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2851
p. 73-84
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
Début :
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle l'Auteur a eu le Manuscrit. Un [...]
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur
Ottoman, enrichie de Lettres traduites
du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques,
historiques & politiques, écrites
tant par Méhémet II. Empereur Ottoman,
que par ses Généraux, ses Sultanes,
un de ses Ambassadeurs, &
Usum-Cassan, Roi de Perse, son
contemporain ; traduites du Grec & de
l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à
Constantinople, avec des notes intéressantes,
& une Histoire de la Vie de ce
Conquérant, par M. Belin de Monterzi ;
à Paris, chez Duchesne, rue S.
Jacques, au Temple du Goût, chez
Panckoucke, rue & à côté de la Comédie
Françoise, & chez Prault, quai de
Conti ; avec approbation ; 1764 ;
deux parties in-12 d'environ 150 pages
chacune.
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle
l'Auteur a eu le Manuscrit. Un
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur Polonois , homme de Lettres,
le tenoit d'un Pacha , Gouverneur de
Province , & ce Seigneur en a fait part
à l'Editeur. Ce dernier , trouvant que
ces Lettres parloient des Batailles , des
Siéges & des principaux événemens du
Règne de Méhémet II, a été obligé ,
pour en développer les caufes,de puiſer
dans pluſieursAuteurs de cet Empire les
notes qui y avoient rapport, & d'écrire
toute la Vie de ce Monarque. La véné-
ration que les Turcs ont toujours eue
pourun Prince qui a été le Fondateurde
leur vaſte Empire , & l'envie que les
Grecs ont eue d'écrire les événemens
extraordinaires dont ils ont été témoins,
font croire avec beaucoup de probabi-
lité & de vraiſemblance , la poſſibilité
des Manufcrits que l'on peut trouver fur
leRègne d'un des plus célébres Conqué-
rans qui ayent paru dans le monde.
Origine des Turcs. Des Peuples origi-
naires des Scites conquirentle Turquef-
tan , d'où ils prirent le nomde Turcs.
Ils ſe réunirent ſous Ottoman , qui , de
Lieutenant-Général d'Aladin , Souve-
rain d'Alep & de Damas , devint ſon
fucceffeur , & hérita de la Bythinie &
du pays voiſin du MontOlimpe. Deux
fiécles & dix règnes s'écoulerent juf-
+
AVRIL. 1764.
75
qu'au couronnement de Méhémet II.
Amurat II , ſon père , ſurpaſſa tous ſes
prédéceſſeurs; il laiſſa un grand Empire
à ſon fils , qui remplit l'Europe & l'Afie
de la terreur de fon nom. Il affermit ſon
Trône par la mortde deux de ſes frères.
Scanderbeg , Roi d'Albanie , retarda
long-temps les ſuccès de ce Prince ; &
ce futaprès ſa mort, qu'il conquit fur
fon fils Jean les Etats que les Vénitiens,
fidèles obfervateurs de leurs engage -
mens , défendirent avec autant d'inuti-
lité que de perſévérance. Pluſieurs Let-
tres parlent du Siége & de la Priſe de
Conſtantinople en 1453 , & endonnent
des détails curieux , qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. La première eſt écrite
parMéhémet à Benféid , Sultane , à An-
drinople.
» Divine Sultane , je ne vous ai point
>> dit adieu ; n'en ſoyez point inquiette.
Il lui rend compte des raiſons qui l'ont
obligéde la quitter.Il finit ainſi ſa Lettre:
>>je ſouhaite de terminer bientôt cette
» expédition , pour pouvoir retourner à
>>Andrinople , & vous donner de nou-
>> velles preuvesde matendreſſe. Je vou-
>> drois que la flame qui me dévore ,
>> brillante Sultane , put voler fur les
» aîles des agréables Zéphirs ; qu'elle
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>> pénétrât votre âme , & que l'extaſe
» du plaifir qu'elle vous feroit éprou-
» ver , durâtjuſqu'au moment de mon
→ arrivée.
Voici la réponſe en partie , les bornes
de ce Journal refferrant les Analyſes.
» Benféid, Sultane , à Méhémet . Em,
» pereur , à Satalie en Caramanie.
» Mille idées triftes me chagrinent ,
» cher Sultan , depuis que vous vous
» êtes éloigné de ces lieux. Vous les
>> avez quittés plus promptement que
>>les oiſeaux les plus rapides ne parcou
> rentla voute azurée. Lorſque des fon-
>> ges déſagréables , ayant-coureurs des
>>peines que je devois reffentir, ont fuf-
>>>pendu mes ſens , prêts à fortir de leur
>> afſoupiſſement, & que la lumière du
>>jour , frappant les organes de la vue ,
→ m'a réveillée; mon âme , par un effor
>>naturel ,portée fortement vers l'objet
>>que j'adore , a conçu , ſans le ſecours
>>de perfonne , l'éloignement du prin-
» cipe de ſa félicité. Mes craintes ont été
>> bientôt juſtifiées ; & la première voix
» qui m'a fait entendre les accens que je
»redoutois, ne m'a laiſſfé d'autre ſen
>>timent que celui de la plus vive dou-
leur.
Il y a d'autres penſées Aſiatiques
dans cette Lettre,
AVRIL. 1764.
77
Dans la troiſième , où Méhémet écrit
à la Sultane Benfeid, du Camp devant
Conſtantinople , à Andrinople ,au ſujet
d'Halifury , Prince de Caramanie , fon
Tributaire , qui s'étoit révolté , & en-
ſuite ſoumis , il y a ces expreſſions qui
peignent bien le naturel fougneux de
ce Conquérant.
» Il marche actuellement vers l'Armé-
>> nie , & je ſouhaite que le feu qu'il y
>>porte dure juſques aux temps où le
» Ciel ,favorable à mes vœux , me per-
>> mettra d'y voler , pour l'éteindre dans
»le ſang de ceux qui m'ont offenfé.
Une Deſcription de Conſtantinople ,
embellie par des métaphores agréables
& juftes de la plus belle ſituation qui
ſoit fans contredit dans le monde, en
donne une idée magnifique. On juge de
la politique de Méhémet , par le choix
qu'il fit de Gennadius , le plus ſçavant
de tous les Grecs , pour l'inſtaller Pa-
triarche de Conſtantinople , en lui met-
tant le Bâton paſtoral entre les mains ,
en préſence des Chrétiens & des Turcs.
Irène , la plus belle créature de cette
vaſte Capitale , paroît ſur la ſcène. Dans
une Lettre que ce Prince lui écrit de
Scutari , il lui dit que » les Femmes font
>> comme des eſſences précieuſes , qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
"
>>ont plus d'odeurs lorſqu'elles font
>>plus renfermées , & auxquelles il ne
>> reſte aucune fuavité lorſqu'on leur
>>>laiſſe prendre l'air. On peut les com-
>> parer à une table où il y a des fruits
>> exquis qui aiguiſentl'appétit de ceux
>>qui les voient, quand même ils ſe-
>> roient rafſafiés. En Grèce , en Italie ,
>> en France , elles ont toutes fortes de
>>>libertés : elles vont & viennent ac-
>>>compagnées , ou feules ; elle caquè-
>>tenttantqu'elles veulent ; & les ſages
» Musulmans , qui ſçavent prévoir ce
>>qui peut leur arriver de fâcheux , dé-
>> fendent aux femmes les converſations
>>avec les hommes , de peur qu'elles ne
>> ſe laiſſent enchanter par les oreilles
>> comme les aſpics.
» Je veux que vous n'ayez rien à de-
>> firer , idole de mon âme ; je vous
>> donnerai bientôt des preuves de la
>> flamme dontje brûle pourvos célef-
>>>tes attraits , en vous traitant en Reine ;
» vous méritez d'être élevée au rang le
>>plus diftingué ; mon amour vous en
>> réſerve les honneurs , & une félicité
>> fans partage.
4 La deſcriptiondu fiége de Belgrade
en 1456 dans une lettre écrite par un
des Généraux de Méhémet au Gouver
AVRIL. 1764.
79
neur de Conſtantinople eſt intéreſſante
par les exploits du fameux Hunniade ,
qui obligea ce Prince à le lever après
y avoir perdu une partie de ſes troupes.
Ce Conquérant ,après avoir foumis
une partie du Péloponnéſe , alla voir
Athènes dont il écrit une lettre à Mizai
Paleologue , Prince Grec , unde ſesGé-
néraux.
>> J'ai conſidéré les édifices que les
>> temps même ont épargnés ; pénétré
>> de reſpect & d'admiration pour ces
>> lieux fameux par les Platon , les So-
>> crate , les Euclide ,les Démosthène, les
» Miltiade&tantd'autres génies immor-
>> tels,guerriers invincibles,que ces con-
>> trées ſi déchuesde leur première gran-
>> deur ont vu briller autre fois ; mon âme
» élevée par des tranſports dont je n'ai
» pas été le maître vers ces ombres di-
>>vines , leur a adreſſé les vœux que ma
» débile plume a tâché d'exprimer.
» Oh vous ! qui dans un repos éter-
>>>nel goûtez à des diſtances infinies de
>> ce globe où ne ſont que des êtres im-
>>matériels , la félicité inéffable que le
>> ſuprême Auteur de l'Univers vous
>> avoitréſervée pour vous récompenfer
» de vos vertus , recevez l'encens &
>> les hommages decelui qui n'ayant pu
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» par l'ordre des deſtinées en être le
>> témoin , forme des defirs pour votre
>>bonheur en regardant les reſtes de ces
>>Palais & de ces Temples plus heureux
>> que moi d'avoir entendu vos céleſtes
» accens.
;
CetOuvrage fait connoître Monceni-
go, le plus grand Général qu'ait jamais
eu la République de Veniſe. Il porta
la guerre dans les Provinces de l'Afie
Mineure de l'Empire Ottoman & cal-
ma les troubles du Royaume de Chy-
pre. C'eſt un Perſonnage illustre dont
Moréri ni ſes Commentateurs n'ont ja-
mais fait mention. Ufum-Caffan a été
* auſſi oublié , ainſi qu'une infinité d'au-
tres. On feroit un bon Ouvrage de ce
qui leur manque.
Ce Roi de Perſe eut des démêlés avec
Méhémet ; toutes les lettres qu'ils ſe font
écrites n'ont pu être que très-intéreſſan-
tes; il y en a ſix où le génie de ces
deux Princes eſt bien développé. Le Sul-
tan veut engager Ufum- Caffan à rom-
pre les engagemens quil a pris avec les
Princes Chrétiens. » Tes intérêts ne
>> peuvent toucher fincérement les Al .
>>liés que tu as été chercher dans des
>> climats qui te ſont fi peu connus ; ils
>> font trop éloignés de toi pour crain-
>>dre ta vangeance lorſqu'ils t'aban-
AVRIL. 1764.
81
>> donneront. Joignons plutôt nos ar-
» mes , & faiſons trembler l'Europe ;
>> renverſons les Empires qui depuis la
> décadence & la divifion de celui qui
>> leur donna une première origine y
>> fleuriſſent par les Arts & le Com-
>> merce du monde ; fubjuguons des
>>>Nations trop foibles pour nous ré-
>> ſiſter. Voilà quelle doit être l'ambi-
>> tion d'un Souverain tel que toi , &c.
Ufum-Caffan lui demande la Cappa-
doce & la ville de Trébiſonde qu'il a
envahies ſur ſon beau-père David Com-
nène; il les lui refuſe , & la guerre ſe
déclare entr'eux. Le Roi de Perſe lui
écrit une lettre dont on ne rapporte-
rai ici que quelques expreffions. Après
lui avoir dit qu'il voudroit armer contre
lui tous les Rois de la Terre, & lui avoir
reproché ſon injustice, il ajoute : » Ton
>> ambition ſans bornes , qui depuis que
>>>tu es monté ſur le Trône te porte à
>> attaquer indiſtinctement tous tes voi-
>> fins , m'a engagé dans la Ligue des
>>> Princes qui veulent en arrêter les
>> cruels effets. Tu remplis de meurtres
» & de carnage les plus belles Provin-
» ces de l'Europe & de l'Afie ; & la
>> pente fatale au genre humain , qui
t'entraîne à élever un trophée enfan-
Dv
:
82 MERCURE DE FRANCE .
>>glanté fur les débris des Nations fub-
>> juguées , ne sçauroit être arrêtée avec
>> trop de célérité. Je me ſouviens des
>> ravages que tu as faits en Perſe dans
>>ta dernière irruption. Tu vins te raf-
>> fafier de ſang & du plaiſir ſtérite &
>>> barbare de facrifier à une vangeance
>> aveugle un nombre infini de mes Su-
>> jets dont j'ai pleuré la mort. Ton âme
>> dont la férocité eſt inacceffible à la
>> commifération , ne t'a point arraché
»une larme pour la perte de tes Sol-
>>dats qui moururent ſous les coups des
» miens. Il y a des traits auſſi forts dans
le reste de la lettre.
La Bataille de Jerwrack que gagna
Méhémet fur le Roi de Perſe , eſt dé-
crite dans une lettre qu'écrivit le Sul-
tan.Mamut, fonGrand-Vifir , le diſſuada
d'entrer dans l'intérieur de ce Royau-
me , & il fut diſgracié pour lui avoir
fuggéré des conſeils contraires à fon
ambition.
Il y a des images agréables dans les
lettres de la Sultane Miltide , à Méhémet;.
furtout dans celle où elle tâche de l'at-
tirer à Conſtantinople pour qu'il puiffe
ſe délaſſer de ſes travaux.
Elle em-
ploye tout ce que le ſéjour de cette
belle Capitale a de plus ſéduisant pour
l'engager à yvenir.
AVRIL. 1764 .
و
83
La mort d'Ufum-Caffan , & les divi-
fions qu'elle occafionne entre ſes deux
enfans , offrent à Méhémet une belle oc-
cafion d'envahir un Royaume agite par
des guerres civiles ; ſes lettres & celles
fon Ambaſſadeur renfermentdesdétails
curieux. On voit ce Prince s'occuper
de cette conquête & de la punition du
Soudan d'Egypte , ancien Allié du Roi
de Perſe. Pendant qu'il médite les plus
vaſtes projets, & qu'il ſe met à la tête de
trois cent mille combattans pour les
éxécuter ; en entrant en Afie , il eſt
attaqué d'une colique près de Nicomé-
die , Ville de Bythinie , de laquelle il
mourut le 3 Mai 1481 & de l'Hégire
886 , après avoir vêcu 53 ans & en
avoir régné près de 32.
Il liſoit ſouvent l'Hiſtoire Romaine
furtout celle d'Auguste & des autres
Céfars. Il faiſoit ſes délices de celles
d'Alexandre , de Constantin , & de
Théodore ; il avoit beaucoup de goût
pour la Peinture & la Muſique , & fit
fleurir l'Agriculture : il parloit non
ſeulement l'Arabe
langue affectée à
fa Nation , mais encore la Perfane ,
la Grecque & l'Italienne.
Tout ce qui peut faire connoître
le génie & les mœurs d'une Nation ,
Dvi
84 MERCURE DE FRANCE.
doit exciter notre curioſité. Cet Ou
vrage eft dans ce cas, & mérite d'être lu,
par le caractère aſiatique qui le diftin-
gue de beaucoup d'autres qui ont été
écrits fur lamême matière. Le prix des
deux brochures eſt de 1 liv. 16 f.
Ottoman, enrichie de Lettres traduites
du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques,
historiques & politiques, écrites
tant par Méhémet II. Empereur Ottoman,
que par ses Généraux, ses Sultanes,
un de ses Ambassadeurs, &
Usum-Cassan, Roi de Perse, son
contemporain ; traduites du Grec & de
l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à
Constantinople, avec des notes intéressantes,
& une Histoire de la Vie de ce
Conquérant, par M. Belin de Monterzi ;
à Paris, chez Duchesne, rue S.
Jacques, au Temple du Goût, chez
Panckoucke, rue & à côté de la Comédie
Françoise, & chez Prault, quai de
Conti ; avec approbation ; 1764 ;
deux parties in-12 d'environ 150 pages
chacune.
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle
l'Auteur a eu le Manuscrit. Un
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur Polonois , homme de Lettres,
le tenoit d'un Pacha , Gouverneur de
Province , & ce Seigneur en a fait part
à l'Editeur. Ce dernier , trouvant que
ces Lettres parloient des Batailles , des
Siéges & des principaux événemens du
Règne de Méhémet II, a été obligé ,
pour en développer les caufes,de puiſer
dans pluſieursAuteurs de cet Empire les
notes qui y avoient rapport, & d'écrire
toute la Vie de ce Monarque. La véné-
ration que les Turcs ont toujours eue
pourun Prince qui a été le Fondateurde
leur vaſte Empire , & l'envie que les
Grecs ont eue d'écrire les événemens
extraordinaires dont ils ont été témoins,
font croire avec beaucoup de probabi-
lité & de vraiſemblance , la poſſibilité
des Manufcrits que l'on peut trouver fur
leRègne d'un des plus célébres Conqué-
rans qui ayent paru dans le monde.
Origine des Turcs. Des Peuples origi-
naires des Scites conquirentle Turquef-
tan , d'où ils prirent le nomde Turcs.
Ils ſe réunirent ſous Ottoman , qui , de
Lieutenant-Général d'Aladin , Souve-
rain d'Alep & de Damas , devint ſon
fucceffeur , & hérita de la Bythinie &
du pays voiſin du MontOlimpe. Deux
fiécles & dix règnes s'écoulerent juf-
+
AVRIL. 1764.
75
qu'au couronnement de Méhémet II.
Amurat II , ſon père , ſurpaſſa tous ſes
prédéceſſeurs; il laiſſa un grand Empire
à ſon fils , qui remplit l'Europe & l'Afie
de la terreur de fon nom. Il affermit ſon
Trône par la mortde deux de ſes frères.
Scanderbeg , Roi d'Albanie , retarda
long-temps les ſuccès de ce Prince ; &
ce futaprès ſa mort, qu'il conquit fur
fon fils Jean les Etats que les Vénitiens,
fidèles obfervateurs de leurs engage -
mens , défendirent avec autant d'inuti-
lité que de perſévérance. Pluſieurs Let-
tres parlent du Siége & de la Priſe de
Conſtantinople en 1453 , & endonnent
des détails curieux , qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. La première eſt écrite
parMéhémet à Benféid , Sultane , à An-
drinople.
» Divine Sultane , je ne vous ai point
>> dit adieu ; n'en ſoyez point inquiette.
Il lui rend compte des raiſons qui l'ont
obligéde la quitter.Il finit ainſi ſa Lettre:
>>je ſouhaite de terminer bientôt cette
» expédition , pour pouvoir retourner à
>>Andrinople , & vous donner de nou-
>> velles preuvesde matendreſſe. Je vou-
>> drois que la flame qui me dévore ,
>> brillante Sultane , put voler fur les
» aîles des agréables Zéphirs ; qu'elle
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>> pénétrât votre âme , & que l'extaſe
» du plaifir qu'elle vous feroit éprou-
» ver , durâtjuſqu'au moment de mon
→ arrivée.
Voici la réponſe en partie , les bornes
de ce Journal refferrant les Analyſes.
» Benféid, Sultane , à Méhémet . Em,
» pereur , à Satalie en Caramanie.
» Mille idées triftes me chagrinent ,
» cher Sultan , depuis que vous vous
» êtes éloigné de ces lieux. Vous les
>> avez quittés plus promptement que
>>les oiſeaux les plus rapides ne parcou
> rentla voute azurée. Lorſque des fon-
>> ges déſagréables , ayant-coureurs des
>>peines que je devois reffentir, ont fuf-
>>>pendu mes ſens , prêts à fortir de leur
>> afſoupiſſement, & que la lumière du
>>jour , frappant les organes de la vue ,
→ m'a réveillée; mon âme , par un effor
>>naturel ,portée fortement vers l'objet
>>que j'adore , a conçu , ſans le ſecours
>>de perfonne , l'éloignement du prin-
» cipe de ſa félicité. Mes craintes ont été
>> bientôt juſtifiées ; & la première voix
» qui m'a fait entendre les accens que je
»redoutois, ne m'a laiſſfé d'autre ſen
>>timent que celui de la plus vive dou-
leur.
Il y a d'autres penſées Aſiatiques
dans cette Lettre,
AVRIL. 1764.
77
Dans la troiſième , où Méhémet écrit
à la Sultane Benfeid, du Camp devant
Conſtantinople , à Andrinople ,au ſujet
d'Halifury , Prince de Caramanie , fon
Tributaire , qui s'étoit révolté , & en-
ſuite ſoumis , il y a ces expreſſions qui
peignent bien le naturel fougneux de
ce Conquérant.
» Il marche actuellement vers l'Armé-
>> nie , & je ſouhaite que le feu qu'il y
>>porte dure juſques aux temps où le
» Ciel ,favorable à mes vœux , me per-
>> mettra d'y voler , pour l'éteindre dans
»le ſang de ceux qui m'ont offenfé.
Une Deſcription de Conſtantinople ,
embellie par des métaphores agréables
& juftes de la plus belle ſituation qui
ſoit fans contredit dans le monde, en
donne une idée magnifique. On juge de
la politique de Méhémet , par le choix
qu'il fit de Gennadius , le plus ſçavant
de tous les Grecs , pour l'inſtaller Pa-
triarche de Conſtantinople , en lui met-
tant le Bâton paſtoral entre les mains ,
en préſence des Chrétiens & des Turcs.
Irène , la plus belle créature de cette
vaſte Capitale , paroît ſur la ſcène. Dans
une Lettre que ce Prince lui écrit de
Scutari , il lui dit que » les Femmes font
>> comme des eſſences précieuſes , qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
"
>>ont plus d'odeurs lorſqu'elles font
>>plus renfermées , & auxquelles il ne
>> reſte aucune fuavité lorſqu'on leur
>>>laiſſe prendre l'air. On peut les com-
>> parer à une table où il y a des fruits
>> exquis qui aiguiſentl'appétit de ceux
>>qui les voient, quand même ils ſe-
>> roient rafſafiés. En Grèce , en Italie ,
>> en France , elles ont toutes fortes de
>>>libertés : elles vont & viennent ac-
>>>compagnées , ou feules ; elle caquè-
>>tenttantqu'elles veulent ; & les ſages
» Musulmans , qui ſçavent prévoir ce
>>qui peut leur arriver de fâcheux , dé-
>> fendent aux femmes les converſations
>>avec les hommes , de peur qu'elles ne
>> ſe laiſſent enchanter par les oreilles
>> comme les aſpics.
» Je veux que vous n'ayez rien à de-
>> firer , idole de mon âme ; je vous
>> donnerai bientôt des preuves de la
>> flamme dontje brûle pourvos célef-
>>>tes attraits , en vous traitant en Reine ;
» vous méritez d'être élevée au rang le
>>plus diftingué ; mon amour vous en
>> réſerve les honneurs , & une félicité
>> fans partage.
4 La deſcriptiondu fiége de Belgrade
en 1456 dans une lettre écrite par un
des Généraux de Méhémet au Gouver
AVRIL. 1764.
79
neur de Conſtantinople eſt intéreſſante
par les exploits du fameux Hunniade ,
qui obligea ce Prince à le lever après
y avoir perdu une partie de ſes troupes.
Ce Conquérant ,après avoir foumis
une partie du Péloponnéſe , alla voir
Athènes dont il écrit une lettre à Mizai
Paleologue , Prince Grec , unde ſesGé-
néraux.
>> J'ai conſidéré les édifices que les
>> temps même ont épargnés ; pénétré
>> de reſpect & d'admiration pour ces
>> lieux fameux par les Platon , les So-
>> crate , les Euclide ,les Démosthène, les
» Miltiade&tantd'autres génies immor-
>> tels,guerriers invincibles,que ces con-
>> trées ſi déchuesde leur première gran-
>> deur ont vu briller autre fois ; mon âme
» élevée par des tranſports dont je n'ai
» pas été le maître vers ces ombres di-
>>vines , leur a adreſſé les vœux que ma
» débile plume a tâché d'exprimer.
» Oh vous ! qui dans un repos éter-
>>>nel goûtez à des diſtances infinies de
>> ce globe où ne ſont que des êtres im-
>>matériels , la félicité inéffable que le
>> ſuprême Auteur de l'Univers vous
>> avoitréſervée pour vous récompenfer
» de vos vertus , recevez l'encens &
>> les hommages decelui qui n'ayant pu
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» par l'ordre des deſtinées en être le
>> témoin , forme des defirs pour votre
>>bonheur en regardant les reſtes de ces
>>Palais & de ces Temples plus heureux
>> que moi d'avoir entendu vos céleſtes
» accens.
;
CetOuvrage fait connoître Monceni-
go, le plus grand Général qu'ait jamais
eu la République de Veniſe. Il porta
la guerre dans les Provinces de l'Afie
Mineure de l'Empire Ottoman & cal-
ma les troubles du Royaume de Chy-
pre. C'eſt un Perſonnage illustre dont
Moréri ni ſes Commentateurs n'ont ja-
mais fait mention. Ufum-Caffan a été
* auſſi oublié , ainſi qu'une infinité d'au-
tres. On feroit un bon Ouvrage de ce
qui leur manque.
Ce Roi de Perſe eut des démêlés avec
Méhémet ; toutes les lettres qu'ils ſe font
écrites n'ont pu être que très-intéreſſan-
tes; il y en a ſix où le génie de ces
deux Princes eſt bien développé. Le Sul-
tan veut engager Ufum- Caffan à rom-
pre les engagemens quil a pris avec les
Princes Chrétiens. » Tes intérêts ne
>> peuvent toucher fincérement les Al .
>>liés que tu as été chercher dans des
>> climats qui te ſont fi peu connus ; ils
>> font trop éloignés de toi pour crain-
>>dre ta vangeance lorſqu'ils t'aban-
AVRIL. 1764.
81
>> donneront. Joignons plutôt nos ar-
» mes , & faiſons trembler l'Europe ;
>> renverſons les Empires qui depuis la
> décadence & la divifion de celui qui
>> leur donna une première origine y
>> fleuriſſent par les Arts & le Com-
>> merce du monde ; fubjuguons des
>>>Nations trop foibles pour nous ré-
>> ſiſter. Voilà quelle doit être l'ambi-
>> tion d'un Souverain tel que toi , &c.
Ufum-Caffan lui demande la Cappa-
doce & la ville de Trébiſonde qu'il a
envahies ſur ſon beau-père David Com-
nène; il les lui refuſe , & la guerre ſe
déclare entr'eux. Le Roi de Perſe lui
écrit une lettre dont on ne rapporte-
rai ici que quelques expreffions. Après
lui avoir dit qu'il voudroit armer contre
lui tous les Rois de la Terre, & lui avoir
reproché ſon injustice, il ajoute : » Ton
>> ambition ſans bornes , qui depuis que
>>>tu es monté ſur le Trône te porte à
>> attaquer indiſtinctement tous tes voi-
>> fins , m'a engagé dans la Ligue des
>>> Princes qui veulent en arrêter les
>> cruels effets. Tu remplis de meurtres
» & de carnage les plus belles Provin-
» ces de l'Europe & de l'Afie ; & la
>> pente fatale au genre humain , qui
t'entraîne à élever un trophée enfan-
Dv
:
82 MERCURE DE FRANCE .
>>glanté fur les débris des Nations fub-
>> juguées , ne sçauroit être arrêtée avec
>> trop de célérité. Je me ſouviens des
>> ravages que tu as faits en Perſe dans
>>ta dernière irruption. Tu vins te raf-
>> fafier de ſang & du plaiſir ſtérite &
>>> barbare de facrifier à une vangeance
>> aveugle un nombre infini de mes Su-
>> jets dont j'ai pleuré la mort. Ton âme
>> dont la férocité eſt inacceffible à la
>> commifération , ne t'a point arraché
»une larme pour la perte de tes Sol-
>>dats qui moururent ſous les coups des
» miens. Il y a des traits auſſi forts dans
le reste de la lettre.
La Bataille de Jerwrack que gagna
Méhémet fur le Roi de Perſe , eſt dé-
crite dans une lettre qu'écrivit le Sul-
tan.Mamut, fonGrand-Vifir , le diſſuada
d'entrer dans l'intérieur de ce Royau-
me , & il fut diſgracié pour lui avoir
fuggéré des conſeils contraires à fon
ambition.
Il y a des images agréables dans les
lettres de la Sultane Miltide , à Méhémet;.
furtout dans celle où elle tâche de l'at-
tirer à Conſtantinople pour qu'il puiffe
ſe délaſſer de ſes travaux.
Elle em-
ploye tout ce que le ſéjour de cette
belle Capitale a de plus ſéduisant pour
l'engager à yvenir.
AVRIL. 1764 .
و
83
La mort d'Ufum-Caffan , & les divi-
fions qu'elle occafionne entre ſes deux
enfans , offrent à Méhémet une belle oc-
cafion d'envahir un Royaume agite par
des guerres civiles ; ſes lettres & celles
fon Ambaſſadeur renfermentdesdétails
curieux. On voit ce Prince s'occuper
de cette conquête & de la punition du
Soudan d'Egypte , ancien Allié du Roi
de Perſe. Pendant qu'il médite les plus
vaſtes projets, & qu'il ſe met à la tête de
trois cent mille combattans pour les
éxécuter ; en entrant en Afie , il eſt
attaqué d'une colique près de Nicomé-
die , Ville de Bythinie , de laquelle il
mourut le 3 Mai 1481 & de l'Hégire
886 , après avoir vêcu 53 ans & en
avoir régné près de 32.
Il liſoit ſouvent l'Hiſtoire Romaine
furtout celle d'Auguste & des autres
Céfars. Il faiſoit ſes délices de celles
d'Alexandre , de Constantin , & de
Théodore ; il avoit beaucoup de goût
pour la Peinture & la Muſique , & fit
fleurir l'Agriculture : il parloit non
ſeulement l'Arabe
langue affectée à
fa Nation , mais encore la Perfane ,
la Grecque & l'Italienne.
Tout ce qui peut faire connoître
le génie & les mœurs d'une Nation ,
Dvi
84 MERCURE DE FRANCE.
doit exciter notre curioſité. Cet Ou
vrage eft dans ce cas, & mérite d'être lu,
par le caractère aſiatique qui le diftin-
gue de beaucoup d'autres qui ont été
écrits fur lamême matière. Le prix des
deux brochures eſt de 1 liv. 16 f.
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Résumé : HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
L'œuvre 'Histoire de Méhémet II. Empereur Ottoman' a été publiée en 1764 à Paris. Elle rassemble des lettres traduites du grec et de l'arabe, écrites par Méhémet II, ses généraux, sultanes, ambassadeurs et Usum-Cassan, roi de Perse. Ces manuscrits, trouvés à Constantinople, ont été traduits et annotés par M. Belin de Monterzi. La préface précise que ces lettres traitent des batailles, sièges et événements majeurs du règne de Méhémet II, complétés par des informations provenant de divers auteurs de l'Empire ottoman. Méhémet II est considéré par les Turcs comme le fondateur de leur empire, tandis que les Grecs ont documenté les événements extraordinaires dont ils ont été témoins. Les Turcs sont originaires des Scythes, qui conquirent le Turkestan et adoptèrent le nom de Turcs. Ils se réunirent sous Ottoman, successeur d'Aladin, souverain d'Alep et de Damas, et héritier de la Bithynie et des régions voisines du mont Olympe. Après deux siècles et dix règnes, Méhémet II monta sur le trône, héritant d'un grand empire de son père, Amurat II. Il inspira la terreur en Europe et en Asie et consolida son pouvoir en éliminant deux de ses frères. Scanderbeg, roi d'Albanie, retarda ses conquêtes, mais après sa mort, Méhémet II conquit les États défendus par les Vénitiens. Le texte mentionne plusieurs lettres, dont une de Méhémet II à la sultane Benféid, décrivant le siège et la prise de Constantinople en 1453. Il évoque également le siège de Belgrade en 1456 et les exploits du célèbre Hunniade contre Méhémet II. Le texte parle de Moncenigo, un général vénitien illustre, et d'Ufum-Caffan, un roi de Perse ayant eu des conflits avec Méhémet II. La bataille de Jerwrack, remportée par Méhémet II, est également décrite, ainsi que les conseils de son Grand-Vizir Mamut. En avril 1764, la mort d'Ufum-Caffan et les divisions entre ses héritiers offrirent à Méhémet II l'opportunité d'envahir un royaume troublé par des guerres civiles. Méhémet II décéda le 3 mai 1481, à l'âge de 53 ans, après un règne de près de 32 ans. Il était passionné par l'histoire romaine, la peinture, la musique et l'agriculture, et maîtrisait plusieurs langues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2851
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
2852
p. 91
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
EPITRES à Messieurs d'Alembert, Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
EPITRES à Messieurs d'Alembert,
Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la
Haye, 1764.
Ces trois Epitres en vers font le fruit
dequelques momens de loiſirs que l'Au-
teur, qui ne ſe nommepas , à cru de-
voir conſacrer à la gloire des trois hom-
mes eſtimables à qui elles ſont adreſſées.
L'Epitre à M. d'Alembert a pour objet
l'invitation & les propoſitions qui lui
ont étéfaites par l'Impératrice de Ruffie,
pour l'engager à ſe charger de l'éduca-
tiondu Prince ſon fils. La nomination
de M. Thomas à la place de premier Se-
crétaire de Mgr le Duc de Praslin , eft
le ſujet de la ſeconde Epitre. La troi-
fiéme à M. d'Arget , eſt la prééminence
d'un bon caractère ſur les Talens. Ces
trois pièces joignent au mérite de la
Poëfie , celui du zèle & de la ſenſibilité.
EPITRES à Messieurs d'Alembert,
Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la
Haye, 1764.
Ces trois Epitres en vers font le fruit
dequelques momens de loiſirs que l'Au-
teur, qui ne ſe nommepas , à cru de-
voir conſacrer à la gloire des trois hom-
mes eſtimables à qui elles ſont adreſſées.
L'Epitre à M. d'Alembert a pour objet
l'invitation & les propoſitions qui lui
ont étéfaites par l'Impératrice de Ruffie,
pour l'engager à ſe charger de l'éduca-
tiondu Prince ſon fils. La nomination
de M. Thomas à la place de premier Se-
crétaire de Mgr le Duc de Praslin , eft
le ſujet de la ſeconde Epitre. La troi-
fiéme à M. d'Arget , eſt la prééminence
d'un bon caractère ſur les Talens. Ces
trois pièces joignent au mérite de la
Poëfie , celui du zèle & de la ſenſibilité.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le document annonce trois épîtres en vers dédiées à Jean le Rond d'Alembert, Antoine Thomas et d'Arget. La première traite des propositions de l'Impératrice de Russie pour l'éducation du prince héritier. La deuxième célèbre la nomination d'Antoine Thomas comme secrétaire du duc de Praslin. La troisième explore la supériorité du bon caractère sur les talents. Ces œuvres allient qualité poétique et sensibilité.
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2853
p. 93-113
« ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...] »
Début :
ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...] »
ABRÉGÉ des Principes de Morale, &
des Règles de conduite qu'un Prêtre
doit fuivre pour bien adminiſtrer le
Sacrement de Pénitence ; par unEcclé-
ſiaſtique du Diocèce de B.... ; à Poi-
tiers, chez J. Felix Faucon , Imprimeur
de Mgr l'Evêque & du Clergé , place&
vis-à-vis l'Eglife Notre-Dame la Gran-
de; & à Paris , chez Ganeau , Libraire ,
rue & près de l'Egliſe de S. Severin ; un
vol. in-12 de 380 pages , 1763 ; avec
approbation & privilége du Roi.
Il paroît que le pieux Eccléſiaſtique
qui a compoſé cet Ouvrage , a connu
par expérience les maximes qu'on doit
obſerver dans le redoutable ministère du
94 MERCURE DE FRANCE.
Sacrement de Pénitence , & qu'il eſt
parfaitement inſtruit de tout ce qui eſt
requis pour éxercer utilement cette fonc-
tion. Il a raſſemblé dans cet Ecrit les
principes de la faine Morale ; il ena tiré
les plus juſtes conféquences ; il a facilité
aux jeunes Prêtres , qui travaillent dans
le ſacré Tribunal,les moyens de les met-
tre en pratique. Il eſt aiſé de compren-
dre combien ce Livre pourra être utile
aux Confeffeurs & aux Pénitens. Ceux-
ci y verront leurs devoirs clairement
expliqués ; ceux-là auront un guide für
pour ſe conduire eux-mêmes , & pour
faire marcher leurs Pénitens dans la voie
du ſalut , après les avoir tirés de l'état du
péché , par une abſolution falutaire. Les
matières de pratique y font traitées avec
autant de ſolidité que de préciſion ; on y
a recueilli avec ordre les points les plus
importans de la Morale.
RÉFLEXIONS militaires , par M. de
Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis, Mestre de Camp
de Cavalerie , Capitaine au Régiment du
Commiſſaire-Général , Membre de l'A-
cadémie des Sciences & Beaux-Arts de
la Ville de Béſiers ; à Paris , chez Du-
chefne , Libraire , rue S. Jacques , au
AVRIL. 1764.
95
Temple du Goût , & chez Durand ne-
veu , Libraire , rue S. Jacques , à la Sa-
geffe; 1764; avec approbation & pri-
vilége du Roi; brochure in-12 de 200
pages.
Les ſujets fur leſquels roulent ces Ré-
fléxions , font la Cavalerie , l'Officier
de Cavalerie , de Dragons , de Huſſards
&de toutes les Troupes à cheval , les
nouvelles Conſtitutions de la Cavalerie ,
l'éducation militaire , la Religion des
Anciens dans leurs Armées , la peine &
la récompenfe , le luxe dans le Militaire ,
l'amour de la gloire , la fubordination ,
la gaîté & l'enthouſiaſme néceſſaires aux
Gens de Guerre , le mariage des Offi-
ciers , les habits uniformes , les châti-
mens militaires , les connoiſſances mili-
taires des Anciens , les uſages & les ar-
mes des Anciens , les anciennes Cavale-
ries de différentes Nations , le cheval ,
le courage , la fauſſe émulation ou l'en-
vie. Tous ces différens Sujets nous ont
parus traités avec intelligence , & femés
de pluſieurs traits hiſtoriques , qui ren-
dent cette lecture très-curieuſe & très-
intéreſſante.
LESÉLÉMENS primitifs des Langues,
découverts par la comparaiſondes Raci-
96 MERCURE DE FRANCE.
nes de l'Hébreu avec celles du Grec , du
Latin & du François. Ouvrage dans le-
quel on éxamine la manière dont les
Langues ontpu ſe former , &ce qu'elles
peuvent avoir de commun; par M. Ber-
gier,Docteur en Théologie , Curédans
le Diocèſe de Besançon , à Paris , chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques , au
Chef S. Jean ; brochure in-12 de 350
pages; avec approbation & privilége
du Roi ; 1764.
Pluſieurs Sçavans avoient déja ſoup-
çonné que les Racines des Langues an-
ciennes pourroient bien être les mêmes
que cellesdes Langues modernes; mais
perſonnen'avoit encore tenté dele véri-
fier par un parallèle éxact & ſuivi,& c'eſt
cequ'entreprend M. Bergier , dans les
huit Differtations qui forment ce Re-
cueil , & qui traitent du changement
des Lettres dans la prononciation , de la
compofition des Mots , du Verbe ſub-
ſtantif, des Verbes hébreux & de leurs
Conjugaiſons, des différentes parties du
Diſcours , de la Syntaxe , du mêlange &
dela dérivation des Langues,& de l'uſa-
ge qu'onpeut fairedes racines.CetOuvra
ge nousparoît auſſi ingénieux que ſça-
vant,&propre à répandre beaucoup de
lumière ſur la ſcience de la Grammaire,
LES
AVRIL. 1764.
97
LES LOISIRS & Amusemens de ma
Solitude , Ouvrage moral ; à Laufane ,
& ſe trouve à Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; 1764 ; brochure in- 12 .
Cette Brochure contient des Penſées
détachées ſur divers ſujets de Morale , &
cinq ou fix Contes qui nous ont paru
très-bien écrits , & très- intéreſſans. On
dit que l'Ouvrage eſt d'un Militaire , qui
l'a compoſé dans ſes momens de loiſir.
Les Penſées & les Réfléxions qu'il pré-
ſente , ne font dictées , ni par une fauſſe
Philofophie , ni par un eſprit de Miſan-
tropie & de cauſticité. Tout y reſpire
l'honneur , la ſageſſe , l'humanité & l'a-
ménité des mœurs. Les gens de goût ne
trouveront d'autre défaut dans ce recueil
que d'être trop peu volumineux.
•DISSERTATION fur les Origines de
Toulouſe ; avec cette Epigraphe : Jam
feges eft ubi Trojafuit. Ovid. Ep. Penel.
Ulyf. à Avignon , chez Jean - Louis
Chambeau , Libraire - Imprimeur ; & fe
vend à Toulouse , chez Biroffe , Libraire,
à la Bible d'or ; 1764 ; brochure in-8°.
de 70 pages.
Cet Ecrit, plein de recherches ſça-
vantes , & qui préſente des vues nou-
I. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
velles , méritoit , par ce double titre,
d'être dédié à M. l'Abbé Barthelemy
qui a fait lui-même des découvertes fi
ſcavantes dans l'Antiquité. L'Auteur ,
M. Audibert , Vicaire de Verfeil , nous
paroît avoir examiné avec la plus ſcru-
puleuſe attention , les Monumens anti-
ques qui fontaux environs de Toulouſe ,
&dans Toulouſe même ; & compa-
rant enſuite ces reſtes de l'Antiquité ,
avec ce qu'ont dit d'anciens Ecrivains
,
il en tire des conféquences fûres , qui
jettent le plus grand jour fur pluſieurs
pointsdenotre Hiſtoire.
REMARQUES fur pluſieurs branches
de Commerce & de Navigation ; nou-
velle Edition , ſans nom d'Auteur , ni de
Ville , ni d'Imprimeur ; 1764 ; brochure
in- 12 , en deux parties. *
L'Auteur nous paroît très-inſtruit des
divers objets qui font la matière de cet
Ouvrage; & nous croyons que l'intérêt
public demande que l'on fafle fur-tout
attention à l'endroit où il eſt parlé de la
fortiedes grains hors du Royaume, fans
lalibertéde laquelle il eſt impoffible , dit
l'Auteur , que l'Agriculteur ſe relèvede
l'étatd'abattement ſous lequel il languit,
* Nous venons d'apprendre quel'on en trouve
des Exemplaires ,chez M. Simon , rue S. Jacques.
AVRIL. 1764.
THEQUELEL
LYON
*
par les impôts dont il le croit cha
Les Pêcheries méritent auſſi l'attention
du Lecteur ; & l'on ne sçauroit affez
recommander l'exemption de tous les
droits de conſommation ſur l'entrée du
Poiffon dans le Royaume.
VOLTAIRE , Poëme en vers libres ,
par M. le Clerc de Mont-Merci , Avocar
au Parlement , avec cette Epigraphe :
Omnia transformatfefe in miracula re-
rum. Virg. Georg. Sans nomde Ville ni
de Libraire ; mais on en trouve des
Exemplaires partout où ſe diſtribuent
les Nouveautés. Brochure in-8°. de 76
pages ; 1764.
Un Poëme dont M. de Voltaire eft
le Sujet & le Héros , eſt un objet trop
intéreſſant pour nous en tenir à une
fimple annonce ; nous en donnerons
donc un Extrait détaillé dans le Mer-
cure prochain , l'abondance des matiè-
res ne nous permettant pas de l'inférer
dans celui-ci.
LES SAISONS & les Jours , Poëmes ;
1764. On trouve des Exemplaires de
cetteBrochure in-12, chez Bauche , Li-
braire , quai des Auguſtins.
On a réuni ſous un titre très-court ,
de très-jolies Piéces qui traitent des mê-
E ij
*
TOO MERCURE DE FRANCE.
mes matières , qui avoient couru manuf
crites , & dont quelques -unes même
avoient déja été imprimées. On connoît
depuis longtemps les quatre parties du
Jour de M. de B..... Les quatre Saiſons
du même Auteur n'étoient pas auſſi pu-
bliques. Celles de M. Bernard & les
deux points du jour de M. de S. L.
étoient diſperſés dans divers volumes ,
& n'avoientparu que défigurés pardes
lacunes ou des fautes conſidérables. On
doit donc ſçavoir gré au Libraire qui
les a réunis en un ſeul volume , en
les réimprimant très - correctement &
fur du beau papier. Nous ne dirons
rien du mérite de ces différens mor- /
ceaux de Poësie , que tout homme de
goût ne peut ſe diſpenſer d'avoir dans
fon cabinet.
DICTIONNAIRE de Titres
originaux pour les Fiefs , les Domaines
du Roi , l'Hiſtoire , la Généalogie , &
généralement tous les objets qui con-
cernentle Gouvernementde l'Etat ; ou
inventaire général du Cabinet du Che-
valier Blondeau de Charnage , ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris Faubourg S. Germain , rue Gué-
négaud , à la porte cochère à côté de
AVRIL. 1764.
IOT
PHotel d'Artois , à Paris , de l'impri-
merie de Michel Lambert , rue & à
côté de la Comédie Françoiſe ; 1764;
avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 12 , de 200 pages.
Le Cabinet de M. Blondeau est com-
poſé de foixante-dix mille Titres , dont
environ foixante mille en originaux. Il
eſt diſtribué en 26 parties. Ce Diction-
naire commence par les Fiefs ; on don-
nera enfuite l'inventaire des Titres féo-
daux concernantles Archevêchés , Evê
chés , Abbayes , Prieurés , Chapitres ,
Cures, Communautés Religieuſes , &c.
On paffera enſuite à l'inventaire des
Titres concernant le Domaine ; & l'on
continuera celui des autres parties du
Cabinet; felon que les objets ſe pré-
fenteront. Tous les titres font rangés
par ordre alphabétique des noms des
Seigneuries pourles Fiefs,&desnoms de
Familles pour les Titres généalogiques.
TARIFS , ou comptes faits , con-
cernant les alliages & les bonifications
d'or & d'argent; par M. J. Xhrouet ;
à Paris , chez Guillyn , Libraire , Quai
des Auguſtins ; 1763 ; volume in-12.
La partie la plus délicate de l'Or-
févrerie étant les titres des matières
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
d'or & d'argent ; & leurs calculs , par
la grande juſteffe qu'ils éxigent , de-
venant extrêmement longs& difficiles ,
il n'est pas douteux qu'on ne les voie
avec plaifir réduits à une ſimple addi-
tion. C'eſt-là l'objet que l'Auteur s'eſt
propofé de remplir dans l'ouvrage que
nous annonçons. On y trouvera une
grande facilité pour mettre quelque Or
que ce puiffe être à 20 ,21 ,22 , 23 Ка-
rats ; & c. Le Livre est dédié à M. de
Gouve , Procreur Général en la Cour
des Monnoies. L'étendue de ſes lu-
mières dans cette partie , la juſteſſe de
fon difcernement , la place qu'il occu-
pe forment un préjugé favorable pour
çetOuvrage,qui ne peut être que d'une
très-grande utilité pour les Artiſtes qui
travaillent en or & en argent.
NÉCESSITÉ de penser à la mort, ou
Inftructions chrétiennes pour le temps
de la maladie ; Ouvrage non ſeulement
utile à ceux qui adminiſtrent les der-
niers Sacremens , & qui ont le ſoin
fpirituel des malades , mais encore aux
malades mêmes , & àceux qui leur don-
nentles ſecours temporels. On y a joint
l'Ordinaire de la Sainte Meſſe ,une
courte explication de l'Oraifon Domi
AVRIL. 1764.
103
nicale , une paraphraſe ſur les ſept
Pſeaumes de la Pénitence , les Prières
de l'adminiſtration du faint Viatique &
de l'Extrême- Onction, & les Prières des
Agonifans , en Latin & en François,ſe-
conde édition , revue , corrigée & aug-
mentée. A Senlis , & ſe vend à Paris
chez Desaint & Saillant , Libraires,rue
S. Jeande Beauvais ; Claude Hériſſant ,
Libraire-Imprimeur, rue Neuve Notre-
Dame , à la Croix d'Or ; & Hériſſant ,
rue S. Jacques , Imprimeur du Cabinet
duRoi 1764. AvecApprobation & Pri
vil. du Roi , Vol. in- 12 , d'environ 600
pages. Prix,21. broché & 2 1. 10 f. relié.
Ce Titre qui fait connoître ſuffifam-
ment l'objet & l'utilité de cet Ouvrage
édifiant , nous diſpenſe d'entrer dans
un plus grand détail.
INSTRUCTIONS familières en forme
d'entretiens , ſur les principaux objets
qui concernent la culture des Terres ;
Ouvrage à la fin duquel on trouvera
deux Mémoires fort intéreſſans ſur les
Bois ; par M. Thierriat , Conſeiller du
Roi , Garde-Marteau de la Maîtriſe des
Eaux & Forêts de Chaulny : avec cette
Epigraphe : Beatus ille qui procul nego-
tiis &c. Hor. A Paris, chez Mufierfils,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , quai des Auguſtins , au coin
de la rue Pavée , à S. Etienne ; 1763.
Brochure in-12. de 140 pages.
En faveur des enfans qu'on deſtine à
la culture des Terres , ce Livre est
par demandes & par réponſes. Les Maî
tres d'Ecole de Village pourront s'en
fervir pour leur apprendre à lire.
bien de l'Etat,
Ils
pourront même leur faire apprendre
par cœur les réponſes aux différentes
queſtions. Par ce moyen les enfans goû-
teront peu-à-peu-les principes de l'Au-
teur, connoîtront ce qu'ily a de mieux
dans les anciennes pratiques , & tra-
vailleront utilement pour eux & pour les
MÉMOIRES d'Azéma , contenant di-
verſes Anecdotes des régnes de Pierre-
lc- Grand , Empereur de Ruffie , & de
l'Impératrice Catherine ſon épouse , tra-
duits de Ruffe par M. Contant d'Orvil
le ; à Amſterdam , 1764 ; & fe trouvent
à Paris au Palais Royal , chez Mde la
Marche. Brochure en 2 parties in- 12.
Prix , 2 liv. 8 f.
Nous pourrons donnerun jour l'Ex-
trait de ce Roman nouveau.
LEÇONS de Phyſique Expérimentale,,
1
AVRIL. 1764 .
toutes les langues.
1ος
Tome VI. par M. l'Abbé Nollet, de l'A-
cadémie Royale des Sciences & Maître
de Phyſique & d'Hiſtoire Naturelle des
Enfans de France. Vol. in-12. de 527
pages , orné de 20 Planches en Taille-
douce bien déffinées & bien gravées.
A Paris , chez Hippolyte-LouisGuerin
& Louis-François Delatour, rue S. Jac-
ques , à S. Thomas d'Aquin ; 1764. Се
Volume contient quatre leçons , ſca-
voir la 18 , la 19,la 20 & la 21 qui eft
lå dernièrede cet Ouvrage.
La première de ces quatre leçons a
pour objet les mouvemens des.Aftres
& les phénomènes qui en réſultent ; la
2º traite des aimans tant naturels qu'ar-
tificiels; dans la 3 & dans la 4ª M. Lo
N. expoſeméthodiquement les phéno-
mènes de l'électricité , & fait voir par
un grand nombre d'exemples , qu'on
peutmaintenant rendre raiſon de toutes
ces merveilles , que bien des gens
croyent inexpliquables.
Il y a tout lieu de juger que ce volu
meaura lefort des autres qui ont été forr
accueillis du Public tant en France
que dans les païs étrangers. Ce Livre eff
८
devenu claſſique ;
il eſt traduit dans
Nous avons remarqué en parcou
Ey
31
106 MERCURE DE FRANCE .
rant le volume que nous annonçons,
que M. l'Abbé Nollet promet un Sup-
plément. En parlant de certaines quef-
tions , qu'il a été obligé d'omettre,
ou qu'il croit avoir un peu trop reſſer-
rées; mon deſſein , dit-il , eſt d'y reve-
>> nir ; ce fera dequoi former le Sup-
>> plément quej'ai promis dans ma Pré-
>>face , & que je regarde comme un en-
>> gagement que j'ai contracté , & dont
>> jedefire fort de pouvoir m'acquitter.
NOUVELLE Méthode pour aprendre
la langue Latine, par un ſyſtême ſi facile ,
qu'il eſt à la portée d'un enfant de cinq
àfix ans qui ſçait lire : & fi prompt qu'on
y fait plus de progrès en deux ou trois
années , qu'en huit ou dix , en ſuivant
la route ordinaire. Par M. Delaunai. 4
volumes in-8°. Prix , 18 liv. en feuilles,
A Paris , chez Gogué, Libraire , quai
desAuguſtins , au coin de la rue Pavée.
Et chez l'Auteur , Cloître S. Germain-
l'Auxerrois ; 1763 ; avec approbation &
pri ilége du Roi.
On délivre aux Souſcripteurs de cer
Ouvrage ces 4 volumes depuis le 15
Septembre 1761 : cependant l'Auteur
reçoit encore actuellement des plaintes
des Soufcripteurs des Provinces , qui
....
AVRIL. 1764.
107
diſent par leurs lettres qu'ils n'ont encore
que le premier Volume , quoiqu'ils ayent
payéletout , dès enſouſcrivant. Ce n'eſt
point la faute de l'Auteur , mais celle
des Commiffionnaires qui n'ont pas
retiré leurs volumes dans les temps in-
diqués. Néanmoins , comme il faut une
fin à tout , on avertit ici
les Souf-
cripteurs de faire retirer leurs volumes,
d'ici à la fin de Mars 1764
car ſans
cela ,& paffé ledit temps , leurs Souf-
criptions n'auront plus de valeur , &
ils perdrontce qu'ils auront avancé. En-
fin , pour que ces Souſcripteurs ne
puſſent point ignorerle préſent Avis ,
on l'a affiché pendant les mois de Jan-
vier , de Février & de Mars 1764 : &
on l'indiquera dans les Journaux litté-
raires.
ESSAL fur les Duchés de Lorraine&
de Bar , par M. Charles-LéopoldAn-
dreudeBeliftein , avec cette Epigraphe :
Natalefolum dulcedine cunctos
Ducit , & immemores nonfinit eſſe ſui.
Ovid.
A Amsterdam , & on en trouve des
Exemplaires à Paris chez Jorry , rue
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
& vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Brochure , petit in-8°. de 250 pages.
Ce Livre qui n'a point été imprimé
en France , contient 15 Chapitres dans
lesquels on traite de l'état phyſique &
politique , des Finances , de l'Etat Mili-
taire , de l'Agriculture , du Luxe , des
Manufactures
Lorraine.
25
du Commerce de la
L'ESPRIT des Monarques Philoſo-
phes , Marc-Aurele , Julien , Stanislas:
& Frédéric; àAmsterdam , & fe trouve
à Paris chez Vincent , rue S. Severin ;
1764. volume in- 12. de 430 pages.
Depuis Salomon , le Philofophe ,le
Sage par excellence , dont les écrits
font partie des Livres Canoniques ,
Hiſtoire ancienne ne fournit que deux
Monarques , Marc-Auréle & Julien , qui
ayent laiffé des Ouvrages de Philoſo--
phie Morale & Politique. Après tant de
ffécles écoulés depuis le régne de ces
grands hommes , nous avons l'avanta-
ge de les voir revivre dans, Stanislas le
bienfaisant , & Frédéric le Salomon du
Nord. En reuniffant fous un même
point de vue les penſées & les leçons de
ces quatre Monarques , on voit que le
deffein de l'Auteur n'a pas été de less
AVRIL. 1764.
1091
publier toutes. Il s'eſt ſeulement affu-
jetti au titre & à l'objet de ſon Ouvra-
ge; & il n'a extrait de leurs écrits, que
les maximes qui les caractériſent plus
effentiellement comme MonarquesPhi-
lofophes. Il y a dans ce recueil des cho-
fes qui demandent à être connues plus
-ſpécialement , & qui nous fourniront
pour le Mercure prochain , un Extrait
intéreſſant & agréable..
P. VIRGILII Maronis Opera , cum
notis brevioribus , ad ufumfcholarum ;
Parifus , apud Defaint & Saillant , vid
S. Joannis Bellovacenfis , Brocas &
Humblot , viá San-Jacobæá , adinfigne
capitis S. Joannis ; 1764 ; cum privi-
legio Regis. Vol. in- 12 , minorisformæ.
Cette nouvelle édition des œuvres de
Virgile , faite en faveur des écoliers de
tous les Colléges de France , furpaffe
fans contredit , en beauté & en cor.
rection , toutes celles qui juſqu'à pré-
ſent ont été en uſage dans les claffes.
Le caractère en eſt pet,le papier très--
blanc & l'édition très-portative ; voilà
pourla partie Typographique. Les notes
en ſont courtes , claires , & ne diſent
que ce qu'il faut ſçavoir pour l'intel-
ligence du Texte, On a ſuivi d'ailleurs .
110 MERCURE DE FRANCE.
les manufcrits les plus eſtimés , les édi-
tions les plus correctes , & les Com-
mentateurs les plus célébres, pour ne
préfenter que le véritable ſens de l'Au-
teur..
LE MONDE moral , ou Mémoires
pour fervir à l'Hiſtoire du Cœur hu-
main.
On connoît cet Ouvrage qui parut
il y a quatre ans ; c'eſt un Roman en
deux parties de feu M. l'Abbé Prévot :
nous ne le rappellons , que pour dire
qu'on vient d'en donner la fuite dont
nous rendrons compte inceffamment.
LE PHILOSOPHE Négre , & le ſe-
cretdes Grecs. Ouvragetrop néceſſaire;
endeux parties in- 12; Londres , 1764 ,
& à Paris , chez Prault petit-fils , Quai
des Auguſtins , àl'Immortalité.
C'eſt un petit Roman composé par
M. M... dans lequel on dévoile lesma-
nœuvres des Joueurs fripons.
L'HISTOIRE de l'Irlande , ancienne
& moderne , tirée des monumens les
plus authentiques ; par M. l'AbbéMa-
Geoghegan; àParis , chezAntoine Bou-
det, Imprimeur duRoi,rue S. Jacques,
AVRIL . 1764.
FIE
à la Bible d'Or ; avec Approbation &
Privilége du Roi , 3 vol. in-4°.
CetOuvrage qui a été donné volume
par volume , & dont le troifiéme paroît
nouvellement , mérite qu'on en faffe un
ou pluſieurs extraits ; auſſi nous propo-
fons-nous d'y revenir plus d'une fois.
ŒUVRES diverſes de M. l'Abbé Clé-
ment , C. D. S. L. D. L. à Paris , chez
ClaudeHeriffant , rue neuve Notre-Da-
me , à la Croix d'Or; 1764 , avec Appro
bation & Privilége du Roi ; brochure
in-12 de 200 pages.
M. l'Abbé Clément atortde croire ,
dans ſa Préface , qu'il trouvera peude
lecteurs ; ſes Œuvres poëtiques font de
nature à lui en procurer un grand nom-
bres. Premiérement elles sont très va-
riées , & par là très-capables de plaireà
pluſieurs claffes de lecteurs. Elles ont en
fecond lieu , toutes les qualités qui font
le mérite de ces fortes de petites Piéces ;
on y trouve de l'eſprit ,du fentiment ,
du goût & de la Poësie. A la tête du
recueil ſont placées des Odes ſacrées ,
dontle Sujet efſt tiré des Pſeaumes ; elles
fontfuiviesde quelques traductions des
Hymnes du Breviaire de Paris. En
1735 , l'Académie Françoiſe avoit pro-
172 MERCURE DE FRANCE.
poſé pour le prix de l'Ode , les progrès
de la Mufique sous le régne de LOUIS
LE GRAND. M. l'Abbé Clément eut
le prix ; & fon Ode qui tient un rang
diftingué dans ce recueil , exprime , par
des Strophes harmonieuſes , tous les,
charmes de la Muſique. Nous n'in-
diquerons pas tous les Sujets que l'Au-
teur a traités ; il y a dans cette bro-
chure plus de quatre-vingt Pieces , tant
Odes qu'Epîtres , Bouquets , Portraits ,
Etrennes, Placets , Epitaphes , Epithala-
mes , Epigrammes , Cantatilles , Ron-
deaux , Fables , &c. Nous en avons rap-
porté une dans leSupplémentaux Piéces
fugitives du Mercure de Mars dernier..
Elle nous paroiſſoit de ſaiſons alors
2.
&nous nous réſervions d'en faire con-
noître l'Auteur dans le Mercure de ce
mois. Cette Piéce où il eſt queſtion
d'une aventure de bal
,
donner une idée du goût de l'Auteur ,,
&dumérite des autres Piéces qui com-
poſent cette brochure..
<
REQUÊTE au Roi , par la Dame
veuve Calas , feuille in-4° , & in-8° ,
on en trouvedes exemplaires chez les
Libraires du Palais Royal.
fuffit pour
L'Hiſtoire des ſieurs & Dames Ca
AVRIL. 1764.
11.3%
Ins , que tout le monde connoît pré-
ſentement , étoit un Sujet bien propre
à faire naître des vers touchans &
pathétiques: auſſi eſt-celà ce qui diſtin-
gue principalement cette Requête en
Vers , compoſée par un Poëte qui ade
la chaleur & du ſentiment..
GAZETTE Littéraire de l'Europe. A
Paris , au Bureau de la Gazette de Fran
ce. Prix de la Souſcription , 24 liv. par
an , papier ordinaire , & de 30 liv. pa-
pier plus grand & plus fin.
L'objet de cet Ouvrage périodique
eſt d'annoncer tous, les Mercredis de
chaque ſemaine, dans une feuille in-8º
de ſeize pages d'impreſſion , les Livres
qui paroiffent tant en France que dans
les Pays Etrangers. Pour ceux de Fran-
ce onn'en donne que l'annonce & une:
courte notice. A l'égard des Livres
Etrangers , outre cette annonce, on pù-
bliera à la fin de chaque mois quatre
feuilles de fupplément,dans lesquelles on
renverra les Traductions entières & les
Analyfes détaillées des Ouvrages quis
mériteront d'être plus particulièrement
connus.
La première feuille de cette Gazette
aparu le Mercredi 7 du mois de Mars.
des Règles de conduite qu'un Prêtre
doit fuivre pour bien adminiſtrer le
Sacrement de Pénitence ; par unEcclé-
ſiaſtique du Diocèce de B.... ; à Poi-
tiers, chez J. Felix Faucon , Imprimeur
de Mgr l'Evêque & du Clergé , place&
vis-à-vis l'Eglife Notre-Dame la Gran-
de; & à Paris , chez Ganeau , Libraire ,
rue & près de l'Egliſe de S. Severin ; un
vol. in-12 de 380 pages , 1763 ; avec
approbation & privilége du Roi.
Il paroît que le pieux Eccléſiaſtique
qui a compoſé cet Ouvrage , a connu
par expérience les maximes qu'on doit
obſerver dans le redoutable ministère du
94 MERCURE DE FRANCE.
Sacrement de Pénitence , & qu'il eſt
parfaitement inſtruit de tout ce qui eſt
requis pour éxercer utilement cette fonc-
tion. Il a raſſemblé dans cet Ecrit les
principes de la faine Morale ; il ena tiré
les plus juſtes conféquences ; il a facilité
aux jeunes Prêtres , qui travaillent dans
le ſacré Tribunal,les moyens de les met-
tre en pratique. Il eſt aiſé de compren-
dre combien ce Livre pourra être utile
aux Confeffeurs & aux Pénitens. Ceux-
ci y verront leurs devoirs clairement
expliqués ; ceux-là auront un guide für
pour ſe conduire eux-mêmes , & pour
faire marcher leurs Pénitens dans la voie
du ſalut , après les avoir tirés de l'état du
péché , par une abſolution falutaire. Les
matières de pratique y font traitées avec
autant de ſolidité que de préciſion ; on y
a recueilli avec ordre les points les plus
importans de la Morale.
RÉFLEXIONS militaires , par M. de
Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis, Mestre de Camp
de Cavalerie , Capitaine au Régiment du
Commiſſaire-Général , Membre de l'A-
cadémie des Sciences & Beaux-Arts de
la Ville de Béſiers ; à Paris , chez Du-
chefne , Libraire , rue S. Jacques , au
AVRIL. 1764.
95
Temple du Goût , & chez Durand ne-
veu , Libraire , rue S. Jacques , à la Sa-
geffe; 1764; avec approbation & pri-
vilége du Roi; brochure in-12 de 200
pages.
Les ſujets fur leſquels roulent ces Ré-
fléxions , font la Cavalerie , l'Officier
de Cavalerie , de Dragons , de Huſſards
&de toutes les Troupes à cheval , les
nouvelles Conſtitutions de la Cavalerie ,
l'éducation militaire , la Religion des
Anciens dans leurs Armées , la peine &
la récompenfe , le luxe dans le Militaire ,
l'amour de la gloire , la fubordination ,
la gaîté & l'enthouſiaſme néceſſaires aux
Gens de Guerre , le mariage des Offi-
ciers , les habits uniformes , les châti-
mens militaires , les connoiſſances mili-
taires des Anciens , les uſages & les ar-
mes des Anciens , les anciennes Cavale-
ries de différentes Nations , le cheval ,
le courage , la fauſſe émulation ou l'en-
vie. Tous ces différens Sujets nous ont
parus traités avec intelligence , & femés
de pluſieurs traits hiſtoriques , qui ren-
dent cette lecture très-curieuſe & très-
intéreſſante.
LESÉLÉMENS primitifs des Langues,
découverts par la comparaiſondes Raci-
96 MERCURE DE FRANCE.
nes de l'Hébreu avec celles du Grec , du
Latin & du François. Ouvrage dans le-
quel on éxamine la manière dont les
Langues ontpu ſe former , &ce qu'elles
peuvent avoir de commun; par M. Ber-
gier,Docteur en Théologie , Curédans
le Diocèſe de Besançon , à Paris , chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques , au
Chef S. Jean ; brochure in-12 de 350
pages; avec approbation & privilége
du Roi ; 1764.
Pluſieurs Sçavans avoient déja ſoup-
çonné que les Racines des Langues an-
ciennes pourroient bien être les mêmes
que cellesdes Langues modernes; mais
perſonnen'avoit encore tenté dele véri-
fier par un parallèle éxact & ſuivi,& c'eſt
cequ'entreprend M. Bergier , dans les
huit Differtations qui forment ce Re-
cueil , & qui traitent du changement
des Lettres dans la prononciation , de la
compofition des Mots , du Verbe ſub-
ſtantif, des Verbes hébreux & de leurs
Conjugaiſons, des différentes parties du
Diſcours , de la Syntaxe , du mêlange &
dela dérivation des Langues,& de l'uſa-
ge qu'onpeut fairedes racines.CetOuvra
ge nousparoît auſſi ingénieux que ſça-
vant,&propre à répandre beaucoup de
lumière ſur la ſcience de la Grammaire,
LES
AVRIL. 1764.
97
LES LOISIRS & Amusemens de ma
Solitude , Ouvrage moral ; à Laufane ,
& ſe trouve à Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; 1764 ; brochure in- 12 .
Cette Brochure contient des Penſées
détachées ſur divers ſujets de Morale , &
cinq ou fix Contes qui nous ont paru
très-bien écrits , & très- intéreſſans. On
dit que l'Ouvrage eſt d'un Militaire , qui
l'a compoſé dans ſes momens de loiſir.
Les Penſées & les Réfléxions qu'il pré-
ſente , ne font dictées , ni par une fauſſe
Philofophie , ni par un eſprit de Miſan-
tropie & de cauſticité. Tout y reſpire
l'honneur , la ſageſſe , l'humanité & l'a-
ménité des mœurs. Les gens de goût ne
trouveront d'autre défaut dans ce recueil
que d'être trop peu volumineux.
•DISSERTATION fur les Origines de
Toulouſe ; avec cette Epigraphe : Jam
feges eft ubi Trojafuit. Ovid. Ep. Penel.
Ulyf. à Avignon , chez Jean - Louis
Chambeau , Libraire - Imprimeur ; & fe
vend à Toulouse , chez Biroffe , Libraire,
à la Bible d'or ; 1764 ; brochure in-8°.
de 70 pages.
Cet Ecrit, plein de recherches ſça-
vantes , & qui préſente des vues nou-
I. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
velles , méritoit , par ce double titre,
d'être dédié à M. l'Abbé Barthelemy
qui a fait lui-même des découvertes fi
ſcavantes dans l'Antiquité. L'Auteur ,
M. Audibert , Vicaire de Verfeil , nous
paroît avoir examiné avec la plus ſcru-
puleuſe attention , les Monumens anti-
ques qui fontaux environs de Toulouſe ,
&dans Toulouſe même ; & compa-
rant enſuite ces reſtes de l'Antiquité ,
avec ce qu'ont dit d'anciens Ecrivains
,
il en tire des conféquences fûres , qui
jettent le plus grand jour fur pluſieurs
pointsdenotre Hiſtoire.
REMARQUES fur pluſieurs branches
de Commerce & de Navigation ; nou-
velle Edition , ſans nom d'Auteur , ni de
Ville , ni d'Imprimeur ; 1764 ; brochure
in- 12 , en deux parties. *
L'Auteur nous paroît très-inſtruit des
divers objets qui font la matière de cet
Ouvrage; & nous croyons que l'intérêt
public demande que l'on fafle fur-tout
attention à l'endroit où il eſt parlé de la
fortiedes grains hors du Royaume, fans
lalibertéde laquelle il eſt impoffible , dit
l'Auteur , que l'Agriculteur ſe relèvede
l'étatd'abattement ſous lequel il languit,
* Nous venons d'apprendre quel'on en trouve
des Exemplaires ,chez M. Simon , rue S. Jacques.
AVRIL. 1764.
THEQUELEL
LYON
*
par les impôts dont il le croit cha
Les Pêcheries méritent auſſi l'attention
du Lecteur ; & l'on ne sçauroit affez
recommander l'exemption de tous les
droits de conſommation ſur l'entrée du
Poiffon dans le Royaume.
VOLTAIRE , Poëme en vers libres ,
par M. le Clerc de Mont-Merci , Avocar
au Parlement , avec cette Epigraphe :
Omnia transformatfefe in miracula re-
rum. Virg. Georg. Sans nomde Ville ni
de Libraire ; mais on en trouve des
Exemplaires partout où ſe diſtribuent
les Nouveautés. Brochure in-8°. de 76
pages ; 1764.
Un Poëme dont M. de Voltaire eft
le Sujet & le Héros , eſt un objet trop
intéreſſant pour nous en tenir à une
fimple annonce ; nous en donnerons
donc un Extrait détaillé dans le Mer-
cure prochain , l'abondance des matiè-
res ne nous permettant pas de l'inférer
dans celui-ci.
LES SAISONS & les Jours , Poëmes ;
1764. On trouve des Exemplaires de
cetteBrochure in-12, chez Bauche , Li-
braire , quai des Auguſtins.
On a réuni ſous un titre très-court ,
de très-jolies Piéces qui traitent des mê-
E ij
*
TOO MERCURE DE FRANCE.
mes matières , qui avoient couru manuf
crites , & dont quelques -unes même
avoient déja été imprimées. On connoît
depuis longtemps les quatre parties du
Jour de M. de B..... Les quatre Saiſons
du même Auteur n'étoient pas auſſi pu-
bliques. Celles de M. Bernard & les
deux points du jour de M. de S. L.
étoient diſperſés dans divers volumes ,
& n'avoientparu que défigurés pardes
lacunes ou des fautes conſidérables. On
doit donc ſçavoir gré au Libraire qui
les a réunis en un ſeul volume , en
les réimprimant très - correctement &
fur du beau papier. Nous ne dirons
rien du mérite de ces différens mor- /
ceaux de Poësie , que tout homme de
goût ne peut ſe diſpenſer d'avoir dans
fon cabinet.
DICTIONNAIRE de Titres
originaux pour les Fiefs , les Domaines
du Roi , l'Hiſtoire , la Généalogie , &
généralement tous les objets qui con-
cernentle Gouvernementde l'Etat ; ou
inventaire général du Cabinet du Che-
valier Blondeau de Charnage , ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris Faubourg S. Germain , rue Gué-
négaud , à la porte cochère à côté de
AVRIL. 1764.
IOT
PHotel d'Artois , à Paris , de l'impri-
merie de Michel Lambert , rue & à
côté de la Comédie Françoiſe ; 1764;
avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 12 , de 200 pages.
Le Cabinet de M. Blondeau est com-
poſé de foixante-dix mille Titres , dont
environ foixante mille en originaux. Il
eſt diſtribué en 26 parties. Ce Diction-
naire commence par les Fiefs ; on don-
nera enfuite l'inventaire des Titres féo-
daux concernantles Archevêchés , Evê
chés , Abbayes , Prieurés , Chapitres ,
Cures, Communautés Religieuſes , &c.
On paffera enſuite à l'inventaire des
Titres concernant le Domaine ; & l'on
continuera celui des autres parties du
Cabinet; felon que les objets ſe pré-
fenteront. Tous les titres font rangés
par ordre alphabétique des noms des
Seigneuries pourles Fiefs,&desnoms de
Familles pour les Titres généalogiques.
TARIFS , ou comptes faits , con-
cernant les alliages & les bonifications
d'or & d'argent; par M. J. Xhrouet ;
à Paris , chez Guillyn , Libraire , Quai
des Auguſtins ; 1763 ; volume in-12.
La partie la plus délicate de l'Or-
févrerie étant les titres des matières
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
d'or & d'argent ; & leurs calculs , par
la grande juſteffe qu'ils éxigent , de-
venant extrêmement longs& difficiles ,
il n'est pas douteux qu'on ne les voie
avec plaifir réduits à une ſimple addi-
tion. C'eſt-là l'objet que l'Auteur s'eſt
propofé de remplir dans l'ouvrage que
nous annonçons. On y trouvera une
grande facilité pour mettre quelque Or
que ce puiffe être à 20 ,21 ,22 , 23 Ка-
rats ; & c. Le Livre est dédié à M. de
Gouve , Procreur Général en la Cour
des Monnoies. L'étendue de ſes lu-
mières dans cette partie , la juſteſſe de
fon difcernement , la place qu'il occu-
pe forment un préjugé favorable pour
çetOuvrage,qui ne peut être que d'une
très-grande utilité pour les Artiſtes qui
travaillent en or & en argent.
NÉCESSITÉ de penser à la mort, ou
Inftructions chrétiennes pour le temps
de la maladie ; Ouvrage non ſeulement
utile à ceux qui adminiſtrent les der-
niers Sacremens , & qui ont le ſoin
fpirituel des malades , mais encore aux
malades mêmes , & àceux qui leur don-
nentles ſecours temporels. On y a joint
l'Ordinaire de la Sainte Meſſe ,une
courte explication de l'Oraifon Domi
AVRIL. 1764.
103
nicale , une paraphraſe ſur les ſept
Pſeaumes de la Pénitence , les Prières
de l'adminiſtration du faint Viatique &
de l'Extrême- Onction, & les Prières des
Agonifans , en Latin & en François,ſe-
conde édition , revue , corrigée & aug-
mentée. A Senlis , & ſe vend à Paris
chez Desaint & Saillant , Libraires,rue
S. Jeande Beauvais ; Claude Hériſſant ,
Libraire-Imprimeur, rue Neuve Notre-
Dame , à la Croix d'Or ; & Hériſſant ,
rue S. Jacques , Imprimeur du Cabinet
duRoi 1764. AvecApprobation & Pri
vil. du Roi , Vol. in- 12 , d'environ 600
pages. Prix,21. broché & 2 1. 10 f. relié.
Ce Titre qui fait connoître ſuffifam-
ment l'objet & l'utilité de cet Ouvrage
édifiant , nous diſpenſe d'entrer dans
un plus grand détail.
INSTRUCTIONS familières en forme
d'entretiens , ſur les principaux objets
qui concernent la culture des Terres ;
Ouvrage à la fin duquel on trouvera
deux Mémoires fort intéreſſans ſur les
Bois ; par M. Thierriat , Conſeiller du
Roi , Garde-Marteau de la Maîtriſe des
Eaux & Forêts de Chaulny : avec cette
Epigraphe : Beatus ille qui procul nego-
tiis &c. Hor. A Paris, chez Mufierfils,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , quai des Auguſtins , au coin
de la rue Pavée , à S. Etienne ; 1763.
Brochure in-12. de 140 pages.
En faveur des enfans qu'on deſtine à
la culture des Terres , ce Livre est
par demandes & par réponſes. Les Maî
tres d'Ecole de Village pourront s'en
fervir pour leur apprendre à lire.
bien de l'Etat,
Ils
pourront même leur faire apprendre
par cœur les réponſes aux différentes
queſtions. Par ce moyen les enfans goû-
teront peu-à-peu-les principes de l'Au-
teur, connoîtront ce qu'ily a de mieux
dans les anciennes pratiques , & tra-
vailleront utilement pour eux & pour les
MÉMOIRES d'Azéma , contenant di-
verſes Anecdotes des régnes de Pierre-
lc- Grand , Empereur de Ruffie , & de
l'Impératrice Catherine ſon épouse , tra-
duits de Ruffe par M. Contant d'Orvil
le ; à Amſterdam , 1764 ; & fe trouvent
à Paris au Palais Royal , chez Mde la
Marche. Brochure en 2 parties in- 12.
Prix , 2 liv. 8 f.
Nous pourrons donnerun jour l'Ex-
trait de ce Roman nouveau.
LEÇONS de Phyſique Expérimentale,,
1
AVRIL. 1764 .
toutes les langues.
1ος
Tome VI. par M. l'Abbé Nollet, de l'A-
cadémie Royale des Sciences & Maître
de Phyſique & d'Hiſtoire Naturelle des
Enfans de France. Vol. in-12. de 527
pages , orné de 20 Planches en Taille-
douce bien déffinées & bien gravées.
A Paris , chez Hippolyte-LouisGuerin
& Louis-François Delatour, rue S. Jac-
ques , à S. Thomas d'Aquin ; 1764. Се
Volume contient quatre leçons , ſca-
voir la 18 , la 19,la 20 & la 21 qui eft
lå dernièrede cet Ouvrage.
La première de ces quatre leçons a
pour objet les mouvemens des.Aftres
& les phénomènes qui en réſultent ; la
2º traite des aimans tant naturels qu'ar-
tificiels; dans la 3 & dans la 4ª M. Lo
N. expoſeméthodiquement les phéno-
mènes de l'électricité , & fait voir par
un grand nombre d'exemples , qu'on
peutmaintenant rendre raiſon de toutes
ces merveilles , que bien des gens
croyent inexpliquables.
Il y a tout lieu de juger que ce volu
meaura lefort des autres qui ont été forr
accueillis du Public tant en France
que dans les païs étrangers. Ce Livre eff
८
devenu claſſique ;
il eſt traduit dans
Nous avons remarqué en parcou
Ey
31
106 MERCURE DE FRANCE .
rant le volume que nous annonçons,
que M. l'Abbé Nollet promet un Sup-
plément. En parlant de certaines quef-
tions , qu'il a été obligé d'omettre,
ou qu'il croit avoir un peu trop reſſer-
rées; mon deſſein , dit-il , eſt d'y reve-
>> nir ; ce fera dequoi former le Sup-
>> plément quej'ai promis dans ma Pré-
>>face , & que je regarde comme un en-
>> gagement que j'ai contracté , & dont
>> jedefire fort de pouvoir m'acquitter.
NOUVELLE Méthode pour aprendre
la langue Latine, par un ſyſtême ſi facile ,
qu'il eſt à la portée d'un enfant de cinq
àfix ans qui ſçait lire : & fi prompt qu'on
y fait plus de progrès en deux ou trois
années , qu'en huit ou dix , en ſuivant
la route ordinaire. Par M. Delaunai. 4
volumes in-8°. Prix , 18 liv. en feuilles,
A Paris , chez Gogué, Libraire , quai
desAuguſtins , au coin de la rue Pavée.
Et chez l'Auteur , Cloître S. Germain-
l'Auxerrois ; 1763 ; avec approbation &
pri ilége du Roi.
On délivre aux Souſcripteurs de cer
Ouvrage ces 4 volumes depuis le 15
Septembre 1761 : cependant l'Auteur
reçoit encore actuellement des plaintes
des Soufcripteurs des Provinces , qui
....
AVRIL. 1764.
107
diſent par leurs lettres qu'ils n'ont encore
que le premier Volume , quoiqu'ils ayent
payéletout , dès enſouſcrivant. Ce n'eſt
point la faute de l'Auteur , mais celle
des Commiffionnaires qui n'ont pas
retiré leurs volumes dans les temps in-
diqués. Néanmoins , comme il faut une
fin à tout , on avertit ici
les Souf-
cripteurs de faire retirer leurs volumes,
d'ici à la fin de Mars 1764
car ſans
cela ,& paffé ledit temps , leurs Souf-
criptions n'auront plus de valeur , &
ils perdrontce qu'ils auront avancé. En-
fin , pour que ces Souſcripteurs ne
puſſent point ignorerle préſent Avis ,
on l'a affiché pendant les mois de Jan-
vier , de Février & de Mars 1764 : &
on l'indiquera dans les Journaux litté-
raires.
ESSAL fur les Duchés de Lorraine&
de Bar , par M. Charles-LéopoldAn-
dreudeBeliftein , avec cette Epigraphe :
Natalefolum dulcedine cunctos
Ducit , & immemores nonfinit eſſe ſui.
Ovid.
A Amsterdam , & on en trouve des
Exemplaires à Paris chez Jorry , rue
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
& vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Brochure , petit in-8°. de 250 pages.
Ce Livre qui n'a point été imprimé
en France , contient 15 Chapitres dans
lesquels on traite de l'état phyſique &
politique , des Finances , de l'Etat Mili-
taire , de l'Agriculture , du Luxe , des
Manufactures
Lorraine.
25
du Commerce de la
L'ESPRIT des Monarques Philoſo-
phes , Marc-Aurele , Julien , Stanislas:
& Frédéric; àAmsterdam , & fe trouve
à Paris chez Vincent , rue S. Severin ;
1764. volume in- 12. de 430 pages.
Depuis Salomon , le Philofophe ,le
Sage par excellence , dont les écrits
font partie des Livres Canoniques ,
Hiſtoire ancienne ne fournit que deux
Monarques , Marc-Auréle & Julien , qui
ayent laiffé des Ouvrages de Philoſo--
phie Morale & Politique. Après tant de
ffécles écoulés depuis le régne de ces
grands hommes , nous avons l'avanta-
ge de les voir revivre dans, Stanislas le
bienfaisant , & Frédéric le Salomon du
Nord. En reuniffant fous un même
point de vue les penſées & les leçons de
ces quatre Monarques , on voit que le
deffein de l'Auteur n'a pas été de less
AVRIL. 1764.
1091
publier toutes. Il s'eſt ſeulement affu-
jetti au titre & à l'objet de ſon Ouvra-
ge; & il n'a extrait de leurs écrits, que
les maximes qui les caractériſent plus
effentiellement comme MonarquesPhi-
lofophes. Il y a dans ce recueil des cho-
fes qui demandent à être connues plus
-ſpécialement , & qui nous fourniront
pour le Mercure prochain , un Extrait
intéreſſant & agréable..
P. VIRGILII Maronis Opera , cum
notis brevioribus , ad ufumfcholarum ;
Parifus , apud Defaint & Saillant , vid
S. Joannis Bellovacenfis , Brocas &
Humblot , viá San-Jacobæá , adinfigne
capitis S. Joannis ; 1764 ; cum privi-
legio Regis. Vol. in- 12 , minorisformæ.
Cette nouvelle édition des œuvres de
Virgile , faite en faveur des écoliers de
tous les Colléges de France , furpaffe
fans contredit , en beauté & en cor.
rection , toutes celles qui juſqu'à pré-
ſent ont été en uſage dans les claffes.
Le caractère en eſt pet,le papier très--
blanc & l'édition très-portative ; voilà
pourla partie Typographique. Les notes
en ſont courtes , claires , & ne diſent
que ce qu'il faut ſçavoir pour l'intel-
ligence du Texte, On a ſuivi d'ailleurs .
110 MERCURE DE FRANCE.
les manufcrits les plus eſtimés , les édi-
tions les plus correctes , & les Com-
mentateurs les plus célébres, pour ne
préfenter que le véritable ſens de l'Au-
teur..
LE MONDE moral , ou Mémoires
pour fervir à l'Hiſtoire du Cœur hu-
main.
On connoît cet Ouvrage qui parut
il y a quatre ans ; c'eſt un Roman en
deux parties de feu M. l'Abbé Prévot :
nous ne le rappellons , que pour dire
qu'on vient d'en donner la fuite dont
nous rendrons compte inceffamment.
LE PHILOSOPHE Négre , & le ſe-
cretdes Grecs. Ouvragetrop néceſſaire;
endeux parties in- 12; Londres , 1764 ,
& à Paris , chez Prault petit-fils , Quai
des Auguſtins , àl'Immortalité.
C'eſt un petit Roman composé par
M. M... dans lequel on dévoile lesma-
nœuvres des Joueurs fripons.
L'HISTOIRE de l'Irlande , ancienne
& moderne , tirée des monumens les
plus authentiques ; par M. l'AbbéMa-
Geoghegan; àParis , chezAntoine Bou-
det, Imprimeur duRoi,rue S. Jacques,
AVRIL . 1764.
FIE
à la Bible d'Or ; avec Approbation &
Privilége du Roi , 3 vol. in-4°.
CetOuvrage qui a été donné volume
par volume , & dont le troifiéme paroît
nouvellement , mérite qu'on en faffe un
ou pluſieurs extraits ; auſſi nous propo-
fons-nous d'y revenir plus d'une fois.
ŒUVRES diverſes de M. l'Abbé Clé-
ment , C. D. S. L. D. L. à Paris , chez
ClaudeHeriffant , rue neuve Notre-Da-
me , à la Croix d'Or; 1764 , avec Appro
bation & Privilége du Roi ; brochure
in-12 de 200 pages.
M. l'Abbé Clément atortde croire ,
dans ſa Préface , qu'il trouvera peude
lecteurs ; ſes Œuvres poëtiques font de
nature à lui en procurer un grand nom-
bres. Premiérement elles sont très va-
riées , & par là très-capables de plaireà
pluſieurs claffes de lecteurs. Elles ont en
fecond lieu , toutes les qualités qui font
le mérite de ces fortes de petites Piéces ;
on y trouve de l'eſprit ,du fentiment ,
du goût & de la Poësie. A la tête du
recueil ſont placées des Odes ſacrées ,
dontle Sujet efſt tiré des Pſeaumes ; elles
fontfuiviesde quelques traductions des
Hymnes du Breviaire de Paris. En
1735 , l'Académie Françoiſe avoit pro-
172 MERCURE DE FRANCE.
poſé pour le prix de l'Ode , les progrès
de la Mufique sous le régne de LOUIS
LE GRAND. M. l'Abbé Clément eut
le prix ; & fon Ode qui tient un rang
diftingué dans ce recueil , exprime , par
des Strophes harmonieuſes , tous les,
charmes de la Muſique. Nous n'in-
diquerons pas tous les Sujets que l'Au-
teur a traités ; il y a dans cette bro-
chure plus de quatre-vingt Pieces , tant
Odes qu'Epîtres , Bouquets , Portraits ,
Etrennes, Placets , Epitaphes , Epithala-
mes , Epigrammes , Cantatilles , Ron-
deaux , Fables , &c. Nous en avons rap-
porté une dans leSupplémentaux Piéces
fugitives du Mercure de Mars dernier..
Elle nous paroiſſoit de ſaiſons alors
2.
&nous nous réſervions d'en faire con-
noître l'Auteur dans le Mercure de ce
mois. Cette Piéce où il eſt queſtion
d'une aventure de bal
,
donner une idée du goût de l'Auteur ,,
&dumérite des autres Piéces qui com-
poſent cette brochure..
<
REQUÊTE au Roi , par la Dame
veuve Calas , feuille in-4° , & in-8° ,
on en trouvedes exemplaires chez les
Libraires du Palais Royal.
fuffit pour
L'Hiſtoire des ſieurs & Dames Ca
AVRIL. 1764.
11.3%
Ins , que tout le monde connoît pré-
ſentement , étoit un Sujet bien propre
à faire naître des vers touchans &
pathétiques: auſſi eſt-celà ce qui diſtin-
gue principalement cette Requête en
Vers , compoſée par un Poëte qui ade
la chaleur & du ſentiment..
GAZETTE Littéraire de l'Europe. A
Paris , au Bureau de la Gazette de Fran
ce. Prix de la Souſcription , 24 liv. par
an , papier ordinaire , & de 30 liv. pa-
pier plus grand & plus fin.
L'objet de cet Ouvrage périodique
eſt d'annoncer tous, les Mercredis de
chaque ſemaine, dans une feuille in-8º
de ſeize pages d'impreſſion , les Livres
qui paroiffent tant en France que dans
les Pays Etrangers. Pour ceux de Fran-
ce onn'en donne que l'annonce & une:
courte notice. A l'égard des Livres
Etrangers , outre cette annonce, on pù-
bliera à la fin de chaque mois quatre
feuilles de fupplément,dans lesquelles on
renverra les Traductions entières & les
Analyfes détaillées des Ouvrages quis
mériteront d'être plus particulièrement
connus.
La première feuille de cette Gazette
aparu le Mercredi 7 du mois de Mars.
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Résumé : « ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...] »
En 1763 et 1764, plusieurs ouvrages ont été publiés, couvrant divers domaines. En 1763, un ecclésiastique du diocèse de B... a rédigé un 'Abrégé des Principes de Morale' destiné aux prêtres, approuvé par le Roi, qui propose des conseils pratiques pour la confession. M. de Bouffanelle a publié 'Réflexions militaires' traitant de la cavalerie, de l'éducation militaire et de l'histoire militaire. M. Bergier a exploré les racines communes de l'hébreu, du grec, du latin et du français dans 'Les Éléments primitifs des Langues'. Un militaire anonyme a compilé 'Les Loisirs & Amusements de ma Solitude', un recueil de pensées morales et de contes. M. Audibert a analysé les monuments antiques autour de Toulouse dans sa 'Dissertation sur les Origines de Toulouse'. En 1764, un ouvrage anonyme intitulé 'Remarques sur plusieurs branches de Commerce & de Navigation' recommande la liberté d'exportation des grains et l'exemption des droits sur le poisson. Un poème sur Voltaire par M. le Clerc de Mont-Merci et une brochure poétique intitulée 'Les Saisons & les Jours' ont également été mentionnés. Le 'Dictionnaire de Titres originaux' du Chevalier Blondeau de Charnage est décrit comme un inventaire utile pour le gouvernement. M. J. Xhrouet a simplifié les calculs de l'orfèvrerie dans 'Tarifs, ou comptes faits, concernant les alliages & les bonifications d'or & d'argent'. Enfin, 'Nécessité de penser à la mort' offre des instructions chrétiennes pour les malades.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2854
p. 200-205
De PARIS, le 23 Janvier 1764.
Début :
Le 29 du mois dernier, les Princes & les Pairs sont venus pour prendre leurs [...]
Mots clefs :
Princes, Pairs, Assemblée, Parlement, Duc d'Orléans, Arrêt, Cour, Remontrances, Commissaires, Missions, Canada, Procès, Observatoire, Mouvement des astres, Comète, Loterie de l'école royale militaire, Tirage, Numéros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 23 Janvier 1764.
De PARIS , le 23 Janvier 1764 .
Le 29 du mois dernier , les Princes & les Pairs
font venus pour prendre leurs places à l'Aſſemblée
des Chambres du Parlement. Le Duc d'Orléans
a propoſé de mettre en délibération ce qu'il conviendroit
de faire , relativement aux droits & prérogatives
de la Pairie , ſur la validité du Décret
AVRIL. 1764 . 201
de priſe de corps décerné par le Parlement de
Toulouſe contre le Duc de Fitz James.
On a rendu un Arrêt portant que les Princes
& les Pairs ſeroient convoqués pour le lendemain
à huit heures du matin , & que le Premier Préſident
ſe retireroit pardevers le Roi pour lui rendre
compte de cet Arrêt & ſçavoir de Sa Majesté
ſi ſa volonté étoit de venir en ſon Parlement & fi
le jour lui convenoit.
Le lendemain 30 , le Premier Préſident ayant
rendu compte de ſa miſſion & ayant dit que le
Roi ne viendroit point en ſon Parlement , la délibération
a été repriſe au ſujet de la propoſition
faite par le Duc d'Orléans, & il a été rendu l'Arrêt
quifuit.
>>> LOUIS , par la grace de Dieu , Roi de
>> France & de Navarre : au premier Huiſſier de
>>> notre Cour de Parlement , ou autre notre Huif-
>> ſier ou Sergent ſur ce requis : ſçavoir faiſons;
>> que vû par notredite Cour , toutes les Cham-
>> bres aſſemblées, le récit fait par le Duc d'Or
>> léans le 29 Décembre de la préſente année
>> 1763 , les Extraits des Regiſtres des Délibéra-
>> tions du Parlement de Toulouſe des 13 , 15 &
>> 16 Septembre audit an , le Procès-Verbal fait
>>> audit Parlement de Toulouſe le 14 Décembre
>>> audit an , le Décret contre le Duc de Firz- Ja-
>> mes , Pair de France , décerné audit Parlement
>> de Toulouſe par Arrêt du 17 Décembre audit
>> an , le Procès-Verbal fait par Antoine Gailhard
>> & Bernard Garlene , Huiſſiers au Parlement de
>>T>oulouſe , du 19 deſdits mois & an leſdites
>> Pieces communiquées à notre Procureur Géné
>>> ral en exécution de l'Arrêt de notredite Cour
>> dudit jour 29 Décembre : autre Arrêt de no-
>> credite Cour dudit jour 29 Décembre qui or-
:
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
>> donne que les Princes & Pairs ſeront convoqués
>> pour le lendemain 30 dudit mois de Décem-
>>bre, huit heures du matin , & que le Premier
→→ Préſident nous ſera député , à l'effet de nous
>> inſtruire de ladite convocation & de ſçavoir s'il
>> eſt de notre volonté de venir à notre Parlement,
>>>& fi le jour nous convient:Concluſions de notre
>> Procureur Général : oui le rapport de MM.
>> Joſeph-Marie Terray & Leonard de Sahuguet,
>> Conſeillers : tout conſidéré.
» NOTREDITE COUR , toutes les Chambres
> aſſemblées , ſuffiſamment garnies de Pairs , en
>> vertu de la convocation ordonnée par l'Arrêt
>> du jour d'hier , toujours exiſtante , & eſſentiel-
•• lement & uniquement notre Cour des Pairs , a
dit& déclaré que , par l'Arrêt du Parlement de
>> Toulouſe du 17 Décembre de la préſente an-
» née 1763 , il a été incompétemment décrété con-
>> tre le Duc de Fitz - James , Pair de France , &
>> en cette qualité juſticiable de notre Cour des
>> Pairs ſeulement ; en conféquence déclare ledit
>> Décret , & tout ce qui s'en eſt enſuivi ou pourroit
s'en ſuivre , nul : fait défenſes à tous Huiffiers
ou Porteurs dudit Décret ou de toutes au-
> tres contraintes,d'en faire ſuite ſous telles peines
>> qu'il appartiendra . SI MANDONS mettre le pré-
>> ſent Arrêt à exécution ſuivant la forme&teneur ,
>> de ce faire te donnons pouvoir. Donné en notredite
Cour de Parlement , toutes les Cham-
>>bres aſſemblées , le trente Décembre , l'an de
>> grace mil ſept cent ſoixante- trois , & de notre
Régne le quarante-neuvième. Collationné ,
REGNAULT.
30 Signé , MAUPASSANT.
Le 31 , il a été arrêté qu'il ſeroit fait au Roi de
AVRIL . 1764 . 203
r
très-humbles & très-reſpectueuſes remontrances
fur les faits contenus dans les Procès-Verbaux que
le Parlement de Toulouſe a envoyés au Greffier
du Parlement de Paris , & qui avoient été dépoſés
au Greffe du Parlement ; & que pour fixer les objets
de ces remontrances , il feroit nommé des
Commiſſaires , leſquels ſe ſont aſſemblés le 4 de
cemois.
Les Commiſſaires ayant fini leur travail en ont
rendu compte le 16 aux Chambres aſſemblées. Les
objets ont été fixés & les Gens du Roi ont été chargés
de demander à Sa Majefté le lieu , le jour &
T'heure où il lui plairoit de recevoir leſdites remontrances
.
Le 18 , les Gens du Roi , rendant compte de
leur miſſion aux Chambres aſſemblées , ont dit
que Sa Majeſté recevroit les remontrances de ſon
Parlement , & que ſon intention étoit qu'elles lui
fuſſent préſentées Jeudi à fix heures du ſoir à Verfailles
par le Premier Préſident & deux Préſidens
du Parlement ; en conféquence , leſdites remontrances
ont été lues & fignées.
Le Procès qui s'inſtruiſoit depuis long-temps con
tre les Particuliers accuſés de malverſations dans
le Canada , a été jugé le 10 Décembre dernier : le
jugement eſt imprimé & paroît actuellement dans
lePublic. Il paroît auſſi un Arrêt duConſeil d'Etat
du Roi, daté du 31 du mois dernier , par lequel
Sa Majeſté évoque à ſon Conſeil toutes les conteſtations
, nées ou à naître , relatives à ce jugement
définitif & les renvoye pardevant les
Commiſſaires nommés par les Arrêts du Conſeil
du 15 Octobre 1758 , & du 29 Novembre 1761 ,
pour la liquidation des dettes de la Marine & des
Colonies , contractées en Canada.
,
La Princeſſe de Guémenée accoucha , le 18 de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
ce mois , d'un fils qui portera le nom de Duc
de Monbazon .
Leſieur Meſſier , Aſtronome , attaché au dépôt
des Plans de la Marine , a découvert de l'Obfervatoire
de la Marine à l'Hôtel de Clugny , le 3
de ce mois ſur les huit heures da ſoir , une nouvelle
Comete : c'eſt la ſeptiéme que cet Aſtronome
découvre depuis fix ans. Le Ciel étoit très ferein ;
elle paroiſſoit alors près de l'Etoile Theta , de la
conſtellation du Dragon . A 9. heures 24 minutes
33 ſecondes du ſoir , elle avoit d'aſcenſion droite
236 degrés 29 minutes 16 ſecondes , & 58 degrés
52 minutes 58 ſecondes de déclinaiſons boréale :
le lendemain à fix heures 48 minutes ss ſecondes
du matin , ſon aſcenſion droite étoit de 241 degrés
56 minutes une ſeconde , & ſa déclinaiſon de s
degrés 2 minutes 54 ſecondes. On voit par ces
obſervations que cette Cométe a parcourus degrés
26 minutes 45 ſecondes d'aſcenſion droite
dans l'eſpacede 9 heures 24 minutes 22 ſecondes ,
&qu'elle s'eſt avancée vers le Pole de 29 minutes
56 ſecondes. Cette Cométe eſt conſidérable ; on
l'apperçoit à la vue ſimple , & elle égale en grandeur
les Etoiles de la troiſiéme claſſe ; le noyau
eſt environné d'une nébuloſité de 13 à 14 minutes
dediametre, & elle a une queue de deux degrés &
demi de longueur: elle ne ſe couche point & reſte
viſible toute la nuit on peut l'obſerver le ſoir au
Méridien ſous le Pole. Son mouvement eſt direct,
allant ſuivant l'ordre des ſignes .
Le fieur Montaigne , de la Société Royale d'Agriculture
de la Ville de Limoges , y a apperçu
cette Cométe le même jour que le ſieur Meſſier l'a
découverte à Paris. Le ſieur Montaigne l'a obſervée
le 4 , les & le 6 ſuivant ; il a trouvé que ſa lumiere
avoit un peu augmenté depuis la premiere
obſervation , & qu'elle devoit avoir un mouve
AVRIL. 1764. 205
ment d'environ huit degrés en vingt-quatre heures
ſur un arc de grand cercle. Le 7 , il a encore
obſervé la même Cométe às heures 45 minutes
du ſoir. Suivant cette derniere obſervation , la
Cométe avoit 285 degrés d'aſcenſion droite & 54
degrés 30 minutes de déclinaiſon boréale ; doù il
réíulte , d'après les obſervations antérieures , que
dans l'intervalle de 3 jours 1 sheures,elle a avancé de
4.5 degrés en aſcenſion droite , & que ſa déclinaiſon
boréale n'a diminué que de4 degrés.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire. Les numéros ſortis de la roue de fortune,
font 84 87,82,86 , 23. Le prochain tirage
ſe fera le 6 Février.
Le 29 du mois dernier , les Princes & les Pairs
font venus pour prendre leurs places à l'Aſſemblée
des Chambres du Parlement. Le Duc d'Orléans
a propoſé de mettre en délibération ce qu'il conviendroit
de faire , relativement aux droits & prérogatives
de la Pairie , ſur la validité du Décret
AVRIL. 1764 . 201
de priſe de corps décerné par le Parlement de
Toulouſe contre le Duc de Fitz James.
On a rendu un Arrêt portant que les Princes
& les Pairs ſeroient convoqués pour le lendemain
à huit heures du matin , & que le Premier Préſident
ſe retireroit pardevers le Roi pour lui rendre
compte de cet Arrêt & ſçavoir de Sa Majesté
ſi ſa volonté étoit de venir en ſon Parlement & fi
le jour lui convenoit.
Le lendemain 30 , le Premier Préſident ayant
rendu compte de ſa miſſion & ayant dit que le
Roi ne viendroit point en ſon Parlement , la délibération
a été repriſe au ſujet de la propoſition
faite par le Duc d'Orléans, & il a été rendu l'Arrêt
quifuit.
>>> LOUIS , par la grace de Dieu , Roi de
>> France & de Navarre : au premier Huiſſier de
>>> notre Cour de Parlement , ou autre notre Huif-
>> ſier ou Sergent ſur ce requis : ſçavoir faiſons;
>> que vû par notredite Cour , toutes les Cham-
>> bres aſſemblées, le récit fait par le Duc d'Or
>> léans le 29 Décembre de la préſente année
>> 1763 , les Extraits des Regiſtres des Délibéra-
>> tions du Parlement de Toulouſe des 13 , 15 &
>> 16 Septembre audit an , le Procès-Verbal fait
>>> audit Parlement de Toulouſe le 14 Décembre
>>> audit an , le Décret contre le Duc de Firz- Ja-
>> mes , Pair de France , décerné audit Parlement
>> de Toulouſe par Arrêt du 17 Décembre audit
>> an , le Procès-Verbal fait par Antoine Gailhard
>> & Bernard Garlene , Huiſſiers au Parlement de
>>T>oulouſe , du 19 deſdits mois & an leſdites
>> Pieces communiquées à notre Procureur Géné
>>> ral en exécution de l'Arrêt de notredite Cour
>> dudit jour 29 Décembre : autre Arrêt de no-
>> credite Cour dudit jour 29 Décembre qui or-
:
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
>> donne que les Princes & Pairs ſeront convoqués
>> pour le lendemain 30 dudit mois de Décem-
>>bre, huit heures du matin , & que le Premier
→→ Préſident nous ſera député , à l'effet de nous
>> inſtruire de ladite convocation & de ſçavoir s'il
>> eſt de notre volonté de venir à notre Parlement,
>>>& fi le jour nous convient:Concluſions de notre
>> Procureur Général : oui le rapport de MM.
>> Joſeph-Marie Terray & Leonard de Sahuguet,
>> Conſeillers : tout conſidéré.
» NOTREDITE COUR , toutes les Chambres
> aſſemblées , ſuffiſamment garnies de Pairs , en
>> vertu de la convocation ordonnée par l'Arrêt
>> du jour d'hier , toujours exiſtante , & eſſentiel-
•• lement & uniquement notre Cour des Pairs , a
dit& déclaré que , par l'Arrêt du Parlement de
>> Toulouſe du 17 Décembre de la préſente an-
» née 1763 , il a été incompétemment décrété con-
>> tre le Duc de Fitz - James , Pair de France , &
>> en cette qualité juſticiable de notre Cour des
>> Pairs ſeulement ; en conféquence déclare ledit
>> Décret , & tout ce qui s'en eſt enſuivi ou pourroit
s'en ſuivre , nul : fait défenſes à tous Huiffiers
ou Porteurs dudit Décret ou de toutes au-
> tres contraintes,d'en faire ſuite ſous telles peines
>> qu'il appartiendra . SI MANDONS mettre le pré-
>> ſent Arrêt à exécution ſuivant la forme&teneur ,
>> de ce faire te donnons pouvoir. Donné en notredite
Cour de Parlement , toutes les Cham-
>>bres aſſemblées , le trente Décembre , l'an de
>> grace mil ſept cent ſoixante- trois , & de notre
Régne le quarante-neuvième. Collationné ,
REGNAULT.
30 Signé , MAUPASSANT.
Le 31 , il a été arrêté qu'il ſeroit fait au Roi de
AVRIL . 1764 . 203
r
très-humbles & très-reſpectueuſes remontrances
fur les faits contenus dans les Procès-Verbaux que
le Parlement de Toulouſe a envoyés au Greffier
du Parlement de Paris , & qui avoient été dépoſés
au Greffe du Parlement ; & que pour fixer les objets
de ces remontrances , il feroit nommé des
Commiſſaires , leſquels ſe ſont aſſemblés le 4 de
cemois.
Les Commiſſaires ayant fini leur travail en ont
rendu compte le 16 aux Chambres aſſemblées. Les
objets ont été fixés & les Gens du Roi ont été chargés
de demander à Sa Majefté le lieu , le jour &
T'heure où il lui plairoit de recevoir leſdites remontrances
.
Le 18 , les Gens du Roi , rendant compte de
leur miſſion aux Chambres aſſemblées , ont dit
que Sa Majeſté recevroit les remontrances de ſon
Parlement , & que ſon intention étoit qu'elles lui
fuſſent préſentées Jeudi à fix heures du ſoir à Verfailles
par le Premier Préſident & deux Préſidens
du Parlement ; en conféquence , leſdites remontrances
ont été lues & fignées.
Le Procès qui s'inſtruiſoit depuis long-temps con
tre les Particuliers accuſés de malverſations dans
le Canada , a été jugé le 10 Décembre dernier : le
jugement eſt imprimé & paroît actuellement dans
lePublic. Il paroît auſſi un Arrêt duConſeil d'Etat
du Roi, daté du 31 du mois dernier , par lequel
Sa Majeſté évoque à ſon Conſeil toutes les conteſtations
, nées ou à naître , relatives à ce jugement
définitif & les renvoye pardevant les
Commiſſaires nommés par les Arrêts du Conſeil
du 15 Octobre 1758 , & du 29 Novembre 1761 ,
pour la liquidation des dettes de la Marine & des
Colonies , contractées en Canada.
,
La Princeſſe de Guémenée accoucha , le 18 de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
ce mois , d'un fils qui portera le nom de Duc
de Monbazon .
Leſieur Meſſier , Aſtronome , attaché au dépôt
des Plans de la Marine , a découvert de l'Obfervatoire
de la Marine à l'Hôtel de Clugny , le 3
de ce mois ſur les huit heures da ſoir , une nouvelle
Comete : c'eſt la ſeptiéme que cet Aſtronome
découvre depuis fix ans. Le Ciel étoit très ferein ;
elle paroiſſoit alors près de l'Etoile Theta , de la
conſtellation du Dragon . A 9. heures 24 minutes
33 ſecondes du ſoir , elle avoit d'aſcenſion droite
236 degrés 29 minutes 16 ſecondes , & 58 degrés
52 minutes 58 ſecondes de déclinaiſons boréale :
le lendemain à fix heures 48 minutes ss ſecondes
du matin , ſon aſcenſion droite étoit de 241 degrés
56 minutes une ſeconde , & ſa déclinaiſon de s
degrés 2 minutes 54 ſecondes. On voit par ces
obſervations que cette Cométe a parcourus degrés
26 minutes 45 ſecondes d'aſcenſion droite
dans l'eſpacede 9 heures 24 minutes 22 ſecondes ,
&qu'elle s'eſt avancée vers le Pole de 29 minutes
56 ſecondes. Cette Cométe eſt conſidérable ; on
l'apperçoit à la vue ſimple , & elle égale en grandeur
les Etoiles de la troiſiéme claſſe ; le noyau
eſt environné d'une nébuloſité de 13 à 14 minutes
dediametre, & elle a une queue de deux degrés &
demi de longueur: elle ne ſe couche point & reſte
viſible toute la nuit on peut l'obſerver le ſoir au
Méridien ſous le Pole. Son mouvement eſt direct,
allant ſuivant l'ordre des ſignes .
Le fieur Montaigne , de la Société Royale d'Agriculture
de la Ville de Limoges , y a apperçu
cette Cométe le même jour que le ſieur Meſſier l'a
découverte à Paris. Le ſieur Montaigne l'a obſervée
le 4 , les & le 6 ſuivant ; il a trouvé que ſa lumiere
avoit un peu augmenté depuis la premiere
obſervation , & qu'elle devoit avoir un mouve
AVRIL. 1764. 205
ment d'environ huit degrés en vingt-quatre heures
ſur un arc de grand cercle. Le 7 , il a encore
obſervé la même Cométe às heures 45 minutes
du ſoir. Suivant cette derniere obſervation , la
Cométe avoit 285 degrés d'aſcenſion droite & 54
degrés 30 minutes de déclinaiſon boréale ; doù il
réíulte , d'après les obſervations antérieures , que
dans l'intervalle de 3 jours 1 sheures,elle a avancé de
4.5 degrés en aſcenſion droite , & que ſa déclinaiſon
boréale n'a diminué que de4 degrés.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire. Les numéros ſortis de la roue de fortune,
font 84 87,82,86 , 23. Le prochain tirage
ſe fera le 6 Février.
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Résumé : De PARIS, le 23 Janvier 1764.
Le 23 janvier 1764, le Parlement de Paris a délibéré sur les droits et prérogatives de la Pairie concernant un décret du Parlement de Toulouse. Le 29 décembre 1763, les Princes et Pairs avaient été convoqués pour discuter de la validité d'un décret de prise de corps contre le Duc de Fitz James. Le Premier Président avait été envoyé au Roi pour connaître sa volonté de se rendre au Parlement, mais le Roi avait refusé. La délibération a repris le lendemain, aboutissant à un arrêt. L'arrêt du Parlement de Paris a déclaré que le décret du Parlement de Toulouse était incompétent, car le Duc de Fitz James, en tant que Pair de France, était justiciable uniquement de la Cour des Pairs. Tout ce qui avait été fait ou pourrait être fait en vertu de ce décret a été déclaré nul. Des remontrances ont été préparées pour le Roi concernant les faits contenus dans les procès-verbaux du Parlement de Toulouse. Par ailleurs, un procès concernant des malversations au Canada a été jugé le 10 décembre 1763, et un arrêt du Conseil d'État du Roi a évoqué toutes les contestations relatives à ce jugement. La Princesse de Guémenée a accouché d'un fils le 18 janvier. L'astronome Messier a découvert une nouvelle comète le 3 janvier, observée également par le sieur Montaigne à Limoges. Enfin, la loterie de l'École Royale Militaire a été tirée, avec les numéros 84, 87, 82, 86 et 23.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2855
p. 207-208
De WARSOVIE, le 18 Janvier 1764.
Début :
Le Primat & les Sénateurs ayant consenti à donner à l'Impératrice [...]
Mots clefs :
Primat, Sénateur, Impératrice de Russie, Note, Roi de Pologne, Décès, Ministres, Ambassadeur, République
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texteReconnaissance textuelle : De WARSOVIE, le 18 Janvier 1764.
De WARSOVIE , le 18 Janvier 1764.
Le Primat & les Sénateurs ayant conſentià
donner à l'Impératrice de Ruſſie le titre Impérial
dont ils ne s'étoient point encore ſervis , & craignant
de compromettre les droits de la République
ſur la Ruſſie Polonoife , ont remis à ce ſujet
auComte de Keyſerling la Note ſuivante : .
>> A l'occaſion de la notification qu'on va faire
>> à Sa Majesté l'Impératrice de Ruſſie du décès,
>> du Roi de Pologne , le Primat , les Sénateurs
» & les Miniſtres de la République de Pologne
> ont fait connoître à l'Ambaſſadeur Extraordi-
>> naire& Plénipotentiaire de Ruffre , qu'en con-
>>>ſéquence des égards très-diftingués qu'ils ont
*pour une Puiſſance auſſi reſpectable que celle
>>> de Ruffie , ils étoient fort éloignés de lui con
>>teſter le titre d'Impériale qui convient ſi bien à
>>> l'étendue & aux forces de ſes vaſtes Etats ;
>> mais que , comme dans l'application on y
>> joint ces mots : de toutes les Ruffies , le Primat,
>>>les Sénateurs & les Miniſtres de la République
>>>ne pouvoient s'empêcher de repréſenter que
>>>l'Ordre Equeſtre & la Nation en général pour-
>> roient concevoir quelque inquiétude ſur la généralité
de cette dénomination de toutes les
>>> Ruffies , ayant à craindre que la Cour Impé-
>> riale de Ruſſie n'en tirât peut-être un jour des
>> conféquences ſur la poſſeſſion des Provinces
>> connues ſous la même dénomination & ap-
>> partenantes à la République tant en Pologne
** qu'en Lithuanie.
Sur cette Note, l'Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plénipotentiaire de Ruſſie a déclaré que le titre
de Majesté Impériale de toutes les Ruffies étant
donné a l'Impératrice ſa très-gracieuſe Souverai
1
208 MERCURE DE FRANCE.
ne par toutes les autres Puiſſances , il ne ſeroit
pas convenable de vouloir rien changer à cet
égard , mais qu'il aſſuroit la ſéréniſſime République
de la manière la plus poſitive que Sa
Majesté l'Impératrice étoit ſi éloignée de ſe prévaloir
jamais de ce titre de toutes les Ruffies
pour former des prétentions quelconques ſur la
Ruſſie Polonoiſe , qu'elle eſt au contraire fermement
réſolue d'obſerver religieuſement le Traité
de Paix de 1686 au point qu'en cas de démembrement
, elle aſſiſteroit la République de toutes
ſes forces pour la maintenir dans l'état actuel de
fes poffeffions.
Le Primat & les Sénateurs ayant conſentià
donner à l'Impératrice de Ruſſie le titre Impérial
dont ils ne s'étoient point encore ſervis , & craignant
de compromettre les droits de la République
ſur la Ruſſie Polonoife , ont remis à ce ſujet
auComte de Keyſerling la Note ſuivante : .
>> A l'occaſion de la notification qu'on va faire
>> à Sa Majesté l'Impératrice de Ruſſie du décès,
>> du Roi de Pologne , le Primat , les Sénateurs
» & les Miniſtres de la République de Pologne
> ont fait connoître à l'Ambaſſadeur Extraordi-
>> naire& Plénipotentiaire de Ruffre , qu'en con-
>>>ſéquence des égards très-diftingués qu'ils ont
*pour une Puiſſance auſſi reſpectable que celle
>>> de Ruffie , ils étoient fort éloignés de lui con
>>teſter le titre d'Impériale qui convient ſi bien à
>>> l'étendue & aux forces de ſes vaſtes Etats ;
>> mais que , comme dans l'application on y
>> joint ces mots : de toutes les Ruffies , le Primat,
>>>les Sénateurs & les Miniſtres de la République
>>>ne pouvoient s'empêcher de repréſenter que
>>>l'Ordre Equeſtre & la Nation en général pour-
>> roient concevoir quelque inquiétude ſur la généralité
de cette dénomination de toutes les
>>> Ruffies , ayant à craindre que la Cour Impé-
>> riale de Ruſſie n'en tirât peut-être un jour des
>> conféquences ſur la poſſeſſion des Provinces
>> connues ſous la même dénomination & ap-
>> partenantes à la République tant en Pologne
** qu'en Lithuanie.
Sur cette Note, l'Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plénipotentiaire de Ruſſie a déclaré que le titre
de Majesté Impériale de toutes les Ruffies étant
donné a l'Impératrice ſa très-gracieuſe Souverai
1
208 MERCURE DE FRANCE.
ne par toutes les autres Puiſſances , il ne ſeroit
pas convenable de vouloir rien changer à cet
égard , mais qu'il aſſuroit la ſéréniſſime République
de la manière la plus poſitive que Sa
Majesté l'Impératrice étoit ſi éloignée de ſe prévaloir
jamais de ce titre de toutes les Ruffies
pour former des prétentions quelconques ſur la
Ruſſie Polonoiſe , qu'elle eſt au contraire fermement
réſolue d'obſerver religieuſement le Traité
de Paix de 1686 au point qu'en cas de démembrement
, elle aſſiſteroit la République de toutes
ſes forces pour la maintenir dans l'état actuel de
fes poffeffions.
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Résumé : De WARSOVIE, le 18 Janvier 1764.
Le 18 janvier 1764, à Varsovie, le Primat et les Sénateurs de la République de Pologne ont accordé à l'Impératrice de Russie le titre impérial, tout en exprimant des réserves sur l'utilisation des mots 'de toutes les Russies'. Ils ont transmis ces préoccupations au Comte de Keyserling, Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de Russie. Les Polonais craignaient que ce titre ne compromette les droits de la République sur la Russie Polonoise, redoutant des conséquences sur la possession des provinces polonaises et lituaniennes. En réponse, l'Ambassadeur russe a affirmé que le titre était reconnu par toutes les autres Puissances et ne pouvait être modifié. Il a assuré la République de Pologne que l'Impératrice n'utiliserait pas ce titre pour formuler des prétentions sur la Russie Polonoise. Il a également garanti que la Russie respecterait le Traité de Paix de 1686 et assisterait la République pour maintenir ses possessions en cas de démembrement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2856
p. 208-209
De RATISBONNE, le 19 Janvier 1764.
Début :
Le Prince Clément de Saxe, après avoir appris que la Cour de Rome [...]
Mots clefs :
Prince Clément de Saxe, Cour de Rome, Élection, Évêché, Chapitre, Bulle pontificale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE, le 19 Janvier 1764.
De RATISBONNE , le 19 Janvier 1764 .
Le Prince Clément de Saxe , après avoir appris
que la Cour de Rome avoit confirmé l'élection
du Comte d'Outremont à l'Evêché de Liége , a
écrit à notre Chapitre une Lettre par laquelle
Son Altefle Royale déclare qu'elle accepte l'élection
qui a été faite de ſa perſonne pour l'Evê'
AVRIL. 1764. 209
ehéde cette Ville . On ne doute as que cePrince
ne vienne en prendre pofeſſion dès qu'il aura
reçu de Rome la Bulle de confirmation.
Le Prince Clément de Saxe , après avoir appris
que la Cour de Rome avoit confirmé l'élection
du Comte d'Outremont à l'Evêché de Liége , a
écrit à notre Chapitre une Lettre par laquelle
Son Altefle Royale déclare qu'elle accepte l'élection
qui a été faite de ſa perſonne pour l'Evê'
AVRIL. 1764. 209
ehéde cette Ville . On ne doute as que cePrince
ne vienne en prendre pofeſſion dès qu'il aura
reçu de Rome la Bulle de confirmation.
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2857
p. 210-214
De VERSAILLES, le 15 Février 1764.
Début :
Le Roi a nommé pour son Ministre Plénipotentiaire auprès de [...]
Mots clefs :
Ministre plénipotentiaire, Comte, Consul, Famille royale, Fête de la Purification de la Sainte Vierge, Duc, Cérémonie, Audience, Noblesse, Anniversaire, Lettres de créance, Parlement, Contrat de mariage, Carte céleste, Comète, École royale militaire, Ouvrages
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 15 Février 1764.
De VERSAILLES , le is Février 1964 ..
LE Roi a nommé pour ſon Miniſtre Plénipo
tentiaire auprès de l'Etecteur de Cologne ,le Comte
de Drouville.
Sa Majeſté a nommé Conſul à Raguſe le
fieur Prevôt , à qui Elle avoit accordé le Confulat
de Morée ; celui-ci ſera donné au ſieur le
Maire, & le Vice-Confulat de Roffette en Egypte
au fieur Couſineri.
Le r. de ce mois , le ſieur Camyer , Recteur
de l'Univerſité , & Profeſſeur de Philoſophie au
Collége de Lizieux , a eu l'honneur de préſenter
ſuivant l'uſage , les Cierges de la Chande
leur à Leurs Majestés & à la Famille Royale ; le
même jour , le Père Touſtain de Fronteboſe ,
Vicaire-Général de l'Ordre de Notre-Dame de
AVRIL. 1764. 211
laMercy , accompagné de trois Religieux de ſa
Maiſon , eut auſſi l'honneur de préſenter un cierge
à la Reine pour ſatisfaire à une des conditions.
impoſées à cet Ordre lorſque Marie de Médicis
en permit l'établiſſement à Paris .
Le 2 , Fête de la Purification de la Ste Vierge ,
les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Eſprit s'étant afſemblés dans le
Cabinet du Roi vers les onze heures du matin ,
Sa Majesté ſe rendit à la Chapelle , étant précédée
de Mgr le Dauphin , du Duc d'Orléans , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Prince
de Conti , du Comte de la Marche , du Comte
d'Eu , du Duc de Penthiévre , du Prince de Lamballe
, & des Chevaliers , Commandeurs & Offciers
de l'Ordre. Sa Majeſté ,devant laquelle les
deux Huiſſiers de la Chambre portoient leurs
maſſes, étoit en Manteau , ayant le Collier de
l'Ordre pardeſſus , ainſi que de la Toiſon d'Or.
Loriqu'on eut chants 'Hymne Veni Creator ,le
Roi monta ſur ſon Trône , & reçut Chevaliers le
Comte de Saulx-Tavanne , Lieutenant-Général
de S. M. Chevalier d'Honneur de la Reine ,& le
Chevalierde Muy , Lieutenant-Général & Menin
de Mgr le Dauphin. Après la Grand'Meſſe qui
fut célébrée par l'Evêque Duc de Langres , Prélat
Commandeur , le Roi fut reconduit à fon appartement
en la manière accoutumée.
Les , Sa Majesté donna audience aux Députés
des Etats deBretagne , compoſés du Comte de
Kergueſec , pour la Nobleſſe,du ſieur de Montigay
, Maire de Fougeres , pour le Tiers-Etat ,&
du Comte de la Bourdonnaye , Procureur-Géné
ral-Syndic de la Province. Le Comte de Kergueſec
porta la parole en l'abſence de l'Evêque
de Rennes , Député du Clergé , qui ſe trouvoit
212 MERCURE DE FRANCE.
indiſpoſé. Ces Députés eurent enſuite audience
de la Reine & de la Famille Royale : ils furent
préſentés à Leurs Majestés par le Duc de Pen
thiévre , Gouverneur de la Province , & par le
Comte de Saint- Florentin , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat , & conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand-Maître des Cérémonies , & par le ſieur
Desgranges , Maître des Cérémonies.
Le 8 , le Marquis de Marigny a prêté ſerment
entre les mains du Roi , pour la Lieutenance-
Générale de l'Orléanois.
Le Comte de Noailles , Gouverneur de Verfailles
, accompagné des Officiers du Bailliage de
cette Ville , s'eſt rendu le is à l'Egliſe de Notre
Dame, Paroiſſe du Chateau , & y a affifté
au Te Deum qu'on y a chanté à l'occaſion de
'Anniverſaire de la Naiſſance du Roi ; il a allumé
enfuite le feu qui avoit été préparé vis-à-vis
du Portail de l'Eglife. La Garde des Invalides ,
qui s'y étoit rendue , a fait pluſieurs décharges de
Mouſqueterie.
Le 14 leGénéral Fontenai. Miniſtre Plénipotentiaire
de l'Electeur de Saxe , eut une audience
particulière du Roi , à qui il remit en cette qua
lité ſes lettres de créance. Le même jour , le
Comte de Bielinski , Envoyé Extraordinaire de la
République de Pologne , eut une audience publique
de Sa Majesté , à qui il fit part , au nom de
la République de la mort du Roi Auguſte III .
Le Géneral Fontenai & le Comte de Bielinski
furent conduits à cette audience , ainſi qu'à celles
de la Reine & de la Famille Royale , par le ſieur
Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Le 13 , le Parlement de Grenoble fut préſenté
au koi par le Duc de Choiſeul , Miniſtre &
Secrétaire d'État ayant le Département de la Pro-
2
AVRIL. 1764. 213
vincedu Dauphiné , & conduit par le Marquis
de Dreux , Grand-Maître des Cérémonies , &
par le ſieur Desgranges,Maître des Cérémonies.
Le 12 , le Duc de Bourbon a été préſenté à
Leurs Majeſtés & à la Famille Royale , par le
Prince de Condé ſon père.
Les , la Comteile de Rouault fut préſentée à
Leurs Majestés & à la Famille Royale par la
Comteſſe du Rumain .
Le 26 du mois dernier , Leurs Majestés & la
Famille Royale ſignérent le Contrat de mariage
du Comte de Gralle , Capitaine de Vaiſſeau du
Roi , avec la Demoiſelle fille du ſieur Accaron ,
Commiſſaire de la Marine & premier Commis
des Colonies : & le 12 de ce mois , celui du Comte
de Barral avec Demoiſelle de la Motte.
Le ſieur Meſſier , Aftronome attaché au Dépôt
des Plans de la Marine de France , eut l'honneur
de préſenter au Roi , le 29 du mois dernier ,
une grande Carte céleſte ſur laquelle il avoit
tracé la route de la Cométe qui paroît préſentement
, d'après les obſervations qu'il a faitesdans
l'Obſervatoire de la Marine à Paris . Cette Cométe
a beaucoup perdu de ſa lumière depuis le
moment qu'on l'a découverte , elle ne paroît
plus que de la grandeur d'une étoile de la fixićmeclaſſe;
fon mouvement eſt auſſi très -rallenti,
le 29 Janvier , as heures si minutes du ſoir ;
elle avoit d'aſcenſion droite 328 degrés 16 minutes
37 ſecondes , & 17 degrés 43 minutes s
ſecondes de déclinaiſon boréale ; le lendemain à
fix heures 2 minutes 52 ſecondes du foir , fon
aſcenſion droite étoit de 328 degrés 30 minutes
22 ſecondes,& la déclinaiſon boréale de 16 degrés
57 minutes 21 ſecondes. Elle n'aura paſſé par ſon
périhélie que vers le iz de ce mois.
Le 8 de ce mois , l'Abbé de Burle de Curban
214 MERCURE DE FRANCE.
eut l'honneur de préſenter à Leurs Majeſtés,
àMgr le Dauphin & à Madame Adélaïde la dernière
partie de l'Ouvrage du feu ſieur de Réal ,
contenant l'examen des principaux Ouvrages
compoſés ſur les Matières de Gouvernement , &
dédiée à Madame Adélaïde.
Le 2 , le ſieur Targe fils , Profeſſeur de Mathématiques
à l'Ecole Royale Militaire , a eu l'honneur
de préſenter à Mgr le Duc de Berri & à
Mgr le Comtede Provence les Volumes XVI &
XVII . de l'Hiſtoire d'Angleterre de Smollet ,
traduits par leſieur Targe ſon père , Correſpondant
de l'Académie Royale de Marine , & cidevant
Profeſſeur à l'Ecole Royale Militaire.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
LE Roi a nommé pour ſon Miniſtre Plénipo
tentiaire auprès de l'Etecteur de Cologne ,le Comte
de Drouville.
Sa Majeſté a nommé Conſul à Raguſe le
fieur Prevôt , à qui Elle avoit accordé le Confulat
de Morée ; celui-ci ſera donné au ſieur le
Maire, & le Vice-Confulat de Roffette en Egypte
au fieur Couſineri.
Le r. de ce mois , le ſieur Camyer , Recteur
de l'Univerſité , & Profeſſeur de Philoſophie au
Collége de Lizieux , a eu l'honneur de préſenter
ſuivant l'uſage , les Cierges de la Chande
leur à Leurs Majestés & à la Famille Royale ; le
même jour , le Père Touſtain de Fronteboſe ,
Vicaire-Général de l'Ordre de Notre-Dame de
AVRIL. 1764. 211
laMercy , accompagné de trois Religieux de ſa
Maiſon , eut auſſi l'honneur de préſenter un cierge
à la Reine pour ſatisfaire à une des conditions.
impoſées à cet Ordre lorſque Marie de Médicis
en permit l'établiſſement à Paris .
Le 2 , Fête de la Purification de la Ste Vierge ,
les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Eſprit s'étant afſemblés dans le
Cabinet du Roi vers les onze heures du matin ,
Sa Majesté ſe rendit à la Chapelle , étant précédée
de Mgr le Dauphin , du Duc d'Orléans , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Prince
de Conti , du Comte de la Marche , du Comte
d'Eu , du Duc de Penthiévre , du Prince de Lamballe
, & des Chevaliers , Commandeurs & Offciers
de l'Ordre. Sa Majeſté ,devant laquelle les
deux Huiſſiers de la Chambre portoient leurs
maſſes, étoit en Manteau , ayant le Collier de
l'Ordre pardeſſus , ainſi que de la Toiſon d'Or.
Loriqu'on eut chants 'Hymne Veni Creator ,le
Roi monta ſur ſon Trône , & reçut Chevaliers le
Comte de Saulx-Tavanne , Lieutenant-Général
de S. M. Chevalier d'Honneur de la Reine ,& le
Chevalierde Muy , Lieutenant-Général & Menin
de Mgr le Dauphin. Après la Grand'Meſſe qui
fut célébrée par l'Evêque Duc de Langres , Prélat
Commandeur , le Roi fut reconduit à fon appartement
en la manière accoutumée.
Les , Sa Majesté donna audience aux Députés
des Etats deBretagne , compoſés du Comte de
Kergueſec , pour la Nobleſſe,du ſieur de Montigay
, Maire de Fougeres , pour le Tiers-Etat ,&
du Comte de la Bourdonnaye , Procureur-Géné
ral-Syndic de la Province. Le Comte de Kergueſec
porta la parole en l'abſence de l'Evêque
de Rennes , Député du Clergé , qui ſe trouvoit
212 MERCURE DE FRANCE.
indiſpoſé. Ces Députés eurent enſuite audience
de la Reine & de la Famille Royale : ils furent
préſentés à Leurs Majestés par le Duc de Pen
thiévre , Gouverneur de la Province , & par le
Comte de Saint- Florentin , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat , & conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand-Maître des Cérémonies , & par le ſieur
Desgranges , Maître des Cérémonies.
Le 8 , le Marquis de Marigny a prêté ſerment
entre les mains du Roi , pour la Lieutenance-
Générale de l'Orléanois.
Le Comte de Noailles , Gouverneur de Verfailles
, accompagné des Officiers du Bailliage de
cette Ville , s'eſt rendu le is à l'Egliſe de Notre
Dame, Paroiſſe du Chateau , & y a affifté
au Te Deum qu'on y a chanté à l'occaſion de
'Anniverſaire de la Naiſſance du Roi ; il a allumé
enfuite le feu qui avoit été préparé vis-à-vis
du Portail de l'Eglife. La Garde des Invalides ,
qui s'y étoit rendue , a fait pluſieurs décharges de
Mouſqueterie.
Le 14 leGénéral Fontenai. Miniſtre Plénipotentiaire
de l'Electeur de Saxe , eut une audience
particulière du Roi , à qui il remit en cette qua
lité ſes lettres de créance. Le même jour , le
Comte de Bielinski , Envoyé Extraordinaire de la
République de Pologne , eut une audience publique
de Sa Majesté , à qui il fit part , au nom de
la République de la mort du Roi Auguſte III .
Le Géneral Fontenai & le Comte de Bielinski
furent conduits à cette audience , ainſi qu'à celles
de la Reine & de la Famille Royale , par le ſieur
Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Le 13 , le Parlement de Grenoble fut préſenté
au koi par le Duc de Choiſeul , Miniſtre &
Secrétaire d'État ayant le Département de la Pro-
2
AVRIL. 1764. 213
vincedu Dauphiné , & conduit par le Marquis
de Dreux , Grand-Maître des Cérémonies , &
par le ſieur Desgranges,Maître des Cérémonies.
Le 12 , le Duc de Bourbon a été préſenté à
Leurs Majeſtés & à la Famille Royale , par le
Prince de Condé ſon père.
Les , la Comteile de Rouault fut préſentée à
Leurs Majestés & à la Famille Royale par la
Comteſſe du Rumain .
Le 26 du mois dernier , Leurs Majestés & la
Famille Royale ſignérent le Contrat de mariage
du Comte de Gralle , Capitaine de Vaiſſeau du
Roi , avec la Demoiſelle fille du ſieur Accaron ,
Commiſſaire de la Marine & premier Commis
des Colonies : & le 12 de ce mois , celui du Comte
de Barral avec Demoiſelle de la Motte.
Le ſieur Meſſier , Aftronome attaché au Dépôt
des Plans de la Marine de France , eut l'honneur
de préſenter au Roi , le 29 du mois dernier ,
une grande Carte céleſte ſur laquelle il avoit
tracé la route de la Cométe qui paroît préſentement
, d'après les obſervations qu'il a faitesdans
l'Obſervatoire de la Marine à Paris . Cette Cométe
a beaucoup perdu de ſa lumière depuis le
moment qu'on l'a découverte , elle ne paroît
plus que de la grandeur d'une étoile de la fixićmeclaſſe;
fon mouvement eſt auſſi très -rallenti,
le 29 Janvier , as heures si minutes du ſoir ;
elle avoit d'aſcenſion droite 328 degrés 16 minutes
37 ſecondes , & 17 degrés 43 minutes s
ſecondes de déclinaiſon boréale ; le lendemain à
fix heures 2 minutes 52 ſecondes du foir , fon
aſcenſion droite étoit de 328 degrés 30 minutes
22 ſecondes,& la déclinaiſon boréale de 16 degrés
57 minutes 21 ſecondes. Elle n'aura paſſé par ſon
périhélie que vers le iz de ce mois.
Le 8 de ce mois , l'Abbé de Burle de Curban
214 MERCURE DE FRANCE.
eut l'honneur de préſenter à Leurs Majeſtés,
àMgr le Dauphin & à Madame Adélaïde la dernière
partie de l'Ouvrage du feu ſieur de Réal ,
contenant l'examen des principaux Ouvrages
compoſés ſur les Matières de Gouvernement , &
dédiée à Madame Adélaïde.
Le 2 , le ſieur Targe fils , Profeſſeur de Mathématiques
à l'Ecole Royale Militaire , a eu l'honneur
de préſenter à Mgr le Duc de Berri & à
Mgr le Comtede Provence les Volumes XVI &
XVII . de l'Hiſtoire d'Angleterre de Smollet ,
traduits par leſieur Targe ſon père , Correſpondant
de l'Académie Royale de Marine , & cidevant
Profeſſeur à l'Ecole Royale Militaire.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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Résumé : De VERSAILLES, le 15 Février 1764.
En février 1964, le Roi a nommé plusieurs personnalités à des postes diplomatiques et consulaires. Le Comte de Drouville a été désigné Ministre Plénipotentiaire auprès de l'Électeur de Cologne. Le sieur Prevôt a été nommé Consul à Raguse, remplaçant ainsi le sieur le Maire au Consulat de Morée. Le sieur Cousineri a été nommé au Vice-Consulat de Roffette en Égypte. Le 1er février, le sieur Camyer, Recteur de l'Université et Professeur de Philosophie au Collège de Lisieux, a présenté les cierges de la Chandeleur à Leurs Majestés et à la Famille Royale. Le même jour, le Père Toustain de Frontebose, Vicaire-Général de l'Ordre de Notre-Dame de la Mercy, a présenté un cierge à la Reine. Le 2 avril, lors de la Fête de la Purification de la Sainte Vierge, les Chevaliers, Commandeurs et Officiers de l'Ordre du Saint-Esprit se sont rassemblés dans le Cabinet du Roi. Sa Majesté, accompagnée de plusieurs princes et dignitaires, a assisté à la messe célébrée par l'Évêque Duc de Langres. Après la messe, le Roi a reçu les Députés des États de Bretagne, composés du Comte de Kerguesec pour la Noblesse, du sieur de Montigay pour le Tiers-État, et du Comte de la Bourdonnaye pour le Clergé. Le 8 avril, le Marquis de Marigny a prêté serment pour la Lieutenance-Générale de l'Orléanois. Le Comte de Noailles, Gouverneur de Versailles, a assisté au Te Deum à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du Roi. Le 14 avril, le Général Fontenai, Ministre Plénipotentiaire de l'Électeur de Saxe, et le Comte de Bielinski, Envoyé Extraordinaire de la République de Pologne, ont eu des audiences avec le Roi. Le 13 avril, le Parlement de Grenoble a été présenté au Roi par le Duc de Choiseul. Le Duc de Bourbon et la Comtesse de Rouault ont été présentés à Leurs Majestés et à la Famille Royale. Le 26 mars, Leurs Majestés ont signé le contrat de mariage du Comte de Gralle avec la Demoiselle fille du sieur Accaron. Le 12 avril, le contrat de mariage du Comte de Barral avec Demoiselle de la Motte a été signé. Le sieur Messier, Astronome attaché au Dépôt des Plans de la Marine, a présenté au Roi une carte céleste traçant la route d'une comète. Le 8 avril, l'Abbé de Burle de Curban a présenté un ouvrage sur les matières de gouvernement à Leurs Majestés et à Madame Adélaïde. Le sieur Targe fils, Professeur de Mathématiques à l'École Royale Militaire, a présenté des volumes de l'Histoire d'Angleterre de Smollet à Mgr le Duc de Berry et à Mgr le Comte de Provence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2858
p. 5-16
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
Début :
LE gouvernement de Rome, moitié Aristocratique & moitié Démocratique, [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON.
DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
LE gouvernement de Rome, moitié
Aristocratique & moitié Démocratique,
produiſoit néceſſairement des cabales &
des diviſions parmi les Citoyens. Les
Perſonnages diſtingués des premières
Maiſons de la République n'étoient pas
II. Vol.
A iij
.
6
MERCURE DE FRANCE.
les ſeuls qui aſpiraſſent à l'honneur de
devenir les Chefs de l'Etat : la même
ambition animoit chacun des Patriciens;
la Préture, l'Edilité , enfin le Conſulat
devenoient tour-à-tour l'objet de leurs
voeux.
Le Peuple de ſon côté tenoit dans
ſes mains le ſort des têtes les plus illuſ
tres. La liberté dont il jouiſſoit en don
nant ſes ſuffrages lui permettoit d'en
diſpoſer à ſon gré.Les Candidats (a) le
ſçavoient bien : auſſi n'épargnoient-ils
rien pour gagner ſa bienveiilance.
..
.
Une loi ſage & prudente avoit dé
fendu expreſſément les largeſſes pécu
niaires, afin de prévenir toute eſpéce de
corruption. Quiconque étoit convaincu
de s'être ſervi de ce moyen honteux
pour parvenir aux charges, en étoit ex
clu ſans autre forme de procès. On
penſoit apparemment alors que ceux qui
· avoient l'âme aſſez baſſe pour acheter
le droit de rendre la Juſtice , ne ba
lanceroient pas à la vendre , quand ils
trouveroient l'occaſion de le faire avec
( a ) Tel étoit le nom qu'on donnoit aux
concurrens qui ſe préſentoient pour remplir les
charges publiques , parce qu'ils ſe revêtiſſoient
alors d'une robe blanche ( en Latin candida) qu'ils
ne quittoient qu'après l'élection,
-
A VR I L. 1764.
7
impunité. C'eſt cette loi qui donna lieu
à l'accuſation intentée contre L. Mu
r(272(Z,
·
L'année du Conſulat de Cicéron étant
prête d'expirer, il fit tenir ſuivant l'u-
ſage les Comices Conſulaires , c'eſt-à-
dire l'Aſſemblée du Peuple pour l'élec
tion des Conſuls de l'année ſuivante.
Les ſuffrages tomberent ſur Decius
· Junius Silanus, & ſur Lucius Licinius
Murena. .
Ce dernier avoit un dangereux com
pétiteur dans la perſonne de Servius
Sulpitius que chacun ſçait avoir été
également recommandable & par ſa
naiſſance illuſtre , & par ſes profon
des connoiſſances dans la Juriſpruden
ce. Outré de ſe voir préférer un rival
dont le mérite peut-être étoit inférieur
au ſien, il prit le parti de l'accuſer d'a-
voir acheté les voix qui lui avoient été
favorables. .
Le Conſul déſigné, Murena, fut véri
tablement mortifié de cette accuſation
dictée par l'eſprit de vengeance. Il n'a-
voit pas ſeulement à redouter Sulpi
tius : il avoit encore à craindre le cré
dit immenſe d'un grand homme que ſon
adverſaire avoit ſçu attacher à ſes in
térêts & qui parut avec lui en qualité
A iv
8
MERCURE DE FRANCE.
d'accuſateur. C'étoit le fameux Caton ,
ce farouche Cenſeur , auſſi connu par
ſon infléxible attachement à la vertu,
que par ſes ſentimens vraîment patrio
tiques & républicains.
La cauſe de Murena fut plaidée deux
fois avant que Ciceron parlât pour lui ; la
première fois par Quintus Hortenſius ,
cet Orateur célébre dont les productions
brillantes balanceroient peut-être celles
de Ciceron, ſi elles n'étoient pas perdues
pour nous; la ſeconde par Marcus Craſ
ſus , qui prouva par pluſieurs ſuccès la
ſupériorité de ſes talens.
Le Plaidoyer de Ciceron réunit à la
fois la légéreté & l'élégance. C'eſt un
mêlange parfait de la politeſſe. la plus
aiſée & de la plaiſanterie la plus ingé
nieuſe & la plus délicate. Il y raille
avec adreſſe le pédantiſme des Juriſ
conſultes , parce que Sulpitius faiſoit
profeſſion d'être ſçavant dans les Loix &
· dans la Morale Stoïcienne, parce que Ca
ton paſſoit pour un des plus zélés Phi
loſophes de cette Secte, qui commen
çoit d'ailleurs à tomber dans le diſ-
crédit. Malgré toute ſon indifférence
philoſophique , le Stoïcien fut piqué
juſqu'au vif des ſarcaſmes dont l'acca
bloit le Prince des Orateurs. Pour s'en
A V R I L. 1764.
9
venger il dit un bon mot (b) que Plu
turque a pris ſoin de nous conſerver....
· Il faut avouer, s'écria-t-il en ſortant
de l'audience, il faut avouer que le pre
mier homme de l'Etat eſt auſſi le pre
mier Plaiſant de la République !
Un Membre de l'Académie Fran--
çoiſe, auſſi reſpectable par ſon carac
tère & par ſes mœurs, que recomman
dable par ſa ſcience & ſon érudition,
M. l'Abbé d'Olivet , a fait un beau
préſent à la République des Lettres, en
faiſant imprimer à la ſuite de ſon Com
mentaire ſur ce diſcours, celui que com
poſa pour s'exercer il y a environ 2oo
ans, un illuſtre Sçavant, Aonius Palea
rius, qu'une mort cruelle a rendu célébre
autant que ſes Ouvrages. Peu de mo
dernes ont réuſſi comme lui à imiter
le ſtyle & la diction de Cicéron qu'il
avoit pris pour modéle. Ce diſcours
excellent à lire , eſt l'accuſation de Mu
rena. On le trouve à la page 517. du
V* Tome de la belle édition in-4°. des
(Euvres de Cicéron.
( b ) Dii boni ! quàm ridiculum Conſulem ha
bemus !
A v
1o MERCURE BE FRANCE.
| DIscovRs de CrcÉRov contre L,
CATILINA , vulgairement dits les ,
QUATRE CATILINAIRES.
Quand j'entends les gens à préjugés
taxer Cicéron de poltronnerie , je me
dis auſſitôt à moi-même, il y a tout au
moins une grande imprudence à déni- .
- grer , ſur le rapport d'autrui, un homme
de mérite qu'on ne connoît pas. Il ne
faut que jetter les yeux ſur l'Hiſtoire
de la Conjuration de Catilina pour ſe .
convaincre , de l'intrépidité. & de la
grandeur d'âme de ce fameux Conſul.
Ce que j'avance paroîtra un paradoxe .
à ceux qui ne connoiſſent pas ce Mor- .
ceau précieux des Annales de la Répu
blique Romaine. Je ſçai que l'opinion .
commune eſt contre moi , mais qu'ils ,
liſent ; la mémoire de Cicéron ſera ven
ée. -
| Salluſte, cet Ecrivain hardi & ſenten- .
tieux, fait la peinture la plus frappante
& la plus vraie des mœurs qui regnoient
à Rome , dans le temps de Catilina La
Jeuneſſe, perdue , de débauches & de
dettes , emprunto:c à groſſes uſures pour
· avoir dequoi fournit, à ſes plaiſirs , &
$ : a - t : les intérêts multipliés l'em--
-
A V R I L. 1764.
I I
portoient ſur le principal : les vices les
plus honteux, déifiés par la corruption
de ceux qui leur procuroient l'apo
théoſe , faiſoient partie du culte pu
blic; les déſordres les plus infâmes de
venoient des cérémonies de Religion
pour ceux qui avoient l'adreſſe de les ca
cher ſous le voile du myſtère. L'Etat de
la République étoit trop violent pour
être durable , la révolution devenoit
comme néceſſaire ; & ſans la vigilance
du Conſul toujours actif& toujours pré
voyant, l'Empire étoit à celui qui ſau
roit le premier s'en ſaiſir.
Lucius Catilina crut être appellé par
la deſtinée à ce haut point de fortune
& de gloire; ou, pour parler plus juſte,
il voulut profiter des circonſtances pour
y parvenir. Il faut avouer auſſi que per
ſonne n'étoit plus propre à jouer le rôle .
d'un conſpirateur. .
Nombre de qualités qui portoient
l'apparence des plus grandes vertus ».
formoient ſon caractère ; mais il n'en
avoit aucune dont il
n'eût défiguré
miſérablement l'image. Lié avec tout .
ce que Rome avoit de plus ſcélérats , il
paroiſſoit en même temps l'admira--
teur le plus zélé des Citoyens les plu#
vertueux.
Sa maiſon étoit remplie de
•.
A vi
º
12 MERCURE DE FRANCE.
tous les objets qui ſervent à flatter la
débauche ; mais ils y étoient accompa
gnés de tout ce qui peut ſervir d'ai
guillon au
travail & à l'induſtrie
:
c'étoit à la fois une ſcène perpétuelle
· des vices les plus raffinés, & une école
d'éxercices militaires. Jamais homme
ne réunit tant de parties oppoſées , &
tant de ces qualités & de ces paſſions
qui ſemblent mutuellement s'exclure ;
perſonne ne poſſéda jamais mieux l'art de
ſe rendre agréable aux bons Citoyens,
& d'entretenir en même temps une liai
ſon étroite avec les plus mauvais ; per
ſonne ne marqua plus de goût pour les
bons principes, & n'en ſuivit jamais de
plus déteſtables; nul homme ne fut plus
outré dans la débauche, & plus capable
de perſévérance dans le travail ; n'eut
plus d'avidité pour le †. & plus de
profuſion dans la dépenſe : perſonne
enfin n'eut jamais tant de facilité à ſe
· faire des amis & à ſe les attacher ſolide
ment, ſi tant eſt que l'amitié puiſſe ha
biter dans des cœurs d'où la vertu eſt
bannie. Il partageoit avec eux tout ce
qu'il poſſédoit, ſon argent, ſon crédit,
ſes maîtreſſes ; rien en un mot ne lui
•coûtoit pour obliger ceux qu'il pouvoit
s'attacher par de pareils ſervices. Son
A V R I L. 1764.
13
caractère prenoit toujours la teinture de
ſes projets, & ſe formoit, dans toutes
les occaſions ſur ſes prétentions & ſur
ſes deſirs.Avec les gens triſtes, l'air
chagrin lui devenoit naturel : avec les
† gais, il paroiſſoit fait pour la gaîté
pour l'enjouement :
il étoit grave
avec les vieillards, vif & léger avec les
jeunes gens, audacieux avec les eſprits
hardis, libre & ſans retenue avec les dé
bauchés. Cette mobilité & cette variété
continuelle avoit non-ſeulement attiré
auprès de lui tout ce qu'il y avoit de
ens ſans principes & ſans mœurs en
Italie & dans les Provinces de l'Empire,
mais lui avoit procuré un grand nombre
d'amis parmi les plus honnêtes gens de
la République, à qui l'apparence de ſes
vertus faiſoit illuſion.
I. Fondé ſur toutes ces reſſources,
Catilina commença bientôt à cabaler
ſourdement, & à tenir des aſſemblées
ſecrettes. Un Citoyen nommé L. Por
cius Lecca prêta ſa maiſon aux Conjurés,
· qui s'y raſſembloient toutes les nuits. Le
projet étoit prêt à éclater, & la Répu
blique touchoit au moment de ſa perte,
quand une bravade indiſcrette de deux
Conſpirateurs découvrit en partie le ſe
cret. Deux intimes amis de Catilina ſe
14 MERCURE DE FRANCE.
vantèrent qu'ils tueroient Ciceron dans
ſon lit. Cette menace, qui n'eut aucun
effet, allarma pourtant aſſez le Sénat
pour qu'il rendît ſolemnellement ce De
cret fameux (c), qui chargeoit ſpéciale
ment les Conſuls de veiller aux intéréts
de l'Empire. Quelques jours après la
Courtiſanne Fulvie, ayant ſçu le projet
entier de la Conjuration, par ſon amant
Curius qui y étoit engagé, alla le révéler
au Conſul, qui ſe prépara à en faire le
rapport le lendemain à l'Aſſemblée du
Sénat. Catilina eut l'impudence de s'y
trouver ; & c'eſt ce qui donna lieu à
Cicéron indigné de prononcer la Première
Catilinaire : Monument précieux aux
yeux des gens de Lettres, d'une vigueur
héroïque , & d'une éloquence | fou
droyante.
, II. Catilina fut étourdi de ce coup
qu'il n'avoit pas prévu,& attendit à peine
la nuit pour ſe dérober à l'indignation
publique. Un petit nombre de Conjurés
le ſuivit dans ſa retraite. Cicéron inſtruit
dès le lendemain de la fuite précipitée du
Chef de la Conjuration, convoqua le
Sénat afin d'aviſer aux meſures qu'il y
avoit à prendre. En attendant les Pères
Conſcripts, qui tardoient trop à s'aſſem
(c, Videant Coſſ ne quid detrimenti reſp, c piat .
·
A V R I L. 1764.
1 5 .
bler, le Conſul monta ſur la Tribune ..
aux Harangites, & apprit au Peuple l'é-
vaſion de Catilina, après lui avoir rendu .
compte des circonſtances de la Conjura
tion, que bien des gens ignoroient en
core. C'eſt la Seconde Catilinaire. .
-
III. On avoit trouvé moyen d'inté
reſſer en faveur de la Conſpiration naif- .
ſante, la Nation des Allobroges, dont
les Ambaſſadeurs étoient alors à Rome,
pour y ſolliciter quelques priviléges
qu'ils avoient beaucoup de peine à obte- .
nir. Quand le calme d'une lente & ſage
réflexion eut ſuccédé aux mouvemens .
rapides de la ſéduction, effrayés des riſ
ues qu'ils couroient, & du péril auquel
étoit expoſé l'Empire, ces Ambaſſadeurs
ſe déterminèrent à en donner ſecréte
ment avis au Conſul. On intercepta les
lettres des Agens de Catilina ; on ſaiſit
des amas d'armes qu'ils faiſoient par ſon
ordre ; on les conduiſit eux-mêmes en
priſon. Cicéron rend compte au Peuple
de tout ceci dans ſa Troiſième Catilinaire.
Diſcours admirable qui ſervira toujours .
de modèle aux Orateurs curieux de nar
rer avec grâce, & de raiſonner ſolide- .
IIle Ilt.
-
IV. Les Conjurés étoient toujours en .
· priſon, & le Sénat n'avoit pas encore -
Y 6 MERCURE DE FRANCE.
prononcé ſur leur ſort. D. Silanus ou
vrit l'avis rigoureux de les condamner
tous à la mort : C. Cœſar, le même qui
donna dans la ſuite des fers à ſa Patrie,
inclinoit à la douceur, & vouloit qu'on
leur laiſſât la vie. Il alla même juſqu'à
intéreſſer Cicéron en leur faveur, en fai
ſant entendre qu'une ſévérité odieuſe
pourroit mettre en danger les jours d'un
Conſul, ſi précieux à la République.
Cicéron , à ſon tour , montra les ſenti
mens les plus héroïques; proteſta qu'il
avoit fait à ſa Patrie le ſacrifice de ſa vie,-
& qu'il falloit embraſſer le parti de la ri
ueur, puiſqu'il étoit le plus ſûr pour
'Etat. Dire que ſon avis fut ſuivi una
nimement, c'eſt faire en deux mots l'élo
ge de cette Quatrième & dernière Ca
tilinaire.
DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
LE gouvernement de Rome, moitié
Aristocratique & moitié Démocratique,
produiſoit néceſſairement des cabales &
des diviſions parmi les Citoyens. Les
Perſonnages diſtingués des premières
Maiſons de la République n'étoient pas
II. Vol.
A iij
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MERCURE DE FRANCE.
les ſeuls qui aſpiraſſent à l'honneur de
devenir les Chefs de l'Etat : la même
ambition animoit chacun des Patriciens;
la Préture, l'Edilité , enfin le Conſulat
devenoient tour-à-tour l'objet de leurs
voeux.
Le Peuple de ſon côté tenoit dans
ſes mains le ſort des têtes les plus illuſ
tres. La liberté dont il jouiſſoit en don
nant ſes ſuffrages lui permettoit d'en
diſpoſer à ſon gré.Les Candidats (a) le
ſçavoient bien : auſſi n'épargnoient-ils
rien pour gagner ſa bienveiilance.
..
.
Une loi ſage & prudente avoit dé
fendu expreſſément les largeſſes pécu
niaires, afin de prévenir toute eſpéce de
corruption. Quiconque étoit convaincu
de s'être ſervi de ce moyen honteux
pour parvenir aux charges, en étoit ex
clu ſans autre forme de procès. On
penſoit apparemment alors que ceux qui
· avoient l'âme aſſez baſſe pour acheter
le droit de rendre la Juſtice , ne ba
lanceroient pas à la vendre , quand ils
trouveroient l'occaſion de le faire avec
( a ) Tel étoit le nom qu'on donnoit aux
concurrens qui ſe préſentoient pour remplir les
charges publiques , parce qu'ils ſe revêtiſſoient
alors d'une robe blanche ( en Latin candida) qu'ils
ne quittoient qu'après l'élection,
-
A VR I L. 1764.
7
impunité. C'eſt cette loi qui donna lieu
à l'accuſation intentée contre L. Mu
r(272(Z,
·
L'année du Conſulat de Cicéron étant
prête d'expirer, il fit tenir ſuivant l'u-
ſage les Comices Conſulaires , c'eſt-à-
dire l'Aſſemblée du Peuple pour l'élec
tion des Conſuls de l'année ſuivante.
Les ſuffrages tomberent ſur Decius
· Junius Silanus, & ſur Lucius Licinius
Murena. .
Ce dernier avoit un dangereux com
pétiteur dans la perſonne de Servius
Sulpitius que chacun ſçait avoir été
également recommandable & par ſa
naiſſance illuſtre , & par ſes profon
des connoiſſances dans la Juriſpruden
ce. Outré de ſe voir préférer un rival
dont le mérite peut-être étoit inférieur
au ſien, il prit le parti de l'accuſer d'a-
voir acheté les voix qui lui avoient été
favorables. .
Le Conſul déſigné, Murena, fut véri
tablement mortifié de cette accuſation
dictée par l'eſprit de vengeance. Il n'a-
voit pas ſeulement à redouter Sulpi
tius : il avoit encore à craindre le cré
dit immenſe d'un grand homme que ſon
adverſaire avoit ſçu attacher à ſes in
térêts & qui parut avec lui en qualité
A iv
8
MERCURE DE FRANCE.
d'accuſateur. C'étoit le fameux Caton ,
ce farouche Cenſeur , auſſi connu par
ſon infléxible attachement à la vertu,
que par ſes ſentimens vraîment patrio
tiques & républicains.
La cauſe de Murena fut plaidée deux
fois avant que Ciceron parlât pour lui ; la
première fois par Quintus Hortenſius ,
cet Orateur célébre dont les productions
brillantes balanceroient peut-être celles
de Ciceron, ſi elles n'étoient pas perdues
pour nous; la ſeconde par Marcus Craſ
ſus , qui prouva par pluſieurs ſuccès la
ſupériorité de ſes talens.
Le Plaidoyer de Ciceron réunit à la
fois la légéreté & l'élégance. C'eſt un
mêlange parfait de la politeſſe. la plus
aiſée & de la plaiſanterie la plus ingé
nieuſe & la plus délicate. Il y raille
avec adreſſe le pédantiſme des Juriſ
conſultes , parce que Sulpitius faiſoit
profeſſion d'être ſçavant dans les Loix &
· dans la Morale Stoïcienne, parce que Ca
ton paſſoit pour un des plus zélés Phi
loſophes de cette Secte, qui commen
çoit d'ailleurs à tomber dans le diſ-
crédit. Malgré toute ſon indifférence
philoſophique , le Stoïcien fut piqué
juſqu'au vif des ſarcaſmes dont l'acca
bloit le Prince des Orateurs. Pour s'en
A V R I L. 1764.
9
venger il dit un bon mot (b) que Plu
turque a pris ſoin de nous conſerver....
· Il faut avouer, s'écria-t-il en ſortant
de l'audience, il faut avouer que le pre
mier homme de l'Etat eſt auſſi le pre
mier Plaiſant de la République !
Un Membre de l'Académie Fran--
çoiſe, auſſi reſpectable par ſon carac
tère & par ſes mœurs, que recomman
dable par ſa ſcience & ſon érudition,
M. l'Abbé d'Olivet , a fait un beau
préſent à la République des Lettres, en
faiſant imprimer à la ſuite de ſon Com
mentaire ſur ce diſcours, celui que com
poſa pour s'exercer il y a environ 2oo
ans, un illuſtre Sçavant, Aonius Palea
rius, qu'une mort cruelle a rendu célébre
autant que ſes Ouvrages. Peu de mo
dernes ont réuſſi comme lui à imiter
le ſtyle & la diction de Cicéron qu'il
avoit pris pour modéle. Ce diſcours
excellent à lire , eſt l'accuſation de Mu
rena. On le trouve à la page 517. du
V* Tome de la belle édition in-4°. des
(Euvres de Cicéron.
( b ) Dii boni ! quàm ridiculum Conſulem ha
bemus !
A v
1o MERCURE BE FRANCE.
| DIscovRs de CrcÉRov contre L,
CATILINA , vulgairement dits les ,
QUATRE CATILINAIRES.
Quand j'entends les gens à préjugés
taxer Cicéron de poltronnerie , je me
dis auſſitôt à moi-même, il y a tout au
moins une grande imprudence à déni- .
- grer , ſur le rapport d'autrui, un homme
de mérite qu'on ne connoît pas. Il ne
faut que jetter les yeux ſur l'Hiſtoire
de la Conjuration de Catilina pour ſe .
convaincre , de l'intrépidité. & de la
grandeur d'âme de ce fameux Conſul.
Ce que j'avance paroîtra un paradoxe .
à ceux qui ne connoiſſent pas ce Mor- .
ceau précieux des Annales de la Répu
blique Romaine. Je ſçai que l'opinion .
commune eſt contre moi , mais qu'ils ,
liſent ; la mémoire de Cicéron ſera ven
ée. -
| Salluſte, cet Ecrivain hardi & ſenten- .
tieux, fait la peinture la plus frappante
& la plus vraie des mœurs qui regnoient
à Rome , dans le temps de Catilina La
Jeuneſſe, perdue , de débauches & de
dettes , emprunto:c à groſſes uſures pour
· avoir dequoi fournit, à ſes plaiſirs , &
$ : a - t : les intérêts multipliés l'em--
-
A V R I L. 1764.
I I
portoient ſur le principal : les vices les
plus honteux, déifiés par la corruption
de ceux qui leur procuroient l'apo
théoſe , faiſoient partie du culte pu
blic; les déſordres les plus infâmes de
venoient des cérémonies de Religion
pour ceux qui avoient l'adreſſe de les ca
cher ſous le voile du myſtère. L'Etat de
la République étoit trop violent pour
être durable , la révolution devenoit
comme néceſſaire ; & ſans la vigilance
du Conſul toujours actif& toujours pré
voyant, l'Empire étoit à celui qui ſau
roit le premier s'en ſaiſir.
Lucius Catilina crut être appellé par
la deſtinée à ce haut point de fortune
& de gloire; ou, pour parler plus juſte,
il voulut profiter des circonſtances pour
y parvenir. Il faut avouer auſſi que per
ſonne n'étoit plus propre à jouer le rôle .
d'un conſpirateur. .
Nombre de qualités qui portoient
l'apparence des plus grandes vertus ».
formoient ſon caractère ; mais il n'en
avoit aucune dont il
n'eût défiguré
miſérablement l'image. Lié avec tout .
ce que Rome avoit de plus ſcélérats , il
paroiſſoit en même temps l'admira--
teur le plus zélé des Citoyens les plu#
vertueux.
Sa maiſon étoit remplie de
•.
A vi
º
12 MERCURE DE FRANCE.
tous les objets qui ſervent à flatter la
débauche ; mais ils y étoient accompa
gnés de tout ce qui peut ſervir d'ai
guillon au
travail & à l'induſtrie
:
c'étoit à la fois une ſcène perpétuelle
· des vices les plus raffinés, & une école
d'éxercices militaires. Jamais homme
ne réunit tant de parties oppoſées , &
tant de ces qualités & de ces paſſions
qui ſemblent mutuellement s'exclure ;
perſonne ne poſſéda jamais mieux l'art de
ſe rendre agréable aux bons Citoyens,
& d'entretenir en même temps une liai
ſon étroite avec les plus mauvais ; per
ſonne ne marqua plus de goût pour les
bons principes, & n'en ſuivit jamais de
plus déteſtables; nul homme ne fut plus
outré dans la débauche, & plus capable
de perſévérance dans le travail ; n'eut
plus d'avidité pour le †. & plus de
profuſion dans la dépenſe : perſonne
enfin n'eut jamais tant de facilité à ſe
· faire des amis & à ſe les attacher ſolide
ment, ſi tant eſt que l'amitié puiſſe ha
biter dans des cœurs d'où la vertu eſt
bannie. Il partageoit avec eux tout ce
qu'il poſſédoit, ſon argent, ſon crédit,
ſes maîtreſſes ; rien en un mot ne lui
•coûtoit pour obliger ceux qu'il pouvoit
s'attacher par de pareils ſervices. Son
A V R I L. 1764.
13
caractère prenoit toujours la teinture de
ſes projets, & ſe formoit, dans toutes
les occaſions ſur ſes prétentions & ſur
ſes deſirs.Avec les gens triſtes, l'air
chagrin lui devenoit naturel : avec les
† gais, il paroiſſoit fait pour la gaîté
pour l'enjouement :
il étoit grave
avec les vieillards, vif & léger avec les
jeunes gens, audacieux avec les eſprits
hardis, libre & ſans retenue avec les dé
bauchés. Cette mobilité & cette variété
continuelle avoit non-ſeulement attiré
auprès de lui tout ce qu'il y avoit de
ens ſans principes & ſans mœurs en
Italie & dans les Provinces de l'Empire,
mais lui avoit procuré un grand nombre
d'amis parmi les plus honnêtes gens de
la République, à qui l'apparence de ſes
vertus faiſoit illuſion.
I. Fondé ſur toutes ces reſſources,
Catilina commença bientôt à cabaler
ſourdement, & à tenir des aſſemblées
ſecrettes. Un Citoyen nommé L. Por
cius Lecca prêta ſa maiſon aux Conjurés,
· qui s'y raſſembloient toutes les nuits. Le
projet étoit prêt à éclater, & la Répu
blique touchoit au moment de ſa perte,
quand une bravade indiſcrette de deux
Conſpirateurs découvrit en partie le ſe
cret. Deux intimes amis de Catilina ſe
14 MERCURE DE FRANCE.
vantèrent qu'ils tueroient Ciceron dans
ſon lit. Cette menace, qui n'eut aucun
effet, allarma pourtant aſſez le Sénat
pour qu'il rendît ſolemnellement ce De
cret fameux (c), qui chargeoit ſpéciale
ment les Conſuls de veiller aux intéréts
de l'Empire. Quelques jours après la
Courtiſanne Fulvie, ayant ſçu le projet
entier de la Conjuration, par ſon amant
Curius qui y étoit engagé, alla le révéler
au Conſul, qui ſe prépara à en faire le
rapport le lendemain à l'Aſſemblée du
Sénat. Catilina eut l'impudence de s'y
trouver ; & c'eſt ce qui donna lieu à
Cicéron indigné de prononcer la Première
Catilinaire : Monument précieux aux
yeux des gens de Lettres, d'une vigueur
héroïque , & d'une éloquence | fou
droyante.
, II. Catilina fut étourdi de ce coup
qu'il n'avoit pas prévu,& attendit à peine
la nuit pour ſe dérober à l'indignation
publique. Un petit nombre de Conjurés
le ſuivit dans ſa retraite. Cicéron inſtruit
dès le lendemain de la fuite précipitée du
Chef de la Conjuration, convoqua le
Sénat afin d'aviſer aux meſures qu'il y
avoit à prendre. En attendant les Pères
Conſcripts, qui tardoient trop à s'aſſem
(c, Videant Coſſ ne quid detrimenti reſp, c piat .
·
A V R I L. 1764.
1 5 .
bler, le Conſul monta ſur la Tribune ..
aux Harangites, & apprit au Peuple l'é-
vaſion de Catilina, après lui avoir rendu .
compte des circonſtances de la Conjura
tion, que bien des gens ignoroient en
core. C'eſt la Seconde Catilinaire. .
-
III. On avoit trouvé moyen d'inté
reſſer en faveur de la Conſpiration naif- .
ſante, la Nation des Allobroges, dont
les Ambaſſadeurs étoient alors à Rome,
pour y ſolliciter quelques priviléges
qu'ils avoient beaucoup de peine à obte- .
nir. Quand le calme d'une lente & ſage
réflexion eut ſuccédé aux mouvemens .
rapides de la ſéduction, effrayés des riſ
ues qu'ils couroient, & du péril auquel
étoit expoſé l'Empire, ces Ambaſſadeurs
ſe déterminèrent à en donner ſecréte
ment avis au Conſul. On intercepta les
lettres des Agens de Catilina ; on ſaiſit
des amas d'armes qu'ils faiſoient par ſon
ordre ; on les conduiſit eux-mêmes en
priſon. Cicéron rend compte au Peuple
de tout ceci dans ſa Troiſième Catilinaire.
Diſcours admirable qui ſervira toujours .
de modèle aux Orateurs curieux de nar
rer avec grâce, & de raiſonner ſolide- .
IIle Ilt.
-
IV. Les Conjurés étoient toujours en .
· priſon, & le Sénat n'avoit pas encore -
Y 6 MERCURE DE FRANCE.
prononcé ſur leur ſort. D. Silanus ou
vrit l'avis rigoureux de les condamner
tous à la mort : C. Cœſar, le même qui
donna dans la ſuite des fers à ſa Patrie,
inclinoit à la douceur, & vouloit qu'on
leur laiſſât la vie. Il alla même juſqu'à
intéreſſer Cicéron en leur faveur, en fai
ſant entendre qu'une ſévérité odieuſe
pourroit mettre en danger les jours d'un
Conſul, ſi précieux à la République.
Cicéron , à ſon tour , montra les ſenti
mens les plus héroïques; proteſta qu'il
avoit fait à ſa Patrie le ſacrifice de ſa vie,-
& qu'il falloit embraſſer le parti de la ri
ueur, puiſqu'il étoit le plus ſûr pour
'Etat. Dire que ſon avis fut ſuivi una
nimement, c'eſt faire en deux mots l'élo
ge de cette Quatrième & dernière Ca
tilinaire.
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Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
Le texte relate la défense de Lucius Muréna par Cicéron lors des élections consulaires à Rome. Lucius Licinius Muréna et Decius Junius Silanus furent élus consuls, mais Muréna fut accusé d'achat de voix par Servius Sulpicius, soutenu par Caton. Cicéron, après Hortensius et Crassus, défendit Muréna avec éloquence et ironie, moquant les juristes et les stoïciens. Caton répliqua par une réplique spirituelle. Le texte aborde également les discours de Cicéron contre Lucius Catilina. Salluste décrit la jeunesse romaine corrompue, marquée par les dettes et les excès. Catilina, endetté et débauché, conspirait pour s'emparer du pouvoir. Sa maison servait de lieu de débauche et d'entraînement militaire. La conjuration fut découverte grâce à Fulvie, amante de Curius, un conspirateur. Cicéron, en tant que consul, dénonça la conjuration dans la première Catilinaire, forçant Catilina à fuir Rome. Les ambassadeurs des Allobroges informèrent Cicéron des périls de la conjuration, permettant la saisie d'armes et d'agents de Catilina. Dans la Troisième Catilinaire, Cicéron informa le peuple de ces actions. Les conjurés furent arrêtés et le Sénat hésita sur leur sort. Décimus Silanus prônait leur exécution, tandis que Jules César plaidait pour la clémence. Dans la Quatrième Catilinaire, Cicéron insista sur la nécessité de la rigueur pour assurer la sécurité de l'État.
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2859
p. 37-41
PARADOXE Littéraire sur les Rois de France appellés FAINÉANS.
Début :
LE surnom de Fainéans, donné aux derniers Princes de la première Race de [...]
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texteReconnaissance textuelle : PARADOXE Littéraire sur les Rois de France appellés FAINÉANS.
PARADOXE Littéraire sur les Rois de
France appellés FAINÉANS.
LE surnom de Fainéans, donné aux
derniers Princes de la première Race de
nos Rois ſans beaucoup de fondement, a
trompé juſqu'ici tous ceux qui, croyant
trouver dans les Hiſtoriens des premiers
temps de notre Monarchie les interprêtes
fidèles de la vérité, ont penſé d'après leur
témoignage qu'ils méritoient tous ce titre
odieux. J'eſſaye aujourd'hui de laver la
mémoire de la plûpart d'un accuſation ſi
déshonorante ;-& j'eſpère d'autant plus
y réuſſir, que je tirerai mes preuves
du fonds même de l'Hiſtoire, en les ap
puyant ſur des faits reconnus pour in
conteſtables.
-
-
Quand on cherche ſincèrement la vé
rité, il faut écarter tous les nuages qui
pourroient l'obſcurcir : ainſi commen
çons par prendre une idée claire & pré
ciſe des fonctions attachées à la place de
38 MERCURE DE FRANCE.
ces Sujets fameux qui faiſoient, dit-on,.
trembler leurs Maîtres , ou plutôt qui
n'en reconnoiſſoient aucun. Les Maires
du Palais, dans leur origine , dit un il
luſtre Sçavant, repréſentoient celui qui
eſt aujourd'hui en Eſpagne le Grand
Maître ou Majordome ; & c'eſt-là l'idée
qu'on doit avoir de tous les Maires du
Palais qui ſe trouvent nommés dans
l'Hiſtoire avant la mort de Dagobert I.
Leur puiſſance s'accrut , il eſt vrai, après
la mort de ce Prince ; & cet emploi, qui
n'étoit donné d'abord que pour un
temps, devint par la ſuite héréditaire
dans les familles. Ils ne commandoient .
d'abord que dans le Palais de 4os Rois :
ils ſçurent ſe rendre néceſſaires ; ils de
, vinrent bientôt premiers Miniſtres, & on
ne tarda pas à leur confier le comman
dement des Armées.Ce fut alors qu'ayant "
la force en main, le titre de Maire dut
Palais leur parut n'exprimer que foible
ment l'étendue de leur puiſſance; ils pri
rent celui de Ducs des François. Tous ces
changemens nous prouvent que l'ambi
tion fut toujours la même chez les hom
mes : adroite ou hardie, prudente ou
diſſimulée, rarement eſt-elle délicate ſur
le choix des moyens qu'elle employe
pour parvenir à ſes fins. Ce qu'il y a de
AV R I L. 1764.
g9:
ſingulier, & que d'autres ont ſûrement
remarqué avant moi , c'eſt que les fem
mes, ces mobiles ordinaires de toutes
les grandes révolutions, n'eurent aucune
part à celle-ci.
Sept de nos Rois ſont compris ſous
- l'odieuſe dénomination de Fainéans..
éxaminons ſi tous les ſept ont mérité vé
ritablement de porter ce titre.
Thierri III. eſt à leur tête.. En liſant
ſon Hiſtoire , on voit un Prince brave &
courageux, qui ſouffre avec impatience
la protection que Pepin, ſon Maire du
Palais, accordoit aux Rebelles, & qui
lève une armée pour l'en punir. Ce ne
fut pas la première fois qu'on vit ſuc
comber celui qui avoit le bon droit de
ſon côté ; Thierri fut défait, & ſa mort
ſuivit de près ſa diſgrace. Il eſt vrai
qu'elle ne fit pas plus d'éclat que celle
d'un ſimple particulier, & ce fut ſûre
ment un trait de la politique de Pepin ,
qui avoit de bonnes raiſons ſans doute
pour étouffer le bruit d'un pareil événe
1l6ºInt.
-
Clovis III , fils de Thierri, ſuccède à
ſon père. Mais que pouvoit-il faire dans
le court eſpace d'un règne dè cinq années
contre un Sujet auſſi puiſſant & auſſi ac
crédité que Pepin ?
4o MERCURE DE FRANCE.
Childebert II, frère de Clovis, monte
ſur le Trône après lui. Si l'on peut être
† homme ſans être Conquérant, le
urnom de Juſte que lui donnent les Hif
toriens, dépoſe en ſa faveur.
Je ne diſſimulerai point que ſon fils
Dagobert III eut peu d'autorité. Prince
foible & timide, ſes Peuples ſe révoltè
ſang après ſa mort.
-
rent contre lui ; & il eut ſi peu de puiſ--
fance , qu'on ne reſpecta pas même ſon
connu pour Roi,& fut nommé Chilpéric.
Le mettra-t-on au nombre des Rois
-
Daniel, fils de Childeric II, fut re- .
Fainéans, ce Prince illuſtre qui, ſecon
dé de Rainfroy, ſon Maire du Palais,
repouſſa à diverſes repriſes les efforts de
Charles Martel, & ne céda enfin qu'a-
près avoir long-temps combattu ?
Thierri IV, ſon ſucceſſeur, placé ſur
le Trône par la main du Maire du Pa
lais , le laiſſa agir d'abord par reconnoiſ
ſance. Si dans la ſuite nous ne voyons pas
qu'il ait tiré vengeance de l'inſulte ſan
glante qu'il reçut lors du Traité d'Aqui
taine , conclu avec Herald, fils du fa
meux Duc Eudes, il eſt à croire que les
moyens lui manquèrent, ou que s'il les
eut, la mort l'empêcha d'en faire uſage.
L'interrègne qui fuivit la mort de
A V R E L. 1764.
41
Thierri, en augmentant les reſſources
de Charles Martel, mit Childeric III
dans l'impuiſſance de lui réſiſter; & il
ne faut pas conclure que ce Prince n'eut
aucunes vertus, parce qu'il fut malheu
reux : tout ce qu'on en peut dire, c'eſt
qu'il ne lui fut pas poſſible de les mettre
all Jour.
France appellés FAINÉANS.
LE surnom de Fainéans, donné aux
derniers Princes de la première Race de
nos Rois ſans beaucoup de fondement, a
trompé juſqu'ici tous ceux qui, croyant
trouver dans les Hiſtoriens des premiers
temps de notre Monarchie les interprêtes
fidèles de la vérité, ont penſé d'après leur
témoignage qu'ils méritoient tous ce titre
odieux. J'eſſaye aujourd'hui de laver la
mémoire de la plûpart d'un accuſation ſi
déshonorante ;-& j'eſpère d'autant plus
y réuſſir, que je tirerai mes preuves
du fonds même de l'Hiſtoire, en les ap
puyant ſur des faits reconnus pour in
conteſtables.
-
-
Quand on cherche ſincèrement la vé
rité, il faut écarter tous les nuages qui
pourroient l'obſcurcir : ainſi commen
çons par prendre une idée claire & pré
ciſe des fonctions attachées à la place de
38 MERCURE DE FRANCE.
ces Sujets fameux qui faiſoient, dit-on,.
trembler leurs Maîtres , ou plutôt qui
n'en reconnoiſſoient aucun. Les Maires
du Palais, dans leur origine , dit un il
luſtre Sçavant, repréſentoient celui qui
eſt aujourd'hui en Eſpagne le Grand
Maître ou Majordome ; & c'eſt-là l'idée
qu'on doit avoir de tous les Maires du
Palais qui ſe trouvent nommés dans
l'Hiſtoire avant la mort de Dagobert I.
Leur puiſſance s'accrut , il eſt vrai, après
la mort de ce Prince ; & cet emploi, qui
n'étoit donné d'abord que pour un
temps, devint par la ſuite héréditaire
dans les familles. Ils ne commandoient .
d'abord que dans le Palais de 4os Rois :
ils ſçurent ſe rendre néceſſaires ; ils de
, vinrent bientôt premiers Miniſtres, & on
ne tarda pas à leur confier le comman
dement des Armées.Ce fut alors qu'ayant "
la force en main, le titre de Maire dut
Palais leur parut n'exprimer que foible
ment l'étendue de leur puiſſance; ils pri
rent celui de Ducs des François. Tous ces
changemens nous prouvent que l'ambi
tion fut toujours la même chez les hom
mes : adroite ou hardie, prudente ou
diſſimulée, rarement eſt-elle délicate ſur
le choix des moyens qu'elle employe
pour parvenir à ſes fins. Ce qu'il y a de
AV R I L. 1764.
g9:
ſingulier, & que d'autres ont ſûrement
remarqué avant moi , c'eſt que les fem
mes, ces mobiles ordinaires de toutes
les grandes révolutions, n'eurent aucune
part à celle-ci.
Sept de nos Rois ſont compris ſous
- l'odieuſe dénomination de Fainéans..
éxaminons ſi tous les ſept ont mérité vé
ritablement de porter ce titre.
Thierri III. eſt à leur tête.. En liſant
ſon Hiſtoire , on voit un Prince brave &
courageux, qui ſouffre avec impatience
la protection que Pepin, ſon Maire du
Palais, accordoit aux Rebelles, & qui
lève une armée pour l'en punir. Ce ne
fut pas la première fois qu'on vit ſuc
comber celui qui avoit le bon droit de
ſon côté ; Thierri fut défait, & ſa mort
ſuivit de près ſa diſgrace. Il eſt vrai
qu'elle ne fit pas plus d'éclat que celle
d'un ſimple particulier, & ce fut ſûre
ment un trait de la politique de Pepin ,
qui avoit de bonnes raiſons ſans doute
pour étouffer le bruit d'un pareil événe
1l6ºInt.
-
Clovis III , fils de Thierri, ſuccède à
ſon père. Mais que pouvoit-il faire dans
le court eſpace d'un règne dè cinq années
contre un Sujet auſſi puiſſant & auſſi ac
crédité que Pepin ?
4o MERCURE DE FRANCE.
Childebert II, frère de Clovis, monte
ſur le Trône après lui. Si l'on peut être
† homme ſans être Conquérant, le
urnom de Juſte que lui donnent les Hif
toriens, dépoſe en ſa faveur.
Je ne diſſimulerai point que ſon fils
Dagobert III eut peu d'autorité. Prince
foible & timide, ſes Peuples ſe révoltè
ſang après ſa mort.
-
rent contre lui ; & il eut ſi peu de puiſ--
fance , qu'on ne reſpecta pas même ſon
connu pour Roi,& fut nommé Chilpéric.
Le mettra-t-on au nombre des Rois
-
Daniel, fils de Childeric II, fut re- .
Fainéans, ce Prince illuſtre qui, ſecon
dé de Rainfroy, ſon Maire du Palais,
repouſſa à diverſes repriſes les efforts de
Charles Martel, & ne céda enfin qu'a-
près avoir long-temps combattu ?
Thierri IV, ſon ſucceſſeur, placé ſur
le Trône par la main du Maire du Pa
lais , le laiſſa agir d'abord par reconnoiſ
ſance. Si dans la ſuite nous ne voyons pas
qu'il ait tiré vengeance de l'inſulte ſan
glante qu'il reçut lors du Traité d'Aqui
taine , conclu avec Herald, fils du fa
meux Duc Eudes, il eſt à croire que les
moyens lui manquèrent, ou que s'il les
eut, la mort l'empêcha d'en faire uſage.
L'interrègne qui fuivit la mort de
A V R E L. 1764.
41
Thierri, en augmentant les reſſources
de Charles Martel, mit Childeric III
dans l'impuiſſance de lui réſiſter; & il
ne faut pas conclure que ce Prince n'eut
aucunes vertus, parce qu'il fut malheu
reux : tout ce qu'on en peut dire, c'eſt
qu'il ne lui fut pas poſſible de les mettre
all Jour.
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Résumé : PARADOXE Littéraire sur les Rois de France appellés FAINÉANS.
Le texte traite du surnom 'Fainéants' attribué aux derniers rois de la première race des rois de France, un qualificatif que l'auteur juge injustifié. Il cherche à réhabiliter la mémoire de ces souverains en s'appuyant sur des faits historiques. L'auteur commence par expliquer l'évolution des fonctions des Maires du Palais, qui sont passés de simples administrateurs à des personnages puissants et influents, occupant parfois les rôles de premiers ministres et de commandants des armées. Cette évolution illustre l'ambition constante des hommes, indépendamment des moyens utilisés. Le texte examine ensuite sept rois souvent qualifiés de 'Fainéants' : Thierry III, Clovis III, Childebert III, Dagobert III, Daniel, Thierry IV et Childeric III. Thierry III est décrit comme un prince brave et courageux, bien qu'il ait été vaincu par son Maire du Palais, Pepin. Clovis III, trop jeune et ayant régné seulement cinq ans, n'a pas pu s'opposer à Pepin. Childebert III est loué pour sa justice. Dagobert III est présenté comme faible et timide, tandis que Daniel est célébré pour ses exploits militaires. Thierry IV, bien qu'initialement soumis à son Maire du Palais, n'a pas pu se venger en raison de circonstances défavorables. Enfin, Childeric III, malgré son échec, n'est pas dépourvu de vertus. L'auteur conclut que ces rois ne méritaient pas tous le titre de 'Fainéants'.
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2860
p. 129-132
« RÉFLEXIONS Politiques & Morales sur les Hommes illustres de Plutarque, [...] »
Début :
RÉFLEXIONS Politiques & Morales sur les Hommes illustres de Plutarque, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « RÉFLEXIONS Politiques & Morales sur les Hommes illustres de Plutarque, [...] »
RÉFLEXIONS Politiques & Morales
sur les Hommes illustres de Plutarque,
précédées d'un abrégé de
leurs vies extraites du même Auteur ;
à Paris chez, A. L. Regnard, Libraire
Imprimeur de l'Académie Françoiſe ;
Grand'-Salle du Palais , & rue baſſe
des Urſins ; 1764 ; avec approbation
& privilége du Roi. 4 volumes in-12.
L'Auteur, qui ne ſe nomme pas,
rend ainſi compte de ſon travail : » en
» liſant la première de ces
vies, il
» me vint dans l'eſprit une réfléxion ;
» je l'écrivis.A celle-là en ſuccéda une
» autre ; je l'écrivis de même : je con
» tinuai ſans aucun deſſein. J'apperçus
» à la fin par le volume, que j'avois
» fait un ouvrage tel quel . ... Ce
» n'étoient que des réfléxions ; il me
» parut ſec. J'y ajoutai les
faits de
» chaque vie qui avoient donné lieu à
» mes remarques ;
il me ſembla que
» c'étoit un ouvrage tronqué. Enfin
» je ſongeai qu'Amiot étoit ſi vieux ,
s » qu'il en devenoit dégoutant ; cette
» penſée m'a fait
prendre le par
» ti de donner un extrait de chacune
»s des vies des Hommes illuſtres ; d'y
» mêler quelques réfléxions ſuccinctes
» & de renvoyer à des chapitres ſé
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
» parés, celles qui auroient trop in --
» terrompu la narration.... En abré
» geant ces vies autant qu'il m'a été
» poſſible , j'ai tâché cependant de ne
» rien omettre de ce qui pouvoit con
» tribuer à peindre le caractère de
» l'homme illuſtre, les mœurs de ſon
» ſiécle, & donner une notion du gros.
» de l'hiſtoire de ſon temps . ... Com
» me je ne ſuis point aſſez mal-aviſé
» pour faire des parallèles après Plu--
» tarque, j'ai ſéparé les Grecs des Ro
» mains ;
j'ai rangé les Grecs dans
» leur ordre chronologique , & les
» Romains de même après ceux-là.-
» Ce nouvel arrangement forme com
» me deux grands tableaux de la Gréce
» & de Rome.. .. J'ai donné à plu
» ſieurs chapitres le titre d'une matière ; .
» j'avertis que je n'ai point prétendu la
» traiter , mais uniquement faire part
» des réfléxions que la lecture m'a ſug
a» gerees.
Nous n'aurions pu rien dire, qui don
- nât de ce Livre une idée plus fidelle &
plus exacte.
-
LA V I E du Cardinal de Bérulle ,
#Fondateur de la Congrégation de l'O-
ratoire en France ;, avec cette Epigra
A V R I L. 1764.
13r
phe : Vivo autem jam non ego , vivie
verò in me Chriſtus. S. P. ad Gal. cap.
2.A Paris , chez Nyon , Libraire, quai
des Auguſtins , à l'Occaſion ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
un vol. in-12.
· On ne trouve dans les Auteurs qui
juſqu'ici ont écrit l'hiſtoire du Cardi
nal de Bérulle, que des digreſſions &
des éloges dont la confufion obſcurcit
les faits & fatigue les Lecteurs. Le nou
vel Hiſtorien a écarté ces nuages ; & ne
voulant nous montrer ſon héros que
ſous le point de vue qui l'a rendu cher
· à l'Egliſe, il s'eſt plus attaché à repré
ſenter M. de Bérulle comme un Prêtre
uniquement animé de l'eſprit ſacerdotal,
qu'à rafſembler des anecdotes qui ne
fatisfont que la curioſité.
DE l'Inſtitution publique,ou plan d'é-
tudes; par M R.D.B. avec cette Epigra
phe:quo ſemel eſt imbuta recens ſervabit
odorem teſta diù. Hor. lib. Epiſt. 1 s. A.
Pijon, chez Louis Hucherot,'Imprimeur
Libraire , place du Palais : avec per
miſſion ; feuille in-8°.
On blâme dans cet écrit l'ancienne
éducation queles jeunes gens recevoient
dans les Colléges des Jéſuites ; on gro
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
poſe un plan tout différent de celui de la
Société ; & ce plan qui peut avoir ſes
avantages & ſes inconvéniens, doit être
lu dans l'ouvrage même.
sur les Hommes illustres de Plutarque,
précédées d'un abrégé de
leurs vies extraites du même Auteur ;
à Paris chez, A. L. Regnard, Libraire
Imprimeur de l'Académie Françoiſe ;
Grand'-Salle du Palais , & rue baſſe
des Urſins ; 1764 ; avec approbation
& privilége du Roi. 4 volumes in-12.
L'Auteur, qui ne ſe nomme pas,
rend ainſi compte de ſon travail : » en
» liſant la première de ces
vies, il
» me vint dans l'eſprit une réfléxion ;
» je l'écrivis.A celle-là en ſuccéda une
» autre ; je l'écrivis de même : je con
» tinuai ſans aucun deſſein. J'apperçus
» à la fin par le volume, que j'avois
» fait un ouvrage tel quel . ... Ce
» n'étoient que des réfléxions ; il me
» parut ſec. J'y ajoutai les
faits de
» chaque vie qui avoient donné lieu à
» mes remarques ;
il me ſembla que
» c'étoit un ouvrage tronqué. Enfin
» je ſongeai qu'Amiot étoit ſi vieux ,
s » qu'il en devenoit dégoutant ; cette
» penſée m'a fait
prendre le par
» ti de donner un extrait de chacune
»s des vies des Hommes illuſtres ; d'y
» mêler quelques réfléxions ſuccinctes
» & de renvoyer à des chapitres ſé
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
» parés, celles qui auroient trop in --
» terrompu la narration.... En abré
» geant ces vies autant qu'il m'a été
» poſſible , j'ai tâché cependant de ne
» rien omettre de ce qui pouvoit con
» tribuer à peindre le caractère de
» l'homme illuſtre, les mœurs de ſon
» ſiécle, & donner une notion du gros.
» de l'hiſtoire de ſon temps . ... Com
» me je ne ſuis point aſſez mal-aviſé
» pour faire des parallèles après Plu--
» tarque, j'ai ſéparé les Grecs des Ro
» mains ;
j'ai rangé les Grecs dans
» leur ordre chronologique , & les
» Romains de même après ceux-là.-
» Ce nouvel arrangement forme com
» me deux grands tableaux de la Gréce
» & de Rome.. .. J'ai donné à plu
» ſieurs chapitres le titre d'une matière ; .
» j'avertis que je n'ai point prétendu la
» traiter , mais uniquement faire part
» des réfléxions que la lecture m'a ſug
a» gerees.
Nous n'aurions pu rien dire, qui don
- nât de ce Livre une idée plus fidelle &
plus exacte.
-
LA V I E du Cardinal de Bérulle ,
#Fondateur de la Congrégation de l'O-
ratoire en France ;, avec cette Epigra
A V R I L. 1764.
13r
phe : Vivo autem jam non ego , vivie
verò in me Chriſtus. S. P. ad Gal. cap.
2.A Paris , chez Nyon , Libraire, quai
des Auguſtins , à l'Occaſion ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
un vol. in-12.
· On ne trouve dans les Auteurs qui
juſqu'ici ont écrit l'hiſtoire du Cardi
nal de Bérulle, que des digreſſions &
des éloges dont la confufion obſcurcit
les faits & fatigue les Lecteurs. Le nou
vel Hiſtorien a écarté ces nuages ; & ne
voulant nous montrer ſon héros que
ſous le point de vue qui l'a rendu cher
· à l'Egliſe, il s'eſt plus attaché à repré
ſenter M. de Bérulle comme un Prêtre
uniquement animé de l'eſprit ſacerdotal,
qu'à rafſembler des anecdotes qui ne
fatisfont que la curioſité.
DE l'Inſtitution publique,ou plan d'é-
tudes; par M R.D.B. avec cette Epigra
phe:quo ſemel eſt imbuta recens ſervabit
odorem teſta diù. Hor. lib. Epiſt. 1 s. A.
Pijon, chez Louis Hucherot,'Imprimeur
Libraire , place du Palais : avec per
miſſion ; feuille in-8°.
On blâme dans cet écrit l'ancienne
éducation queles jeunes gens recevoient
dans les Colléges des Jéſuites ; on gro
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
poſe un plan tout différent de celui de la
Société ; & ce plan qui peut avoir ſes
avantages & ſes inconvéniens, doit être
lu dans l'ouvrage même.
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Résumé : « RÉFLEXIONS Politiques & Morales sur les Hommes illustres de Plutarque, [...] »
En 1764, trois ouvrages notables ont été publiés. Le premier, anonyme, reflète sur les 'Hommes illustres' de Plutarque. L'auteur intègre des faits pertinents et des extraits des vies pour enrichir le contenu, organisant les vies des Grecs et des Romains séparément et chronologiquement. Il vise à partager ses réflexions sans approfondir les matières. Le deuxième ouvrage est une biographie du Cardinal de Bérulle, fondateur de la Congrégation de l'Oratoire en France. Contrairement à d'autres biographes, cet historien se concentre sur le rôle sacerdotal de Bérulle, évitant les digressions. Le troisième ouvrage, 'De l'Institution publique, ou plan d'études', critique l'éducation jésuite et propose un nouveau plan éducatif, discutant de ses avantages et inconvénients.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2861
p. 204
De MARSEILLE, le 3 Février 1764.
Début :
Les différends qui s'étoient élevés entre notre Nation & la Régence d'Alger viennent [...]
Mots clefs :
Différends, Régence, Nation, Escadre, Chevalier, Consul, Arrangement, Intelligence
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texteReconnaissance textuelle : De MARSEILLE, le 3 Février 1764.
De MARSEILLE , le 3 Février 1764.
L E s différends qui s'étoient élevés entre notre
Nation & la Régence d'Alger viennent d'être
heureuſement terminés par les ſoins du Chevalier
de Fabry, Commandant l'Eſcadre du Roi & du
ſieur Valliere, Conſul de la Nation auprès de
cette Régence. Par cet arrangement la bonne
intelligence ſe trouve rétablie d'une manière
avantageuſe & ſolide.
L E s différends qui s'étoient élevés entre notre
Nation & la Régence d'Alger viennent d'être
heureuſement terminés par les ſoins du Chevalier
de Fabry, Commandant l'Eſcadre du Roi & du
ſieur Valliere, Conſul de la Nation auprès de
cette Régence. Par cet arrangement la bonne
intelligence ſe trouve rétablie d'une manière
avantageuſe & ſolide.
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2862
p. 204-207
De PARIS, le 17 Février 1764.
Début :
Le 19 du mois dernier, le Premier Président & deux Présidens du Parlement se sont [...]
Mots clefs :
Président, Parlement, Déclaration, Procureurs, Impératrice de Russie, Académie des sciences, Médecins, Roi de Prusse, Juridiction consulaire, Scrutin, Consuls, Exécution, Souscription, Tirage, Loterie de l'école royale militaire, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Numéros
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 17 Février 1764.
De PARIs , le 17 Février 1764.
Le 19 du mois dernier , le Premier Préſident
-
º
A V R I L. 1764. 2o5
& deux Préſidens du Parlement ſe ſont rendus 2
Verſailles & ont eu l'honneur de préſenter à
Sa Majeſté les remontrances qui avoient été ar
rêtées le 18. -
Le 21 , le Roi a envoyé à ſon Parlement
une Déclaration qui a été enregiſtrée le même
joux , & par laquelle Sa Majeſté ordonne que
Sa Déclaration du 2 1 Novembre dernier ſera
éxécutée ſelon ſa forme & teneur, impoſe un
ſilence abſolu ſur ce qui s'eſt paſſé juſqu'à pré
ſent relativement aux objets qui ont donné lieu
à ſadite Déclaration, & fait défenſes à toutes
perſonnes , ſans exception, même ſes à Procu
reurs-Généraux , de faire & continuer aucunes
pourſuites à ce ſujet , pour † cauſe &
ſous quelque prétexte que ce puiſſe être.
Le Comte de Colloredo, Lieutenant-Général .
, au ſervice de Leurs Majeſtés Impériales & Royale,
, eſt arrivé ici de Bruxelles, & a été préſenté à Ver
ſailles, au Roi & à la Famille Royale par le Comte
de Starhenberg , Ambaſſadeur de la Cour de
Vienne.
L'Impératrice de Ruſſie, voulant reconnoître
les ſoins que le Sieur Morand, de l'Académie des
Sciences & de celle de Chirurgie, s'eſt donnés pour
procurer à la Chancellerie de Médecine de Pe
terſbourg une belle collection de Piéces d'Ana
tomie, d'inſtrument de machines employés en
, Chirurgie , &c. Sa Majeſté Impériale a char
gé le Prince de Gallitzin, ſon Miniſtre Pléni
potentiaire en cette Cour , de remettre au ſieur
Morand une ſuite de Médailles d'or & d'argent
de toutes les grandeurs, qui ont été frappées
à l'occaſion de ſon avénement au Trône.
On écrit de Péterſbourg que l'Académie Im
périale des Sciences de cette Ville a admis
2o6 MERCURE DE FRANCE.
nombre de ſes tMembres le ſieur Delalande , de
l'Académie Royale des Sciences.
On a appris de Berlin, que le Roi de Pruſſe
avoit déſigné pour un des Aſſeciés Etrangers de
ſon Académie , le Chevalier de Jaucourt, Mem
bre de la Société Royale de Londres, & de l'Aca
démie de Stockolm , connu par différens Ouvra
ges de Science & de Littérature. -
Le 28 du mois dernier, la Juriſdiction Conſu
· laire de Paris, aſſemblée avec les différens Corps
de Communautés des Marchands de cette Ville, a
élu, ſuivant l'uſage, par la voie du Scrutin , les
Juge & Conſuls qui exerceront pendant le cours
de cette année : le ſieur Darlu, Ecuyer, ancien
Echevin & du Collége des anciens Conſuls, du
Corps de la Mercerie , a été nommé Juge; le Sieur
Vaudichon fils, du Corps de la Pelleterie, premier
'Conſul; le Sieur Hériſſant, Imprimeur du Cabi
net du Roi, du Corps de la Librairie , ſecond Con
ſul ; le Sieur de la Voye-Pierre, du Corps de l'Epi
cerie, troiſième Conſul ; & le Sieur de Hay
nault, du Corps de l'Orfévrerie, quatriéme Conſul.
Les obſtacles qui ont ſuſpendu juſqu'ici l'exé
cution de la Gazette Littéraire de l'Europe ,
ayant ceſſé, la première feuille de cet Ouvrage
périodique paroîtra le premier Mercredi du mois
de Mars prochain. On ſuivra le plan & la forme
annoncés dans le Proſpectus. Le prix de la Souſ
cription ſera, comme on l'a dit, de 24 liv. par an,
papier ordinaire : & de 3o liv, papier plus grand &
plus fin. On aura ſoin d'affranchir le port de l'ar
gent & des lettres. On ſouſcrira, pour les Provin
ces, au Bureau Général de la Gazette de France,
rue neuve S. Roch , & pour Paris, au Bureau des
Galleries du Louvre. On s'adreſſera, quant à la
partie Littéraire, à l'Abbé Arnaud, de l'Académie
A V R I L. 1764. 2o7
- Royale des Inſcriptions & Belles-Lettres, & au
Sieur Suard, chargés de la Rédaction & de la Di
rection Générale de l'une & l'autre Gazettes.
Le trente-ſeptième Tirage de la Loterie de
l'Hôtel-de-Ville s'eſt fait le 24 Janvier, en la ma
nière accoutumée. Le lot de cinquante mille livres
" eſt échu au numéro 9984 r , § de vingt mille
« livres au numéro 9o333 , & les deux de dix mille
livres aux numéros 89o92 & 89598.
Le 6 Février, on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire. Les numéros, ſortis de la Roue
de fortune, ſont 37, 87,73 , 64 , 27. Le prochain
Tirage ſe fera le 5 Mars.
Le 19 du mois dernier , le Premier Préſident
-
º
A V R I L. 1764. 2o5
& deux Préſidens du Parlement ſe ſont rendus 2
Verſailles & ont eu l'honneur de préſenter à
Sa Majeſté les remontrances qui avoient été ar
rêtées le 18. -
Le 21 , le Roi a envoyé à ſon Parlement
une Déclaration qui a été enregiſtrée le même
joux , & par laquelle Sa Majeſté ordonne que
Sa Déclaration du 2 1 Novembre dernier ſera
éxécutée ſelon ſa forme & teneur, impoſe un
ſilence abſolu ſur ce qui s'eſt paſſé juſqu'à pré
ſent relativement aux objets qui ont donné lieu
à ſadite Déclaration, & fait défenſes à toutes
perſonnes , ſans exception, même ſes à Procu
reurs-Généraux , de faire & continuer aucunes
pourſuites à ce ſujet , pour † cauſe &
ſous quelque prétexte que ce puiſſe être.
Le Comte de Colloredo, Lieutenant-Général .
, au ſervice de Leurs Majeſtés Impériales & Royale,
, eſt arrivé ici de Bruxelles, & a été préſenté à Ver
ſailles, au Roi & à la Famille Royale par le Comte
de Starhenberg , Ambaſſadeur de la Cour de
Vienne.
L'Impératrice de Ruſſie, voulant reconnoître
les ſoins que le Sieur Morand, de l'Académie des
Sciences & de celle de Chirurgie, s'eſt donnés pour
procurer à la Chancellerie de Médecine de Pe
terſbourg une belle collection de Piéces d'Ana
tomie, d'inſtrument de machines employés en
, Chirurgie , &c. Sa Majeſté Impériale a char
gé le Prince de Gallitzin, ſon Miniſtre Pléni
potentiaire en cette Cour , de remettre au ſieur
Morand une ſuite de Médailles d'or & d'argent
de toutes les grandeurs, qui ont été frappées
à l'occaſion de ſon avénement au Trône.
On écrit de Péterſbourg que l'Académie Im
périale des Sciences de cette Ville a admis
2o6 MERCURE DE FRANCE.
nombre de ſes tMembres le ſieur Delalande , de
l'Académie Royale des Sciences.
On a appris de Berlin, que le Roi de Pruſſe
avoit déſigné pour un des Aſſeciés Etrangers de
ſon Académie , le Chevalier de Jaucourt, Mem
bre de la Société Royale de Londres, & de l'Aca
démie de Stockolm , connu par différens Ouvra
ges de Science & de Littérature. -
Le 28 du mois dernier, la Juriſdiction Conſu
· laire de Paris, aſſemblée avec les différens Corps
de Communautés des Marchands de cette Ville, a
élu, ſuivant l'uſage, par la voie du Scrutin , les
Juge & Conſuls qui exerceront pendant le cours
de cette année : le ſieur Darlu, Ecuyer, ancien
Echevin & du Collége des anciens Conſuls, du
Corps de la Mercerie , a été nommé Juge; le Sieur
Vaudichon fils, du Corps de la Pelleterie, premier
'Conſul; le Sieur Hériſſant, Imprimeur du Cabi
net du Roi, du Corps de la Librairie , ſecond Con
ſul ; le Sieur de la Voye-Pierre, du Corps de l'Epi
cerie, troiſième Conſul ; & le Sieur de Hay
nault, du Corps de l'Orfévrerie, quatriéme Conſul.
Les obſtacles qui ont ſuſpendu juſqu'ici l'exé
cution de la Gazette Littéraire de l'Europe ,
ayant ceſſé, la première feuille de cet Ouvrage
périodique paroîtra le premier Mercredi du mois
de Mars prochain. On ſuivra le plan & la forme
annoncés dans le Proſpectus. Le prix de la Souſ
cription ſera, comme on l'a dit, de 24 liv. par an,
papier ordinaire : & de 3o liv, papier plus grand &
plus fin. On aura ſoin d'affranchir le port de l'ar
gent & des lettres. On ſouſcrira, pour les Provin
ces, au Bureau Général de la Gazette de France,
rue neuve S. Roch , & pour Paris, au Bureau des
Galleries du Louvre. On s'adreſſera, quant à la
partie Littéraire, à l'Abbé Arnaud, de l'Académie
A V R I L. 1764. 2o7
- Royale des Inſcriptions & Belles-Lettres, & au
Sieur Suard, chargés de la Rédaction & de la Di
rection Générale de l'une & l'autre Gazettes.
Le trente-ſeptième Tirage de la Loterie de
l'Hôtel-de-Ville s'eſt fait le 24 Janvier, en la ma
nière accoutumée. Le lot de cinquante mille livres
" eſt échu au numéro 9984 r , § de vingt mille
« livres au numéro 9o333 , & les deux de dix mille
livres aux numéros 89o92 & 89598.
Le 6 Février, on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire. Les numéros, ſortis de la Roue
de fortune, ſont 37, 87,73 , 64 , 27. Le prochain
Tirage ſe fera le 5 Mars.
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Résumé : De PARIS, le 17 Février 1764.
En février 1764, plusieurs événements marquants se déroulèrent en France et en Europe. Le 19 février, le Premier Président et deux Présidents du Parlement se rendirent à Versailles pour présenter au roi les remontrances arrêtées le 18 février. Le 21 février, le roi publia une Déclaration ordonnant l'exécution de celle du 21 novembre précédent et imposant un silence absolu sur les événements passés relatifs à cette Déclaration, interdisant toute poursuite à ce sujet. Le Comte de Colloredo, Lieutenant-Général au service des Majestés Impériales et Royale, arriva de Bruxelles et fut présenté à Versailles au roi et à la Famille Royale par le Comte de Starhenberg, Ambassadeur de la Cour de Vienne. L'Impératrice de Russie reconnut les efforts du Sieur Morand, membre de l'Académie des Sciences et de Chirurgie, en lui remettant des médailles d'or et d'argent via le Prince de Gallitzin, son Ministre Plénipotentiaire. Par ailleurs, l'Académie Impériale des Sciences de Pétersbourg admit le Sieur Delalande comme membre, tandis que le Roi de Prusse désigna le Chevalier de Jaucourt comme Associé Étranger de son Académie. Le 28 février, la Jurisdiction Consulaire de Paris élut les Juges et Consuls pour l'année : le Sieur Darlu fut nommé Juge, et les Sieurs Vaudichon, Hérissant, de la Voye-Pierre et de Haynault furent élus Consuls. La Gazette Littéraire de l'Europe, dont les obstacles à la publication avaient cessé, devait paraître le premier mercredi de mars. Le prix de la souscription était de 24 livres pour le papier ordinaire et de 30 livres pour un papier plus grand et plus fin. Le 24 janvier, le trente-septième tirage de la Loterie de l'Hôtel-de-Ville eut lieu, attribuant des lots de 50 000, 20 000 et 10 000 livres. Le 6 février, la Loterie de l'École Royale Militaire fut tirée, avec les numéros 37, 87, 73, 64 et 27. Le prochain tirage devait se faire le 5 mars.
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2863
p. 209-210
De DRESDE le 18 Mars 1764.
Début :
On apprend de Warsovie, que la division & le trouble subsistent toujours dans les [...]
Mots clefs :
Varsovie, Troubles, Scission, Comte, Électeur, Lieutenant-général, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De DRESDE le 18 Mars 1764.
De DREs DE le 18 Mars 1764.
On apprend de Warſovie, que la diviſion & le
trouble ſubſiſtent toujours dans les diſtricts, où
il y a eu Sciſſion , mais juſqu'à préſent ces querelles
n'ont pas été auſſi meurtrieres qu'on pouvoit le
craindre. On compte qu'il n'y a pas eu dix hom
mes de tués, quoiqu'il y ait eut plus de cent mille
coups de ſabre donnés dans les Diétines.
Le Comte de Marainville, Brigadier des Armées
de Sa Majeſté Très-Chrétienne, qui a été em
ployé pendant toute la guerre dernière aux Ar
mées Impériales, vient d'obtenir du Roi ſon Mat
21o MERCURE DE FRANCE.
tre la permiſſiond'entrer au ſervice de notre Élec
teur avec le grade de Lieutenant-Général & de
Quartier-Maître Général de l'Armée Saxone.
On apprend de Warſovie, que la diviſion & le
trouble ſubſiſtent toujours dans les diſtricts, où
il y a eu Sciſſion , mais juſqu'à préſent ces querelles
n'ont pas été auſſi meurtrieres qu'on pouvoit le
craindre. On compte qu'il n'y a pas eu dix hom
mes de tués, quoiqu'il y ait eut plus de cent mille
coups de ſabre donnés dans les Diétines.
Le Comte de Marainville, Brigadier des Armées
de Sa Majeſté Très-Chrétienne, qui a été em
ployé pendant toute la guerre dernière aux Ar
mées Impériales, vient d'obtenir du Roi ſon Mat
21o MERCURE DE FRANCE.
tre la permiſſiond'entrer au ſervice de notre Élec
teur avec le grade de Lieutenant-Général & de
Quartier-Maître Général de l'Armée Saxone.
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Résumé : De DRESDE le 18 Mars 1764.
Le 18 mars 1764, des troubles persistants sont signalés dans les districts polonais scindés. Les affrontements, bien que violents, ont causé environ dix morts malgré plus de cent mille coups de sabre échangés lors des Diétines. Le Comte de Marainville a obtenu la permission du roi de France pour servir l'Électeur de Saxe comme Lieutenant-Général et Quartier-Maître Général.
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2864
p. 211-214
De VERSAILLES, le 31 Mars 1764.
Début :
Le 14 du mois dernier, le sieur de Packelbel, Ministre du Duc de [...]
Mots clefs :
Ministre, Duc, Comte, Landgrave de Hesle-Cassel, Audience, Lettres de créance, Famille royale, Parlement, Président, Archevêque, Princesse, Reine, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 31 Mars 1764.
De VERsAILLEs, le 31 Mars 1764.
L, 14 du mois dernier, le ſieur de Packel
bel, Miniſtre du Duc de Deux-Ponts , fut pré
ſenté au Roi, à la Reine & à la Famille Royale
en qualité de Miniſtre du Landgrave de Helſe
Caſſel.
Le 2 5 , le Comte de Fuentes, Grand d'Eſ
pagne, Ambaſladeur Extraordinaire de Sa Ma
· jeſté Catholique, a eu une audience particulière
du Roi, à qui il a préſenté ſes Lettres de créan
ces : il a été conduit à cette Audience, ainſi
qu'a celles de la Reine & de la Famille Royale,
par le fieur Durfort, Introducteur des Ambaſ
ſadeurs.
Le même jour, les cinq Députés du Parlement
: de Toulouſe, qui avoient été mandés par le Roi
furent préſentés à Sa Majeſté par le Comte de
212 MERCURE DE FRANCE.
S. Florentin, Miniſtre & Secrétaire d'Etat ayant
le Département du la Province de Languedoc,
& conduits par le Marquis de Dreux, Grand
Maître des Cérémonies. Le Roi les reçut dans
ſon fauteuil en préſence de ſes Miniſtres & de
ſes Grands Officiers, & leur permit de lui faire
les repréſentations dont ils avoient été chargés
par leur Compagnie. -
Le Premier Préſident de Paris s'eſt rendu ici
le 4 de ce mois, accompagné des Préſidens d'Aligre
& d'Ormeſſon , & a remis au Roi les
Remontrances de ſon Parlement qui avoient
été arrêtées le 3 à l'Aſſemblée des Chambres.
Les huit Députés du Parlement de Rouen ,
qui avoient été mandés par le Roi, furent pré
ſentés, le 1 o, à Sa Majeſté par le ſieur Ber
tin , Miniſtre & Secrétaire d'Etat ayant le Dé
partement de la Province de Normandie , &
conduits par le Marquis de Dreux, Grand-Maî
tre des Cérémonies. Le Roi les reçut dans ſon
Fauteuil en préſence de ſes Miniſtres & de ſes
Grands-Officiers, & leur permit de lui faire les
repréſentations dont ils avoient été chargés
par leur Compagnie. -
Le 25 du mois dernier , l'Archevêque de
Rheims, Grand Aumônier de France , ſacra ,
dans la Chapelle du Château, les Evêques de Sain
tes & de Gap. L'Evêque d'Autun, Premier Au
mônier du Rci, l'Evêque de Meaux, Premier
Aumônier de Madame Adelaïde, ſervirent d'Aſſiſ
tans. Hier, pendant la Meſſe du Roi, les Evêques
de Saintes & de Gap prêterent ſerment entre
les mains de Sa Majeſté. Le Vicomte de
Choiſeul, Brigadier des Armées du Roi, l'un
des Menins de Monſeigneur le Dauphin & Fils du
Duc de Praſlin, eſt déſigné pour aller , de la pars
A V R I L. 1764. 213
de Sa Majeſté, complimenter à Vienne Leurs Ma.
jeſtés Impériales & Royale, ainſi que le futur Roi
des Romains, ſur ſon Election & ſon Couronne
In6ºnt,-
Le 2 5 du mois dernier, Leurs Majeſtés & la
Famille Royale ont ſigné le Contrat de Mariage
du Duc de Fronſac , Premier Gentilhomme de
la Chambre du Roi en ſurvivance , avec De
moiſelle d'Hautefort ; le 26 celui du Vicomte
de Gouy d'Arſy, avec Demoiſelle de Beaumois ;
& le 4 de ce mois, celui du Vicomte de Belſunce,
avec Demoiſelle de la Live d'Epinay.
La Comteſſe de Graſſe, fut préſentée à Leurs
Majeſtés, le 26 du mois dernier, par la Vicom ,
teſſe de Caſtelane.
: Le 2 5 de ce mois, la Princeſſe de Beauvau fut
préſentée au Roi & à la Reine par la Maréchale
de Mirepoix, & prit le tabouret en qualité d'épouſe
d'un Grand d'Eſpagne. Le lendemain, la
Ducheſſe de Fronſac fut préſentée à Leurs Ma
jeſtés & à la Famille Royale par la Comteſſe
d Egmont, & prit le tabouret. Le même jour,
la Marquiſe de Sorem fut auſſi préſentée à Leurs
Majeſtés par la Comteſſe de Marſan.
Le 1 1 de ce mois, le Bailli de Froullay , Am
baſſadeur de Malte offrit au Roi les faucons ,
dont l'Ordre de Malte fait préſent à Sa Majeſté.
Il préſenta en même temps au Roi le Chevalier
de Belmond, qui avoit été chargé par le Grand
Maître de l'Ordre, de porter ces faucons en
France.
La ſuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
L, 14 du mois dernier, le ſieur de Packel
bel, Miniſtre du Duc de Deux-Ponts , fut pré
ſenté au Roi, à la Reine & à la Famille Royale
en qualité de Miniſtre du Landgrave de Helſe
Caſſel.
Le 2 5 , le Comte de Fuentes, Grand d'Eſ
pagne, Ambaſladeur Extraordinaire de Sa Ma
· jeſté Catholique, a eu une audience particulière
du Roi, à qui il a préſenté ſes Lettres de créan
ces : il a été conduit à cette Audience, ainſi
qu'a celles de la Reine & de la Famille Royale,
par le fieur Durfort, Introducteur des Ambaſ
ſadeurs.
Le même jour, les cinq Députés du Parlement
: de Toulouſe, qui avoient été mandés par le Roi
furent préſentés à Sa Majeſté par le Comte de
212 MERCURE DE FRANCE.
S. Florentin, Miniſtre & Secrétaire d'Etat ayant
le Département du la Province de Languedoc,
& conduits par le Marquis de Dreux, Grand
Maître des Cérémonies. Le Roi les reçut dans
ſon fauteuil en préſence de ſes Miniſtres & de
ſes Grands Officiers, & leur permit de lui faire
les repréſentations dont ils avoient été chargés
par leur Compagnie. -
Le Premier Préſident de Paris s'eſt rendu ici
le 4 de ce mois, accompagné des Préſidens d'Aligre
& d'Ormeſſon , & a remis au Roi les
Remontrances de ſon Parlement qui avoient
été arrêtées le 3 à l'Aſſemblée des Chambres.
Les huit Députés du Parlement de Rouen ,
qui avoient été mandés par le Roi, furent pré
ſentés, le 1 o, à Sa Majeſté par le ſieur Ber
tin , Miniſtre & Secrétaire d'Etat ayant le Dé
partement de la Province de Normandie , &
conduits par le Marquis de Dreux, Grand-Maî
tre des Cérémonies. Le Roi les reçut dans ſon
Fauteuil en préſence de ſes Miniſtres & de ſes
Grands-Officiers, & leur permit de lui faire les
repréſentations dont ils avoient été chargés
par leur Compagnie. -
Le 25 du mois dernier , l'Archevêque de
Rheims, Grand Aumônier de France , ſacra ,
dans la Chapelle du Château, les Evêques de Sain
tes & de Gap. L'Evêque d'Autun, Premier Au
mônier du Rci, l'Evêque de Meaux, Premier
Aumônier de Madame Adelaïde, ſervirent d'Aſſiſ
tans. Hier, pendant la Meſſe du Roi, les Evêques
de Saintes & de Gap prêterent ſerment entre
les mains de Sa Majeſté. Le Vicomte de
Choiſeul, Brigadier des Armées du Roi, l'un
des Menins de Monſeigneur le Dauphin & Fils du
Duc de Praſlin, eſt déſigné pour aller , de la pars
A V R I L. 1764. 213
de Sa Majeſté, complimenter à Vienne Leurs Ma.
jeſtés Impériales & Royale, ainſi que le futur Roi
des Romains, ſur ſon Election & ſon Couronne
In6ºnt,-
Le 2 5 du mois dernier, Leurs Majeſtés & la
Famille Royale ont ſigné le Contrat de Mariage
du Duc de Fronſac , Premier Gentilhomme de
la Chambre du Roi en ſurvivance , avec De
moiſelle d'Hautefort ; le 26 celui du Vicomte
de Gouy d'Arſy, avec Demoiſelle de Beaumois ;
& le 4 de ce mois, celui du Vicomte de Belſunce,
avec Demoiſelle de la Live d'Epinay.
La Comteſſe de Graſſe, fut préſentée à Leurs
Majeſtés, le 26 du mois dernier, par la Vicom ,
teſſe de Caſtelane.
: Le 2 5 de ce mois, la Princeſſe de Beauvau fut
préſentée au Roi & à la Reine par la Maréchale
de Mirepoix, & prit le tabouret en qualité d'épouſe
d'un Grand d'Eſpagne. Le lendemain, la
Ducheſſe de Fronſac fut préſentée à Leurs Ma
jeſtés & à la Famille Royale par la Comteſſe
d Egmont, & prit le tabouret. Le même jour,
la Marquiſe de Sorem fut auſſi préſentée à Leurs
Majeſtés par la Comteſſe de Marſan.
Le 1 1 de ce mois, le Bailli de Froullay , Am
baſſadeur de Malte offrit au Roi les faucons ,
dont l'Ordre de Malte fait préſent à Sa Majeſté.
Il préſenta en même temps au Roi le Chevalier
de Belmond, qui avoit été chargé par le Grand
Maître de l'Ordre, de porter ces faucons en
France.
La ſuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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Résumé : De VERSAILLES, le 31 Mars 1764.
Le 31 mars 1764, plusieurs événements diplomatiques et cérémoniels ont eu lieu à Versailles. Le 14 mars, le sieur de Packelbel, ministre du Duc de Deux-Ponts et du Landgrave de Hesse-Cassel, a été présenté au Roi, à la Reine et à la Famille Royale. Le 25 mars, le Comte de Fuentes, ambassadeur d'Espagne, a été reçu en audience particulière par le Roi, qui lui a présenté ses lettres de créances. Les députés des Parlements de Toulouse et de Rouen ont été présentés au Roi, respectivement par le Comte de Saint-Florentin et le sieur Bertin. Le Premier Président de Paris a remis au Roi les remontrances de son Parlement. L'Archevêque de Reims a sacré les évêques de Saintes et de Gap dans la chapelle du Château. Le Vicomte de Choiseul a été désigné pour complimenter les souverains autrichiens et le futur Roi des Romains. Plusieurs contrats de mariage ont été signés, notamment ceux du Duc de Fronsac, du Vicomte de Gouy d'Arsy et du Vicomte de Belsunce. Plusieurs dames, dont la Comtesse de Grasse, la Princesse de Beauvau et la Duchesse de Fronsac, ont été présentées à Leurs Majestés. Le 11 avril, le Bailli de Froullay, ambassadeur de Malte, a offert au Roi des faucons de la part de l'Ordre de Malte.
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2865
p. 5-16
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE des Quatre Discours de CICÉRON, tant au S[é]nat qu'au Peuple, au retour de son exil.
Début :
LA malice des hommes rend tout possible & tout croyable. La vigilance [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE des Quatre Discours de CICÉRON, tant au S[é]nat qu'au Peuple, au retour de son exil.
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE des Quatre Discours de CICÉRON, tant au S[é]nat qu'au Peuple, au retour de son exil.
LA malice des hommes rend tout
possible & tout croyable. La vigilance
d'un Conſul hardi & pénétrant, vient
de ſauver la République, qui étoit ſur
A iij .
6
le
MERCURE DE FRANCE.
point de périr ;
le ſupplice des
Conjurés a ſuivi de près la conviction
de leur crime : la mort ignominieuſe
qu'ils ont ſouffert en a impoſé à ceux
que la vue du châtiment peut ſeule re
tenir dans le devoir : Cicéron comblé
de gloire a entendu ſon nom prononcé
publiquement dans les actions de grâ
ces adreſſées aux immortels ;
il a reçu
une récompenſe plus flatteuſe encore ,
c'eſt l'eſtime & l'approbation des bons
Citoyens.. .. Ce n'étoit point aſſez : il
lui manquoit un rapport eſſentiel avec
tous les grands hommes qui avant lui
avoient ſervi leur patrie. Il ignoroit
juſqu'où va la rage & la fureur d'un
méchant qui perſécute un homme de
bien. Il étoit réſervé à Publius Clodius
de le lui faire éprouver.
Tous les traits de la ſcélérateſſe la
plus noire & la plus raffinée étoient en
trés, pour ainſi dire, dans la compoſition
de ſon âme. Doué d'un eſprit vif & pé
nétrant ,
il ne s'en ſer, it jamais que
pour faire du mal. Il paſſoit ſa vie dans
la plus mauvaiſe compagnie de Rome ;
& , par une ſuite bien naturelle, tous
les honnêtes gens dont la conduite étoit
une ſatyre vivante & continuelle de la
ſienne, devenoient l'objet de ſes raille
•
!
M A I. 1764.
-
7
ries les plus piquantes : il ne s'en tint
pas là : honteux d'un parallèle qui l'hu
milioit , il voulut les perſécuter ; &
c'eſt dans cette vue qu'il brigua le Tri
bunat du Peuple qu'il obtint. Il étoit
difficile de donner cette place à quel
qu'un qui la méritât moins. Cicéron fut
un des premiers qui ſuccomba ſous
l'injuſtice de ſes pourſuites.
-
Ce généreux Citoyen, comblé de
gloire & d'honneurs , paſſoit tranquille
ment ſes jours au ſein de la Philoſo
phie ; quand Clodius , jaloux de ſes ſuc
cès, & plus encore de ſa réputation,en
treprit de l'accuſer d'avoir fait mourir
ſans formalités les complices deCatilina,
dont il prenoit hautement la défenſe.
Les Partiſans ſecrets de ce Conſpira
teur, qui avoient voulu attendre l'évé
nement pour ſe déclarer , étoient en
plus grand nombre encore que ceux qui
avoient embraſſé ouvertement ſon par
ti; & Cicéron avoit dans chacun d'eux
un ennemi d'autant plus dangereux,
qu'il
étoit plus caché. Il ne fut pas
difficile à ſon Accuſateur de les enga- .
er à l'appuyer dans ſon entrepriſe.
# ne fut qu'après s'être muni de tou
tes ces reſſources, qu'il ſe préſenta au
Peuple, favoriſé en ſecret par les deux
A iv
3 MERCURE BE FRANCE.
Tribuns Sextus Attilius & Numerius
Quintus , tous deux liés précédemment
avec les Conjurés, & par conſéquent
in éreſſés perſonnellement à la perte de
l'illuſtre Ex-Conſul.
Tous les bons Citoyens rejetterent
avec indignation & mépris la plainte
de Clodius , qui paſſa pourtant après
· bien des conteſtations à la pluralité des
voix; & le défenſeur de la République
fut condamné à l'exil. Les Chevaliers
Romains qui ſe faiſoient gloire de comp
ter Cicéron pour un des Membres de
leur Corps, donnerent des preuves écla
tantes del'eſtime ſingulièrequ'ils avoient
pour lui , en prenant des habits de
deuil conformes aux fiens. Un grand
nombre de Patriciens & d'autres Ci
toyens les imiterent.
Des témoignages auſſi flatteurs au
roient dû le conſoler d'une injuſti
ce dont le ſentiment intérieur de ſa
· conſcience le vengeoit aſſez d'ailleurs ;
avouons-le pourtant : Cicéron y fut trop
ſenſible ; ſes ſollicitations furent ram
pantes; il vit avec effroi que Pompée,ſon
ancien ami, l'avoit abandonné (a), &
( a ) J'ai ſuivi ici l'opinion la plus commune ;
quoique peut-être la moins prouvée. Il paſſe
pour conſtant que Pompé« évita adroitement la
M A I. 1764.
il partit de Rome pour ſe retirer en Si
cile, le déſeſpoir & la mort dans le
cœur. Son éloignement donna une libre
carrière aux fureurs de ſon cruel enne
mi : il obtint dans les Comices un Plé
biſcite qui ordonnoit que la maiſon de
l'Ex-Conſul ſeroit râſée : & on éleva
ſur ſes ruines un Temple à la Liberté,
comme ſi cet illuſtre Proſcrit, qui avoit
expoſé ſes jours pour la défendre, avoit
voulu en être le deſtructeur.
I. Son abſence remit le calme dans
la ville : elle dura dix-ſept mois. Pen
dant ce temps ſes amis employerent ef
ficacement leur crédit pour ramener les
eſprits. Le rappel de Cicéron fut pro
poſé;& bientôt après le décret en fut ex
pédié ſans difficulté. Il revint donc dans.
ſa patrie la veille des Nones de Sep
tembre ( b ) pour me ſervir des termes
viſite que Cicéron venoit lui faire, en s'échap
pant par un eſcalier dérobé ; cependant Cicérons
ne le dit poſitivement dans aucune de ſes lettres.
( b) Les Amateurs de la Chronologie exacte &
ſcrupuleuſe ſçauront avec plaiſir, que c'eſt Cicéron2
lui-même qui m'a appris cette date. Voici ce qu'il
écrit à Atticus , dans la première Lettre du qua
triéme Livre du Recueil de ſes Epîtres.... Poſtridie
in Senatu, qui fuit dies Non. Septemb, Senatu#
#ratias agimus, , , , , &c..
Ad.Ait. L. ſV. Eg, ſº
A u
1o MERCURE DE FRANCE.
du Calendrier Romain , l'an DCXCVF
de la fondation de Rome. Le lende
iain de ſon arrivée , il ſe rendit au Sé
mat, où il prononça le premier des qua
tre Diſcours dont il s'agit : il eſt connu
des Sçavans & dans les Ecoles, ſous le
titre de Poſt reditum in Senatu.
Cette Piéce intéreſſante à tous égards,
mériteroit à bon droit le titre d'...
Effuſion d'un cœur reconnoiſſant.
La belle âme de l'Orateur s'y peint
toute entière; & ceux qui ſçavent en
tendre le cri de la nature , voyent avec
plaiſir que le ſentiment y eft traité en
Maître. Cicéron y remercie en particulier
tous les Magiſtrats qui avoient contri
bué à ſon retour ; & il adreſſe enſuite
des actions de graces à tout le Sénat en
général. Les Conſuls de cette année
étoient Publius Lentulus & Quintus
Metellus. Les termes dont il ſe ſert pour
témoigner ſa gratitude , font entendre .
qu'il croyoit devoir en grande partie
à l'un des deux , le changement arrivé
dans ſa fortune ; mais qu'il n'avoit d'au
tre obligation au ſecond , que celle
de ne s'être pas oppoſé à ce qu'on avoit .
fait pour lui. Les Tribuns du PeupleT.A.
Millon , P. Sextius, C. Seſtilius , M.
- -
M A I. 1764.
I l
Cuſpius, T. Fadius, M. Curtius, C.
Meſſinius & Qu. Fabritius, reçoivent en
ſuite leur compliment. Les éloges qu'il
prodigue aux deux premiers, marquent
aſſez qu'ils l'avoient ſerviplus ardemment
que les autres : le ſilence affecté qu'il
garde ſur le compte d'Attilius & de
Numerius , qui lui avoient été contrai
res , forme un contraſte admirable avec
les traits piquans dont il accable enſuite
ſon adverſaire P. Clodius, qui , com
me nous l'avons dit, avoit été Tribun
du Peuple l'année précedente , & qui
s'étoit ſi mal ſervi de ſon autorité. Après
les Tribuns, Cicéron témoigne ſa recon
noiſſance aux ſept premiers Préteurs,
L. Cœcilius, M. Calidius , C. Septimius,
Qu. Valerius, P. Craſſus , Sex. Quinti
lius , & C. Cornutus. Il ne dit mot du
huitiéme & dernier Appius Claudius ,
parce qu'il étoit frère de P. Clodius ,
& qu'il n'avoit pas été de l'avis de ſes
collégues. (c) Enfin il termine ſaharan
( c ) On ne s'étonnera pas de ce que Cicéron
place ici les Préteurs après les Tribuns du Peu
ple, quoique ceux-ci ne fuſſent jamais que des
Plébéiens toujours inférieurs en naiſſance à ceux
la ,
ſi on fait réfléxion que la puiſſance Tribuni
cienne étoit bien ſupérieure à celle des Préteurs ,
quoiqu'ils fuſſent Patriciens , du moins pour la
plupart,
•
* .
.
A vj
-
-
12. MERCURE DE FRANCE.
gue en témoignant à Pompée qui lui .
avoit rendu ſon ancienne amitié, com
bien il a été ſenſible à la marque écla
tante qu'il lui à donnée de ſon attache
ment, en prononçant dans le Sénat un
beau diſcours en ſa faveur.
-
II. Le Peuple n'avoit pas été ſpectateur
oififde cette fameuſe querelle : il y avoit
pris part en banniſſant Cicéron, & en le
dépouillant de ſes biens : il répara ſon in
juſtice en contribuant à ſon rétabliſſe
ment. Cicéron avoit des actions de
graces à lui rendre; & il s'acquitta de ce
devoir au gré de tout le monde, peu de
jours après l'avoir rempli dans le Sénat.
Ce diſcours porte ordinairement en
titre, Poſt reditum ad Quirites. (d)
III. Cicéron, rétabli dans ſa patrie,
n'étoit pas encore ſatisfait : il voyoit
toujours ſubſiſter un monument odieux
de la fureur de Clodius. Sa maiſon étoit
démolie ; & le Temple de la Liberté
ſembloit avoir été élevé pour perpétuer
(d) Tous les Editeurs de Cicéron s'accordent à
placer ce Diſcours avant le précédent, quoiqu'il
ſoit conſtant qu'il n'ait été prononcé que le ſe
cond, Une tranſpoſition de Copiſte aura été la
première cauſe de cette faute qui perpétuée juſ
qu'à nos jours, prouve que la plupart des Éru
dits conſultent plus la routine que la raiſon.
,
M A I. 1764.
13
à jamais la mémoire de l'affront qu'il
avoit reçu. La ſituation de l'Orateur
étoit des plus embaraſſantes, parce que
ſon ennemi, auſſi ruſé que Politique,
avoit trouvé moyen d'intéreſſer les
Dieux dans ſa cauſe, & d'immortali
ſer ainſi ſa vengeance. Le Sénat au
quel il s'adreſſa d'abord, le renvoya aux
Pontifes, comme Juges naturels d'une
affaire , où le culte des Dieux ſe trouvoit
mêlé.Ce fut donc en leur préſence qu'il
prononça, le dernier jour de Septembre,
le diſcours dont il eſt queſtion, & qui
porte le titre vulgaire de Pro domo ſuâ
ad Pontifices. Le ſuccès le plus brillant
fut le prix de ſon éloquence; ſes raiſons
parurent bonnes; & le Sacré Collége,
s'il eſt permis de s'exprimer ainſi, le
remit en poſſeſſion de ſon bien par
une ſentence qui fut enſuite confirmée
par un arrêt du Sénat. Cicéron nous
l'apprend lui-même dans une de ſes .
lettres à ſon digne ami le célébre Atti
cus : c'eſt la ſeconde du quatriéme livre
du recueil déjà cité.
IV. Cicéron triomphoit : ſa fortune
étoit rétablie, ſes ennemis confondus,
| ſon crédit devenoit plus grand de jour
en jour; Clodius commençoit à per--
dre le ſien, & à tomber dans un mépris
-
14 MERCURE DE FRANCE.
général ; perſpective que doivent enviſa
† tous ceux qui ne craindront pas de
ui reſſembler.
Sa fureur n'étoit pas encore aſſouvie :
il réſolut de tourmenter de nouveau
ſon adverſaire. La ſuperſtition eſt un .
aliment dont ſe repaiſſent aiſément les
eſprits foibles; ce fut par là qu'il voulut
leur faire prendre intérêt dans ſa que
relle , ſoit qu'il crût que rien ne lui
ſeroit plus facile que de leur en impoſer,
ſoit qu'il s'imaginât que comme ils
étoient en plus grand nombre , ils lui
formeroient un corps de partiſans plus
conſidérable.
.
.
Pour commencer à faire jouer cette
Comédie, il apoſta des gens à lui, qui
débiterent avec effionterie, qu'on enten
doit toutes les nuits un bruit affreux de
cliquetis d'Armes, & de chaînes de fer,
dans une Campagne fort peu éloignée
de la Ville qu'on appelloit le Champ La
tin. Ce merveilleux étonna d'abord ;
les gens ſenſés n'en firent que rire; mais
il n'en fut pas ainſi des autres, qui à for
ce d'entendre répéter aux créatures de
Clodius , leurs ridicules rêveries, en
vinrent bientôt à les adopter eux mê
mes, & à ſe perſuader qu'ils avoient en
tendu ces bruits.
-
!
M A I. 1764: º
1 5
L'effroi ne tarda pas à ſe répandre
dans la ville ; & d'une commune voix
on eut recours aux Haruſpices ou De
vins, eſpéce de Charlatans qui préten
doient prédire l'avenir par l'inſpection
des entrailles encore fumantes des ani
maux nouvellement égorgés : l'inquié
tude & la curioſité naturelles aux Ro
mains comme aux autres hommes, fai
ſoient vivre cette eſpéce de Prêtres dans
une conſidération ſingulière.
Leur réponſe fut que les Dieux irri
tés manifeſtoient leur colère de ce qu'on
négligeoit leur culte , & qu'on oublioit
leur puiſſance. Cette réponſe ambiguë
& dictée ſans doute par les libéralités
de l'Auteur même du prodige , donna
lieu à Clodius, revêtu pour lors de la
charge d'Edile Curule , de déclamer
publiquement contre le decret qui avoit
remis Cicéron en poſſeſſion de ſa mai
ſon, en affectant de lui appliquer les
paroles équivoques des Haruſpices. Ci
céron indigné de ce nouveau trait de
vengeance auquel il ne s'attendoit pas,
entreprit de réfuter les calomnies de
Clodius dans un Diſcours qu il pronon
ça dans le Sénat , diſcours connu ordi
nairement ſous ce titre , De Haruſpi
citm reſponſis.
26 MfER CURE DE FRANCE.
Ce Morceau eſt plein de chaleur & de
ſolidité. Il eſt vrai que Cicéron s'y laiſſe
un peu trop emporter à la vivacité de
fon reſſentiment; mais il faut convenir
auſſi qu'en faiſant à Clodius l'applica
tion de l'Oracle, il parle avec plus de
fondement & plus de vérité que n'avoit
fait ſon adverſaire.
LA malice des hommes rend tout
possible & tout croyable. La vigilance
d'un Conſul hardi & pénétrant, vient
de ſauver la République, qui étoit ſur
A iij .
6
le
MERCURE DE FRANCE.
point de périr ;
le ſupplice des
Conjurés a ſuivi de près la conviction
de leur crime : la mort ignominieuſe
qu'ils ont ſouffert en a impoſé à ceux
que la vue du châtiment peut ſeule re
tenir dans le devoir : Cicéron comblé
de gloire a entendu ſon nom prononcé
publiquement dans les actions de grâ
ces adreſſées aux immortels ;
il a reçu
une récompenſe plus flatteuſe encore ,
c'eſt l'eſtime & l'approbation des bons
Citoyens.. .. Ce n'étoit point aſſez : il
lui manquoit un rapport eſſentiel avec
tous les grands hommes qui avant lui
avoient ſervi leur patrie. Il ignoroit
juſqu'où va la rage & la fureur d'un
méchant qui perſécute un homme de
bien. Il étoit réſervé à Publius Clodius
de le lui faire éprouver.
Tous les traits de la ſcélérateſſe la
plus noire & la plus raffinée étoient en
trés, pour ainſi dire, dans la compoſition
de ſon âme. Doué d'un eſprit vif & pé
nétrant ,
il ne s'en ſer, it jamais que
pour faire du mal. Il paſſoit ſa vie dans
la plus mauvaiſe compagnie de Rome ;
& , par une ſuite bien naturelle, tous
les honnêtes gens dont la conduite étoit
une ſatyre vivante & continuelle de la
ſienne, devenoient l'objet de ſes raille
•
!
M A I. 1764.
-
7
ries les plus piquantes : il ne s'en tint
pas là : honteux d'un parallèle qui l'hu
milioit , il voulut les perſécuter ; &
c'eſt dans cette vue qu'il brigua le Tri
bunat du Peuple qu'il obtint. Il étoit
difficile de donner cette place à quel
qu'un qui la méritât moins. Cicéron fut
un des premiers qui ſuccomba ſous
l'injuſtice de ſes pourſuites.
-
Ce généreux Citoyen, comblé de
gloire & d'honneurs , paſſoit tranquille
ment ſes jours au ſein de la Philoſo
phie ; quand Clodius , jaloux de ſes ſuc
cès, & plus encore de ſa réputation,en
treprit de l'accuſer d'avoir fait mourir
ſans formalités les complices deCatilina,
dont il prenoit hautement la défenſe.
Les Partiſans ſecrets de ce Conſpira
teur, qui avoient voulu attendre l'évé
nement pour ſe déclarer , étoient en
plus grand nombre encore que ceux qui
avoient embraſſé ouvertement ſon par
ti; & Cicéron avoit dans chacun d'eux
un ennemi d'autant plus dangereux,
qu'il
étoit plus caché. Il ne fut pas
difficile à ſon Accuſateur de les enga- .
er à l'appuyer dans ſon entrepriſe.
# ne fut qu'après s'être muni de tou
tes ces reſſources, qu'il ſe préſenta au
Peuple, favoriſé en ſecret par les deux
A iv
3 MERCURE BE FRANCE.
Tribuns Sextus Attilius & Numerius
Quintus , tous deux liés précédemment
avec les Conjurés, & par conſéquent
in éreſſés perſonnellement à la perte de
l'illuſtre Ex-Conſul.
Tous les bons Citoyens rejetterent
avec indignation & mépris la plainte
de Clodius , qui paſſa pourtant après
· bien des conteſtations à la pluralité des
voix; & le défenſeur de la République
fut condamné à l'exil. Les Chevaliers
Romains qui ſe faiſoient gloire de comp
ter Cicéron pour un des Membres de
leur Corps, donnerent des preuves écla
tantes del'eſtime ſingulièrequ'ils avoient
pour lui , en prenant des habits de
deuil conformes aux fiens. Un grand
nombre de Patriciens & d'autres Ci
toyens les imiterent.
Des témoignages auſſi flatteurs au
roient dû le conſoler d'une injuſti
ce dont le ſentiment intérieur de ſa
· conſcience le vengeoit aſſez d'ailleurs ;
avouons-le pourtant : Cicéron y fut trop
ſenſible ; ſes ſollicitations furent ram
pantes; il vit avec effroi que Pompée,ſon
ancien ami, l'avoit abandonné (a), &
( a ) J'ai ſuivi ici l'opinion la plus commune ;
quoique peut-être la moins prouvée. Il paſſe
pour conſtant que Pompé« évita adroitement la
M A I. 1764.
il partit de Rome pour ſe retirer en Si
cile, le déſeſpoir & la mort dans le
cœur. Son éloignement donna une libre
carrière aux fureurs de ſon cruel enne
mi : il obtint dans les Comices un Plé
biſcite qui ordonnoit que la maiſon de
l'Ex-Conſul ſeroit râſée : & on éleva
ſur ſes ruines un Temple à la Liberté,
comme ſi cet illuſtre Proſcrit, qui avoit
expoſé ſes jours pour la défendre, avoit
voulu en être le deſtructeur.
I. Son abſence remit le calme dans
la ville : elle dura dix-ſept mois. Pen
dant ce temps ſes amis employerent ef
ficacement leur crédit pour ramener les
eſprits. Le rappel de Cicéron fut pro
poſé;& bientôt après le décret en fut ex
pédié ſans difficulté. Il revint donc dans.
ſa patrie la veille des Nones de Sep
tembre ( b ) pour me ſervir des termes
viſite que Cicéron venoit lui faire, en s'échap
pant par un eſcalier dérobé ; cependant Cicérons
ne le dit poſitivement dans aucune de ſes lettres.
( b) Les Amateurs de la Chronologie exacte &
ſcrupuleuſe ſçauront avec plaiſir, que c'eſt Cicéron2
lui-même qui m'a appris cette date. Voici ce qu'il
écrit à Atticus , dans la première Lettre du qua
triéme Livre du Recueil de ſes Epîtres.... Poſtridie
in Senatu, qui fuit dies Non. Septemb, Senatu#
#ratias agimus, , , , , &c..
Ad.Ait. L. ſV. Eg, ſº
A u
1o MERCURE DE FRANCE.
du Calendrier Romain , l'an DCXCVF
de la fondation de Rome. Le lende
iain de ſon arrivée , il ſe rendit au Sé
mat, où il prononça le premier des qua
tre Diſcours dont il s'agit : il eſt connu
des Sçavans & dans les Ecoles, ſous le
titre de Poſt reditum in Senatu.
Cette Piéce intéreſſante à tous égards,
mériteroit à bon droit le titre d'...
Effuſion d'un cœur reconnoiſſant.
La belle âme de l'Orateur s'y peint
toute entière; & ceux qui ſçavent en
tendre le cri de la nature , voyent avec
plaiſir que le ſentiment y eft traité en
Maître. Cicéron y remercie en particulier
tous les Magiſtrats qui avoient contri
bué à ſon retour ; & il adreſſe enſuite
des actions de graces à tout le Sénat en
général. Les Conſuls de cette année
étoient Publius Lentulus & Quintus
Metellus. Les termes dont il ſe ſert pour
témoigner ſa gratitude , font entendre .
qu'il croyoit devoir en grande partie
à l'un des deux , le changement arrivé
dans ſa fortune ; mais qu'il n'avoit d'au
tre obligation au ſecond , que celle
de ne s'être pas oppoſé à ce qu'on avoit .
fait pour lui. Les Tribuns du PeupleT.A.
Millon , P. Sextius, C. Seſtilius , M.
- -
M A I. 1764.
I l
Cuſpius, T. Fadius, M. Curtius, C.
Meſſinius & Qu. Fabritius, reçoivent en
ſuite leur compliment. Les éloges qu'il
prodigue aux deux premiers, marquent
aſſez qu'ils l'avoient ſerviplus ardemment
que les autres : le ſilence affecté qu'il
garde ſur le compte d'Attilius & de
Numerius , qui lui avoient été contrai
res , forme un contraſte admirable avec
les traits piquans dont il accable enſuite
ſon adverſaire P. Clodius, qui , com
me nous l'avons dit, avoit été Tribun
du Peuple l'année précedente , & qui
s'étoit ſi mal ſervi de ſon autorité. Après
les Tribuns, Cicéron témoigne ſa recon
noiſſance aux ſept premiers Préteurs,
L. Cœcilius, M. Calidius , C. Septimius,
Qu. Valerius, P. Craſſus , Sex. Quinti
lius , & C. Cornutus. Il ne dit mot du
huitiéme & dernier Appius Claudius ,
parce qu'il étoit frère de P. Clodius ,
& qu'il n'avoit pas été de l'avis de ſes
collégues. (c) Enfin il termine ſaharan
( c ) On ne s'étonnera pas de ce que Cicéron
place ici les Préteurs après les Tribuns du Peu
ple, quoique ceux-ci ne fuſſent jamais que des
Plébéiens toujours inférieurs en naiſſance à ceux
la ,
ſi on fait réfléxion que la puiſſance Tribuni
cienne étoit bien ſupérieure à celle des Préteurs ,
quoiqu'ils fuſſent Patriciens , du moins pour la
plupart,
•
* .
.
A vj
-
-
12. MERCURE DE FRANCE.
gue en témoignant à Pompée qui lui .
avoit rendu ſon ancienne amitié, com
bien il a été ſenſible à la marque écla
tante qu'il lui à donnée de ſon attache
ment, en prononçant dans le Sénat un
beau diſcours en ſa faveur.
-
II. Le Peuple n'avoit pas été ſpectateur
oififde cette fameuſe querelle : il y avoit
pris part en banniſſant Cicéron, & en le
dépouillant de ſes biens : il répara ſon in
juſtice en contribuant à ſon rétabliſſe
ment. Cicéron avoit des actions de
graces à lui rendre; & il s'acquitta de ce
devoir au gré de tout le monde, peu de
jours après l'avoir rempli dans le Sénat.
Ce diſcours porte ordinairement en
titre, Poſt reditum ad Quirites. (d)
III. Cicéron, rétabli dans ſa patrie,
n'étoit pas encore ſatisfait : il voyoit
toujours ſubſiſter un monument odieux
de la fureur de Clodius. Sa maiſon étoit
démolie ; & le Temple de la Liberté
ſembloit avoir été élevé pour perpétuer
(d) Tous les Editeurs de Cicéron s'accordent à
placer ce Diſcours avant le précédent, quoiqu'il
ſoit conſtant qu'il n'ait été prononcé que le ſe
cond, Une tranſpoſition de Copiſte aura été la
première cauſe de cette faute qui perpétuée juſ
qu'à nos jours, prouve que la plupart des Éru
dits conſultent plus la routine que la raiſon.
,
M A I. 1764.
13
à jamais la mémoire de l'affront qu'il
avoit reçu. La ſituation de l'Orateur
étoit des plus embaraſſantes, parce que
ſon ennemi, auſſi ruſé que Politique,
avoit trouvé moyen d'intéreſſer les
Dieux dans ſa cauſe, & d'immortali
ſer ainſi ſa vengeance. Le Sénat au
quel il s'adreſſa d'abord, le renvoya aux
Pontifes, comme Juges naturels d'une
affaire , où le culte des Dieux ſe trouvoit
mêlé.Ce fut donc en leur préſence qu'il
prononça, le dernier jour de Septembre,
le diſcours dont il eſt queſtion, & qui
porte le titre vulgaire de Pro domo ſuâ
ad Pontifices. Le ſuccès le plus brillant
fut le prix de ſon éloquence; ſes raiſons
parurent bonnes; & le Sacré Collége,
s'il eſt permis de s'exprimer ainſi, le
remit en poſſeſſion de ſon bien par
une ſentence qui fut enſuite confirmée
par un arrêt du Sénat. Cicéron nous
l'apprend lui-même dans une de ſes .
lettres à ſon digne ami le célébre Atti
cus : c'eſt la ſeconde du quatriéme livre
du recueil déjà cité.
IV. Cicéron triomphoit : ſa fortune
étoit rétablie, ſes ennemis confondus,
| ſon crédit devenoit plus grand de jour
en jour; Clodius commençoit à per--
dre le ſien, & à tomber dans un mépris
-
14 MERCURE DE FRANCE.
général ; perſpective que doivent enviſa
† tous ceux qui ne craindront pas de
ui reſſembler.
Sa fureur n'étoit pas encore aſſouvie :
il réſolut de tourmenter de nouveau
ſon adverſaire. La ſuperſtition eſt un .
aliment dont ſe repaiſſent aiſément les
eſprits foibles; ce fut par là qu'il voulut
leur faire prendre intérêt dans ſa que
relle , ſoit qu'il crût que rien ne lui
ſeroit plus facile que de leur en impoſer,
ſoit qu'il s'imaginât que comme ils
étoient en plus grand nombre , ils lui
formeroient un corps de partiſans plus
conſidérable.
.
.
Pour commencer à faire jouer cette
Comédie, il apoſta des gens à lui, qui
débiterent avec effionterie, qu'on enten
doit toutes les nuits un bruit affreux de
cliquetis d'Armes, & de chaînes de fer,
dans une Campagne fort peu éloignée
de la Ville qu'on appelloit le Champ La
tin. Ce merveilleux étonna d'abord ;
les gens ſenſés n'en firent que rire; mais
il n'en fut pas ainſi des autres, qui à for
ce d'entendre répéter aux créatures de
Clodius , leurs ridicules rêveries, en
vinrent bientôt à les adopter eux mê
mes, & à ſe perſuader qu'ils avoient en
tendu ces bruits.
-
!
M A I. 1764: º
1 5
L'effroi ne tarda pas à ſe répandre
dans la ville ; & d'une commune voix
on eut recours aux Haruſpices ou De
vins, eſpéce de Charlatans qui préten
doient prédire l'avenir par l'inſpection
des entrailles encore fumantes des ani
maux nouvellement égorgés : l'inquié
tude & la curioſité naturelles aux Ro
mains comme aux autres hommes, fai
ſoient vivre cette eſpéce de Prêtres dans
une conſidération ſingulière.
Leur réponſe fut que les Dieux irri
tés manifeſtoient leur colère de ce qu'on
négligeoit leur culte , & qu'on oublioit
leur puiſſance. Cette réponſe ambiguë
& dictée ſans doute par les libéralités
de l'Auteur même du prodige , donna
lieu à Clodius, revêtu pour lors de la
charge d'Edile Curule , de déclamer
publiquement contre le decret qui avoit
remis Cicéron en poſſeſſion de ſa mai
ſon, en affectant de lui appliquer les
paroles équivoques des Haruſpices. Ci
céron indigné de ce nouveau trait de
vengeance auquel il ne s'attendoit pas,
entreprit de réfuter les calomnies de
Clodius dans un Diſcours qu il pronon
ça dans le Sénat , diſcours connu ordi
nairement ſous ce titre , De Haruſpi
citm reſponſis.
26 MfER CURE DE FRANCE.
Ce Morceau eſt plein de chaleur & de
ſolidité. Il eſt vrai que Cicéron s'y laiſſe
un peu trop emporter à la vivacité de
fon reſſentiment; mais il faut convenir
auſſi qu'en faiſant à Clodius l'applica
tion de l'Oracle, il parle avec plus de
fondement & plus de vérité que n'avoit
fait ſon adverſaire.
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Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE des Quatre Discours de CICÉRON, tant au S[é]nat qu'au Peuple, au retour de son exil.
Après son retour d'exil, Cicéron fut acclamé pour avoir protégé la République en condamnant des conspirateurs. Cependant, Publius Clodius, envieux de sa renommée, l'accusa injustement et parvint à obtenir son exil malgré l'opposition des citoyens. Soutenu par les Chevaliers Romains, Cicéron se retira en Sicile. Clodius fit démolir la maison de Cicéron pour y construire un temple dédié à la Liberté. Dix-sept mois plus tard, Cicéron fut rappelé à Rome grâce à l'intervention de ses amis et prononça un discours au Sénat, 'Post reditum in Senatu', où il exprima sa reconnaissance envers les magistrats, les tribuns du peuple et le peuple romain. Il critiqua implicitement ses adversaires et attaqua Clodius. Bien que Cicéron obtînt la reconstruction de sa maison, Clodius tenta de relancer les hostilités en exploitant la superstition populaire. Les haruspices interprétèrent des signes divins comme une manifestation de la colère des dieux, permettant à Clodius de critiquer le décret rétablissant Cicéron dans ses droits. En réponse, Cicéron prononça un autre discours au Sénat, 'De Haruspicum Responsis', où il réfuta les accusations de Clodius et démontra la solidité et la véracité de ses arguments, malgré son ressentiment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2866
p. 16-23
L'AMOUR que les Princes doivent aux Arts. POEME. A S. A. S. Mgr le Prince de ***. Dignum laude virum Musa vetat mori.
Début :
PRINCE, Ami des Talens qu'ignore le vulgaire, [...]
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texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR que les Princes doivent aux Arts. POEME. A S. A. S. Mgr le Prince de ***. Dignum laude virum Musa vetat mori.
L'AMOUR que les Princes doivent
aux Arts.
POEME.
A S. A. S. Mgr le Prince de ***.
Dignum laude virum Musa vetat mori.
PRINCE, Ami des Talens qu'ignore le vulgaire,
Qu'eſtiment les Grands Rois, & que ton œil
éclaire,
Toujours ta main prodigue en ſecours gênéreux,.
S'applaudit des bienfaits qu'elle répand ſur eux.
Ces préſens d'un Héros chercherent mon en--
fance,
Et mes foibles talens te durent la naiſſance,
Quand la Parque, frappant un père entre mes
bras,,
* M. le Brun, Auteur de ce Poème , n'avoit
que dix-neuf ans, lorſqu'il le compoſa.
M A I. 1764.
Força les yeux d'un fils à pleurer ſon trépas,
Déja le glaive en main, les yeux étincelans,
17
Tu le pleuras toi-même... ô touchantes allarmes!
Un Héros ſans rougir peut répandre des larmes.
Mars agitoit ſon caſque & ſes drapeaux ſanglans :
La Diſcorde, à ſes cris, rallumant ſon tonnerre,
Gronde & briſe en fureur les portes de la Guerre.
Bellone cependant ſur les rives du Var,
T'appelloit aux combats, & préparoit ton char.
Le Var courba ſous toi ſon onde & ſa fortune ;
Vainement Albion s'en plaignit à Neptune.
Quelle fut ſa douleur, ta gloire & mes tranſports !
| Content de t'admirer, je me taiſois alors,
Que mon zéle indigné de cet obſcur hommage,
Brûloit de s'élancer loin des bornes de l'âge !
A peine, ſoutenu de quatorze Printemps
Il hâtoit le ſecours du Génie & des Temps.
Mais en vain j'implorois la Lyre des Orphées ;
Mars ne ſuſpend jamais ſa lance & ſes trophées
A ce frêle arbriſſeau, jouet des Aquilons ;
C'eſt l'Orme impérieux, fier tyran des Vallons,
Qui, ºui ce noble poids, voit courber ſon feuil
age ,
-
-
Quand # las & ſanglant , y cherche un doux
ombrage.
Trop ſouvent le Poëte, effroi de ſon Héros,
A ſes lauriers brillans mêle d'obſcars pavots.
Quelle Muſe eût oſé, follement intrépide,.
Sur les Alpes en feu ſuivre ton vol rapide ?
---
.
-
:
·
-
13 MERCURE DE FRANCE:
Leurs cimes, où Bellone a fondé tes autels,
Te portoient en triomphe, au ſein des immor
tels.
Aux rayons de ta gloire échauffant mon génie,
Du langage des Dieux j'eſſayois l'harmonie :
A l'ombre des lauriers que moiſſonna ton bras,
Virgile m'apprenoit à chanter les combats.
Mais pour un Alexandre il falloit un Apelle,
Et l'Aigle ſeul entend la foudre qui l'appelle.
Ce Dieu qui d'un regard honora mon berceau,
De mes tremblantes mains vit tomber ſon pin
683Uld
Tel qu'un jeune Nocher, dont la Barque timide
Attend que les Zéphirs ouvrent la pleine humide ;
Son œil épouvanté s'égare au ſein des Mers ;
Il compte les rochers dont les flots ſont couverts :
Sa barque n'oſe encor tenter ces Mers profondes,
Et conſulte long temps ſes voiles & les ondes.
Où tel ſur ſon rocher, l'Aigle, en ſes premiers
jeux ,
Craint de toucher l'Olympe aux ſommets ora
geux ;
-
-
Bientôt, s'il veut du Ciel tenter les vaſtes plaines,
Il déploye en tremblant ſes aîles incertaines,
Et prêt à s'élancer juſqu'au Thrône des ri-ax,
Il balance ſon vol, & meſure les Cieux.
Ainſi, trop jeune encor, je n'oſois me réſoudre
A toucher aux lauriers où repoſoit ta foudre,
Enfin le noble eſpoir d'éclater à tes yeux ,
M A I.
1764.
Eleva juſqu'à toi mon vol ambitieux ;
Je te vis raſſurer mes timides accens,
lone :
19
Et pour chanter des faits que vantera l'Hiſtoire,
Mon Apollon monta ſur ton char de Victoire.
Et ſourire à la main qui t'offroit mon encens.
Un enfant des neuf Sœurs plait aux Fils de Bel
Qui combat pour la Gloire, eſtime qui la donne.
Eſt-ce à d'obſcurs mortels dans l'opprobre nourris.
D'aimer ces Arts brillans dont l'honneur eſt le
prix ?
C'eſt aux Rois tels qu'Auguſte à chérir un Virgile;
Le Ciel doit un Homére aux exploits d'un Achille ;
C'eſt le droit des Héros; & les hommes fameux
Connoiſſent ſeulslle prix des grands hommes com
Il]8 8UlXe
Grand Prince, aux mêmes Arts tu dois la même
eſtime ;
Et ces Arts te devoient leur tribut légitime.
Les Muſes pour te ſuivre ont quitté l'Hélicon ;
Que ta Cour déſormais ſoit leur ſacré vallon.
Rends-leur ce, temps heureux, où les Arts &
Bellone
Ceints des mêmes lauriers , environnoient le
Thrône.
Sur l'Univers ſoumis Rome étendant ſes loix,
Marchoit, la foudre en main , ſur la tête des
Rois :
-
Les Muſes commandoient à la Reine du Monde ;
2o MERCURE DE FRANCE.
En demi-Dieux alors que Rome étoit féconde !
De la Thrace & du Pinde encenſez les travaux ,
O François ! des Romains ſoyez deux fois rivauv,
Un grand homme eſt aux yeux de tout Mo.'.el
qui penſe,
-
Bien au-deſſus des Rois qu'un vil flatteur encenſe.
qu'un bienfait du hazard doit cauſer peu d'or--
gueil !
L'eſprit ſeul nous dérobe au néant du cercueil !
En vain des Conquérans, pour ravager la Terre,
Ont oſé des Dieux même émprunter le tonnerre ;-
Des céleſtes fureurs implacables torrens,
Ils couvroient l'Univers de leurs flots dévorans.
Sur des bords inconnus égarant la victoire,
Leur vol a fatigué les aîles de la Gloire.
Ils cherchoient d'autres Cieux & des mondes nou
Veaux ;
-
Mais aux bornes du Monde ils trouvent leurs tom
beaux,
Guerriers ! qu'avez vous-fait de ces vaſtes conquê
teS ?
Vos foudres allumés éclatent ſur vos têtes.
Calliope oublia de vous rendre immortels,
Phantômes impuiſſans, tombez de vos Autels !
Pouſſière ambitieuſe au néant échappée,
La Mort ſouffle, la Mort vous a vu diſſipée ;
Dans l'abîme dès temps vous diſparoiſſez tous ;
Et leurs gouffres muets ſe referment ſur vous.
Vos noms vivroient encor , ſi la main des 0r
phées
-
M A I. 1764.
Eût au-deſſus des temps élevé vos trcphées :
Des enfans d'Apollon vous méprifiez la voix,
Et l'oubli dévorant engloutit vos exploits.*
Il fut encor des Rois, dont l'oiſive molleſſe
Sous des lambris dorés un encens faſtueux
Enivra de ces Rois l'orgueil voluptueux,
Et du flambeau des Arts l'éclatante lumière
Fatiguoit de leurs yeux la débile paupière:
A leur ſervNe Cour languiſſoient inconnus.
2LI
Goûta des vrais plaiſirs l'amorce enchantereſſe ;
Les timides talens dans l'ombre retenus
Quelquefois, abaiſſant leur fierté ſourcilleuſe,
S'ils prêtent d'un regard la faveur orgueilleuſe,
Des talensingénus ils font rougir le front ;
Et leur plus doux bienfait n'eſt qu'un utile affront
De ces Rois cependant la ſtupide indolence
Applaudit aux diſcours de l'altière ignorance »
Dans l'éternel oubli tombés à leur réveil,
Leur régne ténébreux ne fut qu'un long ſommeil.
Perfides Courtiſans ! votre coupable adreſſe
De ces Rois malheureux égaroit la foibleſſe : -
Sons doute vous diſiez que les fils d'Apollon]
N'oſent franchir les bords du ſtérile Hélicon.
Frémiſſez , vils Mortels; les enfans d'Uranie
Embraſſent l'Univers dans leur vaſte génie :
* Que de ſiécles obſcurs ont précédé ceux de
Lovis XIV & de Lov1s XV ! La gloire des
Arts nous défend d'oublier ce Monument élevé ſous
nos yeux au célébre CRÉBILLoN , par l'ordre de
ſon Roi.
.
22 MERCURE DE FRANCE.
Bientôt leur vol échappe à vos timides yeux :
Vous rampez ſur la Terre, ils planent dans les
Cieux.
-
Des globes éternels, ils meſurent la courſe,
Et des feux du tonnerre ont pénétré la ſource ;
Leur voix rendoit jadis les Arrêts du Deſtin ;
L'âme de Jupiter repoſe dans leur ſein.
-
Vous dont l'orgueil inſulte à ceseſprits ſublimes ;
D'un éternel affront vous ſerez les victimes ;
La honte doit payer vos mépris inſolens.
Prince, tu connois mieux l'empire des Talens :
Tu ſçais qu'un Favori des Filles de Mémoire
-
Conſacre dans ſes vers, ou la honte, ou la gloire :
Plus d'un Roi par nos chants eſt devenu fameux, *
Notre gloirejamais n'a rien emprunté d'eux.
En vain de notre ſort un Souverain décide ; "
Son éxil dans le Pont n'avilit point Ovide. . , .
Des enfans d'Apollon, Héros,ſoyez jaloux ;
Céſarfit tout pour lui, Virgile toutpour vous
Muſe de Frédéric, inſtruiſez les Monarques ;
Triomphez de l'orgueil , de l'envie & des Parquesi
Du Héros de Nervinde, ô toi, rival heureux!
Prête aux Arts qu'il aimoit un appui généreux.
Sous des noms différens une même Déeſſe,
* Ces Vers ſi connus , & ſ dignes de l'être,ſont du
Roi de Pruſſe, dans l'Epitre à ſon Eſprit, où ce
grand Prince défend la Poéſie avec tant de nobleſſe
contre les reprochesvulgaires.
M A I. 1764.
23
Te guide vers l'Olympe & m'entraîne au Permeſſe;
Pallas armoit ton bras de la foudre des Rois,
Et Minerve en riant m'inſpire quelquefois.
Propice à mes efforts, tu daigneras peut-être
Favoriſer des chants que ta gloire a fait naître ;
Et les entendre encor, dans ce Temple de Mars,
Où le Goût, ſur tes pas, doit raſſembler les Arts.
Puiſſé-je, dans ces lieux, te conſacrant ma vie,
Fouler d'un pied vainqueur les ſerpens de l'Envie ;
Monſtre impur, dont le ſouffle infectant les Autels*
Empoiſonne l'encens qu'on offre aux Immortels.*
Sans doute il frémiroit qu'une Plume ſçavante
Eût tracé de ta gloire une image vivante.
En vain ſes cris jaloux veulent trouble
2s chants
Et leur murmure aigurend mes
us touchans.
Croaſſez, vils corbeaux, aux fanges du Parnaſſe ;
Du Cygne des Thébains j'oſe imiter l'audace.
Peut-être on te dira que le nombre des ans
Peut trahir de mon vol les efforts impuiſſans.
Ris de ces vains diſcours : dans les âmes bien nées,
Tu comptes les talens, & non pas les années.
De Mars & des Neuf-Soeurs les Fils audacieux
Vont s'aſſeoir, en naiſſant , à la table des Dieux :
Quand Mars de ſes lauriers honora ton courage,
Charmé de ta valeur , il oublia ton âge.
* L'Envie ne conſiſte pas, comme les Cotins ont
intérêt de le croire , à reprendre les mauvais Auteurs,
mais à blâmer injuſtement les bons,
aux Arts.
POEME.
A S. A. S. Mgr le Prince de ***.
Dignum laude virum Musa vetat mori.
PRINCE, Ami des Talens qu'ignore le vulgaire,
Qu'eſtiment les Grands Rois, & que ton œil
éclaire,
Toujours ta main prodigue en ſecours gênéreux,.
S'applaudit des bienfaits qu'elle répand ſur eux.
Ces préſens d'un Héros chercherent mon en--
fance,
Et mes foibles talens te durent la naiſſance,
Quand la Parque, frappant un père entre mes
bras,,
* M. le Brun, Auteur de ce Poème , n'avoit
que dix-neuf ans, lorſqu'il le compoſa.
M A I. 1764.
Força les yeux d'un fils à pleurer ſon trépas,
Déja le glaive en main, les yeux étincelans,
17
Tu le pleuras toi-même... ô touchantes allarmes!
Un Héros ſans rougir peut répandre des larmes.
Mars agitoit ſon caſque & ſes drapeaux ſanglans :
La Diſcorde, à ſes cris, rallumant ſon tonnerre,
Gronde & briſe en fureur les portes de la Guerre.
Bellone cependant ſur les rives du Var,
T'appelloit aux combats, & préparoit ton char.
Le Var courba ſous toi ſon onde & ſa fortune ;
Vainement Albion s'en plaignit à Neptune.
Quelle fut ſa douleur, ta gloire & mes tranſports !
| Content de t'admirer, je me taiſois alors,
Que mon zéle indigné de cet obſcur hommage,
Brûloit de s'élancer loin des bornes de l'âge !
A peine, ſoutenu de quatorze Printemps
Il hâtoit le ſecours du Génie & des Temps.
Mais en vain j'implorois la Lyre des Orphées ;
Mars ne ſuſpend jamais ſa lance & ſes trophées
A ce frêle arbriſſeau, jouet des Aquilons ;
C'eſt l'Orme impérieux, fier tyran des Vallons,
Qui, ºui ce noble poids, voit courber ſon feuil
age ,
-
-
Quand # las & ſanglant , y cherche un doux
ombrage.
Trop ſouvent le Poëte, effroi de ſon Héros,
A ſes lauriers brillans mêle d'obſcars pavots.
Quelle Muſe eût oſé, follement intrépide,.
Sur les Alpes en feu ſuivre ton vol rapide ?
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13 MERCURE DE FRANCE:
Leurs cimes, où Bellone a fondé tes autels,
Te portoient en triomphe, au ſein des immor
tels.
Aux rayons de ta gloire échauffant mon génie,
Du langage des Dieux j'eſſayois l'harmonie :
A l'ombre des lauriers que moiſſonna ton bras,
Virgile m'apprenoit à chanter les combats.
Mais pour un Alexandre il falloit un Apelle,
Et l'Aigle ſeul entend la foudre qui l'appelle.
Ce Dieu qui d'un regard honora mon berceau,
De mes tremblantes mains vit tomber ſon pin
683Uld
Tel qu'un jeune Nocher, dont la Barque timide
Attend que les Zéphirs ouvrent la pleine humide ;
Son œil épouvanté s'égare au ſein des Mers ;
Il compte les rochers dont les flots ſont couverts :
Sa barque n'oſe encor tenter ces Mers profondes,
Et conſulte long temps ſes voiles & les ondes.
Où tel ſur ſon rocher, l'Aigle, en ſes premiers
jeux ,
Craint de toucher l'Olympe aux ſommets ora
geux ;
-
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Bientôt, s'il veut du Ciel tenter les vaſtes plaines,
Il déploye en tremblant ſes aîles incertaines,
Et prêt à s'élancer juſqu'au Thrône des ri-ax,
Il balance ſon vol, & meſure les Cieux.
Ainſi, trop jeune encor, je n'oſois me réſoudre
A toucher aux lauriers où repoſoit ta foudre,
Enfin le noble eſpoir d'éclater à tes yeux ,
M A I.
1764.
Eleva juſqu'à toi mon vol ambitieux ;
Je te vis raſſurer mes timides accens,
lone :
19
Et pour chanter des faits que vantera l'Hiſtoire,
Mon Apollon monta ſur ton char de Victoire.
Et ſourire à la main qui t'offroit mon encens.
Un enfant des neuf Sœurs plait aux Fils de Bel
Qui combat pour la Gloire, eſtime qui la donne.
Eſt-ce à d'obſcurs mortels dans l'opprobre nourris.
D'aimer ces Arts brillans dont l'honneur eſt le
prix ?
C'eſt aux Rois tels qu'Auguſte à chérir un Virgile;
Le Ciel doit un Homére aux exploits d'un Achille ;
C'eſt le droit des Héros; & les hommes fameux
Connoiſſent ſeulslle prix des grands hommes com
Il]8 8UlXe
Grand Prince, aux mêmes Arts tu dois la même
eſtime ;
Et ces Arts te devoient leur tribut légitime.
Les Muſes pour te ſuivre ont quitté l'Hélicon ;
Que ta Cour déſormais ſoit leur ſacré vallon.
Rends-leur ce, temps heureux, où les Arts &
Bellone
Ceints des mêmes lauriers , environnoient le
Thrône.
Sur l'Univers ſoumis Rome étendant ſes loix,
Marchoit, la foudre en main , ſur la tête des
Rois :
-
Les Muſes commandoient à la Reine du Monde ;
2o MERCURE DE FRANCE.
En demi-Dieux alors que Rome étoit féconde !
De la Thrace & du Pinde encenſez les travaux ,
O François ! des Romains ſoyez deux fois rivauv,
Un grand homme eſt aux yeux de tout Mo.'.el
qui penſe,
-
Bien au-deſſus des Rois qu'un vil flatteur encenſe.
qu'un bienfait du hazard doit cauſer peu d'or--
gueil !
L'eſprit ſeul nous dérobe au néant du cercueil !
En vain des Conquérans, pour ravager la Terre,
Ont oſé des Dieux même émprunter le tonnerre ;-
Des céleſtes fureurs implacables torrens,
Ils couvroient l'Univers de leurs flots dévorans.
Sur des bords inconnus égarant la victoire,
Leur vol a fatigué les aîles de la Gloire.
Ils cherchoient d'autres Cieux & des mondes nou
Veaux ;
-
Mais aux bornes du Monde ils trouvent leurs tom
beaux,
Guerriers ! qu'avez vous-fait de ces vaſtes conquê
teS ?
Vos foudres allumés éclatent ſur vos têtes.
Calliope oublia de vous rendre immortels,
Phantômes impuiſſans, tombez de vos Autels !
Pouſſière ambitieuſe au néant échappée,
La Mort ſouffle, la Mort vous a vu diſſipée ;
Dans l'abîme dès temps vous diſparoiſſez tous ;
Et leurs gouffres muets ſe referment ſur vous.
Vos noms vivroient encor , ſi la main des 0r
phées
-
M A I. 1764.
Eût au-deſſus des temps élevé vos trcphées :
Des enfans d'Apollon vous méprifiez la voix,
Et l'oubli dévorant engloutit vos exploits.*
Il fut encor des Rois, dont l'oiſive molleſſe
Sous des lambris dorés un encens faſtueux
Enivra de ces Rois l'orgueil voluptueux,
Et du flambeau des Arts l'éclatante lumière
Fatiguoit de leurs yeux la débile paupière:
A leur ſervNe Cour languiſſoient inconnus.
2LI
Goûta des vrais plaiſirs l'amorce enchantereſſe ;
Les timides talens dans l'ombre retenus
Quelquefois, abaiſſant leur fierté ſourcilleuſe,
S'ils prêtent d'un regard la faveur orgueilleuſe,
Des talensingénus ils font rougir le front ;
Et leur plus doux bienfait n'eſt qu'un utile affront
De ces Rois cependant la ſtupide indolence
Applaudit aux diſcours de l'altière ignorance »
Dans l'éternel oubli tombés à leur réveil,
Leur régne ténébreux ne fut qu'un long ſommeil.
Perfides Courtiſans ! votre coupable adreſſe
De ces Rois malheureux égaroit la foibleſſe : -
Sons doute vous diſiez que les fils d'Apollon]
N'oſent franchir les bords du ſtérile Hélicon.
Frémiſſez , vils Mortels; les enfans d'Uranie
Embraſſent l'Univers dans leur vaſte génie :
* Que de ſiécles obſcurs ont précédé ceux de
Lovis XIV & de Lov1s XV ! La gloire des
Arts nous défend d'oublier ce Monument élevé ſous
nos yeux au célébre CRÉBILLoN , par l'ordre de
ſon Roi.
.
22 MERCURE DE FRANCE.
Bientôt leur vol échappe à vos timides yeux :
Vous rampez ſur la Terre, ils planent dans les
Cieux.
-
Des globes éternels, ils meſurent la courſe,
Et des feux du tonnerre ont pénétré la ſource ;
Leur voix rendoit jadis les Arrêts du Deſtin ;
L'âme de Jupiter repoſe dans leur ſein.
-
Vous dont l'orgueil inſulte à ceseſprits ſublimes ;
D'un éternel affront vous ſerez les victimes ;
La honte doit payer vos mépris inſolens.
Prince, tu connois mieux l'empire des Talens :
Tu ſçais qu'un Favori des Filles de Mémoire
-
Conſacre dans ſes vers, ou la honte, ou la gloire :
Plus d'un Roi par nos chants eſt devenu fameux, *
Notre gloirejamais n'a rien emprunté d'eux.
En vain de notre ſort un Souverain décide ; "
Son éxil dans le Pont n'avilit point Ovide. . , .
Des enfans d'Apollon, Héros,ſoyez jaloux ;
Céſarfit tout pour lui, Virgile toutpour vous
Muſe de Frédéric, inſtruiſez les Monarques ;
Triomphez de l'orgueil , de l'envie & des Parquesi
Du Héros de Nervinde, ô toi, rival heureux!
Prête aux Arts qu'il aimoit un appui généreux.
Sous des noms différens une même Déeſſe,
* Ces Vers ſi connus , & ſ dignes de l'être,ſont du
Roi de Pruſſe, dans l'Epitre à ſon Eſprit, où ce
grand Prince défend la Poéſie avec tant de nobleſſe
contre les reprochesvulgaires.
M A I. 1764.
23
Te guide vers l'Olympe & m'entraîne au Permeſſe;
Pallas armoit ton bras de la foudre des Rois,
Et Minerve en riant m'inſpire quelquefois.
Propice à mes efforts, tu daigneras peut-être
Favoriſer des chants que ta gloire a fait naître ;
Et les entendre encor, dans ce Temple de Mars,
Où le Goût, ſur tes pas, doit raſſembler les Arts.
Puiſſé-je, dans ces lieux, te conſacrant ma vie,
Fouler d'un pied vainqueur les ſerpens de l'Envie ;
Monſtre impur, dont le ſouffle infectant les Autels*
Empoiſonne l'encens qu'on offre aux Immortels.*
Sans doute il frémiroit qu'une Plume ſçavante
Eût tracé de ta gloire une image vivante.
En vain ſes cris jaloux veulent trouble
2s chants
Et leur murmure aigurend mes
us touchans.
Croaſſez, vils corbeaux, aux fanges du Parnaſſe ;
Du Cygne des Thébains j'oſe imiter l'audace.
Peut-être on te dira que le nombre des ans
Peut trahir de mon vol les efforts impuiſſans.
Ris de ces vains diſcours : dans les âmes bien nées,
Tu comptes les talens, & non pas les années.
De Mars & des Neuf-Soeurs les Fils audacieux
Vont s'aſſeoir, en naiſſant , à la table des Dieux :
Quand Mars de ſes lauriers honora ton courage,
Charmé de ta valeur , il oublia ton âge.
* L'Envie ne conſiſte pas, comme les Cotins ont
intérêt de le croire , à reprendre les mauvais Auteurs,
mais à blâmer injuſtement les bons,
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Résumé : L'AMOUR que les Princes doivent aux Arts. POEME. A S. A. S. Mgr le Prince de ***. Dignum laude virum Musa vetat mori.
Le poème 'L'AMOUR que les Princes doivent aux Arts' est dédié à un prince et écrit par Charles Le Brun à l'âge de dix-neuf ans. L'auteur exprime son admiration et sa gratitude envers le prince, qui a soutenu ses talents artistiques dès son enfance. Le texte évoque les victoires militaires du prince, notamment sur les rives du Var, et compare le poète à un jeune nocher hésitant à naviguer en mer profonde, symbolisant sa timidité initiale face à la tâche de célébrer les exploits du prince. Le poète souligne que seuls les grands hommes et les rois éclairés, tels qu'Auguste et Achille, apprécient véritablement les arts. Il appelle à un retour aux temps où les arts et la guerre étaient honorés ensemble, comme à Rome antique. Le texte critique les conquérants cherchant la gloire par la violence et affirme que la reconnaissance des arts assure une véritable immortalité. Il dénonce également les rois oisifs qui négligent les arts, préférant les plaisirs éphémères. Le poème critique la cour et les courtisans pour leur ignorance et leur indolence, soulignant que les talents véritables sont souvent méconnus et réprimés. Il met en avant la supériorité des arts et des esprits éclairés, capables de mesurer l'univers et de comprendre les phénomènes naturels. Le texte dénonce l'orgueil des courtisans qui insultent ces esprits sublimes et prédit qu'ils seront victimes d'un affront éternel. Le poème célèbre la gloire des arts et des poètes, affirmant que les souverains ne peuvent ni avilir ni exalter les véritables talents. Il loue Frédéric II de Prusse pour sa défense de la poésie et appelle à triompher de l'orgueil, de l'envie et des obstacles. Le texte se conclut par une invocation à la muse pour inspirer des chants glorieux et vaincre l'envie, comparant l'auteur au cygne de Thèbes et affirmant que les talents ne se mesurent pas en années mais en qualités intrinsèques.
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2867
p. 25-41
APOLOGUES ORIENTAUX, Par M. de S ***.
Début :
APOLOGUE PREMIER. Sourdin & Zaraïne. SOURDIN, Grand-Visir de la [...]
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texteReconnaissance textuelle : APOLOGUES ORIENTAUX, Par M. de S ***.
APOLOGUES ORIENTAUX,
Par M. de S ***.
APOLOGUE PREMIER.
Sourdin & Zaraïne.
SOURDIN, Grand-Visir de la Reine
Zaraine , avant qu'elle arrivât au Con
ſeil , diſoit en lui-même : je ne veux
point que le Prince Roſey ſoit notre Roi.
* Extraits d'un Ouvrage qui eſt ſous preſſ , &
fait pour inſpirer l'amour de la vertu & l'an,our
de la Patrie.
B
•\
26 MERCURE DE FRANCE.
Il ne me convient point , & mon choix
eſt tombé ſur un autre. Oui, mon petit
Seigneur, je dirai tant de mal de vous,
que la Reine Zaraine, toute coquette &
toute capricieuſe qu'elle eſt , ne vous
| voudra ni pour amant, ni même pour
époux. Auſſi- tôt qu'il fut en préſence de
Sa Majeſté :
-
Grande Reine , lui dit-il , le Prince
Roſey, dont vous m'avez ordonné de
vous entretenir, eſt Souverain d'un bon
pays qu'il s'efforce de rendre mauvais.
Il prétend deſcendre de la Lune en ligne
directe ; ce qui le rend très-vain. Il ſe
croit obligé d'être plus magnifique qu'un
autre Prince ; ce qui le ruine : en un
mot, il n'eſt bon que pour donner des
1oix dans un Serrail, préſider à la Toilet
te & à la Table, & juger des modes &
des ragoûts.
ZA R A ï N E , l'interrompant.
Vous ne me dites rien de ſa perſonne. .
Eſt-ce un beau Prince ?
S O U R D I N.
Vous allez en juger, Madame; c'eſt
un homme de trente ans, qui a vécu de
bonne heure, Il eſt d'une taille un peu
au-deſſous de la médiocre , extrême
ment fluet. Le temps qu'il devroit em
ployer à régir ſes Etats, il le paſſe de
-
M A I. 1764.
27
vant ſon miroir , à ſe barbouiller de
blanc & de rouge, à ſe noircîr les ſour
cils & s'arracher la barbe.
Z A R A ï N E.
Il a raiſon ; je ne connois rien au
monde de ſi inutile , de ſi laid, de ſi hi
deux que cette vilaine barbe rude , qui
ne ſert qu'à vous incommoder & qu'à
nous piquer les joues quand on nous
embraſſe. Le Prince Roſey eſt préciſé
ment comme un joli homme doit être.
Qu'on doit aimer un mari comme le
Prince Roſey ! Il a ſûrement des grâces,
de la phyſionomie. Donne-t-il beau
coup de fêtes ? Aime-t-il la danſe , le
jeu ?
. S O U R D I N.
-
Le jeu ? .... trop, Madame, pour le
bien de l'Etat.... ſes malheureux Sujets...
ZA R A ï N E, l'interrompant.
Ah ! c'eſt un Prince accompli.
S O U R D I N.
Mais, Madame , ſongez donc que
c'eſt ( permettez-moi le terme) le plus
grand fat.. ..
Z A R A ï N E.
Bon : il en eſt plus aimé.
S O U R D I N.
Le plus indiſcret. ...
· B ij
| 4
28 MERCURE DE FRANCE.
Z A R A i N E.
Tant mieux ; je hais les avantures
ſecrettes.
-
S O U R D I N.
Et même le plus inconſtant. .. .
Z A R A I N E.
Le plus inconſtant ? à merveille ! Il
eſt inconſtant; c'eſt que les femmes ſe
l'arrachent :
c'eſt qu'il eſt charmant.
Au reſte, il y aura plus de mérite à le
captiver. Que je ſuis enchantée de ce
que vous me dites du Prince Roſey !
Que vous me faites plaiſir ! Que je vous
ai d'obligation ! .... J'exige encore une
choſe de vous, mon cher Sourdin.
S O U R D I N.
| Que vous plaît-il, Madame ?
·
Z A R A ï N E.
Que vous faſſiez accélérer les prépa
ratifs de mes nôces, & que vous alliez
vous-même au-devant du Prince Roſey.
Faites qu'il arrive bientôt : je l'épouſe
rai auſſitôt qu'il ſera ici.
"
*
A
S o U R D I N , prenant un viſage riant.
Je me conformerai à vos ordres, Ma
dame ; & vous jugerez par la diligence
que je vais apporter à les éxécuter ,
combien ils me ſont agréables. Souf
frez maintenant que je ſois le premier à
vous complimenter. Vous ne pouviez
M A I. 1764.
29
effectivement faire un choix meilleur,
ni qui fût plus utile à vos Sujets.
Les autres perſonnes du Conſeil, qui
avoient écouté Sourdin & Zaraine avec
une très-grande attention , décidèrent
que Sottrdin & Zaraine avoient raiſon.
A P o L o G U E
I I.
Le pouvoir de la Religion.
LE KALIFE Huſſain (a), fils du grand
Ali, étoit à table ;- un de ſes Eſclaves
, ( a) Huſſain, cinquième Kalifedes Muſulmans,
ſuccéda à ſon père Ali, qui avoit épouſé la fille de
Mahomet ; il fut ainſi que ſon père, un modèle de
ſageſſe & de vertu.
-
Qu'un homme de la lie du Peuple, après avoir
épouſé une femme dont il a été le valet, lui ait
fait accroire qu'il étoit inſpiré ; j'en ſuis médiocre
ment ſurpris : mais que, ne ſçachant ni lire, ni écri
re, il ait compté au nombre de ſes premiers Diſci
- ples, Ali, l'homme le plus vertueux & le plus éclairé
de ſon temps ; qu'ignorant les premiers élémens
de l'Art Militaire, il ait fait marcher, ſous ſes dra
peaux, le plus grand Capitainé des Arabes, le fa -
meux Omar dont la vertu égaloit la valeur ; c'eſt
une choſe que j'ai peine à concevoir.... A chaque
pas que l'on fait dans l'Hiſtoire, on voit la force
opprimer la foibleſſe, & plier les genoux devant
· la fourberie.
-
B iij
,
3o MERCURE DE FRANCE.
laiſſe tomber un plat de riz bouillant ſur
ſa tête : Huſſain jette ſur l'Eſclave un
regard ſévère; celui-ci, tout tremblant,
ſe proſterne devant lui, & dit ces paro-.
les tirées du ſublime Alcoran :
, Le Paradis eſt fait pour ceux qui re
aiennent & domptent leur colère.
H U s s A I N froidement.
Je ne ſuis point en colère.
L'Es C LA v E , continuant le Verſet.
Et qui pardonnent à ceux qui les ont
offenſés.
H U s s A I N, ſans le regarder ,
Je te pardonne.
-
L'E s CL A v E , continuant le Verſet.
Et Dieu chérit pardeſſus tous ceux qui
font le bien pour le mal.
H U S S A IN , lui tendant la main avec
bonté.
, Eh bien l lève-toi : je te donne la li
berté, & quatre cens dragmes d'argent.
A ces mots, l'Eſclave rendit mille
actions de grâces à ce vertueux Kalife.
O mon Prince ! s'écria-t-il après, vous
imitez l'arbre chargé de feuilles & de
fruits; il prête ſon ombre, il donne ſes
fruits à celui-là même dont le bras au
dacieux lance des pierres contre lui.
-
M A I. 1764.
A P o L o G U E
Quel eſt-il ?
F o D A H I L.
I I I.
Les Déſintéreſſés.
3E
ParscEs , qui vous écartez des voies
de la juſtice, tremblez d'interroger l'hom
me juſte : la vérité réſide ſur ſes lévres.
Le ſage Fodahil (b) avoit diſſipé ſes
biens au ſervice du Kalife Haroun Ra
chid; & ce Monarque, noyé dans les dé
lices, lui diſoit ironiquement : connois
tu quelqu'un qui faſſe profeſſion d'un
plus grand détachement que toi ?
F O D A H I L.
- Oui, Seigneur.
| H A R o U N.
Vous : je n'ai ſacrifié que ma fortune;
vous ſacrifiez votre gloire.
-
(b) Fodahil , voyant que ſa préſence à la Cour
étoit à charge au Kalife, & inutile au bien des
Peuples, ſe retira dans une ſolitude pour y vivre
en Anachorette : il avoit les moeurs les plus auſtè
res. On rapporte de lui un trait ſingulier : on l'a
vu rire une ſeule fois dans ſa vîe; ce fut le jour
qu'il perdit ſon fils unique,qu'il aimoit tendrement.
Il ne faut pas confondre, ainſi que l'ont fait la
plupart des Hiſtoriens, ce Fodahil avec un autre
qui vivoit ſous le même Kalife ; & qui changea ſa
profeſſion de Voleur pour celle de Derviche.
B iv
3
' .
.
32 MERCURE DE FRANCE.
A P O L O G U E
I V.
Salaeddin & Fatmé.
O MALHEUREUx Salaeddin ! ſans
amis, ſans eſpérance, que te reſte-t-il
maintenant de tous les grands biens
que tu poſſédois ? Un peu de riz & de
poiſon !... Eh bien , faiſons-les bouillir
enſemble, & que ce ſoit le dernier de
mes repas.
Salaeddin délaye le riz & le poiſon
dans un pot qu'il met devant le feu ,
puis il continue ainſi.
Je vais donc renoncer à la vie ! à une
choſe plus chère encore, à l'amour de
Fatmé ! Fatmé qui m'aime, alloit s'u-
nir à moi, par les nœuds les plus ſaints.
O Mahomet ! je vais donc y renoncer.
Oui, ſans doute ; iras-tu, prodigue
Salaeddin, après avoir vû s'écouler dans
tes mains toutes les richeſſes de tes
pères , après avoir abuſé des bontés
de Fatmé , iras-tu lui ravir le peu qui
lui reſte ! Voudrois-tu l'entraîner avec
toi dans l'abîme profond des malheurs ?
Que plutôt périſſent juſqu'aux cen
dres de tes osl.... Etois-tu fait pour t'unir
\
M A I. 1764.
33
à la vertu la plus pure ! ... Hélas! je l'ai
cent fois penſé; cent fois je l'ai dit à mon
cœur embrâſé : jette de l'eau ſur le feu qui
te conſume : mais toujours mes paroles
ſe ſont évaporées dans les airs.
· C'en eſt fait ? je vais mourir... Hon
neur , ta voix ſe fait entendre ; ton
ordre ſera ſuivi ..... Je devois chan
ger de conduite : ma bouche l'avoit
juré à Fatmé. J'ai trahi mes ſermens !
Après un ſi grand crime , j'oſerai plu- .
tôt enviſager la mort que Fatmé.
De quels
biens cependant moi
même je vais me priver ! Chaque jour
je voyois, j'entretenois, j'écoutois Fat
mé ; qu'elle étoit chère à mon cœur !
uel bonheur, ô Ciel ! je goûtois près
d'elle. Quel plaiſir j'éprouvois en en
tendant ſeulement le bruit de ſes pas !
Ce plaiſir qui plongeoit mes ſens
dans l'ivrèſſe , laiſſoit échapper mon
cœur ſur les prunelles de mes yeux ,
& faiſoit courir toute mon âme à la
porte de mon oreille.
-
O Fatmé ! tu m'aimois auſſi ! la cou
leur des roſes printanieres étoit moins
vive que celle de tes jouès , quand
ton Amant venoit te ſaluer d'un doux
baiſer, & quand, de ſes bras amou
reux, il te preſſoit contre † ſein.
V.
34 MERCURE PE FRANCE.
Ah ! quelles ſeront les plaies de ton
cœur, trop ſenſible , trop infortunée
Fatmé, lorſque le bruit de ma mort
viendra retentir à ton oreille ! Déja je
te vois , le viſage pâle & l'œil en feu,
de tes mains délicates arracher tes che
veux , déchirer tes vêtemens , & frap
per ton ſein qui palpite.
.
-
Mais quand je voudrois t'épargner le
chagrin de ma mort, il ne ſeroit que
differé. Que dis-je ? malheureux ! tu
me retiendrois un moment ſur les bords
de l'abîme : liée à mon ſort , bientôt
mon fatal aſcendant t'entraîneroit , te
précipiteroit avec moi, & j'emporte
rois au tombeau le regret affreux d'a-
voir cauſé tes malheurs & ta mort.
Salaeddin s'apprête à manger les mets
empoiſonné. Pour n'être point troublé
dans ſon dernier moment , il va fermer
la porte ; en la pouſſant, il voit Fatmé.
Il recule en frémiſſant, & Fatmé prend
la parcle , & dit :
| Avec quelle joie je te revois , ô
mon cher Salaeddin / mais je ſuis ac
cablée de fatigue, & j'ai beſoin de
,nourriture : procure-moi quelque ali
• Ament:
-
S A L A E D D I N.
Fatmé, je n'en ai point
. "
'
•
·
M A I. 1764.
F A T M É.
plus cher que Fatmé ?
S A L A E D D I N.
crois pas ?
offert ? ...
F A T M É.
S A L A E L D I N interdit. .
3 5
Cependant tu viens d'apprêter ce riz...
le deſtines-tu à quelqu'un qui te ſoit
O Ciel ! quelqu'un me ſeroit plus
chèr que toi ! Ah ! Fatmé ! tu ne le
Mais, pourquoi ne me l'as-tu pas.
de Salaeddin.
-
-
Pourquoi ? .... doutes-tu du cœur
F A T M É.
Non, cher Amant; mais il m'avoit
ſemblé d'abord que tu me refuſois.
Pardonne.
Fatmé prend des mains de Salaeddin,.
le plat de riz, ſans qu'il ait la force
de s'y oppoſer ; & Fatmé qui a les
yeux ſur lui , s'écrie ;
Que vois-je ? O Ciel !' dans quel
trouble tu me jettes ! Tu changes de
couleur ! Tu portes ſur moi des re
gards effrayans ! tes mains tremblent !
Tes cheveux ſe dreſſent ſur ton front !
T'eſt-il ſurvenu quelque nouveau mal--
heur ? Parle, hâte-toi..
Salaeddin ſe précipite aux pieds de
-
·
B vi.
36 MERCURE DE FRANCE.
Fatmé , & lui retient la main , dans
le moment que Fatmé porte le riz à
ſes lévres. .. .
Pourquoi ?
S A L A E D D I N.
Eh bien ?
F A T M É.
F A T M É.
-
Arrête, Fatmé ! que fais-tu ? Garde
toi d'y toucher.
Ce riz .. ..
F A T MÉ.
Il eſt empoiſonné.
-
S A L A E D D I N. .
Ciel l Et c'eſt toi qui l'as apprêté !
quel uſage en voulois-tu faire ? Je fré
mis... cruel ! tu voulois attenter à tes
jours ; je le vois..
-
S A L A E D D I. N.
Il eſt vrai..
F A T M É.
S A L A E D D I N.
L'honneur .. ..
F A T M É.
-
Malheureux ! qui pouvoit t'y forcer ?
la miſére affreuſe
· dans laquelle je ſuis réduit par ma
· faute : la honte d'avoir dérangé ta for
tune ; la crainte de te rendre auſſi mal
heureuſe que moi.
-
-
Eſt-il. un plus grand malheur pour
M A I. 1764.
37
moi, que de te perdre ? Mais ton ſort
eſt changé : je n'ai plus rien à crain
dre ;
j'ai vu le Kadileski ; j'ai prouvé
les vols qui t'ont été faits : tu vas ren
trer dans tous tes biens ; & rien ne
s'oppoſe plus à notre bonheur.
O mon cher Salaeddin / une autre
fois, né déſeſpere plus de la Providen
ce. Si quelquefois elle permet que nos
malheurs ſoient portés à leur comble,
c'eſt, ſans doute, pour nous faire mé
riter notre bonheur.
A P o L o G U E
Abuzei & Thair.
V.
D A N s cet hyver célébre par les
grandes révolutions qui arriverent à la
Cour de Nouraddin , Abuzei diſoit à .
Thair : félicitez - moi , mon Père , ie
ſuis Favori du Sultan, l'Amant de ſa
Sœur : & demain Sa Hauteſſe & moi,
nous allons ſeuls enſemble à la chaſſe.
O mon Fils !
répondit Thair ;. il
y a trois choſes ſur leſquelles il faut peu
compter : la faveur des Rois ; les ca
reſſes des femmes ; & les beaux jours
de l'hyver,
38 MERCURE DE FRANCE.
Le vieux Thair avoit raiſon.
Le lendemain, la phuie fit mantguer
la partie de chaſſe ; un caprice fit chan
ger la Princeſſe ; & la Princeſſe fit chan
ger le Sultan.
A P o L o G U E V I.
La préſence d'Eſprit.
DIEU juſte 1 ſi tu permets que
les Tyrans jouiſſent de la tranquillité
de l'âme ; en quoi différera leur ſort de
celui des bons Rois ?
-
Hégiage , l'horreur & l'effroi des
Peuples, par ſes cruautés inouies, erroit
paiſiblement dans les vaſtes campagnes,
ſans ſuite & ſans marque de diſtinction :
il rencontre un Arabe du Déſert, &
- lui parle en ces termes :
Ami , je voudrois ſçavoir de vous
quel homme eſt cet Hégiage dont on
parle tant ?
L' A R A B E.
Hégiage n'eſt point un homme; c'eſt
, un Tigre; c'eſt un Monſtre.
H É G 1 A G E.
Que lui reproche-t-on ?
L' A R A B E. .
-
Une foule de çrimes :il s'eſt abbreu
M A I. 1764.
39
vé du ſang de plus d'un million de ſes
Sujets.
-
. H É G I A G E.
Ne l'avez-vous jamais vu ?
Non.
que tu parles.
L' A R A B E.
H É G I A G E.
Eh bien ! léve les yeux c'eſt à lui
-
L'Arabe , ſans témoigner la moindre
ſurpriſe, le regard d'un œil fixe, & lui
dit fiérement :
A°
|
Mais , vous ; ſçavez-vous qui je ſuis ?
Non .
-
d'hui.
H É G I A G E.
L' A R A B E.
Je ſuis de la famille de Zobair, dont
chacun des Deſcendans devient fol un
jour de l'année. Mon jour eſt aujour
-
Hégiage lui pardonna. La préſence
d'eſprit peut tout, puiſque celle de l'A-
rabe du Déſert força Hégiage au pardon.
A P O L o G U E V I I.
Le Borgne.
AvANT d'enchaîner un Peuple par
une Loi, ce n'eſt pas aſſez qu'elle pa
*.
4o MERCURE DE FRANCE.
roiſſe juſte, il faut encore ſe la repré
ſenter ſous toutes les faces poſſibles.
Nandiskar étoit Borgne & Légiſla
teur ; il avoit aſſemblé les vieillards de :
ſa nation , pour leur faire jurer, au nom
de la République, de ne jamais rien
changer à ſes loix. Nantéou lui ſeul s'y
oppoſoit ; mais Nandiskar ſe défendit
ſi adroitement qu'il aigrit tous les eſprits
contre Nantéou. Celui-ci deſeſpérant de
ramener ſes Compatriotes par des diſ
cours, s'approcha de Nandiskar, & lui
dit : tu veux que tes Loix ſoient ſtricte
ment obſervées, le Peuple y conſent ;&
moi je demande à être puni ſuivant tes
Loix : en proférant ces dernières paroles,
d'un coup de poing, il lui creva l'œil
qui lui reſtoit.
-
Nandiskar avoit fait une Loi conçue
· en ces termes : Quiconque crevera un
aeil, qu'il en perde un.
Tu vois par-là , reprit Nantéou, com
bien ta Loi eſt défectueuſe , puiſqu'il
· ne m'en coûte qu'un œil, pour te priver
de la vue.
Nandiskar lui répondit : loin de t'en
vouloir, je te dois de la reconnoiſſance ;
en me privant des yeux du corps, tu
m'as ouvert les yeux de l'eſprit. Et vous,
ſages Vieillards, ne rougiſſez point d'a-
-
M A I. 1764.
41
vouer , avec moi, que nous avons eu
1EO rt.
Par M. de S ***.
APOLOGUE PREMIER.
Sourdin & Zaraïne.
SOURDIN, Grand-Visir de la Reine
Zaraine , avant qu'elle arrivât au Con
ſeil , diſoit en lui-même : je ne veux
point que le Prince Roſey ſoit notre Roi.
* Extraits d'un Ouvrage qui eſt ſous preſſ , &
fait pour inſpirer l'amour de la vertu & l'an,our
de la Patrie.
B
•\
26 MERCURE DE FRANCE.
Il ne me convient point , & mon choix
eſt tombé ſur un autre. Oui, mon petit
Seigneur, je dirai tant de mal de vous,
que la Reine Zaraine, toute coquette &
toute capricieuſe qu'elle eſt , ne vous
| voudra ni pour amant, ni même pour
époux. Auſſi- tôt qu'il fut en préſence de
Sa Majeſté :
-
Grande Reine , lui dit-il , le Prince
Roſey, dont vous m'avez ordonné de
vous entretenir, eſt Souverain d'un bon
pays qu'il s'efforce de rendre mauvais.
Il prétend deſcendre de la Lune en ligne
directe ; ce qui le rend très-vain. Il ſe
croit obligé d'être plus magnifique qu'un
autre Prince ; ce qui le ruine : en un
mot, il n'eſt bon que pour donner des
1oix dans un Serrail, préſider à la Toilet
te & à la Table, & juger des modes &
des ragoûts.
ZA R A ï N E , l'interrompant.
Vous ne me dites rien de ſa perſonne. .
Eſt-ce un beau Prince ?
S O U R D I N.
Vous allez en juger, Madame; c'eſt
un homme de trente ans, qui a vécu de
bonne heure, Il eſt d'une taille un peu
au-deſſous de la médiocre , extrême
ment fluet. Le temps qu'il devroit em
ployer à régir ſes Etats, il le paſſe de
-
M A I. 1764.
27
vant ſon miroir , à ſe barbouiller de
blanc & de rouge, à ſe noircîr les ſour
cils & s'arracher la barbe.
Z A R A ï N E.
Il a raiſon ; je ne connois rien au
monde de ſi inutile , de ſi laid, de ſi hi
deux que cette vilaine barbe rude , qui
ne ſert qu'à vous incommoder & qu'à
nous piquer les joues quand on nous
embraſſe. Le Prince Roſey eſt préciſé
ment comme un joli homme doit être.
Qu'on doit aimer un mari comme le
Prince Roſey ! Il a ſûrement des grâces,
de la phyſionomie. Donne-t-il beau
coup de fêtes ? Aime-t-il la danſe , le
jeu ?
. S O U R D I N.
-
Le jeu ? .... trop, Madame, pour le
bien de l'Etat.... ſes malheureux Sujets...
ZA R A ï N E, l'interrompant.
Ah ! c'eſt un Prince accompli.
S O U R D I N.
Mais, Madame , ſongez donc que
c'eſt ( permettez-moi le terme) le plus
grand fat.. ..
Z A R A ï N E.
Bon : il en eſt plus aimé.
S O U R D I N.
Le plus indiſcret. ...
· B ij
| 4
28 MERCURE DE FRANCE.
Z A R A i N E.
Tant mieux ; je hais les avantures
ſecrettes.
-
S O U R D I N.
Et même le plus inconſtant. .. .
Z A R A I N E.
Le plus inconſtant ? à merveille ! Il
eſt inconſtant; c'eſt que les femmes ſe
l'arrachent :
c'eſt qu'il eſt charmant.
Au reſte, il y aura plus de mérite à le
captiver. Que je ſuis enchantée de ce
que vous me dites du Prince Roſey !
Que vous me faites plaiſir ! Que je vous
ai d'obligation ! .... J'exige encore une
choſe de vous, mon cher Sourdin.
S O U R D I N.
| Que vous plaît-il, Madame ?
·
Z A R A ï N E.
Que vous faſſiez accélérer les prépa
ratifs de mes nôces, & que vous alliez
vous-même au-devant du Prince Roſey.
Faites qu'il arrive bientôt : je l'épouſe
rai auſſitôt qu'il ſera ici.
"
*
A
S o U R D I N , prenant un viſage riant.
Je me conformerai à vos ordres, Ma
dame ; & vous jugerez par la diligence
que je vais apporter à les éxécuter ,
combien ils me ſont agréables. Souf
frez maintenant que je ſois le premier à
vous complimenter. Vous ne pouviez
M A I. 1764.
29
effectivement faire un choix meilleur,
ni qui fût plus utile à vos Sujets.
Les autres perſonnes du Conſeil, qui
avoient écouté Sourdin & Zaraine avec
une très-grande attention , décidèrent
que Sottrdin & Zaraine avoient raiſon.
A P o L o G U E
I I.
Le pouvoir de la Religion.
LE KALIFE Huſſain (a), fils du grand
Ali, étoit à table ;- un de ſes Eſclaves
, ( a) Huſſain, cinquième Kalifedes Muſulmans,
ſuccéda à ſon père Ali, qui avoit épouſé la fille de
Mahomet ; il fut ainſi que ſon père, un modèle de
ſageſſe & de vertu.
-
Qu'un homme de la lie du Peuple, après avoir
épouſé une femme dont il a été le valet, lui ait
fait accroire qu'il étoit inſpiré ; j'en ſuis médiocre
ment ſurpris : mais que, ne ſçachant ni lire, ni écri
re, il ait compté au nombre de ſes premiers Diſci
- ples, Ali, l'homme le plus vertueux & le plus éclairé
de ſon temps ; qu'ignorant les premiers élémens
de l'Art Militaire, il ait fait marcher, ſous ſes dra
peaux, le plus grand Capitainé des Arabes, le fa -
meux Omar dont la vertu égaloit la valeur ; c'eſt
une choſe que j'ai peine à concevoir.... A chaque
pas que l'on fait dans l'Hiſtoire, on voit la force
opprimer la foibleſſe, & plier les genoux devant
· la fourberie.
-
B iij
,
3o MERCURE DE FRANCE.
laiſſe tomber un plat de riz bouillant ſur
ſa tête : Huſſain jette ſur l'Eſclave un
regard ſévère; celui-ci, tout tremblant,
ſe proſterne devant lui, & dit ces paro-.
les tirées du ſublime Alcoran :
, Le Paradis eſt fait pour ceux qui re
aiennent & domptent leur colère.
H U s s A I N froidement.
Je ne ſuis point en colère.
L'Es C LA v E , continuant le Verſet.
Et qui pardonnent à ceux qui les ont
offenſés.
H U s s A I N, ſans le regarder ,
Je te pardonne.
-
L'E s CL A v E , continuant le Verſet.
Et Dieu chérit pardeſſus tous ceux qui
font le bien pour le mal.
H U S S A IN , lui tendant la main avec
bonté.
, Eh bien l lève-toi : je te donne la li
berté, & quatre cens dragmes d'argent.
A ces mots, l'Eſclave rendit mille
actions de grâces à ce vertueux Kalife.
O mon Prince ! s'écria-t-il après, vous
imitez l'arbre chargé de feuilles & de
fruits; il prête ſon ombre, il donne ſes
fruits à celui-là même dont le bras au
dacieux lance des pierres contre lui.
-
M A I. 1764.
A P o L o G U E
Quel eſt-il ?
F o D A H I L.
I I I.
Les Déſintéreſſés.
3E
ParscEs , qui vous écartez des voies
de la juſtice, tremblez d'interroger l'hom
me juſte : la vérité réſide ſur ſes lévres.
Le ſage Fodahil (b) avoit diſſipé ſes
biens au ſervice du Kalife Haroun Ra
chid; & ce Monarque, noyé dans les dé
lices, lui diſoit ironiquement : connois
tu quelqu'un qui faſſe profeſſion d'un
plus grand détachement que toi ?
F O D A H I L.
- Oui, Seigneur.
| H A R o U N.
Vous : je n'ai ſacrifié que ma fortune;
vous ſacrifiez votre gloire.
-
(b) Fodahil , voyant que ſa préſence à la Cour
étoit à charge au Kalife, & inutile au bien des
Peuples, ſe retira dans une ſolitude pour y vivre
en Anachorette : il avoit les moeurs les plus auſtè
res. On rapporte de lui un trait ſingulier : on l'a
vu rire une ſeule fois dans ſa vîe; ce fut le jour
qu'il perdit ſon fils unique,qu'il aimoit tendrement.
Il ne faut pas confondre, ainſi que l'ont fait la
plupart des Hiſtoriens, ce Fodahil avec un autre
qui vivoit ſous le même Kalife ; & qui changea ſa
profeſſion de Voleur pour celle de Derviche.
B iv
3
' .
.
32 MERCURE DE FRANCE.
A P O L O G U E
I V.
Salaeddin & Fatmé.
O MALHEUREUx Salaeddin ! ſans
amis, ſans eſpérance, que te reſte-t-il
maintenant de tous les grands biens
que tu poſſédois ? Un peu de riz & de
poiſon !... Eh bien , faiſons-les bouillir
enſemble, & que ce ſoit le dernier de
mes repas.
Salaeddin délaye le riz & le poiſon
dans un pot qu'il met devant le feu ,
puis il continue ainſi.
Je vais donc renoncer à la vie ! à une
choſe plus chère encore, à l'amour de
Fatmé ! Fatmé qui m'aime, alloit s'u-
nir à moi, par les nœuds les plus ſaints.
O Mahomet ! je vais donc y renoncer.
Oui, ſans doute ; iras-tu, prodigue
Salaeddin, après avoir vû s'écouler dans
tes mains toutes les richeſſes de tes
pères , après avoir abuſé des bontés
de Fatmé , iras-tu lui ravir le peu qui
lui reſte ! Voudrois-tu l'entraîner avec
toi dans l'abîme profond des malheurs ?
Que plutôt périſſent juſqu'aux cen
dres de tes osl.... Etois-tu fait pour t'unir
\
M A I. 1764.
33
à la vertu la plus pure ! ... Hélas! je l'ai
cent fois penſé; cent fois je l'ai dit à mon
cœur embrâſé : jette de l'eau ſur le feu qui
te conſume : mais toujours mes paroles
ſe ſont évaporées dans les airs.
· C'en eſt fait ? je vais mourir... Hon
neur , ta voix ſe fait entendre ; ton
ordre ſera ſuivi ..... Je devois chan
ger de conduite : ma bouche l'avoit
juré à Fatmé. J'ai trahi mes ſermens !
Après un ſi grand crime , j'oſerai plu- .
tôt enviſager la mort que Fatmé.
De quels
biens cependant moi
même je vais me priver ! Chaque jour
je voyois, j'entretenois, j'écoutois Fat
mé ; qu'elle étoit chère à mon cœur !
uel bonheur, ô Ciel ! je goûtois près
d'elle. Quel plaiſir j'éprouvois en en
tendant ſeulement le bruit de ſes pas !
Ce plaiſir qui plongeoit mes ſens
dans l'ivrèſſe , laiſſoit échapper mon
cœur ſur les prunelles de mes yeux ,
& faiſoit courir toute mon âme à la
porte de mon oreille.
-
O Fatmé ! tu m'aimois auſſi ! la cou
leur des roſes printanieres étoit moins
vive que celle de tes jouès , quand
ton Amant venoit te ſaluer d'un doux
baiſer, & quand, de ſes bras amou
reux, il te preſſoit contre † ſein.
V.
34 MERCURE PE FRANCE.
Ah ! quelles ſeront les plaies de ton
cœur, trop ſenſible , trop infortunée
Fatmé, lorſque le bruit de ma mort
viendra retentir à ton oreille ! Déja je
te vois , le viſage pâle & l'œil en feu,
de tes mains délicates arracher tes che
veux , déchirer tes vêtemens , & frap
per ton ſein qui palpite.
.
-
Mais quand je voudrois t'épargner le
chagrin de ma mort, il ne ſeroit que
differé. Que dis-je ? malheureux ! tu
me retiendrois un moment ſur les bords
de l'abîme : liée à mon ſort , bientôt
mon fatal aſcendant t'entraîneroit , te
précipiteroit avec moi, & j'emporte
rois au tombeau le regret affreux d'a-
voir cauſé tes malheurs & ta mort.
Salaeddin s'apprête à manger les mets
empoiſonné. Pour n'être point troublé
dans ſon dernier moment , il va fermer
la porte ; en la pouſſant, il voit Fatmé.
Il recule en frémiſſant, & Fatmé prend
la parcle , & dit :
| Avec quelle joie je te revois , ô
mon cher Salaeddin / mais je ſuis ac
cablée de fatigue, & j'ai beſoin de
,nourriture : procure-moi quelque ali
• Ament:
-
S A L A E D D I N.
Fatmé, je n'en ai point
. "
'
•
·
M A I. 1764.
F A T M É.
plus cher que Fatmé ?
S A L A E D D I N.
crois pas ?
offert ? ...
F A T M É.
S A L A E L D I N interdit. .
3 5
Cependant tu viens d'apprêter ce riz...
le deſtines-tu à quelqu'un qui te ſoit
O Ciel ! quelqu'un me ſeroit plus
chèr que toi ! Ah ! Fatmé ! tu ne le
Mais, pourquoi ne me l'as-tu pas.
de Salaeddin.
-
-
Pourquoi ? .... doutes-tu du cœur
F A T M É.
Non, cher Amant; mais il m'avoit
ſemblé d'abord que tu me refuſois.
Pardonne.
Fatmé prend des mains de Salaeddin,.
le plat de riz, ſans qu'il ait la force
de s'y oppoſer ; & Fatmé qui a les
yeux ſur lui , s'écrie ;
Que vois-je ? O Ciel !' dans quel
trouble tu me jettes ! Tu changes de
couleur ! Tu portes ſur moi des re
gards effrayans ! tes mains tremblent !
Tes cheveux ſe dreſſent ſur ton front !
T'eſt-il ſurvenu quelque nouveau mal--
heur ? Parle, hâte-toi..
Salaeddin ſe précipite aux pieds de
-
·
B vi.
36 MERCURE DE FRANCE.
Fatmé , & lui retient la main , dans
le moment que Fatmé porte le riz à
ſes lévres. .. .
Pourquoi ?
S A L A E D D I N.
Eh bien ?
F A T M É.
F A T M É.
-
Arrête, Fatmé ! que fais-tu ? Garde
toi d'y toucher.
Ce riz .. ..
F A T MÉ.
Il eſt empoiſonné.
-
S A L A E D D I N. .
Ciel l Et c'eſt toi qui l'as apprêté !
quel uſage en voulois-tu faire ? Je fré
mis... cruel ! tu voulois attenter à tes
jours ; je le vois..
-
S A L A E D D I. N.
Il eſt vrai..
F A T M É.
S A L A E D D I N.
L'honneur .. ..
F A T M É.
-
Malheureux ! qui pouvoit t'y forcer ?
la miſére affreuſe
· dans laquelle je ſuis réduit par ma
· faute : la honte d'avoir dérangé ta for
tune ; la crainte de te rendre auſſi mal
heureuſe que moi.
-
-
Eſt-il. un plus grand malheur pour
M A I. 1764.
37
moi, que de te perdre ? Mais ton ſort
eſt changé : je n'ai plus rien à crain
dre ;
j'ai vu le Kadileski ; j'ai prouvé
les vols qui t'ont été faits : tu vas ren
trer dans tous tes biens ; & rien ne
s'oppoſe plus à notre bonheur.
O mon cher Salaeddin / une autre
fois, né déſeſpere plus de la Providen
ce. Si quelquefois elle permet que nos
malheurs ſoient portés à leur comble,
c'eſt, ſans doute, pour nous faire mé
riter notre bonheur.
A P o L o G U E
Abuzei & Thair.
V.
D A N s cet hyver célébre par les
grandes révolutions qui arriverent à la
Cour de Nouraddin , Abuzei diſoit à .
Thair : félicitez - moi , mon Père , ie
ſuis Favori du Sultan, l'Amant de ſa
Sœur : & demain Sa Hauteſſe & moi,
nous allons ſeuls enſemble à la chaſſe.
O mon Fils !
répondit Thair ;. il
y a trois choſes ſur leſquelles il faut peu
compter : la faveur des Rois ; les ca
reſſes des femmes ; & les beaux jours
de l'hyver,
38 MERCURE DE FRANCE.
Le vieux Thair avoit raiſon.
Le lendemain, la phuie fit mantguer
la partie de chaſſe ; un caprice fit chan
ger la Princeſſe ; & la Princeſſe fit chan
ger le Sultan.
A P o L o G U E V I.
La préſence d'Eſprit.
DIEU juſte 1 ſi tu permets que
les Tyrans jouiſſent de la tranquillité
de l'âme ; en quoi différera leur ſort de
celui des bons Rois ?
-
Hégiage , l'horreur & l'effroi des
Peuples, par ſes cruautés inouies, erroit
paiſiblement dans les vaſtes campagnes,
ſans ſuite & ſans marque de diſtinction :
il rencontre un Arabe du Déſert, &
- lui parle en ces termes :
Ami , je voudrois ſçavoir de vous
quel homme eſt cet Hégiage dont on
parle tant ?
L' A R A B E.
Hégiage n'eſt point un homme; c'eſt
, un Tigre; c'eſt un Monſtre.
H É G 1 A G E.
Que lui reproche-t-on ?
L' A R A B E. .
-
Une foule de çrimes :il s'eſt abbreu
M A I. 1764.
39
vé du ſang de plus d'un million de ſes
Sujets.
-
. H É G I A G E.
Ne l'avez-vous jamais vu ?
Non.
que tu parles.
L' A R A B E.
H É G I A G E.
Eh bien ! léve les yeux c'eſt à lui
-
L'Arabe , ſans témoigner la moindre
ſurpriſe, le regard d'un œil fixe, & lui
dit fiérement :
A°
|
Mais , vous ; ſçavez-vous qui je ſuis ?
Non .
-
d'hui.
H É G I A G E.
L' A R A B E.
Je ſuis de la famille de Zobair, dont
chacun des Deſcendans devient fol un
jour de l'année. Mon jour eſt aujour
-
Hégiage lui pardonna. La préſence
d'eſprit peut tout, puiſque celle de l'A-
rabe du Déſert força Hégiage au pardon.
A P O L o G U E V I I.
Le Borgne.
AvANT d'enchaîner un Peuple par
une Loi, ce n'eſt pas aſſez qu'elle pa
*.
4o MERCURE DE FRANCE.
roiſſe juſte, il faut encore ſe la repré
ſenter ſous toutes les faces poſſibles.
Nandiskar étoit Borgne & Légiſla
teur ; il avoit aſſemblé les vieillards de :
ſa nation , pour leur faire jurer, au nom
de la République, de ne jamais rien
changer à ſes loix. Nantéou lui ſeul s'y
oppoſoit ; mais Nandiskar ſe défendit
ſi adroitement qu'il aigrit tous les eſprits
contre Nantéou. Celui-ci deſeſpérant de
ramener ſes Compatriotes par des diſ
cours, s'approcha de Nandiskar, & lui
dit : tu veux que tes Loix ſoient ſtricte
ment obſervées, le Peuple y conſent ;&
moi je demande à être puni ſuivant tes
Loix : en proférant ces dernières paroles,
d'un coup de poing, il lui creva l'œil
qui lui reſtoit.
-
Nandiskar avoit fait une Loi conçue
· en ces termes : Quiconque crevera un
aeil, qu'il en perde un.
Tu vois par-là , reprit Nantéou, com
bien ta Loi eſt défectueuſe , puiſqu'il
· ne m'en coûte qu'un œil, pour te priver
de la vue.
Nandiskar lui répondit : loin de t'en
vouloir, je te dois de la reconnoiſſance ;
en me privant des yeux du corps, tu
m'as ouvert les yeux de l'eſprit. Et vous,
ſages Vieillards, ne rougiſſez point d'a-
-
M A I. 1764.
41
vouer , avec moi, que nous avons eu
1EO rt.
Fermer
Résumé : APOLOGUES ORIENTAUX, Par M. de S ***.
Le texte présente plusieurs apologues et récits orientaux illustrant des leçons de vie et des réflexions morales. Dans un premier apologue, Sourdin, Grand-Visir de la Reine Zaraine, tente de dissuader la reine de choisir le Prince Rosey comme roi, le décrivant comme vain et ruiné par sa magnificence. Malgré les avertissements, Zaraine décide de l'épouser. Un autre apologue relate comment le Kalife Hussain, connu pour sa sagesse, pardonne un esclave ayant renversé un plat de riz bouillant sur lui, ce qui impressionne l'esclave. Un récit concerne Fodahil, un sage ayant dilapidé ses biens au service du calife Haroun al-Rachid. Ce dernier, ironique, lui demande s'il connaît quelqu'un plus détaché des biens matériels. Fodahil répond qu'il sacrifie sa gloire et se retire dans la solitude pour vivre en anachorète. Un autre récit raconte l'histoire de Salaeddin, désespéré et ruiné, qui décide de se suicider en mangeant du riz empoisonné. Il est interrompu par Fatmé, qu'il aime, et avoue son geste. Fatmé, choquée, lui demande pourquoi il voulait se tuer, et Salaeddin explique que c'était par honneur, à cause de sa misère et de la honte d'avoir ruiné sa fortune. Le texte inclut également divers dialogues et récits. Un personnage exprime sa honte et sa crainte d'avoir causé du tort, mais annonce que les biens volés seront récupérés, montrant sa foi en la Providence. Un dialogue entre Abuzei et Thair met en garde contre la fragilité des faveurs royales, des caresses des femmes et des beaux jours d'hiver. Un autre récit montre un tyran, Hégiage, qui pardonne grâce à la présence d'esprit d'un Arabe du désert. Enfin, un législateur borgne, Nandiskar, apprend une leçon d'humilité et de sagesse lorsque Nantéou lui creve son dernier œil pour démontrer l'injustice de ses lois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2868
p. 90-100
LE MONDE MORAL, ou Mémoires pour servir à l'histoire du coeur humain, par M.... ancien Résident de France dans plusieurs Cours étrangères ; avec cette Epigraphe : Successerunt... magis alii homines, quàm alii affectus & alli mores. Tacit. histor. lib. 2. Tome II. en deux parties in 12, à Genève 1764.
Début :
LE premier Tome, ou les deux premières parties de ce Roman, par feu [...]
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texteReconnaissance textuelle : LE MONDE MORAL, ou Mémoires pour servir à l'histoire du coeur humain, par M.... ancien Résident de France dans plusieurs Cours étrangères ; avec cette Epigraphe : Successerunt... magis alii homines, quàm alii affectus & alli mores. Tacit. histor. lib. 2. Tome II. en deux parties in 12, à Genève 1764.
LE MONDE MORAL, ou Mémoires
pour servir à l'histoire du coeur humain,
par M.... ancien Résident de France
dans plusieurs Cours étrangères ; avec
cette Epigraphe : Successerunt... magis
alii homines, quàm alii affectus &
alli mores. Tacit. histor. lib. 2. Tome
II. en deux parties in 12, à Genève
1764.
LE premier Tome, ou les deux premières
parties de ce Roman, par feu
M. l'Abbé Prévot, parurent dans l'an
née 17éo ; mais ce n'eſt que depuis ſa
.. mort, que le ſecond Tome , qui n'eſt
point encore la fin du Roman , a été
publié. On lit à la fin cet avertiſſement :
» M. l'Abbé Prévot, Auteur de ces Mé
» moires, occupé depuis trois ans de
M A I. 1764.
9 1
» ſon hiſtoire des maiſons de Condé &
» de Conti, avoit négligé de les finir.
» Il avoit repris ce travail avec plus d'ar
» deur que jamais, lorſque la mort le
» ſurprit. L'Editeur croiroit manquer au
» Public, s'il ne lui donnoit les reſtes
» précieux du travail d'un homme,dont il
» a honoré tous les ouvrages d'un accueil
» fi univerſel. On lui fait eſpérer qu'il ſe
» trouvera ſous les ſcellés une ſuite de
» cet Ouvrage, peut-être imparfaite ,
» qu'il s'empreſſera néanmoins de don
» ner auſſi-tôt qu'elle lui ſera remiſe :
» certain que le Public regretteroit la
» perte qu'on lui feroit eſſuyer, en le
» privant des moindres fragmens d'un
» homme dont la mémoire lui ſera tou
» jours chère.
-
On a vu, par la lecture des deux pre
mières parties de cet Ouvrage, que le
Héros du Roman eſt un Philoſophe Ob
ſervateur, qui, dans les aventures d'au
trui dont il eſt témoin, cherche à régler
ſa propre conduite. Ce n'eſt donc point
ſa propre Hiſtoire qui compoſe les deux
premiers tomes, ou les quatre premiè
res parties ; on n'y trouve que des avan
tures épiſodiques, qui peuvent encore
être multipliées à l'infini. Auſſi l'Auteur
dit-il dans un Avertiſſement, que , dans
92 MERCURE DE FRANCE.
la erainte que quelque obſtacle ne lui
permette pas de conduire ſon Ouvrage
à ſa fin, il prend le parti d'expoſer ſon
plan, pour tracer les voies à ceux qui
voudront l'éxécuter après lui. Rien n'eſt
plus ſimple que ce plan ; c'eſt de faire en
viſager, du côté moral, tous les événe
mens dont on ſe propoſe le récit. On en
tend par le côté moral, certaines faces
qui répondent aux reſſorts intérieurs des
actions, & qui peuvent conduire, par
cette porte, à la connoiſſance des motifs
& des ſentimens.
Le premier tome, qui paroît depuis
quatre ans, renferme dix ou douze aven
tures. Le ſecond, publié nouvellement ,
ne contient que l'Hiſtoire de l'Abbé
Brenner & de Mademoiſelle Tekely ;
encore cette Hiſtoire n'eſt-elle point ter
minée. L'un & l'autre de ces deux volu
mes ont donné lieu à deux Lettres, que
nous allons mettre ſous les yeux du Pu
blic. La première eſt de M. l'Abbé Pré
vot. Elle eſt adreſſée à un Seigneur de la
Cour,à qui il avoit envoyé les deux pre
mières parties de ſon Roman, & qui lui
en avoit dit ſon ſentiment par écrit. La
Lettre de M. l'Abbé Prévot eſt donc une
réponſe à cette eſpèce de critique. Il faut
ſe rappeller les aventures contenues dans
-
cette Lettre.
· A"
, M A I. 1764.
le Duc de ...
Ce 29 Mars 176o.
93
1es deug. premières parties du Roman ,
pour Uien entendre tous les endroits de
LETTRE de M. l'Abbé PRÉVoT à M.
º
| 25 MrErE grâces à Monſieur le Duc,
» Je reconnois ſa bonté juſques dans ſa
» critique; & je me propoſe d'aller lui
» faire ma cour, &c.
» J'adopte toutes les idées de Monſieur
» le Duc, ſur les Ouvrages de la nature
» du mien : elles ſont juſtes, ſolides ,
» bien conçues & bien exprimées. La
» critique ſur le défaut d'intérêt me ſem
» ble précoce ; parce qu'il n'eſt queſtion
» juſqu'à préſent,que de former le carac
» tère de mon Obſervateur, que je n'ai
» pu faire tomber des nues tout propre à
» ſon rôle. Chaque petite aventure étant
» dirigé à ce but, ne doit prendre en
» elle-même que l'eſpèce & le degré
» d'intérêt qui peut y conduire. Telles
» du moins ont été mes vues, dont il
» me ſemble que l'avenir ſeul peut faire
» juger. De ces petites aventures iſolées,
|
94 MERCURE DE FRANNCE.
» l'une eſt plus touchante, l'autre , moins;
» l'une gaie , l'autre ſérieuſe ; d'anutres
» ſimples & naïves, d'autres intriguèces :
» d'autres tendres & d'autres terribles ;
» d'autres mêlées, & c ; tout cela, pour
» faire atte2dre dans mon Héros, & de
» la manière dont il enviſage ſon objet,
» un caractère ſuſceptible de toutes ſor
» tes de ſentimens, avec un eſprit capa
» ble de toutes ſortes de réfléxions. Ses
» propres aventures, qui ſeront formées
32† & dont j'ai déja jetté diver
» ſes ſemences, feront la vraie ligne &
» le vrai foyer de l'intérêt. En un mot,
» je crois avoir obſervé les règles d'une
» bonne Architecture , & l'avenir fera
» voir ſi je me ſuis trompé.
' » Si l'Hiſtoire du Quêteur n'eſt pas
» vraiſemblable, le fond n'eſt pas moins
» réel , puiſque c'eſt l'aventure d'un
» vieux Financier, mort depuis ſix mois,
» & qu'elle n'eſt ignorée de perſonne.
» Celle du Célérier n'eſt pas touchante,
» ſi ce mot doit toujours ſignifier tendre :
» mais je la crois très-touchante dans le
» ſens tragique, qui renferme terreur &
» pitié; & c eſt ce que je me ſuis pro
» poſé Le vrai eſt, que moi qui l'ai fai
» te, je ne l'ai pas relue ſans émotion.
» La comparaiſon des Liévres mâles
\
$
-
M A I. 1764.
g5
» eſt p'ſaiſante, & n'en eſt pas plus dé
» ſy ſantageuſe à la niéce du Prieur, s'il
3: éſt vrai qu'elle tue ſon homme d'auſſi
» bonne grâce, que M. le Duc tue les
» males Liévres. L'étoffe dont j'ai taillé
» cette fille eſt d'un deſſein aſſez neuf,
» & nous verrons quel effet il produira.
» A tout prendre, Monſieur le Duc
» voit que j'entre de bon cœur dans ſon
» idée d'un premier acte de Tragédie.
» Jamais Auteur ne fut moins rebelle à
» la critique.Je ſouhaiterois même que
» Monſieur le Duc m'eût auſſi marqué
» ſon ſentiment ſur les peintures, les ré
» fléxions, le ſtyle, & ſur les degrés par
» leſquels je fais entrer mon Héros en
» danſe : car au fond, c'eſt la partie eſ-
» ſentielle de mon entrepriſe, & ſur
» quoi je ne puis appeller à l'avenir. Ce
» n'eſt pas un Roman que je fais; c'eſt
» un Livre de Morale vêtu de cette cou
» leur. Ma curioſité ſur ces quatre points
» expoſe Monſieur le Duc à de nouvel
» les queſtions, la première fois que j'i-
» rai l'aſſurer de mon tendre & parfait
» attachement.
-
-
| Nous avons dit que les deux nouvelles
parties du Monde Moral ne contiennent
que l'Hiſtoire de Mademoiſelle Tekelys
-
--
-
-
*
|
--
-
96 MERCURE DE FRANtE. "E.
avec l'Abbé Brenner. L'Auteur nins';s fait
voyager en Turquie, dans le temps tes nue
M. de F. ... étoit Ambaſſadeur de Fran-- -
ce à la Cour Ottomane. Ce qui lui don
ne occaſion de parler de ce Miniſtre; &
c'eſt ce qu'il en dit, qui a donné lieu à
la ſeconde Lettre dont nous avons parlé.
Nous allons d'abord rapporter ce que
M. l'Abbé Prévot raconte de M. de F.....
» Cet Ambaſſadeur avoit fait prépa
» rer une Fête pour quelques Dames de
» France & de Hollande, dans un Vil- .
» lage voiſin de Pera. On s'y rendit à
» neuf ou dix heures du matin, les Da
» mes dans leurs voitures , & M. l'Am
» baſſadeur à cheval, avec la plupart
» des hommes. Il faiſoit fort chaud; mais
» à l'aide des rafraîchiſſemens , on fit
» bonne chère, & la danſe y ſuccéda.
» En retournant, comme on étoit venu,
» M. de F. ... vit ou crut voir un ſer
» pent qui traverſoit le chemin devant
» les pieds du cheval d'un Gentilhomme
» François , nommé Marigny ,
qu'il
» favoriſoit beaucoup, & qui étoit à ſa
» gauche. Il lui dit : prenez garde que
» votre cheval ne marche ſur ce ſerpent.
» Marigny ayant répondu qu'il n'y en
» avoit aucun, ſa réponſe déplut à l'Am
» baſſadeur, qui la regarda comme un
» démenti ;
M A I. 1764.
97
» démenti; &, dans cette fauſſe idée,
» il lui donna un coup de fouet ſur les
» épaules. Eſt ce ainſi, s'écria le Gentil
» homme, qu'on traite un homme de
» condition ? Oui, repliqua M. de F....
» quand il parle comme vous faites.
» Cette conteſtation, qui devint beau
» coup plus vive, ne fut pas interprétée
» à l'avantage de l'Ambaſſadeur ; & le
» reſte de la compagnie lui croyant la
» tête échauffée par l'exceſſive chaleur ,
» on fit ſigne à Marigny de ne le pas
» contredire plus long-temps. Mais ſa co
» lère ne fit qu'augmenter en rentrant
» dans ſon Palais.
Il ne dormit pas de
» toute la nuit ſuivante ; ſes diſcours &
» ſes actions ſembloient marquer le plus
» violent délire; il devint ſi furieux,qu'on
» fut obligé de le lier........ Ce déſor
» dre ne put demeurer ſecret; il alla ſi
» loin, que les Officiers de l'Ambaſſade
» prirent enfin le parti d'envoyer en
» France une atteſtation de la folie de
» leur Chef, ſignée des principaux Mar
» chands de la Nation. M. de F. ... fut
» rappellé , & M. Deſalleurs nommé
» pour lui ſuccéder.
-
Voilà le fait tel qu'il eſt rapporté au
commencement de la quatrième partie
du Roman. La Lettre ſuivante en prouve
la fàuſſeté,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
LET'TRE à M. D E L A P E A c E ,
Auteur du Mercure, ſur feu M. de
FERRIOL, Ambaſſadeur de France
à la Porte.
99 J'AI lu avec étonnement, Monſieur,
» dans l'un des deux nouveaux volumes
» d'un Livre intitulé, le Monde Moral,
» de feu M. l'Abbé Prévot, de préten
» dues anecdotes concernant M. de Fer
» riol, dont perſonne n'eſt plus à portée
» que moi, de démontrer la§ Je
» vous prie, au cas que vous rendiez
» compte de cet Ouvrage dans le Mer
» cure, de vouloir bien y inſérer ma
» Lettre. C'eſt le moins que je doive à
» la mémoire d'un Miniſtre reſpectable,
» que mon père a beaucoup connu; &
»je vous crois trop juſte,pour ne paseſ
» pérer de vous cette grace.
.
• » Je ſuis donc en état de vous aſſurer,
» Monſieur, que M. de Ferriol, Ambaſ
» ſadeur à Conſtantinople , a joui tant
» qu'il a vécu , d'une réputation qu'il
» avoit méritée par ſes lumières & par ſa
» probité; qu'il alaiſſé dans le pays où il
» a été employé, le ſouvenir des occa
* ...
:
'
,-
•--
)
, l
' iº -
. ..
..
:
·
•
•
!
• • ! .
-
-
.
M A I. 1764.
99
» ſions où il a ſoutenu la dignité de ſon
» caractère & la gloire de ſon Maître,
» avec une force & un courage dont il y
» a peu d'exemples. On trouve en effat
» dans pluſieursrelations, la façon dont il .
» ſe conduiſit à ſa première Audience, *
» où il ne voulut jamais quitter ſon
» épée ; ainſi que la réſiſtance qu'il ap
» porta aux ordres qui lui furent ſigni
» fiés de la part du Grand-Seigneur, au
» ſujet des artifices & illuminations qu'il
» avoit fait préparer dans ſon Palais, pour
- » célébrer la naiſſance du premier Duc
» de Bretagne. Il conſervoit, il eſt vrai,
» un peu trop dans ſon intérieur , cette
» fierté & cette infléxibilité qui conve
» noient dans lesactions d'éclat; il puniſ
» niſſoit ſévèrement les moindres fautes.
» Ses principaux Domeſtiques, irrités
» de cette ſévérité, & excités peut-être
» par d'autres motifs dont les détails ne
» me ſont pas aujourd'hui préſens, for
» mèrent la plus étrange conſpiration
» qu'il y ait jamais eu. Il profitèrent d'u-
» ne maladie conſidérable qu'il eſſuya,
» (c'étoit une eſpèce de fiévre maligne)
» pour le tenir dans une eſpèce de char
» te privée, ne le laiſſant parler à qui
· " Voyez le Choix des Mercures, tom. 1o2, p.41.
- -
-
-
E ij
1oo MERCURE DE FRANCE.
» que ce ſoit; ils débitèrent que la tête
» lui avoit abſolument tourné, & en
» voyèrent un Mémoire à la Cour de
» France, qui atteſtoit cette calomnie.
» L'Ambaſſadeur, étant en convaleſ
» cence, s'apperçut du traitement inoui
» qu'il éprouvoit; & ne ſçachant com
» ment ſe tirer de ſa priſon , il apperçut
» à une fenêtre qui touchoit à la fienne,
» l'Ambaſſadeur d'Hollande, qui étoit
» fort de ſes amis. Il lui conta ſon hiſtoi- .
» re : alors cet Ambaſſadeur ſe tranſpor
» ta chez lui, ſe fit ouvrir les portes, le
» tira de captivité. Les auteurs de la conſ
» piration s'enfuirent & ſe diſperſèrent.
» M. de Ferriol dépêcha en France un
» Comte de Raza, Officier qui avoit
» ſervi en Hongrie pour le Prince Tekeli.
» Ce Comte de Raza, qui devoit faire
» une grande diligence, afin de détruire
» les bruits injurieux qu'on avoit répan
» dus contre M. de Ferriol, fut retenu en
» Dauphiné par une maladie, & n'arri
» va préciſément que le jour même où
» M. Deſalleurs avoit été nommé pour
» ſuccéder à M. de Ferriol. Le coup
» étant ſans remède, ce dernier fut obli
» gé de revenir à Paris, où il a vêcu plu
» ſieurs années eſtimé & conſidéré de
'» tous ceux qui l'ont connu. J'ai l'hon
» neur, &c.
· N****,
pour servir à l'histoire du coeur humain,
par M.... ancien Résident de France
dans plusieurs Cours étrangères ; avec
cette Epigraphe : Successerunt... magis
alii homines, quàm alii affectus &
alli mores. Tacit. histor. lib. 2. Tome
II. en deux parties in 12, à Genève
1764.
LE premier Tome, ou les deux premières
parties de ce Roman, par feu
M. l'Abbé Prévot, parurent dans l'an
née 17éo ; mais ce n'eſt que depuis ſa
.. mort, que le ſecond Tome , qui n'eſt
point encore la fin du Roman , a été
publié. On lit à la fin cet avertiſſement :
» M. l'Abbé Prévot, Auteur de ces Mé
» moires, occupé depuis trois ans de
M A I. 1764.
9 1
» ſon hiſtoire des maiſons de Condé &
» de Conti, avoit négligé de les finir.
» Il avoit repris ce travail avec plus d'ar
» deur que jamais, lorſque la mort le
» ſurprit. L'Editeur croiroit manquer au
» Public, s'il ne lui donnoit les reſtes
» précieux du travail d'un homme,dont il
» a honoré tous les ouvrages d'un accueil
» fi univerſel. On lui fait eſpérer qu'il ſe
» trouvera ſous les ſcellés une ſuite de
» cet Ouvrage, peut-être imparfaite ,
» qu'il s'empreſſera néanmoins de don
» ner auſſi-tôt qu'elle lui ſera remiſe :
» certain que le Public regretteroit la
» perte qu'on lui feroit eſſuyer, en le
» privant des moindres fragmens d'un
» homme dont la mémoire lui ſera tou
» jours chère.
-
On a vu, par la lecture des deux pre
mières parties de cet Ouvrage, que le
Héros du Roman eſt un Philoſophe Ob
ſervateur, qui, dans les aventures d'au
trui dont il eſt témoin, cherche à régler
ſa propre conduite. Ce n'eſt donc point
ſa propre Hiſtoire qui compoſe les deux
premiers tomes, ou les quatre premiè
res parties ; on n'y trouve que des avan
tures épiſodiques, qui peuvent encore
être multipliées à l'infini. Auſſi l'Auteur
dit-il dans un Avertiſſement, que , dans
92 MERCURE DE FRANCE.
la erainte que quelque obſtacle ne lui
permette pas de conduire ſon Ouvrage
à ſa fin, il prend le parti d'expoſer ſon
plan, pour tracer les voies à ceux qui
voudront l'éxécuter après lui. Rien n'eſt
plus ſimple que ce plan ; c'eſt de faire en
viſager, du côté moral, tous les événe
mens dont on ſe propoſe le récit. On en
tend par le côté moral, certaines faces
qui répondent aux reſſorts intérieurs des
actions, & qui peuvent conduire, par
cette porte, à la connoiſſance des motifs
& des ſentimens.
Le premier tome, qui paroît depuis
quatre ans, renferme dix ou douze aven
tures. Le ſecond, publié nouvellement ,
ne contient que l'Hiſtoire de l'Abbé
Brenner & de Mademoiſelle Tekely ;
encore cette Hiſtoire n'eſt-elle point ter
minée. L'un & l'autre de ces deux volu
mes ont donné lieu à deux Lettres, que
nous allons mettre ſous les yeux du Pu
blic. La première eſt de M. l'Abbé Pré
vot. Elle eſt adreſſée à un Seigneur de la
Cour,à qui il avoit envoyé les deux pre
mières parties de ſon Roman, & qui lui
en avoit dit ſon ſentiment par écrit. La
Lettre de M. l'Abbé Prévot eſt donc une
réponſe à cette eſpèce de critique. Il faut
ſe rappeller les aventures contenues dans
-
cette Lettre.
· A"
, M A I. 1764.
le Duc de ...
Ce 29 Mars 176o.
93
1es deug. premières parties du Roman ,
pour Uien entendre tous les endroits de
LETTRE de M. l'Abbé PRÉVoT à M.
º
| 25 MrErE grâces à Monſieur le Duc,
» Je reconnois ſa bonté juſques dans ſa
» critique; & je me propoſe d'aller lui
» faire ma cour, &c.
» J'adopte toutes les idées de Monſieur
» le Duc, ſur les Ouvrages de la nature
» du mien : elles ſont juſtes, ſolides ,
» bien conçues & bien exprimées. La
» critique ſur le défaut d'intérêt me ſem
» ble précoce ; parce qu'il n'eſt queſtion
» juſqu'à préſent,que de former le carac
» tère de mon Obſervateur, que je n'ai
» pu faire tomber des nues tout propre à
» ſon rôle. Chaque petite aventure étant
» dirigé à ce but, ne doit prendre en
» elle-même que l'eſpèce & le degré
» d'intérêt qui peut y conduire. Telles
» du moins ont été mes vues, dont il
» me ſemble que l'avenir ſeul peut faire
» juger. De ces petites aventures iſolées,
|
94 MERCURE DE FRANNCE.
» l'une eſt plus touchante, l'autre , moins;
» l'une gaie , l'autre ſérieuſe ; d'anutres
» ſimples & naïves, d'autres intriguèces :
» d'autres tendres & d'autres terribles ;
» d'autres mêlées, & c ; tout cela, pour
» faire atte2dre dans mon Héros, & de
» la manière dont il enviſage ſon objet,
» un caractère ſuſceptible de toutes ſor
» tes de ſentimens, avec un eſprit capa
» ble de toutes ſortes de réfléxions. Ses
» propres aventures, qui ſeront formées
32† & dont j'ai déja jetté diver
» ſes ſemences, feront la vraie ligne &
» le vrai foyer de l'intérêt. En un mot,
» je crois avoir obſervé les règles d'une
» bonne Architecture , & l'avenir fera
» voir ſi je me ſuis trompé.
' » Si l'Hiſtoire du Quêteur n'eſt pas
» vraiſemblable, le fond n'eſt pas moins
» réel , puiſque c'eſt l'aventure d'un
» vieux Financier, mort depuis ſix mois,
» & qu'elle n'eſt ignorée de perſonne.
» Celle du Célérier n'eſt pas touchante,
» ſi ce mot doit toujours ſignifier tendre :
» mais je la crois très-touchante dans le
» ſens tragique, qui renferme terreur &
» pitié; & c eſt ce que je me ſuis pro
» poſé Le vrai eſt, que moi qui l'ai fai
» te, je ne l'ai pas relue ſans émotion.
» La comparaiſon des Liévres mâles
\
$
-
M A I. 1764.
g5
» eſt p'ſaiſante, & n'en eſt pas plus dé
» ſy ſantageuſe à la niéce du Prieur, s'il
3: éſt vrai qu'elle tue ſon homme d'auſſi
» bonne grâce, que M. le Duc tue les
» males Liévres. L'étoffe dont j'ai taillé
» cette fille eſt d'un deſſein aſſez neuf,
» & nous verrons quel effet il produira.
» A tout prendre, Monſieur le Duc
» voit que j'entre de bon cœur dans ſon
» idée d'un premier acte de Tragédie.
» Jamais Auteur ne fut moins rebelle à
» la critique.Je ſouhaiterois même que
» Monſieur le Duc m'eût auſſi marqué
» ſon ſentiment ſur les peintures, les ré
» fléxions, le ſtyle, & ſur les degrés par
» leſquels je fais entrer mon Héros en
» danſe : car au fond, c'eſt la partie eſ-
» ſentielle de mon entrepriſe, & ſur
» quoi je ne puis appeller à l'avenir. Ce
» n'eſt pas un Roman que je fais; c'eſt
» un Livre de Morale vêtu de cette cou
» leur. Ma curioſité ſur ces quatre points
» expoſe Monſieur le Duc à de nouvel
» les queſtions, la première fois que j'i-
» rai l'aſſurer de mon tendre & parfait
» attachement.
-
-
| Nous avons dit que les deux nouvelles
parties du Monde Moral ne contiennent
que l'Hiſtoire de Mademoiſelle Tekelys
-
--
-
-
*
|
--
-
96 MERCURE DE FRANtE. "E.
avec l'Abbé Brenner. L'Auteur nins';s fait
voyager en Turquie, dans le temps tes nue
M. de F. ... étoit Ambaſſadeur de Fran-- -
ce à la Cour Ottomane. Ce qui lui don
ne occaſion de parler de ce Miniſtre; &
c'eſt ce qu'il en dit, qui a donné lieu à
la ſeconde Lettre dont nous avons parlé.
Nous allons d'abord rapporter ce que
M. l'Abbé Prévot raconte de M. de F.....
» Cet Ambaſſadeur avoit fait prépa
» rer une Fête pour quelques Dames de
» France & de Hollande, dans un Vil- .
» lage voiſin de Pera. On s'y rendit à
» neuf ou dix heures du matin, les Da
» mes dans leurs voitures , & M. l'Am
» baſſadeur à cheval, avec la plupart
» des hommes. Il faiſoit fort chaud; mais
» à l'aide des rafraîchiſſemens , on fit
» bonne chère, & la danſe y ſuccéda.
» En retournant, comme on étoit venu,
» M. de F. ... vit ou crut voir un ſer
» pent qui traverſoit le chemin devant
» les pieds du cheval d'un Gentilhomme
» François , nommé Marigny ,
qu'il
» favoriſoit beaucoup, & qui étoit à ſa
» gauche. Il lui dit : prenez garde que
» votre cheval ne marche ſur ce ſerpent.
» Marigny ayant répondu qu'il n'y en
» avoit aucun, ſa réponſe déplut à l'Am
» baſſadeur, qui la regarda comme un
» démenti ;
M A I. 1764.
97
» démenti; &, dans cette fauſſe idée,
» il lui donna un coup de fouet ſur les
» épaules. Eſt ce ainſi, s'écria le Gentil
» homme, qu'on traite un homme de
» condition ? Oui, repliqua M. de F....
» quand il parle comme vous faites.
» Cette conteſtation, qui devint beau
» coup plus vive, ne fut pas interprétée
» à l'avantage de l'Ambaſſadeur ; & le
» reſte de la compagnie lui croyant la
» tête échauffée par l'exceſſive chaleur ,
» on fit ſigne à Marigny de ne le pas
» contredire plus long-temps. Mais ſa co
» lère ne fit qu'augmenter en rentrant
» dans ſon Palais.
Il ne dormit pas de
» toute la nuit ſuivante ; ſes diſcours &
» ſes actions ſembloient marquer le plus
» violent délire; il devint ſi furieux,qu'on
» fut obligé de le lier........ Ce déſor
» dre ne put demeurer ſecret; il alla ſi
» loin, que les Officiers de l'Ambaſſade
» prirent enfin le parti d'envoyer en
» France une atteſtation de la folie de
» leur Chef, ſignée des principaux Mar
» chands de la Nation. M. de F. ... fut
» rappellé , & M. Deſalleurs nommé
» pour lui ſuccéder.
-
Voilà le fait tel qu'il eſt rapporté au
commencement de la quatrième partie
du Roman. La Lettre ſuivante en prouve
la fàuſſeté,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
LET'TRE à M. D E L A P E A c E ,
Auteur du Mercure, ſur feu M. de
FERRIOL, Ambaſſadeur de France
à la Porte.
99 J'AI lu avec étonnement, Monſieur,
» dans l'un des deux nouveaux volumes
» d'un Livre intitulé, le Monde Moral,
» de feu M. l'Abbé Prévot, de préten
» dues anecdotes concernant M. de Fer
» riol, dont perſonne n'eſt plus à portée
» que moi, de démontrer la§ Je
» vous prie, au cas que vous rendiez
» compte de cet Ouvrage dans le Mer
» cure, de vouloir bien y inſérer ma
» Lettre. C'eſt le moins que je doive à
» la mémoire d'un Miniſtre reſpectable,
» que mon père a beaucoup connu; &
»je vous crois trop juſte,pour ne paseſ
» pérer de vous cette grace.
.
• » Je ſuis donc en état de vous aſſurer,
» Monſieur, que M. de Ferriol, Ambaſ
» ſadeur à Conſtantinople , a joui tant
» qu'il a vécu , d'une réputation qu'il
» avoit méritée par ſes lumières & par ſa
» probité; qu'il alaiſſé dans le pays où il
» a été employé, le ſouvenir des occa
* ...
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M A I. 1764.
99
» ſions où il a ſoutenu la dignité de ſon
» caractère & la gloire de ſon Maître,
» avec une force & un courage dont il y
» a peu d'exemples. On trouve en effat
» dans pluſieursrelations, la façon dont il .
» ſe conduiſit à ſa première Audience, *
» où il ne voulut jamais quitter ſon
» épée ; ainſi que la réſiſtance qu'il ap
» porta aux ordres qui lui furent ſigni
» fiés de la part du Grand-Seigneur, au
» ſujet des artifices & illuminations qu'il
» avoit fait préparer dans ſon Palais, pour
- » célébrer la naiſſance du premier Duc
» de Bretagne. Il conſervoit, il eſt vrai,
» un peu trop dans ſon intérieur , cette
» fierté & cette infléxibilité qui conve
» noient dans lesactions d'éclat; il puniſ
» niſſoit ſévèrement les moindres fautes.
» Ses principaux Domeſtiques, irrités
» de cette ſévérité, & excités peut-être
» par d'autres motifs dont les détails ne
» me ſont pas aujourd'hui préſens, for
» mèrent la plus étrange conſpiration
» qu'il y ait jamais eu. Il profitèrent d'u-
» ne maladie conſidérable qu'il eſſuya,
» (c'étoit une eſpèce de fiévre maligne)
» pour le tenir dans une eſpèce de char
» te privée, ne le laiſſant parler à qui
· " Voyez le Choix des Mercures, tom. 1o2, p.41.
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E ij
1oo MERCURE DE FRANCE.
» que ce ſoit; ils débitèrent que la tête
» lui avoit abſolument tourné, & en
» voyèrent un Mémoire à la Cour de
» France, qui atteſtoit cette calomnie.
» L'Ambaſſadeur, étant en convaleſ
» cence, s'apperçut du traitement inoui
» qu'il éprouvoit; & ne ſçachant com
» ment ſe tirer de ſa priſon , il apperçut
» à une fenêtre qui touchoit à la fienne,
» l'Ambaſſadeur d'Hollande, qui étoit
» fort de ſes amis. Il lui conta ſon hiſtoi- .
» re : alors cet Ambaſſadeur ſe tranſpor
» ta chez lui, ſe fit ouvrir les portes, le
» tira de captivité. Les auteurs de la conſ
» piration s'enfuirent & ſe diſperſèrent.
» M. de Ferriol dépêcha en France un
» Comte de Raza, Officier qui avoit
» ſervi en Hongrie pour le Prince Tekeli.
» Ce Comte de Raza, qui devoit faire
» une grande diligence, afin de détruire
» les bruits injurieux qu'on avoit répan
» dus contre M. de Ferriol, fut retenu en
» Dauphiné par une maladie, & n'arri
» va préciſément que le jour même où
» M. Deſalleurs avoit été nommé pour
» ſuccéder à M. de Ferriol. Le coup
» étant ſans remède, ce dernier fut obli
» gé de revenir à Paris, où il a vêcu plu
» ſieurs années eſtimé & conſidéré de
'» tous ceux qui l'ont connu. J'ai l'hon
» neur, &c.
· N****,
Fermer
Résumé : LE MONDE MORAL, ou Mémoires pour servir à l'histoire du coeur humain, par M.... ancien Résident de France dans plusieurs Cours étrangères ; avec cette Epigraphe : Successerunt... magis alii homines, quàm alii affectus & alli mores. Tacit. histor. lib. 2. Tome II. en deux parties in 12, à Genève 1764.
Le texte traite de 'Le Monde moral, ou Mémoires' de l'abbé Prévost, publié en deux tomes à Genève en 1764. Le premier tome, paru en 1730, narre les aventures observées par un philosophe en quête de guide pour sa conduite. L'auteur, décédé avant l'achèvement de l'œuvre, avait prévu de publier un plan pour permettre à d'autres de poursuivre son travail. Le deuxième tome, inachevé, raconte l'histoire de l'abbé Brenner et de Mademoiselle Tekely. Une lettre de Prévost répond à une critique du duc de..., justifiant ses choix narratifs et défendant le réalisme de certaines histoires. Prévost souhaite des critiques sur divers aspects de son livre, insistant sur le fait qu'il s'agit d'un ouvrage de morale déguisé en roman. Le texte mentionne également un incident impliquant M. de Fériol, ambassadeur de France à la Cour ottomane. Lors d'une fête, M. de Fériol aurait frappé un gentilhomme français, Marigny, croyant voir un serpent. Cet incident a conduit à une dispute et à une escalade de violence, poussant M. de Fériol à un état de délire. Les officiers de l'ambassade ont envoyé une attestation de sa folie en France, entraînant son rappel. Cependant, une lettre conteste cette version, affirmant que M. de Fériol était respecté pour ses qualités et révélant une conspiration de ses domestiques pour le discréditer. Un prisonnier, apercevant l'ambassadeur d'Hollande, raconta son histoire et fut libéré. Les conspirateurs s'enfuirent. M. de Fériol envoya le comte de Raza en France pour contrer les rumeurs, mais celui-ci arriva trop tard. M. de Fériol revint à Paris, où il vécut plusieurs années, respecté et estimé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2868
LE MONDE MORAL, ou Mémoires pour servir à l'histoire du coeur humain, par M.... ancien Résident de France dans plusieurs Cours étrangères ; avec cette Epigraphe : Successerunt... magis alii homines, quàm alii affectus & alli mores. Tacit. histor. lib. 2. Tome II. en deux parties in 12, à Genève 1764.
2869
p. 101-105
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
LE Négociant Citoyen, ou essai dans la recherche des moyens d'augmenter [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
LE Négociant Citoyen, ou essai dans
la recherche des moyens d'augmenter
les lumières de la Nation ſur le Com
merce & l'Agriculture; avec cette Epi
graphe :
Varium calipradicer morem .
cura ſit, ac patrios cultuſque habituſque locomum,,
Et guia quæque ferat regio, quid quaque recuſet.
Virg. Georg.Lib. I.
Par M. C. C. A à Amſterdam , & ſe
trouve à Paris , chez Ducheſne, Li
braire, rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît, au Temple du
Goût. Brochure in-$°. de 56 pages.
|
Il ſeroit à ſouhaiter que les vues que
I'on ſe propoſè dans cet Ecrit, euſſent
leur exécution ; on verroit ſe former
dans la profeſſion du Commerce & de
l'Agriculture, une pépinière d'hommes
, également éclairés & utiles, Ceux qui
auroient vieilli dans les emplois, vien
droient ſervir la Patrie par leurs lumiè
res & leur expérience dans les Cham
bres de Commerce & dans les Bureaux
d'Agriculture du Royaume , dans les
1o2 MERCURE DE FRANCE.
Places qui leur feroient acquiſes par
droit de vétérance. Ce ne ſont là que
les idées principales de cette brochure ;
l'Auteur qui les développe avec autant
d'ordre que de précifion & de clarté,
fait connoître les moyens les plus ſûrs
de parvenir à l'exécution de ſes vues pa
triotiques.
-
-
-
,
DEs Corps poſitiques ' & de leurs
gouvernemens; deux volumes in-12.
C'eſt un nouveau Titre d'un Ouvra
ge connu & intitnlé, Abrégé de la Répu
blique de Bodin, à Londres, chez Jean
Nourſe;& ſe trouve à Paris chez Cavelier,
rue S. Jacques, 1755. On ſçait que la Ré
publique de Bodin a eu dans ſon temps
un ſuccès ſemblable à celui de l'Eſprit
des Loix ; mais on ne la liroit plus au
jourd'hui, ſi on n'en avoit rajeuni le
ſtyle, & retranché le ſuperflu. C'eſt ce
# fait avec ſuccès un Magiſtrat de
Bordeaux, en y mêlant quelques réflé
| xions qui donnent un nouveau prix à
l'Ouvrage lequel ſe vend toujours chez
Cavelier, rue S. Jacques, au lys d'or.
Le nouveau titre que porte ce Livre ac
tuellement, ne regarde que le Frontiſpi
ce; car les titres des chapitres nous ont
paru les mêmes; & il eſt égal de l'acheter
M A I. 1764.
1o3
ſous le titre des Corps politiques, &c ,
ou ſous celui d'Abrégé de la République
de Bodin.
APoLoGUEs Orientaux. par M. de
Sauvigni, dédiés à Mgr LE DAUPHIN;
à Paris , chez Ducheſne, Libraire, rue
S. Jacques, au-deſſous de la Fontaine
S. Benoît, au Temple du Goût; avea
approbation & permiſſion ; 1764. Bro
chure in-12 d'environ 2oo pages.
.
Les divers morceaux de cette Bro-*
ehure , rapportés ci-deſſus dans l'Arti
cle des Piéces fugitives de ce Mercure,
nous diſpenſent de nous étendre ſur le
mérite de ces Apologues ; nos Lecteurs
en jugeront par eux-mêmes, puiſque
nous en avons mis quelques-uns ſous
leurs yeux. Nous ne doutons pas que
ce léger échantillon ne faſſe defirer de
ſe procurer tout l'Ouvrage.
-
RÉFLExIoNs ſur les préjugés qui
s'oppoſent aux progrés & à la perfec
tion de l'inoculation : par M. Gatti,
Médecin Conſultant du Roi, & Pro
feſſeur en Médecine dans l'Univerſité
de Piſe ; à Bruxelles, & fe trouve à
Paris chez Misſier Fils , quai des Au
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
guſtins , 1764 ; brochure in-12 de 24o
pages.
.
Les préjugés ſur leſquels M. Gatti
fait des Réflexions, regardent 1°. La
nature de la petite vérole 1°. La mé
thode d'inoculer. 3°. La contagion de lâ
† vérole. inoculée 4°. le retour de
a petite vérole après l'inoculation. M.
Gatti combat tous ces préjugés : &
uoique cette matière ait été pluſieurs
ois agitée, nous croyons que cette
brochure , où l'on donne de nouvelles
raiſons, ou des raiſons expoſées d'une
manière nouvelle , excitera encore la
curioſité des perſonnes qui prennent
parti pour ou contre , dans cette fa
meuſe queſtion.
·
MÉMoIREs pour la vie de François
Pétrarque, tirés de ſes Œuvres, & des
Auteurs contemporains, avec des no
tes, ou difſertations, & les Piéces juſ
tificatives ; à Amſterdam chez Arſkée
& Mercus , 1764; un vol. in-4°. qui
doit être ſuivi de 2 ou 3 autres du
même format.
Plus de trente perſonnes ont écrit la
vie de Pétrarque ; & cependant l'Au
· teur ne craint point d'aſſurer que nous
-
M A I. 1764.
I O5
n'avons point encore de bonne vie
de ce Poëte Italien. Pour le prouver il
adreſſe une très-longue Préface aux
perſonnes d'Italie qui aiment la Poéſie
& les Lettres. Il en adreſſe une autre
aux François , Amateurs de la Poéſie
& des Belles-Lettres , pour leur décou
vrir le principal motif qui lui a fait
entreprendre ce grand Ouvrage. On
ſent bien que ce motif ne peut être,
que de faire connoître en France un
homme , à qui il prétend que nous
, avons les
plus grandes
obligations.
Nous reviendrons plus d'une fois ſur
, ce Livre, à meſure qu'il en paroîtra
, un nouveau volume ; & nous en tire--
rons des anecdotes qui pourront four
nir matière à des extraits curieux, agréa--
bles & inſtructifs. .
LE Négociant Citoyen, ou essai dans
la recherche des moyens d'augmenter
les lumières de la Nation ſur le Com
merce & l'Agriculture; avec cette Epi
graphe :
Varium calipradicer morem .
cura ſit, ac patrios cultuſque habituſque locomum,,
Et guia quæque ferat regio, quid quaque recuſet.
Virg. Georg.Lib. I.
Par M. C. C. A à Amſterdam , & ſe
trouve à Paris , chez Ducheſne, Li
braire, rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît, au Temple du
Goût. Brochure in-$°. de 56 pages.
|
Il ſeroit à ſouhaiter que les vues que
I'on ſe propoſè dans cet Ecrit, euſſent
leur exécution ; on verroit ſe former
dans la profeſſion du Commerce & de
l'Agriculture, une pépinière d'hommes
, également éclairés & utiles, Ceux qui
auroient vieilli dans les emplois, vien
droient ſervir la Patrie par leurs lumiè
res & leur expérience dans les Cham
bres de Commerce & dans les Bureaux
d'Agriculture du Royaume , dans les
1o2 MERCURE DE FRANCE.
Places qui leur feroient acquiſes par
droit de vétérance. Ce ne ſont là que
les idées principales de cette brochure ;
l'Auteur qui les développe avec autant
d'ordre que de précifion & de clarté,
fait connoître les moyens les plus ſûrs
de parvenir à l'exécution de ſes vues pa
triotiques.
-
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,
DEs Corps poſitiques ' & de leurs
gouvernemens; deux volumes in-12.
C'eſt un nouveau Titre d'un Ouvra
ge connu & intitnlé, Abrégé de la Répu
blique de Bodin, à Londres, chez Jean
Nourſe;& ſe trouve à Paris chez Cavelier,
rue S. Jacques, 1755. On ſçait que la Ré
publique de Bodin a eu dans ſon temps
un ſuccès ſemblable à celui de l'Eſprit
des Loix ; mais on ne la liroit plus au
jourd'hui, ſi on n'en avoit rajeuni le
ſtyle, & retranché le ſuperflu. C'eſt ce
# fait avec ſuccès un Magiſtrat de
Bordeaux, en y mêlant quelques réflé
| xions qui donnent un nouveau prix à
l'Ouvrage lequel ſe vend toujours chez
Cavelier, rue S. Jacques, au lys d'or.
Le nouveau titre que porte ce Livre ac
tuellement, ne regarde que le Frontiſpi
ce; car les titres des chapitres nous ont
paru les mêmes; & il eſt égal de l'acheter
M A I. 1764.
1o3
ſous le titre des Corps politiques, &c ,
ou ſous celui d'Abrégé de la République
de Bodin.
APoLoGUEs Orientaux. par M. de
Sauvigni, dédiés à Mgr LE DAUPHIN;
à Paris , chez Ducheſne, Libraire, rue
S. Jacques, au-deſſous de la Fontaine
S. Benoît, au Temple du Goût; avea
approbation & permiſſion ; 1764. Bro
chure in-12 d'environ 2oo pages.
.
Les divers morceaux de cette Bro-*
ehure , rapportés ci-deſſus dans l'Arti
cle des Piéces fugitives de ce Mercure,
nous diſpenſent de nous étendre ſur le
mérite de ces Apologues ; nos Lecteurs
en jugeront par eux-mêmes, puiſque
nous en avons mis quelques-uns ſous
leurs yeux. Nous ne doutons pas que
ce léger échantillon ne faſſe defirer de
ſe procurer tout l'Ouvrage.
-
RÉFLExIoNs ſur les préjugés qui
s'oppoſent aux progrés & à la perfec
tion de l'inoculation : par M. Gatti,
Médecin Conſultant du Roi, & Pro
feſſeur en Médecine dans l'Univerſité
de Piſe ; à Bruxelles, & fe trouve à
Paris chez Misſier Fils , quai des Au
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
guſtins , 1764 ; brochure in-12 de 24o
pages.
.
Les préjugés ſur leſquels M. Gatti
fait des Réflexions, regardent 1°. La
nature de la petite vérole 1°. La mé
thode d'inoculer. 3°. La contagion de lâ
† vérole. inoculée 4°. le retour de
a petite vérole après l'inoculation. M.
Gatti combat tous ces préjugés : &
uoique cette matière ait été pluſieurs
ois agitée, nous croyons que cette
brochure , où l'on donne de nouvelles
raiſons, ou des raiſons expoſées d'une
manière nouvelle , excitera encore la
curioſité des perſonnes qui prennent
parti pour ou contre , dans cette fa
meuſe queſtion.
·
MÉMoIREs pour la vie de François
Pétrarque, tirés de ſes Œuvres, & des
Auteurs contemporains, avec des no
tes, ou difſertations, & les Piéces juſ
tificatives ; à Amſterdam chez Arſkée
& Mercus , 1764; un vol. in-4°. qui
doit être ſuivi de 2 ou 3 autres du
même format.
Plus de trente perſonnes ont écrit la
vie de Pétrarque ; & cependant l'Au
· teur ne craint point d'aſſurer que nous
-
M A I. 1764.
I O5
n'avons point encore de bonne vie
de ce Poëte Italien. Pour le prouver il
adreſſe une très-longue Préface aux
perſonnes d'Italie qui aiment la Poéſie
& les Lettres. Il en adreſſe une autre
aux François , Amateurs de la Poéſie
& des Belles-Lettres , pour leur décou
vrir le principal motif qui lui a fait
entreprendre ce grand Ouvrage. On
ſent bien que ce motif ne peut être,
que de faire connoître en France un
homme , à qui il prétend que nous
, avons les
plus grandes
obligations.
Nous reviendrons plus d'une fois ſur
, ce Livre, à meſure qu'il en paroîtra
, un nouveau volume ; & nous en tire--
rons des anecdotes qui pourront four
nir matière à des extraits curieux, agréa--
bles & inſtructifs. .
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le texte présente plusieurs annonces de livres. Le premier ouvrage, 'Le Négociant Citoyen' de M. C. C. A., se propose d'éclairer la nation sur le commerce et l'agriculture. L'auteur souhaite voir naître des professionnels compétents et utiles dans ces domaines, aptes à servir la patrie grâce à leur expertise. Ce livre est disponible à Amsterdam et à Paris chez Duchesne, Libraire. Un autre ouvrage mentionné est 'Des Corps politiques & de leurs gouvernements', une révision moderne de 'La République' de Bodin. Cette version actualisée et épurée conserve les titres des chapitres originaux et est publiée à Londres, tout en étant disponible à Paris chez Cavelier. Les 'Apologues Orientaux' de M. de Sauvigny, dédiés à Monseigneur le Dauphin, sont également annoncés. Ce recueil de fables est disponible chez Duchesne, Libraire, à Paris. Le texte mentionne aussi 'Réflexions sur les préjugés qui s'opposent aux progrès & à la perfection de l'inoculation' par M. Gatti, médecin consultant du Roi et professeur à l'Université de Pise. Cet ouvrage traite des préjugés concernant la nature de la petite vérole, la méthode d'inoculation, la contagion et le retour de la maladie après inoculation. Le livre est disponible à Bruxelles et à Paris chez Missier Fils. Enfin, 'Mémoires pour la vie de François Pétrarque' est annoncé. L'auteur affirme que malgré les nombreuses biographies existantes, aucune n'est satisfaisante. Le livre inclut des notes, des dissertations et des pièces justificatives, et sera publié en plusieurs volumes. Il est disponible à Amsterdam chez Arkstée & Mercus.
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2870
p. 105-107
« LA Cuisine Bourgeoise, suivie de l'Office, à l'usage de tous ceux qui se [...] »
Début :
LA Cuisine Bourgeoise, suivie de l'Office, à l'usage de tous ceux qui se [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA Cuisine Bourgeoise, suivie de l'Office, à l'usage de tous ceux qui se [...] »
LA Cuisine Bourgeoise, suivie de
l'Office, à l'usage de tous ceux qui se
mêlent de dépenſes de maiſons ; con
tenant la manière de connoître , diſſé
uer & ſervir toutes ſortes de viandes ;:
des avis intéreſſans ſur leur bonté , &
ſur le choix qu'on en doit faire ; la fa
çon de faire des menus pour les quatre
Saiſons, & des ragoûts des plus nou--
veaux ; une explication de #º proº
·
·
·
-
v ·
· ·
·
1o6 MERCURE DE FRANCE.
pres, & à l'uſage de la Cuiſine & de
Office ; & une liſte alphabétique des
uſtenſiles néceſſaires ; nouvelle édition
augmentée de pluſieurs apprêts qui ſont
marqués par une étoile ; à Paris , chez
Guillyn, quai des Auguſtins, du côté
du Pont S. Michel, au Lys d'or, 1764 ;
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in-12 ; prix , 4 liv. †
| Dans cette édition , ainſi que dans
les précédentes , on ſent que l'Auteur
s'eſt attaché à éviter la dépenſe, à fim
plifier la méthode & à réduire , pour
ainſi dire, au niveau des cuiſines bour
geoiſes, ce qui ſembloit ne devoir être
réſervé qu'aux cuiſines opulentes.L'Au
teur avertit le Public que ſon Livre a été
contrefait en Province; que cette con
trefaction eſt remplie de fautes; qu'on
a changé les doſes qui la plûpart ne
valent rien; que celui qui a donné cette
édition contrefaite, ne ſçait ni Cuiſine
ni Office ; & qu'enfin la bonne édi
tion eſt celle que nous annonçons ac
tuellement. On trouve chez le même
Libraire toutes ſortes de Livres de Cui
ſine d'Office ; & entre-autres les ſou
pers de la Cour, ou l'art de travailler
toutes ſortes d'alimens pour ſervir les
meilleures Tables ſuivant les quatre fai
M A I. 1764.
6S.
ro7
ſons in-12 4 vol. 1o liv. Le nouveatt
Traité de Cuifine avec de nouveaux
deſſeins de Table, & vingt-quatre me
nus, ou l'on apprend ce que l'on doit
ſervir, ſuivant chaque Saiſons, en gras,
en maigre & en pâtiſſerie , in-12. 3
vol. 7 liv. La ſcience du Maître d'Hô
tel Cuiſinier , avec des obſervations ſur
la connoiſſance & propriété des ali
mens in-12.3 liv. La ſcience du Maître
d'Hôtel Confiſeur , à l'uſage des Of
ficiers , avec des obſervations ſur la
connoiſſance & propriété des fruits in
12. avec fig. 3 liv.
l'Office, à l'usage de tous ceux qui se
mêlent de dépenſes de maiſons ; con
tenant la manière de connoître , diſſé
uer & ſervir toutes ſortes de viandes ;:
des avis intéreſſans ſur leur bonté , &
ſur le choix qu'on en doit faire ; la fa
çon de faire des menus pour les quatre
Saiſons, & des ragoûts des plus nou--
veaux ; une explication de #º proº
·
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-
v ·
· ·
·
1o6 MERCURE DE FRANCE.
pres, & à l'uſage de la Cuiſine & de
Office ; & une liſte alphabétique des
uſtenſiles néceſſaires ; nouvelle édition
augmentée de pluſieurs apprêts qui ſont
marqués par une étoile ; à Paris , chez
Guillyn, quai des Auguſtins, du côté
du Pont S. Michel, au Lys d'or, 1764 ;
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in-12 ; prix , 4 liv. †
| Dans cette édition , ainſi que dans
les précédentes , on ſent que l'Auteur
s'eſt attaché à éviter la dépenſe, à fim
plifier la méthode & à réduire , pour
ainſi dire, au niveau des cuiſines bour
geoiſes, ce qui ſembloit ne devoir être
réſervé qu'aux cuiſines opulentes.L'Au
teur avertit le Public que ſon Livre a été
contrefait en Province; que cette con
trefaction eſt remplie de fautes; qu'on
a changé les doſes qui la plûpart ne
valent rien; que celui qui a donné cette
édition contrefaite, ne ſçait ni Cuiſine
ni Office ; & qu'enfin la bonne édi
tion eſt celle que nous annonçons ac
tuellement. On trouve chez le même
Libraire toutes ſortes de Livres de Cui
ſine d'Office ; & entre-autres les ſou
pers de la Cour, ou l'art de travailler
toutes ſortes d'alimens pour ſervir les
meilleures Tables ſuivant les quatre fai
M A I. 1764.
6S.
ro7
ſons in-12 4 vol. 1o liv. Le nouveatt
Traité de Cuifine avec de nouveaux
deſſeins de Table, & vingt-quatre me
nus, ou l'on apprend ce que l'on doit
ſervir, ſuivant chaque Saiſons, en gras,
en maigre & en pâtiſſerie , in-12. 3
vol. 7 liv. La ſcience du Maître d'Hô
tel Cuiſinier , avec des obſervations ſur
la connoiſſance & propriété des ali
mens in-12.3 liv. La ſcience du Maître
d'Hôtel Confiſeur , à l'uſage des Of
ficiers , avec des obſervations ſur la
connoiſſance & propriété des fruits in
12. avec fig. 3 liv.
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Résumé : « LA Cuisine Bourgeoise, suivie de l'Office, à l'usage de tous ceux qui se [...] »
'La Cuisine Bourgeoise' est un ouvrage axé sur la gestion des dépenses domestiques et la préparation culinaire. Il fournit des instructions sur la connaissance, la dissection et le service de diverses viandes, ainsi que des conseils pour choisir les meilleures pièces. Le livre propose des menus saisonniers et des recettes nouvelles, accompagnés d'explications sur les poids et mesures utiles en cuisine. Une liste alphabétique des ustensiles nécessaires est également incluse. La nouvelle édition de 1764, publiée à Paris chez Guillyn, est enrichie de plusieurs recettes marquées d'une étoile et bénéficie de l'approbation et du privilège royal. L'auteur vise à simplifier les méthodes et à réduire les coûts pour rendre la cuisine accessible aux ménages bourgeois. Il met en garde contre une contrefaçon provinciale erronée et recommande l'achat de la véritable édition. Le libraire propose également d'autres ouvrages sur la cuisine et l'office, tels que 'Les Soupers de la Cour' et 'Le Nouveau Traité de Cuisine'.
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2871
p. 107-119
« INSTRUCTIONS pour la premiere Communion, distribuées en cinq desseins, par [...] »
Début :
INSTRUCTIONS pour la premiere Communion, distribuées en cinq desseins, par [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « INSTRUCTIONS pour la premiere Communion, distribuées en cinq desseins, par [...] »
INSTRUCTIONS pour la premiere
Communion, distribuées en cinq desseins,
par un Curé de la Campagne ;
avec cette Epigraphe : Evangeliſare
pauperibus miſit me Dominus. Luc. 4.
A Paris, chez Prault, quai de Geſ
vres, au Paradis, 1764 ; avec appro
bation & privilége du Roi. Brochure
in - 12 de 12o
M. Voile de #moz , Curé de la
Paroiſſe de Bouhi , eſt l'Auteur de ce
petit Livre édifiant , qui vient à propos
dans le temps préſent. On ne doit y
chercher que de la ſimplicité & de l'onc
tion, On n'a à parler qu'à des enfans; il
E vj
# o8 MERCURE DE FRANCE.
faut donc que le langage que l'on em
ploye, non ſeulement ſoit accommodé
à leur portée, mais encore qu'il aille
à leur cœur & les touche. C'eſt à quoi
l'Auteur paroît s'être appliqué unique
IIlCI)t,
TRAITÉ des Miracles , dans leque !
on examine 1°. leur nature , & les
moyens de les diſcerner d'avec les pro
diges de l'Enfer. 2°. leur fin. 3°. leur
uſage : à Paris , chez d'Eſpilly , Li
braire, rue S. Jacques, à la Croix d'or,
vis-à-vis de la vieille Poſte, 1764 ; avec
approbation & privilége du Roi ; 2
vol. in-12. Prix 5 liv. reliés.
-
, Le titre de ce Livre en annonce la
diviſion générale ; nous y ajouterons
quelques ſubdiviſions particulières qui
achéveront de faire connoître le deſſein
& le plan de ce Traité. La première Par
tie eſt ſoudiviſée en 26 Chapitres où l'on
donne, d'après S. Auguſtin, S.Thomas ,
les Pères & les Théologiens, des moyens
de diſcerner les vrais miracles. Les fins
,our leſquelles Dieu accorde des miracles,
nt la confirmation de la foi, la mani
feſtation de ſa gloire & celle de la ſain
teté de ſes ſerviteurs. Il y a encore des
sniracles qui ont pour fin d'éprouver &
.
-- M A I. 1764.
, - 1 og
de révéler le fond des cœurs. Dieu en
a ſait auſſi, dit l'Auteur, pour aveugler
& endurcir les cœurs ſuperbes. Ces di
vers points ſont traités en pluſieurs cha
pitres qui forment la ſeconde diviſion.
On y fait voir encore qu'il s'opére quel
† · des miracles par des hommes
lont la foi n'eſt pas pure, par des Hé
rétiques, des Schiſmatiques , &c; mais
la Religion même ſçait en tirer avanta
ge; & il y a de la différence entre la
manière dont les dons ſurnaturels ſont
dans l'Egliſe, & celle dont ils ſe trou
vent dans de fauſſes communions. Enfin
la troiſiéme Partie traite des motifs par
ticuliers qui ont engagé les hommes à
ajoûter foi aux miracles
qui ſe ſont
faits à l'établiſſement de la doctrine ré
vélée. Ces motifs ſont en grand nom
bre, & c'eſt ce qu'il faut lire dans l'Ou
\vrage, ainſi que pluſieurs autres cha
pitres, dans leſquels l'Auteur achéve de
traiter à fond cette matière importante.
· EssAI de navigation Lorraine, trai
tée relativement à la politique , au
militaire , au commerce intérieur ou
extérieur, à la Marine & aux Colonies
de la France ; pour ſervir de Suite à
l'eſſai ſur les Duchés de Lorraine & de
11o MERCURE DE FRANCE.
Bar ; par lequel Plan on établit la jonc
tion de la Méditerranée à l'Océan par le
centre du Royaume & par la Capitale ;
& enſuite la communication entre les
deux Mers & la Mer Noire par la Lor
raine, l'Alſace ,
l'Allemagne , & les
Etats de l'Impératrice, Reine de Hon
rie ; par Charles-Leopold Andreu de
# ; à Amſterdam , chez H. Con
ſtapel, Libraire ; 1764. Brochure in-12.
de 184 pages.
Ce titre explique ſuffiſamment l'ob
jet de cet écrit, & nous diſpenſe d'en
trer dans d'autres détails.
MÉTAHHYsIQUE de l'âme , ou
théorie des ſentimens moraux, traduite
de l'Anglois de M. Adam Smith, Pro
feſſeur de Philoſophie morale dans l'U-
niverſité de Glaſcow; par M.... à Paris,
chez Briaſſon , rue S. Jacques , à la
Science ; 1764, avec Approbation &
Privilége du Roi. 2 vol. petit in-8°.
Cet Ouvrage a eu le plus grand ſuc
cès en Angleterre ; & il y a lieu de croi
re qu'il ne ſera pas accueilli moins favo
rablement en France. Nous avons été
ſatisfaits de la manière dont on y ex
plique nos affections & nos jugemens ;
& on ſera peut-être ſurpris d'y voir les
matières métaphyſiques les plus abſtrai
, M A I. 1764..
Lecteurs.
11,
tes, miſes à la portée du commun des
TRADUCTIoN du Traité de l'Amitié
de Cicéron ; dédiée à Madame de Sar
tine; par le ſieur L ***; à Paris, chez
Debure, père , quai des Auguſtins , à
l'Image S. Paul , & chez Mérigot, près
la rue Gît-le cœur ; avec approbation &
permiſſion ; 1764. Brochure in-12. de
266 pages ; prix, 1 liv. 4 ſ,
Cette Traduction d'un des meilleurs
Ouvrages de Cicéron nous a paru très
bien faite. Il ſeroit à ſouhaiter que celle
du Traité de la vieilleſſe du même Auteur
nous eût été donnée par la même main.
HISToIRE d'Ecoſſe ſous les régnes
de Marie Stuart & de Jacques IV, juſ
qu'a l'avénement de ce Prince à la Cou
ronne d'Angleterre , avec un Abrégé
de l'Hiſtoire d'Ecoffe dans les temps qui
ont précédé ces époques ; par M. Guil
laume Robertſon, Do8teur, Miniſtre de
- Ladyyeſter, à Edimboarg; traduite de
l'Anglois ;'à Londres , 1764 ; 3 vol.
in-12. !
>
|
º | |
|
| ' : ,
,
.
J'
M. Robertſon, fans cheicher à recu
fer & à illuſtrer l'origine de fà Nation,
la repréfente d'abord dansiºn état de
2
|
# 12 MERCURE DE FRANCE.
barbarie, & livrée à tous les imconvé
niens du gouvernement féodal. Il peint
fa patrie aſſervie à l'Angleterre par l'in
fidélité d'Edouard I, qui enléve à l'E-
coſſe les titres de ſa liberté ; qui veut
lui donner des Souverains & lui dicter
des loix ; & qui jette les fondemens de
cette antipathie qui a régné ſi long
temps entre les deux Nations. Après
avoir parcouru les premiers régnes , en
obſervant toujours de rapporter les faits
principaux, & de tracer avec des traits
hardis le caractère des Princes & des
Perſonnages les plus remarquables, il
commence ſon ſecond Livre : par la
naiſſance de Marie Stuart, par ſon avé
nement au Trône , & par les troubles
de ſa minorité. Il annonce de loin cette
étrange révolution , cette cataſtrophe
ſingulière qui conduiſit du Trône à l'é-
chaffaut une Princeſſe accomplie. Il
cherche la ſource de cette funeſte riva
lité entre Eliſabeth & Marie ; il la trou
ve dans une jalouſie de femme ; & il
fait voir que les plus grands événemens
n'ont bien ſouvent que des cauſes fri
voles. Nous ne faiſons que citer une
très-petite partie de la Préface , où le
Traducteur donne la plus haute idée de
cette Hiſtoire curieuſe & intéreſſante..
M A I. 1764.
1 13
: GRAMMAIRE des Sciences Philoſo
† , ou Analyſe abrégée de la Phi
'oſophie moderne , appuyée ſur les ex
périences : traduit de l'Anglois de Benj.
Martin; nouvelle Edition, corrigée &
àugmentée; à Paris, chez Briaſſon ,
rue S. Jacques, à la Science & à l'Ange
| Gardien; 1764; avec approbation & pri
vilége du Roi ; un vol. in-8°. avec beau
· coup de planches gravées.
, Cet Ouvrage déja connu, eſt, com
fme on ſçair, par demandes & par ré
onſes, & traite de la Science de la Phi
oſophie en général , de la Philoſophie
naturelle en particulier, de ſes parties, de
ſon ſujet, & des différens ufàges dont
elle eft dans la vie, Il eft queſtion,dans la
première partie, de la nature commune
# de la propriété de tous les corps na
turels ; de l'extenfion, de la grandeur
& des dimenſions des corps ; de la divi
fibilité de la matière ; de ſon infinité,de
la ſolidité & de la figurabilité des corps ;
de la mobilité , de la nature du mouve
ment & du repos ; de la lumière , des
couleurs, des odeurs ; du ſon, de la pe
ſanteur , de la tranſparence, de l'opa
cité, de la dureté , de la moleſſe , de la
roideur, de la fléxibilité, de la chaleur,
de la froidure , &c , &c. La ſeconde
114 MERCURE DE FRANCE.
Partie traite de la coſmologie en géné
ral, de l'eſpace du monde, du vuide ,
de la durée & du temps; des corps cé
leſtes, de la théorie du Soleil, de la
Lune, des Planétes, des Cométes, des .
Etoiles fixes. Il s'agit dans la troiſiéme
Partie, de la théorie de l'air , des vents,
des météores, de l'arc-en-ciel, des par
hélies, &c. Enfin la dernière Partie pré
ſente la doctrine générale concernant
le globe terreſtre, les foſſiles, les miné
raux, les métaux, les eaux # la rner a
des fleuves, des lacs, des fontaines s
des bains; les plantes, les végétaux, les
animaux de toutes eſpéces , &c , &c«
Les remarques de pluſieurs perſonnes
ſçavantes ont déterminé l'Auteur à faire
dans cette nouvelle Edition,des change
mens & des additions. Il y a traité plu
ſieurs Sujets nouveaux & curieux, & a
cité, dans les Notes, les Auteurs les plus
eſtimés qui ont écrit ſur les mêmes ma
tières.e
HISTOIRE du Ministère du Chevalier
Robert Walpool, devenu Ministre
d'Angleterre & Comte d'Oxford ; à
Amſterdam, chez Marc Rey ; 1764 ;
& à Paris, chez Durand, neveu, rue S.
Jacques. 3 vol.in-12. Prix, 7 liv. 1o ſ.
M A I. 1764.
115
Ce n'eſt point ici une Traduction ; on
en jugera par quelques endroits de la
Préface. » Je me donnerai bien de gar
» de , dit l'Auteur, d'adopter la partia
» lité de celui qui me fournit la plus
» grande partie de mes matériaux. Il
» paroît trop animé de l'eſprit républi
» cain. ... On jugera de M. Walpool,
» non par ce que j'en dirai, mais par
» ſes opérations. On n'aura point à me
» reprocher que je me ſuis trop livré
» aux portraits ; tout ſera en action. Je
» ferai toujours marcher mon Lecteur
» à côté du Miniſtre ; aucune de ſes
» démarches ne lui échappera ; par ce
» moyen je le mettrai en état de le ju
» ger.. .. J'oſe dire que le Lecteur ſe
» trouvera intéreſſé par les harangues,
» les raiſonnemens , la politique & les
» réfléxions que les divers événemens
» arrivés ſous le miniſtère du Chevalier
» Walpool ont occaſionnés.. ... J'ai a
» douci, autant † m'a été poſſible,
» les expreſſions dures & libres qui ſe
» trouvene dans certaines harangues où
» il eſt queſtion de la France. .. j'ai
» mis tous mes ſoins à écarter les dou
» tes que contiennent les écrits que la
» liberté Angloiſe donne le droit de
» rendre publics; l'original que je con
116 MERCURE DE FRANCE.
» ſulte, mais que je ne ſuis point entiè
» rement, avertit lui-même qu'il a été
» obligé de faire un choix , pour ne
» pas commettre d'injuſtice, &c.
RosE & Colas , Comédie en un
Acte, Proſe & Muſique , repréſentée
pour la premiere fois par les Comé
diens Italiens ordinaires du Roi, le 8
Mars 1764 La Comédie eſt de M.
Sedaine, & la Muſique de M. Mon
cigny. Prix
1 liv. 4 ſols. A Paris ,
chez Claude Heriſſant , Imprimeur-Li
braire , rue Neuve Notre-Dame, à la
Croix d'or , avec approbation & pri
vilége du Roi ; 1764; in-8°. On trou
ve chez le même Libraire les airs dé
tachés : prix, 1
partition. .
liv, 16 f On grave la
-
-
-
On parlera plus au long de cette
Piéce dans l'Article des Spectacles,
· PRosPECTUS d'un Livre intitulé,
Etat préſent de l'Orléannois, ou Eſſai
hiſtorique & typographique de cette Pro
vince, diviſé en trois parties ; avec cette
Epigraphe : Ille terrarum mihi prœter
•mnes angulus ridet; Hor. Avec addition.
de notes ſingulières.
Cet Ouvrage auquel M. Recullé de
,
M A I. 1764.
117
Saint-Laurent travaille depuis trois ans ,
& auquel il a été encouragé par le Chef
du Conſeil d'un de nos Princes, con
tient Orléans, ce qui s'y eſt paſſé de plus
remarquable, les meilleurs crus de vin ,
les Sçavans, les Rois, les Ducs, la Mai
ſon entière de Monſeigneur le Duc
d'Orléans, l'Evêché, les Evêques, l'E-
dit de 1758 soncernant la délivrance des
priſonniers , la Cathédrale, les autres
Chapitres de la Ville & du Diocèſe, les
Abbayes de la Ville & du Diocèſe , les
Collateurs des Cures, les Paroiſſes d'Or
- léans, les deux Commanderies , les Sé
minaires, la Juriſdiction Eccléſiaſtique,
les Bureaux , le Gouvernement, les Tri
bunaux, un Traité honorable de la Ma
giſtrature, de MM. les Avocats, Notai
res & autres Compagnies, l'Univerſité,
la Médecine, la Chirurgie, la nouvelle
Société d'Agriculture, les Bibliothéques,
l'Académie des Sciences, la Butte, l'A-
cadémie de Muſique, le Spectacle, &c.
Les principales Villes & Bourgs de l'Ap
panage, ſuivant le rôle des Aſſiſes, com
me Pithiviers, Meun, Jargeau, Arte
nay, Toury, Saint-Benoît, Donnery,
Cléry, Monpuipeau , Saint-Denis-de
Jargeau, Rebrechien , la Ferté, Sue
vre, &c. Jenville, Baugency , Bois
I 18 MERCURE DE FRANCE.
commun, Sully, Château-neuf, Gien ,
Montargis, &c. Chartres, ce qu'il y a
de remarquable ſur cette Ville; les Ab
bayes, Villes & principaux Bourgs de
ce diocèſe. Blois, ce que l'Hiſtoire nous
en apprend de plus intéreſſant; ſa Cham
bre des Comptes,les Abbayes, Villes &
principaux endroits de ce Pays & Dio
cèſe ; le tout accompagné d'Edits, Ar
rêts , Traits d'Hiſtoire, faits & Anec
dotes utiles & de ſentimens.Cet Ouvra
ge ſera ſuivi d'une ſuite concernant les
Villes Epiſcopales, les Cours Souverai
nes, les Gouvernemens, &c. Si quel
qu'un a quelques Notes à faire paſſer à
l'Auteur, il eſt prié de le faire au plutôt,
chez M. Valleyre fils, Imprimeur & Li
braire à Paris, rue de la vieille Boucle
rie, & d'affranchir les lettres. Cet Ou
vrage ſera de format in-12. de 3 liv. &
de 4o ſ.
-
. ZÉLIs au bain , Poëme en quatre
Chants; à Genéve, & ſe trouve à Paris,
chez Jorry, Imprimeur-Libraire , rue
& vis-à-vis de la Comédie Françoiſe ;
iu-8°. 1763 ; en tres-beau papier, orné
de quatre Eſtampes, quatre Vignettes,
quatre culs-de-lampes & d'un Frontiſ
pice, le tout deſſiné & gravé par de
très-habiles Maîtres.
» ſes plus
M A I. 1764.
I I3
Outre tous ces ornemens typogra
phiques, qui font rechercher cette Bro
chure par les Connoiſſeurs, on doit
encore compter pour beaucoup le mé
rite littéraire de cette agréable produc
tion , où régne ce que la Poëſie a de
plus riche , de plus tendre & de plus
gracieux en expreſſions, en ſentimens
& en images.
Communion, distribuées en cinq desseins,
par un Curé de la Campagne ;
avec cette Epigraphe : Evangeliſare
pauperibus miſit me Dominus. Luc. 4.
A Paris, chez Prault, quai de Geſ
vres, au Paradis, 1764 ; avec appro
bation & privilége du Roi. Brochure
in - 12 de 12o
M. Voile de #moz , Curé de la
Paroiſſe de Bouhi , eſt l'Auteur de ce
petit Livre édifiant , qui vient à propos
dans le temps préſent. On ne doit y
chercher que de la ſimplicité & de l'onc
tion, On n'a à parler qu'à des enfans; il
E vj
# o8 MERCURE DE FRANCE.
faut donc que le langage que l'on em
ploye, non ſeulement ſoit accommodé
à leur portée, mais encore qu'il aille
à leur cœur & les touche. C'eſt à quoi
l'Auteur paroît s'être appliqué unique
IIlCI)t,
TRAITÉ des Miracles , dans leque !
on examine 1°. leur nature , & les
moyens de les diſcerner d'avec les pro
diges de l'Enfer. 2°. leur fin. 3°. leur
uſage : à Paris , chez d'Eſpilly , Li
braire, rue S. Jacques, à la Croix d'or,
vis-à-vis de la vieille Poſte, 1764 ; avec
approbation & privilége du Roi ; 2
vol. in-12. Prix 5 liv. reliés.
-
, Le titre de ce Livre en annonce la
diviſion générale ; nous y ajouterons
quelques ſubdiviſions particulières qui
achéveront de faire connoître le deſſein
& le plan de ce Traité. La première Par
tie eſt ſoudiviſée en 26 Chapitres où l'on
donne, d'après S. Auguſtin, S.Thomas ,
les Pères & les Théologiens, des moyens
de diſcerner les vrais miracles. Les fins
,our leſquelles Dieu accorde des miracles,
nt la confirmation de la foi, la mani
feſtation de ſa gloire & celle de la ſain
teté de ſes ſerviteurs. Il y a encore des
sniracles qui ont pour fin d'éprouver &
.
-- M A I. 1764.
, - 1 og
de révéler le fond des cœurs. Dieu en
a ſait auſſi, dit l'Auteur, pour aveugler
& endurcir les cœurs ſuperbes. Ces di
vers points ſont traités en pluſieurs cha
pitres qui forment la ſeconde diviſion.
On y fait voir encore qu'il s'opére quel
† · des miracles par des hommes
lont la foi n'eſt pas pure, par des Hé
rétiques, des Schiſmatiques , &c; mais
la Religion même ſçait en tirer avanta
ge; & il y a de la différence entre la
manière dont les dons ſurnaturels ſont
dans l'Egliſe, & celle dont ils ſe trou
vent dans de fauſſes communions. Enfin
la troiſiéme Partie traite des motifs par
ticuliers qui ont engagé les hommes à
ajoûter foi aux miracles
qui ſe ſont
faits à l'établiſſement de la doctrine ré
vélée. Ces motifs ſont en grand nom
bre, & c'eſt ce qu'il faut lire dans l'Ou
\vrage, ainſi que pluſieurs autres cha
pitres, dans leſquels l'Auteur achéve de
traiter à fond cette matière importante.
· EssAI de navigation Lorraine, trai
tée relativement à la politique , au
militaire , au commerce intérieur ou
extérieur, à la Marine & aux Colonies
de la France ; pour ſervir de Suite à
l'eſſai ſur les Duchés de Lorraine & de
11o MERCURE DE FRANCE.
Bar ; par lequel Plan on établit la jonc
tion de la Méditerranée à l'Océan par le
centre du Royaume & par la Capitale ;
& enſuite la communication entre les
deux Mers & la Mer Noire par la Lor
raine, l'Alſace ,
l'Allemagne , & les
Etats de l'Impératrice, Reine de Hon
rie ; par Charles-Leopold Andreu de
# ; à Amſterdam , chez H. Con
ſtapel, Libraire ; 1764. Brochure in-12.
de 184 pages.
Ce titre explique ſuffiſamment l'ob
jet de cet écrit, & nous diſpenſe d'en
trer dans d'autres détails.
MÉTAHHYsIQUE de l'âme , ou
théorie des ſentimens moraux, traduite
de l'Anglois de M. Adam Smith, Pro
feſſeur de Philoſophie morale dans l'U-
niverſité de Glaſcow; par M.... à Paris,
chez Briaſſon , rue S. Jacques , à la
Science ; 1764, avec Approbation &
Privilége du Roi. 2 vol. petit in-8°.
Cet Ouvrage a eu le plus grand ſuc
cès en Angleterre ; & il y a lieu de croi
re qu'il ne ſera pas accueilli moins favo
rablement en France. Nous avons été
ſatisfaits de la manière dont on y ex
plique nos affections & nos jugemens ;
& on ſera peut-être ſurpris d'y voir les
matières métaphyſiques les plus abſtrai
, M A I. 1764..
Lecteurs.
11,
tes, miſes à la portée du commun des
TRADUCTIoN du Traité de l'Amitié
de Cicéron ; dédiée à Madame de Sar
tine; par le ſieur L ***; à Paris, chez
Debure, père , quai des Auguſtins , à
l'Image S. Paul , & chez Mérigot, près
la rue Gît-le cœur ; avec approbation &
permiſſion ; 1764. Brochure in-12. de
266 pages ; prix, 1 liv. 4 ſ,
Cette Traduction d'un des meilleurs
Ouvrages de Cicéron nous a paru très
bien faite. Il ſeroit à ſouhaiter que celle
du Traité de la vieilleſſe du même Auteur
nous eût été donnée par la même main.
HISToIRE d'Ecoſſe ſous les régnes
de Marie Stuart & de Jacques IV, juſ
qu'a l'avénement de ce Prince à la Cou
ronne d'Angleterre , avec un Abrégé
de l'Hiſtoire d'Ecoffe dans les temps qui
ont précédé ces époques ; par M. Guil
laume Robertſon, Do8teur, Miniſtre de
- Ladyyeſter, à Edimboarg; traduite de
l'Anglois ;'à Londres , 1764 ; 3 vol.
in-12. !
>
|
º | |
|
| ' : ,
,
.
J'
M. Robertſon, fans cheicher à recu
fer & à illuſtrer l'origine de fà Nation,
la repréfente d'abord dansiºn état de
2
|
# 12 MERCURE DE FRANCE.
barbarie, & livrée à tous les imconvé
niens du gouvernement féodal. Il peint
fa patrie aſſervie à l'Angleterre par l'in
fidélité d'Edouard I, qui enléve à l'E-
coſſe les titres de ſa liberté ; qui veut
lui donner des Souverains & lui dicter
des loix ; & qui jette les fondemens de
cette antipathie qui a régné ſi long
temps entre les deux Nations. Après
avoir parcouru les premiers régnes , en
obſervant toujours de rapporter les faits
principaux, & de tracer avec des traits
hardis le caractère des Princes & des
Perſonnages les plus remarquables, il
commence ſon ſecond Livre : par la
naiſſance de Marie Stuart, par ſon avé
nement au Trône , & par les troubles
de ſa minorité. Il annonce de loin cette
étrange révolution , cette cataſtrophe
ſingulière qui conduiſit du Trône à l'é-
chaffaut une Princeſſe accomplie. Il
cherche la ſource de cette funeſte riva
lité entre Eliſabeth & Marie ; il la trou
ve dans une jalouſie de femme ; & il
fait voir que les plus grands événemens
n'ont bien ſouvent que des cauſes fri
voles. Nous ne faiſons que citer une
très-petite partie de la Préface , où le
Traducteur donne la plus haute idée de
cette Hiſtoire curieuſe & intéreſſante..
M A I. 1764.
1 13
: GRAMMAIRE des Sciences Philoſo
† , ou Analyſe abrégée de la Phi
'oſophie moderne , appuyée ſur les ex
périences : traduit de l'Anglois de Benj.
Martin; nouvelle Edition, corrigée &
àugmentée; à Paris, chez Briaſſon ,
rue S. Jacques, à la Science & à l'Ange
| Gardien; 1764; avec approbation & pri
vilége du Roi ; un vol. in-8°. avec beau
· coup de planches gravées.
, Cet Ouvrage déja connu, eſt, com
fme on ſçair, par demandes & par ré
onſes, & traite de la Science de la Phi
oſophie en général , de la Philoſophie
naturelle en particulier, de ſes parties, de
ſon ſujet, & des différens ufàges dont
elle eft dans la vie, Il eft queſtion,dans la
première partie, de la nature commune
# de la propriété de tous les corps na
turels ; de l'extenfion, de la grandeur
& des dimenſions des corps ; de la divi
fibilité de la matière ; de ſon infinité,de
la ſolidité & de la figurabilité des corps ;
de la mobilité , de la nature du mouve
ment & du repos ; de la lumière , des
couleurs, des odeurs ; du ſon, de la pe
ſanteur , de la tranſparence, de l'opa
cité, de la dureté , de la moleſſe , de la
roideur, de la fléxibilité, de la chaleur,
de la froidure , &c , &c. La ſeconde
114 MERCURE DE FRANCE.
Partie traite de la coſmologie en géné
ral, de l'eſpace du monde, du vuide ,
de la durée & du temps; des corps cé
leſtes, de la théorie du Soleil, de la
Lune, des Planétes, des Cométes, des .
Etoiles fixes. Il s'agit dans la troiſiéme
Partie, de la théorie de l'air , des vents,
des météores, de l'arc-en-ciel, des par
hélies, &c. Enfin la dernière Partie pré
ſente la doctrine générale concernant
le globe terreſtre, les foſſiles, les miné
raux, les métaux, les eaux # la rner a
des fleuves, des lacs, des fontaines s
des bains; les plantes, les végétaux, les
animaux de toutes eſpéces , &c , &c«
Les remarques de pluſieurs perſonnes
ſçavantes ont déterminé l'Auteur à faire
dans cette nouvelle Edition,des change
mens & des additions. Il y a traité plu
ſieurs Sujets nouveaux & curieux, & a
cité, dans les Notes, les Auteurs les plus
eſtimés qui ont écrit ſur les mêmes ma
tières.e
HISTOIRE du Ministère du Chevalier
Robert Walpool, devenu Ministre
d'Angleterre & Comte d'Oxford ; à
Amſterdam, chez Marc Rey ; 1764 ;
& à Paris, chez Durand, neveu, rue S.
Jacques. 3 vol.in-12. Prix, 7 liv. 1o ſ.
M A I. 1764.
115
Ce n'eſt point ici une Traduction ; on
en jugera par quelques endroits de la
Préface. » Je me donnerai bien de gar
» de , dit l'Auteur, d'adopter la partia
» lité de celui qui me fournit la plus
» grande partie de mes matériaux. Il
» paroît trop animé de l'eſprit républi
» cain. ... On jugera de M. Walpool,
» non par ce que j'en dirai, mais par
» ſes opérations. On n'aura point à me
» reprocher que je me ſuis trop livré
» aux portraits ; tout ſera en action. Je
» ferai toujours marcher mon Lecteur
» à côté du Miniſtre ; aucune de ſes
» démarches ne lui échappera ; par ce
» moyen je le mettrai en état de le ju
» ger.. .. J'oſe dire que le Lecteur ſe
» trouvera intéreſſé par les harangues,
» les raiſonnemens , la politique & les
» réfléxions que les divers événemens
» arrivés ſous le miniſtère du Chevalier
» Walpool ont occaſionnés.. ... J'ai a
» douci, autant † m'a été poſſible,
» les expreſſions dures & libres qui ſe
» trouvene dans certaines harangues où
» il eſt queſtion de la France. .. j'ai
» mis tous mes ſoins à écarter les dou
» tes que contiennent les écrits que la
» liberté Angloiſe donne le droit de
» rendre publics; l'original que je con
116 MERCURE DE FRANCE.
» ſulte, mais que je ne ſuis point entiè
» rement, avertit lui-même qu'il a été
» obligé de faire un choix , pour ne
» pas commettre d'injuſtice, &c.
RosE & Colas , Comédie en un
Acte, Proſe & Muſique , repréſentée
pour la premiere fois par les Comé
diens Italiens ordinaires du Roi, le 8
Mars 1764 La Comédie eſt de M.
Sedaine, & la Muſique de M. Mon
cigny. Prix
1 liv. 4 ſols. A Paris ,
chez Claude Heriſſant , Imprimeur-Li
braire , rue Neuve Notre-Dame, à la
Croix d'or , avec approbation & pri
vilége du Roi ; 1764; in-8°. On trou
ve chez le même Libraire les airs dé
tachés : prix, 1
partition. .
liv, 16 f On grave la
-
-
-
On parlera plus au long de cette
Piéce dans l'Article des Spectacles,
· PRosPECTUS d'un Livre intitulé,
Etat préſent de l'Orléannois, ou Eſſai
hiſtorique & typographique de cette Pro
vince, diviſé en trois parties ; avec cette
Epigraphe : Ille terrarum mihi prœter
•mnes angulus ridet; Hor. Avec addition.
de notes ſingulières.
Cet Ouvrage auquel M. Recullé de
,
M A I. 1764.
117
Saint-Laurent travaille depuis trois ans ,
& auquel il a été encouragé par le Chef
du Conſeil d'un de nos Princes, con
tient Orléans, ce qui s'y eſt paſſé de plus
remarquable, les meilleurs crus de vin ,
les Sçavans, les Rois, les Ducs, la Mai
ſon entière de Monſeigneur le Duc
d'Orléans, l'Evêché, les Evêques, l'E-
dit de 1758 soncernant la délivrance des
priſonniers , la Cathédrale, les autres
Chapitres de la Ville & du Diocèſe, les
Abbayes de la Ville & du Diocèſe , les
Collateurs des Cures, les Paroiſſes d'Or
- léans, les deux Commanderies , les Sé
minaires, la Juriſdiction Eccléſiaſtique,
les Bureaux , le Gouvernement, les Tri
bunaux, un Traité honorable de la Ma
giſtrature, de MM. les Avocats, Notai
res & autres Compagnies, l'Univerſité,
la Médecine, la Chirurgie, la nouvelle
Société d'Agriculture, les Bibliothéques,
l'Académie des Sciences, la Butte, l'A-
cadémie de Muſique, le Spectacle, &c.
Les principales Villes & Bourgs de l'Ap
panage, ſuivant le rôle des Aſſiſes, com
me Pithiviers, Meun, Jargeau, Arte
nay, Toury, Saint-Benoît, Donnery,
Cléry, Monpuipeau , Saint-Denis-de
Jargeau, Rebrechien , la Ferté, Sue
vre, &c. Jenville, Baugency , Bois
I 18 MERCURE DE FRANCE.
commun, Sully, Château-neuf, Gien ,
Montargis, &c. Chartres, ce qu'il y a
de remarquable ſur cette Ville; les Ab
bayes, Villes & principaux Bourgs de
ce diocèſe. Blois, ce que l'Hiſtoire nous
en apprend de plus intéreſſant; ſa Cham
bre des Comptes,les Abbayes, Villes &
principaux endroits de ce Pays & Dio
cèſe ; le tout accompagné d'Edits, Ar
rêts , Traits d'Hiſtoire, faits & Anec
dotes utiles & de ſentimens.Cet Ouvra
ge ſera ſuivi d'une ſuite concernant les
Villes Epiſcopales, les Cours Souverai
nes, les Gouvernemens, &c. Si quel
qu'un a quelques Notes à faire paſſer à
l'Auteur, il eſt prié de le faire au plutôt,
chez M. Valleyre fils, Imprimeur & Li
braire à Paris, rue de la vieille Boucle
rie, & d'affranchir les lettres. Cet Ou
vrage ſera de format in-12. de 3 liv. &
de 4o ſ.
-
. ZÉLIs au bain , Poëme en quatre
Chants; à Genéve, & ſe trouve à Paris,
chez Jorry, Imprimeur-Libraire , rue
& vis-à-vis de la Comédie Françoiſe ;
iu-8°. 1763 ; en tres-beau papier, orné
de quatre Eſtampes, quatre Vignettes,
quatre culs-de-lampes & d'un Frontiſ
pice, le tout deſſiné & gravé par de
très-habiles Maîtres.
» ſes plus
M A I. 1764.
I I3
Outre tous ces ornemens typogra
phiques, qui font rechercher cette Bro
chure par les Connoiſſeurs, on doit
encore compter pour beaucoup le mé
rite littéraire de cette agréable produc
tion , où régne ce que la Poëſie a de
plus riche , de plus tendre & de plus
gracieux en expreſſions, en ſentimens
& en images.
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Résumé : « INSTRUCTIONS pour la premiere Communion, distribuées en cinq desseins, par [...] »
En 1764, plusieurs ouvrages notables ont été publiés. Parmi eux, 'Instructions pour la première Communion' de M. Voile de Moz, curé de Bouhi, est un livre destiné aux enfants. Le 'Traité des Miracles' explore la nature, les fins et l'usage des miracles, en se basant sur les écrits de Saint Augustin et Saint Thomas, et est structuré en trois parties. L''Essai de navigation Lorraine' aborde les aspects politiques, militaires, commerciaux et maritimes de la navigation en Lorraine. La 'Métaphysique de l'âme' est une traduction de l'œuvre de M. Adam Smith sur les sentiments moraux. La 'Traduction du Traité de l'Amitié' de Cicéron est appréciée pour sa qualité. L''Histoire d'Écosse' de M. Guillaume Robertson couvre les règnes de Marie Stuart et Jacques VI jusqu'à son accession au trône d'Angleterre. Le texte évoque également une œuvre sur la rivalité entre Élisabeth et Marie, attribuant leur conflit à une jalousie féminine. La 'Grammare des Sciences Philosophiques' de Benjamin Martin traite divers aspects de la philosophie naturelle. L''Histoire du Ministère du Chevalier Robert Walpool' est publiée à Amsterdam et à Paris, sans jugement personnel de l'auteur. La pièce de théâtre 'Rose et Colas' de Sedaine, mise en musique par Moncigny, a été représentée en mars 1764. Un prospectus annonce un livre sur l'Orléannois, détaillant l'histoire et les aspects notables de la province d'Orléans. Deux autres ouvrages sont mentionnés : le 'Traité honorable de la Magistrature', qui contient des informations sur diverses professions et institutions, et le poème 'Zélis au bain', composé de quatre chants, publié à Genève et disponible à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2872
p. 170-191
NOTICE d'OLYMPIE, Tragédie de M. de VOLTAIRE.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. OLYMPIE, Fille d'Aléxandre, Mlle Clairon, CASSANDRE, Fils [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOTICE d'OLYMPIE, Tragédie de M. de VOLTAIRE.
NOTICE d'OLYMPIE, Tragédie de
M. de VOLTAIRE. *
PERSONNAGES. ACTEURS.
OLYMPIE, Fille d'Aléxandre,
Mlle Clairon,
CASSANDRE, Fils d'Antipatre,
-
, Roi de Macédoine,
M. le Kain.
ANTIGONE, Roi d'une partie
-
de l'Aſie,
· M. Bellecour.
-
-
sTATIRA, veuve d'Alexandre, Mlle Dumeſnil
L'HIEROPHANTE, ou Grand
Prêtre qui préſide à la Célé
M, Britard. -
bration des grands Myſtères 2
soSTENE, Officier de Caſſandre, M. Dauberval.
HERMAS, Officier d'Antigone, M. Blainville,
Prêtres initiés, Prêtreſſes, Soldats
#
& Peuple.
.
*
-
-
La Scène eſt dans le Temple d'Ephèſe, où l'on cé
lébre les grands Myſtères.
:
* Comme cette Pièce eſt imprimée depuis long
temps, & qu'elle eſt entre les mains de tout le
monde , ainſi que tout ce qui s'imprime d'un Au
teur auſſi célébre, nous nous bornons à une ſimple
Notice.
º
· M A I. 1764.
171
A C T E P R E M I E R.
SosTENE eſt dans le Périſtyle du grand
Temple. La principale porte s'ouvre ;
Caſſandre en ſort, & paroît agité. Il con
fie à Soſtène le trouble dont il eſpère
être bientôt délivré. Les grands Myſtères
vont finir ; il s'eſt fait initier. Il invite
Soſtène à reſter dans le parvis, pour être
témoin de ſes premiers devoirs & de ſes
premiers ſoins envers Olympie. Cette
Olympie eſt une Eſclave enlevée dans
ſon enfance par Antipatre, qui avoit des
raiſons pour cacher le ſecret de ſa naiſ
ſance ; Caſſandre le ſçait & veut ré
parer l'outrage. Il avertit Soſtène que
cette prétendue Eſclave doit être reſpec
tée. Elle expie, dit-il , entre les mains
des Prêtreſſes qui la préſentent au Tem
ple, des forfaits qu'elle ne connoît pas,
& qu'il deſire ardemment qu'elle ne
connoiſſe jamais. Ce ſecret inquiète An
tigone. Il veut l'arracher de Caſſandre.
Il vient avant le jour le trouver pour ce
la dans les Parvis de ce Temple. Il ex
horte Caſſandre au nom de leur ancienne
amitié,à réunir leurs forces pour partager
laTerre entr'eux,&pour§ les con
quêtes d'Aléxandre contre les ennemis
H ij
*.
172 MERCURE DE FRANCE.
qui viennent de toutes parts s'emparer de
ces riches dépouiles.Sur un regret qui
échappe à Caſſandre, Antigone veut cal
mer ſes remords.Le premier avoitpréſen
té dans un feſtin le poiſon qui cauſa la
mort d'Aléxandre. Il lui avoit été donné
par ſon père Antipatre, mais fans lui en
avoir confié le ſecret Antigone , par le
portrait qu'il fait d'Aléxandre, entre
piend devguſtifier l'attentat. L'âme de
Caſſandre s'épouvante toujours de l'hor
reur du crime. Antigone, qui veut aller
à ſon but ſur le ſecret qu'il a deſſein
de pénétrer , reclame de nouveau l'ami
tié de Caſſandre. Il en exige une pro
meſſe de lui accorder ce qu'il demande
- ra. Caſſandre promet , Antigone ne de
mande qu'une Eſclave; mais cette Eſ
clave eſt Olympie. A cette demande
Caſſandre eſt troublé. Son ami inſiſte,
il répond par ces Vers :
» Sous les yeux vigilans des Dieux & des Déeſſes,
- olympie eſtgardée au milieu des Prêtreſſes.
» Les portes s'ouvriront quand il en ſera temps.
• Dans ce Parvis ouvert au reſte des vivans,
» Sans vous plaindre de moi, daignez au moins
-
-
» m'attendre.
# prendre,
T
,
•
-
» Des Myſtères nouveaux pourront vous y ſur
-
M A I. 1764.
- » Et vous déciderez ſi la Terre a des Rois
2º Qui puiſſent aſſervir Olympie à leurs loix.
173
Caſſandre rentre dans le Temple ;
Antigone crojt avoir pénétré le grand
myſtère qu'il ſoupçonne ſur le ſort d'O-
lympie. On ouvre les trois portes du
Temple , dont on découvre l'intérieur.
Les Prêtres d'un côté & les Prêtreſſes de
Pautre environnent l'Autel , ſur lequel
Caſſandre & Olympie méttent la main :
ils prononcent alternativement en pré
ſence de l'Hierophante, des ſermens
préparatoires de l'Hymen dont on va
célébrer la pompe. Caſſandre en appelle
à Antigone lui même, pour ſçavoir ſi,
malgré les liens de l'amitié, il pouvoit
lui faire un tel ſacrifice, & les portes du
Temple ſe referment. Antigone eſt plus
confirmé que jamais dans ſes ſoupçons
ſur le ſort d'Olympie. L'ambition & l'a-
mour ſe réuniſſent pourl'animer. Olym
pie a des droits qui peuvent élever ſon
Epoux au rang de Roi des Rois. L'a-
mour a plus d'empire ſur ſon cœur qu'il
ne croyoit lui-même ; tout excite ſa ja
louſie , tout enflâme ſa colère.. La pom
pe de l'Hymen qui s'apprête irrite & re
double en lui ces cruelles paſſions. Il
s'écarte des objets qui le bleſſent. Il va
-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
concerter les projets furieux qu'il con
çoit, pour empêcher que l'Hymen de
Caſſandre & d'Olympie ne s'accom
pliſſe.
-
A C T E I I.
: Les trois portes ſont ouvertes. Tout
le Théâtre eſt réputé alors l'intérieur
du Temple. L'Hierophante eſt envi
ronné des Prêtres & des Prêtreſſes.
Une ſeule Prêtreſſe, enſévelie dans ſa
douleur , n'aſſiſte point aux Myſtères.
Mais le ſort l'a nommée pour la célébra
tion de l'Hymen qui ſe prépare. La voix
du Sort eſt regardée comme celle de
Dieu même ; il faut qu'elle obéiſſe. Une
Prêtreſſe inférieure eſt chargée de la faire
venir. Elle paroît, elle regrette en larmes
la néceſſité qui l'arrache à ſa retraite.
Une autre néceſſité l'accable : ſon ſort
étoit reſté inconnu même dans l'intérieur
du Temple. Les loix du Rit qu'on y
pratique exigent qu'elle ſe déclare. Elle
cède avec effort ; elle prend le ſerment
de tout ce qui aſſiſte ſur les ſecrets qu'elle
va révéler.
Elle s'informe auparavant
s'il eſt vrai que Caſſandre ſoit au nombre
· des Initiés. Elle gémit de ce qu'il parle
aux mêmesDieux qu'elle. L'Hierophante
cherche à la conſoler par des ſentimens
t
- --
-
M A I. 1764.
,
175
de Religion. Enfin cette Prêtreſſe voi
lée eſt Statira ; c'eſt la fille de Darius ,
c'eſt la veuve d'Aléxandre , qui décla
re que Caſſandre eſt l'auteur de la
mort de ſon Maître, qu'il a plongé dans
ſon ſein à elle-même un fer meurtrier ,
& qu'il
l'a laiſſée mourante , ſur le
corps de ſon auguſte Epoux. L'Hiero
phante veut ſe proſterner aux pieds de
cette grande Reine ; mais elle ne de
mande de reſpect que pour ſa douleur.
Elle connoît trop le néant des grandeurs
du monde. Un vil étranger, un pauvre,
ſoulagea la miſère de Darius ; une fem
me Ephéſienne lui a ſauvé la vie à elle
même, abandonnée de ſes amis & de
ſes Sujets. Cette femme eſt la Prêtreſſe
inférieure qui l'accompagne ; l'horreur
du monde l'a déterminée à s'enterrer
vivante au fond de ce Temple. Elle
pleure une fille , un enfant arraché de
ſes bras ſanglans Quelques efforts qu'il
en puiſſe coûter à ſon cœur, la loi qu'elle
, a embraſſée l'oblige en cette occaſion à
bénir elle-même l'Hymen d'Olympie &
de Caſſandre : c'eſt elle qui doit préſen
ter le feu ſacré, l'eau luſtrale, l'encens,
enfin tout ce qui doit conſacrer cette au
· guſte Cérémonie. L'Hierophante plaint
Statira, & la laiſſe ſeule attendre Olym
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
ie Celle - ci s'avance. Le Temple eſt
ébranlé à ſon approche. - Le cœur de
Statira eſt ému juſqu'au trouble, à l'aſ
pect de cette jeune Perſonne, qu'elle re
garde comme une victime dévouée au
malheur. Elle plaint ſur tout l'illuſion de
ſon cœur , quand elle entend de ſa bou
che ingénue la déclaration vraie & ſin
cère de ſes ſentimens pour Caſſandre.
» Depuis " dit olympie) que je tombai en ſes au
» guſtes mains,
-
» J'ai vu toujours en lui le plus grand des Humains.
» Je chéris un Epoux, & je révère un Maître.
» Voilà mes ſentimens, & voilà tout mon être.-
C'eſt dans cette Scène que ſe prépare
de la manière la plus naturelle & la plus
intéreſſante , la reconnoiſſance entre la
mère & la fille. Toutes les réponſes
d'Olympie aux queſtions de Statira ſur
ſon ſort, ſur les époques de ſa naiſſance
& de ſon eſclavage, jettent une lumière
encore indéciſe, mais qui frappe ſenſi
Àblement l'âme de cette mère infortunée.
L'Hierophante ſurvient : il achève d'é-
claircir ce grand évènement. Il apprend
·à Statira qu'Antigone, que les Peuples,
· que l'Armée, que toutes les voix enfin ſe
réuniſſent à déclarer que cette Olympie
-
, M A I. 1764.
177
eſt fille d'Aléxandre. Ce bonheur eſt
mêlé pour Statira de l'affreuſe amertu
me qu'y répand l'Hymen projetté. On
menace le Temple ; des Soldats l'envi
ronnent. Ephèſe eſt diviſée en deux fac
. tions. L'Hierophante exhorte les Prin
ceſſes à demeurer au pied des Autels. Il
va ſe préſenter aux Rois audacieux †
menacent de violer la ſainteté de ſon
aſyle ; & ſi la tyrannie, dit-il, oſoit en
approcher ,
23 marcher.
-
» C'eſt ſur ſon corps ſanglant qu'il lui faudra
Statira fait des vœux pour le ſuccès
des armes d'Antigone , & de doulou
reuſes réfléxions ſur la néceſſité où elle
eſt de n'attendre du ſecours que de ſes
ennemis qui ont été ſes Sujets. Elle ex
horte Olympie à ſuivre le devoir qu'el
le-même s'eſt preſcrit, de ſoutenir le
grand nom qui reſte à la mère & à la
fille.
·
·
·
·
·
A c T E I I i
, ,
| LE Temple eſt fermé. Caſſandre &
Soſtène ſont dans le périſtile. Le pre
mier a cédé à la voix publique. Il eſt
convenu qu'Olympie º# d'Aléxan
178 MERCURE DE FRANCE.
dre. Antigone, abuſant de la religion ,
qu'il ne reſpecte pas, a ſoulevé le Peu
ple, & fait enviſager comme un crime
affreux l'hymen de Caſſandre avec une
fille dont il a tué la mère. Caſſandre
convient avoir tué Statira , mais c'eſt .
dans le tumulte & l'horreur des com
bats. Son plus grand ſupplice eſt d'être
coupable aux yeux d'Olympie qu'il
adore. Il eſpére cependant de la ten
dreſſe d'Olympie, dont le cœur eſt à lui
dès l'enfance. Mais ſi elle retiroit la
inain qu'elle lui a donnée, il menace
de détruire le Temple même dont il eſt
le défenſeur.
Il cherche Olympie ,
il
eſt arrêté par l'Hierophante. Il lui de
mande la Princeſſe , l'Hierophante lui
| promet que la Prêtreſſe chargée du ſoin
ſacré de la cérémonie, va bientôt l'a-
mener; mais il fait des vœux pour que
cet hymen n'occaſionne pas le mal
heur de l'un & de l'autre époux. Ces
vœux allarment Caſſandre , il veut faire
expliquer l'Hierophante, il l'accuſe d'ê-
trc du parti d'Antigone contre lui. Le
Grand-Prêtre répond à ce ſoupçon avec
· une religieuſe fermeté.
-
» Me préſervent les cieux de paſſer les limites
» Que mon culte paiſible à mon zéle a preſcrites
* -
M A I. 1764
:
1-3
» Les intrigues des cours, les cris des factions, .
» Des humains que je fuis les triſtes paſſions
» N'ont point encor troublé nos retraites obſcures,
» Au Dieu que nous ſervons nous levons des
» mains pures.
-
» Les débats des grands Rois prompts à ſe divi
» ſer 2
v
» Ne ſont connus de nous que pour les appaiſer.
» Et nous ignorerions leurs grandeurs paſſagères,
» Sans le fatal beſoin qu'ils ont de nos prières.
;
•
.
.
•
•
.
&c. &c.
•
-
· Olympie s'avance avec Statira voi
lée. Dans cette Scène, en même temps
terrible & attendriſſante, Caſfandre re
connoît Statira dans les bras de laquelle
ſejette Olympie. Caſſandre eſt confondu
& accablé de ſes remords. Statira lui
rappelle tous les crimes qu'elle lui re
proche. Il ne prétend s'excuſer ſur rien,
Olympie, preſſée par un devoir qu'elle
croit ſacré, demande elle-même à ſa
mère d'éteindre les flambeaux d'un ſi
funeſte hyménée. Caſſandre au déſeſ
oir, Caſſandre, qui a mis ſon Sceptre
ſa Couronne aux pieds de ces Prin
ceſſes, ſans prétendre ſe juſtifier, n'é-
coutant plus qu'un amour auquel il ne
peut réſiſter, jure d'enlever du Temple
& même des bras de ſa mère la triſte
H vj.
5
-
18o MERCURE DE FRANCE.
Olympie qu'il a droit de regarder déjà
comme ſon épouſe. Il ſort & laiſſe les
deux Princeſſes dans les allarmes que
leur cauſe la fureur de ſes menaces. An
tigone vient ſe préſenter à Statira pour
être le défenſeur de la veuve & de la
fille d'Aléxandre. Il demande le ſuffra
ge de Statira ; il l'obtient aiſément du
defir qu'elle a de ſe venger ; mais il
prétend pour prix de ſes ſervices la main
d'Olympie. Statira conſulte l'aveu de ſa
fille. Celle-ci apporte pour excuſe le
trouble affreux de ſa ſituation,& ne pro
met rien. Statira répond de ſon aveu,
Reſtée ſeule avec ſa fille, elle la preſſe
de ſe décider, elle lui propoſe de ral
lumer pour Antigone les flambeaux de
l'hymen éteints pour Caſſandre. Olym
pie ſe défend quelque temps, en pro
,teſtant qu'elle ne veut d'autre Trône ,
d'autre hymen que la retraite obſcure
qu'avoit choiſie ſa mère , pour elle
même. Elle propoſe à cette mère affli
gée, de laiſſer tous les débats de ces
Rois forcenés, de ne point joindre leurs
mains tremblantes, à ces mains meur
trières.
-
• Les larmes ſont pour nous , les crimes ſont
» pour eux.
·
-
Ces larmes , qu'en effet elle voit ré
VA
,
,
A
-
M A I. 1764.
18 x
pandre à ſa fille, glacent d'horreur Sta
tira. La tremblante Olympie ne peut
lui cacher qu'elle aime Caſſandre , mais
elle jure de le fuir. Statira eſt épouvan
tée d'un ſentiment qu'elle déteſte dans
ſa fille, celle-ci tombe à ſes pieds.
-
•
» Hélas, dit-elle, de douleur dévorée,
» Tremblante à vos genoux, je les baigne de
» pleurs.
» Ma mère, pardonnez.
1
ST A T I RA,
» Je pardonne & je meurs :
Olympie jure de ne jamais trahir ſes
devoirs, & de mourir plutôt que d'of
fenſer la gloire des Auteurs de ſa naiſ
ſance. Statira eſt pénétrée de douleur
de voir qu'Olympie peut mourir plutôt
que de haïr l'ennemi qu'elle déteſte.
Mais elle compte ſur ſa vertu, & ne peut
la regarder comme coupable.
-
A C T E I V.
, Antigone eſt dans le périſtile, ſes ſol
dats occupent les paſſages qui condui
ſent au Temple ;le Peuple d'Ephèſe eſt
partagé entre Caſſandre & lui ; le ſignal
de la guerre eſt donné, il y court ; mais
il eſt arrêté par Caſſandre, qui lui re
proche l'amitié trahie, Antigone lui ob
r82 MERCURE DE FRANCE.
jecte ſes crimes & l'erreur à laquelle ii
prétend qu'il devoit la tendreſſe d'O-
lympie. Il lui propoſe de reprendre leur
ancienne alliance , & même de périr
pour lui s'il veut céder Olympie. Caſ -
ſandre ne répond à cette propoſition
que par celle d'un combat ſingulier.
Le combat eſt accepté , ils mettent
répée à la main aux portes du Tem=
ple; l'Hierophante les ouvre. Il apoſtro
phe avec véhémence les deux Rois qui
profanent ſon ſaint aſyle. Les Prêtres,
les Initiés & le peuplé en foule ſe pré
cipitent entre les combattans & les ſé
parent. Antigone perſiſte & atteſte le
Ciel & les Mânes d'Aléxandre qu'il ne
ſouffrira pas qu'un hymen illégitime
s'accompliſſe. Caſſandre n'eſt pas plus
diſpoſé à céder de ſes
prétentions,
L'Hierophante exhorte ce dernier à la
modération. Il lui repréſente la force
de la loi, qui permet à une femme de
paſſer dès le même jour dans les bras
d'un autre époux , ſi le ſien a verſé le
† de quelqu'un de ſa famille, dans
quelque circonſtance & de quelque
rang que ſoit cet époux. De plus , la
mère d'Olympie vit encore, c'eſt à elle
à diſpoſer du ſort de ſa fille. C'eſt à lui
d'attendre les arrêts de l'une & de l'au
*.
'\
M A I. 1764.
183
tre. Antigone ſaiſit comme un eſpoir
certain de ſon ſuccès ce qu'a dit l'Hié
rophante. Caſſandre , libre avec ſon
Confident, ſe promet de ſe porter aux
plus grandes extrémités plutôt que de
renoncer à l'hymen d'Olympie. Mais
Antigone a ſéduit Statira. Il ne doit
pas eſpérer de fléchir cette mère irritée.
Ses remords ne lui laiſſent pas la dou
ceur de penſer qu'Olympie elle-même
puiſſe jamais lui pardonner. Il a formé
le projet de l'enlever aux Dieux mêmes
qu'il a ſervis. Dans ce moment,il apper
- çoit Olympie proſternée aux pieds d'un
Autel. Il ordone à Soſtène d'allet tout
préparer pour l'enlévement.Olympie ap
| perçoit Caſſandre. Celui-ci fait les der
niers efforts pour calmer l'horreur qui
accable l'âme de ſa maîtreſſe. Il la preſſe
de le ſuivre, elle lui demande avec inſ
tance de la fuir. Elle s'irrite de la crainte
qu'il a qu'elle ne céde aux vœux d'An
tigone. Enfin, ſur ce qu'il veut entre
prendre de l'arracher de ſon aſyle, elle
lui demande la mort. Caſſandre lui re
| proche l'excès de ſa haine. Olympie
termine ſes reproches par un dernier
aveu du ſentiment le plus tendre.
» Ma haine eſt-elle juſtè, & l'as-tu méritée ?
-
-
184 MERCURE DE FRANCE.
» Caſſandre, fi ta main féroce, enfanglantée ;-
» Ta main, qui de ma Mère oſa percer le fianc s
» N'eût frappé que moi ſeule & verſé que mora
-
» ſang ,
-
-
· » Je te pardonnerois,je t'aimerois .. .. babare
» Va, tout nous déſunit •
• • • • • • • . .
' Caſſandre inſiſte encore plus vivement:
Quand elle devroit l'épouſer pour lui
percer le cœur, il faut que ſon deſtin
s'accompliſſe , il faut qu'elle le ſuive ... --
--
*-
-
"
» Haïſſez, puniſſez, mais ſuivez votre époux.
Soſtène, interrompt cette Scène en
venant informer Caſſandre qu'Antigone
eſt aux portes du Temple; qu'il cher
che à ſéduire ſes amis , à détourner
, ſes ſoldats, que le Peuple eſt ébranlé ,
qu'il atteſte Aléxandre , Olympie elle
même. Caſſandre accuſe tendrement
· Olympie de vouloir ſa mort. Il lui arra
· che encore un nouvel aveu de ſa foibleſſé.
:
*
o LY MP 1E.
» Moi : vouloir ton trépas ! ... va,j'en ſuis
· » incapable. .. ..
'» Vis loin de moi,
-
C A S S A N'D R E.
º » Sans vous le jour m'eſt érécrable
|
-
M A I. 1764.
185
» Et s'il m'eſt conſervé,je revole en ces lieux ,
» Je vous arrache au Temple, & je meurs à vos
» yeux.
- -
-
-
Olympie ſe reproche amérement les
pleurs que lui coûte Caſſandre. La voix
du devoir, la voix de la nature eſt la
ſeule à qui elle veut obéir. Les Dieux
avoient reçu d'elle les ſermens de l'amour
le plus tendre. Les Dieux ont tout chan
é.... mais qu'ils changent donc ſon
· cœur. C'eſt ce qu'elle implore du Ciel.
» Eh! que peut ſur ſoi-même une foible Mortelle !
·
Elle ſent bien qu'elle enfonce le
trait qu'elle veut arracher. Ce cœur déja
déchiré, va éprouver de nouvelles bleſ
ſures. L'Hiérophaute vient apprendre
à Olympie que Statira ſa Mère, al
# du bruit & du carnage qui pro
fauent lesiſſues du Temple, & voyant
que Caſſandre s'y fraye un chemin,
dans la crainte de voir ſa fille tomber
entre les mains du raviſſeur qu'elle
abhorre, a faiſi le glaive des ſacrifices
& s'en eſt percé le ſein. Caſſandre eſt
à ſes pieds, Caſſandre l'implore , mais
ſa ſoumiſſion & ſes ſoins redoublent
l'horreur de ſes derniers momens. Sta
tira va expirer. Elle a éxigé de l'Hié
".
186 MERCURE DE FRANCE.
rophante qu'il viendroit conſoler Olym
pie & lui dire que la dernière volon
té de ſa Mère, eſt que pour la ven
ger elle épouſe Antigone. Olympie veut
aller mourir près d'elle. L'Hiérophante
lui dit :
» Armez-vous de courage..
-
·
O L Y M P I E.
· A. C T E , V.
-
° ""
» O ſang qui m'a fait naître !
» J'en ai beſoin, Seigneur, & j'en aurai peut
:
·
·
t F
º ..
· Antigone, dans le périſtyle, s'entre
tient avec ſon Confident ſur l'eſpoir qui
femble l'aſſurer de poſſéder Olympie :
les dernières volontés de ſa mère lui
donnent ſur elle des droits irrévocables,.
auxquels il ne doute pas qu'elle ne ſonſ
crive. Si Caſſandre entreprenoit de s'y
oppoſer, il ſe promet de l'en punir. Mais
le reſpect de la Pompe funèbre va ſuſ
pendre toute hoſtilité. L'Hierophante ,
les Prêtres & les Prêtreſſes s'avancent en
pleurant; on ſoutient Olympie, à peine
reſpirante. Antigone s'adreſſe à elle pour
lui promettre de venger ſa mère, & pour
la raſſurer contre toutes les entrepriſes
M A I. 1764.
187
de Caſſandre. Olympie répond par ces
deux vers :
• Ah, Seigneur ! parlez moins de meurtre & de
-
» vengeance.
-
» Elle a vécu, je meurs au reſte des humains. .
- Antigone ſe retire. Olympie conſulte
l'Hierophante, pour ſçavoir s'il ne lui eſt
pas permis de conſacrer le reſte de ſa vie
dans le Temple, & de s'enſévelir dans la
même obſcurité qui avoit dérobé ſa
mère aux regards des humains. Convain
cue par ce Miniſtre des Dieux, que ſi
elle ne choiſit pas Antigone pour époux,
il faut qu'elle retombe au pouvoir de
Caſſandre, elle prend ſon parti; &, ſans
s'expliquer davantage, elle dit à l'Hiero
phante que ſon choix eſt fait, qu'elle eſt
déterminée.. ..... Lorſqu'il veut ſçavoir
d'elle ſur qui tombe ce choix, elle lui
rappelle le contraſte inconciliable qu'il
trouve lui-même entre les flambeaux de
la mort & ceux de l'Hymen. Elle s'in
forme s'il lui ſera permis d'approcher du
corps de ſa mère, & de lui rendre les
derniers dévoirs ſur le Bucher. L'Hiero
phante l'aſſure que non-ſeulement elle le
peut, mais qu'elle le doit. C'eſt elle qui
préſentera les offrandes funéraires, c'eſt
·
183 MERCURE DE FRANCE.
elle qui fera les libations , &c. Les
Prêtreſſes apportent tout ce qui eſt né
ceſſaire pour cette lugubre cérémonie.
Olympie preſſe l'Hierophante de tout
préparer. Elle le prie de faire venir les
deux Rois rivaux.
C'eſt devant eux
qu'elle veut s'expliquer, aux pieds des
Autels, à l'aſpect de ſa mère, aux yeux
des Prêtreſſes..
» Témoins de mes malheurs, témoins de mes
» promeſſes,
s
-
-
» Mes ſentimens, mon choix vont être déclarés.
»Vous les plaindrez peut-être, & les approuverez,
Olympie gémit en ſecret de l'empire
cruel que Caſſandre conſerve malgré
elle ſur ſon cœur. Il arrive le premier,
il vient offrir de s'immoler , il ſe re
connoît auſſi coupable que malheu
reux ; mais il invoque toujours les ſer
mens de l'Hymen. Il ſe jette à ſes ge
noux ,
•s Venge-toi, dit-il, punis-moi; mais ne ſois pointº
» parjure.
.
-
» Va,l'Hymen eſt encor plus ſaint que la Nature
Elle le fait relever, en le conjurant de
ne pas ſouiller les dons qu'elle va pré
· ſenter, & de ne pas approcher du lieu
-
M A I. 1764.
189
de la Cérémonie. Antigone de ſon côté
vient preſſer la Princeſſe de s'expliquer.
Elle le promet; mais elle exige, de mê
me que de Caſſandre, qu'il la reſpecte
en ces momens funébres, & qu'il ſe ſou
mette à ſes volontés. Les deux rivaux en
font le ferment. Alors Olympie s'accuſe
elle même d'avoir mérité ſes malheurs,
d'avoir trahi ſes parens dès qu'elle les a
connus. Sa mère en expirant lui a or
donné d'épouſer Antigone, elle a refu
ſé d'obéir. Elle interrompt le reproche
que veut faire Antigone, en lui diſant :
» A ſes Mânes (de ſa mère) à vous, je ne fais
» point d'injure ; .
'
-
» Je rends juſtice à tous, & je la rends à moi ,
» Coſſandre, devant lui je vousdonnai ma foi,
» Voyez ſi mes liens ont été légitimes ;
» Je vous laiſſe en juger , vous connoiſſez vos
» crimes.
» Il ſeroit ſuperflu de vous les reprocher,
•s Réparez-les un jour...
On voit le Bucher déjà embrâſé ;
Olympie le fait conſidérer à Caſſandre ;
elle y monte avec une noble & modeſte
aſſurance ; elle y fait toutes les céré-
monies du culte des Anciens, & rela
tives à leur grande vénération pour les
Mânes de leurs parens.
4
|
|
|
#
º,
·
sgo MERCURE DE FRANCE.
Après une apoſtrophe à Caſſandre,
· qui rappelle & ſes crimes & les malheurs
d'Olympie, en lui diſant :
» Tu crois mes lâches feux de mon âme bannie ;
» Apprends que je t'adore, & que je m'en punis. - -
» Cendres de Statira ! recevez Olympie.
Elle ſe jette dans le Bucher, & diſpa
roît comme dévorée par les flammes.
L'Hiérophante , les Prêtres & les Prê
treſſes ainſi que tous les Afſiſtans ſont
ſaiſis de terreur & d'admiration. Caſ
ſandre, en ſe frappant, s'immole à ſon
amour & à ſes remords. Il exhorte An
tigone à l'imiter. .
-
Ainſi finit cette Tragédie , par un
coup de Théâtre auſſi neuf ſur no
,tre Scène, que pathétique & pittoreſ
'que. Coup de Théâtrè auquel le talent
ſublime de Mlle Clairon pour la repré
ſentation, met une vérité & une di
gnité , qui en ont toujours rendu l'effet
admirable.
-
-
-
N. B. Nous n'ajouterons point de re
marques à celles qui ſont imprimées avec,
cette Piéce. Il y auroit une préſomption
répréhenſible en nous , de prétendre
donner plus d'éclairciſſemens au Lec
teur ſur les Ouvrages de l'Auteur d'O-
-
M A I. 1764.
I 9 I
lympie, qu'il en donne lui-même. Su
périeur à nos éloges, il en ſeroit peu
flatté, & le Public n'a pas beſoin d'être
· excité à lui donner tous ceux que ſes
productions ſont en droit d'obtenir.
Nous nous arrêterons, ſur cette Tra
gédie, à un fait bien conſtaté, c'eſt que
les repreſentations ont attiré & atta
ché un un fort grand nombre de Spec
tateurs. Il y a , comme on voit dans
la
texture de ce Drame , une aſſez
grande quantité de points tragiques ,
qui naiſſent des ſituations. La fingu
larité du Spectacle , ſa pompe & ſa
majeſté, imprimeront toujours une ſor
te d'émotion, que l'art ne doit peut
être pas dédaigner de mettre au nombre
de ſes moyens, mais dont il ſeroit dan
· gereux de faire trop uſage.
M. de VOLTAIRE. *
PERSONNAGES. ACTEURS.
OLYMPIE, Fille d'Aléxandre,
Mlle Clairon,
CASSANDRE, Fils d'Antipatre,
-
, Roi de Macédoine,
M. le Kain.
ANTIGONE, Roi d'une partie
-
de l'Aſie,
· M. Bellecour.
-
-
sTATIRA, veuve d'Alexandre, Mlle Dumeſnil
L'HIEROPHANTE, ou Grand
Prêtre qui préſide à la Célé
M, Britard. -
bration des grands Myſtères 2
soSTENE, Officier de Caſſandre, M. Dauberval.
HERMAS, Officier d'Antigone, M. Blainville,
Prêtres initiés, Prêtreſſes, Soldats
#
& Peuple.
.
*
-
-
La Scène eſt dans le Temple d'Ephèſe, où l'on cé
lébre les grands Myſtères.
:
* Comme cette Pièce eſt imprimée depuis long
temps, & qu'elle eſt entre les mains de tout le
monde , ainſi que tout ce qui s'imprime d'un Au
teur auſſi célébre, nous nous bornons à une ſimple
Notice.
º
· M A I. 1764.
171
A C T E P R E M I E R.
SosTENE eſt dans le Périſtyle du grand
Temple. La principale porte s'ouvre ;
Caſſandre en ſort, & paroît agité. Il con
fie à Soſtène le trouble dont il eſpère
être bientôt délivré. Les grands Myſtères
vont finir ; il s'eſt fait initier. Il invite
Soſtène à reſter dans le parvis, pour être
témoin de ſes premiers devoirs & de ſes
premiers ſoins envers Olympie. Cette
Olympie eſt une Eſclave enlevée dans
ſon enfance par Antipatre, qui avoit des
raiſons pour cacher le ſecret de ſa naiſ
ſance ; Caſſandre le ſçait & veut ré
parer l'outrage. Il avertit Soſtène que
cette prétendue Eſclave doit être reſpec
tée. Elle expie, dit-il , entre les mains
des Prêtreſſes qui la préſentent au Tem
ple, des forfaits qu'elle ne connoît pas,
& qu'il deſire ardemment qu'elle ne
connoiſſe jamais. Ce ſecret inquiète An
tigone. Il veut l'arracher de Caſſandre.
Il vient avant le jour le trouver pour ce
la dans les Parvis de ce Temple. Il ex
horte Caſſandre au nom de leur ancienne
amitié,à réunir leurs forces pour partager
laTerre entr'eux,&pour§ les con
quêtes d'Aléxandre contre les ennemis
H ij
*.
172 MERCURE DE FRANCE.
qui viennent de toutes parts s'emparer de
ces riches dépouiles.Sur un regret qui
échappe à Caſſandre, Antigone veut cal
mer ſes remords.Le premier avoitpréſen
té dans un feſtin le poiſon qui cauſa la
mort d'Aléxandre. Il lui avoit été donné
par ſon père Antipatre, mais fans lui en
avoir confié le ſecret Antigone , par le
portrait qu'il fait d'Aléxandre, entre
piend devguſtifier l'attentat. L'âme de
Caſſandre s'épouvante toujours de l'hor
reur du crime. Antigone, qui veut aller
à ſon but ſur le ſecret qu'il a deſſein
de pénétrer , reclame de nouveau l'ami
tié de Caſſandre. Il en exige une pro
meſſe de lui accorder ce qu'il demande
- ra. Caſſandre promet , Antigone ne de
mande qu'une Eſclave; mais cette Eſ
clave eſt Olympie. A cette demande
Caſſandre eſt troublé. Son ami inſiſte,
il répond par ces Vers :
» Sous les yeux vigilans des Dieux & des Déeſſes,
- olympie eſtgardée au milieu des Prêtreſſes.
» Les portes s'ouvriront quand il en ſera temps.
• Dans ce Parvis ouvert au reſte des vivans,
» Sans vous plaindre de moi, daignez au moins
-
-
» m'attendre.
# prendre,
T
,
•
-
» Des Myſtères nouveaux pourront vous y ſur
-
M A I. 1764.
- » Et vous déciderez ſi la Terre a des Rois
2º Qui puiſſent aſſervir Olympie à leurs loix.
173
Caſſandre rentre dans le Temple ;
Antigone crojt avoir pénétré le grand
myſtère qu'il ſoupçonne ſur le ſort d'O-
lympie. On ouvre les trois portes du
Temple , dont on découvre l'intérieur.
Les Prêtres d'un côté & les Prêtreſſes de
Pautre environnent l'Autel , ſur lequel
Caſſandre & Olympie méttent la main :
ils prononcent alternativement en pré
ſence de l'Hierophante, des ſermens
préparatoires de l'Hymen dont on va
célébrer la pompe. Caſſandre en appelle
à Antigone lui même, pour ſçavoir ſi,
malgré les liens de l'amitié, il pouvoit
lui faire un tel ſacrifice, & les portes du
Temple ſe referment. Antigone eſt plus
confirmé que jamais dans ſes ſoupçons
ſur le ſort d'Olympie. L'ambition & l'a-
mour ſe réuniſſent pourl'animer. Olym
pie a des droits qui peuvent élever ſon
Epoux au rang de Roi des Rois. L'a-
mour a plus d'empire ſur ſon cœur qu'il
ne croyoit lui-même ; tout excite ſa ja
louſie , tout enflâme ſa colère.. La pom
pe de l'Hymen qui s'apprête irrite & re
double en lui ces cruelles paſſions. Il
s'écarte des objets qui le bleſſent. Il va
-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
concerter les projets furieux qu'il con
çoit, pour empêcher que l'Hymen de
Caſſandre & d'Olympie ne s'accom
pliſſe.
-
A C T E I I.
: Les trois portes ſont ouvertes. Tout
le Théâtre eſt réputé alors l'intérieur
du Temple. L'Hierophante eſt envi
ronné des Prêtres & des Prêtreſſes.
Une ſeule Prêtreſſe, enſévelie dans ſa
douleur , n'aſſiſte point aux Myſtères.
Mais le ſort l'a nommée pour la célébra
tion de l'Hymen qui ſe prépare. La voix
du Sort eſt regardée comme celle de
Dieu même ; il faut qu'elle obéiſſe. Une
Prêtreſſe inférieure eſt chargée de la faire
venir. Elle paroît, elle regrette en larmes
la néceſſité qui l'arrache à ſa retraite.
Une autre néceſſité l'accable : ſon ſort
étoit reſté inconnu même dans l'intérieur
du Temple. Les loix du Rit qu'on y
pratique exigent qu'elle ſe déclare. Elle
cède avec effort ; elle prend le ſerment
de tout ce qui aſſiſte ſur les ſecrets qu'elle
va révéler.
Elle s'informe auparavant
s'il eſt vrai que Caſſandre ſoit au nombre
· des Initiés. Elle gémit de ce qu'il parle
aux mêmesDieux qu'elle. L'Hierophante
cherche à la conſoler par des ſentimens
t
- --
-
M A I. 1764.
,
175
de Religion. Enfin cette Prêtreſſe voi
lée eſt Statira ; c'eſt la fille de Darius ,
c'eſt la veuve d'Aléxandre , qui décla
re que Caſſandre eſt l'auteur de la
mort de ſon Maître, qu'il a plongé dans
ſon ſein à elle-même un fer meurtrier ,
& qu'il
l'a laiſſée mourante , ſur le
corps de ſon auguſte Epoux. L'Hiero
phante veut ſe proſterner aux pieds de
cette grande Reine ; mais elle ne de
mande de reſpect que pour ſa douleur.
Elle connoît trop le néant des grandeurs
du monde. Un vil étranger, un pauvre,
ſoulagea la miſère de Darius ; une fem
me Ephéſienne lui a ſauvé la vie à elle
même, abandonnée de ſes amis & de
ſes Sujets. Cette femme eſt la Prêtreſſe
inférieure qui l'accompagne ; l'horreur
du monde l'a déterminée à s'enterrer
vivante au fond de ce Temple. Elle
pleure une fille , un enfant arraché de
ſes bras ſanglans Quelques efforts qu'il
en puiſſe coûter à ſon cœur, la loi qu'elle
, a embraſſée l'oblige en cette occaſion à
bénir elle-même l'Hymen d'Olympie &
de Caſſandre : c'eſt elle qui doit préſen
ter le feu ſacré, l'eau luſtrale, l'encens,
enfin tout ce qui doit conſacrer cette au
· guſte Cérémonie. L'Hierophante plaint
Statira, & la laiſſe ſeule attendre Olym
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
ie Celle - ci s'avance. Le Temple eſt
ébranlé à ſon approche. - Le cœur de
Statira eſt ému juſqu'au trouble, à l'aſ
pect de cette jeune Perſonne, qu'elle re
garde comme une victime dévouée au
malheur. Elle plaint ſur tout l'illuſion de
ſon cœur , quand elle entend de ſa bou
che ingénue la déclaration vraie & ſin
cère de ſes ſentimens pour Caſſandre.
» Depuis " dit olympie) que je tombai en ſes au
» guſtes mains,
-
» J'ai vu toujours en lui le plus grand des Humains.
» Je chéris un Epoux, & je révère un Maître.
» Voilà mes ſentimens, & voilà tout mon être.-
C'eſt dans cette Scène que ſe prépare
de la manière la plus naturelle & la plus
intéreſſante , la reconnoiſſance entre la
mère & la fille. Toutes les réponſes
d'Olympie aux queſtions de Statira ſur
ſon ſort, ſur les époques de ſa naiſſance
& de ſon eſclavage, jettent une lumière
encore indéciſe, mais qui frappe ſenſi
Àblement l'âme de cette mère infortunée.
L'Hierophante ſurvient : il achève d'é-
claircir ce grand évènement. Il apprend
·à Statira qu'Antigone, que les Peuples,
· que l'Armée, que toutes les voix enfin ſe
réuniſſent à déclarer que cette Olympie
-
, M A I. 1764.
177
eſt fille d'Aléxandre. Ce bonheur eſt
mêlé pour Statira de l'affreuſe amertu
me qu'y répand l'Hymen projetté. On
menace le Temple ; des Soldats l'envi
ronnent. Ephèſe eſt diviſée en deux fac
. tions. L'Hierophante exhorte les Prin
ceſſes à demeurer au pied des Autels. Il
va ſe préſenter aux Rois audacieux †
menacent de violer la ſainteté de ſon
aſyle ; & ſi la tyrannie, dit-il, oſoit en
approcher ,
23 marcher.
-
» C'eſt ſur ſon corps ſanglant qu'il lui faudra
Statira fait des vœux pour le ſuccès
des armes d'Antigone , & de doulou
reuſes réfléxions ſur la néceſſité où elle
eſt de n'attendre du ſecours que de ſes
ennemis qui ont été ſes Sujets. Elle ex
horte Olympie à ſuivre le devoir qu'el
le-même s'eſt preſcrit, de ſoutenir le
grand nom qui reſte à la mère & à la
fille.
·
·
·
·
·
A c T E I I i
, ,
| LE Temple eſt fermé. Caſſandre &
Soſtène ſont dans le périſtile. Le pre
mier a cédé à la voix publique. Il eſt
convenu qu'Olympie º# d'Aléxan
178 MERCURE DE FRANCE.
dre. Antigone, abuſant de la religion ,
qu'il ne reſpecte pas, a ſoulevé le Peu
ple, & fait enviſager comme un crime
affreux l'hymen de Caſſandre avec une
fille dont il a tué la mère. Caſſandre
convient avoir tué Statira , mais c'eſt .
dans le tumulte & l'horreur des com
bats. Son plus grand ſupplice eſt d'être
coupable aux yeux d'Olympie qu'il
adore. Il eſpére cependant de la ten
dreſſe d'Olympie, dont le cœur eſt à lui
dès l'enfance. Mais ſi elle retiroit la
inain qu'elle lui a donnée, il menace
de détruire le Temple même dont il eſt
le défenſeur.
Il cherche Olympie ,
il
eſt arrêté par l'Hierophante. Il lui de
mande la Princeſſe , l'Hierophante lui
| promet que la Prêtreſſe chargée du ſoin
ſacré de la cérémonie, va bientôt l'a-
mener; mais il fait des vœux pour que
cet hymen n'occaſionne pas le mal
heur de l'un & de l'autre époux. Ces
vœux allarment Caſſandre , il veut faire
expliquer l'Hierophante, il l'accuſe d'ê-
trc du parti d'Antigone contre lui. Le
Grand-Prêtre répond à ce ſoupçon avec
· une religieuſe fermeté.
-
» Me préſervent les cieux de paſſer les limites
» Que mon culte paiſible à mon zéle a preſcrites
* -
M A I. 1764
:
1-3
» Les intrigues des cours, les cris des factions, .
» Des humains que je fuis les triſtes paſſions
» N'ont point encor troublé nos retraites obſcures,
» Au Dieu que nous ſervons nous levons des
» mains pures.
-
» Les débats des grands Rois prompts à ſe divi
» ſer 2
v
» Ne ſont connus de nous que pour les appaiſer.
» Et nous ignorerions leurs grandeurs paſſagères,
» Sans le fatal beſoin qu'ils ont de nos prières.
;
•
.
.
•
•
.
&c. &c.
•
-
· Olympie s'avance avec Statira voi
lée. Dans cette Scène, en même temps
terrible & attendriſſante, Caſfandre re
connoît Statira dans les bras de laquelle
ſejette Olympie. Caſſandre eſt confondu
& accablé de ſes remords. Statira lui
rappelle tous les crimes qu'elle lui re
proche. Il ne prétend s'excuſer ſur rien,
Olympie, preſſée par un devoir qu'elle
croit ſacré, demande elle-même à ſa
mère d'éteindre les flambeaux d'un ſi
funeſte hyménée. Caſſandre au déſeſ
oir, Caſſandre, qui a mis ſon Sceptre
ſa Couronne aux pieds de ces Prin
ceſſes, ſans prétendre ſe juſtifier, n'é-
coutant plus qu'un amour auquel il ne
peut réſiſter, jure d'enlever du Temple
& même des bras de ſa mère la triſte
H vj.
5
-
18o MERCURE DE FRANCE.
Olympie qu'il a droit de regarder déjà
comme ſon épouſe. Il ſort & laiſſe les
deux Princeſſes dans les allarmes que
leur cauſe la fureur de ſes menaces. An
tigone vient ſe préſenter à Statira pour
être le défenſeur de la veuve & de la
fille d'Aléxandre. Il demande le ſuffra
ge de Statira ; il l'obtient aiſément du
defir qu'elle a de ſe venger ; mais il
prétend pour prix de ſes ſervices la main
d'Olympie. Statira conſulte l'aveu de ſa
fille. Celle-ci apporte pour excuſe le
trouble affreux de ſa ſituation,& ne pro
met rien. Statira répond de ſon aveu,
Reſtée ſeule avec ſa fille, elle la preſſe
de ſe décider, elle lui propoſe de ral
lumer pour Antigone les flambeaux de
l'hymen éteints pour Caſſandre. Olym
pie ſe défend quelque temps, en pro
,teſtant qu'elle ne veut d'autre Trône ,
d'autre hymen que la retraite obſcure
qu'avoit choiſie ſa mère , pour elle
même. Elle propoſe à cette mère affli
gée, de laiſſer tous les débats de ces
Rois forcenés, de ne point joindre leurs
mains tremblantes, à ces mains meur
trières.
-
• Les larmes ſont pour nous , les crimes ſont
» pour eux.
·
-
Ces larmes , qu'en effet elle voit ré
VA
,
,
A
-
M A I. 1764.
18 x
pandre à ſa fille, glacent d'horreur Sta
tira. La tremblante Olympie ne peut
lui cacher qu'elle aime Caſſandre , mais
elle jure de le fuir. Statira eſt épouvan
tée d'un ſentiment qu'elle déteſte dans
ſa fille, celle-ci tombe à ſes pieds.
-
•
» Hélas, dit-elle, de douleur dévorée,
» Tremblante à vos genoux, je les baigne de
» pleurs.
» Ma mère, pardonnez.
1
ST A T I RA,
» Je pardonne & je meurs :
Olympie jure de ne jamais trahir ſes
devoirs, & de mourir plutôt que d'of
fenſer la gloire des Auteurs de ſa naiſ
ſance. Statira eſt pénétrée de douleur
de voir qu'Olympie peut mourir plutôt
que de haïr l'ennemi qu'elle déteſte.
Mais elle compte ſur ſa vertu, & ne peut
la regarder comme coupable.
-
A C T E I V.
, Antigone eſt dans le périſtile, ſes ſol
dats occupent les paſſages qui condui
ſent au Temple ;le Peuple d'Ephèſe eſt
partagé entre Caſſandre & lui ; le ſignal
de la guerre eſt donné, il y court ; mais
il eſt arrêté par Caſſandre, qui lui re
proche l'amitié trahie, Antigone lui ob
r82 MERCURE DE FRANCE.
jecte ſes crimes & l'erreur à laquelle ii
prétend qu'il devoit la tendreſſe d'O-
lympie. Il lui propoſe de reprendre leur
ancienne alliance , & même de périr
pour lui s'il veut céder Olympie. Caſ -
ſandre ne répond à cette propoſition
que par celle d'un combat ſingulier.
Le combat eſt accepté , ils mettent
répée à la main aux portes du Tem=
ple; l'Hierophante les ouvre. Il apoſtro
phe avec véhémence les deux Rois qui
profanent ſon ſaint aſyle. Les Prêtres,
les Initiés & le peuplé en foule ſe pré
cipitent entre les combattans & les ſé
parent. Antigone perſiſte & atteſte le
Ciel & les Mânes d'Aléxandre qu'il ne
ſouffrira pas qu'un hymen illégitime
s'accompliſſe. Caſſandre n'eſt pas plus
diſpoſé à céder de ſes
prétentions,
L'Hierophante exhorte ce dernier à la
modération. Il lui repréſente la force
de la loi, qui permet à une femme de
paſſer dès le même jour dans les bras
d'un autre époux , ſi le ſien a verſé le
† de quelqu'un de ſa famille, dans
quelque circonſtance & de quelque
rang que ſoit cet époux. De plus , la
mère d'Olympie vit encore, c'eſt à elle
à diſpoſer du ſort de ſa fille. C'eſt à lui
d'attendre les arrêts de l'une & de l'au
*.
'\
M A I. 1764.
183
tre. Antigone ſaiſit comme un eſpoir
certain de ſon ſuccès ce qu'a dit l'Hié
rophante. Caſſandre , libre avec ſon
Confident, ſe promet de ſe porter aux
plus grandes extrémités plutôt que de
renoncer à l'hymen d'Olympie. Mais
Antigone a ſéduit Statira. Il ne doit
pas eſpérer de fléchir cette mère irritée.
Ses remords ne lui laiſſent pas la dou
ceur de penſer qu'Olympie elle-même
puiſſe jamais lui pardonner. Il a formé
le projet de l'enlever aux Dieux mêmes
qu'il a ſervis. Dans ce moment,il apper
- çoit Olympie proſternée aux pieds d'un
Autel. Il ordone à Soſtène d'allet tout
préparer pour l'enlévement.Olympie ap
| perçoit Caſſandre. Celui-ci fait les der
niers efforts pour calmer l'horreur qui
accable l'âme de ſa maîtreſſe. Il la preſſe
de le ſuivre, elle lui demande avec inſ
tance de la fuir. Elle s'irrite de la crainte
qu'il a qu'elle ne céde aux vœux d'An
tigone. Enfin, ſur ce qu'il veut entre
prendre de l'arracher de ſon aſyle, elle
lui demande la mort. Caſſandre lui re
| proche l'excès de ſa haine. Olympie
termine ſes reproches par un dernier
aveu du ſentiment le plus tendre.
» Ma haine eſt-elle juſtè, & l'as-tu méritée ?
-
-
184 MERCURE DE FRANCE.
» Caſſandre, fi ta main féroce, enfanglantée ;-
» Ta main, qui de ma Mère oſa percer le fianc s
» N'eût frappé que moi ſeule & verſé que mora
-
» ſang ,
-
-
· » Je te pardonnerois,je t'aimerois .. .. babare
» Va, tout nous déſunit •
• • • • • • • . .
' Caſſandre inſiſte encore plus vivement:
Quand elle devroit l'épouſer pour lui
percer le cœur, il faut que ſon deſtin
s'accompliſſe , il faut qu'elle le ſuive ... --
--
*-
-
"
» Haïſſez, puniſſez, mais ſuivez votre époux.
Soſtène, interrompt cette Scène en
venant informer Caſſandre qu'Antigone
eſt aux portes du Temple; qu'il cher
che à ſéduire ſes amis , à détourner
, ſes ſoldats, que le Peuple eſt ébranlé ,
qu'il atteſte Aléxandre , Olympie elle
même. Caſſandre accuſe tendrement
· Olympie de vouloir ſa mort. Il lui arra
· che encore un nouvel aveu de ſa foibleſſé.
:
*
o LY MP 1E.
» Moi : vouloir ton trépas ! ... va,j'en ſuis
· » incapable. .. ..
'» Vis loin de moi,
-
C A S S A N'D R E.
º » Sans vous le jour m'eſt érécrable
|
-
M A I. 1764.
185
» Et s'il m'eſt conſervé,je revole en ces lieux ,
» Je vous arrache au Temple, & je meurs à vos
» yeux.
- -
-
-
Olympie ſe reproche amérement les
pleurs que lui coûte Caſſandre. La voix
du devoir, la voix de la nature eſt la
ſeule à qui elle veut obéir. Les Dieux
avoient reçu d'elle les ſermens de l'amour
le plus tendre. Les Dieux ont tout chan
é.... mais qu'ils changent donc ſon
· cœur. C'eſt ce qu'elle implore du Ciel.
» Eh! que peut ſur ſoi-même une foible Mortelle !
·
Elle ſent bien qu'elle enfonce le
trait qu'elle veut arracher. Ce cœur déja
déchiré, va éprouver de nouvelles bleſ
ſures. L'Hiérophaute vient apprendre
à Olympie que Statira ſa Mère, al
# du bruit & du carnage qui pro
fauent lesiſſues du Temple, & voyant
que Caſſandre s'y fraye un chemin,
dans la crainte de voir ſa fille tomber
entre les mains du raviſſeur qu'elle
abhorre, a faiſi le glaive des ſacrifices
& s'en eſt percé le ſein. Caſſandre eſt
à ſes pieds, Caſſandre l'implore , mais
ſa ſoumiſſion & ſes ſoins redoublent
l'horreur de ſes derniers momens. Sta
tira va expirer. Elle a éxigé de l'Hié
".
186 MERCURE DE FRANCE.
rophante qu'il viendroit conſoler Olym
pie & lui dire que la dernière volon
té de ſa Mère, eſt que pour la ven
ger elle épouſe Antigone. Olympie veut
aller mourir près d'elle. L'Hiérophante
lui dit :
» Armez-vous de courage..
-
·
O L Y M P I E.
· A. C T E , V.
-
° ""
» O ſang qui m'a fait naître !
» J'en ai beſoin, Seigneur, & j'en aurai peut
:
·
·
t F
º ..
· Antigone, dans le périſtyle, s'entre
tient avec ſon Confident ſur l'eſpoir qui
femble l'aſſurer de poſſéder Olympie :
les dernières volontés de ſa mère lui
donnent ſur elle des droits irrévocables,.
auxquels il ne doute pas qu'elle ne ſonſ
crive. Si Caſſandre entreprenoit de s'y
oppoſer, il ſe promet de l'en punir. Mais
le reſpect de la Pompe funèbre va ſuſ
pendre toute hoſtilité. L'Hierophante ,
les Prêtres & les Prêtreſſes s'avancent en
pleurant; on ſoutient Olympie, à peine
reſpirante. Antigone s'adreſſe à elle pour
lui promettre de venger ſa mère, & pour
la raſſurer contre toutes les entrepriſes
M A I. 1764.
187
de Caſſandre. Olympie répond par ces
deux vers :
• Ah, Seigneur ! parlez moins de meurtre & de
-
» vengeance.
-
» Elle a vécu, je meurs au reſte des humains. .
- Antigone ſe retire. Olympie conſulte
l'Hierophante, pour ſçavoir s'il ne lui eſt
pas permis de conſacrer le reſte de ſa vie
dans le Temple, & de s'enſévelir dans la
même obſcurité qui avoit dérobé ſa
mère aux regards des humains. Convain
cue par ce Miniſtre des Dieux, que ſi
elle ne choiſit pas Antigone pour époux,
il faut qu'elle retombe au pouvoir de
Caſſandre, elle prend ſon parti; &, ſans
s'expliquer davantage, elle dit à l'Hiero
phante que ſon choix eſt fait, qu'elle eſt
déterminée.. ..... Lorſqu'il veut ſçavoir
d'elle ſur qui tombe ce choix, elle lui
rappelle le contraſte inconciliable qu'il
trouve lui-même entre les flambeaux de
la mort & ceux de l'Hymen. Elle s'in
forme s'il lui ſera permis d'approcher du
corps de ſa mère, & de lui rendre les
derniers dévoirs ſur le Bucher. L'Hiero
phante l'aſſure que non-ſeulement elle le
peut, mais qu'elle le doit. C'eſt elle qui
préſentera les offrandes funéraires, c'eſt
·
183 MERCURE DE FRANCE.
elle qui fera les libations , &c. Les
Prêtreſſes apportent tout ce qui eſt né
ceſſaire pour cette lugubre cérémonie.
Olympie preſſe l'Hierophante de tout
préparer. Elle le prie de faire venir les
deux Rois rivaux.
C'eſt devant eux
qu'elle veut s'expliquer, aux pieds des
Autels, à l'aſpect de ſa mère, aux yeux
des Prêtreſſes..
» Témoins de mes malheurs, témoins de mes
» promeſſes,
s
-
-
» Mes ſentimens, mon choix vont être déclarés.
»Vous les plaindrez peut-être, & les approuverez,
Olympie gémit en ſecret de l'empire
cruel que Caſſandre conſerve malgré
elle ſur ſon cœur. Il arrive le premier,
il vient offrir de s'immoler , il ſe re
connoît auſſi coupable que malheu
reux ; mais il invoque toujours les ſer
mens de l'Hymen. Il ſe jette à ſes ge
noux ,
•s Venge-toi, dit-il, punis-moi; mais ne ſois pointº
» parjure.
.
-
» Va,l'Hymen eſt encor plus ſaint que la Nature
Elle le fait relever, en le conjurant de
ne pas ſouiller les dons qu'elle va pré
· ſenter, & de ne pas approcher du lieu
-
M A I. 1764.
189
de la Cérémonie. Antigone de ſon côté
vient preſſer la Princeſſe de s'expliquer.
Elle le promet; mais elle exige, de mê
me que de Caſſandre, qu'il la reſpecte
en ces momens funébres, & qu'il ſe ſou
mette à ſes volontés. Les deux rivaux en
font le ferment. Alors Olympie s'accuſe
elle même d'avoir mérité ſes malheurs,
d'avoir trahi ſes parens dès qu'elle les a
connus. Sa mère en expirant lui a or
donné d'épouſer Antigone, elle a refu
ſé d'obéir. Elle interrompt le reproche
que veut faire Antigone, en lui diſant :
» A ſes Mânes (de ſa mère) à vous, je ne fais
» point d'injure ; .
'
-
» Je rends juſtice à tous, & je la rends à moi ,
» Coſſandre, devant lui je vousdonnai ma foi,
» Voyez ſi mes liens ont été légitimes ;
» Je vous laiſſe en juger , vous connoiſſez vos
» crimes.
» Il ſeroit ſuperflu de vous les reprocher,
•s Réparez-les un jour...
On voit le Bucher déjà embrâſé ;
Olympie le fait conſidérer à Caſſandre ;
elle y monte avec une noble & modeſte
aſſurance ; elle y fait toutes les céré-
monies du culte des Anciens, & rela
tives à leur grande vénération pour les
Mânes de leurs parens.
4
|
|
|
#
º,
·
sgo MERCURE DE FRANCE.
Après une apoſtrophe à Caſſandre,
· qui rappelle & ſes crimes & les malheurs
d'Olympie, en lui diſant :
» Tu crois mes lâches feux de mon âme bannie ;
» Apprends que je t'adore, & que je m'en punis. - -
» Cendres de Statira ! recevez Olympie.
Elle ſe jette dans le Bucher, & diſpa
roît comme dévorée par les flammes.
L'Hiérophante , les Prêtres & les Prê
treſſes ainſi que tous les Afſiſtans ſont
ſaiſis de terreur & d'admiration. Caſ
ſandre, en ſe frappant, s'immole à ſon
amour & à ſes remords. Il exhorte An
tigone à l'imiter. .
-
Ainſi finit cette Tragédie , par un
coup de Théâtre auſſi neuf ſur no
,tre Scène, que pathétique & pittoreſ
'que. Coup de Théâtrè auquel le talent
ſublime de Mlle Clairon pour la repré
ſentation, met une vérité & une di
gnité , qui en ont toujours rendu l'effet
admirable.
-
-
-
N. B. Nous n'ajouterons point de re
marques à celles qui ſont imprimées avec,
cette Piéce. Il y auroit une préſomption
répréhenſible en nous , de prétendre
donner plus d'éclairciſſemens au Lec
teur ſur les Ouvrages de l'Auteur d'O-
-
M A I. 1764.
I 9 I
lympie, qu'il en donne lui-même. Su
périeur à nos éloges, il en ſeroit peu
flatté, & le Public n'a pas beſoin d'être
· excité à lui donner tous ceux que ſes
productions ſont en droit d'obtenir.
Nous nous arrêterons, ſur cette Tra
gédie, à un fait bien conſtaté, c'eſt que
les repreſentations ont attiré & atta
ché un un fort grand nombre de Spec
tateurs. Il y a , comme on voit dans
la
texture de ce Drame , une aſſez
grande quantité de points tragiques ,
qui naiſſent des ſituations. La fingu
larité du Spectacle , ſa pompe & ſa
majeſté, imprimeront toujours une ſor
te d'émotion, que l'art ne doit peut
être pas dédaigner de mettre au nombre
de ſes moyens, mais dont il ſeroit dan
· gereux de faire trop uſage.
Fermer
Résumé : NOTICE d'OLYMPIE, Tragédie de M. de VOLTAIRE.
La pièce 'Olympie' de Voltaire est une tragédie qui se déroule dans le Temple d'Éphèse lors des grands Mystères. Les personnages principaux incluent Olympie, fille d'Alexandre, Cassandre, roi de Macédoine, Antigone, roi d'une partie de l'Asie, et Statira, veuve d'Alexandre. Cassandre protège Olympie, dont il connaît la véritable identité. Antigone, jaloux, exige qu'Olympie lui soit livrée, mais Cassandre refuse, affirmant qu'elle est protégée par les prêtresses. Lors de la cérémonie nuptiale entre Cassandre et Olympie, Statira accuse Cassandre d'avoir assassiné Alexandre sur ordre d'Antipatre et d'avoir tenté de la tuer. Ces révélations exacerbent la jalousie d'Antigone. Statira, veuve de Darius, est dans le temple après avoir été abandonnée. Une prêtresse, mère d'Olympie, pleure sa fille. Statira doit bénir le mariage d'Olympie et de Cassandre, révélant ainsi ses sentiments sincères. L'Hiérophante confirme qu'Olympie est la fille d'Alexandre, mêlant joie et amertume à Statira. Cassandre admet avoir tué Statira par accident et espère la tendresse d'Olympie. L'Hiérophante assure sa neutralité. Cassandre, désespéré, jure d'enlever Olympie. Antigone offre son aide à Statira en échange de la main d'Olympie. Olympie refuse de trahir ses sentiments pour Cassandre et exprime son désir de rester fidèle à sa mère. Antigone et Cassandre se disputent la main d'Olympie. L'Hiérophante rappelle la nécessité de respecter les lois et les volontés de la mère d'Olympie. Olympie avoue à Cassandre qu'elle le hait pour avoir tué sa mère mais reconnaît qu'elle l'aimerait s'il avait épargné sa vie. Cassandre insiste pour l'emmener, prêt à mourir pour elle. Statira se suicide après avoir appris que Cassandre cherchait à capturer sa fille. Olympie accepte d'épouser Antigone pour éviter Cassandre et organise une cérémonie funéraire pour sa mère. Lors de cette cérémonie, Olympie se jette dans le bûcher funéraire et meurt. Cassandre, pris de remords, se suicide également, exhortant Antigone à l'imiter. La pièce se termine par cette double tragédie. La représentation théâtrale met en lumière le talent exceptionnel de Mlle Clairon. Les auteurs s'abstiennent de faire des commentaires supplémentaires, jugeant que l'auteur de la pièce est au-delà de leurs éloges. Les représentations de cette tragédie ont attiré un grand nombre de spectateurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2873
p. 198-205
De PARIS, le 2 Avril 1764.
Début :
Sa Majesté, par des Lettres-Patentes, datées du 2 Septembre 1763, & enregistrées [...]
Mots clefs :
Lettres patentes, Sa Majesté, Règlements, Ordonnance, Recrues, Colonels, Lieutenants, Négociants, Navires, Commerce, Princes, Chambre des pairs, Assemblée, Arrêts, Registres, Parlement, Cour, Jésuites, Serment, Officiers, Remontrances, Procession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 2 Avril 1764.
De PARIs, le 2 Avril 1764.
Sa Majeſté, par des Lettres-Patentes, datées du
2 Septembre 1763 , & enregiſtrées au Parlement
le 12 Décembre ſuivant, voulant contribuer à la
perfection de l'Ecole Royale de Chirurgie qu'Elle
a établie à Orléans, par Lettres-Patentes du 23
juin 1759 , fixe des Réglemens relatifs aux obli
gations de ceux qui prétendront à la Maîtriſe, &
aux droits & prérogatives attachés aux Places de
Profeſſeurs,
Par une Ordonnance du premier Septembre
dernier, Sa Majeſté crée & établit dans le Régi
ment des Recrues de la Ville de Paris, un Colonel,
un Lieutenant-Colonel & un Major, leſquels joui
ront de tous les droits & prérogatives dont jouiſ
ſent les autres Colonels, Lieutenans-Colonels &
Majors de ſon Infanterie Françoiſe. Sa Majeſté fixe
en même temps les appointemens du Colonel à
36oo liv. par an, ceux du Lieutenant-Colonel à
24oo liv. & ceux du Major à 18oo liv,
M A I. 1764. Iq
Les Négocians & Armateurs de Grandville,
ayant repréſenté au Roi que leur Port eſt aſſez
ſpacieux, pour y contenir beaucoup de Navires,
& qu'il eſt ſitué dans un pays où l'on peut ſe pro
curer aiſément tout ce qui eſt propre à l'avitaille
ment des Navires, & qui peut ſervir à étendre la
Navigation, par la facilité § l'on a de faire ve
' nir de Paris & de plufieurs autres Villes toutes ſor
tes ſortes de Marchandiſes; Sa Majeſté, par un
Arrêt de ſon Conſeil d'Etat, du 29 Décembre der
nier, leur permet de faire directement par le Port
de ladite Ville le Commerce des Iſles & Colonies
Françoiſes de l'Amérique, & ordonne en conſé
quence qu'ils jouiſſent du privilége de l'entrepôt &
des autres priviléges & exemptions portés par les
Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717 , ainſi qu'en
jouiſſent les Négocians des Ports admis à Com
11162fC6º,
La Société Royale de Londres a reçu, le 26
Janvier dernier, au nombre de ſes Membres le
ſieur Camus, de l'Académie Royale des Sciences,
Examinateur des Ecoles du Corps Royal de l'Artit
lerie & du Génie, Profeſſeur & Secrétaire de l'Aca
démie Royale d'Architecture, & Honoraire de
celle de Marine. -
-
Les Princes & Pairs ayant reçu avis que les
Chambres ſeroient aſſemblées le Mercredi 22
pour fixer les objets des Remontrances arrêtées
le 23 Janvier à l'occaſion de l'exil de l'Archevêque
de Paris , ſe ſont rendus au Parlement ledit jour
22 & dans cette ſéance les objets ont été fixés, &
l'aſſemblée a été remiſe au Mercredi 29 du mois•
on a auſſi dénoncé à l'aſſemblée des Chambres
différens faits & pluſieurs Ecrits ſur le Réquiſitoire
I iv
2OO MERCURE DE FRANCE.
des Gens du Roi, les Ecrits ont été condamnés à
être lacérés & brûlés par l'Exécuteur de la Haute
Juſtice; & il a été rendu Arrêt dont l'Extrait vient
dêtre imprimé dans la forme ſuivante.
ExTRAIT DEs REGIsTREs DU PARLEMENT.
- Du 22 Février 1763.
» APPERT, entr'autres diſpoſitions, avoir été
» ordonné par Arrêt rendu ledit jour par la
-» Cour , toutes les Chambres aſſemblées, que
» dans huitaine, à compter du jour de la pu
» blication dudit Arrêt , même par l'extrait ,
» tous ceux qui étoient Membres de la Société
» ſe diſant de Jeſus, au 6 Août 1761 , étant
, » actuellement dans le reſſort de la Cour, prête
» ront ſerment , de ne point vivre déſormais en
» commun, ou ſéparément, ſous l'empire de l'Inſ
» titut & des Conſtitutions de la ci-devant So
» ciété ſe diſant de Jeſus, de n'entretenir aucune
» correſpondance directe ou indirecte , par lettres ,
, º ou par perſonnes interpoſées, ou autrement, en
• • quelques forme & maniere que ce puiſſe être ,
. » avec le Général, le Régime & les Supérieurs
, » de ladite ci-devant Société, ou autres perſon
* nes pas eux propoſées, ni avec aucuns Mem
* bres d'icelle réſidans en Pays étrangers, & de
:** tenir pour impie la Doctrine contenue dans le
* Recueil des Aſſertions, tendante à compromettre
, » la ſüreté de la Perſonne ſacrée des Rois ; leſ
» quels ſermens, à l'égard de tous ceux deſdits ci
» devant ſoi diſans Jéſuites, qui ſont actuelle
» ment dans la Ville, Prévôté & Vicomté de
. » Paris, ſeront reçus pardevant Me Joſeph-Marie
, ºº Terray, Conſeiller-Rapporteur , que la Cour
, » a commis à cet effet : & qu'à l'égard de tous les
2º autres ci devant ſoi-diſans Jéſuites demeurans
M A I. 1764. 2.OI
a» actuellement hors de la Ville , Prévôté &
» Vicomté de Paris & dans le reſſort de la Cour,
» leſdits ſermens ſeront reçus dans les Bailliages
» & Sénéchauſſées du reſſort, dans le diſtrict deſ
» quels ils ſe trouveront lors de la ſuſdite publica
» tion dudit Arrêt, par le Lieutenant-Général ou
» autre Officier , ſuivant l'ordre du Tableau ; deſ
2» quels ſermens ſera donné acte, qui ſera ſouſcrit
» par celui qui aura fait ledit ſerment, & dépoſé
» au Greffe de la Cour ou aux Greffes des Baillia -
» ges & Sénéchauſſées du Reſſort, dont expédition
» en forme ſera envoyée au Procureur-Général
» du Roi, pour être pareillement par lui dépoſée
» au Greffe de la Cour, pour, ſur le compte quî
» ſera par lui rendu, être par la Cour, toutes les
» Chambres aſſemblées, ftatué ce qu'il appartien
» dra , le tout ſans préjudice du ſerment preſcrit
» par l'Arrêt du 6 Août 1726 , à l'égard de ceux
» qui voudroient remplir des grades dans les
» Univerſités du Reſſort, poſſéder Canonicats ou
» Bénéfices à charge d'âmes, Vicariats, emplois
» ou fonctions ayant même charge, Chaires ou
» Enſeignement public, Offices de Judicature ou
» Municipaux, & généralement remplir aucunes
» fonctions publiques, comme auſſi ſans préjudice
» de l'exécution de l'Arrêt du 7 Septembre ſuivant
• rendu en conſéquence. Ordonne que ledit Arrêt
» ſera imprimé, lû, publié & affiché par-tout oû
» beſoin ſera , que l'Affiche d'icelui, même par
» Extrait , vaudra ſignification & injonction à
» chacun de ceux qui audit jour 6 Août 1761 ,
» étoient Membres de ladite ci-devant Société ,
» & qu'Extraits collationnés d'icelui ſerontenvoyés
» aux Bailliages & Sénéchauſſées du Reſſort, en
» ſemble aux Conſeil Provincial d'Artois, Baillia
» ges, Gouvernances & Officiers Municipaux de
L,v.
2 o2 MERCURE DE FRANCE.
» l'Artois, pour y être pareillement lû, publié &
» regiſtré. Enjoint aux Subſtituts du Procureur
» Général du Roi d'y tenir la main, & d'en certi
» fier la Cour. Collationné. REGNAULT.
» Signé, DUFRANC. »
Le 29, les Princes & les Pairs ſe ſont rendus au
Parlement ; il y a été fait lecture des Remontran
ces rédigées d'après les Articles qui avoient été
précédemment agrées ; les Gens du Roi ont été
chargés de ſe retirer pardevers Sa Majeſté pour
ſçavoir le lieu, le jour & l'heure où il lui plaira de .
recevoir ces Remontrances & de rendre compte le
Samedi 3 Mars, de l'éxécution de cette Miſſion.
Ils ont été chargés auſſi de prendre communica
tion du Procez-Verbal de la vérification des Aſſer
tions citées dans l'Inſtruction Paſtorale de l'Ar
chevêque de Paris, & de prendre leurs Conclu
fions ſur cet objet le 3 Mars. Enfin ils ont été char
gé ſde prendre communication d'un Imprimé in
titulé : Lettre Paſtorale de Monſeigneur l'Evêque de
Langres au Clergé Séculier & Régulier de ſon
Diocèſe, lequel a été dépoſé au Greffe, enſemble
du récit fait à ce ſujet par un de MM. & de prendre
des Concluſions ſur le tout le même jour 3 Mars.
Le 3 Mars, les Princes & les Pairs ſe ſont
rendus au Parlement, Les Gens du Roi, rendant
compte de la Miſſion dont ils avoient été chargés,
le 29 du mois dernier, ont dit que le Roi recevroit
à Verſailles, Dimanche 4 du même mois à midi ,
les Remontrances de ſon Parlement, & que ſon
* intention étoit qu'elles lui fuſſent préſentées par le
Premier Préſident & deux Préſidens. Le Prince de
Condé ayant propoſé de mettre en délibération ce
qu'il convenoit de faire au ſujet de ce qui ſe trouve
dans les Remontrances du Parlement de Bretagne
M A I. 1764. 2o3
concernant la Cour des Pairs, il a été arrêté qu'il
ſeroit nommé des Commiſſaires qui s'aſſemble
roient Jeudi 8 , à l'effet d'examiner ces Remon
trances & de recueillir les principes & les faits ſur
cette matiére, pour rendre compte du tout au
Parlement. Enſuite les Gens du Roi ont rendu
compte du Procès-Verbal de la vérification des Aſ
ſertions citées dans l'Inſtruction Paſtorale de l'Ar
chevêque de Paris, ainſi que de l'Imprimé intitulé;
Lettre Paſtorale de Monſeigneur l'Evêque de Lan
gres au Clergé Séculier & Régulier de ſon Diocèſe,
& ils ont laiſſé concernant ces deux objets leurs
concluſions par écrit, ſur leſquelles il a été rendu
deux Arrêts. Par le premier, il eſt ordonné que
pour remplir de plus en plus les vues que le Par
lement s'étoit propoſées par ſon Arrêt du 5 Mars
1762 , des copies collationnées du Procès-Verbal
dépoſé au Greffe par Arrêt du 29 Février dernier ,
feroient envoyées ſans délai par le Procureur-Gé
néral du Roi à tous les Archevêques & Evêques du
Reſſort & à tous les Bailliages & Sénéchauſſées ;il
a été arrêté de plus que le premier Préſident, en
préſentant au Roi les très-humbles & très-reſpec
tueuſes Remontrances de ſon Parlement arrêtées
le 23 Février dernier, remettra à Sa Majefté co
pie collationnée du Procès-Verbal de vérification,
& on a ordonné que, pour que le Procès-Verbal
foit plus promptement & plus facilement envoyé
aux Archevêques & Evêques & aux Bailliages &
Sénéchauſſées du Reſſort, il ſera imprimé & que le
préſent Arrêt ſera imprimé en tête du Procès-Ver
bal. Il a été fait enſuite un Arrêté portant qu'un
exemplaire imprimé du Procès-Verbal de la véri
fication des Extraits das Aſſertions, collationné
par un Secrétaire du Parlement, ſera envoyé aux
Parlemens & Conſeils Supérieurs auxquels ont été
I vj
2o4 MERCURE DE FRANCE.
adreſſés des exemplaires des Aſſertions. Dans le
cours des opinions, un des Membres du Parle
ment s'étant réſervé de faire mettre en délibéra
tion ce qu'il convenoit de faire au ſujet du nom
bre d'Evêques qui ſe trouvoient à Paris, il a été
arrêté qué le Procureur Général du Roi ſeroit
chargé de veiller à l'exécution des Ordonnances &
Arrêts en ce quiconcerne la réſidence des Archevê
, ques & Evêques dans leur Diocèſe , & qu'il ren
droit compte dans la quinzaine aux Chambres aſ
ſemblées des diligences qu'il aura faites. Il a été
rendu enfin au ſujet de l'Imprimé ayant pour titre :
Lettre Paſtorale de Monſeigneur l'Evêque de Lan
gres, & c. un ſecond Arrêt qui ordonne que cet
Imprimé ſera lacéré & brûlé par l'Exécuteur de
la Haute-Juſtice, & que l'Arrêt ſera imprimé &
affiché tant à Paris qu'a Langres & par-tout où
, beſoin ſera.
Le 9 les Princes & les Pairs ſe ſont rendus au
Parlement. Le Premier Préſident ayant rendu
compte de la réponſe faite par le Roi aux Remon
, trances de ſon Parlement , on a arrêté qu'il ſeroit
fait Procès-Verbal du récit fait par le Premier Pré
ſident; &, quant au fond de l'affaire de l'Archevê
que de Paris, il a été arrêté que la délibération
, ſeroit continuée au premier jour avec les Princes
& les Pairs, en vertu de la convocation du 2 1 Jan
vier dernier, & ſans qu'il en ſoit beſoin d'autre.
Les Gens du Roi ayant enſuite rendu compte des
Inform ations faites au ſujet de la diſtribution de
Il'nſtruction Paſtorale de l'Archevêque de Paris,
& des différens Actes de ſerment faits en exécution
de l'Arrêt du 21 Février, & ayant pris des conclu
· ſions ſur le tout, le Parlement a rendu un Arrêt
par lequel il eſt enjoint aux ci-devant ſoi-diſant
Jéſuites, qui n'ont pas prêté ſerment dans le terme
M A I. 1764. , 2o5
preſcrit par l'Arrêt du 22 Février, de ſe retirer du
Royaume dans un mois , à compter du jour de la
publication du préſent Arrêt, tant dans cette Ville
| que dans les Bailliages & Sénéchauſſées du Reſ
ſort, ſauf a ceux qui par leur grand âge ou pour
cauſe d'infirmité ne pourroient ſatisfaire au pré
· ſent Arrêt, à préſenter leurs requêtes en la Cour,
tontes les Chambres aſſemblées, dans le ſuſdit dé
lai, pour être ſur leſdites requêtes & ſur les con
, cluſions du Procureur-Général du Roi ſtatué ce
qu'il appartiendra. Les Gens du Roi étant rentrés
en l'aſſemblée des Chambres, ont rendu compte
d'un Ecrit intitulé Adhéſion de Monſeigneur l'Evê
que d'Amiens a l'Inſtruction Paſtorale de Mon
ſeigneur l'Archevêque de Paris, & ont pris leurs
concluſions tendantes a ce que cet Ecrit fût lacéré
& brûlé : ſur quoi eſt intervenu Arrêt conforme
aux concluſions. -
Le 22 du même mois , on fit la Proceſſion ſo
lemnelle qu'on a coutume de faire tous les ans
en mémoire de la ré*uction de cette Capitale
ſous l'obédience de HENRY IV. Le Corps de
Ville aſſiſta , ſelon l'uſage, a cette Cérémonie,
La Société Royale de Londres reçut, le 13
Janvier dernier, au nombre de ſes Membres,
le ſieur Ferdinand Berthoud, habile Horloger
de cette Capitale. Cet Artiſte fut choiſi l'année
dernière par l'Académie Royale des Sciences &
, envoyé a Londres par Sa Majeſté, pour aſſiſter,
- conjointement avec M le Camus, à l'examen
de l'Horloge de M. Harriſſon. Il eſt Auteur du
Livre de l'Art de régier les Pendules & les Mon
tres, de l'Eſſai ſur l'Horlogerie , & de pluſieurs
- ouvrages relatifs à ſon Art, qu'il a préſentés à
. l'Académie, entr'autres de trois différentes hor
: loges de Marine pour la découverte des longi2
tudes en mer,
Sa Majeſté, par des Lettres-Patentes, datées du
2 Septembre 1763 , & enregiſtrées au Parlement
le 12 Décembre ſuivant, voulant contribuer à la
perfection de l'Ecole Royale de Chirurgie qu'Elle
a établie à Orléans, par Lettres-Patentes du 23
juin 1759 , fixe des Réglemens relatifs aux obli
gations de ceux qui prétendront à la Maîtriſe, &
aux droits & prérogatives attachés aux Places de
Profeſſeurs,
Par une Ordonnance du premier Septembre
dernier, Sa Majeſté crée & établit dans le Régi
ment des Recrues de la Ville de Paris, un Colonel,
un Lieutenant-Colonel & un Major, leſquels joui
ront de tous les droits & prérogatives dont jouiſ
ſent les autres Colonels, Lieutenans-Colonels &
Majors de ſon Infanterie Françoiſe. Sa Majeſté fixe
en même temps les appointemens du Colonel à
36oo liv. par an, ceux du Lieutenant-Colonel à
24oo liv. & ceux du Major à 18oo liv,
M A I. 1764. Iq
Les Négocians & Armateurs de Grandville,
ayant repréſenté au Roi que leur Port eſt aſſez
ſpacieux, pour y contenir beaucoup de Navires,
& qu'il eſt ſitué dans un pays où l'on peut ſe pro
curer aiſément tout ce qui eſt propre à l'avitaille
ment des Navires, & qui peut ſervir à étendre la
Navigation, par la facilité § l'on a de faire ve
' nir de Paris & de plufieurs autres Villes toutes ſor
tes ſortes de Marchandiſes; Sa Majeſté, par un
Arrêt de ſon Conſeil d'Etat, du 29 Décembre der
nier, leur permet de faire directement par le Port
de ladite Ville le Commerce des Iſles & Colonies
Françoiſes de l'Amérique, & ordonne en conſé
quence qu'ils jouiſſent du privilége de l'entrepôt &
des autres priviléges & exemptions portés par les
Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717 , ainſi qu'en
jouiſſent les Négocians des Ports admis à Com
11162fC6º,
La Société Royale de Londres a reçu, le 26
Janvier dernier, au nombre de ſes Membres le
ſieur Camus, de l'Académie Royale des Sciences,
Examinateur des Ecoles du Corps Royal de l'Artit
lerie & du Génie, Profeſſeur & Secrétaire de l'Aca
démie Royale d'Architecture, & Honoraire de
celle de Marine. -
-
Les Princes & Pairs ayant reçu avis que les
Chambres ſeroient aſſemblées le Mercredi 22
pour fixer les objets des Remontrances arrêtées
le 23 Janvier à l'occaſion de l'exil de l'Archevêque
de Paris , ſe ſont rendus au Parlement ledit jour
22 & dans cette ſéance les objets ont été fixés, &
l'aſſemblée a été remiſe au Mercredi 29 du mois•
on a auſſi dénoncé à l'aſſemblée des Chambres
différens faits & pluſieurs Ecrits ſur le Réquiſitoire
I iv
2OO MERCURE DE FRANCE.
des Gens du Roi, les Ecrits ont été condamnés à
être lacérés & brûlés par l'Exécuteur de la Haute
Juſtice; & il a été rendu Arrêt dont l'Extrait vient
dêtre imprimé dans la forme ſuivante.
ExTRAIT DEs REGIsTREs DU PARLEMENT.
- Du 22 Février 1763.
» APPERT, entr'autres diſpoſitions, avoir été
» ordonné par Arrêt rendu ledit jour par la
-» Cour , toutes les Chambres aſſemblées, que
» dans huitaine, à compter du jour de la pu
» blication dudit Arrêt , même par l'extrait ,
» tous ceux qui étoient Membres de la Société
» ſe diſant de Jeſus, au 6 Août 1761 , étant
, » actuellement dans le reſſort de la Cour, prête
» ront ſerment , de ne point vivre déſormais en
» commun, ou ſéparément, ſous l'empire de l'Inſ
» titut & des Conſtitutions de la ci-devant So
» ciété ſe diſant de Jeſus, de n'entretenir aucune
» correſpondance directe ou indirecte , par lettres ,
, º ou par perſonnes interpoſées, ou autrement, en
• • quelques forme & maniere que ce puiſſe être ,
. » avec le Général, le Régime & les Supérieurs
, » de ladite ci-devant Société, ou autres perſon
* nes pas eux propoſées, ni avec aucuns Mem
* bres d'icelle réſidans en Pays étrangers, & de
:** tenir pour impie la Doctrine contenue dans le
* Recueil des Aſſertions, tendante à compromettre
, » la ſüreté de la Perſonne ſacrée des Rois ; leſ
» quels ſermens, à l'égard de tous ceux deſdits ci
» devant ſoi diſans Jéſuites, qui ſont actuelle
» ment dans la Ville, Prévôté & Vicomté de
. » Paris, ſeront reçus pardevant Me Joſeph-Marie
, ºº Terray, Conſeiller-Rapporteur , que la Cour
, » a commis à cet effet : & qu'à l'égard de tous les
2º autres ci devant ſoi-diſans Jéſuites demeurans
M A I. 1764. 2.OI
a» actuellement hors de la Ville , Prévôté &
» Vicomté de Paris & dans le reſſort de la Cour,
» leſdits ſermens ſeront reçus dans les Bailliages
» & Sénéchauſſées du reſſort, dans le diſtrict deſ
» quels ils ſe trouveront lors de la ſuſdite publica
» tion dudit Arrêt, par le Lieutenant-Général ou
» autre Officier , ſuivant l'ordre du Tableau ; deſ
2» quels ſermens ſera donné acte, qui ſera ſouſcrit
» par celui qui aura fait ledit ſerment, & dépoſé
» au Greffe de la Cour ou aux Greffes des Baillia -
» ges & Sénéchauſſées du Reſſort, dont expédition
» en forme ſera envoyée au Procureur-Général
» du Roi, pour être pareillement par lui dépoſée
» au Greffe de la Cour, pour, ſur le compte quî
» ſera par lui rendu, être par la Cour, toutes les
» Chambres aſſemblées, ftatué ce qu'il appartien
» dra , le tout ſans préjudice du ſerment preſcrit
» par l'Arrêt du 6 Août 1726 , à l'égard de ceux
» qui voudroient remplir des grades dans les
» Univerſités du Reſſort, poſſéder Canonicats ou
» Bénéfices à charge d'âmes, Vicariats, emplois
» ou fonctions ayant même charge, Chaires ou
» Enſeignement public, Offices de Judicature ou
» Municipaux, & généralement remplir aucunes
» fonctions publiques, comme auſſi ſans préjudice
» de l'exécution de l'Arrêt du 7 Septembre ſuivant
• rendu en conſéquence. Ordonne que ledit Arrêt
» ſera imprimé, lû, publié & affiché par-tout oû
» beſoin ſera , que l'Affiche d'icelui, même par
» Extrait , vaudra ſignification & injonction à
» chacun de ceux qui audit jour 6 Août 1761 ,
» étoient Membres de ladite ci-devant Société ,
» & qu'Extraits collationnés d'icelui ſerontenvoyés
» aux Bailliages & Sénéchauſſées du Reſſort, en
» ſemble aux Conſeil Provincial d'Artois, Baillia
» ges, Gouvernances & Officiers Municipaux de
L,v.
2 o2 MERCURE DE FRANCE.
» l'Artois, pour y être pareillement lû, publié &
» regiſtré. Enjoint aux Subſtituts du Procureur
» Général du Roi d'y tenir la main, & d'en certi
» fier la Cour. Collationné. REGNAULT.
» Signé, DUFRANC. »
Le 29, les Princes & les Pairs ſe ſont rendus au
Parlement ; il y a été fait lecture des Remontran
ces rédigées d'après les Articles qui avoient été
précédemment agrées ; les Gens du Roi ont été
chargés de ſe retirer pardevers Sa Majeſté pour
ſçavoir le lieu, le jour & l'heure où il lui plaira de .
recevoir ces Remontrances & de rendre compte le
Samedi 3 Mars, de l'éxécution de cette Miſſion.
Ils ont été chargés auſſi de prendre communica
tion du Procez-Verbal de la vérification des Aſſer
tions citées dans l'Inſtruction Paſtorale de l'Ar
chevêque de Paris, & de prendre leurs Conclu
fions ſur cet objet le 3 Mars. Enfin ils ont été char
gé ſde prendre communication d'un Imprimé in
titulé : Lettre Paſtorale de Monſeigneur l'Evêque de
Langres au Clergé Séculier & Régulier de ſon
Diocèſe, lequel a été dépoſé au Greffe, enſemble
du récit fait à ce ſujet par un de MM. & de prendre
des Concluſions ſur le tout le même jour 3 Mars.
Le 3 Mars, les Princes & les Pairs ſe ſont
rendus au Parlement, Les Gens du Roi, rendant
compte de la Miſſion dont ils avoient été chargés,
le 29 du mois dernier, ont dit que le Roi recevroit
à Verſailles, Dimanche 4 du même mois à midi ,
les Remontrances de ſon Parlement, & que ſon
* intention étoit qu'elles lui fuſſent préſentées par le
Premier Préſident & deux Préſidens. Le Prince de
Condé ayant propoſé de mettre en délibération ce
qu'il convenoit de faire au ſujet de ce qui ſe trouve
dans les Remontrances du Parlement de Bretagne
M A I. 1764. 2o3
concernant la Cour des Pairs, il a été arrêté qu'il
ſeroit nommé des Commiſſaires qui s'aſſemble
roient Jeudi 8 , à l'effet d'examiner ces Remon
trances & de recueillir les principes & les faits ſur
cette matiére, pour rendre compte du tout au
Parlement. Enſuite les Gens du Roi ont rendu
compte du Procès-Verbal de la vérification des Aſ
ſertions citées dans l'Inſtruction Paſtorale de l'Ar
chevêque de Paris, ainſi que de l'Imprimé intitulé;
Lettre Paſtorale de Monſeigneur l'Evêque de Lan
gres au Clergé Séculier & Régulier de ſon Diocèſe,
& ils ont laiſſé concernant ces deux objets leurs
concluſions par écrit, ſur leſquelles il a été rendu
deux Arrêts. Par le premier, il eſt ordonné que
pour remplir de plus en plus les vues que le Par
lement s'étoit propoſées par ſon Arrêt du 5 Mars
1762 , des copies collationnées du Procès-Verbal
dépoſé au Greffe par Arrêt du 29 Février dernier ,
feroient envoyées ſans délai par le Procureur-Gé
néral du Roi à tous les Archevêques & Evêques du
Reſſort & à tous les Bailliages & Sénéchauſſées ;il
a été arrêté de plus que le premier Préſident, en
préſentant au Roi les très-humbles & très-reſpec
tueuſes Remontrances de ſon Parlement arrêtées
le 23 Février dernier, remettra à Sa Majefté co
pie collationnée du Procès-Verbal de vérification,
& on a ordonné que, pour que le Procès-Verbal
foit plus promptement & plus facilement envoyé
aux Archevêques & Evêques & aux Bailliages &
Sénéchauſſées du Reſſort, il ſera imprimé & que le
préſent Arrêt ſera imprimé en tête du Procès-Ver
bal. Il a été fait enſuite un Arrêté portant qu'un
exemplaire imprimé du Procès-Verbal de la véri
fication des Extraits das Aſſertions, collationné
par un Secrétaire du Parlement, ſera envoyé aux
Parlemens & Conſeils Supérieurs auxquels ont été
I vj
2o4 MERCURE DE FRANCE.
adreſſés des exemplaires des Aſſertions. Dans le
cours des opinions, un des Membres du Parle
ment s'étant réſervé de faire mettre en délibéra
tion ce qu'il convenoit de faire au ſujet du nom
bre d'Evêques qui ſe trouvoient à Paris, il a été
arrêté qué le Procureur Général du Roi ſeroit
chargé de veiller à l'exécution des Ordonnances &
Arrêts en ce quiconcerne la réſidence des Archevê
, ques & Evêques dans leur Diocèſe , & qu'il ren
droit compte dans la quinzaine aux Chambres aſ
ſemblées des diligences qu'il aura faites. Il a été
rendu enfin au ſujet de l'Imprimé ayant pour titre :
Lettre Paſtorale de Monſeigneur l'Evêque de Lan
gres, & c. un ſecond Arrêt qui ordonne que cet
Imprimé ſera lacéré & brûlé par l'Exécuteur de
la Haute-Juſtice, & que l'Arrêt ſera imprimé &
affiché tant à Paris qu'a Langres & par-tout où
, beſoin ſera.
Le 9 les Princes & les Pairs ſe ſont rendus au
Parlement. Le Premier Préſident ayant rendu
compte de la réponſe faite par le Roi aux Remon
, trances de ſon Parlement , on a arrêté qu'il ſeroit
fait Procès-Verbal du récit fait par le Premier Pré
ſident; &, quant au fond de l'affaire de l'Archevê
que de Paris, il a été arrêté que la délibération
, ſeroit continuée au premier jour avec les Princes
& les Pairs, en vertu de la convocation du 2 1 Jan
vier dernier, & ſans qu'il en ſoit beſoin d'autre.
Les Gens du Roi ayant enſuite rendu compte des
Inform ations faites au ſujet de la diſtribution de
Il'nſtruction Paſtorale de l'Archevêque de Paris,
& des différens Actes de ſerment faits en exécution
de l'Arrêt du 21 Février, & ayant pris des conclu
· ſions ſur le tout, le Parlement a rendu un Arrêt
par lequel il eſt enjoint aux ci-devant ſoi-diſant
Jéſuites, qui n'ont pas prêté ſerment dans le terme
M A I. 1764. , 2o5
preſcrit par l'Arrêt du 22 Février, de ſe retirer du
Royaume dans un mois , à compter du jour de la
publication du préſent Arrêt, tant dans cette Ville
| que dans les Bailliages & Sénéchauſſées du Reſ
ſort, ſauf a ceux qui par leur grand âge ou pour
cauſe d'infirmité ne pourroient ſatisfaire au pré
· ſent Arrêt, à préſenter leurs requêtes en la Cour,
tontes les Chambres aſſemblées, dans le ſuſdit dé
lai, pour être ſur leſdites requêtes & ſur les con
, cluſions du Procureur-Général du Roi ſtatué ce
qu'il appartiendra. Les Gens du Roi étant rentrés
en l'aſſemblée des Chambres, ont rendu compte
d'un Ecrit intitulé Adhéſion de Monſeigneur l'Evê
que d'Amiens a l'Inſtruction Paſtorale de Mon
ſeigneur l'Archevêque de Paris, & ont pris leurs
concluſions tendantes a ce que cet Ecrit fût lacéré
& brûlé : ſur quoi eſt intervenu Arrêt conforme
aux concluſions. -
Le 22 du même mois , on fit la Proceſſion ſo
lemnelle qu'on a coutume de faire tous les ans
en mémoire de la ré*uction de cette Capitale
ſous l'obédience de HENRY IV. Le Corps de
Ville aſſiſta , ſelon l'uſage, a cette Cérémonie,
La Société Royale de Londres reçut, le 13
Janvier dernier, au nombre de ſes Membres,
le ſieur Ferdinand Berthoud, habile Horloger
de cette Capitale. Cet Artiſte fut choiſi l'année
dernière par l'Académie Royale des Sciences &
, envoyé a Londres par Sa Majeſté, pour aſſiſter,
- conjointement avec M le Camus, à l'examen
de l'Horloge de M. Harriſſon. Il eſt Auteur du
Livre de l'Art de régier les Pendules & les Mon
tres, de l'Eſſai ſur l'Horlogerie , & de pluſieurs
- ouvrages relatifs à ſon Art, qu'il a préſentés à
. l'Académie, entr'autres de trois différentes hor
: loges de Marine pour la découverte des longi2
tudes en mer,
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Résumé : De PARIS, le 2 Avril 1764.
Le document du 2 avril 1764 relate plusieurs décisions royales et événements parlementaires. Le roi Louis XV a établi des règlements pour l'École Royale de Chirurgie à Orléans et créé des postes de Colonel, Lieutenant-Colonel et Major dans le régiment des recrues de Paris, avec des salaires annuels respectifs de 3600, 2400 et 1800 livres. Les négociants de Grandville ont reçu l'autorisation de commercer directement avec les colonies françaises d'Amérique via leur port. La Société Royale de Londres a accueilli deux nouveaux membres : le sieur Camus et Ferdinand Berthoud, un horloger. Au Parlement, les Princes et Pairs ont discuté des remontrances concernant l'exil de l'Archevêque de Paris et ont pris des mesures contre les Jésuites. Ces derniers ont été contraints de prêter serment de ne plus vivre sous les constitutions de leur ordre et de ne pas correspondre avec leurs supérieurs. Les écrits jugés contraires à ces décisions ont été condamnés à être lacérés et brûlés. Le Parlement a également ordonné la distribution d'un procès-verbal de vérification des assertions contenues dans l'instruction pastorale de l'Archevêque de Paris et a pris des mesures contre les évêques ne résidant pas dans leur diocèse. Par ailleurs, le texte mentionne l'existence de l'Académie, qui comprend trois types distincts de loges de Marine. Ces loges sont spécifiquement dédiées à la découverte des longitudes en mer.
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2874
p. 206-210
MARIAGES.
Début :
Henri-Bernard, Marquis d'Espagne, Capitaine de Cavalerie, & premier [...]
Mots clefs :
Capitaine de cavalerie, Vicomte, Demoiselle, Bénédiction nuptiale, Marquis, Gouverneur, Comte, Maison de Cabalby, Mariage, Famille, Décès, Héritiers, Charles d'Espagne, Fêtes, Décorations, Lumières, Magistrat
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
M A R I A G E S.
Henri-Bernard, Marquis d'Eſpagne, Capitaine
de Cavalerie, & premier Baron né des Etats de la
Vicomté de Nebouzan, a épouſé la nuit du 27 au
28 Décembre dernier, Demoiſelle Claire-Char
lotte de Cabalby, à S. Lézier, dans la Chapelle
Epiſcopale de M. l'Evêque de Couzerans, qui leur
a donné la Bénédiction nuptiale. M. le Maréchal
Duc de Richelieu avec la principale Nobleſſe de la
Province, avoit honoré ſon contrat de mariage
de ſa préſence. Le Marquis d'Eſpagne, ſeul de
ſon nom, eſt fils unique de feu Joſeph-André,
| Marquis d'Eſpagne, Gouverneur pour le Roi de
ladite Vicomté, & de Dame Françoiſe de l'ancien
ne & illuſtre Maiſon d'Orbeſſan.
Mademoiſelle de Cabalby eſt fille & héritière
d'Octavien de Cabalby, Baron d'Eſplas, Gouver
neur pour Sa Majeſté de la Ville & Vallée de Seix,
& Commandant ſous les ordres de M. le Maréchal
Duc de Richelieu dans ſa partie du Couzerans, &
de feue Dame Jeanne de Dupac. Le Marquis d'Eſ
pagne deſcend en ligne directe de Léon d'Eſpagne,
Prince ſorti du Sang Royal de Léon, portant
pour armes le Lion de gueule au champ d'argent,
Comte de Paillas, & Vicomte de Couzerans, qui
épouſa la fille unique du Seigneur de Monteſpan ;
& de leur mariage vint Roger I. d'Eſpagne ,
Seigneur de Monteſpan , Comte de Paillas, &
Vicomte de Couzerans , lequel épouſa Grize
de Riviere, fille unique & héritière du Seigneur
de Riviere, Seigneur de la Ville de Montrejan,
· & Baron de Borderes ; qui eut pour fils Ar
naud d'Eſpagne , premier de ce nom , Sel
·gneur de Monteſpan , Comte de Paillas, & Vi
M A I. 1764. 2o7
comte de Couzerans, quiépouſa Philippe de Foix,
fille de Roger-Bernard, ſixiéme de ce nom, &
huitiéme Comte de Foix , ſoeur d'Eſclarmonde de
Foix, Reine de Majorque ; qui eut pour fils Ar
naud II. d'Eſpagne, Seigneur de Monteſpan,
Comte de Paillas, & Vicomte de Couzerans, qui
épouſa Marquéſe de Benac ; & de leur mariage
ſortit Azemar d'Eſpagne, premier de ce nom,
qui épouſa Léonore de Vellere, héritière de la
Maiſon de Vellere en Eſpagne, & de leur mariage
ſortit Arnaud III d'Eſpagne, Seigneur de Monteſ
pan, Sénéchal & Gouverneur de Carcaſſonne,
qui épouſa Demoiſelle de la Barthe ; & de leur
mariage ſortit Roger II du nom, Seigneur de
Monteſpan, Chevalier de l'Ordre du Roi , ſon
Chambellan , Gouverneur & Sénéchal de Tou
louſe, Albigeois & Carcaſſonne, qui épouſa Claire
de Gramont ; d'où ſortit Roger III du nom, Sei
gneur de Monteſpan, Chevalier de l'Ordre du
Roi, qui épouſa Jacquette de Moleon , d'où ſortit
Matthieu I d'Eſpagne, Seigneur de Monteſpan,
qui épouſa Catherine de Foix, & de leur mariage
ſortit trois enfans mâles. Le premier Roger IV du
nom , le ſecond, Arnaud IV du nom, & le troi
ſiéme, Charles I d'Eſpagne, qui eut pour appana
ge la Baronie de§Roger IV, qui étoit
Chevalier des Ordres du Roi, mourut ſans poſté
rité. Arnaud IV d'Eſpagne, ſon frère, lui ſuccéda,
* qui épouſa Magdelaine Daure, fille de Geraud
Daure, Chevalier des Ordres du Roi , Baron de
Larbouſt ; & de leur mariage ſortit Roger V du
nom, Chevalier des Ordres du Roi , qui mourut
ſans poſtérité, & qui, malgré la ſubſtitution gra
duelle & perpétuelle établie depuis pluſieurs ſiécles
dans la Maiſon d'Eſpagne, fit paſſer, au préjudice
de ſon oncleCharles I d'Eſpagne, Baron de Rame
2C8 MERCURE DE FRANCE.
fort, tous les biens de la Branche aînée à ſa ſoeur
Paule d'Eſpagne, qui ſe maria dans la Maiſon de
Gondrin. Charles I d'Eſpagne continua la poſté
rité , & épouſa Marie d'Aſté, fille de Jean Daure,
Vicomte d'Aſté, & ſoeur de Manaut Daure, qui
épouſa Claire de Gramont. Lequel Charles I
d'Eſpagne eut pour fils Onofre d'Eſpagne , Baron
de Ramefort, qui étoit Colonel d'un Régiment
qui a ſervi avec beaucoup de diſtinction en Pro
-vence. Il épouſa Catherine de Saman de la Mai
ſon d'Eſtarac, d'où eſt ſorti Jean-Alexandre d'Eſ
, pagne,'qui avoit commencé à ſervir à douze ans ;
il fut bleſſé dans quatre ou cinq occaſions différen
tes, & fut tué ſur la brêche de la Ville de Lambeſc,
âgé de vingt-quatre ans, Capitaine aux Gardes ,
& un des plus valeureux Capitaines de ſon temps.
Le Roi lui avoit donné , entre autres récompenſes,
pour l'aider à ſe ſoutenir dans le ſervice ſelon ſa
qualité, le Marc-d'or dû à ſon Avènement à la
Couronne. Charles II d'Eſpagne ſon frère lui ſuc
céda, qui a ſervi avec beaucoup de diſtinction, &
fut Gouverneur de la Ville & Citadelle de Siſteron,
& Capitaine d'une Compagnie de cent Hommes
d'Armes. Il épouſa Jeanne de Saman de la même
Maiſon de ſa mère , d'où eſt ſorti Charles III
: d'Eſpagne , Baron de Ramefort , qui épouſa Mar
guerite de Saint-Paſtou ; d'où ſortit Melkior d'Eſ
, pagne, Baron de Ramefort , qui épouſa Françoiſe
: d'Orbeſſan , d'où eſt ſorti Charles IV d'Eſpagne,
qui a commencé ſes ſervices dans le Régiment de
Ségur , qui épouſa Marguerite de Sapte, d'où eſt
- ſorti Joſeph-André Marquis d'Eſpagne , Baron de
- Ramefort, Gouverneur & Sénéchal de la Vicomté
de Nebouzan , qui a ſervi long-temps dans les
Régimens de Dunois & d'Auvergne, ayant reçu
- des bleſſures conſidérables deſquelles il eſt mort 1
- M A I. 1764. 2og
s'étant rouvertes le 8 Octobre r7 59. Il avoit épou
ſé Françoiſe d'Orbeſſan, & a laiſſé, comme il a
été dit pour fils unique Henri-Bernard†
d'Eſpagne. Pluſieurs filles de cette Maiſon ſont
aliiées avec des Maiſons très-illuſtres du Royaume3
entr'autres avec celles de Noailles, de Puyſegur,
de Gondrin , d'Auſſun , de Narbonne & autres.
Différens Cadets de cette Maiſon ont ſervi dans
des grades ſupérieurs, & s'y ſont également diſ
tingués. D'autres qui ont pris l'Etat Eccléſiaſtique,
ont été Evêques de Cominges, Rieux & Leitoure,
Le Mariage de M. le Comte de Freſnay, Capi
taine au Régiment du Roi, avec Mlle l'Eſcalopier,
fille de M. l'Eſcalopier , Intendant de Tours, a été
célébré le premier de ce mois dans l'Egliſe de S.
Hilaire , Paroiſſe de cette Ville.
M. & Madame l'Eſcalopier ont reçu à cette oc
caſion les complimens de tous les Corps & Compa
† de la Ville, qui étoient dictés par l'eſtime &
e ſentiment. Mais le zèle public s'eſt encore plus
particulièrement ſignalé dans la Fête qui leur a été
donnée le Dimanche quatre de Mars, par les per
ſonnes les plus diſtinguées de la Nobleſſe, de la
Robe & du Commerce. Plus de quatre - vingt
Chefs de Familles repréſentant ces différens Etats,
ſe ſont réunis pour y contribuer. Elle a été célébrée
dans la Salle ordinaire du Spectacle, dont le Par
terre avoit été mis au niveau du Théâtre. Un
nombre conſidérable de luſtres, de girandoles &
de conſoles chargés de bougies ingénieuſementdiſ
poſées y jettoient une lumière éclatante, des guir
landes de fleurs entrelacées dans des ſujets allégo
riques à la Fête la caractériſoient.Une table en fer
à-cheval, garnie de cent cinquante couverts occu
- pés par autant de Dames galamment vêtues,en or
A
21o MERCURE DE FRANCE.
noient le contour. Sur les huit heures du ſolr elle
fut ſervie ſplendidement. Chaque Cavalier ſervoit
ſa Dame. Les premières & ſecondes Loges rem
plies de Spectateurs, formoient un coup-d'oeil
agréable. Les honneurs du repas ont été déférés à
M. l'Eſcalopier, premier Magiſtrat de la Provin
ce , & à ſa Famille, dont la ſanté a été célébrée
à pluſieurs repriſes au bruit des inſtrumens de
† Le ſouper a fini à onze heures, & a été
ivi d'un Bal où toutes les Dames de la Ville qui
n'avoient pu être du repas, ſe rendirent, les unes
en habits galans, les autres maſquées. S'il eſt dif
ficile d'expoſer au naturel le coloris de la joie, il
l'eſt encore plus de rendre le tableau touchant de
la tendreſſe & de la vénération publique, qui a fait
le principal ornement de cette Fête : Monument
flatteur & reſpectable de l'hommage dû aux vertus
d'un Magiſtrat auſſi diſtingué par ſa naiſſance que
par ſon affabilité, ſon amour pour le bien public,
& par toutes les qualités qui conſtituent eſſentiel
lement l'Homme d'Etat.
Henri-Bernard, Marquis d'Eſpagne, Capitaine
de Cavalerie, & premier Baron né des Etats de la
Vicomté de Nebouzan, a épouſé la nuit du 27 au
28 Décembre dernier, Demoiſelle Claire-Char
lotte de Cabalby, à S. Lézier, dans la Chapelle
Epiſcopale de M. l'Evêque de Couzerans, qui leur
a donné la Bénédiction nuptiale. M. le Maréchal
Duc de Richelieu avec la principale Nobleſſe de la
Province, avoit honoré ſon contrat de mariage
de ſa préſence. Le Marquis d'Eſpagne, ſeul de
ſon nom, eſt fils unique de feu Joſeph-André,
| Marquis d'Eſpagne, Gouverneur pour le Roi de
ladite Vicomté, & de Dame Françoiſe de l'ancien
ne & illuſtre Maiſon d'Orbeſſan.
Mademoiſelle de Cabalby eſt fille & héritière
d'Octavien de Cabalby, Baron d'Eſplas, Gouver
neur pour Sa Majeſté de la Ville & Vallée de Seix,
& Commandant ſous les ordres de M. le Maréchal
Duc de Richelieu dans ſa partie du Couzerans, &
de feue Dame Jeanne de Dupac. Le Marquis d'Eſ
pagne deſcend en ligne directe de Léon d'Eſpagne,
Prince ſorti du Sang Royal de Léon, portant
pour armes le Lion de gueule au champ d'argent,
Comte de Paillas, & Vicomte de Couzerans, qui
épouſa la fille unique du Seigneur de Monteſpan ;
& de leur mariage vint Roger I. d'Eſpagne ,
Seigneur de Monteſpan , Comte de Paillas, &
Vicomte de Couzerans , lequel épouſa Grize
de Riviere, fille unique & héritière du Seigneur
de Riviere, Seigneur de la Ville de Montrejan,
· & Baron de Borderes ; qui eut pour fils Ar
naud d'Eſpagne , premier de ce nom , Sel
·gneur de Monteſpan , Comte de Paillas, & Vi
M A I. 1764. 2o7
comte de Couzerans, quiépouſa Philippe de Foix,
fille de Roger-Bernard, ſixiéme de ce nom, &
huitiéme Comte de Foix , ſoeur d'Eſclarmonde de
Foix, Reine de Majorque ; qui eut pour fils Ar
naud II. d'Eſpagne, Seigneur de Monteſpan,
Comte de Paillas, & Vicomte de Couzerans, qui
épouſa Marquéſe de Benac ; & de leur mariage
ſortit Azemar d'Eſpagne, premier de ce nom,
qui épouſa Léonore de Vellere, héritière de la
Maiſon de Vellere en Eſpagne, & de leur mariage
ſortit Arnaud III d'Eſpagne, Seigneur de Monteſ
pan, Sénéchal & Gouverneur de Carcaſſonne,
qui épouſa Demoiſelle de la Barthe ; & de leur
mariage ſortit Roger II du nom, Seigneur de
Monteſpan, Chevalier de l'Ordre du Roi , ſon
Chambellan , Gouverneur & Sénéchal de Tou
louſe, Albigeois & Carcaſſonne, qui épouſa Claire
de Gramont ; d'où ſortit Roger III du nom, Sei
gneur de Monteſpan, Chevalier de l'Ordre du
Roi, qui épouſa Jacquette de Moleon , d'où ſortit
Matthieu I d'Eſpagne, Seigneur de Monteſpan,
qui épouſa Catherine de Foix, & de leur mariage
ſortit trois enfans mâles. Le premier Roger IV du
nom , le ſecond, Arnaud IV du nom, & le troi
ſiéme, Charles I d'Eſpagne, qui eut pour appana
ge la Baronie de§Roger IV, qui étoit
Chevalier des Ordres du Roi, mourut ſans poſté
rité. Arnaud IV d'Eſpagne, ſon frère, lui ſuccéda,
* qui épouſa Magdelaine Daure, fille de Geraud
Daure, Chevalier des Ordres du Roi , Baron de
Larbouſt ; & de leur mariage ſortit Roger V du
nom, Chevalier des Ordres du Roi , qui mourut
ſans poſtérité, & qui, malgré la ſubſtitution gra
duelle & perpétuelle établie depuis pluſieurs ſiécles
dans la Maiſon d'Eſpagne, fit paſſer, au préjudice
de ſon oncleCharles I d'Eſpagne, Baron de Rame
2C8 MERCURE DE FRANCE.
fort, tous les biens de la Branche aînée à ſa ſoeur
Paule d'Eſpagne, qui ſe maria dans la Maiſon de
Gondrin. Charles I d'Eſpagne continua la poſté
rité , & épouſa Marie d'Aſté, fille de Jean Daure,
Vicomte d'Aſté, & ſoeur de Manaut Daure, qui
épouſa Claire de Gramont. Lequel Charles I
d'Eſpagne eut pour fils Onofre d'Eſpagne , Baron
de Ramefort, qui étoit Colonel d'un Régiment
qui a ſervi avec beaucoup de diſtinction en Pro
-vence. Il épouſa Catherine de Saman de la Mai
ſon d'Eſtarac, d'où eſt ſorti Jean-Alexandre d'Eſ
, pagne,'qui avoit commencé à ſervir à douze ans ;
il fut bleſſé dans quatre ou cinq occaſions différen
tes, & fut tué ſur la brêche de la Ville de Lambeſc,
âgé de vingt-quatre ans, Capitaine aux Gardes ,
& un des plus valeureux Capitaines de ſon temps.
Le Roi lui avoit donné , entre autres récompenſes,
pour l'aider à ſe ſoutenir dans le ſervice ſelon ſa
qualité, le Marc-d'or dû à ſon Avènement à la
Couronne. Charles II d'Eſpagne ſon frère lui ſuc
céda, qui a ſervi avec beaucoup de diſtinction, &
fut Gouverneur de la Ville & Citadelle de Siſteron,
& Capitaine d'une Compagnie de cent Hommes
d'Armes. Il épouſa Jeanne de Saman de la même
Maiſon de ſa mère , d'où eſt ſorti Charles III
: d'Eſpagne , Baron de Ramefort , qui épouſa Mar
guerite de Saint-Paſtou ; d'où ſortit Melkior d'Eſ
, pagne, Baron de Ramefort , qui épouſa Françoiſe
: d'Orbeſſan , d'où eſt ſorti Charles IV d'Eſpagne,
qui a commencé ſes ſervices dans le Régiment de
Ségur , qui épouſa Marguerite de Sapte, d'où eſt
- ſorti Joſeph-André Marquis d'Eſpagne , Baron de
- Ramefort, Gouverneur & Sénéchal de la Vicomté
de Nebouzan , qui a ſervi long-temps dans les
Régimens de Dunois & d'Auvergne, ayant reçu
- des bleſſures conſidérables deſquelles il eſt mort 1
- M A I. 1764. 2og
s'étant rouvertes le 8 Octobre r7 59. Il avoit épou
ſé Françoiſe d'Orbeſſan, & a laiſſé, comme il a
été dit pour fils unique Henri-Bernard†
d'Eſpagne. Pluſieurs filles de cette Maiſon ſont
aliiées avec des Maiſons très-illuſtres du Royaume3
entr'autres avec celles de Noailles, de Puyſegur,
de Gondrin , d'Auſſun , de Narbonne & autres.
Différens Cadets de cette Maiſon ont ſervi dans
des grades ſupérieurs, & s'y ſont également diſ
tingués. D'autres qui ont pris l'Etat Eccléſiaſtique,
ont été Evêques de Cominges, Rieux & Leitoure,
Le Mariage de M. le Comte de Freſnay, Capi
taine au Régiment du Roi, avec Mlle l'Eſcalopier,
fille de M. l'Eſcalopier , Intendant de Tours, a été
célébré le premier de ce mois dans l'Egliſe de S.
Hilaire , Paroiſſe de cette Ville.
M. & Madame l'Eſcalopier ont reçu à cette oc
caſion les complimens de tous les Corps & Compa
† de la Ville, qui étoient dictés par l'eſtime &
e ſentiment. Mais le zèle public s'eſt encore plus
particulièrement ſignalé dans la Fête qui leur a été
donnée le Dimanche quatre de Mars, par les per
ſonnes les plus diſtinguées de la Nobleſſe, de la
Robe & du Commerce. Plus de quatre - vingt
Chefs de Familles repréſentant ces différens Etats,
ſe ſont réunis pour y contribuer. Elle a été célébrée
dans la Salle ordinaire du Spectacle, dont le Par
terre avoit été mis au niveau du Théâtre. Un
nombre conſidérable de luſtres, de girandoles &
de conſoles chargés de bougies ingénieuſementdiſ
poſées y jettoient une lumière éclatante, des guir
landes de fleurs entrelacées dans des ſujets allégo
riques à la Fête la caractériſoient.Une table en fer
à-cheval, garnie de cent cinquante couverts occu
- pés par autant de Dames galamment vêtues,en or
A
21o MERCURE DE FRANCE.
noient le contour. Sur les huit heures du ſolr elle
fut ſervie ſplendidement. Chaque Cavalier ſervoit
ſa Dame. Les premières & ſecondes Loges rem
plies de Spectateurs, formoient un coup-d'oeil
agréable. Les honneurs du repas ont été déférés à
M. l'Eſcalopier, premier Magiſtrat de la Provin
ce , & à ſa Famille, dont la ſanté a été célébrée
à pluſieurs repriſes au bruit des inſtrumens de
† Le ſouper a fini à onze heures, & a été
ivi d'un Bal où toutes les Dames de la Ville qui
n'avoient pu être du repas, ſe rendirent, les unes
en habits galans, les autres maſquées. S'il eſt dif
ficile d'expoſer au naturel le coloris de la joie, il
l'eſt encore plus de rendre le tableau touchant de
la tendreſſe & de la vénération publique, qui a fait
le principal ornement de cette Fête : Monument
flatteur & reſpectable de l'hommage dû aux vertus
d'un Magiſtrat auſſi diſtingué par ſa naiſſance que
par ſon affabilité, ſon amour pour le bien public,
& par toutes les qualités qui conſtituent eſſentiel
lement l'Homme d'Etat.
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Résumé : MARIAGES.
Le texte relate le mariage de Henri-Bernard, Marquis d'Espagne, Capitaine de Cavalerie et premier Baron né des États de la Vicomté de Nebouzan, avec Demoiselle Claire-Charlotte de Cabalby. La cérémonie s'est déroulée la nuit du 27 au 28 décembre dans la Chapelle Épiscopale de M. l'Évêque de Couzerans à Saint-Lézier. Le contrat de mariage a été honoré par la présence du Maréchal Duc de Richelieu et de la principale noblesse de la province. Henri-Bernard est le fils unique de feu Joseph-André, Marquis d'Espagne, Gouverneur pour le Roi de la Vicomté de Nebouzan, et de Dame Françoise de la Maison d'Orbessan. Claire-Charlotte est la fille et héritière d'Octavien de Cabalby, Baron d'Esplas, Gouverneur de la Ville et Vallée de Seix, et de feue Dame Jeanne de Dupac. Le Marquis d'Espagne descend en ligne directe de Léon d'Espagne, Prince du Sang Royal de Léon, portant pour armes le Lion de gueule au champ d'argent, Comte de Paillas et Vicomte de Couzerans. La lignée inclut plusieurs générations de seigneurs de Montespan, Comtes de Paillas et Vicomtes de Couzerans, avec des alliances notables telles que les Maisons de Foix, de Gramont, et de Vellere. La famille d'Espagne a également produit plusieurs membres distingués dans les armées et l'Église, avec des alliances avec des Maisons illustres comme Noailles, Puysegur, et Gondrin. Le texte mentionne également le mariage du Comte de Fresnay, Capitaine au Régiment du Roi, avec Mlle l'Escalopier, fille de M. l'Escalopier, Intendant de Tours. Cette cérémonie a eu lieu le 1er mars dans l'Église de Saint-Hilaire à Tours. La fête en leur honneur a réuni des personnes distinguées de la noblesse, de la robe et du commerce, avec une table de cent cinquante couverts et un bal masqué.
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2875
p. 57-61
DIALOGUE DES MORTS. NÉRON, LOUIS XI.
Début :
NÉRON. J'ATTENDOIS avec impatience un homme tel que vous [...]
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texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE DES MORTS. NÉRON, LOUIS XI.
DIALOGUE DES MORTS.
NÉRON, LOUIS XI.
NÉRON.
J'ATTENDOIS avec impatience un
homme tel que vous : j'aurai enfin avec
L O U I s XI.
Qui êtes-vous ?
N É R o N.
A cet air auſſi ſombre que bruſque ,
on voit que vous regrettez la vie. Mais
ces regrets s'affoibliront inſenſiblement.
On s'accoutume à tout.
•
L O U I s XI.
Jamais au mal-être.. .. mais encore
une fois, qui êtes-vous ?
N É R O N.
Néron vous ſeroit-il inconnu ?
L o U I s X I. .
Quoi !vous ſeriez ce Prince ſi renom
mé par ſes cruautés ? L'aſſaſſin de ſa
mère , de ſon frere, de # Gouver
-
-
V
-
53 MERCURE DE FRANCE.
neur, le tyran de l'univers ? Ah !je vous
quitte avec horreur.
N É R O N.
Ne jouez pas le difficile : quatre mille
François qui vous ont précédés involon
tairement dans ces lieux , vous y ont
aſſez fait connoître; ſur-tout l'infortuné
Duc de Némours. Si je me ſuis défait de
mon frère; le repos des peuples, le bien
de l'Etat l'exigeoient. D'ailleurs Britan
nicus n'étoit que mon fière adoptif
Mais que pouviez-vous reprocher au
Duc de Berri, à votre propre frère ? Je
ne me défends pas d'avoir ſacrifié ma
mère; mais c'eſt à ma ſureté perſon
nelle : l'Univers l'a très-bien connue,
& ſait aſſez de quoi elle étoit capable.
Seneque, mon Gouverneur, étoit l'âme
d'une conſpiration qui devoit me préci
piter du trône pour l'y placer. Mais
vous-même , dites-moi, ſi un Prince
qui fait mourir un Sujet rebelle peut
être regardé comme un tyran ?
L O U I s X I.
.
Et lorſqu'il met lui-même le feu à ſa
Capitale, afin de repaître ſes yeux de
ce ſpectacle horrible ? ...
· N É R o N.
-
Avez-vous pû le croire ? On m'a
reproché ma cruauté peut-être avec rai
ſon , mais on n'a jamais dit que je fuſſe
.
-
J U I N. 1764.
5 9
un inſenſé. On a rendu juſtice à mes
talens, à mes lumières, à mes connoiſ
ſances. Eh ! quel Prince eſt aſſez ſtupide
pour ne pas ſentir que les richeſſes de
ſes Sujets établiſſent & cimentent ſa
puiſſance, & que leur ruine entraîne
roit la ſienne ? Mais les hommes ſont
malins, légers & foibles : en général ils
réfléchiſſent peu ; ils adoptent mille chi
mères ſans vraiſemblance , & qui ne
ſubſiſferoient qu'un inſtant, s'ils ſe don
noient la peine de les approfondir. Quel
qu'un a très-bien dit , qu'il n'eſt rien
que la malignité ne ſoit capable d'inven
ter, ni que la foibleſſe ne puiſſe croire.
•
L O U I S X I.
Vous êtes éloquent, je le ſais ; mais
vous ne vous laverez jamais des repro
ches qu'on vous a faits.
N É R o N.
Et comment juſtifierez-vous votre .
ingratitude envers le Duc de Bourgogne,
votre parent & votre bienfaiteur ? Eſt
ce la reconnoiſſance qui vous porta à
ſouffler le feu de la guerre civile dans
fes Etats ?La diſſimulation la plus baſſe,
les manœuvres les plus noires , vous
mîtes tout en œuvre pour le perdre, &
n'eûtes que la honte de n'avoir pas
réuſſi. Parlerai-je de la "# de votre
º Vj
•
-
6o MERCURE DE FRANCE.
père , le reſtaurateur de la France,
Prince qui eût été le modèle des Rois,
ſi l'éclat de ſes grandes qualités n'eût été
un peu terni par les foibleſſes de l'huma
nité ? Je ſais que vous pouviez n'être
point coupable ; mais quelle tache pour
votre gloire, que ce Prince vous ait aſſez
connu pour vous croire capable d'avoir
oſé l'être ?
-
L O U I S XI.
Je vois que vous poſſédez mon hiſ
toire. Mais ſi je détaillois la vôtre ;
· quel amas de forfaits ! Ignore-t-on qu'ils
| furent portés juſqu'au point que le Sénat
laſſé de tant d'horreurs, réſolut de les
terminer par votre mort. Mais avec
quelle baſſeſſe en apprites-vous la mou
velle ! avec quelle lâcheté terminâtes
vous une vie ſouillée de tant de crimes !
· N É R o N.
Mourutes-vous plus glorieuſement ?
'Que n'avez-vous pas fait pour obtenir
du Ciel qu'il prolongeât des jours à la
· conſervation deſquels il s'intéreſſoit ſi
peu ? Combien de ſacrifices tant pu
blics que ſecrets , combien de ſu
perſtitions miſes en pratique dans l'eſ
poir de reculer le dernier moment que
vous n'aviez pas la fermeté d'enviſa
ger ? Les petites âmes ſont toujours ſu
perſtitieuſes.
J U I N. 1764.
L O U I S X I.
61
Avouez du moins que j'ai aggrandi
mes Etats ; que j'ai fait reſpecter l'au
torité royale ; que j'ai délivré mes Peu
ples d'une infinité de petits tyrans qui
les opprimoient ; que j'ai été le plus .
grand Politique de mon ſiécle. Ce ſont
des faits qu'on ne peut conteſter.
N É R o N.
Convenez donc auſſi que j'ai été li
béral , magnifique, que j'ai aimé &
protégé les Arts; que les premières an
nées de mon régne ont fait les délices
de l'Empire ; que j'ai fait à mes Sujets
le plus grand bien qu'un Souverain
puiſſe leur faire, en les arrachant à la
voracité de ces vautours qui triomphent
dans les calamités publiques , & qui ,
pendant que la patrie eſt en deuil, ſu
cent tranquillement le ſang des miſé
rables.
A la bonne heure.
N É R o N.
Eh bien, ſoyons amis.
-
· L o U I s XI.
Par M. de MONTAGNAC, ancien Capitaine
au Régiment de Bresse.
NÉRON, LOUIS XI.
NÉRON.
J'ATTENDOIS avec impatience un
homme tel que vous : j'aurai enfin avec
L O U I s XI.
Qui êtes-vous ?
N É R o N.
A cet air auſſi ſombre que bruſque ,
on voit que vous regrettez la vie. Mais
ces regrets s'affoibliront inſenſiblement.
On s'accoutume à tout.
•
L O U I s XI.
Jamais au mal-être.. .. mais encore
une fois, qui êtes-vous ?
N É R O N.
Néron vous ſeroit-il inconnu ?
L o U I s X I. .
Quoi !vous ſeriez ce Prince ſi renom
mé par ſes cruautés ? L'aſſaſſin de ſa
mère , de ſon frere, de # Gouver
-
-
V
-
53 MERCURE DE FRANCE.
neur, le tyran de l'univers ? Ah !je vous
quitte avec horreur.
N É R O N.
Ne jouez pas le difficile : quatre mille
François qui vous ont précédés involon
tairement dans ces lieux , vous y ont
aſſez fait connoître; ſur-tout l'infortuné
Duc de Némours. Si je me ſuis défait de
mon frère; le repos des peuples, le bien
de l'Etat l'exigeoient. D'ailleurs Britan
nicus n'étoit que mon fière adoptif
Mais que pouviez-vous reprocher au
Duc de Berri, à votre propre frère ? Je
ne me défends pas d'avoir ſacrifié ma
mère; mais c'eſt à ma ſureté perſon
nelle : l'Univers l'a très-bien connue,
& ſait aſſez de quoi elle étoit capable.
Seneque, mon Gouverneur, étoit l'âme
d'une conſpiration qui devoit me préci
piter du trône pour l'y placer. Mais
vous-même , dites-moi, ſi un Prince
qui fait mourir un Sujet rebelle peut
être regardé comme un tyran ?
L O U I s X I.
.
Et lorſqu'il met lui-même le feu à ſa
Capitale, afin de repaître ſes yeux de
ce ſpectacle horrible ? ...
· N É R o N.
-
Avez-vous pû le croire ? On m'a
reproché ma cruauté peut-être avec rai
ſon , mais on n'a jamais dit que je fuſſe
.
-
J U I N. 1764.
5 9
un inſenſé. On a rendu juſtice à mes
talens, à mes lumières, à mes connoiſ
ſances. Eh ! quel Prince eſt aſſez ſtupide
pour ne pas ſentir que les richeſſes de
ſes Sujets établiſſent & cimentent ſa
puiſſance, & que leur ruine entraîne
roit la ſienne ? Mais les hommes ſont
malins, légers & foibles : en général ils
réfléchiſſent peu ; ils adoptent mille chi
mères ſans vraiſemblance , & qui ne
ſubſiſferoient qu'un inſtant, s'ils ſe don
noient la peine de les approfondir. Quel
qu'un a très-bien dit , qu'il n'eſt rien
que la malignité ne ſoit capable d'inven
ter, ni que la foibleſſe ne puiſſe croire.
•
L O U I S X I.
Vous êtes éloquent, je le ſais ; mais
vous ne vous laverez jamais des repro
ches qu'on vous a faits.
N É R o N.
Et comment juſtifierez-vous votre .
ingratitude envers le Duc de Bourgogne,
votre parent & votre bienfaiteur ? Eſt
ce la reconnoiſſance qui vous porta à
ſouffler le feu de la guerre civile dans
fes Etats ?La diſſimulation la plus baſſe,
les manœuvres les plus noires , vous
mîtes tout en œuvre pour le perdre, &
n'eûtes que la honte de n'avoir pas
réuſſi. Parlerai-je de la "# de votre
º Vj
•
-
6o MERCURE DE FRANCE.
père , le reſtaurateur de la France,
Prince qui eût été le modèle des Rois,
ſi l'éclat de ſes grandes qualités n'eût été
un peu terni par les foibleſſes de l'huma
nité ? Je ſais que vous pouviez n'être
point coupable ; mais quelle tache pour
votre gloire, que ce Prince vous ait aſſez
connu pour vous croire capable d'avoir
oſé l'être ?
-
L O U I S XI.
Je vois que vous poſſédez mon hiſ
toire. Mais ſi je détaillois la vôtre ;
· quel amas de forfaits ! Ignore-t-on qu'ils
| furent portés juſqu'au point que le Sénat
laſſé de tant d'horreurs, réſolut de les
terminer par votre mort. Mais avec
quelle baſſeſſe en apprites-vous la mou
velle ! avec quelle lâcheté terminâtes
vous une vie ſouillée de tant de crimes !
· N É R o N.
Mourutes-vous plus glorieuſement ?
'Que n'avez-vous pas fait pour obtenir
du Ciel qu'il prolongeât des jours à la
· conſervation deſquels il s'intéreſſoit ſi
peu ? Combien de ſacrifices tant pu
blics que ſecrets , combien de ſu
perſtitions miſes en pratique dans l'eſ
poir de reculer le dernier moment que
vous n'aviez pas la fermeté d'enviſa
ger ? Les petites âmes ſont toujours ſu
perſtitieuſes.
J U I N. 1764.
L O U I S X I.
61
Avouez du moins que j'ai aggrandi
mes Etats ; que j'ai fait reſpecter l'au
torité royale ; que j'ai délivré mes Peu
ples d'une infinité de petits tyrans qui
les opprimoient ; que j'ai été le plus .
grand Politique de mon ſiécle. Ce ſont
des faits qu'on ne peut conteſter.
N É R o N.
Convenez donc auſſi que j'ai été li
béral , magnifique, que j'ai aimé &
protégé les Arts; que les premières an
nées de mon régne ont fait les délices
de l'Empire ; que j'ai fait à mes Sujets
le plus grand bien qu'un Souverain
puiſſe leur faire, en les arrachant à la
voracité de ces vautours qui triomphent
dans les calamités publiques , & qui ,
pendant que la patrie eſt en deuil, ſu
cent tranquillement le ſang des miſé
rables.
A la bonne heure.
N É R o N.
Eh bien, ſoyons amis.
-
· L o U I s XI.
Par M. de MONTAGNAC, ancien Capitaine
au Régiment de Bresse.
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Résumé : DIALOGUE DES MORTS. NÉRON, LOUIS XI.
Le dialogue entre Néron et Louis XI débute par une rencontre fortuite où Louis XI exprime sa mélancolie face à la vie. Néron, percevant la tristesse de Louis XI, se révèle à lui. Louis XI est horrifié et reconnaît en Néron un tyran notoire, coupable de l'assassinat de sa mère, de son frère et de son précepteur Sénèque. Néron justifie ses actes par la nécessité de sa propre sécurité et du bien de l'État, tout en critiquant les actions de Louis XI contre son frère, le duc de Berry, et son père. Louis XI accuse alors Néron d'avoir incendié Rome par pur plaisir. Néron se défend en vantant ses talents et ses connaissances, tout en critiquant la crédulité humaine. Malgré les talents oratoires de Néron, Louis XI refuse de le disculper des accusations portées contre lui. Néron accuse ensuite Louis XI d'ingratitude envers le duc de Bourgogne et de machinations contre son père. Louis XI reconnaît que Néron connaît bien son histoire, mais souligne les nombreux crimes de Néron, qui ont conduit à sa condamnation par le Sénat. Néron rétorque en critiquant les superstitions de Louis XI visant à prolonger sa vie. Louis XI se vante d'avoir étendu ses territoires et respecté l'autorité royale, tandis que Néron se défend en mettant en avant sa générosité et son soutien aux arts. Le dialogue se conclut par une proposition d'amitié de la part de Néron, à laquelle Louis XI ne répond pas clairement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2876
p. 65
ENIGME.
Début :
AVEC les Rois je prends naissance ; [...]
Mots clefs :
Trône
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
E N I G M E.
A v E c les Rois je prends naiſſance ;
Ils ont beſoin de moi, je ne ſuis rien ſans eux ;
Je ſers à leur grandeur, j'éléve leur puiſſance ;
Selon leur volonté je puis être en tous lieux,
Je ſuis partout d'une même nature ;
Te ſuis d'un plus ou moindre prix ;
Souvent je change de figure,
Selon la mode du Pays.
Quoique je ſois toujours de miſe
Chez les Rois & les Empereurs,
Je ſuis ſoumis dedans l'Egliſe
Aux Abbés, Prélats & Paſteurs.
Plus l'on me foule aux pieds, plus j'en tire avan
tage,
Plus c'eſt ma pompe & mon honneur.
Bien loin de me vanger de celui qui m'outrages
Je fais ſa gloire & ſa grandeur.
A v E c les Rois je prends naiſſance ;
Ils ont beſoin de moi, je ne ſuis rien ſans eux ;
Je ſers à leur grandeur, j'éléve leur puiſſance ;
Selon leur volonté je puis être en tous lieux,
Je ſuis partout d'une même nature ;
Te ſuis d'un plus ou moindre prix ;
Souvent je change de figure,
Selon la mode du Pays.
Quoique je ſois toujours de miſe
Chez les Rois & les Empereurs,
Je ſuis ſoumis dedans l'Egliſe
Aux Abbés, Prélats & Paſteurs.
Plus l'on me foule aux pieds, plus j'en tire avan
tage,
Plus c'eſt ma pompe & mon honneur.
Bien loin de me vanger de celui qui m'outrages
Je fais ſa gloire & ſa grandeur.
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2877
p. 93-104
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
MÉMOIRES sur les Matières domaniales, ou Traité du Domaine, Ouvrage [...]
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
MÉMOIRES sur les Matières domaniales,
ou Traité du Domaine, Ouvrage
poſthume de feu M. le Fevre de laPlanche,
Avocat du Roi au Bureau des Finan
ccs, ordinaire en la Chambre du Do
maine ; avec une Préface & des Notes
de l'Editeur.A Paris, chez Deſaint &
o4 MERCURE DE FRANCE.
Saillant , rue S. Jean de Beauvais , &
chez Vincent , rue S. Severin ; avec
Approbation & Privilége du Roi, 1764,
Tome premier in-4°.
Voici le premier Tome d'un Ouvra
ge qui ſera ſuivi de deux autres volu
mes que l'on imprime préſentement,
& qui ſeront délivrés dans le courant
de l'année. Le prix total eſt de 3o liv.
c'eſt-à-dire de 1o liv. chaque volume
en feuille. Les Libraires reçoivent 15
livres en délivrant le premier volume,
& donnent leur engagement de remet
tre à la fin de l'année, pour pareilie
ſomme, les Tomes 2. & 3. Aucun Au
teur n'avoit encore donné ſur les Ma
tières Domaniales des ſecours qui ré
pondiſſent aux deſirs des Juriſconſultes ;
on a lieu de croire par conſéquent que
ce Livre recevra de leur part un ac
cueil favorable. Il contient une érudi
tion abondante; & l'Editeur y a joint
une Préface & des Notes dans leſquel
les il s'eſt propoſé de ſuppléer à ce qui
manquoit pour donner à l'Ouvrage
§ la perfection dont il eſt ſuſcep
tlble.
| INsTRUCTIoNs pour les jeunes Da
mes qui entrent dans le monde ; ſe mar
J U I N. 1764.
95
rient ; leurs devoirs dans cet état & en
vers leurs enfans ; pour ſervir de ſui e
, au magazin des adoleſcentes ; par Ma
dame Leprince de Beaumont ; à Lon
dres , chez Jean Nourſe , libraire du
Roi ; & à Paris , chez Deſaint & Sail
|
lant , rue S. Jean de Beauvais , vis-à-
vis le K ol'ége ; 1764 ; quatre volumes
in-12. petit fcrmat.
·
Madame Leprince de Beaumont tra
vaille depuis douze ans a inſtruire les
enfans & les adoleſcentes ; & tout le
monde ſçait le ſuccès de ſes I ivres auſ
quels elle a toujours donné le titre de
· Magazin. Celui ci qui eſt fait dans le
· même goût, nourroit être intitulé le Ma
gaſin des filles à marier , & ne mérite
pas moins oue les précédens , l'ac
·cueil favorable du Public.
.
, LETTREs d'un A8ionnaire ſur le
Commerce de la Con p gnie des In
des ; à Avignon , 17b4 ; Brochure in
12. de 64 pages.
-
,-
,
-
Ces Lettres traitent 1 °. de l'utilité du
Commerce de la Cempagnie des In
des. 2°. Du parti qu'ont pris quelques
A8tionnaires d'en demander la diſſolu
tion. 3°. De la queſtion s'il ne ſeroit pas
plus avantageux de rendre le Commer
/
-
-
96 MERCURE DE FRANCE.
ce libre, que d'en accorder le privilége
excluſif à une Compagnie. 4°: Sur la
poſſibilité de remonter ce commerce
pour le rendre avantageux à l'Etat &
utile aux citoyens.
LEs Métamorphoſes, Poëme héroï
comique , traduit de l'Allemand de
M. Zacharie. A Paris , chez Four
nier, Libraire , rue de Hurepoix , à
la Providence , 1764; brochure in-12 ,
petit format.
On lit dans la Préface, que le Poëme
dont on donne la traduction, eſt le coup
d'eſſai d'un Auteur que l'Allemagne
met au nombre de ceux qui lui font le
· plus d'honneur. M. Zacharie avoit à
peine dix-huit ans , lorſqu'il publia ces
Métamorphoſes ; & elles furent reçues
avec un applaudiſſement univerſel. C'eſt
une ſatyre enjouée & délicate contre les
Coquettes & les Petits-Maîtres. L'Au
teur a ſçu y répandre le badinage le plus
ingénieux, des alluſions hardies, mais
qui plaiſent par leur vérité , & un co
mique riant, que reléve le contraſte ſin
gulier de ſes comparaiſons.
· LETTRE de Valcour, Officier Fran
gois, à Zetla, jeune Sauvage eſclave à
Conſtantinople ,
(
|
l
J U I N. 1764..
97
Conſtantinople, précédée d'une Lettre
à Madame ***. en France ; 1764, bro
chure in-8°. de 24 p. avec deux petites
vignettes, chez Cailleau , Libraire, rue
Saint Jacques.
-
Nous avons annoncé dans un de nos
Mercures précédens une Lettre de Zéila à
Valcour, par M. Dorat. Un jeune Au
teur qui n'écrit pas encore en proſe &
en vers auſſi-bien que M Dorat, a fait
une réponſe à cette Lettre : mais il n'é-
gale ſon modèle ni par le mérite litté
raire, ni par la dépenſe faite pour l'exé
cution typographique.
PRoSPEcTUs de trois Ouvrages pro
poſés par ſouſcription, dont l'un eſt in
titulé Guide du Commerce : le ſecond ,
Meppemondes , ou Tables pour trouver
la correſpondance des poids , des au
nages & des meſures de continence, qui
ſont en uſage dans l'Europe, l'Aſie ,
l'Afrique & l'Amérique. Le troiſiéme ,
l'Arithmétique démontrée, opérée & ex
pliquée, par M. G*** de L***, né
gociant à Nantes, avec approbation &
privilége du Roi. Le premier formera
deux volumes, l'un in folio & l'autre
in-4°. Le ſecond ſera un volume in-8°,
ainſi que le troiſiéme.
E
93 MERCURE DE FRANCE.
| On aura une connoiſſance exacte de
ce que contiennent ces trois Ouvrages,
en liſant le Proſpectus qui ſe diſtribue à
Paris chez Deſpilly, Libraire , rue S.
Jacques, à la Croix d'or; & à Nantes,
chez la veuve Vatar, haute grande rue.
Nous dirons ſeulement ici, qu'ils nous
paroiſſent devoir intéreſſer tous les Com
merçans,les Banquiers & les Financiers :
ils liront dans le Proſpectus les condi
tions propoſées aux Souſcripteurs, le
prix des Livres, & le tems où ils pour
.ront être délivrés , &c.
HIsToIRE de la Maiſon de Montmo
rency, par M. Déſormeaux ; à Paris ,
. chez Deſaint & Saillant, Libraires, rue
S. Jean de Beauvais, & chez Ducheſne,
rue S. Jacques , 1764, avec approba
tion & privilége du Roi, cinq volumes
, In - I 2.
En attendant que nous faſſions un
ou pluſieurs extraits de cette Hiſtoire
curieuſe , intéreſſante & bien écrite,
nous ne ferons qu'indiquer aujourd'hui
ce que contient chacun des volumes
dont elle eſt compoſée. Le premier ren
ferme la Généalogie de la Maiſon de
Montntcrency, & ſon Hiſtoire depuis
l'année 96o , juſqu'en 1531. Le ſe
cond, la vie du Connétable Anne , &
-
, J U I N. 1764:
99
celle de François, Maréchal de France,
depuis 1494, juſqu'en 1579. Le troi
ſiéme, la Vie de Henri I, Connétable
de France , celle de Charles , Duc d'Am
ville, grand Amiral de France, & celle
de Henri II , Duc de Montmorenci ,
depuis 1 547, juſqu'en 1632. Le qua
· triéme, la Vie de François-Henri de
Montmorenci , Maréchal , Duc de
Luxembourg, depuis 1628 , juſqu'en
1679. Le cinquiéme, la ſuite de cette
-Vie, juſqu'en 1695.
DE l'exportation & de l'inportation
des grains , Mémoire lû à la Société
-Royale d'Agriculture de Soiſſons, par
M. Dupont, l'un des Aſſociés , avec
cette épigraphe : fluunt imbres , naſci
turaurum. F. Q. A Soiſſons, & ſe trouve
à Paris , chez P. G. Simon , Imprimeur
du Parlement, rue de la Harpe, à l'Her
cule ; avec approbation & privilége du
Roi, 1764; brochure in-8°. de 175
pages.
Il s'agit de prouver les avantages im
menſes que la Nation trouveroit dans
la liberté générale, abſolue & irrévo
cable du commerce extérieur des grains.
Cet écrit nous paroît auſſi ſolide & auſſi
convainquant, que nous le trouvons
E ij
1oo MERCURE DE FRANCE,
clair , précis & méthodique. Par-tout
l'Auteur s'y montre comme un citoyen
zélé, dont toutes les vues n'ont pour
objet que le bien public.
HIsToIRE d'Angleterre, depuis la
deſcente de Jules-Céſar, juſqu'au Trai
té d'Aix-la-Chapelle en 1748, par M.
T. Smolett, M. D. traduite de l'Anglois
par M. Targe, Correſpondant de l'Aca
démie Royale de Marine, & Profeſſeur
de Mathématique à l'Ecole Royale mili
taire; à Orléans, chez J. Rouzeau-Mon- .
taut, & à Paris , chez Deſaint & Sail
lant, rue S. Jean de Beauvais, & chez
Deſpilly , rue S. Jacques, dix-neuf vo
lumes in-12 , avec approbation & pri
vilége du Roi.
On a rendu compte dans le Mercure
du mois de Décembre 176o des quatre
premiers volumes de cet Ouvrage, ce
qu'on auroit continué de faire, ſi on en
avoit eu plutôt la ſuite : il a eu le ſuccès
le plus étonnant dans ſa langue origi
nale. Après pluſieurs éditions qui ont
conſommé plus de dou7e mille exem
plaires , les Libraires de Londres en
annoncent deux nouvelles ſous diffé
rens formats. Cette Hiſtoire eſt la ſeule
qui conduiſe les événemens juſqu'à
J U I N. 1764.
- IO I
notre temps. On continuera à la don
ner pour le prix de quarante-huit livres
reliée, juſqu'à la fin de la préſente an
née , après lequel temps elle ſe vendra
trois livres le volume. On en trouve
des exemplaires à Lyon , chez Bruiſet
Ponthus , & à Rouen , chez la veuve
Dumeſnil.
VIE de Michel de L'Hôpital, Chan
celier de France , à Londres, chez Da
vid Wilſon , & à Paris, chez Debure,
pere, quai des Auguſtins, à l'image S.
Paul , avec permiſſion, 1764, un vol.
in-12. prix , 2 liv. 8 ſols broché.
A juger par l'impreſſion qu'a fait ſur
nous la lecture de cet Ouvrage, nous
croyons qu'on le lira avec le † grand
intérêt. L'Auteur nous repréſente le
Chancelier de L'Hôpital comme un des
perſonnages les plus eſtimables qu'ait
roduit la Nation. Le bien public fut
† qui occupa tous les inſtans de ſa
vie; & pour rendre ſes concitoyens plus
heureux, il ne voulut que les rendre
plus raiſonnables. C'eſt ſous ce point de
vue que l'Hiſtorien enviſage ſon Héros ;
& les détails qu'il offre à ſes Lecteurs
ſont également curieux & inſtructifs.
E iij
',
no2 MERCURE DE FRANCE.
D1ssERTATION adreſſée à nos Sei
gneurs les Evêques, où les jeunes Ex
Jéſuites prouvent qu'ils peuvent en hon
rieur & en ſûreté de conſcience, prêter
les ſermens que les Parlemens exigent
d'eux, brochure in-12 de ſoixante-huit
pages, dont on trouve quelques exem
plaires à Lyon, chez les Libraires aſſo
ciés, & à Paris chez Bauche, quai des
Auguſtins , 1764.
On expoſe d'abord la formule du ſer
ment; on la partage enſuite en pluſieurs
articles ; on fait voir qu'il n'y en a aucun
que les jeunes Jéſuites , c'eſt-à-dire,
ceux qui n'ont pas fait les derniers vœux,
ne puiſſent ſigner. On propoſe les diffé
rentes objections que l'on peut faire
contre cette opinion ; & il nous a paru
qu'on les réfutoit aſſez bien.
RÉFLExIoNs générales ſur l'iſle de
Minorque, ſur ſon climat, ſur la ma
nière de vivre de ſes habitans , & ſur
les maladies qui y regnent , par M.
Claude-François Paſſerat de la Cha
pelle , Conſeiller du Roi, Medecin ci
devant de l'Armée de France dans cette
iſle, Aſſocié-Correſpondant de la So
ciété Royale des Sciences de Montpel
lier , à Paris, chez la veuve d'Houry ,
J U I N. 1764.
: c3
Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'Or
léans, rue S. Severin, près la rue S.
Jacques , avec approbation & permiſ
fion , 1764 , brochure in-12 de 139
pages.
-
A
L'Auteur n'avoit d'abord fait ces ob
ſervations que pour ſa propre inſtruc
· tion ; mais les avantages qu'il en retira
pour fa pratique, lui perſuaderent qu'el
les pourroient être utiles à ceux qui lui
· ſuccéderoient dans la place qu'il occu
poit. Il les rédigea donc par écrit : il y
joignit les réfléxions qu'il avoit faites
ſur les maladies qui lui avoient paru
régner plus particuliérement dans ce
pays, & dépendre de l'expoſition des
lieux, de la nature du ſol & de la ma
nière de vivre de ſes habitans. Il forma
de tout cela l'Ouvrage que nous an
nonçons, & que nous croyons très
utile.
TARIF de la réduction des mon
noies de France & de Lorraine; à Nan
cy, chez Charlot, fils, Imprimeur des
Cours Souveraines , rue S. Nicolas ,
1763 , & à Paris, chez Brocas & Hum
blot, rue S. Jacques , au ChefS. Jean,
petit in-32 de 4o pages.
Ce Livret peut convenir aux Négo
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
cians de France qui ſont dans le cas de
faire le commerce avec les Lorrains.
DIssERTATIoN ſur les dépôts du
ſinus maxillaire , par M. Bourdet, Den
tiſte du Roi , Chirurgien ordinaire ,
Opérateur de Sa Majeſté, &c. A Paris,
de l'imprimerie de Jean-Thomas Hériſ
ſant, Imprimeur du Cabinet du Roi,
avec approbation & permiſſion, 1764,
brochure in-12 de quarante-huit†
M. Sue ,
Chirurgien & Cenſeur
Royal, dit dans ſon Approbation , que
l'Ecrit de M. Bourdet , ſon confrère ,
contient pluſieurs obſervations qui lui
ont paru intéreſſantes & utiles au Pu
blic. Nous nous en tenons à cette déci
ſion d'un homme de l'Art.
MÉMOIRES sur les Matières domaniales,
ou Traité du Domaine, Ouvrage
poſthume de feu M. le Fevre de laPlanche,
Avocat du Roi au Bureau des Finan
ccs, ordinaire en la Chambre du Do
maine ; avec une Préface & des Notes
de l'Editeur.A Paris, chez Deſaint &
o4 MERCURE DE FRANCE.
Saillant , rue S. Jean de Beauvais , &
chez Vincent , rue S. Severin ; avec
Approbation & Privilége du Roi, 1764,
Tome premier in-4°.
Voici le premier Tome d'un Ouvra
ge qui ſera ſuivi de deux autres volu
mes que l'on imprime préſentement,
& qui ſeront délivrés dans le courant
de l'année. Le prix total eſt de 3o liv.
c'eſt-à-dire de 1o liv. chaque volume
en feuille. Les Libraires reçoivent 15
livres en délivrant le premier volume,
& donnent leur engagement de remet
tre à la fin de l'année, pour pareilie
ſomme, les Tomes 2. & 3. Aucun Au
teur n'avoit encore donné ſur les Ma
tières Domaniales des ſecours qui ré
pondiſſent aux deſirs des Juriſconſultes ;
on a lieu de croire par conſéquent que
ce Livre recevra de leur part un ac
cueil favorable. Il contient une érudi
tion abondante; & l'Editeur y a joint
une Préface & des Notes dans leſquel
les il s'eſt propoſé de ſuppléer à ce qui
manquoit pour donner à l'Ouvrage
§ la perfection dont il eſt ſuſcep
tlble.
| INsTRUCTIoNs pour les jeunes Da
mes qui entrent dans le monde ; ſe mar
J U I N. 1764.
95
rient ; leurs devoirs dans cet état & en
vers leurs enfans ; pour ſervir de ſui e
, au magazin des adoleſcentes ; par Ma
dame Leprince de Beaumont ; à Lon
dres , chez Jean Nourſe , libraire du
Roi ; & à Paris , chez Deſaint & Sail
|
lant , rue S. Jean de Beauvais , vis-à-
vis le K ol'ége ; 1764 ; quatre volumes
in-12. petit fcrmat.
·
Madame Leprince de Beaumont tra
vaille depuis douze ans a inſtruire les
enfans & les adoleſcentes ; & tout le
monde ſçait le ſuccès de ſes I ivres auſ
quels elle a toujours donné le titre de
· Magazin. Celui ci qui eſt fait dans le
· même goût, nourroit être intitulé le Ma
gaſin des filles à marier , & ne mérite
pas moins oue les précédens , l'ac
·cueil favorable du Public.
.
, LETTREs d'un A8ionnaire ſur le
Commerce de la Con p gnie des In
des ; à Avignon , 17b4 ; Brochure in
12. de 64 pages.
-
,-
,
-
Ces Lettres traitent 1 °. de l'utilité du
Commerce de la Cempagnie des In
des. 2°. Du parti qu'ont pris quelques
A8tionnaires d'en demander la diſſolu
tion. 3°. De la queſtion s'il ne ſeroit pas
plus avantageux de rendre le Commer
/
-
-
96 MERCURE DE FRANCE.
ce libre, que d'en accorder le privilége
excluſif à une Compagnie. 4°: Sur la
poſſibilité de remonter ce commerce
pour le rendre avantageux à l'Etat &
utile aux citoyens.
LEs Métamorphoſes, Poëme héroï
comique , traduit de l'Allemand de
M. Zacharie. A Paris , chez Four
nier, Libraire , rue de Hurepoix , à
la Providence , 1764; brochure in-12 ,
petit format.
On lit dans la Préface, que le Poëme
dont on donne la traduction, eſt le coup
d'eſſai d'un Auteur que l'Allemagne
met au nombre de ceux qui lui font le
· plus d'honneur. M. Zacharie avoit à
peine dix-huit ans , lorſqu'il publia ces
Métamorphoſes ; & elles furent reçues
avec un applaudiſſement univerſel. C'eſt
une ſatyre enjouée & délicate contre les
Coquettes & les Petits-Maîtres. L'Au
teur a ſçu y répandre le badinage le plus
ingénieux, des alluſions hardies, mais
qui plaiſent par leur vérité , & un co
mique riant, que reléve le contraſte ſin
gulier de ſes comparaiſons.
· LETTRE de Valcour, Officier Fran
gois, à Zetla, jeune Sauvage eſclave à
Conſtantinople ,
(
|
l
J U I N. 1764..
97
Conſtantinople, précédée d'une Lettre
à Madame ***. en France ; 1764, bro
chure in-8°. de 24 p. avec deux petites
vignettes, chez Cailleau , Libraire, rue
Saint Jacques.
-
Nous avons annoncé dans un de nos
Mercures précédens une Lettre de Zéila à
Valcour, par M. Dorat. Un jeune Au
teur qui n'écrit pas encore en proſe &
en vers auſſi-bien que M Dorat, a fait
une réponſe à cette Lettre : mais il n'é-
gale ſon modèle ni par le mérite litté
raire, ni par la dépenſe faite pour l'exé
cution typographique.
PRoSPEcTUs de trois Ouvrages pro
poſés par ſouſcription, dont l'un eſt in
titulé Guide du Commerce : le ſecond ,
Meppemondes , ou Tables pour trouver
la correſpondance des poids , des au
nages & des meſures de continence, qui
ſont en uſage dans l'Europe, l'Aſie ,
l'Afrique & l'Amérique. Le troiſiéme ,
l'Arithmétique démontrée, opérée & ex
pliquée, par M. G*** de L***, né
gociant à Nantes, avec approbation &
privilége du Roi. Le premier formera
deux volumes, l'un in folio & l'autre
in-4°. Le ſecond ſera un volume in-8°,
ainſi que le troiſiéme.
E
93 MERCURE DE FRANCE.
| On aura une connoiſſance exacte de
ce que contiennent ces trois Ouvrages,
en liſant le Proſpectus qui ſe diſtribue à
Paris chez Deſpilly, Libraire , rue S.
Jacques, à la Croix d'or; & à Nantes,
chez la veuve Vatar, haute grande rue.
Nous dirons ſeulement ici, qu'ils nous
paroiſſent devoir intéreſſer tous les Com
merçans,les Banquiers & les Financiers :
ils liront dans le Proſpectus les condi
tions propoſées aux Souſcripteurs, le
prix des Livres, & le tems où ils pour
.ront être délivrés , &c.
HIsToIRE de la Maiſon de Montmo
rency, par M. Déſormeaux ; à Paris ,
. chez Deſaint & Saillant, Libraires, rue
S. Jean de Beauvais, & chez Ducheſne,
rue S. Jacques , 1764, avec approba
tion & privilége du Roi, cinq volumes
, In - I 2.
En attendant que nous faſſions un
ou pluſieurs extraits de cette Hiſtoire
curieuſe , intéreſſante & bien écrite,
nous ne ferons qu'indiquer aujourd'hui
ce que contient chacun des volumes
dont elle eſt compoſée. Le premier ren
ferme la Généalogie de la Maiſon de
Montntcrency, & ſon Hiſtoire depuis
l'année 96o , juſqu'en 1531. Le ſe
cond, la vie du Connétable Anne , &
-
, J U I N. 1764:
99
celle de François, Maréchal de France,
depuis 1494, juſqu'en 1579. Le troi
ſiéme, la Vie de Henri I, Connétable
de France , celle de Charles , Duc d'Am
ville, grand Amiral de France, & celle
de Henri II , Duc de Montmorenci ,
depuis 1 547, juſqu'en 1632. Le qua
· triéme, la Vie de François-Henri de
Montmorenci , Maréchal , Duc de
Luxembourg, depuis 1628 , juſqu'en
1679. Le cinquiéme, la ſuite de cette
-Vie, juſqu'en 1695.
DE l'exportation & de l'inportation
des grains , Mémoire lû à la Société
-Royale d'Agriculture de Soiſſons, par
M. Dupont, l'un des Aſſociés , avec
cette épigraphe : fluunt imbres , naſci
turaurum. F. Q. A Soiſſons, & ſe trouve
à Paris , chez P. G. Simon , Imprimeur
du Parlement, rue de la Harpe, à l'Her
cule ; avec approbation & privilége du
Roi, 1764; brochure in-8°. de 175
pages.
Il s'agit de prouver les avantages im
menſes que la Nation trouveroit dans
la liberté générale, abſolue & irrévo
cable du commerce extérieur des grains.
Cet écrit nous paroît auſſi ſolide & auſſi
convainquant, que nous le trouvons
E ij
1oo MERCURE DE FRANCE,
clair , précis & méthodique. Par-tout
l'Auteur s'y montre comme un citoyen
zélé, dont toutes les vues n'ont pour
objet que le bien public.
HIsToIRE d'Angleterre, depuis la
deſcente de Jules-Céſar, juſqu'au Trai
té d'Aix-la-Chapelle en 1748, par M.
T. Smolett, M. D. traduite de l'Anglois
par M. Targe, Correſpondant de l'Aca
démie Royale de Marine, & Profeſſeur
de Mathématique à l'Ecole Royale mili
taire; à Orléans, chez J. Rouzeau-Mon- .
taut, & à Paris , chez Deſaint & Sail
lant, rue S. Jean de Beauvais, & chez
Deſpilly , rue S. Jacques, dix-neuf vo
lumes in-12 , avec approbation & pri
vilége du Roi.
On a rendu compte dans le Mercure
du mois de Décembre 176o des quatre
premiers volumes de cet Ouvrage, ce
qu'on auroit continué de faire, ſi on en
avoit eu plutôt la ſuite : il a eu le ſuccès
le plus étonnant dans ſa langue origi
nale. Après pluſieurs éditions qui ont
conſommé plus de dou7e mille exem
plaires , les Libraires de Londres en
annoncent deux nouvelles ſous diffé
rens formats. Cette Hiſtoire eſt la ſeule
qui conduiſe les événemens juſqu'à
J U I N. 1764.
- IO I
notre temps. On continuera à la don
ner pour le prix de quarante-huit livres
reliée, juſqu'à la fin de la préſente an
née , après lequel temps elle ſe vendra
trois livres le volume. On en trouve
des exemplaires à Lyon , chez Bruiſet
Ponthus , & à Rouen , chez la veuve
Dumeſnil.
VIE de Michel de L'Hôpital, Chan
celier de France , à Londres, chez Da
vid Wilſon , & à Paris, chez Debure,
pere, quai des Auguſtins, à l'image S.
Paul , avec permiſſion, 1764, un vol.
in-12. prix , 2 liv. 8 ſols broché.
A juger par l'impreſſion qu'a fait ſur
nous la lecture de cet Ouvrage, nous
croyons qu'on le lira avec le † grand
intérêt. L'Auteur nous repréſente le
Chancelier de L'Hôpital comme un des
perſonnages les plus eſtimables qu'ait
roduit la Nation. Le bien public fut
† qui occupa tous les inſtans de ſa
vie; & pour rendre ſes concitoyens plus
heureux, il ne voulut que les rendre
plus raiſonnables. C'eſt ſous ce point de
vue que l'Hiſtorien enviſage ſon Héros ;
& les détails qu'il offre à ſes Lecteurs
ſont également curieux & inſtructifs.
E iij
',
no2 MERCURE DE FRANCE.
D1ssERTATION adreſſée à nos Sei
gneurs les Evêques, où les jeunes Ex
Jéſuites prouvent qu'ils peuvent en hon
rieur & en ſûreté de conſcience, prêter
les ſermens que les Parlemens exigent
d'eux, brochure in-12 de ſoixante-huit
pages, dont on trouve quelques exem
plaires à Lyon, chez les Libraires aſſo
ciés, & à Paris chez Bauche, quai des
Auguſtins , 1764.
On expoſe d'abord la formule du ſer
ment; on la partage enſuite en pluſieurs
articles ; on fait voir qu'il n'y en a aucun
que les jeunes Jéſuites , c'eſt-à-dire,
ceux qui n'ont pas fait les derniers vœux,
ne puiſſent ſigner. On propoſe les diffé
rentes objections que l'on peut faire
contre cette opinion ; & il nous a paru
qu'on les réfutoit aſſez bien.
RÉFLExIoNs générales ſur l'iſle de
Minorque, ſur ſon climat, ſur la ma
nière de vivre de ſes habitans , & ſur
les maladies qui y regnent , par M.
Claude-François Paſſerat de la Cha
pelle , Conſeiller du Roi, Medecin ci
devant de l'Armée de France dans cette
iſle, Aſſocié-Correſpondant de la So
ciété Royale des Sciences de Montpel
lier , à Paris, chez la veuve d'Houry ,
J U I N. 1764.
: c3
Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'Or
léans, rue S. Severin, près la rue S.
Jacques , avec approbation & permiſ
fion , 1764 , brochure in-12 de 139
pages.
-
A
L'Auteur n'avoit d'abord fait ces ob
ſervations que pour ſa propre inſtruc
· tion ; mais les avantages qu'il en retira
pour fa pratique, lui perſuaderent qu'el
les pourroient être utiles à ceux qui lui
· ſuccéderoient dans la place qu'il occu
poit. Il les rédigea donc par écrit : il y
joignit les réfléxions qu'il avoit faites
ſur les maladies qui lui avoient paru
régner plus particuliérement dans ce
pays, & dépendre de l'expoſition des
lieux, de la nature du ſol & de la ma
nière de vivre de ſes habitans. Il forma
de tout cela l'Ouvrage que nous an
nonçons, & que nous croyons très
utile.
TARIF de la réduction des mon
noies de France & de Lorraine; à Nan
cy, chez Charlot, fils, Imprimeur des
Cours Souveraines , rue S. Nicolas ,
1763 , & à Paris, chez Brocas & Hum
blot, rue S. Jacques , au ChefS. Jean,
petit in-32 de 4o pages.
Ce Livret peut convenir aux Négo
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
cians de France qui ſont dans le cas de
faire le commerce avec les Lorrains.
DIssERTATIoN ſur les dépôts du
ſinus maxillaire , par M. Bourdet, Den
tiſte du Roi , Chirurgien ordinaire ,
Opérateur de Sa Majeſté, &c. A Paris,
de l'imprimerie de Jean-Thomas Hériſ
ſant, Imprimeur du Cabinet du Roi,
avec approbation & permiſſion, 1764,
brochure in-12 de quarante-huit†
M. Sue ,
Chirurgien & Cenſeur
Royal, dit dans ſon Approbation , que
l'Ecrit de M. Bourdet , ſon confrère ,
contient pluſieurs obſervations qui lui
ont paru intéreſſantes & utiles au Pu
blic. Nous nous en tenons à cette déci
ſion d'un homme de l'Art.
Fermer
Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En juin 1764, le Mercure de France présente divers ouvrages. Parmi eux, les 'Mémoires sur les Matières domaniales' de M. le Fevre de la Planche, un traité juridique en trois volumes destiné aux jurisconsultes, complété par des notes et une préface de l'éditeur. 'Instructions pour les jeunes Dames qui entrent dans le monde' de Madame Leprince de Beaumont est un guide en quatre volumes pour les adolescentes. Les 'Lettres d'un Actionnaire sur le Commerce de la Compagnie des Indes' abordent l'utilité du commerce de la compagnie et la liberté du commerce. Le poème 'Les Métamorphoses' de M. Zacharie est une satire traduite de l'allemand. La 'Lettre de Valcour' répond à une lettre de M. Dorat mais ne atteint pas son mérite littéraire. Trois ouvrages à paraître sont également annoncés : 'Guide du Commerce', 'Mappemondes', et 'l'Arithmétique démontrée'. L''Histoire de la Maison de Montmorency' par M. Désormeaux, en cinq volumes, couvre la généalogie et l'histoire de cette famille de 960 au XVIe siècle. D'autres publications incluent une histoire des connétables de France de 1494 à 1695, ainsi que des biographies de personnalités telles que Henri Ier, Charles d'Amville, et François-Henri de Montmorency. Un mémoire sur l'exportation et l'importation des grains plaide pour la liberté du commerce extérieur des grains. Une histoire de l'Angleterre, traduite par M. Targe, couvre la période de Jules César au traité d'Aix-la-Chapelle en 1748. La vie de Michel de L'Hôpital, chancelier de France, est présentée comme un ouvrage intéressant. Une dissertation des jeunes Jésuites s'adresse aux évêques pour prouver qu'ils peuvent prêter les serments exigés par les Parlements sans compromettre leur honneur. Enfin, des réflexions sur l'île de Minorque, son climat et les maladies y régnant, rédigées par M. Claude-François Passerat de la Chapelle, sont jugées utiles pour les praticiens médicaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2878
p. 195-200
« Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
Début :
Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Assemblée, Ouvrages, Régiments, Gardes françaises, Services, Honneur, Officiers, Soldats, Ordonnance, Compagnies, Bataillons, Capitaines, Soldes, Uniforme, Règlement, Commandant, Loterie de l'école royale militaire, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Numéros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
L, 24 Février, l'Académie Royale de Peinture ,
& de Sculpture tint une Aſſem blée & reçut au
nombre des Aggrégés le ſieur Prince, Peintre
de l'Impératrice de Ruſſie, connu par différens
Onvrages qui lui ont acquis de la r lutation
I ij -
196 MERCURE DE FRANCE.
|
dans cette Cour , ainſi que dans celle de
Vienne & de Warſovie. Il a préſenté a l'Aca
démie quatre Tableaux & plufieurs deſſeins qui
ont mérité les ſuffrages de tous les Membres.
Le ſieur Briſſon, dc l'Académie Royale des
Sciences , commencera , le 14 de ce mois, un
cours de phyſique expérimentale , dans la Salie
des Machines au Collége de Navarre, & le
continuera les Lundis, Mercredis & Vendredis
de chaque ſemaine.
Sa Majeſté voulant donner au Régiment des
Gardes Françoiſes des marques de la ſatisfac
tion qu'Elle a des ſervices diſtingués que ce
Corps a rendus dans tous les temps & dans tou
tes les circonſtances , & lui régler en même
temps un traitement qui réponde à l'honneur
qu'il a d'être affecté d'une manière particulière
à la garde de ſa Perſonne, a réſolu de lui fi
xer une conſtitution ſolide & invariable, & d'ac
corder, tant aux Officiers qu'aux Soldats une
· augmentation de traitement. En conſéquence,
Sà Majeſté a rendu une Ordonnance, en date
du 29 Janvier dernier, ſuivant laquelle ce Ré
· giment continuera d'être compoſé de trois com
pagnies de Grenadiers & de trente compagnies de
Fuſiliers, leſquelles formeront ſix bataillons,
compoſé chacun d'une demie-compagnie de Gre
nadiers & de cinq compagnies de Fuſiliers.Chaque
compagnie de Grenadiers ſera commandée en
tout temps par un Capitaine , deux Lieutenans,
deux Sous-Lieutenans, & deux Enſeignes à Pique ;
& compoſée de quatre Sergens, d'un Sergent
d'Armes, d'un Sergent-Fourrier, de huit Capo
raux, d'un Caporal Aide-Fourrier, d'un Caporal
Aide-Magaſinier , de huit Appointés, d'un Ap
pointé-Aide-Magaſinier , d'un Appointé-Chirur
gien, de quatre-vingt Grenadiers & de quatre
J U I N. 1764. 1q7
Tambours. Chaque compagnie de Fuſiliers ſera
commandée en tout temps par un Capitaine, un
Lieutenant, deux Sous-Lieutenans, un Enſeigne
à Picque & une Enſeigne à Drapeau, & compoſée
en temps de paix, de quatre Sergens, d'un Sér
gent-d'Armes, d'un Sergent-Fourier, de huit Ca
poraux, d'un Caporal-Porte-Drapeau , d'un Ca
poral-Magaſinier , d'un Caporal-aide-Fourrier ,
d'un Caporal-Canonnier, de huit Appointés, d'un
Appointé-Aide-Magaſinier, d'un Appointé-Chi
rurgien , de denx Appointés-Apprentifs Canon
niers, de ſoixante - ſeize Fuſiliers & de quatre
Tambours: l'Etat-Major ſera compoſé d'un Colo
nel, d'un Lieutenant-Colonel, d'un Major, de
ſept Aides-Major , de ſept Sous-Aides Major, de
deux Sergens d'Ordre, dun Tambour-Major, de
deux Sous-Tambours-Majors, de deux Commiſ
ſaires, d'un Maréchal-des-Logis, d'un Aumônier,
de deux Chirurgiens Majors, d'un Prevôt, d'un
Lieutenant de Prévôt, d'un Greffier, d'un Juge-Au
diteur des Bandes, d'un Médecin, d'un Aide-Mé
decin, d'un Apothicaire, de douze Archers, d'un
Exécuteur & de ſeize Muſiciens.La même Ordon
nance aſſigne les fonctions de chacun des Officiers
& Bas-Officiers, & porte divers Réglemens ſur le
choix des Sergens & autres. Le terme des engage
mens ſera fixé à huit ans. Les Soldats qui, après
avoir ſetvi ſeize ans, ſe retireront chez eux & non
ailleurs, y toucheront la moitié de leur ſolde,
indépendamment d'un habit de l'uniforme qui
leur ſera délivré tous les huit ans : ceux qui
auront ſervi vingt-quatre ans auront le choix, ou
d'être reçus à l'Hôtel des Invalides ou de ſe retirer
chez eux & non ailleurs, avec leur ſolde entiere &
il leur ſera délivré tous les ſix ans un habit de l'uniforme.
Les appointemens & ſolde ſeront payés à
I iij
r98 MERCURE DE FRANCE.
fp
l'avenir aux Officiers & Soldats de la maniere ſui
vante. CoMPAGNIE DE GRENADIERs. Capitaine,
12 , ooo , liv. par an en tout temps ; Lieutenant ,
4, ooo : Sous-Lieutenant, 2 , ooo ; Enſeigne, r ,
zoe ; Sergent d'Armes, 85o ; Sergent-Fourrier ,
75 o ; Sergent, 6oo ; Caporal , 2 16 , Appointé,
Aide-Magafinier & Chirurgien, 19 3 ; Tambour,
2 1 6 ; Grenadiers, 18o. CoMPAGNIEs DE FUs1
LIERs. Capitaine, 11 ooo liv. Lieutenant, 3 , ooo ;
premier Sous-Lieutenant, 1 , 5oo; ſecond Sous
Lieutenant, 1 , 2oe ; Enſeigne à Pique, 8oo ;
Fnſeigne à Drapeau, 66o ;Sergent d'Armes, 8oo,
Sergent Fourrier, 7oo; Sergent, 54o ; Caporal,
Porte-Drapeau, Magaſinier , Aide-Fourrier &
Canonnier, 198 ; Appointé, Aide-Magaſinier,
Chirurgien & Apprentif-Canonnier, 18o ; Tam
bour, 193; Fuſilier, 162. ETAT-MAJoR. Colonel,
7o, coe liv. Lieutenant-Colonel, indépendam
ment de ſes appointemens de Capitaine, 11,75o ;
Major, 18, ooo ; premier Aide-Major, 5 , eoo ;
Aide Major,4 , 5oo; Sous-Aide-Major, 2 , 5oo,
Capitaine-Appointé, 1, 5oo; Sergent d'Ordre, 1,
2 oc;Tambour-Major, 8oo Sous-Tambour Major,
36o. Aumônier, 1 , ooo; Chirurgien Major, 1, ooo
Commifſaire des Guerres ayant la Police, 1 o,
287 ; ſecond Commiſſaire, 6 , 35 o ; Maréchal
des-Logis, 3 , ooo , Prevôt, 3 , 639 , Lieutenant
de Prevôt, 8oo , Greffier, 45 ° ; Juge-Auditeur
des Bandes, 6oo ; Archer, zoo , Exécuteur, 1 5o ;
Médecin, 8oo, Aide-Médecin, 5co; Apothicaire,
6oo ; Muſicien , 1 , 5oo. Les Capitaines ſeront à
l'avenir déchargés du ſoin de faire des recrues :
l'Etat-Major en ſera chargé pour toutes les com
pagnies moyennant 12oliv. par homme,les hom
mes ne ſeront agréés qu'autant qu'ils auront
moins de vingt-cinq ans & cinq pieds quatre pou
ces de taille , & qu'ils produiront un certificat
J U I N. 1764. 199
de bonnes moeurs & de domicile : ils prêteront
ſerment entre les mains du Major à la tête du Ré
giment en bataille ſur les Drapeaux qui ſeront
réunis à cet effet: là ils jureront d'obéir aux or
dre de leurs Officiers & Bas-Officiers, de ne jamais
déſerter, de ne jamais quitter leurs Drapeaux ſous
quelque prétexte que ce ſoit, & étant particuliere
ment deſtinés à l'honneur de garder Sa Majeſté,
ils promettront de la fervir avec zéle & fidélité,
& de veiller à ſa conſervation au péril de leur vie
Le Colonel ſeul ſera chargé de donner les congés
abſolus. Au moyen du nouveau traitement, les
penſions d'ancienneté & les gratifications atta
chées aux charges ſeront ſupprimées. En temps
de guerre ſeulement, la ſomme de 4 , ooo liv.
continuera d'être payée au Commandant du
Régiment, lorſqu'il fera la campagne en qualité
de Commandant de la brigade , ainſi que la ſom
me de, 1 , 5oo liv. à chacun de quatre Capitaines
Appointés dans la colonne des Capitaines. Le Ré
giment ſera caſerné dans trois ou ſix corps de
caſernes. A commencer du 1 Avril prochain , jour
fixé pour la nouvelle compoſition, les Capitaines
ſeront déchargés du ſoin des logemens dans les
différens quartiers de Paris : le Colonel en de
meurera ſeul chargé, ainſi que de la Police & de
la diſcipline des caſernes & de l'habillement &
uniforme du Régiment. Le Roi donne au Colonel
ſeul le pouvoir d'accorder aux Soldats de leur
compagnie la permiſſion de travailler dans Paris,
de ſe marier & de s'abſenter par congé ou autre
ment : le Régiment continuera de jouir de tous
ſes anciens Priviléges & prérogatives.
Le trente - huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait le 24 Mars, en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
I iv .
2oo MERCURE DE FRANCE.
livres eſt échu au numéro 13765, celui de vingr
mille livres au numéro 13 573 , & les deux de
dix mille livres aux numéres 1891 & 12 694.
Le 5 du même mois , on a tiré la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire, les numéros ſortis
de la roue de fortune ſont 48 , 5 , 3o , 46, 36,
& de Sculpture tint une Aſſem blée & reçut au
nombre des Aggrégés le ſieur Prince, Peintre
de l'Impératrice de Ruſſie, connu par différens
Onvrages qui lui ont acquis de la r lutation
I ij -
196 MERCURE DE FRANCE.
|
dans cette Cour , ainſi que dans celle de
Vienne & de Warſovie. Il a préſenté a l'Aca
démie quatre Tableaux & plufieurs deſſeins qui
ont mérité les ſuffrages de tous les Membres.
Le ſieur Briſſon, dc l'Académie Royale des
Sciences , commencera , le 14 de ce mois, un
cours de phyſique expérimentale , dans la Salie
des Machines au Collége de Navarre, & le
continuera les Lundis, Mercredis & Vendredis
de chaque ſemaine.
Sa Majeſté voulant donner au Régiment des
Gardes Françoiſes des marques de la ſatisfac
tion qu'Elle a des ſervices diſtingués que ce
Corps a rendus dans tous les temps & dans tou
tes les circonſtances , & lui régler en même
temps un traitement qui réponde à l'honneur
qu'il a d'être affecté d'une manière particulière
à la garde de ſa Perſonne, a réſolu de lui fi
xer une conſtitution ſolide & invariable, & d'ac
corder, tant aux Officiers qu'aux Soldats une
· augmentation de traitement. En conſéquence,
Sà Majeſté a rendu une Ordonnance, en date
du 29 Janvier dernier, ſuivant laquelle ce Ré
· giment continuera d'être compoſé de trois com
pagnies de Grenadiers & de trente compagnies de
Fuſiliers, leſquelles formeront ſix bataillons,
compoſé chacun d'une demie-compagnie de Gre
nadiers & de cinq compagnies de Fuſiliers.Chaque
compagnie de Grenadiers ſera commandée en
tout temps par un Capitaine , deux Lieutenans,
deux Sous-Lieutenans, & deux Enſeignes à Pique ;
& compoſée de quatre Sergens, d'un Sergent
d'Armes, d'un Sergent-Fourrier, de huit Capo
raux, d'un Caporal Aide-Fourrier, d'un Caporal
Aide-Magaſinier , de huit Appointés, d'un Ap
pointé-Aide-Magaſinier , d'un Appointé-Chirur
gien, de quatre-vingt Grenadiers & de quatre
J U I N. 1764. 1q7
Tambours. Chaque compagnie de Fuſiliers ſera
commandée en tout temps par un Capitaine, un
Lieutenant, deux Sous-Lieutenans, un Enſeigne
à Picque & une Enſeigne à Drapeau, & compoſée
en temps de paix, de quatre Sergens, d'un Sér
gent-d'Armes, d'un Sergent-Fourier, de huit Ca
poraux, d'un Caporal-Porte-Drapeau , d'un Ca
poral-Magaſinier , d'un Caporal-aide-Fourrier ,
d'un Caporal-Canonnier, de huit Appointés, d'un
Appointé-Aide-Magaſinier, d'un Appointé-Chi
rurgien , de denx Appointés-Apprentifs Canon
niers, de ſoixante - ſeize Fuſiliers & de quatre
Tambours: l'Etat-Major ſera compoſé d'un Colo
nel, d'un Lieutenant-Colonel, d'un Major, de
ſept Aides-Major , de ſept Sous-Aides Major, de
deux Sergens d'Ordre, dun Tambour-Major, de
deux Sous-Tambours-Majors, de deux Commiſ
ſaires, d'un Maréchal-des-Logis, d'un Aumônier,
de deux Chirurgiens Majors, d'un Prevôt, d'un
Lieutenant de Prévôt, d'un Greffier, d'un Juge-Au
diteur des Bandes, d'un Médecin, d'un Aide-Mé
decin, d'un Apothicaire, de douze Archers, d'un
Exécuteur & de ſeize Muſiciens.La même Ordon
nance aſſigne les fonctions de chacun des Officiers
& Bas-Officiers, & porte divers Réglemens ſur le
choix des Sergens & autres. Le terme des engage
mens ſera fixé à huit ans. Les Soldats qui, après
avoir ſetvi ſeize ans, ſe retireront chez eux & non
ailleurs, y toucheront la moitié de leur ſolde,
indépendamment d'un habit de l'uniforme qui
leur ſera délivré tous les huit ans : ceux qui
auront ſervi vingt-quatre ans auront le choix, ou
d'être reçus à l'Hôtel des Invalides ou de ſe retirer
chez eux & non ailleurs, avec leur ſolde entiere &
il leur ſera délivré tous les ſix ans un habit de l'uniforme.
Les appointemens & ſolde ſeront payés à
I iij
r98 MERCURE DE FRANCE.
fp
l'avenir aux Officiers & Soldats de la maniere ſui
vante. CoMPAGNIE DE GRENADIERs. Capitaine,
12 , ooo , liv. par an en tout temps ; Lieutenant ,
4, ooo : Sous-Lieutenant, 2 , ooo ; Enſeigne, r ,
zoe ; Sergent d'Armes, 85o ; Sergent-Fourrier ,
75 o ; Sergent, 6oo ; Caporal , 2 16 , Appointé,
Aide-Magafinier & Chirurgien, 19 3 ; Tambour,
2 1 6 ; Grenadiers, 18o. CoMPAGNIEs DE FUs1
LIERs. Capitaine, 11 ooo liv. Lieutenant, 3 , ooo ;
premier Sous-Lieutenant, 1 , 5oo; ſecond Sous
Lieutenant, 1 , 2oe ; Enſeigne à Pique, 8oo ;
Fnſeigne à Drapeau, 66o ;Sergent d'Armes, 8oo,
Sergent Fourrier, 7oo; Sergent, 54o ; Caporal,
Porte-Drapeau, Magaſinier , Aide-Fourrier &
Canonnier, 198 ; Appointé, Aide-Magaſinier,
Chirurgien & Apprentif-Canonnier, 18o ; Tam
bour, 193; Fuſilier, 162. ETAT-MAJoR. Colonel,
7o, coe liv. Lieutenant-Colonel, indépendam
ment de ſes appointemens de Capitaine, 11,75o ;
Major, 18, ooo ; premier Aide-Major, 5 , eoo ;
Aide Major,4 , 5oo; Sous-Aide-Major, 2 , 5oo,
Capitaine-Appointé, 1, 5oo; Sergent d'Ordre, 1,
2 oc;Tambour-Major, 8oo Sous-Tambour Major,
36o. Aumônier, 1 , ooo; Chirurgien Major, 1, ooo
Commifſaire des Guerres ayant la Police, 1 o,
287 ; ſecond Commiſſaire, 6 , 35 o ; Maréchal
des-Logis, 3 , ooo , Prevôt, 3 , 639 , Lieutenant
de Prevôt, 8oo , Greffier, 45 ° ; Juge-Auditeur
des Bandes, 6oo ; Archer, zoo , Exécuteur, 1 5o ;
Médecin, 8oo, Aide-Médecin, 5co; Apothicaire,
6oo ; Muſicien , 1 , 5oo. Les Capitaines ſeront à
l'avenir déchargés du ſoin de faire des recrues :
l'Etat-Major en ſera chargé pour toutes les com
pagnies moyennant 12oliv. par homme,les hom
mes ne ſeront agréés qu'autant qu'ils auront
moins de vingt-cinq ans & cinq pieds quatre pou
ces de taille , & qu'ils produiront un certificat
J U I N. 1764. 199
de bonnes moeurs & de domicile : ils prêteront
ſerment entre les mains du Major à la tête du Ré
giment en bataille ſur les Drapeaux qui ſeront
réunis à cet effet: là ils jureront d'obéir aux or
dre de leurs Officiers & Bas-Officiers, de ne jamais
déſerter, de ne jamais quitter leurs Drapeaux ſous
quelque prétexte que ce ſoit, & étant particuliere
ment deſtinés à l'honneur de garder Sa Majeſté,
ils promettront de la fervir avec zéle & fidélité,
& de veiller à ſa conſervation au péril de leur vie
Le Colonel ſeul ſera chargé de donner les congés
abſolus. Au moyen du nouveau traitement, les
penſions d'ancienneté & les gratifications atta
chées aux charges ſeront ſupprimées. En temps
de guerre ſeulement, la ſomme de 4 , ooo liv.
continuera d'être payée au Commandant du
Régiment, lorſqu'il fera la campagne en qualité
de Commandant de la brigade , ainſi que la ſom
me de, 1 , 5oo liv. à chacun de quatre Capitaines
Appointés dans la colonne des Capitaines. Le Ré
giment ſera caſerné dans trois ou ſix corps de
caſernes. A commencer du 1 Avril prochain , jour
fixé pour la nouvelle compoſition, les Capitaines
ſeront déchargés du ſoin des logemens dans les
différens quartiers de Paris : le Colonel en de
meurera ſeul chargé, ainſi que de la Police & de
la diſcipline des caſernes & de l'habillement &
uniforme du Régiment. Le Roi donne au Colonel
ſeul le pouvoir d'accorder aux Soldats de leur
compagnie la permiſſion de travailler dans Paris,
de ſe marier & de s'abſenter par congé ou autre
ment : le Régiment continuera de jouir de tous
ſes anciens Priviléges & prérogatives.
Le trente - huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait le 24 Mars, en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
I iv .
2oo MERCURE DE FRANCE.
livres eſt échu au numéro 13765, celui de vingr
mille livres au numéro 13 573 , & les deux de
dix mille livres aux numéres 1891 & 12 694.
Le 5 du même mois , on a tiré la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire, les numéros ſortis
de la roue de fortune ſont 48 , 5 , 3o , 46, 36,
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Résumé : « Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
Le 24 février, l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture a accueilli le sieur Prince, peintre de l'Impératrice de Russie, parmi les agrégés. Il a présenté quatre tableaux et plusieurs dessins, appréciés par les membres de l'Académie. Le sieur Brisson, de l'Académie Royale des Sciences, débutera un cours de physique expérimentale le 14 du mois suivant, les lundis, mercredis et vendredis au Collège de Navarre. Sa Majesté a exprimé sa satisfaction envers le Régiment des Gardes Françaises pour ses services distingués. Elle a décidé d'accorder une augmentation de traitement aux officiers et soldats, et a rendu une ordonnance le 29 janvier pour réorganiser le régiment. Ce dernier sera composé de trois compagnies de grenadiers et de trente compagnies de fusiliers, formant six bataillons. L'ordonnance précise la composition et les fonctions de chaque grade, ainsi que les conditions de service et les retraites. Les soldats ayant servi seize ans recevront la moitié de leur solde s'ils se retirent chez eux, tandis que ceux ayant servi vingt-quatre ans pourront choisir entre l'Hôtel des Invalides ou une retraite avec solde complète. Les traitements des officiers et soldats sont détaillés, et les capitaines seront déchargés du recrutement, remplacé par l'État-Major. Les nouvelles recrues devront avoir moins de vingt-cinq ans et une taille minimale de cinq pieds quatre pouces, avec un certificat de bonnes mœurs et de domicile. Le régiment continuera de jouir de ses anciens privilèges et prérogatives. Le 24 mars, le trente-huitième tirage de la Loterie de l'Hôtel de Ville a attribué un lot de cinquante mille livres au numéro 13765, un lot de vingt mille livres au numéro 13573, et deux lots de dix mille livres aux numéros 1891 et 12694. Le 5 mars, la Loterie de l'École Royale Militaire a également eu lieu.
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2879
p. 154-157
De WARSOVIE, le 17 Mars 1764.
Début :
L'Ambassadeur de France ayant reçu un Courier extraordinaire de sa Cour [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Courrier, Vacance du trône, Roi de Pologne, Déclaration, Nation, République, Candidats, Couronne, Alliés
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texteReconnaissance textuelle : De WARSOVIE, le 17 Mars 1764.
De WARSOVIE , le 17 Mars 1764.
L'AMBASSADEUR de France ayant reçu un Cou
Tier extraordinaire de la Cour avec des dépêches
importantes touchant les affaires préfentes de ce
Royaume , s'eft rendu hier chez le Primat , & lui
a remis , au nom du Roi fon Maître , la Déclarasionfuivante.
JUILLET. 1764. ISS
La vacance du Trône eft l'événement le plus
important qui puiſſe arriver dans un Royaume
» Electif , & c'eſt dans une occafion fi effentielle
» que le Roi s'eft empreffé de donner à la Nation
» Polonoife de nouvelles affurances de fon amitié
» & de l'intérêt véritable qu'il prend à la gloire
» à la profpérité de cette République. Les Ambaſſa--
» deurs & les Miniftres de France dans toutes les
» Cours Etrangères,& fpécialement le Marquis de
Paulmy à Warfovie , on été chargés de faire
→ connoître › par des Déclarations verbales
quelles font les difpofitions du Roi à l'égard
» de l'élection future d'un Roi de Pologne. Mais
» Sa Majeſté ne voulant pas qu'il puiffe y avoir le
» moindre doute fur la pureté de les intentions
» & ne craignant pas de mettre au grand jour
fes vrais fentimens , a cru devoir les manifefter
par une Déclaration formelle & authentique.
» Le Roi déclaré donc de la manière la plus
>> précife & la plus folemnellé , qu'il ne confidére
» dans cette occafion que les avantages de la Ré-
» publique;qu'il ne forme d'autre voeu, & n'a dau--
> tre defir que devoir la Nation Polonoiſe main-
» tenue dans tous fes droits,dans toutes les poffef
» fions , dans toutes fes libertés , & fpécialement
2
dans la plus précieuſe de ſes prérogatives , celle
» de fe donner un Roi par une élection libre & un *
>> choix volontaire ; qu'animé de ces fentimens &
» d'un véritable intérêt pour une Nation ancienne
5s Alliée de fa Couronne , il remplira à fon égard
» tout ce que peuvent exiger de lui la juſtice , les
> traités & les noeuds mutuels de l'amitié;qu'enfin
sil l'affiftera par tous les moyens qui feront en fon
pouvoir , fi , contre toute attente , elle étoit
troublée dans l'exercice de les droits légitimes ,
& qu'elle peut compter fur fes fecours & les
G✨vj
156 MERCURE DE FRANCE.
לכ
» requérir en toute affurance , fi les priviléges de
" la Nation Polonoife étoient violés : mais Sa
» Majeſté a lieu de croire qu'un pareil cas ne sçau-
» roit exifter , puifque les Puillances voisines ont
» également déclaré , de la manière la plus folem-
» nelle, qu'elles étoient conftamment réfolues de
» maintenir la République dans fon état actuel .
ג כ
fes loix , fes libertés , ainfi que dans les pof-
" feffions , & qu'elles ne fouffriroient pas qu'elle
» éprouvât aucun préjudice de la part de qui que
» ce foit , & que ces libertés fudent gênées par les
Cours Etrangères. Des Déclarations fi préciſes ,
>> fi uniformes & fi équitables annoncent claire-
>> ment à la Nation Polonoife qu'elle peut uſer
30
de fes droits dans toute leur étendue , & qu'elle
››› n'a pas à craindre de voir ſes libertés & fon territoire
violés par l'introduction d'aucune troupe
» étrangère.
30
DO
» A l'égard des différens Candidats qui peuvent
afpirer au Trône de Pologne , S.M. n'en recom-
» mande & n'en indique aucun.Elle eſt encore plus
éloignée de donner des exclufions, puiſque ce le-
>> roit agircontre fesprincipes ,& attenter à la liberté
os des Polonois; & même Elle s'abftiendra de donner
des confeils fur une matière auffi délicate , étant
bien perfuadée que la République eft trop
p éclairée fur les vrais intérêts ,pour ne pas préférer
» le Candidat qui fera le plus en état de la gou-
» verner avec justice & avec éclat. La Pologne
» compte des grands hommes parmi les Rois
>> Piaftes ; plufieurs Maifons Souveraines lui en
» ont fourni d'auffi célébres par leurs actions qu'il-
>> luftres par leur naiffance. C'eft à la Nation elle-
>> même de déterminer fon choix en conſultant ſa
propre convenance , fans égard à des influences
étrangères , & Sa Majefté déclare qu'elle re
JUILLET. 1764. 147
>> connoîtra pour Roi de Pologne & pour Allié de
» fa Couronne , que même Elle foutiendra & pro-
» tégera quiconque fera élûpar le choix libre de la
» Nation & conformément aux loix & aux conf-
> titutions du Pays.
Le même jour , le Comte de Mercy , Ambaffadeur
de Leurs Majeſtés Impériales , remit au
Primat une Déclaration à-peu-près pareille.
L'AMBASSADEUR de France ayant reçu un Cou
Tier extraordinaire de la Cour avec des dépêches
importantes touchant les affaires préfentes de ce
Royaume , s'eft rendu hier chez le Primat , & lui
a remis , au nom du Roi fon Maître , la Déclarasionfuivante.
JUILLET. 1764. ISS
La vacance du Trône eft l'événement le plus
important qui puiſſe arriver dans un Royaume
» Electif , & c'eſt dans une occafion fi effentielle
» que le Roi s'eft empreffé de donner à la Nation
» Polonoife de nouvelles affurances de fon amitié
» & de l'intérêt véritable qu'il prend à la gloire
» à la profpérité de cette République. Les Ambaſſa--
» deurs & les Miniftres de France dans toutes les
» Cours Etrangères,& fpécialement le Marquis de
Paulmy à Warfovie , on été chargés de faire
→ connoître › par des Déclarations verbales
quelles font les difpofitions du Roi à l'égard
» de l'élection future d'un Roi de Pologne. Mais
» Sa Majeſté ne voulant pas qu'il puiffe y avoir le
» moindre doute fur la pureté de les intentions
» & ne craignant pas de mettre au grand jour
fes vrais fentimens , a cru devoir les manifefter
par une Déclaration formelle & authentique.
» Le Roi déclaré donc de la manière la plus
>> précife & la plus folemnellé , qu'il ne confidére
» dans cette occafion que les avantages de la Ré-
» publique;qu'il ne forme d'autre voeu, & n'a dau--
> tre defir que devoir la Nation Polonoiſe main-
» tenue dans tous fes droits,dans toutes les poffef
» fions , dans toutes fes libertés , & fpécialement
2
dans la plus précieuſe de ſes prérogatives , celle
» de fe donner un Roi par une élection libre & un *
>> choix volontaire ; qu'animé de ces fentimens &
» d'un véritable intérêt pour une Nation ancienne
5s Alliée de fa Couronne , il remplira à fon égard
» tout ce que peuvent exiger de lui la juſtice , les
> traités & les noeuds mutuels de l'amitié;qu'enfin
sil l'affiftera par tous les moyens qui feront en fon
pouvoir , fi , contre toute attente , elle étoit
troublée dans l'exercice de les droits légitimes ,
& qu'elle peut compter fur fes fecours & les
G✨vj
156 MERCURE DE FRANCE.
לכ
» requérir en toute affurance , fi les priviléges de
" la Nation Polonoife étoient violés : mais Sa
» Majeſté a lieu de croire qu'un pareil cas ne sçau-
» roit exifter , puifque les Puillances voisines ont
» également déclaré , de la manière la plus folem-
» nelle, qu'elles étoient conftamment réfolues de
» maintenir la République dans fon état actuel .
ג כ
fes loix , fes libertés , ainfi que dans les pof-
" feffions , & qu'elles ne fouffriroient pas qu'elle
» éprouvât aucun préjudice de la part de qui que
» ce foit , & que ces libertés fudent gênées par les
Cours Etrangères. Des Déclarations fi préciſes ,
>> fi uniformes & fi équitables annoncent claire-
>> ment à la Nation Polonoife qu'elle peut uſer
30
de fes droits dans toute leur étendue , & qu'elle
››› n'a pas à craindre de voir ſes libertés & fon territoire
violés par l'introduction d'aucune troupe
» étrangère.
30
DO
» A l'égard des différens Candidats qui peuvent
afpirer au Trône de Pologne , S.M. n'en recom-
» mande & n'en indique aucun.Elle eſt encore plus
éloignée de donner des exclufions, puiſque ce le-
>> roit agircontre fesprincipes ,& attenter à la liberté
os des Polonois; & même Elle s'abftiendra de donner
des confeils fur une matière auffi délicate , étant
bien perfuadée que la République eft trop
p éclairée fur les vrais intérêts ,pour ne pas préférer
» le Candidat qui fera le plus en état de la gou-
» verner avec justice & avec éclat. La Pologne
» compte des grands hommes parmi les Rois
>> Piaftes ; plufieurs Maifons Souveraines lui en
» ont fourni d'auffi célébres par leurs actions qu'il-
>> luftres par leur naiffance. C'eft à la Nation elle-
>> même de déterminer fon choix en conſultant ſa
propre convenance , fans égard à des influences
étrangères , & Sa Majefté déclare qu'elle re
JUILLET. 1764. 147
>> connoîtra pour Roi de Pologne & pour Allié de
» fa Couronne , que même Elle foutiendra & pro-
» tégera quiconque fera élûpar le choix libre de la
» Nation & conformément aux loix & aux conf-
> titutions du Pays.
Le même jour , le Comte de Mercy , Ambaffadeur
de Leurs Majeſtés Impériales , remit au
Primat une Déclaration à-peu-près pareille.
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Résumé : De WARSOVIE, le 17 Mars 1764.
Le 17 mars 1764, l'ambassadeur de France à Varsovie a reçu des dépêches importantes relatives aux affaires du Royaume de Pologne. Il a transmis une déclaration au Primat au nom du Roi de France. Cette déclaration met en avant l'importance de la vacance du trône en Pologne, un royaume électif, et réaffirme l'amitié et l'intérêt du Roi de France pour la gloire et la prospérité de la République polonaise. Le Roi de France déclare qu'il ne considère que les avantages de la République et souhaite que la Nation polonaise conserve tous ses droits, possessions et libertés, notamment celle de choisir librement son roi. Il assure son soutien et son assistance en cas de trouble ou de violation des droits légitimes de la Nation. La déclaration mentionne également que les puissances voisines ont fait des déclarations similaires pour maintenir la République dans son état actuel. Le Roi de France ne désigne aucun candidat pour le trône et s'abstient de donner des conseils, laissant la Nation polonaise libre de choisir le candidat le plus apte à la gouverner. Le même jour, le Comte de Mercy, ambassadeur des Majestés Impériales, a remis une déclaration similaire au Primat.
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2880
p. 158
DE DRESDE, le 18 Mars 1764.
Début :
Le Baron de Zuckmantel, Ministre Plénipotentiaire de France en cette Cour, [...]
Mots clefs :
Baron, Ministre plénipotentiaire, Audience, Comte, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE DRESDE, le 18 Mars 1764.
DE DRESDE , le 18 Mars 1764.
Le Baron de Zuckmantel , Miniftre Plénipoten
tiaire de France en cette Cour , eft arrivé icis
le de ce mois. Le 9 il a eu les premières Audiences
du Prince Adminiſtrateur & de l'Ele &rice.
Il n'a point encore été admis à celles de l'Electeur
& des Princes fes Frères qui ont été attaqués
, il y a quelque temps , d'une espéce de
petit Vérole volante.
Le Feld Maréchal Comte de Rutowski , fils
naturel d'Augufte III . & frère du feu Maréchal de
de Saxe , eft mort hier , après une maladie longue
& douloureuſe. I jouifloit d'une penfion de
24000 écus , qui retourne à la caiffe de l'Electeur.
Le Baron de Zuckmantel , Miniftre Plénipoten
tiaire de France en cette Cour , eft arrivé icis
le de ce mois. Le 9 il a eu les premières Audiences
du Prince Adminiſtrateur & de l'Ele &rice.
Il n'a point encore été admis à celles de l'Electeur
& des Princes fes Frères qui ont été attaqués
, il y a quelque temps , d'une espéce de
petit Vérole volante.
Le Feld Maréchal Comte de Rutowski , fils
naturel d'Augufte III . & frère du feu Maréchal de
de Saxe , eft mort hier , après une maladie longue
& douloureuſe. I jouifloit d'une penfion de
24000 écus , qui retourne à la caiffe de l'Electeur.
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Résumé : DE DRESDE, le 18 Mars 1764.
Le Baron de Zuckmantel, ministre plénipotentiaire de France, est arrivé à Dresde le 18 mars 1764. Il a rencontré le Prince Administrateur et l'Électrice le 9 mars. L'Électeur et ses frères, atteints de variole, ne l'ont pas encore reçu. Le Feld Maréchal Comte de Rutowski est décédé après une longue maladie. Sa pension de 24 000 écus revient à l'Électeur.
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2881
p. 158
DE FRANCFORT, le 5 Avril 1764.
Début :
Le Couronnement du Roi des Romains s'est fait avant hier avec la plus [...]
Mots clefs :
Couronnement, Roi des Romains, Cérémonie, Empereur, Prince, Comte, Chancelier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE FRANCFORT, le 5 Avril 1764.
DE FRANCFORT , les Avril 1764.
Le Couronnement du Roi des Romains s'eft fait
avanthier avec la plus grande pompe. La cérémonie
a duré depuis dix heures du matin juſqu'à huit
heures du foir.
L'Empereur a élevé à la dignité de Princes
de l'Empire le Maréchal de Bathiani , ci-devant
Gouverneur de l'Archiduc Jofeph , aujourd'hui
Roi des Romains , & enfuite Grand-Maître de fa
Maiſon , le Comte de Kevenuller , Grand-Chambellan
de Sa Majesté Impériale ; le Comte de
Colloredo , Vice- Chancelier de l'Empire , & le
Comte de Kaunitz- Rittberg , Chancelier de Cour
& d'Etat de l'Impératrice Reine.
Le Couronnement du Roi des Romains s'eft fait
avanthier avec la plus grande pompe. La cérémonie
a duré depuis dix heures du matin juſqu'à huit
heures du foir.
L'Empereur a élevé à la dignité de Princes
de l'Empire le Maréchal de Bathiani , ci-devant
Gouverneur de l'Archiduc Jofeph , aujourd'hui
Roi des Romains , & enfuite Grand-Maître de fa
Maiſon , le Comte de Kevenuller , Grand-Chambellan
de Sa Majesté Impériale ; le Comte de
Colloredo , Vice- Chancelier de l'Empire , & le
Comte de Kaunitz- Rittberg , Chancelier de Cour
& d'Etat de l'Impératrice Reine.
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Résumé : DE FRANCFORT, le 5 Avril 1764.
Le 16 avril 1764 à Francfort, le couronnement du Roi des Romains a eu lieu de dix heures à huit heures du soir. L'Empereur a élevé plusieurs personnalités au rang de Princes de l'Empire. Le Maréchal de Bathiani est devenu Grand-Maître de la Maison du Roi. Les Comtes de Kevenuller, Colloredo et Kaunitz-Rittberg ont été nommés Grand-Chambellan, Vice-Chancelier de l'Empire et Chancelier de Cour et d'État de l'Impératrice Reine, respectivement.
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2882
p. 159
DE GENES, le 7 Avril 1764.
Début :
On a reçu avis que les Rebelles se sont emparés par surprise de [...]
Mots clefs :
Rebelles, Attaque, Expédition, Calvi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE GENES, le 7 Avril 1764.
DE GENES , le 7 Avril 1754.
On a reçu avis que les Rebelles fe font emparés
par furpriſe de Brando & d'Erbalonga ; poftes
importans qui ne font éloignés de la Baftie que
de deux lieues. Cette Ville fe trouve par cet évé
nement de plus en plus refferrée. Les Rebelles .
après leurs expédition , font paffés à l'Algaiola ,
dont il eft à craindre qu'ils ne ferendent maîtres
audi.
On a appris de Calvi que les Rebelles avoient
brulé deux moulins qui fervoient à moudre de la
farine deftinée pour cette Place.
On a reçu avis que les Rebelles fe font emparés
par furpriſe de Brando & d'Erbalonga ; poftes
importans qui ne font éloignés de la Baftie que
de deux lieues. Cette Ville fe trouve par cet évé
nement de plus en plus refferrée. Les Rebelles .
après leurs expédition , font paffés à l'Algaiola ,
dont il eft à craindre qu'ils ne ferendent maîtres
audi.
On a appris de Calvi que les Rebelles avoient
brulé deux moulins qui fervoient à moudre de la
farine deftinée pour cette Place.
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Résumé : DE GENES, le 7 Avril 1764.
Le 7 avril 1754, des rebelles ont pris par surprise les postes de Brando et d'Erbalonga près de la Bastie, isolant ainsi la ville. Ils se sont ensuite dirigés vers l'Algaiola. À Calvi, les rebelles ont incendié deux moulins servant à moudre la farine.
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2883
p. 160-167
DE VERSAILLES, le 28 Avril 1764.
Début :
Le 2 de ce mois, Leurs Majestés & la Famille Royale signèrent le [...]
Mots clefs :
Famille royale, Duc, Marquis, Comte, Monseigneur, Honneur, Mariage, Cérémonies, Ministre, Serment, Pauvres, Audience, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VERSAILLES, le 28 Avril 1764.
DE VERSAILLES , le 28 Avril 1764.
L. 2 de ce mois , Leurs Majeſtés & la Famille
Royale fignérent le contrat de Mariage du Marquis
de Vaubecourt avec Demoiſelle de Vateboy
du Metz. Le même jour , la Marquife de Donniffan
& la Marquile de Graffe furent préſentées
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale , la première
par la Marquife de Durfort , la feconde
par la Comteffe de Carcado.
Le même jour , les Députés du Parlement de
Befançon , au nombre de huit , furent préſentés
à Sa Majesté par le Duc de Choifeul , Miniftre &
Secrétaire d'Etat ayant le département de la Province
, & conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand-Maître des Cérémonies. Le Roi les reçut
dans fon fauteuil en préſence de fes Miniftres &
de fes Grands Officiers , & leur permit de lui
faire les repréſentations dont ils avoient été chargés
par leur Compagnie.
Les , Leurs Majeftés & la Famille Royale -
gnérent le contrat de Mariage du Marquis de
Tourzel avec Demoifelle d'Havré.
Le fieur Law de Laurifton , Colonel d'Infanterie
, étant fur le point de partir en qualité de
Commiffaire pour le Roi & Commandant GénéJUILLET.
1764.
161
ral des établiſſemens François aux Indes Orientales
, a été préfenté à Sa Majeſté le zo du mois
dernier.
Le 8 de ce mois , le Marquis de Choiſeul- la-
Baume , Maréchal de Camp , prêta ferment entre
les mains du Roi pour la Lieutenance générale
de Champagne. Le même jour la Ducheffe
d'Elbeuf fit fes révérences à Leurs Majeſtés & à la
Famille Royale. Le lendemain , l'Evêque de
Comminges prêta ferment pendant la Melle entre
les mains du Roi.
Le Comte de Dietrichſtein , Chambellan de
l'Empereur , notifia , le 15 , à Leurs Majeftés &
à la Famille Royale l'Election & le Couronnement
de l'Archiduc Joſeph Roi des Romains. Le
même jour , le Vicomte de Choifeul , Brigadier
des Armées du Roi , Colonel du Régiment de
Poitou , & l'un des Menins de Monfeigneur le
Dauphin , nommé pour aller complimenter , de
la part du Roi , l'Empereur & le Roi des Romains,
a pris congé de Sa Majeſté.
Le 16 , Leurs Majeftés & la Famille Royale fignérent
le contrat de Mariage du Comte de
Maulde Colonel des Grenadiers de France ,
avec Demoiſelle Davy de la Pailleterie .
"
Le 19 , jour du Jeudi Saint , après l'Abfoure
faite par l'Évêque de Poitiers & le Sermon prononcé
par l'Abbé de Balore , Vicaire Général
du Diocèle de Belley , le Roi lava les pieds à
douze Pauvres & les fervit à table. Le Prince de
Condé , Grand-Maître de la Maifon de Sa Majefté
, étoit à la tête des Maîtres d'Hôtel & précéda
le fervice , dont les plats furent portés par
Monfeigneur le Dauphin , Monfeigneur le Duc
de Berry , Monfeigneur le Comte de Provence ,
par le Duc d'Orléans , le Duc de Chartres , le
162 MERCURE DE FRANCE.
Duc de Bourbon , le Prince de Conty , le Comte
de la Marche , le Comte d'Eu , le Duc de Penthievre
& le Prince de Lamballe , & par les principaux
Officiers de Sa Majesté.
Le même jour , la Reine entendit le Sermon
de la Cene prononcé par l'Abbé de Chaléon , Vicaire
Général du Diocèle de Meaux. L'Evêque de
Poitiers fit enfuite l'Abfoute , après laquelle Sa
Majefté lava les pieds à douze pauvres Filles
-qu'Elle fervit à table. Le Marquis de Talaru ,
premier Maître d'Hôtel , précédia le fervice , &
les plats furent portés par Madame Adélaïde &
par Meldames Sophie & Louife , ainfi que par
les Dames du Palais de la Reine , & les Dames de
Meldames.
La Comteffe de Holderness , fe difpofant à retourner
en Angleterre , fut préfentée , le même
jour, à Leurs Majeſtés & à la Famille Royale.
Le 22 , Leurs Majeftés & la Famille Royale fignérent
le contrat de Mariage du Comte de
Maulevrier Langeron avec Demoiſelle de Saint
Pierre.
Le Comte du Châtelet- Lomont , Menin de
Monfeigneur le Dauphin & Ambaſſadeur du Roi
à la Cour de Vienne , arriva ici le 24, & fat
préfenté
le lendemain à Sa Majesté par le Duc de
Praflin. La Comteffe du Châtelet a été préfentée
aufli au Roi par le Duc de Fleury , Premier Gentilhomme
de la Chambre en exercice.
Le Roi vient de nommer Intendant de la Guadeloupe
le Sieur Senac de Meilhan , Maître des
-Requêtes, qui , en cette qualité , a été préſenté à
Sa Majefté , le 26 , par le Duc de Choifeul .
Le Roi a donné l'Evêché de Vabres à l'Abbé de
Caftries , Vicaire - Général du Diocèle d'Alby ;
L'Abbaye de Saint Pierre , Ordre de Saint Benoît ,
JUILLET. 1764. 163
Diocèle de Châlons ſur Saône , à l'Abbé de Stoupy
, Chanoine de Liége ; celle de Saint Joffe- fur-
Mer , Ordre de Saint Benoît , Diocèſe d'Amiens ,
à l'Abbé de Modene , Vicaire- Général du même
Diocèfe ; celle de Saint Jacques , Ordre de Saint
Auguſtin , Diocèfe.de Beziers , à l'Abbé Guillot ,
Vicaire-Général du Diocèſe de Mâcon ; celle de
Sainte Perrine , Ordre de Saint Auguftin , Diocèle
de Paris , à la Dame de Mazieres , Religieufe
de la Communauté des Filles- Dieu à Paris ; &
celle des Chazes , Ordre de Saint Benoît , Diocèfe
de Saint Flour , à la Dame de Guerin de Lugeac ,
Religieufe Bénédictine de l'Abbaye de Lavau-
Dieq , même Diocèle.
Le Sieur Buy de Mornas , Géographe de Monfeigneur
le Duc de Berry & de Monfeigneur le
Comte de Provence , eut l'honneur de préſenter ,
le 22
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
vingt nouvelles Cartes de fon Atlas Géographi
•que lefquelles ont rapport au cinquième âge du
monde , & doivent être à la tête du troifiéme
Volume de cet Ouvrage.
Du 16 Mai.
>
Les Députés du Parlement de Rouen , au nombre
de huit , furent préſentés au Roi , le 28 du
mois dernier , par le fieur Bertin Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le département de la
Normandie , & conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand-Maître des Cérémonies. Sa Majefté les
reçut dans fon fauteuil en préfence de fes Miniftres
& de fes Grands- Officiers , & leur permit de
lui faire les repréſentations dont ils avoient été
chargés par leur Compagnie.
Le lendemain , les Députés des Etats de Bour
gogne furent auffi préfentés au Roi par le Prince
164 MERCURE DE FRANCE.
de Condé , Gouverneur de la Province , & par le
Comte de Saint Florentin , Miniftre & Sécrétaire
d'Etat. Ils furent conduits à cette Audience par le
Marquis de Dreux , Grand - Maître des Cérémonies
& par le Sieur Defgranges , Maître des Cérémonies.
La Députation étoit compofée de
l'Abbé du Châtel , Aumônier Ordinaire de la
Reine , élu du Clergé , lequel porta la parole;
du Marquis de Châtelux , élu de la Nobleffe ; du
Sieur de Baudeffon , Maire d'Auxerre , élu du
Tiers Etat ; du Sieur Blanchon , Syndic , Député
de la Province de Breffe ; du Sieur Comber , Syndic
, Député des Provinces de Bujey & Gex ; du
Sieur de Blancey , Secrétaire des Etats de Bour
gogne, & du Sieur de Lapoix , Procureur Syndic
des mêmes Etats . Ces Députés eurent enfuite Audience
de la Reine & de Famille Royale.
Le même jour , Leurs Majeftés & la Famille
Royale fignérent le contrat de Mariage du Marquis
de la Roche - du- Maine avec Demoiſelle de
Verneuil. 暑
Sa Majesté vient d'accorder les entrées de fa
Chambre au Prince de Marfan & au Maréchal de
Balincourt.
Le premier de ce mois , les Muficiens du Roi ,
réunis aux Hautbois de la Chambre , fe rendirent
au lever de Sa Majefté , conduits par le Sieur de
Bury , Surintendant de la Mufique en furvivance
du Sieur Rebel , & éxécutérent felon l'uſage
ordinaire , plufieurs morceaux de Symphonie.
"
Le 2 , l'Evêque de Châlons - fur Marne prêta
ferment , pendant la Melle, entre les mains de
Sa Majesté.
Le 6 , ia Vicomteffe de Narbonne - Pelet a été
préfentée à Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par la Comteffe de Forcalquier.
JUILLET, 1764. 165
Le 7 , l'Evêque de Vence & celui de Mâcon
prêterent ferment , pendant la Meffe , entre les
mains de Sa Majefté , dans la Chapelle du Château.
Le 8 , le Roi chaffa au vol , accompagné de Madame
Adélaïde , & de Meldames Sophie &
Louife.
Le 12 , le Sieur Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs
, a prêté ferment entre les mains du
Roi , pour la charge de Lieutenant - Général de la
Province du Blaifois , vacante par la retraite du
Comte d'Harcourt.
Le 13 , les Secrétaires du Roi de la Grande
Chancellerie eurent l'honneur de préfenter à Sa
Majeſté , fuivant l'ufage , la bourſe de Saint Jean
de la Porte Latine. Le Steur Lebeuf , premier
Syndic de cette Compagnie porta la parole.
Le même jour , Leuis Majeftés & la Famille .
Royale fignerent le contrat de Mariage du Marquis
de Fontaines , Exempt des Gardes du Corps
dans la Compagnie Ecolloife , avec Demoiſelle
Goujon de Ris.
Le is , le Comte Bielinsk , Envoyé extraor
dinaire de la République de Pologne , eut fon
Audience de congé du Roi ; il y fut conduit , ainfi
qu'a celles de la Reine & de la Famille Royale ,
par le Sieur Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs
Le Roi a difpofé en faveur de l'Abbé de Liſle & -
de l'Abbé Frottier , Clercs de fa Chapelle des deux
Charges de Chapelains vacantes par les cémiffions
des Abbés Peigné & de Haullay & les deux
charges de Clercs de Chapelle ont été accordées à
l'Abbé Blanchemain , Précepteur des Pages de
Sa Majefté , & à l'Abbé de Ciédat des Mazeaux .
L'Abbé de Sailly , Aumônier de Madame la
166 MERCURE DE FRANCE.
Dauphine , Grand - Chantre & Chanoine de la
Sainte Chapelle Koyale du Palais , & le Baron de
Lentzbourg , Membre du Sénat du Canton de
Fribourg, nommés par SaMajeſté pour être admis
dans les Ordres Royaux , Militaires & Hoſpitaliers
de Notre-Dame du Mont- Carmel & de
Saint Lazare de Jérufalem , ont fait leur profef
fion en préſence de Monfeigneur le Duc de
Berry , Grand-Maître de ces Ordres , entre les -
mains du Comte de Saint Florentin , Miniftre &
Secrétaire d'Etat , Adminiſtrateur Général defdits
Ordres ; après l'émiffion des Voeux , le nou
veau Commandeur Eccléfiaftique & le nouveau
Chevalier ont eu l'honneur de baifer la main du'
Prince Grand- Maître en figne d'obédience. Les
Chevaliers - Commandeurs , Grands - Officiers &
plufieurs Chevaliers Commandeurs Eccléfiaftiques
ont affifté à cette Cérémonie.
·
Le 30 Avril , le Sieur Targe , ancien Profeffeur
de Mathématiques à l'Ecole Royale Militaire , a
eu l'honneur de préfenter à Monseigneur le Duc
de Berry & à Monfeigneur le Comte de Proven-"
vence , les deux derniers Volumes de fa Traduction
de l'Hiftoire d'Angleterre de M. Smollet.
Le 6 Mai , le Sieur de la Lande , de l'Académie
Royale des Sciences , eut l'honneur de préſenter
au Roi une Carte du paffage de Vénus fur le Soleil
, qui s'obſervera le ; Juin 1769 , & d'expo-'
fer à Sa Majesté les avantages confidérables que
ce paffage aura fur celui qui eft arrivé en 1761.
Cette Carte étoit accompagnée d'un Mémoire
imprimé qui contient la manière dont le paffa-1
ge de 1769 paroîtra dans tous les Pays de la
Terre , les voyages qu'il fera utile d'entreprendre'
à cette occafion , & le réſultat de tout ce qui a
été obférvé ſur le paffage de 1761 dans toutes
les parties du Monde.
JUILLET. 1764. 167
Le Sieur Adanfon , de l'Académie des Sciences ,
a eu l'honneur de préfenter , le même jour , au
Roi un Ouvrage de fa compofition intitulé : Familles
des Plantes.
Le 12 , le Sieur Blondeau de Charnage , Penfionnaire
du Roi , préfenta à Sa Majesté le troifiéme
Volume du Dictionnaire des Titres Origi
naux pour les Fiefs , le Domaine du Roi , l'Hif
toire, la Généalogie , & généralement tous les
objets qui concernent le gouvernement de l'Etat.
Le lendemain , Jean-Thomas Hériffant , Imprimeur
du Roi , Maiſon & Cabinet de Sa Majeſté
, eut auffi l'honneur de préfenter au Roi le
quatriéme Volume des Euvres du Chancelier
d'Agueffeau.
L. 2 de ce mois , Leurs Majeſtés & la Famille
Royale fignérent le contrat de Mariage du Marquis
de Vaubecourt avec Demoiſelle de Vateboy
du Metz. Le même jour , la Marquife de Donniffan
& la Marquile de Graffe furent préſentées
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale , la première
par la Marquife de Durfort , la feconde
par la Comteffe de Carcado.
Le même jour , les Députés du Parlement de
Befançon , au nombre de huit , furent préſentés
à Sa Majesté par le Duc de Choifeul , Miniftre &
Secrétaire d'Etat ayant le département de la Province
, & conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand-Maître des Cérémonies. Le Roi les reçut
dans fon fauteuil en préſence de fes Miniftres &
de fes Grands Officiers , & leur permit de lui
faire les repréſentations dont ils avoient été chargés
par leur Compagnie.
Les , Leurs Majeftés & la Famille Royale -
gnérent le contrat de Mariage du Marquis de
Tourzel avec Demoifelle d'Havré.
Le fieur Law de Laurifton , Colonel d'Infanterie
, étant fur le point de partir en qualité de
Commiffaire pour le Roi & Commandant GénéJUILLET.
1764.
161
ral des établiſſemens François aux Indes Orientales
, a été préfenté à Sa Majeſté le zo du mois
dernier.
Le 8 de ce mois , le Marquis de Choiſeul- la-
Baume , Maréchal de Camp , prêta ferment entre
les mains du Roi pour la Lieutenance générale
de Champagne. Le même jour la Ducheffe
d'Elbeuf fit fes révérences à Leurs Majeſtés & à la
Famille Royale. Le lendemain , l'Evêque de
Comminges prêta ferment pendant la Melle entre
les mains du Roi.
Le Comte de Dietrichſtein , Chambellan de
l'Empereur , notifia , le 15 , à Leurs Majeftés &
à la Famille Royale l'Election & le Couronnement
de l'Archiduc Joſeph Roi des Romains. Le
même jour , le Vicomte de Choifeul , Brigadier
des Armées du Roi , Colonel du Régiment de
Poitou , & l'un des Menins de Monfeigneur le
Dauphin , nommé pour aller complimenter , de
la part du Roi , l'Empereur & le Roi des Romains,
a pris congé de Sa Majeſté.
Le 16 , Leurs Majeftés & la Famille Royale fignérent
le contrat de Mariage du Comte de
Maulde Colonel des Grenadiers de France ,
avec Demoiſelle Davy de la Pailleterie .
"
Le 19 , jour du Jeudi Saint , après l'Abfoure
faite par l'Évêque de Poitiers & le Sermon prononcé
par l'Abbé de Balore , Vicaire Général
du Diocèle de Belley , le Roi lava les pieds à
douze Pauvres & les fervit à table. Le Prince de
Condé , Grand-Maître de la Maifon de Sa Majefté
, étoit à la tête des Maîtres d'Hôtel & précéda
le fervice , dont les plats furent portés par
Monfeigneur le Dauphin , Monfeigneur le Duc
de Berry , Monfeigneur le Comte de Provence ,
par le Duc d'Orléans , le Duc de Chartres , le
162 MERCURE DE FRANCE.
Duc de Bourbon , le Prince de Conty , le Comte
de la Marche , le Comte d'Eu , le Duc de Penthievre
& le Prince de Lamballe , & par les principaux
Officiers de Sa Majesté.
Le même jour , la Reine entendit le Sermon
de la Cene prononcé par l'Abbé de Chaléon , Vicaire
Général du Diocèle de Meaux. L'Evêque de
Poitiers fit enfuite l'Abfoute , après laquelle Sa
Majefté lava les pieds à douze pauvres Filles
-qu'Elle fervit à table. Le Marquis de Talaru ,
premier Maître d'Hôtel , précédia le fervice , &
les plats furent portés par Madame Adélaïde &
par Meldames Sophie & Louife , ainfi que par
les Dames du Palais de la Reine , & les Dames de
Meldames.
La Comteffe de Holderness , fe difpofant à retourner
en Angleterre , fut préfentée , le même
jour, à Leurs Majeſtés & à la Famille Royale.
Le 22 , Leurs Majeftés & la Famille Royale fignérent
le contrat de Mariage du Comte de
Maulevrier Langeron avec Demoiſelle de Saint
Pierre.
Le Comte du Châtelet- Lomont , Menin de
Monfeigneur le Dauphin & Ambaſſadeur du Roi
à la Cour de Vienne , arriva ici le 24, & fat
préfenté
le lendemain à Sa Majesté par le Duc de
Praflin. La Comteffe du Châtelet a été préfentée
aufli au Roi par le Duc de Fleury , Premier Gentilhomme
de la Chambre en exercice.
Le Roi vient de nommer Intendant de la Guadeloupe
le Sieur Senac de Meilhan , Maître des
-Requêtes, qui , en cette qualité , a été préſenté à
Sa Majefté , le 26 , par le Duc de Choifeul .
Le Roi a donné l'Evêché de Vabres à l'Abbé de
Caftries , Vicaire - Général du Diocèle d'Alby ;
L'Abbaye de Saint Pierre , Ordre de Saint Benoît ,
JUILLET. 1764. 163
Diocèle de Châlons ſur Saône , à l'Abbé de Stoupy
, Chanoine de Liége ; celle de Saint Joffe- fur-
Mer , Ordre de Saint Benoît , Diocèſe d'Amiens ,
à l'Abbé de Modene , Vicaire- Général du même
Diocèfe ; celle de Saint Jacques , Ordre de Saint
Auguſtin , Diocèfe.de Beziers , à l'Abbé Guillot ,
Vicaire-Général du Diocèſe de Mâcon ; celle de
Sainte Perrine , Ordre de Saint Auguftin , Diocèle
de Paris , à la Dame de Mazieres , Religieufe
de la Communauté des Filles- Dieu à Paris ; &
celle des Chazes , Ordre de Saint Benoît , Diocèfe
de Saint Flour , à la Dame de Guerin de Lugeac ,
Religieufe Bénédictine de l'Abbaye de Lavau-
Dieq , même Diocèle.
Le Sieur Buy de Mornas , Géographe de Monfeigneur
le Duc de Berry & de Monfeigneur le
Comte de Provence , eut l'honneur de préſenter ,
le 22
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
vingt nouvelles Cartes de fon Atlas Géographi
•que lefquelles ont rapport au cinquième âge du
monde , & doivent être à la tête du troifiéme
Volume de cet Ouvrage.
Du 16 Mai.
>
Les Députés du Parlement de Rouen , au nombre
de huit , furent préſentés au Roi , le 28 du
mois dernier , par le fieur Bertin Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le département de la
Normandie , & conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand-Maître des Cérémonies. Sa Majefté les
reçut dans fon fauteuil en préfence de fes Miniftres
& de fes Grands- Officiers , & leur permit de
lui faire les repréſentations dont ils avoient été
chargés par leur Compagnie.
Le lendemain , les Députés des Etats de Bour
gogne furent auffi préfentés au Roi par le Prince
164 MERCURE DE FRANCE.
de Condé , Gouverneur de la Province , & par le
Comte de Saint Florentin , Miniftre & Sécrétaire
d'Etat. Ils furent conduits à cette Audience par le
Marquis de Dreux , Grand - Maître des Cérémonies
& par le Sieur Defgranges , Maître des Cérémonies.
La Députation étoit compofée de
l'Abbé du Châtel , Aumônier Ordinaire de la
Reine , élu du Clergé , lequel porta la parole;
du Marquis de Châtelux , élu de la Nobleffe ; du
Sieur de Baudeffon , Maire d'Auxerre , élu du
Tiers Etat ; du Sieur Blanchon , Syndic , Député
de la Province de Breffe ; du Sieur Comber , Syndic
, Député des Provinces de Bujey & Gex ; du
Sieur de Blancey , Secrétaire des Etats de Bour
gogne, & du Sieur de Lapoix , Procureur Syndic
des mêmes Etats . Ces Députés eurent enfuite Audience
de la Reine & de Famille Royale.
Le même jour , Leurs Majeftés & la Famille
Royale fignérent le contrat de Mariage du Marquis
de la Roche - du- Maine avec Demoiſelle de
Verneuil. 暑
Sa Majesté vient d'accorder les entrées de fa
Chambre au Prince de Marfan & au Maréchal de
Balincourt.
Le premier de ce mois , les Muficiens du Roi ,
réunis aux Hautbois de la Chambre , fe rendirent
au lever de Sa Majefté , conduits par le Sieur de
Bury , Surintendant de la Mufique en furvivance
du Sieur Rebel , & éxécutérent felon l'uſage
ordinaire , plufieurs morceaux de Symphonie.
"
Le 2 , l'Evêque de Châlons - fur Marne prêta
ferment , pendant la Melle, entre les mains de
Sa Majesté.
Le 6 , ia Vicomteffe de Narbonne - Pelet a été
préfentée à Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par la Comteffe de Forcalquier.
JUILLET, 1764. 165
Le 7 , l'Evêque de Vence & celui de Mâcon
prêterent ferment , pendant la Meffe , entre les
mains de Sa Majefté , dans la Chapelle du Château.
Le 8 , le Roi chaffa au vol , accompagné de Madame
Adélaïde , & de Meldames Sophie &
Louife.
Le 12 , le Sieur Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs
, a prêté ferment entre les mains du
Roi , pour la charge de Lieutenant - Général de la
Province du Blaifois , vacante par la retraite du
Comte d'Harcourt.
Le 13 , les Secrétaires du Roi de la Grande
Chancellerie eurent l'honneur de préfenter à Sa
Majeſté , fuivant l'ufage , la bourſe de Saint Jean
de la Porte Latine. Le Steur Lebeuf , premier
Syndic de cette Compagnie porta la parole.
Le même jour , Leuis Majeftés & la Famille .
Royale fignerent le contrat de Mariage du Marquis
de Fontaines , Exempt des Gardes du Corps
dans la Compagnie Ecolloife , avec Demoiſelle
Goujon de Ris.
Le is , le Comte Bielinsk , Envoyé extraor
dinaire de la République de Pologne , eut fon
Audience de congé du Roi ; il y fut conduit , ainfi
qu'a celles de la Reine & de la Famille Royale ,
par le Sieur Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs
Le Roi a difpofé en faveur de l'Abbé de Liſle & -
de l'Abbé Frottier , Clercs de fa Chapelle des deux
Charges de Chapelains vacantes par les cémiffions
des Abbés Peigné & de Haullay & les deux
charges de Clercs de Chapelle ont été accordées à
l'Abbé Blanchemain , Précepteur des Pages de
Sa Majefté , & à l'Abbé de Ciédat des Mazeaux .
L'Abbé de Sailly , Aumônier de Madame la
166 MERCURE DE FRANCE.
Dauphine , Grand - Chantre & Chanoine de la
Sainte Chapelle Koyale du Palais , & le Baron de
Lentzbourg , Membre du Sénat du Canton de
Fribourg, nommés par SaMajeſté pour être admis
dans les Ordres Royaux , Militaires & Hoſpitaliers
de Notre-Dame du Mont- Carmel & de
Saint Lazare de Jérufalem , ont fait leur profef
fion en préſence de Monfeigneur le Duc de
Berry , Grand-Maître de ces Ordres , entre les -
mains du Comte de Saint Florentin , Miniftre &
Secrétaire d'Etat , Adminiſtrateur Général defdits
Ordres ; après l'émiffion des Voeux , le nou
veau Commandeur Eccléfiaftique & le nouveau
Chevalier ont eu l'honneur de baifer la main du'
Prince Grand- Maître en figne d'obédience. Les
Chevaliers - Commandeurs , Grands - Officiers &
plufieurs Chevaliers Commandeurs Eccléfiaftiques
ont affifté à cette Cérémonie.
·
Le 30 Avril , le Sieur Targe , ancien Profeffeur
de Mathématiques à l'Ecole Royale Militaire , a
eu l'honneur de préfenter à Monseigneur le Duc
de Berry & à Monfeigneur le Comte de Proven-"
vence , les deux derniers Volumes de fa Traduction
de l'Hiftoire d'Angleterre de M. Smollet.
Le 6 Mai , le Sieur de la Lande , de l'Académie
Royale des Sciences , eut l'honneur de préſenter
au Roi une Carte du paffage de Vénus fur le Soleil
, qui s'obſervera le ; Juin 1769 , & d'expo-'
fer à Sa Majesté les avantages confidérables que
ce paffage aura fur celui qui eft arrivé en 1761.
Cette Carte étoit accompagnée d'un Mémoire
imprimé qui contient la manière dont le paffa-1
ge de 1769 paroîtra dans tous les Pays de la
Terre , les voyages qu'il fera utile d'entreprendre'
à cette occafion , & le réſultat de tout ce qui a
été obférvé ſur le paffage de 1761 dans toutes
les parties du Monde.
JUILLET. 1764. 167
Le Sieur Adanfon , de l'Académie des Sciences ,
a eu l'honneur de préfenter , le même jour , au
Roi un Ouvrage de fa compofition intitulé : Familles
des Plantes.
Le 12 , le Sieur Blondeau de Charnage , Penfionnaire
du Roi , préfenta à Sa Majesté le troifiéme
Volume du Dictionnaire des Titres Origi
naux pour les Fiefs , le Domaine du Roi , l'Hif
toire, la Généalogie , & généralement tous les
objets qui concernent le gouvernement de l'Etat.
Le lendemain , Jean-Thomas Hériffant , Imprimeur
du Roi , Maiſon & Cabinet de Sa Majeſté
, eut auffi l'honneur de préfenter au Roi le
quatriéme Volume des Euvres du Chancelier
d'Agueffeau.
Fermer
Résumé : DE VERSAILLES, le 28 Avril 1764.
En avril et mai 1764, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour de Versailles. Le 2 avril, les contrats de mariage du Marquis de Vaubecourt avec Demoiselle de Vateboy du Metz et du Marquis de Tourzel avec Demoiselle d'Havré ont été signés par Leurs Majestés et la Famille Royale. La Marquise de Donniffan et la Marquise de Graffe ont été présentées à la cour. Les députés du Parlement de Besançon ont été reçus par le Roi en présence de ses ministres et grands officiers. Le Sieur Law de Laurifton, Colonel d'Infanterie, a été présenté au Roi avant son départ pour les Indes Orientales. Le Marquis de Choiseul-la-Baume a prêté serment pour la Lieutenance générale de Champagne, et la Duchesse d'Elbeuf a fait ses révérences à la cour. Le Comte de Dietrichstein a notifié l'élection et le couronnement de l'Archiduc Joseph Roi des Romains. Le Vicomte de Choiseul a pris congé du Roi pour complimenter l'Empereur et le Roi des Romains. Le contrat de mariage du Comte de Maulde avec Demoiselle Davy de la Pailleterie a été signé. Le Roi a lavé les pieds de douze pauvres le Jeudi Saint, et la Reine a fait de même pour douze pauvres filles. La Comtesse de Holderness a été présentée à la cour avant son départ pour l'Angleterre. Le contrat de mariage du Comte de Maulevrier Langeron avec Demoiselle de Saint Pierre a été signé. Le Comte du Châtelet-Lomont, Ambassadeur à Vienne, est arrivé et a été présenté au Roi. Le Sieur Senac de Meilhan a été nommé Intendant de la Guadeloupe. Plusieurs nominations ecclésiastiques ont été annoncées, notamment celles des Abbés de Castries, Stoupy, Modene, Guillot, et des Dames de Mazieres et de Guerin de Lugeac. Le Sieur Buy de Mornas a présenté de nouvelles cartes géographiques à la cour. Les députés du Parlement de Rouen et des États de Bourgogne ont été reçus par le Roi. Le contrat de mariage du Marquis de la Roche-du-Maine avec Demoiselle de Verneuil a été signé. Le Prince de Marfan et le Maréchal de Balincourt ont obtenu les entrées de la Chambre du Roi. L'Évêque de Châlons-sur-Marne, ceux de Vence et de Mâcon ont prêté serment. Le Roi a chassé au vol avec Madame Adélaïde et Mesdames Sophie et Louise. Le Sieur Dufort a prêté serment pour la charge de Lieutenant-Général du Blaisois. Les Secrétaires du Roi ont présenté la bourse de Saint Jean de la Porte Latine. Le contrat de mariage du Marquis de Fontaines avec Demoiselle Goujon de Ris a été signé. Le Comte Bielinski, Envoyé de Pologne, a pris congé du Roi. Plusieurs nominations et promotions ont été annoncées, notamment celles des Abbés de Lisle, Frottier, Blanchemain, et de Ciédat des Mazeaux. L'Abbé de Sailly et le Baron de Lentzbourg ont été admis dans les Ordres Royaux Militaires et Hospitaliers. Le Sieur Targe a présenté les volumes de la traduction de l'Histoire d'Angleterre de M. Smollet au Duc de Berry et au Comte de Provence. Le Sieur de la Lande a présenté une carte du passage de Vénus sur le Soleil au Roi. Le Sieur Adanson a présenté son ouvrage 'Familles des Plantes'. Le Sieur Blondeau de Charnage a présenté le troisième volume du Dictionnaire des Titres Originaux. Jean-Thomas Hérissant a présenté le quatrième volume des Œuvres du Chancelier d'Aguesseau au Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2884
p. 167-169
De PARIS, le 30 Avril 1764.
Début :
Par un Arrêt du Conseil d'État du Roi, du 25 Janvier, Sa Majesté a réuni [...]
Mots clefs :
Arrêt, Conseil d'État, Éclipses, Soleil, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Numéros, Tirage, Loterie de l'école royale militaire, Évêque, Gardes, Revue, Ordre royal et militaire, Loterie, Tirage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 30 Avril 1764.
De PARIS , le 30 Avril 1764.
Par un Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 28.
Janvier, Sa Majeſté a réuni à la charge du Grand
Ecuyer , la Direction générale & Surintendance
des Haras des Provinces de Normandie , Limoges
& Auvergne.
On a appris que l'Eclipfe du premier Avril a
été obfervée à Auxerre , à Sens , à Caen , à Breft,
à Pluviers , à Londres & à Edimbourg. Le Sieur
Blondeau , Hydrographe du Roi à Calais , y a
vu la Lune toute entière fur le Soleil pendant 6
minutes 8 fecondes. Ces obfervations ont vérifié
ce que les Aftronomes avoient annoncé .
Le trente-neuviéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 24 du mois dernier ,
en la manière accoutumée. Le Lot de cinquante
mille livres eft échu au numéro 22993 ; celui de
vingt mille livres au numéro 2 606 3 & les deux
de dix mille livres aux numéros 27738 & 31603 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
>
8
168 MERCURE DE FRANCE .
Royale Militaire . Les numéros fortis de roue de
fortune , font , 62 , 2 , j9 , 54 , 55 .
Du 18 Mai.
Le 19 du mois dernier, l'Evêque de Châlons
fur Marne a été lacré dans la Chapelle Royale du
Coliége de Navarre par l'Archeveque de Rheims ,
qui avoit pour Atfiftans les Evêques de Carcailonne
& de Seniis.
颖
Le premier de ce mois , l'Evêque de Vence
fut facré au Château de Gallon par 1 Archevêque
de Rouen , afliſté des Evêques d'Evreux & de
Mâcon .
Le 14 , le Roi fit , dans la Plaine des Sablons •
la revue des Gardes Françoifes & des Gardes
Suiffes qui avoient le nouvel uniforme. Sa Majefté
paila dans les rangs , & les deux Régimens
défilerent devant Elle après avoir fait l'exercice .
Monfeigneur le Dauphin , Monfeigneur le Duc
de Berry , Monſeigneur le Comte de Provence
Madame Adélaide , Mefdames Victoire , Sophie
& Louife ont affifté à cette revue , ainsi que le
Duc de Chartres , le Prince de Condé , le Duc de
Bourbon & le Prince de Lamballe.
Le Duc d'Aumont , Pair de France , Chevalier
Commandeur des Ordres du Roi , Lieutenant-
Général de les Armées & premier Gentilhomme
de la Chambre , le rendit , le 8 , au Coavent
des Peres Cordeliers , revêtu des marques
des Ordres de Sa Majeſté , & précédé des Sieurs
Chendret , Hérault & Perceville , Huillier defdits
Ordres , ayant leur habit de Cérémonie : il
y préfida , au nom du Roi , au Chapitre de Saint
Michel , & reçut Chevaliers de cet Ordre le
Sieur Perroner , Premier Ingénieur des Ponts &
Chaullées, l'un des Architectes du Roi & Membre
de
JUILLET. 1764. 169
de fon Académie Royale d'Architecture ; le Sieur
Berthier , Capitaine d'Infanterie , Ingénieur-
Géographe en chef des Camps & Marches des
Armées du Roi , Gouverneur des Hôtels des
Affaires Etrangères, de la Guerre & de la Marine à
Verſailles, & Commandant de la Compagnie des
Bas- Officiers commiſe à la garde de ces Hôtels
; & le Sieur Mique , Premier Architecte du
Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar ,
Directeur Général de fes Bâtimens , Fontaines
& Jardins , & Ingénieur en chef des Ponts &
Chauffées des Duchés de Lorraine & de Bar. Le
Duc d'Aumont affifta enfuite , avec tous les Chevaliers
qui fe trouvoient préfens , à la Grand'-
Meffe qui fe célébre tous les ans dans l'Eglife des
Peres Cordeliers , en mémoire de l'apparition de
Saint Michel.
L'Ordre Royal Militaire & Hofpitalier de Notre-
Dame du Mont Carmel & de Saint Lazare
de Jérufalem a fait célébrer , le 14 , dans la
Chapelle du Louvre , l'Anniverſaire pour le repos
de l'âme du Roi Henri IV de glorieuse mémoi
re , Fondateur de cet Ordre. L'Abbé Gaultier ,
Aumônier de l'Ordre & du Duc d'Orléans , a dit
la Meffe de Requiem . Les Grands Officiers &
plufieurs Chevaliers- Commandeurs de l'Ordre ,
ont affifté à cette Cérémonie.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire . Les numéros fortis de la roue de fortune
, font , 68 , 70 , 29 , 28 , 37.
Le quarantième tirage de la Loterie de l'Hôtelde-
Ville s'eft fait le 25 du mois dernier , en la
manière accoutumée. Le Lot de cinquante mille
livres eſt échu au numéro 53962 ; celui de vingt
mille livres au numéro 55594 , & les deux de
dix mille livres aux numéros 47221 & 47574 •
Par un Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 28.
Janvier, Sa Majeſté a réuni à la charge du Grand
Ecuyer , la Direction générale & Surintendance
des Haras des Provinces de Normandie , Limoges
& Auvergne.
On a appris que l'Eclipfe du premier Avril a
été obfervée à Auxerre , à Sens , à Caen , à Breft,
à Pluviers , à Londres & à Edimbourg. Le Sieur
Blondeau , Hydrographe du Roi à Calais , y a
vu la Lune toute entière fur le Soleil pendant 6
minutes 8 fecondes. Ces obfervations ont vérifié
ce que les Aftronomes avoient annoncé .
Le trente-neuviéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 24 du mois dernier ,
en la manière accoutumée. Le Lot de cinquante
mille livres eft échu au numéro 22993 ; celui de
vingt mille livres au numéro 2 606 3 & les deux
de dix mille livres aux numéros 27738 & 31603 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
>
8
168 MERCURE DE FRANCE .
Royale Militaire . Les numéros fortis de roue de
fortune , font , 62 , 2 , j9 , 54 , 55 .
Du 18 Mai.
Le 19 du mois dernier, l'Evêque de Châlons
fur Marne a été lacré dans la Chapelle Royale du
Coliége de Navarre par l'Archeveque de Rheims ,
qui avoit pour Atfiftans les Evêques de Carcailonne
& de Seniis.
颖
Le premier de ce mois , l'Evêque de Vence
fut facré au Château de Gallon par 1 Archevêque
de Rouen , afliſté des Evêques d'Evreux & de
Mâcon .
Le 14 , le Roi fit , dans la Plaine des Sablons •
la revue des Gardes Françoifes & des Gardes
Suiffes qui avoient le nouvel uniforme. Sa Majefté
paila dans les rangs , & les deux Régimens
défilerent devant Elle après avoir fait l'exercice .
Monfeigneur le Dauphin , Monfeigneur le Duc
de Berry , Monſeigneur le Comte de Provence
Madame Adélaide , Mefdames Victoire , Sophie
& Louife ont affifté à cette revue , ainsi que le
Duc de Chartres , le Prince de Condé , le Duc de
Bourbon & le Prince de Lamballe.
Le Duc d'Aumont , Pair de France , Chevalier
Commandeur des Ordres du Roi , Lieutenant-
Général de les Armées & premier Gentilhomme
de la Chambre , le rendit , le 8 , au Coavent
des Peres Cordeliers , revêtu des marques
des Ordres de Sa Majeſté , & précédé des Sieurs
Chendret , Hérault & Perceville , Huillier defdits
Ordres , ayant leur habit de Cérémonie : il
y préfida , au nom du Roi , au Chapitre de Saint
Michel , & reçut Chevaliers de cet Ordre le
Sieur Perroner , Premier Ingénieur des Ponts &
Chaullées, l'un des Architectes du Roi & Membre
de
JUILLET. 1764. 169
de fon Académie Royale d'Architecture ; le Sieur
Berthier , Capitaine d'Infanterie , Ingénieur-
Géographe en chef des Camps & Marches des
Armées du Roi , Gouverneur des Hôtels des
Affaires Etrangères, de la Guerre & de la Marine à
Verſailles, & Commandant de la Compagnie des
Bas- Officiers commiſe à la garde de ces Hôtels
; & le Sieur Mique , Premier Architecte du
Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar ,
Directeur Général de fes Bâtimens , Fontaines
& Jardins , & Ingénieur en chef des Ponts &
Chauffées des Duchés de Lorraine & de Bar. Le
Duc d'Aumont affifta enfuite , avec tous les Chevaliers
qui fe trouvoient préfens , à la Grand'-
Meffe qui fe célébre tous les ans dans l'Eglife des
Peres Cordeliers , en mémoire de l'apparition de
Saint Michel.
L'Ordre Royal Militaire & Hofpitalier de Notre-
Dame du Mont Carmel & de Saint Lazare
de Jérufalem a fait célébrer , le 14 , dans la
Chapelle du Louvre , l'Anniverſaire pour le repos
de l'âme du Roi Henri IV de glorieuse mémoi
re , Fondateur de cet Ordre. L'Abbé Gaultier ,
Aumônier de l'Ordre & du Duc d'Orléans , a dit
la Meffe de Requiem . Les Grands Officiers &
plufieurs Chevaliers- Commandeurs de l'Ordre ,
ont affifté à cette Cérémonie.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire . Les numéros fortis de la roue de fortune
, font , 68 , 70 , 29 , 28 , 37.
Le quarantième tirage de la Loterie de l'Hôtelde-
Ville s'eft fait le 25 du mois dernier , en la
manière accoutumée. Le Lot de cinquante mille
livres eſt échu au numéro 53962 ; celui de vingt
mille livres au numéro 55594 , & les deux de
dix mille livres aux numéros 47221 & 47574 •
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Résumé : De PARIS, le 30 Avril 1764.
En 1764, plusieurs événements marquants ont eu lieu en France. Le 30 avril, un arrêté du Conseil d'État du Roi a confié au Grand Écuyer la direction générale et la surintendance des haras des provinces de Normandie, Limoges et Auvergne. Le 1er avril, une éclipse a été observée dans diverses villes françaises et européennes, validant les prévisions des astronomes. Le 24 avril, le tirage de la loterie de l'Hôtel de Ville a attribué des lots aux numéros 22993, 26063, 27738 et 31603. Le 19 mai, l'évêque de Châlons-sur-Marne a été sacré à la Chapelle Royale du Collège de Navarre. Le 1er juin, l'évêque de Vence a été sacré au Château de Gallon. Le 14 juin, le roi a passé en revue les Gardes Françaises et Suisses à la Plaine des Sablons, en présence de membres de la famille royale et de la noblesse. Le 8 juin, le duc d'Aumont a présidé une cérémonie au couvent des Pères Cordeliers, où trois nouveaux chevaliers ont été reçus dans l'Ordre de Saint-Michel. Le 14 juin, l'Ordre Royal Militaire et Hospitalier de Notre-Dame du Mont Carmel et de Saint Lazare de Jérusalem a célébré l'anniversaire du roi Henri IV au Louvre. Les tirages des loteries de l'École Royale Militaire et de l'Hôtel de Ville ont également été mentionnés, avec les numéros gagnants respectifs.
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2885
p. 170
NAISSANCES.
Début :
Le 3 Mai, Madame la Dauphine est accouchée heureusement d'une [...]
Mots clefs :
Madame la Dauphine, Accouchement, Princesse, Monseigneur, Comte, Duc, Madame, Duchesse, Fille, Fils
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texteReconnaissance textuelle : NAISSANCES.
NAISSANCES.
>
Le 3 Mai Madame la Dauphine eſt accouchée
heureufement d'une Princeffe vers les
deux heures du matin. Le même jour , Monſei--
gneur le Duc de Berry , ainfi que Monfeigneur
le Comte de Provence , Monfeigneur le Comte
d'Artois & Madame , fe rendirent à la Chapelle
du Château , immédiatement après la Mefle du
Roi , pour la cérémonie du Baptême de la Princelle
nouvellement née . Leurs Majeftés , ainfi
que Monfeigneur le Dauphin , Madame Adélaïde
, Meflames Victoire , Sophie & Louie , le
Duc d'Orléans , le Duc de Chartres , le Prince
de Condé , le Comte de Clermont , la Princeſſe
de Conti , le Prince de Conti , la Comteſſe de la
Marche , le Comte d'Eu , le Duc de Penthievre &
le Prince de Lamballe ont affifté cette Cérémonie.
Monfeigneur le Duc de Berry , au nom de l'Infant
Don Philippe , & Madame Adélaide au
nom de la Reine d'Eſpagne Douairiere , ont tenu
fur les Fonts de Baptême cette Princelle qui a été
nommée Elifabeth Philippe- Marie- Helene. Le
Baptême a été adminiftré par l'Archevêque de
Rheims , Grand Aumônier de Sa Majesté , en
préfence du Sieur Allarh , Curé de Paroille du
Château . Plufieurs Princes & Princelles , Seigneurs
& Damés de la Cour ont affifté à cette Cérémonie
, ainfi
que
les Ambaffadeurs
d'Elpagne
& de
Naples
.
Le 4 Avril , la Ducheffe de Charoſt eſt accouchée
d'un fils qui portera le nom de Marquis de
Charoft.
>
Le 3 Mai Madame la Dauphine eſt accouchée
heureufement d'une Princeffe vers les
deux heures du matin. Le même jour , Monſei--
gneur le Duc de Berry , ainfi que Monfeigneur
le Comte de Provence , Monfeigneur le Comte
d'Artois & Madame , fe rendirent à la Chapelle
du Château , immédiatement après la Mefle du
Roi , pour la cérémonie du Baptême de la Princelle
nouvellement née . Leurs Majeftés , ainfi
que Monfeigneur le Dauphin , Madame Adélaïde
, Meflames Victoire , Sophie & Louie , le
Duc d'Orléans , le Duc de Chartres , le Prince
de Condé , le Comte de Clermont , la Princeſſe
de Conti , le Prince de Conti , la Comteſſe de la
Marche , le Comte d'Eu , le Duc de Penthievre &
le Prince de Lamballe ont affifté cette Cérémonie.
Monfeigneur le Duc de Berry , au nom de l'Infant
Don Philippe , & Madame Adélaide au
nom de la Reine d'Eſpagne Douairiere , ont tenu
fur les Fonts de Baptême cette Princelle qui a été
nommée Elifabeth Philippe- Marie- Helene. Le
Baptême a été adminiftré par l'Archevêque de
Rheims , Grand Aumônier de Sa Majesté , en
préfence du Sieur Allarh , Curé de Paroille du
Château . Plufieurs Princes & Princelles , Seigneurs
& Damés de la Cour ont affifté à cette Cérémonie
, ainfi
que
les Ambaffadeurs
d'Elpagne
& de
Naples
.
Le 4 Avril , la Ducheffe de Charoſt eſt accouchée
d'un fils qui portera le nom de Marquis de
Charoft.
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Résumé : NAISSANCES.
Le 3 mai, Madame la Dauphine a accouché d'une princesse vers deux heures du matin. Le même jour, plusieurs membres de la famille royale, dont le Duc de Berry, le Comte de Provence, le Comte d'Artois et Madame, ont assisté au baptême de la princesse à la chapelle du château. Parmi les présents figuraient Leurs Majestés, le Dauphin, Madame Adélaïde, Mesdames Victoire, Sophie et Louise, ainsi que divers princes, princesses, seigneurs et dames de la cour. Le Duc de Berry et Madame Adélaïde ont tenu la princesse sur les fonts baptismaux au nom de l'Infant Don Philippe et de la Reine d'Espagne douairière, respectivement. La princesse a été nommée Élisabeth Philippe-Marie-Hélène. Le baptême a été administré par l'Archevêque de Reims, Grand Aumônier de Sa Majesté, en présence du Curé de la paroisse du château. Plusieurs princes, princesses, seigneurs et dames de la cour, ainsi que les ambassadeurs d'Espagne et de Naples, ont assisté à la cérémonie. Le 4 avril, la Duchesse de Charost a donné naissance à un fils, qui portera le nom de Marquis de Charost.
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2886
p. 177-180
De WARSOVIE, le 9 Mai 1764.
Début :
Depuis huit jours, tous les Seigneurs qui devoient se rendre dans cette Capitale [...]
Mots clefs :
Seigneurs, Capitale, Diète, Troupes, Comte, Ambassadeur, Nonces, Maréchal, Attaque, Désordres, Troubles, Corps
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texteReconnaissance textuelle : De WARSOVIE, le 9 Mai 1764.
De WARSOVIE , le 9 Mai 1764.
Depuis huit jours , tous les Seigneurs qui devoient
fe rendre dans cette Capitale pour la Diéte
de convocation y font arrivés fucceffivement
chacun avec les troupes particulières . Ce mêlange
de troupes fous deux ou trois cens uniformes
divers traçoit affez bien le temps des Croifades
, où les différens partis n'étoient diftingués
que par leurs différentes bannières. Les troupes
Ruffes font entrées en même temps dans la Ville :
& cette grande affluence a tenu les proviſions
trè-chères & très- rares.
Le Grand- Général Comte Branicki ayant raffemblé
fous fes ordres une partie de l'Armée de la
Couronne , formant environ quatre mille hom
mes , le Primat lui a envoyé une Députation pour
lui demander les motifs de cette démarche. Le
Comte Branicki a répondu qu'il étoit comptable
de fes actions & de l'ufage qu'il faifoit de fon
autorité en qualité de Grand- Général , non au
Primat , mais à la Républque entière affem
blée ; que cependant fi ce Prélat vouloit convo
quer le Sénat , alors il rendroit compte de fa
H v
18 MERCURE DE FRANCE .
Conduite ; il a ajouté que fi l'on avoit eu foin
d'envoyer de femblables Députations à l'Ambaffadeur
de Ruffie à mesure qu'il entroit dans le
Royaume des troupes Ruffes , & qu'elles approchoient
de la Capitale , les troupes étrangères fe
feroient peut- être déjà retirées.
Enfin , on a voulu procéder le 7 à l'ouverture
de la Diete : les Nonces fe font affemblés felon
l'ufage ; mais la Salle s'étant trouvée en partie occupée
par des gens de guerre,& beaucoup de Ruffes.
s'étant même placés dans les Tribunes qui font
au- deffus des bancs deftinés aux Nonces , l'affemblée
n'a pas tardé à devenir tumultueufe. On a
voulu d'abord procéder à l'élection du Maréchal
de la Diete , mais plufieurs perfonnes ayant repréfenté
qu'il convenoit préalablement d'en faire
exercer l'emploi par le Maréchal de la dernière
Diete , on eft allé chercher le vieux Comte Malakouski
qui , après s'être fait long - temps.
attendre , eft arrivé dans la Chambre , a pris poffeffion
du bâton de Maréchal , & au lieu de le
lever pour donner la voix aux premiers Nonces
qui devoient parler , a déclaré qu'il ne le feroit
qu'après que les troupes étrangères feroient forties
, & que la Diete auroit toute fa liberté. Le
Général Mokranowski , Nonce de Cracovie , s'eft.
levé & a appuyé la propofition du Maréchal par
un Difcours très -vigoureux . Mais dans le moment
même on a vu tirer les fabres & les épées dans
tous les coins de la Chambre , & l'Orateur a été
obligé de fe mettre en défenſe pour garantir fa
vie . Le Prince Adam Czartoriski & quelques autres
Nobles de fon parti fe font jettés précipitamment.
au-devant du Général Mokranowski pour le garantir
des coups qu'on vouloit lui porter , & leurs
efforts ont arrêté à deux repriſes différentes la
JUILLET. 1764. • 179
fureur des féditieux qui du haur des Tribunes
tâchoient de percer ce Général , & dont plufieurs
même fembloient vouloir fe précipiter fur lui.
Le Général Mokranowski , tranquille au milieu
de ce danger , remit fon épée dans le fourreau , &
fe préfentant , les bras croifés , à ceux qui le menaçoient
, leur dit : s'il vous faut une victime , me
voilà ; mais au moins je mourrai libre , ainfi que
j'ai vécu. Le parti des Czartoriski ayant enfin rétabli
le calme dans la Chambre , le Maréchal dé
clara que puifqu'il étoit impoffible de procéder
fuivant les régles , il fe retiroit & emportoit avec
lui le Bâton dont on l'avoit revêtu . On a voulu
en vain s'opposer à cette réfolution , il eſt reſtá
inébranlable , s'eft fait jour à travers la foule
malgré la garde même qui s'étoit emparée de la
porte de la Salle. Sa retraite a rompu la Diete
avant qu'elle pût avoir fon activité . Cependant
plufieurs Nonces étant reftés dans la Salle ont
procédé à l'élection d'un Maréchal , & leur choix
eft tombé fur le Prince Adam Czartoriski.
Les chofes étant paryenues à ce point de dé
fordre , & la Nation fe trouvant divifée en deux
partis , celui du Grand Général eft forti de la
Ville , & ce Seigneur , fuivi de l'armée de la Couronne
, du Prince Radziwill , Palatin de Wilna ,
& de plufieurs autres principaux Polonois avec
toutes leurs troupes , fe font retirés à Piacezno
Village fitué à trois milles de cette Capitale. On
eft très- inquiet des fuites que cette fciffion net
fçauroit manquer d'avoir , & l'on voit avec peine
fe réalifer les troubles qu'on n'a que trop prévus
depuis quelque temps:
Du 24.
On apprend qu'un nouveau corps de dix mille
H⋅vj.
180 MERCURE DE FRANCE.
1
Rulles eft entré en Lithuanie, & l'on affure en me
me temps qu'un autre de douze mille a paru du
côté de Kiow.
Depuis huit jours , tous les Seigneurs qui devoient
fe rendre dans cette Capitale pour la Diéte
de convocation y font arrivés fucceffivement
chacun avec les troupes particulières . Ce mêlange
de troupes fous deux ou trois cens uniformes
divers traçoit affez bien le temps des Croifades
, où les différens partis n'étoient diftingués
que par leurs différentes bannières. Les troupes
Ruffes font entrées en même temps dans la Ville :
& cette grande affluence a tenu les proviſions
trè-chères & très- rares.
Le Grand- Général Comte Branicki ayant raffemblé
fous fes ordres une partie de l'Armée de la
Couronne , formant environ quatre mille hom
mes , le Primat lui a envoyé une Députation pour
lui demander les motifs de cette démarche. Le
Comte Branicki a répondu qu'il étoit comptable
de fes actions & de l'ufage qu'il faifoit de fon
autorité en qualité de Grand- Général , non au
Primat , mais à la Républque entière affem
blée ; que cependant fi ce Prélat vouloit convo
quer le Sénat , alors il rendroit compte de fa
H v
18 MERCURE DE FRANCE .
Conduite ; il a ajouté que fi l'on avoit eu foin
d'envoyer de femblables Députations à l'Ambaffadeur
de Ruffie à mesure qu'il entroit dans le
Royaume des troupes Ruffes , & qu'elles approchoient
de la Capitale , les troupes étrangères fe
feroient peut- être déjà retirées.
Enfin , on a voulu procéder le 7 à l'ouverture
de la Diete : les Nonces fe font affemblés felon
l'ufage ; mais la Salle s'étant trouvée en partie occupée
par des gens de guerre,& beaucoup de Ruffes.
s'étant même placés dans les Tribunes qui font
au- deffus des bancs deftinés aux Nonces , l'affemblée
n'a pas tardé à devenir tumultueufe. On a
voulu d'abord procéder à l'élection du Maréchal
de la Diete , mais plufieurs perfonnes ayant repréfenté
qu'il convenoit préalablement d'en faire
exercer l'emploi par le Maréchal de la dernière
Diete , on eft allé chercher le vieux Comte Malakouski
qui , après s'être fait long - temps.
attendre , eft arrivé dans la Chambre , a pris poffeffion
du bâton de Maréchal , & au lieu de le
lever pour donner la voix aux premiers Nonces
qui devoient parler , a déclaré qu'il ne le feroit
qu'après que les troupes étrangères feroient forties
, & que la Diete auroit toute fa liberté. Le
Général Mokranowski , Nonce de Cracovie , s'eft.
levé & a appuyé la propofition du Maréchal par
un Difcours très -vigoureux . Mais dans le moment
même on a vu tirer les fabres & les épées dans
tous les coins de la Chambre , & l'Orateur a été
obligé de fe mettre en défenſe pour garantir fa
vie . Le Prince Adam Czartoriski & quelques autres
Nobles de fon parti fe font jettés précipitamment.
au-devant du Général Mokranowski pour le garantir
des coups qu'on vouloit lui porter , & leurs
efforts ont arrêté à deux repriſes différentes la
JUILLET. 1764. • 179
fureur des féditieux qui du haur des Tribunes
tâchoient de percer ce Général , & dont plufieurs
même fembloient vouloir fe précipiter fur lui.
Le Général Mokranowski , tranquille au milieu
de ce danger , remit fon épée dans le fourreau , &
fe préfentant , les bras croifés , à ceux qui le menaçoient
, leur dit : s'il vous faut une victime , me
voilà ; mais au moins je mourrai libre , ainfi que
j'ai vécu. Le parti des Czartoriski ayant enfin rétabli
le calme dans la Chambre , le Maréchal dé
clara que puifqu'il étoit impoffible de procéder
fuivant les régles , il fe retiroit & emportoit avec
lui le Bâton dont on l'avoit revêtu . On a voulu
en vain s'opposer à cette réfolution , il eſt reſtá
inébranlable , s'eft fait jour à travers la foule
malgré la garde même qui s'étoit emparée de la
porte de la Salle. Sa retraite a rompu la Diete
avant qu'elle pût avoir fon activité . Cependant
plufieurs Nonces étant reftés dans la Salle ont
procédé à l'élection d'un Maréchal , & leur choix
eft tombé fur le Prince Adam Czartoriski.
Les chofes étant paryenues à ce point de dé
fordre , & la Nation fe trouvant divifée en deux
partis , celui du Grand Général eft forti de la
Ville , & ce Seigneur , fuivi de l'armée de la Couronne
, du Prince Radziwill , Palatin de Wilna ,
& de plufieurs autres principaux Polonois avec
toutes leurs troupes , fe font retirés à Piacezno
Village fitué à trois milles de cette Capitale. On
eft très- inquiet des fuites que cette fciffion net
fçauroit manquer d'avoir , & l'on voit avec peine
fe réalifer les troubles qu'on n'a que trop prévus
depuis quelque temps:
Du 24.
On apprend qu'un nouveau corps de dix mille
H⋅vj.
180 MERCURE DE FRANCE.
1
Rulles eft entré en Lithuanie, & l'on affure en me
me temps qu'un autre de douze mille a paru du
côté de Kiow.
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Résumé : De WARSOVIE, le 9 Mai 1764.
Le 9 mai 1764, à Varsovie, les seigneurs convoqués pour la Diète sont arrivés avec leurs troupes, créant un mélange d'uniformes divers. Les troupes russes, également présentes, ont rendu les provisions rares et chères. Le Grand-Général Comte Branicki a rassemblé une partie de l'armée de la Couronne, ce qui a suscité une demande d'explications du Primat. Branicki a répondu qu'il était responsable devant la République entière et non devant le Primat, critiquant l'absence de réactions similaires face à l'entrée des troupes russes. Le 7 mai, l'ouverture de la Diète a été perturbée par la présence de soldats et de Russes dans la salle. Le vieux Comte Malakouski, nommé Maréchal de la Diète, a refusé de procéder tant que les troupes étrangères ne seraient pas retirées. Le Général Mokranowski a appuyé cette proposition, mais des violences ont éclaté. Le Prince Adam Czartoriski et d'autres nobles ont protégé Mokranowski. Après le retrait de Malakouski, les nonces restants ont élu Czartoriski comme nouveau Maréchal. La situation a conduit à une scission : le parti du Grand-Général Branicki, suivi de l'armée et de plusieurs nobles, s'est retiré à Piacezno. Par ailleurs, un nouveau corps de troupes russes a été signalé en Lituanie et près de Kiow, augmentant les inquiétudes et les troubles.
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2887
p. 180
De ROME, le 23 Mai 1764.
Début :
Le Marquis d'Aubeterre, Ambassadeur Extraordinaire de France en cette [...]
Mots clefs :
Marquis, Ambassadeur, Cour, Souverain, Madame la Dauphine, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De ROME, le 23 Mai 1764.
De ROME , le 23 Mai 1764.
Le Marquis d'Aubeterre , Ambaffadeur Extraordinaire
de France en cette Cour , fe rendit hier à
l'Audience du Souverain Pontife , à qui il remit
une Lettre du Roi fon Maître , par laquelle Sa
Majefté Très-Chrétienne annonce au Saint Père
l'heureux accouchement de Madame la Dau
phine.
Le Prince Camille de Roban , accompagné du
Chevalier de la Tremblaye , eft arrivé ici le 20 ,
revenant de Malte , où il a fait fes Caravanes.
Le Marquis d'Aubeterre , Ambaffadeur Extraordinaire
de France en cette Cour , fe rendit hier à
l'Audience du Souverain Pontife , à qui il remit
une Lettre du Roi fon Maître , par laquelle Sa
Majefté Très-Chrétienne annonce au Saint Père
l'heureux accouchement de Madame la Dau
phine.
Le Prince Camille de Roban , accompagné du
Chevalier de la Tremblaye , eft arrivé ici le 20 ,
revenant de Malte , où il a fait fes Caravanes.
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2888
p. 181-186
De VERSAILLES, le 9 Juin 1764.
Début :
Le Roi vient de donner au Prince de Tingri la place de Capitaine [...]
Mots clefs :
Comte, Général, Majesté, Famille royale, Gouvernement, Marquis, Audience, Famille royale, Province, Serment, Honneur, Aumônier, Cérémonies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 9 Juin 1764.
De VERSAILLES , le 9 Juin 1764 .
Le Roi vient de donner au Prince de Tingri la
place de Capitaine de les Gardes , vacante par la
mort du Maréchal Duc de Luxembourg. Sa Majefté
a diſpoſé en même temps du Gouvernement
de Normandie en faveur du Duc d'Harcourt ,
qui en étoit Lieutenant-Général. Le Gouvernement
de Sedan , vacant par la nomination du
Duc d'Harcourt au Gouvernement de la Province
de Normandie , a été donné au Duc de Laval ,
Lieutenant-Général des Armées du Roi , qui a
remis à Sa Majefté le Gouvernement de Mont-
Dauphin, dont elle a diſpoſé en faveur du Comte
de la Suze , Grand Maréchal des Logis de fa
Cour.
Sa Majeſté a donné le Gouvernement de Port-
Louis , vacant par la mort du Comte de Rothelin' ,
au Chevalier du Châtelet , Lieutenant-Général de
fes Armées , & celui de Saint- Malo , vacant par
la mort du Maréchal de Maubourg , au Comte
de Montazet , Lieutenant-Général de les Armées,
qui a remis à Sa Majesté le Gouvernement du
Fort de Scarpe dont il étoit pourvu , & que
Majeſté donné au Chevalier de Saint- Point ,
Maréchal de fes Camps & Armées , & Lieutenant
de fes Gardes-du - Corps dans la Compagnie de
Beauvau .
Sa
L'Inſpection de Cavalerie dont étoit pourvu le
182 MERCURE DE FRANCE.
"
Comte de Montazet a été fupprimée par le Roi,
qui a donné l'Inspection qu'éxerçoit le Marquis
du Mefnil au Comte de Choifeul-la-Baume , &
celle d'Infanterie , qu'avoit le Marquis de Bréhant
, au Comte de Montbarey.
Sa Majefté a difpofé de l'Archevêché d'Alby en
faveur du Cardinal de Bernis ; & de l'Evêché de
Siſteron en faveur de l'Abbé de Saint-Tropès.
Elle a donné l'Abbaye de Corneville , Ordre de
S. Auguftin , Diocèfe de Rouen , à l'Abbé d'Allemans-
Dulau , ancien Curé de la Paroifle de S.
Sulpice à Paris.
Le Roi vient de difpofer de la place de Dame
d'Atours de Madame , qu'avoit la Comteffe de
Civerac , en faveur de la Comteffe de Narbonne ,
Dame pour accompagner Madame.
Le fieur Tiepolo , Ambaffadeur de la République
de Venife , fut conduit ici le 22 du mois dernier
, dans les caroffes de Leurs Majeftés , & eur
une Audience publique de Congé du Roi , qui le
fit enfuite Chevalier. Il fut conduit à cette Audience
, ainfi qu'à celles de la Reine & de la Famille
Royale , par le fieur Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 27 , le Prince de Tingry prêta ferment entre
les mains du Roi , en qualité de Capitaine des
Gardes de Sa Majesté.
Le fieur Langlois , Confeiller au Parlement de
Paris , ayant été pourvu d'une Charge d'Intendant
des Finances , fut préfenté au Roi en cette
qualité le même jour par le fieur de l'Averdy.
La Dame de l'Averdy , époufe du Contrôleur
Général des Finances , & la Comteffe de Langeron
, furent préfentées le même jour à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale , la premiere par la
Comteffe de Noailles , & la feconde par la Marquile
de Langeron.
JUILLET. 1764. 183
Le même jour la Marquife de Tourzel & la
Marquife de Gantès furent préſentées à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale , la première ,
par la Marquife de Sourches , la feconde , par la
Vicomteffe de Caftellane .
Les Députés des Etats d'Artois eurent auffi ce
même jour une Audience du Roi : ils furent préfentés
à Sa Majesté par le Duc de Chaulnes ,
Gouverneur de la Province , & par le Duc de
Choifeul , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le
département de la Guerre & de la Marine , 82
conduit à cette Audience par le Marquis de
Dreux , Grand-Maître des Cérémonies , & par le
Heur Desgranges , Maître des Cérémonies. La
députation étoit compofée , pour le Clergé , de
l'Evêque de Saint-Omer , qui porta la parole ;
du Comte de Marle , pour la Nobleffe , & du
fieur de Canchy , pour le Tiers- Etat..
la
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignerent
3 de ce mois le Contrat de mariage du fieur
de Boullongne , Maître des Requêtes , & de Demoiſelle
Langlois , fille du fieur Langlois , Intendant
des Finances. Le même jour la Comteffe
de Mory & la Comteffe de Sabran furent
préſentées à Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par la Comteffe de la Marche , l'une en qualité
de Dame d'Honneur de cette Princeffe , l'autre en
qualité de fa Dame de compagnie. La Marquife
de la Roche- du - Maine fut auffi préſentée à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale par la Ducheffe
de Sully.
Le Roi s'étant fait rendre compte de tout ce
qui s'eft paffé dans l'affaire du Canada , & en
particulier par rapport aux Officiers & Employés
qui ont été déchargés des accufations intentées
contre eux , & voulant leur donner des marques
184 MERCURE DE FRANCE.
2
de fa fatisfaction , a accordé au Marquis de Vau-.
dreuil , ancien Gouverneur- Lieutenant -Général
de la Nouvelle-France , 6 , 000 livrés de penfion
annuelle , indépendamment de celle dont il jouiffoit
précédemment. Sa Majesté a pareillement
accordé d'autres penfions , fuivant le grade & la
qualité des perfonnes , au Chevalier le Mercier ,
ci-devant Commandant de l'Artillerie ; au fieur
de Boishebert , Capitaine , ci -devant Commandant
à l'Acadie ; au fieur de Meloïfe , Capitaine ,
Aide-Major de Quebec ; aux fieurs de Villers ,
Contrôleur ; Barbel , Ecrivain ; & Fayolle , Ecrivain
& Garde-Magafin .
Le 19 du mois dernier , les PP. Récollets de
la Province de France ont tenu ici un Chapitre
auquel a préfidé , en qualité de Commiſſaire- Général
, le Pere Pie Allard , Ex- Provincial de la
Province de Lyon . Ce même Père a préſenté le
21 au Roi les nouveaux Supérieurs qui ont été
nommés dans ce Chapitre.
Le 20 ,
:
le fieur de l'Etang a eu l'honneur de
préfenter à Sa Majefté un Ouvrage de fa compofition
, intitulé Manuel d'Agriculture pour le
Laboureur, pour le Propriétaire & pour le Gou
vernement , contenant les vrais & feuls moyens de
faire profpérer l'Agriculture tant en France que
dans tous les autres Etats où l'on cultive.
Le fieur Duhamel , de l'Académie Royale des
Sciences , & Infpecteur de la Marine , a eu l'honneur
de préfenter , le ; de ce mois , au Roi deux
livres de fa compofition , intitulés : Exploitation
du bois , ou Moyen de tirer un parti avantageux
des taillis , demi-futayes & hautes-futayes , &
d'en faire une jufte eſtimation , avec une defcription
des Arts qui fe pratiquent dans les forêts ,
faifant les deux dernières parties du Traité com
pler des Bois & Forêts.
JUILLET. 1764. 184
Les PP. Capucins ont eu l'honneur de préfenter
le à Monfeigneur le Dauphin les XIII , XIV.
& XV Volumes des Principes difcutés , qui font
les derniers de cet Ouvrage , ainfi que la Juſtification
de leur Verfion Françoiſe des Pleaumes.
Du 13.
Les Chevaliers Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint Efprit s'étant affemblés le 10
de ce mois , vers les onze heures du matin ,
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fortit de fon
appartement pour aller à la Chapelle. Elle étoit
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc d'Orléans , du Duc de Chartres , du Prince
de Condé , du Comte de Clermont , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , du Comte d'Eu ,
du Duc de Penthievre & du Prince de Lamballe ,
& des Chevaliers , Commandeurs & Officiers dé
l'Ordre. Sa Majefté , devant qui les deux Huiffiers
de la Chambre portoient leurs maffes , étoit en
manteau , ayant le Collier de l'Ordre pardeffus ,
ainfi que celui de la Toifon d'Or. L'Evêque de
Langres , Commandeur de l'Ordre , Officia , &
après la Meffe qui fut chantée par la Muſique
du Roi , Sa Majefté monta fur fon Trône pour
recevoir Chevalier de l'Ordre le Comte du Châtalet
- Lomont , ci- devant Ambafladeur du Roi
à la Cour de Vienne & l'un des Menins de Monfeigneur
le Dauphin ; après quoi Sa Majesté
fut reconduite à fon appartement en la manière
accoutumée .
Le Roi vient de difpofer en faveur du Maréchal
de Clermont-Tonnerre de la Lieutenance- Générale
& du Commandement du Dauphiné vacans
par la mort du Marquis du Mefnil .
Sa Majefté a nommé à l'Evêché d'Avranches
186 MERCURE DE FRANCE,
l'Abbé de Durfort ſon Aumônier. Elle a donné en
même temps l'Abbaye de Lieu Dieu , Ordre de
Citeaux , Diocèle d'Amiens , à l'Abbé de Béon ,
Aumônier de Madame cele de Selincourt , Ordre
de Piémontré , même Diocèle à l'Abbé Tafcher
, Vicaire Général du Diocèle de Mâcon , &
Chanoine de l'Eglife Noble & Cathédrale de
Coire , & l'Abbaye Réguliere de Prieres , Ordre
de Cireaux , Diocèle de Vannes , à Dom de Baule
, Religieux du même Ordre , & Prieur de l'Abbaye
de Royaumont. L'Abbe de Soulanges ayant
donné la démiffion de la place d'Aumônier de
Madame , Sa Majefté a nommé à cette place
l'Abbé de Saint- Marceau , Vicaire Général de
Meaux.
Le Vicomte de Choifeul , Menin de Monfeigneur
le Dauphin , eft revenu de la Cour de Vienne
& a fait le 10 la révérence au Roi à qui il a
été présenté par le Duc de Praflin fon père , qui
a aufli préfenté , ces jours derniers , à Sa Majefté
le fieur de la Houze , ci - devant chargé des
affaires du Roi à la Cour de Naples & auprès du
Saint Siége.
La Comteffe de Narbonne prêta ferment le
11 entre les mains du Roi en qualité de Dame
d'Atours de Madame. Le même jour , la Princeffe
de Mafferan prit congé de Leurs Majeftés ,
ainsi que la de Famille Royale , à qui elle fur préfentée
par la Princeffe de Rohan . Elle va joindre
à Londres le Prince de Mafferan fon époux , Ambaffadeur
de Sa Majefté Catholique à la Cour
d'Angleterre.
Le Roi vient de donner au Prince de Tingri la
place de Capitaine de les Gardes , vacante par la
mort du Maréchal Duc de Luxembourg. Sa Majefté
a diſpoſé en même temps du Gouvernement
de Normandie en faveur du Duc d'Harcourt ,
qui en étoit Lieutenant-Général. Le Gouvernement
de Sedan , vacant par la nomination du
Duc d'Harcourt au Gouvernement de la Province
de Normandie , a été donné au Duc de Laval ,
Lieutenant-Général des Armées du Roi , qui a
remis à Sa Majefté le Gouvernement de Mont-
Dauphin, dont elle a diſpoſé en faveur du Comte
de la Suze , Grand Maréchal des Logis de fa
Cour.
Sa Majeſté a donné le Gouvernement de Port-
Louis , vacant par la mort du Comte de Rothelin' ,
au Chevalier du Châtelet , Lieutenant-Général de
fes Armées , & celui de Saint- Malo , vacant par
la mort du Maréchal de Maubourg , au Comte
de Montazet , Lieutenant-Général de les Armées,
qui a remis à Sa Majesté le Gouvernement du
Fort de Scarpe dont il étoit pourvu , & que
Majeſté donné au Chevalier de Saint- Point ,
Maréchal de fes Camps & Armées , & Lieutenant
de fes Gardes-du - Corps dans la Compagnie de
Beauvau .
Sa
L'Inſpection de Cavalerie dont étoit pourvu le
182 MERCURE DE FRANCE.
"
Comte de Montazet a été fupprimée par le Roi,
qui a donné l'Inspection qu'éxerçoit le Marquis
du Mefnil au Comte de Choifeul-la-Baume , &
celle d'Infanterie , qu'avoit le Marquis de Bréhant
, au Comte de Montbarey.
Sa Majefté a difpofé de l'Archevêché d'Alby en
faveur du Cardinal de Bernis ; & de l'Evêché de
Siſteron en faveur de l'Abbé de Saint-Tropès.
Elle a donné l'Abbaye de Corneville , Ordre de
S. Auguftin , Diocèfe de Rouen , à l'Abbé d'Allemans-
Dulau , ancien Curé de la Paroifle de S.
Sulpice à Paris.
Le Roi vient de difpofer de la place de Dame
d'Atours de Madame , qu'avoit la Comteffe de
Civerac , en faveur de la Comteffe de Narbonne ,
Dame pour accompagner Madame.
Le fieur Tiepolo , Ambaffadeur de la République
de Venife , fut conduit ici le 22 du mois dernier
, dans les caroffes de Leurs Majeftés , & eur
une Audience publique de Congé du Roi , qui le
fit enfuite Chevalier. Il fut conduit à cette Audience
, ainfi qu'à celles de la Reine & de la Famille
Royale , par le fieur Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 27 , le Prince de Tingry prêta ferment entre
les mains du Roi , en qualité de Capitaine des
Gardes de Sa Majesté.
Le fieur Langlois , Confeiller au Parlement de
Paris , ayant été pourvu d'une Charge d'Intendant
des Finances , fut préfenté au Roi en cette
qualité le même jour par le fieur de l'Averdy.
La Dame de l'Averdy , époufe du Contrôleur
Général des Finances , & la Comteffe de Langeron
, furent préfentées le même jour à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale , la premiere par la
Comteffe de Noailles , & la feconde par la Marquile
de Langeron.
JUILLET. 1764. 183
Le même jour la Marquife de Tourzel & la
Marquife de Gantès furent préſentées à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale , la première ,
par la Marquife de Sourches , la feconde , par la
Vicomteffe de Caftellane .
Les Députés des Etats d'Artois eurent auffi ce
même jour une Audience du Roi : ils furent préfentés
à Sa Majesté par le Duc de Chaulnes ,
Gouverneur de la Province , & par le Duc de
Choifeul , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le
département de la Guerre & de la Marine , 82
conduit à cette Audience par le Marquis de
Dreux , Grand-Maître des Cérémonies , & par le
Heur Desgranges , Maître des Cérémonies. La
députation étoit compofée , pour le Clergé , de
l'Evêque de Saint-Omer , qui porta la parole ;
du Comte de Marle , pour la Nobleffe , & du
fieur de Canchy , pour le Tiers- Etat..
la
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignerent
3 de ce mois le Contrat de mariage du fieur
de Boullongne , Maître des Requêtes , & de Demoiſelle
Langlois , fille du fieur Langlois , Intendant
des Finances. Le même jour la Comteffe
de Mory & la Comteffe de Sabran furent
préſentées à Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par la Comteffe de la Marche , l'une en qualité
de Dame d'Honneur de cette Princeffe , l'autre en
qualité de fa Dame de compagnie. La Marquife
de la Roche- du - Maine fut auffi préſentée à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale par la Ducheffe
de Sully.
Le Roi s'étant fait rendre compte de tout ce
qui s'eft paffé dans l'affaire du Canada , & en
particulier par rapport aux Officiers & Employés
qui ont été déchargés des accufations intentées
contre eux , & voulant leur donner des marques
184 MERCURE DE FRANCE.
2
de fa fatisfaction , a accordé au Marquis de Vau-.
dreuil , ancien Gouverneur- Lieutenant -Général
de la Nouvelle-France , 6 , 000 livrés de penfion
annuelle , indépendamment de celle dont il jouiffoit
précédemment. Sa Majesté a pareillement
accordé d'autres penfions , fuivant le grade & la
qualité des perfonnes , au Chevalier le Mercier ,
ci-devant Commandant de l'Artillerie ; au fieur
de Boishebert , Capitaine , ci -devant Commandant
à l'Acadie ; au fieur de Meloïfe , Capitaine ,
Aide-Major de Quebec ; aux fieurs de Villers ,
Contrôleur ; Barbel , Ecrivain ; & Fayolle , Ecrivain
& Garde-Magafin .
Le 19 du mois dernier , les PP. Récollets de
la Province de France ont tenu ici un Chapitre
auquel a préfidé , en qualité de Commiſſaire- Général
, le Pere Pie Allard , Ex- Provincial de la
Province de Lyon . Ce même Père a préſenté le
21 au Roi les nouveaux Supérieurs qui ont été
nommés dans ce Chapitre.
Le 20 ,
:
le fieur de l'Etang a eu l'honneur de
préfenter à Sa Majefté un Ouvrage de fa compofition
, intitulé Manuel d'Agriculture pour le
Laboureur, pour le Propriétaire & pour le Gou
vernement , contenant les vrais & feuls moyens de
faire profpérer l'Agriculture tant en France que
dans tous les autres Etats où l'on cultive.
Le fieur Duhamel , de l'Académie Royale des
Sciences , & Infpecteur de la Marine , a eu l'honneur
de préfenter , le ; de ce mois , au Roi deux
livres de fa compofition , intitulés : Exploitation
du bois , ou Moyen de tirer un parti avantageux
des taillis , demi-futayes & hautes-futayes , &
d'en faire une jufte eſtimation , avec une defcription
des Arts qui fe pratiquent dans les forêts ,
faifant les deux dernières parties du Traité com
pler des Bois & Forêts.
JUILLET. 1764. 184
Les PP. Capucins ont eu l'honneur de préfenter
le à Monfeigneur le Dauphin les XIII , XIV.
& XV Volumes des Principes difcutés , qui font
les derniers de cet Ouvrage , ainfi que la Juſtification
de leur Verfion Françoiſe des Pleaumes.
Du 13.
Les Chevaliers Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint Efprit s'étant affemblés le 10
de ce mois , vers les onze heures du matin ,
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fortit de fon
appartement pour aller à la Chapelle. Elle étoit
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc d'Orléans , du Duc de Chartres , du Prince
de Condé , du Comte de Clermont , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , du Comte d'Eu ,
du Duc de Penthievre & du Prince de Lamballe ,
& des Chevaliers , Commandeurs & Officiers dé
l'Ordre. Sa Majefté , devant qui les deux Huiffiers
de la Chambre portoient leurs maffes , étoit en
manteau , ayant le Collier de l'Ordre pardeffus ,
ainfi que celui de la Toifon d'Or. L'Evêque de
Langres , Commandeur de l'Ordre , Officia , &
après la Meffe qui fut chantée par la Muſique
du Roi , Sa Majefté monta fur fon Trône pour
recevoir Chevalier de l'Ordre le Comte du Châtalet
- Lomont , ci- devant Ambafladeur du Roi
à la Cour de Vienne & l'un des Menins de Monfeigneur
le Dauphin ; après quoi Sa Majesté
fut reconduite à fon appartement en la manière
accoutumée .
Le Roi vient de difpofer en faveur du Maréchal
de Clermont-Tonnerre de la Lieutenance- Générale
& du Commandement du Dauphiné vacans
par la mort du Marquis du Mefnil .
Sa Majefté a nommé à l'Evêché d'Avranches
186 MERCURE DE FRANCE,
l'Abbé de Durfort ſon Aumônier. Elle a donné en
même temps l'Abbaye de Lieu Dieu , Ordre de
Citeaux , Diocèle d'Amiens , à l'Abbé de Béon ,
Aumônier de Madame cele de Selincourt , Ordre
de Piémontré , même Diocèle à l'Abbé Tafcher
, Vicaire Général du Diocèle de Mâcon , &
Chanoine de l'Eglife Noble & Cathédrale de
Coire , & l'Abbaye Réguliere de Prieres , Ordre
de Cireaux , Diocèle de Vannes , à Dom de Baule
, Religieux du même Ordre , & Prieur de l'Abbaye
de Royaumont. L'Abbe de Soulanges ayant
donné la démiffion de la place d'Aumônier de
Madame , Sa Majefté a nommé à cette place
l'Abbé de Saint- Marceau , Vicaire Général de
Meaux.
Le Vicomte de Choifeul , Menin de Monfeigneur
le Dauphin , eft revenu de la Cour de Vienne
& a fait le 10 la révérence au Roi à qui il a
été présenté par le Duc de Praflin fon père , qui
a aufli préfenté , ces jours derniers , à Sa Majefté
le fieur de la Houze , ci - devant chargé des
affaires du Roi à la Cour de Naples & auprès du
Saint Siége.
La Comteffe de Narbonne prêta ferment le
11 entre les mains du Roi en qualité de Dame
d'Atours de Madame. Le même jour , la Princeffe
de Mafferan prit congé de Leurs Majeftés ,
ainsi que la de Famille Royale , à qui elle fur préfentée
par la Princeffe de Rohan . Elle va joindre
à Londres le Prince de Mafferan fon époux , Ambaffadeur
de Sa Majefté Catholique à la Cour
d'Angleterre.
Fermer
Résumé : De VERSAILLES, le 9 Juin 1764.
Le 9 juin 1764, plusieurs nominations et attributions de postes ont été effectuées par le Roi. Le Prince de Tingri a été nommé Capitaine des Gardes, succédant au Maréchal Duc de Luxembourg. Le Duc d'Harcourt a reçu le Gouvernement de Normandie, le Duc de Laval celui de Sedan, le Comte de la Suze celui de Mont-Dauphin, le Chevalier du Châtelet celui de Port-Louis, et le Comte de Montazet celui de Saint-Malo. L'Inspection de Cavalerie, précédemment tenue par le Marquis du Mésnil, a été supprimée et remplacée par le Comte de Choiseul-la-Baume, tandis que l'Inspection d'Infanterie, tenue par le Marquis de Bréhant, a été confiée au Comte de Montbarrey. Le Roi a également nommé le Cardinal de Bernis à l'Archevêché d'Alby et l'Abbé de Saint-Tropès à l'Évêché de Sisteron. L'Abbaye de Corneville a été attribuée à l'Abbé d'Allemans-Dulau. La Comtesse de Narbonne a été nommée Dame d'Atours de Madame, succédant à la Comtesse de Civerac. L'Ambassadeur de la République de Venise, le sieur Tiepolo, a reçu une audience publique de congé du Roi, qui l'a fait Chevalier. Le Prince de Tingri a prêté serment en tant que Capitaine des Gardes du Roi, et le sieur Langlois, Conseiller au Parlement de Paris, a été présenté au Roi en tant qu'Intendant des Finances. Plusieurs présentations à Leurs Majestés et à la Famille Royale ont eu lieu, notamment celles de la Dame de l'Averdy, de la Comtesse de Langeron, de la Marquise de Tourzel, de la Marquise de Gantès, de la Comtesse de Mory, de la Comtesse de Sabran et de la Marquise de la Roche-du-Maine. Le Roi a accordé des pensions à plusieurs officiers et employés ayant servi au Canada, dont le Marquis de Vaudreuil, le Chevalier Le Mercier, et le sieur de Boishebert. Les Pères Récollets ont tenu un Chapitre à Versailles, présidé par le Père Pie Allard. Le sieur de l'Etang a présenté au Roi un ouvrage sur l'agriculture, et le sieur Duhamel a présenté deux livres sur l'exploitation des bois. Les Chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit se sont assemblés en présence du Roi, qui a reçu le Comte du Châtelet-Lomont comme nouveau Chevalier. Le Maréchal de Clermont-Tonnerre a été nommé Lieutenant-Général et Commandant du Dauphiné. Plusieurs nominations ont été faites pour des postes ecclésiastiques, notamment l'Abbé de Durfort à l'Évêché d'Avranches et l'Abbé de Soulanges comme Aumônier de Madame. Le Vicomte de Choiseul est revenu de la Cour de Vienne et a été présenté au Roi. La Comtesse de Narbonne a prêté serment en tant que Dame d'Atours de Madame, et la Princesse de Masseran a pris congé pour rejoindre son époux à Londres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2889
p. 186-191
De PARIS, le 8 Juin 1764.
Début :
L'affection singulière du Roi pour cette Noblesse illustre qui [...]
Mots clefs :
Noblesse, Illustre, École militaire, Éducation, Collège, Enfants, Édits, Évêque, Lieutenant, Ordonnance du roi, Régiments, Compagnies, Capitaines, Bains chauds, Magistrats, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Loterie de l'école royale militaire, Numéros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 8 Juin 1764.
De PARIS , le 8 Juin 1764. -
L'affection fingulière du Roi pour cette Nobleſſe
luftre qui fait la gloire & la force du Royau
JUILLET. 1764. 187
me , & le defir d'en perpétuer l'éclat & l'utilité
ont porté Sa Majesté à inftituer une Ecole Mili
taire pour y élever dans l'art des armes cinq cens
Gentilshommes . L'expérience ayant fait reconnoître
que l'éducation , qui ne fe rapporte qu'à
un feul objet , eſt ſouvent infructueuse , le Roi a
jugé que le cours des Etudes publiques deftinées à
préparer toutes fortes de profeffions devoit être le
fondement de l'éducation de ceux qui feroient
admis à l'Ecole Militaire ; mais ce premier dégré
d'inftitution ne pouvant le trouver que dans une
Ecole célébre & nombreufe , Sa Majefté a jetté
les yeux fur le Collége de le Fléche qui , par
l'étendue de fes bâtimens , la nobleffe de fon établiffement
& les grands biens dont il a été doté ,
a paru remplir l'objet que Sa Majesté le propofe.
En conféquence , le Roi a donné des Lettres - Patentes
, en date du 7 Avril dernier , contenant
quarante-trois Articles dont on donne ici la
fubftance.
y
Le College Royal de la Flêche fera & demeu
rera dorénavant & à perpétuité deſtiné à l'éducation
& à l'inſtruction des enfans de deux cens cinquante
Gentilshommes du Royaume : il ne pourra
être établi aucun autre Penfionnat ; mais toutes
les Claffes y feront publiques , & tous les Externes
feront admis gratuitement dans ces Claffes , ainfi
que dans les autres Colléges de plein exercice.
Lefdits enfans feront nommés par le Roi & choifis
dans la Nobleſſe , fur la préſentation qui lui en
fera faite par le Secrétaire d'Etat ayant le Département
de la Guèrre & de la Marine : ils pour
ront être admis à l'âge de huit à neuf ans jufqu'à
celui de dix à onze , & les orphelins jufqu'à
treize , avec les conditions prefcrites par les Edits
& Déclarations précédens concernant l'Ecole Mi488
MERCURE DE FRANCE .
litaire , tant par rapport aux preuves de Nobleſſe
qu'aux autres qualités qui y font requifes. Il ne
pourra être admis aux deux cens cinquante places
qui resteront à remplir dans l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire que ceux defdits enfans de Gentilshommes
qui auront fait leuts Etudes dans ledit
College Royal & qui auront quatorze ans accomplis
: ceux d'entr'eux qui , par leurs difpofitions
particulières , fe trouveroient appellés à l'Etat
Eccléfiaftique ou de Magiftrature , ou à d'autres
profeflions nobles , pourront continuer d'y
faire leurs Etudes . Ce Collége fera régi & adminiftré
, fous l'infpection du Secrétaire d'Etat de
la Guerre & de la Marine , par un Bureau compofé
de l'Evêque Diocéfain , qui y préfidera , da
Lieutenant- Général & du Procureur du Roi en la
Sénéchauffée de la Flêche , de deux Notables
ehoifis par Sa Majefté parmi d'anciens Gentilshommes
retirés du ſervice , du Maire de la Ville
& du Principal dudit Collége. Il y fera établi un
Infpecteur chargé de rendre compte des moeurs
du caractère & des talens defdits enfans', & qui
aura féance & voix délibérative dans ledit Bureau
immédiatement après les deuxdits Gentilshommes.
Le College fera deffervi par des perfonnes
Eccléfiaftiques ou Séculières , & compofé d'un
Principal , d'un Sous-Principal , de deux Profeffeurs
de Philofophie , d'un de Rhétorique , de
cing Régens pour les Seconde , Troifiéme , Quatriéme
, Cinquiéme & Sixiéme Claffes , indépendamment
du nombre de Sous -Maîtres que le
Bureau d'Adminiſtration jugera néceffaire . Tous
les biens donnés audit College par les Rois prédéceffeurs
de Sa Majesté & par d'autres perfonnes
, & tous ceux en général qui doivent lui appartenir
au terme des Lettres - Patentes des 14
>
JUILLET. 1764. 189
Juin & 21 Novembre 1763 , & 30 Mars dernier
, lui feront & demeureront confervés , aux
charges portées par leldites Lettres , à l'exception
des rentes fur les Papegaux de Bretagne ,
qui feront employées au foutien des Colléges de
cette Province , & de la Terre de Bonnes , fur laquelle
Sa Majelté expliquera fes intentions. Comme
les revenus de ce Collége ne pourroient ſuffire
aux dépenfes néceffaires pour l'éducation &
l'entretien defdits deux cens cinquante Eléves
Gentilshommes , ce qui y manquera fera fuppléé
annuellement fur les revenus de l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire , fur lefquels il fera auffi
pourvu aux frais nécellaires pour l'ameublemeut
dudit College & pour le premier établiſſement
defdics Eléves. Le College Royal de la Flêche
jouira de toutes les franchiſes , exemptions & immunités
accordées par Sa Majefté à l'Hôtel de
l'Ecole Royale Militaire. Il continuera d'être régi
en la forme portée par l'Edit du mois de Février
1763 jufqu'au premier Octobre prochain. Les
mêmes Lettres Patentes contiennent différentes
difpofitions fur le choix & les appointemens du
Principal , du Sous- Principal , des Profeffeurs ,
Régens , &c . ainfi que des Eccléfiaftiques qui feront
attachés à la Chapelle : elles portent auffi
plufieurs réglemens pour l'adminiſtration des
biens & revenus du Collège.
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du 10
Février dernier , fuivant laquelle chacun des trois
Régimens de Huffards de Berchény , de Chamborant
& de Royal- Naſſau , actuellement compofés
de douze Compagnies de vingt- neuf hommes
, fera réduit huit Compagnies de vingtcing
hommes , dont fera auffi compofé le qua
triéme Régiment que Sa Majefté à réfolu de
190 MERCURE DE FRANCE .
former , & dont elle a donné le Commandement
au freur d'Efterhafy en qualité de Meſtrede
Camp. Tous les Officiers & Huffards excédens
feront Licenciés : les Capitaines réformés
jouiront de 800 liv. en appointement de réforme,
les Lieutenans de soo liv. & les Sous-Lieutenans
de 400 liv. chacun des Huffards Licenciés retournera
chez lui avec fon habit uniforme , &
un bonnet , & il lui fera donné deux fols par
lieue pour s'y rendre. La même Ordonnance
fixe les divers arrangemens à prendre pour parvenir
à la nouvelle compofition du Régiment
d'Ellerhafy , & en régle l'uniforme.
On mande de Franche -Comté , que la Ville de
Luxeul a pris la réſolution de rétablir les bains
d'eau chaude qui étoient prèfque tombés en ruine:
le fieur de Lacorée , Intendant de la Province
, a fait drefler pour cet objet le plan d'un
bâtiment vafte & commode dont la première
pierre a été polée , avec un grand appareil , le
S de ce mois , par les Officiers du Magiftrat, le
Maire de la Ville étant à leur tête & portant un
rablier de Maçon -garni de rubans . Les bains de
Lexeu font très-anciens & ont été très renommés
; mais depuis Jules Célar en avoit fait réparer
le bâtiment , on avoit négligé de l'entretenir.
Les Prêtres de la Doctrine Chrétienne ont tenu ,
le 30 du mois dernier , dans leur Maiſon de S.
Charles une Aflemblée générale, dans laquelle ils
ont élu pour Supérieur Général de leur Congrégation
le Père Jean -Augufte- Louis Chaftener de
Puységur .
Le quarante & uniéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel -de - Ville s'eft fait , le 24 du mois dernier
, en la manière accoutumée. Le Lot de cinJUILLET.
1764. 191
quante mille livres eft échu au Numéro 76'41 ;
celui de vingt mille livres au Numéro 68786 ;
& les deux de dix mille livres aux Numéros
63983 & 71603 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire . Les Numéros fortis de la roue
de fortune font 53 , 90 , 48,73 , 65 .
L'affection fingulière du Roi pour cette Nobleſſe
luftre qui fait la gloire & la force du Royau
JUILLET. 1764. 187
me , & le defir d'en perpétuer l'éclat & l'utilité
ont porté Sa Majesté à inftituer une Ecole Mili
taire pour y élever dans l'art des armes cinq cens
Gentilshommes . L'expérience ayant fait reconnoître
que l'éducation , qui ne fe rapporte qu'à
un feul objet , eſt ſouvent infructueuse , le Roi a
jugé que le cours des Etudes publiques deftinées à
préparer toutes fortes de profeffions devoit être le
fondement de l'éducation de ceux qui feroient
admis à l'Ecole Militaire ; mais ce premier dégré
d'inftitution ne pouvant le trouver que dans une
Ecole célébre & nombreufe , Sa Majefté a jetté
les yeux fur le Collége de le Fléche qui , par
l'étendue de fes bâtimens , la nobleffe de fon établiffement
& les grands biens dont il a été doté ,
a paru remplir l'objet que Sa Majesté le propofe.
En conféquence , le Roi a donné des Lettres - Patentes
, en date du 7 Avril dernier , contenant
quarante-trois Articles dont on donne ici la
fubftance.
y
Le College Royal de la Flêche fera & demeu
rera dorénavant & à perpétuité deſtiné à l'éducation
& à l'inſtruction des enfans de deux cens cinquante
Gentilshommes du Royaume : il ne pourra
être établi aucun autre Penfionnat ; mais toutes
les Claffes y feront publiques , & tous les Externes
feront admis gratuitement dans ces Claffes , ainfi
que dans les autres Colléges de plein exercice.
Lefdits enfans feront nommés par le Roi & choifis
dans la Nobleſſe , fur la préſentation qui lui en
fera faite par le Secrétaire d'Etat ayant le Département
de la Guèrre & de la Marine : ils pour
ront être admis à l'âge de huit à neuf ans jufqu'à
celui de dix à onze , & les orphelins jufqu'à
treize , avec les conditions prefcrites par les Edits
& Déclarations précédens concernant l'Ecole Mi488
MERCURE DE FRANCE .
litaire , tant par rapport aux preuves de Nobleſſe
qu'aux autres qualités qui y font requifes. Il ne
pourra être admis aux deux cens cinquante places
qui resteront à remplir dans l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire que ceux defdits enfans de Gentilshommes
qui auront fait leuts Etudes dans ledit
College Royal & qui auront quatorze ans accomplis
: ceux d'entr'eux qui , par leurs difpofitions
particulières , fe trouveroient appellés à l'Etat
Eccléfiaftique ou de Magiftrature , ou à d'autres
profeflions nobles , pourront continuer d'y
faire leurs Etudes . Ce Collége fera régi & adminiftré
, fous l'infpection du Secrétaire d'Etat de
la Guerre & de la Marine , par un Bureau compofé
de l'Evêque Diocéfain , qui y préfidera , da
Lieutenant- Général & du Procureur du Roi en la
Sénéchauffée de la Flêche , de deux Notables
ehoifis par Sa Majefté parmi d'anciens Gentilshommes
retirés du ſervice , du Maire de la Ville
& du Principal dudit Collége. Il y fera établi un
Infpecteur chargé de rendre compte des moeurs
du caractère & des talens defdits enfans', & qui
aura féance & voix délibérative dans ledit Bureau
immédiatement après les deuxdits Gentilshommes.
Le College fera deffervi par des perfonnes
Eccléfiaftiques ou Séculières , & compofé d'un
Principal , d'un Sous-Principal , de deux Profeffeurs
de Philofophie , d'un de Rhétorique , de
cing Régens pour les Seconde , Troifiéme , Quatriéme
, Cinquiéme & Sixiéme Claffes , indépendamment
du nombre de Sous -Maîtres que le
Bureau d'Adminiſtration jugera néceffaire . Tous
les biens donnés audit College par les Rois prédéceffeurs
de Sa Majesté & par d'autres perfonnes
, & tous ceux en général qui doivent lui appartenir
au terme des Lettres - Patentes des 14
>
JUILLET. 1764. 189
Juin & 21 Novembre 1763 , & 30 Mars dernier
, lui feront & demeureront confervés , aux
charges portées par leldites Lettres , à l'exception
des rentes fur les Papegaux de Bretagne ,
qui feront employées au foutien des Colléges de
cette Province , & de la Terre de Bonnes , fur laquelle
Sa Majelté expliquera fes intentions. Comme
les revenus de ce Collége ne pourroient ſuffire
aux dépenfes néceffaires pour l'éducation &
l'entretien defdits deux cens cinquante Eléves
Gentilshommes , ce qui y manquera fera fuppléé
annuellement fur les revenus de l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire , fur lefquels il fera auffi
pourvu aux frais nécellaires pour l'ameublemeut
dudit College & pour le premier établiſſement
defdics Eléves. Le College Royal de la Flêche
jouira de toutes les franchiſes , exemptions & immunités
accordées par Sa Majefté à l'Hôtel de
l'Ecole Royale Militaire. Il continuera d'être régi
en la forme portée par l'Edit du mois de Février
1763 jufqu'au premier Octobre prochain. Les
mêmes Lettres Patentes contiennent différentes
difpofitions fur le choix & les appointemens du
Principal , du Sous- Principal , des Profeffeurs ,
Régens , &c . ainfi que des Eccléfiaftiques qui feront
attachés à la Chapelle : elles portent auffi
plufieurs réglemens pour l'adminiſtration des
biens & revenus du Collège.
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du 10
Février dernier , fuivant laquelle chacun des trois
Régimens de Huffards de Berchény , de Chamborant
& de Royal- Naſſau , actuellement compofés
de douze Compagnies de vingt- neuf hommes
, fera réduit huit Compagnies de vingtcing
hommes , dont fera auffi compofé le qua
triéme Régiment que Sa Majefté à réfolu de
190 MERCURE DE FRANCE .
former , & dont elle a donné le Commandement
au freur d'Efterhafy en qualité de Meſtrede
Camp. Tous les Officiers & Huffards excédens
feront Licenciés : les Capitaines réformés
jouiront de 800 liv. en appointement de réforme,
les Lieutenans de soo liv. & les Sous-Lieutenans
de 400 liv. chacun des Huffards Licenciés retournera
chez lui avec fon habit uniforme , &
un bonnet , & il lui fera donné deux fols par
lieue pour s'y rendre. La même Ordonnance
fixe les divers arrangemens à prendre pour parvenir
à la nouvelle compofition du Régiment
d'Ellerhafy , & en régle l'uniforme.
On mande de Franche -Comté , que la Ville de
Luxeul a pris la réſolution de rétablir les bains
d'eau chaude qui étoient prèfque tombés en ruine:
le fieur de Lacorée , Intendant de la Province
, a fait drefler pour cet objet le plan d'un
bâtiment vafte & commode dont la première
pierre a été polée , avec un grand appareil , le
S de ce mois , par les Officiers du Magiftrat, le
Maire de la Ville étant à leur tête & portant un
rablier de Maçon -garni de rubans . Les bains de
Lexeu font très-anciens & ont été très renommés
; mais depuis Jules Célar en avoit fait réparer
le bâtiment , on avoit négligé de l'entretenir.
Les Prêtres de la Doctrine Chrétienne ont tenu ,
le 30 du mois dernier , dans leur Maiſon de S.
Charles une Aflemblée générale, dans laquelle ils
ont élu pour Supérieur Général de leur Congrégation
le Père Jean -Augufte- Louis Chaftener de
Puységur .
Le quarante & uniéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel -de - Ville s'eft fait , le 24 du mois dernier
, en la manière accoutumée. Le Lot de cinJUILLET.
1764. 191
quante mille livres eft échu au Numéro 76'41 ;
celui de vingt mille livres au Numéro 68786 ;
& les deux de dix mille livres aux Numéros
63983 & 71603 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire . Les Numéros fortis de la roue
de fortune font 53 , 90 , 48,73 , 65 .
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Résumé : De PARIS, le 8 Juin 1764.
Le 8 juin 1764, le roi de France a créé une École Militaire pour former cinq cents gentilshommes à l'art des armes. Reconnaissant l'importance d'une éducation polyvalente, le roi a décidé que les élèves de cette école devraient d'abord suivre des études publiques destinées à préparer diverses professions. Pour cela, il a choisi le Collège de la Flèche, renommé pour ses bâtiments, son établissement noble et ses grands biens. Par des Lettres Patentes du 7 avril 1764, le Collège Royal de la Flèche a été désigné pour l'éducation de deux cent cinquante enfants de gentilshommes du royaume. Ces enfants seront nommés par le roi sur présentation du Secrétaire d'État de la Guerre et de la Marine et pourront être admis entre huit et treize ans. Ils devront avoir effectué leurs études au Collège Royal de la Flèche pour être admis à l'École Royale Militaire. Le collège sera administré par un bureau composé de l'évêque diocésain, du lieutenant-général, du procureur du roi, de deux notables choisis par le roi, du maire de la ville et du principal du collège. Un inspecteur sera chargé de surveiller les mœurs, le caractère et les talents des élèves. Le collège sera desservi par des personnes ecclésiastiques ou séculières, incluant un principal, un sous-principal, des professeurs de philosophie et de rhétorique, et des régents pour les différentes classes. Les biens du collège seront conservés, et les revenus nécessaires pour l'éducation et l'entretien des élèves seront complétés par les revenus de l'Hôtel de l'École Royale Militaire. Le collège jouira des mêmes franchises et exemptions que l'École Royale Militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2890
p. 179-185
TRAITÉ conclu à Petersbourg entre l'Impératrice de Russie & le Roi de Prusse, le 11 Avril 1764.
Début :
Au Nom De La Sainte Trinité. Sa Majesté le Roi de Prusse [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Impératrice, Avantages, Amitié, Intelligence, Prince, Gouverneur, Traité, Articles, Alliance, Respect, Garantie, Puissance, Possession, Satisfaction, Attaque ennemie, Artillerie, Opération militaire, Économie, Secours, Sujets, Province, Ratification, Article secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ conclu à Petersbourg entre l'Impératrice de Russie & le Roi de Prusse, le 11 Avril 1764.
ARTICLE VI.
SUITE des Nouvelles Politiques :
du mois de Juillet.
i
TRAITÉ conclu'à Petersbourg entre l'Intpératrice
de Ruffie & le Roi de Pruffe , le 11 Avril 1764
AU NOM DE LA SAINTE TRINITÉ .
Sa Majesté le Roi de Pruffe & Sa Majefte
l'Impératrice de Toutes les Ruſſie , ayant mû
rement conſidéré que rien n'eft plus conforme
à leurs intérêts & à leurs avantages communs ,
ni plus propre à aſſurer la durée de la paix fi
heureuſement rétablie en Europe , que de reſſerret
les noeuds de l'amitié & de la bonne intelli
gence qui a toujours régné ci- devant & qui fub-
Aſte à préſent entre les deux Cours , & de confir
mer cette union par un Traité d'alliance défenſive
qui n'ait pour but que la ſûreté de leurs Etats &c
Poſſeſſions reſpectifves , ſe ſont propoſés de porter
afa perfection un ouvrage ſi ſalutaire , & ont
choifi & nommé pour cet effet leurs Plénipotentiaires
, ſçavoir , Sa Majesté le Roi de Prufſe , le
fieur Victor- Frédéric Comte de Solms
Chambellan Actuel , Conſeiller Privé de Légas
tion , & Envoyé Extraordinaire & Miniſtre Plénis
potentiaire à la Cour de Sa Majeſté l'Impératrices
&Sa Majesté Impériale de Toutes les Ruſſies , le
,
fou
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
fieur Niſcita de Panin ,Gouverneur de Son Alteffe
Impériale Monſeigneur le Grand Duc , fon Con
ſeilter Privé Actuel , Sénateur & Chevalier de ſes
Ordres , & le Prince Alexandre de Gallitzin , lon
Vice-Chancelier , Conſeiller Privé , Chambellan
Actuel & Chevalier des Ordres de Saint Alexandre-
Newski & de l'Aigle Blanc de Pologne : leſquels
Minittres Plénipotentiaires, après s'être communiqué
& avoir échangé leurs pleins- pouvoirs
trouvés en bonne & due forme , ſont convenus
desArticles ſuivans .
ART. I. Sa Majesté le Roi de Pruffe & Sa Mar
jefté l'Impératrice de toutes les Ruflies s'engagent
pour eux& pour leurs héritiers &fucceffeurs , par
de préſent Traité d'amitié & d'alliance défenſive ,
à ſe conduire l'un envers l'autre comme il convient
à de véritables alliés & ſincères amis , en regardant
, chacun de ſon côté , les intérêts de
l'autre comme les ſiens propres , & en écartant ,
autant qu'il fera poſſible , tout ce qui pourra y
préjudicier.
ART. II . Les Hautes Parries contractantes ,
poſant pour première règle & pour baſe du ſyſ
tême politique de cette alliance d'affermir ſolidement,
pour le bien du genre humain , latranquil.
lisé générale , ſe réſervent en conféquence , d'un
côté, la liberté de conclure même à l'avenir ,
d'autres Traités avec des Puiſſances , qui loin de
porter par leur union quelque préjudice & empêchement
à l'objet principal de celui-ci ,y pourront
encore donner plus de force & d'efficacité :
Elles s'obligent d'an autre côté à ne point prendre
d'engagement contraire au préſent Traité ,
auquel elles ſont convenues d'un commun accord
d'inviter & d'admettre d'autres Cours qui ſeront
animées des mêmes ſentimens ; voulant nonAOUST.
1764 . 181
Teulement ne rien faire , mais même empêcher.
de tout leur pouvoir qu'il ſoit rien fait ni direc
tement ni indirectement , de quelque manière
que ce ſoit , qui puiſſe leur nuire & être contraire
àcet engagement mutuel ; & pour donner plus
de force à cette alliance , elles s'engagent à ſe
garantir réciproquement , & ſe garantiffent en
effet l'un à l'autre de la manière la plus forte &
fans exception , tous les Etats Principautés ,,
Comtés , Seigneuries , Provinces , Territoires &
Villes qu'elles poſſédent actuellement en Europe ,,
lors de la concluſion de ce Traité , &à ſe maintenir
& ſe défendre avec toutes leurs forces
contre qui que ce ſoit , dans la paifible & entière
poffeſſionde leurs ſuſdits Etats.
,
ART. III . En conféquence de la garantie ſtipu
lée dans le deuxiéme Article , & au cas qu'il arrivật
, ce qu'a Dieu ne plaiſe, que l'un ou l'autre
des Hauts Contractans fût attaqué ou troublé par
quelqu'autre Puiſſance, en quelque manière que
ce fût , dans la poſſeſtion de ſes Etats & Provin
ces, ils promettent & s'engagent mutuellem nt
d'employer , avant toutes choſes , leurs bons offi
ces , auſſi-tôt qu'ils en ſeront requis , pour détourner
toute hoftilité & pour procurer à la partie
léſée toute la ſatisfaction qui lui ſera due; & ,
s'il arrivoit que ces bons offices ne fuffent pas.
ſuffiſans pour effectuer une prompte réparation ,
ils promettentde fe donner mutuellement, trois
mois après llaa premiére réquisition , dix mille
hommes d'Infanterie & deux mille hommes de
Cavalerie.
ART. IV. Leurs Majeſtés promettent en même
temps de continuer & de maintenir les ſuſdits .
ſecours juſqu'a la ceſſation entière des hoſtilités..
S'il arrivoit cependant que les ſecours ſtipulés ne
182 MERCURE DE FRANCE.
fuſſent pas fuffiſans pour repouſſer & faire ceffer
les attaques de l'ennemi &pour éteindre entiérement
le feu de la guerre , Elles ſe réſervent dans
cette extrémité , conformément à leur première
intention , de ſe ſervir des voies les plus propres
au rétabliſſement & à l'affermiſſement dela tranquillité
, de ſe concerter ſur les moyens d'auga
menter les ſuſdits ſecours & d'employer , ſi cela
eſt inévitable , toutes leurs forces pour leur défenſe
mutuelle , afin de finir plus promptement
les malheurs de la guerre &d'en empêcher les
progrès.
ART. V. Les troupes auxiliaires doivent être
pourvues de l'artillerie de campagne , des munitions
& de tout ce dont elles auront befoin , à
proportion de leur nombre , & être payées & recrutées
annuellement par la Courqui fera requiſe.
Quant aux rations& portions ordinaires en vivres
&en fourages , elles leur feront données , ainſi
que les quartiers , par la Cour requérante , fur le
piedqu'elle entretient & entretiendra ſes propres
troupes en campagne & dans les quartiers.
ART. VI . Ces mêmes troupes auxiliaires ſeront
ſous le commandement immédiat du Chef de
l'armée de la Cour requérante , mais elles ne
dépendront que des ordres de leur propre Géné
ral , & feront employées dans toutes les opérations
militaires , felon les uſages de la guerre
fans contradiction : cependant ces opérations ſeront
auparavant réglées & déterminées dans le
Confeilde Guerre en préſence du Général qui
les commandera .
ART. VII . L'ordre & l'economie militaire
dans l'intérieur de ces troupes dépendront uniquement
de leur propre Chef; elles ne feront fatiguées
& expoſées qu'autant que le feront celles de
AOUST. 1764. 183
la Cour même qui les aura demandées , & l'on
fera obligé d'obferver dans toutes les occafions
une égalité parfaite & exactement proportionnée
à leur nombre & à leurs forces dans l'armée où
elles ſerviront..En conféquence , elles demeureront
enſemble autant qu'il fera poſſible , & l'on
fera en ſorte de ne point les ſéparer dans les marches
, commandemens , actions , quartiers & autres
occaſions ,
ART. VIII. De plus , ces troupes auxiliaires au
ront leurs propres Aumôniers & l'exercice entiérement
libre de leur Religion , & ne feront jugées
que ſelon les loix & les articlesde guerre de
leurs propres Souverains & par le Général & les
Officiers qui les commanderont .
ART. IX . Les trophées & tont le butin qu'on
aura fait ſur les ennemis , appartiendront aux
troupes qui s'en feront emparées.
ART. X. Sa Majesté le Roi de Prufe & Sa Majeſté
l'Impératrice s'obligent non-ſeulement de
ne point conclure de paix ni de tréve avec l'ennemi
, à l'inſçu l'un de l'autre & fans un conſentement
mutuel , mais encore de n'entrer dans aucun
pourparler à ce ſujet ſans la connoiffance &
l'aveu des deux parties contractantes. Elles promettent
au contraire de ſe communiquer ſans
délai & fidélement toutes les ouvertures qu'on
pourroit leur faire à ce fujet à l'une ou à l'autre ,
directement ou indirectement , de bouche ou par:
écrit.
ART. XI. Si la partie requiſe , après avoir dond
né le ſecours ftipulé dans le troiſiéme Article de
ceTraité, étoit attaquée de forte qu'elle fût forcée
de rappeller ſes troupes pour ſa propre sûreté ,
elle ſera libre de le faire , après en avoir averti
deux mois auparavant la partie requérante. Paz
184 MERCURE DE FRANCE.
reillement , fi la partie requiſe étoit elle-même
en guerredans le temps de la réquifition de manière
u'elle fût obligée de garder auprès d'elle
pour la propre sûreté & pour la défenſe les troupes
qu'elle eût dû donner a fon alliée en vertu de
ceTraité elle aura la liberté de ne point donner
ceſecours pendant tout le temps que cette néceſſité
durefa.
:
ART. XII. Le commerce , tant par terre que
par mer , continuera de ſe faire librement & fans
aucun empêchement entre les Etars , Provinces &
Süjets des deux Cours alliées & dans les Ports ,
Villes & Provinces de commerce , tant deSa
Majesté le Roi de Prutle , que de Sa Majefté
l'Impératrice : on ne mettra pas de plus grands
droits, charges & impôts ſur les Vailleaux & les
Sujets des deux Cours que fur ceux des autres
Nations amies & alliées , & on ne les traitera pas
avec plus de rigueur.
ART. XIII La durée de ce Traité d'alliance
fera de huit ans & avant l'expiration de ce terme
il fera renouvellé ſelon les circonstances.
ART . XIV . Le préſent Traité ſera ratifié &les
ratifications échangées ici dans l'efpace de fix fe
maines ou plutôt fi taire ſe peur.
En foi de quoi les Minittres ſouſſignés ont fait
faire deux exeinplaires ſemblables fignés de leur
propre main , & y ont appofé le cachet de leurs
armes. Fait à S. Petersbourg , le 11 Avril ( 3
Mars V. S. 1164. ( L.S. ) V. F. DE SOLMS ,
( L.S. ) N. PANIN ,
( L. S. ) PR. A. GALLITZIN.
ARTICLE SECRET Comme il eſt de l'intérêt de
Sa Majesté le Roi de Prutfe & de Sa Majesté
l'impératrice de Toutes les Ruffies d'employer :
AOUST . 1764. 185
tous leurs foins & tous leurs efforts pour que la
République de Pologne ſoit maintenue dans ſon
droit de libre élection , & qu'il ne ſoit permis à
perſonne de rendre ledit Royaume héréditaire
dans ſa famille ou de s'y rendre abſolu ; Sa Ma
jeſté le Roi de Pruſſe & Sa MajestéImpériale ont
promis & ſe ſont engagés mutuellement & de la
manière la plus forte par cet Article ſecret
non-ſeulement à ne point permettre que qui que
ce ſoit entreprenne de dépouiller la République de
Pologne de ſon droit de libre élection , de rendre
le Royaume héréditaire , ou de s'y rendre abſolu
dans tous les cas où cela pourroit arriver , mais
encore à prévenir & à anéantir par tous les
moyens potſibles , & d'un commun accord , les
vues & les deſſeins qui pourroient tendre à ce but
auſſi-tôt qu'on les aura découverts , & à avoir
même , en cas de beſoin , recours à la force des
armes pour garantir la République du renverſement
de la conſtitution & de ſes loix fondamentales.
Ce préſent Article ſecret aura la même force
& vigueur que s'il étoit inféré mot pour mot
dans le Traité principal d'alliance défenſive ſigné
aujourd'hui , & ſera ratifié en même temps.
En foi de quoi il en a été fait deux exemplaires
ſemblables que Nous les Miniſtres Plénipotentiaires
de Sa Majesté le Roi de Pruſſe & de Sa
Majesté l'Impératrice de Toutes les Ruffies , autoriſés
pour cet effet , avons ſignés & ſcellés du
cachet de nos armes . Fait à S Petersbourg , le
11 Avril . ( 31 Mars V. S. ) 1764. ( L. S. C. DE
SOLMS , ( L.S .; PANIN , ( L. S. GALLITZIN
SUITE des Nouvelles Politiques :
du mois de Juillet.
i
TRAITÉ conclu'à Petersbourg entre l'Intpératrice
de Ruffie & le Roi de Pruffe , le 11 Avril 1764
AU NOM DE LA SAINTE TRINITÉ .
Sa Majesté le Roi de Pruffe & Sa Majefte
l'Impératrice de Toutes les Ruſſie , ayant mû
rement conſidéré que rien n'eft plus conforme
à leurs intérêts & à leurs avantages communs ,
ni plus propre à aſſurer la durée de la paix fi
heureuſement rétablie en Europe , que de reſſerret
les noeuds de l'amitié & de la bonne intelli
gence qui a toujours régné ci- devant & qui fub-
Aſte à préſent entre les deux Cours , & de confir
mer cette union par un Traité d'alliance défenſive
qui n'ait pour but que la ſûreté de leurs Etats &c
Poſſeſſions reſpectifves , ſe ſont propoſés de porter
afa perfection un ouvrage ſi ſalutaire , & ont
choifi & nommé pour cet effet leurs Plénipotentiaires
, ſçavoir , Sa Majesté le Roi de Prufſe , le
fieur Victor- Frédéric Comte de Solms
Chambellan Actuel , Conſeiller Privé de Légas
tion , & Envoyé Extraordinaire & Miniſtre Plénis
potentiaire à la Cour de Sa Majeſté l'Impératrices
&Sa Majesté Impériale de Toutes les Ruſſies , le
,
fou
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
fieur Niſcita de Panin ,Gouverneur de Son Alteffe
Impériale Monſeigneur le Grand Duc , fon Con
ſeilter Privé Actuel , Sénateur & Chevalier de ſes
Ordres , & le Prince Alexandre de Gallitzin , lon
Vice-Chancelier , Conſeiller Privé , Chambellan
Actuel & Chevalier des Ordres de Saint Alexandre-
Newski & de l'Aigle Blanc de Pologne : leſquels
Minittres Plénipotentiaires, après s'être communiqué
& avoir échangé leurs pleins- pouvoirs
trouvés en bonne & due forme , ſont convenus
desArticles ſuivans .
ART. I. Sa Majesté le Roi de Pruffe & Sa Mar
jefté l'Impératrice de toutes les Ruflies s'engagent
pour eux& pour leurs héritiers &fucceffeurs , par
de préſent Traité d'amitié & d'alliance défenſive ,
à ſe conduire l'un envers l'autre comme il convient
à de véritables alliés & ſincères amis , en regardant
, chacun de ſon côté , les intérêts de
l'autre comme les ſiens propres , & en écartant ,
autant qu'il fera poſſible , tout ce qui pourra y
préjudicier.
ART. II . Les Hautes Parries contractantes ,
poſant pour première règle & pour baſe du ſyſ
tême politique de cette alliance d'affermir ſolidement,
pour le bien du genre humain , latranquil.
lisé générale , ſe réſervent en conféquence , d'un
côté, la liberté de conclure même à l'avenir ,
d'autres Traités avec des Puiſſances , qui loin de
porter par leur union quelque préjudice & empêchement
à l'objet principal de celui-ci ,y pourront
encore donner plus de force & d'efficacité :
Elles s'obligent d'an autre côté à ne point prendre
d'engagement contraire au préſent Traité ,
auquel elles ſont convenues d'un commun accord
d'inviter & d'admettre d'autres Cours qui ſeront
animées des mêmes ſentimens ; voulant nonAOUST.
1764 . 181
Teulement ne rien faire , mais même empêcher.
de tout leur pouvoir qu'il ſoit rien fait ni direc
tement ni indirectement , de quelque manière
que ce ſoit , qui puiſſe leur nuire & être contraire
àcet engagement mutuel ; & pour donner plus
de force à cette alliance , elles s'engagent à ſe
garantir réciproquement , & ſe garantiffent en
effet l'un à l'autre de la manière la plus forte &
fans exception , tous les Etats Principautés ,,
Comtés , Seigneuries , Provinces , Territoires &
Villes qu'elles poſſédent actuellement en Europe ,,
lors de la concluſion de ce Traité , &à ſe maintenir
& ſe défendre avec toutes leurs forces
contre qui que ce ſoit , dans la paifible & entière
poffeſſionde leurs ſuſdits Etats.
,
ART. III . En conféquence de la garantie ſtipu
lée dans le deuxiéme Article , & au cas qu'il arrivật
, ce qu'a Dieu ne plaiſe, que l'un ou l'autre
des Hauts Contractans fût attaqué ou troublé par
quelqu'autre Puiſſance, en quelque manière que
ce fût , dans la poſſeſtion de ſes Etats & Provin
ces, ils promettent & s'engagent mutuellem nt
d'employer , avant toutes choſes , leurs bons offi
ces , auſſi-tôt qu'ils en ſeront requis , pour détourner
toute hoftilité & pour procurer à la partie
léſée toute la ſatisfaction qui lui ſera due; & ,
s'il arrivoit que ces bons offices ne fuffent pas.
ſuffiſans pour effectuer une prompte réparation ,
ils promettentde fe donner mutuellement, trois
mois après llaa premiére réquisition , dix mille
hommes d'Infanterie & deux mille hommes de
Cavalerie.
ART. IV. Leurs Majeſtés promettent en même
temps de continuer & de maintenir les ſuſdits .
ſecours juſqu'a la ceſſation entière des hoſtilités..
S'il arrivoit cependant que les ſecours ſtipulés ne
182 MERCURE DE FRANCE.
fuſſent pas fuffiſans pour repouſſer & faire ceffer
les attaques de l'ennemi &pour éteindre entiérement
le feu de la guerre , Elles ſe réſervent dans
cette extrémité , conformément à leur première
intention , de ſe ſervir des voies les plus propres
au rétabliſſement & à l'affermiſſement dela tranquillité
, de ſe concerter ſur les moyens d'auga
menter les ſuſdits ſecours & d'employer , ſi cela
eſt inévitable , toutes leurs forces pour leur défenſe
mutuelle , afin de finir plus promptement
les malheurs de la guerre &d'en empêcher les
progrès.
ART. V. Les troupes auxiliaires doivent être
pourvues de l'artillerie de campagne , des munitions
& de tout ce dont elles auront befoin , à
proportion de leur nombre , & être payées & recrutées
annuellement par la Courqui fera requiſe.
Quant aux rations& portions ordinaires en vivres
&en fourages , elles leur feront données , ainſi
que les quartiers , par la Cour requérante , fur le
piedqu'elle entretient & entretiendra ſes propres
troupes en campagne & dans les quartiers.
ART. VI . Ces mêmes troupes auxiliaires ſeront
ſous le commandement immédiat du Chef de
l'armée de la Cour requérante , mais elles ne
dépendront que des ordres de leur propre Géné
ral , & feront employées dans toutes les opérations
militaires , felon les uſages de la guerre
fans contradiction : cependant ces opérations ſeront
auparavant réglées & déterminées dans le
Confeilde Guerre en préſence du Général qui
les commandera .
ART. VII . L'ordre & l'economie militaire
dans l'intérieur de ces troupes dépendront uniquement
de leur propre Chef; elles ne feront fatiguées
& expoſées qu'autant que le feront celles de
AOUST. 1764. 183
la Cour même qui les aura demandées , & l'on
fera obligé d'obferver dans toutes les occafions
une égalité parfaite & exactement proportionnée
à leur nombre & à leurs forces dans l'armée où
elles ſerviront..En conféquence , elles demeureront
enſemble autant qu'il fera poſſible , & l'on
fera en ſorte de ne point les ſéparer dans les marches
, commandemens , actions , quartiers & autres
occaſions ,
ART. VIII. De plus , ces troupes auxiliaires au
ront leurs propres Aumôniers & l'exercice entiérement
libre de leur Religion , & ne feront jugées
que ſelon les loix & les articlesde guerre de
leurs propres Souverains & par le Général & les
Officiers qui les commanderont .
ART. IX . Les trophées & tont le butin qu'on
aura fait ſur les ennemis , appartiendront aux
troupes qui s'en feront emparées.
ART. X. Sa Majesté le Roi de Prufe & Sa Majeſté
l'Impératrice s'obligent non-ſeulement de
ne point conclure de paix ni de tréve avec l'ennemi
, à l'inſçu l'un de l'autre & fans un conſentement
mutuel , mais encore de n'entrer dans aucun
pourparler à ce ſujet ſans la connoiffance &
l'aveu des deux parties contractantes. Elles promettent
au contraire de ſe communiquer ſans
délai & fidélement toutes les ouvertures qu'on
pourroit leur faire à ce fujet à l'une ou à l'autre ,
directement ou indirectement , de bouche ou par:
écrit.
ART. XI. Si la partie requiſe , après avoir dond
né le ſecours ftipulé dans le troiſiéme Article de
ceTraité, étoit attaquée de forte qu'elle fût forcée
de rappeller ſes troupes pour ſa propre sûreté ,
elle ſera libre de le faire , après en avoir averti
deux mois auparavant la partie requérante. Paz
184 MERCURE DE FRANCE.
reillement , fi la partie requiſe étoit elle-même
en guerredans le temps de la réquifition de manière
u'elle fût obligée de garder auprès d'elle
pour la propre sûreté & pour la défenſe les troupes
qu'elle eût dû donner a fon alliée en vertu de
ceTraité elle aura la liberté de ne point donner
ceſecours pendant tout le temps que cette néceſſité
durefa.
:
ART. XII. Le commerce , tant par terre que
par mer , continuera de ſe faire librement & fans
aucun empêchement entre les Etars , Provinces &
Süjets des deux Cours alliées & dans les Ports ,
Villes & Provinces de commerce , tant deSa
Majesté le Roi de Prutle , que de Sa Majefté
l'Impératrice : on ne mettra pas de plus grands
droits, charges & impôts ſur les Vailleaux & les
Sujets des deux Cours que fur ceux des autres
Nations amies & alliées , & on ne les traitera pas
avec plus de rigueur.
ART. XIII La durée de ce Traité d'alliance
fera de huit ans & avant l'expiration de ce terme
il fera renouvellé ſelon les circonstances.
ART . XIV . Le préſent Traité ſera ratifié &les
ratifications échangées ici dans l'efpace de fix fe
maines ou plutôt fi taire ſe peur.
En foi de quoi les Minittres ſouſſignés ont fait
faire deux exeinplaires ſemblables fignés de leur
propre main , & y ont appofé le cachet de leurs
armes. Fait à S. Petersbourg , le 11 Avril ( 3
Mars V. S. 1164. ( L.S. ) V. F. DE SOLMS ,
( L.S. ) N. PANIN ,
( L. S. ) PR. A. GALLITZIN.
ARTICLE SECRET Comme il eſt de l'intérêt de
Sa Majesté le Roi de Prutfe & de Sa Majesté
l'impératrice de Toutes les Ruffies d'employer :
AOUST . 1764. 185
tous leurs foins & tous leurs efforts pour que la
République de Pologne ſoit maintenue dans ſon
droit de libre élection , & qu'il ne ſoit permis à
perſonne de rendre ledit Royaume héréditaire
dans ſa famille ou de s'y rendre abſolu ; Sa Ma
jeſté le Roi de Pruſſe & Sa MajestéImpériale ont
promis & ſe ſont engagés mutuellement & de la
manière la plus forte par cet Article ſecret
non-ſeulement à ne point permettre que qui que
ce ſoit entreprenne de dépouiller la République de
Pologne de ſon droit de libre élection , de rendre
le Royaume héréditaire , ou de s'y rendre abſolu
dans tous les cas où cela pourroit arriver , mais
encore à prévenir & à anéantir par tous les
moyens potſibles , & d'un commun accord , les
vues & les deſſeins qui pourroient tendre à ce but
auſſi-tôt qu'on les aura découverts , & à avoir
même , en cas de beſoin , recours à la force des
armes pour garantir la République du renverſement
de la conſtitution & de ſes loix fondamentales.
Ce préſent Article ſecret aura la même force
& vigueur que s'il étoit inféré mot pour mot
dans le Traité principal d'alliance défenſive ſigné
aujourd'hui , & ſera ratifié en même temps.
En foi de quoi il en a été fait deux exemplaires
ſemblables que Nous les Miniſtres Plénipotentiaires
de Sa Majesté le Roi de Pruſſe & de Sa
Majesté l'Impératrice de Toutes les Ruffies , autoriſés
pour cet effet , avons ſignés & ſcellés du
cachet de nos armes . Fait à S Petersbourg , le
11 Avril . ( 31 Mars V. S. ) 1764. ( L. S. C. DE
SOLMS , ( L.S .; PANIN , ( L. S. GALLITZIN
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Résumé : TRAITÉ conclu à Petersbourg entre l'Impératrice de Russie & le Roi de Prusse, le 11 Avril 1764.
Le 11 avril 1764, un traité d'alliance défensive a été conclu à Petersbourg entre l'impératrice de Russie et le roi de Prusse. Ce traité vise à renforcer l'amitié et la bonne intelligence entre les deux cours, en garantissant la sécurité de leurs États et possessions respectifs. Les points essentiels du traité incluent un engagement mutuel où les deux monarques doivent considérer les intérêts de l'autre comme les leurs propres et écarter tout ce qui pourrait y nuire. Les parties peuvent conclure d'autres traités qui ne nuisent pas à l'alliance principale. Les États et possessions actuels des deux monarques sont garantis mutuellement contre toute attaque. En cas d'attaque, les parties s'engagent à fournir des troupes auxiliaires (10 000 hommes d'infanterie et 2 000 hommes de cavalerie) et à augmenter ces secours si nécessaire. Les troupes auxiliaires seront sous le commandement du chef de l'armée de la cour requérante mais dépendront des ordres de leur propre général. Elles auront leurs propres aumôniers et l'exercice libre de leur religion. Les trophées et le butin appartiendront aux troupes qui s'en seront emparées. Aucune des parties ne peut conclure de paix ou de trêve sans le consentement mutuel. Le commerce entre les deux cours continuera librement sans empêchements. Le traité est valable pour huit ans et peut être renouvelé selon les circonstances. Un article secret stipule que les deux monarques s'engagent à maintenir la République de Pologne dans son droit de libre élection et à empêcher toute tentative de rendre le royaume héréditaire ou absolu. Le traité a été signé par les plénipotentiaires des deux cours et doit être ratifié dans un délai de six semaines.
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2891
p. 186-189
« L'Impératrice a fait communiquer aux différentes Cours le Mémoire [...] »
Début :
L'Impératrice a fait communiquer aux différentes Cours le Mémoire [...]
Mots clefs :
Mémoire, Impératrice, Confédération, République, Humanité, Engagement, Constitution, Sa Majesté impériale, Amitié, Circonstances, Alliance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Impératrice a fait communiquer aux différentes Cours le Mémoire [...] »
L'I'MIMPPEERRAATTRRIICCEE a fait communiquer aux diffé."
rentes Cours le Mémoire ſuivant , concernant les
affaires de Pologne & particulièrement la Confédération
de Lithuanie.
« Sa Majefté Impériale , ſenſiblement touchée
>> de l'état violent où se trouve la Pologne, ne
>> peut la voir avec indifférence à la veilled'une
>> guerre inteſtine. Les droits de l'humanité ſeule
▸ ne lui permettroient pas de refter tranquille
ſpectatrice desfureurs qui , après avoir fait couler
>> des torrens deſang,entraîneroient la deſtruction
>>> totale de cette Nation. Les Souverains font
>> les défenſeurs du genre humain , & le pouvoir
qu'il ont ſur une partie des hommes leur donne
>> le droitde s'intéreſſer au bien de tous . Mais ,
indépendamment de ces motifs , Sa Majesté
Impériale a des engagemens perſonnels qui
>>>réclament ſon aſſiſtance en faveur de la Polo
>>>gne. Médiatrice naturelle & autoriſée par les
>>>Traités, entre les différens Etats qui compoſent
ככ
la République , Elle veille à l'exemple de ſes
>> Prédéceſſeurs, à ce que rien ne puifle porterat-
>>> teinte aux conſtitutions fondamentales de cette
République. Sa Majefté Impériale , qui avoit
>> prévu les circonstances toujours critiques d'un
interregne , crut , auffi- tôt après la mort du
>> Roi , remplir les devoirs ſacrés de l'humanité
» & de la foi des Traités , en faiſant aſſurer la
République par ſes Miniſtres & en l'affurant
Elle -même par ſes Lettres qu'Elle alloit redou
AOUST. 1764 . 187
לכ bler d'attention pour prévenir les dangers auxquels
laperte de ſon Chef pouvoit l'expoſer. Les
Miniſtres de S. M. I. dans toutes les Cours de
>> l'Europe ont eu ordre d'y faire connoître ces
>> diſpoſitions que ſa conduite a parfaitement juf
tifiées juſqu'a ce jour. Aux engagemens de l'amitié
& de l'alliance , l'Impératrice joint ceux
>> du voisinage qui rend les premières obligations
>>plus étroites & en forme d'autres uniquement
>>>propres à l'Etat voiſin . Une correfpondance mu-
>> tuelle eſt le fondement des avantages &le lien
>> du bonheur réciproque de deux Etats limitro-
>> trophes , quand l'un eft attaqué en quelqu'une
>> de ſes parties. Le contrecoup qu'en reſſent ſon
>> voiſin force celui- ci à prendre part à ce mal .
Alors , les motifs de l'amitié & de l'alliance re-
> çoivent de nouvelles forces & exigent de lui les
>>plus grands efforts après ceux qu'il ſe doit à
>> foi-même. Toutes ces conſidérations ont inſpiré
à Sa Majefté Impériale les démarches qu'Elle
>> a faites , ainſi que les aſſurances qui les ont précédées
& qu'Elle a rénérées autant de fois que
>> les circonstances l'ont éxigé. Aujourd'hui , ſa
gloire , la proſpérité de ſon regne , ſon atten--
driſſement ſur les malheurs de ſes voiſins & le
propre intérêt de ſon Peuple éxigent qu'Elle
>> rempliſſe des paroles qui ne ſont pas moins fa-
>> crées que dictées par l'honneur & la ſageſſe .
>>C'eſt une Nation qui vient l'en prier , qui ré
>> clame ſes engagemens , qui l'appelle à ſon ſe-
>>c>ours : Sa Majeſté Impériale ſe rendroit coupable
du mal ultérieur , fi Elle ne déféroit à des
motifs ſi preſſans. Dans la droiture des principes
qui la guident & des ſentimens qui l'ani-
❤ment, Elle a donc ordonné , auſſi- tôt après la
188 MERCURE DE FRANCE .
réclamation faite par la Confédération géné
>>>rale de Lithuanie , qu'un corps de ſes troupes
>> marchat vers cette Province pour y appuyer les
>>>bonnes intentions des vrais Patriotes , pour y
>> arrêter tout déſordre , y maintenir la liberté
>> des Citoyens & rendre aux conſtitutions de la
>> République leur première vigueur. Sa Majesté
>> Impériale devoit cette marque de confiance au
"zèle patriotique de la Confédération qui , loin
>>>de s'oppoſer à la tenue de la Dière Générale ,
>> ſeule voiepropre à conſolider les conſtitutions
" de la Républiquedans une circonſtance auffi critique
que celle de l'interregne, achargé fon
>Maréchald'y envoyer des Députés pour expo-
5ſer aux Etats de la République aſſemblés , la
>>>pureté de ſes intentions & lajuſtice de ſes de-
>> firs , & pour engager ſes frères des Provinces
>>> de la Couronne à ſecourir de concert la Patrie ,
>> en leur rappellant l'union de la Lithuanie avec
>le Royaume, union confirmée par un ferment
>>facré& maintenue inaltérablement depuis plu-
>>> fieurs fiécles.
>>La néceſſité du ſecours que l'Impératrice en-
>>voye à cette Province eſt d'autant plus preſſante
que depuis que la Confédération s'eft
>>>formée , on apprend que le Prince Radziwill ,
> armé depuis longtemps & le plus ardent à
>> troubler le repos de ſa Patrie , a fait des entrepriſes
contre la Confédération ,& ſe propoſe
»d'empêcher dès ſa naiſſance tout le bien qu'on
>> doit naturellement s'en promettre.
» Les Généraux de Sa Majeſté Impériale
>>n'ont d'autres inſtructions que de reſter tran-
>>> quilles , de s'oppoſer à toute eſpéce de violen--
>> ces & d'éviter ſcrupuleuſement d'en commer--
>> tre la plus légére , de faciliter en tout les liAOUST.
1764. 189
bres délibérations de la Nobleſſe , de garder
uniquement la défenſive , & enfin de ne faire
uſage de leurs armes que lorſqu'on les atta-
>>quera eux- mêmes ou les dépôts précieux com-
>>>mis à leur garde.
>>L'Impératrice, fondée ſur les ſentimens d'humanité
&d'amour pour la paix qu'elle a fait
>> connoître depuis le commencement de ſon ré-
>>gne , ne doute pas qu'on ne rende la juſtiće
qui eſt due à la légitimité de la démarche
>> qu'Elle ſe trouve obligée de faire. Comme Sa
>> Majesté Impériale avoit prévu cet événement ,
>>>Elle avoit tout fait pour le détourner ; &
»quoique toutes les Puillances avec leſquelles
Elle est en amitié ſoient moins intérellées
»qu'Elle aux affaires préſentes , Elle n'avoit pas
balancé à leur en faire part , & avoit cru fe de-
>> voir cette fatisfaction à Elle- même , à la pureté
>>de ſes intentions & à l'uniformité des principes
qu'elle a admis invariablement. p.
rentes Cours le Mémoire ſuivant , concernant les
affaires de Pologne & particulièrement la Confédération
de Lithuanie.
« Sa Majefté Impériale , ſenſiblement touchée
>> de l'état violent où se trouve la Pologne, ne
>> peut la voir avec indifférence à la veilled'une
>> guerre inteſtine. Les droits de l'humanité ſeule
▸ ne lui permettroient pas de refter tranquille
ſpectatrice desfureurs qui , après avoir fait couler
>> des torrens deſang,entraîneroient la deſtruction
>>> totale de cette Nation. Les Souverains font
>> les défenſeurs du genre humain , & le pouvoir
qu'il ont ſur une partie des hommes leur donne
>> le droitde s'intéreſſer au bien de tous . Mais ,
indépendamment de ces motifs , Sa Majesté
Impériale a des engagemens perſonnels qui
>>>réclament ſon aſſiſtance en faveur de la Polo
>>>gne. Médiatrice naturelle & autoriſée par les
>>>Traités, entre les différens Etats qui compoſent
ככ
la République , Elle veille à l'exemple de ſes
>> Prédéceſſeurs, à ce que rien ne puifle porterat-
>>> teinte aux conſtitutions fondamentales de cette
République. Sa Majefté Impériale , qui avoit
>> prévu les circonstances toujours critiques d'un
interregne , crut , auffi- tôt après la mort du
>> Roi , remplir les devoirs ſacrés de l'humanité
» & de la foi des Traités , en faiſant aſſurer la
République par ſes Miniſtres & en l'affurant
Elle -même par ſes Lettres qu'Elle alloit redou
AOUST. 1764 . 187
לכ bler d'attention pour prévenir les dangers auxquels
laperte de ſon Chef pouvoit l'expoſer. Les
Miniſtres de S. M. I. dans toutes les Cours de
>> l'Europe ont eu ordre d'y faire connoître ces
>> diſpoſitions que ſa conduite a parfaitement juf
tifiées juſqu'a ce jour. Aux engagemens de l'amitié
& de l'alliance , l'Impératrice joint ceux
>> du voisinage qui rend les premières obligations
>>plus étroites & en forme d'autres uniquement
>>>propres à l'Etat voiſin . Une correfpondance mu-
>> tuelle eſt le fondement des avantages &le lien
>> du bonheur réciproque de deux Etats limitro-
>> trophes , quand l'un eft attaqué en quelqu'une
>> de ſes parties. Le contrecoup qu'en reſſent ſon
>> voiſin force celui- ci à prendre part à ce mal .
Alors , les motifs de l'amitié & de l'alliance re-
> çoivent de nouvelles forces & exigent de lui les
>>plus grands efforts après ceux qu'il ſe doit à
>> foi-même. Toutes ces conſidérations ont inſpiré
à Sa Majefté Impériale les démarches qu'Elle
>> a faites , ainſi que les aſſurances qui les ont précédées
& qu'Elle a rénérées autant de fois que
>> les circonstances l'ont éxigé. Aujourd'hui , ſa
gloire , la proſpérité de ſon regne , ſon atten--
driſſement ſur les malheurs de ſes voiſins & le
propre intérêt de ſon Peuple éxigent qu'Elle
>> rempliſſe des paroles qui ne ſont pas moins fa-
>> crées que dictées par l'honneur & la ſageſſe .
>>C'eſt une Nation qui vient l'en prier , qui ré
>> clame ſes engagemens , qui l'appelle à ſon ſe-
>>c>ours : Sa Majeſté Impériale ſe rendroit coupable
du mal ultérieur , fi Elle ne déféroit à des
motifs ſi preſſans. Dans la droiture des principes
qui la guident & des ſentimens qui l'ani-
❤ment, Elle a donc ordonné , auſſi- tôt après la
188 MERCURE DE FRANCE .
réclamation faite par la Confédération géné
>>>rale de Lithuanie , qu'un corps de ſes troupes
>> marchat vers cette Province pour y appuyer les
>>>bonnes intentions des vrais Patriotes , pour y
>> arrêter tout déſordre , y maintenir la liberté
>> des Citoyens & rendre aux conſtitutions de la
>> République leur première vigueur. Sa Majesté
>> Impériale devoit cette marque de confiance au
"zèle patriotique de la Confédération qui , loin
>>>de s'oppoſer à la tenue de la Dière Générale ,
>> ſeule voiepropre à conſolider les conſtitutions
" de la Républiquedans une circonſtance auffi critique
que celle de l'interregne, achargé fon
>Maréchald'y envoyer des Députés pour expo-
5ſer aux Etats de la République aſſemblés , la
>>>pureté de ſes intentions & lajuſtice de ſes de-
>> firs , & pour engager ſes frères des Provinces
>>> de la Couronne à ſecourir de concert la Patrie ,
>> en leur rappellant l'union de la Lithuanie avec
>le Royaume, union confirmée par un ferment
>>facré& maintenue inaltérablement depuis plu-
>>> fieurs fiécles.
>>La néceſſité du ſecours que l'Impératrice en-
>>voye à cette Province eſt d'autant plus preſſante
que depuis que la Confédération s'eft
>>>formée , on apprend que le Prince Radziwill ,
> armé depuis longtemps & le plus ardent à
>> troubler le repos de ſa Patrie , a fait des entrepriſes
contre la Confédération ,& ſe propoſe
»d'empêcher dès ſa naiſſance tout le bien qu'on
>> doit naturellement s'en promettre.
» Les Généraux de Sa Majeſté Impériale
>>n'ont d'autres inſtructions que de reſter tran-
>>> quilles , de s'oppoſer à toute eſpéce de violen--
>> ces & d'éviter ſcrupuleuſement d'en commer--
>> tre la plus légére , de faciliter en tout les liAOUST.
1764. 189
bres délibérations de la Nobleſſe , de garder
uniquement la défenſive , & enfin de ne faire
uſage de leurs armes que lorſqu'on les atta-
>>quera eux- mêmes ou les dépôts précieux com-
>>>mis à leur garde.
>>L'Impératrice, fondée ſur les ſentimens d'humanité
&d'amour pour la paix qu'elle a fait
>> connoître depuis le commencement de ſon ré-
>>gne , ne doute pas qu'on ne rende la juſtiće
qui eſt due à la légitimité de la démarche
>> qu'Elle ſe trouve obligée de faire. Comme Sa
>> Majesté Impériale avoit prévu cet événement ,
>>>Elle avoit tout fait pour le détourner ; &
»quoique toutes les Puillances avec leſquelles
Elle est en amitié ſoient moins intérellées
»qu'Elle aux affaires préſentes , Elle n'avoit pas
balancé à leur en faire part , & avoit cru fe de-
>> voir cette fatisfaction à Elle- même , à la pureté
>>de ſes intentions & à l'uniformité des principes
qu'elle a admis invariablement. p.
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Résumé : « L'Impératrice a fait communiquer aux différentes Cours le Mémoire [...] »
L'Impératrice de Russie exprime sa préoccupation face à la situation violente en Pologne, particulièrement en Lituanie. Elle justifie son intervention par des motifs humanitaires et des engagements personnels, se présentant comme une médiatrice naturelle et autorisée par les traités entre les différents États de la République polonaise. L'Impératrice rappelle ses actions passées pour assurer la stabilité de la Pologne après la mort du roi et ses efforts pour prévenir les dangers liés à l'interrègne. Elle souligne les obligations de voisinage et les avantages réciproques d'une correspondance mutuelle entre États limitrophes. Les récentes réclamations de la Confédération générale de Lituanie l'ont poussée à envoyer des troupes pour soutenir les patriotes, maintenir l'ordre et restaurer les constitutions de la République. Ces troupes ont pour mission de rester tranquilles, d'éviter toute violence et de faciliter les délibérations de la noblesse. L'Impératrice espère que ses actions seront comprises et justifiées par les autres puissances, avec lesquelles elle a partagé ses intentions et ses principes. Elle mentionne également les menaces posées par le Prince Radziwill, qui trouble l'ordre public en Lituanie.
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2892
p. 189-190
De WARSOVIE, le 9 Juin 1764.
Début :
Le Marquis de Paulmy s'est rendu le 7 au matin chez [...]
Mots clefs :
Marquis, Pologne, Sa Majesté, Ambassadeur, Déclarations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De WARSOVIE, le 9 Juin 1764.
De WARSOVIE , le 9 Juin 1764.
Le Marquis de Paulmy s'eſt rendu le 7 au
matin chez le Primat , & lui a dit que le Roi
ſon Maître étant informé detout ce qui ſeſepaſſoit
en Pologne & voyant la République diviſée &
la Ville de Warſovie occupée par des troupes
Etrangères , Sa Majeſté avoit jugé que ſon Ambaſſadeur
ne pouvoit plus y reſter décemment
& qu'en conféquence Elle lui ordonnoit de ſe
retirer juſqu'à ce que le calme & le bon ordre
fuſſent rétablis dans le Royaume ; cet Ambaffadeur
a ajouté qu'en attendant un changement
fi defirable ; Sa Majesté ne ceſſeroit de prendre
une part finçère à la liberté & à la tranquillité
de la Pol Pologne , ainſi qu'Elle l'a fait connoître
190 MERCURE DE FRANCE.
par ſes déclarations. Le Marquis de Paulmy eft
parti le même jour pour retourner en France
Le Marquis de Paulmy s'eſt rendu le 7 au
matin chez le Primat , & lui a dit que le Roi
ſon Maître étant informé detout ce qui ſeſepaſſoit
en Pologne & voyant la République diviſée &
la Ville de Warſovie occupée par des troupes
Etrangères , Sa Majeſté avoit jugé que ſon Ambaſſadeur
ne pouvoit plus y reſter décemment
& qu'en conféquence Elle lui ordonnoit de ſe
retirer juſqu'à ce que le calme & le bon ordre
fuſſent rétablis dans le Royaume ; cet Ambaffadeur
a ajouté qu'en attendant un changement
fi defirable ; Sa Majesté ne ceſſeroit de prendre
une part finçère à la liberté & à la tranquillité
de la Pol Pologne , ainſi qu'Elle l'a fait connoître
190 MERCURE DE FRANCE.
par ſes déclarations. Le Marquis de Paulmy eft
parti le même jour pour retourner en France
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Résumé : De WARSOVIE, le 9 Juin 1764.
Le 9 juin 1764, le Marquis de Paulmy a informé le Primat de Pologne que le roi de France connaissait les troubles en Pologne et l'occupation de Varsovie. Considérant la situation, le roi a ordonné le retrait de l'ambassadeur jusqu'au rétablissement de l'ordre. Le Marquis de Paulmy a assuré que le roi continuerait de soutenir la liberté et la tranquillité de la Pologne. Il est ensuite reparti pour la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2893
p. 191
De GENES, le 4 Juin 1764.
Début :
On mande de Bonifaccio que les Rebelles, secondés par un Officier Corse [...]
Mots clefs :
Bonifacio, Rebelles, Officier, Attaque, Pertes, Forts, Dommages, Garnison, Paoli, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 4 Juin 1764.
De GENES , le 4 Juin 1764.
On mande de Bonifaccio que les Rebelles , ſecondés
par un Officier Corſe au ſervice de la République
, avoient tenté de ſurprendre cette Place
; mais cette entrepriſe a échoué , & les Rebelles
ont été repouffés avec perte dans l'attaque
qu'ils ont faite ſur le Poſte de S. Julien.
Du 23 .
On apprend par la voie de Livourne que les
Rebelles , qui ont attaqué les Forts de S. Florent
& de l'Algaïola , continuent de les canonner le
premier fans y cauler cependant un dommage
conſidérable . Comme la garniſon eſt de cinq cens
hommes , nombre ſuffiſant pour défendre une ſi
petite Place , on ne doute pas que Paoli ne ſoit
obligé d'en lever le Siége.
LeMarquis & la Marquiſe de Chauvelin , après
avoir ſéjourné ici treize jours , en fort partis ce
matin pour ſe rendre à Parme.
On mande de Bonifaccio que les Rebelles , ſecondés
par un Officier Corſe au ſervice de la République
, avoient tenté de ſurprendre cette Place
; mais cette entrepriſe a échoué , & les Rebelles
ont été repouffés avec perte dans l'attaque
qu'ils ont faite ſur le Poſte de S. Julien.
Du 23 .
On apprend par la voie de Livourne que les
Rebelles , qui ont attaqué les Forts de S. Florent
& de l'Algaïola , continuent de les canonner le
premier fans y cauler cependant un dommage
conſidérable . Comme la garniſon eſt de cinq cens
hommes , nombre ſuffiſant pour défendre une ſi
petite Place , on ne doute pas que Paoli ne ſoit
obligé d'en lever le Siége.
LeMarquis & la Marquiſe de Chauvelin , après
avoir ſéjourné ici treize jours , en fort partis ce
matin pour ſe rendre à Parme.
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Résumé : De GENES, le 4 Juin 1764.
Le 4 juin 1764, des rebelles soutenus par un officier corse ont tenté de prendre Bonifaccio, mais ont été repoussés. Le 23 juin, ils ont attaqué les forts de Saint-Florent et de l'Algaïola sans succès. La garnison de cinq cents hommes est jugée suffisante. Le marquis et la marquise de Chauvelin ont quitté Gênes pour Parme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2894
p. 205-206
De PARIS, le 16 Juillet 1764.
Début :
Dom François de Pinderay, Bénédictin Prieur de l'Abbaye Royale de [...]
Mots clefs :
Élection, Édit, Chambre des comptes, Intendant, École vétérinaire, Loterie de l'école royale militaire, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Numéros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 16 Juillet 1764.
De PARIS , le 16 Juillet 1764.
Dom François de Pinderay , Bénédictin , Prieur
de l'Abbaye Royale de Nanteuil en Vallée , a
266 MERCURE DE FRANCE.
été élu Général de fon Ordre dans le dernier
Chapitre qui s'eft tenu le mois dernier à Guiſtre.
2
Il paroit un Edit du Roi , en date du mois
de Mai dernier , & enregistré à la Chambre
des Comptes , le 2 Juin , par lequel Sa Majefté
a jugé important , pour le bien de fon fervice
, d'établir. dans le moment actuel , un
feptiéme Office d'Intendant de fes Finances , à
la même Finance & aux mêmes gages , fonctions
, honneurs , droits & priviléges que ceux
qu'Elle a déja créés par les Edits des mois de
Mars 1722 & Janvier 1725.
1
Sur le compte que le Roi s'eft fait rendre
des progrès de l'Ecole établie à Lyon par fon
Arrêt du 4 Août 1761 , pour la connoiffance &
le traitement des maladies des beftiaux , fous
le titre d'Ecole Vétérinaire , Sa Majefté a jugé,
qu'il feroit jufte de décorer cette Ecole du tine
d'Ecole Royale Vétérinaire , comme une marque
de la protection directe , & fpéciale qu'Elle
accorde à un établiflement dont Elle attend les
plus grands fervices pour le foulagement des
Campagnes . En conféquence , Sa Majesté a
confirmé ce titre par un Arrêt de fon Confeil
d'Etat en date du 3 Juin .
Le quarante-deuxième tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait , le 25 Juin en la manière ,
accoutumée . Le lot de cinquante mille livres et
échu au Numéro 80749 , celui de vingt mille
livres au Numéro 87223 , & les deux de dix mille
livtes aux Numéros 885 80 & 11279.
Le de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire. Les Numéros fortis de la roue de
fortune , font 7 , 69 , 46 , 48 , 79.
Dom François de Pinderay , Bénédictin , Prieur
de l'Abbaye Royale de Nanteuil en Vallée , a
266 MERCURE DE FRANCE.
été élu Général de fon Ordre dans le dernier
Chapitre qui s'eft tenu le mois dernier à Guiſtre.
2
Il paroit un Edit du Roi , en date du mois
de Mai dernier , & enregistré à la Chambre
des Comptes , le 2 Juin , par lequel Sa Majefté
a jugé important , pour le bien de fon fervice
, d'établir. dans le moment actuel , un
feptiéme Office d'Intendant de fes Finances , à
la même Finance & aux mêmes gages , fonctions
, honneurs , droits & priviléges que ceux
qu'Elle a déja créés par les Edits des mois de
Mars 1722 & Janvier 1725.
1
Sur le compte que le Roi s'eft fait rendre
des progrès de l'Ecole établie à Lyon par fon
Arrêt du 4 Août 1761 , pour la connoiffance &
le traitement des maladies des beftiaux , fous
le titre d'Ecole Vétérinaire , Sa Majefté a jugé,
qu'il feroit jufte de décorer cette Ecole du tine
d'Ecole Royale Vétérinaire , comme une marque
de la protection directe , & fpéciale qu'Elle
accorde à un établiflement dont Elle attend les
plus grands fervices pour le foulagement des
Campagnes . En conféquence , Sa Majesté a
confirmé ce titre par un Arrêt de fon Confeil
d'Etat en date du 3 Juin .
Le quarante-deuxième tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait , le 25 Juin en la manière ,
accoutumée . Le lot de cinquante mille livres et
échu au Numéro 80749 , celui de vingt mille
livres au Numéro 87223 , & les deux de dix mille
livtes aux Numéros 885 80 & 11279.
Le de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire. Les Numéros fortis de la roue de
fortune , font 7 , 69 , 46 , 48 , 79.
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Résumé : De PARIS, le 16 Juillet 1764.
Le 16 juillet 1764, Dom François de Pinderay, Bénédictin et Prieur de l'Abbaye Royale de Nanteuil en Vallée, a été élu Général de son Ordre lors du dernier Chapitre tenu à Guistre. En mai 1764, un édit royal a créé un septième Office d'Intendant des Finances, enregistré à la Chambre des Comptes le 2 juin. Le roi a également décerné le titre d'École Royale Vétérinaire à l'École Vétérinaire de Lyon, en reconnaissance de ses progrès et de son utilité pour les campagnes. Cette décision a été confirmée par un arrêt du Conseil d'État le 3 juin. Le 25 juin, le quarante-deuxième tirage de la Loterie de l'Hôtel de Ville a attribué des lots aux numéros 80749, 87223, 88580 et 11279. Les numéros gagnants de la Loterie de l'École Royale Militaire étaient 7, 69, 46, 48 et 79.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2895
p. 139-144
De COMPIEGNE, le 15 Août 1764.
Début :
Les Régimens de la Marine, Infanterie, ceux de Royal Normandie, [...]
Mots clefs :
Régiments, Infanterie, Marine, Cavalerie, Famille royale, Exercices, Ordonnance, Camp de l'artillerie , Duc, Prince, Visite des troupes, Intendant, Serment de fidélité, Ambassadeur, Cardinal, Nominations, Prix, Bénéfices donnés, Abbayes, Religieuses, Madame la Dauphine, Monseigneur le Dauphin, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COMPIEGNE, le 15 Août 1764.
De COMPIEGNE , le 15 Acût 1764.
ES Régimens de la Marine , Infanterie , ceux
de Royal Normandie , & de la Reine , Cavalerie ,
ainsi que la Brigade de Defmazis , du Corps
Royal de l'Artillerie , ont eu ordre de fe rendre à
Compiegne , où ils font arrivés fucceffivement
au 18 du mois dernier : ces différens
Corps ont campé léparément.
du ta
Le 15 , Leurs Majeftés, accompagnées de toute
la Famille Royale , fe font rendues au Camp de
l'Artillerie. La Brigade , après avoir éxécuté les.
différens temps de l'éxercice prefcrits par la
nouvelle Ordonnance , a défilé devant le Roi ,
& a enfuite éxécuté , en préſence de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale, l'école des bombes ,
des obus & du canon. Le Roi à paru très- fatis
fait de la préciſion avec laquelle cette Troupe a
fait l'Exercice , & fur- tout de la jufteffe avec laquelle
les Canoniers ont tiré les différentes bouches
à feu.
Le
17 , le Roi
s'eft
rendu
une
feconde
fois
avec
la
Reine
& toute
la Famille
Royale
au
Camp
de l'Artillerie
, & les
Canoniers
ont
éxécuré
de nouveau
, en préſence
de Leurs
Majefiés
,
l'Exercice
de la Bombe
, de l'Obus
& du Canon
,
& le
cheminement
de la Sappe
.
Le 18 , le Roi & la Reine , accompagnés de
140 MERCURE DE FRANCE.
la Famille Royale , & du Duc de Chartres , du
Prince de Condé & du Prince de Lamballe , fe
font rendus au Camp de la Cavalerie . Les deux
Régimens qui le compofoient ont éxécuté en préfence
de Leurs Majeftés , différentes manoeuvres
dont le Roi a paru très - fatisfait.
Le 22 , Leurs Majeftés & toute la Famille
Royale , accompagnées du Duc de Chartres , du
Prince de Condé , & du Prince de Lamballe , fe
fe font rendues au Camp du Régiment de la Marine
, qui a éxécuté devant le Roi, & à la fatisfac
tion de Sa Majefté , les différens temps de l'Exercice
, & les manoeuvres prefcrites par l'Ordonnance
du 20 Mars dernier .
Ces différens Corps font partis de leurs Camps
pour fe rendre à leurs deftinations refpectives.
Le Regiment de Royal Normandie eft parti le
23 , celui de la Reine , Cavalerie , le 24 , & celui
de la Marine , ainfi que la Brigade d'Artillerie
, le 25. Sa Majefté le propofe de faire venir
fucceffivement & chaque année les différentes parties
de fes Troupes , afin de juger par Elle- même
fi fes Ordonnances font bien éxécutées . Le
Şieur Amelot ayant été nommé à l'Intendance
de Bourgogne , le Roi a nommé pour remplir
la place de Préfident du Grand- Conſeil , dont il
étoit pourvu , le Sieur de Monthyon , qui , en
cette qualité a été préſenté le 18 , à Sa Majeſté.
Le Comte de Guerchy , Ambaffadeur du Roi
auprès du Roi de la Grande- Bretagne , eft arrivé
ici le 24 , & a été préſenté le 25 au matin à Sa
Majefté. Avant que de quitter la Cour de Londres ,
il a préfenté à Sa Majefté Britannique le Marquis
de Bloffet , Colonel d'un Régiment de Gre
nadiers-Royaux , que le Roi a nommé pour ré6-
NOVEMBRE . 1764. 141
der à ladite Cour en qualité de Miniſtre pendant
l'abſence de fon Ambaffadeur.
Les Sieurs Amelot, Intendant deBourgogne, le
Peletier de Morfontaine , Intendant de la Rochelle
, & Rouillé- d'Orfeuil , Intendant de Châlons
en Champagne , furent préfentés le 22 au
Roi par le Sieur de l'Averdy , Contrôleur -Gé
néral des Finances. Le même jour la Marquife
de Maulde fut auffi préfentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale , par la Comteſſe de
Maulde .
Le 28 , Leopold- Charles de Choiſeul , Arche
vêque de Cambrai , a prêté ferment de fidélité
entre les mains du Roi.
ג
Le
23 , le
Comte
de
Woronzow
Grand
Chancelier
de
Ruffie
, a été
préſenté
à Leurs
Majeftés
& à la Famille
Royale
.
Le 29 , le fieur de Maupeou , fils du Premier
Préfident du Parlement de Paris , a eu l'honneur
d'être préfenté au Roi par fon Père , &
a remercié Sa Majefté de l'agrément qu'elle a
bien voulu lui accorder pour une Charge de
Confeiller au même Parlement , & pour celle
de Préfident à Mortier dont fon Père étoit revêtu.
mois ,
Le Marquis de Paulmy , Miniftre & ci-devant
Secrétaire d'Etat , ayant le Département de la
Guerre , Ambaffadeur du Roi auprès de la République
de Pologne , arriva ici le 6 de ce
& fut préſenté par le Duc de Praſlin .
Le Cardinal de Bernis a prêté ferment ,
9 , entre les mains du Roi , dans la Chapelle
du Château , pour l'Archevêché d'Alby . Il s'étoit
rendu , le 3 de ce mois , à Sens où il a
été facré dans la Cathédrale par le Cardinal
le
142 MERCURE DE FRANCE.
de Laynes qui avoit pour Alliſtans l'Evêque
d'Auxerre & celui de Béziers .
Le Sieur Turgot , Préfident à Mortier au Parlement
de Paris , ayant donné la démiffion de
fa Charge , le Roi vient d'y nommer le Sieur
Peletier de S. Fargeau , Avocat Général dudit
Parlement , dont la Place a été donnée au Sieur
Barentin . Le Sieur le Peletier de S. Fargeau &
le Sieur Barentin ont eu l'honneur d'erre préfentés
, à cette occafion , à Sa Majeſté.
Le fieur de Lamoignon de Montrevault ayant
donné fa démiffion de la Charge de Préfident
à Mortier du Parlement de Paris , le Roi y a
nommé le fieur de Gourgue , qui , à cette occafion
, a eu l'honneur d'être préfenté , le 8
à Sa Majesté.
Le 7 , le Sieur Mathieu , Principal du Collége
Royal de cette Ville , a eu l'honneur de
préfenter au Roi , à Monfeigneur le Dauphin ,
à Monfeigneur le Duc de Berry & à Monfeigneur
le Comte de Provence le Programme
de l'exercice qui s'eft fait le 9 dans lédit Collége
pour la diftribution folemnelle des Prix
accordés par Sa Majesté. Monfeigneur le Due
de Berry en a accordé un particulier au fieur
Herbet qui a foutenu l'exercice.
Le Roi a accordé au Duc de Trefmes &
au Comte de Guerchy les entrées du Ca
binet.
Sa Majesté à donné l'Abbaye de S. Méen
Ordre de S. Benoît , Diocéfe de S. Malo , à
l'Abbé de Moftueges , Sous- Précepteur des Enfans
de France ; l'Abbaye Régulière & Elective
de S. Nicolas d'Arrouaize , Ordre de S. Auguftin
, Diocéfe d'Arras , à Don Floride Tabary ,
Religieux de la même Abbaye ; & celle de Bon
N
NOVEM BR E. 1764 . 143
deville , Ordre de Citeaux , Diocéfe de Rouen ,
à la Dame de Fontenailles , Religieufe de l'Abbaye
de Bonlieu , même Ordre , Diocéfe du
Mans.
La Reine donna , le 4 de ce mois , le voile
noir à deux Religieufes Carmelites ; la Cérémonie
en fut faite par le Cardinal de Rochechouart.
Le Père Celaire , Carme Déchauffé
prêcha , à cette occaſion en préfence de la
Reine.
•
Le Sieur Maliffet , Munitionnaire chargé de
la fourniture du pain pour les Troupes duCamp
de Compiegne & de l'approvisionnement de
Paris , fe tranſporta , le 22 du mois dernier
au Camp du Régiment de la Reine , Cavalerie
, en conféquence des ordres du Duc de Choi
feul , & eut l'honneur de préfenter au Roi ,
après la revue , le pain qu'il avoit fait fuivant
la nouvelle méthode qu'il a imaginée. Sa Majeſté
en fit Elle-même l'eſſai , ainfi que les Princes
qui l'accompagnoient , & en parut fatisfaite.
Les Troupes auxquelles il a été diftribué , l'ont
trouvé très- bon . On donnera bientôt au Public
la coupe des différens moulins néceffaires
pour la nouvelle mouture que le feur Maliffer
emploie & par laquelle on gagne un fixiéme
fur le produit du grain , en même temps
qu'on donne au pain une qualité fupérieure
non feulement pour le goût , mais même pour
la couleur.
:
L'Evêque de S. Omer a donné le Pallium à
l'Archevêque Duc de Cambrai cette Cérémo
nie s'eft faite dans la Chapelle des Dames de la
Congrégation de cette Ville , le 4 de ce mois.
Monfeigneur le Duc de Berry & Monseigneur
le Comte de Provence font partis d'ici le 13
144 MERCURE DE FRANCE.
pour retourner à Versailles . Le Roi le propoſe
de partir demain pour le rendre à S. Ouen
où Sa Majefté foupera avec Monfeigneur le
Dauphin , Madame la Dauphine , Madame Adélaïde
, & Mefdames Victoire , Sophie & Louiſe
qui s'y rendront auffi ; le foir , Sa Majesté ira
coucher au Château de la Muette , d'où Elle
partira le lendemain pour le rendre à Verſailles
, ainfi que Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Madame Adélaïde , Mefdames
Victoire , Sophie & Louife. La Reine quittera
cette Ville le 17 pour retourner à Verſailles.
ES Régimens de la Marine , Infanterie , ceux
de Royal Normandie , & de la Reine , Cavalerie ,
ainsi que la Brigade de Defmazis , du Corps
Royal de l'Artillerie , ont eu ordre de fe rendre à
Compiegne , où ils font arrivés fucceffivement
au 18 du mois dernier : ces différens
Corps ont campé léparément.
du ta
Le 15 , Leurs Majeftés, accompagnées de toute
la Famille Royale , fe font rendues au Camp de
l'Artillerie. La Brigade , après avoir éxécuté les.
différens temps de l'éxercice prefcrits par la
nouvelle Ordonnance , a défilé devant le Roi ,
& a enfuite éxécuté , en préſence de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale, l'école des bombes ,
des obus & du canon. Le Roi à paru très- fatis
fait de la préciſion avec laquelle cette Troupe a
fait l'Exercice , & fur- tout de la jufteffe avec laquelle
les Canoniers ont tiré les différentes bouches
à feu.
Le
17 , le Roi
s'eft
rendu
une
feconde
fois
avec
la
Reine
& toute
la Famille
Royale
au
Camp
de l'Artillerie
, & les
Canoniers
ont
éxécuré
de nouveau
, en préſence
de Leurs
Majefiés
,
l'Exercice
de la Bombe
, de l'Obus
& du Canon
,
& le
cheminement
de la Sappe
.
Le 18 , le Roi & la Reine , accompagnés de
140 MERCURE DE FRANCE.
la Famille Royale , & du Duc de Chartres , du
Prince de Condé & du Prince de Lamballe , fe
font rendus au Camp de la Cavalerie . Les deux
Régimens qui le compofoient ont éxécuté en préfence
de Leurs Majeftés , différentes manoeuvres
dont le Roi a paru très - fatisfait.
Le 22 , Leurs Majeftés & toute la Famille
Royale , accompagnées du Duc de Chartres , du
Prince de Condé , & du Prince de Lamballe , fe
fe font rendues au Camp du Régiment de la Marine
, qui a éxécuté devant le Roi, & à la fatisfac
tion de Sa Majefté , les différens temps de l'Exercice
, & les manoeuvres prefcrites par l'Ordonnance
du 20 Mars dernier .
Ces différens Corps font partis de leurs Camps
pour fe rendre à leurs deftinations refpectives.
Le Regiment de Royal Normandie eft parti le
23 , celui de la Reine , Cavalerie , le 24 , & celui
de la Marine , ainfi que la Brigade d'Artillerie
, le 25. Sa Majefté le propofe de faire venir
fucceffivement & chaque année les différentes parties
de fes Troupes , afin de juger par Elle- même
fi fes Ordonnances font bien éxécutées . Le
Şieur Amelot ayant été nommé à l'Intendance
de Bourgogne , le Roi a nommé pour remplir
la place de Préfident du Grand- Conſeil , dont il
étoit pourvu , le Sieur de Monthyon , qui , en
cette qualité a été préſenté le 18 , à Sa Majeſté.
Le Comte de Guerchy , Ambaffadeur du Roi
auprès du Roi de la Grande- Bretagne , eft arrivé
ici le 24 , & a été préſenté le 25 au matin à Sa
Majefté. Avant que de quitter la Cour de Londres ,
il a préfenté à Sa Majefté Britannique le Marquis
de Bloffet , Colonel d'un Régiment de Gre
nadiers-Royaux , que le Roi a nommé pour ré6-
NOVEMBRE . 1764. 141
der à ladite Cour en qualité de Miniſtre pendant
l'abſence de fon Ambaffadeur.
Les Sieurs Amelot, Intendant deBourgogne, le
Peletier de Morfontaine , Intendant de la Rochelle
, & Rouillé- d'Orfeuil , Intendant de Châlons
en Champagne , furent préfentés le 22 au
Roi par le Sieur de l'Averdy , Contrôleur -Gé
néral des Finances. Le même jour la Marquife
de Maulde fut auffi préfentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale , par la Comteſſe de
Maulde .
Le 28 , Leopold- Charles de Choiſeul , Arche
vêque de Cambrai , a prêté ferment de fidélité
entre les mains du Roi.
ג
Le
23 , le
Comte
de
Woronzow
Grand
Chancelier
de
Ruffie
, a été
préſenté
à Leurs
Majeftés
& à la Famille
Royale
.
Le 29 , le fieur de Maupeou , fils du Premier
Préfident du Parlement de Paris , a eu l'honneur
d'être préfenté au Roi par fon Père , &
a remercié Sa Majefté de l'agrément qu'elle a
bien voulu lui accorder pour une Charge de
Confeiller au même Parlement , & pour celle
de Préfident à Mortier dont fon Père étoit revêtu.
mois ,
Le Marquis de Paulmy , Miniftre & ci-devant
Secrétaire d'Etat , ayant le Département de la
Guerre , Ambaffadeur du Roi auprès de la République
de Pologne , arriva ici le 6 de ce
& fut préſenté par le Duc de Praſlin .
Le Cardinal de Bernis a prêté ferment ,
9 , entre les mains du Roi , dans la Chapelle
du Château , pour l'Archevêché d'Alby . Il s'étoit
rendu , le 3 de ce mois , à Sens où il a
été facré dans la Cathédrale par le Cardinal
le
142 MERCURE DE FRANCE.
de Laynes qui avoit pour Alliſtans l'Evêque
d'Auxerre & celui de Béziers .
Le Sieur Turgot , Préfident à Mortier au Parlement
de Paris , ayant donné la démiffion de
fa Charge , le Roi vient d'y nommer le Sieur
Peletier de S. Fargeau , Avocat Général dudit
Parlement , dont la Place a été donnée au Sieur
Barentin . Le Sieur le Peletier de S. Fargeau &
le Sieur Barentin ont eu l'honneur d'erre préfentés
, à cette occafion , à Sa Majeſté.
Le fieur de Lamoignon de Montrevault ayant
donné fa démiffion de la Charge de Préfident
à Mortier du Parlement de Paris , le Roi y a
nommé le fieur de Gourgue , qui , à cette occafion
, a eu l'honneur d'être préfenté , le 8
à Sa Majesté.
Le 7 , le Sieur Mathieu , Principal du Collége
Royal de cette Ville , a eu l'honneur de
préfenter au Roi , à Monfeigneur le Dauphin ,
à Monfeigneur le Duc de Berry & à Monfeigneur
le Comte de Provence le Programme
de l'exercice qui s'eft fait le 9 dans lédit Collége
pour la diftribution folemnelle des Prix
accordés par Sa Majesté. Monfeigneur le Due
de Berry en a accordé un particulier au fieur
Herbet qui a foutenu l'exercice.
Le Roi a accordé au Duc de Trefmes &
au Comte de Guerchy les entrées du Ca
binet.
Sa Majesté à donné l'Abbaye de S. Méen
Ordre de S. Benoît , Diocéfe de S. Malo , à
l'Abbé de Moftueges , Sous- Précepteur des Enfans
de France ; l'Abbaye Régulière & Elective
de S. Nicolas d'Arrouaize , Ordre de S. Auguftin
, Diocéfe d'Arras , à Don Floride Tabary ,
Religieux de la même Abbaye ; & celle de Bon
N
NOVEM BR E. 1764 . 143
deville , Ordre de Citeaux , Diocéfe de Rouen ,
à la Dame de Fontenailles , Religieufe de l'Abbaye
de Bonlieu , même Ordre , Diocéfe du
Mans.
La Reine donna , le 4 de ce mois , le voile
noir à deux Religieufes Carmelites ; la Cérémonie
en fut faite par le Cardinal de Rochechouart.
Le Père Celaire , Carme Déchauffé
prêcha , à cette occaſion en préfence de la
Reine.
•
Le Sieur Maliffet , Munitionnaire chargé de
la fourniture du pain pour les Troupes duCamp
de Compiegne & de l'approvisionnement de
Paris , fe tranſporta , le 22 du mois dernier
au Camp du Régiment de la Reine , Cavalerie
, en conféquence des ordres du Duc de Choi
feul , & eut l'honneur de préfenter au Roi ,
après la revue , le pain qu'il avoit fait fuivant
la nouvelle méthode qu'il a imaginée. Sa Majeſté
en fit Elle-même l'eſſai , ainfi que les Princes
qui l'accompagnoient , & en parut fatisfaite.
Les Troupes auxquelles il a été diftribué , l'ont
trouvé très- bon . On donnera bientôt au Public
la coupe des différens moulins néceffaires
pour la nouvelle mouture que le feur Maliffer
emploie & par laquelle on gagne un fixiéme
fur le produit du grain , en même temps
qu'on donne au pain une qualité fupérieure
non feulement pour le goût , mais même pour
la couleur.
:
L'Evêque de S. Omer a donné le Pallium à
l'Archevêque Duc de Cambrai cette Cérémo
nie s'eft faite dans la Chapelle des Dames de la
Congrégation de cette Ville , le 4 de ce mois.
Monfeigneur le Duc de Berry & Monseigneur
le Comte de Provence font partis d'ici le 13
144 MERCURE DE FRANCE.
pour retourner à Versailles . Le Roi le propoſe
de partir demain pour le rendre à S. Ouen
où Sa Majefté foupera avec Monfeigneur le
Dauphin , Madame la Dauphine , Madame Adélaïde
, & Mefdames Victoire , Sophie & Louiſe
qui s'y rendront auffi ; le foir , Sa Majesté ira
coucher au Château de la Muette , d'où Elle
partira le lendemain pour le rendre à Verſailles
, ainfi que Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Madame Adélaïde , Mefdames
Victoire , Sophie & Louife. La Reine quittera
cette Ville le 17 pour retourner à Verſailles.
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Résumé : De COMPIEGNE, le 15 Août 1764.
Du 15 au 25 août 1764, plusieurs régiments de l'armée française, incluant ceux de la Marine, de l'Infanterie, de la Cavalerie, ainsi que la Brigade de l'Artillerie, se sont rassemblés à Compiègne. Le 15 août, Leurs Majestés et la Famille Royale ont assisté à des exercices militaires au Camp de l'Artillerie. La Brigade a exécuté divers exercices, tels que le tir des bombes, des obus et du canon, sous le regard satisfait du Roi. Le 17 août, le Roi et la Reine ont de nouveau assisté à des exercices de l'Artillerie. Le 18 août, ils ont observé des manœuvres de la Cavalerie. Le 22 août, le Régiment de la Marine a exécuté des exercices devant le Roi. Après ces démonstrations, les différents corps ont quitté Compiègne pour rejoindre leurs destinations respectives. Le Roi a exprimé son intention de faire venir chaque année les différentes parties de ses troupes pour vérifier l'exécution de ses ordonnances. Plusieurs nominations et présentations ont eu lieu, notamment celle du Sieur de Monthyon au poste de Président du Grand Conseil, du Comte de Guerchy comme Ambassadeur auprès du Roi de Grande-Bretagne, et de divers intendants. Le Cardinal de Bernis a prêté serment pour l'Archevêché d'Alby. Le Roi a également accordé diverses abbayes et charges, et la Reine a donné le voile noir à deux religieuses carmélites. Le Sieur Maliffet a présenté une nouvelle méthode de fabrication du pain, approuvée par le Roi et les Princes. L'Évêque de Saint-Omer a remis le Pallium à l'Archevêque de Cambrai. Enfin, la Famille Royale a quitté Compiègne pour retourner à Versailles.
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2896
p. 147-148
De FRANCFORT, le 2 Septembre 1764.
Début :
Le différend qui étoit survenu entre les Etats-Généraux & le Landgrave [...]
Mots clefs :
États généraux, Landgrave, Dispute, Régence, Cassel, Comte, Ministres, Conseillers, Estime, Amitié, Déclaration, Envoyé , Satisfaction, Pouvoir, Mémoire, Hautes Puissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De FRANCFORT, le 2 Septembre 1764.
De FRANCFORT , le 2 Septembre 1764.
Le différend qui étoit furvenu entre les Etats-
Généraux & le Landgrave de Heffe - Caffel au
fujet de la conduite tenue par la Régence de
-Caffel à l'égard du Comte de Warſtenſleben , Miniftre
de Leurs Hautes Puiffances auprès du
Cercle du- Haut - Rhin . vient d'être terminé . Le
Sieur de Mofer , Confeiller Privé , que le Landgrave
avoit envoyé pour cet effet en qualité de
fon Miniftre à la Haye , fut introduit , le 30 du
mois dernier , dans la Chambre de Treves ; il
y fit en François aux Députés des Etats - Généraux
la Déclaration fuivante qu'il leur remit enfuite
par écrit en Langue Allemande.
20
39
» Son Altele Séréniflime Mgr le Landgrave
Régnant de Heffe- Caffel , en conféquence de
l'eftime & de l'amitié qu'il a vouées de tout
temps aux Seigneurs les Etats - Généraux , a appris
» avec fenfibilité le mécontentement que Leurs
Hautes Puiffances,contre toute attente , fe croyent
» autorifées à prendre de la conduite tenue par
» la Régence de Caffel , pour des raifons con-
» nues , à l'égard du Comte de Wartenfleben.
Comme Son Alteffe Séréniffime eft très- éloignée
de conniver en aucune manière , avec au-
>> cun de fes Collégues de juftice , en ce qui
» pourroit léfer les droits & les dignités d'un
Etat voifin & ami , Elle m'a envoyé expreſſément
ici , par confidération particulière d'amitié
, pour témoigner & réitérer qu'en tout
Son Altele Séréniffime n'a jamais eu la vo-
» lonté ni l'intention d'offenfer la République
» ou de porter la moindre atteinte à les droits
» & prérogatives.
» Son Altele Séréniffime effére & fe flatte
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
que Leurs Hautes Puiffances trouveront cette
>> Déclaration conforme au defir fincère avec
»lequel Mgr le Landgrave demande l'amitié
& la bienveillance de l'Etat , tant pour le préfent
que pour l'avenir.
Les Etats -Généraux ont fait répondre au Sieur
Mofer par leurs Députés , qu'ils étoient contens
de cette Déclaration , & que c'étoit avec bien
de la fatisfaction qu'ils voyoient terminer par là
les différends furvenus entre eux & le Landgrave
de Heffe- Caffel , & rétablir la bonne intelligence
& l'amitié qui de tout temps ont fubfifté
entre la République & la Maiſon de Heffe ,
& au maintien defquelles Leurs Hautes Puiflances
Le propofent de concourir de tout leur pouvoir.
Le 4 du même mois , le feur de Mofer eut une
nouvelle conférence avec les Députés des Etats-
Généraux , & leur remit un Mémoire concernant
les Griefs de Landgrave de Heffe contre le Comte
de Wartenfleben qui , de fon côté , a envoyé à
Leurs Hautes Puiffances un autre Mémoire , par
jequel il juftifié la conduite .
Le différend qui étoit furvenu entre les Etats-
Généraux & le Landgrave de Heffe - Caffel au
fujet de la conduite tenue par la Régence de
-Caffel à l'égard du Comte de Warſtenſleben , Miniftre
de Leurs Hautes Puiffances auprès du
Cercle du- Haut - Rhin . vient d'être terminé . Le
Sieur de Mofer , Confeiller Privé , que le Landgrave
avoit envoyé pour cet effet en qualité de
fon Miniftre à la Haye , fut introduit , le 30 du
mois dernier , dans la Chambre de Treves ; il
y fit en François aux Députés des Etats - Généraux
la Déclaration fuivante qu'il leur remit enfuite
par écrit en Langue Allemande.
20
39
» Son Altele Séréniflime Mgr le Landgrave
Régnant de Heffe- Caffel , en conféquence de
l'eftime & de l'amitié qu'il a vouées de tout
temps aux Seigneurs les Etats - Généraux , a appris
» avec fenfibilité le mécontentement que Leurs
Hautes Puiffances,contre toute attente , fe croyent
» autorifées à prendre de la conduite tenue par
» la Régence de Caffel , pour des raifons con-
» nues , à l'égard du Comte de Wartenfleben.
Comme Son Alteffe Séréniffime eft très- éloignée
de conniver en aucune manière , avec au-
>> cun de fes Collégues de juftice , en ce qui
» pourroit léfer les droits & les dignités d'un
Etat voifin & ami , Elle m'a envoyé expreſſément
ici , par confidération particulière d'amitié
, pour témoigner & réitérer qu'en tout
Son Altele Séréniffime n'a jamais eu la vo-
» lonté ni l'intention d'offenfer la République
» ou de porter la moindre atteinte à les droits
» & prérogatives.
» Son Altele Séréniffime effére & fe flatte
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
que Leurs Hautes Puiffances trouveront cette
>> Déclaration conforme au defir fincère avec
»lequel Mgr le Landgrave demande l'amitié
& la bienveillance de l'Etat , tant pour le préfent
que pour l'avenir.
Les Etats -Généraux ont fait répondre au Sieur
Mofer par leurs Députés , qu'ils étoient contens
de cette Déclaration , & que c'étoit avec bien
de la fatisfaction qu'ils voyoient terminer par là
les différends furvenus entre eux & le Landgrave
de Heffe- Caffel , & rétablir la bonne intelligence
& l'amitié qui de tout temps ont fubfifté
entre la République & la Maiſon de Heffe ,
& au maintien defquelles Leurs Hautes Puiflances
Le propofent de concourir de tout leur pouvoir.
Le 4 du même mois , le feur de Mofer eut une
nouvelle conférence avec les Députés des Etats-
Généraux , & leur remit un Mémoire concernant
les Griefs de Landgrave de Heffe contre le Comte
de Wartenfleben qui , de fon côté , a envoyé à
Leurs Hautes Puiffances un autre Mémoire , par
jequel il juftifié la conduite .
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Résumé : De FRANCFORT, le 2 Septembre 1764.
Le 2 septembre 1764, un conflit entre les États-Généraux et le Landgrave de Hesse-Cassel concernant la gestion de la Régence de Cassel par le Comte de Warstensleben a été résolu. Le Sieur de Moser, conseiller privé et ministre du Landgrave, a été dépêché à La Haye pour négocier. Le 30 août, il a présenté une déclaration aux députés des États-Généraux, exprimant les regrets du Landgrave pour le mécontentement causé et son souhait de préserver l'amitié avec la République. Les États-Généraux ont accepté cette déclaration, se félicitant de la résolution du différend. Le 4 septembre, le Sieur de Moser a soumis un mémoire détaillant les reproches du Landgrave contre le Comte de Warstensleben, qui avait également envoyé un mémoire justifiant ses actions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2897
p. 151-156
De VERSAILLES, le 12 Septembre 1764.
Début :
Le 19 du mois dernier, le Maréchal de Clermont-Tonnerre, prêta [...]
Mots clefs :
Maréchal, Serment, Symphonie, Auteurs, Duc, Ministre, Secrétaire, Famille royale, Nominations, Démissions, Évêque, Comtesse, Madame, Députés, Audience, Contrat de mariage, Cérémonies, Académie royale des inscriptions et belles-lettres, Mémoire, Histoire de France, Dictionnaire, Volumes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 12 Septembre 1764.
De VERSAILLES , le 12 Septembre 1764.
Le 19 du mois dernier , le Maréchal de Cler
mont - Tonnerre , prêta ferment entre les mains
du Roi pour la Lieutenance Générale & le Commandement
du Dauphiné.
Le 24 , Dom Nicolas Chanlatte , nommé le
à l'Abbaye de Pontigni , eut l'honneur d'être
préfenté à Sa Majesté.
4
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Le 25 , Fête de S. Louis , les Haut- bois de :
fa Chambre ont joué , au lever du Roi , plufieurs
morceaux de fymphonie de la compofilion
du Sieur Dard , Ordinaire de la Mufique.
Ce foir , Leurs Majeftés ont foupé à leur grand
Couvert. Les Muficiens du Roi ont éxécuté
pendant le fouper plufieurs morceaux de fymphonie
de différens Auteurs , fous la direction
du Sieur de Bury , Surintendant de la Mufique
de Sa Majefté , en furvivance du Sieur Rebel .
La veille , le Corps de Ville fe rendit ici où .
ayant à fa tête le Duc de Chevreufe , Gouver
neur de Paris , il eut audience du Roi avec les
cérémonies accoutumées. Il fut préfenté à Sa
Majefté par le Comte de S. Florentin , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat , & conduit par le Sieur de
Nantouillet , Maître des Cérémonies. Le Sieur
Bignon , Confeiller d'Etat , Commandeur des
Ordres du Roi & Bibliothécaire de Sa Majefté ,
nouveau Frévôt des Marchands ; & les Sieurs
Martel , Confeiller du Roi , Notaire honoraire
Confeiller Quartinier de l'Hôtel de Villė ,
& Gauthier de Rougemont , Négociant , nouveaux
Echevins prêterent entre les mains
du Roi le ferment de fidélité dont le Comte de
S. Florentin fit la lecture , ainfi que du Scrutin
qui fut préfenté par le Sieur de la Porte , Premier
Avocat du Roi au Châtelet . Après cette Audience
le Corps de Ville eut l'honneur de rendre les
refpects à la Reine & à la Famille Royale.
>
-
Le même jour , Leurs Majeftés ainfi que la Famille
Royale, ont figné le Contrat de mariage du
Comte de la Rochefoucault avec Demoiſelle
de Lannion.
Le 2 , le Comte de Woronzow , Grand - Chancelier
de Ruffie , prit congé de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale,
NOVEMBRE. 1764. 153
Le lendemain , les Députés du Parlement de
Bretagne eurent audience du Roi. Ils furent
préfentés à Sa Majefté parle Comte de S. Florentin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
de cette Province , & conduits par
le Sieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies.
Sa Majefté les reçut dans fon fauteuil en préfence
de fes Miniftres & de fes Grands Officiers , &
leur permit de lui préfenter les remontrance
dont ils avoient été chargés par leur Compagnies
Le Roi a nommé l'Evêque de Tulle à l'Evêch ;
de Soiffons , & l'Abbé de S. Sauveur , Vicairé
Général du Diocèfe d'Amiens à l'Evêché de Tullee
Sa Majesté a donné l'Abbaye de S. Evroul ..
Ordre de S. Benoît , Diocèle de Lizieux , à l'E-,
vêque de Rennes , & l'Abbaye d'Annay , Ordrede
Cîteaux , Diocèle d'Arras à la Dame de
Brifoeuil , Religieufe de la même Abbaye .
›
Le 31 , les Députés du Parlement de Bretagne
furent prefentés au Roi au nombre de fept par
le Comte de S. Florentin , & conduits par le Sieur
Bourlier de S. Hilaire ,Maître-d'Hôtel Ördinaire de
Sa Majesté. Le Roi les reçut dans fon fauteuil en
préſence de fes Miniftres & des Grands Officiers ,
& leur fit part de fes intentions au fujet des
repréfentations qu'ils avoient préfentées le 16
à Sa Majefté de la part de leurCompagnie.
La Comteffe de Sommyevre, ayant été nomméo
pour accompagner Madame Adélaïde , à la place
de la Comtelle de Narbonne , s été préſentée
au Roi , le 2 de ce mois , en cette qualité par™
Madame Adélaïde .
Le 3 , les Députés de Languedoc eurent audience
de Sa Majesté. Ils furent préfentés par
le Comte d'Eu , Gouverneur de la Province , &
par le Comte de S. Florentin , & conduits par
G v
154 MERCURE DE FRANCE .
le Sieur de Nantouillet , Maitre des Cérémonies .
La Députation étoit compofée , pour le Clergé ,
de l'Archevêque de Toulouſe qui porta la parole ;
pour la Nobleffe , du Vicomte de Polignac ;
& pour le Tiers - Etat , du Sieur Alifon , Lieutenant-
Maire de Nifmes , du Sieur Gaulard ,
Maire d'Anet , & du Sieur de la Fage , Syndic
Général de la Province . Ils furent enfuite conduits
à l'Audience de la Reine & de la Famille
Royale.
Le 8 , Leurs Majeftés ainsi que la Famille Royale,
fignerent le Contrat de mariage du Sieur Bignon ,
Fils du Prévôt des Marchands de la , Ville de
Paris , avec Demoiſelle de Hennot du Rozel .
Le même jour , le Sieur de Clugni , Conſeiller
au Parlement de Dijon , ci- devant Intendant de
S. Domingue , fut préfenté à Sa Majesté par le
Duc de Choiseul.
Le Roi ayant nommé Chevaliers des Ordres
Royaux , Militaires & Hofpitaliers de Notre-
Dame du Mont- Carmel & de S. Lazare de Jérufalem
le Comte de Redmond , Lieutenant -Général
de fes Armées , & le Comte d'Amblimond ,
Lieutenant de Vaiffeau , ces Chevaliers furent
reçus , le 9 , dans l'appartement & en préſence
de Mgr le Duc de Berry , Grand - Maître defdits
Ordres , après avoir fait leur profeffion &
l'émiffion de leurs voeux entre les mains du
Comte de S. Florentin , Gérent & Adminiſtrateur
de ces Ordres , pendant la minorité de Mgr
le Grand- Maître dont les nouveaux Chevaliers
eurent l'honneur de baifer la main en figne
d'obédience. Plufieurs Chevaliers & Commandeurs
, ainfi que les Grands Officiers desdits
Crdres , ont affifté à cette Cérémonie. La Meffe
a été célébrée par l'Abbé Frottier , Chapelain
du Roi.
NOVEMBRE. 1764. 155
Le même jour , l'Evêque d'Avranches fut facré
dans la Chapelle du Chateau , par l'Archevêque
de Reims , aflifté de l'Evêque de Senlis & de
celui de Soiffons , ci - devant Evêque de Tulle.
L'Abbé , le Bibliothécaire & le Procureur de
Sainte Genevieve eurent l'honneur d'être préfentés
au Roi , le même jour , par le Comte de
S. Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat , &
de faire leurs remercîmens à Sa Majesté à l'oce
cafion de la Cérémonie du 6. Ils furent prcfentés
le même jour , à Mgr le Dauphin.
Le 10 , l'Evêque d'Avranches & celui de Vabres
prêterent ferment entre les mains du Roi pendant
la Meffe , dans la Chapelle du Château .
L'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres eut l'honneur de préfenter , le 3 de ce
mois , à Leurs Majeſtés & à la Famille Royale les
XXIX & XXXe Volumes de fes Mémoires . Le
fieur de Fontanieu , Confeiller d'Etat , Intendant-
Général des Meubles de la Couronne , a préſenté
au Roi deux Sucriers d'Or très - artiftement travaillés
& faits par le fieur Roettiers , Orfévre
ordinaire de la Maifon de Sa Majeſté.
Le Sieur Gallonde , Chanoine Régulier de Ste
Génevieve , a eu l'honneur de préfenter au Roi
le premier Volume d'un Abrégé Chronologique
de l'Hiftoire de France écrit de fa main en lettres
Romaines.
Le fieur Duchefne , fils du Prévôt des Bâtimens
du Roi , & âgé de feize ans , a eu l'honneur de
préfenter au Roi un Livre intitulé . Manuel Botanique
contenant les propriétés des Plantes utiles
pour la nourriture , d'ufage en Médecine , employées
dans les Arts , ou d'ornement pour les jardins
& que l'on trouve à la Campagne aux environs de
Paris .
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Blondeau de Charnage , Penfionnaire
du Roi , a eu autfi l'honneur de préfenter à Sa
Majefté le quatriéme Volume de fon Dictionnaire
des Titres Originaux concernant les Droits de la
Couronne ; les Fiefs , l'Hiftoire , la Généalogie ,
& c.
Le Geur Valeyre fils , Imprimeur Libraire , eut
l'honneur de préſenter à Monſeigneur le Duc de
Berry , à Monfeigneur le Comte de Provence
& à Monfeigneur le Comte d'Artois , le Spectacle
Hiftorique ou Mémorial des principaux événemens
irés de l'Hiftoire Univerfelle.
Le 19 du mois dernier , le Maréchal de Cler
mont - Tonnerre , prêta ferment entre les mains
du Roi pour la Lieutenance Générale & le Commandement
du Dauphiné.
Le 24 , Dom Nicolas Chanlatte , nommé le
à l'Abbaye de Pontigni , eut l'honneur d'être
préfenté à Sa Majesté.
4
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Le 25 , Fête de S. Louis , les Haut- bois de :
fa Chambre ont joué , au lever du Roi , plufieurs
morceaux de fymphonie de la compofilion
du Sieur Dard , Ordinaire de la Mufique.
Ce foir , Leurs Majeftés ont foupé à leur grand
Couvert. Les Muficiens du Roi ont éxécuté
pendant le fouper plufieurs morceaux de fymphonie
de différens Auteurs , fous la direction
du Sieur de Bury , Surintendant de la Mufique
de Sa Majefté , en furvivance du Sieur Rebel .
La veille , le Corps de Ville fe rendit ici où .
ayant à fa tête le Duc de Chevreufe , Gouver
neur de Paris , il eut audience du Roi avec les
cérémonies accoutumées. Il fut préfenté à Sa
Majefté par le Comte de S. Florentin , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat , & conduit par le Sieur de
Nantouillet , Maître des Cérémonies. Le Sieur
Bignon , Confeiller d'Etat , Commandeur des
Ordres du Roi & Bibliothécaire de Sa Majefté ,
nouveau Frévôt des Marchands ; & les Sieurs
Martel , Confeiller du Roi , Notaire honoraire
Confeiller Quartinier de l'Hôtel de Villė ,
& Gauthier de Rougemont , Négociant , nouveaux
Echevins prêterent entre les mains
du Roi le ferment de fidélité dont le Comte de
S. Florentin fit la lecture , ainfi que du Scrutin
qui fut préfenté par le Sieur de la Porte , Premier
Avocat du Roi au Châtelet . Après cette Audience
le Corps de Ville eut l'honneur de rendre les
refpects à la Reine & à la Famille Royale.
>
-
Le même jour , Leurs Majeftés ainfi que la Famille
Royale, ont figné le Contrat de mariage du
Comte de la Rochefoucault avec Demoiſelle
de Lannion.
Le 2 , le Comte de Woronzow , Grand - Chancelier
de Ruffie , prit congé de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale,
NOVEMBRE. 1764. 153
Le lendemain , les Députés du Parlement de
Bretagne eurent audience du Roi. Ils furent
préfentés à Sa Majefté parle Comte de S. Florentin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
de cette Province , & conduits par
le Sieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies.
Sa Majefté les reçut dans fon fauteuil en préfence
de fes Miniftres & de fes Grands Officiers , &
leur permit de lui préfenter les remontrance
dont ils avoient été chargés par leur Compagnies
Le Roi a nommé l'Evêque de Tulle à l'Evêch ;
de Soiffons , & l'Abbé de S. Sauveur , Vicairé
Général du Diocèfe d'Amiens à l'Evêché de Tullee
Sa Majesté a donné l'Abbaye de S. Evroul ..
Ordre de S. Benoît , Diocèle de Lizieux , à l'E-,
vêque de Rennes , & l'Abbaye d'Annay , Ordrede
Cîteaux , Diocèle d'Arras à la Dame de
Brifoeuil , Religieufe de la même Abbaye .
›
Le 31 , les Députés du Parlement de Bretagne
furent prefentés au Roi au nombre de fept par
le Comte de S. Florentin , & conduits par le Sieur
Bourlier de S. Hilaire ,Maître-d'Hôtel Ördinaire de
Sa Majesté. Le Roi les reçut dans fon fauteuil en
préſence de fes Miniftres & des Grands Officiers ,
& leur fit part de fes intentions au fujet des
repréfentations qu'ils avoient préfentées le 16
à Sa Majefté de la part de leurCompagnie.
La Comteffe de Sommyevre, ayant été nomméo
pour accompagner Madame Adélaïde , à la place
de la Comtelle de Narbonne , s été préſentée
au Roi , le 2 de ce mois , en cette qualité par™
Madame Adélaïde .
Le 3 , les Députés de Languedoc eurent audience
de Sa Majesté. Ils furent préfentés par
le Comte d'Eu , Gouverneur de la Province , &
par le Comte de S. Florentin , & conduits par
G v
154 MERCURE DE FRANCE .
le Sieur de Nantouillet , Maitre des Cérémonies .
La Députation étoit compofée , pour le Clergé ,
de l'Archevêque de Toulouſe qui porta la parole ;
pour la Nobleffe , du Vicomte de Polignac ;
& pour le Tiers - Etat , du Sieur Alifon , Lieutenant-
Maire de Nifmes , du Sieur Gaulard ,
Maire d'Anet , & du Sieur de la Fage , Syndic
Général de la Province . Ils furent enfuite conduits
à l'Audience de la Reine & de la Famille
Royale.
Le 8 , Leurs Majeftés ainsi que la Famille Royale,
fignerent le Contrat de mariage du Sieur Bignon ,
Fils du Prévôt des Marchands de la , Ville de
Paris , avec Demoiſelle de Hennot du Rozel .
Le même jour , le Sieur de Clugni , Conſeiller
au Parlement de Dijon , ci- devant Intendant de
S. Domingue , fut préfenté à Sa Majesté par le
Duc de Choiseul.
Le Roi ayant nommé Chevaliers des Ordres
Royaux , Militaires & Hofpitaliers de Notre-
Dame du Mont- Carmel & de S. Lazare de Jérufalem
le Comte de Redmond , Lieutenant -Général
de fes Armées , & le Comte d'Amblimond ,
Lieutenant de Vaiffeau , ces Chevaliers furent
reçus , le 9 , dans l'appartement & en préſence
de Mgr le Duc de Berry , Grand - Maître defdits
Ordres , après avoir fait leur profeffion &
l'émiffion de leurs voeux entre les mains du
Comte de S. Florentin , Gérent & Adminiſtrateur
de ces Ordres , pendant la minorité de Mgr
le Grand- Maître dont les nouveaux Chevaliers
eurent l'honneur de baifer la main en figne
d'obédience. Plufieurs Chevaliers & Commandeurs
, ainfi que les Grands Officiers desdits
Crdres , ont affifté à cette Cérémonie. La Meffe
a été célébrée par l'Abbé Frottier , Chapelain
du Roi.
NOVEMBRE. 1764. 155
Le même jour , l'Evêque d'Avranches fut facré
dans la Chapelle du Chateau , par l'Archevêque
de Reims , aflifté de l'Evêque de Senlis & de
celui de Soiffons , ci - devant Evêque de Tulle.
L'Abbé , le Bibliothécaire & le Procureur de
Sainte Genevieve eurent l'honneur d'être préfentés
au Roi , le même jour , par le Comte de
S. Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat , &
de faire leurs remercîmens à Sa Majesté à l'oce
cafion de la Cérémonie du 6. Ils furent prcfentés
le même jour , à Mgr le Dauphin.
Le 10 , l'Evêque d'Avranches & celui de Vabres
prêterent ferment entre les mains du Roi pendant
la Meffe , dans la Chapelle du Château .
L'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres eut l'honneur de préfenter , le 3 de ce
mois , à Leurs Majeſtés & à la Famille Royale les
XXIX & XXXe Volumes de fes Mémoires . Le
fieur de Fontanieu , Confeiller d'Etat , Intendant-
Général des Meubles de la Couronne , a préſenté
au Roi deux Sucriers d'Or très - artiftement travaillés
& faits par le fieur Roettiers , Orfévre
ordinaire de la Maifon de Sa Majeſté.
Le Sieur Gallonde , Chanoine Régulier de Ste
Génevieve , a eu l'honneur de préfenter au Roi
le premier Volume d'un Abrégé Chronologique
de l'Hiftoire de France écrit de fa main en lettres
Romaines.
Le fieur Duchefne , fils du Prévôt des Bâtimens
du Roi , & âgé de feize ans , a eu l'honneur de
préfenter au Roi un Livre intitulé . Manuel Botanique
contenant les propriétés des Plantes utiles
pour la nourriture , d'ufage en Médecine , employées
dans les Arts , ou d'ornement pour les jardins
& que l'on trouve à la Campagne aux environs de
Paris .
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Blondeau de Charnage , Penfionnaire
du Roi , a eu autfi l'honneur de préfenter à Sa
Majefté le quatriéme Volume de fon Dictionnaire
des Titres Originaux concernant les Droits de la
Couronne ; les Fiefs , l'Hiftoire , la Généalogie ,
& c.
Le Geur Valeyre fils , Imprimeur Libraire , eut
l'honneur de préſenter à Monſeigneur le Duc de
Berry , à Monfeigneur le Comte de Provence
& à Monfeigneur le Comte d'Artois , le Spectacle
Hiftorique ou Mémorial des principaux événemens
irés de l'Hiftoire Univerfelle.
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Résumé : De VERSAILLES, le 12 Septembre 1764.
En septembre et novembre 1764, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour de France. Le 19 août, le Maréchal de Clermont-Tonnerre a prêté serment pour la Lieutenance Générale et le Commandement du Dauphiné. Le 24 août, Dom Nicolas Chanlatte a été présenté au roi pour l'Abbaye de Pontigny. Le 25 août, à la fête de Saint Louis, les musiciens de la chambre du roi ont interprété des symphonies. Ce même jour, le corps de ville de Paris, dirigé par le Duc de Chevreuse, a eu audience avec le roi et a prêté serment de fidélité. Le 1er septembre, le roi a signé le contrat de mariage du Comte de La Rochefoucault. Le 2 septembre, le Comte de Woronzow, Grand-Chancelier de Russie, a pris congé des souverains. Le 3 novembre, les députés du Parlement de Bretagne ont présenté leurs remontrances au roi. Le roi a également nommé plusieurs évêques et abbés, dont l'Évêque de Tulle à l'évêché de Soissons et l'Abbé de Saint-Sauveur à l'évêché de Tulle. Le 31 octobre, les députés du Parlement de Bretagne ont été reçus par le roi pour discuter de leurs représentations. La Comtesse de Sommerville a été nommée pour accompagner Madame Adélaïde. Le 3 novembre, les députés de Languedoc ont eu audience avec le roi. Le 8 novembre, le roi a signé le contrat de mariage du Sieur Bignon et le Sieur de Clugny a été présenté au roi. Le 9 novembre, les Comtes de Redmond et d'Amblimond ont été reçus comme Chevaliers des Ordres Royaux et l'Évêque d'Avranches a été sacré. Diverses présentations de livres et d'objets d'art ont également eu lieu, notamment par le Sieur de Fontanieu, le Sieur Gallonde, le Sieur Duchefne, le Sieur Blondeau de Charnage, et le Sieur Valeyre fils.
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2898
p. 156-158
De PARIS, le 10 Septembre 1764.
Début :
Le Corps de Ville a tenu, le 16 du mois dernier, [...]
Mots clefs :
Assemblée générale, Conseiller d'État, Prévôt des marchands, Université, Prix, Cérémonie, Procession, Fête de Saint-Louis, Académie française, Académie royale des sciences, Église, Incendie, Ornements, Dégâts
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 10 Septembre 1764.
De PARIS , le 10 Septembre 1764.
Le Corps de Ville a tenu ,le 16 [du mois dernier
, une affemblée générale dans laquelle le
fieur Bignon , Confeiller d'Etat Commandeur des
Ordres du Roi & Bibliothécaire de Sa Majesté , a
éré élu Prévôt des Marchands ; les fieur de Martel
& Gauthier de Rougemont , ont été nommés
Echevins .
Le 8 du même mois l'Univerfité s'affembla
dans les Ecoles de Sorbonne pour la diftribution
de fes Prix . Cette cérémonie , à laquelle le
Parlement affifta ,fut précedée d'un Difcours Latin
que prononça le fieur Pierre Jacquin , Profeffeur
d'Eloquence au Collège de la Marche. L'Auteur
de l'ouvrage qui a mérité le Prix d'Eloquence
ne s'étant point fait connoître , ce Prix , fondé
pour les Maîtres - ès- Arts par le fieur Jean- Baptifte
Coignard , Secrétaire du Roi & Confervateur
des Hypothéques , a été remis à l'année prochaine
, le Sujet prononcé étoit : ibi optimam effe
juventutis inftitutionem , ubi viget maximè maſćuta
& virilis difciplina.
Le 25 Fêre de S. Louis , la Proceffion de
NOVEMBRE. 1764. 157
Carmes du Grand- Couvent à laquelle le Corps de
Ville afifta , fe rendit , felon la coutume , à la
Chapelle du Palais des Tuileries, où ces Religieux
chanterent la Meffe.
L'Académie Françoile célébra cette Fête dans
La Chapelle du Louvre où l'Abbé Varé prononça
le Panégyrique de S. Louis . La même Fête fut
célébrée par l'Académie Royale des Infcriptions.
& Belles- Lettres & par celle des Sciences dans l'E .
glfe des Prêtres de l'Oratoire ; l'Abbé Rouſſeau
prononça le Panégyrique du Saint.
Le arême jour l'Académie de S. Luc a fait l'ouverture
de fon Sallon de Peinture & de Sculpture
à l'Hôtel d'Aligre , rue S. Honoré.
L'Académie Royale des Sciences a nommé
les fieurs Hellot , Macques , de Montigny , Leroi
& Tiller pour examiner la nouvelle porcelaine de
la compofition du Comte de Lauraguais . Après
en avoir comparé la pâte avec celle de la porcelaine
du Japon , ces Académiciens ont certifié
n'y avoir apperçu aucune différence.
On a appris que , le 9 du mois dernier , l'Eglife
des Pères Chartreux de Bourbon -lez- Gaillon , à
fept lieues de Rouen , a été entierement confumée
par un incendie. Cet accident a été occafionné par
la négligence d'un Plombier qui travailloit audeffus
du Chapitre attenant à l'Eglife ; il avoit
envoyé chercher du feu dans un réchaux pour
fondre de la foudure : le manoeuvre qui l'appor
toit laiffa tomber le réchaux , & le Plombier ſe
contenta de jetter de l'eau fur les charbons allumés
qu'il apperçut : mais il en reſta vraiſemblablement
quelques - uns qui embraferent la charpente
; car à trois heures après minuit le feu prit
avec tant de violence que l'Eglife , le Chapitre ,
la Cellule du Sacriftain & la Tour où étoit l'hor
158 MERCURE DE FRANCE .
loge furent réduits en cendres en moins d'une
heure de temps : on n'a pu fauver ni les ornemens
d'Eglife , ni le linge , ni l'argenterie qui
étoient renfermés dans ces différens endroits .
Le 4 de ce mois , l'AcadémieRoyale des Infcriptions
& Belles - Lettres nomma le fieur de l'Averdy,
Controlleur- Général des Finances , à la
Place d'Académicien Honoraire vacante par la
mort du Comte d'Argenſon .
Le Corps de Ville a tenu ,le 16 [du mois dernier
, une affemblée générale dans laquelle le
fieur Bignon , Confeiller d'Etat Commandeur des
Ordres du Roi & Bibliothécaire de Sa Majesté , a
éré élu Prévôt des Marchands ; les fieur de Martel
& Gauthier de Rougemont , ont été nommés
Echevins .
Le 8 du même mois l'Univerfité s'affembla
dans les Ecoles de Sorbonne pour la diftribution
de fes Prix . Cette cérémonie , à laquelle le
Parlement affifta ,fut précedée d'un Difcours Latin
que prononça le fieur Pierre Jacquin , Profeffeur
d'Eloquence au Collège de la Marche. L'Auteur
de l'ouvrage qui a mérité le Prix d'Eloquence
ne s'étant point fait connoître , ce Prix , fondé
pour les Maîtres - ès- Arts par le fieur Jean- Baptifte
Coignard , Secrétaire du Roi & Confervateur
des Hypothéques , a été remis à l'année prochaine
, le Sujet prononcé étoit : ibi optimam effe
juventutis inftitutionem , ubi viget maximè maſćuta
& virilis difciplina.
Le 25 Fêre de S. Louis , la Proceffion de
NOVEMBRE. 1764. 157
Carmes du Grand- Couvent à laquelle le Corps de
Ville afifta , fe rendit , felon la coutume , à la
Chapelle du Palais des Tuileries, où ces Religieux
chanterent la Meffe.
L'Académie Françoile célébra cette Fête dans
La Chapelle du Louvre où l'Abbé Varé prononça
le Panégyrique de S. Louis . La même Fête fut
célébrée par l'Académie Royale des Infcriptions.
& Belles- Lettres & par celle des Sciences dans l'E .
glfe des Prêtres de l'Oratoire ; l'Abbé Rouſſeau
prononça le Panégyrique du Saint.
Le arême jour l'Académie de S. Luc a fait l'ouverture
de fon Sallon de Peinture & de Sculpture
à l'Hôtel d'Aligre , rue S. Honoré.
L'Académie Royale des Sciences a nommé
les fieurs Hellot , Macques , de Montigny , Leroi
& Tiller pour examiner la nouvelle porcelaine de
la compofition du Comte de Lauraguais . Après
en avoir comparé la pâte avec celle de la porcelaine
du Japon , ces Académiciens ont certifié
n'y avoir apperçu aucune différence.
On a appris que , le 9 du mois dernier , l'Eglife
des Pères Chartreux de Bourbon -lez- Gaillon , à
fept lieues de Rouen , a été entierement confumée
par un incendie. Cet accident a été occafionné par
la négligence d'un Plombier qui travailloit audeffus
du Chapitre attenant à l'Eglife ; il avoit
envoyé chercher du feu dans un réchaux pour
fondre de la foudure : le manoeuvre qui l'appor
toit laiffa tomber le réchaux , & le Plombier ſe
contenta de jetter de l'eau fur les charbons allumés
qu'il apperçut : mais il en reſta vraiſemblablement
quelques - uns qui embraferent la charpente
; car à trois heures après minuit le feu prit
avec tant de violence que l'Eglife , le Chapitre ,
la Cellule du Sacriftain & la Tour où étoit l'hor
158 MERCURE DE FRANCE .
loge furent réduits en cendres en moins d'une
heure de temps : on n'a pu fauver ni les ornemens
d'Eglife , ni le linge , ni l'argenterie qui
étoient renfermés dans ces différens endroits .
Le 4 de ce mois , l'AcadémieRoyale des Infcriptions
& Belles - Lettres nomma le fieur de l'Averdy,
Controlleur- Général des Finances , à la
Place d'Académicien Honoraire vacante par la
mort du Comte d'Argenſon .
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Résumé : De PARIS, le 10 Septembre 1764.
En août 1764, plusieurs événements marquants ont eu lieu à Paris. Le 16 août, le Corps de Ville a élu le sieur Bignon comme Prévôt des Marchands et les sieurs de Martel et Gauthier de Rougemont comme Échevins. Le 8 août, l'Université a organisé une cérémonie à la Sorbonne pour la distribution des prix, en présence du Parlement et d'un discours latin du sieur Pierre Jacquin. Le prix d'éloquence, fondé par Jean-Baptiste Coignard, n'a pas été attribué cette année-là. Le 25 août, une procession des Carmes du Grand-Couvent s'est rendue à la Chapelle du Palais des Tuileries, et diverses académies ont célébré la fête de Saint Louis avec des panégyriques. L'Académie de Saint Luc a également ouvert son salon de peinture et de sculpture. L'Académie Royale des Sciences a examiné la porcelaine du Comte de Lauraguais, la jugeant comparable à celle du Japon. Le 9 août, un incendie a détruit l'église des Pères Chartreux de Bourbon-lès-Gaillon. Le 4 septembre, l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres a nommé le sieur de l'Averdy Contrôleur Général des Finances, succédant au Comte d'Argenson.
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2899
p. 160-162
CÉREMONIES PUBLIQUES.
Début :
Le 9 Septembre, l'Archevêque de Colosse, Nonce Ordinaire du Pape, [...]
Mots clefs :
Archevêque, Nonce ordinaire du Pape, Prince, Ambassadeurs, Carosse, Comte, Comtesses, Soldats, Chevaux, Audience, Officiers, Monseigneur, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CÉREMONIES PUBLIQUES.
CEREMONIES PUBLIQUES.
LE , E9 Septembre , l'Archevêque de Coloffe ,
Nonce Ordinaire du Pape , fit fon entrée publique
en cette Ville. Le Prince de Marfans & le fieur lå
Live de la Briche , Introdu &teur des Ambaſſadeurs ,
allerent le prendre dans les carrolles de Leurs
Majeftés au Couvent de Picpus , d'où lamarche fe
fit dans l'ordre fuivant : un détachement du Guet
à cheval , le Commandant à la tête ; le caroffe
de l'Introducteur ; celui du Prince de Marfans ;
deux Suiffes de l'Ambaſſadeur à cheval ; la Livrée
à pied ; fix de fes Officiers à cheval ; un Ecuyer &
fix Pages à cheval ; le caroffe du Roi à côté duquel
marchoient la Livrée du Prince de Marfans
& celle de l'Introducteur ; le carroffe de
la Reine , dans lequel étoient l'Auditeur de la
Nonciature & le fieur de Sequeville , Sécrétaire
Ordinaire du Roi à la conduite des Ambaffadeurs ,
fes Gens aux portieres ; le carroffe de Madame la
Dauphine ; ceux du Duc d'Orléans , du Duc de
Chartres , du Prince de Condé , du Comte de Clermont
, de la Princeffe de Conty , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , de la Comteffe
de la Marche , du Comte d'Eu , de la Comteſſe de
Toulouſe , du Duc de Penthievre , du Prince de
Lamballe & celui du Duc de Praflin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le Département des
Affaires Etrangères. Les quatre carroffes du Nonce
marchoient enfuite à une diftance de vingt à
trente pas. Un fecond détachement du Guet à
eheval fermoit la marche. Lorsque le Nonce
fut arrivé à fon Hôtel , il fut complimenté , de
la part du Roi par le Duc de Fleury , premier
NOVEMBRE . 1764. 16
.la
Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté ; de
part de la Reine , par le Chevalier de Talaru ,
fon premier Maître d'Hôtel en furvivance ; de la
part de Madame la Dauphine , par le Comte de
Mailly ,fon premier Ecuyer , & de la part de
Madame Adélaïde , par le Marquis de L'hôpital ,
premier Ecuyer de cette Princefe ...
Le II , le Prince de Marfans & le fieur la Live
de la Briche , Introducteur des Ambaſſadeurs , allerent
prendre le Nonce en fon Hôtel dans les
carroffes du Roi & de la Reine , & ils le conduifirent
à Versailles où il eut fa premiere audience.
publique du Roi le Nonce trouva à fon paffage ,
dans l'avant- cour du Château ; les Compagnies
des Gardes - Françoifes & Suiffes fous les armes , les
tambours appellant ; dans la cour , les Gardes de
la Porte & ceux de la Prévôté de l'Hôtel fous les
armes , à leurs poftes ordinaires , & fur l'efcalier ,
les Cent-Suiffes la hallebarde à la main. Il fur
reçu , en-dedans de la Salle des Gardes , par
le Marquis de Villeroi , Capitaine des Gardes
du Corps , lefquels étoient en haie & fous les
armes. Après l'audience du Roi , le Nonce fut
conduit à l'audience de la Reine , à celles de
Monfeigneur le Dauphin & de Madame la Dau
phine , par le Prince de Marfans & par l'Introducteur
des Ambaffadeurs ; après quoi il fur
conduit à celles de Monfeigneur le Duc de Berry ,
de Monfeigneur le Comte de Provence & de Mon
feigneur le Comte d'Artois ; enfuite à celle de
Madame Adélaïde , & à celle de Mefdames Vic
toire , Sophie & Louife ; & , après avoir été fervi
à fon traitement par les Officiers du Roi , il fut
reconduit à Paris dans les carroffes de Leurs Majenés.
Le Marquis de Montpefat , créé Duc par le feu
162 MERCURE DE FRANCE:
Pape Benoit XIV , a eu l'honneur d'être pré
fenté au Roi , à la Reine & à la Famille Royale ,
le 12 Octobre par le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la Chambre.
LE , E9 Septembre , l'Archevêque de Coloffe ,
Nonce Ordinaire du Pape , fit fon entrée publique
en cette Ville. Le Prince de Marfans & le fieur lå
Live de la Briche , Introdu &teur des Ambaſſadeurs ,
allerent le prendre dans les carrolles de Leurs
Majeftés au Couvent de Picpus , d'où lamarche fe
fit dans l'ordre fuivant : un détachement du Guet
à cheval , le Commandant à la tête ; le caroffe
de l'Introducteur ; celui du Prince de Marfans ;
deux Suiffes de l'Ambaſſadeur à cheval ; la Livrée
à pied ; fix de fes Officiers à cheval ; un Ecuyer &
fix Pages à cheval ; le caroffe du Roi à côté duquel
marchoient la Livrée du Prince de Marfans
& celle de l'Introducteur ; le carroffe de
la Reine , dans lequel étoient l'Auditeur de la
Nonciature & le fieur de Sequeville , Sécrétaire
Ordinaire du Roi à la conduite des Ambaffadeurs ,
fes Gens aux portieres ; le carroffe de Madame la
Dauphine ; ceux du Duc d'Orléans , du Duc de
Chartres , du Prince de Condé , du Comte de Clermont
, de la Princeffe de Conty , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , de la Comteffe
de la Marche , du Comte d'Eu , de la Comteſſe de
Toulouſe , du Duc de Penthievre , du Prince de
Lamballe & celui du Duc de Praflin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le Département des
Affaires Etrangères. Les quatre carroffes du Nonce
marchoient enfuite à une diftance de vingt à
trente pas. Un fecond détachement du Guet à
eheval fermoit la marche. Lorsque le Nonce
fut arrivé à fon Hôtel , il fut complimenté , de
la part du Roi par le Duc de Fleury , premier
NOVEMBRE . 1764. 16
.la
Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté ; de
part de la Reine , par le Chevalier de Talaru ,
fon premier Maître d'Hôtel en furvivance ; de la
part de Madame la Dauphine , par le Comte de
Mailly ,fon premier Ecuyer , & de la part de
Madame Adélaïde , par le Marquis de L'hôpital ,
premier Ecuyer de cette Princefe ...
Le II , le Prince de Marfans & le fieur la Live
de la Briche , Introducteur des Ambaſſadeurs , allerent
prendre le Nonce en fon Hôtel dans les
carroffes du Roi & de la Reine , & ils le conduifirent
à Versailles où il eut fa premiere audience.
publique du Roi le Nonce trouva à fon paffage ,
dans l'avant- cour du Château ; les Compagnies
des Gardes - Françoifes & Suiffes fous les armes , les
tambours appellant ; dans la cour , les Gardes de
la Porte & ceux de la Prévôté de l'Hôtel fous les
armes , à leurs poftes ordinaires , & fur l'efcalier ,
les Cent-Suiffes la hallebarde à la main. Il fur
reçu , en-dedans de la Salle des Gardes , par
le Marquis de Villeroi , Capitaine des Gardes
du Corps , lefquels étoient en haie & fous les
armes. Après l'audience du Roi , le Nonce fut
conduit à l'audience de la Reine , à celles de
Monfeigneur le Dauphin & de Madame la Dau
phine , par le Prince de Marfans & par l'Introducteur
des Ambaffadeurs ; après quoi il fur
conduit à celles de Monfeigneur le Duc de Berry ,
de Monfeigneur le Comte de Provence & de Mon
feigneur le Comte d'Artois ; enfuite à celle de
Madame Adélaïde , & à celle de Mefdames Vic
toire , Sophie & Louife ; & , après avoir été fervi
à fon traitement par les Officiers du Roi , il fut
reconduit à Paris dans les carroffes de Leurs Majenés.
Le Marquis de Montpefat , créé Duc par le feu
162 MERCURE DE FRANCE:
Pape Benoit XIV , a eu l'honneur d'être pré
fenté au Roi , à la Reine & à la Famille Royale ,
le 12 Octobre par le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la Chambre.
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Résumé : CÉREMONIES PUBLIQUES.
Le 9 septembre, l'Archevêque de Coloffe, Nonce Ordinaire du Pape, fit son entrée publique à Paris. Il fut accueilli par le Prince de Marfans et le sieur de la Briche, qui l'escortèrent depuis le Couvent de Picpus. La procession inclut un détachement du Guet à cheval, les carrosses des dignitaires, ceux de la famille royale et des nobles, et un second détachement du Guet. À son hôtel, il reçut des compliments de représentants du Roi, de la Reine, de la Dauphine et de Madame Adélaïde. Le 11 novembre, le Nonce fut conduit à Versailles pour sa première audience publique par le Prince de Marfans et le sieur de la Briche. Il fut accueilli par les Gardes Françaises et Suisses et rencontra le Roi, la Reine, le Dauphin, la Dauphine, le Duc de Berry, le Comte de Provence, le Comte d'Artois, Madame Adélaïde, et Mesdames Victoire, Sophie et Louise. Il retourna ensuite à Paris dans les carrosses du Roi et de la Reine. Le 12 octobre, le Marquis de Montpesat, créé Duc par le Pape Benoît XIV, fut présenté au Roi, à la Reine et à la Famille Royale par le Duc d'Aumont.
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2900
p. 162-167
De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
Début :
Les circonstances de l'événement qui s'est passé dans la Forteresse [...]
Mots clefs :
Forteresse, Décès, Prince, Impératrice, Manifeste, Catherine II, Sujets, Couronne, Décrets, Héritière, Légitime, Actions justes, Compassion, Caractère, Officiers, Trouble, Récompense, Scélérat, Serment de fidélité, Patrie, Attaque, Providence, Ennemis, Révolte, Commandant, Crime, Lieutenant, Synode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
De PETERSBOURG , le 28 Août 1764.
Les circonstances de l'événement qui s'eft paffé
dans la Fortereffe de Schluffelbourg & qui a fait
perdre la vie au Prince Iwan , ayant été rapportées
de différente manière , l'Impératrice a publié
à cette occafion le Manifefte fuivant.
» Catherine II , par la grace de Dieu , Impéra-
» trice & Souveraine de toutes les Ruffies , &c. &c.
ל כ
Lorfque , par la volonté de Dieu & au gré
NOVEMBRE . 1764. 163
53
50
des voeux unanimes de tous nos fidéles Sujets ,
nous montâmes fur le Trône de Ruffie , nous
» étions inftruite que le Prince Jean , né du mariage
du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel
avec la Princeffe Anne de Mecklenbourg
étoit encore exiftant. Ce Prince , comme
on le fçait , avoit à peine reçu le jour , qu'il fut
illégitimement défigné pour porter la Couronne
Impériale de Ruflie , mais par les Décrets de la
Providence il en fut peu de temps après exclus
» pour toujours , & le Sceptre revint à la légitime
Héritière fille de PIERRE - LE - GRAND , notre trèschère
Tante l'Impératrice ELISABETH de glo-
» rieufe mémoire .
>>
"
A notre avénement au Trône , nos premiers
» foins , après avoir rendu nos juftes actions de
graces au Ciel , furent , par un effet de l'huma-
» nité qui nous eft naturelle , d'adoucir , autant
qu'il feroit poffible , le fort de ce Prince détrô-
» né par la volonté Divine & malheureux dès fon
enfance. Nous nous proposâmes d'abord de le
voir pour juger par nous- mêmes des facultés
de fon âme & lui affurer , convenablement à fon
» caractère & à l'éducation qu'il avoit reçue jufques
- là , une vie ailée & tranquille . Mais quelle
fut notre furpriſe de voir qu'outre un bégaye-
» ment incommode pour lui-même & qui rendoit
» fes difcours prèfque incompréhenfibles aux
သ
*
autres , il étoit abfolument dépourvu d'efprit &
» de raiſon ! Tous ceux qui fe trouvoient alors
» avec nous virent combien notre coeur fouffroit
» à la vue d'un objet propre à exciter notre com-
» paflion ; ils furent en même temps convaincus
» qu'il ne nous reftoit d'autre feoours à donner à
ce Prince , né fi malheureufement , que de le
» laiffer où il étoit , & de lui procurer toutes les
164 MERCURE DE FRANCÈ.
> aifances convenables à fa fituation. Nous don
» nâmes nos ordres en conféquence ; mais fon
'état ne lui permit pas d'y être fenfible , ne connoiffant
point les gens & ne fçachant pas diftin-
» guer le bien d'avec le mal , ni faire ufage de la
» lecture pour fe préferver de l'ennui , mettant
» au contraire toute fa félicité dans des chofes
qui marquoient le défordre de fon efptit.
သ
Ainfi , pour empêcher que , par des vues
particulières , quelque mal intentionné ne cherchât
à l'inquiéter en aucune manière , ou në
>> voulût fe fervir de fa perfonne pour troubler le
repos public , nous lui fimes donner une garde
>> fûre , & mîmes auprès de lui deux Officiers de
» la Garniſon , connus par leur probité & leur
» fidélité , l'un le Capitaine Wlaffieff & l'autre le
» Lieutenant Tichekin , qui , par leurs longs fervices
militaires , avoient mérité une récom-
» penfe & un emploi tranquille pour le refe de
» leurs jours. Il étoit recommandé à ces deux
> Officiers de prendre les plus grands foins de la
» Perfonne de ce Prince.
לכ
Cependant , malgré toutes ces précautions , il
a été impoffible d'empêcher qu'un Scélérat , par
» une méchanceté des plus noires & au mépris
» même de la vie , ne commit a Schluffelbourg
➡un attentat dont la feule penſée fait frémir . Un
» Sous-Lieutenant du Régiment de Smolensko ,
» Infanterie , nommé Bafile Miranowitz , né en
» Ukraine , petit - fils du premier Rebelle qui fuivit
» Mazeppa , & en qui il paroît que le parjure
s'étoit tranfmis par le fang , ayant palle fa vie
» dans la débauche , la diffipation & le défordre ,
s'étoit privé par là des moyens légitimes de
>> faire un jour une fortune honorable : ayant enfin
perdu de vue ce qu'il devoit à la loi de Dieu
NOVEMBRE . 1764. 165
» & au ferment de fidélité qu'il nous avoit prêté ,
» ne connoiflant le Prince Jean que de nom , &
>> bien moins encore les qualités de fon corps-
» & celles de fon âme , il fe mit en tête de faire
» par fon moyen une fortune éclatante , à quelque
prix que ce fût, & quelque fanglante que la
Icène pût devenir pour le Public.
»›Pour l'exécution de ce projet auffi déteſtable
que dangereux pour la Patrie & pour l'Auteur
» même , ce Sous - Lieutenant demanda pendant
→ notre voyage en Livonie qu'on l'envoyât , quoique
ce ne fût pas fon tour , faire la garde qui
» fe reléve tous les huit jours dans la Fortereffe
de Schluffelbourg : la nuit du au du mois
» dernier à deux heures après -minuit , il éveilla
☐ tout d'un coup fa grand'garde , la rangea de
front , & lui ordonna de charger à balles . Berednikoff
, Gommandant de la Fortereffe ,
» ayant entendu du bruit , fortit de fon quartier
» & en demanda la cauſe à Miranowitz lui - même
; mais , pour toute réponſe , ce Rebelle lui
donna fur la tête un coup de la croffe de fon
» fufil , & le fit arrêter. Il alla enfuite à la tête de
» fa troupe attaquer avec furie le petit nombre
» des Soldats qui gardoient le Prince Jean
>> mais ceux ci , qui fe trouvoient fous les ordres
>> des deux Officiers nommés ci -deſſus , le reçurent
» de manière qu'il fut obligé de fe retirer. Par
» une difpofition particulière de la Providence ,
» qui veille à la confervation de la vie des hommes
, il faifoit cette nuit là un brouillard fort
» épais qui , joint à la fituation intérieure de la
» Forterelle , empêcha qu'il n'y eût perſonne de
a bleffé ni de tué.
» Le peu de fuccès de cette première tentative
» ne pouvant faire défifter de fon projet de rébel166
MERCURE DE FRANCE.
>>lion cet ennemi du repos public , le défeſpoir
» lui fuggéra de faire amener d'un baſtion une
» piéce de canon avec les munitions néceſſaires ,
» ce qui fut d'abord exécuté. Le Capitaine Wlaf
» Geff & fon Lieutenant Tilchekin , voyant une
» force à laquelle ils ne pouvoient réûſter , crai-
>> gnirent un malheur beaucoup plus grand fi le
» Prince qui leur étoit confié venoir à être déli-
» vré ; & voulant épargner le fang innocent qu'il
>> en coûteroit à la Patrie dans de pareils trou-
» bles , ils prirent entre eux l'unique parti qu'ils
croyoient leur refter , celui d'affurer la tranquillité
publique en abrégeant les jours de l'infortuné
Prince . Confidérant d'ailleurs que s'ils
>> lâchoient un prifonnier qu'on s'efforçoit de leur
>> arracher avec tant d'acharnement , ils rifquoient
» d'être punis fuivant toute la rigueur des Loix ,
ils ôterent la vie au Prince , fans être retenus
par la crainte de recevoir la mort
main d'un Scélérat réduit au défeſpoir. Ce
» monftre , voyant devant lui le corps du
» Prince fans vie , fut fi frappé de ce coup inat-
» tendu , qu'il reconnut à l'inftant même fa témé-
» rité & fon crime , & en marqua fon repentir en
de la
préfence de fa troupe qu'une heure auparavant
» il avoit féduite & rendue complice de fon for-
» fait.
» Ce fut alors que les Officiers qui avoient
étouffé cette révolte dès fa naillance , s'aflurerent
, conjointement avec le Commandant , da
Rebelle , ramenerent les Soldats à leur devoir ,
» & envoyerent notre Confeiller- Privé - Actuel
» & Sénateur Panin , fous les ordres duquel ils fe
trouvoient , le rapport de cet événement qui ,
quoique malheureux , avoit cependant , par la
protection du Ciel , détourné un plus grand
>> malheur encore,
NOVEMBRE . 1764. 167
20
Ce Sénateur fit partir fur le champ le Lieute-
» nant- Colonel Cafchkin chargé d'inſtructions
fuffifantes pour affurer la tranquillité & le bon
ordre dans la Fortereffe , & nous envoya en
» même temps un Courier avec le détail de cette
» affaire . En conféquence nous ordonnâmes à
> notre Lieutenant - Général Weymarn , de ladivifion
de Pétersbourg , de fe tranſporter fur le
>> lieu pour y faire les informations néceffaires :
après les avoir finies , il vient de nous remettre
les interrogatoires , les dépofitions des témoins ,
» les preuves , & enfin le propre aveu du Scé-
ככ
>> lérat.
,
"
rap-
Ayant reconnu la grandeur de ce crime &
> combien il intéreffoit le repos de la Patrie
>> nous avons renvoyé cette affaire à notre Sénat
» & lui ordonnons , ainfi qu'au Synode , d'inviter
» les trois premières Claffes & tous les Préfidens
» de tous les Colléges pour en entendre le
sport de la bouche du Lieutenant Général Weymarn
qui en a pourfuivi les informations ; de
>> prononcer enfuite la Sentence felon les loix de
l'Empire , & de nous la préfenter lorſqu'elle
» aura été fignée , afin que nous la confirmions ,
(L. S. ) ( Signé ) CATHERINE,
» Imprimé au Sénat Dirigent à Pétersbourg , le
» 17 Août 1764. ३०
Les circonstances de l'événement qui s'eft paffé
dans la Fortereffe de Schluffelbourg & qui a fait
perdre la vie au Prince Iwan , ayant été rapportées
de différente manière , l'Impératrice a publié
à cette occafion le Manifefte fuivant.
» Catherine II , par la grace de Dieu , Impéra-
» trice & Souveraine de toutes les Ruffies , &c. &c.
ל כ
Lorfque , par la volonté de Dieu & au gré
NOVEMBRE . 1764. 163
53
50
des voeux unanimes de tous nos fidéles Sujets ,
nous montâmes fur le Trône de Ruffie , nous
» étions inftruite que le Prince Jean , né du mariage
du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel
avec la Princeffe Anne de Mecklenbourg
étoit encore exiftant. Ce Prince , comme
on le fçait , avoit à peine reçu le jour , qu'il fut
illégitimement défigné pour porter la Couronne
Impériale de Ruflie , mais par les Décrets de la
Providence il en fut peu de temps après exclus
» pour toujours , & le Sceptre revint à la légitime
Héritière fille de PIERRE - LE - GRAND , notre trèschère
Tante l'Impératrice ELISABETH de glo-
» rieufe mémoire .
>>
"
A notre avénement au Trône , nos premiers
» foins , après avoir rendu nos juftes actions de
graces au Ciel , furent , par un effet de l'huma-
» nité qui nous eft naturelle , d'adoucir , autant
qu'il feroit poffible , le fort de ce Prince détrô-
» né par la volonté Divine & malheureux dès fon
enfance. Nous nous proposâmes d'abord de le
voir pour juger par nous- mêmes des facultés
de fon âme & lui affurer , convenablement à fon
» caractère & à l'éducation qu'il avoit reçue jufques
- là , une vie ailée & tranquille . Mais quelle
fut notre furpriſe de voir qu'outre un bégaye-
» ment incommode pour lui-même & qui rendoit
» fes difcours prèfque incompréhenfibles aux
သ
*
autres , il étoit abfolument dépourvu d'efprit &
» de raiſon ! Tous ceux qui fe trouvoient alors
» avec nous virent combien notre coeur fouffroit
» à la vue d'un objet propre à exciter notre com-
» paflion ; ils furent en même temps convaincus
» qu'il ne nous reftoit d'autre feoours à donner à
ce Prince , né fi malheureufement , que de le
» laiffer où il étoit , & de lui procurer toutes les
164 MERCURE DE FRANCÈ.
> aifances convenables à fa fituation. Nous don
» nâmes nos ordres en conféquence ; mais fon
'état ne lui permit pas d'y être fenfible , ne connoiffant
point les gens & ne fçachant pas diftin-
» guer le bien d'avec le mal , ni faire ufage de la
» lecture pour fe préferver de l'ennui , mettant
» au contraire toute fa félicité dans des chofes
qui marquoient le défordre de fon efptit.
သ
Ainfi , pour empêcher que , par des vues
particulières , quelque mal intentionné ne cherchât
à l'inquiéter en aucune manière , ou në
>> voulût fe fervir de fa perfonne pour troubler le
repos public , nous lui fimes donner une garde
>> fûre , & mîmes auprès de lui deux Officiers de
» la Garniſon , connus par leur probité & leur
» fidélité , l'un le Capitaine Wlaffieff & l'autre le
» Lieutenant Tichekin , qui , par leurs longs fervices
militaires , avoient mérité une récom-
» penfe & un emploi tranquille pour le refe de
» leurs jours. Il étoit recommandé à ces deux
> Officiers de prendre les plus grands foins de la
» Perfonne de ce Prince.
לכ
Cependant , malgré toutes ces précautions , il
a été impoffible d'empêcher qu'un Scélérat , par
» une méchanceté des plus noires & au mépris
» même de la vie , ne commit a Schluffelbourg
➡un attentat dont la feule penſée fait frémir . Un
» Sous-Lieutenant du Régiment de Smolensko ,
» Infanterie , nommé Bafile Miranowitz , né en
» Ukraine , petit - fils du premier Rebelle qui fuivit
» Mazeppa , & en qui il paroît que le parjure
s'étoit tranfmis par le fang , ayant palle fa vie
» dans la débauche , la diffipation & le défordre ,
s'étoit privé par là des moyens légitimes de
>> faire un jour une fortune honorable : ayant enfin
perdu de vue ce qu'il devoit à la loi de Dieu
NOVEMBRE . 1764. 165
» & au ferment de fidélité qu'il nous avoit prêté ,
» ne connoiflant le Prince Jean que de nom , &
>> bien moins encore les qualités de fon corps-
» & celles de fon âme , il fe mit en tête de faire
» par fon moyen une fortune éclatante , à quelque
prix que ce fût, & quelque fanglante que la
Icène pût devenir pour le Public.
»›Pour l'exécution de ce projet auffi déteſtable
que dangereux pour la Patrie & pour l'Auteur
» même , ce Sous - Lieutenant demanda pendant
→ notre voyage en Livonie qu'on l'envoyât , quoique
ce ne fût pas fon tour , faire la garde qui
» fe reléve tous les huit jours dans la Fortereffe
de Schluffelbourg : la nuit du au du mois
» dernier à deux heures après -minuit , il éveilla
☐ tout d'un coup fa grand'garde , la rangea de
front , & lui ordonna de charger à balles . Berednikoff
, Gommandant de la Fortereffe ,
» ayant entendu du bruit , fortit de fon quartier
» & en demanda la cauſe à Miranowitz lui - même
; mais , pour toute réponſe , ce Rebelle lui
donna fur la tête un coup de la croffe de fon
» fufil , & le fit arrêter. Il alla enfuite à la tête de
» fa troupe attaquer avec furie le petit nombre
» des Soldats qui gardoient le Prince Jean
>> mais ceux ci , qui fe trouvoient fous les ordres
>> des deux Officiers nommés ci -deſſus , le reçurent
» de manière qu'il fut obligé de fe retirer. Par
» une difpofition particulière de la Providence ,
» qui veille à la confervation de la vie des hommes
, il faifoit cette nuit là un brouillard fort
» épais qui , joint à la fituation intérieure de la
» Forterelle , empêcha qu'il n'y eût perſonne de
a bleffé ni de tué.
» Le peu de fuccès de cette première tentative
» ne pouvant faire défifter de fon projet de rébel166
MERCURE DE FRANCE.
>>lion cet ennemi du repos public , le défeſpoir
» lui fuggéra de faire amener d'un baſtion une
» piéce de canon avec les munitions néceſſaires ,
» ce qui fut d'abord exécuté. Le Capitaine Wlaf
» Geff & fon Lieutenant Tilchekin , voyant une
» force à laquelle ils ne pouvoient réûſter , crai-
>> gnirent un malheur beaucoup plus grand fi le
» Prince qui leur étoit confié venoir à être déli-
» vré ; & voulant épargner le fang innocent qu'il
>> en coûteroit à la Patrie dans de pareils trou-
» bles , ils prirent entre eux l'unique parti qu'ils
croyoient leur refter , celui d'affurer la tranquillité
publique en abrégeant les jours de l'infortuné
Prince . Confidérant d'ailleurs que s'ils
>> lâchoient un prifonnier qu'on s'efforçoit de leur
>> arracher avec tant d'acharnement , ils rifquoient
» d'être punis fuivant toute la rigueur des Loix ,
ils ôterent la vie au Prince , fans être retenus
par la crainte de recevoir la mort
main d'un Scélérat réduit au défeſpoir. Ce
» monftre , voyant devant lui le corps du
» Prince fans vie , fut fi frappé de ce coup inat-
» tendu , qu'il reconnut à l'inftant même fa témé-
» rité & fon crime , & en marqua fon repentir en
de la
préfence de fa troupe qu'une heure auparavant
» il avoit féduite & rendue complice de fon for-
» fait.
» Ce fut alors que les Officiers qui avoient
étouffé cette révolte dès fa naillance , s'aflurerent
, conjointement avec le Commandant , da
Rebelle , ramenerent les Soldats à leur devoir ,
» & envoyerent notre Confeiller- Privé - Actuel
» & Sénateur Panin , fous les ordres duquel ils fe
trouvoient , le rapport de cet événement qui ,
quoique malheureux , avoit cependant , par la
protection du Ciel , détourné un plus grand
>> malheur encore,
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20
Ce Sénateur fit partir fur le champ le Lieute-
» nant- Colonel Cafchkin chargé d'inſtructions
fuffifantes pour affurer la tranquillité & le bon
ordre dans la Fortereffe , & nous envoya en
» même temps un Courier avec le détail de cette
» affaire . En conféquence nous ordonnâmes à
> notre Lieutenant - Général Weymarn , de ladivifion
de Pétersbourg , de fe tranſporter fur le
>> lieu pour y faire les informations néceffaires :
après les avoir finies , il vient de nous remettre
les interrogatoires , les dépofitions des témoins ,
» les preuves , & enfin le propre aveu du Scé-
ככ
>> lérat.
,
"
rap-
Ayant reconnu la grandeur de ce crime &
> combien il intéreffoit le repos de la Patrie
>> nous avons renvoyé cette affaire à notre Sénat
» & lui ordonnons , ainfi qu'au Synode , d'inviter
» les trois premières Claffes & tous les Préfidens
» de tous les Colléges pour en entendre le
sport de la bouche du Lieutenant Général Weymarn
qui en a pourfuivi les informations ; de
>> prononcer enfuite la Sentence felon les loix de
l'Empire , & de nous la préfenter lorſqu'elle
» aura été fignée , afin que nous la confirmions ,
(L. S. ) ( Signé ) CATHERINE,
» Imprimé au Sénat Dirigent à Pétersbourg , le
» 17 Août 1764. ३०
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Résumé : De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
Le 28 août 1764, Catherine II publie un manifeste concernant la mort du Prince Iwan, également connu sous le nom de Prince Jean. À son avènement, Catherine apprend que le Prince Jean, fils du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel et de la Princesse Anne de Mecklenbourg, avait été illégitimement désigné pour porter la Couronne Impériale de Russie, mais avait été exclu par la Providence. Le sceptre revint alors à Élisabeth, fille de Pierre le Grand. Catherine décide d'adoucir le sort du Prince Jean, qu'elle trouve dépourvu d'esprit et de raison. Elle lui assure une vie tranquille et lui attribue une garde sûre composée du Capitaine Wlassieff et du Lieutenant Tischekin. Malgré ces précautions, un sous-lieutenant du régiment de Smolensko, Basile Miranowitz, tente de s'emparer du Prince pour faire fortune. Lors de cette tentative, les officiers préfèrent tuer le Prince pour éviter un bain de sang. Miranowitz, face au corps sans vie du Prince, reconnaît son erreur et se repent. Les officiers rétablissent l'ordre et informent le Sénateur Panin. Catherine ordonne une enquête dirigée par le Lieutenant-Général Weymarn, qui remet les preuves et les aveux du scélérat. L'affaire est ensuite confiée au Sénat et au Synode pour jugement selon les lois de l'Empire.
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