1
p. 5-16
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
Début :
LE gouvernement de Rome, moitié Aristocratique & moitié Démocratique, [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON.
DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
LE gouvernement de Rome, moitié
Aristocratique & moitié Démocratique,
produiſoit néceſſairement des cabales &
des diviſions parmi les Citoyens. Les
Perſonnages diſtingués des premières
Maiſons de la République n'étoient pas
II. Vol.
A iij
.
6
MERCURE DE FRANCE.
les ſeuls qui aſpiraſſent à l'honneur de
devenir les Chefs de l'Etat : la même
ambition animoit chacun des Patriciens;
la Préture, l'Edilité , enfin le Conſulat
devenoient tour-à-tour l'objet de leurs
voeux.
Le Peuple de ſon côté tenoit dans
ſes mains le ſort des têtes les plus illuſ
tres. La liberté dont il jouiſſoit en don
nant ſes ſuffrages lui permettoit d'en
diſpoſer à ſon gré.Les Candidats (a) le
ſçavoient bien : auſſi n'épargnoient-ils
rien pour gagner ſa bienveiilance.
..
.
Une loi ſage & prudente avoit dé
fendu expreſſément les largeſſes pécu
niaires, afin de prévenir toute eſpéce de
corruption. Quiconque étoit convaincu
de s'être ſervi de ce moyen honteux
pour parvenir aux charges, en étoit ex
clu ſans autre forme de procès. On
penſoit apparemment alors que ceux qui
· avoient l'âme aſſez baſſe pour acheter
le droit de rendre la Juſtice , ne ba
lanceroient pas à la vendre , quand ils
trouveroient l'occaſion de le faire avec
( a ) Tel étoit le nom qu'on donnoit aux
concurrens qui ſe préſentoient pour remplir les
charges publiques , parce qu'ils ſe revêtiſſoient
alors d'une robe blanche ( en Latin candida) qu'ils
ne quittoient qu'après l'élection,
-
A VR I L. 1764.
7
impunité. C'eſt cette loi qui donna lieu
à l'accuſation intentée contre L. Mu
r(272(Z,
·
L'année du Conſulat de Cicéron étant
prête d'expirer, il fit tenir ſuivant l'u-
ſage les Comices Conſulaires , c'eſt-à-
dire l'Aſſemblée du Peuple pour l'élec
tion des Conſuls de l'année ſuivante.
Les ſuffrages tomberent ſur Decius
· Junius Silanus, & ſur Lucius Licinius
Murena. .
Ce dernier avoit un dangereux com
pétiteur dans la perſonne de Servius
Sulpitius que chacun ſçait avoir été
également recommandable & par ſa
naiſſance illuſtre , & par ſes profon
des connoiſſances dans la Juriſpruden
ce. Outré de ſe voir préférer un rival
dont le mérite peut-être étoit inférieur
au ſien, il prit le parti de l'accuſer d'a-
voir acheté les voix qui lui avoient été
favorables. .
Le Conſul déſigné, Murena, fut véri
tablement mortifié de cette accuſation
dictée par l'eſprit de vengeance. Il n'a-
voit pas ſeulement à redouter Sulpi
tius : il avoit encore à craindre le cré
dit immenſe d'un grand homme que ſon
adverſaire avoit ſçu attacher à ſes in
térêts & qui parut avec lui en qualité
A iv
8
MERCURE DE FRANCE.
d'accuſateur. C'étoit le fameux Caton ,
ce farouche Cenſeur , auſſi connu par
ſon infléxible attachement à la vertu,
que par ſes ſentimens vraîment patrio
tiques & républicains.
La cauſe de Murena fut plaidée deux
fois avant que Ciceron parlât pour lui ; la
première fois par Quintus Hortenſius ,
cet Orateur célébre dont les productions
brillantes balanceroient peut-être celles
de Ciceron, ſi elles n'étoient pas perdues
pour nous; la ſeconde par Marcus Craſ
ſus , qui prouva par pluſieurs ſuccès la
ſupériorité de ſes talens.
Le Plaidoyer de Ciceron réunit à la
fois la légéreté & l'élégance. C'eſt un
mêlange parfait de la politeſſe. la plus
aiſée & de la plaiſanterie la plus ingé
nieuſe & la plus délicate. Il y raille
avec adreſſe le pédantiſme des Juriſ
conſultes , parce que Sulpitius faiſoit
profeſſion d'être ſçavant dans les Loix &
· dans la Morale Stoïcienne, parce que Ca
ton paſſoit pour un des plus zélés Phi
loſophes de cette Secte, qui commen
çoit d'ailleurs à tomber dans le diſ-
crédit. Malgré toute ſon indifférence
philoſophique , le Stoïcien fut piqué
juſqu'au vif des ſarcaſmes dont l'acca
bloit le Prince des Orateurs. Pour s'en
A V R I L. 1764.
9
venger il dit un bon mot (b) que Plu
turque a pris ſoin de nous conſerver....
· Il faut avouer, s'écria-t-il en ſortant
de l'audience, il faut avouer que le pre
mier homme de l'Etat eſt auſſi le pre
mier Plaiſant de la République !
Un Membre de l'Académie Fran--
çoiſe, auſſi reſpectable par ſon carac
tère & par ſes mœurs, que recomman
dable par ſa ſcience & ſon érudition,
M. l'Abbé d'Olivet , a fait un beau
préſent à la République des Lettres, en
faiſant imprimer à la ſuite de ſon Com
mentaire ſur ce diſcours, celui que com
poſa pour s'exercer il y a environ 2oo
ans, un illuſtre Sçavant, Aonius Palea
rius, qu'une mort cruelle a rendu célébre
autant que ſes Ouvrages. Peu de mo
dernes ont réuſſi comme lui à imiter
le ſtyle & la diction de Cicéron qu'il
avoit pris pour modéle. Ce diſcours
excellent à lire , eſt l'accuſation de Mu
rena. On le trouve à la page 517. du
V* Tome de la belle édition in-4°. des
(Euvres de Cicéron.
( b ) Dii boni ! quàm ridiculum Conſulem ha
bemus !
A v
1o MERCURE BE FRANCE.
| DIscovRs de CrcÉRov contre L,
CATILINA , vulgairement dits les ,
QUATRE CATILINAIRES.
Quand j'entends les gens à préjugés
taxer Cicéron de poltronnerie , je me
dis auſſitôt à moi-même, il y a tout au
moins une grande imprudence à déni- .
- grer , ſur le rapport d'autrui, un homme
de mérite qu'on ne connoît pas. Il ne
faut que jetter les yeux ſur l'Hiſtoire
de la Conjuration de Catilina pour ſe .
convaincre , de l'intrépidité. & de la
grandeur d'âme de ce fameux Conſul.
Ce que j'avance paroîtra un paradoxe .
à ceux qui ne connoiſſent pas ce Mor- .
ceau précieux des Annales de la Répu
blique Romaine. Je ſçai que l'opinion .
commune eſt contre moi , mais qu'ils ,
liſent ; la mémoire de Cicéron ſera ven
ée. -
| Salluſte, cet Ecrivain hardi & ſenten- .
tieux, fait la peinture la plus frappante
& la plus vraie des mœurs qui regnoient
à Rome , dans le temps de Catilina La
Jeuneſſe, perdue , de débauches & de
dettes , emprunto:c à groſſes uſures pour
· avoir dequoi fournit, à ſes plaiſirs , &
$ : a - t : les intérêts multipliés l'em--
-
A V R I L. 1764.
I I
portoient ſur le principal : les vices les
plus honteux, déifiés par la corruption
de ceux qui leur procuroient l'apo
théoſe , faiſoient partie du culte pu
blic; les déſordres les plus infâmes de
venoient des cérémonies de Religion
pour ceux qui avoient l'adreſſe de les ca
cher ſous le voile du myſtère. L'Etat de
la République étoit trop violent pour
être durable , la révolution devenoit
comme néceſſaire ; & ſans la vigilance
du Conſul toujours actif& toujours pré
voyant, l'Empire étoit à celui qui ſau
roit le premier s'en ſaiſir.
Lucius Catilina crut être appellé par
la deſtinée à ce haut point de fortune
& de gloire; ou, pour parler plus juſte,
il voulut profiter des circonſtances pour
y parvenir. Il faut avouer auſſi que per
ſonne n'étoit plus propre à jouer le rôle .
d'un conſpirateur. .
Nombre de qualités qui portoient
l'apparence des plus grandes vertus ».
formoient ſon caractère ; mais il n'en
avoit aucune dont il
n'eût défiguré
miſérablement l'image. Lié avec tout .
ce que Rome avoit de plus ſcélérats , il
paroiſſoit en même temps l'admira--
teur le plus zélé des Citoyens les plu#
vertueux.
Sa maiſon étoit remplie de
•.
A vi
º
12 MERCURE DE FRANCE.
tous les objets qui ſervent à flatter la
débauche ; mais ils y étoient accompa
gnés de tout ce qui peut ſervir d'ai
guillon au
travail & à l'induſtrie
:
c'étoit à la fois une ſcène perpétuelle
· des vices les plus raffinés, & une école
d'éxercices militaires. Jamais homme
ne réunit tant de parties oppoſées , &
tant de ces qualités & de ces paſſions
qui ſemblent mutuellement s'exclure ;
perſonne ne poſſéda jamais mieux l'art de
ſe rendre agréable aux bons Citoyens,
& d'entretenir en même temps une liai
ſon étroite avec les plus mauvais ; per
ſonne ne marqua plus de goût pour les
bons principes, & n'en ſuivit jamais de
plus déteſtables; nul homme ne fut plus
outré dans la débauche, & plus capable
de perſévérance dans le travail ; n'eut
plus d'avidité pour le †. & plus de
profuſion dans la dépenſe : perſonne
enfin n'eut jamais tant de facilité à ſe
· faire des amis & à ſe les attacher ſolide
ment, ſi tant eſt que l'amitié puiſſe ha
biter dans des cœurs d'où la vertu eſt
bannie. Il partageoit avec eux tout ce
qu'il poſſédoit, ſon argent, ſon crédit,
ſes maîtreſſes ; rien en un mot ne lui
•coûtoit pour obliger ceux qu'il pouvoit
s'attacher par de pareils ſervices. Son
A V R I L. 1764.
13
caractère prenoit toujours la teinture de
ſes projets, & ſe formoit, dans toutes
les occaſions ſur ſes prétentions & ſur
ſes deſirs.Avec les gens triſtes, l'air
chagrin lui devenoit naturel : avec les
† gais, il paroiſſoit fait pour la gaîté
pour l'enjouement :
il étoit grave
avec les vieillards, vif & léger avec les
jeunes gens, audacieux avec les eſprits
hardis, libre & ſans retenue avec les dé
bauchés. Cette mobilité & cette variété
continuelle avoit non-ſeulement attiré
auprès de lui tout ce qu'il y avoit de
ens ſans principes & ſans mœurs en
Italie & dans les Provinces de l'Empire,
mais lui avoit procuré un grand nombre
d'amis parmi les plus honnêtes gens de
la République, à qui l'apparence de ſes
vertus faiſoit illuſion.
I. Fondé ſur toutes ces reſſources,
Catilina commença bientôt à cabaler
ſourdement, & à tenir des aſſemblées
ſecrettes. Un Citoyen nommé L. Por
cius Lecca prêta ſa maiſon aux Conjurés,
· qui s'y raſſembloient toutes les nuits. Le
projet étoit prêt à éclater, & la Répu
blique touchoit au moment de ſa perte,
quand une bravade indiſcrette de deux
Conſpirateurs découvrit en partie le ſe
cret. Deux intimes amis de Catilina ſe
14 MERCURE DE FRANCE.
vantèrent qu'ils tueroient Ciceron dans
ſon lit. Cette menace, qui n'eut aucun
effet, allarma pourtant aſſez le Sénat
pour qu'il rendît ſolemnellement ce De
cret fameux (c), qui chargeoit ſpéciale
ment les Conſuls de veiller aux intéréts
de l'Empire. Quelques jours après la
Courtiſanne Fulvie, ayant ſçu le projet
entier de la Conjuration, par ſon amant
Curius qui y étoit engagé, alla le révéler
au Conſul, qui ſe prépara à en faire le
rapport le lendemain à l'Aſſemblée du
Sénat. Catilina eut l'impudence de s'y
trouver ; & c'eſt ce qui donna lieu à
Cicéron indigné de prononcer la Première
Catilinaire : Monument précieux aux
yeux des gens de Lettres, d'une vigueur
héroïque , & d'une éloquence | fou
droyante.
, II. Catilina fut étourdi de ce coup
qu'il n'avoit pas prévu,& attendit à peine
la nuit pour ſe dérober à l'indignation
publique. Un petit nombre de Conjurés
le ſuivit dans ſa retraite. Cicéron inſtruit
dès le lendemain de la fuite précipitée du
Chef de la Conjuration, convoqua le
Sénat afin d'aviſer aux meſures qu'il y
avoit à prendre. En attendant les Pères
Conſcripts, qui tardoient trop à s'aſſem
(c, Videant Coſſ ne quid detrimenti reſp, c piat .
·
A V R I L. 1764.
1 5 .
bler, le Conſul monta ſur la Tribune ..
aux Harangites, & apprit au Peuple l'é-
vaſion de Catilina, après lui avoir rendu .
compte des circonſtances de la Conjura
tion, que bien des gens ignoroient en
core. C'eſt la Seconde Catilinaire. .
-
III. On avoit trouvé moyen d'inté
reſſer en faveur de la Conſpiration naif- .
ſante, la Nation des Allobroges, dont
les Ambaſſadeurs étoient alors à Rome,
pour y ſolliciter quelques priviléges
qu'ils avoient beaucoup de peine à obte- .
nir. Quand le calme d'une lente & ſage
réflexion eut ſuccédé aux mouvemens .
rapides de la ſéduction, effrayés des riſ
ues qu'ils couroient, & du péril auquel
étoit expoſé l'Empire, ces Ambaſſadeurs
ſe déterminèrent à en donner ſecréte
ment avis au Conſul. On intercepta les
lettres des Agens de Catilina ; on ſaiſit
des amas d'armes qu'ils faiſoient par ſon
ordre ; on les conduiſit eux-mêmes en
priſon. Cicéron rend compte au Peuple
de tout ceci dans ſa Troiſième Catilinaire.
Diſcours admirable qui ſervira toujours .
de modèle aux Orateurs curieux de nar
rer avec grâce, & de raiſonner ſolide- .
IIle Ilt.
-
IV. Les Conjurés étoient toujours en .
· priſon, & le Sénat n'avoit pas encore -
Y 6 MERCURE DE FRANCE.
prononcé ſur leur ſort. D. Silanus ou
vrit l'avis rigoureux de les condamner
tous à la mort : C. Cœſar, le même qui
donna dans la ſuite des fers à ſa Patrie,
inclinoit à la douceur, & vouloit qu'on
leur laiſſât la vie. Il alla même juſqu'à
intéreſſer Cicéron en leur faveur, en fai
ſant entendre qu'une ſévérité odieuſe
pourroit mettre en danger les jours d'un
Conſul, ſi précieux à la République.
Cicéron , à ſon tour , montra les ſenti
mens les plus héroïques; proteſta qu'il
avoit fait à ſa Patrie le ſacrifice de ſa vie,-
& qu'il falloit embraſſer le parti de la ri
ueur, puiſqu'il étoit le plus ſûr pour
'Etat. Dire que ſon avis fut ſuivi una
nimement, c'eſt faire en deux mots l'élo
ge de cette Quatrième & dernière Ca
tilinaire.
DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
LE gouvernement de Rome, moitié
Aristocratique & moitié Démocratique,
produiſoit néceſſairement des cabales &
des diviſions parmi les Citoyens. Les
Perſonnages diſtingués des premières
Maiſons de la République n'étoient pas
II. Vol.
A iij
.
6
MERCURE DE FRANCE.
les ſeuls qui aſpiraſſent à l'honneur de
devenir les Chefs de l'Etat : la même
ambition animoit chacun des Patriciens;
la Préture, l'Edilité , enfin le Conſulat
devenoient tour-à-tour l'objet de leurs
voeux.
Le Peuple de ſon côté tenoit dans
ſes mains le ſort des têtes les plus illuſ
tres. La liberté dont il jouiſſoit en don
nant ſes ſuffrages lui permettoit d'en
diſpoſer à ſon gré.Les Candidats (a) le
ſçavoient bien : auſſi n'épargnoient-ils
rien pour gagner ſa bienveiilance.
..
.
Une loi ſage & prudente avoit dé
fendu expreſſément les largeſſes pécu
niaires, afin de prévenir toute eſpéce de
corruption. Quiconque étoit convaincu
de s'être ſervi de ce moyen honteux
pour parvenir aux charges, en étoit ex
clu ſans autre forme de procès. On
penſoit apparemment alors que ceux qui
· avoient l'âme aſſez baſſe pour acheter
le droit de rendre la Juſtice , ne ba
lanceroient pas à la vendre , quand ils
trouveroient l'occaſion de le faire avec
( a ) Tel étoit le nom qu'on donnoit aux
concurrens qui ſe préſentoient pour remplir les
charges publiques , parce qu'ils ſe revêtiſſoient
alors d'une robe blanche ( en Latin candida) qu'ils
ne quittoient qu'après l'élection,
-
A VR I L. 1764.
7
impunité. C'eſt cette loi qui donna lieu
à l'accuſation intentée contre L. Mu
r(272(Z,
·
L'année du Conſulat de Cicéron étant
prête d'expirer, il fit tenir ſuivant l'u-
ſage les Comices Conſulaires , c'eſt-à-
dire l'Aſſemblée du Peuple pour l'élec
tion des Conſuls de l'année ſuivante.
Les ſuffrages tomberent ſur Decius
· Junius Silanus, & ſur Lucius Licinius
Murena. .
Ce dernier avoit un dangereux com
pétiteur dans la perſonne de Servius
Sulpitius que chacun ſçait avoir été
également recommandable & par ſa
naiſſance illuſtre , & par ſes profon
des connoiſſances dans la Juriſpruden
ce. Outré de ſe voir préférer un rival
dont le mérite peut-être étoit inférieur
au ſien, il prit le parti de l'accuſer d'a-
voir acheté les voix qui lui avoient été
favorables. .
Le Conſul déſigné, Murena, fut véri
tablement mortifié de cette accuſation
dictée par l'eſprit de vengeance. Il n'a-
voit pas ſeulement à redouter Sulpi
tius : il avoit encore à craindre le cré
dit immenſe d'un grand homme que ſon
adverſaire avoit ſçu attacher à ſes in
térêts & qui parut avec lui en qualité
A iv
8
MERCURE DE FRANCE.
d'accuſateur. C'étoit le fameux Caton ,
ce farouche Cenſeur , auſſi connu par
ſon infléxible attachement à la vertu,
que par ſes ſentimens vraîment patrio
tiques & républicains.
La cauſe de Murena fut plaidée deux
fois avant que Ciceron parlât pour lui ; la
première fois par Quintus Hortenſius ,
cet Orateur célébre dont les productions
brillantes balanceroient peut-être celles
de Ciceron, ſi elles n'étoient pas perdues
pour nous; la ſeconde par Marcus Craſ
ſus , qui prouva par pluſieurs ſuccès la
ſupériorité de ſes talens.
Le Plaidoyer de Ciceron réunit à la
fois la légéreté & l'élégance. C'eſt un
mêlange parfait de la politeſſe. la plus
aiſée & de la plaiſanterie la plus ingé
nieuſe & la plus délicate. Il y raille
avec adreſſe le pédantiſme des Juriſ
conſultes , parce que Sulpitius faiſoit
profeſſion d'être ſçavant dans les Loix &
· dans la Morale Stoïcienne, parce que Ca
ton paſſoit pour un des plus zélés Phi
loſophes de cette Secte, qui commen
çoit d'ailleurs à tomber dans le diſ-
crédit. Malgré toute ſon indifférence
philoſophique , le Stoïcien fut piqué
juſqu'au vif des ſarcaſmes dont l'acca
bloit le Prince des Orateurs. Pour s'en
A V R I L. 1764.
9
venger il dit un bon mot (b) que Plu
turque a pris ſoin de nous conſerver....
· Il faut avouer, s'écria-t-il en ſortant
de l'audience, il faut avouer que le pre
mier homme de l'Etat eſt auſſi le pre
mier Plaiſant de la République !
Un Membre de l'Académie Fran--
çoiſe, auſſi reſpectable par ſon carac
tère & par ſes mœurs, que recomman
dable par ſa ſcience & ſon érudition,
M. l'Abbé d'Olivet , a fait un beau
préſent à la République des Lettres, en
faiſant imprimer à la ſuite de ſon Com
mentaire ſur ce diſcours, celui que com
poſa pour s'exercer il y a environ 2oo
ans, un illuſtre Sçavant, Aonius Palea
rius, qu'une mort cruelle a rendu célébre
autant que ſes Ouvrages. Peu de mo
dernes ont réuſſi comme lui à imiter
le ſtyle & la diction de Cicéron qu'il
avoit pris pour modéle. Ce diſcours
excellent à lire , eſt l'accuſation de Mu
rena. On le trouve à la page 517. du
V* Tome de la belle édition in-4°. des
(Euvres de Cicéron.
( b ) Dii boni ! quàm ridiculum Conſulem ha
bemus !
A v
1o MERCURE BE FRANCE.
| DIscovRs de CrcÉRov contre L,
CATILINA , vulgairement dits les ,
QUATRE CATILINAIRES.
Quand j'entends les gens à préjugés
taxer Cicéron de poltronnerie , je me
dis auſſitôt à moi-même, il y a tout au
moins une grande imprudence à déni- .
- grer , ſur le rapport d'autrui, un homme
de mérite qu'on ne connoît pas. Il ne
faut que jetter les yeux ſur l'Hiſtoire
de la Conjuration de Catilina pour ſe .
convaincre , de l'intrépidité. & de la
grandeur d'âme de ce fameux Conſul.
Ce que j'avance paroîtra un paradoxe .
à ceux qui ne connoiſſent pas ce Mor- .
ceau précieux des Annales de la Répu
blique Romaine. Je ſçai que l'opinion .
commune eſt contre moi , mais qu'ils ,
liſent ; la mémoire de Cicéron ſera ven
ée. -
| Salluſte, cet Ecrivain hardi & ſenten- .
tieux, fait la peinture la plus frappante
& la plus vraie des mœurs qui regnoient
à Rome , dans le temps de Catilina La
Jeuneſſe, perdue , de débauches & de
dettes , emprunto:c à groſſes uſures pour
· avoir dequoi fournit, à ſes plaiſirs , &
$ : a - t : les intérêts multipliés l'em--
-
A V R I L. 1764.
I I
portoient ſur le principal : les vices les
plus honteux, déifiés par la corruption
de ceux qui leur procuroient l'apo
théoſe , faiſoient partie du culte pu
blic; les déſordres les plus infâmes de
venoient des cérémonies de Religion
pour ceux qui avoient l'adreſſe de les ca
cher ſous le voile du myſtère. L'Etat de
la République étoit trop violent pour
être durable , la révolution devenoit
comme néceſſaire ; & ſans la vigilance
du Conſul toujours actif& toujours pré
voyant, l'Empire étoit à celui qui ſau
roit le premier s'en ſaiſir.
Lucius Catilina crut être appellé par
la deſtinée à ce haut point de fortune
& de gloire; ou, pour parler plus juſte,
il voulut profiter des circonſtances pour
y parvenir. Il faut avouer auſſi que per
ſonne n'étoit plus propre à jouer le rôle .
d'un conſpirateur. .
Nombre de qualités qui portoient
l'apparence des plus grandes vertus ».
formoient ſon caractère ; mais il n'en
avoit aucune dont il
n'eût défiguré
miſérablement l'image. Lié avec tout .
ce que Rome avoit de plus ſcélérats , il
paroiſſoit en même temps l'admira--
teur le plus zélé des Citoyens les plu#
vertueux.
Sa maiſon étoit remplie de
•.
A vi
º
12 MERCURE DE FRANCE.
tous les objets qui ſervent à flatter la
débauche ; mais ils y étoient accompa
gnés de tout ce qui peut ſervir d'ai
guillon au
travail & à l'induſtrie
:
c'étoit à la fois une ſcène perpétuelle
· des vices les plus raffinés, & une école
d'éxercices militaires. Jamais homme
ne réunit tant de parties oppoſées , &
tant de ces qualités & de ces paſſions
qui ſemblent mutuellement s'exclure ;
perſonne ne poſſéda jamais mieux l'art de
ſe rendre agréable aux bons Citoyens,
& d'entretenir en même temps une liai
ſon étroite avec les plus mauvais ; per
ſonne ne marqua plus de goût pour les
bons principes, & n'en ſuivit jamais de
plus déteſtables; nul homme ne fut plus
outré dans la débauche, & plus capable
de perſévérance dans le travail ; n'eut
plus d'avidité pour le †. & plus de
profuſion dans la dépenſe : perſonne
enfin n'eut jamais tant de facilité à ſe
· faire des amis & à ſe les attacher ſolide
ment, ſi tant eſt que l'amitié puiſſe ha
biter dans des cœurs d'où la vertu eſt
bannie. Il partageoit avec eux tout ce
qu'il poſſédoit, ſon argent, ſon crédit,
ſes maîtreſſes ; rien en un mot ne lui
•coûtoit pour obliger ceux qu'il pouvoit
s'attacher par de pareils ſervices. Son
A V R I L. 1764.
13
caractère prenoit toujours la teinture de
ſes projets, & ſe formoit, dans toutes
les occaſions ſur ſes prétentions & ſur
ſes deſirs.Avec les gens triſtes, l'air
chagrin lui devenoit naturel : avec les
† gais, il paroiſſoit fait pour la gaîté
pour l'enjouement :
il étoit grave
avec les vieillards, vif & léger avec les
jeunes gens, audacieux avec les eſprits
hardis, libre & ſans retenue avec les dé
bauchés. Cette mobilité & cette variété
continuelle avoit non-ſeulement attiré
auprès de lui tout ce qu'il y avoit de
ens ſans principes & ſans mœurs en
Italie & dans les Provinces de l'Empire,
mais lui avoit procuré un grand nombre
d'amis parmi les plus honnêtes gens de
la République, à qui l'apparence de ſes
vertus faiſoit illuſion.
I. Fondé ſur toutes ces reſſources,
Catilina commença bientôt à cabaler
ſourdement, & à tenir des aſſemblées
ſecrettes. Un Citoyen nommé L. Por
cius Lecca prêta ſa maiſon aux Conjurés,
· qui s'y raſſembloient toutes les nuits. Le
projet étoit prêt à éclater, & la Répu
blique touchoit au moment de ſa perte,
quand une bravade indiſcrette de deux
Conſpirateurs découvrit en partie le ſe
cret. Deux intimes amis de Catilina ſe
14 MERCURE DE FRANCE.
vantèrent qu'ils tueroient Ciceron dans
ſon lit. Cette menace, qui n'eut aucun
effet, allarma pourtant aſſez le Sénat
pour qu'il rendît ſolemnellement ce De
cret fameux (c), qui chargeoit ſpéciale
ment les Conſuls de veiller aux intéréts
de l'Empire. Quelques jours après la
Courtiſanne Fulvie, ayant ſçu le projet
entier de la Conjuration, par ſon amant
Curius qui y étoit engagé, alla le révéler
au Conſul, qui ſe prépara à en faire le
rapport le lendemain à l'Aſſemblée du
Sénat. Catilina eut l'impudence de s'y
trouver ; & c'eſt ce qui donna lieu à
Cicéron indigné de prononcer la Première
Catilinaire : Monument précieux aux
yeux des gens de Lettres, d'une vigueur
héroïque , & d'une éloquence | fou
droyante.
, II. Catilina fut étourdi de ce coup
qu'il n'avoit pas prévu,& attendit à peine
la nuit pour ſe dérober à l'indignation
publique. Un petit nombre de Conjurés
le ſuivit dans ſa retraite. Cicéron inſtruit
dès le lendemain de la fuite précipitée du
Chef de la Conjuration, convoqua le
Sénat afin d'aviſer aux meſures qu'il y
avoit à prendre. En attendant les Pères
Conſcripts, qui tardoient trop à s'aſſem
(c, Videant Coſſ ne quid detrimenti reſp, c piat .
·
A V R I L. 1764.
1 5 .
bler, le Conſul monta ſur la Tribune ..
aux Harangites, & apprit au Peuple l'é-
vaſion de Catilina, après lui avoir rendu .
compte des circonſtances de la Conjura
tion, que bien des gens ignoroient en
core. C'eſt la Seconde Catilinaire. .
-
III. On avoit trouvé moyen d'inté
reſſer en faveur de la Conſpiration naif- .
ſante, la Nation des Allobroges, dont
les Ambaſſadeurs étoient alors à Rome,
pour y ſolliciter quelques priviléges
qu'ils avoient beaucoup de peine à obte- .
nir. Quand le calme d'une lente & ſage
réflexion eut ſuccédé aux mouvemens .
rapides de la ſéduction, effrayés des riſ
ues qu'ils couroient, & du péril auquel
étoit expoſé l'Empire, ces Ambaſſadeurs
ſe déterminèrent à en donner ſecréte
ment avis au Conſul. On intercepta les
lettres des Agens de Catilina ; on ſaiſit
des amas d'armes qu'ils faiſoient par ſon
ordre ; on les conduiſit eux-mêmes en
priſon. Cicéron rend compte au Peuple
de tout ceci dans ſa Troiſième Catilinaire.
Diſcours admirable qui ſervira toujours .
de modèle aux Orateurs curieux de nar
rer avec grâce, & de raiſonner ſolide- .
IIle Ilt.
-
IV. Les Conjurés étoient toujours en .
· priſon, & le Sénat n'avoit pas encore -
Y 6 MERCURE DE FRANCE.
prononcé ſur leur ſort. D. Silanus ou
vrit l'avis rigoureux de les condamner
tous à la mort : C. Cœſar, le même qui
donna dans la ſuite des fers à ſa Patrie,
inclinoit à la douceur, & vouloit qu'on
leur laiſſât la vie. Il alla même juſqu'à
intéreſſer Cicéron en leur faveur, en fai
ſant entendre qu'une ſévérité odieuſe
pourroit mettre en danger les jours d'un
Conſul, ſi précieux à la République.
Cicéron , à ſon tour , montra les ſenti
mens les plus héroïques; proteſta qu'il
avoit fait à ſa Patrie le ſacrifice de ſa vie,-
& qu'il falloit embraſſer le parti de la ri
ueur, puiſqu'il étoit le plus ſûr pour
'Etat. Dire que ſon avis fut ſuivi una
nimement, c'eſt faire en deux mots l'élo
ge de cette Quatrième & dernière Ca
tilinaire.
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Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
Le texte relate la défense de Lucius Muréna par Cicéron lors des élections consulaires à Rome. Lucius Licinius Muréna et Decius Junius Silanus furent élus consuls, mais Muréna fut accusé d'achat de voix par Servius Sulpicius, soutenu par Caton. Cicéron, après Hortensius et Crassus, défendit Muréna avec éloquence et ironie, moquant les juristes et les stoïciens. Caton répliqua par une réplique spirituelle. Le texte aborde également les discours de Cicéron contre Lucius Catilina. Salluste décrit la jeunesse romaine corrompue, marquée par les dettes et les excès. Catilina, endetté et débauché, conspirait pour s'emparer du pouvoir. Sa maison servait de lieu de débauche et d'entraînement militaire. La conjuration fut découverte grâce à Fulvie, amante de Curius, un conspirateur. Cicéron, en tant que consul, dénonça la conjuration dans la première Catilinaire, forçant Catilina à fuir Rome. Les ambassadeurs des Allobroges informèrent Cicéron des périls de la conjuration, permettant la saisie d'armes et d'agents de Catilina. Dans la Troisième Catilinaire, Cicéron informa le peuple de ces actions. Les conjurés furent arrêtés et le Sénat hésita sur leur sort. Décimus Silanus prônait leur exécution, tandis que Jules César plaidait pour la clémence. Dans la Quatrième Catilinaire, Cicéron insista sur la nécessité de la rigueur pour assurer la sécurité de l'État.
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2
p. 16-17
VERS sur la Tragédie d'OLIMPIE.
Début :
DE l'Homère François respectons les vieux ans. [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur la Tragédie d'OLIMPIE.
VERS sur la Tragédie d'OLIMPIE.
DE l'Homère François respectons les vieux ans.
Auſſi fier, auſſi grand, au bout de ſa carrière,
Il fait entendre encor ces ſublimes accens
Qui tant de fois charmoient l'Europe entière :
Fils des Arts , ainſi qu'eux, il triomphe-du temps. Dévoré de chagrins, environné d'allarmes,
*
A V R I L.
1764:
De la publique joie, un Critique attriſté
17
Vainement , dans mes yeux , voudroit tarir mes
larmes ;
Par un charme plus fort mon cœur eſt emporté.
Mes larmes ſont pour lui des larmes criminelles:
Mes yeux pour le confondre, en verſent de nou
-
velles.
Cn admire, en tout temps , l'aſtre brillant des
Cieux ;
-
On le bénit à ſon Aurore ;
Au midi de fon cours, il marche égal aux Dieux ;
A ſon coucher, il nous étonne encore,
Et ſon dernier rayon nous fait baiſſer les yeux.
Mérope, Mère & Reine, ou m'afflige, ou m'en
flâme ;
D'Oroſnane irrité j'embraſſe les fureurs ;
Gengiskan agrandit mon âme ;
Mahomet la remplit de profondes terreurs :
Pour Olimpie encore il me reſte des pleurs.
L. P. T. T.
DE l'Homère François respectons les vieux ans.
Auſſi fier, auſſi grand, au bout de ſa carrière,
Il fait entendre encor ces ſublimes accens
Qui tant de fois charmoient l'Europe entière :
Fils des Arts , ainſi qu'eux, il triomphe-du temps. Dévoré de chagrins, environné d'allarmes,
*
A V R I L.
1764:
De la publique joie, un Critique attriſté
17
Vainement , dans mes yeux , voudroit tarir mes
larmes ;
Par un charme plus fort mon cœur eſt emporté.
Mes larmes ſont pour lui des larmes criminelles:
Mes yeux pour le confondre, en verſent de nou
-
velles.
Cn admire, en tout temps , l'aſtre brillant des
Cieux ;
-
On le bénit à ſon Aurore ;
Au midi de fon cours, il marche égal aux Dieux ;
A ſon coucher, il nous étonne encore,
Et ſon dernier rayon nous fait baiſſer les yeux.
Mérope, Mère & Reine, ou m'afflige, ou m'en
flâme ;
D'Oroſnane irrité j'embraſſe les fureurs ;
Gengiskan agrandit mon âme ;
Mahomet la remplit de profondes terreurs :
Pour Olimpie encore il me reſte des pleurs.
L. P. T. T.
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Résumé : VERS sur la Tragédie d'OLIMPIE.
Le poème 'VERS sur la Tragédie d'OLIMPIE' est dédié à Voltaire, surnommé l'Homère Français. Le poète exprime son admiration pour Voltaire, soulignant sa grandeur et sa longévité comparables aux arts classiques. Malgré les critiques et les chagrins, le poète est profondément ému par l'œuvre de Voltaire. Il compare Voltaire à un astre brillant qui continue d'émerveiller à chaque étape de sa carrière. La tragédie 'Olimpie' évoque divers personnages comme Mérope, Orosmane, Gengiskhan et Mahomet, suscitant des sentiments variés tels que l'admiration, la peur et la tristesse.
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3
p. 17-18
MADRIGAL, A Madame de ***.
Début :
PENDANT ce jugement si fameux au Permesse, [...]
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL, A Madame de ***.
MADRIGAL,
A Madame de ***.
PENDANT ce jugement si fameux au Permesse,
Ou Pâris adjugea la Pomme à la Beauté,
S'il eût encor trouvé deux prix de même eſpéce »
18 MERCURE DE FRANCE.
Pour l'eſprit & pour la ſageſſe,
Son embarras auroit bien augmenté.
ſ
Mais ce Berger, dans le ſiécle où nous ſommes,
Voyant la jeune Iris n'auroit point héſité.
Je gagerois qu'elle eût eu les trois Pommes.
Par M. V....
A Madame de ***.
PENDANT ce jugement si fameux au Permesse,
Ou Pâris adjugea la Pomme à la Beauté,
S'il eût encor trouvé deux prix de même eſpéce »
18 MERCURE DE FRANCE.
Pour l'eſprit & pour la ſageſſe,
Son embarras auroit bien augmenté.
ſ
Mais ce Berger, dans le ſiécle où nous ſommes,
Voyant la jeune Iris n'auroit point héſité.
Je gagerois qu'elle eût eu les trois Pommes.
Par M. V....
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4
p. 18
VERS à Madame de S.
Début :
DES ris, des grâces entouré, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Madame de S.
VERS à Madame de S.
DES ris, des grâces entouré,
Si l'amour vole à ta toilette ,
Des fleurs qui couronnent ta tête,:
S'il aime à voir ton ſein paré.
Si ſans ceſſe ſa main divine , ,
Sur toi, ma brillante couſine ,
Verſe mille dons précieux,
C'eſt que ce petit orgueilleux, ,
Jaloux de conſerver l'empire :
Qu'il a ſur tout ce qui reſpire,
,
Compte bien plus ſur tes beaux yeux,
Que ſur les fiéches qu'il nous tire.
Par M. FRANÇOIS, ancien Officier de Cavalerie.
DES ris, des grâces entouré,
Si l'amour vole à ta toilette ,
Des fleurs qui couronnent ta tête,:
S'il aime à voir ton ſein paré.
Si ſans ceſſe ſa main divine , ,
Sur toi, ma brillante couſine ,
Verſe mille dons précieux,
C'eſt que ce petit orgueilleux, ,
Jaloux de conſerver l'empire :
Qu'il a ſur tout ce qui reſpire,
,
Compte bien plus ſur tes beaux yeux,
Que ſur les fiéches qu'il nous tire.
Par M. FRANÇOIS, ancien Officier de Cavalerie.
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5
p. 19
IMPROMPTU. A LISETTE, en lui présentant une violette.
Début :
JEUNE & brillante Lisette, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMPROMPTU. A LISETTE, en lui présentant une violette.
IMPROMPTU. A LISETTE, en lui présentant une
violette.
JEUNE & brillante Lisette,
L'humble & douce violette
Si la main qui te la donne
Avoit d'auſſi juſtes droits,
verroit la Beauté quej'aime
Que j'oſe te préſenter.
.
De bon cœur daigne accepter
Sur la plus belle couronne
L'Univers à l'inſtant même
Au-deſſus des plus grands Rois. .
Par le même.
violette.
JEUNE & brillante Lisette,
L'humble & douce violette
Si la main qui te la donne
Avoit d'auſſi juſtes droits,
verroit la Beauté quej'aime
Que j'oſe te préſenter.
.
De bon cœur daigne accepter
Sur la plus belle couronne
L'Univers à l'inſtant même
Au-deſſus des plus grands Rois. .
Par le même.
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6
p. 19
A Mlle DE... qui pressoit instamment l'Auteur de lui faire son portrait.
Début :
IL faut donc vous peindre en deux mots ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Mlle DE... qui pressoit instamment l'Auteur de lui faire son portrait.
A Mlle DE... qui pressoit instamment
l'Auteur de lui faire son portrait.
IL faut donc vous peindre en deux mots ;
Ainſi que votre cœur ardemment le ſouhaite ?
Vous êtes à la fois médiſante & coquette.
Corrigez-vous de ces défauts,
Et je vous garantis une fille parfaite.
Par le même.
l'Auteur de lui faire son portrait.
IL faut donc vous peindre en deux mots ;
Ainſi que votre cœur ardemment le ſouhaite ?
Vous êtes à la fois médiſante & coquette.
Corrigez-vous de ces défauts,
Et je vous garantis une fille parfaite.
Par le même.
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7
p. 20-23
LE ROSIER, ALLÉGORIE. A M.**, Auteur de l'Elite des Poësies fugitives.
Début :
SUR le Parnasse un Rosier fleurissoit, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LE ROSIER, ALLÉGORIE. A M.**, Auteur de l'Elite des Poësies fugitives.
LE ROSIER,
ALLÉGORIE.
A M.**, Auteur de l'Elite des Poësies
fugitives.
SUR le Parnasse un Rosier fleurissoit,
Roſier chéri de la troupe immortelle !
Apollon tous les jours lui-même l'arroſoit ;
& Clio, ſa garde fidelle,
Avec grand ſoin le cultivoit.
Chaque matin ſous ſon feuillage
Voltaire a) avec Bemis ( b ) célébroit P.
Près d'eux Saint Lambert, (c) de l'amour.
Traçoit une naïve image.
A quelques pas dans un boccage
Piron, ( d) ſans éclat emprunté ,
Sur le fond d'un beau payſage,
, Peignoit un riant hermitage ,
Où l'Amour ſourioit à la tranquilité.
(a Madrigal à la Marquiſe de P"*, dºſſi
nant une tête.
-
(b) Réponſe à la queſtion propoſee par la même.
Qu'eſt-ce qu'Amour ?
.
(c) Pigmalion & le triomphe d'Aléxandre.
(d) L'Epître à Mlle Cheré,
.
| --
,
A V R I L. 1764:
Hernard ( e ) de ſa tendre Bergère ,
Venoit y Partager les tranſports amoureux ;
Et ſa main folâtre & légère
Deſſinoit juſqu'à la fougère »
Qui ſervoit de Trône à ſes feux.
A ſes côtés Dorat (f) de l'aimable Sophie
Exaltoit les traits raviſſans;
De la fineſſe de Thalie,
Des ſons heureux de Polymnie,
Il offroit les accords touchans.
Panard (g) de ſon tendre martyrs
Entretenoit les boſquets d'alentour .
A Favart ( h) il prêtoit ſa lyre ;
Et plein d'un amoureux délire :)
Tous deux ſoupiroient tour-à-tour
Les feux du Dieu qui les inſpire.
Greſſet venoit ſuivi des Grâces ;
Vert vert repoſoit ſur ſa main ;
Les jeux voltigeoient ſur ſes traces;
Et les ris d'un air enfantin 2
Lui préſentoient les paperaſſes ( i)
(e) L'Epitre à Claudine.
(f) L'Epitre à Mlle Arnoult de l'Opéra.
' ( # ) Le Ruiſſeau, laylle charmante de M. P*.
(4) Madrigal ingénieux tiré de la Comédie des
Sultanes. Dans l'Univers, &c.
vivant de M. G.
2.I
--
(i) On a lu avec plaiſir la deſcription du Lutrin
22 MERCURE DE FRANCE.
Dont il compoſoit ſon Lutrin.
Ainſi dans les Champs d'Honte (k)
Jadis le tendre Anacréon,
Dans des vers remplis de ſaillie,
Faiſoit badiner la folie
Sur les genoux de la Raiſon.
Les fleurs du Roſier du Parnaſſe
Sont vos vers, Poëtes fameux.
| Il y manquoit un choix heureux ;
** Vint, le fit avec grace,
Dont l'eſprit jamais ne ſe laſſe ,
.
Et ſon bouquet mis ſous nos yeux,
Offre un mêlange ingénieux,
Et que le cœur goûte encor mieux.
· Clio vit le larcin, & d'un regard ſévère,
· Prétendoit le réprimander,
Mais bien-tôt l'Amour la fit taire.
Ce Dieu la charge de garder .
Toutes les Roſes de Cythère ;
Elle n'a garde de gronder ! , • •
.
.
Apollon à ſa ſœur le lendemain s'empreſſe
De montrer ſon Roſier chéri:
Mais quel objet pour ſa tendreſſe ! ... ;
Plus de Roſes, l'arbre eſt flétri.
-
-
-
,
•e
Il appelle Clio , » venez, venez, traîtreſſe,
» Où ſont mes fleurs Hélas, dit-elle ſans détouf,
( k ) Anaeréon étoit de Théos, Ville dlonie.
,
*
"
-
.
-
A V R IL. 1764.
» J'ai laiſſé tout prendre à l'amour,
» Je n'attendois pas la ſageſſe. Par M. COSTARD, Fils.
ALLÉGORIE.
A M.**, Auteur de l'Elite des Poësies
fugitives.
SUR le Parnasse un Rosier fleurissoit,
Roſier chéri de la troupe immortelle !
Apollon tous les jours lui-même l'arroſoit ;
& Clio, ſa garde fidelle,
Avec grand ſoin le cultivoit.
Chaque matin ſous ſon feuillage
Voltaire a) avec Bemis ( b ) célébroit P.
Près d'eux Saint Lambert, (c) de l'amour.
Traçoit une naïve image.
A quelques pas dans un boccage
Piron, ( d) ſans éclat emprunté ,
Sur le fond d'un beau payſage,
, Peignoit un riant hermitage ,
Où l'Amour ſourioit à la tranquilité.
(a Madrigal à la Marquiſe de P"*, dºſſi
nant une tête.
-
(b) Réponſe à la queſtion propoſee par la même.
Qu'eſt-ce qu'Amour ?
.
(c) Pigmalion & le triomphe d'Aléxandre.
(d) L'Epître à Mlle Cheré,
.
| --
,
A V R I L. 1764:
Hernard ( e ) de ſa tendre Bergère ,
Venoit y Partager les tranſports amoureux ;
Et ſa main folâtre & légère
Deſſinoit juſqu'à la fougère »
Qui ſervoit de Trône à ſes feux.
A ſes côtés Dorat (f) de l'aimable Sophie
Exaltoit les traits raviſſans;
De la fineſſe de Thalie,
Des ſons heureux de Polymnie,
Il offroit les accords touchans.
Panard (g) de ſon tendre martyrs
Entretenoit les boſquets d'alentour .
A Favart ( h) il prêtoit ſa lyre ;
Et plein d'un amoureux délire :)
Tous deux ſoupiroient tour-à-tour
Les feux du Dieu qui les inſpire.
Greſſet venoit ſuivi des Grâces ;
Vert vert repoſoit ſur ſa main ;
Les jeux voltigeoient ſur ſes traces;
Et les ris d'un air enfantin 2
Lui préſentoient les paperaſſes ( i)
(e) L'Epitre à Claudine.
(f) L'Epitre à Mlle Arnoult de l'Opéra.
' ( # ) Le Ruiſſeau, laylle charmante de M. P*.
(4) Madrigal ingénieux tiré de la Comédie des
Sultanes. Dans l'Univers, &c.
vivant de M. G.
2.I
--
(i) On a lu avec plaiſir la deſcription du Lutrin
22 MERCURE DE FRANCE.
Dont il compoſoit ſon Lutrin.
Ainſi dans les Champs d'Honte (k)
Jadis le tendre Anacréon,
Dans des vers remplis de ſaillie,
Faiſoit badiner la folie
Sur les genoux de la Raiſon.
Les fleurs du Roſier du Parnaſſe
Sont vos vers, Poëtes fameux.
| Il y manquoit un choix heureux ;
** Vint, le fit avec grace,
Dont l'eſprit jamais ne ſe laſſe ,
.
Et ſon bouquet mis ſous nos yeux,
Offre un mêlange ingénieux,
Et que le cœur goûte encor mieux.
· Clio vit le larcin, & d'un regard ſévère,
· Prétendoit le réprimander,
Mais bien-tôt l'Amour la fit taire.
Ce Dieu la charge de garder .
Toutes les Roſes de Cythère ;
Elle n'a garde de gronder ! , • •
.
.
Apollon à ſa ſœur le lendemain s'empreſſe
De montrer ſon Roſier chéri:
Mais quel objet pour ſa tendreſſe ! ... ;
Plus de Roſes, l'arbre eſt flétri.
-
-
-
,
•e
Il appelle Clio , » venez, venez, traîtreſſe,
» Où ſont mes fleurs Hélas, dit-elle ſans détouf,
( k ) Anaeréon étoit de Théos, Ville dlonie.
,
*
"
-
.
-
A V R IL. 1764.
» J'ai laiſſé tout prendre à l'amour,
» Je n'attendois pas la ſageſſe. Par M. COSTARD, Fils.
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Résumé : LE ROSIER, ALLÉGORIE. A M.**, Auteur de l'Elite des Poësies fugitives.
Le poème allégorique 'Le Rosier' est dédié à un auteur anonyme de l''Elite des Poësies fugitives'. Il met en scène un rosier sur le Parnasse, symbole de la poésie, chéri par les muses et arrosé par Apollon. Autour de ce rosier, plusieurs poètes célèbres célèbrent l'amour et la beauté, notamment Voltaire, Saint-Lambert, Piron, Bernard, Dorat, Panard, Favart et Gresset, chacun associé à une œuvre spécifique. Le rosier symbolise les vers de ces poètes. Un auteur, désigné par **, a réalisé une sélection gracieuse et ingénieuse de ces poèmes. Clio, muse de l'histoire, observe mais est réduite au silence par l'Amour. Un matin, Apollon découvre son rosier dévasté. Clio avoue avoir laissé l'Amour prendre toutes les roses, laissant Apollon consterné par cette perte.
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8
p. 23
VERS à une Belle incrédule, par M. Y***, de l'Académie Royale des Belles-Lettres de CAEN.
Début :
VOUS niez la Divinité, [...]
Mots clefs :
Divinité, Beauté, Être suprême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à une Belle incrédule, par M. Y***, de l'Académie Royale des Belles-Lettres de CAEN.
VERs à une Belle incrédule , par M.
Y***, de l'Académie Royale des
Belles-Lettres de CAEN.
Vov s niez la Divinité ,
Iris, quelle folie extrême,
Quand malgré vous votre beauté
Vous annonce un Etre ſuprême.
Y***, de l'Académie Royale des
Belles-Lettres de CAEN.
Vov s niez la Divinité ,
Iris, quelle folie extrême,
Quand malgré vous votre beauté
Vous annonce un Etre ſuprême.
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9
p. 23-32
LE BAL DE L'OPERA, ANECDOTE Qu'on prendra pour un Conte.
Début :
EN vérité, Madame, vous êtes d'une gaucherie qui ne ressemble à rien ! vous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BAL DE L'OPERA, ANECDOTE Qu'on prendra pour un Conte.
LE BAL DE L'OPERA,
ANECDOTE
Qu'on prendra pour un Conte.
EN vérité, Madame, vous êtes d'une
gaucherie qui ne ressemble à rien ! vous
affichez la gravité juſque dans le centre
des plaiſirs I c'eſt une erreur : je dis plus,
Madame, je dis plus, c'eſt exactement
un crime contre l'uſage. Le plaiſir eſt
une roſe : il eſt des Peuples aſſez mauſ
ſades pour ne la chérir qu'autant qu'elle
-
- *
-
24 MERCURE DE FRANCE.
eſt hériſſée d'épines. Nous autres nous
n'aimons point une conquête difficile.
Nous voulons aimer, le dire, & triom
pher : Un plaifir ceſſe de l'être lorſqu'il
eſt acheté. Survient-il une vapeur, un
caprice, un rien : eh bien l'on ſe quit
te, on ne s'aime plus , mais l'on s'eſti
me encore ; voilà tout. Avouez , Ma
dame , que les François ſçavent ma
nier merveilleuſement bien l'amour !
C'étoit à-peu-près en ces termes, que
le Marquis d'Arimon tachoit de calmer
les ſcrupules d'une très-jolie femme que
le reflux du Bal de l'Opera avoit amenée
à ſes côtés.
A
Beau Maſque , lui dit la Dame in
connue, qui l'avoit reconnu au premier
inſtant, vous êtes d'une folie outrée: vos
propos ſont légers, ſemillans; mais ils ne
ſont pas toujours dictés par le reſpect. -
Le refpeét ! ah bon, Dieu le reſpect ! —
je vous devine ! oui ſur mon honneur,
je tiens la clef de l'énigme ! je juge à ce
ſeul mot, que vous êtes mariée, vous
vous déconcertez ? — allons, avouez-le
moi de bonne grace.-Eh,mais, Mon
ſieur, quand il ſe1oit vrai, faudroit - il
en rougir ? -- Non , Madame,'je ne
porte pas la ſévérité ſi loin ; ce n'eſt
pas d'être mariée qu'il faut rougir
C'eſt
A V R I L. 1764.
25
c'eſt d'en faire un myſtère. A dire vrai,
eſt il une choſe de convenance mieux
imaginée que le mariage ? Tant qu'on
eſt fille , on eſt aſſervie à mille petits pré
jugés," il faut motiver tous ſes pas, diſ
cuter ehacune de ſes démarches, ſe maſ
quer enfin juſqu'à l'âme Sitôt qu'on eſt
femme, la ſcène change : le préjugé s'é-
vanouit, la liberté reſte. A l'abri d'un
nom qu'on échange contre le ſien , il
eſt permis d'avoir des manières, de ſe
livrer au tumulte du monde, quelque
fois même d'être extravagante ; & ſou
vent l'eſtime qu'on accorde au mari, eſt
en raiſon des folies de la femme.-Vous
parlez à merveille : on diroit que vous
tenez la clef de nos cœurs : mais , pour
connoître ſi bien le mariage, il faut en
avoir fait une épreuve.— Oh ! l'épreuve
eſt toute faite, Madame.-Comment ?-
Oui , Madame : mon Père étoit attaqué
de la Poſtéromanie ;
il crut qu'il étoit
temps d'aſſurer l'éternité de ſon nom.
Un beau matin il me mena chez un de
ſes vieux amis : ce vieil ami avoit une
fille très-jeune, qui ſortoit pour la pre
* Tous ces propos & ceux qui ſuivent ſont des
propos de bal, par leſquels il faut bien ſe garder de
juger de la morale de l'Auteur.
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE,
mière fois du Couvent. La viſite achevée,
il me demanda ſi cette Agnès me pouroit
convenir?Je lui répondis qu'àl'innocence
près , elle me convenoit au mieux. La ſe
conde viſite, je m'approchai un peu plus
près d'elle. Elle étoit tremblante. Pour la
raſſurer, je lui débitai toute entière une
page des Délices du Sentiment, que j'avois
appriſe par cœur. Elle commença à mi
nauder, à baiſſer les yeux. Je ſaiſis une
main paſſablement bien tournée; on ſe
fâcha, on cria au téméraire; je criai à l'in
diſcrette; & le tout ſe termina par me la
laiſſer baiſer. Le lendemain je l'épouſai ;
le lendemain je la menai en grande pom
pe en loge à l'Opéra, où je jouai le dou
cereux;& le lendemain je l'oubliai. Il y a!,
tjeicrois, plus de trois mois que nous
| ſommes enſemble. Jugez , Madame ,
A,: s'il ſeroit décent à un honnête homme
—de conſerver après des ſiècles, le ſouve
- nir de ſa femme- Eh bien ! admirez ce
que c'eſt que le rapport : j'aurois parié
que vous étiez le Marquis d'Arimon :
mais je m'apperçois que je me ſuis trom
pée bien lourdement. C'eſt un de ces
hommes aſſez peu délicats pour aimer
leur femme; mais pour l'aimer juſqu'à
la jalouſie ! On ſe dit à l'oreille le tour
· qu'il vient de lui jouer. Il a fait coucher
AV R I L. 1764.
27
ſa femme devant lui, de peur qu'elle ne
vint au Bal de l'Opéra. —- Que penſez
vous de ce tour ? ajouta-t-elle.—Ce que
j'en penſe, reprit le Marquis, en affectant
un air de plaiſanterie; ce que j'en penſe ?
C'eſt que le tour eſt abominable. - Le
connoiſſez-vous cet imbécile ? Moi , Ma
dame ! vous me faites une injure gratuite,
répliqua-t-il, en tâchant de dérober ſon
troubles ſon nom n'eſt pas même par
venu juſqu'à moi. C'eſt ſans doute un de
ces Provinciaux qui font confiſter bon
· nement leur honneur dans la vertu de
leurs femmes. C'eſt à coup ſûr un Cam
pagnard qui n'a pas la moindre notion
de ſon Paris. Mais, Madame, il ſeroit un
tour délicieux à lui jouer. Pourquoi ſa
femme ne profite-t-elle pas de ſon abſen
ce? Il ſeroit aſſez plaiſant que le Marquis
apprît à ſes dépens à connoître mieux
une autre fois , les loix de l'uſage. –
Mais, oui, ce ſeroit un tour aſſez piai
ſant... Comment, aſſez plaiſant ? Le ter
me eſt admirable : dites plutôt, Mada
me, dites un tour impayable !
Ce fut par beaucoup d'autres propos
ſemblables,que le Marquis tâcha de per
ſuader à l'inconnuë, qu'il n'étoit rien
moins que le Marquis d'Arimon : mais
elle l'avoit reconnu à des indices trop
B ij
28 MERCURE DE FRANCE.
certains, & elle demeura intimement
convaincue que c'étoit lui. Elle crut mê
me avoir des raiſons ſolides pour pouſſer
l'aventure juſques à la fin.
Eh bien, beau Maſque ! reprit-elle,
après pluſieurs tours de Bal, qu'eſt donc
devenue votre gaîté ? Je penſe que vous
vous aviſez de réfléchir- Il eſt vrai,Ma
dame, & très-ſérieuſement- Sérieuſe
ment?Ah! voilà qui eſt impardonnable
Point du tout, Madame. Eh ! qui donne
un plus vaſte champ aux réfléxions, que
les ſcrupules des femmes ? Ma foi rien
n'eſt plus propre à faire tomber dans la
mélancoiie. Heureuſement j'apperçois
le Chevalier D ***. C'eſt celui-là qui
ſçait ſon Paris par cœur. C'eſt un garçon
judicieux, qui paſſe une moitié de ſa vie
à tromper les femmes, & l'autre à duper
les pauvres maris. Au demeurant, c'eſt
un parfaitement honnête homme, un
garçon d'honneur. Eh ! Chevalier, lui
dit-il en l'abordant, on a beſoin ici de
ta préſence. Voici un Maſque charmant
dont il faut m'aider à vaincre les ſcrupu
les. Je ne m'en ſerois jamais douté, re
prit le Chevalier, avec un grand ſang
froid (car ſon cœur lui avoit fait recon
noître le Maſque dans la minute ). Cette
taille nous promet beaucoup de charmes.
A V R I L. 1764.
•
29
En vérité, je trouve quelquefois les fem
mes d'une ſingularité qui me paſſe! Elles
croyent avec ſimplicité à mille petites
vertus , qui n'ont jamais eu d'éxiſtence
que dans les cerveaux creux de quelques
Maris. Eh, Meſdames ! daignez de gra
ce vous rapprocher de la nature. Eſt-il
rien de ſi naturel que d'être belle ? Eſt
il encore rien de ſi naturel que d'en
convaincre tout le monde ? Croyez que
je vous parle vrai, Madame ; je vous
reſpecte trop pour employer des raiſons
bien ſolides & bien ennuyeuſes pour
vous perſuader. C'eſt par un moyen plus
honnête & plus ſenſible,que je veux vous
convaincre.
Par éxemple , jettez un
coup-d'œil ſur les loges. Voyez-vous ce
maſque roſe & argent ? ſes yeux landent
des éclairs; un regard n'attend pas l'autré,
ils
ſe ſuccèdent avec la rapidité des
éclairs. Eh bien, elle touche à peine au
deuxième mois de ſon mariage : & ce
pendant vous fçavez ſon hiſtoire. A ſes
côtés eſt un Maſque brun : elle eſt célé
bre par ſon aventure avec Dorilas.Vous
connoiſſez ſans doute cet événement. Si
je le connois, reprit avec enthouſiaſme
le Marquis. Je fais plus, car je l'envie.
Voilà de ces aventures qu'on payeroit
au poids de l'or. Une ſeule ſuffit pour
.
B iij
3o MERCURE DE FRANCE.
nous mettre au niveau des Courtiſans les
plus courus & les mieux fêtés. Sçavez
vous, Chevalier, que cela rendilluſtre ?
Mais apprenez - nous quelle eſt cette
Belle aux yeux bleux ſi doux, ſi languiſ
ſans ? Eh quoi t s'écria le Chevalier,
vous méconnoiſſez Fidelia, à la ſolitude
ui règne autour d'elle ? C'eſt elle qui a
épouſé un Cavalier de la figure la plus
aimable , qu'elle abhorre, pour idolâ
trer un homme à faire peur, & qui ſem
ble s'entendre avec le mari, pour réſiſ
ter à toutes ſes avances. Voyez comme
elle eſt iſolée: à peine s'échappe-t-il de ſon
côté quelques regards qui vont mourir à
ſes pieds. La mélancolie a pris dans ſes
yeux la place de la gaîté. Auſſi de quoi
s'aviſe-t-elle, de traiter ſérieuſement l'a-
mour. C'eſt un enfant charmant, mais
folâtre ; il faut ſe plier à tous ſes caprices:
Malheur à celles qui lui voudroient faire
parler le langage de la raiſon; la gravité
l'effarouche :
l'analyſer.
il faut le ſentir, & non
-
En finiſſant ces mots , le Chevalier
ſerra la main de la Dame avec un tranſ
port qui lui parut plus énergique que
tous ces éxemples. Alors un gros de
Maſques vint ſéparer d'eux le Marquis,
· plus attentif à conſidérer la Belle aux
A V R I L. 1764.
3I
yeux bleus, dont on lui faiſoit I'hiſtoire,
qu'à éxaminer ce qui ſe paſſoit autour de
lui. Madame ! s'écria tout-à- coup le
Chevalier, voici une loge vacante ; vous
devez être fatiguée; profitons-en ſi vous
voulez m'en croire. L'inconnue s'y laiſſa
conduire ; & continuoit de prêter une
oreille attentive aux leçons du Chevalier;
lorſque le Marquis d'Arimon, qui les
avoit ſuivis de l'œil , en ouvrit bruſque
ment la porte, & trouva ſon ami qui
baiſoit avec ardeur une main que l'on
n'avoit pas l'air de lui trop diſputer.
Il faut avouer, s'écria en riant d'Ari
mon, que tu es d'une préciſion ſingu
lière dans tes entrepriſes, & que ton
, étoilete ſert ici bien merveilleuſement! Il
eſt vrai, reprit le Chevalier, déſeſpéré
du contre-temps; l'aſcendant de mon
étoile eſt bien pour quelque choſe dans
cette affaire-ci : Mais c'eſt pourtant à
toi, c'eſt aux premiers conſeils que tu as
donnés à Madame , que je dois le bon
heur que tu t'aviſes ſi mal-à-propos de
venir troubler.
A ces mots, il prit une envie de rire
ſi démeſurée à la Dame , dont le Cheva
lier continuoit de baiſer la main, que le
tiſſu léger qui retenoit ſon maſque ſe
rompit, & laiſſa voir au Marquis un
B iV
32 MERCURE DE FRANCE.
viſage qui ne lui étoit que trop connu :
c'eſt-à-dire, celui de ſa femme, qu'il
croyoit alors dans les bras du ſommeil.
Le Marquis reſta pétrifié, la Dame con
fondue, le Chevalier ſeul conſerva ſon
enjouement. Eh bien, Marquis ! dit-il,
en lui frappant ſur l'épaule, que penſes- .
tu de cette aventure ?– Que je ſuis une
grande dupe - & que tu ne ſeras pas la
dernière.
ANECDOTE
Qu'on prendra pour un Conte.
EN vérité, Madame, vous êtes d'une
gaucherie qui ne ressemble à rien ! vous
affichez la gravité juſque dans le centre
des plaiſirs I c'eſt une erreur : je dis plus,
Madame, je dis plus, c'eſt exactement
un crime contre l'uſage. Le plaiſir eſt
une roſe : il eſt des Peuples aſſez mauſ
ſades pour ne la chérir qu'autant qu'elle
-
- *
-
24 MERCURE DE FRANCE.
eſt hériſſée d'épines. Nous autres nous
n'aimons point une conquête difficile.
Nous voulons aimer, le dire, & triom
pher : Un plaifir ceſſe de l'être lorſqu'il
eſt acheté. Survient-il une vapeur, un
caprice, un rien : eh bien l'on ſe quit
te, on ne s'aime plus , mais l'on s'eſti
me encore ; voilà tout. Avouez , Ma
dame , que les François ſçavent ma
nier merveilleuſement bien l'amour !
C'étoit à-peu-près en ces termes, que
le Marquis d'Arimon tachoit de calmer
les ſcrupules d'une très-jolie femme que
le reflux du Bal de l'Opera avoit amenée
à ſes côtés.
A
Beau Maſque , lui dit la Dame in
connue, qui l'avoit reconnu au premier
inſtant, vous êtes d'une folie outrée: vos
propos ſont légers, ſemillans; mais ils ne
ſont pas toujours dictés par le reſpect. -
Le refpeét ! ah bon, Dieu le reſpect ! —
je vous devine ! oui ſur mon honneur,
je tiens la clef de l'énigme ! je juge à ce
ſeul mot, que vous êtes mariée, vous
vous déconcertez ? — allons, avouez-le
moi de bonne grace.-Eh,mais, Mon
ſieur, quand il ſe1oit vrai, faudroit - il
en rougir ? -- Non , Madame,'je ne
porte pas la ſévérité ſi loin ; ce n'eſt
pas d'être mariée qu'il faut rougir
C'eſt
A V R I L. 1764.
25
c'eſt d'en faire un myſtère. A dire vrai,
eſt il une choſe de convenance mieux
imaginée que le mariage ? Tant qu'on
eſt fille , on eſt aſſervie à mille petits pré
jugés," il faut motiver tous ſes pas, diſ
cuter ehacune de ſes démarches, ſe maſ
quer enfin juſqu'à l'âme Sitôt qu'on eſt
femme, la ſcène change : le préjugé s'é-
vanouit, la liberté reſte. A l'abri d'un
nom qu'on échange contre le ſien , il
eſt permis d'avoir des manières, de ſe
livrer au tumulte du monde, quelque
fois même d'être extravagante ; & ſou
vent l'eſtime qu'on accorde au mari, eſt
en raiſon des folies de la femme.-Vous
parlez à merveille : on diroit que vous
tenez la clef de nos cœurs : mais , pour
connoître ſi bien le mariage, il faut en
avoir fait une épreuve.— Oh ! l'épreuve
eſt toute faite, Madame.-Comment ?-
Oui , Madame : mon Père étoit attaqué
de la Poſtéromanie ;
il crut qu'il étoit
temps d'aſſurer l'éternité de ſon nom.
Un beau matin il me mena chez un de
ſes vieux amis : ce vieil ami avoit une
fille très-jeune, qui ſortoit pour la pre
* Tous ces propos & ceux qui ſuivent ſont des
propos de bal, par leſquels il faut bien ſe garder de
juger de la morale de l'Auteur.
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE,
mière fois du Couvent. La viſite achevée,
il me demanda ſi cette Agnès me pouroit
convenir?Je lui répondis qu'àl'innocence
près , elle me convenoit au mieux. La ſe
conde viſite, je m'approchai un peu plus
près d'elle. Elle étoit tremblante. Pour la
raſſurer, je lui débitai toute entière une
page des Délices du Sentiment, que j'avois
appriſe par cœur. Elle commença à mi
nauder, à baiſſer les yeux. Je ſaiſis une
main paſſablement bien tournée; on ſe
fâcha, on cria au téméraire; je criai à l'in
diſcrette; & le tout ſe termina par me la
laiſſer baiſer. Le lendemain je l'épouſai ;
le lendemain je la menai en grande pom
pe en loge à l'Opéra, où je jouai le dou
cereux;& le lendemain je l'oubliai. Il y a!,
tjeicrois, plus de trois mois que nous
| ſommes enſemble. Jugez , Madame ,
A,: s'il ſeroit décent à un honnête homme
—de conſerver après des ſiècles, le ſouve
- nir de ſa femme- Eh bien ! admirez ce
que c'eſt que le rapport : j'aurois parié
que vous étiez le Marquis d'Arimon :
mais je m'apperçois que je me ſuis trom
pée bien lourdement. C'eſt un de ces
hommes aſſez peu délicats pour aimer
leur femme; mais pour l'aimer juſqu'à
la jalouſie ! On ſe dit à l'oreille le tour
· qu'il vient de lui jouer. Il a fait coucher
AV R I L. 1764.
27
ſa femme devant lui, de peur qu'elle ne
vint au Bal de l'Opéra. —- Que penſez
vous de ce tour ? ajouta-t-elle.—Ce que
j'en penſe, reprit le Marquis, en affectant
un air de plaiſanterie; ce que j'en penſe ?
C'eſt que le tour eſt abominable. - Le
connoiſſez-vous cet imbécile ? Moi , Ma
dame ! vous me faites une injure gratuite,
répliqua-t-il, en tâchant de dérober ſon
troubles ſon nom n'eſt pas même par
venu juſqu'à moi. C'eſt ſans doute un de
ces Provinciaux qui font confiſter bon
· nement leur honneur dans la vertu de
leurs femmes. C'eſt à coup ſûr un Cam
pagnard qui n'a pas la moindre notion
de ſon Paris. Mais, Madame, il ſeroit un
tour délicieux à lui jouer. Pourquoi ſa
femme ne profite-t-elle pas de ſon abſen
ce? Il ſeroit aſſez plaiſant que le Marquis
apprît à ſes dépens à connoître mieux
une autre fois , les loix de l'uſage. –
Mais, oui, ce ſeroit un tour aſſez piai
ſant... Comment, aſſez plaiſant ? Le ter
me eſt admirable : dites plutôt, Mada
me, dites un tour impayable !
Ce fut par beaucoup d'autres propos
ſemblables,que le Marquis tâcha de per
ſuader à l'inconnuë, qu'il n'étoit rien
moins que le Marquis d'Arimon : mais
elle l'avoit reconnu à des indices trop
B ij
28 MERCURE DE FRANCE.
certains, & elle demeura intimement
convaincue que c'étoit lui. Elle crut mê
me avoir des raiſons ſolides pour pouſſer
l'aventure juſques à la fin.
Eh bien, beau Maſque ! reprit-elle,
après pluſieurs tours de Bal, qu'eſt donc
devenue votre gaîté ? Je penſe que vous
vous aviſez de réfléchir- Il eſt vrai,Ma
dame, & très-ſérieuſement- Sérieuſe
ment?Ah! voilà qui eſt impardonnable
Point du tout, Madame. Eh ! qui donne
un plus vaſte champ aux réfléxions, que
les ſcrupules des femmes ? Ma foi rien
n'eſt plus propre à faire tomber dans la
mélancoiie. Heureuſement j'apperçois
le Chevalier D ***. C'eſt celui-là qui
ſçait ſon Paris par cœur. C'eſt un garçon
judicieux, qui paſſe une moitié de ſa vie
à tromper les femmes, & l'autre à duper
les pauvres maris. Au demeurant, c'eſt
un parfaitement honnête homme, un
garçon d'honneur. Eh ! Chevalier, lui
dit-il en l'abordant, on a beſoin ici de
ta préſence. Voici un Maſque charmant
dont il faut m'aider à vaincre les ſcrupu
les. Je ne m'en ſerois jamais douté, re
prit le Chevalier, avec un grand ſang
froid (car ſon cœur lui avoit fait recon
noître le Maſque dans la minute ). Cette
taille nous promet beaucoup de charmes.
A V R I L. 1764.
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29
En vérité, je trouve quelquefois les fem
mes d'une ſingularité qui me paſſe! Elles
croyent avec ſimplicité à mille petites
vertus , qui n'ont jamais eu d'éxiſtence
que dans les cerveaux creux de quelques
Maris. Eh, Meſdames ! daignez de gra
ce vous rapprocher de la nature. Eſt-il
rien de ſi naturel que d'être belle ? Eſt
il encore rien de ſi naturel que d'en
convaincre tout le monde ? Croyez que
je vous parle vrai, Madame ; je vous
reſpecte trop pour employer des raiſons
bien ſolides & bien ennuyeuſes pour
vous perſuader. C'eſt par un moyen plus
honnête & plus ſenſible,que je veux vous
convaincre.
Par éxemple , jettez un
coup-d'œil ſur les loges. Voyez-vous ce
maſque roſe & argent ? ſes yeux landent
des éclairs; un regard n'attend pas l'autré,
ils
ſe ſuccèdent avec la rapidité des
éclairs. Eh bien, elle touche à peine au
deuxième mois de ſon mariage : & ce
pendant vous fçavez ſon hiſtoire. A ſes
côtés eſt un Maſque brun : elle eſt célé
bre par ſon aventure avec Dorilas.Vous
connoiſſez ſans doute cet événement. Si
je le connois, reprit avec enthouſiaſme
le Marquis. Je fais plus, car je l'envie.
Voilà de ces aventures qu'on payeroit
au poids de l'or. Une ſeule ſuffit pour
.
B iij
3o MERCURE DE FRANCE.
nous mettre au niveau des Courtiſans les
plus courus & les mieux fêtés. Sçavez
vous, Chevalier, que cela rendilluſtre ?
Mais apprenez - nous quelle eſt cette
Belle aux yeux bleux ſi doux, ſi languiſ
ſans ? Eh quoi t s'écria le Chevalier,
vous méconnoiſſez Fidelia, à la ſolitude
ui règne autour d'elle ? C'eſt elle qui a
épouſé un Cavalier de la figure la plus
aimable , qu'elle abhorre, pour idolâ
trer un homme à faire peur, & qui ſem
ble s'entendre avec le mari, pour réſiſ
ter à toutes ſes avances. Voyez comme
elle eſt iſolée: à peine s'échappe-t-il de ſon
côté quelques regards qui vont mourir à
ſes pieds. La mélancolie a pris dans ſes
yeux la place de la gaîté. Auſſi de quoi
s'aviſe-t-elle, de traiter ſérieuſement l'a-
mour. C'eſt un enfant charmant, mais
folâtre ; il faut ſe plier à tous ſes caprices:
Malheur à celles qui lui voudroient faire
parler le langage de la raiſon; la gravité
l'effarouche :
l'analyſer.
il faut le ſentir, & non
-
En finiſſant ces mots , le Chevalier
ſerra la main de la Dame avec un tranſ
port qui lui parut plus énergique que
tous ces éxemples. Alors un gros de
Maſques vint ſéparer d'eux le Marquis,
· plus attentif à conſidérer la Belle aux
A V R I L. 1764.
3I
yeux bleus, dont on lui faiſoit I'hiſtoire,
qu'à éxaminer ce qui ſe paſſoit autour de
lui. Madame ! s'écria tout-à- coup le
Chevalier, voici une loge vacante ; vous
devez être fatiguée; profitons-en ſi vous
voulez m'en croire. L'inconnue s'y laiſſa
conduire ; & continuoit de prêter une
oreille attentive aux leçons du Chevalier;
lorſque le Marquis d'Arimon, qui les
avoit ſuivis de l'œil , en ouvrit bruſque
ment la porte, & trouva ſon ami qui
baiſoit avec ardeur une main que l'on
n'avoit pas l'air de lui trop diſputer.
Il faut avouer, s'écria en riant d'Ari
mon, que tu es d'une préciſion ſingu
lière dans tes entrepriſes, & que ton
, étoilete ſert ici bien merveilleuſement! Il
eſt vrai, reprit le Chevalier, déſeſpéré
du contre-temps; l'aſcendant de mon
étoile eſt bien pour quelque choſe dans
cette affaire-ci : Mais c'eſt pourtant à
toi, c'eſt aux premiers conſeils que tu as
donnés à Madame , que je dois le bon
heur que tu t'aviſes ſi mal-à-propos de
venir troubler.
A ces mots, il prit une envie de rire
ſi démeſurée à la Dame , dont le Cheva
lier continuoit de baiſer la main, que le
tiſſu léger qui retenoit ſon maſque ſe
rompit, & laiſſa voir au Marquis un
B iV
32 MERCURE DE FRANCE.
viſage qui ne lui étoit que trop connu :
c'eſt-à-dire, celui de ſa femme, qu'il
croyoit alors dans les bras du ſommeil.
Le Marquis reſta pétrifié, la Dame con
fondue, le Chevalier ſeul conſerva ſon
enjouement. Eh bien, Marquis ! dit-il,
en lui frappant ſur l'épaule, que penſes- .
tu de cette aventure ?– Que je ſuis une
grande dupe - & que tu ne ſeras pas la
dernière.
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Résumé : LE BAL DE L'OPERA, ANECDOTE Qu'on prendra pour un Conte.
Dans 'Le Bal de l'Opéra', une anecdote se déroule lors d'un bal à l'Opéra où le Marquis d'Arimon tente de séduire une dame en discutant de la légèreté des plaisirs et de l'amour. Il affirme que les Français privilégient les conquêtes faciles et éphémères. La dame, bien qu'elle reconnaisse le Marquis, feint de ne pas le connaître et aborde le sujet du mariage. Le Marquis révèle avoir épousé une jeune femme par obligation familiale, mais l'avoir rapidement oubliée. La dame mentionne un mari jaloux qui empêche sa femme de sortir, ce à quoi le Marquis réagit avec mépris, suggérant qu'elle pourrait profiter de l'absence de son mari pour aller au bal. La conversation se termine sur une note légère, le Marquis affirmant que les réflexions des femmes peuvent mener à la mélancolie. Par ailleurs, un narrateur observe des interactions sociales dans un théâtre. Le Chevalier D*** aide le narrateur à séduire une femme masquée nommée Fidelia, mariée à un homme qu'elle n'aime pas mais idolâtre un autre. Le Chevalier conseille de traiter l'amour avec légèreté. Plus tard, le Marquis d'Arimon surprend le Chevalier en train d'embrasser la main de la dame dans une loge. Le masque de la dame se déchire, révélant qu'il s'agit de la femme du Marquis. Ce dernier reste stupéfait, tandis que le Chevalier conserve son calme et son humour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 32
VERS à une jeune Demoiselle, en lui renvoyant les Etrennes maritimes.
Début :
FLORE, reprenez vos étrènnes ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à une jeune Demoiselle, en lui renvoyant les Etrennes maritimes.
VERS à une jeune Demoiselle, en lui
renvoyant les Etrennes maritimes.
FLORE, reprenez vos étrènnes ;
Pour n'être point marin j'ai de bonnes raiſons.
En voyant vos appas, en écoutant vos ſons,
J'ai trop appris à craindre les Syrènes.
Par l'Auteur de l'Epître à Ménalie.
renvoyant les Etrennes maritimes.
FLORE, reprenez vos étrènnes ;
Pour n'être point marin j'ai de bonnes raiſons.
En voyant vos appas, en écoutant vos ſons,
J'ai trop appris à craindre les Syrènes.
Par l'Auteur de l'Epître à Ménalie.
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11
p. 32-33
AUTRES. A deux jeunes Dlles qui s'appelloient réciproquement mari & femme.
Début :
COUPLE charmant, jeunes beautés, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES. A deux jeunes Dlles qui s'appelloient réciproquement mari & femme.
AUTRES.
A deux jeunes Dlles qui s'appelloient
réciproquement mari & femme.
COUPLE charmant, jeunes beautés,
Vous uſurpez nos droits & non nos qualités.
A V R I L. 1764:
En vous liant des nœuds du mariage,
C'eſt nous ôter un avantage
33
Qu'on ne peut remplacer par le ſeul ſentiment.
Rompez, rompez un vain engagement,
Des droits d'amour hymen ſçait trop l'uſage ;
Et vous feriez enſemble un trop mauvais ménage
Pour n'en vouloir pas faire un bon ſéparément..
Par le même.
A deux jeunes Dlles qui s'appelloient
réciproquement mari & femme.
COUPLE charmant, jeunes beautés,
Vous uſurpez nos droits & non nos qualités.
A V R I L. 1764:
En vous liant des nœuds du mariage,
C'eſt nous ôter un avantage
33
Qu'on ne peut remplacer par le ſeul ſentiment.
Rompez, rompez un vain engagement,
Des droits d'amour hymen ſçait trop l'uſage ;
Et vous feriez enſemble un trop mauvais ménage
Pour n'en vouloir pas faire un bon ſéparément..
Par le même.
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12
p. 33-35
PROVERBES. AIR : Nous sommes Précepteurs d'amour.
Début :
DAMIS, vos pas sont superflus, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROVERBES. AIR : Nous sommes Précepteurs d'amour.
PROVERBES. AIR : Nous sommes Précepteurs d'amour. DAMIS, vos pas sont superflus,
Si vous cherchez quelque reſſource : Des politesses, rien de plus :
On eſt ami juſqu'à la bouſe.
Ma femme eſt ſage, Dieu merci :
Je ſuis le maître, elle eſt maîtreſſe. Mille écus par an, sans souci :
Contentement paſſe richeſſe.
Une fillette quelquefois,
Pour un amant ſe détermine ;
Trompée, elle ſe mord les doigts.
Voit-on des Roſes ſans épines ?
B v
.
3+
MERCURE DE FRANCE..
Iris dit qu'élle a deux amans,
L'aveu paroît aſſez étrange ;
Bouffis de votre patrimoine,
'
C'eſt les vouloir rendre inconſtans.
Moutons comptés le Loup les mange-.
Vous, ſans naiſſance & ſans talens,.
Vous vous parez bien vainement ;
Car l'habit ne fait pas le moine.
Cléon dans ſes entêtemens,
Avec aigreur perſiſte encore.
n eſt écrit qu'on perdſon tems,.
A laver la tête d'un more.
Cloris d'un amant craint la voix,
Et tous les jours Cloris l'accueille.
Onne doitpoint allerau bois ,
Quand on appréhende la feuille. .
L'eſprit ſans la réfléxion,
Souvent fait faire des bévues.
Peaux de Renard & de Lion ,-
Doivent enſemble être couſues.
Vous vantez inutilement
Et mon eſprit, & ma droiture,
#in contre fin aſſurément,
M'eſ pas bon pourfaire doublures
-
A V R I L. 1764 .
Liqueurs, vin vieux & vin nouveau ,
Font qu'aujourd'hui Damon trépaſſe,
Enfin, tant va la cruche a l'eau,
Qu'à la fontaine elleſe caſſe.
On dit qu'Orgon n'eſt pas content
Du préſent que lui faît Alcide.
Cheval donné veut cependant
Qu'on ne regarde pas la bride.
Mondor diſoit j'ai du crédit,
J'aurai la place la plus haute ;
Timon l'obtient, & chacun dit :
Mondor comptoit, mais ſans ſon hâte..
Eraſte trop ambitieux,
Se voit réduit à la beſace,
Phaëton fut-il juſqu'aux cieux ?
Non, mal étreint qui trop embraſſes
D'un ſot orgueil Lubin pourvu :
De ſes voiages vous aſſomme :
Il a tout fait, il a tout vu.
A beau mentir qui vient de Rome.-
|
#
)
35
Par M. FUZILLIER, à Amiens.
Si vous cherchez quelque reſſource : Des politesses, rien de plus :
On eſt ami juſqu'à la bouſe.
Ma femme eſt ſage, Dieu merci :
Je ſuis le maître, elle eſt maîtreſſe. Mille écus par an, sans souci :
Contentement paſſe richeſſe.
Une fillette quelquefois,
Pour un amant ſe détermine ;
Trompée, elle ſe mord les doigts.
Voit-on des Roſes ſans épines ?
B v
.
3+
MERCURE DE FRANCE..
Iris dit qu'élle a deux amans,
L'aveu paroît aſſez étrange ;
Bouffis de votre patrimoine,
'
C'eſt les vouloir rendre inconſtans.
Moutons comptés le Loup les mange-.
Vous, ſans naiſſance & ſans talens,.
Vous vous parez bien vainement ;
Car l'habit ne fait pas le moine.
Cléon dans ſes entêtemens,
Avec aigreur perſiſte encore.
n eſt écrit qu'on perdſon tems,.
A laver la tête d'un more.
Cloris d'un amant craint la voix,
Et tous les jours Cloris l'accueille.
Onne doitpoint allerau bois ,
Quand on appréhende la feuille. .
L'eſprit ſans la réfléxion,
Souvent fait faire des bévues.
Peaux de Renard & de Lion ,-
Doivent enſemble être couſues.
Vous vantez inutilement
Et mon eſprit, & ma droiture,
#in contre fin aſſurément,
M'eſ pas bon pourfaire doublures
-
A V R I L. 1764 .
Liqueurs, vin vieux & vin nouveau ,
Font qu'aujourd'hui Damon trépaſſe,
Enfin, tant va la cruche a l'eau,
Qu'à la fontaine elleſe caſſe.
On dit qu'Orgon n'eſt pas content
Du préſent que lui faît Alcide.
Cheval donné veut cependant
Qu'on ne regarde pas la bride.
Mondor diſoit j'ai du crédit,
J'aurai la place la plus haute ;
Timon l'obtient, & chacun dit :
Mondor comptoit, mais ſans ſon hâte..
Eraſte trop ambitieux,
Se voit réduit à la beſace,
Phaëton fut-il juſqu'aux cieux ?
Non, mal étreint qui trop embraſſes
D'un ſot orgueil Lubin pourvu :
De ſes voiages vous aſſomme :
Il a tout fait, il a tout vu.
A beau mentir qui vient de Rome.-
|
#
)
35
Par M. FUZILLIER, à Amiens.
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Résumé : PROVERBES. AIR : Nous sommes Précepteurs d'amour.
Le texte expose divers proverbes et réflexions morales sur les relations humaines et les apparences. Il met en garde contre les politesses superficielles qui dissimulent souvent des intentions malveillantes et les dangers des tromperies amoureuses. La vanité et l'ambition excessive sont également critiquées, illustrées par des proverbes comme 'l'habit ne fait pas le moine' et 'tant va la cruche à l'eau qu'à la fontaine elle se casse'. Ces thèmes sont illustrés par des personnages tels que Cléon, Cloris, Mondor, Eraste et Lubin. Le texte se termine par une réflexion sur l'orgueil et les conséquences néfastes de l'excès d'ambition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 36
A Madame D... sous le nom de Constance.
Début :
O Poëtes fameux, dont les pénibles vei[ll]es [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Madame D... sous le nom de Constance.
A Madame D... sous le nom de
Constance.
O Poëtes fameux, dont les pénibles vei[ll]es
Nous ont produit de ſi beaux vers !
O vous ! qu'admire l'Univers,
Dont vous nous peignez les merveilles :
De vos nobles travaux quel peut être le fruit ?
Quelque fumée , un peu de bruit ;
Voilà cette immortelle gloire
Qu'on nomme hautement les faveurs d'Apollon.
Pour être inſcrits auTemple de Mémoire,
Que vous avez gémi dans le ſacré vallon ! ...
De votre ſort au mien, quelle eſt là différence !
Jugez, Meſſieurs les Beaux-Eſprits :
Vous ne vivez qu'en eſpérance,
Tandis que mes foibles écrits
Sont couronnés d'un baiſer de Conſtance.
Constance.
O Poëtes fameux, dont les pénibles vei[ll]es
Nous ont produit de ſi beaux vers !
O vous ! qu'admire l'Univers,
Dont vous nous peignez les merveilles :
De vos nobles travaux quel peut être le fruit ?
Quelque fumée , un peu de bruit ;
Voilà cette immortelle gloire
Qu'on nomme hautement les faveurs d'Apollon.
Pour être inſcrits auTemple de Mémoire,
Que vous avez gémi dans le ſacré vallon ! ...
De votre ſort au mien, quelle eſt là différence !
Jugez, Meſſieurs les Beaux-Eſprits :
Vous ne vivez qu'en eſpérance,
Tandis que mes foibles écrits
Sont couronnés d'un baiſer de Conſtance.
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Résumé : A Madame D... sous le nom de Constance.
Le poème s'adresse aux poètes célèbres, admirés mondialement, et questionne la véritable récompense de leurs œuvres, souvent éphémère. Le poète contraste son sort avec le leur, soulignant que ses écrits modestes reçoivent une reconnaissance immédiate et personnelle, symbolisée par un baiser de Constance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 36-37
A Madame ****.
Début :
CÉLIMENE à mon coeur à remis son destin ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Madame ****.
A Madame ****.
CÉLIMENE à mon coeur à remis son destin ;
Mon cœur à ſa tendreſſe à remis ſa fortune :
Nos deſtinées ainſi jamais n'en feront qu'une,
En vain le monde dit, toute choſe a ſa fin :
A V R I L. 1764:
37
Nous ſçavons trop, pour croire à cette erreur
commune,
Que quand l'amour à l'eſtime s'eſt joint,
Et le bonheur & l'amour n'en ont point.
CÉLIMENE à mon coeur à remis son destin ;
Mon cœur à ſa tendreſſe à remis ſa fortune :
Nos deſtinées ainſi jamais n'en feront qu'une,
En vain le monde dit, toute choſe a ſa fin :
A V R I L. 1764:
37
Nous ſçavons trop, pour croire à cette erreur
commune,
Que quand l'amour à l'eſtime s'eſt joint,
Et le bonheur & l'amour n'en ont point.
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15
p. 37-41
PARADOXE Littéraire sur les Rois de France appellés FAINÉANS.
Début :
LE surnom de Fainéans, donné aux derniers Princes de la première Race de [...]
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texteReconnaissance textuelle : PARADOXE Littéraire sur les Rois de France appellés FAINÉANS.
PARADOXE Littéraire sur les Rois de
France appellés FAINÉANS.
LE surnom de Fainéans, donné aux
derniers Princes de la première Race de
nos Rois ſans beaucoup de fondement, a
trompé juſqu'ici tous ceux qui, croyant
trouver dans les Hiſtoriens des premiers
temps de notre Monarchie les interprêtes
fidèles de la vérité, ont penſé d'après leur
témoignage qu'ils méritoient tous ce titre
odieux. J'eſſaye aujourd'hui de laver la
mémoire de la plûpart d'un accuſation ſi
déshonorante ;-& j'eſpère d'autant plus
y réuſſir, que je tirerai mes preuves
du fonds même de l'Hiſtoire, en les ap
puyant ſur des faits reconnus pour in
conteſtables.
-
-
Quand on cherche ſincèrement la vé
rité, il faut écarter tous les nuages qui
pourroient l'obſcurcir : ainſi commen
çons par prendre une idée claire & pré
ciſe des fonctions attachées à la place de
38 MERCURE DE FRANCE.
ces Sujets fameux qui faiſoient, dit-on,.
trembler leurs Maîtres , ou plutôt qui
n'en reconnoiſſoient aucun. Les Maires
du Palais, dans leur origine , dit un il
luſtre Sçavant, repréſentoient celui qui
eſt aujourd'hui en Eſpagne le Grand
Maître ou Majordome ; & c'eſt-là l'idée
qu'on doit avoir de tous les Maires du
Palais qui ſe trouvent nommés dans
l'Hiſtoire avant la mort de Dagobert I.
Leur puiſſance s'accrut , il eſt vrai, après
la mort de ce Prince ; & cet emploi, qui
n'étoit donné d'abord que pour un
temps, devint par la ſuite héréditaire
dans les familles. Ils ne commandoient .
d'abord que dans le Palais de 4os Rois :
ils ſçurent ſe rendre néceſſaires ; ils de
, vinrent bientôt premiers Miniſtres, & on
ne tarda pas à leur confier le comman
dement des Armées.Ce fut alors qu'ayant "
la force en main, le titre de Maire dut
Palais leur parut n'exprimer que foible
ment l'étendue de leur puiſſance; ils pri
rent celui de Ducs des François. Tous ces
changemens nous prouvent que l'ambi
tion fut toujours la même chez les hom
mes : adroite ou hardie, prudente ou
diſſimulée, rarement eſt-elle délicate ſur
le choix des moyens qu'elle employe
pour parvenir à ſes fins. Ce qu'il y a de
AV R I L. 1764.
g9:
ſingulier, & que d'autres ont ſûrement
remarqué avant moi , c'eſt que les fem
mes, ces mobiles ordinaires de toutes
les grandes révolutions, n'eurent aucune
part à celle-ci.
Sept de nos Rois ſont compris ſous
- l'odieuſe dénomination de Fainéans..
éxaminons ſi tous les ſept ont mérité vé
ritablement de porter ce titre.
Thierri III. eſt à leur tête.. En liſant
ſon Hiſtoire , on voit un Prince brave &
courageux, qui ſouffre avec impatience
la protection que Pepin, ſon Maire du
Palais, accordoit aux Rebelles, & qui
lève une armée pour l'en punir. Ce ne
fut pas la première fois qu'on vit ſuc
comber celui qui avoit le bon droit de
ſon côté ; Thierri fut défait, & ſa mort
ſuivit de près ſa diſgrace. Il eſt vrai
qu'elle ne fit pas plus d'éclat que celle
d'un ſimple particulier, & ce fut ſûre
ment un trait de la politique de Pepin ,
qui avoit de bonnes raiſons ſans doute
pour étouffer le bruit d'un pareil événe
1l6ºInt.
-
Clovis III , fils de Thierri, ſuccède à
ſon père. Mais que pouvoit-il faire dans
le court eſpace d'un règne dè cinq années
contre un Sujet auſſi puiſſant & auſſi ac
crédité que Pepin ?
4o MERCURE DE FRANCE.
Childebert II, frère de Clovis, monte
ſur le Trône après lui. Si l'on peut être
† homme ſans être Conquérant, le
urnom de Juſte que lui donnent les Hif
toriens, dépoſe en ſa faveur.
Je ne diſſimulerai point que ſon fils
Dagobert III eut peu d'autorité. Prince
foible & timide, ſes Peuples ſe révoltè
ſang après ſa mort.
-
rent contre lui ; & il eut ſi peu de puiſ--
fance , qu'on ne reſpecta pas même ſon
connu pour Roi,& fut nommé Chilpéric.
Le mettra-t-on au nombre des Rois
-
Daniel, fils de Childeric II, fut re- .
Fainéans, ce Prince illuſtre qui, ſecon
dé de Rainfroy, ſon Maire du Palais,
repouſſa à diverſes repriſes les efforts de
Charles Martel, & ne céda enfin qu'a-
près avoir long-temps combattu ?
Thierri IV, ſon ſucceſſeur, placé ſur
le Trône par la main du Maire du Pa
lais , le laiſſa agir d'abord par reconnoiſ
ſance. Si dans la ſuite nous ne voyons pas
qu'il ait tiré vengeance de l'inſulte ſan
glante qu'il reçut lors du Traité d'Aqui
taine , conclu avec Herald, fils du fa
meux Duc Eudes, il eſt à croire que les
moyens lui manquèrent, ou que s'il les
eut, la mort l'empêcha d'en faire uſage.
L'interrègne qui fuivit la mort de
A V R E L. 1764.
41
Thierri, en augmentant les reſſources
de Charles Martel, mit Childeric III
dans l'impuiſſance de lui réſiſter; & il
ne faut pas conclure que ce Prince n'eut
aucunes vertus, parce qu'il fut malheu
reux : tout ce qu'on en peut dire, c'eſt
qu'il ne lui fut pas poſſible de les mettre
all Jour.
France appellés FAINÉANS.
LE surnom de Fainéans, donné aux
derniers Princes de la première Race de
nos Rois ſans beaucoup de fondement, a
trompé juſqu'ici tous ceux qui, croyant
trouver dans les Hiſtoriens des premiers
temps de notre Monarchie les interprêtes
fidèles de la vérité, ont penſé d'après leur
témoignage qu'ils méritoient tous ce titre
odieux. J'eſſaye aujourd'hui de laver la
mémoire de la plûpart d'un accuſation ſi
déshonorante ;-& j'eſpère d'autant plus
y réuſſir, que je tirerai mes preuves
du fonds même de l'Hiſtoire, en les ap
puyant ſur des faits reconnus pour in
conteſtables.
-
-
Quand on cherche ſincèrement la vé
rité, il faut écarter tous les nuages qui
pourroient l'obſcurcir : ainſi commen
çons par prendre une idée claire & pré
ciſe des fonctions attachées à la place de
38 MERCURE DE FRANCE.
ces Sujets fameux qui faiſoient, dit-on,.
trembler leurs Maîtres , ou plutôt qui
n'en reconnoiſſoient aucun. Les Maires
du Palais, dans leur origine , dit un il
luſtre Sçavant, repréſentoient celui qui
eſt aujourd'hui en Eſpagne le Grand
Maître ou Majordome ; & c'eſt-là l'idée
qu'on doit avoir de tous les Maires du
Palais qui ſe trouvent nommés dans
l'Hiſtoire avant la mort de Dagobert I.
Leur puiſſance s'accrut , il eſt vrai, après
la mort de ce Prince ; & cet emploi, qui
n'étoit donné d'abord que pour un
temps, devint par la ſuite héréditaire
dans les familles. Ils ne commandoient .
d'abord que dans le Palais de 4os Rois :
ils ſçurent ſe rendre néceſſaires ; ils de
, vinrent bientôt premiers Miniſtres, & on
ne tarda pas à leur confier le comman
dement des Armées.Ce fut alors qu'ayant "
la force en main, le titre de Maire dut
Palais leur parut n'exprimer que foible
ment l'étendue de leur puiſſance; ils pri
rent celui de Ducs des François. Tous ces
changemens nous prouvent que l'ambi
tion fut toujours la même chez les hom
mes : adroite ou hardie, prudente ou
diſſimulée, rarement eſt-elle délicate ſur
le choix des moyens qu'elle employe
pour parvenir à ſes fins. Ce qu'il y a de
AV R I L. 1764.
g9:
ſingulier, & que d'autres ont ſûrement
remarqué avant moi , c'eſt que les fem
mes, ces mobiles ordinaires de toutes
les grandes révolutions, n'eurent aucune
part à celle-ci.
Sept de nos Rois ſont compris ſous
- l'odieuſe dénomination de Fainéans..
éxaminons ſi tous les ſept ont mérité vé
ritablement de porter ce titre.
Thierri III. eſt à leur tête.. En liſant
ſon Hiſtoire , on voit un Prince brave &
courageux, qui ſouffre avec impatience
la protection que Pepin, ſon Maire du
Palais, accordoit aux Rebelles, & qui
lève une armée pour l'en punir. Ce ne
fut pas la première fois qu'on vit ſuc
comber celui qui avoit le bon droit de
ſon côté ; Thierri fut défait, & ſa mort
ſuivit de près ſa diſgrace. Il eſt vrai
qu'elle ne fit pas plus d'éclat que celle
d'un ſimple particulier, & ce fut ſûre
ment un trait de la politique de Pepin ,
qui avoit de bonnes raiſons ſans doute
pour étouffer le bruit d'un pareil événe
1l6ºInt.
-
Clovis III , fils de Thierri, ſuccède à
ſon père. Mais que pouvoit-il faire dans
le court eſpace d'un règne dè cinq années
contre un Sujet auſſi puiſſant & auſſi ac
crédité que Pepin ?
4o MERCURE DE FRANCE.
Childebert II, frère de Clovis, monte
ſur le Trône après lui. Si l'on peut être
† homme ſans être Conquérant, le
urnom de Juſte que lui donnent les Hif
toriens, dépoſe en ſa faveur.
Je ne diſſimulerai point que ſon fils
Dagobert III eut peu d'autorité. Prince
foible & timide, ſes Peuples ſe révoltè
ſang après ſa mort.
-
rent contre lui ; & il eut ſi peu de puiſ--
fance , qu'on ne reſpecta pas même ſon
connu pour Roi,& fut nommé Chilpéric.
Le mettra-t-on au nombre des Rois
-
Daniel, fils de Childeric II, fut re- .
Fainéans, ce Prince illuſtre qui, ſecon
dé de Rainfroy, ſon Maire du Palais,
repouſſa à diverſes repriſes les efforts de
Charles Martel, & ne céda enfin qu'a-
près avoir long-temps combattu ?
Thierri IV, ſon ſucceſſeur, placé ſur
le Trône par la main du Maire du Pa
lais , le laiſſa agir d'abord par reconnoiſ
ſance. Si dans la ſuite nous ne voyons pas
qu'il ait tiré vengeance de l'inſulte ſan
glante qu'il reçut lors du Traité d'Aqui
taine , conclu avec Herald, fils du fa
meux Duc Eudes, il eſt à croire que les
moyens lui manquèrent, ou que s'il les
eut, la mort l'empêcha d'en faire uſage.
L'interrègne qui fuivit la mort de
A V R E L. 1764.
41
Thierri, en augmentant les reſſources
de Charles Martel, mit Childeric III
dans l'impuiſſance de lui réſiſter; & il
ne faut pas conclure que ce Prince n'eut
aucunes vertus, parce qu'il fut malheu
reux : tout ce qu'on en peut dire, c'eſt
qu'il ne lui fut pas poſſible de les mettre
all Jour.
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Résumé : PARADOXE Littéraire sur les Rois de France appellés FAINÉANS.
Le texte traite du surnom 'Fainéants' attribué aux derniers rois de la première race des rois de France, un qualificatif que l'auteur juge injustifié. Il cherche à réhabiliter la mémoire de ces souverains en s'appuyant sur des faits historiques. L'auteur commence par expliquer l'évolution des fonctions des Maires du Palais, qui sont passés de simples administrateurs à des personnages puissants et influents, occupant parfois les rôles de premiers ministres et de commandants des armées. Cette évolution illustre l'ambition constante des hommes, indépendamment des moyens utilisés. Le texte examine ensuite sept rois souvent qualifiés de 'Fainéants' : Thierry III, Clovis III, Childebert III, Dagobert III, Daniel, Thierry IV et Childeric III. Thierry III est décrit comme un prince brave et courageux, bien qu'il ait été vaincu par son Maire du Palais, Pepin. Clovis III, trop jeune et ayant régné seulement cinq ans, n'a pas pu s'opposer à Pepin. Childebert III est loué pour sa justice. Dagobert III est présenté comme faible et timide, tandis que Daniel est célébré pour ses exploits militaires. Thierry IV, bien qu'initialement soumis à son Maire du Palais, n'a pas pu se venger en raison de circonstances défavorables. Enfin, Childeric III, malgré son échec, n'est pas dépourvu de vertus. L'auteur conclut que ces rois ne méritaient pas tous le titre de 'Fainéants'.
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16
p. 41-43
EPITRE A M. le Comte de M.... Capitaine de Cavalerie.
Début :
ENFANT chéri de la Nature, [...]
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. le Comte de M.... Capitaine de Cavalerie.
EPITRE
A M. le Comte de M.... Capitaine de Cavalerie.
ENFANT chéri de la Nature,
Né pour le bonheur des humains,
C'eſt à toi ſeul , ſage Epicure,
Que je dois mes heureux deſtins !
Tes dogmes gravés dans mon âme
Réglent mes tranquilles deſirs ;
Tout m'amuſe, rien ne m'enflâme ,
Et mes travaux ſont mes plaiſirs.
Dieu ſéduiſant de l'harmonie,
Prête-moi tes pinceaux flatteurs ;
L'agréable Philoſophie
Dont je fais la régle des mœurs.
42 MERCURE DE FRANCE.
Nos cris annoncent les douleurs,
Ét nos yeux ont verſé des pleurs .
Avant d'avoir vu la lumière.
On nous ravit la liberté
Avant d'en connoître l'uſage.
Qu'un triſte enfant emmaillotté
Repréſente bien l'eſclavage !
Si jamais le Dieu de l'Amour
De l'hymen me rend tributaire ,
Mes enfans en voyant le jour,
Viendront dans les bras de leur père ::
Leurs mains pourront en liberté
Careſſer le ſein de leur mère
Qui s'ouvre à leur avidité.
Quelle odieuſe indifférence
Soumit les jours de notre enfance
A des Pédans durs ou flatteurs
Pourquoi des leçons étrangères ? .
Nous faut-il d'autres Précepteurs
Que les exemples de nos pères,
Et d'autres tableaux que nos mœurs?:
Quelle inconcevable manie
A porté les foibles humains
A paſſer dix ans de leur vie
Avec les Grecs & les Latins ?
Ah ! plutôt qu'au printemps de l'âge,,
Des Muſes le doux badinage,
En amuſant notre loiſir,
Nous enſeigne l'art de jouir..
*
A V R I L. 1764.
Qu'une ſolitude agréable ,
Nous délivre de ces inſtans,
Oû las des femmes, de la table,
On fuit tous les amuſemens :
Nous y ferons loin des Sçavans
Des Livres un commerce aimable,
Et de l'Etude un paſſe-temps.
Les Arts, enfans de la Nature,
Viendroient en troubler le repos;
L. ... .. de la Peinture
Conduiroit les rians pinceaux ;
Les Eléves de Polymnie
Régleroient les ſons de la voix,.
Et l'air ſous leurs agiles doigts
En feroient briller l'harmonie. .
Tels ont été les ſentimens
Du Philoſophe de la Gréce,
Ce doux ami de la foibleſſe
Nous guidant ſelon nos penchans,,
Nous conduiroit à la vieilleſſe
Par des chemins toujours rians.
Par M. de L. R. du M....
A M. le Comte de M.... Capitaine de Cavalerie.
ENFANT chéri de la Nature,
Né pour le bonheur des humains,
C'eſt à toi ſeul , ſage Epicure,
Que je dois mes heureux deſtins !
Tes dogmes gravés dans mon âme
Réglent mes tranquilles deſirs ;
Tout m'amuſe, rien ne m'enflâme ,
Et mes travaux ſont mes plaiſirs.
Dieu ſéduiſant de l'harmonie,
Prête-moi tes pinceaux flatteurs ;
L'agréable Philoſophie
Dont je fais la régle des mœurs.
42 MERCURE DE FRANCE.
Nos cris annoncent les douleurs,
Ét nos yeux ont verſé des pleurs .
Avant d'avoir vu la lumière.
On nous ravit la liberté
Avant d'en connoître l'uſage.
Qu'un triſte enfant emmaillotté
Repréſente bien l'eſclavage !
Si jamais le Dieu de l'Amour
De l'hymen me rend tributaire ,
Mes enfans en voyant le jour,
Viendront dans les bras de leur père ::
Leurs mains pourront en liberté
Careſſer le ſein de leur mère
Qui s'ouvre à leur avidité.
Quelle odieuſe indifférence
Soumit les jours de notre enfance
A des Pédans durs ou flatteurs
Pourquoi des leçons étrangères ? .
Nous faut-il d'autres Précepteurs
Que les exemples de nos pères,
Et d'autres tableaux que nos mœurs?:
Quelle inconcevable manie
A porté les foibles humains
A paſſer dix ans de leur vie
Avec les Grecs & les Latins ?
Ah ! plutôt qu'au printemps de l'âge,,
Des Muſes le doux badinage,
En amuſant notre loiſir,
Nous enſeigne l'art de jouir..
*
A V R I L. 1764.
Qu'une ſolitude agréable ,
Nous délivre de ces inſtans,
Oû las des femmes, de la table,
On fuit tous les amuſemens :
Nous y ferons loin des Sçavans
Des Livres un commerce aimable,
Et de l'Etude un paſſe-temps.
Les Arts, enfans de la Nature,
Viendroient en troubler le repos;
L. ... .. de la Peinture
Conduiroit les rians pinceaux ;
Les Eléves de Polymnie
Régleroient les ſons de la voix,.
Et l'air ſous leurs agiles doigts
En feroient briller l'harmonie. .
Tels ont été les ſentimens
Du Philoſophe de la Gréce,
Ce doux ami de la foibleſſe
Nous guidant ſelon nos penchans,,
Nous conduiroit à la vieilleſſe
Par des chemins toujours rians.
Par M. de L. R. du M....
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Résumé : EPITRE A M. le Comte de M.... Capitaine de Cavalerie.
L'épître est adressée au Comte de M..., capitaine de cavalerie, et exprime la reconnaissance de l'auteur envers Épicure, dont les doctrines ont orienté ses désirs et actions. L'auteur affirme que tout l'amuse sans l'enflammer et que ses travaux sont ses plaisirs. Il souhaite obtenir les faveurs du dieu de l'harmonie pour suivre une philosophie agréable régulant ses mœurs. Le texte traite ensuite de la condition humaine, notant que les douleurs et les pleurs précèdent souvent la liberté. Il critique l'éducation traditionnelle, avec ses précepteurs étrangers et ses leçons inutiles, préférant les exemples des pères et les mœurs locales. L'auteur regrette le temps passé à étudier les Grecs et les Latins, suggérant que les Muses devraient enseigner l'art de jouir de la vie dès le jeune âge. L'épître se termine par une vision idyllique de solitude agréable, dédiée aux lectures et à l'étude comme passe-temps, loin des savants et des arts perturbateurs. Les sentiments évoqués rappellent ceux d'Épicure, guidant vers une vieillesse sereine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 44-46
TRADUCT'ION libre d'un Extrait de l'Idylle de MOSCHUS, sur la mort de BION, son Maître.
Début :
BOCAGES de Sicile, & vous Ondes plaintives, [...]
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texteReconnaissance textuelle : TRADUCT'ION libre d'un Extrait de l'Idylle de MOSCHUS, sur la mort de BION, son Maître.
TRADUCT'ION libre d'un Extrait de
l'Idylle de MOSCHUS, sur la mort
de BION, son Maître.
BOCAGES de Sicile, & vous Ondes plaintives,
Uniſſez vos regrets à mes lugubres chants ;
| Fleuves délicieux qui coulez ſur ces rives,
Mêlez votre murmure à mes accords touchans !
Epanouiſſez-vous ſur vos tiges mourantes,
Fleurs, & néxhalez plus vos ſuaves odeurs ;
Roſe, cache à mes yeux tes couleurs éclatantes,
Dérobe tes beautés, partage mes douleurs !
Bion meurt . .. il n'eſt plus ! vous ſombres Hya
cynthes,
-
Parlez, & montrez-nous dans vos couleurs éte ntes
Montrez-nous triſtement le ſujet de nos pleurs.
Soupirez avec moi, Muſes Siciliennes ;
-
Uniſſons nos ſanglots, vos douleurs ſont les miennes.
Vous, Roſſignols plaintifs ſous ces ombrages frais,
Aux Ondes d'Aréthuſ apprenez nos regrets :
Bion meurt ! ... avec lui le Dieu de l'harmonie,
· En ſoupirant encor ſuit ces triſtes climats ;
Les yeux baignés de pleurs la tendre Polymnie,
Nous quitte pour jamais, & marche ſur ſes pas.
Soupirex avec moi, Muſes Siciliennes 2
ºniſſons nos ſanglots,vos douleurs ſont les miennes,
A V R I L. 1764:
45
Cygnes, mélodieux , dans vos triſtes chanſons,
Déplorez nos malheurs ſur les bords du Méandre ;
Pleurez ce beau berger; chantez d'une voix tendre
Comme il chantoit jadis dans ces riants vallons.
Couché nonchalamment ſous un épais feuillage,
Ses ſons harmonieux s'élevoient dans les airs :
Mais hélas deſcendu ſur le ſombre rivage,
Il médite à préſent de lugubres concerts.
Vous qui dans nos forêts imitez ſes àccens,
Vclez ſur ce Cyprès, oiſeaux de ce bocage ;
A ſes mânes divins rendez encore hommage ;
Honorez ſon tombeau par des accords touchans,
Vous qui vivez de pleurs, Colombes gémiſſantes,
Venez, venez pleurer dans ce ſombre réduit ;
Et quand le jour fuira vers les Mers inconſtantes,
Apprenez nos douleurs aux ombres de la nuit.
Soupirez avec moi, Muſes Siciliennes ;
Uniſſons nos ſanglots, vos douleursſont les miennes.
Qui pourra déſormais enfler tes chalumeaux,
Trop aimable berger ! hélas depuis ta perte,
Les plaiſirs ont quitté cette rive déſerte,
Nos chants n'éveillent plus les flolâtres échos.
Une ſombre langueur s'eſt ici répandue ;
Le Dieu Pan ſe retire au fond de nos forêts ;
Je tiens languiſſamment ma flute ſuſpendue ;
Ce rivage n'emtend que mes triſtes regrèts !
46 MERCURE DE FRANCE.
voyez dans nos vergers une naiſſante Roſe,
· Etaler à vos yeux ſa ſuperbe couleur ;
Par les pleurs du matin à peine eſt-elle écloſe,
Que le midi la voit tomber dans la langueur.
Mais lorſque le printems ſur ſon aîle riante,
Raméne dans nos bois Flore avec le plaiſir,
On voit briller encor ſa beauté renaiſſante,
Et ſon ſein ſe r'ouvrir aux baiſers du zéphir.
Hélas il n'en eſt pas ainſi de notre vie !
A peine goutons-nous la douceur des beaux jours »
Que par les coups du ſort elle nous eſt ravie.
La mort vient , nous tombens, hélas ! & pour tou
jours.
Par M. Br.... d'Angers.
l'Idylle de MOSCHUS, sur la mort
de BION, son Maître.
BOCAGES de Sicile, & vous Ondes plaintives,
Uniſſez vos regrets à mes lugubres chants ;
| Fleuves délicieux qui coulez ſur ces rives,
Mêlez votre murmure à mes accords touchans !
Epanouiſſez-vous ſur vos tiges mourantes,
Fleurs, & néxhalez plus vos ſuaves odeurs ;
Roſe, cache à mes yeux tes couleurs éclatantes,
Dérobe tes beautés, partage mes douleurs !
Bion meurt . .. il n'eſt plus ! vous ſombres Hya
cynthes,
-
Parlez, & montrez-nous dans vos couleurs éte ntes
Montrez-nous triſtement le ſujet de nos pleurs.
Soupirez avec moi, Muſes Siciliennes ;
-
Uniſſons nos ſanglots, vos douleurs ſont les miennes.
Vous, Roſſignols plaintifs ſous ces ombrages frais,
Aux Ondes d'Aréthuſ apprenez nos regrets :
Bion meurt ! ... avec lui le Dieu de l'harmonie,
· En ſoupirant encor ſuit ces triſtes climats ;
Les yeux baignés de pleurs la tendre Polymnie,
Nous quitte pour jamais, & marche ſur ſes pas.
Soupirex avec moi, Muſes Siciliennes 2
ºniſſons nos ſanglots,vos douleurs ſont les miennes,
A V R I L. 1764:
45
Cygnes, mélodieux , dans vos triſtes chanſons,
Déplorez nos malheurs ſur les bords du Méandre ;
Pleurez ce beau berger; chantez d'une voix tendre
Comme il chantoit jadis dans ces riants vallons.
Couché nonchalamment ſous un épais feuillage,
Ses ſons harmonieux s'élevoient dans les airs :
Mais hélas deſcendu ſur le ſombre rivage,
Il médite à préſent de lugubres concerts.
Vous qui dans nos forêts imitez ſes àccens,
Vclez ſur ce Cyprès, oiſeaux de ce bocage ;
A ſes mânes divins rendez encore hommage ;
Honorez ſon tombeau par des accords touchans,
Vous qui vivez de pleurs, Colombes gémiſſantes,
Venez, venez pleurer dans ce ſombre réduit ;
Et quand le jour fuira vers les Mers inconſtantes,
Apprenez nos douleurs aux ombres de la nuit.
Soupirez avec moi, Muſes Siciliennes ;
Uniſſons nos ſanglots, vos douleursſont les miennes.
Qui pourra déſormais enfler tes chalumeaux,
Trop aimable berger ! hélas depuis ta perte,
Les plaiſirs ont quitté cette rive déſerte,
Nos chants n'éveillent plus les flolâtres échos.
Une ſombre langueur s'eſt ici répandue ;
Le Dieu Pan ſe retire au fond de nos forêts ;
Je tiens languiſſamment ma flute ſuſpendue ;
Ce rivage n'emtend que mes triſtes regrèts !
46 MERCURE DE FRANCE.
voyez dans nos vergers une naiſſante Roſe,
· Etaler à vos yeux ſa ſuperbe couleur ;
Par les pleurs du matin à peine eſt-elle écloſe,
Que le midi la voit tomber dans la langueur.
Mais lorſque le printems ſur ſon aîle riante,
Raméne dans nos bois Flore avec le plaiſir,
On voit briller encor ſa beauté renaiſſante,
Et ſon ſein ſe r'ouvrir aux baiſers du zéphir.
Hélas il n'en eſt pas ainſi de notre vie !
A peine goutons-nous la douceur des beaux jours »
Que par les coups du ſort elle nous eſt ravie.
La mort vient , nous tombens, hélas ! & pour tou
jours.
Par M. Br.... d'Angers.
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Résumé : TRADUCT'ION libre d'un Extrait de l'Idylle de MOSCHUS, sur la mort de BION, son Maître.
Le texte est une traduction libre d'un extrait de l'Idylle de Moschus, où le poète pleure la mort de Bion, son maître. Il appelle les éléments naturels de Sicile, comme les bocages, les fleuves et les fleurs, ainsi que les Muses siciliennes, les rossignols et les cygnes, à partager sa douleur. La disparition de Bion est comparée à celle de Polymnie, muse de la poésie lyrique. Le poète déplore la fin des plaisirs et des chants harmonieux, remplacés par une sombre langueur. Il compare la brièveté de la vie humaine à celle d'une rose qui fleurit et meurt rapidement. Le texte se conclut par une réflexion sur la fugacité de la vie et l'inévitable venue de la mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 46-47
A une jeune Dame qui venoit de jouer sur un Théâtre particulier le rôle de la SERVANTE MAITRESSE, dans la Piéce du même nom.
Début :
DE Pandolphe chacun partage la foiblesse. [...]
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texteReconnaissance textuelle : A une jeune Dame qui venoit de jouer sur un Théâtre particulier le rôle de la SERVANTE MAITRESSE, dans la Piéce du même nom.
A une jeune Dame qui venoit de jouer
sur un Théâtre particulier le rôle de
la SERVANTE MAITRESSE, dans
la Piéce du même nom.
DE Pandolphe chacun partage la foiblesse.
Qui ne ſeroit ému de tes divins accens ?
Que tu mérites bien le titre de Maitreſſe !
C'eſt toi qu'on doit ſervir : tes yeux ſont ſi puiſ
ſans !
Où brilleront ces yeux, regnera la tendreſſe.
A V R I L. 1764.
47
*Tu charmes tour-à-tour l'eſprit, le cœur, les
' ſens,
,Pour te peindre, il faudroit raſſembler ſur tes
tfa CGS
Le Goût, le Sentiment, la Fineſſe & les Grâces.
Par M. GUICHARD.
sur un Théâtre particulier le rôle de
la SERVANTE MAITRESSE, dans
la Piéce du même nom.
DE Pandolphe chacun partage la foiblesse.
Qui ne ſeroit ému de tes divins accens ?
Que tu mérites bien le titre de Maitreſſe !
C'eſt toi qu'on doit ſervir : tes yeux ſont ſi puiſ
ſans !
Où brilleront ces yeux, regnera la tendreſſe.
A V R I L. 1764.
47
*Tu charmes tour-à-tour l'eſprit, le cœur, les
' ſens,
,Pour te peindre, il faudroit raſſembler ſur tes
tfa CGS
Le Goût, le Sentiment, la Fineſſe & les Grâces.
Par M. GUICHARD.
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Résumé : A une jeune Dame qui venoit de jouer sur un Théâtre particulier le rôle de la SERVANTE MAITRESSE, dans la Piéce du même nom.
Le poème d'avril 1764, signé M. Guichard, loue une jeune actrice interprétant la Servante Maîtresse. L'auteur admire ses talents, ses yeux puissants et sa capacité à charmer l'esprit, le cœur et les sens. Elle est qualifiée de 'Maîtresse', méritant ce titre par ses multiples qualités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 47-52
SUITE des Lettres à SOPHIE.
Début :
LETTRE III. A une heure & demie de la nuit. [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Lettres à SOPHIE.
SUITE des Lettres à SOPHIE.
LETTRE
III.
A une heure & demie de la nuit.
JE vous écris de mon lit. Je laiſſe cou
rir ma plume : mon cœur dicte ce qu'elle
trace. Aimable Sophie , je ne puis vous
exprimer mes peines. Pourquoi m'accu
ſer d'être volage? Ah! ſi l'on me reproche
de la légèreté, c'eſt que juſqu'à préſent
je n'avois guères connu l'amour. Je ne
, vous avois pas vue : je prenois mes goûts
pour des paſſions. C'eſt peut être un mal
heur pour moi de vous connoître. Que
je vous aime ! Ce n'eſt point le preſtige
des ſens qui me ſéduit; c'eſt l'aſſemblage
de tous les ſentimens honnêtes qui m'at
· tache à vous pour jamais. Au nom de
tout ce qui vous eſt cher , ne quittez ja
mais votre amant. Il ſouffre, il eſt mal
48 MERCURE DE FRANCE.
heureux , il eſt délicat & ſenſible. Ses
larmes coulent. .. .. Ma bonne Amîe ,
que vous me connoiſſez peu, ſi vous
doutez de mes ſentimens !
L E T T R E I V.
A minuit.
#
Escone une Lettre, de mon lit. Je
veux vous écrire tous les ſoirs, & vous
rendre compte de tous mes ſentimens ,
de toutes les affections de mon âme.
Hélas ! ne vous devrai je jamais un inſ
tant de joie ? Le plaiſir de m'occuper de
vous ſera-t il donc toujours mêlé de re
| grets & de peines ? Que faites-vous, ma
chère Maîtreſſe, tandis que l'ennui me
conſume ? Songez-vous que vous avez
un Amant qui ne reſpire que pour vous ?
qui ne voit & n'entend que vous ?
Nous eûmes hier un ſpectacle intéreſ
ſant. Toute la ville entouroit une An
gloiſe qui, ſans contredit, eſt une rare
Beauté. Rien de plus régulier que ſon
viſage ; rien de plus fin que ſes traits.
Elle a des cheveux noirs qui relèvent la
blancheur de la plus belle peau, des
yeux charmans, une bouche parfaite.
Tout le monde en étoit enchanté, &
II} O l
A V R I L. 1764.
49
moi je diſois tout bas ; ma chère Sophie
eſt plus aimable encore. Cette An
loiſe eſt belle , ma Maîtreſſe eſt raviſ
§ : ſes regards expriment bien mieux
le ſentiment. Quand pourrai-je y lire
encore mon bonheur ? Je précipitois
l'Etrangère du trône qu'on élevoit à ſes
charmes, & j'y plaçois avec tranſport
l'Idôle de mon cœur. Daigne, du haut
de ce trône, écouter les vœux d'un in
fortuné qui t'adorera toujours ! daigne
lui ſourire , & le plus grand Roi du mon
de enviera mon ſort. Mon aimable , ma
chère Sophie, vous êtes tout pour moi :
ſans vous, je ne veux plus de la vie, Que
ferois-je de ce préſent funeſte ? La mort
vaut mieux qu'un
éternel déſeſpoir.
On m'a fait trembler. Dorval, m'a-t-on
dit , s'eſt informé de votre fortune; il a
ſongé à vous. Je crains peu cette âme
vile ; mais verrois je un rival plus heu
reux me fermer votre cœur, ce cœur
qui ſeul peut m'attacher à la vie, de qui
dépend la dcuceur de mes jours ? O ma
chère Sophie ! je ſuis tranquille , je ſçais
compter ſur vous.Je vous embraſſe mille
fois, & je vais tâcher de m'endormir.
Puiſſe un ſonge flatteur charmer un inſ
tant mes peines. Hélas ! je ne puis donc
jouir que d'un bonheur imaginaire ? La
II. Vol.
5o MERCURE DE FRANCE.
plus douce illuſion ne vaudra jamais la
réalité.
L E T T R E V.
E ne vous écrivis point hier au ſoir. La
mélancolie ſombre qui fatiguoit mon
âme eût paſſé dans ma Lettre, & ne
vous auroit pas amuſée. Je ſuis un peu
mieux, & ma plume ſe trouve ſous ma
main. Elle s'y trouve ſouvent. Si je ne
m'en ſuis pas ſervi hier au ſoir, combien
de fois mes ardens ſoupirs, mes tendres
diſcours alloient chercher ma Sophie !
Que vous êtes aimable ! lui diſois-je tout
ému. Quelle grâce ! quelle douceur !
que vous êtes ingrate, ſi vous ne m'ai
mez pas ! Que la chaîne qui m'attache à
vous eſt forte & charmante ! Ah ! ſou
· venez-vous de ce jour où je vous remis
une Lettre en vous quittant. Vous la re
fuſiez, cruelle ! Vous avez vu mon trou
ble, mon accablement. Mais pourrai-je
vous exprimer le délire & l'agitation de
mon âme, quand je pris cette main dans
la mienne ? Dieu , quel moment ! Je
ſentis qu'elle ſe laiſſoit ouvrir pour rece
A V R I L. 1764.
-
51
*voir cet heureux billet. ... Je tremblois
de joie , ma bonne amie ; je ne pouvois
parler.... Ah ! ſi j'étois parti ſans vous
laiſſer ce gage de mon amour, ſi vous
l'aviez abſolument refuſé; ſi vous aviez
eu cet excès de rigueur, oui, la mort
m'eût ſemblé moins affreuſe ; je l'euſſe
préférée ſans héſiter au tourment, à
l'horreur de vous déplaire. O mon aima
ble Maîtreſſe l quel eſt donc cet amour
que vous m'avez inſpiré ? Il me conſume
tout entier. Mon cœur y pourra-t-il ſuf
re ? Hé! comment ne pas m'abandon
ner au penchant qui m'entraîne ? Vous
êtes belle ſans doute ; mais le charme
qui m'attire & me ſubjugue eſt dans vo
tre âme. C'eſt elle qui ſe peint dans vos
traits, dans vos yeux ; c'eſt elle qui don
· ne de la vie à vos grâces.Vous me faites
ſentir que l'attrait de la beauté tient à la
vertu. Il en eſt comme du génie; il s'al
tère & s'éteint à meſure que l âme ſe
corrompt. De même, une femme ſans
mœurs peut ſéduire; mais je doute fort
qu'elle puiſſe toucher & fixer long-temps
les adorateurs de ſa figure. On croit
bientôt démêler, dans ſa phyſionomie,la
baſſeſſe des ſentimens de ſon cœur. Ce
n'eſt plus le même objet; il ſemble que
ſa beauté diſparoiſſe à meſure que ſon
C ij
52 MERCURE DE FRANCE.
âme ſe dégrade. Pour vous, ma chère &
reſpectable Amie, j'aurai toujours de
nouvelles raiſons de vous aimer davan
tage. Je vous trouverai toujours plus
charmante ; ou, ſi l'amitié ſuccède enfin
à l'amour, elle lui reſſemblera ſi bien,
que la différence ne ſera guères ſenſible.
Douce & tendre Sophie ! unique Amie
de mon cœur ! nous trouverons toujours
dans la candeur & l'honnêteté qui nous
animent, les délices du ſentiment; & le
ſouvenir de nos premiers feux répandra
juſques ſur nos vieux jours le charme de
notre heureuſe jeuneſſe.
LETTRE
III.
A une heure & demie de la nuit.
JE vous écris de mon lit. Je laiſſe cou
rir ma plume : mon cœur dicte ce qu'elle
trace. Aimable Sophie , je ne puis vous
exprimer mes peines. Pourquoi m'accu
ſer d'être volage? Ah! ſi l'on me reproche
de la légèreté, c'eſt que juſqu'à préſent
je n'avois guères connu l'amour. Je ne
, vous avois pas vue : je prenois mes goûts
pour des paſſions. C'eſt peut être un mal
heur pour moi de vous connoître. Que
je vous aime ! Ce n'eſt point le preſtige
des ſens qui me ſéduit; c'eſt l'aſſemblage
de tous les ſentimens honnêtes qui m'at
· tache à vous pour jamais. Au nom de
tout ce qui vous eſt cher , ne quittez ja
mais votre amant. Il ſouffre, il eſt mal
48 MERCURE DE FRANCE.
heureux , il eſt délicat & ſenſible. Ses
larmes coulent. .. .. Ma bonne Amîe ,
que vous me connoiſſez peu, ſi vous
doutez de mes ſentimens !
L E T T R E I V.
A minuit.
#
Escone une Lettre, de mon lit. Je
veux vous écrire tous les ſoirs, & vous
rendre compte de tous mes ſentimens ,
de toutes les affections de mon âme.
Hélas ! ne vous devrai je jamais un inſ
tant de joie ? Le plaiſir de m'occuper de
vous ſera-t il donc toujours mêlé de re
| grets & de peines ? Que faites-vous, ma
chère Maîtreſſe, tandis que l'ennui me
conſume ? Songez-vous que vous avez
un Amant qui ne reſpire que pour vous ?
qui ne voit & n'entend que vous ?
Nous eûmes hier un ſpectacle intéreſ
ſant. Toute la ville entouroit une An
gloiſe qui, ſans contredit, eſt une rare
Beauté. Rien de plus régulier que ſon
viſage ; rien de plus fin que ſes traits.
Elle a des cheveux noirs qui relèvent la
blancheur de la plus belle peau, des
yeux charmans, une bouche parfaite.
Tout le monde en étoit enchanté, &
II} O l
A V R I L. 1764.
49
moi je diſois tout bas ; ma chère Sophie
eſt plus aimable encore. Cette An
loiſe eſt belle , ma Maîtreſſe eſt raviſ
§ : ſes regards expriment bien mieux
le ſentiment. Quand pourrai-je y lire
encore mon bonheur ? Je précipitois
l'Etrangère du trône qu'on élevoit à ſes
charmes, & j'y plaçois avec tranſport
l'Idôle de mon cœur. Daigne, du haut
de ce trône, écouter les vœux d'un in
fortuné qui t'adorera toujours ! daigne
lui ſourire , & le plus grand Roi du mon
de enviera mon ſort. Mon aimable , ma
chère Sophie, vous êtes tout pour moi :
ſans vous, je ne veux plus de la vie, Que
ferois-je de ce préſent funeſte ? La mort
vaut mieux qu'un
éternel déſeſpoir.
On m'a fait trembler. Dorval, m'a-t-on
dit , s'eſt informé de votre fortune; il a
ſongé à vous. Je crains peu cette âme
vile ; mais verrois je un rival plus heu
reux me fermer votre cœur, ce cœur
qui ſeul peut m'attacher à la vie, de qui
dépend la dcuceur de mes jours ? O ma
chère Sophie ! je ſuis tranquille , je ſçais
compter ſur vous.Je vous embraſſe mille
fois, & je vais tâcher de m'endormir.
Puiſſe un ſonge flatteur charmer un inſ
tant mes peines. Hélas ! je ne puis donc
jouir que d'un bonheur imaginaire ? La
II. Vol.
5o MERCURE DE FRANCE.
plus douce illuſion ne vaudra jamais la
réalité.
L E T T R E V.
E ne vous écrivis point hier au ſoir. La
mélancolie ſombre qui fatiguoit mon
âme eût paſſé dans ma Lettre, & ne
vous auroit pas amuſée. Je ſuis un peu
mieux, & ma plume ſe trouve ſous ma
main. Elle s'y trouve ſouvent. Si je ne
m'en ſuis pas ſervi hier au ſoir, combien
de fois mes ardens ſoupirs, mes tendres
diſcours alloient chercher ma Sophie !
Que vous êtes aimable ! lui diſois-je tout
ému. Quelle grâce ! quelle douceur !
que vous êtes ingrate, ſi vous ne m'ai
mez pas ! Que la chaîne qui m'attache à
vous eſt forte & charmante ! Ah ! ſou
· venez-vous de ce jour où je vous remis
une Lettre en vous quittant. Vous la re
fuſiez, cruelle ! Vous avez vu mon trou
ble, mon accablement. Mais pourrai-je
vous exprimer le délire & l'agitation de
mon âme, quand je pris cette main dans
la mienne ? Dieu , quel moment ! Je
ſentis qu'elle ſe laiſſoit ouvrir pour rece
A V R I L. 1764.
-
51
*voir cet heureux billet. ... Je tremblois
de joie , ma bonne amie ; je ne pouvois
parler.... Ah ! ſi j'étois parti ſans vous
laiſſer ce gage de mon amour, ſi vous
l'aviez abſolument refuſé; ſi vous aviez
eu cet excès de rigueur, oui, la mort
m'eût ſemblé moins affreuſe ; je l'euſſe
préférée ſans héſiter au tourment, à
l'horreur de vous déplaire. O mon aima
ble Maîtreſſe l quel eſt donc cet amour
que vous m'avez inſpiré ? Il me conſume
tout entier. Mon cœur y pourra-t-il ſuf
re ? Hé! comment ne pas m'abandon
ner au penchant qui m'entraîne ? Vous
êtes belle ſans doute ; mais le charme
qui m'attire & me ſubjugue eſt dans vo
tre âme. C'eſt elle qui ſe peint dans vos
traits, dans vos yeux ; c'eſt elle qui don
· ne de la vie à vos grâces.Vous me faites
ſentir que l'attrait de la beauté tient à la
vertu. Il en eſt comme du génie; il s'al
tère & s'éteint à meſure que l âme ſe
corrompt. De même, une femme ſans
mœurs peut ſéduire; mais je doute fort
qu'elle puiſſe toucher & fixer long-temps
les adorateurs de ſa figure. On croit
bientôt démêler, dans ſa phyſionomie,la
baſſeſſe des ſentimens de ſon cœur. Ce
n'eſt plus le même objet; il ſemble que
ſa beauté diſparoiſſe à meſure que ſon
C ij
52 MERCURE DE FRANCE.
âme ſe dégrade. Pour vous, ma chère &
reſpectable Amie, j'aurai toujours de
nouvelles raiſons de vous aimer davan
tage. Je vous trouverai toujours plus
charmante ; ou, ſi l'amitié ſuccède enfin
à l'amour, elle lui reſſemblera ſi bien,
que la différence ne ſera guères ſenſible.
Douce & tendre Sophie ! unique Amie
de mon cœur ! nous trouverons toujours
dans la candeur & l'honnêteté qui nous
animent, les délices du ſentiment; & le
ſouvenir de nos premiers feux répandra
juſques ſur nos vieux jours le charme de
notre heureuſe jeuneſſe.
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Résumé : SUITE des Lettres à SOPHIE.
Les lettres adressées à Sophie révèlent des sentiments amoureux profonds et douloureux. L'auteur, alité et tourmenté par l'amour, exprime ses peines et nie toute légèreté. Il affirme que sa rencontre avec Sophie lui a fait découvrir la véritable nature de l'amour. Il supplie Sophie de ne jamais le quitter, soulignant sa sensibilité et sa souffrance. Dans une autre lettre, il décrit une Anglaise admirée pour sa beauté, mais compare favorablement Sophie à cette dernière, la trouvant plus aimable et expressive. Il craint la concurrence d'un rival nommé Dorval, mais reste confiant en l'amour de Sophie. L'auteur évoque un moment émouvant où il a remis une lettre à Sophie. Il admire non seulement la beauté de Sophie, mais aussi sa vertu et son âme, affirmant que la véritable beauté réside dans la moralité. Il espère que leur amour perdurera, se transformant éventuellement en amitié, tout en restant tendre et candide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 52
« LE mot de la premiere Enigme du premier volume du Mercure d'Avril est [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du premier volume du Mercure d'Avril est [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du premier volume du Mercure d'Avril est [...] »
LE mot de la premiere Enigme du
premier volume du Mercure d'Avril est
la Cheminée. Celui de la ſeconde eſt le
fuſeau. Celui de la troiſiéme eſt, faſcia,
bandeau royal, bandage de Chirurgien,
ſublatâ litterâ remanet aſcia, une hache.
Celui du premier Logogryphe eſt le Lo
gogryphe lui méme, dans lequel on trou
Ve Loi , Roi , lyre, gloire, loire , hor
loge , loge, gril & orge. Celui du ſe
cond eſt Cordon. On y trouve cor, or,
roc, don , on, nord, rond,
premier volume du Mercure d'Avril est
la Cheminée. Celui de la ſeconde eſt le
fuſeau. Celui de la troiſiéme eſt, faſcia,
bandeau royal, bandage de Chirurgien,
ſublatâ litterâ remanet aſcia, une hache.
Celui du premier Logogryphe eſt le Lo
gogryphe lui méme, dans lequel on trou
Ve Loi , Roi , lyre, gloire, loire , hor
loge , loge, gril & orge. Celui du ſe
cond eſt Cordon. On y trouve cor, or,
roc, don , on, nord, rond,
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21
p. 53
ENIGME.
Début :
JAMAIS par moi lieux bas ne furent habités ; [...]
Mots clefs :
Coq d'un clocher
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
E N I G M E.
\
Jauxis par moi lieux bas ne furent habités ; .
Mon corps eſt agiſſant ſans vie; v,
Et l'on me voit tourner les yeux de tous côtés,
Quoique de regarder je n'aye aucune envie.
\
Jauxis par moi lieux bas ne furent habités ; .
Mon corps eſt agiſſant ſans vie; v,
Et l'on me voit tourner les yeux de tous côtés,
Quoique de regarder je n'aye aucune envie.
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22
p. 53
AUTRE.
Début :
DANS les forêts j'ai pris naissance, [...]
Mots clefs :
Bâton de maréchal de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U T R JE.
D A N s les forêts j'ai pris naiſſance,
Et rien n'eſt égal à mon ſort,
Puiſque ce n'eſt qu'après ma mort
Qu'on me voit en grande puiſſance.
- Je reviens des champs dans les villes ,
J'acquiers de la beauté de maiſon en maiſon ;
Et quand on me poſſéde, on peut avec raiſon
Croire à l'Etat être des plus utiles,
A la Cour chacun me deſire ;
Je ſuis ſi bien auprès du Roi ,
Qu'il veut que je porte avec moi
- Quelque marque de ſon Empire ;
Mon régne eſt celui de la guerre ;
Et bien qu'eſclave des humains,
Quand je tombe en de bonnes mains,
Je fais trembler toute la Terre.
D A N s les forêts j'ai pris naiſſance,
Et rien n'eſt égal à mon ſort,
Puiſque ce n'eſt qu'après ma mort
Qu'on me voit en grande puiſſance.
- Je reviens des champs dans les villes ,
J'acquiers de la beauté de maiſon en maiſon ;
Et quand on me poſſéde, on peut avec raiſon
Croire à l'Etat être des plus utiles,
A la Cour chacun me deſire ;
Je ſuis ſi bien auprès du Roi ,
Qu'il veut que je porte avec moi
- Quelque marque de ſon Empire ;
Mon régne eſt celui de la guerre ;
Et bien qu'eſclave des humains,
Quand je tombe en de bonnes mains,
Je fais trembler toute la Terre.
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23
p. 54-55
LOGOGRYPHE.
Début :
MON tout, ami Lecteur, est un objet immonde : [...]
Mots clefs :
Fange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
L O G O G R Y P H E.
M oN tout, ami Lecteur,eſt un objet immonde :
Rien de plus dégoûtant,rien de plus vil au monde-.
Mais diviſe mon être, & décompoſe-moi ;
Sous des traits différens je me préſente à toi.
D'abord j'ai de l'eſprit, ſi tu m'ôtes la tête ;
Qu'on m'ôte auſſi le ventre , & je ſuis une bête.
Coupe de plus ma queue, ô changement ſubit !
Je ceſſe d'être bête, & je n'ai plus d'eſprit.
Cependant, qui l'eût cru ? quel étrange myſtère !
D'une foule d'enfans je me vois le vrai père.
Mais ſi tu rends mon chef,je perds tous mes enfans,.
Je le deviens moi-même, & j'acquiers pour paº
16ºnS
Un Chaſſeur téméraire , un Animal timide
Que Calchas autrefois immola dans l'Aulide.
Laiſſe à côté mon chef, prends maintenant mon
corps :
Arraches-en le coeur ; & malgré tes e orts
\ Succombant à ton tour , d'une main ennemie ,
Te briſe auſſi ton corps, je t'arrache la vie.
Mais enfin de mon être ainſi martyriſé,
De mes membres épars, de mon corps diviſé
Prends mon coeur & ma queue , ajoutes-y ma,
tête,
A V R I L. 1764. 55
A l'abri, dans mon ſein, tu braves la tempête,
Tu traverſes les mers, tu vogues ſur les eaux,
· En dépit de l'orage, & du courroux des flots.
Be....... p. d, c. d. 1»-
M oN tout, ami Lecteur,eſt un objet immonde :
Rien de plus dégoûtant,rien de plus vil au monde-.
Mais diviſe mon être, & décompoſe-moi ;
Sous des traits différens je me préſente à toi.
D'abord j'ai de l'eſprit, ſi tu m'ôtes la tête ;
Qu'on m'ôte auſſi le ventre , & je ſuis une bête.
Coupe de plus ma queue, ô changement ſubit !
Je ceſſe d'être bête, & je n'ai plus d'eſprit.
Cependant, qui l'eût cru ? quel étrange myſtère !
D'une foule d'enfans je me vois le vrai père.
Mais ſi tu rends mon chef,je perds tous mes enfans,.
Je le deviens moi-même, & j'acquiers pour paº
16ºnS
Un Chaſſeur téméraire , un Animal timide
Que Calchas autrefois immola dans l'Aulide.
Laiſſe à côté mon chef, prends maintenant mon
corps :
Arraches-en le coeur ; & malgré tes e orts
\ Succombant à ton tour , d'une main ennemie ,
Te briſe auſſi ton corps, je t'arrache la vie.
Mais enfin de mon être ainſi martyriſé,
De mes membres épars, de mon corps diviſé
Prends mon coeur & ma queue , ajoutes-y ma,
tête,
A V R I L. 1764. 55
A l'abri, dans mon ſein, tu braves la tempête,
Tu traverſes les mers, tu vogues ſur les eaux,
· En dépit de l'orage, & du courroux des flots.
Be....... p. d, c. d. 1»-
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24
p. 55
AUTRE.
Début :
DANS un seul mot trouvez Mein, Rhin, [...]
Mots clefs :
Pyrrhonisme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U T R E.
DAss un ſeul mot trouvez Mein, Rhin,.
Rome , miroir , Roi , ris & miſe,
Renom , ſirop, Rhone & Serin ,
Iphis, Héros, Memphis & Piſe.
Par M. LAvs de BoIssF'.
DAss un ſeul mot trouvez Mein, Rhin,.
Rome , miroir , Roi , ris & miſe,
Renom , ſirop, Rhone & Serin ,
Iphis, Héros, Memphis & Piſe.
Par M. LAvs de BoIssF'.
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25
p. 55-56
CHANSON Imitée de la 40 e Ode d'Anacréon. AIR : De la Romance de Daphné.
Début :
IL étoit fête à Cythère ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON Imitée de la 40 e Ode d'Anacréon. AIR : De la Romance de Daphné.
CHANSON
Imitée de la 40e Ode d'Anacréon. AIR : De la Romance de Daphné.
IL étoit fête à Cythère ;
Cupidon cueilloit des fleurs.
Bientôt ſous ſa main légère,
Un bouquet fait pour ſa mère
Brille de mille couleurs.
C iy
56 MERCURE DE FRANCE.
*
-
Le ſein vermeil d'une roſe
Vient de s'ouvrir à l'inſtant :
A peine il la voit écloſe,
Que ſoudain il ſe propoſe
D'en embellir ſon préſent.
Déjà de la fleur vermeille
Il touche un bouton naiſſant ;
Une impitoyable Abeille
Sous ſes petits doigts s'éveille,
Et le pique en s'envolant.
Fleur perfide ! ... cruels charmes,
Dit l'Amour, verſant des pleurs. ..
Cypris vient à ſes allarmes.
Les yeux de l'Amour en larmes
Sont autant de traits vainqueurs.
Je partage ton injure,
Lui répondit-elle ; mais .. ;
Dois-je plaindre une piquure,
Quand tu ris de la bleſſure
D'un cœur percé de tes traits ?
Imitée de la 40e Ode d'Anacréon. AIR : De la Romance de Daphné.
IL étoit fête à Cythère ;
Cupidon cueilloit des fleurs.
Bientôt ſous ſa main légère,
Un bouquet fait pour ſa mère
Brille de mille couleurs.
C iy
56 MERCURE DE FRANCE.
*
-
Le ſein vermeil d'une roſe
Vient de s'ouvrir à l'inſtant :
A peine il la voit écloſe,
Que ſoudain il ſe propoſe
D'en embellir ſon préſent.
Déjà de la fleur vermeille
Il touche un bouton naiſſant ;
Une impitoyable Abeille
Sous ſes petits doigts s'éveille,
Et le pique en s'envolant.
Fleur perfide ! ... cruels charmes,
Dit l'Amour, verſant des pleurs. ..
Cypris vient à ſes allarmes.
Les yeux de l'Amour en larmes
Sont autant de traits vainqueurs.
Je partage ton injure,
Lui répondit-elle ; mais .. ;
Dois-je plaindre une piquure,
Quand tu ris de la bleſſure
D'un cœur percé de tes traits ?
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Résumé : CHANSON Imitée de la 40 e Ode d'Anacréon. AIR : De la Romance de Daphné.
La chanson, inspirée d'Anacréon, montre Cupidon cueillant des fleurs sur l'île de Cythère pour Vénus. Il ajoute une rose à son bouquet mais est piqué par une abeille. Blessé, il accuse la fleur. Vénus lui rappelle que ses flèches blessent aussi les cœurs, soulignant une justice poétique.
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