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1
p. 64-68
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France. SUR Charles-Annibal FABROT.
Début :
UN homme de lettres, Monsieur, faisoit il y a quelques jours, des recherches [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France. SUR Charles-Annibal FABROT.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
Auteur du Mercure de France.
SUR Charles-Annibal FABROT.
UN homme de lettres, Monsieur,
faisoit il y a quelques jours, des recherches
par pure curiofité, dans des ouvrages de
Jurifconfultes Francois ; il y trouva des
points affez intéreſſans , ſous la garantie
de Fabrotus. Il imagina que c'étoit un
Sçavant Etranger dont l'autorité lui
parut mériter toute fon attention : en
conféquence il confulta les Bibliogra---.
phes. Quel fut fon étonnement , Mon--
fieur ! Ce Fabrotus eſt un de ſes Com-
patriotes , même ſon parent , & l'un
des plus habiles hommes qu'il y ait
eu fous le régne de LOUIS XIV ,fi
fécond en talens de tout genre. Par
quelle fatalité ce Sçavant paroît-il mé-
connu dans ſa patrie , & fon nom est-il
ainſidéguisé pardes Auteurs modernes
AVRIL. 1764..
65
Heſt oublié dans la colomnedes Sça
vans & Illuftres que M. le Préſident
Hénault a miſe dans ſon abrégé chro-
nologique , à côté des Héros & des
grands Hommes d'Etat qui ont auffi
honoré la Nation. * Permettez-vous ,
Monfieur , qu'on répare , par une no-
tice ſuccinte , le tort que cette omif-
fion fait à la mémoire d'un homme
qui ſeroit très-célébre , fi notre fiécle
étoit moins frivole ?
Charles - Annibal Fabrot étoit d'Aix
en Provence. ſa profonde érudition &
ſes vaſtes connoiſſances dans la Jurif
prudence civile & canonique , lui ob--
tinrent l'amitiédu fameux Peireſc, pro-
tecteur de tous les gens de mérite. Le
Préſident Du Vair qui l'eſtimoit fort
aufſi , devenu Garde des Sceaux en
1617 , attira Fabrot à Paris : il n'a-
voit que trente-fix ans ; & depuis huit
années il occupoit avec distinction une
chaire de Profeſſeur en droit dans l'U-
niverſité d'Aix. Il y retourna après la
mort de fon protecteur , & y reprit
fes fonctions de Profeſſeur. On le re-
* M. de Voltaire qui a fait dans l'hiſtoire du
ſiecle de LOUIS XIV , celle des progrès de
l'eſprit humain & de tous les Arts , ſous ce
beau régne, ne fait aucune mention de Fabrot
66 MERCURE DE FRANCE .
vit à Paris en 1637 , pour y faire im-
primer des notes fur les Inſtituts de
Juftinien. CetOuvrage dédié au Chan-
celier Seguier fut honorable & utile.
Il fit à Fabrot un grand nom dans la
République des Lettres , & lui valut
une penfion de deux mille livres pour
travailler à la traduction des Bafiliques .
C'eſt la collection des Loix Romaines
dont l'uſage s'étoit conſervé dans l'O-
rient , & de celles que les Empereurs
de Conſtantinople avoient faites. Cet
Ouvrage immenfe, le fruit de dix an-
nées d'application conſtante , mérita à
fonAuteur une charge de Confeiller au
Parlement de Provence , dont les cir-
conſtances du temps ne lui ont pas
permis de jouir. Deux ans après , en
1649 , Fabrot publia une édition des
Œuvres de Cedrene , de Nicetas , d'A-
naſtaſe le Bibliothéquaire , de Conf-
tantin Manaſſes , & des Inſtituts de
Théophile Simocatte , qu'il enrichit de
notes & de diſſertations. On a de lui
des obſervations fur quelques titres du
Code Théodofien , un Traité contre
Saumaiſe fur l'uſure , & quelques ma-
ximes de Droit fur Théodore Balsamon ,
fur l'Histoire Eccléſiaſtique
fur les
AVRIL. 1764 .
67
Papes , & pluſieurs Traités particuliers
fur diverſes matières de Droit.
En 1652 , ce Scavant & infatiga-
ble Ecrivain commença la réviſion des
Œuvres de Cujas, qu'il corrigea fur plu-
fieurs manufcrits , & qu'il donna èn
Public en 1658 en dix volumes in-folio
avec d'excellentes notes auſſi curieuſes
qu'inſtructives. La trop grande appli-
cation qu'il donna à ce grand Ouvrage
lui cauſa une maladie dont il mourut ,
ſuivant M. l'Abbé l'Advocat , Abbré-
viateur de Moreri , dans ſon petitDic-
tionnaire hiſtorique & portatif, le 16
Janvier 1659 , âgé de 78 ans , ou au
mois de Février de la même année ,
ſuivant M. l'Abbé Lambert , Auteur
de l'hiſtoire
Littéraire du ſiècle de
LOUIS XIV. Il fut inhumé dans
l'Egliſe de S. Germain l'Auxerrois ſa
Paroiffe.
On trouva parmi les papiers de ce
Sçavant homme , des Commentaires fur
les Inſtituts de Justinien , des notes fur
Aulugelle , & le recueil des Ordon-
-nances ou Conſtitutions Eccléſiaſtiques
qui n'avoient pas été encore publiées en
grec. Ce dernier Ouvrage a été inféré
dans la Bibliothéque du Droit Canon,
publié en 1661 par MM. Voët & Justel.
68 MERCURE DE FRANCE.
Je ne ſçais s'il y a eu un homme plús
érudit , plus laborieux & qui ait fait
plus d'honneur que lui aux Jurifcon-
ſultes de France : pourquoi donc eft-
il ou oublié , ou cité ſous une déno-
mination latine dans des Livres François ?
Enfin il a été pris pour un étranger
dont le nom en us ne rappelle pas af-
ſez ce que l'on doit à la mémoire
d'un auſſi illuſtre Compatriote.
J'ai l'honneur d'être , &c.
P. G. Abonné au Mercure.
Auteur du Mercure de France.
SUR Charles-Annibal FABROT.
UN homme de lettres, Monsieur,
faisoit il y a quelques jours, des recherches
par pure curiofité, dans des ouvrages de
Jurifconfultes Francois ; il y trouva des
points affez intéreſſans , ſous la garantie
de Fabrotus. Il imagina que c'étoit un
Sçavant Etranger dont l'autorité lui
parut mériter toute fon attention : en
conféquence il confulta les Bibliogra---.
phes. Quel fut fon étonnement , Mon--
fieur ! Ce Fabrotus eſt un de ſes Com-
patriotes , même ſon parent , & l'un
des plus habiles hommes qu'il y ait
eu fous le régne de LOUIS XIV ,fi
fécond en talens de tout genre. Par
quelle fatalité ce Sçavant paroît-il mé-
connu dans ſa patrie , & fon nom est-il
ainſidéguisé pardes Auteurs modernes
AVRIL. 1764..
65
Heſt oublié dans la colomnedes Sça
vans & Illuftres que M. le Préſident
Hénault a miſe dans ſon abrégé chro-
nologique , à côté des Héros & des
grands Hommes d'Etat qui ont auffi
honoré la Nation. * Permettez-vous ,
Monfieur , qu'on répare , par une no-
tice ſuccinte , le tort que cette omif-
fion fait à la mémoire d'un homme
qui ſeroit très-célébre , fi notre fiécle
étoit moins frivole ?
Charles - Annibal Fabrot étoit d'Aix
en Provence. ſa profonde érudition &
ſes vaſtes connoiſſances dans la Jurif
prudence civile & canonique , lui ob--
tinrent l'amitiédu fameux Peireſc, pro-
tecteur de tous les gens de mérite. Le
Préſident Du Vair qui l'eſtimoit fort
aufſi , devenu Garde des Sceaux en
1617 , attira Fabrot à Paris : il n'a-
voit que trente-fix ans ; & depuis huit
années il occupoit avec distinction une
chaire de Profeſſeur en droit dans l'U-
niverſité d'Aix. Il y retourna après la
mort de fon protecteur , & y reprit
fes fonctions de Profeſſeur. On le re-
* M. de Voltaire qui a fait dans l'hiſtoire du
ſiecle de LOUIS XIV , celle des progrès de
l'eſprit humain & de tous les Arts , ſous ce
beau régne, ne fait aucune mention de Fabrot
66 MERCURE DE FRANCE .
vit à Paris en 1637 , pour y faire im-
primer des notes fur les Inſtituts de
Juftinien. CetOuvrage dédié au Chan-
celier Seguier fut honorable & utile.
Il fit à Fabrot un grand nom dans la
République des Lettres , & lui valut
une penfion de deux mille livres pour
travailler à la traduction des Bafiliques .
C'eſt la collection des Loix Romaines
dont l'uſage s'étoit conſervé dans l'O-
rient , & de celles que les Empereurs
de Conſtantinople avoient faites. Cet
Ouvrage immenfe, le fruit de dix an-
nées d'application conſtante , mérita à
fonAuteur une charge de Confeiller au
Parlement de Provence , dont les cir-
conſtances du temps ne lui ont pas
permis de jouir. Deux ans après , en
1649 , Fabrot publia une édition des
Œuvres de Cedrene , de Nicetas , d'A-
naſtaſe le Bibliothéquaire , de Conf-
tantin Manaſſes , & des Inſtituts de
Théophile Simocatte , qu'il enrichit de
notes & de diſſertations. On a de lui
des obſervations fur quelques titres du
Code Théodofien , un Traité contre
Saumaiſe fur l'uſure , & quelques ma-
ximes de Droit fur Théodore Balsamon ,
fur l'Histoire Eccléſiaſtique
fur les
AVRIL. 1764 .
67
Papes , & pluſieurs Traités particuliers
fur diverſes matières de Droit.
En 1652 , ce Scavant & infatiga-
ble Ecrivain commença la réviſion des
Œuvres de Cujas, qu'il corrigea fur plu-
fieurs manufcrits , & qu'il donna èn
Public en 1658 en dix volumes in-folio
avec d'excellentes notes auſſi curieuſes
qu'inſtructives. La trop grande appli-
cation qu'il donna à ce grand Ouvrage
lui cauſa une maladie dont il mourut ,
ſuivant M. l'Abbé l'Advocat , Abbré-
viateur de Moreri , dans ſon petitDic-
tionnaire hiſtorique & portatif, le 16
Janvier 1659 , âgé de 78 ans , ou au
mois de Février de la même année ,
ſuivant M. l'Abbé Lambert , Auteur
de l'hiſtoire
Littéraire du ſiècle de
LOUIS XIV. Il fut inhumé dans
l'Egliſe de S. Germain l'Auxerrois ſa
Paroiffe.
On trouva parmi les papiers de ce
Sçavant homme , des Commentaires fur
les Inſtituts de Justinien , des notes fur
Aulugelle , & le recueil des Ordon-
-nances ou Conſtitutions Eccléſiaſtiques
qui n'avoient pas été encore publiées en
grec. Ce dernier Ouvrage a été inféré
dans la Bibliothéque du Droit Canon,
publié en 1661 par MM. Voët & Justel.
68 MERCURE DE FRANCE.
Je ne ſçais s'il y a eu un homme plús
érudit , plus laborieux & qui ait fait
plus d'honneur que lui aux Jurifcon-
ſultes de France : pourquoi donc eft-
il ou oublié , ou cité ſous une déno-
mination latine dans des Livres François ?
Enfin il a été pris pour un étranger
dont le nom en us ne rappelle pas af-
ſez ce que l'on doit à la mémoire
d'un auſſi illuſtre Compatriote.
J'ai l'honneur d'être , &c.
P. G. Abonné au Mercure.
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2
p. 68-72
LA POPULATION & la Beauté, Odes. A Londres, & se trouve à Paris chez Cailleau, rue S. Jacques, près les Mathurins, à S. André ; 1764 ; in-8 o .
Début :
NOUS croyons que le Public doit lire avec plaisir ces deux Odes : la premiere [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA POPULATION & la Beauté, Odes. A Londres, & se trouve à Paris chez Cailleau, rue S. Jacques, près les Mathurins, à S. André ; 1764 ; in-8 o .
LA POPULATION & la Beauté,
Odes. A Londres, & se trouve à
Paris chez Cailleau, rue S. Jacques,
près les Mathurins, à S. André ;
1764 ; in-8o.
NOUS croyons que le Public doit
lire avec plaisir ces deux Odes : la premiere
eſt ſur un Sujet important ; l'Au-
teur , M. Sabatier , y peint avec force
les vices contraires à la population ;
nousavons admiré pluſieurs ſtrophes
AVRIL. 1764.
69
pleines de poëfie &de ſentiment. Nous
ſommes fachés de ne pouvoir parler
au long de ces deux Ouvrages : nous
allons citer quelques ſtrophes de la
première Ode ſans les choiſir. Le Poëte
parle de nos Ayeux.
Sitôt que de l'Amour les éloquentes flâmes
Leur faiſoit éprouver le beſoins de leurs âmes
Par des tranſports nouveaux ,
Ils couroient à l'autel conſacrer leur tendreſſe :
Etl'Hymen amoureux aux yeux d'une maîtreſſe
Allumoit ſes flambeaux.
Mais l'Hymen avili n'eſt qu'un Dieu mercenaire;
L'Epouſe la plus riche eſt celle qui doit plaire :
L'or ſeul peut nous charmer.
Des Pères inhumains maximes tyranniques !
Quoi , vous oſez ſoumettre àdes calculs iniques
Ledoux plaifir d'aimer ?
Jonetd'un vil deſir que le caprice augmente,
Ce mortel que chérit une épouſe charmante
Mépriſe ſes appas ,
Et payant des plaiſirs où la honte le guide,
Court dans les bras trompeurs d'une Laïs perfide
Acheter le trépas !
Viensdonc voir, malheureux, ton Epouſe éplorées
Entends-tu les ſoupirs d'une âme déchirée
Qui reclame ta foi ?
1
70 MERCURE DE FRANCE.
Elle te dit : Cruel , viens eſſuyer mes larmes.
Déja mon déſeſpoir auroit flétri mes charmes ,
S'ils n'étoient pas à toi.
Vous êtes plus cruels , vous Epoux inutiles ,
Qui contens d'un ſeul fils oſez être ſtériles
Jaloux de l'enrichir.
Vous qui préoccupésde ſa grandeur future ,
Dans vos embraſſemens arrêtez la nature
Et trompez ſon deſir.
L'apostrophe aux Loix que l'Auteur
excite à réprimer les abus qui arrêtent
la population,eſt pleine de vigueur : tout
ce qui eſt ſur l'agriculture nous a paru
très-beau.
La ſeconde Ode, qui eſt ſur la Beau-
té , brille ſurtout par la grandeur du
plan , & par la richefſe de la Poëfie.
Le Poëte y déplore avec raiſon l'édu-
cation étroite que l'on donne aux
femmes & qui étouffe leurs talens.
Eh ! comment voulez-vous que la beauté timide ,
Oifive par devoir , puiſſe d'un vol rapide
Atteindre vos lauriers brillans ?
Quand nous la deſtinons aux fleurs qui la cou-
ronnent ,
Quand tous les jeux qui l'environnent
De ſon fécond génie arrêtent les élans.
AVRIL. 1764.
71
Ce n'eſt point dans les champs embellis par
l'aurore ,
Que ſe forment la foudre & les brulans éclairs :
L'aigle altier amolli dans les jardins de Flore
Eût perdu l'empire des airs:
Au ſeul defir de plaire Elife abandonnée ,
N'eût point de ſes états fixant la deſtinée
Entrepris de nobles travaux :
Carthage en s'élevant menace l'Italie ,
Etl'ombre de Didon trahie
Erre autour d'Annibal & guide ſes drapeaura
La naiſſance de la beauté fait plaifir :
c'eſt dans un genre agréable qui con-
traſte avec les Strophes qui ſuivent :
l'Epiſode de Caſſandre , que le Poëte a
fi bien amené , jette la plus grande cha-
leur fur le reſte de l'Ode.
Ladiſcorde a mugi; déjà Troyelenflammée
N'eſt plusqu'un tourbillon qui rouledans lesairs :
Le ſang coule; &de morts cette plaine ſemée
S'abîme & les rend aux enfers :
Quel ſpectacle effroyable ! entendez-vous Caffan-
dre
Surun monceau fumant de ſa patrie en cendre,
Frapper les cieux de cris perçans ?
Les cheveux hériſſés & couverts de poufſière ,
Des temps elle ouvre la Barrière :
Et d'une voix lugubre exhale ces accens.
72 MERCURE DE FRANCE.
**O fatale beauté ! quel démon ſur tes traces
Du Ténare irrité déchaîne les horreurs ?
Le glaive deMégéreeſtdans les mains desgrâces
L'amour est le Dieu des fureurs.
Quel eſt ce Roi meurtri , renverſé de ſonTrône?
Barbare Clitemnestre : eh quoi , leCiel qui tonne
Ne tient pas ton bras ſuſpendu ?
Et toi , Sémiramis , toi , Reine forcenée,
Du fang de ton époux baignée ,
Tu le traînes mourant à tes pieds étendu !
Je vois Scylla trahir ſon Père & ſa Patrie ,
Et fuivrede Minos les drapeaux triomphans.
L'Amante de Jaſon , implacable Furie,
S'arme , elle immole ſes enfans :
Eh, quoi! le doux zéphir enfante-t-il l'orage?
Les ris , l'œil menaçant , étincelent de rage ;
Les plaiſirs creuſent des tombeaux.
La beauté n'eſt jamais que la vertu parée
Etdoit-elle être révérée ,
Dèsque de la Diſcorde elle tient les flambéaux ?
Ces Strophes ſuffiſent pour faire con-
noître le talent de M. Sabatier. Il confir-
me , par ces deux Piéces de Poëfies , la
réputation qu'il s'eſt déjà faite par d'au-
tres Poëmes Lyriques,& furtout par fon
Ode fur l'Enthouſiaſme , que les Con-
noiffeurs eſtiment.
Odes. A Londres, & se trouve à
Paris chez Cailleau, rue S. Jacques,
près les Mathurins, à S. André ;
1764 ; in-8o.
NOUS croyons que le Public doit
lire avec plaisir ces deux Odes : la premiere
eſt ſur un Sujet important ; l'Au-
teur , M. Sabatier , y peint avec force
les vices contraires à la population ;
nousavons admiré pluſieurs ſtrophes
AVRIL. 1764.
69
pleines de poëfie &de ſentiment. Nous
ſommes fachés de ne pouvoir parler
au long de ces deux Ouvrages : nous
allons citer quelques ſtrophes de la
première Ode ſans les choiſir. Le Poëte
parle de nos Ayeux.
Sitôt que de l'Amour les éloquentes flâmes
Leur faiſoit éprouver le beſoins de leurs âmes
Par des tranſports nouveaux ,
Ils couroient à l'autel conſacrer leur tendreſſe :
Etl'Hymen amoureux aux yeux d'une maîtreſſe
Allumoit ſes flambeaux.
Mais l'Hymen avili n'eſt qu'un Dieu mercenaire;
L'Epouſe la plus riche eſt celle qui doit plaire :
L'or ſeul peut nous charmer.
Des Pères inhumains maximes tyranniques !
Quoi , vous oſez ſoumettre àdes calculs iniques
Ledoux plaifir d'aimer ?
Jonetd'un vil deſir que le caprice augmente,
Ce mortel que chérit une épouſe charmante
Mépriſe ſes appas ,
Et payant des plaiſirs où la honte le guide,
Court dans les bras trompeurs d'une Laïs perfide
Acheter le trépas !
Viensdonc voir, malheureux, ton Epouſe éplorées
Entends-tu les ſoupirs d'une âme déchirée
Qui reclame ta foi ?
1
70 MERCURE DE FRANCE.
Elle te dit : Cruel , viens eſſuyer mes larmes.
Déja mon déſeſpoir auroit flétri mes charmes ,
S'ils n'étoient pas à toi.
Vous êtes plus cruels , vous Epoux inutiles ,
Qui contens d'un ſeul fils oſez être ſtériles
Jaloux de l'enrichir.
Vous qui préoccupésde ſa grandeur future ,
Dans vos embraſſemens arrêtez la nature
Et trompez ſon deſir.
L'apostrophe aux Loix que l'Auteur
excite à réprimer les abus qui arrêtent
la population,eſt pleine de vigueur : tout
ce qui eſt ſur l'agriculture nous a paru
très-beau.
La ſeconde Ode, qui eſt ſur la Beau-
té , brille ſurtout par la grandeur du
plan , & par la richefſe de la Poëfie.
Le Poëte y déplore avec raiſon l'édu-
cation étroite que l'on donne aux
femmes & qui étouffe leurs talens.
Eh ! comment voulez-vous que la beauté timide ,
Oifive par devoir , puiſſe d'un vol rapide
Atteindre vos lauriers brillans ?
Quand nous la deſtinons aux fleurs qui la cou-
ronnent ,
Quand tous les jeux qui l'environnent
De ſon fécond génie arrêtent les élans.
AVRIL. 1764.
71
Ce n'eſt point dans les champs embellis par
l'aurore ,
Que ſe forment la foudre & les brulans éclairs :
L'aigle altier amolli dans les jardins de Flore
Eût perdu l'empire des airs:
Au ſeul defir de plaire Elife abandonnée ,
N'eût point de ſes états fixant la deſtinée
Entrepris de nobles travaux :
Carthage en s'élevant menace l'Italie ,
Etl'ombre de Didon trahie
Erre autour d'Annibal & guide ſes drapeaura
La naiſſance de la beauté fait plaifir :
c'eſt dans un genre agréable qui con-
traſte avec les Strophes qui ſuivent :
l'Epiſode de Caſſandre , que le Poëte a
fi bien amené , jette la plus grande cha-
leur fur le reſte de l'Ode.
Ladiſcorde a mugi; déjà Troyelenflammée
N'eſt plusqu'un tourbillon qui rouledans lesairs :
Le ſang coule; &de morts cette plaine ſemée
S'abîme & les rend aux enfers :
Quel ſpectacle effroyable ! entendez-vous Caffan-
dre
Surun monceau fumant de ſa patrie en cendre,
Frapper les cieux de cris perçans ?
Les cheveux hériſſés & couverts de poufſière ,
Des temps elle ouvre la Barrière :
Et d'une voix lugubre exhale ces accens.
72 MERCURE DE FRANCE.
**O fatale beauté ! quel démon ſur tes traces
Du Ténare irrité déchaîne les horreurs ?
Le glaive deMégéreeſtdans les mains desgrâces
L'amour est le Dieu des fureurs.
Quel eſt ce Roi meurtri , renverſé de ſonTrône?
Barbare Clitemnestre : eh quoi , leCiel qui tonne
Ne tient pas ton bras ſuſpendu ?
Et toi , Sémiramis , toi , Reine forcenée,
Du fang de ton époux baignée ,
Tu le traînes mourant à tes pieds étendu !
Je vois Scylla trahir ſon Père & ſa Patrie ,
Et fuivrede Minos les drapeaux triomphans.
L'Amante de Jaſon , implacable Furie,
S'arme , elle immole ſes enfans :
Eh, quoi! le doux zéphir enfante-t-il l'orage?
Les ris , l'œil menaçant , étincelent de rage ;
Les plaiſirs creuſent des tombeaux.
La beauté n'eſt jamais que la vertu parée
Etdoit-elle être révérée ,
Dèsque de la Diſcorde elle tient les flambéaux ?
Ces Strophes ſuffiſent pour faire con-
noître le talent de M. Sabatier. Il confir-
me , par ces deux Piéces de Poëfies , la
réputation qu'il s'eſt déjà faite par d'au-
tres Poëmes Lyriques,& furtout par fon
Ode fur l'Enthouſiaſme , que les Con-
noiffeurs eſtiment.
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3
p. 73-84
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
Début :
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle l'Auteur a eu le Manuscrit. Un [...]
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur
Ottoman, enrichie de Lettres traduites
du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques,
historiques & politiques, écrites
tant par Méhémet II. Empereur Ottoman,
que par ses Généraux, ses Sultanes,
un de ses Ambassadeurs, &
Usum-Cassan, Roi de Perse, son
contemporain ; traduites du Grec & de
l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à
Constantinople, avec des notes intéressantes,
& une Histoire de la Vie de ce
Conquérant, par M. Belin de Monterzi ;
à Paris, chez Duchesne, rue S.
Jacques, au Temple du Goût, chez
Panckoucke, rue & à côté de la Comédie
Françoise, & chez Prault, quai de
Conti ; avec approbation ; 1764 ;
deux parties in-12 d'environ 150 pages
chacune.
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle
l'Auteur a eu le Manuscrit. Un
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur Polonois , homme de Lettres,
le tenoit d'un Pacha , Gouverneur de
Province , & ce Seigneur en a fait part
à l'Editeur. Ce dernier , trouvant que
ces Lettres parloient des Batailles , des
Siéges & des principaux événemens du
Règne de Méhémet II, a été obligé ,
pour en développer les caufes,de puiſer
dans pluſieursAuteurs de cet Empire les
notes qui y avoient rapport, & d'écrire
toute la Vie de ce Monarque. La véné-
ration que les Turcs ont toujours eue
pourun Prince qui a été le Fondateurde
leur vaſte Empire , & l'envie que les
Grecs ont eue d'écrire les événemens
extraordinaires dont ils ont été témoins,
font croire avec beaucoup de probabi-
lité & de vraiſemblance , la poſſibilité
des Manufcrits que l'on peut trouver fur
leRègne d'un des plus célébres Conqué-
rans qui ayent paru dans le monde.
Origine des Turcs. Des Peuples origi-
naires des Scites conquirentle Turquef-
tan , d'où ils prirent le nomde Turcs.
Ils ſe réunirent ſous Ottoman , qui , de
Lieutenant-Général d'Aladin , Souve-
rain d'Alep & de Damas , devint ſon
fucceffeur , & hérita de la Bythinie &
du pays voiſin du MontOlimpe. Deux
fiécles & dix règnes s'écoulerent juf-
+
AVRIL. 1764.
75
qu'au couronnement de Méhémet II.
Amurat II , ſon père , ſurpaſſa tous ſes
prédéceſſeurs; il laiſſa un grand Empire
à ſon fils , qui remplit l'Europe & l'Afie
de la terreur de fon nom. Il affermit ſon
Trône par la mortde deux de ſes frères.
Scanderbeg , Roi d'Albanie , retarda
long-temps les ſuccès de ce Prince ; &
ce futaprès ſa mort, qu'il conquit fur
fon fils Jean les Etats que les Vénitiens,
fidèles obfervateurs de leurs engage -
mens , défendirent avec autant d'inuti-
lité que de perſévérance. Pluſieurs Let-
tres parlent du Siége & de la Priſe de
Conſtantinople en 1453 , & endonnent
des détails curieux , qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. La première eſt écrite
parMéhémet à Benféid , Sultane , à An-
drinople.
» Divine Sultane , je ne vous ai point
>> dit adieu ; n'en ſoyez point inquiette.
Il lui rend compte des raiſons qui l'ont
obligéde la quitter.Il finit ainſi ſa Lettre:
>>je ſouhaite de terminer bientôt cette
» expédition , pour pouvoir retourner à
>>Andrinople , & vous donner de nou-
>> velles preuvesde matendreſſe. Je vou-
>> drois que la flame qui me dévore ,
>> brillante Sultane , put voler fur les
» aîles des agréables Zéphirs ; qu'elle
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>> pénétrât votre âme , & que l'extaſe
» du plaifir qu'elle vous feroit éprou-
» ver , durâtjuſqu'au moment de mon
→ arrivée.
Voici la réponſe en partie , les bornes
de ce Journal refferrant les Analyſes.
» Benféid, Sultane , à Méhémet . Em,
» pereur , à Satalie en Caramanie.
» Mille idées triftes me chagrinent ,
» cher Sultan , depuis que vous vous
» êtes éloigné de ces lieux. Vous les
>> avez quittés plus promptement que
>>les oiſeaux les plus rapides ne parcou
> rentla voute azurée. Lorſque des fon-
>> ges déſagréables , ayant-coureurs des
>>peines que je devois reffentir, ont fuf-
>>>pendu mes ſens , prêts à fortir de leur
>> afſoupiſſement, & que la lumière du
>>jour , frappant les organes de la vue ,
→ m'a réveillée; mon âme , par un effor
>>naturel ,portée fortement vers l'objet
>>que j'adore , a conçu , ſans le ſecours
>>de perfonne , l'éloignement du prin-
» cipe de ſa félicité. Mes craintes ont été
>> bientôt juſtifiées ; & la première voix
» qui m'a fait entendre les accens que je
»redoutois, ne m'a laiſſfé d'autre ſen
>>timent que celui de la plus vive dou-
leur.
Il y a d'autres penſées Aſiatiques
dans cette Lettre,
AVRIL. 1764.
77
Dans la troiſième , où Méhémet écrit
à la Sultane Benfeid, du Camp devant
Conſtantinople , à Andrinople ,au ſujet
d'Halifury , Prince de Caramanie , fon
Tributaire , qui s'étoit révolté , & en-
ſuite ſoumis , il y a ces expreſſions qui
peignent bien le naturel fougneux de
ce Conquérant.
» Il marche actuellement vers l'Armé-
>> nie , & je ſouhaite que le feu qu'il y
>>porte dure juſques aux temps où le
» Ciel ,favorable à mes vœux , me per-
>> mettra d'y voler , pour l'éteindre dans
»le ſang de ceux qui m'ont offenfé.
Une Deſcription de Conſtantinople ,
embellie par des métaphores agréables
& juftes de la plus belle ſituation qui
ſoit fans contredit dans le monde, en
donne une idée magnifique. On juge de
la politique de Méhémet , par le choix
qu'il fit de Gennadius , le plus ſçavant
de tous les Grecs , pour l'inſtaller Pa-
triarche de Conſtantinople , en lui met-
tant le Bâton paſtoral entre les mains ,
en préſence des Chrétiens & des Turcs.
Irène , la plus belle créature de cette
vaſte Capitale , paroît ſur la ſcène. Dans
une Lettre que ce Prince lui écrit de
Scutari , il lui dit que » les Femmes font
>> comme des eſſences précieuſes , qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
"
>>ont plus d'odeurs lorſqu'elles font
>>plus renfermées , & auxquelles il ne
>> reſte aucune fuavité lorſqu'on leur
>>>laiſſe prendre l'air. On peut les com-
>> parer à une table où il y a des fruits
>> exquis qui aiguiſentl'appétit de ceux
>>qui les voient, quand même ils ſe-
>> roient rafſafiés. En Grèce , en Italie ,
>> en France , elles ont toutes fortes de
>>>libertés : elles vont & viennent ac-
>>>compagnées , ou feules ; elle caquè-
>>tenttantqu'elles veulent ; & les ſages
» Musulmans , qui ſçavent prévoir ce
>>qui peut leur arriver de fâcheux , dé-
>> fendent aux femmes les converſations
>>avec les hommes , de peur qu'elles ne
>> ſe laiſſent enchanter par les oreilles
>> comme les aſpics.
» Je veux que vous n'ayez rien à de-
>> firer , idole de mon âme ; je vous
>> donnerai bientôt des preuves de la
>> flamme dontje brûle pourvos célef-
>>>tes attraits , en vous traitant en Reine ;
» vous méritez d'être élevée au rang le
>>plus diftingué ; mon amour vous en
>> réſerve les honneurs , & une félicité
>> fans partage.
4 La deſcriptiondu fiége de Belgrade
en 1456 dans une lettre écrite par un
des Généraux de Méhémet au Gouver
AVRIL. 1764.
79
neur de Conſtantinople eſt intéreſſante
par les exploits du fameux Hunniade ,
qui obligea ce Prince à le lever après
y avoir perdu une partie de ſes troupes.
Ce Conquérant ,après avoir foumis
une partie du Péloponnéſe , alla voir
Athènes dont il écrit une lettre à Mizai
Paleologue , Prince Grec , unde ſesGé-
néraux.
>> J'ai conſidéré les édifices que les
>> temps même ont épargnés ; pénétré
>> de reſpect & d'admiration pour ces
>> lieux fameux par les Platon , les So-
>> crate , les Euclide ,les Démosthène, les
» Miltiade&tantd'autres génies immor-
>> tels,guerriers invincibles,que ces con-
>> trées ſi déchuesde leur première gran-
>> deur ont vu briller autre fois ; mon âme
» élevée par des tranſports dont je n'ai
» pas été le maître vers ces ombres di-
>>vines , leur a adreſſé les vœux que ma
» débile plume a tâché d'exprimer.
» Oh vous ! qui dans un repos éter-
>>>nel goûtez à des diſtances infinies de
>> ce globe où ne ſont que des êtres im-
>>matériels , la félicité inéffable que le
>> ſuprême Auteur de l'Univers vous
>> avoitréſervée pour vous récompenfer
» de vos vertus , recevez l'encens &
>> les hommages decelui qui n'ayant pu
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» par l'ordre des deſtinées en être le
>> témoin , forme des defirs pour votre
>>bonheur en regardant les reſtes de ces
>>Palais & de ces Temples plus heureux
>> que moi d'avoir entendu vos céleſtes
» accens.
;
CetOuvrage fait connoître Monceni-
go, le plus grand Général qu'ait jamais
eu la République de Veniſe. Il porta
la guerre dans les Provinces de l'Afie
Mineure de l'Empire Ottoman & cal-
ma les troubles du Royaume de Chy-
pre. C'eſt un Perſonnage illustre dont
Moréri ni ſes Commentateurs n'ont ja-
mais fait mention. Ufum-Caffan a été
* auſſi oublié , ainſi qu'une infinité d'au-
tres. On feroit un bon Ouvrage de ce
qui leur manque.
Ce Roi de Perſe eut des démêlés avec
Méhémet ; toutes les lettres qu'ils ſe font
écrites n'ont pu être que très-intéreſſan-
tes; il y en a ſix où le génie de ces
deux Princes eſt bien développé. Le Sul-
tan veut engager Ufum- Caffan à rom-
pre les engagemens quil a pris avec les
Princes Chrétiens. » Tes intérêts ne
>> peuvent toucher fincérement les Al .
>>liés que tu as été chercher dans des
>> climats qui te ſont fi peu connus ; ils
>> font trop éloignés de toi pour crain-
>>dre ta vangeance lorſqu'ils t'aban-
AVRIL. 1764.
81
>> donneront. Joignons plutôt nos ar-
» mes , & faiſons trembler l'Europe ;
>> renverſons les Empires qui depuis la
> décadence & la divifion de celui qui
>> leur donna une première origine y
>> fleuriſſent par les Arts & le Com-
>> merce du monde ; fubjuguons des
>>>Nations trop foibles pour nous ré-
>> ſiſter. Voilà quelle doit être l'ambi-
>> tion d'un Souverain tel que toi , &c.
Ufum-Caffan lui demande la Cappa-
doce & la ville de Trébiſonde qu'il a
envahies ſur ſon beau-père David Com-
nène; il les lui refuſe , & la guerre ſe
déclare entr'eux. Le Roi de Perſe lui
écrit une lettre dont on ne rapporte-
rai ici que quelques expreffions. Après
lui avoir dit qu'il voudroit armer contre
lui tous les Rois de la Terre, & lui avoir
reproché ſon injustice, il ajoute : » Ton
>> ambition ſans bornes , qui depuis que
>>>tu es monté ſur le Trône te porte à
>> attaquer indiſtinctement tous tes voi-
>> fins , m'a engagé dans la Ligue des
>>> Princes qui veulent en arrêter les
>> cruels effets. Tu remplis de meurtres
» & de carnage les plus belles Provin-
» ces de l'Europe & de l'Afie ; & la
>> pente fatale au genre humain , qui
t'entraîne à élever un trophée enfan-
Dv
:
82 MERCURE DE FRANCE .
>>glanté fur les débris des Nations fub-
>> juguées , ne sçauroit être arrêtée avec
>> trop de célérité. Je me ſouviens des
>> ravages que tu as faits en Perſe dans
>>ta dernière irruption. Tu vins te raf-
>> fafier de ſang & du plaiſir ſtérite &
>>> barbare de facrifier à une vangeance
>> aveugle un nombre infini de mes Su-
>> jets dont j'ai pleuré la mort. Ton âme
>> dont la férocité eſt inacceffible à la
>> commifération , ne t'a point arraché
»une larme pour la perte de tes Sol-
>>dats qui moururent ſous les coups des
» miens. Il y a des traits auſſi forts dans
le reste de la lettre.
La Bataille de Jerwrack que gagna
Méhémet fur le Roi de Perſe , eſt dé-
crite dans une lettre qu'écrivit le Sul-
tan.Mamut, fonGrand-Vifir , le diſſuada
d'entrer dans l'intérieur de ce Royau-
me , & il fut diſgracié pour lui avoir
fuggéré des conſeils contraires à fon
ambition.
Il y a des images agréables dans les
lettres de la Sultane Miltide , à Méhémet;.
furtout dans celle où elle tâche de l'at-
tirer à Conſtantinople pour qu'il puiffe
ſe délaſſer de ſes travaux.
Elle em-
ploye tout ce que le ſéjour de cette
belle Capitale a de plus ſéduisant pour
l'engager à yvenir.
AVRIL. 1764 .
و
83
La mort d'Ufum-Caffan , & les divi-
fions qu'elle occafionne entre ſes deux
enfans , offrent à Méhémet une belle oc-
cafion d'envahir un Royaume agite par
des guerres civiles ; ſes lettres & celles
fon Ambaſſadeur renfermentdesdétails
curieux. On voit ce Prince s'occuper
de cette conquête & de la punition du
Soudan d'Egypte , ancien Allié du Roi
de Perſe. Pendant qu'il médite les plus
vaſtes projets, & qu'il ſe met à la tête de
trois cent mille combattans pour les
éxécuter ; en entrant en Afie , il eſt
attaqué d'une colique près de Nicomé-
die , Ville de Bythinie , de laquelle il
mourut le 3 Mai 1481 & de l'Hégire
886 , après avoir vêcu 53 ans & en
avoir régné près de 32.
Il liſoit ſouvent l'Hiſtoire Romaine
furtout celle d'Auguste & des autres
Céfars. Il faiſoit ſes délices de celles
d'Alexandre , de Constantin , & de
Théodore ; il avoit beaucoup de goût
pour la Peinture & la Muſique , & fit
fleurir l'Agriculture : il parloit non
ſeulement l'Arabe
langue affectée à
fa Nation , mais encore la Perfane ,
la Grecque & l'Italienne.
Tout ce qui peut faire connoître
le génie & les mœurs d'une Nation ,
Dvi
84 MERCURE DE FRANCE.
doit exciter notre curioſité. Cet Ou
vrage eft dans ce cas, & mérite d'être lu,
par le caractère aſiatique qui le diftin-
gue de beaucoup d'autres qui ont été
écrits fur lamême matière. Le prix des
deux brochures eſt de 1 liv. 16 f.
Ottoman, enrichie de Lettres traduites
du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques,
historiques & politiques, écrites
tant par Méhémet II. Empereur Ottoman,
que par ses Généraux, ses Sultanes,
un de ses Ambassadeurs, &
Usum-Cassan, Roi de Perse, son
contemporain ; traduites du Grec & de
l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à
Constantinople, avec des notes intéressantes,
& une Histoire de la Vie de ce
Conquérant, par M. Belin de Monterzi ;
à Paris, chez Duchesne, rue S.
Jacques, au Temple du Goût, chez
Panckoucke, rue & à côté de la Comédie
Françoise, & chez Prault, quai de
Conti ; avec approbation ; 1764 ;
deux parties in-12 d'environ 150 pages
chacune.
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle
l'Auteur a eu le Manuscrit. Un
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur Polonois , homme de Lettres,
le tenoit d'un Pacha , Gouverneur de
Province , & ce Seigneur en a fait part
à l'Editeur. Ce dernier , trouvant que
ces Lettres parloient des Batailles , des
Siéges & des principaux événemens du
Règne de Méhémet II, a été obligé ,
pour en développer les caufes,de puiſer
dans pluſieursAuteurs de cet Empire les
notes qui y avoient rapport, & d'écrire
toute la Vie de ce Monarque. La véné-
ration que les Turcs ont toujours eue
pourun Prince qui a été le Fondateurde
leur vaſte Empire , & l'envie que les
Grecs ont eue d'écrire les événemens
extraordinaires dont ils ont été témoins,
font croire avec beaucoup de probabi-
lité & de vraiſemblance , la poſſibilité
des Manufcrits que l'on peut trouver fur
leRègne d'un des plus célébres Conqué-
rans qui ayent paru dans le monde.
Origine des Turcs. Des Peuples origi-
naires des Scites conquirentle Turquef-
tan , d'où ils prirent le nomde Turcs.
Ils ſe réunirent ſous Ottoman , qui , de
Lieutenant-Général d'Aladin , Souve-
rain d'Alep & de Damas , devint ſon
fucceffeur , & hérita de la Bythinie &
du pays voiſin du MontOlimpe. Deux
fiécles & dix règnes s'écoulerent juf-
+
AVRIL. 1764.
75
qu'au couronnement de Méhémet II.
Amurat II , ſon père , ſurpaſſa tous ſes
prédéceſſeurs; il laiſſa un grand Empire
à ſon fils , qui remplit l'Europe & l'Afie
de la terreur de fon nom. Il affermit ſon
Trône par la mortde deux de ſes frères.
Scanderbeg , Roi d'Albanie , retarda
long-temps les ſuccès de ce Prince ; &
ce futaprès ſa mort, qu'il conquit fur
fon fils Jean les Etats que les Vénitiens,
fidèles obfervateurs de leurs engage -
mens , défendirent avec autant d'inuti-
lité que de perſévérance. Pluſieurs Let-
tres parlent du Siége & de la Priſe de
Conſtantinople en 1453 , & endonnent
des détails curieux , qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. La première eſt écrite
parMéhémet à Benféid , Sultane , à An-
drinople.
» Divine Sultane , je ne vous ai point
>> dit adieu ; n'en ſoyez point inquiette.
Il lui rend compte des raiſons qui l'ont
obligéde la quitter.Il finit ainſi ſa Lettre:
>>je ſouhaite de terminer bientôt cette
» expédition , pour pouvoir retourner à
>>Andrinople , & vous donner de nou-
>> velles preuvesde matendreſſe. Je vou-
>> drois que la flame qui me dévore ,
>> brillante Sultane , put voler fur les
» aîles des agréables Zéphirs ; qu'elle
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>> pénétrât votre âme , & que l'extaſe
» du plaifir qu'elle vous feroit éprou-
» ver , durâtjuſqu'au moment de mon
→ arrivée.
Voici la réponſe en partie , les bornes
de ce Journal refferrant les Analyſes.
» Benféid, Sultane , à Méhémet . Em,
» pereur , à Satalie en Caramanie.
» Mille idées triftes me chagrinent ,
» cher Sultan , depuis que vous vous
» êtes éloigné de ces lieux. Vous les
>> avez quittés plus promptement que
>>les oiſeaux les plus rapides ne parcou
> rentla voute azurée. Lorſque des fon-
>> ges déſagréables , ayant-coureurs des
>>peines que je devois reffentir, ont fuf-
>>>pendu mes ſens , prêts à fortir de leur
>> afſoupiſſement, & que la lumière du
>>jour , frappant les organes de la vue ,
→ m'a réveillée; mon âme , par un effor
>>naturel ,portée fortement vers l'objet
>>que j'adore , a conçu , ſans le ſecours
>>de perfonne , l'éloignement du prin-
» cipe de ſa félicité. Mes craintes ont été
>> bientôt juſtifiées ; & la première voix
» qui m'a fait entendre les accens que je
»redoutois, ne m'a laiſſfé d'autre ſen
>>timent que celui de la plus vive dou-
leur.
Il y a d'autres penſées Aſiatiques
dans cette Lettre,
AVRIL. 1764.
77
Dans la troiſième , où Méhémet écrit
à la Sultane Benfeid, du Camp devant
Conſtantinople , à Andrinople ,au ſujet
d'Halifury , Prince de Caramanie , fon
Tributaire , qui s'étoit révolté , & en-
ſuite ſoumis , il y a ces expreſſions qui
peignent bien le naturel fougneux de
ce Conquérant.
» Il marche actuellement vers l'Armé-
>> nie , & je ſouhaite que le feu qu'il y
>>porte dure juſques aux temps où le
» Ciel ,favorable à mes vœux , me per-
>> mettra d'y voler , pour l'éteindre dans
»le ſang de ceux qui m'ont offenfé.
Une Deſcription de Conſtantinople ,
embellie par des métaphores agréables
& juftes de la plus belle ſituation qui
ſoit fans contredit dans le monde, en
donne une idée magnifique. On juge de
la politique de Méhémet , par le choix
qu'il fit de Gennadius , le plus ſçavant
de tous les Grecs , pour l'inſtaller Pa-
triarche de Conſtantinople , en lui met-
tant le Bâton paſtoral entre les mains ,
en préſence des Chrétiens & des Turcs.
Irène , la plus belle créature de cette
vaſte Capitale , paroît ſur la ſcène. Dans
une Lettre que ce Prince lui écrit de
Scutari , il lui dit que » les Femmes font
>> comme des eſſences précieuſes , qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
"
>>ont plus d'odeurs lorſqu'elles font
>>plus renfermées , & auxquelles il ne
>> reſte aucune fuavité lorſqu'on leur
>>>laiſſe prendre l'air. On peut les com-
>> parer à une table où il y a des fruits
>> exquis qui aiguiſentl'appétit de ceux
>>qui les voient, quand même ils ſe-
>> roient rafſafiés. En Grèce , en Italie ,
>> en France , elles ont toutes fortes de
>>>libertés : elles vont & viennent ac-
>>>compagnées , ou feules ; elle caquè-
>>tenttantqu'elles veulent ; & les ſages
» Musulmans , qui ſçavent prévoir ce
>>qui peut leur arriver de fâcheux , dé-
>> fendent aux femmes les converſations
>>avec les hommes , de peur qu'elles ne
>> ſe laiſſent enchanter par les oreilles
>> comme les aſpics.
» Je veux que vous n'ayez rien à de-
>> firer , idole de mon âme ; je vous
>> donnerai bientôt des preuves de la
>> flamme dontje brûle pourvos célef-
>>>tes attraits , en vous traitant en Reine ;
» vous méritez d'être élevée au rang le
>>plus diftingué ; mon amour vous en
>> réſerve les honneurs , & une félicité
>> fans partage.
4 La deſcriptiondu fiége de Belgrade
en 1456 dans une lettre écrite par un
des Généraux de Méhémet au Gouver
AVRIL. 1764.
79
neur de Conſtantinople eſt intéreſſante
par les exploits du fameux Hunniade ,
qui obligea ce Prince à le lever après
y avoir perdu une partie de ſes troupes.
Ce Conquérant ,après avoir foumis
une partie du Péloponnéſe , alla voir
Athènes dont il écrit une lettre à Mizai
Paleologue , Prince Grec , unde ſesGé-
néraux.
>> J'ai conſidéré les édifices que les
>> temps même ont épargnés ; pénétré
>> de reſpect & d'admiration pour ces
>> lieux fameux par les Platon , les So-
>> crate , les Euclide ,les Démosthène, les
» Miltiade&tantd'autres génies immor-
>> tels,guerriers invincibles,que ces con-
>> trées ſi déchuesde leur première gran-
>> deur ont vu briller autre fois ; mon âme
» élevée par des tranſports dont je n'ai
» pas été le maître vers ces ombres di-
>>vines , leur a adreſſé les vœux que ma
» débile plume a tâché d'exprimer.
» Oh vous ! qui dans un repos éter-
>>>nel goûtez à des diſtances infinies de
>> ce globe où ne ſont que des êtres im-
>>matériels , la félicité inéffable que le
>> ſuprême Auteur de l'Univers vous
>> avoitréſervée pour vous récompenfer
» de vos vertus , recevez l'encens &
>> les hommages decelui qui n'ayant pu
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» par l'ordre des deſtinées en être le
>> témoin , forme des defirs pour votre
>>bonheur en regardant les reſtes de ces
>>Palais & de ces Temples plus heureux
>> que moi d'avoir entendu vos céleſtes
» accens.
;
CetOuvrage fait connoître Monceni-
go, le plus grand Général qu'ait jamais
eu la République de Veniſe. Il porta
la guerre dans les Provinces de l'Afie
Mineure de l'Empire Ottoman & cal-
ma les troubles du Royaume de Chy-
pre. C'eſt un Perſonnage illustre dont
Moréri ni ſes Commentateurs n'ont ja-
mais fait mention. Ufum-Caffan a été
* auſſi oublié , ainſi qu'une infinité d'au-
tres. On feroit un bon Ouvrage de ce
qui leur manque.
Ce Roi de Perſe eut des démêlés avec
Méhémet ; toutes les lettres qu'ils ſe font
écrites n'ont pu être que très-intéreſſan-
tes; il y en a ſix où le génie de ces
deux Princes eſt bien développé. Le Sul-
tan veut engager Ufum- Caffan à rom-
pre les engagemens quil a pris avec les
Princes Chrétiens. » Tes intérêts ne
>> peuvent toucher fincérement les Al .
>>liés que tu as été chercher dans des
>> climats qui te ſont fi peu connus ; ils
>> font trop éloignés de toi pour crain-
>>dre ta vangeance lorſqu'ils t'aban-
AVRIL. 1764.
81
>> donneront. Joignons plutôt nos ar-
» mes , & faiſons trembler l'Europe ;
>> renverſons les Empires qui depuis la
> décadence & la divifion de celui qui
>> leur donna une première origine y
>> fleuriſſent par les Arts & le Com-
>> merce du monde ; fubjuguons des
>>>Nations trop foibles pour nous ré-
>> ſiſter. Voilà quelle doit être l'ambi-
>> tion d'un Souverain tel que toi , &c.
Ufum-Caffan lui demande la Cappa-
doce & la ville de Trébiſonde qu'il a
envahies ſur ſon beau-père David Com-
nène; il les lui refuſe , & la guerre ſe
déclare entr'eux. Le Roi de Perſe lui
écrit une lettre dont on ne rapporte-
rai ici que quelques expreffions. Après
lui avoir dit qu'il voudroit armer contre
lui tous les Rois de la Terre, & lui avoir
reproché ſon injustice, il ajoute : » Ton
>> ambition ſans bornes , qui depuis que
>>>tu es monté ſur le Trône te porte à
>> attaquer indiſtinctement tous tes voi-
>> fins , m'a engagé dans la Ligue des
>>> Princes qui veulent en arrêter les
>> cruels effets. Tu remplis de meurtres
» & de carnage les plus belles Provin-
» ces de l'Europe & de l'Afie ; & la
>> pente fatale au genre humain , qui
t'entraîne à élever un trophée enfan-
Dv
:
82 MERCURE DE FRANCE .
>>glanté fur les débris des Nations fub-
>> juguées , ne sçauroit être arrêtée avec
>> trop de célérité. Je me ſouviens des
>> ravages que tu as faits en Perſe dans
>>ta dernière irruption. Tu vins te raf-
>> fafier de ſang & du plaiſir ſtérite &
>>> barbare de facrifier à une vangeance
>> aveugle un nombre infini de mes Su-
>> jets dont j'ai pleuré la mort. Ton âme
>> dont la férocité eſt inacceffible à la
>> commifération , ne t'a point arraché
»une larme pour la perte de tes Sol-
>>dats qui moururent ſous les coups des
» miens. Il y a des traits auſſi forts dans
le reste de la lettre.
La Bataille de Jerwrack que gagna
Méhémet fur le Roi de Perſe , eſt dé-
crite dans une lettre qu'écrivit le Sul-
tan.Mamut, fonGrand-Vifir , le diſſuada
d'entrer dans l'intérieur de ce Royau-
me , & il fut diſgracié pour lui avoir
fuggéré des conſeils contraires à fon
ambition.
Il y a des images agréables dans les
lettres de la Sultane Miltide , à Méhémet;.
furtout dans celle où elle tâche de l'at-
tirer à Conſtantinople pour qu'il puiffe
ſe délaſſer de ſes travaux.
Elle em-
ploye tout ce que le ſéjour de cette
belle Capitale a de plus ſéduisant pour
l'engager à yvenir.
AVRIL. 1764 .
و
83
La mort d'Ufum-Caffan , & les divi-
fions qu'elle occafionne entre ſes deux
enfans , offrent à Méhémet une belle oc-
cafion d'envahir un Royaume agite par
des guerres civiles ; ſes lettres & celles
fon Ambaſſadeur renfermentdesdétails
curieux. On voit ce Prince s'occuper
de cette conquête & de la punition du
Soudan d'Egypte , ancien Allié du Roi
de Perſe. Pendant qu'il médite les plus
vaſtes projets, & qu'il ſe met à la tête de
trois cent mille combattans pour les
éxécuter ; en entrant en Afie , il eſt
attaqué d'une colique près de Nicomé-
die , Ville de Bythinie , de laquelle il
mourut le 3 Mai 1481 & de l'Hégire
886 , après avoir vêcu 53 ans & en
avoir régné près de 32.
Il liſoit ſouvent l'Hiſtoire Romaine
furtout celle d'Auguste & des autres
Céfars. Il faiſoit ſes délices de celles
d'Alexandre , de Constantin , & de
Théodore ; il avoit beaucoup de goût
pour la Peinture & la Muſique , & fit
fleurir l'Agriculture : il parloit non
ſeulement l'Arabe
langue affectée à
fa Nation , mais encore la Perfane ,
la Grecque & l'Italienne.
Tout ce qui peut faire connoître
le génie & les mœurs d'une Nation ,
Dvi
84 MERCURE DE FRANCE.
doit exciter notre curioſité. Cet Ou
vrage eft dans ce cas, & mérite d'être lu,
par le caractère aſiatique qui le diftin-
gue de beaucoup d'autres qui ont été
écrits fur lamême matière. Le prix des
deux brochures eſt de 1 liv. 16 f.
Fermer
3
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
4
p. 84-90
SUITE de l'Extrait de l'Ecole de Littérature.
Début :
PLUS nous avançons dans la lecture de cet Ouvrage estimable, plus [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Extrait de l'Ecole de Littérature.
SUITE de l'Extrait de l'Ecole
de Littérature.
PLUS nous avançons dans la lecture
de cet Ouvrage estimable, plus
nous fentons combien il eſt ſupérieur
à toutes les autres productions de ce
genre. Les cinquante Articles qui le
compoſent font , pour la plupart , au-
tantde morceaux de génie , qui exci-
tent dans l'âme du Lecteur des étincel-
les du beau feu qui les a produits. Non
ſeulement on y apprend les régles de
la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiſtoire,
&c ; mais on croit encore ſentir
naître en ſoi le defir d'être Poëte ,
Orateur, Hiſtorien , &d'en acquérit les
talens. Nous ne citerons aujourd'hui que
le morceau fur l'Ode , pour ne pas oc-
cuper trop de placedans leMercure de ce
mois , où nous avons encore un grand
(
AVRIL. 1764.
85
nombre d'autres Livres à annoncer.
» S'il y a eu peu de bonnes Odes
>> juſqu'à préſent, c'eſt que la plupartde
>> ceux qui en ont fait , connoiffent peu
>> ce genre de Poëme. Il ſuppoſe deux
>> qualités qu'on pofféde rarement fé-
» parées , & qu'on réunit plus rarement
>> encore : un grand ſens dans le plan ,
»& toute la fureur de l'enthouſiaſme
>> dans l'éxécution. Demandez à un Fai-
>> feur d'Odes quelle différence il y a
>>> entre une Ode & des Stances fur
>> un même ſujet? Je ſuis für qu'il fera
>> très-embarraſſe de ſatifaire à votre
>>queſtion. Je vais donc tâcher d'éclair-
> cir ce point de littérature.
» Un Poëte ſe propoſe décrire ſur un
>>Sujet , tel que l'inconſtance de l'A-
>> mour ou de la fortune , la perte d'un
» ami , ſon éloignement , le malheur
» de la condition des hommes ; &c.
>> Il lui vient une penſée qu'il renferme
dans un certain nombre de vers dé-
>>terminé , dont le mêlange des rimes ,
>> le repos & la meſure ſont fixés ; &
>> il a fait une Stance. Il lui vient une
>> ſeconde penſée qu'il rend de la même
>> manière ; une troiſieme , une qua-
» triéme de même ; & il a fait une
» ſeconde , une troifiéme , une qua
86 MERCURE DE FRANCE.
>> triéme Stance , & ainſi de ſuite. Il
>> compoſe autant de Stances qu'il lui
» vient d'idées , ſans que ſon Poëme
>>>aitd'autres limites , que la fécondité
» ou la ſtériilté de ſon eſprit. On peut
» ajouter à ces Stances , on en peut
retrancher , fans que le Poëme en ſoit
>> aucunement altéré
ce qui montre
>>que fesdifférentesparties ne ſontpoint
>> liées par une vue générale , qui ait
>>dirigé le Poëte tandis qu'il compofoit.
» Si après la première Strophe on lui
» eût demandé quelle étoit celle qui
>>devoit fuccéder , il n'auroit pas pû le
>> dire. C'eſt ainſi qu'il faut juger de la
>>plûpart de nos Odes , qui en portentle
» titre , & qui n'en ſont point. Qu'est-
>> ce donc qu'une Ode ? Un ouvrage
>> diftingué du Poëme en Stances par
>> la fublimité des idées ? Point du tout
➡ il y a des Stances très-fublimes , très-
» élevées. Par la chaleur & par l'enthou-
>> ſiaſme ? Ce n'eſt point encore cela : it
» y a des Stances qui font au plushaut
» degré de ces deux qualités. Par le fu-
» jet ? Nullement : on peut compoſer
» des Stances ou une Ode ſur le même
>> ſujet. Tout Poëme a ſon but , & l'Ode
>> a le ſien , mais auquel elle s'avance
>>d'une manière qui lui eſt propre.
AVRIL. 1764.
87
» C'eſt , ou un fimple & unique raiſon-
> nement , qui aſes différens membres ,
» & qu'on pourroittoujours réduire à la
>> forme du fyllogifme; ou une ſuite de
>>
raiſonnemens , enchaînés les uns aux
>> autres , & dirigés à la même confé-
>> quence. Voilà ce qui forme le plande
» l'Ode : il exiſte dans la tête du Poëte ,
>> avant qu'il prenne la plume. Voilà le
>> fil qui le conduira ſecrettement à tra-
» vers le dédale où l'enthouſiaſme le
>>précipitera. Ce fil qui doit être pré-
>>paré de fang froid , ſuppoſe beaucoup
>>de dialectique , un jugement ſain ,un
>> grand ſens , unepleine & entière con-
>>noiſſancede ſon objet. Tout ceci pré-
>>ſuppoſé , quel eſt enſuite le travail du
>> Poëte ? C'eſt de s'emparer des dif
> férens membres de fon raiſonnement ,
» de les prouver , de les rendre ſenſi-
>> bles , de les vivifier par les comparai-
>> fons , les apostrophes , les figures , les
>> images , les traits hiſtoriques , les é-
carts mêmes ,& les rentrées heureuſes
» & de génie : c'eſt de ſe porter tantôt
» ſur un lieu , tantôt ſur un autre : c'eſt
>dediſpoſerſes preuves dela manière la
>>plus rapide& la plus frappante : c'eſtde
>> quitter un moyen, de lereprendre avec
>> plus de force , de le quitter encore , &
>>de paſſer à un ſecond : c'eſtde ſe mon-
1
88 MERCURE DE FRANCE.
» trer Logicien quelquefois , plus fou-
>>ventde dérober ſa logique : c'eſtd'é-
>>taler toutle luxe,toutelamagnificence,
>> toute la pompe de fon imagination ,
>> de ſe livrer à toute la hardieſſe de l'ex-
>>preffion , d'éprouver &de faire éprou-
>> ver aux autres toute la violence du ſen-
>> timent & de la paffion ; toujours in-
>> certain dans ſa marche ,jamais égaré.
>> Comme tous les détails font attachés
» à une baſe , on ne peut rien ajouter ,
>> rien retrancher à ſon Poëme ſans le
>>mutiler. Les parties tiennent toutes
>>les unes aux autres par une chaîne
>> réfléchie & raiſonnée;& les acceffoi-
>> res ne font que des embelliſſemens
>> proportionnés par leur étendue à l'ou-
>> vrage entier. Imaginez le Poëte lyri-
» que , porté ſur Pégaſe à travers les
>>>airs : l'animal aîle & fougueux ſe
>> perd quelquefois dans la nue ; quel-
>>>quefois il plane , quelquefois il def-
>> cend ,& ſe jette à droite ou à gauche
» de ſon chemin ;
il rentre dans ſa
>> route & la fuit avec une rapidité in-
>>croyable. On lui remarque une foule
>> de mouvemens divers ; mais il a un
>> chemin tracé , interrompu , ſur lequel
>> il s'arrête , revient ou ferpente ; mais
» qu'il fuit , & qui lemène à un terme.
AVRIL. 1764.
89
Les Romains ſembloient incliner ,
>>par inconſtance , à tranſporter le fié-
>>ge de l'Empire de Rome à Troye.Ho-
>> race ſe propoſe de leur faire ſentir la
>> folie & même l'impiété de ce projet.
>> Comment s'y prend-ildans ſon ode ,
>> Firmum & tenacempropofiti virum ? II
>>débute par un éloge fublime de la
>> conſtance. C'eſt par cette vertu que
» Romulus , Fondateur de Rome , mé-
>> rita d'être admis au rangdes Dieux ,
>> malgré les obſtacles qui s'oppofoient
> à ſonApothéoſe. Il falloit vaincre la
>> haine cruelle que Junon portoit de
>> tout temps aux Troyens & à leurs
>> reſtes malheureux. Ce ne fut pas fans
>> peine qu'on y réuſſit ; mais fléchie
>>malgréelle , elle jura dans ſon reffen-
>> timent, que fi l'on achevoit de man-
>> quer à la fatisfaction qui lui étoit due ;
>> que ſi Romulus inſpiroit jamais à ſes
>> fiers deſcendans de relever les murs
»de la ville qu'elle haïſſoit , elle reffuf-
>> citeroit ſes Grecs ;qu'ils ſe raſſemble-
>> roient de rechef ; qu'ils ſe préſente-
>> roient devant la nouvelle Troye; que
>> ſes murs ſeroient renverſés , ſes Sou-
>> verains égorgés , ſes maiſons brulées ;
>>que la cendre en ſeroit arrofée du
>>>fang de ſes habitans ; que les hom-
90 MERCURE DE FRANCE.
>> mes mis à mort ſous les yeux de leurs
>> femmes & de leurs enfans leur ten-
>>> droient inutilement les bras ; & que
>>>les reſtes de ce Peuple infortuné ſe-
>>> roient conduits dans une captivité qui
» n'auroit point de fin. Ce fut ainſi
» que Junon parla ; ou plutôt ce fut
>> ainſi que le Poëte intimida ſes Con-
>>citoyens par la bouche d'une Déeffe
>>>irritée & jalouſe; & qu'il compofa
>> une Ode où tout ſe tientfi intime-
» ment , qu'on ne peut ni y ajouter ,
>> ni en retrancher une ſeule phrase.
» Malherbe l'a bien imité , & a bien
>> ſenti ce que c'étoit qu'une Ode , lorf-
>> qu'il invitoit Louis XIII à marcher
>> contre les rebelles Rochelois. Dans
» ce Poëme , le Monarque eſt Jupiter..
» Les rebelles ſont les Titans foulevés
» contre le Ciel. Le Poëte s'embarque
>> dans la guerre des Titans. Il la peint:
>>on le croit égaré , perdu; on ne ſyait
> comment il reviendra à ſon ſujet ; &
>>> tout-à-coup , par une heureuſe tran-
>> fition, on s'apperçoit qu'il ne l'a pas
» perdu de vue un inftant ,&c, &c,&c.
Après ces principes généraux , on
entre dans le détail des régles particu-
lières de l'Ode.
de Littérature.
PLUS nous avançons dans la lecture
de cet Ouvrage estimable, plus
nous fentons combien il eſt ſupérieur
à toutes les autres productions de ce
genre. Les cinquante Articles qui le
compoſent font , pour la plupart , au-
tantde morceaux de génie , qui exci-
tent dans l'âme du Lecteur des étincel-
les du beau feu qui les a produits. Non
ſeulement on y apprend les régles de
la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiſtoire,
&c ; mais on croit encore ſentir
naître en ſoi le defir d'être Poëte ,
Orateur, Hiſtorien , &d'en acquérit les
talens. Nous ne citerons aujourd'hui que
le morceau fur l'Ode , pour ne pas oc-
cuper trop de placedans leMercure de ce
mois , où nous avons encore un grand
(
AVRIL. 1764.
85
nombre d'autres Livres à annoncer.
» S'il y a eu peu de bonnes Odes
>> juſqu'à préſent, c'eſt que la plupartde
>> ceux qui en ont fait , connoiffent peu
>> ce genre de Poëme. Il ſuppoſe deux
>> qualités qu'on pofféde rarement fé-
» parées , & qu'on réunit plus rarement
>> encore : un grand ſens dans le plan ,
»& toute la fureur de l'enthouſiaſme
>> dans l'éxécution. Demandez à un Fai-
>> feur d'Odes quelle différence il y a
>>> entre une Ode & des Stances fur
>> un même ſujet? Je ſuis für qu'il fera
>> très-embarraſſe de ſatifaire à votre
>>queſtion. Je vais donc tâcher d'éclair-
> cir ce point de littérature.
» Un Poëte ſe propoſe décrire ſur un
>>Sujet , tel que l'inconſtance de l'A-
>> mour ou de la fortune , la perte d'un
» ami , ſon éloignement , le malheur
» de la condition des hommes ; &c.
>> Il lui vient une penſée qu'il renferme
dans un certain nombre de vers dé-
>>terminé , dont le mêlange des rimes ,
>> le repos & la meſure ſont fixés ; &
>> il a fait une Stance. Il lui vient une
>> ſeconde penſée qu'il rend de la même
>> manière ; une troiſieme , une qua-
» triéme de même ; & il a fait une
» ſeconde , une troifiéme , une qua
86 MERCURE DE FRANCE.
>> triéme Stance , & ainſi de ſuite. Il
>> compoſe autant de Stances qu'il lui
» vient d'idées , ſans que ſon Poëme
>>>aitd'autres limites , que la fécondité
» ou la ſtériilté de ſon eſprit. On peut
» ajouter à ces Stances , on en peut
retrancher , fans que le Poëme en ſoit
>> aucunement altéré
ce qui montre
>>que fesdifférentesparties ne ſontpoint
>> liées par une vue générale , qui ait
>>dirigé le Poëte tandis qu'il compofoit.
» Si après la première Strophe on lui
» eût demandé quelle étoit celle qui
>>devoit fuccéder , il n'auroit pas pû le
>> dire. C'eſt ainſi qu'il faut juger de la
>>plûpart de nos Odes , qui en portentle
» titre , & qui n'en ſont point. Qu'est-
>> ce donc qu'une Ode ? Un ouvrage
>> diftingué du Poëme en Stances par
>> la fublimité des idées ? Point du tout
➡ il y a des Stances très-fublimes , très-
» élevées. Par la chaleur & par l'enthou-
>> ſiaſme ? Ce n'eſt point encore cela : it
» y a des Stances qui font au plushaut
» degré de ces deux qualités. Par le fu-
» jet ? Nullement : on peut compoſer
» des Stances ou une Ode ſur le même
>> ſujet. Tout Poëme a ſon but , & l'Ode
>> a le ſien , mais auquel elle s'avance
>>d'une manière qui lui eſt propre.
AVRIL. 1764.
87
» C'eſt , ou un fimple & unique raiſon-
> nement , qui aſes différens membres ,
» & qu'on pourroittoujours réduire à la
>> forme du fyllogifme; ou une ſuite de
>>
raiſonnemens , enchaînés les uns aux
>> autres , & dirigés à la même confé-
>> quence. Voilà ce qui forme le plande
» l'Ode : il exiſte dans la tête du Poëte ,
>> avant qu'il prenne la plume. Voilà le
>> fil qui le conduira ſecrettement à tra-
» vers le dédale où l'enthouſiaſme le
>>précipitera. Ce fil qui doit être pré-
>>paré de fang froid , ſuppoſe beaucoup
>>de dialectique , un jugement ſain ,un
>> grand ſens , unepleine & entière con-
>>noiſſancede ſon objet. Tout ceci pré-
>>ſuppoſé , quel eſt enſuite le travail du
>> Poëte ? C'eſt de s'emparer des dif
> férens membres de fon raiſonnement ,
» de les prouver , de les rendre ſenſi-
>> bles , de les vivifier par les comparai-
>> fons , les apostrophes , les figures , les
>> images , les traits hiſtoriques , les é-
carts mêmes ,& les rentrées heureuſes
» & de génie : c'eſt de ſe porter tantôt
» ſur un lieu , tantôt ſur un autre : c'eſt
>dediſpoſerſes preuves dela manière la
>>plus rapide& la plus frappante : c'eſtde
>> quitter un moyen, de lereprendre avec
>> plus de force , de le quitter encore , &
>>de paſſer à un ſecond : c'eſtde ſe mon-
1
88 MERCURE DE FRANCE.
» trer Logicien quelquefois , plus fou-
>>ventde dérober ſa logique : c'eſtd'é-
>>taler toutle luxe,toutelamagnificence,
>> toute la pompe de fon imagination ,
>> de ſe livrer à toute la hardieſſe de l'ex-
>>preffion , d'éprouver &de faire éprou-
>> ver aux autres toute la violence du ſen-
>> timent & de la paffion ; toujours in-
>> certain dans ſa marche ,jamais égaré.
>> Comme tous les détails font attachés
» à une baſe , on ne peut rien ajouter ,
>> rien retrancher à ſon Poëme ſans le
>>mutiler. Les parties tiennent toutes
>>les unes aux autres par une chaîne
>> réfléchie & raiſonnée;& les acceffoi-
>> res ne font que des embelliſſemens
>> proportionnés par leur étendue à l'ou-
>> vrage entier. Imaginez le Poëte lyri-
» que , porté ſur Pégaſe à travers les
>>>airs : l'animal aîle & fougueux ſe
>> perd quelquefois dans la nue ; quel-
>>>quefois il plane , quelquefois il def-
>> cend ,& ſe jette à droite ou à gauche
» de ſon chemin ;
il rentre dans ſa
>> route & la fuit avec une rapidité in-
>>croyable. On lui remarque une foule
>> de mouvemens divers ; mais il a un
>> chemin tracé , interrompu , ſur lequel
>> il s'arrête , revient ou ferpente ; mais
» qu'il fuit , & qui lemène à un terme.
AVRIL. 1764.
89
Les Romains ſembloient incliner ,
>>par inconſtance , à tranſporter le fié-
>>ge de l'Empire de Rome à Troye.Ho-
>> race ſe propoſe de leur faire ſentir la
>> folie & même l'impiété de ce projet.
>> Comment s'y prend-ildans ſon ode ,
>> Firmum & tenacempropofiti virum ? II
>>débute par un éloge fublime de la
>> conſtance. C'eſt par cette vertu que
» Romulus , Fondateur de Rome , mé-
>> rita d'être admis au rangdes Dieux ,
>> malgré les obſtacles qui s'oppofoient
> à ſonApothéoſe. Il falloit vaincre la
>> haine cruelle que Junon portoit de
>> tout temps aux Troyens & à leurs
>> reſtes malheureux. Ce ne fut pas fans
>> peine qu'on y réuſſit ; mais fléchie
>>malgréelle , elle jura dans ſon reffen-
>> timent, que fi l'on achevoit de man-
>> quer à la fatisfaction qui lui étoit due ;
>> que ſi Romulus inſpiroit jamais à ſes
>> fiers deſcendans de relever les murs
»de la ville qu'elle haïſſoit , elle reffuf-
>> citeroit ſes Grecs ;qu'ils ſe raſſemble-
>> roient de rechef ; qu'ils ſe préſente-
>> roient devant la nouvelle Troye; que
>> ſes murs ſeroient renverſés , ſes Sou-
>> verains égorgés , ſes maiſons brulées ;
>>que la cendre en ſeroit arrofée du
>>>fang de ſes habitans ; que les hom-
90 MERCURE DE FRANCE.
>> mes mis à mort ſous les yeux de leurs
>> femmes & de leurs enfans leur ten-
>>> droient inutilement les bras ; & que
>>>les reſtes de ce Peuple infortuné ſe-
>>> roient conduits dans une captivité qui
» n'auroit point de fin. Ce fut ainſi
» que Junon parla ; ou plutôt ce fut
>> ainſi que le Poëte intimida ſes Con-
>>citoyens par la bouche d'une Déeffe
>>>irritée & jalouſe; & qu'il compofa
>> une Ode où tout ſe tientfi intime-
» ment , qu'on ne peut ni y ajouter ,
>> ni en retrancher une ſeule phrase.
» Malherbe l'a bien imité , & a bien
>> ſenti ce que c'étoit qu'une Ode , lorf-
>> qu'il invitoit Louis XIII à marcher
>> contre les rebelles Rochelois. Dans
» ce Poëme , le Monarque eſt Jupiter..
» Les rebelles ſont les Titans foulevés
» contre le Ciel. Le Poëte s'embarque
>> dans la guerre des Titans. Il la peint:
>>on le croit égaré , perdu; on ne ſyait
> comment il reviendra à ſon ſujet ; &
>>> tout-à-coup , par une heureuſe tran-
>> fition, on s'apperçoit qu'il ne l'a pas
» perdu de vue un inftant ,&c, &c,&c.
Après ces principes généraux , on
entre dans le détail des régles particu-
lières de l'Ode.
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5
p. 91
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
EPITRES à Messieurs d'Alembert, Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la [...]
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
EPITRES à Messieurs d'Alembert,
Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la
Haye, 1764.
Ces trois Epitres en vers font le fruit
dequelques momens de loiſirs que l'Au-
teur, qui ne ſe nommepas , à cru de-
voir conſacrer à la gloire des trois hom-
mes eſtimables à qui elles ſont adreſſées.
L'Epitre à M. d'Alembert a pour objet
l'invitation & les propoſitions qui lui
ont étéfaites par l'Impératrice de Ruffie,
pour l'engager à ſe charger de l'éduca-
tiondu Prince ſon fils. La nomination
de M. Thomas à la place de premier Se-
crétaire de Mgr le Duc de Praslin , eft
le ſujet de la ſeconde Epitre. La troi-
fiéme à M. d'Arget , eſt la prééminence
d'un bon caractère ſur les Talens. Ces
trois pièces joignent au mérite de la
Poëfie , celui du zèle & de la ſenſibilité.
EPITRES à Messieurs d'Alembert,
Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la
Haye, 1764.
Ces trois Epitres en vers font le fruit
dequelques momens de loiſirs que l'Au-
teur, qui ne ſe nommepas , à cru de-
voir conſacrer à la gloire des trois hom-
mes eſtimables à qui elles ſont adreſſées.
L'Epitre à M. d'Alembert a pour objet
l'invitation & les propoſitions qui lui
ont étéfaites par l'Impératrice de Ruffie,
pour l'engager à ſe charger de l'éduca-
tiondu Prince ſon fils. La nomination
de M. Thomas à la place de premier Se-
crétaire de Mgr le Duc de Praslin , eft
le ſujet de la ſeconde Epitre. La troi-
fiéme à M. d'Arget , eſt la prééminence
d'un bon caractère ſur les Talens. Ces
trois pièces joignent au mérite de la
Poëfie , celui du zèle & de la ſenſibilité.
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6
p. 91-93
« DAPHNIS & le premier Navigateur, Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand, [...] »
Début :
DAPHNIS & le premier Navigateur, Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « DAPHNIS & le premier Navigateur, Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand, [...] »
DAPHNIS & le premier Navigateur,
Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand,
par M. Huber ; à Paris , chez
Vincent , Imprimeur- Libraire , rue S.
Severin ; 1764 ; avec approbation &
92 MERCURE DE FRANCE.
privilége du Roi ; un vol. in- 12 , avec
de jolies gravures.
L'accueil favorable qu'ont obtenu du
Public les Traductions de pluſieurs Ou-
vrages de M. Geffner', donne lieu de
croire que l'on ne verra pas avec moins
de plaifir les deux morceaux réunis
dans ce volume. C'eſt par le Poëme de
Daphnis , que M. Geffner a commencé
à ſe faire connoître dans le Monde litté
raire. Cet Ouvrage parut pour la pre-
mière fois en 1755 , & depuis on en a
donné pluſieurs Editions. Rien n'en
égale la ſimplicité, quant au fond &
quant au ſtyle. Il ne s'y trouve ni in-
trigue , ni catastrophe , & cependantil
y règne le plus grand intérêt; l'Auteur
y a peint l'innocence , la candeur & la
vertu , de cette manière ſimple , noble
& touchante qui caractériſe les Ouvra
ges des Anciens. Le Poëme intitulé , le
premierNavigateur, a paru pour la pre-
mière fois en 1762 , dans la belle Edi-
tion que M. Geffner a donnée de tous ſes
Ouvrages. On verra dans ce dernier
morceau , que l'Auteur n'a pas ſeule-
ment l'art de mêler avec le plus grand
fuccès le fentiment à l'image , mais en-
core que perſonne n'a ſcu mieux que
lui transformer l'image même en fenti
AVRIL. 1764.
93
ment. Qu'on life , par exemple , dans le
ſecond chant de ce Poëme , comment
Eole ordonne aux Aquilons de former
un orage fur la tête de l'homme cou-
pable , pendant qu'il commande aux
Zéphirs de ſouffler ſur l'homme inno-
cent & champêtre , pour le rafraîchir
dans ſes travaux. Ces deux Poëmes ne
feront point déplacés à côté de celuide
la Mort d'Abel , Ouvrage du même Au-
teur,& formeront, avec ſes Idylles, une
collection curieuſe & néceſſaire dans
le cabinetd'un Amateur.
Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand,
par M. Huber ; à Paris , chez
Vincent , Imprimeur- Libraire , rue S.
Severin ; 1764 ; avec approbation &
92 MERCURE DE FRANCE.
privilége du Roi ; un vol. in- 12 , avec
de jolies gravures.
L'accueil favorable qu'ont obtenu du
Public les Traductions de pluſieurs Ou-
vrages de M. Geffner', donne lieu de
croire que l'on ne verra pas avec moins
de plaifir les deux morceaux réunis
dans ce volume. C'eſt par le Poëme de
Daphnis , que M. Geffner a commencé
à ſe faire connoître dans le Monde litté
raire. Cet Ouvrage parut pour la pre-
mière fois en 1755 , & depuis on en a
donné pluſieurs Editions. Rien n'en
égale la ſimplicité, quant au fond &
quant au ſtyle. Il ne s'y trouve ni in-
trigue , ni catastrophe , & cependantil
y règne le plus grand intérêt; l'Auteur
y a peint l'innocence , la candeur & la
vertu , de cette manière ſimple , noble
& touchante qui caractériſe les Ouvra
ges des Anciens. Le Poëme intitulé , le
premierNavigateur, a paru pour la pre-
mière fois en 1762 , dans la belle Edi-
tion que M. Geffner a donnée de tous ſes
Ouvrages. On verra dans ce dernier
morceau , que l'Auteur n'a pas ſeule-
ment l'art de mêler avec le plus grand
fuccès le fentiment à l'image , mais en-
core que perſonne n'a ſcu mieux que
lui transformer l'image même en fenti
AVRIL. 1764.
93
ment. Qu'on life , par exemple , dans le
ſecond chant de ce Poëme , comment
Eole ordonne aux Aquilons de former
un orage fur la tête de l'homme cou-
pable , pendant qu'il commande aux
Zéphirs de ſouffler ſur l'homme inno-
cent & champêtre , pour le rafraîchir
dans ſes travaux. Ces deux Poëmes ne
feront point déplacés à côté de celuide
la Mort d'Abel , Ouvrage du même Au-
teur,& formeront, avec ſes Idylles, une
collection curieuſe & néceſſaire dans
le cabinetd'un Amateur.
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7
p. 93-113
« ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...] »
Début :
ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...] »
ABRÉGÉ des Principes de Morale, &
des Règles de conduite qu'un Prêtre
doit fuivre pour bien adminiſtrer le
Sacrement de Pénitence ; par unEcclé-
ſiaſtique du Diocèce de B.... ; à Poi-
tiers, chez J. Felix Faucon , Imprimeur
de Mgr l'Evêque & du Clergé , place&
vis-à-vis l'Eglife Notre-Dame la Gran-
de; & à Paris , chez Ganeau , Libraire ,
rue & près de l'Egliſe de S. Severin ; un
vol. in-12 de 380 pages , 1763 ; avec
approbation & privilége du Roi.
Il paroît que le pieux Eccléſiaſtique
qui a compoſé cet Ouvrage , a connu
par expérience les maximes qu'on doit
obſerver dans le redoutable ministère du
94 MERCURE DE FRANCE.
Sacrement de Pénitence , & qu'il eſt
parfaitement inſtruit de tout ce qui eſt
requis pour éxercer utilement cette fonc-
tion. Il a raſſemblé dans cet Ecrit les
principes de la faine Morale ; il ena tiré
les plus juſtes conféquences ; il a facilité
aux jeunes Prêtres , qui travaillent dans
le ſacré Tribunal,les moyens de les met-
tre en pratique. Il eſt aiſé de compren-
dre combien ce Livre pourra être utile
aux Confeffeurs & aux Pénitens. Ceux-
ci y verront leurs devoirs clairement
expliqués ; ceux-là auront un guide für
pour ſe conduire eux-mêmes , & pour
faire marcher leurs Pénitens dans la voie
du ſalut , après les avoir tirés de l'état du
péché , par une abſolution falutaire. Les
matières de pratique y font traitées avec
autant de ſolidité que de préciſion ; on y
a recueilli avec ordre les points les plus
importans de la Morale.
RÉFLEXIONS militaires , par M. de
Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis, Mestre de Camp
de Cavalerie , Capitaine au Régiment du
Commiſſaire-Général , Membre de l'A-
cadémie des Sciences & Beaux-Arts de
la Ville de Béſiers ; à Paris , chez Du-
chefne , Libraire , rue S. Jacques , au
AVRIL. 1764.
95
Temple du Goût , & chez Durand ne-
veu , Libraire , rue S. Jacques , à la Sa-
geffe; 1764; avec approbation & pri-
vilége du Roi; brochure in-12 de 200
pages.
Les ſujets fur leſquels roulent ces Ré-
fléxions , font la Cavalerie , l'Officier
de Cavalerie , de Dragons , de Huſſards
&de toutes les Troupes à cheval , les
nouvelles Conſtitutions de la Cavalerie ,
l'éducation militaire , la Religion des
Anciens dans leurs Armées , la peine &
la récompenfe , le luxe dans le Militaire ,
l'amour de la gloire , la fubordination ,
la gaîté & l'enthouſiaſme néceſſaires aux
Gens de Guerre , le mariage des Offi-
ciers , les habits uniformes , les châti-
mens militaires , les connoiſſances mili-
taires des Anciens , les uſages & les ar-
mes des Anciens , les anciennes Cavale-
ries de différentes Nations , le cheval ,
le courage , la fauſſe émulation ou l'en-
vie. Tous ces différens Sujets nous ont
parus traités avec intelligence , & femés
de pluſieurs traits hiſtoriques , qui ren-
dent cette lecture très-curieuſe & très-
intéreſſante.
LESÉLÉMENS primitifs des Langues,
découverts par la comparaiſondes Raci-
96 MERCURE DE FRANCE.
nes de l'Hébreu avec celles du Grec , du
Latin & du François. Ouvrage dans le-
quel on éxamine la manière dont les
Langues ontpu ſe former , &ce qu'elles
peuvent avoir de commun; par M. Ber-
gier,Docteur en Théologie , Curédans
le Diocèſe de Besançon , à Paris , chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques , au
Chef S. Jean ; brochure in-12 de 350
pages; avec approbation & privilége
du Roi ; 1764.
Pluſieurs Sçavans avoient déja ſoup-
çonné que les Racines des Langues an-
ciennes pourroient bien être les mêmes
que cellesdes Langues modernes; mais
perſonnen'avoit encore tenté dele véri-
fier par un parallèle éxact & ſuivi,& c'eſt
cequ'entreprend M. Bergier , dans les
huit Differtations qui forment ce Re-
cueil , & qui traitent du changement
des Lettres dans la prononciation , de la
compofition des Mots , du Verbe ſub-
ſtantif, des Verbes hébreux & de leurs
Conjugaiſons, des différentes parties du
Diſcours , de la Syntaxe , du mêlange &
dela dérivation des Langues,& de l'uſa-
ge qu'onpeut fairedes racines.CetOuvra
ge nousparoît auſſi ingénieux que ſça-
vant,&propre à répandre beaucoup de
lumière ſur la ſcience de la Grammaire,
LES
AVRIL. 1764.
97
LES LOISIRS & Amusemens de ma
Solitude , Ouvrage moral ; à Laufane ,
& ſe trouve à Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; 1764 ; brochure in- 12 .
Cette Brochure contient des Penſées
détachées ſur divers ſujets de Morale , &
cinq ou fix Contes qui nous ont paru
très-bien écrits , & très- intéreſſans. On
dit que l'Ouvrage eſt d'un Militaire , qui
l'a compoſé dans ſes momens de loiſir.
Les Penſées & les Réfléxions qu'il pré-
ſente , ne font dictées , ni par une fauſſe
Philofophie , ni par un eſprit de Miſan-
tropie & de cauſticité. Tout y reſpire
l'honneur , la ſageſſe , l'humanité & l'a-
ménité des mœurs. Les gens de goût ne
trouveront d'autre défaut dans ce recueil
que d'être trop peu volumineux.
•DISSERTATION fur les Origines de
Toulouſe ; avec cette Epigraphe : Jam
feges eft ubi Trojafuit. Ovid. Ep. Penel.
Ulyf. à Avignon , chez Jean - Louis
Chambeau , Libraire - Imprimeur ; & fe
vend à Toulouse , chez Biroffe , Libraire,
à la Bible d'or ; 1764 ; brochure in-8°.
de 70 pages.
Cet Ecrit, plein de recherches ſça-
vantes , & qui préſente des vues nou-
I. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
velles , méritoit , par ce double titre,
d'être dédié à M. l'Abbé Barthelemy
qui a fait lui-même des découvertes fi
ſcavantes dans l'Antiquité. L'Auteur ,
M. Audibert , Vicaire de Verfeil , nous
paroît avoir examiné avec la plus ſcru-
puleuſe attention , les Monumens anti-
ques qui fontaux environs de Toulouſe ,
&dans Toulouſe même ; & compa-
rant enſuite ces reſtes de l'Antiquité ,
avec ce qu'ont dit d'anciens Ecrivains
,
il en tire des conféquences fûres , qui
jettent le plus grand jour fur pluſieurs
pointsdenotre Hiſtoire.
REMARQUES fur pluſieurs branches
de Commerce & de Navigation ; nou-
velle Edition , ſans nom d'Auteur , ni de
Ville , ni d'Imprimeur ; 1764 ; brochure
in- 12 , en deux parties. *
L'Auteur nous paroît très-inſtruit des
divers objets qui font la matière de cet
Ouvrage; & nous croyons que l'intérêt
public demande que l'on fafle fur-tout
attention à l'endroit où il eſt parlé de la
fortiedes grains hors du Royaume, fans
lalibertéde laquelle il eſt impoffible , dit
l'Auteur , que l'Agriculteur ſe relèvede
l'étatd'abattement ſous lequel il languit,
* Nous venons d'apprendre quel'on en trouve
des Exemplaires ,chez M. Simon , rue S. Jacques.
AVRIL. 1764.
THEQUELEL
LYON
*
par les impôts dont il le croit cha
Les Pêcheries méritent auſſi l'attention
du Lecteur ; & l'on ne sçauroit affez
recommander l'exemption de tous les
droits de conſommation ſur l'entrée du
Poiffon dans le Royaume.
VOLTAIRE , Poëme en vers libres ,
par M. le Clerc de Mont-Merci , Avocar
au Parlement , avec cette Epigraphe :
Omnia transformatfefe in miracula re-
rum. Virg. Georg. Sans nomde Ville ni
de Libraire ; mais on en trouve des
Exemplaires partout où ſe diſtribuent
les Nouveautés. Brochure in-8°. de 76
pages ; 1764.
Un Poëme dont M. de Voltaire eft
le Sujet & le Héros , eſt un objet trop
intéreſſant pour nous en tenir à une
fimple annonce ; nous en donnerons
donc un Extrait détaillé dans le Mer-
cure prochain , l'abondance des matiè-
res ne nous permettant pas de l'inférer
dans celui-ci.
LES SAISONS & les Jours , Poëmes ;
1764. On trouve des Exemplaires de
cetteBrochure in-12, chez Bauche , Li-
braire , quai des Auguſtins.
On a réuni ſous un titre très-court ,
de très-jolies Piéces qui traitent des mê-
E ij
*
TOO MERCURE DE FRANCE.
mes matières , qui avoient couru manuf
crites , & dont quelques -unes même
avoient déja été imprimées. On connoît
depuis longtemps les quatre parties du
Jour de M. de B..... Les quatre Saiſons
du même Auteur n'étoient pas auſſi pu-
bliques. Celles de M. Bernard & les
deux points du jour de M. de S. L.
étoient diſperſés dans divers volumes ,
& n'avoientparu que défigurés pardes
lacunes ou des fautes conſidérables. On
doit donc ſçavoir gré au Libraire qui
les a réunis en un ſeul volume , en
les réimprimant très - correctement &
fur du beau papier. Nous ne dirons
rien du mérite de ces différens mor- /
ceaux de Poësie , que tout homme de
goût ne peut ſe diſpenſer d'avoir dans
fon cabinet.
DICTIONNAIRE de Titres
originaux pour les Fiefs , les Domaines
du Roi , l'Hiſtoire , la Généalogie , &
généralement tous les objets qui con-
cernentle Gouvernementde l'Etat ; ou
inventaire général du Cabinet du Che-
valier Blondeau de Charnage , ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris Faubourg S. Germain , rue Gué-
négaud , à la porte cochère à côté de
AVRIL. 1764.
IOT
PHotel d'Artois , à Paris , de l'impri-
merie de Michel Lambert , rue & à
côté de la Comédie Françoiſe ; 1764;
avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 12 , de 200 pages.
Le Cabinet de M. Blondeau est com-
poſé de foixante-dix mille Titres , dont
environ foixante mille en originaux. Il
eſt diſtribué en 26 parties. Ce Diction-
naire commence par les Fiefs ; on don-
nera enfuite l'inventaire des Titres féo-
daux concernantles Archevêchés , Evê
chés , Abbayes , Prieurés , Chapitres ,
Cures, Communautés Religieuſes , &c.
On paffera enſuite à l'inventaire des
Titres concernant le Domaine ; & l'on
continuera celui des autres parties du
Cabinet; felon que les objets ſe pré-
fenteront. Tous les titres font rangés
par ordre alphabétique des noms des
Seigneuries pourles Fiefs,&desnoms de
Familles pour les Titres généalogiques.
TARIFS , ou comptes faits , con-
cernant les alliages & les bonifications
d'or & d'argent; par M. J. Xhrouet ;
à Paris , chez Guillyn , Libraire , Quai
des Auguſtins ; 1763 ; volume in-12.
La partie la plus délicate de l'Or-
févrerie étant les titres des matières
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
d'or & d'argent ; & leurs calculs , par
la grande juſteffe qu'ils éxigent , de-
venant extrêmement longs& difficiles ,
il n'est pas douteux qu'on ne les voie
avec plaifir réduits à une ſimple addi-
tion. C'eſt-là l'objet que l'Auteur s'eſt
propofé de remplir dans l'ouvrage que
nous annonçons. On y trouvera une
grande facilité pour mettre quelque Or
que ce puiffe être à 20 ,21 ,22 , 23 Ка-
rats ; & c. Le Livre est dédié à M. de
Gouve , Procreur Général en la Cour
des Monnoies. L'étendue de ſes lu-
mières dans cette partie , la juſteſſe de
fon difcernement , la place qu'il occu-
pe forment un préjugé favorable pour
çetOuvrage,qui ne peut être que d'une
très-grande utilité pour les Artiſtes qui
travaillent en or & en argent.
NÉCESSITÉ de penser à la mort, ou
Inftructions chrétiennes pour le temps
de la maladie ; Ouvrage non ſeulement
utile à ceux qui adminiſtrent les der-
niers Sacremens , & qui ont le ſoin
fpirituel des malades , mais encore aux
malades mêmes , & àceux qui leur don-
nentles ſecours temporels. On y a joint
l'Ordinaire de la Sainte Meſſe ,une
courte explication de l'Oraifon Domi
AVRIL. 1764.
103
nicale , une paraphraſe ſur les ſept
Pſeaumes de la Pénitence , les Prières
de l'adminiſtration du faint Viatique &
de l'Extrême- Onction, & les Prières des
Agonifans , en Latin & en François,ſe-
conde édition , revue , corrigée & aug-
mentée. A Senlis , & ſe vend à Paris
chez Desaint & Saillant , Libraires,rue
S. Jeande Beauvais ; Claude Hériſſant ,
Libraire-Imprimeur, rue Neuve Notre-
Dame , à la Croix d'Or ; & Hériſſant ,
rue S. Jacques , Imprimeur du Cabinet
duRoi 1764. AvecApprobation & Pri
vil. du Roi , Vol. in- 12 , d'environ 600
pages. Prix,21. broché & 2 1. 10 f. relié.
Ce Titre qui fait connoître ſuffifam-
ment l'objet & l'utilité de cet Ouvrage
édifiant , nous diſpenſe d'entrer dans
un plus grand détail.
INSTRUCTIONS familières en forme
d'entretiens , ſur les principaux objets
qui concernent la culture des Terres ;
Ouvrage à la fin duquel on trouvera
deux Mémoires fort intéreſſans ſur les
Bois ; par M. Thierriat , Conſeiller du
Roi , Garde-Marteau de la Maîtriſe des
Eaux & Forêts de Chaulny : avec cette
Epigraphe : Beatus ille qui procul nego-
tiis &c. Hor. A Paris, chez Mufierfils,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , quai des Auguſtins , au coin
de la rue Pavée , à S. Etienne ; 1763.
Brochure in-12. de 140 pages.
En faveur des enfans qu'on deſtine à
la culture des Terres , ce Livre est
par demandes & par réponſes. Les Maî
tres d'Ecole de Village pourront s'en
fervir pour leur apprendre à lire.
bien de l'Etat,
Ils
pourront même leur faire apprendre
par cœur les réponſes aux différentes
queſtions. Par ce moyen les enfans goû-
teront peu-à-peu-les principes de l'Au-
teur, connoîtront ce qu'ily a de mieux
dans les anciennes pratiques , & tra-
vailleront utilement pour eux & pour les
MÉMOIRES d'Azéma , contenant di-
verſes Anecdotes des régnes de Pierre-
lc- Grand , Empereur de Ruffie , & de
l'Impératrice Catherine ſon épouse , tra-
duits de Ruffe par M. Contant d'Orvil
le ; à Amſterdam , 1764 ; & fe trouvent
à Paris au Palais Royal , chez Mde la
Marche. Brochure en 2 parties in- 12.
Prix , 2 liv. 8 f.
Nous pourrons donnerun jour l'Ex-
trait de ce Roman nouveau.
LEÇONS de Phyſique Expérimentale,,
1
AVRIL. 1764 .
toutes les langues.
1ος
Tome VI. par M. l'Abbé Nollet, de l'A-
cadémie Royale des Sciences & Maître
de Phyſique & d'Hiſtoire Naturelle des
Enfans de France. Vol. in-12. de 527
pages , orné de 20 Planches en Taille-
douce bien déffinées & bien gravées.
A Paris , chez Hippolyte-LouisGuerin
& Louis-François Delatour, rue S. Jac-
ques , à S. Thomas d'Aquin ; 1764. Се
Volume contient quatre leçons , ſca-
voir la 18 , la 19,la 20 & la 21 qui eft
lå dernièrede cet Ouvrage.
La première de ces quatre leçons a
pour objet les mouvemens des.Aftres
& les phénomènes qui en réſultent ; la
2º traite des aimans tant naturels qu'ar-
tificiels; dans la 3 & dans la 4ª M. Lo
N. expoſeméthodiquement les phéno-
mènes de l'électricité , & fait voir par
un grand nombre d'exemples , qu'on
peutmaintenant rendre raiſon de toutes
ces merveilles , que bien des gens
croyent inexpliquables.
Il y a tout lieu de juger que ce volu
meaura lefort des autres qui ont été forr
accueillis du Public tant en France
que dans les païs étrangers. Ce Livre eff
८
devenu claſſique ;
il eſt traduit dans
Nous avons remarqué en parcou
Ey
31
106 MERCURE DE FRANCE .
rant le volume que nous annonçons,
que M. l'Abbé Nollet promet un Sup-
plément. En parlant de certaines quef-
tions , qu'il a été obligé d'omettre,
ou qu'il croit avoir un peu trop reſſer-
rées; mon deſſein , dit-il , eſt d'y reve-
>> nir ; ce fera dequoi former le Sup-
>> plément quej'ai promis dans ma Pré-
>>face , & que je regarde comme un en-
>> gagement que j'ai contracté , & dont
>> jedefire fort de pouvoir m'acquitter.
NOUVELLE Méthode pour aprendre
la langue Latine, par un ſyſtême ſi facile ,
qu'il eſt à la portée d'un enfant de cinq
àfix ans qui ſçait lire : & fi prompt qu'on
y fait plus de progrès en deux ou trois
années , qu'en huit ou dix , en ſuivant
la route ordinaire. Par M. Delaunai. 4
volumes in-8°. Prix , 18 liv. en feuilles,
A Paris , chez Gogué, Libraire , quai
desAuguſtins , au coin de la rue Pavée.
Et chez l'Auteur , Cloître S. Germain-
l'Auxerrois ; 1763 ; avec approbation &
pri ilége du Roi.
On délivre aux Souſcripteurs de cer
Ouvrage ces 4 volumes depuis le 15
Septembre 1761 : cependant l'Auteur
reçoit encore actuellement des plaintes
des Soufcripteurs des Provinces , qui
....
AVRIL. 1764.
107
diſent par leurs lettres qu'ils n'ont encore
que le premier Volume , quoiqu'ils ayent
payéletout , dès enſouſcrivant. Ce n'eſt
point la faute de l'Auteur , mais celle
des Commiffionnaires qui n'ont pas
retiré leurs volumes dans les temps in-
diqués. Néanmoins , comme il faut une
fin à tout , on avertit ici
les Souf-
cripteurs de faire retirer leurs volumes,
d'ici à la fin de Mars 1764
car ſans
cela ,& paffé ledit temps , leurs Souf-
criptions n'auront plus de valeur , &
ils perdrontce qu'ils auront avancé. En-
fin , pour que ces Souſcripteurs ne
puſſent point ignorerle préſent Avis ,
on l'a affiché pendant les mois de Jan-
vier , de Février & de Mars 1764 : &
on l'indiquera dans les Journaux litté-
raires.
ESSAL fur les Duchés de Lorraine&
de Bar , par M. Charles-LéopoldAn-
dreudeBeliftein , avec cette Epigraphe :
Natalefolum dulcedine cunctos
Ducit , & immemores nonfinit eſſe ſui.
Ovid.
A Amsterdam , & on en trouve des
Exemplaires à Paris chez Jorry , rue
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
& vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Brochure , petit in-8°. de 250 pages.
Ce Livre qui n'a point été imprimé
en France , contient 15 Chapitres dans
lesquels on traite de l'état phyſique &
politique , des Finances , de l'Etat Mili-
taire , de l'Agriculture , du Luxe , des
Manufactures
Lorraine.
25
du Commerce de la
L'ESPRIT des Monarques Philoſo-
phes , Marc-Aurele , Julien , Stanislas:
& Frédéric; àAmsterdam , & fe trouve
à Paris chez Vincent , rue S. Severin ;
1764. volume in- 12. de 430 pages.
Depuis Salomon , le Philofophe ,le
Sage par excellence , dont les écrits
font partie des Livres Canoniques ,
Hiſtoire ancienne ne fournit que deux
Monarques , Marc-Auréle & Julien , qui
ayent laiffé des Ouvrages de Philoſo--
phie Morale & Politique. Après tant de
ffécles écoulés depuis le régne de ces
grands hommes , nous avons l'avanta-
ge de les voir revivre dans, Stanislas le
bienfaisant , & Frédéric le Salomon du
Nord. En reuniffant fous un même
point de vue les penſées & les leçons de
ces quatre Monarques , on voit que le
deffein de l'Auteur n'a pas été de less
AVRIL. 1764.
1091
publier toutes. Il s'eſt ſeulement affu-
jetti au titre & à l'objet de ſon Ouvra-
ge; & il n'a extrait de leurs écrits, que
les maximes qui les caractériſent plus
effentiellement comme MonarquesPhi-
lofophes. Il y a dans ce recueil des cho-
fes qui demandent à être connues plus
-ſpécialement , & qui nous fourniront
pour le Mercure prochain , un Extrait
intéreſſant & agréable..
P. VIRGILII Maronis Opera , cum
notis brevioribus , ad ufumfcholarum ;
Parifus , apud Defaint & Saillant , vid
S. Joannis Bellovacenfis , Brocas &
Humblot , viá San-Jacobæá , adinfigne
capitis S. Joannis ; 1764 ; cum privi-
legio Regis. Vol. in- 12 , minorisformæ.
Cette nouvelle édition des œuvres de
Virgile , faite en faveur des écoliers de
tous les Colléges de France , furpaffe
fans contredit , en beauté & en cor.
rection , toutes celles qui juſqu'à pré-
ſent ont été en uſage dans les claffes.
Le caractère en eſt pet,le papier très--
blanc & l'édition très-portative ; voilà
pourla partie Typographique. Les notes
en ſont courtes , claires , & ne diſent
que ce qu'il faut ſçavoir pour l'intel-
ligence du Texte, On a ſuivi d'ailleurs .
110 MERCURE DE FRANCE.
les manufcrits les plus eſtimés , les édi-
tions les plus correctes , & les Com-
mentateurs les plus célébres, pour ne
préfenter que le véritable ſens de l'Au-
teur..
LE MONDE moral , ou Mémoires
pour fervir à l'Hiſtoire du Cœur hu-
main.
On connoît cet Ouvrage qui parut
il y a quatre ans ; c'eſt un Roman en
deux parties de feu M. l'Abbé Prévot :
nous ne le rappellons , que pour dire
qu'on vient d'en donner la fuite dont
nous rendrons compte inceffamment.
LE PHILOSOPHE Négre , & le ſe-
cretdes Grecs. Ouvragetrop néceſſaire;
endeux parties in- 12; Londres , 1764 ,
& à Paris , chez Prault petit-fils , Quai
des Auguſtins , àl'Immortalité.
C'eſt un petit Roman composé par
M. M... dans lequel on dévoile lesma-
nœuvres des Joueurs fripons.
L'HISTOIRE de l'Irlande , ancienne
& moderne , tirée des monumens les
plus authentiques ; par M. l'AbbéMa-
Geoghegan; àParis , chezAntoine Bou-
det, Imprimeur duRoi,rue S. Jacques,
AVRIL . 1764.
FIE
à la Bible d'Or ; avec Approbation &
Privilége du Roi , 3 vol. in-4°.
CetOuvrage qui a été donné volume
par volume , & dont le troifiéme paroît
nouvellement , mérite qu'on en faffe un
ou pluſieurs extraits ; auſſi nous propo-
fons-nous d'y revenir plus d'une fois.
ŒUVRES diverſes de M. l'Abbé Clé-
ment , C. D. S. L. D. L. à Paris , chez
ClaudeHeriffant , rue neuve Notre-Da-
me , à la Croix d'Or; 1764 , avec Appro
bation & Privilége du Roi ; brochure
in-12 de 200 pages.
M. l'Abbé Clément atortde croire ,
dans ſa Préface , qu'il trouvera peude
lecteurs ; ſes Œuvres poëtiques font de
nature à lui en procurer un grand nom-
bres. Premiérement elles sont très va-
riées , & par là très-capables de plaireà
pluſieurs claffes de lecteurs. Elles ont en
fecond lieu , toutes les qualités qui font
le mérite de ces fortes de petites Piéces ;
on y trouve de l'eſprit ,du fentiment ,
du goût & de la Poësie. A la tête du
recueil ſont placées des Odes ſacrées ,
dontle Sujet efſt tiré des Pſeaumes ; elles
fontfuiviesde quelques traductions des
Hymnes du Breviaire de Paris. En
1735 , l'Académie Françoiſe avoit pro-
172 MERCURE DE FRANCE.
poſé pour le prix de l'Ode , les progrès
de la Mufique sous le régne de LOUIS
LE GRAND. M. l'Abbé Clément eut
le prix ; & fon Ode qui tient un rang
diftingué dans ce recueil , exprime , par
des Strophes harmonieuſes , tous les,
charmes de la Muſique. Nous n'in-
diquerons pas tous les Sujets que l'Au-
teur a traités ; il y a dans cette bro-
chure plus de quatre-vingt Pieces , tant
Odes qu'Epîtres , Bouquets , Portraits ,
Etrennes, Placets , Epitaphes , Epithala-
mes , Epigrammes , Cantatilles , Ron-
deaux , Fables , &c. Nous en avons rap-
porté une dans leSupplémentaux Piéces
fugitives du Mercure de Mars dernier..
Elle nous paroiſſoit de ſaiſons alors
2.
&nous nous réſervions d'en faire con-
noître l'Auteur dans le Mercure de ce
mois. Cette Piéce où il eſt queſtion
d'une aventure de bal
,
donner une idée du goût de l'Auteur ,,
&dumérite des autres Piéces qui com-
poſent cette brochure..
<
REQUÊTE au Roi , par la Dame
veuve Calas , feuille in-4° , & in-8° ,
on en trouvedes exemplaires chez les
Libraires du Palais Royal.
fuffit pour
L'Hiſtoire des ſieurs & Dames Ca
AVRIL. 1764.
11.3%
Ins , que tout le monde connoît pré-
ſentement , étoit un Sujet bien propre
à faire naître des vers touchans &
pathétiques: auſſi eſt-celà ce qui diſtin-
gue principalement cette Requête en
Vers , compoſée par un Poëte qui ade
la chaleur & du ſentiment..
GAZETTE Littéraire de l'Europe. A
Paris , au Bureau de la Gazette de Fran
ce. Prix de la Souſcription , 24 liv. par
an , papier ordinaire , & de 30 liv. pa-
pier plus grand & plus fin.
L'objet de cet Ouvrage périodique
eſt d'annoncer tous, les Mercredis de
chaque ſemaine, dans une feuille in-8º
de ſeize pages d'impreſſion , les Livres
qui paroiffent tant en France que dans
les Pays Etrangers. Pour ceux de Fran-
ce onn'en donne que l'annonce & une:
courte notice. A l'égard des Livres
Etrangers , outre cette annonce, on pù-
bliera à la fin de chaque mois quatre
feuilles de fupplément,dans lesquelles on
renverra les Traductions entières & les
Analyfes détaillées des Ouvrages quis
mériteront d'être plus particulièrement
connus.
La première feuille de cette Gazette
aparu le Mercredi 7 du mois de Mars.
des Règles de conduite qu'un Prêtre
doit fuivre pour bien adminiſtrer le
Sacrement de Pénitence ; par unEcclé-
ſiaſtique du Diocèce de B.... ; à Poi-
tiers, chez J. Felix Faucon , Imprimeur
de Mgr l'Evêque & du Clergé , place&
vis-à-vis l'Eglife Notre-Dame la Gran-
de; & à Paris , chez Ganeau , Libraire ,
rue & près de l'Egliſe de S. Severin ; un
vol. in-12 de 380 pages , 1763 ; avec
approbation & privilége du Roi.
Il paroît que le pieux Eccléſiaſtique
qui a compoſé cet Ouvrage , a connu
par expérience les maximes qu'on doit
obſerver dans le redoutable ministère du
94 MERCURE DE FRANCE.
Sacrement de Pénitence , & qu'il eſt
parfaitement inſtruit de tout ce qui eſt
requis pour éxercer utilement cette fonc-
tion. Il a raſſemblé dans cet Ecrit les
principes de la faine Morale ; il ena tiré
les plus juſtes conféquences ; il a facilité
aux jeunes Prêtres , qui travaillent dans
le ſacré Tribunal,les moyens de les met-
tre en pratique. Il eſt aiſé de compren-
dre combien ce Livre pourra être utile
aux Confeffeurs & aux Pénitens. Ceux-
ci y verront leurs devoirs clairement
expliqués ; ceux-là auront un guide für
pour ſe conduire eux-mêmes , & pour
faire marcher leurs Pénitens dans la voie
du ſalut , après les avoir tirés de l'état du
péché , par une abſolution falutaire. Les
matières de pratique y font traitées avec
autant de ſolidité que de préciſion ; on y
a recueilli avec ordre les points les plus
importans de la Morale.
RÉFLEXIONS militaires , par M. de
Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis, Mestre de Camp
de Cavalerie , Capitaine au Régiment du
Commiſſaire-Général , Membre de l'A-
cadémie des Sciences & Beaux-Arts de
la Ville de Béſiers ; à Paris , chez Du-
chefne , Libraire , rue S. Jacques , au
AVRIL. 1764.
95
Temple du Goût , & chez Durand ne-
veu , Libraire , rue S. Jacques , à la Sa-
geffe; 1764; avec approbation & pri-
vilége du Roi; brochure in-12 de 200
pages.
Les ſujets fur leſquels roulent ces Ré-
fléxions , font la Cavalerie , l'Officier
de Cavalerie , de Dragons , de Huſſards
&de toutes les Troupes à cheval , les
nouvelles Conſtitutions de la Cavalerie ,
l'éducation militaire , la Religion des
Anciens dans leurs Armées , la peine &
la récompenfe , le luxe dans le Militaire ,
l'amour de la gloire , la fubordination ,
la gaîté & l'enthouſiaſme néceſſaires aux
Gens de Guerre , le mariage des Offi-
ciers , les habits uniformes , les châti-
mens militaires , les connoiſſances mili-
taires des Anciens , les uſages & les ar-
mes des Anciens , les anciennes Cavale-
ries de différentes Nations , le cheval ,
le courage , la fauſſe émulation ou l'en-
vie. Tous ces différens Sujets nous ont
parus traités avec intelligence , & femés
de pluſieurs traits hiſtoriques , qui ren-
dent cette lecture très-curieuſe & très-
intéreſſante.
LESÉLÉMENS primitifs des Langues,
découverts par la comparaiſondes Raci-
96 MERCURE DE FRANCE.
nes de l'Hébreu avec celles du Grec , du
Latin & du François. Ouvrage dans le-
quel on éxamine la manière dont les
Langues ontpu ſe former , &ce qu'elles
peuvent avoir de commun; par M. Ber-
gier,Docteur en Théologie , Curédans
le Diocèſe de Besançon , à Paris , chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques , au
Chef S. Jean ; brochure in-12 de 350
pages; avec approbation & privilége
du Roi ; 1764.
Pluſieurs Sçavans avoient déja ſoup-
çonné que les Racines des Langues an-
ciennes pourroient bien être les mêmes
que cellesdes Langues modernes; mais
perſonnen'avoit encore tenté dele véri-
fier par un parallèle éxact & ſuivi,& c'eſt
cequ'entreprend M. Bergier , dans les
huit Differtations qui forment ce Re-
cueil , & qui traitent du changement
des Lettres dans la prononciation , de la
compofition des Mots , du Verbe ſub-
ſtantif, des Verbes hébreux & de leurs
Conjugaiſons, des différentes parties du
Diſcours , de la Syntaxe , du mêlange &
dela dérivation des Langues,& de l'uſa-
ge qu'onpeut fairedes racines.CetOuvra
ge nousparoît auſſi ingénieux que ſça-
vant,&propre à répandre beaucoup de
lumière ſur la ſcience de la Grammaire,
LES
AVRIL. 1764.
97
LES LOISIRS & Amusemens de ma
Solitude , Ouvrage moral ; à Laufane ,
& ſe trouve à Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; 1764 ; brochure in- 12 .
Cette Brochure contient des Penſées
détachées ſur divers ſujets de Morale , &
cinq ou fix Contes qui nous ont paru
très-bien écrits , & très- intéreſſans. On
dit que l'Ouvrage eſt d'un Militaire , qui
l'a compoſé dans ſes momens de loiſir.
Les Penſées & les Réfléxions qu'il pré-
ſente , ne font dictées , ni par une fauſſe
Philofophie , ni par un eſprit de Miſan-
tropie & de cauſticité. Tout y reſpire
l'honneur , la ſageſſe , l'humanité & l'a-
ménité des mœurs. Les gens de goût ne
trouveront d'autre défaut dans ce recueil
que d'être trop peu volumineux.
•DISSERTATION fur les Origines de
Toulouſe ; avec cette Epigraphe : Jam
feges eft ubi Trojafuit. Ovid. Ep. Penel.
Ulyf. à Avignon , chez Jean - Louis
Chambeau , Libraire - Imprimeur ; & fe
vend à Toulouse , chez Biroffe , Libraire,
à la Bible d'or ; 1764 ; brochure in-8°.
de 70 pages.
Cet Ecrit, plein de recherches ſça-
vantes , & qui préſente des vues nou-
I. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
velles , méritoit , par ce double titre,
d'être dédié à M. l'Abbé Barthelemy
qui a fait lui-même des découvertes fi
ſcavantes dans l'Antiquité. L'Auteur ,
M. Audibert , Vicaire de Verfeil , nous
paroît avoir examiné avec la plus ſcru-
puleuſe attention , les Monumens anti-
ques qui fontaux environs de Toulouſe ,
&dans Toulouſe même ; & compa-
rant enſuite ces reſtes de l'Antiquité ,
avec ce qu'ont dit d'anciens Ecrivains
,
il en tire des conféquences fûres , qui
jettent le plus grand jour fur pluſieurs
pointsdenotre Hiſtoire.
REMARQUES fur pluſieurs branches
de Commerce & de Navigation ; nou-
velle Edition , ſans nom d'Auteur , ni de
Ville , ni d'Imprimeur ; 1764 ; brochure
in- 12 , en deux parties. *
L'Auteur nous paroît très-inſtruit des
divers objets qui font la matière de cet
Ouvrage; & nous croyons que l'intérêt
public demande que l'on fafle fur-tout
attention à l'endroit où il eſt parlé de la
fortiedes grains hors du Royaume, fans
lalibertéde laquelle il eſt impoffible , dit
l'Auteur , que l'Agriculteur ſe relèvede
l'étatd'abattement ſous lequel il languit,
* Nous venons d'apprendre quel'on en trouve
des Exemplaires ,chez M. Simon , rue S. Jacques.
AVRIL. 1764.
THEQUELEL
LYON
*
par les impôts dont il le croit cha
Les Pêcheries méritent auſſi l'attention
du Lecteur ; & l'on ne sçauroit affez
recommander l'exemption de tous les
droits de conſommation ſur l'entrée du
Poiffon dans le Royaume.
VOLTAIRE , Poëme en vers libres ,
par M. le Clerc de Mont-Merci , Avocar
au Parlement , avec cette Epigraphe :
Omnia transformatfefe in miracula re-
rum. Virg. Georg. Sans nomde Ville ni
de Libraire ; mais on en trouve des
Exemplaires partout où ſe diſtribuent
les Nouveautés. Brochure in-8°. de 76
pages ; 1764.
Un Poëme dont M. de Voltaire eft
le Sujet & le Héros , eſt un objet trop
intéreſſant pour nous en tenir à une
fimple annonce ; nous en donnerons
donc un Extrait détaillé dans le Mer-
cure prochain , l'abondance des matiè-
res ne nous permettant pas de l'inférer
dans celui-ci.
LES SAISONS & les Jours , Poëmes ;
1764. On trouve des Exemplaires de
cetteBrochure in-12, chez Bauche , Li-
braire , quai des Auguſtins.
On a réuni ſous un titre très-court ,
de très-jolies Piéces qui traitent des mê-
E ij
*
TOO MERCURE DE FRANCE.
mes matières , qui avoient couru manuf
crites , & dont quelques -unes même
avoient déja été imprimées. On connoît
depuis longtemps les quatre parties du
Jour de M. de B..... Les quatre Saiſons
du même Auteur n'étoient pas auſſi pu-
bliques. Celles de M. Bernard & les
deux points du jour de M. de S. L.
étoient diſperſés dans divers volumes ,
& n'avoientparu que défigurés pardes
lacunes ou des fautes conſidérables. On
doit donc ſçavoir gré au Libraire qui
les a réunis en un ſeul volume , en
les réimprimant très - correctement &
fur du beau papier. Nous ne dirons
rien du mérite de ces différens mor- /
ceaux de Poësie , que tout homme de
goût ne peut ſe diſpenſer d'avoir dans
fon cabinet.
DICTIONNAIRE de Titres
originaux pour les Fiefs , les Domaines
du Roi , l'Hiſtoire , la Généalogie , &
généralement tous les objets qui con-
cernentle Gouvernementde l'Etat ; ou
inventaire général du Cabinet du Che-
valier Blondeau de Charnage , ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris Faubourg S. Germain , rue Gué-
négaud , à la porte cochère à côté de
AVRIL. 1764.
IOT
PHotel d'Artois , à Paris , de l'impri-
merie de Michel Lambert , rue & à
côté de la Comédie Françoiſe ; 1764;
avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 12 , de 200 pages.
Le Cabinet de M. Blondeau est com-
poſé de foixante-dix mille Titres , dont
environ foixante mille en originaux. Il
eſt diſtribué en 26 parties. Ce Diction-
naire commence par les Fiefs ; on don-
nera enfuite l'inventaire des Titres féo-
daux concernantles Archevêchés , Evê
chés , Abbayes , Prieurés , Chapitres ,
Cures, Communautés Religieuſes , &c.
On paffera enſuite à l'inventaire des
Titres concernant le Domaine ; & l'on
continuera celui des autres parties du
Cabinet; felon que les objets ſe pré-
fenteront. Tous les titres font rangés
par ordre alphabétique des noms des
Seigneuries pourles Fiefs,&desnoms de
Familles pour les Titres généalogiques.
TARIFS , ou comptes faits , con-
cernant les alliages & les bonifications
d'or & d'argent; par M. J. Xhrouet ;
à Paris , chez Guillyn , Libraire , Quai
des Auguſtins ; 1763 ; volume in-12.
La partie la plus délicate de l'Or-
févrerie étant les titres des matières
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
d'or & d'argent ; & leurs calculs , par
la grande juſteffe qu'ils éxigent , de-
venant extrêmement longs& difficiles ,
il n'est pas douteux qu'on ne les voie
avec plaifir réduits à une ſimple addi-
tion. C'eſt-là l'objet que l'Auteur s'eſt
propofé de remplir dans l'ouvrage que
nous annonçons. On y trouvera une
grande facilité pour mettre quelque Or
que ce puiffe être à 20 ,21 ,22 , 23 Ка-
rats ; & c. Le Livre est dédié à M. de
Gouve , Procreur Général en la Cour
des Monnoies. L'étendue de ſes lu-
mières dans cette partie , la juſteſſe de
fon difcernement , la place qu'il occu-
pe forment un préjugé favorable pour
çetOuvrage,qui ne peut être que d'une
très-grande utilité pour les Artiſtes qui
travaillent en or & en argent.
NÉCESSITÉ de penser à la mort, ou
Inftructions chrétiennes pour le temps
de la maladie ; Ouvrage non ſeulement
utile à ceux qui adminiſtrent les der-
niers Sacremens , & qui ont le ſoin
fpirituel des malades , mais encore aux
malades mêmes , & àceux qui leur don-
nentles ſecours temporels. On y a joint
l'Ordinaire de la Sainte Meſſe ,une
courte explication de l'Oraifon Domi
AVRIL. 1764.
103
nicale , une paraphraſe ſur les ſept
Pſeaumes de la Pénitence , les Prières
de l'adminiſtration du faint Viatique &
de l'Extrême- Onction, & les Prières des
Agonifans , en Latin & en François,ſe-
conde édition , revue , corrigée & aug-
mentée. A Senlis , & ſe vend à Paris
chez Desaint & Saillant , Libraires,rue
S. Jeande Beauvais ; Claude Hériſſant ,
Libraire-Imprimeur, rue Neuve Notre-
Dame , à la Croix d'Or ; & Hériſſant ,
rue S. Jacques , Imprimeur du Cabinet
duRoi 1764. AvecApprobation & Pri
vil. du Roi , Vol. in- 12 , d'environ 600
pages. Prix,21. broché & 2 1. 10 f. relié.
Ce Titre qui fait connoître ſuffifam-
ment l'objet & l'utilité de cet Ouvrage
édifiant , nous diſpenſe d'entrer dans
un plus grand détail.
INSTRUCTIONS familières en forme
d'entretiens , ſur les principaux objets
qui concernent la culture des Terres ;
Ouvrage à la fin duquel on trouvera
deux Mémoires fort intéreſſans ſur les
Bois ; par M. Thierriat , Conſeiller du
Roi , Garde-Marteau de la Maîtriſe des
Eaux & Forêts de Chaulny : avec cette
Epigraphe : Beatus ille qui procul nego-
tiis &c. Hor. A Paris, chez Mufierfils,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , quai des Auguſtins , au coin
de la rue Pavée , à S. Etienne ; 1763.
Brochure in-12. de 140 pages.
En faveur des enfans qu'on deſtine à
la culture des Terres , ce Livre est
par demandes & par réponſes. Les Maî
tres d'Ecole de Village pourront s'en
fervir pour leur apprendre à lire.
bien de l'Etat,
Ils
pourront même leur faire apprendre
par cœur les réponſes aux différentes
queſtions. Par ce moyen les enfans goû-
teront peu-à-peu-les principes de l'Au-
teur, connoîtront ce qu'ily a de mieux
dans les anciennes pratiques , & tra-
vailleront utilement pour eux & pour les
MÉMOIRES d'Azéma , contenant di-
verſes Anecdotes des régnes de Pierre-
lc- Grand , Empereur de Ruffie , & de
l'Impératrice Catherine ſon épouse , tra-
duits de Ruffe par M. Contant d'Orvil
le ; à Amſterdam , 1764 ; & fe trouvent
à Paris au Palais Royal , chez Mde la
Marche. Brochure en 2 parties in- 12.
Prix , 2 liv. 8 f.
Nous pourrons donnerun jour l'Ex-
trait de ce Roman nouveau.
LEÇONS de Phyſique Expérimentale,,
1
AVRIL. 1764 .
toutes les langues.
1ος
Tome VI. par M. l'Abbé Nollet, de l'A-
cadémie Royale des Sciences & Maître
de Phyſique & d'Hiſtoire Naturelle des
Enfans de France. Vol. in-12. de 527
pages , orné de 20 Planches en Taille-
douce bien déffinées & bien gravées.
A Paris , chez Hippolyte-LouisGuerin
& Louis-François Delatour, rue S. Jac-
ques , à S. Thomas d'Aquin ; 1764. Се
Volume contient quatre leçons , ſca-
voir la 18 , la 19,la 20 & la 21 qui eft
lå dernièrede cet Ouvrage.
La première de ces quatre leçons a
pour objet les mouvemens des.Aftres
& les phénomènes qui en réſultent ; la
2º traite des aimans tant naturels qu'ar-
tificiels; dans la 3 & dans la 4ª M. Lo
N. expoſeméthodiquement les phéno-
mènes de l'électricité , & fait voir par
un grand nombre d'exemples , qu'on
peutmaintenant rendre raiſon de toutes
ces merveilles , que bien des gens
croyent inexpliquables.
Il y a tout lieu de juger que ce volu
meaura lefort des autres qui ont été forr
accueillis du Public tant en France
que dans les païs étrangers. Ce Livre eff
८
devenu claſſique ;
il eſt traduit dans
Nous avons remarqué en parcou
Ey
31
106 MERCURE DE FRANCE .
rant le volume que nous annonçons,
que M. l'Abbé Nollet promet un Sup-
plément. En parlant de certaines quef-
tions , qu'il a été obligé d'omettre,
ou qu'il croit avoir un peu trop reſſer-
rées; mon deſſein , dit-il , eſt d'y reve-
>> nir ; ce fera dequoi former le Sup-
>> plément quej'ai promis dans ma Pré-
>>face , & que je regarde comme un en-
>> gagement que j'ai contracté , & dont
>> jedefire fort de pouvoir m'acquitter.
NOUVELLE Méthode pour aprendre
la langue Latine, par un ſyſtême ſi facile ,
qu'il eſt à la portée d'un enfant de cinq
àfix ans qui ſçait lire : & fi prompt qu'on
y fait plus de progrès en deux ou trois
années , qu'en huit ou dix , en ſuivant
la route ordinaire. Par M. Delaunai. 4
volumes in-8°. Prix , 18 liv. en feuilles,
A Paris , chez Gogué, Libraire , quai
desAuguſtins , au coin de la rue Pavée.
Et chez l'Auteur , Cloître S. Germain-
l'Auxerrois ; 1763 ; avec approbation &
pri ilége du Roi.
On délivre aux Souſcripteurs de cer
Ouvrage ces 4 volumes depuis le 15
Septembre 1761 : cependant l'Auteur
reçoit encore actuellement des plaintes
des Soufcripteurs des Provinces , qui
....
AVRIL. 1764.
107
diſent par leurs lettres qu'ils n'ont encore
que le premier Volume , quoiqu'ils ayent
payéletout , dès enſouſcrivant. Ce n'eſt
point la faute de l'Auteur , mais celle
des Commiffionnaires qui n'ont pas
retiré leurs volumes dans les temps in-
diqués. Néanmoins , comme il faut une
fin à tout , on avertit ici
les Souf-
cripteurs de faire retirer leurs volumes,
d'ici à la fin de Mars 1764
car ſans
cela ,& paffé ledit temps , leurs Souf-
criptions n'auront plus de valeur , &
ils perdrontce qu'ils auront avancé. En-
fin , pour que ces Souſcripteurs ne
puſſent point ignorerle préſent Avis ,
on l'a affiché pendant les mois de Jan-
vier , de Février & de Mars 1764 : &
on l'indiquera dans les Journaux litté-
raires.
ESSAL fur les Duchés de Lorraine&
de Bar , par M. Charles-LéopoldAn-
dreudeBeliftein , avec cette Epigraphe :
Natalefolum dulcedine cunctos
Ducit , & immemores nonfinit eſſe ſui.
Ovid.
A Amsterdam , & on en trouve des
Exemplaires à Paris chez Jorry , rue
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
& vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Brochure , petit in-8°. de 250 pages.
Ce Livre qui n'a point été imprimé
en France , contient 15 Chapitres dans
lesquels on traite de l'état phyſique &
politique , des Finances , de l'Etat Mili-
taire , de l'Agriculture , du Luxe , des
Manufactures
Lorraine.
25
du Commerce de la
L'ESPRIT des Monarques Philoſo-
phes , Marc-Aurele , Julien , Stanislas:
& Frédéric; àAmsterdam , & fe trouve
à Paris chez Vincent , rue S. Severin ;
1764. volume in- 12. de 430 pages.
Depuis Salomon , le Philofophe ,le
Sage par excellence , dont les écrits
font partie des Livres Canoniques ,
Hiſtoire ancienne ne fournit que deux
Monarques , Marc-Auréle & Julien , qui
ayent laiffé des Ouvrages de Philoſo--
phie Morale & Politique. Après tant de
ffécles écoulés depuis le régne de ces
grands hommes , nous avons l'avanta-
ge de les voir revivre dans, Stanislas le
bienfaisant , & Frédéric le Salomon du
Nord. En reuniffant fous un même
point de vue les penſées & les leçons de
ces quatre Monarques , on voit que le
deffein de l'Auteur n'a pas été de less
AVRIL. 1764.
1091
publier toutes. Il s'eſt ſeulement affu-
jetti au titre & à l'objet de ſon Ouvra-
ge; & il n'a extrait de leurs écrits, que
les maximes qui les caractériſent plus
effentiellement comme MonarquesPhi-
lofophes. Il y a dans ce recueil des cho-
fes qui demandent à être connues plus
-ſpécialement , & qui nous fourniront
pour le Mercure prochain , un Extrait
intéreſſant & agréable..
P. VIRGILII Maronis Opera , cum
notis brevioribus , ad ufumfcholarum ;
Parifus , apud Defaint & Saillant , vid
S. Joannis Bellovacenfis , Brocas &
Humblot , viá San-Jacobæá , adinfigne
capitis S. Joannis ; 1764 ; cum privi-
legio Regis. Vol. in- 12 , minorisformæ.
Cette nouvelle édition des œuvres de
Virgile , faite en faveur des écoliers de
tous les Colléges de France , furpaffe
fans contredit , en beauté & en cor.
rection , toutes celles qui juſqu'à pré-
ſent ont été en uſage dans les claffes.
Le caractère en eſt pet,le papier très--
blanc & l'édition très-portative ; voilà
pourla partie Typographique. Les notes
en ſont courtes , claires , & ne diſent
que ce qu'il faut ſçavoir pour l'intel-
ligence du Texte, On a ſuivi d'ailleurs .
110 MERCURE DE FRANCE.
les manufcrits les plus eſtimés , les édi-
tions les plus correctes , & les Com-
mentateurs les plus célébres, pour ne
préfenter que le véritable ſens de l'Au-
teur..
LE MONDE moral , ou Mémoires
pour fervir à l'Hiſtoire du Cœur hu-
main.
On connoît cet Ouvrage qui parut
il y a quatre ans ; c'eſt un Roman en
deux parties de feu M. l'Abbé Prévot :
nous ne le rappellons , que pour dire
qu'on vient d'en donner la fuite dont
nous rendrons compte inceffamment.
LE PHILOSOPHE Négre , & le ſe-
cretdes Grecs. Ouvragetrop néceſſaire;
endeux parties in- 12; Londres , 1764 ,
& à Paris , chez Prault petit-fils , Quai
des Auguſtins , àl'Immortalité.
C'eſt un petit Roman composé par
M. M... dans lequel on dévoile lesma-
nœuvres des Joueurs fripons.
L'HISTOIRE de l'Irlande , ancienne
& moderne , tirée des monumens les
plus authentiques ; par M. l'AbbéMa-
Geoghegan; àParis , chezAntoine Bou-
det, Imprimeur duRoi,rue S. Jacques,
AVRIL . 1764.
FIE
à la Bible d'Or ; avec Approbation &
Privilége du Roi , 3 vol. in-4°.
CetOuvrage qui a été donné volume
par volume , & dont le troifiéme paroît
nouvellement , mérite qu'on en faffe un
ou pluſieurs extraits ; auſſi nous propo-
fons-nous d'y revenir plus d'une fois.
ŒUVRES diverſes de M. l'Abbé Clé-
ment , C. D. S. L. D. L. à Paris , chez
ClaudeHeriffant , rue neuve Notre-Da-
me , à la Croix d'Or; 1764 , avec Appro
bation & Privilége du Roi ; brochure
in-12 de 200 pages.
M. l'Abbé Clément atortde croire ,
dans ſa Préface , qu'il trouvera peude
lecteurs ; ſes Œuvres poëtiques font de
nature à lui en procurer un grand nom-
bres. Premiérement elles sont très va-
riées , & par là très-capables de plaireà
pluſieurs claffes de lecteurs. Elles ont en
fecond lieu , toutes les qualités qui font
le mérite de ces fortes de petites Piéces ;
on y trouve de l'eſprit ,du fentiment ,
du goût & de la Poësie. A la tête du
recueil ſont placées des Odes ſacrées ,
dontle Sujet efſt tiré des Pſeaumes ; elles
fontfuiviesde quelques traductions des
Hymnes du Breviaire de Paris. En
1735 , l'Académie Françoiſe avoit pro-
172 MERCURE DE FRANCE.
poſé pour le prix de l'Ode , les progrès
de la Mufique sous le régne de LOUIS
LE GRAND. M. l'Abbé Clément eut
le prix ; & fon Ode qui tient un rang
diftingué dans ce recueil , exprime , par
des Strophes harmonieuſes , tous les,
charmes de la Muſique. Nous n'in-
diquerons pas tous les Sujets que l'Au-
teur a traités ; il y a dans cette bro-
chure plus de quatre-vingt Pieces , tant
Odes qu'Epîtres , Bouquets , Portraits ,
Etrennes, Placets , Epitaphes , Epithala-
mes , Epigrammes , Cantatilles , Ron-
deaux , Fables , &c. Nous en avons rap-
porté une dans leSupplémentaux Piéces
fugitives du Mercure de Mars dernier..
Elle nous paroiſſoit de ſaiſons alors
2.
&nous nous réſervions d'en faire con-
noître l'Auteur dans le Mercure de ce
mois. Cette Piéce où il eſt queſtion
d'une aventure de bal
,
donner une idée du goût de l'Auteur ,,
&dumérite des autres Piéces qui com-
poſent cette brochure..
<
REQUÊTE au Roi , par la Dame
veuve Calas , feuille in-4° , & in-8° ,
on en trouvedes exemplaires chez les
Libraires du Palais Royal.
fuffit pour
L'Hiſtoire des ſieurs & Dames Ca
AVRIL. 1764.
11.3%
Ins , que tout le monde connoît pré-
ſentement , étoit un Sujet bien propre
à faire naître des vers touchans &
pathétiques: auſſi eſt-celà ce qui diſtin-
gue principalement cette Requête en
Vers , compoſée par un Poëte qui ade
la chaleur & du ſentiment..
GAZETTE Littéraire de l'Europe. A
Paris , au Bureau de la Gazette de Fran
ce. Prix de la Souſcription , 24 liv. par
an , papier ordinaire , & de 30 liv. pa-
pier plus grand & plus fin.
L'objet de cet Ouvrage périodique
eſt d'annoncer tous, les Mercredis de
chaque ſemaine, dans une feuille in-8º
de ſeize pages d'impreſſion , les Livres
qui paroiffent tant en France que dans
les Pays Etrangers. Pour ceux de Fran-
ce onn'en donne que l'annonce & une:
courte notice. A l'égard des Livres
Etrangers , outre cette annonce, on pù-
bliera à la fin de chaque mois quatre
feuilles de fupplément,dans lesquelles on
renverra les Traductions entières & les
Analyfes détaillées des Ouvrages quis
mériteront d'être plus particulièrement
connus.
La première feuille de cette Gazette
aparu le Mercredi 7 du mois de Mars.
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