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p. 193-243
Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Début :
Enfin, Madame, je passe à un Article dont je n'aurois [...]
Mots clefs :
Pierreries, Fontainebleau, Plaisirs, Cour, Habits, Roi, Château, Comédie, Hôtel de Bourgogone, Opéra, Musique, Reine, Habillement, Dames, Bals, Divertissement, Dauphin, Chasse
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Enfin , Madame , je paſſe à
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
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Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Le texte relate le séjour prolongé du roi à Fontainebleau, initialement prévu pour quinze jours et étendu jusqu'au 30 septembre. Le château, vaste et somptueux, impressionne par ses nombreuses cours, appartements, galeries et jardins. Après des conquêtes hivernales et des décisions stratégiques, le roi cherchait à se détendre. Son séjour fut marqué par divers divertissements préparés avec magnificence. Le Prince de Marillac, Grand Maître de la Garderobe, fit confectionner des habits extraordinaires pour le roi, qui les apprécia. Les divertissements incluaient des représentations théâtrales et des opéras à l'Hôtel de Bourgogne, avec des pièces comme 'Iphigénie', 'Le Menteur' et 'L'Avare'. La musique du roi, augmentée de nouvelles voix, fut particulièrement applaudie. Les danseurs reçurent des gratifications pour leurs performances. Des mascarades et des spectacles comiques, comme celui de M. Philibert, ajoutèrent à l'ambiance festive. Deux bals magnifiques furent organisés, où la cour apparut dans des tenues somptueuses ornées de pierreries. Le roi, la reine, le Dauphin, Monseigneur, Madame et Mademoiselle portèrent des habits richement décorés. Les dames se parèrent de nattes, de boucles et de pierreries, avec des habits gris brodés. Les bals furent l'occasion de montrer l'éclat et la magnificence de la cour, avec une participation libre pour ceux de qualité considérable. Le roi se distingua par son air et sa grâce. La collation du premier bal à Fontainebleau fut particulièrement somptueuse, soulignant la magnificence croissante de la France. La table était ornée de fruits frais et de confitures, avec des flambeaux et des girandoles illuminant l'ensemble. Les convives, y compris le roi et quarante dames, étaient parés de pierreries, et les hommes en justaucorps brodé admiraient la broderie. M. Bigot, contrôleur ordinaire de la Maison du Roi, est loué pour son intelligence et son savoir-faire dans l'organisation de ces événements. Pendant le séjour à Fontainebleau, les plaisirs étaient nombreux, avec des bals jusqu'à minuit et diverses chasses, notamment celles du lièvre, du cerf et du sanglier. Le roi et plusieurs nobles, dont le Dauphin et Madame, participèrent activement à ces activités. La présence de Madame la Duchesse de Toscane et de Monsieur le Prince de Conti, ainsi que la vigueur de Monsieur le Duc de Monmouth, furent notées. La Duchesse de Bouillon et Mademoiselle de Grancey se distinguèrent par leur adresse et leur esprit. Le Te Deum de Monsieur Lully, composé pour l'occasion, fut particulièrement apprécié par le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 16-40
Histoire de Roüen. [titre d'après la table]
Début :
Il faudroit n'estre pas Homme pour n'en point avoir [...]
Mots clefs :
Rouen, Chevalier, Mort, Maîtresse, Surprise, Château, Conseiller, Amour, Procès, Fantôme, Abbé, Ombre, Mariages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire de Roüen. [titre d'après la table]
Il faudroit n'eſtre
pas Homme pour n'en point avoir ; mais elle a quelquefois des effets bien dangereux , &
vous l'allez voir par ce qui eft arrivé depuis peu de temps à
une aimable Heritiere d'une des
meilleures Familles de Roüen.
Elle avoit pris de la tendreſſe
pour un jeune Chevalier qui
GALANT. 1.3
Laimoit avec paffion. Soit pour la naiſſance , foit pour le bien,
ils eſtoient aſſez le fait l'un de
l'autre; & comme l'Amour s'en
meſloit , il n'auroit pas eſté dif- ficile au Chevalier de ſe rendre
heureux, fi l'employ qu'il avoit à l'Armée ne l'euft obligé d'at- tendre à demander. l'agrément de ſes Parens au retour de la
Campagne , qu'il ne ſe pouvoit diſpenſer de faire. Il ſervoit en Allemagne fous Monfieur le Mareſchal de Créquy , &ayant eſté commandé dans une oсcaſion où nous perdîmes quel- que monde, il fut compte au nombre des Morts, La nouvelle
s'en répandit dans la Province.
Elle vint aux oreilles de laDemoifelle qui en fut inconfolable.
Elle pleura , foûpira, parla con- tinuellement de ſes bonnes qua
14 LE MERCVRE
litez , & ſe le mit ſi fortement dans l'eſprit, qu'elle croyoit le voir paroiſtre devant elle à tous
momens. Pour divertir un peu ſa douleur , on l'envoya chez une Dame de ſes Parentes qui avoit un Chaſteau au Païs de
Caux. C'eſtoitune Veuve d'un
eſprit fort agreable , &qui ayant encorde la jeuneffe & de la beauté , attiroit chez elle tout ce qu'il y avoit d'honneſtes Gens
dansſon voiſinage. LabelleAf- Aigée ytrouva quelquefoulage- ment à ſes déplaiſirs , elle n'en pût oublier la cauſe , &elle ſe déroboit tous les jours pour ve- nir reſver ſolitairement dans le
Jardin à la perte qu'elle avoit faite. Cependant le Chevalier n'eſtoit pas ſi bienmort, qu'il ne fit connoiſtre preſque auffi-toft qu'il avoit encor part àla vie.On
GALAN T. 15 viſita ſes bleſſures. Elles furent
trouvées dangereuſes , mais non pas de telle forte qu'il n'en puſt guerir. On en prit ſoin , &il fut eneſtat de quiter l'Armée dans
le temps que les Troupes entroient en Quartier d'Hyver. II
revient en Normandie. Grande
joye pour ſes Amis qui l'ont pleuré mort. Il s'informe de ſa Maiſtreſſe. On luy apprend où elle eft, &à quelles extremitez ſa douleur l'avoit portée. Son amour redouble par la connoif- fancequ'onluydonne deſes dé- plaiſirs. Il meurt d'impatience de la revoir , &luy veut porter luy-meſme la nouvelle de ſon retour à la vie. Comme il s'en
connoiſt fortement aimé , il ſe
faitunejoyeſenſiblede l'agrea- ble ſurpriſe que ſa veuëluy doit caufer,& fans la faire tirer de
16 LE MERCVRE
l'erreur où le bruit de ſa fauffe
mort l'a miſe , il part de Roüen avec un Confeiller &un Abbé
de ſes Amis. Aucun d'eux ne
connoiſſoit la Dame chez qui elle eſtoit , &ceła faciliteledeffein qu'ils ont de faire paſſer pour une rencontre du hazard ce qui est une occafion recher- chée. Il pouvoiteſtre onze heu- res du foir. Ils arriventau Chaſteau , feignent d'ignorer à qui il eft , le demandent au Portier
qui leur vient ouvrir; &ſur ſa -réponſe , ils le prient de fairedi- re àla Dame , qu'un Conſeiller duParlementqui s'eſt égaré en allant à Dieppe , la ſupplie de luy vouloir donner une Cham- bre à luy & à deuxde ſes Amis,
..poury attendre le jour. La Dame avoit un Procés ,& le cre
dit d'un Conſeiller qui peut ou
GALANT. I17 eſtre fon Juge , ou folliciter pour elle , luy paroiſt un ſecours en- voyéduCiel. Elle leur fait faire excuſe de ce qu'eſtant déja coit- chée,elle est contrainte d'attendre juſqu'au lendemain à les voir. Cependant les ordres ſe donnent , & on n'oublie rien
pourles recevoir obligeamment.
La nuit ſe paffe. Ils demandent à quelle heure ils pourront re- mercier la Dame de ſes bontez..
On leur répond qu'elle s'habil- le; &pendant ce temps,le Con feiller & l'Abbé defcendent à
l'Ecurie pour ſçavoir ſi on a en ſoinde leurs Chevaux. Le Chevalier qui ne fonge qu'à fon amour , obferve la ſituationdes
lieux qui font habitez , & ayant pris garde qu'ils donnent fur le Jardin , il y entre dans l'eſperan- ce que faMaiſtreſſe paroiſtra à
18 LE MERCVRE
4
quelque feneftre. Iln'y apas fait trente pas qu'il lavoit fortird'u- ne Allée couverte. Elley eftoit venuë comme elle avoit accouſtumé de le faire tous les matins,&dans ce momentelle effuyoit quelques larmes qu'elle avoit encor données au ſouvenirde ſa mort. Il s'avance. Elle
l'apperçoit ; &comme elle en avoit l'imagination toute rem- plie , elle le prend pour fon Phantoſme, fait des cris épou- vantables , & s'enfuit vers une
Salle qu'elle avoit laiſſée ouver- te. Il court apres elle pour taf- cher de l'arreſter , mais fa diligence eſt vaine. Elle redouble fes cris , & a plûtoſt fermé la Porte qu'il ne l'a pû joindre.
Cette action est remarquée d'un Domeſtique qui entroit dans le
Jardin. Il enva donneravis àla
GALANT. 19
Dame. Elle deſcend dans la
Salle , trouve ſa belle Parente
- évanoüie; & comme elle estoit
Heritiere , & qu'on avoit déja fait courir le bruit de quelque projet pour l'enlever , elle ne doute point qu'on n'ait voulu enveniràl'execution ,&que ce qu'on luy eſt venu dire le jour precedent du Conſeiller égaré,
n'ait efté un artifice pour don- ner une entrée aux Raviſſeurs.
Tout la confirme dans cette
croyance. On a ven courir un
Homme apres la Demoiselle quine s'en eſt ſauvée qu'en s'en- fermant , & on la trouve évanoüie de frayeurs. Ses deux A- mis qui s'arreſtent à voir leurs
Chevaux , femblent avoir eu deſſein de ſe tenir preſts à fuir quand il ſeroit venu à bout de
fon entrepriſe , & il n'y a rien
-
20 LE MERCVRE
I
autre choſe àpenſer de ce qui s'eſt fait. Tandis qu'on prend foin de la belle Evanoüie , la
Dame envoye chercher du Se- cours , fait armer ſes Gens , &
enmoins de rien vingt. Hom- mes , avec des Moufquetons &
des Halebardes vont àl'Ecurie,
oùle Chevalier eſtoit venu ren
de compte à ſes deuxAmísde la rencontre qu'ilavoit faite. Ils font ſurpris de ſe voir coucher enjouë,&d'entendre dire qu'il n'y a pointde quartier pour eux s'ils neſe laiſſent conduire dans
-un Cabinet grillé oùla Dame a
-donnéordre qu'on les enferme.
Ils ont beau demander la cauſe
de l'infulte qu'on leur fait , & fe
plaindre du peu dereſpect qu'on apourunConſeiller.Ce nomde
Conſeiller qui avoit fait de ſi
grands effets quand ils arrive-
GALANT. 21
rent,n'eſt plus d'aucune confi- deration ,&ils font à peine dans leCabineroù cette Troupe mu- tine les garde , que la Dame leur vient dire qu'apres les avoir fait recevoir chez elle de la maniere la plus obligeante , elle n'auroit jamais creu qu'ils euf- ſent voulu luy faire l'outrage dont elle prétend reparation. Le Conſeiller prend la parole , &
s'eſtant plaint ſans trop d'ai- greur de la violence qu'on luy a
faite , il adjoûte qu'il ne voit pas de quel mauvais deſſein on a pû le tenir ſuſpect , quand il vient avecunAbbé dont le caractere le doit faire croire incapable d'y preſter la main. La Dame répond que la partie ef- toit bien- faite , &qu'on ne vou- loit pas aller loin ſans mettre les choſes en estat deſe pacifier par
22 LE MERCVRE
le Mariage. Cette réponſe &
quelques autres paroles luy font comprendre qu'on les ſoupçon- nede n'eſtre venusau Chaſteau
quepour enlever ſa Parente. Le Chevalier qui ne devine point pourquoy on leurimpute cedef- fein ſur la frayeur qu'il ſçait que ſa veuë a cauſée àſaMaiſtreſſe,
dit qu'il eſt vray qu'une Demoi- ſelle a pris la fuite toute effrayée de l'avoir trouvé dans le Jardin,
mais qu'on la luy faſſe voir , &
qu'il eſt fort aſſuré qu'elle ne le reconnoiſtra point pour un Ra- viſſeur. Il conjure la Dame avee tant d'inſtance de luy accorder cette grace , qu'elle les quitte pour aller ſçavoir ſi ſa Parente eſt enestatde venir.Elle la trouve revenuë de fon Evanoüiffement , mais ſi interdite de ce
qu'elle a veu , quele troublede
GALANT. 23
ſon ameparoiſt encorpeintdans ſes regards. Cette belle Perſon- ne la prévient , &d'abord qu'el- le lavoit entrer elle luy dit qu'el- le ne ſçait comme elle eſt de- meurée vivante apres quel'Om- bre du Chevalier qu'elle a tant aimé luy eſt apparuë. LaDame perfuadéeque la frayeur qu'elle a euë de la pourſuite d'un Ra- viſſeur afait égarer ſa raiſon , la prie dela fuivre , &l'affurequ'- elle luy fera faire entiere ſatis- faction de l'injure qu'elle a re- çeuë. Elle entre dans leCabinet ſans ſçavoir pourquoyſa prefen- ce yeft neceſſaire , & elle n'a pas plûtoſt jetté les yeux fur leChe- valier qu'elle pouffe de nouveaux cris , & retombe preſque dans le meſme eſtat d'où elle
vientd'eſtre retirée. LeChevaliers'approche, & ſe plaint d'u-
,
24 LE MERCVRE
ne maniere fi tendredu malheur
qu'il a de ne pouvoir paroiſtre devat elle fans l'éfrayer,qu'enfin quoy qu'avec beaucoupde pei- ne , elle trouve affez de voix
pourluydemanders'il peuteſtre vray qu'il ne ſoit pas mort. Il répond qu'il ne ſçait ſi elle a
donné un ordre abſolu de le tuer à ceux qui l'ont amené dans le Cabinet avecdes Halebardes &
des Mousquetons , mais que fi elle veut bien conſentir qu'il vi- ve , il vivra tout à elle comme il
a fait juſque là , &toûjours dans les ſentimens paſſionnez qu'elle ne condamnoit pas avant qu'il la quittât pour l'Armée. Il n'en fallut pas davantage pour faire connoiſtre àla Dame ce qu'elle n'avoit pû démeſler d'abord. Ju- gez de ſa ſurpriſe. Elle entend nommerle Chevalier, & voyantla
GALANT. 25 joye éclater ſur le viſage de ſa Parente , elle tombe dans une
confufion dont elle ne fort que par les choſes agreables que le Conſeiller commence à luydire fur cettemépriſe. Elle luy en fait mille excuſes , &ſe ſertpource- la de termes ſi obligeans , que commeelle eſtoit tres-bien faite
de ſa perſonne, le Conſeiller s'en laiſſe toucher. Elle le prie de re- mettre ſon Voyage de Dieppe,
& de demeurer quelques jours chez elle pour luy donner lieu dereparer ce que fon inconfide- rée précipitation luy avoit fait faire d'injuſte. Outre que c'ef- toit ce que le Conſeiller avoit pretendu , il trouvoit tant d'ef- prit & d'agrément dans l'aima- ble Veuve , qu'il ne fut pas fa- ché de faire pour elle ce qu'un commencement d'amour luy
Tome IX. B
26 LE MERCVRE
faiſoit déja ſecrettement ſouhai- ter. Il paſſa donctrois ou quatre jours dans le Chaſteau , & l'en- tretiende cette aimable Perſonne eurde fi doux charmes pour luy, qu'iln'yparoiffoit pasmoins attaché que le Chevalier l'eſtoit àrenouveller àſa Maiſtreſſe les
proteſtations du plus tendre amour. L'Abbé s'aperçeut de l'engagement que le Confeiller prenoit pour la Dame ; & com- me il ne pouvoitſemettredela converfation d'aucun coſté fans
troubler un teſte-a-teſte , il leur dit enfin en riant qu'il s'ennu- yoit d'eſtre ſans employ , tandis qu'il les voyoit tousquatre ff agreablement occupez. Je ne ſçay ſi cet avis donna lieu au Conſeillerde s'expliquer ſerien- ſement , mais l'intelligence con- tinua ,les affaires ſe conclurent,
GALAINT.
27 & l'Abbé fut appellé quelque temps apres pour la Ceremonie des deux Mariages. Le grand oüy qu'il a fait prononcer à ces quatresAmans, les amisdans un eftat fi heureux , quepourl'en récompenfer il luy ſouhaitent tous les jours une Mitre
pas Homme pour n'en point avoir ; mais elle a quelquefois des effets bien dangereux , &
vous l'allez voir par ce qui eft arrivé depuis peu de temps à
une aimable Heritiere d'une des
meilleures Familles de Roüen.
Elle avoit pris de la tendreſſe
pour un jeune Chevalier qui
GALANT. 1.3
Laimoit avec paffion. Soit pour la naiſſance , foit pour le bien,
ils eſtoient aſſez le fait l'un de
l'autre; & comme l'Amour s'en
meſloit , il n'auroit pas eſté dif- ficile au Chevalier de ſe rendre
heureux, fi l'employ qu'il avoit à l'Armée ne l'euft obligé d'at- tendre à demander. l'agrément de ſes Parens au retour de la
Campagne , qu'il ne ſe pouvoit diſpenſer de faire. Il ſervoit en Allemagne fous Monfieur le Mareſchal de Créquy , &ayant eſté commandé dans une oсcaſion où nous perdîmes quel- que monde, il fut compte au nombre des Morts, La nouvelle
s'en répandit dans la Province.
Elle vint aux oreilles de laDemoifelle qui en fut inconfolable.
Elle pleura , foûpira, parla con- tinuellement de ſes bonnes qua
14 LE MERCVRE
litez , & ſe le mit ſi fortement dans l'eſprit, qu'elle croyoit le voir paroiſtre devant elle à tous
momens. Pour divertir un peu ſa douleur , on l'envoya chez une Dame de ſes Parentes qui avoit un Chaſteau au Païs de
Caux. C'eſtoitune Veuve d'un
eſprit fort agreable , &qui ayant encorde la jeuneffe & de la beauté , attiroit chez elle tout ce qu'il y avoit d'honneſtes Gens
dansſon voiſinage. LabelleAf- Aigée ytrouva quelquefoulage- ment à ſes déplaiſirs , elle n'en pût oublier la cauſe , &elle ſe déroboit tous les jours pour ve- nir reſver ſolitairement dans le
Jardin à la perte qu'elle avoit faite. Cependant le Chevalier n'eſtoit pas ſi bienmort, qu'il ne fit connoiſtre preſque auffi-toft qu'il avoit encor part àla vie.On
GALAN T. 15 viſita ſes bleſſures. Elles furent
trouvées dangereuſes , mais non pas de telle forte qu'il n'en puſt guerir. On en prit ſoin , &il fut eneſtat de quiter l'Armée dans
le temps que les Troupes entroient en Quartier d'Hyver. II
revient en Normandie. Grande
joye pour ſes Amis qui l'ont pleuré mort. Il s'informe de ſa Maiſtreſſe. On luy apprend où elle eft, &à quelles extremitez ſa douleur l'avoit portée. Son amour redouble par la connoif- fancequ'onluydonne deſes dé- plaiſirs. Il meurt d'impatience de la revoir , &luy veut porter luy-meſme la nouvelle de ſon retour à la vie. Comme il s'en
connoiſt fortement aimé , il ſe
faitunejoyeſenſiblede l'agrea- ble ſurpriſe que ſa veuëluy doit caufer,& fans la faire tirer de
16 LE MERCVRE
l'erreur où le bruit de ſa fauffe
mort l'a miſe , il part de Roüen avec un Confeiller &un Abbé
de ſes Amis. Aucun d'eux ne
connoiſſoit la Dame chez qui elle eſtoit , &ceła faciliteledeffein qu'ils ont de faire paſſer pour une rencontre du hazard ce qui est une occafion recher- chée. Il pouvoiteſtre onze heu- res du foir. Ils arriventau Chaſteau , feignent d'ignorer à qui il eft , le demandent au Portier
qui leur vient ouvrir; &ſur ſa -réponſe , ils le prient de fairedi- re àla Dame , qu'un Conſeiller duParlementqui s'eſt égaré en allant à Dieppe , la ſupplie de luy vouloir donner une Cham- bre à luy & à deuxde ſes Amis,
..poury attendre le jour. La Dame avoit un Procés ,& le cre
dit d'un Conſeiller qui peut ou
GALANT. I17 eſtre fon Juge , ou folliciter pour elle , luy paroiſt un ſecours en- voyéduCiel. Elle leur fait faire excuſe de ce qu'eſtant déja coit- chée,elle est contrainte d'attendre juſqu'au lendemain à les voir. Cependant les ordres ſe donnent , & on n'oublie rien
pourles recevoir obligeamment.
La nuit ſe paffe. Ils demandent à quelle heure ils pourront re- mercier la Dame de ſes bontez..
On leur répond qu'elle s'habil- le; &pendant ce temps,le Con feiller & l'Abbé defcendent à
l'Ecurie pour ſçavoir ſi on a en ſoinde leurs Chevaux. Le Chevalier qui ne fonge qu'à fon amour , obferve la ſituationdes
lieux qui font habitez , & ayant pris garde qu'ils donnent fur le Jardin , il y entre dans l'eſperan- ce que faMaiſtreſſe paroiſtra à
18 LE MERCVRE
4
quelque feneftre. Iln'y apas fait trente pas qu'il lavoit fortird'u- ne Allée couverte. Elley eftoit venuë comme elle avoit accouſtumé de le faire tous les matins,&dans ce momentelle effuyoit quelques larmes qu'elle avoit encor données au ſouvenirde ſa mort. Il s'avance. Elle
l'apperçoit ; &comme elle en avoit l'imagination toute rem- plie , elle le prend pour fon Phantoſme, fait des cris épou- vantables , & s'enfuit vers une
Salle qu'elle avoit laiſſée ouver- te. Il court apres elle pour taf- cher de l'arreſter , mais fa diligence eſt vaine. Elle redouble fes cris , & a plûtoſt fermé la Porte qu'il ne l'a pû joindre.
Cette action est remarquée d'un Domeſtique qui entroit dans le
Jardin. Il enva donneravis àla
GALANT. 19
Dame. Elle deſcend dans la
Salle , trouve ſa belle Parente
- évanoüie; & comme elle estoit
Heritiere , & qu'on avoit déja fait courir le bruit de quelque projet pour l'enlever , elle ne doute point qu'on n'ait voulu enveniràl'execution ,&que ce qu'on luy eſt venu dire le jour precedent du Conſeiller égaré,
n'ait efté un artifice pour don- ner une entrée aux Raviſſeurs.
Tout la confirme dans cette
croyance. On a ven courir un
Homme apres la Demoiselle quine s'en eſt ſauvée qu'en s'en- fermant , & on la trouve évanoüie de frayeurs. Ses deux A- mis qui s'arreſtent à voir leurs
Chevaux , femblent avoir eu deſſein de ſe tenir preſts à fuir quand il ſeroit venu à bout de
fon entrepriſe , & il n'y a rien
-
20 LE MERCVRE
I
autre choſe àpenſer de ce qui s'eſt fait. Tandis qu'on prend foin de la belle Evanoüie , la
Dame envoye chercher du Se- cours , fait armer ſes Gens , &
enmoins de rien vingt. Hom- mes , avec des Moufquetons &
des Halebardes vont àl'Ecurie,
oùle Chevalier eſtoit venu ren
de compte à ſes deuxAmísde la rencontre qu'ilavoit faite. Ils font ſurpris de ſe voir coucher enjouë,&d'entendre dire qu'il n'y a pointde quartier pour eux s'ils neſe laiſſent conduire dans
-un Cabinet grillé oùla Dame a
-donnéordre qu'on les enferme.
Ils ont beau demander la cauſe
de l'infulte qu'on leur fait , & fe
plaindre du peu dereſpect qu'on apourunConſeiller.Ce nomde
Conſeiller qui avoit fait de ſi
grands effets quand ils arrive-
GALANT. 21
rent,n'eſt plus d'aucune confi- deration ,&ils font à peine dans leCabineroù cette Troupe mu- tine les garde , que la Dame leur vient dire qu'apres les avoir fait recevoir chez elle de la maniere la plus obligeante , elle n'auroit jamais creu qu'ils euf- ſent voulu luy faire l'outrage dont elle prétend reparation. Le Conſeiller prend la parole , &
s'eſtant plaint ſans trop d'ai- greur de la violence qu'on luy a
faite , il adjoûte qu'il ne voit pas de quel mauvais deſſein on a pû le tenir ſuſpect , quand il vient avecunAbbé dont le caractere le doit faire croire incapable d'y preſter la main. La Dame répond que la partie ef- toit bien- faite , &qu'on ne vou- loit pas aller loin ſans mettre les choſes en estat deſe pacifier par
22 LE MERCVRE
le Mariage. Cette réponſe &
quelques autres paroles luy font comprendre qu'on les ſoupçon- nede n'eſtre venusau Chaſteau
quepour enlever ſa Parente. Le Chevalier qui ne devine point pourquoy on leurimpute cedef- fein ſur la frayeur qu'il ſçait que ſa veuë a cauſée àſaMaiſtreſſe,
dit qu'il eſt vray qu'une Demoi- ſelle a pris la fuite toute effrayée de l'avoir trouvé dans le Jardin,
mais qu'on la luy faſſe voir , &
qu'il eſt fort aſſuré qu'elle ne le reconnoiſtra point pour un Ra- viſſeur. Il conjure la Dame avee tant d'inſtance de luy accorder cette grace , qu'elle les quitte pour aller ſçavoir ſi ſa Parente eſt enestatde venir.Elle la trouve revenuë de fon Evanoüiffement , mais ſi interdite de ce
qu'elle a veu , quele troublede
GALANT. 23
ſon ameparoiſt encorpeintdans ſes regards. Cette belle Perſon- ne la prévient , &d'abord qu'el- le lavoit entrer elle luy dit qu'el- le ne ſçait comme elle eſt de- meurée vivante apres quel'Om- bre du Chevalier qu'elle a tant aimé luy eſt apparuë. LaDame perfuadéeque la frayeur qu'elle a euë de la pourſuite d'un Ra- viſſeur afait égarer ſa raiſon , la prie dela fuivre , &l'affurequ'- elle luy fera faire entiere ſatis- faction de l'injure qu'elle a re- çeuë. Elle entre dans leCabinet ſans ſçavoir pourquoyſa prefen- ce yeft neceſſaire , & elle n'a pas plûtoſt jetté les yeux fur leChe- valier qu'elle pouffe de nouveaux cris , & retombe preſque dans le meſme eſtat d'où elle
vientd'eſtre retirée. LeChevaliers'approche, & ſe plaint d'u-
,
24 LE MERCVRE
ne maniere fi tendredu malheur
qu'il a de ne pouvoir paroiſtre devat elle fans l'éfrayer,qu'enfin quoy qu'avec beaucoupde pei- ne , elle trouve affez de voix
pourluydemanders'il peuteſtre vray qu'il ne ſoit pas mort. Il répond qu'il ne ſçait ſi elle a
donné un ordre abſolu de le tuer à ceux qui l'ont amené dans le Cabinet avecdes Halebardes &
des Mousquetons , mais que fi elle veut bien conſentir qu'il vi- ve , il vivra tout à elle comme il
a fait juſque là , &toûjours dans les ſentimens paſſionnez qu'elle ne condamnoit pas avant qu'il la quittât pour l'Armée. Il n'en fallut pas davantage pour faire connoiſtre àla Dame ce qu'elle n'avoit pû démeſler d'abord. Ju- gez de ſa ſurpriſe. Elle entend nommerle Chevalier, & voyantla
GALANT. 25 joye éclater ſur le viſage de ſa Parente , elle tombe dans une
confufion dont elle ne fort que par les choſes agreables que le Conſeiller commence à luydire fur cettemépriſe. Elle luy en fait mille excuſes , &ſe ſertpource- la de termes ſi obligeans , que commeelle eſtoit tres-bien faite
de ſa perſonne, le Conſeiller s'en laiſſe toucher. Elle le prie de re- mettre ſon Voyage de Dieppe,
& de demeurer quelques jours chez elle pour luy donner lieu dereparer ce que fon inconfide- rée précipitation luy avoit fait faire d'injuſte. Outre que c'ef- toit ce que le Conſeiller avoit pretendu , il trouvoit tant d'ef- prit & d'agrément dans l'aima- ble Veuve , qu'il ne fut pas fa- ché de faire pour elle ce qu'un commencement d'amour luy
Tome IX. B
26 LE MERCVRE
faiſoit déja ſecrettement ſouhai- ter. Il paſſa donctrois ou quatre jours dans le Chaſteau , & l'en- tretiende cette aimable Perſonne eurde fi doux charmes pour luy, qu'iln'yparoiffoit pasmoins attaché que le Chevalier l'eſtoit àrenouveller àſa Maiſtreſſe les
proteſtations du plus tendre amour. L'Abbé s'aperçeut de l'engagement que le Confeiller prenoit pour la Dame ; & com- me il ne pouvoitſemettredela converfation d'aucun coſté fans
troubler un teſte-a-teſte , il leur dit enfin en riant qu'il s'ennu- yoit d'eſtre ſans employ , tandis qu'il les voyoit tousquatre ff agreablement occupez. Je ne ſçay ſi cet avis donna lieu au Conſeillerde s'expliquer ſerien- ſement , mais l'intelligence con- tinua ,les affaires ſe conclurent,
GALAINT.
27 & l'Abbé fut appellé quelque temps apres pour la Ceremonie des deux Mariages. Le grand oüy qu'il a fait prononcer à ces quatresAmans, les amisdans un eftat fi heureux , quepourl'en récompenfer il luy ſouhaitent tous les jours une Mitre
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Résumé : Histoire de Roüen. [titre d'après la table]
Le texte relate l'histoire d'une jeune héritière de Rouen qui sombre dans le désespoir après avoir appris la mort de son amant, un jeune chevalier. Pour la distraire, on l'envoie chez une parente veuve, réputée pour son esprit agréable et sa beauté, qui attire de nombreuses personnes honorables. Malgré les efforts pour la divertir, la jeune femme continue de pleurer la perte de son amant. Cependant, le chevalier n'est pas mort et, après avoir guéri de ses blessures, il revient en Normandie. Apprenant la douleur de sa maîtresse, il décide de lui annoncer son retour en personne. Accompagné d'un conseiller et d'un abbé, il se rend au château de la parente, se faisant passer pour un conseiller égaré. La dame, pensant qu'il s'agit d'un ravisseur, les enferme après que la jeune femme, en voyant le chevalier, s'évanouit de frayeur. Le chevalier explique la situation, et la dame, comprenant la méprise, s'excuse. La jeune femme, revenue à elle, reconnaît son amant et se réjouit. Le conseiller, charmé par la veuve, décide de rester et finit par se marier avec elle. L'abbé, témoin de la situation, suggère une solution qui aboutit à deux mariages. Par ailleurs, le texte mentionne une cérémonie organisée par une personne pour quatre amoureux, qui prononcent des vœux. Ces amoureux se trouvent dans un état de bonheur extrême. En guise de récompense pour cet acte, ils expriment chaque jour le souhait que cette personne obtienne une mitre, un couvre-chef ecclésiastique symbolisant une haute dignité religieuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 153-156
Mort de Madame la Princesse de Guimené, [titre d'après la table]
Début :
Anne de Rohan, Princesse de Guemené, est morte le 14 [...]
Mots clefs :
Anne de Rohan, Princesse, Décès, Fille, Prince, Château, Duc, Maison de Rohan, Maréchal de France, Comte, Maison royale, Princesse du sang, Armes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Madame la Princesse de Guimené, [titre d'après la table]
Anne de Rohan , Princeffe
de Guemené, eft morte le
14.
de ce mois , en fa Terre de
Rochefort , âgée de plus de
quatre - vingt ans . Elle eftoit
Fille de Pierre , Prince de
Guemené , & de Madelaine
de Rieux Château neuf , &
avoit épousé en 1617. Loüis
de Rohan VII. du nom , fon
Coufin Germain
, Prince de
Guemené
, depuis Duc de
Mont- Bazon , Pair & Grand-
Veneur de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Chef du
Nom & des Armes de l'Illu
ftre & Ancienne Maiſon de
154 MERCURE
Rohan , mort à Paris en 1667 .
âgé de 68. ans. De ce Mariage
font fortis Louis &
Charles de Rohan. Charles ,
Duc de Mont- Bafon , Prince
de Guemené, Comte deMontauban
, prit Alliance avec
Jeanne Armande de Schomberg
, Fille puifnée de Henry ,
Comte de Nanteuil- le Haudouin
, Maréchal de France ,
& d'Anne de la Guiche , dont
il eut entr'autres Enfans,
Charles, Prince de Guemené,
marié en premieres Noces
avec Marie- Anne d'Albert-
Luynes , Fille de CharlesGALANT.
155
ノ
Louis , Duc de Luynes , morte
en 1679. & en fecondes
Noces , avec Charlote - Elizabeth
de Cochefilet , Fille de
M' le Comte de Vauvineux ..
Ceux de la Maifon de Rohan ,
iffue des Anciens Comtes de
Vane, qui eftoit une Branche
de la Maifon Royale & Ducale
de Bretagne , ſe font alliez
plufieurs fois avec celle
de leurs Souverains , qui ont
épousé des Filles de cette
Maifon , & qui leur ont donné
des leurs. Il en eft arrivé
de mefine dans la Maiſon
Royale de France . Plufieurs
156 MERCURE
Princes & Princeffes du Sang
fe font auffi alliez à cette Illuftre
Maiſon , auffi bien que
celles de Navarre , d'Ecoffe,
de Baviere , Lorraine, Albret,
Foix , Armagnac , & autres.
Celle cy porte pour Armes,
de Gueule à neuf Macles d'or,
3.3.3 . Ils ont pris ces Armes,
des Cailloux de leurTerre,dás
leſquels , quand on les caffe,
on trouve emprainte la Figure
des Macles , qui ont une, efpece
de couleur d'or , dont le
fond eſt un peu rougeaftre .
de Guemené, eft morte le
14.
de ce mois , en fa Terre de
Rochefort , âgée de plus de
quatre - vingt ans . Elle eftoit
Fille de Pierre , Prince de
Guemené , & de Madelaine
de Rieux Château neuf , &
avoit épousé en 1617. Loüis
de Rohan VII. du nom , fon
Coufin Germain
, Prince de
Guemené
, depuis Duc de
Mont- Bazon , Pair & Grand-
Veneur de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Chef du
Nom & des Armes de l'Illu
ftre & Ancienne Maiſon de
154 MERCURE
Rohan , mort à Paris en 1667 .
âgé de 68. ans. De ce Mariage
font fortis Louis &
Charles de Rohan. Charles ,
Duc de Mont- Bafon , Prince
de Guemené, Comte deMontauban
, prit Alliance avec
Jeanne Armande de Schomberg
, Fille puifnée de Henry ,
Comte de Nanteuil- le Haudouin
, Maréchal de France ,
& d'Anne de la Guiche , dont
il eut entr'autres Enfans,
Charles, Prince de Guemené,
marié en premieres Noces
avec Marie- Anne d'Albert-
Luynes , Fille de CharlesGALANT.
155
ノ
Louis , Duc de Luynes , morte
en 1679. & en fecondes
Noces , avec Charlote - Elizabeth
de Cochefilet , Fille de
M' le Comte de Vauvineux ..
Ceux de la Maifon de Rohan ,
iffue des Anciens Comtes de
Vane, qui eftoit une Branche
de la Maifon Royale & Ducale
de Bretagne , ſe font alliez
plufieurs fois avec celle
de leurs Souverains , qui ont
épousé des Filles de cette
Maifon , & qui leur ont donné
des leurs. Il en eft arrivé
de mefine dans la Maiſon
Royale de France . Plufieurs
156 MERCURE
Princes & Princeffes du Sang
fe font auffi alliez à cette Illuftre
Maiſon , auffi bien que
celles de Navarre , d'Ecoffe,
de Baviere , Lorraine, Albret,
Foix , Armagnac , & autres.
Celle cy porte pour Armes,
de Gueule à neuf Macles d'or,
3.3.3 . Ils ont pris ces Armes,
des Cailloux de leurTerre,dás
leſquels , quand on les caffe,
on trouve emprainte la Figure
des Macles , qui ont une, efpece
de couleur d'or , dont le
fond eſt un peu rougeaftre .
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Résumé : Mort de Madame la Princesse de Guimené, [titre d'après la table]
Anne de Rohan, princesse de Guéméné, est décédée à l'âge de plus de quatre-vingts ans sur ses terres de Rochefort. Elle était la fille de Pierre, prince de Guéméné, et de Madeleine de Rieux Château Neuf. En 1617, elle épousa Louis de Rohan VII, son cousin germain, prince de Guéméné, duc de Montbazon, pair et grand veneur de France, chevalier des ordres du roi, et chef de la maison de Rohan. Louis de Rohan décéda à Paris en 1667 à l'âge de 68 ans. Leur union donna naissance à deux fils, Louis et Charles de Rohan. Charles, duc de Montbazon, prince de Guéméné, comte de Montauban, se maria avec Jeanne Armande de Schomberg, fille du maréchal de France Henry, comte de Nanteuil-le-Haudouin, et d'Anne de La Guiche. Ils eurent plusieurs enfants, dont Charles, prince de Guéméné, qui se maria d'abord avec Marie-Anne d'Albert-Luynes, puis avec Charlotte-Élisabeth de Cochefilet. La maison de Rohan, issue des anciens comtes de Vannes, est une branche de la maison royale et ducale de Bretagne. Elle s'est alliée à plusieurs maisons princières, telles que Navarre, Écosse, Bavière, Lorraine, Albret, Foix, et Armagnac. Les armes de la maison de Rohan sont de gueules à neuf macles d'or disposées en 3, 3, 3, inspirées des cailloux de leurs terres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 256-258
Ils sont recus à S. Germain en Laye par Mr le Marquis de Monchevreüil, [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent ce jour là dîner à S. Germain en Laye, où [...]
Mots clefs :
Saint-Germain-en-Laye, Marquis de Montchevreuil, Henri de Mornay, Château
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texteReconnaissance textuelle : Ils sont recus à S. Germain en Laye par Mr le Marquis de Monchevreüil, [titre d'après la table]
Ils allerent ce jour là dî
euner à S. Germain en Laye , où
Ro Mr le Marquis de Monche-
1
X
246 Suite du Voyage
neur ,
こ
vreüil qui en eſt Gouver
les receut d'une maniere
à laquelle on ne peut
rien adjoûter. Quoyque le
Château de S. Germain , qui
a eſté bâty ſous le Regnede
François. I. ſoit tres-beau , il
eſt neantmoins d'une figure
irreguliere. Il vient d'eſtre
augmenté par le Roy , qui ne
fait pas ſeulement bâtir de
nouveaux palais plus beaux
que ceux que tous les Roys
ſes predeceffeurs ont jamais
fait conſtruire , mais qui laiſſe
meſme aux plus anciens des
marques de la magnificence.
L'augmentation qui vient
des Amb. de Siam?
247
C
d'eſtre faire y eft de cinq pavillons
qui flanquent les encognures
, cd quis contribuë
beaucoup à la commodité
des Appartemens qui font en
grand nombre & fort dégagez.
Le follé a efté élargy en.
pluſieurs endroits , &tous les
dehors des bâtimens renouvellez
, quoyque la meſmeo
( decoratiomaithefté confervée
aux vieux oorps du bâtiment ,
& continüéeau nouveau ..
Ce qui ſurprie le plus les
Ambaſſadeurs , ce fut de voir
quela couverture de ce Château
eſtoie de pierrede taille.
La veuël leur en plût auſſi
beaucoup.
euner à S. Germain en Laye , où
Ro Mr le Marquis de Monche-
1
X
246 Suite du Voyage
neur ,
こ
vreüil qui en eſt Gouver
les receut d'une maniere
à laquelle on ne peut
rien adjoûter. Quoyque le
Château de S. Germain , qui
a eſté bâty ſous le Regnede
François. I. ſoit tres-beau , il
eſt neantmoins d'une figure
irreguliere. Il vient d'eſtre
augmenté par le Roy , qui ne
fait pas ſeulement bâtir de
nouveaux palais plus beaux
que ceux que tous les Roys
ſes predeceffeurs ont jamais
fait conſtruire , mais qui laiſſe
meſme aux plus anciens des
marques de la magnificence.
L'augmentation qui vient
des Amb. de Siam?
247
C
d'eſtre faire y eft de cinq pavillons
qui flanquent les encognures
, cd quis contribuë
beaucoup à la commodité
des Appartemens qui font en
grand nombre & fort dégagez.
Le follé a efté élargy en.
pluſieurs endroits , &tous les
dehors des bâtimens renouvellez
, quoyque la meſmeo
( decoratiomaithefté confervée
aux vieux oorps du bâtiment ,
& continüéeau nouveau ..
Ce qui ſurprie le plus les
Ambaſſadeurs , ce fut de voir
quela couverture de ce Château
eſtoie de pierrede taille.
La veuël leur en plût auſſi
beaucoup.
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Résumé : Ils sont recus à S. Germain en Laye par Mr le Marquis de Monchevreüil, [titre d'après la table]
Lors d'une visite à Saint-Germain-en-Laye, les visiteurs furent accueillis par le Marquis de Montchevreuil, gouverneur du lieu. Le château, édifié sous le règne de François Ier, est décrit comme beau mais de forme irrégulière. Le roi a récemment lancé des travaux d'agrandissement, incluant la construction de nouveaux palais et l'embellissement des anciens. Les modifications comprennent l'ajout de cinq pavillons aux angles, l'élargissement de la cour et la rénovation des extérieurs tout en conservant la décoration originale. Les ambassadeurs furent particulièrement impressionnés par la couverture en pierre de taille du château, qu'ils trouvèrent à la fois surprenante et plaisante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1-322
LA FESTE DE CHANTILLY.
Début :
Il n'y a point d'Empire sur la terre [...]
Mots clefs :
Chantilly, Fête, Prince, Canal, Alidor, Roi, Plaisir, Choeur, Bois, Table, Théâtre, Chasse, Forêt, Allée, Allées, Marbre, Jardin, Agréable, Parterre, Amour, Fleurs, Feu, Arbres, Divertissement, Galerie, Orontée, Ordre, Reine, Gelon, Danse, Architecture, Corbeilles, Bassin, Château, Salle, Fontaine, Figures, Divertissements, Monseigneur le Dauphin, Cascade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FESTE DE CHANTILLY.
LA FESTE
DEB
CHANTILLY.
L n'y a point
d'Empire fur la
terre où les Souverains
feient
plus aimez qu'ils le font
en France On ne leur
A
2 La Fefte
rend point une adoration
d'ufage comme en
Orient , ce qui ne les y
fait pas aimer davantage
, parce qu'ils fe communiquent
fort peu , &
qu'il eft impoffible qu'on
foit penetré d'amour
pour ce qu'on ne peut
connoiftre , puis qu'on
ne le voit que tres - rarement
. Il y a d'autres
Souverains dont le
gouvernement
tyrannique
leur fait rendre d'ayeu
de Chantilly.
3
gles obeiffances , qui éloignent
beaucoup plus
l'inclination qu'on pourroit
avoir pour eux qu'-
ils ne fe l'attirent ; mais
on voit peu de lieux où
l'union foit plus parfaite
qu'en France entre le
Souverain & fes Sujets.
Il fe communique fans
defcendre
de fa grandeur
, fes Sujets le voyent
& luy parlent fans avoir
moins de refpect pour
luy qu'en ont pour leurs
A ij
La Fefte
1
Rois ceux qui les adorent
. Ils executent fes
ordres avec une auffi entiere
obeiſſance , que fe
la font rendre les Princes
qui exercent fur leurs
Peuples un empire tyrannique
. De forte qu'on
peut conclure que de ces
trois manieres de gouverner
celle des Monarques
qui fe communiquent
, les fait aimer avec
un zele plus ardent &
plus parfait , & leur fait
de Chantilly.
rendre les mêmes refpects
& les mefmės obciffances
qu'aux autres . Le
Roy s'eftanto diftingué
entre tous les Princes
qui fuivant l'ufage de
leurs Etats vivent à peu
prés de la mefme forte ,
il feroit difficile d'exprimer
avec quelle joye ,
empreffement
, & quel
quel éclate il eft receu
dans tous les lieux qu'il
honore de fa prefence.
Je vous ay décrit plu
A j
6 La Fefte
fieurs des Festes qui fe
font faites en de pareilles
occafions . Le mefme zele
paroift pour toute la
Maiſon Royale , & l'on .
cherche à honorer
Souverain en
le
rendant
des honneurs éclatans
au Prince qui le touche
de plus prés , & particu
lierement lors que ce
Prince ne les merite pas
moins par le caractere de
bonté qui le rend aimable
, que par la grandeur
de Chantilly.
7
Monfeide
fon
rang.
gneur
le Dauphin
, que
Monfieur
le Prince
receut
le mois
paſſé
dans
fa belle
Maifon
de Chantilly
, a tous
ces
avantages
, & Son
Alteſſe
fereniffime
, à qui
la magnificence
eft naturelle
, fit
en cette
occafion
tout
ce
qu'on
pouvoit
attendre
d'un
grand
&
genereux
Prince
, ou
plutoft
tout
ce qu'on
attendoit
de
luy. C'eſt
dire
encore
da-
A iiij
8 La Fefte
vantage puis que ce Prins
ce n'a jamais rien fait
que de grand , & d'extraordinaire
, lors qu'il a
donné des Feftes . Ses manieres
galantes & magnifiques
eftant connuës , on
n'eut pas fitoft appris
que Monfeigneur devoit
aller à
Chantilly , qua
l'on demeura perfuadé
que tous les divertiffe
mens y feroient nou !
veaux , fuperbes , & remplis
d'invention . L'at
de Chantilly.
9
tente qu'on en avoit, a
efté remplie , & quand le
bruit qui s'eft répandu
de ces divertiffemens ne
vous obligeroit pas à
m'en demander un entier
détail , je me trouverois
engagé à de donner , non
feulement parce que je
vois que toute la France
le fouhaite , mais encore
parce queplufieurs Etrangers
m'ont fait l'honneur
de publier qu'ils
attendoient de mes foins
10 La Fefte
une Relation exacte de
cette fuperbe Fefte, & qu'-
ils en ont donné meſme
des témoignages publics .
Ces confiderations doivent
échauffer mon zele ,
mais elles ne me fourniront
pas dequoy répondre
à la bonne opinion
qu'on a de moy . Je puis
cependant m'affurer de
plaire , puis que la verité
n'a befoin d'eftre embellie
d'aucuns ornemens , &
que tout ce qui s'eft fait
de Chaneilly.
II
à Chantilly eftoit fi ingenieux
, fi galant , fi
magnifique , & fi bien
entendu , qu'il me fuffira
de dire les chofes
comme elles fe font paffées
, pour faire concevoir
toutes les beautez ,
& tous les agrémens d'une
Fefte où tous les jours
de nouveaux plaiſirs fuccedoient
les uns aux autres
: car ce n'eft
pas
toûjours
un grand ſpectacle
feul qui divertit , mais
12 La Fefte
l'enchaifnement des plaifirs
, qui cftant donnez à
propos , ne fatiguent
point. Je voudrois bien
pouvoir joindre à tout
cela une peinture un peu
reffemblante de l'activité
de Monfieur le Prince .
L'ardent defir qu'il avoit
de divertir Monfeigneur
luy donnoit des foins fi
empreffez , que fi la chofe
euft efté poffible , il auroit
marqué chaque heure
du jour par quelque
de Chantilly.
13
nouveau divertiffement .
Monſeigneur partit de
Verfailles le Dimanche
22. d'Aouft , & arriva
dans la Foreft de Chantilly
par le chemin de
Lufarche . Monfieur le
Monfieur le Duc , &
Prince de Conty le reccurent
au bout de la Foreft
vers le milieu de la
vieille route. Comme
c'eftoit le lieu où Monfeigneur
devoit chaffer ,
Monfieur le Prince y
14
La Fefte
4
cftoit pour luy faire commencer
fa chaffe . 11 prit
ce divertiffement jufqu'à
cinq heures du foir , &
le plaifir qu'il y trouva
fut d'autant plus grand ,
qu'ilvit s'élever quantité
de perdreaux & de faifandeaux.
Ainfi , comme la
chaffe avoit fait former
le deffein du voyage de
Chantilly , parce que
c'eſt le plus beau lieu du
monde pour chaffer , ce
fut le premier plaifir que
de
Chantilly. 15
Il alla
Monfeigneur prit en approchant
de cette delicicufe
Maiſon .
jufques au lieu nommé
la Table , qu'on dit eftre
juſtement au milieu de
la Foreft , toûjours accompagné
de Mor fieur
le Prince . La figure de ce
lieu eft ronde. Il a vingttrois
toifes de diametre ,
& eft partagé en douze
routes , qui ont pour
centre le point du milieu
de cette Place. Elles font
16
La Festés
toutes bordées de charmille
, & ont chacune
cinq toifes de large , & environ
une lieue de long .
Dans le milieu de ce rond
on avoit eu ſoin d'élever
une feuillée , dont la forme
ſuiyoit le meſme plan.
Elle eftoit de fept toifes
& demie de diametre ,
& élevée fur une Eftrade
de cinq pieds de haut.
Cette feuillée eftoit percée
de douze portiques
qui aboutiffoient à cha-
1
de Chantilly.
17
t
cune des douze routes
dont je viens de vous parler
, & pour y monter on
avoit conftruit quatre efcaliers
de douze pieds de
large , avec des appuis
en baluſtrades , des deux
coftez de chaque efcalier .
La mefme balustrade regnoit
tout autour de l'edifice
, & chaque portiz
que avoit vingt pieds de
haut fur douze de large-
La corniche ceftoit fail
lante en dehors ainfi
B
18 La Fefte
qu'en dedans ; le Dôme
avoit fon plein ceintre ,
& fur le milieu & au
deffus eftoit une baluftrade
de dix pieds de diametre.
Tout le Dôme , les
ceintres , les pilaftres , &
les appuis eftoient recouverts
de feuilles de chefne.
Des branches de Genievre
formoient
les baluftrades
, & le tout eftoit
conftruit de maniere
qu'on voyoit toute l'architecture
profilée . Tous
de
Chantilly.
19
les portiques eftoient ornez
de gros feftons de
feuilles de chefnes & de
bouquets de fleurs . La
Table où la Collation
fut fervie eftoit au milieu
de cet edifice . Elle
eftoit ronde & de dix
pieds de diametre. Une
grande Corbeille d'argent
en occupoit le point
du milieu .Elle eftoit foùtenuë
fur douze conſoles
à jour de vermeil doré
qui répondoient à cha-
B ij
20 La Fefte
cune des douze Arcades .
Ces douze confoles é
toient jointes les unes
aux autres avec des guirlandes
de fleurs , & portoient
chacune deux petites
corbeilles d'argent
remplies de fruits.La
grande du milieu l'eftoit
de fruits & de fleurs , &
le tout formoit une éle
vation toute à jour , &
qui ne faifoit aucun obftacle
à la veuë. On mit
a
fur cette table le couvert
de
Chantilly .
21
de Monfeigneur vis à vis
le milieu de la route qui
va à Chantilly. Tout le
pourtour de cette Place
de vingt - fix toiſes de
large , eftoit de treillage
de feuillée & orné de
portiques auffi de feüillée
, au travers defquels
on découvroit toutes les
routes . Monſeigneur entendit:
enl arrivant un
concert de Timbales , &
de Trompettes qu'on avoit
poftez dans le Bois.
22 La Fefte
à une diſtance mefurée ,
afin que l'harmonie étant
un peu éloignée cuſt
plus de douceur . Ce
Prince trouva tout le dedans
du Dôme vuide , &
la table fervie de vingtquatre
baffins de roft , &
de quatre plats d'entremets
autour de chaque
baffin , ce qui faifoit fixvingt
plats. Les meſures
avoient efté prifes fi jufte,
qu'on peut dire que ceux
qui fervoient eftoient ade
Chantilly.
23
vertis de
chaque pas que
Monſeigneur
faifoit dans
la Foreſt pour
avancer ;
de forte que ce Prince
arriva dans l'inftant
qu'on venoit de pofer le
dernier plat chaud fur
la table . Comme il n'y
avoit que le couvert de
Monfeigneur
, il ordonna
qu'on en mift d'autres,
& la table en fut auffitoft
garnie ; mais on n'en
mit point yis à vis de ce
Prince. Monfieur le Prin24
La Fefte
ce , Monfieur le Duc , &
Monfieur le Prince de
Conty furent placez à
cofté de
Monfeigneur ,
& les Seigneurs de fa
fuite occuperent le reſte
des places . On releva les
entremets chauds pour
én mettre de froids . Tout
fut enfuite relevé d'un
fervice entier de fruit,
avec le mefme nombre de
corbeilles , & de plats
qui rempliffoient la table
lors que Monfeigneur
arriva.
de
Chantilly.
25
>
arriva . Il y avoit quantité
de corbeilles ovales
&en lofange chacune de
deux pieds de diametre.
Je n'entre point dans le
détail des fruits & des
confitures , cela iroit à
l'infiny . Je vous diray
feulement que dans les
flancs des corbeilles ova-
T les eftoient de riches cuvettes
remplies de toutes
fortes de liqueurs . Ces
cuvettes eftoient accompagnées
de Sous- coupes
C
"
26 La Fefte
garnies de glaces , & de
quantité de verres à liqueurs
de differentes
manieres
. Un moment aprés
que l'on eut fervy le
fruit , le bruit de guerre
formé par les Trompettes
& par les Timbales
ceffa tout à coup, & dans
le mefme inſtant on entendit
dans la route qui
eftoit vis à vis de Monfeigneur
une harmonie
de Hautbois , de Flûtes ,
de Mufettes , & de divers
י נ
de Chantilly.
27
autres Inftrumens champeftres
. On l'écouta quelque
temps fans voir rien
paroiftre , & tout eftoit
fi bien concerté , & executé
avec tant d'ordre
& tant de jufteffe , qu'il
n'y avoit pas une feule
perfonne dans la route
qui devoit cftre remplie
un moment aprés . L'harmonie
ayant diverty les
oreilles , & infpiré de la
joye pendant quelque
temps , on apperceut de
C ij
28 La Fefte
loin le Dieu Pan qui étoit
fuivy par quatrevingt-
dix Faunes , Sylvains
, Satyres , & autres
Divinitez , qui ont accoûtumé
d'accompagner
ce Dieu dans les bois .
Toute cette troupe parut
d'abord à un demy quart
de lieuë de la . Table , &
ne fe mit en marche qu'aprés
que Monfeigneur
eut eu le temps de la remarquer,
Le Dieu Pan
que l'on voyoit à la tefte,
de Chantilly.
29
eftoit reprefenté par M.
de Lully , Surintendant
de la Mufique du Roy ,
qui battoit la meſure avec
fon Thirfe . Il eftoit
fuivy de vingt - quatre
Satyres , & de toutes les
Divinitez qui habitent
les Forefts . On entendoit
des Hautbois , des Mufettes
, & plufieurs aútres
Inftrumens champeftres ,
au fon defquels ſe faifoit
la marche . Leur diverfité
formoit une harmonie
C iij
30 La Fefte
tres - agreable , & le nombre
de ces Joueurs d'Inftrumens
eftoit fi grand
qu'il rempliffoit trois lignes
. Les Muficiens avec
le refté de la fuite du
Dieu Pan , marcherent
fur ces trois lignes avec
beaucoup d'ordre, & fans
aucune confufion . Les
Danfeurs au nombre de
vingt & un , qui avoient
tous des maffuës , eſtoient
montez fur les épaules les
uns des autres , & for-
1
de Chantilly.
31
moient des Groupes furprenans.
En effet , il y
avoit de quoy s'étonner
qu'en formant ces fortes
de Groupes ils fe puffent
tenir auffi fermes que fi
chacun d'eux cuſt eſté à
terre . Ils eftoient fuivis
de cinquante- un Muſiciens
, qui portoient chacun
fur leur tefte une corbeille
remplie de fruits
feints , reprefentant des
fruits de bois , commie
pignons, pommes de pin ,
C iiij
32 La Fefte
Gourdes , & autres qui
ne font connus que parmy
les Satyres. Ils te
noient chacun une branche
de cheſne . Cette
nombreuſe Troupe s'étant
avancée vers le bout
de l'allée le plus proche
de
Monfeigneur , les
Joueurs de Hautbois fe
rangerent des deux côtez
de l'escalier qui montoit
à la Table de ce
Prince , & quand ils furent
placez , les Danfeurs
de
Chantilly.
33
executerent parfaitement
bien ce qu'ils avoient
concerté , qui eftoit de
defcendre pour danfer ,
& de paroître neanmoins
toujours groupez . Pour
cet effet ceux qui cftoient
les plus élevez fautoient
en cadence de quatre mefures
en quatre mefures ,
& comme il n'en fautoit
que trois à la fois , on en
voyoit toûjours trois qui
formoient la mefme figure
que les trois pre-
1
1
34
La Fefte
a
miers . Ainfi l'Allée fut
toûjours remplie juſqu'à
ce que les trois derniers
euffent fait la mefme figure
que les trois premiers
. Les cinquante- un
Muficiens qui fuivoient ,
avancerent jufqu'aux environs
du lieu où les Satyres
groupez venoient
de finir leur danfe &
ayant paffé fous le portique
de l'avenue où ces
Satyres eftoient , ils fe
placerent fur un terrain ,
2
#
All
a
de Chantilly.
35
que l'on avoit gazonné
depuis le portique de la
route juſqu'à l'eſcalier.
Quand chacun eut pris
fa place , on joüa un Air
d'un autre mouvement ,
fur lequel tous les Faunes
, & les Satyrès firent
une danfe fort extraordinaire
. Elle plut beaucoup
à Monſeigneur , &
receut de grands applaudiffemens.
Cette danfe ,
qu'on pourroit nommer
un petit Ballet , eftant
36 La Fefte
finie, les Muficiens avancerent
vers l'efcalier ,
qu'ils monterent fur
deux lignes au fon des
Inftrumens , & lors qu'ils
furent arrivez fur l'eftrade
, ils fe feparerent les
uns à droite, & les autres
à gauche , de maniere
qu'ils entourerent la table.
Ceux qui portoient
les corbeilles fuivirent ,
& les placerent fur des
gueridons de feuillée qui
eſtoient fur les appuis
N
de
Chantilly.
37
des portiques . Les Hautbois
parurent aprés , & les
Danfeurs
monterent enfuite.
Ceux - cy s'eftant
pris par la main
danfeferent
autour de Monſeigneur
, fur un Air qui
1 eftoit tout
different
des
deux
derniers
qu'on venoit
d'entendre , & qui
fembloit
marquer
l'excés
de la joye
qu'on
reſſentoit
en ces lieux de la
prefence
de ce Prince.
Pendant
qu'on
danſoit
9
38 La Feste
autour de la table , les
Muficiens
·
defcendirent
par un eſcalier qui eſtoit
derriere Monfeigneur
, &
fe rendirent
dans une
Allée que l'on voyoit
à
côté de celle par où tout
ce divertiffement
eftoit
venu. Ils y trouverent
les Piqueurs endormis
avec leurs chiens .
Danfe finit juftement
en
ce temps - là , comme il
avoit efté concerté , &
les Muficiens chanterent
La
1
4
1:
de
Chantilly . 39
I
un morceau de Muſique
de feu M. de Lully , qui
paroiffoit avoir efté fait
exprés pour la fituation
où le trouvoient les cho
fes dans ce moment . On
entendit alors toute la
Foreſt retentir du bruit
de ces paroles . 65 31
Debout , Lyfifcas , bola
debout ,
Pour la chaffe ordonnée
Ilfautpréparer tout.
Les Piqueurs fe leve
rent aprés avoir fait tou40
La Fefte
"
16
tes les actions qui pouvoient
marquer qu'ils
eftoient profondement
affoupis , & qu'ils n'avoient
efté éveillez que
P
par ceux qui les appelque
loient , en leur difant
qu'ils allaffcut préparer
tout pour la Chaffe
l'on avoit ordonnée . On
entendit enfuiteun grand
bruit de Cors , & dans
cet inftant un Cerf ayant
traverfé la route à la vue
de Monfeigneur , ce Prinde
Chantilly. 4!
ce s'écria comme fouhaitant
d'avoir des chiens .
Dans le mefme temps on
vit paroiftre
une Meute
que l'on découpla
aprés
le Cerf.
Monfeigneur
voyant que les chiens
chaffoient fi bien , témoigna
eftre fâché de n'avoir
des
chevaux que pour tirer
en volant . En ce mo ·
ment on en vit paroiſtre
d'autres , fur quoy ce
Prince monta pour fuivre
la Chaffe , avec tous
D
42 La Fefte
les Seigneurs qui l'accompagnoient.
Il courut
le Cerf, qui fut pris dans
l'étang de Cormeille ,
aprés l'avoir couru environ
une heure . La Meute
eftoit à M. le Grand
, 10
Prieur . On ne peut en h
dire trop de bien non
plus que de l'équipage,
je vous en ay deja parlé
plufieurs fois.
&
Cette Chaffe eftant finie
, Monfeigneur prit le)
chemin du Chafteau , &
de Chantilly . 43*
dit en parlant du Repas
& du Divertiffement du
milieu de la Foreſt , que
tout y eftoit plein d'invention
, & fort bien executé
. ; que cela
pouvoit
paffer pour un divertif
fement complet , & qu'il
y avoit pris beaucoup de
plaifir . Les Airs eftoient
de M. de Lully le Cadet,
Surintendant de la Mufique
du Roy , & toute.
la Danfe de M. Pecourt ,
Danfeur ordinaire des .
Dij
44
La Fefte
Balets de Sa Majeſté . Tou
tes les Divinitez des Foreſts
, ainſi que les Faunes,
les Sylvains , & les Satyres
qui compofoient leur
fuite , avoient des habits
faits exprés qui les repre
ſentoient naturellement,
plûtoft comme on a accoûtumé
de les peindre ,
que comme on les voit
habillez fur le Theatre .
Ces habits eftoient faits
fur les deffeins de M.
Berrain, Deffinateur
ordide
Chantilly. 45
0
a
A
naire du Cabinet du Roy,
ainfi que toute la feuillée.
Ce qu'il y eut de furprenant
dans les plaifirs
de cette premiere journée
, c'eft que Monfeigneur
avant que d'arriver
à Chantilly , où il
fembloit que les Divertiffemens
deuffent feulement
commencer , avoit
eu le plaifir de deux
Chaffes differentes , un
| grand repas dans un lieu
Conftruit exprés , & une
46
La
Fefte
Fefte complete accompagnée
de Mufique , de fimphonie
, & de danfes , &
le tout executé par tout
ce qu'il y a de meilleures
Voix , & de plus habiles
Danfeurs en France . C'eſt
ce qui ne s'eftoit encore
jamais vu dans aucune
occafion femblable
&
ce que le zele de Monfieur
le Prince luy fit inventer
, Son Alteffe Sereniffime
ne
pouvant at:
tendre que Monſeigneur
,
de Chantilly . 47
0
1
fuſt arrivé a Chantilly ,
pour commencer à luy
témoigner la joye qu'Elle
avoit d'y voir venir
Ice Prince .
Aprés la prife du Cerf,
Monfeigneur arriva à
Chantilly par l'une des
grandes routes de la Foreft
, au bout de laquelle
on trouve une grande
demy - lune , par laquelle
a on entre dans une Avan-
Court qui n'eft pas encore
48
La
Fefte
entierement achevée.Elle
eft fituée entre un Etang
nommé l'Etang de Silve,
& le grand Fort du Châ
& par confequent teau ,
toute entourée d'eau . On
voit deux Pavillons à
droite & à gauche du
Pont Levis . Cette demylune
aboutit à un fer à
cheval , par lequel on
monte en front fur une
grande terraffe , au milieu
de laquelle eft une
Statuë Equeftre de bronzć
de Chantilly.
49
El
ze du dernier Conneſtacable
de
Montmorency
.
Cette Statuë fe trouve
vis à vis de l'entrée du
grand Château . C'eſt un
Edifice fort ancien , &
tres- irregulier , affis fur
une roche au milieu de
groffes fources , qui forment
un grand Foffé. Cependant
plufieurs groffes
Tours ne laiſſent pas
le rendre tres - agreable à
la veuë. Monfieur le
Prince fait travailler
pre-
E
11
de
50 La Fefte
fentement à rendre le
dedans de la Court regulier
, & à donner audehors
une face toute
nouvelle , foit
par l'ouverture
de trois rangs dc
feneftres , & deux grands
balcons qui
regneront
tout autour du Château,
foit par les combles qui
feront tous d'égale hau
teur , & à la manfarde.
A cofté gauche du fer à
cheval , eft un grand lo
gement detaché du Châ
de Chantilly.
SI
teau ,dont le rez de chauffée
eft à fleur d'eau du
a grand Foffé . C'eft dans
ce lieu où le logement dé
Monfeigneur avoit cfté
marqué , de mefme que
celuy de Madame la Ducheffe
, & de Madame la
Princeffe de Conty la
Douairiere . Ce fecond
Château avoit efté autrefois
bâty par Mrs de
Montmorency
, & on
lo l'appelloit la Capitainerie
. Feu Monfieur le Prin-
E ij
52
La Feste
ce en avoit fait accommoder
les dedans un an
avant qu'il mouruft, & il
y avoit ajoûté beaucoup
de commoditez . Les ornemens
de dehors font
des Pilaftres d'ordre Corinthien
. Ils compofent
la porte d'entrée de la
Court , & la façade du
coſté d'un petit parterre,
Tout le retour eft foûte
nu d'un grand balcon en
maniere de fauffe- braye .
Le logement d'enbas du
de Chantilly.
53
e
petit Château eft compo
fé de deux
Appartemens ,
dont la Salle eſt commune
à l'un & à l'autre .
Cette Salle eft ornée de
Tableaux ,
reprefentant
les plus belles Maifons
Campagne des envide
rons de Paris . Toutes les
pieces des deux Appartemens
aufquels elle fert ,
font ornez d'autres Tableaux
reprefentant diverfes
Fables de l'Antiquité
; en forte que l'une
E iij
54
La Fefte
des Chambres fait voir
l'Hiftoire de Venus , une
autre celle de Diane , une
autre celle de Flore , une
autre celle de Bacchus, &
une autre celle de Mome .
Toutes ces Chambres, qui
font percées en enfilade,
regnent le long du balcon
en fauffe-braye dont
on a parlé , & aboutiffent
à un grand Salon en retour
. Tout cet espace
eft remply de diverfes tables
curicufes , dont les >
de Chantilly . 55
tunes font rares par leur
travail , & les autres par
leur matiere de Buftes
;
avec leurs gaines & ſcabelons
, & de meubles
tres - finguliers .
tables
Outre
cela , il y avoit plufieurs
pour toutes fortes
de jeux. C'eft dans ce lieu
que Monfeigneur a fouvent
tenu appartement
devant, & aprés le fouper.
De ce logement , lors
qu'on a paffé par un Ve-
| ftibule qui eft ouvert par
56 La Fefte
deux grandes arcades du
cofté de la Court & du
petit Parterre , on monte
dans l'Appartement qui
eft au deffus , & qui fe
trouve fitué de plein pied
au rez de Chaufféc , de la
court du grand Chafteau,
auquel il eſt joint par un
Pont qui traverfe le
grand Foffé . Ce foffé eft
remply d'un tres- grand
nombre des plus belles,
& des plus groffes Carpes
que l'on puiffe voir.
de Chantilly .
ry
Cet
Appartement qui a
efté occupé par Monſeigneur
tant que la Feſte a
duré , eft compofé d'un
grand Salon , qui n'eft pas
encore entierement fait ,
& qui eft la feule piece
qu'on n'a pas eu le temps
d'achever. De ce Salon
on entre dans une grande
Antichambre , aprés laquelle
il y a une grande
Chambre , plufieurs Garderobes
, & un grand Cabinet,
dont la veuë donne
38 La Fefte
d'un cofté fur les Jardins,
& de l'autre fur une
grande Peloufe qui borde
la Foreft. Aprés ce Cabinet
on en trouve deux autres
de moindre grandeur,
dans le retour . L'un
donne entrée dans une
Galerie qui eft percée du
cofté de la Foreft de fix
grandes croifées , vis à
vis defquelles
il y a de
grands miroirs de glaces ,
dont les bordures font
d'un travail tout partide
Chantilly. 19
culier . Ces Miroirs reprefentent
cette grande Peloufe
dont je viens de
vous parler , avec une
partie de la Foreft . Au
deffous de ces glaces font
des tables de differentes
fortes de marbres des plus
beaux , & des plus precieux
; ces tables font
montées fur des pieds de
fculpture dorée ; il y en a
de plufieurs
manieres
. On
voit au bout de cette
Galerie un Portrait de
to
La
Fefte
feu Monfieur le Prince ,
fait par le vieux Jufte ,
du temps de la Bataille
de Rocroy . Ce Prince est
en pied
font à fes pieds occupent
une partie du terrain , &
du lointain. On y voit
d'un cofté l'ordre de la
Bataille de Rocroy , &
de l'autre le Combat . Ce
Tableau eft dans une bordure
d'une grande beauté
, & auffi magnifique
que bien travaillée , &
fes Armes qui
comme
de Chantilly.
61
comme Monfieur le Pring
ce a confacré ce lieu, a
la memoire de feu Mans
fieur fon Perfil a com
mencé à faire mettre des
Tableaux dans chaque
trumeau entre les croifées
& les glaces . Chacun
de ces Tableaux reprefante
par l'ordre des
temps une Campagne de
feu Monfieur le Prince.
La principale action , de
Ja,
la Campagnes, foit Siege
pu Bataille , painte en
F
3
62 La Fefte
grand , occupe le milieu
du Tableau
. Les autres
actions de la mefme Campagne
font peintes en petit
tout autour dans des
Cartouches
.
Le premier Tableau
reprefente la Campagne
de 1643. c'est à dire , la
Bataille de Rocroy . On
voit l'ordre de cette Bataille
dans le grand Cartouche
qui eſt au bas du
Tableau , ainfi que l'or
dre de Bataille des deux
་
de
Chantilly.
63
6
Armées . Il y a trois autres
Cartouches au côté droit
du mefme Tableau . Le
premier repreſente l'élevation
de Thionville ; le
fecond la Carte du Gouvernement
de Thionville,
& le troifiéme le Siege
de Thionville
. Il y a
auffi trois Cartouches à
la gauche du Tableau ,
Le premier fait voir le
Siege de Cirque , le fecond
la Carte du Gouvernement
de Cirque , &
11
Fij
84 La Fefte
le troifiéme l'élevation
de
Cirque.
Dans le fecond Tableau
eft reprefentée la
Campagne faite en Alle
magne en 1644.Les Com
bats donnez devant Fri
bourg le cinquiéme &
dixiénie Aouſt font peints
dans le milieu avec les
retranchemens de l'Atl
$
mée Bavaroife qui fu
rent forcez par celle que
commandoit feu Mon
fieur le Prince alors
2
de
Chantilly.
Duc
d'Anguien . Dans un
grand Cartouche au baş
eftole Plan de Philips
bourg ; dans les fix Cars
touches qui fontau coſté
droit du Tableau , font
repicfentez Oppenhien .
Beingen
Liechtonaug
DourlathipMayonce &
Landau Dans les fik
du cofté gauche on voit
VVoomes Spire Créukl
zenach ,
Bacharach , Neig
ftat & Baden.40 .mp3
Au
troifiéme Tableau;
Fiij
66 La Fefte
qui reprefente la Campa
gne de 1645. eft la Bataille
de Norlinguen ,
donnee le 3. Aouft entre
l'Armée du Roy commandée
par Monfieur le
Prince , & celle de l'Empereur.
Les deux grands
Cartouches qui font au
deffus du Tableau repre
fentent , l'un l'ordre de
la Bataille de Norlinguen
, l'autre & Norlinguen
. On voit dans les
trois Cartouches du cofté
de Chantilly.
677
droit l'élevation de Rottembourg
, la Carte du
Gouvernement de Rottembourg
, le Siege de
Rottembourg , & les
trois du cofté gauche reprefentent
le Siege de
Dunctelſbuhel , la Carte
du Gouvernement de
Dunctelſbuhel , & l'élevation
de Dunctelfbuhcl
.
Le quatriéme Tableau
fait voir la Campagne
de
1646. Au milieu eft la
šà La Fefte
Ville de Dunkerque &
dans les Cartouchés à
droite & à gauche
on
voit d'autres actions qui
regardent le Siege de l
mefnie Ville Les autres
Campagnes doivent eſtre
peintes fur d'autres iŢal
bleaux pareils dont les
places fondmarquées dant
la mefme Galerie gomais
>
> Tout cee Appartement
eftdie éclairéparaN HO
qui ne font pas encore
deffinez
, beep
5.1
de Chantilly.
69
&
bie infiny de Luftres &
de Girandoles de criftalt
Le couvert de Monſeigncur
fut mis dans une
Salle du grand Château ,
& Monfieur le Prince
qui fit fervir cousules
jours quatorzeou quinze
tables , comme vous vert
rez dans la fuite deffraya
toutes les perfonnes dis
ftinguées qui allerent à
Chantilly pour voir da
Fefte , ainfi que tous ceux
qui y furent employez
70 La Fefte
dont on
peut
dire que lo
nombre
eſtoit
infiny
.
Lors
qu'on
eut
foupé
,
Monſeigneur
tint
Appar
tement
. Aprés
vous
avoir
fait
une
defcription
des
deux
Chafteaux
, je croy
vous
devoir
parler
, non
pas
de toutes
les beautez
des
Jardins
, car je ne
Vous
en
entretiendray
qu'à
meſure
que
je vous
parleray
des
promenades
qu'y
fit
Monfeigneur
,
mais
de ce qu'ils
offrent
de Chantilly.
71
à la veuë de ceux qui
font dans les Appartemens
. En arrivant fur la
Terraffe , où je vous ay
dit qu'eftoit la figure du
Conneftable de Mont-
Il morency , on découvre
un grand efcalier, au bas
duquel eft un grand ron .
Ideau , & au milieu de
ce rondeau une gerbe
de plufieurs tuyaux . Au
delà de ce rondeau on
découvre un grand Parterre
feparé en deux parn
A La Feſte
ties par la croifée du
d'une
grand Canal. Il y a cinq
grandes pieces d'eau dans
Pune & l'autre partiel,
& chacune de ces grandes
pieces a un gros Jet
d'eau. Ces deux parties
fonts foutenues
grande allée d'ormes ch
Terraffe , avec des Ifs &
des Picea entre - deux
Au delà du grand Tanal
eſt un demy - rond qui
ferme la croifée, & dont
il s'éleve infenfiblement
jufques
395
12
de Chantilly.
73
>
juſques au haut de la
cofte une espece de fer
à cheval , qu'on appelle
le Vertugadin. Il eſt
compofé d'un grand glacis
de gazon , d'une grande
allée , fermée du cofté
du glacis par des Picea
taillez en piramide
ronde
, & de l'autre par des
ormes & une paliffade
entre-deux . Cette allée
eft jointe par ces deux
bouts , aux deux grandes
allées qui regnent_tout
G
74
La Fefte
le
le long du grand Canal :
Le point de veuë eſt ter
miné de ce coſté- là par
commencement des al
lées du grand Parterre ,
& de l'autre par une route
particuliere au travers
de la Foreft , qu'on ap
pelle la route du Con
neftable. Elle eft plus
large que toutes les autres
. Le Château eft à la
droite , comme je vous
l'ay déja marqué , & à la
gauche eft un petit Parc ,
de Chantilly.
75
qui feroit eftimé grand
par tout ailleurs , mais on
ne luy peut donner que
le nom de petit , fi on le
compare à l'autre , qui
a plus de cinq mille arpens
.
2
Le Lundy ( car pour
donner quelque ordre à
cette Relation , je la fepareray
par journées )
Monfeigneur alla courre
le loup aux environs
d'un Village appellé la
Chapelle , & au retour de
Gij
76 La Fefte
la Chaffe , ce Prince entra
dans fon Appartement ,
d'où il fortit quelque
temps aprés , pour aller
prendre à pied le plaifir
de la promenade. Il traverſa
le petit Parterre, &
ayant paffé le grand foffé
fur un pont de bois , il
trouva à ſa gauche un
gränd Parterre , enfermé
d'un cófté du foffé , de
l'Orangerie , & de l'autre ,
d'une galerie , & d'un
canal . Ce Parterre eft ende
Chantilly . 77
touré d'orangers parfaitement
beaux .
On y voit cinq pieces.
d'eau avec leurs jets. Celle
du milieu a pour pied
une Hydre , dont chaque
tefte vomit une quantité
prodigieufe d'eau . On y
voit auffi la Fontaine des .
Grenouilles . Elle eft fituée
dans un triangle au
deffous de la Terraffe du
grand foffé du Chafteau ,
entre cette Terraffe , les
Canal du Dragon , & le
Giij
78 La Fefte
petit bois de Chantilly,
qui eft à coté du Parterre
de l'Oragerie. Le Dra
gon eft une maniere d'a
nimal marin qui paroift
fortir de deffous la Ter
raffe du foffé . Il vomit
l'eau de la décharge de ce
foffé dans une coquille,
qui retombe dans un canat
qui eft le long d'un
des coftez de la piece où
eft la Fontaine des Grenouilles.
On deſcend
dans le Parterre par un
de Chantilly. 79
efcalier de
quarre ou
cinq marches fort grandes
& fort belles . Aux
deux coftez de cet eſcalier
font des napes d'eau
perpetuelles
, grandes,
belles , & bien fournies ,
qui tombent
dans de
grands
baffins
quarrez
C avec des bouillons
&
0
Dans ce bruits d'eau.
mefme Parterre font quatre
grands Picea , dont
le moindre a plus de foi-
Xante pieds de baut . Du
80 La Fefte
cofté du canal l'allée eft
garnie de Platanes , dont
le plus vieux a plus de
cent cinquante
ans . Cet
arbre eft fort rare en
France . Sa feüille eft à
peu prés comme celle de
vigne , & il fe depoüille
tous les ans de fon
écorce . De ce Parterre
Monſeigneur
entra dans
une Ifle par un grand
portique
de treillage. A
cofté de cette Iſle on en
voit une autre plus pede
Chantilly.
81
tite . Elles font partagées
par trois canaux .
La grande eft ornée de
plufieurs allées , de grandes
paliffades
, de deux
groffes Fontaines
enfermées
dans des Portiques
, & de plufieurs
ornemens
de treillage d'un
deffein tres agreable ,
& d'une propreté
furprenante
. L'extremité
de
'Ifle eft reveſtuë de
pierre de taille . On y
voit douze jets d'eau
-
82
La Fefte
qui fortent d'autant de
baffins au deffous " defquels
eft une cafcade de
2
toute la largeur de la
pointe de l'Ifle , & des
deux canaux . On trouve
dans la petite Ifle des
allées de grands Aunes ,
des paliffades , un treillage
en demy - rond
& une fontaine dans le
milieu . Deux Dragons
de
3
bronze femblent y combattre
. Il y en a un
renversé qui pouſſe un
de Chaneilly.
83
grand jet d'eau , & l'autre
en dégorge en abondance
fur ce premier . Vis
à vis de cette fontaine ,
& à la pointe de la mef
me Ifle , eft un Apparte
El ment de treillage , compofé
de quatre pieces . Il
eft parfaitement
bien entendu
, & d'un travail
tres - delicat
. Ces quatre
pieces fe trouvent fur un
terrain qui a en face la
I vue du canal ; à droite
3
fur la prairie , & à gauche
84
La Fefte
fur des jardins . A l'iffuc
de la promenade Monfeigneur
alla voir l'O
pera , que Monſieur
le
Prince avoit fait faire
exprés , Son Alteffe Sereniffime
ne voulant
point donner de diver
tiſſement qui euſt eſté déja
vû . Le lieu meſme fut
conftruit pour ce feul
Spectacle , & Monfieur
le Prince agar choiſi
l'Orangerie
de Chantilly
qui regne tout le long
du
de
Chantilly.
83
duparterre avec une terraffe
magnifique, dit à M.
I Berrain d'y conftruire ,
non feulement un theatre
, mais auffi une Salle
magnifique. L'Orangerea
70. toifes de long, &
vingt-fept pieds de large.
1 M. Berrain la divifa en
trois parties feparées par
des Portiques d'architecture
, fans y comprendre
le Veſtibule par où l'on
yes & duquel on
voyoit cette longue éten-
70
ОП
I
H
86
La Fefte
due eclairée de deux
rangs de Luftres , que les
grands Portiques qui fervoient
d'entrées à ces
differentes Salles , laif;
foient voir diftinctement
. Il feroit difficile
de trouver rien de plus
magnifique
, & dont les
ornemens fuffent plus diverfifiez
. Plus on appro
choit , plus on voyoit
que la magnificence alloit
toujours en aug
mentant , la derniere
.
de Chantilly.
87
Salle eftant infiniment
eftoit
plus riche
la
que , premiere
, & le theatre
encore
davantage
.
1 Le Veſtibule
orné de grands
arbres
qui ceintroient
, & cachoient
toute
la voûte
.
Les pieds
de ces arbres
cftoient
dans
une feule
caiffe qui regnoit
tout
autour
du Veftibule
, &
qui eftoit
peinte
en porcelaine
, & ornée
de chifres
de Monfeigneur
,
Hij
88 La Fefte
avec des attributs de ct
Prince . Ces arbres eftoient
fi verds , fi chargez
de feuillages , & fi
artiftement placez , qu'il
eftoit impoffible qu'on
vift les murs de ce Vel
tibule , de forte qu'on
le pouvoit prendre pour
une tres-belle allée . Ces
arbres conferverent leur
verdure pendant les huit
jours que dura la Feſte,
& ils donnerent une fi
agreable fraîcheur à ce
de Chantilly .
89
licu , qu'on refpiroit
en y entrant un air delicieux
, dont on ne pouvoit
s'empefcher de parler
, en marquant le plaifir
qu'on y prenoit. Ce
Veftibule eftoit éclairé
de plufieurs Luftres , ce
qui parmy la verdure des
arbres produifoit un effet
tres - réjouiffant , rien n'eftant
plus agreable à la
veuë que le verd , fur tout
lors qu'il eft éclairé .
Aprés qu'on avoit ad-
H iij
Do La Fefte
miré la fimple & riante
decoration de ce Vefti-
翼
bule , & qu'on y avoit
demeuré
quelque temps,
pour en goûter la douce
fraîcheur , on fe fentoit
excité à paffer outre ,
chacun eſtànt attiré par
le brillant qui paroiffoit
au travers d'un fuperbe
Portique , fous lequel il
falloit paffer pour entrer
dans la piece fuivante.
Ce Portique eftoit de
huit pieds d'ouverture
de Chantilly.
91
fur feize de hauteur . Il
eſtoit tout de marbre , &
d'une tres - belle architecture,
avec des ornemens
rehauffez d'or . Il fervoit
d'ouverture à une galerie
de feize toifes de
long fur vingt-fix pieds
de haut . Tout le pourtour
de cette galerie eftoit
orné d'un lambris ,
& d'une corniche , &
entre le lambris & la
corniche , on voyoit une
tres belle tapifferie tou92
La Feste
te d'une meſme fuite , &
qui eft nommée Tapiße
rie de Venus , parce que
tout ce qu'elle reprefen
te regarde cette Deeffe.
Outre les deux rangs
tres- beaux Luftres de cri
ftal qui éclairoient cette
fuperbe galerie , elle d
toit encore ornée &
de
éclairée par vingt - quatre
Girandoles de mefme matiere
, qui estoient pofées
fur des Gueridons .
Au bout de cette galerie
14
de Chantilly. 93
P
on voyoit un Portique
pareil à celuy par lequel
on eftoit entré. On montoit
trois marches fous
ce dernier Portique pour
entrer dans la troifiéme
piece , qui eftoit la Salle
de l'Opera. Elle avoit
cent quarante-deux pieds
de long en y comprenant
le Theatre & l'Orcheftre.
L'ordre de fon
architecture , ainſi que
celuy de la façade du
Theatre , eftoit Ionique1
La Fefte
94
Compofé. Cette Salle
eftoit partagée
en quatorze
pilaſtres de marbre
ornez de leurs chapiteaux
, & de leurs bafes ,
+
ainfi
que
de
plufieurs
mafcarons
, & de
quantité
de
feftons
, le tout
de relief
&
doré
. Les
pilaftres
eftoient
pofez
fur
leurs
piedeftaux
qui
fervoient
de
lambris
à
toute
la
Salle
. Entre
ces
pilastres
on
voyoit
des
Tapifferies
qui
reprefentoient
des
de Chantilly .
95
portiques d'architecture,
tout relevez d'or fur un
fond de velours rouge
Cramoifi. On avoit affùjetty
les efpaces qui sé
toient entre chaque pilaftre
à la hauteur & à la
largeur des pieces de cette
Tapiflerie . La Corniche
eftoit toute de marbre &
de relief avec des ornemens
d'or de mefme que
le plafond , & la façade
du Theatre qui estoient
du mefme ordre , mais
96 La Fefte
d'un plan fort extraor
dinaire. Entre les pilaf
tres des deux coftez du
Theatre eftoient deux
grandes Figures de ronde
boffe, chacune de fixpieds
de haut . L'une reprefen
toit la Poëfie , & l'autre
la Mufique. L'Orchestre
qu'on avoit fait pour la
Symphonie eftoit aufli
d'Architecture
de mar
bre . Cette Salle eftoit fi
brillante & fi riche ,
qu'on ne la pouvoit
d'abord
de Chantilly.
97
d'abord regarder fans étonnement
, & enfuite
fans
admiration , quoy
que
l'embelliffement des
lieux par où l'on venoit
de paffer duft faire attendre
quelque chofe qui
fuft entierement magnifique.
Ce fut fur ce Thea
tre que l'on repreſen
P'Opera . Les Vers
n'en pouvoient eſtre que
beaux , puis qu'ils eftoient
de M. le Clerc de l'Academie
Françoife . Ils aa
ta
I
98 La Fefte
voient efté mis en Mufique
par M. Lorenzany ,
Maistre de Muſique de
la Chapelle de la feuë
Reyne , dont les Ouvrages
font fort eftimez , &
M. Pecour avoit fait les
té
y avoit outre cela trois
Entrées qui compofoient
les divertiffemens , hors
deux qui eftoient de M.
de Leftang . Cet Opera
intitulé Orontée, fut chanpar
l'Academie de la
Mufique de Paris , & il
de
Chantilly.
99
des meilleurs Muficiens.
de la Mufique du Roy,
L'ouverture du Theatre
fe fit par la reprefentation
d'une grande & belle
Foreft que la diverfité
des arbres & des routes
faifoit paroiftre fort
fpacieufe. Lors qu'on
eut levé la toile , on vit
le Dieu Pan dans le fond
de cette Foreft . Toute fa
fuite , Sylvains , Satyres ,
& Faunes , eftoient en-
2
groupez en divers en-
I ij
100 La Fefte
droits . I
commença
Prologue
. Comme
tous
les Vers qu'on y chanta
regardent
le Roy & Monfeigneur
le Dauphin
, je
ne veux pas vous priver
de la
fatisfaction
que
vous aurez à les lire.
Voicy
ceux qui furent
chantez
d'abord
le
par
Dieu Pan . C'eftoit
M.
Moreau
qui faifoit
ce
perfonnage
.
ay veu tous les regnes des
Fay
Rois
de Chantilly.
10
10
Celebres par leurs exploits ,
Et dans mon fouvenir j'en confervois
la gloire ,
Mais depuis que LOUIS s'eft
fait voir à mesyeuxi
Tous ces Mortels fortent de
ma memoire ,
Et je ne mets que luy dans le
allots rang de nos Dieux.
Digne Fils d'un tel Pere ,
Qu'avec le Sceptre hereditaire
Il offre de Vertus que tu vas
initer
!
Celuy dont l'Univers adoroit
la puiffance
ofsit flater
Et
Es qui
Liij
102 La Fefte
D'eftre le Fils de Jupiter ,
Seroit jaloux de ta naiffance.
豪
Jeune Heros,quand je te vois
Dompter les Monstres de nos
shaw Bois
J'augure qu'animé de l'Aftre qui
te guide ,
Le moindre de tes exploits
Vaudra tous les travaux d'Al
cide .
Ton coeur vole déja fur des che
mins ouverts
Amille triomphes divers ,
fetouted
Tu aisée ,
Et nous voyons clairement
Que noftre Hippolite charmant,
de Chantilly. 103
6
Jen
Al'ombre de la Paix , cache un
aure Thefée.
Mais j'entens les concerts des
Nymphes de nos bois.
Vous,Faunes , vous , Silvains,
répondez à leurs voix.
Pan cut à peine achevé
ces Vers , qu'une troupe
de Driades & d'Hamadriades
fe fit voir . Voicy
ce que chanta une des
Driades.
O gloire incomparable
De LOUIS !
104 La Fefte
Les Siecles feront ébloûïs ,
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Le Choeur ayant repeté
ces Vers , un Faune
chanta ceux- cy .
Le fouvenir charmant de ce
nom fi vanté ,
Doit eftre auffi durable
Que l'immortalité
.
Une Hamadriade chan
ta enfuite ces quatre Vers.
Son Hiftoire incroyable
A la pofterité ,
Paffera pour la Fable
D'une Divinité.
de Chantilly. TOS
Deux Silvains finirent
par ceux - cy .
Redoutable par fes armes ,
Il nous charme dans la Paix .
Son Empire eft fans alarmes ,
Mille graces, mille charmes ,
Accompagnent fes bien-faits.
Le
Choeur
repeta .
O gloire incomparable
De LOUIS!
Les Siecles feront ébloüis
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Et tout cela fut entremeflé
de Danfes de Dria106
La Fefte
des , d'Hamadriades , &
de Faunes .
La Decoration du premier
Acte reprefentoit le
Temple de Venus . L'Architecture
eftoit d'un or
dre Ionique , & le plan
d'une forme ronde , avec
quatre Portiques
ou Porches
, dont l'un paroiffoit
de face , il y en avoit un
avec autre en perfpective
un periftille tournantautour
du Temple , dont les
Corniches eftoient porde
Chantilly. 107
DI
tées par des colomnes
d'Agathe , avec des chapiteaux
& bafes d'or . Il
y avoit des Statues d'or
entre les colomnes . L'Attique
qui eftoit fur la
Corniche
duTemple
, portoit
un Dôme orné de
bandeaux ,
panneaux , &
bas- reliefs fur des fonds
de marbre ; & fur le haut
de la rondeur du Dôme,
c'eftoit un couronnement
de baluftres
& de:
Piedeſtaux . La porte de
108 La Fefte
ce Temple qui eftoit entouré
d'arbres , ne s'ou
vroit qu'en certain temps,
& alors on voyoit le de
dans tres-magnifique
, &
un autel au milieu , Orontée
Reine d'Egypte
, fort
refoluë de n'aimer ja
mais , vint chanter le
triomphe
de la liberté.
Meliffe , fa confidente ,
& Creonte Chef de fon
Confeil , luy repreſente
rent inutilement qu'elle
devoit choifir un : Epoux
digne
de Chantilly. 109
digne d'elle parmy tant
de Rois Elle demeura
ferme à protefter qu'elle
pr vouloit point entendre
parler d'Hymenée ,
& elle eftoit dans ces
fentimens , lors que Gelon
, homme de Cour ,
luy vint dire qu'il avoit
be arraché un jeune Etranger
d'entre les mains
d'un affaffin qui l'avoit
bleffe . Cet Etranger parut
auffi-toft fous le nom
d'Alidor , foûtenu d'AK
te
110 La Fefte
"
riftée fa Mere . Sa beau
té , dont Gelon avoit
déja fait la peinture ,
toucha Orontée , qui ap
prit de luy que l'affaffin
luy avoit dit en le fra
pant , qu'il executoitles
ordres de la Reine de
Phenicie qui avoit juré
fa perte. Orontée , aprés
avoir commandé a Phar
nace d'en prendre foin,
fortit avec Meliffe &
Creonte , & Gelon demeura
feul.
7
de Chantilly.
HII
Son caractere qui a extremement
pleu à Chantilly
, eftoit une efpece
d'honnefte homme , fe
faifant un plaifir de joüir
de la vie libre , & de
méprifer toutes les belles
chimeres dont les autres
hommes fe font des
Occupations , qui les empêchent
d'avoir un moment
de joye & de repos
pendant toute leur vie .
Voicy de quelle maniere.
expliqua fa Philofo-
K ij
112 La Fefte
phie agreable , aprés avoir
vù fortir Alidor
bleffé.
$
•S'il eftoit morts qu'il feroit
regrété !
Moy ,pour rendre à jamais fa
memoire celebre,
Au bruit des pots j'aurois
chanté
D'un ton plaintiffon Qraifon
funebre.
Pour vivre longtemps »
Pour vivre contens ,
Il n'eft rien tel
boires
que
de bien
de Chantilly. 113
Bacchus fur tous les Dieux emporte
la victoire
Son or potable enchante tous
Les fens
,
Diffipe les chagrins & chaffe
l'humeur noire.
Pour vivre longtemps ,
و ا
Pour vivre contens
Il n'est rien tel que de bien
boire.
Que le Ciel me delivre
De ces Philofophes du temps,
Qui jour & nuit pâliffent fur
un Livre ,
De ces Amoureux languiffans
,
K iij
114
La
Fefte
& que
De ces affamez Courtiſans
Que repaift la fumée ,
l'espoir enyore.
Pour moy, je ne veux point eftre
efclave en amour,
Ny devenir Sçavant , ny vieillir
à la Cour ,
Ny mourirfotement, pour vivre
dans l'Hiftoire.
Pour vivre longtemps ,
Pour vivre contens د
Il n'est rien tel
boire.
que
de bien
Tous ceux qui ont entendu
l'Opera ont donné
tant de loüanges à cet
de
Chantilly.
IIS 1
On
endroit , en ont trouvé
le tour des penſées fi
nouveau & fi brillant ,
les Vers fi juftes , & d'un
caractere ſi aifé & ſi poly ,
que j'ay cru devoir vous
les envoyer tels qu'ils
ont efté chantez . Le Prince
Lyfandre eftant furvenu
lors que Gelon exerçoit
fa belle humeur ,
l'un parla du plaifir d'aimer
, & l'autre de celuy
de boire . La Princeffe Amafie
parut enfuite , qui
1
1
116 La Fefte
témoigna à Lyfandre
qu'elle fe rendoit à fon
amour . Le Temple de
Venus s'ouvrit , & on
vit une troupe d'Egy
ptiens , d'Ethiopiens ,
d'Indiens , & autres Nations
, qui porterent des
offrandes fur l'Aurel de
cette Déeffe. Le Choeur
fit des voeux pour obtenir
de l'Hymen qu'il
preparaft fes chaines
pour Orontée . Voicy les
Vers qui furent chantez
de Chantilly. 117
pendant cette offrande .
LE CHOEUR .
Dans nos Conceris , dans nos
chants d'alegreffe
,
Chantons Venus noftre grande
Déeſſe.
DEUX DU CHOEUR .
Tendres Amours , pour remplir
nos defirs
Banniffez lesfoupirs ,
Chaffez la trifteffe.
Deux autres du Choeur.
Tendres Amours pour remplir
nos defirs
Banniffez les foupirs ,
Venez , douxplaifirs
11.8 La Fefte
LE CHOEUR.
O Toy , doux Hymen en ce
jour,
Pour le coeur de la Reyne ›
Prepare ta chaine.
TRIO.
Uniffons nos accords tour à
tour.
Que par tout on chante ,
Que par tout on vante
Venus & l'Amour.
LE CHOEUR.
Chantons en ce jour
L'Hymen & l'Amour
Il n'y eut point de
nouvelle decoration au
"
"
de Chantilly. 119
fecond acte, & l'on y vit
encore le mefme Temple .
Orontée furpriſe du
changement qui fe faifoit
dans fon coeur, loua
les charmes du jeune Etranger
, & fe refolvoit
à mourir plûtoft que de
#fe rendre à l'amour , lors
que Jacinte parut devant
elle en habit d'homme
,
& luy dit qu'ayant eſté
abandonnée
par un Amant
, elle l'avoit eſté
chercher
à Sidon
, où
DAY
120 La Fefte
Irene avoit adoucy fes
malheurs par fes bienfaits
. Elle ajoûta que les
Devins ayant declaré qu'
Alidor luy devoit un
jour ofter la Couronne,
ce qui l'avoit obligé à
prendre la fuite , cette
Reine avoit mis fa tefte à
prix , & que voulant luy
marquer fon zele , aprés
avoir efté fi bien recetë
dans fa Cour , elle avoit
furpris Alidor , & d'auroit
tué d'un poignard
qu'elle
de
Chantilly.
1921
Lit
qu'elle luy montra, fi on
ne l'en cuft empefchée.
Orontée charmée d'Alidor
luy arracha le poignard
, & elle en alloit
O percer Jacinte , quand
Creonte l'arrefta , & luy
fit connoiftre qu'il eftoit
indigne d'elle qu'elle
vouluft vanger Alidor.
Elle chaffa Jacinte de fa
prefence , & honteufe
d'avoir découvert fa paffion
, elle fit devant
Creonte de nouvelles
, 4
rec
ea
*
L
122
La Fefte
F
proteftations de n'aimer
jamais. Aprés qu'elle fut
fortie , Alidor parut avec
Ariftée , & fe plaignit du
malheur qui l'avoit contraint
de quitter la Cour
t
d'Irene, où il avoit vêcu
avec tant de gloire depuis
que la mort luy avoit
ravy fon Pere. Ariftée
luy dit que quoy
qu'Hipparque
cuft efte
autrefois Corfaire , il faifoit
trembler les Rois
par fa valeur , & que de
de
Chantilly.
123
Ipuis dix ans que ſes Vaiffeaux
avoient fait naufrage
, elle ne fçavoit
s'il étoit vivant où mort;
mais qu'elle ne pouvoit
fe défendre d'attendre
beaucoup des promeffes
de fon Aftre . Amafic les
interrompit pour dire à
Alidor , que la Reine
s'intereffoit pour luy , &
- qu'elle vouloit l'entretenir.
Lors qu'elle fut
feule , elle s'étonna de ce
qu'elle fentoit ſon coeur
Lij
124 La Fefte
diſpoſé à trahir Lyfandre
pour ſe donner à Alidor
, qu'elle trouvoit
tout aimable , & en même
temps des Peuples
d'Egypte mêlez d'autres
Nations vinrent celebrer
la Fefte de Bacchus & de
l'Amour. Toutes leurs
chanfons marquerent
l'envie qu'ils avoient
qu'Orontée vouluſt leur
donner un Roy. Le
Choeur fit d'abord entendre
ces Vers.
·
de Chantilly 125
-O
Quand tout le Ciel à nos
vaux eftpropice ,
Charmant efpoir , viens flater
nos defirs.
Que noftre joye en tous lieux
retentiffe ,
Redoublons tous nos Jeux &
nos plaifirs.
RECIT.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne,
Tu peux finir noftre peine ,
Seconde nos voeux .
LE CHOEUR.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne ,
Seconde nos vaux .
Liij
126 La Fefte
RECIT.
Tes aimables noeuds
Sans ceffe nous rendront heureux.
LE CHOEUR.
Quand tout le Cielfefait voir
fi propice
Charmant efpoir viensfeconder
nos voeux..
DEUX DU CHOEUR:
Dans ce beau jour
Fais que tout s'accompliße ,
Venus ,mene avec toy l'Amour.
Deux autres du Choeur.
L'attente
C D'un bien fi charmant ,
Enchante
de Chantilly.
127
h
U
Noftre tourment.
RECIT.
Parune douce chaîne,
En ce jour
Captive une Reyne ,
Puiffant Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Remplis noftre attente
Perçant de tes traits
Un coeur qui ſe vante
De n'aimer jamais.
DEUX DU CHOEUR.
Afuivre ta loy
Engage fa foy ,
Memphis veut un Roy,
LE CHOEUR.
Quand tout le Ciel, &c .
128 La Fefte.
" R
qu'une
Reine
Alidor feul commence
le troifiéme Acte, ens'ap
plaudiffant de fon bonheur
, de ce
luy donnoit afile dans
fa Cour , tandis qu'une
autre pourfuivoit fa
mort . Amafie eftant furvenue
luy demanda s'il
venoit admirer la beauté
des lieux où il eftoit , &
il répondit que quelques
charmes qu'ils euffent ,
il ne pouvoit avoir des
yeux que pour elle. Il
de
Chantilly. $29
me
ajouta qu'il vouloit l'aiens
mer toute fa vie . Amafic
nb receut fon
hommage a-
R vec plaifir , & il eftoit
Te &
à
fes
qu
be
lors
que
genoux
lors la
Reine parut
.
Elle
repropeu
de cha à
Alidor le
a
10 respect
qu'il avoit pour
elle , de venir
feduire
une jeune Princeſſe
dans
fo Palais. Amaſie ſortit ,
Alidor
ayant dit
qu'il eftoit bien éloigné
d'aimer
Amafie , aprés
ON
&
1. to
le. us les maux
que l'a130
La Fefte
mour luy avoit cauſez
dans la Cour d'Irene ,
Orontée l'affura qu'il
trouveroit en elle ce qu'il
avoit perdu dans cette
cruelle Reyne . Alidor
s'eftant éloigné , elle fit
connoiftre qu'elle ne
pouvoit
plus combattre
fa flamme. Dans ce moment
Gelon luy vintannoncer
qu'il avoit veula
Magicienne Ifmenie def
cendre des Cieux dans un
char de feu . Ifmenie pade
Chantilly. 131
rut, & declara à la Reyne
qu'il falloit malgrél
fon indifference qu'elle
fe refoluft à prendre un
Epoux , & qu'elle alloitinterroger
les Manes des
Rois d'Egypte, & l'Ombre
de Ptolomée
, pour
fçavoir fur qui tomberoit
fon choix. Alors elle
frappa de fa verge un des
coins du Theatre , & la
terre s'eftant auffi- toft.
ouverte, les tombeaux en
fortirent , & s'éleverent à
132 La Fefte
vingt - quatre pieds de
haut. Celuy du grand
Ptolomée qui s'éleva au
milieu du Theatre , eftoit
d'un ordre Dorique &
d'une compofition cr
traordinaire. Le plan é
toit quarré long avec des
piedeftaux faillans fur
chaque face & dans les
angles . Entre les piede
taux eftoient des Statues.
de marbre blanc , affiſes au
pied d'une grande con
fole , & appuyées fur les
piedeftaux
de Chantilly.
33
piedeftaux . Dans le milieu
s'élevoit un morceau
d'architecture
quarré
long , fuivant le plan
avec des pilaftres & des
confoles fur les angles.
Les Statues montoient
jufque fous la Corniche
5 de mefme que les pilaftres
, entre lefquels il y
avoit une grande arcade
percée & furbaiffée , fous
laquelle eftoit la figure
de Ptolomée de marbre
blanc , affife au pied d'un
M
134 La Fefte
Tombeau de Porphire ,
dont les ornemens étoient
de bronze doré.
La Corniche portoit un
focle fur lequel eftoient
pofez quatre Sphinx de
bronze, qui portoient un
grand Obelifque
orné de
caracteres , & de figures
hierogliphes
. Le fommet
eftoit un chapiteau compofé
fur lequel eftoit une
Urne. Il y avoit encore
quatre
autres Tombeaux
dans les coftez du Théa
14
de
Chantilly. 135
S
,
tre , & dans les éloignemens
de formes différen-
& tes. & une Statuë de
marbre à chaque Tom-
-beau. Tous ces Tombeaux
eftoient entourez
de Cyprés , d'Ifs , & autrès
arbres , & le tout enfemble
formoit un fpectacle
lugubre, mais tresmagnifique.
Aprés qu'Ifmenie
eut évoqué l'ombre
de Ptolomée , il parut
plufieurs Efprits qui
tournerent autour des
Mij
136 La Fefte
Tombeaux comme voulant
animer les Statuës ,
& on entendit un Choeur
de Mufique fort extraordinaire
dont les voix
paroiffoient fortir des
Tombeaux . Ce qui furprit
fort , c'eft que les
Statues qui eftoient drapées
auffi proprement que
fielles euffent efté travaillées
de marbre , eftoient
des Figures vivantes , chacune
dans une attitude
differente . Tout le mon-
"6
de
Chantilly . 137
I de les crut de
carton ,
ajufques
au temps
qu'Ifme-
Cnic
parla
à Ptolomée
.
Alors toutes les Statuës
Es remuerent avec des mouvemens
lents .
J'ay oublié de vous dique
requ'avant que l'évocaent
tion fe fiſt l'aimable
en Gelon foutenant toûjours
trafon caractere , eftoit forefta
ty d'une maniere fort
fpirituelle . Voicy ce qu'il
at dit. Tout le monde y a
remarqué un tour d'eftes,
с то
V
M iij
138 La Fefte
prit fingulier.
Je crains trop la Troupe infer
nale
,
Jenne veux point chez Plutoni
Mourir de foifcomme Tantale,
Ny boire l'eau du Phlegeton.
Tous les Vers de l'évocation
avoient quelque
choſe de majestueux , qui
ne contribua pas peu
à faire naiftre dans l'efprit
des Spectateurs cet
te efpece d'étonnement ,
qui fait , lors qu'il eft
bien excité , un des prin
de Chantilly.
139
cipaux plaifirs des Specta
cles . La Magicienne parla
ainfi aux Demons .
Venez , Demons , plus vifte
qu'un éclair,
Quittez was demeure's terribles,
Et des atomes de l'air
Faites- vous des corps vifibles.
Venez, venez, obeiſſez
Paroiffez paroiffez.
Aprés que les Demons
l'eurent affeurée qu'ils
eftoient prefts d'obeir ,
elle pourfuivit de cette
forte.
ISC
IX.
140 La Fefte
Des jours éteints de nos Monar
ques,
Dans leur froid tombeau ,
Malgré l'ordre des Parques.
Rallumez le flambeau.
Les Demons ayant ani- ˆ
mé les Statues des Rois,
elle s'adreffa à ces Statuës
, & fit entendre ces
Vers .
Marbres fourds Figures
muettes
De nos fuperbes Rois ,
Prêtez l'oreille à ma voix ,
Parlez, & du Deftin foyez les
interpretes.
de Chantilly. 141
Rr
5!
Elle confulta enfuite
la Statuë de Ptolomée ,
& l'Ombre répondit ces
quatre Vers.
Ma Fille , de l'Hymen tu dois
fubirla loy ,
Et tu l'accepteras fans peine s
Mais tu n'épouferas qu'un
Roy
2
Que te doit offrir une Reyne.
L'Ombre ayant parlé
de cette forte , toutes les
Statues reprirent leurs attitudes
& aprés qu'Orontée
cut marqué la
>
142
La Fefte
peine que luy faifoit cet
Oracle , tous les Tombeaux
difparurent
, &
l'Acte finit ..
Un Jardin delicieux
faifoit le Theatre du quatriéme
Acte. Le devant
eftoit une maniere de Ve
ftibule d'une architectu
re Ionique. Des Termés
de bronze doré tenoient
lieu de colomnes . Les
chapiteaux eftoient des
corbeilles de fleurs & de
fruits , qui portoient une
L
de t
Chantilly. 143
,
corniche de marbre &
un plafond magnifique.
Entre les Termes il y avoit
des arcades auffi de
marbre , avec les orne
mens de bronze pour entrer
dans une galerie qui
paroiffoit tapiflée d'éto
fes d'or à fond violet . Le
Veftibule occupoit un
o tiers du Theatre fur le
I devant , & le jardin patroiffoit
enfuite . Il eftoit
Morné de Statues reprefentant
des Amaurs fur des
144 La Fefte
piedeftaux, accompagnez
de baluftres de marbre &
de bronze , avec des ar
bres qui s'élevoient der
riere ces Figures , qu'on
voyoit ornées de fleurs
& de fruits . Les deux
coftez duTheatre étoient
de cette maniere. Au milieu
le jardin fe feparoit
en trois allées , une dans
le milieu , & deux diagonales.
Elles eftoient ſi
bien tracées , qu'on les
découvroit de tous les
endroits
de Chantilly. 145
Resi
endroits de la Salle . A la
face de chacun des angles
qui feparoient les
allées eftoit une Statuë
qde marbre blanc , fur un
* piedeſtal auffi de marbre
dorné de bas reliefs d'or .
éto D'autres Statuës qui re-
A prefentoient encore des
ep Amours ,
regnoient genenet
ralement dans toutes ces
ux trois allées. Au bout de
toid celle du milieu il y avoit
' on des
berceaux d'or percez
Lous à jour , reveftus de touend
N
146 La Fefte
tes fortes de fleurs , &
foûtenus par des Termes
en confoles de marbre
blanc. Au travers de ces
berceaux on voyoit une
caſcade naturelle avec
plus de cinquante jets
d'eau , fans y comprendre
les Napes. Cette cafcade
étoit faite avec tant d'art,
qu'elle fuivoit la perſpe
tive du Theatre . Elle
paroiffoit d'une grandeur
extraordinaire
, &
ne diminuoit rien des
de Chantilly.
147
nte
apra
"
objets qui eftoient au-
Ten tour. Ces ornemens efma
toient de marbre & de
de bronze , avec des vafes
O d'où fortoient des planle
tes . Au deffus de cette
caſcade paroiffoit une
allée d'arbres qui travercal
foit, & au delà on voyoit
nt un Palais fuperbe dans
l'éloignement
. Les deux
allées des coftez paroiffoient
auffi fort longues,
irt ornées d'une maniere differente
de celle du miien
Entd
pe
e. I
Nij
148 La Fefte
1
lieu. On appercevoit au
travers de pluſieurs Portiques
d'architecture
ruftique
mêlée d'arbres, une
caſcade dans l'enfoncement
. Ce qui eftoit de
remarquable , c'est que
les fontaines & les cafcades
avoient efté préparées
avec tant d'art, que
non feulement elles
n'empêcherent point qu'
on n'entendift la Mufique
& les Recits , mais
mefme elles fembloient
de Chantilly . 149
s'accorder avec la Simphonie
, dont les mou-
E vemens tantoft plus lens ,
tantoft plus preſſez , ex-
#primoient auffi le murmure
des eaux . Quelquefois
la Simphonie s'ar-
= rêtoit laiffer entenpour
dre ce murmure ; quelquefois
auffi le bruit des
eaux ceffoit pour ne laiffer
entendre que la Simphonie
qui l'imitoit.
Amafic vint refver
dans ce beau lieu au
N iij
150
La Feste
merite d'Alidor &
voyant yenir Lyſandre ,
elle luy avoua qu'elle
avoit changé. Lyfandre
1
l'ayant traitée de per
fide , elle luy confeilla
par cette chanſon de
changer comme elle.
Que l'inconftance eft agreable !
On s'engage avec un Amant ,
Et l'on le quitte au moment
Qu'on en trouvé un plus aimable.
Que l'inconftance est agréable !.
Lyfandre eftant forty,
de Chantilly.
151
refolu defe fatisfaire par
la mort de fon Rival fistoft
qu'il l'aura connu ,
Gelon vint avertir Amafie
qu'il avoit laiffé Alidor
avec la Reyne. Cela
dor
luy fit croire qu'il eftoit
aimé d'Orontée , & lors
qu'il parut , elle luy reprocha
fon ingratitude ,
en l'accufant de faire
contre elle ce qu'elle avoit
fait contre Lyfandre.
Elle fortit en
voyant
venir la Reyne , qui dit
10
152 La Fefte
à Alidor qu'il fçavoit
que l'amour qu'il avoit
eu pour Irene avoit caufé
fa colere, & Alidor ayant
répondu qu'un malheureux
comme luy fe con
noiffoit trop pour afpirer
à eftre aimé d'une Reyne,
elle ajoûta pour l'enhardir
à fe declarer , que
vertu meritoit un Diademe
, & qu'il n'y avoit
rien dont l'efperance luy
puft eftre deffenduë . Alidor
l'ayant quittée ,
•
fa
de
Chantilly .
153
dre
Creonte luy vint apprenque
le Frere d'Irene ,
Fils comme elle d'Agenor
Roy de Phenicie ,
& de Ladice , eftoit vivant
, & qu'un Envoyé
de fa Soeur venoit d'en
apporter la nouvelle.
Orontée en fut troublée ,
parce que ce Prince que
l'on croyoit mort , luy avoit
cfté deftiné par fon
Perę & par le Roy de
Phenicie , & qu'elle ne
pouvoit fatisfaire à ce
154
La Fefte
des
qui avoit efté predit par
fon Ombre, fans renoncer
à l'amour qu'elle avoit
pour Alidor . Creonte luy
confeilla de l'éloigner ,
pour faire ceffer
bruits defavantageux à
fa gloire , & elle répondit
qu'on auroit fujet
d'eftre content d'elle.
Cet Acte finit par le divertiffement
qui eft expliqué
dans ces Vers .
de Chantilly. 155
GELON.
Chers Compagnons delices
de la table ,
Rejcüiffons - nous.
Chantons , danfons, faifons les
fous.
Que la folie eft raisonnable !
LE CHOEUR.
Rejeüffons- nous
Chantons, danfons, faifons les
fous.
Que lafolie estraisonnable !
GELON .
D'où vient que le fommeil
m'accable ?
Que fes pavots font doux !
Camarades, couchons- nous
156 La Fefte
Sur le fein parfumé de Flore ,
Et dormons tous
Fufqu'au retour de l'Aurore,
Gelon s'eftant endormy
fur un lit de
gazon ,
un de fes Compagnons
dit ,
Dors , Gelon , dors.
Du jus divin ton ame eſt échauffée
,
Tu dois pour delaffer ton
corps ,
Te livrer tout entier dans les
bras de Morphée
Dors , Gelon , dors .
Aprés cela deux autres
compade
Chantilly. 157 .
21
10
Compagnons
de Gelon
dirent .
Vole , vole jufques aux Cieux
Sur l'aifle d'un fonge a greable,
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable.
Sur l'aifle d'un fonge agreable
Vole , vole jufques aux Cieux.
LE CHOEUR ayant repeté
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable ,
Gelon s'éveilla au bruit
que firent fes Compa-
& l'Acte finit
gnons ,
par une Danſe.
Le Theatre ne changea
O
158 La Fefte
point de Decoration au
cinquiéme Acte, qui com
mença par cette Chanfon
d'Orontée .
Je way, cruel devoir, éloigner
de ces lieux
L'innocent objet de maflame.
Mais qui me répondra, grands
Dieux,
Qu'eftant loin de mesyeux
Il ne regne plus dans mon ame?
Malgré fon amour elle
ne laiffa pas de déclarer
à Alidor qu'ayant fceu
combien Irene eftoit irde
Chantilly.
139
ritée contre luy , elle ne
pouvoit fe difpenfer de
l'éloigner de fa Cour ,
& qu'elle luy donnoit
Thebes pour retraite . Il
ſe retira comme ne cherchant
plus qu'à mourir,
& prefque auffi - toſt on
vit paroiftre Jacinte qui.
dit à la Reyne que l'En-
том voyé de Sidon parloit
u d'arrefter Alidor , qu'elle
craignoit qu'on ne vouluft
attenter fur fa vie ,
& qu'elle efperoit que
O ij
160 La Fefte
l'avis qu'elle luy en donnoit
appaiſeroit la colere
qu'elle avoit fait éclater
contre elle. La Reyne
n'eut pas fitoft envoyé
Jacinte pour empeſcher
le départ d'Alidor , que
444
Creonte luy fit part d'une
autre nouvelle . Il luy
apprit que l'Ambaſſadeur
d'Irene eftoit le Corfaire
Hipparque Pere d'Alidor,
dont la mort avoit paſſé
pour certaine ; qu'il avoit
obtenu le pardon de fon
de Chantilly. 161
Fils , & qu'Irene eftoit
partie elle-mefme de Sidon
pour venir mettre ſa
Couronne fur la tefte
d'Alidor . Cela donna de
la jalouſie à Orontée
qui crut qu'Irene venoit
couronner Alidor comme
Amant , mais elle fut
détrompée par lfmenie ,
qui l'affura que cet Alidor
eftoit Fils d'Agenor
Roy de Phenicie,& Frere
d'Irene. Le Vaiffeau qui
portoit ce petit Prince
O iij
162 La Fefte
dans le temps de fa naiffance
, ayant fait naufrage
, Hipparque l'avoit
trouvé flottant dans un
Berceau , & enveloppé
de langes tiffus de la
main d'Iſmenie . Il avoit
apporté ces langes , & Ilmenie
les avoit reconnus.
Orontée que cette reconnoiffance
rendoit heureufe
, puifque l'Ombre
de Ptolomée luy avoit
predit qu'elle épouferoit
un Roy que luy offriroit
de Chantilly. 163
1
une Reyne , ordonna à
Amafie de recompenfer
l'amour de Lyfandre
.
L'Opera finit par une
Fefte galante que fit une
troupe d'Egyptiens
&
d'Egyptiennes
, pour ſe
réjouir d'une avanture
qui leur donnoit un Roy
digne de l'eftre .
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux!
DEUX DU CHOEUR .
Le Soleil qui nous éclaire
E
164 La Fefte
Pour briller de plus beaux
feux
Va fe joindre avec Cythere.
CHOEUR.
Foüiffez, heureux Amans ,
Des plaifirs les plus charmans,
Desplus doux raviffemens.
RECIT.
Quelle gloire
En ce beau jour !
Alidor, ( qui l'euft pu croire? )
Va remporter la victoire
Par les mains du Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Ifmenie a fceu predire
Cet Hymen fait dans les
Cieux
de Chantilly. 165
ema
Deux Deffus du Choeur.
Quel bonheur s'offre à nos
yeux
Si charmant , fi glorieux ?
Pour le bien de cet Empire ,
Couronné des mains des Dieux,
Alidor vint en ces lieux.
DEUX AUTRES DESSUS.
Doux moment !
Four charmant !
CHOEUR.
L'Univers de noftre Roy
Recevra bien-toft la Loy.
DEUX DU CHOEUR .
O doux moment !
O jour charmant !
KT!
рит
victor
Die
EC
redire
166
La Fefte
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux !
Monfeigneur marqua
avec l'honnefteté qui luy
eft ordinaire, qu'il s'eftoit
beaucoup diverty à cet
Opera . Ce Prince tint Ap
partement le mefme jour,
& l'on y joüa à differentes
fortes de Jeux .
Le Mardy , qui eftoit
la troifiéme journée,
Monfeigneur voulut fe
de Chantilly . 167
B
donner le plaifir d'aller
tirer dans le Parc . Ce
Parc eft d'une beauté
merveilleufe &
quoy
que l'art l'ait beaucoup
embelly , il femble pourtant
qu'il ne luy doive
aucun de fes agrémens,
On y voit des cofteaux,
des plaines , & des bois
difpofez par la Nature
mefme d'efpace en efpace,
comme pour fervir de
retraite à toutes fortes
de gibier dont il eft rem168
La Fefte
ply , & pour offrir d'agreables
lieux de rafraìchiffement
à ceux qui
s'y promenent . Ces bois
font coupez par des rou
tes differentes qui fe croi
fent , & qui feroient en
d'autres lieux que Chantilly
, des promenades
•
qu'on admireroit, & qui
mefme en ce lieu- là où
tant de beautez fe trou
vent affemblées , ne laiffent
pas de fe faire regarder
avec plaifir. D'un
cofté
de Chantilly. 169
est
el
ner
et
côté où le terrain s'éleve
en côteau , on voit comme
dans une espece de
valon les canaux , les
prairies qui les bordent,
les Parterres , les Cafcades
, les petits bois dont
elles font ornées , les Ifles
dont je vous ay déja parlé
, qui font la plus delicieufe
, & la plus fuper
be veuë qu'on puiffe s'imaginer.
De l'autre côté
l'on voit comme dans
des enfonceniens des mai-
P
•
A
170 La Fefte
fons ruftiques qui paroiffent
au travers des bran
ches des arbres , des vil
lages qu'il femble qu'on
n'ait laiffez là dans une
efpece de lointain , que
pour faire des paysages
plus beaux que ceux que
le Pinceau nous a donnez
. On y trouve une
Menagerie dont la principale
porte donne fur
une des grandes allées
qui bordent le grand canal
, & qui d'un autre
de Chantilly . 171
côté fort dans les plaines
du parc. Cette Menagerie
, quoy qu'elle ne foit
pas encore achevée , ne
laiffe pas de paroiſtre
tres- magnifique . Outre
un parfaitement bel appartement
, dont la fimplicité
dans les meubles a
quelque chofe de plus agreable
que la richeffe en
d'autres lieux, la diftribution
d'une infinité d'endroits
propres à ferrer
tout ce qu'une Menage-
Pij
172 La Fefte
rie abondante peut fournir
de mets delicieux
,
fait un agrément qu'il
eft difficile d'exprimer .
On y voit un grand Salon
orné de peintures ,
teprefentant l'hiftoire
d'Ifis , & ce Salon eft
tourné de maniere qu'il
femble que ce foit plûtoft
le Temple d'Ifis qu'-
un baftiment ordinaire .
Beaucoup de Terraſſes
& de jardins champêtres
font l'ornement de cette
de
Chantilly .
173
maifon dont une des
courts eft bordée de huit
ou dix petits Pavillons ,
tous feparez les uns des
autres , & deftinez à lo-
Cintu
T'hif
Salo
ere
foit:
rdin
Terr
amp
de a
ger les animaux rares que
Monfieur le Prince fait
venir des Pays étrangers ,
Une autre court a dans le
milieu une fontaine toute
de fources vives ,
qu'on voit fourdre &
bouillonner parmy des
rocailles qui paroiffent
naturelles . On appelle
Piij
174
La Fefte
cette fontaine, la fontaine
de Narciße , parce que
ce Berger amoureux de
luy - mefme y paroiſt au
milieu fe regardant avec
tranſport , & tendant les
bras à fa Figure , qu'on
a le plaifir de voir dans
F'eau , tant cette cau eft
claire , nette & argentée,
pour me fervir des termes
d'Ovide , dont cette fontaine
furpaffe de beaucoup
la defcription .
Si je voulois contide
Chantilly. 175
nuer à vous faire celle
de cette Menagerie &
du Parc , je perdrois trop
longtemps Monfeigneur
de veue . Ce Prince , aprés
1 avoir tiré toute la matinée
dans ce Parc , alla
l'apréfdinée à la chaffe
du Cerf , avec la Meute
de M. du Maine , qui
n'a pas moins d'adreffe
que d'ardeur & d'activité
pour la Chaffe , & dont
l'équipage eft fi beau ,
qu'il ne cede qu'à celuy
176 La Fefte
du Roy. Il y eut le foir
Opera & Appartement .
Le Mercredy, Monfeigneur
alla à la chaffe aux
Perdreaux . Tous les Seigneurs
de fa fuite fe fe
parerent par Quadrilles.
Ce Prince eftant de retour
de la Chaffe , fit faire
un état de ce que cha
cun avoit tué , & envoya
cette Chaffe au Roy, avec
le détail , & les noms de
tous ceux qui avoient
chaffé. Il s'y trouva plus
de
Chantilly.
177
*
de cinq cens Faiſans ,
Perdrix , ou Liévres ,
Monfeigneur en ayant
tué luy ſeul plus de cent
quatre - vingt ; de forte
que s'il y euft eu un Prix
pour celuy qui en auroit
le plus tue , il cuſt eſté
donné à ce Prince . Il fe
promena l'apréfdînée , il
traverfa d'abord le Parterre
des Orangers , & alla
enfuite dans la partie du
jardin qui eft du côté du
Village de Chantilly.
178 La Fefte
II y entra par une gran
de porte qui eft au milieu
de la galerie des Cerfs .
Cette galerie s'appelle
ainfi , parce qu'elle eft
>
ornée de beaucoup de fi
gures de Cerfs au naturel
, portant tous au col
l'Ecuffon des Armes de
M' de
Montmorency ,&
des Maiſons avec lef
quelles ils avoient fait
alliance . Elle eft ouverte
en arcade fur le Parterre
des
Orangers , ayant au
de
Chantilly. 179
pied de fon mur un petit
ruiffeau d'eau vive &
claire qui coule fur un
beau fable , avec un murmure
le plus agreable du
monde. De l'autre cofté ,
entre les figures des cerfs
qui y font , elle eſt ornée
d'une peinture à frefque ,
reprefentant l'hiftoire
de Pfyché. Cette peinture
, quoy qu'un peu endommagée
par le temps,
ne laiffe pas d'eftre encore
d'une beauté à at
180
La Fefte
tacher les Connoiffeurs .
Cette galerie aboutit
d'uncôté à un grand Pavillon
apellé des Etuves,
à caufe qu'il y en avoit
autrefois.Ce Pavillon eft
compofé de deux grands
Salons , dont l'un eft ac
compagné
de Cabinets .
On trouve un Billard
dans le premier , & ily a
des Lits de repos dans
l'autre . Un de ces Salons
eft ouvert par unegrande
porte fur une des petites
Ifles
de Chantilly.
181
En
Ifles dont je vous ay parlé
, & il n'en eſt ſeparé
que par un canal que l'on
paffe fur un pont .
face de cette porte dans
l'Ifle , eft un grand
rond
de treillage
, qui forme
une efpece
de Salon dé-
Couvert
au milieu
duquel
eft une fontaine
avec
un tres-gros jet d'eau .
Par l'autre
bout
cette
galerie
conduit
à l'un
des Pavillons
de l'Orangerie
, compofé
auffi de
&
,
182
La Fefte
deux Salons. Monfei
gneur paſſa par une grande
allée de Picea en pi
ramide , & des Sapins entre-
deux , & eut le plaifir
de voir à la gauche , fur
une hauteur , ornée d'un
bois vert
une
cafcade
& une grande piece
d'eau avec trois gros jets,
dix levées , & autant de
baſſins à chandeliers. Ily
a dans la face de la cafcade
cinq grands Mafques
de bronze , qui vo
miffent une fort grande
de
Chantilly.
183
quantité d'eau , laquelle
tombant fur autant de
coquilles à trois rangs ,
forme autant de napes
d'eau . On voit au bas de
la caſcade un grand baffin
qui reçoit toutes ces
caux , & d'où fortent
plufieurs lances. L'archi
tecture de cette caſcade
eft fort correcte , & confifte
en plufieurs piedeftaux
. On y monte par
1 deux allées en rampes
qui forment des glacis
Qij
1.84 La Fefte
de gazon
tout - à - fait
Ces rampes agreables
font foutenues d'un côté
par des paliffades d'Ifs ,
& de l'autre par des Sabines,
& des boules d'autres
arbres verts . A la
droite font des Boulingrains
avec plufieurs fontaines
, & un petit canal
qui regne tout au long
de ces Boulingrains
, leſquels
fe terminent
de
mefme que la grande allée
, à une groſſe fontaide
Chantilly . 185
ya
ne dont le baffin eft enfoncé
d'environ cinq
pieds . Du milieu de ce
baffin s'éleve fur un picdeftal
à confoles , un au
tre baffin , dont il fort
un jet d'eau prodigieux
par fa groffeur . Il y a
une allée autour du
grand baffin, & une banquette
d'environ deux
pieds de haut au deffus
de l'allée , d'où fortent
vingt jets d'eau , qui for
ment un berceau fi juſte ,
Qiij
186 La Fefte
qu'on a le plaifir de fe
promener deffous fans
eftre moüillé. Le refte
eft un glacis de gazon .
Le bas de cette fontaine
s'ouvre en tenaille , & le
haut qui eft oppofé à la
prairie , eft foûlevé d'une
grande demy - lune , au
deffous de laquelle eft
un bois vert , qui fe termine
dans une grande
allée fur la hauteur , qui
paffe tout au long des
fruitiers , & mene à la
de Chantilly.
187
Faifanderie, dans laquelle
on trouve une quantité
prodigieufe de Faifans
& de Perdrix , qu'on
y éleve avec de grands
foins . Elle eft composée
de trois jardins en terraffe
, d'un corps de logis
de deux Pavillons , & de
I quatre grands jets d'eau
dans autant de baffins ,
l'un dans la court , & les
trois autres dans chacun
des jardins , qui font toust
trois en terraffe . Ce fut
188 La Fefte
für le canal qui répond
à ces deux parties que
Monfeigneur
s'embar
qua avec tous les Seigneurs
de fa fuite , pour
aller prendre le divertif
fement de la joûte fur
l'eau , & pour voir tirer
l'Oye , ce qui fe devoit
faire fur le grand canal ,
par les Mariniers que
Monfieur le Prince avoit
fait venir exprés . Les deux
bâtimens fur lefquels
Monfeigneur s'embar
de Chantilly .
189
qua avec ceux de fa fuite,
eſtoient ornez de leurs
Pavillons
& Tendelets
,
& conduits par dix - huit
Rameurs habillez en Matelots
. A mefure que
Monfeigneur avança , il
découvrit de nouvelles
beautez . Aprés la Faifanderie
on trouve un grand
jardin én terraffe , lequel
finit de mefme que les
jardins fruitiers qui font
au deffus , à un grand
rond , d'où defcend fur
A
190 L.
La Fefte
le canal une grande allée,
& ce qui la traverſe va
paffer entre la tefte & le
corps de la grande caſcade
, & fe termine au Pa
villon de Manfe . Toute
cette partie s'appelle le
Bois du Lude. Il y a plus
de vingt allées differentes
, dont la plufpart ont
des baffins & de grands
jets d'eau , dans le centre
où ces allées fe
coupent. Les arbres en
font parfaitement beaur,
de
Chantilly.
191
& les paliffades tres- unies
. Les principales de
ces allées menent par differens
endroits à la grande
caſcade . La teſte en eſt
foulevée de mefme que
les côtez par des paliffades
& par des Ifs , avec
du gazon dans les differens
paliers . Cette teſte
eft compofée d'un demy
octogone d'architecture
avec des Termes , des piedeftaux
, des baffins , des
animaux de bronze , des
192 La Fefte
coquilles & des rocailles .
Il y a fur trois gradins
de gazon neuf baſſins qui
reçoivent l'eau de neuf
grands vaſes . Au deffous
des gradins font encore
d'autres baffins les uns
fur les autres
au premier
defquels eft une
groffe gerbe d'eau faite
avec tant d'art , qu'on
n'en a point encore veu
"
de pareille. L'eau en paroift
auffi blanche que
nége , & fa tefte s'écarte
la
fi
de Chantilly. 193
fi agreablement, que rien
ne fçauroit mieux reprefenter
des épics qui fe détachent
d'une veritable
gerbe . Dans toute la circonference
des baffins qui
font au deffous de celuylà
font des jets - d'eau ,
lefquels avec les napes
quis'échapent des mefmes
baffins , & l'eau de la
gerbe font en tombant
un effet admirable . Au
deffus de tout le
pourtour
de ce demy
octogo-
R
194 La Fefte
ne font des baffins taillez
tres- proprement , du
milieu defquels comme
de la coulette qui eft au
deffous , fortent plufieurs
lances de meſme que du
fond de fon grand baffin,
& comme de tous les côtez
on voit des Jets &
des chûtes d'eau , ce contraſte
fait beaucoup de
plaifir à la veuë . Il y a
dans le milieu de la grande
allée de la caſcade un
fort beau baffin octode
Chantilly.
195
gone , du milieu duquel`
& des quatre coftez fortent
cinq jets d'eau . Le
corps de la caſcade con--
mence au bord de cette
allée. Elle est toute rem-
$
plie de gradins , de lances
, de napes , de bouillons
d'eau , & de marches
fur lefquelles , & des
deux coftez , l'eau fe brife ,
avec un murmure agreable
. Après avoir formé
une grande nape de plus
de cinquante pieds de
1
Rij
196 La Fefte
tour , elle ſe va precipiter
dans un goufre d'où elle
difparoift , pour rentrer
par deffous terre dans le
canal qui luy eft oppofé.
Au delà de ce goufre font
quatre baffins avec un
gros jet d'eau , qui avec
un glacis de gazon cn
tenaille forment le pied
de cette belle cafcade ,
aprés lequel on trouve
au bout d'une allée un
grand quarré long orné
tout autour de doubles
de Chantilly.
197
"
paliffades entre les grands
arbres , au pied defquelles
commence un double
gradin de gazon qui fe
termine en glacis de tous
coftez.A l'entrée on trouve
un rond d'eau du
milieu duquel s'éleve une
des plus groffes fontainės
qu'on ait encore veuës ,
Le refte de l'efpace eft occupé
par un quarré plus
long que large , dans le
milieu duquel s'élève un
grand rocher de mefme
R iij
198 La Fefte
figure. Quatre grands
jets d'eau en arcades partent
des quatre coins ,
& vingt- quatre jets d'eau
de deux pouces de dia
metre forment le pied
d'un autre grand jet
d'eau qui a du moins
foixante pieds de hau
teur , & qui tient le milieu
de cette partie. Voilà
tous les objets qui parurent
à
Monſeigneur pendant
le temps qu'il demeura
fur le canal de la
de Chantilly . 199
Riviere . Au fortir de ce
lieu-là fon Bateau entra
dans un canal de traverſe
qui porte fes eaux au Pavillon
de Manſe . De ce
canal on découvrit toute
la Prairie qui va juſqu'à
la chauffée de Gouvieux
,
ainfi que deux grandes allées
en terraffe , chacune
enfermée de deux grands
canaux
& la mefme
Prairie coupée dans le milieu
par un cinquiéme canal
. Tous ces canaux &
200 La Fefte
toutes ces terraffes ont au
moins onze à douze cens
toifes de long. De là on
vint dans une éclufe à
trois
portes .
Si- toft qu'on les cut
ouvertes , on vit comme
une Mer qui auroit rompu
fes digues , fe précipiter
à grands flots roulant
les uns fur les autres
avec un bruit effroyable.
Les bateaux ayant efte
élevez à la hauteur du
grand canal , on y entra
H
de Chantilly. 201
au fon des
Trompettes ,
& des
concerts de plufortes
fieurs d'Inftrumens
, qui eftoient aux
bords du canal , & fur le
canal mefme dans des bateaux
. Comme je viens
de vous parler du Pavillon
de Manfe , il me refte
à vous dire que les eaux
d'une fource admirable
y font élevées à foixante
& quinze pieds de haula
Machine que
teur ,
par
laRiviere y fait
mouvoir;
1
1
1
202
La Fefte.
que ces mefmes eaux font
portées de là dans un
grand Refervoir , qui eſt
fitué entre les jardins &
la foreft , entouré d'unc
large terraffe , & de quatre
grandes allées , & que
ce Refervoir contient
plus de cent trente mille
muids d'eau. Le divertiffement
de la Joûte &
de l'Oye eftoit prepare
dans le grand canal , où
je viens de vous marquer
que Monfeigneur
de Chantilly. 203
cftoit entré. Ces fortes.
de Jeux fe firent vis à
vis de la grande caſcade.
Les environs du canal
où cette Fefte fe fit, font
admirables par la diverfité
des plans & des vûës .
1 D'un cofté font tous les
jardins remplis de canaux
, fontaines & cafcades
; & de l'autre eſt un
payfage élevé en amphitheatre
par
plufieurs
grandes allées , dont je
vous ay parlé en vous
1
204 La Fefte
faiſant la defcription du
Parc . Ce payſage eftoit
tout remply de peuple ,
de mefme que les bords
du grand canal . Quand
ce divertiffement fut finy,
Monfeigneur entra
dans un bâtiment tout
doré , conftruit à la maniere
de ceux dont fe fert
le Roy de Siam , & que
l'on nomme Balons, dont
Sa Majefté a fait prefent
à Monfieur le Prince. Il
y avoit des Luths , des
Theorbes ,
de
Chantilly. 205
Theorbes , des Baffes de
Violes , & des Voix choifies
, dans la Poupe de ce
Balon . Il eftoit accomgné
d'un autre bâtiment
remply d'un fort grand
nombre de Joeurs d'Infftrumens
, & d'un Choeur
de plus de foixante perfonnes
.
Monfeigneur arriya
au fon de tous ces
Inftrumens , & au chant
de toutes ces Voix , à la
teſte du canal où eft la
grande caſcade de toute
S
206 La Fefte
la Riviere. Elle eft d'unc
finguliere beauté , & merite
d'autant plus d'eftre
admirée , qu'il n'y a au
cun jardin connu , où il
fe trouve rien de femblable
, fi ce n'eft dans
la Vigne de Frefcati en
Italie . Imaginez - vous ,
Madame , une abondance
d'eau prodigieufe qui
tombe par divers fauts
fur des gradins en demyrond
, dans un grand baſfin
quatre fois plus large
A
CO
10
de Chantilly. 207
que le canal . Cette eau
fe brife en tombant , &
forme autant de petits
rochers d'eau , qui tout
blanchiffans d'écume ,
font un effet admirable .
Toute cette eau fort d'un
grand baffin en rond qui
reçoit toute la Riviere
de Chantilly , fans qu'on
s'apperçoive par où elle
entre , parce que tout autour
de ce baffin , il y a
des allées de grands arbres
à
double rang, &
,
1
Sij
208 La Fefte
des paliffades . Ces arbres
& ces paliffades cachent
la veuë du canal , qui par
un aqueduc fouterrain ,
conduit dans ce baffin
les eaux de cette Riviere.
Monfeigneur eut le plaifir
d'y voir pêcher. On
prit plus de cinq cens
poiffons d'un feul coup
de Filet. Ce Prince retourna
en carroffe au
Chasteau , & y tint Ap
partement avant & aprés
fon Soupé . Madame la
de Chantilly. 209!
Princeffe & Madame la
Princeffe de Conty arri
verent ce jour-là à Chantilly
entre minuit & une
heure .
Le Jeudy qui eftoit la
cinquième journée, Monfieur
le Prince ayant efté
averty que Madame la
Ducheffe & Madame la
Princeffe de
Conty la
Douairiere
devoient partir
de
Verſailles aprés le
couché du Roy pour venir
à
Chantilly , fe pre-
S iij
La Feste
para à les recevoir . Monfeigneur
voulut aller auf
fi au devant de ces Prin
ceffes . Il partit à trois
heures du matin , & les
rencontra
au bout de la
route du Mail fur le che
min de Lufarche
où
elles furent receues au
bruit des Trompettes
&
des Timbales
. Cependant
Monfieur
le Prince qui
avoit diſpoſé un Diver-
,
tiffement pour les furprendre
, alla au deyant
de
Chantilly.
211
و
d'elles jufqu'au milicu
de la route d'où il les
accompagna à cheval de
mefme que Monfeigneur.
Elles entendirent peu de
temps aprés une harmonie
champeftre , & virent
paroiftre environ quatrevingt
Faunes & Satyres
fur des chevaux caparaçonnez
de feuillages qui
rangerent en deux files
& les
accompagnerent
jufqu'au Château
bruit d'un grand nom
fe
au
"
L
21 2 La Fefte
bre d'Inftrumens . Cette
Cavalcade fut trouvée
auffi extraordinaire que
divertiffante . Les Princef
fes allerent fe repoſer ſi
toft qu'elles furent arri
vées dans les Apparteniens
qui leur avoient
efté preparez . Monſeigneur
qui s'eftoit
levé
avant
trois
heures
du
matin, alla coure
le Loup
à Merlou
au lieu de fe
mettre
au lit. Je ne vous
diray pointque Monfieur
de
Chantilly.
213
le Prince faifoit fervir
tous les jours dans differentes
Salles , & dif
ferens Appartemens de fa
Maiſon , plufieurs tables
toutes très - magnifiques.
& tres - delicates tant
pour les Seigneurs qui
accompagnoient Monfeigneur
, que pour un
nombre prefque infiny
de
Gentilshommes
d'autres perfonnes
que
leur devoir où la curiofité
avoit atrirées à Chan-
,
&
214
La Fefte
tilly. Tous les Villages
des environs eftoient
pleins d'Officiers qui avoient
foin de faire fervir
avec abondance tous
ceux qui y eftoient logez.
Les Princeffes eurent aprés
leur difné le divertiffement
de la Joufte fur
l'eau des grands foffez
du Château au deffous
de leurs Appartemens
,
d'où elles pouvoient
prendre ce plaifir .
Le fixième jour , qui
de Chantilly.
215
eftoit le Vendredy , Monfeigneur
alla courre le
Cerf avec les chiens de
Monfieur le Duc du
Mayne , & Monfieur
le
C
Prince ayant fait preparer
tout ce qui eftoit
neceffaire pour une grande
chafse , & d'une maniere
toute nouvelle ,
on ſe rendit
l'apréſdînée
dans les belles routes de
la Foreft . Je ne fçaurois
m'empefcher
de vous faire
remarquer que ces rou216
·La Fefte
tes , dont on auroit peine
à dire le nombre, rant
il eft grand , & qui coupent
de tous coftez une
des plus belles & des plus
vaftes Foreſts du monde ,
font toutes à perte de
veuë , d'une tres- grande
largeur avec des palifsades
d'une hauteur extraordinaire.
On n'en
fçauroit voir de plus
toufuës , elles ont un
terrain fort uny , & qui
eft couvert d'une herbe
fi
de Chantilly. 217
1
fi fraîche & fi verte, qu'il
n'y a point de tapis de
gazon plus vert. Ce fut
par ces routes que l'on
alla jufqu'à un Etang
qni eft au milieu de cette
1
1
Foreft , & qui eft appellé
l'Etang de Comelle. Cet
Etang peut avoir environ
un quart de lieuë de
long , fur un demy quart
de lieue de large. Il eft
dans un fond dont le
terrain s'éleve tout au
tour en amphitheatre , à
T
י ד
218 La Fefte
la referve de la chaussée,
& tout eft garny de Bois ,
ce qui fait une veuë fort
agreable. Les toiles de
chaſse enfermoient l'Etang
, & leur enceinte
s'étendoit
par un cofté
dans la foreft . On avoit
drefsé une feuillée fur la m
chaufsée , avec des Tentes
au milieu , pour y mettre
les Dames . Une collation
magnifique y fut fervie.
Tous les Spectateurs eftoient
autour ou derrie- a
de Chantilly.
219
re les toiles . On trouva
fur l'Etang des bateaux
Couverts de leurs Tendelets
, & plufieurs autres
plus petits couverts de
feuillages . Monfeigneur,
Madame la Duchefse ,
Madame la Princesse de
Conty ,Monfieur le Prince
, & les Dames d'honneur
des Princesses
, avec
quelques
- uns des Seigneurs
de leur fuite , entrerent
dans le plus
grand de ces bateaux.
Tij
220
La Fefte
Monfieur le Duc , Monfieur
le Prince de Conty ,
& Monfieur de Vandofme
fe mirent dans le fecond
. Tout le refte de
leur fuite fe partagea dans
les autres , & Madame la
Princeffe fe plaça fous
la Feuillée avec plufieurs
autres Dames . A peine avoit-
on achevé de s'ems
barquer , qu'on entendit
retentir de tous coftez le
fon de plufieurs troupes
de Hautbois & de Trom
de
Chantilly
221
pettes qui eftoient placez
en divers endroits &
peu de temps aprés un
bruit de cors & de chiens
qui firent lancer dans
ร
l'Etang à plufieurs reprifes
un grand nombre de
fangliers , de cerfs & de
biches . Tous ceux qui étoient
dans les bateaux ,
prirent leur party pour
les attaquer
, les uns avec
des pieux , les autres avec
des dards , & les autres
avec des épées, Plu
Tiij
222
La Fefte
fieurs ſe ſervirent de grof
fes gaules avec des noeuds
coulans au bout afin de
les pouvoir prendre vi
vans . Ils firent tout le
tour de l'Etang en cet
équipage , & formerent
un croiffant pour chaffer
toutes les beftes du cofté
où eftoit Madame la Princeffe
, ce qui caufa un
plaifir fingulier qui fut
encore augmenté lors
qu'on donna les chiens
qui attaquerent ces beſtes
de Chantilly. 223
de toutes parts , & avec
tant de vigueur , qu'un
feul chien coëffa un fan :
glier à plufieurs
fois & le
noya. Cette Chaffe
dura
environ deux heures , &
donna beaucoup de plaifir.
Les Dames eurent la
fatisfaction de prendre
des cerfs elles -mefmes avec
les noeuds coulans
qu'elles leur jettoient .
On attachroit enfuite la
corde au bateau que les
cerfs tiroient en voulant
224
La
Fefte
gagner
le bord , en forte
qu'on faifoit
lever les
rames , & lors qu'ils l'avoient
conduit à bord,
on leur coupoit la corde ,
& on leur donnoit la liberté.
Elles curent encore
le plaifir de prendre
dans leur bateau quantité
depetits Faons vivans,
& de leur donner auffi
la liberté. Cependant
quoy qu'on
cuft foin
d'en fauver
le plus qu'on
put , on ne laiffa pas d'en
de Chantilly . 225
0:
apporter de morts dans la
court du Château , au
nombre
de cinquante
ou
foixante , tant cerfs & biches
que fangliers
. On
revint en fuite au Château
où il y eut Appartement
& Opera
.
6.
Le
lendemain Samedy
Monfeigneur
alla à la
Chaffe du Loup dans la
foreft . Les Dames demeurerent
ce jour - là au
Chafteau , parce que le
beau temps ceffa . A fon
1
226
La Fefte
retour il eut avec elles
le divertiffement
d'un
concert dans l'apartement
de Madame la Princeffe
de Conty. Les Vers
eftoient de M. du Boulay
, Secretaire de M. le
Grand Prieur , & la Mufique
de la compofition
de M. de Lully , Sur- intendant
de la Mufique
du Roy. Je dois vous
dire pour l'intelligence
de ces vers que le divertiffement
qu'on donna à
de Chantilly. 227.
Monfeigneur au milieu
de la foreft le jour que ce
Prince arriva à Chantilly
, ayant efté trouvé fort
beau , on avoit refolu de
recevoir lés Princeffes en
cet endroit , le jour qu'-
elles arriveroient , de la
même maniere que Monfeigneur
le Dauphin , &
comme le divertiffement
de la chaffe ne leur convenoit
pas , les Vers que
vous allez lire devoient
eftre chantez , au lieu de
228 La Fefte
ceux qui avoient fervy
de prelude au divertif- t
fement de la chasse , & ha
qui commençoient par
Debout, Lyfifcas , &c. k
ce qui ne fut pas executé,
parce que les Princeſses
devant venir la nuit ,
pour éviter la grande
chaleur du jour , l'heure
n'eftoit pas propre pour
un repas , & pour un divertissement
pareil à celuy
qui le fuivit , de forte
que les Vers qui avoient
cfté
de Chantilly . 229
efté faits pour cette reception
, n'ayant point efté
chantez , ils le furent
dans l'appartement de
Madame la Princesse de
Conty , le jour que je
viens de vous marquer.
Les
voicy.
, Princeffes , vous voyez ces hoftes.
de nos bois ,
Pour la premiere fois ,
Quitter leurs demeures paifibles
:
Mais d'un jeune Heros toutfuit
icy les Loix ;
V
230
La
Fefte
Et ce n'est que pour vous que
foumis àfa voix
Ces demy- Dieux fe font
rendus vifibles.
Faunes , vous eftes trop heureux
,
Que l'innocence de vos jeux
Acette belle Troupe ait marqué
vos hommages ;
Dans ces lieux où tout cherche
à flaterleurs defirs
Vous faites leurs premiers
plaifirs.
Aprés de fidoux avantages
Retirez-vous contents fous vos
fombresfeuillages.
de Chantilly. 231
Ces champeftres Divinitez ›
Princeffes voyant vos beautexx
Vous prennent pour des Immortelles.
Faunes , vous ne vous trompez
pas,
Ilen eft dans les cieux & mime
desplus belles ,
Quifont éclater moins d'appas.
Quel nouveau jour nous
éclaire ,
Etfe repand dans ces lieux !
Nous reconnoiffons
lesyeux
Vij
232 La Fefte
·
Sources de tant de lumiere :
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne .
Ab , que vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
B
Les jeux , les ris , la jeuneſſe ,
Accompagnent tous vos pas ;
Aux lieux où vous n'eftes pas
On voit regner la trifteffe.
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne.
Aboque vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
Ces Vers furent applaudis
, & l'on trouva qu'ils
de Chantilly.
233
convenoient parfaitement
au fujet. Il y eut
encore ce jour- là Appartement
& Opera , & enfuite
Media- noche
Jamais on n'a vu tant
de divertiffemens dans un
feul jour , & de tant
de differentes manieres
qu'il y en eut le Dimanche
, qui eftoit la huitiéme
journée. Il femble
qu'ils renaiffoient dans
le temps qu'on cuft cu
fujet de croire que leur
V iij
234
La Fefte
nombre auroit deu diminuer
, à caufe des differens
& continuels
plaifirs
qui pendant
fept jours !
avoient répandu la joye
dans tout Chantilly
.
Mais files divertiffemens
fembloient devoir eftre
épuifez , le zele de M
le Prince ne l'eftoit pas.
Ce jour-là aprés la Meffe,
Monfeigneur alla à la
Chaffe du cerf avec les
chiens de M. le Grand
Prieur. Au retour de la
A
de
Chantilly . 235
Chaffe il fe fendit avec
les Dames dans la Maifon
de Silvie pour le repas
que Monfieur le Prince
luy donnoit. Il faut vous
expliquer ce que c'eft que
cette maifon de Silvie .
C'est une espece de petit
Château qui n'eft com
pofé que d'un Appartement
bas de quatre pieces
, feulement percé en
enfilade , & aboutiffant
d'un coftés aux allées
champeftres d'un grand
0
236 La Fefte
་
bois qui eſt à coſté de la
grande terrasse , vis à vis
le vieux Château . On
appelle auffice Bois le
Bois de Silvie . De l'autre
coſté cette maiſon aboutit
à un demy rond qui
eft dans la grande Forest,
& dont je vous parleray
-bien-toft . Un petit parterre
bordé de berceaux
de chevrefeüil regne tout
le long de cette maiſon.
On dit que ce nom de
Silvie luy a efté donné
0:3
de Chantilly.
2.37
par le fameux Theophile
qui eftoit attaché au fervice
de Mrs de Montmorency
, & qui lors qu'ils
cftoient à Chantilly paffoit
une partie de fon
temps a refver agreablement
, & à faire des Vers
au bord d'une Fontaine,
toute fimple & toute³naturelle
, pouruneMaiſtref
fe qu'il avoit , appellée
Sylvie. On voit encore
cette Fontaine auprés de
cette maiſon , & les pe-
1
238
La
Fefte
tites murailles d'appuy
qui l'environnent & qui
en fervent à des bancs
de marbre qui font
tout autour , font encore
ornez d'une infinité de
Vers galans qui y ont
efté écrits par ce Poëte
amoureux. Ce fut dans
cotec maifon que Monfieur
le Prince fit fervir
un retour de Chafse à
Monfeigneur . Aprés qu'-
on eut mangé les entremets
, comme on croyoit
de
Chantilly. 239
qu'on alloit fervir le
fruit, Monfieur le Prince
dit à
Monfeigneur
, que
sil en vouloit il falloit
qu'il fe donnast la peine
d'en aller chercher au milieu
du Labirinthe où le
Deffert eftoitfervy . Monfeigneur
accepta la propofition
avec joye , &
l'on fe leva de table pour
aller dans le Labirinthe .
Il eft au milieu d'une partie
de la Foreft que Son
Alteffe Sereniffime a fait
4
240 La Fefte
enclore depuis peu de
temps . Dans cet eſpace
de la Foreft , enfermé du
cofté de la grande chute
d'eau , on voit un fort
de
beau Jeu de Mail , & un
de longue Paume . Au deça
eft un grand Manege ,
& à cofté font les Jeux.
l'Arquebuſe & de l'Arbalefte
, avec de grands
Portiques d'Architecture:
au milieu de grandes allées
. Monfieur le Prince
voulant que de quelque
cofté
de Chantilly. 241
i
cofté que Monseigneur
puſt tourner , il trouvaſt
un plaifir impreveu , avoit
fait venir des genst
quifebotenoient tout)
prefts dans chacun des
Jeux dons je viens de
vous parler, en fortè qu'il
y avoit dans le Jeu de
Paume des Joueurs de longue
Paume , des Joueurs
de Mail dans le Mail , des
Tireurs d'Arbalefte
d'Arquebufe dans les
deux lieux deftinez à ces
•
&
1
X
242 La Fefte
exercices , & des chevaux
de bague dans le manege
.
Le reste de la Foreſt qui
n'eft point occupé par
ces Jeux , eft coupé de
grandes routes , qui prennent
leur commencement
dans un domy rond
qui fait comme l'avantcour
du Pavillon de Sylvie
, & qui fe feparent
encore en plufieurs autres
, ce qui fait une promenade
auffi divertiffante
que belle . În
X
de Chantilly. 243
Voilà la fituation du
Labyrinthe qui eſt ſi
remply de detours , qu'il
eft prefque impoſſible
de ne s'y pas égarer , &
d'en trouver le milieu .
Il eft auffi ingenieufement
imaginé que tout
le refte de Chantilly, que
Monfieur le Prince a ordonné
, & quoy qu'il ne
foit pas encore dans la
perfection où ce Prince
veut qu'il foit , je ne laifferay
pas de vous en donx
ij
244
La Fefte
ner une idée la plus jufte
que je pourray . On y
doit trouver à l'entrée
deux Figures de marbre,
que Monfieur le Prince
fait faire à Rome ; l'une
reprefentant Thefée qui
entre dans le labirinthe,
& l'autre Ariane qui luy
-prefente le fil dont il doit
ſe fervir pour affurer (on
retour. Une figure du Minotaure
, qui fe fait auffi
à Rome, doit cftre au milieu
, & comme , felon la
de Chantilly. 2455
Fable, on devoit facrifier
tous les ans à ce Montre
neuf jeunes enfans
d'Athenes , on trouve en
pluſieurs endroits dans :
des enfoncemens qui font
le long des routes du :
Labirinthe, des figures de
jeunes enfans affligez &-
épouvantez du danger
où ils font. En d'autres
enfoncemens pareils , on
trouve des bancs de :
Marbre avec des cartou
ches portez fur des pie--
"
Xiij
246
La Fefte..
deftaux . Sur chacun de
ces cartouches eft une
Enigme , de forte qu'en
mefme temps qu'on offre
à ceux qui font dans
le Labirinthe dequoy repofer
leur corps , on leur
prefente dequoy fatiguer
leur efprit par la curiofité
qui les porte à lire
ce qui fe prefente à leurs
yeux , & par l'envie naturelle
qu'on à de pene
trer ce qu'on n'entend
pas d'abord. Voicy les
de Chantilly. 247
Enigmes que l'on trou
ve en ce beau lieu.
I.མ
On ne m'entend pas dire un
A mot
( tre.
Auxyeux je ne fçaurois paroif-
Je fais connoifire & méconnoiftre
L'habile homme d'avec le fot
Mues , fouvent je perfuade ;
Je fuis propre pour un malade ,
Je fuis le jour, j'aime les nuits,
ne fçaurois pleurer ny rire,
Quifuis-je ? cecy doitfuffire.
ne fuis pas ce que je fuis
Si j'ay pouvoir de te le dire.
Fe
La
Fefte
II.
Tantoft beau, tantoft laid , je
plais , & je fais peur ,
Je ne fuis rien du tout , & je
fais toutes chofes
Rarement veritable & bien
fouvent trompeur,
Je fuis toujours fujet à des
Metamorphofes
Sans conleur" je fçay peindre,
je parle fans voix,
Je vais chez les Bergers , je vi
fite les Roys ,
1
Et je donne aux Amans d'heu
reuſes avantures,
Scavant Magicien j'inftruis les
curieux
de Chantilly. 249
Je prens en un moment cent
fortes de Figures ,
Mais on nepeut me voir qu'on
ne ferme les yeux..
230
La Fefte
HII.
Si tu fearvois de quel endroit
du monde,
On ne peut voir que trois aunes
des cieux,
Cel point de doctrine profonde
T'éleveroit au rangdes Dieux.
de
Chantilly. 231
IV.
D'un pere lumineux je fuis la
Fille obfcure,
Je méprife la terre, & je m'éleve
aux cieux
Où j'apaife fouvent la colere
des Dieux ,
Quand ils ont refolu de per
dre la
nature.
Ma prefence eft cruelle aux
yeux ,
Et toujours Hofteffe fafchenfe,
Je fais fuvent pleurer une
perfonne beureuse.
22
+19
252
La Fefte
V.
Je fais autant de manx que je
caufe de biens
Quand on me veut forcer jeſchape
à mes liens
Je voy fair devant moy, par
tout on me fait place,
Les Princes les Rois de moy
trop amoureux >
Avec des longs travaux me .
conduifent chez eux.
Mais poureux quelques fois je
fuis toute de glace.
塗塗
Tor
me
VI.
de Chantilly . 253
VI.
Tout le monde me craint , tout
le morde me fuit ,
Je mene dans le port, j'augmente
les orages
,
Je produis la clarté , je forme des
nuages ,
Le jour m'eft ennemy, je le fuis
de la nuit
Toujours en action , jamais je
ne m'arreste
Terrible aux criminels , charmant
dans une Fefte.
253
Y
234
La Fefte
VII.
Fe brouille les amis , & jé les
entretiens ,
Faccrois les revenus , je diffipe
les biens ,
Favance le trepas , je prolonge
la
vie ,
F'augmente
la temerité
,
Fe feme la difcorde , à la paix
je convie ,
Et les plus diffolus aiment ma
pureté.
de Chantilly.
255
VIII
2
Quel eft cet art ingenieux .
De peindre la parole, e deparler
aux yeux
Et qui fçait , par des traits de
figures tracées ,
Donner de la couleur du
corps aux pensées ?
Y ij
256 La Fefte
IX.
Des petits & des grands mon
fein eft le refuge
Faypar toute la terre un celebre
renom
Et tout feulje porte le nom
D'un Berger , d'un Prince &
d'un juge
de Chantilly. 257
X.
Amant infortuné d'une belle
Maiftreffe
Dont la grace est égale à la legereté
,
Je la cours en tous lieux ,je la
pourfuisfans ceffe
Pour contenter l'amour dontje
fuis tourmenté.
Elle , trop e flâmée , accorde à
mon e vie
Un baifer fatal à ma vie,.
Y iij
258 La Fefte
XI.
Effet inanimé d'une cauſe vi-
Vante
Je retire les Morts du tenebreux
Séjour.
Par moy le fort d'un fiecle eft
le plaifir d'un jour,
Et celuy qui m'a fait oufe cache,
oufe vante.
Fentretiens tout le monde ,
ne dis jamais mot ›
Pour eftre bien vétu je n'enfuis.
pas moins fot..
de Chantilly. 259
XII
Un bon vieux pere a douze
enfans ,
Ces douze en ont plus de trois
cens
Ces trois cens en ont plus de mille ..
Ceux- cy font blancs ,ceux- làfont.
noirs ,
Et par de mutuels deve´rs
Tous confervent l'accord à l'USnivers
utile.
260 La Feste
Outre les figures d'enfans
on en rencontre
beaucoup d'autres reprefentant
differens perſonnages
, comme des A-
19
fem
mours , de petits Jeux
qui femblent fe moquer,
& infulter ceux qui s'égarent.
Les piedeftaux , &
Lesfcabellons qui portent,
foit les Enfans , foit les
Cartouches , font de dif
ferent marbre tres-beau.
Parmy tant d'Enigmes ,
on n'a pas oublié celle
de Chantilly . 261
du Sphinx , qui eſt ſi faª
meufe. Le Sphinx y eft
luy- mefme , qui la prefente
en Latin & en
François . Monfeigneur
eftant entré dans le La-
T
1
byrinthe avec les Princes
& Princeffes , & tous les
Seigneurs de fa fuite ,
chacun prit des chemins
differens pour arriver
plûtoft au lieu où eftoit
la Colation , & ceux qui
fe promirent d'en trouver
bien- toft le centre ,
1
1
26.2 La Fefte
fe lafferent en faiſant plus
de chemin que les autres,
fans avoir plus d'avanta
ge fur eux. On peut dire
feulement qu'ils furent
les premiers trompez ,
tant ce Labirinthe
eft
difficile.Cependant Monfieur
le Prince , pour faciliter
le moyen d'en trouver
le milieu , y avoit fait
placer un Concert de
Hautbois . On marchoit
droit au lieu où ce Concert
eftoit entendu 2,. &
de Chantilly.
263
que dans
lors qu'on en eftoit tout
proche , & qu'on croyoit
ne devoir plus avancer
que pour y entrer , on
s'en éloignoit infenfiblement
; de forte
le temps où l'on eftcit
le plus perfuadé qu'on
n'avoit plus de chemin
à faire , on s'en trouvoit
encore auffi loin que lors
qu'on avoit commencé
à faire le premier pas .
Les agreables impatiences
que cela caufoit fer-
1
264
La Fefte
voient de divertiſſement
à ceux mefmes qui eftoient
les plus
trompez.
Enfin
Monfeigneur qui
s'eſtoit rendu , deſelperant
de trouver ce qu'il
cherchoit , & voulant
épargner aux Dames la
fatigue de marcher plus
longtemps , dit à Monfieur
le Prince qu'il falloit
les mettre dans le
bon
chemin ; ce que Son
Alteffe fit . Quand ils furent
dans la veritable
Ioute ,
de Chantilly . 265
route , ils arrriverent
bien- toft au centre de ce
..
Labirinthe , extremément
furpris de ce qu'ils y
trouverent , parce qu'il
ne s'eft encore jamais
rien vû de pareil . Il faut
vous dire pour vous le
bien faire
comprendre ,
que le milieu du Labirinthe
reprefente une
manière de grande Salle
découverte . Son plan eſt
quarré avec un enfoncementen
rond ſur chaque
Z
266 La Fefte
1
face . La table qui eftoit
dreffée dans le milieu de
cettte efpece de Salle fuivoit
le mefme plan . Le
deffus reprefentoit un
parterre
, dont les compartimens
eftoient for
mez par des corbeilles
d'argent , & tous les fentiers
qui feparoient les
corbeilles eftoient degazon
, de forte qu'il n'y
avoit point de nape. Les
devants & le tour de la
table eftoient de feuillade
Chantilly.
i
267
2
ges ornez de feftons de
fleurs , avec un cordon
pareillement
de fleurs qui
bordoit la table . Le milieu
en eftoit occupé par
un vaſe de filigrane d'argent
, d'où fortoit un
Oranger tout couvert de
fleurs & de fruits naturels
. Comme ce vafe étoit
plus étroit vers le pied ,
on avoit placé tout autour
huit autres vafes garnis
de fleurs . Ils eftoient
accompagnez
de huit cor-
1
1
Z ij
268 La Fefte
beilles qui en eftoient
auffi remplies , & ces corbeilles
eftoient portées
fur autant de niafques
d'or qui fervoient d'orces
vafes
nement au grand vafe.
De forte que les fleurs de
de toutes ces corbeilles
& de tous
faifoient enſemble un effet
tres - agreable , & qui
avoit quelque chofe de
delicieux. Les corbeilles
parterre
qui formoient
le
& qui eftoient en Dôme
de Chantilly. .269
joignant l'agrément
de
leurs figures au different
coloris d'une fi grande
quantité de fleurs , le tout
formoit un composé dont
la veuë eftoit rejouye , &
dont on ne pouvoit fe
laffer d'admirer l'agreable
& riante diverfité , &
ce qui la faifoit encore
paroiftre davantage, c'eft
que toutes les corbeilles
qui fe trouvoient d'une
mefme forme eftoient
garnies de fruits de mef-.
Z iij
270 La Fefte
me couleur , & qu'elles
eftoient difpofées de forte
qu'on croyoit voir un
parterre
veritable
. Outre
toutes ces corbeilles
, il
y en avoit encore beaucoup
d'autres
.
Il y avoit un Bufet
dans chacun des quatre
angles du lieu où eftoit
la table , & chaque bufet
avoit trois gradins. Ils
cftoient tous ornez de gazon
, de feüillée , & de
• feftons de fleurs fans nade
Chantilly . 271
pes , afin qu'ils euffent
du rapport
à la table qui
n'en avoit point . Tous
ces bufets eftoient
garnis
de vafes d'argent
& de
porcelaines
. Sur les coins.
de chaque
étage , & dans
le milieu
du troifiéme
gradin
eftoit un autre
vafe plus haut que les
autres . Aux deux coftez
de chaque
bufet , on
voyoit
deux focles de
gazon fur chacun
defquels
eftoit pofée une
272 La Fefte
caiffe. Ces caiffes étoient
au nombre
de
douze , & l'on voyoit
fortir de chacune un arbre
fruitier chargé de
tres- beau fruit , & qui
n'avoit pas moins dequoy
contenter le gouft
que la veuë . Outre ces
quatre bufets , il y en
avoit deux grands qui
eftoient en face de la table
, & qui fuivoient le
plan du lieu où ils étoient
dreffez . Ils avoient
de Chantilly.
273
deux gradins dont le premier
eftoit occupé par
une couche de Melons
naturels . Le fecond étoit
garny de vingt- quatre
couverts de porcelaines
fines . Le reſte eftoit
remply de gafteaux , &
d'affiettes de groffes truffes
derriere lefquelles étoient
de tres- belles porcelaines
garnies de fleurs .
Une maniere de doffier
formé par des confoles
où eftoient attachées des
274 La Fefte
guirlandes de fleurs faifoient
le fond de ces deux
bufets.
Lorfque Monfeigneur
entra dans le Labirinthe
il n'y trouva perſonne
ceux mefmes qui avoient
pris le foin du fervice s'en
eftant éloignez , & s'étant
cachez par l'ordre
de Monfieur le Prince ,
qui vouloit donner à cette
Fefte un air de liberté.
C'eſt un plaifir que les
Rois & les grands Princes
de Chantilly. 275
gouftent rarement , &
qu'il eft plus difficile de
leur donner que les Festes
les plus fuperbes & les
repas les plus magnifiques
, où ils vont moins
pour les recevoir , puifqu'il
n'y a rien d'extraor
dinaire pour eux , que
pour marquer
l'eftime
particuliere
qu'ils font de
ceux qu'ils veulent bien
honorer de leur preſence.
Monfeigneur & ceux qui
l'acompagnoient prirent.
276
La Fefte
beaucoup de plaifir dans
le Labirinthe . Ils exami- ,
nerent la table dont l'invention
leur parut toute
nouvelle , & tres-fingu
liere. Ils confiderent les
bufets & le tout enfemble
leur parut un Enchantement
d'autant plus
grand qu'ils n'eftoient
point incommodez
de la
foule & qu'ils pou
voient refpirer en liberté
l'air delicieux que tant de
fleurs avoient parfumé. i
L'apréf
de Chantilly. 277
L'apréfdinée , Monfeigneur
alla tirer , & trouva
un nouveau divertif
foment à fon retour. C
divertiſſement commença
à huit heures du foir.
Il eftoit donné par le
Dicu Pan , que le vilain
temps avoit empefché le
jour précedent de divertir
Monfeigneur dans le
Bois , où il y avoit une
grande Fefte preparée ,
& qui pour ne manquer
aucune occafion de le
A a
278 La Fefte
divertir , s'eftoit emparé
du Theatre, & avoit convié
toutes les Divinitez
des Bois , toutes les Nym·
phes de Chantilly , & les
Bergers & Bergeres du
mefme licu , à donner un
divertiffement au Fils du
plus grand Roy de la
Terre. Pan eftoit dans le
fond du Theatre , dont
la decoration repreſentoit
une Foreft . Ce Dieu
eftoit élevé fur une eſpece
de petit Trône de ga-
£ A
de
Chantilly
279
zon , & entouré de toutes
les Divinitez des Bois,
& de cinquante - quatre
Faunes , Satires , & Silvains
, qui estoient les
mefmes qui l'avoient accompagné
dans tous les
divertiffemens qu'il avoit
donnez à Monfeigneur
par tout où il avoit pû
rencontrer ce Prince, & ils
s'eftoient attachez depuis
fon arrivée à
Chantilly ,
à le chercher dans tous
les lieux où il leur eftoir
A a ij
280 La Fefte
permis d'aller , afin de
continuer
à le divertir.
Vingt - quatre Nymphes
magnifiquement
vêtuës
eftoient affifes fur le
devant du Theatre . On
voyoit enfuite quantité
de Bergers avec des habits
tres propres & con
venables
à leur caractere
, & derriere
ces Bergers
paroiffoient
les Satires ,
les Faunes , les Silvains ,
les Divinitez
des Bois , &
le Dieu Pan dans le fond
de Chantilly. 281
élevé de la
maniere que
je viens de vous marquer.
Ce grand nombre
de perfonnes
differemtment
habillées
formoit
une
nuance tres agrea
ble. On avoit place fur
le devant
celles qui ef
toient le plus
magnifiquement
vêtues , parce
-
qu'on les voyoit plus
facilement , & cette gra ,
dation avoit je ne fçay
quoy qui frapoit d'abord
, & qui plaifoit d'au-
A a iij
282 La Fefte
tant plus , qu'elle faifoit
diftinguer
fans peine le
rang des divers Perfonnages
dont tout le Theatre
eftoit remply , ce qui
ne ſe fait pas aifément
lors qu'ils paroiffent
d'abord
mêlez . Ils le furent
dans la fuite , mais d'une
maniere auffi agreable
que nouvelle , car aprés
qu'on eut joué l'ouverture
, tout ce grand divertiffement
ayant commencé
par un Paffepied ,
de Chantilly. 283
une Nymphe feleya feule
en danfant , une autre fe
leya derriere elle fans être
apperceue, &la fuivit,une
troifiéme fit la mefme
chofe, & les autres ayant
imité ces trois premieres
,
en formant toutes une
danfe en rond , le milieu
du Theatre qui eftoitvuide
avant que le divertiſſement
commençaſt
, ſe
trouva agreablement
remply , & mefme fans
qu'on fe fuft prefque
284
La Fefte
apperceu
de quelle maniere
ces Nymphes étoient
forties de leur
place. Il y en cut quelques-
unes qui chante
rent en danfant
, apres
quoy Pane & tous ceur
de fa fuite
fe mêlerent
avec les Nymphes , les Ber
gers & les Bergeres , &
ce mélange d'habits dif
ferens produifit une varieté
qui fut un grand
charme pour la veuë .
Ce divertiffement eftoit
de Chantilly. 285
meflé d'Airs Italiens &
François , & de Symphonie
. Tous ces Airs avoient
efté faits par M. Lorenzani
, pour un Opera
que M. le Duc de Nevers
donna au Roy à Fontaine-
bleau il y a quelques
années , & qui fut trous
vé tres-agreable , & tresbeau
par Sa Majefté & par
toute la Cour. Le genie
plein d'invention de ce
Duc eft connu de tout
le monde , & quand il
286 La Fefte
s'échappe à faire des Vers,
ce qui ne luy arrive pas
ordinairement
, on y remarquè
un certain tour
d'efprit naturel , & une
vivacité qui en feroient
fouventreconnoître l'Auteur
, s'ils eftoient meſlez
avec d'autres . Parmy
ces Airs , il y en avoit
quelques- uns que M. Lorenzani
avoit faits exprés
pour ce divertiffe-
5 parce que lors
qu'on ramaſſe ainſi quelment
de
Chantilly.
287
1
01
ques pieces enſemble
pour en faire une espece
de corps , il faut une maniere
de liaiſon quiene
fe trouve
ours ,
pas
à
moins qu'on ne faffe
quelque
chofe de nouveau
qui ferve à les joindre
, de forte qu'il fallut
& des Vers , & des Airs
ce qui fut
nouveaux
fait avec une
diligence
prefque
incroyable .
Tout ce qui
regardoit le
Balet qui fut meflé dans
288
7
La Fefte
ce fpectacle eftoit de M.
Pecour , & parut auſſi
bien imaginé qu'il fut
promptement & bien executé.
On ne chercha pas
à faire cet impromptu
,
parce qu'on manquoit de
divertiſſemens à Chantilly
, puis qu'au contraire
il y en a eu quelques-
uns qui n'ont pû
cftre donnez
, le temps ne
s'eftant
pas trouvé propre
pour les faire paroître
dans les lieux pour
lefquels
de Chantilly. 289
lefquels on les avoit deftinez
; mais Monfieur le
Prince qui ne vouloit pas
laiffer paffer un feul jour
fans que Monſeigneur
euft le plaifir de plufieurs
fortes de
divertiffemens ,
avoit fi bien difpofé toutes
chofes , & fi bien
choifi & preparé toutes
les perfonnes qu'il employoit
, qu'il eftoit ſeur
que lorfque le mauvais
temps feroit manquer un
divertiffement , il pour-
Bb
290 La Fefte
roit facilement &
en
"
fort peu d'heures luy en
faire fubftituer un autre ,
& mefme qui feroit du
gouft de Monfeigneur
fuivant les chofes qu'il
remarqueroit qui plai
roient à ce Prince . Celuy
que le Dieu- Pan & les
Divinitez des Bois donnerent
fur le theatre fut
de ce nombre . Il dura au
moins deux heures , & il
fut fi bien executé , &
avec tant dejufteffe qu'on
2
de Chantilly.
291
auroit pu aifément lefaire
paffer pour un de ceux qui
avoient été preparezavant
F'arrivée deMonfeigneur
.
Il femble qu'après tous
les divertiffemens qu'on
avoit déja eus , le Diman
che dont je vous parle ,
qui eftoit la huitiéme
journée , on n'en devoit
plus attendre d'autres , &
que cette journée en avoit
efté affez remplie.
Cependant il y en eut encore
deux des plus grands
Bb ij
292
La Fefte
& des plus confiderables
dont on ait oüy parler depuis
long-temps . Ce futun
Feu d'artifice & une Illumination
qui fuccederent
à ce qui venoit d'ê ,
tre veu fur le Theatre . Je
ne puis vous donner une
jufte idée de l'un & de
l'autre qu'en vous en faifant
la defcription
. Quelque
exacte qu'elle puiffe
eftre , elle fera toujours
beaucoup au deffous de
l'éclat de ces deux brillans
divertiſſemens .
de Chantilly. 293
Monfeigneur fortit de
la Salle de l'Opera à neuf
heures du foir par la Galerie
des Cerfs qui eſt au
bout de l'Orangerie . Il
monta dans une grande
Caleche avec toutes les
Dames , & entra dans le
Jardin où il fe
promena
quelque temps à la clarté
d'un grand nombre de
flambeaux dans une belle
allée qui fait face à cette
Galerie . Il eftoit conduit
par Monfieur le
Bb iij
294 La
Fefte
Prince .
Monfeigneur
و
ayant quitté cette proménade
alla au bord du canal
& en remontant
le long du bord comme
pour venir à fa teſte , on
fut extremement furpris
de le voir tout en feu *
& tout bordé de groffes
lumieres qui eftoient fi
proches les unes des autres
qu'elles paroiffoient
fe toucher. La croifée du
canal qui va droit au
grand eſcalier du Châde
Chantilly. 295
teau eftoit bordée de
Imefme . Lorsque Monfeigneur
arriva dans cet endroit
, d'où l'on peut dé-
- couvrir le Château , il
1 parut étonné ainfi que
toute fa Cour . Il avoit
fujet de l'eftre ; car on n'a
2.
jamais rien veu de fi fur
prenant
que l'Illumination
qui parut en face .
C'eftoit le grand Efcalier
, qui eftant illuminé
paroiffoit
comme s'il cuft
efté bafty de pierres pre296
La Fefte
cieuſes , éclairées par lc
Soleil . Pour vous faire
mieux comprendre la
beauté de cette Illumination
, je croy vous devoir
parler de l'architecture
de cet Efcalier & de
tout ce qui l'embellit ,
il eft eftimé de tous les
gens de bon goût , tant
pour fa
beauté que pour
fa grandeur. Ce font
deux façades que les paliers
& les marches feparent
en deux parties égade
Chantilly . 297
les , ornées de fix colomnes
qui font accouplées
deux a deux . Du cofté
des marches font deux
: grands Arcs rampans ,
qui dans leur enfoncement
forment chacun.
une grote . Ces colomnes:
foûtiennent une Coiniche
d'ordre Dorique , &
dans chacune dès Niches ,
il y a une FigurePedestre .
L'une reprefente Acis &
Galatée . Acis eft dans
a l'attitude d -un Amant
298 La Fefte
qui regardefa Maiftreffe,
& qui joue de la Flûte.
On fçait que ce fut
par là que la Nymphe
en fut charmée . Galatée
eft repreſentée d'une
maniere qui fait paroiftre
combien elle a
de plaifir à entendre les
fons que rend la Flûte
d'Acis . L'autre Figure
repreſente Alphée & Arethufe.
Alphée eſt un
jeune Fleuve qui devint
amoureux de cette Nym
de Chantilly. 299
phe , en la voyant fe
baigner dans fes eaux ,
& il eft dans l'attitude
d'un homme paſſionné ,
que l'amour oblige à la
pourfuivre. Arethufe eft
reprefentée comme une
perfonne faific d'effroy ,
qui ayant efté furpriſe
T par le Fleuve , prend fes
g habits , & s'enfuit en demandant
fecours à Diane.
Dans chaque Grote ,
tornée de rocailles , de
joncs marins & de ro300
La Fefte
feaux , eft une grande Figure
reprefentant un
Fleuve accoudé fur un
grand vaſe renverſé . Au
pied de cette Figure eft
un Dauphin qui porte
un petit enfant . De deffous
les pieds de ces quatre
Figures fortent trois
napes d'eau. Ces deux
vafes & ces Dauphins en
verfent une grande quantité
, laquelle eſtant receue
dans une auge , forme
autant de grandes napes
de
Chantilly. 301
pes qui tombent toutes
dans deux grands baſſins ,
d'où fortent trois lances
d'eau , & toutes ces eaux
jointes enſemble ſe dé-
,
chargent en caſcade dans
le grand foffé . Elles font
toutes des eaux de fource,
qui n'eftant élevées par
I aucune machine mais
coulant naturellement
,
& receuës feulement dans
les tuyaux, font aller ces
fontaines jour & nuit.
Toutes les parties de cet-
Cc
302
La Fefte
te Architecture jufqu'au
moindre filet des moulures
eftoient bordées de
lumieres qui fe touchoient
les unes les autres
. Les boffages meſme
des colomnes en eſtoient
marquez. Tous les de
dans des niches où font
les Fleuves & autres Statuës
, eftoient illumi nez
fans que l'on puſt remarquer
comment , & toutes
les eaux qui en fortent
& forment des napes ,
50
de Chantilly . 303
eftoient auffi éclairées.
Toutes les marches depuis
le bas de l'efcalier .
jufqu'au haut eftoient
auffi bordées de lumieres .
Il y avoit fur le haut un
grand piedeſtal de toute
la largeur de l'efcalier ,
portant une piramide ,
dont le fommet eftoit
- élevé à quarante pieds
de hauteur , & fur le haut
de laquelle on voyoit
une Fleur de Lys . Tous
les ornemens du piedeſtal
Cc ij
304
La Fefte
८
& de la piramide cftoient
formez par les lunieres.
• On remarquoit les Chi
fres de Monfeigneur
, enfermez
dans une Medaille.
Tout ce grand
efcalier , avec cette Piramide
, paroiffoit au deffus
, faifoit un des plus
>
agreables fpectacles que
l'on puiffe voir cet
Efcalier n'ayant aucune
partie qui ne fuft illuminée.
Les appuis qui bordoient
les foffez du Châde
Chantilly. 305
་་་
teau des deux coſtez de
l'Eſcalier, le grand baſſin
qui eft en face , où eft la
gerbe , les allées des parterres
qui font aux coſtez
du canal , les baffins qui
font dans les parterres
au
nombre de dix , tous les
piedeftaux & les marches
par où l'on defcend pour
C aller au canal , enfin tout
ce qui fe voyoit du canal
de cet endroit eftoit
auffi bordé de groffes lumieres
. Le mefme ſpecta-
Cc iij
306 La Fefte
cle continuoit dans ce
qu'on peut voir au delà
du canal où eft une Montagne
qui s'éleve en glacis
, & que l'on nomme
le Vertugadin , parce qu'il
en a la forme , tout y é
toit pareillement bordé
de plufieurs lumieres en
differens endroits , juf
qu'au fommet qui a prés
de quatre- vingt pieds de
haut . Monfeigneur eftoit
placé proche la gerbe ,
tellement qu'il pouvoit
de Chantilly. 307
voir l'Efcalier , & tout le
refte de l'Illumination
d'une feule veuë . Il paroiffoit
au deffus de cette
Montagne
un Soleil fi
haut qu'il furprit tous.
ceux qui le virent . L'on
fit partir un grand nombre
de fufées des plus.
belles qui fe foient encore
veuës. Il y en avoit
beaucoup de nouvelle invention
. On en remarequoit
dont les petites
fufées qu'elles jettent
308 La Fefte
{
d'ordinaire aprés s'eftre
élevées , en produifoient
encore plufieurs autres .
On en tira quantité en
forme de Girandoles ,
dont l'effet fut admirable;
ainfi l'air eftoit continuellement
éclairé, tant
par ces fufées que par les
pots à feu , trompes &
autres machines qui ne
difcontinuoient point.
Le dernier partement
d'une girade qui remplit
tout l'air de feu. L'arti
fut
de Chantilly. 309
fice qu'on tira fut en fi
grand nombre , que tous
les Spectateurs en furent
furpris ; auffi peut - on
dire qu'on en a peu veu
de femblable. Cette girande
ne fut pas plûtoft
finie , que l'on mit le
feu à une machine qui
tournoit fur deux fens
differens , & qui jettoit
des feux en l'air & fur
terre . On trouva cette
machine fort extraordinaire
. Ce qu'on vit paroi310
La Fefte
ftre enfuite tout proche
le baffin de la gerbe fut
un fpectacle qui meri
toit bien les regards
qu'il attira . C'eftoit une
gerbe de feu qui remplit
l'air d'artifice durant
un fort long- temps . Sitoft
qu'elle finit le feu
d'eau commença à tirer.
Je n'ay point de termes
pour vous exprimer la
beauté de cet artifice . Je
vous diray feulement que
l'air & l'eau furent toùde
Chantilly. 311 1
er
LITE
jours en feu , & qu'il s'y
formoit des combats par
les fufées qui fe pourfulvoient
, & qui quelquefois
s'enfonçoient dans
l'eau en la faifant boüillonner
, & qui aprés y
avoir fait plufieurs tourbillons
en fortoient pour
en faire autant en l'air
en fe pourſuivant ; ils
rentroient enfuite dans
l'eau , & en reffortoient
plufieurs fois . Il y avoit
d'autres artifices fur
312
La Fefte
l'eau . Ils eſtoient plus
tranquilles , éclairoient
beaucoup , & jettoicut
des feux fort élevez qui
en tombant fe cachoient
quelque temps dans l'eau
d'où ils reffortoient
enfuite
, & en produifoient
d'autres qui ferpentoient
fur la furface du baffin .
L'on peut dire qu'il eft
rare de voir tant de fortes
d'artifices & en fi
grande quantitépour une
feule Fefte , & dans un
auffi
de Chantilly. 313
DIC
0%
0
auffi beau lieu j car
c'eftoit dans le milieu
de toute l'illumination
dont je viens de vous
7 parler : Le tout enſemble
formoit le Spectacle le
plus agreable & le plus
brillant qu'on puiſſe s'imaginer,
Cette journée eftant
ainfi finie, chacun ayant
l'idée remplie de tout ce
qu'il avoit vû pendant lë
jour , retourna dans fon
appartement , fans pou-
Dd
314
La Fefte
voir s'entretenr d'autre
choſe. Les plaiſirs fur
lefquels rouloit l'entretien
eftoient en fi grand
nombre , qu'on en compta
fix dans la mefme
journée . , qui font la
Chaffe , le Difné à Silvie,
la Collation dans le Labirinthe
, le Divertiſſement
de Pan fur le Theatre
, l'Illumination , & le
Feu d'artifice . Tous ces
Divertiffemens eftoient
fi grands & fi étendus ,
de
Chantilly. 315
I
qu'une journée auroit
cfté bien remplie d'un
feul de ces plaifirs . Chacun
s'entretenoit de ce
luy qui convenoit le
plus à fon caractere , mais
on loüoit generalement
la galanterie , la magnificence
, & la grandeur
de tous ces Divertiffemens.
On difoit que
Chantilly eftoit un lieu
enchanté , où les plaifirs
naiffoient à chaque inftant
, & où l'on en trou-
Dd ij
: 316
La Fefte
voit de nouveaux à chaque
pas qu'on faifoit . Enfin
l'on s'alla coucher
,
l'efprit tout remply de
tant d'agreables
idées , &
je fuis perfuadé
qu'elles
firent le fujet des fonges
de la plupart
de ceux
qui rêverent
cette nuitlà
. On pouvoit
rêver à
fon aife , car Monfieur
le Prince avoit fi bien
donné fes ordres
2
2 que
chacun
eftoit
logé
fort commodement
. Le
len
de Chantilly. 317
demain matin Monfeigneur
qui prefere les nobles
exercices , quoy qu’-
un peu fatiguans , au re-
T pos du lit , alla courre le
1
Cerf dés le matin avec
les chiens de Monfieur
du Maine , revint diner
à Chantilly , & alla
l'apréfdinée aux toiles ,
où il y avoit une tresgrande
quantité de fam
gliers , biches , renards ,.
lievres & lapins . Cette
chaffe parut luy donner
Dd iij
318 La Fefte
beaucoup de plaifir . Enfin
aprés avoir fait à
Monfieur le Prince mille
honneftetez qu'on voyoit
bien qui partoient du
coeur , ce Prince prit le:
chemin de Verſailles . Il
avoit fujet d'eftre fatisfait
, non feulement des
divertiffemens qu'on luy
avoit donnezàChantilly,
qui quelques grands qu'
ils fuffent, n'étoient point
au deffus d'un Prince du
Sang de France, mais auffi
de
Chantilly..
319
Edu zele fincere avec lequel
Monfieur le Prince
l'avoit receu . M. Berrain
, dont le genic univerfel
eft tres -propre pour
toutes ces fortes de divertiffemens
, avoit efté
chargé du foin de toute
la Fefte , & Mrs le
Camus & Breaar l'avoient
efté de ce qui regardoit
les tables. Les
Princeffes écrivoient tous
les jours au Roy , & luy
rendoient compte des di
03207 La Fefte
.
vertiffemens de chaque
journée avec tant d'etprit
qu'on ne parloit à
la Cour que de leurs lettres
. Monfeigneur envoyoit
tous les jours
fçavoir des nouvelles de
la fanté du Roy & de
Madame la Dauphine ,
& on depefchoit tous les
jours à ce Prince des
Gentilshommes de leur
part. Je ne fçaurois trop
vous entretenir de Chantilly
, & pour vous en
de Chantilly. 321
dire encore un mot en
gros , il eft fitué dans un
valon au milieu de deux.
forefts , dont l'une eft
celle de Chantilly &
l'autre celle Dalatre . Les
:
jardins ont au moins
deux mille cinq cens toifes
de longueur jufques
à l'Etang de Gouvieux ,
& il y a autant de navigation
. Il ne faut pas
confiderer feulement
Chantilly par toutes ces
chofes , la pofterité le:
$22 La Fefte , &c.
doit toûjours regarder
comme un lieu fort confiderable
, quand il ne le
feroit que parce qu'un
grand Prince accablé du
poids de fes Lauriers a
donné fes foins à une
partie des embelliſſemens
qu'on y voit , & y a paffé
les dernieres années
d'une vie feconde en
Miracles , & dont tout
ce qu'il y aura d'Hiftoriens
parleront avec
Joge
.
MVSKVM
BRITAN
NICVM
DEB
CHANTILLY.
L n'y a point
d'Empire fur la
terre où les Souverains
feient
plus aimez qu'ils le font
en France On ne leur
A
2 La Fefte
rend point une adoration
d'ufage comme en
Orient , ce qui ne les y
fait pas aimer davantage
, parce qu'ils fe communiquent
fort peu , &
qu'il eft impoffible qu'on
foit penetré d'amour
pour ce qu'on ne peut
connoiftre , puis qu'on
ne le voit que tres - rarement
. Il y a d'autres
Souverains dont le
gouvernement
tyrannique
leur fait rendre d'ayeu
de Chantilly.
3
gles obeiffances , qui éloignent
beaucoup plus
l'inclination qu'on pourroit
avoir pour eux qu'-
ils ne fe l'attirent ; mais
on voit peu de lieux où
l'union foit plus parfaite
qu'en France entre le
Souverain & fes Sujets.
Il fe communique fans
defcendre
de fa grandeur
, fes Sujets le voyent
& luy parlent fans avoir
moins de refpect pour
luy qu'en ont pour leurs
A ij
La Fefte
1
Rois ceux qui les adorent
. Ils executent fes
ordres avec une auffi entiere
obeiſſance , que fe
la font rendre les Princes
qui exercent fur leurs
Peuples un empire tyrannique
. De forte qu'on
peut conclure que de ces
trois manieres de gouverner
celle des Monarques
qui fe communiquent
, les fait aimer avec
un zele plus ardent &
plus parfait , & leur fait
de Chantilly.
rendre les mêmes refpects
& les mefmės obciffances
qu'aux autres . Le
Roy s'eftanto diftingué
entre tous les Princes
qui fuivant l'ufage de
leurs Etats vivent à peu
prés de la mefme forte ,
il feroit difficile d'exprimer
avec quelle joye ,
empreffement
, & quel
quel éclate il eft receu
dans tous les lieux qu'il
honore de fa prefence.
Je vous ay décrit plu
A j
6 La Fefte
fieurs des Festes qui fe
font faites en de pareilles
occafions . Le mefme zele
paroift pour toute la
Maiſon Royale , & l'on .
cherche à honorer
Souverain en
le
rendant
des honneurs éclatans
au Prince qui le touche
de plus prés , & particu
lierement lors que ce
Prince ne les merite pas
moins par le caractere de
bonté qui le rend aimable
, que par la grandeur
de Chantilly.
7
Monfeide
fon
rang.
gneur
le Dauphin
, que
Monfieur
le Prince
receut
le mois
paſſé
dans
fa belle
Maifon
de Chantilly
, a tous
ces
avantages
, & Son
Alteſſe
fereniffime
, à qui
la magnificence
eft naturelle
, fit
en cette
occafion
tout
ce
qu'on
pouvoit
attendre
d'un
grand
&
genereux
Prince
, ou
plutoft
tout
ce qu'on
attendoit
de
luy. C'eſt
dire
encore
da-
A iiij
8 La Fefte
vantage puis que ce Prins
ce n'a jamais rien fait
que de grand , & d'extraordinaire
, lors qu'il a
donné des Feftes . Ses manieres
galantes & magnifiques
eftant connuës , on
n'eut pas fitoft appris
que Monfeigneur devoit
aller à
Chantilly , qua
l'on demeura perfuadé
que tous les divertiffe
mens y feroient nou !
veaux , fuperbes , & remplis
d'invention . L'at
de Chantilly.
9
tente qu'on en avoit, a
efté remplie , & quand le
bruit qui s'eft répandu
de ces divertiffemens ne
vous obligeroit pas à
m'en demander un entier
détail , je me trouverois
engagé à de donner , non
feulement parce que je
vois que toute la France
le fouhaite , mais encore
parce queplufieurs Etrangers
m'ont fait l'honneur
de publier qu'ils
attendoient de mes foins
10 La Fefte
une Relation exacte de
cette fuperbe Fefte, & qu'-
ils en ont donné meſme
des témoignages publics .
Ces confiderations doivent
échauffer mon zele ,
mais elles ne me fourniront
pas dequoy répondre
à la bonne opinion
qu'on a de moy . Je puis
cependant m'affurer de
plaire , puis que la verité
n'a befoin d'eftre embellie
d'aucuns ornemens , &
que tout ce qui s'eft fait
de Chaneilly.
II
à Chantilly eftoit fi ingenieux
, fi galant , fi
magnifique , & fi bien
entendu , qu'il me fuffira
de dire les chofes
comme elles fe font paffées
, pour faire concevoir
toutes les beautez ,
& tous les agrémens d'une
Fefte où tous les jours
de nouveaux plaiſirs fuccedoient
les uns aux autres
: car ce n'eft
pas
toûjours
un grand ſpectacle
feul qui divertit , mais
12 La Fefte
l'enchaifnement des plaifirs
, qui cftant donnez à
propos , ne fatiguent
point. Je voudrois bien
pouvoir joindre à tout
cela une peinture un peu
reffemblante de l'activité
de Monfieur le Prince .
L'ardent defir qu'il avoit
de divertir Monfeigneur
luy donnoit des foins fi
empreffez , que fi la chofe
euft efté poffible , il auroit
marqué chaque heure
du jour par quelque
de Chantilly.
13
nouveau divertiffement .
Monſeigneur partit de
Verfailles le Dimanche
22. d'Aouft , & arriva
dans la Foreft de Chantilly
par le chemin de
Lufarche . Monfieur le
Monfieur le Duc , &
Prince de Conty le reccurent
au bout de la Foreft
vers le milieu de la
vieille route. Comme
c'eftoit le lieu où Monfeigneur
devoit chaffer ,
Monfieur le Prince y
14
La Fefte
4
cftoit pour luy faire commencer
fa chaffe . 11 prit
ce divertiffement jufqu'à
cinq heures du foir , &
le plaifir qu'il y trouva
fut d'autant plus grand ,
qu'ilvit s'élever quantité
de perdreaux & de faifandeaux.
Ainfi , comme la
chaffe avoit fait former
le deffein du voyage de
Chantilly , parce que
c'eſt le plus beau lieu du
monde pour chaffer , ce
fut le premier plaifir que
de
Chantilly. 15
Il alla
Monfeigneur prit en approchant
de cette delicicufe
Maiſon .
jufques au lieu nommé
la Table , qu'on dit eftre
juſtement au milieu de
la Foreft , toûjours accompagné
de Mor fieur
le Prince . La figure de ce
lieu eft ronde. Il a vingttrois
toifes de diametre ,
& eft partagé en douze
routes , qui ont pour
centre le point du milieu
de cette Place. Elles font
16
La Festés
toutes bordées de charmille
, & ont chacune
cinq toifes de large , & environ
une lieue de long .
Dans le milieu de ce rond
on avoit eu ſoin d'élever
une feuillée , dont la forme
ſuiyoit le meſme plan.
Elle eftoit de fept toifes
& demie de diametre ,
& élevée fur une Eftrade
de cinq pieds de haut.
Cette feuillée eftoit percée
de douze portiques
qui aboutiffoient à cha-
1
de Chantilly.
17
t
cune des douze routes
dont je viens de vous parler
, & pour y monter on
avoit conftruit quatre efcaliers
de douze pieds de
large , avec des appuis
en baluſtrades , des deux
coftez de chaque efcalier .
La mefme balustrade regnoit
tout autour de l'edifice
, & chaque portiz
que avoit vingt pieds de
haut fur douze de large-
La corniche ceftoit fail
lante en dehors ainfi
B
18 La Fefte
qu'en dedans ; le Dôme
avoit fon plein ceintre ,
& fur le milieu & au
deffus eftoit une baluftrade
de dix pieds de diametre.
Tout le Dôme , les
ceintres , les pilaftres , &
les appuis eftoient recouverts
de feuilles de chefne.
Des branches de Genievre
formoient
les baluftrades
, & le tout eftoit
conftruit de maniere
qu'on voyoit toute l'architecture
profilée . Tous
de
Chantilly.
19
les portiques eftoient ornez
de gros feftons de
feuilles de chefnes & de
bouquets de fleurs . La
Table où la Collation
fut fervie eftoit au milieu
de cet edifice . Elle
eftoit ronde & de dix
pieds de diametre. Une
grande Corbeille d'argent
en occupoit le point
du milieu .Elle eftoit foùtenuë
fur douze conſoles
à jour de vermeil doré
qui répondoient à cha-
B ij
20 La Fefte
cune des douze Arcades .
Ces douze confoles é
toient jointes les unes
aux autres avec des guirlandes
de fleurs , & portoient
chacune deux petites
corbeilles d'argent
remplies de fruits.La
grande du milieu l'eftoit
de fruits & de fleurs , &
le tout formoit une éle
vation toute à jour , &
qui ne faifoit aucun obftacle
à la veuë. On mit
a
fur cette table le couvert
de
Chantilly .
21
de Monfeigneur vis à vis
le milieu de la route qui
va à Chantilly. Tout le
pourtour de cette Place
de vingt - fix toiſes de
large , eftoit de treillage
de feuillée & orné de
portiques auffi de feüillée
, au travers defquels
on découvroit toutes les
routes . Monſeigneur entendit:
enl arrivant un
concert de Timbales , &
de Trompettes qu'on avoit
poftez dans le Bois.
22 La Fefte
à une diſtance mefurée ,
afin que l'harmonie étant
un peu éloignée cuſt
plus de douceur . Ce
Prince trouva tout le dedans
du Dôme vuide , &
la table fervie de vingtquatre
baffins de roft , &
de quatre plats d'entremets
autour de chaque
baffin , ce qui faifoit fixvingt
plats. Les meſures
avoient efté prifes fi jufte,
qu'on peut dire que ceux
qui fervoient eftoient ade
Chantilly.
23
vertis de
chaque pas que
Monſeigneur
faifoit dans
la Foreſt pour
avancer ;
de forte que ce Prince
arriva dans l'inftant
qu'on venoit de pofer le
dernier plat chaud fur
la table . Comme il n'y
avoit que le couvert de
Monfeigneur
, il ordonna
qu'on en mift d'autres,
& la table en fut auffitoft
garnie ; mais on n'en
mit point yis à vis de ce
Prince. Monfieur le Prin24
La Fefte
ce , Monfieur le Duc , &
Monfieur le Prince de
Conty furent placez à
cofté de
Monfeigneur ,
& les Seigneurs de fa
fuite occuperent le reſte
des places . On releva les
entremets chauds pour
én mettre de froids . Tout
fut enfuite relevé d'un
fervice entier de fruit,
avec le mefme nombre de
corbeilles , & de plats
qui rempliffoient la table
lors que Monfeigneur
arriva.
de
Chantilly.
25
>
arriva . Il y avoit quantité
de corbeilles ovales
&en lofange chacune de
deux pieds de diametre.
Je n'entre point dans le
détail des fruits & des
confitures , cela iroit à
l'infiny . Je vous diray
feulement que dans les
flancs des corbeilles ova-
T les eftoient de riches cuvettes
remplies de toutes
fortes de liqueurs . Ces
cuvettes eftoient accompagnées
de Sous- coupes
C
"
26 La Fefte
garnies de glaces , & de
quantité de verres à liqueurs
de differentes
manieres
. Un moment aprés
que l'on eut fervy le
fruit , le bruit de guerre
formé par les Trompettes
& par les Timbales
ceffa tout à coup, & dans
le mefme inſtant on entendit
dans la route qui
eftoit vis à vis de Monfeigneur
une harmonie
de Hautbois , de Flûtes ,
de Mufettes , & de divers
י נ
de Chantilly.
27
autres Inftrumens champeftres
. On l'écouta quelque
temps fans voir rien
paroiftre , & tout eftoit
fi bien concerté , & executé
avec tant d'ordre
& tant de jufteffe , qu'il
n'y avoit pas une feule
perfonne dans la route
qui devoit cftre remplie
un moment aprés . L'harmonie
ayant diverty les
oreilles , & infpiré de la
joye pendant quelque
temps , on apperceut de
C ij
28 La Fefte
loin le Dieu Pan qui étoit
fuivy par quatrevingt-
dix Faunes , Sylvains
, Satyres , & autres
Divinitez , qui ont accoûtumé
d'accompagner
ce Dieu dans les bois .
Toute cette troupe parut
d'abord à un demy quart
de lieuë de la . Table , &
ne fe mit en marche qu'aprés
que Monfeigneur
eut eu le temps de la remarquer,
Le Dieu Pan
que l'on voyoit à la tefte,
de Chantilly.
29
eftoit reprefenté par M.
de Lully , Surintendant
de la Mufique du Roy ,
qui battoit la meſure avec
fon Thirfe . Il eftoit
fuivy de vingt - quatre
Satyres , & de toutes les
Divinitez qui habitent
les Forefts . On entendoit
des Hautbois , des Mufettes
, & plufieurs aútres
Inftrumens champeftres ,
au fon defquels ſe faifoit
la marche . Leur diverfité
formoit une harmonie
C iij
30 La Fefte
tres - agreable , & le nombre
de ces Joueurs d'Inftrumens
eftoit fi grand
qu'il rempliffoit trois lignes
. Les Muficiens avec
le refté de la fuite du
Dieu Pan , marcherent
fur ces trois lignes avec
beaucoup d'ordre, & fans
aucune confufion . Les
Danfeurs au nombre de
vingt & un , qui avoient
tous des maffuës , eſtoient
montez fur les épaules les
uns des autres , & for-
1
de Chantilly.
31
moient des Groupes furprenans.
En effet , il y
avoit de quoy s'étonner
qu'en formant ces fortes
de Groupes ils fe puffent
tenir auffi fermes que fi
chacun d'eux cuſt eſté à
terre . Ils eftoient fuivis
de cinquante- un Muſiciens
, qui portoient chacun
fur leur tefte une corbeille
remplie de fruits
feints , reprefentant des
fruits de bois , commie
pignons, pommes de pin ,
C iiij
32 La Fefte
Gourdes , & autres qui
ne font connus que parmy
les Satyres. Ils te
noient chacun une branche
de cheſne . Cette
nombreuſe Troupe s'étant
avancée vers le bout
de l'allée le plus proche
de
Monfeigneur , les
Joueurs de Hautbois fe
rangerent des deux côtez
de l'escalier qui montoit
à la Table de ce
Prince , & quand ils furent
placez , les Danfeurs
de
Chantilly.
33
executerent parfaitement
bien ce qu'ils avoient
concerté , qui eftoit de
defcendre pour danfer ,
& de paroître neanmoins
toujours groupez . Pour
cet effet ceux qui cftoient
les plus élevez fautoient
en cadence de quatre mefures
en quatre mefures ,
& comme il n'en fautoit
que trois à la fois , on en
voyoit toûjours trois qui
formoient la mefme figure
que les trois pre-
1
1
34
La Fefte
a
miers . Ainfi l'Allée fut
toûjours remplie juſqu'à
ce que les trois derniers
euffent fait la mefme figure
que les trois premiers
. Les cinquante- un
Muficiens qui fuivoient ,
avancerent jufqu'aux environs
du lieu où les Satyres
groupez venoient
de finir leur danfe &
ayant paffé fous le portique
de l'avenue où ces
Satyres eftoient , ils fe
placerent fur un terrain ,
2
#
All
a
de Chantilly.
35
que l'on avoit gazonné
depuis le portique de la
route juſqu'à l'eſcalier.
Quand chacun eut pris
fa place , on joüa un Air
d'un autre mouvement ,
fur lequel tous les Faunes
, & les Satyrès firent
une danfe fort extraordinaire
. Elle plut beaucoup
à Monſeigneur , &
receut de grands applaudiffemens.
Cette danfe ,
qu'on pourroit nommer
un petit Ballet , eftant
36 La Fefte
finie, les Muficiens avancerent
vers l'efcalier ,
qu'ils monterent fur
deux lignes au fon des
Inftrumens , & lors qu'ils
furent arrivez fur l'eftrade
, ils fe feparerent les
uns à droite, & les autres
à gauche , de maniere
qu'ils entourerent la table.
Ceux qui portoient
les corbeilles fuivirent ,
& les placerent fur des
gueridons de feuillée qui
eſtoient fur les appuis
N
de
Chantilly.
37
des portiques . Les Hautbois
parurent aprés , & les
Danfeurs
monterent enfuite.
Ceux - cy s'eftant
pris par la main
danfeferent
autour de Monſeigneur
, fur un Air qui
1 eftoit tout
different
des
deux
derniers
qu'on venoit
d'entendre , & qui
fembloit
marquer
l'excés
de la joye
qu'on
reſſentoit
en ces lieux de la
prefence
de ce Prince.
Pendant
qu'on
danſoit
9
38 La Feste
autour de la table , les
Muficiens
·
defcendirent
par un eſcalier qui eſtoit
derriere Monfeigneur
, &
fe rendirent
dans une
Allée que l'on voyoit
à
côté de celle par où tout
ce divertiffement
eftoit
venu. Ils y trouverent
les Piqueurs endormis
avec leurs chiens .
Danfe finit juftement
en
ce temps - là , comme il
avoit efté concerté , &
les Muficiens chanterent
La
1
4
1:
de
Chantilly . 39
I
un morceau de Muſique
de feu M. de Lully , qui
paroiffoit avoir efté fait
exprés pour la fituation
où le trouvoient les cho
fes dans ce moment . On
entendit alors toute la
Foreſt retentir du bruit
de ces paroles . 65 31
Debout , Lyfifcas , bola
debout ,
Pour la chaffe ordonnée
Ilfautpréparer tout.
Les Piqueurs fe leve
rent aprés avoir fait tou40
La Fefte
"
16
tes les actions qui pouvoient
marquer qu'ils
eftoient profondement
affoupis , & qu'ils n'avoient
efté éveillez que
P
par ceux qui les appelque
loient , en leur difant
qu'ils allaffcut préparer
tout pour la Chaffe
l'on avoit ordonnée . On
entendit enfuiteun grand
bruit de Cors , & dans
cet inftant un Cerf ayant
traverfé la route à la vue
de Monfeigneur , ce Prinde
Chantilly. 4!
ce s'écria comme fouhaitant
d'avoir des chiens .
Dans le mefme temps on
vit paroiftre
une Meute
que l'on découpla
aprés
le Cerf.
Monfeigneur
voyant que les chiens
chaffoient fi bien , témoigna
eftre fâché de n'avoir
des
chevaux que pour tirer
en volant . En ce mo ·
ment on en vit paroiſtre
d'autres , fur quoy ce
Prince monta pour fuivre
la Chaffe , avec tous
D
42 La Fefte
les Seigneurs qui l'accompagnoient.
Il courut
le Cerf, qui fut pris dans
l'étang de Cormeille ,
aprés l'avoir couru environ
une heure . La Meute
eftoit à M. le Grand
, 10
Prieur . On ne peut en h
dire trop de bien non
plus que de l'équipage,
je vous en ay deja parlé
plufieurs fois.
&
Cette Chaffe eftant finie
, Monfeigneur prit le)
chemin du Chafteau , &
de Chantilly . 43*
dit en parlant du Repas
& du Divertiffement du
milieu de la Foreſt , que
tout y eftoit plein d'invention
, & fort bien executé
. ; que cela
pouvoit
paffer pour un divertif
fement complet , & qu'il
y avoit pris beaucoup de
plaifir . Les Airs eftoient
de M. de Lully le Cadet,
Surintendant de la Mufique
du Roy , & toute.
la Danfe de M. Pecourt ,
Danfeur ordinaire des .
Dij
44
La Fefte
Balets de Sa Majeſté . Tou
tes les Divinitez des Foreſts
, ainſi que les Faunes,
les Sylvains , & les Satyres
qui compofoient leur
fuite , avoient des habits
faits exprés qui les repre
ſentoient naturellement,
plûtoft comme on a accoûtumé
de les peindre ,
que comme on les voit
habillez fur le Theatre .
Ces habits eftoient faits
fur les deffeins de M.
Berrain, Deffinateur
ordide
Chantilly. 45
0
a
A
naire du Cabinet du Roy,
ainfi que toute la feuillée.
Ce qu'il y eut de furprenant
dans les plaifirs
de cette premiere journée
, c'eft que Monfeigneur
avant que d'arriver
à Chantilly , où il
fembloit que les Divertiffemens
deuffent feulement
commencer , avoit
eu le plaifir de deux
Chaffes differentes , un
| grand repas dans un lieu
Conftruit exprés , & une
46
La
Fefte
Fefte complete accompagnée
de Mufique , de fimphonie
, & de danfes , &
le tout executé par tout
ce qu'il y a de meilleures
Voix , & de plus habiles
Danfeurs en France . C'eſt
ce qui ne s'eftoit encore
jamais vu dans aucune
occafion femblable
&
ce que le zele de Monfieur
le Prince luy fit inventer
, Son Alteffe Sereniffime
ne
pouvant at:
tendre que Monſeigneur
,
de Chantilly . 47
0
1
fuſt arrivé a Chantilly ,
pour commencer à luy
témoigner la joye qu'Elle
avoit d'y voir venir
Ice Prince .
Aprés la prife du Cerf,
Monfeigneur arriva à
Chantilly par l'une des
grandes routes de la Foreft
, au bout de laquelle
on trouve une grande
demy - lune , par laquelle
a on entre dans une Avan-
Court qui n'eft pas encore
48
La
Fefte
entierement achevée.Elle
eft fituée entre un Etang
nommé l'Etang de Silve,
& le grand Fort du Châ
& par confequent teau ,
toute entourée d'eau . On
voit deux Pavillons à
droite & à gauche du
Pont Levis . Cette demylune
aboutit à un fer à
cheval , par lequel on
monte en front fur une
grande terraffe , au milieu
de laquelle eft une
Statuë Equeftre de bronzć
de Chantilly.
49
El
ze du dernier Conneſtacable
de
Montmorency
.
Cette Statuë fe trouve
vis à vis de l'entrée du
grand Château . C'eſt un
Edifice fort ancien , &
tres- irregulier , affis fur
une roche au milieu de
groffes fources , qui forment
un grand Foffé. Cependant
plufieurs groffes
Tours ne laiſſent pas
le rendre tres - agreable à
la veuë. Monfieur le
Prince fait travailler
pre-
E
11
de
50 La Fefte
fentement à rendre le
dedans de la Court regulier
, & à donner audehors
une face toute
nouvelle , foit
par l'ouverture
de trois rangs dc
feneftres , & deux grands
balcons qui
regneront
tout autour du Château,
foit par les combles qui
feront tous d'égale hau
teur , & à la manfarde.
A cofté gauche du fer à
cheval , eft un grand lo
gement detaché du Châ
de Chantilly.
SI
teau ,dont le rez de chauffée
eft à fleur d'eau du
a grand Foffé . C'eft dans
ce lieu où le logement dé
Monfeigneur avoit cfté
marqué , de mefme que
celuy de Madame la Ducheffe
, & de Madame la
Princeffe de Conty la
Douairiere . Ce fecond
Château avoit efté autrefois
bâty par Mrs de
Montmorency
, & on
lo l'appelloit la Capitainerie
. Feu Monfieur le Prin-
E ij
52
La Feste
ce en avoit fait accommoder
les dedans un an
avant qu'il mouruft, & il
y avoit ajoûté beaucoup
de commoditez . Les ornemens
de dehors font
des Pilaftres d'ordre Corinthien
. Ils compofent
la porte d'entrée de la
Court , & la façade du
coſté d'un petit parterre,
Tout le retour eft foûte
nu d'un grand balcon en
maniere de fauffe- braye .
Le logement d'enbas du
de Chantilly.
53
e
petit Château eft compo
fé de deux
Appartemens ,
dont la Salle eſt commune
à l'un & à l'autre .
Cette Salle eft ornée de
Tableaux ,
reprefentant
les plus belles Maifons
Campagne des envide
rons de Paris . Toutes les
pieces des deux Appartemens
aufquels elle fert ,
font ornez d'autres Tableaux
reprefentant diverfes
Fables de l'Antiquité
; en forte que l'une
E iij
54
La Fefte
des Chambres fait voir
l'Hiftoire de Venus , une
autre celle de Diane , une
autre celle de Flore , une
autre celle de Bacchus, &
une autre celle de Mome .
Toutes ces Chambres, qui
font percées en enfilade,
regnent le long du balcon
en fauffe-braye dont
on a parlé , & aboutiffent
à un grand Salon en retour
. Tout cet espace
eft remply de diverfes tables
curicufes , dont les >
de Chantilly . 55
tunes font rares par leur
travail , & les autres par
leur matiere de Buftes
;
avec leurs gaines & ſcabelons
, & de meubles
tres - finguliers .
tables
Outre
cela , il y avoit plufieurs
pour toutes fortes
de jeux. C'eft dans ce lieu
que Monfeigneur a fouvent
tenu appartement
devant, & aprés le fouper.
De ce logement , lors
qu'on a paffé par un Ve-
| ftibule qui eft ouvert par
56 La Fefte
deux grandes arcades du
cofté de la Court & du
petit Parterre , on monte
dans l'Appartement qui
eft au deffus , & qui fe
trouve fitué de plein pied
au rez de Chaufféc , de la
court du grand Chafteau,
auquel il eſt joint par un
Pont qui traverfe le
grand Foffé . Ce foffé eft
remply d'un tres- grand
nombre des plus belles,
& des plus groffes Carpes
que l'on puiffe voir.
de Chantilly .
ry
Cet
Appartement qui a
efté occupé par Monſeigneur
tant que la Feſte a
duré , eft compofé d'un
grand Salon , qui n'eft pas
encore entierement fait ,
& qui eft la feule piece
qu'on n'a pas eu le temps
d'achever. De ce Salon
on entre dans une grande
Antichambre , aprés laquelle
il y a une grande
Chambre , plufieurs Garderobes
, & un grand Cabinet,
dont la veuë donne
38 La Fefte
d'un cofté fur les Jardins,
& de l'autre fur une
grande Peloufe qui borde
la Foreft. Aprés ce Cabinet
on en trouve deux autres
de moindre grandeur,
dans le retour . L'un
donne entrée dans une
Galerie qui eft percée du
cofté de la Foreft de fix
grandes croifées , vis à
vis defquelles
il y a de
grands miroirs de glaces ,
dont les bordures font
d'un travail tout partide
Chantilly. 19
culier . Ces Miroirs reprefentent
cette grande Peloufe
dont je viens de
vous parler , avec une
partie de la Foreft . Au
deffous de ces glaces font
des tables de differentes
fortes de marbres des plus
beaux , & des plus precieux
; ces tables font
montées fur des pieds de
fculpture dorée ; il y en a
de plufieurs
manieres
. On
voit au bout de cette
Galerie un Portrait de
to
La
Fefte
feu Monfieur le Prince ,
fait par le vieux Jufte ,
du temps de la Bataille
de Rocroy . Ce Prince est
en pied
font à fes pieds occupent
une partie du terrain , &
du lointain. On y voit
d'un cofté l'ordre de la
Bataille de Rocroy , &
de l'autre le Combat . Ce
Tableau eft dans une bordure
d'une grande beauté
, & auffi magnifique
que bien travaillée , &
fes Armes qui
comme
de Chantilly.
61
comme Monfieur le Pring
ce a confacré ce lieu, a
la memoire de feu Mans
fieur fon Perfil a com
mencé à faire mettre des
Tableaux dans chaque
trumeau entre les croifées
& les glaces . Chacun
de ces Tableaux reprefante
par l'ordre des
temps une Campagne de
feu Monfieur le Prince.
La principale action , de
Ja,
la Campagnes, foit Siege
pu Bataille , painte en
F
3
62 La Fefte
grand , occupe le milieu
du Tableau
. Les autres
actions de la mefme Campagne
font peintes en petit
tout autour dans des
Cartouches
.
Le premier Tableau
reprefente la Campagne
de 1643. c'est à dire , la
Bataille de Rocroy . On
voit l'ordre de cette Bataille
dans le grand Cartouche
qui eſt au bas du
Tableau , ainfi que l'or
dre de Bataille des deux
་
de
Chantilly.
63
6
Armées . Il y a trois autres
Cartouches au côté droit
du mefme Tableau . Le
premier repreſente l'élevation
de Thionville ; le
fecond la Carte du Gouvernement
de Thionville,
& le troifiéme le Siege
de Thionville
. Il y a
auffi trois Cartouches à
la gauche du Tableau ,
Le premier fait voir le
Siege de Cirque , le fecond
la Carte du Gouvernement
de Cirque , &
11
Fij
84 La Fefte
le troifiéme l'élevation
de
Cirque.
Dans le fecond Tableau
eft reprefentée la
Campagne faite en Alle
magne en 1644.Les Com
bats donnez devant Fri
bourg le cinquiéme &
dixiénie Aouſt font peints
dans le milieu avec les
retranchemens de l'Atl
$
mée Bavaroife qui fu
rent forcez par celle que
commandoit feu Mon
fieur le Prince alors
2
de
Chantilly.
Duc
d'Anguien . Dans un
grand Cartouche au baş
eftole Plan de Philips
bourg ; dans les fix Cars
touches qui fontau coſté
droit du Tableau , font
repicfentez Oppenhien .
Beingen
Liechtonaug
DourlathipMayonce &
Landau Dans les fik
du cofté gauche on voit
VVoomes Spire Créukl
zenach ,
Bacharach , Neig
ftat & Baden.40 .mp3
Au
troifiéme Tableau;
Fiij
66 La Fefte
qui reprefente la Campa
gne de 1645. eft la Bataille
de Norlinguen ,
donnee le 3. Aouft entre
l'Armée du Roy commandée
par Monfieur le
Prince , & celle de l'Empereur.
Les deux grands
Cartouches qui font au
deffus du Tableau repre
fentent , l'un l'ordre de
la Bataille de Norlinguen
, l'autre & Norlinguen
. On voit dans les
trois Cartouches du cofté
de Chantilly.
677
droit l'élevation de Rottembourg
, la Carte du
Gouvernement de Rottembourg
, le Siege de
Rottembourg , & les
trois du cofté gauche reprefentent
le Siege de
Dunctelſbuhel , la Carte
du Gouvernement de
Dunctelſbuhel , & l'élevation
de Dunctelfbuhcl
.
Le quatriéme Tableau
fait voir la Campagne
de
1646. Au milieu eft la
šà La Fefte
Ville de Dunkerque &
dans les Cartouchés à
droite & à gauche
on
voit d'autres actions qui
regardent le Siege de l
mefnie Ville Les autres
Campagnes doivent eſtre
peintes fur d'autres iŢal
bleaux pareils dont les
places fondmarquées dant
la mefme Galerie gomais
>
> Tout cee Appartement
eftdie éclairéparaN HO
qui ne font pas encore
deffinez
, beep
5.1
de Chantilly.
69
&
bie infiny de Luftres &
de Girandoles de criftalt
Le couvert de Monſeigncur
fut mis dans une
Salle du grand Château ,
& Monfieur le Prince
qui fit fervir cousules
jours quatorzeou quinze
tables , comme vous vert
rez dans la fuite deffraya
toutes les perfonnes dis
ftinguées qui allerent à
Chantilly pour voir da
Fefte , ainfi que tous ceux
qui y furent employez
70 La Fefte
dont on
peut
dire que lo
nombre
eſtoit
infiny
.
Lors
qu'on
eut
foupé
,
Monſeigneur
tint
Appar
tement
. Aprés
vous
avoir
fait
une
defcription
des
deux
Chafteaux
, je croy
vous
devoir
parler
, non
pas
de toutes
les beautez
des
Jardins
, car je ne
Vous
en
entretiendray
qu'à
meſure
que
je vous
parleray
des
promenades
qu'y
fit
Monfeigneur
,
mais
de ce qu'ils
offrent
de Chantilly.
71
à la veuë de ceux qui
font dans les Appartemens
. En arrivant fur la
Terraffe , où je vous ay
dit qu'eftoit la figure du
Conneftable de Mont-
Il morency , on découvre
un grand efcalier, au bas
duquel eft un grand ron .
Ideau , & au milieu de
ce rondeau une gerbe
de plufieurs tuyaux . Au
delà de ce rondeau on
découvre un grand Parterre
feparé en deux parn
A La Feſte
ties par la croifée du
d'une
grand Canal. Il y a cinq
grandes pieces d'eau dans
Pune & l'autre partiel,
& chacune de ces grandes
pieces a un gros Jet
d'eau. Ces deux parties
fonts foutenues
grande allée d'ormes ch
Terraffe , avec des Ifs &
des Picea entre - deux
Au delà du grand Tanal
eſt un demy - rond qui
ferme la croifée, & dont
il s'éleve infenfiblement
jufques
395
12
de Chantilly.
73
>
juſques au haut de la
cofte une espece de fer
à cheval , qu'on appelle
le Vertugadin. Il eſt
compofé d'un grand glacis
de gazon , d'une grande
allée , fermée du cofté
du glacis par des Picea
taillez en piramide
ronde
, & de l'autre par des
ormes & une paliffade
entre-deux . Cette allée
eft jointe par ces deux
bouts , aux deux grandes
allées qui regnent_tout
G
74
La Fefte
le
le long du grand Canal :
Le point de veuë eſt ter
miné de ce coſté- là par
commencement des al
lées du grand Parterre ,
& de l'autre par une route
particuliere au travers
de la Foreft , qu'on ap
pelle la route du Con
neftable. Elle eft plus
large que toutes les autres
. Le Château eft à la
droite , comme je vous
l'ay déja marqué , & à la
gauche eft un petit Parc ,
de Chantilly.
75
qui feroit eftimé grand
par tout ailleurs , mais on
ne luy peut donner que
le nom de petit , fi on le
compare à l'autre , qui
a plus de cinq mille arpens
.
2
Le Lundy ( car pour
donner quelque ordre à
cette Relation , je la fepareray
par journées )
Monfeigneur alla courre
le loup aux environs
d'un Village appellé la
Chapelle , & au retour de
Gij
76 La Fefte
la Chaffe , ce Prince entra
dans fon Appartement ,
d'où il fortit quelque
temps aprés , pour aller
prendre à pied le plaifir
de la promenade. Il traverſa
le petit Parterre, &
ayant paffé le grand foffé
fur un pont de bois , il
trouva à ſa gauche un
gränd Parterre , enfermé
d'un cófté du foffé , de
l'Orangerie , & de l'autre ,
d'une galerie , & d'un
canal . Ce Parterre eft ende
Chantilly . 77
touré d'orangers parfaitement
beaux .
On y voit cinq pieces.
d'eau avec leurs jets. Celle
du milieu a pour pied
une Hydre , dont chaque
tefte vomit une quantité
prodigieufe d'eau . On y
voit auffi la Fontaine des .
Grenouilles . Elle eft fituée
dans un triangle au
deffous de la Terraffe du
grand foffé du Chafteau ,
entre cette Terraffe , les
Canal du Dragon , & le
Giij
78 La Fefte
petit bois de Chantilly,
qui eft à coté du Parterre
de l'Oragerie. Le Dra
gon eft une maniere d'a
nimal marin qui paroift
fortir de deffous la Ter
raffe du foffé . Il vomit
l'eau de la décharge de ce
foffé dans une coquille,
qui retombe dans un canat
qui eft le long d'un
des coftez de la piece où
eft la Fontaine des Grenouilles.
On deſcend
dans le Parterre par un
de Chantilly. 79
efcalier de
quarre ou
cinq marches fort grandes
& fort belles . Aux
deux coftez de cet eſcalier
font des napes d'eau
perpetuelles
, grandes,
belles , & bien fournies ,
qui tombent
dans de
grands
baffins
quarrez
C avec des bouillons
&
0
Dans ce bruits d'eau.
mefme Parterre font quatre
grands Picea , dont
le moindre a plus de foi-
Xante pieds de baut . Du
80 La Fefte
cofté du canal l'allée eft
garnie de Platanes , dont
le plus vieux a plus de
cent cinquante
ans . Cet
arbre eft fort rare en
France . Sa feüille eft à
peu prés comme celle de
vigne , & il fe depoüille
tous les ans de fon
écorce . De ce Parterre
Monſeigneur
entra dans
une Ifle par un grand
portique
de treillage. A
cofté de cette Iſle on en
voit une autre plus pede
Chantilly.
81
tite . Elles font partagées
par trois canaux .
La grande eft ornée de
plufieurs allées , de grandes
paliffades
, de deux
groffes Fontaines
enfermées
dans des Portiques
, & de plufieurs
ornemens
de treillage d'un
deffein tres agreable ,
& d'une propreté
furprenante
. L'extremité
de
'Ifle eft reveſtuë de
pierre de taille . On y
voit douze jets d'eau
-
82
La Fefte
qui fortent d'autant de
baffins au deffous " defquels
eft une cafcade de
2
toute la largeur de la
pointe de l'Ifle , & des
deux canaux . On trouve
dans la petite Ifle des
allées de grands Aunes ,
des paliffades , un treillage
en demy - rond
& une fontaine dans le
milieu . Deux Dragons
de
3
bronze femblent y combattre
. Il y en a un
renversé qui pouſſe un
de Chaneilly.
83
grand jet d'eau , & l'autre
en dégorge en abondance
fur ce premier . Vis
à vis de cette fontaine ,
& à la pointe de la mef
me Ifle , eft un Apparte
El ment de treillage , compofé
de quatre pieces . Il
eft parfaitement
bien entendu
, & d'un travail
tres - delicat
. Ces quatre
pieces fe trouvent fur un
terrain qui a en face la
I vue du canal ; à droite
3
fur la prairie , & à gauche
84
La Fefte
fur des jardins . A l'iffuc
de la promenade Monfeigneur
alla voir l'O
pera , que Monſieur
le
Prince avoit fait faire
exprés , Son Alteffe Sereniffime
ne voulant
point donner de diver
tiſſement qui euſt eſté déja
vû . Le lieu meſme fut
conftruit pour ce feul
Spectacle , & Monfieur
le Prince agar choiſi
l'Orangerie
de Chantilly
qui regne tout le long
du
de
Chantilly.
83
duparterre avec une terraffe
magnifique, dit à M.
I Berrain d'y conftruire ,
non feulement un theatre
, mais auffi une Salle
magnifique. L'Orangerea
70. toifes de long, &
vingt-fept pieds de large.
1 M. Berrain la divifa en
trois parties feparées par
des Portiques d'architecture
, fans y comprendre
le Veſtibule par où l'on
yes & duquel on
voyoit cette longue éten-
70
ОП
I
H
86
La Fefte
due eclairée de deux
rangs de Luftres , que les
grands Portiques qui fervoient
d'entrées à ces
differentes Salles , laif;
foient voir diftinctement
. Il feroit difficile
de trouver rien de plus
magnifique
, & dont les
ornemens fuffent plus diverfifiez
. Plus on appro
choit , plus on voyoit
que la magnificence alloit
toujours en aug
mentant , la derniere
.
de Chantilly.
87
Salle eftant infiniment
eftoit
plus riche
la
que , premiere
, & le theatre
encore
davantage
.
1 Le Veſtibule
orné de grands
arbres
qui ceintroient
, & cachoient
toute
la voûte
.
Les pieds
de ces arbres
cftoient
dans
une feule
caiffe qui regnoit
tout
autour
du Veftibule
, &
qui eftoit
peinte
en porcelaine
, & ornée
de chifres
de Monfeigneur
,
Hij
88 La Fefte
avec des attributs de ct
Prince . Ces arbres eftoient
fi verds , fi chargez
de feuillages , & fi
artiftement placez , qu'il
eftoit impoffible qu'on
vift les murs de ce Vel
tibule , de forte qu'on
le pouvoit prendre pour
une tres-belle allée . Ces
arbres conferverent leur
verdure pendant les huit
jours que dura la Feſte,
& ils donnerent une fi
agreable fraîcheur à ce
de Chantilly .
89
licu , qu'on refpiroit
en y entrant un air delicieux
, dont on ne pouvoit
s'empefcher de parler
, en marquant le plaifir
qu'on y prenoit. Ce
Veftibule eftoit éclairé
de plufieurs Luftres , ce
qui parmy la verdure des
arbres produifoit un effet
tres - réjouiffant , rien n'eftant
plus agreable à la
veuë que le verd , fur tout
lors qu'il eft éclairé .
Aprés qu'on avoit ad-
H iij
Do La Fefte
miré la fimple & riante
decoration de ce Vefti-
翼
bule , & qu'on y avoit
demeuré
quelque temps,
pour en goûter la douce
fraîcheur , on fe fentoit
excité à paffer outre ,
chacun eſtànt attiré par
le brillant qui paroiffoit
au travers d'un fuperbe
Portique , fous lequel il
falloit paffer pour entrer
dans la piece fuivante.
Ce Portique eftoit de
huit pieds d'ouverture
de Chantilly.
91
fur feize de hauteur . Il
eſtoit tout de marbre , &
d'une tres - belle architecture,
avec des ornemens
rehauffez d'or . Il fervoit
d'ouverture à une galerie
de feize toifes de
long fur vingt-fix pieds
de haut . Tout le pourtour
de cette galerie eftoit
orné d'un lambris ,
& d'une corniche , &
entre le lambris & la
corniche , on voyoit une
tres belle tapifferie tou92
La Feste
te d'une meſme fuite , &
qui eft nommée Tapiße
rie de Venus , parce que
tout ce qu'elle reprefen
te regarde cette Deeffe.
Outre les deux rangs
tres- beaux Luftres de cri
ftal qui éclairoient cette
fuperbe galerie , elle d
toit encore ornée &
de
éclairée par vingt - quatre
Girandoles de mefme matiere
, qui estoient pofées
fur des Gueridons .
Au bout de cette galerie
14
de Chantilly. 93
P
on voyoit un Portique
pareil à celuy par lequel
on eftoit entré. On montoit
trois marches fous
ce dernier Portique pour
entrer dans la troifiéme
piece , qui eftoit la Salle
de l'Opera. Elle avoit
cent quarante-deux pieds
de long en y comprenant
le Theatre & l'Orcheftre.
L'ordre de fon
architecture , ainſi que
celuy de la façade du
Theatre , eftoit Ionique1
La Fefte
94
Compofé. Cette Salle
eftoit partagée
en quatorze
pilaſtres de marbre
ornez de leurs chapiteaux
, & de leurs bafes ,
+
ainfi
que
de
plufieurs
mafcarons
, & de
quantité
de
feftons
, le tout
de relief
&
doré
. Les
pilaftres
eftoient
pofez
fur
leurs
piedeftaux
qui
fervoient
de
lambris
à
toute
la
Salle
. Entre
ces
pilastres
on
voyoit
des
Tapifferies
qui
reprefentoient
des
de Chantilly .
95
portiques d'architecture,
tout relevez d'or fur un
fond de velours rouge
Cramoifi. On avoit affùjetty
les efpaces qui sé
toient entre chaque pilaftre
à la hauteur & à la
largeur des pieces de cette
Tapiflerie . La Corniche
eftoit toute de marbre &
de relief avec des ornemens
d'or de mefme que
le plafond , & la façade
du Theatre qui estoient
du mefme ordre , mais
96 La Fefte
d'un plan fort extraor
dinaire. Entre les pilaf
tres des deux coftez du
Theatre eftoient deux
grandes Figures de ronde
boffe, chacune de fixpieds
de haut . L'une reprefen
toit la Poëfie , & l'autre
la Mufique. L'Orchestre
qu'on avoit fait pour la
Symphonie eftoit aufli
d'Architecture
de mar
bre . Cette Salle eftoit fi
brillante & fi riche ,
qu'on ne la pouvoit
d'abord
de Chantilly.
97
d'abord regarder fans étonnement
, & enfuite
fans
admiration , quoy
que
l'embelliffement des
lieux par où l'on venoit
de paffer duft faire attendre
quelque chofe qui
fuft entierement magnifique.
Ce fut fur ce Thea
tre que l'on repreſen
P'Opera . Les Vers
n'en pouvoient eſtre que
beaux , puis qu'ils eftoient
de M. le Clerc de l'Academie
Françoife . Ils aa
ta
I
98 La Fefte
voient efté mis en Mufique
par M. Lorenzany ,
Maistre de Muſique de
la Chapelle de la feuë
Reyne , dont les Ouvrages
font fort eftimez , &
M. Pecour avoit fait les
té
y avoit outre cela trois
Entrées qui compofoient
les divertiffemens , hors
deux qui eftoient de M.
de Leftang . Cet Opera
intitulé Orontée, fut chanpar
l'Academie de la
Mufique de Paris , & il
de
Chantilly.
99
des meilleurs Muficiens.
de la Mufique du Roy,
L'ouverture du Theatre
fe fit par la reprefentation
d'une grande & belle
Foreft que la diverfité
des arbres & des routes
faifoit paroiftre fort
fpacieufe. Lors qu'on
eut levé la toile , on vit
le Dieu Pan dans le fond
de cette Foreft . Toute fa
fuite , Sylvains , Satyres ,
& Faunes , eftoient en-
2
groupez en divers en-
I ij
100 La Fefte
droits . I
commença
Prologue
. Comme
tous
les Vers qu'on y chanta
regardent
le Roy & Monfeigneur
le Dauphin
, je
ne veux pas vous priver
de la
fatisfaction
que
vous aurez à les lire.
Voicy
ceux qui furent
chantez
d'abord
le
par
Dieu Pan . C'eftoit
M.
Moreau
qui faifoit
ce
perfonnage
.
ay veu tous les regnes des
Fay
Rois
de Chantilly.
10
10
Celebres par leurs exploits ,
Et dans mon fouvenir j'en confervois
la gloire ,
Mais depuis que LOUIS s'eft
fait voir à mesyeuxi
Tous ces Mortels fortent de
ma memoire ,
Et je ne mets que luy dans le
allots rang de nos Dieux.
Digne Fils d'un tel Pere ,
Qu'avec le Sceptre hereditaire
Il offre de Vertus que tu vas
initer
!
Celuy dont l'Univers adoroit
la puiffance
ofsit flater
Et
Es qui
Liij
102 La Fefte
D'eftre le Fils de Jupiter ,
Seroit jaloux de ta naiffance.
豪
Jeune Heros,quand je te vois
Dompter les Monstres de nos
shaw Bois
J'augure qu'animé de l'Aftre qui
te guide ,
Le moindre de tes exploits
Vaudra tous les travaux d'Al
cide .
Ton coeur vole déja fur des che
mins ouverts
Amille triomphes divers ,
fetouted
Tu aisée ,
Et nous voyons clairement
Que noftre Hippolite charmant,
de Chantilly. 103
6
Jen
Al'ombre de la Paix , cache un
aure Thefée.
Mais j'entens les concerts des
Nymphes de nos bois.
Vous,Faunes , vous , Silvains,
répondez à leurs voix.
Pan cut à peine achevé
ces Vers , qu'une troupe
de Driades & d'Hamadriades
fe fit voir . Voicy
ce que chanta une des
Driades.
O gloire incomparable
De LOUIS !
104 La Fefte
Les Siecles feront ébloûïs ,
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Le Choeur ayant repeté
ces Vers , un Faune
chanta ceux- cy .
Le fouvenir charmant de ce
nom fi vanté ,
Doit eftre auffi durable
Que l'immortalité
.
Une Hamadriade chan
ta enfuite ces quatre Vers.
Son Hiftoire incroyable
A la pofterité ,
Paffera pour la Fable
D'une Divinité.
de Chantilly. TOS
Deux Silvains finirent
par ceux - cy .
Redoutable par fes armes ,
Il nous charme dans la Paix .
Son Empire eft fans alarmes ,
Mille graces, mille charmes ,
Accompagnent fes bien-faits.
Le
Choeur
repeta .
O gloire incomparable
De LOUIS!
Les Siecles feront ébloüis
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Et tout cela fut entremeflé
de Danfes de Dria106
La Fefte
des , d'Hamadriades , &
de Faunes .
La Decoration du premier
Acte reprefentoit le
Temple de Venus . L'Architecture
eftoit d'un or
dre Ionique , & le plan
d'une forme ronde , avec
quatre Portiques
ou Porches
, dont l'un paroiffoit
de face , il y en avoit un
avec autre en perfpective
un periftille tournantautour
du Temple , dont les
Corniches eftoient porde
Chantilly. 107
DI
tées par des colomnes
d'Agathe , avec des chapiteaux
& bafes d'or . Il
y avoit des Statues d'or
entre les colomnes . L'Attique
qui eftoit fur la
Corniche
duTemple
, portoit
un Dôme orné de
bandeaux ,
panneaux , &
bas- reliefs fur des fonds
de marbre ; & fur le haut
de la rondeur du Dôme,
c'eftoit un couronnement
de baluftres
& de:
Piedeſtaux . La porte de
108 La Fefte
ce Temple qui eftoit entouré
d'arbres , ne s'ou
vroit qu'en certain temps,
& alors on voyoit le de
dans tres-magnifique
, &
un autel au milieu , Orontée
Reine d'Egypte
, fort
refoluë de n'aimer ja
mais , vint chanter le
triomphe
de la liberté.
Meliffe , fa confidente ,
& Creonte Chef de fon
Confeil , luy repreſente
rent inutilement qu'elle
devoit choifir un : Epoux
digne
de Chantilly. 109
digne d'elle parmy tant
de Rois Elle demeura
ferme à protefter qu'elle
pr vouloit point entendre
parler d'Hymenée ,
& elle eftoit dans ces
fentimens , lors que Gelon
, homme de Cour ,
luy vint dire qu'il avoit
be arraché un jeune Etranger
d'entre les mains
d'un affaffin qui l'avoit
bleffe . Cet Etranger parut
auffi-toft fous le nom
d'Alidor , foûtenu d'AK
te
110 La Fefte
"
riftée fa Mere . Sa beau
té , dont Gelon avoit
déja fait la peinture ,
toucha Orontée , qui ap
prit de luy que l'affaffin
luy avoit dit en le fra
pant , qu'il executoitles
ordres de la Reine de
Phenicie qui avoit juré
fa perte. Orontée , aprés
avoir commandé a Phar
nace d'en prendre foin,
fortit avec Meliffe &
Creonte , & Gelon demeura
feul.
7
de Chantilly.
HII
Son caractere qui a extremement
pleu à Chantilly
, eftoit une efpece
d'honnefte homme , fe
faifant un plaifir de joüir
de la vie libre , & de
méprifer toutes les belles
chimeres dont les autres
hommes fe font des
Occupations , qui les empêchent
d'avoir un moment
de joye & de repos
pendant toute leur vie .
Voicy de quelle maniere.
expliqua fa Philofo-
K ij
112 La Fefte
phie agreable , aprés avoir
vù fortir Alidor
bleffé.
$
•S'il eftoit morts qu'il feroit
regrété !
Moy ,pour rendre à jamais fa
memoire celebre,
Au bruit des pots j'aurois
chanté
D'un ton plaintiffon Qraifon
funebre.
Pour vivre longtemps »
Pour vivre contens ,
Il n'eft rien tel
boires
que
de bien
de Chantilly. 113
Bacchus fur tous les Dieux emporte
la victoire
Son or potable enchante tous
Les fens
,
Diffipe les chagrins & chaffe
l'humeur noire.
Pour vivre longtemps ,
و ا
Pour vivre contens
Il n'est rien tel que de bien
boire.
Que le Ciel me delivre
De ces Philofophes du temps,
Qui jour & nuit pâliffent fur
un Livre ,
De ces Amoureux languiffans
,
K iij
114
La
Fefte
& que
De ces affamez Courtiſans
Que repaift la fumée ,
l'espoir enyore.
Pour moy, je ne veux point eftre
efclave en amour,
Ny devenir Sçavant , ny vieillir
à la Cour ,
Ny mourirfotement, pour vivre
dans l'Hiftoire.
Pour vivre longtemps ,
Pour vivre contens د
Il n'est rien tel
boire.
que
de bien
Tous ceux qui ont entendu
l'Opera ont donné
tant de loüanges à cet
de
Chantilly.
IIS 1
On
endroit , en ont trouvé
le tour des penſées fi
nouveau & fi brillant ,
les Vers fi juftes , & d'un
caractere ſi aifé & ſi poly ,
que j'ay cru devoir vous
les envoyer tels qu'ils
ont efté chantez . Le Prince
Lyfandre eftant furvenu
lors que Gelon exerçoit
fa belle humeur ,
l'un parla du plaifir d'aimer
, & l'autre de celuy
de boire . La Princeffe Amafie
parut enfuite , qui
1
1
116 La Fefte
témoigna à Lyfandre
qu'elle fe rendoit à fon
amour . Le Temple de
Venus s'ouvrit , & on
vit une troupe d'Egy
ptiens , d'Ethiopiens ,
d'Indiens , & autres Nations
, qui porterent des
offrandes fur l'Aurel de
cette Déeffe. Le Choeur
fit des voeux pour obtenir
de l'Hymen qu'il
preparaft fes chaines
pour Orontée . Voicy les
Vers qui furent chantez
de Chantilly. 117
pendant cette offrande .
LE CHOEUR .
Dans nos Conceris , dans nos
chants d'alegreffe
,
Chantons Venus noftre grande
Déeſſe.
DEUX DU CHOEUR .
Tendres Amours , pour remplir
nos defirs
Banniffez lesfoupirs ,
Chaffez la trifteffe.
Deux autres du Choeur.
Tendres Amours pour remplir
nos defirs
Banniffez les foupirs ,
Venez , douxplaifirs
11.8 La Fefte
LE CHOEUR.
O Toy , doux Hymen en ce
jour,
Pour le coeur de la Reyne ›
Prepare ta chaine.
TRIO.
Uniffons nos accords tour à
tour.
Que par tout on chante ,
Que par tout on vante
Venus & l'Amour.
LE CHOEUR.
Chantons en ce jour
L'Hymen & l'Amour
Il n'y eut point de
nouvelle decoration au
"
"
de Chantilly. 119
fecond acte, & l'on y vit
encore le mefme Temple .
Orontée furpriſe du
changement qui fe faifoit
dans fon coeur, loua
les charmes du jeune Etranger
, & fe refolvoit
à mourir plûtoft que de
#fe rendre à l'amour , lors
que Jacinte parut devant
elle en habit d'homme
,
& luy dit qu'ayant eſté
abandonnée
par un Amant
, elle l'avoit eſté
chercher
à Sidon
, où
DAY
120 La Fefte
Irene avoit adoucy fes
malheurs par fes bienfaits
. Elle ajoûta que les
Devins ayant declaré qu'
Alidor luy devoit un
jour ofter la Couronne,
ce qui l'avoit obligé à
prendre la fuite , cette
Reine avoit mis fa tefte à
prix , & que voulant luy
marquer fon zele , aprés
avoir efté fi bien recetë
dans fa Cour , elle avoit
furpris Alidor , & d'auroit
tué d'un poignard
qu'elle
de
Chantilly.
1921
Lit
qu'elle luy montra, fi on
ne l'en cuft empefchée.
Orontée charmée d'Alidor
luy arracha le poignard
, & elle en alloit
O percer Jacinte , quand
Creonte l'arrefta , & luy
fit connoiftre qu'il eftoit
indigne d'elle qu'elle
vouluft vanger Alidor.
Elle chaffa Jacinte de fa
prefence , & honteufe
d'avoir découvert fa paffion
, elle fit devant
Creonte de nouvelles
, 4
rec
ea
*
L
122
La Fefte
F
proteftations de n'aimer
jamais. Aprés qu'elle fut
fortie , Alidor parut avec
Ariftée , & fe plaignit du
malheur qui l'avoit contraint
de quitter la Cour
t
d'Irene, où il avoit vêcu
avec tant de gloire depuis
que la mort luy avoit
ravy fon Pere. Ariftée
luy dit que quoy
qu'Hipparque
cuft efte
autrefois Corfaire , il faifoit
trembler les Rois
par fa valeur , & que de
de
Chantilly.
123
Ipuis dix ans que ſes Vaiffeaux
avoient fait naufrage
, elle ne fçavoit
s'il étoit vivant où mort;
mais qu'elle ne pouvoit
fe défendre d'attendre
beaucoup des promeffes
de fon Aftre . Amafic les
interrompit pour dire à
Alidor , que la Reine
s'intereffoit pour luy , &
- qu'elle vouloit l'entretenir.
Lors qu'elle fut
feule , elle s'étonna de ce
qu'elle fentoit ſon coeur
Lij
124 La Fefte
diſpoſé à trahir Lyfandre
pour ſe donner à Alidor
, qu'elle trouvoit
tout aimable , & en même
temps des Peuples
d'Egypte mêlez d'autres
Nations vinrent celebrer
la Fefte de Bacchus & de
l'Amour. Toutes leurs
chanfons marquerent
l'envie qu'ils avoient
qu'Orontée vouluſt leur
donner un Roy. Le
Choeur fit d'abord entendre
ces Vers.
·
de Chantilly 125
-O
Quand tout le Ciel à nos
vaux eftpropice ,
Charmant efpoir , viens flater
nos defirs.
Que noftre joye en tous lieux
retentiffe ,
Redoublons tous nos Jeux &
nos plaifirs.
RECIT.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne,
Tu peux finir noftre peine ,
Seconde nos voeux .
LE CHOEUR.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne ,
Seconde nos vaux .
Liij
126 La Fefte
RECIT.
Tes aimables noeuds
Sans ceffe nous rendront heureux.
LE CHOEUR.
Quand tout le Cielfefait voir
fi propice
Charmant efpoir viensfeconder
nos voeux..
DEUX DU CHOEUR:
Dans ce beau jour
Fais que tout s'accompliße ,
Venus ,mene avec toy l'Amour.
Deux autres du Choeur.
L'attente
C D'un bien fi charmant ,
Enchante
de Chantilly.
127
h
U
Noftre tourment.
RECIT.
Parune douce chaîne,
En ce jour
Captive une Reyne ,
Puiffant Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Remplis noftre attente
Perçant de tes traits
Un coeur qui ſe vante
De n'aimer jamais.
DEUX DU CHOEUR.
Afuivre ta loy
Engage fa foy ,
Memphis veut un Roy,
LE CHOEUR.
Quand tout le Ciel, &c .
128 La Fefte.
" R
qu'une
Reine
Alidor feul commence
le troifiéme Acte, ens'ap
plaudiffant de fon bonheur
, de ce
luy donnoit afile dans
fa Cour , tandis qu'une
autre pourfuivoit fa
mort . Amafie eftant furvenue
luy demanda s'il
venoit admirer la beauté
des lieux où il eftoit , &
il répondit que quelques
charmes qu'ils euffent ,
il ne pouvoit avoir des
yeux que pour elle. Il
de
Chantilly. $29
me
ajouta qu'il vouloit l'aiens
mer toute fa vie . Amafic
nb receut fon
hommage a-
R vec plaifir , & il eftoit
Te &
à
fes
qu
be
lors
que
genoux
lors la
Reine parut
.
Elle
repropeu
de cha à
Alidor le
a
10 respect
qu'il avoit pour
elle , de venir
feduire
une jeune Princeſſe
dans
fo Palais. Amaſie ſortit ,
Alidor
ayant dit
qu'il eftoit bien éloigné
d'aimer
Amafie , aprés
ON
&
1. to
le. us les maux
que l'a130
La Fefte
mour luy avoit cauſez
dans la Cour d'Irene ,
Orontée l'affura qu'il
trouveroit en elle ce qu'il
avoit perdu dans cette
cruelle Reyne . Alidor
s'eftant éloigné , elle fit
connoiftre qu'elle ne
pouvoit
plus combattre
fa flamme. Dans ce moment
Gelon luy vintannoncer
qu'il avoit veula
Magicienne Ifmenie def
cendre des Cieux dans un
char de feu . Ifmenie pade
Chantilly. 131
rut, & declara à la Reyne
qu'il falloit malgrél
fon indifference qu'elle
fe refoluft à prendre un
Epoux , & qu'elle alloitinterroger
les Manes des
Rois d'Egypte, & l'Ombre
de Ptolomée
, pour
fçavoir fur qui tomberoit
fon choix. Alors elle
frappa de fa verge un des
coins du Theatre , & la
terre s'eftant auffi- toft.
ouverte, les tombeaux en
fortirent , & s'éleverent à
132 La Fefte
vingt - quatre pieds de
haut. Celuy du grand
Ptolomée qui s'éleva au
milieu du Theatre , eftoit
d'un ordre Dorique &
d'une compofition cr
traordinaire. Le plan é
toit quarré long avec des
piedeftaux faillans fur
chaque face & dans les
angles . Entre les piede
taux eftoient des Statues.
de marbre blanc , affiſes au
pied d'une grande con
fole , & appuyées fur les
piedeftaux
de Chantilly.
33
piedeftaux . Dans le milieu
s'élevoit un morceau
d'architecture
quarré
long , fuivant le plan
avec des pilaftres & des
confoles fur les angles.
Les Statues montoient
jufque fous la Corniche
5 de mefme que les pilaftres
, entre lefquels il y
avoit une grande arcade
percée & furbaiffée , fous
laquelle eftoit la figure
de Ptolomée de marbre
blanc , affife au pied d'un
M
134 La Fefte
Tombeau de Porphire ,
dont les ornemens étoient
de bronze doré.
La Corniche portoit un
focle fur lequel eftoient
pofez quatre Sphinx de
bronze, qui portoient un
grand Obelifque
orné de
caracteres , & de figures
hierogliphes
. Le fommet
eftoit un chapiteau compofé
fur lequel eftoit une
Urne. Il y avoit encore
quatre
autres Tombeaux
dans les coftez du Théa
14
de
Chantilly. 135
S
,
tre , & dans les éloignemens
de formes différen-
& tes. & une Statuë de
marbre à chaque Tom-
-beau. Tous ces Tombeaux
eftoient entourez
de Cyprés , d'Ifs , & autrès
arbres , & le tout enfemble
formoit un fpectacle
lugubre, mais tresmagnifique.
Aprés qu'Ifmenie
eut évoqué l'ombre
de Ptolomée , il parut
plufieurs Efprits qui
tournerent autour des
Mij
136 La Fefte
Tombeaux comme voulant
animer les Statuës ,
& on entendit un Choeur
de Mufique fort extraordinaire
dont les voix
paroiffoient fortir des
Tombeaux . Ce qui furprit
fort , c'eft que les
Statues qui eftoient drapées
auffi proprement que
fielles euffent efté travaillées
de marbre , eftoient
des Figures vivantes , chacune
dans une attitude
differente . Tout le mon-
"6
de
Chantilly . 137
I de les crut de
carton ,
ajufques
au temps
qu'Ifme-
Cnic
parla
à Ptolomée
.
Alors toutes les Statuës
Es remuerent avec des mouvemens
lents .
J'ay oublié de vous dique
requ'avant que l'évocaent
tion fe fiſt l'aimable
en Gelon foutenant toûjours
trafon caractere , eftoit forefta
ty d'une maniere fort
fpirituelle . Voicy ce qu'il
at dit. Tout le monde y a
remarqué un tour d'eftes,
с то
V
M iij
138 La Fefte
prit fingulier.
Je crains trop la Troupe infer
nale
,
Jenne veux point chez Plutoni
Mourir de foifcomme Tantale,
Ny boire l'eau du Phlegeton.
Tous les Vers de l'évocation
avoient quelque
choſe de majestueux , qui
ne contribua pas peu
à faire naiftre dans l'efprit
des Spectateurs cet
te efpece d'étonnement ,
qui fait , lors qu'il eft
bien excité , un des prin
de Chantilly.
139
cipaux plaifirs des Specta
cles . La Magicienne parla
ainfi aux Demons .
Venez , Demons , plus vifte
qu'un éclair,
Quittez was demeure's terribles,
Et des atomes de l'air
Faites- vous des corps vifibles.
Venez, venez, obeiſſez
Paroiffez paroiffez.
Aprés que les Demons
l'eurent affeurée qu'ils
eftoient prefts d'obeir ,
elle pourfuivit de cette
forte.
ISC
IX.
140 La Fefte
Des jours éteints de nos Monar
ques,
Dans leur froid tombeau ,
Malgré l'ordre des Parques.
Rallumez le flambeau.
Les Demons ayant ani- ˆ
mé les Statues des Rois,
elle s'adreffa à ces Statuës
, & fit entendre ces
Vers .
Marbres fourds Figures
muettes
De nos fuperbes Rois ,
Prêtez l'oreille à ma voix ,
Parlez, & du Deftin foyez les
interpretes.
de Chantilly. 141
Rr
5!
Elle confulta enfuite
la Statuë de Ptolomée ,
& l'Ombre répondit ces
quatre Vers.
Ma Fille , de l'Hymen tu dois
fubirla loy ,
Et tu l'accepteras fans peine s
Mais tu n'épouferas qu'un
Roy
2
Que te doit offrir une Reyne.
L'Ombre ayant parlé
de cette forte , toutes les
Statues reprirent leurs attitudes
& aprés qu'Orontée
cut marqué la
>
142
La Fefte
peine que luy faifoit cet
Oracle , tous les Tombeaux
difparurent
, &
l'Acte finit ..
Un Jardin delicieux
faifoit le Theatre du quatriéme
Acte. Le devant
eftoit une maniere de Ve
ftibule d'une architectu
re Ionique. Des Termés
de bronze doré tenoient
lieu de colomnes . Les
chapiteaux eftoient des
corbeilles de fleurs & de
fruits , qui portoient une
L
de t
Chantilly. 143
,
corniche de marbre &
un plafond magnifique.
Entre les Termes il y avoit
des arcades auffi de
marbre , avec les orne
mens de bronze pour entrer
dans une galerie qui
paroiffoit tapiflée d'éto
fes d'or à fond violet . Le
Veftibule occupoit un
o tiers du Theatre fur le
I devant , & le jardin patroiffoit
enfuite . Il eftoit
Morné de Statues reprefentant
des Amaurs fur des
144 La Fefte
piedeftaux, accompagnez
de baluftres de marbre &
de bronze , avec des ar
bres qui s'élevoient der
riere ces Figures , qu'on
voyoit ornées de fleurs
& de fruits . Les deux
coftez duTheatre étoient
de cette maniere. Au milieu
le jardin fe feparoit
en trois allées , une dans
le milieu , & deux diagonales.
Elles eftoient ſi
bien tracées , qu'on les
découvroit de tous les
endroits
de Chantilly. 145
Resi
endroits de la Salle . A la
face de chacun des angles
qui feparoient les
allées eftoit une Statuë
qde marbre blanc , fur un
* piedeſtal auffi de marbre
dorné de bas reliefs d'or .
éto D'autres Statuës qui re-
A prefentoient encore des
ep Amours ,
regnoient genenet
ralement dans toutes ces
ux trois allées. Au bout de
toid celle du milieu il y avoit
' on des
berceaux d'or percez
Lous à jour , reveftus de touend
N
146 La Fefte
tes fortes de fleurs , &
foûtenus par des Termes
en confoles de marbre
blanc. Au travers de ces
berceaux on voyoit une
caſcade naturelle avec
plus de cinquante jets
d'eau , fans y comprendre
les Napes. Cette cafcade
étoit faite avec tant d'art,
qu'elle fuivoit la perſpe
tive du Theatre . Elle
paroiffoit d'une grandeur
extraordinaire
, &
ne diminuoit rien des
de Chantilly.
147
nte
apra
"
objets qui eftoient au-
Ten tour. Ces ornemens efma
toient de marbre & de
de bronze , avec des vafes
O d'où fortoient des planle
tes . Au deffus de cette
caſcade paroiffoit une
allée d'arbres qui travercal
foit, & au delà on voyoit
nt un Palais fuperbe dans
l'éloignement
. Les deux
allées des coftez paroiffoient
auffi fort longues,
irt ornées d'une maniere differente
de celle du miien
Entd
pe
e. I
Nij
148 La Fefte
1
lieu. On appercevoit au
travers de pluſieurs Portiques
d'architecture
ruftique
mêlée d'arbres, une
caſcade dans l'enfoncement
. Ce qui eftoit de
remarquable , c'est que
les fontaines & les cafcades
avoient efté préparées
avec tant d'art, que
non feulement elles
n'empêcherent point qu'
on n'entendift la Mufique
& les Recits , mais
mefme elles fembloient
de Chantilly . 149
s'accorder avec la Simphonie
, dont les mou-
E vemens tantoft plus lens ,
tantoft plus preſſez , ex-
#primoient auffi le murmure
des eaux . Quelquefois
la Simphonie s'ar-
= rêtoit laiffer entenpour
dre ce murmure ; quelquefois
auffi le bruit des
eaux ceffoit pour ne laiffer
entendre que la Simphonie
qui l'imitoit.
Amafic vint refver
dans ce beau lieu au
N iij
150
La Feste
merite d'Alidor &
voyant yenir Lyſandre ,
elle luy avoua qu'elle
avoit changé. Lyfandre
1
l'ayant traitée de per
fide , elle luy confeilla
par cette chanſon de
changer comme elle.
Que l'inconftance eft agreable !
On s'engage avec un Amant ,
Et l'on le quitte au moment
Qu'on en trouvé un plus aimable.
Que l'inconftance est agréable !.
Lyfandre eftant forty,
de Chantilly.
151
refolu defe fatisfaire par
la mort de fon Rival fistoft
qu'il l'aura connu ,
Gelon vint avertir Amafie
qu'il avoit laiffé Alidor
avec la Reyne. Cela
dor
luy fit croire qu'il eftoit
aimé d'Orontée , & lors
qu'il parut , elle luy reprocha
fon ingratitude ,
en l'accufant de faire
contre elle ce qu'elle avoit
fait contre Lyfandre.
Elle fortit en
voyant
venir la Reyne , qui dit
10
152 La Fefte
à Alidor qu'il fçavoit
que l'amour qu'il avoit
eu pour Irene avoit caufé
fa colere, & Alidor ayant
répondu qu'un malheureux
comme luy fe con
noiffoit trop pour afpirer
à eftre aimé d'une Reyne,
elle ajoûta pour l'enhardir
à fe declarer , que
vertu meritoit un Diademe
, & qu'il n'y avoit
rien dont l'efperance luy
puft eftre deffenduë . Alidor
l'ayant quittée ,
•
fa
de
Chantilly .
153
dre
Creonte luy vint apprenque
le Frere d'Irene ,
Fils comme elle d'Agenor
Roy de Phenicie ,
& de Ladice , eftoit vivant
, & qu'un Envoyé
de fa Soeur venoit d'en
apporter la nouvelle.
Orontée en fut troublée ,
parce que ce Prince que
l'on croyoit mort , luy avoit
cfté deftiné par fon
Perę & par le Roy de
Phenicie , & qu'elle ne
pouvoit fatisfaire à ce
154
La Fefte
des
qui avoit efté predit par
fon Ombre, fans renoncer
à l'amour qu'elle avoit
pour Alidor . Creonte luy
confeilla de l'éloigner ,
pour faire ceffer
bruits defavantageux à
fa gloire , & elle répondit
qu'on auroit fujet
d'eftre content d'elle.
Cet Acte finit par le divertiffement
qui eft expliqué
dans ces Vers .
de Chantilly. 155
GELON.
Chers Compagnons delices
de la table ,
Rejcüiffons - nous.
Chantons , danfons, faifons les
fous.
Que la folie eft raisonnable !
LE CHOEUR.
Rejeüffons- nous
Chantons, danfons, faifons les
fous.
Que lafolie estraisonnable !
GELON .
D'où vient que le fommeil
m'accable ?
Que fes pavots font doux !
Camarades, couchons- nous
156 La Fefte
Sur le fein parfumé de Flore ,
Et dormons tous
Fufqu'au retour de l'Aurore,
Gelon s'eftant endormy
fur un lit de
gazon ,
un de fes Compagnons
dit ,
Dors , Gelon , dors.
Du jus divin ton ame eſt échauffée
,
Tu dois pour delaffer ton
corps ,
Te livrer tout entier dans les
bras de Morphée
Dors , Gelon , dors .
Aprés cela deux autres
compade
Chantilly. 157 .
21
10
Compagnons
de Gelon
dirent .
Vole , vole jufques aux Cieux
Sur l'aifle d'un fonge a greable,
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable.
Sur l'aifle d'un fonge agreable
Vole , vole jufques aux Cieux.
LE CHOEUR ayant repeté
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable ,
Gelon s'éveilla au bruit
que firent fes Compa-
& l'Acte finit
gnons ,
par une Danſe.
Le Theatre ne changea
O
158 La Fefte
point de Decoration au
cinquiéme Acte, qui com
mença par cette Chanfon
d'Orontée .
Je way, cruel devoir, éloigner
de ces lieux
L'innocent objet de maflame.
Mais qui me répondra, grands
Dieux,
Qu'eftant loin de mesyeux
Il ne regne plus dans mon ame?
Malgré fon amour elle
ne laiffa pas de déclarer
à Alidor qu'ayant fceu
combien Irene eftoit irde
Chantilly.
139
ritée contre luy , elle ne
pouvoit fe difpenfer de
l'éloigner de fa Cour ,
& qu'elle luy donnoit
Thebes pour retraite . Il
ſe retira comme ne cherchant
plus qu'à mourir,
& prefque auffi - toſt on
vit paroiftre Jacinte qui.
dit à la Reyne que l'En-
том voyé de Sidon parloit
u d'arrefter Alidor , qu'elle
craignoit qu'on ne vouluft
attenter fur fa vie ,
& qu'elle efperoit que
O ij
160 La Fefte
l'avis qu'elle luy en donnoit
appaiſeroit la colere
qu'elle avoit fait éclater
contre elle. La Reyne
n'eut pas fitoft envoyé
Jacinte pour empeſcher
le départ d'Alidor , que
444
Creonte luy fit part d'une
autre nouvelle . Il luy
apprit que l'Ambaſſadeur
d'Irene eftoit le Corfaire
Hipparque Pere d'Alidor,
dont la mort avoit paſſé
pour certaine ; qu'il avoit
obtenu le pardon de fon
de Chantilly. 161
Fils , & qu'Irene eftoit
partie elle-mefme de Sidon
pour venir mettre ſa
Couronne fur la tefte
d'Alidor . Cela donna de
la jalouſie à Orontée
qui crut qu'Irene venoit
couronner Alidor comme
Amant , mais elle fut
détrompée par lfmenie ,
qui l'affura que cet Alidor
eftoit Fils d'Agenor
Roy de Phenicie,& Frere
d'Irene. Le Vaiffeau qui
portoit ce petit Prince
O iij
162 La Fefte
dans le temps de fa naiffance
, ayant fait naufrage
, Hipparque l'avoit
trouvé flottant dans un
Berceau , & enveloppé
de langes tiffus de la
main d'Iſmenie . Il avoit
apporté ces langes , & Ilmenie
les avoit reconnus.
Orontée que cette reconnoiffance
rendoit heureufe
, puifque l'Ombre
de Ptolomée luy avoit
predit qu'elle épouferoit
un Roy que luy offriroit
de Chantilly. 163
1
une Reyne , ordonna à
Amafie de recompenfer
l'amour de Lyfandre
.
L'Opera finit par une
Fefte galante que fit une
troupe d'Egyptiens
&
d'Egyptiennes
, pour ſe
réjouir d'une avanture
qui leur donnoit un Roy
digne de l'eftre .
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux!
DEUX DU CHOEUR .
Le Soleil qui nous éclaire
E
164 La Fefte
Pour briller de plus beaux
feux
Va fe joindre avec Cythere.
CHOEUR.
Foüiffez, heureux Amans ,
Des plaifirs les plus charmans,
Desplus doux raviffemens.
RECIT.
Quelle gloire
En ce beau jour !
Alidor, ( qui l'euft pu croire? )
Va remporter la victoire
Par les mains du Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Ifmenie a fceu predire
Cet Hymen fait dans les
Cieux
de Chantilly. 165
ema
Deux Deffus du Choeur.
Quel bonheur s'offre à nos
yeux
Si charmant , fi glorieux ?
Pour le bien de cet Empire ,
Couronné des mains des Dieux,
Alidor vint en ces lieux.
DEUX AUTRES DESSUS.
Doux moment !
Four charmant !
CHOEUR.
L'Univers de noftre Roy
Recevra bien-toft la Loy.
DEUX DU CHOEUR .
O doux moment !
O jour charmant !
KT!
рит
victor
Die
EC
redire
166
La Fefte
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux !
Monfeigneur marqua
avec l'honnefteté qui luy
eft ordinaire, qu'il s'eftoit
beaucoup diverty à cet
Opera . Ce Prince tint Ap
partement le mefme jour,
& l'on y joüa à differentes
fortes de Jeux .
Le Mardy , qui eftoit
la troifiéme journée,
Monfeigneur voulut fe
de Chantilly . 167
B
donner le plaifir d'aller
tirer dans le Parc . Ce
Parc eft d'une beauté
merveilleufe &
quoy
que l'art l'ait beaucoup
embelly , il femble pourtant
qu'il ne luy doive
aucun de fes agrémens,
On y voit des cofteaux,
des plaines , & des bois
difpofez par la Nature
mefme d'efpace en efpace,
comme pour fervir de
retraite à toutes fortes
de gibier dont il eft rem168
La Fefte
ply , & pour offrir d'agreables
lieux de rafraìchiffement
à ceux qui
s'y promenent . Ces bois
font coupez par des rou
tes differentes qui fe croi
fent , & qui feroient en
d'autres lieux que Chantilly
, des promenades
•
qu'on admireroit, & qui
mefme en ce lieu- là où
tant de beautez fe trou
vent affemblées , ne laiffent
pas de fe faire regarder
avec plaifir. D'un
cofté
de Chantilly. 169
est
el
ner
et
côté où le terrain s'éleve
en côteau , on voit comme
dans une espece de
valon les canaux , les
prairies qui les bordent,
les Parterres , les Cafcades
, les petits bois dont
elles font ornées , les Ifles
dont je vous ay déja parlé
, qui font la plus delicieufe
, & la plus fuper
be veuë qu'on puiffe s'imaginer.
De l'autre côté
l'on voit comme dans
des enfonceniens des mai-
P
•
A
170 La Fefte
fons ruftiques qui paroiffent
au travers des bran
ches des arbres , des vil
lages qu'il femble qu'on
n'ait laiffez là dans une
efpece de lointain , que
pour faire des paysages
plus beaux que ceux que
le Pinceau nous a donnez
. On y trouve une
Menagerie dont la principale
porte donne fur
une des grandes allées
qui bordent le grand canal
, & qui d'un autre
de Chantilly . 171
côté fort dans les plaines
du parc. Cette Menagerie
, quoy qu'elle ne foit
pas encore achevée , ne
laiffe pas de paroiſtre
tres- magnifique . Outre
un parfaitement bel appartement
, dont la fimplicité
dans les meubles a
quelque chofe de plus agreable
que la richeffe en
d'autres lieux, la diftribution
d'une infinité d'endroits
propres à ferrer
tout ce qu'une Menage-
Pij
172 La Fefte
rie abondante peut fournir
de mets delicieux
,
fait un agrément qu'il
eft difficile d'exprimer .
On y voit un grand Salon
orné de peintures ,
teprefentant l'hiftoire
d'Ifis , & ce Salon eft
tourné de maniere qu'il
femble que ce foit plûtoft
le Temple d'Ifis qu'-
un baftiment ordinaire .
Beaucoup de Terraſſes
& de jardins champêtres
font l'ornement de cette
de
Chantilly .
173
maifon dont une des
courts eft bordée de huit
ou dix petits Pavillons ,
tous feparez les uns des
autres , & deftinez à lo-
Cintu
T'hif
Salo
ere
foit:
rdin
Terr
amp
de a
ger les animaux rares que
Monfieur le Prince fait
venir des Pays étrangers ,
Une autre court a dans le
milieu une fontaine toute
de fources vives ,
qu'on voit fourdre &
bouillonner parmy des
rocailles qui paroiffent
naturelles . On appelle
Piij
174
La Fefte
cette fontaine, la fontaine
de Narciße , parce que
ce Berger amoureux de
luy - mefme y paroiſt au
milieu fe regardant avec
tranſport , & tendant les
bras à fa Figure , qu'on
a le plaifir de voir dans
F'eau , tant cette cau eft
claire , nette & argentée,
pour me fervir des termes
d'Ovide , dont cette fontaine
furpaffe de beaucoup
la defcription .
Si je voulois contide
Chantilly. 175
nuer à vous faire celle
de cette Menagerie &
du Parc , je perdrois trop
longtemps Monfeigneur
de veue . Ce Prince , aprés
1 avoir tiré toute la matinée
dans ce Parc , alla
l'apréfdinée à la chaffe
du Cerf , avec la Meute
de M. du Maine , qui
n'a pas moins d'adreffe
que d'ardeur & d'activité
pour la Chaffe , & dont
l'équipage eft fi beau ,
qu'il ne cede qu'à celuy
176 La Fefte
du Roy. Il y eut le foir
Opera & Appartement .
Le Mercredy, Monfeigneur
alla à la chaffe aux
Perdreaux . Tous les Seigneurs
de fa fuite fe fe
parerent par Quadrilles.
Ce Prince eftant de retour
de la Chaffe , fit faire
un état de ce que cha
cun avoit tué , & envoya
cette Chaffe au Roy, avec
le détail , & les noms de
tous ceux qui avoient
chaffé. Il s'y trouva plus
de
Chantilly.
177
*
de cinq cens Faiſans ,
Perdrix , ou Liévres ,
Monfeigneur en ayant
tué luy ſeul plus de cent
quatre - vingt ; de forte
que s'il y euft eu un Prix
pour celuy qui en auroit
le plus tue , il cuſt eſté
donné à ce Prince . Il fe
promena l'apréfdînée , il
traverfa d'abord le Parterre
des Orangers , & alla
enfuite dans la partie du
jardin qui eft du côté du
Village de Chantilly.
178 La Fefte
II y entra par une gran
de porte qui eft au milieu
de la galerie des Cerfs .
Cette galerie s'appelle
ainfi , parce qu'elle eft
>
ornée de beaucoup de fi
gures de Cerfs au naturel
, portant tous au col
l'Ecuffon des Armes de
M' de
Montmorency ,&
des Maiſons avec lef
quelles ils avoient fait
alliance . Elle eft ouverte
en arcade fur le Parterre
des
Orangers , ayant au
de
Chantilly. 179
pied de fon mur un petit
ruiffeau d'eau vive &
claire qui coule fur un
beau fable , avec un murmure
le plus agreable du
monde. De l'autre cofté ,
entre les figures des cerfs
qui y font , elle eſt ornée
d'une peinture à frefque ,
reprefentant l'hiftoire
de Pfyché. Cette peinture
, quoy qu'un peu endommagée
par le temps,
ne laiffe pas d'eftre encore
d'une beauté à at
180
La Fefte
tacher les Connoiffeurs .
Cette galerie aboutit
d'uncôté à un grand Pavillon
apellé des Etuves,
à caufe qu'il y en avoit
autrefois.Ce Pavillon eft
compofé de deux grands
Salons , dont l'un eft ac
compagné
de Cabinets .
On trouve un Billard
dans le premier , & ily a
des Lits de repos dans
l'autre . Un de ces Salons
eft ouvert par unegrande
porte fur une des petites
Ifles
de Chantilly.
181
En
Ifles dont je vous ay parlé
, & il n'en eſt ſeparé
que par un canal que l'on
paffe fur un pont .
face de cette porte dans
l'Ifle , eft un grand
rond
de treillage
, qui forme
une efpece
de Salon dé-
Couvert
au milieu
duquel
eft une fontaine
avec
un tres-gros jet d'eau .
Par l'autre
bout
cette
galerie
conduit
à l'un
des Pavillons
de l'Orangerie
, compofé
auffi de
&
,
182
La Fefte
deux Salons. Monfei
gneur paſſa par une grande
allée de Picea en pi
ramide , & des Sapins entre-
deux , & eut le plaifir
de voir à la gauche , fur
une hauteur , ornée d'un
bois vert
une
cafcade
& une grande piece
d'eau avec trois gros jets,
dix levées , & autant de
baſſins à chandeliers. Ily
a dans la face de la cafcade
cinq grands Mafques
de bronze , qui vo
miffent une fort grande
de
Chantilly.
183
quantité d'eau , laquelle
tombant fur autant de
coquilles à trois rangs ,
forme autant de napes
d'eau . On voit au bas de
la caſcade un grand baffin
qui reçoit toutes ces
caux , & d'où fortent
plufieurs lances. L'archi
tecture de cette caſcade
eft fort correcte , & confifte
en plufieurs piedeftaux
. On y monte par
1 deux allées en rampes
qui forment des glacis
Qij
1.84 La Fefte
de gazon
tout - à - fait
Ces rampes agreables
font foutenues d'un côté
par des paliffades d'Ifs ,
& de l'autre par des Sabines,
& des boules d'autres
arbres verts . A la
droite font des Boulingrains
avec plufieurs fontaines
, & un petit canal
qui regne tout au long
de ces Boulingrains
, leſquels
fe terminent
de
mefme que la grande allée
, à une groſſe fontaide
Chantilly . 185
ya
ne dont le baffin eft enfoncé
d'environ cinq
pieds . Du milieu de ce
baffin s'éleve fur un picdeftal
à confoles , un au
tre baffin , dont il fort
un jet d'eau prodigieux
par fa groffeur . Il y a
une allée autour du
grand baffin, & une banquette
d'environ deux
pieds de haut au deffus
de l'allée , d'où fortent
vingt jets d'eau , qui for
ment un berceau fi juſte ,
Qiij
186 La Fefte
qu'on a le plaifir de fe
promener deffous fans
eftre moüillé. Le refte
eft un glacis de gazon .
Le bas de cette fontaine
s'ouvre en tenaille , & le
haut qui eft oppofé à la
prairie , eft foûlevé d'une
grande demy - lune , au
deffous de laquelle eft
un bois vert , qui fe termine
dans une grande
allée fur la hauteur , qui
paffe tout au long des
fruitiers , & mene à la
de Chantilly.
187
Faifanderie, dans laquelle
on trouve une quantité
prodigieufe de Faifans
& de Perdrix , qu'on
y éleve avec de grands
foins . Elle eft composée
de trois jardins en terraffe
, d'un corps de logis
de deux Pavillons , & de
I quatre grands jets d'eau
dans autant de baffins ,
l'un dans la court , & les
trois autres dans chacun
des jardins , qui font toust
trois en terraffe . Ce fut
188 La Fefte
für le canal qui répond
à ces deux parties que
Monfeigneur
s'embar
qua avec tous les Seigneurs
de fa fuite , pour
aller prendre le divertif
fement de la joûte fur
l'eau , & pour voir tirer
l'Oye , ce qui fe devoit
faire fur le grand canal ,
par les Mariniers que
Monfieur le Prince avoit
fait venir exprés . Les deux
bâtimens fur lefquels
Monfeigneur s'embar
de Chantilly .
189
qua avec ceux de fa fuite,
eſtoient ornez de leurs
Pavillons
& Tendelets
,
& conduits par dix - huit
Rameurs habillez en Matelots
. A mefure que
Monfeigneur avança , il
découvrit de nouvelles
beautez . Aprés la Faifanderie
on trouve un grand
jardin én terraffe , lequel
finit de mefme que les
jardins fruitiers qui font
au deffus , à un grand
rond , d'où defcend fur
A
190 L.
La Fefte
le canal une grande allée,
& ce qui la traverſe va
paffer entre la tefte & le
corps de la grande caſcade
, & fe termine au Pa
villon de Manfe . Toute
cette partie s'appelle le
Bois du Lude. Il y a plus
de vingt allées differentes
, dont la plufpart ont
des baffins & de grands
jets d'eau , dans le centre
où ces allées fe
coupent. Les arbres en
font parfaitement beaur,
de
Chantilly.
191
& les paliffades tres- unies
. Les principales de
ces allées menent par differens
endroits à la grande
caſcade . La teſte en eſt
foulevée de mefme que
les côtez par des paliffades
& par des Ifs , avec
du gazon dans les differens
paliers . Cette teſte
eft compofée d'un demy
octogone d'architecture
avec des Termes , des piedeftaux
, des baffins , des
animaux de bronze , des
192 La Fefte
coquilles & des rocailles .
Il y a fur trois gradins
de gazon neuf baſſins qui
reçoivent l'eau de neuf
grands vaſes . Au deffous
des gradins font encore
d'autres baffins les uns
fur les autres
au premier
defquels eft une
groffe gerbe d'eau faite
avec tant d'art , qu'on
n'en a point encore veu
"
de pareille. L'eau en paroift
auffi blanche que
nége , & fa tefte s'écarte
la
fi
de Chantilly. 193
fi agreablement, que rien
ne fçauroit mieux reprefenter
des épics qui fe détachent
d'une veritable
gerbe . Dans toute la circonference
des baffins qui
font au deffous de celuylà
font des jets - d'eau ,
lefquels avec les napes
quis'échapent des mefmes
baffins , & l'eau de la
gerbe font en tombant
un effet admirable . Au
deffus de tout le
pourtour
de ce demy
octogo-
R
194 La Fefte
ne font des baffins taillez
tres- proprement , du
milieu defquels comme
de la coulette qui eft au
deffous , fortent plufieurs
lances de meſme que du
fond de fon grand baffin,
& comme de tous les côtez
on voit des Jets &
des chûtes d'eau , ce contraſte
fait beaucoup de
plaifir à la veuë . Il y a
dans le milieu de la grande
allée de la caſcade un
fort beau baffin octode
Chantilly.
195
gone , du milieu duquel`
& des quatre coftez fortent
cinq jets d'eau . Le
corps de la caſcade con--
mence au bord de cette
allée. Elle est toute rem-
$
plie de gradins , de lances
, de napes , de bouillons
d'eau , & de marches
fur lefquelles , & des
deux coftez , l'eau fe brife ,
avec un murmure agreable
. Après avoir formé
une grande nape de plus
de cinquante pieds de
1
Rij
196 La Fefte
tour , elle ſe va precipiter
dans un goufre d'où elle
difparoift , pour rentrer
par deffous terre dans le
canal qui luy eft oppofé.
Au delà de ce goufre font
quatre baffins avec un
gros jet d'eau , qui avec
un glacis de gazon cn
tenaille forment le pied
de cette belle cafcade ,
aprés lequel on trouve
au bout d'une allée un
grand quarré long orné
tout autour de doubles
de Chantilly.
197
"
paliffades entre les grands
arbres , au pied defquelles
commence un double
gradin de gazon qui fe
termine en glacis de tous
coftez.A l'entrée on trouve
un rond d'eau du
milieu duquel s'éleve une
des plus groffes fontainės
qu'on ait encore veuës ,
Le refte de l'efpace eft occupé
par un quarré plus
long que large , dans le
milieu duquel s'élève un
grand rocher de mefme
R iij
198 La Fefte
figure. Quatre grands
jets d'eau en arcades partent
des quatre coins ,
& vingt- quatre jets d'eau
de deux pouces de dia
metre forment le pied
d'un autre grand jet
d'eau qui a du moins
foixante pieds de hau
teur , & qui tient le milieu
de cette partie. Voilà
tous les objets qui parurent
à
Monſeigneur pendant
le temps qu'il demeura
fur le canal de la
de Chantilly . 199
Riviere . Au fortir de ce
lieu-là fon Bateau entra
dans un canal de traverſe
qui porte fes eaux au Pavillon
de Manſe . De ce
canal on découvrit toute
la Prairie qui va juſqu'à
la chauffée de Gouvieux
,
ainfi que deux grandes allées
en terraffe , chacune
enfermée de deux grands
canaux
& la mefme
Prairie coupée dans le milieu
par un cinquiéme canal
. Tous ces canaux &
200 La Fefte
toutes ces terraffes ont au
moins onze à douze cens
toifes de long. De là on
vint dans une éclufe à
trois
portes .
Si- toft qu'on les cut
ouvertes , on vit comme
une Mer qui auroit rompu
fes digues , fe précipiter
à grands flots roulant
les uns fur les autres
avec un bruit effroyable.
Les bateaux ayant efte
élevez à la hauteur du
grand canal , on y entra
H
de Chantilly. 201
au fon des
Trompettes ,
& des
concerts de plufortes
fieurs d'Inftrumens
, qui eftoient aux
bords du canal , & fur le
canal mefme dans des bateaux
. Comme je viens
de vous parler du Pavillon
de Manfe , il me refte
à vous dire que les eaux
d'une fource admirable
y font élevées à foixante
& quinze pieds de haula
Machine que
teur ,
par
laRiviere y fait
mouvoir;
1
1
1
202
La Fefte.
que ces mefmes eaux font
portées de là dans un
grand Refervoir , qui eſt
fitué entre les jardins &
la foreft , entouré d'unc
large terraffe , & de quatre
grandes allées , & que
ce Refervoir contient
plus de cent trente mille
muids d'eau. Le divertiffement
de la Joûte &
de l'Oye eftoit prepare
dans le grand canal , où
je viens de vous marquer
que Monfeigneur
de Chantilly. 203
cftoit entré. Ces fortes.
de Jeux fe firent vis à
vis de la grande caſcade.
Les environs du canal
où cette Fefte fe fit, font
admirables par la diverfité
des plans & des vûës .
1 D'un cofté font tous les
jardins remplis de canaux
, fontaines & cafcades
; & de l'autre eſt un
payfage élevé en amphitheatre
par
plufieurs
grandes allées , dont je
vous ay parlé en vous
1
204 La Fefte
faiſant la defcription du
Parc . Ce payſage eftoit
tout remply de peuple ,
de mefme que les bords
du grand canal . Quand
ce divertiffement fut finy,
Monfeigneur entra
dans un bâtiment tout
doré , conftruit à la maniere
de ceux dont fe fert
le Roy de Siam , & que
l'on nomme Balons, dont
Sa Majefté a fait prefent
à Monfieur le Prince. Il
y avoit des Luths , des
Theorbes ,
de
Chantilly. 205
Theorbes , des Baffes de
Violes , & des Voix choifies
, dans la Poupe de ce
Balon . Il eftoit accomgné
d'un autre bâtiment
remply d'un fort grand
nombre de Joeurs d'Infftrumens
, & d'un Choeur
de plus de foixante perfonnes
.
Monfeigneur arriya
au fon de tous ces
Inftrumens , & au chant
de toutes ces Voix , à la
teſte du canal où eft la
grande caſcade de toute
S
206 La Fefte
la Riviere. Elle eft d'unc
finguliere beauté , & merite
d'autant plus d'eftre
admirée , qu'il n'y a au
cun jardin connu , où il
fe trouve rien de femblable
, fi ce n'eft dans
la Vigne de Frefcati en
Italie . Imaginez - vous ,
Madame , une abondance
d'eau prodigieufe qui
tombe par divers fauts
fur des gradins en demyrond
, dans un grand baſfin
quatre fois plus large
A
CO
10
de Chantilly. 207
que le canal . Cette eau
fe brife en tombant , &
forme autant de petits
rochers d'eau , qui tout
blanchiffans d'écume ,
font un effet admirable .
Toute cette eau fort d'un
grand baffin en rond qui
reçoit toute la Riviere
de Chantilly , fans qu'on
s'apperçoive par où elle
entre , parce que tout autour
de ce baffin , il y a
des allées de grands arbres
à
double rang, &
,
1
Sij
208 La Fefte
des paliffades . Ces arbres
& ces paliffades cachent
la veuë du canal , qui par
un aqueduc fouterrain ,
conduit dans ce baffin
les eaux de cette Riviere.
Monfeigneur eut le plaifir
d'y voir pêcher. On
prit plus de cinq cens
poiffons d'un feul coup
de Filet. Ce Prince retourna
en carroffe au
Chasteau , & y tint Ap
partement avant & aprés
fon Soupé . Madame la
de Chantilly. 209!
Princeffe & Madame la
Princeffe de Conty arri
verent ce jour-là à Chantilly
entre minuit & une
heure .
Le Jeudy qui eftoit la
cinquième journée, Monfieur
le Prince ayant efté
averty que Madame la
Ducheffe & Madame la
Princeffe de
Conty la
Douairiere
devoient partir
de
Verſailles aprés le
couché du Roy pour venir
à
Chantilly , fe pre-
S iij
La Feste
para à les recevoir . Monfeigneur
voulut aller auf
fi au devant de ces Prin
ceffes . Il partit à trois
heures du matin , & les
rencontra
au bout de la
route du Mail fur le che
min de Lufarche
où
elles furent receues au
bruit des Trompettes
&
des Timbales
. Cependant
Monfieur
le Prince qui
avoit diſpoſé un Diver-
,
tiffement pour les furprendre
, alla au deyant
de
Chantilly.
211
و
d'elles jufqu'au milicu
de la route d'où il les
accompagna à cheval de
mefme que Monfeigneur.
Elles entendirent peu de
temps aprés une harmonie
champeftre , & virent
paroiftre environ quatrevingt
Faunes & Satyres
fur des chevaux caparaçonnez
de feuillages qui
rangerent en deux files
& les
accompagnerent
jufqu'au Château
bruit d'un grand nom
fe
au
"
L
21 2 La Fefte
bre d'Inftrumens . Cette
Cavalcade fut trouvée
auffi extraordinaire que
divertiffante . Les Princef
fes allerent fe repoſer ſi
toft qu'elles furent arri
vées dans les Apparteniens
qui leur avoient
efté preparez . Monſeigneur
qui s'eftoit
levé
avant
trois
heures
du
matin, alla coure
le Loup
à Merlou
au lieu de fe
mettre
au lit. Je ne vous
diray pointque Monfieur
de
Chantilly.
213
le Prince faifoit fervir
tous les jours dans differentes
Salles , & dif
ferens Appartemens de fa
Maiſon , plufieurs tables
toutes très - magnifiques.
& tres - delicates tant
pour les Seigneurs qui
accompagnoient Monfeigneur
, que pour un
nombre prefque infiny
de
Gentilshommes
d'autres perfonnes
que
leur devoir où la curiofité
avoit atrirées à Chan-
,
&
214
La Fefte
tilly. Tous les Villages
des environs eftoient
pleins d'Officiers qui avoient
foin de faire fervir
avec abondance tous
ceux qui y eftoient logez.
Les Princeffes eurent aprés
leur difné le divertiffement
de la Joufte fur
l'eau des grands foffez
du Château au deffous
de leurs Appartemens
,
d'où elles pouvoient
prendre ce plaifir .
Le fixième jour , qui
de Chantilly.
215
eftoit le Vendredy , Monfeigneur
alla courre le
Cerf avec les chiens de
Monfieur le Duc du
Mayne , & Monfieur
le
C
Prince ayant fait preparer
tout ce qui eftoit
neceffaire pour une grande
chafse , & d'une maniere
toute nouvelle ,
on ſe rendit
l'apréſdînée
dans les belles routes de
la Foreft . Je ne fçaurois
m'empefcher
de vous faire
remarquer que ces rou216
·La Fefte
tes , dont on auroit peine
à dire le nombre, rant
il eft grand , & qui coupent
de tous coftez une
des plus belles & des plus
vaftes Foreſts du monde ,
font toutes à perte de
veuë , d'une tres- grande
largeur avec des palifsades
d'une hauteur extraordinaire.
On n'en
fçauroit voir de plus
toufuës , elles ont un
terrain fort uny , & qui
eft couvert d'une herbe
fi
de Chantilly. 217
1
fi fraîche & fi verte, qu'il
n'y a point de tapis de
gazon plus vert. Ce fut
par ces routes que l'on
alla jufqu'à un Etang
qni eft au milieu de cette
1
1
Foreft , & qui eft appellé
l'Etang de Comelle. Cet
Etang peut avoir environ
un quart de lieuë de
long , fur un demy quart
de lieue de large. Il eft
dans un fond dont le
terrain s'éleve tout au
tour en amphitheatre , à
T
י ד
218 La Fefte
la referve de la chaussée,
& tout eft garny de Bois ,
ce qui fait une veuë fort
agreable. Les toiles de
chaſse enfermoient l'Etang
, & leur enceinte
s'étendoit
par un cofté
dans la foreft . On avoit
drefsé une feuillée fur la m
chaufsée , avec des Tentes
au milieu , pour y mettre
les Dames . Une collation
magnifique y fut fervie.
Tous les Spectateurs eftoient
autour ou derrie- a
de Chantilly.
219
re les toiles . On trouva
fur l'Etang des bateaux
Couverts de leurs Tendelets
, & plufieurs autres
plus petits couverts de
feuillages . Monfeigneur,
Madame la Duchefse ,
Madame la Princesse de
Conty ,Monfieur le Prince
, & les Dames d'honneur
des Princesses
, avec
quelques
- uns des Seigneurs
de leur fuite , entrerent
dans le plus
grand de ces bateaux.
Tij
220
La Fefte
Monfieur le Duc , Monfieur
le Prince de Conty ,
& Monfieur de Vandofme
fe mirent dans le fecond
. Tout le refte de
leur fuite fe partagea dans
les autres , & Madame la
Princeffe fe plaça fous
la Feuillée avec plufieurs
autres Dames . A peine avoit-
on achevé de s'ems
barquer , qu'on entendit
retentir de tous coftez le
fon de plufieurs troupes
de Hautbois & de Trom
de
Chantilly
221
pettes qui eftoient placez
en divers endroits &
peu de temps aprés un
bruit de cors & de chiens
qui firent lancer dans
ร
l'Etang à plufieurs reprifes
un grand nombre de
fangliers , de cerfs & de
biches . Tous ceux qui étoient
dans les bateaux ,
prirent leur party pour
les attaquer
, les uns avec
des pieux , les autres avec
des dards , & les autres
avec des épées, Plu
Tiij
222
La Fefte
fieurs ſe ſervirent de grof
fes gaules avec des noeuds
coulans au bout afin de
les pouvoir prendre vi
vans . Ils firent tout le
tour de l'Etang en cet
équipage , & formerent
un croiffant pour chaffer
toutes les beftes du cofté
où eftoit Madame la Princeffe
, ce qui caufa un
plaifir fingulier qui fut
encore augmenté lors
qu'on donna les chiens
qui attaquerent ces beſtes
de Chantilly. 223
de toutes parts , & avec
tant de vigueur , qu'un
feul chien coëffa un fan :
glier à plufieurs
fois & le
noya. Cette Chaffe
dura
environ deux heures , &
donna beaucoup de plaifir.
Les Dames eurent la
fatisfaction de prendre
des cerfs elles -mefmes avec
les noeuds coulans
qu'elles leur jettoient .
On attachroit enfuite la
corde au bateau que les
cerfs tiroient en voulant
224
La
Fefte
gagner
le bord , en forte
qu'on faifoit
lever les
rames , & lors qu'ils l'avoient
conduit à bord,
on leur coupoit la corde ,
& on leur donnoit la liberté.
Elles curent encore
le plaifir de prendre
dans leur bateau quantité
depetits Faons vivans,
& de leur donner auffi
la liberté. Cependant
quoy qu'on
cuft foin
d'en fauver
le plus qu'on
put , on ne laiffa pas d'en
de Chantilly . 225
0:
apporter de morts dans la
court du Château , au
nombre
de cinquante
ou
foixante , tant cerfs & biches
que fangliers
. On
revint en fuite au Château
où il y eut Appartement
& Opera
.
6.
Le
lendemain Samedy
Monfeigneur
alla à la
Chaffe du Loup dans la
foreft . Les Dames demeurerent
ce jour - là au
Chafteau , parce que le
beau temps ceffa . A fon
1
226
La Fefte
retour il eut avec elles
le divertiffement
d'un
concert dans l'apartement
de Madame la Princeffe
de Conty. Les Vers
eftoient de M. du Boulay
, Secretaire de M. le
Grand Prieur , & la Mufique
de la compofition
de M. de Lully , Sur- intendant
de la Mufique
du Roy. Je dois vous
dire pour l'intelligence
de ces vers que le divertiffement
qu'on donna à
de Chantilly. 227.
Monfeigneur au milieu
de la foreft le jour que ce
Prince arriva à Chantilly
, ayant efté trouvé fort
beau , on avoit refolu de
recevoir lés Princeffes en
cet endroit , le jour qu'-
elles arriveroient , de la
même maniere que Monfeigneur
le Dauphin , &
comme le divertiffement
de la chaffe ne leur convenoit
pas , les Vers que
vous allez lire devoient
eftre chantez , au lieu de
228 La Fefte
ceux qui avoient fervy
de prelude au divertif- t
fement de la chasse , & ha
qui commençoient par
Debout, Lyfifcas , &c. k
ce qui ne fut pas executé,
parce que les Princeſses
devant venir la nuit ,
pour éviter la grande
chaleur du jour , l'heure
n'eftoit pas propre pour
un repas , & pour un divertissement
pareil à celuy
qui le fuivit , de forte
que les Vers qui avoient
cfté
de Chantilly . 229
efté faits pour cette reception
, n'ayant point efté
chantez , ils le furent
dans l'appartement de
Madame la Princesse de
Conty , le jour que je
viens de vous marquer.
Les
voicy.
, Princeffes , vous voyez ces hoftes.
de nos bois ,
Pour la premiere fois ,
Quitter leurs demeures paifibles
:
Mais d'un jeune Heros toutfuit
icy les Loix ;
V
230
La
Fefte
Et ce n'est que pour vous que
foumis àfa voix
Ces demy- Dieux fe font
rendus vifibles.
Faunes , vous eftes trop heureux
,
Que l'innocence de vos jeux
Acette belle Troupe ait marqué
vos hommages ;
Dans ces lieux où tout cherche
à flaterleurs defirs
Vous faites leurs premiers
plaifirs.
Aprés de fidoux avantages
Retirez-vous contents fous vos
fombresfeuillages.
de Chantilly. 231
Ces champeftres Divinitez ›
Princeffes voyant vos beautexx
Vous prennent pour des Immortelles.
Faunes , vous ne vous trompez
pas,
Ilen eft dans les cieux & mime
desplus belles ,
Quifont éclater moins d'appas.
Quel nouveau jour nous
éclaire ,
Etfe repand dans ces lieux !
Nous reconnoiffons
lesyeux
Vij
232 La Fefte
·
Sources de tant de lumiere :
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne .
Ab , que vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
B
Les jeux , les ris , la jeuneſſe ,
Accompagnent tous vos pas ;
Aux lieux où vous n'eftes pas
On voit regner la trifteffe.
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne.
Aboque vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
Ces Vers furent applaudis
, & l'on trouva qu'ils
de Chantilly.
233
convenoient parfaitement
au fujet. Il y eut
encore ce jour- là Appartement
& Opera , & enfuite
Media- noche
Jamais on n'a vu tant
de divertiffemens dans un
feul jour , & de tant
de differentes manieres
qu'il y en eut le Dimanche
, qui eftoit la huitiéme
journée. Il femble
qu'ils renaiffoient dans
le temps qu'on cuft cu
fujet de croire que leur
V iij
234
La Fefte
nombre auroit deu diminuer
, à caufe des differens
& continuels
plaifirs
qui pendant
fept jours !
avoient répandu la joye
dans tout Chantilly
.
Mais files divertiffemens
fembloient devoir eftre
épuifez , le zele de M
le Prince ne l'eftoit pas.
Ce jour-là aprés la Meffe,
Monfeigneur alla à la
Chaffe du cerf avec les
chiens de M. le Grand
Prieur. Au retour de la
A
de
Chantilly . 235
Chaffe il fe fendit avec
les Dames dans la Maifon
de Silvie pour le repas
que Monfieur le Prince
luy donnoit. Il faut vous
expliquer ce que c'eft que
cette maifon de Silvie .
C'est une espece de petit
Château qui n'eft com
pofé que d'un Appartement
bas de quatre pieces
, feulement percé en
enfilade , & aboutiffant
d'un coftés aux allées
champeftres d'un grand
0
236 La Fefte
་
bois qui eſt à coſté de la
grande terrasse , vis à vis
le vieux Château . On
appelle auffice Bois le
Bois de Silvie . De l'autre
coſté cette maiſon aboutit
à un demy rond qui
eft dans la grande Forest,
& dont je vous parleray
-bien-toft . Un petit parterre
bordé de berceaux
de chevrefeüil regne tout
le long de cette maiſon.
On dit que ce nom de
Silvie luy a efté donné
0:3
de Chantilly.
2.37
par le fameux Theophile
qui eftoit attaché au fervice
de Mrs de Montmorency
, & qui lors qu'ils
cftoient à Chantilly paffoit
une partie de fon
temps a refver agreablement
, & à faire des Vers
au bord d'une Fontaine,
toute fimple & toute³naturelle
, pouruneMaiſtref
fe qu'il avoit , appellée
Sylvie. On voit encore
cette Fontaine auprés de
cette maiſon , & les pe-
1
238
La
Fefte
tites murailles d'appuy
qui l'environnent & qui
en fervent à des bancs
de marbre qui font
tout autour , font encore
ornez d'une infinité de
Vers galans qui y ont
efté écrits par ce Poëte
amoureux. Ce fut dans
cotec maifon que Monfieur
le Prince fit fervir
un retour de Chafse à
Monfeigneur . Aprés qu'-
on eut mangé les entremets
, comme on croyoit
de
Chantilly. 239
qu'on alloit fervir le
fruit, Monfieur le Prince
dit à
Monfeigneur
, que
sil en vouloit il falloit
qu'il fe donnast la peine
d'en aller chercher au milieu
du Labirinthe où le
Deffert eftoitfervy . Monfeigneur
accepta la propofition
avec joye , &
l'on fe leva de table pour
aller dans le Labirinthe .
Il eft au milieu d'une partie
de la Foreft que Son
Alteffe Sereniffime a fait
4
240 La Fefte
enclore depuis peu de
temps . Dans cet eſpace
de la Foreft , enfermé du
cofté de la grande chute
d'eau , on voit un fort
de
beau Jeu de Mail , & un
de longue Paume . Au deça
eft un grand Manege ,
& à cofté font les Jeux.
l'Arquebuſe & de l'Arbalefte
, avec de grands
Portiques d'Architecture:
au milieu de grandes allées
. Monfieur le Prince
voulant que de quelque
cofté
de Chantilly. 241
i
cofté que Monseigneur
puſt tourner , il trouvaſt
un plaifir impreveu , avoit
fait venir des genst
quifebotenoient tout)
prefts dans chacun des
Jeux dons je viens de
vous parler, en fortè qu'il
y avoit dans le Jeu de
Paume des Joueurs de longue
Paume , des Joueurs
de Mail dans le Mail , des
Tireurs d'Arbalefte
d'Arquebufe dans les
deux lieux deftinez à ces
•
&
1
X
242 La Fefte
exercices , & des chevaux
de bague dans le manege
.
Le reste de la Foreſt qui
n'eft point occupé par
ces Jeux , eft coupé de
grandes routes , qui prennent
leur commencement
dans un domy rond
qui fait comme l'avantcour
du Pavillon de Sylvie
, & qui fe feparent
encore en plufieurs autres
, ce qui fait une promenade
auffi divertiffante
que belle . În
X
de Chantilly. 243
Voilà la fituation du
Labyrinthe qui eſt ſi
remply de detours , qu'il
eft prefque impoſſible
de ne s'y pas égarer , &
d'en trouver le milieu .
Il eft auffi ingenieufement
imaginé que tout
le refte de Chantilly, que
Monfieur le Prince a ordonné
, & quoy qu'il ne
foit pas encore dans la
perfection où ce Prince
veut qu'il foit , je ne laifferay
pas de vous en donx
ij
244
La Fefte
ner une idée la plus jufte
que je pourray . On y
doit trouver à l'entrée
deux Figures de marbre,
que Monfieur le Prince
fait faire à Rome ; l'une
reprefentant Thefée qui
entre dans le labirinthe,
& l'autre Ariane qui luy
-prefente le fil dont il doit
ſe fervir pour affurer (on
retour. Une figure du Minotaure
, qui fe fait auffi
à Rome, doit cftre au milieu
, & comme , felon la
de Chantilly. 2455
Fable, on devoit facrifier
tous les ans à ce Montre
neuf jeunes enfans
d'Athenes , on trouve en
pluſieurs endroits dans :
des enfoncemens qui font
le long des routes du :
Labirinthe, des figures de
jeunes enfans affligez &-
épouvantez du danger
où ils font. En d'autres
enfoncemens pareils , on
trouve des bancs de :
Marbre avec des cartou
ches portez fur des pie--
"
Xiij
246
La Fefte..
deftaux . Sur chacun de
ces cartouches eft une
Enigme , de forte qu'en
mefme temps qu'on offre
à ceux qui font dans
le Labirinthe dequoy repofer
leur corps , on leur
prefente dequoy fatiguer
leur efprit par la curiofité
qui les porte à lire
ce qui fe prefente à leurs
yeux , & par l'envie naturelle
qu'on à de pene
trer ce qu'on n'entend
pas d'abord. Voicy les
de Chantilly. 247
Enigmes que l'on trou
ve en ce beau lieu.
I.མ
On ne m'entend pas dire un
A mot
( tre.
Auxyeux je ne fçaurois paroif-
Je fais connoifire & méconnoiftre
L'habile homme d'avec le fot
Mues , fouvent je perfuade ;
Je fuis propre pour un malade ,
Je fuis le jour, j'aime les nuits,
ne fçaurois pleurer ny rire,
Quifuis-je ? cecy doitfuffire.
ne fuis pas ce que je fuis
Si j'ay pouvoir de te le dire.
Fe
La
Fefte
II.
Tantoft beau, tantoft laid , je
plais , & je fais peur ,
Je ne fuis rien du tout , & je
fais toutes chofes
Rarement veritable & bien
fouvent trompeur,
Je fuis toujours fujet à des
Metamorphofes
Sans conleur" je fçay peindre,
je parle fans voix,
Je vais chez les Bergers , je vi
fite les Roys ,
1
Et je donne aux Amans d'heu
reuſes avantures,
Scavant Magicien j'inftruis les
curieux
de Chantilly. 249
Je prens en un moment cent
fortes de Figures ,
Mais on nepeut me voir qu'on
ne ferme les yeux..
230
La Fefte
HII.
Si tu fearvois de quel endroit
du monde,
On ne peut voir que trois aunes
des cieux,
Cel point de doctrine profonde
T'éleveroit au rangdes Dieux.
de
Chantilly. 231
IV.
D'un pere lumineux je fuis la
Fille obfcure,
Je méprife la terre, & je m'éleve
aux cieux
Où j'apaife fouvent la colere
des Dieux ,
Quand ils ont refolu de per
dre la
nature.
Ma prefence eft cruelle aux
yeux ,
Et toujours Hofteffe fafchenfe,
Je fais fuvent pleurer une
perfonne beureuse.
22
+19
252
La Fefte
V.
Je fais autant de manx que je
caufe de biens
Quand on me veut forcer jeſchape
à mes liens
Je voy fair devant moy, par
tout on me fait place,
Les Princes les Rois de moy
trop amoureux >
Avec des longs travaux me .
conduifent chez eux.
Mais poureux quelques fois je
fuis toute de glace.
塗塗
Tor
me
VI.
de Chantilly . 253
VI.
Tout le monde me craint , tout
le morde me fuit ,
Je mene dans le port, j'augmente
les orages
,
Je produis la clarté , je forme des
nuages ,
Le jour m'eft ennemy, je le fuis
de la nuit
Toujours en action , jamais je
ne m'arreste
Terrible aux criminels , charmant
dans une Fefte.
253
Y
234
La Fefte
VII.
Fe brouille les amis , & jé les
entretiens ,
Faccrois les revenus , je diffipe
les biens ,
Favance le trepas , je prolonge
la
vie ,
F'augmente
la temerité
,
Fe feme la difcorde , à la paix
je convie ,
Et les plus diffolus aiment ma
pureté.
de Chantilly.
255
VIII
2
Quel eft cet art ingenieux .
De peindre la parole, e deparler
aux yeux
Et qui fçait , par des traits de
figures tracées ,
Donner de la couleur du
corps aux pensées ?
Y ij
256 La Fefte
IX.
Des petits & des grands mon
fein eft le refuge
Faypar toute la terre un celebre
renom
Et tout feulje porte le nom
D'un Berger , d'un Prince &
d'un juge
de Chantilly. 257
X.
Amant infortuné d'une belle
Maiftreffe
Dont la grace est égale à la legereté
,
Je la cours en tous lieux ,je la
pourfuisfans ceffe
Pour contenter l'amour dontje
fuis tourmenté.
Elle , trop e flâmée , accorde à
mon e vie
Un baifer fatal à ma vie,.
Y iij
258 La Fefte
XI.
Effet inanimé d'une cauſe vi-
Vante
Je retire les Morts du tenebreux
Séjour.
Par moy le fort d'un fiecle eft
le plaifir d'un jour,
Et celuy qui m'a fait oufe cache,
oufe vante.
Fentretiens tout le monde ,
ne dis jamais mot ›
Pour eftre bien vétu je n'enfuis.
pas moins fot..
de Chantilly. 259
XII
Un bon vieux pere a douze
enfans ,
Ces douze en ont plus de trois
cens
Ces trois cens en ont plus de mille ..
Ceux- cy font blancs ,ceux- làfont.
noirs ,
Et par de mutuels deve´rs
Tous confervent l'accord à l'USnivers
utile.
260 La Feste
Outre les figures d'enfans
on en rencontre
beaucoup d'autres reprefentant
differens perſonnages
, comme des A-
19
fem
mours , de petits Jeux
qui femblent fe moquer,
& infulter ceux qui s'égarent.
Les piedeftaux , &
Lesfcabellons qui portent,
foit les Enfans , foit les
Cartouches , font de dif
ferent marbre tres-beau.
Parmy tant d'Enigmes ,
on n'a pas oublié celle
de Chantilly . 261
du Sphinx , qui eſt ſi faª
meufe. Le Sphinx y eft
luy- mefme , qui la prefente
en Latin & en
François . Monfeigneur
eftant entré dans le La-
T
1
byrinthe avec les Princes
& Princeffes , & tous les
Seigneurs de fa fuite ,
chacun prit des chemins
differens pour arriver
plûtoft au lieu où eftoit
la Colation , & ceux qui
fe promirent d'en trouver
bien- toft le centre ,
1
1
26.2 La Fefte
fe lafferent en faiſant plus
de chemin que les autres,
fans avoir plus d'avanta
ge fur eux. On peut dire
feulement qu'ils furent
les premiers trompez ,
tant ce Labirinthe
eft
difficile.Cependant Monfieur
le Prince , pour faciliter
le moyen d'en trouver
le milieu , y avoit fait
placer un Concert de
Hautbois . On marchoit
droit au lieu où ce Concert
eftoit entendu 2,. &
de Chantilly.
263
que dans
lors qu'on en eftoit tout
proche , & qu'on croyoit
ne devoir plus avancer
que pour y entrer , on
s'en éloignoit infenfiblement
; de forte
le temps où l'on eftcit
le plus perfuadé qu'on
n'avoit plus de chemin
à faire , on s'en trouvoit
encore auffi loin que lors
qu'on avoit commencé
à faire le premier pas .
Les agreables impatiences
que cela caufoit fer-
1
264
La Fefte
voient de divertiſſement
à ceux mefmes qui eftoient
les plus
trompez.
Enfin
Monfeigneur qui
s'eſtoit rendu , deſelperant
de trouver ce qu'il
cherchoit , & voulant
épargner aux Dames la
fatigue de marcher plus
longtemps , dit à Monfieur
le Prince qu'il falloit
les mettre dans le
bon
chemin ; ce que Son
Alteffe fit . Quand ils furent
dans la veritable
Ioute ,
de Chantilly . 265
route , ils arrriverent
bien- toft au centre de ce
..
Labirinthe , extremément
furpris de ce qu'ils y
trouverent , parce qu'il
ne s'eft encore jamais
rien vû de pareil . Il faut
vous dire pour vous le
bien faire
comprendre ,
que le milieu du Labirinthe
reprefente une
manière de grande Salle
découverte . Son plan eſt
quarré avec un enfoncementen
rond ſur chaque
Z
266 La Fefte
1
face . La table qui eftoit
dreffée dans le milieu de
cettte efpece de Salle fuivoit
le mefme plan . Le
deffus reprefentoit un
parterre
, dont les compartimens
eftoient for
mez par des corbeilles
d'argent , & tous les fentiers
qui feparoient les
corbeilles eftoient degazon
, de forte qu'il n'y
avoit point de nape. Les
devants & le tour de la
table eftoient de feuillade
Chantilly.
i
267
2
ges ornez de feftons de
fleurs , avec un cordon
pareillement
de fleurs qui
bordoit la table . Le milieu
en eftoit occupé par
un vaſe de filigrane d'argent
, d'où fortoit un
Oranger tout couvert de
fleurs & de fruits naturels
. Comme ce vafe étoit
plus étroit vers le pied ,
on avoit placé tout autour
huit autres vafes garnis
de fleurs . Ils eftoient
accompagnez
de huit cor-
1
1
Z ij
268 La Fefte
beilles qui en eftoient
auffi remplies , & ces corbeilles
eftoient portées
fur autant de niafques
d'or qui fervoient d'orces
vafes
nement au grand vafe.
De forte que les fleurs de
de toutes ces corbeilles
& de tous
faifoient enſemble un effet
tres - agreable , & qui
avoit quelque chofe de
delicieux. Les corbeilles
parterre
qui formoient
le
& qui eftoient en Dôme
de Chantilly. .269
joignant l'agrément
de
leurs figures au different
coloris d'une fi grande
quantité de fleurs , le tout
formoit un composé dont
la veuë eftoit rejouye , &
dont on ne pouvoit fe
laffer d'admirer l'agreable
& riante diverfité , &
ce qui la faifoit encore
paroiftre davantage, c'eft
que toutes les corbeilles
qui fe trouvoient d'une
mefme forme eftoient
garnies de fruits de mef-.
Z iij
270 La Fefte
me couleur , & qu'elles
eftoient difpofées de forte
qu'on croyoit voir un
parterre
veritable
. Outre
toutes ces corbeilles
, il
y en avoit encore beaucoup
d'autres
.
Il y avoit un Bufet
dans chacun des quatre
angles du lieu où eftoit
la table , & chaque bufet
avoit trois gradins. Ils
cftoient tous ornez de gazon
, de feüillée , & de
• feftons de fleurs fans nade
Chantilly . 271
pes , afin qu'ils euffent
du rapport
à la table qui
n'en avoit point . Tous
ces bufets eftoient
garnis
de vafes d'argent
& de
porcelaines
. Sur les coins.
de chaque
étage , & dans
le milieu
du troifiéme
gradin
eftoit un autre
vafe plus haut que les
autres . Aux deux coftez
de chaque
bufet , on
voyoit
deux focles de
gazon fur chacun
defquels
eftoit pofée une
272 La Fefte
caiffe. Ces caiffes étoient
au nombre
de
douze , & l'on voyoit
fortir de chacune un arbre
fruitier chargé de
tres- beau fruit , & qui
n'avoit pas moins dequoy
contenter le gouft
que la veuë . Outre ces
quatre bufets , il y en
avoit deux grands qui
eftoient en face de la table
, & qui fuivoient le
plan du lieu où ils étoient
dreffez . Ils avoient
de Chantilly.
273
deux gradins dont le premier
eftoit occupé par
une couche de Melons
naturels . Le fecond étoit
garny de vingt- quatre
couverts de porcelaines
fines . Le reſte eftoit
remply de gafteaux , &
d'affiettes de groffes truffes
derriere lefquelles étoient
de tres- belles porcelaines
garnies de fleurs .
Une maniere de doffier
formé par des confoles
où eftoient attachées des
274 La Fefte
guirlandes de fleurs faifoient
le fond de ces deux
bufets.
Lorfque Monfeigneur
entra dans le Labirinthe
il n'y trouva perſonne
ceux mefmes qui avoient
pris le foin du fervice s'en
eftant éloignez , & s'étant
cachez par l'ordre
de Monfieur le Prince ,
qui vouloit donner à cette
Fefte un air de liberté.
C'eſt un plaifir que les
Rois & les grands Princes
de Chantilly. 275
gouftent rarement , &
qu'il eft plus difficile de
leur donner que les Festes
les plus fuperbes & les
repas les plus magnifiques
, où ils vont moins
pour les recevoir , puifqu'il
n'y a rien d'extraor
dinaire pour eux , que
pour marquer
l'eftime
particuliere
qu'ils font de
ceux qu'ils veulent bien
honorer de leur preſence.
Monfeigneur & ceux qui
l'acompagnoient prirent.
276
La Fefte
beaucoup de plaifir dans
le Labirinthe . Ils exami- ,
nerent la table dont l'invention
leur parut toute
nouvelle , & tres-fingu
liere. Ils confiderent les
bufets & le tout enfemble
leur parut un Enchantement
d'autant plus
grand qu'ils n'eftoient
point incommodez
de la
foule & qu'ils pou
voient refpirer en liberté
l'air delicieux que tant de
fleurs avoient parfumé. i
L'apréf
de Chantilly. 277
L'apréfdinée , Monfeigneur
alla tirer , & trouva
un nouveau divertif
foment à fon retour. C
divertiſſement commença
à huit heures du foir.
Il eftoit donné par le
Dicu Pan , que le vilain
temps avoit empefché le
jour précedent de divertir
Monfeigneur dans le
Bois , où il y avoit une
grande Fefte preparée ,
& qui pour ne manquer
aucune occafion de le
A a
278 La Fefte
divertir , s'eftoit emparé
du Theatre, & avoit convié
toutes les Divinitez
des Bois , toutes les Nym·
phes de Chantilly , & les
Bergers & Bergeres du
mefme licu , à donner un
divertiffement au Fils du
plus grand Roy de la
Terre. Pan eftoit dans le
fond du Theatre , dont
la decoration repreſentoit
une Foreft . Ce Dieu
eftoit élevé fur une eſpece
de petit Trône de ga-
£ A
de
Chantilly
279
zon , & entouré de toutes
les Divinitez des Bois,
& de cinquante - quatre
Faunes , Satires , & Silvains
, qui estoient les
mefmes qui l'avoient accompagné
dans tous les
divertiffemens qu'il avoit
donnez à Monfeigneur
par tout où il avoit pû
rencontrer ce Prince, & ils
s'eftoient attachez depuis
fon arrivée à
Chantilly ,
à le chercher dans tous
les lieux où il leur eftoir
A a ij
280 La Fefte
permis d'aller , afin de
continuer
à le divertir.
Vingt - quatre Nymphes
magnifiquement
vêtuës
eftoient affifes fur le
devant du Theatre . On
voyoit enfuite quantité
de Bergers avec des habits
tres propres & con
venables
à leur caractere
, & derriere
ces Bergers
paroiffoient
les Satires ,
les Faunes , les Silvains ,
les Divinitez
des Bois , &
le Dieu Pan dans le fond
de Chantilly. 281
élevé de la
maniere que
je viens de vous marquer.
Ce grand nombre
de perfonnes
differemtment
habillées
formoit
une
nuance tres agrea
ble. On avoit place fur
le devant
celles qui ef
toient le plus
magnifiquement
vêtues , parce
-
qu'on les voyoit plus
facilement , & cette gra ,
dation avoit je ne fçay
quoy qui frapoit d'abord
, & qui plaifoit d'au-
A a iij
282 La Fefte
tant plus , qu'elle faifoit
diftinguer
fans peine le
rang des divers Perfonnages
dont tout le Theatre
eftoit remply , ce qui
ne ſe fait pas aifément
lors qu'ils paroiffent
d'abord
mêlez . Ils le furent
dans la fuite , mais d'une
maniere auffi agreable
que nouvelle , car aprés
qu'on eut joué l'ouverture
, tout ce grand divertiffement
ayant commencé
par un Paffepied ,
de Chantilly. 283
une Nymphe feleya feule
en danfant , une autre fe
leya derriere elle fans être
apperceue, &la fuivit,une
troifiéme fit la mefme
chofe, & les autres ayant
imité ces trois premieres
,
en formant toutes une
danfe en rond , le milieu
du Theatre qui eftoitvuide
avant que le divertiſſement
commençaſt
, ſe
trouva agreablement
remply , & mefme fans
qu'on fe fuft prefque
284
La Fefte
apperceu
de quelle maniere
ces Nymphes étoient
forties de leur
place. Il y en cut quelques-
unes qui chante
rent en danfant
, apres
quoy Pane & tous ceur
de fa fuite
fe mêlerent
avec les Nymphes , les Ber
gers & les Bergeres , &
ce mélange d'habits dif
ferens produifit une varieté
qui fut un grand
charme pour la veuë .
Ce divertiffement eftoit
de Chantilly. 285
meflé d'Airs Italiens &
François , & de Symphonie
. Tous ces Airs avoient
efté faits par M. Lorenzani
, pour un Opera
que M. le Duc de Nevers
donna au Roy à Fontaine-
bleau il y a quelques
années , & qui fut trous
vé tres-agreable , & tresbeau
par Sa Majefté & par
toute la Cour. Le genie
plein d'invention de ce
Duc eft connu de tout
le monde , & quand il
286 La Fefte
s'échappe à faire des Vers,
ce qui ne luy arrive pas
ordinairement
, on y remarquè
un certain tour
d'efprit naturel , & une
vivacité qui en feroient
fouventreconnoître l'Auteur
, s'ils eftoient meſlez
avec d'autres . Parmy
ces Airs , il y en avoit
quelques- uns que M. Lorenzani
avoit faits exprés
pour ce divertiffe-
5 parce que lors
qu'on ramaſſe ainſi quelment
de
Chantilly.
287
1
01
ques pieces enſemble
pour en faire une espece
de corps , il faut une maniere
de liaiſon quiene
fe trouve
ours ,
pas
à
moins qu'on ne faffe
quelque
chofe de nouveau
qui ferve à les joindre
, de forte qu'il fallut
& des Vers , & des Airs
ce qui fut
nouveaux
fait avec une
diligence
prefque
incroyable .
Tout ce qui
regardoit le
Balet qui fut meflé dans
288
7
La Fefte
ce fpectacle eftoit de M.
Pecour , & parut auſſi
bien imaginé qu'il fut
promptement & bien executé.
On ne chercha pas
à faire cet impromptu
,
parce qu'on manquoit de
divertiſſemens à Chantilly
, puis qu'au contraire
il y en a eu quelques-
uns qui n'ont pû
cftre donnez
, le temps ne
s'eftant
pas trouvé propre
pour les faire paroître
dans les lieux pour
lefquels
de Chantilly. 289
lefquels on les avoit deftinez
; mais Monfieur le
Prince qui ne vouloit pas
laiffer paffer un feul jour
fans que Monſeigneur
euft le plaifir de plufieurs
fortes de
divertiffemens ,
avoit fi bien difpofé toutes
chofes , & fi bien
choifi & preparé toutes
les perfonnes qu'il employoit
, qu'il eftoit ſeur
que lorfque le mauvais
temps feroit manquer un
divertiffement , il pour-
Bb
290 La Fefte
roit facilement &
en
"
fort peu d'heures luy en
faire fubftituer un autre ,
& mefme qui feroit du
gouft de Monfeigneur
fuivant les chofes qu'il
remarqueroit qui plai
roient à ce Prince . Celuy
que le Dieu- Pan & les
Divinitez des Bois donnerent
fur le theatre fut
de ce nombre . Il dura au
moins deux heures , & il
fut fi bien executé , &
avec tant dejufteffe qu'on
2
de Chantilly.
291
auroit pu aifément lefaire
paffer pour un de ceux qui
avoient été preparezavant
F'arrivée deMonfeigneur
.
Il femble qu'après tous
les divertiffemens qu'on
avoit déja eus , le Diman
che dont je vous parle ,
qui eftoit la huitiéme
journée , on n'en devoit
plus attendre d'autres , &
que cette journée en avoit
efté affez remplie.
Cependant il y en eut encore
deux des plus grands
Bb ij
292
La Fefte
& des plus confiderables
dont on ait oüy parler depuis
long-temps . Ce futun
Feu d'artifice & une Illumination
qui fuccederent
à ce qui venoit d'ê ,
tre veu fur le Theatre . Je
ne puis vous donner une
jufte idée de l'un & de
l'autre qu'en vous en faifant
la defcription
. Quelque
exacte qu'elle puiffe
eftre , elle fera toujours
beaucoup au deffous de
l'éclat de ces deux brillans
divertiſſemens .
de Chantilly. 293
Monfeigneur fortit de
la Salle de l'Opera à neuf
heures du foir par la Galerie
des Cerfs qui eſt au
bout de l'Orangerie . Il
monta dans une grande
Caleche avec toutes les
Dames , & entra dans le
Jardin où il fe
promena
quelque temps à la clarté
d'un grand nombre de
flambeaux dans une belle
allée qui fait face à cette
Galerie . Il eftoit conduit
par Monfieur le
Bb iij
294 La
Fefte
Prince .
Monfeigneur
و
ayant quitté cette proménade
alla au bord du canal
& en remontant
le long du bord comme
pour venir à fa teſte , on
fut extremement furpris
de le voir tout en feu *
& tout bordé de groffes
lumieres qui eftoient fi
proches les unes des autres
qu'elles paroiffoient
fe toucher. La croifée du
canal qui va droit au
grand eſcalier du Châde
Chantilly. 295
teau eftoit bordée de
Imefme . Lorsque Monfeigneur
arriva dans cet endroit
, d'où l'on peut dé-
- couvrir le Château , il
1 parut étonné ainfi que
toute fa Cour . Il avoit
fujet de l'eftre ; car on n'a
2.
jamais rien veu de fi fur
prenant
que l'Illumination
qui parut en face .
C'eftoit le grand Efcalier
, qui eftant illuminé
paroiffoit
comme s'il cuft
efté bafty de pierres pre296
La Fefte
cieuſes , éclairées par lc
Soleil . Pour vous faire
mieux comprendre la
beauté de cette Illumination
, je croy vous devoir
parler de l'architecture
de cet Efcalier & de
tout ce qui l'embellit ,
il eft eftimé de tous les
gens de bon goût , tant
pour fa
beauté que pour
fa grandeur. Ce font
deux façades que les paliers
& les marches feparent
en deux parties égade
Chantilly . 297
les , ornées de fix colomnes
qui font accouplées
deux a deux . Du cofté
des marches font deux
: grands Arcs rampans ,
qui dans leur enfoncement
forment chacun.
une grote . Ces colomnes:
foûtiennent une Coiniche
d'ordre Dorique , &
dans chacune dès Niches ,
il y a une FigurePedestre .
L'une reprefente Acis &
Galatée . Acis eft dans
a l'attitude d -un Amant
298 La Fefte
qui regardefa Maiftreffe,
& qui joue de la Flûte.
On fçait que ce fut
par là que la Nymphe
en fut charmée . Galatée
eft repreſentée d'une
maniere qui fait paroiftre
combien elle a
de plaifir à entendre les
fons que rend la Flûte
d'Acis . L'autre Figure
repreſente Alphée & Arethufe.
Alphée eſt un
jeune Fleuve qui devint
amoureux de cette Nym
de Chantilly. 299
phe , en la voyant fe
baigner dans fes eaux ,
& il eft dans l'attitude
d'un homme paſſionné ,
que l'amour oblige à la
pourfuivre. Arethufe eft
reprefentée comme une
perfonne faific d'effroy ,
qui ayant efté furpriſe
T par le Fleuve , prend fes
g habits , & s'enfuit en demandant
fecours à Diane.
Dans chaque Grote ,
tornée de rocailles , de
joncs marins & de ro300
La Fefte
feaux , eft une grande Figure
reprefentant un
Fleuve accoudé fur un
grand vaſe renverſé . Au
pied de cette Figure eft
un Dauphin qui porte
un petit enfant . De deffous
les pieds de ces quatre
Figures fortent trois
napes d'eau. Ces deux
vafes & ces Dauphins en
verfent une grande quantité
, laquelle eſtant receue
dans une auge , forme
autant de grandes napes
de
Chantilly. 301
pes qui tombent toutes
dans deux grands baſſins ,
d'où fortent trois lances
d'eau , & toutes ces eaux
jointes enſemble ſe dé-
,
chargent en caſcade dans
le grand foffé . Elles font
toutes des eaux de fource,
qui n'eftant élevées par
I aucune machine mais
coulant naturellement
,
& receuës feulement dans
les tuyaux, font aller ces
fontaines jour & nuit.
Toutes les parties de cet-
Cc
302
La Fefte
te Architecture jufqu'au
moindre filet des moulures
eftoient bordées de
lumieres qui fe touchoient
les unes les autres
. Les boffages meſme
des colomnes en eſtoient
marquez. Tous les de
dans des niches où font
les Fleuves & autres Statuës
, eftoient illumi nez
fans que l'on puſt remarquer
comment , & toutes
les eaux qui en fortent
& forment des napes ,
50
de Chantilly . 303
eftoient auffi éclairées.
Toutes les marches depuis
le bas de l'efcalier .
jufqu'au haut eftoient
auffi bordées de lumieres .
Il y avoit fur le haut un
grand piedeſtal de toute
la largeur de l'efcalier ,
portant une piramide ,
dont le fommet eftoit
- élevé à quarante pieds
de hauteur , & fur le haut
de laquelle on voyoit
une Fleur de Lys . Tous
les ornemens du piedeſtal
Cc ij
304
La Fefte
८
& de la piramide cftoient
formez par les lunieres.
• On remarquoit les Chi
fres de Monfeigneur
, enfermez
dans une Medaille.
Tout ce grand
efcalier , avec cette Piramide
, paroiffoit au deffus
, faifoit un des plus
>
agreables fpectacles que
l'on puiffe voir cet
Efcalier n'ayant aucune
partie qui ne fuft illuminée.
Les appuis qui bordoient
les foffez du Châde
Chantilly. 305
་་་
teau des deux coſtez de
l'Eſcalier, le grand baſſin
qui eft en face , où eft la
gerbe , les allées des parterres
qui font aux coſtez
du canal , les baffins qui
font dans les parterres
au
nombre de dix , tous les
piedeftaux & les marches
par où l'on defcend pour
C aller au canal , enfin tout
ce qui fe voyoit du canal
de cet endroit eftoit
auffi bordé de groffes lumieres
. Le mefme ſpecta-
Cc iij
306 La Fefte
cle continuoit dans ce
qu'on peut voir au delà
du canal où eft une Montagne
qui s'éleve en glacis
, & que l'on nomme
le Vertugadin , parce qu'il
en a la forme , tout y é
toit pareillement bordé
de plufieurs lumieres en
differens endroits , juf
qu'au fommet qui a prés
de quatre- vingt pieds de
haut . Monfeigneur eftoit
placé proche la gerbe ,
tellement qu'il pouvoit
de Chantilly. 307
voir l'Efcalier , & tout le
refte de l'Illumination
d'une feule veuë . Il paroiffoit
au deffus de cette
Montagne
un Soleil fi
haut qu'il furprit tous.
ceux qui le virent . L'on
fit partir un grand nombre
de fufées des plus.
belles qui fe foient encore
veuës. Il y en avoit
beaucoup de nouvelle invention
. On en remarequoit
dont les petites
fufées qu'elles jettent
308 La Fefte
{
d'ordinaire aprés s'eftre
élevées , en produifoient
encore plufieurs autres .
On en tira quantité en
forme de Girandoles ,
dont l'effet fut admirable;
ainfi l'air eftoit continuellement
éclairé, tant
par ces fufées que par les
pots à feu , trompes &
autres machines qui ne
difcontinuoient point.
Le dernier partement
d'une girade qui remplit
tout l'air de feu. L'arti
fut
de Chantilly. 309
fice qu'on tira fut en fi
grand nombre , que tous
les Spectateurs en furent
furpris ; auffi peut - on
dire qu'on en a peu veu
de femblable. Cette girande
ne fut pas plûtoft
finie , que l'on mit le
feu à une machine qui
tournoit fur deux fens
differens , & qui jettoit
des feux en l'air & fur
terre . On trouva cette
machine fort extraordinaire
. Ce qu'on vit paroi310
La Fefte
ftre enfuite tout proche
le baffin de la gerbe fut
un fpectacle qui meri
toit bien les regards
qu'il attira . C'eftoit une
gerbe de feu qui remplit
l'air d'artifice durant
un fort long- temps . Sitoft
qu'elle finit le feu
d'eau commença à tirer.
Je n'ay point de termes
pour vous exprimer la
beauté de cet artifice . Je
vous diray feulement que
l'air & l'eau furent toùde
Chantilly. 311 1
er
LITE
jours en feu , & qu'il s'y
formoit des combats par
les fufées qui fe pourfulvoient
, & qui quelquefois
s'enfonçoient dans
l'eau en la faifant boüillonner
, & qui aprés y
avoir fait plufieurs tourbillons
en fortoient pour
en faire autant en l'air
en fe pourſuivant ; ils
rentroient enfuite dans
l'eau , & en reffortoient
plufieurs fois . Il y avoit
d'autres artifices fur
312
La Fefte
l'eau . Ils eſtoient plus
tranquilles , éclairoient
beaucoup , & jettoicut
des feux fort élevez qui
en tombant fe cachoient
quelque temps dans l'eau
d'où ils reffortoient
enfuite
, & en produifoient
d'autres qui ferpentoient
fur la furface du baffin .
L'on peut dire qu'il eft
rare de voir tant de fortes
d'artifices & en fi
grande quantitépour une
feule Fefte , & dans un
auffi
de Chantilly. 313
DIC
0%
0
auffi beau lieu j car
c'eftoit dans le milieu
de toute l'illumination
dont je viens de vous
7 parler : Le tout enſemble
formoit le Spectacle le
plus agreable & le plus
brillant qu'on puiſſe s'imaginer,
Cette journée eftant
ainfi finie, chacun ayant
l'idée remplie de tout ce
qu'il avoit vû pendant lë
jour , retourna dans fon
appartement , fans pou-
Dd
314
La Fefte
voir s'entretenr d'autre
choſe. Les plaiſirs fur
lefquels rouloit l'entretien
eftoient en fi grand
nombre , qu'on en compta
fix dans la mefme
journée . , qui font la
Chaffe , le Difné à Silvie,
la Collation dans le Labirinthe
, le Divertiſſement
de Pan fur le Theatre
, l'Illumination , & le
Feu d'artifice . Tous ces
Divertiffemens eftoient
fi grands & fi étendus ,
de
Chantilly. 315
I
qu'une journée auroit
cfté bien remplie d'un
feul de ces plaifirs . Chacun
s'entretenoit de ce
luy qui convenoit le
plus à fon caractere , mais
on loüoit generalement
la galanterie , la magnificence
, & la grandeur
de tous ces Divertiffemens.
On difoit que
Chantilly eftoit un lieu
enchanté , où les plaifirs
naiffoient à chaque inftant
, & où l'on en trou-
Dd ij
: 316
La Fefte
voit de nouveaux à chaque
pas qu'on faifoit . Enfin
l'on s'alla coucher
,
l'efprit tout remply de
tant d'agreables
idées , &
je fuis perfuadé
qu'elles
firent le fujet des fonges
de la plupart
de ceux
qui rêverent
cette nuitlà
. On pouvoit
rêver à
fon aife , car Monfieur
le Prince avoit fi bien
donné fes ordres
2
2 que
chacun
eftoit
logé
fort commodement
. Le
len
de Chantilly. 317
demain matin Monfeigneur
qui prefere les nobles
exercices , quoy qu’-
un peu fatiguans , au re-
T pos du lit , alla courre le
1
Cerf dés le matin avec
les chiens de Monfieur
du Maine , revint diner
à Chantilly , & alla
l'apréfdinée aux toiles ,
où il y avoit une tresgrande
quantité de fam
gliers , biches , renards ,.
lievres & lapins . Cette
chaffe parut luy donner
Dd iij
318 La Fefte
beaucoup de plaifir . Enfin
aprés avoir fait à
Monfieur le Prince mille
honneftetez qu'on voyoit
bien qui partoient du
coeur , ce Prince prit le:
chemin de Verſailles . Il
avoit fujet d'eftre fatisfait
, non feulement des
divertiffemens qu'on luy
avoit donnezàChantilly,
qui quelques grands qu'
ils fuffent, n'étoient point
au deffus d'un Prince du
Sang de France, mais auffi
de
Chantilly..
319
Edu zele fincere avec lequel
Monfieur le Prince
l'avoit receu . M. Berrain
, dont le genic univerfel
eft tres -propre pour
toutes ces fortes de divertiffemens
, avoit efté
chargé du foin de toute
la Fefte , & Mrs le
Camus & Breaar l'avoient
efté de ce qui regardoit
les tables. Les
Princeffes écrivoient tous
les jours au Roy , & luy
rendoient compte des di
03207 La Fefte
.
vertiffemens de chaque
journée avec tant d'etprit
qu'on ne parloit à
la Cour que de leurs lettres
. Monfeigneur envoyoit
tous les jours
fçavoir des nouvelles de
la fanté du Roy & de
Madame la Dauphine ,
& on depefchoit tous les
jours à ce Prince des
Gentilshommes de leur
part. Je ne fçaurois trop
vous entretenir de Chantilly
, & pour vous en
de Chantilly. 321
dire encore un mot en
gros , il eft fitué dans un
valon au milieu de deux.
forefts , dont l'une eft
celle de Chantilly &
l'autre celle Dalatre . Les
:
jardins ont au moins
deux mille cinq cens toifes
de longueur jufques
à l'Etang de Gouvieux ,
& il y a autant de navigation
. Il ne faut pas
confiderer feulement
Chantilly par toutes ces
chofes , la pofterité le:
$22 La Fefte , &c.
doit toûjours regarder
comme un lieu fort confiderable
, quand il ne le
feroit que parce qu'un
grand Prince accablé du
poids de fes Lauriers a
donné fes foins à une
partie des embelliſſemens
qu'on y voit , & y a paffé
les dernieres années
d'une vie feconde en
Miracles , & dont tout
ce qu'il y aura d'Hiftoriens
parleront avec
Joge
.
MVSKVM
BRITAN
NICVM
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6
p. 167-179
Feste galante faite à Chasteau Gontier pour la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Début :
Je ne dois pas oublier à vous parler d'une Fête qui a esté faite [...]
Mots clefs :
Fête, Naissance du duc d'Anjou, Château, Feu d'artifice, Danse, Violons
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texteReconnaissance textuelle : Feste galante faite à Chasteau Gontier pour la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Je ne dois pas oublier à vous
parler d'une Fête qui a eſté faite à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , & dans laquelle vous
trouverez des particularitez
tres fingulieres , & fur tout la
manière de mettre le feu au
Bucher, qui eft auffi nouvelle
que galante , & qui n'a jamais
cité imaginée par perfonne. Je
paffe au fujer & au détail de
cette Fête amore delibet
168 MERCUR
A peine la nouvelle de la
Naiffance de Monseigneur le
Duc d'Anjou fut-ellerépandue
à Chafteau- Gontier , dans la
Province d'Anjou , que Mr de
Fleurance , Ecuyer de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
dont le zele avoit déja paru en
1704.& 1707. à l'occafion de
la Naiffance de Meffeigneurs
les Ducs de Bretagne , forma le deffein de témoigner fa
joye par des rejoüiffances publiques. Il donna le deux de
cemois à Chateau Gontier ,
une Fefte qui a paffé pour une
des plus galantes & une des
micux
GALANT 169
mieux ordonnées qu'on en ait
veu depuis long - temps dans
cette Province. Elle commança à deux heures aprés midy
par une décharge generale
des Canons du Chafteau ; fur
les trois heures toute la Bourgeoifie fous les armes fe rendit fur la grande Place
ayant les Tambours de la
Ville à fa tefte ; cette Bourgeofie compofée de la plus
belle jeuneffe , eftoit partagée
en fix Compagnies de jeunes
hommes des mieux faits &
des mieux vêtus , tous parez
de noeuds d'Epée , avec des
Mars 1710.
P
170 MERCURE
T
Chapeaux bordez & des cocardes de ruban d'or ou d'argent. M Cucillard leur Colo
nel fe mit à leur tefte ; ils allerent tous en tres- bel ordre
prendre M' de Fleurance pour
venir mettre le feu à un gros
bucher orné de feuillages
qu'on avoit preparé par fon
ordre fur la grande Place vis- àvis de fa maifon. Comme
toutes les Dames de la Ville
eftoient affemblées chez luy
cejour- là , il leur défera l'honneur d'allumer le feu , & pour
ne pas mettre de divifion entre
la Nobleffe , & la Robbe , il
GALANT 171
choifit trois filles des principaux Officiers du Prefidial , &
trois filles de Gentilshommes.
Ces fix Demoifelles ayant
choifi chacune un Cavalier
pour leur donner la main marcherent avectous les Hautbois
& les Violons de la Ville
entre deux hayes d'Habitans
fous les armes , jufqu'au lieu
du bucher , où elles reçurent
des mains de leurs Cavaliers
chacune un flambeau allumé
dont elles fe fervirent pour
allumer le feu. M' le Comte
de Brizay cy- devant Chevalier
de Denonville Exempt des
Pij
172 MERCURE
1
}
Gardes , & M de Flechecourt
Ecuyer du Roy, & Capitaine
de Cavaleriendans Tarente ,
s'eftant trouvez fur les lieux
furent invitez à cette réjoüiſfance , où Mr de Fleurance
ayant fait apporter trois fufils,
leur en fit prefenter à chacun
un , afin de partager avec eux
l'honneur de la Fête. Ils tirérent
tous trois enſemble les trois
premiers coups en criant Vive
le Roy. Les fix Compagnies à
qui on avoit diſtribué de la
poudre avec profufion firent
auffi toft leurpremiere décharge avec unpareil cry de Vive
GALANT 173
le Roy ; tous les Cavaliers &
toutes les Dames qui estoient
prefentes danferent un moment autour du Bucher jufqu'à ce qu'il fuft plus allumé,
mais on fut obligé de quitter
bientoft la place & de fe retirer. Chacun s'en retourna , &
Mr de Fleurance demeura à la
tefte de la Bourgeoisie tant que
le feu dura. Il luy fit faire plufieurs falves pour Monfciई gneur , pour Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , pour Madame la Ducheffe de Bourgogne , pour Monfeigneur le
Duc de Bretagne, pour
A
P iij
174 MERCURE
Monfeigneur le Duc d'Anjou
& pour Monfeigneur le Duc
de Berry. Il tira à chaque décharge le premier coup. Aprés
tout ce grand bruit de moufqueterie on tita un Féu d'Artifice , & on vit s'élever en l'air
pendant une heure une infinité de fufées qui retombant fur
elles-mêmes en pluye de feu ,
en petards , & en étoiles , formoient un fpectacle des plus
brillans. Sur les fept heures il
y cut plufieurs tables de Jeu
chez Mr de Fleurance , & à
neuf heures on fe mit à table
pour fouper. Il y avoit deux
MERCURE 175
tables de douze couverts chacune;on y fervit abondament
tout ce qu'on peut prefenter
de meilleur dans la faifon. Les
Pauvres ne furent pas oúblicz
dans ces réjouiffances ; l'Hôpital general fe fentit de la Fefte ,
& Mr de Fleurance fit part de
fa joye à tous ceux à qui elle
pouvoit eftre utile ou agreable. Il fit mettre deux tables
fur la Place publique à l'endroit où avoit efté le feu ; on
fervit à l'une un foupé pour
les Tambours & les Trompet.
tes , & à l'autre les Violons &
les Haut -bois , mangerent
P iiij
176 MERCURE
& burent largement. Un peu
avant le foupé on avoit illuminé depuis le bas juſqu'au haut
toutes les feneftres du corps
de logis , avec celles des deux
aîles & des deux pavillons de
la maiſon ; & comme elle eſt
aifée à décorer de lumieres
à caufe de la beauté de fon
Architecture , rien ne pouvoit faire unplus bel effet que
cette illumination qui dura
prefque toute la nuit. Les Balcons qui regnent aux deux côtez de la porte d'entrée depuis
la Corniche jufqu'aux Pavil
lons ,n'étoient pas moins éclai
GALANT 177
rez. Il y avoit auffi plufieurs
rangs de lumieres avec des De
vifes & des Infcriptions latines peintes fur des chaffis huilez , qu'on lifoit de fort loin
par le moyen des lampes qui
eftoient placées derriere. A dix
heures & demie Mr de Fleurrance commença le Bal avec
Mlle fa fœur , il s'y trouva
une quantité fi prodigieufe de
monde , qu'on fut obligé de
partager les Violons & les
Hautbois dans les Appartemens , & de danfer dans trois
differentes Salles. Pendant que
durale Bal on fervit à la Com-
178 MERCURE
€
pagnie des rafraîchiffemens
des baffins d'oranges , avec des
confitures féches ; & fur les
deux heures du matin on fut
furpris agreablement quand
on paffa dans un grand Salon
où il y avoit un Media noche ,
des mieux entendus. Le Balrecommença vers les trois heures pour danfer les contredanfes & dura jufqu'au jour. Tous
ceux qui furent témoins de
cette Fefte , retournerent trescontens de la maniere avec laquelle elle avoit efté executée ,
& de l'ordre qui y fut obfervé; on n'attendoit rien moins
GALANT 179
d'un Officier qui eft dans un
pofte auffi brillant & auffi ho
norable. Ceux qui connoiffent
Mr de Fleurance eftoient bien
perfuadez qu'il ne manqueroit
en rien pour fe diftinguer entre tous ceux qui ont donné
des marques de leur joye pour
des évenemens fi heureux ; &
fi la Provincé le doit ceder en
magnificence & en profufion
à la Capitale du Royaume, elle
a du moins l'avantage de pou
voir dire qu'il s'y trouve des
fujets très-zelez pour la prof
perité de l'Etat & pour la grandeur de la Maiſon Royale.
parler d'une Fête qui a eſté faite à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , & dans laquelle vous
trouverez des particularitez
tres fingulieres , & fur tout la
manière de mettre le feu au
Bucher, qui eft auffi nouvelle
que galante , & qui n'a jamais
cité imaginée par perfonne. Je
paffe au fujer & au détail de
cette Fête amore delibet
168 MERCUR
A peine la nouvelle de la
Naiffance de Monseigneur le
Duc d'Anjou fut-ellerépandue
à Chafteau- Gontier , dans la
Province d'Anjou , que Mr de
Fleurance , Ecuyer de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
dont le zele avoit déja paru en
1704.& 1707. à l'occafion de
la Naiffance de Meffeigneurs
les Ducs de Bretagne , forma le deffein de témoigner fa
joye par des rejoüiffances publiques. Il donna le deux de
cemois à Chateau Gontier ,
une Fefte qui a paffé pour une
des plus galantes & une des
micux
GALANT 169
mieux ordonnées qu'on en ait
veu depuis long - temps dans
cette Province. Elle commança à deux heures aprés midy
par une décharge generale
des Canons du Chafteau ; fur
les trois heures toute la Bourgeoifie fous les armes fe rendit fur la grande Place
ayant les Tambours de la
Ville à fa tefte ; cette Bourgeofie compofée de la plus
belle jeuneffe , eftoit partagée
en fix Compagnies de jeunes
hommes des mieux faits &
des mieux vêtus , tous parez
de noeuds d'Epée , avec des
Mars 1710.
P
170 MERCURE
T
Chapeaux bordez & des cocardes de ruban d'or ou d'argent. M Cucillard leur Colo
nel fe mit à leur tefte ; ils allerent tous en tres- bel ordre
prendre M' de Fleurance pour
venir mettre le feu à un gros
bucher orné de feuillages
qu'on avoit preparé par fon
ordre fur la grande Place vis- àvis de fa maifon. Comme
toutes les Dames de la Ville
eftoient affemblées chez luy
cejour- là , il leur défera l'honneur d'allumer le feu , & pour
ne pas mettre de divifion entre
la Nobleffe , & la Robbe , il
GALANT 171
choifit trois filles des principaux Officiers du Prefidial , &
trois filles de Gentilshommes.
Ces fix Demoifelles ayant
choifi chacune un Cavalier
pour leur donner la main marcherent avectous les Hautbois
& les Violons de la Ville
entre deux hayes d'Habitans
fous les armes , jufqu'au lieu
du bucher , où elles reçurent
des mains de leurs Cavaliers
chacune un flambeau allumé
dont elles fe fervirent pour
allumer le feu. M' le Comte
de Brizay cy- devant Chevalier
de Denonville Exempt des
Pij
172 MERCURE
1
}
Gardes , & M de Flechecourt
Ecuyer du Roy, & Capitaine
de Cavaleriendans Tarente ,
s'eftant trouvez fur les lieux
furent invitez à cette réjoüiſfance , où Mr de Fleurance
ayant fait apporter trois fufils,
leur en fit prefenter à chacun
un , afin de partager avec eux
l'honneur de la Fête. Ils tirérent
tous trois enſemble les trois
premiers coups en criant Vive
le Roy. Les fix Compagnies à
qui on avoit diſtribué de la
poudre avec profufion firent
auffi toft leurpremiere décharge avec unpareil cry de Vive
GALANT 173
le Roy ; tous les Cavaliers &
toutes les Dames qui estoient
prefentes danferent un moment autour du Bucher jufqu'à ce qu'il fuft plus allumé,
mais on fut obligé de quitter
bientoft la place & de fe retirer. Chacun s'en retourna , &
Mr de Fleurance demeura à la
tefte de la Bourgeoisie tant que
le feu dura. Il luy fit faire plufieurs falves pour Monfciई gneur , pour Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , pour Madame la Ducheffe de Bourgogne , pour Monfeigneur le
Duc de Bretagne, pour
A
P iij
174 MERCURE
Monfeigneur le Duc d'Anjou
& pour Monfeigneur le Duc
de Berry. Il tira à chaque décharge le premier coup. Aprés
tout ce grand bruit de moufqueterie on tita un Féu d'Artifice , & on vit s'élever en l'air
pendant une heure une infinité de fufées qui retombant fur
elles-mêmes en pluye de feu ,
en petards , & en étoiles , formoient un fpectacle des plus
brillans. Sur les fept heures il
y cut plufieurs tables de Jeu
chez Mr de Fleurance , & à
neuf heures on fe mit à table
pour fouper. Il y avoit deux
MERCURE 175
tables de douze couverts chacune;on y fervit abondament
tout ce qu'on peut prefenter
de meilleur dans la faifon. Les
Pauvres ne furent pas oúblicz
dans ces réjouiffances ; l'Hôpital general fe fentit de la Fefte ,
& Mr de Fleurance fit part de
fa joye à tous ceux à qui elle
pouvoit eftre utile ou agreable. Il fit mettre deux tables
fur la Place publique à l'endroit où avoit efté le feu ; on
fervit à l'une un foupé pour
les Tambours & les Trompet.
tes , & à l'autre les Violons &
les Haut -bois , mangerent
P iiij
176 MERCURE
& burent largement. Un peu
avant le foupé on avoit illuminé depuis le bas juſqu'au haut
toutes les feneftres du corps
de logis , avec celles des deux
aîles & des deux pavillons de
la maiſon ; & comme elle eſt
aifée à décorer de lumieres
à caufe de la beauté de fon
Architecture , rien ne pouvoit faire unplus bel effet que
cette illumination qui dura
prefque toute la nuit. Les Balcons qui regnent aux deux côtez de la porte d'entrée depuis
la Corniche jufqu'aux Pavil
lons ,n'étoient pas moins éclai
GALANT 177
rez. Il y avoit auffi plufieurs
rangs de lumieres avec des De
vifes & des Infcriptions latines peintes fur des chaffis huilez , qu'on lifoit de fort loin
par le moyen des lampes qui
eftoient placées derriere. A dix
heures & demie Mr de Fleurrance commença le Bal avec
Mlle fa fœur , il s'y trouva
une quantité fi prodigieufe de
monde , qu'on fut obligé de
partager les Violons & les
Hautbois dans les Appartemens , & de danfer dans trois
differentes Salles. Pendant que
durale Bal on fervit à la Com-
178 MERCURE
€
pagnie des rafraîchiffemens
des baffins d'oranges , avec des
confitures féches ; & fur les
deux heures du matin on fut
furpris agreablement quand
on paffa dans un grand Salon
où il y avoit un Media noche ,
des mieux entendus. Le Balrecommença vers les trois heures pour danfer les contredanfes & dura jufqu'au jour. Tous
ceux qui furent témoins de
cette Fefte , retournerent trescontens de la maniere avec laquelle elle avoit efté executée ,
& de l'ordre qui y fut obfervé; on n'attendoit rien moins
GALANT 179
d'un Officier qui eft dans un
pofte auffi brillant & auffi ho
norable. Ceux qui connoiffent
Mr de Fleurance eftoient bien
perfuadez qu'il ne manqueroit
en rien pour fe diftinguer entre tous ceux qui ont donné
des marques de leur joye pour
des évenemens fi heureux ; &
fi la Provincé le doit ceder en
magnificence & en profufion
à la Capitale du Royaume, elle
a du moins l'avantage de pou
voir dire qu'il s'y trouve des
fujets très-zelez pour la prof
perité de l'Etat & pour la grandeur de la Maiſon Royale.
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Résumé : Feste galante faite à Chasteau Gontier pour la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
À Château-Gontier, en Anjou, une fête fut organisée pour célébrer la naissance du Duc d'Anjou. À l'annonce de cette nouvelle, Monsieur de Fleurance, écuyer de Madame la Duchesse de Bourgogne, décida de manifester sa joie par des réjouissances publiques. Le 2 du mois, une fête considérée comme l'une des plus élégantes et bien organisées de la province eut lieu. Elle débuta par une décharge de canons à 14 heures, suivie par une assemblée de la bourgeoisie armée sur la grande place à 15 heures. Cette bourgeoisie, composée de jeunes gens bien vêtus et ornés de rubans, se rendit au bûcher préparé sur la place pour y mettre le feu. Monsieur de Fleurance invita des dames à allumer le feu, choisissant des filles de principaux officiers et de gentilshommes pour éviter toute division. Des invités distingués, comme le Comte de Brizay et Monsieur de Flechecourt, participèrent également à la fête. Après l'allumage du bûcher, des salves de mousqueterie et un feu d'artifice furent tirés. La soirée se poursuivit avec des jeux, un souper, et un bal qui dura jusqu'au matin. Les pauvres ne furent pas oubliés, recevant des repas et des boissons. La maison de Monsieur de Fleurance fut illuminée, et des inscriptions latines furent exposées. La fête se termina par un bal qui dura jusqu'au jour, laissant tous les participants très satisfaits de son organisation et de son ordre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 31-59
LE DON DE LA NAYADE, PIECE NOUVELLE.
Début :
Bradamante, fille d'Aimon [...]
Mots clefs :
Amour, Histoire, Galant, Belle, Château, Lieu, Roi, Chevalier, Dame, Fille, Infante, Auteur, Conte, Soeur, Guerrière
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texteReconnaissance textuelle : LE DON DE LA NAYADE, PIECE NOUVELLE.
LEDON
DE LA NAYADE,
r,
- - PIECE NOUVELLE. BRadamante, fille
d'Aimon
Fut vaillante & pleine, de
* charmes;
Sa beauté
,
son adresse aux armes,
Lui donnerent un grand
renom.
L'histoire fit jadis recit de
ses proüesses:
Elle occit des Géans, conquit
desFotreresses;
Défit rOfr des payensfit
mille autresexploits.
- L'Auteur debite toutefois
Une Avanture dont la
belle,
Maigre son extreme valeur.
Ne put sortir à son honneur;
Le moindreChevalier s'en
fut mieux tMé- qu'elle.
Il falloit; & j'eusse voulu
Que le cas eut été conté
par la Fontaine
S'il s'en étoit donné la,
-
peine, -
Le conte en auroit mieux
valu.
Mais sans userd'un plus
ample prélude,
Venons à notre histoire.
Au fond d'un bois épais
Bradamante un beau jour
vintpour prendre le frais,
Ou pour chercher la soli-
« tude.
L'obscurité du lieu l'invi-
< tant au repos,
Elle ôta son armet, s'assit
sur l'herbe tendre,
Et ne put long-temps se
défendre
Des charmes de Morphée.-
Qr il est à propos
Qu'on sache que le Roy
Marcile,
Dans un château non loin
de cet endroit,
Avoir une fille nubile,
Qui Fleur-d'espine se nommoit.
Enchassantce jour. là, de
hazardelle paire
Auprés du sauvage réQl.Iir,
Où la Guerriere se délasse.
L'Infante sans fuite & sans
bruit
Aproche,& voit la riche
-
armure.
N'agucres cerraine blesÍÙre)
Que sur le chef Bradamante
reçut,
L'obligea de couper [a
longue chevelure.
C'est justement ce qui
déçut
Nôtre imprudente chasseresse.
Elle admire ses traits, sa
grace, sa jeunesse,
Sa taille
y
son air fier, même
au sein du repos:
Ah! que mon fort seroit
digne d'envie,
Si je plaifois, dit-elle, àce
jeune Heros.
Mais sans vouloir ici faire
la renchérie,
Ni la prude mal-à-propos,
Eveillons -le; voyons ce
que le fortm'apprête.
Elle l'éveille:en un instant
Les yeux de Bradamante
achevcnt sa conquête.
Je ne puis resisterau juste
empressement
De vous entretenir: c'est
trop de hardiesse;
, Mais ,Seigneur,excusez
une jeune Princesse
Dont l'Amour vous rend
le Vainqueur.
Oui,monbeau Chevalier,
maigremoy je vous aime,
Etje ne sçiquelleforce
suprême
Vous a fL tôt rendu le
maîtredemoncoeur.
C'ell l'effet de la sympa- .thie.:',:
Fille qui resiste trop eu
Ou qui serend sans qu'on
;., la priev,
Met ordinairement lafympathie
en jeu.
L'Amour lne..fait passer les
bornes ordinaires :
Maisquoy?! c'estledestin
de celles 4emon rang,
De se déclarer les premieresLV;.-.
D'ailleurs vous êtes trop charmant,
Pour qu'un coeur avec
vous s'amuse aux bienséances:
Les plus severes d'entre
nous
Ne balanceroienc pointà
fairepus avances,
Si tous lesCavaliers étoient
faits comme vous.
AcediscoursBradamante » ,Bradamante
réplique: r
Les Daines, je crois, ra-
Leur donneraient de la
pratique
,
S'ilsnetoient pas faitsautrement.
Treve demodestie,interrompit
l'Infante:
Ne perdonspointenvains
discours
Un temps qui nous est
cher, & qu'on n'a pas
toujours.
La Scene étoit assez plaisante
Pour la faire dater: Bradamante
pourtant ';
Ne voulut pas pouffer la
feinte plus avant;
Soit crainte denourrirde
folles esperances,
Qui ne pouvoient finir
trop tôt;
Ou de passer pour un nigaut,
Négligeant de telles avances.
Elle declara donc .& son
sexe&sonnom (.-,.
Pourarrester l'effet delamoureuxpoison.
Quelle surprise pour l'In-
< fante,
Quelle douleur! Elle fai-
: soit pitié.
Enfin ne pouvant être amante,
Elleprend le parti d'une
tentendre
amifiéy
Venez vous reposer, dit.
elle à la guerriere,
Dans un Château voisin
-
que tient le Roy mon
pere;
Onfera de son mieux pour
vous y regaler,
Aussibienest-il tard, où
pourriez-vous aller?
Vousne rencontrerez aiu
- cune hôtellerie.
-
Aux offres qu'elle fait Bradamante
se rend
Par complaisance seulement;
Et toutes deux de compagnie,
Aprésavoir rejoint les
chiens & les chasseurs,
S'en vont droit au Château.
Là près des con- noisseurs,
Bradamante parut une
beauté divine. *--
Laprévoyante Fleur-despine
Avoit eu foin de mettre
en arrivânt
Sa compagneen habit
- - décent:
Précautionassez utile,
Les gens étant là,comme
•-* * * - j
ailleurs,
Fort médisans &c grands
glofeurs.
Quand on est sage au
fonds, c'est le plus difsicile,
Il ne faut à crédit donner
prise aux censeurs.
Que sur ce point chacun à
sa mode raisonne;
Le scandale à mon sens est
le plus grand péché:
l'aimerois mieux encor un
vice bien caché
Qu'une vertu que l'on
soupçonne.
L'auteur ne conte point G
la chere fut bonne,
Cela se présuppose; ainsi
je n'en dis rien.
-
Le souper fait,aprés quelque
entretien,
On se coucha. La belle
Hôtesse
Donna belle chambre &
bon lit
A Bradamante, qui dormit
Jusqu'au matin tout d'une
piece.
L'autre reposa peu; l'Amour
l'en empêcha:
Elle le plaignit,soûpira.
*
~.r. Lanuits'étantainsipalier
Aprés mille tendres adieux,
Bradamante partit, non
sansêtre pressée
De s'arrêter encor que
que temps dans ces
lieux.
Elle [e rend en diligence
A Montauban,où le bon
-' Duc Aymon
L'attendoit plein d'impatience.
Nôtrevieillard en sa maison
Soupoit en l'attendant;
il se lève
,
brailsl'semè-
It
A ses côtez galamment
vous la place:
Mais après le repas il lui
fait un Sermon.
Pour s'excu ser, l'adroite
Paladine
De ses exploits guerriers
ayant
fait
le récit,
La rencontre de Fleurd'espine
Vint à son tour:Dieu sçait
comme on en rit !
L'histoire en parut excellente;
fit tant qu'elle dura pas
un ne s'endormit.
Certain cadet de BradaResolut
à part-foy d'en
faire ion profit.
Les cadets de ces lieux
ont toujours de l'esprit.
Celui
- ci connoissoit l'Infante
, A Saragosse ill'avoit vue
un Jour,
Et- pour elle déslors il eût
parlé d'amour, -, S'il eût crûreunir en si
haute entreprise
:
Mais ilsurmonta forr
- pent hant,
N'étant pas homme à
faire la sottise,
D'aimer pour aimer feu^
lement.
Je laisse àpenser sile Sire,
De l'humeur que je viens
de dire,: N'ayant encore barbe au
menton,
Rioit fous cape: en voicy
la raison:
Richardet, c'etf le nom
qu'avoir le bon Apôtre,
Ressembloit à sa soeur:mais
si parfaitement,
Que le bon-homme Aymon
souvent
Luy-même sf trompoit,
& prenoit l'un pour
l'autre,
^ur ce pied-la le drôlecrut
Qu'il
Qu'il viendroit ians peine
à son but,
Au moyen de lareffem- blance.
Plein de cette douce es-
- perance i
Le Galant des la même
nuit,
Pendant que sa soeur dort,
que tout est en silence,
Lui vole armes, cheval,
& tout ce qui s'enfuit.
Equipé de la forte il s'en
va sans trompette: Il se rend chez l'Infante
avant la fin du jour.
- C'eut été pour tout autre
une trop longuetraioeO
Mais que ne fait-on point
animé par l'amour?
Les parens à l'aspect dela
seinte pucelle
Donnent dans le paneau
sans se douter dutour*;
Heureux qui peut de Ion.
retour
Porter la premiere nouvelle!
Tant on est sur par làde
bien faire sa Cour.
Je ne dirai point les tendresses
Il
1. Embrassades, baisers,£a*
jrefïes
Qtie, l'Infante lui fit dans sareception;
Sitffic qu'on ne sçauroit en
< faire davantage.
Mais quoique le Galant
danscetteoccasion
S'écartât de ion personnage,
L'Infante jusqu'au bout sur
dans la bonne foy.
Puis quand elleeût [çû
tout; étoit-ce là dequoy
Lui faire plus mauvais vifage?
On desarma le Pelerin;
Point d'Ecuyers, l'Infante
cn fit roffice,
N'ayant voulu que ce
service
Lui fut rendu d'uneautre
main;
On lui mit juppes &: cor- nettes, Mouchoirs, rubans, enfin
tout l'attirail galant
Dvnt aùjourd'huy Ce fervent,
nos Coquettes;
Il n'y manquoit que du
rouge& du blanc;
On le laissoit en ce temps
aux Grisettes.
Le souper fut servi;mais
=._
durant le repas
Richarder, dont l'habit
-
relevoit les appas,
Fit plus d'une jalouse, &
- plus d'une infidelle.
Cependant la fausse Donzelle
Affecte certain air honteux
,0
Certaine pudeur virginale,
Vous eussiez dit une Vef-
-
tale
Si bien sçait gouverner &
son geste & ses yeux.
Enfin l'heure tant desirée
Arriva pour nôtre galant :
Tête à tête avec luy Finfante
étoit restée
y,
La voyant confuse, affligé>
Il luy parla:Voicycomment
: Plus que vous je fus desolée,
Luy dit-elle, le jour qu'en
m'éloignant devous 1
Je meritay vôtre courroux
:
Mais loin de soulager nôtre
commun martire,
Un plus long séjour en
ces lieux
Eut rendu le mal encor
- pire
Ainsi je vous quittay, ne
., pouvant faire mieux.
Je apLiiçjnoisr> la rigueur de
nôtre destinée,
Lors qu'un peu loin de 1mon chemin,
J'entens comme la voix
d'une Femme effrayée.
J'y cours; au bord diin
Lac j'apperçois un
Silvain,
Qui perdant tout fefpeél
poursuivoit une Dame:
Je vole, l'épée à la main,
Et d'unrevers que je donne
à
l'infame
Je le mets hors d'étatd'ac
complir son dessein;
La Dame échappa donc:
Chevalier, me dit-elle,
Il ne sera pas dit que vous
m aurez en vain
Donné secours
: Sçachez
que je suis immortelle.
J'habite fous ces eaux, &
j'ay plus de pouvoir
Que toutes les Nymphes
ensemble
;
Vous pouvez demander
tout ce que bon vous
semble -
Sans crainte de refus. Parlez;
vous allez voir,
Si- ma juste reconnoissance
Pour mon liberateur fera
bien son devoir;
Je n'exigeay de sa puiCtance
Ni Sceptre , ni Tresors,
voulant un plus grand
bien;
Je ne luydemanday pour
toute recompense,
Que de vouloir changervôtre
sexe ou le
mien.
A peine avois-je exposé
ma Requête,
Que laDeesse l'accorda,
Dans le Lac elle me plongea.
1
Depuis les pieds ju[qu'?i'
la tête.
Admirez de ces eaux Fe£Z
set prodigieux;
Enhomme au même in-
Aanc je me vois transformée,
Jugez combien je fus
charmée,
Disons charmé pour parler
mieux.
- A, ce mot d'abord l'In-
(Inre fut sac hee.
Croyant que d'elle on se
mocquoit,
Et plus Bradamante affirmoic;,
Et moins l'autre la vouloir
croire,
Celle-ci protestoit, juroit.
Jurer n'est pas prouver,
finissons làl'histoire,
Mais je pourrois pourtant
la compter jusqu'au
bout
Oüi, tout peut être écrit
par une plume sage,
Tout avoit en cecy , pour
but le mariage:
Et mariage couvre tout.
DE LA NAYADE,
r,
- - PIECE NOUVELLE. BRadamante, fille
d'Aimon
Fut vaillante & pleine, de
* charmes;
Sa beauté
,
son adresse aux armes,
Lui donnerent un grand
renom.
L'histoire fit jadis recit de
ses proüesses:
Elle occit des Géans, conquit
desFotreresses;
Défit rOfr des payensfit
mille autresexploits.
- L'Auteur debite toutefois
Une Avanture dont la
belle,
Maigre son extreme valeur.
Ne put sortir à son honneur;
Le moindreChevalier s'en
fut mieux tMé- qu'elle.
Il falloit; & j'eusse voulu
Que le cas eut été conté
par la Fontaine
S'il s'en étoit donné la,
-
peine, -
Le conte en auroit mieux
valu.
Mais sans userd'un plus
ample prélude,
Venons à notre histoire.
Au fond d'un bois épais
Bradamante un beau jour
vintpour prendre le frais,
Ou pour chercher la soli-
« tude.
L'obscurité du lieu l'invi-
< tant au repos,
Elle ôta son armet, s'assit
sur l'herbe tendre,
Et ne put long-temps se
défendre
Des charmes de Morphée.-
Qr il est à propos
Qu'on sache que le Roy
Marcile,
Dans un château non loin
de cet endroit,
Avoir une fille nubile,
Qui Fleur-d'espine se nommoit.
Enchassantce jour. là, de
hazardelle paire
Auprés du sauvage réQl.Iir,
Où la Guerriere se délasse.
L'Infante sans fuite & sans
bruit
Aproche,& voit la riche
-
armure.
N'agucres cerraine blesÍÙre)
Que sur le chef Bradamante
reçut,
L'obligea de couper [a
longue chevelure.
C'est justement ce qui
déçut
Nôtre imprudente chasseresse.
Elle admire ses traits, sa
grace, sa jeunesse,
Sa taille
y
son air fier, même
au sein du repos:
Ah! que mon fort seroit
digne d'envie,
Si je plaifois, dit-elle, àce
jeune Heros.
Mais sans vouloir ici faire
la renchérie,
Ni la prude mal-à-propos,
Eveillons -le; voyons ce
que le fortm'apprête.
Elle l'éveille:en un instant
Les yeux de Bradamante
achevcnt sa conquête.
Je ne puis resisterau juste
empressement
De vous entretenir: c'est
trop de hardiesse;
, Mais ,Seigneur,excusez
une jeune Princesse
Dont l'Amour vous rend
le Vainqueur.
Oui,monbeau Chevalier,
maigremoy je vous aime,
Etje ne sçiquelleforce
suprême
Vous a fL tôt rendu le
maîtredemoncoeur.
C'ell l'effet de la sympa- .thie.:',:
Fille qui resiste trop eu
Ou qui serend sans qu'on
;., la priev,
Met ordinairement lafympathie
en jeu.
L'Amour lne..fait passer les
bornes ordinaires :
Maisquoy?! c'estledestin
de celles 4emon rang,
De se déclarer les premieresLV;.-.
D'ailleurs vous êtes trop charmant,
Pour qu'un coeur avec
vous s'amuse aux bienséances:
Les plus severes d'entre
nous
Ne balanceroienc pointà
fairepus avances,
Si tous lesCavaliers étoient
faits comme vous.
AcediscoursBradamante » ,Bradamante
réplique: r
Les Daines, je crois, ra-
Leur donneraient de la
pratique
,
S'ilsnetoient pas faitsautrement.
Treve demodestie,interrompit
l'Infante:
Ne perdonspointenvains
discours
Un temps qui nous est
cher, & qu'on n'a pas
toujours.
La Scene étoit assez plaisante
Pour la faire dater: Bradamante
pourtant ';
Ne voulut pas pouffer la
feinte plus avant;
Soit crainte denourrirde
folles esperances,
Qui ne pouvoient finir
trop tôt;
Ou de passer pour un nigaut,
Négligeant de telles avances.
Elle declara donc .& son
sexe&sonnom (.-,.
Pourarrester l'effet delamoureuxpoison.
Quelle surprise pour l'In-
< fante,
Quelle douleur! Elle fai-
: soit pitié.
Enfin ne pouvant être amante,
Elleprend le parti d'une
tentendre
amifiéy
Venez vous reposer, dit.
elle à la guerriere,
Dans un Château voisin
-
que tient le Roy mon
pere;
Onfera de son mieux pour
vous y regaler,
Aussibienest-il tard, où
pourriez-vous aller?
Vousne rencontrerez aiu
- cune hôtellerie.
-
Aux offres qu'elle fait Bradamante
se rend
Par complaisance seulement;
Et toutes deux de compagnie,
Aprésavoir rejoint les
chiens & les chasseurs,
S'en vont droit au Château.
Là près des con- noisseurs,
Bradamante parut une
beauté divine. *--
Laprévoyante Fleur-despine
Avoit eu foin de mettre
en arrivânt
Sa compagneen habit
- - décent:
Précautionassez utile,
Les gens étant là,comme
•-* * * - j
ailleurs,
Fort médisans &c grands
glofeurs.
Quand on est sage au
fonds, c'est le plus difsicile,
Il ne faut à crédit donner
prise aux censeurs.
Que sur ce point chacun à
sa mode raisonne;
Le scandale à mon sens est
le plus grand péché:
l'aimerois mieux encor un
vice bien caché
Qu'une vertu que l'on
soupçonne.
L'auteur ne conte point G
la chere fut bonne,
Cela se présuppose; ainsi
je n'en dis rien.
-
Le souper fait,aprés quelque
entretien,
On se coucha. La belle
Hôtesse
Donna belle chambre &
bon lit
A Bradamante, qui dormit
Jusqu'au matin tout d'une
piece.
L'autre reposa peu; l'Amour
l'en empêcha:
Elle le plaignit,soûpira.
*
~.r. Lanuits'étantainsipalier
Aprés mille tendres adieux,
Bradamante partit, non
sansêtre pressée
De s'arrêter encor que
que temps dans ces
lieux.
Elle [e rend en diligence
A Montauban,où le bon
-' Duc Aymon
L'attendoit plein d'impatience.
Nôtrevieillard en sa maison
Soupoit en l'attendant;
il se lève
,
brailsl'semè-
It
A ses côtez galamment
vous la place:
Mais après le repas il lui
fait un Sermon.
Pour s'excu ser, l'adroite
Paladine
De ses exploits guerriers
ayant
fait
le récit,
La rencontre de Fleurd'espine
Vint à son tour:Dieu sçait
comme on en rit !
L'histoire en parut excellente;
fit tant qu'elle dura pas
un ne s'endormit.
Certain cadet de BradaResolut
à part-foy d'en
faire ion profit.
Les cadets de ces lieux
ont toujours de l'esprit.
Celui
- ci connoissoit l'Infante
, A Saragosse ill'avoit vue
un Jour,
Et- pour elle déslors il eût
parlé d'amour, -, S'il eût crûreunir en si
haute entreprise
:
Mais ilsurmonta forr
- pent hant,
N'étant pas homme à
faire la sottise,
D'aimer pour aimer feu^
lement.
Je laisse àpenser sile Sire,
De l'humeur que je viens
de dire,: N'ayant encore barbe au
menton,
Rioit fous cape: en voicy
la raison:
Richardet, c'etf le nom
qu'avoir le bon Apôtre,
Ressembloit à sa soeur:mais
si parfaitement,
Que le bon-homme Aymon
souvent
Luy-même sf trompoit,
& prenoit l'un pour
l'autre,
^ur ce pied-la le drôlecrut
Qu'il
Qu'il viendroit ians peine
à son but,
Au moyen de lareffem- blance.
Plein de cette douce es-
- perance i
Le Galant des la même
nuit,
Pendant que sa soeur dort,
que tout est en silence,
Lui vole armes, cheval,
& tout ce qui s'enfuit.
Equipé de la forte il s'en
va sans trompette: Il se rend chez l'Infante
avant la fin du jour.
- C'eut été pour tout autre
une trop longuetraioeO
Mais que ne fait-on point
animé par l'amour?
Les parens à l'aspect dela
seinte pucelle
Donnent dans le paneau
sans se douter dutour*;
Heureux qui peut de Ion.
retour
Porter la premiere nouvelle!
Tant on est sur par làde
bien faire sa Cour.
Je ne dirai point les tendresses
Il
1. Embrassades, baisers,£a*
jrefïes
Qtie, l'Infante lui fit dans sareception;
Sitffic qu'on ne sçauroit en
< faire davantage.
Mais quoique le Galant
danscetteoccasion
S'écartât de ion personnage,
L'Infante jusqu'au bout sur
dans la bonne foy.
Puis quand elleeût [çû
tout; étoit-ce là dequoy
Lui faire plus mauvais vifage?
On desarma le Pelerin;
Point d'Ecuyers, l'Infante
cn fit roffice,
N'ayant voulu que ce
service
Lui fut rendu d'uneautre
main;
On lui mit juppes &: cor- nettes, Mouchoirs, rubans, enfin
tout l'attirail galant
Dvnt aùjourd'huy Ce fervent,
nos Coquettes;
Il n'y manquoit que du
rouge& du blanc;
On le laissoit en ce temps
aux Grisettes.
Le souper fut servi;mais
=._
durant le repas
Richarder, dont l'habit
-
relevoit les appas,
Fit plus d'une jalouse, &
- plus d'une infidelle.
Cependant la fausse Donzelle
Affecte certain air honteux
,0
Certaine pudeur virginale,
Vous eussiez dit une Vef-
-
tale
Si bien sçait gouverner &
son geste & ses yeux.
Enfin l'heure tant desirée
Arriva pour nôtre galant :
Tête à tête avec luy Finfante
étoit restée
y,
La voyant confuse, affligé>
Il luy parla:Voicycomment
: Plus que vous je fus desolée,
Luy dit-elle, le jour qu'en
m'éloignant devous 1
Je meritay vôtre courroux
:
Mais loin de soulager nôtre
commun martire,
Un plus long séjour en
ces lieux
Eut rendu le mal encor
- pire
Ainsi je vous quittay, ne
., pouvant faire mieux.
Je apLiiçjnoisr> la rigueur de
nôtre destinée,
Lors qu'un peu loin de 1mon chemin,
J'entens comme la voix
d'une Femme effrayée.
J'y cours; au bord diin
Lac j'apperçois un
Silvain,
Qui perdant tout fefpeél
poursuivoit une Dame:
Je vole, l'épée à la main,
Et d'unrevers que je donne
à
l'infame
Je le mets hors d'étatd'ac
complir son dessein;
La Dame échappa donc:
Chevalier, me dit-elle,
Il ne sera pas dit que vous
m aurez en vain
Donné secours
: Sçachez
que je suis immortelle.
J'habite fous ces eaux, &
j'ay plus de pouvoir
Que toutes les Nymphes
ensemble
;
Vous pouvez demander
tout ce que bon vous
semble -
Sans crainte de refus. Parlez;
vous allez voir,
Si- ma juste reconnoissance
Pour mon liberateur fera
bien son devoir;
Je n'exigeay de sa puiCtance
Ni Sceptre , ni Tresors,
voulant un plus grand
bien;
Je ne luydemanday pour
toute recompense,
Que de vouloir changervôtre
sexe ou le
mien.
A peine avois-je exposé
ma Requête,
Que laDeesse l'accorda,
Dans le Lac elle me plongea.
1
Depuis les pieds ju[qu'?i'
la tête.
Admirez de ces eaux Fe£Z
set prodigieux;
Enhomme au même in-
Aanc je me vois transformée,
Jugez combien je fus
charmée,
Disons charmé pour parler
mieux.
- A, ce mot d'abord l'In-
(Inre fut sac hee.
Croyant que d'elle on se
mocquoit,
Et plus Bradamante affirmoic;,
Et moins l'autre la vouloir
croire,
Celle-ci protestoit, juroit.
Jurer n'est pas prouver,
finissons làl'histoire,
Mais je pourrois pourtant
la compter jusqu'au
bout
Oüi, tout peut être écrit
par une plume sage,
Tout avoit en cecy , pour
but le mariage:
Et mariage couvre tout.
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Résumé : LE DON DE LA NAYADE, PIECE NOUVELLE.
Le texte narre les aventures de Bradamante, fille d'Aimon, célèbre pour sa vaillance et sa beauté. Ses exploits incluent des combats contre des géants et la conquête de forteresses. Une aventure particulière est mise en avant : Bradamante, reposant dans un bois, est découverte par Fleur-d'Épine, fille du roi Marcile. Séduite par la beauté de Bradamante, Fleur-d'Épine lui déclare son amour. Bradamante, après avoir révélé son identité et son sexe, accepte l'hospitalité de Fleur-d'Épine au château royal. Simultanément, Richardet, le frère cadet de Bradamante, profite de leur ressemblance pour se faire passer pour elle et séduire Fleur-d'Épine. Il se rend au château et est bien accueilli. Fleur-d'Épine, croyant avoir affaire à Bradamante, lui raconte une histoire impliquant une nymphe qui a changé son sexe pour celui de Richardet. L'histoire se termine sans révéler la vérité, mais il est suggéré que le but final est le mariage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 1-76
HISTOIRE toute veritable.
Début :
Dans les Ilsles d'Hieres est scitué entre des rochers [...]
Mots clefs :
Îles d'Hyères, Amant, Vaisseau, Amour, Homme, Soeur, Capitaine, Château, Surprise, Passion, Roman, Chambre, Mariage, Négociant, Gentilhomme, Rochers, Mari, Bonheur, Fortune, Esprit, Fille, Joie, Mérite, Équivoque , Valets, Mer, Maître, Lecteur, Infidélité, Rivage
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE toute veritable.
DAns les Isles d'Hieres
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
Fermer
Résumé : HISTOIRE toute veritable.
Le texte décrit une scène dans les Isles d'Hières, où deux sœurs, Lucille et Marianne, se promènent dans une allée d'orangers. Lucille, l'aînée, est belle et admirée, mais triste car son père souhaite la marier à un gentilhomme voisin. Marianne, enjouée, taquine Lucille qui attend le retour de son amant, Leandre. Lucille rêve de Leandre et avoue son amour pour lui, motivé par ses richesses et sa qualité. Marianne obtient de leur père qu'il marie d'abord Marianne, permettant ainsi à Lucille d'attendre Leandre. Quelques jours passent sans nouvelles de Leandre. Un vaisseau accoste près du château après une tempête. Lucille court avertir Leandre, mais découvre qu'un valet demande de l'aide pour son maître, blessé. Marianne, séduite par l'apparence du jeune homme, s'occupe de lui avec zèle. Lors du souper, l'inconnu se révèle être un jeune négociant riche, mais ce n'est pas Leandre. Lucille est triste, tandis que Marianne reste silencieuse, troublée par ses sentiments. Le père, ignorant des tensions, est content de la situation. Marianne, amoureuse du négociant, évite de le regarder pour se punir de son plaisir. Une méprise survient lorsque le père annonce au négociant qu'il souhaite l'épouser. Lucille accepte la situation et se prépare à recevoir le négociant, mais celui-ci, confus, quitte la chambre sans rien dire. Lucille retrouve Leandre chez une voisine. Le négociant, accompagné du capitaine de son vaisseau, révèle qu'il doit repartir aux Indes. Cependant, ils prennent la mer sans prévenir, laissant les sœurs et le père perplexes. Marianne accepte de se marier avec le négociant pour rétablir les affaires de son père. Le mariage est célébré magnifiquement à la fin du mois de septembre. Le négociant, souhaitant annuler son mariage, supplie son ami capitaine de le ramener à l'île. Le capitaine reste inflexible, insistant pour que le négociant réfléchisse à son amour pendant le voyage. Le contrat de mariage est annulé grâce à une somme d'argent versée au gentilhomme. Le mariage entre le négociant et Marianne est finalement célébré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 3-32
Avanture tragi-comique, extraite d'une lettre Espagnole, écrite de Tolede au temps que Philippe V. s'empara de Madrid.
Début :
Je vous fais part, mon cher ami, d'une avanture [...]
Mots clefs :
Aventure tragi-comique, Tolède, Philippe V, Retraite incendiaire, Castillan, Don Quichotte, Château, Siège, Combat, Chevalerie, Claire, Mariage, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avanture tragi-comique, extraite d'une lettre Espagnole, écrite de Tolede au temps que Philippe V. s'empara de Madrid.
jlvanture tragi-comique,extraite
d'une lettre Espagnole, écrite
de Tolede an temps que Philippe
V. s'empara de Madrid.
E vousfais part,
moncher ami,d'une
avanture veritable
,à laquelle a donné
lieu la retraite incendiaire
des ennemis : c'étoit
dans un village à
sept ou huit lieuës d'ici.
A leur approche tout
trem bla dans ce village,
excepté le Heros du lieu,
vieux Castillan, intrepide
, grand homme,
droit, sec & basané, assez
verd encore pour l'âge
de quatre-vingt-deux
étns qu'il avoit. Il se dit
de la race de Don Quixotte:
mais rien ne prouve
cette genealogie, que
sa figure & ses visions.
Il dit ordinairement qu'-
il a de Don Quixotte la
valeur, sans en avoir la
folie: mais lui seul fait
cette exception. Il lui
ressemble en tout, &
cette avanture, quoy
qu'exactement vraye, tiendroit placedans celle
de Don Quixotte, sielle
étoit un peu plus plaisante.
Mais je vous l'envoye
telle qu'elle est.
Nôtre Heros de villageétoit
retiré dans une
mazure ancienne, qu'il
appelloit château, en faveur
d'une vieille tour
bâtie du temps des Maures.
Ce fut dans cette
tour qu'il fit porter tout
son petit meuble antique,
ses vieux titres &
son argent: maiscequ'il
vouloit sur-tout mettre
à couvert du
-
pillage,
c'étoit une jeune Espagnole,
âgée feulement de
quinze ans, belle comme
le jour, & dont il
étoit héroïquement amoureux
, c'est à dire
d'un amour pur soûtenu
de quatre-vingt- deux
ans, qu'il avoit contrainte
par tyrannie à rester
dans son château, enattendant
un mariage legitimement
resolu par
les parens de Claire; c'est
le nom de celle que nous
appellerons dés à present
son épouse, comme Agnés
l'étoit d'Arnolfe:
mais cette Agnés-ci étoit
encore plus deniaisée.
Ses parens, qui ctoient
fort pauvres,s'étoient
determinez àce
mariage, pour faire heriter
bientôt leur fille
,c
du tresor de ce vieux
Espagnol. 1"
Nôtre Don Quixotte
s'étoitdonc armé de pied
en ca p, & n'avoi t pas
oublié une ceinture qui
soûtenoit six pistolets ôc
deux dagues Castillannes
, il s'étoit mis un
pot en tête, percé de tous
côtez, & mangé de
roüille,& n'avoit qu'une
moitié de cuirasse par
devant, & n'étoitarmé
par les épaules que de la
ferme resolution qu'il
avoit prise de ne point
tourner le dos à l'ennemi.
Il faisoit beaucoup
va loir à sa jeune épouse
la violence qu'il se faisoit
de n'aller pas au-devant
des ennemis, se faisant
une loy de chevalerie
de ne pas abondonner
sa Dame;& la petite
rusée feignoit de prendre
la chose du côté que
le vieux jaloux la lui
montroit:mais cette jalousie
affreuse étoit la
feule cause qui le faisoit
retrancher dans sa tour.
.>
Cependant la petite
Claire son épouse oublioitpresque
la peur
qu'elle avoit de l'approche
des ennemis, pour
rire du dessein & de l'accoutrement
ridicule de
son vieux tyran;& ce
qui diminuoit sa peur
encore,c'étoit une lettre
qu'elle avoit reçûë
secretement, & dont
nous verrons les effets
dans la fuite. Elle prenoit
un plaisir malin à
se moquer de ses rodomontades
lui disoit:
Mon cher époux, pourquoy
vous armer sipesamment
?vôtre seul aspect
fera trembler ceux
qui vous vont assieger.
Je cache ma valeur fous
mes armes,lui répondit
le Castillan ; si je la
laissois à découvert, on
ne m'attaqueroitqu'en
tremblant, &. j'aurois
moins de gloire à vaincre.
Mettez donc encore
un autre casque sur vôtre
tête, répondit la jeune
épouse; car celui-là
est tout percé, & l'on
voit vôtre valeur à tra- vers. :•••'
?
Pendant ce discours
onentendit dans la cour,
du château des cris, Lr
plusieurs soldats bien armez&
cuirassez quitâchoit
d'escalader la tour
par un côté. D'abord la
jeune femme fit remarquer
au vieux Chevalier
qu'on l'attaquoit foiblement,&
qu'il faloit qu'il
ménageât les coups qu'il
avoit à tirer, pour se défendre
quand les ennemis
feroient montez. Il
trouva l'avis bon, & ne
tira point,observant seulement
les escaladeurs.
Ils étoient déja à portée
des coups: mais ils n'osoient
avancer à caufede
la fiere contenance du
ChevalierEspagnol, qui
pendant ce temps- là se
sentit saisir par deux
bras plus forts que ceux
de sa jeune épouse, qu'il
croyoit feule avec lui
dans latour, & il fut
sort surpris quand il vie
sur sa poitrine deux -
gros bras nerveux & armez
de cuirasse. C'étoit
en effet un autre Chevalier
à peu prés armé
comme il l'étoit lui-même.
Cet homme armé
étoitentré par une fenêtre
du grenier de cette
tour, par où la jeune accordéeavoit
pris foinde
descendre avec la poulie
de la fenestre, une corbeiHe,&:
les deux bouts
de la corde à puits, avec
laquelle le Chevalier &£
trois de ses camarades
s'étoient montez reciproquement
; &ils se
saisirenttous ensuite du
Don Quixotte, parce
qu'il avoit plusieurs piftolets
&, mousquetons
chargez. Quandils eurent
jetté toutes ces armes
à feu par la fenestre,
6C qu'on ne lui eut
laissé que sa feule épée,
alors
alors les quatre ennemis
le lâcherent > & le premier
Chevalier,qui parut
leur commandant,
prit la parole sur le ton
de la Chevalerie, dont
l'autre avoit le cerveau
un peu attaqué,comme
nous l'avons déja dit.
Seigneur Manquinados,
lui dit d'abord le Chevalier,
haussant la vipère,
quoique vous soyiez nôtre
prisonnier, & que
tout vôtre butin nous
appartienne en bonne
guerre, cependant la
beauté de cette jeune infante
m'impose du respect;
elle me causeen
mesme tem ps un subit,
mais violent amour.
D'un autre côté votre
valeur me donne de la
veneration 8£ de l'estime
: ainsi voyons si vous
soûtiendrez la haute idée
que j'ai connue de votre
generosité. Je ne veux
vous ôter ni votre Dame
, ni votre tresor:
mais je veux que l'un &
l'autre foit le prix d'un
combat singulier que je
vous propose.
Le Chevalier de la
tour fut d'abord étourdi
de cette proposition;car
sa jeune Claire & son
tresor étoient à lui, à ce
qu'il croyoit, en legitime
possession, & il ne
pouvoit se resoudre à
exposer l'un & l'autreau
hazard d'un combat.
C'est ce qu'il representa
trés-fortement à sonadversaire
: mais on lui
prouva d'abord que le
coeur deClaire étoit un
bien usurpé par lui;c'est
ce qu'elle declara ellemême
trés - patetiquement
en presence des
champions : & on lui
declara de plus que la
plûpart de l'argent qui
composoit le tresor du
vieux Espagnol avoit
été usurpé presque aussi
injustement que le coeur
de Claire, par les vexations
de ce tyran de village
sur les parens de
Claire. Toutes ces raisons
ne determinoient
point le Chevalier avare
& jaloux: mais la necessité
d'acccepter le dési,
ou de se voir enlever
tour sans combattre,
lui inspira un genereux
mépris de ses tresors, de
sa maîtresse, & d'un reste
de vie qui ne valoit gueres
la peine de le défendre,
mais qu'il resolut
pourtant de vendre bien
cher à son ennemi. Ils se
reculerent, chacun l'épée
au poing, jusqu'au
mur intérieur de la tour,
pour prendre leur course
& faire irruption l'un sur
l'autre; & cependant les
autres eurent ordre detre
spectateurs tranquiles
de ce fameux combat,
dont Claire ne laissoit
pas de trembler bien
fort, quoy qu'elle s'attendît
bien que le vieux
époux y succomberoit..
Ils combattirent sur un
tas de meubles & d'utenfils
qui leurservoientde
barriere, & ilssassaillirent
l'un l'autre comme
on force un retranchement
de fascines. Je ne
sçai par quelle mauvaise
destinée le vieux Espagnol
,
qui devoit pourrant
mieux connoître
son terrainque l'autre,
voulut prendre son avantage,
en mettant le pied
sur un vieux bahuplat
qui se trouvoit de niveau
avec quelques autresmeubles
dont le
plancher étoit couvert.
Ce vieux bahu pourri
fut percé de fond en comble
par le pied du combattant,
en forte que
pieds, jambes SC cuisses
se trouverent enfoncez
& pris dans le bahu,
comme le fut jadis le
pied
pied de Ragotin dans le
pot de chambre.
Alors il cria : Quar- tier',quartier,pointde
supercherie ; & en effet
on nevoulut point prosiser
du faux pas qu'il
avoit fait. Les juges du
combat le defemboëterent,
& il fut remisen
pied. Il fut si touché d'estime
pour des ennemis
si généreux ,
qu'il promit
de ceder sans regret
le prix de la victoire à
son ad versaire:mais que
cette victoire lui coûte- j
roit cher. Je ne vous serai
point ici la description
ducombat renou- (
vellé. La foibleffc du
vieillard, la superioritéquel'autreavoitsurlui,
l'équipage du combattant,&
ladispositiondu
champ de bataille, le
rendirent si comique,
que Claire ne put s'empêcher
d'en rire, malgré
le peril que couroit encore
son amant; car le
combattant étoit en esset
un jeune François,
qui étoit devenu amoureux
& aiméd'elle depuis
peu de temps, &
qui avoit ramassé quelques
amis dans un petit
parti François, qui avoit
mis en déroute quelques
Allemans qui avoient
commence a pillertrésserieusement
la bassecour
du romanesqueEspagnol
; ensorte que les
vrais ennemis ayant pris
la suite,ceux-ci ne firent
l'attaque de la tour que
de concert avec Claire
& ses parens pour met--
tre le vieux Seigneur à
laraison.
Revenons à la fin d'un
combat oùl'amant ne
laissa pas d'estre blessé au
bras,parce qu'ilnevouloit
point tuer son rival.
Enfinaprès un combat
,
fort obstiné de la
part du vieillard, ilfut
renversésousson ennemi,
8£ contraint de lui
demander la vie & sa
chereépouse. A cette demande
Claire s'écria,
que pour la vie elle consentoit
qu'on la lui donnât,
& non feulement la
vie, continua-t-elle:
mais je veux bien qu'on
vous donne outre cela
de quoy vivre. En effet
le pere de Claire, qui
étoit l'un des cavaliers
armez & déguisez, promit
de nourrir le vieillard
tant qu'il vivroit;
& les choses tournerent
de façon qu'un bon contrat
de mariage fut la
rançon de la vie qu'on
donna au vieux Espagnol,
quisigna rncfmc
le premier au t",r",.r
Voila, Mon/leur,
tcut ce que j.'Jai f¡f;û" dde
/e/le avanfure:je souhtlite
que si elle riesipas
bien ré)outrante, elle
vous Joit du moins caution
queJApporterat tous
-
mesJoins à vous envoyer
des Jujets d'hifloriettes>
que je vouslaisserai do..
renavant lefoin d'écrire
wons - même 5 car vos
Alercures du mois passé
mont appris que vous
êtes resolu de ceder le détail
Çy lesJoins du Mercure
a un homme tout
appliqué à cet ouvrage3
fS de ne vous rejerver
c*He la peine d'écrire
quelques morceaux détachez,;
sist en vers, sist en prose, sist dissertations
:JJOit tranfitions3
sist hijtoriettes ; f.5 nous
attendons avec impatience
la nouvelleforme
de ce Mercure; car les
derniers ( il faut vous
l'avouer)feroient tort a
voire reputation 3fi ton
r7/7/etotiotpittÙpabsibeinenccoonnrvvaaiinncen
devotreparesse.
d'une lettre Espagnole, écrite
de Tolede an temps que Philippe
V. s'empara de Madrid.
E vousfais part,
moncher ami,d'une
avanture veritable
,à laquelle a donné
lieu la retraite incendiaire
des ennemis : c'étoit
dans un village à
sept ou huit lieuës d'ici.
A leur approche tout
trem bla dans ce village,
excepté le Heros du lieu,
vieux Castillan, intrepide
, grand homme,
droit, sec & basané, assez
verd encore pour l'âge
de quatre-vingt-deux
étns qu'il avoit. Il se dit
de la race de Don Quixotte:
mais rien ne prouve
cette genealogie, que
sa figure & ses visions.
Il dit ordinairement qu'-
il a de Don Quixotte la
valeur, sans en avoir la
folie: mais lui seul fait
cette exception. Il lui
ressemble en tout, &
cette avanture, quoy
qu'exactement vraye, tiendroit placedans celle
de Don Quixotte, sielle
étoit un peu plus plaisante.
Mais je vous l'envoye
telle qu'elle est.
Nôtre Heros de villageétoit
retiré dans une
mazure ancienne, qu'il
appelloit château, en faveur
d'une vieille tour
bâtie du temps des Maures.
Ce fut dans cette
tour qu'il fit porter tout
son petit meuble antique,
ses vieux titres &
son argent: maiscequ'il
vouloit sur-tout mettre
à couvert du
-
pillage,
c'étoit une jeune Espagnole,
âgée feulement de
quinze ans, belle comme
le jour, & dont il
étoit héroïquement amoureux
, c'est à dire
d'un amour pur soûtenu
de quatre-vingt- deux
ans, qu'il avoit contrainte
par tyrannie à rester
dans son château, enattendant
un mariage legitimement
resolu par
les parens de Claire; c'est
le nom de celle que nous
appellerons dés à present
son épouse, comme Agnés
l'étoit d'Arnolfe:
mais cette Agnés-ci étoit
encore plus deniaisée.
Ses parens, qui ctoient
fort pauvres,s'étoient
determinez àce
mariage, pour faire heriter
bientôt leur fille
,c
du tresor de ce vieux
Espagnol. 1"
Nôtre Don Quixotte
s'étoitdonc armé de pied
en ca p, & n'avoi t pas
oublié une ceinture qui
soûtenoit six pistolets ôc
deux dagues Castillannes
, il s'étoit mis un
pot en tête, percé de tous
côtez, & mangé de
roüille,& n'avoit qu'une
moitié de cuirasse par
devant, & n'étoitarmé
par les épaules que de la
ferme resolution qu'il
avoit prise de ne point
tourner le dos à l'ennemi.
Il faisoit beaucoup
va loir à sa jeune épouse
la violence qu'il se faisoit
de n'aller pas au-devant
des ennemis, se faisant
une loy de chevalerie
de ne pas abondonner
sa Dame;& la petite
rusée feignoit de prendre
la chose du côté que
le vieux jaloux la lui
montroit:mais cette jalousie
affreuse étoit la
feule cause qui le faisoit
retrancher dans sa tour.
.>
Cependant la petite
Claire son épouse oublioitpresque
la peur
qu'elle avoit de l'approche
des ennemis, pour
rire du dessein & de l'accoutrement
ridicule de
son vieux tyran;& ce
qui diminuoit sa peur
encore,c'étoit une lettre
qu'elle avoit reçûë
secretement, & dont
nous verrons les effets
dans la fuite. Elle prenoit
un plaisir malin à
se moquer de ses rodomontades
lui disoit:
Mon cher époux, pourquoy
vous armer sipesamment
?vôtre seul aspect
fera trembler ceux
qui vous vont assieger.
Je cache ma valeur fous
mes armes,lui répondit
le Castillan ; si je la
laissois à découvert, on
ne m'attaqueroitqu'en
tremblant, &. j'aurois
moins de gloire à vaincre.
Mettez donc encore
un autre casque sur vôtre
tête, répondit la jeune
épouse; car celui-là
est tout percé, & l'on
voit vôtre valeur à tra- vers. :•••'
?
Pendant ce discours
onentendit dans la cour,
du château des cris, Lr
plusieurs soldats bien armez&
cuirassez quitâchoit
d'escalader la tour
par un côté. D'abord la
jeune femme fit remarquer
au vieux Chevalier
qu'on l'attaquoit foiblement,&
qu'il faloit qu'il
ménageât les coups qu'il
avoit à tirer, pour se défendre
quand les ennemis
feroient montez. Il
trouva l'avis bon, & ne
tira point,observant seulement
les escaladeurs.
Ils étoient déja à portée
des coups: mais ils n'osoient
avancer à caufede
la fiere contenance du
ChevalierEspagnol, qui
pendant ce temps- là se
sentit saisir par deux
bras plus forts que ceux
de sa jeune épouse, qu'il
croyoit feule avec lui
dans latour, & il fut
sort surpris quand il vie
sur sa poitrine deux -
gros bras nerveux & armez
de cuirasse. C'étoit
en effet un autre Chevalier
à peu prés armé
comme il l'étoit lui-même.
Cet homme armé
étoitentré par une fenêtre
du grenier de cette
tour, par où la jeune accordéeavoit
pris foinde
descendre avec la poulie
de la fenestre, une corbeiHe,&:
les deux bouts
de la corde à puits, avec
laquelle le Chevalier &£
trois de ses camarades
s'étoient montez reciproquement
; &ils se
saisirenttous ensuite du
Don Quixotte, parce
qu'il avoit plusieurs piftolets
&, mousquetons
chargez. Quandils eurent
jetté toutes ces armes
à feu par la fenestre,
6C qu'on ne lui eut
laissé que sa feule épée,
alors
alors les quatre ennemis
le lâcherent > & le premier
Chevalier,qui parut
leur commandant,
prit la parole sur le ton
de la Chevalerie, dont
l'autre avoit le cerveau
un peu attaqué,comme
nous l'avons déja dit.
Seigneur Manquinados,
lui dit d'abord le Chevalier,
haussant la vipère,
quoique vous soyiez nôtre
prisonnier, & que
tout vôtre butin nous
appartienne en bonne
guerre, cependant la
beauté de cette jeune infante
m'impose du respect;
elle me causeen
mesme tem ps un subit,
mais violent amour.
D'un autre côté votre
valeur me donne de la
veneration 8£ de l'estime
: ainsi voyons si vous
soûtiendrez la haute idée
que j'ai connue de votre
generosité. Je ne veux
vous ôter ni votre Dame
, ni votre tresor:
mais je veux que l'un &
l'autre foit le prix d'un
combat singulier que je
vous propose.
Le Chevalier de la
tour fut d'abord étourdi
de cette proposition;car
sa jeune Claire & son
tresor étoient à lui, à ce
qu'il croyoit, en legitime
possession, & il ne
pouvoit se resoudre à
exposer l'un & l'autreau
hazard d'un combat.
C'est ce qu'il representa
trés-fortement à sonadversaire
: mais on lui
prouva d'abord que le
coeur deClaire étoit un
bien usurpé par lui;c'est
ce qu'elle declara ellemême
trés - patetiquement
en presence des
champions : & on lui
declara de plus que la
plûpart de l'argent qui
composoit le tresor du
vieux Espagnol avoit
été usurpé presque aussi
injustement que le coeur
de Claire, par les vexations
de ce tyran de village
sur les parens de
Claire. Toutes ces raisons
ne determinoient
point le Chevalier avare
& jaloux: mais la necessité
d'acccepter le dési,
ou de se voir enlever
tour sans combattre,
lui inspira un genereux
mépris de ses tresors, de
sa maîtresse, & d'un reste
de vie qui ne valoit gueres
la peine de le défendre,
mais qu'il resolut
pourtant de vendre bien
cher à son ennemi. Ils se
reculerent, chacun l'épée
au poing, jusqu'au
mur intérieur de la tour,
pour prendre leur course
& faire irruption l'un sur
l'autre; & cependant les
autres eurent ordre detre
spectateurs tranquiles
de ce fameux combat,
dont Claire ne laissoit
pas de trembler bien
fort, quoy qu'elle s'attendît
bien que le vieux
époux y succomberoit..
Ils combattirent sur un
tas de meubles & d'utenfils
qui leurservoientde
barriere, & ilssassaillirent
l'un l'autre comme
on force un retranchement
de fascines. Je ne
sçai par quelle mauvaise
destinée le vieux Espagnol
,
qui devoit pourrant
mieux connoître
son terrainque l'autre,
voulut prendre son avantage,
en mettant le pied
sur un vieux bahuplat
qui se trouvoit de niveau
avec quelques autresmeubles
dont le
plancher étoit couvert.
Ce vieux bahu pourri
fut percé de fond en comble
par le pied du combattant,
en forte que
pieds, jambes SC cuisses
se trouverent enfoncez
& pris dans le bahu,
comme le fut jadis le
pied
pied de Ragotin dans le
pot de chambre.
Alors il cria : Quar- tier',quartier,pointde
supercherie ; & en effet
on nevoulut point prosiser
du faux pas qu'il
avoit fait. Les juges du
combat le defemboëterent,
& il fut remisen
pied. Il fut si touché d'estime
pour des ennemis
si généreux ,
qu'il promit
de ceder sans regret
le prix de la victoire à
son ad versaire:mais que
cette victoire lui coûte- j
roit cher. Je ne vous serai
point ici la description
ducombat renou- (
vellé. La foibleffc du
vieillard, la superioritéquel'autreavoitsurlui,
l'équipage du combattant,&
ladispositiondu
champ de bataille, le
rendirent si comique,
que Claire ne put s'empêcher
d'en rire, malgré
le peril que couroit encore
son amant; car le
combattant étoit en esset
un jeune François,
qui étoit devenu amoureux
& aiméd'elle depuis
peu de temps, &
qui avoit ramassé quelques
amis dans un petit
parti François, qui avoit
mis en déroute quelques
Allemans qui avoient
commence a pillertrésserieusement
la bassecour
du romanesqueEspagnol
; ensorte que les
vrais ennemis ayant pris
la suite,ceux-ci ne firent
l'attaque de la tour que
de concert avec Claire
& ses parens pour met--
tre le vieux Seigneur à
laraison.
Revenons à la fin d'un
combat oùl'amant ne
laissa pas d'estre blessé au
bras,parce qu'ilnevouloit
point tuer son rival.
Enfinaprès un combat
,
fort obstiné de la
part du vieillard, ilfut
renversésousson ennemi,
8£ contraint de lui
demander la vie & sa
chereépouse. A cette demande
Claire s'écria,
que pour la vie elle consentoit
qu'on la lui donnât,
& non feulement la
vie, continua-t-elle:
mais je veux bien qu'on
vous donne outre cela
de quoy vivre. En effet
le pere de Claire, qui
étoit l'un des cavaliers
armez & déguisez, promit
de nourrir le vieillard
tant qu'il vivroit;
& les choses tournerent
de façon qu'un bon contrat
de mariage fut la
rançon de la vie qu'on
donna au vieux Espagnol,
quisigna rncfmc
le premier au t",r",.r
Voila, Mon/leur,
tcut ce que j.'Jai f¡f;û" dde
/e/le avanfure:je souhtlite
que si elle riesipas
bien ré)outrante, elle
vous Joit du moins caution
queJApporterat tous
-
mesJoins à vous envoyer
des Jujets d'hifloriettes>
que je vouslaisserai do..
renavant lefoin d'écrire
wons - même 5 car vos
Alercures du mois passé
mont appris que vous
êtes resolu de ceder le détail
Çy lesJoins du Mercure
a un homme tout
appliqué à cet ouvrage3
fS de ne vous rejerver
c*He la peine d'écrire
quelques morceaux détachez,;
sist en vers, sist en prose, sist dissertations
:JJOit tranfitions3
sist hijtoriettes ; f.5 nous
attendons avec impatience
la nouvelleforme
de ce Mercure; car les
derniers ( il faut vous
l'avouer)feroient tort a
voire reputation 3fi ton
r7/7/etotiotpittÙpabsibeinenccoonnrvvaaiinncen
devotreparesse.
Fermer
Résumé : Avanture tragi-comique, extraite d'une lettre Espagnole, écrite de Tolede au temps que Philippe V. s'empara de Madrid.
Le texte raconte une aventure tragi-comique inspirée d'une lettre espagnole écrite à l'époque où Philippe V s'empara de Madrid. L'histoire se déroule dans un village situé à sept ou huit lieues de Tolède. Lors de la retraite incendiaire des ennemis, un vieux Castillan de quatre-vingt-deux ans, comparé à Don Quixotte, refuse de fuir. Il se prépare à défendre son château, une ancienne masure avec une tour bâtie du temps des Maures, où il a rassemblé ses biens et une jeune Espagnole de quinze ans, Claire, dont il est amoureux et qu'il retient contre sa volonté en attendant un mariage arrangé par ses parents. Le vieil homme s'arme et se prépare à affronter les ennemis, malgré les moqueries de Claire. Alors qu'il se tient prêt, des soldats escaladent la tour. Claire, qui a reçu une lettre secrète, se moque de lui. Soudain, un autre chevalier entre par une fenêtre et maîtrise le vieux Castillan. Ce chevalier propose un combat singulier pour obtenir Claire et le trésor du vieil homme. Claire et ses parents révèlent que le trésor a été acquis par des vexations et que son cœur n'appartient pas au vieil homme. Le combat commence, mais le vieil homme trébuche et est sauvé par la générosité de son adversaire. Blessé, il est finalement vaincu. Claire accepte de pardonner la vie du vieil homme à condition qu'il soit nourri jusqu'à sa mort. Un contrat de mariage est signé, mettant fin à l'aventure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 1660-1664
« Le 2. de ce mois, le Roi & la Reine arriverent à Versailles du Château de [...] »
Début :
Le 2. de ce mois, le Roi & la Reine arriverent à Versailles du Château de [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Morts, Baptêmes, Château, Versailles, Thèse, Loterie de la Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 2. de ce mois, le Roi & la Reine arriverent à Versailles du Château de [...] »
E 2. de ce mois , le Roi & la Reine
arriverent à Verfailles du Château de
Marly , & le 6. le Roi en partit pour fe
rendre à Compiegne. S. M. paffa vers les
4. heures après midi fur les Ramparts de
Paris & arriva le foir à Compiegne.
:
Le 8. la Reine entendit la Meffe dans
fa Chapelle du Château , & S. M. communia
par les mains de l'Abbé de Pontac,.
fon Aumônier en quartier.
Le 3. après midi , le Roi fir dans la
Cour du Château de Verlailles , la Revûë
des deux Compagnies des Moufquetaires
de la Garde de Sa Majefté . Ils s'affemblerent
à pied , & après que le Roi eut
paffé dans les rangs , ils firent l'Exercice
& défilerent devant S. M. enfuite ils monterent
à cheval , & ils repafferent devant
le Roi. La Reine , accompagnée de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames. de
France ,
JUILLET. 1730. 1661
France , vit cette Revûë du Balcon de
l'Appartement des Princeffes d'Orleans .
Le même jour , le Pere Paul , nouvellement
élû Vicaire General , de la Congregation
des Auguftins Déchauffez de
France , étant accompagné du Provincial
& de fes Affiftans Generaux , cut l'honneur
de faluer le Roy.
Le s . de ce mois , le R. P. Dom Jean-
Baptifte Alaydon , Superieur General des
Benedictins de la Congrégation de faint
Maur , accompagné de fes deux Affiftans ,
eut l'honneur de faluer le Roi . S. M. les
reçût très-favorablement . M. le Cardinal
de Fleury avoit eû lá bonté de les leur
prefenter , & de demander au Roi fa protection
pour eux . S. E. avoit eu auparavant
celle de leur donner une audience
particuliere. Ils furent auffi prefentez à la
Reine , à Monfeigneur le Dauphin & à
Mefdames de France .
Le 23. Juillet , le Roi donna au Duc
de Charot , qui a été Gouverneur de S.M.
la Place de Chef du Confeil Royal des
Finances , vacante par la mort du Maréchal
de Villeroy.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie
des Indes , pour le rembourfement des
Actions , fut titée en la maniere accoûtumée
; on a publié la Lifte des Numero
des
1662 MERCURE DE FRANCE
des Actions & Dixièmes d'Actions qui
feront rembourfez , faifant en tout le
nombre de 300. Actions.
Le jour de fainte Anne , Fête de M. de
Vendeüil , Ecuyer du Roi , fort connu
par les excellens hommes de cheval qu'il
a formez , fut celebrée le 27. de ce mois ,
par les Gentilshommes de l'Académie dont
il eft le Chef. Elle commença par une
Serenade de Timbales & Hautbois , qui
fe répondoient par des Violons & autres
Inftrumens, au fon defquels cette brillante
Nobleffe prefenta fon Bouquet . On
tira un très - beau Feu d'artifice dans le
Manege découvert , dont le feu & les ar
bres faifoient une décoration magnifique.
L'Académie étoit toute illuminée. La Fête
fut terminée par un Bal .
Jean-Jofeph -François Chicoyneau de la
Valette , natif de Montpellier , fils de
M. Chicoyneau , Confeiller en la Cour
des Aydes de la même Ville , Chancelier
Juge de la Faculté de Medecine , Profeffeur
Royal d'Anatomie & de Botanique,
& de la Societé Royale des Sciences , &
petit-fils de M. Chirac , Premier Medecin.
de S. A. S. M. le Duc d'Orleans , de l'Académie
Royale des Sciences , ancien Profeffeur
en Medecine de l'Univerfité de
Montpellier, & Sur-Intendant du Jardin
Royal
JUILLET. 1730. 1663
Royal de Paris , foutint le 28. Juillet une
Thefe generale de Philofophie au College
Mazarin , dediée à M. le Duc de Gefvres
Pair de France , Chevalier des Ordres du
Roy , Premier Gentilhomme de la Chambre
de S. M. & Gouverneur de Paris . Un
grand nombre de Prélats , de Cordons
Bleus , de Magiftrats & autres perfonnes
de diftinction y affifterent . Tout le monde
admira l'efprit & le fçavoir extraordinaire
de ce jeune Philofophe , âgé de
dix ans & demi , étant né le 28. Janvier,
1720 .
On écrit de Caen , que le 24. de ce
mois , André Haret , âgé de 16. ans , fils
d'un Confeiller du Préfidial de cette Ville,
prononça dans l'Ecole de Droit de l'Univerfité
de Caën , un Difcours de fa compofition
, dont le fujet étoit l'Obligation
que la Religion a à l'Eglife de Bayeux , depuis
la Fondation de cette Eglife juſqu'à
prefent. Le Difcours fut prononcé en prefence
de l'Evêque de Bayeux & de quan!
tité de perfonnes de grande diftinction.
Cette action a été regardée comme un
prodige , tant par la jufteffe de la compofition
, que par l'éloquence du jeune Ora
teur.
१
Le 28. Juillet , M. Maffei , Archevêque
d'Athênes , & Nonce ordinaire du Pape
cut une Audience particuliere du Roi à
Com1664
MERCURE DE FRANCE
Compiegne, aprés avoir donné part à S.M.
de l'Exaltation au Pontificat , du Cardinal
Laurent Corfini , qui a pris le nom
de Clement XII . il lui prefenta une Lettre
du la main du Pape . Il fut conduit
à cette Audience par le Chevalier de Sainctot
Introducteur des Ambaſſadeurs.
Quelques jours après M. Maffei , eut Audience
de la Reine à Verſailles , avec les
mêmes Ceremonies.
,
Nombre des Baptêmes , Mariages , Enfans
Trouvez , & Morts de la Ville &
Fauxbourgs de Paris , pendant l'année
derniere 1729.
Baptêmes ,
18163
Mariages , 4231
Enfans Trouvez ,
2336
Morts, 19598
Maifons Religieufes , 19852
Hommes & Filles , 254
Partant , le nombre des Morts de l'année
1729. excede celui des Baptêmes de'
1435.
arriverent à Verfailles du Château de
Marly , & le 6. le Roi en partit pour fe
rendre à Compiegne. S. M. paffa vers les
4. heures après midi fur les Ramparts de
Paris & arriva le foir à Compiegne.
:
Le 8. la Reine entendit la Meffe dans
fa Chapelle du Château , & S. M. communia
par les mains de l'Abbé de Pontac,.
fon Aumônier en quartier.
Le 3. après midi , le Roi fir dans la
Cour du Château de Verlailles , la Revûë
des deux Compagnies des Moufquetaires
de la Garde de Sa Majefté . Ils s'affemblerent
à pied , & après que le Roi eut
paffé dans les rangs , ils firent l'Exercice
& défilerent devant S. M. enfuite ils monterent
à cheval , & ils repafferent devant
le Roi. La Reine , accompagnée de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames. de
France ,
JUILLET. 1730. 1661
France , vit cette Revûë du Balcon de
l'Appartement des Princeffes d'Orleans .
Le même jour , le Pere Paul , nouvellement
élû Vicaire General , de la Congregation
des Auguftins Déchauffez de
France , étant accompagné du Provincial
& de fes Affiftans Generaux , cut l'honneur
de faluer le Roy.
Le s . de ce mois , le R. P. Dom Jean-
Baptifte Alaydon , Superieur General des
Benedictins de la Congrégation de faint
Maur , accompagné de fes deux Affiftans ,
eut l'honneur de faluer le Roi . S. M. les
reçût très-favorablement . M. le Cardinal
de Fleury avoit eû lá bonté de les leur
prefenter , & de demander au Roi fa protection
pour eux . S. E. avoit eu auparavant
celle de leur donner une audience
particuliere. Ils furent auffi prefentez à la
Reine , à Monfeigneur le Dauphin & à
Mefdames de France .
Le 23. Juillet , le Roi donna au Duc
de Charot , qui a été Gouverneur de S.M.
la Place de Chef du Confeil Royal des
Finances , vacante par la mort du Maréchal
de Villeroy.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie
des Indes , pour le rembourfement des
Actions , fut titée en la maniere accoûtumée
; on a publié la Lifte des Numero
des
1662 MERCURE DE FRANCE
des Actions & Dixièmes d'Actions qui
feront rembourfez , faifant en tout le
nombre de 300. Actions.
Le jour de fainte Anne , Fête de M. de
Vendeüil , Ecuyer du Roi , fort connu
par les excellens hommes de cheval qu'il
a formez , fut celebrée le 27. de ce mois ,
par les Gentilshommes de l'Académie dont
il eft le Chef. Elle commença par une
Serenade de Timbales & Hautbois , qui
fe répondoient par des Violons & autres
Inftrumens, au fon defquels cette brillante
Nobleffe prefenta fon Bouquet . On
tira un très - beau Feu d'artifice dans le
Manege découvert , dont le feu & les ar
bres faifoient une décoration magnifique.
L'Académie étoit toute illuminée. La Fête
fut terminée par un Bal .
Jean-Jofeph -François Chicoyneau de la
Valette , natif de Montpellier , fils de
M. Chicoyneau , Confeiller en la Cour
des Aydes de la même Ville , Chancelier
Juge de la Faculté de Medecine , Profeffeur
Royal d'Anatomie & de Botanique,
& de la Societé Royale des Sciences , &
petit-fils de M. Chirac , Premier Medecin.
de S. A. S. M. le Duc d'Orleans , de l'Académie
Royale des Sciences , ancien Profeffeur
en Medecine de l'Univerfité de
Montpellier, & Sur-Intendant du Jardin
Royal
JUILLET. 1730. 1663
Royal de Paris , foutint le 28. Juillet une
Thefe generale de Philofophie au College
Mazarin , dediée à M. le Duc de Gefvres
Pair de France , Chevalier des Ordres du
Roy , Premier Gentilhomme de la Chambre
de S. M. & Gouverneur de Paris . Un
grand nombre de Prélats , de Cordons
Bleus , de Magiftrats & autres perfonnes
de diftinction y affifterent . Tout le monde
admira l'efprit & le fçavoir extraordinaire
de ce jeune Philofophe , âgé de
dix ans & demi , étant né le 28. Janvier,
1720 .
On écrit de Caen , que le 24. de ce
mois , André Haret , âgé de 16. ans , fils
d'un Confeiller du Préfidial de cette Ville,
prononça dans l'Ecole de Droit de l'Univerfité
de Caën , un Difcours de fa compofition
, dont le fujet étoit l'Obligation
que la Religion a à l'Eglife de Bayeux , depuis
la Fondation de cette Eglife juſqu'à
prefent. Le Difcours fut prononcé en prefence
de l'Evêque de Bayeux & de quan!
tité de perfonnes de grande diftinction.
Cette action a été regardée comme un
prodige , tant par la jufteffe de la compofition
, que par l'éloquence du jeune Ora
teur.
१
Le 28. Juillet , M. Maffei , Archevêque
d'Athênes , & Nonce ordinaire du Pape
cut une Audience particuliere du Roi à
Com1664
MERCURE DE FRANCE
Compiegne, aprés avoir donné part à S.M.
de l'Exaltation au Pontificat , du Cardinal
Laurent Corfini , qui a pris le nom
de Clement XII . il lui prefenta une Lettre
du la main du Pape . Il fut conduit
à cette Audience par le Chevalier de Sainctot
Introducteur des Ambaſſadeurs.
Quelques jours après M. Maffei , eut Audience
de la Reine à Verſailles , avec les
mêmes Ceremonies.
,
Nombre des Baptêmes , Mariages , Enfans
Trouvez , & Morts de la Ville &
Fauxbourgs de Paris , pendant l'année
derniere 1729.
Baptêmes ,
18163
Mariages , 4231
Enfans Trouvez ,
2336
Morts, 19598
Maifons Religieufes , 19852
Hommes & Filles , 254
Partant , le nombre des Morts de l'année
1729. excede celui des Baptêmes de'
1435.
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Résumé : « Le 2. de ce mois, le Roi & la Reine arriverent à Versailles du Château de [...] »
En juillet 1730, le roi et la reine se rendirent à Versailles depuis le château de Marly. Le roi partit ensuite pour Compiègne le 6 juillet. Le 8 juillet, la reine assista à la messe et communia dans sa chapelle. Le 3 juillet, le roi passa en revue les Mousquetaires de la Garde à Versailles, en présence de la reine, du Dauphin et des princesses de France. Le même jour, le Père Paul, nouvellement élu vicaire général des Augustins Déchaussés, salua le roi. Le 9 juillet, Dom Jean-Baptiste Alaydon, supérieur général des Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, fut reçu par le roi et la reine grâce à l'intervention du cardinal de Fleury. Le 23 juillet, le roi nomma le duc de Charost chef du Conseil royal des Finances, suite au décès du maréchal de Villeroy. Le 26 juillet, la loterie de la Compagnie des Indes eut lieu pour rembourser les actions. Le 27 juillet, la fête de sainte Anne fut célébrée par les gentilshommes de l'Académie, dirigée par M. de Vendôme. Le 28 juillet, Jean-Joseph-François Chicoyneau de la Valette, âgé de dix ans et demi, soutint une thèse de philosophie au Collège Mazarin. Le même jour, M. Maffei, archevêque d'Athènes et nonce du pape, eut une audience privée avec le roi à Compiègne pour annoncer l'élection du pape Clément XII. Les statistiques pour l'année 1729 à Paris indiquaient 18 163 baptêmes, 4 231 mariages, 2 336 enfants trouvés, et 19 598 décès. Le nombre de décès excédait celui des baptêmes de 1 435.
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11
p. 3045
« Les Lettres venues par la Russie, portent que le Roy de Perse avoit attaqué, avec avantage, [...] »
Début :
Les Lettres venues par la Russie, portent que le Roy de Perse avoit attaqué, avec avantage, [...]
Mots clefs :
Perse, Gouverneur, Château, Salzbourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Lettres venues par la Russie, portent que le Roy de Perse avoit attaqué, avec avantage, [...] »
Lle Roy de Perse avoit attaqué, avec avantage,
une partie du secours que le Grand- Seigneur
envoyoit au Pacha , Gouverneur d'Erivan ; mais
que le reste de ce secours étant arrivé , les Turcs
avoient battu les Persans.
Ont écrit de Stokolm , que M. Finch , Ministre
du Roy d'Angleterre , avoit reçu ordre de
déclarer aux Directeurs de la nouvelle Compa
gnie des Indes , que S. M. B. et la Nation Angloise
prendroient toutes les mesures imaginables
pour empêcher le succès de leur nouveau
Commerce , si on venoit à découvrir que quelques-
uns des principaux Interessez de la Compagnie
d'Ostende y eussent mis des fonds.
On mande de Saltzbourg , que le 27. Novembre
, deux Compagnies de Dragons y avoient,
amené 460. Montagnards avec leurs femmes ,
leurs enfans et leurs domestiques , et que le len
demain ces mêmes Compagnics étoient retournées
dans les Montagnes pour en chercher d'autres
que le même jour > 2.5. de leurs Chefs
avoient été enfermez dans le Château ; qu'on
avoit embarqué les autres pour les envoyer en
Hongrie , et qu'à l'égard de leurs enfans , les
Bourgeois de Saltzbourg les avoient pris chez
eux pour les faire élever .
une partie du secours que le Grand- Seigneur
envoyoit au Pacha , Gouverneur d'Erivan ; mais
que le reste de ce secours étant arrivé , les Turcs
avoient battu les Persans.
Ont écrit de Stokolm , que M. Finch , Ministre
du Roy d'Angleterre , avoit reçu ordre de
déclarer aux Directeurs de la nouvelle Compa
gnie des Indes , que S. M. B. et la Nation Angloise
prendroient toutes les mesures imaginables
pour empêcher le succès de leur nouveau
Commerce , si on venoit à découvrir que quelques-
uns des principaux Interessez de la Compagnie
d'Ostende y eussent mis des fonds.
On mande de Saltzbourg , que le 27. Novembre
, deux Compagnies de Dragons y avoient,
amené 460. Montagnards avec leurs femmes ,
leurs enfans et leurs domestiques , et que le len
demain ces mêmes Compagnics étoient retournées
dans les Montagnes pour en chercher d'autres
que le même jour > 2.5. de leurs Chefs
avoient été enfermez dans le Château ; qu'on
avoit embarqué les autres pour les envoyer en
Hongrie , et qu'à l'égard de leurs enfans , les
Bourgeois de Saltzbourg les avoient pris chez
eux pour les faire élever .
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Résumé : « Les Lettres venues par la Russie, portent que le Roy de Perse avoit attaqué, avec avantage, [...] »
Le roi de Perse a attaqué avec succès une partie des renforts envoyés par le Grand Seigneur au Pacha d'Erivan. Cependant, les Turcs, renforcés par le reste des troupes, ont vaincu les Persans. À Stockholm, il a été rapporté que M. Finch, ministre du roi d'Angleterre, avait reçu l'ordre de déclarer aux directeurs de la nouvelle Compagnie des Indes que la Grande-Bretagne empêcherait le succès de leur commerce si des fonds de la Compagnie d'Ostende étaient impliqués. À Salzbourg, le 27 novembre, deux compagnies de dragons ont amené 460 montagnards avec leurs familles. Le lendemain, ces compagnies sont retournées chercher d'autres montagnards. Vingt-cinq chefs ont été emprisonnés, tandis que les autres montagnards étaient envoyés en Hongrie. Les enfants des montagnards ont été confiés aux bourgeois de Salzbourg pour être élevés.
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12
p. 794-798
« L'Office de Bailly de Sarreloüis, vacant par la mort [...] »
Début :
L'Office de Bailly de Sarreloüis, vacant par la mort [...]
Mots clefs :
Château, Musique, Dimanche des Rameaux, Concert, Charge
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texteReconnaissance textuelle : « L'Office de Bailly de Sarreloüis, vacant par la mort [...] »
FRANCE,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Lat
'Office de Bailly de Sarreloüis , va
cant par la mort de M. le Comte
de Lommont , a été donné le premier de
ce mois , au Marquis du Chastelet , Colonel du Régiment d'Hainault.
Le Gouvernement du Château de
Chambord au Chevalier de Saumery , &
le Marquis de Pifon , fon frere, a eu la
Charge de Grand-Bailly de la ville de
Blois.
Le Roi a nommé pour fon premier
Medecin M. Chicoineau ; il étoit depuis
quelque tems Medecin des Enfans de
France , & M. Bouillac lui fuccede dans
cette place.
S. M. a accordé la Charge de GrandPannetier de France au Chevalier de Brif
fae qui est à present Duc de Brissac.
*
Le 2. Avril le Jardin du Roi a été mis
dans le département du Secretaire d'Etat
de la Maison du Roi , et la Charge d'Inrendant vacante par la mort de M. Chirac , a été donné à M. Dufay , de l'Académie Royale des Sciences.
Le
AVRIE, 17323 795
Le 3. Mars , il y eut Concert chez la
Reine; M.Destouches, Surintendant de la
Musique du Roi , fit chanter le Prologue
et le premier Acte de l'Opera d'Amadis
de Grèce , qui est de sa composition : cetge Piéce fut continuée le 5. et le 10. Les
principaux Rôles furent chantez par les
Dlles Lenner et Courvasier , et par les
sieurs D'Angerville et le Prince , avec
beaucoup d'applaudissemens.
Le12 , le 17 et le 19 on chanta l'Opera
de Telemaque , du même Auteur. La Dlle
Lenner fit le rôle de Minerve dans le
Prologue , et la Dile Mathieu celui de
Amour. La Dlle Antier fut fort applaudie dans le rôle de Calypso , ainsi que
la Dlle Pelissier dans celui d'Eucharis. Les
sieurs Petillot er Dangerville executerent
ceux de Telemaque et d'Astrate avec beaucoup de vivacité. La Simphonie et les
Chœurs furent rendus avec la même précision.
Le 6. Avril , Dimanche des Rameaux
le Roi accompagné du Duc du Maine et
du Comte d'Eu , se rendit dans la Chapelle du Château, où S.M. assista à la Bénediction des Palmes , qui fut faite par
L'Abbé Brosseau , Chapellain ordinaire de
la Chapelle de Musique , qui en présenta
Hiij un e
796 MERCURE DE FRANCE
1
ane au Roi ; S. M. allà à la Procession , et
après l'Evangile elle adora la Croix, Le
Roi entendit ensuite la Grand- Messe célebrée par le même Chapellain , et cham
tée par la Musique. L'après midy le Roi
assista à la Prédication du P. Segaudi
après quoi S. M. entendit les Vêpres chantées par la Musique.
Le Jeudy saint , le Roi entendit le Ser
mon de l'Abbé Pichaud , Theologal de
Eglise Cathedrale de Meanx , après quoi ,
l'Evêque de Dol fit l'Absoute. Ensuite le
Roi lava les pieds à 12 pauvres, et les seri
vit à table : le Duc de Bourbon , GrandMaître de la Maison du Roi , à la tête des
Maîtres d'Hotel,précedoit le Service dont
les plats étoient portez par le Comte de
Charolois , le Prince de Conty , le Prince
de Dombes, le Comte d'Eu, et par les prin
cipaux Officiers de S. M. Après cette Cé
remonie , le Roi se rendit à la Chapelle
du Château , où S. M. entendit la Grande.
Messe , assista à la Procession et ensuite..
aux Vêpres. L'après midy le Roi assista
à l'Office des Tenebres.
Le 8. de ce mois , le Marquis Doria
Envoyé extraordinaire de la Republique
de Genes , eut sa premiere audience publique du Roi , étant conduit par M. He- bers
AVRIL. 1732. 797
bert, Introducteur des Ambassadeurs ; il
alla le prendre dans les Carosses du Roiet de la Reine ; après avoir été traité par
les Officiers du Roi , il fut reconduit à
Paris dans les carosses de L. M. avec les
céremonies accoutumées.
M. Mendez, chargé des affaires du Roi
de Portugal , se rendit le 27. Mars à
là Fonderie pour y voir les six cloches
destinées pour S. M. Port. qu'on sonna
et tinta en présence d'un grand nombre
d'habiles connoisseurs sur les fontes et
l'alliage des métaux , et elles furent trouvées fort harmonieuses , et du ton que le
Roi de Portugal les a demandées ; on
trouva seulement quelque chose à dire
aux deux gros battans qu'on sera obligé
de refaire : l'un de ces battans pese 732 liv.
et l'autre 4831
Le 30. Mars, Dimanche dela Passion
il y eut Concert spirituel au Château des
Thuilleries , qui a été continué tous les
jours jusques et compris le Dimanche de
Quasimodo. M. Mouret y a fait executer
les plus beaux Moters à grand choeur , des
feu M. de la Lande et d'autres Maîtres
modernes. On a chanté aussi avec succès
differens petits Motets nouveaux, conveHij nables
798 MERCURE DE FRANCE
>
nables au tems de Pâques , à une , à deux
et à trois voix. On a aussi exécuté tous
les jours differens Concerto sur le Violon
la Flute et le Basson , avec autant de vivacité que de justesse. Le sieur Batiste excellent Simphoniste , s'y est distingué , et
a joué sur le Violon differentes Pieces de
sa composition avec beaucoup d'applaudissemens.
***
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Lat
'Office de Bailly de Sarreloüis , va
cant par la mort de M. le Comte
de Lommont , a été donné le premier de
ce mois , au Marquis du Chastelet , Colonel du Régiment d'Hainault.
Le Gouvernement du Château de
Chambord au Chevalier de Saumery , &
le Marquis de Pifon , fon frere, a eu la
Charge de Grand-Bailly de la ville de
Blois.
Le Roi a nommé pour fon premier
Medecin M. Chicoineau ; il étoit depuis
quelque tems Medecin des Enfans de
France , & M. Bouillac lui fuccede dans
cette place.
S. M. a accordé la Charge de GrandPannetier de France au Chevalier de Brif
fae qui est à present Duc de Brissac.
*
Le 2. Avril le Jardin du Roi a été mis
dans le département du Secretaire d'Etat
de la Maison du Roi , et la Charge d'Inrendant vacante par la mort de M. Chirac , a été donné à M. Dufay , de l'Académie Royale des Sciences.
Le
AVRIE, 17323 795
Le 3. Mars , il y eut Concert chez la
Reine; M.Destouches, Surintendant de la
Musique du Roi , fit chanter le Prologue
et le premier Acte de l'Opera d'Amadis
de Grèce , qui est de sa composition : cetge Piéce fut continuée le 5. et le 10. Les
principaux Rôles furent chantez par les
Dlles Lenner et Courvasier , et par les
sieurs D'Angerville et le Prince , avec
beaucoup d'applaudissemens.
Le12 , le 17 et le 19 on chanta l'Opera
de Telemaque , du même Auteur. La Dlle
Lenner fit le rôle de Minerve dans le
Prologue , et la Dile Mathieu celui de
Amour. La Dlle Antier fut fort applaudie dans le rôle de Calypso , ainsi que
la Dlle Pelissier dans celui d'Eucharis. Les
sieurs Petillot er Dangerville executerent
ceux de Telemaque et d'Astrate avec beaucoup de vivacité. La Simphonie et les
Chœurs furent rendus avec la même précision.
Le 6. Avril , Dimanche des Rameaux
le Roi accompagné du Duc du Maine et
du Comte d'Eu , se rendit dans la Chapelle du Château, où S.M. assista à la Bénediction des Palmes , qui fut faite par
L'Abbé Brosseau , Chapellain ordinaire de
la Chapelle de Musique , qui en présenta
Hiij un e
796 MERCURE DE FRANCE
1
ane au Roi ; S. M. allà à la Procession , et
après l'Evangile elle adora la Croix, Le
Roi entendit ensuite la Grand- Messe célebrée par le même Chapellain , et cham
tée par la Musique. L'après midy le Roi
assista à la Prédication du P. Segaudi
après quoi S. M. entendit les Vêpres chantées par la Musique.
Le Jeudy saint , le Roi entendit le Ser
mon de l'Abbé Pichaud , Theologal de
Eglise Cathedrale de Meanx , après quoi ,
l'Evêque de Dol fit l'Absoute. Ensuite le
Roi lava les pieds à 12 pauvres, et les seri
vit à table : le Duc de Bourbon , GrandMaître de la Maison du Roi , à la tête des
Maîtres d'Hotel,précedoit le Service dont
les plats étoient portez par le Comte de
Charolois , le Prince de Conty , le Prince
de Dombes, le Comte d'Eu, et par les prin
cipaux Officiers de S. M. Après cette Cé
remonie , le Roi se rendit à la Chapelle
du Château , où S. M. entendit la Grande.
Messe , assista à la Procession et ensuite..
aux Vêpres. L'après midy le Roi assista
à l'Office des Tenebres.
Le 8. de ce mois , le Marquis Doria
Envoyé extraordinaire de la Republique
de Genes , eut sa premiere audience publique du Roi , étant conduit par M. He- bers
AVRIL. 1732. 797
bert, Introducteur des Ambassadeurs ; il
alla le prendre dans les Carosses du Roiet de la Reine ; après avoir été traité par
les Officiers du Roi , il fut reconduit à
Paris dans les carosses de L. M. avec les
céremonies accoutumées.
M. Mendez, chargé des affaires du Roi
de Portugal , se rendit le 27. Mars à
là Fonderie pour y voir les six cloches
destinées pour S. M. Port. qu'on sonna
et tinta en présence d'un grand nombre
d'habiles connoisseurs sur les fontes et
l'alliage des métaux , et elles furent trouvées fort harmonieuses , et du ton que le
Roi de Portugal les a demandées ; on
trouva seulement quelque chose à dire
aux deux gros battans qu'on sera obligé
de refaire : l'un de ces battans pese 732 liv.
et l'autre 4831
Le 30. Mars, Dimanche dela Passion
il y eut Concert spirituel au Château des
Thuilleries , qui a été continué tous les
jours jusques et compris le Dimanche de
Quasimodo. M. Mouret y a fait executer
les plus beaux Moters à grand choeur , des
feu M. de la Lande et d'autres Maîtres
modernes. On a chanté aussi avec succès
differens petits Motets nouveaux, conveHij nables
798 MERCURE DE FRANCE
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nables au tems de Pâques , à une , à deux
et à trois voix. On a aussi exécuté tous
les jours differens Concerto sur le Violon
la Flute et le Basson , avec autant de vivacité que de justesse. Le sieur Batiste excellent Simphoniste , s'y est distingué , et
a joué sur le Violon differentes Pieces de
sa composition avec beaucoup d'applaudissemens.
***
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Résumé : « L'Office de Bailly de Sarreloüis, vacant par la mort [...] »
En 1732, plusieurs nominations importantes ont eu lieu à la cour de France. L'Office de Bailly de Sarreloüis a été attribué au Marquis du Chastelet, tandis que le Gouvernement du Château de Chambord a été confié au Chevalier de Saumery. Le Marquis de Pifon a obtenu la charge de Grand-Bailly de la ville de Blois. Le Roi a nommé M. Chicoineau comme premier Médecin, succédant à M. Bouillac pour les Enfants de France. Le Chevalier de Briffaut, Duc de Brissac, a été nommé Grand-Pannetier de France. Le Jardin du Roi a été placé sous la responsabilité du Secrétaire d'État de la Maison du Roi, et M. Dufay a été nommé Intendant à la place de M. Chirac. Des concerts ont été organisés à la cour, notamment des extraits des opéras 'Amadis de Grèce' et 'Télémaque' composés par M. Destouches, qui ont été applaudis par les spectateurs. Le Roi a assisté à diverses cérémonies religieuses, notamment la bénédiction des palmes et la lavande des pieds le Jeudi Saint. Le Marquis Doria, Envoyé extraordinaire de la République de Gênes, a eu sa première audience publique auprès du Roi. M. Mendez, représentant le Roi de Portugal, a visité la Fonderie pour inspecter des cloches destinées au Portugal. Des concerts spirituels ont également été organisés au Château des Tuileries, avec des exécutions de motets et de concertos.
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13
p. 1236-1241
« Le 30 May, vers les 7. heures du soir, le [...] »
Début :
Le 30 May, vers les 7. heures du soir, le [...]
Mots clefs :
Roi, Messe, Château, Musique, Procession, Fête de la Pentecôte, Fête-Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 30 May, vers les 7. heures du soir, le [...] »
Le 30 May , vers les 7. heures du soir ,
le Roi arriva du Château de Compiegne
à Versailles ; S. M. en partit le trois de
ce mois pour retourner à Compiegne.
Le 1.de ce mois , l'Abbé de S. Simon 'D
I. Vol. nommé
JUIN. 1732. 1237
nommé par le Roi à l'Evêché de Noyon ,
fut sacré dans l'Eglise du Noviciat des
Dominicains : la Céremonie fut faite par
l'Archevêque de Rouen , assisté de l'Evêque d'Uzés, et de l'Evêque de Bayeux.
Le Roi Stanislas et la Reine son Epouse , qui ont passé quelque tems à Versailles avec la Reine , en partirent le 23.
pour retourner au Château de Chambort.
M. de Gasville , Intendant de la Généralité de Rouen , ayant demandé au Roi
la permission de se retirer , S. M. a nommé pour le remplacer dans cette Intendance , M. de la Bourdonnaye Me des
Requêtes.
Le 1. de ce mois , Fête de la Pentecôte
le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre du S. Esprit , se rendit à 3. heures du
matinà la Chapelle du Chateau de Versailles , oùS. M. entendit la Messe, et communia les mains de l'Abbé de Suze par
Aumônier du Roy en quartier. l'Evêque
de Perigueux prêta Serment de fidelité
entre les mains du Roy pendant, cette
Messe , après laquelle S. M. toucha un
grand nombre de Malades.
Le même jour , les Chevaliers , Com
I. Vol.
mandeurs
1238 MERCURE DE FRANCE
mandeurs , et Officiers de l'Ordre du S.
Esprit , s'étant rendus vers les 11. heures
du matin dans le Cabinet du Roi , S. M.
tint un Chapitre , dans lequel le Prince
de Conti fut nommé Chevalier. Le Roi
alla ensuite à la Chapelle , étant précedé
du Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon
du Comte de Charolois , du Comte de
Clermont , du Duc du Maine , du Prince de Dombes , du Comte d'Eu , du Comte de Toulouse et des Chevaliers , Commandeurs et Officiers de l'Ordre. Le Roi,
devant lequel les deux Huissiers de la
Chambre portoient leurs Masses , étoit
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
dessus , ainsi que les Chevaliers. S. M.
entendit la Grand- Messe qui fut célébrée.
par l'Abbé Brosseau , Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Musique, et chantée
par la Musique. La Reine accompagnée
des Dames de sa Cour , assista à la même Messe dans sa Tribune.
L'après midy , L. M. entendirent le
Sermon du P. Hericourt , Religieux
Théatin , et ensuite les Vêpres chantées
par la Musique.
Le 2. après la Messe du Roi , le Duc
de Chartres reçut dans la Chapelle du
Château les Céremonies du Baptême , et
il fut nommé Louis-Philippe par le Roi
1. Vol. et
JUI N. 1732. 1239
et la Reine qui furent ses Parain et Maraine. Cette Ceremonie fut faite par
l'Abbé de Bellefons , Aumônier du Roi
en quartier , en présence du Curé de la
Paroisse du Château,
7
Le 12. de ce mois jour de la Fête- Dieu ,
le Roi accompagné du Duc d'Orleans
du Duc de Bourbon , du Prince de Dombes , du Comte d'Eu et du Comte de
Toulouse , se rendit à 1o. heures du matin à l'Eglise de l'Abbaye Royale de saint
Corneille de Compiegne , où S. M. assista à l'Office , à la Grand- Messe , à laquelle
l'Evêque de Soissons officia pontificalement, et ensuite à la Procession. Le R. P.
Dom Jean-Baptiste Alaydon , Superieur
Général de la Congrégation de S. Maur, à
la tête du Clergé de la Ville , eut l'honneur de recevoir et de complimenter le
Roi à l'entrée de l'Eglise. La Cour témoigna être également satisfaite et édifiée de
la dignité avec laquelle les Religieux de
cette Abbaye font l'Office divin et les
ceremonies.
Le jour de la Fête-Dieu , la Procession
de la Paroisse de Versailles , vint , suivant l'usage , à la Chapelle du Château ,
où la Reine s'étoit rendue dans sa Tri1. Vol. I bune.
4240 MERCURE DE FRANCE
bune. S. M. y reçut la bénédiction du
S. Sacrement et , entendit la Messe ensuite. Monseigneur le Dauphin , Monseigneur le Duc d'Anjou et Mesdames de
France , virent passer la Procession des
fenêtres de l'Apartement du Cardinal de
Fleury. Le soir , ainsi que pendant toute
l'Octave , la Reine assista au Salut dans
La Chapelle.
T
Les.Deputez du Parlement qui avoient
reçu les ordres du Roi le 16. de ce mois,
se rendirent le lendemain à Compiegne ,
et M. Portail , Premier Président , étant
à leur tête , ils furent conduits et présentez avec les cérémonies accoutumées à
l'Audience de S. M. qui leur declara sa
volonté
Les Dimanches et les Fêtes , le Roi asşiste au Service Divin le matin et l'aprèsmidy; le Jeudy S. M. ne sort point ; elle
voit jouer à la paume les quatre Maîtres
de Paris qui ont été mandez à Compie
gne ; les autres jours il y a jeu et chasse ,
du Cerfet du Sanglier , alternativement.
Ontrouve cette année une grande quantité de Cerfs et de Biches dans la Forêt
de Compiegne ; on en voit jusqu'à trente
en troupes,ce qui fait que le Roi en prend
Д. Vol. sou-
JUIN 1732 1241
souvent deux de suite. Le soir S.M. soupe avec les Seigneurs de sa Cour.
Le sieur Dedelay de la Garde , Secretaire du Roi et Payeur des rentes , a été
nommé Fermier Géneral à la place de
feu M. de Salins. Ce choix a été univer
sellement approuvé.
Le 19 Juin dernier jour de l'octave
de la Fête- Dieu , les Comédiens Italiens
firent construire un Reposoir à l'entrée
de la rue Françoise à l'occasion de la Procession de la Paroisse S. Sauveur qui passe par le bout de cette rue. Ce Reposoir
étoit orné de riches Tapisseries , décoré
et illuminé d'une maniere très- brillante.
Un chœur de Musique composé de plus
de cinquante personnes , s'étoit rendu
avant la Procession à l'Eglise de S. Sauveur où l'on chanta une Messe solemnelle
en Musique , après laquelle les mêmes
Musiciens se rendirent au Reposoir et se
placerent sur des Tribunes construites exprès à droite et à gauche ; on y chanta
dans le tems que la procession s'y arrêta ,
un tres-beau Motet à grand chœur, con
le Roi arriva du Château de Compiegne
à Versailles ; S. M. en partit le trois de
ce mois pour retourner à Compiegne.
Le 1.de ce mois , l'Abbé de S. Simon 'D
I. Vol. nommé
JUIN. 1732. 1237
nommé par le Roi à l'Evêché de Noyon ,
fut sacré dans l'Eglise du Noviciat des
Dominicains : la Céremonie fut faite par
l'Archevêque de Rouen , assisté de l'Evêque d'Uzés, et de l'Evêque de Bayeux.
Le Roi Stanislas et la Reine son Epouse , qui ont passé quelque tems à Versailles avec la Reine , en partirent le 23.
pour retourner au Château de Chambort.
M. de Gasville , Intendant de la Généralité de Rouen , ayant demandé au Roi
la permission de se retirer , S. M. a nommé pour le remplacer dans cette Intendance , M. de la Bourdonnaye Me des
Requêtes.
Le 1. de ce mois , Fête de la Pentecôte
le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre du S. Esprit , se rendit à 3. heures du
matinà la Chapelle du Chateau de Versailles , oùS. M. entendit la Messe, et communia les mains de l'Abbé de Suze par
Aumônier du Roy en quartier. l'Evêque
de Perigueux prêta Serment de fidelité
entre les mains du Roy pendant, cette
Messe , après laquelle S. M. toucha un
grand nombre de Malades.
Le même jour , les Chevaliers , Com
I. Vol.
mandeurs
1238 MERCURE DE FRANCE
mandeurs , et Officiers de l'Ordre du S.
Esprit , s'étant rendus vers les 11. heures
du matin dans le Cabinet du Roi , S. M.
tint un Chapitre , dans lequel le Prince
de Conti fut nommé Chevalier. Le Roi
alla ensuite à la Chapelle , étant précedé
du Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon
du Comte de Charolois , du Comte de
Clermont , du Duc du Maine , du Prince de Dombes , du Comte d'Eu , du Comte de Toulouse et des Chevaliers , Commandeurs et Officiers de l'Ordre. Le Roi,
devant lequel les deux Huissiers de la
Chambre portoient leurs Masses , étoit
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
dessus , ainsi que les Chevaliers. S. M.
entendit la Grand- Messe qui fut célébrée.
par l'Abbé Brosseau , Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Musique, et chantée
par la Musique. La Reine accompagnée
des Dames de sa Cour , assista à la même Messe dans sa Tribune.
L'après midy , L. M. entendirent le
Sermon du P. Hericourt , Religieux
Théatin , et ensuite les Vêpres chantées
par la Musique.
Le 2. après la Messe du Roi , le Duc
de Chartres reçut dans la Chapelle du
Château les Céremonies du Baptême , et
il fut nommé Louis-Philippe par le Roi
1. Vol. et
JUI N. 1732. 1239
et la Reine qui furent ses Parain et Maraine. Cette Ceremonie fut faite par
l'Abbé de Bellefons , Aumônier du Roi
en quartier , en présence du Curé de la
Paroisse du Château,
7
Le 12. de ce mois jour de la Fête- Dieu ,
le Roi accompagné du Duc d'Orleans
du Duc de Bourbon , du Prince de Dombes , du Comte d'Eu et du Comte de
Toulouse , se rendit à 1o. heures du matin à l'Eglise de l'Abbaye Royale de saint
Corneille de Compiegne , où S. M. assista à l'Office , à la Grand- Messe , à laquelle
l'Evêque de Soissons officia pontificalement, et ensuite à la Procession. Le R. P.
Dom Jean-Baptiste Alaydon , Superieur
Général de la Congrégation de S. Maur, à
la tête du Clergé de la Ville , eut l'honneur de recevoir et de complimenter le
Roi à l'entrée de l'Eglise. La Cour témoigna être également satisfaite et édifiée de
la dignité avec laquelle les Religieux de
cette Abbaye font l'Office divin et les
ceremonies.
Le jour de la Fête-Dieu , la Procession
de la Paroisse de Versailles , vint , suivant l'usage , à la Chapelle du Château ,
où la Reine s'étoit rendue dans sa Tri1. Vol. I bune.
4240 MERCURE DE FRANCE
bune. S. M. y reçut la bénédiction du
S. Sacrement et , entendit la Messe ensuite. Monseigneur le Dauphin , Monseigneur le Duc d'Anjou et Mesdames de
France , virent passer la Procession des
fenêtres de l'Apartement du Cardinal de
Fleury. Le soir , ainsi que pendant toute
l'Octave , la Reine assista au Salut dans
La Chapelle.
T
Les.Deputez du Parlement qui avoient
reçu les ordres du Roi le 16. de ce mois,
se rendirent le lendemain à Compiegne ,
et M. Portail , Premier Président , étant
à leur tête , ils furent conduits et présentez avec les cérémonies accoutumées à
l'Audience de S. M. qui leur declara sa
volonté
Les Dimanches et les Fêtes , le Roi asşiste au Service Divin le matin et l'aprèsmidy; le Jeudy S. M. ne sort point ; elle
voit jouer à la paume les quatre Maîtres
de Paris qui ont été mandez à Compie
gne ; les autres jours il y a jeu et chasse ,
du Cerfet du Sanglier , alternativement.
Ontrouve cette année une grande quantité de Cerfs et de Biches dans la Forêt
de Compiegne ; on en voit jusqu'à trente
en troupes,ce qui fait que le Roi en prend
Д. Vol. sou-
JUIN 1732 1241
souvent deux de suite. Le soir S.M. soupe avec les Seigneurs de sa Cour.
Le sieur Dedelay de la Garde , Secretaire du Roi et Payeur des rentes , a été
nommé Fermier Géneral à la place de
feu M. de Salins. Ce choix a été univer
sellement approuvé.
Le 19 Juin dernier jour de l'octave
de la Fête- Dieu , les Comédiens Italiens
firent construire un Reposoir à l'entrée
de la rue Françoise à l'occasion de la Procession de la Paroisse S. Sauveur qui passe par le bout de cette rue. Ce Reposoir
étoit orné de riches Tapisseries , décoré
et illuminé d'une maniere très- brillante.
Un chœur de Musique composé de plus
de cinquante personnes , s'étoit rendu
avant la Procession à l'Eglise de S. Sauveur où l'on chanta une Messe solemnelle
en Musique , après laquelle les mêmes
Musiciens se rendirent au Reposoir et se
placerent sur des Tribunes construites exprès à droite et à gauche ; on y chanta
dans le tems que la procession s'y arrêta ,
un tres-beau Motet à grand chœur, con
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Résumé : « Le 30 May, vers les 7. heures du soir, le [...] »
En juin 1732, le roi séjourna à Versailles du 30 mai au 3 juin, avant de retourner au Château de Compiègne. Le 1er juin, l'Abbé de Saint-Simon fut nommé et sacré évêque de Noyon par l'archevêque de Rouen, assisté des évêques d'Uzès et de Bayeux. Le roi Stanislas et la reine quittèrent Versailles le 23 juin pour le Château de Chambord. M. de Gasville, intendant de la généralité de Rouen, fut remplacé par M. de la Bourdonnaye. Le 1er juin, jour de la Pentecôte, le roi, portant le grand collier de l'Ordre du Saint-Esprit, assista à la messe et communia. L'évêque de Périgueux prêta serment de fidélité, et le roi toucha un grand nombre de malades. Le prince de Conti fut nommé chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit lors d'un chapitre royal. Le duc de Chartres reçut les cérémonies du baptême et fut nommé Louis-Philippe par le roi et la reine. Le 12 juin, jour de la Fête-Dieu, le roi se rendit à l'abbaye royale de Saint-Corneille de Compiègne pour l'office et la procession. La reine reçut la bénédiction du Saint-Sacrement à la chapelle du château de Versailles. Les députés du Parlement reçurent les ordres du roi et se rendirent à Compiègne pour une audience. Le roi participait aux services divins les dimanches et fêtes, jouait à la paume le jeudi, et chassait les autres jours. Une grande quantité de cerfs et de biches fut observée dans la forêt de Compiègne. Le sieur Dedelay de la Garde fut nommé fermier général à la place de M. de Salins. Le 19 juin, les comédiens italiens construisirent un reposoir pour la procession de la paroisse Saint-Sauveur, orné de riches tapisseries et illuminé de manière brillante.
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14
p. 375-378
POLOGNE.
Début :
Le 16 Février, jour de l'arrivée du Roy à Warsovie, o[n] publia au Palais que sa santé [...]
Mots clefs :
Roi, Maréchal de la Diète, Chambre des nonces, Château, Assemblée, Saxe, Santé
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texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
E 16 Février , jour de l'arrivée du Roy à
Warsovie , ou publia au Palais que sa santé
étoit bonne , et que S. M. avoit résolu de passer
quelques jours sans paroître en public pour
se reposer de la fatigue de son voiage ; cependant
le Roy étoit très-incommodé ; il souffroit au
pied des douleurs tres -vives , et il avoit une fiévre
lente, accompagnée de beaucoup de foiblesses
et d'un tres-grand dégout. Le lendemain et les
jours suivans, le Roy reçut les respects des Senateurs
et des Seigneurs de la Cour , et quoiqu'il
fut toujours aussi indisposé , il voulut le 25 ,
veille de l'ouverture de la Diette generale , se
rendre du Palais au Château , pour assister le
lendemain à la Messe du S. Esprit , à la Prédica
tion › et aux autres cérémonies qui précedent .
l'Assemblée. Les Médecins s'y opposerent avec
tant d'instance , que S. M. s'étant rendue à leur
représentation , envoya chercher le Référendai-
HvJ re
376 MERCURE DE FRANCE.
(
re de la Couronne , et le chargea de faire sçavoir
de sa part aux Sénateurs , qu'elle ne se trouveroit
point à la grande Messe et à la Prédica
tion; que les Nonces pouvoient s'assembler comme
à l'ordinaire, pour proceder à l'Election d'un
Maréchal de la Diette , et que lorsqu'elle seroit
faite , S. M. ne differeroit point de se rendre au
Château , pour y recevoir leurs hommages.
Le 26 , jour de l'ouverture de l'Assemblée , les
Sénateurs et la plus grande partie de la Noblesse,
se rendirent au Palais , pour y apprendre des
nouvelles de la santé du Roy ; et S. M. en ayant
été avertie , Elle, fit entrer dans sa Chambre le
Grand et le Petit Maréchal de la Couronne , et
M. Osarowski , Député du Palatinat de Zator ;
lequel en cette qualité étoit Directeur de la
Chambre des Nonces , parce que la Diete particuliere
de Cracovie n'en a point nommé pour
assister à la Diette. Le Roy après les avoir exhortez
à se conduire toujours avec zéle pour
le bien public , les assura qu'elle n'écouteroit
point les ménagemens qu'on lui ordonnoit pour
sa santé , lorsqu'il s'agiroit de seconder leurs
bonnes intentions , et qu'elle se rendroit au Châ
teau , dès que les Nonces pourroient venir au
Trône.
Au sortir du Palais , les Nonces allerent au
Château , et ensuite à l'Eglise Cathédrale , où ils
assisterent à la grande Messe , et à la Prédication
. Après cette cérémonie, les Nonces s'assemblerent
dans leur Chambre , et M. Osarowski ,
Directeur , ayant pris le Bâton , fit un Discours
à l'Assemblée , pour faire connoître de quel interêt
il étoit pour la Répuplique de faire regner
dans cette Diette plus d'union que dans
les précedentes , et de ne s'occuper que du bien
public
FEVRIER. 1733- 377
public. On voulut ce jour-là proceder à l'Election
du Maréchal de la Diette , mais elle ne put
être faite dans cette séance ; et ce fut le lendemain
que M. Osarowski fut élu .
Le même-jour , le Vice -Chancelier et le Petit
Maréchal de la Couronne , allerent apprendre
au Roy l'Election du Maréchal de la Diette , qui
le soir eut l'honneur de voir S. M.
Le 28 au matin , les Députez de la Chambre
des Nonces , nommez pour rendre compte au
Roy de cette Election , eurent audience de S. M.
qui les reçut dans sa Chambre. Le Vice - Chancelier
répondit à leur Harangue , au nom du
Roy , que S. M. feroit sçavoir au Maréchal de
la Diette , quand elle seroit en état de se rendre
au Château , et qu'Elle désiroit que l'Assemblée
continuat de délibérer sur les affaires publiques.
Depuis ce jour- là , le Roy se trouva plus mal ;
ses forces diminuerent. Le 30 , à midy , i , il sentit
des douleurs tres - violentes dans le bas ventre , et
on s'apperçut en même temps d'un dépôt qui se
formoit à la Cuisse. Le Roy ayant connu le
danger où il étoit, fit venir l'Abbé de S.Germain ,
François , Prédicateur de la Cour , il se confessa
, et il se prépara ensuite à communier le
lendemain ; mais vers le milieu de la nuit, le mal
ayant augmenté , il reçut le S. Viatique et l'Extrême-
Onction , il mourut le 1. de ce mois à 4
heures du matin , âgé de 62 ans , 8 mois et 19
jours , étant né le 12 May 1670 .
Frederic Auguste , Roy de Pologne , Grand
Duc de Lithuanie , Electeur de Saxe , naquit le
12 May de l'année 1670. il étoit fils de Jean-
George III . Electeur de Saxe , de la Branche
Albertine , mort le 12 Septembre 1691. et d'Anne
Sophie , fille de Frederic III. Roy de Dannemarck
378 MERCURE DE FRANCE
marck. Il succeda à PElectorat de Saxe , au mois
d'Avril, 1694 après la mort de Jean- George IV.
son frere aîné , qui mourut sans enfans . Il fut
élu Roy de Pologne le 17 Juin 1697 , et couronné
le 1 Septembre suivant. Il avoit épousé le
1o de Janvier 1693 , Christine Everhardine de
Brandebourg Bareith , qui mourut le 5 Septembre
1727 , âgée de 56 ans , et ne laissa qu'un fils,
qui est Frédéric - Auguste , Prince Royal de
Pologne , et Electoral de Saxe , à present Electeur,
né le d'Octobre 1596. 7 et marié en 1719. avec
Marie- Josephine d'Autriche , fille aînée du feu
Empereur Joseph.
E 16 Février , jour de l'arrivée du Roy à
Warsovie , ou publia au Palais que sa santé
étoit bonne , et que S. M. avoit résolu de passer
quelques jours sans paroître en public pour
se reposer de la fatigue de son voiage ; cependant
le Roy étoit très-incommodé ; il souffroit au
pied des douleurs tres -vives , et il avoit une fiévre
lente, accompagnée de beaucoup de foiblesses
et d'un tres-grand dégout. Le lendemain et les
jours suivans, le Roy reçut les respects des Senateurs
et des Seigneurs de la Cour , et quoiqu'il
fut toujours aussi indisposé , il voulut le 25 ,
veille de l'ouverture de la Diette generale , se
rendre du Palais au Château , pour assister le
lendemain à la Messe du S. Esprit , à la Prédica
tion › et aux autres cérémonies qui précedent .
l'Assemblée. Les Médecins s'y opposerent avec
tant d'instance , que S. M. s'étant rendue à leur
représentation , envoya chercher le Référendai-
HvJ re
376 MERCURE DE FRANCE.
(
re de la Couronne , et le chargea de faire sçavoir
de sa part aux Sénateurs , qu'elle ne se trouveroit
point à la grande Messe et à la Prédica
tion; que les Nonces pouvoient s'assembler comme
à l'ordinaire, pour proceder à l'Election d'un
Maréchal de la Diette , et que lorsqu'elle seroit
faite , S. M. ne differeroit point de se rendre au
Château , pour y recevoir leurs hommages.
Le 26 , jour de l'ouverture de l'Assemblée , les
Sénateurs et la plus grande partie de la Noblesse,
se rendirent au Palais , pour y apprendre des
nouvelles de la santé du Roy ; et S. M. en ayant
été avertie , Elle, fit entrer dans sa Chambre le
Grand et le Petit Maréchal de la Couronne , et
M. Osarowski , Député du Palatinat de Zator ;
lequel en cette qualité étoit Directeur de la
Chambre des Nonces , parce que la Diete particuliere
de Cracovie n'en a point nommé pour
assister à la Diette. Le Roy après les avoir exhortez
à se conduire toujours avec zéle pour
le bien public , les assura qu'elle n'écouteroit
point les ménagemens qu'on lui ordonnoit pour
sa santé , lorsqu'il s'agiroit de seconder leurs
bonnes intentions , et qu'elle se rendroit au Châ
teau , dès que les Nonces pourroient venir au
Trône.
Au sortir du Palais , les Nonces allerent au
Château , et ensuite à l'Eglise Cathédrale , où ils
assisterent à la grande Messe , et à la Prédication
. Après cette cérémonie, les Nonces s'assemblerent
dans leur Chambre , et M. Osarowski ,
Directeur , ayant pris le Bâton , fit un Discours
à l'Assemblée , pour faire connoître de quel interêt
il étoit pour la Répuplique de faire regner
dans cette Diette plus d'union que dans
les précedentes , et de ne s'occuper que du bien
public
FEVRIER. 1733- 377
public. On voulut ce jour-là proceder à l'Election
du Maréchal de la Diette , mais elle ne put
être faite dans cette séance ; et ce fut le lendemain
que M. Osarowski fut élu .
Le même-jour , le Vice -Chancelier et le Petit
Maréchal de la Couronne , allerent apprendre
au Roy l'Election du Maréchal de la Diette , qui
le soir eut l'honneur de voir S. M.
Le 28 au matin , les Députez de la Chambre
des Nonces , nommez pour rendre compte au
Roy de cette Election , eurent audience de S. M.
qui les reçut dans sa Chambre. Le Vice - Chancelier
répondit à leur Harangue , au nom du
Roy , que S. M. feroit sçavoir au Maréchal de
la Diette , quand elle seroit en état de se rendre
au Château , et qu'Elle désiroit que l'Assemblée
continuat de délibérer sur les affaires publiques.
Depuis ce jour- là , le Roy se trouva plus mal ;
ses forces diminuerent. Le 30 , à midy , i , il sentit
des douleurs tres - violentes dans le bas ventre , et
on s'apperçut en même temps d'un dépôt qui se
formoit à la Cuisse. Le Roy ayant connu le
danger où il étoit, fit venir l'Abbé de S.Germain ,
François , Prédicateur de la Cour , il se confessa
, et il se prépara ensuite à communier le
lendemain ; mais vers le milieu de la nuit, le mal
ayant augmenté , il reçut le S. Viatique et l'Extrême-
Onction , il mourut le 1. de ce mois à 4
heures du matin , âgé de 62 ans , 8 mois et 19
jours , étant né le 12 May 1670 .
Frederic Auguste , Roy de Pologne , Grand
Duc de Lithuanie , Electeur de Saxe , naquit le
12 May de l'année 1670. il étoit fils de Jean-
George III . Electeur de Saxe , de la Branche
Albertine , mort le 12 Septembre 1691. et d'Anne
Sophie , fille de Frederic III. Roy de Dannemarck
378 MERCURE DE FRANCE
marck. Il succeda à PElectorat de Saxe , au mois
d'Avril, 1694 après la mort de Jean- George IV.
son frere aîné , qui mourut sans enfans . Il fut
élu Roy de Pologne le 17 Juin 1697 , et couronné
le 1 Septembre suivant. Il avoit épousé le
1o de Janvier 1693 , Christine Everhardine de
Brandebourg Bareith , qui mourut le 5 Septembre
1727 , âgée de 56 ans , et ne laissa qu'un fils,
qui est Frédéric - Auguste , Prince Royal de
Pologne , et Electoral de Saxe , à present Electeur,
né le d'Octobre 1596. 7 et marié en 1719. avec
Marie- Josephine d'Autriche , fille aînée du feu
Empereur Joseph.
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Résumé : POLOGNE.
Le 16 février, le roi de Pologne arriva à Varsovie et annonça que sa santé était bonne, bien qu'il souffrît en réalité de douleurs intenses au pied, d'une fièvre lente et de grandes faiblesses. Malgré son indisposition, il reçut les respects des sénateurs et des seigneurs de la cour les jours suivants. Le 25 février, les médecins l'empêchèrent d'assister aux cérémonies précédant l'ouverture de la Diète générale. Le 26 février, jour de l'ouverture de l'Assemblée, les sénateurs et la noblesse se rendirent au palais pour prendre des nouvelles de sa santé. Le roi les assura qu'il se rendrait au château dès que possible. La même journée, les nonces se réunirent pour élire le maréchal de la Diète, élection qui eut lieu le lendemain. L'état de santé du roi s'aggrava, et il se confessa et se prépara à communier. Il reçut le viatique et l'extrême-onction et mourut le 1er mars à 4 heures du matin, à l'âge de 62 ans, 8 mois et 19 jours. Frédéric Auguste, roi de Pologne, grand-duc de Lituanie et électeur de Saxe, était né le 12 mai 1670. Il succéda à l'électorat de Saxe en avril 1694 et fut élu roi de Pologne le 17 juin 1697. Il avait épousé Christine Everhardine de Brandebourg-Bareith, avec qui il eut un fils, Frédéric-Auguste, prince royal de Pologne et électeur de Saxe.
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15
p. 596-599
« Le Roy a donné l'Abbaye de Ville-Longue, Ordre de Citeaux, Diocèse [...] »
Début :
Le Roy a donné l'Abbaye de Ville-Longue, Ordre de Citeaux, Diocèse [...]
Mots clefs :
Roi, Concert spirituel, Mains, Reine, Serment de fidélité, Diocèse, Château, Premier maître d'hôtel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roy a donné l'Abbaye de Ville-Longue, Ordre de Citeaux, Diocèse [...] »
E Roy a donné l'Abbaye de Ville-
Longue , Ordre de Citeaux , Diocèse
de Carcassonne , à l'Abbé Novy ; et le
Prieuré de S. Maurice de Senlis , Ordre
de S. Augustin , à l'Abbé de Noë.
Le 1s de ce mois , 4e Dimanche de Carême
, le Roy entendit dans la Chapelle
du Château de Versailles , la Messe chantée
par la Musique , pendant laquelle l'Evêque
de Mâcon prêta serment de fidelité
entre les mains de S. M.
Le Roy a donné le Gouvernement
d'Huningue , au Marquis de Guerchy ,
Lieutenant General de ses Armées.
La Charge de Premier Maître d'Hôtel
de la Reine , a été donnée au Marquis de
Chamarande , qui a été Premier Maître
d'Hôtel de Madame la Dauphine, Aycule
du Roy. Il prêta serment de fidelité entre
MARS . 1733-
197
tre les mains de la Reine , le 15 de ce.
mois.
Le 4. Fevrier , la Cour étant à Marly,
on chanta devant la Reine le Prologue et
le premier Acte de l'Opera de Cadmus ,
qu'on continua le 7.et le 9.Les principaux
Rôles furent chantez par les sieurs d'Angerville
, Dubourg , Ducros , et par la Dlle
Mathieu, laquelle chanta à la fin de la Piece
uneAriette Françoise de la composition
du sieur Mathieu , qui fut très- goûtée.
Le 11. on concerta l'Opera d'Issé , de
la composition de M. Destouches ; la
même Dlle Mathieu remplit le Rôle
d'Issé , avec beaucoup de succès et de
précision ; l'execution des Choeurs et
de la Simphonie fit aussi beaucoup de
plaisir.
Le 17. on chanta le Prologue et la
troisiéme Entrée du Ballet des Stratagemes
de l'Amour , du même Auteur. La
mort de Madame de France troisiéme
fut cause qu'il n'y eut plus de Concert
le reste du mois.
On apprend de Rome , que dans le
Consistoire secret que le Pape tint le 2 .
de ce mois , le Cardinal Othoboni proposa
l'Abbaye de S. Pierre de Flavigny 2
Dio558
MERCURE DE FRANCE
cèse d'Autun , pour l'Evêque de Luçon ,
et celle de N. Dame de Font- Froide
Diocèse de Narbonne, pour l'Abbé de
Brissac ; il préconisa ensuite l'Evêque de
Rennes , pour celle de N. Dame de Joüy,
Diocèse de Sens.
Le 19 de ce mois , le Duc de Sully et le
Duc de Gontault , Pairs de France , prêterent
serment et prirent séance au Pare
lement en la maniere accoutumée.
Le Roy a donné le Gouvernement des
Ville et Citadelle de Metz , et du Païs
Messin , au Comte de Belle- Isle . Il prêta
serment de fidelité entre les mains de Sa
Majesté , le 17 de ce mois.
Le 30. de ce mois , la Reine n'ayant
pû , à cause de sa grossesse , se rendre à
I'Eglise de la Paroisse , communia dans
la Chapelle du Château , par les mains.
du Cardinal de Fleury , son Grand -Aumônier.
Le 24. Mars , la Loterie de la Compagnie des
Indes , établie pour le remboursement des Actions
, fut tirée en la maniere accoûtumée , à
P'Hôtel de la Compagnie. La Liste des Numeros
gagnans des Actions et Dixièmes d'Actions qui
doivent être remboursées , a été renduë publique
MARS. 1733 599
que , faisant en tout le nombre de 314, Actions
Le 22. Mars , Dimanche de la Passion , tous
les Théatres ayant été fermez à l'occasion des
Lois semaines de Pâques, il y eut Concert Spirituel
au Château des Tuilleries , dans lequel les
Diles le Maure et Erremens , chanterent differens
Récits dans les Motets, avec applaudissement ; on
y executa aussi un nouveau Motet à grand Choeur
de l'Abbé Gaycau, qui fut très - goûté. Le Miserera
de M. de la Lande termina le Concert.
Le 25. , Fête de l'Annonciation , il y eut aussi
Concert Spirituel , les Diles Courvasier et Lenaer
, chanterent un nouveau Motet du sieur le
Maire , qui fur très- goûté ; on executa ensuite
la Cantate de M. de la Lande , ou la Dile le
Maure chanta le beau Récit de Viderunt , à la
satisfaction d'une très -nombreuse Assemblée. Le
même Concert doit continuer jusqu'à la Quasimodo.
Au dernier jour de ce mois , le froid a été ici
encore aussi vif comme au fort de l'hyver , les
Rhumes et les autres Maladies de cette espece ,
sont cependant fort diminués.En sorte qu'on n'entend
presque plus le bruit importun et presque
continuel de ceux qui toussoient , crachoient,
se mouchoient dans les Eglises , dans les Assemblées
et aux Spectacles sur tout , où le Garçon
Limonadier , qui offroit des rafraichissemens ,
crioit aussi du Jus de Reglisse et de la Conserve
de Guimauve.
Longue , Ordre de Citeaux , Diocèse
de Carcassonne , à l'Abbé Novy ; et le
Prieuré de S. Maurice de Senlis , Ordre
de S. Augustin , à l'Abbé de Noë.
Le 1s de ce mois , 4e Dimanche de Carême
, le Roy entendit dans la Chapelle
du Château de Versailles , la Messe chantée
par la Musique , pendant laquelle l'Evêque
de Mâcon prêta serment de fidelité
entre les mains de S. M.
Le Roy a donné le Gouvernement
d'Huningue , au Marquis de Guerchy ,
Lieutenant General de ses Armées.
La Charge de Premier Maître d'Hôtel
de la Reine , a été donnée au Marquis de
Chamarande , qui a été Premier Maître
d'Hôtel de Madame la Dauphine, Aycule
du Roy. Il prêta serment de fidelité entre
MARS . 1733-
197
tre les mains de la Reine , le 15 de ce.
mois.
Le 4. Fevrier , la Cour étant à Marly,
on chanta devant la Reine le Prologue et
le premier Acte de l'Opera de Cadmus ,
qu'on continua le 7.et le 9.Les principaux
Rôles furent chantez par les sieurs d'Angerville
, Dubourg , Ducros , et par la Dlle
Mathieu, laquelle chanta à la fin de la Piece
uneAriette Françoise de la composition
du sieur Mathieu , qui fut très- goûtée.
Le 11. on concerta l'Opera d'Issé , de
la composition de M. Destouches ; la
même Dlle Mathieu remplit le Rôle
d'Issé , avec beaucoup de succès et de
précision ; l'execution des Choeurs et
de la Simphonie fit aussi beaucoup de
plaisir.
Le 17. on chanta le Prologue et la
troisiéme Entrée du Ballet des Stratagemes
de l'Amour , du même Auteur. La
mort de Madame de France troisiéme
fut cause qu'il n'y eut plus de Concert
le reste du mois.
On apprend de Rome , que dans le
Consistoire secret que le Pape tint le 2 .
de ce mois , le Cardinal Othoboni proposa
l'Abbaye de S. Pierre de Flavigny 2
Dio558
MERCURE DE FRANCE
cèse d'Autun , pour l'Evêque de Luçon ,
et celle de N. Dame de Font- Froide
Diocèse de Narbonne, pour l'Abbé de
Brissac ; il préconisa ensuite l'Evêque de
Rennes , pour celle de N. Dame de Joüy,
Diocèse de Sens.
Le 19 de ce mois , le Duc de Sully et le
Duc de Gontault , Pairs de France , prêterent
serment et prirent séance au Pare
lement en la maniere accoutumée.
Le Roy a donné le Gouvernement des
Ville et Citadelle de Metz , et du Païs
Messin , au Comte de Belle- Isle . Il prêta
serment de fidelité entre les mains de Sa
Majesté , le 17 de ce mois.
Le 30. de ce mois , la Reine n'ayant
pû , à cause de sa grossesse , se rendre à
I'Eglise de la Paroisse , communia dans
la Chapelle du Château , par les mains.
du Cardinal de Fleury , son Grand -Aumônier.
Le 24. Mars , la Loterie de la Compagnie des
Indes , établie pour le remboursement des Actions
, fut tirée en la maniere accoûtumée , à
P'Hôtel de la Compagnie. La Liste des Numeros
gagnans des Actions et Dixièmes d'Actions qui
doivent être remboursées , a été renduë publique
MARS. 1733 599
que , faisant en tout le nombre de 314, Actions
Le 22. Mars , Dimanche de la Passion , tous
les Théatres ayant été fermez à l'occasion des
Lois semaines de Pâques, il y eut Concert Spirituel
au Château des Tuilleries , dans lequel les
Diles le Maure et Erremens , chanterent differens
Récits dans les Motets, avec applaudissement ; on
y executa aussi un nouveau Motet à grand Choeur
de l'Abbé Gaycau, qui fut très - goûté. Le Miserera
de M. de la Lande termina le Concert.
Le 25. , Fête de l'Annonciation , il y eut aussi
Concert Spirituel , les Diles Courvasier et Lenaer
, chanterent un nouveau Motet du sieur le
Maire , qui fur très- goûté ; on executa ensuite
la Cantate de M. de la Lande , ou la Dile le
Maure chanta le beau Récit de Viderunt , à la
satisfaction d'une très -nombreuse Assemblée. Le
même Concert doit continuer jusqu'à la Quasimodo.
Au dernier jour de ce mois , le froid a été ici
encore aussi vif comme au fort de l'hyver , les
Rhumes et les autres Maladies de cette espece ,
sont cependant fort diminués.En sorte qu'on n'entend
presque plus le bruit importun et presque
continuel de ceux qui toussoient , crachoient,
se mouchoient dans les Eglises , dans les Assemblées
et aux Spectacles sur tout , où le Garçon
Limonadier , qui offroit des rafraichissemens ,
crioit aussi du Jus de Reglisse et de la Conserve
de Guimauve.
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Résumé : « Le Roy a donné l'Abbaye de Ville-Longue, Ordre de Citeaux, Diocèse [...] »
En mars 1733, plusieurs nominations et événements notables ont marqué le mois. Le roi a attribué l'Abbaye de Ville-Longue à l'Abbé Novy et le Prieuré de Saint-Maurice de Senlis à l'Abbé de Noë. Le 4e dimanche de Carême, le roi a assisté à une messe chantée à la Chapelle du Château de Versailles, où l'évêque de Mâcon a prêté serment de fidélité. Le Marquis de Guerchy a été nommé Gouverneur d'Huningue, et le Marquis de Chamarande a reçu la charge de Premier Maître d'Hôtel de la Reine. À la Cour, des opéras et concerts ont été donnés, notamment 'Cadmus' et 'Issé', avec des performances remarquées de la demoiselle Mathieu. Cependant, la mort de Madame de France a interrompu les concerts pour le reste du mois. À Rome, le Cardinal Othoboni a proposé diverses abbayes pour des nominations épiscopales. Les Ducs de Sully et de Gontault ont prêté serment au Parlement. Le Comte de Belle-Isle a été nommé Gouverneur de Metz et de sa citadelle. La Reine, en raison de sa grossesse, a communié dans la Chapelle du Château. La loterie de la Compagnie des Indes a été tirée, remboursant 314 actions. Des concerts spirituels ont eu lieu aux Tuileries pendant les semaines de Pâques, avec des performances appréciées. Le mois s'est terminé par un froid vif, mais les maladies respiratoires étaient moins fréquentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 819-824
MORTS, NAISSANCES et Mariages.
Début :
Nicolas de Vatteville, Lieutenant des Gardes du Corps, Compagnie d'Harcourt, [...]
Mots clefs :
Marquis de Saint-Chamant, Armées du roi, Château, Général, Mademoiselle de Saint-Chamant, Marquis de Wargemont
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texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES et Mariages.
MORTS
N
?
NAISSANCES
et Mariages.
Icolas de Vatteville , Lieutenant des Gar¬
des du Corps , Compagnie d'Harcourt ,
mourut à Paris , le 3 Février dernier , àgé de 32
ans.
> Le Marquis de Nerestang , Duc de Gadagne
Brigadier des armées du Roy , cy- devant Gui
don de Gendarmerie , y mourut le 7 du même
mois , âgé de 60 ans.
N. Cailly Delpech , premier Avocat General
de la Cour des Aydes , mourut à Paris le & Mars
Agé d'environ 60 ans.
Le Chevalier de Belfond , chef de Brigade
Gardes du Corps, Compagnie d'Harcourt,mourut
à Versailles , le 9 du même mois , âgé de 66
ans.
N. de Chausserais, mourut au Château de Madrid
, dans le Bois de Boulogne , le 24 Mars ,
âgée de 75 ans. Elle avoit été fille d'honneur de
feue MADAME.
Louis - Euverte Angran , Maître des Requêres
, Intendant du Commerce , mourut le 17 de
ee mois , âgé d'environ 51 ans.
I'v Pierre
820 MERCURE DE FRANCE
Pierre- Jacques -Joseph Ferdinand de , Blondel,
Chevalier , Baron d'Oud nove , Seigneur de Michelbek
, Lillers , Villiers , &c. Brigadier des
Armées du Roy , mourut le même jour , âgé de-
62 ans.
Louis de la Vergne de Tressan , Archevêque
de Rouen , Abbé des Abbayes de Long- pont , de
Bonneval , et d'Espau , mourut à Gaillon le 18
de ce mois , âgé de 63 ans. Il avoit été premier
Aumônier de feu Monsieur le Duc d'Orleans.
D. Marie-Madelaine le Franc , veuve de Claude
Arnould Poncher , Maître des Requêtes
, &c. mourut le 19 , âgée d'environ 70
ans.
Louis - Pierre Scipion de Grimoard , Comte du
Roure , déceda en son Château de Barsac , le 24
Avril , âgé de 86 ans et 7 mois ; il étoit Lieutenant
General de la Province de Languedoc , et
Gouverneur de la Ville et Citadelle du Pont Saint
Esprit ; à l'âge de 22 ans , le feu Roy , qui l'aimoit
beaucoup et qui l'a toujours honoré de ses
bontez , lui donna un Régiment de Cavalerie ; et
connoissant son mérite , il lui confia le Commandement
de toutes les Troupes qui étoient en
Languedoc , dans la premiere Guerre des Huguenots
, et un détachement considérable de Sa
Maison , qui étoit aussi à ses Ordres , quoique
commandée par d'anciens Officiers Généraux .
Il laisse le Comte du Roure , fils , Gouverneur
de la Ville et Citadelle du Pont- Saint-Esprit, Brigadier
des Armées du Roy , et le Marquis du
Roure , son petit - fils , Cornette des Mousquetaires
Gris.
e. D. Françoise - Elizabeth de Lamoignon , épouse
de Jean Aymar Nicolaï , Marquis de Goussainille,
Premier Président de la Chambre des Comptcs
AVRIL. 1733 821
ptes , mourut à Paris le 27 , dans la 55 année de
son âge.
D. Henriette de Fitzjames , Dame du Palais de
la Reine , épouse de Jean- Baptiste - Louis Clermont
d'Amboise , Marquis de Resnel , Comte
de Chiverni , &c. Gouverneur de Chaumont , eg
Grand-Baillif de Provins , Colonel du Régiment
de Santerre , accoucha le 21 Mars , d'une fille ,
qui fut baptisée par l'Abbé de Fitzjames , Abbé
de l'Abbaie Royale de S. Victor, et nommée Diane-
Jacquete-Louise- Henriette , par Jacques de
Fitzjames , Duc de Liria , premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy d'Espagne , Chevalier de
la Toison d'or, et de l'Aigle blanc , Grand d'Es
pagne , de la premiere Classe , cy- devant Ame
bassadeur de S M. C. auprès de l'Empereur es
de la Czarine, et par D. Diane de Clermont Gal
lerande , Epouse du Marquis de Clermont Saint
Aignan , Inspecteur General de la Cavalerie.
Dame Marie Elisabeth de Chamillard , Epouse
de Daniel- Marie - Anne de Talegrand de Périgord
, Marquis de Talegrand , accoucha le 23
d'Avril , à Versailles , d'une fille , qui fut nom
mée Marie-Henriette , par Henry de Chamil
lard. , Marquis de Courcelles , et par Demoisel
le Marie-Marguerite - Françoise de Talegrand de
Périgord , fille de Jean - Charles de Talegrand
de Périgord , Prince de Chalais , Grand d'Es
pagne ; et de Marie. Françoise de Rochechouart
de Mortemar , Dame du Palais de la Reine.
Nous avons parlé dans le Mercure du mois
passé du Mariage de M. le Marquis de Warges
mont , avec Madamoiselle de Saint-Chamant
sur quoi nous avons omis quelques circonstan
1 aj
ces
822 MERCURE DE FRANCE
ces , faute d'instruction , ausquelles nous sup
plérons volontiers icy.
La Cérémonie de la Célébration fut faite la
nuit du 10 Mars , par M. de la Chaize , Docteur
en Théologie et Curé des Paroisses de Vitlenauxce
, en l'absence de M. l'Evêque de Troyes,
qui devoit faire cette Célébration.
Dès les six heures du matin on sonna toutes
les Cloches des deux Paroisses , et de l'Abbaye
des Bénédictins , ce qui dura jusqu'au soir ; on
fit sur les Remparts et aux environs du Château,
dé fréquentes décharges de Canon .
La Milice Bourgeoise, au nombre de 400 hommes
, ayant à leur tête les Principaux Officiers ,
et les Chevaliers de l'Arquebuse , parût sous les
Armes, et accompagna , au son des Tambours
des Trompettes , des Haut bois , & c. le Corps
de Justice de la Ville , quand il alla complimenter
les nouveaux mariez.
M. Joblet , Procureur Fiscal , et de l'Elections,
porta la parole pour le Corps de Justice ; et M.
Rivet , Maire de la Ville , parla pour les Habitans.
M. de Wargemont répondit avec toute la
politesse possible ; le peuple ne cessoit cependant
de faire des acclamations , et la Milice termina
cette cérémonie par une décharge generale .
A l'entrée de la nuit la Façade du Château qui
regarde la Prairie , parut toute illuminée , avec
autant de goût que de magnificence , par le
moyen de plusieurs grands Lustres , et de quantité
de Flambeaux , outre une infinité de Lampions
, dont on avoit bordé les croisées . De plus
on avoit placé autour des Fossez et du principal
Canal , un tres -grand nombre de Terrines, dont
les lumieres éclairoient doublement par la réverbération
des Eaux, Un monde infini répandu
dans
AVRIL. 17338 825
dans toute cette grande Prairie , coupée par divers
Canaux , attiré par le bruit de la Fête,chargé
de Falots, de Lanternes, &c. formoit une autre
espece d'illumination , qui éclairoit toute la
campagne aux environs.
Au milieu de cette Prairie et en face du Château ,
on avoit dressé sur quatre Pilliers un grand Feu
d'Artifice , orné de Peintures , d'Emblemes et de
Devises convenables au sujet. Le Prince de Tingry
y mit le feu , et l'exécution suivit avec une si
agréable variété et tant de succès , que tout le
monde en parut satisfait ; on tiroit en mêmetemps
des Fusées et d'autres Artifices de la Tour
de la principale Eglise. Enfin des Gerbes et des
Soleils de feu terminerent tout ce brillant Spectacle
qui dura pendant deux heures.
Il y eut ensuite dans le Château un magnifique
Repas . On tira le Canon à l'entrée et à la sortie
de Table. On avoit aussi dressé des Tables pour
les principaux Officiers de Justice et Bourgeois
de la Ville ; les Cours et les avenuës du Château
étoient pleines de Fontaines de Vin , que Mada.
me de Saint Chamant cut soin de faire couler
en abondance.
Le Dimanche suivant le Marquis et la Marquise
de Wargemont , nouveaux mariez, le Prin
ce de Tingry , le Marquis de Savines , Lieutenant
General des Armées du Roy , vinrent avec
la Marquise de Saint - Chamant, assister à la Messe
Paroissiale; ils furent reçus à la Porte de l'Eglise
par le Clergé Séculier et Régulier.. A la fin
de la Messe , chantée solemnellement par le mê.
me Clergé , on chanta le Te Deum , au bruit du
Canon et de la Mousqueterie de la Milice Bourgeoise
, qui étoit autour de l'Eglise. A la sortie,
Te Marquis de wargemont fit. distribuer des Au
mânes
824 M
MERCERE
DE
FRANCE
mones considerables aux Pauvres de la Paroisse.
On ne vit jamais un plus grand empressement,
à marquer de la joie et du zéle , que celui qui a
paru de la des Habitans de cette Ville , qui
conserveront un souvenir éternel des bienfaits,
qu'ils ont reçûs en differentes occasions de feu
M. le Marquls de Saint-Chamant , & c.
N
?
NAISSANCES
et Mariages.
Icolas de Vatteville , Lieutenant des Gar¬
des du Corps , Compagnie d'Harcourt ,
mourut à Paris , le 3 Février dernier , àgé de 32
ans.
> Le Marquis de Nerestang , Duc de Gadagne
Brigadier des armées du Roy , cy- devant Gui
don de Gendarmerie , y mourut le 7 du même
mois , âgé de 60 ans.
N. Cailly Delpech , premier Avocat General
de la Cour des Aydes , mourut à Paris le & Mars
Agé d'environ 60 ans.
Le Chevalier de Belfond , chef de Brigade
Gardes du Corps, Compagnie d'Harcourt,mourut
à Versailles , le 9 du même mois , âgé de 66
ans.
N. de Chausserais, mourut au Château de Madrid
, dans le Bois de Boulogne , le 24 Mars ,
âgée de 75 ans. Elle avoit été fille d'honneur de
feue MADAME.
Louis - Euverte Angran , Maître des Requêres
, Intendant du Commerce , mourut le 17 de
ee mois , âgé d'environ 51 ans.
I'v Pierre
820 MERCURE DE FRANCE
Pierre- Jacques -Joseph Ferdinand de , Blondel,
Chevalier , Baron d'Oud nove , Seigneur de Michelbek
, Lillers , Villiers , &c. Brigadier des
Armées du Roy , mourut le même jour , âgé de-
62 ans.
Louis de la Vergne de Tressan , Archevêque
de Rouen , Abbé des Abbayes de Long- pont , de
Bonneval , et d'Espau , mourut à Gaillon le 18
de ce mois , âgé de 63 ans. Il avoit été premier
Aumônier de feu Monsieur le Duc d'Orleans.
D. Marie-Madelaine le Franc , veuve de Claude
Arnould Poncher , Maître des Requêtes
, &c. mourut le 19 , âgée d'environ 70
ans.
Louis - Pierre Scipion de Grimoard , Comte du
Roure , déceda en son Château de Barsac , le 24
Avril , âgé de 86 ans et 7 mois ; il étoit Lieutenant
General de la Province de Languedoc , et
Gouverneur de la Ville et Citadelle du Pont Saint
Esprit ; à l'âge de 22 ans , le feu Roy , qui l'aimoit
beaucoup et qui l'a toujours honoré de ses
bontez , lui donna un Régiment de Cavalerie ; et
connoissant son mérite , il lui confia le Commandement
de toutes les Troupes qui étoient en
Languedoc , dans la premiere Guerre des Huguenots
, et un détachement considérable de Sa
Maison , qui étoit aussi à ses Ordres , quoique
commandée par d'anciens Officiers Généraux .
Il laisse le Comte du Roure , fils , Gouverneur
de la Ville et Citadelle du Pont- Saint-Esprit, Brigadier
des Armées du Roy , et le Marquis du
Roure , son petit - fils , Cornette des Mousquetaires
Gris.
e. D. Françoise - Elizabeth de Lamoignon , épouse
de Jean Aymar Nicolaï , Marquis de Goussainille,
Premier Président de la Chambre des Comptcs
AVRIL. 1733 821
ptes , mourut à Paris le 27 , dans la 55 année de
son âge.
D. Henriette de Fitzjames , Dame du Palais de
la Reine , épouse de Jean- Baptiste - Louis Clermont
d'Amboise , Marquis de Resnel , Comte
de Chiverni , &c. Gouverneur de Chaumont , eg
Grand-Baillif de Provins , Colonel du Régiment
de Santerre , accoucha le 21 Mars , d'une fille ,
qui fut baptisée par l'Abbé de Fitzjames , Abbé
de l'Abbaie Royale de S. Victor, et nommée Diane-
Jacquete-Louise- Henriette , par Jacques de
Fitzjames , Duc de Liria , premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy d'Espagne , Chevalier de
la Toison d'or, et de l'Aigle blanc , Grand d'Es
pagne , de la premiere Classe , cy- devant Ame
bassadeur de S M. C. auprès de l'Empereur es
de la Czarine, et par D. Diane de Clermont Gal
lerande , Epouse du Marquis de Clermont Saint
Aignan , Inspecteur General de la Cavalerie.
Dame Marie Elisabeth de Chamillard , Epouse
de Daniel- Marie - Anne de Talegrand de Périgord
, Marquis de Talegrand , accoucha le 23
d'Avril , à Versailles , d'une fille , qui fut nom
mée Marie-Henriette , par Henry de Chamil
lard. , Marquis de Courcelles , et par Demoisel
le Marie-Marguerite - Françoise de Talegrand de
Périgord , fille de Jean - Charles de Talegrand
de Périgord , Prince de Chalais , Grand d'Es
pagne ; et de Marie. Françoise de Rochechouart
de Mortemar , Dame du Palais de la Reine.
Nous avons parlé dans le Mercure du mois
passé du Mariage de M. le Marquis de Warges
mont , avec Madamoiselle de Saint-Chamant
sur quoi nous avons omis quelques circonstan
1 aj
ces
822 MERCURE DE FRANCE
ces , faute d'instruction , ausquelles nous sup
plérons volontiers icy.
La Cérémonie de la Célébration fut faite la
nuit du 10 Mars , par M. de la Chaize , Docteur
en Théologie et Curé des Paroisses de Vitlenauxce
, en l'absence de M. l'Evêque de Troyes,
qui devoit faire cette Célébration.
Dès les six heures du matin on sonna toutes
les Cloches des deux Paroisses , et de l'Abbaye
des Bénédictins , ce qui dura jusqu'au soir ; on
fit sur les Remparts et aux environs du Château,
dé fréquentes décharges de Canon .
La Milice Bourgeoise, au nombre de 400 hommes
, ayant à leur tête les Principaux Officiers ,
et les Chevaliers de l'Arquebuse , parût sous les
Armes, et accompagna , au son des Tambours
des Trompettes , des Haut bois , & c. le Corps
de Justice de la Ville , quand il alla complimenter
les nouveaux mariez.
M. Joblet , Procureur Fiscal , et de l'Elections,
porta la parole pour le Corps de Justice ; et M.
Rivet , Maire de la Ville , parla pour les Habitans.
M. de Wargemont répondit avec toute la
politesse possible ; le peuple ne cessoit cependant
de faire des acclamations , et la Milice termina
cette cérémonie par une décharge generale .
A l'entrée de la nuit la Façade du Château qui
regarde la Prairie , parut toute illuminée , avec
autant de goût que de magnificence , par le
moyen de plusieurs grands Lustres , et de quantité
de Flambeaux , outre une infinité de Lampions
, dont on avoit bordé les croisées . De plus
on avoit placé autour des Fossez et du principal
Canal , un tres -grand nombre de Terrines, dont
les lumieres éclairoient doublement par la réverbération
des Eaux, Un monde infini répandu
dans
AVRIL. 17338 825
dans toute cette grande Prairie , coupée par divers
Canaux , attiré par le bruit de la Fête,chargé
de Falots, de Lanternes, &c. formoit une autre
espece d'illumination , qui éclairoit toute la
campagne aux environs.
Au milieu de cette Prairie et en face du Château ,
on avoit dressé sur quatre Pilliers un grand Feu
d'Artifice , orné de Peintures , d'Emblemes et de
Devises convenables au sujet. Le Prince de Tingry
y mit le feu , et l'exécution suivit avec une si
agréable variété et tant de succès , que tout le
monde en parut satisfait ; on tiroit en mêmetemps
des Fusées et d'autres Artifices de la Tour
de la principale Eglise. Enfin des Gerbes et des
Soleils de feu terminerent tout ce brillant Spectacle
qui dura pendant deux heures.
Il y eut ensuite dans le Château un magnifique
Repas . On tira le Canon à l'entrée et à la sortie
de Table. On avoit aussi dressé des Tables pour
les principaux Officiers de Justice et Bourgeois
de la Ville ; les Cours et les avenuës du Château
étoient pleines de Fontaines de Vin , que Mada.
me de Saint Chamant cut soin de faire couler
en abondance.
Le Dimanche suivant le Marquis et la Marquise
de Wargemont , nouveaux mariez, le Prin
ce de Tingry , le Marquis de Savines , Lieutenant
General des Armées du Roy , vinrent avec
la Marquise de Saint - Chamant, assister à la Messe
Paroissiale; ils furent reçus à la Porte de l'Eglise
par le Clergé Séculier et Régulier.. A la fin
de la Messe , chantée solemnellement par le mê.
me Clergé , on chanta le Te Deum , au bruit du
Canon et de la Mousqueterie de la Milice Bourgeoise
, qui étoit autour de l'Eglise. A la sortie,
Te Marquis de wargemont fit. distribuer des Au
mânes
824 M
MERCERE
DE
FRANCE
mones considerables aux Pauvres de la Paroisse.
On ne vit jamais un plus grand empressement,
à marquer de la joie et du zéle , que celui qui a
paru de la des Habitans de cette Ville , qui
conserveront un souvenir éternel des bienfaits,
qu'ils ont reçûs en differentes occasions de feu
M. le Marquls de Saint-Chamant , & c.
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Résumé : MORTS, NAISSANCES et Mariages.
En 1733, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Parmi eux, Icolas de Vatteville, Lieutenant des Gardes du Corps, est décédé à Paris le 3 février à l'âge de 32 ans. Le Marquis de Nerestang, Duc de Gadagne et Brigadier des armées du Roy, est mort le 7 février à 60 ans. N. Cailly Delpech, premier Avocat Général de la Cour des Aydes, a décédé le 6 mars à environ 60 ans. Le Chevalier de Belfond, chef de Brigade des Gardes du Corps, est mort à Versailles le 9 mars à 66 ans. N. de Chausserais est décédée au Château de Madrid dans le Bois de Boulogne le 24 mars à 75 ans. Louis-Euverte Angran, Maître des Requêtes et Intendant du Commerce, est mort le 17 mars à environ 51 ans. Pierre-Jacques-Joseph Ferdinand de Blondel, Chevalier et Brigadier des armées du Roy, est décédé le 17 mars à 62 ans. Louis de la Vergne de Tressan, Archevêque de Rouen, est mort à Gaillon le 18 mars à 63 ans. D. Marie-Madelaine le Franc, veuve de Claude Arnould Poncher, est décédée le 19 mars à environ 70 ans. Louis-Pierre Scipion de Grimoard, Comte du Roure, est décédé en son Château de Barsac le 24 avril à 86 ans et 7 mois. D. Françoise-Elisabeth de Lamoignon, épouse de Jean Aymar Nicolaï, est morte à Paris le 27 avril à 55 ans. Deux naissances ont également été mentionnées : Diane-Jacquete-Louise-Henriette, fille de D. Henriette de Fitzjames et de Jean-Baptiste-Louis Clermont d'Amboise, est née le 21 mars. Marie-Henriette, fille de Dame Marie Elisabeth de Chamillard et de Daniel-Marie-Anne de Talégrand de Périgord, est née le 23 avril. Le document décrit également le mariage du Marquis de Wargemont avec Mademoiselle de Saint-Chamant, célébré la nuit du 10 mars. Cet événement a été marqué par diverses cérémonies et festivités, incluant des décharges de canon, des illuminations, un feu d'artifice et un repas somptueux.
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17
p. 1521-1534
SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE XII.
Début :
Il est temps, Monsieur, de quitter l'Antique pour le Moderne ; je ne vous [...]
Mots clefs :
Comte de Matignon, Basse-Normandie, Torigny, Épitaphe, Épouse, Marbre, Château, Normandie, Maréchal de Matignon, Général, Chapelle, Mausolée
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texteReconnaissance textuelle : SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE XII.
SUITE du Voyage de Basse
Normandie.
LETTRE XH.
L est temps , Monsieur , de quitter
le
dirai plus rien de l'Inscription Romaine
de Torigny , si ce n'est peut- être quand
elle aura été exactement gravée avec ses
abbréviations bizares , &c. à quoi je songe
actuellement. Il ne sera queſtion dans
cette Lettre que de vous donner une
idée du Château de Torigny & de fes dépendances.
Ce Lieu charmant où nous
avons passé des momens si agréables ,
mérite bien cette attention de moi ; je
la dois aussi à votre curiosité et à la suite
de mes narrations sur le voyage de
Basse Normandie.
Le Château de Torigny , quoiqu'un
Cv
pew
1522 MERCURE DE FRANCE
peu irrégulier dans sa structure, a un certain
air de grandeur qui frape au premier
aspect. La premiere Entrée n'en est
point heureuse , étant occupée du côté
du Bourg , par la principale Eglise Paroissiale
. On trouve d'abord une grande
Porte , de laquelle on monte sur une
Terrasse spacieuse qui sert d'Avant-Cour;
elle est fort élevée , revêtuë de Masson->
nerie et ornée d'une Balustrade qui re- "
gne tout autour. On passe de là sur un
Pont- le-vis pour entrer dans la Cour
laquelle , aussi - bien que le Château , est
>
entourée de Fossez revêtus . Le Plan du
Château représente une Equierre , auxdeux
extrémitez de laquelle il y a deux
gros Pavillons et un troifiéme dans l'Angle.
Joachim , Sire de Matignon , Chevalier
de l'Ordre du Roy , et Lieutenant Géné
ral de Normandie , fit bâtir le premier et
le plus gros de ces Pavillons , il est tout
de Pierre de taille , d'un goût antique , et
fort élevé. La Maréchal de Matignon ,
Gouverneur de Guienne , &c. fit bâtir,
enfuite ce qui se trouve depuis ce Pavil
lon , jusqu'à celui qui termine l'Equierre
, lequel a été construit en 1692. par;
M. le Comte de Matignon ,
Les Faces de tout ce Château , depuis
le
JUILLET. 1733. 1523
le premier Pavillon , sont décorées d'un
ordre Dorique en bas et d'un ordre lonique
au dessus ; le tout avec un Bossage,
dont la dispofition des Assises , construites
alternativement de Pierres rouges
blanches et bleuâtres , fait un effet aussi
singulier qu'admirable .
Dans la face qui regarde la Cour , regnent
plusieurs Galleries, ornées de tresbelles
Peintures, qui représentent les principales
Alliances des Seigneurs de Matignon,
les Batailles où ils se sont distinguez ,
& c. De l'une de ces Gale ies on passe sur
une grande Terrasse , qui regne le long de
la face opposée, depuis le Pavillon de l'Angle,
jusqu'au Pavillon neuf.On a là en perspective
une magnifique Cascade et deux
grandes Piéces d'Eau des deux côtez ,
dont l'une fait face à l'Avant- Cour . Tout
cela , avec les Allées , les Bosquets et le
Terrain orné , qui s'étend plus d'une demi-
lieuë de ce même côté , fait un fort
bel effet à la vuë.
On voit aussi du même Endroit , environ
à une lieuë de distance , un petit
Château , bâti pour le plaisir de la Chasse ;
entre le premier Pavillon et celui de l'Angle
; dans un juste milieu , est un grand
Vestibule , qui conduit par un Pont - le
vis , dans un beau Parterre, et le Parterre
C vj
mê1524
MERCURE DE FRANCE
méne à l'Orangerie . Henry de Matignon ',
Lieutenant Général de Normandie , &c,
qui vivoit en 1680. la fit bâtir ; mais
comme depuis elle s'est trouvée trop
étroite pour le grand nombre d'Orangers
qu'il y a aujourd'hui , on se prépare
à en bâtir une autre beaucoup plus
belle et plus spacieuse. On passe de ce
Parterre sur une grande Terrasse , revêtuë
de Massonnerie , où l'on a encore une
tres belle vûë. On a aussi le plaisir l'Eté
de s'y promener à l'ombre d'une petite
Forêt d'Orangers , chose des plus rares
dans le fond de la Normandie. On voit
bien , au reste, que la situation du Terrain
étant d'elle - même assez ingrate , il
en a prodigieusement coûté en remuemens
de terres pour mettre les choses
dans la belle situation où elles sont.
Je ne vous dirai rien de l'interieur de
ce Château , tout y répond à sa magnificence
extérieure,àu bon goût , à la qualité
et à la distinction des Seigneurs qui
l'habitent .
Je passai un temps considérable dans
l'Eglise Paroissiale de S. Laurent , à examiner
les differens Mausolées et à lire les
Epitaphes de plusieurs Seigneurs qui y
sont inhumez. D'abord on me fit entrer
dans une Chapelle , qui est au côté droit
du
JUILLET. 1735. 1525
du Grand Autel , où est le Mausolée de
Joachim , Sire de Matignon , et de Fran
çoise de Daillon son Epouse , dont les figures,
de grandeur naturelle, s'y voyent
couchées , ayant à leurs pieds , l'une un
Lyon et l'autre un Chien . Une Epitaphe
en lettres d'or , sur un Marbre noir , apprend
que ce Seigneur étoit Chevalier
de l'Ordre du Roy , Conseiller d'Etat ,
Capitaine de so hommes d'Armes , Lieutenant
General en toute la Normandie.
Que n'ayant point eu d'Enfants de son
Epouse , veuve de Jacques de Rohan , ik
eût pour successeur en ligne collatérale
Jacques de Matignon , Maréchal de Fran
ce , représentant Jacques de Matignon ,
Seigneur de la Roche , son Pere , Frere
unique et puîné de Joachim . Icelui Jacque
, dir l'Epitaphe, fûr Colonel des Suisses
, et décéda aux Guerres de Piémont
en 1537. Joachim , son aîné , mourut en
1542 , et son Epouse en 1540.
Dans la même Chapelle est aussi inhumé
François , Sire de Matignon , fils de
Charles et de Madame Léonor d'Orleans .
Son Epitaphe ,gravée sur un Marbre noir,
au dessus de la Porte , doit avoir icy sa
place.
» Peu de personnes ont eu une nais-
» sance aussi illustre. Le sang de tout ce
qu'il
1526 MERCURE DE FRANCE
» qu'il y a de Souverain dans l'Europe ſe
» voit uni à l'ancienne Tige , dont il ti-
" roit son origine; ayant eu l'honneur de
» se voir au quatrième dégré , avec les
» Rois de France , d'Espagne et d'Angle-
» terre; son courage et ses actions répon-
» dirent à sa grande noblesse. Il se dis
» tingua dès l'âge de 16 ans , aux Guer-
» res d'Italie , sous son frere aîné , Jac-
" ques de Matignon , Comte de Thori
» gny , Colonel Général de la Cavalerie
» légere et se signala ensuite au Siége de
» la Rochelle et à l'Isle de Rhé , avec son
» Régiment d'Infanterie; et après fût Co-
» lonel de la Cavalerie , Maréchal de
Camp , et Lieutenant Général dans les
» Armées du Roy. Ses services lui firent
» mériter les Charges et Gouvernemens
» de ses Peres. Il fut le fixiéme Lieutenant
,
Général de cette Province , et le cin-
» quiéme Chevalier des Ordres du Roy ,
» avec le Seigneur Evêque de Lisieux son
» frere. Sa justice et sa bonté ont attiré les
» regrets de tous ceux qui étoient sous
» son Gouvernement. Il mourut à Tho-
> rigny , le 16 de Janvier 1675.
De cette Chapelle nous passâmes dans
une autre, qui est située derriere le Grand
Autel . On y voit plusieurs Mausolées ,
dont le plus distingué est celui du fameux
JUILLET. 1733 : 1527
meux Jacques , Sire de Matignon , Maréchal
de France , Gouverneur de Guyenne,
& c. Ce Monument est au milieu de la
Chapelle , prefque tout de, Marbre noir ,
veiné de blanc, et parfaitement bien travaillé
. Il est élevé sur une Base de trois
pieds de hauteur et de quatre de largeur ,
sur une longueur de huit pieds et demi.-
Cette Basé est ornée de Bas - reliefs historiques
et symboliques de Marbre blanc,
qui ont rapport à la vie toute guerriere
de ce Seigneur. Au dessus du Tombeau
on le voit representé à genoux , de grandeur
naturelle , avec Françoise * de Dail- ,
lon , son Epouse , en deux belles Figures .
de marbre grisatre , à l'exception des têtes
et des mains qui sont de marbre blanc.
Le Maréchal est revêtu du grand Manteau
et du Collier des Ordres du Roy , et
la Dame est vêtue et coeffée selon l'usage
-du temps . Le tout est parfaitement bien
exécuté , les Draperies en particulier ont
toute la légèreté et la hardiesse possible.
Aux quatre coins du Mausolée on a élevé
sut des Piédestaux , quatre Statuës de
Femmes , d'une belle Pierre blanche , qui
représentent la Religion, la Paix , la Pru-
* Cette Dame étoit fille du Comte du Lude et de
la mme Maison que Françoise de Dallon, Epouse
de Joachim de Matignon , oncle du Maréchal .
1
dence
1528 MERCURE DE FRANCE
dence et la Force, ayant à la main ou aux
pieds les symboles qui leur conviennent.
Les Piedestaux sont chargez de quelques
Vers François ,.en l'honneur de ces deux
Illustres Personnes , par rapport aux Figures
dont je viens de parler.
Ces Vers se sentent un peu du gout du
temps , mais on est dédommagé par la
lecture d'une Epitaphe latine du Maréchal
de Matignon , qui est gravée au dessous
de sa Figure , et qui contient un abbregé
de sa vie , qui finit , selon l'Epitaphe
, le 27 de Juillet 1597. à l'âge de 72
ans. Les expressions en sont nobles et
heureuses , les pensées justes . Elle est de
la composition de Philippe Desportes ,
Abbé de Tiron. On voit aussi sur le mê--
me Monument , une Epitaphe en François
, de la Dame de Daillon son Epouse ,
gravée de même au dessous de sa Représentation
, laquelle est aussi d'une noble
et édifiante simplicité. Les Armoiries de
cette Dame se voyent en Bronze aux deux
bouts du Tombeau . Elle portoit , écartelé
au premier et au quatriéme de Dail--
lon ; au second , de Craon ; au troisième,
de Laval , et sur le tout d'Illiers.
En Face de la Porte de la même Chapelle
, on voit sous une grande Arcade,
pratiquée dans le mur , et toute incrustée
de
JUILLET. 1733 . 1529
de Marbre , le Mausolée de Henri de Matignon
; il consiste en une espece d'Urne
de fix pieds de hauteur , de Marbre noir
jaspé , supportée par quatre pattes de
Lion , de Bronze. La figure de ce Seigneur
en Marbre blanc, de grandeur naturelle,
paroît au dessus , Il est representé assis sur
Urne , armé de toutes pieces , excepté
du Casque , sur lequel il est appuyé , tenant
en main un Bâton de Commandement.
Cette figure est d'une excellente.
beauté. On lit au dessus , contre le mur ,
une Epitaphe latine , dans laquelle entre
autres chofes , on louë sa piété , sa grande
charité , son inclination pour les Lettrès
, et sa protection envers les Sçavans.
Il mourut à Caen le 28 Decembre 1682.
dans la so année de son âge ; et Marie-
Françoise de la Lutumiere , son Epouse,
lui fit eriger ce Monument.
On voit à côté et dans le même Mur
un autre moindre Mausolée de trois
Enfans de la même Maison ; sçavoir
Jean-Louis- Charles , François et Leonor
de Matignon ; tous trois fils de Henri et
de la Dame de la Lutumiere , dont le plus
âgé n'avoit que dix ans lors de son décès
arrivé à Paris , le 17 Avril 1672. Ils sont
representez sur ce Monument , qui est
presque tout de Marbre blanc , soutenu
par
1530 MERCURE DE FRANCE
ya
par quatre figures de Lion . Il y a au dessous
une Epitaphe de l'ainé,accompagnée
de Vers François , & c .
Près de ce petit Mausolée sont deux
autres Epitaphes gravées sur une grande
Table de marbre , ornée de moulures , &c .
La premiere de Charles de Matignon
Comte de Torigny et de Gacé , Marquis
de Lonré , Baron de S. Lô , Chevalier
des Ordres du Roi , et Lieutenant General
en Normandie , honoré depuis par
le Roi Louis XIII . d'un Brevet de Maréchal
de France , et de la Lieutenance
Generale de ses Armées en Bourgogne.
Il étoit fils du Maréchal de Matignon , et
de Françoise de Daillon du Lude, il mourut
le 9 Juin 1648. âgé de 84 ans.
L'autre Epitaphe est de Léonor d'Orléans
, son Epouse , fille de Léonor d'Orléans
, Duc de Longueville , et d'Etouteville
, Comte Souverain de Neufchâtel
, et de Marie de Bourbon , Princesse
du Sang , fille de François de Bourbon ,
et nièce d'Antoine , Roi de Navarre.
Elle mourut à Torigny , le 6 Juin 1639 .
âgée de 66 ans . Sa Vie est ici représentée
comme un continuel Exercice de ' pieté
envers Dieu , et de charité envers les
pauvres.
Nous rentrâmes dans la Chapelle pour
lire
JUILLET. 1733- 1531
lire à côté d'un petit Autel , l'Epitaphe
du fils aîné du Maréchal de Matignon et
de Françoise de Daillon : sçavoir , Odet
de Matignon , qui fut Chevalier des
Ordres du Roi , Maréchal de Camp , &c.
et rendit de grands services militaires
sur tout à la Bataille d'Yvri , où il dégagea
le Roi , le retirant presque des mains
de ses Ennemis.Il mourut âgé de 40 ans ,
à Lons le Saunier , le 7 Août de l'année
1597. ne laissant point de posterité de la
Comtesse de Maure , son Epouse.
Enfin , nous lûmes dans le même licu
Epitaphe de Charles de Matignon
Comte de Gacé , &c . Colonel du Régiment
de Vermandois , Brigadier des Armées
du Roi , lequel après s'être signalé
en Hongrie , en Hollande , en Flandres ,
en Allemagne , et en Affrique , fut blessé
mortellement à la Bataille de Senef , et
finit ses jours à Charleroy le 26 Août
1674. àgé seulement de trente- trois ans.
Son corps fut transporté à Torigny.
-Si toutes les dates marquées dans ces
Monumens sont justes , comme il y a lieu
de le présumer , on pourra s'en servir
pour en rectifier quelques-unes dans
l'Ouvrage du Pere Anselme , et ailleurs,
où il est parlé de tous ces Seigneurs.
Quoique le Maréchal de Matignon
Gou1532
MERCURE DE FRANCE
Gouverneur de Guyenne , &c. ait été
l'un des plus grands Hommes de son
tems , je n'ai pas crû devoir rapporter
l'Epitaphe qui est sur son Mausolée , ni
devoir m'étendre autrement sur son sujet
, parce que sa vie a été écrite par
M. de Cailliere , et publiée à Paris chez.
Courbé en un volume in-fol. 1661. Livre
que tout le monde peut voir dans les
bonnes Bibliotheques.
Le Bourg de Torigny peut passer pour
une petite Ville à cause de son étenduë ,
et de son exemption. D'ailleurs , outre
ses deux Paroisses , S. Laurent , qui est la
principale , et Notre- Dame , il y a deux
Abbayes de l'Ordre de Citeaux . La premiere
d'Hommes , fondée au commencement
du XIV . siécle par un Archidiacre
d'Avranches , a pour Abbé Commanda
taire M. de la Chasteigneraye Ste Foy ;
la seconde de Filles est sous la conduite
de Madame de la Tour d'Auvergne. It
y a aussi dans ce Bourg un Hôpital de la
fondation de la Maison faite dans le dernier
siécle , où l'on reçoit les pauvres
malades , les Orphelins , et tous ceux qui
ne sont pas en état de gagner leur vie.
La Comté de Torigny est d'une fort
grande étenduë , et dans d'aussi beaux
droits qu'aucune autre Terre de cette qua
JUILLET. 1733. 1533
lité. M. de Matignon est aussi Seigneur
de S. Lô , Ville à deux lieues de distance
de Torigny , où l'on frappoit autrefois
de la Monnoye. De nouvelles et importantes
acquisitions , faites dans les Diocèses
de Bayeux et de Coûtances , font
qu'il n'y a pas dans toute la Province de
Normandie de Domaine plus beau et
plus étendu que le sien.
par
Je ne dois pas , en finissant ma Lettre ,
oublier de vous dire que de tous temps
le Château de Torigny a été l'abord et
le rendez-vous des Gens de Condition , et
des plus beaux esprits du pays ; attirez ,
moins la beauté du lieu , que par la
politesse et par l'affabilité des Maîtres.
Il seroit difficile de rencontrer ensemble.
trois personnes plus vénérables dans la
République des Lettres , chacune dans
son genre d'érudition , que le sçavant
M. Huet , Evêque d'Avranches , le fameux
St Evremont , et l'illustre M. de
Segrais , qui dans leur tems ont fait leurs
délices de ce séjour. En remontant plus
haut , on y a vû le sçavant Pere Mam -7
brun Jesuite , les Bochart et les Morins
de Caen , Malherbe , Sarrazin , Boisrobert
, G. André de la Roque l'Historien
les deux Corneilles , Brebeuf et autres
l'Elite des meilleursEsprits de cette gran-
.
>
de
1534 MERCURE DE FRANCE
de Province. Je suis , Monsieur , & c.
Dans la dixiéme Lettre imprimée dans
le Mercure d'Avril 1733. la mort du
Maréchal de Matignon est marquée page
696. en l'année 1594 il faut lire 1597.:
Il s'y est glissé quelques autres fautes
d'impression , on les corrigera de cette
maniere.
Page 707. ligne 8. consensitis , lisez consentitis.
P. 708. 1. 19. Provinciæ , lisez
Provincia . Le Lecteur intelligent suppléera
au reste.
Normandie.
LETTRE XH.
L est temps , Monsieur , de quitter
le
dirai plus rien de l'Inscription Romaine
de Torigny , si ce n'est peut- être quand
elle aura été exactement gravée avec ses
abbréviations bizares , &c. à quoi je songe
actuellement. Il ne sera queſtion dans
cette Lettre que de vous donner une
idée du Château de Torigny & de fes dépendances.
Ce Lieu charmant où nous
avons passé des momens si agréables ,
mérite bien cette attention de moi ; je
la dois aussi à votre curiosité et à la suite
de mes narrations sur le voyage de
Basse Normandie.
Le Château de Torigny , quoiqu'un
Cv
pew
1522 MERCURE DE FRANCE
peu irrégulier dans sa structure, a un certain
air de grandeur qui frape au premier
aspect. La premiere Entrée n'en est
point heureuse , étant occupée du côté
du Bourg , par la principale Eglise Paroissiale
. On trouve d'abord une grande
Porte , de laquelle on monte sur une
Terrasse spacieuse qui sert d'Avant-Cour;
elle est fort élevée , revêtuë de Masson->
nerie et ornée d'une Balustrade qui re- "
gne tout autour. On passe de là sur un
Pont- le-vis pour entrer dans la Cour
laquelle , aussi - bien que le Château , est
>
entourée de Fossez revêtus . Le Plan du
Château représente une Equierre , auxdeux
extrémitez de laquelle il y a deux
gros Pavillons et un troifiéme dans l'Angle.
Joachim , Sire de Matignon , Chevalier
de l'Ordre du Roy , et Lieutenant Géné
ral de Normandie , fit bâtir le premier et
le plus gros de ces Pavillons , il est tout
de Pierre de taille , d'un goût antique , et
fort élevé. La Maréchal de Matignon ,
Gouverneur de Guienne , &c. fit bâtir,
enfuite ce qui se trouve depuis ce Pavil
lon , jusqu'à celui qui termine l'Equierre
, lequel a été construit en 1692. par;
M. le Comte de Matignon ,
Les Faces de tout ce Château , depuis
le
JUILLET. 1733. 1523
le premier Pavillon , sont décorées d'un
ordre Dorique en bas et d'un ordre lonique
au dessus ; le tout avec un Bossage,
dont la dispofition des Assises , construites
alternativement de Pierres rouges
blanches et bleuâtres , fait un effet aussi
singulier qu'admirable .
Dans la face qui regarde la Cour , regnent
plusieurs Galleries, ornées de tresbelles
Peintures, qui représentent les principales
Alliances des Seigneurs de Matignon,
les Batailles où ils se sont distinguez ,
& c. De l'une de ces Gale ies on passe sur
une grande Terrasse , qui regne le long de
la face opposée, depuis le Pavillon de l'Angle,
jusqu'au Pavillon neuf.On a là en perspective
une magnifique Cascade et deux
grandes Piéces d'Eau des deux côtez ,
dont l'une fait face à l'Avant- Cour . Tout
cela , avec les Allées , les Bosquets et le
Terrain orné , qui s'étend plus d'une demi-
lieuë de ce même côté , fait un fort
bel effet à la vuë.
On voit aussi du même Endroit , environ
à une lieuë de distance , un petit
Château , bâti pour le plaisir de la Chasse ;
entre le premier Pavillon et celui de l'Angle
; dans un juste milieu , est un grand
Vestibule , qui conduit par un Pont - le
vis , dans un beau Parterre, et le Parterre
C vj
mê1524
MERCURE DE FRANCE
méne à l'Orangerie . Henry de Matignon ',
Lieutenant Général de Normandie , &c,
qui vivoit en 1680. la fit bâtir ; mais
comme depuis elle s'est trouvée trop
étroite pour le grand nombre d'Orangers
qu'il y a aujourd'hui , on se prépare
à en bâtir une autre beaucoup plus
belle et plus spacieuse. On passe de ce
Parterre sur une grande Terrasse , revêtuë
de Massonnerie , où l'on a encore une
tres belle vûë. On a aussi le plaisir l'Eté
de s'y promener à l'ombre d'une petite
Forêt d'Orangers , chose des plus rares
dans le fond de la Normandie. On voit
bien , au reste, que la situation du Terrain
étant d'elle - même assez ingrate , il
en a prodigieusement coûté en remuemens
de terres pour mettre les choses
dans la belle situation où elles sont.
Je ne vous dirai rien de l'interieur de
ce Château , tout y répond à sa magnificence
extérieure,àu bon goût , à la qualité
et à la distinction des Seigneurs qui
l'habitent .
Je passai un temps considérable dans
l'Eglise Paroissiale de S. Laurent , à examiner
les differens Mausolées et à lire les
Epitaphes de plusieurs Seigneurs qui y
sont inhumez. D'abord on me fit entrer
dans une Chapelle , qui est au côté droit
du
JUILLET. 1735. 1525
du Grand Autel , où est le Mausolée de
Joachim , Sire de Matignon , et de Fran
çoise de Daillon son Epouse , dont les figures,
de grandeur naturelle, s'y voyent
couchées , ayant à leurs pieds , l'une un
Lyon et l'autre un Chien . Une Epitaphe
en lettres d'or , sur un Marbre noir , apprend
que ce Seigneur étoit Chevalier
de l'Ordre du Roy , Conseiller d'Etat ,
Capitaine de so hommes d'Armes , Lieutenant
General en toute la Normandie.
Que n'ayant point eu d'Enfants de son
Epouse , veuve de Jacques de Rohan , ik
eût pour successeur en ligne collatérale
Jacques de Matignon , Maréchal de Fran
ce , représentant Jacques de Matignon ,
Seigneur de la Roche , son Pere , Frere
unique et puîné de Joachim . Icelui Jacque
, dir l'Epitaphe, fûr Colonel des Suisses
, et décéda aux Guerres de Piémont
en 1537. Joachim , son aîné , mourut en
1542 , et son Epouse en 1540.
Dans la même Chapelle est aussi inhumé
François , Sire de Matignon , fils de
Charles et de Madame Léonor d'Orleans .
Son Epitaphe ,gravée sur un Marbre noir,
au dessus de la Porte , doit avoir icy sa
place.
» Peu de personnes ont eu une nais-
» sance aussi illustre. Le sang de tout ce
qu'il
1526 MERCURE DE FRANCE
» qu'il y a de Souverain dans l'Europe ſe
» voit uni à l'ancienne Tige , dont il ti-
" roit son origine; ayant eu l'honneur de
» se voir au quatrième dégré , avec les
» Rois de France , d'Espagne et d'Angle-
» terre; son courage et ses actions répon-
» dirent à sa grande noblesse. Il se dis
» tingua dès l'âge de 16 ans , aux Guer-
» res d'Italie , sous son frere aîné , Jac-
" ques de Matignon , Comte de Thori
» gny , Colonel Général de la Cavalerie
» légere et se signala ensuite au Siége de
» la Rochelle et à l'Isle de Rhé , avec son
» Régiment d'Infanterie; et après fût Co-
» lonel de la Cavalerie , Maréchal de
Camp , et Lieutenant Général dans les
» Armées du Roy. Ses services lui firent
» mériter les Charges et Gouvernemens
» de ses Peres. Il fut le fixiéme Lieutenant
,
Général de cette Province , et le cin-
» quiéme Chevalier des Ordres du Roy ,
» avec le Seigneur Evêque de Lisieux son
» frere. Sa justice et sa bonté ont attiré les
» regrets de tous ceux qui étoient sous
» son Gouvernement. Il mourut à Tho-
> rigny , le 16 de Janvier 1675.
De cette Chapelle nous passâmes dans
une autre, qui est située derriere le Grand
Autel . On y voit plusieurs Mausolées ,
dont le plus distingué est celui du fameux
JUILLET. 1733 : 1527
meux Jacques , Sire de Matignon , Maréchal
de France , Gouverneur de Guyenne,
& c. Ce Monument est au milieu de la
Chapelle , prefque tout de, Marbre noir ,
veiné de blanc, et parfaitement bien travaillé
. Il est élevé sur une Base de trois
pieds de hauteur et de quatre de largeur ,
sur une longueur de huit pieds et demi.-
Cette Basé est ornée de Bas - reliefs historiques
et symboliques de Marbre blanc,
qui ont rapport à la vie toute guerriere
de ce Seigneur. Au dessus du Tombeau
on le voit representé à genoux , de grandeur
naturelle , avec Françoise * de Dail- ,
lon , son Epouse , en deux belles Figures .
de marbre grisatre , à l'exception des têtes
et des mains qui sont de marbre blanc.
Le Maréchal est revêtu du grand Manteau
et du Collier des Ordres du Roy , et
la Dame est vêtue et coeffée selon l'usage
-du temps . Le tout est parfaitement bien
exécuté , les Draperies en particulier ont
toute la légèreté et la hardiesse possible.
Aux quatre coins du Mausolée on a élevé
sut des Piédestaux , quatre Statuës de
Femmes , d'une belle Pierre blanche , qui
représentent la Religion, la Paix , la Pru-
* Cette Dame étoit fille du Comte du Lude et de
la mme Maison que Françoise de Dallon, Epouse
de Joachim de Matignon , oncle du Maréchal .
1
dence
1528 MERCURE DE FRANCE
dence et la Force, ayant à la main ou aux
pieds les symboles qui leur conviennent.
Les Piedestaux sont chargez de quelques
Vers François ,.en l'honneur de ces deux
Illustres Personnes , par rapport aux Figures
dont je viens de parler.
Ces Vers se sentent un peu du gout du
temps , mais on est dédommagé par la
lecture d'une Epitaphe latine du Maréchal
de Matignon , qui est gravée au dessous
de sa Figure , et qui contient un abbregé
de sa vie , qui finit , selon l'Epitaphe
, le 27 de Juillet 1597. à l'âge de 72
ans. Les expressions en sont nobles et
heureuses , les pensées justes . Elle est de
la composition de Philippe Desportes ,
Abbé de Tiron. On voit aussi sur le mê--
me Monument , une Epitaphe en François
, de la Dame de Daillon son Epouse ,
gravée de même au dessous de sa Représentation
, laquelle est aussi d'une noble
et édifiante simplicité. Les Armoiries de
cette Dame se voyent en Bronze aux deux
bouts du Tombeau . Elle portoit , écartelé
au premier et au quatriéme de Dail--
lon ; au second , de Craon ; au troisième,
de Laval , et sur le tout d'Illiers.
En Face de la Porte de la même Chapelle
, on voit sous une grande Arcade,
pratiquée dans le mur , et toute incrustée
de
JUILLET. 1733 . 1529
de Marbre , le Mausolée de Henri de Matignon
; il consiste en une espece d'Urne
de fix pieds de hauteur , de Marbre noir
jaspé , supportée par quatre pattes de
Lion , de Bronze. La figure de ce Seigneur
en Marbre blanc, de grandeur naturelle,
paroît au dessus , Il est representé assis sur
Urne , armé de toutes pieces , excepté
du Casque , sur lequel il est appuyé , tenant
en main un Bâton de Commandement.
Cette figure est d'une excellente.
beauté. On lit au dessus , contre le mur ,
une Epitaphe latine , dans laquelle entre
autres chofes , on louë sa piété , sa grande
charité , son inclination pour les Lettrès
, et sa protection envers les Sçavans.
Il mourut à Caen le 28 Decembre 1682.
dans la so année de son âge ; et Marie-
Françoise de la Lutumiere , son Epouse,
lui fit eriger ce Monument.
On voit à côté et dans le même Mur
un autre moindre Mausolée de trois
Enfans de la même Maison ; sçavoir
Jean-Louis- Charles , François et Leonor
de Matignon ; tous trois fils de Henri et
de la Dame de la Lutumiere , dont le plus
âgé n'avoit que dix ans lors de son décès
arrivé à Paris , le 17 Avril 1672. Ils sont
representez sur ce Monument , qui est
presque tout de Marbre blanc , soutenu
par
1530 MERCURE DE FRANCE
ya
par quatre figures de Lion . Il y a au dessous
une Epitaphe de l'ainé,accompagnée
de Vers François , & c .
Près de ce petit Mausolée sont deux
autres Epitaphes gravées sur une grande
Table de marbre , ornée de moulures , &c .
La premiere de Charles de Matignon
Comte de Torigny et de Gacé , Marquis
de Lonré , Baron de S. Lô , Chevalier
des Ordres du Roi , et Lieutenant General
en Normandie , honoré depuis par
le Roi Louis XIII . d'un Brevet de Maréchal
de France , et de la Lieutenance
Generale de ses Armées en Bourgogne.
Il étoit fils du Maréchal de Matignon , et
de Françoise de Daillon du Lude, il mourut
le 9 Juin 1648. âgé de 84 ans.
L'autre Epitaphe est de Léonor d'Orléans
, son Epouse , fille de Léonor d'Orléans
, Duc de Longueville , et d'Etouteville
, Comte Souverain de Neufchâtel
, et de Marie de Bourbon , Princesse
du Sang , fille de François de Bourbon ,
et nièce d'Antoine , Roi de Navarre.
Elle mourut à Torigny , le 6 Juin 1639 .
âgée de 66 ans . Sa Vie est ici représentée
comme un continuel Exercice de ' pieté
envers Dieu , et de charité envers les
pauvres.
Nous rentrâmes dans la Chapelle pour
lire
JUILLET. 1733- 1531
lire à côté d'un petit Autel , l'Epitaphe
du fils aîné du Maréchal de Matignon et
de Françoise de Daillon : sçavoir , Odet
de Matignon , qui fut Chevalier des
Ordres du Roi , Maréchal de Camp , &c.
et rendit de grands services militaires
sur tout à la Bataille d'Yvri , où il dégagea
le Roi , le retirant presque des mains
de ses Ennemis.Il mourut âgé de 40 ans ,
à Lons le Saunier , le 7 Août de l'année
1597. ne laissant point de posterité de la
Comtesse de Maure , son Epouse.
Enfin , nous lûmes dans le même licu
Epitaphe de Charles de Matignon
Comte de Gacé , &c . Colonel du Régiment
de Vermandois , Brigadier des Armées
du Roi , lequel après s'être signalé
en Hongrie , en Hollande , en Flandres ,
en Allemagne , et en Affrique , fut blessé
mortellement à la Bataille de Senef , et
finit ses jours à Charleroy le 26 Août
1674. àgé seulement de trente- trois ans.
Son corps fut transporté à Torigny.
-Si toutes les dates marquées dans ces
Monumens sont justes , comme il y a lieu
de le présumer , on pourra s'en servir
pour en rectifier quelques-unes dans
l'Ouvrage du Pere Anselme , et ailleurs,
où il est parlé de tous ces Seigneurs.
Quoique le Maréchal de Matignon
Gou1532
MERCURE DE FRANCE
Gouverneur de Guyenne , &c. ait été
l'un des plus grands Hommes de son
tems , je n'ai pas crû devoir rapporter
l'Epitaphe qui est sur son Mausolée , ni
devoir m'étendre autrement sur son sujet
, parce que sa vie a été écrite par
M. de Cailliere , et publiée à Paris chez.
Courbé en un volume in-fol. 1661. Livre
que tout le monde peut voir dans les
bonnes Bibliotheques.
Le Bourg de Torigny peut passer pour
une petite Ville à cause de son étenduë ,
et de son exemption. D'ailleurs , outre
ses deux Paroisses , S. Laurent , qui est la
principale , et Notre- Dame , il y a deux
Abbayes de l'Ordre de Citeaux . La premiere
d'Hommes , fondée au commencement
du XIV . siécle par un Archidiacre
d'Avranches , a pour Abbé Commanda
taire M. de la Chasteigneraye Ste Foy ;
la seconde de Filles est sous la conduite
de Madame de la Tour d'Auvergne. It
y a aussi dans ce Bourg un Hôpital de la
fondation de la Maison faite dans le dernier
siécle , où l'on reçoit les pauvres
malades , les Orphelins , et tous ceux qui
ne sont pas en état de gagner leur vie.
La Comté de Torigny est d'une fort
grande étenduë , et dans d'aussi beaux
droits qu'aucune autre Terre de cette qua
JUILLET. 1733. 1533
lité. M. de Matignon est aussi Seigneur
de S. Lô , Ville à deux lieues de distance
de Torigny , où l'on frappoit autrefois
de la Monnoye. De nouvelles et importantes
acquisitions , faites dans les Diocèses
de Bayeux et de Coûtances , font
qu'il n'y a pas dans toute la Province de
Normandie de Domaine plus beau et
plus étendu que le sien.
par
Je ne dois pas , en finissant ma Lettre ,
oublier de vous dire que de tous temps
le Château de Torigny a été l'abord et
le rendez-vous des Gens de Condition , et
des plus beaux esprits du pays ; attirez ,
moins la beauté du lieu , que par la
politesse et par l'affabilité des Maîtres.
Il seroit difficile de rencontrer ensemble.
trois personnes plus vénérables dans la
République des Lettres , chacune dans
son genre d'érudition , que le sçavant
M. Huet , Evêque d'Avranches , le fameux
St Evremont , et l'illustre M. de
Segrais , qui dans leur tems ont fait leurs
délices de ce séjour. En remontant plus
haut , on y a vû le sçavant Pere Mam -7
brun Jesuite , les Bochart et les Morins
de Caen , Malherbe , Sarrazin , Boisrobert
, G. André de la Roque l'Historien
les deux Corneilles , Brebeuf et autres
l'Elite des meilleursEsprits de cette gran-
.
>
de
1534 MERCURE DE FRANCE
de Province. Je suis , Monsieur , & c.
Dans la dixiéme Lettre imprimée dans
le Mercure d'Avril 1733. la mort du
Maréchal de Matignon est marquée page
696. en l'année 1594 il faut lire 1597.:
Il s'y est glissé quelques autres fautes
d'impression , on les corrigera de cette
maniere.
Page 707. ligne 8. consensitis , lisez consentitis.
P. 708. 1. 19. Provinciæ , lisez
Provincia . Le Lecteur intelligent suppléera
au reste.
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Résumé : SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE XII.
La lettre décrit le château de Torigny en Normandie, en mettant en avant sa grandeur malgré une structure irrégulière. L'entrée principale est occupée par l'église paroissiale, suivie d'une grande porte menant à une terrasse spacieuse. Le château est entouré de fossés revêtus et présente un plan en forme de quadrilatère avec trois pavillons. Joachim, Sire de Matignon, construisit le premier pavillon en pierre de taille, d'un goût antique. Le maréchal de Matignon et le comte de Matignon ajoutèrent d'autres parties du château, décorées d'ordres dorique et ionique avec un bossage alternant des pierres rouges, blanches et bleuâtres. Les galeries sont ornées de peintures représentant les alliances et les batailles des seigneurs de Matignon. Le château comprend également une cascade, des pièces d'eau, des allées, des bosquets et un terrain orné s'étendant sur plus d'une demi-lieue. Un petit château pour la chasse est visible à une lieue de distance. L'orangerie, construite par Henry de Matignon, est trop petite pour le nombre actuel d'orangers, et une nouvelle est en préparation. L'auteur ne décrit pas l'intérieur du château mais mentionne que tout y répond à sa magnificence extérieure. L'auteur passe un temps considérable dans l'église paroissiale de Saint-Laurent, examinant les mausolées et lisant les épitaphes des seigneurs de Matignon inhumés là. Parmi eux, Joachim, Sire de Matignon, et son épouse Françoise de Daillon, ainsi que François, Sire de Matignon, fils de Charles et de Léonor d'Orléans. Les mausolées de Jacques, Sire de Matignon, maréchal de France, et de Henri de Matignon, ainsi que ceux de leurs enfants et descendants, sont également détaillés. Les épitaphes fournissent des informations sur leurs vies, leurs titres et leurs actions militaires. Le bourg de Torigny, considéré comme une petite ville en raison de son étendue et de son exemption, comprend deux paroisses, Saint-Laurent et Notre-Dame, ainsi que deux abbayes cisterciennes. Il abrite également un hôpital fondé pour accueillir les pauvres malades, les orphelins et ceux incapables de subvenir à leurs besoins. La comté de Torigny est vaste et située dans une région particulièrement agréable. M. de Matignon est également seigneur de Saint-Lô, une ville distante de deux lieues de Torigny. Grâce à de récentes acquisitions dans les diocèses de Bayeux et de Coutances, le domaine de M. de Matignon est l'un des plus beaux et des plus étendus de Normandie. Le château de Torigny a toujours été un lieu de rassemblement pour les personnes de condition et les esprits brillants du pays, attirés par la politesse et l'affabilité des maîtres. Parmi les illustres visiteurs, on compte M. Huet, évêque d'Avranches, St Évremond, M. de Segrais, le père Maмбrun jésuite, les Bochart et les Morin de Caen, Malherbe, Sarrazin, Boisrobert, G. André de la Roque, les deux Corneille, Brebeuf, et d'autres esprits éminents de la province. Le texte mentionne également des erreurs d'impression dans une lettre publiée dans le Mercure d'Avril 1733, notamment concernant la date de décès du maréchal de Matignon, corrigée de 1594 à 1597.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 1676-1682
MORTS, NAISSANCES.
Début :
On a appris d'Oran que Jean-Sebastien Hue de Miromenil, cy-devant Colonel du [...]
Mots clefs :
Âge, Roi, Marquis, Mort, Capitaine, Comte, Veuve, Château, Régiment, Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES.
MORTS , NAISSANCES.
Na appris d'Oran que Jean - Sebastien
Hue de Miromenil , cy- devant Colonel du
Regiment de Querci en France , y étoit mort
des blessures reçues à la journée du 10 Juin ,
contre les Maures , le 15 du même mois , generalement
regretté des Officiers et des Soldats.
Il commandoit les Troupes Espagnoles , comme
Colonel de jour.
D. Louise-Césarine de Conflans , veuve de
Mre Emmanuel de Proisy , Marquis de Morfontaines
, mourut le 19 Juin , en son Château de
Bouleuze en Champagne , dans la 86 année de
son âge. Elle étoit fille de Christophe de Confans
, Comte de Vezilly , Seigneur de Bouleuze,
de Poilly , &c. Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roy Louis XIII . et Capitaine
d'une Compagnie de Chevaux Legers de cent
Maîtres , en 1635 et de D.Magdeleine de Chastillon
sur Marne , de la branche des Seigneurs
de Marigny , qui mourut veuve le 1 Septembre
1683 .
JUILLET. 1733. 1677
1683. La Marquise de Morfontaines , dont on
rapporte la mort , a eu pour fille unique, Louise
de Proisy de Morfontaines , mariée avec Emmanuel
de Hallencourt , Marquis de Dromesnil ,
cy- devant Capitaine- Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux Legers Dauphins , et frere de
Charles François de Hallencourt de Dromesnil
Evêque de Verdun ; duquel mariage est venue
une fille , qui a épousé en 1726. à l'âge de 19
ans , Charles Brulart , Marquis de Genlis . La
Généalogie de la Maison de Conflans , qui est
une branche de l'ancienne Maison de Briénne, est
rapportée dans le 6 tom . des Grands Officiers de
la Couronne , à l'article des Connétables , page
142.
?
D. Marguerite de Mareau de Villeregis , veuve
en premieres nôces de Maximilien - Claude- Franfois
, Comte de Gomiecourt , mort le 13 Mars
1665. et en secondes , depuis le 21 Septembre
1689 de Louis de Mailly , Seigneur du Fresnoy
Fécamp , la Neuville , &c. Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , et Capitaine- Lieu
tenant des Gensdarmes du Princ de Condé
mourut à Paris , le Juin , dans la 93 année
de son âge , et fut inhumée à S. Nicolas des
Champs , dans la Sépulture de sa famille. Elle a
laissé de son second mariage un fils , appellé le
Comte de Mailly , qui n'est point marié , et Elizabeth
de Mailly, mariée en 1708.avec Joachim
de la Viefville, Seigneur de Plainville , Levremont,
Rouville , Chevalier de l'Ordre Militaire de saint
Louis , et Capitaine de Vaisseaux du Roy .
Pierre-Antoine Rouillé , Seigneur de S. Seine,
Ville-Sery , Arnay , &c . Président honoraire au
Grand Conseil , mourut le Juin , âgé d'environ
to ans , il avoit été marié le 29 Mars
f
1708
1678 MERCURE DE FRANCE
4708. avec Anne le Gouz , seconde fille de Benoît
- Etienne le Gouz - Maillard , Seigneur de Seine
Ville-Serye Arnay , Président au Parle
ment de Dijon , et d'Anne Berthier.
Charles-Emmanuel de Baufremont , Barón de
Secy , Abbe commandataire des Abbaïes de saint
Pierre de Luxeuil, et de S. Paul de Besançon ,
mourut le 27 Juin , âgé de 69 ans , il étoit oncle
de Louis - Benigne de Baufremont , Marquis de
Clairvaulx , et de Listenois , Comte de Poligny
Rand , Durue , Baron de Traves , Ressin , Montsogeon
, & c. Chevalier de l'Ordre de la Toison
d'or , Biigadier des Armées du Roy , du 1 Fevrier
1719 , et cy-devant Mestre de Camp d'un
Régiment de Dragons , lequel a été marié le s
Mars 1712 avec D Helene de Courtenay , la
derniere de sa Maison , dont il a plusieurs fils ;
Paîné appelié le Marquis de Baufremont , qui a
été fat à l'âge de 18 ans , au mois de Decembre,
Mestre de Camp du Regiment de Dragon ,
qu'avoit son pere , et dans lequel il étoit Capitaine
.
<
Fréderic-Jules de la Tour , appellé le Prince
d'Auvergne, mourut à Paris le 28 Juin , après
une longue maladie , dans la 62 année de son
age , étant né le 2 May 1672. Il étoit fils puîné
de Godefroi- Maurice de la Tour , Duc de Bouilton,
d'Albret, et de Château- Thierry , Pair et Grand
Chambelian de France , mort le 25 Juillet 1721.
et de Marie-Anne Mancini , morte le 21 Juin
1914. il avoit été autrefois connu sous le nom
de Chevalier de Bouillon étant Chevalier
Grand Croix de l'Ordre de S. Jean de Jérusalem
, qu'il quitta et prit ensuite le titre de Prince
d'Auvergne. Il avoit été marié le 17 Janvier
1720, avec Catherine Olive de Trantes , fille de
-
Pa
JUILLET. 1733. 1679
Patrice de Trantes,Chevalier, Baron , et d'Irlande,
Grand Trésorier d'Angleterre , sous le 1tgne de
Jacques II. qu'il suivit en France en 1689. et de
D. Eleonore de Nagle de Monamini , il en avoit
eu deux fils et une fille , mais ils sont morts en
bas âge.
9
D. Marie-Anne Foucault , veuve depuis le 14
Mars 1705. de François Petit de Villeneuve ,
Conseiller honoraire en la Cour des Ayces
mourut à Paris le 30 Juin , âgée de 85 ans ; elle
étoit soeur de Jos ph- Nicolas Foucault , Marquis
de Magny , Conseiller d'Etat ordinaire
mort le 8 Février 1721 et elle avoit tu deux
fils tous deux Présidens en la Cour des
Aydes ; l'aîné , mort l 2.4 Decembre 1751
laissant des enfans en bas áge ; le cadet étoit
mort dès le 7 Mars 1710. à l'âge de 23 ans
n'ayant laissé qu'une filie unique , Lonmée Marie-
Anne Petit de Villeneuve , née au mois de
Juillet 1709. qui a été mariée le 19 Juillet 1728,
avec Jean Baptiste Maximilien le Feron, Seigneur
du Plessis Maître des Requêtes.
Frere Nicolas de Geraldin , Chevalier , Grand
Croix , de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem ,
Grand Prieur titulaire d'Angleterre , Commandeur
de la Commanderie Magistrale de Metz ,
mourut au Château de S. Symphorien, en basse-
Normandie , le 29 Juin , âgé de 40 ans.
Claude de la Villeneuve de Languedouë , Seigneur
d'Ossonville et Ansonville , dans le Pais Chartrain
, Enseigne au Régiment des Gardes- Françoises
, et auparavant Doyen des Pages des Ecuries
du Roy , mourut à Draveil sur Seine, à l'âge
d'environ 26 ans , le 7 Juillet , sans avoir été
marié.
Jean-Baptiste d'Audiffret , Gentilhomme Provençal
160 MER CURE DE FRANCE
vençal , de la Ville de Marseille , cy.devant En
voyé Extraordinaire du Roy , auprès de S.A.R.
le Duc de Lorraine, mourut à Nancy le 9 Juillet,
âgé d'environ 76 ans , et fut inhumé avec beau
coup de pompe ; son Convoi ayant été accompagné
d'un détachement des Gardes du Duc de
Lorraine , et un grand nombre de personnes de
considération y ayant assisté.
Il fut nommé le 20 Février 1698. par le Roy,
son Envoïé extraordinaire auprès des Ducs de
Mantouë , de Parme et de Modene, et ayant été
rappellé d'Italie , il fut choisi au mois de Juillet
1703. pour aller résider avec le même caractere
d'Envoyé extraordinaire à la Cour de Lorraine.
Il remplit ce poste jusqu'au 29 Jain de
l'année derniere 1732. qu'il prit à Luneville son
audience de congé de la Duchesse doüairiere de
Lorraine. Ses longs services avoient été recompensez
au mois de Septembre dernier d'une pension
de 3000 liv. Il étoit cousin germain de
M. d'Audiffret , Maréchal des Camps et Aimées
du Roy , Gouverneur du Château d'If et Isles de
Marseille .
Charles de la Grange -Trianon , Diacre , Chahoine
Jubilaire de l'Eglise Métropolitaine de Paris
, Abbé Comandataire de l'Abbaye de saint
Sever , Ordre de S. Benoît , Diocèse de Coutances
, Prieur des Prieurez de S. Martin du Vieil ,
Bellesme , de S.. Maxire , Diocèse de la Rochelle ,
et d'Yvette , près Chevreuse , Conseiller en la
Grand- Chambre du Parlement , et Doyen des
Conseillers Clercs , mourut le 10. Juillet en sa
Maison Claustrale, dans la 80, année de son âge,
étant né à Paris le 23. Aqût 1653. d'un Faruille
très-ancienne et illustre dans la Robbe , qui finit
en sa personne. L'Abbé de la Grange avoit été
reçû
JUILLET.
1733. 1631
reçû Chanoine de Paris, le 3. Avril 1679. et Conseiller
au Parlement le 13. May 1682. et il avoit
obtenu l'Abbaye de S. Sever en 1694. Il a nommé
pour son Executeur Testamentaire M. d'Argouges,
Lieutenant Civil, auquel il fait un présent
de 4. Tableaux de prix . Il avoit fait l'année deɛniere
une donation de soooo. livres au Chapitre
de Notre Dame pour l'entretien des Orgues de
l'Eglise , à la charge d'un annuel après sa mort.
Par la mort de l'Abbé de la Grange , Jean-
Baptiste Pajot de Dampierre , Soudiacre , Chanoine
de l'Eglise de Paris , depuis le 14. Octobre
1709. et Abbé de S. Loup , Diocèse de Troyes ,
du mois de Janvier 1731. Conseiller en la cinquiéme
Chambre des Enquêtes , reçû le 17. Juillet
1715. fut appellé et monta à la Grand- Chainbre
le même jour 10. Juillet 1733.
D. Marie Regnault , Veuve en premieres Nôces
d'Edme Roger du Perron , Seigneur de Corcelles ,
Intendant pour le Roy à Cazal et à Pignerol , et
en secondes , depuis le premier Avril 1720. de
Jean- Pierre Chuberé , Conseiller , Secretaire du
Roy , Maison , Couronne de France et de ses Finances
, Avocat au Parlement , et ancien Bâton→
nier , Banquier Expeditionnaire en Cour de Rome
et Legations , mourut à Paris le 13. Juillet ,
ayant eu de son premier Mary une fille mariée
avec Pierre d'Hariague , Seigneur d'Auneau en
Beauce , Secretaire du Roy , et cy-devant Trésorier
de la Maison d'Orleans , et de son second ,
Marie- Louise Chuberé , mariée le 3. Septembre
1714. avec Jean-Baptiste- Auguste le Rebours ,
Seigneur de S. Mard sur le Mont , Conseiller au
Parlement de Paris , et morte le 29. Juin 1729.
â l'âge de 36. ans.
D. Jeanne Duranti , veuve depuis le 12. Dé
K cembre
1632 MERCURE DE FRANCE
cembre 1708, de Denis Marsollier , Conseiller au
Grand Conseil , mourut à Paris en la Capitainerie
du Louvre le 14. Juillet , dans la 92. année
de son âge , étant née au mois de May 1645 .
Elle laisse une fille unique , Epouse de Louis de
Nyert , Marquis de Gambais , Seigneur de Neuville
, Gentilhomme ordinaire du Roy , et son
premier Valet de Chambre , Gouverneur de Limoges
, Bailly de Gray , en Franche - Comté , et
Capitaine- Concierge du Château du Louvre.
D. Anno de Casteras de la Riviere , Baronne
de Conflans , Epouse de Michel - Jean- Baptiste
Charon , Marquis de Ménars , Brigadier des Armées
du Roy , Capitaine des Chasses de la Capitainerie
de Blois , Gouverneur du Château de
Blois , Chevalier de S. Louis , accoucha le 26
Juin , d'une fille , qui fut nommée Anne.
D. Marie-Elisabeth de S. Simon , Epouse de
Claude Roland, Comte de Laval - Montmorency,
Maréchal des Camps et Armées du Roy , Gouverneur
de Philippeville , accoucha le 27 Juin ,
d'une fille, qui fut nommée Henriette - Charlotte,
par Henry de S. Simon , Colonnel du Régiment
de S. Simon , et par D. Marie Jeanne- Louise
Bouin d'Angervilliers , Epouse du Marquis de
Ruffec , Grand d'Espagne,
D. Genevieve- Adelaide- Félicité Do , Epouse
de Louis de Brancas , Duc de Lauragais , Pair de
France , accoucha le 3 Juillet , d'un fils , qui for
nommé Louis- Léon-Félicité , par Léon de Ma
daillan de Lesparre , Comte de Lassay ; et par
D, Marie-Angelique Fremin de Moras , Epouse
de Louis- Antoine de Brancas , Duc de Villars ,
Pair de France , Chevalier des Ordres du Roy.
Na appris d'Oran que Jean - Sebastien
Hue de Miromenil , cy- devant Colonel du
Regiment de Querci en France , y étoit mort
des blessures reçues à la journée du 10 Juin ,
contre les Maures , le 15 du même mois , generalement
regretté des Officiers et des Soldats.
Il commandoit les Troupes Espagnoles , comme
Colonel de jour.
D. Louise-Césarine de Conflans , veuve de
Mre Emmanuel de Proisy , Marquis de Morfontaines
, mourut le 19 Juin , en son Château de
Bouleuze en Champagne , dans la 86 année de
son âge. Elle étoit fille de Christophe de Confans
, Comte de Vezilly , Seigneur de Bouleuze,
de Poilly , &c. Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roy Louis XIII . et Capitaine
d'une Compagnie de Chevaux Legers de cent
Maîtres , en 1635 et de D.Magdeleine de Chastillon
sur Marne , de la branche des Seigneurs
de Marigny , qui mourut veuve le 1 Septembre
1683 .
JUILLET. 1733. 1677
1683. La Marquise de Morfontaines , dont on
rapporte la mort , a eu pour fille unique, Louise
de Proisy de Morfontaines , mariée avec Emmanuel
de Hallencourt , Marquis de Dromesnil ,
cy- devant Capitaine- Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux Legers Dauphins , et frere de
Charles François de Hallencourt de Dromesnil
Evêque de Verdun ; duquel mariage est venue
une fille , qui a épousé en 1726. à l'âge de 19
ans , Charles Brulart , Marquis de Genlis . La
Généalogie de la Maison de Conflans , qui est
une branche de l'ancienne Maison de Briénne, est
rapportée dans le 6 tom . des Grands Officiers de
la Couronne , à l'article des Connétables , page
142.
?
D. Marguerite de Mareau de Villeregis , veuve
en premieres nôces de Maximilien - Claude- Franfois
, Comte de Gomiecourt , mort le 13 Mars
1665. et en secondes , depuis le 21 Septembre
1689 de Louis de Mailly , Seigneur du Fresnoy
Fécamp , la Neuville , &c. Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , et Capitaine- Lieu
tenant des Gensdarmes du Princ de Condé
mourut à Paris , le Juin , dans la 93 année
de son âge , et fut inhumée à S. Nicolas des
Champs , dans la Sépulture de sa famille. Elle a
laissé de son second mariage un fils , appellé le
Comte de Mailly , qui n'est point marié , et Elizabeth
de Mailly, mariée en 1708.avec Joachim
de la Viefville, Seigneur de Plainville , Levremont,
Rouville , Chevalier de l'Ordre Militaire de saint
Louis , et Capitaine de Vaisseaux du Roy .
Pierre-Antoine Rouillé , Seigneur de S. Seine,
Ville-Sery , Arnay , &c . Président honoraire au
Grand Conseil , mourut le Juin , âgé d'environ
to ans , il avoit été marié le 29 Mars
f
1708
1678 MERCURE DE FRANCE
4708. avec Anne le Gouz , seconde fille de Benoît
- Etienne le Gouz - Maillard , Seigneur de Seine
Ville-Serye Arnay , Président au Parle
ment de Dijon , et d'Anne Berthier.
Charles-Emmanuel de Baufremont , Barón de
Secy , Abbe commandataire des Abbaïes de saint
Pierre de Luxeuil, et de S. Paul de Besançon ,
mourut le 27 Juin , âgé de 69 ans , il étoit oncle
de Louis - Benigne de Baufremont , Marquis de
Clairvaulx , et de Listenois , Comte de Poligny
Rand , Durue , Baron de Traves , Ressin , Montsogeon
, & c. Chevalier de l'Ordre de la Toison
d'or , Biigadier des Armées du Roy , du 1 Fevrier
1719 , et cy-devant Mestre de Camp d'un
Régiment de Dragons , lequel a été marié le s
Mars 1712 avec D Helene de Courtenay , la
derniere de sa Maison , dont il a plusieurs fils ;
Paîné appelié le Marquis de Baufremont , qui a
été fat à l'âge de 18 ans , au mois de Decembre,
Mestre de Camp du Regiment de Dragon ,
qu'avoit son pere , et dans lequel il étoit Capitaine
.
<
Fréderic-Jules de la Tour , appellé le Prince
d'Auvergne, mourut à Paris le 28 Juin , après
une longue maladie , dans la 62 année de son
age , étant né le 2 May 1672. Il étoit fils puîné
de Godefroi- Maurice de la Tour , Duc de Bouilton,
d'Albret, et de Château- Thierry , Pair et Grand
Chambelian de France , mort le 25 Juillet 1721.
et de Marie-Anne Mancini , morte le 21 Juin
1914. il avoit été autrefois connu sous le nom
de Chevalier de Bouillon étant Chevalier
Grand Croix de l'Ordre de S. Jean de Jérusalem
, qu'il quitta et prit ensuite le titre de Prince
d'Auvergne. Il avoit été marié le 17 Janvier
1720, avec Catherine Olive de Trantes , fille de
-
Pa
JUILLET. 1733. 1679
Patrice de Trantes,Chevalier, Baron , et d'Irlande,
Grand Trésorier d'Angleterre , sous le 1tgne de
Jacques II. qu'il suivit en France en 1689. et de
D. Eleonore de Nagle de Monamini , il en avoit
eu deux fils et une fille , mais ils sont morts en
bas âge.
9
D. Marie-Anne Foucault , veuve depuis le 14
Mars 1705. de François Petit de Villeneuve ,
Conseiller honoraire en la Cour des Ayces
mourut à Paris le 30 Juin , âgée de 85 ans ; elle
étoit soeur de Jos ph- Nicolas Foucault , Marquis
de Magny , Conseiller d'Etat ordinaire
mort le 8 Février 1721 et elle avoit tu deux
fils tous deux Présidens en la Cour des
Aydes ; l'aîné , mort l 2.4 Decembre 1751
laissant des enfans en bas áge ; le cadet étoit
mort dès le 7 Mars 1710. à l'âge de 23 ans
n'ayant laissé qu'une filie unique , Lonmée Marie-
Anne Petit de Villeneuve , née au mois de
Juillet 1709. qui a été mariée le 19 Juillet 1728,
avec Jean Baptiste Maximilien le Feron, Seigneur
du Plessis Maître des Requêtes.
Frere Nicolas de Geraldin , Chevalier , Grand
Croix , de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem ,
Grand Prieur titulaire d'Angleterre , Commandeur
de la Commanderie Magistrale de Metz ,
mourut au Château de S. Symphorien, en basse-
Normandie , le 29 Juin , âgé de 40 ans.
Claude de la Villeneuve de Languedouë , Seigneur
d'Ossonville et Ansonville , dans le Pais Chartrain
, Enseigne au Régiment des Gardes- Françoises
, et auparavant Doyen des Pages des Ecuries
du Roy , mourut à Draveil sur Seine, à l'âge
d'environ 26 ans , le 7 Juillet , sans avoir été
marié.
Jean-Baptiste d'Audiffret , Gentilhomme Provençal
160 MER CURE DE FRANCE
vençal , de la Ville de Marseille , cy.devant En
voyé Extraordinaire du Roy , auprès de S.A.R.
le Duc de Lorraine, mourut à Nancy le 9 Juillet,
âgé d'environ 76 ans , et fut inhumé avec beau
coup de pompe ; son Convoi ayant été accompagné
d'un détachement des Gardes du Duc de
Lorraine , et un grand nombre de personnes de
considération y ayant assisté.
Il fut nommé le 20 Février 1698. par le Roy,
son Envoïé extraordinaire auprès des Ducs de
Mantouë , de Parme et de Modene, et ayant été
rappellé d'Italie , il fut choisi au mois de Juillet
1703. pour aller résider avec le même caractere
d'Envoyé extraordinaire à la Cour de Lorraine.
Il remplit ce poste jusqu'au 29 Jain de
l'année derniere 1732. qu'il prit à Luneville son
audience de congé de la Duchesse doüairiere de
Lorraine. Ses longs services avoient été recompensez
au mois de Septembre dernier d'une pension
de 3000 liv. Il étoit cousin germain de
M. d'Audiffret , Maréchal des Camps et Aimées
du Roy , Gouverneur du Château d'If et Isles de
Marseille .
Charles de la Grange -Trianon , Diacre , Chahoine
Jubilaire de l'Eglise Métropolitaine de Paris
, Abbé Comandataire de l'Abbaye de saint
Sever , Ordre de S. Benoît , Diocèse de Coutances
, Prieur des Prieurez de S. Martin du Vieil ,
Bellesme , de S.. Maxire , Diocèse de la Rochelle ,
et d'Yvette , près Chevreuse , Conseiller en la
Grand- Chambre du Parlement , et Doyen des
Conseillers Clercs , mourut le 10. Juillet en sa
Maison Claustrale, dans la 80, année de son âge,
étant né à Paris le 23. Aqût 1653. d'un Faruille
très-ancienne et illustre dans la Robbe , qui finit
en sa personne. L'Abbé de la Grange avoit été
reçû
JUILLET.
1733. 1631
reçû Chanoine de Paris, le 3. Avril 1679. et Conseiller
au Parlement le 13. May 1682. et il avoit
obtenu l'Abbaye de S. Sever en 1694. Il a nommé
pour son Executeur Testamentaire M. d'Argouges,
Lieutenant Civil, auquel il fait un présent
de 4. Tableaux de prix . Il avoit fait l'année deɛniere
une donation de soooo. livres au Chapitre
de Notre Dame pour l'entretien des Orgues de
l'Eglise , à la charge d'un annuel après sa mort.
Par la mort de l'Abbé de la Grange , Jean-
Baptiste Pajot de Dampierre , Soudiacre , Chanoine
de l'Eglise de Paris , depuis le 14. Octobre
1709. et Abbé de S. Loup , Diocèse de Troyes ,
du mois de Janvier 1731. Conseiller en la cinquiéme
Chambre des Enquêtes , reçû le 17. Juillet
1715. fut appellé et monta à la Grand- Chainbre
le même jour 10. Juillet 1733.
D. Marie Regnault , Veuve en premieres Nôces
d'Edme Roger du Perron , Seigneur de Corcelles ,
Intendant pour le Roy à Cazal et à Pignerol , et
en secondes , depuis le premier Avril 1720. de
Jean- Pierre Chuberé , Conseiller , Secretaire du
Roy , Maison , Couronne de France et de ses Finances
, Avocat au Parlement , et ancien Bâton→
nier , Banquier Expeditionnaire en Cour de Rome
et Legations , mourut à Paris le 13. Juillet ,
ayant eu de son premier Mary une fille mariée
avec Pierre d'Hariague , Seigneur d'Auneau en
Beauce , Secretaire du Roy , et cy-devant Trésorier
de la Maison d'Orleans , et de son second ,
Marie- Louise Chuberé , mariée le 3. Septembre
1714. avec Jean-Baptiste- Auguste le Rebours ,
Seigneur de S. Mard sur le Mont , Conseiller au
Parlement de Paris , et morte le 29. Juin 1729.
â l'âge de 36. ans.
D. Jeanne Duranti , veuve depuis le 12. Dé
K cembre
1632 MERCURE DE FRANCE
cembre 1708, de Denis Marsollier , Conseiller au
Grand Conseil , mourut à Paris en la Capitainerie
du Louvre le 14. Juillet , dans la 92. année
de son âge , étant née au mois de May 1645 .
Elle laisse une fille unique , Epouse de Louis de
Nyert , Marquis de Gambais , Seigneur de Neuville
, Gentilhomme ordinaire du Roy , et son
premier Valet de Chambre , Gouverneur de Limoges
, Bailly de Gray , en Franche - Comté , et
Capitaine- Concierge du Château du Louvre.
D. Anno de Casteras de la Riviere , Baronne
de Conflans , Epouse de Michel - Jean- Baptiste
Charon , Marquis de Ménars , Brigadier des Armées
du Roy , Capitaine des Chasses de la Capitainerie
de Blois , Gouverneur du Château de
Blois , Chevalier de S. Louis , accoucha le 26
Juin , d'une fille , qui fut nommée Anne.
D. Marie-Elisabeth de S. Simon , Epouse de
Claude Roland, Comte de Laval - Montmorency,
Maréchal des Camps et Armées du Roy , Gouverneur
de Philippeville , accoucha le 27 Juin ,
d'une fille, qui fut nommée Henriette - Charlotte,
par Henry de S. Simon , Colonnel du Régiment
de S. Simon , et par D. Marie Jeanne- Louise
Bouin d'Angervilliers , Epouse du Marquis de
Ruffec , Grand d'Espagne,
D. Genevieve- Adelaide- Félicité Do , Epouse
de Louis de Brancas , Duc de Lauragais , Pair de
France , accoucha le 3 Juillet , d'un fils , qui for
nommé Louis- Léon-Félicité , par Léon de Ma
daillan de Lesparre , Comte de Lassay ; et par
D, Marie-Angelique Fremin de Moras , Epouse
de Louis- Antoine de Brancas , Duc de Villars ,
Pair de France , Chevalier des Ordres du Roy.
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Résumé : MORTS, NAISSANCES.
En juin et juillet 1733, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Jean-Sébastien Hue de Miromenil, colonel du régiment de Quercy, est mort des blessures reçues lors d'un combat contre les Maures le 15 juin. Louise-Césarine de Conflans, veuve d'Emmanuel de Proisy, marquis de Morfontaines, est décédée le 19 juin à l'âge de 86 ans. Marguerite de Mareau de Villeregis, veuve de Louis de Mailly, est morte à Paris en juin à l'âge de 93 ans. Pierre-Antoine Rouillé, seigneur de Saint-Seine, est décédé en juin à l'âge d'environ 70 ans. Charles-Emmanuel de Baufremont, baron de Secy, est mort le 27 juin à l'âge de 69 ans. Frédéric-Jules de la Tour, prince d'Auvergne, est décédé à Paris le 28 juin à l'âge de 62 ans. Marie-Anne Foucault, veuve de François Petit de Villeneuve, est morte à Paris le 30 juin à l'âge de 85 ans. Frère Nicolas de Geraldin, chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, est décédé le 29 juin à l'âge de 40 ans. Claude de la Villeneuve de Languedouë, enseigne au régiment des Gardes-Françoises, est mort à Draveil sur Seine le 7 juillet à l'âge d'environ 26 ans. Jean-Baptiste d'Audiffret, envoyé extraordinaire du roi auprès du duc de Lorraine, est décédé à Nancy le 9 juillet à l'âge d'environ 76 ans. Charles de la Grange-Trianon, chanoine et abbé commandataire, est mort le 10 juillet à l'âge de 80 ans. Marie Regnault, veuve de Jean-Pierre Chuberé, est décédée à Paris le 13 juillet. Jeanne Duranti, veuve de Denis Marsollier, est morte à Paris le 14 juillet à l'âge de 92 ans. Parmi les naissances, Anne de Casteras de la Rivière, baronne de Conflans, a accouché d'une fille nommée Anne le 26 juin. Marie-Élisabeth de Saint-Simon, épouse de Claude Roland, comte de Laval-Montmorency, a donné naissance à une fille nommée Henriette-Charlotte le 27 juin. Geneviève-Adélaïde-Félicité de Durfort, épouse de Louis de Brancas, duc de Lauragais, a accouché d'un fils nommé Louis-Léon-Félicité le 3 juillet.
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19
p. 2072-2075
« Le 2. de ce mois après midy, le Roy fit dans la Cour du Château de Meudon, [...] »
Début :
Le 2. de ce mois après midy, le Roy fit dans la Cour du Château de Meudon, [...]
Mots clefs :
Prologue, Rôles, Roi, Château, Musique, Duhamel, François Colin de Blamont, Motet, Concert
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texteReconnaissance textuelle : « Le 2. de ce mois après midy, le Roy fit dans la Cour du Château de Meudon, [...] »
E 2. de ce mois après midy , le Roy
Lfit dans la Cour du Château de Meudon
, la Revue des deux Compagnies
de Mousquetaires de la Garde de Sa Majesté
, et après que le Roy cut passé
dans les rangs , ils firent l'Exercice des
vant S. M. qui en parut fort satisfaite ,
2 .
La nuit du 23. au 24. du mois dernier,
le feu prit chez un Boulanger du Fauxbourg
S. Martin , avec tant de violence
que toute la maison fut enfâmée avant
qu'on pût y apporter du secours ; quel,
ques autres maisons ont été endommagées
, et 15 , ou 18. personnes ont péri
dans cet lucendie , entr'autres un Religieus
SEPTEMBRE. 1933. 207}
gieux Récollet et deux Enfans de l'Hôpital
de la Trinité , qui travailloient à
L'éteindre , le plancher sur lequel ils
étoient s'étant abîmé tout à coup dans
les flâmes.
Le Concert d'Instrumens que l'Aca
démie Royale de Musique donne tous
les ans au Château des Thuilleries ,à l'occasion
de la Fête du Roy , fut executé
par un grand nombre d'excellens Simphonistes
de la même Académie , qui
joüerent differens Morceaux de Musique
de M. de Lully et d'autres Maîtres modernes
, par une des plus belles soirées
qu'il soit possible de voir , et avec une
multitude incroyable de gens de tous
états , depuis les Princes et Princesses du
Sang , jusqu'à la plus simple Bougeoisie ;
et le tout avec un tel ordre , qu'il n'est
arrivé , non - seulement aucun accident ,
mais pas même de confusion , qu'autant
qu'il eenn falloit pour produire une va
rieté agréable et des oppositions char
mantes d'âges , de Sexes , de qualitez ,
de parures , dont le clair de la Lune ne
laissoit rien perdre ; ensorte que des
Compagnies entieres de gens de grande
condition et autres , étoient dans leur
particulier au milieu de la foule , assis sur
Hii des
2074 MERCURE
DE FRANCE
des chaises qu'on trouvoit en abondante
et qu'on disposoit en rond , &c .
Le 26. Août , il y eut Concert chez
la Reine , M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter
le Prologue et le premier Acte de
Thetis et Pelée , qui fut continué le 29.
par le second et le troisiéme Acte , et
on finit le quatrième et le dernier Acte
le 2. Septembre. Les Rôles du Prologue
qui sont la Nuit , la Victoire et le Soleil ,
ont été chantéz par les Dlles Duhamel ,
Levy,et par le sieur le Begues les Princi
paux Rôles de la Piece ont été chantez par
les Dlles Antier , Mathieu , Lenner et
Courvasier , et par les sieurs Massé , le
Begue, Ducros, d'Angerville et du Bourg.
*
Le 29. on concerta le Prologue et le
premier Acte de Thésée ; les Rôles du
Prologue furent chantez par les Dlles Mathieu
et Duhamel , et par les sieurs du
Bourg et Richer , et ceux de la Piece
par les Diles Courvasier , Petitpas
Drouin et Duhamel , et par les sieurs
d'Angerville Chassé et Tribou ,
Le 23. la Reine voulut entendre le
Prologue de la premiere Entrée des Fêtes
Grecques et Romaines , de la composi →
tion de M. de Blamont. Les Dlles Antier.
et
SEPTEMBRE . 1733. 2079
et Petitpas chanterent dans le Prologue
les Roles de Clio et d'Erato , et les sieurs
Chassé et Jeliot , ceux d'Apollon et de
Terpsicore. On chanta la seconde et troisiéme
Entrée le 26. dont les principaux
Rôles furent remplis par les Dlles Antier
, Petitpas , le Maure et Mathieu
et par les sieurs Chassé et Jeliot ; tous
ces differens Concerts firent beaucoup
de plaisir et l'éxécution en fut parfaite.
Le 8. Septembre , Fête de la Nativité
de la Vierge , il y eut Concert Spirituel
au Château des Thuilleries , on y chanta
le Confitebor , Motet de M. de la Lande,
qui fut suivi d'un petit Motet à voix
seule , chanté par la Dlle Petitpas , et
d'un autre par la Dlle Julie ; après plusieurs
Pieces de Simphonie excellem-
- ment executées , le Concert finit par lė
Motet Exultate justi , du même Auteur .
Lfit dans la Cour du Château de Meudon
, la Revue des deux Compagnies
de Mousquetaires de la Garde de Sa Majesté
, et après que le Roy cut passé
dans les rangs , ils firent l'Exercice des
vant S. M. qui en parut fort satisfaite ,
2 .
La nuit du 23. au 24. du mois dernier,
le feu prit chez un Boulanger du Fauxbourg
S. Martin , avec tant de violence
que toute la maison fut enfâmée avant
qu'on pût y apporter du secours ; quel,
ques autres maisons ont été endommagées
, et 15 , ou 18. personnes ont péri
dans cet lucendie , entr'autres un Religieus
SEPTEMBRE. 1933. 207}
gieux Récollet et deux Enfans de l'Hôpital
de la Trinité , qui travailloient à
L'éteindre , le plancher sur lequel ils
étoient s'étant abîmé tout à coup dans
les flâmes.
Le Concert d'Instrumens que l'Aca
démie Royale de Musique donne tous
les ans au Château des Thuilleries ,à l'occasion
de la Fête du Roy , fut executé
par un grand nombre d'excellens Simphonistes
de la même Académie , qui
joüerent differens Morceaux de Musique
de M. de Lully et d'autres Maîtres modernes
, par une des plus belles soirées
qu'il soit possible de voir , et avec une
multitude incroyable de gens de tous
états , depuis les Princes et Princesses du
Sang , jusqu'à la plus simple Bougeoisie ;
et le tout avec un tel ordre , qu'il n'est
arrivé , non - seulement aucun accident ,
mais pas même de confusion , qu'autant
qu'il eenn falloit pour produire une va
rieté agréable et des oppositions char
mantes d'âges , de Sexes , de qualitez ,
de parures , dont le clair de la Lune ne
laissoit rien perdre ; ensorte que des
Compagnies entieres de gens de grande
condition et autres , étoient dans leur
particulier au milieu de la foule , assis sur
Hii des
2074 MERCURE
DE FRANCE
des chaises qu'on trouvoit en abondante
et qu'on disposoit en rond , &c .
Le 26. Août , il y eut Concert chez
la Reine , M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter
le Prologue et le premier Acte de
Thetis et Pelée , qui fut continué le 29.
par le second et le troisiéme Acte , et
on finit le quatrième et le dernier Acte
le 2. Septembre. Les Rôles du Prologue
qui sont la Nuit , la Victoire et le Soleil ,
ont été chantéz par les Dlles Duhamel ,
Levy,et par le sieur le Begues les Princi
paux Rôles de la Piece ont été chantez par
les Dlles Antier , Mathieu , Lenner et
Courvasier , et par les sieurs Massé , le
Begue, Ducros, d'Angerville et du Bourg.
*
Le 29. on concerta le Prologue et le
premier Acte de Thésée ; les Rôles du
Prologue furent chantez par les Dlles Mathieu
et Duhamel , et par les sieurs du
Bourg et Richer , et ceux de la Piece
par les Diles Courvasier , Petitpas
Drouin et Duhamel , et par les sieurs
d'Angerville Chassé et Tribou ,
Le 23. la Reine voulut entendre le
Prologue de la premiere Entrée des Fêtes
Grecques et Romaines , de la composi →
tion de M. de Blamont. Les Dlles Antier.
et
SEPTEMBRE . 1733. 2079
et Petitpas chanterent dans le Prologue
les Roles de Clio et d'Erato , et les sieurs
Chassé et Jeliot , ceux d'Apollon et de
Terpsicore. On chanta la seconde et troisiéme
Entrée le 26. dont les principaux
Rôles furent remplis par les Dlles Antier
, Petitpas , le Maure et Mathieu
et par les sieurs Chassé et Jeliot ; tous
ces differens Concerts firent beaucoup
de plaisir et l'éxécution en fut parfaite.
Le 8. Septembre , Fête de la Nativité
de la Vierge , il y eut Concert Spirituel
au Château des Thuilleries , on y chanta
le Confitebor , Motet de M. de la Lande,
qui fut suivi d'un petit Motet à voix
seule , chanté par la Dlle Petitpas , et
d'un autre par la Dlle Julie ; après plusieurs
Pieces de Simphonie excellem-
- ment executées , le Concert finit par lė
Motet Exultate justi , du même Auteur .
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Résumé : « Le 2. de ce mois après midy, le Roy fit dans la Cour du Château de Meudon, [...] »
Le 2 septembre, le roi inspecta les Mousquetaires de la Garde à Meudon et fut satisfait de leur exercice. La nuit du 23 au 24 août, un incendie chez un boulanger à Saint-Martin détruisit sa maison et endommagea plusieurs autres, causant la mort de 15 à 18 personnes, dont un religieux Récollet et deux enfants de l'Hôpital de la Trinité. Le 26 août, un concert à l'Académie Royale de Musique aux Tuileries célébra la fête du roi avec des œuvres de Lully et d'autres compositeurs modernes, attirant une foule diverse sans incident. Du 26 août au 2 septembre, des concerts à la cour inclurent des extraits de 'Thetis et Pelée' et 'Thésée', avec des chanteurs tels que les demoiselles Duhamel, Antier, et Mathieu, ainsi que les sieurs Massé et le Begue. Le 23 août, la reine écouta le prologue des 'Fêtes Grecques et Romaines' de Blamont. Le 8 septembre, à la fête de la Nativité de la Vierge, un concert spirituel aux Tuileries présenta des motets de La Lande et des pièces de symphonie.
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20
p. 2508-2509
ARMÉE D'ITALIE.
Début :
Les Troupes du Roy qui s'étoient mises en marche depuis le 12 Octobre, pour passer [...]
Mots clefs :
Roi de Sardaigne, Troupes, Armée, Prince, Château, Marquis de Coigny
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texteReconnaissance textuelle : ARMÉE D'ITALIE.
ARMEE D'ITALIE.
L
Es Troupes du Roy qui s'étoient mises en
marche depuis le 12 Octobre , pour passer
les Alpes par Briançon , par la Vallée de Barce-
Jonnette et par la Savoye , s'étant assemblées .
sous Verceil et sous Mortare , elles joignirent les
Troupes du Roy de Sardaigne. Ce Prince partit
de Turin le 29 du mois dernier pour aller se
mettre à la tête de l'Armée . Il arriva le même:
jour à Vigevano , où les Troupes du Roy et les
siennes s'étoient renduës .
Ce Prince après avoir détaché deux Corps de
Troupes pour aller former le Blocus de Tortonne
et celui de Novarre , se disposoit à marcher
avec l'Armée pour investir Pavie , lorsque les
Députez de cette Ville vinrent lui en apporter les
Clefs et celles du Château. Le Marquis d'Aix que
le Roy de Sardaigne a choisi pour commander
dans cette Place , a trouvé que les trois Bataillons
des Troupes de l'Empereur qui en sont sorzis
, y ont laissé 35 Piéces de Canon et 300 milliers.
NOVEMBRE. 1733 2.509.
liers de Poudre,avec beaucoup d'autres munitions.
de guerre.
Le Roy de Sardaigne s'étant avancé vers Pavie
,y a reçu le 4 de ce mois la députation du
Sénat et de la Ville de Milan, et il a commandé
le Marquis de Coigny , Lieutenant General des .
Armées du Roy , avec 9000 hommes pour s'assurer
de cette Place , et pour former le Blocus du
Château.
L'Armée devoit séjourner à Pavie les de ce
mois , et le Roy de Sardaigne comptoit s'avancer
le lendemain sur l'Adda , pour aller à Pizzi
ghitonne.
Le Maréchal Duc de Villars arriva à Turin ,,
le 6 de ce mois ; le lendemain il eut l'honneur de
rendre ses respects à la Reine de Sardaigne , et au
Duc de Savoye , et il partit le 9 , pour se rendre à
l'Armée , qu'il comptoit joindre le 11 , à Pizzighitone..
Suivant les dernieres nouvelles reçuës, de KArmée
, le Roy de Sardaigne devoit partir de Pa
vie le 7, pour marcher à Pizzighitone . Ce Prince
avoit envoyé ordre au Marquis de Coigny
Lieutenant General , de laisser à Milan une partie
des Troupes qu'il avoit pour former le Blo ..
cus du Château , et d'aller le 6 avec s Bataillons
ets Escadrons occuper Lodi , où le Duc d'Harcourt
, Marêchal de Camp , à la tête de 12 Es
cadrons , avoit eu ordre de se rendre.
L
Es Troupes du Roy qui s'étoient mises en
marche depuis le 12 Octobre , pour passer
les Alpes par Briançon , par la Vallée de Barce-
Jonnette et par la Savoye , s'étant assemblées .
sous Verceil et sous Mortare , elles joignirent les
Troupes du Roy de Sardaigne. Ce Prince partit
de Turin le 29 du mois dernier pour aller se
mettre à la tête de l'Armée . Il arriva le même:
jour à Vigevano , où les Troupes du Roy et les
siennes s'étoient renduës .
Ce Prince après avoir détaché deux Corps de
Troupes pour aller former le Blocus de Tortonne
et celui de Novarre , se disposoit à marcher
avec l'Armée pour investir Pavie , lorsque les
Députez de cette Ville vinrent lui en apporter les
Clefs et celles du Château. Le Marquis d'Aix que
le Roy de Sardaigne a choisi pour commander
dans cette Place , a trouvé que les trois Bataillons
des Troupes de l'Empereur qui en sont sorzis
, y ont laissé 35 Piéces de Canon et 300 milliers.
NOVEMBRE. 1733 2.509.
liers de Poudre,avec beaucoup d'autres munitions.
de guerre.
Le Roy de Sardaigne s'étant avancé vers Pavie
,y a reçu le 4 de ce mois la députation du
Sénat et de la Ville de Milan, et il a commandé
le Marquis de Coigny , Lieutenant General des .
Armées du Roy , avec 9000 hommes pour s'assurer
de cette Place , et pour former le Blocus du
Château.
L'Armée devoit séjourner à Pavie les de ce
mois , et le Roy de Sardaigne comptoit s'avancer
le lendemain sur l'Adda , pour aller à Pizzi
ghitonne.
Le Maréchal Duc de Villars arriva à Turin ,,
le 6 de ce mois ; le lendemain il eut l'honneur de
rendre ses respects à la Reine de Sardaigne , et au
Duc de Savoye , et il partit le 9 , pour se rendre à
l'Armée , qu'il comptoit joindre le 11 , à Pizzighitone..
Suivant les dernieres nouvelles reçuës, de KArmée
, le Roy de Sardaigne devoit partir de Pa
vie le 7, pour marcher à Pizzighitone . Ce Prince
avoit envoyé ordre au Marquis de Coigny
Lieutenant General , de laisser à Milan une partie
des Troupes qu'il avoit pour former le Blo ..
cus du Château , et d'aller le 6 avec s Bataillons
ets Escadrons occuper Lodi , où le Duc d'Harcourt
, Marêchal de Camp , à la tête de 12 Es
cadrons , avoit eu ordre de se rendre.
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Résumé : ARMÉE D'ITALIE.
En octobre 1733, les troupes françaises traversèrent les Alpes et se rassemblèrent à Vercelli et Mortara, rejoignant les forces du roi de Sardaigne à Vigevano le 29 octobre. Elles bloquèrent Tortonne et Novarre avant de marcher sur Pavie, qui se rendit sans combat. Le marquis d'Aix fut nommé commandant de Pavie, où il trouva des munitions laissées par les troupes impériales. Le 4 novembre, le roi de Sardaigne reçut la députation de Milan à Pavie et ordonna au marquis de Coigny de sécuriser Milan avec 9 000 hommes. L'armée prévoyait d'avancer sur l'Adda le 6 novembre vers Pizzighettone. Le maréchal duc de Villars arriva à Turin le 6 novembre, rencontra la reine de Sardaigne et le duc de Savoie, puis rejoignit l'armée à Pizzighettone le 9 novembre. Le roi de Sardaigne quitta Pavie le 7 novembre pour Pizzighettone, laissant des troupes à Milan et Lodi.
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21
p. 2915-2921
ARMÉE D'ITALIE, Et Siége du Château de Milan.
Début :
Le Maréchal de Villars arriva le 14 Decembre à Milan, où les Troupes [...]
Mots clefs :
Marquis, Régiment, Brigadier, Troupes du roi, Grenadiers, Tranchée, Château, Roi de Sardaigne, Siège du château de Milan, Chemin couvert , Maréchal de camp
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texteReconnaissance textuelle : ARMÉE D'ITALIE, Et Siége du Château de Milan.
ARME'E D'ITALIE,
Et Siége du Château de Milan.
E Maréchal de Villars arriva le 14
Decembre à Milan , où les Troupes
du Roy et celles du Roy de Sardaigne ,
qui étoient parties du Camp devant Pizzighitone
le 9 et le 10 de ce mois , et
qui étoient destinées à faire le Siége du
Château , s'étoient renduës le 13 .
La Tranchée fut ouverte du côté du
Bourg des Hortolani, la nuit du 15 au 16,
sous les ordres du Marquis d'Asfeld
Lieutenant Général , ét du Marquis de
Louvigni , Brigadier par 20co Travailleurs
, soûtenus du Régiment des Gardes
du Roy de Sardaigne , de celui de Tessé
et de trois Compagnies de Grenadiers des
11. Vel. Ré2918
Régimens de Champagne , du Roy et de
Piémont. On établit pendant cette nuit
deux Paralleles , dont la plus avancée
n'étoit à la gauche qu'à 60 toises du Chemin
couvert ; il n'y eut pas un seul homme
de tué ni de blessé .
Le 16 , à dix heures du matin , le Marquis
de Savines , Lieutenant General , et
le Marquis de Mison , Brigadier , releverent
la Tranchée avec trois Bataillons du
Régiment de Picardie , et trois Compagnies
de Grenadiers des Regimens d'Auvergne
, du Roy , et de la Ferté- Imbaut;
les Travailleurs furent employez à élargir
et à perfectionner la Tranchée, dont
les Ouvrages furent assez avancez pen
dant la nuit.
Le 17 , le Marquis le Cadrieux , Lieutenant
Général , et M. de Cadeville , Brigadier
, monterent la Tranchée avec les
trois Bataillons du Régiment de Champagne
, et une Compagnie de Grenadiers
du Régiment de Savoye .
On commença cette nuit à travailler à
l'établissement de plusieurs Batteries de
Canons et de Mortiers , et les Ennemis
qui n'avoient pas beaucoup tiré les deux
nuits précedentes s'étant apperçus de ces
travaux , firent un feu si considérable ,
qu'il y cut plusieurs Soldats tucz ou
blessez.
DECEM BRE. 1733. 2917
Le 18 la Tranch e fut relevée par le
Marquis de Beuil , Lieutenant Gen ral ,
et par M. de Cumiane , Brigadier des
Troupes du Roy de Sardaigne , avec les
Regimens d'Auvergne et de Flandreset
une Compagnie de Grenadiers de celui
d'Orleans.
La nuit du 19 au 20. on s'établit dans
un avant-fossé dont on fit une parallele
au pied du glacis , et on poussa en avant
trois sapes , à la tête desquelles on commença
le zo à faire des puits pour pouvoir
éventer les mines . Les assiégez continuerent
à faire un très grand feu d'Artillerie
et de Mousqueterie mais qui
diminua beaucoup le 24. que nos trois
Batteries de Canon et deux de Mortiers
commencerent à tirer.
Le 25 Décembre le Marquis de Lanion ,
Maréchal de Camp , et le Marquis de
Louvigny Brigadier, monterent la Tranchée
devant le Château avec le Regiment
de la Saarre , le second Bataillon de celui
de la Ferté- Imbaut , et deux Compagnies
de Grenadiers des Regimens de
Champagne et de Souvré. Les sapes furent
poussées jusqu'au Chemin couvert ,
et on continua les travaux necessaires
pour pouvoir éventer les mines qu'on
croyoit trouver sous les fortifications du
Chemin couvert .
2918 MERCURE DE FRANCE
La Tranchée fut relevée le 26. sous les
ordres du Marquis de Fervaques , Maréchal
de Camp , et du Marquis de Mison,
Brigadier , par le Regiment Royal Roussillon
, par celui de Piémont , des Troupes
du Roy de Sardaigne et par deux
Compagnies deGrenadiers des Regimens
d'Auvergne et de Nivernois.
Les Mineurs employez à découvrir les
mines n'ayant trouvé que des galleries
abandonnées , on entra dans le Chemin
couvert , d'où les Ennemis s'étoient retirez
, et on s'y logea par une paraliele sur
toute l'étendue de l'attaque.
›
Le lendemain on travailla à perfection .
ner les logemens , et on commença à rétablir
plusieurs Batteries pour battre les
deux faces de la demi lune celies des
deux Bastions d'Acunha et de Velasio ,
et les deux flancs des mêmes Bastions.
Le Comte de Chatillon Maréchal de
Camp , et le Comte de Boissieux Briga
dier monterent laTranchée ce jour- là avec
les deux Bataillons du Regiment des
Girdes du Roy de Sardaigne , un de celui
de Schulembourg une Compagnie
de Grenadiers du Regiment du Roy ,
et une de celui d'Orleans . Le soir , deux
Batteries de quatre piéces de Canons
chicune commencerent de battre en
11. Vol.
و
>
bréche
DECEMBRE. 1733. 2919
,
bréche les deux faces de la demie- lune .
Le 28 la Tranchée fut relevée par le
premier et le troisième Bataillon du Regiment
de Picardie , et par deux Compagnies
de Grenadiers des Regimens de
Louvigny et de Montferrat sous les ordres
de M. S. Perrier Maréchal de
Camp , et de M. de Cadeville , Brigadier,
et le 29. par le Duc d'Harcourt , Maréchal
de Camp , et de M. de Cumiane
Brigadier des Troupes du Roy de Sardai
gne , avec le second Bataillon du Regiment
de Picardie , le Regiment de Tessé,
uneCompagnie de Grenadiers de celui de
la Ferté - Imbaut , et une du Regiment
de Piémont.
On travailla ce jour- là à faire dans le
Chemin couvert six débouchez pour descendre
dans le Fossé , et ils étoient assez
avancez , lorsque le Maréchal Viscomti
qui avoit été forcé d'abandonner la demi
June , et qui jugea que les breches qui se
formoient aux faces des deux Bastions
seroient bien tôt praticables , fit battre la
chamade vers les trois heures après midi.
On lui demanda de livrer une des Portes
du Château , il la remit le lendemain 30 .
le Marquis de Villars partit le même jour
après midi pour en aller
velle au Roy.
porter la nou-
II. Vol. La
2920 MERCURE DE FRANCE
La Garnison du Château , réduite environ
à 800 hommes en sortira le 2 Janver
, avec les honneurs de la Guerre ,
et se retirera à Mantoüe suivant la capitulation
convenuë le 30 de ce mois.
Le Siége de Novarre ayant été resolu ,
15 Bataillons des Troupes du Roy et
trois de celles du Roy de Sardaigne, sont
partis de Milan pour aller faire le Siége
de cette Place , avec les Troupes qui en
ont formé le blocus depuis le commencement
de la Campagne.
· Le Marquis de Coigni , Lieutenant
General , commandera à ce Siége , et les
Maréchaux de Camp qui y serviront sous
ses ordres , sont M. d'Affry , le Marquis
de Fervaques , et le Duc d'Harcourt.
Le Comte de Broglio , Lieutenant Ceneral
, qui commande les Troupes qui
sont aux environs de Cazal Major, envoya
le 28. Decembre un Détachement d Infanterie
de 3000 hommes, cent Dragons ,
cent Carabiniers , et vingt Hussarts du
Regiment de Ratsкy pour s'emparer de
Guastalle. Le Marquis de Valence qui
commandoit ce Détachement, après avoir
fait passer le Po à ses Troupes à Dozolo
er à Viadana arriva le même jour à
Guastalle , où il fut reçû par le Comte
- de · II. Vol.
,
DECEMBRE . 1733 2921
de Spilinberg , Ministre du Duc de
Guastalle, Le Marquis de Valence avoit
été precedé d'un Officier chargé de complimenter
ce Ministre et de lui faire entendre
qu'en occupant cette Place on
n'avoit d'autre dessein que d'empêchet
les Troupes de l'Empereur de s'en emparer.
Le Comte de Boissieux s'est rendu
Maître du Château de Lecco , et du Fort
de Fuentes , dont la Garnison a été faite
prisonniere de Guerre .
Et Siége du Château de Milan.
E Maréchal de Villars arriva le 14
Decembre à Milan , où les Troupes
du Roy et celles du Roy de Sardaigne ,
qui étoient parties du Camp devant Pizzighitone
le 9 et le 10 de ce mois , et
qui étoient destinées à faire le Siége du
Château , s'étoient renduës le 13 .
La Tranchée fut ouverte du côté du
Bourg des Hortolani, la nuit du 15 au 16,
sous les ordres du Marquis d'Asfeld
Lieutenant Général , ét du Marquis de
Louvigni , Brigadier par 20co Travailleurs
, soûtenus du Régiment des Gardes
du Roy de Sardaigne , de celui de Tessé
et de trois Compagnies de Grenadiers des
11. Vel. Ré2918
Régimens de Champagne , du Roy et de
Piémont. On établit pendant cette nuit
deux Paralleles , dont la plus avancée
n'étoit à la gauche qu'à 60 toises du Chemin
couvert ; il n'y eut pas un seul homme
de tué ni de blessé .
Le 16 , à dix heures du matin , le Marquis
de Savines , Lieutenant General , et
le Marquis de Mison , Brigadier , releverent
la Tranchée avec trois Bataillons du
Régiment de Picardie , et trois Compagnies
de Grenadiers des Regimens d'Auvergne
, du Roy , et de la Ferté- Imbaut;
les Travailleurs furent employez à élargir
et à perfectionner la Tranchée, dont
les Ouvrages furent assez avancez pen
dant la nuit.
Le 17 , le Marquis le Cadrieux , Lieutenant
Général , et M. de Cadeville , Brigadier
, monterent la Tranchée avec les
trois Bataillons du Régiment de Champagne
, et une Compagnie de Grenadiers
du Régiment de Savoye .
On commença cette nuit à travailler à
l'établissement de plusieurs Batteries de
Canons et de Mortiers , et les Ennemis
qui n'avoient pas beaucoup tiré les deux
nuits précedentes s'étant apperçus de ces
travaux , firent un feu si considérable ,
qu'il y cut plusieurs Soldats tucz ou
blessez.
DECEM BRE. 1733. 2917
Le 18 la Tranch e fut relevée par le
Marquis de Beuil , Lieutenant Gen ral ,
et par M. de Cumiane , Brigadier des
Troupes du Roy de Sardaigne , avec les
Regimens d'Auvergne et de Flandreset
une Compagnie de Grenadiers de celui
d'Orleans.
La nuit du 19 au 20. on s'établit dans
un avant-fossé dont on fit une parallele
au pied du glacis , et on poussa en avant
trois sapes , à la tête desquelles on commença
le zo à faire des puits pour pouvoir
éventer les mines . Les assiégez continuerent
à faire un très grand feu d'Artillerie
et de Mousqueterie mais qui
diminua beaucoup le 24. que nos trois
Batteries de Canon et deux de Mortiers
commencerent à tirer.
Le 25 Décembre le Marquis de Lanion ,
Maréchal de Camp , et le Marquis de
Louvigny Brigadier, monterent la Tranchée
devant le Château avec le Regiment
de la Saarre , le second Bataillon de celui
de la Ferté- Imbaut , et deux Compagnies
de Grenadiers des Regimens de
Champagne et de Souvré. Les sapes furent
poussées jusqu'au Chemin couvert ,
et on continua les travaux necessaires
pour pouvoir éventer les mines qu'on
croyoit trouver sous les fortifications du
Chemin couvert .
2918 MERCURE DE FRANCE
La Tranchée fut relevée le 26. sous les
ordres du Marquis de Fervaques , Maréchal
de Camp , et du Marquis de Mison,
Brigadier , par le Regiment Royal Roussillon
, par celui de Piémont , des Troupes
du Roy de Sardaigne et par deux
Compagnies deGrenadiers des Regimens
d'Auvergne et de Nivernois.
Les Mineurs employez à découvrir les
mines n'ayant trouvé que des galleries
abandonnées , on entra dans le Chemin
couvert , d'où les Ennemis s'étoient retirez
, et on s'y logea par une paraliele sur
toute l'étendue de l'attaque.
›
Le lendemain on travailla à perfection .
ner les logemens , et on commença à rétablir
plusieurs Batteries pour battre les
deux faces de la demi lune celies des
deux Bastions d'Acunha et de Velasio ,
et les deux flancs des mêmes Bastions.
Le Comte de Chatillon Maréchal de
Camp , et le Comte de Boissieux Briga
dier monterent laTranchée ce jour- là avec
les deux Bataillons du Regiment des
Girdes du Roy de Sardaigne , un de celui
de Schulembourg une Compagnie
de Grenadiers du Regiment du Roy ,
et une de celui d'Orleans . Le soir , deux
Batteries de quatre piéces de Canons
chicune commencerent de battre en
11. Vol.
و
>
bréche
DECEMBRE. 1733. 2919
,
bréche les deux faces de la demie- lune .
Le 28 la Tranchée fut relevée par le
premier et le troisième Bataillon du Regiment
de Picardie , et par deux Compagnies
de Grenadiers des Regimens de
Louvigny et de Montferrat sous les ordres
de M. S. Perrier Maréchal de
Camp , et de M. de Cadeville , Brigadier,
et le 29. par le Duc d'Harcourt , Maréchal
de Camp , et de M. de Cumiane
Brigadier des Troupes du Roy de Sardai
gne , avec le second Bataillon du Regiment
de Picardie , le Regiment de Tessé,
uneCompagnie de Grenadiers de celui de
la Ferté - Imbaut , et une du Regiment
de Piémont.
On travailla ce jour- là à faire dans le
Chemin couvert six débouchez pour descendre
dans le Fossé , et ils étoient assez
avancez , lorsque le Maréchal Viscomti
qui avoit été forcé d'abandonner la demi
June , et qui jugea que les breches qui se
formoient aux faces des deux Bastions
seroient bien tôt praticables , fit battre la
chamade vers les trois heures après midi.
On lui demanda de livrer une des Portes
du Château , il la remit le lendemain 30 .
le Marquis de Villars partit le même jour
après midi pour en aller
velle au Roy.
porter la nou-
II. Vol. La
2920 MERCURE DE FRANCE
La Garnison du Château , réduite environ
à 800 hommes en sortira le 2 Janver
, avec les honneurs de la Guerre ,
et se retirera à Mantoüe suivant la capitulation
convenuë le 30 de ce mois.
Le Siége de Novarre ayant été resolu ,
15 Bataillons des Troupes du Roy et
trois de celles du Roy de Sardaigne, sont
partis de Milan pour aller faire le Siége
de cette Place , avec les Troupes qui en
ont formé le blocus depuis le commencement
de la Campagne.
· Le Marquis de Coigni , Lieutenant
General , commandera à ce Siége , et les
Maréchaux de Camp qui y serviront sous
ses ordres , sont M. d'Affry , le Marquis
de Fervaques , et le Duc d'Harcourt.
Le Comte de Broglio , Lieutenant Ceneral
, qui commande les Troupes qui
sont aux environs de Cazal Major, envoya
le 28. Decembre un Détachement d Infanterie
de 3000 hommes, cent Dragons ,
cent Carabiniers , et vingt Hussarts du
Regiment de Ratsкy pour s'emparer de
Guastalle. Le Marquis de Valence qui
commandoit ce Détachement, après avoir
fait passer le Po à ses Troupes à Dozolo
er à Viadana arriva le même jour à
Guastalle , où il fut reçû par le Comte
- de · II. Vol.
,
DECEMBRE . 1733 2921
de Spilinberg , Ministre du Duc de
Guastalle, Le Marquis de Valence avoit
été precedé d'un Officier chargé de complimenter
ce Ministre et de lui faire entendre
qu'en occupant cette Place on
n'avoit d'autre dessein que d'empêchet
les Troupes de l'Empereur de s'en emparer.
Le Comte de Boissieux s'est rendu
Maître du Château de Lecco , et du Fort
de Fuentes , dont la Garnison a été faite
prisonniere de Guerre .
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Résumé : ARMÉE D'ITALIE, Et Siége du Château de Milan.
Le maréchal de Villars arriva à Milan le 14 décembre 1733, où les troupes françaises et sardes, parties du camp devant Pizzighitone les 9 et 10 décembre, s'étaient rendues pour faire le siège du château de Milan. La tranchée fut ouverte la nuit du 15 au 16 décembre sous les ordres du marquis d'Asfeld et du marquis de Louvigny, avec le soutien de plusieurs régiments. Deux parallèles furent établies sans perte humaine. Le 16 décembre, la tranchée fut relevée par le marquis de Savines et le marquis de Mison avec des bataillons du régiment de Picardie et des grenadiers. Les travaux avancèrent pendant la nuit. Le 17 décembre, le marquis de Cadrieux et M. de Cadeville prirent la relève avec des bataillons du régiment de Champagne et des grenadiers du régiment de Savoie. Des batteries de canons et de mortiers furent établies, provoquant une riposte ennemie intense. Les jours suivants, les travaux continuèrent avec des relèves régulières par divers officiers et régiments. Le 20 décembre, une parallèle fut établie dans un avant-fossé, et des sapes furent poussées vers le chemin couvert. Les ennemis continuèrent à tirer, mais leur feu diminua le 24 décembre lorsque les batteries françaises commencèrent à tirer. Le 25 décembre, le marquis de Lanion et le marquis de Louvigny prirent la relève avec des régiments de la Saarre et de la Ferté-Imbaut. Les sapes atteignirent le chemin couvert, et les travaux pour éventer les mines continuèrent. Le 26 décembre, la tranchée fut relevée par le marquis de Fervaques et le marquis de Mison avec des régiments du Royal Roussillon et de Piémont. Les mineurs découvrirent des galeries abandonnées, permettant aux troupes françaises de s'installer dans le chemin couvert. Les batteries furent perfectionnées pour battre les fortifications ennemies. Le 28 décembre, la tranchée fut relevée par le duc d'Harcourt et M. de Cumiane avec des bataillons du régiment de Picardie et des grenadiers. Le 30 décembre, après la capitulation, la garnison du château, réduite à environ 800 hommes, sortit avec les honneurs de la guerre et se retira à Mantoue. Le siège de Novarre fut ensuite résolu, avec 15 bataillons français et 3 bataillons sardes partant pour cette mission. Le marquis de Coigni commanda ce siège, assisté par plusieurs maréchaux de camp. Par ailleurs, le comte de Broglio envoya un détachement pour s'emparer de Guastalle, et le comte de Boissieux prit le contrôle du château de Lecco et du fort de Fuentes, capturant leur garnison.
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22
p. 142-147
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Début :
La Scene de cette Piece est dans le Château d'un Comte ; Lucas, Jardinier [...]
Mots clefs :
Isabelle, Lisette, Comte, Éraste, Château, Père, Frontin, Comédie, Jardinier, Valet, Mariage, Campagne, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne,
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
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Résumé : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
L'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé, est une pièce de théâtre dont l'action se déroule dans le château d'un comte. Lucas, le jardinier, et Lisette, la suivante d'Isabelle, la fille unique du comte, discutent d'un jeune cavalier rôdant autour du château. Lucas révèle que le valet de ce cavalier a montré une grande générosité. Lisette traite ce valet d'animal. Ils se retirent en entendant du bruit. Eraste, le cavalier en question, et son valet Frontin apparaissent ensuite. Eraste est un fils de famille qui s'est enfui de chez lui après avoir volé trois cents louis à son père pour éviter un mariage arrangé. Frontin conseille à Eraste de retourner à Paris, où son père est prêt à le pardonner. Eraste refuse, car il est amoureux d'une personne qu'il croit habiter le château. Il souhaite se faire passer pour un comédien de campagne pour s'introduire dans le château. Frontin accepte finalement de jouer le rôle de comédien, malgré ses réserves. Ils discutent de la comédie, que Frontin défend comme une forme d'art éducative et moralisatrice. Isabelle et Lisette discutent ensuite du cavalier. Lisette devine qu'Isabelle est amoureuse de lui et utilise une ruse pour le découvrir. Isabelle finit par avouer son attirance pour le cavalier. Elles sont interrompues par l'arrivée du comte et de la comtesse. Eraste et Frontin jouent une scène de comédie devant le comte et sa famille, intitulée 'l'Amant déguisé'. Le comte est satisfait et les invite à rester quelques jours. Eraste profite de l'occasion pour déclarer son amour à Isabelle, qui accepte après qu'il lui révèle sa condition sociale. Leur joie est interrompue par le jardinier, qui annonce l'arrivée d'un homme parlant de mariage. Isabelle craint d'être séparée de son amant, mais Eraste la rassure. Le dénouement révèle que l'homme en question est le père d'Eraste. Père et fils sont surpris de se retrouver. Le père consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle, un projet qu'il avait déjà envisagé avec le comte.
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23
p. 161-162
ARMÉE D'ITALIE, Prise de Novarre, &c.
Début :
La Garnison du Château de Milan en sortit le 2. de ce mois avec les honneurs de la [...]
Mots clefs :
Novare, Troupes, Nuit, Marquis de Coigny, Compagnies de grenadiers, Château, Mois, Guerre, Tranchée
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texteReconnaissance textuelle : ARMÉE D'ITALIE, Prise de Novarre, &c.
AR ME'E D'ITALIE
Prise de Novarre , & c.
A Garnison du Château de Milan en sortit
le 2. de ce mois avec les honneurs de la
Guerre. Le Maréchal Visconti qui étoit à la
tête , l'a conduite à Mantouë , au nombre d'environ
800 hommes.
•
Les Troupes qui avoient été commandées
après cette expedition pour aller sous les ordres
du Marquis de Coigny , Lieutenant General
' faire le Siége de Novarre , étant arrivées devant
cette Place , la Tranchée fut ouverte la nuit du
sau 6 de ce mois : on y employa deux mille
Travailleurs , soutenus par les deux Bataillons
du Regiment Dauphin , et par six Compagnies
de Grenadiers et les Troupes furent commandées
par M. d'Affry Maréchal de Camp. On
forma pendant cette nuit une parallele d'environ
300 toises , sans perdre un seul homme , quoique
les assiégez se fussent apperçus des travaux,
parce qu'un brouillard très épais joint à l'obscu
rité de la nuit , avoir obligé d'allumer des méches
de distance en distance pour être en état de traouvrages.
ser les
>
H▾
2
Le
162 MERCURE DE FRANCE
1
Le 6 le Marquis de Fervaques Maréchal de
Camp , releva la Tranchée avec deux Bataillons
des Troupes du Roy de Sardaigne , et quatre
Compagnies de Grenadiers de celles du Roy ;
on perfectionna les travaux commencez la
veille , et on établit deux Batteries de quatre
Mortiers chacune , lesquelles commencerent à
tirer le lendemain : pendant la nuit on fit une
seconde parallele et plusieurs communications
avec la premiere.
On travailloit le à placer les Batteries de
Canon lorsque les assiégez demanderent à capituler.
Il leur fut accordé de sortir avec les
honneurs de la Guerre et deux pièces de Canon ,
et le Gouverneur s'obligea par la capitulation
de faire sortir sans Canon ni Artillerie le Détachement
de la Garnison qui etoit dans le Fort
d'Arrona.
Le Maréchal de Villars ayant appris à Milan
le 8 de ce mois par un Courier que lui dépêcha
le Marquis de Coigny, la Prise de Novarre et du
Fort d'Arrona il fit partir sur le champ le
Marquis de Firmacon , pour en aller porter la
nouvelle au Roy .
,
La Garnison de Novarre qui étoit de 1300
hommes , en est sortie le 10 pour se retirer à
Mantouë.
Le Marquis de Maillebois, Lieutenant General ,
arriva le s devant le Château de Sarravale , et le
même jour le Commandant qui avoit été sommé
de se rendre , demanda à capituler vers les
huit heures du soir.
Le Marquis de la Chatre qui commandoit la
Tranchée , entra à la tête des Troupes dans le
Château , où il fit exécuter ce qui avoit été convenu
avec le Commandant la Garnison : été
faite Prisonniere de Guerre , les Officiers ont été
envoyez à Alexandrie , et les Soldats à Asti .
Prise de Novarre , & c.
A Garnison du Château de Milan en sortit
le 2. de ce mois avec les honneurs de la
Guerre. Le Maréchal Visconti qui étoit à la
tête , l'a conduite à Mantouë , au nombre d'environ
800 hommes.
•
Les Troupes qui avoient été commandées
après cette expedition pour aller sous les ordres
du Marquis de Coigny , Lieutenant General
' faire le Siége de Novarre , étant arrivées devant
cette Place , la Tranchée fut ouverte la nuit du
sau 6 de ce mois : on y employa deux mille
Travailleurs , soutenus par les deux Bataillons
du Regiment Dauphin , et par six Compagnies
de Grenadiers et les Troupes furent commandées
par M. d'Affry Maréchal de Camp. On
forma pendant cette nuit une parallele d'environ
300 toises , sans perdre un seul homme , quoique
les assiégez se fussent apperçus des travaux,
parce qu'un brouillard très épais joint à l'obscu
rité de la nuit , avoir obligé d'allumer des méches
de distance en distance pour être en état de traouvrages.
ser les
>
H▾
2
Le
162 MERCURE DE FRANCE
1
Le 6 le Marquis de Fervaques Maréchal de
Camp , releva la Tranchée avec deux Bataillons
des Troupes du Roy de Sardaigne , et quatre
Compagnies de Grenadiers de celles du Roy ;
on perfectionna les travaux commencez la
veille , et on établit deux Batteries de quatre
Mortiers chacune , lesquelles commencerent à
tirer le lendemain : pendant la nuit on fit une
seconde parallele et plusieurs communications
avec la premiere.
On travailloit le à placer les Batteries de
Canon lorsque les assiégez demanderent à capituler.
Il leur fut accordé de sortir avec les
honneurs de la Guerre et deux pièces de Canon ,
et le Gouverneur s'obligea par la capitulation
de faire sortir sans Canon ni Artillerie le Détachement
de la Garnison qui etoit dans le Fort
d'Arrona.
Le Maréchal de Villars ayant appris à Milan
le 8 de ce mois par un Courier que lui dépêcha
le Marquis de Coigny, la Prise de Novarre et du
Fort d'Arrona il fit partir sur le champ le
Marquis de Firmacon , pour en aller porter la
nouvelle au Roy .
,
La Garnison de Novarre qui étoit de 1300
hommes , en est sortie le 10 pour se retirer à
Mantouë.
Le Marquis de Maillebois, Lieutenant General ,
arriva le s devant le Château de Sarravale , et le
même jour le Commandant qui avoit été sommé
de se rendre , demanda à capituler vers les
huit heures du soir.
Le Marquis de la Chatre qui commandoit la
Tranchée , entra à la tête des Troupes dans le
Château , où il fit exécuter ce qui avoit été convenu
avec le Commandant la Garnison : été
faite Prisonniere de Guerre , les Officiers ont été
envoyez à Alexandrie , et les Soldats à Asti .
Fermer
Résumé : ARMÉE D'ITALIE, Prise de Novarre, &c.
Le texte décrit plusieurs événements militaires en Italie. Le 2 du mois, la garnison du Château de Milan, dirigée par le Maréchal Visconti, quitta Milan avec les honneurs de la guerre et se dirigea vers Mantoue, composée d'environ 800 hommes. Par la suite, des troupes commandées par le Marquis de Coigny arrivèrent devant Novarre pour en faire le siège. La nuit du 6 du mois, une tranchée fut ouverte par 2 000 travailleurs soutenus par des bataillons du Régiment Dauphin et des compagnies de grenadiers, sous les ordres de M. d'Affry. Malgré la vigilance des assiégés, les travaux furent réalisés sans perte grâce à un brouillard épais. Le 6, le Marquis de Fervaques prit le relais avec des troupes du Roi de Sardaigne et des grenadiers, perfectionnant les travaux et établissant des batteries de mortiers. Pendant la nuit, une seconde parallèle et plusieurs communications furent créées. Alors que les batteries de canon étaient en cours de placement, les assiégés demandèrent à capituler. Ils obtinrent de sortir avec les honneurs de la guerre et deux pièces de canon, tandis que le gouverneur dut faire sortir le détachement du Fort d'Arrona sans canon ni artillerie. Le Maréchal de Villars, informé de la prise de Novarre et du Fort d'Arrona, envoya le Marquis de Firmacon porter la nouvelle au Roi. La garnison de Novarre, composée de 1 300 hommes, se retira à Mantoue le 10. Par ailleurs, le Marquis de Maillebois arriva devant le Château de Sarravale et le commandant demanda à capituler. La garnison fut faite prisonnière de guerre, les officiers furent envoyés à Alexandrie et les soldats à Asti.
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24
p. 169-173
« Le premier Janvier les Princes et Princesses du Sang et les Seigneurs [...] »
Début :
Le premier Janvier les Princes et Princesses du Sang et les Seigneurs [...]
Mots clefs :
Roi, Comte, Château, Reine, Marquis, Chevaliers, Gouverneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier Janvier les Princes et Princesses du Sang et les Seigneurs [...] »
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.;
L
E premier Janvier les Princes et
Princesses du Sang et les Seigneurs
et Dames de la Cour , curent l'honneur
de complimenter le Roy et la Reine sur
la nouvelle année.
170 MERCURE DE FRANCE
,
Le même jour le Roy accompagné du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon
du Comte de Charolois , du Comte de
Clermont , du Prince de Conty du
Duc du Maine , du Prince de Dombes
du Comte d'Eu , du Comte de Toulouse,
et des Chevaliers Commandeurs et Officiers
des ordres qui s'étoient assemblez
dans le Cabinet de S. M. se rendit à la
Chapelle du Château de Versailles . Le
Roy devant lequel les deux Huissiers de
la Chambre portoient leurs Masses , étoit
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
dessus , ainsi que les Chevaliers. Le Roy
entendit la Gran P'Messe chantée par la
Musique à laquelle l'Archevêque de
Vienne , Prélat Commandeur de l'Ordre
officia pontificalement. Après la Messe
$. M. fut reconduite dans son Appartement
avec les Cérémonies accoutumées.
,
Le 2 le Roy accompagné comme le
jour précédent , se rendit à la Chipelle
vers les onze heures : S. M. étoit en
Habit violet er en Manteau court ,
la
Collier de l'Ordre par - dessus, et les Chevaliers
en Habits noirs et Manteau court,
le Roy assista à la Grand'Messe qui fut
célébrée par le même Prélat , pour le repos
des Ames des Chevaliers et Commandeurs
de l'Ordre, morts depuis le Service
solemJANVIER
1734 171
solemnel fait pour le même sujet le 5 Juin
1724, Ce Service ordonné par les Statuts
de l'Ordre , et qui depuis quelque tems
n'avoit été célébré , le sera dans la
pas
suite tous les ans le 2 Janvier où le lendemain
de la Fête de la Purification .
Le 3 la Reine communia par les mains
du Cardinal de Fleury son Grand Aumonier.
Le 3 de ce mois les Députez des Etats
de Bretagne curent audiance publique du
Roy , étant présentez par le Comte de
Toulouze , Gouverneur de la Province ,
et par le Comte de S. Florentin , Sécretaire
d'Etat , et conduits par le Grand
Maître et par le Maître des Cérémonies.
Ils eurent le même jour audiance de la
Reine , de Monseigneur le Dauphin er
de Mesdames de France. La Députation
étoit composée pour le Clergé de l'Evêque
de Tréguier qui porta la parole , du
Sr Baillon Sénéchal de la Ville de Rennes
pour le Tiers - Etar et du Comte de
Coëtlogon , Syndic de la Province. Le
Député pour la Noblesse étoit le Marquis
de Lannion , Maréchal de Camp , qui ne
s'eft point trouvé à l'audiance de S. M.
parce qu'il est actuellement employê à
l'Armée d'Italie.
172 MERCURE DE FRANCE
Le Roy a accordé au Comte de Tous
louze , Amiral de France , la Survivance
de cette Charge pour le Duc de Penthiévre
son fils , qui prêta serment le 4. entre
les mains de S. M.
Le Marquis de Villars qui étoit parti
e Milan le 30. Décembre après midi,
arriva àVersailles le 4. de ce mois au soir,
et apporta au Roy la nouvelle de la prise
du Château de Milan .
Le 14 après midi , le Roy reçut par le
Marquis de Firmarcon que le Maréchal
de Villars a dépêché à S. M. la nouvelle
de la prise de Novarre et du Fort
d'Arrona.
La Duchesse d'Alincourt ayant demandé
à S. M. la permission de remettre sa
place de Dame du Palais de la Réine
le Roy a nommé pour la remplacer la
Duchesse de Bouflers.
François de Franquetot , Marquis de
Coigny , Chevalier des Ordres du Roy ,
Lieutenant General de ses Armées , servant
actuellement en son Armée d'Italie,
et Gouverneur de la Ville , Château et
Principauté de Sédan , a obtenu l'agrément
du Roy de se démettre de la Charge
JANVIER. 1734 175
ge
de Colonel Generai des Dragons , en
faveur de Jean Antoine-François de Franqu
tot , Comte de Coigry , son fils , né
le 27 Septembre 1702. Grand Bailli et
Gouverneur de la Ville et Château de
Caën Le Marquis de Coigny avoit été
pourvû de cette Charge de Colonel General
le 7 Décembre 1704 .
Le Régiment de Cavalerie vacant par
la mort du Marquis d'Urfé , a été donné
à François Bernardin du Chastelet, Marquis
d'Aubigny , Comte de Clémont ,
connu sous le nom de Marquis du Chastelet
, Brigadier des Armées du Roy , du
premier Février 1719 , et Gouverneur du
Château de Vincennes.
L
E premier Janvier les Princes et
Princesses du Sang et les Seigneurs
et Dames de la Cour , curent l'honneur
de complimenter le Roy et la Reine sur
la nouvelle année.
170 MERCURE DE FRANCE
,
Le même jour le Roy accompagné du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon
du Comte de Charolois , du Comte de
Clermont , du Prince de Conty du
Duc du Maine , du Prince de Dombes
du Comte d'Eu , du Comte de Toulouse,
et des Chevaliers Commandeurs et Officiers
des ordres qui s'étoient assemblez
dans le Cabinet de S. M. se rendit à la
Chapelle du Château de Versailles . Le
Roy devant lequel les deux Huissiers de
la Chambre portoient leurs Masses , étoit
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
dessus , ainsi que les Chevaliers. Le Roy
entendit la Gran P'Messe chantée par la
Musique à laquelle l'Archevêque de
Vienne , Prélat Commandeur de l'Ordre
officia pontificalement. Après la Messe
$. M. fut reconduite dans son Appartement
avec les Cérémonies accoutumées.
,
Le 2 le Roy accompagné comme le
jour précédent , se rendit à la Chipelle
vers les onze heures : S. M. étoit en
Habit violet er en Manteau court ,
la
Collier de l'Ordre par - dessus, et les Chevaliers
en Habits noirs et Manteau court,
le Roy assista à la Grand'Messe qui fut
célébrée par le même Prélat , pour le repos
des Ames des Chevaliers et Commandeurs
de l'Ordre, morts depuis le Service
solemJANVIER
1734 171
solemnel fait pour le même sujet le 5 Juin
1724, Ce Service ordonné par les Statuts
de l'Ordre , et qui depuis quelque tems
n'avoit été célébré , le sera dans la
pas
suite tous les ans le 2 Janvier où le lendemain
de la Fête de la Purification .
Le 3 la Reine communia par les mains
du Cardinal de Fleury son Grand Aumonier.
Le 3 de ce mois les Députez des Etats
de Bretagne curent audiance publique du
Roy , étant présentez par le Comte de
Toulouze , Gouverneur de la Province ,
et par le Comte de S. Florentin , Sécretaire
d'Etat , et conduits par le Grand
Maître et par le Maître des Cérémonies.
Ils eurent le même jour audiance de la
Reine , de Monseigneur le Dauphin er
de Mesdames de France. La Députation
étoit composée pour le Clergé de l'Evêque
de Tréguier qui porta la parole , du
Sr Baillon Sénéchal de la Ville de Rennes
pour le Tiers - Etar et du Comte de
Coëtlogon , Syndic de la Province. Le
Député pour la Noblesse étoit le Marquis
de Lannion , Maréchal de Camp , qui ne
s'eft point trouvé à l'audiance de S. M.
parce qu'il est actuellement employê à
l'Armée d'Italie.
172 MERCURE DE FRANCE
Le Roy a accordé au Comte de Tous
louze , Amiral de France , la Survivance
de cette Charge pour le Duc de Penthiévre
son fils , qui prêta serment le 4. entre
les mains de S. M.
Le Marquis de Villars qui étoit parti
e Milan le 30. Décembre après midi,
arriva àVersailles le 4. de ce mois au soir,
et apporta au Roy la nouvelle de la prise
du Château de Milan .
Le 14 après midi , le Roy reçut par le
Marquis de Firmarcon que le Maréchal
de Villars a dépêché à S. M. la nouvelle
de la prise de Novarre et du Fort
d'Arrona.
La Duchesse d'Alincourt ayant demandé
à S. M. la permission de remettre sa
place de Dame du Palais de la Réine
le Roy a nommé pour la remplacer la
Duchesse de Bouflers.
François de Franquetot , Marquis de
Coigny , Chevalier des Ordres du Roy ,
Lieutenant General de ses Armées , servant
actuellement en son Armée d'Italie,
et Gouverneur de la Ville , Château et
Principauté de Sédan , a obtenu l'agrément
du Roy de se démettre de la Charge
JANVIER. 1734 175
ge
de Colonel Generai des Dragons , en
faveur de Jean Antoine-François de Franqu
tot , Comte de Coigry , son fils , né
le 27 Septembre 1702. Grand Bailli et
Gouverneur de la Ville et Château de
Caën Le Marquis de Coigny avoit été
pourvû de cette Charge de Colonel General
le 7 Décembre 1704 .
Le Régiment de Cavalerie vacant par
la mort du Marquis d'Urfé , a été donné
à François Bernardin du Chastelet, Marquis
d'Aubigny , Comte de Clémont ,
connu sous le nom de Marquis du Chastelet
, Brigadier des Armées du Roy , du
premier Février 1719 , et Gouverneur du
Château de Vincennes.
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Résumé : « Le premier Janvier les Princes et Princesses du Sang et les Seigneurs [...] »
Le 1er janvier, les membres de la cour ont félicité le roi et la reine pour la nouvelle année. Le roi, accompagné de plusieurs ducs et princes, a assisté à la grand-messe à la chapelle du château de Versailles, officiée par l'archevêque de Vienne. Le 2 janvier, le roi a de nouveau participé à la grand-messe, cette fois en mémoire des chevaliers et commandeurs de l'ordre décédés depuis le service solennel du 5 juin 1724. Le 3 janvier, la reine a communié et les députés des États de Bretagne ont été reçus en audience publique par le roi, le dauphin et les princesses de France. À cette occasion, le comte de Toulouse a été nommé amiral de France et son fils a prêté serment pour la survivance de cette charge. Le marquis de Villars a annoncé la prise du château de Milan. Le 14 janvier, le roi a appris la prise de Novarre et du fort d'Arrona. La duchesse d'Alincourt a été remplacée par la duchesse de Bouflers comme dame du palais de la reine. Le marquis de Coigny a obtenu l'approbation du roi pour transmettre la charge de colonel général des dragons à son fils. Enfin, le régiment de cavalerie vacant à la suite du décès du marquis d'Urfé a été attribué au marquis du Chastelet.
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25
p. 793-798
« Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...] »
Début :
Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...]
Mots clefs :
Roi, Sa Majesté, Reine, Château, Musique, Camp, Régiment, Concert, Lieutenant, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...] »
E Roy a donné il y a déja quelque
tems le Gouvernement de Thionville
à M. de Sioujeat , Lieutenant General
de ses Armées ,
Le Marquis de Montrevel que le Roy
a nommé Maréchal de Camp par la Promotion
du 20 Février , étoit Mestre de
Camp du Regiment de Cavalerie de son
nom ; ce n'est pas le Colonel du Regiment
de Rouergue.
Le Marquis de Graville a été nommé
Mestre de Camp , Lieutenant du Regiment
de Cavalerie d'Orleans ; le Chevalier
de Castelane , Mestre de Camp Lieutenant
du Regiment de Dragons d'Orleans
et M. de Saint Simon , Mestre
de Camp Lieutenant du Regiment du
Mayne .
,
,
On a établi depuis peu
à l'Hôtel
Royal des Invalides une Ecole de
Trompettes pour servir dans les Troupes
du Roy. Ceux qu'on y admettra doivent
s'engager à servir pendant six ans . Ils
seront instruits aux dépens de Sa Majesté,
H iij
et
794 MERCURE DE FRANCE
et on augmentera leur paye à proportion
des progrès qu'ils feront .
Le 21 Mars , l'Evêque d'Evreux fut
scré dans l'Eglise du Noviciat des Jesuites
, par l'Archevêque de Rouen , assisté
des Evêques de Coutances et de Metz,
et le 25 il prêta serment de fidelité entre
les mains du Roy.
Le 31 du même mois il y eur Concert à Versailles
chez la Reine . M. Destouches Sur Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter le Prologue
et le premier Acte de l'Opera de Tarsis ev
Zelie , dont le Poëme est de M. de la Serre , et
la Musique des sieurs Rebel et Francoeur .
Les et le 7 Avril , on continua le même Opera;
sa parfaite exécution fit beaucoup de plaisirs ,
tant pour les rôles et les choeurs que pour la
Sinphonie. Sa Majesté en témoigna beaucoup
de satisfaction.
Le 11 Avril , Dimanche de la Passion , il y
eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries,
dans lequel les Diles Erremens , Petitpas , Julie
et une autre Dlie de Province , qui n'y avoit pas
encore paru , chanterent differents Motets avec
aplaudissement ; le Concert fut terminé par le
Miserere de M. de laLande ,
Les de ce mois , M. le Marquis de
Nicolaï , Conseiller au Parlement , reçu
en survivance le 18 Decembre 1731. dans
la Charge de Premier President de la
Chambre des Comptes , ayant vingtcinq
AVRIL. 1734.. 795
cinq ans accomplis , sur la démission de
M. son pere , prit possession de sa place
en ladite Chambre où la séance fut publique
et nombreuse. Elle commença par
une Audience qui a été plaidée pendant
trois matinées par Mrs Millet et Laverdy,
Avocats au Parlement; chacun dans son
Plaidoyer , prit occasion de faire un compliment
au nouveau Premier President
sur son merite personel et sur celui de
M. son Pere et de ses Ancêtres . Il est à
remarquer que ce Magistrat nouveau reçu
est le neuviéme de sa famille.
>
Le 6 de ce mois , le Roy fit dans la
Place d'Armes qui est entre le Château
et les Ecuries la revûe des deux Compagnies
des Mousquetaires de la Garde de
Sa Majesté . Le Roy passa dans les rangs
et ensuite les vir défiler par Escadrons et
par Brigades ; les Détachements qui feront
la Campagne étoient à la tête . Après
la revûë , les deux Compagnies entrerent
dans la cour du Château , et elles défi,
lerent devant la Reine. Monseigneur le
Dauphin et Mesdames de France se trou,
verent à cette revûë à laquelle le Duc
de Chartres étoit à Cheval auprès de Sa
Majesté.
›
Le 18 Dimanche des Rameaux, le même Concert
Hiij fut
796 MERCURE DE FRANCE
fut continué , et lesau tres jours de la Semaine
Sainte, on y a exécuté differents Motets deM. de
la Lande,et d'autres Maîtres modernes , le Sieur
Jeliote dont la voix fait tant de plaisir , s'y est
distingué par plusieurs morceaux qu'il a chantés
avec beaucoup d'aplaudissemens
le ainsi que
Sr Mondonville dans l'exécution de plusieurs
Concertoqu'il a joués sur le violon d'une maniere
Très brillante. Le même Concert a été continué
Jusqu'à la fin du mois.
Les dernieres Lettres de Madrid marquent
que le Prince des Asturies étoit
presque entierement guéri de l'Opération
que le St Petit lui a faite. On ajoute que
ce Chirurgien étoit sur son départ pour
revenir à Paris , où il sera de retour le
15 du mois prochain .
Le Dimanche des Rameaux , le Roy
accompagné du Duc du Maine , du Prince
de Dombes et du Comte d'Eu , assista
dans la Chapelle du Château , à la Benediction
desPalmes qui fut faite par l'Abbé
Brosseau , Chapelain ordinaire de la Chapelle
de Musique , qui en présenta une
à Sa Majesté le Roy assista à la Procession
, et après l'Evangile il adora la
Croix . Sa Majesté entendit ensuite la
Grande Messe célébrée par le même
Chapelain , et chantée par la Musique.
La Reine entendit la même Messe dans
sa Tribune.
:
L'après
AVRIL. 1734. 797
L'après midy Leurs Majestez entendirent
la Prédication du Pere Tainturier,
de la Compagnie de Jesus , et ensuite les
Vêpres.
9
Le Jeudi Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cêne du P. Painchinat
Cordelier du Convent de Paris , après
quoi l'Archevêque de Tours fit l'Absoute.
Le Roy lava les pieds à douze Pauvres ,
et Sa Majesté les servit à table : le Duc
de Bourbon Grand Maître de la Maison
du Roy , à la tête des Maîtres d'Hôtel ,
précedoit le Service .Monseigneur le Dauphin
, le Comte de Clermont , le Prince
de Conty , le Prince de Dombes , le
Comte d'Eu , le Comte de Toulouze et
les principaux Officiers de Sa Majesté
portoient les plats. Après cette cérémonie
le Roy se rendit à la Chapelle du Château ,
où sa Majesté entendit la Grande Messe ,
et assista à la Procession , et ensuite aux
Vêpres. La Reine entendit l'Office dans
sa Tribune , et l'après midy , Sa Majesté
entendit le Sermon de la Cêne du Pere
Jean François , Capucin , et l'Archevêque
de Rouen , Premier Aumônier de la
Reine , ayant fait l'Absoute , Sa Majesté
lava les pieds à douze pauvres filles , et
les servit à table . Le Marquis de Chamarande
, Premier Maître d'Hôtel de Sa
Hy Ma798
MERCURE DE FRANCE
•
Majesté précedoit leService dont les plats
étoient portez par les Princesses du Sang ,
par les Dames du Palais et par d'autres
Dames de la Cour .
:
Le Vendredy Saint , le Roy et la Reine
entendirent le Sermon de la Passion du
Pere Tainturier, de la Compagnie de Jesus
le Roy assista ensuite à l'Office , et
alla à l'Adoration de la Croix : la Reine
entendit l'Office dans la Tribune . Le soir
Leurs Majestez assistérent à l'Office des
Ténébres, qui fut chanté par la Musique .
Le Samedy Saint , le Roy revêtu du
Grand Collier de l'Ordre du Saint Esprit,
se rendità l'Eglise de la Paroisse du Château
, où Sa Majesté communia par les
mains du Cardinal de Rohan Grand
Aumônier de France. Le Roy toucha ensuite
un grand nombre de malades .
,
"
Le soir Leurs Majestez accompagnées
de Monseigneur le Dauphin et de Mesdames
de France assistérent dans la
Chapelle du Château aux Complies , et
au Salut , pendant lequel l'O Filii fut
chanté par la Musique.
tems le Gouvernement de Thionville
à M. de Sioujeat , Lieutenant General
de ses Armées ,
Le Marquis de Montrevel que le Roy
a nommé Maréchal de Camp par la Promotion
du 20 Février , étoit Mestre de
Camp du Regiment de Cavalerie de son
nom ; ce n'est pas le Colonel du Regiment
de Rouergue.
Le Marquis de Graville a été nommé
Mestre de Camp , Lieutenant du Regiment
de Cavalerie d'Orleans ; le Chevalier
de Castelane , Mestre de Camp Lieutenant
du Regiment de Dragons d'Orleans
et M. de Saint Simon , Mestre
de Camp Lieutenant du Regiment du
Mayne .
,
,
On a établi depuis peu
à l'Hôtel
Royal des Invalides une Ecole de
Trompettes pour servir dans les Troupes
du Roy. Ceux qu'on y admettra doivent
s'engager à servir pendant six ans . Ils
seront instruits aux dépens de Sa Majesté,
H iij
et
794 MERCURE DE FRANCE
et on augmentera leur paye à proportion
des progrès qu'ils feront .
Le 21 Mars , l'Evêque d'Evreux fut
scré dans l'Eglise du Noviciat des Jesuites
, par l'Archevêque de Rouen , assisté
des Evêques de Coutances et de Metz,
et le 25 il prêta serment de fidelité entre
les mains du Roy.
Le 31 du même mois il y eur Concert à Versailles
chez la Reine . M. Destouches Sur Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter le Prologue
et le premier Acte de l'Opera de Tarsis ev
Zelie , dont le Poëme est de M. de la Serre , et
la Musique des sieurs Rebel et Francoeur .
Les et le 7 Avril , on continua le même Opera;
sa parfaite exécution fit beaucoup de plaisirs ,
tant pour les rôles et les choeurs que pour la
Sinphonie. Sa Majesté en témoigna beaucoup
de satisfaction.
Le 11 Avril , Dimanche de la Passion , il y
eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries,
dans lequel les Diles Erremens , Petitpas , Julie
et une autre Dlie de Province , qui n'y avoit pas
encore paru , chanterent differents Motets avec
aplaudissement ; le Concert fut terminé par le
Miserere de M. de laLande ,
Les de ce mois , M. le Marquis de
Nicolaï , Conseiller au Parlement , reçu
en survivance le 18 Decembre 1731. dans
la Charge de Premier President de la
Chambre des Comptes , ayant vingtcinq
AVRIL. 1734.. 795
cinq ans accomplis , sur la démission de
M. son pere , prit possession de sa place
en ladite Chambre où la séance fut publique
et nombreuse. Elle commença par
une Audience qui a été plaidée pendant
trois matinées par Mrs Millet et Laverdy,
Avocats au Parlement; chacun dans son
Plaidoyer , prit occasion de faire un compliment
au nouveau Premier President
sur son merite personel et sur celui de
M. son Pere et de ses Ancêtres . Il est à
remarquer que ce Magistrat nouveau reçu
est le neuviéme de sa famille.
>
Le 6 de ce mois , le Roy fit dans la
Place d'Armes qui est entre le Château
et les Ecuries la revûe des deux Compagnies
des Mousquetaires de la Garde de
Sa Majesté . Le Roy passa dans les rangs
et ensuite les vir défiler par Escadrons et
par Brigades ; les Détachements qui feront
la Campagne étoient à la tête . Après
la revûë , les deux Compagnies entrerent
dans la cour du Château , et elles défi,
lerent devant la Reine. Monseigneur le
Dauphin et Mesdames de France se trou,
verent à cette revûë à laquelle le Duc
de Chartres étoit à Cheval auprès de Sa
Majesté.
›
Le 18 Dimanche des Rameaux, le même Concert
Hiij fut
796 MERCURE DE FRANCE
fut continué , et lesau tres jours de la Semaine
Sainte, on y a exécuté differents Motets deM. de
la Lande,et d'autres Maîtres modernes , le Sieur
Jeliote dont la voix fait tant de plaisir , s'y est
distingué par plusieurs morceaux qu'il a chantés
avec beaucoup d'aplaudissemens
le ainsi que
Sr Mondonville dans l'exécution de plusieurs
Concertoqu'il a joués sur le violon d'une maniere
Très brillante. Le même Concert a été continué
Jusqu'à la fin du mois.
Les dernieres Lettres de Madrid marquent
que le Prince des Asturies étoit
presque entierement guéri de l'Opération
que le St Petit lui a faite. On ajoute que
ce Chirurgien étoit sur son départ pour
revenir à Paris , où il sera de retour le
15 du mois prochain .
Le Dimanche des Rameaux , le Roy
accompagné du Duc du Maine , du Prince
de Dombes et du Comte d'Eu , assista
dans la Chapelle du Château , à la Benediction
desPalmes qui fut faite par l'Abbé
Brosseau , Chapelain ordinaire de la Chapelle
de Musique , qui en présenta une
à Sa Majesté le Roy assista à la Procession
, et après l'Evangile il adora la
Croix . Sa Majesté entendit ensuite la
Grande Messe célébrée par le même
Chapelain , et chantée par la Musique.
La Reine entendit la même Messe dans
sa Tribune.
:
L'après
AVRIL. 1734. 797
L'après midy Leurs Majestez entendirent
la Prédication du Pere Tainturier,
de la Compagnie de Jesus , et ensuite les
Vêpres.
9
Le Jeudi Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cêne du P. Painchinat
Cordelier du Convent de Paris , après
quoi l'Archevêque de Tours fit l'Absoute.
Le Roy lava les pieds à douze Pauvres ,
et Sa Majesté les servit à table : le Duc
de Bourbon Grand Maître de la Maison
du Roy , à la tête des Maîtres d'Hôtel ,
précedoit le Service .Monseigneur le Dauphin
, le Comte de Clermont , le Prince
de Conty , le Prince de Dombes , le
Comte d'Eu , le Comte de Toulouze et
les principaux Officiers de Sa Majesté
portoient les plats. Après cette cérémonie
le Roy se rendit à la Chapelle du Château ,
où sa Majesté entendit la Grande Messe ,
et assista à la Procession , et ensuite aux
Vêpres. La Reine entendit l'Office dans
sa Tribune , et l'après midy , Sa Majesté
entendit le Sermon de la Cêne du Pere
Jean François , Capucin , et l'Archevêque
de Rouen , Premier Aumônier de la
Reine , ayant fait l'Absoute , Sa Majesté
lava les pieds à douze pauvres filles , et
les servit à table . Le Marquis de Chamarande
, Premier Maître d'Hôtel de Sa
Hy Ma798
MERCURE DE FRANCE
•
Majesté précedoit leService dont les plats
étoient portez par les Princesses du Sang ,
par les Dames du Palais et par d'autres
Dames de la Cour .
:
Le Vendredy Saint , le Roy et la Reine
entendirent le Sermon de la Passion du
Pere Tainturier, de la Compagnie de Jesus
le Roy assista ensuite à l'Office , et
alla à l'Adoration de la Croix : la Reine
entendit l'Office dans la Tribune . Le soir
Leurs Majestez assistérent à l'Office des
Ténébres, qui fut chanté par la Musique .
Le Samedy Saint , le Roy revêtu du
Grand Collier de l'Ordre du Saint Esprit,
se rendità l'Eglise de la Paroisse du Château
, où Sa Majesté communia par les
mains du Cardinal de Rohan Grand
Aumônier de France. Le Roy toucha ensuite
un grand nombre de malades .
,
"
Le soir Leurs Majestez accompagnées
de Monseigneur le Dauphin et de Mesdames
de France assistérent dans la
Chapelle du Château aux Complies , et
au Salut , pendant lequel l'O Filii fut
chanté par la Musique.
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Résumé : « Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...] »
En 1734, plusieurs événements militaires et religieux marquants ont eu lieu. Le roi a nommé M. de Sioujeat gouverneur de Thionville, Lieutenant Général de ses armées. Le Marquis de Montrevel a été promu Maréchal de Camp et était Maître de Camp du Régiment de Cavalerie du roi, sans être Colonel du Régiment de Rouergue. Le Marquis de Graville a été désigné Maître de Camp Lieutenant du Régiment de Cavalerie d'Orléans, le Chevalier de Castelane Maître de Camp Lieutenant du Régiment de Dragons d'Orléans, et M. de Saint Simon Maître de Camp Lieutenant du Régiment du Mayne. Une École de Trompettes a été établie à l'Hôtel Royal des Invalides pour servir dans les troupes du roi. Les trompettes y sont formés aux frais de Sa Majesté et reçoivent une augmentation de salaire proportionnelle à leurs progrès. Le 21 mars, l'Évêque d'Évreux a été sacré dans l'Église du Noviciat des Jésuites par l'Archevêque de Rouen, assisté des Évêques de Coutances et de Metz. Le 25 mars, il a prêté serment de fidélité au roi. Le 31 mars, un concert a eu lieu à Versailles chez la Reine, où M. Destouches, Surintendant de la Musique du roi, a fait chanter le prologue et le premier acte de l'opéra 'Tarsis et Zélie'. Les 6 et 7 avril, l'opéra a été continué, suscitant une grande satisfaction royale. Le 11 avril, un concert spirituel a été donné au Château des Tuileries, avec des motets chantés par les demoiselles Erremens, Petitpas, Julie et une autre chanteuse de province. Le concert s'est terminé par le 'Miserere' de M. de Lalande. Le Marquis de Nicolaï a pris possession de la charge de Premier Président de la Chambre des Comptes le 7 avril, après la démission de son père. Le 6 avril, le roi a passé en revue les Mousquetaires de la Garde à la Place d'Armes. Le 18 avril, un concert a été continué pendant la Semaine Sainte, avec des motets de M. de Lalande et d'autres maîtres modernes. Les lettres de Madrid indiquent que le Prince des Asturies était presque guéri d'une opération. Le roi a assisté à diverses cérémonies religieuses durant la Semaine Sainte, incluant la bénédiction des palmes, la messe, les vêpres, et le lavement des pieds. Le Vendredi Saint, le roi et la reine ont assisté au sermon de la Passion. Le Samedi Saint, le roi a communié et touché un grand nombre de malades.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 39-57
HISTOIRE ANGLOISE. PAR MLLE DE L. A MADAME LA C... DE G....
Début :
Je vous devois une dédicace, pourrois-je mieux la placer qu'en vous adressant [...]
Mots clefs :
Kylemore, Château, Comte, Homme, Femme, Honneur, Vertu, Plaisir, Irlande, Histoire anglaise, Amour, Angleterre
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE ANGLOISE. PAR MLLE DE L. A MADAME LA C... DE G....
HISTOIRE ANGLOISE.
PAR MLLE DE L.
A MADAME LA C ... DE G ....
E vous devois une dédicace , pourrois-
Jje micus la placer qu'en vous adreffant
une hiftoire que vous avez defiré de voir
écrite il eft jufte de fervir vos defirs .
Ah ! peut-on vous dédier un ouvrage qui
vous foit plus propre que celui qui fait
l'éloge d'une femme qui a mérité toute la
confidération & toute l'eftime de fon mari
, vous qui faites la félicité du vôtre , &
le bonheur de tous vos amis ? Vous aimez
ce qui peint la vertu & l'amour honnête ;
j'ai écrit ce que vous avez bien voulu
m'en apprendre : heureuſe de vous écouter
quand je vous vois , & de m'occuper de
ce que vous m'avez dit quand je vous
perds de vûe. S'il vous eût plû de me dicter
cette hiftoire , j'aurois eu plus de plaifir
à l'écrire , & l'on en auroit eu davantage
à la lire ; recevez- la donc telle que je
l'ai reçue de vous , comme un gage de ma
complaifance pour ce qui peut vous plaire ,
& un hommage de ma tendre amitié.
40 MERCURE DE FRANCE.
Les Comtes de Kilmore , originairement
Irlandois , s'établirent en Angleterre
dès que ce royaume eut réuni fous les mêmes
loix l'Ecoffe & l'Irlande. Les grandes
alliances qu'ils firent dans l'Angleterre les
en rendirent comme citoyens. Poffeffeurs
de grandes terres dans ce royaume , elles
fe trouverent réunies fur la tête d'un feul
fous ce dernier regne. Le Comte de Kilmore
, unique héritier de tant de riches
fucceffions , ne fe fentit point flaté du defir
de conferver fon nom , prêt à s'éteindre .
Un dégoût univerfel pour tout ce pour tout ce qui peut
charmer un homme de fon âge & de fon
rang , lui fit envifager la Cour avec la
plus profonde indifférence ; il ne voulut
y entendre parler d'aucun établiſſement.
Uniquement occupé de l'étude en tous
genres , où la fagacité de fon efprit lui
faifoit faire chaque jour de nouvelles découvertes
, il réfolut de s'y livier tout entier
, & fe retira dans le Caernarvand , où
il avoit une fort belle terre . C'étoit un
château fort noble & fort ancien , fitué fur
le bord du canal de Menay , dont on découvroit
de loin la fameufe ifle d'Anglefei.
Lorfque le ciel étoit ferein , la mer ,
par fa vafte étendue , rendoit ce lieu trifte
, mais analogue aux penfées du Comte ;
de hautes montagnes couvertes de bois ou
MA I. 1755. 41
de petits villages , terminoient la vue de
l'autre côté , & offroient dans leurs gorges
de jolies prairies entrecoupées de petits
ruiffeaux. Cette fituation terrible &
fauvage parut fort agréable au Comte , il
s'y établit avec un plaifir d'autant plus
fenfible qu'il crut avec raifon qu'il ne ſeroit
point interrompu dans fes fçavantes
méditations.
Kilmore avoit déja paffé dix années
dans le château ; la philofophié le foutenoit
contre l'ennui de la folitude : un feul
ami lui étoit refté , qui de temps en tems
venoit partager la retraite ou ranimer la
converfation du Comte. Cet ami fe nommoit
Laflei.
Un jour que Kilmore & lui fe promenoient
fur une grande terraffe qui s'élevoit
au- deffus de la mer , & que Kilmore
admiroit avec fon ami la vaſte étendue
de cet élément , Laflei prit la parole :
j'approuve avec vous , Milord , lui ditil
, que les beautés de la nature , toutes
admirables & toutes diverfifiées qu'elles
font , portent l'ame à la trifteffe la plus
profonde. Cette mer , cette ifle que nous
appercevons là-bas , ces prairies , ces jolis
villages qui couvrent ces montagnes dont
la cime perce les nûes , tout cela , mon
cher Kilmore , eft au premier coup d'oeil
42 MERCURE DE FRANCE..
d'une beauté fans pareille ; mais cette
beauté eſt toujours la même : encore fi ,
comme dans les tems où les ténébres du
paganifme enveloppoient la terre , nous
voyions dans les bois des dryades , des
nymphes dans les prairies , des nayades
dans les fontaines , fur cette vafte mer
Neptune dans un char entouré de tritons
& de fes charmantes fyrenes , dont les
chants mélodieux raviffoient les mortels ,
tout cela , dis- je , animéroit votre folitu
de. Mais votre fage religion a fait mainbaffe
fur tous ces êtres divertiffans ; la
philofophie chrétienne nous a rendu la
nature fimple & dénuée de ces agrémens
que la folie des anciens avoit divinifés ;
un férieux noble & majeftueux en a pris
la place , & je ne conçois pas comment
depuis dix ans vous refiftez à la langueur
que cette folitude doit jetter dans.
votre ame. Kilmore fourit de l'enthoufiafme
de fon ami ; j'avoue , dit- il , qu'il
eft très- malheureux que votre univers foit
privé de tous les objets que vous venez de
décrire ; mais comme je ne fuis pas accoutumé
à les trouver , je ne me fuis pas
avifé de les regretter. Une fleur qui fe
développe , fon progrès , fa deftruction
un fruit que je cultive , un arbre que j'émonde
, & qui s'éleve à vûe d'oeil , me
3
M A I. 1755. 43
tiennent lieu de vos nymphes & de vos
dryades ; la république des oifeaux , celle
des fourmis ou des mouches à miel me
conduifent à des réflexions folides que vos
fyrenes dérangeroient fans doute ainfi ,
mon cher Laffei , je vis tranquille , &
mon ennui eft fi doux qu'il ne me pefe
point du tout. Il eft vrai qu'il me vient
quelquefois en penfée d'avoir quelques
témoins de mes découvertes , & par un
refte d'amitié pour le genre humain , je
fens que je ne ferois point fâché d'avoir
quelques amis , ou qui partageaffent mon
goût & mes connoiffances , ou qui me
donnaffent les leurs.
Après que ces deux amis eurent longtems
cherché les moyens de rendre la folitude
de Kilmore plus animée fans qu'il
lui en coutât le chagrin de changer de
vie , celui-ci dit à Laflei qu'il avoit envie
d'écrire à quelques- uns des amis qu'il avoit
laiffés à Londres dans le tems qu'il y vivoit
, & de les prier de venir paffer avec
lui le tems qu'ils auroient de libre dans
l'année.
Cette idée , reprit Laflei , ne s'accorde
point du tout avec votre philofophie ; &
où, Milord , avez vous connu des hommes
qui fe fouviennent d'un ami qu'ils
n'ont pas vû depuis dix ans peut-être un
+
44 MERCURE DE FRANCE.
de ceux- là s'en fouvient , cela peut être ;
mais comptez-vous fur le refte , en bonne
foi ? avouez qu'en approfondiffant la nature
vous avez oublié les défauts de l'humanité
; d'ailleurs je veux que tous ceux qui
ont été vos amis en foient les chef-d'oeuvres
: croyez- vous , Milord , qu'après avoir
fait cent vingt- huit milles pour venir vous
voir par curiofité , ils y reviennent affidument
, & s'accommodent de ne vous voir
que des inftans dans la journée ? n'y comptez
pas mais mariez- vous ; voilà ce que
je crois plus poffible : ayez une femme
aimable qui tienne votre maiſon , annoncez-
le à vos amis , alors ils y viendront ,
& vous , maître de vous livrer à vos férieufes
occupations , vous le ferez auffi de
revenir chez votre femme aux heures qui
vous conviendront , & d'y trouver des
de vous délaffer , par une converfation
agréable , de la fatigue de votre camoyens
binet.
Il faut convenir , dit Kilmore , que
cette idée eft très -jufte & plus raifonnable
que la mienne . Je conviens , mon cher
Laflei , que vous avez raifon , & que c'eft
le feul parti que j'aie à prendre : choififfez-
moi une femme telle qu'il me la faut
je vous en ferai très -obligé.
Moi , choifir ! dit Laflei , vous n'y penMA
I. 1755. 45
fez
pas , Milord : je pourrois à peine en
choifir une pour moi-même ; jugez ſi je
le rifquerois pour vous. D'ailleurs j'ignore
ce qui vous convient ... Ah ! Milord , reprit
Kilmore , ni le bien , ni la naiffance
ne peuvent me déterminer . Pour le premier
article , vous fçavez que je fuis affez
riche pour me paffer des biens qu'une
femme m'apporteroit ; quant au fecond ,
je crois que ce n'eft pas toujours dans la
plus haute nobleffe qu'on trouve les femmes
les mieux nées ; cela arrive quelque
fois j'en conviens , mais les préjugés
qu'on a là - deffus font impertinens , & Dieu
merci , je m'en fuis garanti. Je fçai que
l'éducation peut beaucoup fur une belle'
ame ; mais qu'avance -t-elle fur celle qui
eft née fans vertu ?
>
Ces belles ames ont- elles le droit d'animer
feulement les filles de qualité ? elles
dérivent du même principe , & font départies
dans nos corps au hazard ; ainfi
l'on trouve également la vertu avec l'éducation
, comme la vertu fans éducation ;
fouvent même ces principes ne fervenţ
qu'à mafquer les défauts d'une jeune perfonne
, elle fe contraint inceffamment
les cacher au public , tandis qu'un mal- i
heureux mari eft le martyr de fa difcrette
moitié , qui fe fait un jeu de le deshopour
46 MERCURE DE FRANCE.
norer. Je ne veux donc point , mon cher
Laflei , de ces filles élevées avec tant de
foin , & qui en prendroient fi peu
de me.
rendre heureux. Je fçai qu'un homme fage,
ne fait pas dépendre fon honneur d'une
femme folle & imprudente ; mais le préjugé
eft contre lui , & tout homme raifonnable
doit éviter ce malheur : cherchez-
moi donc une fille fage & honnête ,
fur tout que fon humeur fympatife avec
la mienne , que vous fçavez n'être pas
bien extraordinaire.
Milord , reprit Laflei , je ne doute pas
qu'il n'y ait des femmes telles que vous
les defirez , mais je n'en connois point ,
& me garderois bien de vous confeiller
en pareil cas. Mais puifque vous êtes affez
philofophe pour paffer par-deffus le bien
& la qualité , voyez vous même autour
de vous : votre pafteur , par exemple , a
trois filles élevées fous fes yeux ; la fimplicité
de fes moeurs , la fageffe de fon
caractere répondent que fes filles n'ont
point reçu cette éducation redoutable qui
mafque l'art fous les traits de la nature.
Confultez votre coeur , & choififfez parmi
les jeunes filles laquelle il vous dictera de
prendre.
Ce n'eft point ici une affaire de coeur ,
reprit Kilmore , ne vous y trompez pas;
MA I. 1755. 47
c'eft une affaire jufte & raiſonnable : vous
avez bien imaginé , j'irai demain voir M.
Humfroy , & je lui demanderai une de
fes filles. Kilmore ayant pris ce parti
n'en parla plus de la foirée à fon ami , qui
le quitta après fouper pour retourner au
château qu'il avoit dans le voifinage , où
quelques affaires le demandoient.
Kilmore , ſuivant fon caractere , ne fe
leva pas le lendemain plutôt qu'à l'ordinaire.
Quand il fut habillé , il fit mettre
fes chevaux à une chaife pour aller à fon
village , diftant d'environ deux milles de
fon château , & fut defcendre droit au
prefbytere. Il trouva M. Humfroy corrigeant
un fermon qu'il devoit prêcher le
lendemain .
Surpris de voir fon Seigneur chez lui ,
honneur qu'il ne lui avoit jamais fait , M."
Humfroy le reçut avec toutes les marques
d'un profond refpect ; il cherchoit
dans fa tête de quoi il pourroit dignement
l'entretenir , lorfque Kilmore arrêta brufquement
la confufion de fes penfées , en
lui déclarant clairement le fujet qui l'amenoit
chez lui.
Si M. Humfroy avoit été étonné de
voir Kilmore , il le fut bien davantage
quand il apprit ce qui l'y amenoit. Comme
il étoit homme de bon fens , il ne fit
pas
48 MERCURE DE FRANCE.
d'autre réponſe que de lui demander s'il
avoit bien fongé à ce qu'il faifoit , & s'il
étoit poffible de croire qu'un homme de fa
naiffance voulût s'abaiffer jufqu'à faire une
pareille alliance ?
J'y ai très-fort fongé , reprit Kilmore ;
vos bonnes moeurs , votre vertu , m'ont fait
penfer que vos filles vous reffemblent ; je
ne veux pas pourtant contraindre leurs volontés
, je veux qu'un choix libre les détermine
faites-les venir , expofez leur le
fujer pour lequel vous les appellez : je
vous ai dit la façon dont je vis ; fi l'une
d'elles n'a aucune répugnance à partager
ma folitude , je fuis prêt à lui donner ma
foi tout à l'heure.
M. Humfroy ne douta plus que tout ce
que difoit Kilmore ne fûr certain ; il appella
fes filles qui , fimplement vêtues ,
mais très-proprement , vinrent aux ordres
de leur pere. M. Humfroy les fit affeoir
felon l'ordre de l'âge en face du Milord ,
il leur expofa nettement le fujet de fa vifite.
Ces trois filles , dont l'aînée avoit à
peine dix -huit ans , & les deux autres environ
feize & dix- fept , écouterent en grand
filence ce que difoit leur pere ; elles le
garderent même encore affez long- tems
après qu'il eut parlé : elles fe regarderent
les
MAI. 1755 . 49
les unes & les autres , & refterent les
yeux baiffés en attendant que leur pere les
interrogeât. Dès que M. Humfroy crut
leur avoir laiffé affez de tems pour refléchir
, il s'adreffa à l'aînée : Laure , lui ditil
, c'étoit le nom de cette belle fille , avez
vous penfé à ce que je viens de vous dire ?
& fi vous m'avez entendu , y confentezvous
? dites votre avis naturellement , fans'
crainte de me déplaire.
›
L'honneur que Milord nous fait , reprit
modeftement Laure me flate fenfiblement
; mais , mon pere , puifque vous me
permettez que je dife mon fentiment , je
n'ai point encore affez de connoiffance
des chofes du monde pour trouver qu'un
mariage fi honorable me rende plus heureufe
; je fuis contente de mon état , &
je vous fupplie de ne pas trouver mauvais
que je vous demande d'y refter .
Cette réponſe de la belle Laure fâcha
Kilmore ; il trouva qu'une perfonne qui
penfoit fi fagement , méritoit qu'on la regrettât
. Et vous , ma fille , dit M. Humfroy
à Julie , la feconde de fes filles , penfez-
vous comme votre foeur ? répondez ,
mais répondez felon ce que vous penfez.
Non , mon pere , répondit la jeune Julie
, je trouve ce mariage au- deffus de mon
attente ; mais je l'accepte dans l'idée où je
C
So MERCURE DE FRANCE.
fuis que Milord me rendra heureufe ;:
puifqu'il vient choifir parmi nous , & que.
vous l'agréez .
M. Humfroy prit alors fa fille par la
main , & la préfenta à Kilmore, qui l'affura ,
qu'il tâcheroit par toutes fortes de bons
procédés de juftifier les idées avantageufes
qu'elle avoit prife de lui. Alors il fut,
queftion d'appeller un Notaire ; M. Humfroy
y alla lui -même , & l'amena fur le
champ , avec un ancien Alderman qui avoit
une maifon dans le village , & qui voulut
bien fervir de témoin.
M. Humfroy étoit fi tranfporté du bonheur
qui arrivoit à fa fille , qu'il ne fe
connoiffoit plus ; il nommoit fes trois
filles à tous propos , embraffoit le Milord
& l'Alderman tour à tour fans fonger
qu'il troubloit le Notaire dans fa fonction.
Kilmore de fon côté voulant paroître
aimable à Julie , lui difoit, quelques
mots polis , & caufoit avec fes fours qui
avoient l'air plus gai & moins embarraſſe
qu'elle. Elimais fur- tout la plus jeune de
difoit mille chofes agréables à Julie
, qui fembloit enfevelie dans une profonde
rêverie.
toutes ,
Quand il fut queftion de lire le contrat,
il fe trouva qu'au lieu du nom de Julie le
Notaire y avoit fubftitué celui d'Elimaïs.
MAI 1755 SI
Ce contre-tems embarraffa fort le Milord,
qui avoit trouvé déja cet ouvrage fort
long , & qui s'impatientoit de ce qu'il
falloit le recommencer de point en point.
Cette difcuffion avoit arrêté toute la joie ;
chacun difoit fon avis , & perfonne no
convainquoit le Notaire , qui prouvoit
invinciblement qu'il falloit recommencer.
On alloit enfin céder à la vérité de cette
repréſentation , lorfque Julie fe leva , &
s'avançant vers fon pere ; cette affaire , lui
dit-elle avec un rouge modefte qui lui
couvrit les joues , peut aifément s'accommoder
; permettez , mon pere , que je céde
mes droits & l'honneur que me fait Milord
à ma foeur Elimaïs , tout fera dit alors,
& il n'y aura plus d'embarras. Comment
Julie , dit M. Humfroy , penfez- vous bien
à ce que vous faites ? oui , mon pere , reprit-
elle,; un engagement auffi grand me
fait peur , & je vous fupplie de permettre
que je m'en défifte. Elimaïs eft plus jeune ,
& par conféquent elle fera moins de réflexions
, d'ailleurs elle aura moins de tems
pour les écouter & .....Je n'entens point
cela , interrompit brufquement M. Humfroy
, vous avez donné votre parole de
bonne grace ; ainfi , Julie , je veux .....
Non , Monfieur , interrompit à fon tour
Kilmore , ma propofition n'eft faite qu'à
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
condition qu'elle fera acceptée fans nulle
répugnance. Julie la refufe , je vous prie
de ne la pas contraindre : interrogez la
belle Elimaïs , fi elle penfe comme fes
foeurs , rien ne fera fait , & je me retirerai
en vous remerciant de votre bonne volonté.
Eh bien , Elimaïs ! dit le bon Minif
refufes- tu comme Laure & Julie
Phonneur que Milord veut nous faire ?
répons , ma fille , & ne te troubles point
mais répons comine tu penfes ? Elimaïs
ne balança pas , elle répondit de trèsbonne
grace qu'elle fe faifoit un plaifir
d'obéir à fon pere ; alors jettant fur lui
un regard timide pour fçavoir fi ce qu'elle
avoit dit lui avoit plû ou non ; comme
elle le vit fourire , elle fe jetta à fon col
avec une grace enfantine & fi tendre que
les larmes en vinrent aux yeux du bon
homme ; Kilmore même fut ému , & ne
put s'empêcher de baifer la main de la
jeune Elimaïs , que M. Humfroy lui préfenta
. Milord prit au plus vite la plume &
la pria de vouloir ne pas différer de figner
fon bonheur. Elimaïs figna tout de fuite ;
tout le monde ayant figné à fon tour , Kilmore
& Elimaïs furent conduits à l'Eglife ,
où ils recurent la bénédiction nuptiale de
M. Humfroy , qui ne fe fentoit pas de joig
de voir Elimais fi bien établie .
M -A I
1755. 33
En fortant de la paroiffe , M. Humfroy
dit à fon gendre qu'il efpéroit qu'il voudroit
bien recevoir de lui un repas fimple
& frugal , n'ayant pas eu le tems de lui en
faire préparer un plus digne de lui.
Monfieur , dit Kilmore , j'accepterois
volontiers ce que vous voulez bien m'offrir
fi je n'étois preffé de mener ma femme
dans fon château , elle & moi aurons
cet honneur une autre fois , mais je vous
fupplie de ne pas vous oppofer en ce moment
-ci à l'empreffement que j'ai de la
rendre maîtreffe de mon château , ni elle
ni moi ne tarderons pas à venir vous rendre
ce que nous vous devons , & je vous
prie d'être perfuadé qu'en mon particulier
je n'y manquerai jamais . Cela dit , Kilmore
embraffa fon beau -pere & fes bellesfours.
M. Humfroy n'infifta pas davantage
fit une courte exhortation à Elimaïs
fur fes devoirs , & Milord lui donna la
main pour monter dans la chaife , où montant
après elle ils fortirent du village , &
arriverent bientôt chez lui.is , Hood brib
A
Le premier foin de Kilmore en arrivant,
fut de faire ouvrir le plus bel appartement
& d'y conduire Elimais voilà , dit- il
l'appartement que j'ai toujours deſtiné à
mon époufe , & j'efpere que vous voudrez
bien que je le partage feulement la nuit
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
*
avec vous. Elimaïs répondit naïvement
qu'il en étoit le maître. Madame , lui ditil
, vous voyez que je n'ai pas eu le tems
de me préparer à vous recevoir , ainfi je
n'ai à vous offrir ni bijoux , ni diamans ,
en un mot tout ce qui pourroit vous
plaire , mais vous ferez la maîtreffe d'en
faire l'emplette à votre goût , & comme il
vous plaira l'argent néceffaire vous fera
donné auffi-tôt que vous le voudrez . Milord
, reprit Elimaïs , je n'ai jamais conçu
que ces bagatelles puffent faire le vrai
bonheur , & par conféquent je ne les ai
jamais defirées : fi cependant elles doivent
m'aider à foutenir l'éclat du rang ou
Vous venez de m'élever , je ne refuſerai
rien de ce qui me pourra fervir à vous faire
honneur Kilmore trouva beaucoup de
bon fens & de fentiment honnête à cette
réponſes iben loua fon époufe , qui fur
étonnée qu'on louât une chofe qu'elle
Groyoit que tout le monde devoit penfer
naturellement. On vint leur dire que le
ils fe mirent à table , la
confervation ne fut pas fört animée. Après
qu'ils en furent fortis , Kilmore apporta
un petit rouet à fa femme. Vous aimez
peut-être à travailler , lui dit- il , je vous
apporte ce rouet pour vous prévenir contre
l'ennui de la defoccupation: Vous me
"
2
dîné étoit fer . Op m
MASI. 1755.
55
faites plaifir , lui dit- elle , je penfois déja
que j'aurois été bien aife d'envoyer chez
mon pere chercher ma quenouille ; alors
Elimaïs , d'une main adroite , mit en train
fon rouet , & fila de la meilleure grace du
monde.
Pendant ce tems Milord lut , écrivit ,
l'interrogea quelquefois fur fes goûts , fur
fes amufemens , fur la vie qu'elle menoit
chez fon pere ; à quoi elle répondit trèsjufte
, très-fenfément & en peu de mots.
Le foleil étant couché , Kilmore propofa
de s'aller promener , ce qu'Elimaïs accepta
avec plaifir. Ils entrerent enſemble dans le
jardin , elle en loua les beautés avec difcernement
; ce qui lui parut moins agréable
, elle le dit avec la même franchiſe ,
donnant des raifons très- conféquentes de
ce qu'elle difoit : elle prouva à Kilmore
qu'elle avoit autant d'efprit que de goût.
Comme la foirée étoit belle , les deux
époux le promenerent jufqu'à l'heure du
fouper ; en rentrant ils fe mirent à table.
Comme la journée n'avoit pas produit
de grands événemens , ils ne parlerent
gueres plus à fouper qu'ils avoient
fait à dîner. La. converfation d'après ne
fut pas plus intéreffante : quelques quefftions
entrecoupées , des réponfes laconiques
, voilà à quoi cela fe termina .
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Les femmes d'Elimaïs entrerent , fon mari
paffa dans un cabinet pour fe deshabiller
tandis qu'elle fe mettoit au lit ; & quand
on vint l'avertir qu'elle y étoit , il congédia
fes domeftiques , & vint fe mettre auprès
d'elle.
Il y étoit à peine , que fe mettant fur fon
féant , il fonna fes gens avec un grand
empreffement. Que vous plaît- il , Milord
lui demanda Elimaïs ? C'eft , dit- il , que j'ai
oublié quelque chofe : un valet entra dans
le moment ; ouvre mon rideau, dit Kilmore
à cet homme , allume mon bougeoir , &
m'apporte ma grande Bible & mes lunettes
: le domeftique obéit & fe retira.
Kilmore mit effectivement fes lunettes
& ouvrit fa grande Bible , où il fe mit à lire
apparemment tout haut. Elimaïs ne marqua
aucun étonnement de cette façon extraordinaire
de fe comporter : elle écouta paiſiblement
pendant une grande demi -heure
cette férieufe lecture ; mais à fon tour fe
mettant fur fon féant , elle fonna fes femmes.
Que voulez- vous , Madame , lui dit
Kilmore ? Ce n'eft rien , Milord , dit-elle ,
ne vous interrompez pas pour cela ; donnezmoi
mon rouet , dit- elle à fa fille qui entra.
Kilmore , à cette demande , éclata de
rire , & jettant la Bible , les lunettes & foufflant
le bougeoir , il renvoya la femme de
M A 57
*
I. 1755.
་
chambre avec le rouet & la lumiere ; &
fe jettant au col de fa femme , ma chere
Elimaïs , lui dit- il en l'embraffant , vous
êtes une perfonne charmante , ce dernier
trait d'efprit & d'attention pour moi vous
donne mon coeur à jamais ; je vous ai
éprouvé toute la journée ; vous n'êtes
fufceptible ni d'ennui , ni d'humeur ; vous
êtes celle qui devoit me rendre le plus
heureux des hommes ; ma chere Elimaïs ,
je vous adore. Alors Milord ferma fon rideau
, & nous le tirerons auffi fur le refte
de l'hiſtoire , pour ne point troubler les
myſteres de l'amour conjugal , dont la décence
& la modeſtie doivent faire l'appanage..
On a appris depuis cette relation écrite ,
très-vraie dans toutes fes circonstances , que
Milord Kilmore , enchanté de ſon choix &
des vertus de fa femme , ainfi de fes
que
agrémens , a abandonné fon goût pour la
retraite & pour la Philofophie. Uniquement
occupé de plaire à Elimaïs , il eft"
revenu à Londres avec elle ; leur union
fait l'envie & l'admiration de cette ville.
Ils y tiennent un grand état , & tout ce
qu'il y a de confidérable & d'aimable dans
l'un & l'autre fexe s'y raflemble journellement.
PAR MLLE DE L.
A MADAME LA C ... DE G ....
E vous devois une dédicace , pourrois-
Jje micus la placer qu'en vous adreffant
une hiftoire que vous avez defiré de voir
écrite il eft jufte de fervir vos defirs .
Ah ! peut-on vous dédier un ouvrage qui
vous foit plus propre que celui qui fait
l'éloge d'une femme qui a mérité toute la
confidération & toute l'eftime de fon mari
, vous qui faites la félicité du vôtre , &
le bonheur de tous vos amis ? Vous aimez
ce qui peint la vertu & l'amour honnête ;
j'ai écrit ce que vous avez bien voulu
m'en apprendre : heureuſe de vous écouter
quand je vous vois , & de m'occuper de
ce que vous m'avez dit quand je vous
perds de vûe. S'il vous eût plû de me dicter
cette hiftoire , j'aurois eu plus de plaifir
à l'écrire , & l'on en auroit eu davantage
à la lire ; recevez- la donc telle que je
l'ai reçue de vous , comme un gage de ma
complaifance pour ce qui peut vous plaire ,
& un hommage de ma tendre amitié.
40 MERCURE DE FRANCE.
Les Comtes de Kilmore , originairement
Irlandois , s'établirent en Angleterre
dès que ce royaume eut réuni fous les mêmes
loix l'Ecoffe & l'Irlande. Les grandes
alliances qu'ils firent dans l'Angleterre les
en rendirent comme citoyens. Poffeffeurs
de grandes terres dans ce royaume , elles
fe trouverent réunies fur la tête d'un feul
fous ce dernier regne. Le Comte de Kilmore
, unique héritier de tant de riches
fucceffions , ne fe fentit point flaté du defir
de conferver fon nom , prêt à s'éteindre .
Un dégoût univerfel pour tout ce pour tout ce qui peut
charmer un homme de fon âge & de fon
rang , lui fit envifager la Cour avec la
plus profonde indifférence ; il ne voulut
y entendre parler d'aucun établiſſement.
Uniquement occupé de l'étude en tous
genres , où la fagacité de fon efprit lui
faifoit faire chaque jour de nouvelles découvertes
, il réfolut de s'y livier tout entier
, & fe retira dans le Caernarvand , où
il avoit une fort belle terre . C'étoit un
château fort noble & fort ancien , fitué fur
le bord du canal de Menay , dont on découvroit
de loin la fameufe ifle d'Anglefei.
Lorfque le ciel étoit ferein , la mer ,
par fa vafte étendue , rendoit ce lieu trifte
, mais analogue aux penfées du Comte ;
de hautes montagnes couvertes de bois ou
MA I. 1755. 41
de petits villages , terminoient la vue de
l'autre côté , & offroient dans leurs gorges
de jolies prairies entrecoupées de petits
ruiffeaux. Cette fituation terrible &
fauvage parut fort agréable au Comte , il
s'y établit avec un plaifir d'autant plus
fenfible qu'il crut avec raifon qu'il ne ſeroit
point interrompu dans fes fçavantes
méditations.
Kilmore avoit déja paffé dix années
dans le château ; la philofophié le foutenoit
contre l'ennui de la folitude : un feul
ami lui étoit refté , qui de temps en tems
venoit partager la retraite ou ranimer la
converfation du Comte. Cet ami fe nommoit
Laflei.
Un jour que Kilmore & lui fe promenoient
fur une grande terraffe qui s'élevoit
au- deffus de la mer , & que Kilmore
admiroit avec fon ami la vaſte étendue
de cet élément , Laflei prit la parole :
j'approuve avec vous , Milord , lui ditil
, que les beautés de la nature , toutes
admirables & toutes diverfifiées qu'elles
font , portent l'ame à la trifteffe la plus
profonde. Cette mer , cette ifle que nous
appercevons là-bas , ces prairies , ces jolis
villages qui couvrent ces montagnes dont
la cime perce les nûes , tout cela , mon
cher Kilmore , eft au premier coup d'oeil
42 MERCURE DE FRANCE..
d'une beauté fans pareille ; mais cette
beauté eſt toujours la même : encore fi ,
comme dans les tems où les ténébres du
paganifme enveloppoient la terre , nous
voyions dans les bois des dryades , des
nymphes dans les prairies , des nayades
dans les fontaines , fur cette vafte mer
Neptune dans un char entouré de tritons
& de fes charmantes fyrenes , dont les
chants mélodieux raviffoient les mortels ,
tout cela , dis- je , animéroit votre folitu
de. Mais votre fage religion a fait mainbaffe
fur tous ces êtres divertiffans ; la
philofophie chrétienne nous a rendu la
nature fimple & dénuée de ces agrémens
que la folie des anciens avoit divinifés ;
un férieux noble & majeftueux en a pris
la place , & je ne conçois pas comment
depuis dix ans vous refiftez à la langueur
que cette folitude doit jetter dans.
votre ame. Kilmore fourit de l'enthoufiafme
de fon ami ; j'avoue , dit- il , qu'il
eft très- malheureux que votre univers foit
privé de tous les objets que vous venez de
décrire ; mais comme je ne fuis pas accoutumé
à les trouver , je ne me fuis pas
avifé de les regretter. Une fleur qui fe
développe , fon progrès , fa deftruction
un fruit que je cultive , un arbre que j'émonde
, & qui s'éleve à vûe d'oeil , me
3
M A I. 1755. 43
tiennent lieu de vos nymphes & de vos
dryades ; la république des oifeaux , celle
des fourmis ou des mouches à miel me
conduifent à des réflexions folides que vos
fyrenes dérangeroient fans doute ainfi ,
mon cher Laffei , je vis tranquille , &
mon ennui eft fi doux qu'il ne me pefe
point du tout. Il eft vrai qu'il me vient
quelquefois en penfée d'avoir quelques
témoins de mes découvertes , & par un
refte d'amitié pour le genre humain , je
fens que je ne ferois point fâché d'avoir
quelques amis , ou qui partageaffent mon
goût & mes connoiffances , ou qui me
donnaffent les leurs.
Après que ces deux amis eurent longtems
cherché les moyens de rendre la folitude
de Kilmore plus animée fans qu'il
lui en coutât le chagrin de changer de
vie , celui-ci dit à Laflei qu'il avoit envie
d'écrire à quelques- uns des amis qu'il avoit
laiffés à Londres dans le tems qu'il y vivoit
, & de les prier de venir paffer avec
lui le tems qu'ils auroient de libre dans
l'année.
Cette idée , reprit Laflei , ne s'accorde
point du tout avec votre philofophie ; &
où, Milord , avez vous connu des hommes
qui fe fouviennent d'un ami qu'ils
n'ont pas vû depuis dix ans peut-être un
+
44 MERCURE DE FRANCE.
de ceux- là s'en fouvient , cela peut être ;
mais comptez-vous fur le refte , en bonne
foi ? avouez qu'en approfondiffant la nature
vous avez oublié les défauts de l'humanité
; d'ailleurs je veux que tous ceux qui
ont été vos amis en foient les chef-d'oeuvres
: croyez- vous , Milord , qu'après avoir
fait cent vingt- huit milles pour venir vous
voir par curiofité , ils y reviennent affidument
, & s'accommodent de ne vous voir
que des inftans dans la journée ? n'y comptez
pas mais mariez- vous ; voilà ce que
je crois plus poffible : ayez une femme
aimable qui tienne votre maiſon , annoncez-
le à vos amis , alors ils y viendront ,
& vous , maître de vous livrer à vos férieufes
occupations , vous le ferez auffi de
revenir chez votre femme aux heures qui
vous conviendront , & d'y trouver des
de vous délaffer , par une converfation
agréable , de la fatigue de votre camoyens
binet.
Il faut convenir , dit Kilmore , que
cette idée eft très -jufte & plus raifonnable
que la mienne . Je conviens , mon cher
Laflei , que vous avez raifon , & que c'eft
le feul parti que j'aie à prendre : choififfez-
moi une femme telle qu'il me la faut
je vous en ferai très -obligé.
Moi , choifir ! dit Laflei , vous n'y penMA
I. 1755. 45
fez
pas , Milord : je pourrois à peine en
choifir une pour moi-même ; jugez ſi je
le rifquerois pour vous. D'ailleurs j'ignore
ce qui vous convient ... Ah ! Milord , reprit
Kilmore , ni le bien , ni la naiffance
ne peuvent me déterminer . Pour le premier
article , vous fçavez que je fuis affez
riche pour me paffer des biens qu'une
femme m'apporteroit ; quant au fecond ,
je crois que ce n'eft pas toujours dans la
plus haute nobleffe qu'on trouve les femmes
les mieux nées ; cela arrive quelque
fois j'en conviens , mais les préjugés
qu'on a là - deffus font impertinens , & Dieu
merci , je m'en fuis garanti. Je fçai que
l'éducation peut beaucoup fur une belle'
ame ; mais qu'avance -t-elle fur celle qui
eft née fans vertu ?
>
Ces belles ames ont- elles le droit d'animer
feulement les filles de qualité ? elles
dérivent du même principe , & font départies
dans nos corps au hazard ; ainfi
l'on trouve également la vertu avec l'éducation
, comme la vertu fans éducation ;
fouvent même ces principes ne fervenţ
qu'à mafquer les défauts d'une jeune perfonne
, elle fe contraint inceffamment
les cacher au public , tandis qu'un mal- i
heureux mari eft le martyr de fa difcrette
moitié , qui fe fait un jeu de le deshopour
46 MERCURE DE FRANCE.
norer. Je ne veux donc point , mon cher
Laflei , de ces filles élevées avec tant de
foin , & qui en prendroient fi peu
de me.
rendre heureux. Je fçai qu'un homme fage,
ne fait pas dépendre fon honneur d'une
femme folle & imprudente ; mais le préjugé
eft contre lui , & tout homme raifonnable
doit éviter ce malheur : cherchez-
moi donc une fille fage & honnête ,
fur tout que fon humeur fympatife avec
la mienne , que vous fçavez n'être pas
bien extraordinaire.
Milord , reprit Laflei , je ne doute pas
qu'il n'y ait des femmes telles que vous
les defirez , mais je n'en connois point ,
& me garderois bien de vous confeiller
en pareil cas. Mais puifque vous êtes affez
philofophe pour paffer par-deffus le bien
& la qualité , voyez vous même autour
de vous : votre pafteur , par exemple , a
trois filles élevées fous fes yeux ; la fimplicité
de fes moeurs , la fageffe de fon
caractere répondent que fes filles n'ont
point reçu cette éducation redoutable qui
mafque l'art fous les traits de la nature.
Confultez votre coeur , & choififfez parmi
les jeunes filles laquelle il vous dictera de
prendre.
Ce n'eft point ici une affaire de coeur ,
reprit Kilmore , ne vous y trompez pas;
MA I. 1755. 47
c'eft une affaire jufte & raiſonnable : vous
avez bien imaginé , j'irai demain voir M.
Humfroy , & je lui demanderai une de
fes filles. Kilmore ayant pris ce parti
n'en parla plus de la foirée à fon ami , qui
le quitta après fouper pour retourner au
château qu'il avoit dans le voifinage , où
quelques affaires le demandoient.
Kilmore , ſuivant fon caractere , ne fe
leva pas le lendemain plutôt qu'à l'ordinaire.
Quand il fut habillé , il fit mettre
fes chevaux à une chaife pour aller à fon
village , diftant d'environ deux milles de
fon château , & fut defcendre droit au
prefbytere. Il trouva M. Humfroy corrigeant
un fermon qu'il devoit prêcher le
lendemain .
Surpris de voir fon Seigneur chez lui ,
honneur qu'il ne lui avoit jamais fait , M."
Humfroy le reçut avec toutes les marques
d'un profond refpect ; il cherchoit
dans fa tête de quoi il pourroit dignement
l'entretenir , lorfque Kilmore arrêta brufquement
la confufion de fes penfées , en
lui déclarant clairement le fujet qui l'amenoit
chez lui.
Si M. Humfroy avoit été étonné de
voir Kilmore , il le fut bien davantage
quand il apprit ce qui l'y amenoit. Comme
il étoit homme de bon fens , il ne fit
pas
48 MERCURE DE FRANCE.
d'autre réponſe que de lui demander s'il
avoit bien fongé à ce qu'il faifoit , & s'il
étoit poffible de croire qu'un homme de fa
naiffance voulût s'abaiffer jufqu'à faire une
pareille alliance ?
J'y ai très-fort fongé , reprit Kilmore ;
vos bonnes moeurs , votre vertu , m'ont fait
penfer que vos filles vous reffemblent ; je
ne veux pas pourtant contraindre leurs volontés
, je veux qu'un choix libre les détermine
faites-les venir , expofez leur le
fujer pour lequel vous les appellez : je
vous ai dit la façon dont je vis ; fi l'une
d'elles n'a aucune répugnance à partager
ma folitude , je fuis prêt à lui donner ma
foi tout à l'heure.
M. Humfroy ne douta plus que tout ce
que difoit Kilmore ne fûr certain ; il appella
fes filles qui , fimplement vêtues ,
mais très-proprement , vinrent aux ordres
de leur pere. M. Humfroy les fit affeoir
felon l'ordre de l'âge en face du Milord ,
il leur expofa nettement le fujet de fa vifite.
Ces trois filles , dont l'aînée avoit à
peine dix -huit ans , & les deux autres environ
feize & dix- fept , écouterent en grand
filence ce que difoit leur pere ; elles le
garderent même encore affez long- tems
après qu'il eut parlé : elles fe regarderent
les
MAI. 1755 . 49
les unes & les autres , & refterent les
yeux baiffés en attendant que leur pere les
interrogeât. Dès que M. Humfroy crut
leur avoir laiffé affez de tems pour refléchir
, il s'adreffa à l'aînée : Laure , lui ditil
, c'étoit le nom de cette belle fille , avez
vous penfé à ce que je viens de vous dire ?
& fi vous m'avez entendu , y confentezvous
? dites votre avis naturellement , fans'
crainte de me déplaire.
›
L'honneur que Milord nous fait , reprit
modeftement Laure me flate fenfiblement
; mais , mon pere , puifque vous me
permettez que je dife mon fentiment , je
n'ai point encore affez de connoiffance
des chofes du monde pour trouver qu'un
mariage fi honorable me rende plus heureufe
; je fuis contente de mon état , &
je vous fupplie de ne pas trouver mauvais
que je vous demande d'y refter .
Cette réponſe de la belle Laure fâcha
Kilmore ; il trouva qu'une perfonne qui
penfoit fi fagement , méritoit qu'on la regrettât
. Et vous , ma fille , dit M. Humfroy
à Julie , la feconde de fes filles , penfez-
vous comme votre foeur ? répondez ,
mais répondez felon ce que vous penfez.
Non , mon pere , répondit la jeune Julie
, je trouve ce mariage au- deffus de mon
attente ; mais je l'accepte dans l'idée où je
C
So MERCURE DE FRANCE.
fuis que Milord me rendra heureufe ;:
puifqu'il vient choifir parmi nous , & que.
vous l'agréez .
M. Humfroy prit alors fa fille par la
main , & la préfenta à Kilmore, qui l'affura ,
qu'il tâcheroit par toutes fortes de bons
procédés de juftifier les idées avantageufes
qu'elle avoit prife de lui. Alors il fut,
queftion d'appeller un Notaire ; M. Humfroy
y alla lui -même , & l'amena fur le
champ , avec un ancien Alderman qui avoit
une maifon dans le village , & qui voulut
bien fervir de témoin.
M. Humfroy étoit fi tranfporté du bonheur
qui arrivoit à fa fille , qu'il ne fe
connoiffoit plus ; il nommoit fes trois
filles à tous propos , embraffoit le Milord
& l'Alderman tour à tour fans fonger
qu'il troubloit le Notaire dans fa fonction.
Kilmore de fon côté voulant paroître
aimable à Julie , lui difoit, quelques
mots polis , & caufoit avec fes fours qui
avoient l'air plus gai & moins embarraſſe
qu'elle. Elimais fur- tout la plus jeune de
difoit mille chofes agréables à Julie
, qui fembloit enfevelie dans une profonde
rêverie.
toutes ,
Quand il fut queftion de lire le contrat,
il fe trouva qu'au lieu du nom de Julie le
Notaire y avoit fubftitué celui d'Elimaïs.
MAI 1755 SI
Ce contre-tems embarraffa fort le Milord,
qui avoit trouvé déja cet ouvrage fort
long , & qui s'impatientoit de ce qu'il
falloit le recommencer de point en point.
Cette difcuffion avoit arrêté toute la joie ;
chacun difoit fon avis , & perfonne no
convainquoit le Notaire , qui prouvoit
invinciblement qu'il falloit recommencer.
On alloit enfin céder à la vérité de cette
repréſentation , lorfque Julie fe leva , &
s'avançant vers fon pere ; cette affaire , lui
dit-elle avec un rouge modefte qui lui
couvrit les joues , peut aifément s'accommoder
; permettez , mon pere , que je céde
mes droits & l'honneur que me fait Milord
à ma foeur Elimaïs , tout fera dit alors,
& il n'y aura plus d'embarras. Comment
Julie , dit M. Humfroy , penfez- vous bien
à ce que vous faites ? oui , mon pere , reprit-
elle,; un engagement auffi grand me
fait peur , & je vous fupplie de permettre
que je m'en défifte. Elimaïs eft plus jeune ,
& par conféquent elle fera moins de réflexions
, d'ailleurs elle aura moins de tems
pour les écouter & .....Je n'entens point
cela , interrompit brufquement M. Humfroy
, vous avez donné votre parole de
bonne grace ; ainfi , Julie , je veux .....
Non , Monfieur , interrompit à fon tour
Kilmore , ma propofition n'eft faite qu'à
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
condition qu'elle fera acceptée fans nulle
répugnance. Julie la refufe , je vous prie
de ne la pas contraindre : interrogez la
belle Elimaïs , fi elle penfe comme fes
foeurs , rien ne fera fait , & je me retirerai
en vous remerciant de votre bonne volonté.
Eh bien , Elimaïs ! dit le bon Minif
refufes- tu comme Laure & Julie
Phonneur que Milord veut nous faire ?
répons , ma fille , & ne te troubles point
mais répons comine tu penfes ? Elimaïs
ne balança pas , elle répondit de trèsbonne
grace qu'elle fe faifoit un plaifir
d'obéir à fon pere ; alors jettant fur lui
un regard timide pour fçavoir fi ce qu'elle
avoit dit lui avoit plû ou non ; comme
elle le vit fourire , elle fe jetta à fon col
avec une grace enfantine & fi tendre que
les larmes en vinrent aux yeux du bon
homme ; Kilmore même fut ému , & ne
put s'empêcher de baifer la main de la
jeune Elimaïs , que M. Humfroy lui préfenta
. Milord prit au plus vite la plume &
la pria de vouloir ne pas différer de figner
fon bonheur. Elimaïs figna tout de fuite ;
tout le monde ayant figné à fon tour , Kilmore
& Elimaïs furent conduits à l'Eglife ,
où ils recurent la bénédiction nuptiale de
M. Humfroy , qui ne fe fentoit pas de joig
de voir Elimais fi bien établie .
M -A I
1755. 33
En fortant de la paroiffe , M. Humfroy
dit à fon gendre qu'il efpéroit qu'il voudroit
bien recevoir de lui un repas fimple
& frugal , n'ayant pas eu le tems de lui en
faire préparer un plus digne de lui.
Monfieur , dit Kilmore , j'accepterois
volontiers ce que vous voulez bien m'offrir
fi je n'étois preffé de mener ma femme
dans fon château , elle & moi aurons
cet honneur une autre fois , mais je vous
fupplie de ne pas vous oppofer en ce moment
-ci à l'empreffement que j'ai de la
rendre maîtreffe de mon château , ni elle
ni moi ne tarderons pas à venir vous rendre
ce que nous vous devons , & je vous
prie d'être perfuadé qu'en mon particulier
je n'y manquerai jamais . Cela dit , Kilmore
embraffa fon beau -pere & fes bellesfours.
M. Humfroy n'infifta pas davantage
fit une courte exhortation à Elimaïs
fur fes devoirs , & Milord lui donna la
main pour monter dans la chaife , où montant
après elle ils fortirent du village , &
arriverent bientôt chez lui.is , Hood brib
A
Le premier foin de Kilmore en arrivant,
fut de faire ouvrir le plus bel appartement
& d'y conduire Elimais voilà , dit- il
l'appartement que j'ai toujours deſtiné à
mon époufe , & j'efpere que vous voudrez
bien que je le partage feulement la nuit
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
*
avec vous. Elimaïs répondit naïvement
qu'il en étoit le maître. Madame , lui ditil
, vous voyez que je n'ai pas eu le tems
de me préparer à vous recevoir , ainfi je
n'ai à vous offrir ni bijoux , ni diamans ,
en un mot tout ce qui pourroit vous
plaire , mais vous ferez la maîtreffe d'en
faire l'emplette à votre goût , & comme il
vous plaira l'argent néceffaire vous fera
donné auffi-tôt que vous le voudrez . Milord
, reprit Elimaïs , je n'ai jamais conçu
que ces bagatelles puffent faire le vrai
bonheur , & par conféquent je ne les ai
jamais defirées : fi cependant elles doivent
m'aider à foutenir l'éclat du rang ou
Vous venez de m'élever , je ne refuſerai
rien de ce qui me pourra fervir à vous faire
honneur Kilmore trouva beaucoup de
bon fens & de fentiment honnête à cette
réponſes iben loua fon époufe , qui fur
étonnée qu'on louât une chofe qu'elle
Groyoit que tout le monde devoit penfer
naturellement. On vint leur dire que le
ils fe mirent à table , la
confervation ne fut pas fört animée. Après
qu'ils en furent fortis , Kilmore apporta
un petit rouet à fa femme. Vous aimez
peut-être à travailler , lui dit- il , je vous
apporte ce rouet pour vous prévenir contre
l'ennui de la defoccupation: Vous me
"
2
dîné étoit fer . Op m
MASI. 1755.
55
faites plaifir , lui dit- elle , je penfois déja
que j'aurois été bien aife d'envoyer chez
mon pere chercher ma quenouille ; alors
Elimaïs , d'une main adroite , mit en train
fon rouet , & fila de la meilleure grace du
monde.
Pendant ce tems Milord lut , écrivit ,
l'interrogea quelquefois fur fes goûts , fur
fes amufemens , fur la vie qu'elle menoit
chez fon pere ; à quoi elle répondit trèsjufte
, très-fenfément & en peu de mots.
Le foleil étant couché , Kilmore propofa
de s'aller promener , ce qu'Elimaïs accepta
avec plaifir. Ils entrerent enſemble dans le
jardin , elle en loua les beautés avec difcernement
; ce qui lui parut moins agréable
, elle le dit avec la même franchiſe ,
donnant des raifons très- conféquentes de
ce qu'elle difoit : elle prouva à Kilmore
qu'elle avoit autant d'efprit que de goût.
Comme la foirée étoit belle , les deux
époux le promenerent jufqu'à l'heure du
fouper ; en rentrant ils fe mirent à table.
Comme la journée n'avoit pas produit
de grands événemens , ils ne parlerent
gueres plus à fouper qu'ils avoient
fait à dîner. La. converfation d'après ne
fut pas plus intéreffante : quelques quefftions
entrecoupées , des réponfes laconiques
, voilà à quoi cela fe termina .
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Les femmes d'Elimaïs entrerent , fon mari
paffa dans un cabinet pour fe deshabiller
tandis qu'elle fe mettoit au lit ; & quand
on vint l'avertir qu'elle y étoit , il congédia
fes domeftiques , & vint fe mettre auprès
d'elle.
Il y étoit à peine , que fe mettant fur fon
féant , il fonna fes gens avec un grand
empreffement. Que vous plaît- il , Milord
lui demanda Elimaïs ? C'eft , dit- il , que j'ai
oublié quelque chofe : un valet entra dans
le moment ; ouvre mon rideau, dit Kilmore
à cet homme , allume mon bougeoir , &
m'apporte ma grande Bible & mes lunettes
: le domeftique obéit & fe retira.
Kilmore mit effectivement fes lunettes
& ouvrit fa grande Bible , où il fe mit à lire
apparemment tout haut. Elimaïs ne marqua
aucun étonnement de cette façon extraordinaire
de fe comporter : elle écouta paiſiblement
pendant une grande demi -heure
cette férieufe lecture ; mais à fon tour fe
mettant fur fon féant , elle fonna fes femmes.
Que voulez- vous , Madame , lui dit
Kilmore ? Ce n'eft rien , Milord , dit-elle ,
ne vous interrompez pas pour cela ; donnezmoi
mon rouet , dit- elle à fa fille qui entra.
Kilmore , à cette demande , éclata de
rire , & jettant la Bible , les lunettes & foufflant
le bougeoir , il renvoya la femme de
M A 57
*
I. 1755.
་
chambre avec le rouet & la lumiere ; &
fe jettant au col de fa femme , ma chere
Elimaïs , lui dit- il en l'embraffant , vous
êtes une perfonne charmante , ce dernier
trait d'efprit & d'attention pour moi vous
donne mon coeur à jamais ; je vous ai
éprouvé toute la journée ; vous n'êtes
fufceptible ni d'ennui , ni d'humeur ; vous
êtes celle qui devoit me rendre le plus
heureux des hommes ; ma chere Elimaïs ,
je vous adore. Alors Milord ferma fon rideau
, & nous le tirerons auffi fur le refte
de l'hiſtoire , pour ne point troubler les
myſteres de l'amour conjugal , dont la décence
& la modeſtie doivent faire l'appanage..
On a appris depuis cette relation écrite ,
très-vraie dans toutes fes circonstances , que
Milord Kilmore , enchanté de ſon choix &
des vertus de fa femme , ainfi de fes
que
agrémens , a abandonné fon goût pour la
retraite & pour la Philofophie. Uniquement
occupé de plaire à Elimaïs , il eft"
revenu à Londres avec elle ; leur union
fait l'envie & l'admiration de cette ville.
Ils y tiennent un grand état , & tout ce
qu'il y a de confidérable & d'aimable dans
l'un & l'autre fexe s'y raflemble journellement.
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Résumé : HISTOIRE ANGLOISE. PAR MLLE DE L. A MADAME LA C... DE G....
L'œuvre 'Histoire Anglaise' est dédiée par Mlle de L. à Madame la C... de G..., qui apprécie les récits mettant en avant la vertu et l'amour honnête. L'histoire commence avec la famille des Comtes de Kilmore, une famille irlandaise installée en Angleterre après l'unification des lois entre l'Écosse et l'Irlande. Le Comte de Kilmore, unique héritier de vastes terres, se retire dans un château à Caernarvand pour se consacrer à l'étude, loin des plaisirs de la cour. Il y vit en solitaire, accompagné seulement de son ami Laflei. Un jour, en se promenant, Laflei exprime son admiration pour la beauté de la nature mais regrette l'absence de divinités païennes qui l'animaient autrefois. Kilmore, quant à lui, trouve du plaisir dans l'observation de la nature et des petites choses de la vie. Il avoue cependant ressentir parfois le besoin de partager ses découvertes avec des amis. Laflei suggère alors à Kilmore de se marier pour animer sa solitude. Kilmore accepte l'idée et demande à Laflei de lui trouver une femme sage et honnête, dont l'humeur soit compatible avec la sienne. Laflei propose que Kilmore choisisse parmi les filles de son pasteur, M. Humfroy, connues pour leur simplicité et leur sagesse. Kilmore décide de rendre visite à M. Humfroy pour lui demander la main de l'une de ses filles. Lors de cette visite, Kilmore expose son désir de mariage à M. Humfroy, qui est surpris mais accepte de présenter ses filles. Les trois filles, Laure, Julie et Henriette, écoutent en silence la proposition de leur père. Laure, l'aînée, décline poliment l'offre, préférant rester dans son état actuel. Kilmore est impressionné par la sagesse de Laure mais attend la réponse des autres sœurs. L'histoire se poursuit avec Julie et Elimaïs, filles de M. Humfroy, et Milord Kilmore. Julie accepte initialement un mariage avec Milord Kilmore, mais lors de la signature du contrat, une erreur du notaire révèle que le nom d'Elimaïs est inscrit à la place de celui de Julie. Julie, effrayée par l'engagement, propose de céder sa place à Elimaïs. Milord Kilmore accepte cette solution à condition que la jeune fille accepte de son plein gré. Elimaïs accepte avec grâce et tendresse, émouvant ainsi son père et Milord Kilmore. Le mariage est alors célébré, et le couple part pour le château de Milord. À leur arrivée, Milord Kilmore montre à Elimaïs l'appartement destiné à son épouse et lui offre de l'argent pour acheter des bijoux. Elimaïs répond qu'elle ne désire pas ces objets, mais accepte de les acquérir pour maintenir l'éclat de son rang. La journée se passe calmement, avec des conversations modérées. Le soir, après une promenade, Milord Kilmore simule une lecture de la Bible pour tester Elimaïs, qui reste imperturbable et demande son rouet. Touché par son attitude, Milord Kilmore lui avoue son amour et son admiration. Par la suite, on apprend que Milord Kilmore, enchanté par les vertus et les agréments d'Elimaïs, abandonne sa retraite et sa philosophie pour se consacrer à elle. Ils vivent à Londres dans l'opulence et reçoivent régulièrement des visiteurs distingués.
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29
p. 211-214
De Paris, le 2 Décembre.
Début :
Le Roi voulant constater d'une maniere fixe & certaine, le montant [...]
Mots clefs :
Dettes, Colonies, Service de la marine, Arrêt du Conseil d'État, Créances, Ordonnance du roi, Compagnie des dragons, Officiers, Fusils, Château, Marquis de Castries, Artillerie, Troupes, Parlement, Déclaration du roi, Notaires, Trésor royal, Rentes
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texteReconnaissance textuelle : De Paris, le 2 Décembre.
De Paris , le 2 Décembre.
Le Roi voulant conftater d'une maniere fixe &
certaine , le montant des dettes contractées pour
le Service de la Marine & des Colonies , afin de
parvenir à les acquitter , a rendu un Arrèt dans
fon Confeil d'Etat , par lequel Sa Majefté or212
MERCURE DE FRANCE.
donne , que dans trois mois pour tout délai , les
Créanciers ou leurs Tuteurs & Curateurs , foient
tenus de repréfenter les Titres fur lesquels ils
fondent leur créance , pardevant les fieurs de
Fontanieu & de la Bourdonnaye , Conſeillers
d'Etat , Silhouette & de Boullongne , Maître des
Requêtes , & de Cotte , Maître des Requêtes &
Intendant du Commerce , pour être procédé à la
vérification des créances , & pourvû enfuite au
payement , & que les créances demeurent éteintes,
fi elles ne font pas répréſentées dans le terme
prefcrit.
Par un autre Arrêt de fon Confeil d'Etat , le
Roia preferit la forme dans laquelle les Créanciers,
leurs Repréfentans , ou leurs Fondés de procuration
fpéciale , doivent faire la repréfentation de
leurs Titres.
Il paroît une Ordonnance du Roi , en date du
21 Octobre dernier , pour établir une nouvelle
forme dans la compofition des Compagnies détachées
des Dragons , Gardes- Côtes de la Province
de Guyenne. Sa Majesté ordonne , qu'il y aura
dans cette Province 18 Compagnies de Dragons
de so hommes , qui formeront 9 Eſcadrons, & que
ces Dragons feront placés pendant le tems de la,
Guerre , de diftance en diſtance , & feront chargés
de fe rendre , de main en main , les Lettres &
les Avis concernant le Service , pour les faire parvenir
, fans retard , au Commandant Général
& à l'Intendant de la Province.
Dans une feconde Ordonnance , en date du 31
du même mois , Sa Majesté ordonne que les Of
ficiers & Sergents des Compagnies de Fufiliers de
fes Troupes d'Infanterie , foient dorénavant armés
de fufils avec leurs bayonnettes , ainfi que
ceux des Compagnies de Grenadiers.
Le Château de Rhinfels eft une des plus fortes
Places qui foit fur le Rhin. Il eft auprès de Saint
JANVIER. 1759. 213
foar , & lui fert de Citadelle . Cette Place nous
tant abſolument néceffaire pour allurer la liberté
e la navigation du Rhin , le Maréchal de Soubife
chargé le Marquis de Caftries , de s'en rendre
aître ; ce qu'il a exécuté avec tout le fuccès qu'on
ouvoit delirer. La Ville de Saint- Goar a été
Icaladée en même tems , par les Régimens de
aint-Germain & de la Féronnaye. Le Comte de
cey , à la tête de fon Régiment , s'eſt emparé de
chuartz -Haufen , & du Château de Calze. La
arniſon a été faite Priſonniere de Guerre , ainfi
ue celle de Saint- Goar , qui en voulant fe retirer
ans le Château , a été coupée & forcée de fe
endre. Le Gouverneur de ce Château a été fomé
& contraint de capituler. Les Troupes du
oi y font entrées . On y a trouvé une Artil
rie confiderable , dont on donnera le détail ,
orfque le Maréchal de Soubife aura envoyé les
Articles de la Capitulation.
Le Marquis de Caftries a acquis beaucoup
Phonneur , par fa prévoyance , & fon activité dans
oute la conduite de cette entrepriſe. Cette Place
It d'autant plus importante ,, qu'étant pourvue
l'une bonne Garnifon & de toutes les Munitions
éceffaires , elle peut tenir plus de fix femaines ,
u cas qu'elle foit attaquée.
Cette Nouvelle a été apportée par un Courrier
que le Maréchal de Soubife a dépêché , & qui eſt
Arrivé le 6. de ce mois.
Du 9.
Le 2. de ce mois , le Parlement enregistra une
Déclaration du Roi , donnée a Verſailles , le 29
Octobre de la préfente année,portant acceptation
des offres faites par les Notaires de Paris , d'acquérir
27120 liv. de rente au denier 2 , faifant partie
des 3002000 livres de rentes , créées par Edis
du mois d'Avril , fur les Aydes & Gabelles , en
214 MERCURE DE FRANCE.
payant au Tréfor Royal la fomme de 678000 liv.
enconféquence Sa Majefté ordonne que les Notaires
de Paris feront diftraits de l'Etat annéxé
à l'Edit du mois d'Août fuivant , portant création
d'un million effectif d'augmentation de gages.
Du 16.
Le 12 de ce mois , le Parlement , toutes les
Chambres affemblées , enregiſtra un Edit du Roi ,
portant création de 3006000 liv . de Rentes viageres
fur les Aydes & Gabelles. Il eſt ſtatué par
cet Edit , que les Conſtitutions particulieres de ces
Rentes , ne pourront être moindres , fur une
feule tête , de so livres , & fur deux têtes , de
40 livres de jouiffance annuelle , que les Rentes
acquifes fur une feule tête , feront reparties en fix
Claffes ; la premiere , depuis la naiſſance juſqu'à
so ans accomplis , à dix pour cent ; la feconde ,
depuis so , jufqu'à ƒs , à dix & demi ; la troifiéme
, depuis 55 , jufqu'à 60 , à onze ; la quatriéme
, depuis 60 , juſqu'à 65 , à douze ; la cinquiéme
, depuis 65 , juſqu'à 70 , à treize ; la fixiéme
depuis 70 , jufqu'à 75 , ans , & au- deffus ,
à quatorze pour cent , & que les Rentes fur deux
têtes feront acquifes fans diftinction d'âge & de
claffe , à huit pour cent.
On a trouvé dans la Citadelle de Rhinfels 72
piéces de canon , 35 mortiers , & beaucoup de
munitions de Guerre. On y a fait s 30 Priſonniers,
dont 20 Officiers & un Colonel .
Le Roi voulant conftater d'une maniere fixe &
certaine , le montant des dettes contractées pour
le Service de la Marine & des Colonies , afin de
parvenir à les acquitter , a rendu un Arrèt dans
fon Confeil d'Etat , par lequel Sa Majefté or212
MERCURE DE FRANCE.
donne , que dans trois mois pour tout délai , les
Créanciers ou leurs Tuteurs & Curateurs , foient
tenus de repréfenter les Titres fur lesquels ils
fondent leur créance , pardevant les fieurs de
Fontanieu & de la Bourdonnaye , Conſeillers
d'Etat , Silhouette & de Boullongne , Maître des
Requêtes , & de Cotte , Maître des Requêtes &
Intendant du Commerce , pour être procédé à la
vérification des créances , & pourvû enfuite au
payement , & que les créances demeurent éteintes,
fi elles ne font pas répréſentées dans le terme
prefcrit.
Par un autre Arrêt de fon Confeil d'Etat , le
Roia preferit la forme dans laquelle les Créanciers,
leurs Repréfentans , ou leurs Fondés de procuration
fpéciale , doivent faire la repréfentation de
leurs Titres.
Il paroît une Ordonnance du Roi , en date du
21 Octobre dernier , pour établir une nouvelle
forme dans la compofition des Compagnies détachées
des Dragons , Gardes- Côtes de la Province
de Guyenne. Sa Majesté ordonne , qu'il y aura
dans cette Province 18 Compagnies de Dragons
de so hommes , qui formeront 9 Eſcadrons, & que
ces Dragons feront placés pendant le tems de la,
Guerre , de diftance en diſtance , & feront chargés
de fe rendre , de main en main , les Lettres &
les Avis concernant le Service , pour les faire parvenir
, fans retard , au Commandant Général
& à l'Intendant de la Province.
Dans une feconde Ordonnance , en date du 31
du même mois , Sa Majesté ordonne que les Of
ficiers & Sergents des Compagnies de Fufiliers de
fes Troupes d'Infanterie , foient dorénavant armés
de fufils avec leurs bayonnettes , ainfi que
ceux des Compagnies de Grenadiers.
Le Château de Rhinfels eft une des plus fortes
Places qui foit fur le Rhin. Il eft auprès de Saint
JANVIER. 1759. 213
foar , & lui fert de Citadelle . Cette Place nous
tant abſolument néceffaire pour allurer la liberté
e la navigation du Rhin , le Maréchal de Soubife
chargé le Marquis de Caftries , de s'en rendre
aître ; ce qu'il a exécuté avec tout le fuccès qu'on
ouvoit delirer. La Ville de Saint- Goar a été
Icaladée en même tems , par les Régimens de
aint-Germain & de la Féronnaye. Le Comte de
cey , à la tête de fon Régiment , s'eſt emparé de
chuartz -Haufen , & du Château de Calze. La
arniſon a été faite Priſonniere de Guerre , ainfi
ue celle de Saint- Goar , qui en voulant fe retirer
ans le Château , a été coupée & forcée de fe
endre. Le Gouverneur de ce Château a été fomé
& contraint de capituler. Les Troupes du
oi y font entrées . On y a trouvé une Artil
rie confiderable , dont on donnera le détail ,
orfque le Maréchal de Soubife aura envoyé les
Articles de la Capitulation.
Le Marquis de Caftries a acquis beaucoup
Phonneur , par fa prévoyance , & fon activité dans
oute la conduite de cette entrepriſe. Cette Place
It d'autant plus importante ,, qu'étant pourvue
l'une bonne Garnifon & de toutes les Munitions
éceffaires , elle peut tenir plus de fix femaines ,
u cas qu'elle foit attaquée.
Cette Nouvelle a été apportée par un Courrier
que le Maréchal de Soubife a dépêché , & qui eſt
Arrivé le 6. de ce mois.
Du 9.
Le 2. de ce mois , le Parlement enregistra une
Déclaration du Roi , donnée a Verſailles , le 29
Octobre de la préfente année,portant acceptation
des offres faites par les Notaires de Paris , d'acquérir
27120 liv. de rente au denier 2 , faifant partie
des 3002000 livres de rentes , créées par Edis
du mois d'Avril , fur les Aydes & Gabelles , en
214 MERCURE DE FRANCE.
payant au Tréfor Royal la fomme de 678000 liv.
enconféquence Sa Majefté ordonne que les Notaires
de Paris feront diftraits de l'Etat annéxé
à l'Edit du mois d'Août fuivant , portant création
d'un million effectif d'augmentation de gages.
Du 16.
Le 12 de ce mois , le Parlement , toutes les
Chambres affemblées , enregiſtra un Edit du Roi ,
portant création de 3006000 liv . de Rentes viageres
fur les Aydes & Gabelles. Il eſt ſtatué par
cet Edit , que les Conſtitutions particulieres de ces
Rentes , ne pourront être moindres , fur une
feule tête , de so livres , & fur deux têtes , de
40 livres de jouiffance annuelle , que les Rentes
acquifes fur une feule tête , feront reparties en fix
Claffes ; la premiere , depuis la naiſſance juſqu'à
so ans accomplis , à dix pour cent ; la feconde ,
depuis so , jufqu'à ƒs , à dix & demi ; la troifiéme
, depuis 55 , jufqu'à 60 , à onze ; la quatriéme
, depuis 60 , juſqu'à 65 , à douze ; la cinquiéme
, depuis 65 , juſqu'à 70 , à treize ; la fixiéme
depuis 70 , jufqu'à 75 , ans , & au- deffus ,
à quatorze pour cent , & que les Rentes fur deux
têtes feront acquifes fans diftinction d'âge & de
claffe , à huit pour cent.
On a trouvé dans la Citadelle de Rhinfels 72
piéces de canon , 35 mortiers , & beaucoup de
munitions de Guerre. On y a fait s 30 Priſonniers,
dont 20 Officiers & un Colonel .
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Résumé : De Paris, le 2 Décembre.
Le 2 décembre, le roi de France a pris plusieurs mesures administratives et militaires. Pour régler les dettes de la Marine et des Colonies, il a ordonné aux créanciers de représenter leurs titres dans un délai de trois mois auprès de conseillers d'État et maîtres des requêtes, sous peine de voir leurs créances éteintes. Un autre arrêt a précisé la forme de représentation des titres. Sur le plan militaire, le roi a réorganisé les compagnies de dragons et de fusiliers en Guyenne. Il a créé 18 compagnies de dragons formant 9 escadrons, chargés de transmettre les lettres et avis concernant le service. Une autre ordonnance a stipulé que les officiers et sergents des compagnies de fusiliers doivent être armés de fusils avec baïonnettes, comme ceux des compagnies de grenadiers. Le maréchal de Soubise a pris le contrôle du château de Rhinfels et de la ville de Saint-Goar, capturant les garnisons et une artillerie considérable. Le marquis de Castries a joué un rôle clé dans cette opération, acquérant ainsi beaucoup d'honneur. La nouvelle de cette prise a été apportée par un courrier du maréchal de Soubise, arrivé le 6 janvier. Le 2 janvier, le Parlement a enregistré une déclaration royale acceptant les offres des notaires de Paris d'acquérir des rentes. Le 12 janvier, le Parlement a enregistré un édit créant 3 006 000 livres de rentes viagères sur les aides et gabelles, avec des constitutions particulières selon l'âge et le nombre de têtes. Dans la citadelle de Rhinfels, on a trouvé 72 pièces de canon, 35 mortiers, beaucoup de munitions de guerre, et fait 30 prisonniers, dont 20 officiers et un colonel.
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30
p. 206
DE LIPSTADT, le 17 Juin.
Début :
Le Landgrave de Hesse est parti précipitamment de son Château de Rinteln pour se réfugier [...]
Mots clefs :
Landgrave, Château, Fuite , Prince, Invasion française, Breme, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LIPSTADT, le 17 Juin.
DE LIPSTADT , le 17 Juin.
Le Landgrave de Heffe eft parti précipitamment
de fon Château de Rinteln pour ſe réfugier
à Brême. S'il avoit retardé d'une heure , il étoit
pris par les troupes légeres de l'armée de Contades.
On affure que ce Prince en voyant fes
Etats nouvellement envahis par les François , en
a conçu une fi vive douleur , que ſa ſanté en eſt
confidérablement altérée. Il eſt arrivé à Brême
le 14 avec tous les Officiers de fa Maiſon. Il a
écrit à Londres pour informer la Cour d'Angleterre
de fa trifte fituation , & pour fe plaindre
amèrement de ce qu'on ne lui a pas tenu les.
paroles qu'on lui avoit données.
Le Landgrave de Heffe eft parti précipitamment
de fon Château de Rinteln pour ſe réfugier
à Brême. S'il avoit retardé d'une heure , il étoit
pris par les troupes légeres de l'armée de Contades.
On affure que ce Prince en voyant fes
Etats nouvellement envahis par les François , en
a conçu une fi vive douleur , que ſa ſanté en eſt
confidérablement altérée. Il eſt arrivé à Brême
le 14 avec tous les Officiers de fa Maiſon. Il a
écrit à Londres pour informer la Cour d'Angleterre
de fa trifte fituation , & pour fe plaindre
amèrement de ce qu'on ne lui a pas tenu les.
paroles qu'on lui avoit données.
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Résumé : DE LIPSTADT, le 17 Juin.
Le 17 juin, le Landgrave de Heffe a fui son château de Rinteln pour Brême, évitant ainsi sa capture par les troupes de Contades. Sa santé s'est détériorée à cause de l'invasion française. Arrivé à Brême le 14 juin, il a informé la Cour d'Angleterre de sa situation critique et des promesses non tenues.
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31
p. 183-188
De VIENNE, le 10 Octobre.
Début :
La nouvelle Archiduchesse étant arrivée le 13 du mois dernier [...]
Mots clefs :
Archiduchesse, Comte, Ministre plénipotentiaire, Duc, Cour, Déplacements, Mondanités, Bal, Repas, Princesse, Chevalier, Décorations, Magnificence, Évêque, Bourgeoises, Château, Majestés impériales, Archiduc, Concert, Carosse, Arc de triomphe, Bénédiction, Église, Symphonie, Célébrations, Constantinople, Rébellion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 10 Octobre.
De VIENNE ,le 10 Oftobre.
A nouvelle Archiducheffe étant arrivée le
13 du mois dernier à midi à Cafal- Maggiore ,
fut remife par le Comte de Saint Vital , Grand-
Maître , & Miniftre Plénipotentiaire de l'Infant
Duc de Parme , de Plaiſance & de Guaftalle , entre
les mains du Prince de Lichtenſtein , chargé
de la recevoir au nom de Leurs Majestés Impériales
, & de l'accompagner jufqu'à Vienne. La
Cour qui l'avoit fuivie de Parme , prit alors publiquement
congé d'elle en lui baifant la main , &
fa nouvelle Cour lui fut préfentée , & eut le même.
honneur . La Princeffe , après avoir auffi donné
fa main à baifer à un grand nombre de perfonnes
de diftinction , qui étoient venues de divers endroits
pour la complimenter , dîna en public fous
le dais. Elle fe rendit le foir à la falle que les Etats
de Milan avoient fait préparer. On y exécuta un
Concert dans lequel plufieurs excellentes voix fe
firent entendre. La Ville fut illuminée cette nuit ,
ainfi que la fuivante ..
L'Archiducheffe partit le 15 au matin de Caſal-
Maggiore pour le rendre à Mantoue. Elle y arriva
vers une heure, après midi , au bruit d'une
triple décharge de l'artillerie . Une double haie
de troupes bordoit les rues depuis la porte de la
Ville jufqu'au Château , où elle defcendit . Après
184 MERCURE DE FRANCE.
avoir pris quelques momens de repos , elle donna
fa main à baifer à une grande quantité de No.
bleffe du Milanois. Elle dîna enfuite en public ,
& le foir Elle affifta à un Concert qui fut exécuté
au Théâtre du Château ; après quoi Elle ſe rendit
au Bal où Elle retta quelque temps. Le lendemain
16 , Elle féjourna dans la même Ville , Elle parcourut
en caroffe les principales rues. Elle parur
très -fatisfaite de leur décoration . Le Duc de Modène
, qui fe trouva à Montignano , eut l'honneur
de la complimenter.
Le 17 , la Princefle continua fa route. A fon
arrivée à Rovera -Bella dans les Etats de Venife
qu'elle devoit traverfer , Elle fut reçue & compli
mentée au nom de la République par le Chevalier
Contarini , Commandant de Vérone , accompagné
de vingt -quatre Nobles . Deux détachemens de
Cavalerie des Troupes Vénitiennes fe joignirent à
fon escorte . On avoit conftruit à Caftel - Nuovo ,
où la Princeffe devoit dîner , un Bâtiment , dont
l'intérieur étoit magnifiquement décoré en glaces ,
en cryftaux & en tapis. Ce fut là que l'Archiduchelle
defcendit. Elle y dina en public . Il y eur
enfuite onze tables fervies magnifiquement , par
ordre de la République , pour la Cour de l'Archiduchelle
& pour la Nobleffe qui fe trouvoit à
Caftel-Nuovo. Au départ de la Princeffe , le Chevalier
Contarinila pria , au nom de la République ,
d'accepter les glaces , les cryftaux & les tapis qui
avoient fervi d'ameublement à la falle où Elle
avoit dîné. Le Chevalier Contarini ſe trouva encore
avec la même députation au pont d'Etích , où l'on
devoit fortir des Etats de Venife , & il y prit congé
de l'Archiducheffe , qui lui témoigna la plus gran
de fatisfaction des attentions de la République , &
de la magnificence avec laquelle elle avoit été
reçue.
NOVEMBRE. 1760.
185
On arriva le même ſoir à Ala ; la Princeffe y
fut complimentée au nom de l'Evêque de Trente.
Elle en partit le 19 , & Elle a continué fa marche
par Trente , Bolzano , Brixen , & par la Carinthie.
Elle a trouvé dans toutes les Villes de fa route
des Troupes & des Compagnies bourgeoifes fous
les armes , & l'on s'eft empreffé partout à lui témoigner
par des fêtes la joie de fon augufte union
avec l'Archiduc Jofeph. Cette Princefle arriva enfin
le i de ce mois au matin à Laxembourg où Elle
dîna . Elle partit enfuite pour le Château de Belvedere
, où Elle refta jufqu'au 6 , jour de la célébration
de fon mariage.
Le 2 , Leurs Majeftés Impériales , accompagnées
de l'Archiduc Jofeph , des deux Archiducheffes
aînées , du Prince Charles & de la Princelle
Charlotte de Lorraine , fe rendirent vers le midi
au Belvedere , pour faire la premiere vifite à l'Archiduchelle
; Elles dinèrent enfuite en particulier
avec cette Princeffe que le refte de la Famille Impériale
vint complimenter l'après - midi. Il y eut le
foir dans la Galerie un magnifique Concert , dans
lequel plufieurs Muficiens dú premier ordre , appellés
de divers endroits de l'Europe , firent connoître
leurs talens . Les Ambaffadeurs & Miniftres
Etrangers , les Confeillers d'Etat & les Principaux
Officiers de la Maifon de Leurs Majeftés Impériales
, furent préfentés le même foir à l'Archiducheffe
& eurent l'honneur de lui baiſer la main . Le
lendemain , il y eut encore concert au Belvedere.
Le 4 , jour de la fête de l'Empereur , la Cour
fut en Gala , & Sa Majefte Impériale reçut les
complimens accoutumés. La nouvelle garde des
Nobles Hongrois , qui étoit arrivée le 2 de Pref
bourg, fe rendit fur la place du Palais , & après
avoir fait le maniement des armes & plufieurs
186 MERCURE DE FRANCE.
évolutions , elle fut admiſe à l'honneur de baifer
la main de l'Empereur..
L'Archiducheffe fit , le 6 , fon entrée publique
dans cette Capitale. Elle partit du Beldevere à
deux heures après- midi. Les Trompettes & les
Timbales des Etats d'Autriche ouvroient la marche.
Après eux , venoient un grand nombre de
Caroffes remplis par diverfes perfonnes de la
Cour ou de la Maifon de Leurs Majeftés Impériales.
Ils étoient fuivis du Carolle du Grand Ecuyer
où étoient cet Oficier & le Grand- Maître de la
Maifon de l'Archiducheffe . Le Caroffe du Prince
de Lichtenſtein , avec le Cortége nombreux qui
Favoit accompagné dans fon Ambaffade , marchoic
enfuite & précédoit le Caroffe de l'Archiducheffe ,
dans lequel étoit la Comteffe d'Erdodi , Grand-
Maîtrelle de fa Maiſon . Ce Caroffe étoit fuivi par
fix Pages à cheval , par plufieurs Sous- Ecuyers ,
par un détachement des Gardes-du-Corps , par la
garde des Nobles Hongrois , & par quelques au
tres Caroffes dans lefquels étoient plufieurs perfonnes
de la Cour. La Marche étoit fermée par un
détachement du Régiment des Dragons de l'Archiduc
Jofeph.
On avoit élevé plufieurs Arcs-de-triomphe en
divers quartiers de la Ville qui étoient décorés
avec goût & magnificence. Les rues étoient bordées
par la Bourgeoifie qui étoit fous les armes , &
vêtue de beaux uniformes.
On fe rendit dans cet ordre à l'Eglife des Auguftins-
Déchauffés , où l'Archiducheffe artiva vers
les cinq heures du foir. Leurs Majeftés Impériales
vinrent la recevoir à l'entrée de l'Eglife , & l'Arehiduc
Jofeph lui donna la main lorfqu'elle defcendit
de fon Caroffe. La Princeffe , après avoir
reçu ainfi que l'Archiduc, la bénédiction du Nonce
& l'eau benite que ce Prince leur préſenta , fut
NOVEMBRE. 1760. 187
conduite par l'Impératrice dans une Chapelle par
ticuliere pendant qu'on chantoit quelques Prieres,
après lefquelles Leurs Majeftés Impériales , précé
dées du Nonce & du Clergé , fe rendirent dans le
Choeur. Leurs Majeftés Impériales fe placèrent
fous le dais du côté de l'Evangile. L'Archiduc &
P'Archiducheffe , vêtus de drap d'argent , fe placerent
en face du Grand - Autel . Après quelques
Prieres , le Nonce leur donna la Bénédiction Nuptiale
;
il entonna le Te Deum qui fut chanté par la
Mufique de la Cour. Leurs Majeftés Impériales
fortirent de l'Eglife , & Elles rentrèrent au Palais
avec toute la Famille Impériale par la Galerie
qui conduit de ce Palais à l'Eglife. L'Archiducheffe
prit enfuite quelque repos , après quoi , Elle donna
fa main à baifer à plufieurs Miniftres & Confeillers
d'Etat , aux Généraux , & aux perfonnes de la
haute Nobleffe , qui n'avoient pas encore reçu cer
honneur.
A huit heures du foir ,. Leurs Majeftés Timpé
riales , les nouveaux Epoux , les Archiducs Charles
& Léopold , les quatre Archiducheffes aînées ,
le Prince Charles & la Princeffe Charlotte de Lorraine
, fe rendirent à la falle du feftin. Cette falle
avoit été décorée par le Chevalier Servandoni ş
elle étoit éclairée par un très- grand nombre de
luftres & de Girandoles de cryftal ; celles des
quatre coins avoient vingt cinq pieds de hauteurs ,
portées par des groupes d'Amours. Le dais étoit
d'une forme nouvelle , & décoré par le même Artifte
de figures fymboliques en fculpture . La Cour :
entra dans cette falle au bruit des fanfares . L'Empereur
& l'impératrice fe placerent fous le dais ,
& l'Archiducheffe à droite , entre l'Empereur &
F'Archiduc. La table fut fervie en vailfelle d'or
nouvellement faite , & d'un travail exquis. Une
nombreuſe troupe de Muficiens exécura , pendant
188 MERCURE DE FRANCE.
le repas , des fymphonies & des morceaux de mu
fique vocale , analogues à l'objet de la Fête. La
falle étoit remplie d'une foule de Spectateus placés
fur un amphithéâtre & fur une tribune , & l'on
donna au Peuple la permiffion d'y entrer fucceffivement.
Le feftin Impérial étant fini , Leurs
Majeftés retournerent dans leurs appartemens ,
& la Princeffe fut conduite dans celui qui lui étoit
deftiné. Il y eut pendant la nuit une illumination
générale.
On célébra le lendemain , dans l'Eglife des Auguftins
, une Meffe en inufique pour la prospérité
des nouveaux Epoux. L'Archevêque de Vienne
officia , & toure la Cour y affifta. Leurs Majeftés
Impériales dînerent enfuite en public , & le
foir on exécuta , for le Théâtre de la Cour , un
nouvel Opéra , intitulé Alcide al Bivio , piéce allégorique
, dont les paroles font de l'Abbé Metaftafio
, & la musique du fieur Haffe . Le Spectacle
fut terminé par un Ballet ingénieux du ſieur
Angiolini.
Selon les nouvelles de Conftantinople , le Pacha
d'Iconium perfifie dans fa rébellion . Il a
évité les différens piéges qu'on lui avoit dreffés ,
& après avoir battu quelques corps de troupes
qu'on avoit envoyés contre lui , il a pris , aur
environs d'Erferom , une pofition avantageuſe ,
qui le met en état de réfifter à des forces trèsfupérieures.
Les mêmes nouvelles portent qu'une
des Sultanes eft enceinte de quatre mois ; ce qui
fait beaucoup de plaifir dans cette Capitale , où
F'on conçoit l'efpérance de voir naître un Succeffeur
à fa Hautelle.
A nouvelle Archiducheffe étant arrivée le
13 du mois dernier à midi à Cafal- Maggiore ,
fut remife par le Comte de Saint Vital , Grand-
Maître , & Miniftre Plénipotentiaire de l'Infant
Duc de Parme , de Plaiſance & de Guaftalle , entre
les mains du Prince de Lichtenſtein , chargé
de la recevoir au nom de Leurs Majestés Impériales
, & de l'accompagner jufqu'à Vienne. La
Cour qui l'avoit fuivie de Parme , prit alors publiquement
congé d'elle en lui baifant la main , &
fa nouvelle Cour lui fut préfentée , & eut le même.
honneur . La Princeffe , après avoir auffi donné
fa main à baifer à un grand nombre de perfonnes
de diftinction , qui étoient venues de divers endroits
pour la complimenter , dîna en public fous
le dais. Elle fe rendit le foir à la falle que les Etats
de Milan avoient fait préparer. On y exécuta un
Concert dans lequel plufieurs excellentes voix fe
firent entendre. La Ville fut illuminée cette nuit ,
ainfi que la fuivante ..
L'Archiducheffe partit le 15 au matin de Caſal-
Maggiore pour le rendre à Mantoue. Elle y arriva
vers une heure, après midi , au bruit d'une
triple décharge de l'artillerie . Une double haie
de troupes bordoit les rues depuis la porte de la
Ville jufqu'au Château , où elle defcendit . Après
184 MERCURE DE FRANCE.
avoir pris quelques momens de repos , elle donna
fa main à baifer à une grande quantité de No.
bleffe du Milanois. Elle dîna enfuite en public ,
& le foir Elle affifta à un Concert qui fut exécuté
au Théâtre du Château ; après quoi Elle ſe rendit
au Bal où Elle retta quelque temps. Le lendemain
16 , Elle féjourna dans la même Ville , Elle parcourut
en caroffe les principales rues. Elle parur
très -fatisfaite de leur décoration . Le Duc de Modène
, qui fe trouva à Montignano , eut l'honneur
de la complimenter.
Le 17 , la Princefle continua fa route. A fon
arrivée à Rovera -Bella dans les Etats de Venife
qu'elle devoit traverfer , Elle fut reçue & compli
mentée au nom de la République par le Chevalier
Contarini , Commandant de Vérone , accompagné
de vingt -quatre Nobles . Deux détachemens de
Cavalerie des Troupes Vénitiennes fe joignirent à
fon escorte . On avoit conftruit à Caftel - Nuovo ,
où la Princeffe devoit dîner , un Bâtiment , dont
l'intérieur étoit magnifiquement décoré en glaces ,
en cryftaux & en tapis. Ce fut là que l'Archiduchelle
defcendit. Elle y dina en public . Il y eur
enfuite onze tables fervies magnifiquement , par
ordre de la République , pour la Cour de l'Archiduchelle
& pour la Nobleffe qui fe trouvoit à
Caftel-Nuovo. Au départ de la Princeffe , le Chevalier
Contarinila pria , au nom de la République ,
d'accepter les glaces , les cryftaux & les tapis qui
avoient fervi d'ameublement à la falle où Elle
avoit dîné. Le Chevalier Contarini ſe trouva encore
avec la même députation au pont d'Etích , où l'on
devoit fortir des Etats de Venife , & il y prit congé
de l'Archiducheffe , qui lui témoigna la plus gran
de fatisfaction des attentions de la République , &
de la magnificence avec laquelle elle avoit été
reçue.
NOVEMBRE. 1760.
185
On arriva le même ſoir à Ala ; la Princeffe y
fut complimentée au nom de l'Evêque de Trente.
Elle en partit le 19 , & Elle a continué fa marche
par Trente , Bolzano , Brixen , & par la Carinthie.
Elle a trouvé dans toutes les Villes de fa route
des Troupes & des Compagnies bourgeoifes fous
les armes , & l'on s'eft empreffé partout à lui témoigner
par des fêtes la joie de fon augufte union
avec l'Archiduc Jofeph. Cette Princefle arriva enfin
le i de ce mois au matin à Laxembourg où Elle
dîna . Elle partit enfuite pour le Château de Belvedere
, où Elle refta jufqu'au 6 , jour de la célébration
de fon mariage.
Le 2 , Leurs Majeftés Impériales , accompagnées
de l'Archiduc Jofeph , des deux Archiducheffes
aînées , du Prince Charles & de la Princelle
Charlotte de Lorraine , fe rendirent vers le midi
au Belvedere , pour faire la premiere vifite à l'Archiduchelle
; Elles dinèrent enfuite en particulier
avec cette Princeffe que le refte de la Famille Impériale
vint complimenter l'après - midi. Il y eut le
foir dans la Galerie un magnifique Concert , dans
lequel plufieurs Muficiens dú premier ordre , appellés
de divers endroits de l'Europe , firent connoître
leurs talens . Les Ambaffadeurs & Miniftres
Etrangers , les Confeillers d'Etat & les Principaux
Officiers de la Maifon de Leurs Majeftés Impériales
, furent préfentés le même foir à l'Archiducheffe
& eurent l'honneur de lui baiſer la main . Le
lendemain , il y eut encore concert au Belvedere.
Le 4 , jour de la fête de l'Empereur , la Cour
fut en Gala , & Sa Majefte Impériale reçut les
complimens accoutumés. La nouvelle garde des
Nobles Hongrois , qui étoit arrivée le 2 de Pref
bourg, fe rendit fur la place du Palais , & après
avoir fait le maniement des armes & plufieurs
186 MERCURE DE FRANCE.
évolutions , elle fut admiſe à l'honneur de baifer
la main de l'Empereur..
L'Archiducheffe fit , le 6 , fon entrée publique
dans cette Capitale. Elle partit du Beldevere à
deux heures après- midi. Les Trompettes & les
Timbales des Etats d'Autriche ouvroient la marche.
Après eux , venoient un grand nombre de
Caroffes remplis par diverfes perfonnes de la
Cour ou de la Maifon de Leurs Majeftés Impériales.
Ils étoient fuivis du Carolle du Grand Ecuyer
où étoient cet Oficier & le Grand- Maître de la
Maifon de l'Archiducheffe . Le Caroffe du Prince
de Lichtenſtein , avec le Cortége nombreux qui
Favoit accompagné dans fon Ambaffade , marchoic
enfuite & précédoit le Caroffe de l'Archiducheffe ,
dans lequel étoit la Comteffe d'Erdodi , Grand-
Maîtrelle de fa Maiſon . Ce Caroffe étoit fuivi par
fix Pages à cheval , par plufieurs Sous- Ecuyers ,
par un détachement des Gardes-du-Corps , par la
garde des Nobles Hongrois , & par quelques au
tres Caroffes dans lefquels étoient plufieurs perfonnes
de la Cour. La Marche étoit fermée par un
détachement du Régiment des Dragons de l'Archiduc
Jofeph.
On avoit élevé plufieurs Arcs-de-triomphe en
divers quartiers de la Ville qui étoient décorés
avec goût & magnificence. Les rues étoient bordées
par la Bourgeoifie qui étoit fous les armes , &
vêtue de beaux uniformes.
On fe rendit dans cet ordre à l'Eglife des Auguftins-
Déchauffés , où l'Archiducheffe artiva vers
les cinq heures du foir. Leurs Majeftés Impériales
vinrent la recevoir à l'entrée de l'Eglife , & l'Arehiduc
Jofeph lui donna la main lorfqu'elle defcendit
de fon Caroffe. La Princeffe , après avoir
reçu ainfi que l'Archiduc, la bénédiction du Nonce
& l'eau benite que ce Prince leur préſenta , fut
NOVEMBRE. 1760. 187
conduite par l'Impératrice dans une Chapelle par
ticuliere pendant qu'on chantoit quelques Prieres,
après lefquelles Leurs Majeftés Impériales , précé
dées du Nonce & du Clergé , fe rendirent dans le
Choeur. Leurs Majeftés Impériales fe placèrent
fous le dais du côté de l'Evangile. L'Archiduc &
P'Archiducheffe , vêtus de drap d'argent , fe placerent
en face du Grand - Autel . Après quelques
Prieres , le Nonce leur donna la Bénédiction Nuptiale
;
il entonna le Te Deum qui fut chanté par la
Mufique de la Cour. Leurs Majeftés Impériales
fortirent de l'Eglife , & Elles rentrèrent au Palais
avec toute la Famille Impériale par la Galerie
qui conduit de ce Palais à l'Eglife. L'Archiducheffe
prit enfuite quelque repos , après quoi , Elle donna
fa main à baifer à plufieurs Miniftres & Confeillers
d'Etat , aux Généraux , & aux perfonnes de la
haute Nobleffe , qui n'avoient pas encore reçu cer
honneur.
A huit heures du foir ,. Leurs Majeftés Timpé
riales , les nouveaux Epoux , les Archiducs Charles
& Léopold , les quatre Archiducheffes aînées ,
le Prince Charles & la Princeffe Charlotte de Lorraine
, fe rendirent à la falle du feftin. Cette falle
avoit été décorée par le Chevalier Servandoni ş
elle étoit éclairée par un très- grand nombre de
luftres & de Girandoles de cryftal ; celles des
quatre coins avoient vingt cinq pieds de hauteurs ,
portées par des groupes d'Amours. Le dais étoit
d'une forme nouvelle , & décoré par le même Artifte
de figures fymboliques en fculpture . La Cour :
entra dans cette falle au bruit des fanfares . L'Empereur
& l'impératrice fe placerent fous le dais ,
& l'Archiducheffe à droite , entre l'Empereur &
F'Archiduc. La table fut fervie en vailfelle d'or
nouvellement faite , & d'un travail exquis. Une
nombreuſe troupe de Muficiens exécura , pendant
188 MERCURE DE FRANCE.
le repas , des fymphonies & des morceaux de mu
fique vocale , analogues à l'objet de la Fête. La
falle étoit remplie d'une foule de Spectateus placés
fur un amphithéâtre & fur une tribune , & l'on
donna au Peuple la permiffion d'y entrer fucceffivement.
Le feftin Impérial étant fini , Leurs
Majeftés retournerent dans leurs appartemens ,
& la Princeffe fut conduite dans celui qui lui étoit
deftiné. Il y eut pendant la nuit une illumination
générale.
On célébra le lendemain , dans l'Eglife des Auguftins
, une Meffe en inufique pour la prospérité
des nouveaux Epoux. L'Archevêque de Vienne
officia , & toure la Cour y affifta. Leurs Majeftés
Impériales dînerent enfuite en public , & le
foir on exécuta , for le Théâtre de la Cour , un
nouvel Opéra , intitulé Alcide al Bivio , piéce allégorique
, dont les paroles font de l'Abbé Metaftafio
, & la musique du fieur Haffe . Le Spectacle
fut terminé par un Ballet ingénieux du ſieur
Angiolini.
Selon les nouvelles de Conftantinople , le Pacha
d'Iconium perfifie dans fa rébellion . Il a
évité les différens piéges qu'on lui avoit dreffés ,
& après avoir battu quelques corps de troupes
qu'on avoit envoyés contre lui , il a pris , aur
environs d'Erferom , une pofition avantageuſe ,
qui le met en état de réfifter à des forces trèsfupérieures.
Les mêmes nouvelles portent qu'une
des Sultanes eft enceinte de quatre mois ; ce qui
fait beaucoup de plaifir dans cette Capitale , où
F'on conçoit l'efpérance de voir naître un Succeffeur
à fa Hautelle.
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Résumé : De VIENNE, le 10 Octobre.
Le 13 octobre, l'archiduchesse arriva à Casal-Maggiore, où elle fut remise au prince de Liechtenstein par le comte de Saint Vital. La cour de Parme lui présenta ses adieux, et elle rencontra sa nouvelle cour. Elle dîna en public et assista à un concert, tandis que la ville était illuminée. Le 15 octobre, elle se dirigea vers Mantoue, accueillie par une triple salve d'artillerie et une haie de troupes. Elle rencontra le duc de Modène à Montignano. Le 17 octobre, elle poursuivit son voyage à travers les États de Venise, où elle fut reçue par le chevalier Contarini. Elle dîna à Castel-Nuovo et reçut des cadeaux de la République de Venise. Son itinéraire se poursuivit par Ala, Trente, Bolzano, Brixen et la Carinthie, où elle fut accueillie par des troupes et des fêtes. Le 1er novembre, elle arriva à Laxembourg et séjourna au château de Belvedere jusqu'au 6 novembre, jour de son mariage. Le 2 novembre, les Majestés Impériales lui rendirent visite au Belvedere. Le 6 novembre, l'archiduchesse fit son entrée publique à Vienne, accompagnée d'une procession solennelle et d'arcs de triomphe. Elle se rendit à l'église des Augustins-Déchaussés pour la bénédiction nuptiale, suivie d'un festin impérial et d'une illumination générale. Le lendemain, une messe fut célébrée pour la prospérité des nouveaux époux, suivie d'un opéra allégorique.
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32
p. 175
De FLORENCE, le 20 Septembre 1763.
Début :
On vient d'apprendre que le Prince Héréditaire de Modene a été arrêté le 14 [...]
Mots clefs :
Prince héréditaire, Duc de Modène, Château, Prisonnier
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texteReconnaissance textuelle : De FLORENCE, le 20 Septembre 1763.
De FLORENCE , le 20 Septembre 1763 .
On vient d'apprendre que le Prince Héréditai
re de Modene a été arrêté le 14 du mois dernier
, par ordre du Duc de Modene fon pere ,
& qu'il a été conduit au Château de Saffuolo ,
où il eft gardé par un détachement de troupes.
On vient d'apprendre que le Prince Héréditai
re de Modene a été arrêté le 14 du mois dernier
, par ordre du Duc de Modene fon pere ,
& qu'il a été conduit au Château de Saffuolo ,
où il eft gardé par un détachement de troupes.
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