
. Phaeton chante sur l'Air , Je suis
Mousquetaire , moi.
He! quoi ! ma mere au besoin m'abandonne.
Climene.
Théone à votre foi.
Phaeton.
Je n'en veux plus ; la gloire me talonne ;
J'aime mieux être Roi.
Climene.
MARS. 1731. 583
Climene.
Mais vous mourrez, si vous montez au Trône.
Phaeton en pleurant.
Je veux la Couronne ,
Moi ,
Je veux la Couronne.
Dans la Scene suivante , Epaphus dít
à Libie , que le Roi vient de lui donner
son congé , et qu'un autre la possedera.
Ils chantent le Duo suivant sur
l'Air , Vendôme.
Que mon sort seroit doux ,
Si je passois avec vous ,
La vie , la vie.
Merops , suivi des Rois Tributaires ,
déclare qu'il a fait choix de Phaeton pour
lui succeder , et qu'il lui accorde Libie.
Il chante sur l'Air , du Mirliton.
De ma fille qu'il demande ;
Volontiers je lui fais don ;
De tous côtez qu'on entende ,
Retentir cent fois le nom ,
Du grand Phaeton ,
Mirliton , mirlitaine ,
Du grand Phaeton , ton , ton.
Après les Chants et les Danses , Théo-
Hij
84 MERCURE DE FRANCE.
ne arrive , et fait des reproches à Phaeton
sur son infidelité. Elle chante sur l'Air ,
La charmante Catin me desespere.
Vous aimez la Princesse à la folie ,
Et votre coeur perfide enfin m'oublie
Oui , l'Amour vous transporte ,
Et vous livre à ses appas.
Phaeton.
Non , le diable m'emporte ,
L'Amour ne s'en mêle pas , la , la :
Je n'épouse que ses ducats.
Theone se retire en pleurant. Phaeton
va rendre hommage à la Déesse Isis , et
se persuade qu'elle le recevra à merveille ,
puisqu'elle est la mere de son Rival ;
mais lorsqu'il veut entrer , une Furie
sort du Temple pour l'épouvanter , &c .
Epaphus en sort , et lui demande ce qu'il
prétend ? Epaphus sur l'Air , Ami , ne
parlons plus de guerre. ·
Votre attente sera trompée ,
Phaeton ;
Ca, commençons
Par ôter chacun notre épée ,
En bons poltrons.
Ils ôtent leurs épées ; Phaeton continuë :
Voilà nos mesures bien prises ,
Et
MARS . 1731.
Et nous pouvons ,
Nous dire toutes les sottises ,
Que nous voudrons.
Sçavez- vous bien que Jupiter est mon
Pere , lui dit Epaphus ; et qu'est- ce que
cela me fait ; le Soleil est le mien , répond
Phaeton . Epaphus : Air , Oniche , ouiche ,
et ouida.
Le grand Jupiter est mon Pere ,
Tout le monde sçait cela ,
Pour vous on ne vous connoît guere.
Phaeton.
Le Soleil est mon Papa.
Ah , ah ,
Epaphus.
ah.
Votre Mere vous dit cela ,
Mais elle triche .
Quiche , ouiche ,
Et ouida.
Ils reprennent leurs épées à la fin de la
Scene , et se font de grandes réverences .
Phaeton en pleurant dit à Climene , qui
entre :
Ah ! ma mere ,
A ce que dit Epaphus ,
bis,
Le Soleil n'est pas mon pere.
Ah ! ma mere. bis.
Hiij Quelle
586 MERCURE DE FRANCE
Quelle insolence , s'écrie Climene. Phaeton
chante sur l'Air : A la Foire , à la
Courtille.
Qu'ici votre coeur s'explique :
Confondrons-nous les jaloux ?
La chose est problématique ,
Car on trompe tant d'Epoux !
Dites ma mere ,
N'auriez-vous point , entre nous ,
Trompé mon pere.
Climene lui assure que le Soleil est son
pere. Vous n'en douterez plus , petit incrédule
, ajoûte-t'elle , voilà une voiture qu'il
vous envoye pour vous conduire à son
Palais. Un vent emporte Phaeton sur
ses épaules. Phaeton : Air , des Fraises.
Mon triomphe éclatera ,
De l'un à l'autre Pole.
Climene.
Partez , mon fils.
Phaeton.
M'y voilà.
Je vole , je vole.
Le Théatre change à la quatorzieme
Scene , et représente le Palais du Soleil ;
cette décoration est une des plus brillantes
MARS.
1731. $87
tes qu'on ait encore vûë sur le Théatre
de l'Hôtel de Bourgogne . Le Soleil représenté
par Trivelin , paroît assis sur
un Trône éclatant ; les heures du jour
forment un Divertissement très -gracieux,,
dont M. Mouret a composé la Musique ; .
Phaeton arrive dans le Palais..
Le Soleil l'embrasse , en lui disant qu'il
le reconnoît pour son fils. Phaston : Air
Marote fait bien la fiere.
Puisqu'il m'est permis , mon pere ,
De vous appeller ainsi ,
Faites donc taire ,
Le témeraire ,
Qui dit que ma mere
En a menti.
Le Soleil.
Quelle langue de vipere !
Que le monde est perverti !
biss
Tu n'as , mon fils , qu'à me demander tout
ce que tu voudras , je te l'accorderai , continue
le Soleil.
J'en jure par le Stix , effroïable serment ,
Que ne pourroit pas même enfraindre un Bas
Normand.
Phaeton : Air , Diogene en son tonneaus .
Dans votre beau chariot :
Hiiij Le
588 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil.
4
Oh ! oh !
Phaeton.
De l'Orient jusqu'à l'Ourse ,
Je voudrois bien au grand trot :
Le Soleil.
Oh ! oh !
Phaeton.
Faire une petite course.
Le Soleil.
Diablezot ;
L'entreprise est trop témeraire.
Phacton.
Hé bien ! je n'irai , mon cher
Que de Paris à Chaillot :
Le Soleil.
Oh ! oh ! oh !
perc
Vous tomberez comme un sot.
Phacton lui dit qu'il ne peut plus s'en
dédire , pui qu'il a juré par le Seix enfin
le Soleil consent qu'il conduise son char;
Phaeton sort en s'applaudissant de son
bonheur.
Le Théatre change ; le Soleil paroît à
la
MARS. 1731. 589
la 15. Scene. Climene , Merops et leur,
suite chantent sur l'Air de l'Opera :
Que tout chante , que tout réponde &c.
Climene continuë sur l'Air : Oh reguingué
!
Mon fils éclaire ses jaloux ;
C'est lui qui brille aux yeux de tous.
Merops.
Par quel Courier le sçavez -vous ?
Pour moi je ne sçaurois le croire.
Climene.
On l'a vu de l'Observatoire.
Theone arrive en pleurs , et annonce à
Climene et à Merops que son pere Prothée
lui a dit que Phacton alloit périr ; aussitôt
des flammes se répandent dans les airs .
Phaeton paroît dans le Char du Soleil ;
Jupiter descend , et le foudroye en chantant
::
Malheureux , quel dégat tu fais !
On ne pourra plus boire au frais ;
Culbute , culbute à jamais..
Phaeton trébuche avec son Char ; co
qui finit la Parodie.
Le Palais du Soleil dans la décoration
Hv dont
590 MERCURE DE FRANCE
dont nous avons parlé , est en general d'un
ordre composite , et construit sur un
nombre de magnifiques colonnes isolées et
de pilastres , faisant corps avec les mêmes
colonnes , élevées sur des piédestaux ,
qui supportent entre elles les saillies d'une
riche corniche architravée , sur laquelle
s'éleve le plafond ceintré , désignant sur
les cotés un nombre d'arcades ornées de
bas- reliefs allegoriques et historiques. Au
bas des arcades , immédiatement sur la
corniche on voit de grandes consoles
qui soutiennent des festons de laurier et
d'olivier. Au milieu du plafond est un
percé en rond , qui découvre un Altique ,
où les Signes du Zodiaque sont représentés.
>
Dans le fond est un Salon de forme circulaire
, terminé en coupole , sous laquelle
est placé le Trône du Soleil , élevé de
plusieurs dégrés . Sur le devant il y a une
balustrade ornée de riches tapis avec
deux Grouppes de Génies tenant les Attributs
du Soleil .
ر
La partie du devant du Palais représente
une Gallerie en colonnes et pilastres
qui soutiennent les arcades. Dans les
trumeaux , sur des Piédestaux , sont placées
les Statuës du Soltice d'Eté et l'Equinoxe
du Printems sur des nuées ; le Soltice
d'Hyver et l'Equinoxe de l'Automne
sont sur le devant. Tous
MARS. 1731. 591
1
Tous les ornemens de l'Edifice , comme
Colonnes , Chapiteaux , Base , Piédestaux
, Corniche , Plafond et les Figures
sont en or , et toutes les parties ausquelles
sont adossées les Pilastres qui tiennent
aux corps solides et arrieres - corps , sont
en argent. On avoit placé des panneaux
de lapis aux frises de la Corniche , au
Plafond et aux Piédestaux qui portoient
les Figures et bas - reliefs simboliques , Trophées
et autres Attributs du Soleil . Les
Colonnes jusqu'au tiers de leur hauteur'
étoient enrichies par quantité de pierreries
de diverses couleurs , éclatantes , ainsi
que toutes les autres parties de l'Architecture
.
Cette ingénieuse et brillante décoration
est de M. Le Maire , qui en a donné
plusieurs que le Public a applaudies .
&c. par les mêmes Auteurs , et chez le
même Libraire , 1731 .
Cette Piece fut donnée sur le Théatre
de l'Hôtel de Bourgogne le 22. Février
et très -favorablement reçûë du Public.
Le Théatre représente la Mer dans le
fond , Libie ouvre la Scene par ces Vers
parodiez , sur l'Air : Ici sont venus ex
personne.
Heureuse une ame indifferente !
Le bonheur dont j'étois contente ,
Le
378 MERCURE DE FRANCE
Ne me sera-t'il point rendu ?
Dans ces beaux lieux tout est paisible .
Helas ! que ne m'est -il possible ,
D'y trouver ce que j'ai perdu !
C'est un petit coeur ingenu ,
C'est un coeur sincere et fidele ,
Dont je n'avois plus de nouvelle.
Quand une fois l'Amour le prend ,
Jamais le traitre ne le rend.
- Théone s'étonne de voir Libie seule et
rêveuse ; celle-cy lui dit qu'elle vient rêver
aussi en ce lieu , et qu'il est à présumer
qu'elle aime ; oui , lui répond- elle ,
je n'en fais aucun mistere.
Il faut aimer pour éprouver ,
Le plaisir de rêver.
Avoüez , ajoûte- t'elle , que vous en te
nez aussi bien que moi ; sur le Chant de
Opera :
Le Fils de Jupiter vous aime.
Libie.
Je ne serois qu'à lui s'il n'étoit qu'à moi-même.
Vous êtes plus heureuse que moi , contiñue-
t'elle , le fils du Soleil vous plaît .
vous joüissez d'un plein repos. Toutes deux.
Ah !
MARS.
1731. 379
Ah! Madame Enroux ,
>
Que l'Amour est fou ,
Et qu'il fait de folles !
Ah ! Madame Enroux ,
Combien de paroles ,
Ici perdons nous ?
Phaeton arrive tout rêveur. Vous passez
sans me voir , lui dit Théone , craignez-
vous ma presence ? Non , répond- il,
je cherche la Reine , ma Mere. Le bon
enfant , dit Théone. Est - il deffendu de
chercher sa mere , ajoûte Phaeton ? Oui ;
c'est sa Maîtresse qu'il faut chercher.Voilà
une Maîtresse , reprend Phaeton , qui
m'embarrasse autant qu'une femme. Il
affecte beaucoup d'indifference , et voyant
venir sa mere , il dit sur l'Air de l'Opera.
La Reine tourne ici ses pas.
Théone.
C'est bien répondre ; allez , ne vous contraignez
pas.
A la quatriéme Scène , Climene arrive
qui demande à son fils le sujet de son
chagrin , il lui répond que le Roi va se
choisir un Gendre qui doit succeder au
Trône; qu'Epaphus en brigue l'honneur, et
quece sont là les motifs de sa tristesse. Il
no
580 MERCURE DE FRANCE.
ne faut pas être envieux , lui répond Cli.
mene , mais il y a une chose qui m'embarrasse
, ajoûte Phaeton . Le Soleil est
mon pere , n'est- ce pas ? Oüi vraiment ,
répart Climene. Phaeton chante sur l'Air
Vous avez bean faire la fiere.
Comment avez- vous pu faire
Pour engager votre foi
Et de vous ma chere mere
>
Que pensé notre bon Roi ?
Avez-vous passé pour neuve ,
Dans l'esprit de ce butord .
Climene.
Il m'a prise comme veuve.
Phaeton.
Mais le Soleil n'est
pas
mort.
Tout cela me chicanne ; taisez-vous
lui dit Climene , vous êtes un épilogueur.
Prothée va venir ici avec ses Moutons
er je veux le consulter sur ce qui vous
regarde ; retirez-vous. Prothée chante ;
Air de M. Mouret.
Heureux qui peut sur les bords de la Seine ,
Se promener sans rien risquer ;
Heureux ceux que l'espoir d'une amoureuse an
baine ,
Ne force point à s'embarquer.
Dangere
ZWA
NOVUM
BRENNITATS
DUX
ANDEGAVENS NATUS
XXXAUGUSTI
M DCC XXX
PIGNUS
B
MARS.
581
1731.
Dangereux en est le voyage :
Jeunes Amans , craignez l'orage ,
Qui vous fait quelquefois ,
Faire nauffrage ,
A Javelle , au Port à Langlois,
Prothée s'endort. Climene dit à sea
frere Triton , qu'il faut l'obliger à s'expliquer
sur le sort de Phaeton . Triton
sur l'Air, A nos voix unissez vos Hautbois.
Bondissez ,
Petits Agneaux , paisser
Sur ces Rivages ;
Vous, Oiseaux ,
Vous , Chalumeaux ,
Et vous , murmure des Eaux ,
Vous , Feuillages ,
Vous , Ombrages ,
Vous , badins Zéphirs ,
Qui rimez à plaisirs ,
Vous , charmans Bocages ,
Vous , tendres desirs ,
Amoureux Soupirs ,
Et Sornettes
Qu'on a faites ,
Depuis si long-temps ,
Qu'on remet tous les ans ,
Dans les Chansonnettes ,
Remplissez nos Chants.
H Prothée
$82 MERCURE DE FRANCE
Prothée s'éveille , en disant qu'il est -eharmé
de cette Musique , mais que son
Troupeau s'égare , et qu'il ne peut rester
davantage; Triton et ses Suivans l'arrêtent
; il se change successivement en Arbre
, en Asne et en Cochon , en vendeur
de Ptisanne , et en pluye de feu ; ensuite
il paroît sous sa forme ordinaire , et se
voyant obligé de parler , il chante ce qui
suit , sur l'Air de l'Opera.
Puisque vous le voulez , je romprai le silence ,
Le sort de Phaeton se découvre à mes yeux :
Dieux ! que d'argent ; quel monde, ô Dieux !
Il ne doit son succés heureux ,
Qu'à sa magnificence , &c .
Phaeton demande à Climene , dans la
septiéme Scene , ce qu'a dit Prothée ; que
vous mourrez bientôt , lui répond Climene.
Adieu , mon fils , j'espere que
l'amour de Théone l'emportera sur l'ambition
. Phaeton chante sur l'Air , Je suis
Mousquetaire , moi.
He! quoi ! ma mere au besoin m'abandonne.
Climene.
Théone à votre foi.
Phaeton.
Je n'en veux plus ; la gloire me talonne ;
J'aime mieux être Roi.
Climene.
MARS. 1731. 583
Climene.
Mais vous mourrez, si vous montez au Trône.
Phaeton en pleurant.
Je veux la Couronne ,
Moi ,
Je veux la Couronne.
Dans la Scene suivante , Epaphus dít
à Libie , que le Roi vient de lui donner
son congé , et qu'un autre la possedera.
Ils chantent le Duo suivant sur
l'Air , Vendôme.
Que mon sort seroit doux ,
Si je passois avec vous ,
La vie , la vie.
Merops , suivi des Rois Tributaires ,
déclare qu'il a fait choix de Phaeton pour
lui succeder , et qu'il lui accorde Libie.
Il chante sur l'Air , du Mirliton.
De ma fille qu'il demande ;
Volontiers je lui fais don ;
De tous côtez qu'on entende ,
Retentir cent fois le nom ,
Du grand Phaeton ,
Mirliton , mirlitaine ,
Du grand Phaeton , ton , ton.
Après les Chants et les Danses , Théo-
Hij
84 MERCURE DE FRANCE.
ne arrive , et fait des reproches à Phaeton
sur son infidelité. Elle chante sur l'Air ,
La charmante Catin me desespere.
Vous aimez la Princesse à la folie ,
Et votre coeur perfide enfin m'oublie
Oui , l'Amour vous transporte ,
Et vous livre à ses appas.
Phaeton.
Non , le diable m'emporte ,
L'Amour ne s'en mêle pas , la , la :
Je n'épouse que ses ducats.
Theone se retire en pleurant. Phaeton
va rendre hommage à la Déesse Isis , et
se persuade qu'elle le recevra à merveille ,
puisqu'elle est la mere de son Rival ;
mais lorsqu'il veut entrer , une Furie
sort du Temple pour l'épouvanter , &c .
Epaphus en sort , et lui demande ce qu'il
prétend ? Epaphus sur l'Air , Ami , ne
parlons plus de guerre. ·
Votre attente sera trompée ,
Phaeton ;
Ca, commençons
Par ôter chacun notre épée ,
En bons poltrons.
Ils ôtent leurs épées ; Phaeton continuë :
Voilà nos mesures bien prises ,
Et
MARS . 1731.
Et nous pouvons ,
Nous dire toutes les sottises ,
Que nous voudrons.
Sçavez- vous bien que Jupiter est mon
Pere , lui dit Epaphus ; et qu'est- ce que
cela me fait ; le Soleil est le mien , répond
Phaeton . Epaphus : Air , Oniche , ouiche ,
et ouida.
Le grand Jupiter est mon Pere ,
Tout le monde sçait cela ,
Pour vous on ne vous connoît guere.
Phaeton.
Le Soleil est mon Papa.
Ah , ah ,
Epaphus.
ah.
Votre Mere vous dit cela ,
Mais elle triche .
Quiche , ouiche ,
Et ouida.
Ils reprennent leurs épées à la fin de la
Scene , et se font de grandes réverences .
Phaeton en pleurant dit à Climene , qui
entre :
Ah ! ma mere ,
A ce que dit Epaphus ,
bis,
Le Soleil n'est pas mon pere.
Ah ! ma mere. bis.
Hiij Quelle
586 MERCURE DE FRANCE
Quelle insolence , s'écrie Climene. Phaeton
chante sur l'Air : A la Foire , à la
Courtille.
Qu'ici votre coeur s'explique :
Confondrons-nous les jaloux ?
La chose est problématique ,
Car on trompe tant d'Epoux !
Dites ma mere ,
N'auriez-vous point , entre nous ,
Trompé mon pere.
Climene lui assure que le Soleil est son
pere. Vous n'en douterez plus , petit incrédule
, ajoûte-t'elle , voilà une voiture qu'il
vous envoye pour vous conduire à son
Palais. Un vent emporte Phaeton sur
ses épaules. Phaeton : Air , des Fraises.
Mon triomphe éclatera ,
De l'un à l'autre Pole.
Climene.
Partez , mon fils.
Phaeton.
M'y voilà.
Je vole , je vole.
Le Théatre change à la quatorzieme
Scene , et représente le Palais du Soleil ;
cette décoration est une des plus brillantes
MARS.
1731. $87
tes qu'on ait encore vûë sur le Théatre
de l'Hôtel de Bourgogne . Le Soleil représenté
par Trivelin , paroît assis sur
un Trône éclatant ; les heures du jour
forment un Divertissement très -gracieux,,
dont M. Mouret a composé la Musique ; .
Phaeton arrive dans le Palais..
Le Soleil l'embrasse , en lui disant qu'il
le reconnoît pour son fils. Phaston : Air
Marote fait bien la fiere.
Puisqu'il m'est permis , mon pere ,
De vous appeller ainsi ,
Faites donc taire ,
Le témeraire ,
Qui dit que ma mere
En a menti.
Le Soleil.
Quelle langue de vipere !
Que le monde est perverti !
biss
Tu n'as , mon fils , qu'à me demander tout
ce que tu voudras , je te l'accorderai , continue
le Soleil.
J'en jure par le Stix , effroïable serment ,
Que ne pourroit pas même enfraindre un Bas
Normand.
Phaeton : Air , Diogene en son tonneaus .
Dans votre beau chariot :
Hiiij Le
588 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil.
4
Oh ! oh !
Phaeton.
De l'Orient jusqu'à l'Ourse ,
Je voudrois bien au grand trot :
Le Soleil.
Oh ! oh !
Phaeton.
Faire une petite course.
Le Soleil.
Diablezot ;
L'entreprise est trop témeraire.
Phacton.
Hé bien ! je n'irai , mon cher
Que de Paris à Chaillot :
Le Soleil.
Oh ! oh ! oh !
perc
Vous tomberez comme un sot.
Phacton lui dit qu'il ne peut plus s'en
dédire , pui qu'il a juré par le Seix enfin
le Soleil consent qu'il conduise son char;
Phaeton sort en s'applaudissant de son
bonheur.
Le Théatre change ; le Soleil paroît à
la
MARS. 1731. 589
la 15. Scene. Climene , Merops et leur,
suite chantent sur l'Air de l'Opera :
Que tout chante , que tout réponde &c.
Climene continuë sur l'Air : Oh reguingué
!
Mon fils éclaire ses jaloux ;
C'est lui qui brille aux yeux de tous.
Merops.
Par quel Courier le sçavez -vous ?
Pour moi je ne sçaurois le croire.
Climene.
On l'a vu de l'Observatoire.
Theone arrive en pleurs , et annonce à
Climene et à Merops que son pere Prothée
lui a dit que Phacton alloit périr ; aussitôt
des flammes se répandent dans les airs .
Phaeton paroît dans le Char du Soleil ;
Jupiter descend , et le foudroye en chantant
::
Malheureux , quel dégat tu fais !
On ne pourra plus boire au frais ;
Culbute , culbute à jamais..
Phaeton trébuche avec son Char ; co
qui finit la Parodie.
Le Palais du Soleil dans la décoration
Hv dont
590 MERCURE DE FRANCE
dont nous avons parlé , est en general d'un
ordre composite , et construit sur un
nombre de magnifiques colonnes isolées et
de pilastres , faisant corps avec les mêmes
colonnes , élevées sur des piédestaux ,
qui supportent entre elles les saillies d'une
riche corniche architravée , sur laquelle
s'éleve le plafond ceintré , désignant sur
les cotés un nombre d'arcades ornées de
bas- reliefs allegoriques et historiques. Au
bas des arcades , immédiatement sur la
corniche on voit de grandes consoles
qui soutiennent des festons de laurier et
d'olivier. Au milieu du plafond est un
percé en rond , qui découvre un Altique ,
où les Signes du Zodiaque sont représentés.
>
Dans le fond est un Salon de forme circulaire
, terminé en coupole , sous laquelle
est placé le Trône du Soleil , élevé de
plusieurs dégrés . Sur le devant il y a une
balustrade ornée de riches tapis avec
deux Grouppes de Génies tenant les Attributs
du Soleil .
ر
La partie du devant du Palais représente
une Gallerie en colonnes et pilastres
qui soutiennent les arcades. Dans les
trumeaux , sur des Piédestaux , sont placées
les Statuës du Soltice d'Eté et l'Equinoxe
du Printems sur des nuées ; le Soltice
d'Hyver et l'Equinoxe de l'Automne
sont sur le devant. Tous
MARS. 1731. 591
1
Tous les ornemens de l'Edifice , comme
Colonnes , Chapiteaux , Base , Piédestaux
, Corniche , Plafond et les Figures
sont en or , et toutes les parties ausquelles
sont adossées les Pilastres qui tiennent
aux corps solides et arrieres - corps , sont
en argent. On avoit placé des panneaux
de lapis aux frises de la Corniche , au
Plafond et aux Piédestaux qui portoient
les Figures et bas - reliefs simboliques , Trophées
et autres Attributs du Soleil . Les
Colonnes jusqu'au tiers de leur hauteur'
étoient enrichies par quantité de pierreries
de diverses couleurs , éclatantes , ainsi
que toutes les autres parties de l'Architecture
.
Cette ingénieuse et brillante décoration
est de M. Le Maire , qui en a donné
plusieurs que le Public a applaudies .
Fermer
Résumé : Arlequin Phaeton, &c. [titre d'après la table]
La pièce 'Arlequin Phaéton' est une parodie jouée au Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne le 22 février 1731, qui a été bien accueillie par le public. L'intrigue se concentre sur Phaéton, fils du Soleil, et ses interactions avec plusieurs personnages, notamment Libie, Théone, Climène et Épaphus. L'histoire commence avec Libie, qui exprime son chagrin et son amour perdu. Théone la rejoint et elles discutent de leurs amours respectives. Phaéton arrive et cherche sa mère, Climène, qui lui révèle que le roi Merops l'a choisi comme successeur et lui accorde Libie. Théone, jalouse, reproche à Phaéton son infidélité. Phaéton, ambitieux, souhaite la couronne et ignore les avertissements de Climène sur les dangers de monter sur le trône. Il se rend au temple d'Isis mais est effrayé par une Furie. Épaphus, rival de Phaéton, le défie, mais leur duel tourne en ridicule. Climène confirme à Phaéton que le Soleil est bien son père et lui envoie une voiture pour le conduire au palais du Soleil. Après avoir été reconnu par le Soleil, Phaéton demande à conduire son char. Malgré les avertissements du Soleil, Phaéton insiste et sort triomphant. La pièce se conclut par la chute de Phaéton, foudroyé par Jupiter après avoir causé des dégâts avec le char du Soleil. La décoration du palais du Soleil est décrite comme somptueuse, avec des éléments architecturaux et décoratifs riches et symboliques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 1098-1109
Discours sur la Comedie, &c. [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS SUR LA COMEDIE, ou Traité Historique et Dogmatique des Jeux de [...]
Mots clefs :
Comédie, Ecriture Sainte, Antiquité ecclésiastique, Jeux de théâtre, Préface, Théologien, Réfutation, Divertissements comiques, Scolastiques, Danse des pantomimes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur la Comedie, &c. [titre d'après la table]
DISCOURS SUR LA COMEDIE , ou Traité
Historique et Dogmatique des Jeux de
Théatre , et autres Divertissemens Comiques
, soufferts ou condamnez depuis le
premier siécle de l'Eglise jusqu'à présent ,
avec un Discours sur les Piéces de Théatre
tirées de l'Ecriture - Sainte . in- 12.
360. pages , sans les Préfaces et la Table
des Matieres. Seconde édition , augmentée
de plus de la moitié . Par le R. P. Le Brun ,
Prêtre de l'Oratoire . A Paris , chez la
veuve Delaune , rae S. Jacques , à l'Empereur
, 1731. in- 12 . de 360 pages , sans
P'Epitre , la Préface et les Tables.
Ĉer Ouvrage avoit déja paru anonime
en 1694. sous ce titre : Discours sur la Comédie
, où l'on voit la Réponse au Théologien
qui la défend , avec l'Histoire du Théatre
, et les sentimens des Docteurs de l'Eglise
MAY. 1731. 1099
se , depuis le premier siécle jusqu'à présent .
C'étoient deux Discours prononcez par
le P. le Brun , au Seminaire de S. Magloire
, le 26 Avril , le 3 et le 7 Mai 1694.
par ordre de M. De Harlay , Archevêque
de Paris , à l'occasion de la Lettre du
P. Caffaro , qui parût à la tête du Théatre
de M. Boursault. Mais quoique le Public
eut bien reçû l'Ouvrage du Pere le
Brun , ce sçavant homme , peu content
de cette ébauche,pensa dès -lors à le perfectionner.
A mesure qu'il étudioit l'Antiquité
Ecclesiastique , il ramassoit ce qui
avoit quelque rapport aux Jeux de Theatre.
C'est ce qui a produit le Traité qu'on
donne aujourd'hui , à l'exception du premier
Discours , où il y a peu d'additions ;
les autres peuvent passer pour entierement
nouveaux par les augmentations considérables
dont ils sont enrichis , l'Auteur
ayant recueilli avec soin ce qu'il a trouvé
depuis Auguste jusqu'à Justinien . L'Editeur
nous apprend qu'il a lui- même inseré
quelques faits que le P. le Brun avoit
oublié , et qu'il a extrait tout ce qui se
trouve contre les divertissemens Comi
dans le Recueil de Rituels et de Statuts
Synodaux , que M. De Launoy a laissé
aux P P. Minimes de la Place Royale.
Le troisiéme Discours , sur les Piéces de
ques
Théa
1100 MERCURE DE FRANCE
Théatre tirées de l'Ecriture , n'avoit point
paru dans la premiere édition , ayant été
prononcé un an après. Il ne contribuë pas
à enrichir celle ci . Donnons une idée
de chacune des parties de cet Ouvrage
en exposant le plan que l'Editeur a
peu
suivi.
>
Après une Préface où l'Editeur rend
compte de plusieurs circonstances nécessaires
à l'intelligence de cet Ouvrage , on
trouve la rétractation que le P. Caffaro
fît de sa Lettre en faveur de la Comédie .
et qu'il envoya à M. De Harlay , dattéc
du 11 Mai 1694. et imprimée à Paris
dans la même année . Comme cette Piéce
est peu connue , et que d'ailleurs l'Ouvrage
du P. Caffaro a fait beaucoup de
bruit , il paroissoit avantageux à la République
des Lettres , et à la mémoire de ce
Theologien , de faire connoître par cette
rétractation et ce désaveu , le mépris qu'il
faisoit lui-même de cet Ouvrage. Et c'est
ce que l'Editeur a fait en la donnant ici
enLatin et enFrançois . Il y a joint une Lettre
du P. le Brun du 20 Mai 1694. dans
laquelle il marque à un de ses amis le
peu d'empressement qu'il avoit à faire
imprimer ses Discours , et où il parle de
la rétractation du P. Caffaro comme d'u
ne Piéce qui le remplit de consolation .
A
M.A Y.
1731 . 1101
l'EA
la suite de cette Letrre est une seconde
Préface , où l'on examine s'il faut , ou
que l'on ferme les Théatres , ouou que
glise cesse de condamner ceux qui les fréquentent
; car tel a été le but du P. le
Brun dans ses Discours de justifier la conduite
de l'Eglise en excommuniant les
Comédiens , et en tolérant ceux qui assistent
aux Spectacles. On y représente le
Théatre comme l'Ecole de l'impureté , la
nourriture des passions , l'assemblage des
ruses du Démon pour les réveiller , où les
yeux sont environnez d'objets séducteurs , les
oreilles ouvertes à des discours souvent obscenes
et toujours prophanes , qui infectent le
coeur et l'esprit.
Cette Préface commence ainsi : Il paroît
bizarre , que dans un Etat Chrétien , on
prêche et on écrive contre la Comédie , qu'on
déclare excommuniez ceux qui font profession
de monter sur le Théatre , et qu'unefoule
de Chrétiens ne laissent pas de s'assembler
presque tous les jours pour applaudir à ces
Excommuniez , & c. Elle est suivie de deux
Discours. Dans le premier , le P. le Brun
s'attache plus particulierement à répondre
à la Lettre du Theologien , défenseur
de la Comédie. Nous souhaitterions que
les bornes d'un Extrait nous permissent
de rapporter ici quelques traits qui fassent
1102 MERCURE DE FRANCE
sent connoître la solidité de cette réfutation.
Nous renvoyons au Livre même , où
le Lecteur verra avec plaisir le Theologien
, défenseur de la Comédie , refuté
en plusieurs endroits par ses propres paroles.
Le second Discours a six parties . Les
trois premieres comprennent l'Histoire
des Jeux de Théatre et autres Divertissemens
Comiques , soufferts ou condamnez
depuis Auguste jusqu'à l'extinction de
l'idolâtrie , au commencement du sixiéme
siècle. La quatriéme comprend le jugement
que les Auteurs , tant sacrés que
profanes ont porté sur les Spectacles , depuis
Auguste jusqu'à Justinien . La cinquiéme
Partie reprend l'Histoire des Jeux
de Théatre à l'extinction de l'idolâtrie , et
la continue jusqu'à la naissance des Scolastiques
; et la derniere comprend l'Histoire
des Jeux de Théatre , depuis les Scholastiques
, c'est-à- dire , depuis le milieu
du XIII . siécle jusqu'à nous.
Le second Discours est suivi d'une Lettre
, où le P. le Brun répond à quelques
difficultez qu'on lui avoit proposées . On
trouve ensuite le troisiéme Discours que
le P. le Brun prononça à S. Magloire en
1695. à l'occasion de la Judith de M. Boyer
de l'Académie Françoise. Il y examine s'il
F
MAY, 1731
1103
y a lieu d'approuver que les Piéces de
Théatre soient tirées de l'Ecriture Sainte.
Ce Discours est divisé en deux parties.
Dans la premiere , le P. le Brun fait voir
que l'Ecriture ne peut paroître sur le
Théatre sans être défigurée et alterée considerablement.
La seconde est employée
à prouver , que quand on feroit quelque
Tragédie où l'Ecriture - Sainte seroit conservée
dans toute sa force et toute sa pureté
, le Théatre des Comédiens ne seroit
point le lieu de les représenter.
,
L'Editeur a placé après ce Discours un
Mandement de M. Fléchier , Evêque de
Nismes , contre les Spectacles , adressé
aux Fideles de son Diocèse le 8 Septembre
1758. On trouve à la fin une Table
Alphabétique des Matieres contenues dans
cer Ouvrage.
On ne peut témoigner à l'Editeur trop
de reconnoissance du soin qu'il a bien
voulu prendre de réunir et de ramasser
des morceaux si précieux. Il est certain
que nous n'avons point encote vû d'ouvrage
plus complet et plus curieux sur
cette matiere ; et on peut dire qu'il fait
honneur à son Auteur , et qu'il répond
parfaitement à la réputation qu'il s'est acquise
d'ailleurs. Nous ne pouvons nous
empêcher de dire en passant que le P. le
Brun
1104 MERCURE DE FRANCE
Brun a refuté par avance le Discours d'un
Auteur récent , défenseur de la Comédie ,
dont nous avons parlé le mois passé. Cet
Auteur qui s'étoit proposé de réfuter
M. le Prince de Conty , M. Bossuet et
M. Nicole , ne les a frappez par aucuns
endroits ; et on remarque qu'il n'a fait ,
pour ainsi dire , que réchauffer et étendre
les raisons du Théologien Apologiste du
Theatre .
L'Editeur avertit le Public dans sa
Préfice qu'il a réservé l'Eloge Historique
du P. le Brun pour un autre Ouvrage du
même Auteur , qui est actuellement sous
presse , et qui a pour titre : Traité du discernement
des effets naturels d'avec ceux qui
ne le sont pas , avec l'Histoire critique des
pratiques superstitieuses qui ont séduit les
Peuples , et qui embarrassent les Sçavans.
Il ajoute qu'outre des augmentations considerables
l'Auteur a refondu entierement
son Ouvrage , et l'a rendu plus . méthodique.
Mais nos Lecteurs ne seroient peut- être
pas contens , si après avoir piqué leur
curiosité sur ce que cet Ouvrage contient
de singulier et de recherché , nous n'entrions
dans quelque détail . Pour les satisfaire
nous allons donner un peu plus
d'étendue à cet Extrait.
›
Dans
>
MAY. 1731. 1105
Dans la premiere partie de l'Histoire
des Jeux de Théatre , l'Auteur remarque
qu'on en vît de très- superbes sous Auguste.
Ce grand Prince les aimoit avec passion
, dit-il , et surtout assûre qu'il ne
dissimuloit pas cette foiblesse. Il inventa
lui- même des Jeux. Pausanias rapporte
au Livre VIII. qu'Auguste fut l'Auteur
de la Danse des Pantomimes , et M. de
Pontac dans les Notes sur la Chronique
d'Eusebe , dit que c'étoit là les Jeux Augustaux
, Ludi Augustales. Cet Empereur
établit quelques Loix touchant les Spectacles.
Il défendit aux jeunes gens de l'un
et de l'autre sexe d'aller à ceux qui se faisoient
la nuit , à moins que de proches
parens âgez ne les y menassent , et il empêcha
que les femmes assistassent jamais
aux Jeux des Athlétes , parce qu'ils combattoient
ordinairement nuds.
A l'égard des Comédiens , il leur prescrivit
des régles , et leur laissa une liberté
dont il ne souffrit pas qu'ils abusassent.
Dès qu'il sçut qu'un Acteur , nommé Stephanion
, avoit pour serviteur une femme
déguisée en garçon , il le fit foüetter par
les trois Théatres de la Ville , et le bannit.
Il ne désaprouvoit pas qu'on siflat les
Acteurs , car il en bannit un de Rome et
de toute l'Italie , pour avoir osé montrer
au
1106 MERCURE DE FRANCE
au doigt un des Spectateurs qui le sifloit,
et on sifloit souvent pour une seule faute
contre la cadence ou contre la quantité.
Quoique Néron ne s'appliquât presque
jamais à mettre l'ordre en aucun endroit,
il se trouva pourtant obligé de chasser
d'Italie tous les Histrions,après leur avoir
donné trop de liberté; mais il voulut aller
lui-même faire le Comédien et le Chantre
dans plusieurs Villes de la Grece, pour
faire paroitre sa belle voix . Il commença
par Naples , qui étoit une Ville Grecque ;
et revenant à Rome , il voulut se montrer
au Théatre. Le Senat , pour éviter l'infamie
dont il s'alloit flétrir , s'il étoit vû sur
la Scene , lui décerna le prix de Musique,
et celui d'Eloquence avant le commencement
des Jeux ; mais Néron prétendoit
l'emporter par son merite , et non pas par
la faveur du Sénat . Il monta donc sur la
Scene , où il récita un Poëme , après quoi
il joüa de la Lyre , obéït à toutes les loix
du Theatre , comme de ne se reposer , de
ne cracher , ni se moucher durant toute
Paction , fléchit un genou et salua l'Assemblée
, en attendant la Sentence des
Juges . Le Peuple , et sur tout les Etrangers
rougirent pour lui d'une telle infamie.
Vespasien témoigna de l'horreur pour
les
MAY. 1731 . 1107
les Jeux des Gladiateurs. Il se plut à ceux
du Théatre , et de son tems les Pantomimes
étoient si fort à la mode , qu'on en
avoit aux funérailles , pour leur faire représenter
les actions de celui qu'on enterroit.
Domitien deffendit aux Danseurs et
Pantomimes de monter sur le Theatre.
Nerva les rétablit . Trajan les supprima
encore , mais on ne sçait pas s'ils furent
bannis des Théatres d'Orient ; on voit
seulement que cet Empereur fit bâtir un
Théatre à Antioche. Cette malheureuse
Ville , si passionnée pour les Spectacles ,
étoit souvent punie par les tremblemens
de terre qui la renversoient presque entierement.
Elle en souffrit un terrible sous
Trajan . En faisant rétablir la Ville , ce
Prince fit aussi rétablir les Théatres.
Adrien batit aussi un grand Théatre aurès
d'Antioche , à la Fontaine de Daphné.
Il avoit fait à cette Fontaine un grand Reservoir
d'eau, qu'on pouvoit voir du Théatre
; et il mit plusieurs Statues en l'honneur
des Naïades , c'est -à- dire des Nimphes
on Déesses de l'eau . Ce fut à ce Réservoir
que l'on s'avisa de faire nager des
femmes pour représenter les Naïades ; ce
que S. Chrysostome condamna avec tant
de zele et d'éloquence ,
HelioT108
MERCURE DE FRANCE
> Heliogabale fit lui - même le Comédien
et ne craignit pas de représenter des fables
avec des nuditez et des peintures deshonêtes
.Il honora les Comédiens, leur donna
des habits de soye , et en choisit un pour
être Prefet du Prétoire.
Alexandre Severe ôta aux Comédiens
les robes précieuses , et ne leur donna ni
or ni argent , mais tout au plus quelques
pieces de monnoye de cuivre. Ce Prince
ne souffrit jamais les divertissemens Sceniques
à sa table. Il aimoit pourtant les
Spectacles , mais sans y faire des largesses ;
il vouloit qu'on traitat toujours comme
des esclaves les Comédiens , et tous ceux
qui servoient aux plaisirs publics.
Les Comédiens eurent un puissant Protecteur
vers la fin du troisiéme siecle , dans
la personne de l'Empereur Carin , etc . Son
regne se distingua par la pompe avec laquelle
il celebra les Jeux Romains . Il y
avoit cent Joueurs de Flute qui s'accordoient
, autant de Sonneurs de Cors , cent
Chantres qui dansoient en même-tems
autant de personnes qui frapoient sur des
Cymbales ,mille Pantomimes et autant de
Luteurs . Le feu ayant pris à une toile
qu'il avoit fait tendre , consuma le Théatre,
que Diocletien fit ensuite rebâtir avec
plus de magnificence. Carin avoit fait venir
MAY. 1731. 1109
nir des Comédiens de tous côtés . Ceux qui
avoient travaillé aux décorations , les Luteurs
, les Histrions , et les Musiciens eurent
en present de l'or et de l'argent , et
des habits de soye .
Ce fut sous l'Empereur Maxime que
Gelasin , Comédien , fut martyrisé à Héliopolis
dans Phénicie . Il s'étoit jetté dans
un bain d'eau tiéde , pour tourner en ridicule
le Baptême des Chrétiens ; au sortir
du bain , il parut habillé de blanc. Alors
il refusa de faire le Comédien ; et adressant
la parole à tout le peuple , il s'écria
qu'il étoit Chrétien , qu'il avoit vu dans
ce bain la redoutable Majesté de Dieu , et
qu'il mourroit Chrétien . Tous les Spectateurs
saisis de fureur , monterent sur le
Théatre , et ayant pris Gelasin , ils le lapiderent.
Nous pourrons donner un second Extrait
de cet Ouvrage, pour ce qui regarde le Theatre
François.
Historique et Dogmatique des Jeux de
Théatre , et autres Divertissemens Comiques
, soufferts ou condamnez depuis le
premier siécle de l'Eglise jusqu'à présent ,
avec un Discours sur les Piéces de Théatre
tirées de l'Ecriture - Sainte . in- 12.
360. pages , sans les Préfaces et la Table
des Matieres. Seconde édition , augmentée
de plus de la moitié . Par le R. P. Le Brun ,
Prêtre de l'Oratoire . A Paris , chez la
veuve Delaune , rae S. Jacques , à l'Empereur
, 1731. in- 12 . de 360 pages , sans
P'Epitre , la Préface et les Tables.
Ĉer Ouvrage avoit déja paru anonime
en 1694. sous ce titre : Discours sur la Comédie
, où l'on voit la Réponse au Théologien
qui la défend , avec l'Histoire du Théatre
, et les sentimens des Docteurs de l'Eglise
MAY. 1731. 1099
se , depuis le premier siécle jusqu'à présent .
C'étoient deux Discours prononcez par
le P. le Brun , au Seminaire de S. Magloire
, le 26 Avril , le 3 et le 7 Mai 1694.
par ordre de M. De Harlay , Archevêque
de Paris , à l'occasion de la Lettre du
P. Caffaro , qui parût à la tête du Théatre
de M. Boursault. Mais quoique le Public
eut bien reçû l'Ouvrage du Pere le
Brun , ce sçavant homme , peu content
de cette ébauche,pensa dès -lors à le perfectionner.
A mesure qu'il étudioit l'Antiquité
Ecclesiastique , il ramassoit ce qui
avoit quelque rapport aux Jeux de Theatre.
C'est ce qui a produit le Traité qu'on
donne aujourd'hui , à l'exception du premier
Discours , où il y a peu d'additions ;
les autres peuvent passer pour entierement
nouveaux par les augmentations considérables
dont ils sont enrichis , l'Auteur
ayant recueilli avec soin ce qu'il a trouvé
depuis Auguste jusqu'à Justinien . L'Editeur
nous apprend qu'il a lui- même inseré
quelques faits que le P. le Brun avoit
oublié , et qu'il a extrait tout ce qui se
trouve contre les divertissemens Comi
dans le Recueil de Rituels et de Statuts
Synodaux , que M. De Launoy a laissé
aux P P. Minimes de la Place Royale.
Le troisiéme Discours , sur les Piéces de
ques
Théa
1100 MERCURE DE FRANCE
Théatre tirées de l'Ecriture , n'avoit point
paru dans la premiere édition , ayant été
prononcé un an après. Il ne contribuë pas
à enrichir celle ci . Donnons une idée
de chacune des parties de cet Ouvrage
en exposant le plan que l'Editeur a
peu
suivi.
>
Après une Préface où l'Editeur rend
compte de plusieurs circonstances nécessaires
à l'intelligence de cet Ouvrage , on
trouve la rétractation que le P. Caffaro
fît de sa Lettre en faveur de la Comédie .
et qu'il envoya à M. De Harlay , dattéc
du 11 Mai 1694. et imprimée à Paris
dans la même année . Comme cette Piéce
est peu connue , et que d'ailleurs l'Ouvrage
du P. Caffaro a fait beaucoup de
bruit , il paroissoit avantageux à la République
des Lettres , et à la mémoire de ce
Theologien , de faire connoître par cette
rétractation et ce désaveu , le mépris qu'il
faisoit lui-même de cet Ouvrage. Et c'est
ce que l'Editeur a fait en la donnant ici
enLatin et enFrançois . Il y a joint une Lettre
du P. le Brun du 20 Mai 1694. dans
laquelle il marque à un de ses amis le
peu d'empressement qu'il avoit à faire
imprimer ses Discours , et où il parle de
la rétractation du P. Caffaro comme d'u
ne Piéce qui le remplit de consolation .
A
M.A Y.
1731 . 1101
l'EA
la suite de cette Letrre est une seconde
Préface , où l'on examine s'il faut , ou
que l'on ferme les Théatres , ouou que
glise cesse de condamner ceux qui les fréquentent
; car tel a été le but du P. le
Brun dans ses Discours de justifier la conduite
de l'Eglise en excommuniant les
Comédiens , et en tolérant ceux qui assistent
aux Spectacles. On y représente le
Théatre comme l'Ecole de l'impureté , la
nourriture des passions , l'assemblage des
ruses du Démon pour les réveiller , où les
yeux sont environnez d'objets séducteurs , les
oreilles ouvertes à des discours souvent obscenes
et toujours prophanes , qui infectent le
coeur et l'esprit.
Cette Préface commence ainsi : Il paroît
bizarre , que dans un Etat Chrétien , on
prêche et on écrive contre la Comédie , qu'on
déclare excommuniez ceux qui font profession
de monter sur le Théatre , et qu'unefoule
de Chrétiens ne laissent pas de s'assembler
presque tous les jours pour applaudir à ces
Excommuniez , & c. Elle est suivie de deux
Discours. Dans le premier , le P. le Brun
s'attache plus particulierement à répondre
à la Lettre du Theologien , défenseur
de la Comédie. Nous souhaitterions que
les bornes d'un Extrait nous permissent
de rapporter ici quelques traits qui fassent
1102 MERCURE DE FRANCE
sent connoître la solidité de cette réfutation.
Nous renvoyons au Livre même , où
le Lecteur verra avec plaisir le Theologien
, défenseur de la Comédie , refuté
en plusieurs endroits par ses propres paroles.
Le second Discours a six parties . Les
trois premieres comprennent l'Histoire
des Jeux de Théatre et autres Divertissemens
Comiques , soufferts ou condamnez
depuis Auguste jusqu'à l'extinction de
l'idolâtrie , au commencement du sixiéme
siècle. La quatriéme comprend le jugement
que les Auteurs , tant sacrés que
profanes ont porté sur les Spectacles , depuis
Auguste jusqu'à Justinien . La cinquiéme
Partie reprend l'Histoire des Jeux
de Théatre à l'extinction de l'idolâtrie , et
la continue jusqu'à la naissance des Scolastiques
; et la derniere comprend l'Histoire
des Jeux de Théatre , depuis les Scholastiques
, c'est-à- dire , depuis le milieu
du XIII . siécle jusqu'à nous.
Le second Discours est suivi d'une Lettre
, où le P. le Brun répond à quelques
difficultez qu'on lui avoit proposées . On
trouve ensuite le troisiéme Discours que
le P. le Brun prononça à S. Magloire en
1695. à l'occasion de la Judith de M. Boyer
de l'Académie Françoise. Il y examine s'il
F
MAY, 1731
1103
y a lieu d'approuver que les Piéces de
Théatre soient tirées de l'Ecriture Sainte.
Ce Discours est divisé en deux parties.
Dans la premiere , le P. le Brun fait voir
que l'Ecriture ne peut paroître sur le
Théatre sans être défigurée et alterée considerablement.
La seconde est employée
à prouver , que quand on feroit quelque
Tragédie où l'Ecriture - Sainte seroit conservée
dans toute sa force et toute sa pureté
, le Théatre des Comédiens ne seroit
point le lieu de les représenter.
,
L'Editeur a placé après ce Discours un
Mandement de M. Fléchier , Evêque de
Nismes , contre les Spectacles , adressé
aux Fideles de son Diocèse le 8 Septembre
1758. On trouve à la fin une Table
Alphabétique des Matieres contenues dans
cer Ouvrage.
On ne peut témoigner à l'Editeur trop
de reconnoissance du soin qu'il a bien
voulu prendre de réunir et de ramasser
des morceaux si précieux. Il est certain
que nous n'avons point encote vû d'ouvrage
plus complet et plus curieux sur
cette matiere ; et on peut dire qu'il fait
honneur à son Auteur , et qu'il répond
parfaitement à la réputation qu'il s'est acquise
d'ailleurs. Nous ne pouvons nous
empêcher de dire en passant que le P. le
Brun
1104 MERCURE DE FRANCE
Brun a refuté par avance le Discours d'un
Auteur récent , défenseur de la Comédie ,
dont nous avons parlé le mois passé. Cet
Auteur qui s'étoit proposé de réfuter
M. le Prince de Conty , M. Bossuet et
M. Nicole , ne les a frappez par aucuns
endroits ; et on remarque qu'il n'a fait ,
pour ainsi dire , que réchauffer et étendre
les raisons du Théologien Apologiste du
Theatre .
L'Editeur avertit le Public dans sa
Préfice qu'il a réservé l'Eloge Historique
du P. le Brun pour un autre Ouvrage du
même Auteur , qui est actuellement sous
presse , et qui a pour titre : Traité du discernement
des effets naturels d'avec ceux qui
ne le sont pas , avec l'Histoire critique des
pratiques superstitieuses qui ont séduit les
Peuples , et qui embarrassent les Sçavans.
Il ajoute qu'outre des augmentations considerables
l'Auteur a refondu entierement
son Ouvrage , et l'a rendu plus . méthodique.
Mais nos Lecteurs ne seroient peut- être
pas contens , si après avoir piqué leur
curiosité sur ce que cet Ouvrage contient
de singulier et de recherché , nous n'entrions
dans quelque détail . Pour les satisfaire
nous allons donner un peu plus
d'étendue à cet Extrait.
›
Dans
>
MAY. 1731. 1105
Dans la premiere partie de l'Histoire
des Jeux de Théatre , l'Auteur remarque
qu'on en vît de très- superbes sous Auguste.
Ce grand Prince les aimoit avec passion
, dit-il , et surtout assûre qu'il ne
dissimuloit pas cette foiblesse. Il inventa
lui- même des Jeux. Pausanias rapporte
au Livre VIII. qu'Auguste fut l'Auteur
de la Danse des Pantomimes , et M. de
Pontac dans les Notes sur la Chronique
d'Eusebe , dit que c'étoit là les Jeux Augustaux
, Ludi Augustales. Cet Empereur
établit quelques Loix touchant les Spectacles.
Il défendit aux jeunes gens de l'un
et de l'autre sexe d'aller à ceux qui se faisoient
la nuit , à moins que de proches
parens âgez ne les y menassent , et il empêcha
que les femmes assistassent jamais
aux Jeux des Athlétes , parce qu'ils combattoient
ordinairement nuds.
A l'égard des Comédiens , il leur prescrivit
des régles , et leur laissa une liberté
dont il ne souffrit pas qu'ils abusassent.
Dès qu'il sçut qu'un Acteur , nommé Stephanion
, avoit pour serviteur une femme
déguisée en garçon , il le fit foüetter par
les trois Théatres de la Ville , et le bannit.
Il ne désaprouvoit pas qu'on siflat les
Acteurs , car il en bannit un de Rome et
de toute l'Italie , pour avoir osé montrer
au
1106 MERCURE DE FRANCE
au doigt un des Spectateurs qui le sifloit,
et on sifloit souvent pour une seule faute
contre la cadence ou contre la quantité.
Quoique Néron ne s'appliquât presque
jamais à mettre l'ordre en aucun endroit,
il se trouva pourtant obligé de chasser
d'Italie tous les Histrions,après leur avoir
donné trop de liberté; mais il voulut aller
lui-même faire le Comédien et le Chantre
dans plusieurs Villes de la Grece, pour
faire paroitre sa belle voix . Il commença
par Naples , qui étoit une Ville Grecque ;
et revenant à Rome , il voulut se montrer
au Théatre. Le Senat , pour éviter l'infamie
dont il s'alloit flétrir , s'il étoit vû sur
la Scene , lui décerna le prix de Musique,
et celui d'Eloquence avant le commencement
des Jeux ; mais Néron prétendoit
l'emporter par son merite , et non pas par
la faveur du Sénat . Il monta donc sur la
Scene , où il récita un Poëme , après quoi
il joüa de la Lyre , obéït à toutes les loix
du Theatre , comme de ne se reposer , de
ne cracher , ni se moucher durant toute
Paction , fléchit un genou et salua l'Assemblée
, en attendant la Sentence des
Juges . Le Peuple , et sur tout les Etrangers
rougirent pour lui d'une telle infamie.
Vespasien témoigna de l'horreur pour
les
MAY. 1731 . 1107
les Jeux des Gladiateurs. Il se plut à ceux
du Théatre , et de son tems les Pantomimes
étoient si fort à la mode , qu'on en
avoit aux funérailles , pour leur faire représenter
les actions de celui qu'on enterroit.
Domitien deffendit aux Danseurs et
Pantomimes de monter sur le Theatre.
Nerva les rétablit . Trajan les supprima
encore , mais on ne sçait pas s'ils furent
bannis des Théatres d'Orient ; on voit
seulement que cet Empereur fit bâtir un
Théatre à Antioche. Cette malheureuse
Ville , si passionnée pour les Spectacles ,
étoit souvent punie par les tremblemens
de terre qui la renversoient presque entierement.
Elle en souffrit un terrible sous
Trajan . En faisant rétablir la Ville , ce
Prince fit aussi rétablir les Théatres.
Adrien batit aussi un grand Théatre aurès
d'Antioche , à la Fontaine de Daphné.
Il avoit fait à cette Fontaine un grand Reservoir
d'eau, qu'on pouvoit voir du Théatre
; et il mit plusieurs Statues en l'honneur
des Naïades , c'est -à- dire des Nimphes
on Déesses de l'eau . Ce fut à ce Réservoir
que l'on s'avisa de faire nager des
femmes pour représenter les Naïades ; ce
que S. Chrysostome condamna avec tant
de zele et d'éloquence ,
HelioT108
MERCURE DE FRANCE
> Heliogabale fit lui - même le Comédien
et ne craignit pas de représenter des fables
avec des nuditez et des peintures deshonêtes
.Il honora les Comédiens, leur donna
des habits de soye , et en choisit un pour
être Prefet du Prétoire.
Alexandre Severe ôta aux Comédiens
les robes précieuses , et ne leur donna ni
or ni argent , mais tout au plus quelques
pieces de monnoye de cuivre. Ce Prince
ne souffrit jamais les divertissemens Sceniques
à sa table. Il aimoit pourtant les
Spectacles , mais sans y faire des largesses ;
il vouloit qu'on traitat toujours comme
des esclaves les Comédiens , et tous ceux
qui servoient aux plaisirs publics.
Les Comédiens eurent un puissant Protecteur
vers la fin du troisiéme siecle , dans
la personne de l'Empereur Carin , etc . Son
regne se distingua par la pompe avec laquelle
il celebra les Jeux Romains . Il y
avoit cent Joueurs de Flute qui s'accordoient
, autant de Sonneurs de Cors , cent
Chantres qui dansoient en même-tems
autant de personnes qui frapoient sur des
Cymbales ,mille Pantomimes et autant de
Luteurs . Le feu ayant pris à une toile
qu'il avoit fait tendre , consuma le Théatre,
que Diocletien fit ensuite rebâtir avec
plus de magnificence. Carin avoit fait venir
MAY. 1731. 1109
nir des Comédiens de tous côtés . Ceux qui
avoient travaillé aux décorations , les Luteurs
, les Histrions , et les Musiciens eurent
en present de l'or et de l'argent , et
des habits de soye .
Ce fut sous l'Empereur Maxime que
Gelasin , Comédien , fut martyrisé à Héliopolis
dans Phénicie . Il s'étoit jetté dans
un bain d'eau tiéde , pour tourner en ridicule
le Baptême des Chrétiens ; au sortir
du bain , il parut habillé de blanc. Alors
il refusa de faire le Comédien ; et adressant
la parole à tout le peuple , il s'écria
qu'il étoit Chrétien , qu'il avoit vu dans
ce bain la redoutable Majesté de Dieu , et
qu'il mourroit Chrétien . Tous les Spectateurs
saisis de fureur , monterent sur le
Théatre , et ayant pris Gelasin , ils le lapiderent.
Nous pourrons donner un second Extrait
de cet Ouvrage, pour ce qui regarde le Theatre
François.
Fermer
Résumé : Discours sur la Comedie, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente une œuvre intitulée 'Discours sur la Comédie, ou Traité Historique et Dogmatique des Jeux de Théâtre, et autres Divertissements Comiques', écrite par le Père Le Brun, prêtre de l'Oratoire. Publiée en 1731, cette seconde édition augmentée d'un ouvrage initialement paru anonymement en 1694, explore l'histoire et les jugements des jeux de théâtre depuis le premier siècle de l'Église jusqu'au XVIIIe siècle. Le livre, composé de 360 pages, est structuré en plusieurs parties : une préface, la rétractation du Père Caffaro, une lettre de Le Brun, et deux discours. En 1694, à la demande de l'archevêque de Paris, M. De Harlay, Le Brun a prononcé deux discours au Séminaire de Saint-Magloire en réponse à une lettre du Père Caffaro défendant la comédie. Insatisfait de cette première version, Le Brun a perfectionné son ouvrage en étudiant l'antiquité ecclésiastique et en recueillant des informations sur les jeux de théâtre depuis Auguste jusqu'à Justinien. L'éditeur a ajouté des faits oubliés par Le Brun et des extraits de recueils de rituels et de statuts synodaux. Le premier discours répond à la lettre d'un théologien défenseur de la comédie. Le second discours, en six parties, couvre l'histoire des jeux de théâtre depuis Auguste jusqu'au XVIIIe siècle, ainsi que les jugements des auteurs sacrés et profanes sur les spectacles. Un troisième discours, prononcé en 1695, examine l'opportunité de représenter des pièces de théâtre tirées de l'Écriture Sainte. Le texte mentionne également plusieurs empereurs romains et leurs relations avec les spectacles théâtraux, tels qu'Auguste, Néron, Vespasien, Domitien, Trajan, Adrien, Héliogabale, Alexandre Sévère, et Carin. Chaque empereur est décrit en fonction de son attitude envers les jeux de théâtre, allant de l'approbation à la répression. Par exemple, Carin avait fait venir des comédiens de divers endroits et leur avait offert des présents d'or, d'argent et des habits de soie. Sous l'empereur Maxime, le comédien Gelasin fut martyrisé à Héliopolis en Phénicie pour avoir affirmé sa foi chrétienne après une mise en scène moqueuse du baptême. Le texte se conclut par un mandement de l'évêque de Nîmes contre les spectacles et une table alphabétique des matières.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
35
p. 1109-1118
Alcibiade, Comédie, [titre d'après la table]
Début :
ALCIBIADE, Comédie en trois Actes, par M. Poisson. A Paris, chez Fr. le [...]
Mots clefs :
Comédie, Avertissement, Talents, Acteurs, Athènes, Voyageur, Phrygien, Scène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Alcibiade, Comédie, [titre d'après la table]
ALCIBIADE , Comédie en trois Actes
, par M. Poisson . A Paris , chez Fr. le
Breton, au bout du Pont- Neuf, près la ruë de
Guenegaud , 1731. in 12. de 80 pages.
Cette Piece est tirée des Amours des
Grands Hommes de Madame de Ville-Dieu :
l'Auteur le dit dans un petit Avertissement,
1110 MERCURE DE FRANCE
ment , et il ajoute qu'il n'a cru en pouvoir
conserver les graces , qu'en conservant la simplicité
du Roman , et en mettant en vers les
pensées et souvent même la Prose de Madame
de Ville- Dieu . M. Poisson n'est pas
moins modeste , en parlant des applaudissemens
donnez à sa Picce. Je me ferois scrupule
, dit- il , d'en tirer aucun avantage ; je
sçai qu'ils ne sont dûs qu'aux beautez de l'original
, et aux talens des Acteurs qui l'ont
representée.
ACTEURS.
Alcibiade , Seigneur
Athénien . Le sieur Dufresne.
Socrate , Philosophe.
Le sieur
Quinault.
Mirto femme de Socrate. La De la Mothe.
Aglaunice, Astrologue.
La Dle Dubreuil.
Timandre , jeune Phrigienne.
La Die Dufresne.
Cephise , Confidente de
Timandre. La De Quinault.
Amicles , Confident
d'Alcibiade. Le sieur Poisson.
Esclaves.
LA SCENE est dans un Bois , près d'Athènes.
ACTE I.
Socrate demande d'abord des nouvelles
à
MA Y. 1731. IIII
à l'Astrologue Aglaunice , de Timandre ,
jeune Phrygienne , dont il est amoureux ;
il lui fait un mystere de cet amour qu'il
doit cacher , d'autant plus que Mirto sa
femme est encore en vie ; il lui fait entendre
que c'est un dépôt précieux qu'un de
ses meilleurs amis lui mit entre les mains
en expirant. Aglaunice lui dit qu'elle a
chargé une Esclave du soin de Timandre ;
elle ajoute que cette Esclave lui a paru
d'autant plus digne de sa confiance , que
son esprit est naturel et sans art . Socrate
témoigne qu'il approuve ce choix , par
ces deux Vers :
Vous avez fort bien fait ; une compagne habile
D'une fille souvent rend la garde inutile.
L'approche d'un voyageur inconnu, les
oblige à se retirer.
Amicles Esclave et Confident d'Alcibia
de , paroît seul ; il ne sçait que penser du
dessein d'Alcibiade , qu'un désir curieux
a porté à se travestir en Phrigien , pour
venir chercher dans ce bois une certaine
Timandre , dont on lui a vanté les appas.
Voici le portrait qu'il fait d'Alcibiade :
Il n'en démordra point , je connois son humeur,
Dans l'espoir de brûler d'une nouvelle ardeur ,
F Quel#
112 MERCURE DE FRANCE
Quelque soit une belle , en un mot , brune ou
blonde ,
Il iroit pour la voir, jusques au bout du monde
etc.
A ses bouillants transports , il ose tout permettre
;
Et parce qu'il est jeune et né pour commander ›
Ce n'est qu'à ses désirs qu'il croit qu'il faut ceder.
Alcibiade vient joindre Amicles ; il lui
explique le sujet de son expédition amoureuse
, qu'il attribue à une simple curiosité
de jeune homme ; il acheve de faire
son portrait, tel que l'Histoire l'a transmis
jusqu'à nous.Voici comment il s'explique:
D'ailleurs regarde- t- on le rang dans une belle ?
C'est la beauté qui frappe , et l'on fait tout pour
'elle.
L'amour dans les douceurs de sa félicité ,
N'a pas besoin du rang ni de la dignité ;
Qu'un tel objet soit né dans le plus simple étage,
Il est charmant , il plaît ; en faut-il davantage
Je puis te dire encore , pour mieux m'ouvrir à
toy ,
Qu'il n'est point de plaisir plus charmant , selon
moy ,
Que celui d'exciter dans un coeur jeune et tendre,
Ces premiers mouvemens qu'il ne sçauroit com
prendre ,
Ces
MAY. 1731. 1113
Ces désordres secrets , ces désirs inconnus
Par la crainte chassés , par l'amour reteaus ,
Et qui font attaquer avec plus de paissance ,
Toute cette pudeur que donne l'innocence,
L'approche de Socrate et de sa femme ,
oblige Alcibiade et Amicles à se retirer.
Mirto fait des reproches à Socrate qui
marquent cette humeur acariâtre, qui , au
rapport de l'Histoire ,a donné tant d'exercice
à la Philosophie de son Epoux . Elle
trouve fort mauvais qu'il prenne soin de
l'éducation d'une jeune fille , plus propre
à être sa Maîtresse que son Ecoliere. Socrate
se justifie autant qu'il lui est possible
; elle n'en est pas radoucie,et le quitte
brusquement , en lui disant :
J'en ai , pour mon malheur , des preuves trop
certaines ,
Et j'en vais de ce pas instruire tout Athénes.
Alcibiade aborde Socrate et l'embarasse
par sa présence ; il le raille pendant tout
Teur entretien , et le fait trembler au seul
nom de Timandre , qu'il prononce malicieusement.
Socrate quitte Alcibiade et
prétexte son départ sur ces deux vers :
Fij J'aime
114 MERCURE DE FRANCE
J'aimerais à rester dans ces endroits rustiques ,
Mais je dois satisfaire à mes leçons publiques .
Alcibiade ne démord point de sa poursuite
amoureuse , commeAmicles l'a prévu
dès le commencement de cet Acte , qu'il
termine par ces vers :
Cette Timandre est belle ; il n'en faut point dou
ter ;
Pour la voir , Amicles , je prétends tout tenter.
Dans Athénes rentrons sans tarder davanrage ;
Je ne veux point donner à Socrate d'ombrage ,
Et dans l'espoir flateur dont je suis agité ,
Sui-moi , je te dirai ce que j'ai projetté.
Timandre ouvre la Scene du second Acte
avec Cephise , qui n'est rien moins que
cet esprit sans art , dont Aglaunice a flatté
Socrate ; elle va d'abord au fait et propose
à Timandre pour premier coup d'essai ,
d'aller courir le monde pour y chercher
de jolis hommes ; elle demande à Timandre
si elle n'a jamais aimé. Timandre lui
confesse ingénûment , qu'elle a vû chez
Socrate un jeune Athénien qui lui parût
tres-aimable.
Aglaunice interrompt cette tendre conversation
,pour venir faire un superbe étar
Jage de son Astrologie; elle chasse Timandre
MAY. 1731 .
irrs
dre et Cephise comme des profanes.
La premiere vûë d'Alcibiade enflamme
Aglaunice comme il lui demande des
nouvelles de Timandre , qu'il dit n'avoir
jamais vûë ; Aglaunice pour profiter de
sa prévention , se donne elle - même pour
cette Timandre , qu'il cherche avec tant
d'ardeur ; Alcibiade étonné de trouver un
objet si défectueux et si contraire aux perfections
qu'on lui avoit fait attendre dans
la personne de Timandre , ne songe plus
qu'à s'en retourner à Athénes. Aglaunice
n'oublie rien pour le retenir ; elle lui
vante sa science. Alcibiade lui en demande
une preuve , et veut sçavoir d'elle ce
que fait actuellement un de ses amis , qui
s'appelle Alcibiade. Aglaunice, après avoir
consulté ses Ephémérides , lui dit hardiment
qu'Alcibiade est presentement en
rendez - vous avec la plus belle femme
d'Athénes. Alcibiade ne peut s'empêcher
d'éclater de rire , et se dispose à partir
pour Athénes.
Aglaunice surprise , lui dit :
Mais quoi vous n'avez donc rien à dire à Ti
mandre ?
Socrate lui répond :
Fiij Ah !
1116 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! ma foy , non . Avant que m'offrir à ses yeux ,
Elle seule occupoit mon esprit en ces lieux ;
Et j'avois , il est vrai , cent choses à lui dire ;
Mais j'ai tout oublié , Madame , et me retire.
Aglaunice ne sçait que penser de la
brusque retraite d'Alcibiade , qu'elle ne
connoît point en core . Socrate vient lui
apprendre que c'est à Alcibiade même à
qui elle vient de parler. Aglaunice n'est
pas long- tems à se remettre de sa surprise.
Elle dit à Socrate qu'elle a prudemment
donné le change à Alcibiade , en lui faisant
accroire qu'elle étoit elle- même cette
Timandre qu'il cherchoit avec tant d'empressement.
Socrate s'étant retiré , Aglaunice refléchit
sur le mauvais accueil qu'Alcibiade
lui a fait ; mais elle ne désespere pas de
s'en faire aimer , fondée sur la profondeur
et l'infaillibilité de sa science.
Comme le dernier Acte est le plus chargé
d'action , nous avons crû qu'on nous
dispenseroit d'en donner un détail qui
grossiroit trop cet Extrait ; nous y supplérons
par une espece d'argument : le
voici de la maniere la plus succincte qu'il
nous a été possible.
Timandre apprend à Cephife que ce Cavalier
qu'elles viennent de voir, est ce même
MAY. 1731. Itty
à
me inconnu dont elle lui a parlé , et qui
lui est apparu autrefois avec tant d'avantage
chez Socrate.Cephise soupçonne que
c'est Alcibiade , parce qu'elle a entendu
plusieurs fois prononcer ce nom à Aglaunice,
d'une maniere à lui persuader qu'elle
en est amoureuse . Elle conseille à Timandre
de faire tenir un Billet de sa part
l'objet de son amour. Timandre n'y consent
pas ; mais la maniere dont la fin de
cette Scene est traitée , prépare les Spectateurs
aux effets que ce Billet produit quelque
temps après. En effet il est aporté à
Alcibiade , et mal reçu de lui, parce qu'il
le croit de la fausse Timandre , qui vient
de lui en envoyer un , dont il a fait fi peu
de cas qu'il l'a jetté par terre. Cephise
qui vient lui apporter le Billet de la veritable
, picquée du mauvais accueil qu'il
lui fait,lui répond d'une maniere à le faire
réfléchir ; il ne doute point que celle qui
s'est donnée pour Timandre ne lui en ait
imposé ; il est au désespoir d'avoir refusé
le second Billet. Il ordonne à Amicles de
se travestir , pour tâcher de donner à la
véritable Timandre un Billet qu'il va écrire,
pour lui faire entendre que le mauvais
accueil qu'il a fait à sa Messagere n'est
qu'un effet de son erreur . Ce projet s'exécute
; Amicles se déguise en Marchand
Fiiij Etran18
MERCURE DE FRANCE
•
Etranger. Timandre picquée contre Alcibiadé
, refuse avec fierté la lettre qu'A- micles
veut lui rendre de sa part. Alcibiade
impatient , arrive lui- même ; on s'éclaircit
: Il ne s'agit plus que d'amour d'une et
d'autre part. Socrate arrive ; il trouve Alcibiade
aux pieds de son aimable Ecoliere
; il en essuie quelques railleries qui
l'obligent à prendre son parti de bonne
grace. Aglaunice qui survient, ne soutient
pas cette aventure avec la même Philosophie.
Elle est convaincuë d'amour et d'imposture.
Alcibiade promet à Timandre de
lui faire un destin digne d'elle , par l'Hymen
qu'il lui propose et qu'elle accepte
avec beaucoup de plaisir. Socrate y consent,
et fait entendre qu'il a triomphé de
sa foiblesse.
, par M. Poisson . A Paris , chez Fr. le
Breton, au bout du Pont- Neuf, près la ruë de
Guenegaud , 1731. in 12. de 80 pages.
Cette Piece est tirée des Amours des
Grands Hommes de Madame de Ville-Dieu :
l'Auteur le dit dans un petit Avertissement,
1110 MERCURE DE FRANCE
ment , et il ajoute qu'il n'a cru en pouvoir
conserver les graces , qu'en conservant la simplicité
du Roman , et en mettant en vers les
pensées et souvent même la Prose de Madame
de Ville- Dieu . M. Poisson n'est pas
moins modeste , en parlant des applaudissemens
donnez à sa Picce. Je me ferois scrupule
, dit- il , d'en tirer aucun avantage ; je
sçai qu'ils ne sont dûs qu'aux beautez de l'original
, et aux talens des Acteurs qui l'ont
representée.
ACTEURS.
Alcibiade , Seigneur
Athénien . Le sieur Dufresne.
Socrate , Philosophe.
Le sieur
Quinault.
Mirto femme de Socrate. La De la Mothe.
Aglaunice, Astrologue.
La Dle Dubreuil.
Timandre , jeune Phrigienne.
La Die Dufresne.
Cephise , Confidente de
Timandre. La De Quinault.
Amicles , Confident
d'Alcibiade. Le sieur Poisson.
Esclaves.
LA SCENE est dans un Bois , près d'Athènes.
ACTE I.
Socrate demande d'abord des nouvelles
à
MA Y. 1731. IIII
à l'Astrologue Aglaunice , de Timandre ,
jeune Phrygienne , dont il est amoureux ;
il lui fait un mystere de cet amour qu'il
doit cacher , d'autant plus que Mirto sa
femme est encore en vie ; il lui fait entendre
que c'est un dépôt précieux qu'un de
ses meilleurs amis lui mit entre les mains
en expirant. Aglaunice lui dit qu'elle a
chargé une Esclave du soin de Timandre ;
elle ajoute que cette Esclave lui a paru
d'autant plus digne de sa confiance , que
son esprit est naturel et sans art . Socrate
témoigne qu'il approuve ce choix , par
ces deux Vers :
Vous avez fort bien fait ; une compagne habile
D'une fille souvent rend la garde inutile.
L'approche d'un voyageur inconnu, les
oblige à se retirer.
Amicles Esclave et Confident d'Alcibia
de , paroît seul ; il ne sçait que penser du
dessein d'Alcibiade , qu'un désir curieux
a porté à se travestir en Phrigien , pour
venir chercher dans ce bois une certaine
Timandre , dont on lui a vanté les appas.
Voici le portrait qu'il fait d'Alcibiade :
Il n'en démordra point , je connois son humeur,
Dans l'espoir de brûler d'une nouvelle ardeur ,
F Quel#
112 MERCURE DE FRANCE
Quelque soit une belle , en un mot , brune ou
blonde ,
Il iroit pour la voir, jusques au bout du monde
etc.
A ses bouillants transports , il ose tout permettre
;
Et parce qu'il est jeune et né pour commander ›
Ce n'est qu'à ses désirs qu'il croit qu'il faut ceder.
Alcibiade vient joindre Amicles ; il lui
explique le sujet de son expédition amoureuse
, qu'il attribue à une simple curiosité
de jeune homme ; il acheve de faire
son portrait, tel que l'Histoire l'a transmis
jusqu'à nous.Voici comment il s'explique:
D'ailleurs regarde- t- on le rang dans une belle ?
C'est la beauté qui frappe , et l'on fait tout pour
'elle.
L'amour dans les douceurs de sa félicité ,
N'a pas besoin du rang ni de la dignité ;
Qu'un tel objet soit né dans le plus simple étage,
Il est charmant , il plaît ; en faut-il davantage
Je puis te dire encore , pour mieux m'ouvrir à
toy ,
Qu'il n'est point de plaisir plus charmant , selon
moy ,
Que celui d'exciter dans un coeur jeune et tendre,
Ces premiers mouvemens qu'il ne sçauroit com
prendre ,
Ces
MAY. 1731. 1113
Ces désordres secrets , ces désirs inconnus
Par la crainte chassés , par l'amour reteaus ,
Et qui font attaquer avec plus de paissance ,
Toute cette pudeur que donne l'innocence,
L'approche de Socrate et de sa femme ,
oblige Alcibiade et Amicles à se retirer.
Mirto fait des reproches à Socrate qui
marquent cette humeur acariâtre, qui , au
rapport de l'Histoire ,a donné tant d'exercice
à la Philosophie de son Epoux . Elle
trouve fort mauvais qu'il prenne soin de
l'éducation d'une jeune fille , plus propre
à être sa Maîtresse que son Ecoliere. Socrate
se justifie autant qu'il lui est possible
; elle n'en est pas radoucie,et le quitte
brusquement , en lui disant :
J'en ai , pour mon malheur , des preuves trop
certaines ,
Et j'en vais de ce pas instruire tout Athénes.
Alcibiade aborde Socrate et l'embarasse
par sa présence ; il le raille pendant tout
Teur entretien , et le fait trembler au seul
nom de Timandre , qu'il prononce malicieusement.
Socrate quitte Alcibiade et
prétexte son départ sur ces deux vers :
Fij J'aime
114 MERCURE DE FRANCE
J'aimerais à rester dans ces endroits rustiques ,
Mais je dois satisfaire à mes leçons publiques .
Alcibiade ne démord point de sa poursuite
amoureuse , commeAmicles l'a prévu
dès le commencement de cet Acte , qu'il
termine par ces vers :
Cette Timandre est belle ; il n'en faut point dou
ter ;
Pour la voir , Amicles , je prétends tout tenter.
Dans Athénes rentrons sans tarder davanrage ;
Je ne veux point donner à Socrate d'ombrage ,
Et dans l'espoir flateur dont je suis agité ,
Sui-moi , je te dirai ce que j'ai projetté.
Timandre ouvre la Scene du second Acte
avec Cephise , qui n'est rien moins que
cet esprit sans art , dont Aglaunice a flatté
Socrate ; elle va d'abord au fait et propose
à Timandre pour premier coup d'essai ,
d'aller courir le monde pour y chercher
de jolis hommes ; elle demande à Timandre
si elle n'a jamais aimé. Timandre lui
confesse ingénûment , qu'elle a vû chez
Socrate un jeune Athénien qui lui parût
tres-aimable.
Aglaunice interrompt cette tendre conversation
,pour venir faire un superbe étar
Jage de son Astrologie; elle chasse Timandre
MAY. 1731 .
irrs
dre et Cephise comme des profanes.
La premiere vûë d'Alcibiade enflamme
Aglaunice comme il lui demande des
nouvelles de Timandre , qu'il dit n'avoir
jamais vûë ; Aglaunice pour profiter de
sa prévention , se donne elle - même pour
cette Timandre , qu'il cherche avec tant
d'ardeur ; Alcibiade étonné de trouver un
objet si défectueux et si contraire aux perfections
qu'on lui avoit fait attendre dans
la personne de Timandre , ne songe plus
qu'à s'en retourner à Athénes. Aglaunice
n'oublie rien pour le retenir ; elle lui
vante sa science. Alcibiade lui en demande
une preuve , et veut sçavoir d'elle ce
que fait actuellement un de ses amis , qui
s'appelle Alcibiade. Aglaunice, après avoir
consulté ses Ephémérides , lui dit hardiment
qu'Alcibiade est presentement en
rendez - vous avec la plus belle femme
d'Athénes. Alcibiade ne peut s'empêcher
d'éclater de rire , et se dispose à partir
pour Athénes.
Aglaunice surprise , lui dit :
Mais quoi vous n'avez donc rien à dire à Ti
mandre ?
Socrate lui répond :
Fiij Ah !
1116 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! ma foy , non . Avant que m'offrir à ses yeux ,
Elle seule occupoit mon esprit en ces lieux ;
Et j'avois , il est vrai , cent choses à lui dire ;
Mais j'ai tout oublié , Madame , et me retire.
Aglaunice ne sçait que penser de la
brusque retraite d'Alcibiade , qu'elle ne
connoît point en core . Socrate vient lui
apprendre que c'est à Alcibiade même à
qui elle vient de parler. Aglaunice n'est
pas long- tems à se remettre de sa surprise.
Elle dit à Socrate qu'elle a prudemment
donné le change à Alcibiade , en lui faisant
accroire qu'elle étoit elle- même cette
Timandre qu'il cherchoit avec tant d'empressement.
Socrate s'étant retiré , Aglaunice refléchit
sur le mauvais accueil qu'Alcibiade
lui a fait ; mais elle ne désespere pas de
s'en faire aimer , fondée sur la profondeur
et l'infaillibilité de sa science.
Comme le dernier Acte est le plus chargé
d'action , nous avons crû qu'on nous
dispenseroit d'en donner un détail qui
grossiroit trop cet Extrait ; nous y supplérons
par une espece d'argument : le
voici de la maniere la plus succincte qu'il
nous a été possible.
Timandre apprend à Cephife que ce Cavalier
qu'elles viennent de voir, est ce même
MAY. 1731. Itty
à
me inconnu dont elle lui a parlé , et qui
lui est apparu autrefois avec tant d'avantage
chez Socrate.Cephise soupçonne que
c'est Alcibiade , parce qu'elle a entendu
plusieurs fois prononcer ce nom à Aglaunice,
d'une maniere à lui persuader qu'elle
en est amoureuse . Elle conseille à Timandre
de faire tenir un Billet de sa part
l'objet de son amour. Timandre n'y consent
pas ; mais la maniere dont la fin de
cette Scene est traitée , prépare les Spectateurs
aux effets que ce Billet produit quelque
temps après. En effet il est aporté à
Alcibiade , et mal reçu de lui, parce qu'il
le croit de la fausse Timandre , qui vient
de lui en envoyer un , dont il a fait fi peu
de cas qu'il l'a jetté par terre. Cephise
qui vient lui apporter le Billet de la veritable
, picquée du mauvais accueil qu'il
lui fait,lui répond d'une maniere à le faire
réfléchir ; il ne doute point que celle qui
s'est donnée pour Timandre ne lui en ait
imposé ; il est au désespoir d'avoir refusé
le second Billet. Il ordonne à Amicles de
se travestir , pour tâcher de donner à la
véritable Timandre un Billet qu'il va écrire,
pour lui faire entendre que le mauvais
accueil qu'il a fait à sa Messagere n'est
qu'un effet de son erreur . Ce projet s'exécute
; Amicles se déguise en Marchand
Fiiij Etran18
MERCURE DE FRANCE
•
Etranger. Timandre picquée contre Alcibiadé
, refuse avec fierté la lettre qu'A- micles
veut lui rendre de sa part. Alcibiade
impatient , arrive lui- même ; on s'éclaircit
: Il ne s'agit plus que d'amour d'une et
d'autre part. Socrate arrive ; il trouve Alcibiade
aux pieds de son aimable Ecoliere
; il en essuie quelques railleries qui
l'obligent à prendre son parti de bonne
grace. Aglaunice qui survient, ne soutient
pas cette aventure avec la même Philosophie.
Elle est convaincuë d'amour et d'imposture.
Alcibiade promet à Timandre de
lui faire un destin digne d'elle , par l'Hymen
qu'il lui propose et qu'elle accepte
avec beaucoup de plaisir. Socrate y consent,
et fait entendre qu'il a triomphé de
sa foiblesse.
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Résumé : Alcibiade, Comédie, [titre d'après la table]
La pièce 'Alcibiade' est une comédie en trois actes écrite par M. Poisson, publiée à Paris en 1731. L'auteur a adapté les 'Amours des Grands Hommes' de Madame de Ville-Dieu, conservant la simplicité du roman original et mettant en vers les pensées et la prose de l'œuvre source. M. Poisson attribue les applaudissements reçus aux beautés de l'original et aux talents des acteurs. L'intrigue se déroule dans un bois près d'Athènes et met en scène plusieurs personnages, dont Alcibiade, un seigneur athénien, Socrate, un philosophe, Mirto, femme de Socrate, Aglaunice, une astrologue, Timandre, une jeune Phrygienne, Cephise, confidente de Timandre, Amicles, confident d'Alcibiade, et des esclaves. Dans le premier acte, Socrate demande des nouvelles de Timandre à Aglaunice, cachant son amour pour elle. Amicles révèle la curiosité d'Alcibiade pour Timandre. Alcibiade explique son désir de voir Timandre, motivé par sa beauté. Mirto reproche à Socrate de s'occuper de l'éducation de Timandre. Alcibiade rencontre Socrate et le raille, mentionnant Timandre. Socrate quitte Alcibiade, prétextant ses leçons publiques. Alcibiade décide de poursuivre sa quête amoureuse. Dans le second acte, Timandre et Cephise discutent de leurs sentiments. Aglaunice interrompt leur conversation pour vanter son astrologie. Alcibiade arrive et demande des nouvelles de Timandre. Aglaunice se fait passer pour Timandre, mais Alcibiade, déçu, décide de partir. Aglaunice tente de le retenir en vantant sa science, mais Alcibiade demande des preuves et s'en va après avoir ri de la prédiction d'Aglaunice. Le troisième acte est résumé par un argument : Timandre apprend à Cephise que l'inconnu qu'elles ont vu est celui dont elle est amoureuse. Cephise soupçonne qu'il s'agit d'Alcibiade. Timandre refuse d'envoyer un billet à Alcibiade, mais Cephise le fait malgré tout. Alcibiade, croyant que le billet vient de la fausse Timandre, le rejette. Cephise le confronte, et Alcibiade réalise son erreur. Il envoie un billet à la véritable Timandre via Amicles, mais elle refuse la lettre. Alcibiade arrive et ils s'éclaircissent. Socrate les trouve et accepte leur union. Aglaunice est démasquée et Alcibiade promet à Timandre un destin digne d'elle par le mariage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
36
p. 1575-1597
Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 16. de ce mois, les Comédiens François donnerent la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédie, Auteur, Caractères, Chevalier, Charles Dufresny, Marquise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16. de ce mois , les Comédiens Fran
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
Fermer
Résumé : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16 juin, les Comédiens Français ont présenté la première représentation de 'Le Faux Sincère', une comédie en vers et en cinq actes écrite par le défunt M. Dufresny. Cette œuvre est appréciée pour son originalité, sa naïveté et la précision avec laquelle les caractères sont exprimés, ainsi que pour les traits saillants et inattendus qui parsèment la pièce. Dans le premier acte, l'auteur expose la situation des personnages principaux. Madame Argante a deux filles, Angelique et Marianne. Angelique, récemment sortie du couvent, a rencontré le Chevalier Valère, le héros de la pièce. Marianne, qui a passé du temps chez une parente, aime Dorante. Madame Argante prévoit de marier Angelique à M. Franchard, un riche négociant, et Marianne au Chevalier Valère. Angelique est satisfaite de ce projet, tandis que Marianne est mécontente. Dorante décrit le Chevalier Valère comme un homme dangereux et manipulateur, capable de dire la vérité pour mieux mentir. Le Chevalier Valère est caractérisé par sa fausse sincérité, qu'il utilise pour manipuler les autres à son avantage. M. Franchard, quant à lui, est décrit comme un homme franc et honnête, contrastant avec le Chevalier. La pièce se complexifie avec l'introduction de nouveaux personnages et de situations intrigantes. Par exemple, un caissier du banquier Franchard et un nouveau Rapin, cousin du faux Valère, apparaissent dans le second acte. Laurette, la suivante de la Marquise, joue un rôle clé en révélant des secrets et en ourdissant des plans de vengeance. Le troisième acte est considéré comme le plus beau de la pièce. Dorante et Marianne cherchent à démasquer le faux sincère en le mettant aux prises avec la Marquise et Angelique, toutes deux mécontentes de lui. La pièce explore les motivations et les manipulations des personnages, révélant les intrigues et les conflits qui les opposent. La pièce se termine par deux mariages : M. Franchard avec Angelique, et Dorante avec Marianne. Malgré une intrigue confuse, la pièce est appréciée pour ses traits saillants et la versification de M. Dufresny. La pièce a été représentée à plusieurs reprises et est actuellement sous presse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 1788-1800
Le Distrait, Comédie, [titre d'après la table]
Début :
Au contraire de la Piece dont on vient de parler, la Comédie du Distrait, de [...]
Mots clefs :
Comédie, Rôle, Farce, Critique, Jugement, Distraction, Tragédies, Acteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Distrait, Comédie, [titre d'après la table]
Au contraire de la Piece dont on vient
de parler , la Comédie du Distrait , de
feu M.Renard, n'ayant eu que troisReprésentations
dans sa nouveauté , au mois
de Decembre 1697. est aujourd'hui assez
goûtée pour attirer bien du monde . Le .
sieur de Montmesnil y joüe fort bien le
principal
JUILLET. 1731. 1789
principal Rôle , & les autres y sont aussi
très -bien remplis.
Cette singularité nous engage à faire
ici quelques reflexions sur cette Piece.
On ne sçauroit justifier le jugement
qu'on semble porter aujourd'hui du Distrait
, sans condamner en quelque maniere
celui qu'on en porta autrefois ; on
peut cependant prendre un temperament
entre deux décisions si opposées , en disant
que la Piece n'est pas trouvée meilleure
qu'elle l'a parû dans sa naissance ;
mais qu'on s'y divertit davantage , parce
qu'on ne la revoit que comme une farce
pleine de gayeté ; au lieu que l'Auteur
avoit , sans doute , prétendu la donner
comme une Comédie dans les formes ;
ainsi la Critique ayant déja prononcé sur
la maniere dont les Connoisseurs devoient
la recevoir , nous n'y apportons
plus cette séverité qui l'avoit proscrite;
l'indulgence des Spectateurs fait grace
M. Renard , du peu de soin qu'il a pris
d'observer les regles , et le livre tout entiers
au plaisir qui résulte de cette irréu
larité.
à
En effet tout le monde convient que le
plus,honnête personnage de la Piece est cefui
deLéandre, dont l'Auteur a vouluétaler
le prétendu ridicule; nous disons prétendu ,
parce
1790 MERCURE DE FRANCE
parce qu'il ne dépend non - plus de nous de
n-être point distraits , qu'il n'est au pouvoir
d'un aveugle de jouir de la lumierczon
ne doit pas considerer la distraction comme
un vice, et l'Auteur même en convient
par ces Vers qu'il met à la bouche du Distrait
, dans le quatriéme Acte , Scene VII .
Ma maniere est fort bonne , et n'en veux point
changer.
Je ne ressemble point aux hommes de notre âge ,
Qui masquent en tout temps leurs coeurs et leur
visage ,
Mon deffaut prétendu , mon peu d'attention ,
Fait la sincerité de mon intention.
Je ne prépare point avec effronteric ,
Dans le fond de mon coeur d'indigne menterie į
Je dis ce que je pense et sans déguisement ;
Je suis sans refléchir mon premier mouvement.
Un esprit naturel me conduit et m'anime ;
Je suis un peu distrait , mais ce n'est pas un crime,
Leandre est bien modeste de se contenter
de conclure que sa distraction n'est pas
un crime ; il auroit pû avancer hardiment
qu'elle n'est pas un vice , puisqu'il en faiț
une vertu dans tous les Vers precedents.
Madame Grognac , qui prétend devenir
sa belle-mere , en parle à peu près de même
au premier Acte , où elle dir :
Je
JUILLE T.
1799 1731
Je sçais bien qu'à parler de lui sans passion ,
Il est particulier dans sa distraction .
Il répond rarement à ce qu'on lui propose ;
On ne le voit jamais à lui dans mille choses ;
Mais ce n'est pas un crime en lui d'être ainsi fait;
On peut être , à mon sens , homme sage et distrait,
Voilà quel est notre Distrait, selon luimême
et selon sa prétenduë future bellenere
; il est un peu moins bien dans l'esprit
de son Valet Carlin. Voici le Portrait
qu'il en fait ;
C'est un homme étonnant et rare en son espece ;
I rêve fort à rien ; il s'égare sans cesse ;
Il cherche , il trouve , il broüille , il regarde sans
voir ;
Quand on lui parle blanc , souvent il répond
noir ;
Il vous dit non pour cüi , oüi pour non ; il ape
pelle ,
Une femme Monsieur , et moi Mademoiselle ;
Prend souvent l'un pour l'autre ; il va sans sçavoir
où ;
On dit qu'il est distrait ; mais moi , je le tiens fou.'"
Dailleurs fort honnête homme , à ses devoirs
austere ,
Exact et bon ami , genereux , doux , sincṛte ;
Aimant
1792 MERCURE DE FRANCE
Aimant , comme j'ai dit , sa Maîtresse in Heros;,
Il est et sage et fou; voilà l'homme en deux mots
Ce portrait de Carlin paroît le plus
ressemblant ; mais , ni comme sage , ni
comme fou , il ne peut être le sujet d'une
Comédie ; le sage ne doit pas être joué ,
et le fou ne peut pas être corrigé.
D'où il est aisé de conclure que M. Renard
n'a choisi ce caractere que pour ouvrir
un champ plus vaste à son imagination
les incidens naissant en foule dans un sujet
si fécond en quiproquo ; en faut-il davantage
pour faire réussir une Piece où
l'on ne se propose point d'autre fin que
de faire rire ?
Nous passerons plus legerement sur les
autres caracteres , ils sont défectueux jusqu'à
révolter les personnes les moins délicates.
Le Chevalier que l'Auteur a prétendu
opposer au Distrait , est un étourdi , ou
plutôt un fou à mettre aux petites Maisons
, et de plus , de très-mauvaises moeurs ;
on en peut juger par la correction que son
oncle lui fait ; la voici :
Vous vous faites honneurd'être un franc libertin,'
Vous mettez votre gloire à bien tenir du vin ;
Et lorsque tout fumant d'une vineuse haleine ,
Sur
JUILLET. 1731. 1793
Sur vos pieds chancelants vous vous tenez à peine,
Sur un Théatre alors vous venez vous montrer ;
Là , parmi vos pareils on vous voit folâtrer ;
Vous allez vous baiser comme des Demoiselles ,
Et pour vous faire voir jusque sur les chandelles ,
Poussant l'un , heurtant l'autre , et contant vos
exploits ,
Plus haut que les Acteurs , vous élevez la voix ;
Et tout Paris témoin de vos traits de folie ,
Kit plus cent fois de vous que de la Comédie.
L'oncle ne charge point le caractere ?
c'est ce que le neveu va justifier lui-même
en sa presence.
Mais que fais-je donc tant , Monsieur , ne vous
déplaise ,
Pour trouver ma conduite à tel excès mauvaise ?
J'aime , je bois , je joue , et ne vois en cela
Rien qui puisse attirer ces réprimandes-là , &c .
De -là je pars sans bruit ,
Quand le jour diminuë et fait place à la nuit ,
Avec quelques amis , et nombre de bouteilles ,
Que nous faisons porter pour adoucir nos veilles,
Chez des femmes de bien dont l'honneur est entier
,
Et qui de leur vertu parfument le quartier.
Là, nous perçons la nuit d'une ardeur sans égale;
H Nous
1-94 MERCURE DE FRANCE
Nous sortons au grand jour pour ôter tout scandale
,
Et chacun en bon ordre aussi sage que moi ,
Sans bruit au petit pas se retire chez soi.
Cette vie innocente est - elle condamnée ?
Ne faire qu'un repas dans toute une journée !
Un malade , entre nous , se conduiroit- il mieux ?
Ce qu'il y a de plus déreglé dans la
Piece , c'est que l'oncle n'aspire qu'à rendre
heureux un neveu si indigne de l'être,
ce qui ne sçauroit faire qu'un troisiéme
caractere très - vicieux .
→
Pour celui de Madame Grognac , il n'a
rien de beau que d'être conforme à son
nom ; elle est d'une gronderie et d'une misantropie
tout- à- fait insupportable ; elle a
des duretez pour Isabelle sa fille , qui ne
sont rachetées par aucune complaisance ,
mais ce n'est point là ce qu'il y a de plus
déplorable pour cette pauvre innocente ;
l'amour que le Chevalier lui a inspiré ,
excite pour elle la pitié des Spectateurs ;
on la plaint de la voir aussi malheureuse
en Amant qu'en Mere , et c'est- là peutêtre
le seul interêt qui regne dans la Piece .
Clarice aussi heureuse qu'Isabelle , est
menacée d'être malheureuse ; elle aime
Léandre , dont tout le deffaut est d'être
distrait , deffaut qui devroit la faire tenir
en
JUILLET. 1731. -1795
en garde contre les effets qu'il produit sur
elle , puisqu'elle lui dit elle- même , après 、
une justification sur une prétenduë infidelité.
Quels que soient vos discours pour me persuader,
J'aime trop pour ne pas toûjours appréhender.
Mais ces distractions qui vous sont naturelles ,
Me rassurant un peu de mes frayeurs mortelles ;
Je vous juge innocent, et crois que votre erreur,
Provient de votre esprit plus que de votre coeur.
On voit bien par les deux premiers
Vers de ce sizain , que l'Auteur est allé
au- devant de l'objection , en attribuant les
craintes de Clarice à l'excès de son amour.
Pour ce qui regarde l'intrigue de la Piece
, on peut dire qu'il n'en a guere coûté
à l'imagination de l'Auteur pour la produire
, le caractere qu'il traite suffit, comme
nous l'avons déja dit , pour en faire
le noeud par les incidens qu'il fait naître,
et le dénoüment est une mauvaise copie
de celui des Femmes Sçavantes ; voici en .
peu de mots toute l'intrigue.
Madame Grognac , mere d'Isabelle
fondée sur un dédit signé entre elle et un
oncle de Léandre , veut que ce Léandre
épouse sa fille ; elle ne veut point
absolument du Chevalier pour son gen-
Hij
dre ;
1796 MERCURE DE FRANCE
dre ; ce dernier , outre les deffauts révoltans
dont nous avons ppaarrlléé ,, lui manque
de respect jusqu'à lui faire danser une
Courante malgré elle ; Valere , oncle du
Chevalier et de Clarice , veut faire un
double mariage entre ces Amans , et ce
mariage est au gré de leurs desirs , puisque
Clarice aime Léandre et en est aimée,
et que le Chevalier et Isabelle s'aiment
aussi réciproquement 5 Valere réserve une
dot de cinquante mille écus à Clarice sa
niece , et donne le reste de son bien au
Chevalier , son indigne neveu voilà le
noeud de la Piece , en voici le dénouement,
Carlin , Valet de Léandre, feint d'arriver
rout fraîchement et tout botté , d'un voyage
qu'il avoit fait avec son Maître , dont
T'oncle étoit à l'extremité; il anonce hardiment
que cet oncle vient de mourir, et qu'il
a desherité son neveu, parce qu'il a appris
qu'il ne vouloit pas épouser Isabelle, malgré
le dédit fait entre Madame Grognac sa
mere , et lui , oncle de Léandre. Madame
Grognac devient le Trissotin de la Piece;
elle n'a pas plutôt appris que Léandre n'a
rien , qu'elle lui dit qu'il peut chercher
fortune ailleurs. L'oncle du Chevalier
profite
de cette conjoncture pour lui faire
accepter son neveu pour gendre ; elle se
contents
JUILLET 1731. 1797
contente de dire qu'il est bien étourdi ,
et qu'elle a encore sur le coeur la Courante
qu'il lui a fait danser ; elle signe
le Contrat à condition qu'il se corrige-
Fa , et que son oncle lui en répondra . Le
Contrat signé , Valere donne Clarice , sa
niece,à Léandre ; Madame Grognac trouve
fort étrange qu'il marie sa niéce à un
homme qui vient d'être desherité , il lui
avouë la petite fourberie qu'on lui a faite
pour la faire consentir au mariage qu'elle
vient de signer ; et comme elle fait éclater
sa mauvaise humeur contre sa fille
son nouveau gendre lui dit :
J'ai , si vous la grondez , un Menuet tout prêt ,
La Piece finit par un dernier trait de
distraction. Le voicy .
Léandre à Carlin.
Toi , Carlin , à l'instant prépare ce qu'il faut ,
Pour aller voir mon oncle et partir au plutôt.
Carlin.
Laissez votre oncle en paix ; quel diantre de lan
gage ?
Vous devez cette nuit faire un autre voyage ;
Vous n'y songez donc plus ; vous êtes marié.
Léandre.
Tu m'en fais souvenir ; je l'avois oublié .
Hij Voilà
1799 MERCURE DE FRANCE
Voilà une partie des Refléxions qu'on
a faites sur la Comédie du Distrait ; cette
Piece n'a peut- être mérité ni de tomber
aussi brusquement qu'elle fit autrefois , ni
de réussir aussi heureusement qu'elle fait
aujourd'hui , cela n'empêche pas qu'on
ne doive rendre à M. Regnard la justice
qui lui est due c'est que personne n'a
mieux possedé que lui le talent de faire
rireset c'est par là que ses Pieces de Théatre
sont plus aimées qu'elles ne sont estimées.
Le 7 , l'Opera Comique donna une
Piece d'un Acte en Vaudeville , intitulée
Monde Renversé. Elle avoit été représentée
dans sa nouveauté à la Foire S. Laurent en
1718. Cette Piece est suivie de deux Aczes
de la France Galante et terminée parla
Guinguette Angloise , exécutée par les mêmes
Danseurs dont on a déja parlé dans le
premier Volume de Juin.
Le 1 2. on supprima un des deux Actes
de la France Galante , et on donna à la płace
l'Isle des Amazones , autre ancienne
Piece d'un Acte faite en 1718. On en peut
voir le sujet dans le Recueil du Théatre
de la Foire.
Jamais le goût pour les Spectacles n'a
été si général , et jamais tant de jeunes.
Gens
JUILLET. 1731. 1799
Gens ,depuis le Bourgeois jusqu'aux Personnes
de la plus grande qualité , ne se sont
appliquez avec tant d'ardeur à l'Art de la
Déclamation , auquel quelques- uns réüssisent
avec un naturel , des graces et une
finesse admirable. Dans plusieurs Maisons
de Paris , des personnes de mérite et de
bon goût , d'un même quartier , s'assemblent
, et se font un plaisir de représenter
des Tragédies et des Comédies des meilleurs
Auteurs ,avec beaucoup de justesse et
de précision , ce qui donne une grande satisfaction
au petit nombre de Spectateurs
choisis qu'on veut bien admettre dans ces
agréables amusemens.
Parmi ces Sociétez , il en est une qui
merite assurément d'être distinguée : les
Acteurs , dont le nombre n'est pas grand ,
s'attachent à ne représenter que des Pieces
que quelques uns d'entr'eux ont
composées eux -mêmes , et comme le mérite
et les talents se trouvent réunis dans
-
cette Societé , on ne craint point de
dire à l'égard de ces petites Comédies
que pour l'imagination
, la sagesse des
moeurs , et la finesse de l'exécution , elles
pourroient donner de la jalousie aux plus
babiles de l'Art.
3.
Dans quelques - unes des plus belles maisons
aux environs de Paris , on a dressé
Hij des
1800 MERCURE DE FRANCE
de petits Théatres fort bien ajustez et
ornez avec gout , où les meilleures Pieces
qu'on voit au Théatre François , sont
souvent représentées par de très - bons Sujets
, en présence de très- nombreuses et
très brillantes Assemblées.
*
Cette inclination pour le Théatre doit
être plus étenduë qu'on ne croit , car on.
apprend de Bruxelles que le 27. May
le Duc de Lorraine , à qui on avoit déja
donné quantité de Fêtes , assista à la Comedie
, intitulée , la Critique de l'Europe
Galante , ou le Mariage d' Arlequin , représentée
par des Bourgeois Flamands.
de parler , la Comédie du Distrait , de
feu M.Renard, n'ayant eu que troisReprésentations
dans sa nouveauté , au mois
de Decembre 1697. est aujourd'hui assez
goûtée pour attirer bien du monde . Le .
sieur de Montmesnil y joüe fort bien le
principal
JUILLET. 1731. 1789
principal Rôle , & les autres y sont aussi
très -bien remplis.
Cette singularité nous engage à faire
ici quelques reflexions sur cette Piece.
On ne sçauroit justifier le jugement
qu'on semble porter aujourd'hui du Distrait
, sans condamner en quelque maniere
celui qu'on en porta autrefois ; on
peut cependant prendre un temperament
entre deux décisions si opposées , en disant
que la Piece n'est pas trouvée meilleure
qu'elle l'a parû dans sa naissance ;
mais qu'on s'y divertit davantage , parce
qu'on ne la revoit que comme une farce
pleine de gayeté ; au lieu que l'Auteur
avoit , sans doute , prétendu la donner
comme une Comédie dans les formes ;
ainsi la Critique ayant déja prononcé sur
la maniere dont les Connoisseurs devoient
la recevoir , nous n'y apportons
plus cette séverité qui l'avoit proscrite;
l'indulgence des Spectateurs fait grace
M. Renard , du peu de soin qu'il a pris
d'observer les regles , et le livre tout entiers
au plaisir qui résulte de cette irréu
larité.
à
En effet tout le monde convient que le
plus,honnête personnage de la Piece est cefui
deLéandre, dont l'Auteur a vouluétaler
le prétendu ridicule; nous disons prétendu ,
parce
1790 MERCURE DE FRANCE
parce qu'il ne dépend non - plus de nous de
n-être point distraits , qu'il n'est au pouvoir
d'un aveugle de jouir de la lumierczon
ne doit pas considerer la distraction comme
un vice, et l'Auteur même en convient
par ces Vers qu'il met à la bouche du Distrait
, dans le quatriéme Acte , Scene VII .
Ma maniere est fort bonne , et n'en veux point
changer.
Je ne ressemble point aux hommes de notre âge ,
Qui masquent en tout temps leurs coeurs et leur
visage ,
Mon deffaut prétendu , mon peu d'attention ,
Fait la sincerité de mon intention.
Je ne prépare point avec effronteric ,
Dans le fond de mon coeur d'indigne menterie į
Je dis ce que je pense et sans déguisement ;
Je suis sans refléchir mon premier mouvement.
Un esprit naturel me conduit et m'anime ;
Je suis un peu distrait , mais ce n'est pas un crime,
Leandre est bien modeste de se contenter
de conclure que sa distraction n'est pas
un crime ; il auroit pû avancer hardiment
qu'elle n'est pas un vice , puisqu'il en faiț
une vertu dans tous les Vers precedents.
Madame Grognac , qui prétend devenir
sa belle-mere , en parle à peu près de même
au premier Acte , où elle dir :
Je
JUILLE T.
1799 1731
Je sçais bien qu'à parler de lui sans passion ,
Il est particulier dans sa distraction .
Il répond rarement à ce qu'on lui propose ;
On ne le voit jamais à lui dans mille choses ;
Mais ce n'est pas un crime en lui d'être ainsi fait;
On peut être , à mon sens , homme sage et distrait,
Voilà quel est notre Distrait, selon luimême
et selon sa prétenduë future bellenere
; il est un peu moins bien dans l'esprit
de son Valet Carlin. Voici le Portrait
qu'il en fait ;
C'est un homme étonnant et rare en son espece ;
I rêve fort à rien ; il s'égare sans cesse ;
Il cherche , il trouve , il broüille , il regarde sans
voir ;
Quand on lui parle blanc , souvent il répond
noir ;
Il vous dit non pour cüi , oüi pour non ; il ape
pelle ,
Une femme Monsieur , et moi Mademoiselle ;
Prend souvent l'un pour l'autre ; il va sans sçavoir
où ;
On dit qu'il est distrait ; mais moi , je le tiens fou.'"
Dailleurs fort honnête homme , à ses devoirs
austere ,
Exact et bon ami , genereux , doux , sincṛte ;
Aimant
1792 MERCURE DE FRANCE
Aimant , comme j'ai dit , sa Maîtresse in Heros;,
Il est et sage et fou; voilà l'homme en deux mots
Ce portrait de Carlin paroît le plus
ressemblant ; mais , ni comme sage , ni
comme fou , il ne peut être le sujet d'une
Comédie ; le sage ne doit pas être joué ,
et le fou ne peut pas être corrigé.
D'où il est aisé de conclure que M. Renard
n'a choisi ce caractere que pour ouvrir
un champ plus vaste à son imagination
les incidens naissant en foule dans un sujet
si fécond en quiproquo ; en faut-il davantage
pour faire réussir une Piece où
l'on ne se propose point d'autre fin que
de faire rire ?
Nous passerons plus legerement sur les
autres caracteres , ils sont défectueux jusqu'à
révolter les personnes les moins délicates.
Le Chevalier que l'Auteur a prétendu
opposer au Distrait , est un étourdi , ou
plutôt un fou à mettre aux petites Maisons
, et de plus , de très-mauvaises moeurs ;
on en peut juger par la correction que son
oncle lui fait ; la voici :
Vous vous faites honneurd'être un franc libertin,'
Vous mettez votre gloire à bien tenir du vin ;
Et lorsque tout fumant d'une vineuse haleine ,
Sur
JUILLET. 1731. 1793
Sur vos pieds chancelants vous vous tenez à peine,
Sur un Théatre alors vous venez vous montrer ;
Là , parmi vos pareils on vous voit folâtrer ;
Vous allez vous baiser comme des Demoiselles ,
Et pour vous faire voir jusque sur les chandelles ,
Poussant l'un , heurtant l'autre , et contant vos
exploits ,
Plus haut que les Acteurs , vous élevez la voix ;
Et tout Paris témoin de vos traits de folie ,
Kit plus cent fois de vous que de la Comédie.
L'oncle ne charge point le caractere ?
c'est ce que le neveu va justifier lui-même
en sa presence.
Mais que fais-je donc tant , Monsieur , ne vous
déplaise ,
Pour trouver ma conduite à tel excès mauvaise ?
J'aime , je bois , je joue , et ne vois en cela
Rien qui puisse attirer ces réprimandes-là , &c .
De -là je pars sans bruit ,
Quand le jour diminuë et fait place à la nuit ,
Avec quelques amis , et nombre de bouteilles ,
Que nous faisons porter pour adoucir nos veilles,
Chez des femmes de bien dont l'honneur est entier
,
Et qui de leur vertu parfument le quartier.
Là, nous perçons la nuit d'une ardeur sans égale;
H Nous
1-94 MERCURE DE FRANCE
Nous sortons au grand jour pour ôter tout scandale
,
Et chacun en bon ordre aussi sage que moi ,
Sans bruit au petit pas se retire chez soi.
Cette vie innocente est - elle condamnée ?
Ne faire qu'un repas dans toute une journée !
Un malade , entre nous , se conduiroit- il mieux ?
Ce qu'il y a de plus déreglé dans la
Piece , c'est que l'oncle n'aspire qu'à rendre
heureux un neveu si indigne de l'être,
ce qui ne sçauroit faire qu'un troisiéme
caractere très - vicieux .
→
Pour celui de Madame Grognac , il n'a
rien de beau que d'être conforme à son
nom ; elle est d'une gronderie et d'une misantropie
tout- à- fait insupportable ; elle a
des duretez pour Isabelle sa fille , qui ne
sont rachetées par aucune complaisance ,
mais ce n'est point là ce qu'il y a de plus
déplorable pour cette pauvre innocente ;
l'amour que le Chevalier lui a inspiré ,
excite pour elle la pitié des Spectateurs ;
on la plaint de la voir aussi malheureuse
en Amant qu'en Mere , et c'est- là peutêtre
le seul interêt qui regne dans la Piece .
Clarice aussi heureuse qu'Isabelle , est
menacée d'être malheureuse ; elle aime
Léandre , dont tout le deffaut est d'être
distrait , deffaut qui devroit la faire tenir
en
JUILLET. 1731. -1795
en garde contre les effets qu'il produit sur
elle , puisqu'elle lui dit elle- même , après 、
une justification sur une prétenduë infidelité.
Quels que soient vos discours pour me persuader,
J'aime trop pour ne pas toûjours appréhender.
Mais ces distractions qui vous sont naturelles ,
Me rassurant un peu de mes frayeurs mortelles ;
Je vous juge innocent, et crois que votre erreur,
Provient de votre esprit plus que de votre coeur.
On voit bien par les deux premiers
Vers de ce sizain , que l'Auteur est allé
au- devant de l'objection , en attribuant les
craintes de Clarice à l'excès de son amour.
Pour ce qui regarde l'intrigue de la Piece
, on peut dire qu'il n'en a guere coûté
à l'imagination de l'Auteur pour la produire
, le caractere qu'il traite suffit, comme
nous l'avons déja dit , pour en faire
le noeud par les incidens qu'il fait naître,
et le dénoüment est une mauvaise copie
de celui des Femmes Sçavantes ; voici en .
peu de mots toute l'intrigue.
Madame Grognac , mere d'Isabelle
fondée sur un dédit signé entre elle et un
oncle de Léandre , veut que ce Léandre
épouse sa fille ; elle ne veut point
absolument du Chevalier pour son gen-
Hij
dre ;
1796 MERCURE DE FRANCE
dre ; ce dernier , outre les deffauts révoltans
dont nous avons ppaarrlléé ,, lui manque
de respect jusqu'à lui faire danser une
Courante malgré elle ; Valere , oncle du
Chevalier et de Clarice , veut faire un
double mariage entre ces Amans , et ce
mariage est au gré de leurs desirs , puisque
Clarice aime Léandre et en est aimée,
et que le Chevalier et Isabelle s'aiment
aussi réciproquement 5 Valere réserve une
dot de cinquante mille écus à Clarice sa
niece , et donne le reste de son bien au
Chevalier , son indigne neveu voilà le
noeud de la Piece , en voici le dénouement,
Carlin , Valet de Léandre, feint d'arriver
rout fraîchement et tout botté , d'un voyage
qu'il avoit fait avec son Maître , dont
T'oncle étoit à l'extremité; il anonce hardiment
que cet oncle vient de mourir, et qu'il
a desherité son neveu, parce qu'il a appris
qu'il ne vouloit pas épouser Isabelle, malgré
le dédit fait entre Madame Grognac sa
mere , et lui , oncle de Léandre. Madame
Grognac devient le Trissotin de la Piece;
elle n'a pas plutôt appris que Léandre n'a
rien , qu'elle lui dit qu'il peut chercher
fortune ailleurs. L'oncle du Chevalier
profite
de cette conjoncture pour lui faire
accepter son neveu pour gendre ; elle se
contents
JUILLET 1731. 1797
contente de dire qu'il est bien étourdi ,
et qu'elle a encore sur le coeur la Courante
qu'il lui a fait danser ; elle signe
le Contrat à condition qu'il se corrige-
Fa , et que son oncle lui en répondra . Le
Contrat signé , Valere donne Clarice , sa
niece,à Léandre ; Madame Grognac trouve
fort étrange qu'il marie sa niéce à un
homme qui vient d'être desherité , il lui
avouë la petite fourberie qu'on lui a faite
pour la faire consentir au mariage qu'elle
vient de signer ; et comme elle fait éclater
sa mauvaise humeur contre sa fille
son nouveau gendre lui dit :
J'ai , si vous la grondez , un Menuet tout prêt ,
La Piece finit par un dernier trait de
distraction. Le voicy .
Léandre à Carlin.
Toi , Carlin , à l'instant prépare ce qu'il faut ,
Pour aller voir mon oncle et partir au plutôt.
Carlin.
Laissez votre oncle en paix ; quel diantre de lan
gage ?
Vous devez cette nuit faire un autre voyage ;
Vous n'y songez donc plus ; vous êtes marié.
Léandre.
Tu m'en fais souvenir ; je l'avois oublié .
Hij Voilà
1799 MERCURE DE FRANCE
Voilà une partie des Refléxions qu'on
a faites sur la Comédie du Distrait ; cette
Piece n'a peut- être mérité ni de tomber
aussi brusquement qu'elle fit autrefois , ni
de réussir aussi heureusement qu'elle fait
aujourd'hui , cela n'empêche pas qu'on
ne doive rendre à M. Regnard la justice
qui lui est due c'est que personne n'a
mieux possedé que lui le talent de faire
rireset c'est par là que ses Pieces de Théatre
sont plus aimées qu'elles ne sont estimées.
Le 7 , l'Opera Comique donna une
Piece d'un Acte en Vaudeville , intitulée
Monde Renversé. Elle avoit été représentée
dans sa nouveauté à la Foire S. Laurent en
1718. Cette Piece est suivie de deux Aczes
de la France Galante et terminée parla
Guinguette Angloise , exécutée par les mêmes
Danseurs dont on a déja parlé dans le
premier Volume de Juin.
Le 1 2. on supprima un des deux Actes
de la France Galante , et on donna à la płace
l'Isle des Amazones , autre ancienne
Piece d'un Acte faite en 1718. On en peut
voir le sujet dans le Recueil du Théatre
de la Foire.
Jamais le goût pour les Spectacles n'a
été si général , et jamais tant de jeunes.
Gens
JUILLET. 1731. 1799
Gens ,depuis le Bourgeois jusqu'aux Personnes
de la plus grande qualité , ne se sont
appliquez avec tant d'ardeur à l'Art de la
Déclamation , auquel quelques- uns réüssisent
avec un naturel , des graces et une
finesse admirable. Dans plusieurs Maisons
de Paris , des personnes de mérite et de
bon goût , d'un même quartier , s'assemblent
, et se font un plaisir de représenter
des Tragédies et des Comédies des meilleurs
Auteurs ,avec beaucoup de justesse et
de précision , ce qui donne une grande satisfaction
au petit nombre de Spectateurs
choisis qu'on veut bien admettre dans ces
agréables amusemens.
Parmi ces Sociétez , il en est une qui
merite assurément d'être distinguée : les
Acteurs , dont le nombre n'est pas grand ,
s'attachent à ne représenter que des Pieces
que quelques uns d'entr'eux ont
composées eux -mêmes , et comme le mérite
et les talents se trouvent réunis dans
-
cette Societé , on ne craint point de
dire à l'égard de ces petites Comédies
que pour l'imagination
, la sagesse des
moeurs , et la finesse de l'exécution , elles
pourroient donner de la jalousie aux plus
babiles de l'Art.
3.
Dans quelques - unes des plus belles maisons
aux environs de Paris , on a dressé
Hij des
1800 MERCURE DE FRANCE
de petits Théatres fort bien ajustez et
ornez avec gout , où les meilleures Pieces
qu'on voit au Théatre François , sont
souvent représentées par de très - bons Sujets
, en présence de très- nombreuses et
très brillantes Assemblées.
*
Cette inclination pour le Théatre doit
être plus étenduë qu'on ne croit , car on.
apprend de Bruxelles que le 27. May
le Duc de Lorraine , à qui on avoit déja
donné quantité de Fêtes , assista à la Comedie
, intitulée , la Critique de l'Europe
Galante , ou le Mariage d' Arlequin , représentée
par des Bourgeois Flamands.
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Résumé : Le Distrait, Comédie, [titre d'après la table]
La pièce 'Le Distrait' de M. Renard, représentée pour la première fois en décembre 1697, a connu un succès croissant malgré des débuts modestes avec seulement trois représentations. Aujourd'hui, elle attire un large public grâce à la performance du sieur de Montmesnil dans le rôle principal et à la qualité des autres acteurs. Initialement conçue comme une comédie classique, la pièce est désormais appréciée comme une farce pleine de gaieté. La critique a évolué, passant d'une sévérité initiale à une indulgence qui pardonne les écarts aux règles théâtrales, privilégiant le plaisir du public. Le personnage principal, Léandre, est décrit comme distrait mais sincère, un trait que l'auteur et Madame Grognac, sa future belle-mère, ne considèrent pas comme un vice. Le valet Carlin voit Léandre comme un homme honnête mais fou. La pièce exploite les quiproquos nés de la distraction de Léandre pour générer des situations comiques. Les autres personnages, comme le Chevalier, sont jugés défectueux et révoltants. Le Chevalier est décrit comme un libertin et un fou, tandis que Madame Grognac est grincheuse et misanthrope. L'intrigue repose sur les malentendus et les quiproquos, avec un dénouement qui rappelle celui des 'Femmes savantes'. La pièce se termine par un trait de distraction de Léandre, oubliant son mariage récent. Le texte souligne le talent de M. Renard pour faire rire, bien que ses pièces soient plus aimées qu'estimées. Il mentionne également l'engouement pour les spectacles et la déclamation à Paris, avec des sociétés privées représentant des pièces avec beaucoup de justesse et de précision. Une société en particulier est distinguée pour ses comédies originales, appréciées pour leur imagination, leur sagesse et leur finesse d'exécution. Les petits théâtres sont décrits comme élégamment aménagés et décorés avec goût, où les meilleures pièces du théâtre français sont fréquemment jouées par d'excellents acteurs devant un public nombreux et brillant. Cette passion pour le théâtre semble plus répandue qu'on ne le pense. Par exemple, à Bruxelles, le 27 mai, le Duc de Lorraine a assisté à la comédie intitulée 'La Critique de l'Europe Galante, ou le Mariage d'Arlequin', interprétée par des bourgeois flamands.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
38
p. 1873-1882
LETTRE écrite de Marseille, le 1. Juillet 1731. A M. de la R. au sujet des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
Début :
Je n'ay pû lire sans étonnement, Monsieur, les Eloges avec lesquels [...]
Mots clefs :
Comédie, Éloges, Molière, Nourriture des passions, Assemblage des ruses, Obscènes, Profanes, Anathèmes, Tolérance, Conciles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Marseille, le 1. Juillet 1731. A M. de la R. au sujet des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
LETTRE écrite de Marseille , le 1.
Juillet 1731. A M. de la R. au sujet
des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
E n'ay pû lire sans étonnement ,
Monsieur , les Eloges avec lesquels
vous annoncés dans votre Mercure du
mois de May dernier les Discours du P.
le Brun sur la Comédie. Si le P.. le Brun
a refuté si solidement la Lettre du P.
Caffaro, qui a justifié les Comédies telles
qu'on les représente depuis Moliere , si
le P. le Brun a raison de dépeindre nôtre
>> Théatre comme l'Ecole de l'impureté
» la nourriture des passions , l'assem
» blage des ruses du Demon pour les re-
» veiller , ou les yeux sont environnés
» d'objets seducteurs , les oreilles ouvertes
à des Discours souvent obscénes .
et toujours prophanes , qui infectent »
9
» le
1874 MERCURE DE FRANCE
» le coeur , et l'esprit , pourquoy , homme
pieux et rigoriste , comme vous le
paroissés dans cet Extrait , nous donnezvous
dans tous vos Mercures des Analises
de toutes les pieces de Théatre , si vives
, et si expressives , que vous engagez
la plupart de vos Lecteurs à aller partieiper
à ces Spectacles que le P. le Brun
soutient si pernicieux et si criminels ?
une personne d'esprit doit toujours parler
, et agir par principes. La Comédie
telle qu'on la représente depuis plus de
30. ans sur nôtre Théatre est un mal en
elle-même , ou elle n'en est pas un . Si elleest
encore un mal en elle-même , comme
elle étoit lorsque les Peres de l'Eglise et
les Conciles Pont condamnée avec tant
sagesse , non seulement les Comédiens
meritent toujours les Anathémes que
PEglise a autrefois prononcés contre eux ,
mais la conduite de quelques Rigoristes
qui refusent d'absoudre tous ceux qui assistent
à la Comédie est reguliere , et doit
absolument être suivie par tous les Directeurs.
La tolerance du P. le Brun qui n'ose:
condamner ceux qui y assistent , est donc
contraire aux principes , puisqu'il n'a
pu ignorer qu'une chose qui est crimi
nelle en elle - même , ne doit jamais être
tolerée et l'on seroit mieux fondé à lu
de
demander
A O UST. 1731. 1.877
demander une retractation , s'il vivoit
encore , qu'on ne l'a été à en exiger
une du P. Caffaro , qui après avoir éta
bli et démontré , par des principes , et
par des faits incontestables , que nôtre
Comédie n'est pas un mal en elle - même
a conclu qu'on y pouvoit assister très - innocemment.
Si la Comédie épurée et châtiée , comme
elle est sur nôtre Théatre , n'est plus
un mal en elle -même , ceux qui la représentent
ne meritent plus les foudres de
PEglise , et ils sont en droit depuis longtems
de faire à ce sujet de très-humbles
remontrances à ceux de nos Evêques qui
continuent à faire prononcer contre eux
des Anathémes dans les Eglises Paroissia
les de leurs Diocèses.
Le P. Caffaro n'a entrepris de justifier
nos Comédies qu'en faisant un juste pa
rallele entre les anciennes et celles de notre
tems. Il a mis en fait que les Peres et
les Conciles n'ont prononcé des Anathémes
contre les Comédies , que parce
que ce n'étoient de leur tems que des
assemblées d'impudicité , où l'on n'approuvoit
que ce qui étoit vicieux , où
Les Acteurs jouoient avec les gestes les
plus honteux , où les hommes et les femes
méprisoient toutes les regles de la
pudeus,
1876 MERCURE DE FRANCE
pudeur, et où l'on prononçoit souvent des
blasphemes contre le saint Nom de Dieu :
ce qu'il a prouvé par les témoignages
de Tertulien , de Salvien , de Lactance
de S. Cyprien , et de S. Chrisostome. It a
remarqué qu'à mesure que le Théatre
s'est purgé de ses ordures , et de ses impietés
, les Peres de l'Eglise l'ont traité
avec plus d'indulgence que S. Thomas
dans la 2. partie de sa Somme , art. 2 .
quest. 168. soutient que dans les jeux
et les divertissemens , lorsqu'ils sont modérez
, non seulement il n'y croît point
de mal , mais même qu'il y trouve quelque
bien , parcequ'il est necessaire
l'homme relâche quelquefois son esprit
trop attaché aux affaires : que ce Pere
ajoute que ce délassement de l'esprit ne
se fait que par des paroles ou des actions
divertissantes ou ingenieuses. Ce que j'ai
trouvé en effet dans sa conclusion , où il
dit précisement : Sed ista remissio anime à
rebus agendis fit per ludicra verba et facta ;
'd'où ce Docteur de l'Eglise , qui dans un
autre endroit justifie l'emploi des Comédiens
, conclut que la Comédie , qui ne
consiste qu'en de pareils divertissemens
ne sçauroit passer pour criminelle , pourvû
qu ' lle soit renferniée dans les bornes
de la pudeur , et de la moderation : que
que
A O UST . 1731. 1877
S.Bonaventure , Dist. 16. Dub . 13. dit
formellement que les Spectacles sons
bons , et permis , s'ils s'ont accompagnés
des précautions nécessaires : Doctrine
qu'il avoit apprise de son Maître Albert
le Grand , qui l'a publié hautement
dans ses ouvrages : que S. Antonin decide
la même chose que S. François de
Sales , ce grand Directeur des ames devotes
ne deffendoit point les Comédies , quofqu'elles
fussent très - communes de son
tems : et que l'illustre S. Charles Borromée
les permit dans son Diocèse par une
Ordonnance de 1583. à condition qu'elles
seroient examinées et approuvées par
son grand Vicaire , afin qu'il ne s'y glissat
rien de deshonnête. A quoy il auroit
pû ajouter que la plupart des Casuistes
modernes les plus éclairés ont soutenu
que la Comédie étoit permise , entre
autres les Cardinaux de Turrecremata ,
et Cajetan , Jean Viguier , Medina , Silvester
, Comitolius , Henriques , Bonacina
, Tabiena : et que les Censeurs Rcmains
ont condamné dans l'Histoire Ecelesiastique
du P. Alexandre cette proposition
Comedia sunt illicita.
Le P. Caffaro a mis aussi en fait que
la Comédie étoit à present si châtiée et
si épurée sur le Théatre François , qu'il
n'y
1878 MERCURE DE FRANCE
n'y avoit rien que les oreilles les plus
chastes ne pussent entendre , et qu'elle
étoit même capable de corriger beaucoup
de vices et d'abus dans la conduite des
hommes.
*
Le P. le Brun ne pouvoit refuter solidement
la Lettre du P. Caffaro qu'en démontrant
la fausseté de tous ces faits .
et en prouvant que nos Comédies sont
encore aussi dissolues , et aussi impies ,
que celles qu'on représentoit dans les
tems que les Peres de l'Eglise les ont anathematisées.
L'a- t- il fait ? l'a- t-il pû faire?
je vous en laisse juge vous - même , et
toutes les personnes éclairées qui se trou
vent dans le Public.
Le P. le Brun , que j'ai connu particu
fierement , avoit beaucoup de zele , et de
pieté. Il a professé avec succès la Théologie
positive à S. Magloire , où il parloit
facilement et avec beaucoup de netteté ;
mais il ne s'étoit pas accoutumé à raisonner
par principes : et il n'avoit jamais étudié
la bonne Phisique , comme il n'a que
trop paru dans le Traité qu'il composa
sur la baguette divinatoire , au sujet de
l'Avanture du fameux Jacques Aimard ,
arrivée à Lyon en 1692. qu'il ne put
expliquer qu'en l'attribuant au pouvoir
duDemon . C'est cet ouvrage dont on nous
promer
A O UST. 1731. 1879
promet une seconde Edition sous le titre
de Traité du Discernement des effets naturels
d'avec ceux qui ne le sont pas.
Pour en juger sçavamment il faut lire la
Phisique occulte de l'Abbé de Vallemont,
qui raisonne sur des Principes bien diffe
rens , et qui connoissant les ressorts se
crets de la nature , et ses agens invisibles
, n'a pas eu besoin du secours du
Prince des ténebres pour expliquer cet
évenement , non plus qu'une infinité
d'autres des plus extraordinaires.
Mais pour vous convaincre entierement
du peu de justesse des invectives
du P. le Brun contre notre Théatre
qu'il me soit permis , Monsieur , d'ajoûter
encore quelques Reflexions sur ce su→
jet , qui est d'autant plus important , que
ce Traité sur la Comédie , qui vous a
paru si solide , pourroit causer du scrupule
, et de l'embarras à plusieurs de nos
Directeurs , qui croyant comme l'auteur ,
que notre Comédie est une des plus pernicieuses
inventions du Demon , pourroient
ne pas croire comme lui qu'on la
puisse tolerer , et permettre aux Chré
tiens d'y assister .
Quoy de plus grand ! quoy de plus noble
que tous les sentimens qui regnent
dans les Tragedies de Corneille , et ide
Racine
1880 MERCURE DE FRANCE
›
Racine , où l'on voit toujours la vertu
applaudie , et triomphante ? toutes les
Pieces de Moliere , et des autres Auteurs
modernes , ont- elles d'autre but que de
combattre les vices , en les représentant
aux yeux des Spectateurs avec tous les
traits capables de les rendre ridicules , et
odieux ; mais , disent le P.le Brun et quelques
autres Rigoristes , il n'y a point de
Tragedie , ni de Comédie où il n'y ait
quelque intrigue d'Amour , et où l'ambition
, la jalousie , la vangeance , ou la harne
ne paroissent dans tout leur jour. Cette
objection se détruit en remarquant
que toutes ces passions ne sont étalées sur
notre Théatre que pour les rendre odieuses
: et que quand elles seroient capables
de faire impression dans quelque coeur
foible , il faut bien distinguer les choses
qui peuvent par hazard exciter les passions
, d'avec celles qui naturellement
les excitent en effet. Les dernieres sont
criminelles , et déffendues : mais pour
les premieres , il faudroit fuir dans les
deserts pour les éviter. On ne sçauroit
faire un pas , entrer dans les lieux les
plus saints , lire un Livre d'Histoire ,
enfin vivre dans le monde , sans rencontrer
mille objets capables d'exciter les
passions. Faut- il qu'une belle femme
'aille
A O UST. 1731. 1881
n'aille jamais aux promenades , ni même
à l'Eglise que les personnes de la Cour
les Prelats , et les personnes constituées
en dignité quittent un éclat qui leur est
à présent de bienséance , et même de necessité
? et que personne ne porte d'épée,
à cause des mauvais effets que tout cela
peut produire ? cette pensée seroit ridicnle.
Faut-il , disoit le sage Licurgus ,
arracher les vignes , parcequ'il se trouve
des personnes qui boivent trop de leur
jus ? faut- il aussi deffendre la Comédie
qui sert aux hommes d'un honnête divertissement
, parce qu'il y a quelques
personnes qui ne la peuvent voir sans
ressentir interieurement les passions qu'on
y représente ?
On doit donc conclure que la Comédie
, avec les conditions marquées par
S. Charles , et par les autres Docteurs
que nous avons citez , est de sa nature
indifferente , et même a son utilité : que
les personnes trop susceptibles , à qui
elle est dangereuse , la doivent éviter :
et que les autres ne se la doivent permettre
que comme un plaisir innocent pour
se délasser de leurs occupations.
Enfin une derniere raison sans replique
contre les invectives du P. le Brun
c'est que dans un Royaume aussi Chrétien
que
882 MERCURE DE FRANCE
que la France , dans une Ville aussi bien
policée que Paris , sous les yeux de differens
Evêques recommandables
par leurs
lumieres et par leur zele , de tant de Magistrats
si graves et si vertueux , et
en particulier
de celui qui préside à la
Police , dont la pieté est aussi connue
que
l'étendue
de ses lumieres , la Comédie
établie par Lettres Patentes dès l'an 1402 .
et autorisée par Arrêts du Parlement
, ne seroit pas entretenue
aux dépens du Roy ,
et soutenue comme un établissement
necessaire
au bien public , et que leurs Majestés
si récommandables
par leur religion
, et
par leur vertu exemplaire
, ne la feroient
pas représenter
devant elles fi elle
étoit regardée
comme une pernicieuse
invention
du demon . Je suis toujours
Monsieur
, avec toute l'estime possible ,
Votre très humble & c. P. D. L. Ì.
Juillet 1731. A M. de la R. au sujet
des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
E n'ay pû lire sans étonnement ,
Monsieur , les Eloges avec lesquels
vous annoncés dans votre Mercure du
mois de May dernier les Discours du P.
le Brun sur la Comédie. Si le P.. le Brun
a refuté si solidement la Lettre du P.
Caffaro, qui a justifié les Comédies telles
qu'on les représente depuis Moliere , si
le P. le Brun a raison de dépeindre nôtre
>> Théatre comme l'Ecole de l'impureté
» la nourriture des passions , l'assem
» blage des ruses du Demon pour les re-
» veiller , ou les yeux sont environnés
» d'objets seducteurs , les oreilles ouvertes
à des Discours souvent obscénes .
et toujours prophanes , qui infectent »
9
» le
1874 MERCURE DE FRANCE
» le coeur , et l'esprit , pourquoy , homme
pieux et rigoriste , comme vous le
paroissés dans cet Extrait , nous donnezvous
dans tous vos Mercures des Analises
de toutes les pieces de Théatre , si vives
, et si expressives , que vous engagez
la plupart de vos Lecteurs à aller partieiper
à ces Spectacles que le P. le Brun
soutient si pernicieux et si criminels ?
une personne d'esprit doit toujours parler
, et agir par principes. La Comédie
telle qu'on la représente depuis plus de
30. ans sur nôtre Théatre est un mal en
elle-même , ou elle n'en est pas un . Si elleest
encore un mal en elle-même , comme
elle étoit lorsque les Peres de l'Eglise et
les Conciles Pont condamnée avec tant
sagesse , non seulement les Comédiens
meritent toujours les Anathémes que
PEglise a autrefois prononcés contre eux ,
mais la conduite de quelques Rigoristes
qui refusent d'absoudre tous ceux qui assistent
à la Comédie est reguliere , et doit
absolument être suivie par tous les Directeurs.
La tolerance du P. le Brun qui n'ose:
condamner ceux qui y assistent , est donc
contraire aux principes , puisqu'il n'a
pu ignorer qu'une chose qui est crimi
nelle en elle - même , ne doit jamais être
tolerée et l'on seroit mieux fondé à lu
de
demander
A O UST. 1731. 1.877
demander une retractation , s'il vivoit
encore , qu'on ne l'a été à en exiger
une du P. Caffaro , qui après avoir éta
bli et démontré , par des principes , et
par des faits incontestables , que nôtre
Comédie n'est pas un mal en elle - même
a conclu qu'on y pouvoit assister très - innocemment.
Si la Comédie épurée et châtiée , comme
elle est sur nôtre Théatre , n'est plus
un mal en elle -même , ceux qui la représentent
ne meritent plus les foudres de
PEglise , et ils sont en droit depuis longtems
de faire à ce sujet de très-humbles
remontrances à ceux de nos Evêques qui
continuent à faire prononcer contre eux
des Anathémes dans les Eglises Paroissia
les de leurs Diocèses.
Le P. Caffaro n'a entrepris de justifier
nos Comédies qu'en faisant un juste pa
rallele entre les anciennes et celles de notre
tems. Il a mis en fait que les Peres et
les Conciles n'ont prononcé des Anathémes
contre les Comédies , que parce
que ce n'étoient de leur tems que des
assemblées d'impudicité , où l'on n'approuvoit
que ce qui étoit vicieux , où
Les Acteurs jouoient avec les gestes les
plus honteux , où les hommes et les femes
méprisoient toutes les regles de la
pudeus,
1876 MERCURE DE FRANCE
pudeur, et où l'on prononçoit souvent des
blasphemes contre le saint Nom de Dieu :
ce qu'il a prouvé par les témoignages
de Tertulien , de Salvien , de Lactance
de S. Cyprien , et de S. Chrisostome. It a
remarqué qu'à mesure que le Théatre
s'est purgé de ses ordures , et de ses impietés
, les Peres de l'Eglise l'ont traité
avec plus d'indulgence que S. Thomas
dans la 2. partie de sa Somme , art. 2 .
quest. 168. soutient que dans les jeux
et les divertissemens , lorsqu'ils sont modérez
, non seulement il n'y croît point
de mal , mais même qu'il y trouve quelque
bien , parcequ'il est necessaire
l'homme relâche quelquefois son esprit
trop attaché aux affaires : que ce Pere
ajoute que ce délassement de l'esprit ne
se fait que par des paroles ou des actions
divertissantes ou ingenieuses. Ce que j'ai
trouvé en effet dans sa conclusion , où il
dit précisement : Sed ista remissio anime à
rebus agendis fit per ludicra verba et facta ;
'd'où ce Docteur de l'Eglise , qui dans un
autre endroit justifie l'emploi des Comédiens
, conclut que la Comédie , qui ne
consiste qu'en de pareils divertissemens
ne sçauroit passer pour criminelle , pourvû
qu ' lle soit renferniée dans les bornes
de la pudeur , et de la moderation : que
que
A O UST . 1731. 1877
S.Bonaventure , Dist. 16. Dub . 13. dit
formellement que les Spectacles sons
bons , et permis , s'ils s'ont accompagnés
des précautions nécessaires : Doctrine
qu'il avoit apprise de son Maître Albert
le Grand , qui l'a publié hautement
dans ses ouvrages : que S. Antonin decide
la même chose que S. François de
Sales , ce grand Directeur des ames devotes
ne deffendoit point les Comédies , quofqu'elles
fussent très - communes de son
tems : et que l'illustre S. Charles Borromée
les permit dans son Diocèse par une
Ordonnance de 1583. à condition qu'elles
seroient examinées et approuvées par
son grand Vicaire , afin qu'il ne s'y glissat
rien de deshonnête. A quoy il auroit
pû ajouter que la plupart des Casuistes
modernes les plus éclairés ont soutenu
que la Comédie étoit permise , entre
autres les Cardinaux de Turrecremata ,
et Cajetan , Jean Viguier , Medina , Silvester
, Comitolius , Henriques , Bonacina
, Tabiena : et que les Censeurs Rcmains
ont condamné dans l'Histoire Ecelesiastique
du P. Alexandre cette proposition
Comedia sunt illicita.
Le P. Caffaro a mis aussi en fait que
la Comédie étoit à present si châtiée et
si épurée sur le Théatre François , qu'il
n'y
1878 MERCURE DE FRANCE
n'y avoit rien que les oreilles les plus
chastes ne pussent entendre , et qu'elle
étoit même capable de corriger beaucoup
de vices et d'abus dans la conduite des
hommes.
*
Le P. le Brun ne pouvoit refuter solidement
la Lettre du P. Caffaro qu'en démontrant
la fausseté de tous ces faits .
et en prouvant que nos Comédies sont
encore aussi dissolues , et aussi impies ,
que celles qu'on représentoit dans les
tems que les Peres de l'Eglise les ont anathematisées.
L'a- t- il fait ? l'a- t-il pû faire?
je vous en laisse juge vous - même , et
toutes les personnes éclairées qui se trou
vent dans le Public.
Le P. le Brun , que j'ai connu particu
fierement , avoit beaucoup de zele , et de
pieté. Il a professé avec succès la Théologie
positive à S. Magloire , où il parloit
facilement et avec beaucoup de netteté ;
mais il ne s'étoit pas accoutumé à raisonner
par principes : et il n'avoit jamais étudié
la bonne Phisique , comme il n'a que
trop paru dans le Traité qu'il composa
sur la baguette divinatoire , au sujet de
l'Avanture du fameux Jacques Aimard ,
arrivée à Lyon en 1692. qu'il ne put
expliquer qu'en l'attribuant au pouvoir
duDemon . C'est cet ouvrage dont on nous
promer
A O UST. 1731. 1879
promet une seconde Edition sous le titre
de Traité du Discernement des effets naturels
d'avec ceux qui ne le sont pas.
Pour en juger sçavamment il faut lire la
Phisique occulte de l'Abbé de Vallemont,
qui raisonne sur des Principes bien diffe
rens , et qui connoissant les ressorts se
crets de la nature , et ses agens invisibles
, n'a pas eu besoin du secours du
Prince des ténebres pour expliquer cet
évenement , non plus qu'une infinité
d'autres des plus extraordinaires.
Mais pour vous convaincre entierement
du peu de justesse des invectives
du P. le Brun contre notre Théatre
qu'il me soit permis , Monsieur , d'ajoûter
encore quelques Reflexions sur ce su→
jet , qui est d'autant plus important , que
ce Traité sur la Comédie , qui vous a
paru si solide , pourroit causer du scrupule
, et de l'embarras à plusieurs de nos
Directeurs , qui croyant comme l'auteur ,
que notre Comédie est une des plus pernicieuses
inventions du Demon , pourroient
ne pas croire comme lui qu'on la
puisse tolerer , et permettre aux Chré
tiens d'y assister .
Quoy de plus grand ! quoy de plus noble
que tous les sentimens qui regnent
dans les Tragedies de Corneille , et ide
Racine
1880 MERCURE DE FRANCE
›
Racine , où l'on voit toujours la vertu
applaudie , et triomphante ? toutes les
Pieces de Moliere , et des autres Auteurs
modernes , ont- elles d'autre but que de
combattre les vices , en les représentant
aux yeux des Spectateurs avec tous les
traits capables de les rendre ridicules , et
odieux ; mais , disent le P.le Brun et quelques
autres Rigoristes , il n'y a point de
Tragedie , ni de Comédie où il n'y ait
quelque intrigue d'Amour , et où l'ambition
, la jalousie , la vangeance , ou la harne
ne paroissent dans tout leur jour. Cette
objection se détruit en remarquant
que toutes ces passions ne sont étalées sur
notre Théatre que pour les rendre odieuses
: et que quand elles seroient capables
de faire impression dans quelque coeur
foible , il faut bien distinguer les choses
qui peuvent par hazard exciter les passions
, d'avec celles qui naturellement
les excitent en effet. Les dernieres sont
criminelles , et déffendues : mais pour
les premieres , il faudroit fuir dans les
deserts pour les éviter. On ne sçauroit
faire un pas , entrer dans les lieux les
plus saints , lire un Livre d'Histoire ,
enfin vivre dans le monde , sans rencontrer
mille objets capables d'exciter les
passions. Faut- il qu'une belle femme
'aille
A O UST. 1731. 1881
n'aille jamais aux promenades , ni même
à l'Eglise que les personnes de la Cour
les Prelats , et les personnes constituées
en dignité quittent un éclat qui leur est
à présent de bienséance , et même de necessité
? et que personne ne porte d'épée,
à cause des mauvais effets que tout cela
peut produire ? cette pensée seroit ridicnle.
Faut-il , disoit le sage Licurgus ,
arracher les vignes , parcequ'il se trouve
des personnes qui boivent trop de leur
jus ? faut- il aussi deffendre la Comédie
qui sert aux hommes d'un honnête divertissement
, parce qu'il y a quelques
personnes qui ne la peuvent voir sans
ressentir interieurement les passions qu'on
y représente ?
On doit donc conclure que la Comédie
, avec les conditions marquées par
S. Charles , et par les autres Docteurs
que nous avons citez , est de sa nature
indifferente , et même a son utilité : que
les personnes trop susceptibles , à qui
elle est dangereuse , la doivent éviter :
et que les autres ne se la doivent permettre
que comme un plaisir innocent pour
se délasser de leurs occupations.
Enfin une derniere raison sans replique
contre les invectives du P. le Brun
c'est que dans un Royaume aussi Chrétien
que
882 MERCURE DE FRANCE
que la France , dans une Ville aussi bien
policée que Paris , sous les yeux de differens
Evêques recommandables
par leurs
lumieres et par leur zele , de tant de Magistrats
si graves et si vertueux , et
en particulier
de celui qui préside à la
Police , dont la pieté est aussi connue
que
l'étendue
de ses lumieres , la Comédie
établie par Lettres Patentes dès l'an 1402 .
et autorisée par Arrêts du Parlement
, ne seroit pas entretenue
aux dépens du Roy ,
et soutenue comme un établissement
necessaire
au bien public , et que leurs Majestés
si récommandables
par leur religion
, et
par leur vertu exemplaire
, ne la feroient
pas représenter
devant elles fi elle
étoit regardée
comme une pernicieuse
invention
du demon . Je suis toujours
Monsieur
, avec toute l'estime possible ,
Votre très humble & c. P. D. L. Ì.
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Résumé : LETTRE écrite de Marseille, le 1. Juillet 1731. A M. de la R. au sujet des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
La lettre datée du 1er juillet 1731 critique les éloges du Père le Brun sur la comédie, publiés dans le Mercure de mai précédent. L'auteur exprime son étonnement face à la contradiction entre les discours rigoristes du Père le Brun et les analyses détaillées des pièces de théâtre dans le Mercure, qui encouragent les lecteurs à assister à des spectacles que le Père le Brun considère comme pernicieux. L'auteur soutient que la comédie, telle qu'elle est représentée depuis Molière, n'est pas intrinsèquement mauvaise. Il argue que les Pères de l'Église et les Conciles ont condamné les comédies en raison de leur impudicité et de leur immoralité, mais que les comédies modernes sont épurées et peuvent même corriger des vices. Le Père Caffaro, qui a justifié les comédies, a comparé les anciennes comédies aux modernes, notant que les premières étaient des assemblées d'impudicité, tandis que les secondes sont modérées et divertissantes. Le Père le Brun, connu pour son zèle et sa piété, n'a pas réussi à réfuter solidement les arguments du Père Caffaro. L'auteur critique également le Père le Brun pour son manque de raisonnement par principes et son recours au démon pour expliquer des phénomènes naturels. La lettre conclut en affirmant que la comédie, sous certaines conditions, est indifférente et même utile. Elle souligne que les autorités religieuses et civiles en France tolèrent et soutiennent la comédie, ce qui montre qu'elle n'est pas considérée comme une invention pernicieuse du démon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 2222-2223
L'Amante difficile, Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Début :
Le 23. Août, les Comédiens Italiens joüerent l'Amante difficile, Comédie de [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie, Divertissements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Amante difficile, Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Le 23. Août , les Comédiens Italiens
joüerent l'Amante difficile , Comédie de
M. de la Motte , en Prose et en cinq
Actes , avec trois Divertissemens mis en
Musique par M. Mouret. Le Canevas de
cette Piéce avoit été donné par M. de la
Motte aux Comédiens Italiens à leur premiere
nouveauté ; ils l'executerent en 1716
en Italien avec beaucoup de succès , sans
en avoir fait une seule répetition , et seulement
aprés avoir écouté avec beaucoup
d'attention le sujet bien détaillé par le
sieur Lelio. Le plaisir que fit le gros de
P'action ( quoi que le détail se sentit bien
de l'impromptu ) persuada à M. de la
Motte , que les Scenes écrites avec soin
ne feroient qu'augmenter l'agrément du
Sujet. Il y a répandu beaucoup d'esprit et
'de sentiment.. L'action est bien conduite
et interessante ; et elle le seroit encoredavantage
, si les Scenes entre les Valets :
qui sont trop épisodiques et trop boufonnes
, ne l'interrompoient et ne l'avilissoient
même un peu . La De Silvia jouë
dans la perfection le rôle de l'Amantedifficile
: elle en a rendu les differens déguis
SEPTEMBRE . 1731. 2223
.
guisemens dans leur vrai caractere , et fur
tout le personnage de Gascon , avec toutes
les graces et la vivacité qui lui sont propres.
joüerent l'Amante difficile , Comédie de
M. de la Motte , en Prose et en cinq
Actes , avec trois Divertissemens mis en
Musique par M. Mouret. Le Canevas de
cette Piéce avoit été donné par M. de la
Motte aux Comédiens Italiens à leur premiere
nouveauté ; ils l'executerent en 1716
en Italien avec beaucoup de succès , sans
en avoir fait une seule répetition , et seulement
aprés avoir écouté avec beaucoup
d'attention le sujet bien détaillé par le
sieur Lelio. Le plaisir que fit le gros de
P'action ( quoi que le détail se sentit bien
de l'impromptu ) persuada à M. de la
Motte , que les Scenes écrites avec soin
ne feroient qu'augmenter l'agrément du
Sujet. Il y a répandu beaucoup d'esprit et
'de sentiment.. L'action est bien conduite
et interessante ; et elle le seroit encoredavantage
, si les Scenes entre les Valets :
qui sont trop épisodiques et trop boufonnes
, ne l'interrompoient et ne l'avilissoient
même un peu . La De Silvia jouë
dans la perfection le rôle de l'Amantedifficile
: elle en a rendu les differens déguis
SEPTEMBRE . 1731. 2223
.
guisemens dans leur vrai caractere , et fur
tout le personnage de Gascon , avec toutes
les graces et la vivacité qui lui sont propres.
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Résumé : L'Amante difficile, Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Le 23 août, les Comédiens Italiens ont interprété 'L'Amante difficile', une comédie en prose et en cinq actes écrite par M. de la Motte. La pièce incluait trois divertissements musicaux composés par M. Mouret. Le canevas de cette œuvre avait été donné par M. de la Motte aux Comédiens Italiens lors de leur première nouveauté en 1716, qu'ils avaient jouée en italien avec succès après une préparation rapide. La pièce est riche en esprit et en sentiment, avec une action bien conduite et intéressante. Cependant, les scènes entre les valets sont trop épisodiques et bouffonnes, interrompant et avilissant légèrement l'action. La comédienne De Silvia a interprété à la perfection le rôle de l'Amante difficile, rendant les différents déguisements avec toutes les grâces et la vivacité nécessaires, notamment le personnage de Gascon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 2969-2979
LETTRE écrite à M. de L. R. au sujet du Provençal qui a combattu le Livre du P. le Brun sur la Comédie, avec quelques Remarques sur un des Discours de M. l'Abbé Fleury, nouvellement imprimé.
Début :
Ce n'est pas , Monsieur , un si grand mal que vous pourriez le penser [...]
Mots clefs :
Comédie, Spectacles, Neutralité littéraire, Langue vulgaire, Piété chrétienne, Messe, Prologue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. de L. R. au sujet du Provençal qui a combattu le Livre du P. le Brun sur la Comédie, avec quelques Remarques sur un des Discours de M. l'Abbé Fleury, nouvellement imprimé.
LETTRE écrite à M. de L. R. au sujet
du Provençal qui a combattu le Livre
du P. le Brun sur la Comédie , avec quetques
Remarques sur un des Discours de
M. l'Abbé Fleury , nouvellement im--
primé.
E n'est pas , Monsieur , un si grand
Cmal que vous pourriez le penser
ވ
que le Livre du Pere le Brun contre la
Comédie ait irrité la personne qui vous a
écrit de Marseille , et que dans la Lettre
qu'il a composée à cette occasion , et
qu'un esprit de neutralité litteraire vous
a fait insérer dans le Mercure d'Août
dernier , il se déclare en faveur de ce que
II..Vol CT le
2970 MERCURE DE FRANCE
7
le P: le Brun condamne. Outre l'Extraitque
le Journal des Sçavans du mois de
Septembre dernier a fait d'un Sermon
que prêcha autrefois l'Abbé Anselme
contre les Spectacles , et qui servit en
particulier contre la Comédie , voilà
M. l'Abbé Fleury qui vient au secours du
docte Oratorien . Le Sçavant , qui de
tems en tems fait présent au Public de
Mémoires choisis de Litterature et d'Histoire
, vient de publier un volume , dans ,
lequel on voit assez les sentimens de cecélébre
Historien Ecclésiastique. C'est
son Discours sur la Poesie des Hebreux ..
Comme ces Mémoires ne sont peut-être
pas si communément répandus que l'est
votre Journal , vous pourriez en extraire .
l'endroit que je vous indique , qui commence
à la page 71. du onzième volume
de cette continuation . La lecture que je
viens d'en faire m'a véritablement édifié ;
j'y reconnois par tout le caractere de sincerité
et de pieté qui releve si noblement
les Ouvrages de cet illustre Abbé , et qui
les fait préférer à tous ces Ecrivains , done.
le style montre souvent plus de brillant
qu'il ne renferme de solidité.
܂
Je ne puis cependant , Monsieur ;
m'empêcher de vous faire part d'une
observation que j'ai faite sur ce qui se lit
11. Vol . dans
DECEMBRE . 1731 2971
page
dáns le même Discours au haut de la
74. » On ne voit point , dit M. l'Abbé
» Fleury , qu'on ait fait en ces tems -là
vers le x11 . et XIII . siécles ) des Poësies
» vulgaires pour honorer Dieu , ou pour
» exciter à la pieté , si ce n'est que l'on
» veüille mettre en ce rang certaines
> chansons très- vieilles , dont le petit
» peuple conserve encore quelque mé
moire , et les Noëls que Pon trouve
encore écrits.Cette proposition de l'Auteur
du Discours ne me paroît point exac
tement véritable. Comme il m'a passé
par les mains une infinité de Manuscrits
du XII. et XII. siécles , je suis bien assûré
d'avoir vû de la Poësie en Langue vulgaire
sur des sujets pieux , qui étoit d'une
écriture du treizième siècle , & quid
pouvoit avoir été composée à la fin du
douzième , et cette Poësie ne consiste
point en chansons , dont le peuple se
ressouvienne encore , ni à plus forte rai
son en Noëls.
J'ai trouvé en Picardie un Manuscrit
in- 12 . du treiziéme siécle , entiérements
en Vers françois , dont la premiere moi
tié , car il est sans commencement , m'a
parû contenir une Critique ou censure
des abus ou des moeurs corrompues de ce:
tems- là , avec plusieurs éloges des anciens
C.vjj H. Vol .
2972 MERCURE DE FRANCE
modéles de la piété chrétienne . Je ne
puis vous dépeindre la forme du caractere
de ce volume , qui ressent tout- àfait
le siécle que je vous ai nommé : mais
Vous pouvez juger de l'antiquité de la
composition du Livre , par les morceaux
que j'en extrairai . Voici , par exemple, une
des Strophes de l'éloge qui y est fait du
saint homme Job. J'userai de points , de
virgules , et d'apostrophes , pour faciliter
l'intelligence du sens de ces Vers : il n'y
en a point dans l'Original.
Job de richoise pas n'usa ,
Si com ti siécles en us a ,
Car plusor malement en usént 3 :
Job au monde pas ne nuisa
Job tous malvais us desusa :
>
Mais or en vois -je moult qui nuifent ,,
Qui por des malvais us desusent ,
Pres tout honor faire refusent ;
Mais Job onques nel refusa :
Si voi moult de chiaux qui s'escusent
De che dont lor coër les accusent ,
Mais oncques Job ne s'escusa.
Après l'Explicit de la premiere partie.
de ce volume , on lit cette Rubrique
Chi se commenche li Livres là on reprent.
U.Vol.
les
DECEMBRE 1731 297
tes, vices et loë les vertus , et est miserere mei
Deus. La premiere Strophe commence.c
effet
par
Miserere mei Deus ,
Car longement je me suis teus.
Voici la morale qui se lit touchant l'aus
mône vers le milieu de ce Livre ?
Qui done aumosne , il se désdete , *
Car aumosne est et dons et déte :
Mais Diex n'en rechut onques une
Ne quidiés pas qu'il en promete
Guerredon , s'ele de main nete
Ne vient , & de nete pécune.
Qui envers son proisme (a) a rancune-
Diex voit sa conscience brune ,
Et par ce s'aumosne ( 6 ) degete :
Et se autrui talt rien aucune ( c) .
Ne lui valt s'aumosne une prune
Mais là ou l'a pris la remete,
De même , après l'Explicit de ce sea .
cond volume on lit : Ci commence li escrit
* C'est-à-dire , il paye fes dettes.
(a ) C'est- à- dire , prochain du latin proximus.
( b ) C'est-à- dire , rejette son aumône ou sa
#umone.
(c) Rem ullam , chose aucune : preuve évis
dente que rien vient de xesø
11. Vol.
Qui
2974 MERCURE DE FRANCE
des IIII verbus, misericorde , verité , pais ,
justice , selont saint Bernart.
Qui en bel rimer velé entendre ,
Il doit bien tel matiere prendre
Dont autrui puist edéfier ,
Ne nus hom ne doit entreprendre ¿ ,
Autrui chastoijer & reprendre
Se il soi ne velt chastoijer :
Car mal faire & bien enseigner
Moult fet tes vie à mespriser
La colpe ne tymie mendre
Que Dieu loër et losengier
Et puis laidir et blascengier :
De tout convenra raiſon rendre .
Ici d'un côté , l'antiquité du langage
jointe à la forme du caractere , prouve
évidemment que cet Ecrit doit être dus
treiziéme siécle : de l'autre , la longueur
des Strophes et la diversité des métres
font voir que ces Poësies ne se chantoient
point. Ainsi voilà de la Poësie vulgaire
sans chant , faite pour honorer Dieu et
pour exciter à la pieté par la seule lecture
: et même le Prologue que je viens deciter
de ce troisiéme Livre , marque ex...
pressément que le Poëte avoit choisi ces
matiéres d'édification , afin de passer pour
un homme entendu , en bel rimer.
II. Vol
DECEMBRE 1731. 2975
On ne peut nier non plus que les les
sons farsies que l'on chantoit en France
à la Messe des grandes Fêtes , dès le douziéme
et treizième siècles , ne fussent des .
Poësies vulgaires . Dom Edmond Martenne
a donné un Fragment de celle du
jour de S. Etienne , par un Manuscrit de
six cens ans , conservé à S. Gatien de
Tours ( a ) C'étoit une explication de
chaque Période de l'Epître de la Messe
qu'une ou deux personnes chantoient du
haut de la Tribune ou du Jubé , après
que le Sous- Diacre avoit prononcé quelques
mots de cette Période , et ainsi par
parcelles et cette explication se faisoit
en Vers françois dans le ton d'une complainte
, lorsqu'il étoit question du martyre
d'un Saint. Cet usage avoit commencé
par la lecture de la vie des Saints ,
peut- être par une suite de l'ancien usage
où l'on étoit dans l'Eglise Gallicane , de
lire à la Messe la Passion des Martyrs ,
ou l'histoire de leur mort. Les bonnes
gens du treizième siècle , sur - tout dans
les Païs - bas , accoûtumez à dire la vie de
S. Etienne , la vie des Innocens , disoient
de même la vie du premier jour de l'An ;
La vie de l'Epiphanie ou de la Tiphaine..
C'est ce que j'ai lû en titre dans un Ma .
( a) Tract. de Sacrif. Missa , page 279.
II. Vol. Aus2976
MERCURE DE FRANCE
"
nuscrit de la fin du treizième siècle.
Mais j'aime mieux attribuer au. Maître
d'Ecole , qu'au Curé de la Paroisse , d'où
venoit ce Manuscrit , la plaisante bévûë
d'avoir intitulé l'explication de la Leçon.
d'Isaïe du jour de l'Epiphanie , vita sanc- :
ta Epiphania. La vie du premier jour de
l'An s'y trouve précedée de ce Prologue..
Bone gent pour qui sauvemens
Dieus de char vestir se deigna ,
En en bercheul vit humlément
Qui tout le mond en sa main a ,,
Rendons li graces douchement ,,
Qui si bien en sa vie ouvra ,
Et pour notre racatement
Dusca le mort s'umilia.
Lectio Epistola B. P. Ap..
Il paroît que ce Prologue tient un peu
de nos vieux Noëls au moins il peut se
chanter sur l'air : Ala venue de Noël.
Mais ce que j'ai rapporté du premier Ma →
nuscrit de Picardie , suffira toujours pour
prouver que M. l'Abbé Fleury a avancé
une proposition un peu trop generale
lorsque sans autre réserve que celles qu'il
a faites , il a ôté au douzième et treizié
me siécles l'honneur d'avoir produit de
la Poësie vulgaire, sur des matiéres de-
II. Vol.
moras
DECEMBRE. 1731. 2977
-
morale. Ce n'est pas une faute de la der
niere conséquence : mais l'exactitude demande
toujours qu'on ne fasse pas les
siécles passez plus obscurs qu'ils n'étoient.
Je reviens , Monsieur , à mon premier
sujet , et pour vous exempter la peine de
recourir aux Mémoires de Litterature
touchant la Comédie , je joins ici ce que
M. l'Abbé Fleury dit en peu de lignes
contre les Poësies françoises qu'on débite
sur les Théatres , leur origine , selon lui
et leur succès.
» Il ne faut point s'étonner , dit- il
si nous sommes si éloignez du goût de
» l'Antiquité sur le sujet de la Poësie ;
c'est qu'en effet , pour ne nous point:
» flater , toute notre Poësie moderne est
» fort miserable en comparaison ; elle a
» commencé par lesTroubadours Proven-
» ceaux , et les Conteurs , Jongleurs et
» Menestrels , dont Fauchet nous a don-
»,né l'Histoire. C'étoient des débauchez
vagabonds , qui lorsque les hostilitez
» universelles commencerent à cesser, et la
» barbarie à diminuer , c'est -à - dire vers
» le douzième siècle commencerent à
» courir les Cours des Princes
, pour
> .chanter à leurs Festins dans les jours de
grande Assemblée. Comme ils avoient
"
IL. Kola
›
naffaire
2978 MERCURE DE FRANCE
» affaire à des Seigneurs très-ignorans ,
» et qu'ils l'étoient fort eux- mêmes , tous
>> leurs sujets n'étoient que des fables
>> impertinentes et monstrueuses , ou des
» histoires si défigurées , qu'elles n'étoient
» pas connoissables , ou des contes médi
» sans de Clercs ér de Moines ; et comme
» ils ne travailloient que par interêt , ils
» ne parloient que de ce qui pouvoit ré-
» jouir leurs Auditeurs . c'est à- dire , de
» Combats et d'Amours ; mais d'Amours
>> brutales et sottes comme celles des
» gens grossiers , outre que ces Auditeurs .
» étoient eux- mêmes de fort malhonnê-
» tes gens : pour ce qui est de l'élocution ,.
» ils furent les premiers qui oserent écrire
» en Langues vulgaires ; car elles avoient
» passé jusques-là pour jargons si absur◄
ndes , que l'on avoit eu per d'en profa-
» ner le papier. De là vient , comme l'on
,
sçait , le nom de Romans François e
" de Romans Espagnols. Il nous reste:
» assez de ces vieilles chansons pour
prouver tout ce que j'ai dit ; et le Ro-
» man de la Rose qui a duré le plus long-
» tems , est un des plus pernicieux Li
»vres pour la Morale , des plus sales et
>> des plus impies qui ayent été écrits dans :
» les derniers siécles. Aussi de tout tems:
les gens vertueux , les faints Evêques
11. Vol
99
les
DECEMBRE. 1731. 2979
les bons Religieux , ont crié hautement
» contre les Poësies profanes , contre les
Jongleurs & les Boufons des Princes : &.
» le-là est venue la guerre que les Prédica-
» teurs ont déclarée aux Romans & aux
2. Comédies.
Animé du même zele contre les Comédiens
qui déclament en public les Poësies
dont M. l'Abbé Fleury vient de par
ler ; et par conséquent contre leurs Apologistes
, j'ajoûterai à tout ce que le Pere
le Brun a écrit contre eux , et ceci servira
en particulier de réponse aux deffenseurs
de la Comédie moderne , j'ajoûterai , dis- je,
qu'en l'année 1701. à l'occasion du grand
Jubilé , les Comédiens François ayant
prétendu être absous sans restriction , et
Messieurs les Curez de Paris ayant tenu
ferme , ils s'aviserent de présenter une
Requête au Pape Clement XI , dans la
quelle rien ne fut oublié . Ce Pape ayant
fait examiner la Requête , elle fut rejettée
, et la discipline des Curez confirmée.
Voilà ce que l'écoulement de six lustres
n'est pas capable de faire oublier dans une
Ville aussi grande que l'est celle de Paris ,
et ce qui doit confondre les Ecrivains qui
se sont déclarez partisans d'une si mauvaise
cause. Je suis , & c .
A Auxerre , ce 15. Novembre 1731 .
du Provençal qui a combattu le Livre
du P. le Brun sur la Comédie , avec quetques
Remarques sur un des Discours de
M. l'Abbé Fleury , nouvellement im--
primé.
E n'est pas , Monsieur , un si grand
Cmal que vous pourriez le penser
ވ
que le Livre du Pere le Brun contre la
Comédie ait irrité la personne qui vous a
écrit de Marseille , et que dans la Lettre
qu'il a composée à cette occasion , et
qu'un esprit de neutralité litteraire vous
a fait insérer dans le Mercure d'Août
dernier , il se déclare en faveur de ce que
II..Vol CT le
2970 MERCURE DE FRANCE
7
le P: le Brun condamne. Outre l'Extraitque
le Journal des Sçavans du mois de
Septembre dernier a fait d'un Sermon
que prêcha autrefois l'Abbé Anselme
contre les Spectacles , et qui servit en
particulier contre la Comédie , voilà
M. l'Abbé Fleury qui vient au secours du
docte Oratorien . Le Sçavant , qui de
tems en tems fait présent au Public de
Mémoires choisis de Litterature et d'Histoire
, vient de publier un volume , dans ,
lequel on voit assez les sentimens de cecélébre
Historien Ecclésiastique. C'est
son Discours sur la Poesie des Hebreux ..
Comme ces Mémoires ne sont peut-être
pas si communément répandus que l'est
votre Journal , vous pourriez en extraire .
l'endroit que je vous indique , qui commence
à la page 71. du onzième volume
de cette continuation . La lecture que je
viens d'en faire m'a véritablement édifié ;
j'y reconnois par tout le caractere de sincerité
et de pieté qui releve si noblement
les Ouvrages de cet illustre Abbé , et qui
les fait préférer à tous ces Ecrivains , done.
le style montre souvent plus de brillant
qu'il ne renferme de solidité.
܂
Je ne puis cependant , Monsieur ;
m'empêcher de vous faire part d'une
observation que j'ai faite sur ce qui se lit
11. Vol . dans
DECEMBRE . 1731 2971
page
dáns le même Discours au haut de la
74. » On ne voit point , dit M. l'Abbé
» Fleury , qu'on ait fait en ces tems -là
vers le x11 . et XIII . siécles ) des Poësies
» vulgaires pour honorer Dieu , ou pour
» exciter à la pieté , si ce n'est que l'on
» veüille mettre en ce rang certaines
> chansons très- vieilles , dont le petit
» peuple conserve encore quelque mé
moire , et les Noëls que Pon trouve
encore écrits.Cette proposition de l'Auteur
du Discours ne me paroît point exac
tement véritable. Comme il m'a passé
par les mains une infinité de Manuscrits
du XII. et XII. siécles , je suis bien assûré
d'avoir vû de la Poësie en Langue vulgaire
sur des sujets pieux , qui étoit d'une
écriture du treizième siècle , & quid
pouvoit avoir été composée à la fin du
douzième , et cette Poësie ne consiste
point en chansons , dont le peuple se
ressouvienne encore , ni à plus forte rai
son en Noëls.
J'ai trouvé en Picardie un Manuscrit
in- 12 . du treiziéme siécle , entiérements
en Vers françois , dont la premiere moi
tié , car il est sans commencement , m'a
parû contenir une Critique ou censure
des abus ou des moeurs corrompues de ce:
tems- là , avec plusieurs éloges des anciens
C.vjj H. Vol .
2972 MERCURE DE FRANCE
modéles de la piété chrétienne . Je ne
puis vous dépeindre la forme du caractere
de ce volume , qui ressent tout- àfait
le siécle que je vous ai nommé : mais
Vous pouvez juger de l'antiquité de la
composition du Livre , par les morceaux
que j'en extrairai . Voici , par exemple, une
des Strophes de l'éloge qui y est fait du
saint homme Job. J'userai de points , de
virgules , et d'apostrophes , pour faciliter
l'intelligence du sens de ces Vers : il n'y
en a point dans l'Original.
Job de richoise pas n'usa ,
Si com ti siécles en us a ,
Car plusor malement en usént 3 :
Job au monde pas ne nuisa
Job tous malvais us desusa :
>
Mais or en vois -je moult qui nuifent ,,
Qui por des malvais us desusent ,
Pres tout honor faire refusent ;
Mais Job onques nel refusa :
Si voi moult de chiaux qui s'escusent
De che dont lor coër les accusent ,
Mais oncques Job ne s'escusa.
Après l'Explicit de la premiere partie.
de ce volume , on lit cette Rubrique
Chi se commenche li Livres là on reprent.
U.Vol.
les
DECEMBRE 1731 297
tes, vices et loë les vertus , et est miserere mei
Deus. La premiere Strophe commence.c
effet
par
Miserere mei Deus ,
Car longement je me suis teus.
Voici la morale qui se lit touchant l'aus
mône vers le milieu de ce Livre ?
Qui done aumosne , il se désdete , *
Car aumosne est et dons et déte :
Mais Diex n'en rechut onques une
Ne quidiés pas qu'il en promete
Guerredon , s'ele de main nete
Ne vient , & de nete pécune.
Qui envers son proisme (a) a rancune-
Diex voit sa conscience brune ,
Et par ce s'aumosne ( 6 ) degete :
Et se autrui talt rien aucune ( c) .
Ne lui valt s'aumosne une prune
Mais là ou l'a pris la remete,
De même , après l'Explicit de ce sea .
cond volume on lit : Ci commence li escrit
* C'est-à-dire , il paye fes dettes.
(a ) C'est- à- dire , prochain du latin proximus.
( b ) C'est-à- dire , rejette son aumône ou sa
#umone.
(c) Rem ullam , chose aucune : preuve évis
dente que rien vient de xesø
11. Vol.
Qui
2974 MERCURE DE FRANCE
des IIII verbus, misericorde , verité , pais ,
justice , selont saint Bernart.
Qui en bel rimer velé entendre ,
Il doit bien tel matiere prendre
Dont autrui puist edéfier ,
Ne nus hom ne doit entreprendre ¿ ,
Autrui chastoijer & reprendre
Se il soi ne velt chastoijer :
Car mal faire & bien enseigner
Moult fet tes vie à mespriser
La colpe ne tymie mendre
Que Dieu loër et losengier
Et puis laidir et blascengier :
De tout convenra raiſon rendre .
Ici d'un côté , l'antiquité du langage
jointe à la forme du caractere , prouve
évidemment que cet Ecrit doit être dus
treiziéme siécle : de l'autre , la longueur
des Strophes et la diversité des métres
font voir que ces Poësies ne se chantoient
point. Ainsi voilà de la Poësie vulgaire
sans chant , faite pour honorer Dieu et
pour exciter à la pieté par la seule lecture
: et même le Prologue que je viens deciter
de ce troisiéme Livre , marque ex...
pressément que le Poëte avoit choisi ces
matiéres d'édification , afin de passer pour
un homme entendu , en bel rimer.
II. Vol
DECEMBRE 1731. 2975
On ne peut nier non plus que les les
sons farsies que l'on chantoit en France
à la Messe des grandes Fêtes , dès le douziéme
et treizième siècles , ne fussent des .
Poësies vulgaires . Dom Edmond Martenne
a donné un Fragment de celle du
jour de S. Etienne , par un Manuscrit de
six cens ans , conservé à S. Gatien de
Tours ( a ) C'étoit une explication de
chaque Période de l'Epître de la Messe
qu'une ou deux personnes chantoient du
haut de la Tribune ou du Jubé , après
que le Sous- Diacre avoit prononcé quelques
mots de cette Période , et ainsi par
parcelles et cette explication se faisoit
en Vers françois dans le ton d'une complainte
, lorsqu'il étoit question du martyre
d'un Saint. Cet usage avoit commencé
par la lecture de la vie des Saints ,
peut- être par une suite de l'ancien usage
où l'on étoit dans l'Eglise Gallicane , de
lire à la Messe la Passion des Martyrs ,
ou l'histoire de leur mort. Les bonnes
gens du treizième siècle , sur - tout dans
les Païs - bas , accoûtumez à dire la vie de
S. Etienne , la vie des Innocens , disoient
de même la vie du premier jour de l'An ;
La vie de l'Epiphanie ou de la Tiphaine..
C'est ce que j'ai lû en titre dans un Ma .
( a) Tract. de Sacrif. Missa , page 279.
II. Vol. Aus2976
MERCURE DE FRANCE
"
nuscrit de la fin du treizième siècle.
Mais j'aime mieux attribuer au. Maître
d'Ecole , qu'au Curé de la Paroisse , d'où
venoit ce Manuscrit , la plaisante bévûë
d'avoir intitulé l'explication de la Leçon.
d'Isaïe du jour de l'Epiphanie , vita sanc- :
ta Epiphania. La vie du premier jour de
l'An s'y trouve précedée de ce Prologue..
Bone gent pour qui sauvemens
Dieus de char vestir se deigna ,
En en bercheul vit humlément
Qui tout le mond en sa main a ,,
Rendons li graces douchement ,,
Qui si bien en sa vie ouvra ,
Et pour notre racatement
Dusca le mort s'umilia.
Lectio Epistola B. P. Ap..
Il paroît que ce Prologue tient un peu
de nos vieux Noëls au moins il peut se
chanter sur l'air : Ala venue de Noël.
Mais ce que j'ai rapporté du premier Ma →
nuscrit de Picardie , suffira toujours pour
prouver que M. l'Abbé Fleury a avancé
une proposition un peu trop generale
lorsque sans autre réserve que celles qu'il
a faites , il a ôté au douzième et treizié
me siécles l'honneur d'avoir produit de
la Poësie vulgaire, sur des matiéres de-
II. Vol.
moras
DECEMBRE. 1731. 2977
-
morale. Ce n'est pas une faute de la der
niere conséquence : mais l'exactitude demande
toujours qu'on ne fasse pas les
siécles passez plus obscurs qu'ils n'étoient.
Je reviens , Monsieur , à mon premier
sujet , et pour vous exempter la peine de
recourir aux Mémoires de Litterature
touchant la Comédie , je joins ici ce que
M. l'Abbé Fleury dit en peu de lignes
contre les Poësies françoises qu'on débite
sur les Théatres , leur origine , selon lui
et leur succès.
» Il ne faut point s'étonner , dit- il
si nous sommes si éloignez du goût de
» l'Antiquité sur le sujet de la Poësie ;
c'est qu'en effet , pour ne nous point:
» flater , toute notre Poësie moderne est
» fort miserable en comparaison ; elle a
» commencé par lesTroubadours Proven-
» ceaux , et les Conteurs , Jongleurs et
» Menestrels , dont Fauchet nous a don-
»,né l'Histoire. C'étoient des débauchez
vagabonds , qui lorsque les hostilitez
» universelles commencerent à cesser, et la
» barbarie à diminuer , c'est -à - dire vers
» le douzième siècle commencerent à
» courir les Cours des Princes
, pour
> .chanter à leurs Festins dans les jours de
grande Assemblée. Comme ils avoient
"
IL. Kola
›
naffaire
2978 MERCURE DE FRANCE
» affaire à des Seigneurs très-ignorans ,
» et qu'ils l'étoient fort eux- mêmes , tous
>> leurs sujets n'étoient que des fables
>> impertinentes et monstrueuses , ou des
» histoires si défigurées , qu'elles n'étoient
» pas connoissables , ou des contes médi
» sans de Clercs ér de Moines ; et comme
» ils ne travailloient que par interêt , ils
» ne parloient que de ce qui pouvoit ré-
» jouir leurs Auditeurs . c'est à- dire , de
» Combats et d'Amours ; mais d'Amours
>> brutales et sottes comme celles des
» gens grossiers , outre que ces Auditeurs .
» étoient eux- mêmes de fort malhonnê-
» tes gens : pour ce qui est de l'élocution ,.
» ils furent les premiers qui oserent écrire
» en Langues vulgaires ; car elles avoient
» passé jusques-là pour jargons si absur◄
ndes , que l'on avoit eu per d'en profa-
» ner le papier. De là vient , comme l'on
,
sçait , le nom de Romans François e
" de Romans Espagnols. Il nous reste:
» assez de ces vieilles chansons pour
prouver tout ce que j'ai dit ; et le Ro-
» man de la Rose qui a duré le plus long-
» tems , est un des plus pernicieux Li
»vres pour la Morale , des plus sales et
>> des plus impies qui ayent été écrits dans :
» les derniers siécles. Aussi de tout tems:
les gens vertueux , les faints Evêques
11. Vol
99
les
DECEMBRE. 1731. 2979
les bons Religieux , ont crié hautement
» contre les Poësies profanes , contre les
Jongleurs & les Boufons des Princes : &.
» le-là est venue la guerre que les Prédica-
» teurs ont déclarée aux Romans & aux
2. Comédies.
Animé du même zele contre les Comédiens
qui déclament en public les Poësies
dont M. l'Abbé Fleury vient de par
ler ; et par conséquent contre leurs Apologistes
, j'ajoûterai à tout ce que le Pere
le Brun a écrit contre eux , et ceci servira
en particulier de réponse aux deffenseurs
de la Comédie moderne , j'ajoûterai , dis- je,
qu'en l'année 1701. à l'occasion du grand
Jubilé , les Comédiens François ayant
prétendu être absous sans restriction , et
Messieurs les Curez de Paris ayant tenu
ferme , ils s'aviserent de présenter une
Requête au Pape Clement XI , dans la
quelle rien ne fut oublié . Ce Pape ayant
fait examiner la Requête , elle fut rejettée
, et la discipline des Curez confirmée.
Voilà ce que l'écoulement de six lustres
n'est pas capable de faire oublier dans une
Ville aussi grande que l'est celle de Paris ,
et ce qui doit confondre les Ecrivains qui
se sont déclarez partisans d'une si mauvaise
cause. Je suis , & c .
A Auxerre , ce 15. Novembre 1731 .
Fermer
Résumé : LETTRE écrite à M. de L. R. au sujet du Provençal qui a combattu le Livre du P. le Brun sur la Comédie, avec quelques Remarques sur un des Discours de M. l'Abbé Fleury, nouvellement imprimé.
La lettre aborde la controverse suscitée par le livre du Père le Brun contre la comédie, notamment en réponse à un Provençal. L'auteur mentionne que l'Abbé Fleury, dans un récent discours, appuie les arguments du Père le Brun. Cependant, l'auteur conteste une affirmation de l'Abbé Fleury selon laquelle il n'existait pas de poésie vulgaire pieuse aux XIIe et XIIIe siècles, à l'exception de quelques chansons et noëls. Pour prouver le contraire, l'auteur présente des exemples de manuscrits du XIIIe siècle en langue vulgaire traitant de sujets pieux. Il cite des fragments de ces manuscrits pour illustrer leur contenu moral et religieux. L'auteur revient ensuite sur la comédie, affirmant que les troubadours provençaux et les jongleurs, à l'origine de la poésie moderne, étaient des débauchés vagabonds dont les œuvres étaient immorales. Il conclut en rappelant que les autorités religieuses ont toujours condamné les poésies profanes et les comédies. Il cite un exemple récent où les comédiens français ont été refusés l'absolution lors du grand Jubilé de 1701.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
41
p. 2993-2996
LETTRE écrite de Joigny, le 12. Decembre 1731. par M. L. B. au sujet d'une Comédie représentée en cette Ville.
Début :
L'Interêt que vous prenez, Monsieur, à tout ce qui nous regarde, m'engage [...]
Mots clefs :
Comédie, Succès, Spectateurs, Actrices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Joigny, le 12. Decembre 1731. par M. L. B. au sujet d'une Comédie représentée en cette Ville.
LETTRE écrite de foigny , le 12.
Decembre 1731. par M. L. B. au sujet
d'une Comédie représentée en cette Ville:
L
'Interêt que vous prenez , Monsieur .
à tout ce qui nous regarde , m'engage
de vous faire sçavoir que la Comé
die du Joueur , l'une des meilleures , com ,
me vous sçavez , de M. Regnard , laquelle
avoit déja été représentée dans cette Villele
26. Novembre dernier, fut jouée avant
hier 10. du courant , dans une des Sales
du Château , avec un succès fort au - des--
sus de ce qu'on peut attendre de Person--
nes qui ne font pas profession de monter
sur le Théatre ; aussi fut- elle applaudie
par une nombreuse et belle Assemblée
dont l'élite étoit plusieurs Dames et Seigneurs
de distinction , et d'un très - bongoût.
Je ne vous nommerai que le Commandeur
de Vatange , le Marquis de Pel--
port , le Comte de Villefranche , le Ba
ron de Poely , le Chevalier de S. Andiol,,
&c. Parmi les Dames , les Marquises da :
Matange , de Pelport , &c.
Les Acteurs , personnes la plupart de
naissance , de mérite, et capables de rem-
Lek. Vol Dv plier
2994 MERCURE DE FRANCE
plir l'attente des Spectateurs , surpasserent
, pour ainsi dire , cette attente . Le
Joueur sur tout se fit admirer par la
maniere dont il exprima les differens caracteres
qui lui conviennent : le jeu , sa,
passion dominante , amour , crainte , desespoir
, &c. suivant les diverses situations
, tout parut vrai et original en lui.
Hector excella dans son Rôle , qu'il
caracterisa par tout ce qu'il a de naïf, de
plaisant , de particulier , d'instructif même
et de moral.
Le pere du Joueur soutint également
son caractere d'homme sage , de Censeur
et de Pere.
Le faux, Marquis ne se distingua pas
moins par l'air emprunté et par ses ma- .
nieres d'homme vain et sans sentiment ,
dont il joua son personnage.
Le Maître de Trictrac rappella parfaitement
le fameux Desmares , de la Comedie
Françoise , et égaya la Scene d'une
maniere tout à-fait plaisante.
Les Actrices ne cederent en rien, aux
Acteurs. Jamais Angelique ne se présenta
sur le Théa re qu'elle ne parût penetrée
de ce qu'elle sentoit pour son Amant , et
touchée de ses égaremens. Ses yeux annonçoient
toûjours ce qu'elle alloit dire .
La Comtesse auroit trompé des gens
La Vol
qui
DECEMBRE 1731. 2995 .
8
qui ne la connoissent pas , tant elle pric
le ton , l'air et les manieres d'une excellente
Actrice de profession , selon les
divers mouvemens qu'exigeoit son Rôle..
On voyoit dans les yeux de Nerine
pour le moins autant d'esprit et d'expression
qu'en sa Maîtresse , aussi fut- elles
en particulier très- applaudie.
Enfin le jea de Madame de la Ressource
parût tres naturel , laissant toujours entrevoir
malgré son apparente simplicité ,.
lê fonds d'un esprit rusé , et dun coeur.
souverainement interressé.
On est particulierement obligé à Ma
dame de la Prée , veuve du Maréchal dés
Camps et Armées du Roi , de la Repré
sentation de cetre Piece , qui fut suivie
du Retour imprévû du même Auteur . Tout
le monde sortit parfaitement content de
l'une et de l'autre..
La Sale dont j'ai parlé au commences->
ment , étoit magnifiquement parée et ingenieusement
disposée. L'Amphithéatre
seul contenoit au moins sept cent per
sonnes. Je ne vous parle point des habits
des Acteurs et des Actrices ; ceux
qui pouvoient être superbes , l'étoient en
effet , les autres répondirent parfaitement :
aux Personnages.
Il y eut Bal après. un grand souper ,,
11. Kob Dvj oli
2996 MERCURE DE FRANCE
où l'abondance se trouva jointe à la dé
licatesse . Nos vins choisis ne furent pas
jugez inferieurs , par les Etrangers , à
d'autres qu'on y but des plus . vantez de
cette Province .
Et à propos des Vins de Joigny , je crois
que vous aurez ri avec nous de l'Ordonnance
Bachique que nos Emules , Mrs.
d'Auxerre , ont fait paroître dans le Mercure
de Septembre dernier. La Piece est
divertissante et puis c'est tout . Il faut
qu'ils croyent leur cause bien mauvaise
puisque pour la soutenir ils ont recours
aux fictions , et qu'ils employent une
Divinité, qui n'est pas , comme l'on sçait,
la plus sensée ni la plus équitable , il en
paroîtra peut-être d'autres sur la Scene .
Si l'Auteur continue de mettre ainsi les
Dieux en mouvement , c'est le commencement
d'une Iliade ; mais quelle Iliade !
an Plaisant qui n'a rien dans la querelle ,
a déja nommé cette Production la Ba
chicomachie. Permettez - moi de parler Pro
verbe, en finissant et d'y ajoûter que bien
Fira qui rira le dernier. Je suis Mon
sieur , & c.
Decembre 1731. par M. L. B. au sujet
d'une Comédie représentée en cette Ville:
L
'Interêt que vous prenez , Monsieur .
à tout ce qui nous regarde , m'engage
de vous faire sçavoir que la Comé
die du Joueur , l'une des meilleures , com ,
me vous sçavez , de M. Regnard , laquelle
avoit déja été représentée dans cette Villele
26. Novembre dernier, fut jouée avant
hier 10. du courant , dans une des Sales
du Château , avec un succès fort au - des--
sus de ce qu'on peut attendre de Person--
nes qui ne font pas profession de monter
sur le Théatre ; aussi fut- elle applaudie
par une nombreuse et belle Assemblée
dont l'élite étoit plusieurs Dames et Seigneurs
de distinction , et d'un très - bongoût.
Je ne vous nommerai que le Commandeur
de Vatange , le Marquis de Pel--
port , le Comte de Villefranche , le Ba
ron de Poely , le Chevalier de S. Andiol,,
&c. Parmi les Dames , les Marquises da :
Matange , de Pelport , &c.
Les Acteurs , personnes la plupart de
naissance , de mérite, et capables de rem-
Lek. Vol Dv plier
2994 MERCURE DE FRANCE
plir l'attente des Spectateurs , surpasserent
, pour ainsi dire , cette attente . Le
Joueur sur tout se fit admirer par la
maniere dont il exprima les differens caracteres
qui lui conviennent : le jeu , sa,
passion dominante , amour , crainte , desespoir
, &c. suivant les diverses situations
, tout parut vrai et original en lui.
Hector excella dans son Rôle , qu'il
caracterisa par tout ce qu'il a de naïf, de
plaisant , de particulier , d'instructif même
et de moral.
Le pere du Joueur soutint également
son caractere d'homme sage , de Censeur
et de Pere.
Le faux, Marquis ne se distingua pas
moins par l'air emprunté et par ses ma- .
nieres d'homme vain et sans sentiment ,
dont il joua son personnage.
Le Maître de Trictrac rappella parfaitement
le fameux Desmares , de la Comedie
Françoise , et égaya la Scene d'une
maniere tout à-fait plaisante.
Les Actrices ne cederent en rien, aux
Acteurs. Jamais Angelique ne se présenta
sur le Théa re qu'elle ne parût penetrée
de ce qu'elle sentoit pour son Amant , et
touchée de ses égaremens. Ses yeux annonçoient
toûjours ce qu'elle alloit dire .
La Comtesse auroit trompé des gens
La Vol
qui
DECEMBRE 1731. 2995 .
8
qui ne la connoissent pas , tant elle pric
le ton , l'air et les manieres d'une excellente
Actrice de profession , selon les
divers mouvemens qu'exigeoit son Rôle..
On voyoit dans les yeux de Nerine
pour le moins autant d'esprit et d'expression
qu'en sa Maîtresse , aussi fut- elles
en particulier très- applaudie.
Enfin le jea de Madame de la Ressource
parût tres naturel , laissant toujours entrevoir
malgré son apparente simplicité ,.
lê fonds d'un esprit rusé , et dun coeur.
souverainement interressé.
On est particulierement obligé à Ma
dame de la Prée , veuve du Maréchal dés
Camps et Armées du Roi , de la Repré
sentation de cetre Piece , qui fut suivie
du Retour imprévû du même Auteur . Tout
le monde sortit parfaitement content de
l'une et de l'autre..
La Sale dont j'ai parlé au commences->
ment , étoit magnifiquement parée et ingenieusement
disposée. L'Amphithéatre
seul contenoit au moins sept cent per
sonnes. Je ne vous parle point des habits
des Acteurs et des Actrices ; ceux
qui pouvoient être superbes , l'étoient en
effet , les autres répondirent parfaitement :
aux Personnages.
Il y eut Bal après. un grand souper ,,
11. Kob Dvj oli
2996 MERCURE DE FRANCE
où l'abondance se trouva jointe à la dé
licatesse . Nos vins choisis ne furent pas
jugez inferieurs , par les Etrangers , à
d'autres qu'on y but des plus . vantez de
cette Province .
Et à propos des Vins de Joigny , je crois
que vous aurez ri avec nous de l'Ordonnance
Bachique que nos Emules , Mrs.
d'Auxerre , ont fait paroître dans le Mercure
de Septembre dernier. La Piece est
divertissante et puis c'est tout . Il faut
qu'ils croyent leur cause bien mauvaise
puisque pour la soutenir ils ont recours
aux fictions , et qu'ils employent une
Divinité, qui n'est pas , comme l'on sçait,
la plus sensée ni la plus équitable , il en
paroîtra peut-être d'autres sur la Scene .
Si l'Auteur continue de mettre ainsi les
Dieux en mouvement , c'est le commencement
d'une Iliade ; mais quelle Iliade !
an Plaisant qui n'a rien dans la querelle ,
a déja nommé cette Production la Ba
chicomachie. Permettez - moi de parler Pro
verbe, en finissant et d'y ajoûter que bien
Fira qui rira le dernier. Je suis Mon
sieur , & c.
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Résumé : LETTRE écrite de Joigny, le 12. Decembre 1731. par M. L. B. au sujet d'une Comédie représentée en cette Ville.
La lettre datée du 12 décembre 1731 décrit la représentation de la comédie 'Le Joueur' de Jean-François Regnard à Foigny. La pièce, déjà jouée le 26 novembre précédent, a été reprise le 10 décembre dans une salle du château, devant une assemblée distinguée composée de dames et seigneurs de renom, tels que le Commandeur de Vatange, le Marquis de Pelport et le Comte de Villefranche. Les acteurs, principalement issus de la noblesse, ont surpassé les attentes du public. Le rôle du Joueur a été particulièrement admiré pour sa diversité de caractères et son authenticité. Hector a excellé dans son rôle, caractérisé par sa naïveté et son instruction. Le père du Joueur a incarné un homme sage et moralisateur, tandis que le faux Marquis a joué un personnage vain et sans sentiment. Le Maître de Trictrac a rappelé le célèbre Desmares par son jeu plaisant. Les actrices ont également été remarquées pour leur talent. Angelique a montré une profonde émotion pour son amant, et la Comtesse a trompé le public par son jeu professionnel. Nerine a été applaudie pour son esprit et son expression, et Madame de la Ressource a joué un rôle naturel malgré son apparente simplicité. La représentation a été organisée par Madame de la Prée, veuve du Maréchal des Camps et Armées du Roi, et a été suivie de la pièce 'Le Retour imprévu' du même auteur. La salle, magnifiquement décorée, pouvait contenir environ sept cents personnes. Un bal et un grand souper ont suivi la représentation, avec des vins choisis jugés supérieurs à ceux d'autres provinces. La lettre mentionne également une ordonnance bachique publiée par des émules d'Auxerre, qualifiée de divertissante mais sans grande valeur. L'auteur de la lettre conclut en plaisantant sur cette querelle, qualifiée de 'Bachicomachie'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 232-250
DISSERTATION sur la Comedie, pour servir de réponse à la Lettre, inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au sujet des Discours du Pere LE BRUN, sur la même matiere. Par M. SIMONET, Prieur d'Heurgeville.
Début :
Vous ne deviez pas, Monsieur, attendre aux reproches si mal [...]
Mots clefs :
Théâtre, Spectacles, Comédie, Amour profane, Anathèmes, Public, Mercure, Comédiens, Auteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur la Comedie, pour servir de réponse à la Lettre, inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au sujet des Discours du Pere LE BRUN, sur la même matiere. Par M. SIMONET, Prieur d'Heurgeville.
DISSERTATION sur la Comedie ,
pour servir de réponse à la Lettre ,
inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au
sujet des Discours du Pere LE BRUN,
sur la même matiere. Par M. SIMONET ,
Prieur d'Heurgeville.
Ous ne deviez pas , Monsieur, vous
attendre aux reproches si mal fondez
que l'on vous a faits , à l'occasion des Discours du P. le Brun sur la Comédie. La
candeur, la justesse, le discernement avec
lesquels vous avez rendu compte au public des ouvrages qui ont paru , et de celui - ci en particulier , ne les méritoient
certainement pas , et on ne sçauroit trop
louer la modération qui vous fait garder
un profond silence sur ce sujet.
Si le nouveau deffenseur du Théatre aété
dans l'étonnement de ce que vous annonciez avec éloge ces discours du P.le Brun;
on est encore plus surpris de le voir vous
censurer avec hauteur , et se déchaîner
contre un ouvrage depuis long-temps approuvé, pour soutenir une cause déja perduë au jugement de tout ce qu'il y a de
personnes équitables et desinteressées.
Il vous est glorieux, Monsieur , qu'on
n'ait
FEVRIER: 1732. 233
n'ait pû vous attaquer sans entreprendre
de ternir la réputation d'un Auteur également recommandable par sa piété , ses
lumieres , sa profonde érudition , sans se
déclarer le Protecteur d'une profession
de tout temps décriée ; sans s'élever même
contre l'Eglise qui l'a justement frappée d'Anathémes.
Quelque foibles que soient dans le fond
les principes que l'on vous objecte , ils ne
laissent pas d'avoir quelque chose de spécieux et d'apparent , qui pourroit trouver des Approbateurs parmi ce grand
nombre de personnes , déja trop préve- nuës en faveur du Théatre.
On aime ce qui flate agréablement l'imagination , ce qui charme l'esprit , ce
qui touche et qui enleve le cœur : comme
les Spectacles excellent en ce genre , on se
laisse facilement persuader qu'il n'y a rien de si criminel dans ces sortes d'amusemens ; on s'apprivoise à ce langage délicat des passions , et on est bien-tôt séduit. •
Les funestes impressions que l'on ressent,
paroissent trop douces pour s'en méfier.
Il suffit que la Comédie plaise pour qu'on
la trouve innocente , et qu'on ne s'en
fasse plus de scrupule. De là vient qu'on
est porté plutôt par inclination , que par lumieres, à juger favorablement d'un Ecrit
fait exprès pour la justifier.
De
234 MERCURE DE FRANCE
De pareils Ecrits sont si contraires aux
bonnes mœurs et à l'esprit du Christianisme, que feu M.de Harlay , Prélat recommandable par sa grande capacité, obligea le
P. Caffaro , qui en avoit produit un semblable , de se retracter. Il seroit à souhaiter que le nouveau Deffenseur de la Comédie , voulut suivre l'exemple de celui
qu'il a si-bien copie ; et que rendant gloire à la vérité , il avoüat franchement ce
qu'il ne devroit pas se dissimuler à luimême, que le Théatre est à présent, comme autrefois , tres - pernicieux à l'innocence.
Mais comme on n'a gueres sujet d'attendre de lui cet aveu , qui apparemment
lui couteroit trop , il faut essayer du
moins de détromper les personnes qui ne
seroient pas assez en garde contre ses illusions et qui s'en rapporteroient à son
sentiment pour juger , soit de l'exposé du
Mercure , soit du fond de l'ouvrage du
P. le Brun.
A entendre l'Avocat des Comédiens , le
Mercure ne parle et n'agit point en cette
occasion , par principes ; il établit d'une
main, ce qu'il détruit de l'autre. Là il attire ses Lecteurs aux Spectacles par des
Analyses vives et expressives ; icy il en
détourne par les éloges qu'il donne à des
dis-
FEVRIER. 1732. 235
discours qui representent ces Spectacles
comme pernicieux et criminels ; c'est ce
qui étonne son Antagoniste , c'est ce qui
lui paroit étrange.
Toute la dispute se réduit donc à examiner si le Mercure après avoir donné
dans ses Analyses , une idée avantageuse
des Spectacles , ne pouvoit , sans se contredire , louer les Discours du P. le Brun
qui les condamnent? Une observation des
plus communes suffira pour dissiper toutes les ombres qu'on a essayé de répandre
sur cet article ; c'est que la même chose
considerée sous différents rapports , sous
differens points de vûë , peut être bonne
et mauvaise , loüable et repréhensible en
même- temps ; et tels sont les Spectacles ,
ils ont leur beauté et même leur bonté en
un sens. On dit tous les jours , et avec
raison : Voilà une bonne Piece , en parlant d'une Comédie qui plaît, c'est un ouvrage d'esprit qui est bon en ce genre ,
mais souvent tres- pernicieux , par rapport au cœur , et rien n'empêche qu'on
ne le loue d'un côté , et qu'on ne le blâme de l'autre.
Le Mercure , dans ses Analyses , montre simplement ce qu'on a trouvé de beau
ou de bon dans les Pieces de Théatre, mais
cela ne regarde que l'esprit ; sans toucher
aux
236 MERCURE DE FRANCE,
aux mœurs et à la conscience dont alors il
n'est point question. D'ailleurs le dessein
de ces Analyses n'est pas , comme on le
suppose , d'attirer les Lecteurs aux Spectacles , mais seulement de leur en donner
une légere teinture , qui peut avoir son
utilité pour plusieurs , et qui ne fera pas
grande impression , ni sur les personnes
portées d'elles-mêmes à y participer , ni
sur celles qui par principe de Religion en
ont de l'éloignement.
La nouvelle édition des Discours du
P. le Brun présente l'occasion favorable
de montrer la Comédie par son mauvais
côté , le Mercure la saisit avec plaisir , et
fait sentir par les éloges qu'il donne à ces
discours , que tous ces Spectacles dont il a
fait les Analyses , pour la satisfaction de
ceux qui s'y interressent , ont des dangers et des écueils dont il faut bien se
donner de garde, et qu'on risque au moins
beaucoup , lorsqu'on y participe. N'est- ce
pas là parler et agir par principes, en homme d'esprit, en honnête homme, sans être
rigoriste ?
On peut dire même que le Mercure n'a
été que l'écho des applaudissemens que le
Public , malgré sa prévention pour les
Spectacles , avoit déja fait éclatter , en faveur de ces Discours pleins de lumiere et
de
FEVRIER 1732 237
de piété ; et il n'en auroit pasfait un rapport fidele , s'il les cut annoncez d'un autre ton , ce qui n'empêchoit pas qu'il ne
fut aussi de son ressort de rendre compte
avec la même fidelité de ce que l'on pensoit communement des différentes Piéces
qui ont paru sur la Scene.
Venons à présent au fond , et exami
nons si c'est à tort,comme on le prétend,
que le P. le Brun représente les Spectacles comme pernicieux et criminels , et si
son ouvrage est aussi peu solide qu'on le
veut faire croire. Tout le point de la difficulté consiste à sçavoir si la Comédie est
à present moins mauvaise en elle - même,
et moins contraire aux bonnes mœurs,
" qu'elle ne l'étoit du temps que les Peres
et les Conciles l'ont chargée d'Anathémes ; car s'il est vrai qu'elle soit toujours
également vicieuse, quelque épurée, quelque chatiée qu'on la suppose quant au
langage , aux expressions , aux manieres;
les Comédiens méritent toujours les mê
mes Anathémes . et c'esr avec raison
qu'on en détourne les Fideles.
و
Or je soutiens que la Comédie , telle
qu'elle paroit depuis Moliere sur le
Théatre François ( fameuse époque de sa
plus grande perfection ) est pour le moins
aussi mauvaise et aussi dangereuse pour les
mœurs
238 MERCURE DE FRANCE
•
mœurs , qu'elle l'étoit auparavant. Je dis
pour le moins; en effet , lorsqu'il ne pa
roissoit sur la Scene que des vices grossiers ; lorsque les Acteursjouoient avec les
gestes les plus honteux , que les hommes et les
femmes méprisoient toutes les regles de lapu
deur, et que l'on y prononçoit ouvertement
des blasphemes contre le saint Nom deDieu ;
pour peu qu'on eut de conscience et d'éducation , ces Spectacles devoient naturellement faire horreurs du moins on ne
pouvoit s'y méprendre , et regarder comme permis ces discours tout profanes, ces
actions si licentieuses , et si contraires à
l'honnêteté ; le vice qui paroît à décou
vert , a bien moins d'appas que lorsqu'il
se déguise et ne se montre que sous des ap- parences trompeuses , comme il fait à
present.
Le goût fin et la politesse de notre siecle ne s'accommoderoient pas de ces excès monstrueux , de ces infames libertez
qui choqueroient ouvertement la modestie. Elles révolteroient les personnes un
peu délicates , et feroient rougir ce reste
de pudeur , dont , malgré la corruption
du Monde, on aime à se parer. Le Théatre seroit décrié par lui-même , et il n'y
auroit gueres que des personnes perduës
d'honneur et de réputation qui oseroient
y assister.
On
FEVRIER 1732. 239
On prend donc un autre tour; le vice
en est toujours l'ame et le mobile , mais
il ne s'y montre que dans un aspect , qui
n'a rien d'affreux , ni d'indécent, rien du
moins qu'on n'excuse , et qu'on ne se pardonne aisément dans le monde. Il y paroît sous un langage poli et châtié , sous
des images riantes et agréables , avec des
manieres toutes engageantes , qui tantôt
le font aimer , tantôt excitent la pitié , la
compassion; quelquefois il se couvre d'un
brillant , qui lui fait honneur ; il se pare
des dehors de la vertu , et sous ombre de
rendre ridicule ou odieuse une passion , il
en inspire d'autres encore plus funestes.
Le venin adouci et bien préparé , s'avale
aisément ; on ne s'en méfie pas , mais il
n'en est que plus mortel. Le Serpent avec
toutes ses ruses et ses détours , se glisse
adroitement dans les ames , et les corrompt en les flattant. C'est ainsi qu'on a
trouvé le secret, en laissant dans le fond ,
le Spectacle également vicieux , de le rendre plus supportable aux yeux et aux
oreilles chastes , et c'est par- là qu'il séduit
plus sûrement.
Quoiqu'on en dise , le Théatre est toujours , comme autrefois, l'école de l'impureté. On y apprend à perdre une certaine retenuë qui tient en garde contre les
pre-
240 MERCURE DE FRANCE
premieres atteintes de ce vice , et à n'en
avoir plus tant d'horreur. On y apprend
l'art d'aimer et de se faire aimer avec déli--
catesse,art toujours dangereux, et trop sou- vent mis en pratique pour la perte des
amessonyapprendle langage de l'amour,
eton s'accoutume à l'entendre avecplaisir,
ce langage seducteur qui a tant de fois suborné la vertu la plus pure; on y apprend
à entretenir des pensées , à nourrir des desirs , à former des intrigues , dont l'innocence étoit avant cela justement allarmée.
Les Spectacles sont encore à present le
triomphe de l'amour profane. Il s'y fait
valoir commeune divinité maligne , dont
la puissance n'a point de bornes , et à laquelle tous les humains par une fatale necessité ne peuvent se soustraire. Aimer
follement , éperdument , sur la Scene ,
c'est plutôt une foiblesse qu'un vice : on
se la reproche quelquefois , non pas tant
la rendre odieuse , que pour
voir le spectateur , et paroître digne de
compassion ; d'autres fois on en fait gloire , on s'estime heureux d'être sous l'empire de l'Amour , on vente la chimerique
douceur de son esclavage : quoi de plus
capable d'énerver le cœur de l'amollir,
et de le corrompre !
pour émouC'est cependant ce que l'on trouve de
plus
FEVRIER 17320 *241
plus beau , de plus fin , de plus charmant
dans toutes les Pieces de Théatre. Il y
regne presque toujours une intrigue d'amour adroitement conduite. Chacun
en est avide , chacun la suit , et attend
avec une douce impatience quel en sera
le dénouement. Dans les Comédies l'intrigue est moins fougueuse , plus moderée , et se termine toujours par quelque
agréable surprise , qui met chacun au
comble de ses souhaits. Dans la Tragedie,
ce ne sont gueres que les furieux transports d'un amour mécontent , outragé ,
ne respirant que vengeance , que desespoir , quoiqu'il soupire encore après l'objet de ses peines ; et l'intrigue aboutit à
quelque funeste catastrophe. Dans l'une
et dans l'autre c'est l'Amour qui regne ,
qui domine , qui conduit tout , qui donne le mouvement à tout, et il ne s'y montre certainement pas par des endroits
qui le rendent ridicule , méprisable ou
odieux. Au contraire , il y paroît dans un
si beau jour , er avec tant d'agremens,
qu'on a de la peine à se défendre de ses
charmes ; et cependant cet amour tendre
et vehement est une passion des plus pernicieuses : il trouble la raison , il obscurcit les lumieres de l'esprit , et infecte le
cœur par un poison d'autant plus dangereux
242 MERCURE DE FRANCE
reux , qu'il est plus subtil et paroît plus doux.
En vain se défendroit- on sur ce que ces
intrigues sont , à ce que l'on pretend , innocentes , et qu'il ne s'agit que d'un
amour honnête. Comment le supposer
honnête, cet amour si hardi › si peu modeste ? si entreprenant ? Dès qu'il a le
front de se montrer au grand jour , et de
se produire devant tout le monde , avec
toutes les ruses et les artifices d'une intrigue , ne passe- t'il pas les bornes de la retenue et de l'honnêté ? -Il n'y a gueres au
reste de difference entre les démonstrations exterieures d'un amour legitime et
d'un amour déreglé, et ces démonstrations
produisent dans ceux qui en sont témoins
à peu près les mêmes effets , même sensibilité , même desirs , même corruption.
Il faudroit s'aveugler soi-même pour ne
pas voir que cet amour , quelque innocent , quelque honnête qu'on le suppose,
étant representé au vifet au naturel , n'est
propre qu'à exciter des flammes impures:
ces airs passionnés , ces regards tendres et
languissants,ces soupirs et ces larmes feintes,qui en tirent de veritables des yeux des
spectateurs, ces entretiens d'hommes et de
femmes qui se parlent avec tant degraces,
de naïveté,de douceur;ces charmantes Actrices
FEVRIER. 1732. 243
trices, d'un air si libre, aisé , galant , dont
les attraits sont relevez par tant d'ajustemens , et animez par la voix , le geste , la
déclamation ; ces beautez si piquantes, qui
se plaisent à piquer , dont toute l'étude
est d'attirer les yeux et de se faire d'illustres conquêtes ; à quoi tout cela tend- il ?
Chacun le sent , pourquoi le dissimuler ?
Au milieu de ce ravissant prestige qui
fixe les yeux , les oreilles , et charme tous
fes sens , lorsque la passion a penétré ,
pour ainsi dire ,jusqu'à la moële de l'ame;
viennent ces beaux principes de generosité , d'honncur, de probité dont le Théatre se glorifie. Mais c'est trop tard : le
coup mortel est donné , le cœur ne fait
plus que languir , la vertu envain se débat , elle expire , elle n'est déja plus: à quoi
sert l'antidote , quand le poison a operé ?
Aprés cela on a bonne grace de nous
vanter les Tragedies et les Comédies
comme n'étant faites que pourinspirer de
nobles sentimens , pour rendre les vices
ridicules et odieux. Tous ces sentimens
si nobles , si élevez se reduisent à des
saillies d'amour propre , de vanité , à des
mouvemens d'ambition , à des transports
de jalousie , de haine , de vengeance , de
desespoir.
La Comédie jette un ridicule sur certains
244 MERCURE DE FRANCE
tains vices décriez dans le Monde , mais
il y en a de plus subtils , quoique souvent
plus criminels , qui sont trop flateurs et
tropcommuns pour qu'elle ose y toucher.
Elle n'amuse , elle ne divertit , elle ne
plaît , que parce qu'en se jouant des passions des hommes , elle en ménage , elle
eninspiretoujours quelques- unes qui sont
les plus douces et les plus favorites.
Telle est la Morale si vantée du Théa
tre , bien opposée à la pure morale de
Jesus-Christ : celle- ci rabaisse l'homme à
ses propres yeux, le détache de lui-même,
et lui fait trouver sa veritable grandeur
dans la modestie et l'humilité : celle- là ne
produit que des Heros pleins de faste et
de présomption , entêtez de leur prétendu merite , faisant gloire de ne rien souffrir qui les humilie. L'une regle l'inte
rieur autant que l'exterieur : l'autre ne
s'arrête qu'à lavaine parade d'une probité
toute mondaine. A l'Ecole de notre Divin Maître on apprend à pardonner les
injures , à aimer ses ennemis , à étouffer
jusqu'aux ressentimens de vengeange et
d'animosité : au Théatre c'est être un lâche ,un poltron , un faquin que de souffrir une insulte sans en tirer raison ; c'est
en ce faux point d'honneur que consiste
la grandeur d'ame qui regne dans les Pieces
FEVRIER 1732. 245
ces tragiques. La morale de J. C. prêche
par tout la mortification des sens et des passions : elle ne permet pas même de regarder avec complaisance les objets capables
de faire naître des pensées et des désirs criminels. Au Théatre on ne respire-qu'un air
de molesse , de volupté , de sensualité ; on
n'y vient que pour voir et entendre des
personnages de l'un et de l'autre Sexe
tous propres par leurs charmes et leurs
mouvemens artificieux , mais expressifs
à exciter de veritables passions.
Et qu'on ne s'imagine pas qu'il n'y ait
que quelques ames foibles à qui les spectacles puissent causer de si funestes effets.
Le penchant universel qui porte à la volupté , les rend au moins très-dangereux
à toutes sortes de personnes. Il faut être
bien temeraire pour se répondre de ses
forces , en s'exposant à un péril si évident
de succomber et de se perdre. Plusieurs
moins susceptibles ou par vertu ou par
temperament , ne s'appercevront peutêtre pas d'abord de la contagion qui les
gagne. Mais insensiblement le cœur s'affoiblit , la passion s'insinuë ; elle fait sans
qu'on y pense des progrès imperceptibles,
et l'on risque toujours d'en devenir l'esclave. Celui qui aime le péril , dit JesusChrist , périra dans le péril.
C
246 MERCURE DE FRANCE
Il est donc constant que la Comédie,
quelque châtiée, quelque épurée qu'on la
suppose , est à present du moins aussi
mauvaise et aussi pernicieuse , qu'elle l'étoitautrefois. La reforme qu'on en a faite
l'a renduë plus agreable , plus attirante
sans qu'elle en soit devenue effectivement
plus chaste , et moins criminelle. Qu'on
dise tant qu'on voudra qu'elle corrige les
vices des hommes : il est toujours évident
que personne n'en devient meilleur , que
plusieurs s'y pervertissent , que tout ce
qu'il y a de gens déreglez y trouvent dequoi fomenter et nourrir leurs passions et
que la morale du Théatre ne les conver
tira jamais.
Non, la Comédie ne corrige pas les vices, elle ne fait qu'en rire, qu'en badiner, er
son badinage y attire plus qu'il n'en éloigne. Si elle y répand un certain ridicule,
ce ridicule est trop plaisant et trop gra
cieuxpour endonner de l'horreur. Qu'on
fasse valoir les beaux preceptes de morale
qu'elle debite , il n'en sera pas moins vrai
qu'ils n'ont aucune force contre l'esprit
impur et profane qui anime les spectacles,
et quesi l'on yreçoit des leçons de vertu,
on n'en remporte cependant que les impressions du vice.
Le P. le Brun par consequent n'a pas
cu
FEVRIER. 1732. 247
eu tort de dépeindre le Theatre avec ces
couleurs qui ne déplaisent si fort à l'Avocar des Comédiens , que parce qu'elles sont trop naturelles. Cet homme venerable ne meritoit pas qu'on vint troubler ses cendres , décrier ses sçavans Ecrits
et flétrir sa memoire , en le faisant passer
pourun Auteur sansjugement , sans principes , sans raisonnement. Je ne dis pas
qu'il n'ait pû quelquefois se méprendre ,
et quel est l'homme si attentifqui ne s'égare jamais dans un ouvrage d'assez longue haleine ? Mais s'il s'est trompé , ce
n'est sûrement pas dans l'essensiel, et dans
le dessein qu'il a eu de montrer combien
les Spectacles sont dangereux et opposez à
l'esprit du Christianisme.
Comment ose- t'on avancer qu'on se
roit mieux fondé à lui demander une retractation , si la mort ne l'avoit pas mis
àcouvert d'un tel attentat , qu'on ne l'a
été à en exiger une du P. Caffaro ? Que
dire de la hardiesse avec laquelle on suppose, et on decide que les Comédiens ne
meritent plus les foudres de l'Eglise , et
qu'ils sont en droit de faire des remontrances à Messieurs nos Evêques qui font
publier contre eux des Anathêmes? Commesi de tels personnages pouvoient être
Juges dans leur propre cause , et se déCij clareg
243 MERCURE DE FRANCE
T
clarer eux mêmes innocens , lorsque l'Eglise les condamne ; comme s'ils avoient
plus d'équité et de lumieres , que les Prelats les plus respectables , que les plus
pieux et les plus sçavans Theologiens ,
pour decider sur leur état et leur profession. Il suffit de jetter les yeux sur ce qui
se passe au Theatre , pour concevoir , si
lon agit de bonne foi et sans prévention ,
que les Comédiens de nos jours sont
du moins aussi coupables et aussi dignes
de Censures , que ceux des siecles passez,
quoiqu'on avoue qu'ils sont plus polis et
moins impudens.
Que devient à present ce pompeux étalage d'érudition et d'autoritez que l'on
remet sur le tapis après le P. Caffaro ?
Qui pourra s'imaginer que d'habiles Theologiens , que des Saints mêmes très- illustres , ayent regardé comme permis et digne d'approbation, ce qui tend si visiblement à la corruption des mœurs? S'ils l'avoient fait , on ne risqueroit rien de les
desavoüer , n'étant pas le plus grand nom
bre l'esprit et la tradition de l'Eglise leur
étant contraires; mais il est bien plus juste
de croire qu'on les cite à tort , et qu'on ne les entend pas.
S'ils ont approuvé des Comédies, il fal-"
loit qu'elles fussent bien chastes , et bien,
éloignées
FEVRIER. 17320 249
éloignées de l'esprit impur qui anime celles de nosjours; ils entendoient, sans doute , des Spectacles , où il n'y auroit ni intrigues d'amour , ni airs de molesse , ni
rien de capable de flater la sensualité , de
fomenter le déreglement des passions :apparamment comme ces Pieces que l'on représente dans les Colleges pour exercer et
divertir innocemment la jeunesse. Que
nos Comédiens n'en donnent que de semblables , et nous conviendrons qu'étant
ainsi purifiées , elles ne seront plus dignesde censure. Mais ils n'ont garde d'être si
severes , ils ni trouveroient pas leur com.
ptpte. Cet air de reforme ne plairoit pas à
la plupart des spectateurs , le Théatre ne
seroit plus si frequenté , et la Comédie
n'auroit peut- être plus tant d'appuis , ni
tant de ressources .
Il est curieux de la voir se vanter d'ê
tre soutenue par les Puissances , bien teçûë dans les Cours , et entretenue par de
bons appointemens. C'est à peu prèscomme si une femme infidelle faisoit gloire du
prix de ses infidelitez , et qu'elle voulut passer pour innocente , parce qu'on
la souffriroit devant d'honnêtes gens ,
par des raisons de necessité ou de politique.
Dans les Etats les mieux policez , il y
Ciij
250 MERCURE DE FRANCE
a certains abus , certains déreglemens
qu'il seroit trop dangereux de vouloir extirper. On est obligé prudemment de
laisser croître l'yvroye avec le bon grains
et si les Puissances Superieures semblent
influer et fournir en quelque sorte à l'accroissement de cette mauvaise semence
c'est un mystere qu'il faut respecter par
unesage discretion , etnon pas entrepren
dre temerairement de le sonder. Mais les
raisons d'Etat et de politique peuventelles ôter à l'Eglise le droit de condamner
ces abus et ces dereglemens ? Et les coupables,quelques autorisez d'ailleurs qu'ils
se prétendent , auront-ils lieu de se plaindre des menaces ou des justes peines dont
cette charitable Mere n'use à leur égard,
que pour les rappeller de la voye de perdition . Je suis , &c.
A Heurgeville le 29. Janvie 1732
pour servir de réponse à la Lettre ,
inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au
sujet des Discours du Pere LE BRUN,
sur la même matiere. Par M. SIMONET ,
Prieur d'Heurgeville.
Ous ne deviez pas , Monsieur, vous
attendre aux reproches si mal fondez
que l'on vous a faits , à l'occasion des Discours du P. le Brun sur la Comédie. La
candeur, la justesse, le discernement avec
lesquels vous avez rendu compte au public des ouvrages qui ont paru , et de celui - ci en particulier , ne les méritoient
certainement pas , et on ne sçauroit trop
louer la modération qui vous fait garder
un profond silence sur ce sujet.
Si le nouveau deffenseur du Théatre aété
dans l'étonnement de ce que vous annonciez avec éloge ces discours du P.le Brun;
on est encore plus surpris de le voir vous
censurer avec hauteur , et se déchaîner
contre un ouvrage depuis long-temps approuvé, pour soutenir une cause déja perduë au jugement de tout ce qu'il y a de
personnes équitables et desinteressées.
Il vous est glorieux, Monsieur , qu'on
n'ait
FEVRIER: 1732. 233
n'ait pû vous attaquer sans entreprendre
de ternir la réputation d'un Auteur également recommandable par sa piété , ses
lumieres , sa profonde érudition , sans se
déclarer le Protecteur d'une profession
de tout temps décriée ; sans s'élever même
contre l'Eglise qui l'a justement frappée d'Anathémes.
Quelque foibles que soient dans le fond
les principes que l'on vous objecte , ils ne
laissent pas d'avoir quelque chose de spécieux et d'apparent , qui pourroit trouver des Approbateurs parmi ce grand
nombre de personnes , déja trop préve- nuës en faveur du Théatre.
On aime ce qui flate agréablement l'imagination , ce qui charme l'esprit , ce
qui touche et qui enleve le cœur : comme
les Spectacles excellent en ce genre , on se
laisse facilement persuader qu'il n'y a rien de si criminel dans ces sortes d'amusemens ; on s'apprivoise à ce langage délicat des passions , et on est bien-tôt séduit. •
Les funestes impressions que l'on ressent,
paroissent trop douces pour s'en méfier.
Il suffit que la Comédie plaise pour qu'on
la trouve innocente , et qu'on ne s'en
fasse plus de scrupule. De là vient qu'on
est porté plutôt par inclination , que par lumieres, à juger favorablement d'un Ecrit
fait exprès pour la justifier.
De
234 MERCURE DE FRANCE
De pareils Ecrits sont si contraires aux
bonnes mœurs et à l'esprit du Christianisme, que feu M.de Harlay , Prélat recommandable par sa grande capacité, obligea le
P. Caffaro , qui en avoit produit un semblable , de se retracter. Il seroit à souhaiter que le nouveau Deffenseur de la Comédie , voulut suivre l'exemple de celui
qu'il a si-bien copie ; et que rendant gloire à la vérité , il avoüat franchement ce
qu'il ne devroit pas se dissimuler à luimême, que le Théatre est à présent, comme autrefois , tres - pernicieux à l'innocence.
Mais comme on n'a gueres sujet d'attendre de lui cet aveu , qui apparemment
lui couteroit trop , il faut essayer du
moins de détromper les personnes qui ne
seroient pas assez en garde contre ses illusions et qui s'en rapporteroient à son
sentiment pour juger , soit de l'exposé du
Mercure , soit du fond de l'ouvrage du
P. le Brun.
A entendre l'Avocat des Comédiens , le
Mercure ne parle et n'agit point en cette
occasion , par principes ; il établit d'une
main, ce qu'il détruit de l'autre. Là il attire ses Lecteurs aux Spectacles par des
Analyses vives et expressives ; icy il en
détourne par les éloges qu'il donne à des
dis-
FEVRIER. 1732. 235
discours qui representent ces Spectacles
comme pernicieux et criminels ; c'est ce
qui étonne son Antagoniste , c'est ce qui
lui paroit étrange.
Toute la dispute se réduit donc à examiner si le Mercure après avoir donné
dans ses Analyses , une idée avantageuse
des Spectacles , ne pouvoit , sans se contredire , louer les Discours du P. le Brun
qui les condamnent? Une observation des
plus communes suffira pour dissiper toutes les ombres qu'on a essayé de répandre
sur cet article ; c'est que la même chose
considerée sous différents rapports , sous
differens points de vûë , peut être bonne
et mauvaise , loüable et repréhensible en
même- temps ; et tels sont les Spectacles ,
ils ont leur beauté et même leur bonté en
un sens. On dit tous les jours , et avec
raison : Voilà une bonne Piece , en parlant d'une Comédie qui plaît, c'est un ouvrage d'esprit qui est bon en ce genre ,
mais souvent tres- pernicieux , par rapport au cœur , et rien n'empêche qu'on
ne le loue d'un côté , et qu'on ne le blâme de l'autre.
Le Mercure , dans ses Analyses , montre simplement ce qu'on a trouvé de beau
ou de bon dans les Pieces de Théatre, mais
cela ne regarde que l'esprit ; sans toucher
aux
236 MERCURE DE FRANCE,
aux mœurs et à la conscience dont alors il
n'est point question. D'ailleurs le dessein
de ces Analyses n'est pas , comme on le
suppose , d'attirer les Lecteurs aux Spectacles , mais seulement de leur en donner
une légere teinture , qui peut avoir son
utilité pour plusieurs , et qui ne fera pas
grande impression , ni sur les personnes
portées d'elles-mêmes à y participer , ni
sur celles qui par principe de Religion en
ont de l'éloignement.
La nouvelle édition des Discours du
P. le Brun présente l'occasion favorable
de montrer la Comédie par son mauvais
côté , le Mercure la saisit avec plaisir , et
fait sentir par les éloges qu'il donne à ces
discours , que tous ces Spectacles dont il a
fait les Analyses , pour la satisfaction de
ceux qui s'y interressent , ont des dangers et des écueils dont il faut bien se
donner de garde, et qu'on risque au moins
beaucoup , lorsqu'on y participe. N'est- ce
pas là parler et agir par principes, en homme d'esprit, en honnête homme, sans être
rigoriste ?
On peut dire même que le Mercure n'a
été que l'écho des applaudissemens que le
Public , malgré sa prévention pour les
Spectacles , avoit déja fait éclatter , en faveur de ces Discours pleins de lumiere et
de
FEVRIER 1732 237
de piété ; et il n'en auroit pasfait un rapport fidele , s'il les cut annoncez d'un autre ton , ce qui n'empêchoit pas qu'il ne
fut aussi de son ressort de rendre compte
avec la même fidelité de ce que l'on pensoit communement des différentes Piéces
qui ont paru sur la Scene.
Venons à présent au fond , et exami
nons si c'est à tort,comme on le prétend,
que le P. le Brun représente les Spectacles comme pernicieux et criminels , et si
son ouvrage est aussi peu solide qu'on le
veut faire croire. Tout le point de la difficulté consiste à sçavoir si la Comédie est
à present moins mauvaise en elle - même,
et moins contraire aux bonnes mœurs,
" qu'elle ne l'étoit du temps que les Peres
et les Conciles l'ont chargée d'Anathémes ; car s'il est vrai qu'elle soit toujours
également vicieuse, quelque épurée, quelque chatiée qu'on la suppose quant au
langage , aux expressions , aux manieres;
les Comédiens méritent toujours les mê
mes Anathémes . et c'esr avec raison
qu'on en détourne les Fideles.
و
Or je soutiens que la Comédie , telle
qu'elle paroit depuis Moliere sur le
Théatre François ( fameuse époque de sa
plus grande perfection ) est pour le moins
aussi mauvaise et aussi dangereuse pour les
mœurs
238 MERCURE DE FRANCE
•
mœurs , qu'elle l'étoit auparavant. Je dis
pour le moins; en effet , lorsqu'il ne pa
roissoit sur la Scene que des vices grossiers ; lorsque les Acteursjouoient avec les
gestes les plus honteux , que les hommes et les
femmes méprisoient toutes les regles de lapu
deur, et que l'on y prononçoit ouvertement
des blasphemes contre le saint Nom deDieu ;
pour peu qu'on eut de conscience et d'éducation , ces Spectacles devoient naturellement faire horreurs du moins on ne
pouvoit s'y méprendre , et regarder comme permis ces discours tout profanes, ces
actions si licentieuses , et si contraires à
l'honnêteté ; le vice qui paroît à décou
vert , a bien moins d'appas que lorsqu'il
se déguise et ne se montre que sous des ap- parences trompeuses , comme il fait à
present.
Le goût fin et la politesse de notre siecle ne s'accommoderoient pas de ces excès monstrueux , de ces infames libertez
qui choqueroient ouvertement la modestie. Elles révolteroient les personnes un
peu délicates , et feroient rougir ce reste
de pudeur , dont , malgré la corruption
du Monde, on aime à se parer. Le Théatre seroit décrié par lui-même , et il n'y
auroit gueres que des personnes perduës
d'honneur et de réputation qui oseroient
y assister.
On
FEVRIER 1732. 239
On prend donc un autre tour; le vice
en est toujours l'ame et le mobile , mais
il ne s'y montre que dans un aspect , qui
n'a rien d'affreux , ni d'indécent, rien du
moins qu'on n'excuse , et qu'on ne se pardonne aisément dans le monde. Il y paroît sous un langage poli et châtié , sous
des images riantes et agréables , avec des
manieres toutes engageantes , qui tantôt
le font aimer , tantôt excitent la pitié , la
compassion; quelquefois il se couvre d'un
brillant , qui lui fait honneur ; il se pare
des dehors de la vertu , et sous ombre de
rendre ridicule ou odieuse une passion , il
en inspire d'autres encore plus funestes.
Le venin adouci et bien préparé , s'avale
aisément ; on ne s'en méfie pas , mais il
n'en est que plus mortel. Le Serpent avec
toutes ses ruses et ses détours , se glisse
adroitement dans les ames , et les corrompt en les flattant. C'est ainsi qu'on a
trouvé le secret, en laissant dans le fond ,
le Spectacle également vicieux , de le rendre plus supportable aux yeux et aux
oreilles chastes , et c'est par- là qu'il séduit
plus sûrement.
Quoiqu'on en dise , le Théatre est toujours , comme autrefois, l'école de l'impureté. On y apprend à perdre une certaine retenuë qui tient en garde contre les
pre-
240 MERCURE DE FRANCE
premieres atteintes de ce vice , et à n'en
avoir plus tant d'horreur. On y apprend
l'art d'aimer et de se faire aimer avec déli--
catesse,art toujours dangereux, et trop sou- vent mis en pratique pour la perte des
amessonyapprendle langage de l'amour,
eton s'accoutume à l'entendre avecplaisir,
ce langage seducteur qui a tant de fois suborné la vertu la plus pure; on y apprend
à entretenir des pensées , à nourrir des desirs , à former des intrigues , dont l'innocence étoit avant cela justement allarmée.
Les Spectacles sont encore à present le
triomphe de l'amour profane. Il s'y fait
valoir commeune divinité maligne , dont
la puissance n'a point de bornes , et à laquelle tous les humains par une fatale necessité ne peuvent se soustraire. Aimer
follement , éperdument , sur la Scene ,
c'est plutôt une foiblesse qu'un vice : on
se la reproche quelquefois , non pas tant
la rendre odieuse , que pour
voir le spectateur , et paroître digne de
compassion ; d'autres fois on en fait gloire , on s'estime heureux d'être sous l'empire de l'Amour , on vente la chimerique
douceur de son esclavage : quoi de plus
capable d'énerver le cœur de l'amollir,
et de le corrompre !
pour émouC'est cependant ce que l'on trouve de
plus
FEVRIER 17320 *241
plus beau , de plus fin , de plus charmant
dans toutes les Pieces de Théatre. Il y
regne presque toujours une intrigue d'amour adroitement conduite. Chacun
en est avide , chacun la suit , et attend
avec une douce impatience quel en sera
le dénouement. Dans les Comédies l'intrigue est moins fougueuse , plus moderée , et se termine toujours par quelque
agréable surprise , qui met chacun au
comble de ses souhaits. Dans la Tragedie,
ce ne sont gueres que les furieux transports d'un amour mécontent , outragé ,
ne respirant que vengeance , que desespoir , quoiqu'il soupire encore après l'objet de ses peines ; et l'intrigue aboutit à
quelque funeste catastrophe. Dans l'une
et dans l'autre c'est l'Amour qui regne ,
qui domine , qui conduit tout , qui donne le mouvement à tout, et il ne s'y montre certainement pas par des endroits
qui le rendent ridicule , méprisable ou
odieux. Au contraire , il y paroît dans un
si beau jour , er avec tant d'agremens,
qu'on a de la peine à se défendre de ses
charmes ; et cependant cet amour tendre
et vehement est une passion des plus pernicieuses : il trouble la raison , il obscurcit les lumieres de l'esprit , et infecte le
cœur par un poison d'autant plus dangereux
242 MERCURE DE FRANCE
reux , qu'il est plus subtil et paroît plus doux.
En vain se défendroit- on sur ce que ces
intrigues sont , à ce que l'on pretend , innocentes , et qu'il ne s'agit que d'un
amour honnête. Comment le supposer
honnête, cet amour si hardi › si peu modeste ? si entreprenant ? Dès qu'il a le
front de se montrer au grand jour , et de
se produire devant tout le monde , avec
toutes les ruses et les artifices d'une intrigue , ne passe- t'il pas les bornes de la retenue et de l'honnêté ? -Il n'y a gueres au
reste de difference entre les démonstrations exterieures d'un amour legitime et
d'un amour déreglé, et ces démonstrations
produisent dans ceux qui en sont témoins
à peu près les mêmes effets , même sensibilité , même desirs , même corruption.
Il faudroit s'aveugler soi-même pour ne
pas voir que cet amour , quelque innocent , quelque honnête qu'on le suppose,
étant representé au vifet au naturel , n'est
propre qu'à exciter des flammes impures:
ces airs passionnés , ces regards tendres et
languissants,ces soupirs et ces larmes feintes,qui en tirent de veritables des yeux des
spectateurs, ces entretiens d'hommes et de
femmes qui se parlent avec tant degraces,
de naïveté,de douceur;ces charmantes Actrices
FEVRIER. 1732. 243
trices, d'un air si libre, aisé , galant , dont
les attraits sont relevez par tant d'ajustemens , et animez par la voix , le geste , la
déclamation ; ces beautez si piquantes, qui
se plaisent à piquer , dont toute l'étude
est d'attirer les yeux et de se faire d'illustres conquêtes ; à quoi tout cela tend- il ?
Chacun le sent , pourquoi le dissimuler ?
Au milieu de ce ravissant prestige qui
fixe les yeux , les oreilles , et charme tous
fes sens , lorsque la passion a penétré ,
pour ainsi dire ,jusqu'à la moële de l'ame;
viennent ces beaux principes de generosité , d'honncur, de probité dont le Théatre se glorifie. Mais c'est trop tard : le
coup mortel est donné , le cœur ne fait
plus que languir , la vertu envain se débat , elle expire , elle n'est déja plus: à quoi
sert l'antidote , quand le poison a operé ?
Aprés cela on a bonne grace de nous
vanter les Tragedies et les Comédies
comme n'étant faites que pourinspirer de
nobles sentimens , pour rendre les vices
ridicules et odieux. Tous ces sentimens
si nobles , si élevez se reduisent à des
saillies d'amour propre , de vanité , à des
mouvemens d'ambition , à des transports
de jalousie , de haine , de vengeance , de
desespoir.
La Comédie jette un ridicule sur certains
244 MERCURE DE FRANCE
tains vices décriez dans le Monde , mais
il y en a de plus subtils , quoique souvent
plus criminels , qui sont trop flateurs et
tropcommuns pour qu'elle ose y toucher.
Elle n'amuse , elle ne divertit , elle ne
plaît , que parce qu'en se jouant des passions des hommes , elle en ménage , elle
eninspiretoujours quelques- unes qui sont
les plus douces et les plus favorites.
Telle est la Morale si vantée du Théa
tre , bien opposée à la pure morale de
Jesus-Christ : celle- ci rabaisse l'homme à
ses propres yeux, le détache de lui-même,
et lui fait trouver sa veritable grandeur
dans la modestie et l'humilité : celle- là ne
produit que des Heros pleins de faste et
de présomption , entêtez de leur prétendu merite , faisant gloire de ne rien souffrir qui les humilie. L'une regle l'inte
rieur autant que l'exterieur : l'autre ne
s'arrête qu'à lavaine parade d'une probité
toute mondaine. A l'Ecole de notre Divin Maître on apprend à pardonner les
injures , à aimer ses ennemis , à étouffer
jusqu'aux ressentimens de vengeange et
d'animosité : au Théatre c'est être un lâche ,un poltron , un faquin que de souffrir une insulte sans en tirer raison ; c'est
en ce faux point d'honneur que consiste
la grandeur d'ame qui regne dans les Pieces
FEVRIER 1732. 245
ces tragiques. La morale de J. C. prêche
par tout la mortification des sens et des passions : elle ne permet pas même de regarder avec complaisance les objets capables
de faire naître des pensées et des désirs criminels. Au Théatre on ne respire-qu'un air
de molesse , de volupté , de sensualité ; on
n'y vient que pour voir et entendre des
personnages de l'un et de l'autre Sexe
tous propres par leurs charmes et leurs
mouvemens artificieux , mais expressifs
à exciter de veritables passions.
Et qu'on ne s'imagine pas qu'il n'y ait
que quelques ames foibles à qui les spectacles puissent causer de si funestes effets.
Le penchant universel qui porte à la volupté , les rend au moins très-dangereux
à toutes sortes de personnes. Il faut être
bien temeraire pour se répondre de ses
forces , en s'exposant à un péril si évident
de succomber et de se perdre. Plusieurs
moins susceptibles ou par vertu ou par
temperament , ne s'appercevront peutêtre pas d'abord de la contagion qui les
gagne. Mais insensiblement le cœur s'affoiblit , la passion s'insinuë ; elle fait sans
qu'on y pense des progrès imperceptibles,
et l'on risque toujours d'en devenir l'esclave. Celui qui aime le péril , dit JesusChrist , périra dans le péril.
C
246 MERCURE DE FRANCE
Il est donc constant que la Comédie,
quelque châtiée, quelque épurée qu'on la
suppose , est à present du moins aussi
mauvaise et aussi pernicieuse , qu'elle l'étoitautrefois. La reforme qu'on en a faite
l'a renduë plus agreable , plus attirante
sans qu'elle en soit devenue effectivement
plus chaste , et moins criminelle. Qu'on
dise tant qu'on voudra qu'elle corrige les
vices des hommes : il est toujours évident
que personne n'en devient meilleur , que
plusieurs s'y pervertissent , que tout ce
qu'il y a de gens déreglez y trouvent dequoi fomenter et nourrir leurs passions et
que la morale du Théatre ne les conver
tira jamais.
Non, la Comédie ne corrige pas les vices, elle ne fait qu'en rire, qu'en badiner, er
son badinage y attire plus qu'il n'en éloigne. Si elle y répand un certain ridicule,
ce ridicule est trop plaisant et trop gra
cieuxpour endonner de l'horreur. Qu'on
fasse valoir les beaux preceptes de morale
qu'elle debite , il n'en sera pas moins vrai
qu'ils n'ont aucune force contre l'esprit
impur et profane qui anime les spectacles,
et quesi l'on yreçoit des leçons de vertu,
on n'en remporte cependant que les impressions du vice.
Le P. le Brun par consequent n'a pas
cu
FEVRIER. 1732. 247
eu tort de dépeindre le Theatre avec ces
couleurs qui ne déplaisent si fort à l'Avocar des Comédiens , que parce qu'elles sont trop naturelles. Cet homme venerable ne meritoit pas qu'on vint troubler ses cendres , décrier ses sçavans Ecrits
et flétrir sa memoire , en le faisant passer
pourun Auteur sansjugement , sans principes , sans raisonnement. Je ne dis pas
qu'il n'ait pû quelquefois se méprendre ,
et quel est l'homme si attentifqui ne s'égare jamais dans un ouvrage d'assez longue haleine ? Mais s'il s'est trompé , ce
n'est sûrement pas dans l'essensiel, et dans
le dessein qu'il a eu de montrer combien
les Spectacles sont dangereux et opposez à
l'esprit du Christianisme.
Comment ose- t'on avancer qu'on se
roit mieux fondé à lui demander une retractation , si la mort ne l'avoit pas mis
àcouvert d'un tel attentat , qu'on ne l'a
été à en exiger une du P. Caffaro ? Que
dire de la hardiesse avec laquelle on suppose, et on decide que les Comédiens ne
meritent plus les foudres de l'Eglise , et
qu'ils sont en droit de faire des remontrances à Messieurs nos Evêques qui font
publier contre eux des Anathêmes? Commesi de tels personnages pouvoient être
Juges dans leur propre cause , et se déCij clareg
243 MERCURE DE FRANCE
T
clarer eux mêmes innocens , lorsque l'Eglise les condamne ; comme s'ils avoient
plus d'équité et de lumieres , que les Prelats les plus respectables , que les plus
pieux et les plus sçavans Theologiens ,
pour decider sur leur état et leur profession. Il suffit de jetter les yeux sur ce qui
se passe au Theatre , pour concevoir , si
lon agit de bonne foi et sans prévention ,
que les Comédiens de nos jours sont
du moins aussi coupables et aussi dignes
de Censures , que ceux des siecles passez,
quoiqu'on avoue qu'ils sont plus polis et
moins impudens.
Que devient à present ce pompeux étalage d'érudition et d'autoritez que l'on
remet sur le tapis après le P. Caffaro ?
Qui pourra s'imaginer que d'habiles Theologiens , que des Saints mêmes très- illustres , ayent regardé comme permis et digne d'approbation, ce qui tend si visiblement à la corruption des mœurs? S'ils l'avoient fait , on ne risqueroit rien de les
desavoüer , n'étant pas le plus grand nom
bre l'esprit et la tradition de l'Eglise leur
étant contraires; mais il est bien plus juste
de croire qu'on les cite à tort , et qu'on ne les entend pas.
S'ils ont approuvé des Comédies, il fal-"
loit qu'elles fussent bien chastes , et bien,
éloignées
FEVRIER. 17320 249
éloignées de l'esprit impur qui anime celles de nosjours; ils entendoient, sans doute , des Spectacles , où il n'y auroit ni intrigues d'amour , ni airs de molesse , ni
rien de capable de flater la sensualité , de
fomenter le déreglement des passions :apparamment comme ces Pieces que l'on représente dans les Colleges pour exercer et
divertir innocemment la jeunesse. Que
nos Comédiens n'en donnent que de semblables , et nous conviendrons qu'étant
ainsi purifiées , elles ne seront plus dignesde censure. Mais ils n'ont garde d'être si
severes , ils ni trouveroient pas leur com.
ptpte. Cet air de reforme ne plairoit pas à
la plupart des spectateurs , le Théatre ne
seroit plus si frequenté , et la Comédie
n'auroit peut- être plus tant d'appuis , ni
tant de ressources .
Il est curieux de la voir se vanter d'ê
tre soutenue par les Puissances , bien teçûë dans les Cours , et entretenue par de
bons appointemens. C'est à peu prèscomme si une femme infidelle faisoit gloire du
prix de ses infidelitez , et qu'elle voulut passer pour innocente , parce qu'on
la souffriroit devant d'honnêtes gens ,
par des raisons de necessité ou de politique.
Dans les Etats les mieux policez , il y
Ciij
250 MERCURE DE FRANCE
a certains abus , certains déreglemens
qu'il seroit trop dangereux de vouloir extirper. On est obligé prudemment de
laisser croître l'yvroye avec le bon grains
et si les Puissances Superieures semblent
influer et fournir en quelque sorte à l'accroissement de cette mauvaise semence
c'est un mystere qu'il faut respecter par
unesage discretion , etnon pas entrepren
dre temerairement de le sonder. Mais les
raisons d'Etat et de politique peuventelles ôter à l'Eglise le droit de condamner
ces abus et ces dereglemens ? Et les coupables,quelques autorisez d'ailleurs qu'ils
se prétendent , auront-ils lieu de se plaindre des menaces ou des justes peines dont
cette charitable Mere n'use à leur égard,
que pour les rappeller de la voye de perdition . Je suis , &c.
A Heurgeville le 29. Janvie 1732
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Résumé : DISSERTATION sur la Comedie, pour servir de réponse à la Lettre, inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au sujet des Discours du Pere LE BRUN, sur la même matiere. Par M. SIMONET, Prieur d'Heurgeville.
M. Simonet, prieur d'Heurgeville, répond à une lettre critique parue dans le Mercure d'août 1731, qui contestait les discours du Père Le Brun sur la comédie. Simonet défend la modération et la justesse de son compte rendu des ouvrages, y compris ceux du Père Le Brun. Il critique le nouveau défenseur du théâtre, qui s'étonne des éloges accordés aux discours du Père Le Brun et les censure avec hauteur, soutenant une cause déjà perdue selon les personnes équitables. Simonet souligne que les principes objectés, bien que faibles, peuvent séduire par leur apparence et leur capacité à flatter l'imagination. Il rappelle que le théâtre, bien qu'il plaise, est pernicieux pour les mœurs et l'innocence. Il cite l'exemple de M. de Harlay, qui avait obligé le Père Caffaro à se rétracter pour un écrit similaire. Simonet souhaite que le défenseur du théâtre reconnaisse la dangerosité du théâtre, mais il doute que cela se produise. Le texte examine ensuite la contradiction apparente du Mercure, qui analyse favorablement les pièces de théâtre tout en louant les discours du Père Le Brun qui les condamnent. Simonet explique que le théâtre peut être apprécié pour son esprit tout en étant condamné pour ses effets pernicieux sur les mœurs. Il souligne que le Mercure, en louant les discours du Père Le Brun, met en garde contre les dangers du théâtre. Simonet soutient que la comédie, depuis Molière, est aussi mauvaise et dangereuse pour les mœurs qu'elle l'était auparavant. Il décrit comment le théâtre moderne, avec son langage poli et ses apparences trompeuses, séduit plus sûrement en cachant le vice sous des dehors engageants. Il conclut que le théâtre reste une école de l'impureté, enseignant l'art d'aimer de manière délicate et dangereuse, et glorifiant l'amour profane. Le texte critique sévèrement le théâtre, en particulier la comédie, en raison de son impact moral. Les représentations théâtrales, malgré leur apparence innocente, excitent des passions impures. Les acteurs, par leurs regards tendres, leurs soupirs et leurs larmes feintes, ainsi que leurs entretiens gracieux, attirent les spectateurs et les incitent à des désirs criminels. La morale du théâtre est jugée opposée à celle de Jésus-Christ, qui prône l'humilité et la modestie, tandis que le théâtre produit des héros présomptueux et vaniteux. Le théâtre est accusé de ne pas corriger les vices mais de les rendre plaisants et attractifs. Le Père Le Brun est défendu contre les critiques, car il a correctement dénoncé les dangers des spectacles. Le texte conclut que les comédiens modernes sont aussi coupables que ceux des siècles passés, malgré leur apparente politesse. Il critique également les puissances qui soutiennent le théâtre pour des raisons politiques, tout en reconnaissant que l'Église a le droit de condamner ces abus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 347-350
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Nimes le 24. Decembre 1731. au sujet de quelques Comédies joüées dans cette Ville.
Début :
Les Officiers du Régiment du Maine Infanterie, dont un Bataillon [...]
Mots clefs :
Comédie, Officiers, Représentations, Public
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Nimes le 24. Decembre 1731. au sujet de quelques Comédies joüées dans cette Ville.
SPECTACLES.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Nimes le 24 Decembre 1731. au sujet
de quelques Comédies jouées dans cette
Ville.
Es Officiers du Régiment du Maine
LEDInfanterie , dont un Bataillon est en
Garnison dans cette Ville , résolurent ,
pour divertir nos Dames , de leur donner la Comédie une fois la Semaine; ils
engagerent quelques jeunes gens de cette
Ville à seconder leur projet , et ainsi , secourus de notre plus brillante Jeunesse
ils se mirent en état de commencer ce
Divertissement.
Ils débuterent par la Comédie du Foiseur,
de M. Regnard , suivie de celle du Retour
imprévu , du même Auteur. Ces deux
Pieces furent jouées si parfaitement, qu'el-
-les attirerent à ces Mrs les justes applaudissemens qu'ils méritoient , et exciterent
si fort l'empressement du Public , qu'on
fut obligé de mettre une Garde considerable à la Porte , pour éloigner ceux qui
ne pouvant avoir des Billets d'entrée , tâGiiij choient
348 MERCURE DE FRANCE
choient de se glisser par force ou par
adresse. Ces Officiers se chargerent de
tous les frais du Spectacle , et ils n'épargnerent rien pour le rendre magnifique ,
Décorations , Illuminations, Symphonie,
tout répondoit au Jeu des Acteurs. Ils
distribuoient ordinairement cinq ou six
cent Billets , et ils étoient obligez d'en
refuser plus qu'ils n'en donnoient , le bon
ordre ne leur permettant pas d'en distribuer plus que la Sale de la Comédie
ne pouvoit contenir de monde. Jamais
Comédie n'a mieux mérité d'attirer les
Spectateurs. Je puis assurer hardiment
qu'il y a bien de ces Mrs qui seroient distingués au Théatre de Paris.
Ils nous donnerent ensuite des Représentations du Tartufe , du Medecin malgré
lui , de l'Avocat Patelin , du Légataire ,
du François à Londres , des Folies amoureuses , de Phedre , et Hypolite , &c. et
toutes ces Pieces furent jouées aussi parfaitement que la prémiere. Je ne vous
nommerai pas ceux qui se distinguerent
le plus , parce qu'il n'y en avoit point
qui ne remplît parfaitement son Rôle et
il faudroit les nommer tous. Ce qu'il y
a de plus surprenant , c'est que quoique
les Rôles de femmes fussent jouez par des
hommes, ceux qui les représentoient ,
imitoient
FEVRIER: 1732. 349
imitoient si bien le geste et le maintien
des femmes , qu'on ne pouvoit raisonnablement soupçonner que ce ne fussent pas de veritables Actrices.
Sous le nom des Officiers de la Garnison et de la Jeunesse de notre Ville ,
je ne dois point confondre un jeune
Gentilhomme d'Arles , qui s'étan trouvé
ici par hazard , fut prié de jouer quelques Rôles dans ces Comédies ; if ne
faut pas se faire honneur de ce qui ne
nous appartient pas. Ce jeune homme se
chargea du Rôle de Dorine dans la Comédie de Tartufe et de plusieurs autres
de ce caractere , qu'il joia avec tant de
grace , d'intelligence et de gout , que les
plus difficiles connoisseurs avouerent
qu'il n'y avoit que le Théatre de Paris
où l'on pût trouver une aussi bonne Actrice. Comme il étoit peu connu dans
cette Ville , il fut aisément pris pour une
femme ; il y eut même un Marchand de
la Ville à qui l'on eut beau assurer que
ce n'en étoit point une , il dit toujours
que cela ne pouvoit être , qu'on se mocquoit de lui , et s'obstina à parier , &c.
C'est cet admirable Acteur ou Actrice ,
( comme il vous plaira de l'appeller, ) qui
engagea la noble Troupe à représenter la
Tragédie de Phédre et Hypolite , dans
Gv laquelle
350 MERCURE DE FRANCE
laquelle il joua le Rôle de Phédre. Quelques applaudissemens qu'il eût déja reçûs
dans la Comédie , ceux qu'il mérita dans
ce nouveau genre , furent encore plus
vifs et plus universels , de sorte que le
Public n'a trouvé que bien peu d'exageration dans les Vers suivans , envoyez રે
cet Acteur , et ausquels il fit la réponse
que je joins au Compliment.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Nimes le 24 Decembre 1731. au sujet
de quelques Comédies jouées dans cette
Ville.
Es Officiers du Régiment du Maine
LEDInfanterie , dont un Bataillon est en
Garnison dans cette Ville , résolurent ,
pour divertir nos Dames , de leur donner la Comédie une fois la Semaine; ils
engagerent quelques jeunes gens de cette
Ville à seconder leur projet , et ainsi , secourus de notre plus brillante Jeunesse
ils se mirent en état de commencer ce
Divertissement.
Ils débuterent par la Comédie du Foiseur,
de M. Regnard , suivie de celle du Retour
imprévu , du même Auteur. Ces deux
Pieces furent jouées si parfaitement, qu'el-
-les attirerent à ces Mrs les justes applaudissemens qu'ils méritoient , et exciterent
si fort l'empressement du Public , qu'on
fut obligé de mettre une Garde considerable à la Porte , pour éloigner ceux qui
ne pouvant avoir des Billets d'entrée , tâGiiij choient
348 MERCURE DE FRANCE
choient de se glisser par force ou par
adresse. Ces Officiers se chargerent de
tous les frais du Spectacle , et ils n'épargnerent rien pour le rendre magnifique ,
Décorations , Illuminations, Symphonie,
tout répondoit au Jeu des Acteurs. Ils
distribuoient ordinairement cinq ou six
cent Billets , et ils étoient obligez d'en
refuser plus qu'ils n'en donnoient , le bon
ordre ne leur permettant pas d'en distribuer plus que la Sale de la Comédie
ne pouvoit contenir de monde. Jamais
Comédie n'a mieux mérité d'attirer les
Spectateurs. Je puis assurer hardiment
qu'il y a bien de ces Mrs qui seroient distingués au Théatre de Paris.
Ils nous donnerent ensuite des Représentations du Tartufe , du Medecin malgré
lui , de l'Avocat Patelin , du Légataire ,
du François à Londres , des Folies amoureuses , de Phedre , et Hypolite , &c. et
toutes ces Pieces furent jouées aussi parfaitement que la prémiere. Je ne vous
nommerai pas ceux qui se distinguerent
le plus , parce qu'il n'y en avoit point
qui ne remplît parfaitement son Rôle et
il faudroit les nommer tous. Ce qu'il y
a de plus surprenant , c'est que quoique
les Rôles de femmes fussent jouez par des
hommes, ceux qui les représentoient ,
imitoient
FEVRIER: 1732. 349
imitoient si bien le geste et le maintien
des femmes , qu'on ne pouvoit raisonnablement soupçonner que ce ne fussent pas de veritables Actrices.
Sous le nom des Officiers de la Garnison et de la Jeunesse de notre Ville ,
je ne dois point confondre un jeune
Gentilhomme d'Arles , qui s'étan trouvé
ici par hazard , fut prié de jouer quelques Rôles dans ces Comédies ; if ne
faut pas se faire honneur de ce qui ne
nous appartient pas. Ce jeune homme se
chargea du Rôle de Dorine dans la Comédie de Tartufe et de plusieurs autres
de ce caractere , qu'il joia avec tant de
grace , d'intelligence et de gout , que les
plus difficiles connoisseurs avouerent
qu'il n'y avoit que le Théatre de Paris
où l'on pût trouver une aussi bonne Actrice. Comme il étoit peu connu dans
cette Ville , il fut aisément pris pour une
femme ; il y eut même un Marchand de
la Ville à qui l'on eut beau assurer que
ce n'en étoit point une , il dit toujours
que cela ne pouvoit être , qu'on se mocquoit de lui , et s'obstina à parier , &c.
C'est cet admirable Acteur ou Actrice ,
( comme il vous plaira de l'appeller, ) qui
engagea la noble Troupe à représenter la
Tragédie de Phédre et Hypolite , dans
Gv laquelle
350 MERCURE DE FRANCE
laquelle il joua le Rôle de Phédre. Quelques applaudissemens qu'il eût déja reçûs
dans la Comédie , ceux qu'il mérita dans
ce nouveau genre , furent encore plus
vifs et plus universels , de sorte que le
Public n'a trouvé que bien peu d'exageration dans les Vers suivans , envoyez રે
cet Acteur , et ausquels il fit la réponse
que je joins au Compliment.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Nimes le 24. Decembre 1731. au sujet de quelques Comédies joüées dans cette Ville.
En décembre 1731, à Nîmes, les officiers du Régiment du Maine d'Infanterie organisèrent des représentations théâtrales hebdomadaires pour divertir les dames de la ville. Ils formèrent une troupe avec des jeunes gens locaux. Les premières pièces jouées furent 'Le Foiseur' et 'Le Retour imprévu' de Jean-François Regnard, qui furent très bien accueillies. La demande fut si grande qu'une garde fut nécessaire pour gérer l'afflux de spectateurs. Les officiers prirent en charge tous les frais, assurant des décorations, des illuminations et une symphonie de qualité. Ils distribuaient environ cinq ou six cents billets, mais en refusaient autant en raison des limites de la salle. Les représentations suivantes inclurent 'Le Tartufe', 'Le Médecin malgré lui', 'L'Avocat Patelin', 'Le Légataire', 'Le François à Londres', 'Les Folies amoureuses', 'Phèdre' et 'Hippolyte'. Un jeune gentilhomme d'Arles interpréta plusieurs rôles, notamment celui de Dorine dans 'Le Tartufe', et fut acclamé pour sa performance. Il encouragea également la troupe à jouer 'Phèdre et Hippolyte', où il interpréta le rôle de Phèdre, recevant des applaudissements universels.
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44
p. 355-371
Le Glorieux, Comédie. Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens François ont donné avec grand succès, 22 Représentations [...]
Mots clefs :
Glorieux, Représentations, Comédie, Parterre, Scènes, Auteur, Lisimon, Pasquin, Mariage, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Glorieux, Comédie. Extrait, [titre d'après la table]
Les Comédiens François ont donné
avecgrand succès , 22 Représentations du
Glorieux , Comédie en cinq Actes , en
Vers , de M. Destouches , depuis le 18 du
mois dernier , jusqu'à la fin de celui ci.
Jamais le Parterre n'a paru plus équitable; les beautez dont cette Comédie est
remplie , forcerent l'envie au silence ,
ou plutôt aux applaudissemens. Les deffauts que la critique la plus sévere a
cru y remarquer, sont balancez par de si
grands coups de Maître , qu'ils n'y sont
que comme des ombres au Tableau ; on
en jugera par cet Extrait.
Dans les premieres Scenes , l'Auteur
ne s'attache qu'à nous instruire de ce qui
est nécessaire pour l'intelligence. Lapremiere est entre une Suivante et un Valet.
Celle là sous le nom de Lisette , appartient à Isabelle , fille d'un riche Bourgeois,
et
356 MERCURE DE FRANCE.
et celui- ci , sous le nom de Pasquin , sert
le Comte de Tufiere , sur qui roule le caractere dominant de la Piece ; c'est- à-dire,
du Glorieux . Le panchant que Lisette a remarqué dans le cœur de sa Maîtresse, ou
plutôt son amie , en faveur du Comte de
Tufiere , l'authorise à sçavoir , s'il est digne de son amour et de son Hymen. Pasquin ne lui en fait pas un portrait trop
avantageux et ne dissimule point son vice
prédominant , qui est la vaine gloire.
L'Auteur a pris soin de couper cette
exposition , par une action qui met dans
un nouveau jour , ce que Pasquin ne fait
que réciter. Un Domestique du Glorieux,
appellé Lafleur , vient demander son
congé à Pasquin , comme Factoton de son
Maître ; cette demande est fondée sur
la deffense qu'on lui fait de parler, dans
laquelle il trouve un mépris , dont il ne
sçauroit s'accommoder ; il ajoûte qu'il aimeroit mieux une parole qu'une pistole
de la part d'un Maître. Cette Scene est
suivie d'une autre qui caracterise la prétendue soubrette. Lisimon , Pere de sa
Maîtresse , l'aime ; il lui fait des propo
sitions avantageuses , qui ne servent qu'à
faire connoître la vertu de celle qui les
rejette. Comme Lisimon la presse un peu
trop vivement , son Fils vient arrêter ses
trans
FEVRIER. 1732. 357
transports amoureux , sous un prétexte
de tendresse filiale , comme s'il prenoit
son amour pour une fiévre qui vient de
lui enflammer le sang ; le Pere amoureux
se retire tres mécontent de son Fils. A
peine est-il sorti , que ce Fils , Rival de
son Pere , parle d'amour à la fausse soubrette , elle lui déclare d'un ton ferme
qu'elle ne veut donner son cœur que par- devant Notaire.
>
Un vieillard , qui s'appelle Lycandre,
vient interrompre cette conversation ; le
jeune Amant se retire ; cette derniere Scene reveille l'attention des Spectateurs ; le
vieillard qui vient d'atriyer et que Lisette
connoît et honore , après avoir sondé son
cœur , lui déclare qu'elle est sortie d'un
Sang à pouvoir prétendre et même faire
honneur à la famille de Lisimon , par son
alliance ; il lui promet de lui en apprendre davantage incessamment; il s'informe
du caractere du Comte de Tufiere , et apprend avec un regret mortel , qu'il s'est
entierement livré à la vaine gloire.
Au second Acte , Lisette n'ose croire
ce que Lycandre vient de lui reveler , et
prend pour un beau songe l'illustre origine dont on l'a fait sortir ; elle ne peut
cependant en faire un mystere à son cher
Amant. C'est Valere,fils de Lisimon.ValeIC
358 MERCURE DE FRANCE
re est beaucoup plus crédule que sa Maî
tresse ; elle lui ordonne le secret , mais il
a beau le lui promettre,à peine apperçoitil sa sœur Isabelle , qu'il court à elle pour
le lui apprendre. Lisette lui impose silence ; il n'obéit qu'avec peine , et dità sa
sœur de ne traiter désormais Lisette qu'avec respect.
Isabelle ne sçait que comprendre du
respect que son Frere exige d'elle pour
une Suivante, cela lui fait soupçonner que
son Frere veut l'épouser en secret ; Lisette
ne lui revele rien , Isabelle lui avoue qu'elle
ne haït pas le Comte de Tufiere , malgré
le deffaut de vaine gloire qui devroit le
rendre indigne de lui plaire.
Philinte , amoureux d'Isabelle , vient
lui parler de son amour , mais il est si timide qu'il n'ose exprimer ses sentimens ;
Isabelle et Lisette le raillent tour à tour ,
elles le quittent enfin ; il fait connoître
son caractere de timidité qu'il ne sçauroit
vaincre. Un Laquais le prenant pour le
Comte de Tufiere lui apporte une Lettre
qu'il renvoye à son addresse ; Pasquin ,
Valet du Comte de Tufiete , et singe de
sa vaine gloire , reçoit cette Lettre avec
hauteur.
#
Le Comtede Tufiereparoît pour la premiere fois sur la Scene avec un grand
Cor-
FEVRIER 17320 359
Cortege; Pasquin lui parle de la Lettre
qu'on vient de remettre entre ses mains.
Son Maître lui dit qu'elle vient sans doute du petit Duc , ou de la Princesse, &c.
mais Pasquin lui ayant fait entendre que
c'est un Laquais assez mal vétu qui l'a apportée ; il ordonne , avec dédain , qu'on
Ja lise et qu'on lui en rende compre. Nous
omettons plusieurs particularitez , parce
qu'elles tiennent plutôt au caractere qu'à J'action Théatrale. Le Glorieux se fait lire
enfin la Lettre dont Pasquin lui a parlé ;
elle est pleine d'invectives contre son ridicule orgueil ; il n'en peut reconnoître let
caractere ; celui qui l'a écrite , lui déclare
qu'il aemprunté unemain étrangere, Cette
Lettre produira son effet dans le quatriéme Acte.
Lisimon vient , et par sa franchise et sa
familiarité bourgeoise il découvre la fierté
de son gendre futur ; il rabat de temps
en temps ses airs évaporez , et le force à
s'aller mettre à table en l'embrassant amicalement et en l'entraînant malgré lui.
Le Glorieux ouvre la Scene du troisiéme Acte avec Pasquin , à qui il dit , que
son beaupere futur est enchanté de lui
et qu'il le conduira insensiblement jusqu'au respect qu'il lui doit ; il ajoute que
son mariage avec Isabelle est arrêté.
Isa-
366 MERCURE DE FRANCE
Isabelle vient , suivie de Lisette ; elle
fait entendre au Glorieux , que quoique
son pere ait conclu le mariage , elle veut
connoître un peu mieux l'Epoux qui lui
est destiné ; Lisette veut appuyer ce que
Sa Maîtresse vient de dire ; le Glorieux ne
daigne pas lui répondre et la regarde même avec mépris ; il demande ironiquement à Isabelle , si elle ne s'explique jámais que par interprete.
Valere vient s'informer du mariage
qu'il vient d'apprendre ; le Glorieux lui
répond avec un orgueil qui l'oblige à lui
dire que l'Hymen projetté , n'est pas encore tout-à- fait arrêté , attendu que sa
Mere, bien loin d'y consentir , destine sa
Fille à Philinte ; au nom d'un tel Rival ,
le Glorieux redouble de fierté et de mépris; il prie Valere de dire à cet indigne
concurrent que s'il met le pied chez Isabelle , ils pourroient se voir de près. Valere lui promet de s'acquitter de la commission qu'il lui donne , et se retire.
Isabelle outrée de la hauteur avec laquelle le Comte de Tufiere vient de parler à son Frere, lui fait de vifs reproches
sur ce deffaut dominant ; elle charge Lisette d'achever la leçon , et le quitte.
Lisette remplit dignement la place que
sa Maîtresse lui laisse ; le Comte en est si
étonné
FEVRIER. 1732, 36r
étonné , qu'il n'a pas la force de repliquer un mot. Lisette le quitte,
Philinte , à qui Valere vient d'appren
dre le parfait mépris que le Glorieux a
fait éclater à son sujet , vient respectueu,
sement lui en demander raison ; cette
Scene est des plus originales. Le Glorieux
accepte le défi , ou plutôt la priere que
son humble Riyal lui fait de lui faire
l'honneur de se couper la gorge avec lui.
Ils mettent tous deux l'épée à la main.Lisimon accourt au bruit des Epées. Philinte lui dit que le respect le désarme et remet
son épée dans le fourreau, Lisimon reçoit
tres-mal sa politesse , et lui deffend de revenir chez lui, Philinte se retire après
avoir dit au Glorieux qu'il espere qu'il lu‡
fera l'honneur de lui rendre sa visite , et
qu'il tâchera de le bien recevoir.
Le Comte de Tufiere dit de nouvelles
impertinences à son futur Beaupere et le
quitte.
Lisimon choqué de tant d'orgueil, est
tenté de rompre le matiage ; mais la réfléxion qu'il fait , sur l'avantage que sa
femme tireroit de cette rupture , le confirme dans sa premiere résolution.
Le 4 Acte est sans contredit le plus interessant , le plus varié de la Piece , et qui
en a le plus assuré le succès. Il commence
par
362 MERCURE DE FRANCE par une Scene's
sur laquelle
nous ne nous
arrêterons
pas. La seconde
, ne contient
qu'un sage reproche
que Lisette
fait à Va
lere d'avoir
causé une querelle
entre le
Comte
et Philinte
. Valere voyant
approcher le même vieillard
, qui a interrompu sa premiere
conversation
avec sa chere
Lisette
, se retire , non sans marquer
du
dépit.
Lycandre surpris de retrouver Lisette
en tête à tête avec Valere , lui demande
si elle n'a pas quelque engagement de
cœur avec lui. Lisette rougit à cette demande. Elle avouë enfin non- seulement
que Valere l'aime , mais qu'elle le préfereroit à tout autre Amant si leurs conditions étoient égales. Lycandre lui confirmela promesse qu'il lui a déja faite de
lui apprendre son sort. Il commence par
lui apprendre ce qui a causé le malheur
de son pere; il en prend la source dans
l'orgueil de sa mere , qui par un affront
insigne qu'elle fit à une Dame, obligea les
deux maris à se battre ; il ajoute que son
Pere ayant tué son adversaire en brave
homme , fut calomnieusement accusé de
l'avoir assassiné, ce qui l'obligea à chercher un azyle en Angleterre , il ajoûte
que son pere touche à la fin de ses mal-'
heurs et que son innocence ya triom-
,
ther
}
FEVRIER 1732. 363
pher ; elle demande avec atendrissement,
où est ce cher et malheureux pere ; la reconnoissance est filée avec un art infini ;
Lycandre se découvre enfin pour son Pere;
la fausse Lisette se jette à ses pieds. Il luf
apprend que le Comte de Tufiere est son
Frere,et lui témoigne l'extrême regret qu'il
a d'apprendre qu'il n'a pas moins d'orgueil
que sa mère ; il se promet de le corriger et ordonne à sa Fille de rentrer et sur
tout de garder le silence sur le secret
qu'il vient de lui confier.
Lycandre demande à Pasquin s'il ne
pourroit point parler au Comte de Tufiere. Pasquin le voyant, en si mauvais
équipage , lui dit d'un air méprisant, qu'il
est en affaire et qu'il ne sçauroit le voir.-
Lycandre prend un ton de voix à faire.
rentrer Pasquin en lui même ; il convient
qu'il n'est qu'un sot et que l'exemple d'un
Maître orgueilleux l'a gâté. Lycandre lui
sçait bon gré de ce retour ; il lui dit d'aller dire à son Maître que celui qui le demande est le même qui lui a écrit tantôt
une Lettre. Pasquin lui répond , que le
porteur en a déja été payé , et qu'il ne lui
conseille pas de se montrer à ses yeux ,
après lui avoir écrit des véritez si dures à
digerer: Ne crains rien , lui répond le
Vieillard , tu le verras tres-pacifique er tres-
364 MERCURE DE FRANCE
tres modeste devant moi. Pasquin va
chercher son Maître, en disant qu'il s'en
lave les mains.
Lycandre en attendant son fils forme
quelques esperances d'amandement ; elles.
sont fondées sur le changement qu'il
vienr de remarquer dans son valet.
Le Glorieux vient enflammé de colere,
mais reconnoissant son pere en celui qu'il
vient chercher comme ennemi, il demeu
re interdit , au grand étonnement de Pasquin qui le trouve comme pétrifié ; il fait
sortir Pasquin , quoique Lycandre veuille
qu'il demeure , pour être témoin d'une
Scene si nouvelle à ses yeux.
Le Pere fait de sanglans reproches à son
Fils , qui s'excuse assez mal ; il lui deman
de , d'où vient qu'il fait sortir son Valet.
Voulez-vous , lui répond son Fils , que je
vous expose à quelque mépris. Non , ce
n'est point là ce que vous appréhendez ,
lui dit son pere ;
Vous craignez bien plutôt d'exposer ma misere,
>
Le Glorieux , voyant que son Pere exige de lui , s'il veut obtenir son pardon
qu'il vienne à l'instant le presenter dans
l'état où il est à Lisimon et à sa Fille , se
jette à ses pieds pour l'en détourner ; c'est
dans cette situation que son Pere lui dit
les
FEVRIER. 17320 365
les deux beaux Vers , que tout le monde
sçait par cœur , que nous rapporterons
plus bas.
Lisimon survient : il dit au Glorieux
que sa femme consent enfin à l'accepter
pour gendre ; que c'est à lui à faire quelques démarches et à lui rendre ses devoirs ; ce mot de devoir étonne le Glorieux ; son Pere lui fait une sage remontrance sur sa fierté hors de saison. Lisimon-surpris,lui demande qui est ce vieillard qui lui paroît si verd , il lui repond
tout bas , que c'est son Intendant : Lisimon demande au prétendu Intendant à
quoi peuvent monter les revenus duComte , &c. Le vieillard se retire , en disant
tout bas à son Fils, qu'il ne sçauroit mentir ; il dit pourtant à Lisimon qu'il n'a
qu'à conclure le mariage , et que bien- tôt iis seront tous contens.
Lisimon choqué de quelques nouveaux
airs de hauteur que le Glorieux prend en
core avec lui , le quitte en colere, en lui
disant de garder sa grandeur. Le Glorieux se détermine à faire tout ce qu'on
exige de lui , en disant , que sa mauvaise
fortune le réduit à fléchir devant l'Idole.
Valere se reproche devant Lisette , au
ve Acte , l'infidelité qu'elle l'a contraint
de faire à son ami Philinte , en parlant à
H sa
366 MERCURE DE FRANCE,
sa mere, en faveur du Comte de Tufiere,
Isabelle paroît encore incertaine sur le
consentement qu'on lui demande pour
'Hymen arrêté. Lisimon vient annoncer
que sa femme , devenue enfin plus traitable , a promis de signer le Contrat , il se
met en colere contre sa fille qui paroît
encore balancer.
Le Notaire vient , on dresse le Contrat , les noms et qualitez que le Comte de Tufiere se donne , achevent de remplir son caractere.
Lycandre , ou le Marquis de Tufiere ,
arrivé augrand regret de son Fils qui vouloit achever l'Hymen sans lui ; sa presence le rend confus , son pere s'en offense ;
et pour achever de le confondre , il le
menace de sa malediction , s'il ne tombe
à ses genoux; son Fils se jette à ses pieds,
il implore sa clemence, et abjure pour jamais son orgueil . Son Pere le voyant corrigé , lui apprend que le Roy vient de le
remettre dans la jouissance de tous ses
biens, après avoir connu son innocence et
puni l'imposture de ses accusateurs, La
Picce finit par un double Hymen ; Lisette
devient constante ; elle est reconnuë pour
Demoiselle. Le Comte de Tufiere proteste
Isabelle qu'il fera desormais toute sa
gloire de l'aimer et de meriter son cœur
ep sa main.
Mais
FEVRIER. 1732. 367
Mais pourmettre le Lecteur plus en état
de juger du mérite et de la Versification
de cette Piece , donnons quelques mor
ceaux qui en fassent connoître les divers
caracteres et l'é égance du stile dont elle
est écrite. Voici le Portrait que Pasquin
fait de son Maître , dans la 4 Scene du
premier Acte.
Sa politique
Est d'être toujours grave avec un domestique;
S'il lui disoit un mot , il croiroit s'abbaisser ,
Et qu'un Valet lui parle , il se fera chasser.
Enfin pour ébaucher en deux mots sa peinture ;
C'est l'homme le plus vain qu'ait produit la na- ture ,
Pour ses inférieurs , plein d'un mépris cho-
< quant ,
Avec ses égaux même , il prend l'air important
Si fier de ses ayeux , si fier de sa noblesse ,
Qu'il croit être icy-bas le seul de son espece.
Persuadé d'ailleurs de son habileté ,
Et décidant sur tout avec autorité ;
Se croyant en tout genre , un mérite suprême ,
Dédaignant tout le monde , et s'admirant lui- même;
En un mot , des mortels le plus impérieux ,
Et le plus suffisant et le plus glorieux.
Hij Zr
368 MERCURE DE FRANCE
LYSETT E.
Ab! que nous allons rire.
PASQUIN
LYSETTE.
Et de quoi donc
Son fasté ,
Ja fierté , ses hauteurs font un parfait contraste
Avec les qualitez de son humble rival ,
Qui n'oseroit parler de peur de parler mal ;
Qui par timidité , rougit comme une fille
Et qui, quoique fort riche et de noblefamille ,
Toujours rampant , craintif, et toujours con- certé ,
Prodigue les excès de sa civilité ,
Pour les moindres Valets , rempli de déférences
Et ne parlant jamais que par ses révérences.
Lycandre ferme le premier Acte, en di
sant à Lisette.
Jusqu'au revoir. Songez qu'une naissance illustre ,
Des sentimens du cœur reçoit son plus beau lus tre.
Pour les faire éclater , il est de sûrs moyens;
Et si le sort cruel vous a ravi vos biens ,
D'un plus rare trésor , enviant le partage ,
Soyez riche en vertus , c'est- là votre appad
page,
FEVRIER. 1732. 369
A la quatrième Scene du troisiéme Acte , Isabelle fait adroitement le portrait
du Comte à lui même , et n'oublie rien.
en même-temps pour lui persuader que la
modestie est toujours la marque du vrai
mérite.
LE COMT E.
De grace , à quel propos cette distinction ?
ISABELLE.
Je vous laisse le soin de l'application ,
Et de la modestie embrassant la défence ,
Je soutiens que par elle on voit la différence
Du mérite apparent , au mérite parfait ;
L'un veut toujours briller , l'autre brille en effet ,
Sans jamais y prétendre , et sans même le croire ;
L'un est superbe et vain , l'autre n'a point de
gloire ;
Le faux aime le bruit , le vrai craint d'éclater
L'un aspire aux egards , l'autre à les mériter ,
Je dirai plus. Les gens nez d'un sang respectable
Doivent se distinguer par un esprit affable ,
Liant , doux , complaisant , au lieu que la fierté ,
Est l'ordinaire effet d'un éclat emprunté.
La hauteur est par tout odieuse , importune ,
Avec la politesse , un homme de fortune.
Est mille fois plus grand , qu'un Grand toujours
gourmé,
Hiij D'un
370 MERCURE DE FRANCE
D'un limon précieux , se présumant formě.
Traitant avec dédain , et même avec rudesse
Tout ce qui lui paroît d'une moins noble espece
Croyant que l'on est tout , quand on est de son sang ,
Et croyant qu'on n'est rien , au dessous de son
rang.
Dans la Scene suivante , Lysette dit au
Comte :
Le discours d'Isabelle étoit votre portrait ,
Et son discernement vous a peint trait pour
trait.
Dût la gloire en souffrir , je ne sçaurois me taire.
Je ne vous dirai point , changez de caractére ,
Car ou n'en changé point , je ne le sçais que
trop.
Chassez le naturel , il revient au galop ;
Mais du moins , je vous dis , &c.
Lycandre parlant de Listmon , au quatriéme Acte , Scene 7.
On me l'a peint tout autre , et j'ai peine à vous croire ,
Tout ce discours ne tend qu'à cacher votre
gloire ;
Mais pour moi qui ne suis ni superbe , ni vain
Je prétends me montrer , et j'irai mon chemin .
Le
FEVRIER. 1732 378
Le Comte , l'empêchant de sortir.
Differez quelques jours ; la faveur n'est pas
grande ,
Je me jette à vos pieds , et je vous la demande.
.
LTCANDRE.
J'entends , la Vanité me déclare à genoux
Qu'un Pere infortuné n'est pas digne de vous.
Oui, oui , j'ai tout perdu par l'orgueil de ra
mere ,
Et tu n'as hérité de son caractere. que
Le Comte finit la Piece par ces six Vers.
Non, je n'aspire plus qu'à triompher de moy,
Du respect , de l'amour , je veux suivre la Loy.
Ils m'ont ouvert les yeux ; qu'ils m'aident à in vaincre ,
Il faut se faire aimer , on vient de m'en convaincre :
Et je sens que la gloire et la présomption
N'attirent que la haine et l'indignation
avecgrand succès , 22 Représentations du
Glorieux , Comédie en cinq Actes , en
Vers , de M. Destouches , depuis le 18 du
mois dernier , jusqu'à la fin de celui ci.
Jamais le Parterre n'a paru plus équitable; les beautez dont cette Comédie est
remplie , forcerent l'envie au silence ,
ou plutôt aux applaudissemens. Les deffauts que la critique la plus sévere a
cru y remarquer, sont balancez par de si
grands coups de Maître , qu'ils n'y sont
que comme des ombres au Tableau ; on
en jugera par cet Extrait.
Dans les premieres Scenes , l'Auteur
ne s'attache qu'à nous instruire de ce qui
est nécessaire pour l'intelligence. Lapremiere est entre une Suivante et un Valet.
Celle là sous le nom de Lisette , appartient à Isabelle , fille d'un riche Bourgeois,
et
356 MERCURE DE FRANCE.
et celui- ci , sous le nom de Pasquin , sert
le Comte de Tufiere , sur qui roule le caractere dominant de la Piece ; c'est- à-dire,
du Glorieux . Le panchant que Lisette a remarqué dans le cœur de sa Maîtresse, ou
plutôt son amie , en faveur du Comte de
Tufiere , l'authorise à sçavoir , s'il est digne de son amour et de son Hymen. Pasquin ne lui en fait pas un portrait trop
avantageux et ne dissimule point son vice
prédominant , qui est la vaine gloire.
L'Auteur a pris soin de couper cette
exposition , par une action qui met dans
un nouveau jour , ce que Pasquin ne fait
que réciter. Un Domestique du Glorieux,
appellé Lafleur , vient demander son
congé à Pasquin , comme Factoton de son
Maître ; cette demande est fondée sur
la deffense qu'on lui fait de parler, dans
laquelle il trouve un mépris , dont il ne
sçauroit s'accommoder ; il ajoûte qu'il aimeroit mieux une parole qu'une pistole
de la part d'un Maître. Cette Scene est
suivie d'une autre qui caracterise la prétendue soubrette. Lisimon , Pere de sa
Maîtresse , l'aime ; il lui fait des propo
sitions avantageuses , qui ne servent qu'à
faire connoître la vertu de celle qui les
rejette. Comme Lisimon la presse un peu
trop vivement , son Fils vient arrêter ses
trans
FEVRIER. 1732. 357
transports amoureux , sous un prétexte
de tendresse filiale , comme s'il prenoit
son amour pour une fiévre qui vient de
lui enflammer le sang ; le Pere amoureux
se retire tres mécontent de son Fils. A
peine est-il sorti , que ce Fils , Rival de
son Pere , parle d'amour à la fausse soubrette , elle lui déclare d'un ton ferme
qu'elle ne veut donner son cœur que par- devant Notaire.
>
Un vieillard , qui s'appelle Lycandre,
vient interrompre cette conversation ; le
jeune Amant se retire ; cette derniere Scene reveille l'attention des Spectateurs ; le
vieillard qui vient d'atriyer et que Lisette
connoît et honore , après avoir sondé son
cœur , lui déclare qu'elle est sortie d'un
Sang à pouvoir prétendre et même faire
honneur à la famille de Lisimon , par son
alliance ; il lui promet de lui en apprendre davantage incessamment; il s'informe
du caractere du Comte de Tufiere , et apprend avec un regret mortel , qu'il s'est
entierement livré à la vaine gloire.
Au second Acte , Lisette n'ose croire
ce que Lycandre vient de lui reveler , et
prend pour un beau songe l'illustre origine dont on l'a fait sortir ; elle ne peut
cependant en faire un mystere à son cher
Amant. C'est Valere,fils de Lisimon.ValeIC
358 MERCURE DE FRANCE
re est beaucoup plus crédule que sa Maî
tresse ; elle lui ordonne le secret , mais il
a beau le lui promettre,à peine apperçoitil sa sœur Isabelle , qu'il court à elle pour
le lui apprendre. Lisette lui impose silence ; il n'obéit qu'avec peine , et dità sa
sœur de ne traiter désormais Lisette qu'avec respect.
Isabelle ne sçait que comprendre du
respect que son Frere exige d'elle pour
une Suivante, cela lui fait soupçonner que
son Frere veut l'épouser en secret ; Lisette
ne lui revele rien , Isabelle lui avoue qu'elle
ne haït pas le Comte de Tufiere , malgré
le deffaut de vaine gloire qui devroit le
rendre indigne de lui plaire.
Philinte , amoureux d'Isabelle , vient
lui parler de son amour , mais il est si timide qu'il n'ose exprimer ses sentimens ;
Isabelle et Lisette le raillent tour à tour ,
elles le quittent enfin ; il fait connoître
son caractere de timidité qu'il ne sçauroit
vaincre. Un Laquais le prenant pour le
Comte de Tufiere lui apporte une Lettre
qu'il renvoye à son addresse ; Pasquin ,
Valet du Comte de Tufiete , et singe de
sa vaine gloire , reçoit cette Lettre avec
hauteur.
#
Le Comtede Tufiereparoît pour la premiere fois sur la Scene avec un grand
Cor-
FEVRIER 17320 359
Cortege; Pasquin lui parle de la Lettre
qu'on vient de remettre entre ses mains.
Son Maître lui dit qu'elle vient sans doute du petit Duc , ou de la Princesse, &c.
mais Pasquin lui ayant fait entendre que
c'est un Laquais assez mal vétu qui l'a apportée ; il ordonne , avec dédain , qu'on
Ja lise et qu'on lui en rende compre. Nous
omettons plusieurs particularitez , parce
qu'elles tiennent plutôt au caractere qu'à J'action Théatrale. Le Glorieux se fait lire
enfin la Lettre dont Pasquin lui a parlé ;
elle est pleine d'invectives contre son ridicule orgueil ; il n'en peut reconnoître let
caractere ; celui qui l'a écrite , lui déclare
qu'il aemprunté unemain étrangere, Cette
Lettre produira son effet dans le quatriéme Acte.
Lisimon vient , et par sa franchise et sa
familiarité bourgeoise il découvre la fierté
de son gendre futur ; il rabat de temps
en temps ses airs évaporez , et le force à
s'aller mettre à table en l'embrassant amicalement et en l'entraînant malgré lui.
Le Glorieux ouvre la Scene du troisiéme Acte avec Pasquin , à qui il dit , que
son beaupere futur est enchanté de lui
et qu'il le conduira insensiblement jusqu'au respect qu'il lui doit ; il ajoute que
son mariage avec Isabelle est arrêté.
Isa-
366 MERCURE DE FRANCE
Isabelle vient , suivie de Lisette ; elle
fait entendre au Glorieux , que quoique
son pere ait conclu le mariage , elle veut
connoître un peu mieux l'Epoux qui lui
est destiné ; Lisette veut appuyer ce que
Sa Maîtresse vient de dire ; le Glorieux ne
daigne pas lui répondre et la regarde même avec mépris ; il demande ironiquement à Isabelle , si elle ne s'explique jámais que par interprete.
Valere vient s'informer du mariage
qu'il vient d'apprendre ; le Glorieux lui
répond avec un orgueil qui l'oblige à lui
dire que l'Hymen projetté , n'est pas encore tout-à- fait arrêté , attendu que sa
Mere, bien loin d'y consentir , destine sa
Fille à Philinte ; au nom d'un tel Rival ,
le Glorieux redouble de fierté et de mépris; il prie Valere de dire à cet indigne
concurrent que s'il met le pied chez Isabelle , ils pourroient se voir de près. Valere lui promet de s'acquitter de la commission qu'il lui donne , et se retire.
Isabelle outrée de la hauteur avec laquelle le Comte de Tufiere vient de parler à son Frere, lui fait de vifs reproches
sur ce deffaut dominant ; elle charge Lisette d'achever la leçon , et le quitte.
Lisette remplit dignement la place que
sa Maîtresse lui laisse ; le Comte en est si
étonné
FEVRIER. 1732, 36r
étonné , qu'il n'a pas la force de repliquer un mot. Lisette le quitte,
Philinte , à qui Valere vient d'appren
dre le parfait mépris que le Glorieux a
fait éclater à son sujet , vient respectueu,
sement lui en demander raison ; cette
Scene est des plus originales. Le Glorieux
accepte le défi , ou plutôt la priere que
son humble Riyal lui fait de lui faire
l'honneur de se couper la gorge avec lui.
Ils mettent tous deux l'épée à la main.Lisimon accourt au bruit des Epées. Philinte lui dit que le respect le désarme et remet
son épée dans le fourreau, Lisimon reçoit
tres-mal sa politesse , et lui deffend de revenir chez lui, Philinte se retire après
avoir dit au Glorieux qu'il espere qu'il lu‡
fera l'honneur de lui rendre sa visite , et
qu'il tâchera de le bien recevoir.
Le Comte de Tufiere dit de nouvelles
impertinences à son futur Beaupere et le
quitte.
Lisimon choqué de tant d'orgueil, est
tenté de rompre le matiage ; mais la réfléxion qu'il fait , sur l'avantage que sa
femme tireroit de cette rupture , le confirme dans sa premiere résolution.
Le 4 Acte est sans contredit le plus interessant , le plus varié de la Piece , et qui
en a le plus assuré le succès. Il commence
par
362 MERCURE DE FRANCE par une Scene's
sur laquelle
nous ne nous
arrêterons
pas. La seconde
, ne contient
qu'un sage reproche
que Lisette
fait à Va
lere d'avoir
causé une querelle
entre le
Comte
et Philinte
. Valere voyant
approcher le même vieillard
, qui a interrompu sa premiere
conversation
avec sa chere
Lisette
, se retire , non sans marquer
du
dépit.
Lycandre surpris de retrouver Lisette
en tête à tête avec Valere , lui demande
si elle n'a pas quelque engagement de
cœur avec lui. Lisette rougit à cette demande. Elle avouë enfin non- seulement
que Valere l'aime , mais qu'elle le préfereroit à tout autre Amant si leurs conditions étoient égales. Lycandre lui confirmela promesse qu'il lui a déja faite de
lui apprendre son sort. Il commence par
lui apprendre ce qui a causé le malheur
de son pere; il en prend la source dans
l'orgueil de sa mere , qui par un affront
insigne qu'elle fit à une Dame, obligea les
deux maris à se battre ; il ajoute que son
Pere ayant tué son adversaire en brave
homme , fut calomnieusement accusé de
l'avoir assassiné, ce qui l'obligea à chercher un azyle en Angleterre , il ajoûte
que son pere touche à la fin de ses mal-'
heurs et que son innocence ya triom-
,
ther
}
FEVRIER 1732. 363
pher ; elle demande avec atendrissement,
où est ce cher et malheureux pere ; la reconnoissance est filée avec un art infini ;
Lycandre se découvre enfin pour son Pere;
la fausse Lisette se jette à ses pieds. Il luf
apprend que le Comte de Tufiere est son
Frere,et lui témoigne l'extrême regret qu'il
a d'apprendre qu'il n'a pas moins d'orgueil
que sa mère ; il se promet de le corriger et ordonne à sa Fille de rentrer et sur
tout de garder le silence sur le secret
qu'il vient de lui confier.
Lycandre demande à Pasquin s'il ne
pourroit point parler au Comte de Tufiere. Pasquin le voyant, en si mauvais
équipage , lui dit d'un air méprisant, qu'il
est en affaire et qu'il ne sçauroit le voir.-
Lycandre prend un ton de voix à faire.
rentrer Pasquin en lui même ; il convient
qu'il n'est qu'un sot et que l'exemple d'un
Maître orgueilleux l'a gâté. Lycandre lui
sçait bon gré de ce retour ; il lui dit d'aller dire à son Maître que celui qui le demande est le même qui lui a écrit tantôt
une Lettre. Pasquin lui répond , que le
porteur en a déja été payé , et qu'il ne lui
conseille pas de se montrer à ses yeux ,
après lui avoir écrit des véritez si dures à
digerer: Ne crains rien , lui répond le
Vieillard , tu le verras tres-pacifique er tres-
364 MERCURE DE FRANCE
tres modeste devant moi. Pasquin va
chercher son Maître, en disant qu'il s'en
lave les mains.
Lycandre en attendant son fils forme
quelques esperances d'amandement ; elles.
sont fondées sur le changement qu'il
vienr de remarquer dans son valet.
Le Glorieux vient enflammé de colere,
mais reconnoissant son pere en celui qu'il
vient chercher comme ennemi, il demeu
re interdit , au grand étonnement de Pasquin qui le trouve comme pétrifié ; il fait
sortir Pasquin , quoique Lycandre veuille
qu'il demeure , pour être témoin d'une
Scene si nouvelle à ses yeux.
Le Pere fait de sanglans reproches à son
Fils , qui s'excuse assez mal ; il lui deman
de , d'où vient qu'il fait sortir son Valet.
Voulez-vous , lui répond son Fils , que je
vous expose à quelque mépris. Non , ce
n'est point là ce que vous appréhendez ,
lui dit son pere ;
Vous craignez bien plutôt d'exposer ma misere,
>
Le Glorieux , voyant que son Pere exige de lui , s'il veut obtenir son pardon
qu'il vienne à l'instant le presenter dans
l'état où il est à Lisimon et à sa Fille , se
jette à ses pieds pour l'en détourner ; c'est
dans cette situation que son Pere lui dit
les
FEVRIER. 17320 365
les deux beaux Vers , que tout le monde
sçait par cœur , que nous rapporterons
plus bas.
Lisimon survient : il dit au Glorieux
que sa femme consent enfin à l'accepter
pour gendre ; que c'est à lui à faire quelques démarches et à lui rendre ses devoirs ; ce mot de devoir étonne le Glorieux ; son Pere lui fait une sage remontrance sur sa fierté hors de saison. Lisimon-surpris,lui demande qui est ce vieillard qui lui paroît si verd , il lui repond
tout bas , que c'est son Intendant : Lisimon demande au prétendu Intendant à
quoi peuvent monter les revenus duComte , &c. Le vieillard se retire , en disant
tout bas à son Fils, qu'il ne sçauroit mentir ; il dit pourtant à Lisimon qu'il n'a
qu'à conclure le mariage , et que bien- tôt iis seront tous contens.
Lisimon choqué de quelques nouveaux
airs de hauteur que le Glorieux prend en
core avec lui , le quitte en colere, en lui
disant de garder sa grandeur. Le Glorieux se détermine à faire tout ce qu'on
exige de lui , en disant , que sa mauvaise
fortune le réduit à fléchir devant l'Idole.
Valere se reproche devant Lisette , au
ve Acte , l'infidelité qu'elle l'a contraint
de faire à son ami Philinte , en parlant à
H sa
366 MERCURE DE FRANCE,
sa mere, en faveur du Comte de Tufiere,
Isabelle paroît encore incertaine sur le
consentement qu'on lui demande pour
'Hymen arrêté. Lisimon vient annoncer
que sa femme , devenue enfin plus traitable , a promis de signer le Contrat , il se
met en colere contre sa fille qui paroît
encore balancer.
Le Notaire vient , on dresse le Contrat , les noms et qualitez que le Comte de Tufiere se donne , achevent de remplir son caractere.
Lycandre , ou le Marquis de Tufiere ,
arrivé augrand regret de son Fils qui vouloit achever l'Hymen sans lui ; sa presence le rend confus , son pere s'en offense ;
et pour achever de le confondre , il le
menace de sa malediction , s'il ne tombe
à ses genoux; son Fils se jette à ses pieds,
il implore sa clemence, et abjure pour jamais son orgueil . Son Pere le voyant corrigé , lui apprend que le Roy vient de le
remettre dans la jouissance de tous ses
biens, après avoir connu son innocence et
puni l'imposture de ses accusateurs, La
Picce finit par un double Hymen ; Lisette
devient constante ; elle est reconnuë pour
Demoiselle. Le Comte de Tufiere proteste
Isabelle qu'il fera desormais toute sa
gloire de l'aimer et de meriter son cœur
ep sa main.
Mais
FEVRIER. 1732. 367
Mais pourmettre le Lecteur plus en état
de juger du mérite et de la Versification
de cette Piece , donnons quelques mor
ceaux qui en fassent connoître les divers
caracteres et l'é égance du stile dont elle
est écrite. Voici le Portrait que Pasquin
fait de son Maître , dans la 4 Scene du
premier Acte.
Sa politique
Est d'être toujours grave avec un domestique;
S'il lui disoit un mot , il croiroit s'abbaisser ,
Et qu'un Valet lui parle , il se fera chasser.
Enfin pour ébaucher en deux mots sa peinture ;
C'est l'homme le plus vain qu'ait produit la na- ture ,
Pour ses inférieurs , plein d'un mépris cho-
< quant ,
Avec ses égaux même , il prend l'air important
Si fier de ses ayeux , si fier de sa noblesse ,
Qu'il croit être icy-bas le seul de son espece.
Persuadé d'ailleurs de son habileté ,
Et décidant sur tout avec autorité ;
Se croyant en tout genre , un mérite suprême ,
Dédaignant tout le monde , et s'admirant lui- même;
En un mot , des mortels le plus impérieux ,
Et le plus suffisant et le plus glorieux.
Hij Zr
368 MERCURE DE FRANCE
LYSETT E.
Ab! que nous allons rire.
PASQUIN
LYSETTE.
Et de quoi donc
Son fasté ,
Ja fierté , ses hauteurs font un parfait contraste
Avec les qualitez de son humble rival ,
Qui n'oseroit parler de peur de parler mal ;
Qui par timidité , rougit comme une fille
Et qui, quoique fort riche et de noblefamille ,
Toujours rampant , craintif, et toujours con- certé ,
Prodigue les excès de sa civilité ,
Pour les moindres Valets , rempli de déférences
Et ne parlant jamais que par ses révérences.
Lycandre ferme le premier Acte, en di
sant à Lisette.
Jusqu'au revoir. Songez qu'une naissance illustre ,
Des sentimens du cœur reçoit son plus beau lus tre.
Pour les faire éclater , il est de sûrs moyens;
Et si le sort cruel vous a ravi vos biens ,
D'un plus rare trésor , enviant le partage ,
Soyez riche en vertus , c'est- là votre appad
page,
FEVRIER. 1732. 369
A la quatrième Scene du troisiéme Acte , Isabelle fait adroitement le portrait
du Comte à lui même , et n'oublie rien.
en même-temps pour lui persuader que la
modestie est toujours la marque du vrai
mérite.
LE COMT E.
De grace , à quel propos cette distinction ?
ISABELLE.
Je vous laisse le soin de l'application ,
Et de la modestie embrassant la défence ,
Je soutiens que par elle on voit la différence
Du mérite apparent , au mérite parfait ;
L'un veut toujours briller , l'autre brille en effet ,
Sans jamais y prétendre , et sans même le croire ;
L'un est superbe et vain , l'autre n'a point de
gloire ;
Le faux aime le bruit , le vrai craint d'éclater
L'un aspire aux egards , l'autre à les mériter ,
Je dirai plus. Les gens nez d'un sang respectable
Doivent se distinguer par un esprit affable ,
Liant , doux , complaisant , au lieu que la fierté ,
Est l'ordinaire effet d'un éclat emprunté.
La hauteur est par tout odieuse , importune ,
Avec la politesse , un homme de fortune.
Est mille fois plus grand , qu'un Grand toujours
gourmé,
Hiij D'un
370 MERCURE DE FRANCE
D'un limon précieux , se présumant formě.
Traitant avec dédain , et même avec rudesse
Tout ce qui lui paroît d'une moins noble espece
Croyant que l'on est tout , quand on est de son sang ,
Et croyant qu'on n'est rien , au dessous de son
rang.
Dans la Scene suivante , Lysette dit au
Comte :
Le discours d'Isabelle étoit votre portrait ,
Et son discernement vous a peint trait pour
trait.
Dût la gloire en souffrir , je ne sçaurois me taire.
Je ne vous dirai point , changez de caractére ,
Car ou n'en changé point , je ne le sçais que
trop.
Chassez le naturel , il revient au galop ;
Mais du moins , je vous dis , &c.
Lycandre parlant de Listmon , au quatriéme Acte , Scene 7.
On me l'a peint tout autre , et j'ai peine à vous croire ,
Tout ce discours ne tend qu'à cacher votre
gloire ;
Mais pour moi qui ne suis ni superbe , ni vain
Je prétends me montrer , et j'irai mon chemin .
Le
FEVRIER. 1732 378
Le Comte , l'empêchant de sortir.
Differez quelques jours ; la faveur n'est pas
grande ,
Je me jette à vos pieds , et je vous la demande.
.
LTCANDRE.
J'entends , la Vanité me déclare à genoux
Qu'un Pere infortuné n'est pas digne de vous.
Oui, oui , j'ai tout perdu par l'orgueil de ra
mere ,
Et tu n'as hérité de son caractere. que
Le Comte finit la Piece par ces six Vers.
Non, je n'aspire plus qu'à triompher de moy,
Du respect , de l'amour , je veux suivre la Loy.
Ils m'ont ouvert les yeux ; qu'ils m'aident à in vaincre ,
Il faut se faire aimer , on vient de m'en convaincre :
Et je sens que la gloire et la présomption
N'attirent que la haine et l'indignation
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Résumé : Le Glorieux, Comédie. Extrait, [titre d'après la table]
La pièce 'Le Glorieux', une comédie en cinq actes en vers de M. Destouches, a été représentée avec succès par les Comédiens Français du 18 du mois précédent jusqu'à la fin de celui-ci. Malgré quelques défauts mineurs, la pièce a été bien accueillie par le public grâce à des moments de grande qualité. L'intrigue commence avec une conversation entre Lisette, la suivante d'Isabelle, et Pasquin, le valet du Comte de Tufière. Lisette souhaite savoir si le Comte est digne de l'amour d'Isabelle. Pasquin décrit le Comte comme un homme dominé par la vaine gloire. Cette scène est interrompue par Lafleur, un domestique du Comte, qui demande son congé à Pasquin en raison du mépris qu'il ressent. Lisimon, le père d'Isabelle, tente de séduire Lisette, mais est interrompu par son fils Valère, qui révèle son propre amour pour Lisette. Lycandre, un vieillard, interrompt cette conversation et révèle à Lisette qu'elle est de noble origine. Il exprime son regret face à l'orgueil du Comte de Tufière. Au deuxième acte, Lisette partage cette révélation avec Valère, qui en informe Isabelle. Philinte, amoureux d'Isabelle, lui déclare timidement son amour. Le Comte de Tufière apparaît enfin, entouré de son cortège, et reçoit une lettre pleine d'invectives contre son orgueil. Lisimon, par sa franchise, contrarie la fierté du Comte. Le troisième acte montre le Comte discutant de son mariage avec Isabelle, qui souhaite mieux le connaître. Valère et Philinte se disputent à cause du Comte, et Lisimon est tenté de rompre le mariage. Le quatrième acte est le plus intéressant et varié. Lycandre révèle à Lisette qu'elle est sa fille et que son père, exilé en Angleterre, est innocent d'un crime. Le Comte, confronté par son père, reconnaît ses erreurs et accepte de changer. Lisimon, choqué par l'orgueil du Comte, finit par accepter le mariage après une remontrance de Lycandre. La pièce se termine par la rédemption du Comte, qui accepte de se soumettre aux exigences de sa future famille pour obtenir leur pardon. Le Comte de Tufière promet à Isabelle de l'aimer et de mériter son cœur. Deux mariages sont célébrés : celui d'Isabelle et du Comte, et celui de Lysette avec Valère, reconnue comme demoiselle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 525-534
La Critique, Comédie, &c. [titre d'après la table]
Début :
LA CRITIQUE, Comédie de M. de Boissi, représentée pour la [...]
Mots clefs :
Critique, Comédie, Comédiens-Italiens, Prologue, Faiblesses superstitieuses, Apollon, Chrisante
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texteReconnaissance textuelle : La Critique, Comédie, &c. [titre d'après la table]
LA CRITIQUE, Comédie de M. de
Boissi , représentée pour la premiere fois
par les Comédiens Italiens le 9. Fevrier
1732. A Paris, chez P. Prault , Quay de
Gesures, 1732. prix 24. sols.
Nous croyons que cette Piece sera luë
avec
26 MERCURE DE FRANCE
avec autant de plaisir qu'on en a vû les
Représentations. Elle est pleine d'esprit
et bien versifiée ; mais comme ce n'est
pas une Comédie réguliere , et que beau
coup de Scenes pourroient s'en détacher
aisément , sans nuire au progrès de l'action , nous n'en donnerons pas un Extrait
bien regulier , quoiqu'il y ait de quoi en
faire un fort long , si nous voulions y
faire entrer tout ce qui a été applaudi.
Cette Piece est precédée d'un Prologue
intitulé , L'Auteur Superstitieux. Dans la
Représentation , le sieur Romagnesi ,
sous le nom de Clitandre , entre très- bien
dans ce caractere. Il dit à son ami Damon
qui combat ses foiblesses superstitieuses.
L'Interêt , la gloire avec l'Amour ;
Ils m'occupent tous trois , et dans ce même jour,
Onjuge mon affaire , on doit jouer ma Piece ,
Et je suis sur le point d'épouser ma Maîtresse....
Tous mes sens sont émus d'une façon terrible.
Pour l'interêt , amis , je suis très -peu sensible.
Si je perds mon procès , comme je le crois fort ,
Je m'en consolerai sans faire un grand effort.
Pour l'Amour et la gloire il n'en est pas de même,
Tous deux mé font sentir leur ascendant suprême ,
Tous deux d'un feu pareil enflâment mon desir ,
Et sont enmême temps ma peine et mon plaisir.
Dans
7
MARS. 1732. 527
Dans mes sens agitez leur cruelle puissance ,
Fait succeder la peur sans cesse à l'esperance.
Plaire à l'objet que j'aime, et mevoir son époux
Offreà moncœur sensible un triomphe bien doux;
Mais la crainte de perdre un bien si plein de
charmes,
Y porte au même instant les plus vives allarmes.
Par un brillant Ouvrage assembler tout Paris ,
Réunir tous les goûts, charmer tous les esprits ,
Malgré tous les efforts que tente la Critique ,
Captiver par son Art l'attention publique ,
Forcer deux mille mains d'applaudir à la fois ,
Et s'entendre loüer d'une commune voix ,
Presente à mon esprit la plus haute victoire
D'un Guerrier qui triomphe on égale la gloire :
Mais si l'honneur est grand le revers est affreux;
DuParterre indigné , les cris tumultueux,
Sa fureur qui maudit et l'Auteur et l'Ouvrage ,
La tristesse et l'ennui peints sur chaque visage,
Tous les brocards malins qu'on vous donne en
1
:
sortant ,
Et votre nom en butte au mépris éclatant.
Le desert qui succede à la foule écartée ,
Accablent à leur tour mon ame épouventée ;
Je crains de deux côtez d'avoir un sort fâcheux ,
D'être Amant traversé comme Auteur malheu reux.
Il ajoûte en répondant à Damon.
Tout
28, MERCURE DE FRANCE
Tout ce que vous direz ne servira de rien ;
Et pour finir le cours d'un pareil entretien ,
Né superstitieux , je ne suis pas mon Maître ,
Je pense commevous qu'il est honteux de l'être.
Ma raison me le dit , mais elle perd ses soins ;
J'en sens le ridicule et ne le suis pas moins.
Contre les préjugez en vain on se rebelle ,
Lasuperstition à l'homme est naturelle ,
Et le hazard malin pour la fortifier >
Se plaît incessamment à la justifier.
Je l'ai trop éprouvé dans plus d'une occurrence
La raison ne tient pas contre l'experience;
Et votre cœur peut- être auroit le même effroi ,
Si vous étiez, Monsieur, sur le point comme moi,
D'attirer du Public la loüange ou le blâme ,
De perdre ou d'obtenir l'objet de votre flame.
La Scene du Prologue se passe chezClitandre.
Les Acteurs de la Piece , dont la Scene
est au Parnasse , sont Apollon , Thalie ,
la Critique.Un Auteur satyrique , le sieur
Dominique, Chrisante, homme singulier,
le sieur Romagnesi. La Médisance , la
Dlle Sylvia. Le Vaudeville , le sieur Thévenot. Coxesus, Arlequin.La Contredanse,
le Tambourin , le Menuet , &c.
Apollon et Thalie ouvrent la Scene ;
la Muse commence ainsi.
Seigneur,
MARS. 1732 5299
Seigneur , malgré la brigue et la clameur pu
blique , 1
Parmi les doctes Sœurs vous venez de placer
La juste et la saine Critique.
Elle vient s'établir dans l'Etat Poëtique,
Pour y maintenir l'ordre et pour le policer.
Je ne sçaurois, pour moi qui préside au Comique,
Et qui tiens de ses traits mon plus grand agré ment ,
Donner à votre choix trop d'applaudissement.
Quel bonheur de la voir gouverner le Parnasse
Elle qui par le vrai se regle uniquement ,
Et ne fait à personne injustice ni grace,
Apollon.
Dans le monde on a d'elle une autre opinion
Par un injuste effet de la prévention
De tout le Genre humain on la croit l'ennemie
On croit que sans égard et sans distinction ,
Elle condamne tout par une basse envie.
Pour détruire les faux Portraits ,
Qu'a fait d'elle en tous lieux la noire calomnie ,
Il faut aux yeux de tous qu'elle se justifie ,
Et dévoile an grand jour ses veritables traits.
Chacun viendra lui rendre hommage
Et la feliciter sur ses honneurs nouveaux ;
Elle doit faire voir que son goût toûjours sage,
Scait approuver le vrai , comme blâmer le faux;
Qu'elle
530 MERCURE DE FRANCE
Qu'elle reprend sans fiel , et que son badinage ,
Sans blesser la personne , attaque les deffauts ;
Elle ne prétend plus sur tout qu'on la confonde ,
Avec la Satyre , sa sœur ,
Qui sous son nom , s'affichant dans le
monde ,
Lui fair partager sa nóirceur ;
Elle sent trop qu'il est de son honneur,
De démasquer cette même Satyre ,
Qui dans sa maligne fureur
Ne reprend point par le désir d'instruire ,
Mais par le noir plaisir qu'elle prend à médire
Et de désavoüer tous ces Auteurs obscurs
Dont la plume anonyme,
Jusques sur la vertu , répand ses traits impurs
Et qu'inspire en secret , sa scœur illégitime.
t Je dois moi-même les punir ,
.Et pour jamais bannir
Cette engeance coupable ,
Pour la gloire de l'Art qu'elle rend méprisable,
Dans la troisiéme Scene , Chrisante
s'applaudit d'un ouvrage qu'il a entrepris ; c'est la Critique du Public. Ce Tableau présenté au Public lui - même ,
sous les traits les plus ressemblans , est un
morceau
MARS. 17320 535
morceau que nous n'avons pas cru devoir
ometre.
Apollon.
mais voudriez- vous bien Le projet est nouveau ,
Me détailler et m'apprendre
Ce que dans le Public vous trouvez à reprendre
Soit dans ses actions , ou dans son entretien ?
Chrisante.
Mille travers , mille bévuës ,
Son gout pour le Clinquant , dont il est le sou tien ,
Et pour la nouveauté qu'il porte jusqu'aux nuës,
Ou qu'il met au dessous du rien ;
Carjamais il ne garde un milieu raisonnable
Chez lui tout est divin , ou tout est misérable.
Sa fureur pour la mode et pour tout Charlatan 7
Tous les usages foux dont il est partisan ,
Toutes ses politesses fades ,
Ses visites , ses embrassades ,
Et ses saluts du premier jour de l'an,
Du Carnaval ses Mascarades ,
Du Mardy Gras son transport Calotin ,
Et son air sot le lendemain ;
Son exercice aux Thuileries',
Ses caracols , ses lorgneries ;
'Aux Spectacles , ses flots , ses vertiges frequens ,
Ses battemens de mains donnez à contre- temps :
£ Tous
32 MERCURE DE FRANCE
Toutes ses moucheries ,
Ses baillemens , ses crachemens
Aux endroits les plus beaux , les plus interes sans ;
Son ridicule étrange
De recevoir avidement
La plus insipide louange ,
d'applaudir toujours le banal compliment ;
Qu'on lui retourne incessament ;
Sa rage opiniatre ,
De crier presqu'à tout moment ,
Place aux Dames , place au Théatre;
Parlez plus haut ; l'habit noir , chapeau bas ♬
Paix , Monsieur l'Abbé , haut les bras ;
Annoncez ; bis , la Capriole,
Et pour tout dire , enfin , l'insupportable Rôle
Qu'il fair , dès qu'au Parterre il se trouve pressé ,
Ce qui révolte l'ame , et fait hausser l'épaule
A tout homme de gout , છેà. tout homme sensé,
Apollon.
Vous peignez là la multitude ,
Mere du tumulte et du bruit ,
Que n'arrête aucun frein , que l'exemple séduit
Qu'entraîne la coutume , ou l'aveugle habitude
Et non le vrai Public que la raison conduit ,
?
D'où part ce grand corps de lumiere ,
Qui me guide moi - même , et sans cesse m³é—
Claire Ce
MARS. 17320 333
Ce Public, en un mot , avec choix assemblé
Tel qu'on le voit paroître
Aux yeux d'un Théatre réglé.
Quand il écoute en Sage , et qu'il prononce es
Maître
Ses Arrêts qui le font si dignement connoître,
Et dont nul , avant vous , n'a jamais appellé.
Pour mettre le Lecteur en état de juger
du Dialoguede cette Piece , voici le commencement de la 6* Scene , entre la Critique et la Médisance.
Madame , je prens part , comme votre parenté
A votre fortune éclatante.
La Critique.
Pardon, j'ai de la peine à remettre vos traits
J'ai beau vous regarder de près.
La Médisance.
J'ai poutant avec vous assez de ressemblance
La Critique ne devroit pas
Méconnoître la Médisance.
Et de moi dans le monde on fait assez de cas ;
Pour m'avouer d'abord sans nulle repugnance.
La Critique.
Si je vous méconnois , il n'est pas surprenant;
Le chemin que je tiens , est different du vôtre ;
Fij La
$ 34 MERCURE DE FRANCE
La Raison et le Vrai , me guident constam
ment,
Et vous plaisés le plus souvent ,
Aux dépens de l'un et de l'autre , &c.
Les dernieres Scenes se passent entre la
Critique , le Vaudeville , la Contredanse ,
le Menuet , &c. et la Piéce finit par un
diverti
Boissi , représentée pour la premiere fois
par les Comédiens Italiens le 9. Fevrier
1732. A Paris, chez P. Prault , Quay de
Gesures, 1732. prix 24. sols.
Nous croyons que cette Piece sera luë
avec
26 MERCURE DE FRANCE
avec autant de plaisir qu'on en a vû les
Représentations. Elle est pleine d'esprit
et bien versifiée ; mais comme ce n'est
pas une Comédie réguliere , et que beau
coup de Scenes pourroient s'en détacher
aisément , sans nuire au progrès de l'action , nous n'en donnerons pas un Extrait
bien regulier , quoiqu'il y ait de quoi en
faire un fort long , si nous voulions y
faire entrer tout ce qui a été applaudi.
Cette Piece est precédée d'un Prologue
intitulé , L'Auteur Superstitieux. Dans la
Représentation , le sieur Romagnesi ,
sous le nom de Clitandre , entre très- bien
dans ce caractere. Il dit à son ami Damon
qui combat ses foiblesses superstitieuses.
L'Interêt , la gloire avec l'Amour ;
Ils m'occupent tous trois , et dans ce même jour,
Onjuge mon affaire , on doit jouer ma Piece ,
Et je suis sur le point d'épouser ma Maîtresse....
Tous mes sens sont émus d'une façon terrible.
Pour l'interêt , amis , je suis très -peu sensible.
Si je perds mon procès , comme je le crois fort ,
Je m'en consolerai sans faire un grand effort.
Pour l'Amour et la gloire il n'en est pas de même,
Tous deux mé font sentir leur ascendant suprême ,
Tous deux d'un feu pareil enflâment mon desir ,
Et sont enmême temps ma peine et mon plaisir.
Dans
7
MARS. 1732. 527
Dans mes sens agitez leur cruelle puissance ,
Fait succeder la peur sans cesse à l'esperance.
Plaire à l'objet que j'aime, et mevoir son époux
Offreà moncœur sensible un triomphe bien doux;
Mais la crainte de perdre un bien si plein de
charmes,
Y porte au même instant les plus vives allarmes.
Par un brillant Ouvrage assembler tout Paris ,
Réunir tous les goûts, charmer tous les esprits ,
Malgré tous les efforts que tente la Critique ,
Captiver par son Art l'attention publique ,
Forcer deux mille mains d'applaudir à la fois ,
Et s'entendre loüer d'une commune voix ,
Presente à mon esprit la plus haute victoire
D'un Guerrier qui triomphe on égale la gloire :
Mais si l'honneur est grand le revers est affreux;
DuParterre indigné , les cris tumultueux,
Sa fureur qui maudit et l'Auteur et l'Ouvrage ,
La tristesse et l'ennui peints sur chaque visage,
Tous les brocards malins qu'on vous donne en
1
:
sortant ,
Et votre nom en butte au mépris éclatant.
Le desert qui succede à la foule écartée ,
Accablent à leur tour mon ame épouventée ;
Je crains de deux côtez d'avoir un sort fâcheux ,
D'être Amant traversé comme Auteur malheu reux.
Il ajoûte en répondant à Damon.
Tout
28, MERCURE DE FRANCE
Tout ce que vous direz ne servira de rien ;
Et pour finir le cours d'un pareil entretien ,
Né superstitieux , je ne suis pas mon Maître ,
Je pense commevous qu'il est honteux de l'être.
Ma raison me le dit , mais elle perd ses soins ;
J'en sens le ridicule et ne le suis pas moins.
Contre les préjugez en vain on se rebelle ,
Lasuperstition à l'homme est naturelle ,
Et le hazard malin pour la fortifier >
Se plaît incessamment à la justifier.
Je l'ai trop éprouvé dans plus d'une occurrence
La raison ne tient pas contre l'experience;
Et votre cœur peut- être auroit le même effroi ,
Si vous étiez, Monsieur, sur le point comme moi,
D'attirer du Public la loüange ou le blâme ,
De perdre ou d'obtenir l'objet de votre flame.
La Scene du Prologue se passe chezClitandre.
Les Acteurs de la Piece , dont la Scene
est au Parnasse , sont Apollon , Thalie ,
la Critique.Un Auteur satyrique , le sieur
Dominique, Chrisante, homme singulier,
le sieur Romagnesi. La Médisance , la
Dlle Sylvia. Le Vaudeville , le sieur Thévenot. Coxesus, Arlequin.La Contredanse,
le Tambourin , le Menuet , &c.
Apollon et Thalie ouvrent la Scene ;
la Muse commence ainsi.
Seigneur,
MARS. 1732 5299
Seigneur , malgré la brigue et la clameur pu
blique , 1
Parmi les doctes Sœurs vous venez de placer
La juste et la saine Critique.
Elle vient s'établir dans l'Etat Poëtique,
Pour y maintenir l'ordre et pour le policer.
Je ne sçaurois, pour moi qui préside au Comique,
Et qui tiens de ses traits mon plus grand agré ment ,
Donner à votre choix trop d'applaudissement.
Quel bonheur de la voir gouverner le Parnasse
Elle qui par le vrai se regle uniquement ,
Et ne fait à personne injustice ni grace,
Apollon.
Dans le monde on a d'elle une autre opinion
Par un injuste effet de la prévention
De tout le Genre humain on la croit l'ennemie
On croit que sans égard et sans distinction ,
Elle condamne tout par une basse envie.
Pour détruire les faux Portraits ,
Qu'a fait d'elle en tous lieux la noire calomnie ,
Il faut aux yeux de tous qu'elle se justifie ,
Et dévoile an grand jour ses veritables traits.
Chacun viendra lui rendre hommage
Et la feliciter sur ses honneurs nouveaux ;
Elle doit faire voir que son goût toûjours sage,
Scait approuver le vrai , comme blâmer le faux;
Qu'elle
530 MERCURE DE FRANCE
Qu'elle reprend sans fiel , et que son badinage ,
Sans blesser la personne , attaque les deffauts ;
Elle ne prétend plus sur tout qu'on la confonde ,
Avec la Satyre , sa sœur ,
Qui sous son nom , s'affichant dans le
monde ,
Lui fair partager sa nóirceur ;
Elle sent trop qu'il est de son honneur,
De démasquer cette même Satyre ,
Qui dans sa maligne fureur
Ne reprend point par le désir d'instruire ,
Mais par le noir plaisir qu'elle prend à médire
Et de désavoüer tous ces Auteurs obscurs
Dont la plume anonyme,
Jusques sur la vertu , répand ses traits impurs
Et qu'inspire en secret , sa scœur illégitime.
t Je dois moi-même les punir ,
.Et pour jamais bannir
Cette engeance coupable ,
Pour la gloire de l'Art qu'elle rend méprisable,
Dans la troisiéme Scene , Chrisante
s'applaudit d'un ouvrage qu'il a entrepris ; c'est la Critique du Public. Ce Tableau présenté au Public lui - même ,
sous les traits les plus ressemblans , est un
morceau
MARS. 17320 535
morceau que nous n'avons pas cru devoir
ometre.
Apollon.
mais voudriez- vous bien Le projet est nouveau ,
Me détailler et m'apprendre
Ce que dans le Public vous trouvez à reprendre
Soit dans ses actions , ou dans son entretien ?
Chrisante.
Mille travers , mille bévuës ,
Son gout pour le Clinquant , dont il est le sou tien ,
Et pour la nouveauté qu'il porte jusqu'aux nuës,
Ou qu'il met au dessous du rien ;
Carjamais il ne garde un milieu raisonnable
Chez lui tout est divin , ou tout est misérable.
Sa fureur pour la mode et pour tout Charlatan 7
Tous les usages foux dont il est partisan ,
Toutes ses politesses fades ,
Ses visites , ses embrassades ,
Et ses saluts du premier jour de l'an,
Du Carnaval ses Mascarades ,
Du Mardy Gras son transport Calotin ,
Et son air sot le lendemain ;
Son exercice aux Thuileries',
Ses caracols , ses lorgneries ;
'Aux Spectacles , ses flots , ses vertiges frequens ,
Ses battemens de mains donnez à contre- temps :
£ Tous
32 MERCURE DE FRANCE
Toutes ses moucheries ,
Ses baillemens , ses crachemens
Aux endroits les plus beaux , les plus interes sans ;
Son ridicule étrange
De recevoir avidement
La plus insipide louange ,
d'applaudir toujours le banal compliment ;
Qu'on lui retourne incessament ;
Sa rage opiniatre ,
De crier presqu'à tout moment ,
Place aux Dames , place au Théatre;
Parlez plus haut ; l'habit noir , chapeau bas ♬
Paix , Monsieur l'Abbé , haut les bras ;
Annoncez ; bis , la Capriole,
Et pour tout dire , enfin , l'insupportable Rôle
Qu'il fair , dès qu'au Parterre il se trouve pressé ,
Ce qui révolte l'ame , et fait hausser l'épaule
A tout homme de gout , છેà. tout homme sensé,
Apollon.
Vous peignez là la multitude ,
Mere du tumulte et du bruit ,
Que n'arrête aucun frein , que l'exemple séduit
Qu'entraîne la coutume , ou l'aveugle habitude
Et non le vrai Public que la raison conduit ,
?
D'où part ce grand corps de lumiere ,
Qui me guide moi - même , et sans cesse m³é—
Claire Ce
MARS. 17320 333
Ce Public, en un mot , avec choix assemblé
Tel qu'on le voit paroître
Aux yeux d'un Théatre réglé.
Quand il écoute en Sage , et qu'il prononce es
Maître
Ses Arrêts qui le font si dignement connoître,
Et dont nul , avant vous , n'a jamais appellé.
Pour mettre le Lecteur en état de juger
du Dialoguede cette Piece , voici le commencement de la 6* Scene , entre la Critique et la Médisance.
Madame , je prens part , comme votre parenté
A votre fortune éclatante.
La Critique.
Pardon, j'ai de la peine à remettre vos traits
J'ai beau vous regarder de près.
La Médisance.
J'ai poutant avec vous assez de ressemblance
La Critique ne devroit pas
Méconnoître la Médisance.
Et de moi dans le monde on fait assez de cas ;
Pour m'avouer d'abord sans nulle repugnance.
La Critique.
Si je vous méconnois , il n'est pas surprenant;
Le chemin que je tiens , est different du vôtre ;
Fij La
$ 34 MERCURE DE FRANCE
La Raison et le Vrai , me guident constam
ment,
Et vous plaisés le plus souvent ,
Aux dépens de l'un et de l'autre , &c.
Les dernieres Scenes se passent entre la
Critique , le Vaudeville , la Contredanse ,
le Menuet , &c. et la Piéce finit par un
diverti
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Résumé : La Critique, Comédie, &c. [titre d'après la table]
La pièce 'La Critique' de M. de Boissi a été représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens le 9 février 1732 à Paris. Cette comédie est décrite comme pleine d'esprit et bien versifiée, mais elle ne suit pas une structure régulière. Le texte mentionne un prologue intitulé 'L'Auteur Superstitieux', dans lequel le personnage Clitandre, interprété par le sieur Romagnesi, exprime ses angoisses avant la représentation de sa pièce et son mariage imminent. Il parle de ses craintes concernant le jugement du public, l'amour et la gloire. La scène principale se déroule au Parnasse et met en scène plusieurs personnages, dont Apollon, Thalie, la Critique, et divers autres acteurs. Apollon et Thalie discutent de l'importance de la Critique, qui doit maintenir l'ordre et la justice dans le domaine poétique. La Critique se défend contre les préjugés qui la présentent comme une ennemie, affirmant qu'elle juge avec sagesse et sans partialité. Chrisante critique le public pour ses travers et ses comportements ridicules, comme son goût pour la mode, ses politesses excessives, et ses réactions exagérées lors des spectacles. Apollon distingue ce public superficiel du véritable public guidé par la raison. La pièce se termine par une interaction entre la Critique et la Médisance, où la Critique affirme qu'elle est guidée par la raison et la vérité, contrairement à la Médisance. Les dernières scènes impliquent la Critique, le Vaudeville, la Contredanse, et le Menuet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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46
p. 778-782
Le Triomphe de l'Amour, Piece nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens donnerent le 12 Mars, la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Triomphe de l'Amour, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Triomphe de l'Amour, Piece nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Les Comédiens. Italiens donnerent le
12 Mars , la premiere Représentation ‹
d'une Comédie en trois Actes , en Prose,
intitulée : Le Triomphe de l'Amour; cette
Piéce n'a pas eu le succès qu'elle méritoit;
c'est une des mieux intriguées qui soient
sorties de la plume de M. de Marivaux :
voicy un Argument qui doit tenir lieu d'Extrait.
Une
AVRIL. 1732. 779
Une jeune Princesse ,
amoureuse d'un
Prince opprimé , auquel un Philosophe
a donné un azyle chez lui , pour le dérober au péril qui menaceroit sa vie, sil
la passoit dans l'éclat qui convient à sa
naissance , se travestit en homme , pour s'introduire chez Hermocratè, ( c'est le nom
du Philosophe qui l'a élevé chez lui dès
sa plus tendre enfance. ) Ce Philosophe a
une sœur, appellée Léontine , d'une humeur encore plus austere. La Princesse déguisée sous le nom de Phocion , commence par mettre la sœur du Philosophe dans
ses interêts, en lui faisant croire qu'il l'aime, et que ce n'est que par le bruit de ses
perfections , qui lui tiennent lieu de tout
ce que la beauté a de plus piquant , qu'il
est venu la chercher dans saretraite; l'aústerité de cette prude est d'abord effarouchée ; elle ne sçauroit consentir à laisser
entrer et séjourner chez elle , un homme
dont elle est aimée ; mais l'amour qui
commence àtriompher de son cœur , lui
fait insensiblement oublier ce qu'elle doit
à sa gloire ; elle lui promet de faire con-- sentir Hermocrate son Frere , à le recevoir chez lui et à l'y souffrir pour quelques jours , par droit d'hospitalité ; ce
premier obstacle franchi , le prétendu
Phocion n'a pas beaucoup de peine à lier
4
›
un
الم
780 MERCURE DE FRANCE
1
un commerce d'amitié avec Agis , c'est le
nom de son amant ; cependant comme
tout est suspect aux yeux d'Hermocrate ,
ce Philosophe ne consent pas encore à recevoir Phocion dans sa retraite ; les jours
d'Agis lui sont trop chers pour le laisser
approcher de qui que ce soit ; nouvel embarras pour Phocion ; mais il a pourvû à
tout , et sa batterie est dressée de loin. Il a
une conversation avec Hermocrate: Autre
incident, par un hazard que l'Auteur a
pris soin d'expo.er dans la premiere Scene.
Hermocrate a vû Phocion depuis peu dans
la Forêt prochaine , sous les habits de son
sexe ; il reconnoît ses traits malgré son
travestissement ; le faut Cavalier a pris
ses mesures contre cet inconvenient; il se
donne pour ce qu'il est , et joue avec le
Frere le même Rôle qui lui a si -bien réüssi avec la sœur ; deux portraits qu'il a fait
faire de l'un er de l'autre , présentez à
propos , le font passer pour l'amant le
plus passionné , et l'amante la plus sincere qui fut jamais.
Egalement aimé de la Prude et du Phi-
-losophe , il ne lui reste plus que de l'être
de son cher Agis ; dans une Scene ingénieusement traitée , l'ami prétendu se déclare tendre amant; l'amitié d'Agis devient
amour , et l'amour produit en lui la jalousie
AVRIL. 1732 781
lousie dès qu'il apprend qu'Hermocrate
est aimé. Leonide , c'est le veritable nom
de la Princesse , n'a pas beaucoup de pei
ne à dissiper ses soupçons ; le nom de
fide que son Amant lui a donné dans sa
colere , nesert qu'à lui faire voir qu'elle
est aimée autant qu'elle aime.
per.
Le dénouement de cette avanture est
des plus Comiques. Léonide , pour écar
ter le Philosophe et sa sœur , leur dit de
l'aller attendre à Athénes , où elle doit
les épouser solemnellement ; ils se font
une confidence reciproque de leut amour
qu'ils cessent d'envisager comme une foiblesse. Léontine nomme son vainqueur
au Philosophe qui ne lui répond que par
un grand éclat de rire ; il lui dit que Phocion est une fille , et que c'est l'amour
qu'elle a pour lui qui l'a obligée à déguiser son sexe ; mais le pauvre Philosophe
est confondu à son tour , quand il aprend
de la bouche d'Agis , que c'est lui qui est
l'Amant favorisé et qui doit devenir son
heureux Epoux. Hermocrate a beau vouloir s'y opposer et prendre le ton de Maître ; on vient lui dire que sa Maison est
entourée de Soldats , commandez par le
Capitaine des Gardes de la Princesse. Léonide vient et se fait reconnoître pour la
Princesse de Sparthe ; elle rend à son cher
Agis ,
782 MERCURE DE FRANCE
Agis , Fils de Cléomene , le Thrône que
son Pere avoit usurpé sur lui. Voilà à peu
près le sujet de cette Comédie ; tout le
monde convient que les Scenes en sont
parfaitement bien dialoguées et remplies
de pensées et de sentimens ; mais on croit
que cette intrigue auroit encore mieux
convenuà une simple Bourgeoise qu'à une
Princesse de Sparthe.
Le 29 , les mêmes Comédiens donnerent la Tragi- Comédie de Samson , pour
la clôture du Théatre.
Le 21 Avril , ils rouvrirent le Théatre
par une Comédie-nouvelle en Vers et en
trois Actes , de la composition des sieurs,
Romagnesy et Lélio le fils , intitulée , les
Amusemens à la mode , précédée d'un Prologue. La Dile Silvia fit le complimen.
qu'on a accoutumé de faire toutes les an
nées à la rentrée du Théatre , lequel fut
fort applaudi , ainsi que la Piece dont on
parlera plus au long.
12 Mars , la premiere Représentation ‹
d'une Comédie en trois Actes , en Prose,
intitulée : Le Triomphe de l'Amour; cette
Piéce n'a pas eu le succès qu'elle méritoit;
c'est une des mieux intriguées qui soient
sorties de la plume de M. de Marivaux :
voicy un Argument qui doit tenir lieu d'Extrait.
Une
AVRIL. 1732. 779
Une jeune Princesse ,
amoureuse d'un
Prince opprimé , auquel un Philosophe
a donné un azyle chez lui , pour le dérober au péril qui menaceroit sa vie, sil
la passoit dans l'éclat qui convient à sa
naissance , se travestit en homme , pour s'introduire chez Hermocratè, ( c'est le nom
du Philosophe qui l'a élevé chez lui dès
sa plus tendre enfance. ) Ce Philosophe a
une sœur, appellée Léontine , d'une humeur encore plus austere. La Princesse déguisée sous le nom de Phocion , commence par mettre la sœur du Philosophe dans
ses interêts, en lui faisant croire qu'il l'aime, et que ce n'est que par le bruit de ses
perfections , qui lui tiennent lieu de tout
ce que la beauté a de plus piquant , qu'il
est venu la chercher dans saretraite; l'aústerité de cette prude est d'abord effarouchée ; elle ne sçauroit consentir à laisser
entrer et séjourner chez elle , un homme
dont elle est aimée ; mais l'amour qui
commence àtriompher de son cœur , lui
fait insensiblement oublier ce qu'elle doit
à sa gloire ; elle lui promet de faire con-- sentir Hermocrate son Frere , à le recevoir chez lui et à l'y souffrir pour quelques jours , par droit d'hospitalité ; ce
premier obstacle franchi , le prétendu
Phocion n'a pas beaucoup de peine à lier
4
›
un
الم
780 MERCURE DE FRANCE
1
un commerce d'amitié avec Agis , c'est le
nom de son amant ; cependant comme
tout est suspect aux yeux d'Hermocrate ,
ce Philosophe ne consent pas encore à recevoir Phocion dans sa retraite ; les jours
d'Agis lui sont trop chers pour le laisser
approcher de qui que ce soit ; nouvel embarras pour Phocion ; mais il a pourvû à
tout , et sa batterie est dressée de loin. Il a
une conversation avec Hermocrate: Autre
incident, par un hazard que l'Auteur a
pris soin d'expo.er dans la premiere Scene.
Hermocrate a vû Phocion depuis peu dans
la Forêt prochaine , sous les habits de son
sexe ; il reconnoît ses traits malgré son
travestissement ; le faut Cavalier a pris
ses mesures contre cet inconvenient; il se
donne pour ce qu'il est , et joue avec le
Frere le même Rôle qui lui a si -bien réüssi avec la sœur ; deux portraits qu'il a fait
faire de l'un er de l'autre , présentez à
propos , le font passer pour l'amant le
plus passionné , et l'amante la plus sincere qui fut jamais.
Egalement aimé de la Prude et du Phi-
-losophe , il ne lui reste plus que de l'être
de son cher Agis ; dans une Scene ingénieusement traitée , l'ami prétendu se déclare tendre amant; l'amitié d'Agis devient
amour , et l'amour produit en lui la jalousie
AVRIL. 1732 781
lousie dès qu'il apprend qu'Hermocrate
est aimé. Leonide , c'est le veritable nom
de la Princesse , n'a pas beaucoup de pei
ne à dissiper ses soupçons ; le nom de
fide que son Amant lui a donné dans sa
colere , nesert qu'à lui faire voir qu'elle
est aimée autant qu'elle aime.
per.
Le dénouement de cette avanture est
des plus Comiques. Léonide , pour écar
ter le Philosophe et sa sœur , leur dit de
l'aller attendre à Athénes , où elle doit
les épouser solemnellement ; ils se font
une confidence reciproque de leut amour
qu'ils cessent d'envisager comme une foiblesse. Léontine nomme son vainqueur
au Philosophe qui ne lui répond que par
un grand éclat de rire ; il lui dit que Phocion est une fille , et que c'est l'amour
qu'elle a pour lui qui l'a obligée à déguiser son sexe ; mais le pauvre Philosophe
est confondu à son tour , quand il aprend
de la bouche d'Agis , que c'est lui qui est
l'Amant favorisé et qui doit devenir son
heureux Epoux. Hermocrate a beau vouloir s'y opposer et prendre le ton de Maître ; on vient lui dire que sa Maison est
entourée de Soldats , commandez par le
Capitaine des Gardes de la Princesse. Léonide vient et se fait reconnoître pour la
Princesse de Sparthe ; elle rend à son cher
Agis ,
782 MERCURE DE FRANCE
Agis , Fils de Cléomene , le Thrône que
son Pere avoit usurpé sur lui. Voilà à peu
près le sujet de cette Comédie ; tout le
monde convient que les Scenes en sont
parfaitement bien dialoguées et remplies
de pensées et de sentimens ; mais on croit
que cette intrigue auroit encore mieux
convenuà une simple Bourgeoise qu'à une
Princesse de Sparthe.
Le 29 , les mêmes Comédiens donnerent la Tragi- Comédie de Samson , pour
la clôture du Théatre.
Le 21 Avril , ils rouvrirent le Théatre
par une Comédie-nouvelle en Vers et en
trois Actes , de la composition des sieurs,
Romagnesy et Lélio le fils , intitulée , les
Amusemens à la mode , précédée d'un Prologue. La Dile Silvia fit le complimen.
qu'on a accoutumé de faire toutes les an
nées à la rentrée du Théatre , lequel fut
fort applaudi , ainsi que la Piece dont on
parlera plus au long.
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Résumé : Le Triomphe de l'Amour, Piece nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 12 mars, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en trois actes et en prose intitulée 'Le Triomphe de l'Amour' de Marivaux. Cette pièce, bien que bien construite, n'a pas rencontré le succès escompté. L'intrigue suit une jeune princesse, Léonide, amoureuse d'un prince opprimé, Agis. Ce dernier se réfugie chez un philosophe nommé Hermocrate. Pour se rapprocher du prince, Léonide se déguise en homme sous le nom de Phocion et gagne la confiance de Léontine, la sœur austère du philosophe. Phocion parvient à convaincre Léontine de l'accueillir, puis à se lier d'amitié avec Agis. Hermocrate, méfiant, refuse d'abord de recevoir Phocion. Cependant, Phocion révèle son identité à Hermocrate et à Léontine, utilisant des portraits pour prouver son amour. Léonide doit finalement révéler sa véritable identité pour écarter le philosophe et sa sœur. Elle les envoie à Athènes pour les épouser, révélant ainsi son amour pour Agis. Léonide se fait reconnaître comme la princesse de Sparthe et rend le trône à Agis, fils de Cléomène. La pièce est appréciée pour ses dialogues et ses pensées, mais certains estiment que l'intrigue aurait mieux convenu à une bourgeoise qu'à une princesse. Le 29 mars, les Comédiens Italiens ont joué la tragédie-comédie de 'Samson' pour la clôture du théâtre. Le 21 avril, ils ont rouvert le théâtre avec la comédie en vers 'Les Amusements à la mode' de Romagnesy et Lélio le fils.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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47
p. 982-993
Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
Début :
Le 21 Avril, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Les Amusements à la mode, Romagnesi, Riccoboni, Comédie, Théâtre, Acteurs, Actes, Danse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
SPECTACLES.
L
E 21 Avril , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Piece en trois - Actes, intitulée : Les
Amusemens àla mode. Cette Comédie
dont les Sieurs Romagnesy et Riccoboni
sont Auteurs , fut précédée d'un Prologue. Voici l'Extrait de cet Ouvrage , que
le Public a reçu tres- favorablement , en
ayant trouvé le titre bien rempli , a beaucoup d'égards , et heureusement saisi , car
on n'a jamais tant vû de gens de tous
Etats , se faire un amusement de jouer la
Comédie, &c.
Au Prologue , Le Théatre représente le Théatre même. La De Sylvia y
paroît assise dans un Fauteuil. Le St Romagnési vient interrompre sa profonde
rêverie, dont il-lui demande la cause ; elle
lui dit qu'elle pense tres- sérieusement à
la sottise qu'ils vont faire de donner une
si mauvaise Piéce au public ; Piece qu'ils
n'auroient jamais dû recevoir.Romagnesi
lui dit que c'est à juste titre qu'on l'a reçue, et la premiere raison qu'il en donne,
C'est qu'il en est l'Auteur. Sylvia témoigne
MAY. 1732 १६
gnë sa surprise , attendu le peu de bon
sens qui regne dans tout l'Ouvrage, Romagnesi ne croit pas pouvoir mieux imposer silence à sa critique , qu'en ajoûtant , qu'elle est interressée plus qu'elle ne
pense à épargner l'Ouvrage , puisque son
parent Riccoboni ya travaillé conjointement avec lui : La Piece n'est donc pas
mauvaise , répond Sylvia ; elle fait plus
elle se charge de faire un Compliment au
public , pour le prévenir en faveur de
Ouvrage. Ce Compliment a paru tresjoli , aussi bien que le Prologue. La Dile
Silvia restée seule , s'exprime ainsi :
si
MESSIEURS , c'est vainement qu'il
pense ,
Que j'ose me charger du soin
De lasser votre patience ;
Quelle que soit votre indulgence
Ce seroit la pousser trop loin ,
De la mésurer au besoin
Qu'en aura notre insuffisance.
D'ailleurs , je tenterois des efforts superflus
Et c'est en vain qu'on se propose ,
D'adoucir un Public que l'Ouvrage indispose
Il ne le siffle point , mais il n'y revient plus ,
C'est à peu près la même chose.
Il faut pourtant vous demander ,
Car vous sçavez que c'est l'usage ,
G iij Et
984 MERCURE DE FRANCE
Et si vous daignez m'accorder
Le bien dont je me fais la plus fateuse image
Tout autre sort au nôtre doit ceder;
C'est d'être convainca de notre ardent hom
mage
De croire , que le soin qui peut seul nous guider
but que votre suffrage ,
Que dis je il est notre unique partage ;
N'a
pour
In douter un moment , c'est nous déposseder
Des droits d'un si juste héritage.
Acteurs de la Piece.
Mr Oronte, pere de Lucile,le sieur Pagheti.
MmeOronte , mere de Lucile , la Dille Belmont.
1102 5
Eraste, Amant de Lucile, le St Theveneau.
Lucile , fille de Met de Mme Oronte , la
Dlla Sylvia.
Rigolet , amoureux de Lucile , le sieur
Sticotti.
Lisidor et Coqueluche , amis de Rigolet,
joüans la Comédie de même que Ri
golet , les sieurs Mario et Romagnesi.
Valentin , Valet d'Eraste , le sieur Lelio.
Spinette , suivante de Lucile,la Dile Lelio.
La Scene est dans la Maison de Monsieur Oronte.
Acte
M AY. 17327 98
Acte Scene ; Oronte veut marier sa fille à Mr
Rigolet , parce qu'il déclame bien ; Mate
Oronté qui a autánt d'aversion pour le
talent de déclamer, que son mari ya de
panchant, s'oppose à son choix; Mr Oronte lui dit qu'elle seroit d'accord avec lui ,
s'il panchoit du côté d'Eraste , pár la seule raison qu'il chante bien , parce qu'elle
aime le chant. Made Oronte lui répond
qu'elle ne donnera sa fille ni à lun, ni à
l'autre , et s'en va.
Mr et Mme Oronte ouvrent la
Oronte se plaint de l'indocilité de sa femme, Lucile vient,suivie de Spinette; elle demande à son pere, d'où peut venir sa có
lere: M'Oronte lui dit que ce n'est rien,
qu'il vient de quereller avec sa femme ,
qui , selon sa coûtume , n'est pas , de son
sentiment ; qu'il s'agit d'un mariage qu'il
vient de lui proposer. Lucile lui demande quel choix il a proposé à sa mere ; l'éloge que M'Oronte fait de l'époux qu'il
veut lui donner, persuadant à Lucile que
ce'ne peut être qu'Eraste ; elle y donne
un plein consentement ; mais dès qu'elle
est mieux éclaircie , elle lui fait entendre
qu'elle ne sçauroit aimer Rigolet. Oronte
fait valoir l'authorité de pere , et prétend
absolument qu'elle épouse celui qu'elle
fui destine.
Fiiij Lucile
986 MERCURE DE FRANCE
:
Lucile témoigne sa douleur à Spinette,
qui lui conseille de ne point obéir à son
Pere. Eraste survient. Lucile lui apprend
son malheur Valentin , Valet d'Eraste,
leur promet de parer ce coup fatal par un
stratagême qu'il vient d'imaginer.
Eraste , pour remercier Lucile des bontez qu'elle a pour lui , se jette à ses pieds,
Valentin se jette à son tour aux pieds de
Spinette.Oronte rentre et surprend le Maî
tre et le Valet dans cette posture tendre et
suppliante. Valentin lui veut persuader
que c'est une Scene de Tragedie que Lucile et Eraste répetent , et qu'il vient lui
même d'y ajouter un troisiéme personnage; c'est-à-dire , celui de César , surprenant Antoine aux pieds de Cléopatre. Ce
faux -fuyant plaît d'abord à M. Oronte
par rapport au panchant qu'il a pour le
Théatre , mais il ne change pas de résolution ; il dit à Madame Öronte qui survient , la situation où il a trouvé Eraste.
Madame Oronte trouve tres - mauvais
qu'Eraste soit entré sans se faire annoncer. Valentin lui répond que M. Oronte
vient de faire de même. Madame Oronte
les congédie tous.
Valentin reste et fait entendre à Mad.
Oronte que la victoire qu'elle prétend
remporter sur son mari n'est pas assez
com-
MAY. 17328 987
complette , si elle ne fait voir qu'elle est
la maîtresse absoluë , en mariant sa fille à
Eraste dont il rejette le choix. Madame.
Oronte lui dit qu'elle n'acceptera jamais
pour gendre un homme qui sçachant
qu'elle aime le chant , va chanter autre
part que chez elle. Valentin jugeant parlà que Madame Oronte est picquée de la
préférence qu'Eraste donne à une autre ,
Tui fait entendre que si son Maître chante chez sa tante, plutôt que chez elle, c'est
parce qu'elle l'a menace de le deshériter ,
S'il ne lui consacre tous ses Concerts ; il
ajoute que le péril de l'exhérédation néne l'a
pas empêché de se livrer enfin à son inelination , et qu'il étoit venu chez elle
pour la prier de vouloir entendre un Ope-
-ra qu'il vouloit faire représenter chez elle.
Au nom d'Opera, Mad. Oronte est transportée et dit à Valentin d'aller faire revenir son Maître ; Valentin qui ne croyoit
pas être pris au mot , paroît très embarrassé; il fait entendre à Mad. Oronte qu'il
craint qu'Eraste au désespoir n'ait déja
contremandé tous les Acteurs. Madame
Oronte le presse de les aller rassembler ;
Valentin enrage de s'être embarqué si
avant , mais il se détermine enfin à s'en
tirer comme il pourra , &c.
Ce premier Acte a paru un peu froid .
Gv mais
988 MERCURE DE FRANCES
maisil ne laisse pas d'être dans les regles ,.
et de promette du plaisir aux Spectateurs.
Les Auteurs leur tiendront parole dans le second.
3
Eraste et Valentin commencent ce se--
cond Acte : le Maître est fort irrité contre le Valet,de ce qu'il a promis un Opéra
à Mad. Oronte, et lui dit que puisquec'est
lui qui l'a mis dans cet embarras ; ce sera
lui-même qui l'en tirera ; Valentin convient de tout et sort avec son Maître,
pour aller chercher des Musiciens qu'il
compte de trouver tous assemblez chezDupuy; c'est un celebre Caffé. M. Oron--
te vient , suivi de son gendre futur pré--
tendu , de Lisidor , et de Coqueluche , l'un
Comédien , l'autre Auteur, Il se promet
beaucoup de plaisir à entendre déclamer
par Rigolet des Stances de Coqueluche.
3
Mad. Oronte survient avec Lucile. et
Spinette elles se préparent bien toutes &
trois à rire deces Originaux qu'elles trouvent avec M. Oronte. Rigolet fait son
compliment à Lucile , qui loin d'y prêter
attention , écoute l'éloge que Coquelu
che fait de son sçavoir. Rigolet déclame
les Stances de Coqueluche , dont le sujet
est Marius , se plaignant du sort qui l'a
abandonné , pour se ranger du parti de
Sylla; mais il gesticule si mal , que Coqueluche
M A Y. 1732. 989
fuche ne pouvant souffrir qu'on gâte son
ouvrage , se met en état de faire les gestes
à mesure que Rigolet ne fera que prononcer. Cette Scene a paru originale au Théatre , et a excité de grands éclats de rire.
Valentin vient donner un plat de son
métier , déguisé en Comédien; il embrasse Rigolet, comme étant un de ses plus
chers camarades ; il contrefait si-bien un
des meilleurs Acteurs de la Comédie Françoise , qu'on croit le voir lui- même ;
cette imitation a fait un honneur infini
au jeune Lélio , qui fait tous les jours de
nouveaux progrès dans sa profession ;
Rigolet passant pour Comédien , malgré
tout ce qu'il dit , pour détruire l'imposture , est congédié non seulement par
Mad. Oronte , mais par mári même
qui dit qu'il est si faché que sa femme
ait raison , qu'il ne veut plus désormais se
mêler de marier sa fille. Mad. Oronte se
charge de ce soin , et se déclaré pour Eraste. La Piece paroît dénoüée par cet inci- "
dent , et Valentin qui se fait connoître
pour ce qu'il est en effet, pourroit se dispenser de donner à Mad. Oronte l'Opéra
qu'il lui a promis; mais elle s'y attend et
il faut la satisfaire ; nous allons dire en
peu de mots de quoi il s'agit dans ce troisiéme Acte , qui à pour titre: Les Catasson
*
Gvj rophes
990 MERCURE DE FRANCE
trophes Lyri-tragi - Comiques. C'est une espece de Parodie de l'Opéra de Jephié , et
de la Tragédie d'Eryphile.
Acteurs
Le Roy, amoureux de Buquemeque , le
sieur Theveneau.
Amphigourie , fille du Roy , la De Sylvia.
Buquemeque , mere d'Albumazar , la D'leBelmont.
Albumazar , amant d'Amphigourie , le
sieur Romagnesi.
Venus , la Chanteuse.
Troupe de Guerriers , de Démons , &c.
Les noms Burlesques qu'on a pris soin
de donner aux Héros de cette Parodie ,
Lyri-tragi-Comique , n'ont pas fait prendre le change sur les deux sujets qui y
ont donné lieu ; on n'a pas osé nommer
les principaux personnages , mais on les
a trop bien indiquez , pour donner lieu
aux Spectateurs de s'y méprendre : En
voici un petit Extrait..
Buquemeque et Amphigourie se font
une confidence réciproque de leurs sentimens ; la premiere,destinée à épouser le
Roy, craint qu'il ne devienne volage après
'Hymen, et s'exprime ainsi :
&
Le
MAY. 17320 991
Le plus fidelle Amant ,
Du nœud le plus charmant ,
Quelquefois se dégage ;
Et le plus tendre Epoux ,
Dans un lieu moins doux,
Peut devenir volage.
La seconde fait entendre qu'elle craint
d'avoir fait une folie , en donnant son
cœur au Fils de cette même Buquemeque
à qui elle parle ; elle assaisonne ce petit aveu de cette maxime :
Quand l'Amour de sestraits nous blesse,
Nous ne sentons que son poison ;
S'il pouvoit suivre la raison
Auroit- il le com de foiblesse
Un bruit de Trompettes annonce le retour et la victoire du Roy et d'Albumazar ; ce sont les deu Héros pour lesquels
ces deux Amantes s'interessent ; après la
fetele Roy ordonne à tout le monde de "
se retirer , comme au commencement du
troisiéme Acte de Jephré , le seul Albumazar reste ; autre confidence réciproque
de sentimens , ils sont tous deux consternez ; l'un par un serment indiscret , a
promis aux Dieux de leur immoler sa
fille Buquemeque; voilà Jephté et Iphise 3
l'autre par l'ordre de l'ombre de son pere
}
doit
991 MERCURE DE FRANCE
doit donner la mort à sa mere ; voilà Alcméon et Eryphile ; un bruit infernal leur
fait dire à tous deux
C'est l'Enfer qui vient en ces lieux ,
Nous prier d'obéir aux Dieux. ·
Cette Entrée de Démons et l'arrivée de
Vénus n'ayant plus rien qu'on puisse ap--
peller Parodie , nous en épargnons le déTail aux Lecteurs, et nous nous contentons
de dire , que Buquemeque et Amphigourie en sont quittes pour la peur,parce que·
l'Amour combat pour elle's.
Les mêmes Comédiens doivent jouer
dans peu une Piece nouvelle , en 3 Actès,
avec un Divertissement, elle a pour titre :
LeTuteur Genereux , ou l' Amour trompé par
Papparence, dont on parlera plus au long. -
Le 1 May , le S Roland , originaire de
Provence , cy-devant premier Danseur du
feu Duc de Mantouë , qui l'avoit amené -
à Paris en 1704. et la De Roland sa fille,
née à Venise , âgée de 17 ans , parurent
pour la premiere fois sur le Theatre de
l'Hôtel de Bourgogne ; le premier exécuta une Danse comique et grotesque en
Païsan , qui fut applaudie du public. La Dile Roland dansa à la fin de la Pièce les
caracteres de la Danse , avec beaucoup . '
din
MAY 17323 9935
d'intelligence et de vivacité ; les Cabrioles et les Entrechats ne lui coutent rien ;
et quoiqu'elle ait encore bien des perfections à acquerir , le public qui la regarde
comme un tres-bon sujet, l'a fort applau
die. Il n'y a pas long-tems qu'elle a dansé
à l'Opéra de Londres et dans ceux des
Provinces de France. Outre ses talenspour la Danse , elle est encore bonne
Comédienne , ayant joué différens Rôles en François et en Italien dans diverses
Troupes.
L
E 21 Avril , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Piece en trois - Actes, intitulée : Les
Amusemens àla mode. Cette Comédie
dont les Sieurs Romagnesy et Riccoboni
sont Auteurs , fut précédée d'un Prologue. Voici l'Extrait de cet Ouvrage , que
le Public a reçu tres- favorablement , en
ayant trouvé le titre bien rempli , a beaucoup d'égards , et heureusement saisi , car
on n'a jamais tant vû de gens de tous
Etats , se faire un amusement de jouer la
Comédie, &c.
Au Prologue , Le Théatre représente le Théatre même. La De Sylvia y
paroît assise dans un Fauteuil. Le St Romagnési vient interrompre sa profonde
rêverie, dont il-lui demande la cause ; elle
lui dit qu'elle pense tres- sérieusement à
la sottise qu'ils vont faire de donner une
si mauvaise Piéce au public ; Piece qu'ils
n'auroient jamais dû recevoir.Romagnesi
lui dit que c'est à juste titre qu'on l'a reçue, et la premiere raison qu'il en donne,
C'est qu'il en est l'Auteur. Sylvia témoigne
MAY. 1732 १६
gnë sa surprise , attendu le peu de bon
sens qui regne dans tout l'Ouvrage, Romagnesi ne croit pas pouvoir mieux imposer silence à sa critique , qu'en ajoûtant , qu'elle est interressée plus qu'elle ne
pense à épargner l'Ouvrage , puisque son
parent Riccoboni ya travaillé conjointement avec lui : La Piece n'est donc pas
mauvaise , répond Sylvia ; elle fait plus
elle se charge de faire un Compliment au
public , pour le prévenir en faveur de
Ouvrage. Ce Compliment a paru tresjoli , aussi bien que le Prologue. La Dile
Silvia restée seule , s'exprime ainsi :
si
MESSIEURS , c'est vainement qu'il
pense ,
Que j'ose me charger du soin
De lasser votre patience ;
Quelle que soit votre indulgence
Ce seroit la pousser trop loin ,
De la mésurer au besoin
Qu'en aura notre insuffisance.
D'ailleurs , je tenterois des efforts superflus
Et c'est en vain qu'on se propose ,
D'adoucir un Public que l'Ouvrage indispose
Il ne le siffle point , mais il n'y revient plus ,
C'est à peu près la même chose.
Il faut pourtant vous demander ,
Car vous sçavez que c'est l'usage ,
G iij Et
984 MERCURE DE FRANCE
Et si vous daignez m'accorder
Le bien dont je me fais la plus fateuse image
Tout autre sort au nôtre doit ceder;
C'est d'être convainca de notre ardent hom
mage
De croire , que le soin qui peut seul nous guider
but que votre suffrage ,
Que dis je il est notre unique partage ;
N'a
pour
In douter un moment , c'est nous déposseder
Des droits d'un si juste héritage.
Acteurs de la Piece.
Mr Oronte, pere de Lucile,le sieur Pagheti.
MmeOronte , mere de Lucile , la Dille Belmont.
1102 5
Eraste, Amant de Lucile, le St Theveneau.
Lucile , fille de Met de Mme Oronte , la
Dlla Sylvia.
Rigolet , amoureux de Lucile , le sieur
Sticotti.
Lisidor et Coqueluche , amis de Rigolet,
joüans la Comédie de même que Ri
golet , les sieurs Mario et Romagnesi.
Valentin , Valet d'Eraste , le sieur Lelio.
Spinette , suivante de Lucile,la Dile Lelio.
La Scene est dans la Maison de Monsieur Oronte.
Acte
M AY. 17327 98
Acte Scene ; Oronte veut marier sa fille à Mr
Rigolet , parce qu'il déclame bien ; Mate
Oronté qui a autánt d'aversion pour le
talent de déclamer, que son mari ya de
panchant, s'oppose à son choix; Mr Oronte lui dit qu'elle seroit d'accord avec lui ,
s'il panchoit du côté d'Eraste , pár la seule raison qu'il chante bien , parce qu'elle
aime le chant. Made Oronte lui répond
qu'elle ne donnera sa fille ni à lun, ni à
l'autre , et s'en va.
Mr et Mme Oronte ouvrent la
Oronte se plaint de l'indocilité de sa femme, Lucile vient,suivie de Spinette; elle demande à son pere, d'où peut venir sa có
lere: M'Oronte lui dit que ce n'est rien,
qu'il vient de quereller avec sa femme ,
qui , selon sa coûtume , n'est pas , de son
sentiment ; qu'il s'agit d'un mariage qu'il
vient de lui proposer. Lucile lui demande quel choix il a proposé à sa mere ; l'éloge que M'Oronte fait de l'époux qu'il
veut lui donner, persuadant à Lucile que
ce'ne peut être qu'Eraste ; elle y donne
un plein consentement ; mais dès qu'elle
est mieux éclaircie , elle lui fait entendre
qu'elle ne sçauroit aimer Rigolet. Oronte
fait valoir l'authorité de pere , et prétend
absolument qu'elle épouse celui qu'elle
fui destine.
Fiiij Lucile
986 MERCURE DE FRANCE
:
Lucile témoigne sa douleur à Spinette,
qui lui conseille de ne point obéir à son
Pere. Eraste survient. Lucile lui apprend
son malheur Valentin , Valet d'Eraste,
leur promet de parer ce coup fatal par un
stratagême qu'il vient d'imaginer.
Eraste , pour remercier Lucile des bontez qu'elle a pour lui , se jette à ses pieds,
Valentin se jette à son tour aux pieds de
Spinette.Oronte rentre et surprend le Maî
tre et le Valet dans cette posture tendre et
suppliante. Valentin lui veut persuader
que c'est une Scene de Tragedie que Lucile et Eraste répetent , et qu'il vient lui
même d'y ajouter un troisiéme personnage; c'est-à-dire , celui de César , surprenant Antoine aux pieds de Cléopatre. Ce
faux -fuyant plaît d'abord à M. Oronte
par rapport au panchant qu'il a pour le
Théatre , mais il ne change pas de résolution ; il dit à Madame Öronte qui survient , la situation où il a trouvé Eraste.
Madame Oronte trouve tres - mauvais
qu'Eraste soit entré sans se faire annoncer. Valentin lui répond que M. Oronte
vient de faire de même. Madame Oronte
les congédie tous.
Valentin reste et fait entendre à Mad.
Oronte que la victoire qu'elle prétend
remporter sur son mari n'est pas assez
com-
MAY. 17328 987
complette , si elle ne fait voir qu'elle est
la maîtresse absoluë , en mariant sa fille à
Eraste dont il rejette le choix. Madame.
Oronte lui dit qu'elle n'acceptera jamais
pour gendre un homme qui sçachant
qu'elle aime le chant , va chanter autre
part que chez elle. Valentin jugeant parlà que Madame Oronte est picquée de la
préférence qu'Eraste donne à une autre ,
Tui fait entendre que si son Maître chante chez sa tante, plutôt que chez elle, c'est
parce qu'elle l'a menace de le deshériter ,
S'il ne lui consacre tous ses Concerts ; il
ajoute que le péril de l'exhérédation néne l'a
pas empêché de se livrer enfin à son inelination , et qu'il étoit venu chez elle
pour la prier de vouloir entendre un Ope-
-ra qu'il vouloit faire représenter chez elle.
Au nom d'Opera, Mad. Oronte est transportée et dit à Valentin d'aller faire revenir son Maître ; Valentin qui ne croyoit
pas être pris au mot , paroît très embarrassé; il fait entendre à Mad. Oronte qu'il
craint qu'Eraste au désespoir n'ait déja
contremandé tous les Acteurs. Madame
Oronte le presse de les aller rassembler ;
Valentin enrage de s'être embarqué si
avant , mais il se détermine enfin à s'en
tirer comme il pourra , &c.
Ce premier Acte a paru un peu froid .
Gv mais
988 MERCURE DE FRANCES
maisil ne laisse pas d'être dans les regles ,.
et de promette du plaisir aux Spectateurs.
Les Auteurs leur tiendront parole dans le second.
3
Eraste et Valentin commencent ce se--
cond Acte : le Maître est fort irrité contre le Valet,de ce qu'il a promis un Opéra
à Mad. Oronte, et lui dit que puisquec'est
lui qui l'a mis dans cet embarras ; ce sera
lui-même qui l'en tirera ; Valentin convient de tout et sort avec son Maître,
pour aller chercher des Musiciens qu'il
compte de trouver tous assemblez chezDupuy; c'est un celebre Caffé. M. Oron--
te vient , suivi de son gendre futur pré--
tendu , de Lisidor , et de Coqueluche , l'un
Comédien , l'autre Auteur, Il se promet
beaucoup de plaisir à entendre déclamer
par Rigolet des Stances de Coqueluche.
3
Mad. Oronte survient avec Lucile. et
Spinette elles se préparent bien toutes &
trois à rire deces Originaux qu'elles trouvent avec M. Oronte. Rigolet fait son
compliment à Lucile , qui loin d'y prêter
attention , écoute l'éloge que Coquelu
che fait de son sçavoir. Rigolet déclame
les Stances de Coqueluche , dont le sujet
est Marius , se plaignant du sort qui l'a
abandonné , pour se ranger du parti de
Sylla; mais il gesticule si mal , que Coqueluche
M A Y. 1732. 989
fuche ne pouvant souffrir qu'on gâte son
ouvrage , se met en état de faire les gestes
à mesure que Rigolet ne fera que prononcer. Cette Scene a paru originale au Théatre , et a excité de grands éclats de rire.
Valentin vient donner un plat de son
métier , déguisé en Comédien; il embrasse Rigolet, comme étant un de ses plus
chers camarades ; il contrefait si-bien un
des meilleurs Acteurs de la Comédie Françoise , qu'on croit le voir lui- même ;
cette imitation a fait un honneur infini
au jeune Lélio , qui fait tous les jours de
nouveaux progrès dans sa profession ;
Rigolet passant pour Comédien , malgré
tout ce qu'il dit , pour détruire l'imposture , est congédié non seulement par
Mad. Oronte , mais par mári même
qui dit qu'il est si faché que sa femme
ait raison , qu'il ne veut plus désormais se
mêler de marier sa fille. Mad. Oronte se
charge de ce soin , et se déclaré pour Eraste. La Piece paroît dénoüée par cet inci- "
dent , et Valentin qui se fait connoître
pour ce qu'il est en effet, pourroit se dispenser de donner à Mad. Oronte l'Opéra
qu'il lui a promis; mais elle s'y attend et
il faut la satisfaire ; nous allons dire en
peu de mots de quoi il s'agit dans ce troisiéme Acte , qui à pour titre: Les Catasson
*
Gvj rophes
990 MERCURE DE FRANCE
trophes Lyri-tragi - Comiques. C'est une espece de Parodie de l'Opéra de Jephié , et
de la Tragédie d'Eryphile.
Acteurs
Le Roy, amoureux de Buquemeque , le
sieur Theveneau.
Amphigourie , fille du Roy , la De Sylvia.
Buquemeque , mere d'Albumazar , la D'leBelmont.
Albumazar , amant d'Amphigourie , le
sieur Romagnesi.
Venus , la Chanteuse.
Troupe de Guerriers , de Démons , &c.
Les noms Burlesques qu'on a pris soin
de donner aux Héros de cette Parodie ,
Lyri-tragi-Comique , n'ont pas fait prendre le change sur les deux sujets qui y
ont donné lieu ; on n'a pas osé nommer
les principaux personnages , mais on les
a trop bien indiquez , pour donner lieu
aux Spectateurs de s'y méprendre : En
voici un petit Extrait..
Buquemeque et Amphigourie se font
une confidence réciproque de leurs sentimens ; la premiere,destinée à épouser le
Roy, craint qu'il ne devienne volage après
'Hymen, et s'exprime ainsi :
&
Le
MAY. 17320 991
Le plus fidelle Amant ,
Du nœud le plus charmant ,
Quelquefois se dégage ;
Et le plus tendre Epoux ,
Dans un lieu moins doux,
Peut devenir volage.
La seconde fait entendre qu'elle craint
d'avoir fait une folie , en donnant son
cœur au Fils de cette même Buquemeque
à qui elle parle ; elle assaisonne ce petit aveu de cette maxime :
Quand l'Amour de sestraits nous blesse,
Nous ne sentons que son poison ;
S'il pouvoit suivre la raison
Auroit- il le com de foiblesse
Un bruit de Trompettes annonce le retour et la victoire du Roy et d'Albumazar ; ce sont les deu Héros pour lesquels
ces deux Amantes s'interessent ; après la
fetele Roy ordonne à tout le monde de "
se retirer , comme au commencement du
troisiéme Acte de Jephré , le seul Albumazar reste ; autre confidence réciproque
de sentimens , ils sont tous deux consternez ; l'un par un serment indiscret , a
promis aux Dieux de leur immoler sa
fille Buquemeque; voilà Jephté et Iphise 3
l'autre par l'ordre de l'ombre de son pere
}
doit
991 MERCURE DE FRANCE
doit donner la mort à sa mere ; voilà Alcméon et Eryphile ; un bruit infernal leur
fait dire à tous deux
C'est l'Enfer qui vient en ces lieux ,
Nous prier d'obéir aux Dieux. ·
Cette Entrée de Démons et l'arrivée de
Vénus n'ayant plus rien qu'on puisse ap--
peller Parodie , nous en épargnons le déTail aux Lecteurs, et nous nous contentons
de dire , que Buquemeque et Amphigourie en sont quittes pour la peur,parce que·
l'Amour combat pour elle's.
Les mêmes Comédiens doivent jouer
dans peu une Piece nouvelle , en 3 Actès,
avec un Divertissement, elle a pour titre :
LeTuteur Genereux , ou l' Amour trompé par
Papparence, dont on parlera plus au long. -
Le 1 May , le S Roland , originaire de
Provence , cy-devant premier Danseur du
feu Duc de Mantouë , qui l'avoit amené -
à Paris en 1704. et la De Roland sa fille,
née à Venise , âgée de 17 ans , parurent
pour la premiere fois sur le Theatre de
l'Hôtel de Bourgogne ; le premier exécuta une Danse comique et grotesque en
Païsan , qui fut applaudie du public. La Dile Roland dansa à la fin de la Pièce les
caracteres de la Danse , avec beaucoup . '
din
MAY 17323 9935
d'intelligence et de vivacité ; les Cabrioles et les Entrechats ne lui coutent rien ;
et quoiqu'elle ait encore bien des perfections à acquerir , le public qui la regarde
comme un tres-bon sujet, l'a fort applau
die. Il n'y a pas long-tems qu'elle a dansé
à l'Opéra de Londres et dans ceux des
Provinces de France. Outre ses talenspour la Danse , elle est encore bonne
Comédienne , ayant joué différens Rôles en François et en Italien dans diverses
Troupes.
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Résumé : Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
Le 21 avril, les Comédiens Italiens ont présenté pour la première fois la pièce en trois actes intitulée 'Les Amusemens à la mode', écrite par les sieurs Romagnesy et Riccoboni. Cette comédie, précédée d'un prologue, a été bien accueillie par le public, qui a trouvé le titre approprié et a noté l'engouement général pour le théâtre. Dans le prologue, Sylvia exprime ses doutes sur la qualité de la pièce, mais Romagnesy la rassure en affirmant qu'il en est l'auteur et que Riccoboni y a également contribué. Sylvia décide alors de complimenter le public pour les prévenir en faveur de l'œuvre. La pièce met en scène plusieurs personnages, dont Oronte, père de Lucile, qui souhaite marier sa fille à Rigolet en raison de ses talents de déclamateur. Mme Oronte, qui préfère le chant, s'oppose à ce mariage. Lucile, amoureuse d'Eraste, refuse également Rigolet. Valentin, valet d'Eraste, imagine un stratagème pour résoudre la situation. Le premier acte est jugé un peu froid mais prometteur. Le second acte voit Valentin promettre un opéra à Mme Oronte, ce qui conduit à des quiproquos et des révélations. La pièce se termine par une parodie lyrique et tragique, intitulée 'Les Catastrophes Lyri-tragi-comiques', qui parodie des œuvres célèbres. Les Comédiens Italiens doivent également jouer prochainement une nouvelle pièce intitulée 'Le Tuteur Généreux, ou l'Amour trompé par l'apparence'. Le 1er mai, le sieur Roland et sa fille, tous deux danseurs, ont fait leurs débuts sur la scène de l'Hôtel de Bourgogne, recevant des applaudissements pour leurs performances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 1174-1179
La Verité fabuliste, [titre d'après la table]
Début :
LA VERITÉ FABULISTE, Comédie en un Acte, mêlée de Fables, [...]
Mots clefs :
Comédie, Fables, Théâtre italien, Recueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Verité fabuliste, [titre d'après la table]
LA VERITE FABULISTE , Comédie en
un Acte , mêlée de Fables , représentée
sur le Théatre Italien le 2. Decembre dernier, de la composition de M. de Launai. \
Cette Piece a été reçûë favorablement du
Public. La Dlle Silvia , qui par le naturel
et la finesse de son jeu , s'attire toûjours
des nouveaux applaudissemens , et qui
récite les differentes Fables qui sont liées
à la Piece , a fait beaucoup de plaisir. On
trouve à la fin de la Comédie , un Recueil
de so. Fables fort ingenieuses , du même
'Auteur. Cet Ouvrage nouvellement imprimé , se vend chez Josse , rue S.Facques , à la Fleur de Lys d'or , 1732. Voisi
une des Fables de la Piece.
1. Vol LA
JUI N. 1732. 1175
La Corme et la jeune Fille.
Une Corme brillante et fraîche ,
D'une jeune fillette avoit charmé les yeux';
Mais ce fruit qui sembloit un fruit délicieux ,
Au goût parut dur et revêche.
Quoi, lui dit la fillette ! un si beau coloris ,
Cache une amertume effroyable ;
Et pour te trouver agréable,
Il faut que par le temps tes appas soient Alétris?
Que ton injustice est extrême !
Lui répondit la Corme, eh! n'es- tu pas de même, -
Par l'effet seul de ton humeur ?
Te voila jeune , fraîche , belle ,
Ton Amant est tendre et fidelle ,
Et loin d'avoir cette douceur ,
Qu'annonce de tes traits la grace naturelle ,
Ti n'as qu'amertume et qu'aigreur :
Crois moi , n'attend pas que les rides
Amortissent ton âpreté , ◊
Les injures du temps ne sont que trop rapides
C'est un cruel moyen de perdre sa fierté.
Nous donnerons ici trois Fables du
Recueil , pour mettre le Lecteur en état
de juger du merite de cet Ouvrage.-
Le Roy de Théatre et l'Ecolier.
Un Ecolier avoit dans un Spectacle ,
I. Vol Goûte
1175 MERCURE DE FRANCE.
Goûté pardessus tout un Acteur renommé,
Qui se croyoit lui-même un prodige , un miracle,
S'estimant beaucoup plus qu'il n'étoit estimé.
Notre jeune homme en étoit si charmé ,
Qu'il donnoit à l'Acteur le mérite et la gloire ,
Des. Vers , des sentimens récitez de mémoire ,
En un mot , il croyoit l'Histrion un Heros ;
C'étoit assurément bien croire ;
Voila comme toûjours nous donnons dans le faux.
Notre Ecolier opiniâtre ,
Dans son erreur , dans ses desirs ,
Epargne quelque temps sur ses menus plaisirs ,
De quoi traiter un jour l'Acteur qu'il idolâtre ;
Il l'invite à dîner , le Monarque,s'y rend ;
Mais qu'il fut trouvé different !
Soft qu'il raisonne ou qu'il folâtre ;
Ce Roy n'avoit plus rien ni de fin , ni de grand
Il n'étoit plus sur son Théatre.
L'Ecolier en rougit... Combien est-il d'objets ,
Qu'il ne faut jamais voir de près !
On riroit bien souvent du plus grand Personage,
S'il découvroit ses propres traits ;
Le Masque heureusement est pris pour le visage.
Le Maître Paulmier et son Eleve..
Un Maître de Paume , en son Art -
Instruisoit unjeune Novice,
I. Vol. Très-
JUIN. 17320 1177
Très-agile à cet exercice ,
Mais trop ardent ; et le Vieillard ,
Lui répetoit toujours : pour devenir habile ,
Possedez-vous , soyez tranquille ;
Jouer trop vivement , c'est jouer au hazard ,
La balle d'elle-même au Joueur vient se rendre,
Pour la juger , il faut l'attendre ;
Qui veut la prévenir , la perd le plus souvent.
Conseils que l'Ecolier ne pouvoit pas com
prendre ,
Quand la balle voloit , il couroit au-devant ;
Aussi manquoit-il de la prendre.
Esprits impatiens , voilà votre portrait ,
Dans un projet , dans une affaire , '
Hâtez-vous , tout devient contraire ;
Attendez , tout vient à souhait
Les Prétendus Connoisseurs.
Certain Curieux de Tableaux ,
Dans une Galerie en avoit un grand nombre ;
La placez dans un jour mi trop clair , ni trop sombre ,
Ils étoient honorez du nom d'Originaux,
Car chez les Amateurs c'est chose principale
Sur tout quand il s'y joint un air de vetusté.
Je respecte l'Antiquité ,
Je n'aime point qu'on la ravale ; «
A Vol. Fvj Mais
1178 MERCURE DE FRANCE
Mais est- elle toujours égale è
Non, sans quelque défaut il n'est point de beautés
Homere quelquefois.sommeille . ,
Et ce n'est pas une merveille
Que dans un Art en tout pareil ,
Appelles quelquefois s'abandonne au sommeil.". 1
Mais revenons à notre affaire.
Notre homme dans un Inventaire
Unjour avoit crû remarquer , ».
Un Tableau d'un beau caractere ::
Jugez s'il voulut le manquer.
Il faut d'abord vous expliquer ,
Ce que c'étoit que la merveille.
On n'y connoissoit rien , tout étoit si confus
Qu'on n'y voyoit que du noir , et rien plus ,
Pas seulement un bout d'oreille ;
Mais du noir , vraiment c'est le bean ;
A quelque prix qu'il soit , il me faut ce Tabka
Combien vaut- il ? sur son extase,
Le prix doubla, sa docte emphase 9.
Lui fit acheter cher ce bizare morceau :
Pour rendre sa gloire complette ,
Il fait chez lui convier ses amis ,...
Non pour demander leur avis ,
Mais pour faire applaudir à sa nouvelle emplette
A l'aspect du Tableau, voilà mes gens ravis ;
Quelle touche, dit l'un ! quelle expression. vive !
Quelle imitation ! quelle grace naïve !
1. Kola- Ah
JUIN. 1732 117
Ah ! dit l'autre , quel coloris !
Voyez-vous ce torrent , avec quelle furie ,
It rompt, il fait rouler ces morceaux de Rocher;.
Ces arbres qu'il vient d'arracher ,
Et qu'il pousse dans la prairie ?
Ou donc , dit le premier , où portez- vous les s
yeux ?
Ce torrent , ce sont les cheveux ,
D'une Danaé qui repose ,
Quand Jupiter... Voici bien autre chose ;
Une Danaé ! quoi cela ?
Vous me la donnez belle ! "
Oui, cest Danaé , je le soutiens , c'est elle ,
Et ces arbres couchez que vous croyez voir là ,
Sont ses jambes, voyez quelle chair naturelle ,
Jamais le Titien n'en fit comme en voila.
Allez , ignorans, dit le Maître , -
Vous ne voyez ici paroître ,
Ni Danaé , ni jambes , ni . Torrent ,
C'est d'Ulisse et d'Ajax le fameux different 3 .
Voila ce que cela doit être.
Hê bien , on juge tous lès jours,
Avec cette assurance , avec cette justesse ;
Je gémis souvent des discours ,
Que j'entens faire en toute espece 3
Ignorance et prévention ,
Font en tout la décision.
un Acte , mêlée de Fables , représentée
sur le Théatre Italien le 2. Decembre dernier, de la composition de M. de Launai. \
Cette Piece a été reçûë favorablement du
Public. La Dlle Silvia , qui par le naturel
et la finesse de son jeu , s'attire toûjours
des nouveaux applaudissemens , et qui
récite les differentes Fables qui sont liées
à la Piece , a fait beaucoup de plaisir. On
trouve à la fin de la Comédie , un Recueil
de so. Fables fort ingenieuses , du même
'Auteur. Cet Ouvrage nouvellement imprimé , se vend chez Josse , rue S.Facques , à la Fleur de Lys d'or , 1732. Voisi
une des Fables de la Piece.
1. Vol LA
JUI N. 1732. 1175
La Corme et la jeune Fille.
Une Corme brillante et fraîche ,
D'une jeune fillette avoit charmé les yeux';
Mais ce fruit qui sembloit un fruit délicieux ,
Au goût parut dur et revêche.
Quoi, lui dit la fillette ! un si beau coloris ,
Cache une amertume effroyable ;
Et pour te trouver agréable,
Il faut que par le temps tes appas soient Alétris?
Que ton injustice est extrême !
Lui répondit la Corme, eh! n'es- tu pas de même, -
Par l'effet seul de ton humeur ?
Te voila jeune , fraîche , belle ,
Ton Amant est tendre et fidelle ,
Et loin d'avoir cette douceur ,
Qu'annonce de tes traits la grace naturelle ,
Ti n'as qu'amertume et qu'aigreur :
Crois moi , n'attend pas que les rides
Amortissent ton âpreté , ◊
Les injures du temps ne sont que trop rapides
C'est un cruel moyen de perdre sa fierté.
Nous donnerons ici trois Fables du
Recueil , pour mettre le Lecteur en état
de juger du merite de cet Ouvrage.-
Le Roy de Théatre et l'Ecolier.
Un Ecolier avoit dans un Spectacle ,
I. Vol Goûte
1175 MERCURE DE FRANCE.
Goûté pardessus tout un Acteur renommé,
Qui se croyoit lui-même un prodige , un miracle,
S'estimant beaucoup plus qu'il n'étoit estimé.
Notre jeune homme en étoit si charmé ,
Qu'il donnoit à l'Acteur le mérite et la gloire ,
Des. Vers , des sentimens récitez de mémoire ,
En un mot , il croyoit l'Histrion un Heros ;
C'étoit assurément bien croire ;
Voila comme toûjours nous donnons dans le faux.
Notre Ecolier opiniâtre ,
Dans son erreur , dans ses desirs ,
Epargne quelque temps sur ses menus plaisirs ,
De quoi traiter un jour l'Acteur qu'il idolâtre ;
Il l'invite à dîner , le Monarque,s'y rend ;
Mais qu'il fut trouvé different !
Soft qu'il raisonne ou qu'il folâtre ;
Ce Roy n'avoit plus rien ni de fin , ni de grand
Il n'étoit plus sur son Théatre.
L'Ecolier en rougit... Combien est-il d'objets ,
Qu'il ne faut jamais voir de près !
On riroit bien souvent du plus grand Personage,
S'il découvroit ses propres traits ;
Le Masque heureusement est pris pour le visage.
Le Maître Paulmier et son Eleve..
Un Maître de Paume , en son Art -
Instruisoit unjeune Novice,
I. Vol. Très-
JUIN. 17320 1177
Très-agile à cet exercice ,
Mais trop ardent ; et le Vieillard ,
Lui répetoit toujours : pour devenir habile ,
Possedez-vous , soyez tranquille ;
Jouer trop vivement , c'est jouer au hazard ,
La balle d'elle-même au Joueur vient se rendre,
Pour la juger , il faut l'attendre ;
Qui veut la prévenir , la perd le plus souvent.
Conseils que l'Ecolier ne pouvoit pas com
prendre ,
Quand la balle voloit , il couroit au-devant ;
Aussi manquoit-il de la prendre.
Esprits impatiens , voilà votre portrait ,
Dans un projet , dans une affaire , '
Hâtez-vous , tout devient contraire ;
Attendez , tout vient à souhait
Les Prétendus Connoisseurs.
Certain Curieux de Tableaux ,
Dans une Galerie en avoit un grand nombre ;
La placez dans un jour mi trop clair , ni trop sombre ,
Ils étoient honorez du nom d'Originaux,
Car chez les Amateurs c'est chose principale
Sur tout quand il s'y joint un air de vetusté.
Je respecte l'Antiquité ,
Je n'aime point qu'on la ravale ; «
A Vol. Fvj Mais
1178 MERCURE DE FRANCE
Mais est- elle toujours égale è
Non, sans quelque défaut il n'est point de beautés
Homere quelquefois.sommeille . ,
Et ce n'est pas une merveille
Que dans un Art en tout pareil ,
Appelles quelquefois s'abandonne au sommeil.". 1
Mais revenons à notre affaire.
Notre homme dans un Inventaire
Unjour avoit crû remarquer , ».
Un Tableau d'un beau caractere ::
Jugez s'il voulut le manquer.
Il faut d'abord vous expliquer ,
Ce que c'étoit que la merveille.
On n'y connoissoit rien , tout étoit si confus
Qu'on n'y voyoit que du noir , et rien plus ,
Pas seulement un bout d'oreille ;
Mais du noir , vraiment c'est le bean ;
A quelque prix qu'il soit , il me faut ce Tabka
Combien vaut- il ? sur son extase,
Le prix doubla, sa docte emphase 9.
Lui fit acheter cher ce bizare morceau :
Pour rendre sa gloire complette ,
Il fait chez lui convier ses amis ,...
Non pour demander leur avis ,
Mais pour faire applaudir à sa nouvelle emplette
A l'aspect du Tableau, voilà mes gens ravis ;
Quelle touche, dit l'un ! quelle expression. vive !
Quelle imitation ! quelle grace naïve !
1. Kola- Ah
JUIN. 1732 117
Ah ! dit l'autre , quel coloris !
Voyez-vous ce torrent , avec quelle furie ,
It rompt, il fait rouler ces morceaux de Rocher;.
Ces arbres qu'il vient d'arracher ,
Et qu'il pousse dans la prairie ?
Ou donc , dit le premier , où portez- vous les s
yeux ?
Ce torrent , ce sont les cheveux ,
D'une Danaé qui repose ,
Quand Jupiter... Voici bien autre chose ;
Une Danaé ! quoi cela ?
Vous me la donnez belle ! "
Oui, cest Danaé , je le soutiens , c'est elle ,
Et ces arbres couchez que vous croyez voir là ,
Sont ses jambes, voyez quelle chair naturelle ,
Jamais le Titien n'en fit comme en voila.
Allez , ignorans, dit le Maître , -
Vous ne voyez ici paroître ,
Ni Danaé , ni jambes , ni . Torrent ,
C'est d'Ulisse et d'Ajax le fameux different 3 .
Voila ce que cela doit être.
Hê bien , on juge tous lès jours,
Avec cette assurance , avec cette justesse ;
Je gémis souvent des discours ,
Que j'entens faire en toute espece 3
Ignorance et prévention ,
Font en tout la décision.
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Résumé : La Verité fabuliste, [titre d'après la table]
La pièce 'La Vérité Fabuliste', une comédie en un acte mêlée de fables, a été représentée sur le Théâtre Italien le 2 décembre de l'année précédente. Composée par M. de Launai, elle a été bien accueillie par le public. La demoiselle Silvia, connue pour son jeu naturel et fin, a interprété les différentes fables liées à la pièce, suscitant beaucoup de plaisir. À la fin de la comédie, un recueil de seize fables ingénieuses du même auteur a été proposé. Cet ouvrage, nouvellement imprimé, est disponible chez Josse, rue Saint-Faustin, à la Fleur de Lys d'or, en 1732. La pièce inclut plusieurs fables, dont 'La Corne et la jeune Fille'. Cette fable met en scène une jeune fille déçue par l'amertume d'une corne qu'elle trouvait appétissante en apparence. La corne lui répond que, comme elle, les personnes peuvent sembler agréables mais cacher une amertume intérieure. D'autres fables du recueil sont également mentionnées. 'Le Roy de Théâtre et l'Écolier' raconte l'histoire d'un écolier admirant un acteur célèbre mais déçu lors d'une rencontre en privé. 'Le Maître Paulmier et son Élève' illustre l'importance de la patience dans l'apprentissage. Enfin, 'Les Prétendus Connoisseurs' critique les amateurs d'art qui valorisent les œuvres anciennes sans les comprendre réellement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 1417-1422
EXTRAIT du Procès des Sens.
Début :
Cette Comédie en un Acte en Vers est une forme [...]
Mots clefs :
Comédie, Extrait, Procès des Sens
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Procès des Sens.
EXTRAITdu Procès des Sens.
Cette Comédie en un Acte en Vers est
une forme de Critique nouvelle , risquée:
heureusement sur un Théatre qui n'avoit
encore rien donné dans ce goût-là ; l'Auteur ne doit pas se repentir de cet essai 2
11. Vol. puis-
1418 MERCURE DE FRANCE
puisque le Public , loin de le regarder
comme une témerité , l'a honoré de ses
applaudissemens. Le Ballet des Sens a
donné occasion à la Comédie, où les Sens
personifiés sur la Scene Françoise , font
de courtes et justes Analyses des Entrées
qu'on leur a assignées sur la Scene Lyrique.
L'action du Procès des Sens se passe
dans les Jardins d'Hebé , où le Goût
trouve l'Amour établi Juge de la contestation par un Edit de Jupiter , apporté
par Mercure. L'Amour demande au Goût
quel sujet a pû brouiller les Sens ; le Goût
lui répond que l'Opera s'étant avisé de
leur faire chanter des Brunettes , et danser des Musettes , cela a occasionné cent
discours partiaux sur leurs prééminences ,
qui ont semé la division entr'eux . Il lui
rapporte de suite les décisions d'un Abbé d'un Caissier et d'un Gascon , et
ajoûte :
Seigneur Amour , Voilà
Comme tous cinq on nous balote.
L'Amour réplique :
Tous cinq , calculez bien , qui de cinq ôte deux ,
Reste trois en Eté ce nombre est plus heu- reux.
11. Vol. Ah!
A
JUIN... 17326 1479
Ah ! dit le Goût ,
Vous voulez badiner sur le Goût et l'Ouic
Que l'on a retranchés dans le nouveau Ballet ;
Quant à l'Acte du Goût qui pour moi pa- roîtra
Quand les jours baisseront , à moins que d'être souche ,
De mon retranchement rien l'on ne conclura ,
Sinon que l'Opera
Me garde pour la bonne bouche.
Un petit Amour vient annoncer l'Odorat , qui paroît chargé de fleurs , et se
caracterise par sa délicatesse sur lesOdeurs,
l'Ouie et la Vue le suivent de près. L'Amour se place sur son Tribunal , et les
Sens plaident alternativement leur cause :
nous ne donnerons pour échantillon des
traits de critique , que celui qui tombe
sur l'Acte où triomphe la Dlle le Maure.
L'Amour Chantant , ( dit l'Amour declamant )
Devroit être honteux ,
De son avanture nouvelle ,
Et ne pas s'en vanter comme il fait ; elle est
belle;
L'Opera complaisant détache son bandeau ,
Disant pour raison de son zele ,
Que son illuminé nouveau
II. Vol.
Va
#420 MERCURE DE FRANCE
*Varégler sa main témeraire,
C'est pour le bien descœurs que le Destin l'éclaire,
Quel usage fait- il de ce don précieux ?
De quoi s'occupe - t ilen ouvrant ses beaux
yeux ?
Semblable à l'Ecolier qui sort de la jaquette
• Il vole du facile an superficiel ,
Et le premier regard que notre Bambin jette ,
C'est pour admirer l'Arc- en- Ciel
Et se coiffer d'une Grisette.
Kris, Grisette !
La Vue.
L'Amour
Et qui pis est soubrette.
Dans le fort de la plus vive dispute des
Sens ; le Sens commun arrive ; le Public a
trouvé qu'il parle comme il doit parler.
Décision très glorieuse pour l'Auteur.
Voici la définition du bon Sens tel qu'il
la fait lui-même.
Sans éclat j'illumine
Mais j'illumine nettement ;
Je n'aventure rien; à pas lents je chemine ,..
Mais je chemine sûrement
Le Sens commun n'a pas toujours de grace fine
2. Vers du Balle
II. Vol. Le
JUIN. 1732. 1420
Mais il y a du solide , il pense éxactement
Enfin il est le jugement,
Il est l'esprit sensé que le vrai détermine ,
Que le Bon touche fortement ;
;
Et par fois l'Esprit vif n'est dans son enjou
ment
Que la sotise qui badine,
Le Sens commun expose qu'il craint
que les Sens ne s'approprient ses droits.en
détaillant les leurs. Sa Requête n'est pas
malfondée , tant sur le Théatre que dans
les conversations les plus éclairées ; il n'est
que trop ordinaire de confondre les opérations de l'Esprit avec celies des Sens.
Le Toucher qui s'est amusé , suivant sa
coûtume , ne paroît qu'après la sortie du
Sens commun et passe son tems et le
reste de l'Audience à badiner ; l'Amour
leve le siége , et finit par un compliment
dû aux Spectateurs , où il les invite à
faire durer le Procès des Sens , et à lui
rêter leurs lumieres pour lejuger bien.
La Dile Dangeville la jeune , qui remplit le Rôle de l'Amour , le joue avec
cette figure aimable et piquante , qui fait
si grand plaisir aux yeux , et avec toutes
les graces , la finesse et la legereté imaginable. Elle est très-bien secondée par les
II.Vol sieurs
122 MERCURE DE FRANCE
Srs Dangeville l'Oncle , Poissons, Montmesnil , qui y jouent les Rôles du Toucher , du Goût et du bon Sens , et par
ses autres Camarades , car la Piéce est
très-bien et très- vivement jouée.
Cette Comédie en un Acte en Vers est
une forme de Critique nouvelle , risquée:
heureusement sur un Théatre qui n'avoit
encore rien donné dans ce goût-là ; l'Auteur ne doit pas se repentir de cet essai 2
11. Vol. puis-
1418 MERCURE DE FRANCE
puisque le Public , loin de le regarder
comme une témerité , l'a honoré de ses
applaudissemens. Le Ballet des Sens a
donné occasion à la Comédie, où les Sens
personifiés sur la Scene Françoise , font
de courtes et justes Analyses des Entrées
qu'on leur a assignées sur la Scene Lyrique.
L'action du Procès des Sens se passe
dans les Jardins d'Hebé , où le Goût
trouve l'Amour établi Juge de la contestation par un Edit de Jupiter , apporté
par Mercure. L'Amour demande au Goût
quel sujet a pû brouiller les Sens ; le Goût
lui répond que l'Opera s'étant avisé de
leur faire chanter des Brunettes , et danser des Musettes , cela a occasionné cent
discours partiaux sur leurs prééminences ,
qui ont semé la division entr'eux . Il lui
rapporte de suite les décisions d'un Abbé d'un Caissier et d'un Gascon , et
ajoûte :
Seigneur Amour , Voilà
Comme tous cinq on nous balote.
L'Amour réplique :
Tous cinq , calculez bien , qui de cinq ôte deux ,
Reste trois en Eté ce nombre est plus heu- reux.
11. Vol. Ah!
A
JUIN... 17326 1479
Ah ! dit le Goût ,
Vous voulez badiner sur le Goût et l'Ouic
Que l'on a retranchés dans le nouveau Ballet ;
Quant à l'Acte du Goût qui pour moi pa- roîtra
Quand les jours baisseront , à moins que d'être souche ,
De mon retranchement rien l'on ne conclura ,
Sinon que l'Opera
Me garde pour la bonne bouche.
Un petit Amour vient annoncer l'Odorat , qui paroît chargé de fleurs , et se
caracterise par sa délicatesse sur lesOdeurs,
l'Ouie et la Vue le suivent de près. L'Amour se place sur son Tribunal , et les
Sens plaident alternativement leur cause :
nous ne donnerons pour échantillon des
traits de critique , que celui qui tombe
sur l'Acte où triomphe la Dlle le Maure.
L'Amour Chantant , ( dit l'Amour declamant )
Devroit être honteux ,
De son avanture nouvelle ,
Et ne pas s'en vanter comme il fait ; elle est
belle;
L'Opera complaisant détache son bandeau ,
Disant pour raison de son zele ,
Que son illuminé nouveau
II. Vol.
Va
#420 MERCURE DE FRANCE
*Varégler sa main témeraire,
C'est pour le bien descœurs que le Destin l'éclaire,
Quel usage fait- il de ce don précieux ?
De quoi s'occupe - t ilen ouvrant ses beaux
yeux ?
Semblable à l'Ecolier qui sort de la jaquette
• Il vole du facile an superficiel ,
Et le premier regard que notre Bambin jette ,
C'est pour admirer l'Arc- en- Ciel
Et se coiffer d'une Grisette.
Kris, Grisette !
La Vue.
L'Amour
Et qui pis est soubrette.
Dans le fort de la plus vive dispute des
Sens ; le Sens commun arrive ; le Public a
trouvé qu'il parle comme il doit parler.
Décision très glorieuse pour l'Auteur.
Voici la définition du bon Sens tel qu'il
la fait lui-même.
Sans éclat j'illumine
Mais j'illumine nettement ;
Je n'aventure rien; à pas lents je chemine ,..
Mais je chemine sûrement
Le Sens commun n'a pas toujours de grace fine
2. Vers du Balle
II. Vol. Le
JUIN. 1732. 1420
Mais il y a du solide , il pense éxactement
Enfin il est le jugement,
Il est l'esprit sensé que le vrai détermine ,
Que le Bon touche fortement ;
;
Et par fois l'Esprit vif n'est dans son enjou
ment
Que la sotise qui badine,
Le Sens commun expose qu'il craint
que les Sens ne s'approprient ses droits.en
détaillant les leurs. Sa Requête n'est pas
malfondée , tant sur le Théatre que dans
les conversations les plus éclairées ; il n'est
que trop ordinaire de confondre les opérations de l'Esprit avec celies des Sens.
Le Toucher qui s'est amusé , suivant sa
coûtume , ne paroît qu'après la sortie du
Sens commun et passe son tems et le
reste de l'Audience à badiner ; l'Amour
leve le siége , et finit par un compliment
dû aux Spectateurs , où il les invite à
faire durer le Procès des Sens , et à lui
rêter leurs lumieres pour lejuger bien.
La Dile Dangeville la jeune , qui remplit le Rôle de l'Amour , le joue avec
cette figure aimable et piquante , qui fait
si grand plaisir aux yeux , et avec toutes
les graces , la finesse et la legereté imaginable. Elle est très-bien secondée par les
II.Vol sieurs
122 MERCURE DE FRANCE
Srs Dangeville l'Oncle , Poissons, Montmesnil , qui y jouent les Rôles du Toucher , du Goût et du bon Sens , et par
ses autres Camarades , car la Piéce est
très-bien et très- vivement jouée.
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Résumé : EXTRAIT du Procès des Sens.
Le texte présente une critique de la comédie en un acte en vers intitulée 'Le Procès des Sens'. Cette œuvre, bien que risquée, a été bien accueillie par le public, qui l'a applaudie. L'action se déroule dans les jardins d'Hébé, où l'Amour, désigné juge par Jupiter, doit trancher une dispute entre les Sens. Cette querelle a été déclenchée par une représentation d'opéra où les Sens ont été mis en scène de manière controversée. Les Sens, personnifiés, plaident leur cause devant l'Amour. Le Goût explique que l'opéra a semé la division en faisant chanter et danser des personnages inappropriés. L'Amour suggère de réduire les Sens à trois pour simplifier la situation. Les Sens de l'Odorat, de l'Ouïe et de la Vue interviennent tour à tour, critiquant notamment une performance de la demoiselle Le Maure. Au cœur de la dispute, le Sens commun arrive et expose sa définition : il éclaire nettement et sûrement, sans éclat superflu. Il craint que les Sens ne s'approprient ses droits et rappelle l'importance de distinguer les opérations de l'esprit de celles des Sens. Le Toucher, dernier à intervenir, passe son temps à badiner. La pièce est jouée avec succès par des acteurs renommés, notamment la demoiselle Dangeville dans le rôle de l'Amour, qui est saluée pour son interprétation pleine de grâce et de finesse. L'Amour conclut en invitant le public à prolonger le débat et à partager leurs lumières pour juger la pièce.
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50
p. 2252-2253
« On prépare pour le commencement du mois prochain un Opera nouveau, [...] »
Début :
On prépare pour le commencement du mois prochain un Opera nouveau, [...]
Mots clefs :
Opéra, Biblis, Comédiens-Français, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On prépare pour le commencement du mois prochain un Opera nouveau, [...] »
On prépare pour le commencement
du mois prochain un Opera nouveau ,
qui a pour titre Biblis , dont nous parle
rons en son temps.
Les Comédiens François ont remis au
Théatre les trois Cousines , que le Public .
revoit toujours avec le même plaisir. Les
quatre principaux Rôles , de la Meuniere,.
de Colette , de Blaise , et de M. de Lorme
sont parfaitement joüez par les Dlles Lamotte et d'Angeville , et par les Sieurs
Armand et Montmenil.
II
>
OCTOBRE. 1732. 2253-
Ils ont aussi remis la petite Comédie.
duFlorentin, dans laquelle la Dule Legrand
joue le Rôle d'Hortense avec applaudissement
du mois prochain un Opera nouveau ,
qui a pour titre Biblis , dont nous parle
rons en son temps.
Les Comédiens François ont remis au
Théatre les trois Cousines , que le Public .
revoit toujours avec le même plaisir. Les
quatre principaux Rôles , de la Meuniere,.
de Colette , de Blaise , et de M. de Lorme
sont parfaitement joüez par les Dlles Lamotte et d'Angeville , et par les Sieurs
Armand et Montmenil.
II
>
OCTOBRE. 1732. 2253-
Ils ont aussi remis la petite Comédie.
duFlorentin, dans laquelle la Dule Legrand
joue le Rôle d'Hortense avec applaudissement
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Résumé : « On prépare pour le commencement du mois prochain un Opera nouveau, [...] »
En octobre 1732, la préparation d'un nouvel opéra, 'Biblis', est annoncée. Les comédiens français reprennent 'Les trois Cousines' avec les demoiselles Lamotte et d'Angeville, ainsi que les sieurs Armand et Montmenil. La pièce 'Le Florentin' est également remise en scène, avec la demoiselle Legrand dans le rôle d'Hortense.
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