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1
p. 277-321
Relation contenant tout ce qui s'est passé depuis que les Ambassadeurs de Moscovie sont arrivés en France, jusques à leur depart. [titre d'après la table]
Début :
L'abondance des matieres qui remplissoient ma Lettre le dernier mois, [...]
Mots clefs :
Tsar, Ambassadeurs, Roi, Prince, Seigneur, Amitiés, Ducs, Audiences, Russie, Puissance, Carosse, Paris, Qualités, Mérite, Officiers, Moscovie, Voyage, Royaume
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texteReconnaissance textuelle : Relation contenant tout ce qui s'est passé depuis que les Ambassadeurs de Moscovie sont arrivés en France, jusques à leur depart. [titre d'après la table]
L'abondance des matieres
qui remplifſoient ma Lettre
le dernier mois , fut caufe que
je ne vous parlay point des
Ambaffadeurs de Mofcovie.
J'ay accoutumé de traiter ces
fortes d'articles fi à fonds
que vous jugez bien que la
place me manquoit , pour
278 MERCURE
mettre dans une mefme Let :
tre tant de choſes confiderables
par elles - mefmes , & par
le grand nombre de circon-
Atances qui les accompagnent.
Avant que de vous
rien dire de l'Entrée de ces
Ambaffadeurs
à Paris , vous
voulez bien que je vous falfe
obferver , que les Mofcovites
n'en font jamais partir de
chez eux , que pour aller en diverfes
Cours en la mefme qualité;
parce qu'eftant deffrayez ,
& leur équipage voituré dans
tous les lieux où ils vont en
Ambaſſade, tout leur voyage
GALANT 279.
ne leur coute rien , ny pour
aller , ny pour revenir . Les
chofes fe font paffées autrement
, pour ce qui regarde
ces derniers Ambaffadeurs,
Comme il s'agiffoit de les envoyer
à un Monarque , qu'
admirent ceux mefme qui
font jaloux de fa gloire , les
Czars ont voulu qu'ils vinffent
tout droit en France,
fans faire la fonction d'Ambaffadeurs
dans aucune autre
Cour , & qu'ils retournaſſent
à Mofcou de la mefme maniere
, pour faire connoiftre
qu'ils en eftoient partis ex-
་
"
280 MERCURE
prés pour venir en France , &
qu'ils n'avoient rien à voir
aprés avoir veu le Roy. On
les a mefme preffez de partir,
avec des ordres de ne ſe point
arrefter dans leur voyage. La
jeuneffe des deux Czars , l'infirmité
de l'aifné , & les feditions
de cet Empire à peine
appaifées , ont fait dire à quel
ques-uns , que cette Ambaf
fade eftoit moins glorieuſe
pour le Prince à qui elle s'adreffoit
, que fi la Moſcovie
eftoit gouvernée par un feul
Maiftre , qui fuft grand Politique
& grand Conquerant,
GALANT. 281
Ceux qui parlent de la forte,
ne connoiffent pas les Czars ;
& ce que je vais vous en dire
, vous perfuadera aiſément
que la penetration de leur ef
prit, leur ayant fait concevoir
la grandeur & les admirables
qualitez du Roy , ils ont cru
ne pouvoir mieux faire que
de rechercher fon amitié
prefque auffi-toft qu'ils font:
montez fur le Trône. Quand
dans ma Lettre de Juillet 1682..
je vous parlay de la mort de
Theodore Alexouvits dernier .
Grand Duc , arrivée le 27.
Avril de la mefme année , je
A.a
282 MERCURE
L
vous dis qu'on avoit choifi
le Prince Pierre Alexouvits ,
fon frere puilné du fecond lit ,
qui n'avoit que dix ans , pour
luy fucceder , au prejudice de
Jean qui eftoit l'aifné , mais
que fes infirmitez rendoient
incapable du Gouvernement .
J'eftois alors mal informé de
fon âge , puifqu'il a prefente
ment feize ans , & le Prince
Jean dix - huit. Cependant
dans cette grande jeuneffe ,
ils ont déja fait voir par des
traits de politique , & d'amitié
fraternelle , qu'ils ont &
beaucoup de cet efprit necef
GALANT 283
faire pour regner , & beaucoup
de ces manieres qui font
Thonnefte homme, & qui engagent
les cours. Le dernier
Czar effant mort , & Pierre
fon frere puilné ayant eſté
choifi pour fon Succeffeur
des Sedicieux , qui n'ont nul
merite pour afpirer à une hau
te fortune , qui ne peuvent
s'établir felon l'ambition qui
les devore , que dans le de
fordre & dans le tumulte , &
qui fe mettent peu en peine
s'ils renverfent un Etat, pourveu
qu'ils s'élevent , engagerent
l'Armée à fe revolter,,
A a ij
284 MERCURE
fous pretexte qu'elle n'estoit
pas payée. Un de ces Seditieux
voyant les Troupes fatisfaites
, plûtoft qu'il n'avoit
crû qu'elles deuffent l'eftre ,
ce qui l'empefchoit de profiter
des troubles qu'il avoit excitez
, remua ſi bien , que par
le moyen de fa cabale , il vint
à bout de faire nommer à
l'Empire le Prince Jean , aifné
des deux Czars qui regnent
prefentement. C'est un Prince
fort incommodé , & quia
la veuë tres baffe. Les brigues.
qui furent grandes pour luy,
ayant éclaté tout d'un coup ,
GALANT 285
fon party fut le plus fort, par,
ce qu'on n'avoit pris aucune
précaution pour s'y oppoſer.
Les ambitieux crurent alors
qu'ils alloient devenir les
Maistres de l'Etat , & qu'il ne
leur manqueroit pour regner
que le nom de Souverains .
Cependantle cader desCzars ,
déja politique, quoy que dans
un âge fort peu avancé , &
prévenu d'eftime & d'amitié
pour fon Frere , les trompa
tous. Il s'unit avec le Prince
Jean fon aiſné, & luy dit qu'il
fouhaitoit regner avec luy,
Ce Prince charmé du merite
+
286 MERCURE
& de l'amitié de fon Cader,
luy répondit qu'il vouloir que
fa pofterité regnaft , & le pria
d'accepter une Femme de fa
main , & le Commandement
de fes Armées , quand les occafions
fe prefenteroient de
les faire agir pour fon ſervice.
Ce font ces deux Freres fil
unis , qui pénetrez de , la
Grandeur de Sa Majefté, ont
envoyé en France les Ambaffadeurs
, dont je vay vous
entretenir. Le Roy fçachant
qu'ils eftoient arrivez à Ham
bourg , & qu'ils devoient ve
nir débarquer à Calais,choiſit
GALANT 287
1
M'Torf, l'un des Gentilhommes
de fa Maiſon , pour les y
recevoir, parce qu'il s'eft toû
jours tres bien acquitté des
Commiffions
de cette nature,
& qu'il s'eft mefme diftingué
en beaucoup d'autres occafions.
On avoit envoyé avec
luy des Officiers pour les traiter
, & tout ce qui eftoit neceffaire
pour les conduire.
On apprit que le premier Ambaffadeur
fe nommoit Simeon
Jerafieuvits Almazovv,
qu'il commande l'une des
quatre Compagnies de Nobleffe
qui font à Mofcou , &
288 MERCURE
quine marchent que lors que
le Czar va en campagne , &
qu'il eft un de ceux qui por
tent les plats fur la table de
cet Empereur ; non pas en
qualité de Maiftre d'Hoftel,
mais parce que les plus
grands Seigneurs de Mofcovie
les portent fur la table de
leur Prince. Il a un Fils qui a
épousé la Soeur de la Femme
de celuy des Czars qui eft ma
rié. Le fecond Ambaffadeur
n'est pasVicechancelier.com
me on l'a crû , mais fon Em
ploy eft fort confiderable , &
c'eſt comme qui diroit icy
Chef
GALANT. 289
"
Chef d'un Bureau, dont d'au
tres Bureaux dépendroient .
Ces Ambaffadeurs avoient
avec eux un homme de beaucoup
de merite , & fort eſti
mé en ce Pays- là . Les Czars
luy donnerent un Gouverne
ment des plus importans, peu
de jours avant qu'ils euffent
nommé ces Ambaffadeurs
pour venir en France. Ce
nouveau Gouverneur l'ayant
appris , pria les Czars , ou de
lay permettre de demeurer quel.
que temps fans aller à ce Gouver
nement , ou de le reprendre ,
de fouffrin qu'il accompagnaft les
Juin 1685.
Bb ..
290 MERCURE
avoient
Ambaffadeurs qu'ils envoyoient
à l'Empereur des François afin
qu'il púſt voir ce grand Homme
dont on publioit tant de merveil
les. Les Czars furent bien ai
fes de voir que leurs Sujets
pour le
Roy
la mel
me estime qu'ils avoient euxmefmes
pour ce Monarque ;
& ils luy permirent avec plai
fir d'accompagner leurs Ambaffadeurs.
Le Gouverneur
de Smolenfco , l'une des plus
fortes Places qui appartien
nent aux Czars , entendant
continuellement parler de ce
que Sa Majesté fait de grand,
GALANT. 291
envoya auffi fon Fils avec ces
mefmes Amballadeurs , afin
qu'il luy rapportaft fi tout ce
qu'on en difoit étoit veritable ,
& il le chargea meſme de luy
aporter beaucoup de Portraits
reffemblans de ce Monarque
,
qu'il luy ordonna de faire fai
re. Ces Ambaffadeurs Extraordinaires
avoiet encore avec
eux quatre Secretaires , un Interprete
Latin, fort confideré
des Czars , & nommé par ces
Princes , & une Suite fort
nombreuſe. Ils arriverent le
12. de May à Saint Denys . Le
-16. M' de Bonneuil Introdų
Bb ij
292 MERCURE
cteur des Ambaffadeurs , alla
les vifiter de la part du Roy ;
& lery M le Maréchal de
Humieres , & le mefme M
de Bonneuil,allerent les prendre
dans les Caroffes de Sa
Majefté , & de Madame la.
Dauphine , & les amenerent
à Paris. Ces Caroffes eftoient.
fuivis de trois Caroffes de Mr
le Maréchal de Humieres , de
celuy de M de Bonneuil , &
de plufieurs autres pour la fui-.
te de ces Ambaffadeurs , qui
montoit environ à quatrevingt
perfonnes. Il y en avoit
plufieurs à cheval , parmy lef
GALANT. 293
quels fix Trompettes & un
Timbalier fe firent entendre.
Comme le Doge de la Republique
de Genes étoit alors ›
à Paris , & qu'il y avoit mef
me tres- peu de jours qu'il
avoit eu Audience du Roy ,
cesAmbaffadeurs qui avoient
oiy parler de ce qui s'eftoic
paffé entre la France & cette
Republique , demanderent à
en eftre plus particulierement
inftruits , & loin de marquer
de l'étonnement de voir icy
un Doge de Genes , ils dirent
qu'ils n'en eftoient point furpris.
& qu'il faloit que le Roy fuft
Bb iij
294 MERCURE
le plus grand Prince du monde ,
puifque les Czar's leurs Maistres
qui eftoient de fi puiffans Empe
reurs qui n'avoient jamais
recherché l'amitié d'aucun Sou
verain , demandoient la fienne :
& que file Roy & leurs Maitres
eftoient unis , ils pourroient
conquerir toute la Terre, L'envie
qu'ils avoient de paroistre devant
Sa Majefté, & de mander
aux Czars qu'ils avoient vû ce
Monarque , les obligea de
preffer leur Audience . Ils l'eu
rent le 22. de May. M' le Ma
réchal de Humieres , accom
pagné de M de Bonneuil ,
GALANT. 295
avec les Caroffes du Roy &
de Madame la Dauphine ,
les alla prendre à l'Hoftel
des Ambaffadeurs extraordinaires
, où ils eſtoient logez,
& nourris, & toujours accom
pagnez de M' Torf. Ils parti
rent dés le matin ; & aprés s'étre
repofez pendant quelque
temps , dans la Sale deſtinée
aux Ambaffadeurs qui vont
à Verfailles pour avoir Au
dience du Roy , ils allerent à
celle de Sa Majefté . Comme
ils furent receus avec les honneurs
qu'on rend aux Ambaffadeurs
des Teftes couron
Bb iiij
296 MERCURE
nées, les Compagnies des Regimens
des Gardes Françoi
les & Suiffes eftoient fous les
armes. Les Gardes de la Porte
& les Archers du Grand
Prevolt, cftoient en haye dans
la Court ; les Cent Suiffes fur
l'Escalier , & les Gardes du
Corps auffi en haye & fous les
armés dans leur Sale. M' le
Maréchal Duc de Duras , Capitaine
des Gardes en quarfier
, les receut à la porte , &
les conduifit jufques au pied
du Trône de Sa Majefté, où
aprés trois profondes reverences,
le premier de ces AniGALANT:
297
baffadeurs fit le difcours fuivant
en langue Mofcovite. Je
vous l'envoye traduit litteralement.
P
Ar la grace de Dieu en la
Trinité glorieufe , les tres-
Sereniffimes & tres - puiffans
Grands Seigneurs , Czars &
Grands Ducs , Joane Alexouvits
Peter Alexonvits de la gran
de , petite & blanche Ruffie,
Autocrateurs de Mofcovie , Kiovie
, VVolodimer & Nougorod,
Czars de Cafan, Czars d' Aftra
can , Czars de Siberie, Seigneurs:
de Plefcou , & Grands Ducs de
298 MERCURE
de
Smolenfco, de Tuerski, d'Ingorie,
de Permie ,de Beatra ,de Bulgarie,
d'autres; Seigneurs & Grands
Ducs de Norogrod , du Pays- bas
Quernigou , de Befan , de Ro
ftof , de Feresbaf, de Beloferie,
d'Obdorie, Condines , de toutes
les parties du Nord, Domina
teurs , Seigneurs du Pays d' Irerie,
de Carthalinie Gronfine,
Czars ; & de Cabardin , Terres
des Duchez de Circaffie , & de
Georgie , & de plufieurs autres
Seigneuries & Terres Orientales,
Occidentales & Septentrionales,
dont ils font heritiers de Pere en
Fils,poffeffeurs & Seigneurs ab
folus.
GALANT. 299
Tres Sereniffime & tres- Puif
fant , grand Prince , Seigneur
LOUIS XIV de Bourbon ,
par la grace de Dieu Empereur
de France & de Navarre , &
de plufieurs autres. Nos Mai
tres nous ont envoyez vers voftre
Royale Majefté , pour la falier
de leur part , & pour apprendre
l'état de fa fanté.
Le Roy ayant alors demandé
des nouvelles de la fanté des
Czars , les Ambaffadeurs répondirent,
Quand nousfommes
partis d'auprés de vos Freres, les
tres- Sereniffimes & tres puif-
கு
fans Seigneurs Czars & Grands
300 MERCURE
Ducs , Ils répeterent icy les
meſme titres , Nous les avons
laiffez en tres- parfaite fanté dans
leur grandeVille Royale de Mofcovie
>
Ils ajoûterent , en preſentant
leur Lettre de créance,
& repetant de nouveau les
titres des Czars .
Les Sereniffimes tres puiſſans
grands Seigneurs Czars ,
grands Ducs Joane & Peter Alex
uvits nous ont envoyés vers
Vous , Sire , leur Frere , pour
prefenter ces Lettres d'amitié à
voftre Royale Majefte.
Les tres- Sereniffimes¿ª trèsGALANT.
301
les
trespuiſſans
grands Seigneurs Czars
& grands Ducs nous ont commandé
de dire à leur Frere , par
la grace de Dieu Empereur de
France & de Navarre , que.
Ancestres des tres -grands
puiffans Czars , nos Seigneurs
nos Maiftres , ont toujours eu
pour votre Royale Majefté une
amitié fraternelle , un amour de
charité ,& une aimable corref
pondance , comme il aparu mefme
en la perfonne de Michaëlovuits
, d'heureuſe d'eternelle
memoire , Czar & grand Duc
de la grande , petite & blanche
Ruffie & Pere des tres puiffans
302 MERCURE
Seigneurs Czars de Mofcovie
, lequel a toujours confervé
pour veftre Royale Majesté une
amitié fraternelle un amour
de charité , par les amiables correſpondances
qu'il a enës avet
Elle pendant tout le
t tout le temps qu'il a
(t)
vécu aprés qu'Alexis Michaëlovvits
Souverain de la
&
grande , petite blanche Ruffie,
Pere des grands & puiffans Czars
de Mofcovie,futpaffé du Royaume
de la Terre en celuy du Ciel,
Theodore Alexovvits , frere des
tres-puffans Czars de Mofcovie,
eftant pour lors affis glorieufement
fur le Trône du Royaume des
1
GALANT. 303
Roxolans, & ayant fuccedé à la
Souveraineté de la grande , petite
& blanche Ruffie , aprés que
cent quatre- vingts- neuf ans fe
furent écoulez fans que les Czars
Les Prédeceffeurs euffent envoyé
en France , falua Voftre Royale
Majefté par Opifer, Pierre Pe
techin fes Ambaffadeurs
Eftienne Polchorum fon Vice
Chancelier, luy fit connoiftre
&
fon élevation fur le Trône de fes
Peres , la gloire de fon Régne ,
le defire l'inclination qu'il avoit
de vivre avec Elle en tres parfaite
intelligence. Mais Dieu tourpuiffant
, Modérateur de toutes
304 MERCURE
chofes , qui fait régner les Rois,
& qui par le repos eternel de fa
volonté fouveraine conferve les
Monarchies , ayant enlevé du
Trône de la Terre pour celuy du
Ciel le tres-puiffant Czar Theodore
Alexouvits , fit parfa grace
Toute puiffante & finguliere , que
Jean Alexouvits & Pierre Ale
xouvits fes freres , furent élevez
enfa place fur le Trône du
-glorieux Royaume des Roxolans ,
prenant enfemble le Sceptre de la
grande , petite blanche Ruffie,
& poffedant d'un commun accord
les grandes Dominations qu'ils
ont heritées de leur Pere & de
GALANT 305
ع و ن ل ا
leurs Ayeux dans l'Orient , l'Oc--
cident le Septentrion. Et de
pas aprés la mort du tres - puiffant
Prince Theodore Alexouvits
d'heureufe erernelle memoire, -
*
frere des Czars , ils ont envoyé
derechef leurs Ambaffadeurs vers -
voftre Royale Majefte , pour luy
prefenter des Lettres de lear part,,
par lesquelles extrautres chofes
zis la follicitoient à une plus ferme
&
plus inviolable focieté tou
chant les a
les affaires de l'une &
L'autre Couronne; & voftre Roya
le Majefté prit dès - lors refolution
de leur envoyer des Ambaſſa--
deurs.
Juin 16855
acc
de
306 MERCURE
標
les
Les tres puiffans Seigneurs &
grands Ducs Jean Alexouvits ,
Pierre Alexouvits , Princes
fouverains de la grande , petite
blanche Ruffie , voulant con
tinuer avec voftre Royale Ma
jefté l'amitié fraternelle
correfpondances que les Czars
leurs Prédeceffeurs avoient folli
cité & fouhaité d'obtenirparleurs
Ambaſſadeurs , nous ont envoyez
en cette qualité vers voftre Roya
le Majefte Frere, pour l'affeurer
de leur parfaite fanté , de
la gloire de leur Régne , de la joye
qu'ils ont d'apprendre l'estat de la
Tienne , la force de fes Armes ,
60
GALANT 307
*
tes fuccez furprenans de fes glorieufes
entrepriſes , & pour luy
faire connoiftre l'inclination extrême
que les Czars ont de vivre
avec Elle en bonne parfaite
intelligence enfin pour luy
propofer des affaires qui faffent
croistre de plus en plus l'amitié
fraternelle labonne intelligen
ce entre les Czars nos Maiftres
voftre Royale Majefté. Elle
aura donc la bonté , s'il luyplaift,
d'entrer avec nous en conference,
r de nous donner des Commif
faires , pour traiter avec eux des
affaires pour lefquelles nous fommes
envoyez, & pour en porter
308 MERCURE
la réponſe aux Czars nos Maî
tres & nos Seigneurstaan 49 65 6
Aprés ce difcours , cét
Ambaffadeur fit apporter des
Prefens par plus de cinquan
te perfonnes de fa fuite. Ils
confiftoient en plufieurs pies
ces de riches Ecofes & de ra
res Fourrures , un Sabre garny
de pierreries , uné Marte
Zibeline vivante , & un Oyfeau
de proye qui vole fur
l'Aigle. L'Audience eſtant
-finie , ces Ambaffadeurs furent
traitez magnifiquement
avec toute leur fuite par les
Officiers de Sa Majesté , & re
GALANT 309
conduits à Paris avec les mêmes
ceremonies .
Le premier de Juin , ils fe
rendirent à Versailles à l'ap
partement de M' Colbert de
Croify. Ce Miniftre les receut
dans fon Cabinet , & il
eut avec eux une longue Conference
fur le fujet de leur
Ambaffade . Vous fçavez que
de fecret eft impenetrable
en
France ; mais quand mais quand il y au
roit quelque facilité à le dé
-couvrir , ce n'eft point à moy
d'entrer dans les mysteres
d'Etat , & moins encore d'en
parler. Je ne fçaurois pour
310 MERCURE
tant m'empefcher de vous di
re pour la gloire du Roy, qu'il
paroift en cette occafion, que
ce Prince ayant donné la Paix
à l'Europe , ne veut rien faire
qui puiffe en alterer le repos
& que tous les avantages
qu '
on luy pourroit propofer , feroient
incapables de l'ébran
ler là deffus. Ces Ambaffa
deurs
,
demanderentm
grande inftance , que Sa Majefté
nommaſt un Ambaffadeur
, ou du moins un En
voyé, afin que leurs Maiftres
eaffent le plaifir d'avoir à leur
Cour un Miniftres d'un efi
d
GALANT 34
grand Monarque. Cette demande
fait voir que le Roy
n'y en avoit point dans le
temps que les jaloux de fa
gloire avoient leurs raifons
pour le publier. Le mefme
jour que ces Ambaſſadeurs
eurent audience de M' de
Croiffy , on leur fit voir les
Eaux , les Jardins , & les Ap
partemens du Château de
Verfailles. Rien ne fe peur
ajoûter aux termes dont ils
fe fervirent pour témoigner
leur étonnement
, il y en cut
on
ne mefme de fi forts ,
les peut rapporter icy. Ils di
312 MERCURE
rent entre autres choſes, que
ceux qui avoient l'avantage
d'y entrer , eftoient bien henreux
. M'Torfles voyant embaraffez
à retenir tant de chofes
, dont ils vouloient faire le
recit lorsqu'ils feroient retournez
en Moſcovie, leur fit prefent
des Estampes de toutes
lesMailons Royales . Ils ont vu
icy la plus grande partie de
tout ce qu'il y a de curieux.
Je ferois trop long fi je vous
rapportois tout ce qu'ils ont
dit fur chaque chofe. Je fuis
fort fouvent entré dâns des
détails de tette nature , tou-
4
T
chant
GALANT. 313
"
chant les Ambaffadeurs de
plufieurs Nations éloignées ;
& tout ce que chacun d'eux
a dit , a tant de rapport , qu'il
n'eft pas néceffaire de le re .
peter. Ceux - cy ont fur tout
admiré l'Exercice qu'ils ont
veu faire aux Moufquetaires ,
& ont dit , qu'ilfembloit qu'un
meſme reffort les faifoit agir
tous dans le mefme inftant , tant
leurs mouvemens avoient de juz
fteffe.L'Opera leur a auffi cau
fe beaucoup de furpriſe ; &
à peine a-t- on pû leur perfuader
qu'il n'y avoit point d'enchantement.
Le 3 de ce mois,
Juin 1685.
Dd
314 MERCURE
ils eurent leur Audience de
བ ༤ ས་
Congé du Roy, avec les mef
mes ceremonies qui avoient
efté obfervées à leur premiere
Audience. Le io . M ' de Bonneuil
porta à chacun
de la part de ce Monarque ,
les prefens qui fuivent.
à chacun d'eux ,
Une Boete à Portrait du
Roy , enrichie de diamans.
Une Tenture de Tapifle
rie des Gobelins , rehauffée
dor.
Une Pendule à repetition,
Une Horloge à Boëte d'or,
Une Montre à Boete d'or,
Un Fufil à double.canon,
1 .
GALANT. 315
orné de reliefs , & d'or de rapport.
Une paire de Pistolets
de mefme , le tout fort beau
3 & fort riche. Les Gens de
leurfuite eurent des Médail
les d'or & d'argent du Roy .
27 Le fecond Ambaffadeur
ayant receu le Portrait de
Sa Majefté , l'attacha à fon
Bonnet , & dit qu'il le porteroit
toutefavie , & ordonneroit àfa
Femme ,à fes Enfans mefme
à toute fa pofterite, dele porter
apréslugs
ນ
isLe &Gouverneur de Place
donr je vous aya pardėj zifut
Ddij
316 MERCURE
auffi honoré d'un Portrait du
Roy enrichy de Diamans , ce
qui luy fit demander, fi ce n'étoit
pas affez qu'il euft eu le plai
fir de voir ce Monarque,fans qu'il
L'accablaft encore de fes bien faits.
Ils partirent le lendemain ,
toûjours défrayez aux dépens
du Roy , & accompagnez
par M Torf, pour aller s'embarquer
à Dunquerque , &
paffer en Hollande , le Commerce
qui eft entre les Hol
landois , & les Sujets de leurs
Maiftres leur donnant lieu de
trouver facilement des Vail
feaux pour les conduire chez
La
"
GALANT. 317
=
eux. Ils ont efté receus par
tout où ils ont paffé avec les
honneurs deus à leur caraetere
, & on leur a fait dans
toutes les Villes les Prefens
accoûtumez. Le fecond Am
baffadeur dit , qu'il avoitfait
voeu en partant deſon Pays , de
donner cinq cens écus aux Pauores,
& que puis qu'il avoit cet
te fomme à diftribuer , il vouloit
la donner aux Sujets d'un Prin.
ce qui luy avoit fait du bien.
C'eft ce qu'il executa , ayant
fait des largeffes de cette
fomme depuis Paris jufques.
aDunquerque. Quelques
Dd iij
318 MERCURE
uns ont trouvé étrange que
ceux de leur Suite euffent
trafiqué icy de Pelleterie ,
mais ils ont accoûtumé de
le faire dans tous les lieux
où ils fe rencontrent , &
cela m'engage à vous faire
connoiftre par des remarques
affez curieuſes , que
c'est moins dans l'efprit de
trafiquer & de gagner qu'ils
font ce Commerce , que parce
que cette Pelleterie eft
pour ainfi dire leur argent,
La Siberie eftant un Pays
remply de Martes , & fous la
domination des Czars , on
GALANT. 219
+
condamne les Mofcovites qui
ont commis quelque faute,
à aller tuer des Martes dans
cette Province , comme l'on
condamne en France certains
Criminels à aller fervir fur les
Galeres. Ceux que l'on obli
ge à cette Chaffe, ſont diſtri
છે
buez
>
par cantons . Des Offic
ciers viennent
de temps en
temps pour enlever les Mari
tes & ceux qui en ont le
moins tué font feverement
punis . On aporte toutes ces
Martes au Trefor des Czars,
le Grand Treforier
y met le
prix , & l'on paye les Troupes
.
Dd iiij
320 MERCURE
རྒྱུན་ པ
& les Officiers des Grands
Ducs de Mofcovie, moitié de
ces peaux , & moitié d'une
petite monnoye de peu de
valeur , qui n'a cours qu'en
Mofcovie , & qui eft la feule
monnoye de cét Etat. On
peut connoiftre par là qu'il eſt
affez mal- aisé qu'ils portent
dans les Païs Etrangers ,
ils veulent faire des achats ,
autre chofe que ce qui leur
tient lieu d'argent . Ils vendent
ces Martes,& de l'argét qu'ils
en reçoivent , ils achetent les
chofes qui leur conviennent,
ou qui leur agréent le plus
Οι
GALANT: 321
Quelque grand debit qu'ils
en puiffent faire , il eſt rare
qu'ils emportent de l'argent,
puis qu'il n'auroit pas de
cours dans leur Païs.
qui remplifſoient ma Lettre
le dernier mois , fut caufe que
je ne vous parlay point des
Ambaffadeurs de Mofcovie.
J'ay accoutumé de traiter ces
fortes d'articles fi à fonds
que vous jugez bien que la
place me manquoit , pour
278 MERCURE
mettre dans une mefme Let :
tre tant de choſes confiderables
par elles - mefmes , & par
le grand nombre de circon-
Atances qui les accompagnent.
Avant que de vous
rien dire de l'Entrée de ces
Ambaffadeurs
à Paris , vous
voulez bien que je vous falfe
obferver , que les Mofcovites
n'en font jamais partir de
chez eux , que pour aller en diverfes
Cours en la mefme qualité;
parce qu'eftant deffrayez ,
& leur équipage voituré dans
tous les lieux où ils vont en
Ambaſſade, tout leur voyage
GALANT 279.
ne leur coute rien , ny pour
aller , ny pour revenir . Les
chofes fe font paffées autrement
, pour ce qui regarde
ces derniers Ambaffadeurs,
Comme il s'agiffoit de les envoyer
à un Monarque , qu'
admirent ceux mefme qui
font jaloux de fa gloire , les
Czars ont voulu qu'ils vinffent
tout droit en France,
fans faire la fonction d'Ambaffadeurs
dans aucune autre
Cour , & qu'ils retournaſſent
à Mofcou de la mefme maniere
, pour faire connoiftre
qu'ils en eftoient partis ex-
་
"
280 MERCURE
prés pour venir en France , &
qu'ils n'avoient rien à voir
aprés avoir veu le Roy. On
les a mefme preffez de partir,
avec des ordres de ne ſe point
arrefter dans leur voyage. La
jeuneffe des deux Czars , l'infirmité
de l'aifné , & les feditions
de cet Empire à peine
appaifées , ont fait dire à quel
ques-uns , que cette Ambaf
fade eftoit moins glorieuſe
pour le Prince à qui elle s'adreffoit
, que fi la Moſcovie
eftoit gouvernée par un feul
Maiftre , qui fuft grand Politique
& grand Conquerant,
GALANT. 281
Ceux qui parlent de la forte,
ne connoiffent pas les Czars ;
& ce que je vais vous en dire
, vous perfuadera aiſément
que la penetration de leur ef
prit, leur ayant fait concevoir
la grandeur & les admirables
qualitez du Roy , ils ont cru
ne pouvoir mieux faire que
de rechercher fon amitié
prefque auffi-toft qu'ils font:
montez fur le Trône. Quand
dans ma Lettre de Juillet 1682..
je vous parlay de la mort de
Theodore Alexouvits dernier .
Grand Duc , arrivée le 27.
Avril de la mefme année , je
A.a
282 MERCURE
L
vous dis qu'on avoit choifi
le Prince Pierre Alexouvits ,
fon frere puilné du fecond lit ,
qui n'avoit que dix ans , pour
luy fucceder , au prejudice de
Jean qui eftoit l'aifné , mais
que fes infirmitez rendoient
incapable du Gouvernement .
J'eftois alors mal informé de
fon âge , puifqu'il a prefente
ment feize ans , & le Prince
Jean dix - huit. Cependant
dans cette grande jeuneffe ,
ils ont déja fait voir par des
traits de politique , & d'amitié
fraternelle , qu'ils ont &
beaucoup de cet efprit necef
GALANT 283
faire pour regner , & beaucoup
de ces manieres qui font
Thonnefte homme, & qui engagent
les cours. Le dernier
Czar effant mort , & Pierre
fon frere puilné ayant eſté
choifi pour fon Succeffeur
des Sedicieux , qui n'ont nul
merite pour afpirer à une hau
te fortune , qui ne peuvent
s'établir felon l'ambition qui
les devore , que dans le de
fordre & dans le tumulte , &
qui fe mettent peu en peine
s'ils renverfent un Etat, pourveu
qu'ils s'élevent , engagerent
l'Armée à fe revolter,,
A a ij
284 MERCURE
fous pretexte qu'elle n'estoit
pas payée. Un de ces Seditieux
voyant les Troupes fatisfaites
, plûtoft qu'il n'avoit
crû qu'elles deuffent l'eftre ,
ce qui l'empefchoit de profiter
des troubles qu'il avoit excitez
, remua ſi bien , que par
le moyen de fa cabale , il vint
à bout de faire nommer à
l'Empire le Prince Jean , aifné
des deux Czars qui regnent
prefentement. C'est un Prince
fort incommodé , & quia
la veuë tres baffe. Les brigues.
qui furent grandes pour luy,
ayant éclaté tout d'un coup ,
GALANT 285
fon party fut le plus fort, par,
ce qu'on n'avoit pris aucune
précaution pour s'y oppoſer.
Les ambitieux crurent alors
qu'ils alloient devenir les
Maistres de l'Etat , & qu'il ne
leur manqueroit pour regner
que le nom de Souverains .
Cependantle cader desCzars ,
déja politique, quoy que dans
un âge fort peu avancé , &
prévenu d'eftime & d'amitié
pour fon Frere , les trompa
tous. Il s'unit avec le Prince
Jean fon aiſné, & luy dit qu'il
fouhaitoit regner avec luy,
Ce Prince charmé du merite
+
286 MERCURE
& de l'amitié de fon Cader,
luy répondit qu'il vouloir que
fa pofterité regnaft , & le pria
d'accepter une Femme de fa
main , & le Commandement
de fes Armées , quand les occafions
fe prefenteroient de
les faire agir pour fon ſervice.
Ce font ces deux Freres fil
unis , qui pénetrez de , la
Grandeur de Sa Majefté, ont
envoyé en France les Ambaffadeurs
, dont je vay vous
entretenir. Le Roy fçachant
qu'ils eftoient arrivez à Ham
bourg , & qu'ils devoient ve
nir débarquer à Calais,choiſit
GALANT 287
1
M'Torf, l'un des Gentilhommes
de fa Maiſon , pour les y
recevoir, parce qu'il s'eft toû
jours tres bien acquitté des
Commiffions
de cette nature,
& qu'il s'eft mefme diftingué
en beaucoup d'autres occafions.
On avoit envoyé avec
luy des Officiers pour les traiter
, & tout ce qui eftoit neceffaire
pour les conduire.
On apprit que le premier Ambaffadeur
fe nommoit Simeon
Jerafieuvits Almazovv,
qu'il commande l'une des
quatre Compagnies de Nobleffe
qui font à Mofcou , &
288 MERCURE
quine marchent que lors que
le Czar va en campagne , &
qu'il eft un de ceux qui por
tent les plats fur la table de
cet Empereur ; non pas en
qualité de Maiftre d'Hoftel,
mais parce que les plus
grands Seigneurs de Mofcovie
les portent fur la table de
leur Prince. Il a un Fils qui a
épousé la Soeur de la Femme
de celuy des Czars qui eft ma
rié. Le fecond Ambaffadeur
n'est pasVicechancelier.com
me on l'a crû , mais fon Em
ploy eft fort confiderable , &
c'eſt comme qui diroit icy
Chef
GALANT. 289
"
Chef d'un Bureau, dont d'au
tres Bureaux dépendroient .
Ces Ambaffadeurs avoient
avec eux un homme de beaucoup
de merite , & fort eſti
mé en ce Pays- là . Les Czars
luy donnerent un Gouverne
ment des plus importans, peu
de jours avant qu'ils euffent
nommé ces Ambaffadeurs
pour venir en France. Ce
nouveau Gouverneur l'ayant
appris , pria les Czars , ou de
lay permettre de demeurer quel.
que temps fans aller à ce Gouver
nement , ou de le reprendre ,
de fouffrin qu'il accompagnaft les
Juin 1685.
Bb ..
290 MERCURE
avoient
Ambaffadeurs qu'ils envoyoient
à l'Empereur des François afin
qu'il púſt voir ce grand Homme
dont on publioit tant de merveil
les. Les Czars furent bien ai
fes de voir que leurs Sujets
pour le
Roy
la mel
me estime qu'ils avoient euxmefmes
pour ce Monarque ;
& ils luy permirent avec plai
fir d'accompagner leurs Ambaffadeurs.
Le Gouverneur
de Smolenfco , l'une des plus
fortes Places qui appartien
nent aux Czars , entendant
continuellement parler de ce
que Sa Majesté fait de grand,
GALANT. 291
envoya auffi fon Fils avec ces
mefmes Amballadeurs , afin
qu'il luy rapportaft fi tout ce
qu'on en difoit étoit veritable ,
& il le chargea meſme de luy
aporter beaucoup de Portraits
reffemblans de ce Monarque
,
qu'il luy ordonna de faire fai
re. Ces Ambaffadeurs Extraordinaires
avoiet encore avec
eux quatre Secretaires , un Interprete
Latin, fort confideré
des Czars , & nommé par ces
Princes , & une Suite fort
nombreuſe. Ils arriverent le
12. de May à Saint Denys . Le
-16. M' de Bonneuil Introdų
Bb ij
292 MERCURE
cteur des Ambaffadeurs , alla
les vifiter de la part du Roy ;
& lery M le Maréchal de
Humieres , & le mefme M
de Bonneuil,allerent les prendre
dans les Caroffes de Sa
Majefté , & de Madame la.
Dauphine , & les amenerent
à Paris. Ces Caroffes eftoient.
fuivis de trois Caroffes de Mr
le Maréchal de Humieres , de
celuy de M de Bonneuil , &
de plufieurs autres pour la fui-.
te de ces Ambaffadeurs , qui
montoit environ à quatrevingt
perfonnes. Il y en avoit
plufieurs à cheval , parmy lef
GALANT. 293
quels fix Trompettes & un
Timbalier fe firent entendre.
Comme le Doge de la Republique
de Genes étoit alors ›
à Paris , & qu'il y avoit mef
me tres- peu de jours qu'il
avoit eu Audience du Roy ,
cesAmbaffadeurs qui avoient
oiy parler de ce qui s'eftoic
paffé entre la France & cette
Republique , demanderent à
en eftre plus particulierement
inftruits , & loin de marquer
de l'étonnement de voir icy
un Doge de Genes , ils dirent
qu'ils n'en eftoient point furpris.
& qu'il faloit que le Roy fuft
Bb iij
294 MERCURE
le plus grand Prince du monde ,
puifque les Czar's leurs Maistres
qui eftoient de fi puiffans Empe
reurs qui n'avoient jamais
recherché l'amitié d'aucun Sou
verain , demandoient la fienne :
& que file Roy & leurs Maitres
eftoient unis , ils pourroient
conquerir toute la Terre, L'envie
qu'ils avoient de paroistre devant
Sa Majefté, & de mander
aux Czars qu'ils avoient vû ce
Monarque , les obligea de
preffer leur Audience . Ils l'eu
rent le 22. de May. M' le Ma
réchal de Humieres , accom
pagné de M de Bonneuil ,
GALANT. 295
avec les Caroffes du Roy &
de Madame la Dauphine ,
les alla prendre à l'Hoftel
des Ambaffadeurs extraordinaires
, où ils eſtoient logez,
& nourris, & toujours accom
pagnez de M' Torf. Ils parti
rent dés le matin ; & aprés s'étre
repofez pendant quelque
temps , dans la Sale deſtinée
aux Ambaffadeurs qui vont
à Verfailles pour avoir Au
dience du Roy , ils allerent à
celle de Sa Majefté . Comme
ils furent receus avec les honneurs
qu'on rend aux Ambaffadeurs
des Teftes couron
Bb iiij
296 MERCURE
nées, les Compagnies des Regimens
des Gardes Françoi
les & Suiffes eftoient fous les
armes. Les Gardes de la Porte
& les Archers du Grand
Prevolt, cftoient en haye dans
la Court ; les Cent Suiffes fur
l'Escalier , & les Gardes du
Corps auffi en haye & fous les
armés dans leur Sale. M' le
Maréchal Duc de Duras , Capitaine
des Gardes en quarfier
, les receut à la porte , &
les conduifit jufques au pied
du Trône de Sa Majefté, où
aprés trois profondes reverences,
le premier de ces AniGALANT:
297
baffadeurs fit le difcours fuivant
en langue Mofcovite. Je
vous l'envoye traduit litteralement.
P
Ar la grace de Dieu en la
Trinité glorieufe , les tres-
Sereniffimes & tres - puiffans
Grands Seigneurs , Czars &
Grands Ducs , Joane Alexouvits
Peter Alexonvits de la gran
de , petite & blanche Ruffie,
Autocrateurs de Mofcovie , Kiovie
, VVolodimer & Nougorod,
Czars de Cafan, Czars d' Aftra
can , Czars de Siberie, Seigneurs:
de Plefcou , & Grands Ducs de
298 MERCURE
de
Smolenfco, de Tuerski, d'Ingorie,
de Permie ,de Beatra ,de Bulgarie,
d'autres; Seigneurs & Grands
Ducs de Norogrod , du Pays- bas
Quernigou , de Befan , de Ro
ftof , de Feresbaf, de Beloferie,
d'Obdorie, Condines , de toutes
les parties du Nord, Domina
teurs , Seigneurs du Pays d' Irerie,
de Carthalinie Gronfine,
Czars ; & de Cabardin , Terres
des Duchez de Circaffie , & de
Georgie , & de plufieurs autres
Seigneuries & Terres Orientales,
Occidentales & Septentrionales,
dont ils font heritiers de Pere en
Fils,poffeffeurs & Seigneurs ab
folus.
GALANT. 299
Tres Sereniffime & tres- Puif
fant , grand Prince , Seigneur
LOUIS XIV de Bourbon ,
par la grace de Dieu Empereur
de France & de Navarre , &
de plufieurs autres. Nos Mai
tres nous ont envoyez vers voftre
Royale Majefté , pour la falier
de leur part , & pour apprendre
l'état de fa fanté.
Le Roy ayant alors demandé
des nouvelles de la fanté des
Czars , les Ambaffadeurs répondirent,
Quand nousfommes
partis d'auprés de vos Freres, les
tres- Sereniffimes & tres puif-
கு
fans Seigneurs Czars & Grands
300 MERCURE
Ducs , Ils répeterent icy les
meſme titres , Nous les avons
laiffez en tres- parfaite fanté dans
leur grandeVille Royale de Mofcovie
>
Ils ajoûterent , en preſentant
leur Lettre de créance,
& repetant de nouveau les
titres des Czars .
Les Sereniffimes tres puiſſans
grands Seigneurs Czars ,
grands Ducs Joane & Peter Alex
uvits nous ont envoyés vers
Vous , Sire , leur Frere , pour
prefenter ces Lettres d'amitié à
voftre Royale Majefte.
Les tres- Sereniffimes¿ª trèsGALANT.
301
les
trespuiſſans
grands Seigneurs Czars
& grands Ducs nous ont commandé
de dire à leur Frere , par
la grace de Dieu Empereur de
France & de Navarre , que.
Ancestres des tres -grands
puiffans Czars , nos Seigneurs
nos Maiftres , ont toujours eu
pour votre Royale Majefté une
amitié fraternelle , un amour de
charité ,& une aimable corref
pondance , comme il aparu mefme
en la perfonne de Michaëlovuits
, d'heureuſe d'eternelle
memoire , Czar & grand Duc
de la grande , petite & blanche
Ruffie & Pere des tres puiffans
302 MERCURE
Seigneurs Czars de Mofcovie
, lequel a toujours confervé
pour veftre Royale Majesté une
amitié fraternelle un amour
de charité , par les amiables correſpondances
qu'il a enës avet
Elle pendant tout le
t tout le temps qu'il a
(t)
vécu aprés qu'Alexis Michaëlovvits
Souverain de la
&
grande , petite blanche Ruffie,
Pere des grands & puiffans Czars
de Mofcovie,futpaffé du Royaume
de la Terre en celuy du Ciel,
Theodore Alexovvits , frere des
tres-puffans Czars de Mofcovie,
eftant pour lors affis glorieufement
fur le Trône du Royaume des
1
GALANT. 303
Roxolans, & ayant fuccedé à la
Souveraineté de la grande , petite
& blanche Ruffie , aprés que
cent quatre- vingts- neuf ans fe
furent écoulez fans que les Czars
Les Prédeceffeurs euffent envoyé
en France , falua Voftre Royale
Majefté par Opifer, Pierre Pe
techin fes Ambaffadeurs
Eftienne Polchorum fon Vice
Chancelier, luy fit connoiftre
&
fon élevation fur le Trône de fes
Peres , la gloire de fon Régne ,
le defire l'inclination qu'il avoit
de vivre avec Elle en tres parfaite
intelligence. Mais Dieu tourpuiffant
, Modérateur de toutes
304 MERCURE
chofes , qui fait régner les Rois,
& qui par le repos eternel de fa
volonté fouveraine conferve les
Monarchies , ayant enlevé du
Trône de la Terre pour celuy du
Ciel le tres-puiffant Czar Theodore
Alexouvits , fit parfa grace
Toute puiffante & finguliere , que
Jean Alexouvits & Pierre Ale
xouvits fes freres , furent élevez
enfa place fur le Trône du
-glorieux Royaume des Roxolans ,
prenant enfemble le Sceptre de la
grande , petite blanche Ruffie,
& poffedant d'un commun accord
les grandes Dominations qu'ils
ont heritées de leur Pere & de
GALANT 305
ع و ن ل ا
leurs Ayeux dans l'Orient , l'Oc--
cident le Septentrion. Et de
pas aprés la mort du tres - puiffant
Prince Theodore Alexouvits
d'heureufe erernelle memoire, -
*
frere des Czars , ils ont envoyé
derechef leurs Ambaffadeurs vers -
voftre Royale Majefte , pour luy
prefenter des Lettres de lear part,,
par lesquelles extrautres chofes
zis la follicitoient à une plus ferme
&
plus inviolable focieté tou
chant les a
les affaires de l'une &
L'autre Couronne; & voftre Roya
le Majefté prit dès - lors refolution
de leur envoyer des Ambaſſa--
deurs.
Juin 16855
acc
de
306 MERCURE
標
les
Les tres puiffans Seigneurs &
grands Ducs Jean Alexouvits ,
Pierre Alexouvits , Princes
fouverains de la grande , petite
blanche Ruffie , voulant con
tinuer avec voftre Royale Ma
jefté l'amitié fraternelle
correfpondances que les Czars
leurs Prédeceffeurs avoient folli
cité & fouhaité d'obtenirparleurs
Ambaſſadeurs , nous ont envoyez
en cette qualité vers voftre Roya
le Majefte Frere, pour l'affeurer
de leur parfaite fanté , de
la gloire de leur Régne , de la joye
qu'ils ont d'apprendre l'estat de la
Tienne , la force de fes Armes ,
60
GALANT 307
*
tes fuccez furprenans de fes glorieufes
entrepriſes , & pour luy
faire connoiftre l'inclination extrême
que les Czars ont de vivre
avec Elle en bonne parfaite
intelligence enfin pour luy
propofer des affaires qui faffent
croistre de plus en plus l'amitié
fraternelle labonne intelligen
ce entre les Czars nos Maiftres
voftre Royale Majefté. Elle
aura donc la bonté , s'il luyplaift,
d'entrer avec nous en conference,
r de nous donner des Commif
faires , pour traiter avec eux des
affaires pour lefquelles nous fommes
envoyez, & pour en porter
308 MERCURE
la réponſe aux Czars nos Maî
tres & nos Seigneurstaan 49 65 6
Aprés ce difcours , cét
Ambaffadeur fit apporter des
Prefens par plus de cinquan
te perfonnes de fa fuite. Ils
confiftoient en plufieurs pies
ces de riches Ecofes & de ra
res Fourrures , un Sabre garny
de pierreries , uné Marte
Zibeline vivante , & un Oyfeau
de proye qui vole fur
l'Aigle. L'Audience eſtant
-finie , ces Ambaffadeurs furent
traitez magnifiquement
avec toute leur fuite par les
Officiers de Sa Majesté , & re
GALANT 309
conduits à Paris avec les mêmes
ceremonies .
Le premier de Juin , ils fe
rendirent à Versailles à l'ap
partement de M' Colbert de
Croify. Ce Miniftre les receut
dans fon Cabinet , & il
eut avec eux une longue Conference
fur le fujet de leur
Ambaffade . Vous fçavez que
de fecret eft impenetrable
en
France ; mais quand mais quand il y au
roit quelque facilité à le dé
-couvrir , ce n'eft point à moy
d'entrer dans les mysteres
d'Etat , & moins encore d'en
parler. Je ne fçaurois pour
310 MERCURE
tant m'empefcher de vous di
re pour la gloire du Roy, qu'il
paroift en cette occafion, que
ce Prince ayant donné la Paix
à l'Europe , ne veut rien faire
qui puiffe en alterer le repos
& que tous les avantages
qu '
on luy pourroit propofer , feroient
incapables de l'ébran
ler là deffus. Ces Ambaffa
deurs
,
demanderentm
grande inftance , que Sa Majefté
nommaſt un Ambaffadeur
, ou du moins un En
voyé, afin que leurs Maiftres
eaffent le plaifir d'avoir à leur
Cour un Miniftres d'un efi
d
GALANT 34
grand Monarque. Cette demande
fait voir que le Roy
n'y en avoit point dans le
temps que les jaloux de fa
gloire avoient leurs raifons
pour le publier. Le mefme
jour que ces Ambaſſadeurs
eurent audience de M' de
Croiffy , on leur fit voir les
Eaux , les Jardins , & les Ap
partemens du Château de
Verfailles. Rien ne fe peur
ajoûter aux termes dont ils
fe fervirent pour témoigner
leur étonnement
, il y en cut
on
ne mefme de fi forts ,
les peut rapporter icy. Ils di
312 MERCURE
rent entre autres choſes, que
ceux qui avoient l'avantage
d'y entrer , eftoient bien henreux
. M'Torfles voyant embaraffez
à retenir tant de chofes
, dont ils vouloient faire le
recit lorsqu'ils feroient retournez
en Moſcovie, leur fit prefent
des Estampes de toutes
lesMailons Royales . Ils ont vu
icy la plus grande partie de
tout ce qu'il y a de curieux.
Je ferois trop long fi je vous
rapportois tout ce qu'ils ont
dit fur chaque chofe. Je fuis
fort fouvent entré dâns des
détails de tette nature , tou-
4
T
chant
GALANT. 313
"
chant les Ambaffadeurs de
plufieurs Nations éloignées ;
& tout ce que chacun d'eux
a dit , a tant de rapport , qu'il
n'eft pas néceffaire de le re .
peter. Ceux - cy ont fur tout
admiré l'Exercice qu'ils ont
veu faire aux Moufquetaires ,
& ont dit , qu'ilfembloit qu'un
meſme reffort les faifoit agir
tous dans le mefme inftant , tant
leurs mouvemens avoient de juz
fteffe.L'Opera leur a auffi cau
fe beaucoup de furpriſe ; &
à peine a-t- on pû leur perfuader
qu'il n'y avoit point d'enchantement.
Le 3 de ce mois,
Juin 1685.
Dd
314 MERCURE
ils eurent leur Audience de
བ ༤ ས་
Congé du Roy, avec les mef
mes ceremonies qui avoient
efté obfervées à leur premiere
Audience. Le io . M ' de Bonneuil
porta à chacun
de la part de ce Monarque ,
les prefens qui fuivent.
à chacun d'eux ,
Une Boete à Portrait du
Roy , enrichie de diamans.
Une Tenture de Tapifle
rie des Gobelins , rehauffée
dor.
Une Pendule à repetition,
Une Horloge à Boëte d'or,
Une Montre à Boete d'or,
Un Fufil à double.canon,
1 .
GALANT. 315
orné de reliefs , & d'or de rapport.
Une paire de Pistolets
de mefme , le tout fort beau
3 & fort riche. Les Gens de
leurfuite eurent des Médail
les d'or & d'argent du Roy .
27 Le fecond Ambaffadeur
ayant receu le Portrait de
Sa Majefté , l'attacha à fon
Bonnet , & dit qu'il le porteroit
toutefavie , & ordonneroit àfa
Femme ,à fes Enfans mefme
à toute fa pofterite, dele porter
apréslugs
ນ
isLe &Gouverneur de Place
donr je vous aya pardėj zifut
Ddij
316 MERCURE
auffi honoré d'un Portrait du
Roy enrichy de Diamans , ce
qui luy fit demander, fi ce n'étoit
pas affez qu'il euft eu le plai
fir de voir ce Monarque,fans qu'il
L'accablaft encore de fes bien faits.
Ils partirent le lendemain ,
toûjours défrayez aux dépens
du Roy , & accompagnez
par M Torf, pour aller s'embarquer
à Dunquerque , &
paffer en Hollande , le Commerce
qui eft entre les Hol
landois , & les Sujets de leurs
Maiftres leur donnant lieu de
trouver facilement des Vail
feaux pour les conduire chez
La
"
GALANT. 317
=
eux. Ils ont efté receus par
tout où ils ont paffé avec les
honneurs deus à leur caraetere
, & on leur a fait dans
toutes les Villes les Prefens
accoûtumez. Le fecond Am
baffadeur dit , qu'il avoitfait
voeu en partant deſon Pays , de
donner cinq cens écus aux Pauores,
& que puis qu'il avoit cet
te fomme à diftribuer , il vouloit
la donner aux Sujets d'un Prin.
ce qui luy avoit fait du bien.
C'eft ce qu'il executa , ayant
fait des largeffes de cette
fomme depuis Paris jufques.
aDunquerque. Quelques
Dd iij
318 MERCURE
uns ont trouvé étrange que
ceux de leur Suite euffent
trafiqué icy de Pelleterie ,
mais ils ont accoûtumé de
le faire dans tous les lieux
où ils fe rencontrent , &
cela m'engage à vous faire
connoiftre par des remarques
affez curieuſes , que
c'est moins dans l'efprit de
trafiquer & de gagner qu'ils
font ce Commerce , que parce
que cette Pelleterie eft
pour ainfi dire leur argent,
La Siberie eftant un Pays
remply de Martes , & fous la
domination des Czars , on
GALANT. 219
+
condamne les Mofcovites qui
ont commis quelque faute,
à aller tuer des Martes dans
cette Province , comme l'on
condamne en France certains
Criminels à aller fervir fur les
Galeres. Ceux que l'on obli
ge à cette Chaffe, ſont diſtri
છે
buez
>
par cantons . Des Offic
ciers viennent
de temps en
temps pour enlever les Mari
tes & ceux qui en ont le
moins tué font feverement
punis . On aporte toutes ces
Martes au Trefor des Czars,
le Grand Treforier
y met le
prix , & l'on paye les Troupes
.
Dd iiij
320 MERCURE
རྒྱུན་ པ
& les Officiers des Grands
Ducs de Mofcovie, moitié de
ces peaux , & moitié d'une
petite monnoye de peu de
valeur , qui n'a cours qu'en
Mofcovie , & qui eft la feule
monnoye de cét Etat. On
peut connoiftre par là qu'il eſt
affez mal- aisé qu'ils portent
dans les Païs Etrangers ,
ils veulent faire des achats ,
autre chofe que ce qui leur
tient lieu d'argent . Ils vendent
ces Martes,& de l'argét qu'ils
en reçoivent , ils achetent les
chofes qui leur conviennent,
ou qui leur agréent le plus
Οι
GALANT: 321
Quelque grand debit qu'ils
en puiffent faire , il eſt rare
qu'ils emportent de l'argent,
puis qu'il n'auroit pas de
cours dans leur Païs.
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Résumé : Relation contenant tout ce qui s'est passé depuis que les Ambassadeurs de Moscovie sont arrivés en France, jusques à leur depart. [titre d'après la table]
En juin 1685, des ambassadeurs des Czars Pierre et Jean de Moscovie arrivèrent en France. Cette mission diplomatique avait été décidée par les jeunes Czars, influencés par les récentes séditions en Moscovie. Les ambassadeurs, Simeon Jerafieuvits Almazov et un haut fonctionnaire moscovite, furent accueillis à Calais par le gentilhomme Torf et arrivèrent à Saint-Denis le 12 mai. Ils furent reçus avec honneurs et eurent une audience avec le roi Louis XIV le 22 mai. Lors de cette audience, ils prononcèrent un discours en langue moscovite traduisant les salutations des Czars. Les ambassadeurs soulignèrent l'amitié historique entre leurs ancêtres et la monarchie française, exprimant le désir de la renforcer. Ils offrirent des présents somptueux, incluant des étoffes précieuses, des fourrures rares, un sabre orné et un oiseau de proie. Les ambassadeurs visitèrent également le château de Versailles, assistèrent à des démonstrations des Mousquetaires et à une représentation d'opéra. Lors de leur audience de congé, ils reçurent divers présents du roi, dont des boîtes à portraits enrichies de diamants et des armes ornées. Ils partirent ensuite pour la Hollande, distribuant des aumônes aux pauvres en chemin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 118-119
Sur le mesme Sujet.
Début :
DU sommet glorieux de ce degré sublime, [...]
Mots clefs :
Gloire, Puissance, Souvenir
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texteReconnaissance textuelle : Sur le mesme Sujet.
Sur le mefme Sujet.
DⒸ fommetglorieux de ce degré
fublime
Où vient de t'élever le plus puiſſant
la
France ap
des Rois ,
BOVCHERAT , voy
plaudir à fon choix ;
De tes nobles travaux d'eft le fruit
legitime.
**
Que tu vas dignement répondre à
Lon eftime !
GALANT. 119
Ton genie a brillé dans tes moindres
emplois.
Que ne fera- t - il point fur le thrâne
des Lois
Pourfauver l'innocence , & pourpunir
le crime ?
Avec ce coeurfi grand , fi defintereßé,
Réunis en toy feul ceux qui t'ont devancé
:
Leur fouvenir eft cher , & leur nom
eft augufte :
**
Themis te tend les bras , &je t'y vois
voler ::
Sage , éclairé , fçavant , actif, prudent
& juste ,
De ce qu'elle a perdu tu vas la con-
Soler,
DⒸ fommetglorieux de ce degré
fublime
Où vient de t'élever le plus puiſſant
la
France ap
des Rois ,
BOVCHERAT , voy
plaudir à fon choix ;
De tes nobles travaux d'eft le fruit
legitime.
**
Que tu vas dignement répondre à
Lon eftime !
GALANT. 119
Ton genie a brillé dans tes moindres
emplois.
Que ne fera- t - il point fur le thrâne
des Lois
Pourfauver l'innocence , & pourpunir
le crime ?
Avec ce coeurfi grand , fi defintereßé,
Réunis en toy feul ceux qui t'ont devancé
:
Leur fouvenir eft cher , & leur nom
eft augufte :
**
Themis te tend les bras , &je t'y vois
voler ::
Sage , éclairé , fçavant , actif, prudent
& juste ,
De ce qu'elle a perdu tu vas la con-
Soler,
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Résumé : Sur le mesme Sujet.
Le texte célèbre l'élévation de Boucherat à un haut rang judiciaire en France. Il loue sa légitimité et son génie, reconnus même dans ses rôles modestes. Boucherat est attendu pour protéger l'innocence et punir le crime. Doté d'un cœur grand et désintéressé, il incarne les qualités de ses prédécesseurs. Thémis, la déesse de la justice, le voit comme sage, éclairé, savant, actif, prudent et juste, et espère qu'il consolera ses pertes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 80-83
REPROCHES au Dieu Apollon, sur le sort ordinaire des Poëtes.
Début :
Fils de Latone, injuste Dieu, [...]
Mots clefs :
Or, Puissance, Indigence, Char, Coursiers, Enorgueilli, Ornement, Famille, Sous-fermier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPROCHES au Dieu Apollon, sur le sort ordinaire des Poëtes.
REPROCHES
au Dieu Apollon,sur
le fort ordinaire des
Poëtes.
FIls de Latone,injuste
Dieu,
Qui produit l'or par ta
puissance,
Pourquoi tousjours dans
l'indigence
- Tes enfans en ont-ils si
peu.
Apprens-moi, Pere sans
pitié,
Tandis qu'avec éclat tu
guides
Ton Char &tes CourEeM
rapides,
Pourquoi tes enfans vont àpie?
Enorgueillis d'un titre
vain,
Pourquoy, tandis que
TAmbrofie
Selon ton gré te rassasie
Tes enfans meurent-ils
de faim
Par toi nos champs font
reveftus
Des ornemens les plus ai.
mables ; Pourquoirfiersquoique
misérables,
Tes enfans sont-ils presquenuds?
Dans ton Palais font rassemblez
Cent thrélors donc il cIl,
la source ;
Pourquoi tes enfans sans
ressource
Sont-ils toujours si malmeublez
>
Songe à les pourvoir:sans
--, ,"-
les biens
De quoi sert la haute naiCsance;
Est-il un Sous-Fermier eu
France,
Qui n'establisse mieux lc£
siens.
Ne parois plusindifferent
Sur ce qu'icy je te de
mande:
Il est vrai, ta Famille est
grande
Mais ton pouvoir est-il
moins grand
Agis en donc plus tendrement,
Traite tes enfans en vrai
père,
Et pourqu'il ne t'en couftç
guere
Enrichis les bons seule
ment.
au Dieu Apollon,sur
le fort ordinaire des
Poëtes.
FIls de Latone,injuste
Dieu,
Qui produit l'or par ta
puissance,
Pourquoi tousjours dans
l'indigence
- Tes enfans en ont-ils si
peu.
Apprens-moi, Pere sans
pitié,
Tandis qu'avec éclat tu
guides
Ton Char &tes CourEeM
rapides,
Pourquoi tes enfans vont àpie?
Enorgueillis d'un titre
vain,
Pourquoy, tandis que
TAmbrofie
Selon ton gré te rassasie
Tes enfans meurent-ils
de faim
Par toi nos champs font
reveftus
Des ornemens les plus ai.
mables ; Pourquoirfiersquoique
misérables,
Tes enfans sont-ils presquenuds?
Dans ton Palais font rassemblez
Cent thrélors donc il cIl,
la source ;
Pourquoi tes enfans sans
ressource
Sont-ils toujours si malmeublez
>
Songe à les pourvoir:sans
--, ,"-
les biens
De quoi sert la haute naiCsance;
Est-il un Sous-Fermier eu
France,
Qui n'establisse mieux lc£
siens.
Ne parois plusindifferent
Sur ce qu'icy je te de
mande:
Il est vrai, ta Famille est
grande
Mais ton pouvoir est-il
moins grand
Agis en donc plus tendrement,
Traite tes enfans en vrai
père,
Et pourqu'il ne t'en couftç
guere
Enrichis les bons seule
ment.
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Résumé : REPROCHES au Dieu Apollon, sur le sort ordinaire des Poëtes.
Le poème s'adresse au dieu Apollon pour dénoncer la condition misérable des poètes, ses enfants. Le narrateur souligne l'injustice de cette situation, contrastant la puissance et la richesse d'Apollon avec la pauvreté des poètes. Il compare leur sort à celui des fermiers en France, qui parviennent à subvenir aux besoins de leurs familles. Le narrateur appelle Apollon à ne pas rester indifférent et à pourvoir aux besoins de ses enfants, suggérant qu'il devrait enrichir uniquement les bons poètes. Le poème met en lumière le contraste entre la grandeur d'Apollon et la misère de ceux qu'il est censé protéger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 124-128
LA SIMPLICITÉ CHRETIÉNNE. ODE. Par feu Mr l'Abbé MAUMENET.
Début :
Plein d'ignorance & de miseres, [...]
Mots clefs :
Misère, Mystères, Énigme, Secret, Ténèbres, Ardeur , Nature, Puissance, Sentiments, Onde
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texteReconnaissance textuelle : LA SIMPLICITÉ CHRETIÉNNE. ODE. Par feu Mr l'Abbé MAUMENET.
ATITICLE DES SPECTACLES.
Es Comédiens Italiens ayant
voulu faire l'effai d'une Piéce
purement héroïque, fans l'Arlequin,
reprefenterent avec applaudiffement
ces jours paffés , la Tragédie
de Merope qu'ils donnerent gratis.
Comme cette Troupe fe propofe
de la jouer cet Hiver , je me contenterai
d'en expofer fimple ment
la Fable , dégage de toutes réfléxions
critiques , les refervant pour
ce tems-là.
Le fujer de la Tragédie de Merope
eft tiré d'Apollodore ; mais , les
fituations font l'ouvrage du MarDE
MAY.
IIS
quis Scipion Maffei.
Crefphonte de la race des Héraclides
étoit Roy de Meffenie dans
l'Achaye. Il avoit eu trois fils de
Merope. Poliphonne,un de fes Sujets
, confpira contre lui , le détrôna
& fit impitoyablement
maffacrer
après lui , deux de ſes enfans.
Le troifiéme , à qui l'Auteur donne
le nom de Crefphonte
, & qu'Apollodore
appelle Ægyptus , fut
dérobé à la fureur du Tyran par
les foins de Merope , qui le remit
entre les mains d'un vieux ferviteur
, dont la fidélité lui étoit connuë.
Quinze ans fe pafferent, avant
que ce jeune Prince qui n'en avoit
que trois , lorfqu'il échappa à la
cruauté de Poliphonne , pût demander
raifon du Meurtre de fon
pere, & de fes freres , & de l'ufurpation
de les Etats. C'eft ici l'époque
de l'Action Théatrale . Polyphonne
voyant que les Peuples
de Meffene,Capitale du Royaume,
faifoient tous les jours des Conjurations
contre lui , forma le def716
LE MERCURE
fein d'époufer Merope , pour s'acquerir
un droit au Trône ufurpé .
L'infortunée Veuve de Crefphonte
fremit à cette propofition , & éclata
en fanglants reproches . Pendant
une fi aigre converfation , Adrafte
entiérement dévoué au Tyran ,
lui amena un jeune Païfan accufé
d'avoir tué un homme auprés de
Meffene , & de l'avoir jetté dans
un Fleuve , pour dérober la connoiffance
de fon crime . Le jeune
Païfan confeffa le Meurtre ; mais ,
il tacha de justifier fon intention ,
en difant , qu'il n'avoit fait que
défendre fa vie contre un Brigand
qui l'avoit attaqué . L'Accufateur
qui avoit interêt à le faire périr ,
parce qu'il avoit trouvé fur lui , une
Bague d'un grand prix , qui flatoit
fon avarice , n'oublia rien pour irriter
le Tyran contre lui : Mais ,
Merope attendrie par un fécret
preffentiment , demanda fa grace ,
& l'obtint de Poliphonne. Cependant
, comme le fouvenir de fon
fils l'occupoit fans ceffe , & la te-
1
DE MAY. 117
}
noit dans une agitation éternelle.
Elle s'imagina que le prétendu
Brigand que le Païfan avoit peint
à peu près de fon âge , qui convenoit
à celui du jeune Crefphonte ,
& armé d'une maffuë , Armes ordinaires
des defcendans d'Hercule ,
Elle s'imagina , dis -je , que ce pou--
voit bien être fon fils qui avoit été
tué & jetté dans le Fleuve : Elle"
n'eut point de repos qu'elle ne fut
éclaircie. Eurife attaché à fes interefts
, lui promit d'interoger Adrafte
qui étoit de fes Amis. Cela
fut éxécuté fi hûreufement , ou
plûtôt fi malhûreufement pour Merope
, qu'Eurife lui apporta la Bague
qu'Adrafte avoir trouvée fur
Egifte ( c'étoit le nom du jeune
Païfan ) A la vûë de cette fatale Bague
, Merope frémit , elle la reconnoit
pour la même qu'elle avoit
donnée autrefois au vieux Polidore,
& qui devoit fervir un jour , à lui
faire reconnoître fon cher Cref=
phonte. Elle ne douta point que
Te Meurtrier ne l'eut dérobée pour
118 LE MERCURE
prix de fon crime . Elle en jura la
vengeance , & s'étant fait amener
le malhûreux & innocent Egifte
elle le fit garotter à fes yeux , & fe
fit donner une lance pour lui percer
le coeur. A ces funeftes apprêts
Egifte témoigna ſon étonnement ;
ne pouvant fléchir la Reine irritée ,
prêt à recevoir le coup mortel ;
il lui échappa quelques plaintes ,
qui fufpendirent la vengeance de
Merope ,furtout le nom de Polidore
,forti de fa bouche , lui fut
d'un grand fecours . La Reine en
fut frapée , & quelques momens
qu'elle perdit en éclairciffemens ,
furent caufe que Polyphonne furvint
à cette terrible éxécution , &
l'empêcha , ou du moins la fit remettre
à une autre fois . Les plaintes
qu'Egifte fait au Tyran de l'injuftice
de Merope , qui fait perir
ceux à qui il fait grace ; la colere
du Tyran fur cette attentat , & la
protection qu'il accorde ouvertement
au prétendu Criminel , per
fuadent à la Reine une intelligence
DE MAY.
119
dont elle commençoit à fe douter.
Un nouveau défir de vengeance
s'allume dans fon fein , & le fort
lui fournit bientôt une occafion
de la
confommer. Egifte ayant tout
à craindre d'une Reine irritée , &
ne fe fentant coupable d'aucun
crime , cherche à fe juftifier dans
fon efprit. Il s'adreffà à ſa Confidente
, qui pour mieux l'attirer
dans le piége , lui dit , que Merope .
n'eft plus fi irritée contre lui ; elle
lui promit de lui en dire davantage
, dès qu'elle fe fera débaraffée
d'un foin preffant qui l'appelle
ailleurs , & le prie de l'attendre.
Egifte lui jure de ne point fortir
de cet Appartement, d'a-t-il y pafferla
nuit;accablé de laffitude de fes
derniers travaux , il s'endort. Pendant
fon fommeil , Polydore vient,
introduit dans le Palais par Eurife
qu'il prie de le laiffer feul. Il
découvre un homme endormi, dont
les habits lui font naître la curiofité
d'examiner les traits de fon viſage ;
il approche , mais, entendant venir
120 LE MERCURE
quelqu'un,il fe retire. A peine s'eftil
retiré qu'Eimere trouvant Egifte
endormi , appelle la Reine , en lui
difant que tout favorife fa vengeance
. Merope vient un Poignard à la
main ; mais prête à frapper Egitte ,
elle fe fent arrêtée par un homme
qui , par le cri qu'il fait , éveille
Egifte , & lui donne le tems de fe
fauver de la fureur de fon Ennemie.
Merope au defeſpoir d'avoir
manqué fon coup , le veut faire
retomber fur celui qui l'a fufpendu ;
mais , cette nouvelle Victime de
fa vengeance le fait reconnoître
à elle , pour ce même Polydore
à qui elle commit autrefois le foin
de fon cher Crefphonte , & lui apprend
en même tems , que c'étoit
Crefphonte-même qu'elle alloit
immoler. La Surpriſe , la Terreur.,
la Joye, fe fuccédent tour à tour
dans le coeur de Merope ; le premier
mouvement de la Nature la
porte à aller embraffer fon fils ;
mais , Polydore lui repréfente fagement
, que ce feroit l'étouffer
en
DE MAY 121
l'embraffant , & que le moindre
éclat mettroit la vie de fon tils
dans un danger évident. (Merope
fe rend à fes raifons .
Polydore lui
prommet
d'éclaircir au jeune Crefphonte
, le myftere de fa Naiffance.
Il accomplit fa promeffe , un
moment après ;
Crefphonte , qui
avoit toujours cru que Polydore
fut fon pere , fent couler le fang
d'Hercules dans ſes veines , à mefure
qu'il apprend fon véritable
fort ,il veut courir à la
vengeance
de fon pere & de fes freres égorgez
par le Tyran ; mais , Polydore fe
jettant à fes pieds , le fait confentir
à fuivre les confeils que fon
âge & fon expérience lui infpirent.
Polyphonte
perfite dans le deffein
d'époufer
Merope , & lui fait ordonner
par Adrafte fon cruel Emiffaire
, d'aller au Temple , fous
peine de voir périr à les yeux ,
toutes les perfonnes qui lui font
les plus cheres . Merope fe livre à
fes volontés , comme une Victime
qu'on entraîne à l'Autel , réfolue
May 177.
L
122 LE MERCURE
de fe donner la mort , plûtôt que
d'époufer le Meurtrier de fon Epoux
& de fes enfans. Elle n'en est
pas pourtant reduite à cette fatale
extrémité. Le jeune Crefphonte
fon fils , trouve le moyen de fe
foustraire aux yeux de Polydore ,
en le faifant confentir au défir curieux
qu'il a d'aller voir la Pompe
qui fe prépare au Temple. Apeine
y eut-il entré , qu'il voit Merope
fa mere, approcher de l'Autel , avec
une paleur qui lui perce l'ame . Il
court lui - même à cet Aurel
où elle est prête de s'immoler , &
fe faififfant du couteau facré , il
en frappe le Tyran & Adrafte.
Merope déclare aux Peuples affemblez
, que celui qui vient de les
tirer d'un efclavage qu'ils ne fupportoient
qu'à regret , eft leur véritable
Roi, fils du bon Crefphonte,
dont la mémoire leur eft fi chere ;
il n'en faut pas d'avantage pour lui
attirer tous les coeurs,il eft proclamé
Roi, &le Tiran détesté après la mort,
comme il l'avoit été pendantfa vie.
>
DE MAY . 123
Ans vouloir entrer dans les raiqui
ont engagé l'Auteur de
>
Semiramis à faire interrompre cette
Tragédie , qui avoit déja foûtenu
fept reprefentations , les Comédiens
François , pour confoler le
Public du plaifir qu'il avoit à la
fuivre , ont remis fur leur Théatre
le Flateur , Comédie de Mr Rouf-
-feau , qui parut pour la premiere
fois , il y a près de 20 ans ; quoique
les Acteurs faffent , pour rechauffer
cette Piéce & que Mr
Quinault l'aîné fe furpaffe dans
le Rôle du Aateur ; elle n'eft
cependant pas auffi fuivie qu'ils s'en
étoient flatés. Mlle le Couvreur ,
nouvelle Actrice , qui a joué à la
Cour de Lorraine & à Strasbourg,
a attiré beaucoup plus de Spectateurs
dans Electre elle a été fort
applaudie ; cependant , avant que
de porter aucun jugement fur fon
mérite Théatrale ; il faut attendre
que quelques autres Piéces en décident
.
Les changemens qui ont été faits
Lij
124 LE MERCURE
de la part du Poëte & du Muficien ,
dans Hypermetre qui avoit été
fufpendue , ont été fort bien receus
des Amateurs de l'Opera ;
on continue à la repréſenter avec
fuccés . M. Gervais Auteur de la
Mufique , doit être fatisfait de tout
le bien qu'en difent les Connoiffeurs.
Es Comédiens Italiens ayant
voulu faire l'effai d'une Piéce
purement héroïque, fans l'Arlequin,
reprefenterent avec applaudiffement
ces jours paffés , la Tragédie
de Merope qu'ils donnerent gratis.
Comme cette Troupe fe propofe
de la jouer cet Hiver , je me contenterai
d'en expofer fimple ment
la Fable , dégage de toutes réfléxions
critiques , les refervant pour
ce tems-là.
Le fujer de la Tragédie de Merope
eft tiré d'Apollodore ; mais , les
fituations font l'ouvrage du MarDE
MAY.
IIS
quis Scipion Maffei.
Crefphonte de la race des Héraclides
étoit Roy de Meffenie dans
l'Achaye. Il avoit eu trois fils de
Merope. Poliphonne,un de fes Sujets
, confpira contre lui , le détrôna
& fit impitoyablement
maffacrer
après lui , deux de ſes enfans.
Le troifiéme , à qui l'Auteur donne
le nom de Crefphonte
, & qu'Apollodore
appelle Ægyptus , fut
dérobé à la fureur du Tyran par
les foins de Merope , qui le remit
entre les mains d'un vieux ferviteur
, dont la fidélité lui étoit connuë.
Quinze ans fe pafferent, avant
que ce jeune Prince qui n'en avoit
que trois , lorfqu'il échappa à la
cruauté de Poliphonne , pût demander
raifon du Meurtre de fon
pere, & de fes freres , & de l'ufurpation
de les Etats. C'eft ici l'époque
de l'Action Théatrale . Polyphonne
voyant que les Peuples
de Meffene,Capitale du Royaume,
faifoient tous les jours des Conjurations
contre lui , forma le def716
LE MERCURE
fein d'époufer Merope , pour s'acquerir
un droit au Trône ufurpé .
L'infortunée Veuve de Crefphonte
fremit à cette propofition , & éclata
en fanglants reproches . Pendant
une fi aigre converfation , Adrafte
entiérement dévoué au Tyran ,
lui amena un jeune Païfan accufé
d'avoir tué un homme auprés de
Meffene , & de l'avoir jetté dans
un Fleuve , pour dérober la connoiffance
de fon crime . Le jeune
Païfan confeffa le Meurtre ; mais ,
il tacha de justifier fon intention ,
en difant , qu'il n'avoit fait que
défendre fa vie contre un Brigand
qui l'avoit attaqué . L'Accufateur
qui avoit interêt à le faire périr ,
parce qu'il avoit trouvé fur lui , une
Bague d'un grand prix , qui flatoit
fon avarice , n'oublia rien pour irriter
le Tyran contre lui : Mais ,
Merope attendrie par un fécret
preffentiment , demanda fa grace ,
& l'obtint de Poliphonne. Cependant
, comme le fouvenir de fon
fils l'occupoit fans ceffe , & la te-
1
DE MAY. 117
}
noit dans une agitation éternelle.
Elle s'imagina que le prétendu
Brigand que le Païfan avoit peint
à peu près de fon âge , qui convenoit
à celui du jeune Crefphonte ,
& armé d'une maffuë , Armes ordinaires
des defcendans d'Hercule ,
Elle s'imagina , dis -je , que ce pou--
voit bien être fon fils qui avoit été
tué & jetté dans le Fleuve : Elle"
n'eut point de repos qu'elle ne fut
éclaircie. Eurife attaché à fes interefts
, lui promit d'interoger Adrafte
qui étoit de fes Amis. Cela
fut éxécuté fi hûreufement , ou
plûtôt fi malhûreufement pour Merope
, qu'Eurife lui apporta la Bague
qu'Adrafte avoir trouvée fur
Egifte ( c'étoit le nom du jeune
Païfan ) A la vûë de cette fatale Bague
, Merope frémit , elle la reconnoit
pour la même qu'elle avoit
donnée autrefois au vieux Polidore,
& qui devoit fervir un jour , à lui
faire reconnoître fon cher Cref=
phonte. Elle ne douta point que
Te Meurtrier ne l'eut dérobée pour
118 LE MERCURE
prix de fon crime . Elle en jura la
vengeance , & s'étant fait amener
le malhûreux & innocent Egifte
elle le fit garotter à fes yeux , & fe
fit donner une lance pour lui percer
le coeur. A ces funeftes apprêts
Egifte témoigna ſon étonnement ;
ne pouvant fléchir la Reine irritée ,
prêt à recevoir le coup mortel ;
il lui échappa quelques plaintes ,
qui fufpendirent la vengeance de
Merope ,furtout le nom de Polidore
,forti de fa bouche , lui fut
d'un grand fecours . La Reine en
fut frapée , & quelques momens
qu'elle perdit en éclairciffemens ,
furent caufe que Polyphonne furvint
à cette terrible éxécution , &
l'empêcha , ou du moins la fit remettre
à une autre fois . Les plaintes
qu'Egifte fait au Tyran de l'injuftice
de Merope , qui fait perir
ceux à qui il fait grace ; la colere
du Tyran fur cette attentat , & la
protection qu'il accorde ouvertement
au prétendu Criminel , per
fuadent à la Reine une intelligence
DE MAY.
119
dont elle commençoit à fe douter.
Un nouveau défir de vengeance
s'allume dans fon fein , & le fort
lui fournit bientôt une occafion
de la
confommer. Egifte ayant tout
à craindre d'une Reine irritée , &
ne fe fentant coupable d'aucun
crime , cherche à fe juftifier dans
fon efprit. Il s'adreffà à ſa Confidente
, qui pour mieux l'attirer
dans le piége , lui dit , que Merope .
n'eft plus fi irritée contre lui ; elle
lui promit de lui en dire davantage
, dès qu'elle fe fera débaraffée
d'un foin preffant qui l'appelle
ailleurs , & le prie de l'attendre.
Egifte lui jure de ne point fortir
de cet Appartement, d'a-t-il y pafferla
nuit;accablé de laffitude de fes
derniers travaux , il s'endort. Pendant
fon fommeil , Polydore vient,
introduit dans le Palais par Eurife
qu'il prie de le laiffer feul. Il
découvre un homme endormi, dont
les habits lui font naître la curiofité
d'examiner les traits de fon viſage ;
il approche , mais, entendant venir
120 LE MERCURE
quelqu'un,il fe retire. A peine s'eftil
retiré qu'Eimere trouvant Egifte
endormi , appelle la Reine , en lui
difant que tout favorife fa vengeance
. Merope vient un Poignard à la
main ; mais prête à frapper Egitte ,
elle fe fent arrêtée par un homme
qui , par le cri qu'il fait , éveille
Egifte , & lui donne le tems de fe
fauver de la fureur de fon Ennemie.
Merope au defeſpoir d'avoir
manqué fon coup , le veut faire
retomber fur celui qui l'a fufpendu ;
mais , cette nouvelle Victime de
fa vengeance le fait reconnoître
à elle , pour ce même Polydore
à qui elle commit autrefois le foin
de fon cher Crefphonte , & lui apprend
en même tems , que c'étoit
Crefphonte-même qu'elle alloit
immoler. La Surpriſe , la Terreur.,
la Joye, fe fuccédent tour à tour
dans le coeur de Merope ; le premier
mouvement de la Nature la
porte à aller embraffer fon fils ;
mais , Polydore lui repréfente fagement
, que ce feroit l'étouffer
en
DE MAY 121
l'embraffant , & que le moindre
éclat mettroit la vie de fon tils
dans un danger évident. (Merope
fe rend à fes raifons .
Polydore lui
prommet
d'éclaircir au jeune Crefphonte
, le myftere de fa Naiffance.
Il accomplit fa promeffe , un
moment après ;
Crefphonte , qui
avoit toujours cru que Polydore
fut fon pere , fent couler le fang
d'Hercules dans ſes veines , à mefure
qu'il apprend fon véritable
fort ,il veut courir à la
vengeance
de fon pere & de fes freres égorgez
par le Tyran ; mais , Polydore fe
jettant à fes pieds , le fait confentir
à fuivre les confeils que fon
âge & fon expérience lui infpirent.
Polyphonte
perfite dans le deffein
d'époufer
Merope , & lui fait ordonner
par Adrafte fon cruel Emiffaire
, d'aller au Temple , fous
peine de voir périr à les yeux ,
toutes les perfonnes qui lui font
les plus cheres . Merope fe livre à
fes volontés , comme une Victime
qu'on entraîne à l'Autel , réfolue
May 177.
L
122 LE MERCURE
de fe donner la mort , plûtôt que
d'époufer le Meurtrier de fon Epoux
& de fes enfans. Elle n'en est
pas pourtant reduite à cette fatale
extrémité. Le jeune Crefphonte
fon fils , trouve le moyen de fe
foustraire aux yeux de Polydore ,
en le faifant confentir au défir curieux
qu'il a d'aller voir la Pompe
qui fe prépare au Temple. Apeine
y eut-il entré , qu'il voit Merope
fa mere, approcher de l'Autel , avec
une paleur qui lui perce l'ame . Il
court lui - même à cet Aurel
où elle est prête de s'immoler , &
fe faififfant du couteau facré , il
en frappe le Tyran & Adrafte.
Merope déclare aux Peuples affemblez
, que celui qui vient de les
tirer d'un efclavage qu'ils ne fupportoient
qu'à regret , eft leur véritable
Roi, fils du bon Crefphonte,
dont la mémoire leur eft fi chere ;
il n'en faut pas d'avantage pour lui
attirer tous les coeurs,il eft proclamé
Roi, &le Tiran détesté après la mort,
comme il l'avoit été pendantfa vie.
>
DE MAY . 123
Ans vouloir entrer dans les raiqui
ont engagé l'Auteur de
>
Semiramis à faire interrompre cette
Tragédie , qui avoit déja foûtenu
fept reprefentations , les Comédiens
François , pour confoler le
Public du plaifir qu'il avoit à la
fuivre , ont remis fur leur Théatre
le Flateur , Comédie de Mr Rouf-
-feau , qui parut pour la premiere
fois , il y a près de 20 ans ; quoique
les Acteurs faffent , pour rechauffer
cette Piéce & que Mr
Quinault l'aîné fe furpaffe dans
le Rôle du Aateur ; elle n'eft
cependant pas auffi fuivie qu'ils s'en
étoient flatés. Mlle le Couvreur ,
nouvelle Actrice , qui a joué à la
Cour de Lorraine & à Strasbourg,
a attiré beaucoup plus de Spectateurs
dans Electre elle a été fort
applaudie ; cependant , avant que
de porter aucun jugement fur fon
mérite Théatrale ; il faut attendre
que quelques autres Piéces en décident
.
Les changemens qui ont été faits
Lij
124 LE MERCURE
de la part du Poëte & du Muficien ,
dans Hypermetre qui avoit été
fufpendue , ont été fort bien receus
des Amateurs de l'Opera ;
on continue à la repréſenter avec
fuccés . M. Gervais Auteur de la
Mufique , doit être fatisfait de tout
le bien qu'en difent les Connoiffeurs.
Fermer
5
p. 145-147
De Vienne, le 5 Novembre.
Début :
Quoique les Turcs publient que la Porte sera des efforts [...]
Mots clefs :
Turcs, Campagne, Paix, Puissance, Forteresse, Députés, Prince Eugène, Duc, Troupes, Noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne, le 5 Novembre.
De Vienne , les Novembre.
Quoique les Turcs publient que la
Porte fera des efforts étonnants , pour
agir offenfivement la Campagne prochaine
; il n'en eft pas moins vrai que
ces Infidéles recherchent la Paix avec
empreffement, & mefme fans la participation
d'aucune autre Puiffance . On
fçait que pour préliminaire , ils confentent
de céder Themefvvar , & tout le
côté Septentrional du Danube , juſqu'à
Belgrade . Mais , ils infitent extremément
fur la reftitution de cette derniére
Ville,qui leur tient fi fort au coeur,
que pour la ravoir , ils permetteront
Novembre
1717. N
146
LE
MERCURE
que l'Empereur puiffe conftruire deux
nouvelles Fortereffes fur le Danube ;
l'une , vis- à- vis Belgrade , & l'autre ,
où S. M. I. le trouvera bon. Pour cet
effet , ils offrent de lui payer un million
de Florins ; à condition cependant ,
que les Vénitiens ne feront point compris
dans ce Traité , ne voulans
leur rendre la Morée.
pas
Auffitôt que les Députez des Turcs
qui font à Belgrade , auront reçû de -la
Porte , une plus ample inftruction pour
traiter de la Paix . M. le Prince Eugéne
partira d'ici incognito pour s'y rendre .
En attendant , les Troupes Impériales
font actuellement occupées à s'êtendre
fur la droite par la Bofnie , en
tirant vers Triefte. On avance beaucoup
les nouveaux préparatifs , pour
attaquer de rechef Zvvornick , dont la
la fituation incommode fort nos Quartiers.
La Cour eft en Traité,pour prendre
à fon fervice 30000 hommes d'augmentation
de Troupes auxiliaires ,
qui lui font offertes par divers Princes
Allemagne ...
Les derniéres Lettres de
Hambourg
du dix de ce mois , portent que le Roy
de
Danemarck avance fort fes préparaDE
NOVEMBRE
147
tifs pour le meure de bonne heure
en Campagne avec une Armée de
fooo hommes : Que le Roy de Suéde
defon côté , qui a des Troupes nombreufes
& bien entretenues , ne perdpoint
de vûë fon deffein fur la Norwvege
, fe flatant d'y pouvoir faire
une invafion , à la faveur des glaces
prochaines.
Le Duc de Mexelbourg continue à
faire de nouvelles levées , pour aug
menter le nombre de fes Troupes. Il
prétend avoir fur pied une armée de
15000 hommes le Printes prochain.
On craint fort que cet Armement
n'ait d'autre objet , que fa Nobleffe ;
puifqu'il ne faut pas tant de monde
pour la réduire .
Quoique les Turcs publient que la
Porte fera des efforts étonnants , pour
agir offenfivement la Campagne prochaine
; il n'en eft pas moins vrai que
ces Infidéles recherchent la Paix avec
empreffement, & mefme fans la participation
d'aucune autre Puiffance . On
fçait que pour préliminaire , ils confentent
de céder Themefvvar , & tout le
côté Septentrional du Danube , juſqu'à
Belgrade . Mais , ils infitent extremément
fur la reftitution de cette derniére
Ville,qui leur tient fi fort au coeur,
que pour la ravoir , ils permetteront
Novembre
1717. N
146
LE
MERCURE
que l'Empereur puiffe conftruire deux
nouvelles Fortereffes fur le Danube ;
l'une , vis- à- vis Belgrade , & l'autre ,
où S. M. I. le trouvera bon. Pour cet
effet , ils offrent de lui payer un million
de Florins ; à condition cependant ,
que les Vénitiens ne feront point compris
dans ce Traité , ne voulans
leur rendre la Morée.
pas
Auffitôt que les Députez des Turcs
qui font à Belgrade , auront reçû de -la
Porte , une plus ample inftruction pour
traiter de la Paix . M. le Prince Eugéne
partira d'ici incognito pour s'y rendre .
En attendant , les Troupes Impériales
font actuellement occupées à s'êtendre
fur la droite par la Bofnie , en
tirant vers Triefte. On avance beaucoup
les nouveaux préparatifs , pour
attaquer de rechef Zvvornick , dont la
la fituation incommode fort nos Quartiers.
La Cour eft en Traité,pour prendre
à fon fervice 30000 hommes d'augmentation
de Troupes auxiliaires ,
qui lui font offertes par divers Princes
Allemagne ...
Les derniéres Lettres de
Hambourg
du dix de ce mois , portent que le Roy
de
Danemarck avance fort fes préparaDE
NOVEMBRE
147
tifs pour le meure de bonne heure
en Campagne avec une Armée de
fooo hommes : Que le Roy de Suéde
defon côté , qui a des Troupes nombreufes
& bien entretenues , ne perdpoint
de vûë fon deffein fur la Norwvege
, fe flatant d'y pouvoir faire
une invafion , à la faveur des glaces
prochaines.
Le Duc de Mexelbourg continue à
faire de nouvelles levées , pour aug
menter le nombre de fes Troupes. Il
prétend avoir fur pied une armée de
15000 hommes le Printes prochain.
On craint fort que cet Armement
n'ait d'autre objet , que fa Nobleffe ;
puifqu'il ne faut pas tant de monde
pour la réduire .
Fermer
6
p. 157-166
L'ORIGINE DU PREJUGE FABLE.
Début :
Jadis, las des plaisirs qui les avoient flatez, [...]
Mots clefs :
Dieux, Désirs, Voeux, Ennui, Destin, Oisifs, Puissance, Esclavage, Présents, Raison, Secrets, Charme, Discours, Prodige, Monstre, Harangue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ORIGINE DU PREJUGE FABLE.
L'ORIGINE DU PREJUGE'
J
FABLE.
Adis , las des plaifirs qui les avoient
flatez,
Les Dieux ne vouloient plus d'un bonheur
fi tranquile ;
Par l'attrait des difficultez
Leurs defirs languiffans n'êtoient point
irritez ,
A leurs voeux , tout êtoit facile .
Les Graces de la Nouveauté
Manquoient à leur felicité ;
L'Ennui les faififfoit à table ,
Momus n'y laiffoit plus échapper de bons
mots.
Enfin , dégoutez d'un repos
Qui leur étoit infuportable ,
Pour bannir cet ennui des Cieux ,
Jupiter tint confeil , affembla tous les
Dieux.
Mais , n'imaginant rien qui pût les fatisfaire
,
Il pria le Deftin d'examiner l'affaire ,
Et de leur enfeigner, pour combler leurs
fouhaits,
Comment ils fe pouroient occuper defor
mais .
158
LE MERCURE
Pour diffiper l'ennui qui vous domine ,
Voici , dit le Deftin , ce qu'ici j'imagine.
Ne vivez plus oififs comme autrefois
►
Créez un peuple & donnez lui des
loix.
Mettez en lui la connoiffance
De fon neant & de vôtre excellence.
Entre les dons qu'il faut lui départir,
Eclairez le d'une raifon folide ;
Car , qui voudroit regner fur un peuple
ftupide ?
Non , non , il faut qu'il foit capable de
fentir
Quel est votre être , & l'étenduë
immenfe
De votre immortelle puiffance :
Lors , connoiffant quels respect's vous
font dûs •
De fes talents vous raportant l'hommage
2
Vous le verrez par des voeux affidus
S'applaudir de fon esclavage.
Quy , prompts à vous fervir, chaque jour
les Mortels
Feront fûmer l'encens fur vos autels.
Il dit , & tous les Dieux fans tarder
davantage
DE NOVEMBRE. 159
Adopterent l'avis , commencerent l'ouvrage,
Formerent l'Homme , & d'un coma
mun accord
En fa faveur chacun fit un effort.
Tous à Penvi , de quelque don l'orex
nerent ;
Mais , de tous les Préfens des
Dieux
Et le dernier & le plus précieux ,
Fut la Raifon qu'ils lui donnerent.
Alors, par leurs foins achevé,
L'Homme , dit- on , à leurs yeux fut
trouvé
Sans nul défaut , fans la moindre
foibleffe ,
Et fa raifon égalloit leur fageffe .
Il fallut lui donner des loix
De l'augufte affemblée on recueillit les
voix .
Les Dieux alors , tombans de laffitude
›
Accablez du Jommeil qui venoit les
preffer
Ne fongeans qu'à se délaffer
Aprez un travail auffi rude ,
Se baterent de les dicter.
Surpris de la beauté de leur nouvel onvrage
,
160
LE
MERCURE
Ils ne ceffoient de s'en feliciter :
Mais Apollon , par un fecret préfage
L'examinant d'un oeil jaloux ,
De la Raifon conçeut un jufte ombrage.
Hé quoi , dit-il , enflamé de couroux
,
Eft-ce pour l'égaler à nous
Que nous avons fait l'Homme ; & par
quelle manie
Avons nous à l'envi tous orné fon genie
?
J'en crains pour nous un trifte évenement.
On connut , mais trop tard , qu'il pen-
Soit fainement :
L'Homme , en effet , permit àfes lumieres
De pénétrer dans les Caufes premieres
;
Ofa des Dieux dévoiller les fécrets ,
Leur demanda raifon de leurs décrets
,
Epia la Nature : Enfin , de chaque
chofe
Par fon effet fçeut connoître la caufe.
Rien n'échappoit à fon oeil curieux ;
Et de plus prés examinant les Dieux ,
IL
DE NOVEMBRE.. 161
Il fe difoit , pourquoi , par quel ca
price ,
Me traitent- ils avec tant d'injustice ?
Tandis qu'ils font efclaves des plaifirs
>
Qu'ils n'ont jamais combattu leurs
defirs ,
Si l'on en croit leurs loix illegitimes,
Les imiter , c'est commettre des crimes?
N'auroient- ils donc fait naître dans.
mon coeur
DesPaffions le charme feducteur ,
Que pour jouir du biſare avantage
De mepunir, fi j'ofe en faire ufage ?
Tels étoient fes difcours par la Raiſon
dictez :
Les Deux juftement irritez
Du crime de l'humaine engeance
;
Dans un feftin délicieux
Que leur donnoit le fouverain des
Cieux ,
Difputerent entr'eux duchoix de la van
geance :
Chacun crioit à qui mieux mieux,
Leurs Cris troubloient les plaisirs de
·la fête.
Vous euffiez vu le bon Jupin ,
162 LE MERCURE
Durant ce bruit qui lui rempoit la
tête,
Dans des flots de nectar détremper
fon chagrin.
Il en but trop , & la liqueur joyeuse
Echauffant fon Cerveau, lefit gefticuler,
Rire, chanter , caprioler ,
D'une maniere fcandaleufe.
Dans leur étonnement, les Dienx
Honteux pour lui , n'ofoient lever
les yeuxs
Quand tout à coup, trépignant d'allegreffe,
Il dit en bégaiant,filence ici , je crois
Queje vais accoucher une feconde fois ;
Qu'à me feliciter chacun de vous s'em
preffe.
Du je me trompe fort , ou bientôt à
Pallas
Jupiter va donner un Frere :
Dans ma tête je fens un terrible fracas
,
Ceci renferme un angufte Miftere.
Il dit , & dans l'inftant , on vit de fon
Cerveau
Sortir un Prodige nouveau :
Un Monftre pedantefque à contenance
altiere.
Il avoit l'air imperieux »
DE NOVEMBRE. 163
L'orgueil éclattoit dans fes yeux
Cependant , fa foible paupiere
Ne pouvoit foutenir l'éclat de la lumiere.
Les Dieux examinoient fon maintien
affecté ,
Sa demarche , enfin tout , juſqu'à ſon
moindre gefte.
Loin d'en être déconcerté,
Sa fierté s'en accrut ; d'un ton d'autorité
Il fit une barangue à la Troupe Célefte
,
Qui ne pouvant garder fa gravité ;
Abregea le difcours par maint éclat de
rire.
Jupiter confus & furpris
D'avoir pu faire un fils fi digne de
mépris ,
Les yeux baiffez , n'ofoit rien dire.
Bien lui vallut encor dans fon affliction ,
D'avoir bûplus qu'à l'ordinaire :
Mieux que la Raifon n'eut pu faire,
L'yvreffe en cette occafion ,
Lui fauva la monié de la confufion.
Pallas examinant fon ridicule Frere ,
Dit en maître des Dieux. O Vous ! qu'en
ce moment .
L'ai bonte d'apeller mon Pere ,
· Oij
164 LE MERCURE
N'efperez pas impunément
Deshonorer notre famille ,
Ou defavoüez vôtre Fille ,
Ou chaffez ce .... Ho doucement ,
Dit Phoebus ? Calmez vous Déeffe;
Hé quoi , faut-il que Lafageffe
Parle avec tant d'emportement ?
Du fils de Jupiter ne foyez, point en
peine ,
De l'Olimpe on va le bannir
Au Livre du Deftin j'ai lû fon
avenir >
J'ai de fon fort conoiſſance certaine
.
Notre frere , Pallas , fe nomme Préjugé.
Vous voyez qu'aujourdhui , bravant nôtre
puissance ,
L'Homme afpire à l'independance ;
De nos loix , la raifon l'a prefque degagé
:
Mais , il va deformais rentrerſous nôtre
empire ,
Prejugé feul ,peut le reduire.
Chez les Mortels en Docteur erigé
Envoyons ce nouveau Confrere.
Ileft fot , ignorant ; mais n'importe, j'efpere
Que chez eux ilfera bientôt acredité.
DE NOVEMBRE.
165
Il eft impérieux , l'infolence le guide ,
Il viendra de loin , il décide ;
C'en eft affez pour qu'ilfoit écouté.
Nous le verrons avec audace ,
De la Raifon prendre la place ;
Et ramener aujoug les rebelles Humains.
Par mille battements de mains
Ace projet tous les Dieux applandirent
;
Et pour l'éxecuter , voici comme ils s'y
prirent.
Ils donnerent au faux Docteur
En l'envoyant régenter fur la terre ,
Le titre de Legislateur ,
Avec ordre de faire une éternelle guerre
Ala Raifon , à tousfes Adhérans.
Chezles humains arrivépour détruire
De la raifon le fouverain empire ,
Préjugé des plus ignorans
Gagna d'abord la troupe ridicule ;.
Car tout ignorant eft crédule :
Par le nombre entraînez , bientôt tous les
Mortel's
De la raifon briferent les Autels.
En quittant des ingrats qui l'avoient outragée
,
Elle en crut être affez vangée.
Alors, loin de perçer l'obfcure verité ,
Adorateur d'un bizare fiftême ,
166 LE MERCURE
L'homme ne connut plus ce qu'il êtoir
lui-même.
La plus groffiere abfurdité
En impofa fans peine àfa crédulité.
Non content d'encenfer Lupin & ſa Sequele
,
Indignes Habitans des Cieux s
L'Imbécile fe fit maint Idolé nouvelle
Créateur defes propres Dieux.
J
FABLE.
Adis , las des plaifirs qui les avoient
flatez,
Les Dieux ne vouloient plus d'un bonheur
fi tranquile ;
Par l'attrait des difficultez
Leurs defirs languiffans n'êtoient point
irritez ,
A leurs voeux , tout êtoit facile .
Les Graces de la Nouveauté
Manquoient à leur felicité ;
L'Ennui les faififfoit à table ,
Momus n'y laiffoit plus échapper de bons
mots.
Enfin , dégoutez d'un repos
Qui leur étoit infuportable ,
Pour bannir cet ennui des Cieux ,
Jupiter tint confeil , affembla tous les
Dieux.
Mais , n'imaginant rien qui pût les fatisfaire
,
Il pria le Deftin d'examiner l'affaire ,
Et de leur enfeigner, pour combler leurs
fouhaits,
Comment ils fe pouroient occuper defor
mais .
158
LE MERCURE
Pour diffiper l'ennui qui vous domine ,
Voici , dit le Deftin , ce qu'ici j'imagine.
Ne vivez plus oififs comme autrefois
►
Créez un peuple & donnez lui des
loix.
Mettez en lui la connoiffance
De fon neant & de vôtre excellence.
Entre les dons qu'il faut lui départir,
Eclairez le d'une raifon folide ;
Car , qui voudroit regner fur un peuple
ftupide ?
Non , non , il faut qu'il foit capable de
fentir
Quel est votre être , & l'étenduë
immenfe
De votre immortelle puiffance :
Lors , connoiffant quels respect's vous
font dûs •
De fes talents vous raportant l'hommage
2
Vous le verrez par des voeux affidus
S'applaudir de fon esclavage.
Quy , prompts à vous fervir, chaque jour
les Mortels
Feront fûmer l'encens fur vos autels.
Il dit , & tous les Dieux fans tarder
davantage
DE NOVEMBRE. 159
Adopterent l'avis , commencerent l'ouvrage,
Formerent l'Homme , & d'un coma
mun accord
En fa faveur chacun fit un effort.
Tous à Penvi , de quelque don l'orex
nerent ;
Mais , de tous les Préfens des
Dieux
Et le dernier & le plus précieux ,
Fut la Raifon qu'ils lui donnerent.
Alors, par leurs foins achevé,
L'Homme , dit- on , à leurs yeux fut
trouvé
Sans nul défaut , fans la moindre
foibleffe ,
Et fa raifon égalloit leur fageffe .
Il fallut lui donner des loix
De l'augufte affemblée on recueillit les
voix .
Les Dieux alors , tombans de laffitude
›
Accablez du Jommeil qui venoit les
preffer
Ne fongeans qu'à se délaffer
Aprez un travail auffi rude ,
Se baterent de les dicter.
Surpris de la beauté de leur nouvel onvrage
,
160
LE
MERCURE
Ils ne ceffoient de s'en feliciter :
Mais Apollon , par un fecret préfage
L'examinant d'un oeil jaloux ,
De la Raifon conçeut un jufte ombrage.
Hé quoi , dit-il , enflamé de couroux
,
Eft-ce pour l'égaler à nous
Que nous avons fait l'Homme ; & par
quelle manie
Avons nous à l'envi tous orné fon genie
?
J'en crains pour nous un trifte évenement.
On connut , mais trop tard , qu'il pen-
Soit fainement :
L'Homme , en effet , permit àfes lumieres
De pénétrer dans les Caufes premieres
;
Ofa des Dieux dévoiller les fécrets ,
Leur demanda raifon de leurs décrets
,
Epia la Nature : Enfin , de chaque
chofe
Par fon effet fçeut connoître la caufe.
Rien n'échappoit à fon oeil curieux ;
Et de plus prés examinant les Dieux ,
IL
DE NOVEMBRE.. 161
Il fe difoit , pourquoi , par quel ca
price ,
Me traitent- ils avec tant d'injustice ?
Tandis qu'ils font efclaves des plaifirs
>
Qu'ils n'ont jamais combattu leurs
defirs ,
Si l'on en croit leurs loix illegitimes,
Les imiter , c'est commettre des crimes?
N'auroient- ils donc fait naître dans.
mon coeur
DesPaffions le charme feducteur ,
Que pour jouir du biſare avantage
De mepunir, fi j'ofe en faire ufage ?
Tels étoient fes difcours par la Raiſon
dictez :
Les Deux juftement irritez
Du crime de l'humaine engeance
;
Dans un feftin délicieux
Que leur donnoit le fouverain des
Cieux ,
Difputerent entr'eux duchoix de la van
geance :
Chacun crioit à qui mieux mieux,
Leurs Cris troubloient les plaisirs de
·la fête.
Vous euffiez vu le bon Jupin ,
162 LE MERCURE
Durant ce bruit qui lui rempoit la
tête,
Dans des flots de nectar détremper
fon chagrin.
Il en but trop , & la liqueur joyeuse
Echauffant fon Cerveau, lefit gefticuler,
Rire, chanter , caprioler ,
D'une maniere fcandaleufe.
Dans leur étonnement, les Dienx
Honteux pour lui , n'ofoient lever
les yeuxs
Quand tout à coup, trépignant d'allegreffe,
Il dit en bégaiant,filence ici , je crois
Queje vais accoucher une feconde fois ;
Qu'à me feliciter chacun de vous s'em
preffe.
Du je me trompe fort , ou bientôt à
Pallas
Jupiter va donner un Frere :
Dans ma tête je fens un terrible fracas
,
Ceci renferme un angufte Miftere.
Il dit , & dans l'inftant , on vit de fon
Cerveau
Sortir un Prodige nouveau :
Un Monftre pedantefque à contenance
altiere.
Il avoit l'air imperieux »
DE NOVEMBRE. 163
L'orgueil éclattoit dans fes yeux
Cependant , fa foible paupiere
Ne pouvoit foutenir l'éclat de la lumiere.
Les Dieux examinoient fon maintien
affecté ,
Sa demarche , enfin tout , juſqu'à ſon
moindre gefte.
Loin d'en être déconcerté,
Sa fierté s'en accrut ; d'un ton d'autorité
Il fit une barangue à la Troupe Célefte
,
Qui ne pouvant garder fa gravité ;
Abregea le difcours par maint éclat de
rire.
Jupiter confus & furpris
D'avoir pu faire un fils fi digne de
mépris ,
Les yeux baiffez , n'ofoit rien dire.
Bien lui vallut encor dans fon affliction ,
D'avoir bûplus qu'à l'ordinaire :
Mieux que la Raifon n'eut pu faire,
L'yvreffe en cette occafion ,
Lui fauva la monié de la confufion.
Pallas examinant fon ridicule Frere ,
Dit en maître des Dieux. O Vous ! qu'en
ce moment .
L'ai bonte d'apeller mon Pere ,
· Oij
164 LE MERCURE
N'efperez pas impunément
Deshonorer notre famille ,
Ou defavoüez vôtre Fille ,
Ou chaffez ce .... Ho doucement ,
Dit Phoebus ? Calmez vous Déeffe;
Hé quoi , faut-il que Lafageffe
Parle avec tant d'emportement ?
Du fils de Jupiter ne foyez, point en
peine ,
De l'Olimpe on va le bannir
Au Livre du Deftin j'ai lû fon
avenir >
J'ai de fon fort conoiſſance certaine
.
Notre frere , Pallas , fe nomme Préjugé.
Vous voyez qu'aujourdhui , bravant nôtre
puissance ,
L'Homme afpire à l'independance ;
De nos loix , la raifon l'a prefque degagé
:
Mais , il va deformais rentrerſous nôtre
empire ,
Prejugé feul ,peut le reduire.
Chez les Mortels en Docteur erigé
Envoyons ce nouveau Confrere.
Ileft fot , ignorant ; mais n'importe, j'efpere
Que chez eux ilfera bientôt acredité.
DE NOVEMBRE.
165
Il eft impérieux , l'infolence le guide ,
Il viendra de loin , il décide ;
C'en eft affez pour qu'ilfoit écouté.
Nous le verrons avec audace ,
De la Raifon prendre la place ;
Et ramener aujoug les rebelles Humains.
Par mille battements de mains
Ace projet tous les Dieux applandirent
;
Et pour l'éxecuter , voici comme ils s'y
prirent.
Ils donnerent au faux Docteur
En l'envoyant régenter fur la terre ,
Le titre de Legislateur ,
Avec ordre de faire une éternelle guerre
Ala Raifon , à tousfes Adhérans.
Chezles humains arrivépour détruire
De la raifon le fouverain empire ,
Préjugé des plus ignorans
Gagna d'abord la troupe ridicule ;.
Car tout ignorant eft crédule :
Par le nombre entraînez , bientôt tous les
Mortel's
De la raifon briferent les Autels.
En quittant des ingrats qui l'avoient outragée
,
Elle en crut être affez vangée.
Alors, loin de perçer l'obfcure verité ,
Adorateur d'un bizare fiftême ,
166 LE MERCURE
L'homme ne connut plus ce qu'il êtoir
lui-même.
La plus groffiere abfurdité
En impofa fans peine àfa crédulité.
Non content d'encenfer Lupin & ſa Sequele
,
Indignes Habitans des Cieux s
L'Imbécile fe fit maint Idolé nouvelle
Créateur defes propres Dieux.
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7
p. 701-704
LE LION ET LA BREBIS, FABLE.
Début :
Vous qui des grands recherchez l'assistance, [...]
Mots clefs :
Lion, Brebis, Protection, Toison, Fable, Justice, Puissance, Fourrure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE LION ET LA BREBIS, FABLE.
LE LION ET LA BREBIS ,
V
FABLE.
Ous qui des grands recherchez l'assistance ,
N'allez pas avec eux vous lier d'interêt , ´
Si vous donnez plus que la reverence 2
Vous êtes perdus pour jamais.
Un Lion , mais Lion du plus sublime étage ,
Et des plus nobles d'alentour ,
Lion puissant Siegneur , qui par haut parentage ,
Etoit des mieux venus en Cour ,
Joua , dit- on , un vilain tour ,
A la Brebis , sa voisine , peu sage.
Voici le cas ; le bêlant animal ,
Voulant s'avancer , se produire ,
Pour maîtriser ceux qui pouvoient lui naire ,
Et l'emporter sur maint et maint Rival ;
Il faut , dit- il , choisir une Puissance ,
Envers et contre tous qui puisse nous munir ,
Et réprimer l'insolence ,
De l'Escroqueur , qui contre notre engeance®,
Diij
Aima
702 MERCURE DE FRANCE
Aima toûjours tant à sevir.
Ainsi pensoit la Bête à Laine ,
Aussi-tôt dit , aussi-tôt fait ;
Elle court à perte d'haleine ,
Chez le Lion , pour le voir à souhait ,
Et lui faire sa réverence .
Celui- cy de bonne accointance ,.
Avec beaucoup d'affectation ,
Lui promet sa protection.
Grande amitié de part et d'autre ,
Mais par présens falloit l'entretenir ,
Seigneur Lion , le bon apôtre ,
Eût voulu déja les tenir.
D'abord on n'exigea que la simple courbette ,
Que constante assiduité :
Mais bien-tôt la Bête sujette ,
N'en fut quitte à si bon marché ;
Laissant là sa délicatesse ,
Notre Patron s'arma de hardiesse
Et la pria de lui prêter ,
Maintes feuilles qu'avoit amassé la pécore ,
Pour subsister durant l'âpre saison
Cette demande qui l'honore ,
Lui fait donner au Patron 2.
Le feuillage ,
Qu'elle avoit fait à son Village ,
Voiturer à grands frais par Maître Aliboron..
Ce ne fur tout , et comme dit l'adage ,
Plus
AVRIL. 703 1731 .
Plus on a , plus on veut avoir ,
Chez tous les Grands c'est maxime en usage.
Ainsi donc le Lion venant à concevoir ,
Que s'approchoit le tems de la froidure ,
Pensa comment d'une saison si dure ,
Il éviteroit les rigueurs ;
Puis tout à coup songeant à sa Cliente ,
>
En vain, dit- il , je me tourmente ,
Pour de chimeriques malheurs ;
Notre Brebis de sa véture ,
Nous fera chaude couverture.
Bien disoit vrai , le benin animal
De sa Toison lui fait une fourure ,
Si bien que tant que l'hyver dure ,
Le Protecteur ne ressent aucun mal.
A sa porte souvent l'autre cria misere ,
Voulut qu'on la payât et qu'on finît l'affaire .
Pas le moindre petit retour ;
Et qui pis est , la pécore bêlante ,
N'osa plaider pour un si vilain tour ;
Trop bien sçavoit que la Justice est lente ,
A condamner les gens de Cour.
Tout ce que fit la bête aux frimats exposée ,
C'est qu'à son dain déniaisée ,
N'ayant de quoi manger , ni se vétir ,
Elle jura bien fort de n'y plus revenir..
Cet Apologue est pour confondre ,
Ceux qui se livrent trop à de puissans amis ,
D. iiij
Car
704 MERCURE DE * FRANCE
A
Car il est plus d'une Brebis ,
Quipar les Grands se laisse tondre.'
Par René-Vincent Desf *** .
V
FABLE.
Ous qui des grands recherchez l'assistance ,
N'allez pas avec eux vous lier d'interêt , ´
Si vous donnez plus que la reverence 2
Vous êtes perdus pour jamais.
Un Lion , mais Lion du plus sublime étage ,
Et des plus nobles d'alentour ,
Lion puissant Siegneur , qui par haut parentage ,
Etoit des mieux venus en Cour ,
Joua , dit- on , un vilain tour ,
A la Brebis , sa voisine , peu sage.
Voici le cas ; le bêlant animal ,
Voulant s'avancer , se produire ,
Pour maîtriser ceux qui pouvoient lui naire ,
Et l'emporter sur maint et maint Rival ;
Il faut , dit- il , choisir une Puissance ,
Envers et contre tous qui puisse nous munir ,
Et réprimer l'insolence ,
De l'Escroqueur , qui contre notre engeance®,
Diij
Aima
702 MERCURE DE FRANCE
Aima toûjours tant à sevir.
Ainsi pensoit la Bête à Laine ,
Aussi-tôt dit , aussi-tôt fait ;
Elle court à perte d'haleine ,
Chez le Lion , pour le voir à souhait ,
Et lui faire sa réverence .
Celui- cy de bonne accointance ,.
Avec beaucoup d'affectation ,
Lui promet sa protection.
Grande amitié de part et d'autre ,
Mais par présens falloit l'entretenir ,
Seigneur Lion , le bon apôtre ,
Eût voulu déja les tenir.
D'abord on n'exigea que la simple courbette ,
Que constante assiduité :
Mais bien-tôt la Bête sujette ,
N'en fut quitte à si bon marché ;
Laissant là sa délicatesse ,
Notre Patron s'arma de hardiesse
Et la pria de lui prêter ,
Maintes feuilles qu'avoit amassé la pécore ,
Pour subsister durant l'âpre saison
Cette demande qui l'honore ,
Lui fait donner au Patron 2.
Le feuillage ,
Qu'elle avoit fait à son Village ,
Voiturer à grands frais par Maître Aliboron..
Ce ne fur tout , et comme dit l'adage ,
Plus
AVRIL. 703 1731 .
Plus on a , plus on veut avoir ,
Chez tous les Grands c'est maxime en usage.
Ainsi donc le Lion venant à concevoir ,
Que s'approchoit le tems de la froidure ,
Pensa comment d'une saison si dure ,
Il éviteroit les rigueurs ;
Puis tout à coup songeant à sa Cliente ,
>
En vain, dit- il , je me tourmente ,
Pour de chimeriques malheurs ;
Notre Brebis de sa véture ,
Nous fera chaude couverture.
Bien disoit vrai , le benin animal
De sa Toison lui fait une fourure ,
Si bien que tant que l'hyver dure ,
Le Protecteur ne ressent aucun mal.
A sa porte souvent l'autre cria misere ,
Voulut qu'on la payât et qu'on finît l'affaire .
Pas le moindre petit retour ;
Et qui pis est , la pécore bêlante ,
N'osa plaider pour un si vilain tour ;
Trop bien sçavoit que la Justice est lente ,
A condamner les gens de Cour.
Tout ce que fit la bête aux frimats exposée ,
C'est qu'à son dain déniaisée ,
N'ayant de quoi manger , ni se vétir ,
Elle jura bien fort de n'y plus revenir..
Cet Apologue est pour confondre ,
Ceux qui se livrent trop à de puissans amis ,
D. iiij
Car
704 MERCURE DE * FRANCE
A
Car il est plus d'une Brebis ,
Quipar les Grands se laisse tondre.'
Par René-Vincent Desf *** .
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Résumé : LE LION ET LA BREBIS, FABLE.
La fable 'Le Lion et la Brebis' relate l'histoire d'une brebis cherchant protection auprès d'un lion puissant. Le lion accepte de la protéger en échange de présents. Initialement, il demande de la courbette et de l'assiduité, puis exige des feuilles que la brebis a amassées pour l'hiver. La brebis, soumise, lui fournit ce qu'il demande. Lorsque l'hiver arrive, le lion utilise la laine de la brebis pour se couvrir sans compensation. La brebis, malgré ses plaintes, n'ose pas réclamer justice, sachant que les puissants sont protégés par la lenteur de la justice. Elle finit par jurer de ne plus jamais chercher la protection des grands. Cette fable met en garde contre les dangers de s'allier à des puissants qui peuvent exploiter et abandonner ceux qui leur font confiance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
s. p.
PARAPHRASE DU PSEAUME II. Quare fremuerunt gents, &c. STANCES.
Début :
Quelle étrange fureur arme toute la terre ? [...]
Mots clefs :
Terre, Lois, Puissance, Cieux, Souverain, Coups, Psaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE DU PSEAUME II. Quare fremuerunt gents, &c. STANCES.
PARAPHRASE DUPSEAUME II,
Quare fremuerunt gentes , &c.
STANCES.
Uelle étrange fureur arme toute la
terre ?
Quel démon furieux agite les es
prits ?
Je vois déja par tout les horreurs de la guerre à
Je vois tous les peuples aigris.
Craignez l'éclat de la tempête ;
C'estcontre vous qu'elle s'apprête ,
Aij Ro
200 MERCURE
DE FRANCE
Rojs , qui vous soulevez contre le Roy des Rois
Les peuples que votre injustice ,
Vient d'armer pour votre supplice >
Scauront bien, malgré, vous,fouler aux pieds vos
Loix.
Celui qui dans les Cieux dispose de la foudre
Scait par des coups certains punir l'audacieux ;
D'un seulde ses regards, il brise , il met en poudre ,
Le Trône ,le plus glorieux.
Tremblez , Monarques de la terre ,
Craignez l'éclat de son tonnere,
Craignez dans sa fureur le bras du Tout - Puise
sant.
S'il a bien pû vous donner l'être ,
Sçachez qu'il est toujours le maître
De vous faire rentrer dans le premier néant.
Pour moi que dans Sion sa main droite cou
ronne ,
mets toute ma gloire à respecter ses loix :
Au milieu des grandeurs dont l'éclat m’envig
ronne,
Mon cœur est soumis à sa voix :
Toujours tremblant en sa présence ;
Je reconnois que ma Puissance ,
N'est qu'un den de şa main , qu'il peut me le
tavit, Pes
FEVRIER 17327 201
Des Oracles qu'il me révéle ,
Ma bouche , interprete fidelle ,
Fait connoître son nom aux peuples à venir.
Cieux, écoutez a voix : Terre, prêtez silences
De l'Etre souverain j'annonce les décrets ;
Je le vois , je le sens et déja sa présence
Me découvre tous ses secrets.
Ville de Sion , Cité sainte ,
Seche tes pleurs , cessé ta plainte,
Pour ton Liberateur , les Cieux doivent s'ouvrir
Voy quelle est ma bonté suprême ;
C'est mon Fils , qu'un amour extrême ,
Engendra de tout temps , pour être Homme er
mourir.
Il doit mourir , ce Fils , pour expier ton crime;
Lui seul de ma fureur , peut arrêter les coups.
Et par le noble Sang d'une telle Victime ,
J'appaiserai tout mon couroux.
Je ferai tout à sa priere ,
Il aura ma Puissance entiere.
Toutes les Nations écouteront sa voix ;
Les cœurs devenus plus sensibles ,
Respecteront ses Loix paisibles ;
Et comme un foible Vase ; il brisera les Rois.
Aiij Nous
1
202 MERCURE DE FRANCE
Nous , que sa main forma du Limon de la terre ,
Gémissons dans nos cœurs , Princes, Rois, Souverains ;
Notre vaine Grandeur est sujette au tonnerre
Notre Puissance est dans ses mains.
Pour rendre la justice aux hommes ,
Il nous a faits ce que nous sommes ;
Principe de justice , il peut seul l'enseigner.
Servons sa Majesté suprême ,
Dansun respect le plus extrême ;
Apprenons dans ses Loix,le grand art de regner ;
Soumettons- nous au joug de ce Souverain
Maître ,
"
Celui qu'il nous impose , est gracieux et doux.
Craignons que sa fureur , toute prête à paroî
tre ,
Ne nous écrase sous ses coups.
Heureux celui dont l'innocence
A mis en lui son esperance !
Heureux qui de ses pleurs , arrose ses Autels !
Celui-là seul pourra lui plaire ,
Au jour terrible où sa colere ,
Viendra perdre à jamais les injustes mortels.
E. M. I. D. L. Solitaire des bords
de la Marne.
Quare fremuerunt gentes , &c.
STANCES.
Uelle étrange fureur arme toute la
terre ?
Quel démon furieux agite les es
prits ?
Je vois déja par tout les horreurs de la guerre à
Je vois tous les peuples aigris.
Craignez l'éclat de la tempête ;
C'estcontre vous qu'elle s'apprête ,
Aij Ro
200 MERCURE
DE FRANCE
Rojs , qui vous soulevez contre le Roy des Rois
Les peuples que votre injustice ,
Vient d'armer pour votre supplice >
Scauront bien, malgré, vous,fouler aux pieds vos
Loix.
Celui qui dans les Cieux dispose de la foudre
Scait par des coups certains punir l'audacieux ;
D'un seulde ses regards, il brise , il met en poudre ,
Le Trône ,le plus glorieux.
Tremblez , Monarques de la terre ,
Craignez l'éclat de son tonnere,
Craignez dans sa fureur le bras du Tout - Puise
sant.
S'il a bien pû vous donner l'être ,
Sçachez qu'il est toujours le maître
De vous faire rentrer dans le premier néant.
Pour moi que dans Sion sa main droite cou
ronne ,
mets toute ma gloire à respecter ses loix :
Au milieu des grandeurs dont l'éclat m’envig
ronne,
Mon cœur est soumis à sa voix :
Toujours tremblant en sa présence ;
Je reconnois que ma Puissance ,
N'est qu'un den de şa main , qu'il peut me le
tavit, Pes
FEVRIER 17327 201
Des Oracles qu'il me révéle ,
Ma bouche , interprete fidelle ,
Fait connoître son nom aux peuples à venir.
Cieux, écoutez a voix : Terre, prêtez silences
De l'Etre souverain j'annonce les décrets ;
Je le vois , je le sens et déja sa présence
Me découvre tous ses secrets.
Ville de Sion , Cité sainte ,
Seche tes pleurs , cessé ta plainte,
Pour ton Liberateur , les Cieux doivent s'ouvrir
Voy quelle est ma bonté suprême ;
C'est mon Fils , qu'un amour extrême ,
Engendra de tout temps , pour être Homme er
mourir.
Il doit mourir , ce Fils , pour expier ton crime;
Lui seul de ma fureur , peut arrêter les coups.
Et par le noble Sang d'une telle Victime ,
J'appaiserai tout mon couroux.
Je ferai tout à sa priere ,
Il aura ma Puissance entiere.
Toutes les Nations écouteront sa voix ;
Les cœurs devenus plus sensibles ,
Respecteront ses Loix paisibles ;
Et comme un foible Vase ; il brisera les Rois.
Aiij Nous
1
202 MERCURE DE FRANCE
Nous , que sa main forma du Limon de la terre ,
Gémissons dans nos cœurs , Princes, Rois, Souverains ;
Notre vaine Grandeur est sujette au tonnerre
Notre Puissance est dans ses mains.
Pour rendre la justice aux hommes ,
Il nous a faits ce que nous sommes ;
Principe de justice , il peut seul l'enseigner.
Servons sa Majesté suprême ,
Dansun respect le plus extrême ;
Apprenons dans ses Loix,le grand art de regner ;
Soumettons- nous au joug de ce Souverain
Maître ,
"
Celui qu'il nous impose , est gracieux et doux.
Craignons que sa fureur , toute prête à paroî
tre ,
Ne nous écrase sous ses coups.
Heureux celui dont l'innocence
A mis en lui son esperance !
Heureux qui de ses pleurs , arrose ses Autels !
Celui-là seul pourra lui plaire ,
Au jour terrible où sa colere ,
Viendra perdre à jamais les injustes mortels.
E. M. I. D. L. Solitaire des bords
de la Marne.
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Résumé : PARAPHRASE DU PSEAUME II. Quare fremuerunt gents, &c. STANCES.
Le poème 'Paraphrase du Psaume II', publié dans le Mercure de France en février 1732, décrit une fureur générale comparée à une tempête imminente. Les peuples, armés par l'injustice, se soulèvent contre le 'Roi des Rois'. Le texte met en garde les monarques contre la colère divine, capable de détruire les trônes les plus glorieux. Il souligne que Dieu est le maître suprême, capable de réduire les rois au néant. Le poète exprime sa soumission à Dieu et sa mission de révéler Ses décrets. Il annonce la venue d'un libérateur, le Fils de Dieu, qui mourra pour expier les crimes des hommes et apporter la paix. Les nations écouteront sa voix et respecteront ses lois. Les princes, rois et souverains sont appelés à reconnaître leur vaine grandeur et à se soumettre à la justice divine. Le poème se termine par une exhortation à craindre la fureur de Dieu et à chercher l'innocence pour plaire à Dieu au jour du jugement.
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9
p. 2573-2577
CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
Début :
La Fille du grand Roi que Bethléem vit naître, [...]
Mots clefs :
Naissance de Jésus-Christ, Puissance, Enfant, Univers, Adorer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
CANTAT E.
SUR LA NAISSANCE
DE JESUS- CHRIST.
LA Fille du grand Roi que Betlhéem vit naître
La fille de David , Pere de tant de Rois ,
Dans sa propre Patrie en vain se fait connoître ,
P
I. Vol. Citij L'in
2574 MERCURE DE FRANCE
L'ingrate Betlhéem se rend sourde à sa voix.
Tandis que l'Etranger chez l'Etranger tranquile ,
Ygoûte les douceurs d'un paisible repos ,
La Mere de celui qui vient finir nos maux ,
Erre loin de ses murs , pour chercher un azile ;
Un voile tenebreux lui cache l'Univers.
Lejour depuis long-tems se reposoit dans l'Onde,
A ses pas égarez une Grote profonde ,
Où regnent les sombres Hyvers ,
Parmi de vils Troupeaux offre un triste réfuge :
C'est-là qu'un Dieu Sauveur oubliant qu'il est
Juge ,
Oubliant nos forfaits , et son juste courroux ,
Vient de naître et commence à
s'immoler pour
•
nous.
Air.
Volez, Zéphirs , que votre haleine ,
Dans cet Antre profond ramene ,
La douce chaleur du Printemps.
Pere du jour , avant le temps ,
Recommencez votre carriere ,
Chassez les ombres de la nuit ;
L'Univers étonné languit ,
Dans l'attente de la lumiere :
Chassez les ombres de la nuit.
Quels prodiges divers ! la terre est agitée ,
Elle tremble et frémit d'allegresse et d'effroi :
1. Vol.
La
DECEMBRE. 1732. 2575
La Mer, comme autrefois, craintive, épouvantée,
Suspend ses flots bruyans , pour adorer son Roi ,
Dans un Enfant plein de foiblesse.
Le jour , le plus beau jour à paroître s'empresse :
Dévoilez , cher Enfant , l'éternelle beauté ;
Trop long- temps votre Mere a souffert de vos larmes :
Montrez-vous , soulagez ses mortelles allarmes.
Vous , qui de cet Enfant craignez la Majesté ,
Et qui vous nourissez dans le Ciel de ses charmes,
Heureux Esprits , chantez , découvrez- nous l'amour
Qui l'anime pour nous en cet affreux séjour.
Ecoutons ; le Ciel s'ouvre , un Chœur d'Anges
s'apprête
Acelebrer dans les airs une Fête.
Air.
Le Verbe s'est fait chair pour sauver les Mortels;
Dans ses abaissemens éternisons sa gloire :
Il triomphe des cœurs, pour prix de sa victoire,
Il se verra sans cesse élever des Autels ;
Toujours de sa bonté durera la memoire.
Heureux Mortels , recevez les bienfaits ,
Qu'il vient répandre sur la Terre ;
Déja sa main écarte le Tonnerre ;
Il pleure vos forfaits ,
Il vous offre la paix ,
Et replonge aux Enfers l'impitoyable guerre.
I. Vol CY .Heu-
2576 MERCURE DE FRANCE
Heureux Mortels, recevez les bienfaits
Qu'il vient répandre sur la Terre.
On mêle à ces Concerts de rust ques accens ;
De vigilans Bergers accourus vers l'Etable ,
Y portent des cœurs innocens ,
Et forment au Sauveur la Cour la plus aimable ;'
Tandis que pleins d'amour ils pleurent ses dou- leurs ,
L'un d'eux forme ces sons , qu'interrompent
ses pleurs.
Air.
Foible Enfant, Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime.
Vous soulagez tous nos besoins ,
Tout m'annonce vos tendres soins ,
Et vous vous oubliez vous- même
Vous êtes plus pauvre que nous ,
Et tout l'Univers est à vous
Foible Enfant, Puissance suprême
Je vous adore et je vous aime.
Votre main soutient l'Univers.
Elle transporte les Montagnes ;
Elle fait naître en nos Campagnes ,
Et nourrit mille fruits divers.
Votre voix ramene l'Aurore ,
Qui nous éclaire chaque jour ,
1. Vol. Et
DECEMBRE. 1732. 2577
Et les fleurs qu'elle fait éclore ,
Sont les présens de votre amour.
Foible Enfant , Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime
SUR LA NAISSANCE
DE JESUS- CHRIST.
LA Fille du grand Roi que Betlhéem vit naître
La fille de David , Pere de tant de Rois ,
Dans sa propre Patrie en vain se fait connoître ,
P
I. Vol. Citij L'in
2574 MERCURE DE FRANCE
L'ingrate Betlhéem se rend sourde à sa voix.
Tandis que l'Etranger chez l'Etranger tranquile ,
Ygoûte les douceurs d'un paisible repos ,
La Mere de celui qui vient finir nos maux ,
Erre loin de ses murs , pour chercher un azile ;
Un voile tenebreux lui cache l'Univers.
Lejour depuis long-tems se reposoit dans l'Onde,
A ses pas égarez une Grote profonde ,
Où regnent les sombres Hyvers ,
Parmi de vils Troupeaux offre un triste réfuge :
C'est-là qu'un Dieu Sauveur oubliant qu'il est
Juge ,
Oubliant nos forfaits , et son juste courroux ,
Vient de naître et commence à
s'immoler pour
•
nous.
Air.
Volez, Zéphirs , que votre haleine ,
Dans cet Antre profond ramene ,
La douce chaleur du Printemps.
Pere du jour , avant le temps ,
Recommencez votre carriere ,
Chassez les ombres de la nuit ;
L'Univers étonné languit ,
Dans l'attente de la lumiere :
Chassez les ombres de la nuit.
Quels prodiges divers ! la terre est agitée ,
Elle tremble et frémit d'allegresse et d'effroi :
1. Vol.
La
DECEMBRE. 1732. 2575
La Mer, comme autrefois, craintive, épouvantée,
Suspend ses flots bruyans , pour adorer son Roi ,
Dans un Enfant plein de foiblesse.
Le jour , le plus beau jour à paroître s'empresse :
Dévoilez , cher Enfant , l'éternelle beauté ;
Trop long- temps votre Mere a souffert de vos larmes :
Montrez-vous , soulagez ses mortelles allarmes.
Vous , qui de cet Enfant craignez la Majesté ,
Et qui vous nourissez dans le Ciel de ses charmes,
Heureux Esprits , chantez , découvrez- nous l'amour
Qui l'anime pour nous en cet affreux séjour.
Ecoutons ; le Ciel s'ouvre , un Chœur d'Anges
s'apprête
Acelebrer dans les airs une Fête.
Air.
Le Verbe s'est fait chair pour sauver les Mortels;
Dans ses abaissemens éternisons sa gloire :
Il triomphe des cœurs, pour prix de sa victoire,
Il se verra sans cesse élever des Autels ;
Toujours de sa bonté durera la memoire.
Heureux Mortels , recevez les bienfaits ,
Qu'il vient répandre sur la Terre ;
Déja sa main écarte le Tonnerre ;
Il pleure vos forfaits ,
Il vous offre la paix ,
Et replonge aux Enfers l'impitoyable guerre.
I. Vol CY .Heu-
2576 MERCURE DE FRANCE
Heureux Mortels, recevez les bienfaits
Qu'il vient répandre sur la Terre.
On mêle à ces Concerts de rust ques accens ;
De vigilans Bergers accourus vers l'Etable ,
Y portent des cœurs innocens ,
Et forment au Sauveur la Cour la plus aimable ;'
Tandis que pleins d'amour ils pleurent ses dou- leurs ,
L'un d'eux forme ces sons , qu'interrompent
ses pleurs.
Air.
Foible Enfant, Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime.
Vous soulagez tous nos besoins ,
Tout m'annonce vos tendres soins ,
Et vous vous oubliez vous- même
Vous êtes plus pauvre que nous ,
Et tout l'Univers est à vous
Foible Enfant, Puissance suprême
Je vous adore et je vous aime.
Votre main soutient l'Univers.
Elle transporte les Montagnes ;
Elle fait naître en nos Campagnes ,
Et nourrit mille fruits divers.
Votre voix ramene l'Aurore ,
Qui nous éclaire chaque jour ,
1. Vol. Et
DECEMBRE. 1732. 2577
Et les fleurs qu'elle fait éclore ,
Sont les présens de votre amour.
Foible Enfant , Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime
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Résumé : CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
Le poème relate la naissance de Jésus-Christ à Bethléem, la ville natale du roi David. Marie, sa mère, cherche un refuge et trouve abri dans une grotte sombre. Jésus, un Dieu Sauveur, naît en oubliant ses pouvoirs pour se sacrifier pour l'humanité. La terre tremble de joie et la mer suspend ses flots pour adorer le nouveau roi. Le jour le plus beau se hâte d'apparaître, et les anges célèbrent cet événement dans les airs. Le Verbe s'est fait chair pour sauver les mortels, et sa bonté durera éternellement. Les bergers, pleins d'amour, accourent vers l'étable pour adorer le Sauveur. Un berger exprime son admiration et son amour pour cet enfant puissant et humble, reconnaissant que sa main soutient l'univers et qu'il est l'auteur de toutes les bénédictions.
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10
p. 2764-2767
LES Changemens divers dans la Nature, sur la Naissance du Messie. CANTIQUE pour la Fête des Rois, sur l'Air: Au bord d'une Onde fugitive.
Début :
Helas ! quelle clarté nouvelle ? [...]
Mots clefs :
Naissance du Messie, Fête des rois, Univers, Fils, Puissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES Changemens divers dans la Nature, sur la Naissance du Messie. CANTIQUE pour la Fête des Rois, sur l'Air: Au bord d'une Onde fugitive.
LES Changemens divers dans la Nature,
sur la Naissance du Messie.
CANTIQUE pour la Fête des Rois ,
sur l'Air Au bord d'une Ondefugitive.
HElas ! quelle clarté nouvelle ?
Quel Astre brille dans les Cieux ?
Jamais la nuit ne fut si belle ;
Les Zéphirs regnent en ces lieux.
Flore revient ! Ah quels présages !
Tout rit , tout plaît dans nos Forêts ;
Les Oiseaux ; par leurs doux ramages ,
Font gouter des plaisirs parfaits.
Déja l'impatiente Aurore ,
Dore nos Champs et nos Côteaux ;
II. Vol. No
DECEMBRE. 1732. 276.5
Nos Prez reverdissent encore ,
Et les fleurs naissent près des eaux.
Un Dieu fait sentir sa présence
Tout enchante dans ces Deserts ;
Les vents redoutent sa puissance ,
Tout a changé dans l'Univers.
;
Quel bruit de Clairons , de Trompettes
Se mêle aux doux sons des Hautbois?
Qui regne ici dans ces retraites ,
Les Bergers sont parmi les Rois.
O ciel que vois- je ? quelle Etoile
Conduit les Mages dans ce lieu ?
La nuît se cache avec son voile ,
Pour laisser voir un Homme-Dieu.'
Mes yeux découvrent Pinvisible ,
L'Etre premier s'aneantit ;
Je comprends l'incompréhensible ;
Le Verbe Dieu s'assujettit.
Egal à son Pere en puissance ,
Il est de toute Eternité ,
Son Verbe , son Fils , sa substance ,
Sans alterer son unité.
II. Vol.
Une B vj
2766 MERCURE DE FRANCE
Une fille, vierge féconde ,
Augmente sa virginité ,
En enfantant l'Auteur du Monde ,
Sans blesser son integrité.
Du Ciel , de la Terre et de l'Onde ,
Je vois ici le Souverain ;
Grand Dieu ! que fais -je qui réponde ,
Au feu de votre amour divin ?
Sauveur , pour nous fermer l'abîme
Vous avez pris un Corps mortel ;
Si votre cœur sert de victime ,
C'est pour rendre l'homme immortel.
Contre l'orgueil ce Sauveur prêche;'
Mondain, range- toi sous ses Loix ,
Viens pour l'adorer dans sa Crêche
Comme font ces trois puissants Rois.
Ils offrent l'Or à sa Puissance ;
La Myrhe à son humanité ;
Et pour son origine immense ,
L'Encens à sa Divinité.
Venez, Monarques de la Terre,
Princes contrits , ne craignez pas ;
II. Vol.
DECEMBRE. 1732 2767
Il est desarmé du Tonnerre,
Hâtez- vous , il vous tend les bras.
Laisse , Mondaine , ta Toilette ,
Dieu connoît les passevolants ;
Porte- lui ton ame bien nette
C'est-là son Or et son Encens.
sur la Naissance du Messie.
CANTIQUE pour la Fête des Rois ,
sur l'Air Au bord d'une Ondefugitive.
HElas ! quelle clarté nouvelle ?
Quel Astre brille dans les Cieux ?
Jamais la nuit ne fut si belle ;
Les Zéphirs regnent en ces lieux.
Flore revient ! Ah quels présages !
Tout rit , tout plaît dans nos Forêts ;
Les Oiseaux ; par leurs doux ramages ,
Font gouter des plaisirs parfaits.
Déja l'impatiente Aurore ,
Dore nos Champs et nos Côteaux ;
II. Vol. No
DECEMBRE. 1732. 276.5
Nos Prez reverdissent encore ,
Et les fleurs naissent près des eaux.
Un Dieu fait sentir sa présence
Tout enchante dans ces Deserts ;
Les vents redoutent sa puissance ,
Tout a changé dans l'Univers.
;
Quel bruit de Clairons , de Trompettes
Se mêle aux doux sons des Hautbois?
Qui regne ici dans ces retraites ,
Les Bergers sont parmi les Rois.
O ciel que vois- je ? quelle Etoile
Conduit les Mages dans ce lieu ?
La nuît se cache avec son voile ,
Pour laisser voir un Homme-Dieu.'
Mes yeux découvrent Pinvisible ,
L'Etre premier s'aneantit ;
Je comprends l'incompréhensible ;
Le Verbe Dieu s'assujettit.
Egal à son Pere en puissance ,
Il est de toute Eternité ,
Son Verbe , son Fils , sa substance ,
Sans alterer son unité.
II. Vol.
Une B vj
2766 MERCURE DE FRANCE
Une fille, vierge féconde ,
Augmente sa virginité ,
En enfantant l'Auteur du Monde ,
Sans blesser son integrité.
Du Ciel , de la Terre et de l'Onde ,
Je vois ici le Souverain ;
Grand Dieu ! que fais -je qui réponde ,
Au feu de votre amour divin ?
Sauveur , pour nous fermer l'abîme
Vous avez pris un Corps mortel ;
Si votre cœur sert de victime ,
C'est pour rendre l'homme immortel.
Contre l'orgueil ce Sauveur prêche;'
Mondain, range- toi sous ses Loix ,
Viens pour l'adorer dans sa Crêche
Comme font ces trois puissants Rois.
Ils offrent l'Or à sa Puissance ;
La Myrhe à son humanité ;
Et pour son origine immense ,
L'Encens à sa Divinité.
Venez, Monarques de la Terre,
Princes contrits , ne craignez pas ;
II. Vol.
DECEMBRE. 1732 2767
Il est desarmé du Tonnerre,
Hâtez- vous , il vous tend les bras.
Laisse , Mondaine , ta Toilette ,
Dieu connoît les passevolants ;
Porte- lui ton ame bien nette
C'est-là son Or et son Encens.
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Résumé : LES Changemens divers dans la Nature, sur la Naissance du Messie. CANTIQUE pour la Fête des Rois, sur l'Air: Au bord d'une Onde fugitive.
Le texte est un cantique célébrant la naissance du Messie lors de la fête des Rois. Il décrit une nouvelle clarté et un astre brillant dans les cieux, annonçant des présages favorables. La nature se transforme avec le retour de Flore et le chant des oiseaux. L'Aurore illumine les champs, et un Dieu manifeste sa présence, changeant l'univers. Les bergers se trouvent parmi les rois, et une étoile guide les Mages vers un Homme-Dieu. Le texte exalte le mystère de l'Incarnation, où le Verbe de Dieu s'incarne sans altérer son unité. Une vierge féconde donne naissance à l'Auteur du Monde sans perdre sa virginité. Le Sauveur prend un corps mortel pour rendre l'homme immortel et prêche contre l'orgueil. Les Mages offrent de l'or à sa puissance, de la myrrhe à son humanité, et de l'encens à sa divinité. Le texte invite les monarques et les princes à adorer le Sauveur, désarmé du tonnerre, et à lui offrir leur âme pure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 1939-1948
PROBLÊME, Proposé aux Métaphysiciens Géometres, sur l'essence de la matiere.
Début :
On a beaucoup philosophé sur l'essence de la matiere ; par malheur [...]
Mots clefs :
Essence de la matière, Mouvement, Infini, Matière, Homme, Constantinople, Essence, Question, Étendue, Puissance
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texteReconnaissance textuelle : PROBLÊME, Proposé aux Métaphysiciens Géometres, sur l'essence de la matiere.
PROBLEME ,
Proposé aux Métaphysiciens Géometres ;
sur l'essence de la matiere.
O
Na beaucoup philosophé sur l'essence
de la matiere ; par malheur
nous n'en connoissons guéres que les accidens.
On convient assez que la pesanteur
et la légéreté , la chaleur et le froid ,
la sécheresse et l'humidité , la dureté et
la liquidité , la couleur et l'invisibilité , le
mouvement même et le repos , et bien
d'autres qualitez de la matiere ne lui sont
qu'accidentelles. De sorte que la question
se réduit communément parmi les Philosophes
à prendre son parti entre ces
trois ou quatre propriétez , et à décider
laquelle est la principale et comme la racine
ou la base des autres.
Le sentiment Cartésien a comme prévalu
, et l'étendue passe pour constituer
l'essence de la matiere. Il y a eu bien des
disputes à ce sujet parmi les Métaphysiciens
qui n'ont été que Métaphysiciens ;
comme l'étenduë est toute du ressort de
la Géométrie , qui n'a proprement point
d'autre objet , j'ai crû pouvoir l'employer
pour
1940 MERCURE DE FRANCE
pour décider la question ; ceux à qui je la
propose, jugeront si j'y ai réüssi : J'entre
en matiere :
Il est possible que le même corps , supposons
celui d'un homme ; il est possible
que cet homme se trouve la même année
à Paris et à Constantinople. Il est trespossible
même qu'il s'y trouve dans l'espace
de six mois , et même de trois et
peut-être de deux.
Le mouvement de sa nature est susceptible
de plus et ,de moins à l'infini .
La nature est pleine de mouvemens tresrapides
; témoin un Boulet de Canon ,
les Planétes , le son , la lumiere. Cette lumiere
en particulier peut parcourir des
milliers de lieuës en une minute , en une
seconde; et à cette égard Dieu peut transporter
le corps d'un homme en un clin
d'oeil , d'un bout du monde à l'autre ; le
plus ou le moins de mouvement n'a rien
qui passe sa toute - puissance , et la matiere
n'a rien qui s'y refuse.
Reprenons donc , et en supposant un
mouvement toujours croissant par le
pouvoir de Dieu; il est vrai de dire qu'on
peut voir le même homme à Constantinople
et à Paris ; non - seulement dans la
même année, et dans le même mois , mais
dans la même semaine , dans le même
jour,
SEPTEMBRE. 1733. 1941
jour , dans la même heure , dans la même
minute , dans la même seconde , tierce
quarte , sixte , dixième , centiéme ,
milliéme , millioniéme , billioniéme, trillioniéme
, &c. cela va loin , et rien ne
l'arrête,
Or un Charbon enflammé qu'on remue
tres- vîte , paroît occuper tout un
grand espace ; la plupart des choses même
dont nous jouissons , que nous voyons,
que nous sentons , que nous touchons ,
nous n'en jouissons que par un mouvement
semé de mille interruptions , pareilles
à celle que nous concevons dans
l'étenduë qu'occupe sensiblement ou que
paroît occuper ce Charbon .
La vûe des corps en particulier se fait
par un mouvement intercalaire de vibration
, qui nous dérobe et nous rend
alternativement les objets.Comme les rerours
des
rayons sont tres- promts et que
les impressions durent toujours un peu ,
nous croyons voir ces objets d'une vûë
continue , sans aucune interruption.
Suivant cela , et supposant que Dieu
transporte sans cesse notre homme de
Paris à Constantinople , et de Constanti
nople à Paris ; quelqu'un qui seroit à
Constantinople , pourroit écrire à quelqu'un
qui seroit à Paris ; j'ai vû un tel , je
le
1942 MERCURE DE FRANCE
·
le vois tous les jours , il séjourne icy , il
loge avec moi , je mange avec lui, &c . et
celui de Paris pourroit en même temps
écrire dans les mêmes termes à celui de
Constantinople. On peut imaginer le jo
li Roman qui naîtroit de- là : Tout ce que
j'en remarque pour mon sujet présent ,
c'est que la chose est possible à Dieu ; ce
qui dit quelque chose à quiconque entend
bien ; mais la Géométrie va plus
loin dans la recherche de la vérité.
·
Plus ce mouvement de transport augmentera
par la toute puissante volonté
de Dieu , plus il sera exactement vrai .
de dire que l'homme en question est à
Constantinople et à Paris dans un mêmetems
, indivisible et continu . Or selon
les Elemens de la Géométrie de l'infini ,
de l'ingénieux M. de Fontenelle ( page
36. sect. 2. ) les Propriétez qui vont toujours
croissant dans le fini doivent dans
l'infini recevoir tout l'accroissement dont
elles sont capables ; donc le mouvement
en question croissant à l'infini , l'homme
susdit se trouvera exactement au même
instant indivisible à Constantinople ,
à Paris, dans tout l'entre deux , et en mille
autres Villes et Lieux de l'Univers ,
dans l'Univers même , tout entier si on
veut ce qu'il falloit démontrer.
Maïs
SEPTEMBRE. 1733. 1943
Mais , quoique le mouvement puisse
augmenter à l'infini , on va me nier, malgré
la certitude incontestable de ma conclusion
, qu'on puisse jamais supposer ce
mouvement infini. Les Géometres infinitaires
ne le nieront point. Et j'ai encore
pour garant la même section du même
ingénieux ouvrage , page 29. où il est dit
que toute la grandeur capable d'augmentation
à l'infini peut - être supposée au-
_gmentée à l'infini .
Ce principe est fort , j'en conviens ,
mais il est vrai , et même vrai- semblable,
c'est à dire , tout- à- fait plausible par un
autre principe du P. Castel , qui fait voir
dans sa Mathématique Universelle , que
l'infini Géométrique n'a rien que de naturel
et de facile , étant infini dans un
point de vûë , et tres-fini dans un autre
point de vûë ; que la ligne infinie n'est
qu'une surface finie , que la surface infinie
, n'est qu'un corps fini, qu'un nombre
infini n'est qu'une étendue finie , et qu'en
un mot , le du fini à l'infini ne
passage
se fait pas , comme l'insinue M. de Fontenelle
, et comme le prétend tour ouvertement
M. Cheyne , Anglois , par une
addition d'unitez , mais par une espece
d'exaltation d'une nature inférieure à
une nature superieure , comme de la ligne
à la surface , &c. De
1944 MERCURE DE FRANCE
De sorte que le mouvement infini n'est
plus un mouvement , mais la perfection
du mouvement ; et comme la racine , le
principe , la puissance du mouvement , le
mouvement en puissance , et l'étenduë
même ou l'espace avec un repos parfait de
parties. En effet ME : T. et plus T,
diminuë plus M. augmente , sans que E ,
varie. De sorte que T , étant o , alors
M∞ , et E = MOR , confor
mément aux principes de la Mathématique
universelle citée.
Le passage en question du fini à l'infini
n'a icy rien de plus extraordinaire que
ce raisonnement , où il est incontestable.
Je prends un écu , puis un demi écu , puis
un quart , un demi quart , un demi de
mi quart , & c. cela fait un mouvement
croissant , et qui peut toujours croître à
l'infini , ou bien par un mouvement instantanée
et infini , je prends d'un seul
deux écus ; cela va au même ; et que
sçait on même si ce n'est pas plutôt le
premier, que le second de ces mouvemens
qui est infini, au moins le premier ne finit
pas , et le second finit aussi -tôt.
coup
Que Dieu porte notre homme de Paris
à Constantinople , et de Constantinople
à Paris par un mouvement qui croisse
toujours ; c'est celui-là qui ne finit pas :
que
SEPTEMBRE. 1733. 1945
que ce mouvement porté tout d'un coup
à sa perfection, place cet homme dans les
deux Villes au même instant , il n'y a là
qu'un mouvement fini.
Quoiqu'il en soit , il est donc faux que
l'étenduë de la matiere soit déterminée
et qu'elle en soit l'essence immuable ; or
ce raisonnement Géométrique va à tout,
et en particulier à prouver qu'un même
corps peut être en deux, et en mille lieux
différens , sans être dans l'entre - deux ,
qu'il peut passer d'une extrêmité à l'au-
Tre sans passer par le milieu , qu'il peut
être dans un état de pénétrabilité , dans
un état d'indivisibilité , et qu'ainsi son
essence n'est pas non plus d'avoir des
parties ; qu'il peut être tout dans le tout,
et tout dans chaque partie. Encore une
fois , cela va loin , er tres- loin.
Mais si je dépouille ainsi la matiere de
ses propriétez les plus inhérentes , quelle
sera donc son essence ? Ce n'est pas moi
qui le dirai ; j'avoue bonnement que je
n'en sçais rien ; et c'est- là le Problême
que je propose aux Métaphysiciens Géomêtres.
En attendant cependant leur réponse ;
je ne laisse pas au milieu de tout ce dépouillement
de propriétez , de m'attacher
à une , à laquelle on n'a pas fait assez
1948 MERCURE DE FRANCE
sez d'attention dans la question présente;
c'est que la matiere est une substance passive
et tout-à- fait inactive ; ce qui la distingue
tout d'un coup de l'esprit, qui est
une substance active et libre. J'applique
ici un distinction insinuée dans l'Ouvrage
cité du P. Castel , et je dis que la matiere
est une possibilité , et l'esprit une puissance
; puissance participée dans les créatures
, absoluë , indépendante , infinie
incréée dans le Créateur.
Proposé aux Métaphysiciens Géometres ;
sur l'essence de la matiere.
O
Na beaucoup philosophé sur l'essence
de la matiere ; par malheur
nous n'en connoissons guéres que les accidens.
On convient assez que la pesanteur
et la légéreté , la chaleur et le froid ,
la sécheresse et l'humidité , la dureté et
la liquidité , la couleur et l'invisibilité , le
mouvement même et le repos , et bien
d'autres qualitez de la matiere ne lui sont
qu'accidentelles. De sorte que la question
se réduit communément parmi les Philosophes
à prendre son parti entre ces
trois ou quatre propriétez , et à décider
laquelle est la principale et comme la racine
ou la base des autres.
Le sentiment Cartésien a comme prévalu
, et l'étendue passe pour constituer
l'essence de la matiere. Il y a eu bien des
disputes à ce sujet parmi les Métaphysiciens
qui n'ont été que Métaphysiciens ;
comme l'étenduë est toute du ressort de
la Géométrie , qui n'a proprement point
d'autre objet , j'ai crû pouvoir l'employer
pour
1940 MERCURE DE FRANCE
pour décider la question ; ceux à qui je la
propose, jugeront si j'y ai réüssi : J'entre
en matiere :
Il est possible que le même corps , supposons
celui d'un homme ; il est possible
que cet homme se trouve la même année
à Paris et à Constantinople. Il est trespossible
même qu'il s'y trouve dans l'espace
de six mois , et même de trois et
peut-être de deux.
Le mouvement de sa nature est susceptible
de plus et ,de moins à l'infini .
La nature est pleine de mouvemens tresrapides
; témoin un Boulet de Canon ,
les Planétes , le son , la lumiere. Cette lumiere
en particulier peut parcourir des
milliers de lieuës en une minute , en une
seconde; et à cette égard Dieu peut transporter
le corps d'un homme en un clin
d'oeil , d'un bout du monde à l'autre ; le
plus ou le moins de mouvement n'a rien
qui passe sa toute - puissance , et la matiere
n'a rien qui s'y refuse.
Reprenons donc , et en supposant un
mouvement toujours croissant par le
pouvoir de Dieu; il est vrai de dire qu'on
peut voir le même homme à Constantinople
et à Paris ; non - seulement dans la
même année, et dans le même mois , mais
dans la même semaine , dans le même
jour,
SEPTEMBRE. 1733. 1941
jour , dans la même heure , dans la même
minute , dans la même seconde , tierce
quarte , sixte , dixième , centiéme ,
milliéme , millioniéme , billioniéme, trillioniéme
, &c. cela va loin , et rien ne
l'arrête,
Or un Charbon enflammé qu'on remue
tres- vîte , paroît occuper tout un
grand espace ; la plupart des choses même
dont nous jouissons , que nous voyons,
que nous sentons , que nous touchons ,
nous n'en jouissons que par un mouvement
semé de mille interruptions , pareilles
à celle que nous concevons dans
l'étenduë qu'occupe sensiblement ou que
paroît occuper ce Charbon .
La vûe des corps en particulier se fait
par un mouvement intercalaire de vibration
, qui nous dérobe et nous rend
alternativement les objets.Comme les rerours
des
rayons sont tres- promts et que
les impressions durent toujours un peu ,
nous croyons voir ces objets d'une vûë
continue , sans aucune interruption.
Suivant cela , et supposant que Dieu
transporte sans cesse notre homme de
Paris à Constantinople , et de Constanti
nople à Paris ; quelqu'un qui seroit à
Constantinople , pourroit écrire à quelqu'un
qui seroit à Paris ; j'ai vû un tel , je
le
1942 MERCURE DE FRANCE
·
le vois tous les jours , il séjourne icy , il
loge avec moi , je mange avec lui, &c . et
celui de Paris pourroit en même temps
écrire dans les mêmes termes à celui de
Constantinople. On peut imaginer le jo
li Roman qui naîtroit de- là : Tout ce que
j'en remarque pour mon sujet présent ,
c'est que la chose est possible à Dieu ; ce
qui dit quelque chose à quiconque entend
bien ; mais la Géométrie va plus
loin dans la recherche de la vérité.
·
Plus ce mouvement de transport augmentera
par la toute puissante volonté
de Dieu , plus il sera exactement vrai .
de dire que l'homme en question est à
Constantinople et à Paris dans un mêmetems
, indivisible et continu . Or selon
les Elemens de la Géométrie de l'infini ,
de l'ingénieux M. de Fontenelle ( page
36. sect. 2. ) les Propriétez qui vont toujours
croissant dans le fini doivent dans
l'infini recevoir tout l'accroissement dont
elles sont capables ; donc le mouvement
en question croissant à l'infini , l'homme
susdit se trouvera exactement au même
instant indivisible à Constantinople ,
à Paris, dans tout l'entre deux , et en mille
autres Villes et Lieux de l'Univers ,
dans l'Univers même , tout entier si on
veut ce qu'il falloit démontrer.
Maïs
SEPTEMBRE. 1733. 1943
Mais , quoique le mouvement puisse
augmenter à l'infini , on va me nier, malgré
la certitude incontestable de ma conclusion
, qu'on puisse jamais supposer ce
mouvement infini. Les Géometres infinitaires
ne le nieront point. Et j'ai encore
pour garant la même section du même
ingénieux ouvrage , page 29. où il est dit
que toute la grandeur capable d'augmentation
à l'infini peut - être supposée au-
_gmentée à l'infini .
Ce principe est fort , j'en conviens ,
mais il est vrai , et même vrai- semblable,
c'est à dire , tout- à- fait plausible par un
autre principe du P. Castel , qui fait voir
dans sa Mathématique Universelle , que
l'infini Géométrique n'a rien que de naturel
et de facile , étant infini dans un
point de vûë , et tres-fini dans un autre
point de vûë ; que la ligne infinie n'est
qu'une surface finie , que la surface infinie
, n'est qu'un corps fini, qu'un nombre
infini n'est qu'une étendue finie , et qu'en
un mot , le du fini à l'infini ne
passage
se fait pas , comme l'insinue M. de Fontenelle
, et comme le prétend tour ouvertement
M. Cheyne , Anglois , par une
addition d'unitez , mais par une espece
d'exaltation d'une nature inférieure à
une nature superieure , comme de la ligne
à la surface , &c. De
1944 MERCURE DE FRANCE
De sorte que le mouvement infini n'est
plus un mouvement , mais la perfection
du mouvement ; et comme la racine , le
principe , la puissance du mouvement , le
mouvement en puissance , et l'étenduë
même ou l'espace avec un repos parfait de
parties. En effet ME : T. et plus T,
diminuë plus M. augmente , sans que E ,
varie. De sorte que T , étant o , alors
M∞ , et E = MOR , confor
mément aux principes de la Mathématique
universelle citée.
Le passage en question du fini à l'infini
n'a icy rien de plus extraordinaire que
ce raisonnement , où il est incontestable.
Je prends un écu , puis un demi écu , puis
un quart , un demi quart , un demi de
mi quart , & c. cela fait un mouvement
croissant , et qui peut toujours croître à
l'infini , ou bien par un mouvement instantanée
et infini , je prends d'un seul
deux écus ; cela va au même ; et que
sçait on même si ce n'est pas plutôt le
premier, que le second de ces mouvemens
qui est infini, au moins le premier ne finit
pas , et le second finit aussi -tôt.
coup
Que Dieu porte notre homme de Paris
à Constantinople , et de Constantinople
à Paris par un mouvement qui croisse
toujours ; c'est celui-là qui ne finit pas :
que
SEPTEMBRE. 1733. 1945
que ce mouvement porté tout d'un coup
à sa perfection, place cet homme dans les
deux Villes au même instant , il n'y a là
qu'un mouvement fini.
Quoiqu'il en soit , il est donc faux que
l'étenduë de la matiere soit déterminée
et qu'elle en soit l'essence immuable ; or
ce raisonnement Géométrique va à tout,
et en particulier à prouver qu'un même
corps peut être en deux, et en mille lieux
différens , sans être dans l'entre - deux ,
qu'il peut passer d'une extrêmité à l'au-
Tre sans passer par le milieu , qu'il peut
être dans un état de pénétrabilité , dans
un état d'indivisibilité , et qu'ainsi son
essence n'est pas non plus d'avoir des
parties ; qu'il peut être tout dans le tout,
et tout dans chaque partie. Encore une
fois , cela va loin , er tres- loin.
Mais si je dépouille ainsi la matiere de
ses propriétez les plus inhérentes , quelle
sera donc son essence ? Ce n'est pas moi
qui le dirai ; j'avoue bonnement que je
n'en sçais rien ; et c'est- là le Problême
que je propose aux Métaphysiciens Géomêtres.
En attendant cependant leur réponse ;
je ne laisse pas au milieu de tout ce dépouillement
de propriétez , de m'attacher
à une , à laquelle on n'a pas fait assez
1948 MERCURE DE FRANCE
sez d'attention dans la question présente;
c'est que la matiere est une substance passive
et tout-à- fait inactive ; ce qui la distingue
tout d'un coup de l'esprit, qui est
une substance active et libre. J'applique
ici un distinction insinuée dans l'Ouvrage
cité du P. Castel , et je dis que la matiere
est une possibilité , et l'esprit une puissance
; puissance participée dans les créatures
, absoluë , indépendante , infinie
incréée dans le Créateur.
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Résumé : PROBLÊME, Proposé aux Métaphysiciens Géometres, sur l'essence de la matiere.
Le texte aborde un problème philosophique concernant l'essence de la matière, en se concentrant sur les propriétés accidentelles telles que la pesanteur, la chaleur, la dureté et le mouvement. Les philosophes discutent de quelle propriété est la principale. La théorie cartésienne, qui considère l'étendue comme l'essence de la matière, a été dominante. L'auteur propose d'utiliser la géométrie pour résoudre cette question. Pour illustrer son argument, l'auteur imagine un homme se déplaçant rapidement entre Paris et Constantinople, démontrant que le mouvement peut augmenter à l'infini. Il soutient que, grâce à la toute-puissance de Dieu, un corps peut être simultanément en plusieurs lieux. En se basant sur les principes géométriques de l'infini, il conclut que la matière peut être en plusieurs endroits à la fois, remettant ainsi en question l'idée que l'étendue est l'essence immuable de la matière. L'auteur affirme que la matière peut être pénétrable, indivisible et présente partout à la fois. Il conclut en posant la question de l'essence de la matière, soulignant que la matière est une substance passive et inactive, contrairement à l'esprit, qui est actif et libre.
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12
p. 2353-2360
ODE Sur l'Ouvrage des six jours.
Début :
Que vois-je ? quel pompeux Spectacle [...]
Mots clefs :
Lumière, Auteur, Univers, Dieu, Plaines, Ouvrage, Astre, Oiseaux, Terre, Puissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur l'Ouvrage des six jours.
ODE
Sur l'Ouvrage des six jours .
Ue vois-je ? quel pompeux Spectacle
Enchante mes regards surpris ?
Qui produit ce nouveau Miracle ,
Qui vient de charmer mes esprits ?
D'une masse informe et grossiere
Sort un Océan de lumiere ,
Qui doit éclairer l'Univers,
Le néant enfante la Terre ,
* Que la lumiere soit faite: et elle futfaite.Geni
Chap . premier.
B Et
2354 MERCURE DE FRANCE
Et tout ce que son sein enserre ?
Se soutient au milieu des Airs,
2
De quelle admirable structure ,
Paroît ce Pavillon ( 4) voûté ?
Il enveloppe la Nature ,
Dans sa sublime immensité.
Des Eaux séparant la matiere
Il lui sert de forte barriere
Contre leurs rapides efforts ;
Tel l'écueil en Mer orageuse
Arrête la vague orgueilleuse ,
Qui viendroit inonder nos bords,
Quelle brillante broderie , (")
Par son azur resplendissant ,
De cette liquide Prairie , (c)
Décore le pourpris naissant ?
Dans la nuit la plus effroyable ,
J'apperçois un nombre innombrable
D'Astres féconds et radieux ,
Dont les influences fertiles ,
(a ) Le Firmament.
(b ) Les Etoiles .
(c ) Le Firmament,
TomNOVEMBRE.
1733. 2358.
Tombant sur les terres stériles ,
Font germer des dons précieux .
1
Dès
que le sommet des Montagnes ,
Des feux de l'Aurore est doré ,
Je vois luire dans les Campagnes
Un Globe de flamme entouré. (a)
Ce superbe et grand Luminaire ,
Prétant sa chaleur salutaire ,
Annonce le jour aux Mortels.
Et dans sa carriere féconde ,
Décrit le vaste tour du Monde ,
Par ses mouvemens éternels.
Mais la nuit de ses voiles sombres ;
A peine couvre l'Univers ,
Qu'un Astre (6) dissipant les ombres .
Va prendre l'Empire des Airs.
Toujours fixe en son inconstance ,
Il doit ses rayons , sa puissance ,
Aux feux d'un Astre (c) plus brillant ;
Et sa lumiere bienfaisante ,
Guidant ma démarche tremblanté ,
Assure mon corps chancelant.
(a ) Le Soleil.
( b ) La Lune .
(c ) La Lune emprimio salumiere du Soleil,
Bij J'ad2356
MERCURE DE FRANCE
J'admire ces Plaines (a) profondes ,
Qui dans leurs immenses Bassins ,
Roulent de mugissantes Ondes ,
Jusques au bord de leur confins ;
Leur orgueil se brise au Rivage ;
Elles ne portent point leur rage ,
Au-delà des termes reglez ;
De cet humide et large espace ,
Les vens agitent la surface
Par des sifflements redoublez .
諾
Mais quelle Nation barbare ;
Habitera cet Element ?
A qui donner cette Eau bizarre
Et ce Monde si véhément ?
Un Peuple (6 ) muet et sauvage ;
Qui ne vit que de brigandage ,
Remplira ces affreux climats.
Dans ce grand et profond abyme ;
Du fort le foible est la victime ,
Après de funestes combats. (c)
Qu'à son gré ces Races féroces
S'abandonnent à leur fureur ;
( a ) La Mer ,
( b ) Les Poissons.
(c) Leurs guerres
Loin
NOVEMBRE . 1733 2357
Loin d'ici ces Monstres atroces ;
Evitons ce lieu plein d'horreur.
Entrons dans ces Plaines (a ) fleuries
Parcourons ces vertes Prairies ,
Qui tiennent nos yeux enchantez.
Cueillons ces Fruits que nous présente ;
Leur fécondité complaisante ,
Et jouissons de leurs bontez.
M
Je découvre d'autres merveilles
Et j'entens .... mais quel bruit ? quels sons &
Les Oiseaux frappent mes oreilles
Par leurs admirables Chansons.
Quelle charmante Symphonie ;
Quelle douce et tendre harmonie ,
Sort de ce foible et petit Corps ? (6)
A cette charmante Musique ,
Qui surpasse le son lyrique ,
Mille voix joignent leurs accords.
潞
Lorsque , ramenant la froidure
Tous les Aquilons frémissans , `
Vont dépouiller de leur verdure ;
Nos Bois tristes et languissans ;
Ceux-cy ( c) s'assemblant sua la Rive }
(a ) La Terrejonchée de fleurs.
(b ) Le Rossignol.
(c) Les Oiseaux de passage.
Bij D'une
1
2338 MERCURE DE FRANCE
D'une aîle prompte et fugitive ,
Vont sur des bords plus gracieux ;
Telle on voit la fleche empennée,
Sans être en chemin détournée ,
Traverser la Plaine des Cieux.
Enfin je poursuis et j'avance ,
Jusques dans le sein des Forêts
J'y vois une rustique engeance,
Que je perce d'un de mes traits.
Sa peau me sert de couverture ,
Je prens sa chair pour nourriture ,
Bien-tôt se présente un Ruisseau ;
11 tombe du haut des Montagnes ,
Et serpentanr dans les Campagnes
M'invite à boire de son cau.
Grand Dieu , que tes Oeuvres sont hellesà
Vous qui jouissez du bonheur
Des félicitez immortelles ,
Louez à jamais le Seigneur ;
Ce Seigneur , qui d'une parole
A créé l'un et l'autre Pole ,
Et le vaste Empire des Mers.
Par une éternelle priere ,
Louez l'Auteur de la Lumiere ,
Loüez l'Auteur de l'Univers.
Mais
NOVEMBR E. 1733 2355
Mais qui de toutes ces richesses ,
Doit être le dispensateur ?
Qui sera comblé des largesses
D'un si prodigue Bienfaicteur
De ces biens quel sera le Maître
C'est Adam , je le vois paroître ,
Il naît (a) de la terre formé.
Vers le Ciel il leve la tête.
Pour le distinguer de la bête ,
Dieu l'a de son souffle animé,
a
Pour partager le cours durable ,
De ses jours calmes et sereins ,
S'offre une Compagne ( 6) agréable ;
Qui doit seconder ses desseins:
Dieu rend communes leurs années,
En unissant leurs destinées ,
Par de mutuelles amours ;
Ah ! dans ce beau lieu ( c) de Plaisance ,
Une vive reconnoissance ,
Dans leurs coeurs doit vivre toujours
諾
Dans cette source de délices ,
Heureux Couple , vivez en paix.
>
T
(a ) Création de l'homme.
(b ) La femme.
(C) Le Paradis Terrestre.
Biiij
Offrez
1366 MERCURE DE FRANCE
Offrez vos coeurs en sacrifices ,
A l'Auteur de tant de bienfaits.
Respectez ses Loix adorables ,
Ne portez point des mains coupables,
Sur les Fruits d'un Arbre fatal .
Fuyez la voix enchanteresse ,
Qui surprenant votre foiblesse ,
yous feroit commertre le mal.
M
L'Eternel , après ces Miracles ,
Que d'un seul mot il a produits ,
Approuve en ses divins Oracles ,
Des Ouvrages si bien construits.
Il contemple leur excellence ,
Laissant reposer sa puissance ,
Pour benir ces Etres parfaits.
Et voulant que l'Homme et les Anges,
A l'envy chantent ses loüanges ,
Consacre ce jour à jamais .
Aubry de Trungy
Sur l'Ouvrage des six jours .
Ue vois-je ? quel pompeux Spectacle
Enchante mes regards surpris ?
Qui produit ce nouveau Miracle ,
Qui vient de charmer mes esprits ?
D'une masse informe et grossiere
Sort un Océan de lumiere ,
Qui doit éclairer l'Univers,
Le néant enfante la Terre ,
* Que la lumiere soit faite: et elle futfaite.Geni
Chap . premier.
B Et
2354 MERCURE DE FRANCE
Et tout ce que son sein enserre ?
Se soutient au milieu des Airs,
2
De quelle admirable structure ,
Paroît ce Pavillon ( 4) voûté ?
Il enveloppe la Nature ,
Dans sa sublime immensité.
Des Eaux séparant la matiere
Il lui sert de forte barriere
Contre leurs rapides efforts ;
Tel l'écueil en Mer orageuse
Arrête la vague orgueilleuse ,
Qui viendroit inonder nos bords,
Quelle brillante broderie , (")
Par son azur resplendissant ,
De cette liquide Prairie , (c)
Décore le pourpris naissant ?
Dans la nuit la plus effroyable ,
J'apperçois un nombre innombrable
D'Astres féconds et radieux ,
Dont les influences fertiles ,
(a ) Le Firmament.
(b ) Les Etoiles .
(c ) Le Firmament,
TomNOVEMBRE.
1733. 2358.
Tombant sur les terres stériles ,
Font germer des dons précieux .
1
Dès
que le sommet des Montagnes ,
Des feux de l'Aurore est doré ,
Je vois luire dans les Campagnes
Un Globe de flamme entouré. (a)
Ce superbe et grand Luminaire ,
Prétant sa chaleur salutaire ,
Annonce le jour aux Mortels.
Et dans sa carriere féconde ,
Décrit le vaste tour du Monde ,
Par ses mouvemens éternels.
Mais la nuit de ses voiles sombres ;
A peine couvre l'Univers ,
Qu'un Astre (6) dissipant les ombres .
Va prendre l'Empire des Airs.
Toujours fixe en son inconstance ,
Il doit ses rayons , sa puissance ,
Aux feux d'un Astre (c) plus brillant ;
Et sa lumiere bienfaisante ,
Guidant ma démarche tremblanté ,
Assure mon corps chancelant.
(a ) Le Soleil.
( b ) La Lune .
(c ) La Lune emprimio salumiere du Soleil,
Bij J'ad2356
MERCURE DE FRANCE
J'admire ces Plaines (a) profondes ,
Qui dans leurs immenses Bassins ,
Roulent de mugissantes Ondes ,
Jusques au bord de leur confins ;
Leur orgueil se brise au Rivage ;
Elles ne portent point leur rage ,
Au-delà des termes reglez ;
De cet humide et large espace ,
Les vens agitent la surface
Par des sifflements redoublez .
諾
Mais quelle Nation barbare ;
Habitera cet Element ?
A qui donner cette Eau bizarre
Et ce Monde si véhément ?
Un Peuple (6 ) muet et sauvage ;
Qui ne vit que de brigandage ,
Remplira ces affreux climats.
Dans ce grand et profond abyme ;
Du fort le foible est la victime ,
Après de funestes combats. (c)
Qu'à son gré ces Races féroces
S'abandonnent à leur fureur ;
( a ) La Mer ,
( b ) Les Poissons.
(c) Leurs guerres
Loin
NOVEMBRE . 1733 2357
Loin d'ici ces Monstres atroces ;
Evitons ce lieu plein d'horreur.
Entrons dans ces Plaines (a ) fleuries
Parcourons ces vertes Prairies ,
Qui tiennent nos yeux enchantez.
Cueillons ces Fruits que nous présente ;
Leur fécondité complaisante ,
Et jouissons de leurs bontez.
M
Je découvre d'autres merveilles
Et j'entens .... mais quel bruit ? quels sons &
Les Oiseaux frappent mes oreilles
Par leurs admirables Chansons.
Quelle charmante Symphonie ;
Quelle douce et tendre harmonie ,
Sort de ce foible et petit Corps ? (6)
A cette charmante Musique ,
Qui surpasse le son lyrique ,
Mille voix joignent leurs accords.
潞
Lorsque , ramenant la froidure
Tous les Aquilons frémissans , `
Vont dépouiller de leur verdure ;
Nos Bois tristes et languissans ;
Ceux-cy ( c) s'assemblant sua la Rive }
(a ) La Terrejonchée de fleurs.
(b ) Le Rossignol.
(c) Les Oiseaux de passage.
Bij D'une
1
2338 MERCURE DE FRANCE
D'une aîle prompte et fugitive ,
Vont sur des bords plus gracieux ;
Telle on voit la fleche empennée,
Sans être en chemin détournée ,
Traverser la Plaine des Cieux.
Enfin je poursuis et j'avance ,
Jusques dans le sein des Forêts
J'y vois une rustique engeance,
Que je perce d'un de mes traits.
Sa peau me sert de couverture ,
Je prens sa chair pour nourriture ,
Bien-tôt se présente un Ruisseau ;
11 tombe du haut des Montagnes ,
Et serpentanr dans les Campagnes
M'invite à boire de son cau.
Grand Dieu , que tes Oeuvres sont hellesà
Vous qui jouissez du bonheur
Des félicitez immortelles ,
Louez à jamais le Seigneur ;
Ce Seigneur , qui d'une parole
A créé l'un et l'autre Pole ,
Et le vaste Empire des Mers.
Par une éternelle priere ,
Louez l'Auteur de la Lumiere ,
Loüez l'Auteur de l'Univers.
Mais
NOVEMBR E. 1733 2355
Mais qui de toutes ces richesses ,
Doit être le dispensateur ?
Qui sera comblé des largesses
D'un si prodigue Bienfaicteur
De ces biens quel sera le Maître
C'est Adam , je le vois paroître ,
Il naît (a) de la terre formé.
Vers le Ciel il leve la tête.
Pour le distinguer de la bête ,
Dieu l'a de son souffle animé,
a
Pour partager le cours durable ,
De ses jours calmes et sereins ,
S'offre une Compagne ( 6) agréable ;
Qui doit seconder ses desseins:
Dieu rend communes leurs années,
En unissant leurs destinées ,
Par de mutuelles amours ;
Ah ! dans ce beau lieu ( c) de Plaisance ,
Une vive reconnoissance ,
Dans leurs coeurs doit vivre toujours
諾
Dans cette source de délices ,
Heureux Couple , vivez en paix.
>
T
(a ) Création de l'homme.
(b ) La femme.
(C) Le Paradis Terrestre.
Biiij
Offrez
1366 MERCURE DE FRANCE
Offrez vos coeurs en sacrifices ,
A l'Auteur de tant de bienfaits.
Respectez ses Loix adorables ,
Ne portez point des mains coupables,
Sur les Fruits d'un Arbre fatal .
Fuyez la voix enchanteresse ,
Qui surprenant votre foiblesse ,
yous feroit commertre le mal.
M
L'Eternel , après ces Miracles ,
Que d'un seul mot il a produits ,
Approuve en ses divins Oracles ,
Des Ouvrages si bien construits.
Il contemple leur excellence ,
Laissant reposer sa puissance ,
Pour benir ces Etres parfaits.
Et voulant que l'Homme et les Anges,
A l'envy chantent ses loüanges ,
Consacre ce jour à jamais .
Aubry de Trungy
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Résumé : ODE Sur l'Ouvrage des six jours.
Le poème 'ODE' relate la création du monde en six jours, selon la Genèse. Le premier jour, la lumière est créée, distinguant le jour de la nuit. Le deuxième jour, les cieux sont formés, séparant les eaux supérieures des eaux inférieures. Le troisième jour, les terres émergent et se couvrent de végétation. Le quatrième jour, le Soleil, la Lune et les étoiles sont placés dans le ciel pour réguler le temps. Le cinquième jour, les poissons et les oiseaux sont créés. Le sixième jour, les animaux terrestres et l'homme apparaissent. Adam, le premier homme, est façonné à partir de la terre et animé par le souffle divin. Ève, sa compagne, lui est donnée pour partager sa vie. Le poème se conclut par une exhortation à louer Dieu pour ses œuvres et à respecter ses lois, en évitant la tentation du mal. Dieu contemple ses créations avec satisfaction et consacre ce jour de création à jamais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 1290-1291
LA PUISSANCE DE L'AMOUR, ODE ANACREONTIQUE.
Début :
Enfin la sagesse m'écaire ; [...]
Mots clefs :
Amour, Puissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PUISSANCE DE L'AMOUR, ODE ANACREONTIQUE.
LA PUISSANCE DE L'AMOUR
ODE
ANACREONTIQUE
Enfin la sagesse m'éclaire ;
Je n'offrirai plus à Cypris ,
Un encens qui n'a pour
Qu'infidelités ou mépris.
salaire
Tel est à peu près le langage ,
Que je tenois contre l'amour ;
Quand la Bergere qui m'engage ,
Parut dans son galant atour.
逛
Quel port ? quel air ? et quelle grace ?
Tout en elle m'a désarmé :
Mon coeur que je croyois de glace
Ne fut jamais plus enflammé.
來
Dans un doux transport , je lui jure ,
De vivre à jamais sous sa loi ,
Avec tendresse ele m'assure ,
Qu'elle vivra toujours pour moi.
1
Elle a de notre amour extrême ,
II Vei
JUIN. 1734. T291
D'un baiser scelé les sermens ;
Les Dieux dans leur grandeur suprême ;
Goutent des plaisirs moins charmans.”
龍
Envain une morale austere ,
Contre l'amour vient déclamer ;
Il n'est de mortel sur la terre ,
Qui ne céde au plaisir d'aimer.
Par M. de Sommevel.
ODE
ANACREONTIQUE
Enfin la sagesse m'éclaire ;
Je n'offrirai plus à Cypris ,
Un encens qui n'a pour
Qu'infidelités ou mépris.
salaire
Tel est à peu près le langage ,
Que je tenois contre l'amour ;
Quand la Bergere qui m'engage ,
Parut dans son galant atour.
逛
Quel port ? quel air ? et quelle grace ?
Tout en elle m'a désarmé :
Mon coeur que je croyois de glace
Ne fut jamais plus enflammé.
來
Dans un doux transport , je lui jure ,
De vivre à jamais sous sa loi ,
Avec tendresse ele m'assure ,
Qu'elle vivra toujours pour moi.
1
Elle a de notre amour extrême ,
II Vei
JUIN. 1734. T291
D'un baiser scelé les sermens ;
Les Dieux dans leur grandeur suprême ;
Goutent des plaisirs moins charmans.”
龍
Envain une morale austere ,
Contre l'amour vient déclamer ;
Il n'est de mortel sur la terre ,
Qui ne céde au plaisir d'aimer.
Par M. de Sommevel.
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Résumé : LA PUISSANCE DE L'AMOUR, ODE ANACREONTIQUE.
Le narrateur, initialement désillusionné par l'amour, change d'avis en voyant une bergère. Il s'enflamme pour elle et ils se jurent un amour éternel. Le narrateur affirme que même les dieux envient leur bonheur. Il conclut que nul ne peut résister au plaisir d'aimer. L'ode est signée par M. de Sommevel et datée du 21 juin 1734.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 18-19
SUR LA NAISSANCE De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
Contemplez à loisir, impatiens François, [...]
Mots clefs :
Rois, Naissance du duc de Bourgogne, Puissance, Dieux, Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA NAISSANCE De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
SUR LA NAISSANCE
De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Contemplez à loisir, impatiens François,
Ce fruit d'un saint hymen, où votre espoir se
fonde.
Sçachez que destinée à lui donner des loix,
L'Auguste Race de vos Rois,
Doit durer autant que le monde.
Que de garans n'aviez vos pas
Du présent que vous fait la céleste Puissance?
N'est-ce pas en faveur des sages Potentats,
Qu'éclate sa magnisicence!
Interrogez la Terre, interrogez les Cieux.
Tant de vertus, dont l'assemblage brille;
Dans le plus grand des Rois, l'Astre de sa famille,
Sont un encens, un parfum précieux,
Qui s'élevant jusqu'au Trône des Dieux,
En fait descendre sur la France,
Les Trésors de leur Providences
Le Ciel ne verse point tous ses dons à la fois,
Differens de ce que nous sommes,
Ces demi-Dieux, Enfans des Rois
Ne naissent pas comme les autres hommes.
JANVIER.
1752.
19
Par des présages éclatans,
De loin d'abord, il les présente,
Et nous les annonce long. tems,
Avant de templir notre attente.
S'il paroît quelquefois être sourd à nos vœux,
N'en doit- il rien couter pour devenir heureux?
Ce heau jour qui nous luit, ce jout devoit éclore
Du sein d'une bi illante Aurore,
Qui par son éclat edt détruit
Ces nuages épais, noirs enfaus de la nuit.
Il falloit, enchainant le démon de la guerre,
Que ce Roi qui toujours prodiguant les bien-
faits
Lorsqu'il dispose du Tonnerre,
Ne veut que protéger la Paix.
Il falloit que LOVIS eût pû rendre à la Terre,
Une entiere sérénité *.
Le Temple de Janus fermé par sa Puissance,
Nous préparoit à l'heureuse Naissance
Qui fait notre félicité.
FILLE du Ciel, chaste Lucine,
Fertilise à jamais cette Tige divine
Dont les Rameaux, les Rejettons divers,
Doivent un jour ombrager l'Univers.
M. Tanevot.
La tronquillité du Nord.
De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Contemplez à loisir, impatiens François,
Ce fruit d'un saint hymen, où votre espoir se
fonde.
Sçachez que destinée à lui donner des loix,
L'Auguste Race de vos Rois,
Doit durer autant que le monde.
Que de garans n'aviez vos pas
Du présent que vous fait la céleste Puissance?
N'est-ce pas en faveur des sages Potentats,
Qu'éclate sa magnisicence!
Interrogez la Terre, interrogez les Cieux.
Tant de vertus, dont l'assemblage brille;
Dans le plus grand des Rois, l'Astre de sa famille,
Sont un encens, un parfum précieux,
Qui s'élevant jusqu'au Trône des Dieux,
En fait descendre sur la France,
Les Trésors de leur Providences
Le Ciel ne verse point tous ses dons à la fois,
Differens de ce que nous sommes,
Ces demi-Dieux, Enfans des Rois
Ne naissent pas comme les autres hommes.
JANVIER.
1752.
19
Par des présages éclatans,
De loin d'abord, il les présente,
Et nous les annonce long. tems,
Avant de templir notre attente.
S'il paroît quelquefois être sourd à nos vœux,
N'en doit- il rien couter pour devenir heureux?
Ce heau jour qui nous luit, ce jout devoit éclore
Du sein d'une bi illante Aurore,
Qui par son éclat edt détruit
Ces nuages épais, noirs enfaus de la nuit.
Il falloit, enchainant le démon de la guerre,
Que ce Roi qui toujours prodiguant les bien-
faits
Lorsqu'il dispose du Tonnerre,
Ne veut que protéger la Paix.
Il falloit que LOVIS eût pû rendre à la Terre,
Une entiere sérénité *.
Le Temple de Janus fermé par sa Puissance,
Nous préparoit à l'heureuse Naissance
Qui fait notre félicité.
FILLE du Ciel, chaste Lucine,
Fertilise à jamais cette Tige divine
Dont les Rameaux, les Rejettons divers,
Doivent un jour ombrager l'Univers.
M. Tanevot.
La tronquillité du Nord.
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15
p. 245-248
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Aujourd'hui, le Roi s'est rendu à la Chambre des Pairs [...]
Mots clefs :
Londres, Parlement, Sa Majesté, Discours, Colonies américaines, Adresse au roi, Régiments, Puissance, Bâtiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE
.
DE LONDRES , le 13 Novembre.
Aujourd'hui , le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoutumées ; & Sa
Majefté ayant mandé la Chambre des Communes ,
a fait l'ouverture du Parlement par le Difcours
fuivant.
Mylords & Meffieurs , La fituation critique où
font actuellement les affaires , & la volonté dans
laquelle je fuis conflamment de m'appuyer des avis
de l'affiftance de mon Parlement dans toutes les
occafions importantes , m'ont fait fouhaiter de vous
raffembler le plutôt qu'il feroit poffible. Depuis vo
tre derniere Seffion , j'ai pris les mesures qui pouvoient
le plus contribuer à protéger nos poffeffions en
Amérique , & à nous faire recouvrer ce qui en a été
enlevé ou par empietement ou par invasion , au mépris
de la paix , & contre la foi des Traités les plus
folemnels. Pour remplir ces objets , on a apporté
autant de diligence que d'attention , à mettre en
état les forces maritimes de ces Royaumes , & à les
employer : quelques troupes de terres ont été envoyées
dans l'Amérique Septentrionale , & l'on afourni aux
différentes Colonies tous les encouragemens propres
les animer tant à leur propre défense , qu'a la défenfe
des droits de la Grande Bretagne . Avec unfincere
defir de garantir mon Peuple des malheurs de la
guerre, & deprévenir , au milieu des troubles préfens
, tout ce qui pourroit en allumer une générale en
Europe , j'ai été toujours prêt à accepter des voies
raisonnables honorables d'accommodement ; mais
jufqu'ici la France n'en a proposé aucune. Auffij'ai
borné mes vues, à empêcher cette Puillance de faire
de nouvelles ufurpations , ou de foutenir celles qu'sty
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
le a déja faites ; à faire pleinement connoître le droit
que nous avons de demander une fatisfaction pour
des hoftilités commifes dans le tems d'une profonde
paix, à faire échouer les deffeins qui , felon ce
que diverfes apparences & plufieurs préparatifs donnent
lieu de croire , ont été formés contre mes Royaumes
& mes Domaines. l'ai ſuivi en cela le fiflême
que je vous ai communiqué précédemment , & vous
m'avez donné les plus fortes afurances , que vous
m'aideriez efficacement à le faire réuffer . Quelle
Puiffance pourroit nous reprocher des démarches fi
néceffaires à notre fureté? Mon Frere le Roi d'Elpagne
ne regarde point d'un oeil indifférent l'orage qui
s'est élevé; & prenant un vif intérêt au commun
bonheur de l'Europe , il défire ardemment le mainzien
de la tranquillitégénérale . Il m'a fait aſſurer,
qu'il perfifteroit dans les mêmes fentimens pacifiques.
Occupé de ces grandes fins , je ne doute pas que mon
Parlement ne me feconde avec vigueur & avec zele ,
& que , dans une conjoncture où il s'agit fi particulierement
de l'intérêt de la Nation , les promeffes que
vous m'avezfaites dans votre derniere Sffion n'ayent
leur plein effet. En conféquence , j'ai confidérablement
multiplié mes armemens fur mer; j'ai fait auſſi
une augmentation dans mes forces de terre , de la
maniere la moins onéreuse qu'il a été poffible ; j'ai
conclu en même tems deux Traités , l'un avec l'Impératrice
de Ruffie , l'autre avec le Landgrave de
Hele -Caffel , lefquels vous feront communiqués.
Meffieurs de la Chambre des Communes , J'ai ordonné
qu'on vous remit les états pour le fervice de
P'année prochaine & les comptes des dépenses extraordinaires
, qui ont été faites cette année , ſuivant le
pouvoir que j'ai reçu du Parlement . Je vois avecgrand
chagrin , que le befoin de l'Etat exige de forts
fubfides. Je vous de mande feulement lesfecours fans
DECEMBRE. 1755. 247
lefquels je ne pourrois foutenir les entreprises commencées
, conformément à vos intentions , pour la
fureté de mes Royaumes , pour les autres objets
dont je vous ai déja parlé. Quelques sommes que
vous mefournifficz , vous devez compter qu'elles feront
employées avec la plus exacte économie , & uniquement
aux usages pour lefquels vous les deſtinerez .
Mylords & Meffieurs , Je me repose sur votre affec
tion & fur votre fidélité , dont je fais depuis fi longtems
l'expérience. It ne s'eft jamais préfenté de circonftances
dans lesquelles mon honneur & les inté
rêts dela Grande- Bretagneayent requisplus que dans
celle- ci , que vous délibéraffiez avec zele , unanimité
promptitude. Après que le Roi s'eft rétiré ,
les deux Chambres ont réfolu de préfenter chacune
une Adreffe à Sa Majefté. Les Seigneurs préfenteront
demain la leur. La Chambre des Communes
doit préfenter la fenne après demain . On
affure que fi la guerre fe déclare , le fubfide pour
l'année 1756 fera de huit millions fterlings . Le
bruit court auffi , que le Parlement paffera un
Bill , pour établir la Milice dans toutes les Provinces
de la Grande-Bretagne. Le feur Henriques
a préfenté aujourd'hui à tous les Membres des
deux Chambres fon projet , pour lever trois millions
fterlings chaque année par une Loterie.
Sa Majesté a déclaré que fuppofé qu'on fût dans
la néceffité d'affembler une armée , le Duc de
Cumberland la commanderoit en chef , & qu'il
auroit fous fes ordres le Chevalier Ligonier , Général
de Cavalerie ; le fieur Hawley , le Lord Tirawley
, le fieur Campbell . le Duc de Marlboroug
& le Chevalier Mordaunt , Lieutenans- Généraux
, le fieur Stuart , les Comtes de Loudon &
& de Panmure , le Lord Georges Sackeville & le
Comte d'Ancram , Majors Généraux. Le Gouver
248 MERCURE DE FRANCE.
nement le propofe de faire encore une nouvelle
augmentation de vingt hommes par Compagnies
dans chaque Régiment d'Infanterie fur l'établiffement
de la GrandeBretagne . Il y aura une pareille
augmentation dans le Régiment de Cavalerie
des Gardes Bleues.
Le 19 , l'Amiral Weft fit voile de Plymouth avec
une efcadre. Il eft à préfent décidé que l'Amiral.
Boscawen hivernera avec la fienne en Amérique.
On a fait partir deux vaiffeaux , l'un pour le Ĥavre-
de -Grace , Pautre pour Saint-Malo . Ces Bâtimens
ont à bord un grand nombre de paflagers
& de négocians , qui fe font trouvés à bord des
prifes faites fur les François.
.
DE LONDRES , le 13 Novembre.
Aujourd'hui , le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoutumées ; & Sa
Majefté ayant mandé la Chambre des Communes ,
a fait l'ouverture du Parlement par le Difcours
fuivant.
Mylords & Meffieurs , La fituation critique où
font actuellement les affaires , & la volonté dans
laquelle je fuis conflamment de m'appuyer des avis
de l'affiftance de mon Parlement dans toutes les
occafions importantes , m'ont fait fouhaiter de vous
raffembler le plutôt qu'il feroit poffible. Depuis vo
tre derniere Seffion , j'ai pris les mesures qui pouvoient
le plus contribuer à protéger nos poffeffions en
Amérique , & à nous faire recouvrer ce qui en a été
enlevé ou par empietement ou par invasion , au mépris
de la paix , & contre la foi des Traités les plus
folemnels. Pour remplir ces objets , on a apporté
autant de diligence que d'attention , à mettre en
état les forces maritimes de ces Royaumes , & à les
employer : quelques troupes de terres ont été envoyées
dans l'Amérique Septentrionale , & l'on afourni aux
différentes Colonies tous les encouragemens propres
les animer tant à leur propre défense , qu'a la défenfe
des droits de la Grande Bretagne . Avec unfincere
defir de garantir mon Peuple des malheurs de la
guerre, & deprévenir , au milieu des troubles préfens
, tout ce qui pourroit en allumer une générale en
Europe , j'ai été toujours prêt à accepter des voies
raisonnables honorables d'accommodement ; mais
jufqu'ici la France n'en a proposé aucune. Auffij'ai
borné mes vues, à empêcher cette Puillance de faire
de nouvelles ufurpations , ou de foutenir celles qu'sty
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
le a déja faites ; à faire pleinement connoître le droit
que nous avons de demander une fatisfaction pour
des hoftilités commifes dans le tems d'une profonde
paix, à faire échouer les deffeins qui , felon ce
que diverfes apparences & plufieurs préparatifs donnent
lieu de croire , ont été formés contre mes Royaumes
& mes Domaines. l'ai ſuivi en cela le fiflême
que je vous ai communiqué précédemment , & vous
m'avez donné les plus fortes afurances , que vous
m'aideriez efficacement à le faire réuffer . Quelle
Puiffance pourroit nous reprocher des démarches fi
néceffaires à notre fureté? Mon Frere le Roi d'Elpagne
ne regarde point d'un oeil indifférent l'orage qui
s'est élevé; & prenant un vif intérêt au commun
bonheur de l'Europe , il défire ardemment le mainzien
de la tranquillitégénérale . Il m'a fait aſſurer,
qu'il perfifteroit dans les mêmes fentimens pacifiques.
Occupé de ces grandes fins , je ne doute pas que mon
Parlement ne me feconde avec vigueur & avec zele ,
& que , dans une conjoncture où il s'agit fi particulierement
de l'intérêt de la Nation , les promeffes que
vous m'avezfaites dans votre derniere Sffion n'ayent
leur plein effet. En conféquence , j'ai confidérablement
multiplié mes armemens fur mer; j'ai fait auſſi
une augmentation dans mes forces de terre , de la
maniere la moins onéreuse qu'il a été poffible ; j'ai
conclu en même tems deux Traités , l'un avec l'Impératrice
de Ruffie , l'autre avec le Landgrave de
Hele -Caffel , lefquels vous feront communiqués.
Meffieurs de la Chambre des Communes , J'ai ordonné
qu'on vous remit les états pour le fervice de
P'année prochaine & les comptes des dépenses extraordinaires
, qui ont été faites cette année , ſuivant le
pouvoir que j'ai reçu du Parlement . Je vois avecgrand
chagrin , que le befoin de l'Etat exige de forts
fubfides. Je vous de mande feulement lesfecours fans
DECEMBRE. 1755. 247
lefquels je ne pourrois foutenir les entreprises commencées
, conformément à vos intentions , pour la
fureté de mes Royaumes , pour les autres objets
dont je vous ai déja parlé. Quelques sommes que
vous mefournifficz , vous devez compter qu'elles feront
employées avec la plus exacte économie , & uniquement
aux usages pour lefquels vous les deſtinerez .
Mylords & Meffieurs , Je me repose sur votre affec
tion & fur votre fidélité , dont je fais depuis fi longtems
l'expérience. It ne s'eft jamais préfenté de circonftances
dans lesquelles mon honneur & les inté
rêts dela Grande- Bretagneayent requisplus que dans
celle- ci , que vous délibéraffiez avec zele , unanimité
promptitude. Après que le Roi s'eft rétiré ,
les deux Chambres ont réfolu de préfenter chacune
une Adreffe à Sa Majefté. Les Seigneurs préfenteront
demain la leur. La Chambre des Communes
doit préfenter la fenne après demain . On
affure que fi la guerre fe déclare , le fubfide pour
l'année 1756 fera de huit millions fterlings . Le
bruit court auffi , que le Parlement paffera un
Bill , pour établir la Milice dans toutes les Provinces
de la Grande-Bretagne. Le feur Henriques
a préfenté aujourd'hui à tous les Membres des
deux Chambres fon projet , pour lever trois millions
fterlings chaque année par une Loterie.
Sa Majesté a déclaré que fuppofé qu'on fût dans
la néceffité d'affembler une armée , le Duc de
Cumberland la commanderoit en chef , & qu'il
auroit fous fes ordres le Chevalier Ligonier , Général
de Cavalerie ; le fieur Hawley , le Lord Tirawley
, le fieur Campbell . le Duc de Marlboroug
& le Chevalier Mordaunt , Lieutenans- Généraux
, le fieur Stuart , les Comtes de Loudon &
& de Panmure , le Lord Georges Sackeville & le
Comte d'Ancram , Majors Généraux. Le Gouver
248 MERCURE DE FRANCE.
nement le propofe de faire encore une nouvelle
augmentation de vingt hommes par Compagnies
dans chaque Régiment d'Infanterie fur l'établiffement
de la GrandeBretagne . Il y aura une pareille
augmentation dans le Régiment de Cavalerie
des Gardes Bleues.
Le 19 , l'Amiral Weft fit voile de Plymouth avec
une efcadre. Il eft à préfent décidé que l'Amiral.
Boscawen hivernera avec la fienne en Amérique.
On a fait partir deux vaiffeaux , l'un pour le Ĥavre-
de -Grace , Pautre pour Saint-Malo . Ces Bâtimens
ont à bord un grand nombre de paflagers
& de négocians , qui fe font trouvés à bord des
prifes faites fur les François.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 13 novembre, le roi de Grande-Bretagne a ouvert le Parlement en présence des Chambres des Pairs et des Communes. Il a mis en lumière la situation critique des affaires et la nécessité de protéger les possessions en Amérique, menacées par des empiètements ou des invasions. Pour ce faire, des mesures ont été prises pour renforcer les forces maritimes et terrestres, et des encouragements ont été fournis aux colonies pour leur défense. Le roi a exprimé son désir d'éviter la guerre tout en se préparant à des accommodements honorables, mais la France n'a proposé aucune voie raisonnable. Il a également mentionné les efforts pour empêcher de nouvelles usurpations françaises et pour garantir les droits de la Grande-Bretagne. Le roi d'Espagne a assuré son soutien pacifique. Le Parlement a été informé de l'augmentation des armements et des forces terrestres, ainsi que de la conclusion de traités avec l'Impératrice de Russie et le Landgrave de Hesse-Cassel. Le roi a demandé des subsides pour soutenir les entreprises en cours et a assuré une gestion économique des fonds. Les Chambres ont résolu de présenter des adresses au roi, et des préparatifs militaires ont été annoncés, incluant la nomination de hauts gradés pour une éventuelle armée. Des augmentations de troupes dans les régiments d'infanterie et de cavalerie ont également été proposées. L'Amiral Boscawen hivernera en Amérique, et deux vaisseaux ont été envoyés vers la France avec des prisonniers.
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16
p. 52-53
VERS Présentés au Roi, le lendemain de l'accouchement de Madame la Dauphine, sur la naissance de Monseigneur le Comte de Provence, le 17 Novembre 1755.
Début :
Au milieu du repos des ombres de la nnit, [...]
Mots clefs :
Comte de Provence, Puissance
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texteReconnaissance textuelle : VERS Présentés au Roi, le lendemain de l'accouchement de Madame la Dauphine, sur la naissance de Monseigneur le Comte de Provence, le 17 Novembre 1755.
VERS
Préfentés au Roi , le lendemain de l'accouchement
de Madame la Dauphine , fur la
naissance de Monseigneur le Comte de
Provence , le 17 Novembre 1755.
Au milieu du repos des ombres de la nnit , - U
Quel aftre étincelant commence la carriere ?
Empreffez-vous , François ; par l'éclat qui le fuit
Célébrez dans vos chants fa naiffante lumiere.
Dans cet enfant chéri , que nous donnent les
- Dieux ,
De leurs nouveaux bienfaits fa naiſſance eft le
gage.
Son ayeul adoré poffede avantage
De régner dans fes fils fur ces climats heureux.
Pere & Roi fortuné , cette famille augufte ,
Ainfi que fon pouvoir , s'augmente chaque jour .
Maître de nos deſtins , s'il a tout notre amour ,
Quel hommage flatteur , quel tribut eſt plus jufte s
De l'Aurore au Couchant , les fiecles à venir ,
De ce Prince immortel méditeront l'hiſtoire .
Ses rares qualités , fa prudence , & fa gloire ,
Feront de nos neveux le plus cher fouvenir.
DECEMBRE. 1755. 53
Ses exploits , fa fageffe , affurent fa puiffance.
Envain de notre fort un grand peuple eft jaloux ,
Le ciel plaçant Louis pour élever la France ,
Eternife avec lui notre eſpoir le plus doux.
En formant des Héros pour régir cet empire ,
Louis , dans fes enfans , retrouve les vertus ;
Notre félicité , dans fes foins affidus ,
Eft un des fentimens que fon coeur leur infpire
Que le fang des Bourbons commande à l'univers !
Le bonheur des humains fondé fur leur puiffance,
Garantit l'avenir , fixe notre efpérance .
Qui pourroit fous leurs loix redouter des revers ?
La Seine, en arrofant ces fertiles rivages ,
De ces Princes chéris verra les defcendans
Auffi grands dans la paix , qu'illuftres conquérans,
De Tite , & de Trajan rappeller les images.
Par J. Martinot , Valet de Chambre , Hor-
Loger de Sa Majesté .
Préfentés au Roi , le lendemain de l'accouchement
de Madame la Dauphine , fur la
naissance de Monseigneur le Comte de
Provence , le 17 Novembre 1755.
Au milieu du repos des ombres de la nnit , - U
Quel aftre étincelant commence la carriere ?
Empreffez-vous , François ; par l'éclat qui le fuit
Célébrez dans vos chants fa naiffante lumiere.
Dans cet enfant chéri , que nous donnent les
- Dieux ,
De leurs nouveaux bienfaits fa naiſſance eft le
gage.
Son ayeul adoré poffede avantage
De régner dans fes fils fur ces climats heureux.
Pere & Roi fortuné , cette famille augufte ,
Ainfi que fon pouvoir , s'augmente chaque jour .
Maître de nos deſtins , s'il a tout notre amour ,
Quel hommage flatteur , quel tribut eſt plus jufte s
De l'Aurore au Couchant , les fiecles à venir ,
De ce Prince immortel méditeront l'hiſtoire .
Ses rares qualités , fa prudence , & fa gloire ,
Feront de nos neveux le plus cher fouvenir.
DECEMBRE. 1755. 53
Ses exploits , fa fageffe , affurent fa puiffance.
Envain de notre fort un grand peuple eft jaloux ,
Le ciel plaçant Louis pour élever la France ,
Eternife avec lui notre eſpoir le plus doux.
En formant des Héros pour régir cet empire ,
Louis , dans fes enfans , retrouve les vertus ;
Notre félicité , dans fes foins affidus ,
Eft un des fentimens que fon coeur leur infpire
Que le fang des Bourbons commande à l'univers !
Le bonheur des humains fondé fur leur puiffance,
Garantit l'avenir , fixe notre efpérance .
Qui pourroit fous leurs loix redouter des revers ?
La Seine, en arrofant ces fertiles rivages ,
De ces Princes chéris verra les defcendans
Auffi grands dans la paix , qu'illuftres conquérans,
De Tite , & de Trajan rappeller les images.
Par J. Martinot , Valet de Chambre , Hor-
Loger de Sa Majesté .
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Résumé : VERS Présentés au Roi, le lendemain de l'accouchement de Madame la Dauphine, sur la naissance de Monseigneur le Comte de Provence, le 17 Novembre 1755.
Le poème célèbre la naissance du Comte de Provence, futur Louis XVIII, le 17 novembre 1755. Présenté au Roi le lendemain de l'accouchement de Madame la Dauphine, il loue cet événement comme un signe des bienfaits divins et souligne l'augmentation du pouvoir et de la famille royale. Le texte prédit que les générations futures admireront l'histoire de ce prince, mettant en avant ses qualités, sa prudence et sa gloire. Il exalte également les exploits et la sagesse du roi Louis, comparant sa descendance à des héros capables de régir l'empire. La puissance des Bourbons est présentée comme garantissant l'avenir et l'espérance, assurant le bonheur des humains. La Seine est évoquée comme témoin des descendants de ces princes, aussi grands en paix qu'en tant que conquérants illustres, rappelant les images de Tite et de Trajan. Le poème est signé par J. Martinot, Valet de Chambre et Horloger de Sa Majesté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 191-193
DECLARATION faite par l'ordre exprès du Roi, pour servir de réponse à celle qui a été remise aux Baron de Breteuil par les Ministres de Sa Majesté Impériale de toutes les Russie.
Début :
Les titres ne sont rien par eux-mêmes ; ils n'ont de réalité qu'autant qu'ils sont reconnus ; [...]
Mots clefs :
Titres, Valeur, Souverains, Puissance, Couronne, Successeur, Princesse, Impératrice Élisabeth, Comtesse, Russie, Reconnaissance, Engagement, Déclaration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DECLARATION faite par l'ordre exprès du Roi, pour servir de réponse à celle qui a été remise aux Baron de Breteuil par les Ministres de Sa Majesté Impériale de toutes les Russie.
DECLARATION faite par l'ordre exprès du Roi ,
pourfervir de réponſe à celle qui a été remiſe au
Baron de Breteuil par les Miniftres de Sa Majefté
Impéria e de toutes les Ruffies.
20
» Les titres ne font rien par eux- mêmes ; ils
n'ont de réalité qu'autant qu'ils font reconnus ;
& leur valeur dépend de l'idée qu'on y attache
& de l'étendue leur donnent ceux qui ont le
que
droit de les admettre , de les rejetter ou de les
limitter. Les Souverains eux - mêmes ne peuvent
pas s'attribuer des titres à leur choix ; l'aven
de leurs Sujets ne fuffit pas ; celui des autres
» Puiſſances eſt néceffaire , & chaque Couronne,
כ
192 MERCURE DE FRANCE .
libre de reconnoître ou de récufer un titre nou-
» veau , peut auſſi l'adopter avec les modifications
» & les conditions qui lui conviennent.
» En fuivant ce principe , Pierre I & ſes fucceffeurs
, jufqu'à l'impératrice Elifabeth , n'ont ja-
» mais été connus en France que fous la dénomi-
» nation de Czar. Cette Princeffe eft la premiere
de tous les Souverains de Ruffie à qui le Roi
ait accordé le titre Impérial , mais ce fut fous
» la condition expreffe que ce titre ne porteroit
aucun préjudice au cérémonial ufité entre
» les deux Cours.
39
L'Impératrice Elifabeth foufcrivit fans peine
» à cette condition , & s'en eft expliquée de la
se manière la plus précife dans la réverfale , dreffée
par fon ordre & fignée au mois de Mars 1745
par les Comtes de Beftucheff & de Woronzow.
La fille de Pierre I y témoigne toute fa fatisfaction
. Elle y reconnoît que c'eft par amitié & par
» une attention toute particuliere du Roi pour Elle,
que Sa Majeflé a condefcendu à la reconnoif
fance du titre Impérial que d'autres Puissances
lui ont déja concédé , & Elle avoue que cette com-
» plaifance du Roi lui eft tres - agréable.
و د
» Le Roi , animé des mêmes fentimens pour
» l'Impératrice Cathérine , ne fait point difficulté
s de lui accorder aujourd'hui le titre Impérial , & 33
de le reconnoître en Elle comme attaché au
30 Trône de Ruffie : mais Sa Majesté entend que
ɔ cette reconnoiſſance ſoit faite aux mêmes conditions
que fous les deux regnes précédens , &
» Elle déclare que, fi par la fuite quelqu'un des
fucceffeurs de l'Impératrice Catherine , oubliant
» cet engagement folemnel & réciproque , venoit
à former quelque prétention contraire à l'ufage
conftamment fuivi entre les deux Cours fur le
» rang
AVRIL. 1763. 193
८
» rang & la préféance , de ce moment la Couronne
de France , par une jufte réciprocité , reprendroit
fon ancien flyle , & cefferoit de don-
»ner le titre Impérial à celle de Ruffie.
כ כ
Cette déclaration tendante à prévenir tout
fujet de difficulté pour l'avenir , eft une preuve
de l'amitié du Roi pour l'Impératrice , & du defir
fincere qu'il a d'établir entre les deux Cours
une union folide & inaltérable .
Fait à Versailles le 18 Janvier 1763 .
Signé LE DUC DE PRASLIN.
pourfervir de réponſe à celle qui a été remiſe au
Baron de Breteuil par les Miniftres de Sa Majefté
Impéria e de toutes les Ruffies.
20
» Les titres ne font rien par eux- mêmes ; ils
n'ont de réalité qu'autant qu'ils font reconnus ;
& leur valeur dépend de l'idée qu'on y attache
& de l'étendue leur donnent ceux qui ont le
que
droit de les admettre , de les rejetter ou de les
limitter. Les Souverains eux - mêmes ne peuvent
pas s'attribuer des titres à leur choix ; l'aven
de leurs Sujets ne fuffit pas ; celui des autres
» Puiſſances eſt néceffaire , & chaque Couronne,
כ
192 MERCURE DE FRANCE .
libre de reconnoître ou de récufer un titre nou-
» veau , peut auſſi l'adopter avec les modifications
» & les conditions qui lui conviennent.
» En fuivant ce principe , Pierre I & ſes fucceffeurs
, jufqu'à l'impératrice Elifabeth , n'ont ja-
» mais été connus en France que fous la dénomi-
» nation de Czar. Cette Princeffe eft la premiere
de tous les Souverains de Ruffie à qui le Roi
ait accordé le titre Impérial , mais ce fut fous
» la condition expreffe que ce titre ne porteroit
aucun préjudice au cérémonial ufité entre
» les deux Cours.
39
L'Impératrice Elifabeth foufcrivit fans peine
» à cette condition , & s'en eft expliquée de la
se manière la plus précife dans la réverfale , dreffée
par fon ordre & fignée au mois de Mars 1745
par les Comtes de Beftucheff & de Woronzow.
La fille de Pierre I y témoigne toute fa fatisfaction
. Elle y reconnoît que c'eft par amitié & par
» une attention toute particuliere du Roi pour Elle,
que Sa Majeflé a condefcendu à la reconnoif
fance du titre Impérial que d'autres Puissances
lui ont déja concédé , & Elle avoue que cette com-
» plaifance du Roi lui eft tres - agréable.
و د
» Le Roi , animé des mêmes fentimens pour
» l'Impératrice Cathérine , ne fait point difficulté
s de lui accorder aujourd'hui le titre Impérial , & 33
de le reconnoître en Elle comme attaché au
30 Trône de Ruffie : mais Sa Majesté entend que
ɔ cette reconnoiſſance ſoit faite aux mêmes conditions
que fous les deux regnes précédens , &
» Elle déclare que, fi par la fuite quelqu'un des
fucceffeurs de l'Impératrice Catherine , oubliant
» cet engagement folemnel & réciproque , venoit
à former quelque prétention contraire à l'ufage
conftamment fuivi entre les deux Cours fur le
» rang
AVRIL. 1763. 193
८
» rang & la préféance , de ce moment la Couronne
de France , par une jufte réciprocité , reprendroit
fon ancien flyle , & cefferoit de don-
»ner le titre Impérial à celle de Ruffie.
כ כ
Cette déclaration tendante à prévenir tout
fujet de difficulté pour l'avenir , eft une preuve
de l'amitié du Roi pour l'Impératrice , & du defir
fincere qu'il a d'établir entre les deux Cours
une union folide & inaltérable .
Fait à Versailles le 18 Janvier 1763 .
Signé LE DUC DE PRASLIN.
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Résumé : DECLARATION faite par l'ordre exprès du Roi, pour servir de réponse à celle qui a été remise aux Baron de Breteuil par les Ministres de Sa Majesté Impériale de toutes les Russie.
Le document est une déclaration royale française datée du 18 janvier 1763, adressée à l'impératrice Élisabeth de Russie. Elle stipule que les titres souverains n'ont de valeur que s'ils sont reconnus par d'autres puissances. Les souverains ne peuvent s'attribuer des titres sans l'aval des autres cours. En France, les souverains russes étaient connus sous le titre de Czar jusqu'à Élisabeth, qui a reçu le titre impérial sous condition de ne pas modifier le cérémonial entre les deux cours. Élisabeth a accepté cette condition en mars 1745. Le roi de France accorde également le titre impérial à l'impératrice Catherine II, mais sous les mêmes conditions. La déclaration précise que si un successeur de Catherine II conteste ces conditions, la France cessera de reconnaître le titre impérial. Cette déclaration vise à prévenir tout conflit futur et témoigne de l'amitié et du désir d'une union solide entre les deux cours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 179-185
TRAITÉ conclu à Petersbourg entre l'Impératrice de Russie & le Roi de Prusse, le 11 Avril 1764.
Début :
Au Nom De La Sainte Trinité. Sa Majesté le Roi de Prusse [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Impératrice, Avantages, Amitié, Intelligence, Prince, Gouverneur, Traité, Articles, Alliance, Respect, Garantie, Puissance, Possession, Satisfaction, Attaque ennemie, Artillerie, Opération militaire, Économie, Secours, Sujets, Province, Ratification, Article secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ conclu à Petersbourg entre l'Impératrice de Russie & le Roi de Prusse, le 11 Avril 1764.
ARTICLE VI.
SUITE des Nouvelles Politiques :
du mois de Juillet.
i
TRAITÉ conclu'à Petersbourg entre l'Intpératrice
de Ruffie & le Roi de Pruffe , le 11 Avril 1764
AU NOM DE LA SAINTE TRINITÉ .
Sa Majesté le Roi de Pruffe & Sa Majefte
l'Impératrice de Toutes les Ruſſie , ayant mû
rement conſidéré que rien n'eft plus conforme
à leurs intérêts & à leurs avantages communs ,
ni plus propre à aſſurer la durée de la paix fi
heureuſement rétablie en Europe , que de reſſerret
les noeuds de l'amitié & de la bonne intelli
gence qui a toujours régné ci- devant & qui fub-
Aſte à préſent entre les deux Cours , & de confir
mer cette union par un Traité d'alliance défenſive
qui n'ait pour but que la ſûreté de leurs Etats &c
Poſſeſſions reſpectifves , ſe ſont propoſés de porter
afa perfection un ouvrage ſi ſalutaire , & ont
choifi & nommé pour cet effet leurs Plénipotentiaires
, ſçavoir , Sa Majesté le Roi de Prufſe , le
fieur Victor- Frédéric Comte de Solms
Chambellan Actuel , Conſeiller Privé de Légas
tion , & Envoyé Extraordinaire & Miniſtre Plénis
potentiaire à la Cour de Sa Majeſté l'Impératrices
&Sa Majesté Impériale de Toutes les Ruſſies , le
,
fou
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
fieur Niſcita de Panin ,Gouverneur de Son Alteffe
Impériale Monſeigneur le Grand Duc , fon Con
ſeilter Privé Actuel , Sénateur & Chevalier de ſes
Ordres , & le Prince Alexandre de Gallitzin , lon
Vice-Chancelier , Conſeiller Privé , Chambellan
Actuel & Chevalier des Ordres de Saint Alexandre-
Newski & de l'Aigle Blanc de Pologne : leſquels
Minittres Plénipotentiaires, après s'être communiqué
& avoir échangé leurs pleins- pouvoirs
trouvés en bonne & due forme , ſont convenus
desArticles ſuivans .
ART. I. Sa Majesté le Roi de Pruffe & Sa Mar
jefté l'Impératrice de toutes les Ruflies s'engagent
pour eux& pour leurs héritiers &fucceffeurs , par
de préſent Traité d'amitié & d'alliance défenſive ,
à ſe conduire l'un envers l'autre comme il convient
à de véritables alliés & ſincères amis , en regardant
, chacun de ſon côté , les intérêts de
l'autre comme les ſiens propres , & en écartant ,
autant qu'il fera poſſible , tout ce qui pourra y
préjudicier.
ART. II . Les Hautes Parries contractantes ,
poſant pour première règle & pour baſe du ſyſ
tême politique de cette alliance d'affermir ſolidement,
pour le bien du genre humain , latranquil.
lisé générale , ſe réſervent en conféquence , d'un
côté, la liberté de conclure même à l'avenir ,
d'autres Traités avec des Puiſſances , qui loin de
porter par leur union quelque préjudice & empêchement
à l'objet principal de celui-ci ,y pourront
encore donner plus de force & d'efficacité :
Elles s'obligent d'an autre côté à ne point prendre
d'engagement contraire au préſent Traité ,
auquel elles ſont convenues d'un commun accord
d'inviter & d'admettre d'autres Cours qui ſeront
animées des mêmes ſentimens ; voulant nonAOUST.
1764 . 181
Teulement ne rien faire , mais même empêcher.
de tout leur pouvoir qu'il ſoit rien fait ni direc
tement ni indirectement , de quelque manière
que ce ſoit , qui puiſſe leur nuire & être contraire
àcet engagement mutuel ; & pour donner plus
de force à cette alliance , elles s'engagent à ſe
garantir réciproquement , & ſe garantiffent en
effet l'un à l'autre de la manière la plus forte &
fans exception , tous les Etats Principautés ,,
Comtés , Seigneuries , Provinces , Territoires &
Villes qu'elles poſſédent actuellement en Europe ,,
lors de la concluſion de ce Traité , &à ſe maintenir
& ſe défendre avec toutes leurs forces
contre qui que ce ſoit , dans la paifible & entière
poffeſſionde leurs ſuſdits Etats.
,
ART. III . En conféquence de la garantie ſtipu
lée dans le deuxiéme Article , & au cas qu'il arrivật
, ce qu'a Dieu ne plaiſe, que l'un ou l'autre
des Hauts Contractans fût attaqué ou troublé par
quelqu'autre Puiſſance, en quelque manière que
ce fût , dans la poſſeſtion de ſes Etats & Provin
ces, ils promettent & s'engagent mutuellem nt
d'employer , avant toutes choſes , leurs bons offi
ces , auſſi-tôt qu'ils en ſeront requis , pour détourner
toute hoftilité & pour procurer à la partie
léſée toute la ſatisfaction qui lui ſera due; & ,
s'il arrivoit que ces bons offices ne fuffent pas.
ſuffiſans pour effectuer une prompte réparation ,
ils promettentde fe donner mutuellement, trois
mois après llaa premiére réquisition , dix mille
hommes d'Infanterie & deux mille hommes de
Cavalerie.
ART. IV. Leurs Majeſtés promettent en même
temps de continuer & de maintenir les ſuſdits .
ſecours juſqu'a la ceſſation entière des hoſtilités..
S'il arrivoit cependant que les ſecours ſtipulés ne
182 MERCURE DE FRANCE.
fuſſent pas fuffiſans pour repouſſer & faire ceffer
les attaques de l'ennemi &pour éteindre entiérement
le feu de la guerre , Elles ſe réſervent dans
cette extrémité , conformément à leur première
intention , de ſe ſervir des voies les plus propres
au rétabliſſement & à l'affermiſſement dela tranquillité
, de ſe concerter ſur les moyens d'auga
menter les ſuſdits ſecours & d'employer , ſi cela
eſt inévitable , toutes leurs forces pour leur défenſe
mutuelle , afin de finir plus promptement
les malheurs de la guerre &d'en empêcher les
progrès.
ART. V. Les troupes auxiliaires doivent être
pourvues de l'artillerie de campagne , des munitions
& de tout ce dont elles auront befoin , à
proportion de leur nombre , & être payées & recrutées
annuellement par la Courqui fera requiſe.
Quant aux rations& portions ordinaires en vivres
&en fourages , elles leur feront données , ainſi
que les quartiers , par la Cour requérante , fur le
piedqu'elle entretient & entretiendra ſes propres
troupes en campagne & dans les quartiers.
ART. VI . Ces mêmes troupes auxiliaires ſeront
ſous le commandement immédiat du Chef de
l'armée de la Cour requérante , mais elles ne
dépendront que des ordres de leur propre Géné
ral , & feront employées dans toutes les opérations
militaires , felon les uſages de la guerre
fans contradiction : cependant ces opérations ſeront
auparavant réglées & déterminées dans le
Confeilde Guerre en préſence du Général qui
les commandera .
ART. VII . L'ordre & l'economie militaire
dans l'intérieur de ces troupes dépendront uniquement
de leur propre Chef; elles ne feront fatiguées
& expoſées qu'autant que le feront celles de
AOUST. 1764. 183
la Cour même qui les aura demandées , & l'on
fera obligé d'obferver dans toutes les occafions
une égalité parfaite & exactement proportionnée
à leur nombre & à leurs forces dans l'armée où
elles ſerviront..En conféquence , elles demeureront
enſemble autant qu'il fera poſſible , & l'on
fera en ſorte de ne point les ſéparer dans les marches
, commandemens , actions , quartiers & autres
occaſions ,
ART. VIII. De plus , ces troupes auxiliaires au
ront leurs propres Aumôniers & l'exercice entiérement
libre de leur Religion , & ne feront jugées
que ſelon les loix & les articlesde guerre de
leurs propres Souverains & par le Général & les
Officiers qui les commanderont .
ART. IX . Les trophées & tont le butin qu'on
aura fait ſur les ennemis , appartiendront aux
troupes qui s'en feront emparées.
ART. X. Sa Majesté le Roi de Prufe & Sa Majeſté
l'Impératrice s'obligent non-ſeulement de
ne point conclure de paix ni de tréve avec l'ennemi
, à l'inſçu l'un de l'autre & fans un conſentement
mutuel , mais encore de n'entrer dans aucun
pourparler à ce ſujet ſans la connoiffance &
l'aveu des deux parties contractantes. Elles promettent
au contraire de ſe communiquer ſans
délai & fidélement toutes les ouvertures qu'on
pourroit leur faire à ce fujet à l'une ou à l'autre ,
directement ou indirectement , de bouche ou par:
écrit.
ART. XI. Si la partie requiſe , après avoir dond
né le ſecours ftipulé dans le troiſiéme Article de
ceTraité, étoit attaquée de forte qu'elle fût forcée
de rappeller ſes troupes pour ſa propre sûreté ,
elle ſera libre de le faire , après en avoir averti
deux mois auparavant la partie requérante. Paz
184 MERCURE DE FRANCE.
reillement , fi la partie requiſe étoit elle-même
en guerredans le temps de la réquifition de manière
u'elle fût obligée de garder auprès d'elle
pour la propre sûreté & pour la défenſe les troupes
qu'elle eût dû donner a fon alliée en vertu de
ceTraité elle aura la liberté de ne point donner
ceſecours pendant tout le temps que cette néceſſité
durefa.
:
ART. XII. Le commerce , tant par terre que
par mer , continuera de ſe faire librement & fans
aucun empêchement entre les Etars , Provinces &
Süjets des deux Cours alliées & dans les Ports ,
Villes & Provinces de commerce , tant deSa
Majesté le Roi de Prutle , que de Sa Majefté
l'Impératrice : on ne mettra pas de plus grands
droits, charges & impôts ſur les Vailleaux & les
Sujets des deux Cours que fur ceux des autres
Nations amies & alliées , & on ne les traitera pas
avec plus de rigueur.
ART. XIII La durée de ce Traité d'alliance
fera de huit ans & avant l'expiration de ce terme
il fera renouvellé ſelon les circonstances.
ART . XIV . Le préſent Traité ſera ratifié &les
ratifications échangées ici dans l'efpace de fix fe
maines ou plutôt fi taire ſe peur.
En foi de quoi les Minittres ſouſſignés ont fait
faire deux exeinplaires ſemblables fignés de leur
propre main , & y ont appofé le cachet de leurs
armes. Fait à S. Petersbourg , le 11 Avril ( 3
Mars V. S. 1164. ( L.S. ) V. F. DE SOLMS ,
( L.S. ) N. PANIN ,
( L. S. ) PR. A. GALLITZIN.
ARTICLE SECRET Comme il eſt de l'intérêt de
Sa Majesté le Roi de Prutfe & de Sa Majesté
l'impératrice de Toutes les Ruffies d'employer :
AOUST . 1764. 185
tous leurs foins & tous leurs efforts pour que la
République de Pologne ſoit maintenue dans ſon
droit de libre élection , & qu'il ne ſoit permis à
perſonne de rendre ledit Royaume héréditaire
dans ſa famille ou de s'y rendre abſolu ; Sa Ma
jeſté le Roi de Pruſſe & Sa MajestéImpériale ont
promis & ſe ſont engagés mutuellement & de la
manière la plus forte par cet Article ſecret
non-ſeulement à ne point permettre que qui que
ce ſoit entreprenne de dépouiller la République de
Pologne de ſon droit de libre élection , de rendre
le Royaume héréditaire , ou de s'y rendre abſolu
dans tous les cas où cela pourroit arriver , mais
encore à prévenir & à anéantir par tous les
moyens potſibles , & d'un commun accord , les
vues & les deſſeins qui pourroient tendre à ce but
auſſi-tôt qu'on les aura découverts , & à avoir
même , en cas de beſoin , recours à la force des
armes pour garantir la République du renverſement
de la conſtitution & de ſes loix fondamentales.
Ce préſent Article ſecret aura la même force
& vigueur que s'il étoit inféré mot pour mot
dans le Traité principal d'alliance défenſive ſigné
aujourd'hui , & ſera ratifié en même temps.
En foi de quoi il en a été fait deux exemplaires
ſemblables que Nous les Miniſtres Plénipotentiaires
de Sa Majesté le Roi de Pruſſe & de Sa
Majesté l'Impératrice de Toutes les Ruffies , autoriſés
pour cet effet , avons ſignés & ſcellés du
cachet de nos armes . Fait à S Petersbourg , le
11 Avril . ( 31 Mars V. S. ) 1764. ( L. S. C. DE
SOLMS , ( L.S .; PANIN , ( L. S. GALLITZIN
SUITE des Nouvelles Politiques :
du mois de Juillet.
i
TRAITÉ conclu'à Petersbourg entre l'Intpératrice
de Ruffie & le Roi de Pruffe , le 11 Avril 1764
AU NOM DE LA SAINTE TRINITÉ .
Sa Majesté le Roi de Pruffe & Sa Majefte
l'Impératrice de Toutes les Ruſſie , ayant mû
rement conſidéré que rien n'eft plus conforme
à leurs intérêts & à leurs avantages communs ,
ni plus propre à aſſurer la durée de la paix fi
heureuſement rétablie en Europe , que de reſſerret
les noeuds de l'amitié & de la bonne intelli
gence qui a toujours régné ci- devant & qui fub-
Aſte à préſent entre les deux Cours , & de confir
mer cette union par un Traité d'alliance défenſive
qui n'ait pour but que la ſûreté de leurs Etats &c
Poſſeſſions reſpectifves , ſe ſont propoſés de porter
afa perfection un ouvrage ſi ſalutaire , & ont
choifi & nommé pour cet effet leurs Plénipotentiaires
, ſçavoir , Sa Majesté le Roi de Prufſe , le
fieur Victor- Frédéric Comte de Solms
Chambellan Actuel , Conſeiller Privé de Légas
tion , & Envoyé Extraordinaire & Miniſtre Plénis
potentiaire à la Cour de Sa Majeſté l'Impératrices
&Sa Majesté Impériale de Toutes les Ruſſies , le
,
fou
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
fieur Niſcita de Panin ,Gouverneur de Son Alteffe
Impériale Monſeigneur le Grand Duc , fon Con
ſeilter Privé Actuel , Sénateur & Chevalier de ſes
Ordres , & le Prince Alexandre de Gallitzin , lon
Vice-Chancelier , Conſeiller Privé , Chambellan
Actuel & Chevalier des Ordres de Saint Alexandre-
Newski & de l'Aigle Blanc de Pologne : leſquels
Minittres Plénipotentiaires, après s'être communiqué
& avoir échangé leurs pleins- pouvoirs
trouvés en bonne & due forme , ſont convenus
desArticles ſuivans .
ART. I. Sa Majesté le Roi de Pruffe & Sa Mar
jefté l'Impératrice de toutes les Ruflies s'engagent
pour eux& pour leurs héritiers &fucceffeurs , par
de préſent Traité d'amitié & d'alliance défenſive ,
à ſe conduire l'un envers l'autre comme il convient
à de véritables alliés & ſincères amis , en regardant
, chacun de ſon côté , les intérêts de
l'autre comme les ſiens propres , & en écartant ,
autant qu'il fera poſſible , tout ce qui pourra y
préjudicier.
ART. II . Les Hautes Parries contractantes ,
poſant pour première règle & pour baſe du ſyſ
tême politique de cette alliance d'affermir ſolidement,
pour le bien du genre humain , latranquil.
lisé générale , ſe réſervent en conféquence , d'un
côté, la liberté de conclure même à l'avenir ,
d'autres Traités avec des Puiſſances , qui loin de
porter par leur union quelque préjudice & empêchement
à l'objet principal de celui-ci ,y pourront
encore donner plus de force & d'efficacité :
Elles s'obligent d'an autre côté à ne point prendre
d'engagement contraire au préſent Traité ,
auquel elles ſont convenues d'un commun accord
d'inviter & d'admettre d'autres Cours qui ſeront
animées des mêmes ſentimens ; voulant nonAOUST.
1764 . 181
Teulement ne rien faire , mais même empêcher.
de tout leur pouvoir qu'il ſoit rien fait ni direc
tement ni indirectement , de quelque manière
que ce ſoit , qui puiſſe leur nuire & être contraire
àcet engagement mutuel ; & pour donner plus
de force à cette alliance , elles s'engagent à ſe
garantir réciproquement , & ſe garantiffent en
effet l'un à l'autre de la manière la plus forte &
fans exception , tous les Etats Principautés ,,
Comtés , Seigneuries , Provinces , Territoires &
Villes qu'elles poſſédent actuellement en Europe ,,
lors de la concluſion de ce Traité , &à ſe maintenir
& ſe défendre avec toutes leurs forces
contre qui que ce ſoit , dans la paifible & entière
poffeſſionde leurs ſuſdits Etats.
,
ART. III . En conféquence de la garantie ſtipu
lée dans le deuxiéme Article , & au cas qu'il arrivật
, ce qu'a Dieu ne plaiſe, que l'un ou l'autre
des Hauts Contractans fût attaqué ou troublé par
quelqu'autre Puiſſance, en quelque manière que
ce fût , dans la poſſeſtion de ſes Etats & Provin
ces, ils promettent & s'engagent mutuellem nt
d'employer , avant toutes choſes , leurs bons offi
ces , auſſi-tôt qu'ils en ſeront requis , pour détourner
toute hoftilité & pour procurer à la partie
léſée toute la ſatisfaction qui lui ſera due; & ,
s'il arrivoit que ces bons offices ne fuffent pas.
ſuffiſans pour effectuer une prompte réparation ,
ils promettentde fe donner mutuellement, trois
mois après llaa premiére réquisition , dix mille
hommes d'Infanterie & deux mille hommes de
Cavalerie.
ART. IV. Leurs Majeſtés promettent en même
temps de continuer & de maintenir les ſuſdits .
ſecours juſqu'a la ceſſation entière des hoſtilités..
S'il arrivoit cependant que les ſecours ſtipulés ne
182 MERCURE DE FRANCE.
fuſſent pas fuffiſans pour repouſſer & faire ceffer
les attaques de l'ennemi &pour éteindre entiérement
le feu de la guerre , Elles ſe réſervent dans
cette extrémité , conformément à leur première
intention , de ſe ſervir des voies les plus propres
au rétabliſſement & à l'affermiſſement dela tranquillité
, de ſe concerter ſur les moyens d'auga
menter les ſuſdits ſecours & d'employer , ſi cela
eſt inévitable , toutes leurs forces pour leur défenſe
mutuelle , afin de finir plus promptement
les malheurs de la guerre &d'en empêcher les
progrès.
ART. V. Les troupes auxiliaires doivent être
pourvues de l'artillerie de campagne , des munitions
& de tout ce dont elles auront befoin , à
proportion de leur nombre , & être payées & recrutées
annuellement par la Courqui fera requiſe.
Quant aux rations& portions ordinaires en vivres
&en fourages , elles leur feront données , ainſi
que les quartiers , par la Cour requérante , fur le
piedqu'elle entretient & entretiendra ſes propres
troupes en campagne & dans les quartiers.
ART. VI . Ces mêmes troupes auxiliaires ſeront
ſous le commandement immédiat du Chef de
l'armée de la Cour requérante , mais elles ne
dépendront que des ordres de leur propre Géné
ral , & feront employées dans toutes les opérations
militaires , felon les uſages de la guerre
fans contradiction : cependant ces opérations ſeront
auparavant réglées & déterminées dans le
Confeilde Guerre en préſence du Général qui
les commandera .
ART. VII . L'ordre & l'economie militaire
dans l'intérieur de ces troupes dépendront uniquement
de leur propre Chef; elles ne feront fatiguées
& expoſées qu'autant que le feront celles de
AOUST. 1764. 183
la Cour même qui les aura demandées , & l'on
fera obligé d'obferver dans toutes les occafions
une égalité parfaite & exactement proportionnée
à leur nombre & à leurs forces dans l'armée où
elles ſerviront..En conféquence , elles demeureront
enſemble autant qu'il fera poſſible , & l'on
fera en ſorte de ne point les ſéparer dans les marches
, commandemens , actions , quartiers & autres
occaſions ,
ART. VIII. De plus , ces troupes auxiliaires au
ront leurs propres Aumôniers & l'exercice entiérement
libre de leur Religion , & ne feront jugées
que ſelon les loix & les articlesde guerre de
leurs propres Souverains & par le Général & les
Officiers qui les commanderont .
ART. IX . Les trophées & tont le butin qu'on
aura fait ſur les ennemis , appartiendront aux
troupes qui s'en feront emparées.
ART. X. Sa Majesté le Roi de Prufe & Sa Majeſté
l'Impératrice s'obligent non-ſeulement de
ne point conclure de paix ni de tréve avec l'ennemi
, à l'inſçu l'un de l'autre & fans un conſentement
mutuel , mais encore de n'entrer dans aucun
pourparler à ce ſujet ſans la connoiffance &
l'aveu des deux parties contractantes. Elles promettent
au contraire de ſe communiquer ſans
délai & fidélement toutes les ouvertures qu'on
pourroit leur faire à ce fujet à l'une ou à l'autre ,
directement ou indirectement , de bouche ou par:
écrit.
ART. XI. Si la partie requiſe , après avoir dond
né le ſecours ftipulé dans le troiſiéme Article de
ceTraité, étoit attaquée de forte qu'elle fût forcée
de rappeller ſes troupes pour ſa propre sûreté ,
elle ſera libre de le faire , après en avoir averti
deux mois auparavant la partie requérante. Paz
184 MERCURE DE FRANCE.
reillement , fi la partie requiſe étoit elle-même
en guerredans le temps de la réquifition de manière
u'elle fût obligée de garder auprès d'elle
pour la propre sûreté & pour la défenſe les troupes
qu'elle eût dû donner a fon alliée en vertu de
ceTraité elle aura la liberté de ne point donner
ceſecours pendant tout le temps que cette néceſſité
durefa.
:
ART. XII. Le commerce , tant par terre que
par mer , continuera de ſe faire librement & fans
aucun empêchement entre les Etars , Provinces &
Süjets des deux Cours alliées & dans les Ports ,
Villes & Provinces de commerce , tant deSa
Majesté le Roi de Prutle , que de Sa Majefté
l'Impératrice : on ne mettra pas de plus grands
droits, charges & impôts ſur les Vailleaux & les
Sujets des deux Cours que fur ceux des autres
Nations amies & alliées , & on ne les traitera pas
avec plus de rigueur.
ART. XIII La durée de ce Traité d'alliance
fera de huit ans & avant l'expiration de ce terme
il fera renouvellé ſelon les circonstances.
ART . XIV . Le préſent Traité ſera ratifié &les
ratifications échangées ici dans l'efpace de fix fe
maines ou plutôt fi taire ſe peur.
En foi de quoi les Minittres ſouſſignés ont fait
faire deux exeinplaires ſemblables fignés de leur
propre main , & y ont appofé le cachet de leurs
armes. Fait à S. Petersbourg , le 11 Avril ( 3
Mars V. S. 1164. ( L.S. ) V. F. DE SOLMS ,
( L.S. ) N. PANIN ,
( L. S. ) PR. A. GALLITZIN.
ARTICLE SECRET Comme il eſt de l'intérêt de
Sa Majesté le Roi de Prutfe & de Sa Majesté
l'impératrice de Toutes les Ruffies d'employer :
AOUST . 1764. 185
tous leurs foins & tous leurs efforts pour que la
République de Pologne ſoit maintenue dans ſon
droit de libre élection , & qu'il ne ſoit permis à
perſonne de rendre ledit Royaume héréditaire
dans ſa famille ou de s'y rendre abſolu ; Sa Ma
jeſté le Roi de Pruſſe & Sa MajestéImpériale ont
promis & ſe ſont engagés mutuellement & de la
manière la plus forte par cet Article ſecret
non-ſeulement à ne point permettre que qui que
ce ſoit entreprenne de dépouiller la République de
Pologne de ſon droit de libre élection , de rendre
le Royaume héréditaire , ou de s'y rendre abſolu
dans tous les cas où cela pourroit arriver , mais
encore à prévenir & à anéantir par tous les
moyens potſibles , & d'un commun accord , les
vues & les deſſeins qui pourroient tendre à ce but
auſſi-tôt qu'on les aura découverts , & à avoir
même , en cas de beſoin , recours à la force des
armes pour garantir la République du renverſement
de la conſtitution & de ſes loix fondamentales.
Ce préſent Article ſecret aura la même force
& vigueur que s'il étoit inféré mot pour mot
dans le Traité principal d'alliance défenſive ſigné
aujourd'hui , & ſera ratifié en même temps.
En foi de quoi il en a été fait deux exemplaires
ſemblables que Nous les Miniſtres Plénipotentiaires
de Sa Majesté le Roi de Pruſſe & de Sa
Majesté l'Impératrice de Toutes les Ruffies , autoriſés
pour cet effet , avons ſignés & ſcellés du
cachet de nos armes . Fait à S Petersbourg , le
11 Avril . ( 31 Mars V. S. ) 1764. ( L. S. C. DE
SOLMS , ( L.S .; PANIN , ( L. S. GALLITZIN
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Résumé : TRAITÉ conclu à Petersbourg entre l'Impératrice de Russie & le Roi de Prusse, le 11 Avril 1764.
Le 11 avril 1764, un traité d'alliance défensive a été conclu à Petersbourg entre l'impératrice de Russie et le roi de Prusse. Ce traité vise à renforcer l'amitié et la bonne intelligence entre les deux cours, en garantissant la sécurité de leurs États et possessions respectifs. Les points essentiels du traité incluent un engagement mutuel où les deux monarques doivent considérer les intérêts de l'autre comme les leurs propres et écarter tout ce qui pourrait y nuire. Les parties peuvent conclure d'autres traités qui ne nuisent pas à l'alliance principale. Les États et possessions actuels des deux monarques sont garantis mutuellement contre toute attaque. En cas d'attaque, les parties s'engagent à fournir des troupes auxiliaires (10 000 hommes d'infanterie et 2 000 hommes de cavalerie) et à augmenter ces secours si nécessaire. Les troupes auxiliaires seront sous le commandement du chef de l'armée de la cour requérante mais dépendront des ordres de leur propre général. Elles auront leurs propres aumôniers et l'exercice libre de leur religion. Les trophées et le butin appartiendront aux troupes qui s'en seront emparées. Aucune des parties ne peut conclure de paix ou de trêve sans le consentement mutuel. Le commerce entre les deux cours continuera librement sans empêchements. Le traité est valable pour huit ans et peut être renouvelé selon les circonstances. Un article secret stipule que les deux monarques s'engagent à maintenir la République de Pologne dans son droit de libre élection et à empêcher toute tentative de rendre le royaume héréditaire ou absolu. Le traité a été signé par les plénipotentiaires des deux cours et doit être ratifié dans un délai de six semaines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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