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1
p. 179-188
Histoire des malheurs du Charles II. Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
La mort du Roy d'Angleterre est un de ces grands évènemens, [...]
Mots clefs :
Angleterre, Prince, Comte, Marquis, Rebelles, Écosse, Armes, Prince de Galles, Irlande
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texteReconnaissance textuelle : Histoire des malheurs du Charles II. Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
La mort du Roy d'Angle
terre eft un de ces grands :
événemens , dont tout le
monde eft inftruit fi- toft
180 MERCURE
qu'ils font arrivez . Ainfi , Madame
, je ne doute point que
vous ne l'ayez apprife prefque
en mefme temps qu'on
l'a fceue icy. Avant que de
vous en faire aucun détail,
je croy qu'il fera bon de vous.
dire en peu de mots , quelle
a efté la vie de ce Prince . Sa
fortune eft finguliere , & la.
maniére dont il est monté au
Trône apres les grands perils
qu'il a effuyez , merite bien
qu'on s'en rafraichiffe la mémoire.
Charles II . du nom,
Roy d'Angleterre , d'Irlande
& d'Ecoffe , né le 29. May
GALANT. 181
1630. étoit Fils de Charles I.
& d'Henriette
de France ,
Fille de Henry le Grand , &
de Marie de Medicis . Il eut
pour Parrains le Roy Louis
XIII. & le Prince Electeur
Palatin , repreſentez par le
Duc de Lenox , & le Marquis .
Hamilton , & pour Marraine
Anne d'Autriche , Reyne de
France, dont Madame la Ducheffe
de Richemont tenoit
la place. Il fut enfuite procla
mé Roy d'Angleterre , d'E
coffe & d'Irlande , Prince de
Galles , Duc de Cornuaille &
Comte de Cheſter , avec les
182 MERCURE
ceremonics accoûtumées.
Le foin de fon éducation fut
confié au Comte de Nevvcaſtle
, & à peine eut- il receu
les premieres impreffions
des Leçons qu'il luy donnoit,
que l'envie & l'ambition
commencerent à exciter les
Soûlevemens , dont les fuites
cnt efté fi funeftes . Le Prince
élevé dans ces defordres ,
ne refpiroit que la Guerre , &
le Roy fon Pere quiregardoit
l'ardeur naturelle de fon Fils,
comme un fecours contre
l'audace de fes Sujets , ne négligea
rien pour la cultiver.
GALANT. 183
que
Il n'avoit point encore atteint
fà feiziéme année , lors
qu'il foûtint un Party , qui
étoit beaucoup plus fort
le fien , & que commandoit
Farfax. lly fit des actions
ſurprenantes , mais ſa valeur
fut contrainte de céder au
nombre , & il ſe trouva réduit
à la néceffité de la retraite,
ce qu'il fit avec beaucoup de
prudence. Le trouble ayant
augmenté , & les forces du
Roy diminüant , le Prince fe
rendit à la Cour de France
aupres de la Reyne fa Mere,
dans l'efperance d'y agir uti
184 MERCURE
lement , pour obtenir des ſe-
Cours étrangers contre les
Rebelles. Il écrivit delà à
tous les Princes de l'Europe,
qui étoient Alliez de la Couronne
d'Angleterre
, mais
n'ayat pû obtenir affez promptement
ce qu'il demandoit,
le Roy qui demeuroit fans
Armées , fut obligé de s'aller
jetter dans les bras des Ecoffois
, fes plus mortels Ennemis
. Ils le receurent avec
toutes les marques d'un zéle
fincere , & les promefles pleines
d'artifice dont ils fe fervirent
, pour luy faire croire
GALANT. 18
qu'ils entroient veritablement
dans fes interefts , l'engagerent
à faire quitter les
Armes au Marquis de Montroffe
. C'etoit un Homme
inviolablement attaché à fon
Party , & qui avec plus de
valeur que de forces , avoit
réduit le Marquis Dargil ,,
Chef des Ecoffois rebelles,
à luy ceder deux fois la Cam--
pagne . Il avoit gagné plufieurs
Batailles , pris Edimbourg
, & fignalé fa fidélité :
par des actions qui avoient :
intimidé les Ecoffois. Il auroit
pouffé fes progrés pluss
Fevrier 1685.
Q
186 MERCURE
loin , fi la bonté du Roy
trop facile , ne l'euft obligé
à les arrefter. Il eut befoin
des ordres les plus preffans
pour obeïr , parce qu'il prévoyoit
une partie des malheurs
qu'on devoit craindre ;
mais enfin fon zéle fut inutile.
Il falut qu'il
congédiaft
fes Troupes , & il fortit déguiſé
de l'Ecoffe , délivrant
fes Ennemis des terreurs que
fa valeur leur donnoit . A peine
le virent ils éloigné , que
les Perfides , fur la foy def
quels le Roy s'eftoit confié,
le trahirent lâchement. Ils
GALANT. 187
le livrérent aux Rebelles
d'Angleterre ; & le jeune
Prince de Galles ayant appris
ces indignes trairemens,
réfolut de périr glorieufement
en tâchant de luy procurer
la liberté par les Armes.
Il envoya auffi toft Barclay
qui eftoit auprés de luy , afin
d'entrer s'il pouvoit en quelque
négotiation avec l'Armée
, mais Cromvvel & Farfax
s'eftans rendus maistres
des efprits , les Officiers ne
voulurent point l'écouter, &
fon Voyage n'eut aucun fuccés
. Le Comte de Kent fut
Qij
188 MERCURE
le feul qui pendant ces troubles
ofa marquer fa fidélité
en prenant les armes pour
le Roy. D'un autre cofté,
Keme follicité par Batten ,
qui avoit efté auparavant
Vice-Amiral du Comte de
Warvvic , agit avec tant d'adreffe
, qu'il mit dans les intéreſts
de Sa Majefté plufieurs
Capitaines de Vaiffeaux , qui
eftoient aux Dunes à l'embouchure
de laTamife . Quelque
temps auparavant , le
Duc d'York qui étoit gardé à
Londres dans le Palais de S. James
, réfolur de fe fauver.
terre eft un de ces grands :
événemens , dont tout le
monde eft inftruit fi- toft
180 MERCURE
qu'ils font arrivez . Ainfi , Madame
, je ne doute point que
vous ne l'ayez apprife prefque
en mefme temps qu'on
l'a fceue icy. Avant que de
vous en faire aucun détail,
je croy qu'il fera bon de vous.
dire en peu de mots , quelle
a efté la vie de ce Prince . Sa
fortune eft finguliere , & la.
maniére dont il est monté au
Trône apres les grands perils
qu'il a effuyez , merite bien
qu'on s'en rafraichiffe la mémoire.
Charles II . du nom,
Roy d'Angleterre , d'Irlande
& d'Ecoffe , né le 29. May
GALANT. 181
1630. étoit Fils de Charles I.
& d'Henriette
de France ,
Fille de Henry le Grand , &
de Marie de Medicis . Il eut
pour Parrains le Roy Louis
XIII. & le Prince Electeur
Palatin , repreſentez par le
Duc de Lenox , & le Marquis .
Hamilton , & pour Marraine
Anne d'Autriche , Reyne de
France, dont Madame la Ducheffe
de Richemont tenoit
la place. Il fut enfuite procla
mé Roy d'Angleterre , d'E
coffe & d'Irlande , Prince de
Galles , Duc de Cornuaille &
Comte de Cheſter , avec les
182 MERCURE
ceremonics accoûtumées.
Le foin de fon éducation fut
confié au Comte de Nevvcaſtle
, & à peine eut- il receu
les premieres impreffions
des Leçons qu'il luy donnoit,
que l'envie & l'ambition
commencerent à exciter les
Soûlevemens , dont les fuites
cnt efté fi funeftes . Le Prince
élevé dans ces defordres ,
ne refpiroit que la Guerre , &
le Roy fon Pere quiregardoit
l'ardeur naturelle de fon Fils,
comme un fecours contre
l'audace de fes Sujets , ne négligea
rien pour la cultiver.
GALANT. 183
que
Il n'avoit point encore atteint
fà feiziéme année , lors
qu'il foûtint un Party , qui
étoit beaucoup plus fort
le fien , & que commandoit
Farfax. lly fit des actions
ſurprenantes , mais ſa valeur
fut contrainte de céder au
nombre , & il ſe trouva réduit
à la néceffité de la retraite,
ce qu'il fit avec beaucoup de
prudence. Le trouble ayant
augmenté , & les forces du
Roy diminüant , le Prince fe
rendit à la Cour de France
aupres de la Reyne fa Mere,
dans l'efperance d'y agir uti
184 MERCURE
lement , pour obtenir des ſe-
Cours étrangers contre les
Rebelles. Il écrivit delà à
tous les Princes de l'Europe,
qui étoient Alliez de la Couronne
d'Angleterre
, mais
n'ayat pû obtenir affez promptement
ce qu'il demandoit,
le Roy qui demeuroit fans
Armées , fut obligé de s'aller
jetter dans les bras des Ecoffois
, fes plus mortels Ennemis
. Ils le receurent avec
toutes les marques d'un zéle
fincere , & les promefles pleines
d'artifice dont ils fe fervirent
, pour luy faire croire
GALANT. 18
qu'ils entroient veritablement
dans fes interefts , l'engagerent
à faire quitter les
Armes au Marquis de Montroffe
. C'etoit un Homme
inviolablement attaché à fon
Party , & qui avec plus de
valeur que de forces , avoit
réduit le Marquis Dargil ,,
Chef des Ecoffois rebelles,
à luy ceder deux fois la Cam--
pagne . Il avoit gagné plufieurs
Batailles , pris Edimbourg
, & fignalé fa fidélité :
par des actions qui avoient :
intimidé les Ecoffois. Il auroit
pouffé fes progrés pluss
Fevrier 1685.
Q
186 MERCURE
loin , fi la bonté du Roy
trop facile , ne l'euft obligé
à les arrefter. Il eut befoin
des ordres les plus preffans
pour obeïr , parce qu'il prévoyoit
une partie des malheurs
qu'on devoit craindre ;
mais enfin fon zéle fut inutile.
Il falut qu'il
congédiaft
fes Troupes , & il fortit déguiſé
de l'Ecoffe , délivrant
fes Ennemis des terreurs que
fa valeur leur donnoit . A peine
le virent ils éloigné , que
les Perfides , fur la foy def
quels le Roy s'eftoit confié,
le trahirent lâchement. Ils
GALANT. 187
le livrérent aux Rebelles
d'Angleterre ; & le jeune
Prince de Galles ayant appris
ces indignes trairemens,
réfolut de périr glorieufement
en tâchant de luy procurer
la liberté par les Armes.
Il envoya auffi toft Barclay
qui eftoit auprés de luy , afin
d'entrer s'il pouvoit en quelque
négotiation avec l'Armée
, mais Cromvvel & Farfax
s'eftans rendus maistres
des efprits , les Officiers ne
voulurent point l'écouter, &
fon Voyage n'eut aucun fuccés
. Le Comte de Kent fut
Qij
188 MERCURE
le feul qui pendant ces troubles
ofa marquer fa fidélité
en prenant les armes pour
le Roy. D'un autre cofté,
Keme follicité par Batten ,
qui avoit efté auparavant
Vice-Amiral du Comte de
Warvvic , agit avec tant d'adreffe
, qu'il mit dans les intéreſts
de Sa Majefté plufieurs
Capitaines de Vaiffeaux , qui
eftoient aux Dunes à l'embouchure
de laTamife . Quelque
temps auparavant , le
Duc d'York qui étoit gardé à
Londres dans le Palais de S. James
, réfolur de fe fauver.
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Résumé : Histoire des malheurs du Charles II. Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Le texte relate la mort du roi d'Angleterre et les événements marquants de la vie de Charles II. La nouvelle de la mort du roi s'est rapidement répandue, incitant l'auteur à rappeler la vie singulière de Charles II, roi d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse, né le 29 mai 1630. Fils de Charles I et d'Henriette de France, Charles II fut élevé par le Comte de Newcastle et manifesta très tôt un intérêt pour la guerre. À seize ans, il combattit contre les forces de Farfax mais dut se retirer. Face à l'aggravation des troubles et à la diminution des forces royales, Charles se rendit en France auprès de sa mère pour solliciter l'aide des cours étrangères. Ne recevant pas le soutien espéré, il se réfugia en Écosse, où il fut trahi et livré aux rebelles anglais. Son fils, le Prince de Galles, tenta sans succès de le libérer. Pendant ces troubles, quelques fidèles, comme le Comte de Kent et Keme, restèrent loyaux au roi. Le Duc d'York, quant à lui, tenta de s'échapper de sa garde à Londres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 140-262
Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
Début :
Je viens aux affaires d'Angleterre. Vous remarquerez, Madame, que toutes [...]
Mots clefs :
Angleterre, Roi, Rebelles, Déclaration, Parlement, Dieu, Vaisseaux, Infanterie, Dragons, Religion, Comtes, Ducs, Marquis, Jacques, Milord, Conseil, Communes, Seigneur, Religion protestante, Gouvernement, Sentence, Complices, Armes, Écosse, Couronne, Papisme, Chambre, Gentilhommes, Trahison, Banquet, Discours, Comte d'Argile, Duc de Monmouth
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
Je viens aux affaires d'Angleterre.
Vous remarqueGALANT.
141
rez, Madame , que toutes les
Dates que j'employeray ,
font conformes au Calendrier
que l'on y obferve , &
qui eft moins avancé de dix
jours que le noftre . Le Parlement
, qui avoit eſté convoqué
par
laires du Roy, s'eftant aſſem
bléle 19. de May à Weſtminfter
, le grand Huiffier à la
Verge noire , fut envoyé à la
Chambre des Communes
,
pour leur ordonner de fe
rendre à la Chambre des Seiles
Lettres circugneurs
, où Sa Majesté eftoit
affife fur fon Trône, revétuë
M.
Juillet 1685.
142 MERCURE
de fes Habits Royaux . Milord
North , Garde des Seaux,
faifant la fonction de Chancelier
, dont la Charge n'eſt
point encore remplie , leur
declara , que l'intention du
Roy eftoit, que les Membres
de l'une & de l'autre Chambre
preftaffent les Sermens
accouftumez , avant que Sa
Majefté s'expliquaſt ſur les
caufes de la convocation de
ce Parlement. Il ajoûta qu'-
Elle fouhaitoit que les Deputez
de la Chambre des
Communes fe retiraffent ,
pour proceder à l'élection
d'un Orateur , qu'ils luy preGALANT.
143
fenteroient à quatre heures
aprés midy. Les Communes
retournerent à leur Chambre
, & d'un confentement
unanime , le Chevalier Jean
Trevot , Avocat du Confeil
du Roy , fut choify. Dés le
foir mefme on le prefenta à
Sa Majefté, qui témoigna eftre
fatisfait de ce choix.
Le 22. du mefine mois , le
Roy fe rendit dans la Chambre
des Seigneurs , & s'étant
affis dans fon Trône , il fit venir
les Communes dans la
Chambre haute , & dit ,
Qu'auffi toft que Dieu l'eut pla-
Mij
144 MERCURE
-re ,
cé ,fans nulle oppofition , fut le
Trône de fes Anceftres , aprés avoir
difposé du feu Royfon Freil
avoit pris le deffein de convoquer
un Parlement , croyant
que c'eftoit le meilleur moyen d'établirfonRegne
fur desfondemens
qui puffent le rendre heureux pour
tous fes Sujets; Qu'il avoit declaré
fort au long àfon Confeil Privé,
lapremiere fois qu'il s'y eftoit rendu,
quels eftoient fes fentimens
touchant les principes de l'Eglife
d'Angleterre , dont les Membres
avoient toujours fait paroiftre une
fidelité fi inviolable dans les temps
les plus fâcheux , qu'il auroit toûGALANT.
145
t
jours foin de la proteger & de la
defendre ; Qu'il feroit tous fes efforts
pour conferver le Gouverne
ment de l'Eglife de l'Eftat ,
ainfi qu'il fe trouvoit étably ; &
que comme il n'abandonneroit jamais
les prérogatives de la Cou
ronne , auffi n'ofteroit- il jamais à
perfonne ce qui luy appartenoit ;
Que puifqu'il avoit fouvent hafardéfa
vie pour la defenfe de la
Nation , on ne devoit pas
qu'il nefit encore autant qu'aucun
autre pour luy conferver tous fes
Privileges ; Qu'il vouloit bien
leur donner ces affeurances dans
les meſmes termes dont il s'eftoit
douter
146 MERCURE
fervy àfon Avenement à la Con
ronne, afin de leurfaire voir qu'il
"ne les avoit pas employez alors
fans y avoirfait reflexion ;
qu'aprés une promeffe faite d'une
manierefi folemnelle , il croyoit
pouvoir attendre quelque reconnoiffance
de leur part , dans une
occafion où il s'agiffoitprincipalement
de luy affeurer un revenu
pendantfa vie, commeils avoient
fait à l'égarddu feu Roy Charles
11. Que l'entretien de la Flote ,
l'avantage du Commerce , les be
foins de la Couronne , & l'intereft
de l'Eftat qu'il ne devoit pas
gouverner en fuppliant , eftoient
GALANT. 147
des raiſons qu'il auroit pû alleguer,
pour leurfaire voir combien
Ja demande avoitde juftice ; mais
qu'il les connoiffoit tous fi raisonnables
, qu'il eftoit perfuadé que
leurs propres lumieres leur fuffi
foientpourpenetrer ce qu'il ne leur
difoit pas ; Qu'on pourroit luy oppofer
une raifon affez ordinaire ,
fçavoir l'inclination des Peuples
pour de frequens Parlemens , qu'on
affembleroit fouvent, fi on ne luy
accordoit
que
de temps en temps
les fecours qui luy feroient neceffaires
; mais que puifque c'estoit la
premierefois qu'il leurparloit comme
Roy , il eftoit bien aife de leur
148 MERCURE
declarer qu'il falloit agir avec luy
d'une autre forte ; & que le plus
feur moyen de l'obliger à refondre
ces frequentes Affemblées , eftoit
de le traiter toujours bien ; Que
cependant il croyoit devoir leur
dire , qu'il avoit efté averty qu’-
Argile avoit mis pied à terre dans
l'Ecoffe du cofté duCouchant, avec
tous ceux qui s'estoient embarquez
avec luy en Hollande; Que ce Rebelle
avoit fait publier deuxDeclarations
, l'une fous fon nom, l'au
tre au nom des Revoltés qui étoient
en armes , & qu'on l'y traitoit
d'Ufurpateur de Tyran; Qu'il
• avoit donné ordre que la plus courte
des
ز
GALANT. 145
te des deux leurfuſt communiquée,
qu'ilprendroit tout lefoin poffible
pour ne pas laiffer la Declaration
des Rebelles fans le châtiment
qu'elle meritoit.
Le Roy fit enfuite communiquer
aux deux Chambres
la Declaration du Comte
d'Argile ; mais avant que
je vous en parle , vous ferez
bien aife de fçavoir au moins
en fubftance ce que contenoit
celle des Rebelles .
foûtenoient fon party . Elle
avoit pour titre : Declaration
& Apologie du Peuple Proteftant
, c'eft à dire des Seigneurs ,
Juillet 1685.
:
N
qui
146 MERCURE
des Barons , des Gentilshommes ,
des Bourgeois , & des Commune's
de toutes fortes , qui font preſentement
en armes au Royaume d'Ecoffe
, avec la concurrence des veritables
& fidelles Pafteurs , &
de plufieurs Gentilshommes Anglois
joints avec eux en la mefme
caufe . Ils publioient par cette
infolente Declaration les
grands avantages que la Religion
Proteftante remporta,
tant en Ecoffe , que dans les
Païs étrangers ,par le bonfuccés
de l'horrible Rebellion
contre le Roy Charles I. Pere
Sa Majefté ; lequel fuccés ils
GALANT. 147
avoient l'audace d'imputer
par une impieté execrable à
la benediction de Dieu fur la
bonté de leur caufe. Ils exaltoient
la fidelité des Ecoffois,
appellez Covenanters , qui aprés
avoir livré le Pere pour
eftre cruellement maſſacré
par leurs Freres en Angleterre,
avoient neanmoins admis
le Fils à regner , à certaines
conditions qui ne pouvoient
fubfifter avec la Monarchie,
pretendant prouver par là ,
que le feu Roy eftoit avec
beaucoup de juftice accufé
d'ingratitude , puiſque tout
Nij
148 MERCURE
ce qu'il avoit fait depuis fon
heureux rétabliffement , avoit
efté contre les Loix , arbitraire
, tyrannique , & que
tous les fermens impofez ,
aprés que l'on avoit aboly
la Ligue folemnelle ou le
Convenant , avoient efté des
parjures, & leGouvernement
mefme une Apoftafie continuelle.
Ils accufoient les Parlemens
des deux Royaumes,
d'avoir annulé les pernicieufes
Loix faites pendant
la Rebellion , & en particulier
, le Parlement d'Ecoffe ,
d'en avoir fait quelques-
7
!
GALANT. 149
unes , en vertu defquelles le
fang Proteftant avoit efté.
répandu, dont ils donnoient
pour exemple le defunt Marquis
d'Argile condamné en
Parlement ; & enfin d'avoir
chaffé les Miniftres Non-
Conformiftes
. Ils accufoient
auffi le Gouvernement
de
faire mourir les gens contre
les Loix , de defoler les Eglifes
, & de changer les Or
donnances
de Dieu en inventions
des hommes, favorifant
les Papiſtes , & entretenant
des Armées fur pied,
qu'ils appelloient la ruine
Niij
150 MERCURE
& la deftruction du Gouvernement
civil . Ils fe declaroient
contre la Suprematie
du Roy , & contre toutes les
guerres faites aux Etats Generaux
des Provinces-Unies ;
contre l'execution de ces
Scelerats , qui fe faifoient un
métier & un exercice d'affaffiner
les Sujets fidelles ,
fous pretexte de Religion ;
contre la torture que l'on fit
fouffrir à Spence & à Carſtares
, par le moyen de laquelle
on découvrit la derniere
Confpiration , & enfin contre
la Sentence qui avoit
GALANT. 151
condamné Argile. Ils fe declaroient
auffi contre les recherches
qui furent faites à
Bothvvel- Bridge touchant
la Rebellion , par les Juges
des Affiſes , appellant toutes
ces procedures , fi neceſſaires
pour la paix & pour le repos
de ces Royaumes , une
Tyrannie meflée avec le Papifme
; contre l'élevation du
Roy fur le Trône , qu'ils nommoiết
Jacques Duc d'Yorck,
qui avoit efté exclus de la
Couronne par les Communes
d'Angleterre ; & enfin
contre laChambre des Com
Niiij
152 MERCURE
munes alors affemblée, dont
ils difoient qu'on avoit choifyles
Deputez par cabale,
fraude & tromperie. Ils publioient
que pour toutes ces
raifons , ils fecoüoient entierement
tous engagemens de
fujetion, & prenoient les armes
contre Jacques Duc
d'Yorck , & contre tous fes
Complices, les appellát leurs
méchans & dénaturez Ennemis
pour ces fins pretenduës,
fçavoir pour rétablirce qu'ils
appelloient la Religion Proteftante
; pour fupprimer &
exclurre à jamais le Papifme
& l'Epifcopat , fa racine & fa
1
1
GALANT. 153
fource
empoiſonnée ; pour
rétablir tous ceux qui avoiết
fouffert à caufe qu'ils avoiét
pris l'intereft de leur party ;
pour renverser le Gouvernement
preſent , & en établir
un autre felon leurs deffeins .
Ils protestoient que jamais
ils n'entreroient en aucune
Capitulation
, Traité ou Condition
evec le Roy ; mais
qu'au contraire ils continueroient
la guerre réellement,
vigoureuſement
& conftam
ment , jufqu'à ce qu'ils fuffent
venus à bout de leurs
fins , & qu'ils fe prefteroient
154 MERCURE
du fecours , & ſe maintiendroient
les uns les autres, &
particulierement leurs Freres
qui eftoient en Angle--
terre ou en Irlande , qui travailloient
dans la mefme
veuë. Enfin ils promettoient
l'indemnité à ceux qui avoiết
efté leurs Ennemis
, pourveu
qu'ils fe repentiffent fincerement
, qu'ils fe joigniffent
à eux , & les affiſtaffent avec
vigueur contre un Tyran
leur perfecuteur , & contre
un party Apoftat. C'eftoit
ainfi qu'ils traitoient Sa Majefté
, & fes fidelles Sujets.
GALANT. 155
Ils finiffoient par de grandes.
affeurances qu'ils donnoient
aux Révoltez , que Dieu les
affifteroit , & confondroit
leurs Ennemis.
La déclaration du Comte
d'Argile , qui qui fut communiquée
aux deux Chambres
ce jour là , avoit pour
Titre , Déclaration d'Archibald
Comte d'Argile , Seigneur de
Kinlyre , de Cambell , de Lorne ,
&c. Sherif hereditaire , Gonverneur,
& Fuge heréditaire
Genéral des Provinces d' Argile,
de Turben , avec ordre à fes
Vaffaux autres Habitans def156
MERCURE
dites Provinces , & autres qui
font fous fa Jurifdiction de concourir
avec luy pour la défenſe
de leur Religion , de leurs vies
de leurs biens. Cette Déclaration
portoit qu'il ne parleroit
ny de fon Factum imprimé
& publié en Latin &
en Flamand , & plus amplement
encore en Anglois, ny
de la Déclaration imprimée
& publiée par plufieurs Seigneurs,
Gentilhomes , & autres
Ecoffois & Anglois, qui
étoient alors en armes . Mais
que come il y étoit fait mention
de ce que fa famille &
GALANT. 157
luy avoient fouffert , il avoit
trouvé à propos de déclarer,
qu'ayant pris les armes avec
ceux qui l'avoient choiſi
pour eftre leur Chef , ce
n'avoit point efté pour aucunes
fins particulieres ou
perſonnelles ; mais ſeulement
pour celles qui eftoiét
contenues dans cette Déclaration
qu'il avoit concertée
avec eux , & qu'il approuvoit
, & qu'il ne prétendoit
faire valoir aucuns
autres droits que ceux qu'il
avoit avant la Sentence qui
le condánoit luy & fa Famil162
MERCURE
le, lefquels droits établiffoiét
fuffifamment
ſes prététions .
Que toutes les injures perfonnelles
faites à luy & à fa
Famille, il les pardonnoit vo
lontiers comme Chrétien ,à
ceux qui ne s'oppoferoient
point au party qu'il foûtetenoir
, mais qui fe joindroient
à luy pour faire
réüſſir ſon entrepriſe, & qu'il
s'obligeoit par cette prefente
Déclaration de ne les
pourſuivre jamais en Juſtice
. Qu'aprés qu'il auroit obtenu
la poffeffion paiſible
des biens qui appartenoieut
GALANT. 159
à fon Pere & à luy, avant les
prétenduësSentences qui les
avoient confifquez , il payeroit
toutes les dettes de fon
Pere & les fiennes . Que comme
fa fidelité pour le feu Roy
& pour fon Gouvernement
avoit fuffifamment paru
tous ceux qui n'eſtoient
pas prévenus injuftement
contre luy ; auffi reconnoiffoit-
il avec douleur qu'il
avoit eu trop.de complaifance
, & de condefcendance
à l'égard des mesures que
l'on avoit prifes , pour amener
les chofes en l'état où
160 MERCURE
elles eftoient alors , quoy
que Dieu luy fuft témoin
témoin qu'il n'avoit jamais
eu de part à de tels deffeins.
Qu'il avoit fouffert patiemment
l'injufte Sentence rendue
contre luy , s'eſtant retiré
du Royaume
pendant
trois ans & demy , fans avoir
eu jamais la penſée ny d'exciter
des féditions , ny de
troubler la paix pour fes
interefts
particuliers , en
prenant les armes pout ſe
défendre ; mais que le Roy
eftant mort & le Duc
,
d'Yorc qui levoit le maſque,
GALANT. 161
ayant entrepris de ruiner la
Religion Proteftante
qu'il
avoit abandonnée
, & d'envahir
leurs libertez , dans la
réfolution d'exercer
contre
les Loix l'Autorité fouveraine,
il croyoit qu'il eftoit non
feulement
de la Juftice,mais
encore de fon devoir envers
Dieu & fa Patrie , de s'oppofer
par toutes fortés d'efforts
à fon Ufurpation
& à fa Tyrannie
. Qu'avec l'affittance
& le fecours
de plufieurs
bons Proteftans
de l'une &
de l'autre Nation qui l'avoient
prié d'eftre leur Chef,,
Fuillet 1685. O
162 MERCURE
il eftoit réfolu d'executer
autant que Dieu luy en donneroit
le pouvoir , les deffeins
qui eftoient amplement
expliquez dans la Déclaration
, & qu'il exhortoit
& prioit inftamment tous
les honneftes Proteftans , &
particulierement tous fes
Parens & Amis , de concourir
avec luy touchant ce
qu'elle portoit ; qu'ayant
écrit plufieurs Lettres , parce
qu'il n'avoit point d'autres
voyes de faire fçavoir
fes intentions , il ordonnoit
à tous fes Vaffaux , & à tous
GALANT. 163
ceux qui estoient dans fes
diverfes Jurifdictions
de
de fe
que
fa
prendre les armes
joindre à luy , ainfi
Déclaration portoit , & d'o
beir aux ordres particuliers
qu'il leur envoyeroit de
temps en temps , faute dequoy
ils en répondroient à
leurs perils & fortunes .
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
aprés la lecture de cette Déclaration
, la premiere chofe
que fit l'une & l'autreChambre
, fut de réfoudre qu'on
remercieroit le Roy de fon
O ij
164 MERCURE
obligeant Diſcours , & de la
Déclaration favorable qu'il
leur àvoit faite . Les Communes
ayant enſuite examiné
ce que Sa Majeſté leur
avoit dit touchant l'établifſement
d'un revenu , qui puſt
luy aider à foûtenir les dépenfes
de l'Etat , réfolurent
tout d'une voix , que le Revenu
que l'on avoit accordé
au feu Roy , feroit continué
à Sa Majefté pendant fa vie ,
& que l'on en drefferoit un
Bill , qui feroit apporté à la
Chambre. L'aprefmidy
, les
deux Chibres allerent trouGALANT.
165
ver le Roy à VVithehall , &
luy firent leurs remerciemens.
Le lendemain vingttroifiéme
de May , les Seigneurs
s'eftant affemblez,
on fit une Adreffe ,, contenant
que le Roy ayant eu la
bonté de leur faire part de l'avis
qu'il avoit eu, qu'Archibald
cy-devant Comte d'Argile,
déclaré coupable de trahifon,
avoit faitune defcente
en Ecoffe avec plufieurs
de fes Complices qui fe déclaroient
Rebelles , il eftoit
ordonné par les Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers,
166 MERCURE
affemblez en Patlement,
que cette Chombre iroit
trouver le Roy dans la Salle
des Banquets à VVitheall
fur les cinq heures du foir
de ce mefme jour , pour remercier
tres-humblement
Sa Majefté , d'avoir bien
voulu faire part de cette af
faire à la Chambre &
pour luy offrir leurs vies &
leurs biens contre les Rebelles
, & fes autres Ennemis.
Les Communes réfolurent
auffi d'un commun confentement
de faire la mefme
choſe ; ce qui fut executé
GALANT. 167
l'apreſdinée
par les deux
Chambres , qui s'eſtant renduës
à VVitheall , prefenterent
leurs Adreſſes au Roy.
On leut auffi ce jour là le
Bill , pour accorder à Sa
Majefté pendant ſa vie , le
Revenu dont joüiffoit le feu
Roy Charles II . On appelle
Bill toute affaire qu'on
propoſe, fans qu'elle foit rédigée
. On ordonne que des
Commiffaires l'examineront
, & ces Commiffaires
fe nomment
le Petit Comitté.
Lors qu'ils ont examiné l'affaire
, & qu'elle eft rédigée
168 MERCURE
par écrit , on dit alors que le
Bill eft formé , & il ne paffe
dans la Chambre où il a esté propofé , qu'aprésqu'e
l'a
leu trois fois . La premiere
des deux Chambres qui a
mis le Bill en cét état , l'envoye
dire à l'autre Chambre
, & c'eft toûjours celle
des Communes qui fe rend
dans la Chambre Haute,
qu'on appelle des Seigneurs,
ou la Chambre Peinte .
Quoy que le Bill ait efté approuvé
par les deux Chambres
, il ne paffe point , fi le
Roy ne vient en Habits
Royaux.
GALANT. 169
Royaux , & ne le touche avec
fon Sceptre : ce qu'il fait en
difant , le Roy y confent. Lors
qu'il dit le Roy s'avifera , cela
fait entendre qu'il ne veut
pas le paffer , & alors le Bill
n'a aucun effet. Ce
qu'on appelle le grand Comitté
, c'est lors qu'aprés
avoir propofé une Affaire,
l'Orateur defcend de fa
Chaire pour laiffer chacun
dans la liberté de fe parler,
non pas en demeurant en fa
place , mais en ſe
promenant
avec ceux dont on veut
prendre l'avis. Aprés qu'on
Fuiller 1685.
Р
170 MERCURE
s'eft ainfi confulté les uns
les autres pendant quelque
temps , l'Orateur remonte
dans fa Chaire , & tout le
monde reprend fa premiere
place. Il fe fait un filence,
& cela veut dire , eſtre en
Parlement. Chacun peut
alors parler à fon tour fur la
chofe propofée , & aufſi
long-temps qu'il veut , mais
feulement une fois.
Le Bill qui établiſſoit le
Revenu de Sa Majeſté,ayant
eſté leu trois fois , le Roy fe
rendit à la Chambre des Seigneurs
le 30. de May , & fit
GALANT. 171
aux deux Chambres le Dif
cours fuivant.
M
ILORDS ET
MESSIEURS ,
Je vous remercie du Bill que
vous venez de me prefenter , &
je vous affeure que la maniere
obligeante avec lale
prompte
quelle vous l'avez expedié , ne
m'eft pas moins agreable que
Bill mefme. Vous devez croire ,
qu'aprés de fi heureux commencemens
, je ne vous ay pasfait venir
icy fans neceffité , pour vous
demander unfecours extraordinaireQuand
je vous diray que les
´Pij·
172 MERCURE
Magafins pour laFlote & l'Artillerie
font extrémement épuiſez;
Que les anticipations qui ont efté
faites fur plufieurs parties de la
Couronne , font grandes & importantes
; Que les debres du feu
Roy mon Frere, àfes Officiers
afes Domestiques, meritent qu'on
yait égard ; Que la Rebellion d'Ecoffe
, fans l'exagerer , m'obligera
à une tres- grande dépense , je
fuis certain qu'en confiderant tou
tes ces chofes , vous vous croirez
engagez à me donner dequoy y
pourvoir, puis qu'il n'y a rien qui
regarde de plus prés le foulagement
, lafeureté, & le bonheur
GALANT. 173
·la
de mon Gouvernement. Mais je
dois vous recommander fur tout
le foin de la Flote , & la gloire
de cette Nation , afin que vous
mettiez en tel état que nous puiffions
eftre refpectez des Etrangers.
Je ne puis vous exprimer l'intereft
que j'y prens , plus conformément
ma pensée , qu'en vous affen-
↑ rant que j'ay un coeur veritable-
~> ment Anglois , & que je fuis auffi
jaloux des avantages de la Nationque
vous pouvez l'estre . F'ef
· pere qu'avec la Benediction de
"Dien voftre afſiſtance , je
pourray porter plus haut la reputation
de l'Angleterre que mes
a
Piij
174 MERCURE
Anceftres ne l'ont portée ; & que
comme je ne vous demanderay des
fubfides , que lors qu'ilsferont neceffaires
pour l'utilité publique ,
vous me verrez fi bien ménager
ce que vous me donnerez en de
pareilles rencontres , qu'ils feront
toûjours employez aux usages pour
lefquels je vous les demanderay.
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
, délibererent en grand
Comité fur la demande du
Roy, & conclurent aufſi-toſt
de luy accorder un fubfide
extraordinaire . On refolut
pour cela d'établir une nouGALANT.
175
velle impofition fur le vin &
le vinaigre , telle qu'on l'avoit
accordée en 1670. au
feu Roy Charles II . & que le
Bill en feroit dreffé . Je paffe
à l'article des Seditieux.
Le 18. de May fur les onze
heures du matin , un petit
Baftiment venant d'lla au
Royaume d'Ecoffe , arriva à
Ballentoy. Il y avoit huit
hommes dedans, que la Garde
de ce lieu-là defarma . On
leur demanda d'où ils venoient
& ils répondirent
qu'ils fe retiroient en Irlande
, pour y eftre en feureté
;
Piiij
176 MERCURE
le Comte d'Argile & le Chevalier
Jean Cockram , qui avoient
mis pied à terre à Ila,
ayant avec eux cinq Vaiffeaux
chargez de munitions,
& fur lefquels on diſoit qu'il
y avoit prés de cinq cens
Hommes. Un de ces huit
Paffagers , nommé Friza , affeura
qu'il avoit veu Argile
avec Cockram , & un autre
vieux Gentilhomme dont il
ignoroit le nom ; qu'Argile,
dont le vifage luy eftoit tresbien
connu , parce qu'il l'avoit
veu difner en unlieu appellé
Killeru dans l'ille d'Ila,
GALANT. 177
luy avoit demandé des nouvelles
de l'Armée , entendant
parler de l'Armée du Roy ;
à quoy il avoit répondu ,
qu'elle eftoit allée à Kintire,
un peu avant qu'il fuft débarqué
; Que le mefme Argile
avoit enfuite envoyé
querir le Bailly d'Ila , qui
avoit refufé de fe foulever
avec luy , fur ce qu'il avoit
fait ferment de demeurer fidelle
au Roy ; Qu'Argile
avoit repliqué , qu'il pouvoit
entrer dans fon party
fans contrevenir à fon Serment
, puis qu'on ne fçavoit
178 MERCURE
pas bien encore qui eftoit
Roy ; mais que ce Bailly ne
voulant pas recevoir fes ordres
, s'eftoit fauvé avec plufieurs
Gentilhommes ; Qu'-
Argile l'ayant appris , avoit
juré qu'il feroit brûler ſa
maiſon , & pendre à leurs
portes tous ceux qui ne voudroient
pas fe foulever avec
luy . Cet homme ajoûta, qu'il
avoit fait porter par tout le
Pays un Croftary, qui eft un
Tizon ardent, ancien Signal
des Ecoffois , pour donner
l'alarme , & qu'il avoit menacé
tous les Habitans du
GALANT. 179
feu & du pillage s'ils ne prenoient
les armes pour luy .
On eut nouvelles peu de
jours apres , que n'ayant pas
trouvé dans l'Ifle d'Ila ,ny en
d'autres lieux. circonvoifins,
les Peuples difpofez à la revolte
, il eftoit venu à Kintire,
pour tâcher de foûlever
les Habitans de ce quartierlà,
pendant que fes Fils Charles
& Jean en faifoient autant
en d'autres endroits du
Comté d'Argile . Cependant
une partie confiderable
des
Troupes du Roy , compofée
principalement
de Montagnards
, marcha avec toute
180 MERCURE
la diligence poffible de cè
cofté-h pour s'oppoſer aux
Rebelles ,fous les ordres du
"Duc de Gordon, du Marquis
d'Athol , & de quelques autres
Chefs . L'Armée de Sa
Majefté alla camper à Glaſ
covy & aux environs , pour
empêcher que les Peuples de
l'Ouest ne fe joigniffent aux
Seditieux. Il y eut une autre
partie des mefmes Troupes
poſtée fur la Frontiere, pour
difputer le paffage à ceux qui
pouvoient venir du Nord
d'Angleterre prendre le party
du Comte d'Argile. Il s'é
toit flaté qu'il luy viendroit
GALANT. 181
de grands fecours de ce cofté-
là , apres fon débarque-
,
4
1 ment en Ecoffe. Le 20. du
mefme mois il mit pied à terre
à Lockeal autrement
Campletovvn , à huit milles
de Mul-head de Kintire du
cofté du Midy, & deux jours
aprés il envoya par tout le
Pays la Sommation fuivante
, fignée de fa main.
De Campletovvn le 22. May 1685.
Eftant par la grace de Dieu ,
arrivé icy en feureté, avec la refolution
conforme à la Declara_
tion publiée pour la defenſe de la
Religion Proteftante , de nos li182
MERCURE
bertez, & de nos vies , d'agir
contre le Papifme le Gouver
nement arbitraire , & tous ceux
de l'Ifle d'Ila eftant venus juſqu'icy
à un Rendez- vous general
; celles- cy font pour requerir
tous les Proprietaires , Fermiers ,
✔autres , tous les gens capables
de porter les armes , depuis
l'âge defeize ans jufqu'à celuy de
foixante, dans la divifion de Cou
val, de fe trouver, fans manquer,
Rendez- vous le 26. du courant
à midy , ou plûtoft s'il eft poffible,
avec toutes leurs armes , & des
vivres pour quinze jours .
an
ARGILE.
GALANT. 183
Son Fils Charles voulant
appuyer cet ordre,alla àCou
val, & écrivit à plufieurs Gentilshommes
pour les obliger
à fe rendre auprés de luy ,
avec menace de mettre tout
à feu & à fang s'ils s'en excufoient.
En effet, il fit brûler
les maiſons de ceux qui joignirent
l'Armée du Roy.
Cette rigueur en attira quelques
- uns dans le
party du
Comte d'Argile, qui marcha
le 28. de May de Campletovvn
en Kentire , du cofté
de Tarbert,avec deux Compagnies
de Cavalerie , telles
184 MERCURE
qu'il put les trouver en ce
Pays -là, & fept cens Fantaſ
fins . Il rencontra là trois cens
hommes d'Ila , & deux cens
autres devoient y venir le
joindre. Le 29. il partit de
Tarbert, accompagné d'Auchinbreck
qui l'avoit joint ,
& vint à Rofa dans l'Ile de
Boot , où il prit des provifions
pour une nuit . Le 30 .
il fit voile tout autour de
l'Ifle , avec trois Vaiſſeaux
& vingt petites Barques . Le
plus grand de ces Vaiſſeaux
n'eftoit monté que de trente
pieces de Canon , le fecond
GALANT. 185
de douze , & le troifiéme de
fix. Il avoit avec luy un autre
petit Baftiment chargé
de bled , qu'il avoit pris fur
la cofte. Il revint à Rofa ,
apres qu'il eut fait le tour de
l'ifle, & fit tirer fept coups de
Canon lors qu'il débarqua,
Il n'avoit en tout que deux
mille cinq cens hommes ou
environ ; mais il croyoit obliger
les Peuples à fe revol
ter, en les affeurant qu'on fe
foulevoit déja de toutes parts
en Angleterre. Cela ſe voic
par une Lettre qu'il écrivit
de Campletovvn le 22. de
Juillet 1685. е
186 MERCURE
May , & qu'il adreffoit au
fieur de Lupe . En voicy les
termes.
CHER
AMY,
de
Il a pleu à Dieu de me faire
heureusement arriver icy, où plufieurs
Perfonnes de l'une
Tautre Nation m'ont joint pour la
défenſe de la Religion Proteftante
, de nos libertez , & de nos
vies , contre le Papifme & le
Gouvernement arbitraire . On en
peut voir les particularitez dans
deux Déclarations publiées ; la
premiere par ces Seigneurs, GenGALANT.
187
tilhommes & autres , & la feconde
par moy , pour moy mefme.
Nous avons vécu voftre Pere &
moy en grande amitié , & je fuis:
bien aife de vous fervir vous qui
eftes fon Fils , en défendant la
Religion Proteftante , ce que je
feray toûjours preft de faire dans
toutes les chofes qui vous regarderont
en particulier. Ie vous prie
de ne vous laiffer perfuader par
qui que ce foit, que ny la crainte
ny d'autres mauvais principes ne
vous engagent à négliger en ce
temps cy ce que vous devez à
à voftre Patrie. Gar Dieu
dez- vous de croire
que
le
Duc
Qij
188 MERCURE
d'York n'eft point Papiſte , on
qu'eftant tel il peut estre un juſte
Roy. Scachez que l'Angleterre
eft toute en armes en trois differens
le Duc de Monles
Provinces
Occidentales
les
endroits ; que
mouth
paroift
dans le mefme
temps
que nous ; qu'il y apeu de Places
en Ecoffe
qui ne fe joignent
ànôtre
party , & que
Meridionales
n'attendent
pour le faire , que
nouvelles
de mon
débarquement
,
car c'est
ce que nous
réfolumes
avant
mon départ
de Hollande
.
Te vous fupplie
donc
de ne point
tarder à vousfeparer
de ceux qui
vous
trompent
, & qui traGALANT.
189
vaillent à avancer le Papifme,
& de venir avec tous ceux qui
vous obeiffent pour défendre la
caufe de la Religion , & foyez
perfuadé que vousferez tres- bien
receu par voftre tres- voftre tres- affectionné
Amy pour vousfairefervice ,
ARGILE.
Il y avoit en Apoſtile . Cette
Lettre pourra eftre communiquée
au Ieune Logie , à Skipnage,
àCharles Mac Echan.
Le fecond de Juin un
Party des Troupes du Roy
que commandoit le Marquis
d'Athol , vint à Glenda190
MERCURE
rovval , où eftoit Charles
Campbel , Fils du Comte.
d'Argile , avec fix vingts
Hommes de pied & douze
Cavaliers , qui eurent bien
de la peine à fe retirer dans
leurs Vaiffeaux. On en fit
deux Prifonniers , & un autre
fut tué. Le lendemain le
Comte d'Argile envoya le
Chevalier Cockran & Polvvart
avec cent Hommes
& deux Vaiffeaux à Greenot,
où une Compagnie de Cavalerie
des Milices du Roy,
commandée par Milord
Cockran , tâcha de les emGALANT.
191
pefcher de débarquer , mais
elle ne put foûtenir longtemps
le feu du Canon , &
de la Moufqueterie des deux
Vaiffeaux. Ainfi les Rebelles
mirent pied à terre , &
entrerent dans la Ville , où
ils enleverent les Farines &
toutes les Proviſions qu'ils
purent trouver , aprés quoy
ils retournerent à l'Ile de
Boot où eftoit leur Camp.
Cependant les Vaiffeaux du
Roy eftant arrivez devant
cette Iſle , obligerent le
Comte d'Argile à quitter ce
Pofte. Il alla à Covval qui
192 MERCURE
eft une partie de la Province
d'Argile , & avant que
de partir , il fit brûler la
Maifon du Sherif de Boot,
& emporta tous fes meubles.
Il avoit réfolu d'envoyer fes
Vaiffeaux & fes Chaloupes à
Lochfine du cofté d'Inveraray
, mais n'ayant pû faire
voile à caufe des Vents contraires
, les Frégates de Sa
Majefté , l'Alcyon , & le
Faucon , vinrent à l'emboucheure
de Lochrovvan , où
les Bâtimens des Rebelles
eſtoient à l'Anchre. Cette
arrivée impréveuë les étonna
GALANT. 193.
na tellement , qu'abandonnant
le deffein d'aller du côté
de Lochfine ils commencerent
le 10. de Juin à
fortifier un petit Chaſteau
appellé Ellengreg , & un
Rocher qui eſt auprés dans
une petite Ifle , pour affeurer
leurs
eftoient àà Lochrovvan.
Cela eftant fait , ils quitterent
cette Place , & le Comte
d'Argile marcha vers la
pointe de Lochfine , ayant
laiffé cent cinquante Hommes
pour la garde de fes
Vaiffeaux , & mis fon Ca-
-Juillet 1685.
R
Vaiffeaux qui
194 MERCURE
non , fes Armes , & fes Munitions
dans le Chafteau. Le
11. un Party des Troupes du
Roy d'environ trois cens
Hommes d'Infanterie, commandée
par le Marquis d'Athol
, en rencontra un de
Rebelles , compoſé de quatre
cens Fantaffins &
de quatre- vingts Chevaux.
Il les défit , & il y en eut
beaucoup de tuez . Les Rebelles
, aprés cette défaite ,
retournerent
à Ellengreg
,
d'où ils partirent
le IS. &
ayat paffe Lochlong, ils marcherent
du cofté de Lenox
GALANT. 195
dans la Province de Dumbarton.
Le mefme jour les
Vaiffeaux du Roy vinrent
moüiller l'Anchre devant le
Chaſteau ,où eftoient encore
les Armes & les Munitions
des Rebelles. Ils fe préparoient
à le battre de leur
Canon, mais ils n'eurent pas
plûtoft tiré le premier coup,
que deux Hommes parurent
avec un Etendard
blanc , & leur dirent qu'il
n'y avoit perfonne dans le
Chafteau , & que tous les
Rebelles avoient pris la fuite.
On envoya auffi- toft une
Rij
196 MERCURE
""
Chaloupe à terre , & l'on
trouva que le rapport eſtoit
veritable. Ainfi l'on s'empara
du Chafteau , de leurs,
Navires & de leurs Chalou_
pes. On trouva des armes
pour cinq mille' Hommes,
cinq cens Barils de Poudre,
des Boulets, de la Méche, &
d'autres chofes à proportion ,
outre les Canons dont il y en
avoit quelques - uns montez
, & les autres au fond de
l'eau , mais faciles à retirer.
Le 16. les Rebelles pafferent
à la pointe de Gairloch,pour
aller chercher les endroits
GALANT. 197
Guéables de la Riviere Levin
, entre Lochlomond , &
la Ville de Dumbarton . Le
17. au matin le Comte de
Dumbarton , ayant eu avis
qu'ils avoient paffé cette
Riviere , & qu'ils eftoient
entrez dans la Province qui
porte fon nom , envoya trois
Compagnies de Dragons
fous le commandement de
Milord Charles Murray ,
leur Lieutenant Colonel,
pour les empefcher de paffer
la Riviere de Blide , & il
partit en mefme temps de
Glafcovv pour les fuivre. Il
Liij
198 MERCURE
les joignit à Killerne , & la
Cavalerie & les Dragons les
arreſterent juſqu'à ce que
l'Infanterie fuft arrivée, mais
ils eſtoient ſi avantageuſement
poftez , & il eſtoit fi
tard qu'on ne trouva pas
qu'il fuft à propos de les attaquer.
L'Armée du Roy
demeura toute la nuit rangée
en Bataille , pour eſtre
prefte à combattre , auffitoft
que le jour paroiftroit,
mais les Rebelles profiterent
de l'obscurité , pour
fe retirer fans bruit. Ils
pafferent la Riviere de
GALANT. 199
Clide à la nage avec leurs
Chevaux , & leur Infanterie
la paffa dans des Batteaux,
auprés d'un Village nommé
Kilpatrich . Ainfi ils ſe fauverent
à Renfrevy fans aucun
obſtacle . L'Armée du
Roy ne trouvant plus les
Rebelles le 18. au matin,
marcha avec toute la diligence
poffible du cofté de
Glafcovv , où aprés qu'elle
ſe fuft repofée deux heures,
le Comte de Dumbarton
partit avec la Cavalerie , &
les Dragons pour les fuivre ,
laiffant l'Infanterie derriere,
Riiij
2c0 MERCURE
1
avec ordre de le joindre en
grande hafte. Le Comte
d'Argile , & le Chevalier
Jean Cockran eſtant
à Renfrevv , ramafferent une
partie de leurs Troupes , &
prirent desGuides pour fe fai
re conduire par des fentiers
écartez dans la Province de
Gallovvay , mais ces Conducteurs
ayant manqué leur
chemin, les engagerent dans
un Marais , où les Rebelles
ayant perdu leurs Chevaux
& leur Bagage , leur Infanterie
fe divifa en petits Partys
, ce qui obligea le ComGALANT.
201
ger
te de Dumbarton de partaauffi
fon Armé en petits
Corps pour les mieux pourfuivre.
Le Comte d'Argile
eftant retourné fur fes pas
feul à Cheval , du cofté de la
Riviere de Clide , fut attaqué
par deux Valets de
Greinock , qui fans le connoiſtre
, luy crierent qu'il fe
rendift. Il tira fur eux , &
fut bleffé d'un coup de piftolet
à la tefte. Alors ne fe
fiant plus à fon Cheval , qui
eftoit extrémement fatigué,
il init pied à terre , & creut
fe pouvoir cacher dans l'eau .
202 MERCURE
UnPayfan eftant accouru,fe
jetta dans l'eau aprés luy ,l'un
& l'autre en ayant prefque
jufques au col. Le Côte d'Argile
tira fur le Payfan , mais
fon piftolet ne fit pas feu , &
le Payfan l'ayant encore
bleffé à la tefte , ce fecond
coup le troubla fi fort qu'il
s'écria en tombant , Ah ! mal
heureux Argile ! Ces paroles
l'ayant fait connoiſtre pour
ce qu'il eftoit , le Payfan &
les deux autres Hommes qui
l'avoient bleffé d'abord , le
retirerent de l'eau , & le menerent
à leur Commandant.
GALANT. 203
Un Party de quarante Chevaux
, commandé par Milord
Roff, & un pareil nombre
de Dragons , commandez
par le Capitaine Cleland
, en attaquerent un des
Rebelles que commandoit
le Chevalier Jean Cockran.
Il alloit du coté de la Mer.
Ceux- cy voyant venir le
Party du Roy , fe pofterent
dans un petit Clos où ils
eftoient à couvert juſqu'aux
épaules , ce qui n'empefcha
pas Milord Roffde les charger
, mais le Terrain eſtant
trop fort pour eftre rompu
204 MERCURE
par la Cavalerie , le Capitai
ne des Dragons fut tué en
approchant , Milord Roffreceut
une bleffeure legere , le
Chevalier Adam Blair un
coup de Moufquet dans le
col , & le Chevalier Guillaume
Wollace de Craigie , un
autre das le cofté, aprés quoy
lés Rebelles fe retirerent
dans un Bois , qui eftoit derriere
ce Clos , avant que les
Dragons euffent pû venir à
eux. Un Party de cinq Hom
mes des Milices de Clefdale
commandé par le Comte
d'Arran , prit Rumbold &
GALANT. 205
fon Valet , qui fe battirent
en defefperez . Rumbold eſt
celuy dans la Maiſon duquel
les Conjurez avoient tenu
les Affemblées, où ils avoient
réfolu de tuer le feu Roy fur
le chemin de Neumarket .
Le Colonel Aylof fut mené
prifonnier à Glafcovv , avec
plus de deux cens autres .
Ce fut de ce lieu là que l'on
amena le Comte d'Argile à
Edimbourg le 21. de Juin . Il
la Porte du cofté
entra par
de l'eau. Toutes
les Ruës
jufques
au Chafteau
où il
fut mis prifonnier
, eſtoient
206 MERCURE
gardées par la Compagnie
du Roy qui eftoit dans cette
Ville là. Il avoit les mains
liées derriere le dos , & la
teſte nuë , & le Bourreau
marchoit devant luy. Le
Colonel Aylof cuſt eſté
amené avec luy , mais la
nuit avant qu'il deuft partir
de Glafcovv , il s'ouvrit le
ventre avec un Canif.
26. on fit le Procez à Rumbold
, qui fut condamné
comme Criminel de Haute
Trahifon , & l'aprefdifnée
on le traifna fur la claye
à la grande Place d'Edim-
Le
GALANT. 207
bourg , où il fut pendu , &
mis en quartiers. Le 30. le
Comte d'Argile fut mené en
la mefine Place , où un Echafaut
avoit efté élevé. Il eut la
Tefte coupée, en vertu de la
Sentence prononcée contre
luy il y a quelques années,
fans qu'on luy euft fait ſon
Procez de nouveau pour fa
derniere révolte . On ordóna
feulement que fa Tête feroit
miſe fur la Priſon appellée
Tolbooth.Son corps fut portédans
la Chapelle de Sainte
Madeleine auprés de Covvgate.
Il ne fit aucun Dif
208 MERCURE
.
1
cours fur l'Echafaut , mais il
mit un Papier entre les mains
du Doyen de la Cathédrale
d'Edimbourg , qui l'affiſta à
la mort avec le Sieur Charrers
, pour eftre rendu à Milord
Chancelier. Il déclara
qu'il n'en avoit laiffé aucun
autre touchant les Affaires
des Rebelles. Quelques heures
aprés l'execution , on eut
nouvelles que le Chevalier
Jean Cochran & fon Fils
avoient efté pris dans un Village
appellé Cochran , chez
un Oncle du Chevalier ou
ils s'eftoient cachez .
GALANT. 209
Tandis l'on
pourfuique
voit les Rebelles en Ecoffe
13.
le Roy eut avis d'un autre
Soulevement. Un Courier
exprés que luy envoya le
Maire de Lime , arriva le
de Juin au matin, & luy rap
porta que le 11. du mefme
mois, trois Vaiffeaux avoient
paru à la hauteur de cette
Place, & que le Duc de Mon
mouth avoit mis pied à terre
fur les fept heures du foir ,
avec environ cent cinquante
hommes ; qu'eftant entré
dans la Ville , il s'en eftoit
rendu Maiſtre , & qu'il avoit
Juillet 1685.
t
S
210 MERCURE .
envoyé quelques-uns de fes
Complices dans les Provinces
voifines
, pour engager
les Peuples à une Rebellion
ouverte contre le Roy. Sa
Majefté fit affembler auffitoft
fon Confeil Privé , & ordonna
que la Proclamation
fuivante feroit publiée.
ACQUES , ROY.
JA
Comme Nous avons receu
avis certain , que Jacques , Duc
de Monmouth , Ford autrefois
Lord Grey , profcrit ou condamné
par Contumace pour crime
de Haute trabifon , ont mis pied
GALANT. 211
à terre depuis peu à Lime , dans
noftre Province de Dorfet , d'une
maniere ennemie, avec divers autres
Traitres & Gens condamnez
auffi par Contumace ; qu'ils fe
font emparez de noftredite Ville
de Lime , ont difpersé quel &
ques uns de leurs Complices dans
les Provinces circonvoisines , pour
exciter ces Pays- là à ſe joindre à
eux dans une Rebellion ouverte
contre Nous : Nous de l'avis de
noftre Confeil Privé, publions &
declarons Jacques , Duc de Monmouth
, & tous fes Complices ,
Adherents, Fauteurs & Confeil
lers , traitres & rebelles , &
S. ij
212 MERCURE
Nous commandons & enjoignons
à tous Gouverneurs , Lieutenans
Gouverneurs , Sherifs , Inges de
Paix , Maires , Baillis ,
tous nos autres Officiers, tant de la
Iuftice que de la Milice , de faire
rous leurs efforts pourfaiſir & apprehender
ledit Tacques Duc de
Monmouth, Ford cy- devant Lord
Grey , & tousfes Confederez
Adherens ; comme auffi tous antres
qui aideront , affifteront , ou
fouftiendront lefdits Traiftres &
Rebelles , de s'affeurer de tous,
& d'un chacun d'eux , jufqu'à ce
que noftre volonté leur foir plus
amplement connue , faute dequoy
L
GALANT. 213
ils en répondront à leurs perils
fortunes. Donné à noftre Cour de
Voitheall
le 13. de Tuin 1685.
de noftre Regne le premier. Dieu
conferve le Roy.
Sa Majesté ayant fait
part de cette nouvelle à
fes deux Chambres du Parlement
, elles refolurent
de faire chacune une Adreffe
, & de les luy prefenter
féparement. Voicy celle
que la Chambre des Seigneurs
luy prefenta à Witheall
, dans la Sale des Banquets.
Le Roy ayant en la bonté de
214 MERCURE
que·
communiquer à cette Chambre
l'Avis qu'il a receu ce matin
le Duc de Monmouth a mis pied
à terre à Lime dans la Province
de Dorfet , en Ennemy , & avec
plufieurs defes Adherens, qu'il
s'eft emparéde cette Ville - là , cet
te Chambre a refolu de fe rendre
auprés de Sa Majesté , pour luy
faire fes tres - humbles remercimens
de luy avoir fait part de cet
avis , & pour offrir à Sa Majeftéde
fe tenir attachée à Elle , &
de l'affifter de fes vies de fes
biens contre ledit Duc de Monmouth
, & contre tous Rebelles &
Traiftres , & tous les autres EnGALANT.
215
nemis de Sa Majesté.
L'Adreffe que la Chambre
des Communes luy prefenta
dans la mefine Salle des
Banquets , eftoit conceuë en
ces termes.
IRE ,
STR
en
Nous, les tres -fidelles Sujets
de Vostre Majefté , les Communes
d'Angleterre affemblées e
Parlement , la remercions treshumblement
, de tout noftre
coeur , comme noftre devoir nous
y oblige , du Meffage qu'Elle a
eu la bonté de nous envoyer, pour
nous faire fçavoir que l'ingrat
216 MERCURE
eft
que
Jacques , Duc de Monmouth ,
entré dans ce Royaume en Rebelle
. Nous affeurons Voftre Majefté
, avec toute l'obeiſſance & la
fidelité que nous luy devons ,
nous fommes & ferons toûjours
prefts de nous attacher à Elle , &
de l'aßifter de nos vies & de nos
biens contre ledit Iacques Duc de
Monmouth , fes Adherens , &
Correfpondans, & contre tous autres
Rebelles & Traitres quelconques
qui les affifteront , ou aucun
d'eux: Et comme la confervation
de la Perfonne facrée de Voftre
Majefté eft de la derniere impor.
sance pour la paix & pour le
bonheur
GALANT. 217
bonheur du Royaume ; Nous , les
tres obeiffans tres fidelles Sujets
de Voflre Majefté , la fupplions
tres - humblement de prendre
un foin extraordinaire de fa
Perfonne Royale
que
nous
prions Dieu de conferver longtemps.
Leis.le Parlement s'eftant
affemblé , les Seigneurs envoyerent
dire à la Chambre
des Communes
, que le Roy
leur avoit communiqué
un
Manifefte publié au nom du
Duc de Monmouth ; & qu'ils
y avoiết trouvé des maximes
fi execrables & fi injurieuſes
Juillet 1685.
Ꭲ .
218 MERCURE
pour Sa Majefté , qu'ils avoient
refolu de le faire brûler
par la main du Boureau.
Ce Manifefte fut leu enfuite
avec la Sentence des Seigneurs
. La Chambre baſſe
fut du mefme avis, & ce jourlà
mefme cette Sentence fut
executée . On lut dans la
même Chambre le Bill, pour
faire le procez au Duc de
Monmouth . On le mit au
net , & on le leut juſques à
trois fois dans cette mefme
Seance . La Chambre l'ayant
approuvé , on l'envoya aux
Seigneurs qui l'approuveGALANT.
219
rent auffi par un confentement
general . Le Comité ,
qui eftoit chargé de dreffer
un Bill pour la feureté de la
Perfonne du Roy , eut ordre
d'y inferer cette claufe; Que
tous ceux qui maintiendroient
que le Duc de Monmouth
eſtoit né en legitime
Mariage , ou qu'il pouvoit
pretendre legitimement à la
Couronne, feroient declarez
coupables de Haute - trahifon.
On ne fe
de fe contenta pas
faire brûler fon Manifefte
par la main du Boureau , les
Tij
220 MERCURE
Particuliers en pouvoient
garder quelques copies , &
pour l'empefcher, on publia
dés ce mefme jour la Proclamation
fuivante.
JA
'ACQUES , ROY.
Dautant que Jacques , Duc
de Monmouth
, pour exciter nos
Sujets à fe joindre à luy dans fa
revolte contre Nous , a depuis peu
fait publier & difperfer contre nôtre
Perfonne & noftre Gouver
nement , par fes Emiffaires Complices
de fa Rebellion , le plus infame
& le plus perfide de tous les
Ecrits , intitulé: Declaration
•
GALANT. 221
de Jacques , Duc de Monmouth
, & des Seigneurs ,
Gentilshommes
, & autres
prefentement en armes pour
la defenfe & la juftification
de la Religion Proteftante ,
& des Loix , Droits & Privileges
d'Angleterre ; contre
l'Invaſion & la Tyrannie de
Jacques , Duc d'York . Lequel
Ecrit les Seigneurs Ecclefiaftiques
Seculiers affemblez en
Parlement, ont juftement condamné
à eftre brûlé par la main du
Bourean , veu qu'il contient la
plus haute trabifon , que
stable malice des plus implacables
la dete-
Tiij
222 MERCURE
de nos Ennemis puft inventer contre
nous ; Nous , eftant meus de
bonté &
“
አ
pour nos Sujets,
craignantque quelques-uns
d'entre eux nefeachant pas le danger
auquel ils s'expoferoient , ne
fuffent portez à recevoir àgarder
ledit Ecrit , ou à en faire part
à d'autres , Avons trouvé à propos
de l'avis de noftre Confeil
Privé, d'en informer tous nos bons
Sujets. C'eft pourquoy nous commandons
& ordonnons expreßément
par ces Prefentes , à tous
Gouverneurs , Lieutenans , Sherifs
, Juges de Paix , Maires ,
Baillis , Prevofts , grands peGALANT.
223
que
tits Conneftables , à tous nos autres
Officiers , tant de la Milice
de laJustice ; comme auffi à
tous nos Amez Sujets de noftre
Royaume d'Angleterre , de noftre
Principauté de Galles , & de la
Ville deBervvick fur la Toveed,
defaifir & apprehender , & de
faire arrefter toute perſonne ou
perfonnes , qui publieront , difperferont
, ou garderont ledit Écrit,
fans le découvrir au plus prochain
luge de Paix , afin que
Coupable ou les Coupables puiffent
eftre poursuivis comme Traitres
envers Nous , & envers nô.
rre Couronne & Dignité ; faute
le
Tiiij
224 MERCURE
dequoy ils en répondront à leurs
perils fortune. Donné à noftre
Cour de Vvitheall , le 15. de Iuin
1685. de noftre Regne le premier.
Dieu conferve le Roy.
Le lendemain on publia
une autre Proclamation , en
ces termes.
JAC
ACQUES , ROY.
Nos Communes affemblées
en Parlement , nous ayant prié
par leur humble Adreſſe , de promettre
une recompenfe de cing
mille livres Sterling à celuy ou
ceux qui livreront la Perfonne de
Jacques , Duc de Monmouth ,
GALANT. 225
vif; & ledit Jacques , mort on vif;
Ducde Monmouth , estant condamné
par Acte du Parlement ,
pour crime de Haute - trahison ,
Nous de l'Avis de nostre Confeil
Privé , publions & declarons
par ces Prefentes nostre Promeffe
Royale , que nostre plaifir &
volonté est , que quiconque livrera
le Corps duditJacques , Duc de
Monmouth, mort ou vif, recevra
aura la recompenfe de cinq
mille livres Sterling pour ce fervice
, laquelle fomme luyfera inceffamment
payée par notre grand
Treforier d'Angleterre . Donné
le 16.Juin 1685. &c.
226 MERCURE
Le Duc de Monmouth ef
tant entré à Lime le 1. de
Juin , comme je vous l'ay
marqué , en fortit le 14. à
trois heures du matin avec
foixate Chevaux & fix vingts
Hommes de pied ; & aprés
avoir marché environ deux
milles,il les laiffa fous le commandement
deMilord Grey,
qui s'avança jufques à Bridport,
petite Place à fix milles
de Lime. Les Rebelles y entrerent
, en faisant un feu
continuel de leurs Pistolets
& de leurs Moufquets . Quelques-
uns d'entre-eux attaGALANT.
227
querent une Hoftellerie
, où
ils trouverent
environ dix
Cavaliers. Ils tuerent les
fieurs Wadham
, Strangvvais
,
& Edouard Coaker , & blefferent
le fieur Harvey
. Pendant
ce temps, les Habitans
coururent
aux armes , & chargerent
les Rebelles, defquels
ils tuerent fept , & firent
vingt- trois prifonniers
. Les
autres prirent la fuite, & l'on
trouva plus de quarante
de
leursMoufquets
qu'ils avoiét
laiffez dans la campagne
.
eurent pourtant le foin d'emporter
le corps d'un de leurs
Ils
228 MERCURE
Officiers qui avoit eſté tué.
Milord Grey eut fon cheval
tué fous luy ; & eftant demeuré
à pied, il fut contraint
de fe deboter, afin de fe fauver
plus aifément. Le 18. Milord
Churchil fe rendit à
Chard avec quelques Troupes
du Roy , & envoya le
Lieutenant Monaux accompagné
de vingt hommes , &
d'un Maréchal des Logis du
Regiment d'Oxford , pour
obferver les Rebelles. Ils en
rencontrerent un Party d'un
pareil nombre, à deux milles
de Taunton. Ils le chargeGALANT.
229
rent , en tuerent douze , &
blefferent prefque tous les
autres; mais ayant apperceu
un autre party , ils fe retirerent
. Le Lieutenant Monaux
fut bleffé à la tefte d'un
coup de Moufquet . Dans ce
mefme temps le Capitaine
Trevanion , qui commande
un Vaiffeau de guerre nommé
le Suadados , eftant arrivé
à Lime avec les Vaiffeaux du
Roy qu'il commande , y trou
va deux Navires des Rebelles
, une Pinaffe , & un petit
Heu ,avec quarante barils de
Poudre , & des Cuiraffes pour
230 MERCURE
quatre à cinq mille hommes
. Il s'en empara , ainſi
que des deux Baftimens
. Les
Rebelles avoient fait mettre
en Priſon les Principaux
de
la Communauté
, fur le refus
qu'ils avoient fait de fe joindre
à eux . De Daunton
ils s'avancerent
à Bridgvvater
,
& de là aux environs de Glaffenbury
. Milord Churchil
qui les obfervoit de prés, envoya
le 22. un party de quarante
Cavaliers
, qui en ayant
rencontré quatre- vingt , les
obligea de fe retirer dansleur
Camp. Le mefme jour , MiGALANT.
231
lord Duras de Féversham ,
Lieutenant General des Armées
de Sa Majeſté , arriva à
Chippenham, avec un Détachement
des Gardes du
Corps du Roy , des Grenadiers
, du Regiment d'Oxford
, & des Dragons. Le
Comte de Pembroc l'y joignit,
avec la Milice du Comté
de Vilts , dont il eft Gouverneur
.
Le 25. un Party de cent
Chevaux , commandé par par le
Colonel Oglethorp, attaqua
les Rebelles au Pont de Canisham
,entre Bristol & Bath ,
T
232 MERCURE
& défit deux Compagnies de
leur meilleure Cavalerie . Il
y en eut prés de cent tuez .
Le Comte de Nevvbourg Ecoffois,
qui foûtenoit le party
du Roy , receut un coup
de Moufquet dans le ventre.
Il tomba de cheval , & euſt
efté pris , fi ayant encore le
Piſtolet à la main , il n'euft
tué celuy des Rebelles qui
s'avançoit pour le prendre ,
ce qui donna moyen à ceux
de fon party de le délivrer .
Cependant le Comte de
Pembrock ayant fceu que le
Prevoft de Frome avoit fait
GALANT. 233
afficher la Declaration du
Duc de Monmouth, s'y rendit
avec cent foixante Cavaliers
, dont quelques- uns avoient
fait monter derriere
eux des Soldats au nombre
de trente - fix. Eftant arrivé
auprés de la Place , il enten
dit quantité de coups de
Moufquets , & un grand
bruit de tambours ; & apprit
que les Seditieux ayant eu
avis qu'il venoit , s eſtoient
affemblez au nombre de
deux à trois mille , accourus
de Warmifter & de Weftbu
ry , les uns armez de Mouf
Juillet 1685.
V
Y
234 MERCURE
quets , les autres de Piſtolets
& de Piques , de Faux & de
Fourches
. Quoy que ceComte
n'euft avec luy qu'un petit
nombre
de gens , il ne
laiffa pas de s'avancer à la tefte
de fes Soldats , fuivis de fa
Cavalerie. Les Rebelles firent
paroiſtre d'abord beaucoup
de refolution , & un
d'entr'eux tira auffi-toft un
coup de Moufquet fur luy ,
ordonnat aux autres de tirer
lors que le Comte feroit arrivé
à un lieu qu'il leur marqua
; mais la crainte les faifit
incontinent. Ils jetterent
GALANT 235
tous leurs armes , & prirent
la fuite. Le Comte de Pembrock
alla jufques à la Place
où la Declaration avoit
efté affichée . Il la fit arracher
& le Prevoft de ce
Bourg fut contraint d'écrire
de fa propre main qu'il
la deteftoit , & qu'il declaroit
le Duc de Monmouth
Traiftre . Il fit afficher au
mefme endroit cette Declaration
du Prevost , qu'il
envoya enfuite en Prifon.
Le 26. il marcha du coſté
de Bath felon les ordres
;
qu'il avoit receus
2
avec
V ij
236 MERCURE
trois Régimens d'Infanterie
des Milices du Comté de
Vilts , fa Cavalerie ayant
eu ordre d'aller joindre le
Duc de Grafton. A peipeine
eut-il fait deux milles
dans une Plaine entre Trobridge
& Clarkin , qu'il fencontra
les Rebelles qui firent
alte au bout de la Plaine
à un mille de luy ou environ.
Il mit fes trois Regimens
en un Corps , entremefla
les Piquiers & les
Moufquetaires , & demeura
deux heures dans le mefme
endroit. Toutes les fois
GALANT. 237
qu'il divifoit fes Troupes ,
comme pour marcher , les
Rebelles s'avançoient vers
luy , mais fans ofer l'attaquer.
Ils fe retirerent enfin
en defordre , eftant pourfuivis
par les Troupes du Roy
qui vinrent du Pont de Canisham.
Le Comte de Pembrok
en prit un qu'il fit pendre
fur le champ .
Le 27. Milord Duras ayant
eſté averty que les Rebelles
prenoient le chemin de Philipsnorton
, partit de fort
grand matin dans le deffein
d'attaquer leur arriere-gar238
MERCURE
>
de. Il s'avança avec un détachement
de cinq cens
Hommes d'Infanterie que
commandoit le Duc de Graf,
ton & quelques Dragons
& Grenadiers & Cheval , laiffant
le reſte des Troupes
pour le fuivre avec le Ĉanon.
Eftant venu à un Défilé
ou chemin étroit qui
conduit à Philipsnorton , il
entendit des coups de Moufquet
, ce qui luy fit détacher
vingt gardes du Corps , &
une Compagnie de Grenadiers
à pied , du Regiment
du Duc de Grafton , qu'il
GALANT. 239
envoya dans ce petit chemin
, afin de découvrir ce
que c'eftoit . Ils n'y furent
pas plûtoft qu'ils le virent
bordé des deux coftez de Cavalerie
& d'Infanterie derriere
les Hayes . Elles firent
fur eux un fort grand feu . Le
Duc de Grafton qui eftoit à
la tefte des Troupes du Roy
s'avança jufqu'à l'entrée du
Village , avec beaucoup de
réfolution , mais les Rebelles
l'obligerent à fe retirer
par le feu continuel qu'ils
firent. Quelques Cavaliers.
l'arrefterent dans fa retraite,
•
wy
240 MERCURE
& il ſe fit un paſſage malgré
tout l'obftacle qu'ils y mirent.
Le Capitaine Vau
ghan qui fe trouva dans
cette action tua de fa
main le Colonel Mathevvs
qui les commandoit.
Il y eut huit ou neuf Hommes
tuez & trente bleffez
du Party du Roy , parmy
lefquels furent les Sieurs
May & Seymont Volontaires
, mais on n'y perdit aucun
Officier. Le refte de
l'Armée du Roy eftant arrivé
, Milord Duras fit pofter
fes Troupes fur une Eminen
ce,
GALANT. 241
ce , où l'on mit quelques
Pieces de Campagne en batterie
. Les Rebelles en drefferent
une de fix pieces de
Canon , & tirerent fans relafche
pendant deux heures
, fans faire aucun dommage
aux Troupes du Roy,
qui demeurerent en ce lieula
jufqu'à fix heures du foir,
malgré une forte & continuelle
pluye. Milord Duras
ne voyant plus rien à faire,
marcha du cofté de Bradford
, où il demeura tout le
jour fuivant, pour faire repofer
fes Troupes, Il envoya le
Juillet 1685.
X
242 MERCURE
Colonel Oglethorp
avec
cent Chevaux pour les obferver
, & il rapporta qu'ils
eftoient allez à Frome. Ils y
demeurerent le 28. commencerent
à marcher vers
Varmiſter le 29. puis retournerent
du cofté de Shepton-
Mallet. Ils allerent de
là à Welts , & y firent toutes
fortes de Prophanations
dans l'Eglife Cathedrale. La
Table de l'Autel leur fervit
à une Débauche où ils beurent
leurs Santez . Ils pillerent
la Ville , violerent les
Femmes , & firent ce qui fe
GALANT. 243
commet de plus affreux dans
une Place que l'on prend
d'affaut. De Welts ils vinrent
à Glaffenbury , & le fecond
de Juillet ils arriverent
à Bridgvvater.
Milord Duras qui avoit
fuivy les Rebelles à Frome,
en partit le mefme jour
avec l'Armée du Roy , alla
à Shepton-Mallet , & le lendemain
à Somerton . Le 5.
il arriva à Weſton , qui n'eſt
qu'à trois milles de Bridgvvater
, où les Ennemis fembloient
vouloir fe défendre.
Il logea fa Cavalerie & fes
X ij
244 MERCURE
Dragons dans ce Village , &
fit camper fon Infanterie
aux environs dans une large
Plaine , vis à vis d'un Marais.
Le Pofte eftoit d'autant plus
avantageux , qu'elle avoit
un Foffé devant elle. Il fut
averty le foir que les Rebelles
fortoient de la Ville , ce
qui l'obligea de tenir fes
Troupes en ordre , & d'envoyer
différens Partys pour
découvrir leur deffein. Ils
concerterét fi bien leur marche
, & garderent un filence
fi profond , qu'ils s'avan-
-cerent fans aucun obſtacle
GALANT. 245
ils
juſqués au Marais , où ils
trouverent
un paffage libre ,
de forte que le matin
rangerent
leur Infanterie
en
Bataille. Elle faifoit cinq à
fix milles Hommes . Le Duc
de Monmouth
eftoit à leur
tefte , & il la fit avancer auprés
du lieu où eftoit campée
l'Armée du Roy. Milord
Duras. qui en eut avis ,
fit mettre auffi-toft fes Troupes
en état de bien recevoir
les Ennemis. Elles confiftoient
en deux mille Hommes
de pied , & fept cens
tant Cavaliers , que Grena-
X iij
246 MERCURE
diers & Dragons. On fera
furpris qu'elles fe foient
trouvées d'abord en fr petit
nombre , cela venoit de ce
que le Roy voulant épargner
le fang , faifoit entourer
le Duc de Monmouth,
comme une Ville affiegée.
Ainfi les Troupes qui vinrent
joindre Milord Duras
eftoient des autres Quartiers.
Les Rebelles ayant
réfolu de hazarder le Combat,
commencerét l'attaque
par de grands cris, & par une
volée de coups deMoufquer.
On leur répondit de meſme.
GALANT. 247
Leur Cavalerie s'avança
pour foûtenir leur Infanterie
, mais le Colonel Oglethorp
qui commandoit
un
Party de Cavaliers , lesempefcha
de fe joindre , & il
les stint en haleine jufqu'à
ce que le Régiment d'Oxford
, & un détachement
des
Gardes l'euffent joint pour
former une ligne. Leur Cavalerie
eftoit de mille ou -
douze cens Hommes , commandez
par Milord Grey,
& comme elle ne put
rangée en un Corps pendant
tout ce temps là , elle
eftre
X iiij
248 MERCURE
fit fort peu
de réſiſtance , &
• commençant
auffi- toft à
fuir devant
, ceux qui la
chargeoient
, elle abandonna
le Champ de Bataille.
L'Infanterie
demeura
ferme , & on fit grand feu
de part & d'autre , le Foffé
dont j'ay parlé l'ayant
empefchée
de venir
mains. Le Canon qu'attendoit
Milord Duras eftantarrivé
, & fa Cavalerie
s'eftant .
jettée fur les Fantaffins
du
Duc de Monmouth
, ils furent
entierement
défaits , &
on leur prit trois pieces de
aux
GALANT. 249
Canon , c'eftoit tout ce qu'ils
en avoient en ce lieu là . Prés
de deux mille Hommes des
leurs furent tuez , & l'on fir
un grand nombre de Prifonniers
, parmy lefquels fe
trouverent le Colonel Holmes
, Perrot ſon Major , le
Conneftable de Crookborne
, & le nommé Guillaume ,
Domeſtique du Duc de
Monmouth qui avoit fur
luy deux cens Guinées . Il
dit que c'eftoit tout l'argent
que fon Maiftre avoit
de refte . Une Guinée vaut
environ douze francs & de250
MERCURE
my de noftre Monnoye . If
y eut environ trois cens
Hommes tuez dans les Troupes
du Roy , & un pareil
nombre de bleffez , mais l'on
n'y perdit aucune perfonne
confiderable. Milord Duras
fe trouva par tout pendant
le Combat , donnant
les ordres néceffaires avec
beaucoup de conduite . Milord
Churchil qui commandoit
fous luy , fit paroître
une fort grande bravou
& le Duc de Grafton ſe
fignala ainfi que les autres
Chefs. Lors qu'on fut dere
,
"
GALANT. 251
meuré Maiſtre du Champ
de Bataille , Milord Duras
marcha avec cinq cens
Hommes , quelque Ĉavalerie
& fes Dragons vers
Bridgyvater
dont il ſe rendit
Maiftre , les Rebelles
qui y eftoient ayant pris la
fuite , & s'eftant difperfez
en divers endroits . Il laiffa
fes Troupes dans la Ville,
fous le commandement
du
Colonel Kirke , & ayant appris
que le Duc de Monmouth
fuyoit avec environ
cinquante Cavaliers , qui
eftoit le plus grand nombre
252 MERCURE
de Rebelles qu'il y euft enfemble
, il envoya plufieurs
Partis pour le pourſuivre luy
& Milord Grey . Ce dernier
fut pris dés le mefme jour à
Ringvvord , fur la frontiere
de la Province de Dorfet. Il
eftoit déguifé en Berger . On
le mena auffi-toft à Milord
Lumley. Le Duc de Monmouth
voyant que les Chevaux
avec lefquels il fuyoit,
faifoient un gros dont il
eftoit mal aifé de cacher la
marche , réfolut de les quitter.
Ils fe feparerent en differens
Pelotons , afin qu'ils
GALANT. 253
>
fuffent moins expofez à eftre
yeus & qu'ils puffent fe
fauver plus aifément . Le foir
de ce mefme jour quelques
Bergers dirent à ceux qui les
pourfuivoient, qu'ils avoient
vû deux Fuyards entrer dans
un Bois voifin , dont on fit
border les avenues , pour y
chercher le lendemain ceux
qui pouvoient s'y eftre cachez.
On fe fervit de Limiers
felon la coûtume
d'Angleterre , où l'on employe
des Chiens pour découvrir
les Voleurs qui fe
font fauvez dans les Foreſts.
254 MERCURE
Ces Limiers s'arrefterent à
un Fofféen aboyant , & on
trouva un Homme couché
fous une Haye fort épaiffe.
C'eftoit un Allemand , qui
en demandant quartier, promit
de montrer l'endroit où
le Duc de Monmouth s'étoit
retiré. Ce Duc avoit
fait toute la diligence poffible
pour gagner la Mer , où
il efperoit trouver quelque
Barque , mais fon Cheval
luy ayant manqué , il avoit
efté contraint de fe mettre à
pied , & de prendre un méchant
habit pour n'eftre pas
GALANT. 255
reconnu. On le trouva fous
un Buiffon fort épais dans un
Foffe , ayant dans fes poches
fon Collier de l'Ordre de la
Jarretiere , une Montre , &
environ foixante Guinées.
Lors que les Soldats du Roy
l'eurent tiré du Foffé , il tomba
en défaillance , & fut
quelque temps à revenir . Sa
Majefté ayant fceu cette
nouvelle, ordonna qu'on diftribuaft
à ceux qui l'avoient
pris , les cinq mille livres
Sterlin de
récompenfe
, promifes
par fa proclamation
,
& à ceux qui avoient pris
258 MERCURE
Milord Grey , la fomme de
cinq cens livres Sterlin , fuivant
la proclamation du feu
Roy , publiée le 28. Juin 1683 .
Sa Majefté avoit déja ordóné
que la récompenfe promiſe
par la mefme Proclamation
du feu Roy à ceux qui prendroient
Rumbold , fuft diftribuée
entre les cinq Soldats
de la Milice du Comte
d'Arran , qui l'avoient pris
en Ecoffe , & que fi quelqu'un
de ces Soldats avoit
efté tué , où eftoit mort de
fes bleffeures
, fa part fuft
donnée à ſa Veuve , ou à fes
GALANT. 257
Enfans ou à fes plus proches
Parens s'il n'eftoit pas
marié. Le Duc de Monmouth
&MilordGrey furent
amenez à Londres le 13. c'eft
à dire le 23. felon nous. On
les interrogea d'abord au
Confeil , & enfuite on les
conduifit par eau à la Tour,
où la Ducheffe de Monmouth
avoit efté déja menée
avec fes Enfans.
Quant au Parlement , on
y a paffé divers Actes , dont
les principaux ont efté, pour
accorder un Subfide au Roy,
en impofant une Taxe pen-
Juillet 1685.
Y
258 MERCURE
dant cinq années fur toutes
fortes de toiles de France &
des Indes Orientales , & fur
plufieurs autres Manufacturés
des Indes , fur toutes for- .
tes d'eaux de vie qui feront
apportées en Angleterre ,
pour fournir au Roy les charois
ou voitures dont Sa Majefté
a befoin dans ſes voyages
; pour renouveller un autre
Acte touchant les voitures
qu'on doit fournir à Sa
Majefté , tant par eau que
le fervice de
par terre pour
fa Flote & de fon Artillerie ;
pour réünir au Domaine du
GALANT. 259
Roy les revenus de la Pofte,
& 24000. livres fterlin de
rente du revenu hereditaire
de l'Excife ; pour authoriſer
le Roy à donner des Baux &
autres droits , terres ou he-,
ritages de fon Duché de Cor--
nuaille , & pour confirmer
ceux qui auroient eſté déja
donnez ; pour renouveller
un Acte cy - devant paffé ,qui
donne permiffion de tranf
porter des cuirs ; pour continuer
trois autres Actes, qui
donnent ordre à empefcher
les vols fur les Frontieres du
Nord d'Angleterre , pour
Y ij
260 MERCURE
nettoyer , conferver , maintenir
& reparer le Havre &
le Mole du grád Yarmouth ;
pour rebâtir , finir & embellir
l'Eglife Cathedrale de
Saint Paul de Londres .
Le 2. de ce mois , le Roy
fe rendit à la Chambre des
Seigneurs , reveſtu de ſes habits
Royaux ; & s'eftant affis
dans fon Trône , il manda la
Chambre
des Communes
, &
donna encore fon confentement
à quelques Actes , fçavoir
pour hafter la conftruation
des Vaiffeaux en Angleterre
; pour faire valoir
GALANT. 261
les Terres labourables ; pour
ériger une nouvelle Eglife,
qui fera appellée la Paroiffe
de Saint Jacques dans la liberté
de Weftminſter , &
pour reparer l'Egliſe Cathedrale
de Bangor , pour en
entretenir le Choeur, & pour
augmenter le revenu de l'Evefché
de Bangor, & de plufieurs
Cures du mefme Dio .
cefe . Aprés cela , Milord
Garde des Seaux, fignifia aux
deux Chambres , que Sa Majefté
fouhaitoit qu'elles fe feparaffent
jufqu'au 4. du mois
d'Aouft prochain , & leur fit
262 MERCURE
connoiftre en mefme temps,
que ce n'eftoit pourtant pas
l'intention du Roy que le
Parlement s'affemblaſt en ce
temps-là ; mais que cette
Seance fuft continuée jufques
àl'Hyver , par ajournemens
qui feroient faits par
ceux des Deputez qui fe trouveroient
à Londres ou aux
environs, à moins que le fervice
de Sa Majeſté ne demandaft
leur Affemblée, auquel
cas Sa Majeſté les en
feroit avertir de bonne heure
par fa Proclamation , afin
que tous les Deputez s'y rendiffent.
Vous remarqueGALANT.
141
rez, Madame , que toutes les
Dates que j'employeray ,
font conformes au Calendrier
que l'on y obferve , &
qui eft moins avancé de dix
jours que le noftre . Le Parlement
, qui avoit eſté convoqué
par
laires du Roy, s'eftant aſſem
bléle 19. de May à Weſtminfter
, le grand Huiffier à la
Verge noire , fut envoyé à la
Chambre des Communes
,
pour leur ordonner de fe
rendre à la Chambre des Seiles
Lettres circugneurs
, où Sa Majesté eftoit
affife fur fon Trône, revétuë
M.
Juillet 1685.
142 MERCURE
de fes Habits Royaux . Milord
North , Garde des Seaux,
faifant la fonction de Chancelier
, dont la Charge n'eſt
point encore remplie , leur
declara , que l'intention du
Roy eftoit, que les Membres
de l'une & de l'autre Chambre
preftaffent les Sermens
accouftumez , avant que Sa
Majefté s'expliquaſt ſur les
caufes de la convocation de
ce Parlement. Il ajoûta qu'-
Elle fouhaitoit que les Deputez
de la Chambre des
Communes fe retiraffent ,
pour proceder à l'élection
d'un Orateur , qu'ils luy preGALANT.
143
fenteroient à quatre heures
aprés midy. Les Communes
retournerent à leur Chambre
, & d'un confentement
unanime , le Chevalier Jean
Trevot , Avocat du Confeil
du Roy , fut choify. Dés le
foir mefme on le prefenta à
Sa Majefté, qui témoigna eftre
fatisfait de ce choix.
Le 22. du mefine mois , le
Roy fe rendit dans la Chambre
des Seigneurs , & s'étant
affis dans fon Trône , il fit venir
les Communes dans la
Chambre haute , & dit ,
Qu'auffi toft que Dieu l'eut pla-
Mij
144 MERCURE
-re ,
cé ,fans nulle oppofition , fut le
Trône de fes Anceftres , aprés avoir
difposé du feu Royfon Freil
avoit pris le deffein de convoquer
un Parlement , croyant
que c'eftoit le meilleur moyen d'établirfonRegne
fur desfondemens
qui puffent le rendre heureux pour
tous fes Sujets; Qu'il avoit declaré
fort au long àfon Confeil Privé,
lapremiere fois qu'il s'y eftoit rendu,
quels eftoient fes fentimens
touchant les principes de l'Eglife
d'Angleterre , dont les Membres
avoient toujours fait paroiftre une
fidelité fi inviolable dans les temps
les plus fâcheux , qu'il auroit toûGALANT.
145
t
jours foin de la proteger & de la
defendre ; Qu'il feroit tous fes efforts
pour conferver le Gouverne
ment de l'Eglife de l'Eftat ,
ainfi qu'il fe trouvoit étably ; &
que comme il n'abandonneroit jamais
les prérogatives de la Cou
ronne , auffi n'ofteroit- il jamais à
perfonne ce qui luy appartenoit ;
Que puifqu'il avoit fouvent hafardéfa
vie pour la defenfe de la
Nation , on ne devoit pas
qu'il nefit encore autant qu'aucun
autre pour luy conferver tous fes
Privileges ; Qu'il vouloit bien
leur donner ces affeurances dans
les meſmes termes dont il s'eftoit
douter
146 MERCURE
fervy àfon Avenement à la Con
ronne, afin de leurfaire voir qu'il
"ne les avoit pas employez alors
fans y avoirfait reflexion ;
qu'aprés une promeffe faite d'une
manierefi folemnelle , il croyoit
pouvoir attendre quelque reconnoiffance
de leur part , dans une
occafion où il s'agiffoitprincipalement
de luy affeurer un revenu
pendantfa vie, commeils avoient
fait à l'égarddu feu Roy Charles
11. Que l'entretien de la Flote ,
l'avantage du Commerce , les be
foins de la Couronne , & l'intereft
de l'Eftat qu'il ne devoit pas
gouverner en fuppliant , eftoient
GALANT. 147
des raiſons qu'il auroit pû alleguer,
pour leurfaire voir combien
Ja demande avoitde juftice ; mais
qu'il les connoiffoit tous fi raisonnables
, qu'il eftoit perfuadé que
leurs propres lumieres leur fuffi
foientpourpenetrer ce qu'il ne leur
difoit pas ; Qu'on pourroit luy oppofer
une raifon affez ordinaire ,
fçavoir l'inclination des Peuples
pour de frequens Parlemens , qu'on
affembleroit fouvent, fi on ne luy
accordoit
que
de temps en temps
les fecours qui luy feroient neceffaires
; mais que puifque c'estoit la
premierefois qu'il leurparloit comme
Roy , il eftoit bien aife de leur
148 MERCURE
declarer qu'il falloit agir avec luy
d'une autre forte ; & que le plus
feur moyen de l'obliger à refondre
ces frequentes Affemblées , eftoit
de le traiter toujours bien ; Que
cependant il croyoit devoir leur
dire , qu'il avoit efté averty qu’-
Argile avoit mis pied à terre dans
l'Ecoffe du cofté duCouchant, avec
tous ceux qui s'estoient embarquez
avec luy en Hollande; Que ce Rebelle
avoit fait publier deuxDeclarations
, l'une fous fon nom, l'au
tre au nom des Revoltés qui étoient
en armes , & qu'on l'y traitoit
d'Ufurpateur de Tyran; Qu'il
• avoit donné ordre que la plus courte
des
ز
GALANT. 145
te des deux leurfuſt communiquée,
qu'ilprendroit tout lefoin poffible
pour ne pas laiffer la Declaration
des Rebelles fans le châtiment
qu'elle meritoit.
Le Roy fit enfuite communiquer
aux deux Chambres
la Declaration du Comte
d'Argile ; mais avant que
je vous en parle , vous ferez
bien aife de fçavoir au moins
en fubftance ce que contenoit
celle des Rebelles .
foûtenoient fon party . Elle
avoit pour titre : Declaration
& Apologie du Peuple Proteftant
, c'eft à dire des Seigneurs ,
Juillet 1685.
:
N
qui
146 MERCURE
des Barons , des Gentilshommes ,
des Bourgeois , & des Commune's
de toutes fortes , qui font preſentement
en armes au Royaume d'Ecoffe
, avec la concurrence des veritables
& fidelles Pafteurs , &
de plufieurs Gentilshommes Anglois
joints avec eux en la mefme
caufe . Ils publioient par cette
infolente Declaration les
grands avantages que la Religion
Proteftante remporta,
tant en Ecoffe , que dans les
Païs étrangers ,par le bonfuccés
de l'horrible Rebellion
contre le Roy Charles I. Pere
Sa Majefté ; lequel fuccés ils
GALANT. 147
avoient l'audace d'imputer
par une impieté execrable à
la benediction de Dieu fur la
bonté de leur caufe. Ils exaltoient
la fidelité des Ecoffois,
appellez Covenanters , qui aprés
avoir livré le Pere pour
eftre cruellement maſſacré
par leurs Freres en Angleterre,
avoient neanmoins admis
le Fils à regner , à certaines
conditions qui ne pouvoient
fubfifter avec la Monarchie,
pretendant prouver par là ,
que le feu Roy eftoit avec
beaucoup de juftice accufé
d'ingratitude , puiſque tout
Nij
148 MERCURE
ce qu'il avoit fait depuis fon
heureux rétabliffement , avoit
efté contre les Loix , arbitraire
, tyrannique , & que
tous les fermens impofez ,
aprés que l'on avoit aboly
la Ligue folemnelle ou le
Convenant , avoient efté des
parjures, & leGouvernement
mefme une Apoftafie continuelle.
Ils accufoient les Parlemens
des deux Royaumes,
d'avoir annulé les pernicieufes
Loix faites pendant
la Rebellion , & en particulier
, le Parlement d'Ecoffe ,
d'en avoir fait quelques-
7
!
GALANT. 149
unes , en vertu defquelles le
fang Proteftant avoit efté.
répandu, dont ils donnoient
pour exemple le defunt Marquis
d'Argile condamné en
Parlement ; & enfin d'avoir
chaffé les Miniftres Non-
Conformiftes
. Ils accufoient
auffi le Gouvernement
de
faire mourir les gens contre
les Loix , de defoler les Eglifes
, & de changer les Or
donnances
de Dieu en inventions
des hommes, favorifant
les Papiſtes , & entretenant
des Armées fur pied,
qu'ils appelloient la ruine
Niij
150 MERCURE
& la deftruction du Gouvernement
civil . Ils fe declaroient
contre la Suprematie
du Roy , & contre toutes les
guerres faites aux Etats Generaux
des Provinces-Unies ;
contre l'execution de ces
Scelerats , qui fe faifoient un
métier & un exercice d'affaffiner
les Sujets fidelles ,
fous pretexte de Religion ;
contre la torture que l'on fit
fouffrir à Spence & à Carſtares
, par le moyen de laquelle
on découvrit la derniere
Confpiration , & enfin contre
la Sentence qui avoit
GALANT. 151
condamné Argile. Ils fe declaroient
auffi contre les recherches
qui furent faites à
Bothvvel- Bridge touchant
la Rebellion , par les Juges
des Affiſes , appellant toutes
ces procedures , fi neceſſaires
pour la paix & pour le repos
de ces Royaumes , une
Tyrannie meflée avec le Papifme
; contre l'élevation du
Roy fur le Trône , qu'ils nommoiết
Jacques Duc d'Yorck,
qui avoit efté exclus de la
Couronne par les Communes
d'Angleterre ; & enfin
contre laChambre des Com
Niiij
152 MERCURE
munes alors affemblée, dont
ils difoient qu'on avoit choifyles
Deputez par cabale,
fraude & tromperie. Ils publioient
que pour toutes ces
raifons , ils fecoüoient entierement
tous engagemens de
fujetion, & prenoient les armes
contre Jacques Duc
d'Yorck , & contre tous fes
Complices, les appellát leurs
méchans & dénaturez Ennemis
pour ces fins pretenduës,
fçavoir pour rétablirce qu'ils
appelloient la Religion Proteftante
; pour fupprimer &
exclurre à jamais le Papifme
& l'Epifcopat , fa racine & fa
1
1
GALANT. 153
fource
empoiſonnée ; pour
rétablir tous ceux qui avoiết
fouffert à caufe qu'ils avoiét
pris l'intereft de leur party ;
pour renverser le Gouvernement
preſent , & en établir
un autre felon leurs deffeins .
Ils protestoient que jamais
ils n'entreroient en aucune
Capitulation
, Traité ou Condition
evec le Roy ; mais
qu'au contraire ils continueroient
la guerre réellement,
vigoureuſement
& conftam
ment , jufqu'à ce qu'ils fuffent
venus à bout de leurs
fins , & qu'ils fe prefteroient
154 MERCURE
du fecours , & ſe maintiendroient
les uns les autres, &
particulierement leurs Freres
qui eftoient en Angle--
terre ou en Irlande , qui travailloient
dans la mefme
veuë. Enfin ils promettoient
l'indemnité à ceux qui avoiết
efté leurs Ennemis
, pourveu
qu'ils fe repentiffent fincerement
, qu'ils fe joigniffent
à eux , & les affiſtaffent avec
vigueur contre un Tyran
leur perfecuteur , & contre
un party Apoftat. C'eftoit
ainfi qu'ils traitoient Sa Majefté
, & fes fidelles Sujets.
GALANT. 155
Ils finiffoient par de grandes.
affeurances qu'ils donnoient
aux Révoltez , que Dieu les
affifteroit , & confondroit
leurs Ennemis.
La déclaration du Comte
d'Argile , qui qui fut communiquée
aux deux Chambres
ce jour là , avoit pour
Titre , Déclaration d'Archibald
Comte d'Argile , Seigneur de
Kinlyre , de Cambell , de Lorne ,
&c. Sherif hereditaire , Gonverneur,
& Fuge heréditaire
Genéral des Provinces d' Argile,
de Turben , avec ordre à fes
Vaffaux autres Habitans def156
MERCURE
dites Provinces , & autres qui
font fous fa Jurifdiction de concourir
avec luy pour la défenſe
de leur Religion , de leurs vies
de leurs biens. Cette Déclaration
portoit qu'il ne parleroit
ny de fon Factum imprimé
& publié en Latin &
en Flamand , & plus amplement
encore en Anglois, ny
de la Déclaration imprimée
& publiée par plufieurs Seigneurs,
Gentilhomes , & autres
Ecoffois & Anglois, qui
étoient alors en armes . Mais
que come il y étoit fait mention
de ce que fa famille &
GALANT. 157
luy avoient fouffert , il avoit
trouvé à propos de déclarer,
qu'ayant pris les armes avec
ceux qui l'avoient choiſi
pour eftre leur Chef , ce
n'avoit point efté pour aucunes
fins particulieres ou
perſonnelles ; mais ſeulement
pour celles qui eftoiét
contenues dans cette Déclaration
qu'il avoit concertée
avec eux , & qu'il approuvoit
, & qu'il ne prétendoit
faire valoir aucuns
autres droits que ceux qu'il
avoit avant la Sentence qui
le condánoit luy & fa Famil162
MERCURE
le, lefquels droits établiffoiét
fuffifamment
ſes prététions .
Que toutes les injures perfonnelles
faites à luy & à fa
Famille, il les pardonnoit vo
lontiers comme Chrétien ,à
ceux qui ne s'oppoferoient
point au party qu'il foûtetenoir
, mais qui fe joindroient
à luy pour faire
réüſſir ſon entrepriſe, & qu'il
s'obligeoit par cette prefente
Déclaration de ne les
pourſuivre jamais en Juſtice
. Qu'aprés qu'il auroit obtenu
la poffeffion paiſible
des biens qui appartenoieut
GALANT. 159
à fon Pere & à luy, avant les
prétenduësSentences qui les
avoient confifquez , il payeroit
toutes les dettes de fon
Pere & les fiennes . Que comme
fa fidelité pour le feu Roy
& pour fon Gouvernement
avoit fuffifamment paru
tous ceux qui n'eſtoient
pas prévenus injuftement
contre luy ; auffi reconnoiffoit-
il avec douleur qu'il
avoit eu trop.de complaifance
, & de condefcendance
à l'égard des mesures que
l'on avoit prifes , pour amener
les chofes en l'état où
160 MERCURE
elles eftoient alors , quoy
que Dieu luy fuft témoin
témoin qu'il n'avoit jamais
eu de part à de tels deffeins.
Qu'il avoit fouffert patiemment
l'injufte Sentence rendue
contre luy , s'eſtant retiré
du Royaume
pendant
trois ans & demy , fans avoir
eu jamais la penſée ny d'exciter
des féditions , ny de
troubler la paix pour fes
interefts
particuliers , en
prenant les armes pout ſe
défendre ; mais que le Roy
eftant mort & le Duc
,
d'Yorc qui levoit le maſque,
GALANT. 161
ayant entrepris de ruiner la
Religion Proteftante
qu'il
avoit abandonnée
, & d'envahir
leurs libertez , dans la
réfolution d'exercer
contre
les Loix l'Autorité fouveraine,
il croyoit qu'il eftoit non
feulement
de la Juftice,mais
encore de fon devoir envers
Dieu & fa Patrie , de s'oppofer
par toutes fortés d'efforts
à fon Ufurpation
& à fa Tyrannie
. Qu'avec l'affittance
& le fecours
de plufieurs
bons Proteftans
de l'une &
de l'autre Nation qui l'avoient
prié d'eftre leur Chef,,
Fuillet 1685. O
162 MERCURE
il eftoit réfolu d'executer
autant que Dieu luy en donneroit
le pouvoir , les deffeins
qui eftoient amplement
expliquez dans la Déclaration
, & qu'il exhortoit
& prioit inftamment tous
les honneftes Proteftans , &
particulierement tous fes
Parens & Amis , de concourir
avec luy touchant ce
qu'elle portoit ; qu'ayant
écrit plufieurs Lettres , parce
qu'il n'avoit point d'autres
voyes de faire fçavoir
fes intentions , il ordonnoit
à tous fes Vaffaux , & à tous
GALANT. 163
ceux qui estoient dans fes
diverfes Jurifdictions
de
de fe
que
fa
prendre les armes
joindre à luy , ainfi
Déclaration portoit , & d'o
beir aux ordres particuliers
qu'il leur envoyeroit de
temps en temps , faute dequoy
ils en répondroient à
leurs perils & fortunes .
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
aprés la lecture de cette Déclaration
, la premiere chofe
que fit l'une & l'autreChambre
, fut de réfoudre qu'on
remercieroit le Roy de fon
O ij
164 MERCURE
obligeant Diſcours , & de la
Déclaration favorable qu'il
leur àvoit faite . Les Communes
ayant enſuite examiné
ce que Sa Majeſté leur
avoit dit touchant l'établifſement
d'un revenu , qui puſt
luy aider à foûtenir les dépenfes
de l'Etat , réfolurent
tout d'une voix , que le Revenu
que l'on avoit accordé
au feu Roy , feroit continué
à Sa Majefté pendant fa vie ,
& que l'on en drefferoit un
Bill , qui feroit apporté à la
Chambre. L'aprefmidy
, les
deux Chibres allerent trouGALANT.
165
ver le Roy à VVithehall , &
luy firent leurs remerciemens.
Le lendemain vingttroifiéme
de May , les Seigneurs
s'eftant affemblez,
on fit une Adreffe ,, contenant
que le Roy ayant eu la
bonté de leur faire part de l'avis
qu'il avoit eu, qu'Archibald
cy-devant Comte d'Argile,
déclaré coupable de trahifon,
avoit faitune defcente
en Ecoffe avec plufieurs
de fes Complices qui fe déclaroient
Rebelles , il eftoit
ordonné par les Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers,
166 MERCURE
affemblez en Patlement,
que cette Chombre iroit
trouver le Roy dans la Salle
des Banquets à VVitheall
fur les cinq heures du foir
de ce mefme jour , pour remercier
tres-humblement
Sa Majefté , d'avoir bien
voulu faire part de cette af
faire à la Chambre &
pour luy offrir leurs vies &
leurs biens contre les Rebelles
, & fes autres Ennemis.
Les Communes réfolurent
auffi d'un commun confentement
de faire la mefme
choſe ; ce qui fut executé
GALANT. 167
l'apreſdinée
par les deux
Chambres , qui s'eſtant renduës
à VVitheall , prefenterent
leurs Adreſſes au Roy.
On leut auffi ce jour là le
Bill , pour accorder à Sa
Majefté pendant ſa vie , le
Revenu dont joüiffoit le feu
Roy Charles II . On appelle
Bill toute affaire qu'on
propoſe, fans qu'elle foit rédigée
. On ordonne que des
Commiffaires l'examineront
, & ces Commiffaires
fe nomment
le Petit Comitté.
Lors qu'ils ont examiné l'affaire
, & qu'elle eft rédigée
168 MERCURE
par écrit , on dit alors que le
Bill eft formé , & il ne paffe
dans la Chambre où il a esté propofé , qu'aprésqu'e
l'a
leu trois fois . La premiere
des deux Chambres qui a
mis le Bill en cét état , l'envoye
dire à l'autre Chambre
, & c'eft toûjours celle
des Communes qui fe rend
dans la Chambre Haute,
qu'on appelle des Seigneurs,
ou la Chambre Peinte .
Quoy que le Bill ait efté approuvé
par les deux Chambres
, il ne paffe point , fi le
Roy ne vient en Habits
Royaux.
GALANT. 169
Royaux , & ne le touche avec
fon Sceptre : ce qu'il fait en
difant , le Roy y confent. Lors
qu'il dit le Roy s'avifera , cela
fait entendre qu'il ne veut
pas le paffer , & alors le Bill
n'a aucun effet. Ce
qu'on appelle le grand Comitté
, c'est lors qu'aprés
avoir propofé une Affaire,
l'Orateur defcend de fa
Chaire pour laiffer chacun
dans la liberté de fe parler,
non pas en demeurant en fa
place , mais en ſe
promenant
avec ceux dont on veut
prendre l'avis. Aprés qu'on
Fuiller 1685.
Р
170 MERCURE
s'eft ainfi confulté les uns
les autres pendant quelque
temps , l'Orateur remonte
dans fa Chaire , & tout le
monde reprend fa premiere
place. Il fe fait un filence,
& cela veut dire , eſtre en
Parlement. Chacun peut
alors parler à fon tour fur la
chofe propofée , & aufſi
long-temps qu'il veut , mais
feulement une fois.
Le Bill qui établiſſoit le
Revenu de Sa Majeſté,ayant
eſté leu trois fois , le Roy fe
rendit à la Chambre des Seigneurs
le 30. de May , & fit
GALANT. 171
aux deux Chambres le Dif
cours fuivant.
M
ILORDS ET
MESSIEURS ,
Je vous remercie du Bill que
vous venez de me prefenter , &
je vous affeure que la maniere
obligeante avec lale
prompte
quelle vous l'avez expedié , ne
m'eft pas moins agreable que
Bill mefme. Vous devez croire ,
qu'aprés de fi heureux commencemens
, je ne vous ay pasfait venir
icy fans neceffité , pour vous
demander unfecours extraordinaireQuand
je vous diray que les
´Pij·
172 MERCURE
Magafins pour laFlote & l'Artillerie
font extrémement épuiſez;
Que les anticipations qui ont efté
faites fur plufieurs parties de la
Couronne , font grandes & importantes
; Que les debres du feu
Roy mon Frere, àfes Officiers
afes Domestiques, meritent qu'on
yait égard ; Que la Rebellion d'Ecoffe
, fans l'exagerer , m'obligera
à une tres- grande dépense , je
fuis certain qu'en confiderant tou
tes ces chofes , vous vous croirez
engagez à me donner dequoy y
pourvoir, puis qu'il n'y a rien qui
regarde de plus prés le foulagement
, lafeureté, & le bonheur
GALANT. 173
·la
de mon Gouvernement. Mais je
dois vous recommander fur tout
le foin de la Flote , & la gloire
de cette Nation , afin que vous
mettiez en tel état que nous puiffions
eftre refpectez des Etrangers.
Je ne puis vous exprimer l'intereft
que j'y prens , plus conformément
ma pensée , qu'en vous affen-
↑ rant que j'ay un coeur veritable-
~> ment Anglois , & que je fuis auffi
jaloux des avantages de la Nationque
vous pouvez l'estre . F'ef
· pere qu'avec la Benediction de
"Dien voftre afſiſtance , je
pourray porter plus haut la reputation
de l'Angleterre que mes
a
Piij
174 MERCURE
Anceftres ne l'ont portée ; & que
comme je ne vous demanderay des
fubfides , que lors qu'ilsferont neceffaires
pour l'utilité publique ,
vous me verrez fi bien ménager
ce que vous me donnerez en de
pareilles rencontres , qu'ils feront
toûjours employez aux usages pour
lefquels je vous les demanderay.
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
, délibererent en grand
Comité fur la demande du
Roy, & conclurent aufſi-toſt
de luy accorder un fubfide
extraordinaire . On refolut
pour cela d'établir une nouGALANT.
175
velle impofition fur le vin &
le vinaigre , telle qu'on l'avoit
accordée en 1670. au
feu Roy Charles II . & que le
Bill en feroit dreffé . Je paffe
à l'article des Seditieux.
Le 18. de May fur les onze
heures du matin , un petit
Baftiment venant d'lla au
Royaume d'Ecoffe , arriva à
Ballentoy. Il y avoit huit
hommes dedans, que la Garde
de ce lieu-là defarma . On
leur demanda d'où ils venoient
& ils répondirent
qu'ils fe retiroient en Irlande
, pour y eftre en feureté
;
Piiij
176 MERCURE
le Comte d'Argile & le Chevalier
Jean Cockram , qui avoient
mis pied à terre à Ila,
ayant avec eux cinq Vaiffeaux
chargez de munitions,
& fur lefquels on diſoit qu'il
y avoit prés de cinq cens
Hommes. Un de ces huit
Paffagers , nommé Friza , affeura
qu'il avoit veu Argile
avec Cockram , & un autre
vieux Gentilhomme dont il
ignoroit le nom ; qu'Argile,
dont le vifage luy eftoit tresbien
connu , parce qu'il l'avoit
veu difner en unlieu appellé
Killeru dans l'ille d'Ila,
GALANT. 177
luy avoit demandé des nouvelles
de l'Armée , entendant
parler de l'Armée du Roy ;
à quoy il avoit répondu ,
qu'elle eftoit allée à Kintire,
un peu avant qu'il fuft débarqué
; Que le mefme Argile
avoit enfuite envoyé
querir le Bailly d'Ila , qui
avoit refufé de fe foulever
avec luy , fur ce qu'il avoit
fait ferment de demeurer fidelle
au Roy ; Qu'Argile
avoit repliqué , qu'il pouvoit
entrer dans fon party
fans contrevenir à fon Serment
, puis qu'on ne fçavoit
178 MERCURE
pas bien encore qui eftoit
Roy ; mais que ce Bailly ne
voulant pas recevoir fes ordres
, s'eftoit fauvé avec plufieurs
Gentilhommes ; Qu'-
Argile l'ayant appris , avoit
juré qu'il feroit brûler ſa
maiſon , & pendre à leurs
portes tous ceux qui ne voudroient
pas fe foulever avec
luy . Cet homme ajoûta, qu'il
avoit fait porter par tout le
Pays un Croftary, qui eft un
Tizon ardent, ancien Signal
des Ecoffois , pour donner
l'alarme , & qu'il avoit menacé
tous les Habitans du
GALANT. 179
feu & du pillage s'ils ne prenoient
les armes pour luy .
On eut nouvelles peu de
jours apres , que n'ayant pas
trouvé dans l'Ifle d'Ila ,ny en
d'autres lieux. circonvoifins,
les Peuples difpofez à la revolte
, il eftoit venu à Kintire,
pour tâcher de foûlever
les Habitans de ce quartierlà,
pendant que fes Fils Charles
& Jean en faifoient autant
en d'autres endroits du
Comté d'Argile . Cependant
une partie confiderable
des
Troupes du Roy , compofée
principalement
de Montagnards
, marcha avec toute
180 MERCURE
la diligence poffible de cè
cofté-h pour s'oppoſer aux
Rebelles ,fous les ordres du
"Duc de Gordon, du Marquis
d'Athol , & de quelques autres
Chefs . L'Armée de Sa
Majefté alla camper à Glaſ
covy & aux environs , pour
empêcher que les Peuples de
l'Ouest ne fe joigniffent aux
Seditieux. Il y eut une autre
partie des mefmes Troupes
poſtée fur la Frontiere, pour
difputer le paffage à ceux qui
pouvoient venir du Nord
d'Angleterre prendre le party
du Comte d'Argile. Il s'é
toit flaté qu'il luy viendroit
GALANT. 181
de grands fecours de ce cofté-
là , apres fon débarque-
,
4
1 ment en Ecoffe. Le 20. du
mefme mois il mit pied à terre
à Lockeal autrement
Campletovvn , à huit milles
de Mul-head de Kintire du
cofté du Midy, & deux jours
aprés il envoya par tout le
Pays la Sommation fuivante
, fignée de fa main.
De Campletovvn le 22. May 1685.
Eftant par la grace de Dieu ,
arrivé icy en feureté, avec la refolution
conforme à la Declara_
tion publiée pour la defenſe de la
Religion Proteftante , de nos li182
MERCURE
bertez, & de nos vies , d'agir
contre le Papifme le Gouver
nement arbitraire , & tous ceux
de l'Ifle d'Ila eftant venus juſqu'icy
à un Rendez- vous general
; celles- cy font pour requerir
tous les Proprietaires , Fermiers ,
✔autres , tous les gens capables
de porter les armes , depuis
l'âge defeize ans jufqu'à celuy de
foixante, dans la divifion de Cou
val, de fe trouver, fans manquer,
Rendez- vous le 26. du courant
à midy , ou plûtoft s'il eft poffible,
avec toutes leurs armes , & des
vivres pour quinze jours .
an
ARGILE.
GALANT. 183
Son Fils Charles voulant
appuyer cet ordre,alla àCou
val, & écrivit à plufieurs Gentilshommes
pour les obliger
à fe rendre auprés de luy ,
avec menace de mettre tout
à feu & à fang s'ils s'en excufoient.
En effet, il fit brûler
les maiſons de ceux qui joignirent
l'Armée du Roy.
Cette rigueur en attira quelques
- uns dans le
party du
Comte d'Argile, qui marcha
le 28. de May de Campletovvn
en Kentire , du cofté
de Tarbert,avec deux Compagnies
de Cavalerie , telles
184 MERCURE
qu'il put les trouver en ce
Pays -là, & fept cens Fantaſ
fins . Il rencontra là trois cens
hommes d'Ila , & deux cens
autres devoient y venir le
joindre. Le 29. il partit de
Tarbert, accompagné d'Auchinbreck
qui l'avoit joint ,
& vint à Rofa dans l'Ile de
Boot , où il prit des provifions
pour une nuit . Le 30 .
il fit voile tout autour de
l'Ifle , avec trois Vaiſſeaux
& vingt petites Barques . Le
plus grand de ces Vaiſſeaux
n'eftoit monté que de trente
pieces de Canon , le fecond
GALANT. 185
de douze , & le troifiéme de
fix. Il avoit avec luy un autre
petit Baftiment chargé
de bled , qu'il avoit pris fur
la cofte. Il revint à Rofa ,
apres qu'il eut fait le tour de
l'ifle, & fit tirer fept coups de
Canon lors qu'il débarqua,
Il n'avoit en tout que deux
mille cinq cens hommes ou
environ ; mais il croyoit obliger
les Peuples à fe revol
ter, en les affeurant qu'on fe
foulevoit déja de toutes parts
en Angleterre. Cela ſe voic
par une Lettre qu'il écrivit
de Campletovvn le 22. de
Juillet 1685. е
186 MERCURE
May , & qu'il adreffoit au
fieur de Lupe . En voicy les
termes.
CHER
AMY,
de
Il a pleu à Dieu de me faire
heureusement arriver icy, où plufieurs
Perfonnes de l'une
Tautre Nation m'ont joint pour la
défenſe de la Religion Proteftante
, de nos libertez , & de nos
vies , contre le Papifme & le
Gouvernement arbitraire . On en
peut voir les particularitez dans
deux Déclarations publiées ; la
premiere par ces Seigneurs, GenGALANT.
187
tilhommes & autres , & la feconde
par moy , pour moy mefme.
Nous avons vécu voftre Pere &
moy en grande amitié , & je fuis:
bien aife de vous fervir vous qui
eftes fon Fils , en défendant la
Religion Proteftante , ce que je
feray toûjours preft de faire dans
toutes les chofes qui vous regarderont
en particulier. Ie vous prie
de ne vous laiffer perfuader par
qui que ce foit, que ny la crainte
ny d'autres mauvais principes ne
vous engagent à négliger en ce
temps cy ce que vous devez à
à voftre Patrie. Gar Dieu
dez- vous de croire
que
le
Duc
Qij
188 MERCURE
d'York n'eft point Papiſte , on
qu'eftant tel il peut estre un juſte
Roy. Scachez que l'Angleterre
eft toute en armes en trois differens
le Duc de Monles
Provinces
Occidentales
les
endroits ; que
mouth
paroift
dans le mefme
temps
que nous ; qu'il y apeu de Places
en Ecoffe
qui ne fe joignent
ànôtre
party , & que
Meridionales
n'attendent
pour le faire , que
nouvelles
de mon
débarquement
,
car c'est
ce que nous
réfolumes
avant
mon départ
de Hollande
.
Te vous fupplie
donc
de ne point
tarder à vousfeparer
de ceux qui
vous
trompent
, & qui traGALANT.
189
vaillent à avancer le Papifme,
& de venir avec tous ceux qui
vous obeiffent pour défendre la
caufe de la Religion , & foyez
perfuadé que vousferez tres- bien
receu par voftre tres- voftre tres- affectionné
Amy pour vousfairefervice ,
ARGILE.
Il y avoit en Apoſtile . Cette
Lettre pourra eftre communiquée
au Ieune Logie , à Skipnage,
àCharles Mac Echan.
Le fecond de Juin un
Party des Troupes du Roy
que commandoit le Marquis
d'Athol , vint à Glenda190
MERCURE
rovval , où eftoit Charles
Campbel , Fils du Comte.
d'Argile , avec fix vingts
Hommes de pied & douze
Cavaliers , qui eurent bien
de la peine à fe retirer dans
leurs Vaiffeaux. On en fit
deux Prifonniers , & un autre
fut tué. Le lendemain le
Comte d'Argile envoya le
Chevalier Cockran & Polvvart
avec cent Hommes
& deux Vaiffeaux à Greenot,
où une Compagnie de Cavalerie
des Milices du Roy,
commandée par Milord
Cockran , tâcha de les emGALANT.
191
pefcher de débarquer , mais
elle ne put foûtenir longtemps
le feu du Canon , &
de la Moufqueterie des deux
Vaiffeaux. Ainfi les Rebelles
mirent pied à terre , &
entrerent dans la Ville , où
ils enleverent les Farines &
toutes les Proviſions qu'ils
purent trouver , aprés quoy
ils retournerent à l'Ile de
Boot où eftoit leur Camp.
Cependant les Vaiffeaux du
Roy eftant arrivez devant
cette Iſle , obligerent le
Comte d'Argile à quitter ce
Pofte. Il alla à Covval qui
192 MERCURE
eft une partie de la Province
d'Argile , & avant que
de partir , il fit brûler la
Maifon du Sherif de Boot,
& emporta tous fes meubles.
Il avoit réfolu d'envoyer fes
Vaiffeaux & fes Chaloupes à
Lochfine du cofté d'Inveraray
, mais n'ayant pû faire
voile à caufe des Vents contraires
, les Frégates de Sa
Majefté , l'Alcyon , & le
Faucon , vinrent à l'emboucheure
de Lochrovvan , où
les Bâtimens des Rebelles
eſtoient à l'Anchre. Cette
arrivée impréveuë les étonna
GALANT. 193.
na tellement , qu'abandonnant
le deffein d'aller du côté
de Lochfine ils commencerent
le 10. de Juin à
fortifier un petit Chaſteau
appellé Ellengreg , & un
Rocher qui eſt auprés dans
une petite Ifle , pour affeurer
leurs
eftoient àà Lochrovvan.
Cela eftant fait , ils quitterent
cette Place , & le Comte
d'Argile marcha vers la
pointe de Lochfine , ayant
laiffé cent cinquante Hommes
pour la garde de fes
Vaiffeaux , & mis fon Ca-
-Juillet 1685.
R
Vaiffeaux qui
194 MERCURE
non , fes Armes , & fes Munitions
dans le Chafteau. Le
11. un Party des Troupes du
Roy d'environ trois cens
Hommes d'Infanterie, commandée
par le Marquis d'Athol
, en rencontra un de
Rebelles , compoſé de quatre
cens Fantaffins &
de quatre- vingts Chevaux.
Il les défit , & il y en eut
beaucoup de tuez . Les Rebelles
, aprés cette défaite ,
retournerent
à Ellengreg
,
d'où ils partirent
le IS. &
ayat paffe Lochlong, ils marcherent
du cofté de Lenox
GALANT. 195
dans la Province de Dumbarton.
Le mefme jour les
Vaiffeaux du Roy vinrent
moüiller l'Anchre devant le
Chaſteau ,où eftoient encore
les Armes & les Munitions
des Rebelles. Ils fe préparoient
à le battre de leur
Canon, mais ils n'eurent pas
plûtoft tiré le premier coup,
que deux Hommes parurent
avec un Etendard
blanc , & leur dirent qu'il
n'y avoit perfonne dans le
Chafteau , & que tous les
Rebelles avoient pris la fuite.
On envoya auffi- toft une
Rij
196 MERCURE
""
Chaloupe à terre , & l'on
trouva que le rapport eſtoit
veritable. Ainfi l'on s'empara
du Chafteau , de leurs,
Navires & de leurs Chalou_
pes. On trouva des armes
pour cinq mille' Hommes,
cinq cens Barils de Poudre,
des Boulets, de la Méche, &
d'autres chofes à proportion ,
outre les Canons dont il y en
avoit quelques - uns montez
, & les autres au fond de
l'eau , mais faciles à retirer.
Le 16. les Rebelles pafferent
à la pointe de Gairloch,pour
aller chercher les endroits
GALANT. 197
Guéables de la Riviere Levin
, entre Lochlomond , &
la Ville de Dumbarton . Le
17. au matin le Comte de
Dumbarton , ayant eu avis
qu'ils avoient paffé cette
Riviere , & qu'ils eftoient
entrez dans la Province qui
porte fon nom , envoya trois
Compagnies de Dragons
fous le commandement de
Milord Charles Murray ,
leur Lieutenant Colonel,
pour les empefcher de paffer
la Riviere de Blide , & il
partit en mefme temps de
Glafcovv pour les fuivre. Il
Liij
198 MERCURE
les joignit à Killerne , & la
Cavalerie & les Dragons les
arreſterent juſqu'à ce que
l'Infanterie fuft arrivée, mais
ils eſtoient ſi avantageuſement
poftez , & il eſtoit fi
tard qu'on ne trouva pas
qu'il fuft à propos de les attaquer.
L'Armée du Roy
demeura toute la nuit rangée
en Bataille , pour eſtre
prefte à combattre , auffitoft
que le jour paroiftroit,
mais les Rebelles profiterent
de l'obscurité , pour
fe retirer fans bruit. Ils
pafferent la Riviere de
GALANT. 199
Clide à la nage avec leurs
Chevaux , & leur Infanterie
la paffa dans des Batteaux,
auprés d'un Village nommé
Kilpatrich . Ainfi ils ſe fauverent
à Renfrevy fans aucun
obſtacle . L'Armée du
Roy ne trouvant plus les
Rebelles le 18. au matin,
marcha avec toute la diligence
poffible du cofté de
Glafcovv , où aprés qu'elle
ſe fuft repofée deux heures,
le Comte de Dumbarton
partit avec la Cavalerie , &
les Dragons pour les fuivre ,
laiffant l'Infanterie derriere,
Riiij
2c0 MERCURE
1
avec ordre de le joindre en
grande hafte. Le Comte
d'Argile , & le Chevalier
Jean Cockran eſtant
à Renfrevv , ramafferent une
partie de leurs Troupes , &
prirent desGuides pour fe fai
re conduire par des fentiers
écartez dans la Province de
Gallovvay , mais ces Conducteurs
ayant manqué leur
chemin, les engagerent dans
un Marais , où les Rebelles
ayant perdu leurs Chevaux
& leur Bagage , leur Infanterie
fe divifa en petits Partys
, ce qui obligea le ComGALANT.
201
ger
te de Dumbarton de partaauffi
fon Armé en petits
Corps pour les mieux pourfuivre.
Le Comte d'Argile
eftant retourné fur fes pas
feul à Cheval , du cofté de la
Riviere de Clide , fut attaqué
par deux Valets de
Greinock , qui fans le connoiſtre
, luy crierent qu'il fe
rendift. Il tira fur eux , &
fut bleffé d'un coup de piftolet
à la tefte. Alors ne fe
fiant plus à fon Cheval , qui
eftoit extrémement fatigué,
il init pied à terre , & creut
fe pouvoir cacher dans l'eau .
202 MERCURE
UnPayfan eftant accouru,fe
jetta dans l'eau aprés luy ,l'un
& l'autre en ayant prefque
jufques au col. Le Côte d'Argile
tira fur le Payfan , mais
fon piftolet ne fit pas feu , &
le Payfan l'ayant encore
bleffé à la tefte , ce fecond
coup le troubla fi fort qu'il
s'écria en tombant , Ah ! mal
heureux Argile ! Ces paroles
l'ayant fait connoiſtre pour
ce qu'il eftoit , le Payfan &
les deux autres Hommes qui
l'avoient bleffé d'abord , le
retirerent de l'eau , & le menerent
à leur Commandant.
GALANT. 203
Un Party de quarante Chevaux
, commandé par Milord
Roff, & un pareil nombre
de Dragons , commandez
par le Capitaine Cleland
, en attaquerent un des
Rebelles que commandoit
le Chevalier Jean Cockran.
Il alloit du coté de la Mer.
Ceux- cy voyant venir le
Party du Roy , fe pofterent
dans un petit Clos où ils
eftoient à couvert juſqu'aux
épaules , ce qui n'empefcha
pas Milord Roffde les charger
, mais le Terrain eſtant
trop fort pour eftre rompu
204 MERCURE
par la Cavalerie , le Capitai
ne des Dragons fut tué en
approchant , Milord Roffreceut
une bleffeure legere , le
Chevalier Adam Blair un
coup de Moufquet dans le
col , & le Chevalier Guillaume
Wollace de Craigie , un
autre das le cofté, aprés quoy
lés Rebelles fe retirerent
dans un Bois , qui eftoit derriere
ce Clos , avant que les
Dragons euffent pû venir à
eux. Un Party de cinq Hom
mes des Milices de Clefdale
commandé par le Comte
d'Arran , prit Rumbold &
GALANT. 205
fon Valet , qui fe battirent
en defefperez . Rumbold eſt
celuy dans la Maiſon duquel
les Conjurez avoient tenu
les Affemblées, où ils avoient
réfolu de tuer le feu Roy fur
le chemin de Neumarket .
Le Colonel Aylof fut mené
prifonnier à Glafcovv , avec
plus de deux cens autres .
Ce fut de ce lieu là que l'on
amena le Comte d'Argile à
Edimbourg le 21. de Juin . Il
la Porte du cofté
entra par
de l'eau. Toutes
les Ruës
jufques
au Chafteau
où il
fut mis prifonnier
, eſtoient
206 MERCURE
gardées par la Compagnie
du Roy qui eftoit dans cette
Ville là. Il avoit les mains
liées derriere le dos , & la
teſte nuë , & le Bourreau
marchoit devant luy. Le
Colonel Aylof cuſt eſté
amené avec luy , mais la
nuit avant qu'il deuft partir
de Glafcovv , il s'ouvrit le
ventre avec un Canif.
26. on fit le Procez à Rumbold
, qui fut condamné
comme Criminel de Haute
Trahifon , & l'aprefdifnée
on le traifna fur la claye
à la grande Place d'Edim-
Le
GALANT. 207
bourg , où il fut pendu , &
mis en quartiers. Le 30. le
Comte d'Argile fut mené en
la mefine Place , où un Echafaut
avoit efté élevé. Il eut la
Tefte coupée, en vertu de la
Sentence prononcée contre
luy il y a quelques années,
fans qu'on luy euft fait ſon
Procez de nouveau pour fa
derniere révolte . On ordóna
feulement que fa Tête feroit
miſe fur la Priſon appellée
Tolbooth.Son corps fut portédans
la Chapelle de Sainte
Madeleine auprés de Covvgate.
Il ne fit aucun Dif
208 MERCURE
.
1
cours fur l'Echafaut , mais il
mit un Papier entre les mains
du Doyen de la Cathédrale
d'Edimbourg , qui l'affiſta à
la mort avec le Sieur Charrers
, pour eftre rendu à Milord
Chancelier. Il déclara
qu'il n'en avoit laiffé aucun
autre touchant les Affaires
des Rebelles. Quelques heures
aprés l'execution , on eut
nouvelles que le Chevalier
Jean Cochran & fon Fils
avoient efté pris dans un Village
appellé Cochran , chez
un Oncle du Chevalier ou
ils s'eftoient cachez .
GALANT. 209
Tandis l'on
pourfuique
voit les Rebelles en Ecoffe
13.
le Roy eut avis d'un autre
Soulevement. Un Courier
exprés que luy envoya le
Maire de Lime , arriva le
de Juin au matin, & luy rap
porta que le 11. du mefme
mois, trois Vaiffeaux avoient
paru à la hauteur de cette
Place, & que le Duc de Mon
mouth avoit mis pied à terre
fur les fept heures du foir ,
avec environ cent cinquante
hommes ; qu'eftant entré
dans la Ville , il s'en eftoit
rendu Maiſtre , & qu'il avoit
Juillet 1685.
t
S
210 MERCURE .
envoyé quelques-uns de fes
Complices dans les Provinces
voifines
, pour engager
les Peuples à une Rebellion
ouverte contre le Roy. Sa
Majefté fit affembler auffitoft
fon Confeil Privé , & ordonna
que la Proclamation
fuivante feroit publiée.
ACQUES , ROY.
JA
Comme Nous avons receu
avis certain , que Jacques , Duc
de Monmouth , Ford autrefois
Lord Grey , profcrit ou condamné
par Contumace pour crime
de Haute trabifon , ont mis pied
GALANT. 211
à terre depuis peu à Lime , dans
noftre Province de Dorfet , d'une
maniere ennemie, avec divers autres
Traitres & Gens condamnez
auffi par Contumace ; qu'ils fe
font emparez de noftredite Ville
de Lime , ont difpersé quel &
ques uns de leurs Complices dans
les Provinces circonvoisines , pour
exciter ces Pays- là à ſe joindre à
eux dans une Rebellion ouverte
contre Nous : Nous de l'avis de
noftre Confeil Privé, publions &
declarons Jacques , Duc de Monmouth
, & tous fes Complices ,
Adherents, Fauteurs & Confeil
lers , traitres & rebelles , &
S. ij
212 MERCURE
Nous commandons & enjoignons
à tous Gouverneurs , Lieutenans
Gouverneurs , Sherifs , Inges de
Paix , Maires , Baillis ,
tous nos autres Officiers, tant de la
Iuftice que de la Milice , de faire
rous leurs efforts pourfaiſir & apprehender
ledit Tacques Duc de
Monmouth, Ford cy- devant Lord
Grey , & tousfes Confederez
Adherens ; comme auffi tous antres
qui aideront , affifteront , ou
fouftiendront lefdits Traiftres &
Rebelles , de s'affeurer de tous,
& d'un chacun d'eux , jufqu'à ce
que noftre volonté leur foir plus
amplement connue , faute dequoy
L
GALANT. 213
ils en répondront à leurs perils
fortunes. Donné à noftre Cour de
Voitheall
le 13. de Tuin 1685.
de noftre Regne le premier. Dieu
conferve le Roy.
Sa Majesté ayant fait
part de cette nouvelle à
fes deux Chambres du Parlement
, elles refolurent
de faire chacune une Adreffe
, & de les luy prefenter
féparement. Voicy celle
que la Chambre des Seigneurs
luy prefenta à Witheall
, dans la Sale des Banquets.
Le Roy ayant en la bonté de
214 MERCURE
que·
communiquer à cette Chambre
l'Avis qu'il a receu ce matin
le Duc de Monmouth a mis pied
à terre à Lime dans la Province
de Dorfet , en Ennemy , & avec
plufieurs defes Adherens, qu'il
s'eft emparéde cette Ville - là , cet
te Chambre a refolu de fe rendre
auprés de Sa Majesté , pour luy
faire fes tres - humbles remercimens
de luy avoir fait part de cet
avis , & pour offrir à Sa Majeftéde
fe tenir attachée à Elle , &
de l'affifter de fes vies de fes
biens contre ledit Duc de Monmouth
, & contre tous Rebelles &
Traiftres , & tous les autres EnGALANT.
215
nemis de Sa Majesté.
L'Adreffe que la Chambre
des Communes luy prefenta
dans la mefine Salle des
Banquets , eftoit conceuë en
ces termes.
IRE ,
STR
en
Nous, les tres -fidelles Sujets
de Vostre Majefté , les Communes
d'Angleterre affemblées e
Parlement , la remercions treshumblement
, de tout noftre
coeur , comme noftre devoir nous
y oblige , du Meffage qu'Elle a
eu la bonté de nous envoyer, pour
nous faire fçavoir que l'ingrat
216 MERCURE
eft
que
Jacques , Duc de Monmouth ,
entré dans ce Royaume en Rebelle
. Nous affeurons Voftre Majefté
, avec toute l'obeiſſance & la
fidelité que nous luy devons ,
nous fommes & ferons toûjours
prefts de nous attacher à Elle , &
de l'aßifter de nos vies & de nos
biens contre ledit Iacques Duc de
Monmouth , fes Adherens , &
Correfpondans, & contre tous autres
Rebelles & Traitres quelconques
qui les affifteront , ou aucun
d'eux: Et comme la confervation
de la Perfonne facrée de Voftre
Majefté eft de la derniere impor.
sance pour la paix & pour le
bonheur
GALANT. 217
bonheur du Royaume ; Nous , les
tres obeiffans tres fidelles Sujets
de Voflre Majefté , la fupplions
tres - humblement de prendre
un foin extraordinaire de fa
Perfonne Royale
que
nous
prions Dieu de conferver longtemps.
Leis.le Parlement s'eftant
affemblé , les Seigneurs envoyerent
dire à la Chambre
des Communes
, que le Roy
leur avoit communiqué
un
Manifefte publié au nom du
Duc de Monmouth ; & qu'ils
y avoiết trouvé des maximes
fi execrables & fi injurieuſes
Juillet 1685.
Ꭲ .
218 MERCURE
pour Sa Majefté , qu'ils avoient
refolu de le faire brûler
par la main du Boureau.
Ce Manifefte fut leu enfuite
avec la Sentence des Seigneurs
. La Chambre baſſe
fut du mefme avis, & ce jourlà
mefme cette Sentence fut
executée . On lut dans la
même Chambre le Bill, pour
faire le procez au Duc de
Monmouth . On le mit au
net , & on le leut juſques à
trois fois dans cette mefme
Seance . La Chambre l'ayant
approuvé , on l'envoya aux
Seigneurs qui l'approuveGALANT.
219
rent auffi par un confentement
general . Le Comité ,
qui eftoit chargé de dreffer
un Bill pour la feureté de la
Perfonne du Roy , eut ordre
d'y inferer cette claufe; Que
tous ceux qui maintiendroient
que le Duc de Monmouth
eſtoit né en legitime
Mariage , ou qu'il pouvoit
pretendre legitimement à la
Couronne, feroient declarez
coupables de Haute - trahifon.
On ne fe
de fe contenta pas
faire brûler fon Manifefte
par la main du Boureau , les
Tij
220 MERCURE
Particuliers en pouvoient
garder quelques copies , &
pour l'empefcher, on publia
dés ce mefme jour la Proclamation
fuivante.
JA
'ACQUES , ROY.
Dautant que Jacques , Duc
de Monmouth
, pour exciter nos
Sujets à fe joindre à luy dans fa
revolte contre Nous , a depuis peu
fait publier & difperfer contre nôtre
Perfonne & noftre Gouver
nement , par fes Emiffaires Complices
de fa Rebellion , le plus infame
& le plus perfide de tous les
Ecrits , intitulé: Declaration
•
GALANT. 221
de Jacques , Duc de Monmouth
, & des Seigneurs ,
Gentilshommes
, & autres
prefentement en armes pour
la defenfe & la juftification
de la Religion Proteftante ,
& des Loix , Droits & Privileges
d'Angleterre ; contre
l'Invaſion & la Tyrannie de
Jacques , Duc d'York . Lequel
Ecrit les Seigneurs Ecclefiaftiques
Seculiers affemblez en
Parlement, ont juftement condamné
à eftre brûlé par la main du
Bourean , veu qu'il contient la
plus haute trabifon , que
stable malice des plus implacables
la dete-
Tiij
222 MERCURE
de nos Ennemis puft inventer contre
nous ; Nous , eftant meus de
bonté &
“
አ
pour nos Sujets,
craignantque quelques-uns
d'entre eux nefeachant pas le danger
auquel ils s'expoferoient , ne
fuffent portez à recevoir àgarder
ledit Ecrit , ou à en faire part
à d'autres , Avons trouvé à propos
de l'avis de noftre Confeil
Privé, d'en informer tous nos bons
Sujets. C'eft pourquoy nous commandons
& ordonnons expreßément
par ces Prefentes , à tous
Gouverneurs , Lieutenans , Sherifs
, Juges de Paix , Maires ,
Baillis , Prevofts , grands peGALANT.
223
que
tits Conneftables , à tous nos autres
Officiers , tant de la Milice
de laJustice ; comme auffi à
tous nos Amez Sujets de noftre
Royaume d'Angleterre , de noftre
Principauté de Galles , & de la
Ville deBervvick fur la Toveed,
defaifir & apprehender , & de
faire arrefter toute perſonne ou
perfonnes , qui publieront , difperferont
, ou garderont ledit Écrit,
fans le découvrir au plus prochain
luge de Paix , afin que
Coupable ou les Coupables puiffent
eftre poursuivis comme Traitres
envers Nous , & envers nô.
rre Couronne & Dignité ; faute
le
Tiiij
224 MERCURE
dequoy ils en répondront à leurs
perils fortune. Donné à noftre
Cour de Vvitheall , le 15. de Iuin
1685. de noftre Regne le premier.
Dieu conferve le Roy.
Le lendemain on publia
une autre Proclamation , en
ces termes.
JAC
ACQUES , ROY.
Nos Communes affemblées
en Parlement , nous ayant prié
par leur humble Adreſſe , de promettre
une recompenfe de cing
mille livres Sterling à celuy ou
ceux qui livreront la Perfonne de
Jacques , Duc de Monmouth ,
GALANT. 225
vif; & ledit Jacques , mort on vif;
Ducde Monmouth , estant condamné
par Acte du Parlement ,
pour crime de Haute - trahison ,
Nous de l'Avis de nostre Confeil
Privé , publions & declarons
par ces Prefentes nostre Promeffe
Royale , que nostre plaifir &
volonté est , que quiconque livrera
le Corps duditJacques , Duc de
Monmouth, mort ou vif, recevra
aura la recompenfe de cinq
mille livres Sterling pour ce fervice
, laquelle fomme luyfera inceffamment
payée par notre grand
Treforier d'Angleterre . Donné
le 16.Juin 1685. &c.
226 MERCURE
Le Duc de Monmouth ef
tant entré à Lime le 1. de
Juin , comme je vous l'ay
marqué , en fortit le 14. à
trois heures du matin avec
foixate Chevaux & fix vingts
Hommes de pied ; & aprés
avoir marché environ deux
milles,il les laiffa fous le commandement
deMilord Grey,
qui s'avança jufques à Bridport,
petite Place à fix milles
de Lime. Les Rebelles y entrerent
, en faisant un feu
continuel de leurs Pistolets
& de leurs Moufquets . Quelques-
uns d'entre-eux attaGALANT.
227
querent une Hoftellerie
, où
ils trouverent
environ dix
Cavaliers. Ils tuerent les
fieurs Wadham
, Strangvvais
,
& Edouard Coaker , & blefferent
le fieur Harvey
. Pendant
ce temps, les Habitans
coururent
aux armes , & chargerent
les Rebelles, defquels
ils tuerent fept , & firent
vingt- trois prifonniers
. Les
autres prirent la fuite, & l'on
trouva plus de quarante
de
leursMoufquets
qu'ils avoiét
laiffez dans la campagne
.
eurent pourtant le foin d'emporter
le corps d'un de leurs
Ils
228 MERCURE
Officiers qui avoit eſté tué.
Milord Grey eut fon cheval
tué fous luy ; & eftant demeuré
à pied, il fut contraint
de fe deboter, afin de fe fauver
plus aifément. Le 18. Milord
Churchil fe rendit à
Chard avec quelques Troupes
du Roy , & envoya le
Lieutenant Monaux accompagné
de vingt hommes , &
d'un Maréchal des Logis du
Regiment d'Oxford , pour
obferver les Rebelles. Ils en
rencontrerent un Party d'un
pareil nombre, à deux milles
de Taunton. Ils le chargeGALANT.
229
rent , en tuerent douze , &
blefferent prefque tous les
autres; mais ayant apperceu
un autre party , ils fe retirerent
. Le Lieutenant Monaux
fut bleffé à la tefte d'un
coup de Moufquet . Dans ce
mefme temps le Capitaine
Trevanion , qui commande
un Vaiffeau de guerre nommé
le Suadados , eftant arrivé
à Lime avec les Vaiffeaux du
Roy qu'il commande , y trou
va deux Navires des Rebelles
, une Pinaffe , & un petit
Heu ,avec quarante barils de
Poudre , & des Cuiraffes pour
230 MERCURE
quatre à cinq mille hommes
. Il s'en empara , ainſi
que des deux Baftimens
. Les
Rebelles avoient fait mettre
en Priſon les Principaux
de
la Communauté
, fur le refus
qu'ils avoient fait de fe joindre
à eux . De Daunton
ils s'avancerent
à Bridgvvater
,
& de là aux environs de Glaffenbury
. Milord Churchil
qui les obfervoit de prés, envoya
le 22. un party de quarante
Cavaliers
, qui en ayant
rencontré quatre- vingt , les
obligea de fe retirer dansleur
Camp. Le mefme jour , MiGALANT.
231
lord Duras de Féversham ,
Lieutenant General des Armées
de Sa Majeſté , arriva à
Chippenham, avec un Détachement
des Gardes du
Corps du Roy , des Grenadiers
, du Regiment d'Oxford
, & des Dragons. Le
Comte de Pembroc l'y joignit,
avec la Milice du Comté
de Vilts , dont il eft Gouverneur
.
Le 25. un Party de cent
Chevaux , commandé par par le
Colonel Oglethorp, attaqua
les Rebelles au Pont de Canisham
,entre Bristol & Bath ,
T
232 MERCURE
& défit deux Compagnies de
leur meilleure Cavalerie . Il
y en eut prés de cent tuez .
Le Comte de Nevvbourg Ecoffois,
qui foûtenoit le party
du Roy , receut un coup
de Moufquet dans le ventre.
Il tomba de cheval , & euſt
efté pris , fi ayant encore le
Piſtolet à la main , il n'euft
tué celuy des Rebelles qui
s'avançoit pour le prendre ,
ce qui donna moyen à ceux
de fon party de le délivrer .
Cependant le Comte de
Pembrock ayant fceu que le
Prevoft de Frome avoit fait
GALANT. 233
afficher la Declaration du
Duc de Monmouth, s'y rendit
avec cent foixante Cavaliers
, dont quelques- uns avoient
fait monter derriere
eux des Soldats au nombre
de trente - fix. Eftant arrivé
auprés de la Place , il enten
dit quantité de coups de
Moufquets , & un grand
bruit de tambours ; & apprit
que les Seditieux ayant eu
avis qu'il venoit , s eſtoient
affemblez au nombre de
deux à trois mille , accourus
de Warmifter & de Weftbu
ry , les uns armez de Mouf
Juillet 1685.
V
Y
234 MERCURE
quets , les autres de Piſtolets
& de Piques , de Faux & de
Fourches
. Quoy que ceComte
n'euft avec luy qu'un petit
nombre
de gens , il ne
laiffa pas de s'avancer à la tefte
de fes Soldats , fuivis de fa
Cavalerie. Les Rebelles firent
paroiſtre d'abord beaucoup
de refolution , & un
d'entr'eux tira auffi-toft un
coup de Moufquet fur luy ,
ordonnat aux autres de tirer
lors que le Comte feroit arrivé
à un lieu qu'il leur marqua
; mais la crainte les faifit
incontinent. Ils jetterent
GALANT 235
tous leurs armes , & prirent
la fuite. Le Comte de Pembrock
alla jufques à la Place
où la Declaration avoit
efté affichée . Il la fit arracher
& le Prevoft de ce
Bourg fut contraint d'écrire
de fa propre main qu'il
la deteftoit , & qu'il declaroit
le Duc de Monmouth
Traiftre . Il fit afficher au
mefme endroit cette Declaration
du Prevost , qu'il
envoya enfuite en Prifon.
Le 26. il marcha du coſté
de Bath felon les ordres
;
qu'il avoit receus
2
avec
V ij
236 MERCURE
trois Régimens d'Infanterie
des Milices du Comté de
Vilts , fa Cavalerie ayant
eu ordre d'aller joindre le
Duc de Grafton. A peipeine
eut-il fait deux milles
dans une Plaine entre Trobridge
& Clarkin , qu'il fencontra
les Rebelles qui firent
alte au bout de la Plaine
à un mille de luy ou environ.
Il mit fes trois Regimens
en un Corps , entremefla
les Piquiers & les
Moufquetaires , & demeura
deux heures dans le mefme
endroit. Toutes les fois
GALANT. 237
qu'il divifoit fes Troupes ,
comme pour marcher , les
Rebelles s'avançoient vers
luy , mais fans ofer l'attaquer.
Ils fe retirerent enfin
en defordre , eftant pourfuivis
par les Troupes du Roy
qui vinrent du Pont de Canisham.
Le Comte de Pembrok
en prit un qu'il fit pendre
fur le champ .
Le 27. Milord Duras ayant
eſté averty que les Rebelles
prenoient le chemin de Philipsnorton
, partit de fort
grand matin dans le deffein
d'attaquer leur arriere-gar238
MERCURE
>
de. Il s'avança avec un détachement
de cinq cens
Hommes d'Infanterie que
commandoit le Duc de Graf,
ton & quelques Dragons
& Grenadiers & Cheval , laiffant
le reſte des Troupes
pour le fuivre avec le Ĉanon.
Eftant venu à un Défilé
ou chemin étroit qui
conduit à Philipsnorton , il
entendit des coups de Moufquet
, ce qui luy fit détacher
vingt gardes du Corps , &
une Compagnie de Grenadiers
à pied , du Regiment
du Duc de Grafton , qu'il
GALANT. 239
envoya dans ce petit chemin
, afin de découvrir ce
que c'eftoit . Ils n'y furent
pas plûtoft qu'ils le virent
bordé des deux coftez de Cavalerie
& d'Infanterie derriere
les Hayes . Elles firent
fur eux un fort grand feu . Le
Duc de Grafton qui eftoit à
la tefte des Troupes du Roy
s'avança jufqu'à l'entrée du
Village , avec beaucoup de
réfolution , mais les Rebelles
l'obligerent à fe retirer
par le feu continuel qu'ils
firent. Quelques Cavaliers.
l'arrefterent dans fa retraite,
•
wy
240 MERCURE
& il ſe fit un paſſage malgré
tout l'obftacle qu'ils y mirent.
Le Capitaine Vau
ghan qui fe trouva dans
cette action tua de fa
main le Colonel Mathevvs
qui les commandoit.
Il y eut huit ou neuf Hommes
tuez & trente bleffez
du Party du Roy , parmy
lefquels furent les Sieurs
May & Seymont Volontaires
, mais on n'y perdit aucun
Officier. Le refte de
l'Armée du Roy eftant arrivé
, Milord Duras fit pofter
fes Troupes fur une Eminen
ce,
GALANT. 241
ce , où l'on mit quelques
Pieces de Campagne en batterie
. Les Rebelles en drefferent
une de fix pieces de
Canon , & tirerent fans relafche
pendant deux heures
, fans faire aucun dommage
aux Troupes du Roy,
qui demeurerent en ce lieula
jufqu'à fix heures du foir,
malgré une forte & continuelle
pluye. Milord Duras
ne voyant plus rien à faire,
marcha du cofté de Bradford
, où il demeura tout le
jour fuivant, pour faire repofer
fes Troupes, Il envoya le
Juillet 1685.
X
242 MERCURE
Colonel Oglethorp
avec
cent Chevaux pour les obferver
, & il rapporta qu'ils
eftoient allez à Frome. Ils y
demeurerent le 28. commencerent
à marcher vers
Varmiſter le 29. puis retournerent
du cofté de Shepton-
Mallet. Ils allerent de
là à Welts , & y firent toutes
fortes de Prophanations
dans l'Eglife Cathedrale. La
Table de l'Autel leur fervit
à une Débauche où ils beurent
leurs Santez . Ils pillerent
la Ville , violerent les
Femmes , & firent ce qui fe
GALANT. 243
commet de plus affreux dans
une Place que l'on prend
d'affaut. De Welts ils vinrent
à Glaffenbury , & le fecond
de Juillet ils arriverent
à Bridgvvater.
Milord Duras qui avoit
fuivy les Rebelles à Frome,
en partit le mefme jour
avec l'Armée du Roy , alla
à Shepton-Mallet , & le lendemain
à Somerton . Le 5.
il arriva à Weſton , qui n'eſt
qu'à trois milles de Bridgvvater
, où les Ennemis fembloient
vouloir fe défendre.
Il logea fa Cavalerie & fes
X ij
244 MERCURE
Dragons dans ce Village , &
fit camper fon Infanterie
aux environs dans une large
Plaine , vis à vis d'un Marais.
Le Pofte eftoit d'autant plus
avantageux , qu'elle avoit
un Foffé devant elle. Il fut
averty le foir que les Rebelles
fortoient de la Ville , ce
qui l'obligea de tenir fes
Troupes en ordre , & d'envoyer
différens Partys pour
découvrir leur deffein. Ils
concerterét fi bien leur marche
, & garderent un filence
fi profond , qu'ils s'avan-
-cerent fans aucun obſtacle
GALANT. 245
ils
juſqués au Marais , où ils
trouverent
un paffage libre ,
de forte que le matin
rangerent
leur Infanterie
en
Bataille. Elle faifoit cinq à
fix milles Hommes . Le Duc
de Monmouth
eftoit à leur
tefte , & il la fit avancer auprés
du lieu où eftoit campée
l'Armée du Roy. Milord
Duras. qui en eut avis ,
fit mettre auffi-toft fes Troupes
en état de bien recevoir
les Ennemis. Elles confiftoient
en deux mille Hommes
de pied , & fept cens
tant Cavaliers , que Grena-
X iij
246 MERCURE
diers & Dragons. On fera
furpris qu'elles fe foient
trouvées d'abord en fr petit
nombre , cela venoit de ce
que le Roy voulant épargner
le fang , faifoit entourer
le Duc de Monmouth,
comme une Ville affiegée.
Ainfi les Troupes qui vinrent
joindre Milord Duras
eftoient des autres Quartiers.
Les Rebelles ayant
réfolu de hazarder le Combat,
commencerét l'attaque
par de grands cris, & par une
volée de coups deMoufquer.
On leur répondit de meſme.
GALANT. 247
Leur Cavalerie s'avança
pour foûtenir leur Infanterie
, mais le Colonel Oglethorp
qui commandoit
un
Party de Cavaliers , lesempefcha
de fe joindre , & il
les stint en haleine jufqu'à
ce que le Régiment d'Oxford
, & un détachement
des
Gardes l'euffent joint pour
former une ligne. Leur Cavalerie
eftoit de mille ou -
douze cens Hommes , commandez
par Milord Grey,
& comme elle ne put
rangée en un Corps pendant
tout ce temps là , elle
eftre
X iiij
248 MERCURE
fit fort peu
de réſiſtance , &
• commençant
auffi- toft à
fuir devant
, ceux qui la
chargeoient
, elle abandonna
le Champ de Bataille.
L'Infanterie
demeura
ferme , & on fit grand feu
de part & d'autre , le Foffé
dont j'ay parlé l'ayant
empefchée
de venir
mains. Le Canon qu'attendoit
Milord Duras eftantarrivé
, & fa Cavalerie
s'eftant .
jettée fur les Fantaffins
du
Duc de Monmouth
, ils furent
entierement
défaits , &
on leur prit trois pieces de
aux
GALANT. 249
Canon , c'eftoit tout ce qu'ils
en avoient en ce lieu là . Prés
de deux mille Hommes des
leurs furent tuez , & l'on fir
un grand nombre de Prifonniers
, parmy lefquels fe
trouverent le Colonel Holmes
, Perrot ſon Major , le
Conneftable de Crookborne
, & le nommé Guillaume ,
Domeſtique du Duc de
Monmouth qui avoit fur
luy deux cens Guinées . Il
dit que c'eftoit tout l'argent
que fon Maiftre avoit
de refte . Une Guinée vaut
environ douze francs & de250
MERCURE
my de noftre Monnoye . If
y eut environ trois cens
Hommes tuez dans les Troupes
du Roy , & un pareil
nombre de bleffez , mais l'on
n'y perdit aucune perfonne
confiderable. Milord Duras
fe trouva par tout pendant
le Combat , donnant
les ordres néceffaires avec
beaucoup de conduite . Milord
Churchil qui commandoit
fous luy , fit paroître
une fort grande bravou
& le Duc de Grafton ſe
fignala ainfi que les autres
Chefs. Lors qu'on fut dere
,
"
GALANT. 251
meuré Maiſtre du Champ
de Bataille , Milord Duras
marcha avec cinq cens
Hommes , quelque Ĉavalerie
& fes Dragons vers
Bridgyvater
dont il ſe rendit
Maiftre , les Rebelles
qui y eftoient ayant pris la
fuite , & s'eftant difperfez
en divers endroits . Il laiffa
fes Troupes dans la Ville,
fous le commandement
du
Colonel Kirke , & ayant appris
que le Duc de Monmouth
fuyoit avec environ
cinquante Cavaliers , qui
eftoit le plus grand nombre
252 MERCURE
de Rebelles qu'il y euft enfemble
, il envoya plufieurs
Partis pour le pourſuivre luy
& Milord Grey . Ce dernier
fut pris dés le mefme jour à
Ringvvord , fur la frontiere
de la Province de Dorfet. Il
eftoit déguifé en Berger . On
le mena auffi-toft à Milord
Lumley. Le Duc de Monmouth
voyant que les Chevaux
avec lefquels il fuyoit,
faifoient un gros dont il
eftoit mal aifé de cacher la
marche , réfolut de les quitter.
Ils fe feparerent en differens
Pelotons , afin qu'ils
GALANT. 253
>
fuffent moins expofez à eftre
yeus & qu'ils puffent fe
fauver plus aifément . Le foir
de ce mefme jour quelques
Bergers dirent à ceux qui les
pourfuivoient, qu'ils avoient
vû deux Fuyards entrer dans
un Bois voifin , dont on fit
border les avenues , pour y
chercher le lendemain ceux
qui pouvoient s'y eftre cachez.
On fe fervit de Limiers
felon la coûtume
d'Angleterre , où l'on employe
des Chiens pour découvrir
les Voleurs qui fe
font fauvez dans les Foreſts.
254 MERCURE
Ces Limiers s'arrefterent à
un Fofféen aboyant , & on
trouva un Homme couché
fous une Haye fort épaiffe.
C'eftoit un Allemand , qui
en demandant quartier, promit
de montrer l'endroit où
le Duc de Monmouth s'étoit
retiré. Ce Duc avoit
fait toute la diligence poffible
pour gagner la Mer , où
il efperoit trouver quelque
Barque , mais fon Cheval
luy ayant manqué , il avoit
efté contraint de fe mettre à
pied , & de prendre un méchant
habit pour n'eftre pas
GALANT. 255
reconnu. On le trouva fous
un Buiffon fort épais dans un
Foffe , ayant dans fes poches
fon Collier de l'Ordre de la
Jarretiere , une Montre , &
environ foixante Guinées.
Lors que les Soldats du Roy
l'eurent tiré du Foffé , il tomba
en défaillance , & fut
quelque temps à revenir . Sa
Majefté ayant fceu cette
nouvelle, ordonna qu'on diftribuaft
à ceux qui l'avoient
pris , les cinq mille livres
Sterlin de
récompenfe
, promifes
par fa proclamation
,
& à ceux qui avoient pris
258 MERCURE
Milord Grey , la fomme de
cinq cens livres Sterlin , fuivant
la proclamation du feu
Roy , publiée le 28. Juin 1683 .
Sa Majefté avoit déja ordóné
que la récompenfe promiſe
par la mefme Proclamation
du feu Roy à ceux qui prendroient
Rumbold , fuft diftribuée
entre les cinq Soldats
de la Milice du Comte
d'Arran , qui l'avoient pris
en Ecoffe , & que fi quelqu'un
de ces Soldats avoit
efté tué , où eftoit mort de
fes bleffeures
, fa part fuft
donnée à ſa Veuve , ou à fes
GALANT. 257
Enfans ou à fes plus proches
Parens s'il n'eftoit pas
marié. Le Duc de Monmouth
&MilordGrey furent
amenez à Londres le 13. c'eft
à dire le 23. felon nous. On
les interrogea d'abord au
Confeil , & enfuite on les
conduifit par eau à la Tour,
où la Ducheffe de Monmouth
avoit efté déja menée
avec fes Enfans.
Quant au Parlement , on
y a paffé divers Actes , dont
les principaux ont efté, pour
accorder un Subfide au Roy,
en impofant une Taxe pen-
Juillet 1685.
Y
258 MERCURE
dant cinq années fur toutes
fortes de toiles de France &
des Indes Orientales , & fur
plufieurs autres Manufacturés
des Indes , fur toutes for- .
tes d'eaux de vie qui feront
apportées en Angleterre ,
pour fournir au Roy les charois
ou voitures dont Sa Majefté
a befoin dans ſes voyages
; pour renouveller un autre
Acte touchant les voitures
qu'on doit fournir à Sa
Majefté , tant par eau que
le fervice de
par terre pour
fa Flote & de fon Artillerie ;
pour réünir au Domaine du
GALANT. 259
Roy les revenus de la Pofte,
& 24000. livres fterlin de
rente du revenu hereditaire
de l'Excife ; pour authoriſer
le Roy à donner des Baux &
autres droits , terres ou he-,
ritages de fon Duché de Cor--
nuaille , & pour confirmer
ceux qui auroient eſté déja
donnez ; pour renouveller
un Acte cy - devant paffé ,qui
donne permiffion de tranf
porter des cuirs ; pour continuer
trois autres Actes, qui
donnent ordre à empefcher
les vols fur les Frontieres du
Nord d'Angleterre , pour
Y ij
260 MERCURE
nettoyer , conferver , maintenir
& reparer le Havre &
le Mole du grád Yarmouth ;
pour rebâtir , finir & embellir
l'Eglife Cathedrale de
Saint Paul de Londres .
Le 2. de ce mois , le Roy
fe rendit à la Chambre des
Seigneurs , reveſtu de ſes habits
Royaux ; & s'eftant affis
dans fon Trône , il manda la
Chambre
des Communes
, &
donna encore fon confentement
à quelques Actes , fçavoir
pour hafter la conftruation
des Vaiffeaux en Angleterre
; pour faire valoir
GALANT. 261
les Terres labourables ; pour
ériger une nouvelle Eglife,
qui fera appellée la Paroiffe
de Saint Jacques dans la liberté
de Weftminſter , &
pour reparer l'Egliſe Cathedrale
de Bangor , pour en
entretenir le Choeur, & pour
augmenter le revenu de l'Evefché
de Bangor, & de plufieurs
Cures du mefme Dio .
cefe . Aprés cela , Milord
Garde des Seaux, fignifia aux
deux Chambres , que Sa Majefté
fouhaitoit qu'elles fe feparaffent
jufqu'au 4. du mois
d'Aouft prochain , & leur fit
262 MERCURE
connoiftre en mefme temps,
que ce n'eftoit pourtant pas
l'intention du Roy que le
Parlement s'affemblaſt en ce
temps-là ; mais que cette
Seance fuft continuée jufques
àl'Hyver , par ajournemens
qui feroient faits par
ceux des Deputez qui fe trouveroient
à Londres ou aux
environs, à moins que le fervice
de Sa Majeſté ne demandaft
leur Affemblée, auquel
cas Sa Majeſté les en
feroit avertir de bonne heure
par fa Proclamation , afin
que tous les Deputez s'y rendiffent.
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Résumé : Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
En juillet 1685, le roi convoque le Parlement anglais à Westminster et demande aux membres des deux chambres de prêter serment afin de protéger l'Église d'Angleterre et le gouvernement existant. Il évoque la menace des rebelles en Écosse, notamment le comte d'Argyll, qui le déclare usurpateur et tyran. Les rebelles, connus sous le nom de Covenanters, critiquent les actions du roi et appellent à rétablir la religion protestante. En Écosse, une révolte contre le papisme et le gouvernement arbitraire vise à défendre la religion protestante et les libertés. Le comte d'Argyll mobilise des troupes, mais est finalement capturé. En Angleterre, une conjuration pour assassiner le roi est découverte, entraînant l'exécution de Rumbold et du comte d'Argyll pour haute trahison. Le duc de Monmouth débarque dans le Dorset et incite à la rébellion, mais est repoussé et proclamé traître. Plusieurs affrontements opposent les troupes royales aux rebelles, notamment à Bristol et Bridgwater, où Monmouth est capturé et conduit à la Tour de Londres. Le Parlement approuve des subsides et des taxes pour soutenir le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 334-341
Suite des Affaires du Duc de Montmouth. [titre d'après la table]
Début :
Je ne puis finir ma Lettre, sans vous faire part des dernieres nouvelles [...]
Mots clefs :
Angleterre, Victoires, Rebelles, Proclamation, Actions grâces, Royaume, Duc de Monmouth, Ministre, Conseil, Prison, Ennemis, Lettres, Cavalerie, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Affaires du Duc de Montmouth. [titre d'après la table]
Je ne puis finir ma Lettre,
fans vous faire part des dera
nieres nouvelles que nous!
avons euës d'Angleterre . Lel
Roy ayant eu avis des Victoires
remportées fur les Rebelles
, fit publier le 12. de ce
mois une Proclamation, par
laquelle il ordonna que le
26. de ce mefme mois , feroit
obfervé comme un jour public
,, pour rendre à Dieu les
actions de graces qui luy
font deuës , pour la grande
mifericorde dont il luy a plû
d'ufer envers les Royaumes
d'Angleterre & d'Ecoffe , en
GALANT. 335
étouffant la Rebellion . Le 13 .
le Duc de Monmouth & Milord
Grey furent amenez à
Londres, Le premier demanda
fiinftamment à parler au
Roy , qu'au lieu de le conduire
à la Tour , on le conduifit
d'abord à Witheal , où
eftoit Sa Majefté, qui eut encore
la bonté de luy accorder
cette grace .
vert d'un grand manteau de
velours , & avoit les mains,
liées deffous. Il y a grande
apparence qu'on l'avoit couvert
de ce manteau , afin qu'il
1 ne paruft point lié devant ce
Il eftoit cou336
MERCURE………..
>
Prince , ce qui n'eft pas un
fpectacle qui foit ordinaire
aux Rois. Il eftoit d'ailleurs
indigne de toute compaf
fion , & il euft efté difficile
que Sa Majefté l'euft veu en
cet eftat fans en prendre. Il
demanda pardon & la vie au
Roy , & la demanda juſqu'à
la baffeffe. Ce n'eft pas qu'il
y en ait à demander pardon
un Roy , quand on eft auffi
coupable que ce Duc l'ef
toit , mais on peut dire qu'on
fait une baffeffe lorfqu'on
demande la vie avec autant
d'inftance & de foibleffe
qu'il
GALANT: 337
qu'il fit , puis que cela fait
connoiftre la crainte qu'on
a de la mort. Il protefta qu'il
n'avoit point cu intention
de fe faire Roy , & que c'eftoit
le Miniftre Ferguſon ,
mort dans le combat , qui
l'excitoit . Il fut interrogé.
par le Confeil de Sa Majefté,
affemblé au mefme lieu .
Je n'ay pas fceu ce qui s'y
paffa . Je fçay feulement que
le temps qu'il demeura à Witheal
, fut de trois heures ;
aprés quoy on le mena à la
Tourpar eau dans une Berge
duroy,accompagnée de Ber
Juillet 1685.
Ff
338 MERCURE
ges armées. Ceux qui le virent
fortir du Palais , remarquerent
qu'il pleuroit. Il
avoit les yeux fi rouges, qu'il
fut aifé de connoiftre que ce
n'eftoient pas là les premieres
larmes qu'il répandoit.
Depuis ce temps , il n'oublia
rien pour obtenir une prifon
perpetuelle. Il chercha les
moyens de faire parler la
Reine pour luy. Il écrivit &
fit écrire au Chancelier, & à
d'autres , & implora jufqu'à
L'affiftance de fes Ennemis.
Quoy qu'il ait dit qu'il n'avoit
jamais afpiré à la CouGALANT.
339
ན ronne, il eft certain qu'il fut
proclamé
Roy a Glaſſembury.
Voicy ce qu'il écrivit
auffi- tolt aprés au Duc d'Al
bermale
.
MILORD.
ILORD
Comme nous avons efté in
formez que vous commandez
de la Cavalerie & de l'Infanteriepour
Jacques , Duc d'Yorck,
que ces Troupes ont efté lervées
pour refifter & s'oppoſer à noftre
Authorité Royale , Nous avons
trouvé à propos de vous fairefça,
voir le reffentiment que nous en
Ffij
340 MERCURE
avons, nous nous promettons
que ce que vous avez fait en cela
à efté par mépriſe & inadvertancer
que vous prendrez d'au
tres mesures quand vousfçaurez
que j'ay efté proclamé Roy , pour
fucceder au Roy mon Pere , mort
depuis peu. C'est pourquoy nous
vous avons envoyé ce Meſſager
expres pour vous le fignifier.
C'est donc noftre bon plaifir
Royal & noftre volonté, nous
vous affignons expreflément ,
commandons par ces Prefentes,
qu'auffi tot leur reception , vous
ceffiez tour Acte d'hoftilité &
force d'armes contre Naus & nos
GALANT. 341
• bien aimez Sujets , & que vous
vous rendiez inceffamment dans
• noftre Camp, où vous ferez receu
de nous avec bonté & affection .
Que fi vous ne vous acquittez de
ce que deffus , nous ferons obligez
de vous proclamer Rebelle ,
traiter ainfi ceux qui font
&
રસો
fous voftre commandement , &
nous lespourfuivrons eux & vous
comme tels. Nous efperons pourtant
que vous obeirez promptement
, c'est pourquoy nous vous
difons adien, JACQUES.
Ily avoit
à la
Subcription. A
noftre
cher bien amé & fidelle
Confeiller
&
245 Confin
, Chriſtophe
, Duc d' Albermale
.
fans vous faire part des dera
nieres nouvelles que nous!
avons euës d'Angleterre . Lel
Roy ayant eu avis des Victoires
remportées fur les Rebelles
, fit publier le 12. de ce
mois une Proclamation, par
laquelle il ordonna que le
26. de ce mefme mois , feroit
obfervé comme un jour public
,, pour rendre à Dieu les
actions de graces qui luy
font deuës , pour la grande
mifericorde dont il luy a plû
d'ufer envers les Royaumes
d'Angleterre & d'Ecoffe , en
GALANT. 335
étouffant la Rebellion . Le 13 .
le Duc de Monmouth & Milord
Grey furent amenez à
Londres, Le premier demanda
fiinftamment à parler au
Roy , qu'au lieu de le conduire
à la Tour , on le conduifit
d'abord à Witheal , où
eftoit Sa Majefté, qui eut encore
la bonté de luy accorder
cette grace .
vert d'un grand manteau de
velours , & avoit les mains,
liées deffous. Il y a grande
apparence qu'on l'avoit couvert
de ce manteau , afin qu'il
1 ne paruft point lié devant ce
Il eftoit cou336
MERCURE………..
>
Prince , ce qui n'eft pas un
fpectacle qui foit ordinaire
aux Rois. Il eftoit d'ailleurs
indigne de toute compaf
fion , & il euft efté difficile
que Sa Majefté l'euft veu en
cet eftat fans en prendre. Il
demanda pardon & la vie au
Roy , & la demanda juſqu'à
la baffeffe. Ce n'eft pas qu'il
y en ait à demander pardon
un Roy , quand on eft auffi
coupable que ce Duc l'ef
toit , mais on peut dire qu'on
fait une baffeffe lorfqu'on
demande la vie avec autant
d'inftance & de foibleffe
qu'il
GALANT: 337
qu'il fit , puis que cela fait
connoiftre la crainte qu'on
a de la mort. Il protefta qu'il
n'avoit point cu intention
de fe faire Roy , & que c'eftoit
le Miniftre Ferguſon ,
mort dans le combat , qui
l'excitoit . Il fut interrogé.
par le Confeil de Sa Majefté,
affemblé au mefme lieu .
Je n'ay pas fceu ce qui s'y
paffa . Je fçay feulement que
le temps qu'il demeura à Witheal
, fut de trois heures ;
aprés quoy on le mena à la
Tourpar eau dans une Berge
duroy,accompagnée de Ber
Juillet 1685.
Ff
338 MERCURE
ges armées. Ceux qui le virent
fortir du Palais , remarquerent
qu'il pleuroit. Il
avoit les yeux fi rouges, qu'il
fut aifé de connoiftre que ce
n'eftoient pas là les premieres
larmes qu'il répandoit.
Depuis ce temps , il n'oublia
rien pour obtenir une prifon
perpetuelle. Il chercha les
moyens de faire parler la
Reine pour luy. Il écrivit &
fit écrire au Chancelier, & à
d'autres , & implora jufqu'à
L'affiftance de fes Ennemis.
Quoy qu'il ait dit qu'il n'avoit
jamais afpiré à la CouGALANT.
339
ན ronne, il eft certain qu'il fut
proclamé
Roy a Glaſſembury.
Voicy ce qu'il écrivit
auffi- tolt aprés au Duc d'Al
bermale
.
MILORD.
ILORD
Comme nous avons efté in
formez que vous commandez
de la Cavalerie & de l'Infanteriepour
Jacques , Duc d'Yorck,
que ces Troupes ont efté lervées
pour refifter & s'oppoſer à noftre
Authorité Royale , Nous avons
trouvé à propos de vous fairefça,
voir le reffentiment que nous en
Ffij
340 MERCURE
avons, nous nous promettons
que ce que vous avez fait en cela
à efté par mépriſe & inadvertancer
que vous prendrez d'au
tres mesures quand vousfçaurez
que j'ay efté proclamé Roy , pour
fucceder au Roy mon Pere , mort
depuis peu. C'est pourquoy nous
vous avons envoyé ce Meſſager
expres pour vous le fignifier.
C'est donc noftre bon plaifir
Royal & noftre volonté, nous
vous affignons expreflément ,
commandons par ces Prefentes,
qu'auffi tot leur reception , vous
ceffiez tour Acte d'hoftilité &
force d'armes contre Naus & nos
GALANT. 341
• bien aimez Sujets , & que vous
vous rendiez inceffamment dans
• noftre Camp, où vous ferez receu
de nous avec bonté & affection .
Que fi vous ne vous acquittez de
ce que deffus , nous ferons obligez
de vous proclamer Rebelle ,
traiter ainfi ceux qui font
&
રસો
fous voftre commandement , &
nous lespourfuivrons eux & vous
comme tels. Nous efperons pourtant
que vous obeirez promptement
, c'est pourquoy nous vous
difons adien, JACQUES.
Ily avoit
à la
Subcription. A
noftre
cher bien amé & fidelle
Confeiller
&
245 Confin
, Chriſtophe
, Duc d' Albermale
.
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Résumé : Suite des Affaires du Duc de Montmouth. [titre d'après la table]
En juillet 1685, en Angleterre, le roi a été informé des victoires contre les rebelles et a publié une proclamation ordonnant un jour de remerciement public le 26 juillet. Le duc de Monmouth et lord Grey ont été conduits à Londres. Monmouth a demandé à s'entretenir avec le roi, qui a accepté de le recevoir à Whitehall. Lors de cette rencontre, Monmouth, les mains liées et couvert d'un manteau, a imploré le pardon et la clémence du roi, affirmant qu'il n'avait jamais eu l'intention de se proclamer roi et accusant son ministre Ferguson de l'avoir incité à agir ainsi. Après un interrogatoire par le conseil royal, Monmouth a été transféré à la Tour de Londres. Malgré ses premières déclarations, il a tenté diverses démarches pour obtenir une peine de prison à perpétuité. Par ailleurs, Monmouth avait été proclamé roi à Glassembury et avait écrit au duc d'Albemarle pour lui ordonner de cesser les hostilités et de se rendre à son camp, sous peine d'être traité comme un rebelle.
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4
p. 345-352
Execution du Duc de Montmouth, [titre d'après la table]
Début :
Le mesme jour 15. qui fut Mécredy dernier 25. de Juillet [...]
Mots clefs :
Évêque, Échafaud, Puritain, Calviniste, Religion anglicane, Ministres, Femmes, Milord, Vicomte, Mariage, Coutumes, Envoyé extraordinaire, Rebelles, Roi Jacques II
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texteReconnaissance textuelle : Execution du Duc de Montmouth, [titre d'après la table]
Le mefme jour 15. qui fut “
Mécredy dernier 25. de Juil
let felon nous , il eut la tefte
coupée dans la place appellée
Fovver-Hill, qui veut di- b
reChamp de la Tour.L'Evef
que d'Ely & un autre Eveſ.
que l'affifterent fur l'Echa
fault mais il ne les écouta
pas , cftant mort Puritain , I
346 MERCURE
c'eft à dire Prefbyterien ou
Calvinifte épuré, ce qui n'eft
pas la Religion Anglicane ,
qui a des Evefques. Les Pu
ritains les condamnent , di̟-
fant qu'ils ne doivent eſtre
que fimples Miniftres . Il eſt
mort fans fermeté craignant
, ne pouvant fe foûtenir
ny parler , ce qui fut
caufe qu'il recût cing coups.
Il a declaré qu'il avoit elté
forcé par le feu Roy d'époufer
fa premiere Femme, & en
fuite infpiré d'en prendre.
une autre. Ce mot d'inspiré
eft le terme des Puritains,
GALANT. 347
Cette autre Femme que l'on
appelle Henriette Neuf,
vvort , eftoit la Maiftreffe
d'un Milord , auquel il l'a
voit oftée. Le Duc de Monmouth
, par les intrigues du
feuComte de Salfbury, avoit
fait declarer le Duc d'York
inhabile à fucceder à la Cou
ronne , & il l'avoit obligé à
s'éloigner de Londres . Non
feulement il avoit efté cauſe
de l'emprisonnement des
Milords Catholiques , & de
la mort du Vicomte Stafford,
dont la memoire a efté reha
bilitée par Acte du Parle
348 MERCURE
ment ; mais il avoit confpiré
contre la vie du feu Roy fon
Pere , qui avoit eu la bonté
de luy donner une Abolition
fcellée du grand Sceau
d'Angleterre. Dés qu'il cut
appris fa mort , il ne fongea
qu'à prendre les armes, couvrant
fon ambition de deux
pretextes , l'un du Mariage
fuppofé du feu Roy avec la
Mere , ce qui luy faifoit dire
que la Couronne luy appartenoit
, & l'autre du nom de
Protecteur de la Religion
Proteftante d'Angleterre
,
dont les Sectateurs font apGALANT
349
UPT
pellez Puritains & Prefbyte
riens . Ils fe difent illuminez,
& pretendent avoir tous le
Saint Eſprit . Ce party eſt entierement
oppofé à la Religion
Anglicane , qui , comme
je l'ay déja dit , a des E-
511 1100 £12
vefques. Il avoit pourtant
efté élevé dans la Religion
Catholique par les Peres de
l'Oratoire de Jully , à fept
lieues de Paris . Il a efté executé
fuivant le Jugement du
Parlement, qui l'avoit declaré
Rebelle. L'Allemand qui
Ta découvert , & qui eftoit
luy , eft un homme qui
350 MERCURE
ayant deferté deux fois les
Troupes de Brandebourg
, y
a efté condamné
à eftre pendu
. On n'a pas executé Milord
Grey , à cauſe que
elést
Juges ordinaires avoient dé
ja fait fon procez par Contu
mace ; & comme ils font en
Vacance jufques à la S. Michel
, ce procez ne fçauroit
eftre reveu qu'en ce teps - là.
C'eft la coûtume
en Angle
terre, de revoir les procez de
tous ceux que les Juges ordinaires
ont jugez par cótumace
, quand on tient les Cri
minels ; ce qu'on ne fait pas
GALANT. 35r
dans les procez jugez par le
Parlement. Le Roy a retenu
à fon fervice les fix Regimés
Anglois & Ecoffois que les
Eftats de Hollande luy ont
envoyez dans cette conjoncture
d'affaires . Les Milices.
ont efté congediées, & l'Armée,
c'eſt à dire les Troupes
reglées , demeurera encore.
quelque temps dans les Provinces
de Dorfet & de Sommerfet
, où les Revoltez ont
paru .
Milord Prefton , Envoyé
Extraordinaire d'Angleterre,
a fait faire icy des feux
352 MERCURE
de joye devant fon Hoſtel ,
pour la Victoire remportée
par le Roy Jacques II. con
tre les Rebelles. Je vous en
voyeray le mois prochain
&
une ample Relations de cets
te réjouiffance , duffi - bien
que de celle que Milord Staf
ford a fait faire pendant trois
jours devant la
porte
de fon
Hoftel ,
pour
pour
cette
meſme
Victoire.
Mécredy dernier 25. de Juil
let felon nous , il eut la tefte
coupée dans la place appellée
Fovver-Hill, qui veut di- b
reChamp de la Tour.L'Evef
que d'Ely & un autre Eveſ.
que l'affifterent fur l'Echa
fault mais il ne les écouta
pas , cftant mort Puritain , I
346 MERCURE
c'eft à dire Prefbyterien ou
Calvinifte épuré, ce qui n'eft
pas la Religion Anglicane ,
qui a des Evefques. Les Pu
ritains les condamnent , di̟-
fant qu'ils ne doivent eſtre
que fimples Miniftres . Il eſt
mort fans fermeté craignant
, ne pouvant fe foûtenir
ny parler , ce qui fut
caufe qu'il recût cing coups.
Il a declaré qu'il avoit elté
forcé par le feu Roy d'époufer
fa premiere Femme, & en
fuite infpiré d'en prendre.
une autre. Ce mot d'inspiré
eft le terme des Puritains,
GALANT. 347
Cette autre Femme que l'on
appelle Henriette Neuf,
vvort , eftoit la Maiftreffe
d'un Milord , auquel il l'a
voit oftée. Le Duc de Monmouth
, par les intrigues du
feuComte de Salfbury, avoit
fait declarer le Duc d'York
inhabile à fucceder à la Cou
ronne , & il l'avoit obligé à
s'éloigner de Londres . Non
feulement il avoit efté cauſe
de l'emprisonnement des
Milords Catholiques , & de
la mort du Vicomte Stafford,
dont la memoire a efté reha
bilitée par Acte du Parle
348 MERCURE
ment ; mais il avoit confpiré
contre la vie du feu Roy fon
Pere , qui avoit eu la bonté
de luy donner une Abolition
fcellée du grand Sceau
d'Angleterre. Dés qu'il cut
appris fa mort , il ne fongea
qu'à prendre les armes, couvrant
fon ambition de deux
pretextes , l'un du Mariage
fuppofé du feu Roy avec la
Mere , ce qui luy faifoit dire
que la Couronne luy appartenoit
, & l'autre du nom de
Protecteur de la Religion
Proteftante d'Angleterre
,
dont les Sectateurs font apGALANT
349
UPT
pellez Puritains & Prefbyte
riens . Ils fe difent illuminez,
& pretendent avoir tous le
Saint Eſprit . Ce party eſt entierement
oppofé à la Religion
Anglicane , qui , comme
je l'ay déja dit , a des E-
511 1100 £12
vefques. Il avoit pourtant
efté élevé dans la Religion
Catholique par les Peres de
l'Oratoire de Jully , à fept
lieues de Paris . Il a efté executé
fuivant le Jugement du
Parlement, qui l'avoit declaré
Rebelle. L'Allemand qui
Ta découvert , & qui eftoit
luy , eft un homme qui
350 MERCURE
ayant deferté deux fois les
Troupes de Brandebourg
, y
a efté condamné
à eftre pendu
. On n'a pas executé Milord
Grey , à cauſe que
elést
Juges ordinaires avoient dé
ja fait fon procez par Contu
mace ; & comme ils font en
Vacance jufques à la S. Michel
, ce procez ne fçauroit
eftre reveu qu'en ce teps - là.
C'eft la coûtume
en Angle
terre, de revoir les procez de
tous ceux que les Juges ordinaires
ont jugez par cótumace
, quand on tient les Cri
minels ; ce qu'on ne fait pas
GALANT. 35r
dans les procez jugez par le
Parlement. Le Roy a retenu
à fon fervice les fix Regimés
Anglois & Ecoffois que les
Eftats de Hollande luy ont
envoyez dans cette conjoncture
d'affaires . Les Milices.
ont efté congediées, & l'Armée,
c'eſt à dire les Troupes
reglées , demeurera encore.
quelque temps dans les Provinces
de Dorfet & de Sommerfet
, où les Revoltez ont
paru .
Milord Prefton , Envoyé
Extraordinaire d'Angleterre,
a fait faire icy des feux
352 MERCURE
de joye devant fon Hoſtel ,
pour la Victoire remportée
par le Roy Jacques II. con
tre les Rebelles. Je vous en
voyeray le mois prochain
&
une ample Relations de cets
te réjouiffance , duffi - bien
que de celle que Milord Staf
ford a fait faire pendant trois
jours devant la
porte
de fon
Hoftel ,
pour
pour
cette
meſme
Victoire.
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Résumé : Execution du Duc de Montmouth, [titre d'après la table]
En juillet, un puritain opposé à l'anglicanisme a été exécuté après avoir refusé les conseils des évêques et dénoncé le roi pour l'avoir forcé à répudier sa première femme. Le duc de Monmouth, manipulé par le comte de Salisbury, avait tenté de déclarer le duc d'York inapte au trône et orchestré des actions contre des lords catholiques. Après la mort du roi, Monmouth s'est rebellé, se proclamant héritier légitime et protecteur du protestantisme, avant d'être exécuté pour trahison. Un déserteur allemand a également été condamné à mort. Milord Grey a échappé à l'exécution en raison de la vacance judiciaire. Le roi a gardé six régiments anglais et écossais envoyés par les États de Hollande et maintenu l'armée dans les provinces de Dorset et de Somerset pour prévenir les révoltes. Milord Preston, représentant anglais, a célébré la victoire du roi Jacques II contre les rebelles.
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5
p. 14-57
LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
Début :
Vous desirez, Monsieur, que je satisface vostre curiosité sur ce qui [...]
Mots clefs :
Schisme, Prétendus réformés, Réformation, Malheur, Dieu, Ennemis, Roi, Ministres, Pasteurs, Désordres, Piété, Dévotion, Théodose, Clovis, Concile, Alliance, Jésus-Christ, Sacrements, Censure, Rebelles, Temple, Hébreux, Désert, Apôtre, Civilisations, Monuments, Foi, Missions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
LETTRE
D'UN NOUVEAU
CATHOLIQUE,
Sur le Pouvoir que le Roya
exercé dans l'Extinction
duSchisme.
A MONSIEUR***. vOusdesxire, Monsieur,
que jesatisfacevosxtre curiositésurce
quisepasse en France
à l'égard de nos Freres PrétendusReformez
,&ilfaut que
je vous disxe d'abord comme le
Docteur Gamaliel dans les Actes
des Apostres,quecetouvrage de
la déformation
,
où savois auparavantmalheurd'estre
engagé
,
s' estdissipé si facilement,
qu'on apû connoîstrequ'il n'estoit
pas de Dieu, mais des hommes
,
c'est à dire un Ouvrage de Cabale,
de Party, & de Politique
humaine. On a eu beau crier dedans
& dehors le Royaume à th
violence, comme ontjait les Ignorais
passionnez, & les Ennemis
de l'Etat. Le Roys'est acquispar
l'exécution de cettegrande entreprise
une Couronne immortelle de
Gloire; maïs il faut considerer
cet événement si fameux,dans
tout son jour, & dans toute son
jéteenduseposuréla .gl*oire de SaMa-
On peut envisagerselon trois
égards le pouvoirque le Royy a
cxyfcéj ou dans son fond & en
luy mesme
, ou par rapport aux
Ridelles & aux Ministres de
l'Eglise
y
ou à l'égard des choses sacrées,&quiappartiennent à
la Religion.Ducossé de la puissance
du Royy est certainqu'étant
souveraine,il n'y en a point
d'autre sur la Terre, non seulement
au dessus,y mais mesme à
costé, c'està dire, qui luyfoit
superieure, ou égale hors celle de
Dieu, dont elle dépend, pwfqtte
c'estle propre du SouverainEmpire
de n'avoir ny Superieur ny
Egal sur la Terre, autrementil
neseroitpas Sou'Verain. DucoOé
de ses Sujets
,
soit Fidelles, foit
Ministres de l'Eglise, il rieftpas
moins certain, qu'ils sont- 'tous
soûmis à cette souveraine Puissance
,
mesme lesseconds en qualité
de Ministres & de Passeurs
de l'Eglise. C'est la doctrine de
Saint Paul, lors qu'ildite.xpref
sement
,
Que toute ame foit
soumiseaux PuiffincesSou,
veraines. D'ouvient,que Saint
CbrjJojlomeexpliquant ce Pasfige
dit; Encore que ce soit
un Apostre
, un Evangeliste,
unProphete
, & S. Bernard
,
écrivant à un Archevesque de
ssoonûmteimspes, ; Si toute ame est
la vostrel'est aussi,
car qui peut vous excepter
de la généralité? En effetpersonne
ne peut estre exempt de cette
Paissance; car outre que ce feroit
à celuy qui pretendroit de
l'éftrr , deprouverson Privilege,
ce qui luyseroit impossible,ilfaudroit,
ou que cette indépendance
fuji absoluë, & ceseroit ouvrit
-la porteaudesordre & à laconfusion
, ou. qu'elle nefustpas absoluë
, &par consequent qu'elle
relevât de quelqu'autre Puissance,
qui efiant égale, ou superieure
en ce point à celle du Roy, détruiroit,
comme il a esté dit
,
sa
Souveraineté. Quant aux choses
sacrées
,
£r qui appartiennent à
la Religion,il estencore constant,
quelles sont dans l'enceinte &
du ressort de cettemesme Puissance.
Saint Paul dit, que les
Souverains sont Ministres
de
-
Dieu pour le bien, &
pour vanger le mal'indéfiniment
, ce qui enferme le bien &
le mal, qui regarde la Religion y
dont par consequent ils peuvent
connoifire. Il dit autre part,qu'il
faut prier pour eux, afin que
nous passions la vie paisiblement,
& tranquillement en
toutepieté & honnesteté. Il
faut donc qu'ils puissent connoistre
de la Religion, d ns la quelleconsiste
la veritable Pieté, & exercer
leur pouvoir dans cette matiere.
sdujjtlef EmpereutsTheodose
& Honorius dans l'Epistre à
Marcellin luy disent. L'unique
fin que nous nous proposons,
& par les travaux de la
Guerre, & par les desseins de
la Paix, c'est de maintenir
le veritable Culte de Dieu
parmy nos Peuples, & qu'ils
l'embrassent avec devotion.
Theodose dans l'Epitre à l'Evesque
Cyrille, metselon le mesme
sens le devoir de Cesarà établir
non seulement la paix
,
mais la
pietéparmy sesSujets,sans quoy
les Etats ne peuvent estre veritablement
heureux
,
puisque leur
félicitéconsiste
,
selon S. Augustin,
à aimer Dieu & qu'ils en
soient aimez
,
le reconnoissant
pour leurveritable Roy. Plusieurs
Papessontappelléles Rois,Apostoliques
, & ont ditqu'ils avoientsur
ce sujet un Esprit Sacerdotal.
La sausse Epitreattribuée
au PapeEleuthereappelle
un Roy, Vicaire de Dieu
dans la Religion. On trouve
dans le Concile de Calcedoine
plusieurs acclamations faites à
l'Empereur en ces termes, à l'Empereur
Pontife, au vra y Prêtre.
C'f/? pour cela que les noms
d'Aurheurs & Défenseurs de
la Foy leur ont estèaussidonner
comme celuy de Pasteurs des
Pasteurs, & un Pape Leon
dans un Chapitre inseréauDécret
de Gratian appelle les Em(-
pereurs François de laseconde race
,
Pontifes. S. Remy parlant
de Clovis l'appelle Evesque des
Evesques,àl'occasion d'un Prêtre
qu'il avoitfaitparsonordre;
(t) Gregoire de Toursparlant
aussi à un Roy de la Race de
Clovis luy dit ; Si nous manquons
, vous nous pouvez
corriger ; mais si vous manquez,
vous ne pouvez estre
corrigé que par celuy
,
qui
est la Justice mesme; @r il -
est à remarquer que les Evesques
de France avoient decoûtume
pour lors de rendre la Commumon.
a ceux qu'ilsen avaient retranchez,
quandils estoient assi:{
heureux que d'estre admis à la
Table ~r à la presence des Rois.
Les Conciles ne se tenoient dans
le Royaume que parleur ordre,
(t) mesme les Decrets portoient
bien souvent cet ordre enparticulier
, ~& efloient ensuite generalement
confirmez pjr leur Auth(J..
rité Royale. Ainsiiln'appartient
qu'aux Souverains
,
sur tout de
cetteSouverainetésinguliereànos
Roys
,
d'executer dans toute son
étenduë
, ce qui regardelaReligion
, parce qu'euxseulspossedent
le pouvoir necessaireà cette execution.
D'où vient encore,que
Justinien.
Justinien dans la Division du
Droit, en Public
,
(ij en Privé
ou particulier,fait deux especes
du Public, dont l'uneestlePublic
Divin, par lequel il commence
on Code, au uniq*:e le Theodosien
finissoitpar là.Ulpien definit
d:- miTrhe l.i fitrifrrudence
>
monelle qui acc:Je h's differens
entre lesparticuliers
,
Y/J.ns cel11le
qu'on appelle Lt'?iJI.:tnee
,
la
connoissance des choses Divines
& Humaines, & le
mesmeJustinien dit
, que tauthorité
des Loixmet le bonordre
~(t)la bonne disposition dans les
chosesDivines ~ü Humaines,
~& en bannit toute sorte de malice
,~& d'iniquité.
Ilfaut avouerneanmoins que
lesfonctions du Ministere Sacré
ne venant point de la puissance
Souveraine,mais de Jesus- Christ,
qui en a donné le pouvoir à son
Vghfey ellesnepeuvent s'exercer
par la voye du souverain Empire
, quoy que le pouvoir que l'Egltjê
donne par l'ordination àses
Ministres
, ne soit pas incompatibleavecceluy
de la Souverainete
en un mesme sujet
, comme on
voit dans la Personne du Pape,
qui à l'égard des Peuples de ses
Etats,peut exerceren même temps
l'un& l'autre; ce qu'ilfaut pourtant
biendistinguer à l'égarddes
autres Etats~(jr Royaumes ,
qui
ne dépendent point de luy. Ilfaut
aussi convenir que le Souverain
ne peut changer ce que Dieu,
Roy des Roys
,
veraindresS1ouvtel'Jra,1in14sa,a/p1ersetaSboluyluy
mefrac poure;rrcimmuable9
comme la nouvelle Alliance
, ensuite
de l'ancienne, contractée ,,-
vec les hommes au prix de son
Sangpar Jesu- Christson Fils,
Mediateur de ce Pere Celesteauprés
des hommes, laquellealliance
s'execute par la voye de la
Predication
,
quisefait de cette
heureuse nouvelle, qu'on appelle
Evangile, de la remission des
prc/}ez
,
d'une vie éternelle, &
du Royaume des Cieux ,soit par
le Ministere de la parole, soit
par d'autres signes visibles qu'on
appelle Sacremens
,
epcrune
vie conforme à la Morale du
Décalogue dans la pure té cff lA
perfectionoùJesus Christ l'd
portée, mais anssi ics Pasteurs de
l'Eglise dc-nslesjonchonsouils
exercentà /",,n'ont au
fond quelepurministere de cette
parole on heureusenouvelle, de
quelque maniere , ou par quelqnessignes
Jen/tbles qu'ils la*
y?">7/7n: du Troupeau, c'està dire
la zoycd: Déclaration,Dispensation
,
(:7 Manifestation de la
part de Dieu
,
qui seul commande
aux coeurs (gjr aux esprits
,&
à qui toute la verta & l'efficace
de cette paroledoit estre ttltt'lbuét
parfesus-Christson Fils,&ils
n'ont par consequent que cette
mesme njoye pour juger les Rebelles
à la parole
, & pour leur
annoneur ouih nont point de
part à le societé desSaints
,
s'ils
nese corrigentils exercent cette
CensureDivine selon le langage
de Tertullien
, par l'imposition
des peines Medicinales àceux cptâ
s'yveulentsoumettre,&parune
espece de relegation ,qui lesprive
du saint commerce de leurs Freres
, & de la participation aux
Assemblées,comme on pratiquoit
anciennement,ef aux Sacrifices,
aussi-bien que de telle des Enfans,
(tJ des autres Seaux Q¡ gages de
l'Alliance quisont les Sacremens,
& cette C'ensure est un jugement
dans un sens
,
(yj lors qu'estant
fatte par l'EspritdeDeu & de
lesus Cbrist, elle se ~russe dans
le Ciel ; jugement d'autant plus
redoutable qu'il est un prejugéselon
le mesme Pere
, pour celuy
de l'Eternité ,sicesRebelles fersistentjusqu'àlafindans
le mé- pris&leviolementde cette
sainte A lliance, C'est ce qui fait
direàun grand Pape, que le
Privilege accordé au premier des
Apostres,d'etrePierre fondamentale
de l'Eglise aprés la celebre
confessionqu'il fit de lesus-Christ
comme Fils du Dieu vivant,
est répandu par toute l'Eglise en
quelque lieu qu'on y prononce des
jugemensselon l'équité de saint
Pierre, c'est à dire selon la ju-
JleJfir de son esprit, @f la droiture
de son coeur, charmezde la découverte
de la Charité d'un Dieu,
qui luuinspirerent cetteConfession;
qu'ainsi
,
bien que lesus-Christ
parlâtsingulierement à S. Pierre
pour enre la forme le modelle
des autres Ministres ( en quoy les
Papessontsingulierementles Successeurs)
le droit de Pierre Fondamentale
passa à tous les autres,
qui font à cet égardses Successeurs
,
lors qu'ilsagissentparson
Esprit,&quelamesmeCharité
1lesanime.
Maisenfin la force & l'efficace
de tout ce Ministre exterieur,
qui viennent uniquement
de Dieu, aboutissentà l'interieur
& aufond du coeur,& les Adtmflres
de l'Eglise ne peuvent en
cette ci.uaktese Jfaire obeir dans
ces for,ci.onsexttneures,ymain~
¡C.jn' lordre étably
, ^y3 en bannir
le trouble b-ri la confusion,
par aucune JOtc qu' autant que le Souverain leur
a communique de fin pouvoir,
d'abord ou danslasuite, lors (ru"
la Société des Fidelless'est introduite
& affermie dans les Etats,
carselon un ancien Evesque d'Afriq:
e,laRepuihy^erieft pas
dans l'Eglise
,
maisl'Eglise dans
la Republique,cequifaitdire à
l'Historien Socrate, que depuis
que l'Eglise futraceüe dans l'Empire
par une autorité publique
dont on pourroit marquer l'Epoque
par l'Edit de Constantin&
de Licinius, tout ce qui regarde
la Religion a fort dépendu des
Empereurs. C'est ce qu'on peut
aussidire à proportion de tous les
Royaumes, où l'Eglise est entrée,
@ où elhs"ejltrouvéeétabliey
aprés qu'ilssesontformez dela
décadence de l Empire.
Vous njoje^ donc, Monsieur,
aprés tout ce que je viens d'établir
si solidement,de quelle étenduë
estce PouvoirSouverain. Il
enferme non seulement ce que les
Ecclesiastiques appellent Jurisdi-
¡¡icn, qui émane de luy, comme
desa source
, ey dont le Prince,
en le communiquant, n'a pû se
dépGuiller,nonplus que desa Souveraineté,
ensorte que nonobstans
cette délegation speciale
,
il peut
l'exercer toutes les fois qu'il "vou..
dra parfiy-nl!!fJJf
,& dans toutesa
plenitude.Ilembrasse toutes
les personnes,mesme les ~Mnistres
de l'Eglise, les lieux,les
temps, les circonstances,&generalementtoutce
quiregarde la
Discipline etJ l'Oeconomie exterieure
de cette mesme Eglise Je
displus
; outre qu'ill'autorise pour
l'exercicede
ses
Fonctionsexterieures,.&
luy donne lepouvoir
de se faire obeir au dehors pour
entretenir le bon ordre, & bannir
laconfusion, il maintient mejl
me la Foy,& la Profession exterieure
quis'enfait, & lorsque
la Societé veut s'assembler parses
Députez,pour terminer des Contnestatiiones
paFrrapoport à cette mes- KC5elle
ne le peut qJitj.li.:r son autorité. Les Décrets ou Cwonsquellefait
d~ cesAssemblées, ou Cons Ir!,
doivent estre A-ttttHif'{ parcette
puissance,& ne pÀjjcxt que par
elleenforce &vigueur de Loix.
C'estdans ce sensqueConstantin
prenoit le nom d Evesque exterieur,&
qu'il écrivoit aux ILvefques
assemblez àTyr, qu'il luy
apportenoit de juger, si on avoit
bien 014
mal-jugéselon la Regle
divine; qu'Ozius dans Saint Athanase
donnoit à l'Empereurtout
l'empiresur laTerrey à l'exclusion
des Evesques, auxqui Ulesreules
Fonctions (àcr¿"j') (r: de ovûler
l' Encens, !.:l),ln: tHiijic}! Il lhiji
toire IlO--".<C fI!i)Í' nj ^rvees, Lr!"t'?I
c'estce que les anciens Peres appelloient,
tant à l'égarddela Foy,
a; de la Diserpline, rapporter au
jugement sacré, a qui les Grecs
donnaient le nom d'Epichrefe.
Les Juifs dr les Samaritains
porterent leurdifferendsur le Temple
de Jerusalem &Jceluy de Garizaim
,
à Ptolomée) Roy d'Egypte,
qui en jugea par la Loy
de Moyse. Les mesmesjuifs
n'eurent point de droit de rétablir
ce Temple, que par Cyrus & les
autres Rois de Perse
,
& l'on ne
fait pas assez de reflexionsur ce
que les Htbreux leurs Pndeccf
seurs
, ne crurentpas devoir sortir
de l'Egypte, pour aller sacrifier
à Dieu dans le Desert, sans la
permission de Pharaon, & qu'il
fallut une Misson extraordinaire
pour les tirerde ce Royaume en la
personne de Moyse éprouvée ù
autorise par des Miracles des
Prodiges.Ezechias rompit les
Idoles,&mesme le Serpentd'Airain
élevé par ¡.fO}f. Luy &
Iosias détruisirent les Lieux hauts,
cjuifaifovnt diversion pour le
Culte q:;' on devoitrendreaDieu
au Temple de Jerusalem. Le Roy
des Ninivires ordonna un Jeune
public, Darius do:ir,a pouvoir à
Daniel de rompre l Idole
, &
condamna aux Ly„ons s/es EJnne- mis, & Nabuchodonosor défendit
dans ses Etats de blasphemer
le vray Dieu. Saint Pierre &
S.Iean, dans les Actes des Apostres,
ne recusent point le Sa.
iJetl.rin, lors qu'ilsdisent, Nous
sommes jugez pour avoir
,donné la santé à un Malade,
&quand ce Tribunal leur défend
de prescher Iesus
-
Christ pour
U,-,leffie
,
ils aileguentl'ordre de
Dieu, en luy disant
,
Jugez
vous-rnefmes, si nous devons
plûtost obeïr à Dieu
-
qu'aux hommes. S.PaulgagnaSergius
son luge, qui estoit
ajjis sur le Tribunal
, pour juger
entre luy &E{yrr;as le Magicien.
Le mesme Apostre accusé par Tertullus
d'eflre de la Secte des Nazaréens
,subit le jugement de
Felix. Il reclama ensuiteceluy
de Festus,Successeur de Felix,
disans qu'ildevoitestrejugé à
ce Tribunal; lors qu'il apprebenda
que le mesme Ecstus ne liy
rendist pas justice,ilappella à Cesar,
qui eust eu effçfiïvxment le
bonheur d'employersaPuissance
souveraine en faveur de laReligion
Chrétienne, s'il eustabsous
S. Paul
,
~(gif condamné les Iuifs.
lustin, Athenagore, Tertudien,
adresserentdesapologies aux Empereurspour
la Religion Chrétienne,
Les Peres d'Antioche s'adres
serent à Aurelien,pour fairedonner
le Siege Episcopal à celuy qui
avoieesté ordonné à J'a place de
Paul de Samosatequ'ils avoienl
déposé. L'Evesque Archelaus désenditcontreManes,
Chefdes
Manichéens, la cause de la Foy
devant Marcellin,luge Imperial,
qui prit pour Assesseurs un
Medecin, un Retheur, (7 un
Grammairien Payens. S. Athanase
défendit aussi ccrre mesme
Foy à Laodicée contre Anus devant
Probus, quijugeoit, vice
sacra,&qui prononca en faveur
d'Aibanafe. Ce mesme Saint, gr*
les Evesques Catholiquess'adresserent
suvent pour cet effet à
~Constance&alovinien, Empereurs,
quoy que contraires. Theodoric
,Arien, jugea entre les Eucpjftes
de Rome dans un Schis
me de cetteEEugene,Evesque
d' Afrique,offrit aux Ariens * de ()tf'r¡ !(.n hg:'Y luge Hunneric, ° ~o)' ~C les Ariens
refuserentceparty se pourrois eu
ter nJie infinitéd'autres exemples;
car enfincombien de Loix de l'Empereur7~,/parler
desautres,sur les personnes, les
biens, ~& generalement tout ce qui
regarde la Religion. Il réglé les
Ceremonies du Baptesme; ilordonne
qu'on prononcera le Canon
delaMesseà haute voix; cjuon
m'ordonnera point d'Evêquesqu'à
l'âge de trente ans; que l'Evesque
ne pourra estre absent de son
Dioceseplus d'un an, ~sansfit
permission;qu'onne celebrerapoint
les Mysteres Sacrez dans des
Maisonspart calieres;en un mot,
il commence,ainsiqu'il a esté dit,
son Code par la Foy Catholique,
~& la premiere Loy est celle des
EmpereursValentinien Gratien,
£7° Theodose, qui ordonnent que
ivus tesPeuplesfou#>is à leur Empire,
suivront la Communion du
Pontise Damase
,
er de Pierre
3 Evesque d'Alexandrie,Personnage.
d'une sainteté Apostolique.
Combien aufjtde Loix,&d'Ordonnances
de noi Rois dans toutes
les Races ! Combien de Capitulaires
de Charlemagne, ~& deses
Stfcl'ejf'!4fS !
./1..nf-i pour f/a-i-re l'application
de tout ce que j'ayétably au sujet
du Pouvoir Souverain à l'hypotbcje
dont il s'agit
,
il estconstant
que les PretendusReformez n'avoient
pû sans cette autorité S"Criger
dans le Royaume en Corps
& en Société de ~Religion,&
qu'ils n'yavoient pû de mesme
subsister jusqu'à present. Cette Societe
s'est mesme formée d'abord
par une entreprise sur l'autorité
Royale, ~& par une violente. rupture
de l'unité de la Societé Catboll,
lue,à laquelle le droit duMinistere
de la Paroleappartenoit
originairement, par une succesfion
non interrompuë deses Minisires
depuisses Fondateurs ApofloDques,(
W danslaquelle l'Exercice
de ce droit avoit esté conservé
& maintenu par le Chefde l'Etat
,
premierMembre de cette Societé,&
en qui reside tout le fCJU-
'Verain Empire. La liberté, qui
dms son origineavoit esté arrachée
par la Société Schismatique,
a t'fié tolerée dans son progrés à la
faveur des Edits, parunesage
ÆDnJeftendance, &par une jbre~
lfiennePolitique3félonUntcefsité
des temps; maisaujourd'huy
cette mesme Prudence Cbrtjlienne
secondée par son Clergé, &sur
tout par deux Grands Hommes)
( j'entens l'IllustreArchevesque
du Siege de l'Empire, & le digne
Directeur deConsciencedu Roy)
a.inspiréheursu'CernentSuiV!a~
jeftçderetirerparlaSupprejjton
desEditssamain,quisoûtenoit
comme à regret ce Corpsétranger
dans l'usage deses Fonctions, (if
parcemoyen il s'est détruit,&
lest dissous. Que devoit-on faire
des parties éparses de ce Corqs
dssipé, qui font tout autant de
Fidelles, qui ne doivent ny ne
peuvent demeurer sans Profession
exterieure & publique de la Religion
Chrestienne, qu'ils ont dans
lecoeur? La Charitépaternelle du
Souverain ne l'obligeoit-ellepas
à employer sa Puissance Royale
afinqu'ils , vinssentse rejoindreau
£orpslégitime & naturel de ÏËglise
Catholique •£$r cette mesme
Charité de la part de ses Sujets
divisez,pour ne pas dire l'équité
& lebon sens ,ne lespressoit-elle
pas vivement eux-mesmes de se
réünir à leurs Parens, à leurs Amis,&
àleurs Concitoyens,selon
l'ordrecivil, enunmot, à leurs
Freres
Freres enJesus-Christ, quisont
Enfans aussi bien queux du mesme
Dieuqu'ils adorentpar le mesme
Jesus-Christ,quiesperentaux
mesmes promesses, c- au mesme
heritage celeste
,
qui observent la
mesme Loy,&vivent de la mesme
Foy &de la mesmeMorale
? R^efufercetterrun'ùn,n'eftoitce
pas resister à l'ordrede Dieu
3
qui leur faisoit cc commandement
par leur Souverain, & mesme
à l'Esprit de Dieu, c'est à dire, à
son Amour ($f à sa Charité qui
les ensollicitoit?& n'estoit-cepas
meriterparcetterésistance l'indignation&
la colere de la Puissance
Royale
,
ordonnée de Dieupour
procurer ce bien, qu'ils refusoient,
&pourvangerlemal qu'ilsfaisoient
en le refusant ? Graces à
Dieu,lenombre des Opiniâtres
& des Refractaires e(i.à cette
heure si petit, quon peut aisément
le compter,&ilfaut avoüer
que c'est une des felicitez du Regneglorieux
de ce Grand Monarque
, que le doigt de Dieu ait tellement
éclaté sur son autorité,
qu'il ait laissé si peu à faire à
l'Instruction& à la Terjua/îort.
Rien riefl sifoible& sifaux
que le retranchement, dont ces
Desobeïssans se couvrent,lors
qtiiis disent
,
qu'on n'est point
maistre de leurs consciences, qu'on
ne leurpeut ordonnerde croire,mais.
feulement lesy exhorter; qu'on
ne force point les esprits,& qu'on
ne commande point laReligion;
qu'ainsi il faut obeïrplûtost a>'
Dieu, - qu'aux hommes,parce
qu'ilssontasseurez d' estredans la
veritable Religion ; car il ne s'agitpoint
dechangerde Religion,
cestlamesme dans son fond &
danssasubstlance.Ilne s'agitpoint
de la Regle de la Foy, puis quon
ne la leur contestepas, & qu'ils
ne peuvent aussi la contester à
l'Eglise Catholique ,qui la possede
de toute ancienneté
, & qui
leurouvre sonsein pour les recevoirà
la Profession exterieure de
cette Foyavecses autres Enfans
dans L'unité de l'Esprit si) le lien
de la Paix. Tous les autres fentimem,
qui servoient de pretexte
specieux ,plûtost que de sause solideauSchismesoitqu'ils
ayent
durapportà la Réglé fondamentale,
soit qu'ils n'en ayent point,
seront allez aprés celaàéclaircir.
On leurs ra veirfacilement^quon
ne comprend pas sur toutes ces
Question l'Eglise Catholiques
qu'on luy a imposé à loscasion
de quelques Docteurs particuliers
deai Communion,puis quelle n'a
changé ny de sentimens, ny de
langage, qui se conservent dans
lesLivrespublics,dontellesesert
pour rectifier ces Docteurs particuliers,
~& les ramener à la pureté
de ses sentimens
, au lieu que par
un étrangerenversement d'esprit
les Docteurs de l'Erreur, qui ont
produit le Schisme sous la belle
apparence de Reforme,mais en
effet par la haine qu'ils avoient
conceue contreles autres, se sont
malheureusementjettez dans une
extremited'autant plusdangereuse,
qu'ils ont commencé par la
suppresion de tous ces Monument
publics, oul'Eglise a toujours
confervéses véritables idées
ses véritables expresions,pourétablirles
leurs particulières,&par
cette conduite ils ont ouvert laporte
à toutes fortes de A/oM~f~~f~
bienloin de retranchercelles qu'ils
s'imaginent avoir esté introduites,
& de la fermer pour l'avenir.
On leurfera voir en un mot,
que ce nesont la pluspartque des
Question de nom, fondéessur
deséquivoques de leur part,ou
deDiscipline, qui nemeritoient
pasune sisunesteseparation,puis
que le fondement en Jesus-Christ
(si toujours demeuréfermeparmy
les Catholiques.Aussi dans la
pluspart des Dioceses, &sur tout,
en celuy deParis, on n'afaitsigner
qu'un Formulaire général
de Foy Catholiqueuniverselle
Apostolique, , sansentrer dans
Aucun détail qu'apris s'estre féüny,
ou si l'on est entré en quelque
éclaircissement avec quelques- uns
de nos Freres, ce n'a esté que pour
satisfaireacesfauxScrupules,~&
pour leur montrer qu'on ne leur
demandoit que cette Profesion generale
& orthodoxe. Quant au
Passage des AffcsdesÀpo(lrr$,
Qu'ilfaut obéir à Dieu plû-
,. tost' qu'aux hommes
,
rien
n'est si mal appliqué à la matière
presente par la lecture du Texte.
Les Juifs défendoient aux Aposrres
de
prescher
Jesus-Christpour
Mejjie & pour Liberateur, qui
au contraire leur avoit ordonné
de la part ex son Pere de le prescher
partoutencettequalité,
avoit confirmé cette Mission par
le MiracledesaResurrecton,ù
partous euxqui la suivirent,
quifurent la conformation de tous
les aurres qu'ilavoitfaits à leurs
yeux ,
(9" en presence des Juifs
pendant sa Vie. Est-ilquestion
derenoncer icy à la Prédication
deceMessi &r Libérateur?Ou
plûtofln'estilpasquestion de liz
ratifierpar une réunionavecceux
quile reconnaissent, @J donton
s'estoit injustement separé ? C'est
donc obéir véritablement a Dieu
& alefut Christson Fils; c'est
lereconnaistre pour le Messue
pour le Liberateur, que d'accomplir
cette réunion qui fait la pienitude
de la Charité que le Pere
& te Filsnous ordonnent d'avoir
pour nos Freres, qui composent un
Corpsdontlesus-Chrsti est leChef.
lefuis, Monsieur
,
vostre, &c.
D'UN NOUVEAU
CATHOLIQUE,
Sur le Pouvoir que le Roya
exercé dans l'Extinction
duSchisme.
A MONSIEUR***. vOusdesxire, Monsieur,
que jesatisfacevosxtre curiositésurce
quisepasse en France
à l'égard de nos Freres PrétendusReformez
,&ilfaut que
je vous disxe d'abord comme le
Docteur Gamaliel dans les Actes
des Apostres,quecetouvrage de
la déformation
,
où savois auparavantmalheurd'estre
engagé
,
s' estdissipé si facilement,
qu'on apû connoîstrequ'il n'estoit
pas de Dieu, mais des hommes
,
c'est à dire un Ouvrage de Cabale,
de Party, & de Politique
humaine. On a eu beau crier dedans
& dehors le Royaume à th
violence, comme ontjait les Ignorais
passionnez, & les Ennemis
de l'Etat. Le Roys'est acquispar
l'exécution de cettegrande entreprise
une Couronne immortelle de
Gloire; maïs il faut considerer
cet événement si fameux,dans
tout son jour, & dans toute son
jéteenduseposuréla .gl*oire de SaMa-
On peut envisagerselon trois
égards le pouvoirque le Royy a
cxyfcéj ou dans son fond & en
luy mesme
, ou par rapport aux
Ridelles & aux Ministres de
l'Eglise
y
ou à l'égard des choses sacrées,&quiappartiennent à
la Religion.Ducossé de la puissance
du Royy est certainqu'étant
souveraine,il n'y en a point
d'autre sur la Terre, non seulement
au dessus,y mais mesme à
costé, c'està dire, qui luyfoit
superieure, ou égale hors celle de
Dieu, dont elle dépend, pwfqtte
c'estle propre du SouverainEmpire
de n'avoir ny Superieur ny
Egal sur la Terre, autrementil
neseroitpas Sou'Verain. DucoOé
de ses Sujets
,
soit Fidelles, foit
Ministres de l'Eglise, il rieftpas
moins certain, qu'ils sont- 'tous
soûmis à cette souveraine Puissance
,
mesme lesseconds en qualité
de Ministres & de Passeurs
de l'Eglise. C'est la doctrine de
Saint Paul, lors qu'ildite.xpref
sement
,
Que toute ame foit
soumiseaux PuiffincesSou,
veraines. D'ouvient,que Saint
CbrjJojlomeexpliquant ce Pasfige
dit; Encore que ce soit
un Apostre
, un Evangeliste,
unProphete
, & S. Bernard
,
écrivant à un Archevesque de
ssoonûmteimspes, ; Si toute ame est
la vostrel'est aussi,
car qui peut vous excepter
de la généralité? En effetpersonne
ne peut estre exempt de cette
Paissance; car outre que ce feroit
à celuy qui pretendroit de
l'éftrr , deprouverson Privilege,
ce qui luyseroit impossible,ilfaudroit,
ou que cette indépendance
fuji absoluë, & ceseroit ouvrit
-la porteaudesordre & à laconfusion
, ou. qu'elle nefustpas absoluë
, &par consequent qu'elle
relevât de quelqu'autre Puissance,
qui efiant égale, ou superieure
en ce point à celle du Roy, détruiroit,
comme il a esté dit
,
sa
Souveraineté. Quant aux choses
sacrées
,
£r qui appartiennent à
la Religion,il estencore constant,
quelles sont dans l'enceinte &
du ressort de cettemesme Puissance.
Saint Paul dit, que les
Souverains sont Ministres
de
-
Dieu pour le bien, &
pour vanger le mal'indéfiniment
, ce qui enferme le bien &
le mal, qui regarde la Religion y
dont par consequent ils peuvent
connoifire. Il dit autre part,qu'il
faut prier pour eux, afin que
nous passions la vie paisiblement,
& tranquillement en
toutepieté & honnesteté. Il
faut donc qu'ils puissent connoistre
de la Religion, d ns la quelleconsiste
la veritable Pieté, & exercer
leur pouvoir dans cette matiere.
sdujjtlef EmpereutsTheodose
& Honorius dans l'Epistre à
Marcellin luy disent. L'unique
fin que nous nous proposons,
& par les travaux de la
Guerre, & par les desseins de
la Paix, c'est de maintenir
le veritable Culte de Dieu
parmy nos Peuples, & qu'ils
l'embrassent avec devotion.
Theodose dans l'Epitre à l'Evesque
Cyrille, metselon le mesme
sens le devoir de Cesarà établir
non seulement la paix
,
mais la
pietéparmy sesSujets,sans quoy
les Etats ne peuvent estre veritablement
heureux
,
puisque leur
félicitéconsiste
,
selon S. Augustin,
à aimer Dieu & qu'ils en
soient aimez
,
le reconnoissant
pour leurveritable Roy. Plusieurs
Papessontappelléles Rois,Apostoliques
, & ont ditqu'ils avoientsur
ce sujet un Esprit Sacerdotal.
La sausse Epitreattribuée
au PapeEleuthereappelle
un Roy, Vicaire de Dieu
dans la Religion. On trouve
dans le Concile de Calcedoine
plusieurs acclamations faites à
l'Empereur en ces termes, à l'Empereur
Pontife, au vra y Prêtre.
C'f/? pour cela que les noms
d'Aurheurs & Défenseurs de
la Foy leur ont estèaussidonner
comme celuy de Pasteurs des
Pasteurs, & un Pape Leon
dans un Chapitre inseréauDécret
de Gratian appelle les Em(-
pereurs François de laseconde race
,
Pontifes. S. Remy parlant
de Clovis l'appelle Evesque des
Evesques,àl'occasion d'un Prêtre
qu'il avoitfaitparsonordre;
(t) Gregoire de Toursparlant
aussi à un Roy de la Race de
Clovis luy dit ; Si nous manquons
, vous nous pouvez
corriger ; mais si vous manquez,
vous ne pouvez estre
corrigé que par celuy
,
qui
est la Justice mesme; @r il -
est à remarquer que les Evesques
de France avoient decoûtume
pour lors de rendre la Commumon.
a ceux qu'ilsen avaient retranchez,
quandils estoient assi:{
heureux que d'estre admis à la
Table ~r à la presence des Rois.
Les Conciles ne se tenoient dans
le Royaume que parleur ordre,
(t) mesme les Decrets portoient
bien souvent cet ordre enparticulier
, ~& efloient ensuite generalement
confirmez pjr leur Auth(J..
rité Royale. Ainsiiln'appartient
qu'aux Souverains
,
sur tout de
cetteSouverainetésinguliereànos
Roys
,
d'executer dans toute son
étenduë
, ce qui regardelaReligion
, parce qu'euxseulspossedent
le pouvoir necessaireà cette execution.
D'où vient encore,que
Justinien.
Justinien dans la Division du
Droit, en Public
,
(ij en Privé
ou particulier,fait deux especes
du Public, dont l'uneestlePublic
Divin, par lequel il commence
on Code, au uniq*:e le Theodosien
finissoitpar là.Ulpien definit
d:- miTrhe l.i fitrifrrudence
>
monelle qui acc:Je h's differens
entre lesparticuliers
,
Y/J.ns cel11le
qu'on appelle Lt'?iJI.:tnee
,
la
connoissance des choses Divines
& Humaines, & le
mesmeJustinien dit
, que tauthorité
des Loixmet le bonordre
~(t)la bonne disposition dans les
chosesDivines ~ü Humaines,
~& en bannit toute sorte de malice
,~& d'iniquité.
Ilfaut avouerneanmoins que
lesfonctions du Ministere Sacré
ne venant point de la puissance
Souveraine,mais de Jesus- Christ,
qui en a donné le pouvoir à son
Vghfey ellesnepeuvent s'exercer
par la voye du souverain Empire
, quoy que le pouvoir que l'Egltjê
donne par l'ordination àses
Ministres
, ne soit pas incompatibleavecceluy
de la Souverainete
en un mesme sujet
, comme on
voit dans la Personne du Pape,
qui à l'égard des Peuples de ses
Etats,peut exerceren même temps
l'un& l'autre; ce qu'ilfaut pourtant
biendistinguer à l'égarddes
autres Etats~(jr Royaumes ,
qui
ne dépendent point de luy. Ilfaut
aussi convenir que le Souverain
ne peut changer ce que Dieu,
Roy des Roys
,
veraindresS1ouvtel'Jra,1in14sa,a/p1ersetaSboluyluy
mefrac poure;rrcimmuable9
comme la nouvelle Alliance
, ensuite
de l'ancienne, contractée ,,-
vec les hommes au prix de son
Sangpar Jesu- Christson Fils,
Mediateur de ce Pere Celesteauprés
des hommes, laquellealliance
s'execute par la voye de la
Predication
,
quisefait de cette
heureuse nouvelle, qu'on appelle
Evangile, de la remission des
prc/}ez
,
d'une vie éternelle, &
du Royaume des Cieux ,soit par
le Ministere de la parole, soit
par d'autres signes visibles qu'on
appelle Sacremens
,
epcrune
vie conforme à la Morale du
Décalogue dans la pure té cff lA
perfectionoùJesus Christ l'd
portée, mais anssi ics Pasteurs de
l'Eglise dc-nslesjonchonsouils
exercentà /",,n'ont au
fond quelepurministere de cette
parole on heureusenouvelle, de
quelque maniere , ou par quelqnessignes
Jen/tbles qu'ils la*
y?">7/7n: du Troupeau, c'està dire
la zoycd: Déclaration,Dispensation
,
(:7 Manifestation de la
part de Dieu
,
qui seul commande
aux coeurs (gjr aux esprits
,&
à qui toute la verta & l'efficace
de cette paroledoit estre ttltt'lbuét
parfesus-Christson Fils,&ils
n'ont par consequent que cette
mesme njoye pour juger les Rebelles
à la parole
, & pour leur
annoneur ouih nont point de
part à le societé desSaints
,
s'ils
nese corrigentils exercent cette
CensureDivine selon le langage
de Tertullien
, par l'imposition
des peines Medicinales àceux cptâ
s'yveulentsoumettre,&parune
espece de relegation ,qui lesprive
du saint commerce de leurs Freres
, & de la participation aux
Assemblées,comme on pratiquoit
anciennement,ef aux Sacrifices,
aussi-bien que de telle des Enfans,
(tJ des autres Seaux Q¡ gages de
l'Alliance quisont les Sacremens,
& cette C'ensure est un jugement
dans un sens
,
(yj lors qu'estant
fatte par l'EspritdeDeu & de
lesus Cbrist, elle se ~russe dans
le Ciel ; jugement d'autant plus
redoutable qu'il est un prejugéselon
le mesme Pere
, pour celuy
de l'Eternité ,sicesRebelles fersistentjusqu'àlafindans
le mé- pris&leviolementde cette
sainte A lliance, C'est ce qui fait
direàun grand Pape, que le
Privilege accordé au premier des
Apostres,d'etrePierre fondamentale
de l'Eglise aprés la celebre
confessionqu'il fit de lesus-Christ
comme Fils du Dieu vivant,
est répandu par toute l'Eglise en
quelque lieu qu'on y prononce des
jugemensselon l'équité de saint
Pierre, c'est à dire selon la ju-
JleJfir de son esprit, @f la droiture
de son coeur, charmezde la découverte
de la Charité d'un Dieu,
qui luuinspirerent cetteConfession;
qu'ainsi
,
bien que lesus-Christ
parlâtsingulierement à S. Pierre
pour enre la forme le modelle
des autres Ministres ( en quoy les
Papessontsingulierementles Successeurs)
le droit de Pierre Fondamentale
passa à tous les autres,
qui font à cet égardses Successeurs
,
lors qu'ilsagissentparson
Esprit,&quelamesmeCharité
1lesanime.
Maisenfin la force & l'efficace
de tout ce Ministre exterieur,
qui viennent uniquement
de Dieu, aboutissentà l'interieur
& aufond du coeur,& les Adtmflres
de l'Eglise ne peuvent en
cette ci.uaktese Jfaire obeir dans
ces for,ci.onsexttneures,ymain~
¡C.jn' lordre étably
, ^y3 en bannir
le trouble b-ri la confusion,
par aucune JOtc qu' autant que le Souverain leur
a communique de fin pouvoir,
d'abord ou danslasuite, lors (ru"
la Société des Fidelless'est introduite
& affermie dans les Etats,
carselon un ancien Evesque d'Afriq:
e,laRepuihy^erieft pas
dans l'Eglise
,
maisl'Eglise dans
la Republique,cequifaitdire à
l'Historien Socrate, que depuis
que l'Eglise futraceüe dans l'Empire
par une autorité publique
dont on pourroit marquer l'Epoque
par l'Edit de Constantin&
de Licinius, tout ce qui regarde
la Religion a fort dépendu des
Empereurs. C'est ce qu'on peut
aussidire à proportion de tous les
Royaumes, où l'Eglise est entrée,
@ où elhs"ejltrouvéeétabliey
aprés qu'ilssesontformez dela
décadence de l Empire.
Vous njoje^ donc, Monsieur,
aprés tout ce que je viens d'établir
si solidement,de quelle étenduë
estce PouvoirSouverain. Il
enferme non seulement ce que les
Ecclesiastiques appellent Jurisdi-
¡¡icn, qui émane de luy, comme
desa source
, ey dont le Prince,
en le communiquant, n'a pû se
dépGuiller,nonplus que desa Souveraineté,
ensorte que nonobstans
cette délegation speciale
,
il peut
l'exercer toutes les fois qu'il "vou..
dra parfiy-nl!!fJJf
,& dans toutesa
plenitude.Ilembrasse toutes
les personnes,mesme les ~Mnistres
de l'Eglise, les lieux,les
temps, les circonstances,&generalementtoutce
quiregarde la
Discipline etJ l'Oeconomie exterieure
de cette mesme Eglise Je
displus
; outre qu'ill'autorise pour
l'exercicede
ses
Fonctionsexterieures,.&
luy donne lepouvoir
de se faire obeir au dehors pour
entretenir le bon ordre, & bannir
laconfusion, il maintient mejl
me la Foy,& la Profession exterieure
quis'enfait, & lorsque
la Societé veut s'assembler parses
Députez,pour terminer des Contnestatiiones
paFrrapoport à cette mes- KC5elle
ne le peut qJitj.li.:r son autorité. Les Décrets ou Cwonsquellefait
d~ cesAssemblées, ou Cons Ir!,
doivent estre A-ttttHif'{ parcette
puissance,& ne pÀjjcxt que par
elleenforce &vigueur de Loix.
C'estdans ce sensqueConstantin
prenoit le nom d Evesque exterieur,&
qu'il écrivoit aux ILvefques
assemblez àTyr, qu'il luy
apportenoit de juger, si on avoit
bien 014
mal-jugéselon la Regle
divine; qu'Ozius dans Saint Athanase
donnoit à l'Empereurtout
l'empiresur laTerrey à l'exclusion
des Evesques, auxqui Ulesreules
Fonctions (àcr¿"j') (r: de ovûler
l' Encens, !.:l),ln: tHiijic}! Il lhiji
toire IlO--".<C fI!i)Í' nj ^rvees, Lr!"t'?I
c'estce que les anciens Peres appelloient,
tant à l'égarddela Foy,
a; de la Diserpline, rapporter au
jugement sacré, a qui les Grecs
donnaient le nom d'Epichrefe.
Les Juifs dr les Samaritains
porterent leurdifferendsur le Temple
de Jerusalem &Jceluy de Garizaim
,
à Ptolomée) Roy d'Egypte,
qui en jugea par la Loy
de Moyse. Les mesmesjuifs
n'eurent point de droit de rétablir
ce Temple, que par Cyrus & les
autres Rois de Perse
,
& l'on ne
fait pas assez de reflexionsur ce
que les Htbreux leurs Pndeccf
seurs
, ne crurentpas devoir sortir
de l'Egypte, pour aller sacrifier
à Dieu dans le Desert, sans la
permission de Pharaon, & qu'il
fallut une Misson extraordinaire
pour les tirerde ce Royaume en la
personne de Moyse éprouvée ù
autorise par des Miracles des
Prodiges.Ezechias rompit les
Idoles,&mesme le Serpentd'Airain
élevé par ¡.fO}f. Luy &
Iosias détruisirent les Lieux hauts,
cjuifaifovnt diversion pour le
Culte q:;' on devoitrendreaDieu
au Temple de Jerusalem. Le Roy
des Ninivires ordonna un Jeune
public, Darius do:ir,a pouvoir à
Daniel de rompre l Idole
, &
condamna aux Ly„ons s/es EJnne- mis, & Nabuchodonosor défendit
dans ses Etats de blasphemer
le vray Dieu. Saint Pierre &
S.Iean, dans les Actes des Apostres,
ne recusent point le Sa.
iJetl.rin, lors qu'ilsdisent, Nous
sommes jugez pour avoir
,donné la santé à un Malade,
&quand ce Tribunal leur défend
de prescher Iesus
-
Christ pour
U,-,leffie
,
ils aileguentl'ordre de
Dieu, en luy disant
,
Jugez
vous-rnefmes, si nous devons
plûtost obeïr à Dieu
-
qu'aux hommes. S.PaulgagnaSergius
son luge, qui estoit
ajjis sur le Tribunal
, pour juger
entre luy &E{yrr;as le Magicien.
Le mesme Apostre accusé par Tertullus
d'eflre de la Secte des Nazaréens
,subit le jugement de
Felix. Il reclama ensuiteceluy
de Festus,Successeur de Felix,
disans qu'ildevoitestrejugé à
ce Tribunal; lors qu'il apprebenda
que le mesme Ecstus ne liy
rendist pas justice,ilappella à Cesar,
qui eust eu effçfiïvxment le
bonheur d'employersaPuissance
souveraine en faveur de laReligion
Chrétienne, s'il eustabsous
S. Paul
,
~(gif condamné les Iuifs.
lustin, Athenagore, Tertudien,
adresserentdesapologies aux Empereurspour
la Religion Chrétienne,
Les Peres d'Antioche s'adres
serent à Aurelien,pour fairedonner
le Siege Episcopal à celuy qui
avoieesté ordonné à J'a place de
Paul de Samosatequ'ils avoienl
déposé. L'Evesque Archelaus désenditcontreManes,
Chefdes
Manichéens, la cause de la Foy
devant Marcellin,luge Imperial,
qui prit pour Assesseurs un
Medecin, un Retheur, (7 un
Grammairien Payens. S. Athanase
défendit aussi ccrre mesme
Foy à Laodicée contre Anus devant
Probus, quijugeoit, vice
sacra,&qui prononca en faveur
d'Aibanafe. Ce mesme Saint, gr*
les Evesques Catholiquess'adresserent
suvent pour cet effet à
~Constance&alovinien, Empereurs,
quoy que contraires. Theodoric
,Arien, jugea entre les Eucpjftes
de Rome dans un Schis
me de cetteEEugene,Evesque
d' Afrique,offrit aux Ariens * de ()tf'r¡ !(.n hg:'Y luge Hunneric, ° ~o)' ~C les Ariens
refuserentceparty se pourrois eu
ter nJie infinitéd'autres exemples;
car enfincombien de Loix de l'Empereur7~,/parler
desautres,sur les personnes, les
biens, ~& generalement tout ce qui
regarde la Religion. Il réglé les
Ceremonies du Baptesme; ilordonne
qu'on prononcera le Canon
delaMesseà haute voix; cjuon
m'ordonnera point d'Evêquesqu'à
l'âge de trente ans; que l'Evesque
ne pourra estre absent de son
Dioceseplus d'un an, ~sansfit
permission;qu'onne celebrerapoint
les Mysteres Sacrez dans des
Maisonspart calieres;en un mot,
il commence,ainsiqu'il a esté dit,
son Code par la Foy Catholique,
~& la premiere Loy est celle des
EmpereursValentinien Gratien,
£7° Theodose, qui ordonnent que
ivus tesPeuplesfou#>is à leur Empire,
suivront la Communion du
Pontise Damase
,
er de Pierre
3 Evesque d'Alexandrie,Personnage.
d'une sainteté Apostolique.
Combien aufjtde Loix,&d'Ordonnances
de noi Rois dans toutes
les Races ! Combien de Capitulaires
de Charlemagne, ~& deses
Stfcl'ejf'!4fS !
./1..nf-i pour f/a-i-re l'application
de tout ce que j'ayétably au sujet
du Pouvoir Souverain à l'hypotbcje
dont il s'agit
,
il estconstant
que les PretendusReformez n'avoient
pû sans cette autorité S"Criger
dans le Royaume en Corps
& en Société de ~Religion,&
qu'ils n'yavoient pû de mesme
subsister jusqu'à present. Cette Societe
s'est mesme formée d'abord
par une entreprise sur l'autorité
Royale, ~& par une violente. rupture
de l'unité de la Societé Catboll,
lue,à laquelle le droit duMinistere
de la Paroleappartenoit
originairement, par une succesfion
non interrompuë deses Minisires
depuisses Fondateurs ApofloDques,(
W danslaquelle l'Exercice
de ce droit avoit esté conservé
& maintenu par le Chefde l'Etat
,
premierMembre de cette Societé,&
en qui reside tout le fCJU-
'Verain Empire. La liberté, qui
dms son origineavoit esté arrachée
par la Société Schismatique,
a t'fié tolerée dans son progrés à la
faveur des Edits, parunesage
ÆDnJeftendance, &par une jbre~
lfiennePolitique3félonUntcefsité
des temps; maisaujourd'huy
cette mesme Prudence Cbrtjlienne
secondée par son Clergé, &sur
tout par deux Grands Hommes)
( j'entens l'IllustreArchevesque
du Siege de l'Empire, & le digne
Directeur deConsciencedu Roy)
a.inspiréheursu'CernentSuiV!a~
jeftçderetirerparlaSupprejjton
desEditssamain,quisoûtenoit
comme à regret ce Corpsétranger
dans l'usage deses Fonctions, (if
parcemoyen il s'est détruit,&
lest dissous. Que devoit-on faire
des parties éparses de ce Corqs
dssipé, qui font tout autant de
Fidelles, qui ne doivent ny ne
peuvent demeurer sans Profession
exterieure & publique de la Religion
Chrestienne, qu'ils ont dans
lecoeur? La Charitépaternelle du
Souverain ne l'obligeoit-ellepas
à employer sa Puissance Royale
afinqu'ils , vinssentse rejoindreau
£orpslégitime & naturel de ÏËglise
Catholique •£$r cette mesme
Charité de la part de ses Sujets
divisez,pour ne pas dire l'équité
& lebon sens ,ne lespressoit-elle
pas vivement eux-mesmes de se
réünir à leurs Parens, à leurs Amis,&
àleurs Concitoyens,selon
l'ordrecivil, enunmot, à leurs
Freres
Freres enJesus-Christ, quisont
Enfans aussi bien queux du mesme
Dieuqu'ils adorentpar le mesme
Jesus-Christ,quiesperentaux
mesmes promesses, c- au mesme
heritage celeste
,
qui observent la
mesme Loy,&vivent de la mesme
Foy &de la mesmeMorale
? R^efufercetterrun'ùn,n'eftoitce
pas resister à l'ordrede Dieu
3
qui leur faisoit cc commandement
par leur Souverain, & mesme
à l'Esprit de Dieu, c'est à dire, à
son Amour ($f à sa Charité qui
les ensollicitoit?& n'estoit-cepas
meriterparcetterésistance l'indignation&
la colere de la Puissance
Royale
,
ordonnée de Dieupour
procurer ce bien, qu'ils refusoient,
&pourvangerlemal qu'ilsfaisoient
en le refusant ? Graces à
Dieu,lenombre des Opiniâtres
& des Refractaires e(i.à cette
heure si petit, quon peut aisément
le compter,&ilfaut avoüer
que c'est une des felicitez du Regneglorieux
de ce Grand Monarque
, que le doigt de Dieu ait tellement
éclaté sur son autorité,
qu'il ait laissé si peu à faire à
l'Instruction& à la Terjua/îort.
Rien riefl sifoible& sifaux
que le retranchement, dont ces
Desobeïssans se couvrent,lors
qtiiis disent
,
qu'on n'est point
maistre de leurs consciences, qu'on
ne leurpeut ordonnerde croire,mais.
feulement lesy exhorter; qu'on
ne force point les esprits,& qu'on
ne commande point laReligion;
qu'ainsi il faut obeïrplûtost a>'
Dieu, - qu'aux hommes,parce
qu'ilssontasseurez d' estredans la
veritable Religion ; car il ne s'agitpoint
dechangerde Religion,
cestlamesme dans son fond &
danssasubstlance.Ilne s'agitpoint
de la Regle de la Foy, puis quon
ne la leur contestepas, & qu'ils
ne peuvent aussi la contester à
l'Eglise Catholique ,qui la possede
de toute ancienneté
, & qui
leurouvre sonsein pour les recevoirà
la Profession exterieure de
cette Foyavecses autres Enfans
dans L'unité de l'Esprit si) le lien
de la Paix. Tous les autres fentimem,
qui servoient de pretexte
specieux ,plûtost que de sause solideauSchismesoitqu'ils
ayent
durapportà la Réglé fondamentale,
soit qu'ils n'en ayent point,
seront allez aprés celaàéclaircir.
On leurs ra veirfacilement^quon
ne comprend pas sur toutes ces
Question l'Eglise Catholiques
qu'on luy a imposé à loscasion
de quelques Docteurs particuliers
deai Communion,puis quelle n'a
changé ny de sentimens, ny de
langage, qui se conservent dans
lesLivrespublics,dontellesesert
pour rectifier ces Docteurs particuliers,
~& les ramener à la pureté
de ses sentimens
, au lieu que par
un étrangerenversement d'esprit
les Docteurs de l'Erreur, qui ont
produit le Schisme sous la belle
apparence de Reforme,mais en
effet par la haine qu'ils avoient
conceue contreles autres, se sont
malheureusementjettez dans une
extremited'autant plusdangereuse,
qu'ils ont commencé par la
suppresion de tous ces Monument
publics, oul'Eglise a toujours
confervéses véritables idées
ses véritables expresions,pourétablirles
leurs particulières,&par
cette conduite ils ont ouvert laporte
à toutes fortes de A/oM~f~~f~
bienloin de retranchercelles qu'ils
s'imaginent avoir esté introduites,
& de la fermer pour l'avenir.
On leurfera voir en un mot,
que ce nesont la pluspartque des
Question de nom, fondéessur
deséquivoques de leur part,ou
deDiscipline, qui nemeritoient
pasune sisunesteseparation,puis
que le fondement en Jesus-Christ
(si toujours demeuréfermeparmy
les Catholiques.Aussi dans la
pluspart des Dioceses, &sur tout,
en celuy deParis, on n'afaitsigner
qu'un Formulaire général
de Foy Catholiqueuniverselle
Apostolique, , sansentrer dans
Aucun détail qu'apris s'estre féüny,
ou si l'on est entré en quelque
éclaircissement avec quelques- uns
de nos Freres, ce n'a esté que pour
satisfaireacesfauxScrupules,~&
pour leur montrer qu'on ne leur
demandoit que cette Profesion generale
& orthodoxe. Quant au
Passage des AffcsdesÀpo(lrr$,
Qu'ilfaut obéir à Dieu plû-
,. tost' qu'aux hommes
,
rien
n'est si mal appliqué à la matière
presente par la lecture du Texte.
Les Juifs défendoient aux Aposrres
de
prescher
Jesus-Christpour
Mejjie & pour Liberateur, qui
au contraire leur avoit ordonné
de la part ex son Pere de le prescher
partoutencettequalité,
avoit confirmé cette Mission par
le MiracledesaResurrecton,ù
partous euxqui la suivirent,
quifurent la conformation de tous
les aurres qu'ilavoitfaits à leurs
yeux ,
(9" en presence des Juifs
pendant sa Vie. Est-ilquestion
derenoncer icy à la Prédication
deceMessi &r Libérateur?Ou
plûtofln'estilpasquestion de liz
ratifierpar une réunionavecceux
quile reconnaissent, @J donton
s'estoit injustement separé ? C'est
donc obéir véritablement a Dieu
& alefut Christson Fils; c'est
lereconnaistre pour le Messue
pour le Liberateur, que d'accomplir
cette réunion qui fait la pienitude
de la Charité que le Pere
& te Filsnous ordonnent d'avoir
pour nos Freres, qui composent un
Corpsdontlesus-Chrsti est leChef.
lefuis, Monsieur
,
vostre, &c.
Fermer
Résumé : LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
La lettre d'un nouveau catholique traite du rôle du pouvoir royal dans la résolution du schisme en France. L'auteur souligne que la réforme, bien que perçue comme difficile, s'est réalisée aisément, suggérant une origine humaine et politique plutôt que divine. Le roi a ainsi acquis une gloire immortelle. Le pouvoir royal est décrit comme souverain, n'ayant de supérieur terrestre que Dieu, et tous les sujets, y compris les ministres de l'Église, lui sont soumis. Cette doctrine est appuyée par Saint Paul et Saint Jérôme, qui prônent la soumission aux autorités souveraines. Les souverains gèrent également les affaires religieuses, comme le démontrent les actions des empereurs Théodose et Honorius et les écrits de Saint Paul. Plusieurs papes et conciles ont reconnu les rois comme défenseurs de la foi. En France, les conciles se tenaient par ordre royal et leurs décrets étaient confirmés par l'autorité royale. Le texte distingue les pouvoirs temporels et spirituels, citant Ulpien et Justinien sur la prudence et l'autorité des lois. Les fonctions ministérielles sacrées proviennent de Jésus-Christ et ne peuvent être modifiées par le pouvoir souverain. Les pasteurs de l'Église exercent le ministère de la parole et des sacrements, jugeant les rebelles à la parole divine. Le pouvoir souverain englobe la juridiction ecclésiastique et régule les affaires religieuses. Les prétendus réformés se sont établis grâce à l'autorité royale, mais celle-ci est maintenant retirée pour dissoudre leur société. Les réfractaires, en minorité, utilisent des prétextes faibles pour résister. Les Docteurs de l'Erreur ont provoqué le schisme par haine et division. La foi en Jésus-Christ reste ferme parmi les catholiques, avec des formulaires de foi signés dans plusieurs diocèses. La question de l'obéissance à Dieu plutôt qu'aux hommes est expliquée par la mission des apôtres de prêcher Jésus-Christ comme Messie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 50-71
A MONSIEUR D. L. C. D. G. Ce 10. May 1687.
Début :
La tranquillité qui regne dans le Royaume depuis qu'on en / J'entre, Monsieur, autans que vous pouvez l'attendre de nostre [...]
Mots clefs :
Tranquilité, Royaume, Calvinisme, Religion catholique, Vérité, Conversion, Ennemis, Honneur, Clergé, Constitution, Schisme, Docteurs, Apôtres, Institution, Évangile, Rebelles, Martyrs, Hébreux, Troupeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR D. L. C. D. G. Ce 10. May 1687.
dans le Royaume depuisqu'on
en a banny le Calvinisme?
fait que je ne vous entretiens
presque plus sur cette
grande matiere. Ce qu'il y a
de remarquable, c'est que
ceux qui ont eu le plus de peine
à se départir de leurs erreurs)
font aujourd'huy plus
$elez dansnofhe Religion)
que Les Catholiques mesmes
qui l'ontprofessée dés leur
miffance.Celavient sans doutc
du grand foin qu'ils ont
1ptrJiisn de se faire instruire. Ce
leur a fait connoistre
- -
plus à fond laverité de la Religion
qu'ils ont embrassée;
de forte que depuis unan,on
a souvent veu que ceux qu'on
ne croyoit pas sincerement
convertis,ont procuré la conversion
de plusieurs autres.
Nous ne voyons presque plus
de ces obstinez qui ne l'étoient
que pour tirer quelque
gloire de leur obstination,&
qui fermoient les yeux à la
verité,moins parce qu'ilsn'en
estoient pas persuadez
, que
parce qu'ils s'imaginoienr
qu'il leur estoit honteux de
ceder
, après avoir resisté avec
chaleur. Il y a lieu deC~t
perer que le peu qui reste de.
cesobstinez, renoncera bientost
à cefauxhonneur.Onles.
combat tous les jours avec les
armes de la raison ,d'une ma-,
niçre qui donne sujet de croire
qu'ils vont estre sans def-:
fence.Voicy uneLettre écrite
surcesujet par un Capitaine
de Cavalerie, à un de ses A*-
mis, qui differe de jour en
jour sa Conversion. Vous en
trouverez le stile fort naturel,
& la manière dont il combat
l'obstination de son Amy ,
pourra donner lieu à ceux qui
font encore dans le mesme
estat, de faire d'utiles reflexions.
,..A MONSIEUR D. L. C. D. G.
Ce 10. May 1687. 1'Entre, Monsieur. autant
que vous p(1u'Vez. l'attendre
de nostre amitié
,
dans toutes les
peines d'esprit ou je connoisque
vous de-urk estre. Cependant je
nepuis me dispenser de faire des
voeux ,afin
quilplaise
au Ciel
vous inspirer de prendre un parti
que j'ay douhaite depuis longtemps
quevous puissezvousrésoudre
a prendre. Il mettroir fin
avos peines, &feroit cesser le
triomphe de vos ennemis. Ne
vous souvenez -vous point,
Monsieur ,quevous m'a'Vt.'::{
fait l'honneur de me direune
fois, que s'ilriyavoit que vous
gîf moy ,
l'on pourrait accommoder
le differend f se me reconnois
dema part tres-incapable
de discourir de cette matiere qui
me passe
,
aussi-bien que beaucoupd'autresquil'ontplus
étudiee
;& comme les misteres de
la Religion n'ont pas estéfortdez
sur la raison des hommes, qui tji
moins que rien en cette occasion,
jaytoûjours mieux Aimi
* à
l'exemple du Charbonnier croire
quesçavoir,suivant ce que dit
uin Ancien *, Sanctius ac reverenriùsdeactis
Deorum
-credere quam scire, Et
SaintAugujUnaprès/A:^ Meliyus
scitur Deus nesciendo;
en sorte que le partyleplus raisonnable,
& le plus seur pour
unparticulier, est de voguer
jimplemertt & avec confiance,
dans la grandeNef, dont la
conduite regarde nos Supérieurs,
&queleSeigneur a promis de
ne jamais abandonner. Il ejl
vray que je suis demeure d'accord
avec vous, aue les 7)~
,
steurs particuliers qui s'avanserent
le Sieclepasséde prescher
de leur chef une pretenduë reforme
»
au scandale de l'Eglise,
navoient pas manque tout- fait a - de prétexté specieux pour
cela, & qu'ils navoient pas
tout le tort en certaineschoses.
L'opulence tg l'ignorance du
Ciergé de ce temps-là, sa conduite
déreglée en la pluspart de
ses membres.& le mauvais usage
qui se faisoit de ces grands
biens, luy avoient attirédes envi
ux , &' dfjofa lesPeuples aécouleruoiontiers
ceux qui
commencèrent kd'attaquer& *4
décrier sa conduite.Mais an
p~ilseasmlloeeurr,syc(eglafilnen'yreagracrodoiitt qui
pas
le mesme lieu d'attaquer la decrtI
rine,encontredJ~isr-antimpudemment
, & osantabroger
d'autorité privée des Constitutions
autorisées &sanctifiées
par la pratique générale de tant
de Siecles; desavouant par ce
changement la Religion de nos
Peres, comme s'ilseujjent rfié
des idiots a leur égard, &qupposantl'Eglise
corrompuepresque
déssanaissasnce, vculart fixer
&renfermer fia puretédans les
deux ou trois premiersSiecles*
L'aigreurqui salluma, en oe
tempr-O, entre les deux Tartis,
empejiha >outr?la ~ccnfidcration
-dd,autres intercj0h temporel,s qtte
/7 que l'onne pustssiereconci*lierj
mai; à present que l'on /7-~/-f~~ t l minerlescbofts de sens froid&
en bons feres, se peut-il faire
qu'un homme raisonnable Je
croye plus enseureté de confdence
,&mieux fondé dans
le Schisme que dans le giron de
l'Eglise ? Je ne touche point les
matieres de dispute
.J
ny les questions
decontroversejenesuis
pas dffiz scavant pour cela;
maismarrestantsimplement 4t1
Schisme
?
de bonne-foy
?
Monsieur,
pouvez-vous croire qu'un
certain nombre de Docteurs mécontens
,
témennres & discordansentreeux
, ayenteu l'autoritéd'attaquer
l'Eglise en
leur nom, sans autre titre ny
mission
,
(ü fous pretexte d'abuss'enseparer,
&sefairedes
reformesselon leur caprice ïVotts
gluez pû voir ce qu'enpensoit
Montagne,quanddaécrit, que
nonobstant toutpretexte de reforme,&
[ZH} entrer dans la
questîon
,
il estoit bien bardy
pour un particulier de se mettre àlatestede cette affaire çfyf
gdaesraentdcheasragefar ibtulye-rmaeissmone sdu'urnlee
ebofedecelle impu? tance ; je
trouve aussî quecej/i une garantie
nlt!. ajjuree pourceuxqui
ont osé s'en contenter. Sapiens
non conturbabit publicos
mores, nec populum in se
novitate vitæ convertet, a
dit Seneque ,
@r non pas Calvin.
Ce n'estpasd'aujourd'huy
qu'il y a des abus dans les
•moeurs &dans la conduite; mais
cesabus ne doivent point empescberque
l'on ne respecte la
doctrine; @r je ne voy pas quelle
.repugnanc: vous Pafi1.J!'z. avoir
de rentrer dans le sein de nostre
JMere commune ,
dont vos derniers
Peres , en siuvant le torrent
du temps , eurent l'imprudence
de se separer le Siocle
passé. Reverti unde veneris
quid grave cft ? Ne fommesnous
pas tous Chrefliens
,
enfans
d'unemejme Mere ? Ne prionsnous
pas Dieu de la mesme maniéré3Juivant
le modelle que le
Sauveur nous en a laissé dans
l'Oraison qu'il adresse àson Pe-
-re: &nelouons-nous
pasleSei-
*tneur dans les mesmes termes partabouche du Prophete
Royal f Ne croyons - nous p(t
aussi la mesme chose au fond, e le précisdenostre sost rapporté
dans le Symbole des Apostres,
n'est-il pas commun entre
nous ?.A l'égard du mystere de
l'Eucharistie, quia esté le grand
point de 14 querelle
,
où nous
disons, comme il est écrit, Cecy
est mon Corps,&quevous expliquez
d'une manière différente
&détournée, Icy est mon
Corps, ne nous doit-ilpasestre
également adorable comme nous
le devons adorer en effet, sans
trop penetrer dans une chose
aussi ineffable qu'incomparable,
comme le témoigne le devot à
« Kempis, n'approuvant point à
l' sujet les disputes de l'Ecole,
qui ont donné lieu au differend?
Qui scrutator est Majestatis
,
opprimetur à gloria. Revelez
donc à nous, Monsieur,
vous le devez par toutes considerations,&
la révolution generale
que vous 'lslcne':( de voir,
ve peut-estre qu'un coup de la
nain de Dieu
, comme mesme
tous ceux du partyl'avoüent,
& cenepeut estre l'ouvrage des
hommes. Si quantité de pieuser
pratiques qui sont en usage parmy
nous, vous blessenta cause
de leur moderne institution, obien
, ne les pratiquez point
mais dans les chosesdepratique
essentielle&necessaire commandée
par l'Eglise, comme lesFeunes&
les abstinences ordonnées,
trouvez-vous que la penitence
soit contraireàl'Evangile
, &{
à laLoy du Sauveur du monde,
dont la vie qu'il nous a lafecpour
modelle,n'aesté quune continuellepenitence
, & est-ce un
merite ouuneveritable reforme,
comme l'ontpreiendu les Novateurs,
que
de
la rétrancher? La
Foy de vous&de nous n'impliqlaue
point de contradiction, ($f
différencequ'ily a, c'est que
nous croyons &pratiquons plu.
que vous; en quoy nous accomplissons
plus parfaitement, &
d'unemaniereplus étendue' &
meritoire,leJacrificedetejprit
'-& de la nature, dont le Seigneur
nous ordonna de luy rendre
hommage, comme tenant l'un
&l'autre de luysenquoy consiste
, ce mesemble, l'esprit de
la Loy,&l'essence de nostre Religion,
que l'Ange rebelle&
nostre premier Pere trompe^par
leur propre suffisance
, neurent
pas le bonheur de bien comprendre
, non plus que l'Apostre infidelle.
Mais
les
Autheurs du
Schism ont tellementaffectéde
se mesquer çy déguiser, pour
établir entre nous de pretenduës
disparitez,qu'ilssesont avisez
de desavoùerjusques à leurs propres
noms; &comme s'ils a-I
voienthonte de porterceux
qui
leur ont esté imposez auBaptême
en memoire des Saints ApoftresjJOdartyrS
j & Confesseurs
denostreReligion
, qui estoient
ienlusasgede tout tempsdans l'E- ont estérappellerchez
lesanciensHebreuxceuxetA—
brabam&deSara,d'Isaac&
-,
de
-
Rachet,,pour les fairerevi-
*<ure en la personnedeleurs CA,
sans,faisant par une nouvelle
revolutionsucceder l'Ancien Testament
au Nouveau; ce qui
ne vousdoit-il pas paroistreridiculeaussi-
bien qu'àmoy ? S'avit-
il donc en revenantànous.
(7 au centre commun ,
desacrifier
aux Idoles, comme il semble
que vous l'entendiez ,lors
queje vous ayoüy dire,spensant
imiterle zele des premiers
Chrestiens, quei\.;sjhuf-<
-friYieK plùtost comme eux les
rouës &les che'l.Jalc"\,. que de
-:IfUOUS ébranler en la moindre
sorte dans vostreresolution : &
çfuisqu'an est ,crfvvenu pa/mj
vous, comme vos Ministres ia*
voüerent en presence du Grand
Henry ,que l'on pourvoit sesauver
dans nostre Religion, pouvez-
vous l'envisagercomme un
estat de perdition;& avez
vous juste raison de vous acharnerdans
unParty douteux pour
le moins &contesté, & visi'blement
plein d'erreur, ainsi que
dépourveude juste autorité,plutost
quedevous réunir à celuy
qui de l'aveu. commun,renfermeune
pleine sseureté? Je n'ignorepd*
que vous vous piquez
de fermeté & que vous estes
ferme en effets mais sivostre
* -
grand coeuraquelquerepugnance
àserendre,la procéduresommaire
que l'on atenuë pourvous obliger
à rejoindre leTroupeau,
n'estantpas de vostre goust, par
rapport aux menagemens que
l'on avoit eus cy-devant pour
le Party, outre que les plus
sensez de ce Party sont demeurezd'accord
qu'ils'y falloit
prendre ainsi pouryparvenir,
sans quoy cet Ouvrage important,
qui achevera derendre le
regne du plusgrand de nos Rois,
fameux dans les tempsàvenir,
n'auroit jamais esté consommé,
Pouvc;z-,votes avoir honteà
l'heure qu'ilest>&
vous rougir, aprés avoir disputé
le terreinjusques-icy,de sortir
le dernier par la bréched'une
Place démantelée,&qui
n'est plus tenable par aucun endroit?
M.le Marquis du Bordage,
que je cite par estime,
estoit-ilmoins zelé que vous,&
nepeut-on point vousle comparer?
Vous sçavez comment
abandonnant tousses interests,
Mfutarresté avec sa Famille
en voulantsortir du Royaume,
Cependant aprés avoir donné,
en cetteoccaftontoutes lesmar-
:.JUCS d'une heroïquefermeté , Ut
grace du Seigneurl'ayant enfin
éclairé, il donnaensuitedes
rmitaarqbuleessitouchantes d'une véconversion,
lors qu'il prit
le party de renoncer au Schisme,
qu'ilne putrester aucun lieu de
douter de sa sincerité. Enfin, de
quelque opinion que voussoyez,
je n'enseray jamais moins plein
de zele pour vous,sçachantque
vous estes un parfaitementbonnefie
homme, f:7 ungenereux
Amy.Maissouffrez que ce zele
s'explique& s'interessepour ce
quivous-regardedéplusprés
"tIÛ vousdoit estre leplus chcv-
J'fuis,&c*-
en a banny le Calvinisme?
fait que je ne vous entretiens
presque plus sur cette
grande matiere. Ce qu'il y a
de remarquable, c'est que
ceux qui ont eu le plus de peine
à se départir de leurs erreurs)
font aujourd'huy plus
$elez dansnofhe Religion)
que Les Catholiques mesmes
qui l'ontprofessée dés leur
miffance.Celavient sans doutc
du grand foin qu'ils ont
1ptrJiisn de se faire instruire. Ce
leur a fait connoistre
- -
plus à fond laverité de la Religion
qu'ils ont embrassée;
de forte que depuis unan,on
a souvent veu que ceux qu'on
ne croyoit pas sincerement
convertis,ont procuré la conversion
de plusieurs autres.
Nous ne voyons presque plus
de ces obstinez qui ne l'étoient
que pour tirer quelque
gloire de leur obstination,&
qui fermoient les yeux à la
verité,moins parce qu'ilsn'en
estoient pas persuadez
, que
parce qu'ils s'imaginoienr
qu'il leur estoit honteux de
ceder
, après avoir resisté avec
chaleur. Il y a lieu deC~t
perer que le peu qui reste de.
cesobstinez, renoncera bientost
à cefauxhonneur.Onles.
combat tous les jours avec les
armes de la raison ,d'une ma-,
niçre qui donne sujet de croire
qu'ils vont estre sans def-:
fence.Voicy uneLettre écrite
surcesujet par un Capitaine
de Cavalerie, à un de ses A*-
mis, qui differe de jour en
jour sa Conversion. Vous en
trouverez le stile fort naturel,
& la manière dont il combat
l'obstination de son Amy ,
pourra donner lieu à ceux qui
font encore dans le mesme
estat, de faire d'utiles reflexions.
,..A MONSIEUR D. L. C. D. G.
Ce 10. May 1687. 1'Entre, Monsieur. autant
que vous p(1u'Vez. l'attendre
de nostre amitié
,
dans toutes les
peines d'esprit ou je connoisque
vous de-urk estre. Cependant je
nepuis me dispenser de faire des
voeux ,afin
quilplaise
au Ciel
vous inspirer de prendre un parti
que j'ay douhaite depuis longtemps
quevous puissezvousrésoudre
a prendre. Il mettroir fin
avos peines, &feroit cesser le
triomphe de vos ennemis. Ne
vous souvenez -vous point,
Monsieur ,quevous m'a'Vt.'::{
fait l'honneur de me direune
fois, que s'ilriyavoit que vous
gîf moy ,
l'on pourrait accommoder
le differend f se me reconnois
dema part tres-incapable
de discourir de cette matiere qui
me passe
,
aussi-bien que beaucoupd'autresquil'ontplus
étudiee
;& comme les misteres de
la Religion n'ont pas estéfortdez
sur la raison des hommes, qui tji
moins que rien en cette occasion,
jaytoûjours mieux Aimi
* à
l'exemple du Charbonnier croire
quesçavoir,suivant ce que dit
uin Ancien *, Sanctius ac reverenriùsdeactis
Deorum
-credere quam scire, Et
SaintAugujUnaprès/A:^ Meliyus
scitur Deus nesciendo;
en sorte que le partyleplus raisonnable,
& le plus seur pour
unparticulier, est de voguer
jimplemertt & avec confiance,
dans la grandeNef, dont la
conduite regarde nos Supérieurs,
&queleSeigneur a promis de
ne jamais abandonner. Il ejl
vray que je suis demeure d'accord
avec vous, aue les 7)~
,
steurs particuliers qui s'avanserent
le Sieclepasséde prescher
de leur chef une pretenduë reforme
»
au scandale de l'Eglise,
navoient pas manque tout- fait a - de prétexté specieux pour
cela, & qu'ils navoient pas
tout le tort en certaineschoses.
L'opulence tg l'ignorance du
Ciergé de ce temps-là, sa conduite
déreglée en la pluspart de
ses membres.& le mauvais usage
qui se faisoit de ces grands
biens, luy avoient attirédes envi
ux , &' dfjofa lesPeuples aécouleruoiontiers
ceux qui
commencèrent kd'attaquer& *4
décrier sa conduite.Mais an
p~ilseasmlloeeurr,syc(eglafilnen'yreagracrodoiitt qui
pas
le mesme lieu d'attaquer la decrtI
rine,encontredJ~isr-antimpudemment
, & osantabroger
d'autorité privée des Constitutions
autorisées &sanctifiées
par la pratique générale de tant
de Siecles; desavouant par ce
changement la Religion de nos
Peres, comme s'ilseujjent rfié
des idiots a leur égard, &qupposantl'Eglise
corrompuepresque
déssanaissasnce, vculart fixer
&renfermer fia puretédans les
deux ou trois premiersSiecles*
L'aigreurqui salluma, en oe
tempr-O, entre les deux Tartis,
empejiha >outr?la ~ccnfidcration
-dd,autres intercj0h temporel,s qtte
/7 que l'onne pustssiereconci*lierj
mai; à present que l'on /7-~/-f~~ t l minerlescbofts de sens froid&
en bons feres, se peut-il faire
qu'un homme raisonnable Je
croye plus enseureté de confdence
,&mieux fondé dans
le Schisme que dans le giron de
l'Eglise ? Je ne touche point les
matieres de dispute
.J
ny les questions
decontroversejenesuis
pas dffiz scavant pour cela;
maismarrestantsimplement 4t1
Schisme
?
de bonne-foy
?
Monsieur,
pouvez-vous croire qu'un
certain nombre de Docteurs mécontens
,
témennres & discordansentreeux
, ayenteu l'autoritéd'attaquer
l'Eglise en
leur nom, sans autre titre ny
mission
,
(ü fous pretexte d'abuss'enseparer,
&sefairedes
reformesselon leur caprice ïVotts
gluez pû voir ce qu'enpensoit
Montagne,quanddaécrit, que
nonobstant toutpretexte de reforme,&
[ZH} entrer dans la
questîon
,
il estoit bien bardy
pour un particulier de se mettre àlatestede cette affaire çfyf
gdaesraentdcheasragefar ibtulye-rmaeissmone sdu'urnlee
ebofedecelle impu? tance ; je
trouve aussî quecej/i une garantie
nlt!. ajjuree pourceuxqui
ont osé s'en contenter. Sapiens
non conturbabit publicos
mores, nec populum in se
novitate vitæ convertet, a
dit Seneque ,
@r non pas Calvin.
Ce n'estpasd'aujourd'huy
qu'il y a des abus dans les
•moeurs &dans la conduite; mais
cesabus ne doivent point empescberque
l'on ne respecte la
doctrine; @r je ne voy pas quelle
.repugnanc: vous Pafi1.J!'z. avoir
de rentrer dans le sein de nostre
JMere commune ,
dont vos derniers
Peres , en siuvant le torrent
du temps , eurent l'imprudence
de se separer le Siocle
passé. Reverti unde veneris
quid grave cft ? Ne fommesnous
pas tous Chrefliens
,
enfans
d'unemejme Mere ? Ne prionsnous
pas Dieu de la mesme maniéré3Juivant
le modelle que le
Sauveur nous en a laissé dans
l'Oraison qu'il adresse àson Pe-
-re: &nelouons-nous
pasleSei-
*tneur dans les mesmes termes partabouche du Prophete
Royal f Ne croyons - nous p(t
aussi la mesme chose au fond, e le précisdenostre sost rapporté
dans le Symbole des Apostres,
n'est-il pas commun entre
nous ?.A l'égard du mystere de
l'Eucharistie, quia esté le grand
point de 14 querelle
,
où nous
disons, comme il est écrit, Cecy
est mon Corps,&quevous expliquez
d'une manière différente
&détournée, Icy est mon
Corps, ne nous doit-ilpasestre
également adorable comme nous
le devons adorer en effet, sans
trop penetrer dans une chose
aussi ineffable qu'incomparable,
comme le témoigne le devot à
« Kempis, n'approuvant point à
l' sujet les disputes de l'Ecole,
qui ont donné lieu au differend?
Qui scrutator est Majestatis
,
opprimetur à gloria. Revelez
donc à nous, Monsieur,
vous le devez par toutes considerations,&
la révolution generale
que vous 'lslcne':( de voir,
ve peut-estre qu'un coup de la
nain de Dieu
, comme mesme
tous ceux du partyl'avoüent,
& cenepeut estre l'ouvrage des
hommes. Si quantité de pieuser
pratiques qui sont en usage parmy
nous, vous blessenta cause
de leur moderne institution, obien
, ne les pratiquez point
mais dans les chosesdepratique
essentielle&necessaire commandée
par l'Eglise, comme lesFeunes&
les abstinences ordonnées,
trouvez-vous que la penitence
soit contraireàl'Evangile
, &{
à laLoy du Sauveur du monde,
dont la vie qu'il nous a lafecpour
modelle,n'aesté quune continuellepenitence
, & est-ce un
merite ouuneveritable reforme,
comme l'ontpreiendu les Novateurs,
que
de
la rétrancher? La
Foy de vous&de nous n'impliqlaue
point de contradiction, ($f
différencequ'ily a, c'est que
nous croyons &pratiquons plu.
que vous; en quoy nous accomplissons
plus parfaitement, &
d'unemaniereplus étendue' &
meritoire,leJacrificedetejprit
'-& de la nature, dont le Seigneur
nous ordonna de luy rendre
hommage, comme tenant l'un
&l'autre de luysenquoy consiste
, ce mesemble, l'esprit de
la Loy,&l'essence de nostre Religion,
que l'Ange rebelle&
nostre premier Pere trompe^par
leur propre suffisance
, neurent
pas le bonheur de bien comprendre
, non plus que l'Apostre infidelle.
Mais
les
Autheurs du
Schism ont tellementaffectéde
se mesquer çy déguiser, pour
établir entre nous de pretenduës
disparitez,qu'ilssesont avisez
de desavoùerjusques à leurs propres
noms; &comme s'ils a-I
voienthonte de porterceux
qui
leur ont esté imposez auBaptême
en memoire des Saints ApoftresjJOdartyrS
j & Confesseurs
denostreReligion
, qui estoient
ienlusasgede tout tempsdans l'E- ont estérappellerchez
lesanciensHebreuxceuxetA—
brabam&deSara,d'Isaac&
-,
de
-
Rachet,,pour les fairerevi-
*<ure en la personnedeleurs CA,
sans,faisant par une nouvelle
revolutionsucceder l'Ancien Testament
au Nouveau; ce qui
ne vousdoit-il pas paroistreridiculeaussi-
bien qu'àmoy ? S'avit-
il donc en revenantànous.
(7 au centre commun ,
desacrifier
aux Idoles, comme il semble
que vous l'entendiez ,lors
queje vous ayoüy dire,spensant
imiterle zele des premiers
Chrestiens, quei\.;sjhuf-<
-friYieK plùtost comme eux les
rouës &les che'l.Jalc"\,. que de
-:IfUOUS ébranler en la moindre
sorte dans vostreresolution : &
çfuisqu'an est ,crfvvenu pa/mj
vous, comme vos Ministres ia*
voüerent en presence du Grand
Henry ,que l'on pourvoit sesauver
dans nostre Religion, pouvez-
vous l'envisagercomme un
estat de perdition;& avez
vous juste raison de vous acharnerdans
unParty douteux pour
le moins &contesté, & visi'blement
plein d'erreur, ainsi que
dépourveude juste autorité,plutost
quedevous réunir à celuy
qui de l'aveu. commun,renfermeune
pleine sseureté? Je n'ignorepd*
que vous vous piquez
de fermeté & que vous estes
ferme en effets mais sivostre
* -
grand coeuraquelquerepugnance
àserendre,la procéduresommaire
que l'on atenuë pourvous obliger
à rejoindre leTroupeau,
n'estantpas de vostre goust, par
rapport aux menagemens que
l'on avoit eus cy-devant pour
le Party, outre que les plus
sensez de ce Party sont demeurezd'accord
qu'ils'y falloit
prendre ainsi pouryparvenir,
sans quoy cet Ouvrage important,
qui achevera derendre le
regne du plusgrand de nos Rois,
fameux dans les tempsàvenir,
n'auroit jamais esté consommé,
Pouvc;z-,votes avoir honteà
l'heure qu'ilest>&
vous rougir, aprés avoir disputé
le terreinjusques-icy,de sortir
le dernier par la bréched'une
Place démantelée,&qui
n'est plus tenable par aucun endroit?
M.le Marquis du Bordage,
que je cite par estime,
estoit-ilmoins zelé que vous,&
nepeut-on point vousle comparer?
Vous sçavez comment
abandonnant tousses interests,
Mfutarresté avec sa Famille
en voulantsortir du Royaume,
Cependant aprés avoir donné,
en cetteoccaftontoutes lesmar-
:.JUCS d'une heroïquefermeté , Ut
grace du Seigneurl'ayant enfin
éclairé, il donnaensuitedes
rmitaarqbuleessitouchantes d'une véconversion,
lors qu'il prit
le party de renoncer au Schisme,
qu'ilne putrester aucun lieu de
douter de sa sincerité. Enfin, de
quelque opinion que voussoyez,
je n'enseray jamais moins plein
de zele pour vous,sçachantque
vous estes un parfaitementbonnefie
homme, f:7 ungenereux
Amy.Maissouffrez que ce zele
s'explique& s'interessepour ce
quivous-regardedéplusprés
"tIÛ vousdoit estre leplus chcv-
J'fuis,&c*-
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Résumé : A MONSIEUR D. L. C. D. G. Ce 10. May 1687.
Après l'interdiction du calvinisme dans un royaume, les anciens calvinistes, désormais convertis au catholicisme, manifestent une foi plus ardente que certains catholiques de longue date. Cette transformation résulte de leurs efforts pour s'instruire et mieux comprendre leur nouvelle religion. Au cours de l'année écoulée, des individus autrefois perçus comme insincères dans leur conversion réussissent à en convertir d'autres. La diminution des résistances motivées par le désir de gloire personnelle est notable, et les rares obstinés restants sont combattus par la raison et l'éducation. Une lettre d'un capitaine de cavalerie à un ami hésitant à se convertir illustre cette lutte contre l'obstination. Le capitaine encourage son ami à se convertir pour mettre fin à ses tourments spirituels et éviter le triomphe de ses ennemis. La lettre critique les erreurs passées du clergé, telles que l'opulence et l'ignorance, mais condamne également les réformateurs qui ont attaqué l'Église sans autorisation. Elle souligne l'importance de rester dans le giron de l'Église malgré les abus, citant Sénèque pour appuyer cette idée. Le texte aborde également les divergences religieuses entre chrétiens, notamment concernant l'Eucharistie et la pénitence. L'auteur souligne que tous les chrétiens prient Dieu de la même manière et croient aux mêmes principes fondamentaux, comme le montre le Symbole des Apôtres. Il critique ceux qui interprètent différemment les paroles de Jésus sur l'Eucharistie et appelle à éviter les disputes inutiles sur des sujets ineffables. Il mentionne aussi la pénitence, soulignant que la vie de Jésus était un modèle de pénitence continue, et critique ceux qui cherchent à l'éliminer. Le texte se termine par une réflexion sur la sincérité et le zèle religieux, illustrée par l'exemple du Marquis du Bordage, qui a renoncé au schisme après une conversion sincère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 290-297
Nouvelles d'Italie.
Début :
On mande de Naples que le Viceroy a reçû un [...]
Mots clefs :
Italie, Naples, Cour de Vienne, Collateral, Vice-roi, Rebelles, Noblesse, Ordre de la Toison d'Or
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Italie.
. Gibraltar;
.,
«
'J0n mande de Naples
queleViceroy a
reçû unf
ordre de Vienne par lequel
illuy est commandé depublier tquele-Royaumede
Naples, avoir été conquis
,
& que par consequent les
Barons étoient déchus de
leursj§çfs & deleursautres
avantages, que les Napolitains étoient regardés de la
Cour de Vienne comme des
sujetsrebelles quinemeritoient aucune grâce nyla
confirmation qu'ils demandoient de leurs privileges
;
cet ordre ayant été publié
dansleCollateral
,
causa
une surprise extraordinaire
par route la Ville, quoique
plusieurs affectionnez au
Gouvernement,fissentleurs
efforts pour appaiser le petit
ple,disant
que cette Decfâ*
ration ne regardait que It.
Barons. Le 11. Octobre
tous les Sieges & CÓfP'
s'assemblerent chacun dit,
particulier & resolurent d^
tenir une assemblée genetalc) le Viceroy qui en crai*
gnoit les suites manda
l'Eleu du peuple, & luy fit
des plaintes de ce qu'ilsouffroit que ces assembleés Te
fissent sans permission, qui
luy réponditqu'il n'avoit,
pu l'empêcher parce que
toute la Ville étoit émuë
de concert, & qu'iln'étoit
pas difficile de concevoir
qu'après avoir fait tant
d'efforts & donné tant de
preuve de zele pour la Maifan d'Autriche, nonseulement ils ne
pouvoient obtenir aucune des graces
qu'on leurs avoit promis
*
mais qu'onles traitoit de
sujets rebelles & de pris
conquis, ce qui leur persuadoit qu'on cherchoit des
prétextes -pour les ruiner
entierement;leViceroy luy"
dit qu'il entroit fort dans;
ces raisons, qu'il en informeroit au plûtôtla Cour
de vienne, & qu'afin de ne
pas rendre ses offres inutiles
il prioit le peuple de d/fierer
cette assemble generale jusqu'à ce qu'il eut reçûsréponse :
le peuple se bjffa:
persuader avec peine, les
Officiers Allemans pour in..
timider les Napolitains
publient qu'il viendra firo.-
mil hommes de nouvelle
Troupes pour les réduire à
leur devoir. D'autreslettres.
plus reccntcs portent que
le mécontentement public
cft fort augmenté à cause
des frequents emprisonnemens des personnes paisïbles qu'on arreste sur fa-.
moindre dénonciation &:
sur un soupçon, surtout
par l'emprisonnement du
Duc de Bisaccia Pignarelli,
Coulin du Prince de Cellamaré;iilétoit accuséd'avoir
eu correspondance avec le
Cardinal del Giudice fort
O'ncle,& fous ce pretexte
on envoya un Officier le
trouver à une de fcsTwres
où il luy iignifn l'ordre
de comparoistre devant
le Viceroy, fous peine de
trente mil Ecus, il fut
obligé de se faire porter à
Naples malgré une fievre
violente & ensuiteau Palais,
où il se justifia pleinement,
il fut renvoyé en samaison
où le lendemain il fut arrêté
& conduit au Château Saine
Elme où il est gardé étroitement. On assure que le
Prince dela Villa Caraccioli
& le Duc de Bruzzano Carassa, beau frere du Duc de
Popoliont été aussideman- t.
dés;la Cour de Vienne fait
ses efforts pour adoucir ces
procédés envers te principale Noblesse par des grâces
faites à quelques uns, ayaftt
envoyé la Toison d'or au
Prince de San SeveroSangro & à Don Livio
Odescalchi qui doit revenir à Naples pour la recevo
.,
«
'J0n mande de Naples
queleViceroy a
reçû unf
ordre de Vienne par lequel
illuy est commandé depublier tquele-Royaumede
Naples, avoir été conquis
,
& que par consequent les
Barons étoient déchus de
leursj§çfs & deleursautres
avantages, que les Napolitains étoient regardés de la
Cour de Vienne comme des
sujetsrebelles quinemeritoient aucune grâce nyla
confirmation qu'ils demandoient de leurs privileges
;
cet ordre ayant été publié
dansleCollateral
,
causa
une surprise extraordinaire
par route la Ville, quoique
plusieurs affectionnez au
Gouvernement,fissentleurs
efforts pour appaiser le petit
ple,disant
que cette Decfâ*
ration ne regardait que It.
Barons. Le 11. Octobre
tous les Sieges & CÓfP'
s'assemblerent chacun dit,
particulier & resolurent d^
tenir une assemblée genetalc) le Viceroy qui en crai*
gnoit les suites manda
l'Eleu du peuple, & luy fit
des plaintes de ce qu'ilsouffroit que ces assembleés Te
fissent sans permission, qui
luy réponditqu'il n'avoit,
pu l'empêcher parce que
toute la Ville étoit émuë
de concert, & qu'iln'étoit
pas difficile de concevoir
qu'après avoir fait tant
d'efforts & donné tant de
preuve de zele pour la Maifan d'Autriche, nonseulement ils ne
pouvoient obtenir aucune des graces
qu'on leurs avoit promis
*
mais qu'onles traitoit de
sujets rebelles & de pris
conquis, ce qui leur persuadoit qu'on cherchoit des
prétextes -pour les ruiner
entierement;leViceroy luy"
dit qu'il entroit fort dans;
ces raisons, qu'il en informeroit au plûtôtla Cour
de vienne, & qu'afin de ne
pas rendre ses offres inutiles
il prioit le peuple de d/fierer
cette assemble generale jusqu'à ce qu'il eut reçûsréponse :
le peuple se bjffa:
persuader avec peine, les
Officiers Allemans pour in..
timider les Napolitains
publient qu'il viendra firo.-
mil hommes de nouvelle
Troupes pour les réduire à
leur devoir. D'autreslettres.
plus reccntcs portent que
le mécontentement public
cft fort augmenté à cause
des frequents emprisonnemens des personnes paisïbles qu'on arreste sur fa-.
moindre dénonciation &:
sur un soupçon, surtout
par l'emprisonnement du
Duc de Bisaccia Pignarelli,
Coulin du Prince de Cellamaré;iilétoit accuséd'avoir
eu correspondance avec le
Cardinal del Giudice fort
O'ncle,& fous ce pretexte
on envoya un Officier le
trouver à une de fcsTwres
où il luy iignifn l'ordre
de comparoistre devant
le Viceroy, fous peine de
trente mil Ecus, il fut
obligé de se faire porter à
Naples malgré une fievre
violente & ensuiteau Palais,
où il se justifia pleinement,
il fut renvoyé en samaison
où le lendemain il fut arrêté
& conduit au Château Saine
Elme où il est gardé étroitement. On assure que le
Prince dela Villa Caraccioli
& le Duc de Bruzzano Carassa, beau frere du Duc de
Popoliont été aussideman- t.
dés;la Cour de Vienne fait
ses efforts pour adoucir ces
procédés envers te principale Noblesse par des grâces
faites à quelques uns, ayaftt
envoyé la Toison d'or au
Prince de San SeveroSangro & à Don Livio
Odescalchi qui doit revenir à Naples pour la recevo
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Résumé : Nouvelles d'Italie.
Au XVIIIe siècle, à Naples, le vice-roi reçoit un ordre de Vienne annonçant la conquête du royaume, entraînant la perte des privilèges des barons et des Napolitains, désormais considérés comme des sujets rebelles. Cette nouvelle suscite surprise et mécontentement. Le 11 octobre, les sièges et corporations de la ville se réunissent pour organiser une assemblée générale. Le vice-roi, inquiet, demande de reporter cette assemblée jusqu'à une réponse de Vienne. Malgré les tentatives d'apaisement, le mécontentement s'intensifie à cause des arrestations arbitraires, comme celle du Duc de Bisaccia Pignarelli, accusé de correspondance avec le Cardinal del Giudice. D'autres nobles, tels que le Prince de la Villa Caraccioli et le Duc de Bruzzano Carassa, sont également menacés. La Cour de Vienne tente de calmer les esprits en accordant des grâces à certains nobles, comme la Toison d'or au Prince de San Severo Sangro et à Don Livio Odescalchi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 279-284
SUPPLEMENT aux Nouvelles d'Allemagne, d'Espagne, & d'Angleterre.
Début :
On mande de Vienne que les maladies contagieuses y regnoient [...]
Mots clefs :
Vienne, Maladies contagieuses, Catalogne, Régiment d'infanterie, Rebelles, Fortifications
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT aux Nouvelles d'Allemagne, d'Espagne, & d'Angleterre.
SUPPLEMENT
aux Nouvelles d'Allemagne
, d'Espagne,£7*<tAngleterre.
On mande de Vienne
que les maladies contagieufes
y regnoient toûjours
; quon ne permettoit
plus l'entrée du Palais qua
ceux quiestoient pourveus
d'un billet du Maréchal de
la Cour;que le Regiment
d'Infanterie de Heister ôc
celuy deDragons de Bareith
y estoient arrivez;
qu'on y avoit publié des
Avocatoires par lesquelles
il elt deffendu fous de rigoureuses
peines dans tout
l'Empire d'avoir aucune
correspondance avec la
France ni avec les Princes
de son parti.
Les Lettres de Catalogne
gne portent que les Rebelles
ayant construit un Fort
au bas de Montjoüy pour
y mettre de l'artillerieafin dincommoder l'Armée;
que le Duc dePopoli avoit
commandé un Détachement
des Gardes d'Infanterie
& quelques Compagnies
de Grenadiers qui
emportèrent ce Poste l'é-*
pée à la main, & en ruinerent
les Fortifications
; que
Nebot ayant esté battu tndeux
rencontres par le Detachemenr
commandé par
Don Feliciano de ]3racam.
monte; qu'estant informé
qu'il le poursuivoit,& que
l'Armée du Duc de Popoli
avoit fermé tous les pacages
paroùIl dévoit rentrer
dans Barcelone,s'etoitjetté
dans un Village dans la
Montagne, endroit trésforr
par son assiete à cinq
lieuës de Barcelone; que
trois Galeres de l'Escadre
d'Espagne commandées
par Don Baltazar de Cuevara
avoitpris versMataro
deux gros Bastimens chargez
de grains pour Barcelone.
Il y en avoit unmonté
de vin gt deux Canons
& percé pour quarante; l'autre estoit monté de dix-
-
huit & percé pour trentequatre.
Que le Roy avoit
donné au Commandant
Don Baltasar de Guevara laCommanderie de la Reine
de l'OrdredeS.Jacques,
& aux deux autres Capitaines
la Croix de Chevalier
des Ordres Militaires..
l
On écrit de Londres que
le DucôctaDuchcHc de
Shrewsbury debarquerent
àDouvres le 4.Septembre,
& que le 5. ilsestoient arrivezen
cette Ville;que-lë*
Duc d'Aumont Ambassadeur
Extraordinaire de
France alla le 10.à Windsor
où il eut Audience de
Congé de la Reine avec les.
Ceremonies accoustumées.
Les Lettres de la Haye
jdun. de Septembre por-
;
tent que la Ratification de
Paix du Roy d'Espagne 6c
du Duc de Savoye avoit
esté échangée & envoyée à
Madrid;que le 18.le Mar
aux Nouvelles d'Allemagne
, d'Espagne,£7*<tAngleterre.
On mande de Vienne
que les maladies contagieufes
y regnoient toûjours
; quon ne permettoit
plus l'entrée du Palais qua
ceux quiestoient pourveus
d'un billet du Maréchal de
la Cour;que le Regiment
d'Infanterie de Heister ôc
celuy deDragons de Bareith
y estoient arrivez;
qu'on y avoit publié des
Avocatoires par lesquelles
il elt deffendu fous de rigoureuses
peines dans tout
l'Empire d'avoir aucune
correspondance avec la
France ni avec les Princes
de son parti.
Les Lettres de Catalogne
gne portent que les Rebelles
ayant construit un Fort
au bas de Montjoüy pour
y mettre de l'artillerieafin dincommoder l'Armée;
que le Duc dePopoli avoit
commandé un Détachement
des Gardes d'Infanterie
& quelques Compagnies
de Grenadiers qui
emportèrent ce Poste l'é-*
pée à la main, & en ruinerent
les Fortifications
; que
Nebot ayant esté battu tndeux
rencontres par le Detachemenr
commandé par
Don Feliciano de ]3racam.
monte; qu'estant informé
qu'il le poursuivoit,& que
l'Armée du Duc de Popoli
avoit fermé tous les pacages
paroùIl dévoit rentrer
dans Barcelone,s'etoitjetté
dans un Village dans la
Montagne, endroit trésforr
par son assiete à cinq
lieuës de Barcelone; que
trois Galeres de l'Escadre
d'Espagne commandées
par Don Baltazar de Cuevara
avoitpris versMataro
deux gros Bastimens chargez
de grains pour Barcelone.
Il y en avoit unmonté
de vin gt deux Canons
& percé pour quarante; l'autre estoit monté de dix-
-
huit & percé pour trentequatre.
Que le Roy avoit
donné au Commandant
Don Baltasar de Guevara laCommanderie de la Reine
de l'OrdredeS.Jacques,
& aux deux autres Capitaines
la Croix de Chevalier
des Ordres Militaires..
l
On écrit de Londres que
le DucôctaDuchcHc de
Shrewsbury debarquerent
àDouvres le 4.Septembre,
& que le 5. ilsestoient arrivezen
cette Ville;que-lë*
Duc d'Aumont Ambassadeur
Extraordinaire de
France alla le 10.à Windsor
où il eut Audience de
Congé de la Reine avec les.
Ceremonies accoustumées.
Les Lettres de la Haye
jdun. de Septembre por-
;
tent que la Ratification de
Paix du Roy d'Espagne 6c
du Duc de Savoye avoit
esté échangée & envoyée à
Madrid;que le 18.le Mar
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Résumé : SUPPLEMENT aux Nouvelles d'Allemagne, d'Espagne, & d'Angleterre.
Le texte fournit des mises à jour sur diverses régions. À Vienne, des maladies contagieuses persistent, limitant l'accès au Palais aux détenteurs de billets du Maréchal de la Cour. Les régiments d'Infanterie de Heister et de Dragons de Bareith sont arrivés. Des avocatoires interdisent toute correspondance avec la France ou ses alliés, sous peine de sanctions sévères dans tout l'Empire. En Catalogne, les rebelles ont construit un fort près de Montjuïc, mais le Duc de Popoli l'a pris et détruit. Nebot, battu à deux reprises, s'est réfugié dans un village montagneux près de Barcelone. Trois galères espagnoles ont capturé deux navires chargés de grains destinés à Barcelone. À Londres, les Ducs d'Octeville et de Shrewsbury sont arrivés le 5 septembre, et le Duc d'Aumont a obtenu une audience de congé de la Reine à Windsor le 10 septembre. Aux Pays-Bas, la ratification de paix du Roi d'Espagne et du Duc de Savoie a été échangée et envoyée à Madrid.
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9
p. 165-173
LETTRE. de Catalogne.
Début :
Il y a long-temps, Monsieur, que je n'ay eu l'honneur [...]
Mots clefs :
Catalogne, Rebelles, Troupes, Comte de Montemart, Duc de Popoli, Plaine de Vic
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE. de Catalogne.
LETTRE.
de Catalogne.
| Ilya long-tem ps, Moru.
sieur, que je n'a y eu l'honneur
de vous escrire, parce
qu'il n'y a rien eu quifust
digne de vous e stre mandé,
mais ce qui se passe icy
presentement merite bien
que vousen soyezinformé;
tous les peuples de la Catalogne
se sont soulevés&
ont pris les armes. Mr. le
Duc de Popoly a fait de
gros détachements,l'un
pour envoyer sur laViguerre
deVillaFranca,& l'autre
dans leValles.
J'a pprends par unCourier
qu'il m'envoye qu'ils
ontfort bien fait l'un ôc
l'autre,queceluy de Valles
commandé par le Comte
de Montemart aprés
avoir chassé les rebelles de
plu sieurs postes qu'ils oc-
CUPOIent ,
bruslé entieremenc
Caldas de Montbouy
& une partie de S.
Manat
,
le calme paroifsoit
restably de ce costé Ii.
Il est depuis entre dans la
plaine de Vich, & comme
l'arrivée des troupes dans
celuy-cy avoit attiré tous
les rebelles de ce costé
pour nous disputer un paC.
fage que l'on appelle le
Col Secabra, il trouva celuy
du Congostlibre &
sans resistance, il chassa les
Miquelets & rebelles qui
en formoient le blocus &
qui tenoient Mr de Bracamonte
très resserré dans
cette Ville. :., Il les suivit avec toute la
Ji'
diligence possible & lesattaqua
cLns un poste
avantageux que l'on appelleN.
Senorade laGleva,
il les y força. aprés en
avoir tué 200. & 104. faits
prisonniers
,
& a prèsayoir
chasséun corps de revoltés.
qui croient dans la montagne
de S. Hypolite,il fie"
piller ce Village& le fit
ddbréuéspleper en&ndtoôdutioccei.-qtu.i»en
J'avois envoyé un déftachemenr
assez considerableàl'Equerol
pour dissiper
les rebellesqui le pourroient
roient trouver de ce costé,
mais ils n'attendirent pas
l'arrivée des troupes & tout
se retira dans le moment,
cela paroist encore finie
pour un temps dans la
plaine de Vich à la reserve
des Villages du Mont
Senis qui ont encore les
armes à la main, le Comte
de Montemart doit aller
- dans le Lluzanes y
joindre le Brigadier Dom
JosephVallejo. Tous les
rebelles se sont retirés de
ce costé - là & de celuy
de Manresa& de Solsonne
J
il me paroist que le
costé de Solfonne est celuyqui
donne le plus d'inquiétude
; Dom Joseph
Vallejoavoit beaucoup, de
troupes à ses ordres & les
avoit fort divisées dans des
quartiersdifferens pour,
resserrer autant qu'il pourroit
la garnison de Cardonne,
mais tout d'un
coup elles se trouverent
inverties sans se pouvoir
donner la main l'un à l'autre
,
mesme Vallejo ayant
assembleun Corps de troupes
assez considerable, ne
pusty aller luy mesme leur
porter du secours, le grand
nombre des rebelles qu'il
y a de ce coftc-sa
,
luy en
ayant fermé le partage.
Dom Diego Gonzales
qui estoit party du Camp
avec un autre destachement
arriva tres à propos
pour secourir le Regiment
de Brabant Cavalerie Walone,
qui estoit assiegé
dans Yqualada où il se
deffendoit, & ayant bruslé
le Village de S. Quintinil
marcha à laPuëbla
oùles rebelles s'étoient
retirés & fortifiez, & les
y ayantforcé &passé au
fil de l'espée toutce qui se
rencontroit, il y avoit mis
le feu, il estoitrevenudepuis
à Mattorell oùil attendoit
du Canon & des
mineurs pour attaquer
trois Chasteaux qui sont
prés de-là, occupés par les rebelles, tres- bons
pour leurs situations ôc
qui incommodent fort la
communication du Camp.
La nouvelle la plus inw
portante, est celle de l'arrivée
de la Flotte de Cadix
à Tarragone avec
toutes les munitions de
guerre & de bouche que
l'on attendoit dont M. le
Duc de Popoly me fait
part par son dernier Courrier
, il compte quelle fera
incessamment devant Barcelonne.
J'ayl'honneur d'estre
avec un respectueux attachement,
Monsieur, vostre
trés- humble & tresobéïssant
Serviteur
FiEN NIis.
de Catalogne.
| Ilya long-tem ps, Moru.
sieur, que je n'a y eu l'honneur
de vous escrire, parce
qu'il n'y a rien eu quifust
digne de vous e stre mandé,
mais ce qui se passe icy
presentement merite bien
que vousen soyezinformé;
tous les peuples de la Catalogne
se sont soulevés&
ont pris les armes. Mr. le
Duc de Popoly a fait de
gros détachements,l'un
pour envoyer sur laViguerre
deVillaFranca,& l'autre
dans leValles.
J'a pprends par unCourier
qu'il m'envoye qu'ils
ontfort bien fait l'un ôc
l'autre,queceluy de Valles
commandé par le Comte
de Montemart aprés
avoir chassé les rebelles de
plu sieurs postes qu'ils oc-
CUPOIent ,
bruslé entieremenc
Caldas de Montbouy
& une partie de S.
Manat
,
le calme paroifsoit
restably de ce costé Ii.
Il est depuis entre dans la
plaine de Vich, & comme
l'arrivée des troupes dans
celuy-cy avoit attiré tous
les rebelles de ce costé
pour nous disputer un paC.
fage que l'on appelle le
Col Secabra, il trouva celuy
du Congostlibre &
sans resistance, il chassa les
Miquelets & rebelles qui
en formoient le blocus &
qui tenoient Mr de Bracamonte
très resserré dans
cette Ville. :., Il les suivit avec toute la
Ji'
diligence possible & lesattaqua
cLns un poste
avantageux que l'on appelleN.
Senorade laGleva,
il les y força. aprés en
avoir tué 200. & 104. faits
prisonniers
,
& a prèsayoir
chasséun corps de revoltés.
qui croient dans la montagne
de S. Hypolite,il fie"
piller ce Village& le fit
ddbréuéspleper en&ndtoôdutioccei.-qtu.i»en
J'avois envoyé un déftachemenr
assez considerableàl'Equerol
pour dissiper
les rebellesqui le pourroient
roient trouver de ce costé,
mais ils n'attendirent pas
l'arrivée des troupes & tout
se retira dans le moment,
cela paroist encore finie
pour un temps dans la
plaine de Vich à la reserve
des Villages du Mont
Senis qui ont encore les
armes à la main, le Comte
de Montemart doit aller
- dans le Lluzanes y
joindre le Brigadier Dom
JosephVallejo. Tous les
rebelles se sont retirés de
ce costé - là & de celuy
de Manresa& de Solsonne
J
il me paroist que le
costé de Solfonne est celuyqui
donne le plus d'inquiétude
; Dom Joseph
Vallejoavoit beaucoup, de
troupes à ses ordres & les
avoit fort divisées dans des
quartiersdifferens pour,
resserrer autant qu'il pourroit
la garnison de Cardonne,
mais tout d'un
coup elles se trouverent
inverties sans se pouvoir
donner la main l'un à l'autre
,
mesme Vallejo ayant
assembleun Corps de troupes
assez considerable, ne
pusty aller luy mesme leur
porter du secours, le grand
nombre des rebelles qu'il
y a de ce coftc-sa
,
luy en
ayant fermé le partage.
Dom Diego Gonzales
qui estoit party du Camp
avec un autre destachement
arriva tres à propos
pour secourir le Regiment
de Brabant Cavalerie Walone,
qui estoit assiegé
dans Yqualada où il se
deffendoit, & ayant bruslé
le Village de S. Quintinil
marcha à laPuëbla
oùles rebelles s'étoient
retirés & fortifiez, & les
y ayantforcé &passé au
fil de l'espée toutce qui se
rencontroit, il y avoit mis
le feu, il estoitrevenudepuis
à Mattorell oùil attendoit
du Canon & des
mineurs pour attaquer
trois Chasteaux qui sont
prés de-là, occupés par les rebelles, tres- bons
pour leurs situations ôc
qui incommodent fort la
communication du Camp.
La nouvelle la plus inw
portante, est celle de l'arrivée
de la Flotte de Cadix
à Tarragone avec
toutes les munitions de
guerre & de bouche que
l'on attendoit dont M. le
Duc de Popoly me fait
part par son dernier Courrier
, il compte quelle fera
incessamment devant Barcelonne.
J'ayl'honneur d'estre
avec un respectueux attachement,
Monsieur, vostre
trés- humble & tresobéïssant
Serviteur
FiEN NIis.
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Résumé : LETTRE. de Catalogne.
La lettre, rédigée en Catalogne, relate les récents soulèvements dans la région. Les habitants se sont armés et ont été confrontés par des détachements militaires envoyés par le Duc de Popoly. Le Comte de Montemart a dirigé une opération dans le Valles, chassant les rebelles de plusieurs postes et rétablissant l'ordre après avoir brûlé Caldas de Montbouy et une partie de Saint-Manat. Il a également libéré le Col Secabra et débloqué la ville de Bracamonte. Dans la plaine de Vich, les rebelles se sont retirés, mais les villages du Mont Senis restent armés. Le Comte de Montemart doit rejoindre le Brigadier Dom Joseph Vallejo dans le Lluzanes. La situation à Solsonne est critique, car les troupes de Vallejo sont divisées. Dom Diego Gonzales a secouru le régiment de Brabant Cavalerie Walone assiégé à Yqualada et repoussé les rebelles à la Puëbla. Une flotte de Cadix, chargée de munitions, est arrivée à Tarragone et se dirigera prochainement vers Barcelone.
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10
p. 197-211
LETTRE de M. le C. D. F... à S. Feliou de Pallerols le II. Février.
Début :
Depuis ma Lettre écrite du 25. du mois passé, le [...]
Mots clefs :
Détachement, Troupes, Rebelles, Marine, Llusanés, Saint-Féliu, Comte de Montemart, Duc de Popoli
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le C. D. F... à S. Feliou de Pallerols le II. Février.
LETTRE ; deM.leC.D.F.. ?
à S. Feliou de Pallerols le II.
Février.
Depuisma Lettreécrite
du 25. du moispassé, le
Comte de Montemart ne
setrouvant pas affé fort avec
le détachement qu'il
avoit pour entrer dans le
Llusanes, s'en fut à Moya,
& delà ayant marché par
Manrefa du côtédeSolsone,
j'aisçu qu'après avoir
rassembléles quartiers dispersées
de Vallejo
, & s'être
joint à lui,il avoit secouru
Bergue &le Château
de Gironelleque les
Rebelles avoient bloqué,
de maniere qu'il n'y pouvoir
rien entrer, & que
les affaires de Llusanes
l'ayant obligé d'y revenir
diligemment il y estoit en- trésansbeaucoup de resistance,
& y avoit bruslé prés
de Llusanes
,
S. Feliou,
Cassera, Orista, plusieurs
autres Villages & plusieurs
Fermes repandus dans le
Pays, il estoit arrivé le 7.
a Austot où il attendoit
de nouveauxordres de M.
de Popoli.
La plaine de Wic paroist
presentement tranquille
parce que nous y touchons
)
M. de Caraffa est
encore à l'Esquerol qui
est à deux lieuës du Pont de
la Roda qui est à l'entrée
de cette plaine, & tient
par là tout le Pays. Il n'y
a que les Villages du
Montfeny qui font encore
les armcs à la main, furtout
depuis qu'Armengol
qui est venu débarquer à
S. Pol avec 600. hommes
les a joint
y ce petit secours
a donné de l'audace a cette
canaille
) & il s'est joint à
lui beaucoup de volontaires
& de Révoltés, je ne
scay si Montemart prendra
la rcfolution d'aller les
chasser & chastier les ViU
lages coupables
,
où d'allerà
Castelciudadouil n'y
avoit le S. que pour quinze
jours de vivres. D'un
autre costé le Marquis de
i Firmacon que j'ayenvoyé
d'icy avec un gros destaj
chement du costé de Campredon
est à S. Jean de
las Vabades, sa marche a
[ fait un tres bon effet; plusieursVallées
& d'autres
t qui avoient pris les armes
font venus demander misericorde
mais toute la vif
guerie de Ripole continuë
dans sa rebellion, &tout
(si retiré dans les montagnes
, en sorte que l'on sera
obligé de les y forcer,
pour les réduire. Pour ce
qui regarde le costé de la
Marine,ily a eu de différentes
actions dans lesquelles
.les Troupes de Sa Majesté
Catholique ont eu l'avantage
, neanmoins le poste
de S. Pol qui nest qu'à trois
quarts de lieuës de Castella
qui est le plus avancéque
nous a yons a esté pris & repris
plusieurs fois. ilest actuellement
aux rebelles qui
qui s'y font si fortifiez qu'il
faut du canon pour le reprendre.
Dom Gabriel Cano
Maréchal de Camp qui
commande sur cetteCoste,
attend un renfort de l'Armée
du Duc de Popoli, &
de l'artillerie pour les y attaquer
& lesenchasser.On
a envoyé Dom Diégo Gonsales
avecun gros détachement
pour empêcher leur
communication avec ceux
qui font au Montseny
,
&
pour les prendre par derriere
dans le temps que M.
de Cano attaquera ce poste.
Les vents d'ER ontesté si
violens depuis plusieurs
jours que jusqu'à present on
n'a pû faire passer le canon
destiné pour l'attaque de
S. Pol,si -
tost qu'ilscesseront,
c'est une affaire de
quatre ou cinq heures.
Mr. de Valouse que
j'avois laissé du côré de la
Marine
* pour veillerà ce
qui se passoit de ce coftélà,
a rassemblé tout ce qui
l'a pû de troupes, & s'est
venu cantonnerà Tordera
pour soutenirOstalric, nos
postes de Pineda-Calella&
Malgrat, & en même tems
ceux de Sancta-Colomba
& autres qui sont vers la
montagne, & pourvoir ce
qui se passe du costé de la
Marine. Jay fait passer
quelques troupes du Roufsillon
à M. Gandolfe pour
conserver les deux Sardaignes,
mais il n'y en a pas
assez pour envoyer à CaC
telciudad qui doit estre bloqué
par tous les Sommetans
de la Conque de Tremp , du Marquisat de Paillas qui
ont pris les armes &, qui
doivent se joindre à ceux
de Baronie de Baga & Portella.
Je ne puis y en envoïer
d'avantage, mais je fuis
persuadé que leComte de
Montemart y marchera
bien-tost ,il a le temps
de le faire,attendu qu'il y
a pour plusde15jours de vivres
dans Castelciudad,lorsque
le Comte de Montemart
fera prest d'y arriver, M.
de Gandolfprofitera de cette
occasion pour y faire entrer
un convoy que l'on a
assemblé à Puïcerda pour y
envoïer.
On assureque Monsieur
de Thouydoit venir incessamment
à Lerida pour
commander depuis Solfone
jusques dans lesmontagnes
de la Conque de Tremp
ôcde Paillas, il doit amener
avec luy les Troupes Walones,
douze Escadrons Se
douze Bataillons de celles
qui font venu d'Estramadure.
Les Lettres de Perpignan
du 16. Février portent que
les Troupes que commande
le Comte de F ennesa-
VOlentcee attaquéespar un
gros corps de Rebellessi à
l'im pourvû qu'ellesavoient
plié d'abord,mais ques'étãt
ralliées
,
ellesavoient mis
les Rebelles en déroute,
qu'il en étoit resté sur la
place plus de trois cens, &
cent trente faits prisonniers.
Celles de Catalogne
portent que les Barcelonois
au nombre de fîx cens hommes
étoient venus attaquer
une redoute occu pée par les
Espagnols du costé des Capucins,
laquelles'étoit bien
deffenduë, quoiqu'il n'y eut
que quarante hommes dedans
dans, les Rebelles ont perdus
cinquante hommes
dans cette action glorieuse
pour les Troupes Espagnoles,
& un grand nombre
blessez.
On écrit de Landau du
14. Février, que le Marquis
de Vieuxpont détacha le12.
deux cens hommes des Grenadiers
qui y font en quartier
,
& un pareil nombre
de Dragons fous les ordres
d'un Colonel: Ils prirent
la route de Spire, où ils
furent joint par un pareil
détachement. Ils marcherente
ensuite - du costé de
Vorms, où ils trouverent
120. Houssards ennemis qui
prirent la fuite à l'arrivée
du détachement de nostre
Garnison; nos Dragons les
poursuivirent, & en prirent
deux qui dirent qu'il estoit
forti de Maïence un Convoi
considerable de toutes
sortes de munitions pour
Philibourg : nostredétachement
marcha ensuite le
long du Rhin,&nousvenons
d'apprendre que la
plûpart de ces bateaux avoient
coulez à fond,& que
les autres avoient regagné
Maïence; on sçaura le détail
au retour du détachement.
On mande de la Haye
du 19.Fevrier que le Com-
A te de Strafford qui y estoit
arrivéavoit eu une longue
conférence avec les Plenipotentiaires
d'Espagne &
ensuite avec les Estats Generaux.
* On écrit du Port de
Scette en Languedoc que
l'on y charge plusieurs Bastimens
de bleds 6c- de
foins pour l'armée d'Espagne.
à S. Feliou de Pallerols le II.
Février.
Depuisma Lettreécrite
du 25. du moispassé, le
Comte de Montemart ne
setrouvant pas affé fort avec
le détachement qu'il
avoit pour entrer dans le
Llusanes, s'en fut à Moya,
& delà ayant marché par
Manrefa du côtédeSolsone,
j'aisçu qu'après avoir
rassembléles quartiers dispersées
de Vallejo
, & s'être
joint à lui,il avoit secouru
Bergue &le Château
de Gironelleque les
Rebelles avoient bloqué,
de maniere qu'il n'y pouvoir
rien entrer, & que
les affaires de Llusanes
l'ayant obligé d'y revenir
diligemment il y estoit en- trésansbeaucoup de resistance,
& y avoit bruslé prés
de Llusanes
,
S. Feliou,
Cassera, Orista, plusieurs
autres Villages & plusieurs
Fermes repandus dans le
Pays, il estoit arrivé le 7.
a Austot où il attendoit
de nouveauxordres de M.
de Popoli.
La plaine de Wic paroist
presentement tranquille
parce que nous y touchons
)
M. de Caraffa est
encore à l'Esquerol qui
est à deux lieuës du Pont de
la Roda qui est à l'entrée
de cette plaine, & tient
par là tout le Pays. Il n'y
a que les Villages du
Montfeny qui font encore
les armcs à la main, furtout
depuis qu'Armengol
qui est venu débarquer à
S. Pol avec 600. hommes
les a joint
y ce petit secours
a donné de l'audace a cette
canaille
) & il s'est joint à
lui beaucoup de volontaires
& de Révoltés, je ne
scay si Montemart prendra
la rcfolution d'aller les
chasser & chastier les ViU
lages coupables
,
où d'allerà
Castelciudadouil n'y
avoit le S. que pour quinze
jours de vivres. D'un
autre costé le Marquis de
i Firmacon que j'ayenvoyé
d'icy avec un gros destaj
chement du costé de Campredon
est à S. Jean de
las Vabades, sa marche a
[ fait un tres bon effet; plusieursVallées
& d'autres
t qui avoient pris les armes
font venus demander misericorde
mais toute la vif
guerie de Ripole continuë
dans sa rebellion, &tout
(si retiré dans les montagnes
, en sorte que l'on sera
obligé de les y forcer,
pour les réduire. Pour ce
qui regarde le costé de la
Marine,ily a eu de différentes
actions dans lesquelles
.les Troupes de Sa Majesté
Catholique ont eu l'avantage
, neanmoins le poste
de S. Pol qui nest qu'à trois
quarts de lieuës de Castella
qui est le plus avancéque
nous a yons a esté pris & repris
plusieurs fois. ilest actuellement
aux rebelles qui
qui s'y font si fortifiez qu'il
faut du canon pour le reprendre.
Dom Gabriel Cano
Maréchal de Camp qui
commande sur cetteCoste,
attend un renfort de l'Armée
du Duc de Popoli, &
de l'artillerie pour les y attaquer
& lesenchasser.On
a envoyé Dom Diégo Gonsales
avecun gros détachement
pour empêcher leur
communication avec ceux
qui font au Montseny
,
&
pour les prendre par derriere
dans le temps que M.
de Cano attaquera ce poste.
Les vents d'ER ontesté si
violens depuis plusieurs
jours que jusqu'à present on
n'a pû faire passer le canon
destiné pour l'attaque de
S. Pol,si -
tost qu'ilscesseront,
c'est une affaire de
quatre ou cinq heures.
Mr. de Valouse que
j'avois laissé du côré de la
Marine
* pour veillerà ce
qui se passoit de ce coftélà,
a rassemblé tout ce qui
l'a pû de troupes, & s'est
venu cantonnerà Tordera
pour soutenirOstalric, nos
postes de Pineda-Calella&
Malgrat, & en même tems
ceux de Sancta-Colomba
& autres qui sont vers la
montagne, & pourvoir ce
qui se passe du costé de la
Marine. Jay fait passer
quelques troupes du Roufsillon
à M. Gandolfe pour
conserver les deux Sardaignes,
mais il n'y en a pas
assez pour envoyer à CaC
telciudad qui doit estre bloqué
par tous les Sommetans
de la Conque de Tremp , du Marquisat de Paillas qui
ont pris les armes &, qui
doivent se joindre à ceux
de Baronie de Baga & Portella.
Je ne puis y en envoïer
d'avantage, mais je fuis
persuadé que leComte de
Montemart y marchera
bien-tost ,il a le temps
de le faire,attendu qu'il y
a pour plusde15jours de vivres
dans Castelciudad,lorsque
le Comte de Montemart
fera prest d'y arriver, M.
de Gandolfprofitera de cette
occasion pour y faire entrer
un convoy que l'on a
assemblé à Puïcerda pour y
envoïer.
On assureque Monsieur
de Thouydoit venir incessamment
à Lerida pour
commander depuis Solfone
jusques dans lesmontagnes
de la Conque de Tremp
ôcde Paillas, il doit amener
avec luy les Troupes Walones,
douze Escadrons Se
douze Bataillons de celles
qui font venu d'Estramadure.
Les Lettres de Perpignan
du 16. Février portent que
les Troupes que commande
le Comte de F ennesa-
VOlentcee attaquéespar un
gros corps de Rebellessi à
l'im pourvû qu'ellesavoient
plié d'abord,mais ques'étãt
ralliées
,
ellesavoient mis
les Rebelles en déroute,
qu'il en étoit resté sur la
place plus de trois cens, &
cent trente faits prisonniers.
Celles de Catalogne
portent que les Barcelonois
au nombre de fîx cens hommes
étoient venus attaquer
une redoute occu pée par les
Espagnols du costé des Capucins,
laquelles'étoit bien
deffenduë, quoiqu'il n'y eut
que quarante hommes dedans
dans, les Rebelles ont perdus
cinquante hommes
dans cette action glorieuse
pour les Troupes Espagnoles,
& un grand nombre
blessez.
On écrit de Landau du
14. Février, que le Marquis
de Vieuxpont détacha le12.
deux cens hommes des Grenadiers
qui y font en quartier
,
& un pareil nombre
de Dragons fous les ordres
d'un Colonel: Ils prirent
la route de Spire, où ils
furent joint par un pareil
détachement. Ils marcherente
ensuite - du costé de
Vorms, où ils trouverent
120. Houssards ennemis qui
prirent la fuite à l'arrivée
du détachement de nostre
Garnison; nos Dragons les
poursuivirent, & en prirent
deux qui dirent qu'il estoit
forti de Maïence un Convoi
considerable de toutes
sortes de munitions pour
Philibourg : nostredétachement
marcha ensuite le
long du Rhin,&nousvenons
d'apprendre que la
plûpart de ces bateaux avoient
coulez à fond,& que
les autres avoient regagné
Maïence; on sçaura le détail
au retour du détachement.
On mande de la Haye
du 19.Fevrier que le Com-
A te de Strafford qui y estoit
arrivéavoit eu une longue
conférence avec les Plenipotentiaires
d'Espagne &
ensuite avec les Estats Generaux.
* On écrit du Port de
Scette en Languedoc que
l'on y charge plusieurs Bastimens
de bleds 6c- de
foins pour l'armée d'Espagne.
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Résumé : LETTRE de M. le C. D. F... à S. Feliou de Pallerols le II. Février.
La lettre de M. le C. D. F. à S. Feliou de Pallerols, datée de février, décrit les mouvements militaires et les événements récents dans diverses régions. Le Comte de Montemart, après avoir échoué à entrer dans Llusanes, a secouru Bergue et le Château de Gironelle, puis a incendié plusieurs villages et fermes avant de se rendre à Austot pour attendre de nouveaux ordres. La plaine de Wic est actuellement calme, mais les villages du Montfeny restent rebelles, renforcés par l'arrivée d'Armengol avec 600 hommes. Le Marquis de Firmacon a eu un impact positif dans plusieurs vallées, mais la rébellion persiste dans la région de Ripole. Sur le front maritime, les troupes espagnoles ont obtenu des succès, mais le poste de S. Pol reste aux mains des rebelles. Dom Gabriel Cano attend des renforts pour attaquer ce poste, mais les vents violents ont empêché le transport du canon nécessaire. M. de Valouse a rassemblé des troupes à Tordera pour soutenir divers postes. Des renforts ont été envoyés à M. Gandolfe pour conserver les Sardaignes, mais il manque de troupes pour bloquer Castelciudad. Le Comte de Montemart est attendu pour cette mission. Monsieur de Thouy doit arriver à Lerida pour commander les troupes dans les montagnes. Des lettres de Perpignan rapportent une victoire des troupes espagnoles contre les rebelles, avec plus de trois cents morts et cent trente prisonniers. À Barcelone, les Espagnols ont repoussé une attaque des Barcelonois. En Allemagne, un détachement français a intercepté un convoi ennemi sur le Rhin. À La Haye, le Comte de Strafford a eu des conférences avec les plénipotentiaires espagnols et les États Généraux. Enfin, des navires sont chargés de blé et de foin pour l'armée d'Espagne au Port de Scette en Languedoc.
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11
p. 185-192
RELATION de Catalogne. A Ripouilh le 22. Mars.
Début :
Depuis le secours & le ravitaillement de Bergue, les rebelles [...]
Mots clefs :
Rebelles, Troupes, Cahier, États généraux , Artois, Catalogne, Cardonne, Roi, Bracamonte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de Catalogne. A Ripouilh le 22. Mars.
RELATION
de Catalogne.
A Ripouilh le 22. Mars.
DEpuis
le fecours
& le
ravitaillement de Bergue
, les rebelles qui s'étoient
raffemblez au Pont de Miralle
, s'eftant difperfez dans
le Luzanes & aux environs de
Cardonne , je marchay d'icy
à Alot avec les Troupes pour
les renvoyer
dans leurs quartiers
, & m'en retourner à
Mars 1714
.
186 MERCURE
Gironne , laiffant feulement
quelques fufiliers des Mon--
tagnes à porté de cette Ville
obferver ce qui fe paſſepour
roit de ce cofté.cy & m'en
rendre compte ; mais à peine
les Troupes furent- elles retournez
dans leurs quartiers
que j'appris que 4000. rebelles
partant des environs de
Cardonne eftoient venus icy
pour faire foulever cette
Montagne & attaquer noftre
pofte de Campredon , & aller
enfuite en Cerdaigne par le
Val de Rives & de Toffa ,
qui eft le feul paffage par on
GALANT . 187
on y peut entrer prefentement
à caufe des neiges qu'il
ya dans cette Montagne ; il
m'a paru même qu'ils avoient
deffein de s'établir ici ; ils avoient
tout difpofé pour cela
, ainfi il n'y avoit pas de
temps à perdre à raffembler
les Troupes & à marcher à
eux , ce que j'ay fait . Le 20. je.
me mis en marche & ne put
venir en un jour à caufe des
mauvais chemins & neiges
qu'il tomboit ; le Col de
Canes par où je devois paffer
en eftoit rempli . Le 20. je
continuay ma route ; mais
Qij
188 MERCURE
j'appris par les Confuls de
cette Ville que les rebelles en
eftoient fortis & avoient pris
le chemin de S. Guiry , j'avois
prié Monfieur de Bracamonte
de marcher de fon
cofté par la Gravelofa & S.
Guiry pour tacher de les mertre
entre nous - deux ou de
les couper dans leur retraite ;
mais les rebelles le croyant
foible marcherent
en partant
d'icy pour l'aller attaquer, Mr
de Bracamonte eftant averty
-les chargea fi à propos , qu'il
mit leur avant- garde en déroute;
il y en cut plus de cent
GALANT. 189
pi: fur la place ; il a fait des priafonniers
, & que cette Troupe
s'étoit retirée en grand defordre
vers la Guardia où ils fe ,
raffemblerent toute la nuit.
Ils ont marché depuis vers
S. Roy dans le Luzanes , &
de-là ils doivent aller à Centeillas,
dans la Plaine de Vich,
à ce qu'ils difent.
J'apprends par des Lettres
de S. Filiou , Quiyols & Blanes
du 18. que l'on y voyoit paffer
l'Elcadre de Mr du Caffe ,
avec un vent trés favorable.
On le prepare ferieuſement au
Siege de Barcelonne ; mais on
190 MERCURE
affure que la tranchée ne fera
ouverte au pluſtoſt que le
15. du mois prochain.
Le Roy répondit au difcours
que l'Evêque d'Arras fic
le 19. du mois à Sa Majefté,
en lui prefentant le Cayer
des Etats d'Artois , en ces
termes :
MESSIEURS ,
J'examineray voftre Cayer
& l'état de mes affaires ;
jay cu de la peine des maux
que vous avez fouffert penGALANT.
191
dant cette guerre ; mais je
n'ay pas efté le maistre de les
empefcher. Je me ſouviens de
vous avoir promis d'y avoir
égard quand l'état de mes
affaires me le permettroit , &
je fuis fort fafché qu'il ne
m'ait point encore permis de
vous foulager autant que je
l'ay fouhaité à prefent. La
Paix eft faite , mais les chofe
rétabliffent pas tout
d'un coup : Cependant aprés
avoir examiné voftre Cayer
je verray ce que je pourray
faire pour vous , & vous don
neray des marques de mon
fes ne
192 MERCURE
eftime & de mon affection.
Je vous prie, Meffieurs , d'en
affurer mes peuples d'Artois.
de Catalogne.
A Ripouilh le 22. Mars.
DEpuis
le fecours
& le
ravitaillement de Bergue
, les rebelles qui s'étoient
raffemblez au Pont de Miralle
, s'eftant difperfez dans
le Luzanes & aux environs de
Cardonne , je marchay d'icy
à Alot avec les Troupes pour
les renvoyer
dans leurs quartiers
, & m'en retourner à
Mars 1714
.
186 MERCURE
Gironne , laiffant feulement
quelques fufiliers des Mon--
tagnes à porté de cette Ville
obferver ce qui fe paſſepour
roit de ce cofté.cy & m'en
rendre compte ; mais à peine
les Troupes furent- elles retournez
dans leurs quartiers
que j'appris que 4000. rebelles
partant des environs de
Cardonne eftoient venus icy
pour faire foulever cette
Montagne & attaquer noftre
pofte de Campredon , & aller
enfuite en Cerdaigne par le
Val de Rives & de Toffa ,
qui eft le feul paffage par on
GALANT . 187
on y peut entrer prefentement
à caufe des neiges qu'il
ya dans cette Montagne ; il
m'a paru même qu'ils avoient
deffein de s'établir ici ; ils avoient
tout difpofé pour cela
, ainfi il n'y avoit pas de
temps à perdre à raffembler
les Troupes & à marcher à
eux , ce que j'ay fait . Le 20. je.
me mis en marche & ne put
venir en un jour à caufe des
mauvais chemins & neiges
qu'il tomboit ; le Col de
Canes par où je devois paffer
en eftoit rempli . Le 20. je
continuay ma route ; mais
Qij
188 MERCURE
j'appris par les Confuls de
cette Ville que les rebelles en
eftoient fortis & avoient pris
le chemin de S. Guiry , j'avois
prié Monfieur de Bracamonte
de marcher de fon
cofté par la Gravelofa & S.
Guiry pour tacher de les mertre
entre nous - deux ou de
les couper dans leur retraite ;
mais les rebelles le croyant
foible marcherent
en partant
d'icy pour l'aller attaquer, Mr
de Bracamonte eftant averty
-les chargea fi à propos , qu'il
mit leur avant- garde en déroute;
il y en cut plus de cent
GALANT. 189
pi: fur la place ; il a fait des priafonniers
, & que cette Troupe
s'étoit retirée en grand defordre
vers la Guardia où ils fe ,
raffemblerent toute la nuit.
Ils ont marché depuis vers
S. Roy dans le Luzanes , &
de-là ils doivent aller à Centeillas,
dans la Plaine de Vich,
à ce qu'ils difent.
J'apprends par des Lettres
de S. Filiou , Quiyols & Blanes
du 18. que l'on y voyoit paffer
l'Elcadre de Mr du Caffe ,
avec un vent trés favorable.
On le prepare ferieuſement au
Siege de Barcelonne ; mais on
190 MERCURE
affure que la tranchée ne fera
ouverte au pluſtoſt que le
15. du mois prochain.
Le Roy répondit au difcours
que l'Evêque d'Arras fic
le 19. du mois à Sa Majefté,
en lui prefentant le Cayer
des Etats d'Artois , en ces
termes :
MESSIEURS ,
J'examineray voftre Cayer
& l'état de mes affaires ;
jay cu de la peine des maux
que vous avez fouffert penGALANT.
191
dant cette guerre ; mais je
n'ay pas efté le maistre de les
empefcher. Je me ſouviens de
vous avoir promis d'y avoir
égard quand l'état de mes
affaires me le permettroit , &
je fuis fort fafché qu'il ne
m'ait point encore permis de
vous foulager autant que je
l'ay fouhaité à prefent. La
Paix eft faite , mais les chofe
rétabliffent pas tout
d'un coup : Cependant aprés
avoir examiné voftre Cayer
je verray ce que je pourray
faire pour vous , & vous don
neray des marques de mon
fes ne
192 MERCURE
eftime & de mon affection.
Je vous prie, Meffieurs , d'en
affurer mes peuples d'Artois.
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Résumé : RELATION de Catalogne. A Ripouilh le 22. Mars.
En mars 1714, des opérations militaires eurent lieu en Catalogne. Après avoir dispersé des rebelles près du Pont de Miralle, les troupes se dirigèrent vers Alot puis retournèrent à Gironne. Environ 4 000 rebelles des environs de Cardonne menacèrent de soulever la montagne et d'attaquer le poste de Campredon. Les troupes se rassemblèrent pour les affronter. Le 20 mars, malgré les mauvais chemins et les neiges, elles avancèrent. Les rebelles, croyant les forces de Monsieur de Bracamonte faibles, les attaquèrent mais furent repoussés avec des pertes significatives. Ils se retirèrent ensuite vers S. Roy dans le Luzanes, en direction de Centeillas. Parallèlement, des préparatifs pour le siège de Barcelone étaient en cours, avec une tranchée prévue pour être ouverte le 15 du mois suivant. Le roi répondit à l'évêque d'Arras concernant les souffrances des habitants d'Artois pendant la guerre, promettant d'examiner leur situation et de les soulager dès que possible.
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12
p. 194-202
Extrait d'une Lettre de Gironne le 16 Avril.
Début :
Aprés avoir chassé les rebelles de Repoüilh, & avoir établi [...]
Mots clefs :
Rebelles, Troupes, Plaine de Vic, Bracamonte, Quartiers, Barcelone, Pays, Montagnes, Gérone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Gironne le 16 Avril.
Extrait d'une Lettre de Gironne
le 16 Avril.
Aprés avoir chaffé les rebelles
de Repoülh , & avoir
établi des quartiers depuis Ollot
& Campredon julqu'à
cette ville là , pour contenir.
cette Montagne & conferver
la communication avec la
Cerdagne , & avoir un corps
GALANT 195
à portée de foûtenir la Plaine
de Vich , voyant que les rebelles
s'eftoient difperfez
dans tout le Luzanez pour
fubfifter , & eftoient dans les
endroits les plus difficiles à
aborder. Je marchay à Ollot
pour renvoyer les troupes
dans leurs quartiers
; mais
j'appris en y arrivant que les
rebelles s'eftoient raffemblez
à Conga , c'est le chemin de
Vich à Barcelone
, & qu'ils y
eftoient en grand nombre ;
Mr de Bracamonte
me mande
qu'ils eftoient même def-
¿cendus dans la Plaine , &
W
Rij
196 MERCURE
avoient brûlé plufieurs maifons
dépendantes de Centeillas
, qui eft un endroit tresfilele
, qu'il marchoit à eux
avec toutes les troupes , &
qu'il me prioit d'envoyer un
gros détachement pour contenir
cette Place pendant fon
abfence. J'y allay moy même ,
je marchay à la Roda , c'eft
l'endroit où eft le Pont fur le
Ter qu'on doit paffer pour en-
'trer dans la Plaine de Vich afin
de pouvoir mieux impoler
aux rebelles. A peine y fus je
aivé que j'appris que les rebelles
s'eltoient retirez fur les
GALANT 197
c't
Tur
urd
ha
pos
fus
les to
urle
Con
hautes Montagnes & dans
des endroits impraticables ,Mr
de Bracamonte ne les y pou
vant attaquer revint à Vich ,
avec les troupes , le lendemain
de mon arrivée , & me propo
fa de chaſtier avec luy Afbu
cas & le Village de Montfeny,
d'où cette canaille tiroit la
fubfiftance , & que c'eftoit le
moyen de les faire fortir d'où
ils eftoient ; au furplus il me
dit qu'il avoit ordre de faire
un exemple de tous ces endroits
- là , ayant taillé en
pieces les deux bataillons
Wallons que l'on envoyoit
Riij.
+98 MERCURE
à fon fervice , & qu'il ne le
pouvoit pas faire dans un Pays
auffi difficile fi je ne me mettois
en état de le favorifer dans
faretraite , commeje voisque ce
feroit toûjours à recommencer
, auffi- toft que les troupes
s'éloignerent de Vich , &
que les rebelles dans le Montfeny
m'inquietoient pour nos
poftes & nos quartiers dans la
Plaine & de la Marine , je ne
balançay pas d'aller à Velladrace
pour favorifer Mr de
Bracamonte , & dans le temps
qu'il marchoit à Aſbuſcas dans
un Pays difficile , j'avançay du
THEQUE
DELA
yad
n
na
des
GALANTY
mienpour aller jufqu
lieuë de- là , & fis occuper
hauteurs de Montagnes par
nos fufiliers des Montagnes.
Tous les rebelles qui comproient
ce Pays imprenable ,
s'enfuirent à la vue de nos
Troupes avec tous les Payfans
qui avoient pris les armes, en
forte que M' de Bracamonte
y arriva tres facilement , ce
Village & plufieurs autres furent
pillez & bruflez . Je vous
puis affurer que Sa Majeſté
Catholique a efté bien vangée
de la perfidie de ces peuples ,
l'on y trouva beaucoup de
R iiij
200 MERCURE
provifions de toutes fortes ;
& je fuis perfuadé que cette
execution a fort dérangé leurs
projets , ils le font jettez depuis
ce temps là du coſté de
la Marine , & comme ils n'étoient
qu'à trois quarts de
lieuë d'Oftalrick & au haut de
nos poftes les plus avancez , je
manday à Mr de Valoufe ,
d'affembler quelques Troupes
de celles qui font de ce coſtélà
afin de s'opposer à leurs
deffeins ; mais leurs féjours ne
leurs a fervi qu'à éxiger des
fubfiftances en vivres & en
argent de plufieurs Villages
GALANT . 201
UT
er
où ils s'eftoient mis , ils font
prefentement répandus de
Tous coftez pour vivre plus fa
cilement , & j'apprens que
400. s'eftoient retirez à Saint
Barthelemy Delgrace , c'est le
chemin de le Luzanez à la
Plaine de Vich , & demanderent
des Sommetans de tous
coftez pour engager une fe
conde fois les Payfans à prendre
les armes pour les faire
paffer vers la Montagne de
Saint Jerome.
Il y a quelques jours que
le mauvais chemin ayant obligé
les Vaiffeaux qui font
202 MERCURE
devant Barcelone de s'en éloigner
, les Barcelonois profiterent
de ce moment pour en
faire fortir so.
Barques & -2 .
Vaiffeaux chargez de familles
qui fe retirent à
Mayorque.
J'appris hier que Mr le
Duc de Popoly faifoit bombarder
Barcelone , & qu'il y
avoit déja beaucoup de maifons
ruuinées , & même le
meilleur quartier.
le 16 Avril.
Aprés avoir chaffé les rebelles
de Repoülh , & avoir
établi des quartiers depuis Ollot
& Campredon julqu'à
cette ville là , pour contenir.
cette Montagne & conferver
la communication avec la
Cerdagne , & avoir un corps
GALANT 195
à portée de foûtenir la Plaine
de Vich , voyant que les rebelles
s'eftoient difperfez
dans tout le Luzanez pour
fubfifter , & eftoient dans les
endroits les plus difficiles à
aborder. Je marchay à Ollot
pour renvoyer les troupes
dans leurs quartiers
; mais
j'appris en y arrivant que les
rebelles s'eftoient raffemblez
à Conga , c'est le chemin de
Vich à Barcelone
, & qu'ils y
eftoient en grand nombre ;
Mr de Bracamonte
me mande
qu'ils eftoient même def-
¿cendus dans la Plaine , &
W
Rij
196 MERCURE
avoient brûlé plufieurs maifons
dépendantes de Centeillas
, qui eft un endroit tresfilele
, qu'il marchoit à eux
avec toutes les troupes , &
qu'il me prioit d'envoyer un
gros détachement pour contenir
cette Place pendant fon
abfence. J'y allay moy même ,
je marchay à la Roda , c'eft
l'endroit où eft le Pont fur le
Ter qu'on doit paffer pour en-
'trer dans la Plaine de Vich afin
de pouvoir mieux impoler
aux rebelles. A peine y fus je
aivé que j'appris que les rebelles
s'eltoient retirez fur les
GALANT 197
c't
Tur
urd
ha
pos
fus
les to
urle
Con
hautes Montagnes & dans
des endroits impraticables ,Mr
de Bracamonte ne les y pou
vant attaquer revint à Vich ,
avec les troupes , le lendemain
de mon arrivée , & me propo
fa de chaſtier avec luy Afbu
cas & le Village de Montfeny,
d'où cette canaille tiroit la
fubfiftance , & que c'eftoit le
moyen de les faire fortir d'où
ils eftoient ; au furplus il me
dit qu'il avoit ordre de faire
un exemple de tous ces endroits
- là , ayant taillé en
pieces les deux bataillons
Wallons que l'on envoyoit
Riij.
+98 MERCURE
à fon fervice , & qu'il ne le
pouvoit pas faire dans un Pays
auffi difficile fi je ne me mettois
en état de le favorifer dans
faretraite , commeje voisque ce
feroit toûjours à recommencer
, auffi- toft que les troupes
s'éloignerent de Vich , &
que les rebelles dans le Montfeny
m'inquietoient pour nos
poftes & nos quartiers dans la
Plaine & de la Marine , je ne
balançay pas d'aller à Velladrace
pour favorifer Mr de
Bracamonte , & dans le temps
qu'il marchoit à Aſbuſcas dans
un Pays difficile , j'avançay du
THEQUE
DELA
yad
n
na
des
GALANTY
mienpour aller jufqu
lieuë de- là , & fis occuper
hauteurs de Montagnes par
nos fufiliers des Montagnes.
Tous les rebelles qui comproient
ce Pays imprenable ,
s'enfuirent à la vue de nos
Troupes avec tous les Payfans
qui avoient pris les armes, en
forte que M' de Bracamonte
y arriva tres facilement , ce
Village & plufieurs autres furent
pillez & bruflez . Je vous
puis affurer que Sa Majeſté
Catholique a efté bien vangée
de la perfidie de ces peuples ,
l'on y trouva beaucoup de
R iiij
200 MERCURE
provifions de toutes fortes ;
& je fuis perfuadé que cette
execution a fort dérangé leurs
projets , ils le font jettez depuis
ce temps là du coſté de
la Marine , & comme ils n'étoient
qu'à trois quarts de
lieuë d'Oftalrick & au haut de
nos poftes les plus avancez , je
manday à Mr de Valoufe ,
d'affembler quelques Troupes
de celles qui font de ce coſtélà
afin de s'opposer à leurs
deffeins ; mais leurs féjours ne
leurs a fervi qu'à éxiger des
fubfiftances en vivres & en
argent de plufieurs Villages
GALANT . 201
UT
er
où ils s'eftoient mis , ils font
prefentement répandus de
Tous coftez pour vivre plus fa
cilement , & j'apprens que
400. s'eftoient retirez à Saint
Barthelemy Delgrace , c'est le
chemin de le Luzanez à la
Plaine de Vich , & demanderent
des Sommetans de tous
coftez pour engager une fe
conde fois les Payfans à prendre
les armes pour les faire
paffer vers la Montagne de
Saint Jerome.
Il y a quelques jours que
le mauvais chemin ayant obligé
les Vaiffeaux qui font
202 MERCURE
devant Barcelone de s'en éloigner
, les Barcelonois profiterent
de ce moment pour en
faire fortir so.
Barques & -2 .
Vaiffeaux chargez de familles
qui fe retirent à
Mayorque.
J'appris hier que Mr le
Duc de Popoly faifoit bombarder
Barcelone , & qu'il y
avoit déja beaucoup de maifons
ruuinées , & même le
meilleur quartier.
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Résumé : Extrait d'une Lettre de Gironne le 16 Avril.
Le texte est un extrait d'une lettre datée du 16 avril, relatant les opérations militaires contre des rebelles dans la région de Gironne. Les forces royales ont d'abord repoussé les rebelles à Repoülh et établi des quartiers entre Ollot, Campredon et Gironne. Leur objectif est de sécuriser la communication avec la Cerdagne et de protéger la plaine de Vich. Les rebelles, initialement dispersés dans le Luzanez, se regroupent à Conga, sur la route de Vich à Barcelone, et incendient des maisons à Centeillas. Les troupes, dirigées par Mr de Bracamonte, se dirigent vers les rebelles, mais ceux-ci se retirent dans des montagnes inaccessibles. Mr de Bracamonte propose de punir les villages d'Asbuscas et Montfeny pour couper les approvisionnements des rebelles. Les forces royales avancent et occupent des hauteurs stratégiques, forçant les rebelles à fuir. Plusieurs villages sont pillés et brûlés, perturbant les projets des rebelles. Ces derniers se déplacent ensuite vers la marine et exigent des subsistances dans divers villages. Les Barcelonois profitent d'une opportunité pour faire sortir des barques et des vaisseaux chargés de familles se retirant à Majorque. Enfin, il est rapporté que le Duc de Popoly bombarde Barcelone, causant des destructions significatives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 311-312
Extrait d'une Lettre de Tarragone. [titre d'après la table]
Début :
Une Lettre de Tarragone du 28. du passé, marque que [...]
Mots clefs :
Tarragone, Rebelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Tarragone. [titre d'après la table]
Une Lettre de Tarragone
du 2. 8. du passé, marque que
le Marquis de Thouy qui
commande dans le District
de cette place,ayant joint le
Marquis del Pual, qui avoir
fcpt àhuit cent Rebelles, l'avoit
attaque & entierement
defait, & que mesme il avoit
eu peine à se sauver à Cardonne
avec environ trente
hommes de ses troupes.
du 2. 8. du passé, marque que
le Marquis de Thouy qui
commande dans le District
de cette place,ayant joint le
Marquis del Pual, qui avoir
fcpt àhuit cent Rebelles, l'avoit
attaque & entierement
defait, & que mesme il avoit
eu peine à se sauver à Cardonne
avec environ trente
hommes de ses troupes.
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14
p. 276-304
NOUVELLES de ce qui se passe dans Barcelone, & la disposition des Troupes.
Début :
Du 21. Aoust. Il y a dans cette place 2000. [...]
Mots clefs :
Barcelone, Hommes, Rebelles, Mines, Troupes, Régiment, Tranchée, Armes, Bataille, Maréchal de Berwick, Détachement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de ce qui se passe dans Barcelone, & la disposition des Troupes.
NOUVELLES
** de ce qui ſe paſſe dans Barcelone
, & la difpofition des
Troupes.
Du 21. Aouft
Il ya dans cette Place 2000.
hommes de Troupes reglées
tant Infanterie que Cavalerie.
Les Chefs des Rebelles
font le premier Villaroüel ,
le ſecond c'eſtoit Poanton
Lieutenant General , il eſt
deferté ,& fon employ eft
encore vacant..
GALANT 277
Ilya un Major General de
Bataille qui s'appelle Jozepet.
Celuy qui commande la
Cavaleric est le Chevalier
Romana , le Commandant de
l'Artillerie eſt Balet qui eft
auſſi Ingenieur en chef Bru
no Torner eft Capitaine de
Bombardiers , & Pacheras eft
Capitaine des Mineurs .
Le Regiment de la Colonelle
est composé de fix Ba
taillons de soo. hommes,
Le nombre des Habitans
qui prennent les armes &qui
font actuellement le Service
va à 3000. hommes qui font
178 MERCURE
parmy les Troupes reglées ;
&le Regiment de la Colo-
7 Les Places d'Armes font
au nombre de trois , la pre
miere s'étend depuis Sainte
Catherine juſqu'à la Chapelle
de Marcos , la ſeconde au
Palais ,& la troifiéme à la
Mercediosla
- Ceux qui occupent la Demi-
Lune de la porte neuve ,
ont actuellement unRenfort
à faint Pierre & au Jardin de
ce Convent.
Le renfort de la breſche eſt
à laplacede ſaint Pierre.Ceux
GALANT 299
qui gardent la Denni Lune de
fainte Claire ont le leur à la
Celuy de la garde du Baf
tion du Levant eft à l'Aucata.
Dans l'écurie de l'Aucata ,
il y a toûjours cent chevaux
de Piguet quo
ס נ ו כ כ
obDans le Jardin de Gury , ily
aauffi cens chevaux de Piquet
hors laVille le long de laMer.
Le fignal pour l'allarme c'eſt
le toquefin , lors duquel ils
font tous obligez de prendre
les armes , & ceux qui refuſent
de marcher font pris &
mis en prifon.
280 MERCURE
1
La coupure qui eſt derriere
la bieſche prend depuis la
porte neuve juſqu'aux Poten
ces; l'ona abattu toutes les
Egliſes&maiſonsdepuis faint
Auguſtin juſqu'aux Bouche-
Cette coupure eſt dans ſa
perfection ; il y a une grande
place d'armes,avec un grand
foffé de douze pieds de profondeur
& dix de largeur. La
muraille eſt de pierre & de
terre d'argile ; l'on y a mis
cinq pieces de canon ſur les
deux coſtez chargées à
touche.
a car-
1
Il
GALANT. 281
Ilyadans la PlaceunConfeil
de guerre qu'on appelle
Junta magna , où aſſiſtent le
Gouverneur de laProvince appelléTorrellas
, qui eſtant fort
âgé a pour Lieutenans Don
Francifco Sayol ,DonJoſeph
de Pinot, le Comte de Po
nonos,leComte de Plazencia,
leMarquis de Sermanat , Don
Fiancilco Sivaller , & Don
Emmanuel Ferrer, coup inq
Ceux qui ont foin de faire
payer les Troupes, font Salvador
Felice , Juan Llinas , Ci
toven , Chattople Llado , le
Docteur Monnar,Medecin
Septembre 1714. Aa
281 MERCURE
/
4
Francifco Moſcaro , Marchand
auffi bien que Joſeph
Durand , Muriano Durand,
Comallas , Juan Albaret ,&
le nommé Fer. L'argent ſe
prend par tout où l'on ſçait
qu'il yen a de gré ou de for
co , & ceux qui refuſent dele
donner font pris & mis en
prifon.
Le nombre des bleſſez depuis
qu'on bat en brefehe
pour aller à 600 hommes.
Lc 14. Août le Comte
Don Jofeph Mata,DonCar
los Ribera ,Don Magin Ninot,
Don Francifco de laVoGALANY.
ga,& le fils du Juge Salvador
furent tuez; le fils aîné de Be
rardo avec deux fils de Llinas
farent bleſſeze 2ob ediểu
Ua sûr dans l'action du
même jour soo hommes tucz
A
A Gironne le 8, Septembre
D
Par lesLettres ddou quarre,
Monfieur , que je viens de
IsEcupiti du Campideyang
Barcelone,j'apppprreenndd que les
nouvelles batteries conti
nuoient àtiter vivement pour
ouvrir les nouvelles breches
Aaij
284 MERCURE
& qu'elles eltoient prelqueen
eftat auſſi bien que les Mines.
L'on me mande que M. le
Maréchal de Berwick avoit
fait fommet le 3. les Barcelonois
pour la premiere &
derniere fois ; ils répondirent
qu'ils alloient aff mbler leurs
Confeils que cela feroit un
peu long , mais qu'ils feroient
A
leurs réponſes Le 4 au foir
tirer de
elle n'eſtoir pas encore venue.
L'on continue cependant de
part & d'autre &l'on
croit qu'ils ne ſe prefferont
pas de la faire , parce que le
defordre que les caux ont
A
GALANT. 285
1
fait à la tranchée & dans les
Mines leur a donné de nou
velles efperances &relevé leur
courages il eſt certain que la
famine eſt dans cette Places
beaucoup de gens voudroient
en fortir , mais M. le Maréchal
de Berwick veurs que
Ponles'y faffe rentrer & cela
s'execute régulierement. Le 32
plus de 200 perſonnes entre
Jefquelles ily avoir beaucoup
defemmes ,parurent hors de
la Ville pour fortirsen implo
rant lamifericorde du Roy&
crane vive Philippes Vo mais
en les obligeaàrentrer
286 MERCURE
que
Il fait un temps fi affreux
depuis 10, ou 12. jours que
toutes les tranchées ont eſté
inondées , & qu'il eſt entré
beaucoup d'eau dans les Mines
,ce qui retardera encore
le Siege quelque tempsiolo
Paredes Lettres du
je viens de recevoir de Mataro
, l'on me mande qu'un
Enſeigne ayantdeferté de la
Place avec fix foldats , avoit
dit que le Confeil eſtoit encore
affemblé ,que l'on difoit
que trois perfonnes avoient
ſté nommées pour aller par
Jet àMonfieur deMaréchal de
GALANT. 287
Berwick, alçavoir leGeneral
de Bataille Joſeper , le Marquis
de Tamarit ,& le Comte
de Placentia. Que l'on ne ſçavoit
pas quel jour ce feroit;
mais que s'il y avoit quelque
retardement ce n'estoit qu'à
cauſe du déſordre que l'on
[çavoit que les eaux avoient
fait dans la tranchée & dane
les Mines, ce qui leur avoi
selevé le courage.201
Quant à ce qui ſe paſſedans
IePaysducoſtéde la Marine,le
Village de Saint Hiſcle a eſté
pillé Sentierement brulé
par le détachement deMon
188 MERCURE
fieur de Valloute queſtoir
à Tordera ; & deux autres
des Troupes d'Eſpagne qui
s'y estoient joint Les Rebelles
ſe ſont appro hez ' aprés
avoir abandonne Canet ; mais
lors qu'ils fçûrent que l'on
marchoit de ce colte là , ils
fitent la même manoeuvre ,
ainſi la chofe fut faite fans
refittance
C'eſt unVillage ſitué dans
un pays tres difficile prés de
la Mer qui ſervoit de retraite
& de magaſin aux Rebelles
dont ils farfoient continuellement
porter des vivres
Saint
GALANT. 289
Saint Paul & Canet pour
Barcelone.
Monfieur de Vallouſe a
auſſi fait bruler à ſon retour
ſept Barques de Barcelone
avec leurs agrés qu'il trouva
àCanet & à Saint Paul.
Pour ce qui eſt de la Montagne,
Monfieur de Rauchop
eſt toûjours avec un détachement
du coſté de Ripoüille ,
& Meragas ,s'eſt retiré un
peu plus loin du côté de la
Puebla qui eſt à quatre heures
de là.
Les Rebelles s'y eſtoient
aſſemblez pour faire de nou-
Septembre 17 14 . Bb
290 MERCURE
veau ſoulever le pays ; mais
comme l'on n'a ſçû depuis
qu'ils avoient marché du côté
de Manresa , Monfieur de
Bracamonté profite de ce
temps là pour aller bruler de
nouveau Arbucia où il y a un
autre corps de Rebelles. Monfieur
le Comte de Frenne a
envoyé un détachement dans
la Plaine de Vich , pour le
favoriſer dans ſon expedition :
c'eſt un endroitdans le Mouſigny
qui eſt continuellement
ſous les armes & qui fert de
retraite & de magaſin aux
Rebelles.
GALANT. 297
Le deux de ce mois au matin
trois Officiers de Cavaleric
de la Ville vinrent au Camp
commedeferteurs. M. le Marêchal
de Berwick les interrogea
, les fit garder à veuë , &
enſuite embarquer pour Pcniſcola.
Le meſme jour deux unCapitaine
de Volontaires du
Marquis Delpoal deferta , &
eût une longue conference
avec M. le Mareſchal qui le fit
refter chez luy; l'on croit qu'il
doit aller joindre quelqu'un
des Camps volans detachez de
l'Armée contre cesRebelles.
Bb ij
292 MERCURE
Les nouvelles breches &
les mines vont parfaitement
bien , mais une grande pluye
qu'il fit hier pendant dix à
douze heures a inondé la
plus grande partie de la tranchée
,& fur tout mis beaucoup
d'eau dans les mines ,
dont quelque partie s'eſt
éboulée : on travailie à reparer
les dommages , cependant
ces orages réïterez cauſent du
retardement. Les Affiegez
pretendent avoir eventé la
mine des Eſpagnols qui eſt
ſous la courtine prés l'angle
rentrant du Baſtion de la porGALANT.
293
re neuve.. Mais on dit qu'elle
n'eſt point endommagée
d'autant plus que l'on a poufſé
un rameau d'un autre côté;
d'ailleurs on aſſeure que les
breches dont le nombre augmente
tous les jours , & qui
quand cette mine n'y ſeroit
pas feront encore 6. attaques,
Leront encore plus que ſuffifantes
,&tout ſe diſpoſe pour
leſdites attaques. Les Dragons
en auront une. Mole Marefchal
fait faire des échelles ,&
l'on en a déja porté beaucoup
avec un grand nombre de
grenades aux dépoſts que l'on
Bb iij
294 MERCURE
a formez prés les débouchez
marquez pour l'attaque des
breches.
M. le Maréchal voulut bien
les faire ſommer hier 3 à 10 .
heures du matin avant de les
expoſer à un affaut general ,
ils répondirent qu'ils affembleroient
leur conſeil : une
heure aprés ils demanderent fi
l'on ſouhaitoit pour ôrages
des hommes de guerre ou de
Magiftrature , ajoûtant qu'ils
ne pouvoient ceffer de tirer ,
de maniere que le feu a toûjours
continué de part &
d'autre;&quoyqu'il y ait prés
GALANT . 295
de 36. heures , il ne paroît pas
qu'ils ayent encore fait de réponſe.
L'on aſſeure neanmoins
qu'il eſt venu cette nuit deux
Exprés avec des Lettres dú
ſieur Villaroël qui ont fait
éveiller Monfieur le Maref
chal ; mais comme il a dit à
tout le monde que ce n'eſtoit
que des deferteurs , on a jugé
qu'il vouloit qu'on ignoraft
le reſte.
Le pain eft tres - rare & fort
cher dans Barcelone , d'où
les femmes viennent en grand
nombre fur le bordde nos lignes
pour tâcher d'en fortir ,
B b iiij
J
296 MERCURE
A
mais M. le Maréchal a donné
ordre par toutde les faire rentrer
par forcedans la Ville.
2. M. de Sardini Montriel
Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine , homme
tres eſtimé de toutes les manieres
a eu ce matin une jambe
emportée d'un coup de canon
, & l'autre tres endommagée
en deſcendant la tranchéc.
Enfin aprés trois jours entiers
pendant leſquels les Barcelonois
ont fait pluſieurs
aſſemblées generales leſquelles
auroient dû naturellement
GALANT. 297
finir pour envoyer les trois
Deputez qu'ils avoient nommez
dés le premier jour : le
réſultat du tout a eſté que le
nommé Jozepet General de
Bataille dans cette Ville ayant
demandé hier à parler àMonfieur
le Chevalier d'Hasfeld
qui eſtoit de tranchée , luy
rendit pour réponſe que la
Ville ne vouloit écouter aucunes
propefkions & luy demanda
enfuite s'il vouloit
quelque choſe de plus ; cela
fini il luy conſeilla de ſe retirer
promptement , &l'on recommença
à tirer de part & d'au298
MERCURE
tres ; l'extravagance de cette
réponſe étant encore mieux
marquée en Efpagnol comme
elle a eſté faite , on en joint
une copie à la preſente.
:
La nuit du quatre au cinq
les Affiegez firent une fortic
par deux endroits du chemin
couvert qui eſt prés de la
Redoute de la Mer , ils tomberent
fur les deux Compagnies
des Grensers du Regiment
d'Auvergne qui les
chafferent & leur tuerent
treize hommes ; mais des
Officiers de ces deux Compagnies
, ily en eutdeux deblef.
GALANT. 299
ſez , deux morts & vingtun
Grenadiers tuez oubleffez.
La nuit du cinq au fix il fit
une ſi grande pluye que ces
inondations réïterées obligerent
d'abandonner la Mine
des Eſpagnols , celle du ſieur
de Lorme pouvant eſtre plus
facilement réparée,on compte
qu'elle ſera en état au plus
tard le neuf..
Il entra encore avant hier
•aprés midy dans Barcelone
deux groffes Barques chargées
de proviſions à la veuë
de toute l'Armée ; on parle
d'en armer vingt- cinq ou tren300
MERCURE
te pour s'oppoſer à tous les
petits Baſtimens qu'ils font
entrer de cette maniere dans
laPlace.
Les Rebelles de la Montagne
s'eſtant raſſemblez devant
Manreze au nombre de plus
de 4000. l'ont attaqué &même
bleſſé à mort le Gouverneur
; mais les détachemens
qui ſont toûjours en campagne
s'eſtant réünis les en ont
chaffez.
Monfieur de Sardiny Lieutenant
Colonel du Regiment
de la Marine eſt mort des
bleſſures dont on a parlé. 3
GALANT 301
Respuesta bichaporla ciudadde
Barcelona dopalabra altenienté
General detrinxera Cavallero
d'Hasfeld el dia 6. Setiembre
1714. Segun que el general detrinxera
hauia propuesto dias.
Laciudad ha hecho tresjuntas
a refuelto lo figuiente.
La ciudad noquiere admittir
propofition alguna quiere V. E.
algoMas?
Le 7. de ce mois les Barcelonois
firent la réponſe ſuivante
à la ſommation qui leur
avoit été faite deux jours
avant.
Un Officier vint ſur labre302
MERCURE
che , & demanda à parler à
l'Officier General commendant
la tranchée , qui étoit M.
leChevalier d'Hasfeld , il luy
lut la réponſe , contenant que
la Députation de Barcelone
faiſoit ſçavoir à M. le Maréchal
de Berwick qu'elle n'avoit
aucune propoſitionàfaire
ni à recevoir.
Le 11. on a donné l'aſſaut
general fans avoir pu ſe
ſervir des Mines qui ſe trouvoient
toutes noyées , & on
s'eſt empaté de tous les trois
Baſtions attaquez , &des retranchemens
; les Barcelonois
GALANT. 303
eſtoient retranchez dans les
maiſons , & dans les ruës , &
avoient demandé à capituler ,
fur quoyMonfieur le Maref
chal de Berwick leur fit répondre
qu'ils ne pouvoient
demander autre choſe que
d'eſtre pris à diſcretion.
On en étoit là lors que M.
le Ducde Mortemart eft party.
On attend la fin de cette
affaire par M. le Marquis de
Broglio.
e M. de la Villemenu , Colonel
d'Orleans a un coup de
fufil au travers du corps .
M. de Tailleran la cuiſſe
coupéc.
304 MERCURE
M. dHoudetot un coup
de fuſil dans l'aîne.
** de ce qui ſe paſſe dans Barcelone
, & la difpofition des
Troupes.
Du 21. Aouft
Il ya dans cette Place 2000.
hommes de Troupes reglées
tant Infanterie que Cavalerie.
Les Chefs des Rebelles
font le premier Villaroüel ,
le ſecond c'eſtoit Poanton
Lieutenant General , il eſt
deferté ,& fon employ eft
encore vacant..
GALANT 277
Ilya un Major General de
Bataille qui s'appelle Jozepet.
Celuy qui commande la
Cavaleric est le Chevalier
Romana , le Commandant de
l'Artillerie eſt Balet qui eft
auſſi Ingenieur en chef Bru
no Torner eft Capitaine de
Bombardiers , & Pacheras eft
Capitaine des Mineurs .
Le Regiment de la Colonelle
est composé de fix Ba
taillons de soo. hommes,
Le nombre des Habitans
qui prennent les armes &qui
font actuellement le Service
va à 3000. hommes qui font
178 MERCURE
parmy les Troupes reglées ;
&le Regiment de la Colo-
7 Les Places d'Armes font
au nombre de trois , la pre
miere s'étend depuis Sainte
Catherine juſqu'à la Chapelle
de Marcos , la ſeconde au
Palais ,& la troifiéme à la
Mercediosla
- Ceux qui occupent la Demi-
Lune de la porte neuve ,
ont actuellement unRenfort
à faint Pierre & au Jardin de
ce Convent.
Le renfort de la breſche eſt
à laplacede ſaint Pierre.Ceux
GALANT 299
qui gardent la Denni Lune de
fainte Claire ont le leur à la
Celuy de la garde du Baf
tion du Levant eft à l'Aucata.
Dans l'écurie de l'Aucata ,
il y a toûjours cent chevaux
de Piguet quo
ס נ ו כ כ
obDans le Jardin de Gury , ily
aauffi cens chevaux de Piquet
hors laVille le long de laMer.
Le fignal pour l'allarme c'eſt
le toquefin , lors duquel ils
font tous obligez de prendre
les armes , & ceux qui refuſent
de marcher font pris &
mis en prifon.
280 MERCURE
1
La coupure qui eſt derriere
la bieſche prend depuis la
porte neuve juſqu'aux Poten
ces; l'ona abattu toutes les
Egliſes&maiſonsdepuis faint
Auguſtin juſqu'aux Bouche-
Cette coupure eſt dans ſa
perfection ; il y a une grande
place d'armes,avec un grand
foffé de douze pieds de profondeur
& dix de largeur. La
muraille eſt de pierre & de
terre d'argile ; l'on y a mis
cinq pieces de canon ſur les
deux coſtez chargées à
touche.
a car-
1
Il
GALANT. 281
Ilyadans la PlaceunConfeil
de guerre qu'on appelle
Junta magna , où aſſiſtent le
Gouverneur de laProvince appelléTorrellas
, qui eſtant fort
âgé a pour Lieutenans Don
Francifco Sayol ,DonJoſeph
de Pinot, le Comte de Po
nonos,leComte de Plazencia,
leMarquis de Sermanat , Don
Fiancilco Sivaller , & Don
Emmanuel Ferrer, coup inq
Ceux qui ont foin de faire
payer les Troupes, font Salvador
Felice , Juan Llinas , Ci
toven , Chattople Llado , le
Docteur Monnar,Medecin
Septembre 1714. Aa
281 MERCURE
/
4
Francifco Moſcaro , Marchand
auffi bien que Joſeph
Durand , Muriano Durand,
Comallas , Juan Albaret ,&
le nommé Fer. L'argent ſe
prend par tout où l'on ſçait
qu'il yen a de gré ou de for
co , & ceux qui refuſent dele
donner font pris & mis en
prifon.
Le nombre des bleſſez depuis
qu'on bat en brefehe
pour aller à 600 hommes.
Lc 14. Août le Comte
Don Jofeph Mata,DonCar
los Ribera ,Don Magin Ninot,
Don Francifco de laVoGALANY.
ga,& le fils du Juge Salvador
furent tuez; le fils aîné de Be
rardo avec deux fils de Llinas
farent bleſſeze 2ob ediểu
Ua sûr dans l'action du
même jour soo hommes tucz
A
A Gironne le 8, Septembre
D
Par lesLettres ddou quarre,
Monfieur , que je viens de
IsEcupiti du Campideyang
Barcelone,j'apppprreenndd que les
nouvelles batteries conti
nuoient àtiter vivement pour
ouvrir les nouvelles breches
Aaij
284 MERCURE
& qu'elles eltoient prelqueen
eftat auſſi bien que les Mines.
L'on me mande que M. le
Maréchal de Berwick avoit
fait fommet le 3. les Barcelonois
pour la premiere &
derniere fois ; ils répondirent
qu'ils alloient aff mbler leurs
Confeils que cela feroit un
peu long , mais qu'ils feroient
A
leurs réponſes Le 4 au foir
tirer de
elle n'eſtoir pas encore venue.
L'on continue cependant de
part & d'autre &l'on
croit qu'ils ne ſe prefferont
pas de la faire , parce que le
defordre que les caux ont
A
GALANT. 285
1
fait à la tranchée & dans les
Mines leur a donné de nou
velles efperances &relevé leur
courages il eſt certain que la
famine eſt dans cette Places
beaucoup de gens voudroient
en fortir , mais M. le Maréchal
de Berwick veurs que
Ponles'y faffe rentrer & cela
s'execute régulierement. Le 32
plus de 200 perſonnes entre
Jefquelles ily avoir beaucoup
defemmes ,parurent hors de
la Ville pour fortirsen implo
rant lamifericorde du Roy&
crane vive Philippes Vo mais
en les obligeaàrentrer
286 MERCURE
que
Il fait un temps fi affreux
depuis 10, ou 12. jours que
toutes les tranchées ont eſté
inondées , & qu'il eſt entré
beaucoup d'eau dans les Mines
,ce qui retardera encore
le Siege quelque tempsiolo
Paredes Lettres du
je viens de recevoir de Mataro
, l'on me mande qu'un
Enſeigne ayantdeferté de la
Place avec fix foldats , avoit
dit que le Confeil eſtoit encore
affemblé ,que l'on difoit
que trois perfonnes avoient
ſté nommées pour aller par
Jet àMonfieur deMaréchal de
GALANT. 287
Berwick, alçavoir leGeneral
de Bataille Joſeper , le Marquis
de Tamarit ,& le Comte
de Placentia. Que l'on ne ſçavoit
pas quel jour ce feroit;
mais que s'il y avoit quelque
retardement ce n'estoit qu'à
cauſe du déſordre que l'on
[çavoit que les eaux avoient
fait dans la tranchée & dane
les Mines, ce qui leur avoi
selevé le courage.201
Quant à ce qui ſe paſſedans
IePaysducoſtéde la Marine,le
Village de Saint Hiſcle a eſté
pillé Sentierement brulé
par le détachement deMon
188 MERCURE
fieur de Valloute queſtoir
à Tordera ; & deux autres
des Troupes d'Eſpagne qui
s'y estoient joint Les Rebelles
ſe ſont appro hez ' aprés
avoir abandonne Canet ; mais
lors qu'ils fçûrent que l'on
marchoit de ce colte là , ils
fitent la même manoeuvre ,
ainſi la chofe fut faite fans
refittance
C'eſt unVillage ſitué dans
un pays tres difficile prés de
la Mer qui ſervoit de retraite
& de magaſin aux Rebelles
dont ils farfoient continuellement
porter des vivres
Saint
GALANT. 289
Saint Paul & Canet pour
Barcelone.
Monfieur de Vallouſe a
auſſi fait bruler à ſon retour
ſept Barques de Barcelone
avec leurs agrés qu'il trouva
àCanet & à Saint Paul.
Pour ce qui eſt de la Montagne,
Monfieur de Rauchop
eſt toûjours avec un détachement
du coſté de Ripoüille ,
& Meragas ,s'eſt retiré un
peu plus loin du côté de la
Puebla qui eſt à quatre heures
de là.
Les Rebelles s'y eſtoient
aſſemblez pour faire de nou-
Septembre 17 14 . Bb
290 MERCURE
veau ſoulever le pays ; mais
comme l'on n'a ſçû depuis
qu'ils avoient marché du côté
de Manresa , Monfieur de
Bracamonté profite de ce
temps là pour aller bruler de
nouveau Arbucia où il y a un
autre corps de Rebelles. Monfieur
le Comte de Frenne a
envoyé un détachement dans
la Plaine de Vich , pour le
favoriſer dans ſon expedition :
c'eſt un endroitdans le Mouſigny
qui eſt continuellement
ſous les armes & qui fert de
retraite & de magaſin aux
Rebelles.
GALANT. 297
Le deux de ce mois au matin
trois Officiers de Cavaleric
de la Ville vinrent au Camp
commedeferteurs. M. le Marêchal
de Berwick les interrogea
, les fit garder à veuë , &
enſuite embarquer pour Pcniſcola.
Le meſme jour deux unCapitaine
de Volontaires du
Marquis Delpoal deferta , &
eût une longue conference
avec M. le Mareſchal qui le fit
refter chez luy; l'on croit qu'il
doit aller joindre quelqu'un
des Camps volans detachez de
l'Armée contre cesRebelles.
Bb ij
292 MERCURE
Les nouvelles breches &
les mines vont parfaitement
bien , mais une grande pluye
qu'il fit hier pendant dix à
douze heures a inondé la
plus grande partie de la tranchée
,& fur tout mis beaucoup
d'eau dans les mines ,
dont quelque partie s'eſt
éboulée : on travailie à reparer
les dommages , cependant
ces orages réïterez cauſent du
retardement. Les Affiegez
pretendent avoir eventé la
mine des Eſpagnols qui eſt
ſous la courtine prés l'angle
rentrant du Baſtion de la porGALANT.
293
re neuve.. Mais on dit qu'elle
n'eſt point endommagée
d'autant plus que l'on a poufſé
un rameau d'un autre côté;
d'ailleurs on aſſeure que les
breches dont le nombre augmente
tous les jours , & qui
quand cette mine n'y ſeroit
pas feront encore 6. attaques,
Leront encore plus que ſuffifantes
,&tout ſe diſpoſe pour
leſdites attaques. Les Dragons
en auront une. Mole Marefchal
fait faire des échelles ,&
l'on en a déja porté beaucoup
avec un grand nombre de
grenades aux dépoſts que l'on
Bb iij
294 MERCURE
a formez prés les débouchez
marquez pour l'attaque des
breches.
M. le Maréchal voulut bien
les faire ſommer hier 3 à 10 .
heures du matin avant de les
expoſer à un affaut general ,
ils répondirent qu'ils affembleroient
leur conſeil : une
heure aprés ils demanderent fi
l'on ſouhaitoit pour ôrages
des hommes de guerre ou de
Magiftrature , ajoûtant qu'ils
ne pouvoient ceffer de tirer ,
de maniere que le feu a toûjours
continué de part &
d'autre;&quoyqu'il y ait prés
GALANT . 295
de 36. heures , il ne paroît pas
qu'ils ayent encore fait de réponſe.
L'on aſſeure neanmoins
qu'il eſt venu cette nuit deux
Exprés avec des Lettres dú
ſieur Villaroël qui ont fait
éveiller Monfieur le Maref
chal ; mais comme il a dit à
tout le monde que ce n'eſtoit
que des deferteurs , on a jugé
qu'il vouloit qu'on ignoraft
le reſte.
Le pain eft tres - rare & fort
cher dans Barcelone , d'où
les femmes viennent en grand
nombre fur le bordde nos lignes
pour tâcher d'en fortir ,
B b iiij
J
296 MERCURE
A
mais M. le Maréchal a donné
ordre par toutde les faire rentrer
par forcedans la Ville.
2. M. de Sardini Montriel
Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine , homme
tres eſtimé de toutes les manieres
a eu ce matin une jambe
emportée d'un coup de canon
, & l'autre tres endommagée
en deſcendant la tranchéc.
Enfin aprés trois jours entiers
pendant leſquels les Barcelonois
ont fait pluſieurs
aſſemblées generales leſquelles
auroient dû naturellement
GALANT. 297
finir pour envoyer les trois
Deputez qu'ils avoient nommez
dés le premier jour : le
réſultat du tout a eſté que le
nommé Jozepet General de
Bataille dans cette Ville ayant
demandé hier à parler àMonfieur
le Chevalier d'Hasfeld
qui eſtoit de tranchée , luy
rendit pour réponſe que la
Ville ne vouloit écouter aucunes
propefkions & luy demanda
enfuite s'il vouloit
quelque choſe de plus ; cela
fini il luy conſeilla de ſe retirer
promptement , &l'on recommença
à tirer de part & d'au298
MERCURE
tres ; l'extravagance de cette
réponſe étant encore mieux
marquée en Efpagnol comme
elle a eſté faite , on en joint
une copie à la preſente.
:
La nuit du quatre au cinq
les Affiegez firent une fortic
par deux endroits du chemin
couvert qui eſt prés de la
Redoute de la Mer , ils tomberent
fur les deux Compagnies
des Grensers du Regiment
d'Auvergne qui les
chafferent & leur tuerent
treize hommes ; mais des
Officiers de ces deux Compagnies
, ily en eutdeux deblef.
GALANT. 299
ſez , deux morts & vingtun
Grenadiers tuez oubleffez.
La nuit du cinq au fix il fit
une ſi grande pluye que ces
inondations réïterées obligerent
d'abandonner la Mine
des Eſpagnols , celle du ſieur
de Lorme pouvant eſtre plus
facilement réparée,on compte
qu'elle ſera en état au plus
tard le neuf..
Il entra encore avant hier
•aprés midy dans Barcelone
deux groffes Barques chargées
de proviſions à la veuë
de toute l'Armée ; on parle
d'en armer vingt- cinq ou tren300
MERCURE
te pour s'oppoſer à tous les
petits Baſtimens qu'ils font
entrer de cette maniere dans
laPlace.
Les Rebelles de la Montagne
s'eſtant raſſemblez devant
Manreze au nombre de plus
de 4000. l'ont attaqué &même
bleſſé à mort le Gouverneur
; mais les détachemens
qui ſont toûjours en campagne
s'eſtant réünis les en ont
chaffez.
Monfieur de Sardiny Lieutenant
Colonel du Regiment
de la Marine eſt mort des
bleſſures dont on a parlé. 3
GALANT 301
Respuesta bichaporla ciudadde
Barcelona dopalabra altenienté
General detrinxera Cavallero
d'Hasfeld el dia 6. Setiembre
1714. Segun que el general detrinxera
hauia propuesto dias.
Laciudad ha hecho tresjuntas
a refuelto lo figuiente.
La ciudad noquiere admittir
propofition alguna quiere V. E.
algoMas?
Le 7. de ce mois les Barcelonois
firent la réponſe ſuivante
à la ſommation qui leur
avoit été faite deux jours
avant.
Un Officier vint ſur labre302
MERCURE
che , & demanda à parler à
l'Officier General commendant
la tranchée , qui étoit M.
leChevalier d'Hasfeld , il luy
lut la réponſe , contenant que
la Députation de Barcelone
faiſoit ſçavoir à M. le Maréchal
de Berwick qu'elle n'avoit
aucune propoſitionàfaire
ni à recevoir.
Le 11. on a donné l'aſſaut
general fans avoir pu ſe
ſervir des Mines qui ſe trouvoient
toutes noyées , & on
s'eſt empaté de tous les trois
Baſtions attaquez , &des retranchemens
; les Barcelonois
GALANT. 303
eſtoient retranchez dans les
maiſons , & dans les ruës , &
avoient demandé à capituler ,
fur quoyMonfieur le Maref
chal de Berwick leur fit répondre
qu'ils ne pouvoient
demander autre choſe que
d'eſtre pris à diſcretion.
On en étoit là lors que M.
le Ducde Mortemart eft party.
On attend la fin de cette
affaire par M. le Marquis de
Broglio.
e M. de la Villemenu , Colonel
d'Orleans a un coup de
fufil au travers du corps .
M. de Tailleran la cuiſſe
coupéc.
304 MERCURE
M. dHoudetot un coup
de fuſil dans l'aîne.
Fermer
Résumé : NOUVELLES de ce qui se passe dans Barcelone, & la disposition des Troupes.
En août 1714, Barcelone est sous contrôle rebelle avec environ 2 000 hommes de troupes régulières, incluant l'infanterie et la cavalerie. Les chefs rebelles principaux sont Villarroël et Poanton, ce dernier ayant été destitué. Les officiers clés comprennent Jozepet, major général de bataille, le Chevalier Romana, commandant de la cavalerie, Balet, directeur de l'artillerie et de l'ingénierie, Bruno Torner, capitaine des bombardiers, et Pacheras, capitaine des mineurs. Le régiment de la colonelle compte six bataillons de 500 hommes chacun, et environ 3 000 habitants prennent les armes, portant le total des forces à 5 000 hommes. Les positions défensives sont établies près de Sainte Catherine, du Palais, et de la Merced, avec des renforts à la Demi-Lune de la porte neuve et à la brèche de saint Pierre. La Junta magna, dirigée par le gouverneur Torrellas et ses lieutenants, dont le Comte de Pononos et le Marquis de Sermanat, gère les opérations. Les finances sont collectées par la force si nécessaire. Depuis le début des combats, environ 600 hommes ont été blessés et plusieurs tués, dont le Comte Don José Mata et Don Carlos Ribera. Les batteries continuent de tirer pour ouvrir de nouvelles brèches, et les mines sont presque prêtes. Le maréchal de Berwick a sommé les Barcelonais de se rendre, mais ceux-ci demandent du temps pour consulter leurs conseils. Les rebelles utilisent un village près de la mer comme retraite et magasin de vivres. Plusieurs actions militaires sont menées par les forces françaises et espagnoles, incluant des attaques et des destructions de bastions rebelles. À Barcelone, des désertions vers les forces françaises sont signalées. Les travaux de siège avancent malgré des intempéries. Les assiégés prétendent avoir détecté une mine espagnole, mais les brèches créées par les bombardements sont suffisantes pour lancer des attaques. Le pain est rare et cher à Barcelone. Le 6 septembre 1714, Barcelone refuse toute proposition de négociation. Le 7 septembre, la réponse de la députation de Barcelone au maréchal de Berwick indique qu'elle n'a aucune proposition à faire ni à recevoir. Le 11 septembre, un assaut général permet la prise de trois bastions et des retranchements. Les Barcelonais demandent à capituler, mais le maréchal de Berwick exige une reddition sans condition. Parmi les blessés figurent M. de la Villemenu, M. de Tailleran et M. d'Houdetot. La fin des hostilités est attendue avec l'arrivée du marquis de Broglio.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 241-250
A Barcelone le 21. Septembre.
Début :
M. le Maréchal de Berwick a fait le 18. de ce mois son [...]
Mots clefs :
Barcelone, Maréchal de Berwick, Entrée, Maréchal, Porte, Roi, Chevaux, Premier consul, Rebelles, Gardes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Barcelone le 21. Septembre.
A Barcelone le 21. Septembre.
M. le Maréchal de Berwick
a fait le 18. de ce mois ſon
entrée en cette Ville pour aller
à la Cathedrale faire chanter
le Te Deum . Il partit du Camp
ſuivi de plus de 100. Officiers
du premier ordre , tous bien
montez , & les Chevaux couverts
de houfles tres propres.
J'avoishonneur d'eſtre dece
Octobre 1714. X
242 MERCURE
nombre. Lorſque nous fumes
au tiersdu chemin , il s'arrêta
un quart d'heure , aprés il s'avança
à une demie portée de
Canon de la Ville , où il attendit
encore un quart d'heure.
Le Corps de Ville vint audevant
de luy. Il y avoit dix
hommes àpied vêtus de Robes
rouges & un galon deſſus.
Ils eſtoient ſuivis d'un pareil
nombre veſtus de même qui
eſtoient à cheval. Il y en avoit
demontez ſur des mules avec
des Timbales ; aprés quoy
marchoient à cheval fix hommes
avec des Robes bleuës &
GALANT . 243
violettes , tenant des manieres
de maſſes à la main, & ils
étoient ſuivis de cinq Confuls
bienmontez , dont les chevaux
eſtoient magnifiquement
harnachez , avec beaucoupde
rubans à leur teſte. Ils
avoient une maniere d'écharpe
de ſatin rouge à fleurs d'or
large de neuf à dix pouces
qui leur prenoit ſur l'épaule
&defcendoit iufqu'à leur épée
M. le Maréchal s'arreſta ; le
premier Conful luy fit une
petite Harangue en Eſpagnol.
Je ne pus pas bien l'entendre.
M. le Maréchal luy répondit
Xij
244 MERCURE
fort honneſtement , & leur
dit en general qu'il falloit oule
paffé, qu'ils n'avoient
qu'à donner au Roy des marques
de leur fidelité , & qu'il
feroit tout ce qu'il pourroit
auprés de S. M. C. pour l'engager
à les traiter favorablement.
Aprés quoy les Gardes
de M. le Maréchal mirent l'épée
à la main , & pafferent les
premiers.Tout le cortege fit
demy tour à droite , & mar./
cha du coſté de la Ville dans
le même ordre qu'il eſtoir
Le premier Conful
marcha à lagauche duMilord.
venu.
ン
GALANT. 245
En approchant , le Montjoüy
falua de tout fon Canon ,&
en entrant dans la Ville toute
l'artillerie de la Place tira. Ily
avoit ſur la porte trois tapis
avec le Portrait du Roy'd'Efpagne.
Nous marchâmes dans
cet ordre juſqu'à la Citadelle..
Les ruës eſtoient bordées de
Soldats qui preſentoient les
armes ,& avoient leurs bayon.
nettes au bout du fufil , il n'y
avoit que les Gardes Valones:
qui euffent le fufil ſur l'épaule.
Il y avoit dans les ruës qui
traverſoient celles par leſquelles
nous paffions ,des Cavaliers
X iij
246 MERCURE
qui avoient le ſabre haut. Le
Portrait du Roy eſtoit auſſi
au deſſus de la grande porte
del'Eglife. LeChefdu Clergé
ſuivi de ſes Chanoines ſe trouva
ſur la porte& fit ſon compliment
à M. le Maréchal &
l'accompagna dans le Choeur
où on luy avoit preparé un
Prié-Dieu. L'Egliſe eſtoit fort
illuminée. On chanta le Te
Deum en Muſique,pendant lequel
tems la Place fit3. décharges
deCanon. Les enfans &
le petit peuple crioient Viva
&jettoient leurs chapeaux en
l'air. Le Te Deum fini on
GALANT. 247
repaſſa par lesmêmes ruës &
avec le même ordre juſqu'à
la porte.En fortant, laPlace&
leMontjoüy faluërent encore
de toute leur artillerie. Voilà
toute la Ceremonie.
Je remarquay qu'il y avoit
neuf Bombes qui estoient
tombées dans cette Eglife. Il
y ades ruës où l'on ne peut
paſſerà cauſe des débris des
maiſons. Il y en a peu qui ne
foient endommagées ou des
Bombes oudes Boulets à rico .
chet que nous avons tirez.
LorſqueM. de Broglio eft
parti il y avoit auprés de M.
X iiij
248 MERCURE
le Maréchal des Deputez de
l'Ifle de Maillorque pour traiter
avec luy .
On parle diverſement du
Marquis de Villaroel qui
commandoit dans Barcelone ,
& qui a eu le genoüil caffé au
dernier afſaut ; les uns diſent
qu'ils'eſt ſauvé à Maillorque,
& les autres qu'il s'eſt remis
àla clemence du Roy , alleguant
qu'il n'a pas tenu à ſes
répreſentations que les Rebelles
ne ſe ſoient plutoſt ſoumis.
Ce dernier ſentiment paroiſt
le plus vray.
J'ay vû d'ailleurs des LerGALANT.
249
1
tres qui mandent qu'il ne
faut pas croire un mot du
grand nombre de gens que
nous avons perdu. Il y en a
fix fois moins.
On ajoûte qu'on va faire
le procés aux plus coupables
des Rebelles , que les Miquelets
prendront parti dans les
Troupes d'Eſpagne , & qu'on
oblige la Ville de baltir une
Citadelle à ſes dépens .
On dit que M. le Maréchal
de Berwick avoit envoyé
les Drapeaux de Barce
lone à Madrid , & quele Roy
d'Eſpagne les luy a renvoyé
1
250 MERCURE
par le même Courrier avec
ordre de les faire bruler au
milieu de la Ville par la main
du Bourreau.
Une Lettre du trois de ce
mois porte que M. le Maréchal
a fait embarquer le même
jour vingt deux des principaux
Chefs des Rebelles ,
pour les faire paſſer au Château
d'Alicant , où ils ſeront
biengardez Ondit que Villaroel
,Pinos , & Baſſet ſont du
nombre des prifonniers. Il y
en a un grand nombre d'autres
qu'on envoye à Peniſcola.
M. le Maréchal de Berwick
a fait le 18. de ce mois ſon
entrée en cette Ville pour aller
à la Cathedrale faire chanter
le Te Deum . Il partit du Camp
ſuivi de plus de 100. Officiers
du premier ordre , tous bien
montez , & les Chevaux couverts
de houfles tres propres.
J'avoishonneur d'eſtre dece
Octobre 1714. X
242 MERCURE
nombre. Lorſque nous fumes
au tiersdu chemin , il s'arrêta
un quart d'heure , aprés il s'avança
à une demie portée de
Canon de la Ville , où il attendit
encore un quart d'heure.
Le Corps de Ville vint audevant
de luy. Il y avoit dix
hommes àpied vêtus de Robes
rouges & un galon deſſus.
Ils eſtoient ſuivis d'un pareil
nombre veſtus de même qui
eſtoient à cheval. Il y en avoit
demontez ſur des mules avec
des Timbales ; aprés quoy
marchoient à cheval fix hommes
avec des Robes bleuës &
GALANT . 243
violettes , tenant des manieres
de maſſes à la main, & ils
étoient ſuivis de cinq Confuls
bienmontez , dont les chevaux
eſtoient magnifiquement
harnachez , avec beaucoupde
rubans à leur teſte. Ils
avoient une maniere d'écharpe
de ſatin rouge à fleurs d'or
large de neuf à dix pouces
qui leur prenoit ſur l'épaule
&defcendoit iufqu'à leur épée
M. le Maréchal s'arreſta ; le
premier Conful luy fit une
petite Harangue en Eſpagnol.
Je ne pus pas bien l'entendre.
M. le Maréchal luy répondit
Xij
244 MERCURE
fort honneſtement , & leur
dit en general qu'il falloit oule
paffé, qu'ils n'avoient
qu'à donner au Roy des marques
de leur fidelité , & qu'il
feroit tout ce qu'il pourroit
auprés de S. M. C. pour l'engager
à les traiter favorablement.
Aprés quoy les Gardes
de M. le Maréchal mirent l'épée
à la main , & pafferent les
premiers.Tout le cortege fit
demy tour à droite , & mar./
cha du coſté de la Ville dans
le même ordre qu'il eſtoir
Le premier Conful
marcha à lagauche duMilord.
venu.
ン
GALANT. 245
En approchant , le Montjoüy
falua de tout fon Canon ,&
en entrant dans la Ville toute
l'artillerie de la Place tira. Ily
avoit ſur la porte trois tapis
avec le Portrait du Roy'd'Efpagne.
Nous marchâmes dans
cet ordre juſqu'à la Citadelle..
Les ruës eſtoient bordées de
Soldats qui preſentoient les
armes ,& avoient leurs bayon.
nettes au bout du fufil , il n'y
avoit que les Gardes Valones:
qui euffent le fufil ſur l'épaule.
Il y avoit dans les ruës qui
traverſoient celles par leſquelles
nous paffions ,des Cavaliers
X iij
246 MERCURE
qui avoient le ſabre haut. Le
Portrait du Roy eſtoit auſſi
au deſſus de la grande porte
del'Eglife. LeChefdu Clergé
ſuivi de ſes Chanoines ſe trouva
ſur la porte& fit ſon compliment
à M. le Maréchal &
l'accompagna dans le Choeur
où on luy avoit preparé un
Prié-Dieu. L'Egliſe eſtoit fort
illuminée. On chanta le Te
Deum en Muſique,pendant lequel
tems la Place fit3. décharges
deCanon. Les enfans &
le petit peuple crioient Viva
&jettoient leurs chapeaux en
l'air. Le Te Deum fini on
GALANT. 247
repaſſa par lesmêmes ruës &
avec le même ordre juſqu'à
la porte.En fortant, laPlace&
leMontjoüy faluërent encore
de toute leur artillerie. Voilà
toute la Ceremonie.
Je remarquay qu'il y avoit
neuf Bombes qui estoient
tombées dans cette Eglife. Il
y ades ruës où l'on ne peut
paſſerà cauſe des débris des
maiſons. Il y en a peu qui ne
foient endommagées ou des
Bombes oudes Boulets à rico .
chet que nous avons tirez.
LorſqueM. de Broglio eft
parti il y avoit auprés de M.
X iiij
248 MERCURE
le Maréchal des Deputez de
l'Ifle de Maillorque pour traiter
avec luy .
On parle diverſement du
Marquis de Villaroel qui
commandoit dans Barcelone ,
& qui a eu le genoüil caffé au
dernier afſaut ; les uns diſent
qu'ils'eſt ſauvé à Maillorque,
& les autres qu'il s'eſt remis
àla clemence du Roy , alleguant
qu'il n'a pas tenu à ſes
répreſentations que les Rebelles
ne ſe ſoient plutoſt ſoumis.
Ce dernier ſentiment paroiſt
le plus vray.
J'ay vû d'ailleurs des LerGALANT.
249
1
tres qui mandent qu'il ne
faut pas croire un mot du
grand nombre de gens que
nous avons perdu. Il y en a
fix fois moins.
On ajoûte qu'on va faire
le procés aux plus coupables
des Rebelles , que les Miquelets
prendront parti dans les
Troupes d'Eſpagne , & qu'on
oblige la Ville de baltir une
Citadelle à ſes dépens .
On dit que M. le Maréchal
de Berwick avoit envoyé
les Drapeaux de Barce
lone à Madrid , & quele Roy
d'Eſpagne les luy a renvoyé
1
250 MERCURE
par le même Courrier avec
ordre de les faire bruler au
milieu de la Ville par la main
du Bourreau.
Une Lettre du trois de ce
mois porte que M. le Maréchal
a fait embarquer le même
jour vingt deux des principaux
Chefs des Rebelles ,
pour les faire paſſer au Château
d'Alicant , où ils ſeront
biengardez Ondit que Villaroel
,Pinos , & Baſſet ſont du
nombre des prifonniers. Il y
en a un grand nombre d'autres
qu'on envoye à Peniſcola.
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Résumé : A Barcelone le 21. Septembre.
Le 18 septembre 1714, le maréchal de Berwick entra à Barcelone accompagné de plus de cent officiers de haut rang pour assister à un Te Deum à la cathédrale. Le cortège, incluant des dignitaires et des soldats, fut accueilli par le corps municipal de la ville, vêtu de robes rouges et violettes. Le maréchal adressa un discours aux habitants, les incitant à démontrer leur loyauté envers le roi d'Espagne. La procession traversa les rues de la ville, bordées de soldats et de cavaliers, sous les salves de canons et les acclamations de la population. Après le Te Deum, le cortège repartit dans le même ordre. La ville portait des traces de destruction dues aux bombardements récents. Le marquis de Villaroel, commandant rebelle, avait capitulé et attendait la clémence royale. Des rumeurs indiquaient que certains rebelles étaient emprisonnés ou envoyés à Alicante et Peniscola. Le maréchal de Berwick avait également ordonné la destruction des drapeaux de Barcelone au centre de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 89-94
Extrait du Traite d'Alliance entre la France, l'Angleterre & la Hollande. [titre d'après la table]
Début :
Le Traité d'Alliance Deffensive entre la France, l'Angleterre, & la Hollande, [...]
Mots clefs :
Traité d'alliance, France, Angleterre, Hollande, Roi très chrétien, Décès, Altesse sérénissime, Rebelles, Peuples, Bâtiments, Marées, Ratification, Démolition, Digues, Alliances, Royaumes, Puissances, Soldats, États généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Traite d'Alliance entre la France, l'Angleterre & la Hollande. [titre d'après la table]
Le Traité d'Alliance Deffenfive
entre la France , l'Angleterre,
& la Hollande , conclu à la Haye
le 4 Janvier 1717 , a été rendu
public. Il est divifé en huit Articles
, & un ge féparé. Il contient
en fubftance , que le Roy Très-
Chrêtien s'oblige d'engager celui
qui a pris le Titre de Prince
de Galles , pendant la vie du feu
Roy Jacques II. & après la mort
dudit Roy , celui de Roy de la
Grande Bretagne , de fortir du
Comtat d'Avignon , & d'aller faire
fon féjour au delà des Alpes , immé
Hiij
90 LE NOUVEAU
diatement après la fignature du préfent
Traité , & avant l'échange des
Ratifications. De plus , que le Roy
Très - Chrêtien promet de ne permettre
en aucun tems à l'avenir ,
à la perfonne ci -deffus défignée
de revenir à Avignon , ou de paffer®
par les Terres dépendantes de la
Couronne de France , fous prétexte
de retourner où à Avignon ,
où en Lorraine, ou même de mettre
le pied en aucun lieu de la Domination
de S. M. T. C.
>
Que lefdits Séréniffimes Rois ,
& lefdits Seigneurs Etats Generaux
s'engagent réciproquement de
refuſer toute forte d'azile , & deretraite
aux sujets de l'un d'entr'
eux , qui auront été , ou pouront
être déclarez Rebelles , auffi - tôt
que la requifition en aura été faite
par celui des Contractans , dont
ces rebelles auront été reconnus fujets
, & même de contraindre lef
dits rebelles de fortir des Terres
de leur obéiffance dans l'efpace de
huit jours , après que le Miniftre:
MERCURE. gr
dudit Allié en aura fait la requifition
, au nom de fon Maître.
Que le Roy Très - Chrêtien confent
, que le nouveau Canal de
MARDICK ne fervira à autreufage
, qu'à l'écoulement des eaux ,
& au Commerce néceffaire pour
la fubfiſtance & l'entretien des Peuples
de cette partie des Païs Bas.
Ce Commerce ne fera fait qu'avec
des Bâtimens , qui ne pour-
- ront avoir plus de 16 pieds de largeur
; pour cet effet , le grand paffage
de la nouvelle Eclufe de
Mardick ; qui a 40 pieds de largeur
, fera détruit de fond en
comble , & les matériaux détruits
ne pourront fervir pour aucun
Port , Havre , ou Éclufe à Dunkerque
, ou à Mardick , ou en
quelque endroit que ce foit , à 2
lieues de distance d'aucune de
ces deux Places .
2°. Que la petite Eclufe reftera
à l'égard de fa profondeur comme
elle eft à préfent , pourvû que:
fa largeur foit réduite , à 16..
pieds ..
92 LE NOUVEAU
3°. Que les jettées & les fafcinages
depuis les DUNES , où la Marée
monte fur LESTRAN , quand elle
est la plus haute , jufques à la
plus baffe Mer , feront rafés des
deux côtés , le long du nouveau
CHENAL par tout , au niveau de
Leftran.
4. Qu'aprés la Ratification du
préfent Traité , on eft convenu
qu'on employera un nombre ſuffifant
d'Ouvriers à la deftruction des
jettées le long du nouveau Chénal.
La démolition fera commencée le
se Avril , & achevée , s'il fe peut ,
à la fin du mois de Juin 1717.
s° . Que la démolition des Digues
ou jettées des deux côtez du vieux
CHENAL , ou Port de Dunkerque ,
fera mife par tout au niveau de
Leftran , depuis la plus baffe Mer,
jufques en dedans de la Ville de
Dunkerque.
Comme l'objet & le véritable
but de cette Alliance , entre lef
dits Seigneurs Rois , & Etats Geneaux
, eft de conferver , & mainMERCURE.
98.
tenir réciproquement la Paix , & la
tranquilité de leurs Royaumes , &
Etats. Ces Puiffances font convenuës
, que fi quelqu'un defdits Alliés
étoit attaqué par quelque Prince
, ou Etat que ce fut , les autres
Alliés interpoferont leurs Offices
auprès de l'aggréffeur ,pour procurer
fatisfaction à la partie lézée , & l'engager
à s'abftenir entierement de
routes fortes d'hoftilités . Mais que
fi ces bons offices n'avoient pas
l'effet que l'on fe promet , pour
concilier l'efprit des deux Parties ;
Alors ceux des Contractans , qui
n'auront point été attaqués , feront
tenus de fecourir fans retardement ,
leur Allié , & fourniront ; fçavoir.
+
Le Roy Très- Chrétien huit mille
hommes de pied , & deux mille
de Cavalerie.
Le Roy de la Grande Bretagne ,
huit mille hommes de pied , &
deux mille de Cavalerie.
Les Etats Generaux , quatre
94 LE NOUVEAU
mille hommes de pied , & mille
de Cavalerie.
Que fi l'Allié qui fera engagé dans
la Guerre , veut plûtôt avoir du fecours
par Mer , ou même préfere
de l'argent aux Troupes de Terre ,
ou de Mer , on lui en laiffera le
choix. Pour cela , on eft convenu ,
que mille hommes de pied feront
évalués à la fomme de dix mille
livres par mois , & mille hommes
de Cavalerie à celle de 30. mille livres.
Les fecours par Mer , feront
évalués , fuivant la même proportion.
Il a été ftipulé pareillement ,
que fi les Royaumes , ou Etats de
quelqu'un des Alliés , font traverfés
par des diffentions inteltines , celui
qui fe trouvera dans ces troubles
, fera en droit de demander ,
que ces Alliez lui fourniffent les
fecours ci - deffus exprimés : bien
entendu que cette garantie reciproque
ne regarde que les Etats &
Poffeffions que ces Puillances ont
refpectivement en Europe.
entre la France , l'Angleterre,
& la Hollande , conclu à la Haye
le 4 Janvier 1717 , a été rendu
public. Il est divifé en huit Articles
, & un ge féparé. Il contient
en fubftance , que le Roy Très-
Chrêtien s'oblige d'engager celui
qui a pris le Titre de Prince
de Galles , pendant la vie du feu
Roy Jacques II. & après la mort
dudit Roy , celui de Roy de la
Grande Bretagne , de fortir du
Comtat d'Avignon , & d'aller faire
fon féjour au delà des Alpes , immé
Hiij
90 LE NOUVEAU
diatement après la fignature du préfent
Traité , & avant l'échange des
Ratifications. De plus , que le Roy
Très - Chrêtien promet de ne permettre
en aucun tems à l'avenir ,
à la perfonne ci -deffus défignée
de revenir à Avignon , ou de paffer®
par les Terres dépendantes de la
Couronne de France , fous prétexte
de retourner où à Avignon ,
où en Lorraine, ou même de mettre
le pied en aucun lieu de la Domination
de S. M. T. C.
>
Que lefdits Séréniffimes Rois ,
& lefdits Seigneurs Etats Generaux
s'engagent réciproquement de
refuſer toute forte d'azile , & deretraite
aux sujets de l'un d'entr'
eux , qui auront été , ou pouront
être déclarez Rebelles , auffi - tôt
que la requifition en aura été faite
par celui des Contractans , dont
ces rebelles auront été reconnus fujets
, & même de contraindre lef
dits rebelles de fortir des Terres
de leur obéiffance dans l'efpace de
huit jours , après que le Miniftre:
MERCURE. gr
dudit Allié en aura fait la requifition
, au nom de fon Maître.
Que le Roy Très - Chrêtien confent
, que le nouveau Canal de
MARDICK ne fervira à autreufage
, qu'à l'écoulement des eaux ,
& au Commerce néceffaire pour
la fubfiſtance & l'entretien des Peuples
de cette partie des Païs Bas.
Ce Commerce ne fera fait qu'avec
des Bâtimens , qui ne pour-
- ront avoir plus de 16 pieds de largeur
; pour cet effet , le grand paffage
de la nouvelle Eclufe de
Mardick ; qui a 40 pieds de largeur
, fera détruit de fond en
comble , & les matériaux détruits
ne pourront fervir pour aucun
Port , Havre , ou Éclufe à Dunkerque
, ou à Mardick , ou en
quelque endroit que ce foit , à 2
lieues de distance d'aucune de
ces deux Places .
2°. Que la petite Eclufe reftera
à l'égard de fa profondeur comme
elle eft à préfent , pourvû que:
fa largeur foit réduite , à 16..
pieds ..
92 LE NOUVEAU
3°. Que les jettées & les fafcinages
depuis les DUNES , où la Marée
monte fur LESTRAN , quand elle
est la plus haute , jufques à la
plus baffe Mer , feront rafés des
deux côtés , le long du nouveau
CHENAL par tout , au niveau de
Leftran.
4. Qu'aprés la Ratification du
préfent Traité , on eft convenu
qu'on employera un nombre ſuffifant
d'Ouvriers à la deftruction des
jettées le long du nouveau Chénal.
La démolition fera commencée le
se Avril , & achevée , s'il fe peut ,
à la fin du mois de Juin 1717.
s° . Que la démolition des Digues
ou jettées des deux côtez du vieux
CHENAL , ou Port de Dunkerque ,
fera mife par tout au niveau de
Leftran , depuis la plus baffe Mer,
jufques en dedans de la Ville de
Dunkerque.
Comme l'objet & le véritable
but de cette Alliance , entre lef
dits Seigneurs Rois , & Etats Geneaux
, eft de conferver , & mainMERCURE.
98.
tenir réciproquement la Paix , & la
tranquilité de leurs Royaumes , &
Etats. Ces Puiffances font convenuës
, que fi quelqu'un defdits Alliés
étoit attaqué par quelque Prince
, ou Etat que ce fut , les autres
Alliés interpoferont leurs Offices
auprès de l'aggréffeur ,pour procurer
fatisfaction à la partie lézée , & l'engager
à s'abftenir entierement de
routes fortes d'hoftilités . Mais que
fi ces bons offices n'avoient pas
l'effet que l'on fe promet , pour
concilier l'efprit des deux Parties ;
Alors ceux des Contractans , qui
n'auront point été attaqués , feront
tenus de fecourir fans retardement ,
leur Allié , & fourniront ; fçavoir.
+
Le Roy Très- Chrétien huit mille
hommes de pied , & deux mille
de Cavalerie.
Le Roy de la Grande Bretagne ,
huit mille hommes de pied , &
deux mille de Cavalerie.
Les Etats Generaux , quatre
94 LE NOUVEAU
mille hommes de pied , & mille
de Cavalerie.
Que fi l'Allié qui fera engagé dans
la Guerre , veut plûtôt avoir du fecours
par Mer , ou même préfere
de l'argent aux Troupes de Terre ,
ou de Mer , on lui en laiffera le
choix. Pour cela , on eft convenu ,
que mille hommes de pied feront
évalués à la fomme de dix mille
livres par mois , & mille hommes
de Cavalerie à celle de 30. mille livres.
Les fecours par Mer , feront
évalués , fuivant la même proportion.
Il a été ftipulé pareillement ,
que fi les Royaumes , ou Etats de
quelqu'un des Alliés , font traverfés
par des diffentions inteltines , celui
qui fe trouvera dans ces troubles
, fera en droit de demander ,
que ces Alliez lui fourniffent les
fecours ci - deffus exprimés : bien
entendu que cette garantie reciproque
ne regarde que les Etats &
Poffeffions que ces Puillances ont
refpectivement en Europe.
Fermer
17
p. 682-697
SUITE des Troubles d'Egypte. Extrait d'une Lettre écrite du Caire le 30. Août 1729.
Début :
Au mois de Juin dernier, les Beys qui s'étoient retirez au Saïdy, dans [...]
Mots clefs :
Rebelles, Égypte, Le Caire, Troupes, Hommes, Pacha , Beys, Commandant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Troubles d'Egypte. Extrait d'une Lettre écrite du Caire le 30. Août 1729.
SUITE des Troubles d'Egypte. Extrait
d'une Lettre écrite du Caire le 30.
Août 1729.
Aqui
U mois de Juin dernier , les Beys
qui s'étoient retirez au Saïdy , dans
la haute Egypte , lors de la deffaite totale
de Cherkes Mehemet Bey , arrivée en
1725. commencerent à donner des foupçons
aux Commandans du Païs , dont
Zulficar Bey eft le principal Chef , par
les intelligences qu'ils avoient dans la
Ville du Caire , ce qui fit redoubler les
attentions à chaffer ou à faire executer les
Rebelles qui reftoient dans la Ville ; ceux
qui purent éviter de perir par le Sabre
prirent le parti de s'aller joindre à ceux
de la haute Egypte , dont le nombre s'accrut
confiderablement ce qui donna
beaucoup d'inquiétude à nos Commandans
, & les détermina enfin à envoyer
un Corps de 3000. hommes pour tâcher
de les réduire , ou de les difperfer.
,
Ceux de la haute Egypte ne s'endormirent
pas de leur côté, ils s'étoient précautionnez
long- temps auparavant en fe
joignant aux Arabes , dont un des Beys.
Rebelles avoit époufé une Princeffe , fille
d'un des principaux Emirs de cette Nation,
AVRIL. 1730. 683
A
tion , ce qui leur donna le courage de
s'opposer au Corps de Troupes dont on
vient de parler. Le 5. Juillet dernier , co
Corps commença à fe mettre en marche.
Les Rebelles marcherent prefque en même
temps , ils fe rencontrerent bientôt ,
& camperent les uns devant les autres
fans coup ferir.
Quelquesjours après , Soliman Bey, Chef
des Rebelles , envoya dire à Ofman Bey ,
Commandant des Troupes du Caire , qu'il
n'étoit pas bien aife de combattre contre
Les freres , que la Religion Mufulmane ,
dont ils étoient tous , le lui deffendoit
ce qui ayant été pris par Ofman Bey pour
une marque de foibleffe , il fe détermina
au combat qui fut donné le 13. Juillet ,
mais il eut le malheur d'y fuccomber avec
le plus grand nombre des fiens , dont
plus de 350. pafferent du côté des Rebelles.
Dans la mêlée Soliman Bey atteignit
Ofman Bey d'un coup de Lance , &
s'en rendit enfuite bientôt le maître ; il
lui reprocha fes cruautez & les mauvaiſes
manieres que ceux de fon parti avoient
eues avec lui , après quoi il lui coupa luimême
la tête d'un coup de Sabre. Les
autres Beys & ceux qui font échapez
dont le nombre eft fort petit , font prefque
tous bleffez , celui des morts eft trèsconfiderable.
Cij Deux
684 MERCURE DE FRANCE
Deux jours après cette défaite , Cherkez
Mehemet Bey ,qui étoit fugitif depuis fa
déroute de 1725. rentra dans le Royaume
& joignit les Beys du Saïdy , ce qui a
beaucoup renforcé ce Parti ; ayant fait
cette jonction à la tête de 400. Maugre
bins ou Africains de Barbarie , ce renfort
fit prendre la réfolution aux Beys d'écrire
à ceux du Caire , qu'ils euffent à ne
plus envoyer de Troupes contre eux ,
étant bien réfolus d'aller au-devant pour
les combattre , ce qui obligea les Beys.
du Caire à prendre mieux leurs meſures,
ne doutant pas fur cette fierté qu'il n'y
eût dans la Ville quelqu'un qui les trahiffoit.
Ils ne furent pas long- temps à décou
vrir que c'étoit le Pacha d'Egypte lui ,
même , qui abufant de l'autorité dont il
eft revêtu , favorifoit les Rebelles , furquoi
ils s'affemblerent & prirent la réſolution
de le deftituer , ce qu'ils executerent
de cette maniere le 19. Juillet. Tous
les Beys & autres Puiffances du Pays ,
s'étant affemblez à Carameidam , * ils
firent prier le Pacha d'y venir pour conferer
enfemble fur les moyens de faire
cefler les troubles caufez par les Rebel
les ; le Pacha fe rendit à l'Affemblée ;
mais il n'y fut pas plutôt arrivé qu'on
* La Place Noire lieu oùse font les Executions:
lui
AVRIL 1730. 683
lui déclara la réſolution qu'on venoit de
prendre de le deftituer , ce qui fut executé
fur le champ ; il n'en parut point ému ,
on croit même qu'il n'eft pas fâché de
cette deftitution dans les conjonctures prefentes
. Cependant le Pacha affectant toûtjours
un air tranquille , s'adreffa au Tefterdar
ou Tréforier General , préſent à
cette Aſſemblée , à qui il dit , c'eſt donc
à vous à être Kaimakan ou Lieutenant
General du Gouvernement , ce que celuicy
refufa. Alors Zulficar Bey , qui eſt tout
puiffant dans le Parti , dit qu'ils avoient
réfolu d'élire MehemetBey, fils deDervich
Bey pour Kaimakan,à quoi lePacha confentit
; il lui vétitleCaftant ouRobe d'honneur
& lui fit prefent d'une belle Vefte doublée
d'une riche Peau , après quoi le Pacha fe
retira dans la maifon qu'on lui avoit préparée
, où il doit refter fous bonne garde,
en attendant les ordres de la Porte ; il
a reçû depuis bien des mortifications
de la des Puiffances du Pays , jufqu'à
confentir qu'on coupât la tête à trois de
fes Gens , qui étoient ſuſpects au Parti
dominant.
part
Au refte , cette deftitution a fait un
grand changement dans le Pays , ceux.de
la Ville en paroiffent plus tranquilles ,
& ceux de la Campagne ne remuent plus
eependant les Beys d'ici préparent un
Ciij Corps
686 MERCURE DE FRANCE
Corps de 6000. hommes pour l'envoyer
contre les Rebelles , qu'on dit s'être
retranchez dans la haute Egypte , attendant
de pied ferme ceux qui doivent aller
les attaquer. On ne le pourra que par eau,
car nous fommes dans le temps de la
croiffance du Nil . Comme ces Comman
dans ont épuisé leurs fonds , & que pour
la continuation de la guerre , la folde des
6000. hommes & les autres dépenses , il
leur faut plus d'un million cinq cens mille
livres , ils tyrannifent le Peuple & taxent
tous les Marchands , ce qui fait crier hautement
contre leur Gouvernement.
Le 28. nous apprîmes qu'un Corps des
Rebelles s'étoit avancé jufqu'à deux journées
du Caire ; à cette nouvelle on s'affembla
& on confia les poftes du dehors
de la Ville à divers Seigneurs , qui avec
leurs Troupes , fe chargerent de les garder
, & comme on eft toûjouts perfuadé
que le Pacha favorife les Rebelles ,
on
alla lui ordonner de la part des Commandans
, de fortir de fa demeure pour
être conduit à la Prifon de Jofeph , fituée
dans le Château ; c'eft le lieu ordinaire
où l'on execute les Pachas lorsqu'il y a
des ordres de la Porte pour les faire mourir.
Le Pacha parut confterné, & dit qu'il
n'avoit rien fait qui méritât la mort , mais
que fi on devoit l'executer , il falloit
que
AVRIL 1730. 687
que ce fût à la porte de l'Hôtel des Jan- ,
niffaires , comme étant de leur Corps ; il
y fut conduit fur le chimp ; Zulficar Bey
ordonna qu'il y refteroit fous la garde..
d'un Bey ; dès que ce Bey fut arrivé à la
porte des Jannillaires pour y executer les ,
ordres de Zulficar , l'un des anciens Kia- :
hias ou Lieutenans des Janniffaires , fe
leva & dit en s'adreffant à tout le Corps ,
permettrez vous , mes freres , qu'on nous
faffe un tel affront , & ne fommes- nous
pas affez puiffants pour garder nous- mê- ,
mes un Pacha ; ces paroles prononcées :
avec force par un ancien Oficier du
Corps , firent une telle impreffion qu'on
envoya dire fur le champ au Bey de fe
retirer, ce que celui- cy nè fè fit pas dire .
deux fois.
qu'il
Le 29. Zulficar fit fortir toutes fes fem
mes de fa maiſon & tout ce qu'il avoit
de plus précieux , & fit travailler à des
affuts deCanon pour pouvoir monter ceux
avoit fait venir d'Alexandrie des
deux Barques Tripolines qu'il avoit confifquées
, & fait vendre à l'enchere , fur
ce que ceux de Tripoly avoient donné
retraite à Cherkez Mehemet Bey. On ne
put rien apprendre des Rebelles de tout
ce jour là , tous les poftes du dehors continuant
à être gardez .
Le 30. il partit d'ici un détachement
Ciiij de
688 MERCURE DE FRANCE
de 5oo. hommes , commandez par un
Bey , pour aller reconnoître les ennemis ,
qu'on affuroit n'être plus qu'à deux journées
d'ici , & en même- temps un autre
Bey alla fe pofter avec des Troupes &
des Canons fur une élévation qui commande
le Château & une partie de la
Ville ; les poftes continuerent à être exactement
gardez .
›
Le 31. il y eut une petite allarme aur
fujet des 5oo. hommes qu'on avoit envoyez
pour reconnoître les Ennemis , on
affuroit qu'ils avoient été battus & taillez
en pieces ; cependant on continua à envoyer
des Troupes & des Munitions aux
divers Officiers qui occupoient les dehors
de la Ville. Le même jour ceux- cy , peu
accoûtumez aux travaux de la guerre ,
envoyerent dire à Zulficar & à Youffep
Kiahia Officiers dans le Corps des
Azabs , qu'ils euffent à fortir du Caire ,
pour les venir joindre & aller enfemble
attaquer les Rebelles; ceux - cy répondirent
qu'ils ne pouvoient fortir que dans deux
ou trois jours ; on affure qu'ils fe méfient
de ceux qui ont fait cette demande , les
croyant d'intelligence avec les Rebelles .
Le premier Août , les 500. hommes en- ၂၁ ဝ .
voyez pour reconnoître les Ennemis ,
s'en retournerent épouvantez d'une ca-
* Azabs , Corps de Milice,
nonade
.
AVRIL 1730. 689
nonade dont ils furent régalez à leur approche
, ce qui les dérouta totalement.
Le même jour on vint affurer le Bey
Commandant , que les Rebelles n'avoient
tout au plus que 200. hommes de bonnes
Troupes , & 3. à 400. Arabes fort mal
équipez , ce qu'on prit grand foin de publier
pour donner du courage aux Troupes.
Le même jour il arriva au Caire un
Tartare , dépêché par un Aga de la Porte
, arrivé de Conftantinople à Damiette ,
qu'on difoit porteur de la confirmation
du Pacha deftitué. On ne voulut pas
permettre à ce Courier de voir le Pacha
toûjours prifonnier chez les Janniffaires;
le. Kiahia ou Lieutenant de ce Pacha
ayant demandé de pouvoir refter dans la
maifon qu'il occupoit auparavant , pour
avoir foin de fes femmes & de fa famille,
on le lui accorda , mais auffi - tôt qu'il y
fut entré , on lui donna des Gardes , de
forte que ce Lieutenant devint auffi
Prifonnier.
a;
Cependant l'Aga des Janniffaires , pour
calmer la Populace , fit crier par toute
la Ville que la paix & la tranquillité
étoient rétablies , qu'il n'y avoit plus rien
à craindre , & qu'on pouvoit ouvrir les
Boutiques. Mais on continua d'arrêter
tous les Bâtimens trouvez fur le Nil , pour
C v tranf
690 MERCURE DE FRANCE
tranfporter des Munitions de guerre &
de bouche à ceux qui font au bout du
vieux Caire , fur la même Riviere , pour
fervir à réduire les Rebelles.
,
Le 2. on envoya un Commandement à
Damiette pour y arrêter l'Aga , Porteur
de la confirmation du Pacha & les
6000. hommes deftinez pour aller at
taquer les Rebelles partirent. Le Procès
Verbal qu'on a coûtume de dreffer contre
le Pacha lorfqu'on le deftituë , pour envoyer
à la Porte , n'étoit pas encore fi
gné de toutes les Puiffances , mais il le
fut le 3. & on l'envoya à Conftantinople
on apprit ce jour là que les 6000. hommes
avoient fait une marche de 8. heures
confécutives , après quoi ils avoient
fait alte pour laiffer paffer les chaleurs
, & que les Rebelles attendoient
toujours de pied ferme. On apprit auffi
qu'il y avoit trois Beys du parti des Rebelles
dans la Ville , & on arrêta un homme
qui leur portoit des Provifions , mais
ayant fait inveftir la maifon indiquée ,
on ne les y trouva pas , ce qui inquiete
fort le Commandant, perfuadé qu'ils font
cachez dans cette grande Ville , où ils fomentent
les troubles .
Le 4. le bruit fe répandit que les Rebelles
en étoient venus aux mains avec
les 6000. hommes envoyez de la Ville
&
AVRIL 1730. 691
&
que ceux- cy
les avoient deffaits , &
on affure que Soliman Bey étoit mort les
armes à la main , & que Cherkes Mehemet
Bey avoit pris la fuite. Un Chef des
Arabes du parti de Zulficar , arriva en
même- temps & confirma cette nouvelle.
On crut au Caire qu'il apportoit la tête
de Soliman Bey & celle des fix autres
Grands de fon parti ; cet Arabe fut fort
bien reçû du Bey , qui lui fit prefent d'une
belle Peliffe de Samour , d'un Cheval
& d'un Village ; il fit diftribuer deux
poignées de Sequins aux Gens de fa fuite.
Sur cette nouvelle le Commandant rappella
le Bey qui étoit de garde fur la hauteur
qui domine le Château , lequel aban
donna auffi-tôt fon pofte & rentra dans
la Ville avec tous fes Gens. Le Peuple
plaignit extrémement le fort de Soliman
Bey , qui étoit adoré à cauſe de ſes bonnes
qualitez , & les Religieux Latins le
regretterent comme leur plus grand' Protecteur
dans le Pays .
Le 5. une partie des Troupes envoyées
contre les Rebelles rentra dans la Ville
avec quelques - uns des Commandans ; on
publia qu'il n'y avoit eu qu'un petit
choc , & que les Rebelles n'étant pas les:
plus forts , s'étoient retranchez entre deux
Montagnes qui les rendoient maîtres du
paffage , & on affura que Soliman Bey
692 MERCURE DE FRANCE
-1
& Cherkez étoient encore en vie & toujours
très-unis , que la prétenduë tête
qu'on avoit apportée de Soliman Bey ,
étoit celle de Marram Aly Bey , autre
Chef des Rebelles , lequel ayant eu fon
cheval tué fous lui , fut pris & eut la tête
coupée..
>
Le 6. les nouvelles varierent , on confirma
la mort de Soliman Bey , & la
deffaite des Rebelles
ajoûtant que
Cherkez Mehemet Bey , ayant été pourfuivi
, s'étoit refugié dans un Village avec
environ 400. hommes de Troupes ; làdeffus
Zulficar Bey fortit pour faire défiler
les Troupes qui étoient rentrées du
côté de ce Village pour l'inveftir & fe
rendre maître de Cherkez . Ce même jour
on amena Cara Muftapha , Chaoux des
Janniffaires , du parti des Rebelles , lequel
ayant été interrogé par le Bey Commandant
, ne daigna pas lui répondre .
Il fut conduit à l'Hôtel des Janniffaires
& interrogé par les Officiers de fon Corps,
il s'obſtina à ne vouloir rien déclarer
fur quoi on lui fit couper la tête .
Le 7. le Commandant fortit encore de
la Ville pour achever de faire repaffer la
Riviere aux Troupes commandées pour
prendre Cherkez , & en même- temps on
X fit voiturer des Munitions de guerre &
de bouche.
Le
AVRIL 1730. 693
Le 8. on continua d'affurer que SolimanBey
n'étoit pas mort, que dans la derniere
affaire qui s'eft paffée , une balle de
Moufquet ne lui avoit fait qu'éfleurer le
nez , & qu'il étoit toûjours avec Cherkez,
& en état de fe bien deffendre ; cependant
la politique des Commandans continuoit
de le faire paffer pour mort dans
le public , & l'autre Bey rencoigné dans
un Village , prêt à fe rendre ; ce qui eſt,
dit-on , bien different de la verité .
Le 9. on fit fortir le Pacha de l'Hôtel
des Janniffaires & on le renvoya dans fa
premiere maiſon , où il eft toûjours gardé ;
on continue de garder exactement les
Poftes du dedans de la Ville.
Le 10. on apprit que Cherkez s'étoit
retiré dans le Village de Manouri , fitué
dans la Behera , prefque au milieu du
chemin de Roffette à Alexandrie , &
qu'ayant fait alliance avec les Arabes de
cette Contrée , il s'étoit , pour ainfi dire ,
rendu le maître de cette Prefqu'Ifle , d'où
oncroyoit qu'il feroit difficile de le chaffer.
Le 11. le Bey Commandant , taxa toutes
les Boutiques de la Ville à un Sequin
chacune , ce qui doit lui rendre près de
vingt mille Sequins , outre cela il envoya
de temps - en-temps faire des emprunts
aux Habitans les plus aifez du Caire , ce
qui n'augmente pas la confiance , & na
link
694
MERCURE DE FRANCE
lui attire pas l'amitié du Peuple.
Le 12. on apprit que Cherkez & fes
amis avoient abandonné leurs poftes de
la Montagne , & qu'ils avoient parcouru
divers Villages de la Behere , qu'ils avoient
mis à contribution .
Le 13. Aly Bey , Commandant des Troupes
de la Ville , fut renforcé par un petit
Détachement que Zulficar lui envoya.
Ce même jour on fit la ceremonie accoûtumée
de couper le Nil, qui étoit venu
au point fixe de fa croiffance , depuis:
il a encore augmenté ; deforte que les
terres vont dans peu de temps être inondées
, ce qui pourra favorifer Cher
kez dans fa retraite , s'il a ce deffein- là.
>
Le 14. Cherkez Bey s'avança au Fioume,.
canton de la Behere , avec les Troupes
où , en chemin faifant , il fut , dit -on ,
attaqué par le Kiimakan d'un Village ,
qui lui tua une trentaine d'hommes : enfuite
de quoi il arriva au Fioume , où il
fe délaffi pendant deux jours fans être
inquieté de perfonne.
Le 15. Aly Bey envoya dire qu'il s'en
retournoit , ne fe fentant pas affez fort
pour attaquer Cherkez , qui , fuivant les
apparences , ne cherche qu'à fatiguer ceux
qui vont pour le combattre , & ce jour
là il commença d'entrer partie des Troupes
d'Aly Bey dans la Ville.
Lo
"AVRIL 1730.
695
Le 16. il arriva un Courier de la Mec
que, avec avis que la Caravane arrivetoit
dans une quinzaine de jours , il donna
auffi pour nouvelle que Mehemet Pacha
, cy-devant Pacha du Caire & preſentement
de Gedda , étoit mort à la Mecque
, en moins de trois jours , ce qu'on
affure être le motif du Voyage de Janem
Koaga à la Mecque , qui avoit , dit-on
ordre de la Porte, d'empoifonner ce Vizir.
Aly Bey arriva ce jour-là avec le refte de
fes Troupes , mais il campa dehors.
Le 17. on apprit que Cherkez Bey étoit
venu camper à deux journées du Caire
au même endroit où il avoit été ci -de-
,
vant battu , fur quoi Aly Bey envoya dire
qu'il ne vouloit plus entrer , mais qu'il
vouloit aller combattre Cherkez &
qu'on eut à lui envoyer des Troupes ; à
quoi on s'appliqua pendant toute la jour
née. On affure que la diverfion qu'avoit
fait Cherkez de courir vers Alexandrie
où les Troupes du Caire le fuivirent ,
n'étoit pas fans deffein , puifque Soliman
Bey qui avoit été bleffé dans la premiere:
Bataille s'étoit retiré dans un Village pour
fe faire guerir , & afin qu'on ne foupçonnât
rien de ce qui fe paffoit, Cherkez
avoit attiré bien loin les Troupes du Caire
& c.
· Le 18. le Kaïmakan fit appeller en plein
Divan
696 MERCURE DE FRANCE
Divan les Vizirs Aly & Uffein Qurb bigi
de Rofferte , aufquels il revêtit le Caftan
de Bey. Le Parti regnant a fait cependant
tout ce qu'il a pû pour remettre Dekir
Pacha en place ; mais celui- ci a remercié,
& delà , on conjecture avec fondement
que le Procès Verbal contre ce Pacha n'a
pas encore été envoyé à la Porte. Aly Bey
partit avec de nouvelles Troupes pour
aller combattre Cherkez ; mais on apprehende
l'inondation ne feconde pas
fon deffein. Zulficar Bey a mis la tête de
Cherkez Bey à prix , offrant de donner
dix mille fequins à ceux qui l'ameneront
en vie , & deux mille fequins à ceux qui
apporteront fa tête feulement.
que
J
Le 19. Uffein , un des nouveaux Beys,
fortit de la Ville avec 400. hommes de
Milice & alla camper hors du Vieux
Caire , fans qu'on ait fçû dans quel deffein
; les uns croyent que c'eft pour garder
les avenues , & les autres pour être
plus à portée de donner du fecours à Aly
Bey.
Le 20. on apprit que apprit que Cherkez avoit
décampé de l'endroit où il étoit , & qu'il
s'étoit mis en marche pour aller dans la
Haute Egypte , ce qui a fair refoudre Aly
Bey de s'en retourner . On affure que Cher
kez , en chemin faifant , arrête tous les
Batteaux qui tranfportent des grains au
1
Caire
AVRIL 1730. 697
Caire , & qu'il revend enfuite à fort bon
compte. Comme on ne parle en aucune
maniere plus de Soliman Bey , cela fait
croire qu'il eft effectivement mort . Uffein
Bey rentra ce jour là dans la Ville ; mais
les Troupes refterent dehors .
Le 21. les Beys & les autres Puiffances
de la Ville allerent complimenter les deux
nouveaux Beys , aufquels le Pacha n'a
pas voulu envoyer le Pavillon , fuivant
Fufage ; car quoique celui- ci foit deftitué,
il faut que le Pavillon leur foit envoyé
par
l'Homme direct du Grand - Seigneur.
On a réfolu d'envoyer les Kaïmakans dans
la Haute Egypte , chacun dans leur Village
, pour voir s'ils pourront y arriver
fans empêchement , après quoi le Bey ,
Gouverneur de cette Province , s'y rendra
auffi , mais fi au contraire les Kaïmakans
font obligés de s'en retourner , on
formera une nouvelle Thegeride ou Camp
volant pour réduire ceux qui s'oppofent.
à la tranquillité du Pays.
d'une Lettre écrite du Caire le 30.
Août 1729.
Aqui
U mois de Juin dernier , les Beys
qui s'étoient retirez au Saïdy , dans
la haute Egypte , lors de la deffaite totale
de Cherkes Mehemet Bey , arrivée en
1725. commencerent à donner des foupçons
aux Commandans du Païs , dont
Zulficar Bey eft le principal Chef , par
les intelligences qu'ils avoient dans la
Ville du Caire , ce qui fit redoubler les
attentions à chaffer ou à faire executer les
Rebelles qui reftoient dans la Ville ; ceux
qui purent éviter de perir par le Sabre
prirent le parti de s'aller joindre à ceux
de la haute Egypte , dont le nombre s'accrut
confiderablement ce qui donna
beaucoup d'inquiétude à nos Commandans
, & les détermina enfin à envoyer
un Corps de 3000. hommes pour tâcher
de les réduire , ou de les difperfer.
,
Ceux de la haute Egypte ne s'endormirent
pas de leur côté, ils s'étoient précautionnez
long- temps auparavant en fe
joignant aux Arabes , dont un des Beys.
Rebelles avoit époufé une Princeffe , fille
d'un des principaux Emirs de cette Nation,
AVRIL. 1730. 683
A
tion , ce qui leur donna le courage de
s'opposer au Corps de Troupes dont on
vient de parler. Le 5. Juillet dernier , co
Corps commença à fe mettre en marche.
Les Rebelles marcherent prefque en même
temps , ils fe rencontrerent bientôt ,
& camperent les uns devant les autres
fans coup ferir.
Quelquesjours après , Soliman Bey, Chef
des Rebelles , envoya dire à Ofman Bey ,
Commandant des Troupes du Caire , qu'il
n'étoit pas bien aife de combattre contre
Les freres , que la Religion Mufulmane ,
dont ils étoient tous , le lui deffendoit
ce qui ayant été pris par Ofman Bey pour
une marque de foibleffe , il fe détermina
au combat qui fut donné le 13. Juillet ,
mais il eut le malheur d'y fuccomber avec
le plus grand nombre des fiens , dont
plus de 350. pafferent du côté des Rebelles.
Dans la mêlée Soliman Bey atteignit
Ofman Bey d'un coup de Lance , &
s'en rendit enfuite bientôt le maître ; il
lui reprocha fes cruautez & les mauvaiſes
manieres que ceux de fon parti avoient
eues avec lui , après quoi il lui coupa luimême
la tête d'un coup de Sabre. Les
autres Beys & ceux qui font échapez
dont le nombre eft fort petit , font prefque
tous bleffez , celui des morts eft trèsconfiderable.
Cij Deux
684 MERCURE DE FRANCE
Deux jours après cette défaite , Cherkez
Mehemet Bey ,qui étoit fugitif depuis fa
déroute de 1725. rentra dans le Royaume
& joignit les Beys du Saïdy , ce qui a
beaucoup renforcé ce Parti ; ayant fait
cette jonction à la tête de 400. Maugre
bins ou Africains de Barbarie , ce renfort
fit prendre la réfolution aux Beys d'écrire
à ceux du Caire , qu'ils euffent à ne
plus envoyer de Troupes contre eux ,
étant bien réfolus d'aller au-devant pour
les combattre , ce qui obligea les Beys.
du Caire à prendre mieux leurs meſures,
ne doutant pas fur cette fierté qu'il n'y
eût dans la Ville quelqu'un qui les trahiffoit.
Ils ne furent pas long- temps à décou
vrir que c'étoit le Pacha d'Egypte lui ,
même , qui abufant de l'autorité dont il
eft revêtu , favorifoit les Rebelles , furquoi
ils s'affemblerent & prirent la réſolution
de le deftituer , ce qu'ils executerent
de cette maniere le 19. Juillet. Tous
les Beys & autres Puiffances du Pays ,
s'étant affemblez à Carameidam , * ils
firent prier le Pacha d'y venir pour conferer
enfemble fur les moyens de faire
cefler les troubles caufez par les Rebel
les ; le Pacha fe rendit à l'Affemblée ;
mais il n'y fut pas plutôt arrivé qu'on
* La Place Noire lieu oùse font les Executions:
lui
AVRIL 1730. 683
lui déclara la réſolution qu'on venoit de
prendre de le deftituer , ce qui fut executé
fur le champ ; il n'en parut point ému ,
on croit même qu'il n'eft pas fâché de
cette deftitution dans les conjonctures prefentes
. Cependant le Pacha affectant toûtjours
un air tranquille , s'adreffa au Tefterdar
ou Tréforier General , préſent à
cette Aſſemblée , à qui il dit , c'eſt donc
à vous à être Kaimakan ou Lieutenant
General du Gouvernement , ce que celuicy
refufa. Alors Zulficar Bey , qui eſt tout
puiffant dans le Parti , dit qu'ils avoient
réfolu d'élire MehemetBey, fils deDervich
Bey pour Kaimakan,à quoi lePacha confentit
; il lui vétitleCaftant ouRobe d'honneur
& lui fit prefent d'une belle Vefte doublée
d'une riche Peau , après quoi le Pacha fe
retira dans la maifon qu'on lui avoit préparée
, où il doit refter fous bonne garde,
en attendant les ordres de la Porte ; il
a reçû depuis bien des mortifications
de la des Puiffances du Pays , jufqu'à
confentir qu'on coupât la tête à trois de
fes Gens , qui étoient ſuſpects au Parti
dominant.
part
Au refte , cette deftitution a fait un
grand changement dans le Pays , ceux.de
la Ville en paroiffent plus tranquilles ,
& ceux de la Campagne ne remuent plus
eependant les Beys d'ici préparent un
Ciij Corps
686 MERCURE DE FRANCE
Corps de 6000. hommes pour l'envoyer
contre les Rebelles , qu'on dit s'être
retranchez dans la haute Egypte , attendant
de pied ferme ceux qui doivent aller
les attaquer. On ne le pourra que par eau,
car nous fommes dans le temps de la
croiffance du Nil . Comme ces Comman
dans ont épuisé leurs fonds , & que pour
la continuation de la guerre , la folde des
6000. hommes & les autres dépenses , il
leur faut plus d'un million cinq cens mille
livres , ils tyrannifent le Peuple & taxent
tous les Marchands , ce qui fait crier hautement
contre leur Gouvernement.
Le 28. nous apprîmes qu'un Corps des
Rebelles s'étoit avancé jufqu'à deux journées
du Caire ; à cette nouvelle on s'affembla
& on confia les poftes du dehors
de la Ville à divers Seigneurs , qui avec
leurs Troupes , fe chargerent de les garder
, & comme on eft toûjouts perfuadé
que le Pacha favorife les Rebelles ,
on
alla lui ordonner de la part des Commandans
, de fortir de fa demeure pour
être conduit à la Prifon de Jofeph , fituée
dans le Château ; c'eft le lieu ordinaire
où l'on execute les Pachas lorsqu'il y a
des ordres de la Porte pour les faire mourir.
Le Pacha parut confterné, & dit qu'il
n'avoit rien fait qui méritât la mort , mais
que fi on devoit l'executer , il falloit
que
AVRIL 1730. 687
que ce fût à la porte de l'Hôtel des Jan- ,
niffaires , comme étant de leur Corps ; il
y fut conduit fur le chimp ; Zulficar Bey
ordonna qu'il y refteroit fous la garde..
d'un Bey ; dès que ce Bey fut arrivé à la
porte des Jannillaires pour y executer les ,
ordres de Zulficar , l'un des anciens Kia- :
hias ou Lieutenans des Janniffaires , fe
leva & dit en s'adreffant à tout le Corps ,
permettrez vous , mes freres , qu'on nous
faffe un tel affront , & ne fommes- nous
pas affez puiffants pour garder nous- mê- ,
mes un Pacha ; ces paroles prononcées :
avec force par un ancien Oficier du
Corps , firent une telle impreffion qu'on
envoya dire fur le champ au Bey de fe
retirer, ce que celui- cy nè fè fit pas dire .
deux fois.
qu'il
Le 29. Zulficar fit fortir toutes fes fem
mes de fa maiſon & tout ce qu'il avoit
de plus précieux , & fit travailler à des
affuts deCanon pour pouvoir monter ceux
avoit fait venir d'Alexandrie des
deux Barques Tripolines qu'il avoit confifquées
, & fait vendre à l'enchere , fur
ce que ceux de Tripoly avoient donné
retraite à Cherkez Mehemet Bey. On ne
put rien apprendre des Rebelles de tout
ce jour là , tous les poftes du dehors continuant
à être gardez .
Le 30. il partit d'ici un détachement
Ciiij de
688 MERCURE DE FRANCE
de 5oo. hommes , commandez par un
Bey , pour aller reconnoître les ennemis ,
qu'on affuroit n'être plus qu'à deux journées
d'ici , & en même- temps un autre
Bey alla fe pofter avec des Troupes &
des Canons fur une élévation qui commande
le Château & une partie de la
Ville ; les poftes continuerent à être exactement
gardez .
›
Le 31. il y eut une petite allarme aur
fujet des 5oo. hommes qu'on avoit envoyez
pour reconnoître les Ennemis , on
affuroit qu'ils avoient été battus & taillez
en pieces ; cependant on continua à envoyer
des Troupes & des Munitions aux
divers Officiers qui occupoient les dehors
de la Ville. Le même jour ceux- cy , peu
accoûtumez aux travaux de la guerre ,
envoyerent dire à Zulficar & à Youffep
Kiahia Officiers dans le Corps des
Azabs , qu'ils euffent à fortir du Caire ,
pour les venir joindre & aller enfemble
attaquer les Rebelles; ceux - cy répondirent
qu'ils ne pouvoient fortir que dans deux
ou trois jours ; on affure qu'ils fe méfient
de ceux qui ont fait cette demande , les
croyant d'intelligence avec les Rebelles .
Le premier Août , les 500. hommes en- ၂၁ ဝ .
voyez pour reconnoître les Ennemis ,
s'en retournerent épouvantez d'une ca-
* Azabs , Corps de Milice,
nonade
.
AVRIL 1730. 689
nonade dont ils furent régalez à leur approche
, ce qui les dérouta totalement.
Le même jour on vint affurer le Bey
Commandant , que les Rebelles n'avoient
tout au plus que 200. hommes de bonnes
Troupes , & 3. à 400. Arabes fort mal
équipez , ce qu'on prit grand foin de publier
pour donner du courage aux Troupes.
Le même jour il arriva au Caire un
Tartare , dépêché par un Aga de la Porte
, arrivé de Conftantinople à Damiette ,
qu'on difoit porteur de la confirmation
du Pacha deftitué. On ne voulut pas
permettre à ce Courier de voir le Pacha
toûjours prifonnier chez les Janniffaires;
le. Kiahia ou Lieutenant de ce Pacha
ayant demandé de pouvoir refter dans la
maifon qu'il occupoit auparavant , pour
avoir foin de fes femmes & de fa famille,
on le lui accorda , mais auffi - tôt qu'il y
fut entré , on lui donna des Gardes , de
forte que ce Lieutenant devint auffi
Prifonnier.
a;
Cependant l'Aga des Janniffaires , pour
calmer la Populace , fit crier par toute
la Ville que la paix & la tranquillité
étoient rétablies , qu'il n'y avoit plus rien
à craindre , & qu'on pouvoit ouvrir les
Boutiques. Mais on continua d'arrêter
tous les Bâtimens trouvez fur le Nil , pour
C v tranf
690 MERCURE DE FRANCE
tranfporter des Munitions de guerre &
de bouche à ceux qui font au bout du
vieux Caire , fur la même Riviere , pour
fervir à réduire les Rebelles.
,
Le 2. on envoya un Commandement à
Damiette pour y arrêter l'Aga , Porteur
de la confirmation du Pacha & les
6000. hommes deftinez pour aller at
taquer les Rebelles partirent. Le Procès
Verbal qu'on a coûtume de dreffer contre
le Pacha lorfqu'on le deftituë , pour envoyer
à la Porte , n'étoit pas encore fi
gné de toutes les Puiffances , mais il le
fut le 3. & on l'envoya à Conftantinople
on apprit ce jour là que les 6000. hommes
avoient fait une marche de 8. heures
confécutives , après quoi ils avoient
fait alte pour laiffer paffer les chaleurs
, & que les Rebelles attendoient
toujours de pied ferme. On apprit auffi
qu'il y avoit trois Beys du parti des Rebelles
dans la Ville , & on arrêta un homme
qui leur portoit des Provifions , mais
ayant fait inveftir la maifon indiquée ,
on ne les y trouva pas , ce qui inquiete
fort le Commandant, perfuadé qu'ils font
cachez dans cette grande Ville , où ils fomentent
les troubles .
Le 4. le bruit fe répandit que les Rebelles
en étoient venus aux mains avec
les 6000. hommes envoyez de la Ville
&
AVRIL 1730. 691
&
que ceux- cy
les avoient deffaits , &
on affure que Soliman Bey étoit mort les
armes à la main , & que Cherkes Mehemet
Bey avoit pris la fuite. Un Chef des
Arabes du parti de Zulficar , arriva en
même- temps & confirma cette nouvelle.
On crut au Caire qu'il apportoit la tête
de Soliman Bey & celle des fix autres
Grands de fon parti ; cet Arabe fut fort
bien reçû du Bey , qui lui fit prefent d'une
belle Peliffe de Samour , d'un Cheval
& d'un Village ; il fit diftribuer deux
poignées de Sequins aux Gens de fa fuite.
Sur cette nouvelle le Commandant rappella
le Bey qui étoit de garde fur la hauteur
qui domine le Château , lequel aban
donna auffi-tôt fon pofte & rentra dans
la Ville avec tous fes Gens. Le Peuple
plaignit extrémement le fort de Soliman
Bey , qui étoit adoré à cauſe de ſes bonnes
qualitez , & les Religieux Latins le
regretterent comme leur plus grand' Protecteur
dans le Pays .
Le 5. une partie des Troupes envoyées
contre les Rebelles rentra dans la Ville
avec quelques - uns des Commandans ; on
publia qu'il n'y avoit eu qu'un petit
choc , & que les Rebelles n'étant pas les:
plus forts , s'étoient retranchez entre deux
Montagnes qui les rendoient maîtres du
paffage , & on affura que Soliman Bey
692 MERCURE DE FRANCE
-1
& Cherkez étoient encore en vie & toujours
très-unis , que la prétenduë tête
qu'on avoit apportée de Soliman Bey ,
étoit celle de Marram Aly Bey , autre
Chef des Rebelles , lequel ayant eu fon
cheval tué fous lui , fut pris & eut la tête
coupée..
>
Le 6. les nouvelles varierent , on confirma
la mort de Soliman Bey , & la
deffaite des Rebelles
ajoûtant que
Cherkez Mehemet Bey , ayant été pourfuivi
, s'étoit refugié dans un Village avec
environ 400. hommes de Troupes ; làdeffus
Zulficar Bey fortit pour faire défiler
les Troupes qui étoient rentrées du
côté de ce Village pour l'inveftir & fe
rendre maître de Cherkez . Ce même jour
on amena Cara Muftapha , Chaoux des
Janniffaires , du parti des Rebelles , lequel
ayant été interrogé par le Bey Commandant
, ne daigna pas lui répondre .
Il fut conduit à l'Hôtel des Janniffaires
& interrogé par les Officiers de fon Corps,
il s'obſtina à ne vouloir rien déclarer
fur quoi on lui fit couper la tête .
Le 7. le Commandant fortit encore de
la Ville pour achever de faire repaffer la
Riviere aux Troupes commandées pour
prendre Cherkez , & en même- temps on
X fit voiturer des Munitions de guerre &
de bouche.
Le
AVRIL 1730. 693
Le 8. on continua d'affurer que SolimanBey
n'étoit pas mort, que dans la derniere
affaire qui s'eft paffée , une balle de
Moufquet ne lui avoit fait qu'éfleurer le
nez , & qu'il étoit toûjours avec Cherkez,
& en état de fe bien deffendre ; cependant
la politique des Commandans continuoit
de le faire paffer pour mort dans
le public , & l'autre Bey rencoigné dans
un Village , prêt à fe rendre ; ce qui eſt,
dit-on , bien different de la verité .
Le 9. on fit fortir le Pacha de l'Hôtel
des Janniffaires & on le renvoya dans fa
premiere maiſon , où il eft toûjours gardé ;
on continue de garder exactement les
Poftes du dedans de la Ville.
Le 10. on apprit que Cherkez s'étoit
retiré dans le Village de Manouri , fitué
dans la Behera , prefque au milieu du
chemin de Roffette à Alexandrie , &
qu'ayant fait alliance avec les Arabes de
cette Contrée , il s'étoit , pour ainfi dire ,
rendu le maître de cette Prefqu'Ifle , d'où
oncroyoit qu'il feroit difficile de le chaffer.
Le 11. le Bey Commandant , taxa toutes
les Boutiques de la Ville à un Sequin
chacune , ce qui doit lui rendre près de
vingt mille Sequins , outre cela il envoya
de temps - en-temps faire des emprunts
aux Habitans les plus aifez du Caire , ce
qui n'augmente pas la confiance , & na
link
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MERCURE DE FRANCE
lui attire pas l'amitié du Peuple.
Le 12. on apprit que Cherkez & fes
amis avoient abandonné leurs poftes de
la Montagne , & qu'ils avoient parcouru
divers Villages de la Behere , qu'ils avoient
mis à contribution .
Le 13. Aly Bey , Commandant des Troupes
de la Ville , fut renforcé par un petit
Détachement que Zulficar lui envoya.
Ce même jour on fit la ceremonie accoûtumée
de couper le Nil, qui étoit venu
au point fixe de fa croiffance , depuis:
il a encore augmenté ; deforte que les
terres vont dans peu de temps être inondées
, ce qui pourra favorifer Cher
kez dans fa retraite , s'il a ce deffein- là.
>
Le 14. Cherkez Bey s'avança au Fioume,.
canton de la Behere , avec les Troupes
où , en chemin faifant , il fut , dit -on ,
attaqué par le Kiimakan d'un Village ,
qui lui tua une trentaine d'hommes : enfuite
de quoi il arriva au Fioume , où il
fe délaffi pendant deux jours fans être
inquieté de perfonne.
Le 15. Aly Bey envoya dire qu'il s'en
retournoit , ne fe fentant pas affez fort
pour attaquer Cherkez , qui , fuivant les
apparences , ne cherche qu'à fatiguer ceux
qui vont pour le combattre , & ce jour
là il commença d'entrer partie des Troupes
d'Aly Bey dans la Ville.
Lo
"AVRIL 1730.
695
Le 16. il arriva un Courier de la Mec
que, avec avis que la Caravane arrivetoit
dans une quinzaine de jours , il donna
auffi pour nouvelle que Mehemet Pacha
, cy-devant Pacha du Caire & preſentement
de Gedda , étoit mort à la Mecque
, en moins de trois jours , ce qu'on
affure être le motif du Voyage de Janem
Koaga à la Mecque , qui avoit , dit-on
ordre de la Porte, d'empoifonner ce Vizir.
Aly Bey arriva ce jour-là avec le refte de
fes Troupes , mais il campa dehors.
Le 17. on apprit que Cherkez Bey étoit
venu camper à deux journées du Caire
au même endroit où il avoit été ci -de-
,
vant battu , fur quoi Aly Bey envoya dire
qu'il ne vouloit plus entrer , mais qu'il
vouloit aller combattre Cherkez &
qu'on eut à lui envoyer des Troupes ; à
quoi on s'appliqua pendant toute la jour
née. On affure que la diverfion qu'avoit
fait Cherkez de courir vers Alexandrie
où les Troupes du Caire le fuivirent ,
n'étoit pas fans deffein , puifque Soliman
Bey qui avoit été bleffé dans la premiere:
Bataille s'étoit retiré dans un Village pour
fe faire guerir , & afin qu'on ne foupçonnât
rien de ce qui fe paffoit, Cherkez
avoit attiré bien loin les Troupes du Caire
& c.
· Le 18. le Kaïmakan fit appeller en plein
Divan
696 MERCURE DE FRANCE
Divan les Vizirs Aly & Uffein Qurb bigi
de Rofferte , aufquels il revêtit le Caftan
de Bey. Le Parti regnant a fait cependant
tout ce qu'il a pû pour remettre Dekir
Pacha en place ; mais celui- ci a remercié,
& delà , on conjecture avec fondement
que le Procès Verbal contre ce Pacha n'a
pas encore été envoyé à la Porte. Aly Bey
partit avec de nouvelles Troupes pour
aller combattre Cherkez ; mais on apprehende
l'inondation ne feconde pas
fon deffein. Zulficar Bey a mis la tête de
Cherkez Bey à prix , offrant de donner
dix mille fequins à ceux qui l'ameneront
en vie , & deux mille fequins à ceux qui
apporteront fa tête feulement.
que
J
Le 19. Uffein , un des nouveaux Beys,
fortit de la Ville avec 400. hommes de
Milice & alla camper hors du Vieux
Caire , fans qu'on ait fçû dans quel deffein
; les uns croyent que c'eft pour garder
les avenues , & les autres pour être
plus à portée de donner du fecours à Aly
Bey.
Le 20. on apprit que apprit que Cherkez avoit
décampé de l'endroit où il étoit , & qu'il
s'étoit mis en marche pour aller dans la
Haute Egypte , ce qui a fair refoudre Aly
Bey de s'en retourner . On affure que Cher
kez , en chemin faifant , arrête tous les
Batteaux qui tranfportent des grains au
1
Caire
AVRIL 1730. 697
Caire , & qu'il revend enfuite à fort bon
compte. Comme on ne parle en aucune
maniere plus de Soliman Bey , cela fait
croire qu'il eft effectivement mort . Uffein
Bey rentra ce jour là dans la Ville ; mais
les Troupes refterent dehors .
Le 21. les Beys & les autres Puiffances
de la Ville allerent complimenter les deux
nouveaux Beys , aufquels le Pacha n'a
pas voulu envoyer le Pavillon , fuivant
Fufage ; car quoique celui- ci foit deftitué,
il faut que le Pavillon leur foit envoyé
par
l'Homme direct du Grand - Seigneur.
On a réfolu d'envoyer les Kaïmakans dans
la Haute Egypte , chacun dans leur Village
, pour voir s'ils pourront y arriver
fans empêchement , après quoi le Bey ,
Gouverneur de cette Province , s'y rendra
auffi , mais fi au contraire les Kaïmakans
font obligés de s'en retourner , on
formera une nouvelle Thegeride ou Camp
volant pour réduire ceux qui s'oppofent.
à la tranquillité du Pays.
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Résumé : SUITE des Troubles d'Egypte. Extrait d'une Lettre écrite du Caire le 30. Août 1729.
En août 1729, les beys retirés au Saïdy en Haute-Égypte, après la défaite de Cherkes Mehemet Bey en 1725, commencèrent à susciter des soupçons parmi les commandants du Caire, notamment Zulficar Bey. Les rebelles restants dans la ville furent soit chassés, soit exécutés, beaucoup rejoignant les rebelles en Haute-Égypte. En juillet 1730, un corps de 3 000 hommes fut envoyé pour les réduire, mais les rebelles, alliés aux Arabes, résistèrent. Le 13 juillet, après un refus de combat de Soliman Bey, chef des rebelles, une bataille éclata. Ofman Bey, commandant des troupes du Caire, fut tué par Soliman Bey, qui lui reprocha ses cruautés avant de lui couper la tête. Cette défaite renforça les rebelles avec le retour de Cherkes Mehemet Bey et un renfort de 400 Maugrebins. Les beys du Caire découvrirent que le Pacha d'Égypte favorisait les rebelles et le destituèrent le 19 juillet. Mehemet Bey, fils de Dervich Bey, fut nommé lieutenant général. Malgré cette destitution, les troubles continuèrent. Les beys préparèrent un corps de 6 000 hommes pour attaquer les rebelles retranchés en Haute-Égypte. Le Pacha, emprisonné, subissait des mortifications. Les commandants, manquant de fonds, tyrannisaient le peuple pour financer la guerre. Le 28 août, des rebelles approchèrent du Caire, renforçant les mesures de sécurité. Le Pacha fut transféré en prison, mais les Jannissaires refusèrent de le garder, le considérant comme l'un des leurs. Zulficar Bey renforça les défenses de la ville. Le 31 août, une alarme fut déclenchée par une attaque sur les éclaireurs. Les commandants continuèrent à envoyer des troupes et des munitions. Le 1er août, les éclaireurs revinrent épouvantés par une embuscade. Les nouvelles sur la situation des rebelles variaient, mais les commandants restaient vigilants. Le 5 août, une partie des troupes rentra au Caire, affirmant une résistance des rebelles. Le 6 août, la mort de Soliman Bey fut confirmée, et Cherkes Mehemet Bey se réfugia dans un village. Zulficar Bey préparait une nouvelle offensive. Du 6 au 21 avril 1730, plusieurs événements marquants se déroulèrent au Caire et dans ses environs. Cara Muftapha, un chef rebelle, fut exécuté après avoir refusé de répondre aux interrogatoires. Le commandant de la ville continua de renforcer les troupes et de préparer des munitions pour affronter Cherkez. Des rumeurs circulaient sur la mort de Soliman Bey, bien que la politique officielle le déclarât mort, des informations suggéraient qu'il était toujours en vie et prêt à se défendre. Cherkez se retira dans le village de Manouri, s'alliant avec les Arabes locaux pour contrôler la région. Le commandant de la ville imposa une taxe sur les boutiques et fit des emprunts auprès des habitants. Cherkez et ses alliés pillèrent divers villages de la Behere. Aly Bey, commandant des troupes, fut renforcé et participa à la cérémonie de la coupe du Nil. Cherkez attaqua le Fioume et se délasça sans être inquiété. Aly Bey, jugeant ses forces insuffisantes, décida de ne pas attaquer Cherkez. Un courrier de La Mecque annonça la mort de Mehemet Pacha et l'arrivée imminente de la caravane. Aly Bey et Uffein Qurb bigi furent nommés Beys, et Aly Bey partit combattre Cherkez, bien que l'inondation puisse entraver ses plans. Uffein sortit de la ville avec des milices, et Cherkez se déplaça vers la Haute Égypte, interrompant le transport de grains vers Le Caire. Les Beys et autres autorités complimentèrent les nouveaux Beys, et des préparatifs furent faits pour envoyer des Kaïmakans en Haute Égypte afin de rétablir l'ordre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 1646-1651
ITALIE.
Début :
On a encore appris les circonstances suivantes sur le Tremblement de Terre arrivé à [...]
Mots clefs :
Tremblement de terre, Troupes, Pape, Cardinal, Pape Clément XII, Rebelles, Élection, Pape
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE..
Na encore appris les circonſtances ſuivan→
tes fur le Tremblement de Terre arrivé à
Nocria , le 12 du mois dernier. La premiere fecouffe
fe fit fentir vers les 5 heures du matin ; elle
dura près d'une minute & renverfa la plus grande
partie des Maifons de la Ville ; la deuxième
Tecouffe commença 9 heures après ; elle fut plus
violente & acheva de renverfer le refte des Maifons
; enforte qu'il n'en eft refté que 7 fort endommagées,
JUILLET . 1730. 1647
dommagées. La belle Tour de l'Abbaye S. Benoît
, haute de 400 dégrez , & bâtie de Marbre
blanc, s'ouvrit en 3 parties,dont l'une tomba dans
la place du Dôme , & les deux autres dans celles
du Marché & de S. Philippe. L'Eglife du Dôme
qui étoit fort belle, eft tellement ruinée, qu'il n'en
refte aucun veftige , non plus que de celles de faint
Jean & des Auguftins , des Francifcains , dont les
Couvents font auffi totalement ruinez. Enfin tou
te la Ville n'eft qu'un amas de pierres , & l'on
n'y diftingue ni rue ni place. On a déja rétiré de
deffous les ruines plus de 500 perfonnes , & l'on
en retire encore tous les jours. Toutes les Maifons
& Eglifes des Villages dans les environs de
Norcia ont auffi été renversées par ce tremble→
ment de terre , de même que divers Châteaux à s
ou 6 milles à la ronde , & quantité de perfonnes
y ont auffi perdu la vie.
Les Rebelles de l'Ifle de Corfe font les Maî
tres des principaux Poftes , & leur fermeté fair
craindre qu'ils n'ayent des intelligences fecretes .
avec quelque Puiflance étrangere. On s'apperçoit
même que leur exemple a rendu les Peuples de
Terre- Ferme plus infolens que de coutume , la
plufpart refufant avec hauteur , de payer les contributions
qu'on leve fur eux depuis quelques an
nées. Il y a eu depuis peu deux Emotions populaires
à San- Remo & à la Pieve.
Selon quelques Lettres de Livourne , on atten
doit à Baftia , Capitale de l'Ile de Corſe , 8000
hommes de Troupes reglées pour agir par la
force contre ces Montagnards Rebelles , qui ont
rejetté toutes les propofitions d'accommodement.
L'Armée de ces derniers campe dans une Vallée
près d'Ajazzo ; elle eft commandée par un certain
Pompiliani , que les Rebelles ont choifi pour
leur Chef.
Hij Οι
•
1648 MERCURE DE FRANCE
On mande de Genes , que le nommé Fabio
Chef des Mécontens de l'Ile de Corfe ayant été
arrêté à la Baſtia , y avoit été tué à coups de fufil
, ainfi que quelques autres de fes complices ;
que fa tête avoit été mife au bout d'une Pique &
expofée fur les Remparts de la Ville ; mais que
cette exécution , loin d'intimider ces Rebelles, paroiffoit
les avoir irritez , & qu'ils avoient menacé
de venir en nombre fuffifant tirer vengeance de la
mort de leur Chef.
3 Le nommé Rozza, Milanois, demeurant à Ferrare
, à entrepris de rendre le commerce de Triefte,
l'un des plus floriflans de toutes les Villes Maritimes
de l'Italie, & il s'eft engagé par un Traité
fait avec les Miniftres de l'Empereur,d'y faire paffer
les Négocians & les Marchandiſes de Genes
Livourne , Florence , Milan , Parme , Plaiſance
Mantoue , Modene, Bologne, Ferrare & de toutes
les Places deLombardie,fur des Barques de tranfports
, qu'il fera trouvér regulierement au Pont
de Logofcuro , fur le Po & à Triefte. Les Bátimens
qui pourront porter cent milliers pefant
auront Pavillon Imperial. Elles partiront regulicrement
tous les quinze jours : & l'Entrepreneur
donnera caution pour toutes les Marchandiſes
qu'il aura à tranfporter.
On apprend de Chambery , qu'on y avoit publié
un Edit du Roy de Sardaigne,par lequel S. M.
deffend à tous fes Sujets , de quelque condition
qu'ils puiffent être , de faire aucune donation dè
biens immeubles aux Communautez Religieufes,
à peine de nullité . Ce Prince ordonne en mêmetemps
que toutes les Terres dont les Commu--
nautez jouiffent actuellement , & qui proviennent
de pareilles donations , faites depuis un certain
nombre d'années , feront dorénavant fujettes aux
mêmes Impofitions qu'elles payoient avant que
appartenir à ces Communautez .
JUILLET. 1730. 1649
Le 18. Juin , le Cardinal Corradini cut 29.
voix au Scrutin du matin , & 30. l'après midi. Lo
19 il eut encore 29. voix , mais le Cardinal Bentivoglio
ayant fait connoître que l'Election de ce
Cardinal ,pour remplir le Siége vacant , pourroit
n'être point agréable au Roi d'Efpagne , il n'eut
l'après midi que 2 5. yoix. Le Cardinal Porzia ,
qui depuis huit jours étoit fort incommodé d'une
rétention d'urine , fortit le 10. du Conclave
avec fes Conclaviftes & fes Valets de Chambre.Le
Cardinal de Schomborn , fe trouvant auffi fort incommodé
, en fortit le 2. de ce mois.
On apprend de Rome que l'Archi - Confrairie
de Lorette a envoyé à cet Oratoire une Châffe
d'or ouverte , du poids de 34. Marcs , pour y
placer l'Image miraculeufe de la fainte Vierge.
Les Ordres Religieux ont été difpenfez , à caufe
des chaleurs , d'aller tour à tour en Proceffion à
P'Eglife de S. Pierre pendant le refte du Conclave,
à condition que chaque Convent celebrera tous
Ies jours une Meffe Votive du S. Efprit , juſqu'à
F'élection d'un Papė.
Le Cardinal Laurent Corfini , d'une des plus
illuftres & des anciennes Maifons de Florence
ayant eû toutes les voix du Conclave , fut élû
Pape dans le Scrutin du 12. Juillet. Le Cardinal
Pignatelli , Doyen du Sacré College & le Cardinal
Barberin , Sous -Doyen , accompagnez de
deux Maîtres des Ceremonies , étant allez à ſa
Cellule , pour le complimenter fur fon Election
le Cardinal Laurent Altieri , le premier des Cardinaux
Diacres , fe rendit à la Loge de l'Eglife
de S. Pierre , où il publia l'Election du Pape , qui
a pris le nom de Clement X I I. Cette Election
fut annoncée au Peuple par une falve generale de
l'Artillerie du Château S. Ange , par une déchar
ge de la Moufqueterie des Troupes qui étoient
H iij
fous
1650 MERCURE DE FRANCE
:
fous les armes dans la Place de S. Pierre & par le
fon de toutes les Cloches . Le Pape fut porté à la
la Chapelle Pauline , où il fit fa priere devant le
S. Sacrement, & après avoir rendu graces à Dieu
de fon élection , il fit appeller le Gouverneur de
Rome , avec lequel il confera quelque temps , &
enfuite avec le Cardinal Spinola de S. Agnès.
L'Après midi il fut porté à l'Eglife de S. Pierre ,
où fe fit , felon la coûtume , la ceremonie de l'Adoration.
L'après midi du treize Juillet , Sa Sainteté
nomma le Cardinal Banchieri , pour Secretaire
'Etat , Elle choisit M. Acquaviva , Majordome
du feu Pape , pour faire pendant quelques jours
les fonctions de Maître de Chambre ; elle donna
la Charge de Dataire à M. Valenti , cy-devant
Auditeur de Rote ; celle de Prefet de la fignature
au Cardinal Corradini ; celle de Tréforier dé
la Chambre Apoftolique à M. Sacripante ; celle
de Secretaire des Memoriaux au Marquis Corfini
, neveu de S. S. celle de Secretaire des Brefs
aux Princes à M. Maiella ; celle de Secretaire de
la Confulte à M. Riviera ; celle de Clerc de la
Chambre à M. Daffito , & celle du Secretaire du
Chiffre à M. Livizani .
Le Pape qui vient d'être élû, après un Conclave
de quatre mois & fept jours, naquit à Florence le
7. Avril 1652. Il étoit Tréforier de la Chambre
Apoftolique lorfque le Pape Clement XI . dont il
avoit été Auditeur , le fit Cardinal dans le Confiftoire
du 17. May 1706. Il eut d'abord le titre
de fainte Sufanne , & enfuite celui de S. Pierre
aux Liens. Il fut fait Evêque de Freſcati le 19 .
Novembre 1719. Le 12. Juillet 1723. il fut nommé
Député de la Congrégation de la Signature
de Juftice. Il étoit Protecteur de l'Ordre des Mineurs
Obfervans , des Réformez & du Tiers Or→
dre
JUILLET . 1730. 1651
dre de S. François , de l'Ordre des Servites , de
l'Archi - Confrairie des faints Stigmates , de celle
de l'Annonciade, de celle de la Trinité des Pelerins
des Religieufes de fainte Claire, du Confervatoire
des Philippines , de l'Hôpital de S. Jacques des
Incurables & de plufieurs autres . Il étoit des
Congrégations du S. Office , des Evêques & Reguliers
, du Ceremonial , du Bon-Gouvernement,
de Propaganda fide , de la Confulte , de l'Indice ,
de la Fabrique de S. Pierre , & de celle des Rives
du Tibre,
Na encore appris les circonſtances ſuivan→
tes fur le Tremblement de Terre arrivé à
Nocria , le 12 du mois dernier. La premiere fecouffe
fe fit fentir vers les 5 heures du matin ; elle
dura près d'une minute & renverfa la plus grande
partie des Maifons de la Ville ; la deuxième
Tecouffe commença 9 heures après ; elle fut plus
violente & acheva de renverfer le refte des Maifons
; enforte qu'il n'en eft refté que 7 fort endommagées,
JUILLET . 1730. 1647
dommagées. La belle Tour de l'Abbaye S. Benoît
, haute de 400 dégrez , & bâtie de Marbre
blanc, s'ouvrit en 3 parties,dont l'une tomba dans
la place du Dôme , & les deux autres dans celles
du Marché & de S. Philippe. L'Eglife du Dôme
qui étoit fort belle, eft tellement ruinée, qu'il n'en
refte aucun veftige , non plus que de celles de faint
Jean & des Auguftins , des Francifcains , dont les
Couvents font auffi totalement ruinez. Enfin tou
te la Ville n'eft qu'un amas de pierres , & l'on
n'y diftingue ni rue ni place. On a déja rétiré de
deffous les ruines plus de 500 perfonnes , & l'on
en retire encore tous les jours. Toutes les Maifons
& Eglifes des Villages dans les environs de
Norcia ont auffi été renversées par ce tremble→
ment de terre , de même que divers Châteaux à s
ou 6 milles à la ronde , & quantité de perfonnes
y ont auffi perdu la vie.
Les Rebelles de l'Ifle de Corfe font les Maî
tres des principaux Poftes , & leur fermeté fair
craindre qu'ils n'ayent des intelligences fecretes .
avec quelque Puiflance étrangere. On s'apperçoit
même que leur exemple a rendu les Peuples de
Terre- Ferme plus infolens que de coutume , la
plufpart refufant avec hauteur , de payer les contributions
qu'on leve fur eux depuis quelques an
nées. Il y a eu depuis peu deux Emotions populaires
à San- Remo & à la Pieve.
Selon quelques Lettres de Livourne , on atten
doit à Baftia , Capitale de l'Ile de Corſe , 8000
hommes de Troupes reglées pour agir par la
force contre ces Montagnards Rebelles , qui ont
rejetté toutes les propofitions d'accommodement.
L'Armée de ces derniers campe dans une Vallée
près d'Ajazzo ; elle eft commandée par un certain
Pompiliani , que les Rebelles ont choifi pour
leur Chef.
Hij Οι
•
1648 MERCURE DE FRANCE
On mande de Genes , que le nommé Fabio
Chef des Mécontens de l'Ile de Corfe ayant été
arrêté à la Baſtia , y avoit été tué à coups de fufil
, ainfi que quelques autres de fes complices ;
que fa tête avoit été mife au bout d'une Pique &
expofée fur les Remparts de la Ville ; mais que
cette exécution , loin d'intimider ces Rebelles, paroiffoit
les avoir irritez , & qu'ils avoient menacé
de venir en nombre fuffifant tirer vengeance de la
mort de leur Chef.
3 Le nommé Rozza, Milanois, demeurant à Ferrare
, à entrepris de rendre le commerce de Triefte,
l'un des plus floriflans de toutes les Villes Maritimes
de l'Italie, & il s'eft engagé par un Traité
fait avec les Miniftres de l'Empereur,d'y faire paffer
les Négocians & les Marchandiſes de Genes
Livourne , Florence , Milan , Parme , Plaiſance
Mantoue , Modene, Bologne, Ferrare & de toutes
les Places deLombardie,fur des Barques de tranfports
, qu'il fera trouvér regulierement au Pont
de Logofcuro , fur le Po & à Triefte. Les Bátimens
qui pourront porter cent milliers pefant
auront Pavillon Imperial. Elles partiront regulicrement
tous les quinze jours : & l'Entrepreneur
donnera caution pour toutes les Marchandiſes
qu'il aura à tranfporter.
On apprend de Chambery , qu'on y avoit publié
un Edit du Roy de Sardaigne,par lequel S. M.
deffend à tous fes Sujets , de quelque condition
qu'ils puiffent être , de faire aucune donation dè
biens immeubles aux Communautez Religieufes,
à peine de nullité . Ce Prince ordonne en mêmetemps
que toutes les Terres dont les Commu--
nautez jouiffent actuellement , & qui proviennent
de pareilles donations , faites depuis un certain
nombre d'années , feront dorénavant fujettes aux
mêmes Impofitions qu'elles payoient avant que
appartenir à ces Communautez .
JUILLET. 1730. 1649
Le 18. Juin , le Cardinal Corradini cut 29.
voix au Scrutin du matin , & 30. l'après midi. Lo
19 il eut encore 29. voix , mais le Cardinal Bentivoglio
ayant fait connoître que l'Election de ce
Cardinal ,pour remplir le Siége vacant , pourroit
n'être point agréable au Roi d'Efpagne , il n'eut
l'après midi que 2 5. yoix. Le Cardinal Porzia ,
qui depuis huit jours étoit fort incommodé d'une
rétention d'urine , fortit le 10. du Conclave
avec fes Conclaviftes & fes Valets de Chambre.Le
Cardinal de Schomborn , fe trouvant auffi fort incommodé
, en fortit le 2. de ce mois.
On apprend de Rome que l'Archi - Confrairie
de Lorette a envoyé à cet Oratoire une Châffe
d'or ouverte , du poids de 34. Marcs , pour y
placer l'Image miraculeufe de la fainte Vierge.
Les Ordres Religieux ont été difpenfez , à caufe
des chaleurs , d'aller tour à tour en Proceffion à
P'Eglife de S. Pierre pendant le refte du Conclave,
à condition que chaque Convent celebrera tous
Ies jours une Meffe Votive du S. Efprit , juſqu'à
F'élection d'un Papė.
Le Cardinal Laurent Corfini , d'une des plus
illuftres & des anciennes Maifons de Florence
ayant eû toutes les voix du Conclave , fut élû
Pape dans le Scrutin du 12. Juillet. Le Cardinal
Pignatelli , Doyen du Sacré College & le Cardinal
Barberin , Sous -Doyen , accompagnez de
deux Maîtres des Ceremonies , étant allez à ſa
Cellule , pour le complimenter fur fon Election
le Cardinal Laurent Altieri , le premier des Cardinaux
Diacres , fe rendit à la Loge de l'Eglife
de S. Pierre , où il publia l'Election du Pape , qui
a pris le nom de Clement X I I. Cette Election
fut annoncée au Peuple par une falve generale de
l'Artillerie du Château S. Ange , par une déchar
ge de la Moufqueterie des Troupes qui étoient
H iij
fous
1650 MERCURE DE FRANCE
:
fous les armes dans la Place de S. Pierre & par le
fon de toutes les Cloches . Le Pape fut porté à la
la Chapelle Pauline , où il fit fa priere devant le
S. Sacrement, & après avoir rendu graces à Dieu
de fon élection , il fit appeller le Gouverneur de
Rome , avec lequel il confera quelque temps , &
enfuite avec le Cardinal Spinola de S. Agnès.
L'Après midi il fut porté à l'Eglife de S. Pierre ,
où fe fit , felon la coûtume , la ceremonie de l'Adoration.
L'après midi du treize Juillet , Sa Sainteté
nomma le Cardinal Banchieri , pour Secretaire
'Etat , Elle choisit M. Acquaviva , Majordome
du feu Pape , pour faire pendant quelques jours
les fonctions de Maître de Chambre ; elle donna
la Charge de Dataire à M. Valenti , cy-devant
Auditeur de Rote ; celle de Prefet de la fignature
au Cardinal Corradini ; celle de Tréforier dé
la Chambre Apoftolique à M. Sacripante ; celle
de Secretaire des Memoriaux au Marquis Corfini
, neveu de S. S. celle de Secretaire des Brefs
aux Princes à M. Maiella ; celle de Secretaire de
la Confulte à M. Riviera ; celle de Clerc de la
Chambre à M. Daffito , & celle du Secretaire du
Chiffre à M. Livizani .
Le Pape qui vient d'être élû, après un Conclave
de quatre mois & fept jours, naquit à Florence le
7. Avril 1652. Il étoit Tréforier de la Chambre
Apoftolique lorfque le Pape Clement XI . dont il
avoit été Auditeur , le fit Cardinal dans le Confiftoire
du 17. May 1706. Il eut d'abord le titre
de fainte Sufanne , & enfuite celui de S. Pierre
aux Liens. Il fut fait Evêque de Freſcati le 19 .
Novembre 1719. Le 12. Juillet 1723. il fut nommé
Député de la Congrégation de la Signature
de Juftice. Il étoit Protecteur de l'Ordre des Mineurs
Obfervans , des Réformez & du Tiers Or→
dre
JUILLET . 1730. 1651
dre de S. François , de l'Ordre des Servites , de
l'Archi - Confrairie des faints Stigmates , de celle
de l'Annonciade, de celle de la Trinité des Pelerins
des Religieufes de fainte Claire, du Confervatoire
des Philippines , de l'Hôpital de S. Jacques des
Incurables & de plufieurs autres . Il étoit des
Congrégations du S. Office , des Evêques & Reguliers
, du Ceremonial , du Bon-Gouvernement,
de Propaganda fide , de la Confulte , de l'Indice ,
de la Fabrique de S. Pierre , & de celle des Rives
du Tibre,
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Résumé : ITALIE.
En juillet 1730, Nocria a été dévastée par un violent tremblement de terre survenu le 12 juin précédent. La première secousse, à 5 heures du matin, a duré près d'une minute et a détruit la majeure partie des maisons. Une deuxième secousse, plus puissante, a suivi neuf heures plus tard, achevant de renverser les bâtiments restants. Seules sept maisons ont été endommagées. La tour de l'abbaye Saint-Benoît, haute de 400 marches et construite en marbre blanc, s'est fissurée en trois parties. Les églises du Dôme, Saint-Jean et des Augustins ont été totalement ruinées. La ville est devenue un amas de pierres, sans rues ni places discernables. Plus de 500 personnes ont été retirées des ruines, et des victimes continuent d'être découvertes. Les villages et châteaux environnants ont également subi des destructions, avec de nombreuses pertes humaines. En Corse, les rebelles contrôlent les principaux postes et leur fermeté laisse craindre des alliances secrètes avec une puissance étrangère. Leur exemple a rendu les populations de Terre-Ferme plus insoumis, refusant de payer les contributions. Des émeutes populaires ont eu lieu à San-Remo et à la Pieve. À Bastia, 8 000 hommes de troupes régulières sont attendus pour réprimer les montagnards rebelles, commandés par Pompiliani. À Gênes, Fabio, chef des mécontents de Corse, a été arrêté et exécuté, irritant les rebelles qui menacent de se venger. À Ferrare, Rozza a entrepris de développer le commerce de Trieste, facilitant le transport des marchandises entre diverses villes italiennes via des barques régulières sur le Pô. À Chambéry, un édit du roi de Sardaigne interdit les donations de biens immobiliers aux communautés religieuses, rendant ces terres soumises aux mêmes impôts qu'auparavant. En juillet 1730, le cardinal Corradini a obtenu 29 voix au scrutin du matin et 30 l'après-midi du 18 juin. Le 19 juin, il en a obtenu 29, mais le cardinal Bentivoglio a fait savoir que cette élection pourrait déplaire au roi d'Espagne, réduisant ainsi ses voix à 25 l'après-midi. Le cardinal Porzia est décédé le 10 juillet, et le cardinal de Schomberg a quitté le conclave en raison de sa santé. Le cardinal Laurent Corsini a été élu pape le 12 juillet, prenant le nom de Clément XII. Diverses nominations ont suivi, notamment celle du cardinal Banchieri comme secrétaire d'État. Le pape, né à Florence en 1652, a été fait cardinal en 1706 et évêque de Frescati en 1719. Il était protecteur de plusieurs ordres religieux et congrégations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 1872-1879
ITALIE.
Début :
Le Pape a confirmé M. Spinola dans les fonctions de sa Charge de Gouverneur de la Ville [...]
Mots clefs :
Pape, Cardinal, Cardinaux, Église, Cérémonies, Florence, Rebelles, Armes, Chevaliers, Hommes
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Ltions de la Charge de Gouverneur de la Ville
E Pape a confirmé M. Spinola dans les foncde
Rome. S. S. a choifi pour fes Chapelains fecrets
Mrs Riverfini & Panizzi. Elle a rétabli la
Charge de Capitaine de l'Antichambre, qui avoit
été fupprimée par le feu Pape ; & Elle a nommé
Gentils -hommes ou Chevaliers d'honeur de Cape
& d'Epée le Marquis del Bufalo, & Mrs Gazati ',
Ghifiliere , Albani , Gotifredi , Tarrugi , Patti ,
Oligiati , & quelques autres.
Le Comte Capranica a eu la Charge de Commandant
du Capitole.
Le Pape a deffendu à fes anciens Officiers &
Domeftiques qui le fervoient dans le temps qu'il
étoit Cardinal , de lui prefenter aucun Mémoire
en faveur de qui que ce foit, à peine d'ètre privez
des récompenfes que S. S. leur a promiles.
Le 1s du mois dernier, on chanta le Te Deum
dans
AOUST. 1730. 1873
dans toutes les Eglifes de Rome , par ordre du
Cardinal Marefofchi , Vicaire Général de S. S.
& on diftribua , felon la coutume , aux Pauvres
qui s'étoient rendus en foule dans la Cour du Belvedere
, quatre mille écus en Paoles neufs , que le
Cardinal Camerlingue avoit fait frapper pendant
la vacance du S. Siège. L'après midi , on publia
un Decret du Cardinal Vicaire , par lequel le
Pape accordoit une Indulgence pléniere à tous
ceux qui s'étant confeffez & ayant communié
affifteroient à la Meffe folemnelle que S.S. devoit
celebrer le jour de fon Couronnement , ou qui
recevroient fa benediction à la grande Loge du
Portail de l'Eglife de S. Pierre .
Le 16 , les Cardinaux fe rendirent à la Salle
des Paremens , fuivant l'invitation de M. Gambarrucci
, premier Maître des Ceremonies , & le
Pape y étant arrivé, accompagné d'un nombreux
cortege de Prince Romains , de Prelats , & de
Nobleffe fut revêtu de > y fes Ornemens Pontificaux
par les deux premiers Cardinaux Diacres.
Tout étant prêt pour la cérémonie du Couronnement
, la Proceffion fe mit en marche ; les Prélats
en Rochet & en Chapes violettes , marchant
à la tête , étoient fuivis des Cardinaux en Rochet
& en Chapes rouges. Le Pape étoit porté dans
une Chaife découverte .
Tout le Cortege étant defcendu par le grand
Efcalier de Conftantin , fe rendit fous le Portique
de l'Eglife de S. Pierre , qui étoit orné de Tapifferies
magnifiques. Le Pape s'y plaça fur un Trône
, qui avoit été élevé à côté de la Porte Sainte,
& les Cardinaux prirent leurs places ordinaires.
Le Cardinal Annibal - Albani , Camerlingue &
Archiprêtre de l'Eglife S.Pierre, fe tenant debout
& découvert à la gauche du Trône , complimen
ta le Pape fur fon Election , enfuite s'étant mis à
genoux
1874 MERCURE DE FRANCE
genoux , il baifa les pieds & la main droite de
S. S, après quoi il l'embraffa ; le priant de vouloir
bien admettre au baiſement des pieds les Chanoines
& les Officiers de l'Eglife. Cette Ceremonie
fe paffa pendant que les Cardinaux & les Prélats
entroient proceffionnellement dans l'Eglife.
Le Pape fut porté enfuite dans la Chapelle de
la fainte Trinité , ou ayant quitté fa Mitre , il fit
fa Priére devant le S. Sacrement. Après quoi il
alla dans le même ordre à la Chapelle Clémen→
tine , où étant monté fur fon Trône , les Cardinaux
vinrent lui baiſer la main , ainfi que les Patriarches
, les Archevêques, les Evêques , le Connétable
Colonne , les autres Princes du Trône
les Confervateurs & le Prieur du Peuple Romain.
Cette Ceremonie finie , le Pape fut revêtu de fa
Chape & de fa Mitre de toile d'argent , & enton
na l'Office de Tierce, qui fut chanté par les Muficiens
de la Chapelle Pontificale. A la fin de l'Office
, S. S. prit fes Ornemens pour celebrer la
Meffe , & s'étant mis en marche pour fe rendre
au premier Autel , dit de la Confeffion des Apôtres
, un Maître des Ceremonies brûla par trois
fois , devant le Pape , des Etoupes , en chantant à
chaque fois Pater Sancte , fic tranfit gloria
mundi.
S. S. eut pour Affiftans à l'Autel les Cardia
naux Barberin , Ottoboni , Colonne & M.Crefcenzi
: Elle y reçut le Pallium des mains du Cardinal
Altieri , premier Diacre. Pendant que les
Muficiens chantoient l'Introit , le Pape remonta
fir fon Trône , & les Cardinaux vinrent à l'Obédience
& baiſerent les pieds , les genoux, la main
& la jouë de S. S. Les Archevêques & Evêques
lui baiferent le pied & le genou , & les Pénitenciers
, le pied feulement.
Enfuite le Pape entonna le Gloria in excelfis ,
AOUST. 1730. 1875
à la fin duquel il retourna à l'Autel pour achever
la Meffe. Lorfqu'elle fut finie, S.S. reçut du Chapitre
de l'Eglife la retribution de 25 Jules de
Monnoye ancienne ; enfuite elle fut portée à la
grande Loge du Portail , où pendant que les Muficiens
chantoient l'Hymne : Corona aurea fuper
caput ejus , le Cardinal Colonne ôta la Mitre de
S. S. & le Cardinal Altieri , premier Diacre , lui
mit la Thiare fur la tête.
Le Pape donna alors fa benediction au peuple
au bruit d'une Salve generale de l'Artillerie du
Château S. Ange & au fon de toutes les Cloches
de la Ville.
Les deux Cardinaux Diacres publierent une In
dulgence pléniere en forme de Jubilé , & S. S.
donna au Peuple deux autres benedictions : Elle
retourna enfuite à la Salle des Paremens , où elle
fut complimentée fur fon Couronnement , par
le Cardinal Barberin , au nom du Sacré College.
Le 19 , le Prince Dom Barthelemi Corfini ,
l'aîné des Neveux du Pape, qui étoit arrivé la furveille
de Florence , eut audience de S. S. qui lui
donna la Charge de Capitaine des Chevaux Le
de fa Garde.
gers
Le 24, le Pape qui avoit donné la veille le Rochet
de Protonotaire Apoftolique , participant
furnumeraire au Marquis Neri - Corfini , fon
neveu , tint un Confiftoire , dans lequel S.S. fit
aux Cardinaux un Difcours tres -éloquent pour
les remercier de fon élection , &c. Le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires de France , y
propofa la Coadjutorerie de l'Evêché de Quebec
pour M. Boufquet , Evêque titulaire de Samos.
Enfuite il préconifa le P. Feydeau , pour l'Evêché
de Digne ; l'Abbé de Bezons pour celui de
Carcaffonne , & le P. Boyer pour celui de Mirepoíx.
Le
1876 MERCURE DE FRANCE
Le Patron d'une Barque revenu de Nettuno á
Livorne , a rapporté que le Chevalier Guarnieri,
Capitaine d'une des Galeres du Pape , étant förti
du Port de Nettuno avec fa Galere , pour aller
croifer contre les Corfaires de Barbarie , avoit
manqué d'être affaffiné avec tous les Officiers ,
par les Forçats & les Soldats de l'Equipage qui
avoient réfolu de faire échouer la Galere fur un
Banc de Sable , pour mieux executer leur projet :
mais que ce complot ayant été découvert
par des
Forçats Turcs , le Chevalier Buffi & un autre
Capitaine de Galere , étoient venus au fecours du
Chevalier Guarnieri ,au fignal qui leur fut donné,
& qu'on s'étoit faifi des plus coupables qui
avoient été punis fur le champ.
Le 1s du mois dernier , on publia à Florence
un Decret du Grand Duc , par lequel il étoit ordonné
de celebrer l'Election du Pape avec les
mêmes ceremonies qu'on obferva en 1623. pour
l'Election du Pape Urbain VIII . qui étoit de la
Maifon des Barberins de Florence. Le foir on
commença cette Fête par le fon des Cloches de la
Ville. Le 16 , vers les neuf heures du matin , les
Sénateurs & les Magiftrats fe rendirent en Cortége
à l'Eglife Métropolitaine , où ils entendirent
la Meffe , célébrée pontificalement par l'Archevêque
, & enfuite le Te Deum. Le 17 au foir,on
fit une Salve generale de l'Artillerie des deux Crtadelles
; on tira un Feu d'artifice fur la Tour du
vieux Palais. Tous les Palais furent illuminez , &
il y eut des Feux de joye & des réjouiſſances dans
toutes les rues.
' Les Rebelles de l'Ile de Corſe s'étant rendus
maîtres des Poſtes les plus avantageux de cette
Ifle , ont fait remettre à M. Venerofo un Mémoire
par lequel ils déclarent que fi dans fix femaines
la République ne les fatisfait pas fur toutes
AO UST. 1730. 1877
tes leurs demandes , ils feront des courfes dans
toute l'Ifle , & biûleront les Maifons & les Fermes
de tous les habitans qui ne voudront pas fuivre
leur parti. Comme on eft perfuadé qu'ils ne
feroient pas affez témeraires pour faire de pareilles
menaces, s'ils n'étoient pas aflurés de la protection
fecrete de quelque Puiflance Etrangere , pour croit
que la République leur accordera tout ce qu'ils
demandent pour éviter les fuites fâcheufes de leur
Rebellion .
On a appris en dernier lieu que leur Camp eft
préfentement de 20000, hommes , fans compter
les habitans de 14. Villages fitués dans le Détroit
d'Acia qui fe font joints à eux , & qui leur ont
prêté ferment de fidelité . Ils ont publié un Manifefte
par lequel ils déclarent qu'ils n'ont pris le
parti de fe revolter que parce qu'étant nés libres
la République & le Sénat les ont toujours tenus
dans la fervitude , en leur faifant payer des impofitions
beaucoup plus onereufes qu'aux autres
Sujets de la République . Ils demandent qu'ayant
que d'entrer dans aucun accommodement , on
les rétabliffe dans leurs anciens Privileges , qu'on
fupprime tous les impôts extraordinaires qu'ils
ont payés depuis 1715. qu'on leur remette entre
les mains ceux qui ont été la cauſe de leur oppreffion
; qu'on leur cede en toute Souveraineté
le Territoire qui eft entre les Rivieres de Liemone
& de Tavigniano , & qu'on retire toutes les Gar
nifons du Pays. Comme ces Rebelles prévoyent
que la République pourroit emprunter des fecours
étrangers pour les foumettre , ils fe font pourvûs
d'armes , & ils ont enlevé toutes les munitions de
guerre qu'ils ont trouvées dans les Arfenaux de
Saint Florent , de Calvi , de Curfe & de Saint
Boniface ; ils ont fondu les Cloches de ces Villes
pour en faire du Canon , & ils ont fait un Retranchement
1878 MERCURE DE FRANCE
tranchement avec des Redoutes le long des côtes
de l'Ifle , où l'on pourroit faire une defcente. Les
Corps de Garde qu'ils ont placés dans differens
endroits avec de l'artillerie , ont ordre de tirer
fur tous les Bâtimens Genois qui voudroient tenter
d'aborder dans l'Ile. Leur principal Chef , qui
fe nomme Pampliani , eft un Gentilhomme qui a
fervi avec diftinction dans les Troupes Etrangeres
; ce Chef a fait afficher dans differens endroits
de l'Ile que les Mécontens en prenant les armes
n'ont jamais eu intention de piller ni d'infulter
aucun de leurs freres opprimés ; mais de conferver
les Privileges & la liberté de la Nation : ils
font même fi attentifs à prévenir tous les défordres
que ceux de leur Parti pourroient caufer ,
qu'ils en ont fait pendre quinze qui étoient fortis
du Camp pour aller voler dans le Village d'Ajaccio.
Un de leurs Détachemens étant allé il y a
quelque tems à Alleria pour s'emparer de cette
petite Ville , les habitans tirerent fur les Mécontens
pour les obliger à fe retirer ; mais ayant attaqué
la Ville avec beaucoup de vigueur , ils la
prirent par efcalade , & pafferent au fil de l'épée
la Garnifon & tous ceux qui avoient pris les armes.
Le bruit court que la République a raffemblé
6 à 7000 hommes , avec lefquels elle efpere
de foumettre les Rebelles. M. François Marie
Spinola s'eft nouvellement embarqué pour San-
Remo , en qualité de Commiffaire de la République
, & avec des inftructions pour prévenir la
révolte des peuples qui ont déja donné des marques
de leur mécontentement .
il a
Le Cardinal de Rohan eft parti de Rome ,
pris la route d'Orviette ; & après avoir paffé
quelques jours dans la Maifon de Campagne du
feu Cardinal Gualterio , il arriva à Venife le 4.
Août, & alla defcendre au Palais du Cardinal Otthoboni
'A OUS T. 1730. 1879
thoboni ; il a dû partir quelques jours après pour
-retourner en France .
Ltions de la Charge de Gouverneur de la Ville
E Pape a confirmé M. Spinola dans les foncde
Rome. S. S. a choifi pour fes Chapelains fecrets
Mrs Riverfini & Panizzi. Elle a rétabli la
Charge de Capitaine de l'Antichambre, qui avoit
été fupprimée par le feu Pape ; & Elle a nommé
Gentils -hommes ou Chevaliers d'honeur de Cape
& d'Epée le Marquis del Bufalo, & Mrs Gazati ',
Ghifiliere , Albani , Gotifredi , Tarrugi , Patti ,
Oligiati , & quelques autres.
Le Comte Capranica a eu la Charge de Commandant
du Capitole.
Le Pape a deffendu à fes anciens Officiers &
Domeftiques qui le fervoient dans le temps qu'il
étoit Cardinal , de lui prefenter aucun Mémoire
en faveur de qui que ce foit, à peine d'ètre privez
des récompenfes que S. S. leur a promiles.
Le 1s du mois dernier, on chanta le Te Deum
dans
AOUST. 1730. 1873
dans toutes les Eglifes de Rome , par ordre du
Cardinal Marefofchi , Vicaire Général de S. S.
& on diftribua , felon la coutume , aux Pauvres
qui s'étoient rendus en foule dans la Cour du Belvedere
, quatre mille écus en Paoles neufs , que le
Cardinal Camerlingue avoit fait frapper pendant
la vacance du S. Siège. L'après midi , on publia
un Decret du Cardinal Vicaire , par lequel le
Pape accordoit une Indulgence pléniere à tous
ceux qui s'étant confeffez & ayant communié
affifteroient à la Meffe folemnelle que S.S. devoit
celebrer le jour de fon Couronnement , ou qui
recevroient fa benediction à la grande Loge du
Portail de l'Eglife de S. Pierre .
Le 16 , les Cardinaux fe rendirent à la Salle
des Paremens , fuivant l'invitation de M. Gambarrucci
, premier Maître des Ceremonies , & le
Pape y étant arrivé, accompagné d'un nombreux
cortege de Prince Romains , de Prelats , & de
Nobleffe fut revêtu de > y fes Ornemens Pontificaux
par les deux premiers Cardinaux Diacres.
Tout étant prêt pour la cérémonie du Couronnement
, la Proceffion fe mit en marche ; les Prélats
en Rochet & en Chapes violettes , marchant
à la tête , étoient fuivis des Cardinaux en Rochet
& en Chapes rouges. Le Pape étoit porté dans
une Chaife découverte .
Tout le Cortege étant defcendu par le grand
Efcalier de Conftantin , fe rendit fous le Portique
de l'Eglife de S. Pierre , qui étoit orné de Tapifferies
magnifiques. Le Pape s'y plaça fur un Trône
, qui avoit été élevé à côté de la Porte Sainte,
& les Cardinaux prirent leurs places ordinaires.
Le Cardinal Annibal - Albani , Camerlingue &
Archiprêtre de l'Eglife S.Pierre, fe tenant debout
& découvert à la gauche du Trône , complimen
ta le Pape fur fon Election , enfuite s'étant mis à
genoux
1874 MERCURE DE FRANCE
genoux , il baifa les pieds & la main droite de
S. S, après quoi il l'embraffa ; le priant de vouloir
bien admettre au baiſement des pieds les Chanoines
& les Officiers de l'Eglife. Cette Ceremonie
fe paffa pendant que les Cardinaux & les Prélats
entroient proceffionnellement dans l'Eglife.
Le Pape fut porté enfuite dans la Chapelle de
la fainte Trinité , ou ayant quitté fa Mitre , il fit
fa Priére devant le S. Sacrement. Après quoi il
alla dans le même ordre à la Chapelle Clémen→
tine , où étant monté fur fon Trône , les Cardinaux
vinrent lui baiſer la main , ainfi que les Patriarches
, les Archevêques, les Evêques , le Connétable
Colonne , les autres Princes du Trône
les Confervateurs & le Prieur du Peuple Romain.
Cette Ceremonie finie , le Pape fut revêtu de fa
Chape & de fa Mitre de toile d'argent , & enton
na l'Office de Tierce, qui fut chanté par les Muficiens
de la Chapelle Pontificale. A la fin de l'Office
, S. S. prit fes Ornemens pour celebrer la
Meffe , & s'étant mis en marche pour fe rendre
au premier Autel , dit de la Confeffion des Apôtres
, un Maître des Ceremonies brûla par trois
fois , devant le Pape , des Etoupes , en chantant à
chaque fois Pater Sancte , fic tranfit gloria
mundi.
S. S. eut pour Affiftans à l'Autel les Cardia
naux Barberin , Ottoboni , Colonne & M.Crefcenzi
: Elle y reçut le Pallium des mains du Cardinal
Altieri , premier Diacre. Pendant que les
Muficiens chantoient l'Introit , le Pape remonta
fir fon Trône , & les Cardinaux vinrent à l'Obédience
& baiſerent les pieds , les genoux, la main
& la jouë de S. S. Les Archevêques & Evêques
lui baiferent le pied & le genou , & les Pénitenciers
, le pied feulement.
Enfuite le Pape entonna le Gloria in excelfis ,
AOUST. 1730. 1875
à la fin duquel il retourna à l'Autel pour achever
la Meffe. Lorfqu'elle fut finie, S.S. reçut du Chapitre
de l'Eglife la retribution de 25 Jules de
Monnoye ancienne ; enfuite elle fut portée à la
grande Loge du Portail , où pendant que les Muficiens
chantoient l'Hymne : Corona aurea fuper
caput ejus , le Cardinal Colonne ôta la Mitre de
S. S. & le Cardinal Altieri , premier Diacre , lui
mit la Thiare fur la tête.
Le Pape donna alors fa benediction au peuple
au bruit d'une Salve generale de l'Artillerie du
Château S. Ange & au fon de toutes les Cloches
de la Ville.
Les deux Cardinaux Diacres publierent une In
dulgence pléniere en forme de Jubilé , & S. S.
donna au Peuple deux autres benedictions : Elle
retourna enfuite à la Salle des Paremens , où elle
fut complimentée fur fon Couronnement , par
le Cardinal Barberin , au nom du Sacré College.
Le 19 , le Prince Dom Barthelemi Corfini ,
l'aîné des Neveux du Pape, qui étoit arrivé la furveille
de Florence , eut audience de S. S. qui lui
donna la Charge de Capitaine des Chevaux Le
de fa Garde.
gers
Le 24, le Pape qui avoit donné la veille le Rochet
de Protonotaire Apoftolique , participant
furnumeraire au Marquis Neri - Corfini , fon
neveu , tint un Confiftoire , dans lequel S.S. fit
aux Cardinaux un Difcours tres -éloquent pour
les remercier de fon élection , &c. Le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires de France , y
propofa la Coadjutorerie de l'Evêché de Quebec
pour M. Boufquet , Evêque titulaire de Samos.
Enfuite il préconifa le P. Feydeau , pour l'Evêché
de Digne ; l'Abbé de Bezons pour celui de
Carcaffonne , & le P. Boyer pour celui de Mirepoíx.
Le
1876 MERCURE DE FRANCE
Le Patron d'une Barque revenu de Nettuno á
Livorne , a rapporté que le Chevalier Guarnieri,
Capitaine d'une des Galeres du Pape , étant förti
du Port de Nettuno avec fa Galere , pour aller
croifer contre les Corfaires de Barbarie , avoit
manqué d'être affaffiné avec tous les Officiers ,
par les Forçats & les Soldats de l'Equipage qui
avoient réfolu de faire échouer la Galere fur un
Banc de Sable , pour mieux executer leur projet :
mais que ce complot ayant été découvert
par des
Forçats Turcs , le Chevalier Buffi & un autre
Capitaine de Galere , étoient venus au fecours du
Chevalier Guarnieri ,au fignal qui leur fut donné,
& qu'on s'étoit faifi des plus coupables qui
avoient été punis fur le champ.
Le 1s du mois dernier , on publia à Florence
un Decret du Grand Duc , par lequel il étoit ordonné
de celebrer l'Election du Pape avec les
mêmes ceremonies qu'on obferva en 1623. pour
l'Election du Pape Urbain VIII . qui étoit de la
Maifon des Barberins de Florence. Le foir on
commença cette Fête par le fon des Cloches de la
Ville. Le 16 , vers les neuf heures du matin , les
Sénateurs & les Magiftrats fe rendirent en Cortége
à l'Eglife Métropolitaine , où ils entendirent
la Meffe , célébrée pontificalement par l'Archevêque
, & enfuite le Te Deum. Le 17 au foir,on
fit une Salve generale de l'Artillerie des deux Crtadelles
; on tira un Feu d'artifice fur la Tour du
vieux Palais. Tous les Palais furent illuminez , &
il y eut des Feux de joye & des réjouiſſances dans
toutes les rues.
' Les Rebelles de l'Ile de Corſe s'étant rendus
maîtres des Poſtes les plus avantageux de cette
Ifle , ont fait remettre à M. Venerofo un Mémoire
par lequel ils déclarent que fi dans fix femaines
la République ne les fatisfait pas fur toutes
AO UST. 1730. 1877
tes leurs demandes , ils feront des courfes dans
toute l'Ifle , & biûleront les Maifons & les Fermes
de tous les habitans qui ne voudront pas fuivre
leur parti. Comme on eft perfuadé qu'ils ne
feroient pas affez témeraires pour faire de pareilles
menaces, s'ils n'étoient pas aflurés de la protection
fecrete de quelque Puiflance Etrangere , pour croit
que la République leur accordera tout ce qu'ils
demandent pour éviter les fuites fâcheufes de leur
Rebellion .
On a appris en dernier lieu que leur Camp eft
préfentement de 20000, hommes , fans compter
les habitans de 14. Villages fitués dans le Détroit
d'Acia qui fe font joints à eux , & qui leur ont
prêté ferment de fidelité . Ils ont publié un Manifefte
par lequel ils déclarent qu'ils n'ont pris le
parti de fe revolter que parce qu'étant nés libres
la République & le Sénat les ont toujours tenus
dans la fervitude , en leur faifant payer des impofitions
beaucoup plus onereufes qu'aux autres
Sujets de la République . Ils demandent qu'ayant
que d'entrer dans aucun accommodement , on
les rétabliffe dans leurs anciens Privileges , qu'on
fupprime tous les impôts extraordinaires qu'ils
ont payés depuis 1715. qu'on leur remette entre
les mains ceux qui ont été la cauſe de leur oppreffion
; qu'on leur cede en toute Souveraineté
le Territoire qui eft entre les Rivieres de Liemone
& de Tavigniano , & qu'on retire toutes les Gar
nifons du Pays. Comme ces Rebelles prévoyent
que la République pourroit emprunter des fecours
étrangers pour les foumettre , ils fe font pourvûs
d'armes , & ils ont enlevé toutes les munitions de
guerre qu'ils ont trouvées dans les Arfenaux de
Saint Florent , de Calvi , de Curfe & de Saint
Boniface ; ils ont fondu les Cloches de ces Villes
pour en faire du Canon , & ils ont fait un Retranchement
1878 MERCURE DE FRANCE
tranchement avec des Redoutes le long des côtes
de l'Ifle , où l'on pourroit faire une defcente. Les
Corps de Garde qu'ils ont placés dans differens
endroits avec de l'artillerie , ont ordre de tirer
fur tous les Bâtimens Genois qui voudroient tenter
d'aborder dans l'Ile. Leur principal Chef , qui
fe nomme Pampliani , eft un Gentilhomme qui a
fervi avec diftinction dans les Troupes Etrangeres
; ce Chef a fait afficher dans differens endroits
de l'Ile que les Mécontens en prenant les armes
n'ont jamais eu intention de piller ni d'infulter
aucun de leurs freres opprimés ; mais de conferver
les Privileges & la liberté de la Nation : ils
font même fi attentifs à prévenir tous les défordres
que ceux de leur Parti pourroient caufer ,
qu'ils en ont fait pendre quinze qui étoient fortis
du Camp pour aller voler dans le Village d'Ajaccio.
Un de leurs Détachemens étant allé il y a
quelque tems à Alleria pour s'emparer de cette
petite Ville , les habitans tirerent fur les Mécontens
pour les obliger à fe retirer ; mais ayant attaqué
la Ville avec beaucoup de vigueur , ils la
prirent par efcalade , & pafferent au fil de l'épée
la Garnifon & tous ceux qui avoient pris les armes.
Le bruit court que la République a raffemblé
6 à 7000 hommes , avec lefquels elle efpere
de foumettre les Rebelles. M. François Marie
Spinola s'eft nouvellement embarqué pour San-
Remo , en qualité de Commiffaire de la République
, & avec des inftructions pour prévenir la
révolte des peuples qui ont déja donné des marques
de leur mécontentement .
il a
Le Cardinal de Rohan eft parti de Rome ,
pris la route d'Orviette ; & après avoir paffé
quelques jours dans la Maifon de Campagne du
feu Cardinal Gualterio , il arriva à Venife le 4.
Août, & alla defcendre au Palais du Cardinal Otthoboni
'A OUS T. 1730. 1879
thoboni ; il a dû partir quelques jours après pour
-retourner en France .
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Résumé : ITALIE.
En août 1730, plusieurs événements et nominations ont marqué la scène romaine et italienne. À Rome, le Pape a confirmé M. Spinola dans ses fonctions et nommé divers chapelains secrets, gentilshommes et chevaliers d'honneur. Le Comte Capranica a été désigné Commandant du Capitole. Le Pape a également interdit à ses anciens officiers de présenter des mémoires en faveur de quiconque. Le 1er août, un Te Deum a été chanté dans toutes les églises de Rome, et une indulgence plénière a été accordée à ceux qui assisteraient à la messe solennelle du couronnement papal. Le 16 août, la cérémonie de couronnement du Pape s'est déroulée avec une procession solennelle et diverses bénédictions. Le Pape a nommé son neveu, le Prince Dom Barthélemi Corsini, Capitaine des Chevaux Légers de sa Garde. Le 24 août, un consistoire a été tenu lors duquel plusieurs évêques ont été nommés. Par ailleurs, un complot contre un capitaine de galère du Pape a été déjoué. À Florence, des célébrations ont eu lieu pour l'élection du Pape. En Corse, des rebelles ont menacé de faire des incursions dans l'île si leurs demandes n'étaient pas satisfaites et se sont préparés militairement. La République de Gênes a rassemblé des troupes pour les soumettre. De plus, le Cardinal de Rohan a quitté Rome pour la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 2066-2070
ITALIE.
Début :
Le 6. Août, le Cardinal Coscia fit élever sur la porte de son Palais les Armes de l'Empereur [...]
Mots clefs :
Cardinal, Pape, Sénat, Rebelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E 6. Août , le Cardinal Cofcia fit élever fur
la porte de fon Palais les Armes de l'Empereur
& de la Couronne de Boheme , & l'après
midi il reçut la vifite des Cardinaux Allemans qui
font à Rome.
Le 14. le Pape tint un Confiftoire fecret , dans
lequel le Cardinal Ottoboni , Protecteur des affaires
de France , propofa l'Evêché de la Rochelle
pour l'Abbé de Menou de Charnifay , & celui
de Limoges pour l'Abbé de l'Iſle du Gaft. Le Cardinal
de Biffy remit fon Titre de fainte Quirice
& de fainte Julie, & opta celui de S. Bernard aux
Termes
3
SEPTEMBRE. 1730. 2067
Termes. A la fin du Conſiſtoire , le Papé déclara
qu'il avoit fait un Cardinal , mais qu'il le réſervoit
in petto .
L'Abbé Lanti eft prêt à partir pour aller en
France porter au Dauphin les Langes dont S. S.
fit la benediction le 27. de l'autre mois.
L'Abbé Ballarini , Lecteur en Théologie au
College de la Sapience , & en grande réputation
pour fa profonde doctrine , a ant demandé à la
Congrégation de Propaganda fide , la permiffion
d'a ler prêcher l'Evangile dans l'Orient , a été
nommé depuis peu Suffragant du Patriarche de
Conftantinople .
de-
Il s'eft tenu le 7. Août une Congrégation d'Etat
, dans laquelle on a examiné les Memoires
préfentez par les Fermiers du Savon , pour
mander qu'on leur faffe rendre les Preſens particuliers
qu'ils ont faits à diverfes perfonnes dans
le temps de l'Adjudication de cette Ferme , dont
les droits ont été fupprimez depuis peu.
On affure que le Pape a offert fa médiation
pour terminer les differens de l'Empereur avec le
Roi d'Efpagne , & on prétend qu'en cas qu'el
le foit acceptée , S. S. enverra des Nonces Extraordinaires
à Vienne , à la Cour de France &
en Elpagne.
Le Chevalier de S. George étant allé au Quirinal
, le Pape l'y reçut avec de grands témoignages
d'affection , & S. S. lui fit préſent d'une
Cédule de 10000. écus payables à vue par le Tréforier
de la Chambre Apoftolique .
Ce même jour après midi , l'Ambaffadeur de la
République de Venife eut Audience particuliere
du Pape , dans laquelle il lui fit part que les deux
Neveux de S. S. avoient été infcrits fur le Livre
d'or , & que le Prince Don Barthelemi Corfini
ayoit été élu Procurateur de S. Marc , avec rang
de Chevalier de l'Etoille d'Or
Par
5.
2068 MERCURE DE FRANCE
na ,
Par un Decret datté du 12. Août , le Pape a
établi une Congrégation particuliere , compofée
des Cardinaux Camerlingue , Imperiali , Colligola,
du Marquis Neri Corfini , de M. Sacripante,
Tréforier General de Mrs Rieci , Palaggi & La
& du Procureur Fifcal de la Chambre , pour
revoir & examiner les Conceffions & renouvellemens
de Baux & Fermes qui ont été faits au préjudice
de la Chambre & du Peuple , de méme que
les remifes de dettes en tout ou en partie ,
exemptions , les graces & les privileges onereux
accordez fous le dernier Pontificat , ordonnant
fingulierement à tours les Officiers de cette
Chambre qui ont obtenu pour eux quelques unes
de ces remifes , graces ou Privileges , de comparoître
devant cette Congrégation & d'y rendre
compte de leur conduite.
les
Le bruit court que M. Firrao , Nonce à Lif
bonne , fera rappellé , que M. Bichi retournera
Nonce à fa place , & que quelque temps après il
fera fait Cardinal,
Le Pape a ordonné à un de fes Valets de Chambre
qui le fervoit depuis quatre ans , de fe retirer
, parce que , contre la deffenfe , il avoit ofé
lui demander une Place de Cuiraflier , pour laquelle
on lui avoit promis une récompenfe.
Le Roi de Sardaigne a donné la riche Abbaye
de Staffarde , au Cardinal Alexandre Albani , qui
depuis peu eft Protecteur des Affaires de la ŝavoye
& du Piémont,
Le Procureur General de la Religion de Malte ,
s'étant oppofé par un Acte Juridique à la Prife
de Poffeffion que le Cardinal Cibo fit fur la fin
du mois dernier , du Grand - Prieuré de Rome
on ne doute pas qu'il n'y ait un grand Procès
fur cette affaire.
On a appris depuis que le Pape voulant éviter
toute
SEPTEMBRE . 1730. 2069
toute conteftation avec le Grand- Maître de Malthe
, au fujet du Prieuré de cette Ville , qu'il a
donné au Cardinal Cibo , a réfolu de déroger à
› fa nomination , à l'exemple de Pie V. & de créer
une Congrégation particuliere pour examiner
cette affaire.
On a reçû avis de Sicile , qu'une Compagnie
de Soldats Allemands étant allée par ordre du
Vice- Roi au Château de Palerme pour s'y mettre
en garnifon , les Bourgeois qui jufqu'alors avoient
monté la Garde dans ce Château , avoient refufé
de leur en ouvrir les portes ; que quelques Soldats
ayant tiré , les autres Habitans de la Ville avoient
pris les armes , & que le defordre avoit été
très - grand .
en
On a appris de Milan , que le Comte Flavius
Rezzonico & le Marquis Jules Brivio , s'y étoient
battus en duel hors de la porte Orientale ,
prefence des Marquis Fiorenza & Novari , qu'ils
avoient choifis pour leurs Parains , & que le premier
avoit été tué d'un coup d'épée dans la cuiffe
qui lui avoit coupé l'Artere.
>
On a appris auffi que le Tremblement de terre
qu'on reffentit il y a quelque temps à Milan
avoit été plus confiderable à Lufignano , où il
avoit fait tomber la Chapelle de N. Dame du
Mont fur le Varefe , & quelques Maiſons des
environs.
On mande de Genes , que M. Venerofo ,
que le Sénat avoit envoyé dans l'Ile de Corfe
avec des pouvoirs de la République pour traiter
avec les Rebelles de cette Ifle , s'étoit rendu à
leur Camp pour leur faire une derniere exhortation
; mais Pompiliani , leur Chef, lui rép ● udit
que la Nation Corfe voyoit avec douleur qu'une
perfonne auffi diftinguée que lui , voulut s'employer
dans cette affaire , qu'ils reſpectoient tous
H La
2070 MERCURE DE FRANCE
droiture & fon équité ; qu'ils n'oublieroient jamais
fon Gouvernement comme étant digne des
plus grands éloges ; que fa douceur & fa moderation
lui avoient acquis avec juftice le titre glorieux
de Pere de la Patrie , & qu'ils conferveroient
toute leur vie le fouvenir des bienfaits
qu'ils avoient reçûs de fa generofité ; qu'ils l'exhortoient
de prendre leur parti , de proteger un
peuple opprimé qu'on traite de Rebelles , parce
qu'il deffend fa liberté & fes Privileges ; & que fi
le feul interêt l'obligeoit de retourner à Genes
pour la confervation de fes biens , ils lui offroient
Ja Dignité Royale avec une foumiſſion & une
obéiffance aveugle pour les ordres , s'il acceptoir
Je Gouvernement,
?
Les Magiftrats de la Baftia , Ville Capitale de
de l'Ifle , ayant envoyé des Commiſſaires du côté
de la Partie Méridionale de l'Ile pour lever les
contributions annuelles , ils furent furpris par un
Détachement des Rebelles qui les menerent à leur
Camp. Pompiliani leur demanda leurs pouvoirs ;
& après les avoir lus publiquement , il les fit déchirer
avec mépris.
La République ne pouvant réduire ces Rebelles
fans faire de grandes dépenfes , a été obligée de
demander des contributions extraordinaires à fes
Sujets.
Ón vient d'apprendre que fur l'avis donné au
Sénat , que les Rebelles avoient inveſti Ajaccio ,
on a fait partir de Genes trois Barques chargées
de Munitions de guerre , avec 200. Şoldats pour
faire entrer dans la Place , & on apprend en dernier
lieu , qu'il eft arrivé à Genes des Députez de
divers endroits de l'Ifle de Corfe , qui travaillent
depuis quelques jours avec les Commiffaires nommez
par le Sénat , à chercher les moyens de faire
finir les troubles de cette Iſle,
E 6. Août , le Cardinal Cofcia fit élever fur
la porte de fon Palais les Armes de l'Empereur
& de la Couronne de Boheme , & l'après
midi il reçut la vifite des Cardinaux Allemans qui
font à Rome.
Le 14. le Pape tint un Confiftoire fecret , dans
lequel le Cardinal Ottoboni , Protecteur des affaires
de France , propofa l'Evêché de la Rochelle
pour l'Abbé de Menou de Charnifay , & celui
de Limoges pour l'Abbé de l'Iſle du Gaft. Le Cardinal
de Biffy remit fon Titre de fainte Quirice
& de fainte Julie, & opta celui de S. Bernard aux
Termes
3
SEPTEMBRE. 1730. 2067
Termes. A la fin du Conſiſtoire , le Papé déclara
qu'il avoit fait un Cardinal , mais qu'il le réſervoit
in petto .
L'Abbé Lanti eft prêt à partir pour aller en
France porter au Dauphin les Langes dont S. S.
fit la benediction le 27. de l'autre mois.
L'Abbé Ballarini , Lecteur en Théologie au
College de la Sapience , & en grande réputation
pour fa profonde doctrine , a ant demandé à la
Congrégation de Propaganda fide , la permiffion
d'a ler prêcher l'Evangile dans l'Orient , a été
nommé depuis peu Suffragant du Patriarche de
Conftantinople .
de-
Il s'eft tenu le 7. Août une Congrégation d'Etat
, dans laquelle on a examiné les Memoires
préfentez par les Fermiers du Savon , pour
mander qu'on leur faffe rendre les Preſens particuliers
qu'ils ont faits à diverfes perfonnes dans
le temps de l'Adjudication de cette Ferme , dont
les droits ont été fupprimez depuis peu.
On affure que le Pape a offert fa médiation
pour terminer les differens de l'Empereur avec le
Roi d'Efpagne , & on prétend qu'en cas qu'el
le foit acceptée , S. S. enverra des Nonces Extraordinaires
à Vienne , à la Cour de France &
en Elpagne.
Le Chevalier de S. George étant allé au Quirinal
, le Pape l'y reçut avec de grands témoignages
d'affection , & S. S. lui fit préſent d'une
Cédule de 10000. écus payables à vue par le Tréforier
de la Chambre Apoftolique .
Ce même jour après midi , l'Ambaffadeur de la
République de Venife eut Audience particuliere
du Pape , dans laquelle il lui fit part que les deux
Neveux de S. S. avoient été infcrits fur le Livre
d'or , & que le Prince Don Barthelemi Corfini
ayoit été élu Procurateur de S. Marc , avec rang
de Chevalier de l'Etoille d'Or
Par
5.
2068 MERCURE DE FRANCE
na ,
Par un Decret datté du 12. Août , le Pape a
établi une Congrégation particuliere , compofée
des Cardinaux Camerlingue , Imperiali , Colligola,
du Marquis Neri Corfini , de M. Sacripante,
Tréforier General de Mrs Rieci , Palaggi & La
& du Procureur Fifcal de la Chambre , pour
revoir & examiner les Conceffions & renouvellemens
de Baux & Fermes qui ont été faits au préjudice
de la Chambre & du Peuple , de méme que
les remifes de dettes en tout ou en partie ,
exemptions , les graces & les privileges onereux
accordez fous le dernier Pontificat , ordonnant
fingulierement à tours les Officiers de cette
Chambre qui ont obtenu pour eux quelques unes
de ces remifes , graces ou Privileges , de comparoître
devant cette Congrégation & d'y rendre
compte de leur conduite.
les
Le bruit court que M. Firrao , Nonce à Lif
bonne , fera rappellé , que M. Bichi retournera
Nonce à fa place , & que quelque temps après il
fera fait Cardinal,
Le Pape a ordonné à un de fes Valets de Chambre
qui le fervoit depuis quatre ans , de fe retirer
, parce que , contre la deffenfe , il avoit ofé
lui demander une Place de Cuiraflier , pour laquelle
on lui avoit promis une récompenfe.
Le Roi de Sardaigne a donné la riche Abbaye
de Staffarde , au Cardinal Alexandre Albani , qui
depuis peu eft Protecteur des Affaires de la ŝavoye
& du Piémont,
Le Procureur General de la Religion de Malte ,
s'étant oppofé par un Acte Juridique à la Prife
de Poffeffion que le Cardinal Cibo fit fur la fin
du mois dernier , du Grand - Prieuré de Rome
on ne doute pas qu'il n'y ait un grand Procès
fur cette affaire.
On a appris depuis que le Pape voulant éviter
toute
SEPTEMBRE . 1730. 2069
toute conteftation avec le Grand- Maître de Malthe
, au fujet du Prieuré de cette Ville , qu'il a
donné au Cardinal Cibo , a réfolu de déroger à
› fa nomination , à l'exemple de Pie V. & de créer
une Congrégation particuliere pour examiner
cette affaire.
On a reçû avis de Sicile , qu'une Compagnie
de Soldats Allemands étant allée par ordre du
Vice- Roi au Château de Palerme pour s'y mettre
en garnifon , les Bourgeois qui jufqu'alors avoient
monté la Garde dans ce Château , avoient refufé
de leur en ouvrir les portes ; que quelques Soldats
ayant tiré , les autres Habitans de la Ville avoient
pris les armes , & que le defordre avoit été
très - grand .
en
On a appris de Milan , que le Comte Flavius
Rezzonico & le Marquis Jules Brivio , s'y étoient
battus en duel hors de la porte Orientale ,
prefence des Marquis Fiorenza & Novari , qu'ils
avoient choifis pour leurs Parains , & que le premier
avoit été tué d'un coup d'épée dans la cuiffe
qui lui avoit coupé l'Artere.
>
On a appris auffi que le Tremblement de terre
qu'on reffentit il y a quelque temps à Milan
avoit été plus confiderable à Lufignano , où il
avoit fait tomber la Chapelle de N. Dame du
Mont fur le Varefe , & quelques Maiſons des
environs.
On mande de Genes , que M. Venerofo ,
que le Sénat avoit envoyé dans l'Ile de Corfe
avec des pouvoirs de la République pour traiter
avec les Rebelles de cette Ifle , s'étoit rendu à
leur Camp pour leur faire une derniere exhortation
; mais Pompiliani , leur Chef, lui rép ● udit
que la Nation Corfe voyoit avec douleur qu'une
perfonne auffi diftinguée que lui , voulut s'employer
dans cette affaire , qu'ils reſpectoient tous
H La
2070 MERCURE DE FRANCE
droiture & fon équité ; qu'ils n'oublieroient jamais
fon Gouvernement comme étant digne des
plus grands éloges ; que fa douceur & fa moderation
lui avoient acquis avec juftice le titre glorieux
de Pere de la Patrie , & qu'ils conferveroient
toute leur vie le fouvenir des bienfaits
qu'ils avoient reçûs de fa generofité ; qu'ils l'exhortoient
de prendre leur parti , de proteger un
peuple opprimé qu'on traite de Rebelles , parce
qu'il deffend fa liberté & fes Privileges ; & que fi
le feul interêt l'obligeoit de retourner à Genes
pour la confervation de fes biens , ils lui offroient
Ja Dignité Royale avec une foumiſſion & une
obéiffance aveugle pour les ordres , s'il acceptoir
Je Gouvernement,
?
Les Magiftrats de la Baftia , Ville Capitale de
de l'Ifle , ayant envoyé des Commiſſaires du côté
de la Partie Méridionale de l'Ile pour lever les
contributions annuelles , ils furent furpris par un
Détachement des Rebelles qui les menerent à leur
Camp. Pompiliani leur demanda leurs pouvoirs ;
& après les avoir lus publiquement , il les fit déchirer
avec mépris.
La République ne pouvant réduire ces Rebelles
fans faire de grandes dépenfes , a été obligée de
demander des contributions extraordinaires à fes
Sujets.
Ón vient d'apprendre que fur l'avis donné au
Sénat , que les Rebelles avoient inveſti Ajaccio ,
on a fait partir de Genes trois Barques chargées
de Munitions de guerre , avec 200. Şoldats pour
faire entrer dans la Place , & on apprend en dernier
lieu , qu'il eft arrivé à Genes des Députez de
divers endroits de l'Ifle de Corfe , qui travaillent
depuis quelques jours avec les Commiffaires nommez
par le Sénat , à chercher les moyens de faire
finir les troubles de cette Iſle,
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Résumé : ITALIE.
En août 1730, le Cardinal Cofcia afficha les armes de l'Empereur et de la Couronne de Bohême sur la porte de son palais et reçut les cardinaux allemands à Rome. Le 14 août, le pape tint un consistoire secret où le Cardinal Ottoboni proposa les évêchés de La Rochelle et de Limoges pour les abbés de Menou de Charnisfay et de l'Isle du Gast. Le Cardinal de Bissy remit ses titres de saintes Quirice et Julie et opta pour celui de saint Bernard aux Terme. En septembre, le pape annonça la création d'un nouveau cardinal, qu'il réserva in petto. L'abbé Lanti se préparait à partir pour la France afin de porter au Dauphin les langes bénis par le pape. L'abbé Ballarini, réputé pour sa doctrine, fut nommé suffragant du patriarche de Constantinople après avoir demandé la permission de prêcher l'Évangile en Orient. Le 7 août, une congrégation d'État examina les mémoires des fermiers du savon, demandant la restitution des présents faits lors de l'adjudication de cette ferme. Le pape offrit sa médiation pour résoudre les différends entre l'Empereur et le roi d'Espagne, et envisagea d'envoyer des nonces extraordinaires à Vienne, en France et en Espagne. Le pape reçut le Chevalier de Saint-George avec affection et lui offrit une cédule de 10 000 écus. L'ambassadeur de Venise informa le pape de l'inscription de ses neveux sur le Livre d'or et de l'élection de Don Barthelemi Corsini comme procurateur de Saint-Marc. Par décret du 12 août, le pape établit une congrégation pour examiner les concessions et renouvellements de baux et fermes faits au préjudice de la Chambre et du peuple. Des rumeurs circulaient sur le rappel du nonce à Lisbonne et la nomination de M. Bichi comme cardinal. Le pape ordonna à un valet de chambre de se retirer pour avoir demandé une place de cuirassier. Le roi de Sardaigne attribua l'abbaye de Staffarde au Cardinal Albani, protecteur des affaires savoyardes et piémontaises. Un conflit juridique opposa le procureur général de Malte au Cardinal Cibo concernant le Grand-Prieuré de Rome, et le pape décida de déroger à cette nomination. En Sicile, des soldats allemands envoyés au château de Palerme rencontrèrent la résistance des bourgeois. À Milan, un duel entre le Comte Rezzonico et le Marquis Brivio se solda par la mort du premier. Un tremblement de terre à Lussignano causa des dégâts. À Gênes, M. Veneroso tenta de négocier avec les rebelles de Corse, mais ceux-ci refusèrent, respectant sa droiture mais rejetant son offre. Les magistrats de la Bastia furent capturés par les rebelles lors de la levée des contributions. La République de Gênes demanda des contributions extraordinaires à ses sujets pour réduire les rebelles corses. Des troupes et des munitions furent envoyées à Ajaccio pour renforcer la place.
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21
p. 2745-2746
« On a appris par Livourne que les Troupes de la République de Génes s'étoient saisies de plusieurs [...] »
Début :
On a appris par Livourne que les Troupes de la République de Génes s'étoient saisies de plusieurs [...]
Mots clefs :
Gênes, Troupes, Rebelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a appris par Livourne que les Troupes de la République de Génes s'étoient saisies de plusieurs [...] »
On a appris par Livourne que les Troupes de
la République de Génes s'étoient faifies de plufieurs
Chefs des Rebelles de l'Ile de Corfe, & que
plufieurs Villes de cette le avoient quitté les ar
mes & abandonné le parti des Révoltez.
On a auffi appris de la même Ville, qu'il y étoit
arrivé un Vaiffeau de Smirne , dont le Capitaine
a raporté qu'il y avoit embarqué l'Aga Aggi
Ofman & Mufa- Aly,& qu'il les avoit tranfportez
a l'Ile des Cerfs dans l'Archipel , où ces deux
Pachas le font fauvez pour éviter le fort malheureux
des autres principaux Officiers du Sultan
dépofé.
Les Lettres de Génes portent que les Rebelles
de l'Ile de Corfe avoient détruit deux habitations
de Grecs qui étoient établis depuis plufieurs an
Bées dans cette Ifle , & aufquels la République
de Gênes avoit accordé divers Privileges , &
qu'ils en avoient maffacré tous les habitans, fans
épargner les femmes ni les enfans ; que la Répu
I. Vol. I iij
bli
2746 MERCURE DE FRANCE
blique avoit réfolu de prendre des Suiffes à fa
folde pour aller réduire ces Rebelles , & que le
Commandement de ces Troupes étrangeres feroit
donné à M. Anfalde de Grimaldi.
Le bruit vient de fe répandre que l'on a arrêté
dans l'Ile de Corfe le principal Chef des Rebelles
de cette Ifle.
Le Comte de Staremberg eft parti du Camp
de la Lunegiane , avec quatre Bataillons.Le Prince
de Saxe & un autre General Allemand l'ont
fuivi avec deux Regimens d'Infanterie , & le
Comte de Waldeck avec le refte des Troupes Impériales
qui ont pris leurs quartiers dans differens
Villages de la Lombardie.
On écrit de Milan que le Comte Rezzonico
s'étant accommodé avec les parens de Dom Guy
Brevio , qu'il a tué en duel , avoit été remis en
liberté.
la République de Génes s'étoient faifies de plufieurs
Chefs des Rebelles de l'Ile de Corfe, & que
plufieurs Villes de cette le avoient quitté les ar
mes & abandonné le parti des Révoltez.
On a auffi appris de la même Ville, qu'il y étoit
arrivé un Vaiffeau de Smirne , dont le Capitaine
a raporté qu'il y avoit embarqué l'Aga Aggi
Ofman & Mufa- Aly,& qu'il les avoit tranfportez
a l'Ile des Cerfs dans l'Archipel , où ces deux
Pachas le font fauvez pour éviter le fort malheureux
des autres principaux Officiers du Sultan
dépofé.
Les Lettres de Génes portent que les Rebelles
de l'Ile de Corfe avoient détruit deux habitations
de Grecs qui étoient établis depuis plufieurs an
Bées dans cette Ifle , & aufquels la République
de Gênes avoit accordé divers Privileges , &
qu'ils en avoient maffacré tous les habitans, fans
épargner les femmes ni les enfans ; que la Répu
I. Vol. I iij
bli
2746 MERCURE DE FRANCE
blique avoit réfolu de prendre des Suiffes à fa
folde pour aller réduire ces Rebelles , & que le
Commandement de ces Troupes étrangeres feroit
donné à M. Anfalde de Grimaldi.
Le bruit vient de fe répandre que l'on a arrêté
dans l'Ile de Corfe le principal Chef des Rebelles
de cette Ifle.
Le Comte de Staremberg eft parti du Camp
de la Lunegiane , avec quatre Bataillons.Le Prince
de Saxe & un autre General Allemand l'ont
fuivi avec deux Regimens d'Infanterie , & le
Comte de Waldeck avec le refte des Troupes Impériales
qui ont pris leurs quartiers dans differens
Villages de la Lombardie.
On écrit de Milan que le Comte Rezzonico
s'étant accommodé avec les parens de Dom Guy
Brevio , qu'il a tué en duel , avoit été remis en
liberté.
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Résumé : « On a appris par Livourne que les Troupes de la République de Génes s'étoient saisies de plusieurs [...] »
Le texte relate divers événements politiques et militaires en Méditerranée. À Livourne, les troupes génoises ont capturé des chefs rebelles de Corfou, et plusieurs villes de l'île ont capitulé. Les pachas Aga Aggi Ofman et Mufa-Aly se sont réfugiés sur l'île des Cerfs pour échapper au sort des officiers du sultan déposé. Les rebelles de Corfou ont attaqué et massacré les habitants de deux habitations grecques. La République de Gênes a nommé M. Anfalde de Grimaldi pour diriger les troupes étrangères contre les rebelles. Le principal chef des rebelles de Corfou a été arrêté. En Italie, le comte de Staremberg a déplacé ses régiments de la Lunegiane vers la Lombardie. À Milan, le comte Rezzonico a été libéré après un accord avec la famille de Dom Guy Brevio, qu'il avait tué en duel.
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22
p. 2942-2953
Extrait de plusieurs Lettres de Turquie.
Début :
Le Sultan Achmet IV. après un Regne de 28 ans, vient d'être déposé. Le G. Visir Hibraim [...]
Mots clefs :
Sultan, Ministre, Chefs, Rebelles, Constantinople, Révolte, Vizir, Janissaires, Troupes, Règne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de plusieurs Lettres de Turquie.
E Sultan Achmet IV. après un Regne de 28
Lans ,vient d'être dépofé. Le G.Vifir Hibraim
Pacha , fon gendre & fon favori, avoit gouverné
PEmpire fous lui pendant douze ans, & connoiffant
le defir du Sultan pour les richeſſes , il n'avoit
rien oublié pour en amaffer ; mais le Kiaia
& les perfonnes qu'il avoit employées pour cela ,
s'étant rendues infupportables par leur orgueil ,
leurs monopoles & leurs véxations ; & le G.Viz.
après avoir amufé long- temps les peuples par
des préparatifs de Guerre , ayant enfin affemblé
une Armée près de Scutari , & mécontenté les
Docteurs de la Loy & les Troupes , qui en general
n'approuvoient pas la Guerre contre les
Perfans , fe défiant d'ailleurs des réfolutions
chancelantes & myfterieufes du Vizir , toutes
ces circonstances animerent un certain Janiffaire ,
furnommé Patrona , Albanois de nation , homme
hardi & intriguant , à entreprendre la Révolution
arrivée le 28 Septembre dernier . Il s'affo-
II. Vel. cia
DECEMBRE. 1730. 2943
cia pour cet effet avec un nommé Emir-Ali , &
fix autres hommes .
Ce jour- là , 28 Septembre , à 8 heures du matin
, ces 8 perfonnes parurent fur la grande Place,
avec une ferme réfolution d'exécuter leur deffein
Ils attacherent au bout d'un bâton un morceau
de vieux Taffetas , en guife de Drapeau ; &
parcourant toute la Place; un criant à haute voix:
Que tout vrai Muſulman devoit fuivre leur parti
& s'affembler dans la grande Place d'Atmeidan ,
pour deffendre le bien public & faire exécuter les
Loix. Delà ils fe rendirent au grand Bezenften ,
qui eft un Place ou Halle , couverte d'un Toît, &
où il y a plus de mille Boutiques, de toutes fortes
de riches Marchandiſes . Ils ordonnerent à l'Inf→
pecteur de cette Place d'en fermer les Portes , &
commanderent la même chofe aux Marchands ,
qui là- deffus fermerent leurs Boutiques & fe retirerent
chez eux. Cette entrepriſe fi hardie ne promettoit
pas une heureuſe iffuë ; neanmoins une
concurrence tacite des habitans de Conftantino .
ple paroiffoit la favorifer plutôt qu'aucun ſe- cours réel.
Quelques autres Janiflaires voyant la hardieffe
de ces Mécontens , en furent émus ; ils ſe joignirent
à eux avec quelques Gebelis , qui font
ceux qui fervent l'Artillerie , & coururent tous
au Marché aux Armes , où ils s'armérent. Ils allerent
enfuite à la Maiſon des Janiſſaires , qui eft
un grand Bâtiment , au milieu de Conftantinople
, partagé en plufieurs Chambres , & où l'on
peut loger quelques milliers de cette Milice : Ils
s'arréterent devant la 1ere & st Chambres,qui en
font les principales , & inviterent les Janiffaires
de fe joindre à eux . Les principaux Officiers de ces
Chambres les avoient abandonnées pour aller au
Rendez -vous , où on avoit porté le Drapeau des •
II. Vol.
Hv Janif
2944 MERCURE DE FRANCE
Janiflaires.Les Chefs de cette Milice & le Chaoux
Bachi , s'étoient auffi retirez , tant pour n'être
pas accufez d'être les Auteurs de cette Révolte
que pour n'être pas obligez de s'opposer aux
Mécontens qui s'étoient partagez en Compagnies
, & avoient pofé des Sentinelles pour la
fureté des Marchands & des grandes Places..
Pendant ce temps là , l'Infpecteur du Bezenften
tâcha à diverſes repriſes de r'ouvrir cette Place
, & d'y faire revenir les Marchands ; il fut fecondé
en cela par diverfes perfonnes , que le Capitan
Pacha , ou Grand Amiral , qui commandoit
en l'abfence du G Viz. lui avoit envoyées
mais inutilement , plufieurs de ces derniers fe
joignirent aux Mécontens,& l'Aga des Janiflairés
étant venu en perfonne , & voyant qu'il étoit
trop tard pour arrêter le mal , jugea à propos.
de fe retirer dans fa Maiſon , & ne parut plus
depuis. Le Kiaia ou Lieute ant du Gr Vizir
qui étoit venu ce jour là à Conftantinople pour
Les affaires particulieres , fut fi faifi d'épouvente à.
la premiere nouvelle de cette émotion , qu'il fe
fauva avec deux de fes confidens , à bord d'un:
pest Bitiment.
Le Capitan Pacha qui étoit dans fon Palais ;
fur le Canal de la Mer Noire , ayant appris la
révolte , vint d'abord à Conftantinople , où il fit
de nouveaux efforts pour faire r'ouvrir le Buzenften
& les Boutiques qui y font . Il tâcha auffi
par toutes fortes de moyens d'appaifer le tumulte,
fans néanmoins y employer la force ; &
voyant que tous fes efforts étoient inutiles , il fe
retira pour aller joindre le Sultan , après avoir
laiffé quelques ordres à l'Arſenal.
Tous les autres Pa has en firent de même. Le
G. V. à la reception de la trifte nouvelle , monta
à cheval , & alla trouver le Sultan qui étoit dans
1.Vol le
DECEMBRE . 1730. 2945
Le Palais de la Sultane Chahige fa foeur , fitué
près de Scutari. On y tint un grand Confeil ,
pour déliberer fur les moyens d'arrêter le progrès
de la révolte.
A l'iffue du Conſeil , le Sultan fe retira dans
fon Serrail , & le foir il partit pour Conftantinople.
On dit qu'à cette occafion la Sultane Chahige
confeilla a fon frere de ne pas permettre que
fes principaux Vizirs abandonnaflent fa perfonne
, parce que , comme il étoit à préfumer que
les Mécontens en vouloient à fes Miniftres ,
pourroit , en les facrifiant à leur vengeance, fe
tirer d'affaires , au cas que le mal fut fans remede.
>"
il
La nouvelle de cette révolte mit tout le Camp
dans une grande confufion & dans la derniere
confternation ; ceux qui poffedoient des Charges
en furent les plus allarmée ; ils fe cacherent
tous , & fans fonger au devoir auquel ils étoient
obligez par leurs Charges , ils abandonnerent lâchement
leurs Maîtres ; enforte que le G. Viz.
lorfqu'il arriva au Serrail n'étoit fuivi que
de fon Ecuyer , de fon Valet de Chambre & de
autres domeftiques . Ce Miniftre fongea d'abord
à employer la force , pour mettre les Rebelles à
la raiſon. Il envoya pour cet effet les Ordres
au Camp pour en faire venir du monde ; mais il
ne put affembler cette nuit que cent perfonnes.
On employa neanmoins quelques Matelots pour
tranfporter du Camp au Serrail le tréfor & les
effets les plus précieux du Sultan.
Quoique les Mécontens fe donnaffent de leur
côté tous les mouvemens poffibles pour augmenter
leur parti , ils ne purent affembler ce jour-là
que 300 hommes , qui pafferent la nuit au lieu de
leur rendez -vous; mais le lendemain leur nombre
augmenta fi confiderablement , u'ils furent bientôt
en état de donner la loy à toute la Ville 3 ils
I L. Vol. Hovi déla
2946 MERCURE DE FRANCE
détacherent plufieurs Compagnies pour ouvrir
toutes les priſons , & délivrer tous les Galeriens;
dans cette confufion quantité d'Efclaves Chréziens
eurent le bonheur d'être mis en liberté.
Les Révoltés voyant que leur entrepriſe avoit
tout le fuccès qu'ils en pouvoient attendre , réfolurent
d'élire un Aga des Janiffaires ; ils choifirent
pour cet effet un nommé Chanefey , homme
hardi,bon Soldat,& qui avoit déja exercé la
Charge d'Aga des Janiflaires dans le Bamat deTemefvar,
mais dont il avoit été privé fous le précédent
Gouvernement; ils choiſirent enfuite les plus
courageux d'entre eux pour remplir les places
vacantes par l'abſence des Officiers des Janiflaires
, qui s'étoient cachés ou qui refufoient de
fuivre leur parti. Ils élurent auffi un Topigi Bachi
, ou Genéral de l'Artillerie ; & s'étant emparés
du grand Etendart , ils le porterent au lieu
de leur Rendez- vous , où ils drefferent leurs Tenzes
, & formerent leur Camp ; après quoi ils pri
rent les mesures convenables pour pourvoir à
la fureté publique , & pouffer à bout leur entreprife
, fi heureufement commencée. Pendant ce
rems là le G. S. ne fe trouvant pas en état d'appaifer
ce tumulte par la force , envoya un de fes
principaux Officiers aux Mécontens , pour leur
demander la raifon de leur révolte , & ce qu'ils
fouhaitoient de S.H. Ils répondirent à cet Offcier
que les malverfations des Miniftres du Sultan
en étoient la caufe , & qu'ils demandoient
qu'on les leur livrât. Sur cette nouvelle , le Grand
Vízir tâcha d'infinuer au Sultan que la demande
que les Mécontens venoient de faire n'étoit
qu'un prétexte pour cacher le deffein qu'ils méditoient
de le détrôner , & peut- être de lui ôter
la vie. S. H. en fut émuë , & fe retira dans le
Harem , ou Appartement des femmes.
11. Velo
DECEMBRE. 1730. 2947
Cependant ce premier Miniftre & le Kiaya
après avoir tenu divers Confeils fur la trifte fitua
tion de leurs affaires , ſe voyant fans reffource ,
réfolurent dans cette extrémité d'avoir recours
l'Etendart de Mahomet , dans l'efperance que le
refpect pour la Religion animeroit le Peuple à
fe ranger par devoir & par affection du côté du
Sultan. Ils arborerent effectivement cet Etendart
fur la deuxième porte du Sérail , & firent faire
de grandes promeffes au Peuple pour l'engager à
prendre les armes contre les Mécontens , en ordonnant
en même- tems aux Topigis ou Canoniers
de venir au Sérail pour le défendre contre
les ennemis de S. H. mais tous leurs efforts furent
inutiles ; l'expofition de l'Etendart imprima
bien quelque venération dans le coeur des habitans
de Conftantinople , fans que perfonne néanmoins
prit les armes pour la défenſe du G. S.
& les Topigis refuferent de le rendre au Sérail .
Les Boftandgis , ou Jardiniers , & les Baltagis
qui fervent de Gardes du Corps auroient été
en état de défendre le Sérail , mais la défunion
fe mit entr'eux ; de forte que le G. Vizir réduit
au defefpoir , couroit comme un infenfé dans le
Sérail , animant tout le monde à prendre les
armes & demandant à chaque inftant fi les
Rebelles ne s'étoient pas encore rendu maîtres
du Sérail . Tout ceci fe paffa le 29. Septembre.
Le 30. les Mécontens firent venir dans leur
armée le Morza Sibelfackiafcher , qui eft un
des Grands Juges de l'Empire que le G. V. avoit
exilé , pour avoir parlé trop librement dans le
Confeil contre les deffeins de ce Miniftre ; ils
le reçurent avec beaucoup de refpect , le reconaurent
pour leur Legiflatcur , & envoyerent enfuite
un Détachement à Topana pour inviter les
Topigis de fe joindre à eux , ce qu'ils firent le
même jour.
La
2948 MERCURE DE FRANCE
<
Le Sultan confera la Charge de Capitan Pacha
, ou Grand- Amiral , à l'Alidy , ou Premier
Capitaine des Vaiffeaux de Guerre , afin de fe
conferver par fon moyen , en cas de beſoin , la
poffeffion de l'Arfenal. Cet Officier accepta ce
grand Emploi , & fit même en cette qualité fon
Entrée à PArfenal , où il fut reçû au bruit de 9.
pieces de Canon de chaque Vaiffeaux de Guerre ;
mais jugeant que la neceffité lui avoit procuré
cet honneur , & prévoyant bien que fon autorité
ne feroit pas de longue durée , il fe retira peu
après , & alla joindre les Mécontens , qui le
confirmerent dans la Charge de Grand- Amiral.
Après qu'il eut pris quelques mefures avec eux ,
il retourna à l'Arfenal , où il fit équiper 4. Galeres
qu'il envoya devant le Sérail , afin d'en couper
la communication , & empêcher l'entrée du
fecours on défendit en même tems fous de
groffes peines d'y porter des vivres , & on ferna
tous les Acqueducs..
D'un autre côté le nouvel Aga des Janiffaires
donna les ordres neceffaires pour procurer l'abondance
dans la Ville ; il mit des Gardes par
tout pour la fûreté des Marchands ,
& pour empêcher
le pillage . I fi: punir feverement ceux
qui contrevenoient à fes ordres .
Cependant le Sultan étoit dans des angoiffes
morte les ; il fe voyoit abandonné de tout le
monde ; & fe trouvant fans reffource , il réfolut
de faire un dernier effort fur l'efprit des Mécontens
, il leur envoya pour cet effet l'Iprizade
& le Mirza Effendi'; mais les Mécontens furent
inexorables , & perfifterent dans la demande qu'ils .
avoient faite des principaux Miniftres , fur quoi
Je Sultan réfolut enfin d'envoyer en prifon le
G. V. le Kiaia & le Capitan Pacha , & i envoya
le Mufti en exil dans une des Iles de l'Archipel.
Le
DECEMBRE. 1730. 2949
Le premier Octobre 7000. Janiffaires , qui
quelques jours auparavant avoient été détachés
pour la Perfe , ayant appris la Revolte , revinrent
fur leurs pas , & allerent joindre l'arméedes
Mécontens. Ils étoient commandés par uns
Pacha à neuës , qui en paffant à Scutari avoit
pris avec lui le prétendu Prince de Perfe , &
l'avoit conduit à l'armée des Rebelles , ou par
honneur on lui donna une Garde. Ce Prince fe
difoit fits aîné du dernier Roi de Perfe ; il étoit
venu à Conftantinople pour demander la protection
de la Porte contre le Prince Thamas fon
frere.
Cependant la confufion continuoit au Sérail ;
des amis du Sultan lui repréſenterent la neceſſité
qu'il y avoit de facrifier fes 3. Miniftres à la
vengeance des Mécontens , comme étant l'unique
moyen d'appaifer leur animofité , & même de
conferver la vie. Sur quoi S. H. ordonna qu'ils
fuffent étranglés , & qu'on envoyar leurs corps
aux Mécontens , ce qui fut executé , & chaque
corps fut mis fur un Chariot attelé de boeufs . On
ne (çauroit exprimer les injures que les Mécontans
vomirent contre ces 3. miferables corps
fur lefques ils exercerent tout ce que la rage leur
pouvoient infpirer ; enfin après avoir affouvi
leur vengeance, ils jetterent le corps du Kiaya dans.
un puits rempli d'immondices , mais aux inſtantes
prieres & aux larmes de la mere du Capitan
Pacha , ils lui rendirent celui de fon fils. Quant:
au corps du G. V les Chefs des Mécontens pu
blierent que le Sultan les avoit trompés , que ce
corps n'étoit pas celui d'Ibrahim Pacha , mais
le corps d'une autre perfonne qui lui reffembloit.
Dans cette croyance les Mécontens attacherent
ce corps
à la queue d'un cheval , & le:
traînerent devant le Sérail auprès d'une magnifi
LL. Vol. que
2950 MERCURE DE FRANCE
que fontaine que le G. V. avoit fait élever , &
le jetterent en proye aux chiens.
Les Chefs des Mécontens qui avoient déja
réfolu de détrôner le Sultan , publierent exprès
que le corps du G.V. étoit un corps fuppofé ,
dans la crainte que l'indulgence que S. H. avoit
euë de facrifier fes plus chers favoris , n'appaifàt
la colere des Soldats. C'eſt ainfi que les 3. premiers
Miniftres de l'Empire Ottoman finirent
miferablement leur vie. On dit que le G. V. appréhendant
d'être livré vif aux Mécontens , s'étoit
empoisonné dans la prifon. On dit auffi que
le Mufti , envoyé par le Sultan en exil dans une
des Inles de l'Archipel , y a été jetté dans la Mer,
de même que le Finfulch Molla , que S. H. y
avoit pareillement exilé.
Les Mécontens ayant obtenu tout ce qu'ils
avoient defiré par rapport aux Miniftres , réfolurent
de mettre en execution le deffein qu'ils
avoient conçu de détrôner le Sultan Achmet , &
de mettre à la place le Sultan Mahmoud , fon
neveu , fils du Sultan Muſtapha , déposé en 1703 .
En confequence de cette réfolution , ce Prince
fut proclamé Empereur le même jour premier
Octobre à 11. heures du foir par toute la Milice.
Dès que le Sultan Achmet eut reçû cette triſte
nouvelle , il donna ordre qu'on fit fortir ce nouveauSultan
de l'Appartement
où il l'avoit fait gar.
der avec foin , & après s'être entretenu quelque
tems avec lui , il le fit entrer dans l'Apartement
Imperial , & fe retira enfuite dans celui qui est
deftiné pour les Sultans déposez.
Après les proclamations du nouvel Empereur
le Seliktar , à qui le Sultan Achmet avoit donné
les Sceaux de l'Empire , fut confirmé par les Méso
ntens dans la Charge de G. V. mais feulement
II. Vol. par
DECEMBRE. 1730. 2951
par provifion & en attendant le retour d'Abdalab
Kuperly , Pacha d'Egypte , qu'ils avoient choifi
pour exercer cette haute dignité.
Les Janniffaires & les autres Troupes , afin de
fe rendre plus formidables , réfolurent enfuite
d'augmenter leur Corps par de nouvelles Recrues;
ce qu'ils commencerent à executer dès cette nuit
même le nombre de ceux qui fe preſentoient
pour être enrollez , fut d'autant plus grand
qu'ils étoient animez par l'efperance de recevoir .
les 15. Piaftres qu'on donne à chaque Janniflaire
à l'avenement au Trône d'un nouveau Sultan.Le
2. le Kul-Kiaya , qui eft chargé de faire entrer
dans les Coffres du G. S. la finance provenant
des droits que les Sujets payent au Souverain , fut
mis en piece par les Mécontens , à cauſe qu'il
avoit repréfenté qu'il ne falloit pas augmenter la
dépenfe du Tréfor Imperial par un plus grand
nombre de Troupes.
Ce jour là & les deux jours fuivans , furent em
ployez à vifiter les Palais des Miniftres & les
Maifons de leurs adherans ; on trouva dans celui
du Kiaya ou Lieutenantt du G. V. des
fommes immenfes , quantité de Vaiffeile d'argent
& beaucoup de Diamans. On chercha par tout le
Reis Effendi ou Grand- Chancelier & plufieurs
autres créatures des Miniftres , fans les trouver.
Les Mécontens ordonnerent aux Changeurs
Arméniens & Juifs, & à diverfes autres perfonnes
qui avoient la réputation de s'être enrichi , de
ne ss'habiller que de drap ou d'étoffe d'une certaine
couleur , & de ne porter à l'avenir que des bas
jaunes , cette couleur étant après le noir , celle
que les Turcs ont le plus en horreur. Cet ordre
fut executé avec beaucoup de rigueur envers
ceux qui y contrevenoient , leurs habits ayant été
arrachez de leurs corps & déchirez en pleine rue.
I I. Vol. Pendant
2952 MERCURE DE FRANCE
Pendant ce tems-là le nouveau Sultan ayant fouhaité
de voir les principaux Chefs des Mécontens,
ils les fit venir , & après leur avoir fait diverfes
queftions , il leur offrit de les faire Pachas ; mais
dans la crainte que cet honneur ne leur devint un
jour fatal , ils s'excuferent de l'accepter.
Le 5. Octobre on tint un grand Divan ; le 6.
fe fit le Couronnement du nouveau Sultan , dont
toute la ceremonie confifte à lui mettre le Sabre
d'Othoman au côté , dans la Moſquée d'Ajoub
qui eft à l'extremité du Port. Le Sultan , precedé
des Chefs des Rebelles , s'y rendit avec un magnifique
cortege ; pendant la Marche on jetta de
l'argent au peuple & à la Milice qui étoient rangez
le long des rues. Après cette ceremonie S. H
fe rendit à la Moſquée de Sultan Mahomet , y
fit fa priere du midi , & retourna enfuite au Serrail.
;
Les Chefs des Rebelles,à qui le Sultan avoit fais
prefent de très- beaux chevaux magnifiquement
harnachez , retournerent au Camp , d'où confervant
toujours leur autorité , ils députerent quelques
perfonnes au Sultan , pour le prier de leur
accorder les furetez convenables pour leur vie
ils demanderent aufſi qu'on rafa jufqu'aux fondemens
la belle Maifon de plaifance que le dernier
G. V. avoit fait bâtir fur le Canal de la Mer
Noire , à deux lieues de Conftantinople , dont
ce Miniftre fe fervoit pour fes plaifirs . Le premier
Chef des Rebelles nommé Patrona, alla ce jour là.
voir le G.V. qui le reçut très gracieuſement, fans
l'obliger à aucune des foumiffions que ce Minif
tre exige même des plus Grands de l'Empire , &
le fit mettre à fes côtez.
Le 7. on confera divers emplois : le Teftherdar
ou Chef des Finances , fut confirmé dans
cette Charge : Miri- Alem , qui eft en faveur au-
II. Vol. près
DECEMBRE. 1730. 2953
près de la Sultane Validé , Mere du Sultan regnant
, fut fait Kiaia , & l'on rétablit le Sulelm
qui eft fort aimé des Troupes , dans la Charge de
Secretaire du G. V. qu'il l'avoit exercée fous le
Vizir Ali-Pacha , qui fut défait à la bataille de
Peter-Waradin. Le même jour le Reys - Effendi ,
le Vaivode de Galata & quelques autres qu'on
avoit cherchez pendant plufieurs jours , furent
enfis trouvez ; mais au moyen de préfens confiderables
, ils obtinrent leur pardon des Chefs
des Rebelles.
Le 8. Hazi -Achmet , Pacha , fut inftallé dans
la Charge de Capitan Pacha , ou Grand- Amiral.
Le 9. & le 10. on paya aux Troupes les
Piaftres
par tête , dont on a parlé , après quoi on pu
blia un ordre de r'ouvrir le grand Bezeftan & les
Boutiques des Marchands ; fur quoi les Soldats
commencerent le foir à rentrer dans leurs anciens
quartiers , où l'on porta les Drapeaux & autres
fignes Militaires , ce que l'on continua le 11. &
le 12.
Lans ,vient d'être dépofé. Le G.Vifir Hibraim
Pacha , fon gendre & fon favori, avoit gouverné
PEmpire fous lui pendant douze ans, & connoiffant
le defir du Sultan pour les richeſſes , il n'avoit
rien oublié pour en amaffer ; mais le Kiaia
& les perfonnes qu'il avoit employées pour cela ,
s'étant rendues infupportables par leur orgueil ,
leurs monopoles & leurs véxations ; & le G.Viz.
après avoir amufé long- temps les peuples par
des préparatifs de Guerre , ayant enfin affemblé
une Armée près de Scutari , & mécontenté les
Docteurs de la Loy & les Troupes , qui en general
n'approuvoient pas la Guerre contre les
Perfans , fe défiant d'ailleurs des réfolutions
chancelantes & myfterieufes du Vizir , toutes
ces circonstances animerent un certain Janiffaire ,
furnommé Patrona , Albanois de nation , homme
hardi & intriguant , à entreprendre la Révolution
arrivée le 28 Septembre dernier . Il s'affo-
II. Vel. cia
DECEMBRE. 1730. 2943
cia pour cet effet avec un nommé Emir-Ali , &
fix autres hommes .
Ce jour- là , 28 Septembre , à 8 heures du matin
, ces 8 perfonnes parurent fur la grande Place,
avec une ferme réfolution d'exécuter leur deffein
Ils attacherent au bout d'un bâton un morceau
de vieux Taffetas , en guife de Drapeau ; &
parcourant toute la Place; un criant à haute voix:
Que tout vrai Muſulman devoit fuivre leur parti
& s'affembler dans la grande Place d'Atmeidan ,
pour deffendre le bien public & faire exécuter les
Loix. Delà ils fe rendirent au grand Bezenften ,
qui eft un Place ou Halle , couverte d'un Toît, &
où il y a plus de mille Boutiques, de toutes fortes
de riches Marchandiſes . Ils ordonnerent à l'Inf→
pecteur de cette Place d'en fermer les Portes , &
commanderent la même chofe aux Marchands ,
qui là- deffus fermerent leurs Boutiques & fe retirerent
chez eux. Cette entrepriſe fi hardie ne promettoit
pas une heureuſe iffuë ; neanmoins une
concurrence tacite des habitans de Conftantino .
ple paroiffoit la favorifer plutôt qu'aucun ſe- cours réel.
Quelques autres Janiflaires voyant la hardieffe
de ces Mécontens , en furent émus ; ils ſe joignirent
à eux avec quelques Gebelis , qui font
ceux qui fervent l'Artillerie , & coururent tous
au Marché aux Armes , où ils s'armérent. Ils allerent
enfuite à la Maiſon des Janiſſaires , qui eft
un grand Bâtiment , au milieu de Conftantinople
, partagé en plufieurs Chambres , & où l'on
peut loger quelques milliers de cette Milice : Ils
s'arréterent devant la 1ere & st Chambres,qui en
font les principales , & inviterent les Janiffaires
de fe joindre à eux . Les principaux Officiers de ces
Chambres les avoient abandonnées pour aller au
Rendez -vous , où on avoit porté le Drapeau des •
II. Vol.
Hv Janif
2944 MERCURE DE FRANCE
Janiflaires.Les Chefs de cette Milice & le Chaoux
Bachi , s'étoient auffi retirez , tant pour n'être
pas accufez d'être les Auteurs de cette Révolte
que pour n'être pas obligez de s'opposer aux
Mécontens qui s'étoient partagez en Compagnies
, & avoient pofé des Sentinelles pour la
fureté des Marchands & des grandes Places..
Pendant ce temps là , l'Infpecteur du Bezenften
tâcha à diverſes repriſes de r'ouvrir cette Place
, & d'y faire revenir les Marchands ; il fut fecondé
en cela par diverfes perfonnes , que le Capitan
Pacha , ou Grand Amiral , qui commandoit
en l'abfence du G Viz. lui avoit envoyées
mais inutilement , plufieurs de ces derniers fe
joignirent aux Mécontens,& l'Aga des Janiflairés
étant venu en perfonne , & voyant qu'il étoit
trop tard pour arrêter le mal , jugea à propos.
de fe retirer dans fa Maiſon , & ne parut plus
depuis. Le Kiaia ou Lieute ant du Gr Vizir
qui étoit venu ce jour là à Conftantinople pour
Les affaires particulieres , fut fi faifi d'épouvente à.
la premiere nouvelle de cette émotion , qu'il fe
fauva avec deux de fes confidens , à bord d'un:
pest Bitiment.
Le Capitan Pacha qui étoit dans fon Palais ;
fur le Canal de la Mer Noire , ayant appris la
révolte , vint d'abord à Conftantinople , où il fit
de nouveaux efforts pour faire r'ouvrir le Buzenften
& les Boutiques qui y font . Il tâcha auffi
par toutes fortes de moyens d'appaifer le tumulte,
fans néanmoins y employer la force ; &
voyant que tous fes efforts étoient inutiles , il fe
retira pour aller joindre le Sultan , après avoir
laiffé quelques ordres à l'Arſenal.
Tous les autres Pa has en firent de même. Le
G. V. à la reception de la trifte nouvelle , monta
à cheval , & alla trouver le Sultan qui étoit dans
1.Vol le
DECEMBRE . 1730. 2945
Le Palais de la Sultane Chahige fa foeur , fitué
près de Scutari. On y tint un grand Confeil ,
pour déliberer fur les moyens d'arrêter le progrès
de la révolte.
A l'iffue du Conſeil , le Sultan fe retira dans
fon Serrail , & le foir il partit pour Conftantinople.
On dit qu'à cette occafion la Sultane Chahige
confeilla a fon frere de ne pas permettre que
fes principaux Vizirs abandonnaflent fa perfonne
, parce que , comme il étoit à préfumer que
les Mécontens en vouloient à fes Miniftres ,
pourroit , en les facrifiant à leur vengeance, fe
tirer d'affaires , au cas que le mal fut fans remede.
>"
il
La nouvelle de cette révolte mit tout le Camp
dans une grande confufion & dans la derniere
confternation ; ceux qui poffedoient des Charges
en furent les plus allarmée ; ils fe cacherent
tous , & fans fonger au devoir auquel ils étoient
obligez par leurs Charges , ils abandonnerent lâchement
leurs Maîtres ; enforte que le G. Viz.
lorfqu'il arriva au Serrail n'étoit fuivi que
de fon Ecuyer , de fon Valet de Chambre & de
autres domeftiques . Ce Miniftre fongea d'abord
à employer la force , pour mettre les Rebelles à
la raiſon. Il envoya pour cet effet les Ordres
au Camp pour en faire venir du monde ; mais il
ne put affembler cette nuit que cent perfonnes.
On employa neanmoins quelques Matelots pour
tranfporter du Camp au Serrail le tréfor & les
effets les plus précieux du Sultan.
Quoique les Mécontens fe donnaffent de leur
côté tous les mouvemens poffibles pour augmenter
leur parti , ils ne purent affembler ce jour-là
que 300 hommes , qui pafferent la nuit au lieu de
leur rendez -vous; mais le lendemain leur nombre
augmenta fi confiderablement , u'ils furent bientôt
en état de donner la loy à toute la Ville 3 ils
I L. Vol. Hovi déla
2946 MERCURE DE FRANCE
détacherent plufieurs Compagnies pour ouvrir
toutes les priſons , & délivrer tous les Galeriens;
dans cette confufion quantité d'Efclaves Chréziens
eurent le bonheur d'être mis en liberté.
Les Révoltés voyant que leur entrepriſe avoit
tout le fuccès qu'ils en pouvoient attendre , réfolurent
d'élire un Aga des Janiffaires ; ils choifirent
pour cet effet un nommé Chanefey , homme
hardi,bon Soldat,& qui avoit déja exercé la
Charge d'Aga des Janiflaires dans le Bamat deTemefvar,
mais dont il avoit été privé fous le précédent
Gouvernement; ils choiſirent enfuite les plus
courageux d'entre eux pour remplir les places
vacantes par l'abſence des Officiers des Janiflaires
, qui s'étoient cachés ou qui refufoient de
fuivre leur parti. Ils élurent auffi un Topigi Bachi
, ou Genéral de l'Artillerie ; & s'étant emparés
du grand Etendart , ils le porterent au lieu
de leur Rendez- vous , où ils drefferent leurs Tenzes
, & formerent leur Camp ; après quoi ils pri
rent les mesures convenables pour pourvoir à
la fureté publique , & pouffer à bout leur entreprife
, fi heureufement commencée. Pendant ce
rems là le G. S. ne fe trouvant pas en état d'appaifer
ce tumulte par la force , envoya un de fes
principaux Officiers aux Mécontens , pour leur
demander la raifon de leur révolte , & ce qu'ils
fouhaitoient de S.H. Ils répondirent à cet Offcier
que les malverfations des Miniftres du Sultan
en étoient la caufe , & qu'ils demandoient
qu'on les leur livrât. Sur cette nouvelle , le Grand
Vízir tâcha d'infinuer au Sultan que la demande
que les Mécontens venoient de faire n'étoit
qu'un prétexte pour cacher le deffein qu'ils méditoient
de le détrôner , & peut- être de lui ôter
la vie. S. H. en fut émuë , & fe retira dans le
Harem , ou Appartement des femmes.
11. Velo
DECEMBRE. 1730. 2947
Cependant ce premier Miniftre & le Kiaya
après avoir tenu divers Confeils fur la trifte fitua
tion de leurs affaires , ſe voyant fans reffource ,
réfolurent dans cette extrémité d'avoir recours
l'Etendart de Mahomet , dans l'efperance que le
refpect pour la Religion animeroit le Peuple à
fe ranger par devoir & par affection du côté du
Sultan. Ils arborerent effectivement cet Etendart
fur la deuxième porte du Sérail , & firent faire
de grandes promeffes au Peuple pour l'engager à
prendre les armes contre les Mécontens , en ordonnant
en même- tems aux Topigis ou Canoniers
de venir au Sérail pour le défendre contre
les ennemis de S. H. mais tous leurs efforts furent
inutiles ; l'expofition de l'Etendart imprima
bien quelque venération dans le coeur des habitans
de Conftantinople , fans que perfonne néanmoins
prit les armes pour la défenſe du G. S.
& les Topigis refuferent de le rendre au Sérail .
Les Boftandgis , ou Jardiniers , & les Baltagis
qui fervent de Gardes du Corps auroient été
en état de défendre le Sérail , mais la défunion
fe mit entr'eux ; de forte que le G. Vizir réduit
au defefpoir , couroit comme un infenfé dans le
Sérail , animant tout le monde à prendre les
armes & demandant à chaque inftant fi les
Rebelles ne s'étoient pas encore rendu maîtres
du Sérail . Tout ceci fe paffa le 29. Septembre.
Le 30. les Mécontens firent venir dans leur
armée le Morza Sibelfackiafcher , qui eft un
des Grands Juges de l'Empire que le G. V. avoit
exilé , pour avoir parlé trop librement dans le
Confeil contre les deffeins de ce Miniftre ; ils
le reçurent avec beaucoup de refpect , le reconaurent
pour leur Legiflatcur , & envoyerent enfuite
un Détachement à Topana pour inviter les
Topigis de fe joindre à eux , ce qu'ils firent le
même jour.
La
2948 MERCURE DE FRANCE
<
Le Sultan confera la Charge de Capitan Pacha
, ou Grand- Amiral , à l'Alidy , ou Premier
Capitaine des Vaiffeaux de Guerre , afin de fe
conferver par fon moyen , en cas de beſoin , la
poffeffion de l'Arfenal. Cet Officier accepta ce
grand Emploi , & fit même en cette qualité fon
Entrée à PArfenal , où il fut reçû au bruit de 9.
pieces de Canon de chaque Vaiffeaux de Guerre ;
mais jugeant que la neceffité lui avoit procuré
cet honneur , & prévoyant bien que fon autorité
ne feroit pas de longue durée , il fe retira peu
après , & alla joindre les Mécontens , qui le
confirmerent dans la Charge de Grand- Amiral.
Après qu'il eut pris quelques mefures avec eux ,
il retourna à l'Arfenal , où il fit équiper 4. Galeres
qu'il envoya devant le Sérail , afin d'en couper
la communication , & empêcher l'entrée du
fecours on défendit en même tems fous de
groffes peines d'y porter des vivres , & on ferna
tous les Acqueducs..
D'un autre côté le nouvel Aga des Janiffaires
donna les ordres neceffaires pour procurer l'abondance
dans la Ville ; il mit des Gardes par
tout pour la fûreté des Marchands ,
& pour empêcher
le pillage . I fi: punir feverement ceux
qui contrevenoient à fes ordres .
Cependant le Sultan étoit dans des angoiffes
morte les ; il fe voyoit abandonné de tout le
monde ; & fe trouvant fans reffource , il réfolut
de faire un dernier effort fur l'efprit des Mécontens
, il leur envoya pour cet effet l'Iprizade
& le Mirza Effendi'; mais les Mécontens furent
inexorables , & perfifterent dans la demande qu'ils .
avoient faite des principaux Miniftres , fur quoi
Je Sultan réfolut enfin d'envoyer en prifon le
G. V. le Kiaia & le Capitan Pacha , & i envoya
le Mufti en exil dans une des Iles de l'Archipel.
Le
DECEMBRE. 1730. 2949
Le premier Octobre 7000. Janiffaires , qui
quelques jours auparavant avoient été détachés
pour la Perfe , ayant appris la Revolte , revinrent
fur leurs pas , & allerent joindre l'arméedes
Mécontens. Ils étoient commandés par uns
Pacha à neuës , qui en paffant à Scutari avoit
pris avec lui le prétendu Prince de Perfe , &
l'avoit conduit à l'armée des Rebelles , ou par
honneur on lui donna une Garde. Ce Prince fe
difoit fits aîné du dernier Roi de Perfe ; il étoit
venu à Conftantinople pour demander la protection
de la Porte contre le Prince Thamas fon
frere.
Cependant la confufion continuoit au Sérail ;
des amis du Sultan lui repréſenterent la neceſſité
qu'il y avoit de facrifier fes 3. Miniftres à la
vengeance des Mécontens , comme étant l'unique
moyen d'appaifer leur animofité , & même de
conferver la vie. Sur quoi S. H. ordonna qu'ils
fuffent étranglés , & qu'on envoyar leurs corps
aux Mécontens , ce qui fut executé , & chaque
corps fut mis fur un Chariot attelé de boeufs . On
ne (çauroit exprimer les injures que les Mécontans
vomirent contre ces 3. miferables corps
fur lefques ils exercerent tout ce que la rage leur
pouvoient infpirer ; enfin après avoir affouvi
leur vengeance, ils jetterent le corps du Kiaya dans.
un puits rempli d'immondices , mais aux inſtantes
prieres & aux larmes de la mere du Capitan
Pacha , ils lui rendirent celui de fon fils. Quant:
au corps du G. V les Chefs des Mécontens pu
blierent que le Sultan les avoit trompés , que ce
corps n'étoit pas celui d'Ibrahim Pacha , mais
le corps d'une autre perfonne qui lui reffembloit.
Dans cette croyance les Mécontens attacherent
ce corps
à la queue d'un cheval , & le:
traînerent devant le Sérail auprès d'une magnifi
LL. Vol. que
2950 MERCURE DE FRANCE
que fontaine que le G. V. avoit fait élever , &
le jetterent en proye aux chiens.
Les Chefs des Mécontens qui avoient déja
réfolu de détrôner le Sultan , publierent exprès
que le corps du G.V. étoit un corps fuppofé ,
dans la crainte que l'indulgence que S. H. avoit
euë de facrifier fes plus chers favoris , n'appaifàt
la colere des Soldats. C'eſt ainfi que les 3. premiers
Miniftres de l'Empire Ottoman finirent
miferablement leur vie. On dit que le G. V. appréhendant
d'être livré vif aux Mécontens , s'étoit
empoisonné dans la prifon. On dit auffi que
le Mufti , envoyé par le Sultan en exil dans une
des Inles de l'Archipel , y a été jetté dans la Mer,
de même que le Finfulch Molla , que S. H. y
avoit pareillement exilé.
Les Mécontens ayant obtenu tout ce qu'ils
avoient defiré par rapport aux Miniftres , réfolurent
de mettre en execution le deffein qu'ils
avoient conçu de détrôner le Sultan Achmet , &
de mettre à la place le Sultan Mahmoud , fon
neveu , fils du Sultan Muſtapha , déposé en 1703 .
En confequence de cette réfolution , ce Prince
fut proclamé Empereur le même jour premier
Octobre à 11. heures du foir par toute la Milice.
Dès que le Sultan Achmet eut reçû cette triſte
nouvelle , il donna ordre qu'on fit fortir ce nouveauSultan
de l'Appartement
où il l'avoit fait gar.
der avec foin , & après s'être entretenu quelque
tems avec lui , il le fit entrer dans l'Apartement
Imperial , & fe retira enfuite dans celui qui est
deftiné pour les Sultans déposez.
Après les proclamations du nouvel Empereur
le Seliktar , à qui le Sultan Achmet avoit donné
les Sceaux de l'Empire , fut confirmé par les Méso
ntens dans la Charge de G. V. mais feulement
II. Vol. par
DECEMBRE. 1730. 2951
par provifion & en attendant le retour d'Abdalab
Kuperly , Pacha d'Egypte , qu'ils avoient choifi
pour exercer cette haute dignité.
Les Janniffaires & les autres Troupes , afin de
fe rendre plus formidables , réfolurent enfuite
d'augmenter leur Corps par de nouvelles Recrues;
ce qu'ils commencerent à executer dès cette nuit
même le nombre de ceux qui fe preſentoient
pour être enrollez , fut d'autant plus grand
qu'ils étoient animez par l'efperance de recevoir .
les 15. Piaftres qu'on donne à chaque Janniflaire
à l'avenement au Trône d'un nouveau Sultan.Le
2. le Kul-Kiaya , qui eft chargé de faire entrer
dans les Coffres du G. S. la finance provenant
des droits que les Sujets payent au Souverain , fut
mis en piece par les Mécontens , à cauſe qu'il
avoit repréfenté qu'il ne falloit pas augmenter la
dépenfe du Tréfor Imperial par un plus grand
nombre de Troupes.
Ce jour là & les deux jours fuivans , furent em
ployez à vifiter les Palais des Miniftres & les
Maifons de leurs adherans ; on trouva dans celui
du Kiaya ou Lieutenantt du G. V. des
fommes immenfes , quantité de Vaiffeile d'argent
& beaucoup de Diamans. On chercha par tout le
Reis Effendi ou Grand- Chancelier & plufieurs
autres créatures des Miniftres , fans les trouver.
Les Mécontens ordonnerent aux Changeurs
Arméniens & Juifs, & à diverfes autres perfonnes
qui avoient la réputation de s'être enrichi , de
ne ss'habiller que de drap ou d'étoffe d'une certaine
couleur , & de ne porter à l'avenir que des bas
jaunes , cette couleur étant après le noir , celle
que les Turcs ont le plus en horreur. Cet ordre
fut executé avec beaucoup de rigueur envers
ceux qui y contrevenoient , leurs habits ayant été
arrachez de leurs corps & déchirez en pleine rue.
I I. Vol. Pendant
2952 MERCURE DE FRANCE
Pendant ce tems-là le nouveau Sultan ayant fouhaité
de voir les principaux Chefs des Mécontens,
ils les fit venir , & après leur avoir fait diverfes
queftions , il leur offrit de les faire Pachas ; mais
dans la crainte que cet honneur ne leur devint un
jour fatal , ils s'excuferent de l'accepter.
Le 5. Octobre on tint un grand Divan ; le 6.
fe fit le Couronnement du nouveau Sultan , dont
toute la ceremonie confifte à lui mettre le Sabre
d'Othoman au côté , dans la Moſquée d'Ajoub
qui eft à l'extremité du Port. Le Sultan , precedé
des Chefs des Rebelles , s'y rendit avec un magnifique
cortege ; pendant la Marche on jetta de
l'argent au peuple & à la Milice qui étoient rangez
le long des rues. Après cette ceremonie S. H
fe rendit à la Moſquée de Sultan Mahomet , y
fit fa priere du midi , & retourna enfuite au Serrail.
;
Les Chefs des Rebelles,à qui le Sultan avoit fais
prefent de très- beaux chevaux magnifiquement
harnachez , retournerent au Camp , d'où confervant
toujours leur autorité , ils députerent quelques
perfonnes au Sultan , pour le prier de leur
accorder les furetez convenables pour leur vie
ils demanderent aufſi qu'on rafa jufqu'aux fondemens
la belle Maifon de plaifance que le dernier
G. V. avoit fait bâtir fur le Canal de la Mer
Noire , à deux lieues de Conftantinople , dont
ce Miniftre fe fervoit pour fes plaifirs . Le premier
Chef des Rebelles nommé Patrona, alla ce jour là.
voir le G.V. qui le reçut très gracieuſement, fans
l'obliger à aucune des foumiffions que ce Minif
tre exige même des plus Grands de l'Empire , &
le fit mettre à fes côtez.
Le 7. on confera divers emplois : le Teftherdar
ou Chef des Finances , fut confirmé dans
cette Charge : Miri- Alem , qui eft en faveur au-
II. Vol. près
DECEMBRE. 1730. 2953
près de la Sultane Validé , Mere du Sultan regnant
, fut fait Kiaia , & l'on rétablit le Sulelm
qui eft fort aimé des Troupes , dans la Charge de
Secretaire du G. V. qu'il l'avoit exercée fous le
Vizir Ali-Pacha , qui fut défait à la bataille de
Peter-Waradin. Le même jour le Reys - Effendi ,
le Vaivode de Galata & quelques autres qu'on
avoit cherchez pendant plufieurs jours , furent
enfis trouvez ; mais au moyen de préfens confiderables
, ils obtinrent leur pardon des Chefs
des Rebelles.
Le 8. Hazi -Achmet , Pacha , fut inftallé dans
la Charge de Capitan Pacha , ou Grand- Amiral.
Le 9. & le 10. on paya aux Troupes les
Piaftres
par tête , dont on a parlé , après quoi on pu
blia un ordre de r'ouvrir le grand Bezeftan & les
Boutiques des Marchands ; fur quoi les Soldats
commencerent le foir à rentrer dans leurs anciens
quartiers , où l'on porta les Drapeaux & autres
fignes Militaires , ce que l'on continua le 11. &
le 12.
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Résumé : Extrait de plusieurs Lettres de Turquie.
Le sultan Ahmed III a été déposé après 28 ans de règne. Son gendre et favori, le grand vizir Ibrahim Pacha, avait gouverné l'Empire pendant douze ans et accumulé des richesses, ce qui avait suscité l'orgueil et les vexations de ses subordonnés. Une guerre préparée par le grand vizir et une armée rassemblée près de Scutari ont mécontenté les docteurs de la loi et les troupes. Le 28 septembre 1730, un janissaire nommé Patrona a déclenché une révolution à Constantinople. Patrona et sept autres hommes ont appelé les musulmans à les rejoindre pour défendre le bien public et faire exécuter les lois. Ils ont fermé les boutiques du grand bazar et se sont armés avec l'aide de janissaires et d'artilleurs. Les principaux officiers des janissaires se sont retirés, craignant d'être accusés de rébellion. Le sultan, informé de la révolte, s'est retiré dans le palais de la sultane Chahige près de Scutari. Les rebelles ont libéré les prisonniers et les galériens, et élu un nouveau chef des janissaires. Le grand vizir, voyant l'échec de ses tentatives pour réprimer la révolte, a envoyé des émissaires aux rebelles, qui ont demandé la livraison des ministres du sultan. Le sultan, craignant pour sa vie, s'est retiré dans le harem. Les rebelles ont continué à renforcer leur position, libérant des juges exilés et prenant le contrôle de l'arsenal. Le sultan a finalement ordonné l'exécution des principaux ministres pour apaiser les rebelles. Les chefs des mécontents ont découvert que le corps présenté comme celui d'Ibrahim Pacha était en réalité celui d'une autre personne. Ils ont propagé la rumeur que le corps du grand vizir était supposé, craignant que l'indulgence du sultan envers ses favoris n'apaisât la colère des soldats. Les trois principaux ministres de l'Empire ottoman ont péri. Le grand vizir s'est empoisonné en prison, tandis que le mufti et le Finfulch Molla, exilés par le sultan, furent jetés à la mer. Les mécontents ont décidé de destituer le sultan Ahmed pour placer à sa place le sultan Mahmoud, neveu du sultan Mustapha, déposé en 1703. Mahmoud a été proclamé empereur le 1er octobre. Ahmed, informé de cette nouvelle, a fait sortir Mahmoud de sa garde et s'est retiré dans les appartements destinés aux sultans déposés. Après la proclamation de Mahmoud, le Seliktar a été confirmé dans sa charge en attendant le retour d'Abdulab Kuperly, pacha d'Égypte. Les Jannissaires et autres troupes ont augmenté leurs effectifs, espérant recevoir des paiements à l'avènement du nouveau sultan. Le Kul-Kiaya a été tué pour s'être opposé à cette augmentation des dépenses impériales.
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23
p. 2953-2956
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople le 9. Octobre 1730. au sujet de la derniere Révolution arrivée dans cette Ville.
Début :
Je ne veux pas, Monsieur, vous laisser ignorer un Evenement aussi singulier qu'interessant, [...]
Mots clefs :
Hommes, Rebelles, Janissaires, Révolution
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople le 9. Octobre 1730. au sujet de la derniere Révolution arrivée dans cette Ville.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Conftantinople le 9. Octobre 1730 , au sujet
de la derniere Révolution arrivée dans
cette Ville.
JE
E ne veux pas , Monfieur , vous laiffer ignorer
un Evenement auffi fingulier qu'intereffant ,
dont nous venons d'être les témoins. Sur la fin
du mois dernier , les Janniffaires fe révolterent.
fous un Chef nommé Patrona , c'eft un homme
qui avoit dépensé tout fon petit argent à ſe ménager
un équipage pour fuivre l'Armée Turque ,
deftinée contre la Perfe ; voyant qu'elle ne partoit
point, il employa la derniere Piaftre qui lui reftoit
11. Vela
2954 MERCURE DE FRANCE
à l'achat d'un Mouton , dont il régala fes Camarades
, au nombre de 12. Janniffaires . Après le
Repas il leur dit : Vous venez de manger tout ce
qui me reftoit au monde , demain je n'aurai
pas de quoi payer une taffe de Caffé ; fi vous êtes
gens
à
vous procurer une meilleure fortune, il n'y
a qu'à m'aider à fecouer le joug. Le complot fut
à peine projetté , qu'il fut exccuté ; ces douze
convives fe répandirent dans la Ville , en criant
Liberté , & ils exciterent une fédition qui a eu
des fuites très-confiderables , comme vous allez
le voir.
Si le G. S. eût eu la prudence d'étouffer d'abord
cette émeute , ce qui étoit facile , il ne feroit pas
réduit à l'état où il eft aujourd'hui ; mais ayant
méprifé tous les avis qui lui furent donnez , il fe
contenta de quitter fon Serrail d'Afie , pour venir
occuper celui d'Europe , il s'y enferma avec quelques
Pieces de Canon & des munitions de bouche
& de guerre pour trois mois. A peine y fut-il
entré qu'il arbora le Pavillon Imperial, & promit
20. Piaftres à tous ceux qui viendroient ſe ranger
deffous.On étoit fi mécontent du Gouvernement,
que perfonne ne bougea.
Le lendemain les Janniffaires qui n'étoient pas
plus de 12. le jour précedent , furent renforcez
par les Rebelles qui quittoient l'Armée, & par la
populace qu'ils contraignirent d'entrer dans leur
parti , par des promeffes ou par de mauvais traitemens.
Quand les Mutins fe virent les maîtres , ils allerent
en tumulte à la porte du Serrail, demander
qu'on leur livrât le G. V. le Capitan Pacha & le
Kiaya; le Sultan eut la foibleffe de les faire étrangler
tous trois , & il envoya leurs corps aux Rebelles
, qui vinrent lui faire audacieuſement des
reproches de ce qu'il ne les leur avoit pas livrez
II. Vol. en
DECEMBRE. 1730. 2955
en vie, ajoutant que c'étoit à eux de les faire mourir.
Ils pendirent ces cadavres par les pieds , leur
firent mille indignitez & les abandonnerent enfin
aux chiens.
Le Mufti fut arrêté quelque temps après , on
lui donna la qualité de Pacha , pour effacer en
quelque maniere le caractere dont il étoit revêtu ,
on le décapita enfuite. Il n'eſt pas permis de faire
mourir un Mufti qu'il n'ait été auparavant dégradé.
Le nombre des Grands que les Rebelles ont
profcrit eft de 90. la plupart ont pris la fuite ;
mais on en arrête tous les jours quelqu'un , auquel
les Rebelles font fouffrir les plus cruels fupplices.
De la maniere dont ils s'y prennent , il n'y
a pas d'apparence qu'aucun puiffe échapper à leur
fureur. Enfin le 30. Septembre ils dépoferent le
G. S. qu'ils mirent en prifon , & ils éleverent fur
le Trône Sultan Mahmout , Prince de grande efperance,
& fous lequel on fe flate que les chofes
prendront une meilleure face .
Il faut avouer que le Sultan dépofé s'eſt attiré
lui-même fa difgrace par le peu de part qu'il prenoit
au Gouvernement , duquel il fe repofoit entierement
fur le G. V. celui- cy en faifoit autant
à l'égard de fon Kiaya , qui étoit l'homme du
monde le plus méchant. Les autres Seigneurs
fuivoient , à l'envi , l'exemple du Maître.
&
On dit que Patrona , Chef de la Revolte , veut
obliger le nouvel Empereur à demeurer à Andrinople
, & de faire la guerre aux Chrétiens ,
qu'en attendant il lui fait dire de demeurer tranquille
& de le laiffer faire. Enfin cet homme qui
n'avoit pas le fol il y a 8. jours , eft aujoud'hui
le Maître à Conftantinople ; il eſt monté fur un
Cheval de mille Piaftres,& jette les Sequins à pleiges
mains. Il fit hier un Capitan Pacha, & il vient
II. Vol.
2956 MERCURE DE FRANCE
aujourd'hui de lui faire couper la tête : il a faiɛ
auffi un G. V. mais il le menace de le faire
mourir , s'il ne lui trouve dans trois jours un
certain homme qu'il lui demande. On dit qu'on.
a trouvé trente-cinq millions dans les Coffres du
Capitan Pacha.
Conftantinople le 9. Octobre 1730 , au sujet
de la derniere Révolution arrivée dans
cette Ville.
JE
E ne veux pas , Monfieur , vous laiffer ignorer
un Evenement auffi fingulier qu'intereffant ,
dont nous venons d'être les témoins. Sur la fin
du mois dernier , les Janniffaires fe révolterent.
fous un Chef nommé Patrona , c'eft un homme
qui avoit dépensé tout fon petit argent à ſe ménager
un équipage pour fuivre l'Armée Turque ,
deftinée contre la Perfe ; voyant qu'elle ne partoit
point, il employa la derniere Piaftre qui lui reftoit
11. Vela
2954 MERCURE DE FRANCE
à l'achat d'un Mouton , dont il régala fes Camarades
, au nombre de 12. Janniffaires . Après le
Repas il leur dit : Vous venez de manger tout ce
qui me reftoit au monde , demain je n'aurai
pas de quoi payer une taffe de Caffé ; fi vous êtes
gens
à
vous procurer une meilleure fortune, il n'y
a qu'à m'aider à fecouer le joug. Le complot fut
à peine projetté , qu'il fut exccuté ; ces douze
convives fe répandirent dans la Ville , en criant
Liberté , & ils exciterent une fédition qui a eu
des fuites très-confiderables , comme vous allez
le voir.
Si le G. S. eût eu la prudence d'étouffer d'abord
cette émeute , ce qui étoit facile , il ne feroit pas
réduit à l'état où il eft aujourd'hui ; mais ayant
méprifé tous les avis qui lui furent donnez , il fe
contenta de quitter fon Serrail d'Afie , pour venir
occuper celui d'Europe , il s'y enferma avec quelques
Pieces de Canon & des munitions de bouche
& de guerre pour trois mois. A peine y fut-il
entré qu'il arbora le Pavillon Imperial, & promit
20. Piaftres à tous ceux qui viendroient ſe ranger
deffous.On étoit fi mécontent du Gouvernement,
que perfonne ne bougea.
Le lendemain les Janniffaires qui n'étoient pas
plus de 12. le jour précedent , furent renforcez
par les Rebelles qui quittoient l'Armée, & par la
populace qu'ils contraignirent d'entrer dans leur
parti , par des promeffes ou par de mauvais traitemens.
Quand les Mutins fe virent les maîtres , ils allerent
en tumulte à la porte du Serrail, demander
qu'on leur livrât le G. V. le Capitan Pacha & le
Kiaya; le Sultan eut la foibleffe de les faire étrangler
tous trois , & il envoya leurs corps aux Rebelles
, qui vinrent lui faire audacieuſement des
reproches de ce qu'il ne les leur avoit pas livrez
II. Vol. en
DECEMBRE. 1730. 2955
en vie, ajoutant que c'étoit à eux de les faire mourir.
Ils pendirent ces cadavres par les pieds , leur
firent mille indignitez & les abandonnerent enfin
aux chiens.
Le Mufti fut arrêté quelque temps après , on
lui donna la qualité de Pacha , pour effacer en
quelque maniere le caractere dont il étoit revêtu ,
on le décapita enfuite. Il n'eſt pas permis de faire
mourir un Mufti qu'il n'ait été auparavant dégradé.
Le nombre des Grands que les Rebelles ont
profcrit eft de 90. la plupart ont pris la fuite ;
mais on en arrête tous les jours quelqu'un , auquel
les Rebelles font fouffrir les plus cruels fupplices.
De la maniere dont ils s'y prennent , il n'y
a pas d'apparence qu'aucun puiffe échapper à leur
fureur. Enfin le 30. Septembre ils dépoferent le
G. S. qu'ils mirent en prifon , & ils éleverent fur
le Trône Sultan Mahmout , Prince de grande efperance,
& fous lequel on fe flate que les chofes
prendront une meilleure face .
Il faut avouer que le Sultan dépofé s'eſt attiré
lui-même fa difgrace par le peu de part qu'il prenoit
au Gouvernement , duquel il fe repofoit entierement
fur le G. V. celui- cy en faifoit autant
à l'égard de fon Kiaya , qui étoit l'homme du
monde le plus méchant. Les autres Seigneurs
fuivoient , à l'envi , l'exemple du Maître.
&
On dit que Patrona , Chef de la Revolte , veut
obliger le nouvel Empereur à demeurer à Andrinople
, & de faire la guerre aux Chrétiens ,
qu'en attendant il lui fait dire de demeurer tranquille
& de le laiffer faire. Enfin cet homme qui
n'avoit pas le fol il y a 8. jours , eft aujoud'hui
le Maître à Conftantinople ; il eſt monté fur un
Cheval de mille Piaftres,& jette les Sequins à pleiges
mains. Il fit hier un Capitan Pacha, & il vient
II. Vol.
2956 MERCURE DE FRANCE
aujourd'hui de lui faire couper la tête : il a faiɛ
auffi un G. V. mais il le menace de le faire
mourir , s'il ne lui trouve dans trois jours un
certain homme qu'il lui demande. On dit qu'on.
a trouvé trente-cinq millions dans les Coffres du
Capitan Pacha.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople le 9. Octobre 1730. au sujet de la derniere Révolution arrivée dans cette Ville.
Le 9 octobre 1730, une révolte éclata à Constantinople, menée par un homme nommé Patrona. Après avoir partagé un repas avec douze camarades, Patrona les incita à se révolter contre le gouvernement en criant 'Liberté'. Cette sédition se propagea rapidement dans la ville. Le Grand Vizir (G. V.) tenta de réprimer la révolte mais se réfugia dans le Serrail d'Europe avec des munitions, offrant 20 piastres à ses soutiens sans succès. Le lendemain, les rebelles, renforcés par des déserteurs et la populace, demandèrent la livraison du G. V., du Capitan Pacha et du Kiaya. Le Sultan ordonna leur exécution, mais les rebelles pendirent leurs cadavres et les abandonnèrent aux chiens. Le Mufti fut arrêté, dégradé et décapité. Les rebelles poursuivirent et exécutèrent cruellement de nombreux Grands. Le 30 septembre, ils déposèrent le Sultan, jugé indifférent au gouvernement, et le remplacèrent par Sultan Mahmout. Patrona, chef de la révolte, chercha à influencer le nouvel Empereur, accumulant richesse et pouvoir. Il nomma et exécuta des hauts fonctionnaires à sa guise. On découvrit également trente-cinq millions dans les coffres du Capitan Pacha.
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24
s. p.
RELATION HISTORIQUE, exacte et détaillée de la derniere Révolution arrivée à Contantinople ; écrite d'abord en Turc par un Effendi, avec plusieurs circonstances de cet Evenement, tirées d'autres Memoires.
Début :
La décadence des affaires en Perse, faute par le Grand Vizir Ibrahim-Pacha [...]
Mots clefs :
Perse, Oppression, Turquie, Année de l'Hégire, Émir, Trône, Mahmout, Rebelles, Arménien, Arsenal de la Marine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION HISTORIQUE, exacte et détaillée de la derniere Révolution arrivée à Contantinople ; écrite d'abord en Turc par un Effendi, avec plusieurs circonstances de cet Evenement, tirées d'autres Memoires.
RELATION
HISTORIQUE ;
exacte et détaillée de la derniere Révolution
arrivée à
Contantinople ; écrite d'abord
en Turc par un Effendi , avec plusieurs
circonstances de cet Evenement , tirées
d'autres Memoires.
L
A décadence des affaires enPerse ,
faute par le Grand Vizir Ibrahim-
Pacha , d'y avoir fait passer
des secours tels que les conjonctures le demandoient
, et l'oppression dans laquelle
le peuple gémissoit depuis long-temps par
les vexations des Ministres , ou de ceux
qui les exerçoient sous leur autorité et
par
l'établissement de plusieurs Impôts
jusqu'alors inconnus en Turquie , sont
A lcs
830 MERCURE DE FRANCE .
les deux causes principales de la Révotion
arrivée le 28. Septembre 1730.
Ce jour qui répond à l'année de l'Egire
1143. le 13. de la Lune de Rebiul Euvel,
un Jeudi à 9. heures du matin , Patrona-
Kalil, (a ) de Nation Albanoise, et quelques
autres gens sans aveu et de la lie du peuple
de Constantinople , comme Mouslouh
Emir- Ali , &c. produisirent ce grand
Evenement , qui par ses circonstances
mérite d'être transmis jusqu'aux siecles
les plus reculez ; il peut servir d'exemple
aux personnes revêtues d'éminens Emplois
, pour leur apprendre que quelques
élevez qu'ils soient , ils ne doivent jamais
perdre de vûë le vil état d'où on les a
tirez , (b) et que le dépôt du Gouvernement
de l'Empire leur étant confié , ils
doivent se comporter d'une maniere à s'attirer
l'approbation generale , comme s'ils
étoient toûjours environnez de vengeurs
de leur mauvaise administration , tels que
Patrona et ses Adhérans , qui tout inca-
(a) Il avoit été autrefois Leventy , c'est- à- dire
Soldat de Marine , et avoit servi sur le Vaisseau
la Patrone , d'où lui est venu le sobriquet de
Patrona. Depuis quelque temps il étoit Jannissaire
, ainsi que Mousloub et Emir- Ali.
(b) L'auteur fait cette refléxion , sur ce que n'y
ayant presque point de Noblesse en Turquie , ce
sont communément des gens de rien qui parvien
nent aux plus grands Emplois.
pables
AVRIL. 1731 . 831
pables qu'ils paroissoient d'une haute
entreprise , ont pourtant forcé le Sultan
Achmet III . d'abandonner le Trône de
ses Ancêtres.
Patrona-Kalil avoit merité plusieurs
fois la mort par ses actions de scelerat.
Il étoit âgé de 40. à 45. ans , de moyenne
taille , dégagée et bien prise , la mine
haute et fiere , portant moustache noire.
Mouslouh , et Emir- Ali , ne valoient pas
mieux que lui ; cependant ces hommes
si méprisables en apparence , tramant
depuis long-temps les moyens d'exciter
le peuple à la révolte , enfin parvinrent à
l'execution de leur dessein execrable . (a)
Voici comme ils s'y prirent.
Ils s'attrouperent d'abord en petit nombre
près d'une Fontaine dans la grande
Place qui est devant la Mosquée de Sultan
Bajazer ; là ils convinrent entr'eux de
se diviser en trois troupes , dont l'une iroit
au Bezestin , qu'elle traverseroit ; l'autre
sortiroit par la Porte de Bacché- Capi ; (b)
la troisiéme par la ruë de Divan Joleu, (c)
(a) Il paroît par cette expression et plusieurs
autres qu'on trouvera dans la suite , que l'Auteur
Turc n'approuve pas la Révolte , quelque bien
qu'elle ait apporté à l'Etat.
(b) Porte de Constantinople , appellée Porte
du Jardin .
(‹) C'est la grande ruë qui conduit au Serrail ,
A iij et
32 MERCURE DE FRANCE
et qu'ensuite elles se joindroient toutes
trois à la Place d'Etmeïdan. (a )
Cet arrangement pris , la Troupe de
Patrona - Kalil , partit la premiere ; ils
avoient un petit Drapeau déployé , le
Sabre à la main , et crioient par tout où ils
passoient , que les Marchands et Artisans
fermassent leurs Boutiques , et que tout
bon Musulman suivît leur Enseigne à
Etmeïdan , où l'on avoit à leur communiquer
de justes prétentions contre le Ministere
présent ; les deux autres Troupes
en ayant fait de- même dans la route qui
leur étoit prescrite , l'allarme se répandit
bien- tôt par tout Constantinople , les
Boutiques furent fermées , et la plus grande
partie des Turcs qui les occupoient
au lieu d'aller au rendez - vous , furent
se cacher dans leurs maisons , (b) ainsi
que les Chrétiens et les Juifs.
Le Grand -Seigneur et le Grand- Vizir
étoient au Camp de Scutary pendant ces
troubles naissants : Mustapha , Capitaneu
se tient le Divan du G. S. d'où elle tire son
aom , comme qui diroit la rue du Conseil.
(4) Etmeidan est une grande Place sur laquelle
donnent les Cazernes des Janissaires , et où on leur
distribue la viande.
(6) La plupart des Marchands et Artisans en.
Turquie , ne logent pas au même endroit où sont
Jeurs Boutiques,
Pacha
AVRIL. 1731 833
Pacha et Kaïmakan , qui en cette derniere
qualité devoit être instruit à porter un
prompt remede , se trouvoit près des Châteaux,
dans le Canal de la Mer Noire,à une
de ses Maisons de Campagne , où il s'amusoit
à faire planter des Oignons de
Tulipes ; et le Reys- Effendy , Secretaire
d'Etat , étoit pareillement à une de ses
Maisons du même Canal , où livré à son
indolence naturelle , il traitoit de bagatelles
ou de fable tous les avis qu'on venoit
lui donner de ce qui se passoit à
Constantinople ; de sorte qu'il n'y avoit
alors dans la Ville aucun Grand d'une certaine
autorité , pour y rétablir l'ordre ,
que le Janissaire Aga et le Kiaya du G.V.
Ce dernier ne fut pas plutôt averti de
l'émeute , dont il avoit plus lieu que
personne de redouter la fureur , que perdant
la tramontane , il fut s'embarquer à
P'Echelle la plus prochaine de son Palais,
et s'enfuit à Eyoup dans le fond du Port.
Quant aù Janissaire Aga , homme
venerable par son grand âge , il assembla
d'abord sa Garde ordinaire , se mit
à la tête et courut au-devant des Rebelles
, pour tâcher de les dissiper ou de
les ramener par la douceur ; mais voyant
qu'il ne faisoit que les aigrir davantage ;
que sa propre Garde , bien loin d'être disposée
à le seconder, murmuroit de ce qu'il
A iiij
ne
834
MERCURE
DE
FRANCE
.
ne se rangeoit pas de leur côté comme
ceux - cy l'y invitoient , et quelqu'un l'étant
venu avertir qu'une autre Troupe
de Séditieux marchoit droit à son Palais.
pour le piller , il ne songea plus qu'à sa
sureté personnelle ; il s'esquiva dans la
foule , se travestit , s'embarqua dans un
Bateau à une seule paire de Rames , afin
d'être moins reconnu et passa à Scutary ,
où il fut s'enfermer secretement dans une
maison qui lui appartenoit , sans informer
de rien le G. V.tant il avoit peur que
ce Ministre ne le fit mourir sur le champ,
pour n'avoir pas prévenu et étouffé dans
sa naissance ce soulevement.
Cependant les Rebelles ayant le champ
libre , leur nombre croissoit à vûë d'oeil;
ils entraînoient comme un Torrent tous
les Turcs qu'ils rencontroient , menaçant
de tuer ceux qui refuseroient de les suivre,
comme effectivement ils en massacrerent
plusieurs qui aimerent mieux mourir
fideles que de vivre traitres à leur
Souverain . Ils forcerent les Prisons et se
firent des Compagnons de fortune d'autant
de Turcs criminels qu'ils y trouverent.
D'ailleurs beaucoup de gens , qui
quoiqu'animez de leur même esprit ,
n'avoient pourtant encore osé se déclater
, n'hesiterent plus à se rendre sous
leurs Drapeaux , dès qu'ils virent des.
com
A V RIL. 1731. 833
mencemens si favorables et si prompts.
Or le feu de la sédition avoit déja fait
de grands progrès avant que le G.V. en fut
instruit,ceux qui étoient venus dans la matinée
de Constantinople à Scutary , et qui
n'avoient vû , pour ainsi dire, que les premieres
étincelles de ce grand incendie ,
lui ayant seulement rapporté que quelques
Bandits s'étoient battus devant le
Bezestin , sur quoi les Marchands naturellement
peureux, avoient pris l'épouvente,
et fermé leurs Boutiques ; mais que le Janissaire
Aga y étant accouru avec da
monde , les avoit fait r'ouvrir, avoit écar
té la canaille , et qu'il n'y avoit plus rien
à craindre. Ensorte que le G. V. trompé
et tranquillité par ces faux rapports , ne
sçût au vrai la cho e que vers les 4. heures
après midy , que le Mufty , le Kaïmakan,
le Kiaya et d'autres principaux Ministres
ou Officiers , vinrent à Scutary lui en faire
le funeste détail
Le Kaïmakan sur tout cherchant à se
disculper , lui dit qu'ayant appris le tumulte
entre 10 et 11. heures , il étoit
venu à Constantinople et qu'aussi - têt
il avoit monté à cheval pour rétablir la
tranquillité , mais qu'à mesure qu'il
faisoit r'ouvrir les Boutiques , les Rebelles
qui le suivoient , les faisoient re
fermer , et que n'étant soutenu d'aucu-
A v ne
836 MERCURE DE FRANCE
nes Troupes pour réprimer leur insolence,
il avoit été obligé de se retirer.
On tint Conseil sur le champ ; mais les
avis y furent si divers et si débattus , qu'il
dura jusqu'à l'entrée de la nuit , et qu'on
n'y résolut rien , sinon d'en aller tenir un
autre chez le G.S. Le résultat de celui - cy
fut qu'il falloit que Sa Hautesse et toute
sa Cour passassent à Constantinople où
l'on seroit plus à portée de remedier à
tout.Pour cet effet on envoya chercher une
Galere , sur laquelle s'embarqua le G. S.
et le G. V. le reste de la Cour les suivit
dans des Caïques , et tous furent débarquer
à minuit à l'Echelle de Top- Capy ,
qui est à la pointe du Serrail..
Le Sultan étant monté à la Kasoda ou
Chambre Imperiale , s'assit dans un coin
du Sopha , d'où il pouvoit entendre tout
ce qui se disoit dans un Appartement voisin
, où le G. V. les autres Ministres , les
Gens de Loy et autres Grands de l'Empire
s'assemblerent déliberer de nouveau
sur le parti qu'il y avoit à prendre dans
une si pressante extrémité ; mais les sentimens
y furent encore plus partagez
qu'au premier Conseil , et l'heure fatale
marquée par le sort pour la fin de
leur Regne étant venu , leurs délibepour
Fchelle du Canon , parce qu'il y en a là em
Baterie,
rations
A VRIL. 1735. 837
rations n'aboutirent qu'à précipiter leurs
destinées ; ils convinrent cependant tous
unanimement à la fin , que le nombre des
Rebelles n'étant pas encore assez.considerable
pour que l'on ne pût esperer de
les mettre à la raison , il falloit avant qu'ils.
se multipliaffent davantage , leur opposer
un Corps de Troupes , et les aller attaquer.
Quoique cet avis fût peut- être le meilleur
, s'il avoit été suivi sans differer , le
G. S. avant de s'y rendre , voulut tenter
une autre voye. Dès qu'il fut jour Sa Hautesse
envoya un Bach Asseski ( c'est un
des principaux Officiers du Corps des
Bostandgis ) à Etmeïdan , ordonner aux
Rebelles de se retirer et les menacer qu'on
feroit main-basse sur eux s'ils n'obéïssoient
promptement. Ils répondirent sans.
marquer la moindre crainte , qu'ils s'étoient
assemblez pour le bien et l'honneur
de l'Etat ; qu'ils avoient des représentations
équitables à faire à leur Émpereur
, et qu'ils ne quitteroient point les
armes qu'on ne leur eût rendu justice.
Sultan Achmet , indigné d'une réponse
si audacieuse , s'emporta fort contre le
G. V. ce qu'il avoit déja fait la veille , et
Paccusa de nouveau d'être la cause de
tout ce desordre . Le Ministre s'en disculpa
et en jetta , comme il avoit déja fait , la
A vj faute
838 MERCURE DE FRANCE
faute toute entiere aussi sur le Kaïmakans
il accabla même ce dernier des reproches
les plus durs en presence de Sa Hautesse ,
vers laquelle se tournant tout d'un coup :
Seigneur, lui dit-il avec transport , souffriras-
tu qu'une ame si vile et qu'un miserable
tel que celui- cy jouisse encore de la
lumiere.
Le Sultan frappé de ce qu'il venoit d'entendre
fit aussi- tôt arrêter le Kaïmakan
puis prenant un ton plus radouci , donna
divers ordres au G. V. sur la situation
des affaires ; l'habile Ministre qui les jugea
impraticables ou inutiles à suivre ,
lui répliqua sans s'amuser à combattre
ses sentimens : Seigneur, dans la crise où se
trouve l'Empire , je ne vois que deux choses
à hazarder, ou que Sa Hautesse se mette
elle-même à la tête de sa Maison et aille
fondre sur les Rebelles , étant persuadée que
sa seule presence pourra les désunir et les déconcerter
, ou qu'elle me permette d'y aller à
sa place , me flattant que je suis assez aimé
des Troupes pour me faire un Party considerable
dès que je paroîtrai.
Le craintif G. S. n'ayant goûté ni l'une
ni l'autre de ces propositions , essaya
vainement de s'attirer du secours du dehors
; il fit déployer le Sangiak- Cherif *
J
* C'est-à- dire le saint Etendart , qui selon les ,
Turs , fut apporté du Ciel à Mahomet par l'Ang
ge Gabriel.
AVRIL. 1737. 83
à la porte du Serail , et fit crier du haut
des murailles que tout Soldat qui voudroit
venir sous cette Baniere pour aider
l'Empereur à soumettre les Rebelles , auroit
30. écus de gratification et qu'on
lui augmenteroit sa paye de deux Aspres *
par jour.
Ces belles promesses ne gagnant le coeur
de personne , il fallut en revenir , mais,
trop tard , au dernier projet du Conseil ,
qui étoit , comme on a dit , de former un.
Corps deTroupes . On choisit les Bostangis
par préference à toute autre Milice
non-seulement parce qu'ils sont les gar
diens naturels du Serail , mais aussi parce
que les Ministres avoient toûjours eû.
quelques égards pour eux, au lieu que les.
Janissaires , les Spahis , les Tobgis et
Dgebedgis , ayant été maltraitez ou méprisez
( sur tout par le Kyaya , qui pendant
son orgueilleuse prosperité les avoit
menacés plusieurs fois en public de les
détruire entierement ) on ne devoit pas.
esperer d'en tirer beaucoup de secours.
dans cette occasion ..
2.
On s'adressa donc aux Bosdtangis , mais.
quand il fut question de les assembler
ceux sur qui l'on pouvoit compter pour
une action de vigueur s'étoient cachez ,
ou avoient pris la fuite , de maniere que
L'Aspre vaut deux Liards.
ne
840 MERCURE DE FRANCE .
ne se trouvant plus que des enfans , des
malingres , ou des gens sans courage , incapables
de faire tête aux Rebelles , on
vît bien qu'il falloit se tourner d'un autre
côté. On jetta les yeux sur le Corps de la
Marine , et le G. S. ayant honoré de la
Charge de Capitan Pacha Abdi- Capoudan
, qui avoit la Charge de Maître du
Port de Constantinople , homme de résolution
; il l'envoya à l'Arsenal pour s'y
faire reconnoître en cette qualité : on lui
tira à cet effet cinq coups de Canon de ce
lieu , et tous les Vaisseaux arborant leur
Pavillon , lui en tirerent chacun un. Ce
nouveau General de la Mer, pour donner à
son Souverain des preuves de sa reconnoissance
et de son zele , ordonna aux Galeres
de se rendre à la pointe du Serrail , et fit en
même-tems battre la Caisse au nom du G.S.
›
en'
Cette opération cut d'abord assez
de succés et l'on avoit déja débarqué
au Sérrail environ 300 Leventis , ou
Soldats de Marine , lorsque Patrona Kalil ,
tombant tout à coup sur l'Arsenal
chassa le Capitan Pacha , et fit sçavoir aux
Léventis que s'ils embrassoient la deffense.
de la Cour , il ne leur feroit aucun quar-`
tier , et qu'il brûleroit tout à la fois leurs.
maisons , les Vaisseaux et les Galeres de Sa
Hautesse. Ces menaces firent de si fortes:
impressions sur les Soldats de la Marine ,
que
AVRIL. 1731. 841
que ceux qui alloient encore au Serrail
pour s'enroller , s'en retournerent , et la
plûpart de ceux qui y étoient déja , et qui
avoient reçû chacun 25 écus de présent ,
trouverent le moyen de s'évader de côté
et d'autres , sous divers prétextes .
Patrona- Kalil se ressouvenant qu'il avoit
été autrefois condamné à mort , pour un
assasinat , lors qu'il étoit Léventis sur le
Vaisseau que commandoit alors le même
Abdi - Capoudan , et que cet Officier lui
avoit sauvé la vie , saisit cette occasion
pour lui en marquer sa gratitude : il le fit
revenir à l'Arsenal , le rétablit dans sa di
gnité de Capitan- Pacha , et l'assura de sa
protection ; mais il emmena avec lui le se
cours que ce dernier avoit destiné au Sultan
, et l'augmenta de tous les malfaiteurs.
Turcs qui etoient , tant dans le Bagne
lieu où l'on enferme la Chiourme , que
sur deux Galères , d'où il les retira , et à
la faveur desquels , contre son intention
plusieurs Esclaves Chrétiens se sauverent ;
si bien que Sa Hautesse se voyant totalement
frustrée de ses esperances du côté
des armes fut obligée d'avoir recours à
la négociation.
J
د
On n'entrera point ici dans le détail de
toutes les allées et venues des Agens de
l'Empereur et de Patrona , non plus que·
des menaces verbales et par écrit , qui fu
rent
42 MERCURE DE FRANCE
›
rent faites de part et d'autre durant ces
jours de discussions intestines , mais nous
renfermant à rapporter l'essentiel de tout
cela , nous dirons que le vendredy , vers
le soir , S. H. renvoya le Bach- Assekу
un des principaux Officiers des Bostangis
demander aux Rebelles ce qu'ils voufoient
> et quelles étoient leurs intentions.
Ils répondirent qu'ils prioient le
Sultan de leur faire remettre en vie le
Mufty , le G. V. Ibrahim-Pacha , avec
Mustapha-Pacha , Caïmacan , et le Kyaya
Mehemel , tous deux Gendres du G. V.
et qu'à l'égard de S. H. ils étoient trèssatisfaits
de son Régne , et lui souhaittoient
toutes sortes de prospéritez .
Le G. S. sur cette réponse , fit arrêter le
Kyaya ; que l'on consigna aux Bostangis
, comme on leur avoit déja consigné
Te Kaïmacam ; pour le Mufty et le G. Vizir
, le Bach Assesky eut ordre de retourner
vers les Rebelles , et de leur dire que
le Sultan alloit déposer et exiler ces deux
Ministres ; qu'il les prioit de vouloir bien
se contenter de cette punition , et ne pas
exiger qu'on les privât du jour , en reconnoissance
de ce qu'il leur livreroit les
deux autres pour en faire ce qu'ils jugeroient
à propos .
Le Bach-Asseky rapporta , que les Rebelles
se contentoient bien de la déposition
AVRIL. 1731. 843
tion et de l'éxil du Mufty , mais qu'ils persistoient
à vouloir le G. V. L'Empereur ,
malgré son affection pour ce Ministre
qui d'ailleurs étoit son Gendre , voyant
après avoir tenu plusieurs conseils avec
les Gens de Loy , qu'il ne pouvoit le sauver
sans risquer de se perdre lui- même
lui envoya demander son cachet par le
Kislar Aga, et le fit ensuite conduire dans
l'Appartement qu'on nomme Musafir-
Oda , ( ou Chambre des Etrangers ) sans
lui faire aucun mauvais traitement. Cela
arriva le Samedy à midy , et la Charge
de G. V. demeura vacante depuis ce moment
jusqu'à 9 heures du soir , que S. H.
en honora Mehemet - Pacha , aussi l'un
de ses Gendres. Il avoit été Selictar- Aga ,
ou Porte-Sabre du G. S. et étoit sorti depuis
peu du Sértail avec la qualité de Vizir
à trois queues , qui le faisoit conseiller
cubé ou de voute , c'est - à- dire , qu'il
avoit séance au Conseil qui se tient dans
un lieu vouté.
Pendant que tout étoit en agitation dans
le Sérrail , fes Rebelles n'étoient pas oisifs
dans la Ville ; ils détachercnt plusieurs
partis , dont les uns furent piller quelques
maisons de proscrits , ( c'est- à- dire de
ceux qui avoient eu directement ou indirectement
quelque part au Ministere )
entr'autres à Galata , celle du Vaivode →
on
844
MERCURE
DE
FRANCE
où ils trouverent beaucoup d'argent
qu'ils jetterent par les fenêtres , ainsi que
tous les meubles , disant que des Musulmans
ne devoient pas profiter des rapines
et des extorsions que cet indigne Officier
avoit fait sur les Dgiaours , ou Infideles ,
& comme c'étoit leur bien , qu'il étoit
juste qu'ils le reprissent , effectivement
nombre de Grecs et d'Arméniens et de
Juifs ramasserent ce qu'ils voulurent
sans que les Turcs s'y oposassent ni prissent
rien pour eux .
2
D'autres furent crier de nouveau par les
rues , car ils avoient déja crié , sur les me
naces que le G. S. avoit faites , d'appeller
ses sujets Chrétiens à son secours , ) que
pourvû queles Infideles nes'attroupassent
point , et qu'ils se tinssent tranquillement
chez eux , il ne leur seroit pas fait le
moindre tort , et cela s'observa religieusement
en general. Patrona ayant exigé
par serment de tous ses Camarades , qu'ils
ne commettroient aucun excès , il y cut
pourtant quelques coquins qui le fausserent
, mais ceux que l'on reconnut ou que
l'on prit sur le fait furent punis de mort
par
l'ordre même des Chefs de la rebel-
* Cette Charge réunit les fonctions de Gou
verneur et de Lieutenant de Police , le Vaivode de
Galata étend son distric jusqu'à la Mer Noire , le
long de la côte d'Europe.
lion.
AVRIL. 1731. 845
fion. Ils firent publier aussi que les Boutiques
où se débitent les choses necessaires
à la vie fussent toujours ouvertes , et
si bien garnies , que cette Capitale du
monde et ses vastes Fauxbourgs ne souffrissent
aucune disette .
Quoique toutes les Milices fussent dèslong-
tems révoltées dans le coeur , cependant
les deux premiers jours de la sédition
, il ne paroissoit pas que les Jannissaires
, les Topgis et Dgebedgis y rempassent
, du moins ouvertement , affectant
au contraire une espece de neutralité , qui ,
à la verité , ne les excusoit pas envers leur
Souverain.
,
Mais les Rebelles s'étant emparés du
Dgebe-Kané, ils se partagerent en deux
bandes , les uns furent inviter les Jannissaires
à se joindre à eux pour les aider
leur dirent- ils , à consommer une entreprise
aussi utile et aussi glorieuse à l'Empire
qu'étoit celle qu'ils avoient commencée
, tandis que les autres étant passez
à
Top-Hana, sollicitoient la même union auprès
des Topgis , et Dgebedgis ; ces differens
corps firent mine quelque tems par
un reste de bienséance , de ne vouloir pas
se prêter à leurs instances réïterées , mais.
* Gebé- Cavé , Magazin proche le Serail , on
sont les poudres , le plomb , et autres munitions,
de Guerre.
846 MERCURE DE FRANCE
y cédant à la fin ils y consentirent , a
moins tacitement.
Les Rebelles qui n'en demandoient pas
davantage , entrerent alors dans les Odas,
ou chambres des Cazernes de ces Troupes
,
d'où ils enleverent sans obstacle , les
tentes , les grandes marmites , et autres
ustanciles qu'ils transporterent à la place
d'Etmeïdan , où ils dresserent un Camp
dans les formes . Bientôt après , les Jannissaires
et les autres Milices les suivirent ,
faisant pourtant toujours semblant d'y
être forcez , quoiqu'ils courussent à l'envi
les uns des autres , pour arriver des premiers
au lieu de l'Assemblée , excepté les
Officiers , qui demeurerent constamment
attachées au G. S. et dont la plûpart s'étoient
déja retirez au Sérrail.
Cette jonction de la Soldatesque aux
Rebelles , acheva de déconcerter la Cour :
l'Empereur voulut cependant faire encore
une tentative auprès d'eux pour en obtenir
la grace d'Ibrahim - Pacha , mais ils
répondirent insolemment qu'ils avoient
assez fair , de pardonner au Mufty, à quoi
ils ne s'étoient même déterminez qu'en
consideration de son sçavoir , et de la
qualité de Chef de la Loy , et qu'ils vouloient
absolument qu'on leur remit le
G. V. et ses deux Gendres , pour leur faire
rendre compte de leur administration .
Le
AVRIL: 1731.
847
Le Sultan convaincu par l'opiniâtreté
de ces mutins , qu'il qu'il ne lui étoit
pas possible de soustraire son Ministre à
leur fureur , le fit condamner par le Kadilisker
d'Asie avec le Kaïmacan et le
Kyaya, à être étranglés, et ordonna qu'on
porteroit leurs corps à Etmeïdan .
,
Le Kyaya Mehemel , n'eut pas plutôt
appris , quand on vint le tirer de sa prison
, que c'étoit pour le mener au Kapon-
Orasy , endroit du Serail où l'on execute
les criminels d'Etat , que la frayeur dont
il fut saisi prévint les Bourreaux , et lui fit
rendre l'ame sur le champ ; ils ne laisserent
pas de le traîner au lieu du suplice ;
où par formalité pour l'éxecution de la
Sentence , on lui passa une corde d'arc au
col , ou corde de boyau ; à l'égard du
Vizir et du Kaïmakam , ils conserverent
leur fermeté jusqu'à la fin . Ce dernier fit
tranquillement ses ablutions et ses prieres,
mais le Visir ne fit ni l'un ni l'autre , disant
qu'étant si prés de perdre la vie , il
ne vouloit pas se donner tant de peine.
Ainsi finirent ces fléaux du peuple le
Is
de la Lune
de Rebiul
- Euvel
à 9 heures
du soir , du 30 Septembre
, dans le tems
même
que Sa Hautesse
faisoit
Mehemet
Pacha
G. V.
, Le lendemain matin , les trois cadavres
presque nuds , furent chargez chacun sur
un
$48 MERCURE DE FRANCE
un Chariot , et conduits à Etmeïdan ; le
peuple qui les suivoit , après avoir exercé
sur eux mille infamies , criant le long du
chemin , que tous les ennemis de l'empire
et de la Religion puissent avoir le même
sort. Quand les Rebelles les virent arriver,
ils entrerent dans une colere inexprimable
, se récriant sur ce qu'on ne leur avoit
livré ces traîtres en vie comme le
G. S. le leur avoit promis. On leur répondit
, qu'il n'étoit pas d'usage qu'un Sultan
remit ses Ministres vifs entre les mains
de leurs ennemis , et qu'ils devoient être
contents de ce que S. H. avoit eu la condescendance
de faire pour eux.
pas >
Les Rebelles qui avoient leurs veuës ;
n'eurent garde de se payer de ces raisons ;
ils redoublerent de fureur , et déclarerent
sans ménagement , qu'ils vouloient
qu'Achmet III. fut déposé , et que Mahmoud
, son Neveu fut mis sur le
Thrône.
>
Leur propre sûreté les entraîna dans cet
excès de révolte; faisant réfléxion qu'Ach
met étoit naturellement cruel ; qu'il avoit
fait mourir tous ceux qui avoient détrôné
son frere le Sultan Mustapha II. en 1703 .
pour lui donner sa place ; qu'ainsi ils n'en
devoient pas attendre de meilleur traitement
s'ils le laissoient en état de se venger
des outrages qu'ils venoient de lui
faire
AVRIL. 1731. 849
faire , au lieu qu'en élisant Mahmoud
qui languissoit depuis 27 ans en prison ,
ils auroient sujet d'esperer que ce Prince ,
par reconnoissance de ce qu'il leur devroit
sa liberté et son élevation , n'attenteroit
point à leur vie.
Mais comme il falloit au moins quelque
prétexte spécieux , pour colorer une
infidelité si formelle , non contents des
plaintes ameres qu'ils avoient déja faites'
contre leur Souverain , de ce qu'il leur
avoit manqué de parole en leur envoyant
morts les trois Ministres ; ils feignirent de
croire ( et peut-être le crurent- ils effectivement
) que ce n'étoit pas même le corps
du G. V. qu'on leur avoit apporté , mais
celui d'un forçat de Galere , qui lui ressembloit
, et que l'on avoit substitué à sa
place.
La verité est que ce Ministre étoit si
méconnoissable après sa mort , ( ce qui
avoit même fait répandre dans le public
qu'il s'étoit empoisonné ) que son premier
Batelier qui le voyoit tous les jours depuis
long- tems , affirma que ce n'étoit pas lui.
et qu'on verifia d'ailleurs qu'il n'étoit pas
circoncis . Il est vrai que Ibrahim étoit né
Chrétien , et que dans le fond , n'ayant
aucune Religion , il ne s'étoit pas embarrassé
de se faire circoncire quand il vint
d'Asie à Constantinople , professer l'exte
rieur du Mahometisme.
850 MERCURE DE FRANCE
que
Quoiqu'il en soit , les Rebelles se crurent
suffisamment authorisez à soûtenir
le G. S. les avoit doublement trompez
; ainsi , après avoir assouvi leur rage
sur les cadavres du Kaïmakam et du
Kyaya , qu'ils pendirent ensuite à deux
arbres , pour en donner le spectacle à tout
le peuple , ils attacherent à la queuë d'un
cheval celui du malheureux Ibrahim , et
le traînerent jusqu'à la porte du Serrail ;
là, par des clameurs affreuses , ils demanderent
qu'on leur remit en vie le veritable
Ibrahim , avec le Deys- Effendi , et
toutes les créatutes du premier , ajoûtant
que puisqu'on ne pouvoit compter sur
les promesses d'Achmet , et qu'il s'obstinoit
contre toutes les Loix à proteger un
monstre qui avoit désolé l'Empire , il n'étoit
plus digne de régner , et qu'il falloit
le renverser du Thrône pour y placer
Mahmoud , qu'ils avoient déja proclamé
Empereur.
Le Sultan - Achmet mit en vain tout
en oeuvre pour tâcher de les calmer , leur
faisant offrir des récompenses considérables
, et de leur sacrifier toutes les victimes
qu'ils demanderoient ; ils furent infléxibles
, et s'en retournant à Etmeïdan
ils jetterent en chemin le cadavre d'Ibrahim
auprès d'une belle Fontaine , que
se Ministre , qui étoit magnifique en
tout ,
AVRIL. 1731. 851
tout , avoit fait construire depuis deux
ans pour l'ornement de la Ville et la
commodité du Public.
>
l'é-
Les Rebelles , quoique résolus à ne se
point relâcher sur la déposition d'Achmet
, avoient pourtant besoin , pour
xécution d'un projet de cette importance,
d'être guidez par quelqu'un qui eût des
lumieres et du crédit , et qui entrât en
même-tems dans leurs sentimens . Ils trouverent
ce qu'ils cherchoient lorsqu'ils s'y
attendoient le moins , dans la personne de
Ispiri-Zadé , Prédicateur ordinaire de la
Cour et de Sainte Sophie . Cet hipocrite ,
qui , sous un air simple et mortifié , cachoit
une ambition démésurée , et qui
avoit reçû dans cent occasions des bienfaits
de l'Empereur , s'abandonnant à
l'ingratitude la plus noire , fut lui - même
trouver les conjurez ; il les confirma par
ses pernicieux conseils dans leur abominable
dessein leva toutes les difficultez
qu'ils croyoient le pouvoir faire échouer ,
et se chargeant de conduire l'affaire , il
fut au Serrail vers le soir du 16 de la Lune
( le premier Octobre ) dans le tems que
le G. S. étoit à la Kas- Oda , et que tous
les Ministres , les gens de Loi , et autres
Grands de l'Etat , étoient dans un
Kiosk ( espece de Pavillon ) consternez et
violemment agitez.
,
B Dès
852
MERCURE
DE FRANCE
Dès qu'il parut , chacun s'empressa de
le questionner sur ce qui se passoit dans.
la Ville ; il dit , contrefaisant l'homme
abbatu de tristesse , que les Rebelles ne
vouloient plus en aucune façon , qu'Achmet
restât sur le Trône ; et qu'après tout ce qu'il
avoitfait enfaveur de ce Prince , pour vaincre
leur animosité contre lui , il étoit inutile de
se flatter qu'on put les faire changer de réfolution.
A ces paroles toute l'Assemblée devint
comme immobile , et n'eut pas la force de
proferer un mot ; le perfide Ispiri -Zadé
voyant que personne ne se mettoit en devoir
d'aller annoncer cette nouvelle au
Sultan , il y fut de lui- même.
Hé bien , qu'y-a- t'il , lui dit Achmet ;
les Rebelles font- ils toujours à Etmeidan ?
Pourquoi ne se retirent-ils pas , pour vaquer
chacun à ses affaires ? Je les aifavorisez audelà
de ce que je devois , je leur ai offert des
préfens , et de leurfaire justice de tous ceux
dont ils croyent avoir à se plaindre , que veu
lent- ils , que souhaittent-ils encore ?
Seigneur , lui répondit cet homme pervers
,d'un ton ferme, et pourtant composé
, ton régne est fini , et tous tes sujets révol
tez ne te veulent plus pour Empereur, Alors,
Achmet se levant brusquement , répliqua
, et pourquoi ne me le disiez- vous pas
plutôt ? Vous vene ici tous les jours , d'où
و
vient
AVRIL. 1731. 853
vient tant tarder à me l'apprendre ? Puis sans
hésiter il courut à l'Appartement du Prince
Mahmoud , son Neveu ; le prit par la
main , le conduisit à la Kasoda , où il le
plaça lui-même sur le Trône , le salua Empereur
le premier , et lui dit entr'autres
choses fort touchantes : Souvenez - vous
que votre pere ne perdit la place que je vous
céde aujourd'hui , que par son aveugle complaisance
pour le Mufty Feyz -Oullah Effendi
, et que je ne la perds aujourd'hui moimême
que pour m'être trop confié à Ibrahim-
Pacha , mon Vizir , profitez de ces deux
grands exemples ; ne vous attachez à vos
Ministres , et ne vous reposez sur eux qu'avec
beaucoup de circonspection. Si j'avois
toujours suivi mon ancienne politique de ne
jamais laisser les miens trop long-tems en place
ou de leurfaire rendre souvent un compte
exact des affaires de l'Empire , j'aurois peutêtre
fini mon régne aussi glorieusement que je
Pai commencé. Adien , je souhaite que le
vêtre soit plus heureux ; je vous recommande
mes enfans et ma personne. Ensuite , l'infortuné
Achmet fût s'enfermer de lui-même
dans la prison , d'où il venoit de tirer son
Neveu .
Les fils d'Achmet s'enfermerent avec
lui ce jour- là ; Mahmoud l'ayant ainsi
ordonné pour consoler son Oncle , mais
le lendemain ces Princes furent logez ail-
Bij leurs ,
854 MERCURE DE FRANCE .
leurs , les trois plus jeunes ensemble , et
les trois aînez , chacun dans un Appartement
séparé.
Cette abdication se fit le 2 Octobre à
deux heures du matin : tout ce qui se
trouva dans le Serrail de Ministres et de
Gens de marque , fut admis cette nuit
même à baiser la veste du nouveau Sultan
.
Le jour venu , on lui éleva un Trône de
vant le Babiseadet , ou la Porte heureuse ;
c'est une porte du Serrail qui conduit à
l'Appartement où le G. S. donne Audien-.
ce aux Ministres Etrangers ; et c'est dans
cet Appartement que tous les Grands de
l'Empire , en Corps , vinrent le reconnoître
Empereur, et lui baiser la veste . Aussitôt
les Crieurs publics annoncerent son
Avénement par toute la Ville.
Le même jour , une Galere transporta le
Mufty à Tenedos , lieu de son exil, Les
Rebelles l'avoient redemandé de nouveau
pour le faire mourir , mais les Gens de
Loy agirent si efficacement , qu'ils lui sauverent
la vie ; dans le fond c'est un fort
bon homme , dont la viellesse et la douceur
naturelle ont peut-être été les seules
causes du seul crime qu'on lui a reproché,
de ne s'être pas opposé avec la vigueur
qu'éxigeoit son caractere , aux malversa
tions qu'il voyoit commettre,
Le
AVRIL 1731. 855
Le 3 Octobre , le G. S. curieux de connoître
le premier Chef de ces gens téméraires
, à qui il devoit l'Empire , commanda
qu'on lui fit venir Patrona-Kalil , lequel
se présenta comme il étoit vêtu ordinairement
, c'est - à- dire , en simple Janissaire
, et les jambes nuës. Il s'avança d'un
air assûré jusqu'au Trône du Sultan , et
lui baisa la main : Que puis -je faire pour
toi , lui dit Mahmout , tu es en droit de me
demander toutes les graces que tu voudras.
Cet homme de néant , et chargé de crimes
, mais subtil et plein d'artifice , montrant
alors des sentimens plus nobles et
plus élevez, que sa naissance et sa vie passée
ne sembloient en devoir promettre ,
répondit à l'Empereur , que jusqu'à présent
il avoit tout ce qu'il avoit le plus désiré
, qui étoit de le voir sur le Trône
Ottoman et que pour l'avenir
sçavoit bien qu'il n'avoit rien à attendre
de Sa Hautesse qu'une mort honteuse et
prochaine. Je te jures par les manes de mes
Ancêtres , répondit le G. S. que je ne te ferai
jamais de mal ; demande moi seulement
quelle récompense je te puis donner , je te
l'accorde d'avance. Puisque votre bonté
Imperiale est sans bornes , répondit Patrona
, je vous prie de vouloir bien supprimer
tous les nouveaux impots dont vos fideles sujets
ont été accablez sous le précédent Minis-
,
B iij
*
,
il
tere.
856 MERCURE DE FRANCE
>
tere. Mahmout y souscrivit sans hésiter
et sur le champ cette suppression fut publiée
par tout .
Ce jour- là , le G. S. confirma Mehemet-
Pacha , dans la Charge de G. V. et lui
nomma pour Kyaya le vieux -Nik-Deli-
Hali-Aga , qui avoit été fort attaché à
l'Empereur Mustapha , pere de Sa Hautesse
.
Le 4. les Rebelles furent piller quelques
maisons de proscrits , et rompirent
le Sceau Imperial qu'on y avoit apposé.
Le Sultan fut vivement picqué de ce manque
de respect ; mais n'étant pas en état
d'en marquer son ressentiment , il les envoya
prier de cesser ces sortes d'éxecutions
, et leur fit représenter , que puisqu'ils
l'avoient mis sur le Trône , ils lui
devoient laisser le soin et l'autorité de punir
les coupables de la maniere qu'il conviendroit.
Bien loin de se rendre à ses
remontrances , et si douces et si justes ,
ils répondirent qu'ils ne discontinueroient
point leurs vengeances qu'ils ne l'eussent
satisfaite eux - mêmes et demanderent
pour la seconde fois qu'on leur remit le
Reys Effendi , le Tchiaoux Bachy , et plu
sieurs autres , ce que la Cour ne pût et ne
jugea pas à propos de faire , le Reys - Ef
fendi , entr'autres , étant alors si bien ca
ché qu'on le croyoit en fuite.
,
Le
AVRIL. 1731. 857
,
Le 5. ils pillerent encore deux grands
Palais , en Asie , sur le Canal de la
Mer Noire et cependant le Grand-
Seigneur ne laissa pas de confirmer dans
leurs emplois , tous ceux qu'ils en avoient
revêtus , comme les nouveaux Janissaire-
Aga , Topgi -Bachi , &c .
Il est d'usage , selon les constitutions de
l'Empire Ottoman , que quand ' un Sultan
vient à mourir de mort naturelle , et
que le Prince qui doit lui succeder monte
sur le Trône , celui - ci n'est point obligé
de faire aucune gratification aux Troupes
; mais que lorsque par une révolution
comme celle-ci , un Prince parvient à
l'Empire , il doit leur augmenter leur
paye et leur faire un présent , ce
qui se pratique de la maniere suivante.
2
Chaque Cavalier a 1000. aspres de présent
( 25. liv . ) et deux aspres dé paye , de
plus qu'il n'avoit par jour , ou s'il l'aime
mieux , car cela est à son choix , que le
présent soit converti en paye journaliere ,
alors on la lui augmente de trois aspres au
lieu de deux ; de même les Janissaires ,
les Tobdgis , et les Dgedbedgis , ont cinq
aspres d'augmentation de solde , et point
de présent , ou s'ils préferent de le tou
cher , on leur donne 3000. aspres pour
ce présent , ou 75. liv . et leur solde n'est
B iiij aug858
MERCURE DE FRANCE
augmentée que de deux aspres.
Le nouveau Sultan , étant dans le cás
de ces libéralitez d'obligation , fit venir
le Tefterdar , ou le Grand Trésorier , et
les autres personnes chargées du maniement
des deniers Imperiaux , et ordonna
de tenir prêt l'argent qu'il falloit pour
P'acquitter envers les Milices. Ces Officiers
dans la vûë de faire leur cour , ne voulurent
point toucher aux Trésors de l'Etat
quoique depuis l'établissement de l'Empire
, ils n'eussent jamais été si remplis
étant assurez de trouver dans ceux que
le
Grand Vizir , son Kyaya et le Capitan
Pacha avoient amassez des fonds plus
que suffisans pour le payement en question
.
J
Ils firent chercher avec soin , quelquesuns
des plus affidez Officiers de ces trois
Ministres , pour en tirer des lumieres touchant
le bien de leurs Maîtres . On amena
d'abord au Tefterdar un jeune homme
qui avoit été L'Anactar- Oglan du Grand
Vizir , ( c'est comme qui diroit un gentilhomme
de la Clef, ) et qui en avoit eu
toute l'amitié et toute la confiance ; il dit
que pourvû qu'on ne lui fit point de
mal ,il découvriroit de grandes richesses ;
on l'assura que bien loin de le maltraiter ,
on le recompenseroit . L'Anactar un peu
remis de son trouble , et d'ailleurs ne pouvant
AVRIL. 1731. 859
*
vant mieux faire , puisque s'il eut voulu
garder le secret , on le lui eut arraché
par les tourmens , conduisit le Tefterdar
dans une cour du Serrail du Grand Vizir
, où ce Ministre avoit fait bâtir un
Colombier ; on creusa dessous , à l'endroit
qu'il indiqua , et l'on en tira quatre
cofres de fer , dont trois fort grands ,
renfermoient chacun 18. longues bourses
de cuir , de 60. mille Sequins Fondoukli
chacune. Le Sequin Fondoukli , étant évalué
à 400. afpres fait 10. livres monnoye
de France , ces trois coffres contenoient
la somme de 32. millions 400 .
mille livres.
A l'égard du quatrième , il étoit à la
vérité beaucoup plus petit , mais il étoit en
récompense rempli de pierres précieuses
d'une beauté singuliere , et d'un prix inestimable
, aussi bien que les riches étoffes et
les tapis de Perse et des Indes,les fourures ,
les Bijoux , les curiositez de tous les Pays ; en
un mot, les hardes et les meubles superbes
que l'on trouva en profusion dans ce Palais.
On se saisit ensuite du Kyaya du Harem:
un Eunuque noir , ayant l'Intendance de
l'appartement des femmes de Mehemet ,
Kiaya d'Ibrahim - Pacha , qui avoit aussi une
connoissance parfaite des grands biens de
cette sangsuë de peuple. Dès qu'il fut pré-
Bv senté
860 MERCURE DE FRANCE
senté au Tefterdar , il lui confessa tout , et
le mena dans les differens Souterains que
son Maître avoit fait construire pour enfoüir
ses trésors. Il dit que quand Mehemet
avoit fait remplir un coffre , il le
faisoit porter par des portefaix jusqu'à une
certaine distance du lieu où il vouloit que
son argent fut déposé , et que lui , Kyaya
du Harem se travestissoit
> par son
ordre la nuit ; vuidoit ce coffre à diver
ses reprises et emportoit le contenu
dans la cache , sans que personne s'en fût
jamais apperçu.
,
en
Suivant le compte du Tefterdar on
fait monter à 30. mille Bourses l'argent
comptant de cet infame monopoleur ;
et ses autres biens à présqu'autant ; soic
en pierreries , en Palais , maisons
fonds de terre , en rentes , en habits , ou
soit en denrées ou marchandises , dont il
faisoit commerce. Chaque bourse de soo .
piastres , évaluée 1500. liv. les 30. mille
bourses font 45. millions, de notre monnoye.
3
Quant au Capitan Pacha , il n'a pas
paru qu'il fut à beaucoup près si riche en
especes que
les autres mais outre ses
Palais qui étoient dignes de loger des
Sultans , il avoit une grande quantité
de pierreries plus belles et plus parfaites,
AVRIL. 1731. 861
tes , que celles du Grand Vizir et du
Kyaya , parce qu'il les payoit aussi bien ,
et il s'y connoissoit mieux qu'eux : enfin les
richesses que l'on a trouvées chez ces trois
Miniftres , sont si prodigieuses , que le
Roi Cresus , si fameux dans l'Histoire par
ses Trésors , auroit pû passer pour pauvre
auprès d'eux .
Le Sultan Achmet n'ignoroit pas que
le Kyaya , entre-autres , s'enrichissoit infiniment
au- delà de ce qu'avoit jamais fait
aucun particulier de l'Empire , surtout
d'une aussi basse origine que l'étoit celuilà
, mais au lieu de mettre un frein à ses
concussions , cet avare Empereur , lui facilitoit
les moyens d'en faire tous les jours
de plus criantes , parce qu'il se flattoit que
le vieux Ibrahim son Vizir , mourroit bientôt
; et qu'alors n'étant plus retenu par
aucune considération , il feroit étrangler
le Kyaya , et s'empareroit de tous ses
biens.
Avant que de finir sur le compte de cet
odieux Ministre, il ne sera pas hors de propos
de rapporter une particularité assez singuliere
; sa fille unique étoit promise au
jeune Anactar Oglan , dont on a parlé. It
avoit fait de magnifiques préparatifs pour
la célebration de la nôce , qui avoit été
fixée précisément au soir du jeudi , que la
sédition éclata ,et suivant la coutume tous
B vj les
862 MERCURE DE FRANCE:
les grands de l'Empire lui avoient fait à
ce sujet des présens considerables ; la bienséance
vouloit, ce semble , dans le trouble
et le désordre où la Cour et la Ville
étoient plongées , et dont il avoit paru
lui- même si fort effrayé , quand il se sauva
le matin , que ces nôces fussent remises
à un temps plus tranquille et plus
propre à la joye ; cependant , soit qu'il
se flatât que la rebellion n'auroit point de
suites fâcheuses , ou que son orgueil l'aveuglât
, il passa outre , et insultant au
peuple pour la derniere fois , le mariage
fut consommé à l'heure marquée ; mais
il fut d'un sinistre augure , puisque tandis
que la fille entroit au lit nuptial , le
pere mettoit déja le pied dans celui de la
mort.
}
7
Les richesses du Grand Vizir et de ses
deux Gendres , étant immenses , comme
on l'a pû voir par le petit détail que nous
en avons fait , elles étoient plus que suffis
ntes pour le payement des troupes ; on
déploya donc cinq étendarts à Atmerdam
, sous lesquels vinrent se ranger, et se
fire écrire,tous ceux qui devoient, ou pour
mieux dire , qui voulurent participer à
cette gratification ; car il est bon de remarquer
que d'ordinaire un Sultan , n'est
tenu à faire le présent de son avenement
à l'Empire , qu'aux Militaires en exercice
,
AVRIL 1731. 863
ze , et déja enrolez du temps de son Prédécesseur
, et non à ceux qui ne venant
s'engager , la plupart dans cette occasion ,
que pour profiter du benefice qui l'accompagne
, disparoissent après l'avoir reçû
parce que supposé que parmi ces
derniers , il s'en trouve , qui s'enrollent
avec l'intention de servir , ils doivent
s'estimer assez heureux d'être reçûs au
nombre des Kouls ou Esclaves de sa
Hautesste , avec la paye qu'on leur assigne
; mais le Sultan Mahmout , voulant
commencer son regne par un acte de générosité
, pour se concilier davantage le
coeur des Milices et du peuple
d'ôter tout prétexte aux mal intentionnez
, de continuer la révolte , donna un
Katcherifs pour que les nouveaux Soldats
reçussent également la gratification
comme les anciens , et qu'on délivrât
également aux uns et aux autres deux
quartiers de leur solde.
,
et afin
Malgré cet ordre , cependant le Lieutenant
General des Janissaires , par probité
, ou par reconnoissance de ce que
l'Empereur l'avoit confirmé dans cette
Charge , qu'il tenoit des Rebelles , ne
put voir sans indignation qu'ils abusassent
des bontez de Sa Hautesse , jusqu'au
point d'admettre à cette gratification
comme ils faisoient , un nombre infini de
و
petits
$64 MERCURE DE FRANCE
,
petits enfans , de vieillards et de gens
éclopez ou contrefaits ; il crut donc pouvoir
représenter à Patrona , que si l'on
continuoit de la sorte tous les trésors:
du Grand Seigneur ne suffiroient pas
gratifier tant de gens qui le méritoient
si peu ; mais celui- ci lui dit avec un ton
de Maître , que ce n'étoit pas à lui à vouloir
diriger des finances qui ne lui appartenoient
point et dont il n'étoit pas
chargé de rendre compte , et sans autres
discours , il commanda sur le champ
qu'on mit en pieces ce malheureux Officier
, qui par trop de zéle et de probité
perdit en un instant la vie , et sa nouvelle
dignité.
,
Le Grand Seigneur voyant de plus en
plus par ce qui venoit de se passer , qu'il
ne lui seroit pas possible de rétablir l'ordre
et la tranquillité dans Constantinople
, tant que Patrona y resteroit en armes
, et n'osant entreprendre de s'en défaire
, de crainte de causer une seconde révolution
aussi fatale pour lui , lui , que
que la premiere
l'avoit été pour son oncle , il tenta
de l'éloigner de la Capitale , en lui offrant
un des plus considerables Gouvernement
de l'Empire , et d'y attacher toutes
les marques d'honneur qu'il souhaiteroit.
Mais Fatrona se défiant avec raison
que
AVRIL. 1731. 865
réque
des offres si avantageuses ne cachassent
un piége , répondit qu'il ne se
soucioit pas de dignitez , et qu'il n'étoit
avide que du sang des proscrits , dont
il avoit fait une longue liste. Le Janissaire
Aga qui étoit présent , s'avisa de
vouloir conseiller à l'Empereur,de donner
à Patrona 100. mille Sequins , et de le
laisser le maître de se retirer où bon lui
sembleroit.Je n'ai pas besoin d'argent,
,, pondit ce fier Rebelle , puisque toutes les
bourses de Constantinople sont à mon service
; et lançant un regard terrible sur
le Janissaire Aga , il lui recommanda d'un
ton , et d'un air si impérieux , de ne se
jamais mêler de ce qui le regardoit , s'il
ne vouloit avoir le même sort de son Lieutenant
, que sans rien répliquer , ce General
de l'Infanterie , se prosterna trois
fois devant lui .
ور
"
> et à
Le 6. Patrona nomma de son chef de
nouveaux Officiers , à la plupart des principaux
emplois dans les troupes
mesure qu'ils se présentoient devant lui
il les faisoit revêtir de Pelisses de Samour
de Martre Zibeline , qu'on avoit prises
au pillage des maisons des proscrits . On
publia de nouveau ce jour-là de sa pare
que tous ceux qu'on trouveroit commettant
du désordre , seroient punis de mort
sur le champ. Cette Ordonnance produi
sit
865 MERCURE DE FRANCE
>
sit un si bon effet , que , quoique Gala
ta grand Fauxbourg de Constantinople,
fut plusieurs jours sans Commandant,
le Vaivode , dont la tête avoit été mise à
prix , s'étant sauvé , et que presque tous
les Marchands François qui y demeurent
fussent alors aux Isles des Princes , avec
leurs familles , les Rebelles qui vinrent
piller quelques maisons de Juifs , ne firent
aucunes insultes à celle des François.
Il est vrai , que ce qui contribua beaucoup
à les garantir des brigandages de la canaille,
fut la précaution que leur nation prit d'établir
et de payer une gardepour leur pro
pre sureté , composée des Rebelles mêmes.
Le 7. le Sultan Mahmout' , fut avant
midi à la Mosquée d'Eyoup , qui est dans
le fond du Port de Constantinople , à
environ deux heures de chemin du Serrail,
se faire ceindre le Sabre Imperial ; céré
monie qui tient lieu de couronnement aux
Sultans. Son cortege étoit fort nombreux ,
mais il y avoit beaucoup de confusion ; la
Marche défila entre deux hayes de Janissaires
de Topgis , et de Dgebedgis , en
simple Doloma , qui est l'habit long que
portent ordinairement les Janissaires , en
Calote rouge , sans bonnets de cérémo
nie , et sans armes , comme l'Empereur
l'avoit ordonné ; car il y eut la veille de
grandes contestations à ce sujet ; entre
la
•
t
AVRIL. 1731 867
la Cour et les Rebelles , Sa Hautesse ne
voulant point que personne vint armé à
cette Cavalcade , et ceux- ci au contraire
ne prétendant pas devoir mettre bas les
armes , qu'on ne leur eut donné satisfaction
sur les proscrits , et qu'ils n'eussent
été payez de ce qu'on leur devoit , tant
du présent , que de ce qu'on leur devoit
d'ailleurs ; de sorte que malgré les défenses
du Sultan ils y vinrent bien armez ;
Patrona monté sur un beau Cheval magnifiquement
harnaché , y précedoit le
Grand Vizir , et avoit à sa gauche un
autre Chef de son parti . Ces deux hommes
affectant de mépriser le faste
n'avoient
qu'un petit Turban , l'habit de Janissaire
, et les jambes nuës ; ils jettoient
des Sequins au peuple , et quatre Dervi- .
ches , qui marchoient à pied à leurs côtez,
faisoient les mêmes largesses de leur part.
Le Sultan se distingua aussi par sa generosité
, ayant fait jetter ou distribuer pareillement
50. bourses , au lieu de douze qu'il
en coûte d'ordinaire à un nouveau Grand-
Seigneur dans cette occasion . On revint
par terre comme on étoit allé , le mauvais
temps n'ayant pas permis qu'on prit la
voye de la Mer , comme c'est l'usage.
Le peuple avoit compté qu'après cette
céremonie la tranquilité se rétabliroit , et
qu'on r'ouvriroit les Boutiques; mais l'autorité
868 MERCURE DE FRANCE
, que
torité du Grand Seigneur étoit encore si
mal affermie , qu'on n'osa exposer les
Marchands aux nouveaux désordres
cette ouverture auroit pû attirer; les principaux
Officiers des Rebelles étant même
venus à la Porte le 8. Octobre , et le Grand
Visir leur ayant fait distribuer des Cafetans
et des Chevaux , ils se prirent de paroles
, & et se tiraillerent l'un l'autre , chacun
voulant saisir le meilleur Cheval,
cela jetta d'abord l'effroi par tout
parce
qu'on craignit que ce ne fût une feinte
concertée entre eux , pour exciter une
nouvelle sédition ; heureusement se querellant
de bonne foi , ils se reconcilierent
de même .
د
Patrona , vint aussi peu après voir le
Grand Visir , accompagné seulement de
trois de ses camarades , qui le suivoient à
pied comme des domestiques. Dès que ce
Ministre , tout gendre qu'il est d'un Sultan,
et qui ne se seroit pas levé pour l'Ambassadeur
d'un Souverain , sçut que cet
illustre scelerat arrivoit , il courut vite au
devant de lui jusqu'au bas de l'escalier ,
le mena dans son appartement , où ils resterent
deux heures ensemble , et il le reconduisit
bien civilement au lieu où il étoit
venu le prendre.
Dans le temps que Patrona alloit par
tir , un Bach Asseky , domestique favori
du
AVRIL. 1731. 869
du Grand Seigneur , vint lui parler en secret
de la part de Sa Hautesse : il ne daigna
pas descendre de Cheval pour cela ,
mais se courbant un peu seulement , leur
conversation dura un quart d'heure , après
quoi il s'en retourna d'un air résolu à son
Camp d'Etmeïdan .
Il s'étoit répandu ce jour-là dans la Ville
, que le Grand Seigneur devoit honorer
d'un nouveau Cafetan , Abdi Capoudan
, et le confirmer dans la dignité de
Capitan Pacha ; mais il arriva au contraire
que Sa Hautesse le déposa et mit à sa
place Kafis Mehemet Pacha , jeune homme
de 35. ans , qui n'a aucune experience
dans la Marine : aussi n'étoit-ce qu'en
attendant l'arrivée de Dgianum Codeca ,
un des plus braves et des plus grands
hommes de Mer qui soit dans l'Empire.
Ce même jour , les Ministres Etrangers
eurent permission de la Porte d'expédier
à leurs cours , pour donner avis de
l'avenement de Sultan Mahmout à l'Empire
, et plusieurs Tribunaux de justice reprirent
leurs cours ordinaires , au moyen
des nouveaux Officiers , qu'on y mit pour
remplacer ceux que les Rebelles avoient
proscrits , comme entre-autres , le Vaivode
de Galata , qui fut remplacé par un
ancien Officier du Corps des Baltadgis
lequel avoit déja exercé autrefois le même
870 MERCURE DE FRANCE
me emploi , avec l'approbation generale.
Il est fils de Cherkez - Osman-Pacha
qui dans tous les grands emplois , qui lui
ont été confiez , a donné des marques de
son amitié pour les François , et surtout
dans l'affaire de la restauration du Temple
de Jerusalem.
Le 9. on commanda 20. Janissaires sans
armes , de chaque compagnie , pour aller
prendre à la Porte, l'argent destiné au présent
, et escorter les 150. chariots , chargez
chacun de so . Bourses , qu'on conduisit
en cérémonie chez le Janissaire
Aga , ou la répartition s'en fit pendant
trois jours à 100. mille hommes ; sçavoir
40. mille Janissaires , 18. mille Topgis ,
22. mille Dgebedgis , et 20. mille Spahis
, ce qui fait en tout 11250000. liv .
Le Grand Visir fut importuné de quelques
plaintes au sujet de cette distribution :
plusieurs Officiers deshonorant leur carac
tere , s'aviserent de retenir pour eux une
partie de ce qui revenoit à leurs Soldats :
une conduite si indigne en tout temps , et
si dangereuse dans les circonstances presentes
, méritoit sans doute une punition
exemplaire , cependant ils en furent quittes
pour restituer à qui il appartenoit ,
tout ce qu'ils s'étoient si injustement approprié
; mais il pensa arriver entre les
Rebelles un autre affaire de même espece
,
AVRIL. 1731. 871
ce , qui , pour peu qu'elle eut eu de suites
auroit été capable de ruiner entierement
leur parti .
2
Patrona , qui jusqu'alors s'étoit montré
en public , sous le caractere d'un hommé
désinteressé , faisant apparemment réflexion
, que la gloire toute seule n'étoit
que fumée , voulut lui donner plus de
consistance en y joignant les richesses.
Beaucoup de proscrits cachez , le firent
sonder , pour obtenir leur grace , et lui
offrirent des presens proportionnez à leurs
facultez ; il leur accorda la liberté de se
retirer où ils voudroient , et reçut de l'un
20. bources , de l'autre 30. &c. le tout
sans en faire part à ses Camarades ; ceuxci
n'en eurent pas plutôt connoissance
qu'ils s'en plaignirent avec aigreur. Vous
fçavez bien , lui reprocherent-ils , que nous
n'avons tous pris les armes que pour tirerle
peuple d'oppression, et le délivrer d'une
troupe de Loups raviffants qui le rongeoient
depuis 14. années ; que par l'assistance divine
nous sommes venus à bout de ce
grand et perilleux ouvrage ; cependant
,, vous , Patrona , qui comme notre Chef devriez
nous montrer l'exemple
et être
plus religieux obfervateur du serment que
vous avez exigé de nous , et que vous avez
fait vous même de ne pardonner à aucun
des ennemis de la Patrie , Vous êtes le
د و
و و
ر و
د و
ر و
ور
"
و ر
و
premier
872 MERCURE DE FRANCE
mier qui pour un vil interêt , rompez de fi
saints engagemens. Un peuple infini adresse
ses prieres au Ciel pour nous , en reconnoissance
de notre juste entreprise , et vous êtes
le seul qui s'oppose à son entiere perfection ,
en vendant vosfaveurs aux tyrans de l'Etat
mais ajoûterent - ils , en élevant la
voix : bien loin que vous puissiez rencontrer
en nous des coeurs capables d'applaudir
à cette bassesse , fachez , que fi dans deux
jours vous ne faites retrouver ceux que vous
avez fait évader , nous vous mettrons nous
même en pieces.
,
Patrona , étourdi de la harangue répondit
avec douceur à ses camarades , leur protestant
que malgré le crime dont ils le
chargeoient , sur lequel il ne se mit pourtant
pas fort en peine de se juftifier , son
dessein avoit toûjours été d'exterminér
tous ceux qui étoient sur l'état des proscrits
, et qu'il alloit travailler à leur
donner une pleine satisfaction à cet
égard.
Les pillages , les recherches , les persécutions
continuant donc à Constantinople
et aux environs , le Sultan en fut si
penetré , qu'il convoqua au Serrail `un
grand Conseil , composé de tous les Gens
de loy , à la tête desquels étoit , Mirza-
Zade, nouveau Mufty , et des principaux
Officiers de l'Empire. Il y fut résolu que
le
AVRIL. 1731. 873
le Grand Seigneur donneroit un Katcherif
fulminant , qui seroit adressé et porté
aux Rébelles , par l'Asseky- Aga ou Bacha-
Asseky , et que le Mufty rendroit une
Sentence ou Feiza en conformité , dont
on chargeroit à Ballach Effendi , Lieute
nant General de Police de la Ville.
Il eft bon de remarquer , que cet Officier
qui étoit une espece de fou turbulent
, avoit d'abord pris le parti des Rebelles
, qui l'établirent dans ce poste , et
que la Cour sçachant qu'il étoit en grand
crédit parmi eux , avoit trouvé le secret
de le gagner et de se servir de lluuii ,
pour
porter les Janissaires à plier leurs étendarts
et à rentrer dans leurs cazernes ; effectivement
le Istamboul- Effendi ou
Abdollah Effendi , malgré le dérangement
de son cerveau , avoit si bien negocié
cette affaire , que les plus anciens et
les plus sensez de cette Milice و serendant
à ses avis , s'étoient retirez dans leurs
chambres , avec promesse de se soumettre
aux ordres de la Cour,
Le parti des Révoltez étant considerablement
affoibli par cette désertion ,
l'Istamboul- Effendi , et l'Asseкy- Aga , vinrent
à leur camp ; ce dernier leur demanda
s'ils n'avoient pas reçû leur paye , et
pourquoi n'ayant plus rien à exiger du
Grand Seigneur , ils ne se retiroient pas ;
ensuite
874 MERCURE DE FRANCE .
ensuite il leur présenta le Kacherif , qui
fut lû à haute voix. Il contenoit en substance
, que puisqu'ils avoient fait eux-même
Sultan Mahmout Empereur , et qu'en
consequence ils se reconnoissoient ses
Esclaves , ils devoient lui obéir aveuglement
, et sans délai , qu'ayant d'ailleurs
sujet d'être satisfaits de Sa Hautesse´, qui
leur avoit accordé au- delà de ce qu'ils
avoient souhaité , il étoit juste qu'à leur
tour ils lui donnassent des marques de
leur soumission , afin de rendre le calme
à la Capitale de l'Empire où elle vouloit
absolument faire cesser tous désordres :
que si après avoir eu connoissance de ses
intentions par ce sublime commandement
, ils étoient encore assez ingrats et
assez témeraires , pour ne s'y pas conformer
, elle feroit déployer l'Etendart du
Prophete à la porte du Serrail , et publier
de toutes parts que tout bon Musulman
eut à venir le joindre , pour aller
contre les Séditieux , qui dès ce moment-
là seroient déclarez traîtres , infidelles
et répudiez de leurs femmes , et
qu'on poursuivroit leur destruction jusqu'à
ce qu'il n'en restât pas un seul.
Le Feta du Mufti fut lû ensuite , et
s'exprimant d'une maniere aussi forte , les
Rébelles commencerent à s'ébranler ; mais
ze qui acheva de les réduire du moins
.
en
4
AVRIL. 1731. 875
›
en apparence , fut la déclaration que leur
firent faire les Janissaires . , qui s'étoient
déja rangez à leur devoir ; que s'ils ne
se retiroient pas comme eux ils les
avertissoient que dès que la Baniere
de Mahomet paroîtroit , ils iroient la
défendre et les combattre , jusqu'à la derniere
goute de leur fang.
Les plus mutins intimidez par ces avertissemens
, soit qu'ils rentrassent sincerement
en eux- mêmes , ou que la plûpart
dissimulassent , comme la conduite qu'ils
tinrent depuis donne assez lieu de le penset
, se soumirent enfin , mais à deux conditions
; que la Cour , dans l'esperance
d'avoir la paix , fut encore obligée de
leur accorder la premiere , que le Grand
Seigneur ne feroit jamais mourir aucun
d'eux pour avoir excité la sédition ; la
seconde , qu'ils auroient toûjours cinq
étendarts déployez , pour être en état de
se défendre , si on vouloit entreprendre
quelque chose contre eux.
Ce traité fait , le Mufty se rendit garand
de la parole de Sa Hautesse , et l'Istamboul-
Effendi de celle des Rébelles
qui promirent de ne plus commettre
aucun désordre ; plierent leurs étendarts ,
à l'exception des cinq qu'on leur avoit
accordez , et se retirerent , les uns dans
les cazernes , les autres où ils voulurent .
C Cela
876 MERCURE DE FRANCE
Cela fe passa le douze Octobre.
Conséquemment à cet accord le Grand
Seigneur ayant ordonné le 13. qu'on r'ouvrit
les boutiques , l'affluence du monde y
fut si grande , ainsi que dans les marchez
, sans qu'il y arrivât ni tumulte ni
bruit , qu'il sembloit que la bonne harmonie
fut rétablie ; cependant le même
jour il se commit encore des violences et
des meurtres , dans quelques endroits de
la Ville , qui firent assez juger que le
calme n'étoit pas si général qu'on s'en
étoit flatté , comme on va le voir.
Les Caffez étant à Constantinople ,
comme ailleurs , des lieux où toutes sortes
de gens s'assemblent sans se connoître
, et où il se trouve d'ordinaire beaucoup
de faineants , qui n'ont d'autre occupation
que de parler de nouvelles ; il
y en eut plusieurs de cette espece qui
payerent de leurs vies l'intemperance de
leurs langues. Comme les Révoltez étoient
fort éloignez de se croire criminels , et
qu'ils se consideroient,au contraire, comme
de glorieux liberateurs de la Patrie ,
ils s'étoient eux-mêmes qualifiez du titre
de Serdengueschtis , c'est- à-dire enfans ›
* Serdengueschti , signifie proprement un homme
qui sacrifie sa tête. Quand les Turcs vont à la
guerre , surtout contre les Chrétiens , ils ont toû
jours un corps de ces zelez combattans , dont les
perdus ,
1
AVRIL. 1731.
877
<
C
>
perdus , ou dans un sens plus figuré, Gens
d'honneur , qui se sacrifient pour le bien
public tellement qu'à leurs manieres.
de penser ,, la qualité de Rébelles leur
étoit tout-à- fait odieuse . Il vint donc dans
ces Caffez de ces imprudens Nouvellistes ,
qui tout haut et sans ménagement des affaires
d'Etat , traiterent de Zorbas ou de
Rébelles tous ceux qui avoient pris les
armes contre Achmet ; par malheur pour
eux il s'y trouva de ces enfans perdus
qui les écharperent sur le champ.
, Un de ces derniers , s'étant enivré à
Galata , repaffa le Port , et alla droit à la
Douane de Constantinople , avec deux Domestiques
, il y prit dans la caisse , devant
tout le monde , environ 300. piastres
, dont il donna une partie à ses valets
, et leur fit signe de se saisir de deux
filles esclaves que l'on avoit amenées au
Bureau pour en payer les droits , et trouvant
à la porte un Cheval tout fcellé
monta dessus et s'enfuit ; il fit tout cela
sans que personne s'y opposât , parce que
dans ces temps de trouble on ne sçavoit
à qui s'adresser pour avoir justice , et que
les gens de la Douane ne connoissant point
Officiers s'appellent Serdengueschtis Agalar ,
qui signifie les Messieurs , ou les Chefs des enfans
perdus , et c'est aussi le titre que prenoient
Patrona & les autres Chefs de la Rébellion.
Cij
cet
878 MERCURE DE FRANCE
cet hardi voleur , craignirent qu'ils ne
leur arrivât pis , s'ils lui faisoient la moindre
chose .
Le lendemain 14. un autre inconnu
bien vêtu , et bien monté , vint aussi descendre
à la Doüane , accompagné de six
domestiques ; il entre seul , et va s'asseoir
auprès de la Caisse ; les Commis qui s'attendoient
à une avanture au moins aussi
fâcheuse que celle de la veille , lui font
civilité, et l'invitent à se mettre dans l'angle
du Sopha , qui est la place d'honneur
; notre homme s'y met les saluë
de la tête , et prenant alors la parole :
Qu'est ce donc ,Messieurs , que vous est- il
arrivé hier : le récit lui en ayant été fait ,
tel qu'on l'a rapporté , il appelle un de
ses valets , et lui commande d'aller dans
un endroit de la Ville , qu'il lui désigne ,
et de faire prendre et tuer sur le champ
une personne qu'il lui nomme, Cet ordre
donné , il en donne deux ou trois
autres à peu prés semblables à ses autres
domestiques ; puis s'adressant aux Commis
, qui aussi surpris qu'effrayez , n'osoient
pas ouvrir la bouche. Sçavez vous
bien qui je suis leur demanda-t'il je
m'appelle Mouslouh : à ce nom l'assembléc
frémit sans rien répondre. J'ai , continua-
t'il , un talent tout particulier pour
connoître les honnêtesgens , et les fripons , et
, ,
j'estime
ㄢ
६
AVRIL. 17318 879
Festime autant les premiers , que les derniers
me sont en horreur ; ainsi c'est pour proteger
les uns et pour exterminer les autres que je
viens de donner les ordres que vous avez
entendus. Ensuite il s'informa du nom et
de la demeure de tous ceux qui étoient
présents , et leur promit que si quelqu'un
venoit encore les inquiéter , ils
n'avoient qu'à lui en écrire un mot ;
que dans l'instant même il les vangeroit
des coupables ; après quoi remontant
à Cheval , au grand soulagement de
la compagnie , que ces beaux discours
n'avoient point rassurée , il fut dans un
autre quartier faire la même manoeuvre.
Ce Mouslouh , ci- devant simple Janissaire
, et Marchand de Melons , étoit un
des principaux Chefs des Révoltez , comme
on l'a déja dit au commencement de
cette Relation ; outre qu'il avoit naturellement
de l'esprit et de l'éloquence , il
s'étoit encore rendu recommandable à son
parti , parce qu'il sçavoit passablement
lire et écrire , mérite d'autant plus révéré
dans ce pays -là , qu'il est rare surtout
parmi les gens du peuple.
,
Quand les Rébelles créerent des Officiers
dans les Troupes , pour remplacer
ceux qui n'avoient pas voulu être leurs
Complices , Mouslouh se nomma lui même
Kyaya du nouveau Janissaire Aga , ou
C iij
In88%
MERCURE DE FRANCE
;
Intendant de toutes les affaires de ce
General de l'Infanterie , qui fut élevé à
cette Charge Eminente d'une maniere
assez singuliere. Mehemet Aga , c'est le
nom de ce General , étoit un vieillard
qui de Janissaire étoit parvenu au Grade
d'Hassexi , qui est une espece de Prevôt
qu'il y a dans chaque Compagnie , et qui
est au rang des bas Officiers. Un poste si
modique ne lui fournissant pas dequoi
subsister , il faisoit le métier de Sellier
les Rébelles dans leur Conseil Payant
fait Janissaire Aga , il racommodoit une
vieille Selle lorsque leurs députez vinrent
lui annoncer son élection . Mes amis
leur dit- il , il faut que vous vous soyez
mépris , ou qu'on vous ait mal adressez , car
jefuis le Curé du quartier * ; cette profession
comme vous voyez , ne quadre point du tout
avec la Charge dont vous dites que vos
Messieurs m'ont honoré ; les députez en
convinrent , et en furent rendre compte
à leurs Chefs ; on rassembla le Conseil
une seconde fois , et toutes les voix ayant
encore été pour Mehemet Aga on le
renvoya chercher avec ordre de l'amener
de gré ou de force ; le bon homme fut
obligé d'obéïr , et avoua que ne se sentant
pas assez de force , pour se charger
d'un emploi d'un si grand poids , it
* Ou Iman d'une Mosquée.
>
s'étoit
AVRIL. 1731. 881
s'étoit avisé de feindre qu'il étoit Curé ,
dans l'esperance qu'on le laisseroit tranquille
; mais malgré sa modestie et sa
vieillesse , il donna pourtant dans la
suite des marques qu'il n'étoit pas indigne
de cette place , puisqu'on peut dire que
son activité , sa prudence , et sa fermeté ,
sauverent Constantinople d'une seconde
sédition , qui pensa s'allumer , comme
on le va voir au principal endroit où la
premiere avoit pris feu.
Les 14. 15. et 16. d'Octobre , les Rébelles
firent encore quelques désordres en
divers endroits. Un Emir, entre- autres , ce
dernier jour-là , marchanda quelques pieces
de drap chez un Grec au Bizestin , et
ne pouvant convenir de prix avec lui , le
menaça de le tuer ; le Grec effrayé cria
au secours , ferma sa boutique , les autres
Marchands en firent de même , et tout
alloit rentrer dans la confusion , quand le
Janissaire Aga arrivant à propos , se saisit
de l'Emir , et le fit executer sur le champ ;.
ce qui rassura tout le monde .
Ĉette nouvelle alla bientôt jusqu'au
Mufti, qui voyant avec douleur que le levain
de la révolte fermentoit toûjours, envoya
chercher Patrona - Kalil , Mouslouh
Aga , et quelques autres Chefs ; il leur dit ,
qu'il étoit vrai que la Patrie leur avoit l'obligation
de la liberté qu'elle commençoit
C iiij
182 MERCURE DE FRANCE
respirer , que le Grand - Seigneur reconnoissoit
pareillement qu'il leur étoit redevable
de son élevation au Trône ; mais
que de même , qu'ils ne pouvoient douter
par les graces que leur avoit fait Sa
Hautesse , qu'elle sçavoit récompenser les
bonnes actions , ils devoient craindre d'éprouver
qu'elle ne sçut aussi punir les
mauvaises ; que s'ils avoient bien fait d'abord
de prendre les armes pour détruire
un Ministre tiranique , ils faisoient trèsmal
à present de continuer à s'en servir ,
pour fomenter les troubles et la discorde
dans l'Etat ; puisqu'au lieu de le soulager
réellement , ce n'étoit que substituer aux
calamitez dont ils l'avoient délivrée , d'autres
calamitez encore plus affligeantes ;
qu'enfin s'ils ne se déterminoient à se retirer
paisiblement , où le devoir de chacun
les appelloit , ils alloient perdre nonseulement
tout le mérite du bien qu'ils
avoient procuré , mais que devenant des
objets d'indignation au Sultan , et d'horreur
à tout le peuple , la Cour et la Ville
agiroient de concert , et prendroient des
mesures pour les traitter avec autant de
rigueur , qu'ils avoient traité cux-mêmes
les derniers Ministres et leurs Suppôts
.
Patrona et les autres Chefs firent semblant
d'être touchez de ce que le Mufti
venoit
AVRIL 1731. 883
venoit de leur dire ; ils lui témoignerent
beaucoup de respect , et beaucoup de chagrin
du mal que quelques coquins , contre
leurs intentions, avoient pû faire ; enfin ils
lui promirent tout ce qu'il voulut exiger
d'eux , mais ils n'en continuerent pas
moins à se comporter avec leur audace
et leur insolence ordinaire.
Comme il n'est pas permis , sous quelque
prétexte que ce soit,de boire du vin , ni
de faire aucun désordre dans les Chambres
des Janissaires , ceux des Rébelles qui y
étoient rentrez , ainsi qu'on l'a dit , ne
pouvant s'assujettir long- temps à une discipline
si rigoureuse , prirent bientôt des
Maisons en Ville ; Patrona , entre plusieurs
qu'on lui offrit , donna la préference
à celle du Tefterdar , parce qu'elle est
voisine des cazernes des Janissaires.
>
Plus de 400. de ses camarades vinrent
se loger avec lui , ou aux environs . Là ses
Messieurs bien armez , se plongeant jour
et nuit dans toutes sortes de débauches
étoient ivres la plupart du tems ; il se rendirent
dans cet état à la Porte , s'asseyoient
d'eux-mêmes éfrontement auprès du Grand
Vizir ; lui demandoient des graces , ou
des emplois pour des créatures que leur
Chefhonoroit de sa protection , et ce Ministre
, au mépris de la justice et de sa dignité
, étoit forcé de déferer toûjours à
Cy leurs
884 MERCURE DE FRANCE
•
leurs requêtes , et sans délai . On ne finiroit
pas si on vouloit rapporter tous les traits
d'impudence de cette canaille ' ; mais en
voici un assez singulier. Après qu'on eut
étranglé le dernier Grand Vizir , Ibrahim
Pacha ,Mehemet-Pacha son fils, qui de même
que son Pere , étoit gendre du Sultan
Achmet , ayant été répudié par la Sultane sa
femme,et la Cour le regardant comme un
homme sans consequence , parce qu'il est
jeune , sujet à tomber du haut mal , d'un
esprit borné , et qui n'avoit eu aucune
partau Ministere ; le Grand Seigneur crut
que ce seroit assez punir ce malheureux
Pacha , en le releguant à Nicomédie avec
l'appanage de cette Ville pour sa subsistance.
La chose ne parut pourtant pas de même
aux Rébetles , qui trouvant au contraire
que cette peine étoit trop douce
Patrona vint déclarer au Grand Vizir que
les Agas et lui avoient jugé à propos d'exiler
Mehemet Pacha à Mouchkara , pour
y vivre des revenus que son Pere y avoit
laissez , et qu'il lui demandoit un ordre
pour cela ; le Ministre n'ayant garde de
rien refuser aux Agas , c'est -à-dire aux .
Chefs des Rébelles , l'ordre fut expedié et
executé aussi tôt.
,
Mais pour bien sentir le rafinement de
leurs vengeances contre Ibrahim dans
cette
AVRIL. 1731. 885
,
cette occasion , il faut sçavoir que Mouhs-
Kara étoit autrefois un mauvais Village
d'Asie , où ce grand homme étoit né d'un
pauvre Arménien
et qu'aspirant à immortaliser
son nom , comme il y seroit
parvenu , s'il eut plutôt fini ses jours , et
d'une mort naturelle , il avoit si fort orné
ce lieu , par les Colleges , les Mosquées
, les Bains , les Fontaines , les Kams ,
et autres Edifices publics et particuliers
qu'il y avoit fait bâtir durant son Viziariat
, que depuis quelques années on ne
l'appelloit plus que Neucheher , qui veut
dire nouvelle Ville ; or les Rébelles ne
voulant rien laisser subsister , autant qu'il
dépendroit d'eux , de tout ce qui pourroît
transmettre à la posterité , la memoire
d'Ibrahim , ordonnerent que tous ces
embellissemens fussent détruits , que Neucheher
redevint un miserable Village comme
il étoit auparavant, qu'il reprit son ancien
nom de Mouhs- Kara , et que l'infortuné
Mehemet y fut exilé pour toûjours
, afin qu'après avoir été le spectateur
de cette désolation , il n'eut continuellement
devant les yeux que des objets qui
pussent l'entretenir dans des réflexions
douloureuses , et qu'il ne lui restât
pour tout bien que les materiaux et
les décombres de cette Ville démolie.
C vj
Un
886 MERCURE DE FRANCE
h
Un Poste de Capidgy-Bachi étant venu
à vacquer , le G. V. en disposa en faveur
d'une de ses Créatures ; mais Patrona en
voulant disposer aussi , il fallut que ce
Ministre le donnât au Sujet presenté par
ce Rebelle , et qu'il révoquât la personne
qu'il en avoit déja pourvûë.
Un jour le G. V. tenant son Divan , fut
averti que Mouslouh , qui étoit déja ve
nu l'interrompre la veille à la même heure
, arrivoit chez lui avec un grand nom
bre de ses Agas ; il quitta d'abord le
Conseil , et vint le recevoir ; ils parlerent
pendant quelque temps tout bas ensemble
; ensuite ce Ministre passa chez le
G. S. et dans le temps que le Peuple assemblé
s'informoit avec empressement du
sujet de toutes ces démarches , on vit
sortir du Serrail un nouveau Kyaya nom .
mé Mustapha-Bey , lequel avoit été autrefois
Capigilar Kyayasy , ou Grand-
Maître des Ceremonies , et étoit depuis
peu Bujuk-Imbrahor , ou Grand- Ecuyer
du Sultan déposé. Son prédecesseur immédiat,
Nikdelihali- Aga , fut envoyé sur
le champ dans la Prison Bachbaki-Koulou
, c'est le Chef de ceux qui poursuipayement
des deniers dûs au Trévent
le
sor de l'Empire .
On rapporte plusieurs motifs de la disgrace
de ce dernier ; en premier lieu, que
s'étant
AVRIL. 1731. 887
s'étant livré aux conseils mal digerez d'un
de ses amis , il avoit formé le dessein de
détruire lui-même les Rebelles , et que
ceux - cy en ayant été informez , le prévinrent
et le firent déposer , comme on
vient de le dire , à la premiere requisition
de Mouslouh , Secondement cet hom- .
me étoit si avide , que sans être retenu.
par l'exemple récent et tragique de son
devancier , il prenoit de toutes mains et
avoit déja amassé plus de so . mille écus
en 15. jours seulement qu'il étoit en place.
On ajoûte à cela qu'on l'accusoit d'avoir
détourné des Effets de la succession
du feu G. V. Ibrahim , deux Ceintures
de diamans , un Couteau garni de diamans
et plus d'un million en argent.
Le 19. on fit dans le Serrail la paye de
deux quartiers aux Troupes , comme il
a été dit que le G. S. l'avoit ordonné
lorsqu'il leur accorda le present , et l'usage
étant aussi dans ces occasions qu'on
leur fasse manger le Pilau , Sa Hautesse
qui étoit venuë voir les sacs d'argent pour
la forme , commanda qu'on servît ce
Pilau dans des plats neufs , ne voulant
pas , dit-elle , que ce qui avoit été
employé sous le regne de son oncle le fût
encore sous le sien ; mais sur ce qu'on
lui représenta qu'il seroit impossible qu'on
f trouvât dans une matinée autant de vaisselle
888 MERCURE DE FRANCE
selle neuve qu'on en avoit besoin pour un
si grand nombre de personnes, elle répondit
qu'il falloit toûjours aller chercher
toute celle qu'on pourroit trouver , et
suppléer à ce qui en manqueroit par une
partie de la vieille qu'on feroit étammer
de nouveau , et cela fut executé avec une
promptitude dont il semble que les Turcs
seuls soient capables.
Comme on faisoit la paye , Patrona vint
au Serrail , il passa dans les rangs des
Janissaires , et les salua à droit et à
gauche
, et continua sa route jusqu'à l'Appartement
du G. S. La Validé ou Sultane
Mere , qui l'appelloit son second fils ,
parce qu'il avoit mis Sultan Mamouth sur
le Trône , fut quelque temps en conversation
avec lui , par l'organe d'un de ses
Eunuques, et lui donna 2000 Sequins , dont
il distribua la plus grande partie en sortant
aux Domestiques de cette Princesse.
Après la tenue du Divan , le G. V. revint
chez lui conferer la Principauté de
Valachie à Milka -Voda , qui avoit déja été
plusieurs fois Prince de Moldavie pendant
20. ans , et qui vivoit depuis quelques années
qu'on l'avoit déposé en simple Particulier
dans un Village du Canal de la
Mer Noire; il a succedé à Mauro-Cordato-
Roda , Prince d'un grand mérite , et sur
tout fort estimé pour son sçavoir , qui
mourut
AVRIL 1731. 889
mourut au commencement de Septembre
dernier.
Le Drogman de la Porte , à l'occasion
de cette ceremonie où il fallut qu'il assistât
, reçut un Caffetan , qui le confirmoit
dans son poste. Depuis le commencement
de la révolte il avoit toûjours
prié le G. V. de differer à lui faire cet
honneur , de crainte que les Rebelles le
voyant en fonction sous le nouveau Ministere
, comme sous l'ancien , ne le
fissent périr , ou n'exigeassent de lui des
sommes qu'il n'étoit pas en état de payer:
et de fait , Patrona l'ayant menacé en diverses
rencontres de le poignarder , il
n'osoit presque plus se montrer , et il fut
dans des frayeurs continuelles jusqu'au
jour que ce Barbare persecuteur de tous
ceux qui avoient eu part au dernier Gouvernement
, a subi lui- même la fin tragique
qu'il avoit déja fait souffrir aux uns ,
et qu'il destinoit encore aux autres .
Pour revenir à Milkavoda , sa Principauté
de Valachie lui avoit coûté 1500.
mille liv. sans compter les presens considerables
que suivant l'usage il avoit été
obligé de faire aux Ministres de la Porte ,
dès que lui , son fils et son Capy- Kyaya , *
* C'est un Homme d'Affaire , que les Princes
de Valachie et de Moldavie et même les Pachas
des Provinces entretiennent toûjours à la Porte
pour avoir soin de leurs interêts.
890 MERCURE DE FRANCE
eurent été revêtus du Cafetan d'honneur;
il fut conduit par les Principaux de la
Nation Grecque à leur Eglise Patriarchale ,
pour se faire reconnoître Prince . Le Patriarche
à la tête de son Clergé , vint le
recevoir à la Porte, et celebra la Messe en
habits Pontificaux , après quoi ce petit
Souverain s'embarqua dans un Bateau à
cinq paires de Rames , pour marque de
sa dignité , et retourna en pompe à son
Village.
Ce nouveau Prince fournit l'occasion
de parler ici d'un certain Manolaki, Grec
extrémement riche , et qui étoit Curtchi-
Bachi , ou Chef des Foureurs . Les Rebelles
, à cause des grandes liaisons qu'il
avoit eu avec Mehemet l'ancien Kyaya ,
l'ayant soupçonné d'avoir entre ses mains
beaucoup d'Effets de ce Ministre , furent
piller ses maisons , où ils ne le trouverent
pas. Il avoit d'abord pris la fuite et s'étoit
caché successivement en differens endroits,
d'où il faisoit agir secretement ses Emissaires
auprès de Patrona , pour avoir fa
permission de reparoître en sureté. On
prétend que ce dernier en reçut de grands
presens ; mais ces sortes de graces n'étoient
pas approuvées par ses Camarades ,
comme nous l'avons dit.
Le Curtchi- Bachi , qui vit que l'orage
qu'il croyoit avoir excité , étoit prêt à
tomber
AVRIL. 1731. 89 %
mer ,
tomber de nouveau sur sa tête , crut pouvoir
s'en garentir en se sauvant dans une
maison privilégiée , qu'il regardoit comme
un azile assuré pour lui ; mais malheureusement
peu de jours après on sçut
sa retraite , et la Porte l'ayant fait reclaon
ne put se dispenser de le re- .
mettre aussi-tôt à la Garde du Bostandgi-
Bachi , qui l'alla chercher. On le conduisit
et on le mit aux fers dans la Prison
du Bach-Baks -Coulou. Il fut interrogé
sur les biens du Kyaya , qu'on prétendoit
qu'il avoit en dépôt ; il répondit qu'il
n'en avoit qu'une petite cassette pleine
de papiers , que ce Ministre lui remit luimême
le jour de la révolte , parmi lesquels
on trouveroit un Etat détaillé de
toutes les affaires du Kyaya , qui faisoit
foi de la verité de sa déposition. Il ajoûta
que quant à lui , Curtchi - Bachi , il ne
désavoüoit pas qu'il ne fût fort opulent
, mais que ces richesses lui étoient
venues ou des heritages de sa famille ou
des gains legitimes qu'il faisoit depuis
long - temps dans son commerce de Pelleterie,
et que si quelqu'un pouvoit lui prouver
qu'il eût jamais rien pris injustement , il
étoit prêt à le restituer au triple. Par ces
raisons , appuyées de beaucoup d'argent
I qu'il fit glisser sous main à ceux qui le
pouvoient tirer d'embarras , il avoit enfin
recouvre
892 MERCURE DE FRANCE
recouvré sa liberté , lorsque notre nouveau
Prince venant à la traverse , l'accusa
à la Porte de lui avoir pris des sommes
considerables , dans le temps que lui Mikal
, étoit Prince de Moldavie , et que
Manolaki étoit dans la grande faveur du
Kyaya , et c'en fut assez pour que l'on
le remenât à la même Prison , d'où il sortit
pourtant cinq semaines après.
Le 23. le G. S. déposa Mengheli Chiray ,
Kam des Tartares de Crimée , et lui nomma
pour successeur son frere Kaplan-
Chiray , homme de tête et de coeur , et
qui avoit déja occupé ce Trône autrefois.
S. H. lui envoya son Grand - Ecuyer à
Brousse , où il étoit en exil , pour lui
annoncer cette agréable nouvelle , et une
Galere à Modenia , Port d'Asie , à une
journée de Brousse , pour le transporter à
Constantinople.
Ce Prince y étant arrivé le 31. Octobre
, on fit aussi- tôt publier une deffense
aux femmes et aux enfans de paroître dans
les rues , de peur que la curiosité ne les
y attirant pour voir son Entrée , il n'ar- ·
rivât quelques desordres. La Cour le logea
dans un Serrail du deffunt Kyaya . Le
6. Novembre il fut rendre visite au G. V.
qui le mena après chez le Sultan . S. H.
lui fit un gracieux accueil , et le fit revêtir
d'une Pelice de Martre Zibeline ; elle lui
4
1
fit
AVRIL. 1731 . 893
fit aussi donner un Cheval de son Ecurie
magnifiquement harnaché ; on le reconduisit
ensuite en ceremonie à son Palais ;
et dès le même jour le G. V. et les principaux
Ministres le vinrent voir, et lui firent
de magnifiques presens.
Le 24. on tint plusieurs Conseils sur
ce qu'il y avoit à faire pour parvenir à
dissiper les Rebelles. Il fut arrêté de leur
proposer , et on leur proposa en effet de
se retirer sur telle Frontiere de l'Empire
qu'ils voudroient ; bien loin de gouter
cette proposition , ils demanderent que
le G. V. fut déposé ; mais Mouslouh Aga,
qui n'étoit pas d'abord avec eux , arriva
et les fit changer de sentiment .
Le lendemain ils se présenterent au
Serrail en plus grand nombre que la veille
, ils se plaignirent de ce qu'on continuoit
à conserver et à rétablir des personnes
indignes des places qu'on leur faisoit
occuper , comme Mehemet-Effendi ,
ancien Reys Effendy , que la Porte venoit
de faire Dester - Emini , ou Gardien des
Registres de l'Empire pour ce qui regarde
les Troupes , et par le canal duquel les
Pensions Militaires s'obtiennent . Îls ajoûterent
qu'ils voyoient bien qu'on avoit
envie de faire revivre la derniere administration
, mais qu'ils y mettroient bon
ordre.
On
894 MERCURE DE FRANCE
On ne peut éviter de faire ici une disgression
sur les diverses agitations que
souffrit la fortune de ce Ministre pendant
la Révolte. Après avoir été caché les premiers
jours , il reparoît à la Cour tout
d'un coup , s'étant accommodé avec Patrona
; mais les autres Rebelles ayant
trouvé cela mauvais , il fut contraint de
s'éclipser de nouveau . Ensuite par le
moyen d'un Emir qui lui avoit obligation
et qui étoit intime ami de Mouslouh
il eut la liberté de revenir chez lui ,
pourvû qu'il ne fréquentât qui que ce
fût de dehors.
Le Kyaya-Nikdeli- Ali - Aga , dont nous
avons parlé , fâché de ce que cet ancien
Secretaire d'Etat qu'il n'aimoit pas , et dont
la capacité lui faisoit ombrage , n'eut pas
péri comme les autres , résolut de le perdre.
Pour y parvenir il lui fit faire des
complimens de félicitation , il le fit prier
avec les instances les plus vives de revenir
à la Porte , où l'on ne pouvoit , disoitil
, se passer de son secours , sur tout par
rapport aux affaires de Perse , que personne
ne possedoit comme lui.
Le vieux Mehemet-Effendi , fit rendre
mille graces au Kyaya , de toutes ses politesses
, et de l'opinion avantageuse qu'il
témoignoit avoir de son peu de lumieres ;
mais il le fit prier à même- temps de le
"
1
disAVRIL.
1731. 895
dispenser de se plus mêler de rien , s'en
excusant sur son grand âge et sur ses
infirmitez , qui le rendoient incapable
d'aucune application.
-
Le Kyaya voyant qu'il ne pouvoit attirer
tout seul son Ennemi dans le piege,
fit agir le G. V. qui envoya un ordre à
Mehemet Effendi de se rendre à la
-Porte ; il fallut obéïr ; il y fut donc , on
l'accabla de caresses chez ces deux Ministres
, et au bout de quelques jours le
G. S. le fit Defter Emini.
Le Kyaya sçavoit bien que les Rebelles
ne le souffriroient pas long- temps dans ce
poste ,aussi ne tarderent- ils pas long- temps
à s'en plaindre , comme nous l'avons rapporté
; on tint Conseil sur leurs menaces;
et pour en prévenir les effets , on déposa
plusieurs Officiers , dont Mehemet- Effendi
fut du nombre , et de plus exilé à
Tenedos.
Mais à peine étoit- il parti , que le reconnoissant
Emir qui l'avoit déja si bien
servi , s'employa une seconde fois en sa
faveur auprès de Mouslouh , et obtint
son rappel , desorte qu'il revint encore
dans sa maison , mais toûjours sous la
condition de ne communiquer avec personne
, ce qu'il observa fidelement jusqu'à
l'entiere abolition des Rebelles ,
Revenons à ces derniers ; après qu'ils
eurent
896 MERCURE DE FRANCE
eurent marqué leur mécontentement à la
Porte , de ce qu'on employoit encore des
proscrits , ils demanderent que Ruslan-
Pacha , qu'ils avoient fait venir de Bosnie ,
fut nommé General de l'Armée de Perse.
Le G. S. y consentit , moyennant qu'ils
voulussent y suivre ce Pacha. Ils promirent
de le faire ; mais comme ils ne cherchoient
qu'à amuser S. H. , cela n'empêcha
pas qu'ils ne fissent entre- eux les jours
suivans de nouvelles assemblées , et qu'ils
ne parussent à la Porte le 29. pour y demander
que Patrona-Kalil fût fait Capi- ,
tan Pacha , le Janissaire Aga G. V. et que
Mouslouh eût la Charge de ce dernier.
La Cour surprise au dernier point de ce
nouveau trait de la teméraire audace des
Rebelles , ne pût se persuader qu'ils se
portassent d'eux-mêmes à des prétentions
si déraisonnables , et crut que quelques
Gens de Loi , qui étoient très- suspects au
Gouvernement , étoient les secrets Promoteurs
de toutes leurs démarches outrées.
Elle jetta d'abord tous ses soupçons
sur Zulalizade-Effendi , Kadilesker d'Asie,
en exercice .
On se rappella , 1 ° . qu'Achmet III.
étant encore sur le Trône , avoit reproché
en face à ce Kadilisker , qu'il étoit
un traître et un des principaux Auteurs
de la premiere Révolte ; que celui- cy au
lieu
AVRIL. 1731. 897
lieu de se disculper de cette accusation ,
avoit reproché à son tour au G. S. que
depuis long- temps il étoit déchu de la
Souveraineté , et que du moment même
qu'il signa le Traité de Passorouvits , par
lequel il avoit cedé honteusement Bellegrade
aux Allemans , il ne l'avoit plus
consideré comme Empereur.
2º. Qu'Achmet ayant assemblé les
Gens de Loy pour les consulter sur les
moyens de conserver la vie à son G. V.
il lui avoit dit que les séditieux lui demandoient
trois personnes , le Vizir , le
Kyaya et le Capitan - Pacha . Qu'à l'égard
des deux derniers il consentoit à les leur
abandonner , mais que pour Ibrahim , il
vouloit tâcher de le sauver ; qu'il étoit
même dans le dessein d'écrire aux Rebelles
pour en obtenir la grace , et que
cependant il souhaitoit auparavant qu'ils
lui dissent leur avis là- dessus ; que Zulali
Zadé prenant alors la parole , avoit répondu
au Sultan qu'il entreprenoit là une
chose bien difficile , et que le mal étoit
devenu trop grand pour pouvoir y porter
du remede ; que le G. V. ayant aussi voulu
hazarder son avis , ce Kadilisker l'interrompit
, et s'emportant comme
furieux , lui dit qu'il étoit réprouvé des
hommes et de Dieu , et qu'un méchant
comme lui méritoit la mort la plus
igno398
MERCURE DE FRANCE
> ignominieuse. Sur quoi Ibrahim sans
rien répliquer , se leva , les larmes aux
yeux , et se retira . Que le G. S. outré de
douleur et de dépit , s'étoit pareillement
levé et avoit dit au Kadilesker, que puisque
tout étoit désesperé , qu'il rendît
donc sa Sentence de mort contre le Visir
comme contre les deux autres , ce que
Zulalizadé avoit fait sur le champ.
Ces refléxions et plusieurs autres du
Sultan et de ses Ministres , sur le procedé ,
dace Kadilesker , firent regarder comme
des preuves les indices qu'on avoit de ses
pratiques avec les Rebelles ; mais comme
on n'avoit pas encore pris les arrangemens
necessaires pour leur châtiment et
leur destruction , on se contenta de répondre
qu'on ne pouvoit leur accorder
les changemens qu'ils demandoient qu'on
fit dans le Ministere .
Lc 2. Novembre le G. S. donna un
Katcherif, qui leur enjoignit de prendre
bien garde de faire aucun desordre ; S. H.
étant résoluë de punir de mort tous ceux
qui en seroient coupables ; et comme ils
s'étoient distinguez de ses autres Sujets
en portant des Turbans rouges , ce qui
ne faisoit qu'entretenir la division et l'esprit
de parti dans Constantinople , elles
prétendoient qu'ils en prissent chacun de
conformes à leurs differentes Professions,
#
(
= afin
AVRI L. 1731. 899
afin que rien ne démentît en cux l'obéi'ssance
et la fidelité qu'ils devoient.
Les Rebelles firent honneur au Katcherif
, quant à ce dernier article qui ne
regardoit qu'une soumission exterieure
mais quant à ce premier qui touchoit à
la réforme de leur conduite , ils ne tarderent
pas à marquer qu'elle étoit toûjours
la même.
Patrona Kalil , refléchissant dans sa
haute prosperité , qu'il avoit fait du bien.
à tous ceux à qui il avoit obligation ,
excepté à un Boucher Grec nommé Tanaki
, lequel s'étoit avanturé de lui fournir
abondamment , tant à lui qu'à ses Camarades
, d'excellente viande , lorsqu'ils
étoient campez à Etmeïdan , et que cet
homme d'ailleurs lui avoit autrefois prêté
deux écus dont il avoit eu la discretion
de ne lui jamais parler , il l'envoya chercher
, et lui dit : qu'étant très sensible à
l'assistance qu'il avoit reçûë de lui , il
vouloit lui en témoigner sa reconnoissance
d'une maniere autentique. Il lui fic
d'abord present de 1000. Sequins , valant
près de 1oooo. liv. puis lui dit, en riant :
Ne vous souciez- vous pas de vivre plus
Long-temps que moi ; Yanaki répondit aussitôt
, que , lui mort , il ne se soucioit plus
de la vie. He bien, puisque cela est ainsi,
reprit Patrona , charmé de cette réponse :
D dites
goo MERCURE DE FRANCE .
dites-moi ce que vous souhaitez que je fasse
pour vous , et soyez sûr de l'obtenir. Alors
mille désirs confus s'élevant dans le coeur
du Boucher , et ne sçachant auquel s'arrêter,
il dit à son Bien- faicteur : Que pour
le present il ne sçavoir que lui demander ,
mais qu'il alloit consulter ses amis , et qu'il
lui rendroit bien tôt réponse. Yanaki fut
trouver le Kasab- Bachy , qui est comme
le Fermier ou Inspecteur general des
Boucheries ; et après lui avoir exposé sa
bonne fortune : Que me conseillez vous ,
lui dit-il , j'ai envie de porter Patrona
qu'il fasse revivre en ma faveur la Charge
de Surdgy- Bachi , * qu'on a supprimée,
elle est de mon état et j'en connois tout
l'exercice . Celui- cy qui vie qu'il alloit per
dre la plus grande partie de ses droits ,
si cette Charge dont il avoit réüni les
fonctions à la sienne , étoit rétablie , répondit
au Boucher : Vous n'y pensez past
à quoi vous amusez vous ? votre Protecteur
est tout-puissant , il vous met en état par
ses offres et par son crédit , d'aspirer aux
Postes les plus brillans , et vous allez vous
borner à une petite Charge de rien , sou-
* C'étoit une Ferme et en même temps une Ingpection
sur les Boeufs , Moutons , &c. à peu près
comme la Ferme du Pied- Fourché à Paris , et
qui rapportoit au Fermier par an environ 106.
mille livres.
vent
AVRIL: 1731 .
vent même plus ruineuse que lucrative :
Que lui demanderai- je donc? Demandez
lui , reprit l'autre , qu'ils vous fasse Prin
ce de Moldavie ; et si vous n'avez pas assez
d'argent pour payer cette Principauté
, que cela ne vous embarrasse pas , je
vous fournirai tout ce qu'il vous en faudra.
La vanité qui est comme incarnée chez
les Grecs , tourna en un moment si bien
la cervele à celui-ci , qu'oubliant la dis
tance de sa bassesse , au rang qu'on lui
proposoit , il s'en revint chez Patrona , et
-lui dit que puisque l'affection dont il
l'honoroit étoit sans égale , et qu'il avoit
tout pouvoir dans l'Empire , il le prioit
de le faire Prince de Moldavie . Soit , ré-
-pondit Patrona , et sur le champ , il l'en
voya avec un de ses gens chez le G. V.
Ce Ministre étonné d'une pareille proposition
, resta muet quelque-tems ; ensuite
reprenant ses esprits , il dit que ce que deamandoit
l'Aga Patrona étoit impossible
qu'on ne nommoit à ces sortes de Principautez
que des gens de naissance , ou qui
avoient rendu de grands services à l'Etat ,
qu'outre que le sujet qu'on lui présentoit
, n'étoit dans l'un ni dans l'autre cas ,
'Empereur n'ayant confirmé que depuis
quatre jours Gregorasko - Ghika , dans sa
Principauté , il n'étoit ni de l'honneur ,
Dij
ni
jo MERCURE DE FRANCE
ni de la justice de Sa Hautesse , de déposer
ce Prince , dont elle étoit satisfaite , pour
mettre un vil Artisan à sa place.
pas
Le tout ayant été rapporté à Patrona :
Bon, bon , voilà de belles raisons , dit- il ,
qu'est-ce que cela signifie ? Gregorasko
n'est- il pas Dgiaour ? Yanaki n'est- il
Dgiaour aussi ? Que l'un ou l'autre
soit Prince , n'est - ce pas toujours
la même chose ? En un mot , je veux que
mon ami soit préferé. Là- dessus il renvoya
le Boucher au G. V. et le fit accom-
Mouslouh.
pagner par
it
Ce second Chef parla si haut , que le
Gr. V. ne sçachant plus quel parti prendre
, dit qu'une affaire de cette importance
ne dépendoit pas de lui , qu'il alloit
la communiquer au Sultan , et sçavoir sa
volonté : Allez donc , répondit Mouslouh,
mais songez toujours à complaire à Pafrona.
Le G. S. ne fut pas moins surpris , ni
indigné que l'avoit été son Vizir ; cependant
, jugeant bien que dans peu tout
changeroit de face , et qu'on seroit alors
en état de faire payer cherement au Bou
cher et à son protecteur leur impudence ;
il dit à son Ministre qu'il n'y avoit qu'à
les contenter. Ainsi maître Yanaky fut
revêtu du Caftan de Prince de Moldavie
le 2 Novembre et reçût tous les au-
?
tres
་
{
AVRIL. 1731. 903
tres honneurs usitez en pareille occasion
tant à la Porte , qu'à l'Eglise Patriar
chale .
Ce fut un coup de foudre pour la Nation
Grecque l'orgueil humilié , et le désespoir
étoient peints sur tous les visages
pendant la cérémonie , à laquelle il fallut
que le Drogman de la Porte eut la mortification
d'assister. Comme c'est un fort
honnête homme , tout le monde prit
part au juste chagrin qu'il avoit d'être
obligé par le devoir de sa Charge de concourir
, quoi qu'indirectement,à la déposition
de son propre frere , que le Boy
Yanaky alloit relever.
Mais la grandeur de ce Prince-Boucher
passa comme un songe; il ne pût parvenir à
ramasser que 30 Bourses,qu'il donna , et qui
furent perdues,au lieu de près d'un million
dont il avoit besoin , pour satisfaire la Porte
et ses Ministres , ainsi que Patrona qui lui
demandoit 60 Bourses , et les autres Agas
qui en vouloient avoir presque autant. Le
Kasab- Bachi , qui ne lui avoit offert de luimême
son secours , que pour l'engager
dans ce mauvais pas , et l'y laisser , s'éclipsa
subitement , et Patrona même , son
zelé protecteur , en apparence , l'ayant
fait Prince moins par reconnoissance
que pour son interêt particulier , et pour
braver le G. S. en faisant parade de son
Diij -au-
,
904 MERCURE DE FRANCE
autorité , l'abandonna comme l'autre; ensorte
que ce Prince , en idée , au lieu d'être
conduit pompeusement auTrône,fut traî
né honteusement en prison , où nous le
laisserons déplorer sa folie , jusqu'à ce
qu'une plus grande punition l'en tire.
Le même jour , 2 Novembre , l'Ambassadeur
de France étant allé rendre sa
premiere visite à Kafis - Mehemet , noųveau
Capitan- Pacha , pour le complimen
ter sur són Avenement à cette dignité ;
le Janis aire Aga se figura que les Ministres
Etrangers en devoient faire autant à
son égard. Il envoya chercher un Drogman
au Palais de France , et lui demanda
pourquoi son Ambassadeur ne l'étoit pas.
venu voir , comme c'étoit l'usage . Le
Drogman lui répondit , qu'on l'avoit sans
doute mal informé , puisque cela ne s'étoit
jamais pratiqué envers les Janissaires.
Agas , et que sûrement son Ambassadeur
n'établiroit pas cette nouveauté. On conduisit
ensuite le Drogman chez Mouslouh
, qui s'étoit fait de lui-même , comme
on a dit , Kyaya de ce General de
P'Infanterie il dit à ce Drogman' que
puisque l'Ambassadeur de France ne vou
loit pas venir voir con Maître , il devoit
au moins envoyer à lui Kyaya , les présens
usitez. Je ne sç che pas, répondit l'In
terprete , que les Ambassadenrs de Fran-
:
AVRIL. 1731. 905
"
ce en ayent jamais fait aux Agas des Janissaires
, ni à leurs Kyayas ; cependant ,
ajouta- t-il , j'en parlerai à son Excellence.
Je vous en prie , répliqua Mouslouh ;
car après tout , il me semble que le bon
ordre que j'ai fait observer pendant les
troubles , mérite bien quelque récompense.
Le 5. il y eut une grande altercation
entre les Serdingueschtis , et les plus anciens
Officiers et Soldats des Janissaires.
Un de ces premiers prit querelle avec un
Capitaine de cette Milice , et le tua, Ceçte
action irrita si fort les Janissaires, qu'ils
furent en grand nombre s'artrouper à
Orta-Dgiani , Mosquée où les Janissaires
tiennent leurs Assemblées tumultueuses ,
et ils convinrent entr'eux de chasser de
leurs chambres tous les enfans perdus .
Ils en étoient sur cette déliberation
quand Patrona , qui avoit été averti du
tumulte , arriva avec une vingtaine des
siens , et leur ayant demandé , comme
s'il l'avoit ignoré le sujet de leur assemblée
, un Hoda -Bachi , de la 32 Compa
gnie , ou Chef de chambrée , prenant la
parole , lui répondit qu'ils s'étoient assemblez
dans le dessein de n'avoir plus
aucune societé avec ses camarades qui
deshonoroient journellement leur Corps ,
par leurs crimes , et que s'il ne se rangeoit
>
Dij lui
906 MERCURE DE FRANCE
>
>
3
>
lui même à son devoir , on lui feroit un
mauvais parti. Patrona répliqua qu'il ne
les craignoit guéres , que s'ils étoient assez
hardis pour venir l'attaquer lui et ses
gens , qu'ils trouveroient à qui parler , et
qu'il avoit dans Constantinople 12000.
Albanois prêts à se joindre à lui. Quand
tu ferois venir toute l'Albanie à ton secours
répondit courageusement Lodabach
- nous ne l'èn exterminerions pas moins toi et
les tiens . Mon ami , répondit Patrona
vous avez tort de vous emporter contre moi
puisque je ne fais de mal à personne. Il ne
suffit pas,dit alors cet Officier,que tu nefasse
point de mal, il ne te convient pas non plus,
comme tu fais , de te mêler des affaires de
Etat. Il semble à te voirfourrer le nez par
tout , que le Sultan et son Vizir ayent besoin
de tes lumieres pour se conduire. Si tu es Janissaire
, tu dois te comporter en Janissaire ,
et non pas en Ministre , ni le laisser faire
à ton camarade Mouslouh , qui vient tous
les jours à la Porte avec autant de faste et de
fierté que le défunt Kyaya. Mais , interrompit
Patrona , si je ne m'informe pas de
ce qui se passe , il arrivera infailliblement
qu'on remettra en place des infames qui renouvelleront
la tiranie du dernier
gouvernement
; tous les mouvemens que je me donne
n'ont d'autre objet que de procurer le soulagement
du peuple. Ce n'est pas d'un homme tel
C
que
1
1
1
AVRIL. 1731 .
907
que toi , répondirent plusieurs Janissaires ,
que le peuple doit attendre du soulagement ;
notre Empereur est assez juste et assez éclairé
pour gouverner et pour rendre ses sujets beureux
; c'est à lui feul à disposer des emplois
et des Charges en faveur de ceux qu'il croit
les mériter quant à nous , ce que nous
avons à défirer , c'est qu'il régne , et qu'il
vive long- tems , et qu'on nous paye toujours
avec exactitude ; nous n'avons jusqu'à présent
qu'à nous louerde ce côté-là , aussi -bien
que
des liberalitez de S. H. Ce seroit nous
en rendre tout-àfait indignes , si notre Corps
qui est le plus ancien et le plus illustre de l'Etat,
souffroit qu'un Particulier , quel qu'il pût
être , osat s'ingerer de partager l'authorité
fouveraine.
>
Ainsi , continuerent-ils , s'adressant toujours
à Patrona nous te donnons encore
trois jours , pour réduire , on dissiper tes
gens ; si ce terme expiré nous entendons encore
parler de quelques désordres de leur part ,
nous ferons main basse sur eux par tout où
nous les trouverons . Ces dernieres paroles ,
prononcées d'une voix plus forte , finirent
l'Assemblée , et on se sépara.
Quoique Patrona fut un déterminé , et
qu'il ne craignît pas que les Janissaires ,
parmi lesquels il étoit sûr d'avoir encore
un gros parti , missent à exécution leurs
menaces , il ne laissa pourtant pas de com-
DY prendre
908 MERCURE DE FRANCE
prendre par le discours qu'on lui avoit tenu
, que les esprits étoient fort échaufez
contre lui , et qu'il avoit plus d'ennemis
qu'il ne croyoit. Pour s'en mieux éclaircir
, il fut voir Damud- Zadé , ancien Kadelisker
, qui le reçût froidement , et même
avec mépris . Nonobstant cet accueil
peu favorable , il ne se rebuta point , et
faisant tomber la conversation sur tout ce
qui s'étoit passé , il dit à cet Effendi d'un
ton hypocrite , qu'il n'avoit pris les armes
que pour la cause commune , que
Dieu avoit bien voulu se servir de son foible
bras pour tirer le peuple Musulman
de l'oppression du précédent Ministere
et que lui-même Damudzadé , étant un
personage saint et éclairé , et qui pouvoit
Tire jusques dans les replis les plus secrets
de son coeur , il lui étoit aisé de reconnoître
que ses intentions avoient été bon
nes. Cependant , ajoûta -t- il , en soupirant ,
je trouve tous les jours en mon chemin de manvais
esprits , qui donnent des interprétations
criminelles à tout ce que je fais , et qui ne
travaillent qu'à me noircir auprès de mon
Empereur , pour lequel j'ai tant de fois exposé
ma vie. Souffrez , grand Effendi , queje
vous demande votre protection contre eux s'ils
continuent à me calomnier dans l'esprit de Sa:
Hautesse.
Damudzadé , qui est effectivement un
hom
AVRIL. 1731. ୨୦୨
Homme de beaucoup de merite , et surtout
plein de droiture , lui répondit qu'il
ne rougiroit jamais de dire la verité , et
qu'ayant le mensonge en horreur , il pouvoit
s'assurer que quand on lui demande
roit ce qu'il pense sur son compte , il le
diroit sans le moindre déguisement.
Patrona dont la curiosité n'eut pas
trop lieu d'être satisfaite par cette réponse
ambigue , affecta pourtant d'en être fort
content , comme si le Kadilesker ne pou
voit que parler avantageusement de lui ,
il lui baisa la main , se retira , et répandit
en sortant une poignée de Seguins à ses
Domestiques. Damudzade Payant appris,
ordonna que tous ceux qui en avoient
tamassez les jettassent dans la Mer devant
lui , et regardant Patrona comme un scelerat
, dont la seule présence avoit souillé
sa maison , il fit balayer et froter par tout
sur le champ où il avoir mis les pieds.
Le 10 Novembre , le G. S. déposa Kafis-
Mehemet Pacha , de la Charge de Ca
pitan-Pacha , et l'honora en échange d'une
Pelisse de Martre- Zibeline, et du Gouver
nement de Seyde , que son pere avoit eu
autrefois ; mais soir que les Rebelles entrevissent
une partie de ce qu'ils avoient
à craindre de la réputation et de la capacité
de Codgea Dgianon , qu'on
attendoit et auquel ils soupçonnoient
D vj
*
-
qu'on
910 MERCURE DE FRANCE:
qu'on destinoit cette importante Charge
ou soit que Patrona qui la briguoit pour
lui-même , voulut en éloigner un concurrent
si redoutable , ils firent tant de bruit
de la déposition de Kafis -Mehemet , que
la Cour , pour les leurrer , le rétablit dès
le lendemain.
On prétend que ce dernier avoit d'abord
sollicité les Rebelles , afin d'empê
cher qu'on ne le dépouillât de cette dignité
, mais que dans la suite , voyant d'un
côté que Patrona y aspiroit , et que de
l'autre Sa Hautesse faisoit venir Dgiannum-
Codgea pour la lui donner , il demanda
secretement à la Porte sa démission
lui- même , et le Pachalik de Seyde ,
ce qu'il obtint aisément par l'entremise
du nouveau Kam des Tartares , dont son
pere avoit été esclave ; de sorte que quoi-
Kafis-Mehemet revint à l'Arsenal le
lendemain avec tous ses effets , qu'il en
ayoit déja fait enlever la veille , et qu'il
y reçût les complimens de tous les Officiers
de la Marine sur son rétablissement
il n'exerça pourtant plus le Generalat de
la Mer que par intern , et jusqu'au 21
jour que Dgiannum. Codgea en prit posque
session.
Comme il étoit impossible que les affaires
subsistassent encore long- tems dans
la confusion , où la continuation de la Ré-
7
volte
AVRIL. 1731. gif
volte les avoit mises , et qu'il falloit
ou qu'elles bouleversassent totalement
l'Etat , ou qu'elles reprissent leurs cours
ordinaires , la Cour et les Rebelles , chacun
suivant ses differentes vuës , songerent
à appliquer les remedes convenables au
mal.
,
>
Les Chefs de ceux-ci voyant bien que
pour se maintenir dans l'autorité , qu'ils
avoient commencé d'usurper , il leur étoit
essentiel de ne point abandonner le séjour
de Constantinople , et de s'y fixer au contraire
, en partageant entr'eux les principaux
emplois de l'Empire. Ils tinrent un
Conseil le 16 Novembre , et convinrent
qu'il falloit d'abord faire élire Mouslouh ,
Koul - Kyassi
ou Lieutenant General
des Janissaires ; mais prévoyant qu'ils
y trouveroient de grands obstacles , parl'on
ne parvient d'ordinaire à ce
Grade qu'après avoir passé par tous les
autres qui lui sont inferieurs , tellement
que celui qui y arrive est toujours un homme
respectable par son âge et par son experience
, et que Mouslouh n'étant qu'un
homme de rien , de 25 à 30 ans , et simple
Janissaire , n'avoit aucune des qualitez
requises , ils eurent recours à l'argent ,
qui , en Turquie , applanit presque toutes
les difficultez .
ce que
Ils firent distribuer so mille Piastres
aux
912 MERCURE DE FRANCE
>
aux plus anciens et plus accréditez des
Janissaires , et leur firent entendre que
s'ils vouloient favoriser l'Election deMous
Jouh , il leur feroit payer le présent de la
Reine - Mere. Pour l'intelligence de ce fait,
il est nécessaire de dire que cette Princesse
, dans les premiers transports de sa
joye , de voir son fils Mahmout sur le
Trône avoit promis aux Troupes , qui
lui en avoient frayé la route , une récompence
de cinq écus à chaque Soldat , mais
que quelque tems après , les refléxions
lui ayant fait trouver cette promesse in
considerée , elle ne parla plus de l'executer
, soit qu'elle n'eut pas assez de fond
Pour y satisfaire ou que le Kislar-
Aga , qui a beaucoup d'empire sur soir
esprit , l'en détournất , en lui
tant que l'Empereur avoit assez marqué
sa reconnoissance aux Milices par les grandes
liberalitez qu'il leur avoit faites , sans
qu'elle y en ajoûtât de son chef qui n'étoient
point d'usage.
} ›
represen-
Quoiqu'il en soit de ces conseils , ils
penserent causer la perte du Kislar-Aga
Les Janissaires vouloient qu'il fut déposé
et murmuroient hautement contre la Va
lidé , regardant ce qu'elle leur avoir
promis , non comme une grace , mais
comme une dette , dont elle ne pouvoit
se dispenser de s'acquitter ; ainsi , ceux
*
2
AVRIL 1731. 913
aqui les so mille écus des Rebelles furent
partagez , consentirent volontiers à
l'élection de Mouslouh ; ceux qui n'en eurent
rien ne lui en donnerent pas moins
leurs voix , parce que les uns et les autres
esperoient que dès qu'il les auroit fair
payer de ce présent , ils se déferoient de
lui sans peine , et nommeroient à sa place
le plus digne de leurs Officiers.
Les esprits préparez de la sorte , Mouslouh
fut chez le G. V. le 18. lui demander
le Caftan pour la Charge de Koul-
Kyassy. Le Ministre le lui refusa , disant
qu'il n'étoit ni d'un rang , ni d'une ancienneté
à y prétendre , que le Corps des
Janissaires ne le soufriroit jamais , et que
l'Empereur ne pouvoit sans blesser sa dignité
et sa ju tice , instaler dans un poste
si considérable quelqu'un qui ne fut pas
au gré de ce Corps. Ce Rebelle répondit
sans se rebuter , qu'il avoit pourvû à
tout , qu'il lui donnât seulement le Cafetan
, sans s'embarasser du reste. Le G. V.
s'obstinant à le lui refuser , Mouslouh le
quitta fort irrité.
Dès que ses Camarades sçûrent le peu
de succès de sa négociation , ils jurerent
avec lui de se vanger du G. V. et s'en fu
rent comme des forcenez , au nombre d'une
trentaine , chez le Kam des Tartares ,
ils lui déclarerent absolument qu'ils vou
loient
914 MERCURE DE FRANCE
loient que Mouslouh fut Koul- Kyasty , et
lui firent entendre que si leG.V.continuoit
dans ses refus , ce Ministre ne le porteroit
pas loin. Ce Prince vit bien à leur air
qu'ils seroient gens à tenir parole , et qu qu'il
étoit de la prudence de céder au torrent ,
jusqu'à ce qu'on pût lui opposer une Digue.
Il les appaisa de son mieux , leur dit
qu'il alloit de ce pas à la Porte , que ne
doutant point que le G. V. ne se conformât
aux representations qu'il lui feroit
ils pouvoient compter d'avance , qu'il
leur obtiendroit ce qu'ils souhaittoient.
Il courut effectivement chez le G. V.
et après lui avoir exposé en peu de mots
le sujet de sa visite : A quoi pensez - vous ,
lui dit- il , de vous roidir contre ces coquinslà
, ne voyez- vous pas qu'ils travaillent euxmêmes
à leur perte , et que plus ils se rendent
odieux aux Troupes et au et au Peuple .
plus ils vous préparent de facilité à les détruire
: Croiez-moi , ajoûta -t- il , donnez à
Mousloub , non -seulement la Charge qu'il
vous demande , mais une plus éminente encore
, s'il vous en témoigne la moindre envie ;
il n'en jouira pas assez long-tems pour que
votre complaisance en cette occasion vous soit
jamais un motifde repentir.
Le Vizir entra dans ses raisons ; ils passerent
ensemble chez le G. S. et S. H. s'en
rapportant à leurs avis , on envoya chercher
AVRIL. 1731. 915
cher Mouslouh; cet orgüeilleux et insolent
Rebelle , se rendit à la Porte avec une măgnificence
et un Equipage de Pacha à
trois queues,on le revêtit du Cafetan , qui
le faisoit Koul-Kyassy ; après quoi il s'en
retourna triomphant à son Palais , où ses
Confreres et ceux qui le craignoient , vinrent
le feliciter sur les faveurs qu'il avoit
reçûës , poussant la flaterie jusqu'à lui dire
qu'elles étoient encore fort au- dessous de
son mérite.
Ce premier coup frappé , les Rebelles
s'assemblerent le 19 , et remirent sur le
tapis leur ancien projet , de faire Patrona
Capitan - Pacha , Mouslouh Janissaire-
Aga , et le Janissaire- Aga Grand-Vizir :
moyennant cela , dirent-ils , nous serons
entierement les maîtres, et ils raisonnoient
fort juste , car ils avoient dans leur Cabale
plusieursGens deLoy d'un grand pouvoir :
entr'autres , le Zulali-Kadé Kadilesker
d'Asie , et Abdollah- Effendi , Lieutenant
General de Police , dont on a parlé. Quant
au G. S. ajoûterent- ils , nous en ferons ce
que nous voudrons , parce qu'étant sans
experience, il nous redoutera , et que d'ailleurs
il nous doit tout , puisque sans nous .
il auroit peut-être gémi toute sa vie en
prison.
,
Cependant , soit qu'ils crussent devoir
penser plus d'une fois à l'éxecution de ce
plan ,
915 MERCURE DE FRANCE
plan , ou qu'ils eussent d'autres raisons
pour la retarder de quelques jours , ils tinrent
fort secret le Résultat de cette derniere
Conférence; mais la Cour , qui comme
nous l'avons die , travailloit à secouer e
le joug honteux que sembloit lui vouloir
imposer cette Ligue de traîtres , se détermina
tout- à- fait à s'en vanger promptėment
, et d'une maniere éclatante.
Le Kan des Tartares , sur- tout , fut celui
qui poussa le plus à la roue. Il avoit
été outré en plusieurs rencontres , de ce
que Patrona et ses pareils , qui n'avoient
aucune teinture des affaires , avoient vou-
·lu que leurs avis extravagans prévalussent
aux siens ; Dgiannum Codgea arriva dans
le même-tems à Constantinople , et aussi
zanimé contre eux que le Kam , il excita
de nouveau l'Empereur à les exterminer.
S. H. lui avoüia ingénument qu'elle appréhendoit
qu'ils ne fussent soutenus par
les Troupes , si l'on en venoit à cette extrémité
, et que ce qui l'avoit obligé à
temporiser , c'étoit la crainte de voir
Constantinople replongé dans de plus
grands désordres .
Dgiannum- Codgea , sans trop s'attacher
aux termes , dit alors au Sultan , avec une
liberté genereuse : Seigneur , dès que tu te
seras défait des principaux Chefs , personne
me branlera , outre qu'une action de vigueur
est
(
4.
AVRIL. 1731. 917
est nécessaire pour t'affermir sur le Trône , elle
sera agréable à ton. Peuple , qui ne supporte
qu'avec une peine extrême les violences où il
est journellement exposé. De plus , cela te
mettra en honneur chez toutes les Nations
qui ont les yeux fixez sur toi , dans le commencement
de ton Régne ; au lieu qu'elles
n'auront aucune considération pour ta personne
, si tu ne montres assez de force pour bri
ser les entraves où quelques séditieux osent
retenir ton autorité. Ces paroles du General
de la Mer , prononcées avec feu , pénétrerent
S. H. et lui firent juret de se prêter
et de concourir à ce que luf et le Kam
des Tartares jugeroient nécessaire pour exterminer
ces audacieux ennemis domestiques
, perturbateurs du repos public.
Le 22. Dgiannum- Codgca , que le G. S.
avoit déclaré la veille Capitan Pacha
vint à l'Arsenal , où il reçûr les complimens
des Officiers des Vaisseaux , et des
Beys des Galeres , mais on ne lui tira point
' de Canon , parce qu'il deffendit qu'on lui
rendit ces honneurs.
Le 23. Patrona convoqua un Conseil
extraordinaire à la Porte , auquel le G. S.
" admit le Kam des Tartares , le Mufty , et
generalement tous les Gens de Loy et les
Officiers des Milices. Patrona y vint toujours
en simple Janissaire , les jambes
nuës , et avec environ 40 Serdenguetchis
OLL
918 MERCURE DE FRANCE
ou enfans perdus , et Mouslouh vêtu superbement
, avec le cortege attaché à son
nouveau rang de Koul - Kyassy.
du
›
›
que
Patrona ouvrit le premier l'assemblée ,
et s'adressant au Kam , lui dit : J'ai convoqué
ce conseil , pour un pressant besoin
de l'Empire je sçai que nos affaires en
Perse vont toujours plus mal Parce que
les Moscovites donnent de continuels fecours
aux Persans , ainsi mon avis est › qu'on
leur déclare la guerre , et que pour tirer vens
geance sang Musulman qu'ils sont cause
qu'on a répandu , on envoye incessament
une grande armée contre eux tandis Les
Tartares entrant d'un autre côté dans le pays
de ces Infidelles , le ravageront et en emmeneront
tous les habitans en esclavage 3 je pense
pareillement , qu'il est d'une nécessité absoluë
de réprimer les malversations des Pachas
des Frontieres , qui , bien loin d'avoir
soin des Troupes , et de regarder les Janissaires
comme leurs enfans , et le plus ferme
appuy de cette Monarchie les maltraitent
et retiennent leurpaye pour l'appliquer à leur
propre usage, ou en gratifier leurs Créatures :
il tint encore beaucoup d'autres discours de
la même nature , et sans égard pour les per
fonnes qui assistoient à ce Conseil.
J
Tout le monde gardant un morne
silence , déploroit en secret de voir la
conduite de l'Etat tombée , en de si
<
1
AVRIL. 1731. 919
si mauvaises mains ; et il revenoit toujours
à sa premiere idée de porter le fer
et le feu chez les Moscovites , proposant
même d'en faire arrêter les deux
Résidens *.
و
→
Le Kam des Tartares , fatigué d'entendre
tant d'impertinences , que personne
n'osoit relever : Mais vous , lui dit ce
Prince , qui parlez tant de guerre , sçavez
vous ce que c'est ? pour quelle raison voulez
vous que Sa Hautesse la déclare aux
Moscovites ? Ignorez- vous quelle est en paix
avec eux et que sans de justes motifs elle ne
sçauroit la rompre. Il faut , poursuivit-il
avant que de se résoudre à rien , être bien sûr
des nouvelles que vous nous débitez sans preuves,
après quoi on verrapar de mures déliberations
ce qui sera le plus utile,et le plus honorable
à l'Empire de la guerre ou de la paix et ce
sont là des choses qui ne se décident pas à la
legere , ni sur le champ comme vous venez de
le demanders d'ailleurs dites-moi parquel endroit
penetrerez vous en Moscovie ? Par quel
endroit ! interrompt Patrona plaisante
question ! par les endroits où nous y pénétrions
autrefois , vous d'un côté et nous de l'autre :
Doucement, répondit le Kam : autrefois nous
allions par la Pologne , parce que nous étions
→
* Il y en a deux à Constantinople , depuis environ
un an , M. Neplieuf, et M. Visnacoff , venu
pour relever ce premier.
en
20 MERCURE DE FRANCE
enguerre avec les Polonois , mais aujourd'hui
qu'ils sont de nos amis , est- il juste d'aller
porter la désolation chez des peuples dons
nous n'avons aucun sujet de nous plaindre
Sçavez- vous que conduire 100. mille Tar
tares dans un pays , c'est le perdre entierement
, et que par tout où ilsfoulent l'herbe , il
n'y croit rien de sept années : Tant mieux
dit Patrona , c'est de cette façon que j'aime
àfaire laguerre. Je ne demanderois pas mieux
ni mes sujets , reprit ce Prince, car outre que
la guerre est notre véritable élement , elle est
la source de toutes nos richesses ; et dès
que
cette source taritpar la paix , renfermés dans
la Krimée , steriles et sans commerce , nous
retombons dans l'indigence ; mais nous sçavons
la supporter , et sacrifier à la droiture
nos interêtsparticuliers : ilfaut refléchir avant
que de prendre les armes , afin de n'avoirpas
lieu de s'en repentir en les quittant , et ce ne
sont pas de ces petites affaires qui se termi→
ment en une ou deux assemblées .
Je trouve que celle - ci est bien nombreuse
répliqua Patrona ; je n'atendois pas que tant
de gens y assistassent ; j'avois compté au
Contraire que le Conseil ne seroit composé que
de vous , de Monsloub , du Janissaire Aga ,
du Grand Vizir , de quelques autres personnes
et de moi ; et à l'avenir il faudra , s'il
vous plaît,que cela soit ainsi , autrement plus
de secret , et les Infideles seront bientôt instruits
AVRIL: 1731. 921
et de toutes nos
truits de tous nos discours
démarches.
Quand il s'agit d'entreprendre la guerre ,
ou de continuer la paix , répondit le Roi
des Tartares , c'est une maxime fagement.
établie , que de faire degrandes assemblées .
pour y mieux débattre des matieres si gra
ves , et d'y appeller sur tout les Gens de loi ;
parce qu'étant plus éclairez que les autres , es
les dépositaires de la justice , les résolutions
qu'on prend par leurs avis , sont plus équitables
, et le succès qui les suit plus heureux ;
au lieu que quand on les exclut des Conseils ,
et qu'onfait rouler tous les interêts de l'Empi
re sur trois ou quatre têtes seulement , il arrive
d'ordinaire ce que vous venez de voir
sous le regne d' Ibrahim Pacha , qui pourn'avoir
voulu se conduire que par ses foibles lu
mieres et celles de ces deux gendres, a mis l' Etat
à deux doigts de sa pertes aussi pour les
punir de leur trop grande présomption , Dien
a t'il permis , que ces trois Ministres , après
avoir souffert une mort ignominieuse , n'ayent
trouvé d'autres sépultures que les entrailles des
Chiens , dont leurs cadavres ont été la
proye.
Il est étonnant , continua ce Prince
qu'un exemple si récent et si terrible , ne vous
corrige pas de la manie que vous avez de tout
regler, et de toutfaire par vous-même , mais si
sela continue , je vous déclare dés- à - present
queje supplierai Sa Hautesse de me renvoyer
922 MERCURE DE FRANCE
à Brousse pour y vivre en repos , dans la
folitude , et n'être plus témoin des attentats
qui se commettent ici impunément tous les
jours contre son honneur et le bien de son
service.
D
.
On voit par ce qui vient d'être rappor
té , qu'il n'y eut que le Kam et Patrona ,
qui parlerent dans ce Conseil , et qu'on
n'y conclut rien . Le premier se retira
bien résolu de redoubler ses instances auprès
du Grand Seigneur , pour hâter la
destruction des Rébelles ; tous les autres
assistans se retirerent le coeur ulceré
contre eux. Ceux- ci s'en furent chez le Janissaire
Aga , où ils s'applaudirent de
tout ce qui venoit de se passer , et prirent
de nouvelles mesures pour mettre
la derniere main à leur grand oeuvre ,
qui étoit , comme nous l'avons déja dit ,
de s'emparer des premieres Charges du
Gouvernement.
Patrona fut le lendemain 24 à l'Arsenal
de la Marine , rendre une visite de
politique , à Dgiannum-Codgea , pour lui
faire compliment sur sa nouvelle dignité,
qu'il comptoit de lui ravir bientôt , ne se
doutant pas que la foudre fut si prête d'é
clater sur sa tête . Le Capitan Pacha , aussi
fin et plus prudent que lui , le reçut
avec des honneurs extraordinaires , et lui
fat l'accueil du monde le plus gracieux ;
ik
AVRIL. 1731. 923'
3
Hs s'entretinrent ensemble avec toutes les
démonstrations d'une estime et d'une ami
tié réciproque , et lorsque Patrona l'eut
quitté pour s'embarquer dans un Bateau
à trois paires de Rames seulement accompagné
de deux autres , où se mirent
six personnes qui composoient toute sa
suite ; la foule fut si grande qu'il fut
comme porté jusqu'à l'Echelle , d'où il
jetta encore , ainsi qu'il avoit fait en sortant
, des poignées de Sequins au peuple :
en remarqua qu'il étoit chaussé ce jour -là,
contre son ordinaire , et que sa chaussu
re consistoit en un demi bas qui s'agraffe
sur le gras de la jambe , comme en portent
les Officiers de Mer.
•
Ce même jour qui étoit un vendredi ,
le Grand Seigneur vint faire sa priere du
midi , à la Mosquée de Topana de
l'autre côté du Port ; de- là Sa Hautesse fut
visiter la Fonderie de l'Arsenal où l'on
fabrique les Canons ,, dont on avoit
fait une décharge . générale à son débarquement
; ensuite prenant par les der
rieres de Pera , elle monta avec un grand
cortége au Serrail des Itchoglans , où elle
dîna. On avoit compté que le Sultan traverseroit
le Fauxbourg,à son retour, mais
des flateurs courtisans , et de faux dévots
en détournerent Sa Hautesse
représentant d'un air empressé , quand
elle E
>
>
cn lui
924 MERCURE
DE FRANCE
elle voulut se remettre en marche , que
ces ruës n'étoient habitées que par des
Infideles , et que leurs regards pourroient
lui être d'un sinistre présage. Cet avis
supersticieux lui ayant fait changer de
sentiment , elle reprit la même route par
où elle étoit venue , aprés avoir donné
75. mille livres aux jeunes gens de ce
Serrail qu'on y éleve pour son service , et
dont elle emmena quelques uns avec elle
des mieux faits et des plus capables.
Pendant que l'Empereur se promenoit
ainsi avec la plus grande partie de sa
Cout , et qu'il ne paroissoit pas qu'on
songeat qu'il y cut des Rébelles à Constantinople
, le Kam des Tartares , le G.
V. le Mufty , Dgianum-Codgca , et quelassemblez
secret- ques autres Ministres ,
tement au Serrail prononçoient leur
Sentence de mort. Ils travaillerent jusà
trouver ques bien avant dans la nuit ,
les moyens de l'executer , car ils furent
long- temps embarrassez sur le choix des
Acteurs de cette Tragedie.
›
}
Le Capitan - Pacha avoit d'abord proposé
d'en charger ses Leventis , mais on
fit réflexion que la plupart des Révoltez
étoient Janissaires , et que ce seroit jete
ter une semence de haine implacable entre
ces deux corps , qui ne finiroit peutêtre
que par l'extinction de l'un ou de
l'autre
AVRIL 1731. 985
T'autre ; enfin après s'être tournez de tous
les côtez , ils convinrent qu'il falloit don
ner cette expedition à faire aux Bostangis
, et autres domestiques du Serrail
parce que ,étant particulierement attachez
à la personne du G. S. les Janissaires ne
pourroient pas se formaliser de leur obéissance,
aux ordres deS.H.d'autant plus qu'il
y a plusieurs exemples que les Bostangis
ont été commis à de pareilles executions.
Le 25 au matin , tout étant préparé
le G. V. envoya inviter Patrona , Mouslouh
, et le Janissaire Aga , de venir au
Serrail , pour y rendre compte au Sultan
, de la conference qui avoit été tenue
le 23. et pour prendre des arrangemens
avec eux , tant sur les affaires de Perse
que sur toutes les autres qui regardoient
l'Empire. Ils s'y rendirent sur les onze
heures avec 26. personnes seulement , qui
resterent dans la premiere cour . Pour
eux ils furent introduits dans l'interieur
de ce Palais , à la Chambre nomméc
Sunnet- Odassi , où ils trouverent le Kam
des Tartares , le Mufty , le G. V. Dgianum
- Codgca , les deux Kadileskers en e
xercice , l'Istamboul-Effendi, et grand nombre
de Gens de Loy, tous assis sur le Sopha ,
chacun selon son rang ; ils s'y mirent aus,
C'est la Chambre où l'on fait la cérémonie de
la Circoncision des Princes Ottomans.
E ij si
916 MERCURE DE FRANCE
si selon le leur , et quoiqu'il y eut
dans la même Chambre ↑
beaucoup
d'Officiers, Dasseskis , et de Bostangis , qui
se tenoient de bout , ils ne soupçonerent
rien de la catastrophe qui leur de
voit arriver , parce que n'étant pas permis
à ceux qui entrent dans le Conseil de
faire entrer leurs gens dans cet endroit ,
ce sont toûjours des domestiques du G.
S. qui les servent en ce dont ils peu
vent avoir besoin ; de sorte que par la
grande quantité de Maîtres qu'il y avoit
alors , celle des Officiers et des domestiques
de S. H. ne devoit point paroître
extraordinaire aux Rébelles.
9
Tout le monde étant donc en ordre , le
G. V. prit la parole , et la portant d'abord
à Patrona , S. H. lui dit- il , vous
fait Bieylierbey de Romele , et vous donne
le Commandement de 30. mille hommes ,pour
aller joindre Achmet , Pacha de Babilone ,
avec lequel vous agirez de concert contre les
Persans.
1 Il s'adressa ensuite à Mouslouh et au Janissaire
Aga; il dit au premier,que l'Empereur
lui donnoit la qualité de Bieylierbey
de Natolie , avec un Commandement de
Troupes aussi , et au second qu'on le faisoit
Pacha à trois queues . Quant à vous ,
ajoûta- t'il ,se tournant vers Zulali - Zadé
Kadilisker- d'Asie , et vers Abdollach - Ef
fendį .
AVRIL. 1731. 927
-
fendi, Lieutenant General de Police , le G.
vous fait présent d'une queue à chacun .
A peine ce Ministre eut-il proferé ces
derniers mots , que Mustapha-Aga , dont
nous parlerons dans la suite cria , qu'on
extermine tous ces ennemis de l'Empereur et.
de l'Empire : aussi- tôt plus de trente personnes
se jettant le sabre à la main sur
Patrona , Mouslouh , et le Janissaire
Aga , les tuerent avant qu'ils eussent le
tems de se reconnoître.
On raconte ce massacre de differentes
manieres ; il y en a qui prétendent que
ces trois Rébelles se voyant perdus , vendirent
cher leurs vies , en blessant à mort
plusieurs Bostangis , et que Dgianum ,
Codgea fut le premier qui porta un coup
au Janissaire Aga , lequel se mettoit en
devoir de le tuer; d'autres rapportent qu'il
ne fit seulement que lui saisir les mains ,
et cela est assez vrai - semblable ; on dir
les Leventis furent enployez
dans cette affaire ; il est vrai que le Capitan
- Pacha , en avoit amené beaucoup
avec lui , mais ils resterent dans la premiere
Cour , et ne penetrerent point plus
encore que
avant.
Il y a peut être lieu de s'étonner que Patrona
, rusé et prévoyant comme il étoit,
se fut exposé à entrer dans le Serrail' sans
armes et sans suite , d'autant plus que les
E iij autres
928 MERCURE DE FRANCE
autres fois qu'il y étoit allé , il avoit toû
jours porté son sabre et ses pistolets , er
s'étoit fait accompagner par beaucoup de
ses camarades ; mais on répond à cela que
le G. V. pour le faire mieux tomber
dans le piége , lui avoit fait dire en
particulier , qu'ayant cette fois ci des matieres
à traiter de la derniere importance ,
et que reconnoissant qu'il avoit en raison
de se plaindre dans le dernier Conseil que
F'assemblée étoit trop nombreuse , il le
prioit de ne mener que peu de monde avec
Jui , afin que les secrets de l'Etat ne fussent
pas divulguez aux Infideles ; si bien
que Patrona , flatté de ce que ce Ministre
donnoit dans son sens , se livra avec tant
de confiance, qu'il fit même rester ses gens.
dans la premiere cour , et qu'il n'avoit
d'autre armes qu'un espece de Couperet ,
caché sous sa Pelisse , encore ne lui servitil
de rien , car ayant voulu le prendre ,
quand il vit qu'on venoit sur lui , Mustapha
Aga le prévint et lui abatit un bras
d'un coup
de Sabre.
و
A l'égard de Mouslouh qu'il avoit
aussi engagé à venir comme lui sans atmes
, il s'enveloppa dans ses Pelisses magnifiques
, et se laissa tuer sans faire le
moindre mouvement.
Quoiqu'il en soit de toutes ces cir
constances , dès que ces séditieux furent
J morts
AVRIL. 1731. 929
s
morts , on jetta leurs cadavres dans la
troisiéme cour , où est la chambre de Sunnet
- Odassi et l'on fut chercher les
26. enfans perdus , qui étoient demeurez
dans la premiere . On leur dit avec
politesse , que le G. V. qui venoit de donner
des Pelisses à leurs Chefs , les demandoit
pour leur donner aussi à chacun un
Caftan ; mais on ne les fit entrer que trois
ou quatre à la fois , à diverses reprises
sous prétexte de faire cette cérémonie
avec plus de décence , mais à mesure que
ces miserables étoient passez dans la seconde
cour , on les assomoit. Cependant au
bout d'une demie heure , quelques uns de
ceux qui restoient encore , ne voyant revenir
aucun de leurs camarades eurent
quelque soupçon de ce qui se passoit , et
voulurent se sauver , mais trouvant toutes
les portes fermées , ils furent investis
et tuez comme les autres .
,
Le bruit s'étant répandu par la Ville ,
que les Chefs des Rebelles étoient depuis
long- tems au Serrail, dont on avoit fermé
les Portes ; cela réveilla quelques- uns de
leur partisans qui y vinrent avec précipitation
, mais les Portes ayant été ouvertes ,
ces Agas , qui faisoient tant les braves , ne
virent pas plutôt des Chariots chargez de
corps massacrez , que saisis d'épouvante ,
Eij
›
ils
930 MERCURE DE FRANCE.
ils s'en furent , et abandonnerent même
leurs Chevaux.
Tous ces cadavres furent étalez dans
la rue ; il s'y amassa
>
ruë il s'y amassa un peuple innombrable
, pour les considerer , surtout
celui de Patrona , que chacun voulut voir
préferablement
aux autres ; ils ne furent
pourtant exposez que deux heures , après
quoi on fut les jetter dans la Mer , de
crainte qu'un spectacle si effrayant n'eut
des suites dangereuses , et que les Rébelles
, qu'on sçavoit être en grandnombre ,
se sentant aussi coupables que ceux dont
ils voyoient les tristes restes n'excitassent
un second soulevement populaire
dans l'esperance d'éviter un pareil sort
à la faveur des nouveaux désordres
en effet il y en eut plusieurs qui furent
au Bezestin pour en faire fermer les boutiques
, mais ils n'y purent jamais parvenir
, le G. S. ayant pris le devant par un
Katcherif adressé au Bt zestin Kyassi ,.
( c'est à peu près comme le Prevôt des
Marchands , ) qui menaçoit de mort
quiconque fermeroit ou souffriroit que
Fon fermât les boutiques pour quelque
cause que ce fut.
>
On vient de voir que les dons imaginaires
. que le G. V. avoit faits de la part du
Sultan , à Patrona , à Mouslouk`, et au
Janissaire Aga , avoient été le signal de
leus
AVRIL 17313 931
perte , mais comme tout le monde ne
comprendra pas , que ce ministre en disant
ensuite à Zulali - Kadé , et Abdollah-
Effendi , que Sa Hautesse leur faisoit présent
d'une queue , leur anfonçoit aussi la
mort ; il ne sera pas hors de propos
d'expliquer
cette espece d'Enygme..
Les Effendi , ou Gens de Loy , sont en
si grande vénération dans cet Empire
sur tout par rapport à leur sçavoir, que les
Empereurs les ayans toûjours honorez jus
qu'à la superstition , il y a très - peu d'exemples
qu'ils en ayent fait mourir. Ainsi
quoique ceux dont il s'agit ici , pour
avoir été les Arcsboutans de la Révolte ,
méritassent le dernier supplice ; S. H. qui
ne voulut point violer leur caractere ,
fut obligée de les en dépouiller , afin d'àvoir
la liberté de satisfaire à sa justice ,
et ce fut en leur donnant cette queue que
se fit leur dégradation , parce que ce signe
d'honneur , qui est incompatible avec
l'état d'homme de Loy , les faisants passer
dans celui d'homme de guerre , auquel
il est particulierement affecté , le
Sultan n'étoit plus arrêté par aucun scrupule
, et pouvoit disposer à son gré de
leur vie , dés le moment qu'ils avoient
cessé d'être Effendi ..
Il sembleroit par cette raison , que
S. H. auroit donc dû les faire périr sur le
Ev champ
32 MERCURE DE FRANCE
champ comme les autres , mais un reste
de menagement pour leur dignité , et la
présence de leurs confreres l'engagea à les
faire executer ailleurs .
Dès que le G. V. leur eut donné la funeste
marque de distinction , dont on
vient de parler , on les conduisît à la pri
son du Bostangis- Bachi ; ils y trouverent
beaucoup de personnes de l'ancien ministere
, que Patrona et Mouslouh y avoient
fait mettre , et Abdoullah- Effendi , que
les approches de la mort ne rendoient
pas plus sage , appercevant parmi ces pri
sonniers le Vaivode de Galata , qui après
avoir été long-temps caché avoit enfin
été pris , lui dit , Vous l'avez tous échapez
belle , car nous étions bien résolus de
vous envoyer en l'autre monde ; heureusementpour
vous on nous a prévenus. Le vieux.
Vaivode piqué , lui répondit d'un air gra
ve ,
.
et colere tout ensemble ; je me sousie
si peu de la vie , que je mourrois satisfait
, si je pouvois auparavant avoir le plai..
sir de teindre ma barbe blanche de ton
sang. Leur conversation n'en seroit pas
demeurée là , mais des Officiers vinrent
l'interrompre pour conduire ces deux
Effendi degradés sur une Galere qui
étoit à la pointe du Serrail , et de laquelle
, après les avoir étranglez , on les
jetta dans la Mer.
La
AVRIL. 1731% 933
La nouvelle de toutes ces exécutions
templit d'une joye universelle tout Constantinople
et ses Fauxbourgs ; la plûpart
des Turcs égorgerent des Moutons en sacrifice
, de leur propre mouvement , et
devancerent les ordres du G. S. qui fit
publier que tout le monde rendit grace à
Dieu , de ce que par sa misericorde , l'Etat
étoit enfin délivré des traîtres et perfides
Chefs de la rébellion .
S. H. commanda en même- tems qu'on
eut à dénoncer et à saisir tous ceux qu'on
reconnoîtroit avoir été de leurs compli
ces , pour leur faire souffrir les mêmes
châtimens ; de sorte qu'en trois ou quatre
jours il périt par differens genres de
mort , la plupart dans le silence de la nuit,
près de 6000 de ces malheureux . Ils ne
sçavoient où fuir , ni à qui se confier ; on
les trouvoit on les arrêtoit , on les
déceloit par tout.
›
Il y en eut pourtant sept des plus criminels
, qui se sauverent chez le Kam des
Tartares ; ce Prince les garantit de la main
des bourreaux , moins par un effet de sa
compassion , dont ils étoient indignes.
que pour conserver à son Palais le droit
qu'il a d'azile inviolable ; mais il prit la
précaution de faire poser des Gardes à
toutes ses portes , afin qu'à l'avenir son
équité ne fut plus compromise en réfus
Evj giant
934 MERCURE DE FRANCE
giant chez lui de pareils scelerats .
Sultan Mahmout , encore plus attentif´
à récompenser qu'à punir , donna le même
jour la dignité de Janissaire- Aga , à
Mussin- Oglou - Abdullah , Pacha de Nisse,
qu'on avoit fait venir depuis peu , et dont
on se servit utilement dans ces conjonctures.
S. H. le fit outre celá Vizir à tros
queues. Il est vrai que la Charge de Ja- ·
nissaire Aga donne bien ce rang par ellemême,
mais quand on en est honoré indépendamment
de la Charge , celui qui´là .
pos ede en a plus de relief et d'autorité
et c'est par cette raison , que sous le précédent
Ministere , on n'a jamais fait de
Jani saires Agas , que des Pachas à deux
queues , afin qu'ils n'eussent pas tant dė
crédit. Dgannum Codgea , qui venoit
d'être fait Capitan Pacha , n'avoit aussi
qquuee deux queues ; mais le G. S. satisfait
de ses bons conseils et de son courage , lui :
en donna une troi iéme.
Mustapha Aga , dont nous avons promis
de parler , reçût pareillement des
marques dé la bien -veillance du G. S. On
le connoissoit autrefois sous le nom dè
Pehlivan , qui veut dire le Lutteur , parce
qu'en effet son adresse et sa force à là
lutte , et dans tous les autres exercices du
corps , jetterent les premiers fondements .
de sa fortune. Il avoit été dès son bass
âgé
AVRIL 17317 935
་
age créature du Kan des Tartares , à présent
régnant , qui le fit ensuite Officier
dans les Janissaires , et il se trouvoit Capitaine
de la 17 Compagnie , lorsque la ré
volte éclata. Pelivan s'enfuit: aussi tôt à
Brousse , auprès de son ancien Maître ' ,
pour n'être point impliqué dans tous les
forfaits qui s'alloient commettre ; puis
étant revenu à la Cour avec le Kam , ce
Prince le présenta au G. S. comme un su
jet fidele , et d'une valeur éprouvée : ce
*fut lui , comme nous l'avons dit , qui fut
chargé d'annoncer l'ordre du massacre
des Rebelles , et qui le commença le pre
mier , en coupant un bras à Patrona. S.
H. voulant donc reconnoître ce service ,
ket se souvenant aussi des rapports avantageux
que le Kam lui en avoit fait , le nomma
Lieutenant General des Janissaires , à
la place de Mouslouh. Sa modestie lui fit
d'abord refuser cette faveur; il representa
qu'il n'étoit pas assez ancien dans son
Corps , qu'il n'avoit pas assez de méri
te pour remplir une Charge si distinguée,
et que cela pourroit lui attirer l'envie et :
la haine des autres Officiers , qui en étoient :
plus digne que lui ; mais le G. S: passant
pat- dessus toutes ces considérations , lui
commanda d'obéir , ce qu'il fit en rendant
mille graces à S. H.
8
Le lendemain 26 Novembre , l'Empe →
reur
936 MERCURE DE FRANCE
reur envoya des Katcherifs à tous les
Chefs des differentes Milices , pour leur
faire part de ses heureux succès , et leur
enjoindre de faire observer une exacte discipline
à leurs Soldats ces commandemens
furent accompagnez de sommes considerables
, dont S. H. voulut qu'on fe
distribution dans chaque Corps . Elle envoya
so mille écus aux Janissaires , 60
mille livres aux Tobgdgis , et 75 mille
aux Gbedgis. Les Troupes , charmées des
génerositez de leur Souverain , firent des
prieres pour sa conservation et sa prospérité
, et durant toute cette journée , Constantinople
fut dans l'allegresse , excepté
les Rebelles , dont on prit un grand nombre
, qui ne survêcurent que peu d'heures
à leur emprisonnement .
Le miserable Yanuki eut aussi la tête
coupée , pour le punir de la témerité qu'il
avoit euë , de vouloir devenir Prince de
Moldavie malgré le G. S. Ainsi l'espece
de prédiction de Patrona , quand il demanda
à ce Boucher s'il ne se soucioit pas.
de vivre plus long-tems que lui , s'accomplit
presqu'à la lettre , puisqu'ils moururent
à un jour l'un de l'autre.
Le 27. les principaux Ministres , et les
premiers Officiers des Troupes , donnerent
toute leur application à redoubler
leurs recherches et leurs poursuites contre
le
*
AVRIL 1731.
937
"
Te reste des Rebelles , surtout pour empê
cher les incendies , car Patrona avoit déclaré
plusieurs fois , que si jamais on attentoit
à ses jours , il feroit mettre le feu
aux quatre coins de Constantinople , et
pour y mieux parvenir , il avoit placé
dans tous les Bains , des gens qui lui étoient
dévoüez entierement. Effectivement , la
plupart des gens qui les servent sont Albanois
, comme il l'étoit or il y a
une grande quantité de cette Nation parmi
la populace , et l'on remarquoit en eux
un certain air d'arrogance et de révolté ;
jusques- là , que ceux qui tiroient d'eux.
quelques services , étoient obligés de les.
payer au double , encore les menaçoientils
de Patrona , dont la prosperité rapide
et brillante , les avoit si fort éblouis , qu'ils
croyoient tous faire fortune par son cainal
; mais depuis sa mort , ces rustres glo
ricux sont devenus si humbles , et si craintifs
, qu'on n'en voit presque plus paroî
tre dans les rues . Le G. V. en a beaucoup
fait pendre , et pour des fautes les plus légeres
, on leur donne de cruelles bastonades
, afin qu'ils n'oublient pas si - tôt l'auteur
de leurs biens chimeriques , er de
leurs maux réels .
Le 28 Novembre , jour auquel nous finirons
cette Relation et auquel
ent aussi fini les suites de la Révolté
,
сем
9
938 MERCURE DE FRANCE
commencée à pareil jour du mois de Sep
tembre précédent , toutes les personnes
de l'ancien Ministere qui étoient encore
en prison , furent élargies , moyennant
des taxes modiques , et le G. S. fermant
l'oreille à la séverité , pour n'écouter plus
que la clémence , accorda une amnistie
generale à tous ceux qu'on pouvoit encore
accuser d'avoir eu part et d'avoir contribué
aux troubles de l'Erat; avec cette modifica--
tion pourtant , que ceux qui seroient reconnus
pour avoir été du nombre des premiers
conjurez , et qui auroient persisté?
dans la rébellion jusqu'à la fin , n'auroient
que la vie sauve , et subiroient l'éxil qu'on
leur prescriroit.
HISTORIQUE ;
exacte et détaillée de la derniere Révolution
arrivée à
Contantinople ; écrite d'abord
en Turc par un Effendi , avec plusieurs
circonstances de cet Evenement , tirées
d'autres Memoires.
L
A décadence des affaires enPerse ,
faute par le Grand Vizir Ibrahim-
Pacha , d'y avoir fait passer
des secours tels que les conjonctures le demandoient
, et l'oppression dans laquelle
le peuple gémissoit depuis long-temps par
les vexations des Ministres , ou de ceux
qui les exerçoient sous leur autorité et
par
l'établissement de plusieurs Impôts
jusqu'alors inconnus en Turquie , sont
A lcs
830 MERCURE DE FRANCE .
les deux causes principales de la Révotion
arrivée le 28. Septembre 1730.
Ce jour qui répond à l'année de l'Egire
1143. le 13. de la Lune de Rebiul Euvel,
un Jeudi à 9. heures du matin , Patrona-
Kalil, (a ) de Nation Albanoise, et quelques
autres gens sans aveu et de la lie du peuple
de Constantinople , comme Mouslouh
Emir- Ali , &c. produisirent ce grand
Evenement , qui par ses circonstances
mérite d'être transmis jusqu'aux siecles
les plus reculez ; il peut servir d'exemple
aux personnes revêtues d'éminens Emplois
, pour leur apprendre que quelques
élevez qu'ils soient , ils ne doivent jamais
perdre de vûë le vil état d'où on les a
tirez , (b) et que le dépôt du Gouvernement
de l'Empire leur étant confié , ils
doivent se comporter d'une maniere à s'attirer
l'approbation generale , comme s'ils
étoient toûjours environnez de vengeurs
de leur mauvaise administration , tels que
Patrona et ses Adhérans , qui tout inca-
(a) Il avoit été autrefois Leventy , c'est- à- dire
Soldat de Marine , et avoit servi sur le Vaisseau
la Patrone , d'où lui est venu le sobriquet de
Patrona. Depuis quelque temps il étoit Jannissaire
, ainsi que Mousloub et Emir- Ali.
(b) L'auteur fait cette refléxion , sur ce que n'y
ayant presque point de Noblesse en Turquie , ce
sont communément des gens de rien qui parvien
nent aux plus grands Emplois.
pables
AVRIL. 1731 . 831
pables qu'ils paroissoient d'une haute
entreprise , ont pourtant forcé le Sultan
Achmet III . d'abandonner le Trône de
ses Ancêtres.
Patrona-Kalil avoit merité plusieurs
fois la mort par ses actions de scelerat.
Il étoit âgé de 40. à 45. ans , de moyenne
taille , dégagée et bien prise , la mine
haute et fiere , portant moustache noire.
Mouslouh , et Emir- Ali , ne valoient pas
mieux que lui ; cependant ces hommes
si méprisables en apparence , tramant
depuis long-temps les moyens d'exciter
le peuple à la révolte , enfin parvinrent à
l'execution de leur dessein execrable . (a)
Voici comme ils s'y prirent.
Ils s'attrouperent d'abord en petit nombre
près d'une Fontaine dans la grande
Place qui est devant la Mosquée de Sultan
Bajazer ; là ils convinrent entr'eux de
se diviser en trois troupes , dont l'une iroit
au Bezestin , qu'elle traverseroit ; l'autre
sortiroit par la Porte de Bacché- Capi ; (b)
la troisiéme par la ruë de Divan Joleu, (c)
(a) Il paroît par cette expression et plusieurs
autres qu'on trouvera dans la suite , que l'Auteur
Turc n'approuve pas la Révolte , quelque bien
qu'elle ait apporté à l'Etat.
(b) Porte de Constantinople , appellée Porte
du Jardin .
(‹) C'est la grande ruë qui conduit au Serrail ,
A iij et
32 MERCURE DE FRANCE
et qu'ensuite elles se joindroient toutes
trois à la Place d'Etmeïdan. (a )
Cet arrangement pris , la Troupe de
Patrona - Kalil , partit la premiere ; ils
avoient un petit Drapeau déployé , le
Sabre à la main , et crioient par tout où ils
passoient , que les Marchands et Artisans
fermassent leurs Boutiques , et que tout
bon Musulman suivît leur Enseigne à
Etmeïdan , où l'on avoit à leur communiquer
de justes prétentions contre le Ministere
présent ; les deux autres Troupes
en ayant fait de- même dans la route qui
leur étoit prescrite , l'allarme se répandit
bien- tôt par tout Constantinople , les
Boutiques furent fermées , et la plus grande
partie des Turcs qui les occupoient
au lieu d'aller au rendez - vous , furent
se cacher dans leurs maisons , (b) ainsi
que les Chrétiens et les Juifs.
Le Grand -Seigneur et le Grand- Vizir
étoient au Camp de Scutary pendant ces
troubles naissants : Mustapha , Capitaneu
se tient le Divan du G. S. d'où elle tire son
aom , comme qui diroit la rue du Conseil.
(4) Etmeidan est une grande Place sur laquelle
donnent les Cazernes des Janissaires , et où on leur
distribue la viande.
(6) La plupart des Marchands et Artisans en.
Turquie , ne logent pas au même endroit où sont
Jeurs Boutiques,
Pacha
AVRIL. 1731 833
Pacha et Kaïmakan , qui en cette derniere
qualité devoit être instruit à porter un
prompt remede , se trouvoit près des Châteaux,
dans le Canal de la Mer Noire,à une
de ses Maisons de Campagne , où il s'amusoit
à faire planter des Oignons de
Tulipes ; et le Reys- Effendy , Secretaire
d'Etat , étoit pareillement à une de ses
Maisons du même Canal , où livré à son
indolence naturelle , il traitoit de bagatelles
ou de fable tous les avis qu'on venoit
lui donner de ce qui se passoit à
Constantinople ; de sorte qu'il n'y avoit
alors dans la Ville aucun Grand d'une certaine
autorité , pour y rétablir l'ordre ,
que le Janissaire Aga et le Kiaya du G.V.
Ce dernier ne fut pas plutôt averti de
l'émeute , dont il avoit plus lieu que
personne de redouter la fureur , que perdant
la tramontane , il fut s'embarquer à
P'Echelle la plus prochaine de son Palais,
et s'enfuit à Eyoup dans le fond du Port.
Quant aù Janissaire Aga , homme
venerable par son grand âge , il assembla
d'abord sa Garde ordinaire , se mit
à la tête et courut au-devant des Rebelles
, pour tâcher de les dissiper ou de
les ramener par la douceur ; mais voyant
qu'il ne faisoit que les aigrir davantage ;
que sa propre Garde , bien loin d'être disposée
à le seconder, murmuroit de ce qu'il
A iiij
ne
834
MERCURE
DE
FRANCE
.
ne se rangeoit pas de leur côté comme
ceux - cy l'y invitoient , et quelqu'un l'étant
venu avertir qu'une autre Troupe
de Séditieux marchoit droit à son Palais.
pour le piller , il ne songea plus qu'à sa
sureté personnelle ; il s'esquiva dans la
foule , se travestit , s'embarqua dans un
Bateau à une seule paire de Rames , afin
d'être moins reconnu et passa à Scutary ,
où il fut s'enfermer secretement dans une
maison qui lui appartenoit , sans informer
de rien le G. V.tant il avoit peur que
ce Ministre ne le fit mourir sur le champ,
pour n'avoir pas prévenu et étouffé dans
sa naissance ce soulevement.
Cependant les Rebelles ayant le champ
libre , leur nombre croissoit à vûë d'oeil;
ils entraînoient comme un Torrent tous
les Turcs qu'ils rencontroient , menaçant
de tuer ceux qui refuseroient de les suivre,
comme effectivement ils en massacrerent
plusieurs qui aimerent mieux mourir
fideles que de vivre traitres à leur
Souverain . Ils forcerent les Prisons et se
firent des Compagnons de fortune d'autant
de Turcs criminels qu'ils y trouverent.
D'ailleurs beaucoup de gens , qui
quoiqu'animez de leur même esprit ,
n'avoient pourtant encore osé se déclater
, n'hesiterent plus à se rendre sous
leurs Drapeaux , dès qu'ils virent des.
com
A V RIL. 1731. 833
mencemens si favorables et si prompts.
Or le feu de la sédition avoit déja fait
de grands progrès avant que le G.V. en fut
instruit,ceux qui étoient venus dans la matinée
de Constantinople à Scutary , et qui
n'avoient vû , pour ainsi dire, que les premieres
étincelles de ce grand incendie ,
lui ayant seulement rapporté que quelques
Bandits s'étoient battus devant le
Bezestin , sur quoi les Marchands naturellement
peureux, avoient pris l'épouvente,
et fermé leurs Boutiques ; mais que le Janissaire
Aga y étant accouru avec da
monde , les avoit fait r'ouvrir, avoit écar
té la canaille , et qu'il n'y avoit plus rien
à craindre. Ensorte que le G. V. trompé
et tranquillité par ces faux rapports , ne
sçût au vrai la cho e que vers les 4. heures
après midy , que le Mufty , le Kaïmakan,
le Kiaya et d'autres principaux Ministres
ou Officiers , vinrent à Scutary lui en faire
le funeste détail
Le Kaïmakan sur tout cherchant à se
disculper , lui dit qu'ayant appris le tumulte
entre 10 et 11. heures , il étoit
venu à Constantinople et qu'aussi - têt
il avoit monté à cheval pour rétablir la
tranquillité , mais qu'à mesure qu'il
faisoit r'ouvrir les Boutiques , les Rebelles
qui le suivoient , les faisoient re
fermer , et que n'étant soutenu d'aucu-
A v ne
836 MERCURE DE FRANCE
nes Troupes pour réprimer leur insolence,
il avoit été obligé de se retirer.
On tint Conseil sur le champ ; mais les
avis y furent si divers et si débattus , qu'il
dura jusqu'à l'entrée de la nuit , et qu'on
n'y résolut rien , sinon d'en aller tenir un
autre chez le G.S. Le résultat de celui - cy
fut qu'il falloit que Sa Hautesse et toute
sa Cour passassent à Constantinople où
l'on seroit plus à portée de remedier à
tout.Pour cet effet on envoya chercher une
Galere , sur laquelle s'embarqua le G. S.
et le G. V. le reste de la Cour les suivit
dans des Caïques , et tous furent débarquer
à minuit à l'Echelle de Top- Capy ,
qui est à la pointe du Serrail..
Le Sultan étant monté à la Kasoda ou
Chambre Imperiale , s'assit dans un coin
du Sopha , d'où il pouvoit entendre tout
ce qui se disoit dans un Appartement voisin
, où le G. V. les autres Ministres , les
Gens de Loy et autres Grands de l'Empire
s'assemblerent déliberer de nouveau
sur le parti qu'il y avoit à prendre dans
une si pressante extrémité ; mais les sentimens
y furent encore plus partagez
qu'au premier Conseil , et l'heure fatale
marquée par le sort pour la fin de
leur Regne étant venu , leurs délibepour
Fchelle du Canon , parce qu'il y en a là em
Baterie,
rations
A VRIL. 1735. 837
rations n'aboutirent qu'à précipiter leurs
destinées ; ils convinrent cependant tous
unanimement à la fin , que le nombre des
Rebelles n'étant pas encore assez.considerable
pour que l'on ne pût esperer de
les mettre à la raison , il falloit avant qu'ils.
se multipliaffent davantage , leur opposer
un Corps de Troupes , et les aller attaquer.
Quoique cet avis fût peut- être le meilleur
, s'il avoit été suivi sans differer , le
G. S. avant de s'y rendre , voulut tenter
une autre voye. Dès qu'il fut jour Sa Hautesse
envoya un Bach Asseski ( c'est un
des principaux Officiers du Corps des
Bostandgis ) à Etmeïdan , ordonner aux
Rebelles de se retirer et les menacer qu'on
feroit main-basse sur eux s'ils n'obéïssoient
promptement. Ils répondirent sans.
marquer la moindre crainte , qu'ils s'étoient
assemblez pour le bien et l'honneur
de l'Etat ; qu'ils avoient des représentations
équitables à faire à leur Émpereur
, et qu'ils ne quitteroient point les
armes qu'on ne leur eût rendu justice.
Sultan Achmet , indigné d'une réponse
si audacieuse , s'emporta fort contre le
G. V. ce qu'il avoit déja fait la veille , et
Paccusa de nouveau d'être la cause de
tout ce desordre . Le Ministre s'en disculpa
et en jetta , comme il avoit déja fait , la
A vj faute
838 MERCURE DE FRANCE
faute toute entiere aussi sur le Kaïmakans
il accabla même ce dernier des reproches
les plus durs en presence de Sa Hautesse ,
vers laquelle se tournant tout d'un coup :
Seigneur, lui dit-il avec transport , souffriras-
tu qu'une ame si vile et qu'un miserable
tel que celui- cy jouisse encore de la
lumiere.
Le Sultan frappé de ce qu'il venoit d'entendre
fit aussi- tôt arrêter le Kaïmakan
puis prenant un ton plus radouci , donna
divers ordres au G. V. sur la situation
des affaires ; l'habile Ministre qui les jugea
impraticables ou inutiles à suivre ,
lui répliqua sans s'amuser à combattre
ses sentimens : Seigneur, dans la crise où se
trouve l'Empire , je ne vois que deux choses
à hazarder, ou que Sa Hautesse se mette
elle-même à la tête de sa Maison et aille
fondre sur les Rebelles , étant persuadée que
sa seule presence pourra les désunir et les déconcerter
, ou qu'elle me permette d'y aller à
sa place , me flattant que je suis assez aimé
des Troupes pour me faire un Party considerable
dès que je paroîtrai.
Le craintif G. S. n'ayant goûté ni l'une
ni l'autre de ces propositions , essaya
vainement de s'attirer du secours du dehors
; il fit déployer le Sangiak- Cherif *
J
* C'est-à- dire le saint Etendart , qui selon les ,
Turs , fut apporté du Ciel à Mahomet par l'Ang
ge Gabriel.
AVRIL. 1737. 83
à la porte du Serail , et fit crier du haut
des murailles que tout Soldat qui voudroit
venir sous cette Baniere pour aider
l'Empereur à soumettre les Rebelles , auroit
30. écus de gratification et qu'on
lui augmenteroit sa paye de deux Aspres *
par jour.
Ces belles promesses ne gagnant le coeur
de personne , il fallut en revenir , mais,
trop tard , au dernier projet du Conseil ,
qui étoit , comme on a dit , de former un.
Corps deTroupes . On choisit les Bostangis
par préference à toute autre Milice
non-seulement parce qu'ils sont les gar
diens naturels du Serail , mais aussi parce
que les Ministres avoient toûjours eû.
quelques égards pour eux, au lieu que les.
Janissaires , les Spahis , les Tobgis et
Dgebedgis , ayant été maltraitez ou méprisez
( sur tout par le Kyaya , qui pendant
son orgueilleuse prosperité les avoit
menacés plusieurs fois en public de les
détruire entierement ) on ne devoit pas.
esperer d'en tirer beaucoup de secours.
dans cette occasion ..
2.
On s'adressa donc aux Bosdtangis , mais.
quand il fut question de les assembler
ceux sur qui l'on pouvoit compter pour
une action de vigueur s'étoient cachez ,
ou avoient pris la fuite , de maniere que
L'Aspre vaut deux Liards.
ne
840 MERCURE DE FRANCE .
ne se trouvant plus que des enfans , des
malingres , ou des gens sans courage , incapables
de faire tête aux Rebelles , on
vît bien qu'il falloit se tourner d'un autre
côté. On jetta les yeux sur le Corps de la
Marine , et le G. S. ayant honoré de la
Charge de Capitan Pacha Abdi- Capoudan
, qui avoit la Charge de Maître du
Port de Constantinople , homme de résolution
; il l'envoya à l'Arsenal pour s'y
faire reconnoître en cette qualité : on lui
tira à cet effet cinq coups de Canon de ce
lieu , et tous les Vaisseaux arborant leur
Pavillon , lui en tirerent chacun un. Ce
nouveau General de la Mer, pour donner à
son Souverain des preuves de sa reconnoissance
et de son zele , ordonna aux Galeres
de se rendre à la pointe du Serrail , et fit en
même-tems battre la Caisse au nom du G.S.
›
en'
Cette opération cut d'abord assez
de succés et l'on avoit déja débarqué
au Sérrail environ 300 Leventis , ou
Soldats de Marine , lorsque Patrona Kalil ,
tombant tout à coup sur l'Arsenal
chassa le Capitan Pacha , et fit sçavoir aux
Léventis que s'ils embrassoient la deffense.
de la Cour , il ne leur feroit aucun quar-`
tier , et qu'il brûleroit tout à la fois leurs.
maisons , les Vaisseaux et les Galeres de Sa
Hautesse. Ces menaces firent de si fortes:
impressions sur les Soldats de la Marine ,
que
AVRIL. 1731. 841
que ceux qui alloient encore au Serrail
pour s'enroller , s'en retournerent , et la
plûpart de ceux qui y étoient déja , et qui
avoient reçû chacun 25 écus de présent ,
trouverent le moyen de s'évader de côté
et d'autres , sous divers prétextes .
Patrona- Kalil se ressouvenant qu'il avoit
été autrefois condamné à mort , pour un
assasinat , lors qu'il étoit Léventis sur le
Vaisseau que commandoit alors le même
Abdi - Capoudan , et que cet Officier lui
avoit sauvé la vie , saisit cette occasion
pour lui en marquer sa gratitude : il le fit
revenir à l'Arsenal , le rétablit dans sa di
gnité de Capitan- Pacha , et l'assura de sa
protection ; mais il emmena avec lui le se
cours que ce dernier avoit destiné au Sultan
, et l'augmenta de tous les malfaiteurs.
Turcs qui etoient , tant dans le Bagne
lieu où l'on enferme la Chiourme , que
sur deux Galères , d'où il les retira , et à
la faveur desquels , contre son intention
plusieurs Esclaves Chrétiens se sauverent ;
si bien que Sa Hautesse se voyant totalement
frustrée de ses esperances du côté
des armes fut obligée d'avoir recours à
la négociation.
J
د
On n'entrera point ici dans le détail de
toutes les allées et venues des Agens de
l'Empereur et de Patrona , non plus que·
des menaces verbales et par écrit , qui fu
rent
42 MERCURE DE FRANCE
›
rent faites de part et d'autre durant ces
jours de discussions intestines , mais nous
renfermant à rapporter l'essentiel de tout
cela , nous dirons que le vendredy , vers
le soir , S. H. renvoya le Bach- Assekу
un des principaux Officiers des Bostangis
demander aux Rebelles ce qu'ils voufoient
> et quelles étoient leurs intentions.
Ils répondirent qu'ils prioient le
Sultan de leur faire remettre en vie le
Mufty , le G. V. Ibrahim-Pacha , avec
Mustapha-Pacha , Caïmacan , et le Kyaya
Mehemel , tous deux Gendres du G. V.
et qu'à l'égard de S. H. ils étoient trèssatisfaits
de son Régne , et lui souhaittoient
toutes sortes de prospéritez .
Le G. S. sur cette réponse , fit arrêter le
Kyaya ; que l'on consigna aux Bostangis
, comme on leur avoit déja consigné
Te Kaïmacam ; pour le Mufty et le G. Vizir
, le Bach Assesky eut ordre de retourner
vers les Rebelles , et de leur dire que
le Sultan alloit déposer et exiler ces deux
Ministres ; qu'il les prioit de vouloir bien
se contenter de cette punition , et ne pas
exiger qu'on les privât du jour , en reconnoissance
de ce qu'il leur livreroit les
deux autres pour en faire ce qu'ils jugeroient
à propos .
Le Bach-Asseky rapporta , que les Rebelles
se contentoient bien de la déposition
AVRIL. 1731. 843
tion et de l'éxil du Mufty , mais qu'ils persistoient
à vouloir le G. V. L'Empereur ,
malgré son affection pour ce Ministre
qui d'ailleurs étoit son Gendre , voyant
après avoir tenu plusieurs conseils avec
les Gens de Loy , qu'il ne pouvoit le sauver
sans risquer de se perdre lui- même
lui envoya demander son cachet par le
Kislar Aga, et le fit ensuite conduire dans
l'Appartement qu'on nomme Musafir-
Oda , ( ou Chambre des Etrangers ) sans
lui faire aucun mauvais traitement. Cela
arriva le Samedy à midy , et la Charge
de G. V. demeura vacante depuis ce moment
jusqu'à 9 heures du soir , que S. H.
en honora Mehemet - Pacha , aussi l'un
de ses Gendres. Il avoit été Selictar- Aga ,
ou Porte-Sabre du G. S. et étoit sorti depuis
peu du Sértail avec la qualité de Vizir
à trois queues , qui le faisoit conseiller
cubé ou de voute , c'est - à- dire , qu'il
avoit séance au Conseil qui se tient dans
un lieu vouté.
Pendant que tout étoit en agitation dans
le Sérrail , fes Rebelles n'étoient pas oisifs
dans la Ville ; ils détachercnt plusieurs
partis , dont les uns furent piller quelques
maisons de proscrits , ( c'est- à- dire de
ceux qui avoient eu directement ou indirectement
quelque part au Ministere )
entr'autres à Galata , celle du Vaivode →
on
844
MERCURE
DE
FRANCE
où ils trouverent beaucoup d'argent
qu'ils jetterent par les fenêtres , ainsi que
tous les meubles , disant que des Musulmans
ne devoient pas profiter des rapines
et des extorsions que cet indigne Officier
avoit fait sur les Dgiaours , ou Infideles ,
& comme c'étoit leur bien , qu'il étoit
juste qu'ils le reprissent , effectivement
nombre de Grecs et d'Arméniens et de
Juifs ramasserent ce qu'ils voulurent
sans que les Turcs s'y oposassent ni prissent
rien pour eux .
2
D'autres furent crier de nouveau par les
rues , car ils avoient déja crié , sur les me
naces que le G. S. avoit faites , d'appeller
ses sujets Chrétiens à son secours , ) que
pourvû queles Infideles nes'attroupassent
point , et qu'ils se tinssent tranquillement
chez eux , il ne leur seroit pas fait le
moindre tort , et cela s'observa religieusement
en general. Patrona ayant exigé
par serment de tous ses Camarades , qu'ils
ne commettroient aucun excès , il y cut
pourtant quelques coquins qui le fausserent
, mais ceux que l'on reconnut ou que
l'on prit sur le fait furent punis de mort
par
l'ordre même des Chefs de la rebel-
* Cette Charge réunit les fonctions de Gou
verneur et de Lieutenant de Police , le Vaivode de
Galata étend son distric jusqu'à la Mer Noire , le
long de la côte d'Europe.
lion.
AVRIL. 1731. 845
fion. Ils firent publier aussi que les Boutiques
où se débitent les choses necessaires
à la vie fussent toujours ouvertes , et
si bien garnies , que cette Capitale du
monde et ses vastes Fauxbourgs ne souffrissent
aucune disette .
Quoique toutes les Milices fussent dèslong-
tems révoltées dans le coeur , cependant
les deux premiers jours de la sédition
, il ne paroissoit pas que les Jannissaires
, les Topgis et Dgebedgis y rempassent
, du moins ouvertement , affectant
au contraire une espece de neutralité , qui ,
à la verité , ne les excusoit pas envers leur
Souverain.
,
Mais les Rebelles s'étant emparés du
Dgebe-Kané, ils se partagerent en deux
bandes , les uns furent inviter les Jannissaires
à se joindre à eux pour les aider
leur dirent- ils , à consommer une entreprise
aussi utile et aussi glorieuse à l'Empire
qu'étoit celle qu'ils avoient commencée
, tandis que les autres étant passez
à
Top-Hana, sollicitoient la même union auprès
des Topgis , et Dgebedgis ; ces differens
corps firent mine quelque tems par
un reste de bienséance , de ne vouloir pas
se prêter à leurs instances réïterées , mais.
* Gebé- Cavé , Magazin proche le Serail , on
sont les poudres , le plomb , et autres munitions,
de Guerre.
846 MERCURE DE FRANCE
y cédant à la fin ils y consentirent , a
moins tacitement.
Les Rebelles qui n'en demandoient pas
davantage , entrerent alors dans les Odas,
ou chambres des Cazernes de ces Troupes
,
d'où ils enleverent sans obstacle , les
tentes , les grandes marmites , et autres
ustanciles qu'ils transporterent à la place
d'Etmeïdan , où ils dresserent un Camp
dans les formes . Bientôt après , les Jannissaires
et les autres Milices les suivirent ,
faisant pourtant toujours semblant d'y
être forcez , quoiqu'ils courussent à l'envi
les uns des autres , pour arriver des premiers
au lieu de l'Assemblée , excepté les
Officiers , qui demeurerent constamment
attachées au G. S. et dont la plûpart s'étoient
déja retirez au Sérrail.
Cette jonction de la Soldatesque aux
Rebelles , acheva de déconcerter la Cour :
l'Empereur voulut cependant faire encore
une tentative auprès d'eux pour en obtenir
la grace d'Ibrahim - Pacha , mais ils
répondirent insolemment qu'ils avoient
assez fair , de pardonner au Mufty, à quoi
ils ne s'étoient même déterminez qu'en
consideration de son sçavoir , et de la
qualité de Chef de la Loy , et qu'ils vouloient
absolument qu'on leur remit le
G. V. et ses deux Gendres , pour leur faire
rendre compte de leur administration .
Le
AVRIL: 1731.
847
Le Sultan convaincu par l'opiniâtreté
de ces mutins , qu'il qu'il ne lui étoit
pas possible de soustraire son Ministre à
leur fureur , le fit condamner par le Kadilisker
d'Asie avec le Kaïmacan et le
Kyaya, à être étranglés, et ordonna qu'on
porteroit leurs corps à Etmeïdan .
,
Le Kyaya Mehemel , n'eut pas plutôt
appris , quand on vint le tirer de sa prison
, que c'étoit pour le mener au Kapon-
Orasy , endroit du Serail où l'on execute
les criminels d'Etat , que la frayeur dont
il fut saisi prévint les Bourreaux , et lui fit
rendre l'ame sur le champ ; ils ne laisserent
pas de le traîner au lieu du suplice ;
où par formalité pour l'éxecution de la
Sentence , on lui passa une corde d'arc au
col , ou corde de boyau ; à l'égard du
Vizir et du Kaïmakam , ils conserverent
leur fermeté jusqu'à la fin . Ce dernier fit
tranquillement ses ablutions et ses prieres,
mais le Visir ne fit ni l'un ni l'autre , disant
qu'étant si prés de perdre la vie , il
ne vouloit pas se donner tant de peine.
Ainsi finirent ces fléaux du peuple le
Is
de la Lune
de Rebiul
- Euvel
à 9 heures
du soir , du 30 Septembre
, dans le tems
même
que Sa Hautesse
faisoit
Mehemet
Pacha
G. V.
, Le lendemain matin , les trois cadavres
presque nuds , furent chargez chacun sur
un
$48 MERCURE DE FRANCE
un Chariot , et conduits à Etmeïdan ; le
peuple qui les suivoit , après avoir exercé
sur eux mille infamies , criant le long du
chemin , que tous les ennemis de l'empire
et de la Religion puissent avoir le même
sort. Quand les Rebelles les virent arriver,
ils entrerent dans une colere inexprimable
, se récriant sur ce qu'on ne leur avoit
livré ces traîtres en vie comme le
G. S. le leur avoit promis. On leur répondit
, qu'il n'étoit pas d'usage qu'un Sultan
remit ses Ministres vifs entre les mains
de leurs ennemis , et qu'ils devoient être
contents de ce que S. H. avoit eu la condescendance
de faire pour eux.
pas >
Les Rebelles qui avoient leurs veuës ;
n'eurent garde de se payer de ces raisons ;
ils redoublerent de fureur , et déclarerent
sans ménagement , qu'ils vouloient
qu'Achmet III. fut déposé , et que Mahmoud
, son Neveu fut mis sur le
Thrône.
>
Leur propre sûreté les entraîna dans cet
excès de révolte; faisant réfléxion qu'Ach
met étoit naturellement cruel ; qu'il avoit
fait mourir tous ceux qui avoient détrôné
son frere le Sultan Mustapha II. en 1703 .
pour lui donner sa place ; qu'ainsi ils n'en
devoient pas attendre de meilleur traitement
s'ils le laissoient en état de se venger
des outrages qu'ils venoient de lui
faire
AVRIL. 1731. 849
faire , au lieu qu'en élisant Mahmoud
qui languissoit depuis 27 ans en prison ,
ils auroient sujet d'esperer que ce Prince ,
par reconnoissance de ce qu'il leur devroit
sa liberté et son élevation , n'attenteroit
point à leur vie.
Mais comme il falloit au moins quelque
prétexte spécieux , pour colorer une
infidelité si formelle , non contents des
plaintes ameres qu'ils avoient déja faites'
contre leur Souverain , de ce qu'il leur
avoit manqué de parole en leur envoyant
morts les trois Ministres ; ils feignirent de
croire ( et peut-être le crurent- ils effectivement
) que ce n'étoit pas même le corps
du G. V. qu'on leur avoit apporté , mais
celui d'un forçat de Galere , qui lui ressembloit
, et que l'on avoit substitué à sa
place.
La verité est que ce Ministre étoit si
méconnoissable après sa mort , ( ce qui
avoit même fait répandre dans le public
qu'il s'étoit empoisonné ) que son premier
Batelier qui le voyoit tous les jours depuis
long- tems , affirma que ce n'étoit pas lui.
et qu'on verifia d'ailleurs qu'il n'étoit pas
circoncis . Il est vrai que Ibrahim étoit né
Chrétien , et que dans le fond , n'ayant
aucune Religion , il ne s'étoit pas embarrassé
de se faire circoncire quand il vint
d'Asie à Constantinople , professer l'exte
rieur du Mahometisme.
850 MERCURE DE FRANCE
que
Quoiqu'il en soit , les Rebelles se crurent
suffisamment authorisez à soûtenir
le G. S. les avoit doublement trompez
; ainsi , après avoir assouvi leur rage
sur les cadavres du Kaïmakam et du
Kyaya , qu'ils pendirent ensuite à deux
arbres , pour en donner le spectacle à tout
le peuple , ils attacherent à la queuë d'un
cheval celui du malheureux Ibrahim , et
le traînerent jusqu'à la porte du Serrail ;
là, par des clameurs affreuses , ils demanderent
qu'on leur remit en vie le veritable
Ibrahim , avec le Deys- Effendi , et
toutes les créatutes du premier , ajoûtant
que puisqu'on ne pouvoit compter sur
les promesses d'Achmet , et qu'il s'obstinoit
contre toutes les Loix à proteger un
monstre qui avoit désolé l'Empire , il n'étoit
plus digne de régner , et qu'il falloit
le renverser du Thrône pour y placer
Mahmoud , qu'ils avoient déja proclamé
Empereur.
Le Sultan - Achmet mit en vain tout
en oeuvre pour tâcher de les calmer , leur
faisant offrir des récompenses considérables
, et de leur sacrifier toutes les victimes
qu'ils demanderoient ; ils furent infléxibles
, et s'en retournant à Etmeïdan
ils jetterent en chemin le cadavre d'Ibrahim
auprès d'une belle Fontaine , que
se Ministre , qui étoit magnifique en
tout ,
AVRIL. 1731. 851
tout , avoit fait construire depuis deux
ans pour l'ornement de la Ville et la
commodité du Public.
>
l'é-
Les Rebelles , quoique résolus à ne se
point relâcher sur la déposition d'Achmet
, avoient pourtant besoin , pour
xécution d'un projet de cette importance,
d'être guidez par quelqu'un qui eût des
lumieres et du crédit , et qui entrât en
même-tems dans leurs sentimens . Ils trouverent
ce qu'ils cherchoient lorsqu'ils s'y
attendoient le moins , dans la personne de
Ispiri-Zadé , Prédicateur ordinaire de la
Cour et de Sainte Sophie . Cet hipocrite ,
qui , sous un air simple et mortifié , cachoit
une ambition démésurée , et qui
avoit reçû dans cent occasions des bienfaits
de l'Empereur , s'abandonnant à
l'ingratitude la plus noire , fut lui - même
trouver les conjurez ; il les confirma par
ses pernicieux conseils dans leur abominable
dessein leva toutes les difficultez
qu'ils croyoient le pouvoir faire échouer ,
et se chargeant de conduire l'affaire , il
fut au Serrail vers le soir du 16 de la Lune
( le premier Octobre ) dans le tems que
le G. S. étoit à la Kas- Oda , et que tous
les Ministres , les gens de Loi , et autres
Grands de l'Etat , étoient dans un
Kiosk ( espece de Pavillon ) consternez et
violemment agitez.
,
B Dès
852
MERCURE
DE FRANCE
Dès qu'il parut , chacun s'empressa de
le questionner sur ce qui se passoit dans.
la Ville ; il dit , contrefaisant l'homme
abbatu de tristesse , que les Rebelles ne
vouloient plus en aucune façon , qu'Achmet
restât sur le Trône ; et qu'après tout ce qu'il
avoitfait enfaveur de ce Prince , pour vaincre
leur animosité contre lui , il étoit inutile de
se flatter qu'on put les faire changer de réfolution.
A ces paroles toute l'Assemblée devint
comme immobile , et n'eut pas la force de
proferer un mot ; le perfide Ispiri -Zadé
voyant que personne ne se mettoit en devoir
d'aller annoncer cette nouvelle au
Sultan , il y fut de lui- même.
Hé bien , qu'y-a- t'il , lui dit Achmet ;
les Rebelles font- ils toujours à Etmeidan ?
Pourquoi ne se retirent-ils pas , pour vaquer
chacun à ses affaires ? Je les aifavorisez audelà
de ce que je devois , je leur ai offert des
préfens , et de leurfaire justice de tous ceux
dont ils croyent avoir à se plaindre , que veu
lent- ils , que souhaittent-ils encore ?
Seigneur , lui répondit cet homme pervers
,d'un ton ferme, et pourtant composé
, ton régne est fini , et tous tes sujets révol
tez ne te veulent plus pour Empereur, Alors,
Achmet se levant brusquement , répliqua
, et pourquoi ne me le disiez- vous pas
plutôt ? Vous vene ici tous les jours , d'où
و
vient
AVRIL. 1731. 853
vient tant tarder à me l'apprendre ? Puis sans
hésiter il courut à l'Appartement du Prince
Mahmoud , son Neveu ; le prit par la
main , le conduisit à la Kasoda , où il le
plaça lui-même sur le Trône , le salua Empereur
le premier , et lui dit entr'autres
choses fort touchantes : Souvenez - vous
que votre pere ne perdit la place que je vous
céde aujourd'hui , que par son aveugle complaisance
pour le Mufty Feyz -Oullah Effendi
, et que je ne la perds aujourd'hui moimême
que pour m'être trop confié à Ibrahim-
Pacha , mon Vizir , profitez de ces deux
grands exemples ; ne vous attachez à vos
Ministres , et ne vous reposez sur eux qu'avec
beaucoup de circonspection. Si j'avois
toujours suivi mon ancienne politique de ne
jamais laisser les miens trop long-tems en place
ou de leurfaire rendre souvent un compte
exact des affaires de l'Empire , j'aurois peutêtre
fini mon régne aussi glorieusement que je
Pai commencé. Adien , je souhaite que le
vêtre soit plus heureux ; je vous recommande
mes enfans et ma personne. Ensuite , l'infortuné
Achmet fût s'enfermer de lui-même
dans la prison , d'où il venoit de tirer son
Neveu .
Les fils d'Achmet s'enfermerent avec
lui ce jour- là ; Mahmoud l'ayant ainsi
ordonné pour consoler son Oncle , mais
le lendemain ces Princes furent logez ail-
Bij leurs ,
854 MERCURE DE FRANCE .
leurs , les trois plus jeunes ensemble , et
les trois aînez , chacun dans un Appartement
séparé.
Cette abdication se fit le 2 Octobre à
deux heures du matin : tout ce qui se
trouva dans le Serrail de Ministres et de
Gens de marque , fut admis cette nuit
même à baiser la veste du nouveau Sultan
.
Le jour venu , on lui éleva un Trône de
vant le Babiseadet , ou la Porte heureuse ;
c'est une porte du Serrail qui conduit à
l'Appartement où le G. S. donne Audien-.
ce aux Ministres Etrangers ; et c'est dans
cet Appartement que tous les Grands de
l'Empire , en Corps , vinrent le reconnoître
Empereur, et lui baiser la veste . Aussitôt
les Crieurs publics annoncerent son
Avénement par toute la Ville.
Le même jour , une Galere transporta le
Mufty à Tenedos , lieu de son exil, Les
Rebelles l'avoient redemandé de nouveau
pour le faire mourir , mais les Gens de
Loy agirent si efficacement , qu'ils lui sauverent
la vie ; dans le fond c'est un fort
bon homme , dont la viellesse et la douceur
naturelle ont peut-être été les seules
causes du seul crime qu'on lui a reproché,
de ne s'être pas opposé avec la vigueur
qu'éxigeoit son caractere , aux malversa
tions qu'il voyoit commettre,
Le
AVRIL 1731. 855
Le 3 Octobre , le G. S. curieux de connoître
le premier Chef de ces gens téméraires
, à qui il devoit l'Empire , commanda
qu'on lui fit venir Patrona-Kalil , lequel
se présenta comme il étoit vêtu ordinairement
, c'est - à- dire , en simple Janissaire
, et les jambes nuës. Il s'avança d'un
air assûré jusqu'au Trône du Sultan , et
lui baisa la main : Que puis -je faire pour
toi , lui dit Mahmout , tu es en droit de me
demander toutes les graces que tu voudras.
Cet homme de néant , et chargé de crimes
, mais subtil et plein d'artifice , montrant
alors des sentimens plus nobles et
plus élevez, que sa naissance et sa vie passée
ne sembloient en devoir promettre ,
répondit à l'Empereur , que jusqu'à présent
il avoit tout ce qu'il avoit le plus désiré
, qui étoit de le voir sur le Trône
Ottoman et que pour l'avenir
sçavoit bien qu'il n'avoit rien à attendre
de Sa Hautesse qu'une mort honteuse et
prochaine. Je te jures par les manes de mes
Ancêtres , répondit le G. S. que je ne te ferai
jamais de mal ; demande moi seulement
quelle récompense je te puis donner , je te
l'accorde d'avance. Puisque votre bonté
Imperiale est sans bornes , répondit Patrona
, je vous prie de vouloir bien supprimer
tous les nouveaux impots dont vos fideles sujets
ont été accablez sous le précédent Minis-
,
B iij
*
,
il
tere.
856 MERCURE DE FRANCE
>
tere. Mahmout y souscrivit sans hésiter
et sur le champ cette suppression fut publiée
par tout .
Ce jour- là , le G. S. confirma Mehemet-
Pacha , dans la Charge de G. V. et lui
nomma pour Kyaya le vieux -Nik-Deli-
Hali-Aga , qui avoit été fort attaché à
l'Empereur Mustapha , pere de Sa Hautesse
.
Le 4. les Rebelles furent piller quelques
maisons de proscrits , et rompirent
le Sceau Imperial qu'on y avoit apposé.
Le Sultan fut vivement picqué de ce manque
de respect ; mais n'étant pas en état
d'en marquer son ressentiment , il les envoya
prier de cesser ces sortes d'éxecutions
, et leur fit représenter , que puisqu'ils
l'avoient mis sur le Trône , ils lui
devoient laisser le soin et l'autorité de punir
les coupables de la maniere qu'il conviendroit.
Bien loin de se rendre à ses
remontrances , et si douces et si justes ,
ils répondirent qu'ils ne discontinueroient
point leurs vengeances qu'ils ne l'eussent
satisfaite eux - mêmes et demanderent
pour la seconde fois qu'on leur remit le
Reys Effendi , le Tchiaoux Bachy , et plu
sieurs autres , ce que la Cour ne pût et ne
jugea pas à propos de faire , le Reys - Ef
fendi , entr'autres , étant alors si bien ca
ché qu'on le croyoit en fuite.
,
Le
AVRIL. 1731. 857
,
Le 5. ils pillerent encore deux grands
Palais , en Asie , sur le Canal de la
Mer Noire et cependant le Grand-
Seigneur ne laissa pas de confirmer dans
leurs emplois , tous ceux qu'ils en avoient
revêtus , comme les nouveaux Janissaire-
Aga , Topgi -Bachi , &c .
Il est d'usage , selon les constitutions de
l'Empire Ottoman , que quand ' un Sultan
vient à mourir de mort naturelle , et
que le Prince qui doit lui succeder monte
sur le Trône , celui - ci n'est point obligé
de faire aucune gratification aux Troupes
; mais que lorsque par une révolution
comme celle-ci , un Prince parvient à
l'Empire , il doit leur augmenter leur
paye et leur faire un présent , ce
qui se pratique de la maniere suivante.
2
Chaque Cavalier a 1000. aspres de présent
( 25. liv . ) et deux aspres dé paye , de
plus qu'il n'avoit par jour , ou s'il l'aime
mieux , car cela est à son choix , que le
présent soit converti en paye journaliere ,
alors on la lui augmente de trois aspres au
lieu de deux ; de même les Janissaires ,
les Tobdgis , et les Dgedbedgis , ont cinq
aspres d'augmentation de solde , et point
de présent , ou s'ils préferent de le tou
cher , on leur donne 3000. aspres pour
ce présent , ou 75. liv . et leur solde n'est
B iiij aug858
MERCURE DE FRANCE
augmentée que de deux aspres.
Le nouveau Sultan , étant dans le cás
de ces libéralitez d'obligation , fit venir
le Tefterdar , ou le Grand Trésorier , et
les autres personnes chargées du maniement
des deniers Imperiaux , et ordonna
de tenir prêt l'argent qu'il falloit pour
P'acquitter envers les Milices. Ces Officiers
dans la vûë de faire leur cour , ne voulurent
point toucher aux Trésors de l'Etat
quoique depuis l'établissement de l'Empire
, ils n'eussent jamais été si remplis
étant assurez de trouver dans ceux que
le
Grand Vizir , son Kyaya et le Capitan
Pacha avoient amassez des fonds plus
que suffisans pour le payement en question
.
J
Ils firent chercher avec soin , quelquesuns
des plus affidez Officiers de ces trois
Ministres , pour en tirer des lumieres touchant
le bien de leurs Maîtres . On amena
d'abord au Tefterdar un jeune homme
qui avoit été L'Anactar- Oglan du Grand
Vizir , ( c'est comme qui diroit un gentilhomme
de la Clef, ) et qui en avoit eu
toute l'amitié et toute la confiance ; il dit
que pourvû qu'on ne lui fit point de
mal ,il découvriroit de grandes richesses ;
on l'assura que bien loin de le maltraiter ,
on le recompenseroit . L'Anactar un peu
remis de son trouble , et d'ailleurs ne pouvant
AVRIL. 1731. 859
*
vant mieux faire , puisque s'il eut voulu
garder le secret , on le lui eut arraché
par les tourmens , conduisit le Tefterdar
dans une cour du Serrail du Grand Vizir
, où ce Ministre avoit fait bâtir un
Colombier ; on creusa dessous , à l'endroit
qu'il indiqua , et l'on en tira quatre
cofres de fer , dont trois fort grands ,
renfermoient chacun 18. longues bourses
de cuir , de 60. mille Sequins Fondoukli
chacune. Le Sequin Fondoukli , étant évalué
à 400. afpres fait 10. livres monnoye
de France , ces trois coffres contenoient
la somme de 32. millions 400 .
mille livres.
A l'égard du quatrième , il étoit à la
vérité beaucoup plus petit , mais il étoit en
récompense rempli de pierres précieuses
d'une beauté singuliere , et d'un prix inestimable
, aussi bien que les riches étoffes et
les tapis de Perse et des Indes,les fourures ,
les Bijoux , les curiositez de tous les Pays ; en
un mot, les hardes et les meubles superbes
que l'on trouva en profusion dans ce Palais.
On se saisit ensuite du Kyaya du Harem:
un Eunuque noir , ayant l'Intendance de
l'appartement des femmes de Mehemet ,
Kiaya d'Ibrahim - Pacha , qui avoit aussi une
connoissance parfaite des grands biens de
cette sangsuë de peuple. Dès qu'il fut pré-
Bv senté
860 MERCURE DE FRANCE
senté au Tefterdar , il lui confessa tout , et
le mena dans les differens Souterains que
son Maître avoit fait construire pour enfoüir
ses trésors. Il dit que quand Mehemet
avoit fait remplir un coffre , il le
faisoit porter par des portefaix jusqu'à une
certaine distance du lieu où il vouloit que
son argent fut déposé , et que lui , Kyaya
du Harem se travestissoit
> par son
ordre la nuit ; vuidoit ce coffre à diver
ses reprises et emportoit le contenu
dans la cache , sans que personne s'en fût
jamais apperçu.
,
en
Suivant le compte du Tefterdar on
fait monter à 30. mille Bourses l'argent
comptant de cet infame monopoleur ;
et ses autres biens à présqu'autant ; soic
en pierreries , en Palais , maisons
fonds de terre , en rentes , en habits , ou
soit en denrées ou marchandises , dont il
faisoit commerce. Chaque bourse de soo .
piastres , évaluée 1500. liv. les 30. mille
bourses font 45. millions, de notre monnoye.
3
Quant au Capitan Pacha , il n'a pas
paru qu'il fut à beaucoup près si riche en
especes que
les autres mais outre ses
Palais qui étoient dignes de loger des
Sultans , il avoit une grande quantité
de pierreries plus belles et plus parfaites,
AVRIL. 1731. 861
tes , que celles du Grand Vizir et du
Kyaya , parce qu'il les payoit aussi bien ,
et il s'y connoissoit mieux qu'eux : enfin les
richesses que l'on a trouvées chez ces trois
Miniftres , sont si prodigieuses , que le
Roi Cresus , si fameux dans l'Histoire par
ses Trésors , auroit pû passer pour pauvre
auprès d'eux .
Le Sultan Achmet n'ignoroit pas que
le Kyaya , entre-autres , s'enrichissoit infiniment
au- delà de ce qu'avoit jamais fait
aucun particulier de l'Empire , surtout
d'une aussi basse origine que l'étoit celuilà
, mais au lieu de mettre un frein à ses
concussions , cet avare Empereur , lui facilitoit
les moyens d'en faire tous les jours
de plus criantes , parce qu'il se flattoit que
le vieux Ibrahim son Vizir , mourroit bientôt
; et qu'alors n'étant plus retenu par
aucune considération , il feroit étrangler
le Kyaya , et s'empareroit de tous ses
biens.
Avant que de finir sur le compte de cet
odieux Ministre, il ne sera pas hors de propos
de rapporter une particularité assez singuliere
; sa fille unique étoit promise au
jeune Anactar Oglan , dont on a parlé. It
avoit fait de magnifiques préparatifs pour
la célebration de la nôce , qui avoit été
fixée précisément au soir du jeudi , que la
sédition éclata ,et suivant la coutume tous
B vj les
862 MERCURE DE FRANCE:
les grands de l'Empire lui avoient fait à
ce sujet des présens considerables ; la bienséance
vouloit, ce semble , dans le trouble
et le désordre où la Cour et la Ville
étoient plongées , et dont il avoit paru
lui- même si fort effrayé , quand il se sauva
le matin , que ces nôces fussent remises
à un temps plus tranquille et plus
propre à la joye ; cependant , soit qu'il
se flatât que la rebellion n'auroit point de
suites fâcheuses , ou que son orgueil l'aveuglât
, il passa outre , et insultant au
peuple pour la derniere fois , le mariage
fut consommé à l'heure marquée ; mais
il fut d'un sinistre augure , puisque tandis
que la fille entroit au lit nuptial , le
pere mettoit déja le pied dans celui de la
mort.
}
7
Les richesses du Grand Vizir et de ses
deux Gendres , étant immenses , comme
on l'a pû voir par le petit détail que nous
en avons fait , elles étoient plus que suffis
ntes pour le payement des troupes ; on
déploya donc cinq étendarts à Atmerdam
, sous lesquels vinrent se ranger, et se
fire écrire,tous ceux qui devoient, ou pour
mieux dire , qui voulurent participer à
cette gratification ; car il est bon de remarquer
que d'ordinaire un Sultan , n'est
tenu à faire le présent de son avenement
à l'Empire , qu'aux Militaires en exercice
,
AVRIL 1731. 863
ze , et déja enrolez du temps de son Prédécesseur
, et non à ceux qui ne venant
s'engager , la plupart dans cette occasion ,
que pour profiter du benefice qui l'accompagne
, disparoissent après l'avoir reçû
parce que supposé que parmi ces
derniers , il s'en trouve , qui s'enrollent
avec l'intention de servir , ils doivent
s'estimer assez heureux d'être reçûs au
nombre des Kouls ou Esclaves de sa
Hautesste , avec la paye qu'on leur assigne
; mais le Sultan Mahmout , voulant
commencer son regne par un acte de générosité
, pour se concilier davantage le
coeur des Milices et du peuple
d'ôter tout prétexte aux mal intentionnez
, de continuer la révolte , donna un
Katcherifs pour que les nouveaux Soldats
reçussent également la gratification
comme les anciens , et qu'on délivrât
également aux uns et aux autres deux
quartiers de leur solde.
,
et afin
Malgré cet ordre , cependant le Lieutenant
General des Janissaires , par probité
, ou par reconnoissance de ce que
l'Empereur l'avoit confirmé dans cette
Charge , qu'il tenoit des Rebelles , ne
put voir sans indignation qu'ils abusassent
des bontez de Sa Hautesse , jusqu'au
point d'admettre à cette gratification
comme ils faisoient , un nombre infini de
و
petits
$64 MERCURE DE FRANCE
,
petits enfans , de vieillards et de gens
éclopez ou contrefaits ; il crut donc pouvoir
représenter à Patrona , que si l'on
continuoit de la sorte tous les trésors:
du Grand Seigneur ne suffiroient pas
gratifier tant de gens qui le méritoient
si peu ; mais celui- ci lui dit avec un ton
de Maître , que ce n'étoit pas à lui à vouloir
diriger des finances qui ne lui appartenoient
point et dont il n'étoit pas
chargé de rendre compte , et sans autres
discours , il commanda sur le champ
qu'on mit en pieces ce malheureux Officier
, qui par trop de zéle et de probité
perdit en un instant la vie , et sa nouvelle
dignité.
,
Le Grand Seigneur voyant de plus en
plus par ce qui venoit de se passer , qu'il
ne lui seroit pas possible de rétablir l'ordre
et la tranquillité dans Constantinople
, tant que Patrona y resteroit en armes
, et n'osant entreprendre de s'en défaire
, de crainte de causer une seconde révolution
aussi fatale pour lui , lui , que
que la premiere
l'avoit été pour son oncle , il tenta
de l'éloigner de la Capitale , en lui offrant
un des plus considerables Gouvernement
de l'Empire , et d'y attacher toutes
les marques d'honneur qu'il souhaiteroit.
Mais Fatrona se défiant avec raison
que
AVRIL. 1731. 865
réque
des offres si avantageuses ne cachassent
un piége , répondit qu'il ne se
soucioit pas de dignitez , et qu'il n'étoit
avide que du sang des proscrits , dont
il avoit fait une longue liste. Le Janissaire
Aga qui étoit présent , s'avisa de
vouloir conseiller à l'Empereur,de donner
à Patrona 100. mille Sequins , et de le
laisser le maître de se retirer où bon lui
sembleroit.Je n'ai pas besoin d'argent,
,, pondit ce fier Rebelle , puisque toutes les
bourses de Constantinople sont à mon service
; et lançant un regard terrible sur
le Janissaire Aga , il lui recommanda d'un
ton , et d'un air si impérieux , de ne se
jamais mêler de ce qui le regardoit , s'il
ne vouloit avoir le même sort de son Lieutenant
, que sans rien répliquer , ce General
de l'Infanterie , se prosterna trois
fois devant lui .
ور
"
> et à
Le 6. Patrona nomma de son chef de
nouveaux Officiers , à la plupart des principaux
emplois dans les troupes
mesure qu'ils se présentoient devant lui
il les faisoit revêtir de Pelisses de Samour
de Martre Zibeline , qu'on avoit prises
au pillage des maisons des proscrits . On
publia de nouveau ce jour-là de sa pare
que tous ceux qu'on trouveroit commettant
du désordre , seroient punis de mort
sur le champ. Cette Ordonnance produi
sit
865 MERCURE DE FRANCE
>
sit un si bon effet , que , quoique Gala
ta grand Fauxbourg de Constantinople,
fut plusieurs jours sans Commandant,
le Vaivode , dont la tête avoit été mise à
prix , s'étant sauvé , et que presque tous
les Marchands François qui y demeurent
fussent alors aux Isles des Princes , avec
leurs familles , les Rebelles qui vinrent
piller quelques maisons de Juifs , ne firent
aucunes insultes à celle des François.
Il est vrai , que ce qui contribua beaucoup
à les garantir des brigandages de la canaille,
fut la précaution que leur nation prit d'établir
et de payer une gardepour leur pro
pre sureté , composée des Rebelles mêmes.
Le 7. le Sultan Mahmout' , fut avant
midi à la Mosquée d'Eyoup , qui est dans
le fond du Port de Constantinople , à
environ deux heures de chemin du Serrail,
se faire ceindre le Sabre Imperial ; céré
monie qui tient lieu de couronnement aux
Sultans. Son cortege étoit fort nombreux ,
mais il y avoit beaucoup de confusion ; la
Marche défila entre deux hayes de Janissaires
de Topgis , et de Dgebedgis , en
simple Doloma , qui est l'habit long que
portent ordinairement les Janissaires , en
Calote rouge , sans bonnets de cérémo
nie , et sans armes , comme l'Empereur
l'avoit ordonné ; car il y eut la veille de
grandes contestations à ce sujet ; entre
la
•
t
AVRIL. 1731 867
la Cour et les Rebelles , Sa Hautesse ne
voulant point que personne vint armé à
cette Cavalcade , et ceux- ci au contraire
ne prétendant pas devoir mettre bas les
armes , qu'on ne leur eut donné satisfaction
sur les proscrits , et qu'ils n'eussent
été payez de ce qu'on leur devoit , tant
du présent , que de ce qu'on leur devoit
d'ailleurs ; de sorte que malgré les défenses
du Sultan ils y vinrent bien armez ;
Patrona monté sur un beau Cheval magnifiquement
harnaché , y précedoit le
Grand Vizir , et avoit à sa gauche un
autre Chef de son parti . Ces deux hommes
affectant de mépriser le faste
n'avoient
qu'un petit Turban , l'habit de Janissaire
, et les jambes nuës ; ils jettoient
des Sequins au peuple , et quatre Dervi- .
ches , qui marchoient à pied à leurs côtez,
faisoient les mêmes largesses de leur part.
Le Sultan se distingua aussi par sa generosité
, ayant fait jetter ou distribuer pareillement
50. bourses , au lieu de douze qu'il
en coûte d'ordinaire à un nouveau Grand-
Seigneur dans cette occasion . On revint
par terre comme on étoit allé , le mauvais
temps n'ayant pas permis qu'on prit la
voye de la Mer , comme c'est l'usage.
Le peuple avoit compté qu'après cette
céremonie la tranquilité se rétabliroit , et
qu'on r'ouvriroit les Boutiques; mais l'autorité
868 MERCURE DE FRANCE
, que
torité du Grand Seigneur étoit encore si
mal affermie , qu'on n'osa exposer les
Marchands aux nouveaux désordres
cette ouverture auroit pû attirer; les principaux
Officiers des Rebelles étant même
venus à la Porte le 8. Octobre , et le Grand
Visir leur ayant fait distribuer des Cafetans
et des Chevaux , ils se prirent de paroles
, & et se tiraillerent l'un l'autre , chacun
voulant saisir le meilleur Cheval,
cela jetta d'abord l'effroi par tout
parce
qu'on craignit que ce ne fût une feinte
concertée entre eux , pour exciter une
nouvelle sédition ; heureusement se querellant
de bonne foi , ils se reconcilierent
de même .
د
Patrona , vint aussi peu après voir le
Grand Visir , accompagné seulement de
trois de ses camarades , qui le suivoient à
pied comme des domestiques. Dès que ce
Ministre , tout gendre qu'il est d'un Sultan,
et qui ne se seroit pas levé pour l'Ambassadeur
d'un Souverain , sçut que cet
illustre scelerat arrivoit , il courut vite au
devant de lui jusqu'au bas de l'escalier ,
le mena dans son appartement , où ils resterent
deux heures ensemble , et il le reconduisit
bien civilement au lieu où il étoit
venu le prendre.
Dans le temps que Patrona alloit par
tir , un Bach Asseky , domestique favori
du
AVRIL. 1731. 869
du Grand Seigneur , vint lui parler en secret
de la part de Sa Hautesse : il ne daigna
pas descendre de Cheval pour cela ,
mais se courbant un peu seulement , leur
conversation dura un quart d'heure , après
quoi il s'en retourna d'un air résolu à son
Camp d'Etmeïdan .
Il s'étoit répandu ce jour-là dans la Ville
, que le Grand Seigneur devoit honorer
d'un nouveau Cafetan , Abdi Capoudan
, et le confirmer dans la dignité de
Capitan Pacha ; mais il arriva au contraire
que Sa Hautesse le déposa et mit à sa
place Kafis Mehemet Pacha , jeune homme
de 35. ans , qui n'a aucune experience
dans la Marine : aussi n'étoit-ce qu'en
attendant l'arrivée de Dgianum Codeca ,
un des plus braves et des plus grands
hommes de Mer qui soit dans l'Empire.
Ce même jour , les Ministres Etrangers
eurent permission de la Porte d'expédier
à leurs cours , pour donner avis de
l'avenement de Sultan Mahmout à l'Empire
, et plusieurs Tribunaux de justice reprirent
leurs cours ordinaires , au moyen
des nouveaux Officiers , qu'on y mit pour
remplacer ceux que les Rebelles avoient
proscrits , comme entre-autres , le Vaivode
de Galata , qui fut remplacé par un
ancien Officier du Corps des Baltadgis
lequel avoit déja exercé autrefois le même
870 MERCURE DE FRANCE
me emploi , avec l'approbation generale.
Il est fils de Cherkez - Osman-Pacha
qui dans tous les grands emplois , qui lui
ont été confiez , a donné des marques de
son amitié pour les François , et surtout
dans l'affaire de la restauration du Temple
de Jerusalem.
Le 9. on commanda 20. Janissaires sans
armes , de chaque compagnie , pour aller
prendre à la Porte, l'argent destiné au présent
, et escorter les 150. chariots , chargez
chacun de so . Bourses , qu'on conduisit
en cérémonie chez le Janissaire
Aga , ou la répartition s'en fit pendant
trois jours à 100. mille hommes ; sçavoir
40. mille Janissaires , 18. mille Topgis ,
22. mille Dgebedgis , et 20. mille Spahis
, ce qui fait en tout 11250000. liv .
Le Grand Visir fut importuné de quelques
plaintes au sujet de cette distribution :
plusieurs Officiers deshonorant leur carac
tere , s'aviserent de retenir pour eux une
partie de ce qui revenoit à leurs Soldats :
une conduite si indigne en tout temps , et
si dangereuse dans les circonstances presentes
, méritoit sans doute une punition
exemplaire , cependant ils en furent quittes
pour restituer à qui il appartenoit ,
tout ce qu'ils s'étoient si injustement approprié
; mais il pensa arriver entre les
Rebelles un autre affaire de même espece
,
AVRIL. 1731. 871
ce , qui , pour peu qu'elle eut eu de suites
auroit été capable de ruiner entierement
leur parti .
2
Patrona , qui jusqu'alors s'étoit montré
en public , sous le caractere d'un hommé
désinteressé , faisant apparemment réflexion
, que la gloire toute seule n'étoit
que fumée , voulut lui donner plus de
consistance en y joignant les richesses.
Beaucoup de proscrits cachez , le firent
sonder , pour obtenir leur grace , et lui
offrirent des presens proportionnez à leurs
facultez ; il leur accorda la liberté de se
retirer où ils voudroient , et reçut de l'un
20. bources , de l'autre 30. &c. le tout
sans en faire part à ses Camarades ; ceuxci
n'en eurent pas plutôt connoissance
qu'ils s'en plaignirent avec aigreur. Vous
fçavez bien , lui reprocherent-ils , que nous
n'avons tous pris les armes que pour tirerle
peuple d'oppression, et le délivrer d'une
troupe de Loups raviffants qui le rongeoient
depuis 14. années ; que par l'assistance divine
nous sommes venus à bout de ce
grand et perilleux ouvrage ; cependant
,, vous , Patrona , qui comme notre Chef devriez
nous montrer l'exemple
et être
plus religieux obfervateur du serment que
vous avez exigé de nous , et que vous avez
fait vous même de ne pardonner à aucun
des ennemis de la Patrie , Vous êtes le
د و
و و
ر و
د و
ر و
ور
"
و ر
و
premier
872 MERCURE DE FRANCE
mier qui pour un vil interêt , rompez de fi
saints engagemens. Un peuple infini adresse
ses prieres au Ciel pour nous , en reconnoissance
de notre juste entreprise , et vous êtes
le seul qui s'oppose à son entiere perfection ,
en vendant vosfaveurs aux tyrans de l'Etat
mais ajoûterent - ils , en élevant la
voix : bien loin que vous puissiez rencontrer
en nous des coeurs capables d'applaudir
à cette bassesse , fachez , que fi dans deux
jours vous ne faites retrouver ceux que vous
avez fait évader , nous vous mettrons nous
même en pieces.
,
Patrona , étourdi de la harangue répondit
avec douceur à ses camarades , leur protestant
que malgré le crime dont ils le
chargeoient , sur lequel il ne se mit pourtant
pas fort en peine de se juftifier , son
dessein avoit toûjours été d'exterminér
tous ceux qui étoient sur l'état des proscrits
, et qu'il alloit travailler à leur
donner une pleine satisfaction à cet
égard.
Les pillages , les recherches , les persécutions
continuant donc à Constantinople
et aux environs , le Sultan en fut si
penetré , qu'il convoqua au Serrail `un
grand Conseil , composé de tous les Gens
de loy , à la tête desquels étoit , Mirza-
Zade, nouveau Mufty , et des principaux
Officiers de l'Empire. Il y fut résolu que
le
AVRIL. 1731. 873
le Grand Seigneur donneroit un Katcherif
fulminant , qui seroit adressé et porté
aux Rébelles , par l'Asseky- Aga ou Bacha-
Asseky , et que le Mufty rendroit une
Sentence ou Feiza en conformité , dont
on chargeroit à Ballach Effendi , Lieute
nant General de Police de la Ville.
Il eft bon de remarquer , que cet Officier
qui étoit une espece de fou turbulent
, avoit d'abord pris le parti des Rebelles
, qui l'établirent dans ce poste , et
que la Cour sçachant qu'il étoit en grand
crédit parmi eux , avoit trouvé le secret
de le gagner et de se servir de lluuii ,
pour
porter les Janissaires à plier leurs étendarts
et à rentrer dans leurs cazernes ; effectivement
le Istamboul- Effendi ou
Abdollah Effendi , malgré le dérangement
de son cerveau , avoit si bien negocié
cette affaire , que les plus anciens et
les plus sensez de cette Milice و serendant
à ses avis , s'étoient retirez dans leurs
chambres , avec promesse de se soumettre
aux ordres de la Cour,
Le parti des Révoltez étant considerablement
affoibli par cette désertion ,
l'Istamboul- Effendi , et l'Asseкy- Aga , vinrent
à leur camp ; ce dernier leur demanda
s'ils n'avoient pas reçû leur paye , et
pourquoi n'ayant plus rien à exiger du
Grand Seigneur , ils ne se retiroient pas ;
ensuite
874 MERCURE DE FRANCE .
ensuite il leur présenta le Kacherif , qui
fut lû à haute voix. Il contenoit en substance
, que puisqu'ils avoient fait eux-même
Sultan Mahmout Empereur , et qu'en
consequence ils se reconnoissoient ses
Esclaves , ils devoient lui obéir aveuglement
, et sans délai , qu'ayant d'ailleurs
sujet d'être satisfaits de Sa Hautesse´, qui
leur avoit accordé au- delà de ce qu'ils
avoient souhaité , il étoit juste qu'à leur
tour ils lui donnassent des marques de
leur soumission , afin de rendre le calme
à la Capitale de l'Empire où elle vouloit
absolument faire cesser tous désordres :
que si après avoir eu connoissance de ses
intentions par ce sublime commandement
, ils étoient encore assez ingrats et
assez témeraires , pour ne s'y pas conformer
, elle feroit déployer l'Etendart du
Prophete à la porte du Serrail , et publier
de toutes parts que tout bon Musulman
eut à venir le joindre , pour aller
contre les Séditieux , qui dès ce moment-
là seroient déclarez traîtres , infidelles
et répudiez de leurs femmes , et
qu'on poursuivroit leur destruction jusqu'à
ce qu'il n'en restât pas un seul.
Le Feta du Mufti fut lû ensuite , et
s'exprimant d'une maniere aussi forte , les
Rébelles commencerent à s'ébranler ; mais
ze qui acheva de les réduire du moins
.
en
4
AVRIL. 1731. 875
›
en apparence , fut la déclaration que leur
firent faire les Janissaires . , qui s'étoient
déja rangez à leur devoir ; que s'ils ne
se retiroient pas comme eux ils les
avertissoient que dès que la Baniere
de Mahomet paroîtroit , ils iroient la
défendre et les combattre , jusqu'à la derniere
goute de leur fang.
Les plus mutins intimidez par ces avertissemens
, soit qu'ils rentrassent sincerement
en eux- mêmes , ou que la plûpart
dissimulassent , comme la conduite qu'ils
tinrent depuis donne assez lieu de le penset
, se soumirent enfin , mais à deux conditions
; que la Cour , dans l'esperance
d'avoir la paix , fut encore obligée de
leur accorder la premiere , que le Grand
Seigneur ne feroit jamais mourir aucun
d'eux pour avoir excité la sédition ; la
seconde , qu'ils auroient toûjours cinq
étendarts déployez , pour être en état de
se défendre , si on vouloit entreprendre
quelque chose contre eux.
Ce traité fait , le Mufty se rendit garand
de la parole de Sa Hautesse , et l'Istamboul-
Effendi de celle des Rébelles
qui promirent de ne plus commettre
aucun désordre ; plierent leurs étendarts ,
à l'exception des cinq qu'on leur avoit
accordez , et se retirerent , les uns dans
les cazernes , les autres où ils voulurent .
C Cela
876 MERCURE DE FRANCE
Cela fe passa le douze Octobre.
Conséquemment à cet accord le Grand
Seigneur ayant ordonné le 13. qu'on r'ouvrit
les boutiques , l'affluence du monde y
fut si grande , ainsi que dans les marchez
, sans qu'il y arrivât ni tumulte ni
bruit , qu'il sembloit que la bonne harmonie
fut rétablie ; cependant le même
jour il se commit encore des violences et
des meurtres , dans quelques endroits de
la Ville , qui firent assez juger que le
calme n'étoit pas si général qu'on s'en
étoit flatté , comme on va le voir.
Les Caffez étant à Constantinople ,
comme ailleurs , des lieux où toutes sortes
de gens s'assemblent sans se connoître
, et où il se trouve d'ordinaire beaucoup
de faineants , qui n'ont d'autre occupation
que de parler de nouvelles ; il
y en eut plusieurs de cette espece qui
payerent de leurs vies l'intemperance de
leurs langues. Comme les Révoltez étoient
fort éloignez de se croire criminels , et
qu'ils se consideroient,au contraire, comme
de glorieux liberateurs de la Patrie ,
ils s'étoient eux-mêmes qualifiez du titre
de Serdengueschtis , c'est- à-dire enfans ›
* Serdengueschti , signifie proprement un homme
qui sacrifie sa tête. Quand les Turcs vont à la
guerre , surtout contre les Chrétiens , ils ont toû
jours un corps de ces zelez combattans , dont les
perdus ,
1
AVRIL. 1731.
877
<
C
>
perdus , ou dans un sens plus figuré, Gens
d'honneur , qui se sacrifient pour le bien
public tellement qu'à leurs manieres.
de penser ,, la qualité de Rébelles leur
étoit tout-à- fait odieuse . Il vint donc dans
ces Caffez de ces imprudens Nouvellistes ,
qui tout haut et sans ménagement des affaires
d'Etat , traiterent de Zorbas ou de
Rébelles tous ceux qui avoient pris les
armes contre Achmet ; par malheur pour
eux il s'y trouva de ces enfans perdus
qui les écharperent sur le champ.
, Un de ces derniers , s'étant enivré à
Galata , repaffa le Port , et alla droit à la
Douane de Constantinople , avec deux Domestiques
, il y prit dans la caisse , devant
tout le monde , environ 300. piastres
, dont il donna une partie à ses valets
, et leur fit signe de se saisir de deux
filles esclaves que l'on avoit amenées au
Bureau pour en payer les droits , et trouvant
à la porte un Cheval tout fcellé
monta dessus et s'enfuit ; il fit tout cela
sans que personne s'y opposât , parce que
dans ces temps de trouble on ne sçavoit
à qui s'adresser pour avoir justice , et que
les gens de la Douane ne connoissant point
Officiers s'appellent Serdengueschtis Agalar ,
qui signifie les Messieurs , ou les Chefs des enfans
perdus , et c'est aussi le titre que prenoient
Patrona & les autres Chefs de la Rébellion.
Cij
cet
878 MERCURE DE FRANCE
cet hardi voleur , craignirent qu'ils ne
leur arrivât pis , s'ils lui faisoient la moindre
chose .
Le lendemain 14. un autre inconnu
bien vêtu , et bien monté , vint aussi descendre
à la Doüane , accompagné de six
domestiques ; il entre seul , et va s'asseoir
auprès de la Caisse ; les Commis qui s'attendoient
à une avanture au moins aussi
fâcheuse que celle de la veille , lui font
civilité, et l'invitent à se mettre dans l'angle
du Sopha , qui est la place d'honneur
; notre homme s'y met les saluë
de la tête , et prenant alors la parole :
Qu'est ce donc ,Messieurs , que vous est- il
arrivé hier : le récit lui en ayant été fait ,
tel qu'on l'a rapporté , il appelle un de
ses valets , et lui commande d'aller dans
un endroit de la Ville , qu'il lui désigne ,
et de faire prendre et tuer sur le champ
une personne qu'il lui nomme, Cet ordre
donné , il en donne deux ou trois
autres à peu prés semblables à ses autres
domestiques ; puis s'adressant aux Commis
, qui aussi surpris qu'effrayez , n'osoient
pas ouvrir la bouche. Sçavez vous
bien qui je suis leur demanda-t'il je
m'appelle Mouslouh : à ce nom l'assembléc
frémit sans rien répondre. J'ai , continua-
t'il , un talent tout particulier pour
connoître les honnêtesgens , et les fripons , et
, ,
j'estime
ㄢ
६
AVRIL. 17318 879
Festime autant les premiers , que les derniers
me sont en horreur ; ainsi c'est pour proteger
les uns et pour exterminer les autres que je
viens de donner les ordres que vous avez
entendus. Ensuite il s'informa du nom et
de la demeure de tous ceux qui étoient
présents , et leur promit que si quelqu'un
venoit encore les inquiéter , ils
n'avoient qu'à lui en écrire un mot ;
que dans l'instant même il les vangeroit
des coupables ; après quoi remontant
à Cheval , au grand soulagement de
la compagnie , que ces beaux discours
n'avoient point rassurée , il fut dans un
autre quartier faire la même manoeuvre.
Ce Mouslouh , ci- devant simple Janissaire
, et Marchand de Melons , étoit un
des principaux Chefs des Révoltez , comme
on l'a déja dit au commencement de
cette Relation ; outre qu'il avoit naturellement
de l'esprit et de l'éloquence , il
s'étoit encore rendu recommandable à son
parti , parce qu'il sçavoit passablement
lire et écrire , mérite d'autant plus révéré
dans ce pays -là , qu'il est rare surtout
parmi les gens du peuple.
,
Quand les Rébelles créerent des Officiers
dans les Troupes , pour remplacer
ceux qui n'avoient pas voulu être leurs
Complices , Mouslouh se nomma lui même
Kyaya du nouveau Janissaire Aga , ou
C iij
In88%
MERCURE DE FRANCE
;
Intendant de toutes les affaires de ce
General de l'Infanterie , qui fut élevé à
cette Charge Eminente d'une maniere
assez singuliere. Mehemet Aga , c'est le
nom de ce General , étoit un vieillard
qui de Janissaire étoit parvenu au Grade
d'Hassexi , qui est une espece de Prevôt
qu'il y a dans chaque Compagnie , et qui
est au rang des bas Officiers. Un poste si
modique ne lui fournissant pas dequoi
subsister , il faisoit le métier de Sellier
les Rébelles dans leur Conseil Payant
fait Janissaire Aga , il racommodoit une
vieille Selle lorsque leurs députez vinrent
lui annoncer son élection . Mes amis
leur dit- il , il faut que vous vous soyez
mépris , ou qu'on vous ait mal adressez , car
jefuis le Curé du quartier * ; cette profession
comme vous voyez , ne quadre point du tout
avec la Charge dont vous dites que vos
Messieurs m'ont honoré ; les députez en
convinrent , et en furent rendre compte
à leurs Chefs ; on rassembla le Conseil
une seconde fois , et toutes les voix ayant
encore été pour Mehemet Aga on le
renvoya chercher avec ordre de l'amener
de gré ou de force ; le bon homme fut
obligé d'obéïr , et avoua que ne se sentant
pas assez de force , pour se charger
d'un emploi d'un si grand poids , it
* Ou Iman d'une Mosquée.
>
s'étoit
AVRIL. 1731. 881
s'étoit avisé de feindre qu'il étoit Curé ,
dans l'esperance qu'on le laisseroit tranquille
; mais malgré sa modestie et sa
vieillesse , il donna pourtant dans la
suite des marques qu'il n'étoit pas indigne
de cette place , puisqu'on peut dire que
son activité , sa prudence , et sa fermeté ,
sauverent Constantinople d'une seconde
sédition , qui pensa s'allumer , comme
on le va voir au principal endroit où la
premiere avoit pris feu.
Les 14. 15. et 16. d'Octobre , les Rébelles
firent encore quelques désordres en
divers endroits. Un Emir, entre- autres , ce
dernier jour-là , marchanda quelques pieces
de drap chez un Grec au Bizestin , et
ne pouvant convenir de prix avec lui , le
menaça de le tuer ; le Grec effrayé cria
au secours , ferma sa boutique , les autres
Marchands en firent de même , et tout
alloit rentrer dans la confusion , quand le
Janissaire Aga arrivant à propos , se saisit
de l'Emir , et le fit executer sur le champ ;.
ce qui rassura tout le monde .
Ĉette nouvelle alla bientôt jusqu'au
Mufti, qui voyant avec douleur que le levain
de la révolte fermentoit toûjours, envoya
chercher Patrona - Kalil , Mouslouh
Aga , et quelques autres Chefs ; il leur dit ,
qu'il étoit vrai que la Patrie leur avoit l'obligation
de la liberté qu'elle commençoit
C iiij
182 MERCURE DE FRANCE
respirer , que le Grand - Seigneur reconnoissoit
pareillement qu'il leur étoit redevable
de son élevation au Trône ; mais
que de même , qu'ils ne pouvoient douter
par les graces que leur avoit fait Sa
Hautesse , qu'elle sçavoit récompenser les
bonnes actions , ils devoient craindre d'éprouver
qu'elle ne sçut aussi punir les
mauvaises ; que s'ils avoient bien fait d'abord
de prendre les armes pour détruire
un Ministre tiranique , ils faisoient trèsmal
à present de continuer à s'en servir ,
pour fomenter les troubles et la discorde
dans l'Etat ; puisqu'au lieu de le soulager
réellement , ce n'étoit que substituer aux
calamitez dont ils l'avoient délivrée , d'autres
calamitez encore plus affligeantes ;
qu'enfin s'ils ne se déterminoient à se retirer
paisiblement , où le devoir de chacun
les appelloit , ils alloient perdre nonseulement
tout le mérite du bien qu'ils
avoient procuré , mais que devenant des
objets d'indignation au Sultan , et d'horreur
à tout le peuple , la Cour et la Ville
agiroient de concert , et prendroient des
mesures pour les traitter avec autant de
rigueur , qu'ils avoient traité cux-mêmes
les derniers Ministres et leurs Suppôts
.
Patrona et les autres Chefs firent semblant
d'être touchez de ce que le Mufti
venoit
AVRIL 1731. 883
venoit de leur dire ; ils lui témoignerent
beaucoup de respect , et beaucoup de chagrin
du mal que quelques coquins , contre
leurs intentions, avoient pû faire ; enfin ils
lui promirent tout ce qu'il voulut exiger
d'eux , mais ils n'en continuerent pas
moins à se comporter avec leur audace
et leur insolence ordinaire.
Comme il n'est pas permis , sous quelque
prétexte que ce soit,de boire du vin , ni
de faire aucun désordre dans les Chambres
des Janissaires , ceux des Rébelles qui y
étoient rentrez , ainsi qu'on l'a dit , ne
pouvant s'assujettir long- temps à une discipline
si rigoureuse , prirent bientôt des
Maisons en Ville ; Patrona , entre plusieurs
qu'on lui offrit , donna la préference
à celle du Tefterdar , parce qu'elle est
voisine des cazernes des Janissaires.
>
Plus de 400. de ses camarades vinrent
se loger avec lui , ou aux environs . Là ses
Messieurs bien armez , se plongeant jour
et nuit dans toutes sortes de débauches
étoient ivres la plupart du tems ; il se rendirent
dans cet état à la Porte , s'asseyoient
d'eux-mêmes éfrontement auprès du Grand
Vizir ; lui demandoient des graces , ou
des emplois pour des créatures que leur
Chefhonoroit de sa protection , et ce Ministre
, au mépris de la justice et de sa dignité
, étoit forcé de déferer toûjours à
Cy leurs
884 MERCURE DE FRANCE
•
leurs requêtes , et sans délai . On ne finiroit
pas si on vouloit rapporter tous les traits
d'impudence de cette canaille ' ; mais en
voici un assez singulier. Après qu'on eut
étranglé le dernier Grand Vizir , Ibrahim
Pacha ,Mehemet-Pacha son fils, qui de même
que son Pere , étoit gendre du Sultan
Achmet , ayant été répudié par la Sultane sa
femme,et la Cour le regardant comme un
homme sans consequence , parce qu'il est
jeune , sujet à tomber du haut mal , d'un
esprit borné , et qui n'avoit eu aucune
partau Ministere ; le Grand Seigneur crut
que ce seroit assez punir ce malheureux
Pacha , en le releguant à Nicomédie avec
l'appanage de cette Ville pour sa subsistance.
La chose ne parut pourtant pas de même
aux Rébetles , qui trouvant au contraire
que cette peine étoit trop douce
Patrona vint déclarer au Grand Vizir que
les Agas et lui avoient jugé à propos d'exiler
Mehemet Pacha à Mouchkara , pour
y vivre des revenus que son Pere y avoit
laissez , et qu'il lui demandoit un ordre
pour cela ; le Ministre n'ayant garde de
rien refuser aux Agas , c'est -à-dire aux .
Chefs des Rébelles , l'ordre fut expedié et
executé aussi tôt.
,
Mais pour bien sentir le rafinement de
leurs vengeances contre Ibrahim dans
cette
AVRIL. 1731. 885
,
cette occasion , il faut sçavoir que Mouhs-
Kara étoit autrefois un mauvais Village
d'Asie , où ce grand homme étoit né d'un
pauvre Arménien
et qu'aspirant à immortaliser
son nom , comme il y seroit
parvenu , s'il eut plutôt fini ses jours , et
d'une mort naturelle , il avoit si fort orné
ce lieu , par les Colleges , les Mosquées
, les Bains , les Fontaines , les Kams ,
et autres Edifices publics et particuliers
qu'il y avoit fait bâtir durant son Viziariat
, que depuis quelques années on ne
l'appelloit plus que Neucheher , qui veut
dire nouvelle Ville ; or les Rébelles ne
voulant rien laisser subsister , autant qu'il
dépendroit d'eux , de tout ce qui pourroît
transmettre à la posterité , la memoire
d'Ibrahim , ordonnerent que tous ces
embellissemens fussent détruits , que Neucheher
redevint un miserable Village comme
il étoit auparavant, qu'il reprit son ancien
nom de Mouhs- Kara , et que l'infortuné
Mehemet y fut exilé pour toûjours
, afin qu'après avoir été le spectateur
de cette désolation , il n'eut continuellement
devant les yeux que des objets qui
pussent l'entretenir dans des réflexions
douloureuses , et qu'il ne lui restât
pour tout bien que les materiaux et
les décombres de cette Ville démolie.
C vj
Un
886 MERCURE DE FRANCE
h
Un Poste de Capidgy-Bachi étant venu
à vacquer , le G. V. en disposa en faveur
d'une de ses Créatures ; mais Patrona en
voulant disposer aussi , il fallut que ce
Ministre le donnât au Sujet presenté par
ce Rebelle , et qu'il révoquât la personne
qu'il en avoit déja pourvûë.
Un jour le G. V. tenant son Divan , fut
averti que Mouslouh , qui étoit déja ve
nu l'interrompre la veille à la même heure
, arrivoit chez lui avec un grand nom
bre de ses Agas ; il quitta d'abord le
Conseil , et vint le recevoir ; ils parlerent
pendant quelque temps tout bas ensemble
; ensuite ce Ministre passa chez le
G. S. et dans le temps que le Peuple assemblé
s'informoit avec empressement du
sujet de toutes ces démarches , on vit
sortir du Serrail un nouveau Kyaya nom .
mé Mustapha-Bey , lequel avoit été autrefois
Capigilar Kyayasy , ou Grand-
Maître des Ceremonies , et étoit depuis
peu Bujuk-Imbrahor , ou Grand- Ecuyer
du Sultan déposé. Son prédecesseur immédiat,
Nikdelihali- Aga , fut envoyé sur
le champ dans la Prison Bachbaki-Koulou
, c'est le Chef de ceux qui poursuipayement
des deniers dûs au Trévent
le
sor de l'Empire .
On rapporte plusieurs motifs de la disgrace
de ce dernier ; en premier lieu, que
s'étant
AVRIL. 1731. 887
s'étant livré aux conseils mal digerez d'un
de ses amis , il avoit formé le dessein de
détruire lui-même les Rebelles , et que
ceux - cy en ayant été informez , le prévinrent
et le firent déposer , comme on
vient de le dire , à la premiere requisition
de Mouslouh , Secondement cet hom- .
me étoit si avide , que sans être retenu.
par l'exemple récent et tragique de son
devancier , il prenoit de toutes mains et
avoit déja amassé plus de so . mille écus
en 15. jours seulement qu'il étoit en place.
On ajoûte à cela qu'on l'accusoit d'avoir
détourné des Effets de la succession
du feu G. V. Ibrahim , deux Ceintures
de diamans , un Couteau garni de diamans
et plus d'un million en argent.
Le 19. on fit dans le Serrail la paye de
deux quartiers aux Troupes , comme il
a été dit que le G. S. l'avoit ordonné
lorsqu'il leur accorda le present , et l'usage
étant aussi dans ces occasions qu'on
leur fasse manger le Pilau , Sa Hautesse
qui étoit venuë voir les sacs d'argent pour
la forme , commanda qu'on servît ce
Pilau dans des plats neufs , ne voulant
pas , dit-elle , que ce qui avoit été
employé sous le regne de son oncle le fût
encore sous le sien ; mais sur ce qu'on
lui représenta qu'il seroit impossible qu'on
f trouvât dans une matinée autant de vaisselle
888 MERCURE DE FRANCE
selle neuve qu'on en avoit besoin pour un
si grand nombre de personnes, elle répondit
qu'il falloit toûjours aller chercher
toute celle qu'on pourroit trouver , et
suppléer à ce qui en manqueroit par une
partie de la vieille qu'on feroit étammer
de nouveau , et cela fut executé avec une
promptitude dont il semble que les Turcs
seuls soient capables.
Comme on faisoit la paye , Patrona vint
au Serrail , il passa dans les rangs des
Janissaires , et les salua à droit et à
gauche
, et continua sa route jusqu'à l'Appartement
du G. S. La Validé ou Sultane
Mere , qui l'appelloit son second fils ,
parce qu'il avoit mis Sultan Mamouth sur
le Trône , fut quelque temps en conversation
avec lui , par l'organe d'un de ses
Eunuques, et lui donna 2000 Sequins , dont
il distribua la plus grande partie en sortant
aux Domestiques de cette Princesse.
Après la tenue du Divan , le G. V. revint
chez lui conferer la Principauté de
Valachie à Milka -Voda , qui avoit déja été
plusieurs fois Prince de Moldavie pendant
20. ans , et qui vivoit depuis quelques années
qu'on l'avoit déposé en simple Particulier
dans un Village du Canal de la
Mer Noire; il a succedé à Mauro-Cordato-
Roda , Prince d'un grand mérite , et sur
tout fort estimé pour son sçavoir , qui
mourut
AVRIL 1731. 889
mourut au commencement de Septembre
dernier.
Le Drogman de la Porte , à l'occasion
de cette ceremonie où il fallut qu'il assistât
, reçut un Caffetan , qui le confirmoit
dans son poste. Depuis le commencement
de la révolte il avoit toûjours
prié le G. V. de differer à lui faire cet
honneur , de crainte que les Rebelles le
voyant en fonction sous le nouveau Ministere
, comme sous l'ancien , ne le
fissent périr , ou n'exigeassent de lui des
sommes qu'il n'étoit pas en état de payer:
et de fait , Patrona l'ayant menacé en diverses
rencontres de le poignarder , il
n'osoit presque plus se montrer , et il fut
dans des frayeurs continuelles jusqu'au
jour que ce Barbare persecuteur de tous
ceux qui avoient eu part au dernier Gouvernement
, a subi lui- même la fin tragique
qu'il avoit déja fait souffrir aux uns ,
et qu'il destinoit encore aux autres .
Pour revenir à Milkavoda , sa Principauté
de Valachie lui avoit coûté 1500.
mille liv. sans compter les presens considerables
que suivant l'usage il avoit été
obligé de faire aux Ministres de la Porte ,
dès que lui , son fils et son Capy- Kyaya , *
* C'est un Homme d'Affaire , que les Princes
de Valachie et de Moldavie et même les Pachas
des Provinces entretiennent toûjours à la Porte
pour avoir soin de leurs interêts.
890 MERCURE DE FRANCE
eurent été revêtus du Cafetan d'honneur;
il fut conduit par les Principaux de la
Nation Grecque à leur Eglise Patriarchale ,
pour se faire reconnoître Prince . Le Patriarche
à la tête de son Clergé , vint le
recevoir à la Porte, et celebra la Messe en
habits Pontificaux , après quoi ce petit
Souverain s'embarqua dans un Bateau à
cinq paires de Rames , pour marque de
sa dignité , et retourna en pompe à son
Village.
Ce nouveau Prince fournit l'occasion
de parler ici d'un certain Manolaki, Grec
extrémement riche , et qui étoit Curtchi-
Bachi , ou Chef des Foureurs . Les Rebelles
, à cause des grandes liaisons qu'il
avoit eu avec Mehemet l'ancien Kyaya ,
l'ayant soupçonné d'avoir entre ses mains
beaucoup d'Effets de ce Ministre , furent
piller ses maisons , où ils ne le trouverent
pas. Il avoit d'abord pris la fuite et s'étoit
caché successivement en differens endroits,
d'où il faisoit agir secretement ses Emissaires
auprès de Patrona , pour avoir fa
permission de reparoître en sureté. On
prétend que ce dernier en reçut de grands
presens ; mais ces sortes de graces n'étoient
pas approuvées par ses Camarades ,
comme nous l'avons dit.
Le Curtchi- Bachi , qui vit que l'orage
qu'il croyoit avoir excité , étoit prêt à
tomber
AVRIL. 1731. 89 %
mer ,
tomber de nouveau sur sa tête , crut pouvoir
s'en garentir en se sauvant dans une
maison privilégiée , qu'il regardoit comme
un azile assuré pour lui ; mais malheureusement
peu de jours après on sçut
sa retraite , et la Porte l'ayant fait reclaon
ne put se dispenser de le re- .
mettre aussi-tôt à la Garde du Bostandgi-
Bachi , qui l'alla chercher. On le conduisit
et on le mit aux fers dans la Prison
du Bach-Baks -Coulou. Il fut interrogé
sur les biens du Kyaya , qu'on prétendoit
qu'il avoit en dépôt ; il répondit qu'il
n'en avoit qu'une petite cassette pleine
de papiers , que ce Ministre lui remit luimême
le jour de la révolte , parmi lesquels
on trouveroit un Etat détaillé de
toutes les affaires du Kyaya , qui faisoit
foi de la verité de sa déposition. Il ajoûta
que quant à lui , Curtchi - Bachi , il ne
désavoüoit pas qu'il ne fût fort opulent
, mais que ces richesses lui étoient
venues ou des heritages de sa famille ou
des gains legitimes qu'il faisoit depuis
long - temps dans son commerce de Pelleterie,
et que si quelqu'un pouvoit lui prouver
qu'il eût jamais rien pris injustement , il
étoit prêt à le restituer au triple. Par ces
raisons , appuyées de beaucoup d'argent
I qu'il fit glisser sous main à ceux qui le
pouvoient tirer d'embarras , il avoit enfin
recouvre
892 MERCURE DE FRANCE
recouvré sa liberté , lorsque notre nouveau
Prince venant à la traverse , l'accusa
à la Porte de lui avoir pris des sommes
considerables , dans le temps que lui Mikal
, étoit Prince de Moldavie , et que
Manolaki étoit dans la grande faveur du
Kyaya , et c'en fut assez pour que l'on
le remenât à la même Prison , d'où il sortit
pourtant cinq semaines après.
Le 23. le G. S. déposa Mengheli Chiray ,
Kam des Tartares de Crimée , et lui nomma
pour successeur son frere Kaplan-
Chiray , homme de tête et de coeur , et
qui avoit déja occupé ce Trône autrefois.
S. H. lui envoya son Grand - Ecuyer à
Brousse , où il étoit en exil , pour lui
annoncer cette agréable nouvelle , et une
Galere à Modenia , Port d'Asie , à une
journée de Brousse , pour le transporter à
Constantinople.
Ce Prince y étant arrivé le 31. Octobre
, on fit aussi- tôt publier une deffense
aux femmes et aux enfans de paroître dans
les rues , de peur que la curiosité ne les
y attirant pour voir son Entrée , il n'ar- ·
rivât quelques desordres. La Cour le logea
dans un Serrail du deffunt Kyaya . Le
6. Novembre il fut rendre visite au G. V.
qui le mena après chez le Sultan . S. H.
lui fit un gracieux accueil , et le fit revêtir
d'une Pelice de Martre Zibeline ; elle lui
4
1
fit
AVRIL. 1731 . 893
fit aussi donner un Cheval de son Ecurie
magnifiquement harnaché ; on le reconduisit
ensuite en ceremonie à son Palais ;
et dès le même jour le G. V. et les principaux
Ministres le vinrent voir, et lui firent
de magnifiques presens.
Le 24. on tint plusieurs Conseils sur
ce qu'il y avoit à faire pour parvenir à
dissiper les Rebelles. Il fut arrêté de leur
proposer , et on leur proposa en effet de
se retirer sur telle Frontiere de l'Empire
qu'ils voudroient ; bien loin de gouter
cette proposition , ils demanderent que
le G. V. fut déposé ; mais Mouslouh Aga,
qui n'étoit pas d'abord avec eux , arriva
et les fit changer de sentiment .
Le lendemain ils se présenterent au
Serrail en plus grand nombre que la veille
, ils se plaignirent de ce qu'on continuoit
à conserver et à rétablir des personnes
indignes des places qu'on leur faisoit
occuper , comme Mehemet-Effendi ,
ancien Reys Effendy , que la Porte venoit
de faire Dester - Emini , ou Gardien des
Registres de l'Empire pour ce qui regarde
les Troupes , et par le canal duquel les
Pensions Militaires s'obtiennent . Îls ajoûterent
qu'ils voyoient bien qu'on avoit
envie de faire revivre la derniere administration
, mais qu'ils y mettroient bon
ordre.
On
894 MERCURE DE FRANCE
On ne peut éviter de faire ici une disgression
sur les diverses agitations que
souffrit la fortune de ce Ministre pendant
la Révolte. Après avoir été caché les premiers
jours , il reparoît à la Cour tout
d'un coup , s'étant accommodé avec Patrona
; mais les autres Rebelles ayant
trouvé cela mauvais , il fut contraint de
s'éclipser de nouveau . Ensuite par le
moyen d'un Emir qui lui avoit obligation
et qui étoit intime ami de Mouslouh
il eut la liberté de revenir chez lui ,
pourvû qu'il ne fréquentât qui que ce
fût de dehors.
Le Kyaya-Nikdeli- Ali - Aga , dont nous
avons parlé , fâché de ce que cet ancien
Secretaire d'Etat qu'il n'aimoit pas , et dont
la capacité lui faisoit ombrage , n'eut pas
péri comme les autres , résolut de le perdre.
Pour y parvenir il lui fit faire des
complimens de félicitation , il le fit prier
avec les instances les plus vives de revenir
à la Porte , où l'on ne pouvoit , disoitil
, se passer de son secours , sur tout par
rapport aux affaires de Perse , que personne
ne possedoit comme lui.
Le vieux Mehemet-Effendi , fit rendre
mille graces au Kyaya , de toutes ses politesses
, et de l'opinion avantageuse qu'il
témoignoit avoir de son peu de lumieres ;
mais il le fit prier à même- temps de le
"
1
disAVRIL.
1731. 895
dispenser de se plus mêler de rien , s'en
excusant sur son grand âge et sur ses
infirmitez , qui le rendoient incapable
d'aucune application.
-
Le Kyaya voyant qu'il ne pouvoit attirer
tout seul son Ennemi dans le piege,
fit agir le G. V. qui envoya un ordre à
Mehemet Effendi de se rendre à la
-Porte ; il fallut obéïr ; il y fut donc , on
l'accabla de caresses chez ces deux Ministres
, et au bout de quelques jours le
G. S. le fit Defter Emini.
Le Kyaya sçavoit bien que les Rebelles
ne le souffriroient pas long- temps dans ce
poste ,aussi ne tarderent- ils pas long- temps
à s'en plaindre , comme nous l'avons rapporté
; on tint Conseil sur leurs menaces;
et pour en prévenir les effets , on déposa
plusieurs Officiers , dont Mehemet- Effendi
fut du nombre , et de plus exilé à
Tenedos.
Mais à peine étoit- il parti , que le reconnoissant
Emir qui l'avoit déja si bien
servi , s'employa une seconde fois en sa
faveur auprès de Mouslouh , et obtint
son rappel , desorte qu'il revint encore
dans sa maison , mais toûjours sous la
condition de ne communiquer avec personne
, ce qu'il observa fidelement jusqu'à
l'entiere abolition des Rebelles ,
Revenons à ces derniers ; après qu'ils
eurent
896 MERCURE DE FRANCE
eurent marqué leur mécontentement à la
Porte , de ce qu'on employoit encore des
proscrits , ils demanderent que Ruslan-
Pacha , qu'ils avoient fait venir de Bosnie ,
fut nommé General de l'Armée de Perse.
Le G. S. y consentit , moyennant qu'ils
voulussent y suivre ce Pacha. Ils promirent
de le faire ; mais comme ils ne cherchoient
qu'à amuser S. H. , cela n'empêcha
pas qu'ils ne fissent entre- eux les jours
suivans de nouvelles assemblées , et qu'ils
ne parussent à la Porte le 29. pour y demander
que Patrona-Kalil fût fait Capi- ,
tan Pacha , le Janissaire Aga G. V. et que
Mouslouh eût la Charge de ce dernier.
La Cour surprise au dernier point de ce
nouveau trait de la teméraire audace des
Rebelles , ne pût se persuader qu'ils se
portassent d'eux-mêmes à des prétentions
si déraisonnables , et crut que quelques
Gens de Loi , qui étoient très- suspects au
Gouvernement , étoient les secrets Promoteurs
de toutes leurs démarches outrées.
Elle jetta d'abord tous ses soupçons
sur Zulalizade-Effendi , Kadilesker d'Asie,
en exercice .
On se rappella , 1 ° . qu'Achmet III.
étant encore sur le Trône , avoit reproché
en face à ce Kadilisker , qu'il étoit
un traître et un des principaux Auteurs
de la premiere Révolte ; que celui- cy au
lieu
AVRIL. 1731. 897
lieu de se disculper de cette accusation ,
avoit reproché à son tour au G. S. que
depuis long- temps il étoit déchu de la
Souveraineté , et que du moment même
qu'il signa le Traité de Passorouvits , par
lequel il avoit cedé honteusement Bellegrade
aux Allemans , il ne l'avoit plus
consideré comme Empereur.
2º. Qu'Achmet ayant assemblé les
Gens de Loy pour les consulter sur les
moyens de conserver la vie à son G. V.
il lui avoit dit que les séditieux lui demandoient
trois personnes , le Vizir , le
Kyaya et le Capitan - Pacha . Qu'à l'égard
des deux derniers il consentoit à les leur
abandonner , mais que pour Ibrahim , il
vouloit tâcher de le sauver ; qu'il étoit
même dans le dessein d'écrire aux Rebelles
pour en obtenir la grace , et que
cependant il souhaitoit auparavant qu'ils
lui dissent leur avis là- dessus ; que Zulali
Zadé prenant alors la parole , avoit répondu
au Sultan qu'il entreprenoit là une
chose bien difficile , et que le mal étoit
devenu trop grand pour pouvoir y porter
du remede ; que le G. V. ayant aussi voulu
hazarder son avis , ce Kadilisker l'interrompit
, et s'emportant comme
furieux , lui dit qu'il étoit réprouvé des
hommes et de Dieu , et qu'un méchant
comme lui méritoit la mort la plus
igno398
MERCURE DE FRANCE
> ignominieuse. Sur quoi Ibrahim sans
rien répliquer , se leva , les larmes aux
yeux , et se retira . Que le G. S. outré de
douleur et de dépit , s'étoit pareillement
levé et avoit dit au Kadilesker, que puisque
tout étoit désesperé , qu'il rendît
donc sa Sentence de mort contre le Visir
comme contre les deux autres , ce que
Zulalizadé avoit fait sur le champ.
Ces refléxions et plusieurs autres du
Sultan et de ses Ministres , sur le procedé ,
dace Kadilesker , firent regarder comme
des preuves les indices qu'on avoit de ses
pratiques avec les Rebelles ; mais comme
on n'avoit pas encore pris les arrangemens
necessaires pour leur châtiment et
leur destruction , on se contenta de répondre
qu'on ne pouvoit leur accorder
les changemens qu'ils demandoient qu'on
fit dans le Ministere .
Lc 2. Novembre le G. S. donna un
Katcherif, qui leur enjoignit de prendre
bien garde de faire aucun desordre ; S. H.
étant résoluë de punir de mort tous ceux
qui en seroient coupables ; et comme ils
s'étoient distinguez de ses autres Sujets
en portant des Turbans rouges , ce qui
ne faisoit qu'entretenir la division et l'esprit
de parti dans Constantinople , elles
prétendoient qu'ils en prissent chacun de
conformes à leurs differentes Professions,
#
(
= afin
AVRI L. 1731. 899
afin que rien ne démentît en cux l'obéi'ssance
et la fidelité qu'ils devoient.
Les Rebelles firent honneur au Katcherif
, quant à ce dernier article qui ne
regardoit qu'une soumission exterieure
mais quant à ce premier qui touchoit à
la réforme de leur conduite , ils ne tarderent
pas à marquer qu'elle étoit toûjours
la même.
Patrona Kalil , refléchissant dans sa
haute prosperité , qu'il avoit fait du bien.
à tous ceux à qui il avoit obligation ,
excepté à un Boucher Grec nommé Tanaki
, lequel s'étoit avanturé de lui fournir
abondamment , tant à lui qu'à ses Camarades
, d'excellente viande , lorsqu'ils
étoient campez à Etmeïdan , et que cet
homme d'ailleurs lui avoit autrefois prêté
deux écus dont il avoit eu la discretion
de ne lui jamais parler , il l'envoya chercher
, et lui dit : qu'étant très sensible à
l'assistance qu'il avoit reçûë de lui , il
vouloit lui en témoigner sa reconnoissance
d'une maniere autentique. Il lui fic
d'abord present de 1000. Sequins , valant
près de 1oooo. liv. puis lui dit, en riant :
Ne vous souciez- vous pas de vivre plus
Long-temps que moi ; Yanaki répondit aussitôt
, que , lui mort , il ne se soucioit plus
de la vie. He bien, puisque cela est ainsi,
reprit Patrona , charmé de cette réponse :
D dites
goo MERCURE DE FRANCE .
dites-moi ce que vous souhaitez que je fasse
pour vous , et soyez sûr de l'obtenir. Alors
mille désirs confus s'élevant dans le coeur
du Boucher , et ne sçachant auquel s'arrêter,
il dit à son Bien- faicteur : Que pour
le present il ne sçavoir que lui demander ,
mais qu'il alloit consulter ses amis , et qu'il
lui rendroit bien tôt réponse. Yanaki fut
trouver le Kasab- Bachy , qui est comme
le Fermier ou Inspecteur general des
Boucheries ; et après lui avoir exposé sa
bonne fortune : Que me conseillez vous ,
lui dit-il , j'ai envie de porter Patrona
qu'il fasse revivre en ma faveur la Charge
de Surdgy- Bachi , * qu'on a supprimée,
elle est de mon état et j'en connois tout
l'exercice . Celui- cy qui vie qu'il alloit per
dre la plus grande partie de ses droits ,
si cette Charge dont il avoit réüni les
fonctions à la sienne , étoit rétablie , répondit
au Boucher : Vous n'y pensez past
à quoi vous amusez vous ? votre Protecteur
est tout-puissant , il vous met en état par
ses offres et par son crédit , d'aspirer aux
Postes les plus brillans , et vous allez vous
borner à une petite Charge de rien , sou-
* C'étoit une Ferme et en même temps une Ingpection
sur les Boeufs , Moutons , &c. à peu près
comme la Ferme du Pied- Fourché à Paris , et
qui rapportoit au Fermier par an environ 106.
mille livres.
vent
AVRIL: 1731 .
vent même plus ruineuse que lucrative :
Que lui demanderai- je donc? Demandez
lui , reprit l'autre , qu'ils vous fasse Prin
ce de Moldavie ; et si vous n'avez pas assez
d'argent pour payer cette Principauté
, que cela ne vous embarrasse pas , je
vous fournirai tout ce qu'il vous en faudra.
La vanité qui est comme incarnée chez
les Grecs , tourna en un moment si bien
la cervele à celui-ci , qu'oubliant la dis
tance de sa bassesse , au rang qu'on lui
proposoit , il s'en revint chez Patrona , et
-lui dit que puisque l'affection dont il
l'honoroit étoit sans égale , et qu'il avoit
tout pouvoir dans l'Empire , il le prioit
de le faire Prince de Moldavie . Soit , ré-
-pondit Patrona , et sur le champ , il l'en
voya avec un de ses gens chez le G. V.
Ce Ministre étonné d'une pareille proposition
, resta muet quelque-tems ; ensuite
reprenant ses esprits , il dit que ce que deamandoit
l'Aga Patrona étoit impossible
qu'on ne nommoit à ces sortes de Principautez
que des gens de naissance , ou qui
avoient rendu de grands services à l'Etat ,
qu'outre que le sujet qu'on lui présentoit
, n'étoit dans l'un ni dans l'autre cas ,
'Empereur n'ayant confirmé que depuis
quatre jours Gregorasko - Ghika , dans sa
Principauté , il n'étoit ni de l'honneur ,
Dij
ni
jo MERCURE DE FRANCE
ni de la justice de Sa Hautesse , de déposer
ce Prince , dont elle étoit satisfaite , pour
mettre un vil Artisan à sa place.
pas
Le tout ayant été rapporté à Patrona :
Bon, bon , voilà de belles raisons , dit- il ,
qu'est-ce que cela signifie ? Gregorasko
n'est- il pas Dgiaour ? Yanaki n'est- il
Dgiaour aussi ? Que l'un ou l'autre
soit Prince , n'est - ce pas toujours
la même chose ? En un mot , je veux que
mon ami soit préferé. Là- dessus il renvoya
le Boucher au G. V. et le fit accom-
Mouslouh.
pagner par
it
Ce second Chef parla si haut , que le
Gr. V. ne sçachant plus quel parti prendre
, dit qu'une affaire de cette importance
ne dépendoit pas de lui , qu'il alloit
la communiquer au Sultan , et sçavoir sa
volonté : Allez donc , répondit Mouslouh,
mais songez toujours à complaire à Pafrona.
Le G. S. ne fut pas moins surpris , ni
indigné que l'avoit été son Vizir ; cependant
, jugeant bien que dans peu tout
changeroit de face , et qu'on seroit alors
en état de faire payer cherement au Bou
cher et à son protecteur leur impudence ;
il dit à son Ministre qu'il n'y avoit qu'à
les contenter. Ainsi maître Yanaky fut
revêtu du Caftan de Prince de Moldavie
le 2 Novembre et reçût tous les au-
?
tres
་
{
AVRIL. 1731. 903
tres honneurs usitez en pareille occasion
tant à la Porte , qu'à l'Eglise Patriar
chale .
Ce fut un coup de foudre pour la Nation
Grecque l'orgueil humilié , et le désespoir
étoient peints sur tous les visages
pendant la cérémonie , à laquelle il fallut
que le Drogman de la Porte eut la mortification
d'assister. Comme c'est un fort
honnête homme , tout le monde prit
part au juste chagrin qu'il avoit d'être
obligé par le devoir de sa Charge de concourir
, quoi qu'indirectement,à la déposition
de son propre frere , que le Boy
Yanaky alloit relever.
Mais la grandeur de ce Prince-Boucher
passa comme un songe; il ne pût parvenir à
ramasser que 30 Bourses,qu'il donna , et qui
furent perdues,au lieu de près d'un million
dont il avoit besoin , pour satisfaire la Porte
et ses Ministres , ainsi que Patrona qui lui
demandoit 60 Bourses , et les autres Agas
qui en vouloient avoir presque autant. Le
Kasab- Bachi , qui ne lui avoit offert de luimême
son secours , que pour l'engager
dans ce mauvais pas , et l'y laisser , s'éclipsa
subitement , et Patrona même , son
zelé protecteur , en apparence , l'ayant
fait Prince moins par reconnoissance
que pour son interêt particulier , et pour
braver le G. S. en faisant parade de son
Diij -au-
,
904 MERCURE DE FRANCE
autorité , l'abandonna comme l'autre; ensorte
que ce Prince , en idée , au lieu d'être
conduit pompeusement auTrône,fut traî
né honteusement en prison , où nous le
laisserons déplorer sa folie , jusqu'à ce
qu'une plus grande punition l'en tire.
Le même jour , 2 Novembre , l'Ambassadeur
de France étant allé rendre sa
premiere visite à Kafis - Mehemet , noųveau
Capitan- Pacha , pour le complimen
ter sur són Avenement à cette dignité ;
le Janis aire Aga se figura que les Ministres
Etrangers en devoient faire autant à
son égard. Il envoya chercher un Drogman
au Palais de France , et lui demanda
pourquoi son Ambassadeur ne l'étoit pas.
venu voir , comme c'étoit l'usage . Le
Drogman lui répondit , qu'on l'avoit sans
doute mal informé , puisque cela ne s'étoit
jamais pratiqué envers les Janissaires.
Agas , et que sûrement son Ambassadeur
n'établiroit pas cette nouveauté. On conduisit
ensuite le Drogman chez Mouslouh
, qui s'étoit fait de lui-même , comme
on a dit , Kyaya de ce General de
P'Infanterie il dit à ce Drogman' que
puisque l'Ambassadeur de France ne vou
loit pas venir voir con Maître , il devoit
au moins envoyer à lui Kyaya , les présens
usitez. Je ne sç che pas, répondit l'In
terprete , que les Ambassadenrs de Fran-
:
AVRIL. 1731. 905
"
ce en ayent jamais fait aux Agas des Janissaires
, ni à leurs Kyayas ; cependant ,
ajouta- t-il , j'en parlerai à son Excellence.
Je vous en prie , répliqua Mouslouh ;
car après tout , il me semble que le bon
ordre que j'ai fait observer pendant les
troubles , mérite bien quelque récompense.
Le 5. il y eut une grande altercation
entre les Serdingueschtis , et les plus anciens
Officiers et Soldats des Janissaires.
Un de ces premiers prit querelle avec un
Capitaine de cette Milice , et le tua, Ceçte
action irrita si fort les Janissaires, qu'ils
furent en grand nombre s'artrouper à
Orta-Dgiani , Mosquée où les Janissaires
tiennent leurs Assemblées tumultueuses ,
et ils convinrent entr'eux de chasser de
leurs chambres tous les enfans perdus .
Ils en étoient sur cette déliberation
quand Patrona , qui avoit été averti du
tumulte , arriva avec une vingtaine des
siens , et leur ayant demandé , comme
s'il l'avoit ignoré le sujet de leur assemblée
, un Hoda -Bachi , de la 32 Compa
gnie , ou Chef de chambrée , prenant la
parole , lui répondit qu'ils s'étoient assemblez
dans le dessein de n'avoir plus
aucune societé avec ses camarades qui
deshonoroient journellement leur Corps ,
par leurs crimes , et que s'il ne se rangeoit
>
Dij lui
906 MERCURE DE FRANCE
>
>
3
>
lui même à son devoir , on lui feroit un
mauvais parti. Patrona répliqua qu'il ne
les craignoit guéres , que s'ils étoient assez
hardis pour venir l'attaquer lui et ses
gens , qu'ils trouveroient à qui parler , et
qu'il avoit dans Constantinople 12000.
Albanois prêts à se joindre à lui. Quand
tu ferois venir toute l'Albanie à ton secours
répondit courageusement Lodabach
- nous ne l'èn exterminerions pas moins toi et
les tiens . Mon ami , répondit Patrona
vous avez tort de vous emporter contre moi
puisque je ne fais de mal à personne. Il ne
suffit pas,dit alors cet Officier,que tu nefasse
point de mal, il ne te convient pas non plus,
comme tu fais , de te mêler des affaires de
Etat. Il semble à te voirfourrer le nez par
tout , que le Sultan et son Vizir ayent besoin
de tes lumieres pour se conduire. Si tu es Janissaire
, tu dois te comporter en Janissaire ,
et non pas en Ministre , ni le laisser faire
à ton camarade Mouslouh , qui vient tous
les jours à la Porte avec autant de faste et de
fierté que le défunt Kyaya. Mais , interrompit
Patrona , si je ne m'informe pas de
ce qui se passe , il arrivera infailliblement
qu'on remettra en place des infames qui renouvelleront
la tiranie du dernier
gouvernement
; tous les mouvemens que je me donne
n'ont d'autre objet que de procurer le soulagement
du peuple. Ce n'est pas d'un homme tel
C
que
1
1
1
AVRIL. 1731 .
907
que toi , répondirent plusieurs Janissaires ,
que le peuple doit attendre du soulagement ;
notre Empereur est assez juste et assez éclairé
pour gouverner et pour rendre ses sujets beureux
; c'est à lui feul à disposer des emplois
et des Charges en faveur de ceux qu'il croit
les mériter quant à nous , ce que nous
avons à défirer , c'est qu'il régne , et qu'il
vive long- tems , et qu'on nous paye toujours
avec exactitude ; nous n'avons jusqu'à présent
qu'à nous louerde ce côté-là , aussi -bien
que
des liberalitez de S. H. Ce seroit nous
en rendre tout-àfait indignes , si notre Corps
qui est le plus ancien et le plus illustre de l'Etat,
souffroit qu'un Particulier , quel qu'il pût
être , osat s'ingerer de partager l'authorité
fouveraine.
>
Ainsi , continuerent-ils , s'adressant toujours
à Patrona nous te donnons encore
trois jours , pour réduire , on dissiper tes
gens ; si ce terme expiré nous entendons encore
parler de quelques désordres de leur part ,
nous ferons main basse sur eux par tout où
nous les trouverons . Ces dernieres paroles ,
prononcées d'une voix plus forte , finirent
l'Assemblée , et on se sépara.
Quoique Patrona fut un déterminé , et
qu'il ne craignît pas que les Janissaires ,
parmi lesquels il étoit sûr d'avoir encore
un gros parti , missent à exécution leurs
menaces , il ne laissa pourtant pas de com-
DY prendre
908 MERCURE DE FRANCE
prendre par le discours qu'on lui avoit tenu
, que les esprits étoient fort échaufez
contre lui , et qu'il avoit plus d'ennemis
qu'il ne croyoit. Pour s'en mieux éclaircir
, il fut voir Damud- Zadé , ancien Kadelisker
, qui le reçût froidement , et même
avec mépris . Nonobstant cet accueil
peu favorable , il ne se rebuta point , et
faisant tomber la conversation sur tout ce
qui s'étoit passé , il dit à cet Effendi d'un
ton hypocrite , qu'il n'avoit pris les armes
que pour la cause commune , que
Dieu avoit bien voulu se servir de son foible
bras pour tirer le peuple Musulman
de l'oppression du précédent Ministere
et que lui-même Damudzadé , étant un
personage saint et éclairé , et qui pouvoit
Tire jusques dans les replis les plus secrets
de son coeur , il lui étoit aisé de reconnoître
que ses intentions avoient été bon
nes. Cependant , ajoûta -t- il , en soupirant ,
je trouve tous les jours en mon chemin de manvais
esprits , qui donnent des interprétations
criminelles à tout ce que je fais , et qui ne
travaillent qu'à me noircir auprès de mon
Empereur , pour lequel j'ai tant de fois exposé
ma vie. Souffrez , grand Effendi , queje
vous demande votre protection contre eux s'ils
continuent à me calomnier dans l'esprit de Sa:
Hautesse.
Damudzadé , qui est effectivement un
hom
AVRIL. 1731. ୨୦୨
Homme de beaucoup de merite , et surtout
plein de droiture , lui répondit qu'il
ne rougiroit jamais de dire la verité , et
qu'ayant le mensonge en horreur , il pouvoit
s'assurer que quand on lui demande
roit ce qu'il pense sur son compte , il le
diroit sans le moindre déguisement.
Patrona dont la curiosité n'eut pas
trop lieu d'être satisfaite par cette réponse
ambigue , affecta pourtant d'en être fort
content , comme si le Kadilesker ne pou
voit que parler avantageusement de lui ,
il lui baisa la main , se retira , et répandit
en sortant une poignée de Seguins à ses
Domestiques. Damudzade Payant appris,
ordonna que tous ceux qui en avoient
tamassez les jettassent dans la Mer devant
lui , et regardant Patrona comme un scelerat
, dont la seule présence avoit souillé
sa maison , il fit balayer et froter par tout
sur le champ où il avoir mis les pieds.
Le 10 Novembre , le G. S. déposa Kafis-
Mehemet Pacha , de la Charge de Ca
pitan-Pacha , et l'honora en échange d'une
Pelisse de Martre- Zibeline, et du Gouver
nement de Seyde , que son pere avoit eu
autrefois ; mais soir que les Rebelles entrevissent
une partie de ce qu'ils avoient
à craindre de la réputation et de la capacité
de Codgea Dgianon , qu'on
attendoit et auquel ils soupçonnoient
D vj
*
-
qu'on
910 MERCURE DE FRANCE:
qu'on destinoit cette importante Charge
ou soit que Patrona qui la briguoit pour
lui-même , voulut en éloigner un concurrent
si redoutable , ils firent tant de bruit
de la déposition de Kafis -Mehemet , que
la Cour , pour les leurrer , le rétablit dès
le lendemain.
On prétend que ce dernier avoit d'abord
sollicité les Rebelles , afin d'empê
cher qu'on ne le dépouillât de cette dignité
, mais que dans la suite , voyant d'un
côté que Patrona y aspiroit , et que de
l'autre Sa Hautesse faisoit venir Dgiannum-
Codgea pour la lui donner , il demanda
secretement à la Porte sa démission
lui- même , et le Pachalik de Seyde ,
ce qu'il obtint aisément par l'entremise
du nouveau Kam des Tartares , dont son
pere avoit été esclave ; de sorte que quoi-
Kafis-Mehemet revint à l'Arsenal le
lendemain avec tous ses effets , qu'il en
ayoit déja fait enlever la veille , et qu'il
y reçût les complimens de tous les Officiers
de la Marine sur son rétablissement
il n'exerça pourtant plus le Generalat de
la Mer que par intern , et jusqu'au 21
jour que Dgiannum. Codgea en prit posque
session.
Comme il étoit impossible que les affaires
subsistassent encore long- tems dans
la confusion , où la continuation de la Ré-
7
volte
AVRIL. 1731. gif
volte les avoit mises , et qu'il falloit
ou qu'elles bouleversassent totalement
l'Etat , ou qu'elles reprissent leurs cours
ordinaires , la Cour et les Rebelles , chacun
suivant ses differentes vuës , songerent
à appliquer les remedes convenables au
mal.
,
>
Les Chefs de ceux-ci voyant bien que
pour se maintenir dans l'autorité , qu'ils
avoient commencé d'usurper , il leur étoit
essentiel de ne point abandonner le séjour
de Constantinople , et de s'y fixer au contraire
, en partageant entr'eux les principaux
emplois de l'Empire. Ils tinrent un
Conseil le 16 Novembre , et convinrent
qu'il falloit d'abord faire élire Mouslouh ,
Koul - Kyassi
ou Lieutenant General
des Janissaires ; mais prévoyant qu'ils
y trouveroient de grands obstacles , parl'on
ne parvient d'ordinaire à ce
Grade qu'après avoir passé par tous les
autres qui lui sont inferieurs , tellement
que celui qui y arrive est toujours un homme
respectable par son âge et par son experience
, et que Mouslouh n'étant qu'un
homme de rien , de 25 à 30 ans , et simple
Janissaire , n'avoit aucune des qualitez
requises , ils eurent recours à l'argent ,
qui , en Turquie , applanit presque toutes
les difficultez .
ce que
Ils firent distribuer so mille Piastres
aux
912 MERCURE DE FRANCE
>
aux plus anciens et plus accréditez des
Janissaires , et leur firent entendre que
s'ils vouloient favoriser l'Election deMous
Jouh , il leur feroit payer le présent de la
Reine - Mere. Pour l'intelligence de ce fait,
il est nécessaire de dire que cette Princesse
, dans les premiers transports de sa
joye , de voir son fils Mahmout sur le
Trône avoit promis aux Troupes , qui
lui en avoient frayé la route , une récompence
de cinq écus à chaque Soldat , mais
que quelque tems après , les refléxions
lui ayant fait trouver cette promesse in
considerée , elle ne parla plus de l'executer
, soit qu'elle n'eut pas assez de fond
Pour y satisfaire ou que le Kislar-
Aga , qui a beaucoup d'empire sur soir
esprit , l'en détournất , en lui
tant que l'Empereur avoit assez marqué
sa reconnoissance aux Milices par les grandes
liberalitez qu'il leur avoit faites , sans
qu'elle y en ajoûtât de son chef qui n'étoient
point d'usage.
} ›
represen-
Quoiqu'il en soit de ces conseils , ils
penserent causer la perte du Kislar-Aga
Les Janissaires vouloient qu'il fut déposé
et murmuroient hautement contre la Va
lidé , regardant ce qu'elle leur avoir
promis , non comme une grace , mais
comme une dette , dont elle ne pouvoit
se dispenser de s'acquitter ; ainsi , ceux
*
2
AVRIL 1731. 913
aqui les so mille écus des Rebelles furent
partagez , consentirent volontiers à
l'élection de Mouslouh ; ceux qui n'en eurent
rien ne lui en donnerent pas moins
leurs voix , parce que les uns et les autres
esperoient que dès qu'il les auroit fair
payer de ce présent , ils se déferoient de
lui sans peine , et nommeroient à sa place
le plus digne de leurs Officiers.
Les esprits préparez de la sorte , Mouslouh
fut chez le G. V. le 18. lui demander
le Caftan pour la Charge de Koul-
Kyassy. Le Ministre le lui refusa , disant
qu'il n'étoit ni d'un rang , ni d'une ancienneté
à y prétendre , que le Corps des
Janissaires ne le soufriroit jamais , et que
l'Empereur ne pouvoit sans blesser sa dignité
et sa ju tice , instaler dans un poste
si considérable quelqu'un qui ne fut pas
au gré de ce Corps. Ce Rebelle répondit
sans se rebuter , qu'il avoit pourvû à
tout , qu'il lui donnât seulement le Cafetan
, sans s'embarasser du reste. Le G. V.
s'obstinant à le lui refuser , Mouslouh le
quitta fort irrité.
Dès que ses Camarades sçûrent le peu
de succès de sa négociation , ils jurerent
avec lui de se vanger du G. V. et s'en fu
rent comme des forcenez , au nombre d'une
trentaine , chez le Kam des Tartares ,
ils lui déclarerent absolument qu'ils vou
loient
914 MERCURE DE FRANCE
loient que Mouslouh fut Koul- Kyasty , et
lui firent entendre que si leG.V.continuoit
dans ses refus , ce Ministre ne le porteroit
pas loin. Ce Prince vit bien à leur air
qu'ils seroient gens à tenir parole , et qu qu'il
étoit de la prudence de céder au torrent ,
jusqu'à ce qu'on pût lui opposer une Digue.
Il les appaisa de son mieux , leur dit
qu'il alloit de ce pas à la Porte , que ne
doutant point que le G. V. ne se conformât
aux representations qu'il lui feroit
ils pouvoient compter d'avance , qu'il
leur obtiendroit ce qu'ils souhaittoient.
Il courut effectivement chez le G. V.
et après lui avoir exposé en peu de mots
le sujet de sa visite : A quoi pensez - vous ,
lui dit- il , de vous roidir contre ces coquinslà
, ne voyez- vous pas qu'ils travaillent euxmêmes
à leur perte , et que plus ils se rendent
odieux aux Troupes et au et au Peuple .
plus ils vous préparent de facilité à les détruire
: Croiez-moi , ajoûta -t- il , donnez à
Mousloub , non -seulement la Charge qu'il
vous demande , mais une plus éminente encore
, s'il vous en témoigne la moindre envie ;
il n'en jouira pas assez long-tems pour que
votre complaisance en cette occasion vous soit
jamais un motifde repentir.
Le Vizir entra dans ses raisons ; ils passerent
ensemble chez le G. S. et S. H. s'en
rapportant à leurs avis , on envoya chercher
AVRIL. 1731. 915
cher Mouslouh; cet orgüeilleux et insolent
Rebelle , se rendit à la Porte avec une măgnificence
et un Equipage de Pacha à
trois queues,on le revêtit du Cafetan , qui
le faisoit Koul-Kyassy ; après quoi il s'en
retourna triomphant à son Palais , où ses
Confreres et ceux qui le craignoient , vinrent
le feliciter sur les faveurs qu'il avoit
reçûës , poussant la flaterie jusqu'à lui dire
qu'elles étoient encore fort au- dessous de
son mérite.
Ce premier coup frappé , les Rebelles
s'assemblerent le 19 , et remirent sur le
tapis leur ancien projet , de faire Patrona
Capitan - Pacha , Mouslouh Janissaire-
Aga , et le Janissaire- Aga Grand-Vizir :
moyennant cela , dirent-ils , nous serons
entierement les maîtres, et ils raisonnoient
fort juste , car ils avoient dans leur Cabale
plusieursGens deLoy d'un grand pouvoir :
entr'autres , le Zulali-Kadé Kadilesker
d'Asie , et Abdollah- Effendi , Lieutenant
General de Police , dont on a parlé. Quant
au G. S. ajoûterent- ils , nous en ferons ce
que nous voudrons , parce qu'étant sans
experience, il nous redoutera , et que d'ailleurs
il nous doit tout , puisque sans nous .
il auroit peut-être gémi toute sa vie en
prison.
,
Cependant , soit qu'ils crussent devoir
penser plus d'une fois à l'éxecution de ce
plan ,
915 MERCURE DE FRANCE
plan , ou qu'ils eussent d'autres raisons
pour la retarder de quelques jours , ils tinrent
fort secret le Résultat de cette derniere
Conférence; mais la Cour , qui comme
nous l'avons die , travailloit à secouer e
le joug honteux que sembloit lui vouloir
imposer cette Ligue de traîtres , se détermina
tout- à- fait à s'en vanger promptėment
, et d'une maniere éclatante.
Le Kan des Tartares , sur- tout , fut celui
qui poussa le plus à la roue. Il avoit
été outré en plusieurs rencontres , de ce
que Patrona et ses pareils , qui n'avoient
aucune teinture des affaires , avoient vou-
·lu que leurs avis extravagans prévalussent
aux siens ; Dgiannum Codgea arriva dans
le même-tems à Constantinople , et aussi
zanimé contre eux que le Kam , il excita
de nouveau l'Empereur à les exterminer.
S. H. lui avoüia ingénument qu'elle appréhendoit
qu'ils ne fussent soutenus par
les Troupes , si l'on en venoit à cette extrémité
, et que ce qui l'avoit obligé à
temporiser , c'étoit la crainte de voir
Constantinople replongé dans de plus
grands désordres .
Dgiannum- Codgea , sans trop s'attacher
aux termes , dit alors au Sultan , avec une
liberté genereuse : Seigneur , dès que tu te
seras défait des principaux Chefs , personne
me branlera , outre qu'une action de vigueur
est
(
4.
AVRIL. 1731. 917
est nécessaire pour t'affermir sur le Trône , elle
sera agréable à ton. Peuple , qui ne supporte
qu'avec une peine extrême les violences où il
est journellement exposé. De plus , cela te
mettra en honneur chez toutes les Nations
qui ont les yeux fixez sur toi , dans le commencement
de ton Régne ; au lieu qu'elles
n'auront aucune considération pour ta personne
, si tu ne montres assez de force pour bri
ser les entraves où quelques séditieux osent
retenir ton autorité. Ces paroles du General
de la Mer , prononcées avec feu , pénétrerent
S. H. et lui firent juret de se prêter
et de concourir à ce que luf et le Kam
des Tartares jugeroient nécessaire pour exterminer
ces audacieux ennemis domestiques
, perturbateurs du repos public.
Le 22. Dgiannum- Codgca , que le G. S.
avoit déclaré la veille Capitan Pacha
vint à l'Arsenal , où il reçûr les complimens
des Officiers des Vaisseaux , et des
Beys des Galeres , mais on ne lui tira point
' de Canon , parce qu'il deffendit qu'on lui
rendit ces honneurs.
Le 23. Patrona convoqua un Conseil
extraordinaire à la Porte , auquel le G. S.
" admit le Kam des Tartares , le Mufty , et
generalement tous les Gens de Loy et les
Officiers des Milices. Patrona y vint toujours
en simple Janissaire , les jambes
nuës , et avec environ 40 Serdenguetchis
OLL
918 MERCURE DE FRANCE
ou enfans perdus , et Mouslouh vêtu superbement
, avec le cortege attaché à son
nouveau rang de Koul - Kyassy.
du
›
›
que
Patrona ouvrit le premier l'assemblée ,
et s'adressant au Kam , lui dit : J'ai convoqué
ce conseil , pour un pressant besoin
de l'Empire je sçai que nos affaires en
Perse vont toujours plus mal Parce que
les Moscovites donnent de continuels fecours
aux Persans , ainsi mon avis est › qu'on
leur déclare la guerre , et que pour tirer vens
geance sang Musulman qu'ils sont cause
qu'on a répandu , on envoye incessament
une grande armée contre eux tandis Les
Tartares entrant d'un autre côté dans le pays
de ces Infidelles , le ravageront et en emmeneront
tous les habitans en esclavage 3 je pense
pareillement , qu'il est d'une nécessité absoluë
de réprimer les malversations des Pachas
des Frontieres , qui , bien loin d'avoir
soin des Troupes , et de regarder les Janissaires
comme leurs enfans , et le plus ferme
appuy de cette Monarchie les maltraitent
et retiennent leurpaye pour l'appliquer à leur
propre usage, ou en gratifier leurs Créatures :
il tint encore beaucoup d'autres discours de
la même nature , et sans égard pour les per
fonnes qui assistoient à ce Conseil.
J
Tout le monde gardant un morne
silence , déploroit en secret de voir la
conduite de l'Etat tombée , en de si
<
1
AVRIL. 1731. 919
si mauvaises mains ; et il revenoit toujours
à sa premiere idée de porter le fer
et le feu chez les Moscovites , proposant
même d'en faire arrêter les deux
Résidens *.
و
→
Le Kam des Tartares , fatigué d'entendre
tant d'impertinences , que personne
n'osoit relever : Mais vous , lui dit ce
Prince , qui parlez tant de guerre , sçavez
vous ce que c'est ? pour quelle raison voulez
vous que Sa Hautesse la déclare aux
Moscovites ? Ignorez- vous quelle est en paix
avec eux et que sans de justes motifs elle ne
sçauroit la rompre. Il faut , poursuivit-il
avant que de se résoudre à rien , être bien sûr
des nouvelles que vous nous débitez sans preuves,
après quoi on verrapar de mures déliberations
ce qui sera le plus utile,et le plus honorable
à l'Empire de la guerre ou de la paix et ce
sont là des choses qui ne se décident pas à la
legere , ni sur le champ comme vous venez de
le demanders d'ailleurs dites-moi parquel endroit
penetrerez vous en Moscovie ? Par quel
endroit ! interrompt Patrona plaisante
question ! par les endroits où nous y pénétrions
autrefois , vous d'un côté et nous de l'autre :
Doucement, répondit le Kam : autrefois nous
allions par la Pologne , parce que nous étions
→
* Il y en a deux à Constantinople , depuis environ
un an , M. Neplieuf, et M. Visnacoff , venu
pour relever ce premier.
en
20 MERCURE DE FRANCE
enguerre avec les Polonois , mais aujourd'hui
qu'ils sont de nos amis , est- il juste d'aller
porter la désolation chez des peuples dons
nous n'avons aucun sujet de nous plaindre
Sçavez- vous que conduire 100. mille Tar
tares dans un pays , c'est le perdre entierement
, et que par tout où ilsfoulent l'herbe , il
n'y croit rien de sept années : Tant mieux
dit Patrona , c'est de cette façon que j'aime
àfaire laguerre. Je ne demanderois pas mieux
ni mes sujets , reprit ce Prince, car outre que
la guerre est notre véritable élement , elle est
la source de toutes nos richesses ; et dès
que
cette source taritpar la paix , renfermés dans
la Krimée , steriles et sans commerce , nous
retombons dans l'indigence ; mais nous sçavons
la supporter , et sacrifier à la droiture
nos interêtsparticuliers : ilfaut refléchir avant
que de prendre les armes , afin de n'avoirpas
lieu de s'en repentir en les quittant , et ce ne
sont pas de ces petites affaires qui se termi→
ment en une ou deux assemblées .
Je trouve que celle - ci est bien nombreuse
répliqua Patrona ; je n'atendois pas que tant
de gens y assistassent ; j'avois compté au
Contraire que le Conseil ne seroit composé que
de vous , de Monsloub , du Janissaire Aga ,
du Grand Vizir , de quelques autres personnes
et de moi ; et à l'avenir il faudra , s'il
vous plaît,que cela soit ainsi , autrement plus
de secret , et les Infideles seront bientôt instruits
AVRIL: 1731. 921
et de toutes nos
truits de tous nos discours
démarches.
Quand il s'agit d'entreprendre la guerre ,
ou de continuer la paix , répondit le Roi
des Tartares , c'est une maxime fagement.
établie , que de faire degrandes assemblées .
pour y mieux débattre des matieres si gra
ves , et d'y appeller sur tout les Gens de loi ;
parce qu'étant plus éclairez que les autres , es
les dépositaires de la justice , les résolutions
qu'on prend par leurs avis , sont plus équitables
, et le succès qui les suit plus heureux ;
au lieu que quand on les exclut des Conseils ,
et qu'onfait rouler tous les interêts de l'Empi
re sur trois ou quatre têtes seulement , il arrive
d'ordinaire ce que vous venez de voir
sous le regne d' Ibrahim Pacha , qui pourn'avoir
voulu se conduire que par ses foibles lu
mieres et celles de ces deux gendres, a mis l' Etat
à deux doigts de sa pertes aussi pour les
punir de leur trop grande présomption , Dien
a t'il permis , que ces trois Ministres , après
avoir souffert une mort ignominieuse , n'ayent
trouvé d'autres sépultures que les entrailles des
Chiens , dont leurs cadavres ont été la
proye.
Il est étonnant , continua ce Prince
qu'un exemple si récent et si terrible , ne vous
corrige pas de la manie que vous avez de tout
regler, et de toutfaire par vous-même , mais si
sela continue , je vous déclare dés- à - present
queje supplierai Sa Hautesse de me renvoyer
922 MERCURE DE FRANCE
à Brousse pour y vivre en repos , dans la
folitude , et n'être plus témoin des attentats
qui se commettent ici impunément tous les
jours contre son honneur et le bien de son
service.
D
.
On voit par ce qui vient d'être rappor
té , qu'il n'y eut que le Kam et Patrona ,
qui parlerent dans ce Conseil , et qu'on
n'y conclut rien . Le premier se retira
bien résolu de redoubler ses instances auprès
du Grand Seigneur , pour hâter la
destruction des Rébelles ; tous les autres
assistans se retirerent le coeur ulceré
contre eux. Ceux- ci s'en furent chez le Janissaire
Aga , où ils s'applaudirent de
tout ce qui venoit de se passer , et prirent
de nouvelles mesures pour mettre
la derniere main à leur grand oeuvre ,
qui étoit , comme nous l'avons déja dit ,
de s'emparer des premieres Charges du
Gouvernement.
Patrona fut le lendemain 24 à l'Arsenal
de la Marine , rendre une visite de
politique , à Dgiannum-Codgea , pour lui
faire compliment sur sa nouvelle dignité,
qu'il comptoit de lui ravir bientôt , ne se
doutant pas que la foudre fut si prête d'é
clater sur sa tête . Le Capitan Pacha , aussi
fin et plus prudent que lui , le reçut
avec des honneurs extraordinaires , et lui
fat l'accueil du monde le plus gracieux ;
ik
AVRIL. 1731. 923'
3
Hs s'entretinrent ensemble avec toutes les
démonstrations d'une estime et d'une ami
tié réciproque , et lorsque Patrona l'eut
quitté pour s'embarquer dans un Bateau
à trois paires de Rames seulement accompagné
de deux autres , où se mirent
six personnes qui composoient toute sa
suite ; la foule fut si grande qu'il fut
comme porté jusqu'à l'Echelle , d'où il
jetta encore , ainsi qu'il avoit fait en sortant
, des poignées de Sequins au peuple :
en remarqua qu'il étoit chaussé ce jour -là,
contre son ordinaire , et que sa chaussu
re consistoit en un demi bas qui s'agraffe
sur le gras de la jambe , comme en portent
les Officiers de Mer.
•
Ce même jour qui étoit un vendredi ,
le Grand Seigneur vint faire sa priere du
midi , à la Mosquée de Topana de
l'autre côté du Port ; de- là Sa Hautesse fut
visiter la Fonderie de l'Arsenal où l'on
fabrique les Canons ,, dont on avoit
fait une décharge . générale à son débarquement
; ensuite prenant par les der
rieres de Pera , elle monta avec un grand
cortége au Serrail des Itchoglans , où elle
dîna. On avoit compté que le Sultan traverseroit
le Fauxbourg,à son retour, mais
des flateurs courtisans , et de faux dévots
en détournerent Sa Hautesse
représentant d'un air empressé , quand
elle E
>
>
cn lui
924 MERCURE
DE FRANCE
elle voulut se remettre en marche , que
ces ruës n'étoient habitées que par des
Infideles , et que leurs regards pourroient
lui être d'un sinistre présage. Cet avis
supersticieux lui ayant fait changer de
sentiment , elle reprit la même route par
où elle étoit venue , aprés avoir donné
75. mille livres aux jeunes gens de ce
Serrail qu'on y éleve pour son service , et
dont elle emmena quelques uns avec elle
des mieux faits et des plus capables.
Pendant que l'Empereur se promenoit
ainsi avec la plus grande partie de sa
Cout , et qu'il ne paroissoit pas qu'on
songeat qu'il y cut des Rébelles à Constantinople
, le Kam des Tartares , le G.
V. le Mufty , Dgianum-Codgca , et quelassemblez
secret- ques autres Ministres ,
tement au Serrail prononçoient leur
Sentence de mort. Ils travaillerent jusà
trouver ques bien avant dans la nuit ,
les moyens de l'executer , car ils furent
long- temps embarrassez sur le choix des
Acteurs de cette Tragedie.
›
}
Le Capitan - Pacha avoit d'abord proposé
d'en charger ses Leventis , mais on
fit réflexion que la plupart des Révoltez
étoient Janissaires , et que ce seroit jete
ter une semence de haine implacable entre
ces deux corps , qui ne finiroit peutêtre
que par l'extinction de l'un ou de
l'autre
AVRIL 1731. 985
T'autre ; enfin après s'être tournez de tous
les côtez , ils convinrent qu'il falloit don
ner cette expedition à faire aux Bostangis
, et autres domestiques du Serrail
parce que ,étant particulierement attachez
à la personne du G. S. les Janissaires ne
pourroient pas se formaliser de leur obéissance,
aux ordres deS.H.d'autant plus qu'il
y a plusieurs exemples que les Bostangis
ont été commis à de pareilles executions.
Le 25 au matin , tout étant préparé
le G. V. envoya inviter Patrona , Mouslouh
, et le Janissaire Aga , de venir au
Serrail , pour y rendre compte au Sultan
, de la conference qui avoit été tenue
le 23. et pour prendre des arrangemens
avec eux , tant sur les affaires de Perse
que sur toutes les autres qui regardoient
l'Empire. Ils s'y rendirent sur les onze
heures avec 26. personnes seulement , qui
resterent dans la premiere cour . Pour
eux ils furent introduits dans l'interieur
de ce Palais , à la Chambre nomméc
Sunnet- Odassi , où ils trouverent le Kam
des Tartares , le Mufty , le G. V. Dgianum
- Codgca , les deux Kadileskers en e
xercice , l'Istamboul-Effendi, et grand nombre
de Gens de Loy, tous assis sur le Sopha ,
chacun selon son rang ; ils s'y mirent aus,
C'est la Chambre où l'on fait la cérémonie de
la Circoncision des Princes Ottomans.
E ij si
916 MERCURE DE FRANCE
si selon le leur , et quoiqu'il y eut
dans la même Chambre ↑
beaucoup
d'Officiers, Dasseskis , et de Bostangis , qui
se tenoient de bout , ils ne soupçonerent
rien de la catastrophe qui leur de
voit arriver , parce que n'étant pas permis
à ceux qui entrent dans le Conseil de
faire entrer leurs gens dans cet endroit ,
ce sont toûjours des domestiques du G.
S. qui les servent en ce dont ils peu
vent avoir besoin ; de sorte que par la
grande quantité de Maîtres qu'il y avoit
alors , celle des Officiers et des domestiques
de S. H. ne devoit point paroître
extraordinaire aux Rébelles.
9
Tout le monde étant donc en ordre , le
G. V. prit la parole , et la portant d'abord
à Patrona , S. H. lui dit- il , vous
fait Bieylierbey de Romele , et vous donne
le Commandement de 30. mille hommes ,pour
aller joindre Achmet , Pacha de Babilone ,
avec lequel vous agirez de concert contre les
Persans.
1 Il s'adressa ensuite à Mouslouh et au Janissaire
Aga; il dit au premier,que l'Empereur
lui donnoit la qualité de Bieylierbey
de Natolie , avec un Commandement de
Troupes aussi , et au second qu'on le faisoit
Pacha à trois queues . Quant à vous ,
ajoûta- t'il ,se tournant vers Zulali - Zadé
Kadilisker- d'Asie , et vers Abdollach - Ef
fendį .
AVRIL. 1731. 927
-
fendi, Lieutenant General de Police , le G.
vous fait présent d'une queue à chacun .
A peine ce Ministre eut-il proferé ces
derniers mots , que Mustapha-Aga , dont
nous parlerons dans la suite cria , qu'on
extermine tous ces ennemis de l'Empereur et.
de l'Empire : aussi- tôt plus de trente personnes
se jettant le sabre à la main sur
Patrona , Mouslouh , et le Janissaire
Aga , les tuerent avant qu'ils eussent le
tems de se reconnoître.
On raconte ce massacre de differentes
manieres ; il y en a qui prétendent que
ces trois Rébelles se voyant perdus , vendirent
cher leurs vies , en blessant à mort
plusieurs Bostangis , et que Dgianum ,
Codgea fut le premier qui porta un coup
au Janissaire Aga , lequel se mettoit en
devoir de le tuer; d'autres rapportent qu'il
ne fit seulement que lui saisir les mains ,
et cela est assez vrai - semblable ; on dir
les Leventis furent enployez
dans cette affaire ; il est vrai que le Capitan
- Pacha , en avoit amené beaucoup
avec lui , mais ils resterent dans la premiere
Cour , et ne penetrerent point plus
encore que
avant.
Il y a peut être lieu de s'étonner que Patrona
, rusé et prévoyant comme il étoit,
se fut exposé à entrer dans le Serrail' sans
armes et sans suite , d'autant plus que les
E iij autres
928 MERCURE DE FRANCE
autres fois qu'il y étoit allé , il avoit toû
jours porté son sabre et ses pistolets , er
s'étoit fait accompagner par beaucoup de
ses camarades ; mais on répond à cela que
le G. V. pour le faire mieux tomber
dans le piége , lui avoit fait dire en
particulier , qu'ayant cette fois ci des matieres
à traiter de la derniere importance ,
et que reconnoissant qu'il avoit en raison
de se plaindre dans le dernier Conseil que
F'assemblée étoit trop nombreuse , il le
prioit de ne mener que peu de monde avec
Jui , afin que les secrets de l'Etat ne fussent
pas divulguez aux Infideles ; si bien
que Patrona , flatté de ce que ce Ministre
donnoit dans son sens , se livra avec tant
de confiance, qu'il fit même rester ses gens.
dans la premiere cour , et qu'il n'avoit
d'autre armes qu'un espece de Couperet ,
caché sous sa Pelisse , encore ne lui servitil
de rien , car ayant voulu le prendre ,
quand il vit qu'on venoit sur lui , Mustapha
Aga le prévint et lui abatit un bras
d'un coup
de Sabre.
و
A l'égard de Mouslouh qu'il avoit
aussi engagé à venir comme lui sans atmes
, il s'enveloppa dans ses Pelisses magnifiques
, et se laissa tuer sans faire le
moindre mouvement.
Quoiqu'il en soit de toutes ces cir
constances , dès que ces séditieux furent
J morts
AVRIL. 1731. 929
s
morts , on jetta leurs cadavres dans la
troisiéme cour , où est la chambre de Sunnet
- Odassi et l'on fut chercher les
26. enfans perdus , qui étoient demeurez
dans la premiere . On leur dit avec
politesse , que le G. V. qui venoit de donner
des Pelisses à leurs Chefs , les demandoit
pour leur donner aussi à chacun un
Caftan ; mais on ne les fit entrer que trois
ou quatre à la fois , à diverses reprises
sous prétexte de faire cette cérémonie
avec plus de décence , mais à mesure que
ces miserables étoient passez dans la seconde
cour , on les assomoit. Cependant au
bout d'une demie heure , quelques uns de
ceux qui restoient encore , ne voyant revenir
aucun de leurs camarades eurent
quelque soupçon de ce qui se passoit , et
voulurent se sauver , mais trouvant toutes
les portes fermées , ils furent investis
et tuez comme les autres .
,
Le bruit s'étant répandu par la Ville ,
que les Chefs des Rebelles étoient depuis
long- tems au Serrail, dont on avoit fermé
les Portes ; cela réveilla quelques- uns de
leur partisans qui y vinrent avec précipitation
, mais les Portes ayant été ouvertes ,
ces Agas , qui faisoient tant les braves , ne
virent pas plutôt des Chariots chargez de
corps massacrez , que saisis d'épouvante ,
Eij
›
ils
930 MERCURE DE FRANCE.
ils s'en furent , et abandonnerent même
leurs Chevaux.
Tous ces cadavres furent étalez dans
la rue ; il s'y amassa
>
ruë il s'y amassa un peuple innombrable
, pour les considerer , surtout
celui de Patrona , que chacun voulut voir
préferablement
aux autres ; ils ne furent
pourtant exposez que deux heures , après
quoi on fut les jetter dans la Mer , de
crainte qu'un spectacle si effrayant n'eut
des suites dangereuses , et que les Rébelles
, qu'on sçavoit être en grandnombre ,
se sentant aussi coupables que ceux dont
ils voyoient les tristes restes n'excitassent
un second soulevement populaire
dans l'esperance d'éviter un pareil sort
à la faveur des nouveaux désordres
en effet il y en eut plusieurs qui furent
au Bezestin pour en faire fermer les boutiques
, mais ils n'y purent jamais parvenir
, le G. S. ayant pris le devant par un
Katcherif adressé au Bt zestin Kyassi ,.
( c'est à peu près comme le Prevôt des
Marchands , ) qui menaçoit de mort
quiconque fermeroit ou souffriroit que
Fon fermât les boutiques pour quelque
cause que ce fut.
>
On vient de voir que les dons imaginaires
. que le G. V. avoit faits de la part du
Sultan , à Patrona , à Mouslouk`, et au
Janissaire Aga , avoient été le signal de
leus
AVRIL 17313 931
perte , mais comme tout le monde ne
comprendra pas , que ce ministre en disant
ensuite à Zulali - Kadé , et Abdollah-
Effendi , que Sa Hautesse leur faisoit présent
d'une queue , leur anfonçoit aussi la
mort ; il ne sera pas hors de propos
d'expliquer
cette espece d'Enygme..
Les Effendi , ou Gens de Loy , sont en
si grande vénération dans cet Empire
sur tout par rapport à leur sçavoir, que les
Empereurs les ayans toûjours honorez jus
qu'à la superstition , il y a très - peu d'exemples
qu'ils en ayent fait mourir. Ainsi
quoique ceux dont il s'agit ici , pour
avoir été les Arcsboutans de la Révolte ,
méritassent le dernier supplice ; S. H. qui
ne voulut point violer leur caractere ,
fut obligée de les en dépouiller , afin d'àvoir
la liberté de satisfaire à sa justice ,
et ce fut en leur donnant cette queue que
se fit leur dégradation , parce que ce signe
d'honneur , qui est incompatible avec
l'état d'homme de Loy , les faisants passer
dans celui d'homme de guerre , auquel
il est particulierement affecté , le
Sultan n'étoit plus arrêté par aucun scrupule
, et pouvoit disposer à son gré de
leur vie , dés le moment qu'ils avoient
cessé d'être Effendi ..
Il sembleroit par cette raison , que
S. H. auroit donc dû les faire périr sur le
Ev champ
32 MERCURE DE FRANCE
champ comme les autres , mais un reste
de menagement pour leur dignité , et la
présence de leurs confreres l'engagea à les
faire executer ailleurs .
Dès que le G. V. leur eut donné la funeste
marque de distinction , dont on
vient de parler , on les conduisît à la pri
son du Bostangis- Bachi ; ils y trouverent
beaucoup de personnes de l'ancien ministere
, que Patrona et Mouslouh y avoient
fait mettre , et Abdoullah- Effendi , que
les approches de la mort ne rendoient
pas plus sage , appercevant parmi ces pri
sonniers le Vaivode de Galata , qui après
avoir été long-temps caché avoit enfin
été pris , lui dit , Vous l'avez tous échapez
belle , car nous étions bien résolus de
vous envoyer en l'autre monde ; heureusementpour
vous on nous a prévenus. Le vieux.
Vaivode piqué , lui répondit d'un air gra
ve ,
.
et colere tout ensemble ; je me sousie
si peu de la vie , que je mourrois satisfait
, si je pouvois auparavant avoir le plai..
sir de teindre ma barbe blanche de ton
sang. Leur conversation n'en seroit pas
demeurée là , mais des Officiers vinrent
l'interrompre pour conduire ces deux
Effendi degradés sur une Galere qui
étoit à la pointe du Serrail , et de laquelle
, après les avoir étranglez , on les
jetta dans la Mer.
La
AVRIL. 1731% 933
La nouvelle de toutes ces exécutions
templit d'une joye universelle tout Constantinople
et ses Fauxbourgs ; la plûpart
des Turcs égorgerent des Moutons en sacrifice
, de leur propre mouvement , et
devancerent les ordres du G. S. qui fit
publier que tout le monde rendit grace à
Dieu , de ce que par sa misericorde , l'Etat
étoit enfin délivré des traîtres et perfides
Chefs de la rébellion .
S. H. commanda en même- tems qu'on
eut à dénoncer et à saisir tous ceux qu'on
reconnoîtroit avoir été de leurs compli
ces , pour leur faire souffrir les mêmes
châtimens ; de sorte qu'en trois ou quatre
jours il périt par differens genres de
mort , la plupart dans le silence de la nuit,
près de 6000 de ces malheureux . Ils ne
sçavoient où fuir , ni à qui se confier ; on
les trouvoit on les arrêtoit , on les
déceloit par tout.
›
Il y en eut pourtant sept des plus criminels
, qui se sauverent chez le Kam des
Tartares ; ce Prince les garantit de la main
des bourreaux , moins par un effet de sa
compassion , dont ils étoient indignes.
que pour conserver à son Palais le droit
qu'il a d'azile inviolable ; mais il prit la
précaution de faire poser des Gardes à
toutes ses portes , afin qu'à l'avenir son
équité ne fut plus compromise en réfus
Evj giant
934 MERCURE DE FRANCE
giant chez lui de pareils scelerats .
Sultan Mahmout , encore plus attentif´
à récompenser qu'à punir , donna le même
jour la dignité de Janissaire- Aga , à
Mussin- Oglou - Abdullah , Pacha de Nisse,
qu'on avoit fait venir depuis peu , et dont
on se servit utilement dans ces conjonctures.
S. H. le fit outre celá Vizir à tros
queues. Il est vrai que la Charge de Ja- ·
nissaire Aga donne bien ce rang par ellemême,
mais quand on en est honoré indépendamment
de la Charge , celui qui´là .
pos ede en a plus de relief et d'autorité
et c'est par cette raison , que sous le précédent
Ministere , on n'a jamais fait de
Jani saires Agas , que des Pachas à deux
queues , afin qu'ils n'eussent pas tant dė
crédit. Dgannum Codgea , qui venoit
d'être fait Capitan Pacha , n'avoit aussi
qquuee deux queues ; mais le G. S. satisfait
de ses bons conseils et de son courage , lui :
en donna une troi iéme.
Mustapha Aga , dont nous avons promis
de parler , reçût pareillement des
marques dé la bien -veillance du G. S. On
le connoissoit autrefois sous le nom dè
Pehlivan , qui veut dire le Lutteur , parce
qu'en effet son adresse et sa force à là
lutte , et dans tous les autres exercices du
corps , jetterent les premiers fondements .
de sa fortune. Il avoit été dès son bass
âgé
AVRIL 17317 935
་
age créature du Kan des Tartares , à présent
régnant , qui le fit ensuite Officier
dans les Janissaires , et il se trouvoit Capitaine
de la 17 Compagnie , lorsque la ré
volte éclata. Pelivan s'enfuit: aussi tôt à
Brousse , auprès de son ancien Maître ' ,
pour n'être point impliqué dans tous les
forfaits qui s'alloient commettre ; puis
étant revenu à la Cour avec le Kam , ce
Prince le présenta au G. S. comme un su
jet fidele , et d'une valeur éprouvée : ce
*fut lui , comme nous l'avons dit , qui fut
chargé d'annoncer l'ordre du massacre
des Rebelles , et qui le commença le pre
mier , en coupant un bras à Patrona. S.
H. voulant donc reconnoître ce service ,
ket se souvenant aussi des rapports avantageux
que le Kam lui en avoit fait , le nomma
Lieutenant General des Janissaires , à
la place de Mouslouh. Sa modestie lui fit
d'abord refuser cette faveur; il representa
qu'il n'étoit pas assez ancien dans son
Corps , qu'il n'avoit pas assez de méri
te pour remplir une Charge si distinguée,
et que cela pourroit lui attirer l'envie et :
la haine des autres Officiers , qui en étoient :
plus digne que lui ; mais le G. S: passant
pat- dessus toutes ces considérations , lui
commanda d'obéir , ce qu'il fit en rendant
mille graces à S. H.
8
Le lendemain 26 Novembre , l'Empe →
reur
936 MERCURE DE FRANCE
reur envoya des Katcherifs à tous les
Chefs des differentes Milices , pour leur
faire part de ses heureux succès , et leur
enjoindre de faire observer une exacte discipline
à leurs Soldats ces commandemens
furent accompagnez de sommes considerables
, dont S. H. voulut qu'on fe
distribution dans chaque Corps . Elle envoya
so mille écus aux Janissaires , 60
mille livres aux Tobgdgis , et 75 mille
aux Gbedgis. Les Troupes , charmées des
génerositez de leur Souverain , firent des
prieres pour sa conservation et sa prospérité
, et durant toute cette journée , Constantinople
fut dans l'allegresse , excepté
les Rebelles , dont on prit un grand nombre
, qui ne survêcurent que peu d'heures
à leur emprisonnement .
Le miserable Yanuki eut aussi la tête
coupée , pour le punir de la témerité qu'il
avoit euë , de vouloir devenir Prince de
Moldavie malgré le G. S. Ainsi l'espece
de prédiction de Patrona , quand il demanda
à ce Boucher s'il ne se soucioit pas.
de vivre plus long-tems que lui , s'accomplit
presqu'à la lettre , puisqu'ils moururent
à un jour l'un de l'autre.
Le 27. les principaux Ministres , et les
premiers Officiers des Troupes , donnerent
toute leur application à redoubler
leurs recherches et leurs poursuites contre
le
*
AVRIL 1731.
937
"
Te reste des Rebelles , surtout pour empê
cher les incendies , car Patrona avoit déclaré
plusieurs fois , que si jamais on attentoit
à ses jours , il feroit mettre le feu
aux quatre coins de Constantinople , et
pour y mieux parvenir , il avoit placé
dans tous les Bains , des gens qui lui étoient
dévoüez entierement. Effectivement , la
plupart des gens qui les servent sont Albanois
, comme il l'étoit or il y a
une grande quantité de cette Nation parmi
la populace , et l'on remarquoit en eux
un certain air d'arrogance et de révolté ;
jusques- là , que ceux qui tiroient d'eux.
quelques services , étoient obligés de les.
payer au double , encore les menaçoientils
de Patrona , dont la prosperité rapide
et brillante , les avoit si fort éblouis , qu'ils
croyoient tous faire fortune par son cainal
; mais depuis sa mort , ces rustres glo
ricux sont devenus si humbles , et si craintifs
, qu'on n'en voit presque plus paroî
tre dans les rues . Le G. V. en a beaucoup
fait pendre , et pour des fautes les plus légeres
, on leur donne de cruelles bastonades
, afin qu'ils n'oublient pas si - tôt l'auteur
de leurs biens chimeriques , er de
leurs maux réels .
Le 28 Novembre , jour auquel nous finirons
cette Relation et auquel
ent aussi fini les suites de la Révolté
,
сем
9
938 MERCURE DE FRANCE
commencée à pareil jour du mois de Sep
tembre précédent , toutes les personnes
de l'ancien Ministere qui étoient encore
en prison , furent élargies , moyennant
des taxes modiques , et le G. S. fermant
l'oreille à la séverité , pour n'écouter plus
que la clémence , accorda une amnistie
generale à tous ceux qu'on pouvoit encore
accuser d'avoir eu part et d'avoir contribué
aux troubles de l'Erat; avec cette modifica--
tion pourtant , que ceux qui seroient reconnus
pour avoir été du nombre des premiers
conjurez , et qui auroient persisté?
dans la rébellion jusqu'à la fin , n'auroient
que la vie sauve , et subiroient l'éxil qu'on
leur prescriroit.
Fermer
Résumé : RELATION HISTORIQUE, exacte et détaillée de la derniere Révolution arrivée à Contantinople ; écrite d'abord en Turc par un Effendi, avec plusieurs circonstances de cet Evenement, tirées d'autres Memoires.
En 1730, une révolte éclate à Constantinople en raison de la décadence des affaires en Perse et de l'oppression du peuple turc par les ministres et de nouveaux impôts. Le 28 septembre 1730, Patrona-Kalil et d'autres individus déclenchent une révolte près de la mosquée de Sultan Bajazer, forçant le sultan Achmet III à abdiquer. Les rebelles, principalement des janissaires, libèrent les prisons et recrutent des criminels. Le sultan se réfugie à Scutary, mais les rebelles gagnent en puissance. Le Grand Vizir, initialement mal informé, revient à Constantinople avec le sultan, mais les rebelles refusent de se disperser sans justice, conduisant à l'arrestation du Kaïmakan. Le souverain, identifié comme G. S., échoue à recruter des soldats et à stabiliser la situation. Patrona Kalil attaque l'Arsenal et rétablit Abdi-Capoudan dans ses fonctions pour renforcer sa position. En avril 1731, une nouvelle révolte éclate. Les rebelles acceptent la déposition du Mufti mais insistent sur la destitution du Grand Vizir, qui est également le gendre du sultan. Mehmet-Pacha est nommé à ce poste. Les rebelles pillent des maisons et distribuent les biens aux minorités. Le sultan ordonne finalement l'exécution du Grand Vizir et de ses associés. En octobre 1731, Achmet III abdique en faveur de son neveu Mahmoud. Trois ministres ottomans sont exécutés. Mahmoud accepte de supprimer les nouveaux impôts demandés par les rebelles. En avril 1731, des janissaires exigent une augmentation de leur solde, et les richesses des ministres sont utilisées pour les satisfaire. Patrona, le chef rebelle, insiste sur la punition des proscrits. Des événements politiques et militaires marquants se succèdent à Constantinople, avec des nominations et des exécutions de dirigeants. La rébellion est réprimée après des menaces du sultan et des janissaires, mais des violences persistent. En novembre 1731, les autorités libèrent les membres de l'ancien ministère emprisonnés après qu'ils eurent payé des amendes modestes. Une amnistie générale est proclamée pour ceux impliqués dans les troubles, à l'exception des principaux conjurés qui sont exilés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 1157-1159
TURQUIE.
Début :
On mande de Constantinople que la punition rigoureuse des Auteurs de la derniere révolution [...]
Mots clefs :
Constantinople, Punition, Révolution, Trésor, Faction, Rebelles, Étendard du prophète, Expédition
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texteReconnaissance textuelle : TURQUIE.
TURQUIE.
N mande de Constantinople que la punition
Origoureuse des Auteurs de la derniere
te , n'avoit pas empeché qu'il n'y eût encore des
troubles dans divers endroits de l'Asie , où les
Janissaires aprés avoir massacré la plupart de
leurs Chefs , se portoient aux dernieres extrémi
tés , sous pretexte qu'on leur retenoit leur solde ;
et que Sa Hautesse , pour prévenir les suites fàcheuses
de cette disposition à la révolte , avoit
fait tirer du Trésor vingt millions qu'on devoit
leur distribuer.
Mais voici ce que nous venons d'apprendre d'une
nouvelle revolte , par des Lettres de Constantinople
, dattées du 14. Avril , venues par la voye
de Vienne.
Le 25. Mars dernier , un Turc Albanois , de
la faction de Patrona Kalil , avoit assemblé 2000.
hommes de la même Nation dans la Place de la
Mosquée de Sultan Bajazet , et à l'heure de
minuit, cette Troupe avoit marché en corps chez
le Janissaire Aga , pour l'engager de se joindre
à eux , dans le dessein de détrôner le nouveau
Sultan , et de remettre à sa place le Sultan Achmet;
le Janissaire Aga s'étoit fort opposé à ce projet
séditieux , et il étoit allé la même nuit en
informer le Grand Seigneur. Ce Prince ordonna
sur le champ au Grand-Visir , au Mufty , et au
Capitan
1158 MERCURE DE FRANCE
Capitan Pacha d'assembler un Corps de Troupes,
et de les faire marcher dès la pointe du jour ,
pour dissiper ces Rébelles . Ces Troupes marche--
rent en bon ordre vers la place d'Atmeydan où
les Rébelles étoient campés , cette place étant
beaucoup plus spacieuse que celle du Sultan Ba
jazet où ils s'étoient d'abord affemblés . Le Grand-
Visir , le Mufty et le Capitan Pacha étoient à la
tête des Troupes du Grand- Seigneur , parmi lesquelles
il y avoit 600. Leventis ou Soldats de
Marine trés bien armés , le Mufty avoit à côté
de lui le fameux Etendart de Mahomet.
Les Rébelles sans s'étonner de voir arriver les
Troupes du G. S. en bon ordre , et bien disposés
à les charger , tirerent eux mêmes les premiers ,
avec cette circonstance qu'une bâle de Mousquet ,
ayant persé l'Etendart du Prophête , le Mufty en
fút si indigné , qu'il prononça sur le champ une
Sentence de mort contre tous les Rébelles ; ce
qui anima tellement les Troupes du G. S. qu'il
y cût un sanglant Combat , dans lequel plus de
300. Rébelles resterent sur la place , et les autres
furent dissipés.
Aprés cette expédition , le Grand Visir partagea
ses Troupes en deux corps, dont l'un resta
sur la même Place , et l'autre fût comandé pour
faire la Patrouille dans la Ville , et veiller à la
seureté publique,
Ces Letres ajoûtent que tous ceux qui furent
trouvés armés dans Constantinople fûrent étran
glés sur le champ . On croit que cette nouvelle
révolte a été suscitée par la Veuve du dernier G.
V.fille du Sultan déposé : elle a été , dit - on , étran
glée , mise dans un sac et jettée dans la Mer avec
une de ses confidentes .
Le G. S, a donné une Déclaration portant que
tous
MAY. 1731.
1159
tous ceux qui viendroient dénoncer des Rébelles
ou d'autres personnes qui pourroient avoir eu
quelque part à cette derniere révolte , auroient
quinze Aspres par jours de rente viagere. Cette
récompense a operé et opére tous les jours de
nouveaux châtimens exemplaires. Nous attendons
de plus amples circonstances de cet évenement ,
par des Vaisseaux partis de Constantinople le
30. Mars dernier.
N mande de Constantinople que la punition
Origoureuse des Auteurs de la derniere
te , n'avoit pas empeché qu'il n'y eût encore des
troubles dans divers endroits de l'Asie , où les
Janissaires aprés avoir massacré la plupart de
leurs Chefs , se portoient aux dernieres extrémi
tés , sous pretexte qu'on leur retenoit leur solde ;
et que Sa Hautesse , pour prévenir les suites fàcheuses
de cette disposition à la révolte , avoit
fait tirer du Trésor vingt millions qu'on devoit
leur distribuer.
Mais voici ce que nous venons d'apprendre d'une
nouvelle revolte , par des Lettres de Constantinople
, dattées du 14. Avril , venues par la voye
de Vienne.
Le 25. Mars dernier , un Turc Albanois , de
la faction de Patrona Kalil , avoit assemblé 2000.
hommes de la même Nation dans la Place de la
Mosquée de Sultan Bajazet , et à l'heure de
minuit, cette Troupe avoit marché en corps chez
le Janissaire Aga , pour l'engager de se joindre
à eux , dans le dessein de détrôner le nouveau
Sultan , et de remettre à sa place le Sultan Achmet;
le Janissaire Aga s'étoit fort opposé à ce projet
séditieux , et il étoit allé la même nuit en
informer le Grand Seigneur. Ce Prince ordonna
sur le champ au Grand-Visir , au Mufty , et au
Capitan
1158 MERCURE DE FRANCE
Capitan Pacha d'assembler un Corps de Troupes,
et de les faire marcher dès la pointe du jour ,
pour dissiper ces Rébelles . Ces Troupes marche--
rent en bon ordre vers la place d'Atmeydan où
les Rébelles étoient campés , cette place étant
beaucoup plus spacieuse que celle du Sultan Ba
jazet où ils s'étoient d'abord affemblés . Le Grand-
Visir , le Mufty et le Capitan Pacha étoient à la
tête des Troupes du Grand- Seigneur , parmi lesquelles
il y avoit 600. Leventis ou Soldats de
Marine trés bien armés , le Mufty avoit à côté
de lui le fameux Etendart de Mahomet.
Les Rébelles sans s'étonner de voir arriver les
Troupes du G. S. en bon ordre , et bien disposés
à les charger , tirerent eux mêmes les premiers ,
avec cette circonstance qu'une bâle de Mousquet ,
ayant persé l'Etendart du Prophête , le Mufty en
fút si indigné , qu'il prononça sur le champ une
Sentence de mort contre tous les Rébelles ; ce
qui anima tellement les Troupes du G. S. qu'il
y cût un sanglant Combat , dans lequel plus de
300. Rébelles resterent sur la place , et les autres
furent dissipés.
Aprés cette expédition , le Grand Visir partagea
ses Troupes en deux corps, dont l'un resta
sur la même Place , et l'autre fût comandé pour
faire la Patrouille dans la Ville , et veiller à la
seureté publique,
Ces Letres ajoûtent que tous ceux qui furent
trouvés armés dans Constantinople fûrent étran
glés sur le champ . On croit que cette nouvelle
révolte a été suscitée par la Veuve du dernier G.
V.fille du Sultan déposé : elle a été , dit - on , étran
glée , mise dans un sac et jettée dans la Mer avec
une de ses confidentes .
Le G. S, a donné une Déclaration portant que
tous
MAY. 1731.
1159
tous ceux qui viendroient dénoncer des Rébelles
ou d'autres personnes qui pourroient avoir eu
quelque part à cette derniere révolte , auroient
quinze Aspres par jours de rente viagere. Cette
récompense a operé et opére tous les jours de
nouveaux châtimens exemplaires. Nous attendons
de plus amples circonstances de cet évenement ,
par des Vaisseaux partis de Constantinople le
30. Mars dernier.
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Résumé : TURQUIE.
En Turquie, malgré la répression des auteurs de la dernière révolte, des troubles persistent en Asie, notamment parmi les Janissaires réclamant leur solde. Pour éviter une escalade, le sultan a distribué vingt millions de son trésor. Le 25 mars, un Albanais de la faction de Patrona Kalil a rassemblé 2000 hommes dans la mosquée de Sultan Bajazet pour destituer le nouveau sultan et rétablir le sultan Achmet. Informé, le sultan a ordonné au Grand-Visir, au Mufty et au Capitan Pacha de rassembler des troupes pour disperser les rebelles. Les troupes, incluant 600 Soldats de Marine, ont affronté les rebelles à la place d'Atmeydan. Après qu'une balle ait percé l'étendard de Mahomet, le Mufty a prononcé une sentence de mort contre les rebelles, intensifiant le combat. Plus de 300 rebelles ont été tués et les autres dispersés. Après la bataille, les troupes ont assuré la sécurité publique, exécutant ceux trouvés armés à Constantinople. La veuve du dernier sultan, fille du sultan déposé, a été exécutée pour avoir fomenté la révolte. Le sultan a offert une récompense de quinze aspres par jour de rente viagère pour la dénonciation de rebelles, entraînant de nouveaux châtiments exemplaires. Des informations supplémentaires sont attendues via des vaisseaux partis de Constantinople le 30 mars.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 1364-1373
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople du 7. Avril 1731.
Début :
La nuit du 24. au 25. Mars 200. Janissaires allerent enfoncer la maison du Janissaire [...]
Mots clefs :
Constantinople, Janissaires, Rebelles, Aga, Révolte
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople du 7. Avril 1731.
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople '
du 7. Avril 1731.
LA
A nuit du 24. au 25. Mars 200. Janissaires
allerent enfoncer la maison du Janissaire
Aga , et voulurent en enlever les Marmites pour
lés porter dans la Place d'Atmeiaan , où les Ja
nissaires s'assemblent ordinairement lorsqu'ils
veulent exciter quelque révolte. Le Janissaire
Aga s'y étant opposé reçut un coup de Fusil au
bras , et sa maison fut entierement pillée , il eut
cependant le bonheur de se sauver par la porte
de son Jardin et de se rendre au Serrail : il rendit.
compte au G. S. de ce qui venoit de lui arriver.
On fit appeller sur le champ le Grand Vizir ,
le Mufti , le Capitan Pacha , et quelques uns des
principaux Effendis , pour déliberer sur le parti
qu'on avoit à prendre. Il fut resolu de rassembler
le plus de Monde qu'on pourroit , et d'aller atta
quer les Rébelles à l'Atmeydan dès qu'il seroit
jour , pour n'en pas laisser grossir le nombre ,.
et d'y faire porter l'Etendart de Mahomet ; la
chose fut éxécutée, on forma deux Corps , dont
l'un étoit commandé par le G. Vizir , suivi du
Janissaire Aga , quoique blessé , et l'autre étoit
sous les ordres du Capitan Pacha ; ils rencontre
rent dans les rues quantité de Gens armés qui
alloient se joindre aux Rebelles , dont la plûpart:
furent tués , ils trouverent dans la Place de l'At
meydan , où ils se rendirent par deux differens.
I. Vol. endroits,
JUIN. 1731. 1365
endroirs , soo. hommes armés , avec quelques.
Etendarts déployés , qui firent d'abord assés de
résistance , mais qui furent contraints de ceder.
La plupart furent massacrés ; on en saisit une
soixantaine que l'on conduisit au Serrail pour dé
couvrir les motifs , et les Chefs de la Rebellion ,
et quelques- uns furent assés heureux pour se sau
ver. Depuis les Caffés , les Bains , et les autres
Lieux publics ont été fermés .
Le G.V. n'a point tenu de Divan hier ni aujour
d'hui ; il n'estoccupé qu'à faire des rondes dans la
Ville,et à en faire faire par le Janissaire Aga, et par
les autres principaux Officiers des differens Corps de
Milice qui arrêtent et font étrangler sur le champ
tous ceux qu'on soupçonne avoir eu part à la ré
volte. On assure que quoyqu'il ne se soit trouvé
que quatre ou cinq cens révoltés dans la Place
d'Atmeydan , il y en avoit plus de 3000 autres.
dispersés dans plusieurs endroits de Constanti
nople , avec des Drapeaux pour assembler du
monde et grossir leur Troupe.
Ils avoient aussi mis le feu en trois diff. rens quar
tiers de la Vilie,dans la vue que le G.V.er les autres
Ministres étant occupés à le faire éteindre , ils trou
veroient moins d'obstacles à l'execution de leur
projet. Il est certain que si l'on eût tardé trois heu
res de plus à dissiper les Rébelles , ils auroient été
les Maîtres de Constantinople , et qu'ils auroient
fait les mêmes changemens , et beaucoup plus de
désordre que lors de la premiere révolte ; il étoit
même à craindre qu'on n'eût pas eu les mêmes.
égards pour nous , par la raison que quoique la
sédition n'ait duré que dépuis la pointe du jour
jusqu'à neufheures du matin , il y a eu beancoup
de Grecs , d'Arméniens et de Juifs qui ont été
insultés et volés , et que depuis l'autre révolution,,
I. Vol.
il
2366 MERCURE DE FRANCE
il s'est rassemblé dans cette Capitale une infini
té d'Asiatiques , tous voleurs et assassins ; et
qu'ils ne s'y sont établis que dans l'Esperance
d'y trouver quelque conjoncture à pouvoir met
tre leurs talens à profit ; s'il en faut croire les
bruits publics , ce sont les Partisans d'Achmet
III. qui avoient tramé cette révolte.
Les particularitez suivantes sont tirées de plu
sieurs Lettres.
Le 24. Mars , quelques Dgebedgis , ou Soldats
d'Artillerie , s'étant trouvez dans un Caffé , s'en
tretenoient en fumant, de l'état présent du Gou
vernement. Plusieurs d'entr'eux se plaignoient de
ce qu'on n'avoit pas encore distribué les 25. Pias
tres qu'on a coûtume de donner à chaque Sol
dat à l'avenement au Trône d'un nouveau Sul
tan ; d'autres témoignoient leur mécontentement
de ce que nonobstant le changement de Minis
tere, on n'avoit pas encore remedié à la disette et à
la cherté des vivres , ce qui avoit été le but de la
précedente Révolte . Après plusieurs discours de
cette nature , ils sortirent sur les 9. heures du
soir du Caffé , fort animez ; et ayant été joints
par un grand nombre de leurs Compagnons , ils
s'amuserent ensemble et allerent vers les dix heu
res piller la maison de l'Aga des Janissaires , où
ils firent un butin considerable , tant en argent
comptant , qu'en bijoux.
; L'Aga eut le bonheur de se sauver le Grand
Visir ayant appris par le Lieutenant de l'Aga ,
la nouvelle de cette révolte , se rendit d'abord au
Serrail, et envoya ordre auCapitan PachaDgianum
Codgia , de se rendre en toute diligence auprès
de lui , et d'amener autant de monde qu'il pour
roit ; ce que celui cy executa : pendant ce tems
Lâ les soulevez , dont le nombre s'étoit accrû jus
Is Vola
qu'à
JUIN. 1731 1367
qu'à 3000. hommes , se rendirent dans la Place ,
nommée Atmeïdan , où ils arborerent le Pavillon
et y passerent la nuit . Le lendemain de grand
matin le G. V. et l'Aga des Janissaires sortirent
du Serrail, à la tête des Ichoglans , et autres Do
mestiques du Serrail , suivis du Capitan Pacha ,
à la tête de ses Gens de Mer , précedez par le
Sangiac-Scherif, portant l'Etendart de Mahomet,
et ils allerent attaquer les Rebelles , qui , quoique
surpris , firent d'abord feu sur eux sans respecter
l'Etendart du Prophete , et obligerent d'abord les
Ichoglans à reculer , mais ceux- cy ranimezpar
ceux qui les suivoient , attaquerent de nouveau
les Rebelles avec tant d'ardeur , qu'après une le
gere résistance , ils furent mis en fuite ; plusieurs
furent tuez sur la place et les autres dispersez , en
sorte qu'à dix heures du matin tout étoit aussi
tranquille qu'avant la Révolte ..
Le Grand Seigneur avoit d'abord voulu mar
cher en personne contre les Rebelles , mais il en
fut détourné par Dgianum Codgia. S. H. a fair
present à ce dernier et au G. V. d'une Fourure de
Martre Zibeline très- riche , en consideration du
service qu'ils venoient de lui rendre , d'autant
plus important , que les Rebelles avoient déja
proclamé le vieux Sultan .
L'Aga des Janissaires , voyant qu'il n'étoit pas
aimé de ce Corps , a demandé la permission au
G.S. de se retirer , qui la lui a accordée . Dgianum
Codgia a aussi jugé à propos par le même motif
de se retirer sur les Vaisseaux de guerre.
Sur le bruit qui s'étoit répandu que la veuve
du dernier G. V. fille du Sultan déposé , avoir
fomenté cette Révolte , elle fut d'abord enfermée
dans le Serrail , mais son innocence
été re
ayant
connuë , elle a été remise en liberté ; mais on as--,
1
1. Vol
Surc
1358 MERCURE DE FRANCE
sure qu'elle a été arrêtée une seconde fois , sur
ce qu'on a découvert qu'elle avoit promis 20000.
Bourses de cent Reaux chacune aux Janissaires
mécontens qui remettroient le Sultan son pere
sur le Trône.
Le G. S. a , dit-on , obligé depuis le Mufti à
prononcer une Sentence de mort contre son Pré
decesseur , qui a été arrêté dans un Village â
quelques lieues de Constantinople , où il se tenoit
Caché.
Le Capitan Pacha Dgianum- Codgia , n'étant
pas en sureté depuis qu'il a opiné dans le Divan
en faveur de la Paix avec les Princes Chrétiens
a obtenu de S. H. une Garde de Janissaires qui
doivent l'accompagner , même dans le voyage
qu'il fera dans les principales Iles de l'Archipel.
Le G. V. a été d'avis contraire ; et ayant propo
sé de faire la Paix avec les Persans , et d'occuper
les Janissaires et les autres Milices à une guerre
avec les Princes Chrétiens , il demande à S. H. de
l'exiler en Egypte , si son avis ne lui étoit pas
agréable. Depuis ce Divan on a dépêché trois
Couriers en Perse , pour porter , à ce qu'on croit,
des pleins pouvoirs aux Generaux Turcs , afin de
terminer un accommodement avec le Roi de
Perse.
Une autre Lettre de Constantinople porte que
la même nuit du 2 5. Mars , une troupe de Revol
tez qu'on fait monter environ à 4000. hommes ,
après avoir couru tumultuairement les ruës , en
foncerent les portes de la maison du Janissaire
Aga , et la pillerent ; après quoi ils allerent dans
les chambres des Janissaires , enleverent leurs
Marmites , ustanciles et leurs Etendarts , qu'ils
porterent à l'Atmeïdan , principale Place de Cons
tantinople.
1. Vol. Ce
JUIN. 1731 .
1369
Ce desordre saisit de crainte tous les habitans,
et la terreur atigmentoit par les cris des Révoltez
qui couroient dans tous les Quartiers , disant qu'on
eut à se rendre à l'Atmeïdan , où ils devoient ,
disoient - ils , prendre des mesures pour réformer
de nouveau le Gouvernement , et détrôner le Sul
tan Mahmoud, qui étoit déchû de la Souveraine
té du moment qu'il avoit fait massacrer et jetter
à la voirie l'Aga Patrona -Kalil et ses Camarades ;
qu'un pareil exemple étoit inoui et entierement
contraire au Kanoun ou Ordonnance de Sultan
Soliman II. Beaucoup de monde se joignit à ces
sédicieux , ce qui grossit considerablement la
troupe qui se formoit à l'Atmeidan , où lon com
mençoit à dresser des Tentes.
Cependant le G. V. le Mufti , Dgianum Cod
gia , Capitan - Pacha , et tous les Grands Officiers
de l'Empire , de même que les Gens de Loi- , se
rendirent au Serrail , auprès du G. S. où il fut
résolu qu'on exposeroit l'Etendart du Prophete ,
et que tout le Peuple seroit invité de courir à sa
defense . Le Mufti donna aussi -tôt une Sentence
par laquelle les Rebelles étoient déclarez infideles
et traîtres , et que tout bon Musulman ou vrai
Croyant devoit sacrifier sa vie pour la conserva
tion du Sultan Mahmoud , leur legitime Souve
rain. On promit aussi à chacun de ceux qui
apporteroient quelque tête des Rebelles , des ré
compenses proportionnées au service qu'il auroit
rendu dans cette occasion . En même -tems le
Defterdar our Grand - Trésorier , fit porter du
Trésor Imperial , quantité de sacs d'or et d'ar
gent à la Porte du Serrail et se mit en devoir de
disrribuer cent Piastres à chacun de ceux qui ap
porteroient quelque tête .
Cette disposition ainsi faite , le G. S. remit la
1. Vol.
fameuse
1370 MERCURE, DE FRANCE
fameuse Banniere entre les mains du G. V. et ce
Fui- ci la remit à un Kapigi- Bachi . Ensuite ce pre
mier Ministre s'étant mis à la tête de la Maison
de S. H. et de la sienne , et le Capitan- Pacha , à
la tête de 400. Leventis , on fit ouvrir les Portes
du Serrail , et en marcha en bon ordre à la Place
d'Atmeïdan.
•
Le Peuple n'eut pas plutôt appris qu'on devoit
faire sortir l'Etendart de Mahometh , qu'on s'em
pressa , à l'envi, pour le venir deffendre, et l'affluence
fut si grande en très - peu de tems , qu'on ne pou
voit qu'à peine se remuer dans les rues . Les To
pigis , Dgebedgis et même les Janissaires , qui
un moment auparavant étoient eux- mêmes du
nombre des Rebelles , vinrent aussi se rendre sous
PEtendart du Prophete.
Le G. V. marchant fierement , s'avança avec
tout son Cortege jusques à l'Atmeïdan ; près d'y
arriver il fit une petite alte et continua sa marche
par la même rue qui aboutit à une des Portes de
cette Place,mais Dgianum Codgia avec ses Léven
tis , se détacha et prit par une autre ruë qui abou
tit à une autre Porte de la même Place.
Non-seulement les Rebelles firent bonne con
tenance , mais ils attaquerent courageusement
les Troupes du Visir et du Capitan - Pacha , et ils
firent tous leurs efforts pour se saisir de l'Eten
dart ; mais obligez de plier , ils furent mis en dé
route en même tems le G. V. étant entré
dans la Place par un côté et le Capitan - Pacha
un autre , ils firent main basse sur tous ceux qui
s'y trouverent ; qui n'étoient pas , à la verité ,
si grand nombre , parce que la plupart des Ré
voltez eurent le tems de se sauver dans les Cazer
nes des Janissaires , qui sont joignant cette Place.
Les autres ayant pris la fuite par diverses ruës
par
en
;
I. Vol. · le
JUI N. 1731. 1371
le G. V. les fit poursuivre sans perte de tems , & c,
Peu de tems après on vit un spectacle bien ter
rible dans la Place qui est devant la porte du Ser
rail , où le Tefterdar s'étoit placé , prêt à don
ner cent écus pour chaque tête de Ribelle qu'on
lui apporteroit ; en moins de deux heures de tems
on lui en apporta de tous côtez une quantité si
prodigieuse , que cela fit croire avec raison , que
quantité d'innocens étoient péris dans cette mal
heureuse journée ; car les Bostangis et les Leven
tis , plus empressez à gagner cent Piastres , qu'on
donnoit pour chaque tête , qu'à punir les Re
belles , assommoient les premiers venus et ceux
qui étoient les plus sans deffense . On assure qu'un
Eunuque , favori du Sultan , apporta lui seul neuf
têtes , et qu'il fut largement récompensé.
On prétend que cette derniere Révolte a été
suscitée par les Créatures du Sultan Achmet , et
ce bruit se fortifie d'autant plus , qu'on a appris
que les Sultanes , filles de ce Prince , mariées
a Ibrahim Pacha , dernier G V. et à son fils , qui
étoient libres dans leurs Palais depuis le malheur
arrivé à leurs Maris , viennent d'être étroitement
enfermées dans le Serrail .
Pour les principaux Chefs de cette Rebellion ,
ce sont des gens de la lie du peuple , dons les noms
auroient pû devenir aussi fameux que ceux de Pa
trona et de Mousloub , si leur audacieuse témeri
té avoit éte suivie d'un plus heureux succès. Par
mi ceux qui ont le plus contribué à l'arrêter et à
faire punir les coupables , on parle du fameux
Dgianum Codgia qui a agi de la tête et de la main
avec toute la prudence et la valeur imaginable ,
ainsi qu'il avoit fait dans la premiere Révolte.
Depuis le Dimanche 25. Mars , chaque jour
est marqué par quelque exécution publique , ou
Le Vol.
H particu
1372 MERCURE DE FRANCE
particuliere. La quantité de gens qu'on fait périr
est incroyable. Il suffit de n'avoir pas une phi
fionomie heureuse , pour être proscrit et perdre
la vie ; séverité , sans doute , bien nécessaire dans
une conjoncture aussi délicate ; mais aussi il y a
de l'excès.
On a chassé et banni de Constantinople tous
les Arnaouds et Albanois , qui étoient devenus
trés - insolens , dépuis que leur Compatriotte Pa
zrona , les favorisant en toutes choses pendant
la premiere révolte , les avoit mis sur un pied
d'aisance pour lequel ils n'étoient pas nés..
On assure qu'on va aussi chasser les Las ,
Peuples originaires des Côtes de la Mer Noire
prés de Trébisonde , établis à Constantinople.
On prétend que ce sont eux qui ont pillé tout le
Besestin des Ispahis, et qui ont fait la plupart des
autres vols , qui sont très considerables.
Pour nous , nous en avons été quitte pour quel
ques allarmes ; mais je doute que c'eût été à si
bon marché , si la sédition n'avoit pas été assou
pie dans son commencement. Il seroit difficile
de pouvoir dire le nombre des morts , du jour
de la grande expédition . Le G. Vizir perdit quel
ques Agas , et plusieurs des siens furent blessez .
Il courut grand risque lui - même ; car un des
Rebelles qui avoit trouvé le moyen de s'appro
cher de sa Personne , alloit luy tirer un coup
de Pistolet presque à bout portant , lorsque son
favori Mustapha Aga , le prévint et lui abatit le
bras d'un coup de Sabre,ce qui garantit le G. V.
Mais le Rebelle , doublement outré de désespoir
d'avoir manqué son coup , et de voir son bras
droit par terre , tira de sa main gauche un Poi
gnard qu'il avoit à sa ceinture , et s'élançant sur
Mustapha , le lui plongea dans le coeur , et le fit
IVsi
somber
JUI N. 1731.
1373
tomber mort à ses pieds : ce malheureux fut
massacré et mis en pieces sur le moment.
du 7. Avril 1731.
LA
A nuit du 24. au 25. Mars 200. Janissaires
allerent enfoncer la maison du Janissaire
Aga , et voulurent en enlever les Marmites pour
lés porter dans la Place d'Atmeiaan , où les Ja
nissaires s'assemblent ordinairement lorsqu'ils
veulent exciter quelque révolte. Le Janissaire
Aga s'y étant opposé reçut un coup de Fusil au
bras , et sa maison fut entierement pillée , il eut
cependant le bonheur de se sauver par la porte
de son Jardin et de se rendre au Serrail : il rendit.
compte au G. S. de ce qui venoit de lui arriver.
On fit appeller sur le champ le Grand Vizir ,
le Mufti , le Capitan Pacha , et quelques uns des
principaux Effendis , pour déliberer sur le parti
qu'on avoit à prendre. Il fut resolu de rassembler
le plus de Monde qu'on pourroit , et d'aller atta
quer les Rébelles à l'Atmeydan dès qu'il seroit
jour , pour n'en pas laisser grossir le nombre ,.
et d'y faire porter l'Etendart de Mahomet ; la
chose fut éxécutée, on forma deux Corps , dont
l'un étoit commandé par le G. Vizir , suivi du
Janissaire Aga , quoique blessé , et l'autre étoit
sous les ordres du Capitan Pacha ; ils rencontre
rent dans les rues quantité de Gens armés qui
alloient se joindre aux Rebelles , dont la plûpart:
furent tués , ils trouverent dans la Place de l'At
meydan , où ils se rendirent par deux differens.
I. Vol. endroits,
JUIN. 1731. 1365
endroirs , soo. hommes armés , avec quelques.
Etendarts déployés , qui firent d'abord assés de
résistance , mais qui furent contraints de ceder.
La plupart furent massacrés ; on en saisit une
soixantaine que l'on conduisit au Serrail pour dé
couvrir les motifs , et les Chefs de la Rebellion ,
et quelques- uns furent assés heureux pour se sau
ver. Depuis les Caffés , les Bains , et les autres
Lieux publics ont été fermés .
Le G.V. n'a point tenu de Divan hier ni aujour
d'hui ; il n'estoccupé qu'à faire des rondes dans la
Ville,et à en faire faire par le Janissaire Aga, et par
les autres principaux Officiers des differens Corps de
Milice qui arrêtent et font étrangler sur le champ
tous ceux qu'on soupçonne avoir eu part à la ré
volte. On assure que quoyqu'il ne se soit trouvé
que quatre ou cinq cens révoltés dans la Place
d'Atmeydan , il y en avoit plus de 3000 autres.
dispersés dans plusieurs endroits de Constanti
nople , avec des Drapeaux pour assembler du
monde et grossir leur Troupe.
Ils avoient aussi mis le feu en trois diff. rens quar
tiers de la Vilie,dans la vue que le G.V.er les autres
Ministres étant occupés à le faire éteindre , ils trou
veroient moins d'obstacles à l'execution de leur
projet. Il est certain que si l'on eût tardé trois heu
res de plus à dissiper les Rébelles , ils auroient été
les Maîtres de Constantinople , et qu'ils auroient
fait les mêmes changemens , et beaucoup plus de
désordre que lors de la premiere révolte ; il étoit
même à craindre qu'on n'eût pas eu les mêmes.
égards pour nous , par la raison que quoique la
sédition n'ait duré que dépuis la pointe du jour
jusqu'à neufheures du matin , il y a eu beancoup
de Grecs , d'Arméniens et de Juifs qui ont été
insultés et volés , et que depuis l'autre révolution,,
I. Vol.
il
2366 MERCURE DE FRANCE
il s'est rassemblé dans cette Capitale une infini
té d'Asiatiques , tous voleurs et assassins ; et
qu'ils ne s'y sont établis que dans l'Esperance
d'y trouver quelque conjoncture à pouvoir met
tre leurs talens à profit ; s'il en faut croire les
bruits publics , ce sont les Partisans d'Achmet
III. qui avoient tramé cette révolte.
Les particularitez suivantes sont tirées de plu
sieurs Lettres.
Le 24. Mars , quelques Dgebedgis , ou Soldats
d'Artillerie , s'étant trouvez dans un Caffé , s'en
tretenoient en fumant, de l'état présent du Gou
vernement. Plusieurs d'entr'eux se plaignoient de
ce qu'on n'avoit pas encore distribué les 25. Pias
tres qu'on a coûtume de donner à chaque Sol
dat à l'avenement au Trône d'un nouveau Sul
tan ; d'autres témoignoient leur mécontentement
de ce que nonobstant le changement de Minis
tere, on n'avoit pas encore remedié à la disette et à
la cherté des vivres , ce qui avoit été le but de la
précedente Révolte . Après plusieurs discours de
cette nature , ils sortirent sur les 9. heures du
soir du Caffé , fort animez ; et ayant été joints
par un grand nombre de leurs Compagnons , ils
s'amuserent ensemble et allerent vers les dix heu
res piller la maison de l'Aga des Janissaires , où
ils firent un butin considerable , tant en argent
comptant , qu'en bijoux.
; L'Aga eut le bonheur de se sauver le Grand
Visir ayant appris par le Lieutenant de l'Aga ,
la nouvelle de cette révolte , se rendit d'abord au
Serrail, et envoya ordre auCapitan PachaDgianum
Codgia , de se rendre en toute diligence auprès
de lui , et d'amener autant de monde qu'il pour
roit ; ce que celui cy executa : pendant ce tems
Lâ les soulevez , dont le nombre s'étoit accrû jus
Is Vola
qu'à
JUIN. 1731 1367
qu'à 3000. hommes , se rendirent dans la Place ,
nommée Atmeïdan , où ils arborerent le Pavillon
et y passerent la nuit . Le lendemain de grand
matin le G. V. et l'Aga des Janissaires sortirent
du Serrail, à la tête des Ichoglans , et autres Do
mestiques du Serrail , suivis du Capitan Pacha ,
à la tête de ses Gens de Mer , précedez par le
Sangiac-Scherif, portant l'Etendart de Mahomet,
et ils allerent attaquer les Rebelles , qui , quoique
surpris , firent d'abord feu sur eux sans respecter
l'Etendart du Prophete , et obligerent d'abord les
Ichoglans à reculer , mais ceux- cy ranimezpar
ceux qui les suivoient , attaquerent de nouveau
les Rebelles avec tant d'ardeur , qu'après une le
gere résistance , ils furent mis en fuite ; plusieurs
furent tuez sur la place et les autres dispersez , en
sorte qu'à dix heures du matin tout étoit aussi
tranquille qu'avant la Révolte ..
Le Grand Seigneur avoit d'abord voulu mar
cher en personne contre les Rebelles , mais il en
fut détourné par Dgianum Codgia. S. H. a fair
present à ce dernier et au G. V. d'une Fourure de
Martre Zibeline très- riche , en consideration du
service qu'ils venoient de lui rendre , d'autant
plus important , que les Rebelles avoient déja
proclamé le vieux Sultan .
L'Aga des Janissaires , voyant qu'il n'étoit pas
aimé de ce Corps , a demandé la permission au
G.S. de se retirer , qui la lui a accordée . Dgianum
Codgia a aussi jugé à propos par le même motif
de se retirer sur les Vaisseaux de guerre.
Sur le bruit qui s'étoit répandu que la veuve
du dernier G. V. fille du Sultan déposé , avoir
fomenté cette Révolte , elle fut d'abord enfermée
dans le Serrail , mais son innocence
été re
ayant
connuë , elle a été remise en liberté ; mais on as--,
1
1. Vol
Surc
1358 MERCURE DE FRANCE
sure qu'elle a été arrêtée une seconde fois , sur
ce qu'on a découvert qu'elle avoit promis 20000.
Bourses de cent Reaux chacune aux Janissaires
mécontens qui remettroient le Sultan son pere
sur le Trône.
Le G. S. a , dit-on , obligé depuis le Mufti à
prononcer une Sentence de mort contre son Pré
decesseur , qui a été arrêté dans un Village â
quelques lieues de Constantinople , où il se tenoit
Caché.
Le Capitan Pacha Dgianum- Codgia , n'étant
pas en sureté depuis qu'il a opiné dans le Divan
en faveur de la Paix avec les Princes Chrétiens
a obtenu de S. H. une Garde de Janissaires qui
doivent l'accompagner , même dans le voyage
qu'il fera dans les principales Iles de l'Archipel.
Le G. V. a été d'avis contraire ; et ayant propo
sé de faire la Paix avec les Persans , et d'occuper
les Janissaires et les autres Milices à une guerre
avec les Princes Chrétiens , il demande à S. H. de
l'exiler en Egypte , si son avis ne lui étoit pas
agréable. Depuis ce Divan on a dépêché trois
Couriers en Perse , pour porter , à ce qu'on croit,
des pleins pouvoirs aux Generaux Turcs , afin de
terminer un accommodement avec le Roi de
Perse.
Une autre Lettre de Constantinople porte que
la même nuit du 2 5. Mars , une troupe de Revol
tez qu'on fait monter environ à 4000. hommes ,
après avoir couru tumultuairement les ruës , en
foncerent les portes de la maison du Janissaire
Aga , et la pillerent ; après quoi ils allerent dans
les chambres des Janissaires , enleverent leurs
Marmites , ustanciles et leurs Etendarts , qu'ils
porterent à l'Atmeïdan , principale Place de Cons
tantinople.
1. Vol. Ce
JUIN. 1731 .
1369
Ce desordre saisit de crainte tous les habitans,
et la terreur atigmentoit par les cris des Révoltez
qui couroient dans tous les Quartiers , disant qu'on
eut à se rendre à l'Atmeïdan , où ils devoient ,
disoient - ils , prendre des mesures pour réformer
de nouveau le Gouvernement , et détrôner le Sul
tan Mahmoud, qui étoit déchû de la Souveraine
té du moment qu'il avoit fait massacrer et jetter
à la voirie l'Aga Patrona -Kalil et ses Camarades ;
qu'un pareil exemple étoit inoui et entierement
contraire au Kanoun ou Ordonnance de Sultan
Soliman II. Beaucoup de monde se joignit à ces
sédicieux , ce qui grossit considerablement la
troupe qui se formoit à l'Atmeidan , où lon com
mençoit à dresser des Tentes.
Cependant le G. V. le Mufti , Dgianum Cod
gia , Capitan - Pacha , et tous les Grands Officiers
de l'Empire , de même que les Gens de Loi- , se
rendirent au Serrail , auprès du G. S. où il fut
résolu qu'on exposeroit l'Etendart du Prophete ,
et que tout le Peuple seroit invité de courir à sa
defense . Le Mufti donna aussi -tôt une Sentence
par laquelle les Rebelles étoient déclarez infideles
et traîtres , et que tout bon Musulman ou vrai
Croyant devoit sacrifier sa vie pour la conserva
tion du Sultan Mahmoud , leur legitime Souve
rain. On promit aussi à chacun de ceux qui
apporteroient quelque tête des Rebelles , des ré
compenses proportionnées au service qu'il auroit
rendu dans cette occasion . En même -tems le
Defterdar our Grand - Trésorier , fit porter du
Trésor Imperial , quantité de sacs d'or et d'ar
gent à la Porte du Serrail et se mit en devoir de
disrribuer cent Piastres à chacun de ceux qui ap
porteroient quelque tête .
Cette disposition ainsi faite , le G. S. remit la
1. Vol.
fameuse
1370 MERCURE, DE FRANCE
fameuse Banniere entre les mains du G. V. et ce
Fui- ci la remit à un Kapigi- Bachi . Ensuite ce pre
mier Ministre s'étant mis à la tête de la Maison
de S. H. et de la sienne , et le Capitan- Pacha , à
la tête de 400. Leventis , on fit ouvrir les Portes
du Serrail , et en marcha en bon ordre à la Place
d'Atmeïdan.
•
Le Peuple n'eut pas plutôt appris qu'on devoit
faire sortir l'Etendart de Mahometh , qu'on s'em
pressa , à l'envi, pour le venir deffendre, et l'affluence
fut si grande en très - peu de tems , qu'on ne pou
voit qu'à peine se remuer dans les rues . Les To
pigis , Dgebedgis et même les Janissaires , qui
un moment auparavant étoient eux- mêmes du
nombre des Rebelles , vinrent aussi se rendre sous
PEtendart du Prophete.
Le G. V. marchant fierement , s'avança avec
tout son Cortege jusques à l'Atmeïdan ; près d'y
arriver il fit une petite alte et continua sa marche
par la même rue qui aboutit à une des Portes de
cette Place,mais Dgianum Codgia avec ses Léven
tis , se détacha et prit par une autre ruë qui abou
tit à une autre Porte de la même Place.
Non-seulement les Rebelles firent bonne con
tenance , mais ils attaquerent courageusement
les Troupes du Visir et du Capitan - Pacha , et ils
firent tous leurs efforts pour se saisir de l'Eten
dart ; mais obligez de plier , ils furent mis en dé
route en même tems le G. V. étant entré
dans la Place par un côté et le Capitan - Pacha
un autre , ils firent main basse sur tous ceux qui
s'y trouverent ; qui n'étoient pas , à la verité ,
si grand nombre , parce que la plupart des Ré
voltez eurent le tems de se sauver dans les Cazer
nes des Janissaires , qui sont joignant cette Place.
Les autres ayant pris la fuite par diverses ruës
par
en
;
I. Vol. · le
JUI N. 1731. 1371
le G. V. les fit poursuivre sans perte de tems , & c,
Peu de tems après on vit un spectacle bien ter
rible dans la Place qui est devant la porte du Ser
rail , où le Tefterdar s'étoit placé , prêt à don
ner cent écus pour chaque tête de Ribelle qu'on
lui apporteroit ; en moins de deux heures de tems
on lui en apporta de tous côtez une quantité si
prodigieuse , que cela fit croire avec raison , que
quantité d'innocens étoient péris dans cette mal
heureuse journée ; car les Bostangis et les Leven
tis , plus empressez à gagner cent Piastres , qu'on
donnoit pour chaque tête , qu'à punir les Re
belles , assommoient les premiers venus et ceux
qui étoient les plus sans deffense . On assure qu'un
Eunuque , favori du Sultan , apporta lui seul neuf
têtes , et qu'il fut largement récompensé.
On prétend que cette derniere Révolte a été
suscitée par les Créatures du Sultan Achmet , et
ce bruit se fortifie d'autant plus , qu'on a appris
que les Sultanes , filles de ce Prince , mariées
a Ibrahim Pacha , dernier G V. et à son fils , qui
étoient libres dans leurs Palais depuis le malheur
arrivé à leurs Maris , viennent d'être étroitement
enfermées dans le Serrail .
Pour les principaux Chefs de cette Rebellion ,
ce sont des gens de la lie du peuple , dons les noms
auroient pû devenir aussi fameux que ceux de Pa
trona et de Mousloub , si leur audacieuse témeri
té avoit éte suivie d'un plus heureux succès. Par
mi ceux qui ont le plus contribué à l'arrêter et à
faire punir les coupables , on parle du fameux
Dgianum Codgia qui a agi de la tête et de la main
avec toute la prudence et la valeur imaginable ,
ainsi qu'il avoit fait dans la premiere Révolte.
Depuis le Dimanche 25. Mars , chaque jour
est marqué par quelque exécution publique , ou
Le Vol.
H particu
1372 MERCURE DE FRANCE
particuliere. La quantité de gens qu'on fait périr
est incroyable. Il suffit de n'avoir pas une phi
fionomie heureuse , pour être proscrit et perdre
la vie ; séverité , sans doute , bien nécessaire dans
une conjoncture aussi délicate ; mais aussi il y a
de l'excès.
On a chassé et banni de Constantinople tous
les Arnaouds et Albanois , qui étoient devenus
trés - insolens , dépuis que leur Compatriotte Pa
zrona , les favorisant en toutes choses pendant
la premiere révolte , les avoit mis sur un pied
d'aisance pour lequel ils n'étoient pas nés..
On assure qu'on va aussi chasser les Las ,
Peuples originaires des Côtes de la Mer Noire
prés de Trébisonde , établis à Constantinople.
On prétend que ce sont eux qui ont pillé tout le
Besestin des Ispahis, et qui ont fait la plupart des
autres vols , qui sont très considerables.
Pour nous , nous en avons été quitte pour quel
ques allarmes ; mais je doute que c'eût été à si
bon marché , si la sédition n'avoit pas été assou
pie dans son commencement. Il seroit difficile
de pouvoir dire le nombre des morts , du jour
de la grande expédition . Le G. Vizir perdit quel
ques Agas , et plusieurs des siens furent blessez .
Il courut grand risque lui - même ; car un des
Rebelles qui avoit trouvé le moyen de s'appro
cher de sa Personne , alloit luy tirer un coup
de Pistolet presque à bout portant , lorsque son
favori Mustapha Aga , le prévint et lui abatit le
bras d'un coup de Sabre,ce qui garantit le G. V.
Mais le Rebelle , doublement outré de désespoir
d'avoir manqué son coup , et de voir son bras
droit par terre , tira de sa main gauche un Poi
gnard qu'il avoit à sa ceinture , et s'élançant sur
Mustapha , le lui plongea dans le coeur , et le fit
IVsi
somber
JUI N. 1731.
1373
tomber mort à ses pieds : ce malheureux fut
massacré et mis en pieces sur le moment.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople du 7. Avril 1731.
Le 24 mars 1731, des Janissaires ont attaqué la maison du Janissaire Aga pour s'emparer de marmites, déclenchant une révolte à Constantinople. Le Janissaire Aga, blessé, s'est réfugié au Serrail. Les autorités, incluant le Grand Vizir, le Mufti et le Capitan Pacha, ont été convoquées pour délibérer et ont décidé de rassembler des forces pour attaquer les rebelles à l'aube. Deux corps d'armée ont été formés, l'un dirigé par le Grand Vizir et l'autre par le Capitan Pacha. Ils ont dispersé les rebelles, massacrant la plupart et capturant une soixantaine d'entre eux pour les interroger. Les lieux publics ont été fermés et des rondes organisées pour arrêter et exécuter les suspects. La révolte a été déclenchée par des soldats d'artillerie mécontents de la non-distribution de primes et de la cherté des vivres. Environ 3000 rebelles ont mis le feu à plusieurs quartiers pour distraire les autorités. La répression rapide a empêché les rebelles de prendre le contrôle de Constantinople. Des rumeurs accusaient les partisans d'Achmet III et la veuve du dernier Grand Vizir d'avoir fomenté la révolte. Le Grand Vizir a proposé une guerre contre les Princes Chrétiens, mais le Sultan a préféré négocier avec les Persans. Le Capitan Pacha a obtenu une garde pour sa protection après avoir soutenu la paix avec les Chrétiens. Depuis le 25 mars, des exécutions publiques et particulières se succèdent, touchant un grand nombre de personnes, souvent pour des raisons de physique ingrat. La sévérité des mesures est jugée nécessaire mais excessive. Les Arnaouds et Albanois, favorisés lors de la première révolte, ont été chassés et bannis en raison de leur insolence. Les Las, originaires des côtes de la Mer Noire, sont également visés pour des pillages et vols. Le narrateur mentionne avoir été peu affecté par la sédition, mais reconnaît que la situation aurait pu être plus grave si la révolte n'avait pas été rapidement maîtrisée. Lors de la grande expédition, le Grand Vizir a perdu plusieurs de ses hommes et a lui-même échappé de peu à un attentat. Un rebelle, après avoir échoué à tirer sur le Vizir, a tué Mustapha Aga, le favori du Vizir, avant d'être massacré. Le nombre exact des morts lors de cette journée reste incertain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
27
p. 1606-1612
ITALIE.
Début :
MR Lazare Palavincini, Genois, qui étoit Nonce à Florence, a été fait Maître de [...]
Mots clefs :
Corse, Grecs, Rebelles, Provisions de guerre, Artillerie, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
R Lazare Palavicini , Genois , qui étoie
à Florence , a été fait de
Chambre du Pape , à la place de M. Sinibal de
Doria , qui a été nommé à l'Archevêché de Be
nevent.
Dans le Consistoire secret du 21. May , ·le
"
Jp Vola
Pape¿
JUIN. 1731.
1607
Tape proposa l'Evêché d'Ancone pour le Cardinal
Barthelemi Massei , ci -devant Nonce en France ,
&c. Le Cardinal Otthoboni , proposa l'Abbaye
de Saint Jacques de Provins , Diocèse de Sens ,
pour l'Evêque de Nîmes ; celle de N. D. de Bol
bone , Diocése de Mirepoix , pour l'Abbé de
Choiseuil- Beaupré. Il préconisa l'Abbé de Vi
gnaux , pour celle de Notre- Dame de Dalon ,
Diocèse de Limoges , et l'Abbé Caudrone de
Quentin , pour celle de Poultiers , Diocèse de
Langres , &c.
Dans le même Consistoire on dressa une pro
testation solemnelle par rapport au Duché de
Parme , pour s'en servir au cas que la Duchesse ,
seconde Douairiere de ce nom , vint à mettre au
monde une Princesse , et qu'on voulut entre
prendre quelque chose au préjudice du S. Siege
dont , a ce qu'on prétend , ce Duché releve .
Le Cardinal Grimaldi , que le Pape avoit nom
mé à l'Archevêché de Luques , a refusé d'accep
ter cet Archevêché.
Le Cardinal Secretaire d'Etat , ayant appris par
les Lettres M. de Paulucci , Nonce en Pologne
que le Roi et la Republique persistoient à vouloir
disposer des Benefices consistoriaux de ce Royau
me, le Pape a nommé une Congregation parti
culiere , pour chercher les moyens de s'opposer
efficacement à cette resolution , qu'on regarde à
Rome comme un attentat contre l'autorité du
S. Siege.
Le premier Juin , on publia une Ordonnance
du Cardinal Marefoschi , Vicaire de Rome , par
laquelle il est deffendu aux jeunes filles qui reçoi
vent des Dots des principales Archiconfrairies de
la Ville de Rome, de porter des dorures sur leurs
habits , ni aucunes étoffes de Soye.
II. Vel NE I ij
108 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Turin que le Roi de Sardaigne a
fait arrêter les Receveurs des Fiefs , dépendans
du Saint Siege , qui sont situez dans le Piémont.
Le Cardinal Secretaire d'Etat a fait à ce sujet un
Manifeste. On a appris depuis , que le Roy de
Sardaigne avoit pris possession de la Principauté
de Masserano ; qu'on y avoit mis une forte gar
nison , et que S. M. avoit défendu à tous les Ha
bitans de cette Principauté , de reconnoître en au
cune maniere la Jurisdiction du S. Siege , et d'o
béir aux Ordres du Pape.
Le Chevalier de Saint George est de retour
à Rome de son Voyage de Naples , où il a vû unè
partie des curiositez de ce Royaume , entr'autres,
dans l'Eglise des Religieuses Hermites , le Sang
que l'on conserve de S. Jean - Baptiste , dont il vit
la liquefaction pendant la Messe.
On écrit de Naples qu'à la fin du mois dernier,
on avoit encore ressenti à Foggia et dans d'autres
endroits de la Pouille , une violente secousse de
Tremblement deTerre qui a abbatu plusieurs Mai
sons qui avoient résisté au dernier Tremblement
de Terre.
Les opinions condamnées de Molinos,faisant de
puis deux ans beaucoup de progrès dans le Royau
me de Naples , on a tenu à ce sujet plusieurs Con
grégations du S. Office à Rome , dans lesquelles
il a été résolu d'écrire à l'Empereur , et de le prier
de concourir avec le Saint Siege à la destruction
de cette Secte , qui est soutenue par plusieurs
Grands du Royaume.
Le Cardinal Coscia a fait présenter une Requête
au Conseil collateral pour demander qu'on lui
rendit justice au sujet de l'injure que lui ont faite
les Habitans de son Abbaye de Fragnitello , qui
le jour de la Fête du lieu ont arraché et brisé
II. Vol.
ses
JUIN. 1609 1731.
ses Armes qu'il avoit fait mettre au- dessus de la
Porte de son Palais Abbatial. Le même Cardinal
qui a été très mal d'une goûte remontée , est
présentement hors de danger , mais il garde en
core la Chambre dans le Palais du General de
l'Artillerie , chez lequel il a pris son logement . Le
Procureur de ce Cardinal a fait executer, en vertu
d'un ordre du Regent Ventura, tous ces Fermiers
de ses Abbayes et de ses autres Benefices , parce
que la Cour de Rome ne s'est pás addressée au
Conseil collateral , avant que de faire saisir les
revenus de ces Benefices .La Biblioteque de ce Car
dinal a été transportée du Château S. Ange à
son Palais à Rome , pour y être vendue , comme
ses meubles , au profit de la Chambre Apos
tolique.
Le s. de ce mois on finit à Rome la vente
publique des Meubles , des Tableaux et des Livres
du CardinalCoscia, contre lequel on a envoyé dans
tout l'Etat Ecclesiastique des Lettres exécutoires
des Cardinaux, Commissaires de la Congrégation
de non nullis , qui déclarent que ce Cardinal
• étant sorti de Rome , malgré les défenses expres
ses du Pape , a encouru les Censures Ecclesiasti
ques , contenues dans la Constitution d'Innocent
X. du 19. Fevrier 1646. Par ces Lettres il est or
donné à tous les Commissaires députez du Saint
Siege , de faire défenses à tous les Chapitres , Cu
rez et autres Superieurs des Eglises , de l'y rece
voir à peine de suspension à divinis : Sa Sainteté
revoquant à ce sujet tous Privileges , Concessions
et immunitez qui pourroient avoir été accordées
cy- devant , soit par des Bulles Pontificales , ou
par des Conciles Generaux.
On mande de Venise que la Republique a dé
pêché un Courier à son Ambassadeur à Vienne ;
·
II. Vol. I iij
avec
16 to MERCURE DE FRANCE
avec de nouvelles Instructions , pour prier l'Em
pereur de faire une diversion en Transylvanie , en
cas que les Turcs attaquent les places de la Répu
blique dans le Levant .
Le 3. Juin , le Doge , accompagné de la Sei
gneurie , du Nonce du Pape et des Ambassadeurs,
assista dans l'Eglise Ducale de S.Marc,auTeDeum
qui y fut chanté à l'occasion de la Fête de Saint
Pierre Orscolo, qui fut élû par le Peuple , pre
mier Doge de la Republique , en 697. et qui
après avoir gouverné l'Etat pendant deux ans
avec la plus exacte integrité , se retira secrete
ment en Gascogne avec Jean Gradeningo et Jean
Morosini , ses Gendres , et y fit profession dans
un Convent de Camaldules.
On a appris de l'Ifle de Corse que 127 Grecs
bien armés et bien munis de provisions de Guerre
et de bouche, avoient envoyé leurs Familles et leurs
meubles dans une place de sureté , et qu'ils s'é
toient retirés eux mêmes dans la Tour d'Uncivia,
où ils avoient été attaquez quelques jours après .
par 2500. Rebelles de cette Isle , dont ils avoient
soûtenu les assauts pendant cinq jours avec beau
coup de valcur ; que les Assiegeans , voyant .
qu'ils auroient peine à s'emparer de cette Forte
resse avoient fait faire diverses propositions
d'accommodement ; mais que le Chef de cette
petite garnison avoit repondu , qu'ayant entrepris
de combattre pour ses légitimes Souverains , il
ne quittetoit les armes que lorsque la Republique
de Ĝénes lui en auroit envoyé l'Ordre que cet
te réponse ayant irriré les Rebelles , ils s'étoient
portés aux dernieres extrémitez , pour obliger la
Garnison à capituler , qu'ils lui avoient coupé:
les eaux de toutes parts , et lui avoient donné:
un assaut général , dans lequel ils avoient été re
r
?
11. Vol.
poussés
JUIN.
\
1731.
161T
poussés avec perte ; que deux jours aprés , la
garnison avoit fait une sortie , dans laquelle elle
avoit tué un grand nombre des Assiégeans , eg
entr'autres un de leurs Chefs , auquel ils avoient
donné le titre de Maréchal de Camp ; que le de
sordre avoit été si grand parmi ces Mutins , que
la plupart avoient pris la fuite , abandonnant les
armes , leurs munitions de Guerre et leurs Che
vaux , que la Garnison avoit fait plusieurs pri
sonniers ; et que bien loin de les maltraiter ,
me font les Rebelles de l'Isle en pareil cas, le Com
mandant de la Garnison les avoit reçûs avec beau
de douceur et les avoit fait
coup
de leurs
panser
blessures , en les exhortant d'écrire à leurs Ca
marades pour les engager à rentrer dans leur de
com .
>
voir.
❤
D'autres Lettres arrivées depuis , portent que
les Rebelles avoient consenti à une Suspension
d'Armes,et que le premier de ce mois on avoit fait
partir de Génes trois Pinques , avec des armes et
des munitions de Guerre , pour les Villes dont
les Rebelles de cette Isle ne s'étoient pas encore
emparez.
1
On a appris de Génes par les Lettres de Barce
lone qui sont arrivées au commencement de ce
mois , que le Pinque du Patron Bozzo , qui por
toit Pavillon Anglois , avoit été attaqué près des
Côtes de la Catalogne par un Corsaire , qui voyant
lui
que le Patron refusait de venir à son bord ,
avoit tiré un coup de canon ; que ce coup ayant
donné dans le Magazin de la poudre , le Navire
avoit sauté avec cinq personnes en l'air, sçavoir, le
Consul François qui alloit à Malaga,son Laquais,
le Sur- Intendant Anglois du Commerce de Mala
ga ,un autre Passager et un Matelot; que le reste de
Equipage qui se sauvoit à la nage , avoit été
I iiij 11. Vol
fait
1612 MERCURE DE FRANCE
P
fait Esclave par le Corsaire , qui avoit été averti
par un Valet
R Lazare Palavicini , Genois , qui étoie
à Florence , a été fait de
Chambre du Pape , à la place de M. Sinibal de
Doria , qui a été nommé à l'Archevêché de Be
nevent.
Dans le Consistoire secret du 21. May , ·le
"
Jp Vola
Pape¿
JUIN. 1731.
1607
Tape proposa l'Evêché d'Ancone pour le Cardinal
Barthelemi Massei , ci -devant Nonce en France ,
&c. Le Cardinal Otthoboni , proposa l'Abbaye
de Saint Jacques de Provins , Diocèse de Sens ,
pour l'Evêque de Nîmes ; celle de N. D. de Bol
bone , Diocése de Mirepoix , pour l'Abbé de
Choiseuil- Beaupré. Il préconisa l'Abbé de Vi
gnaux , pour celle de Notre- Dame de Dalon ,
Diocèse de Limoges , et l'Abbé Caudrone de
Quentin , pour celle de Poultiers , Diocèse de
Langres , &c.
Dans le même Consistoire on dressa une pro
testation solemnelle par rapport au Duché de
Parme , pour s'en servir au cas que la Duchesse ,
seconde Douairiere de ce nom , vint à mettre au
monde une Princesse , et qu'on voulut entre
prendre quelque chose au préjudice du S. Siege
dont , a ce qu'on prétend , ce Duché releve .
Le Cardinal Grimaldi , que le Pape avoit nom
mé à l'Archevêché de Luques , a refusé d'accep
ter cet Archevêché.
Le Cardinal Secretaire d'Etat , ayant appris par
les Lettres M. de Paulucci , Nonce en Pologne
que le Roi et la Republique persistoient à vouloir
disposer des Benefices consistoriaux de ce Royau
me, le Pape a nommé une Congregation parti
culiere , pour chercher les moyens de s'opposer
efficacement à cette resolution , qu'on regarde à
Rome comme un attentat contre l'autorité du
S. Siege.
Le premier Juin , on publia une Ordonnance
du Cardinal Marefoschi , Vicaire de Rome , par
laquelle il est deffendu aux jeunes filles qui reçoi
vent des Dots des principales Archiconfrairies de
la Ville de Rome, de porter des dorures sur leurs
habits , ni aucunes étoffes de Soye.
II. Vel NE I ij
108 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Turin que le Roi de Sardaigne a
fait arrêter les Receveurs des Fiefs , dépendans
du Saint Siege , qui sont situez dans le Piémont.
Le Cardinal Secretaire d'Etat a fait à ce sujet un
Manifeste. On a appris depuis , que le Roy de
Sardaigne avoit pris possession de la Principauté
de Masserano ; qu'on y avoit mis une forte gar
nison , et que S. M. avoit défendu à tous les Ha
bitans de cette Principauté , de reconnoître en au
cune maniere la Jurisdiction du S. Siege , et d'o
béir aux Ordres du Pape.
Le Chevalier de Saint George est de retour
à Rome de son Voyage de Naples , où il a vû unè
partie des curiositez de ce Royaume , entr'autres,
dans l'Eglise des Religieuses Hermites , le Sang
que l'on conserve de S. Jean - Baptiste , dont il vit
la liquefaction pendant la Messe.
On écrit de Naples qu'à la fin du mois dernier,
on avoit encore ressenti à Foggia et dans d'autres
endroits de la Pouille , une violente secousse de
Tremblement deTerre qui a abbatu plusieurs Mai
sons qui avoient résisté au dernier Tremblement
de Terre.
Les opinions condamnées de Molinos,faisant de
puis deux ans beaucoup de progrès dans le Royau
me de Naples , on a tenu à ce sujet plusieurs Con
grégations du S. Office à Rome , dans lesquelles
il a été résolu d'écrire à l'Empereur , et de le prier
de concourir avec le Saint Siege à la destruction
de cette Secte , qui est soutenue par plusieurs
Grands du Royaume.
Le Cardinal Coscia a fait présenter une Requête
au Conseil collateral pour demander qu'on lui
rendit justice au sujet de l'injure que lui ont faite
les Habitans de son Abbaye de Fragnitello , qui
le jour de la Fête du lieu ont arraché et brisé
II. Vol.
ses
JUIN. 1609 1731.
ses Armes qu'il avoit fait mettre au- dessus de la
Porte de son Palais Abbatial. Le même Cardinal
qui a été très mal d'une goûte remontée , est
présentement hors de danger , mais il garde en
core la Chambre dans le Palais du General de
l'Artillerie , chez lequel il a pris son logement . Le
Procureur de ce Cardinal a fait executer, en vertu
d'un ordre du Regent Ventura, tous ces Fermiers
de ses Abbayes et de ses autres Benefices , parce
que la Cour de Rome ne s'est pás addressée au
Conseil collateral , avant que de faire saisir les
revenus de ces Benefices .La Biblioteque de ce Car
dinal a été transportée du Château S. Ange à
son Palais à Rome , pour y être vendue , comme
ses meubles , au profit de la Chambre Apos
tolique.
Le s. de ce mois on finit à Rome la vente
publique des Meubles , des Tableaux et des Livres
du CardinalCoscia, contre lequel on a envoyé dans
tout l'Etat Ecclesiastique des Lettres exécutoires
des Cardinaux, Commissaires de la Congrégation
de non nullis , qui déclarent que ce Cardinal
• étant sorti de Rome , malgré les défenses expres
ses du Pape , a encouru les Censures Ecclesiasti
ques , contenues dans la Constitution d'Innocent
X. du 19. Fevrier 1646. Par ces Lettres il est or
donné à tous les Commissaires députez du Saint
Siege , de faire défenses à tous les Chapitres , Cu
rez et autres Superieurs des Eglises , de l'y rece
voir à peine de suspension à divinis : Sa Sainteté
revoquant à ce sujet tous Privileges , Concessions
et immunitez qui pourroient avoir été accordées
cy- devant , soit par des Bulles Pontificales , ou
par des Conciles Generaux.
On mande de Venise que la Republique a dé
pêché un Courier à son Ambassadeur à Vienne ;
·
II. Vol. I iij
avec
16 to MERCURE DE FRANCE
avec de nouvelles Instructions , pour prier l'Em
pereur de faire une diversion en Transylvanie , en
cas que les Turcs attaquent les places de la Répu
blique dans le Levant .
Le 3. Juin , le Doge , accompagné de la Sei
gneurie , du Nonce du Pape et des Ambassadeurs,
assista dans l'Eglise Ducale de S.Marc,auTeDeum
qui y fut chanté à l'occasion de la Fête de Saint
Pierre Orscolo, qui fut élû par le Peuple , pre
mier Doge de la Republique , en 697. et qui
après avoir gouverné l'Etat pendant deux ans
avec la plus exacte integrité , se retira secrete
ment en Gascogne avec Jean Gradeningo et Jean
Morosini , ses Gendres , et y fit profession dans
un Convent de Camaldules.
On a appris de l'Ifle de Corse que 127 Grecs
bien armés et bien munis de provisions de Guerre
et de bouche, avoient envoyé leurs Familles et leurs
meubles dans une place de sureté , et qu'ils s'é
toient retirés eux mêmes dans la Tour d'Uncivia,
où ils avoient été attaquez quelques jours après .
par 2500. Rebelles de cette Isle , dont ils avoient
soûtenu les assauts pendant cinq jours avec beau
coup de valcur ; que les Assiegeans , voyant .
qu'ils auroient peine à s'emparer de cette Forte
resse avoient fait faire diverses propositions
d'accommodement ; mais que le Chef de cette
petite garnison avoit repondu , qu'ayant entrepris
de combattre pour ses légitimes Souverains , il
ne quittetoit les armes que lorsque la Republique
de Ĝénes lui en auroit envoyé l'Ordre que cet
te réponse ayant irriré les Rebelles , ils s'étoient
portés aux dernieres extrémitez , pour obliger la
Garnison à capituler , qu'ils lui avoient coupé:
les eaux de toutes parts , et lui avoient donné:
un assaut général , dans lequel ils avoient été re
r
?
11. Vol.
poussés
JUIN.
\
1731.
161T
poussés avec perte ; que deux jours aprés , la
garnison avoit fait une sortie , dans laquelle elle
avoit tué un grand nombre des Assiégeans , eg
entr'autres un de leurs Chefs , auquel ils avoient
donné le titre de Maréchal de Camp ; que le de
sordre avoit été si grand parmi ces Mutins , que
la plupart avoient pris la fuite , abandonnant les
armes , leurs munitions de Guerre et leurs Che
vaux , que la Garnison avoit fait plusieurs pri
sonniers ; et que bien loin de les maltraiter ,
me font les Rebelles de l'Isle en pareil cas, le Com
mandant de la Garnison les avoit reçûs avec beau
de douceur et les avoit fait
coup
de leurs
panser
blessures , en les exhortant d'écrire à leurs Ca
marades pour les engager à rentrer dans leur de
com .
>
voir.
❤
D'autres Lettres arrivées depuis , portent que
les Rebelles avoient consenti à une Suspension
d'Armes,et que le premier de ce mois on avoit fait
partir de Génes trois Pinques , avec des armes et
des munitions de Guerre , pour les Villes dont
les Rebelles de cette Isle ne s'étoient pas encore
emparez.
1
On a appris de Génes par les Lettres de Barce
lone qui sont arrivées au commencement de ce
mois , que le Pinque du Patron Bozzo , qui por
toit Pavillon Anglois , avoit été attaqué près des
Côtes de la Catalogne par un Corsaire , qui voyant
lui
que le Patron refusait de venir à son bord ,
avoit tiré un coup de canon ; que ce coup ayant
donné dans le Magazin de la poudre , le Navire
avoit sauté avec cinq personnes en l'air, sçavoir, le
Consul François qui alloit à Malaga,son Laquais,
le Sur- Intendant Anglois du Commerce de Mala
ga ,un autre Passager et un Matelot; que le reste de
Equipage qui se sauvoit à la nage , avoit été
I iiij 11. Vol
fait
1612 MERCURE DE FRANCE
P
fait Esclave par le Corsaire , qui avoit été averti
par un Valet
Fermer
Résumé : ITALIE.
En juin 1731, plusieurs nominations et décisions importantes ont été prises au sein de l'Église catholique. R Lazare Palavicini, un Génois résidant à Florence, a été nommé à la Chambre du Pape, remplaçant M. Sinibal de Doria, promu à l'Archevêché de Bénévent. Lors du Consistoire secret du 21 mai, diverses propositions ont été faites pour des postes ecclésiastiques, notamment l'Évêché d'Ancone pour le Cardinal Barthelemi Massei et plusieurs abbayes pour divers abbés. Une protestation solennelle a été dressée concernant le Duché de Parme afin de protéger les intérêts du Saint-Siège en cas de naissance d'une princesse. Le Cardinal Grimaldi a refusé l'Archevêché de Lucques. Le Pape a formé une congrégation pour s'opposer à la disposition des bénéfices consistoriaux par le Roi et la République de Pologne. Une ordonnance du Cardinal Marefoschi a interdit aux jeunes filles romaines de porter des dorures ou des étoffes de soie lors de la réception de leurs dots. À Turin, le Roi de Sardaigne a arrêté les receveurs des fiefs dépendant du Saint-Siège et a pris possession de la Principauté de Masserano, défendant aux habitants de reconnaître la juridiction papale. Le Chevalier de Saint George est revenu de Naples, où il a observé des curiosités, dont la liquefaction du sang de Saint Jean-Baptiste. À Naples, des tremblements de terre ont causé des destructions. Les opinions de Molinos, condamnées depuis deux ans, ont conduit à des congrégations du Saint-Office à Rome pour demander à l'Empereur de contribuer à leur destruction. Le Cardinal Coscia a demandé justice pour une injure subie et a été malade, mais est hors de danger. Sa bibliothèque et ses meubles ont été vendus au profit de la Chambre Apostolique. Des lettres exécutoires ont été envoyées dans tout l'État ecclésiastique contre lui, car il a quitté Rome malgré les défenses papales. À Venise, la République a dépêché un courrier à son ambassadeur à Vienne pour demander une diversion en Transylvanie en cas d'attaque turque. Le Doge a assisté à un Te Deum pour la fête de Saint Pierre Orscolo. En Corse, une garnison grecque a résisté à des rebelles et a finalement obtenu une suspension d'armes. Des navires ont été envoyés de Gênes pour armer les villes non encore prises par les rebelles. Un navire anglais a été attaqué par un corsaire près des côtes catalanes, causant plusieurs morts et des captifs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 2009-2012
ITALIE.
Début :
On a appris de Rome que l'Abbé Testa, Maître de chambre du cardinal Coscia [...]
Mots clefs :
Empereur, Cardinal, Pape, Chanoine, Rebelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Ma
qui étoit allé à Vienne , pour demander la pro
section de l'Empereur en faveur de ce Cardinal
avoit eu ordre de se retirer.
l'Abbé
Na appris de Rome que l'Abbé Testa
Le Pape donna le 3. du mois dernier une audience
particuliere à l'Agent du Roy de Portugal
, qui fit de nouvelles propositions d'accom →
modement dont S. S. a paru satisfaite.
Le Pape a établi une Congrégation particu
Tiere pour répondre au Manifeste que le Cardimal
Coscia a fait imprimer à Naples , et qu'il a
fait distribuer à tous les Cardinaux qui sont
Rome , et aux autres personnes de distinction de
Cette Ville.
On écrit de Rome , que le Ministre de la
Regence de Parme , s'étant rendu dans la grande
Salle de la Chambre Apostolique , il remit le tribut
ordinaire de 16000. écus pour la reconnoissance
du Domaine direct que le Saint Siege
peut avoir sur les Fiefs des Duchés de Parme et
de Plaisance .
Il est arrivé à Rome , un Chanoine de l'isle
de Corse , qui a eu une audience particuliere du
Pape , dans laquelle il a offert à S. S. la Souve-
$saineté de cette Isle il a prié ensuite le Pape
en cas qu'il jugeât à propos de rejetter cette
offre , d'emplo er ses bons offices auprès de la
République de Genes , pour procurer aux habitans
de cette Isle , le rétablissement de leurs anciens
Privileges.
› Lev12. Juillet , le Colonel Vela , qui doit commander
Hiij
2010 MERCURE DE FRANCE
mander les Troupes que l'Empereur a accordées
à la Republique de Genes , s'embarqua pour la
Bastia , où il va reconnoître les principaux postes
de l'Isle de Corse.
Le même jour , le P. Gritti , Recteur de la
Maison Professe des Jesuites , partit de Genes
pour aller à Rome sçavoir quelles sont les Propositions
d'accommodement , que le Pape veut
faire au nom des Rebelles de cette Isle , pour
lesquels on assure que S. S. a promis d'employer
ses bons offices auprès de la Republique..
On a reçu avis de cette Isle que les Rebelles
avoient taillé en pieces un détachement de 300.
hommes de la Garnison d'Ajaccio , que le Gouverneur
avoit envoyé pour les surprendre dans
le temps qu'ils étoient occupés à faire la moisson.
On mande de Genes qu'il y étoit arrivé de
France cinq Religieuses de l'Ordre de la Visitation
, qui devoient s'embarquer pour Palerme ,
où elles vont établir la Regle de leur Ordre dans
un nouveau Convent qu'on y a fondé.
Le 28. Juillet , il y eut à Florence un orage
terrible pendant lequel le Tonnerre tomba sur
le Clocher des Theatins , d'où il passa dans leur
Sacristie et y brûla plusieurs Ornemens d'Eglise.
Il tomba aussi sur le Chateau de S. George
dont il endommagea les fortifications : à Monte
Varchi , un Prêtre disant la Messe , eut son soulier
brûlé , et celui qui la servoit fut tué au bas
de l'Autel.
On écrit de Malthe que M. le Bailly de Froulay
soutient avec éclat l'honneur insigne qu'il a
receu de l'Ordre , dans la confirmation de son
second Generalat des Galeres ; il justifie par sa
valeur distinguée , son habileté , et la sagesse de
sa conduite , la confiance de l'Ordre entier et la
justice
RMMAA OU ST. 1731. 2011
Justice de son choix pour cet importantEmploy.
Ses vertus qui le font briller sont hereditai
→res dans la maison de Froulay également illustre
par l'ancienneté de sa noblesse , par les grandes
Charges et Dignités , et par les grands hommes
qu'elle a produits . Voici la Copie de la Lettre
qu'il a reçue du Grand- Maître de Malthe à l'occasion
du combat qu'il a soutenu contre trois
Vaisseaux Algeriens , avec des forces très- iné
gales , et avec l'experience et la valeur d'un
Géneral consommé .
Venerable, très- cher et bien- Amé Religieuxs
le Patron que vous nous avés dépeché est en-
-tré dans ce Port aujourd'hui . Il nous a presen
té la Lettre que vout nous avés écrite hier .
pour nous informer de la rencontre que vous
avez faite le même jour de trois Corsaires Algeriens
, et de la façon dont vous vous êtes
comporté dans cette occasion . Notre premier
soin a été de convoquer notre vénerable Conseil
, et d'y faire lire votre Lettre ; nous avons
tous unanimement loüé et admiré votre bonne
conduite et l'attention que vous avez eüe d'envoyer
une Felouque pour donner avis au Commandant
de nos Vaisseaux de la rencontre de
ces Algeriens ; nous ne sçaurions assés vous repeter
combien nous sommes contents de vous ;
vous avez fait tout ce que nous pouvions attendre
d'un parfais Général , et même au delà.
nous n'oublierons jamais que la Capitaine er
la S. Antoine, sous vos ordres, ont osé attaquer
trois Corsaires Algeriens , dont deux étoient de
cinquante Canons , se mettre sous leur feu et
s'exposer avec intrépidité au plus grand' danger.
Vous n'avez cedé aux sages réprésentations
de vos Pilotes , qu'aprés avoir tenté l'im-
Hij possible
2012 MERCURE DE FRANCE
possible . Sur ce &c. Signé MANOEL, A Malthe
ce 27 May 1731.
Ma
qui étoit allé à Vienne , pour demander la pro
section de l'Empereur en faveur de ce Cardinal
avoit eu ordre de se retirer.
l'Abbé
Na appris de Rome que l'Abbé Testa
Le Pape donna le 3. du mois dernier une audience
particuliere à l'Agent du Roy de Portugal
, qui fit de nouvelles propositions d'accom →
modement dont S. S. a paru satisfaite.
Le Pape a établi une Congrégation particu
Tiere pour répondre au Manifeste que le Cardimal
Coscia a fait imprimer à Naples , et qu'il a
fait distribuer à tous les Cardinaux qui sont
Rome , et aux autres personnes de distinction de
Cette Ville.
On écrit de Rome , que le Ministre de la
Regence de Parme , s'étant rendu dans la grande
Salle de la Chambre Apostolique , il remit le tribut
ordinaire de 16000. écus pour la reconnoissance
du Domaine direct que le Saint Siege
peut avoir sur les Fiefs des Duchés de Parme et
de Plaisance .
Il est arrivé à Rome , un Chanoine de l'isle
de Corse , qui a eu une audience particuliere du
Pape , dans laquelle il a offert à S. S. la Souve-
$saineté de cette Isle il a prié ensuite le Pape
en cas qu'il jugeât à propos de rejetter cette
offre , d'emplo er ses bons offices auprès de la
République de Genes , pour procurer aux habitans
de cette Isle , le rétablissement de leurs anciens
Privileges.
› Lev12. Juillet , le Colonel Vela , qui doit commander
Hiij
2010 MERCURE DE FRANCE
mander les Troupes que l'Empereur a accordées
à la Republique de Genes , s'embarqua pour la
Bastia , où il va reconnoître les principaux postes
de l'Isle de Corse.
Le même jour , le P. Gritti , Recteur de la
Maison Professe des Jesuites , partit de Genes
pour aller à Rome sçavoir quelles sont les Propositions
d'accommodement , que le Pape veut
faire au nom des Rebelles de cette Isle , pour
lesquels on assure que S. S. a promis d'employer
ses bons offices auprès de la Republique..
On a reçu avis de cette Isle que les Rebelles
avoient taillé en pieces un détachement de 300.
hommes de la Garnison d'Ajaccio , que le Gouverneur
avoit envoyé pour les surprendre dans
le temps qu'ils étoient occupés à faire la moisson.
On mande de Genes qu'il y étoit arrivé de
France cinq Religieuses de l'Ordre de la Visitation
, qui devoient s'embarquer pour Palerme ,
où elles vont établir la Regle de leur Ordre dans
un nouveau Convent qu'on y a fondé.
Le 28. Juillet , il y eut à Florence un orage
terrible pendant lequel le Tonnerre tomba sur
le Clocher des Theatins , d'où il passa dans leur
Sacristie et y brûla plusieurs Ornemens d'Eglise.
Il tomba aussi sur le Chateau de S. George
dont il endommagea les fortifications : à Monte
Varchi , un Prêtre disant la Messe , eut son soulier
brûlé , et celui qui la servoit fut tué au bas
de l'Autel.
On écrit de Malthe que M. le Bailly de Froulay
soutient avec éclat l'honneur insigne qu'il a
receu de l'Ordre , dans la confirmation de son
second Generalat des Galeres ; il justifie par sa
valeur distinguée , son habileté , et la sagesse de
sa conduite , la confiance de l'Ordre entier et la
justice
RMMAA OU ST. 1731. 2011
Justice de son choix pour cet importantEmploy.
Ses vertus qui le font briller sont hereditai
→res dans la maison de Froulay également illustre
par l'ancienneté de sa noblesse , par les grandes
Charges et Dignités , et par les grands hommes
qu'elle a produits . Voici la Copie de la Lettre
qu'il a reçue du Grand- Maître de Malthe à l'occasion
du combat qu'il a soutenu contre trois
Vaisseaux Algeriens , avec des forces très- iné
gales , et avec l'experience et la valeur d'un
Géneral consommé .
Venerable, très- cher et bien- Amé Religieuxs
le Patron que vous nous avés dépeché est en-
-tré dans ce Port aujourd'hui . Il nous a presen
té la Lettre que vout nous avés écrite hier .
pour nous informer de la rencontre que vous
avez faite le même jour de trois Corsaires Algeriens
, et de la façon dont vous vous êtes
comporté dans cette occasion . Notre premier
soin a été de convoquer notre vénerable Conseil
, et d'y faire lire votre Lettre ; nous avons
tous unanimement loüé et admiré votre bonne
conduite et l'attention que vous avez eüe d'envoyer
une Felouque pour donner avis au Commandant
de nos Vaisseaux de la rencontre de
ces Algeriens ; nous ne sçaurions assés vous repeter
combien nous sommes contents de vous ;
vous avez fait tout ce que nous pouvions attendre
d'un parfais Général , et même au delà.
nous n'oublierons jamais que la Capitaine er
la S. Antoine, sous vos ordres, ont osé attaquer
trois Corsaires Algeriens , dont deux étoient de
cinquante Canons , se mettre sous leur feu et
s'exposer avec intrépidité au plus grand' danger.
Vous n'avez cedé aux sages réprésentations
de vos Pilotes , qu'aprés avoir tenté l'im-
Hij possible
2012 MERCURE DE FRANCE
possible . Sur ce &c. Signé MANOEL, A Malthe
ce 27 May 1731.
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Résumé : ITALIE.
En 1731, plusieurs événements politiques et religieux ont marqué l'Italie et les régions voisines. À Rome, le Pape a reçu l'agent du roi de Portugal et a créé une congrégation pour répondre au manifeste du cardinal Coscia diffusé à Naples. Le ministre de la Régence de Parme a versé le tribut annuel au Saint-Siège pour les duchés de Parme et de Plaisance. Un chanoine corse a proposé au Pape la souveraineté de l'île de Corse, et ce dernier a promis d'intercéder auprès de la République de Gênes pour restaurer les privilèges des habitants corses. Le colonel Vela a été envoyé à Bastia pour commander les troupes de la République de Gênes, tandis que le père Gritti s'est rendu à Rome pour connaître les propositions du Pape concernant les rebelles corses. En Corse, les rebelles ont attaqué un détachement de la garnison d'Ajaccio. À Gênes, cinq religieuses de l'Ordre de la Visitation se sont embarquées pour Palerme afin d'y fonder un nouveau couvent. À Florence, un orage a causé des dommages significatifs, affectant notamment le clocher des Théatins et le château de Saint-Georges. Enfin, à Malte, le bailli de Froulay a été félicité pour sa conduite lors d'un combat contre des corsaires algériens, mettant en évidence sa valeur et son habileté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 2488-2516
MEMOIRE HISTORIQUE, sur la défaite des Rebelles de Perse, et l'élevation de Schah Thamas sur le Trône de ses Ancêtres, &ac. Par M. D. G. témoin oculaire.
Début :
LES AGHUANS, ces fameux Rebelles, qui pendant près de huit [...]
Mots clefs :
Mémoire historique, Schah, Rebelles, Barbares, Turcs, Moscovites, Alcoran, Mahomet, Armée royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE HISTORIQUE, sur la défaite des Rebelles de Perse, et l'élevation de Schah Thamas sur le Trône de ses Ancêtres, &ac. Par M. D. G. témoin oculaire.
MEMOIRE HISTORIQUE , sur la dé
faite des Rebelles de Perse , et l'élevation
de Schah Thamas sur le Trône de ses
Ancêtres , &c. Par M. D. G. témoin
⚫culaire.
LR
ES AGHUANS ( 1 ) , ces fameux
Rebelles , qui pendant près de huic
années ont tenu sous le joug , et désolé la
plus grande partie du Royaume de Perse ,
n'étoient rien moins que ce qu'ils avoient
la réputation d'être ; leur nombre n'a ja➡
mais été audessus de 30000 hommes; leur
valeur étoit audessous de la commune, et
toute leur politique n'alloit qu'à massa→
crer impitoyablement tous les Persans ,
de quelque consideration qu'ils fussent
quand ils leur faisoient le moindre ombrage.
On pourroit même dire que leur
saccès et leur prosperité tenoient bien.
plus du miracle que d'aucun effet d'une
conduite réglée et bien concertée.
Ces Barbares conduits , pour ainsi dire,
"
(1 ) Nation originaire de la Province de Szyr
van , située entre la Mer Caspienne et le Mong
Caucase, depuis transportée par Tamerlan dans
Le Candabar , Frontiere de Perse et du Mogol.
pat
NOVEMBRE 1731. 2489
,
par la main de la fortune , s'étoient cependant
imaginez qu'après avoir pris la Ville
d'Hispaham , détrôné Schah Hussein , et
battu une armée de 120 mille Turcs , il
n'y avoit plus de Puissance au monde capable
de les abbatre ; la paix que le Grand
Seigneur avoit ensuite faite avec eux
l'Ambassade aussi honteuse que solemnel,
le , qu'il leur avoit envoyée pour reconnoître
leur chef Acheraf , les avoient tellement
éblouis, et les avoient rendus si
vains , qu'ils s'estimoient les plus grands
hommes de la terre , et ne regardoient
plus Schah Thamas fils et successeur du
Sultan Hussein que comme un petit sujet
qu'ils anéantiroient , s'il avoit jamais la
hardiesse de se presenter pour soutenir ses
droits , l'apellant par mépris et par dérision
, au lieu de Chazade , qui signifie
fils de Roy ; Tekzadé , c'est- à- dire , fils de
chien.
Il est vrai que la fermeté et la valeur des
Moscovites , lesquels non contens de ne
vouloir pas donner le titre de Roy à leur
chef Acheraf , avoient défait avec trois
cens hommes seulement , 5 à 6000 Aghuans
, leur avoit causé quelque troubles
mais le General Russien qui commandoit
dans le Guilan , leur ayant accordé ure
espece de Trêve,et réglé avec eux certai-
A v nes
2490 MERCURE DE FRANCE
nes limites , jusqu'à ce qu'il eut reçu des
Ordres plus précis du Czar , ils s'étoient
entierement rassurez de ce côté - là , de
sorte qu'Achetaf, qui dans le fonds n'étoit
, pour ainsi dire , qu'un chef de Brigands
, malgré la beauté de son nom , qur
signifie le Noble par excellence , dont les
forces étoient assez médiocres , commença
dèslors à se donner pour un grand Prince
, il ne faisoit plus la Guerre que par ses
Generaux ; c'est ainsi que le Château
d'Iesd fut soumis , après une année et demie
de Siége . Cette Place n'auroit tenu en
Europe devant une Armée , qu'autant de
tems qu'il en faut pour la disposition de
l'attaqué ; mais cette sorte de Guerriers
ne sçavoient ce que c'est que d'enlever
l'Epée à la main , le moindre petit retran
chement . L'Officier qui avoit deffendu
Iesd , et qui ne s'étoit rendu que par famine
, fut cruellement traité , et la Garni
son passée au fil de l'épée , malgré la
role qu'on leur avoit donnée , avec serment
fait sur l'Alcoran , qu'il ne leur seroit
fait aucun mal .
pa-
C'est encore de cette maniere qu'ils s'étoient
ouvert le chemin jusqu'à Benderabassi
* en trompant Sayd Amid ·
Kan qui occupoit će poste. Ce Kan
>
* Fameux Port de Mer , à deux lieuës d'or.
mas , Isle du Golfe Persique.
étoit
NOVEMBRE. 1731. 2491
étoit Prince du Sang Royal , du côté des
femmes ; il étoit bien fait , d'une taille et
d'une force extraordinaire , et rempli de
valeur , il s'étoit révolté contre Schah
Thamas , etavoit pris le titre de Roy dans
le Kirman , au commencement des troubles
, mais son armée n'étant composée
que de gens ramassez , il en étoit ordinairement
abandonné dans les actions.
décisives ; de sorte que réduit à deux ou
trois cens hommes , et ne sçachant plus comment
se maintenir , il aima mieux se rendre
aux Rebelles sur leurs belles promesses ,
que de recourir à la clemence de son Roy
legitime. Il eut le sort que son infidelité
méritoit , et la paya peu de jours après
de sa tête. Plusieurs Villes , sans deffenses,
se rendirent en même - temps , et tout le
pays fut ouvert , comme on l'a dit , jusqu'au
Benderabassi.
Ces prospéritez enfloient tellement le
coeur des Rebelles qu'Acheraf ne daignoit
plus se mettre en campagne,il restoit tranquille
dans Ispaham , faisant bâtir des
Maisons de plaisance , allant pompeuse
ment à la chasse, et vivant, en un mot,com.
me si la fortune eut été inébranlable.A son
exemple tous les grands Seigneurs et les
premiers Officiers qui composoient sa
Cour , vivoient de la même maniere ; ils
A vj avoient
8
2492 MERCURE DE FRANCE .
avoient tous parfaitement oublié leur premiere
origine et leur vile condition de.
Chameliers ou d'Esclaves. Les richesses
immenses dont ils avoient dépouillé les.
Persans , la beauté des femmes et des filles.
qu'ils leur avoient enlevées , et dont cha-.
cun d'eux avoit bon nombre , les super-.
bes bâtimens qu'ils habitoient , les habits:
somptueux dont ils se paroient, et la bonne
chere, à laquelle ils s'étoienr adonnez ;
tout cela comparé à leur premier état
leur constituoit en ce monde , selon leur
propre aveu , un Paradis de délices , tel
que Mahomet l'a promis dans l'autre à ses
Sectateurs dans l'Alcoran.
Tandis qu'Acheraf faisoit ainsi le grand
Monarque , Schah Thamas de son côté
travailloit au rétablissement de ses affaires.
On peur dire que la maniere dont it
s'étoit sauvé d'Ispaham, dans le plus fort du
Siége , avec une escorte de cinq cens hommes
, quoique les Aghuans eussent été
précisément avertis par les Arméniens
du jour et de l'heure de sa sortie ; que le
choix que Schah Hussein avoit fait ,
au préjudice de deux de ses aînez , et le
bonheur qu'il eut dans la suite de se tirer
du Piége qu'Acheraf lui avoit tendu à Teïoù
if prétendoit l'enveloper' , sous
prétexte de venir lui rendre homma ge
ron
NOVEMBRE. 1731. 2493
'de lui remettre la Couronne que Mahmont
lui avoit enlevée. On peut, dis- je ,
croire que tous ces évenemens étoient autant
de signes certains que Dieu l'avoit
choisi pour regner, et qu'il le destinoit à
remonter sur le Trône de ses Peres.
Ce Prince , élevé comme le sont ordinairement
les Fils de Roy dans l'Orient
n'avoit vû autre chose, lorsqu'il sortit d'Ispaham
, que l'interieur du Sérail , c'est-àdire
, des Femmes et des Eunuques . If
trouva un dérangement affreux dans tout
le Royaume , pas un Gouverneur de Province
qui eut la moitié des Troupes qu'il
étoit obligé d'entretenir les Finances
épuisées et mal réglées , des Ennemis de
tous côtez,et par surcroit de malheursune
foule de flateurs qui n'avoient en vûë que
leur propre interêt , sans songer en aucune
façon aux besoins de l'Etat.Cependant
Schah Thamas ne laissa pas de lever des
Troupes avec lesquelles il eut plusieurs
fois à faire aux Moscovites , aux Georgiens
, aux Osmanlous , et à d'autres Rebelles
, mais presque toujours avec desavantage
, quoiqu'il combattit lui- même
à la tête de ses plus braves soldats. Enfin
ne pouvant plus résister à tant d'ennemis
à la fois , il fut obligé , pour ainsi dire
abandonner la partie. Les Osmanlous
list
2494 MERCURE DE FRANCE
lui enleverent tout le Païs , qui est depuis
Erivan jusqu'à Tauris , et depuis Tauris
jusqu'à Hamadam. Les Moscovites se rendirent
maîtres du Guilan , la plus riche
Province de Perse , et celle qui donne les
Soyes. Les Géorgiens secouerent entiercment
le joug ; et les Afdalis , autres Re
belles , s'emparerent de Herat et de Machat
, dans le Corassan. Ce malheureux
Prince se trouva ainsi réduit à la Province
de Mazandran , à une partie du Chirvan
, et à une autre partie du Corassan-
Tant de revers , capables d'abatre tout
aatre courage que celui de Thamas , ne
servirent , pour ainsi dire , qu'à le fortifier
et à le corriger de quelques vices ausquels
il s'étoit adonné ; enfin, lorsque ses
affaires paroissoient les plus desesperées ;
le ciel qui le favorisoit , lui suscita un Liberateur
en la personne de Thamas Kouli
Kan. Ce Kan est un Seigneur d'environ
quarante ans , élevé dès son enfance dans
le métier des armes ; brave , s'il en fut jamais
, homme de bon esprit , franc et sincere,
récompensant bien ceux qui se comportent
vaillamment , et punissant de
mort ceux qui lâchent le pied dans les occasions
où ily a moyen de résister. Il donna
d'abord des preuves constantes de sa capacité
, de sa valeur et de sa fidelité , dans
diverNOVEMBRE.
1731 . 2495
diverses occasions où il fut employé ; et
quand il se vit entré assez avant dans les
bonnes graces du jeune Roy , il lui apprit
à discerner les flatteurs et les traîtres ,
l'obligeant à châtier les uns et à éloigner
les autres. Il osa de plus insinuer au Prince
la necessité de se corriger de ces vices
honteux , qui ternissoient ses belles qualitez,
sans quoi , ajontoit- t- il, Dieu ne be
niroit jamais ses Armes. Le Roy écouta
ses conseils , les goûta , les suivit , et ses
affaires commencerent dèslors à prendre
une meilleure face.
L'Armée Royale n'étoit pas nombreuse
, mais elle étoit bien payée et bien disciplinée
; la plus petite desobeïssance étoit
severement punie , et on payoit de la tête
la moindre lâcheté. Les principaux Officiers
et la plupart des Subalternes, étoient
tous d'une valeur à toute épreuve , gens
bien connus et choisis par Thamas Koulikan.
C'est avec une telle Armée et le genie
de ce Kan , que dans le cours de l'année
1729. Schah Thamas avant les prospéritez
qu'il eut depuis contre les Aghuans
, avoit gagné en personne trois Batailles
contre les Afdalis , repris Hérat et
Machat , et soumis tous les Rebelles du
Corassan et des environs. Dans ces expeditions
on passa au fil de l'épée tout ce
qui
2496 MERCURE DE FRANCE
qui fut trouvé portant les Armes ; mais
ceux qui les mirent bas et implorerent la
clemence du Roy,furent épargnez,à condition
qu'ils serviroient dans ses Troupes
, et que les chefs remettroient leurs
familles en otage , pour garants de leur fidelité
.Tout étant ainsi pacifié de ce côtélà
, on commença à songer à la destruction
des Aghuans. Pour commencer, le
Roy fit marcher son Armée de leur côté
dans l'intention cependant de ne plus rien
entreprendre de cette campagne , mais de
donner des quartiers d'hyver à ses Troupes
sur les Frontieres , pour qu'elles fussent
plus à portée d'agir au Printemps
prochain.
Acheraf de son côté , bien informé des
victoires du Roy , et de la marche de son
Armée , crut d'abord qu'on venoit l'atta
quer ; il rappella les Officiers et les Troupes
, qui étoient dispersez en divers lieux,
rassembla toutes ses forces , es se mit ea
campagne avec un grand appareil ; dès le
commencement du mois d'Aouft 1730.
il ne laissa dans Ispaham que deux ou
trois cens hommes , nombre plus que
suffisants pour tenir en bride tout ce qui
restoit d'habitans ; car on en avoit chassé
tous les Persans qui étoient en état de manier
les armes ; on avoit pris la même
préNOVEMBRE.
1731. 2497
que
précaution dans Cachan , Kon , Casbin
Teiron , et autres Villes , où on ne laissa
les vieillards , les femmes et les enfans.
Quoique ce fussent-là des indices de
crainte , les Aghuans ne laissoient pas de
témoigner une grande joie de ce que le
Tekzade , ( c'est ainsi qu'ils appelloient le
Roy ) leur épargnoit la peine de l'aller
chercher dans le Mazandran ; le moindre
des exploits dont ils se flattoient , c'étois
de le prendre en vie , et ceux qui parois
soient les plus raisonnables , plaignoient
disoient- ils , cette pauvre victime qui ve
noit ainsi se livrer à la mort. C'est avec
ces belles idées que les Aghuans se mirent
en campagne.
Schah Thamas qui bruloit d'impatien
ce d'en venir aux mains avec les Rebelles,
et qui n'avoit consenti qu'à regret à terminer
la campagne de si bonne heure , fur
ravi d'apprendre leur résolution , et se
disposa à les bien recevoir ; il n'avançoit
pourtant que lentement , affectant même
quelque crainte , pour attirer Acheraf le
plus avant qu'il pourroit ; celui-cy de son
côté , qui n'avoit jamais vû les Persans tenir
ferme devant lui en pleine campagne;,
s'avança , plein de confiance.
Enfin les Armées se joignirent à Damguam
, petite Ville sur les frontieres du
Chir2498
MERCURE DE FRANCE
Chirvan. L'attaque des Rebelles fut d'ar
bord assez vigoureuse ; les Persans animez
par la présence de leur Roy, l'a soutinrent
sans s'ébranler. Cette fermeté étonna un
peu Acheraf; il pratiqua alors ce qui lut
avoit réussi à la défaite des Turcs. Il fit
quelques détachemens de 2 ou 3000 hommes
, chacun, commandé par deux de ses
plus braves chefs , avec ordre de prendre
un détour et de venir attaquer l'enne
mi en flanc et en queuë ; mais les Rebelles
trouverent par tout le même ordre et lá
même résistance. Ces détachemens furent
repoussez et défaits ; le Corps où Acheraf
commandoit en personne , commença à
s'ébranler ; les Persans redoublerent leur
feu , et après une décharge faite à propos
de toute leur Artillerie , ils s'avancerent
sur les Rebelles qui prirent aussi - tôt
la fuite ; et abandonnant leur Canon et
leurs Equipages , ils se sauverent avec tant
de précipitation qu'en 24 heures ils firent
sept journées de chemin ordinaire et vinrent
jusqu'à Tairon , où ils s'arrêterent un
jour entier pour prendre halcine , après
quoi redoublant toujours les journées , ils
continuerent leur marche jusqu'à Ispaham .
Leur entrée dans cette Ville fut assez
paisible, mais le lendemain Acheraf donna
ordre à tous les siens de se retirer avec
leurs
NOVEMBRE. 1731. 2499
leurs effets et leurs familles , dans le Château.
Ce Château ,au reste ,n'est autre chose
qu'une enceinte de murailles de terre
élevées au centre de la Ville , avec des
Tours de même fabrique , de douze en
douze pas ; il renferme la vieille Citadelle
, la grande Place , le Palais du Roy ,
et peut avoir une lieuë de circuit. C'est
Youvrage d'Acheraf , dès qu'il se fut déclaré
Roy ; ouvrage vraiment misérable
s'il en fut jamais ; on ne sçauroit bien
décrire la précipitation , le tumulte et la
confusion avec laquelle les Rebelles s'y
retirerent. Ils en chasserent tous les Persans
, pillerent , ravagerent et brulerent
tout ce qui leur appartenoit, Et comme
c'est dans cette enceinte que se trouvoient
les plus riches Boutiques , ce fut aussi le
lieu des plus grands dommages qu'air
souffert cette malheureuse Ville. D'abord
que les Rebelles eurent ainsi retiré leurs
effets et leurs familles , ils se remirent en
campagne et allerent établir leur Camp à
neuf ou dix lieues d'Ispaham , près d'un
Village nommé Machakor.
Cependant l'Armée Royale avançoit
toûjours à journées reglées. Thamas Kou
likan , ce fidele et valeureux General
s'étant apperçu dans les Batailles précedentes
, que le Roy s'exposoit trop , ou
peute
665170
2500 MERCURE DE FRANCE
, ce
peut - être voulant avoir seul la gloire
d'achever la défaite des Aghuans , representa
à ce Prince que sa presence n'étoit
plus necessaire pour animer les Troupes ,
et il le supplia au nom de toute l'Armée
de rester à Teiron , avec un Corps de
reserve de 9 ou 10 mille hommes
que le Roy fit. Le Kan muni d'un plein
pouvoir , continua sa marche sans aucun
trouble , et comme les Rebelles avoient
abandonné tout le pays depuis le champ
de bataille jusqu'à Ispaham , les Villa
geois venoient en foule au - devant de
P'Armée Royale , et apportoient sans
être mandés tous les rafraîchissemens
dont elle avoit besoin les Villes ouvrirent
leurs Portes , et tous les Sujets
generalement témoignerent la joye qu'ils
avoient de leur heureuse délivrance .
>
Les deux armées se trouverent en presence
le Dimanche 13. Novembre 1729.
à 8. heures du matin celle des Rebelles.
avoit eû tout le temps qu'il lui falloit
pour se poster avantageusement ; leur
Batterie étoit bien rétranchée et bien
soutenue ; Acheraf se flattoit de rétablir
ses affaires de recouvrer enfin par une
pleine victoire tout le pays qui lui avoit
été enlevé ; mais le General Persan , qui
connoissoit sa foiblesse et qui le mépri-
›
soit ·
NOVEMBRE. 1731. 250r.
soit , ne daigna pas seulement se servir
de son Artilleric. Après avoir essuyé
toute la décharge des Rebelles , il marcha
droit à eux , à travers tout le feu
de leur Mousqueterie , sans tirer un seul
coup , jusqu'à ce qu'il fût arrivé près
de leur batterie , où il fit presqu'à bout
touchant sa premiere et unique décharge.
Les Rebelles furent tellement épou
wantés de cette hardiesse , qu'ils prirent
la fuite , et se sauverent à Ispaham ,
les premiers Fuyards commencerent d'ariver
à trois heures après midi ; ils dirent
d'abord , n'osant avouer leur défaite
, que les Persans avoient été battus ;
mais peu de temps après , les cris et les
lamentations des femmes et des enfans
qu'on entendit dans le Château
fierent le contraire. Acheraf
->
و
>
où
certi-
› qui
par respect
humain
ne fuyoit
pas si
vire que les autres
, n'entra
dans la Ville qu'à la nuit close
, pour
cacher
sa honte
,
Le bruit
de cette
défaite
courut
bien- tôt par toute
la Ville
, et tant les Etran- gers que les Gens
du Pays , tout le mon❤ de prit des mesures
pour
se soustraire
à la fureur
des Barbares
, et pour
se garantir
du massacre
general
dont
ils
avoient
souvent
menacé
au cas qu'ils
fussent
trop
pressés
; mais
Dieu
répandit
sur
2502 MERCURE DE FRANCE
sur eux une telle frayeur , qu'ils ne songerent
alors qu'à leur propre salut. Le
calme et le silence , qui , depuis l'entrée
d'Acheraf , avoient succedé au bruit et
au tumulte , étonnoient tout le monde
mais la surprise fut bien plus grande
quand dès le grand matin du lendemain
la nouvelle de leur fuite se répandit
personne n'osoit pourtant encore sortir
jusqu'à ce que quelques femmes envoyées
de divers endroits dans le Château , pour
sçavoir ce qui se passoit , en rapporterent
quelques meubles qu'elles avoient
enlevez dans les logemens abandonnés.
Ces Femmes furent bien- tôt suivies par
d'autres , et les hommes commencerent
enfin à s'en mêler , de sorte qu'en deux
heures de temps les rues furent pleines
de la Populace allant et venant tout
chargés de Butin . Le jour suivant , les
Villageois des environs se mirent de la
partie , et le pillage fut general . On ne
vît jamais un tel désordre et pas un
homme d'autorité pour l'arrêter , ce qui
dura près de trois jours jusqu'à l'arrivée
du General Persan , qui envoya d'abord
des gens de guerre dans le Château pour
en chasser cette canaille , et on mit à divers
endroits , pour la sûreté publique ,
des Corps-de-garde. On vit alors ,
›
,
› par
un
NOVEMBRE . 1731 2503
un effet admirable de la Divine Providence
, les mêmes Denrées que les Aghuans
tenoient, enfermées dans les Magazins
pour entretenir la cherté , tellement
répandues dans les rues , que pendant
plusieurs jours on ne pouvoit plus
у faire un pas sans marcher sur des tas
de ris , de froment , d'orge , &c.
On a sçu par des Esclaves échapés des
mains des Rebelles , que le jour de leur
fuite ils marcherent pendant quinze
lieues entieres sans s'arrêter , ce qui joint
aux autres dix lieues qu'il y a du champ
de Bataille à Ispaham , fait une traite
très - considerable pour des Fuyards chargez
de leurs bagages et de leurs familles ,
&c. Ils avoient d'abord pris le chemin
du Kiman mais ayant appris que tous
les passages étoient gard: z de ce côté llàà ,
ils se rendirent à Chiras , où ils massacrerent
tous les Persans qu'ils y rencontrerent.
Acheraf emporta la charge de
300. Chameaux , à ce qu'on dit , d'or ,
d'argent , et de meubles précieux de la
Couronne ; il emmena outre la famille
de Mahmoud et la sienne , toutes les
Princesses du Sang Royal , excepté la
Mere de Schah Thamas qu'il ne connoissoit
pas , et qui pendant la Domination
des Rebelles , a toujours fait l'office
de
2504 MERCURE DE FRANCE
de Servante dans le Serrail , sans que les
autres Femmes ni les Ennuques ayent jamais
voulu la déceler , rare exemple de
fidelité , et signe évident de l'esperance
que ces sujets nourissoient dans leur
coeur. On assure que la fuite du Tyran
causa de tels transports de joye à cette
Princesse , qu'elle en fut entierement
aliénée d'esprit pendant trois jours , et
qu'elle ne s'est bien remise qu'après avoir
vû et embrassé ce cher Fils , pour lequel
elle avoit si souvent tremblé avec le
reste du Royaume.
Cependant une grande quantité d'Aghuans
, et d'autres Rebelles , qui n'ayant
pû ou osé suivre les Fuyards , s'étoient
cachez en divers endroits , trouverent
bien- tôt la mort qu'ils tâchoient d'éviters
on sçavoit les déterrer, et sans égard
à l'âge , ils étoient tués par tout où on
les trouvoit. Ceux qui étoient de quelque
consideration , étoient présentez au
General Persan , qui pardonna à quelques-
uns sur les bons témoignages qu'on
rendoit d'eux ; mais ce nombre fût bien
petit , et nous avons vû pendant plusieurs
jours les rues d'Ispaham pleines
des Cadavres des Rebelles , comme nous
des avions vûës remplies cy - devant de
ceux des Habitans de cette miserable
Ville. Le
१
*
"
NOVEMBRE. 1731. 2505
Le Tombeau de Mahmout , qu'on
avoit élevé avec beaucoup de faste dans
un Enclos , au-delà du Pont de Chiras ,
et que les Rebelles respectoient comme
un lieu sacré et de pelerinage , fût démoli
pour en faire des Latrines publiques.
Le Peuple étoit tellement animé
de l'esprit de haine et de vangeance ,
qu'en deux heures de temps , il ne resta
pas pierre sur pierre , d'un ouvrage auquel
des milliers d'ouvriers avoient travaillé
des mois entiers. Chacun vouloit
avoir quelque morceau des os du Tyran
pour vomir chaque jour dessus des imprécations
et des maledictions. Il n'y a
peut- être aucun homme dans Ispaham ,
qui pour marquer sa haine n'ait fait
servir ce lieu à l'usage pour lequel j'ay
dit qu'il étoit destiné.
و
>
le 9 .
Le Roy n'arriva à Ispaham que
Decembre ; son Entrée ne fut pas magnifique
mais elle fut toute guerriere.
Il marcha depuis Gaze , Village à deux
lieuës et demi de la Ville , à la tête de
son Corps de reserve qu'il conduisit
lui- même en bataille jusqu'à la rencontre
de Thamas Koulikan , qui vint au- devant
à la tête de 20. mille hommes. Les
deux Corps avant que de se joindre ,
firent plusieurs mouvemens et diverses
B ένος
2506 MERCURE
DE FRANCE
.
,
,
,
et courut vers son
évolutions
que le Roy commandoit
d'un côté et le General Koulikan de
l'autre. Celui - ci dès qu'il fut à portée ,
mit pied à terre
Maître pour l'empêcher de descendre de
Cheval ; mais ce Prince lui dit gracieusement
: Arrête , arrête ; j'ai fait van de
la pre- marcher sept pas au- devant de toy ,
miere fois que je te reverrois , après avoir
chassé mes ennemis d'Ispaham. LeRoy descendit
effectivement
, marcha quelques pas
puis s'assit sur des Coussins , et prit du
Caffé avec son General , après quoy ils
remonterent
à Cheval , et continuerent
leur marche vers la Ville ; avec cette difference
, que les Troupes défiloient non
pas dans ce bel ordre que l'on observe
en Europe , et qui est inconnu ici , mais
pressez et comme entassez les uns sur
les autres. On laissa pourtant un assez
grand intervalle au milieu , dans lequel
le Roy marchoit seul précedé de ses
Valets de pied , et suivi à dix ou douze
pas de distance de Thamas Koulikan :
tout le reste n'étoit qu'un tas confus
d'Officiers et de Soldatesques qui se pres
soient et se serroient tant qu'ils pouvoient.
Le Peuple de tous états , de tour
sexe et de tout âge étoit en foule aux avenuës
; les rues depuis la porte de Jokgi ,
>
jusNOVEMBRE.
1731. 2507
›
jusqu'à l'interieur du Palais étoient
couvertes de pieces d'Etoffe , que les Soldats
enlevoient d'abord que le Roy étoit
passé ; le * Nagara retentissoit par toute
la Ville ; on jettoit par tout des cris d'allegresse
; en un mot,on ne vit jamais une
joye plus vive et plus universelle. Ce qui
étoit bien opposé à ce qui se passoit à
l'Entrée du Rebelle Acheraf , au retour
de quelque expédition ; car alors
tout le monde fuyoit , toutes les portes
des maisons étoient fermées et aucun
des Habitans ne paroissoit , si ce n'est
les gens de Boutique que l'on forçoit à
les tenir ouvertes aux endroits où le
Tyran devoit passer.
→
Le Roy , après avoir satisfait dans
l'interieur du Serrail , à ce que la bonté
de son coeur , et sa tendresse naturelle
pouvoient exiger , passa les premieres
journées à recevoir les hommages des
differens Ordres de l'Etat ; il reçut aussi
les complimens des Etrangers de distinction
, et traitta tout le monde avec
une douceur qui lui gagna d'abord l'affection
publique. Les Persans aiment naturellement
, et cherissent leur Roy jusqu'à
l'excès ; les bonnes qualitez qu'ils
remarquent en Schah Thamas , leur font
* Longue Trempette à l'usage des Persans.
Bij
COR2508
MERCURE DE FRANCE
>
concevoir les plus flatteuses esperances.
Le Peuple nonobstant la misere où la
longue tyrannie des Rebelles l'avoit réduit
, paya gayement la Taxe qu'on lui
imposa , et supporta sans beaucoup d'inquietude
les petites insolences du Soldat ;
tout respiroit la joye et r'allegresse dans
Ispaham ; mais le Roy au milieu des plaisirs
qu'on tâchoit de lui procurer , paroissoit
toûjours inquiet et chagrin et
quand Thamas Kan voulut lui representer
qu'il devoit désormais oublier ses
disgraces passées , ce Prince lui fit entendre
, que quand même les malheurs
publics , et ses disgraces domestiques
pourroient être oubliés , il ne pouvoit
pas ignorer que le Meurtrier de son
Pere et les Bourreaux de ses Freres
étoient encore à Chiras : le General tou .
ché de ce Discours , donna dans le moment
même ses ordres pour un prochain
départ tout fut prêt en quatre jours ;
en sorte que l'Armée se remit en Campagne
sur la fin du même mois de Decembre.
و
Les Mahometans n'aiment pas à faire
la Guerre l'Hyver , mais ce Ġeneral est
un homme de toutes les Saisons , et comme
il ne se donne presque aucune commodité
au- dessus du simple Soldat , il
>
fur
NOVEMBRE 1732. 2509°
Fut servi dans cette expédition avec tant
de zele et d'ardeur , qu'il força tous les
obstacles de la saison ; enfin , malgré les
pluyes , les neiges et les glaces , il s'ou
vrit un chemin par tout ; il perdit véritablement
beaucoup d'hommes et de
chevaux dans sa marche , mais après des
fatigues et des travaux infinis , il joignit
20. jours après son départ d'Ispaham ,
les Rebelles qui s'étoient avancez à deux
journées en - deçà de Chiras : il les battic
malgré l'avantage du poste qu'ils avoient
choisi , et les obligea . de fuïr devant lui .
Il ne les poursuivit pas crainte de
quelque embuscade ; il avoit même pour
maxime , de ne jamais séparer ses Troupes
, de peur que quelque détachement
venant à être battu , ne mît l'épouvente
dans le reste de l'armée ; il avoit aussi
coûtume de dire que les Victorieux joignent
au petit pas l'Ennemi qui fuit à
toute bride.
et
Les Rebelles eurent donc le temps de
se rallier à Chiras , mais ce n'étoit plus
les mêmes hommes , ils étoient dépouillez
de cette feroce fierté , qui leur faisoit
mépriser le reste des hommes
dédaigner les conseils des plus habiles ;
ils prioient et supplioient les mêmes
personnes qu'ils avoient auparavant ac-
Biij cou2510
MERCURE DE FRANCE
3
coutumé de commander , le Sabre ou le
Bâton à la main ; ils prenoient conseil
de tout le monde , même de leurs femmes
et de leurs Esclaves ; mais il n'y
avoit plus de remede l'heure fatale
étoit arrivée ; ils résolurent cependant
de faire un dernier effort. Le jour qu'ils
sortirent pour venir au devant des Persans
, Acheraf et ses principaux Officiers
se tinrent aux Portes de la Ville , où ils
faisoient jurer les Soldats et les Officiers
de vaincre ou de mourir ; mais ils promettoient
les uns et les autres plus qu'ils
ne pouvoient ni ne vouloient tenir ; ils
n'avoient plus assez de force pour vainere
, ni de courage pour mourir aussi
ils furent battus dès le premier choc , et
cette bataille , si on peut donner ce nom
à quelques actions , ooùù iill nn''yy aa pas eu
mille hommes de tués de part et d'autre.
Cette bataille , dis- je , fut la derniere
et la moins sanglante de toutes. Les Rebelles
épouvantez , oublierent leur promesse
et leur serment ; ils attaquoient
tumultueusement et par pelotons , mais
à peine étoient- ils arrivez à la portée du
fusil , qu'ils faisoient leurs décharges
et se retiroient en désordre. Enfin voyant
que les Persans s'avançoient toujours fierement
, ils prirent la fuite tout de bon.
:
Le
NOVEMBRE. 1731 2511
Le General Persan les laissa fuïr suivant
sa coûtume , et ne les suivit qu'au
petit pas ; mais cette maxime n'étoit plus
de saison ; Acheraf s'en prévalut pour le
tromper , car si- tôt qu'il fut rentré dans
Chiras , il envoya deux de ses principaux
Officiers pour traitter d'accommodement.
Ils offrirent d'abord de rendre tous les
trésors de la Couronne à condition
qu'on les laisseroit retirer avec leurs familles
où bon leur sembleroit. Koulikan
>
leur répondit qu'il auroit pû accepter
cette proposition dans un autre temps ,
mais qu'aujourd'hui il les passeroit tous
au fil de l'Epée , s'ils ne lui remettoient
Acheraf entre les mains. Les députez
qui n'avoient d'autre dessein que celui
de l'amuser pour gagner du temps , promirent
tout ce qu'on voulut , pourvû
qu'il leur fût permis d'en aller conferer
avec les autres Officiers ; mais quand ils
furent de retour tout étoit prêt pour la
fuite. Ils se sauverent tous ensemble
avec leurs Familles et leur Butin ; ils
étoient déja bien loin , quand le General
Persan fut averti de leur retraite.
Il fit quelques détachemens , l'un desquels
les joignit au passage d'un Pont :
mais les Aghuans firent volte à face
faire passer leurs familles et leurs équi-
B iiij pages.
pour
2512 MERCURE DE FRANCE
pages . Ils chargerent ensuite les Persans
qui furent battus .
›
Les Fuyards continuerent leur marche,
mais comme ils ne tenoient aucune route
certaine , et que tout le pays étoit contre
eux les Paysans les harcelloient continuellement
le moindre petit Village
qui pouvoit assembler dix Fusiliers leur
disputoit le passage ; il n'y avoit point
de défilé où ils ne laissassent quelqué
chose. Au commencement c'étoient les
gros Equipages , ensuite leurs Femmes
Persannes et leurs Enfans. Pendant la
nuit les Esclaves détournoient toujours
quelques Chameaux
et c'est de cette
façon que furent ramenées à l'Armée
Royale la Tante et la Soeur de Schal
Thamas , avec quelques autres Princesses
. Enfin , ces miserables ne trouvant
plus de subsistance pour eux ni pour
leurs Chevaux , pressés de tous côtez
commencerent à se débander les uns
tirant d'un côté , les autres de l'autre.
Acheraf resta avec 4. ou 5. cent de ses
plus fideles amis ; son dessein étoit de
se retirer aux Indes ; mais comme il faloit
necessairement passer aux environs
de * Candahar , Hussein Kan , frere de
Mahmout , qui étoit en possession de
* Capitale de la Province de même nom.
›
,
cette
OCTOBRE. 1731. 2513
,
>
cette Place , averti de son dessein lui
coupa le chemin avec un bon corps de
Troupes , le combattit lai enleva le
reste de ses trésors , et le tua. C'est ainsi
que perît cet Usurpateur , qui , après
des cruautez inoüies avoit osé tremper
ses mains dans le sang de Schah Hussein ,
le meilleur , le plus débonnaire et le
plus pacifique Prince qui ait jamais regné.
C'est ainsi qu'ont été détruits et dispersés
les plus détestables et les plus sanguinaires
Usurpateurs qui ayent jamais
été sur la Terre.
,
Koulikan trouva les portes de Chiras
ouvertes ; dès qu'il y fut entré on vit
bien - tôt dans cette Ville ce qu'on avoit
vû auparavant à Ispaham , c'est - à- dire ,
les rues pleines de cadavres des Aghuans
et de leurs alliez , qui n'avoient pû se
sauver avec les autres ; il n'y eut plus
aucun endroit qui pût leur servir d'azile
; on ne pardonna qu'à trois ou quatre
des plus apparents , qui furent envoyez
au Roy ; on passa tout le reste au
fil de l'Epée. Les Persans qui voyoient
tous les jours arriver quelques restes des
Rebelles , dont ils apprenoient à tout
moment le désordre et la misere se
consolerent bien - tôt de la faute que
Koulikan avoit faite de les laisser écha-
By per
>
2514 MERCURE DE FRANCE
per , et quoique c'eût été un coup de
la derniere importance de reprendre les
Trésors de la Couronne ce General
n'en reçût aucun reproche du Roy , qui
le ménage et le considere toujours.
>
Cette grande affaire étant ainsi terminée
, toute l'attention des Persans se
tourna du côté des Turcs. On laissa reposer
les troupes pendant le reste de
Hyver ; mais à peine le Printemps fûtil
arrivé , que Koulikan , qui étoit toujours
resté à Chiras , où l'Armée étoit en
quartier , se remit en Campagne ; et
lorsque nous partîmes d'Ispaham , au
commencement de May 1730. les nouvelles
courantes étoient qu'après avoir
visité en chenin - faisant le Loristan et
les Arabes du Coquilon , il prenoit sa
route du côté d'Hamadan . Nous avons
appris depuis qu'il a battu pendant
la Campagne les Turcs en deux
differentes batailles ; qu'il a repris Hamadan
, Tauris , et presque tout le Pays
que les Turcs avoient usurpé pendant
les troubles jusqu'à Erivan .
>
Un Roy rétabli , neuf batailles gagnées
, presque tout un Royaume de l'étendue
de la Perse reconquis dans moins
de deux années un prodigieux nombre
de Rebelles exterminez ; ce sont des
>
faits
NOVEMBRE 1731. 2515.
faits qui peuvent effacer ceux des Héros
des siècles passés , et égaler les plus
beaux traits de l'histoire ancienne . Les
rares talens qu'a ce General pour la Guerre
le bonheur qui l'accompagne dans
ses expéditions la confiance du Soldat
>
,
qui l'aime et le craint , tout cela joint
ensemble , l'a rendu redoutable chez les
Ennemis mais enfin suspect dans la
Cour du Roy son Maître ; j'ai observé
plus d'une fois , et reconnu que depuis
Bassora jusqu'à Bagdat , et depuis Bagdat
jusqu'aux portes d'Alep , tout tremble
au seul nom de Thamas Koulikan . Cette
haute réputation et certe grande fortune
ne sont - elles point les présages de quelque
prochaine décadence ? Le Peuple et la
Cour,le Roy lui- même , ( à ce qu'on publie
, tous craignent que ce General
n'ait l'ambition de monter plus haut ; il
est lui seul toute chose. Le Roy n'a encore
nommé à aucun des premiers Employs
, sous pretexte que les appointemens
immenses que ces Charges emportent
, seront bien mieux employez au
payement des Troupes. A l'Armée Koulikan
est le seul Officier General , tous
les autres sont des Subalternes qu'il abaisse
, eleve , punit , recompense , casse et
rétablit comme il lui plaît ; il semble
Bv) même
2516 MERCURE DE FRANCE
1
même que depuis ses dernieres victoires ,
il abuse de l'autorité sans bornes que le
Roy lui a confiée dans la necessité de ses
affaires ; on peut même dire qu'il tient
ce Prince en une espece de tutelle ; mais
je sçai par des personnes qui ont l'honneur
de l'approcher , qu'il se reserve à
parler en Maître quand la Guerre du
Turc sera terminée. Ce General de son
côté n'est pas sans crainte ; il sçait qu'il
a beaucoup d'ennemis , et qu'il y a des
plaintes contre lui , sur- tout de la part
des Peuples qu'il a achevé de ruiner
des impositions extraordinaires , et c'est
pour cela , cela , dit-on , qu'il se tient à l'Armée
autant qu'il le peut. Telle est actuellement
la face des affaires de Perse
c'est-à-dire au mois de Mai 1730.
faite des Rebelles de Perse , et l'élevation
de Schah Thamas sur le Trône de ses
Ancêtres , &c. Par M. D. G. témoin
⚫culaire.
LR
ES AGHUANS ( 1 ) , ces fameux
Rebelles , qui pendant près de huic
années ont tenu sous le joug , et désolé la
plus grande partie du Royaume de Perse ,
n'étoient rien moins que ce qu'ils avoient
la réputation d'être ; leur nombre n'a ja➡
mais été audessus de 30000 hommes; leur
valeur étoit audessous de la commune, et
toute leur politique n'alloit qu'à massa→
crer impitoyablement tous les Persans ,
de quelque consideration qu'ils fussent
quand ils leur faisoient le moindre ombrage.
On pourroit même dire que leur
saccès et leur prosperité tenoient bien.
plus du miracle que d'aucun effet d'une
conduite réglée et bien concertée.
Ces Barbares conduits , pour ainsi dire,
"
(1 ) Nation originaire de la Province de Szyr
van , située entre la Mer Caspienne et le Mong
Caucase, depuis transportée par Tamerlan dans
Le Candabar , Frontiere de Perse et du Mogol.
pat
NOVEMBRE 1731. 2489
,
par la main de la fortune , s'étoient cependant
imaginez qu'après avoir pris la Ville
d'Hispaham , détrôné Schah Hussein , et
battu une armée de 120 mille Turcs , il
n'y avoit plus de Puissance au monde capable
de les abbatre ; la paix que le Grand
Seigneur avoit ensuite faite avec eux
l'Ambassade aussi honteuse que solemnel,
le , qu'il leur avoit envoyée pour reconnoître
leur chef Acheraf , les avoient tellement
éblouis, et les avoient rendus si
vains , qu'ils s'estimoient les plus grands
hommes de la terre , et ne regardoient
plus Schah Thamas fils et successeur du
Sultan Hussein que comme un petit sujet
qu'ils anéantiroient , s'il avoit jamais la
hardiesse de se presenter pour soutenir ses
droits , l'apellant par mépris et par dérision
, au lieu de Chazade , qui signifie
fils de Roy ; Tekzadé , c'est- à- dire , fils de
chien.
Il est vrai que la fermeté et la valeur des
Moscovites , lesquels non contens de ne
vouloir pas donner le titre de Roy à leur
chef Acheraf , avoient défait avec trois
cens hommes seulement , 5 à 6000 Aghuans
, leur avoit causé quelque troubles
mais le General Russien qui commandoit
dans le Guilan , leur ayant accordé ure
espece de Trêve,et réglé avec eux certai-
A v nes
2490 MERCURE DE FRANCE
nes limites , jusqu'à ce qu'il eut reçu des
Ordres plus précis du Czar , ils s'étoient
entierement rassurez de ce côté - là , de
sorte qu'Achetaf, qui dans le fonds n'étoit
, pour ainsi dire , qu'un chef de Brigands
, malgré la beauté de son nom , qur
signifie le Noble par excellence , dont les
forces étoient assez médiocres , commença
dèslors à se donner pour un grand Prince
, il ne faisoit plus la Guerre que par ses
Generaux ; c'est ainsi que le Château
d'Iesd fut soumis , après une année et demie
de Siége . Cette Place n'auroit tenu en
Europe devant une Armée , qu'autant de
tems qu'il en faut pour la disposition de
l'attaqué ; mais cette sorte de Guerriers
ne sçavoient ce que c'est que d'enlever
l'Epée à la main , le moindre petit retran
chement . L'Officier qui avoit deffendu
Iesd , et qui ne s'étoit rendu que par famine
, fut cruellement traité , et la Garni
son passée au fil de l'épée , malgré la
role qu'on leur avoit donnée , avec serment
fait sur l'Alcoran , qu'il ne leur seroit
fait aucun mal .
pa-
C'est encore de cette maniere qu'ils s'étoient
ouvert le chemin jusqu'à Benderabassi
* en trompant Sayd Amid ·
Kan qui occupoit će poste. Ce Kan
>
* Fameux Port de Mer , à deux lieuës d'or.
mas , Isle du Golfe Persique.
étoit
NOVEMBRE. 1731. 2491
étoit Prince du Sang Royal , du côté des
femmes ; il étoit bien fait , d'une taille et
d'une force extraordinaire , et rempli de
valeur , il s'étoit révolté contre Schah
Thamas , etavoit pris le titre de Roy dans
le Kirman , au commencement des troubles
, mais son armée n'étant composée
que de gens ramassez , il en étoit ordinairement
abandonné dans les actions.
décisives ; de sorte que réduit à deux ou
trois cens hommes , et ne sçachant plus comment
se maintenir , il aima mieux se rendre
aux Rebelles sur leurs belles promesses ,
que de recourir à la clemence de son Roy
legitime. Il eut le sort que son infidelité
méritoit , et la paya peu de jours après
de sa tête. Plusieurs Villes , sans deffenses,
se rendirent en même - temps , et tout le
pays fut ouvert , comme on l'a dit , jusqu'au
Benderabassi.
Ces prospéritez enfloient tellement le
coeur des Rebelles qu'Acheraf ne daignoit
plus se mettre en campagne,il restoit tranquille
dans Ispaham , faisant bâtir des
Maisons de plaisance , allant pompeuse
ment à la chasse, et vivant, en un mot,com.
me si la fortune eut été inébranlable.A son
exemple tous les grands Seigneurs et les
premiers Officiers qui composoient sa
Cour , vivoient de la même maniere ; ils
A vj avoient
8
2492 MERCURE DE FRANCE .
avoient tous parfaitement oublié leur premiere
origine et leur vile condition de.
Chameliers ou d'Esclaves. Les richesses
immenses dont ils avoient dépouillé les.
Persans , la beauté des femmes et des filles.
qu'ils leur avoient enlevées , et dont cha-.
cun d'eux avoit bon nombre , les super-.
bes bâtimens qu'ils habitoient , les habits:
somptueux dont ils se paroient, et la bonne
chere, à laquelle ils s'étoienr adonnez ;
tout cela comparé à leur premier état
leur constituoit en ce monde , selon leur
propre aveu , un Paradis de délices , tel
que Mahomet l'a promis dans l'autre à ses
Sectateurs dans l'Alcoran.
Tandis qu'Acheraf faisoit ainsi le grand
Monarque , Schah Thamas de son côté
travailloit au rétablissement de ses affaires.
On peur dire que la maniere dont it
s'étoit sauvé d'Ispaham, dans le plus fort du
Siége , avec une escorte de cinq cens hommes
, quoique les Aghuans eussent été
précisément avertis par les Arméniens
du jour et de l'heure de sa sortie ; que le
choix que Schah Hussein avoit fait ,
au préjudice de deux de ses aînez , et le
bonheur qu'il eut dans la suite de se tirer
du Piége qu'Acheraf lui avoit tendu à Teïoù
if prétendoit l'enveloper' , sous
prétexte de venir lui rendre homma ge
ron
NOVEMBRE. 1731. 2493
'de lui remettre la Couronne que Mahmont
lui avoit enlevée. On peut, dis- je ,
croire que tous ces évenemens étoient autant
de signes certains que Dieu l'avoit
choisi pour regner, et qu'il le destinoit à
remonter sur le Trône de ses Peres.
Ce Prince , élevé comme le sont ordinairement
les Fils de Roy dans l'Orient
n'avoit vû autre chose, lorsqu'il sortit d'Ispaham
, que l'interieur du Sérail , c'est-àdire
, des Femmes et des Eunuques . If
trouva un dérangement affreux dans tout
le Royaume , pas un Gouverneur de Province
qui eut la moitié des Troupes qu'il
étoit obligé d'entretenir les Finances
épuisées et mal réglées , des Ennemis de
tous côtez,et par surcroit de malheursune
foule de flateurs qui n'avoient en vûë que
leur propre interêt , sans songer en aucune
façon aux besoins de l'Etat.Cependant
Schah Thamas ne laissa pas de lever des
Troupes avec lesquelles il eut plusieurs
fois à faire aux Moscovites , aux Georgiens
, aux Osmanlous , et à d'autres Rebelles
, mais presque toujours avec desavantage
, quoiqu'il combattit lui- même
à la tête de ses plus braves soldats. Enfin
ne pouvant plus résister à tant d'ennemis
à la fois , il fut obligé , pour ainsi dire
abandonner la partie. Les Osmanlous
list
2494 MERCURE DE FRANCE
lui enleverent tout le Païs , qui est depuis
Erivan jusqu'à Tauris , et depuis Tauris
jusqu'à Hamadam. Les Moscovites se rendirent
maîtres du Guilan , la plus riche
Province de Perse , et celle qui donne les
Soyes. Les Géorgiens secouerent entiercment
le joug ; et les Afdalis , autres Re
belles , s'emparerent de Herat et de Machat
, dans le Corassan. Ce malheureux
Prince se trouva ainsi réduit à la Province
de Mazandran , à une partie du Chirvan
, et à une autre partie du Corassan-
Tant de revers , capables d'abatre tout
aatre courage que celui de Thamas , ne
servirent , pour ainsi dire , qu'à le fortifier
et à le corriger de quelques vices ausquels
il s'étoit adonné ; enfin, lorsque ses
affaires paroissoient les plus desesperées ;
le ciel qui le favorisoit , lui suscita un Liberateur
en la personne de Thamas Kouli
Kan. Ce Kan est un Seigneur d'environ
quarante ans , élevé dès son enfance dans
le métier des armes ; brave , s'il en fut jamais
, homme de bon esprit , franc et sincere,
récompensant bien ceux qui se comportent
vaillamment , et punissant de
mort ceux qui lâchent le pied dans les occasions
où ily a moyen de résister. Il donna
d'abord des preuves constantes de sa capacité
, de sa valeur et de sa fidelité , dans
diverNOVEMBRE.
1731 . 2495
diverses occasions où il fut employé ; et
quand il se vit entré assez avant dans les
bonnes graces du jeune Roy , il lui apprit
à discerner les flatteurs et les traîtres ,
l'obligeant à châtier les uns et à éloigner
les autres. Il osa de plus insinuer au Prince
la necessité de se corriger de ces vices
honteux , qui ternissoient ses belles qualitez,
sans quoi , ajontoit- t- il, Dieu ne be
niroit jamais ses Armes. Le Roy écouta
ses conseils , les goûta , les suivit , et ses
affaires commencerent dèslors à prendre
une meilleure face.
L'Armée Royale n'étoit pas nombreuse
, mais elle étoit bien payée et bien disciplinée
; la plus petite desobeïssance étoit
severement punie , et on payoit de la tête
la moindre lâcheté. Les principaux Officiers
et la plupart des Subalternes, étoient
tous d'une valeur à toute épreuve , gens
bien connus et choisis par Thamas Koulikan.
C'est avec une telle Armée et le genie
de ce Kan , que dans le cours de l'année
1729. Schah Thamas avant les prospéritez
qu'il eut depuis contre les Aghuans
, avoit gagné en personne trois Batailles
contre les Afdalis , repris Hérat et
Machat , et soumis tous les Rebelles du
Corassan et des environs. Dans ces expeditions
on passa au fil de l'épée tout ce
qui
2496 MERCURE DE FRANCE
qui fut trouvé portant les Armes ; mais
ceux qui les mirent bas et implorerent la
clemence du Roy,furent épargnez,à condition
qu'ils serviroient dans ses Troupes
, et que les chefs remettroient leurs
familles en otage , pour garants de leur fidelité
.Tout étant ainsi pacifié de ce côtélà
, on commença à songer à la destruction
des Aghuans. Pour commencer, le
Roy fit marcher son Armée de leur côté
dans l'intention cependant de ne plus rien
entreprendre de cette campagne , mais de
donner des quartiers d'hyver à ses Troupes
sur les Frontieres , pour qu'elles fussent
plus à portée d'agir au Printemps
prochain.
Acheraf de son côté , bien informé des
victoires du Roy , et de la marche de son
Armée , crut d'abord qu'on venoit l'atta
quer ; il rappella les Officiers et les Troupes
, qui étoient dispersez en divers lieux,
rassembla toutes ses forces , es se mit ea
campagne avec un grand appareil ; dès le
commencement du mois d'Aouft 1730.
il ne laissa dans Ispaham que deux ou
trois cens hommes , nombre plus que
suffisants pour tenir en bride tout ce qui
restoit d'habitans ; car on en avoit chassé
tous les Persans qui étoient en état de manier
les armes ; on avoit pris la même
préNOVEMBRE.
1731. 2497
que
précaution dans Cachan , Kon , Casbin
Teiron , et autres Villes , où on ne laissa
les vieillards , les femmes et les enfans.
Quoique ce fussent-là des indices de
crainte , les Aghuans ne laissoient pas de
témoigner une grande joie de ce que le
Tekzade , ( c'est ainsi qu'ils appelloient le
Roy ) leur épargnoit la peine de l'aller
chercher dans le Mazandran ; le moindre
des exploits dont ils se flattoient , c'étois
de le prendre en vie , et ceux qui parois
soient les plus raisonnables , plaignoient
disoient- ils , cette pauvre victime qui ve
noit ainsi se livrer à la mort. C'est avec
ces belles idées que les Aghuans se mirent
en campagne.
Schah Thamas qui bruloit d'impatien
ce d'en venir aux mains avec les Rebelles,
et qui n'avoit consenti qu'à regret à terminer
la campagne de si bonne heure , fur
ravi d'apprendre leur résolution , et se
disposa à les bien recevoir ; il n'avançoit
pourtant que lentement , affectant même
quelque crainte , pour attirer Acheraf le
plus avant qu'il pourroit ; celui-cy de son
côté , qui n'avoit jamais vû les Persans tenir
ferme devant lui en pleine campagne;,
s'avança , plein de confiance.
Enfin les Armées se joignirent à Damguam
, petite Ville sur les frontieres du
Chir2498
MERCURE DE FRANCE
Chirvan. L'attaque des Rebelles fut d'ar
bord assez vigoureuse ; les Persans animez
par la présence de leur Roy, l'a soutinrent
sans s'ébranler. Cette fermeté étonna un
peu Acheraf; il pratiqua alors ce qui lut
avoit réussi à la défaite des Turcs. Il fit
quelques détachemens de 2 ou 3000 hommes
, chacun, commandé par deux de ses
plus braves chefs , avec ordre de prendre
un détour et de venir attaquer l'enne
mi en flanc et en queuë ; mais les Rebelles
trouverent par tout le même ordre et lá
même résistance. Ces détachemens furent
repoussez et défaits ; le Corps où Acheraf
commandoit en personne , commença à
s'ébranler ; les Persans redoublerent leur
feu , et après une décharge faite à propos
de toute leur Artillerie , ils s'avancerent
sur les Rebelles qui prirent aussi - tôt
la fuite ; et abandonnant leur Canon et
leurs Equipages , ils se sauverent avec tant
de précipitation qu'en 24 heures ils firent
sept journées de chemin ordinaire et vinrent
jusqu'à Tairon , où ils s'arrêterent un
jour entier pour prendre halcine , après
quoi redoublant toujours les journées , ils
continuerent leur marche jusqu'à Ispaham .
Leur entrée dans cette Ville fut assez
paisible, mais le lendemain Acheraf donna
ordre à tous les siens de se retirer avec
leurs
NOVEMBRE. 1731. 2499
leurs effets et leurs familles , dans le Château.
Ce Château ,au reste ,n'est autre chose
qu'une enceinte de murailles de terre
élevées au centre de la Ville , avec des
Tours de même fabrique , de douze en
douze pas ; il renferme la vieille Citadelle
, la grande Place , le Palais du Roy ,
et peut avoir une lieuë de circuit. C'est
Youvrage d'Acheraf , dès qu'il se fut déclaré
Roy ; ouvrage vraiment misérable
s'il en fut jamais ; on ne sçauroit bien
décrire la précipitation , le tumulte et la
confusion avec laquelle les Rebelles s'y
retirerent. Ils en chasserent tous les Persans
, pillerent , ravagerent et brulerent
tout ce qui leur appartenoit, Et comme
c'est dans cette enceinte que se trouvoient
les plus riches Boutiques , ce fut aussi le
lieu des plus grands dommages qu'air
souffert cette malheureuse Ville. D'abord
que les Rebelles eurent ainsi retiré leurs
effets et leurs familles , ils se remirent en
campagne et allerent établir leur Camp à
neuf ou dix lieues d'Ispaham , près d'un
Village nommé Machakor.
Cependant l'Armée Royale avançoit
toûjours à journées reglées. Thamas Kou
likan , ce fidele et valeureux General
s'étant apperçu dans les Batailles précedentes
, que le Roy s'exposoit trop , ou
peute
665170
2500 MERCURE DE FRANCE
, ce
peut - être voulant avoir seul la gloire
d'achever la défaite des Aghuans , representa
à ce Prince que sa presence n'étoit
plus necessaire pour animer les Troupes ,
et il le supplia au nom de toute l'Armée
de rester à Teiron , avec un Corps de
reserve de 9 ou 10 mille hommes
que le Roy fit. Le Kan muni d'un plein
pouvoir , continua sa marche sans aucun
trouble , et comme les Rebelles avoient
abandonné tout le pays depuis le champ
de bataille jusqu'à Ispaham , les Villa
geois venoient en foule au - devant de
P'Armée Royale , et apportoient sans
être mandés tous les rafraîchissemens
dont elle avoit besoin les Villes ouvrirent
leurs Portes , et tous les Sujets
generalement témoignerent la joye qu'ils
avoient de leur heureuse délivrance .
>
Les deux armées se trouverent en presence
le Dimanche 13. Novembre 1729.
à 8. heures du matin celle des Rebelles.
avoit eû tout le temps qu'il lui falloit
pour se poster avantageusement ; leur
Batterie étoit bien rétranchée et bien
soutenue ; Acheraf se flattoit de rétablir
ses affaires de recouvrer enfin par une
pleine victoire tout le pays qui lui avoit
été enlevé ; mais le General Persan , qui
connoissoit sa foiblesse et qui le mépri-
›
soit ·
NOVEMBRE. 1731. 250r.
soit , ne daigna pas seulement se servir
de son Artilleric. Après avoir essuyé
toute la décharge des Rebelles , il marcha
droit à eux , à travers tout le feu
de leur Mousqueterie , sans tirer un seul
coup , jusqu'à ce qu'il fût arrivé près
de leur batterie , où il fit presqu'à bout
touchant sa premiere et unique décharge.
Les Rebelles furent tellement épou
wantés de cette hardiesse , qu'ils prirent
la fuite , et se sauverent à Ispaham ,
les premiers Fuyards commencerent d'ariver
à trois heures après midi ; ils dirent
d'abord , n'osant avouer leur défaite
, que les Persans avoient été battus ;
mais peu de temps après , les cris et les
lamentations des femmes et des enfans
qu'on entendit dans le Château
fierent le contraire. Acheraf
->
و
>
où
certi-
› qui
par respect
humain
ne fuyoit
pas si
vire que les autres
, n'entra
dans la Ville qu'à la nuit close
, pour
cacher
sa honte
,
Le bruit
de cette
défaite
courut
bien- tôt par toute
la Ville
, et tant les Etran- gers que les Gens
du Pays , tout le mon❤ de prit des mesures
pour
se soustraire
à la fureur
des Barbares
, et pour
se garantir
du massacre
general
dont
ils
avoient
souvent
menacé
au cas qu'ils
fussent
trop
pressés
; mais
Dieu
répandit
sur
2502 MERCURE DE FRANCE
sur eux une telle frayeur , qu'ils ne songerent
alors qu'à leur propre salut. Le
calme et le silence , qui , depuis l'entrée
d'Acheraf , avoient succedé au bruit et
au tumulte , étonnoient tout le monde
mais la surprise fut bien plus grande
quand dès le grand matin du lendemain
la nouvelle de leur fuite se répandit
personne n'osoit pourtant encore sortir
jusqu'à ce que quelques femmes envoyées
de divers endroits dans le Château , pour
sçavoir ce qui se passoit , en rapporterent
quelques meubles qu'elles avoient
enlevez dans les logemens abandonnés.
Ces Femmes furent bien- tôt suivies par
d'autres , et les hommes commencerent
enfin à s'en mêler , de sorte qu'en deux
heures de temps les rues furent pleines
de la Populace allant et venant tout
chargés de Butin . Le jour suivant , les
Villageois des environs se mirent de la
partie , et le pillage fut general . On ne
vît jamais un tel désordre et pas un
homme d'autorité pour l'arrêter , ce qui
dura près de trois jours jusqu'à l'arrivée
du General Persan , qui envoya d'abord
des gens de guerre dans le Château pour
en chasser cette canaille , et on mit à divers
endroits , pour la sûreté publique ,
des Corps-de-garde. On vit alors ,
›
,
› par
un
NOVEMBRE . 1731 2503
un effet admirable de la Divine Providence
, les mêmes Denrées que les Aghuans
tenoient, enfermées dans les Magazins
pour entretenir la cherté , tellement
répandues dans les rues , que pendant
plusieurs jours on ne pouvoit plus
у faire un pas sans marcher sur des tas
de ris , de froment , d'orge , &c.
On a sçu par des Esclaves échapés des
mains des Rebelles , que le jour de leur
fuite ils marcherent pendant quinze
lieues entieres sans s'arrêter , ce qui joint
aux autres dix lieues qu'il y a du champ
de Bataille à Ispaham , fait une traite
très - considerable pour des Fuyards chargez
de leurs bagages et de leurs familles ,
&c. Ils avoient d'abord pris le chemin
du Kiman mais ayant appris que tous
les passages étoient gard: z de ce côté llàà ,
ils se rendirent à Chiras , où ils massacrerent
tous les Persans qu'ils y rencontrerent.
Acheraf emporta la charge de
300. Chameaux , à ce qu'on dit , d'or ,
d'argent , et de meubles précieux de la
Couronne ; il emmena outre la famille
de Mahmoud et la sienne , toutes les
Princesses du Sang Royal , excepté la
Mere de Schah Thamas qu'il ne connoissoit
pas , et qui pendant la Domination
des Rebelles , a toujours fait l'office
de
2504 MERCURE DE FRANCE
de Servante dans le Serrail , sans que les
autres Femmes ni les Ennuques ayent jamais
voulu la déceler , rare exemple de
fidelité , et signe évident de l'esperance
que ces sujets nourissoient dans leur
coeur. On assure que la fuite du Tyran
causa de tels transports de joye à cette
Princesse , qu'elle en fut entierement
aliénée d'esprit pendant trois jours , et
qu'elle ne s'est bien remise qu'après avoir
vû et embrassé ce cher Fils , pour lequel
elle avoit si souvent tremblé avec le
reste du Royaume.
Cependant une grande quantité d'Aghuans
, et d'autres Rebelles , qui n'ayant
pû ou osé suivre les Fuyards , s'étoient
cachez en divers endroits , trouverent
bien- tôt la mort qu'ils tâchoient d'éviters
on sçavoit les déterrer, et sans égard
à l'âge , ils étoient tués par tout où on
les trouvoit. Ceux qui étoient de quelque
consideration , étoient présentez au
General Persan , qui pardonna à quelques-
uns sur les bons témoignages qu'on
rendoit d'eux ; mais ce nombre fût bien
petit , et nous avons vû pendant plusieurs
jours les rues d'Ispaham pleines
des Cadavres des Rebelles , comme nous
des avions vûës remplies cy - devant de
ceux des Habitans de cette miserable
Ville. Le
१
*
"
NOVEMBRE. 1731. 2505
Le Tombeau de Mahmout , qu'on
avoit élevé avec beaucoup de faste dans
un Enclos , au-delà du Pont de Chiras ,
et que les Rebelles respectoient comme
un lieu sacré et de pelerinage , fût démoli
pour en faire des Latrines publiques.
Le Peuple étoit tellement animé
de l'esprit de haine et de vangeance ,
qu'en deux heures de temps , il ne resta
pas pierre sur pierre , d'un ouvrage auquel
des milliers d'ouvriers avoient travaillé
des mois entiers. Chacun vouloit
avoir quelque morceau des os du Tyran
pour vomir chaque jour dessus des imprécations
et des maledictions. Il n'y a
peut- être aucun homme dans Ispaham ,
qui pour marquer sa haine n'ait fait
servir ce lieu à l'usage pour lequel j'ay
dit qu'il étoit destiné.
و
>
le 9 .
Le Roy n'arriva à Ispaham que
Decembre ; son Entrée ne fut pas magnifique
mais elle fut toute guerriere.
Il marcha depuis Gaze , Village à deux
lieuës et demi de la Ville , à la tête de
son Corps de reserve qu'il conduisit
lui- même en bataille jusqu'à la rencontre
de Thamas Koulikan , qui vint au- devant
à la tête de 20. mille hommes. Les
deux Corps avant que de se joindre ,
firent plusieurs mouvemens et diverses
B ένος
2506 MERCURE
DE FRANCE
.
,
,
,
et courut vers son
évolutions
que le Roy commandoit
d'un côté et le General Koulikan de
l'autre. Celui - ci dès qu'il fut à portée ,
mit pied à terre
Maître pour l'empêcher de descendre de
Cheval ; mais ce Prince lui dit gracieusement
: Arrête , arrête ; j'ai fait van de
la pre- marcher sept pas au- devant de toy ,
miere fois que je te reverrois , après avoir
chassé mes ennemis d'Ispaham. LeRoy descendit
effectivement
, marcha quelques pas
puis s'assit sur des Coussins , et prit du
Caffé avec son General , après quoy ils
remonterent
à Cheval , et continuerent
leur marche vers la Ville ; avec cette difference
, que les Troupes défiloient non
pas dans ce bel ordre que l'on observe
en Europe , et qui est inconnu ici , mais
pressez et comme entassez les uns sur
les autres. On laissa pourtant un assez
grand intervalle au milieu , dans lequel
le Roy marchoit seul précedé de ses
Valets de pied , et suivi à dix ou douze
pas de distance de Thamas Koulikan :
tout le reste n'étoit qu'un tas confus
d'Officiers et de Soldatesques qui se pres
soient et se serroient tant qu'ils pouvoient.
Le Peuple de tous états , de tour
sexe et de tout âge étoit en foule aux avenuës
; les rues depuis la porte de Jokgi ,
>
jusNOVEMBRE.
1731. 2507
›
jusqu'à l'interieur du Palais étoient
couvertes de pieces d'Etoffe , que les Soldats
enlevoient d'abord que le Roy étoit
passé ; le * Nagara retentissoit par toute
la Ville ; on jettoit par tout des cris d'allegresse
; en un mot,on ne vit jamais une
joye plus vive et plus universelle. Ce qui
étoit bien opposé à ce qui se passoit à
l'Entrée du Rebelle Acheraf , au retour
de quelque expédition ; car alors
tout le monde fuyoit , toutes les portes
des maisons étoient fermées et aucun
des Habitans ne paroissoit , si ce n'est
les gens de Boutique que l'on forçoit à
les tenir ouvertes aux endroits où le
Tyran devoit passer.
→
Le Roy , après avoir satisfait dans
l'interieur du Serrail , à ce que la bonté
de son coeur , et sa tendresse naturelle
pouvoient exiger , passa les premieres
journées à recevoir les hommages des
differens Ordres de l'Etat ; il reçut aussi
les complimens des Etrangers de distinction
, et traitta tout le monde avec
une douceur qui lui gagna d'abord l'affection
publique. Les Persans aiment naturellement
, et cherissent leur Roy jusqu'à
l'excès ; les bonnes qualitez qu'ils
remarquent en Schah Thamas , leur font
* Longue Trempette à l'usage des Persans.
Bij
COR2508
MERCURE DE FRANCE
>
concevoir les plus flatteuses esperances.
Le Peuple nonobstant la misere où la
longue tyrannie des Rebelles l'avoit réduit
, paya gayement la Taxe qu'on lui
imposa , et supporta sans beaucoup d'inquietude
les petites insolences du Soldat ;
tout respiroit la joye et r'allegresse dans
Ispaham ; mais le Roy au milieu des plaisirs
qu'on tâchoit de lui procurer , paroissoit
toûjours inquiet et chagrin et
quand Thamas Kan voulut lui representer
qu'il devoit désormais oublier ses
disgraces passées , ce Prince lui fit entendre
, que quand même les malheurs
publics , et ses disgraces domestiques
pourroient être oubliés , il ne pouvoit
pas ignorer que le Meurtrier de son
Pere et les Bourreaux de ses Freres
étoient encore à Chiras : le General tou .
ché de ce Discours , donna dans le moment
même ses ordres pour un prochain
départ tout fut prêt en quatre jours ;
en sorte que l'Armée se remit en Campagne
sur la fin du même mois de Decembre.
و
Les Mahometans n'aiment pas à faire
la Guerre l'Hyver , mais ce Ġeneral est
un homme de toutes les Saisons , et comme
il ne se donne presque aucune commodité
au- dessus du simple Soldat , il
>
fur
NOVEMBRE 1732. 2509°
Fut servi dans cette expédition avec tant
de zele et d'ardeur , qu'il força tous les
obstacles de la saison ; enfin , malgré les
pluyes , les neiges et les glaces , il s'ou
vrit un chemin par tout ; il perdit véritablement
beaucoup d'hommes et de
chevaux dans sa marche , mais après des
fatigues et des travaux infinis , il joignit
20. jours après son départ d'Ispaham ,
les Rebelles qui s'étoient avancez à deux
journées en - deçà de Chiras : il les battic
malgré l'avantage du poste qu'ils avoient
choisi , et les obligea . de fuïr devant lui .
Il ne les poursuivit pas crainte de
quelque embuscade ; il avoit même pour
maxime , de ne jamais séparer ses Troupes
, de peur que quelque détachement
venant à être battu , ne mît l'épouvente
dans le reste de l'armée ; il avoit aussi
coûtume de dire que les Victorieux joignent
au petit pas l'Ennemi qui fuit à
toute bride.
et
Les Rebelles eurent donc le temps de
se rallier à Chiras , mais ce n'étoit plus
les mêmes hommes , ils étoient dépouillez
de cette feroce fierté , qui leur faisoit
mépriser le reste des hommes
dédaigner les conseils des plus habiles ;
ils prioient et supplioient les mêmes
personnes qu'ils avoient auparavant ac-
Biij cou2510
MERCURE DE FRANCE
3
coutumé de commander , le Sabre ou le
Bâton à la main ; ils prenoient conseil
de tout le monde , même de leurs femmes
et de leurs Esclaves ; mais il n'y
avoit plus de remede l'heure fatale
étoit arrivée ; ils résolurent cependant
de faire un dernier effort. Le jour qu'ils
sortirent pour venir au devant des Persans
, Acheraf et ses principaux Officiers
se tinrent aux Portes de la Ville , où ils
faisoient jurer les Soldats et les Officiers
de vaincre ou de mourir ; mais ils promettoient
les uns et les autres plus qu'ils
ne pouvoient ni ne vouloient tenir ; ils
n'avoient plus assez de force pour vainere
, ni de courage pour mourir aussi
ils furent battus dès le premier choc , et
cette bataille , si on peut donner ce nom
à quelques actions , ooùù iill nn''yy aa pas eu
mille hommes de tués de part et d'autre.
Cette bataille , dis- je , fut la derniere
et la moins sanglante de toutes. Les Rebelles
épouvantez , oublierent leur promesse
et leur serment ; ils attaquoient
tumultueusement et par pelotons , mais
à peine étoient- ils arrivez à la portée du
fusil , qu'ils faisoient leurs décharges
et se retiroient en désordre. Enfin voyant
que les Persans s'avançoient toujours fierement
, ils prirent la fuite tout de bon.
:
Le
NOVEMBRE. 1731 2511
Le General Persan les laissa fuïr suivant
sa coûtume , et ne les suivit qu'au
petit pas ; mais cette maxime n'étoit plus
de saison ; Acheraf s'en prévalut pour le
tromper , car si- tôt qu'il fut rentré dans
Chiras , il envoya deux de ses principaux
Officiers pour traitter d'accommodement.
Ils offrirent d'abord de rendre tous les
trésors de la Couronne à condition
qu'on les laisseroit retirer avec leurs familles
où bon leur sembleroit. Koulikan
>
leur répondit qu'il auroit pû accepter
cette proposition dans un autre temps ,
mais qu'aujourd'hui il les passeroit tous
au fil de l'Epée , s'ils ne lui remettoient
Acheraf entre les mains. Les députez
qui n'avoient d'autre dessein que celui
de l'amuser pour gagner du temps , promirent
tout ce qu'on voulut , pourvû
qu'il leur fût permis d'en aller conferer
avec les autres Officiers ; mais quand ils
furent de retour tout étoit prêt pour la
fuite. Ils se sauverent tous ensemble
avec leurs Familles et leur Butin ; ils
étoient déja bien loin , quand le General
Persan fut averti de leur retraite.
Il fit quelques détachemens , l'un desquels
les joignit au passage d'un Pont :
mais les Aghuans firent volte à face
faire passer leurs familles et leurs équi-
B iiij pages.
pour
2512 MERCURE DE FRANCE
pages . Ils chargerent ensuite les Persans
qui furent battus .
›
Les Fuyards continuerent leur marche,
mais comme ils ne tenoient aucune route
certaine , et que tout le pays étoit contre
eux les Paysans les harcelloient continuellement
le moindre petit Village
qui pouvoit assembler dix Fusiliers leur
disputoit le passage ; il n'y avoit point
de défilé où ils ne laissassent quelqué
chose. Au commencement c'étoient les
gros Equipages , ensuite leurs Femmes
Persannes et leurs Enfans. Pendant la
nuit les Esclaves détournoient toujours
quelques Chameaux
et c'est de cette
façon que furent ramenées à l'Armée
Royale la Tante et la Soeur de Schal
Thamas , avec quelques autres Princesses
. Enfin , ces miserables ne trouvant
plus de subsistance pour eux ni pour
leurs Chevaux , pressés de tous côtez
commencerent à se débander les uns
tirant d'un côté , les autres de l'autre.
Acheraf resta avec 4. ou 5. cent de ses
plus fideles amis ; son dessein étoit de
se retirer aux Indes ; mais comme il faloit
necessairement passer aux environs
de * Candahar , Hussein Kan , frere de
Mahmout , qui étoit en possession de
* Capitale de la Province de même nom.
›
,
cette
OCTOBRE. 1731. 2513
,
>
cette Place , averti de son dessein lui
coupa le chemin avec un bon corps de
Troupes , le combattit lai enleva le
reste de ses trésors , et le tua. C'est ainsi
que perît cet Usurpateur , qui , après
des cruautez inoüies avoit osé tremper
ses mains dans le sang de Schah Hussein ,
le meilleur , le plus débonnaire et le
plus pacifique Prince qui ait jamais regné.
C'est ainsi qu'ont été détruits et dispersés
les plus détestables et les plus sanguinaires
Usurpateurs qui ayent jamais
été sur la Terre.
,
Koulikan trouva les portes de Chiras
ouvertes ; dès qu'il y fut entré on vit
bien - tôt dans cette Ville ce qu'on avoit
vû auparavant à Ispaham , c'est - à- dire ,
les rues pleines de cadavres des Aghuans
et de leurs alliez , qui n'avoient pû se
sauver avec les autres ; il n'y eut plus
aucun endroit qui pût leur servir d'azile
; on ne pardonna qu'à trois ou quatre
des plus apparents , qui furent envoyez
au Roy ; on passa tout le reste au
fil de l'Epée. Les Persans qui voyoient
tous les jours arriver quelques restes des
Rebelles , dont ils apprenoient à tout
moment le désordre et la misere se
consolerent bien - tôt de la faute que
Koulikan avoit faite de les laisser écha-
By per
>
2514 MERCURE DE FRANCE
per , et quoique c'eût été un coup de
la derniere importance de reprendre les
Trésors de la Couronne ce General
n'en reçût aucun reproche du Roy , qui
le ménage et le considere toujours.
>
Cette grande affaire étant ainsi terminée
, toute l'attention des Persans se
tourna du côté des Turcs. On laissa reposer
les troupes pendant le reste de
Hyver ; mais à peine le Printemps fûtil
arrivé , que Koulikan , qui étoit toujours
resté à Chiras , où l'Armée étoit en
quartier , se remit en Campagne ; et
lorsque nous partîmes d'Ispaham , au
commencement de May 1730. les nouvelles
courantes étoient qu'après avoir
visité en chenin - faisant le Loristan et
les Arabes du Coquilon , il prenoit sa
route du côté d'Hamadan . Nous avons
appris depuis qu'il a battu pendant
la Campagne les Turcs en deux
differentes batailles ; qu'il a repris Hamadan
, Tauris , et presque tout le Pays
que les Turcs avoient usurpé pendant
les troubles jusqu'à Erivan .
>
Un Roy rétabli , neuf batailles gagnées
, presque tout un Royaume de l'étendue
de la Perse reconquis dans moins
de deux années un prodigieux nombre
de Rebelles exterminez ; ce sont des
>
faits
NOVEMBRE 1731. 2515.
faits qui peuvent effacer ceux des Héros
des siècles passés , et égaler les plus
beaux traits de l'histoire ancienne . Les
rares talens qu'a ce General pour la Guerre
le bonheur qui l'accompagne dans
ses expéditions la confiance du Soldat
>
,
qui l'aime et le craint , tout cela joint
ensemble , l'a rendu redoutable chez les
Ennemis mais enfin suspect dans la
Cour du Roy son Maître ; j'ai observé
plus d'une fois , et reconnu que depuis
Bassora jusqu'à Bagdat , et depuis Bagdat
jusqu'aux portes d'Alep , tout tremble
au seul nom de Thamas Koulikan . Cette
haute réputation et certe grande fortune
ne sont - elles point les présages de quelque
prochaine décadence ? Le Peuple et la
Cour,le Roy lui- même , ( à ce qu'on publie
, tous craignent que ce General
n'ait l'ambition de monter plus haut ; il
est lui seul toute chose. Le Roy n'a encore
nommé à aucun des premiers Employs
, sous pretexte que les appointemens
immenses que ces Charges emportent
, seront bien mieux employez au
payement des Troupes. A l'Armée Koulikan
est le seul Officier General , tous
les autres sont des Subalternes qu'il abaisse
, eleve , punit , recompense , casse et
rétablit comme il lui plaît ; il semble
Bv) même
2516 MERCURE DE FRANCE
1
même que depuis ses dernieres victoires ,
il abuse de l'autorité sans bornes que le
Roy lui a confiée dans la necessité de ses
affaires ; on peut même dire qu'il tient
ce Prince en une espece de tutelle ; mais
je sçai par des personnes qui ont l'honneur
de l'approcher , qu'il se reserve à
parler en Maître quand la Guerre du
Turc sera terminée. Ce General de son
côté n'est pas sans crainte ; il sçait qu'il
a beaucoup d'ennemis , et qu'il y a des
plaintes contre lui , sur- tout de la part
des Peuples qu'il a achevé de ruiner
des impositions extraordinaires , et c'est
pour cela , cela , dit-on , qu'il se tient à l'Armée
autant qu'il le peut. Telle est actuellement
la face des affaires de Perse
c'est-à-dire au mois de Mai 1730.
Fermer
Résumé : MEMOIRE HISTORIQUE, sur la défaite des Rebelles de Perse, et l'élevation de Schah Thamas sur le Trône de ses Ancêtres, &ac. Par M. D. G. témoin oculaire.
Le texte relate la rébellion des Aghuans en Perse et l'ascension de Schah Thamas au trône. Les Aghuans, originaires de la province de Szyrvan, avaient dominé une grande partie du royaume de Perse pendant près de huit ans avec une armée de 30 000 hommes. Leur succès était davantage dû à la fortune qu'à une stratégie bien concertée. Ils avaient pris la ville d'Hispaham, détrôné Schah Hussein et battu une armée turque de 120 000 hommes. Leur arrogance fut renforcée par la paix et l'ambassade du Grand Seigneur, qui les reconnaissait comme une puissance majeure. Schah Thamas, fils de Schah Hussein, travailla à rétablir ses affaires malgré les revers. Il fut aidé par Thamas Kouli Kan, un seigneur brave et loyal, qui l'aida à discipliner son armée et à corriger ses vices. En 1729, Schah Thamas remporta plusieurs victoires contre les Afdalis et soumit les rebelles du Corassan. En 1730, il affronta les Aghuans à Damguam. Malgré une attaque vigoureuse des rebelles, les Persans tinrent ferme, repoussant les détachements ennemis et défaisant le corps principal commandé par Acheraf. Cette victoire marqua le début de la fin pour les Aghuans et permit à Schah Thamas de remonter sur le trône de ses ancêtres. En novembre 1731, une armée royale persane, dirigée par le général Thamas Koulikan, affronta des rebelles près de Tairon. Les rebelles, menés par Acheraf, prirent la fuite après une brève bataille, abandonnant leurs canons et équipages. Ils se réfugièrent à Ispaham, où ils se retranchèrent dans une enceinte fortifiée, pillant et ravageant les biens des Persans. Les rebelles se déplacèrent ensuite vers Machakor, établissant leur camp à proximité. L'armée royale avança sans obstacle, accueillie favorablement par les habitants des villes libérées. Le 13 novembre 1729, les deux armées se rencontrèrent. Les rebelles, bien positionnés, furent rapidement vaincus par la charge audacieuse des Persans. Acheraf et ses partisans fuirent vers Chiras, massacrant les Persans sur leur passage. La ville d'Ispaham fut ensuite pillée par la population locale. Le roi de Perse, Shah Thamas, arriva à Ispaham en décembre, accueilli avec joie par les habitants. Il reçut les hommages des différents ordres de l'État et des étrangers de distinction. Malgré la misère causée par la tyrannie des rebelles, le peuple paya volontiers les taxes imposées. Cependant, le roi resta préoccupé par la présence des meurtriers de son père et de ses frères à Chiras. Le général Thamas Koulikan prépara une nouvelle expédition, et l'armée se remit en campagne à la fin du mois de décembre, malgré les conditions hivernales défavorables. Le général persan Koulikan, après avoir perdu de nombreux hommes et chevaux lors de sa marche depuis Ispaham, rejoignit les rebelles près de Chiras après 20 jours. Malgré l'avantage du terrain des rebelles, il les battit et les força à fuir. Il ne les poursuivit pas pour éviter les embuscades et pour maintenir la cohésion de son armée. Les rebelles se rallièrent à Chiras, mais avaient perdu leur féroce fierté et cherchaient des conseils auprès de tous, y compris leurs femmes et esclaves. Ils tentèrent une dernière bataille, mais furent rapidement vaincus. Acheraf, leur chef, tenta de négocier, mais Koulikan refusa toute proposition sauf la reddition d'Acheraf. Les rebelles s'enfuirent, mais furent harcelés par les paysans et les détachements persans. Acheraf fut finalement tué près de Candahar par Hussein Kan. Koulikan entra à Chiras et fit exécuter les rebelles restants. Après cette victoire, les Persans se tournèrent vers les Turcs, battant les Turcs en deux batailles et reprenant plusieurs villes. Koulikan, bien que redouté et respecté, suscitait des craintes à la cour du roi en raison de son pouvoir et de son ambition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 2874-2877
ITALIE.
Début :
Le Pere Colloredo, Religieux du Convent, dit de l'Eglise Neave, qui avoit d'abord [...]
Mots clefs :
Pape, Promotion de Cardinaux, Abbé, Forteresse, Rebelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E Pere Colloredo , Religieux du Convent ;
Ldit de l'Eglise Neave , qui avoit d'abord
refusé l'Archevêché de Lucques , auquel le Pape
Favoit nommé , s'est déterminé à l'accepter
par soumission aux Ordres de S. S. Elle lui a
accordé depuis une pension de 1500. Ecus sur
l'Evêché vacant de Plaisance .
Le Courier qu'on avoit dépêché de Rome à
Lisbonne › pour y porter la nouvelle de la derniere
promotion de Cardinaux , en est revenu
avec des Lettres par lesquelles on apprend que
le Roy de Portugal avoit levé l'interdiction publiée
en 1728 ; qu'on y avoit rouvert le Tribunal
de la Nonciature au bruit de cinq décharges
de Boëtes , et que le soir la Place du Palais du
Nonce avoit été magnifiquement illuminée. Le
I. Vol. CarDECEMBRE
1731. 2875
Cardinal Cienfuegos , auquel ces Lettres étoient
adressées , alla le soir les communiquer au Pape ,
qui en parût très- satisfait.
La Congregation du bon Gouvernement s'est
Encore assemblée au sujet de la proposition qui
a été faite au Pape , de rendre le Port d'Ancone
un Port franc .
2 Dans le Consistoire du 19 Novembre le
Cardinal Ottoboni proposa l'Archevêché de
Lyon pour l'Evêque de Noyon , PÉvêché d'Orange
pour l'Abbé de Tilly , l'Abbaye de S. Jean
d'Angely , dans le Diocèse de Xaintes , pour
l'Abbé de Pezé , celle de Saint Pierre de Chezi
dans le Diocèse de Soissons , pour l'Abbé Joly
de Fleury , Chanoine de l'Église Métropolitaine
de Paris et celle de Saint Pierre de Lesterp ,
Diocèse de Limoges , pour l'Abbé de Maillé de
la Tour Landry. I préconisa ensuite l'Abbé
Salomon pour celle de S. Gervais et S. Protais
d'Essey , Diocèse d'Agen ; l'Abbé de Bernon
de Charand , pour celle de S. Pierre de Vierson ,
Diocèse de Bourges , et l'Abbé Neret pour celle
-de S. Etienne de Vaux , Diocèse de Xaintes,
>
On mande de la Bastia en Corse , que depuis la
- réduction de la Forteresse de San Pelegrino , on
étoit convenu de part et d'autre d'une suspension
d'armes pour trois mois , et que pendant ce temps
les Rebelles auroient la liberté de se retirer dans
leurs maisons , sans pouvoir y être inquietés en
aucune manière.
On a appris depuis que les Troupes de la République
de Genes et les Troupes Auxiliaires de
P'Empereur qui sont dans l'Isle de Corse , ont
abandonné le Poste de San Pelegrino , parce qu'il
est trop exposé , et que ces Troupes étoient trop
éloignées de la Bastia , pour en recevoir du sé-
Cours , si les Rebelles les avoient attaqués.
I. Vol.
Оя
2876 MERCURE DE FRANCE
On a appris en dernier lieu de la Bastia , que
les hostilités y avoient entierement cessé depuis
la suspension d'Armes , et que le General Wach,
rendonc avoit dépêché un Courier à Vienne ,
pour y porter le résultat des dernieres confe
rences qu'il a eues avec les Chefs des Rebelles ,
qui se sont plaint de ce que les Troupes de la
République s'étoient retranchées dans le Poste
de San Pelegrino , quoiqu'on cût stipulé le con
traire dans l'Acte de suspension d'Armes.
,
Le 1. Novembre , le Comte de Charni , qui
commande les Troupes du Roy d'Espagne en
Italie , a prêté Serment au Grand Duc entre
les mains du General Capponi , Gouverneur de
Livourne , au nom des Troupes de S. M. Cath. -
qui resteront dant la Toscane. Ce Serment est
conçu en ces termes ::
I
i
Je Emanuel d'Orleans , Comte de Charni , &c.
promets , jure et m'engage , tant pour moi que
les Officiers et Soldats de S. M. Cath. que
pour
j'observerai toûjours inviolablement la plus réligieuse
fidelité et obéissance aux Ordres du Sere
nissime Jean- Gaston , Grand Duc de Toscane,, .
comme légitime et unique Souverain des Etats
de Toscane ; que chacun de nous , en entrant
au service de S. A. R , s'employera à défendre
sa personne , sa souveraineté , son authorité , ses
Etats , Biens et Sujets , et tout ce qui peut lui
appartenir , pourvû qu'il n'y ait rien de contraire
à la succession immediate du Serenissime
Prince et Infant Don Carlos , que nous devons
défendre et soûtenir conjointement avec les forces
de Toscane , que nous ne ferons rien qui
puisse empêcher ou retarder l'éxecution des ordres
des Gouverneurs et Ministres de S. A. R ,
conformément aux Reglemens faits à ce sujet ,
La Volo décla→ -
DECEMBRË. 1731. 1731 . 2877
déclarant en outre que nous serons toûjours
prêts à leur donner assistance à la premiere sommation
et à leur fournir tous les sécours nécessaires
& c.
>
2
Les Officiers de distinction qui sont arrivés
à Livourne avec l'Escadre du Roy d'Espagne ,
sont le Marquis de Mari , qui la commande
le Comte Don Fernand de Nunnez , Comman◄
dant sous le Marquis de Mari ; Don Joseph
de los Bosquos , Commandant des Galeres , le
Comte de Charni , le Marquis de Châteaufort ,
le Marquis del Pozzo - Blanco , le Marquis de
Torre Mayor , le Duc de Castro Pinnano , Don
Joseph de Flor de Viola , Commissaire General
des Guerres , Don François Utigers , et Don
Joseph Univars , Inspecteur , et le Colonel du
Regiment de Castille,
On a preparé dans la Maison Professe des Jesuites
de Livourne un Appartement pour le Car
dinal Belluga , qui doit venir y recevoir l'Infant
Don Carlos , accompagné d'un grand nom
bre de Gentilshommes Romains
La Garnison de Livourne est composée presentement
de 2200. Espagnols et de 1100. Toscans,
ces derniers sont commandez par le Colonel
Velluti. Il y aura à Porto Ferraïo 800.
Espagnols sous le commandement du Colonel
Ferreti , et à Pişe un Détachement d'Infanterie
Espagnole avec 400. hommes de Cavalerie de la
même Nation .
Les dernieres Lettres de Livourne portent , que
les Troupes destinées à la Garnison de cette Ville,
étoient composées les deux tiers d'Espagnols
et le tiers de Toscans ; et que le service des uns
et des autres étoit si bien concerté et reglé , qu'il
ne pouvoit survenir aucun sujet de dispute entre
les deux Nations.
E Pere Colloredo , Religieux du Convent ;
Ldit de l'Eglise Neave , qui avoit d'abord
refusé l'Archevêché de Lucques , auquel le Pape
Favoit nommé , s'est déterminé à l'accepter
par soumission aux Ordres de S. S. Elle lui a
accordé depuis une pension de 1500. Ecus sur
l'Evêché vacant de Plaisance .
Le Courier qu'on avoit dépêché de Rome à
Lisbonne › pour y porter la nouvelle de la derniere
promotion de Cardinaux , en est revenu
avec des Lettres par lesquelles on apprend que
le Roy de Portugal avoit levé l'interdiction publiée
en 1728 ; qu'on y avoit rouvert le Tribunal
de la Nonciature au bruit de cinq décharges
de Boëtes , et que le soir la Place du Palais du
Nonce avoit été magnifiquement illuminée. Le
I. Vol. CarDECEMBRE
1731. 2875
Cardinal Cienfuegos , auquel ces Lettres étoient
adressées , alla le soir les communiquer au Pape ,
qui en parût très- satisfait.
La Congregation du bon Gouvernement s'est
Encore assemblée au sujet de la proposition qui
a été faite au Pape , de rendre le Port d'Ancone
un Port franc .
2 Dans le Consistoire du 19 Novembre le
Cardinal Ottoboni proposa l'Archevêché de
Lyon pour l'Evêque de Noyon , PÉvêché d'Orange
pour l'Abbé de Tilly , l'Abbaye de S. Jean
d'Angely , dans le Diocèse de Xaintes , pour
l'Abbé de Pezé , celle de Saint Pierre de Chezi
dans le Diocèse de Soissons , pour l'Abbé Joly
de Fleury , Chanoine de l'Église Métropolitaine
de Paris et celle de Saint Pierre de Lesterp ,
Diocèse de Limoges , pour l'Abbé de Maillé de
la Tour Landry. I préconisa ensuite l'Abbé
Salomon pour celle de S. Gervais et S. Protais
d'Essey , Diocèse d'Agen ; l'Abbé de Bernon
de Charand , pour celle de S. Pierre de Vierson ,
Diocèse de Bourges , et l'Abbé Neret pour celle
-de S. Etienne de Vaux , Diocèse de Xaintes,
>
On mande de la Bastia en Corse , que depuis la
- réduction de la Forteresse de San Pelegrino , on
étoit convenu de part et d'autre d'une suspension
d'armes pour trois mois , et que pendant ce temps
les Rebelles auroient la liberté de se retirer dans
leurs maisons , sans pouvoir y être inquietés en
aucune manière.
On a appris depuis que les Troupes de la République
de Genes et les Troupes Auxiliaires de
P'Empereur qui sont dans l'Isle de Corse , ont
abandonné le Poste de San Pelegrino , parce qu'il
est trop exposé , et que ces Troupes étoient trop
éloignées de la Bastia , pour en recevoir du sé-
Cours , si les Rebelles les avoient attaqués.
I. Vol.
Оя
2876 MERCURE DE FRANCE
On a appris en dernier lieu de la Bastia , que
les hostilités y avoient entierement cessé depuis
la suspension d'Armes , et que le General Wach,
rendonc avoit dépêché un Courier à Vienne ,
pour y porter le résultat des dernieres confe
rences qu'il a eues avec les Chefs des Rebelles ,
qui se sont plaint de ce que les Troupes de la
République s'étoient retranchées dans le Poste
de San Pelegrino , quoiqu'on cût stipulé le con
traire dans l'Acte de suspension d'Armes.
,
Le 1. Novembre , le Comte de Charni , qui
commande les Troupes du Roy d'Espagne en
Italie , a prêté Serment au Grand Duc entre
les mains du General Capponi , Gouverneur de
Livourne , au nom des Troupes de S. M. Cath. -
qui resteront dant la Toscane. Ce Serment est
conçu en ces termes ::
I
i
Je Emanuel d'Orleans , Comte de Charni , &c.
promets , jure et m'engage , tant pour moi que
les Officiers et Soldats de S. M. Cath. que
pour
j'observerai toûjours inviolablement la plus réligieuse
fidelité et obéissance aux Ordres du Sere
nissime Jean- Gaston , Grand Duc de Toscane,, .
comme légitime et unique Souverain des Etats
de Toscane ; que chacun de nous , en entrant
au service de S. A. R , s'employera à défendre
sa personne , sa souveraineté , son authorité , ses
Etats , Biens et Sujets , et tout ce qui peut lui
appartenir , pourvû qu'il n'y ait rien de contraire
à la succession immediate du Serenissime
Prince et Infant Don Carlos , que nous devons
défendre et soûtenir conjointement avec les forces
de Toscane , que nous ne ferons rien qui
puisse empêcher ou retarder l'éxecution des ordres
des Gouverneurs et Ministres de S. A. R ,
conformément aux Reglemens faits à ce sujet ,
La Volo décla→ -
DECEMBRË. 1731. 1731 . 2877
déclarant en outre que nous serons toûjours
prêts à leur donner assistance à la premiere sommation
et à leur fournir tous les sécours nécessaires
& c.
>
2
Les Officiers de distinction qui sont arrivés
à Livourne avec l'Escadre du Roy d'Espagne ,
sont le Marquis de Mari , qui la commande
le Comte Don Fernand de Nunnez , Comman◄
dant sous le Marquis de Mari ; Don Joseph
de los Bosquos , Commandant des Galeres , le
Comte de Charni , le Marquis de Châteaufort ,
le Marquis del Pozzo - Blanco , le Marquis de
Torre Mayor , le Duc de Castro Pinnano , Don
Joseph de Flor de Viola , Commissaire General
des Guerres , Don François Utigers , et Don
Joseph Univars , Inspecteur , et le Colonel du
Regiment de Castille,
On a preparé dans la Maison Professe des Jesuites
de Livourne un Appartement pour le Car
dinal Belluga , qui doit venir y recevoir l'Infant
Don Carlos , accompagné d'un grand nom
bre de Gentilshommes Romains
La Garnison de Livourne est composée presentement
de 2200. Espagnols et de 1100. Toscans,
ces derniers sont commandez par le Colonel
Velluti. Il y aura à Porto Ferraïo 800.
Espagnols sous le commandement du Colonel
Ferreti , et à Pişe un Détachement d'Infanterie
Espagnole avec 400. hommes de Cavalerie de la
même Nation .
Les dernieres Lettres de Livourne portent , que
les Troupes destinées à la Garnison de cette Ville,
étoient composées les deux tiers d'Espagnols
et le tiers de Toscans ; et que le service des uns
et des autres étoit si bien concerté et reglé , qu'il
ne pouvoit survenir aucun sujet de dispute entre
les deux Nations.
Fermer
Résumé : ITALIE.
En décembre 1731, plusieurs événements politiques et militaires ont marqué l'Italie et la Corse. En Italie, le religieux Pere Colloredo a accepté l'Archevêché de Lucques après avoir reçu une pension de 1500 écus du Pape. Le Roi de Portugal a levé l'interdiction de 1728, permettant la réouverture du Tribunal de la Nonciature à Lisbonne, ce qui a satisfait le Pape. La Congrégation du bon Gouvernement a examiné la proposition de transformer le Port d'Ancone en Port franc. Lors du Consistoire du 19 novembre, diverses nominations ecclésiastiques ont été proposées, notamment pour les archevêchés de Lyon et les abbayes de Saint-Jean-d'Angély et Saint-Pierre de Chezi. En Corse, une suspension d'armes de trois mois a été conclue après la réduction de la forteresse de San Pellegrino, permettant aux rebelles de se retirer chez eux sans être inquiétés. Les troupes de la République de Gênes et les troupes auxiliaires de l'Empereur ont abandonné le poste de San Pellegrino en raison de son exposition. Les hostilités ont cessé à Bastia, et le général Wach a envoyé un courrier à Vienne pour rapporter les résultats des conférences avec les chefs rebelles. Le Comte de Charni, commandant des troupes espagnoles en Italie, a prêté serment au Grand-Duc de Toscane, affirmant fidélité et obéissance aux ordres du Grand-Duc et à la succession du Prince Don Carlos. Plusieurs officiers espagnols de distinction sont arrivés à Livourne avec l'escadre du Roi d'Espagne. La garnison de Livourne est composée de 2200 Espagnols et 1100 Toscans, avec des détachements à Porto Ferraio et Pise. Un appartement a été préparé pour le Cardinal Belluga à Livourne, où il doit recevoir l'Infant Don Carlos.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 1000-1004
ITALIE.
Début :
Dans le Consistoire que le Pape tint le 31. Mars, [...]
Mots clefs :
Italie, Rebelles, Congrégation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
IT A LI E. وخ
Ans le Consistoire que le Pape tint le 31.
Mars, Sa Sainteté proposa l'Archevêché titulaire de Thessalonique , pour le Pere Galliani,
Religieux Celestin , Archevêque de Tarente ; le
Cardinal Ottoboni proposa l'Evêché de Peri- gueux pour l'Abbé de Prémeaux; celui de Treguier, pour l'Abbé Frugulay de Kenver , et l'Abbaye de Morimond , pour le P. Languet de Gergy , Procureur General de l'Ordre de Câteaux.
Il préconisa ensuite l'Abbé de Valras , pour l'Ë-- vêché de Mâcon , et l'Abbé de la Pause , pour l'Abbaye de S. Hilaire de Carcassone.
La Chambre Apostolique ayant eu un profic Considerable de deux Extractions de la Loterie
rétablie , le Pape a ordonné qu'on en employeroit
20000. écus à soulager les pauvres Communau
tez Religieuses ; qu'on en donneroit 2000. aux
Monts de Preté , pour soutenir leur crédit, et pareille somme aux pauvres Familles des Paroisses
de la Ville de Rome.
Le Pape a établi une Congrégation particu- lier de Cardinaux , pour connoître de l'affaire du
Cardinal Coscia, qui arriva à Rome le 13. d'Aril. Il alla descendre chez le Prince de Caserte
et après une Conference de près d'une heure, il
se rendit au Convent de sainte Praxede , d'où il
envoya le Marquis Bieschicci au Cardinal Secretaire
MAY. 1732. 1001
retaire d'Etat , pour le prier. de donner part an
Pape de son arrivée.
La Congrégation de Nonmillis a changé ce Titre en celui de Pro causa nota , à l'occasion du
nouveau Bref qui lui auribuë la connoissance des
affaires du Cardinal de Coscia.
On a publié depuis peu à Rome , avec les Cé- sémonies accoûtumées , une Bulle du Pape , par
laquelle S. S. a réduit aux termes du Droit comun , les Constitutions et Priviléges donnez par
le feu Pape Benoît XIII. à quelques Ordres Re- digieux et Mandians.
Le Cardinal de Polignac , cy-devant chargé
des affaires du Roy T. Ch. ayant pris congé du
Pape et du Sacré Collége , partit de Rome le 8
d'Avril , dans les Calosses du Duc de S. Aignan,
Ambassadeur Extraordinaire de S. M. T. C. qui
le conduisirent jusqu'à deux lieuës hors de la
Ville; toutes les personnes de considération l'ont
vú partir avec beaucoup de regret.
Vers le commencement du mois deMay,un Sol- dat Allemand fut tué dans le Territoire du Diocèse de Benevent ; et ce meurtre ayant fait naître de grandes contestations entre les Officiers
de Justice du Diocèse , et ceux du Royaume de
Naples , le Gouvernement a pris le parti de faire
mettre des Troupes sur toutes les avenues set les
chemins de ce Diocèse , par lesquels on peut enarrer dans ce Royaume , afin d'arrêter tous ceux
qui en voudront sortir ; mais les Officiers Beneventins refusant toujours de livrer les Auteurs du
meurtre qui sont connus , le Conseil Collatéral
s'est déterminé à faire saisir tous les biens et autres effets que les habitans du Diocèse de Benerent peuvent avoir dans le Royaume de Naples.
On apprend de Gênes que le reste des Trou-
Tooz MERCURE DE FRANCE
•
pes que l'Empereur a accordées à la République,
est arrivé de Lombardie, et qu'on les fait embar
quer pour l'Isle de Corse, avec une grande quantité de Provisions et de Munitions de Guerre. Ce
secours est de 6400 hommes. Le Pr. de Culmbach et le Pr. Louis de Wirtemberg sont partis
pour aller les commander.
On mande de Milan , que le Pr. Louis de Wir.
temberg, qui commande les Troupes de l'Empe- reur dans l'Isle de Corse , avoit eu ordre , avant
que d'attaquer les Rebelles de cette Isle , d'employer la voie de la Négociation pour les rame- ner àleur devoir , et pour les engager à se soumettre à la République. On ajoute qu'il a ordre ,
aussi de leur offrir la Médiation et la Garantie de
S.M. Imp. pour la sureté du Traité de Pacification , qu'ils pourroient conclure avec les Génois.
Des Lettres posterieures de la même Ville porzent qu'ilyétoit arrivé de nouveaux Ordres de
l'Empereur , pour faire défiler vers l'Etat de Gê-
-nes un nouveau Corps de Troupes , pour faire
-passer dans l'Isle de Corse , en cas de besoin. *
On écrit de Rome qu'on y voit plusieurs Copies d'une Lettre des Rebelles de l'Isle de Corse ,
adressée à tous leurs Compatriotes qui sont hors
du Pais , par laquelle ils les exhortent à les venir
ejoindre , pour deffendre ensemble leur liberté et
leurs Privileges.
On a appris de Gênes , que le Dey d'Alger a
fait tenir une Lettre aux Chefs des Rebelles de
PIsle de Corse , par laquelle il les remercie de ce
qu'ils ont bien reçu les Forçats Turcs, qui se sont
sauvez des Galleres de la République de Gênes ,
de ce qu'ils n'ont pas voulu les livrer à ceux qui
les ont reclamez, et de ce qu'ils les ont renvoyez
Alger, les assurant qu'en reconnoissance, il deur auroit
MAY. 17328 1003
·
auroit envoyé quelques Munitions de Guerre ,
s'il en avoit eu assez pour le service de son Païs;
mais qu'il les prioit d'accepter chacun un Sabre,
garni de Diamans , avec deux pieces de Drap écarlate.
du
Les dernieres Lettres de Gênes portent , qu'on
y avoit appris de Clavenzana , dans l'Isle de Corse , que le Pr. Louis de Wirtemberg soupçonnant que les Rebelles cherchoient a gagner
temps par les négociations , dans l'esperance d'
tre secourus par quelque Puissance Etrangeres, il
les avoit fait sommer dans leurs differens quartiers de quitter les Armes , de se soumettre à la
République , d'accepter l'Amnistie générale qui
leur avoit été offerte, et de livrer des Otages sous
la garantie de l'Emp. Ces propositions furent reçues avec beaucoup de respect , de la part des
Chefs , par rapport à l'offre faite au nom.de Sa
M. Imp. mais ils ne rendirent aucune réponse
positive ; sur quoi le Pr. de Culmbach , Général
de Bataille , se mit en marche avec 2500 hom--
mes , et les ayant divisez en trois Corps il s'avança vers le Bourg de Clavenzana ; il apprit que
les habitans de ce Bourg , et ceux de Monistero
et.de Montemaggiore , avoient quitté les Armes
et s'étoient soumis , de sorte que la Province de
Balagna , la plus fertile de l'isle , est rentrée sous
Pobéissance de la République. Les habitans de
Chastagnezza et des environs , plus opiniâtres ,
ayant refusé le pardon offert, le Général Schmet
tau et le Colonel Wachtendone , ausquels le Pr.
de Wirtemberg avoit envoyé quelques détachemens pour renforcer le.Corps de Troupes qu'ils
commandoient, partirent de S. Fiorenzo , peur
aller attaquer les trois Postes de S Jacques , de
Biganno, et de la Croix de Lento. L'attaque se
H fit
-1004 MERCURE DE FRANCE
fit en même-temps dans ces trois endroits. Les
Troupes de l'Empereur trouverent d'abord quelque résistance; mais après une heure de combat,
les Rebelles se retirerent et abandonnerent ces 3
postes pour se retirer dans les Montagnes où on
doit les poursuivre. Les Impériaux n'ont eu que huit hommes de tuez et dix de blessez dans cette
attaque , quoique les Rebelles , commandez par
Ciaccaldi , l'un de leurs Chefs , fussent au, nombre de près de 2000.
On a appris par des Lettres de Malte , que le
Chevalier de Ricard , Commandeur de Châlons
en Champagne , et de Pontaubert en Bourgogne,
ancien Capitaine de Galeres , a été fait Bailly
Grand- Croix de l'Ordre. C'est un des freres de
M. de Ricard , second Président de la Courdes
Aydes de Paris.
Ans le Consistoire que le Pape tint le 31.
Mars, Sa Sainteté proposa l'Archevêché titulaire de Thessalonique , pour le Pere Galliani,
Religieux Celestin , Archevêque de Tarente ; le
Cardinal Ottoboni proposa l'Evêché de Peri- gueux pour l'Abbé de Prémeaux; celui de Treguier, pour l'Abbé Frugulay de Kenver , et l'Abbaye de Morimond , pour le P. Languet de Gergy , Procureur General de l'Ordre de Câteaux.
Il préconisa ensuite l'Abbé de Valras , pour l'Ë-- vêché de Mâcon , et l'Abbé de la Pause , pour l'Abbaye de S. Hilaire de Carcassone.
La Chambre Apostolique ayant eu un profic Considerable de deux Extractions de la Loterie
rétablie , le Pape a ordonné qu'on en employeroit
20000. écus à soulager les pauvres Communau
tez Religieuses ; qu'on en donneroit 2000. aux
Monts de Preté , pour soutenir leur crédit, et pareille somme aux pauvres Familles des Paroisses
de la Ville de Rome.
Le Pape a établi une Congrégation particu- lier de Cardinaux , pour connoître de l'affaire du
Cardinal Coscia, qui arriva à Rome le 13. d'Aril. Il alla descendre chez le Prince de Caserte
et après une Conference de près d'une heure, il
se rendit au Convent de sainte Praxede , d'où il
envoya le Marquis Bieschicci au Cardinal Secretaire
MAY. 1732. 1001
retaire d'Etat , pour le prier. de donner part an
Pape de son arrivée.
La Congrégation de Nonmillis a changé ce Titre en celui de Pro causa nota , à l'occasion du
nouveau Bref qui lui auribuë la connoissance des
affaires du Cardinal de Coscia.
On a publié depuis peu à Rome , avec les Cé- sémonies accoûtumées , une Bulle du Pape , par
laquelle S. S. a réduit aux termes du Droit comun , les Constitutions et Priviléges donnez par
le feu Pape Benoît XIII. à quelques Ordres Re- digieux et Mandians.
Le Cardinal de Polignac , cy-devant chargé
des affaires du Roy T. Ch. ayant pris congé du
Pape et du Sacré Collége , partit de Rome le 8
d'Avril , dans les Calosses du Duc de S. Aignan,
Ambassadeur Extraordinaire de S. M. T. C. qui
le conduisirent jusqu'à deux lieuës hors de la
Ville; toutes les personnes de considération l'ont
vú partir avec beaucoup de regret.
Vers le commencement du mois deMay,un Sol- dat Allemand fut tué dans le Territoire du Diocèse de Benevent ; et ce meurtre ayant fait naître de grandes contestations entre les Officiers
de Justice du Diocèse , et ceux du Royaume de
Naples , le Gouvernement a pris le parti de faire
mettre des Troupes sur toutes les avenues set les
chemins de ce Diocèse , par lesquels on peut enarrer dans ce Royaume , afin d'arrêter tous ceux
qui en voudront sortir ; mais les Officiers Beneventins refusant toujours de livrer les Auteurs du
meurtre qui sont connus , le Conseil Collatéral
s'est déterminé à faire saisir tous les biens et autres effets que les habitans du Diocèse de Benerent peuvent avoir dans le Royaume de Naples.
On apprend de Gênes que le reste des Trou-
Tooz MERCURE DE FRANCE
•
pes que l'Empereur a accordées à la République,
est arrivé de Lombardie, et qu'on les fait embar
quer pour l'Isle de Corse, avec une grande quantité de Provisions et de Munitions de Guerre. Ce
secours est de 6400 hommes. Le Pr. de Culmbach et le Pr. Louis de Wirtemberg sont partis
pour aller les commander.
On mande de Milan , que le Pr. Louis de Wir.
temberg, qui commande les Troupes de l'Empe- reur dans l'Isle de Corse , avoit eu ordre , avant
que d'attaquer les Rebelles de cette Isle , d'employer la voie de la Négociation pour les rame- ner àleur devoir , et pour les engager à se soumettre à la République. On ajoute qu'il a ordre ,
aussi de leur offrir la Médiation et la Garantie de
S.M. Imp. pour la sureté du Traité de Pacification , qu'ils pourroient conclure avec les Génois.
Des Lettres posterieures de la même Ville porzent qu'ilyétoit arrivé de nouveaux Ordres de
l'Empereur , pour faire défiler vers l'Etat de Gê-
-nes un nouveau Corps de Troupes , pour faire
-passer dans l'Isle de Corse , en cas de besoin. *
On écrit de Rome qu'on y voit plusieurs Copies d'une Lettre des Rebelles de l'Isle de Corse ,
adressée à tous leurs Compatriotes qui sont hors
du Pais , par laquelle ils les exhortent à les venir
ejoindre , pour deffendre ensemble leur liberté et
leurs Privileges.
On a appris de Gênes , que le Dey d'Alger a
fait tenir une Lettre aux Chefs des Rebelles de
PIsle de Corse , par laquelle il les remercie de ce
qu'ils ont bien reçu les Forçats Turcs, qui se sont
sauvez des Galleres de la République de Gênes ,
de ce qu'ils n'ont pas voulu les livrer à ceux qui
les ont reclamez, et de ce qu'ils les ont renvoyez
Alger, les assurant qu'en reconnoissance, il deur auroit
MAY. 17328 1003
·
auroit envoyé quelques Munitions de Guerre ,
s'il en avoit eu assez pour le service de son Païs;
mais qu'il les prioit d'accepter chacun un Sabre,
garni de Diamans , avec deux pieces de Drap écarlate.
du
Les dernieres Lettres de Gênes portent , qu'on
y avoit appris de Clavenzana , dans l'Isle de Corse , que le Pr. Louis de Wirtemberg soupçonnant que les Rebelles cherchoient a gagner
temps par les négociations , dans l'esperance d'
tre secourus par quelque Puissance Etrangeres, il
les avoit fait sommer dans leurs differens quartiers de quitter les Armes , de se soumettre à la
République , d'accepter l'Amnistie générale qui
leur avoit été offerte, et de livrer des Otages sous
la garantie de l'Emp. Ces propositions furent reçues avec beaucoup de respect , de la part des
Chefs , par rapport à l'offre faite au nom.de Sa
M. Imp. mais ils ne rendirent aucune réponse
positive ; sur quoi le Pr. de Culmbach , Général
de Bataille , se mit en marche avec 2500 hom--
mes , et les ayant divisez en trois Corps il s'avança vers le Bourg de Clavenzana ; il apprit que
les habitans de ce Bourg , et ceux de Monistero
et.de Montemaggiore , avoient quitté les Armes
et s'étoient soumis , de sorte que la Province de
Balagna , la plus fertile de l'isle , est rentrée sous
Pobéissance de la République. Les habitans de
Chastagnezza et des environs , plus opiniâtres ,
ayant refusé le pardon offert, le Général Schmet
tau et le Colonel Wachtendone , ausquels le Pr.
de Wirtemberg avoit envoyé quelques détachemens pour renforcer le.Corps de Troupes qu'ils
commandoient, partirent de S. Fiorenzo , peur
aller attaquer les trois Postes de S Jacques , de
Biganno, et de la Croix de Lento. L'attaque se
H fit
-1004 MERCURE DE FRANCE
fit en même-temps dans ces trois endroits. Les
Troupes de l'Empereur trouverent d'abord quelque résistance; mais après une heure de combat,
les Rebelles se retirerent et abandonnerent ces 3
postes pour se retirer dans les Montagnes où on
doit les poursuivre. Les Impériaux n'ont eu que huit hommes de tuez et dix de blessez dans cette
attaque , quoique les Rebelles , commandez par
Ciaccaldi , l'un de leurs Chefs , fussent au, nombre de près de 2000.
On a appris par des Lettres de Malte , que le
Chevalier de Ricard , Commandeur de Châlons
en Champagne , et de Pontaubert en Bourgogne,
ancien Capitaine de Galeres , a été fait Bailly
Grand- Croix de l'Ordre. C'est un des freres de
M. de Ricard , second Président de la Courdes
Aydes de Paris.
Fermer
Résumé : ITALIE.
En mars 1732, le Pape organisa un Consistoire pour annoncer plusieurs nominations ecclésiastiques, dont l'Archevêché titulaire de Thessalonique pour le Père Galliani, ainsi que divers évêchés et abbayes pour d'autres religieux. La Chambre Apostolique, grâce aux gains de la loterie, alloua 20 000 écus pour aider les pauvres communautés religieuses, 2 000 écus pour les Monts-de-Piété, et une somme équivalente pour les familles pauvres des paroisses de Rome. Le Pape créa une congrégation de cardinaux pour traiter de l'affaire du Cardinal Coscia, qui était arrivé à Rome le 13 avril. Une bulle papale modifia les constitutions et privilèges accordés par Benoît XIII à certains ordres religieux. Le Cardinal de Polignac, représentant du Roi de France, quitta Rome le 8 avril. En mai, un soldat allemand fut tué dans le diocèse de Benevent, ce qui provoqua des tensions entre les autorités locales et celles du Royaume de Naples. Le gouvernement napolitain envoya des troupes pour contrôler les accès au diocèse. À Gênes, des troupes impériales furent envoyées en Corse pour réprimer une rébellion. Le Prince Louis de Wurtemberg, commandant ces troupes, tenta de négocier avec les rebelles avant de les attaquer. Les rebelles reçurent du soutien, notamment du Dey d'Alger, qui leur envoya des armes et des drapeaux. Après des combats, les troupes impériales prirent plusieurs postes rebelles, mais les rebelles se retirèrent dans les montagnes. À Malte, le Chevalier de Ricard fut nommé Bailly Grand-Croix de l'Ordre.
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32
p. 1227-1230
ITALIE.
Début :
Sur la fin du mois dernier, un Notaire Apostolique alla [...]
Mots clefs :
Italie, Rebelles, Cardinal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
noUr la fin du mois dernier ,un Notaire AposStolique tolique alla au Convent de sainte Praxede , notifier au Cardinal Coscia , avec les formalitez or
dinaires , un Decret du Pape , par lequel il lui est .
deffendu de sortir de son Appartement jusqu'à ce
que son affaire soit entierement terminée. Malgré,
ces formalitez il reçoit les visites de plusieurs
personnes de consideration , et quelques Cardinaux l'ont vû même incognito.
Le Prince Jacques Sobieski , pere de la Princes ,
se, Epouse du Chevalier de S. George , a fait remettre au Mont de Pieté , des Joyaux de prix.
sur lesquels il a emprunté cent mille écus qui lui.
étoient necessaires pour rentrer dans quelquesunes de ses Terres en Pologne.
Le Pape a approuvé avec beaucoup de plaisir la proposition que lui a faite la Princesse Clementine Sobieska , de faire venir de Paris six Religieuses Ursulines , pour rétablir leur Regle dans les
Communautez Religieuses du même Ordre qui
sont à Rome.
!
7 .
Dans le Consistoire secret que le Pape tint le Avril , Le Cardinal Otthoboni proposa l'Evêché de Noyon pour l'Abbé de S. Simon , après
quoi il préconisa l'Evêque d'Arras pour l'Abbaye de S. Vincent de Laon..
Le bruit court que le Cardinal Coscia paroîtra
dans peu en habit court et sans cortege devant la .
Congregation de Nonnullis pour y etre interrogé,
et que quelques jours après son affaire sera terminée.
Le Pape a résolu d'employer à l'ornement de la:
Chapelle de sa Famille qu'il fait rebâtir dans l'EI. Vol.
glise
1228 MERCURE DE FRANCE
glise de S. Jean de Latran , les belles Colomnes de
Marbre antique qu'on conservoit au Capitole, et
l'Urne de Porphire de l'Eglise de la Rotonde , qui
servoit a l'ancien Temple du Pantheon .
Le 17. du mois dernier le Capitaine Angelotti ,
Fermier du Tabac , fit present au Pape d'un Es--
turgeon que S. S. envoia sur le champ au Duc
de S. Aignan , Ambassadeur du Roy très Chré- tien.
Le même Duc de S. Aignan a deffendu depuis
peu aux Ecclesiastiques qui desservent l'Eglise de S. Louis des François, d'y donner azile à qui que ce soit pour des crimes capitaux .
On écrit de Florence que le 25. Avril au soir ,
le Cardinal de Polignac alla à l'Audience de l'Infant Don Carlos , chez lequel il fut reçû dans
l'Antichambre par le Marquis de Villafuerte.
S. A. R. le traita avec toutes les marques de distinction imaginables, et le soir il lui envoya 50.-
Bassins de rafraîchissemens.
Le 26. Son Eminence alla au Palais du Grand
Duc ; il fut reçû à la Porte par le Chevalier Billotti , dans l'Antichambre , par le Comte Pesenti ,
les Gardes étant en haye et sous les Armes. Le
Grand Duc, après s'être entretenu avec lui pen--
dant plus d'une demie heure , le fit reconduire
dans ses Carosses au Palais de l'Envoyé de France , où on lui présenta de la part de ce Prince '
19. Corbeilles de rafraîchissemens.
Le 275 ce Cardinal visita l'Electrice Douairiere Palatine.
On a appris depuis peu que ce Cárdinal étoit
parti de Florence , et qu'il étoit arrivé à Bologne,
où il avoit été traité magnifiquement par le Cardi nal Grimaldi , Légat de cette Ville , et que S. E. atriva le 19. May à Venise , où il avoit pris son Vol logement
JUIN. 17227 1229
logement dans le Palais de l'Ambassadeur der France.
Les Lettres de Florence ajoûtent que le Corps
de S. Zenobe y avoit été exposé pendant trois
jours à la veneration des Fidelles , à l'occasion dela maladie qui regnoit parmi les Bestiaux , et qui
diminue. considerablement depuis qu'il a tombé
de la pluye. Les Sauterelles font actuellement.
de grands ravages dans les Plaines de Pise. L'Ar
chevêque de cette Ville a ordonné des Prieres pu
bliques à ce sujet.
Le 21. May, il y eut à Livourne une Tempête
terrible , qui endommagea plusieurs Vaisseaux ,
et on ressentit l'après- midi six secousses de
Tremblement de terre , qui obligerent les habicans de se retirer à la campagne ; elles ne cause--
rent pas beaucoup de dommage.
On mande de Gennes , que les Rebelles avoient enfin déterminé leurs Chefs à se soumettre à la
République de Gennes ; qu'ils avoient donné des
ôtages,et qu'on étoit convenu de s'assembler dans
la Ville de Corte , Place située sur une Montagne
au milieu de l'Isle , près de la Riviere de Golo.
Les dernieres nouvelles reçues confirment les
premiers avis qu'on avoit eus de la résolution
prise par la plus grande partie des Rebelles, de se
soumettre à la République. M. de Rivarole qui a
été envoyé dans cette Isie en qualité de Com- missaire General , Y étant arrivé le 10. de May ,
et s'étant trouvé incommodé , le Prince Louis
de Wirtemberg alla le voir , et il eut avec lui
une longue Conference sur les moyens de réduire
les Rebelles , qui préviennent actuellement par:
leur soumission, ce qu'on pouvoit faire contre.
cux. Leurs Chefs Ciaccaldi , Çiafferi et Raffalli ,
sont venus se rendre ôtages pour tous ceux qui I. Vola par
T230 MERCURE DE FRANCE
par leurs conseils avoient pris les armes , e
M. de Rivarole les a envoyez dans un Château
où ils font gardez. Cette démarche des Chefs des Rebelles a été suivie d'un grand empressement
de la part des Peuples qui habitent en deçà des
Montagnes , à quitter les armes pour mériter leur
pardon , et il y a lieu de croire que tous les Re- belles qui sont au- delà des Montagnes , pren
dront bientôt le même parti. Le Prince de Culm- bach marche avec trois Bataillons et 200. Hussarts pour s'avancer de ce côté-là , et se joindre
aux Troupes de la République , commandées.
par le Colonel Vela , lequel depuis qu'il a défait
un Corps de Rebelles près de Calcatoggio , en
voit arriver à son Camp un grand nombre qui viennent. implorer la clémence de la République.
On a appris aussi que le Prince de Wirtemberg
étant persuadé que tous les Rebelles rentreront incessamment dans leur devoir , se disposoit à
s'embarquer vers le 15..de Juin pour retourner à
Gennes avec toutes les Troupes Imperiales qu'il commande.
On écrit de Naples , que l'un des Tigres que
L'Envoyé de Tunis conduisoit à Vienne pour
la Menagerie de l'Empereur , a rompu sa chaîne
et s'est échapé : on a appris depuis qu'il faisoit
beaucoup de ravage du côté du Milanez.
noUr la fin du mois dernier ,un Notaire AposStolique tolique alla au Convent de sainte Praxede , notifier au Cardinal Coscia , avec les formalitez or
dinaires , un Decret du Pape , par lequel il lui est .
deffendu de sortir de son Appartement jusqu'à ce
que son affaire soit entierement terminée. Malgré,
ces formalitez il reçoit les visites de plusieurs
personnes de consideration , et quelques Cardinaux l'ont vû même incognito.
Le Prince Jacques Sobieski , pere de la Princes ,
se, Epouse du Chevalier de S. George , a fait remettre au Mont de Pieté , des Joyaux de prix.
sur lesquels il a emprunté cent mille écus qui lui.
étoient necessaires pour rentrer dans quelquesunes de ses Terres en Pologne.
Le Pape a approuvé avec beaucoup de plaisir la proposition que lui a faite la Princesse Clementine Sobieska , de faire venir de Paris six Religieuses Ursulines , pour rétablir leur Regle dans les
Communautez Religieuses du même Ordre qui
sont à Rome.
!
7 .
Dans le Consistoire secret que le Pape tint le Avril , Le Cardinal Otthoboni proposa l'Evêché de Noyon pour l'Abbé de S. Simon , après
quoi il préconisa l'Evêque d'Arras pour l'Abbaye de S. Vincent de Laon..
Le bruit court que le Cardinal Coscia paroîtra
dans peu en habit court et sans cortege devant la .
Congregation de Nonnullis pour y etre interrogé,
et que quelques jours après son affaire sera terminée.
Le Pape a résolu d'employer à l'ornement de la:
Chapelle de sa Famille qu'il fait rebâtir dans l'EI. Vol.
glise
1228 MERCURE DE FRANCE
glise de S. Jean de Latran , les belles Colomnes de
Marbre antique qu'on conservoit au Capitole, et
l'Urne de Porphire de l'Eglise de la Rotonde , qui
servoit a l'ancien Temple du Pantheon .
Le 17. du mois dernier le Capitaine Angelotti ,
Fermier du Tabac , fit present au Pape d'un Es--
turgeon que S. S. envoia sur le champ au Duc
de S. Aignan , Ambassadeur du Roy très Chré- tien.
Le même Duc de S. Aignan a deffendu depuis
peu aux Ecclesiastiques qui desservent l'Eglise de S. Louis des François, d'y donner azile à qui que ce soit pour des crimes capitaux .
On écrit de Florence que le 25. Avril au soir ,
le Cardinal de Polignac alla à l'Audience de l'Infant Don Carlos , chez lequel il fut reçû dans
l'Antichambre par le Marquis de Villafuerte.
S. A. R. le traita avec toutes les marques de distinction imaginables, et le soir il lui envoya 50.-
Bassins de rafraîchissemens.
Le 26. Son Eminence alla au Palais du Grand
Duc ; il fut reçû à la Porte par le Chevalier Billotti , dans l'Antichambre , par le Comte Pesenti ,
les Gardes étant en haye et sous les Armes. Le
Grand Duc, après s'être entretenu avec lui pen--
dant plus d'une demie heure , le fit reconduire
dans ses Carosses au Palais de l'Envoyé de France , où on lui présenta de la part de ce Prince '
19. Corbeilles de rafraîchissemens.
Le 275 ce Cardinal visita l'Electrice Douairiere Palatine.
On a appris depuis peu que ce Cárdinal étoit
parti de Florence , et qu'il étoit arrivé à Bologne,
où il avoit été traité magnifiquement par le Cardi nal Grimaldi , Légat de cette Ville , et que S. E. atriva le 19. May à Venise , où il avoit pris son Vol logement
JUIN. 17227 1229
logement dans le Palais de l'Ambassadeur der France.
Les Lettres de Florence ajoûtent que le Corps
de S. Zenobe y avoit été exposé pendant trois
jours à la veneration des Fidelles , à l'occasion dela maladie qui regnoit parmi les Bestiaux , et qui
diminue. considerablement depuis qu'il a tombé
de la pluye. Les Sauterelles font actuellement.
de grands ravages dans les Plaines de Pise. L'Ar
chevêque de cette Ville a ordonné des Prieres pu
bliques à ce sujet.
Le 21. May, il y eut à Livourne une Tempête
terrible , qui endommagea plusieurs Vaisseaux ,
et on ressentit l'après- midi six secousses de
Tremblement de terre , qui obligerent les habicans de se retirer à la campagne ; elles ne cause--
rent pas beaucoup de dommage.
On mande de Gennes , que les Rebelles avoient enfin déterminé leurs Chefs à se soumettre à la
République de Gennes ; qu'ils avoient donné des
ôtages,et qu'on étoit convenu de s'assembler dans
la Ville de Corte , Place située sur une Montagne
au milieu de l'Isle , près de la Riviere de Golo.
Les dernieres nouvelles reçues confirment les
premiers avis qu'on avoit eus de la résolution
prise par la plus grande partie des Rebelles, de se
soumettre à la République. M. de Rivarole qui a
été envoyé dans cette Isie en qualité de Com- missaire General , Y étant arrivé le 10. de May ,
et s'étant trouvé incommodé , le Prince Louis
de Wirtemberg alla le voir , et il eut avec lui
une longue Conference sur les moyens de réduire
les Rebelles , qui préviennent actuellement par:
leur soumission, ce qu'on pouvoit faire contre.
cux. Leurs Chefs Ciaccaldi , Çiafferi et Raffalli ,
sont venus se rendre ôtages pour tous ceux qui I. Vola par
T230 MERCURE DE FRANCE
par leurs conseils avoient pris les armes , e
M. de Rivarole les a envoyez dans un Château
où ils font gardez. Cette démarche des Chefs des Rebelles a été suivie d'un grand empressement
de la part des Peuples qui habitent en deçà des
Montagnes , à quitter les armes pour mériter leur
pardon , et il y a lieu de croire que tous les Re- belles qui sont au- delà des Montagnes , pren
dront bientôt le même parti. Le Prince de Culm- bach marche avec trois Bataillons et 200. Hussarts pour s'avancer de ce côté-là , et se joindre
aux Troupes de la République , commandées.
par le Colonel Vela , lequel depuis qu'il a défait
un Corps de Rebelles près de Calcatoggio , en
voit arriver à son Camp un grand nombre qui viennent. implorer la clémence de la République.
On a appris aussi que le Prince de Wirtemberg
étant persuadé que tous les Rebelles rentreront incessamment dans leur devoir , se disposoit à
s'embarquer vers le 15..de Juin pour retourner à
Gennes avec toutes les Troupes Imperiales qu'il commande.
On écrit de Naples , que l'un des Tigres que
L'Envoyé de Tunis conduisoit à Vienne pour
la Menagerie de l'Empereur , a rompu sa chaîne
et s'est échapé : on a appris depuis qu'il faisoit
beaucoup de ravage du côté du Milanez.
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Résumé : ITALIE.
En début d'année 1722, plusieurs événements marquants se sont produits en Italie et dans les régions voisines. À Rome, le Cardinal Coscia est confiné dans son appartement par décret papal, mais continue de recevoir des visites influentes. Le Prince Jacques Sobieski a emprunté de l'argent en mettant en gage des joyaux pour récupérer ses terres en Pologne. Le Pape a approuvé l'arrivée de religieuses ursulines de Paris afin de restaurer leur règle à Rome. Lors d'un consistoire secret, le Cardinal Otthoboni a proposé des nominations ecclésiastiques, et le Cardinal Coscia doit bientôt comparaître devant la Congrégation de Nonnullis pour être interrogé. Le Pape prévoit d'utiliser des colonnes de marbre antique et une urne de porphyre pour orner la chapelle de sa famille dans l'église de Saint-Jean-de-Latran. Le Duc de Saint-Aignan, ambassadeur du roi de France, a reçu un esturgeon du Pape et a interdit aux ecclésiastiques de l'église Saint-Louis-des-Français de donner asile à des criminels. À Florence, le Cardinal de Polignac a été reçu par l'Infant Don Carlos et le Grand-Duc, qui l'ont honoré de diverses marques de distinction. Le Cardinal s'est ensuite rendu à Bologne et Venise. À Florence, le corps de Saint-Zénobe a été exposé pour prier contre une maladie affectant le bétail, et des prières publiques ont été ordonnées à Pise pour contrer les ravages des sauterelles. À Livourne, une tempête et des tremblements de terre ont causé des dommages. En Corse, les rebelles se sont soumis à la République de Gênes, et leurs chefs ont été emprisonnés. Le Prince de Wurtemberg et le Prince de Culmbach dirigent les troupes pour maintenir l'ordre. À Naples, un tigre s'est échappé de sa chaîne, causant des ravages près de Milan.
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33
p. 2904
ITALIE.
Début :
Le 10. Decembre, la Congrégation établie pour examiner les moyens de remedier aux [...]
Mots clefs :
Corse, Rebelles, Attaquer, Détachement
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E 10. Decembre , la Congrégation établie
pour examiner les moyens de remedier aux
inconveniens des Asiles , et celle des Immunitez ,
s'assemblerent , et les Cardinaux qui composent
Pune et l'autre , résolurent , à la pluralité de
enze voix contre cinq , que les Sujets de l'Etat
Ecclesiastique qui ne sont pas de cette Ville et
qui auront commis quelque meurtre , pourroient
être pris par les Officiers de Justice , même dans
les Eglises où ils se seront retirez.
Les Rebelles de Corse recommencent leurs Actes
J'hostilité , et l'on a appris depuis peu à Genes ,
que soo. d'entr'eux avoient attaqué un Détachement
de so. Soldats qui alloient de Corse à
Rostino , et qu'après quelque résistance ils furent
obligez de ceder au nombre et du prendre la
fuite. Ces Lettres ajoûtent que les Rebelles avoient
attaqué un Convent où il y avoit un Détachement
de cent hommes,qu'ils avoient forcez de se
rendre et qu'ils avoient faits prisonniers de guerre
, contre ce qui avoit été convenu par les Artieles
de la Capitulation ; qu'après cette Expedition
ils avoient marché à Corse pour s'en
rendre maîtres , mais que la Garnison de ce
Château avoit fait une sortie sur eux , les avoit .
mis en fuite et leur avoit enlevé leurs bagages et
soutes leurs munitions.
E 10. Decembre , la Congrégation établie
pour examiner les moyens de remedier aux
inconveniens des Asiles , et celle des Immunitez ,
s'assemblerent , et les Cardinaux qui composent
Pune et l'autre , résolurent , à la pluralité de
enze voix contre cinq , que les Sujets de l'Etat
Ecclesiastique qui ne sont pas de cette Ville et
qui auront commis quelque meurtre , pourroient
être pris par les Officiers de Justice , même dans
les Eglises où ils se seront retirez.
Les Rebelles de Corse recommencent leurs Actes
J'hostilité , et l'on a appris depuis peu à Genes ,
que soo. d'entr'eux avoient attaqué un Détachement
de so. Soldats qui alloient de Corse à
Rostino , et qu'après quelque résistance ils furent
obligez de ceder au nombre et du prendre la
fuite. Ces Lettres ajoûtent que les Rebelles avoient
attaqué un Convent où il y avoit un Détachement
de cent hommes,qu'ils avoient forcez de se
rendre et qu'ils avoient faits prisonniers de guerre
, contre ce qui avoit été convenu par les Artieles
de la Capitulation ; qu'après cette Expedition
ils avoient marché à Corse pour s'en
rendre maîtres , mais que la Garnison de ce
Château avoit fait une sortie sur eux , les avoit .
mis en fuite et leur avoit enlevé leurs bagages et
soutes leurs munitions.
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Résumé : ITALIE.
Le 10 décembre, deux congrégations du Vatican se réunirent pour discuter des inconvénients des asiles et des immunités. Les cardinaux votèrent à onze voix contre cinq pour permettre l'arrestation des sujets de l'État ecclésiastique résidant hors de Rome et ayant commis un meurtre, même dans les églises. En Corse, les rebelles reprirent leurs actions hostiles. À Gênes, des rebelles attaquèrent un détachement de soldats en route vers Rostino, mais furent repoussés. Ils capturèrent ensuite un couvent abritant cent hommes, les prenant comme prisonniers de guerre, contrairement à la capitulation. Après cette attaque, les rebelles se dirigèrent vers la Corse, mais la garnison du château les repoussa, s'emparant de leurs bagages et munitions.
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34
p. 185-186
ITALIE.
Début :
Plusieurs Tartanes, ayant à bord le Régiment Royal Italien, ont fait voile [...]
Mots clefs :
Naples, Tartanes, Vaisseaux, Combat naval, La Bastie, Rebelles, Paoli, Marta, Affrontements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , les Mai.
Plufieurs Tartanes , ayant à bord le Régiment
Royal Italien , ont fait voile de Gaete pour Palerme
fous l'escorte d'un Vaiffeau de guerre. Un des
Chabecs du Roi a conduit ici un Corfaire d'Alger ,
de dix canons , & de cent hommes d'équipage.
On a appris que Don Jofeph de Martinez a pris
un Corfaire de Tripoli , fur lequel il y avoit cent
vingt-huit hommes , & qui étoit armé de douze
canons. Ce Bâtiment Barbarefque s'eft défendu
pendant un jour entier. Quatre-vingt- dix- neuf
hommes de fon équipage ont été tuées dans le
combat.
DE LA BASTIE , le 9୨ Mai.
Depuis long- temps , les Rebelles étoient divifés
en deux factions. Celle de Paoli étoit devenue la
plus puiffante ; mais la feconde , à la tête de la
quelle étoit Matra , ne laiffoit pas d'être encore
nombreuſe. Elle tenoit le Fort Aleria , & quelques
autres poftes qu'il étoit difficile de forcer.
Paoli a eurecours à la rufe , pour abattre le parti
qui lui étoit contraire. Il a feint d'être abandonné
de la plupart de fes adhérens , & il s'eft retiré
dans le Couvent de Bofio , comme pour fauver fa
vie. Matra , étant allé l'y attaquer , s'eft trouvé
enveloppé par les troupes que Paoli avoit mifes
en embuscade. Prefque tous les affiégeans ont été
186 MERCURE DE FRANCE.
taillés en pieces. Trois de leurs chefs ont été pris.
Paoli les a fait paffer par les armes. Matra , en
fuyant , a été tué.
DE NAPLES , les Mai.
Plufieurs Tartanes , ayant à bord le Régiment
Royal Italien , ont fait voile de Gaete pour Palerme
fous l'escorte d'un Vaiffeau de guerre. Un des
Chabecs du Roi a conduit ici un Corfaire d'Alger ,
de dix canons , & de cent hommes d'équipage.
On a appris que Don Jofeph de Martinez a pris
un Corfaire de Tripoli , fur lequel il y avoit cent
vingt-huit hommes , & qui étoit armé de douze
canons. Ce Bâtiment Barbarefque s'eft défendu
pendant un jour entier. Quatre-vingt- dix- neuf
hommes de fon équipage ont été tuées dans le
combat.
DE LA BASTIE , le 9୨ Mai.
Depuis long- temps , les Rebelles étoient divifés
en deux factions. Celle de Paoli étoit devenue la
plus puiffante ; mais la feconde , à la tête de la
quelle étoit Matra , ne laiffoit pas d'être encore
nombreuſe. Elle tenoit le Fort Aleria , & quelques
autres poftes qu'il étoit difficile de forcer.
Paoli a eurecours à la rufe , pour abattre le parti
qui lui étoit contraire. Il a feint d'être abandonné
de la plupart de fes adhérens , & il s'eft retiré
dans le Couvent de Bofio , comme pour fauver fa
vie. Matra , étant allé l'y attaquer , s'eft trouvé
enveloppé par les troupes que Paoli avoit mifes
en embuscade. Prefque tous les affiégeans ont été
186 MERCURE DE FRANCE.
taillés en pieces. Trois de leurs chefs ont été pris.
Paoli les a fait paffer par les armes. Matra , en
fuyant , a été tué.
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Résumé : ITALIE.
Le texte décrit deux événements historiques distincts. Premièrement, plusieurs tartanes transportant le Régiment Royal Italien ont quitté Gaète pour Palerme sous l'escorte d'un vaisseau de guerre. Parallèlement, un navire du roi a conduit à Naples un corsaire algérien de dix canons et cent hommes d'équipage. De plus, Don Joseph de Martinez a capturé un corsaire de Tripoli, armé de douze canons et transportant cent vingt-huit hommes. Ce navire s'est défendu pendant un jour entier, entraînant la mort de quatre-vingt-dix-neuf membres de son équipage. Deuxièmement, en Corse, les rebelles étaient divisés en deux factions. La faction de Paoli était la plus puissante, mais celle dirigée par Matra contrôlait le Fort Aleria et d'autres postes stratégiques. Paoli a utilisé une ruse en feignant l'abandon de ses partisans et en se retirant dans le couvent de Boscogna. Matra, tentant de l'attaquer, a été pris en embuscade par les troupes de Paoli. La plupart des assaillants ont été tués, trois de leurs chefs capturés et exécutés, et Matra a été tué en fuyant.
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35
p. 206-207
DE GENES, le 24 Février.
Début :
On mande de Corse que le Lieutenant Mancino, fameux Partisan [...]
Mots clefs :
Corse, Rebelles, Pendaison, Commissaire de la République, Condamnation , Officiers, Otages, Menaces
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texteReconnaissance textuelle : DE GENES, le 24 Février.
De GENES , le 24 Février.
On mande de Corfe que le Lieutenant Mancino
, fameux Partifan qui s'étoit rendu redoutable
aux rebelles , a eu le malheur de tomber
entre leurs mains , & qu'ils l'ont fait pendre
après lui avoir mis un écriteau avec ces mots
Ennemi de la Patrie. Le Commiffaire de la
AVRIL. 1759. 207
République a voulu ufer de repréfailles en condamnant
au même fupplice un rebelle qui étoit
prifonnier à Baftia : mais Paoli , Chef de cette
troupe féditieufe , a fait dire au Commiffaire
qu'il avoit deux Officiers Gênois en fon pouvoir ,
qui auroient le fort du prifonnier fi l'on attentoit
à la vie. Cette menace a retardé jufqu'ici l'exécu
tion du rebelle .
On mande de Corfe que le Lieutenant Mancino
, fameux Partifan qui s'étoit rendu redoutable
aux rebelles , a eu le malheur de tomber
entre leurs mains , & qu'ils l'ont fait pendre
après lui avoir mis un écriteau avec ces mots
Ennemi de la Patrie. Le Commiffaire de la
AVRIL. 1759. 207
République a voulu ufer de repréfailles en condamnant
au même fupplice un rebelle qui étoit
prifonnier à Baftia : mais Paoli , Chef de cette
troupe féditieufe , a fait dire au Commiffaire
qu'il avoit deux Officiers Gênois en fon pouvoir ,
qui auroient le fort du prifonnier fi l'on attentoit
à la vie. Cette menace a retardé jufqu'ici l'exécu
tion du rebelle .
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Résumé : DE GENES, le 24 Février.
Le 24 février 1759, le lieutenant Mancino, partisan redoutable, a été capturé et pendu par les rebelles. En avril 1759, un rebelle prisonnier à Bastià a été condamné à la même peine. Paoli, chef des rebelles, a menacé d'exécuter deux officiers génois pour empêcher cette exécution.
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36
p. 206
DE LISBONNE, le 30 Décembre 1759.
Début :
Le 13, on essuya une violente tempête, qui a causé beaucoup de dommage parmi les [...]
Mots clefs :
Tempête, Dégâts, Vaisseaux, Cargaison, Forteresse, Afrique, Prisonniers, Rebelles
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texteReconnaissance textuelle : DE LISBONNE, le 30 Décembre 1759.
De LISBONE , le 30 Décembre 1759.
Le 13 , on effuya une violente tempête , qui a
caufé beaucoup de dommage parmi les vaiffeaux
qui étoient dans la Baye. Quelques - uns ont péri ,
d'autres ont échoué, & ont eu feur cargaiſon fort
endommagée. Cependant la perte eft beaucoup
moins grande qu'on ne l'avoit d'abord eftimée,
On a embarqué , pour la fortereffe de Mafagan
en Affrique , plufieurs prifonniers d'Etat:
c'étoient, fuivant les conjectures , des coupables
de la derniere conjuration .
Le 13 , on effuya une violente tempête , qui a
caufé beaucoup de dommage parmi les vaiffeaux
qui étoient dans la Baye. Quelques - uns ont péri ,
d'autres ont échoué, & ont eu feur cargaiſon fort
endommagée. Cependant la perte eft beaucoup
moins grande qu'on ne l'avoit d'abord eftimée,
On a embarqué , pour la fortereffe de Mafagan
en Affrique , plufieurs prifonniers d'Etat:
c'étoient, fuivant les conjectures , des coupables
de la derniere conjuration .
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37
p. 192
De GESNES, le 14 Mai 1763.
Début :
Les Rebelles étant venus au nombre de deux cent, pour attaquer le poste [...]
Mots clefs :
Rebelles, Poste, Attaques, Perte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De GESNES, le 14 Mai 1763.
De GESNES , le 14 Mai 1763 .
Les Rebelles étant venus au nombre de deux
cent , pour attaquer le pofte de l'Alguairla , ont
éte vigoureuſement repouflés , & ont perdu dans
cette action plus de quarante hommes , parmi
lefquels fe trouve un de leurs Chefs. Il y a eu à
Venaco , dans la Pieve de Bofio , une affaire plus
importante , dans laquelle les rebelles ont été
battus avec une perte fort confidérable. On a
appris en même tems , que les troupes de la Ré
publique fe font emparées de l'lfle Rolla , qu'occupoient
les Rebelles . On croit qu'il y aura eu le
12 une affaire générale , dont on attend la nouvelle
d'un moment à l'autre.
Les Rebelles étant venus au nombre de deux
cent , pour attaquer le pofte de l'Alguairla , ont
éte vigoureuſement repouflés , & ont perdu dans
cette action plus de quarante hommes , parmi
lefquels fe trouve un de leurs Chefs. Il y a eu à
Venaco , dans la Pieve de Bofio , une affaire plus
importante , dans laquelle les rebelles ont été
battus avec une perte fort confidérable. On a
appris en même tems , que les troupes de la Ré
publique fe font emparées de l'lfle Rolla , qu'occupoient
les Rebelles . On croit qu'il y aura eu le
12 une affaire générale , dont on attend la nouvelle
d'un moment à l'autre.
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Résumé : De GESNES, le 14 Mai 1763.
Le 14 mai 1763, à De Gesnes, les rebelles ont attaqué un poste avec deux cents hommes et subi des pertes dépassant quarante hommes, dont un chef. À Venaco, les rebelles ont été battus avec des pertes considérables. Les troupes de la République ont pris l'île Rolla. Une bataille générale est anticipée le 12 mai.
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38
p. 192-193
Du 6 Juin 1763.
Début :
On a appris que les rebelles, ayant forcé les Troupes de la République [...]
Mots clefs :
Rebelles, Troupes, Attaques, Lieutenant
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texteReconnaissance textuelle : Du 6 Juin 1763.
Du 6 Juin 17630.
On a appris que les rebelles , ayant forcé les
Troupes de la République de fe retirer d'Aleria ,
à la Baftie , s'étoient approchés de Calvicty avoient
caufé un grand dommage dans la Campagne,
d'où ils ne s'étoient retirés qu'après avoir fait
couper
JUILLET. 1763. 193
couper les Bleds encore en herbe . Suivant les
mêmes avis , Pafchal Paoli à fait attaquer par
quelques-uns des fiens le Village d'Algaiola , dans
lequel le Général Marra avoit laiffé foixante hommes
commandés par le Lieutenant Colonel Thonard
. Les rebelles ont été repouffés , mais font revenus
enfuite en plus grand nombre.
On a appris que les rebelles , ayant forcé les
Troupes de la République de fe retirer d'Aleria ,
à la Baftie , s'étoient approchés de Calvicty avoient
caufé un grand dommage dans la Campagne,
d'où ils ne s'étoient retirés qu'après avoir fait
couper
JUILLET. 1763. 193
couper les Bleds encore en herbe . Suivant les
mêmes avis , Pafchal Paoli à fait attaquer par
quelques-uns des fiens le Village d'Algaiola , dans
lequel le Général Marra avoit laiffé foixante hommes
commandés par le Lieutenant Colonel Thonard
. Les rebelles ont été repouffés , mais font revenus
enfuite en plus grand nombre.
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Résumé : Du 6 Juin 1763.
En juin 1763, des rebelles ont chassé les troupes de la République d'Aleria et de la Bastie, puis ont attaqué Calvi, endommageant les cultures. En juillet, Pascal Paoli a ordonné une attaque sur Algaiola, où soixante hommes étaient stationnés. Les rebelles ont été repoussés lors de la première attaque, mais sont revenus en plus grand nombre par la suite.
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39
p. 194
D'AMSTERDAM, le 13 Juin 1763.
Début :
Un Navire arrivé de Surinam, a apporté aux Directeurs de la Colonie des Berbices, [...]
Mots clefs :
Navire, Lettres, Gouverneur, Plantations, Révolte, Colonie, Rebelles, Saccages
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texteReconnaissance textuelle : D'AMSTERDAM, le 13 Juin 1763.
D'AMSTERDAM , le 13 Juin 1763 .
1
Un Navire arrivé de Surinam , a apporté aux
Directeurs de la Colonie des Berbices , des Lettres
qui confirment la fâcheufe nouvelle du faccagement
de cette Colonie par les Négres révoltés. Le
Gouverneur du Fort a été réduit a la néceffité de
le faire fauter & de s'enfuir. L'établiffement des
Berbices n'eft pas ancien , & ne confiftoit guères
qu'en quatre-vingt ou cent plantations ; mais il
commençoit à faire des progrès fenfibles. Une
des caufes de cette révolte , paroît être le peu
d'attention qu'on a eu de remplacer les Blancs
qu'une maladie épidémique a fait périr depuis
près de deux ans dans cette Colonie , où le petic
nombre d'Européens qui y reſtoit , ne fuffifoit pas
pour veiller fur les Négres & leur en impofer. La
confternation a été fi grande à Timerary, qui n'eft
éloigné des Berbices que de douze à quinze lieues ,
que plufieurs Colons s'en font déja retirés . 11 eft
probable en effet que les rebelles s'y font portés ,
a moins qu'ils n'ayent été prévenus par les Anglois
de la Barbade , & par les Hollandois de Surinam
. On craint auffi beaucoup pour les plantations
d'y fequebo , éloignées des Berbices de vingtcinq
ou trente lieues feulement.
1
Un Navire arrivé de Surinam , a apporté aux
Directeurs de la Colonie des Berbices , des Lettres
qui confirment la fâcheufe nouvelle du faccagement
de cette Colonie par les Négres révoltés. Le
Gouverneur du Fort a été réduit a la néceffité de
le faire fauter & de s'enfuir. L'établiffement des
Berbices n'eft pas ancien , & ne confiftoit guères
qu'en quatre-vingt ou cent plantations ; mais il
commençoit à faire des progrès fenfibles. Une
des caufes de cette révolte , paroît être le peu
d'attention qu'on a eu de remplacer les Blancs
qu'une maladie épidémique a fait périr depuis
près de deux ans dans cette Colonie , où le petic
nombre d'Européens qui y reſtoit , ne fuffifoit pas
pour veiller fur les Négres & leur en impofer. La
confternation a été fi grande à Timerary, qui n'eft
éloigné des Berbices que de douze à quinze lieues ,
que plufieurs Colons s'en font déja retirés . 11 eft
probable en effet que les rebelles s'y font portés ,
a moins qu'ils n'ayent été prévenus par les Anglois
de la Barbade , & par les Hollandois de Surinam
. On craint auffi beaucoup pour les plantations
d'y fequebo , éloignées des Berbices de vingtcinq
ou trente lieues feulement.
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Résumé : D'AMSTERDAM, le 13 Juin 1763.
Le 13 juin 1763, une révolte des esclaves noirs a éclaté dans la colonie des Berbices, confirmée par des lettres reçues par les directeurs de la colonie. Cette révolte a permis aux esclaves de prendre le fort et de chasser le gouverneur. La colonie, récente et composée de 80 à 100 plantations, montrait des signes de progrès. La cause principale de la révolte est attribuée au manque de surveillance des esclaves, suite à une épidémie ayant tué de nombreux colons blancs deux ans auparavant. La nouvelle a provoqué une grande consternation à Timerary, située à 12 à 15 lieues des Berbices, incitant plusieurs colons à se retirer. Les rebelles pourraient se diriger vers Timerary, à moins d'être arrêtés par les Anglais de la Barbade et les Hollandais du Surinam. De plus, les plantations de Ysequebo, situées à 25 ou 30 lieues des Berbices, sont également menacées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 186
De GENES, le 13 Juin 1763.
Début :
Suivant les nouvelles arrivées en dernier lieu de l'Isle de Corse, les Rebelles ont [...]
Mots clefs :
Corse, Rebelles, Troupes, Général, Officiers, Commandement, Chef, Mise à mort
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texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 13 Juin 1763.
De GENES , le 13 Juin 1763 .
2
Suivant les nouvelles arrivées én dernier lieu
de l'ine de Corfe , les Rebelles ont , à ce qu'on
affure , perdu dans l'action d'Aleria quarante
hommes , & les troupes de la République trentedeux
Corfes & trois foldats. Le Général Matra
vient de faire bloquer & attaquer le Fort de
Furiani. Deux Piéves , qui étoient ci - devant du
parti rebelle , ont envoyé à ce Général une députation
par laquelle elles lui offrent leurs fecours
toutes les fois qu'il en aura befoin pour
foutenir les poftes qu'il occupe . Jean- Carlo ' ,
l'un des principatix Officiers de Paoli , mécontent
du peu d'obéillance & de difcipline qu'il
trouvoit dans le Corps de Troupes dont il avoit
le Commandement , & des contradictions coftinuelles
qu'il éprouvoit dans toutes fes opérations
de la part du Chef des Rebelles , s'eſt déterminé
à quitter leur parti . Le Prêtre Confalvi
& un autre de la Province de Balagna , qui
avoient été faits prifonniers à Aleria ont été
mis à mort par l'ordre de Paoli
2
Suivant les nouvelles arrivées én dernier lieu
de l'ine de Corfe , les Rebelles ont , à ce qu'on
affure , perdu dans l'action d'Aleria quarante
hommes , & les troupes de la République trentedeux
Corfes & trois foldats. Le Général Matra
vient de faire bloquer & attaquer le Fort de
Furiani. Deux Piéves , qui étoient ci - devant du
parti rebelle , ont envoyé à ce Général une députation
par laquelle elles lui offrent leurs fecours
toutes les fois qu'il en aura befoin pour
foutenir les poftes qu'il occupe . Jean- Carlo ' ,
l'un des principatix Officiers de Paoli , mécontent
du peu d'obéillance & de difcipline qu'il
trouvoit dans le Corps de Troupes dont il avoit
le Commandement , & des contradictions coftinuelles
qu'il éprouvoit dans toutes fes opérations
de la part du Chef des Rebelles , s'eſt déterminé
à quitter leur parti . Le Prêtre Confalvi
& un autre de la Province de Balagna , qui
avoient été faits prifonniers à Aleria ont été
mis à mort par l'ordre de Paoli
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Résumé : De GENES, le 13 Juin 1763.
Le 13 juin 1763, à Gênes, des rapports indiquent que les rebelles ont subi des pertes de quarante hommes lors de l'action d'Aleria, tandis que les troupes de la République ont perdu trente-deux Corfes et trois soldats. Le Général Matra a récemment bloqué et attaqué le Fort de Furiani. Deux Pièves, précédemment alliées des rebelles, ont envoyé une députation au Général Matra pour offrir leur soutien et maintenir les postes qu'il occupe. Jean-Carlo, un des principaux officiers de Paoli, a quitté le parti rebelle en raison du manque de discipline et des contradictions continues dans ses opérations. De plus, le Prêtre Confalvi et un autre habitant de la Province de Balagna, faits prisonniers à Aleria, ont été exécutés sur ordre de Paoli.
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41
p. 186-187
Du 27 Juin.
Début :
On a appris de la Bastie qu'outre les deux Capitaines qui avoient été tués [...]
Mots clefs :
Capitaines, Lieutenant, Assassinat, Destruction de la place, Artillerie, Défense, Rebelles, Coup monté, Prise de la ville, Otages
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texteReconnaissance textuelle : Du 27 Juin.
·Du 27 Juin
•
On a appris de la Baftie qu'outre les deux
Capitaines qui avoient été tués dans la tranchée
près de Furiani , le Lieutenant - Colonel Kiniek ,
avoit aufli été emporté d'un coup de Canon . Le
Général Matra a prefque détruit cette place qui
continue à être battue par fon Artillerie ; & il
eft certain que les Rebelles ont abandonné le
fiege du Fort Algaiola pour venir défendre le
Village de Furiani.
On dit qu'un nommé Cicco , Corfe Napoli-
Bain & attaché à la République , avoit médité
AOUST. 1763. 187
un coup important contre les Rebelles , & voici
ee qu'on rapporte à ce fujet. Cet homme , qui
étoit à Calvi , entretenoit une correſpondance
avec Pafchal - Paoli ; & de concert avec le Général
Matra , le Commiflaire de la Baſtie & celui
de Calvi , il avoit propofé à ce Chef des Rebelles
de lui livrer cette derniere place . Paoli
avoit accepté l'offre ; & dans la nuit qui avoit
été fixée entr'eux , il s'étoit approché de la place
avec environ ſept cens hommes . On fit de part
& d'autre les fignaux convenus. Cicco engagea le
Commiffaire de Calvi à faire fortir les habitans
de la Ville & à les mettre en embuscade , de
manière que les Rebelles fe trouvaffent entre le
feu de cette troupe & celui de la Garniſon ;
mais le Commiffaire pour s'affurer de la fidélité
de cet homme éxigea qu'il lui remît fon fils en
ôtage. Cicco ayant répondu qu'il l'auroit donné
fi on le lui eût demandé plutôt , le Commiffaire
fit mettre la Garniſon fous les armes & envoya
deux hommes pour reconnoître les Rebelles
, qui s'apperçevant qu'on les avoit trahis , fe
retirérent avec précipitation.
•
On a appris de la Baftie qu'outre les deux
Capitaines qui avoient été tués dans la tranchée
près de Furiani , le Lieutenant - Colonel Kiniek ,
avoit aufli été emporté d'un coup de Canon . Le
Général Matra a prefque détruit cette place qui
continue à être battue par fon Artillerie ; & il
eft certain que les Rebelles ont abandonné le
fiege du Fort Algaiola pour venir défendre le
Village de Furiani.
On dit qu'un nommé Cicco , Corfe Napoli-
Bain & attaché à la République , avoit médité
AOUST. 1763. 187
un coup important contre les Rebelles , & voici
ee qu'on rapporte à ce fujet. Cet homme , qui
étoit à Calvi , entretenoit une correſpondance
avec Pafchal - Paoli ; & de concert avec le Général
Matra , le Commiflaire de la Baſtie & celui
de Calvi , il avoit propofé à ce Chef des Rebelles
de lui livrer cette derniere place . Paoli
avoit accepté l'offre ; & dans la nuit qui avoit
été fixée entr'eux , il s'étoit approché de la place
avec environ ſept cens hommes . On fit de part
& d'autre les fignaux convenus. Cicco engagea le
Commiffaire de Calvi à faire fortir les habitans
de la Ville & à les mettre en embuscade , de
manière que les Rebelles fe trouvaffent entre le
feu de cette troupe & celui de la Garniſon ;
mais le Commiffaire pour s'affurer de la fidélité
de cet homme éxigea qu'il lui remît fon fils en
ôtage. Cicco ayant répondu qu'il l'auroit donné
fi on le lui eût demandé plutôt , le Commiffaire
fit mettre la Garniſon fous les armes & envoya
deux hommes pour reconnoître les Rebelles
, qui s'apperçevant qu'on les avoit trahis , fe
retirérent avec précipitation.
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Résumé : Du 27 Juin.
Le 27 juin, des rapports de la Baftie signalent la mort du Lieutenant-Colonel Kiniek, tué par un coup de canon près de Furiani, en plus des deux capitaines déjà tués. Le Général Matra a presque détruit une position ennemie, toujours sous bombardement. Les rebelles ont quitté le siège du Fort Algaiola pour défendre Furiani. Un individu nommé Cicco, loyal à la République, avait prévu une opération contre les rebelles. Basé à Calvi, Cicco correspondait avec Pascal Paoli et avait proposé de livrer Calvi à Paoli, avec l'accord du Général Matra et des commissaires de la Bastie et de Calvi. Paoli s'est approché de la ville avec environ sept cents hommes. Cependant, le commissaire de Calvi, méfiant, a exigé que Cicco lui remette son fils en otage. Malgré l'accord de Cicco, le commissaire a armé la garnison et envoyé des hommes reconnaître les rebelles, qui se sont retirés en se sentant trahis.
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42
p. 187
Du 4 Juillet.
Début :
On a appris de Livourne que les Rebelles avoient élevé une batterie [...]
Mots clefs :
Rebelles, Batterie, Colline
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texteReconnaissance textuelle : Du 4 Juillet.
Du 4 Juillet. f 1
On a appris de Livourne que les Rebelles
avoient élevé une batterie fur une Colline qui
domine le village de Furiani.
On a appris de Livourne que les Rebelles
avoient élevé une batterie fur une Colline qui
domine le village de Furiani.
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43
p. 188-190
D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
Début :
Un Navire parti de Surinam le 9 Mai dernier a apporté hier des nouvelles [...]
Mots clefs :
Navire, Colonie, Troupes, Secours, Rivière, Attaque, Indigènes, Rebelles, Maltraitance, Liberté, Négociation, Paix, Plantations
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texteReconnaissance textuelle : D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
Un Navire parti de Surinam le 9 Mai dernier
a apporté hier des nouvelles de la Colonie des
Berbices plus sûres & plus circonftanciées que celles
qu'on a reçues jufqu'à préfent. Elles contienment
les détails fuivans :
Les cinq cens hommes de troupes détachées de
A O UST. 1763. 189
Surinam pour aller au fecours des Berbices y arriverent
le 28 Avril , & trouverent à bord d'un
Brigantin à l'embouchure de la rivière le Gouverneur
de cette Colonie qui , comme on l'a déjà
dit , avoit été forcé d'abandonner le Fort après y
avoir mis le feu , & de fuir avec environ vingttrois
Colons , tant hommes que femmes , échap
pés feuls à la fureur des Negres qui avoient impitoyablement
maffacré les autres au nombre
de foixante- dix à quatre- vingt.
Immédiatement après l'arrivée de ce renfort ,
on prit la réſolution de rentrer dans les Plantations
les plus voifines de l'embouchure de la riviè
re , & le Brigantin , accompagné de deux autres
Bâtimens , s'avança jufqu'à celle que l'on nomme
le Dageraad ; les troupes y defcendirent en préfence
des Negres qui leur crierent de fe préparer
à les bien recevoir le lendemain matin , parce
qu'ils ne manqueroient point de les aller trouver.
Ils y vinrent en effet ; l'attaque fut très - vive , &
dura depuis fept heures jufqu'à une heure aprèsmidi
: alors les Negres abandonnerent le combat
& laifferent fur la place quelques-uns de leurs
gens tués ou bleffés : du côté des Hollandois , il
n'y eut de tué que le Directeur de Dageraad.
་
Le jour fuivant , un jeune Gentilhomme des
Berbices , que les Négres avoient cruellement
maltraité à coups de fouet , fut envoyé au Gouvernement
par le Chef des Rebelles avec une
lettre par laquelle celui-ci témoignoit qu'il étoit
très-mortifié que fes gens en fullent venus aux
voies de fait avec les Blancs ; qu'ils avoient agi
fans fon ordre & contre les intentions qu'au
refte ils feroient charmés de vivre dorénavant
en paix & amitié avec le Gouverneur ; qu'ils
ne demandoient autre choſe que leur liberté &
190 MERCURE DE FRANCE .
la moitié de la Colonie pour s'y établir & y vivre
tranquillement avec leurs femmes & leurs enfans
; pour gage de la fincérité de les intentions ,
ce Chef des Rebelles envoyoit en préſent au Gouverneur
de belles boucles d'or que fes gens avoient
prifes dans le pillage de quelques Plantations .
Les mêmes nouvelles portent que le détachement
de Surinam eft réſolu de fe maintenir dans
les poftes qu'il a occupés à fon arrivée ; mais qu'il
n'entreprendra rien contre les Rebelles avant qu'il
n'ait reçu les fecours qu'il attend d'Europe. Jufqu'à
ce moment on effayera la négociation pour
faire rentrer les Négres dans leur devoir , & l'on
fe flatte que l'offre d'une amniſtie détachera de leur
parti un grand nombre d'Elclaves que l'exemple
& legrand nombre ont entraînés dans la Rebellion.
On ne craint plus aujourd'hui pour les Plantations
de Timerary , parce que les Anglois y ont
envoyé des fecours fuffifans. Comme les trois
quarts des Plantations de la Barbade leur appartiennent
, il n'eft pas étonnant que le Gouverneur
de cet établiffement l'ait défendu avec tant de zèle
& d'activité.
Un Navire parti de Surinam le 9 Mai dernier
a apporté hier des nouvelles de la Colonie des
Berbices plus sûres & plus circonftanciées que celles
qu'on a reçues jufqu'à préfent. Elles contienment
les détails fuivans :
Les cinq cens hommes de troupes détachées de
A O UST. 1763. 189
Surinam pour aller au fecours des Berbices y arriverent
le 28 Avril , & trouverent à bord d'un
Brigantin à l'embouchure de la rivière le Gouverneur
de cette Colonie qui , comme on l'a déjà
dit , avoit été forcé d'abandonner le Fort après y
avoir mis le feu , & de fuir avec environ vingttrois
Colons , tant hommes que femmes , échap
pés feuls à la fureur des Negres qui avoient impitoyablement
maffacré les autres au nombre
de foixante- dix à quatre- vingt.
Immédiatement après l'arrivée de ce renfort ,
on prit la réſolution de rentrer dans les Plantations
les plus voifines de l'embouchure de la riviè
re , & le Brigantin , accompagné de deux autres
Bâtimens , s'avança jufqu'à celle que l'on nomme
le Dageraad ; les troupes y defcendirent en préfence
des Negres qui leur crierent de fe préparer
à les bien recevoir le lendemain matin , parce
qu'ils ne manqueroient point de les aller trouver.
Ils y vinrent en effet ; l'attaque fut très - vive , &
dura depuis fept heures jufqu'à une heure aprèsmidi
: alors les Negres abandonnerent le combat
& laifferent fur la place quelques-uns de leurs
gens tués ou bleffés : du côté des Hollandois , il
n'y eut de tué que le Directeur de Dageraad.
་
Le jour fuivant , un jeune Gentilhomme des
Berbices , que les Négres avoient cruellement
maltraité à coups de fouet , fut envoyé au Gouvernement
par le Chef des Rebelles avec une
lettre par laquelle celui-ci témoignoit qu'il étoit
très-mortifié que fes gens en fullent venus aux
voies de fait avec les Blancs ; qu'ils avoient agi
fans fon ordre & contre les intentions qu'au
refte ils feroient charmés de vivre dorénavant
en paix & amitié avec le Gouverneur ; qu'ils
ne demandoient autre choſe que leur liberté &
190 MERCURE DE FRANCE .
la moitié de la Colonie pour s'y établir & y vivre
tranquillement avec leurs femmes & leurs enfans
; pour gage de la fincérité de les intentions ,
ce Chef des Rebelles envoyoit en préſent au Gouverneur
de belles boucles d'or que fes gens avoient
prifes dans le pillage de quelques Plantations .
Les mêmes nouvelles portent que le détachement
de Surinam eft réſolu de fe maintenir dans
les poftes qu'il a occupés à fon arrivée ; mais qu'il
n'entreprendra rien contre les Rebelles avant qu'il
n'ait reçu les fecours qu'il attend d'Europe. Jufqu'à
ce moment on effayera la négociation pour
faire rentrer les Négres dans leur devoir , & l'on
fe flatte que l'offre d'une amniſtie détachera de leur
parti un grand nombre d'Elclaves que l'exemple
& legrand nombre ont entraînés dans la Rebellion.
On ne craint plus aujourd'hui pour les Plantations
de Timerary , parce que les Anglois y ont
envoyé des fecours fuffifans. Comme les trois
quarts des Plantations de la Barbade leur appartiennent
, il n'eft pas étonnant que le Gouverneur
de cet établiffement l'ait défendu avec tant de zèle
& d'activité.
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Résumé : D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
Le 8 juillet 1763, des nouvelles de la colonie des Berbices ont été rapportées par un navire parti de Surinam le 9 mai précédent. Cinq cents hommes de troupes, envoyés de Surinam, sont arrivés le 28 avril et ont trouvé le gouverneur à bord d'un brigantin à l'embouchure de la rivière. Le gouverneur avait dû abandonner le fort après y avoir mis le feu et fuir avec environ vingt-trois colons, seuls survivants du massacre perpétré par les esclaves révoltés, qui ont tué entre soixante-dix et quatre-vingts personnes. À l'arrivée des renforts, il a été décidé de reprendre les plantations voisines de l'embouchure de la rivière. Les troupes ont été attaquées par les esclaves révoltés le lendemain matin. Le combat a duré de sept heures à une heure de l'après-midi, laissant plusieurs morts et blessés parmi les esclaves, et un directeur de plantation tué du côté des Hollandais. Le jour suivant, un jeune gentilhomme des Berbices, maltraité par les esclaves, a été envoyé au gouverneur avec une lettre du chef des rebelles. Ce dernier exprimait son regret pour les violences commises et souhaitait vivre en paix avec les Blancs. Il demandait la liberté et la moitié de la colonie pour s'y établir avec leurs familles. En gage de bonne foi, le chef des rebelles a envoyé des boucles d'or prises lors du pillage des plantations. Les troupes de Surinam ont décidé de maintenir leurs positions jusqu'à l'arrivée de renforts d'Europe. En attendant, des négociations sont en cours pour faire rentrer les esclaves dans leur devoir, avec l'espoir que l'offre d'une amnistie dissuadera certains de rester dans la rébellion. Les plantations de Timerary ne sont plus menacées grâce aux renforts envoyés par les Anglais, qui possèdent trois quarts des plantations de la Barbade.
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44
p. 201-203
De GENES, le 1 Août 1763.
Début :
On a reçu les détails suivant d'une affaire qui s'est passée le 18 [...]
Mots clefs :
Rebelles, Général, Assaut, Troupes, Furiani, Artillerie, Ennemi, Officiers, Soldats, Blessés et morts
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texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 1 Août 1763.
De GENES , le 1 Août 1763.
ON
Na reçu les délails fuivant d'un affaire qui
selt pafféele 18 Juillet à Furiani entre nos trous
pes & les Rebelles . Le Général Matra , ayant pris
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
la réfolution de donner l'affaut le 18 aux retranchemens
des Rebelles, fit faire avant le jour toutes
les difpofitions néceflaires pour cette attaque.
Nos troupes marcherent de grand matin vers
Furiani ; mais comme elles étoient entierement à
découvert , le Rebelles ne tarderent pas à s'appercevoir
de leur marche , & à faire jouer leur
artillerie & leur moufqueterie. Nos troupes ,
quoique fort incommodées par le feu de l'ennemi
, s'avancerent néanmoins avec tant de célérité,
qu'en peu de minutes , elles arrivérent fous les
retranchemens, où le feu des Rebelles devint pour
le moment fans effet. Alors ceux - ci firent rouler
une quantité immenfe de pierres qu'ils avoient
préparées pour ce deffein , ce qui répandit la confufion
parmi les Affaillans , & en mit un grand
nombre hors de combat . malgré le feu des Rebelles
qui avoit recommencé & une grêle continuelle
de pierres , nos gens firent pendant plus
d'une heure des efforts furprenans de conftance
& de valeur plufieurs d'entr'eux voyant qu'ils
ne pouvoient eſcalader le retranchement à cauſe
de la trop grande hauteur , s'approchérent de la
barriére dans le deffein de s'en emparer & de
chaffer l'ennemi , mais comme ils ne pouvoient
marcher fans être apperçus cette tentative ,
malgré la bravoure avec laquelle ils l'exécuterent,
ne put avoir de fuccès : il fallut céder au défavantage
de la poſition , & le Général fut contraint
d'ordonner, la retraite qui fe fit en très-bon
ordre. L'action avoit duré environ trois heures :
nous y avons eu cinq Officiers & foixante & un
foldats tués , dix- neuf Officiers & quatre - vingtdouze
foldats bleflés . Vers le foir , les Rebelles
firent propofer une fufpenfion d'hoftilités pour
donner la fépulture aux morts , & le GénéralOCTOBRE
. 1763. 203
Matray confentit après avoir pris les précautions
ordinaires. On a été informé depuis que , le 23,
il avoit abandonné le fiége de Furiani , & s'étoit
retiré à la Baftie avec toutes les Troupes & fon
artillerie.
ON
Na reçu les délails fuivant d'un affaire qui
selt pafféele 18 Juillet à Furiani entre nos trous
pes & les Rebelles . Le Général Matra , ayant pris
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
la réfolution de donner l'affaut le 18 aux retranchemens
des Rebelles, fit faire avant le jour toutes
les difpofitions néceflaires pour cette attaque.
Nos troupes marcherent de grand matin vers
Furiani ; mais comme elles étoient entierement à
découvert , le Rebelles ne tarderent pas à s'appercevoir
de leur marche , & à faire jouer leur
artillerie & leur moufqueterie. Nos troupes ,
quoique fort incommodées par le feu de l'ennemi
, s'avancerent néanmoins avec tant de célérité,
qu'en peu de minutes , elles arrivérent fous les
retranchemens, où le feu des Rebelles devint pour
le moment fans effet. Alors ceux - ci firent rouler
une quantité immenfe de pierres qu'ils avoient
préparées pour ce deffein , ce qui répandit la confufion
parmi les Affaillans , & en mit un grand
nombre hors de combat . malgré le feu des Rebelles
qui avoit recommencé & une grêle continuelle
de pierres , nos gens firent pendant plus
d'une heure des efforts furprenans de conftance
& de valeur plufieurs d'entr'eux voyant qu'ils
ne pouvoient eſcalader le retranchement à cauſe
de la trop grande hauteur , s'approchérent de la
barriére dans le deffein de s'en emparer & de
chaffer l'ennemi , mais comme ils ne pouvoient
marcher fans être apperçus cette tentative ,
malgré la bravoure avec laquelle ils l'exécuterent,
ne put avoir de fuccès : il fallut céder au défavantage
de la poſition , & le Général fut contraint
d'ordonner, la retraite qui fe fit en très-bon
ordre. L'action avoit duré environ trois heures :
nous y avons eu cinq Officiers & foixante & un
foldats tués , dix- neuf Officiers & quatre - vingtdouze
foldats bleflés . Vers le foir , les Rebelles
firent propofer une fufpenfion d'hoftilités pour
donner la fépulture aux morts , & le GénéralOCTOBRE
. 1763. 203
Matray confentit après avoir pris les précautions
ordinaires. On a été informé depuis que , le 23,
il avoit abandonné le fiége de Furiani , & s'étoit
retiré à la Baftie avec toutes les Troupes & fon
artillerie.
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Résumé : De GENES, le 1 Août 1763.
Le 18 juillet 1763, les troupes françaises dirigées par le Général Matra ont attaqué les retranchements des rebelles à Furiani. Malgré une préparation avant l'aube, les rebelles ont rapidement riposté avec leur artillerie et leur mousqueterie. Les Français ont atteint les retranchements mais ont été stoppés par des pierres lancées par les rebelles, causant confusion et pertes. Après trois heures de combat, le Général Matra a ordonné la retraite. L'affrontement a causé la mort de cinq officiers et soixante-et-un soldats, et blessé dix-neuf officiers et quatre-vingt-douze soldats. Les rebelles ont ensuite proposé une suspension des hostilités pour enterrer les morts, à laquelle le Général Matra a consenti. Le 23 juillet, les rebelles ont quitté Furiani pour se retirer à la Bastie avec leurs troupes et leur artillerie.
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45
p. 175
De GENES, le 14 Septembre 1763.
Début :
Les affaires de Corse sont toujours dans le même état. Il est arrivé de la Bastie, [...]
Mots clefs :
Corse, Bâtiment, Parti, Rebelles, Armes, Engagement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 14 Septembre 1763.
De GENES , le 14 Septembre 1763.
Les affaires de Corfe font toujours dans le
même état.
Il est arrivé de la Baftie , ces jours derniers ,
un Bâtiment par lequel on a appris que Pafchal
Paoli étoit parvenu à engager dans fon parti la
Piéve de Calenzana dans la Balagne : outre que
cette l'ieve peut mettre plus de fix cens hommes
fous les armes , le Chef des Rebelles à eu prin
cipalement en vue d'empêcher qu'elle ne fournit
des vivres à Calvi , dont elle est très- voifine.
Les affaires de Corfe font toujours dans le
même état.
Il est arrivé de la Baftie , ces jours derniers ,
un Bâtiment par lequel on a appris que Pafchal
Paoli étoit parvenu à engager dans fon parti la
Piéve de Calenzana dans la Balagne : outre que
cette l'ieve peut mettre plus de fix cens hommes
fous les armes , le Chef des Rebelles à eu prin
cipalement en vue d'empêcher qu'elle ne fournit
des vivres à Calvi , dont elle est très- voifine.
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46
p. 185-187
DE GENES, le 29 Octobre 1763.
Début :
Il est arrivé ici de Bonifacio, le 25 de ce mois un Bâtiment qui a apporté [...]
Mots clefs :
Bonifacio, Complots, Rebelles, Attaque, Commandant, Troupes, Menaces, Paoli, Armes, Patron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE GENES, le 29 Octobre 1763.
DE GENES, le 29 Octobre 1763.
Il eſt arrivé ici de Bonifacio , le 25 de ce mois
un Bâtiment qui a apporté les nouvelles fuivantes .
Paoli entretenoit une intelligence fecrette avec le
nommé Maffaria , habitant d'Ajaccio , qui , de
concert avec fon fils , deux Eccléfiaftiques & deux
Sardes , avoit formé le complot d'introduire dans
186 MERCURE DE FRANCE.
la Ville le Chef des Rebelles. Maſſaria & ſes conpagnons
trouverent en effet moyen d'entrer le
dans le Château : ils tuérent d'abord deux fentinelles
; mais une troifiéme fentinelle ayant entendu
quelque bruit , tira un coup de fufil qui donna
l'allarme à la Garniſon. Le Commandant fit met
tre auffi-tôt les troupes fous les armes ; le fils de
Maffaria fut tué , & il fut lui - même dangereufement
bleffé , & arrêté avec fes camarades. On le
menaça de le faire mourir , s'il ne déclare it le motif
d'une entrepriſe fi hardie : ces menaces lui arrachèrent
l'aveu de tous les détails du complot.
Sur cette dépofition , le Commandant fit mettre en
ordre fon artillerie , & fur le champ envoya chercher
à Bonifacio des munitions de guerre & les
troupes dont il avoit befoin. Paoli , de fon côté ,
avoit fait marcher au- delà des Monts un corps
confidérable de Rebelles , foutenu de quelques
troupes réglées , & s'étoit approché d'Ajaccio , où
il fe flattoit d'être introduit par Maffaria . Mais le
renfort que le Commandant y avoit fait venir , &
auquel le joignirent un grand nombre d'habitans ,
& plufieurs Grecs qui font leur réfidence en cette
Ville , força les Rebelles de fe retirer , & d'abandonner
les deux Couvens de Franciſcains où ils s'étoient
fortifiés. Les Rebelles euffent peut-être réuffi
dans leur entrepriſe , fi le feu eût pris au canon
que Maffaria devoit tirer pour les avertir : c'étoit
le fignal dont il étoit convenu avec eux . Le Patron
d'un Pinque Génois , arrivé avant- hier de Calvi , a
aufli rapporté que le 16 le Commandant de cette
Place lui avoit ordonné de prendre ſur ſon bord fix
à fept Rebelles qui s'étoient rendus chez ce Commandant
, pour lui déclarer qu'ils avoient quitté le
fervice de Paoli , & vouloient entrer dans celui de
la République. Le Patron y confentit , mais lés
JANVIER. 1764. 187
voyant bien armés , il leur déclara qu'il ne les recevroit
point avec leurs armes. Les Corfes propoferent
de laiffer les armes à feu ; mais , le Patron
infiftant à ne les point recevoir qu'ils ne fuffent
entièrement défarmés , ils ne voulurent point y
confentir , & fe retirèrent. On conjecture que
leur deffein étoit de faire main-baffe fur tout l'équipage
de fe rendre maître du Bâtiment , & de
s'en fervir pour l'entrepriſe d'Ajaccio.
Il eſt arrivé ici de Bonifacio , le 25 de ce mois
un Bâtiment qui a apporté les nouvelles fuivantes .
Paoli entretenoit une intelligence fecrette avec le
nommé Maffaria , habitant d'Ajaccio , qui , de
concert avec fon fils , deux Eccléfiaftiques & deux
Sardes , avoit formé le complot d'introduire dans
186 MERCURE DE FRANCE.
la Ville le Chef des Rebelles. Maſſaria & ſes conpagnons
trouverent en effet moyen d'entrer le
dans le Château : ils tuérent d'abord deux fentinelles
; mais une troifiéme fentinelle ayant entendu
quelque bruit , tira un coup de fufil qui donna
l'allarme à la Garniſon. Le Commandant fit met
tre auffi-tôt les troupes fous les armes ; le fils de
Maffaria fut tué , & il fut lui - même dangereufement
bleffé , & arrêté avec fes camarades. On le
menaça de le faire mourir , s'il ne déclare it le motif
d'une entrepriſe fi hardie : ces menaces lui arrachèrent
l'aveu de tous les détails du complot.
Sur cette dépofition , le Commandant fit mettre en
ordre fon artillerie , & fur le champ envoya chercher
à Bonifacio des munitions de guerre & les
troupes dont il avoit befoin. Paoli , de fon côté ,
avoit fait marcher au- delà des Monts un corps
confidérable de Rebelles , foutenu de quelques
troupes réglées , & s'étoit approché d'Ajaccio , où
il fe flattoit d'être introduit par Maffaria . Mais le
renfort que le Commandant y avoit fait venir , &
auquel le joignirent un grand nombre d'habitans ,
& plufieurs Grecs qui font leur réfidence en cette
Ville , força les Rebelles de fe retirer , & d'abandonner
les deux Couvens de Franciſcains où ils s'étoient
fortifiés. Les Rebelles euffent peut-être réuffi
dans leur entrepriſe , fi le feu eût pris au canon
que Maffaria devoit tirer pour les avertir : c'étoit
le fignal dont il étoit convenu avec eux . Le Patron
d'un Pinque Génois , arrivé avant- hier de Calvi , a
aufli rapporté que le 16 le Commandant de cette
Place lui avoit ordonné de prendre ſur ſon bord fix
à fept Rebelles qui s'étoient rendus chez ce Commandant
, pour lui déclarer qu'ils avoient quitté le
fervice de Paoli , & vouloient entrer dans celui de
la République. Le Patron y confentit , mais lés
JANVIER. 1764. 187
voyant bien armés , il leur déclara qu'il ne les recevroit
point avec leurs armes. Les Corfes propoferent
de laiffer les armes à feu ; mais , le Patron
infiftant à ne les point recevoir qu'ils ne fuffent
entièrement défarmés , ils ne voulurent point y
confentir , & fe retirèrent. On conjecture que
leur deffein étoit de faire main-baffe fur tout l'équipage
de fe rendre maître du Bâtiment , & de
s'en fervir pour l'entrepriſe d'Ajaccio.
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Résumé : DE GENES, le 29 Octobre 1763.
Le 29 octobre 1763, des informations provenant de Bonifacio révèlent un complot impliquant Pasquale Paoli. Ce dernier avait des contacts secrets avec Massaria, un habitant d'Ajaccio, et ses complices, incluant deux ecclésiastiques et deux Sardes. Leur plan consistait à introduire Paoli dans la ville en tuant des sentinelles au château. Cependant, une sentinelle donna l'alerte, permettant au commandant de mobiliser ses troupes. Massaria et ses complices furent arrêtés après que Massaria eut révélé les détails du complot sous la menace. Simultanément, Paoli avait envoyé des rebelles vers Ajaccio, soutenus par des troupes régulières. Le commandant, renforcé par des habitants et des Grecs résidents, repoussa les rebelles, qui durent abandonner leurs positions. Le complot échoua également en raison de la non-exécution d'un signal convenu, un coup de canon. Par ailleurs, un patron de pinque génois rapporta que six à sept rebelles, ayant quitté le service de Paoli, tentèrent de monter à bord de son navire pour se rendre à Ajaccio. Le patron refusa de les embarquer armés, et les rebelles se retirèrent. On suspecte qu'ils voulaient s'emparer du navire pour participer à l'attaque d'Ajaccio.
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47
p. 159
DE GENES, le 7 Avril 1764.
Début :
On a reçu avis que les Rebelles se sont emparés par surprise de [...]
Mots clefs :
Rebelles, Attaque, Expédition, Calvi
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texteReconnaissance textuelle : DE GENES, le 7 Avril 1764.
DE GENES , le 7 Avril 1754.
On a reçu avis que les Rebelles fe font emparés
par furpriſe de Brando & d'Erbalonga ; poftes
importans qui ne font éloignés de la Baftie que
de deux lieues. Cette Ville fe trouve par cet évé
nement de plus en plus refferrée. Les Rebelles .
après leurs expédition , font paffés à l'Algaiola ,
dont il eft à craindre qu'ils ne ferendent maîtres
audi.
On a appris de Calvi que les Rebelles avoient
brulé deux moulins qui fervoient à moudre de la
farine deftinée pour cette Place.
On a reçu avis que les Rebelles fe font emparés
par furpriſe de Brando & d'Erbalonga ; poftes
importans qui ne font éloignés de la Baftie que
de deux lieues. Cette Ville fe trouve par cet évé
nement de plus en plus refferrée. Les Rebelles .
après leurs expédition , font paffés à l'Algaiola ,
dont il eft à craindre qu'ils ne ferendent maîtres
audi.
On a appris de Calvi que les Rebelles avoient
brulé deux moulins qui fervoient à moudre de la
farine deftinée pour cette Place.
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Résumé : DE GENES, le 7 Avril 1764.
Le 7 avril 1754, des rebelles ont pris par surprise les postes de Brando et d'Erbalonga près de la Bastie, isolant ainsi la ville. Ils se sont ensuite dirigés vers l'Algaiola. À Calvi, les rebelles ont incendié deux moulins servant à moudre la farine.
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48
p. 159-160
D'AMSTERDAM, le 16 Avril 1764.
Début :
On a reçu des Lettres des Berbices, en date du 31 Décembre, suivant [...]
Mots clefs :
Lettres, Troupes, Colonie, Rebelles
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texteReconnaissance textuelle : D'AMSTERDAM, le 16 Avril 1764.
D'AMSTERDAM , le 16 Avril 1764.-
On a reçu des Lettres des Berbices , en date du
31 Décembre , fuivant lefquelles nos troupes fe
font emparées fans la moindre réſiſtance de Rio-
Cange & de prèfque toute la Colonie dont les
5
160 MERCURE DE FRANCE.
售rebelles avoient ruiné la plupart des maiſons ,
& on a établi à Steevenbourg un gros pofte pour
la fureté de cette Place.
On a reçu des Lettres des Berbices , en date du
31 Décembre , fuivant lefquelles nos troupes fe
font emparées fans la moindre réſiſtance de Rio-
Cange & de prèfque toute la Colonie dont les
5
160 MERCURE DE FRANCE.
售rebelles avoient ruiné la plupart des maiſons ,
& on a établi à Steevenbourg un gros pofte pour
la fureté de cette Place.
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49
p. 180
De GENES, le 19 Mai 1764.
Début :
On vient d'apprendre par la voie de Livourne, que les Rebelles se sont [...]
Mots clefs :
Rebelles, Parti, Paoli, Corse, Troupes
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texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 19 Mai 1764.
De GENES, le 19 Mai 1764.
On vient d'apprendre par la voie de Livourne,
que les Rebelles fe font emparés de la Tour d'Aleria
, dont on avoit confié la garde à des déſerteurs
du parti de Paoli.
Du 28.
Suivant les dernieres nouvelles de Corfe , les
Rebelles continuent de battre avec vigueur le
Couvent des Capucins de Brando , quoiqu'ils
ayent été jufqu'ici repouffés par nos troupes dans
les différentes attaques qu'ils ont tentées.
On vient d'apprendre par la voie de Livourne,
que les Rebelles fe font emparés de la Tour d'Aleria
, dont on avoit confié la garde à des déſerteurs
du parti de Paoli.
Du 28.
Suivant les dernieres nouvelles de Corfe , les
Rebelles continuent de battre avec vigueur le
Couvent des Capucins de Brando , quoiqu'ils
ayent été jufqu'ici repouffés par nos troupes dans
les différentes attaques qu'ils ont tentées.
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50
p. 191
De GENES, le 4 Juin 1764.
Début :
On mande de Bonifaccio que les Rebelles, secondés par un Officier Corse [...]
Mots clefs :
Bonifacio, Rebelles, Officier, Attaque, Pertes, Forts, Dommages, Garnison, Paoli, Marquis
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texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 4 Juin 1764.
De GENES , le 4 Juin 1764.
On mande de Bonifaccio que les Rebelles , ſecondés
par un Officier Corſe au ſervice de la République
, avoient tenté de ſurprendre cette Place
; mais cette entrepriſe a échoué , & les Rebelles
ont été repouffés avec perte dans l'attaque
qu'ils ont faite ſur le Poſte de S. Julien.
Du 23 .
On apprend par la voie de Livourne que les
Rebelles , qui ont attaqué les Forts de S. Florent
& de l'Algaïola , continuent de les canonner le
premier fans y cauler cependant un dommage
conſidérable . Comme la garniſon eſt de cinq cens
hommes , nombre ſuffiſant pour défendre une ſi
petite Place , on ne doute pas que Paoli ne ſoit
obligé d'en lever le Siége.
LeMarquis & la Marquiſe de Chauvelin , après
avoir ſéjourné ici treize jours , en fort partis ce
matin pour ſe rendre à Parme.
On mande de Bonifaccio que les Rebelles , ſecondés
par un Officier Corſe au ſervice de la République
, avoient tenté de ſurprendre cette Place
; mais cette entrepriſe a échoué , & les Rebelles
ont été repouffés avec perte dans l'attaque
qu'ils ont faite ſur le Poſte de S. Julien.
Du 23 .
On apprend par la voie de Livourne que les
Rebelles , qui ont attaqué les Forts de S. Florent
& de l'Algaïola , continuent de les canonner le
premier fans y cauler cependant un dommage
conſidérable . Comme la garniſon eſt de cinq cens
hommes , nombre ſuffiſant pour défendre une ſi
petite Place , on ne doute pas que Paoli ne ſoit
obligé d'en lever le Siége.
LeMarquis & la Marquiſe de Chauvelin , après
avoir ſéjourné ici treize jours , en fort partis ce
matin pour ſe rendre à Parme.
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Résumé : De GENES, le 4 Juin 1764.
Le 4 juin 1764, des rebelles soutenus par un officier corse ont tenté de prendre Bonifaccio, mais ont été repoussés. Le 23 juin, ils ont attaqué les forts de Saint-Florent et de l'Algaïola sans succès. La garnison de cinq cents hommes est jugée suffisante. Le marquis et la marquise de Chauvelin ont quitté Gênes pour Parme.
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