Résultats : 2259 texte(s)
Détail
Liste
651
p. 1403-1409
LETTRE de Monsieur *** écrite à Mademoiselle de *** au sujet de la Lettre sur les bons Mots. / ENIGME.
Début :
J'Avois déja lû d'une fois, Mademoiselle, la Lettre sur les bons Mots, / Quoique j'aye un très-petit corps, [...]
Mots clefs :
Clef, Bons mots, Mademoiselle , Plaisir, Sujet, Madame, Princesse, Agrément, Conversations
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Monsieur *** écrite à Mademoiselle de *** au sujet de la Lettre sur les bons Mots. / ENIGME.
LETTRE de Monfieur *** écrite à
Mademoiſelle de *** au fujet de la
Lettre fur les bons Mots.
J
'Avois déja lû plus d'une fois , Mademoiselle
, la Lettre fur les bons Mots,
inferée dans le Mercure du mols d'Avril
dernier , lorfque Madame la Marquife
de la S✶✶ dont le merite & les talens de
l'efprit égalent les avantages de la naiſfance
, me dit que vous en étes l'Autrice.
Cette illuftre Dame ne m'a , pour
2. vol. E v Ainfi
1404 MERCURE DE FRANCE .
ainfi dire , rien appris de nouveau , elle
n'a fait au contraire que me confirmer
dans les preffentimens où j'étois déja ;
car fans trop faire le devin , j'y avois reconnu
votre capacité , quelque peine que
vous euffiez prife de la cacher : le ftile aifé
& coulant avec lequel elle est écrite ,
ne m'avoit preſque laiffé aucun ſujet de
douter , que cette Lettre ne fut fortie de
votre plume. Sans être tout-à- fait affeuré
d'où elle partoit , je l'ai lûë avec plaifir ;
elle m'a diverti extrêmement , & je fuis
perfuadé que beaucoup de perfonnes auront
eu le même agrément que moi , tant
vous fçavez donner le bon tour , & l'affaifonnement
, pour ainsi dire , aux chofes
les plus communes.
Qui , Mademoiselle , il eft permis ,
comme vous l'avez fi judicieuſement remarqué
, pendant certains momens de
loifir , & furtout pendant le repas , de fe
donner carriere dans la converfation .
Nous voyons que les Anciens introduifoient
dans leurs feftins des gens dont
l'emploi étoit de dire fans préparation
des chofes plaifantes , pour réjouir les
Convives ; c'eſt ce que nous voyons particulierement
dans le banquet de Xenophon.
Il eft neceffaire d'interrompre fes
Occupations ferieufes , ce qui ne ſe fait
pas à plufieurs reprifes , dit un Anteur ,
2. vol. ge
JUIN. 1726. 1405
ne peut durer , le repos foulage le corps ,
lui redonne des forces , & en ceci , je
ne fçaurois être du fentiment de M. Pafcal
, qui dit dans le Recueil de fes penfées
, Difeurs de bons mots , mauvais caracteres.
Les bons Mots d'un certain genre ,
font au contraire agréables , ils font utiles
, ils font même , fi je l'ofe dire , neceffaires.
Les regles que vous donnez
pour paroître dans les converfations
font très-judicieufes , & très - loüables',
& je ne doute nullement que quiconque
les mettra en pratique , ne s'attire , comme
vous le dites , l'eftime & la confi
deration de tout le monde .
Nous avons plufieurs exemples dans
l'antiquité , que les bons Mots ont toujours
fait l'agrément des converfations,
& qu'on s'eft fait un plaifir de les recueillir
dans tous les temps , chez les Na
tions policées , & c. Les Grecs & les
Romains ont témoigné le cas qu'ils en
faifoient , par le foin qu'ils ont eu de
les ramaffer , & de les citer dans leurs
écrits . Plutarque , l'an des meilleurs
Hiftoriens de l'Antiquité , eft fort exact
à rapporter tous ceux des Hommes ' illuftres
dont il a écrit les vies. Ce font
comme autant de fleurs qu'il répand fur
leurs tombeaux , & qui font l'un des
2. vol. E vi prin
2
1405 MERCURE DE FRANCE.
principaux ornemens de fon Ouvrage
Diogene Laerce , qui a écrit la vie des
Philofophes , l'a imité en cela , & tout
le monde convient que le petit Recueil
que nous a laiffé Valere Maxime , approche
affez de ce deffein .
C
Rien donc n'eft plus propre que les
bons Mots , à faire connoître le genie &
le caractere des perfonnes ; on y remarque
la vivacité , la fubtilité , & même
la naïveté de leur efprit. En voici quelques
exemples .
:
›
Le frere de Ciceron , interrogé par
Philippe pourquoi il aboyoit , c'eft ,
répondit- il , parce que je vois un larron.
Comme on bâtifloit la façade du
Palais , où fe tient le Parlement de ....
un Payfan étoit attentif à regarder travailler
Un Procureur , qui s'en alloit
au Palais avec quantité de facs à la main,
s'approcha de lui , & lui dit en raillant:
Compere , je parie que vous ne comprenez
pas ce que c'eft que ce lieu où l'on
bâtit. Non , Monfieur , je voudrais vous
le demander : c'eft un Moulin , répon
dit le Procureur ; vous avez raifon , repliqui
le Manant , en le regardant , car
je vois que les Afnes y portent des
facs..
En voici un autre d'une grande naïveté
. Une Dame pallant fur un Pont
2. vol.
allez
JUIN. 1726. 1407
affez large , pour qu'il n'y eut point de
danger , demanda à un Payfan , pourquoi
on n'y avoit pas mis de garde - fous :
hé , Madame , répondit le Payfan , on ne
fçavoit pas que vous deviez y paffer.
Je ne m'apperçois pas , qu'infenfiblement
je m'éloigne de mon fujet , & que
ma Lettre , par laquelle j'ai feulement
prétendu vous marquer , Mademoiſelle,
le plaifir que j'ai reifenti à la lecture de
la votre,commence à devenir longue, vous
n'avez rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
vous avez fort bien fait connoître l'agrément
& l'utilité qu'on pouvoit retirer
des bons Mots . Ainfi, je ne doute point ,
qu'on ne fe faffe un plaifir d'en envoyer
aux Auteurs du Mercure , & qu'ils ne
s'en fallent un eux- mêmes , de les inferer
dans leur Journal . Tout ce que je
- pourrois donc dire à prefent fur ce fujet
feroit fuperflu. Je vais cependant encore
joindre ici quelques bons Mots .
Lorfque M. l'Abbé D *** , dont les
connoiffances font fort bornées , eût été
choisi pour être Bibliothecaire de ... la
nouvelle en étant venue dans une Compagnie
, où il y avoit plufieurs Dames ,
une d'entre- ellesdit , que c'étoit lui confier
un tréfor , auquel il ne toucheroit
point. Une autre perfonne ajoûta , avec
autant de fpiritualité , que c'étoit un Ser-
2. vol. rail
1408 MERCUR DEE FRANCE.
rail que l'on donnoit à garder à un Eunuque
.
On a dit de Mademoiſelle *** qui
avoit le teint plus que bafané , & qui
portoit un habit vert , que c'étoit une
Corneille dans un Pré.
Le Marquis de .... fort connu à la
Cour par fes faillies agréables , & par
fes plaifanteries ingenieuſes , paria un
jour contre quelques Courtifans , qu'en
donnant la main à une grande Princeffe,
dont il avoit l'honneur d'être Ecuyer , il
la lui ferreroit fi fort , qu'elle feroit obligée
de crier , ou de fe plaindre tout haut.
En effet , en menant un jour la Princeffe
à la Meffe , il lui ferra fi fort les
doigts , qu'elle cria fort haut : ab ! vous
me bleffez. Alors le Marquis , fans s'émouvoir
, fe tourna du côté des parieurs,
qui fuivoient ; & élevant fa voix , leur
dit , Melkers , vous l'avez entendu,
Meffieurs
cela fuffit. Qu'est - ce que cela veut dire,
demanda da Princeffe ? Je vous demande
pardon , Madame , répondit le Marquis
, mais vous venez de me faire gagner
cent pistoles. La Princeffe ayant
voulu fçavoir comment , ne put s'empê
cher d'en rire beaucoup : mais , dit- elle,
vous avez tort , car vous n'aviez qu'à
m'avertir de votre gageure , & fans être
obligé de me faire du mal , j'aurois crié ,
•
2. vol.
S
JUIN. 1726. 1409
& vous auriez également gagné . Non ,
Madame , reprit l'Ecuyer , je n'aurois
pas gagné de bon jeu , & en confcience
j'aurois été obligé à reftitution .
Mais comme je crains fort de vous énnuyer
, Mademoiſelle , je fuivrai le précepte
des gens qui fçavent leur monde.
Je vais finir. Vous avez cependant tellement
paru prendre plaifir aux Enigmes
, que je ne puis m'empêcher de vous
en envoyer une , que je prends la liberté
de vous propofer , vous priant de m'en
dite votre fentiment ; je le fais d'autant
plus volontiers , qu'elle me paroît telle
que vous me les demandiez autrefois ,
quand j'avois le bonheur d'être à portée
de profiter de vos converfations .
ENIGME.
Quoique j'aye un très- petit corps ,
Il ne faut pas qu'on y régarde ,
Pourvû que mon Maître me garde ,
Je garde bien tous les trefors.
Je n'ai plus qu'à vous affeurer , qu'on
ne peut être avec plus d'eftime & de
refpect que moi , Mademoiſelle , votre
très-humble , & obéïffant , & c.
~A Renancourt le 15. Mai 1726.
Mademoiſelle de *** au fujet de la
Lettre fur les bons Mots.
J
'Avois déja lû plus d'une fois , Mademoiselle
, la Lettre fur les bons Mots,
inferée dans le Mercure du mols d'Avril
dernier , lorfque Madame la Marquife
de la S✶✶ dont le merite & les talens de
l'efprit égalent les avantages de la naiſfance
, me dit que vous en étes l'Autrice.
Cette illuftre Dame ne m'a , pour
2. vol. E v Ainfi
1404 MERCURE DE FRANCE .
ainfi dire , rien appris de nouveau , elle
n'a fait au contraire que me confirmer
dans les preffentimens où j'étois déja ;
car fans trop faire le devin , j'y avois reconnu
votre capacité , quelque peine que
vous euffiez prife de la cacher : le ftile aifé
& coulant avec lequel elle est écrite ,
ne m'avoit preſque laiffé aucun ſujet de
douter , que cette Lettre ne fut fortie de
votre plume. Sans être tout-à- fait affeuré
d'où elle partoit , je l'ai lûë avec plaifir ;
elle m'a diverti extrêmement , & je fuis
perfuadé que beaucoup de perfonnes auront
eu le même agrément que moi , tant
vous fçavez donner le bon tour , & l'affaifonnement
, pour ainsi dire , aux chofes
les plus communes.
Qui , Mademoiselle , il eft permis ,
comme vous l'avez fi judicieuſement remarqué
, pendant certains momens de
loifir , & furtout pendant le repas , de fe
donner carriere dans la converfation .
Nous voyons que les Anciens introduifoient
dans leurs feftins des gens dont
l'emploi étoit de dire fans préparation
des chofes plaifantes , pour réjouir les
Convives ; c'eſt ce que nous voyons particulierement
dans le banquet de Xenophon.
Il eft neceffaire d'interrompre fes
Occupations ferieufes , ce qui ne ſe fait
pas à plufieurs reprifes , dit un Anteur ,
2. vol. ge
JUIN. 1726. 1405
ne peut durer , le repos foulage le corps ,
lui redonne des forces , & en ceci , je
ne fçaurois être du fentiment de M. Pafcal
, qui dit dans le Recueil de fes penfées
, Difeurs de bons mots , mauvais caracteres.
Les bons Mots d'un certain genre ,
font au contraire agréables , ils font utiles
, ils font même , fi je l'ofe dire , neceffaires.
Les regles que vous donnez
pour paroître dans les converfations
font très-judicieufes , & très - loüables',
& je ne doute nullement que quiconque
les mettra en pratique , ne s'attire , comme
vous le dites , l'eftime & la confi
deration de tout le monde .
Nous avons plufieurs exemples dans
l'antiquité , que les bons Mots ont toujours
fait l'agrément des converfations,
& qu'on s'eft fait un plaifir de les recueillir
dans tous les temps , chez les Na
tions policées , & c. Les Grecs & les
Romains ont témoigné le cas qu'ils en
faifoient , par le foin qu'ils ont eu de
les ramaffer , & de les citer dans leurs
écrits . Plutarque , l'an des meilleurs
Hiftoriens de l'Antiquité , eft fort exact
à rapporter tous ceux des Hommes ' illuftres
dont il a écrit les vies. Ce font
comme autant de fleurs qu'il répand fur
leurs tombeaux , & qui font l'un des
2. vol. E vi prin
2
1405 MERCURE DE FRANCE.
principaux ornemens de fon Ouvrage
Diogene Laerce , qui a écrit la vie des
Philofophes , l'a imité en cela , & tout
le monde convient que le petit Recueil
que nous a laiffé Valere Maxime , approche
affez de ce deffein .
C
Rien donc n'eft plus propre que les
bons Mots , à faire connoître le genie &
le caractere des perfonnes ; on y remarque
la vivacité , la fubtilité , & même
la naïveté de leur efprit. En voici quelques
exemples .
:
›
Le frere de Ciceron , interrogé par
Philippe pourquoi il aboyoit , c'eft ,
répondit- il , parce que je vois un larron.
Comme on bâtifloit la façade du
Palais , où fe tient le Parlement de ....
un Payfan étoit attentif à regarder travailler
Un Procureur , qui s'en alloit
au Palais avec quantité de facs à la main,
s'approcha de lui , & lui dit en raillant:
Compere , je parie que vous ne comprenez
pas ce que c'eft que ce lieu où l'on
bâtit. Non , Monfieur , je voudrais vous
le demander : c'eft un Moulin , répon
dit le Procureur ; vous avez raifon , repliqui
le Manant , en le regardant , car
je vois que les Afnes y portent des
facs..
En voici un autre d'une grande naïveté
. Une Dame pallant fur un Pont
2. vol.
allez
JUIN. 1726. 1407
affez large , pour qu'il n'y eut point de
danger , demanda à un Payfan , pourquoi
on n'y avoit pas mis de garde - fous :
hé , Madame , répondit le Payfan , on ne
fçavoit pas que vous deviez y paffer.
Je ne m'apperçois pas , qu'infenfiblement
je m'éloigne de mon fujet , & que
ma Lettre , par laquelle j'ai feulement
prétendu vous marquer , Mademoiſelle,
le plaifir que j'ai reifenti à la lecture de
la votre,commence à devenir longue, vous
n'avez rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
vous avez fort bien fait connoître l'agrément
& l'utilité qu'on pouvoit retirer
des bons Mots . Ainfi, je ne doute point ,
qu'on ne fe faffe un plaifir d'en envoyer
aux Auteurs du Mercure , & qu'ils ne
s'en fallent un eux- mêmes , de les inferer
dans leur Journal . Tout ce que je
- pourrois donc dire à prefent fur ce fujet
feroit fuperflu. Je vais cependant encore
joindre ici quelques bons Mots .
Lorfque M. l'Abbé D *** , dont les
connoiffances font fort bornées , eût été
choisi pour être Bibliothecaire de ... la
nouvelle en étant venue dans une Compagnie
, où il y avoit plufieurs Dames ,
une d'entre- ellesdit , que c'étoit lui confier
un tréfor , auquel il ne toucheroit
point. Une autre perfonne ajoûta , avec
autant de fpiritualité , que c'étoit un Ser-
2. vol. rail
1408 MERCUR DEE FRANCE.
rail que l'on donnoit à garder à un Eunuque
.
On a dit de Mademoiſelle *** qui
avoit le teint plus que bafané , & qui
portoit un habit vert , que c'étoit une
Corneille dans un Pré.
Le Marquis de .... fort connu à la
Cour par fes faillies agréables , & par
fes plaifanteries ingenieuſes , paria un
jour contre quelques Courtifans , qu'en
donnant la main à une grande Princeffe,
dont il avoit l'honneur d'être Ecuyer , il
la lui ferreroit fi fort , qu'elle feroit obligée
de crier , ou de fe plaindre tout haut.
En effet , en menant un jour la Princeffe
à la Meffe , il lui ferra fi fort les
doigts , qu'elle cria fort haut : ab ! vous
me bleffez. Alors le Marquis , fans s'émouvoir
, fe tourna du côté des parieurs,
qui fuivoient ; & élevant fa voix , leur
dit , Melkers , vous l'avez entendu,
Meffieurs
cela fuffit. Qu'est - ce que cela veut dire,
demanda da Princeffe ? Je vous demande
pardon , Madame , répondit le Marquis
, mais vous venez de me faire gagner
cent pistoles. La Princeffe ayant
voulu fçavoir comment , ne put s'empê
cher d'en rire beaucoup : mais , dit- elle,
vous avez tort , car vous n'aviez qu'à
m'avertir de votre gageure , & fans être
obligé de me faire du mal , j'aurois crié ,
•
2. vol.
S
JUIN. 1726. 1409
& vous auriez également gagné . Non ,
Madame , reprit l'Ecuyer , je n'aurois
pas gagné de bon jeu , & en confcience
j'aurois été obligé à reftitution .
Mais comme je crains fort de vous énnuyer
, Mademoiſelle , je fuivrai le précepte
des gens qui fçavent leur monde.
Je vais finir. Vous avez cependant tellement
paru prendre plaifir aux Enigmes
, que je ne puis m'empêcher de vous
en envoyer une , que je prends la liberté
de vous propofer , vous priant de m'en
dite votre fentiment ; je le fais d'autant
plus volontiers , qu'elle me paroît telle
que vous me les demandiez autrefois ,
quand j'avois le bonheur d'être à portée
de profiter de vos converfations .
ENIGME.
Quoique j'aye un très- petit corps ,
Il ne faut pas qu'on y régarde ,
Pourvû que mon Maître me garde ,
Je garde bien tous les trefors.
Je n'ai plus qu'à vous affeurer , qu'on
ne peut être avec plus d'eftime & de
refpect que moi , Mademoiſelle , votre
très-humble , & obéïffant , & c.
~A Renancourt le 15. Mai 1726.
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652
p. 1841
TROISIÈME ENIGME.
Début :
Quoique pleine de Vers, je n'en suis point tronquée, [...]
Mots clefs :
Énigme
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texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME ENIGME.
TROISIE' ME ENIG ME.
Quoique pleine de Vers , jen'en ſuis point
>
J'ai des pieds , ou grands ou petits ;
On a beaucoup de peine à fçavoir qui je fuis,
Car je marche toûjours maſquée.
Mille gens chaque jour , fort inutilement ,
Veulent me reconnoître , & fe trompent fouvent.
De tout l'embarras que je cauſe ,
Veut -on apprendre la raiſon ;
Je porte toujours même nom ,
Et je ne fuis jamais la même chofe.
Quoique pleine de Vers , jen'en ſuis point
>
J'ai des pieds , ou grands ou petits ;
On a beaucoup de peine à fçavoir qui je fuis,
Car je marche toûjours maſquée.
Mille gens chaque jour , fort inutilement ,
Veulent me reconnoître , & fe trompent fouvent.
De tout l'embarras que je cauſe ,
Veut -on apprendre la raiſon ;
Je porte toujours même nom ,
Et je ne fuis jamais la même chofe.
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653
p. 2280
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je suis Hermafroidite ancien, à la mode. [...]
Mots clefs :
Énigme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME.
など
E fuis Hermafroidite ancien , à la mode.
SOUT
Mon corps n'eft compofé qu'avec art & me
thode ;
P
J'ai le vifage double , & l'aſpect fombre & dur ;
L'abord très-difficile & le jargon obfcur ..
Toujours je me déguife , & je fuis fort chan
geante ;
Malgré tant de défauts l'on me trouve enga
geante
Pour tromper mes Amants , je fais tous mes
efforts ,
Et pour embaraffer les efprits les plus forts ,
Des fentiers raboteux j'implore l'aſſiſtance s
Tout raboteux qu'ils font j'y chemine en ca
dence.
A peindre les objets je fuis ingenieux :
Chez moi jufqu'à mon nom tout eft myfterieux.
など
E fuis Hermafroidite ancien , à la mode.
SOUT
Mon corps n'eft compofé qu'avec art & me
thode ;
P
J'ai le vifage double , & l'aſpect fombre & dur ;
L'abord très-difficile & le jargon obfcur ..
Toujours je me déguife , & je fuis fort chan
geante ;
Malgré tant de défauts l'on me trouve enga
geante
Pour tromper mes Amants , je fais tous mes
efforts ,
Et pour embaraffer les efprits les plus forts ,
Des fentiers raboteux j'implore l'aſſiſtance s
Tout raboteux qu'ils font j'y chemine en ca
dence.
A peindre les objets je fuis ingenieux :
Chez moi jufqu'à mon nom tout eft myfterieux.
Fermer
654
p. 107
Onziéme Enigme.
Début :
Voilà quel je suis à peu près ; [...]
Mots clefs :
Parterre d'un spectacle
655
p. 945-946
LOGOGRYPHE.
Début :
Ma premiere partie égale en étenduë, [...]
Mots clefs :
Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Ma première partie égale en étenduë , A
De ce grand Univers les plus vaftes climats ,
Mais mes deux autres tiers font dans les feuls
Etats ,
Où la Loi Chrétienne eft connuë.
Si je cache le tiers qui tient lieu de moitié ,
C'eft qu'à montrer ce tiers n'eft pas honnête ;
Si cependant vous mettiez à ſa tête ,
1
Du dernier tiers le dernier pié ,
Vous en feriez chofe à tous très- utile,
A prefent très-rare pourtant.
De ces deux tiers l'ufage eft important ,
Puifqu'on y trouve encor une Ruë , une Ville
Mais maintenant je veux penetrer avec vous
Les ufages divers de mon autre partie ;,
De ces tiers la finale après elle afforties
Compoſe un nom aimable & doux ,
Un
946 MERCURE DE FRANCE.
Un nom que la Nature a rendu refpectable ."
En place de leur chef ôté ,
Celui de mon tout ajoûté ,
D'un arbre celebre en la Fable ,
Nous produira le Fruit vanté :
Et de ce fruit enfin retranchez la finale ,
Par une vertu fans égale ,
Il fçaura conferver les Villes , les Etats
Des plus grands Potentats.
R. de R. de Dijon .
Ma première partie égale en étenduë , A
De ce grand Univers les plus vaftes climats ,
Mais mes deux autres tiers font dans les feuls
Etats ,
Où la Loi Chrétienne eft connuë.
Si je cache le tiers qui tient lieu de moitié ,
C'eft qu'à montrer ce tiers n'eft pas honnête ;
Si cependant vous mettiez à ſa tête ,
1
Du dernier tiers le dernier pié ,
Vous en feriez chofe à tous très- utile,
A prefent très-rare pourtant.
De ces deux tiers l'ufage eft important ,
Puifqu'on y trouve encor une Ruë , une Ville
Mais maintenant je veux penetrer avec vous
Les ufages divers de mon autre partie ;,
De ces tiers la finale après elle afforties
Compoſe un nom aimable & doux ,
Un
946 MERCURE DE FRANCE.
Un nom que la Nature a rendu refpectable ."
En place de leur chef ôté ,
Celui de mon tout ajoûté ,
D'un arbre celebre en la Fable ,
Nous produira le Fruit vanté :
Et de ce fruit enfin retranchez la finale ,
Par une vertu fans égale ,
Il fçaura conferver les Villes , les Etats
Des plus grands Potentats.
R. de R. de Dijon .
Fermer
656
p. 946-947
ENIGME.
Début :
Mon habit est des plus minces, [...]
Mots clefs :
Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
On habit eft des plus minces ,
Monhabit
Mais on m'eftime en tous lieux.
J'aime à courir les Provinces ,
Pour charmer les Sçavans & plaire aux curieux.
Je fçais tout'; la paix & la guerre ,
Ce qu'on fait aux Cieux , fur la Terre ,
Ce qui fe paffe nuit & jour ,
A la Ville comme à la Cour.
Je fuis le confident des peines
Que
' MA Y. 947 1728 .
Que font fouffrir les inhumaines ;
Quand un Amant , d'une infidelle Iris ,
A reffenti les coups , effuyé les mépris ,
Dans mon fein il répand ſes larmes.
Quand Amyntas dans un fatal inftant ,
Voit partir un ami conſtant ,
Il me fait part de fes allarmes.
Cependant fans être indifcret ,
Je prône par tout leur fecret.
Aux beaux efprits, fur tout, je fers d'azile ,
Pour eux mes foins ne font pas fuperflus ;
Sans leur fecours je ferois inutile ,
Sans moi , peut - être , ils feroient moins
connus.
J'en ai trop dit ; Lecteur , fi tu veux me connoître
,
Promene autour de toi tes regards incertains ;
A tes yeux tu me vois paroître ,
Et je fuis peut-être en tes mains .
On habit eft des plus minces ,
Monhabit
Mais on m'eftime en tous lieux.
J'aime à courir les Provinces ,
Pour charmer les Sçavans & plaire aux curieux.
Je fçais tout'; la paix & la guerre ,
Ce qu'on fait aux Cieux , fur la Terre ,
Ce qui fe paffe nuit & jour ,
A la Ville comme à la Cour.
Je fuis le confident des peines
Que
' MA Y. 947 1728 .
Que font fouffrir les inhumaines ;
Quand un Amant , d'une infidelle Iris ,
A reffenti les coups , effuyé les mépris ,
Dans mon fein il répand ſes larmes.
Quand Amyntas dans un fatal inftant ,
Voit partir un ami conſtant ,
Il me fait part de fes allarmes.
Cependant fans être indifcret ,
Je prône par tout leur fecret.
Aux beaux efprits, fur tout, je fers d'azile ,
Pour eux mes foins ne font pas fuperflus ;
Sans leur fecours je ferois inutile ,
Sans moi , peut - être , ils feroient moins
connus.
J'en ai trop dit ; Lecteur , fi tu veux me connoître
,
Promene autour de toi tes regards incertains ;
A tes yeux tu me vois paroître ,
Et je fuis peut-être en tes mains .
Fermer
658
p. 2247-2259
Manlius Capitolinus, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Ils remirent au Théatre le 20. Août Manlius-Capitolinus, Tragédie de M de [...]
Mots clefs :
Manlius, Servilius, Valérie, Rutile, Coeur, Ami, Père, Dieux, Sénat, Secret, Albin, Dieux, Sénat, Secret, Valerius, Capitole, Otage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Manlius Capitolinus, Extrait, [titre d'après la table]
Ils remirent au Théatre le 20. Août
Manlius - Capitolinus , Tragédie de M de
la Foffe , Cette Piéce qu'on juge la meilleure
des quatre que cet excellent Auteur a données
au Public , fut reçûe avec les applaudiffemens
. que les vrais Connoifleurs ne
refufent jamais aux bons Ouvrages . On en a
interrompu les Repréſentations ; peut- être
eft- ce pour attendre une Saifon plus favorable
aux Spectacles ; cependant nous avons crû
que le Public nous fçauroit bon gré de ne lui
pas differer le plaifir d'en voir l'Extrait dans
notre Journal.
Manlius ouvre la Scene avec Albin , fon Confident
. Il lui fait entendre que le tems approche
o il va tirer raifon de l'injuftice des Tyrans
de Rome. L'Auteur défigne le lieu de la Scene
par ces quatre Vers , qu'il met dans la
bouche d'Albin :
Quels préfages heureux pour un deffein fi
jufte !
Cet écueil des Gaulois , ce Capitole augufte ,
L'azile de nos Dieux , le falut des Romains ,
Vous-même y commandez , fon fort est en vos
mains.
Le Conful Valerius vient fe plaindre à Manlius
de l'azile qu'il prête à Servilius , raviffeur
de fa fille Valerie , & profcript par le Senat
Manlius lui répond :
' une pitié fi jufte eft ce à vous de vous plain
dre ?
Fy
Sa
248 MERCURE DE FRANCE:
`si c'est une vertu qu'en moi l'on doive crain
dre ,
Si du Peuple par elle on fe fait un appui , .
Pourquoi fuis-je le feul qui l'exerce aujourd'hui..
Manlius voyant approcher fon ami Servi
lius , quitte Valerius,en lui difant :
Pour vous parler , Seigneur je le vois qui
s'avance ;
2
Peut-être en l'écoutant , un sentiment plus
doux
Prendra dans votre coeur la place du courroux
..
Valerius promet à Servilius de fe réconcilier
avec lui , à condition qu'il rompra tout com
merce avec Manlius ; Servilius lui répond :
Si votre offre un moment avoit pû m'ébranler ,
De cefer à vos yeuxje voudrois m'immoler.
Valerie vient après que fon Pere s'eft retirés
Manlius lui annonce que ce Conful eft infléxible
; Valerie confent à l'éxil où ils font réduits
tous deux , & répond avec fermeté à
fon Epoux :
Quelques malheurs fur nous que le deftin raffemble
Nousfouffrons , mais unis z nous fuyons » mais
enfemble :
Tous lieux font pleins d'attraits aux coeurs qui
S'aiment bien ;
Et
SEPTEMBRE. 1729. 2249
12
Eh ! peut- on être heureux fans qu'il en coûta
rien ?
Servilius ne veut fortir de Rome qu'après
avoir confulté Manlius .
Manlius & Servilius commencent le ſecond
Acte ; Manlius n'approuve pas le deffein que
fon ami a formé d'abandonnner Rome ; Servilius
lui fait entendre que ce que fa difgrace a
de plus dur pour lui , c'eft qu'elle retombe
fur Valerie , & que le fort de cette chere Epoufe
lui arrache des larmes , ce qui oblige Manlius
à lui répondre :
Des larmes ! Ah ! plutôt par tes vaillantes
mains ,
Soyent noyez dans leur fang , ces perfides Romains.
Des larmes ! jufques - là ta douleur te poffede !
Il est pour l'aquerir un plus noble remede ;
Un privilege illuftre , un des droits glorieux
Qu'un homme tel que toi partage avec les
Dieux ;
La vengeance,
}
A ce mot de vengeance , Servilius founçonne
Manlius de quelque grand deffein , dont il
le prie de lui
le prie de lui faire part. Manlius lui apprend
que leurs communs Tyrans vont bientôt périr
par une conſpiration dont Rutile eft un des
Chefs , à quoi il ajoûte :
Tout me flate , j'ai fçu pour l'effet de mes voeuxs
Trouverdivers moyens indépendants entr'eux ,
Qui peuvent s'entr' aider , fans pouvoir s'entrenuire
v F vj EN
2250 MERCURE DE FRANCE.
Et dont à mon deffein unfeul peut me conduire,
Il avertit Manlius que Rutile exigera de lui
un ferment qui puiffe laffurer de la foi , &
voyant venir ce dernier , il prie fon ami de fe
retirer pour un moment. Rutile eft très - furpris
d'apprendre que Manlius a confié fon fecret
à Servilius , qui doit être fufpect , comme
Gendre de Valerius
Servilius vient raffurer Rutile ; & pour ne
lui laiffer plus aucun doute fur fa foi , il confent
que Valerie ferve d'otage chez Manlius ,
& en veut fervir lui - même chez Rutile ; il dit
à ce dernier :
Témoin de tous mes pas , obſervez ma conduites,
Et fi ma fermeté fe dément dans la fuite ,
A mes yeux auffi- tôt pranez ce fer en main ;
Dites à Valerie , en lui perçant le ſein ,
Pour prix de ta vertu , de ton amour extrême
,
Servilius par moi t'affaffine lui- même ;
Et dans le même inſtant , tournant ſur moi vos
coups ,
'Arrachez- moi ce coeur ; qu'il foit aux yeux de
tous ,
Montré comme le coeur d'un lâche , d'un parjure
,
Et qu'aux Vautours après il ſerve de pâture .
Quoique cette loy que Servilius s'impofe
femble devoir raffurer Rutile , il fe réſerve
d'éprouver la foi de ce nouveau Conjuré par
quelques ftratagêmes.
SerSEPTEMBRE.
1729. 225T
Servilius , dans l'Acte précedent , a chargé
Manlius de faire fes adieux à Valerie , & de la
réfoudre à quitter Rome fans lui ; Valerie ne
fçachant à quoi attribuer cette espece de divorce
, vient attendre Servilius au fortir de
chez Manlius ; fon Epoux arrive, elle lui reproche
le foin qu'il prend de l'éviter , & fur
tout fa défiance. Servilius voyant qu'elle le
preffe de lui dire un fecret qu'il lui veut cas
cher , lui répond :
.... Pourquoi me demander
Ce que ma gloire ici ne peut vous accorder ?
Souffrez que mon devoir borne votre puiſſance ;
Les fecrets que je cache à votre connoiſſance
Sont tels.... mais où se vont égarer mes ef
prits ?
Adieu ,
Valerie l'arrête , & lui dit:
Vous me fuyez en vain , j'ai tout comprise
Votre départ remis, votre fureur fecrette ,
Dont cet airfombre & fier m'eft un sûr interprete
,
Votre ardeur à me fuir , contre vous tout fait
foy.
Vous voulez vous venger de mon Pere , &c .
Un amas prodigieux d'armes que Valerie a
vû chez Manlius , certifie fes foupçons . Servi
lius les augmente par ces mots :
GrandsDieux !
Qu'ofez- vous pénétrer › fçavez vous , Valerie,
Quet
2252 MERCURE DE FRANCE.
Quel peril déformais menace votre vie ?
Que votre sûreté dépend à l'avenir
D'effacer ce difcours de votre fouvenir ?
Par le moindre soupçon , pour peu qu'on en apprenne
,
C'est fait de votre vie , ensemble & de la
mienne.
Vous êtes en ces lieux l'otage de ma foi ;
Je le fuis de la vôtre.
Valerie toujours plus tremblante pour fon
Pere , n'oublie rien pour faire repentir Servilius
du projet où il vient d'entrer ; elle tâche
pourtant de le railurer fur fon fecret par ces
Vers :
Ne croyez pas pourtant qu'après un tel difcours
,
Je trahiffe un fecret d'où dépendent vos jours ;
Ces jours font pour mon coeur d'un prix que rien
n'égale ;
Mais fi pour défarmer cette fureurfatale ,
Mon Pere dans mes pleurs ne trouve point
d'appui ,
J'en attefte les Dieux , je péris avec lui..
Valerie fe retire ; Servilius dans un Monologue
fait connoître que fon coeur commence
à s'ébranler , & que la pitié lui parle en faveur
de fa Patrie ; Manlius vient lui annoncer
que tout favorife la confpiration , & qu'elle
fera executée dès le lendemain dans le Capitole
, où l'on doit offrir un Sacrifice aux
Dieux pour fe les rendre favorables dans la 3.
Guerre
SEPTEMBRE . 1729. 2:53
Guerre que le Senat vient de déclarer aux
Circeiens .
Rutile arrive , & fait connoître par un court
à parte qu'il veut éprouver Servilius. Il fait à
fes yeux une fi horrible image de ce que les
Conjurez doivent executer , que Servilius ne
peut s'empêcher de pâlir à ce terrible récit.
Rutile qui l'obferve , en conçoit de juftes foup ,
çons ; il le prie de lui permettre de parler un
moment fans témoins à Manlius ; Servilius fe
retire.
Kutile rappelle à Manlius les fermens qu'ils
ont tous faits ; voici comment il s'exprime ::
Seigneur , il vous fouvient des fermens que j'ai
faits.
Lorfque de nos amis j'embraffai les projets ,
Je jurai devant tous que fi j'avois un Frere ,
pour qui m'intereffât l'amitié la plus chere ,
Quand , tous deux , en même heure , ayant reço
le jour,
Nourris Jous mêmes foins , dans le même fé
jour
Le Ciel auroit uni par les plus fortes chaînes ,
Nos voeux , nos fentimens , nos plaifirs & nos
peines ;
Si ce Frere ficher , troublé du moindre effroi ,
Me pouvoit faire en lui craindre un manque de
foy ,
Par moi-même auffi - tôt fa lâcheté punie ,
Préviendroit notre perte , & son ignominie.
Vous louates , Seigneur , ce noble fentiment
Et chacun, après vous , fait le méme ferments.
L'ap
2254 MERCURE DE FRANCE:
L'application de ce préambule tombe fur
Servilius , dont la foibleffe n'a que trop vifiblement
paru ; Manlius blâme le foupçon de
Rutile , & le quitte , Rutile marche fur fes
pas pour le porter à tenir fon ferment , & à
facrifier fon ami à la fureté des Conjurez .
Au quatriéme Acte , Servilius paroît agité
de remords , au fujet de la conjuration dans
laquelle il est entré. Valerie arrive , & fait connoître
par un à parte de deux Vers , qu'elle implore
le fecours des Dieux qui l'ont infpirée.
Pour calmer l'agitation de Servilius , elle lui
confeille de tout réveler au Sénat , à condition
qu'il pardonnera tout : Servilius rejette cette
propofition , qu'il femble d'abord approuver
par un fecret avis des Dieux. Il le fait entendre
par ces Vers :
Par les Dieux immortels , appuis de cet Empire
,
Ces motsfont des éclairs qui , paffant dans mon
coeur >
Y font un jour affreux qui me remplit d'horreur
;
Vaincu par ma pitié... mais quoi ! Rome inhumaine
Tu devrois ton falut aux objets de ta baine !
Je pourrois d'un Ami trahir tous les bienfaits
,
Le forcer.... non ; mon cur ne l'ofera jau
mais .
Valerie le voyant encore irréfolu , lui die
enfin :
Il faut ; il faut enfin vous y déterminer :
Vous
SEPTEMBRE . 1729. 2255
Vous n'avezrien à craindre , & puiſqu'il faut
tout dire ›
De la foi du Senat j'ai ce que je defire.
Il m'a tout accordé de peur d'être furpris .
Servilius frappé de ce que Valerie lui annonce
, lui reproche fon indifcretion ; il la
conjure de fe fauver ; elle lui dit de ne rien
craindre , & fe retire , voyant approcher
Manlius .
Manlius , d'un ton de voix fevere , demande
à Servilius s'il connoît bien la maîn de Rutile.
Manlius lui ayant répondu qu'il la connoît ;
Tien , li , lui dit Manlius , en lui donnant
cette Lettre .
Vous avez méprifé majufte défiance ,
Tout eft fçû par l'endroit que j'avois Soupçonné
;
C'est par un Senateur de notre intelligence ,
Qu'en ce moment l'avis m'en eft donné :
Fuyez chez les Veïens où notre fort nous
guide :
Mais , pour flatter les maux où ce coup nous
réduit ,
Trop heureux en partant , fi la mort du perfide
.
De fon crime , par vous , lui déroboit le fruit.
Servilius ne répond qu'en préfentant à Manlius
fon coeur à frapper. Manlius ne peut confentir
à lui donner la mort , & le quitte en
lui difant :
Je laille à tes remords le foin de ma vengeance.
Servi
2256 MERCURE DE FRANCE .
Servilius , couvert de honte par les reproches
que Manlius vient de lui faire , convient
qu'il ne les a que trop meritez , & fe détermi
ne à retourner auprès de fon Ami , pour le faire
douter qui l'emporte dans fon coeur du
crime ou des remords . Albin vient l'avertir
qu'on a arrêté Manlius dans le tems qu'il ne
fongeoit qu'à fe donner la mort , ce qui re
double fon défefpoir. Il reproche à Valerius
qui furvient , fon manque de foi . Valerius lui
répond qu'il ne rend point raifon des ordres
fecrets du Senat ; il l'exhorte à abandonner
Jes interêts de Manlius ces dernieres paroles
lui annonçant le danger de fon Ami , lui font
perdre toute confideration envers Valerie qui
arrive un moment après que fon Pere s'eft retiré
; il l'appelle perfide & trop digne d'être
immolée à fon reffentiment ; il la conjure enfin
par tout l'amour qui les unit d'aller faire un
dernier effort fur le coeur de fon Pere pour
fauver Manlius.
فا
Dans le se Acte , Albin dit à Manlius quet
Servilius , à qui il fouhaite parler , viendra
bientôt. Manlius luy fait connoître qu'il l'aime
encore malgré fa trahifon . Albin luy dit
que Servilius n'a rien oublié pour reparer une
faute à laquelle fon coeur n'a point eu de part,
& que c'eft luy qui a fait que le Senat n'ofant
ni le condamner , ni l'abfoudre , a chargé les
Tribuns de le juger.
Servilius vient. Manlius luy demande s'il
pourra encore compter fur fa foy . Servilius
convient qu'il a merité ce doute injurieux.
Manlius luy fait entendre , qu'étant défarmé ,
il n'eft plus maître de fon fort , & que c'eſt à
luy à le fauver de l'infamie qu'on luy prépare .
Albin vient avertir Manlius qu'un Tribun
monte au Capitole , & que c'et apparemment
pour
SEPTEMBRE . 1729. 2257
pour l'interroger. Manlius dit à Servilius qu'il
eft temps qu'il luy prête le fecours qu'il lui demande.
Servililus lui répond qu'il le fervira
par - delà fon defir. Manlius fe retire.
Valerie vient. Elle dit à Servilius que fon
pere eft inflexible. Servilius s'attendrit pour
elle , & la prépare doucement aux funeftes
fuites d'un malheur où fon imprudence l'a
jettée. Il la quitte.
Valerie veut le fuivre ; mais Tullie , fa confidente,
luy apprend que Servilius luy a donné
des gardes pour l'empêcher de fortir.
Albin tout éperdu vient apprendre à valerie
la mort de Manlius , & celle de Servilius . Il
luy dit que Servilius ayant marché fur les pas
de Manlius qui montoit au Capitole , chargé
d'indignes fers , Manlius avoit dit à fes gardes
qu'il avoit à relever un fecret qui importoit à
la Republique; mais qu'il ne vouloit le confier
qu'au feul Servilius ; que fes ga des s'étant éloignez
pour le laiffer parler à fon ami¸il lui avoit
demandé l'effet de fa promeffe ; que Servilius ,
fans perdre temps l'avoit entraîné vers un
précipice , pour luy épargner la honte de fe
condamner; il finit fon trifte recit par ces vers:
Sur le bord auffi - tôt il l'entraîne avec luy ;
On s'écrie , on y court ; mais ce foin eft frivole
Tous deux précipitez au pied du Capitole ,
Ils meurent embraffez ; triftes objets d'horreur ;
Où l'on voit l'amitié confacrer la fureur.
Valerie fe punit elle- même d'avoir caufé la
mort de fon époux , & fe perce le coeur d'un
poignard , dont elle s'étoit munie à tout évenement.
Comme il n'y a point d'ouvrage parfait ;
celuy
2258 MERCURE DE FRANCE .
celuy- cy n'a pas été exempt de la critique . On
a trouvé la verfification de Manlius nerveuse ,
mais quelquefois un peu dure. Le caractere de
Rutile n'a pas paru fe foûtenir également par
tout .Sa prudence , a- t'on dit, eft un peu en défaut
à l'égard de Servilius, ce dernier veut laiffer
Valerie pour ôtage entre les mains de Manlius
; mais ce Manlius eft fon ami ; fa complaifance
peut aller trop loin en faveur de
celuy qui remet l'ôtage entre fes mains ; cet
ôtage auroit été plus feurement entre les
mains de Rutile , & il devoit l'exiger , ne futce
que pour empêcher que Servilius ne parlât à
Valerie , qui n'étoit que trop fufpećte, comme
fille du Conful , à qui les Conjurez refervoient
leurs premiers coups . Cette Critique n'eft que
trop bien fondée , & l'on n'a befoin pour le
prouver que de ces vers deManlius à Servilius:
Cependant Valerie eft libre dans ces lieux ,
Et fa vue à toute heure eft permife à tes yeux.
Manlius , pourfuit- on , n'a pas même dû recevoir
Valerie dans fon Palais , cet amas prodigieux
d'armes qu'elle y a découvert , fuffifoit
pour luy donner d'étranges foupçons . Valerie
découvre la confpiration trop brufquement
, les Spectateurs auroient du moins voulu
voir quelques combats , entre ce qu'elle devoit
à fon Pere , & à ce qu'elle devoit à la promeffe
qu'elle avoit faite à fon Epoux par ces vers
du troifiéme Acte :
Ne croyez pas tourtant qu'après un tel difcours
Je trahiffe un fecret d'où dépendent vos jours.
Le Senat , ajoute- t'on , ayant promis à Valerie
SEPTEMBRE. 1729. 2259
rie de faire grace à tous les Conjurez , ne peut
condamner Manlius fans violer fa foy ; & quoi
qu'il le faffe juger par les Tribuns , cette pré-
Caution ne fauve pas l'infidelité.
Voilà à peu près toutes les obfervations
Critiques qui font venues à notre connoiffan
ce; mais ce n'eft pas à de pareilles minuties
qu'on doit imputer le peu de fuccez de la reprife
de cette Tragedie, le fort des plus belles
Pieces dépend de tant de circonftances , qu'il
n'eft pas facile de porter un jugement affuré
fur les caufes qui ont pû influer à leur peu de
réuffite.
Manlius - Capitolinus , Tragédie de M de
la Foffe , Cette Piéce qu'on juge la meilleure
des quatre que cet excellent Auteur a données
au Public , fut reçûe avec les applaudiffemens
. que les vrais Connoifleurs ne
refufent jamais aux bons Ouvrages . On en a
interrompu les Repréſentations ; peut- être
eft- ce pour attendre une Saifon plus favorable
aux Spectacles ; cependant nous avons crû
que le Public nous fçauroit bon gré de ne lui
pas differer le plaifir d'en voir l'Extrait dans
notre Journal.
Manlius ouvre la Scene avec Albin , fon Confident
. Il lui fait entendre que le tems approche
o il va tirer raifon de l'injuftice des Tyrans
de Rome. L'Auteur défigne le lieu de la Scene
par ces quatre Vers , qu'il met dans la
bouche d'Albin :
Quels préfages heureux pour un deffein fi
jufte !
Cet écueil des Gaulois , ce Capitole augufte ,
L'azile de nos Dieux , le falut des Romains ,
Vous-même y commandez , fon fort est en vos
mains.
Le Conful Valerius vient fe plaindre à Manlius
de l'azile qu'il prête à Servilius , raviffeur
de fa fille Valerie , & profcript par le Senat
Manlius lui répond :
' une pitié fi jufte eft ce à vous de vous plain
dre ?
Fy
Sa
248 MERCURE DE FRANCE:
`si c'est une vertu qu'en moi l'on doive crain
dre ,
Si du Peuple par elle on fe fait un appui , .
Pourquoi fuis-je le feul qui l'exerce aujourd'hui..
Manlius voyant approcher fon ami Servi
lius , quitte Valerius,en lui difant :
Pour vous parler , Seigneur je le vois qui
s'avance ;
2
Peut-être en l'écoutant , un sentiment plus
doux
Prendra dans votre coeur la place du courroux
..
Valerius promet à Servilius de fe réconcilier
avec lui , à condition qu'il rompra tout com
merce avec Manlius ; Servilius lui répond :
Si votre offre un moment avoit pû m'ébranler ,
De cefer à vos yeuxje voudrois m'immoler.
Valerie vient après que fon Pere s'eft retirés
Manlius lui annonce que ce Conful eft infléxible
; Valerie confent à l'éxil où ils font réduits
tous deux , & répond avec fermeté à
fon Epoux :
Quelques malheurs fur nous que le deftin raffemble
Nousfouffrons , mais unis z nous fuyons » mais
enfemble :
Tous lieux font pleins d'attraits aux coeurs qui
S'aiment bien ;
Et
SEPTEMBRE. 1729. 2249
12
Eh ! peut- on être heureux fans qu'il en coûta
rien ?
Servilius ne veut fortir de Rome qu'après
avoir confulté Manlius .
Manlius & Servilius commencent le ſecond
Acte ; Manlius n'approuve pas le deffein que
fon ami a formé d'abandonnner Rome ; Servilius
lui fait entendre que ce que fa difgrace a
de plus dur pour lui , c'eft qu'elle retombe
fur Valerie , & que le fort de cette chere Epoufe
lui arrache des larmes , ce qui oblige Manlius
à lui répondre :
Des larmes ! Ah ! plutôt par tes vaillantes
mains ,
Soyent noyez dans leur fang , ces perfides Romains.
Des larmes ! jufques - là ta douleur te poffede !
Il est pour l'aquerir un plus noble remede ;
Un privilege illuftre , un des droits glorieux
Qu'un homme tel que toi partage avec les
Dieux ;
La vengeance,
}
A ce mot de vengeance , Servilius founçonne
Manlius de quelque grand deffein , dont il
le prie de lui
le prie de lui faire part. Manlius lui apprend
que leurs communs Tyrans vont bientôt périr
par une conſpiration dont Rutile eft un des
Chefs , à quoi il ajoûte :
Tout me flate , j'ai fçu pour l'effet de mes voeuxs
Trouverdivers moyens indépendants entr'eux ,
Qui peuvent s'entr' aider , fans pouvoir s'entrenuire
v F vj EN
2250 MERCURE DE FRANCE.
Et dont à mon deffein unfeul peut me conduire,
Il avertit Manlius que Rutile exigera de lui
un ferment qui puiffe laffurer de la foi , &
voyant venir ce dernier , il prie fon ami de fe
retirer pour un moment. Rutile eft très - furpris
d'apprendre que Manlius a confié fon fecret
à Servilius , qui doit être fufpect , comme
Gendre de Valerius
Servilius vient raffurer Rutile ; & pour ne
lui laiffer plus aucun doute fur fa foi , il confent
que Valerie ferve d'otage chez Manlius ,
& en veut fervir lui - même chez Rutile ; il dit
à ce dernier :
Témoin de tous mes pas , obſervez ma conduites,
Et fi ma fermeté fe dément dans la fuite ,
A mes yeux auffi- tôt pranez ce fer en main ;
Dites à Valerie , en lui perçant le ſein ,
Pour prix de ta vertu , de ton amour extrême
,
Servilius par moi t'affaffine lui- même ;
Et dans le même inſtant , tournant ſur moi vos
coups ,
'Arrachez- moi ce coeur ; qu'il foit aux yeux de
tous ,
Montré comme le coeur d'un lâche , d'un parjure
,
Et qu'aux Vautours après il ſerve de pâture .
Quoique cette loy que Servilius s'impofe
femble devoir raffurer Rutile , il fe réſerve
d'éprouver la foi de ce nouveau Conjuré par
quelques ftratagêmes.
SerSEPTEMBRE.
1729. 225T
Servilius , dans l'Acte précedent , a chargé
Manlius de faire fes adieux à Valerie , & de la
réfoudre à quitter Rome fans lui ; Valerie ne
fçachant à quoi attribuer cette espece de divorce
, vient attendre Servilius au fortir de
chez Manlius ; fon Epoux arrive, elle lui reproche
le foin qu'il prend de l'éviter , & fur
tout fa défiance. Servilius voyant qu'elle le
preffe de lui dire un fecret qu'il lui veut cas
cher , lui répond :
.... Pourquoi me demander
Ce que ma gloire ici ne peut vous accorder ?
Souffrez que mon devoir borne votre puiſſance ;
Les fecrets que je cache à votre connoiſſance
Sont tels.... mais où se vont égarer mes ef
prits ?
Adieu ,
Valerie l'arrête , & lui dit:
Vous me fuyez en vain , j'ai tout comprise
Votre départ remis, votre fureur fecrette ,
Dont cet airfombre & fier m'eft un sûr interprete
,
Votre ardeur à me fuir , contre vous tout fait
foy.
Vous voulez vous venger de mon Pere , &c .
Un amas prodigieux d'armes que Valerie a
vû chez Manlius , certifie fes foupçons . Servi
lius les augmente par ces mots :
GrandsDieux !
Qu'ofez- vous pénétrer › fçavez vous , Valerie,
Quet
2252 MERCURE DE FRANCE.
Quel peril déformais menace votre vie ?
Que votre sûreté dépend à l'avenir
D'effacer ce difcours de votre fouvenir ?
Par le moindre soupçon , pour peu qu'on en apprenne
,
C'est fait de votre vie , ensemble & de la
mienne.
Vous êtes en ces lieux l'otage de ma foi ;
Je le fuis de la vôtre.
Valerie toujours plus tremblante pour fon
Pere , n'oublie rien pour faire repentir Servilius
du projet où il vient d'entrer ; elle tâche
pourtant de le railurer fur fon fecret par ces
Vers :
Ne croyez pas pourtant qu'après un tel difcours
,
Je trahiffe un fecret d'où dépendent vos jours ;
Ces jours font pour mon coeur d'un prix que rien
n'égale ;
Mais fi pour défarmer cette fureurfatale ,
Mon Pere dans mes pleurs ne trouve point
d'appui ,
J'en attefte les Dieux , je péris avec lui..
Valerie fe retire ; Servilius dans un Monologue
fait connoître que fon coeur commence
à s'ébranler , & que la pitié lui parle en faveur
de fa Patrie ; Manlius vient lui annoncer
que tout favorife la confpiration , & qu'elle
fera executée dès le lendemain dans le Capitole
, où l'on doit offrir un Sacrifice aux
Dieux pour fe les rendre favorables dans la 3.
Guerre
SEPTEMBRE . 1729. 2:53
Guerre que le Senat vient de déclarer aux
Circeiens .
Rutile arrive , & fait connoître par un court
à parte qu'il veut éprouver Servilius. Il fait à
fes yeux une fi horrible image de ce que les
Conjurez doivent executer , que Servilius ne
peut s'empêcher de pâlir à ce terrible récit.
Rutile qui l'obferve , en conçoit de juftes foup ,
çons ; il le prie de lui permettre de parler un
moment fans témoins à Manlius ; Servilius fe
retire.
Kutile rappelle à Manlius les fermens qu'ils
ont tous faits ; voici comment il s'exprime ::
Seigneur , il vous fouvient des fermens que j'ai
faits.
Lorfque de nos amis j'embraffai les projets ,
Je jurai devant tous que fi j'avois un Frere ,
pour qui m'intereffât l'amitié la plus chere ,
Quand , tous deux , en même heure , ayant reço
le jour,
Nourris Jous mêmes foins , dans le même fé
jour
Le Ciel auroit uni par les plus fortes chaînes ,
Nos voeux , nos fentimens , nos plaifirs & nos
peines ;
Si ce Frere ficher , troublé du moindre effroi ,
Me pouvoit faire en lui craindre un manque de
foy ,
Par moi-même auffi - tôt fa lâcheté punie ,
Préviendroit notre perte , & son ignominie.
Vous louates , Seigneur , ce noble fentiment
Et chacun, après vous , fait le méme ferments.
L'ap
2254 MERCURE DE FRANCE:
L'application de ce préambule tombe fur
Servilius , dont la foibleffe n'a que trop vifiblement
paru ; Manlius blâme le foupçon de
Rutile , & le quitte , Rutile marche fur fes
pas pour le porter à tenir fon ferment , & à
facrifier fon ami à la fureté des Conjurez .
Au quatriéme Acte , Servilius paroît agité
de remords , au fujet de la conjuration dans
laquelle il est entré. Valerie arrive , & fait connoître
par un à parte de deux Vers , qu'elle implore
le fecours des Dieux qui l'ont infpirée.
Pour calmer l'agitation de Servilius , elle lui
confeille de tout réveler au Sénat , à condition
qu'il pardonnera tout : Servilius rejette cette
propofition , qu'il femble d'abord approuver
par un fecret avis des Dieux. Il le fait entendre
par ces Vers :
Par les Dieux immortels , appuis de cet Empire
,
Ces motsfont des éclairs qui , paffant dans mon
coeur >
Y font un jour affreux qui me remplit d'horreur
;
Vaincu par ma pitié... mais quoi ! Rome inhumaine
Tu devrois ton falut aux objets de ta baine !
Je pourrois d'un Ami trahir tous les bienfaits
,
Le forcer.... non ; mon cur ne l'ofera jau
mais .
Valerie le voyant encore irréfolu , lui die
enfin :
Il faut ; il faut enfin vous y déterminer :
Vous
SEPTEMBRE . 1729. 2255
Vous n'avezrien à craindre , & puiſqu'il faut
tout dire ›
De la foi du Senat j'ai ce que je defire.
Il m'a tout accordé de peur d'être furpris .
Servilius frappé de ce que Valerie lui annonce
, lui reproche fon indifcretion ; il la
conjure de fe fauver ; elle lui dit de ne rien
craindre , & fe retire , voyant approcher
Manlius .
Manlius , d'un ton de voix fevere , demande
à Servilius s'il connoît bien la maîn de Rutile.
Manlius lui ayant répondu qu'il la connoît ;
Tien , li , lui dit Manlius , en lui donnant
cette Lettre .
Vous avez méprifé majufte défiance ,
Tout eft fçû par l'endroit que j'avois Soupçonné
;
C'est par un Senateur de notre intelligence ,
Qu'en ce moment l'avis m'en eft donné :
Fuyez chez les Veïens où notre fort nous
guide :
Mais , pour flatter les maux où ce coup nous
réduit ,
Trop heureux en partant , fi la mort du perfide
.
De fon crime , par vous , lui déroboit le fruit.
Servilius ne répond qu'en préfentant à Manlius
fon coeur à frapper. Manlius ne peut confentir
à lui donner la mort , & le quitte en
lui difant :
Je laille à tes remords le foin de ma vengeance.
Servi
2256 MERCURE DE FRANCE .
Servilius , couvert de honte par les reproches
que Manlius vient de lui faire , convient
qu'il ne les a que trop meritez , & fe détermi
ne à retourner auprès de fon Ami , pour le faire
douter qui l'emporte dans fon coeur du
crime ou des remords . Albin vient l'avertir
qu'on a arrêté Manlius dans le tems qu'il ne
fongeoit qu'à fe donner la mort , ce qui re
double fon défefpoir. Il reproche à Valerius
qui furvient , fon manque de foi . Valerius lui
répond qu'il ne rend point raifon des ordres
fecrets du Senat ; il l'exhorte à abandonner
Jes interêts de Manlius ces dernieres paroles
lui annonçant le danger de fon Ami , lui font
perdre toute confideration envers Valerie qui
arrive un moment après que fon Pere s'eft retiré
; il l'appelle perfide & trop digne d'être
immolée à fon reffentiment ; il la conjure enfin
par tout l'amour qui les unit d'aller faire un
dernier effort fur le coeur de fon Pere pour
fauver Manlius.
فا
Dans le se Acte , Albin dit à Manlius quet
Servilius , à qui il fouhaite parler , viendra
bientôt. Manlius luy fait connoître qu'il l'aime
encore malgré fa trahifon . Albin luy dit
que Servilius n'a rien oublié pour reparer une
faute à laquelle fon coeur n'a point eu de part,
& que c'eft luy qui a fait que le Senat n'ofant
ni le condamner , ni l'abfoudre , a chargé les
Tribuns de le juger.
Servilius vient. Manlius luy demande s'il
pourra encore compter fur fa foy . Servilius
convient qu'il a merité ce doute injurieux.
Manlius luy fait entendre , qu'étant défarmé ,
il n'eft plus maître de fon fort , & que c'eſt à
luy à le fauver de l'infamie qu'on luy prépare .
Albin vient avertir Manlius qu'un Tribun
monte au Capitole , & que c'et apparemment
pour
SEPTEMBRE . 1729. 2257
pour l'interroger. Manlius dit à Servilius qu'il
eft temps qu'il luy prête le fecours qu'il lui demande.
Servililus lui répond qu'il le fervira
par - delà fon defir. Manlius fe retire.
Valerie vient. Elle dit à Servilius que fon
pere eft inflexible. Servilius s'attendrit pour
elle , & la prépare doucement aux funeftes
fuites d'un malheur où fon imprudence l'a
jettée. Il la quitte.
Valerie veut le fuivre ; mais Tullie , fa confidente,
luy apprend que Servilius luy a donné
des gardes pour l'empêcher de fortir.
Albin tout éperdu vient apprendre à valerie
la mort de Manlius , & celle de Servilius . Il
luy dit que Servilius ayant marché fur les pas
de Manlius qui montoit au Capitole , chargé
d'indignes fers , Manlius avoit dit à fes gardes
qu'il avoit à relever un fecret qui importoit à
la Republique; mais qu'il ne vouloit le confier
qu'au feul Servilius ; que fes ga des s'étant éloignez
pour le laiffer parler à fon ami¸il lui avoit
demandé l'effet de fa promeffe ; que Servilius ,
fans perdre temps l'avoit entraîné vers un
précipice , pour luy épargner la honte de fe
condamner; il finit fon trifte recit par ces vers:
Sur le bord auffi - tôt il l'entraîne avec luy ;
On s'écrie , on y court ; mais ce foin eft frivole
Tous deux précipitez au pied du Capitole ,
Ils meurent embraffez ; triftes objets d'horreur ;
Où l'on voit l'amitié confacrer la fureur.
Valerie fe punit elle- même d'avoir caufé la
mort de fon époux , & fe perce le coeur d'un
poignard , dont elle s'étoit munie à tout évenement.
Comme il n'y a point d'ouvrage parfait ;
celuy
2258 MERCURE DE FRANCE .
celuy- cy n'a pas été exempt de la critique . On
a trouvé la verfification de Manlius nerveuse ,
mais quelquefois un peu dure. Le caractere de
Rutile n'a pas paru fe foûtenir également par
tout .Sa prudence , a- t'on dit, eft un peu en défaut
à l'égard de Servilius, ce dernier veut laiffer
Valerie pour ôtage entre les mains de Manlius
; mais ce Manlius eft fon ami ; fa complaifance
peut aller trop loin en faveur de
celuy qui remet l'ôtage entre fes mains ; cet
ôtage auroit été plus feurement entre les
mains de Rutile , & il devoit l'exiger , ne futce
que pour empêcher que Servilius ne parlât à
Valerie , qui n'étoit que trop fufpećte, comme
fille du Conful , à qui les Conjurez refervoient
leurs premiers coups . Cette Critique n'eft que
trop bien fondée , & l'on n'a befoin pour le
prouver que de ces vers deManlius à Servilius:
Cependant Valerie eft libre dans ces lieux ,
Et fa vue à toute heure eft permife à tes yeux.
Manlius , pourfuit- on , n'a pas même dû recevoir
Valerie dans fon Palais , cet amas prodigieux
d'armes qu'elle y a découvert , fuffifoit
pour luy donner d'étranges foupçons . Valerie
découvre la confpiration trop brufquement
, les Spectateurs auroient du moins voulu
voir quelques combats , entre ce qu'elle devoit
à fon Pere , & à ce qu'elle devoit à la promeffe
qu'elle avoit faite à fon Epoux par ces vers
du troifiéme Acte :
Ne croyez pas tourtant qu'après un tel difcours
Je trahiffe un fecret d'où dépendent vos jours.
Le Senat , ajoute- t'on , ayant promis à Valerie
SEPTEMBRE. 1729. 2259
rie de faire grace à tous les Conjurez , ne peut
condamner Manlius fans violer fa foy ; & quoi
qu'il le faffe juger par les Tribuns , cette pré-
Caution ne fauve pas l'infidelité.
Voilà à peu près toutes les obfervations
Critiques qui font venues à notre connoiffan
ce; mais ce n'eft pas à de pareilles minuties
qu'on doit imputer le peu de fuccez de la reprife
de cette Tragedie, le fort des plus belles
Pieces dépend de tant de circonftances , qu'il
n'eft pas facile de porter un jugement affuré
fur les caufes qui ont pû influer à leur peu de
réuffite.
Fermer
659
p. 2270-2275
LES SPECTACLES Malades, Extrait.
Début :
On suppose qu'il y a à Paris un Medecin, nommé M. Lavisiere, qui connoît dans [...]
Mots clefs :
Alizon, Opéra-Comique, Paris, Comédie-Française, Yeux, Consultation, Drogues, Chine, Spectacles malades
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texteReconnaissance textuelle : LES SPECTACLES Malades, Extrait.
LES SPECTACLES Malades , Extrait.
N fuppofe qu'il y a à Paris un Medecin ,
nommé M. Lavifiere , qui connoît dans
les yeux les Maladies les plus cachées , & que
fa réputation attire chez lui un grand concours
de monde , qu'il donne fes Audiances toute la
matinée , & que la Dame Alifon , fa Gouver
nante , auffi habile que fon Maître , reçoit l'après
midi les Malades qui viennent chez lui.
Parmi les perfonnes qui fe préfentent à cette
femme pour la confultation , viennent les quatre
Spectacles de Paris perfonnifiés. L'Opera
arrive le premier , & d'une maniere allégorique
fait connoître fa mauvaiſe fituation. Il
parle en termes de Medecine des differens remedes
qu'il a pris , & de l'effet qu'ils ont caufé.
SEPTEMBRE. 1729. 2271
fé. Alizon lui répond dans le même ftile , l'O--
pera lui dit ce Couplet .
Sur l'Air : de l'Horoſcope accompli.
J'ai beau reprendre du folide ,
De la Rhubarbe d'Amadis ,
Du vrai Catholicon d'Armide ,
De la Confection d'Atys ,
De l'Elixir de Proferpine =
Ces Drogues de vertu divine ;
Qui m'ontjadis fait tant de bien ,
Aujourd'hui ne me font plus rien.
Alizon lui répond . Toutes ces drogues - là
font excellentes , mais vous en avez fait un
trop fréquent ufage , voire corps s'y est accoutumé
, & l'habitude en affoiblit la vertu. Et
elle lui donne à la fin cette Ordonnance.
Sur l'Air : Que Dieu beniffe la befogne.
Tous les matins ; Hyver , Eté ,
Vous prendrez , en guiſe de Thé ,
Quelques feuilles de Patience
Avec du Sucre d'Esperance.
Les deux Comédies viennent enfuite. Alizon
leur regarde dans les yeux . & dit à la Comédie
Françoife :
Sur l'Air : Faites boire à triple meſure.
De votre Pendule Comique ,
Gy Je
2172 MERCURE DE FRANCE :
Je vois mal aller les refforts ,
Et vous êtes paralitique ,
De la moitié de votre corps.
Alizon demande à la Comédie Italienne ,
après avoir deviné fon mal , quel remede elle
a pris en dernier lieu , celle - ci lui dit :
Air , Joconde.
Deux Docteurs de la Faculté
De l'Hôtel de Bourgogne ,
Pour me procurer la fanté ,
(
Se font mis en befogne :
Ces Opérateurs entendus
M'ont donné mainte prife ,
De Vulneraires de débuts ,
Qui m'ont unpeu remife.
La Comédie Françoife interrogée auffi
deffus , répond :
Air: Je ne fuis né ni Roi ni Prince.-
C'étoit une bonne Tifanne
D'un Extrait de Tragique Manne ,
Et d'un Sel Comique excellent
De tous les deux partie égale ,
Où régnoit à l'équipollent.
La Régueliffe Paftorale ..
Alizon confeille à la Comédie Françoile de
prendre pendant l'Hyver lept gros de Catin
lina
SEPTEMBRE. 1729. 2273
lina , & à l'Italienne . d'aller prendre l'air
natal.
L'Opera Comique fe préfente à fon tour
Alizon l'ayant examiné , lui dit qu'il a le dedans
dérangé , & lui demande d'où cela peut
lui venir. ་ །
Helas ! répond l'Opera Comique , j'attribuë
tout mon mal à la nourriture que j'ai priſe det
Hyver à la Foire S. Germain. J'ai mangé chaud,
j'ai mangé froid , doux , falle ; enfin , j'ai pris
de tout ce qu'on m'a donné. Quelle intemperance
, répond Alizon , cela m'a caufé , pour
fuit l'Opera Comique , de grandes indigeftions,
qui m'ont duré jusqu'à l'ouverture de la Foire
S. Laurent. De quelle maniere , lui dit Alizon ,
Vous êtes- vous guéri de ces indigeftions ?
L'Opera Comiquer
Air: Je ne fuis né ni Roi ni Prince.
J'ai pris certaine Medecine ,
Faite de Simples de la Chine ,
Elle m'a bien fait , je le fens s
Mais les Critiques toujours roides ,
Ont dit qu'on avoit mis dedans ,
Un peu trop de femences froides .
Alizon.
Sur l'Air : Amis , fans regretter Paris.
On pouvoit corriger cela ,
L'Opera Comique.
é , quefalloir il faire
La Princeffe de la Chine.
Gvj
Alizon
#274 MERCURE DE FRANCE.
Alizon.
Mêler dans ce Remede là
Des ** Gouttes d'Angleterre.
L'Opera Comique.
C'est ce qu'on a fait avec affez de fuccès.
Sur l'Air : C'eft Mademoiſelle Manon
Mais pour me rétablir l'eftomac , on me donns
Fort peu de tems après dujus de Céladon.
Alizon.
Ah! Jarnicoten !
Qu'il est bon !
L'Ami , comment done ?
Vous n'êtes pas guéri !
L'Opera Comique.
Tout Paris s'en étonnes
Ceft apparemment ,
Que ce divin Médicament ,
Ne convient nullement
A mon temperament..
Alizon.
Il n'en faut pas douter..
Sur l'Air : Je paffe la nuit & le jour.
Dans le péril où font vos jours
** Ce font des Danſes Angloiſes qui ont été
très -goutées.
1
SEPTEMBRE 1729 2275
›
Il faut d'une Plante d'Afrique ,
Vous faire éprouver le fecours.
C'est une espece d'Emetique
Qui d'abord fon effet fera ,
Quifur le champ vous guérira ,
Ou tout à coup vous trouſſera.
L'Opera Comique , pour payer la confultation
, régale Alizon d'un Balet qui eft executé
par les Danfeurs Forains dont on a parlé.
N fuppofe qu'il y a à Paris un Medecin ,
nommé M. Lavifiere , qui connoît dans
les yeux les Maladies les plus cachées , & que
fa réputation attire chez lui un grand concours
de monde , qu'il donne fes Audiances toute la
matinée , & que la Dame Alifon , fa Gouver
nante , auffi habile que fon Maître , reçoit l'après
midi les Malades qui viennent chez lui.
Parmi les perfonnes qui fe préfentent à cette
femme pour la confultation , viennent les quatre
Spectacles de Paris perfonnifiés. L'Opera
arrive le premier , & d'une maniere allégorique
fait connoître fa mauvaiſe fituation. Il
parle en termes de Medecine des differens remedes
qu'il a pris , & de l'effet qu'ils ont caufé.
SEPTEMBRE. 1729. 2271
fé. Alizon lui répond dans le même ftile , l'O--
pera lui dit ce Couplet .
Sur l'Air : de l'Horoſcope accompli.
J'ai beau reprendre du folide ,
De la Rhubarbe d'Amadis ,
Du vrai Catholicon d'Armide ,
De la Confection d'Atys ,
De l'Elixir de Proferpine =
Ces Drogues de vertu divine ;
Qui m'ontjadis fait tant de bien ,
Aujourd'hui ne me font plus rien.
Alizon lui répond . Toutes ces drogues - là
font excellentes , mais vous en avez fait un
trop fréquent ufage , voire corps s'y est accoutumé
, & l'habitude en affoiblit la vertu. Et
elle lui donne à la fin cette Ordonnance.
Sur l'Air : Que Dieu beniffe la befogne.
Tous les matins ; Hyver , Eté ,
Vous prendrez , en guiſe de Thé ,
Quelques feuilles de Patience
Avec du Sucre d'Esperance.
Les deux Comédies viennent enfuite. Alizon
leur regarde dans les yeux . & dit à la Comédie
Françoife :
Sur l'Air : Faites boire à triple meſure.
De votre Pendule Comique ,
Gy Je
2172 MERCURE DE FRANCE :
Je vois mal aller les refforts ,
Et vous êtes paralitique ,
De la moitié de votre corps.
Alizon demande à la Comédie Italienne ,
après avoir deviné fon mal , quel remede elle
a pris en dernier lieu , celle - ci lui dit :
Air , Joconde.
Deux Docteurs de la Faculté
De l'Hôtel de Bourgogne ,
Pour me procurer la fanté ,
(
Se font mis en befogne :
Ces Opérateurs entendus
M'ont donné mainte prife ,
De Vulneraires de débuts ,
Qui m'ont unpeu remife.
La Comédie Françoife interrogée auffi
deffus , répond :
Air: Je ne fuis né ni Roi ni Prince.-
C'étoit une bonne Tifanne
D'un Extrait de Tragique Manne ,
Et d'un Sel Comique excellent
De tous les deux partie égale ,
Où régnoit à l'équipollent.
La Régueliffe Paftorale ..
Alizon confeille à la Comédie Françoile de
prendre pendant l'Hyver lept gros de Catin
lina
SEPTEMBRE. 1729. 2273
lina , & à l'Italienne . d'aller prendre l'air
natal.
L'Opera Comique fe préfente à fon tour
Alizon l'ayant examiné , lui dit qu'il a le dedans
dérangé , & lui demande d'où cela peut
lui venir. ་ །
Helas ! répond l'Opera Comique , j'attribuë
tout mon mal à la nourriture que j'ai priſe det
Hyver à la Foire S. Germain. J'ai mangé chaud,
j'ai mangé froid , doux , falle ; enfin , j'ai pris
de tout ce qu'on m'a donné. Quelle intemperance
, répond Alizon , cela m'a caufé , pour
fuit l'Opera Comique , de grandes indigeftions,
qui m'ont duré jusqu'à l'ouverture de la Foire
S. Laurent. De quelle maniere , lui dit Alizon ,
Vous êtes- vous guéri de ces indigeftions ?
L'Opera Comiquer
Air: Je ne fuis né ni Roi ni Prince.
J'ai pris certaine Medecine ,
Faite de Simples de la Chine ,
Elle m'a bien fait , je le fens s
Mais les Critiques toujours roides ,
Ont dit qu'on avoit mis dedans ,
Un peu trop de femences froides .
Alizon.
Sur l'Air : Amis , fans regretter Paris.
On pouvoit corriger cela ,
L'Opera Comique.
é , quefalloir il faire
La Princeffe de la Chine.
Gvj
Alizon
#274 MERCURE DE FRANCE.
Alizon.
Mêler dans ce Remede là
Des ** Gouttes d'Angleterre.
L'Opera Comique.
C'est ce qu'on a fait avec affez de fuccès.
Sur l'Air : C'eft Mademoiſelle Manon
Mais pour me rétablir l'eftomac , on me donns
Fort peu de tems après dujus de Céladon.
Alizon.
Ah! Jarnicoten !
Qu'il est bon !
L'Ami , comment done ?
Vous n'êtes pas guéri !
L'Opera Comique.
Tout Paris s'en étonnes
Ceft apparemment ,
Que ce divin Médicament ,
Ne convient nullement
A mon temperament..
Alizon.
Il n'en faut pas douter..
Sur l'Air : Je paffe la nuit & le jour.
Dans le péril où font vos jours
** Ce font des Danſes Angloiſes qui ont été
très -goutées.
1
SEPTEMBRE 1729 2275
›
Il faut d'une Plante d'Afrique ,
Vous faire éprouver le fecours.
C'est une espece d'Emetique
Qui d'abord fon effet fera ,
Quifur le champ vous guérira ,
Ou tout à coup vous trouſſera.
L'Opera Comique , pour payer la confultation
, régale Alizon d'un Balet qui eft executé
par les Danfeurs Forains dont on a parlé.
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660
p. 2275-2284
L'Opéra Comique, Impromptu du Pont N[eu]f, sur la Naissance du Dauphin & Couplets, [titre d'après la table]
Début :
Le 9. Septembre le même Opera Comique, voulant aussi marquer sa joye pour la Naissance [...]
Mots clefs :
Pièce, Chanter, Commère, Amour, Dauphin, Français, Paris, Fille, Lys, Joie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opéra Comique, Impromptu du Pont N[eu]f, sur la Naissance du Dauphin & Couplets, [titre d'après la table]
Le 9. Septembre le même Opera Comique ,
Voulant auffi marquer fa joye pour la Naiffan-
Ce de Monfeigneur le DAUPHIN , donna gratis
fur fon Théatre de la Foire S. Laurent , une
petite Piéce nouvelle d'un Acte , composée
exprès pour être donnée gratis , intitulée :
rimpromptu du Pont Neuf, précédée du Cor
faire de Salé , & de la Noce Angloiſe , dont il a
été parlé. Tout s'y pafla fans défordre , &
au grand contentement d'une multitude de
Peuple que cette nouveauté n'avoit pas manqué
d'attirer , tant du Faubourg que de la Ville.
Cette petite Piéce fut très- applaudie par
les traits plaifans & convenables au tems. Voi
ci l'Extrait de la Piéce.
Clitandre & Julie s'aiment depuis long- tems,
& leur tendreffe a été approuvée par M. Bon
François , Pere de Julie . Ils fe plaignent des
longs délais que ce Pere apporte à l'execu
tion de la parole qu'il leur a donnée de les marier
enfemble au plutôt. Après que ces deux
Amans ont témoigné à ce Pere leur impatience,
& qu'ils l'ont conjuré de ne pas les faire
Le Corfaire de Salé.
Languia
2276 MERCURE DE FRANCE .
languir plus long- tems , il prefcrit enfin cette
époque à leur felicité , & chante , fur l'Air
des Veftales :
Quand au couchant fe levera ,
Nouveau Soleil dont la lumiere
Par tout brillera ,
Et. Lorsqu'à Paris on verrà ,
Le feu fortir de la Riviere ,
L'on vous marira.
Ces deux Amans allarmez de cette réponſe ,
fe font de nouvelles proteftations de s'aimer
toujours ; leur entretien eft interrompu par
un Prélude de Carrillon , qui leur donne oce
cafion de finir la Scêne pour s'informer de ce
qui donne lieu à ce bruit .
Un Chanfonnier du Pont- Neuf arrive , forc
empreffé & fort joyeux; & chante les paroles
fuivantes avec l'accompagnement du Car
rillon..
Kaffemblez- vous , Fille & Garçon
Petits Grands , Jeune & Barbon,
Uniffez vos Concerts à notre carillon ,
Din, dan ; don ,
Que tout abante , que tout danfe
Dans ce Canton !
Tin , tin , tan , ton
L'Hymen Cupidon »
Nous ont fait un don ,
Din , din , dan , don :
Tous deux d'intelligence ,
Ont
SEPTEMBRE. 1729. 2277
Ont fait naître un BOURBON.
Bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon.
Les Scenes fuivantes fe paflent entre un
Suiffe , le Chanfonnier , & un vendeur de Tifane.
Le Suifle fait un récit à fa maniere des
Réjouiffances qu'on fait à Paris , & chante
quelques Airs à boire : voici celui qu'il adreffe
aux Tifaniers , fur l'Air : Baiſe - moi done me
difoit Blaife.
Afti bon Piperon de Berne ,
Garçon , ( bis ) aportir ton taferne ,
Chel poiray ton Vin neuf ou vieux ,
Quand chel trinqueray tout , n'importe »»
Moy, ne me portir jamais mieux ,
Que lorsqu'il faut que l'on me porte.
Deux Muficiens arrivent fur le point de par
tir pour Verſailles , & font la répetition d'uns
Cantatille qu'ils doivent y executer.
I er Muficien.
Pour célebrer une Reine adorable
Heureux François , ranimez votre ardeur;
De l'amour de fon Peuple elle fait fon bonheur
;
Et chaque jour cet objet reſpectable ,
Devient en s'abaissant digne de fa grandeur。-
2 Muficien.
Les plaisirs de retour , voltigent fur fes traces
?
Font
2278 MERCURE DE FRANCE .
Tout Cythere , aujourd'hui , vient embellir fa
• Cours
Après avoirformé trois Graces,
Elle vient de mettre au jour
Un Amour.
Tous deux .
Grands Dieux, confervez votre ouvrage s
Sur ce Prince naiſſant , ayez les yeux ou→
verts :
De notre Roi , c'est la parfaite image ,
Il enchaîne à fon fort celui de l'Univers.
Les deux Muficiens font place à une troupe
de Bouquetieres tenant chacune un Lys , qui
entrent en danfant . Un Procureur furvient
avec un Officier Gafcon 5 les Bouquetieres les
arrêtent tous deux pour les faire danfer avec
elles ; le Procureur fait quelque difficulté de
danfer, parce qu'il eft en robe , & que cela ne
convient nullement à fon caractere; & c. L'Officier
lui répond que les Bouquetieres ont raifon
de le faire danfer , & que la joye doit
occuper tout le monde à préfent . Il chante fur
Air : Suivons tour à tour Bacchus & l'As
mour.
J'arrive de la Garonne
Et je fuis leger d'argenti
Mais ce que le Ciel nous donne ;
Aujourd'hui me rend content i
Un Louis me flatte plus .
Que cent mille écus.
r
L
Ils
SEPTEMBRE 1729. 2179
Ils danſent tous enfemble , en rond , & chantent
le Vaudeville qui fuit , dont l'Air eft noté
page 2246 .
Au Jardin de Versailles ,
Un beau Lys il y a ;
Quelque part que l'on aille ,
Rien ne vaut ce Lys- là ;
Ah ! qu'il est beau , ma chere ,
Ah ! qu'il est bien planté !
Hopegué , ma Commere
Guay, guay, guay , Hopegué.
1 Nuit & jour on le garde
Et l'on veille à l'entour :
Si-tôt qu'on le regarde :
On eft blessé d'amour.
Heureux , qui peut , ma chere ,
L'avoir à fon côté.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
De ce Lys tant aimable ,
Un nouveau rejetton ,
D'un humeur agréable ,
Remplit tout ce Canton,
Dès qu'on afçû l'affaire
Tout le monde a chanté ,
Hopegué
2280 MERCURE DE FRANCÉ .
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Pour parlerfans myftere ,
C'est un DAUPHIN charmant ,
Dont le Ciel vient de faire ,
A la France un préfent:
D'un don fi falutaire ,
Je li fçavons bon gré.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué
On a raison de dire
De cet Enfant cheri ,
Que le Roi notre Sire ,
L'a moulé d'après lui
Car l'Enfant de Cythere ,
N'eft pas fi bien tourné ;
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Tout chacun le revere
Et quoiqu'il foit petit ,
N'y a que Monfieurfon Pere ,
Quifoit plus grand que lui i
Sa fanté nous eft chere ,
Que fon nom foit chanté ;
Hopegué ,
SEPTEMBRE. 1729. 2281
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Mettons- nous des Couronnes
Chantons des Airs joyeux i
Vuidons toutes nos Tonnes ,
Pour en faire des Feux ;
Rendons la Fête entiere ,
Et qu'ilfoit bien trinqué ;
Hopegué , ma Commere
Guay, guay , guay , Hopegué.
La Scene fuivante fe paffe entre le Grand
Thomas fameux Arracheur de Dents du
Pont Neuf, un'Savoyard , & une Savoyarde ,
fes Domeftiques ; le premier témoigne fa joye
par le Couplet fuivant , en langage de fon
pays.
Catharineta ,
Chantons le DAUPHIN ,
Soir & matin ;
Sois Guillereta ,
Mettons- nous en train :
De fon grand Païre ,
Nous , bons Piemontois
Suivons les loix ;
C'est notra affaire
"
Comme les François .
La Savoyarde porte une boëte où eft enfer
mée:
2282 MERCURE DE FRANCE .
mée la Marmotte en vie , & chante ſur l'Aiř :
Si j'avois un bon Mari.
Puifqu'on entre à l'opera ,
Sans y donner de cela ,
Et que l'on voit à Paris ,
Pour rien la Comédie ;
Moi , je montrerai gratis ,
La Marmote en vie
M. Bon- François vient pour expliquer à Julie
, fa Fille , & à Clitandre . for Gendre , le
fens de la Centurie qui leur a chanté au com
mencement de la Piéce , & chante fur l'Air :
Non , je ne ferai pas , & c.
Quand d'un nouveau Soleil on verra la lu
miere •
Quand on verra le feu fortir de la Riviere ;
Ces mots marquent affez l'heureux évenėment
,
Que tout Paris célebre avec raviſſement.
Il juftifie enfuite par ce Couplet , les délais
qui l'ont obligé à differer le Mariage de fa
Fille , Sur l'Air : De tous les Capucins du
monde.
Je défirois ce tems propice ,
Pour formerfous un bon aufpices
Votre indiffoluble lien ;
Enfin , c'étoit ma fantaisie ,
J'attendois qu'il ne manquât rien
Au bonheur de notre Patrie,
* Elle fait le figne de donner de l'argent .
SEPTEMBRE. 1729. 2283
Il invite enfuite fon Gendre & fa Fille à
prendre part au Divertiffement qui furvient.
Ce font des Mariniers en équipage de Tireurs
d'Oye , ils font une marche avec Tambours
& Drapeaux ; on chante quelques Airs pour
couper la Danfe , & la Piéce finit par le Vaudeville
fuivant, qu'on trouvera noté à la page2246
Plein d'une ardeur extrême ,
t
Nous allons fur ces bords •
>
Au Prince qui nous aime
Témoigner nos tranſports i
C'est l'Amour qui nous mené
Que pouvons- nous riſquer ?
Sur les flots de la Seine ,
Ah! qu'il fait bon voguer.
Un Soleil fans nuage ,
Qui commence fon cours ,
Fera fur ce Rivage ,
Régner les plus beaux jours,
Venez , Jeunesse aimable
Venez vous embarquer ;
Le Vent eft favorable ,
Ah ! qu'il fait bon voguer,
>
Sur la liquide Plaine .
Lorsqu'on voit un DAUPHIN ,
C'est la marque certaine
f
D'un
2284 MERCURE DE FRANCE.
D'un tems doux & ferain :
Sans péril & fans peine
Chacun peut s'embarquer ,
Sur les flots de la Seine ,
Ah ! qu'il fait bon voguer.
Pierrot aux Spectateurs,
Quand notre amour s'explique ,
Sur le commun bonheur ,
Meffieurs , point de Critique ,
Respectez notre ardeur ;
Rendons- lui notre hommage ,
Le fujet l'annoblit :
Du coeur , il est l'ouvrage
Plutôt que de l'esprit.
Les Paroles du Divertiffement de la Piéce
des Vaudevilles , font de M. Panard ; elles ont
été très- goutées , de même que la Mufique
qui eft toujours de M. Gilliers.
Le 15. les Marchands Syndics de la même
Foire firent chanter le Te Deum à la Paroiffe
de S. Laurent ; le foir on tira quantité de Fufées
, & toutes les rues qui font dans l'enceinte
de la Foire , furent éclairées par deux
rangs de Luftres de Criftal qu'on y avoit fuf
pendus aux Arbres dont ces rues font plantées.
Il y eut Bal le ſoir , qui dura toute la
nuit.
Voulant auffi marquer fa joye pour la Naiffan-
Ce de Monfeigneur le DAUPHIN , donna gratis
fur fon Théatre de la Foire S. Laurent , une
petite Piéce nouvelle d'un Acte , composée
exprès pour être donnée gratis , intitulée :
rimpromptu du Pont Neuf, précédée du Cor
faire de Salé , & de la Noce Angloiſe , dont il a
été parlé. Tout s'y pafla fans défordre , &
au grand contentement d'une multitude de
Peuple que cette nouveauté n'avoit pas manqué
d'attirer , tant du Faubourg que de la Ville.
Cette petite Piéce fut très- applaudie par
les traits plaifans & convenables au tems. Voi
ci l'Extrait de la Piéce.
Clitandre & Julie s'aiment depuis long- tems,
& leur tendreffe a été approuvée par M. Bon
François , Pere de Julie . Ils fe plaignent des
longs délais que ce Pere apporte à l'execu
tion de la parole qu'il leur a donnée de les marier
enfemble au plutôt. Après que ces deux
Amans ont témoigné à ce Pere leur impatience,
& qu'ils l'ont conjuré de ne pas les faire
Le Corfaire de Salé.
Languia
2276 MERCURE DE FRANCE .
languir plus long- tems , il prefcrit enfin cette
époque à leur felicité , & chante , fur l'Air
des Veftales :
Quand au couchant fe levera ,
Nouveau Soleil dont la lumiere
Par tout brillera ,
Et. Lorsqu'à Paris on verrà ,
Le feu fortir de la Riviere ,
L'on vous marira.
Ces deux Amans allarmez de cette réponſe ,
fe font de nouvelles proteftations de s'aimer
toujours ; leur entretien eft interrompu par
un Prélude de Carrillon , qui leur donne oce
cafion de finir la Scêne pour s'informer de ce
qui donne lieu à ce bruit .
Un Chanfonnier du Pont- Neuf arrive , forc
empreffé & fort joyeux; & chante les paroles
fuivantes avec l'accompagnement du Car
rillon..
Kaffemblez- vous , Fille & Garçon
Petits Grands , Jeune & Barbon,
Uniffez vos Concerts à notre carillon ,
Din, dan ; don ,
Que tout abante , que tout danfe
Dans ce Canton !
Tin , tin , tan , ton
L'Hymen Cupidon »
Nous ont fait un don ,
Din , din , dan , don :
Tous deux d'intelligence ,
Ont
SEPTEMBRE. 1729. 2277
Ont fait naître un BOURBON.
Bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon.
Les Scenes fuivantes fe paflent entre un
Suiffe , le Chanfonnier , & un vendeur de Tifane.
Le Suifle fait un récit à fa maniere des
Réjouiffances qu'on fait à Paris , & chante
quelques Airs à boire : voici celui qu'il adreffe
aux Tifaniers , fur l'Air : Baiſe - moi done me
difoit Blaife.
Afti bon Piperon de Berne ,
Garçon , ( bis ) aportir ton taferne ,
Chel poiray ton Vin neuf ou vieux ,
Quand chel trinqueray tout , n'importe »»
Moy, ne me portir jamais mieux ,
Que lorsqu'il faut que l'on me porte.
Deux Muficiens arrivent fur le point de par
tir pour Verſailles , & font la répetition d'uns
Cantatille qu'ils doivent y executer.
I er Muficien.
Pour célebrer une Reine adorable
Heureux François , ranimez votre ardeur;
De l'amour de fon Peuple elle fait fon bonheur
;
Et chaque jour cet objet reſpectable ,
Devient en s'abaissant digne de fa grandeur。-
2 Muficien.
Les plaisirs de retour , voltigent fur fes traces
?
Font
2278 MERCURE DE FRANCE .
Tout Cythere , aujourd'hui , vient embellir fa
• Cours
Après avoirformé trois Graces,
Elle vient de mettre au jour
Un Amour.
Tous deux .
Grands Dieux, confervez votre ouvrage s
Sur ce Prince naiſſant , ayez les yeux ou→
verts :
De notre Roi , c'est la parfaite image ,
Il enchaîne à fon fort celui de l'Univers.
Les deux Muficiens font place à une troupe
de Bouquetieres tenant chacune un Lys , qui
entrent en danfant . Un Procureur furvient
avec un Officier Gafcon 5 les Bouquetieres les
arrêtent tous deux pour les faire danfer avec
elles ; le Procureur fait quelque difficulté de
danfer, parce qu'il eft en robe , & que cela ne
convient nullement à fon caractere; & c. L'Officier
lui répond que les Bouquetieres ont raifon
de le faire danfer , & que la joye doit
occuper tout le monde à préfent . Il chante fur
Air : Suivons tour à tour Bacchus & l'As
mour.
J'arrive de la Garonne
Et je fuis leger d'argenti
Mais ce que le Ciel nous donne ;
Aujourd'hui me rend content i
Un Louis me flatte plus .
Que cent mille écus.
r
L
Ils
SEPTEMBRE 1729. 2179
Ils danſent tous enfemble , en rond , & chantent
le Vaudeville qui fuit , dont l'Air eft noté
page 2246 .
Au Jardin de Versailles ,
Un beau Lys il y a ;
Quelque part que l'on aille ,
Rien ne vaut ce Lys- là ;
Ah ! qu'il est beau , ma chere ,
Ah ! qu'il est bien planté !
Hopegué , ma Commere
Guay, guay, guay , Hopegué.
1 Nuit & jour on le garde
Et l'on veille à l'entour :
Si-tôt qu'on le regarde :
On eft blessé d'amour.
Heureux , qui peut , ma chere ,
L'avoir à fon côté.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
De ce Lys tant aimable ,
Un nouveau rejetton ,
D'un humeur agréable ,
Remplit tout ce Canton,
Dès qu'on afçû l'affaire
Tout le monde a chanté ,
Hopegué
2280 MERCURE DE FRANCÉ .
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Pour parlerfans myftere ,
C'est un DAUPHIN charmant ,
Dont le Ciel vient de faire ,
A la France un préfent:
D'un don fi falutaire ,
Je li fçavons bon gré.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué
On a raison de dire
De cet Enfant cheri ,
Que le Roi notre Sire ,
L'a moulé d'après lui
Car l'Enfant de Cythere ,
N'eft pas fi bien tourné ;
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Tout chacun le revere
Et quoiqu'il foit petit ,
N'y a que Monfieurfon Pere ,
Quifoit plus grand que lui i
Sa fanté nous eft chere ,
Que fon nom foit chanté ;
Hopegué ,
SEPTEMBRE. 1729. 2281
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Mettons- nous des Couronnes
Chantons des Airs joyeux i
Vuidons toutes nos Tonnes ,
Pour en faire des Feux ;
Rendons la Fête entiere ,
Et qu'ilfoit bien trinqué ;
Hopegué , ma Commere
Guay, guay , guay , Hopegué.
La Scene fuivante fe paffe entre le Grand
Thomas fameux Arracheur de Dents du
Pont Neuf, un'Savoyard , & une Savoyarde ,
fes Domeftiques ; le premier témoigne fa joye
par le Couplet fuivant , en langage de fon
pays.
Catharineta ,
Chantons le DAUPHIN ,
Soir & matin ;
Sois Guillereta ,
Mettons- nous en train :
De fon grand Païre ,
Nous , bons Piemontois
Suivons les loix ;
C'est notra affaire
"
Comme les François .
La Savoyarde porte une boëte où eft enfer
mée:
2282 MERCURE DE FRANCE .
mée la Marmotte en vie , & chante ſur l'Aiř :
Si j'avois un bon Mari.
Puifqu'on entre à l'opera ,
Sans y donner de cela ,
Et que l'on voit à Paris ,
Pour rien la Comédie ;
Moi , je montrerai gratis ,
La Marmote en vie
M. Bon- François vient pour expliquer à Julie
, fa Fille , & à Clitandre . for Gendre , le
fens de la Centurie qui leur a chanté au com
mencement de la Piéce , & chante fur l'Air :
Non , je ne ferai pas , & c.
Quand d'un nouveau Soleil on verra la lu
miere •
Quand on verra le feu fortir de la Riviere ;
Ces mots marquent affez l'heureux évenėment
,
Que tout Paris célebre avec raviſſement.
Il juftifie enfuite par ce Couplet , les délais
qui l'ont obligé à differer le Mariage de fa
Fille , Sur l'Air : De tous les Capucins du
monde.
Je défirois ce tems propice ,
Pour formerfous un bon aufpices
Votre indiffoluble lien ;
Enfin , c'étoit ma fantaisie ,
J'attendois qu'il ne manquât rien
Au bonheur de notre Patrie,
* Elle fait le figne de donner de l'argent .
SEPTEMBRE. 1729. 2283
Il invite enfuite fon Gendre & fa Fille à
prendre part au Divertiffement qui furvient.
Ce font des Mariniers en équipage de Tireurs
d'Oye , ils font une marche avec Tambours
& Drapeaux ; on chante quelques Airs pour
couper la Danfe , & la Piéce finit par le Vaudeville
fuivant, qu'on trouvera noté à la page2246
Plein d'une ardeur extrême ,
t
Nous allons fur ces bords •
>
Au Prince qui nous aime
Témoigner nos tranſports i
C'est l'Amour qui nous mené
Que pouvons- nous riſquer ?
Sur les flots de la Seine ,
Ah! qu'il fait bon voguer.
Un Soleil fans nuage ,
Qui commence fon cours ,
Fera fur ce Rivage ,
Régner les plus beaux jours,
Venez , Jeunesse aimable
Venez vous embarquer ;
Le Vent eft favorable ,
Ah ! qu'il fait bon voguer,
>
Sur la liquide Plaine .
Lorsqu'on voit un DAUPHIN ,
C'est la marque certaine
f
D'un
2284 MERCURE DE FRANCE.
D'un tems doux & ferain :
Sans péril & fans peine
Chacun peut s'embarquer ,
Sur les flots de la Seine ,
Ah ! qu'il fait bon voguer.
Pierrot aux Spectateurs,
Quand notre amour s'explique ,
Sur le commun bonheur ,
Meffieurs , point de Critique ,
Respectez notre ardeur ;
Rendons- lui notre hommage ,
Le fujet l'annoblit :
Du coeur , il est l'ouvrage
Plutôt que de l'esprit.
Les Paroles du Divertiffement de la Piéce
des Vaudevilles , font de M. Panard ; elles ont
été très- goutées , de même que la Mufique
qui eft toujours de M. Gilliers.
Le 15. les Marchands Syndics de la même
Foire firent chanter le Te Deum à la Paroiffe
de S. Laurent ; le foir on tira quantité de Fufées
, & toutes les rues qui font dans l'enceinte
de la Foire , furent éclairées par deux
rangs de Luftres de Criftal qu'on y avoit fuf
pendus aux Arbres dont ces rues font plantées.
Il y eut Bal le ſoir , qui dura toute la
nuit.
Fermer
662
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
Nous commençons cette nouvelle Année, par presenter au Public le cent-vingt-troisiéme [...]
Mots clefs :
Mercure, Public, Pièces, Morceaux, Prose
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT,
iy t Ous commençons cette nouvelle Années
i V par. prefenttr au Public le cent-vingttroistéme
Volume du Mercure. Ce Livre
a paru tous les mois, & n'a souffert aucune
interruption depuis le mois de Juin 171t.
que nous y travaillons nous continuons
de rendre de très-humbles grâces au Lec
teur, de r'accueil favorable qu'il daigne lui
faire. Nous redoublerons nos foins & notre
application , pour qu'il soit a l'avenir en
core plus selon son goût: on n épargnera
rien pour cela. Si des gens éclairez, trou*
voient ce Journal défectueux en quelque
chose , ou qu'il fui susceptible de quelqu'autre
matière & d'un meilleur arrange
ment y on nous fera plaisir d'en donner
avis > les conseils , appuyez, de bonnes rai
sons , feront suivis,.
Nous demandons quelque indulgence
pour certains articles qui parourontJpeut*
être négliges & la diction peu châtiée 3
surtout pour ces derniers tems: Le Letleur
judicieux fera, s'il lui plaît, réflexion , que
dans un Ouvrage tel que celui-ci , il ejî
tres-aìfé de manquer , même dans les choses
Us plus communes 3 dont chacune en par
ticulier efl facile , mais qui ramassées ,
A iij font
AVERTISSEMENT:
font une multiplicité fi grande , qu'il est
bien mal- aisé de donner k toutes la même
Attention , quelque foin qu'on y apporte ;
surtout r quand une colleílion est--faite en
aussi peu de tems. Une chosè qui paroìt un
peu injuste , c'est qu'on reproche assez. sou
vint des inattentions al' Auteur de ce Li
vre , & qu'on ne lui fçache aucun gré des
eorrcòìions fans nombre qu'il fait , & des
fautes qu'il évite.
La grande difficulté dans la description
des Fêtes que nous avons données , a d'a
bord été d'être bien instruit de toutes let
circonstances , & ensuite de trouver des
fermes & des expressions qui répondent
a la beauté & a la grandeur de la ma
tière. Mais ces deux difficultez. surmontées r
il est encore tres-mal-aifê de donner une
idée )'u(ie fur le papier de certaines Fêtes 9
animées par des mouvemens extraordinai
res y pour faire connottre dans tout son
ex ces y ta j'oye & les transports, que nous
avons peints ; car le récit doit donner de
l'ablion a ce qui s'est fait, par des Pot'
traits animez,, des Peintures vives & par
lantes , enforte qu'on ait l'imagination
tellement remplie de ce qu'on lit , qu'on
croye moins lire que voir.
En y employant le tems convenable , oh
peut faire fans doute des Morceaux trisvifs
, & présenter aux yeux de l'efprit
de
A VERT ISSEMENf.
de fort belles images 5 nous osons même
nous flatter qu'on rendra juflice a quel'
Ques traits ajfez. animés , qui fi trouvent
dans plusieurs de nos Relations , maigri
la précipitation avec laquelle nous les
avons écrites \ mais dans une longue fuite
de Descriptions & de Fêtes , c'est tout a»
flus fi on peut y conserver quelque va;
rieté.
Nous faisons de la part du Public de
fiouvelles instances aux Libraires qui envoyent
des Livres pour les annoncer dans
le Mercure , d'en marquer le prix au
juste cela sert beaucoup dans les Pro'
vinces aux personnes qui fe déterminent
la-dej]ns a les acheter , & qui ne fònt pas
furs de l'exattitude des Messagers & des
autres personnes qu'elles chargent de leurs
commissions fui fimvent les font far^
payer.
On invite ici les' Marchands & les
Ouvriers qui ont quelqìies nouvelles Mo
des , soit par des Etoffes nouvelles , Ha
bits , Ajustemén's , Perruques , Coiffures,
òrnemens de tête & autres parures ,
■ainsi que de meubler, Caroffes , Chaises
& autres choses , soit pour P'utilité , soit
four l' agrément , d'en donner quelques
Mémoires pour en avertir le Public , ce
qui pourra faire plaisir à divers' particu-*'
tiers t & proçurer un débit avantageux',
A iij aux
AVERTISSEMENT.
ttux Marchands & aux Ouvriers.
Plusieurs Pieces en Prose & en Ve
envoyées pour le Aíercure , font foitvem
mal écrites qu'on ne f eut les déchifrer ,
elles font four cela rejettêes ; d'autres fc
bonnes a quelques égards 3 & dcfe5luetíJ
en d'autres ; lorsqu'elles peuvent en v
loir la peine , nous Its retouchons av
foin \ mais comme nous ne prenons ce pai
qu'avec peine , nous prions les Atiteu
de ne le pas trouver mauvais , & de tr,
vailler leurs Ouvrages avec le plus d'à
\tention qu'il leur fera possible. Si on ffi
voit leur addresse , on leur indiquera
Us defeíluofìtès & les corrections k fair
Les Sfdvans & les Curieux font prit
de vouloir concourir avec nous pot
rendre ce Livre encore plus utile & p U,
agréable, en nous communiquant les M\
moires & les Pieces en Prose & en Ver.
qui peuvent instruire & amuser. Aticu
point de Littérature n est exclus de c
Recueil , où l'on tâche de mettre une agréa
b le variété 3 Poésies , Eloquence , nou
velles Découvertes dans les Arts & dan
les Sciences , Morale, Antiquité , Hi)
toiïe sacrée & profane , Historiette , My
iologìe , Physique & Métaphifìque , Pie
ces de Théâtre , Jurisprudence , Anaio
mie & Médecine , Critique , Mathlmatl
que f Mémoires , Projets , Traductions
Gravi
AVERTISSEMENT.
Grammaire , Pièces amusantes & recréait'
ves &e. Quand les morceaux d'une cer
taine considération seront trop longs , on
les placera dans un V"tlums extraordinaire,
fjr on fera enforte qu'on puisse les en dé
tacherfacilement , pour la fatisfatlion des
dateurs & des personnes qui ne veulent
avoir que certaines Pièces.
Quelques morceaux de Prose & de
Vtrs rejettes par bonnes raisons , ont fouvent
donné lieu a des plaintes de la part
des personnes intéressées ; mais nous les
prions de considérer que c'est toujours
malgré nous que certaines Pièces font re
butées ', nous ne nous en rapportons pas
toujours a notre seul jugement dans le
choix que nous faisons de celles qui mé
ritent Vimpreffion.
Quoiqu'on ait toujours la précaution
de faire mettre un Avis a la tête de cha
que Mercure , pour avertir qu'on ûe re
cevra point de Lettres ni Paquets par la
Toste dont le port ne soit affranchi , il en
nient cependant quelquefois qu'$n est
tbïigè de rebuter. Ceux qui n'auront pas
fris cette précaution ne*doivent pas être
surpris de ne pas voir parottre les Piéces
qu ils ont envoyées.
Les personnes qui défirent avoir le Merture
des premiers , Joit dans les Provîn
tes ou dans les Pays Etraifgcrs , n'auront
A t qtfk
AVERTISSEMENT.
qu'à J'addrefler k M. Moreau , Commis
au Mercure , vis-à-vis la Comédie Fran*
çoife , k Paris , qui le leur envojera par
la'voye la plus convenable , & avant
qu'il soit en vente ici. Les amis k qui on
s'adrejse pour cela ne sont pas ordinaire
ment fort ex ails s ils n'envoyent gueres
acheter ce Livre précisément dam le tems
qu'il parois, ils ne manquent pas de le
Ure , souvent ils le prêtent k d'autres , &
ne l'envoyent que fort tard , fous le pré
texte spécieux que le Mercure n'a pas
paru plutôt. ~
Nous renouvelions la prière que nous
avons défa faite , quand on envoyé des
Piéces , soit en Vers , soit en Prose , de
lès faire transcrire lisiblement sur des pa
piers séparés , & d'une grandeur raison
nable , avec des marges , & que les noms
propres surtout , soient exatìement écrits.
y Nous aurons toujours les mêmes égards
pour les Auteurs qui ne veulent pas fi
faire connottre ; mais il fèroit bon qu'ils
dennasent une adrejfe , surtout quand il
s'agit de quelque Ouvrage qui peut de
mander des éclaircijfernens ; car souvent
faute d'un tel secours , des Piéces nous
demeurent entre les mains fans pouvoir
les faire paraître.
Nous prions £eux qui par le moyen dé
ieurs correspondances reçoivent des nou~
velU s
AVERTISSEMENT.
belles d'Afrique , du Levant , de Ferse J»
Ae Tartarie , du Japon , de la Chine , des
Indes Orientales & Occidentales & d'au
tres Pays & Contrées éloignées > de vouloir
nous en faire part à Padresse gentrale du
sjMercure. Ces nouvelles peuvent rouler
fur les guerres préfentes des Etats- voisins
teurs Révolutions , les Traités de Paix
ou de Trêve , les occupations des Souve
rains , la Religion des Peuples y leurs Cé
rémonies , Coutumes & Usages , ks Phé
nomènes & les produblions de la' Nature'
& de PArt &c. comme Pierres figurées SV
Jldarcaffltes rares t Pétrifications & Chris
ttilìfâtions' extraordinaires , Coquillages'
Nour ferons plus attentifs que jamais <*'
apprendre au Public la~mort des Spavans:
& de ceux qui fe font distingués dans des1
Arts & dans la Mécanique ; onyjoin-:
d?4 le récit de leurs- principales occupa*
lions y & des plus considérables aíïionf
de leur vie.- V Histoire des Lettres & des-
Arts doit cette marque de reconnaissanceà
la mémoire de ceux qui s'y font rendus
celíbns , ou qui les ont cultivés avec foin.
Mous espérons que tes parens & les amis
de ces illustres Morts aideront volontiers *<&.
leur rendre ce devoir par les instructions'
qu'ils voudront bien nom fournir. Ce que'
no- us- venons de dire yregirde non-feuleAVERTISSEMENT.
fhtni Paris , mais encore toutes les Pro
vinces du Royaume , qui f euvent fournir
des Evènemens considérables , Morts ,
Mariages , édiles folemnels , Fêtes & au
tres Faits dignes d'être transmis à la
postérité •, on fera, fans doute , surpris
de ne rien trouver dans le Mercure de
ce qui s'est passé dans quelques Villes
célèbres & des plus considérables du
Royaume , a l'occafion de la Naissance d»
Dauphin ì ces Villes ont marqué farts
doute leur z.ele , & ont fait de très- belles
choses \ mais cela est ignoré hors de leurs
murailles , & la Postérité l'ignorera tou
jours, faute d'avoir suivi /''exemple des
autres Villes , des moindres mime, qui
tíwt pas négligé de nous envoyer des Re
lations de leurs Réjouissances &c.
II nous reste k marquer notre reconnoijZ
fance & à remercier au nom du Public
plusieurs Ssavant du premier ordre , £7*
quantité d'autres personnes d'un mérite dis
tingué , dont les produítions enrichissent 1$
Mercure » & le font lire & rechercher*
iy t Ous commençons cette nouvelle Années
i V par. prefenttr au Public le cent-vingttroistéme
Volume du Mercure. Ce Livre
a paru tous les mois, & n'a souffert aucune
interruption depuis le mois de Juin 171t.
que nous y travaillons nous continuons
de rendre de très-humbles grâces au Lec
teur, de r'accueil favorable qu'il daigne lui
faire. Nous redoublerons nos foins & notre
application , pour qu'il soit a l'avenir en
core plus selon son goût: on n épargnera
rien pour cela. Si des gens éclairez, trou*
voient ce Journal défectueux en quelque
chose , ou qu'il fui susceptible de quelqu'autre
matière & d'un meilleur arrange
ment y on nous fera plaisir d'en donner
avis > les conseils , appuyez, de bonnes rai
sons , feront suivis,.
Nous demandons quelque indulgence
pour certains articles qui parourontJpeut*
être négliges & la diction peu châtiée 3
surtout pour ces derniers tems: Le Letleur
judicieux fera, s'il lui plaît, réflexion , que
dans un Ouvrage tel que celui-ci , il ejî
tres-aìfé de manquer , même dans les choses
Us plus communes 3 dont chacune en par
ticulier efl facile , mais qui ramassées ,
A iij font
AVERTISSEMENT:
font une multiplicité fi grande , qu'il est
bien mal- aisé de donner k toutes la même
Attention , quelque foin qu'on y apporte ;
surtout r quand une colleílion est--faite en
aussi peu de tems. Une chosè qui paroìt un
peu injuste , c'est qu'on reproche assez. sou
vint des inattentions al' Auteur de ce Li
vre , & qu'on ne lui fçache aucun gré des
eorrcòìions fans nombre qu'il fait , & des
fautes qu'il évite.
La grande difficulté dans la description
des Fêtes que nous avons données , a d'a
bord été d'être bien instruit de toutes let
circonstances , & ensuite de trouver des
fermes & des expressions qui répondent
a la beauté & a la grandeur de la ma
tière. Mais ces deux difficultez. surmontées r
il est encore tres-mal-aifê de donner une
idée )'u(ie fur le papier de certaines Fêtes 9
animées par des mouvemens extraordinai
res y pour faire connottre dans tout son
ex ces y ta j'oye & les transports, que nous
avons peints ; car le récit doit donner de
l'ablion a ce qui s'est fait, par des Pot'
traits animez,, des Peintures vives & par
lantes , enforte qu'on ait l'imagination
tellement remplie de ce qu'on lit , qu'on
croye moins lire que voir.
En y employant le tems convenable , oh
peut faire fans doute des Morceaux trisvifs
, & présenter aux yeux de l'efprit
de
A VERT ISSEMENf.
de fort belles images 5 nous osons même
nous flatter qu'on rendra juflice a quel'
Ques traits ajfez. animés , qui fi trouvent
dans plusieurs de nos Relations , maigri
la précipitation avec laquelle nous les
avons écrites \ mais dans une longue fuite
de Descriptions & de Fêtes , c'est tout a»
flus fi on peut y conserver quelque va;
rieté.
Nous faisons de la part du Public de
fiouvelles instances aux Libraires qui envoyent
des Livres pour les annoncer dans
le Mercure , d'en marquer le prix au
juste cela sert beaucoup dans les Pro'
vinces aux personnes qui fe déterminent
la-dej]ns a les acheter , & qui ne fònt pas
furs de l'exattitude des Messagers & des
autres personnes qu'elles chargent de leurs
commissions fui fimvent les font far^
payer.
On invite ici les' Marchands & les
Ouvriers qui ont quelqìies nouvelles Mo
des , soit par des Etoffes nouvelles , Ha
bits , Ajustemén's , Perruques , Coiffures,
òrnemens de tête & autres parures ,
■ainsi que de meubler, Caroffes , Chaises
& autres choses , soit pour P'utilité , soit
four l' agrément , d'en donner quelques
Mémoires pour en avertir le Public , ce
qui pourra faire plaisir à divers' particu-*'
tiers t & proçurer un débit avantageux',
A iij aux
AVERTISSEMENT.
ttux Marchands & aux Ouvriers.
Plusieurs Pieces en Prose & en Ve
envoyées pour le Aíercure , font foitvem
mal écrites qu'on ne f eut les déchifrer ,
elles font four cela rejettêes ; d'autres fc
bonnes a quelques égards 3 & dcfe5luetíJ
en d'autres ; lorsqu'elles peuvent en v
loir la peine , nous Its retouchons av
foin \ mais comme nous ne prenons ce pai
qu'avec peine , nous prions les Atiteu
de ne le pas trouver mauvais , & de tr,
vailler leurs Ouvrages avec le plus d'à
\tention qu'il leur fera possible. Si on ffi
voit leur addresse , on leur indiquera
Us defeíluofìtès & les corrections k fair
Les Sfdvans & les Curieux font prit
de vouloir concourir avec nous pot
rendre ce Livre encore plus utile & p U,
agréable, en nous communiquant les M\
moires & les Pieces en Prose & en Ver.
qui peuvent instruire & amuser. Aticu
point de Littérature n est exclus de c
Recueil , où l'on tâche de mettre une agréa
b le variété 3 Poésies , Eloquence , nou
velles Découvertes dans les Arts & dan
les Sciences , Morale, Antiquité , Hi)
toiïe sacrée & profane , Historiette , My
iologìe , Physique & Métaphifìque , Pie
ces de Théâtre , Jurisprudence , Anaio
mie & Médecine , Critique , Mathlmatl
que f Mémoires , Projets , Traductions
Gravi
AVERTISSEMENT.
Grammaire , Pièces amusantes & recréait'
ves &e. Quand les morceaux d'une cer
taine considération seront trop longs , on
les placera dans un V"tlums extraordinaire,
fjr on fera enforte qu'on puisse les en dé
tacherfacilement , pour la fatisfatlion des
dateurs & des personnes qui ne veulent
avoir que certaines Pièces.
Quelques morceaux de Prose & de
Vtrs rejettes par bonnes raisons , ont fouvent
donné lieu a des plaintes de la part
des personnes intéressées ; mais nous les
prions de considérer que c'est toujours
malgré nous que certaines Pièces font re
butées ', nous ne nous en rapportons pas
toujours a notre seul jugement dans le
choix que nous faisons de celles qui mé
ritent Vimpreffion.
Quoiqu'on ait toujours la précaution
de faire mettre un Avis a la tête de cha
que Mercure , pour avertir qu'on ûe re
cevra point de Lettres ni Paquets par la
Toste dont le port ne soit affranchi , il en
nient cependant quelquefois qu'$n est
tbïigè de rebuter. Ceux qui n'auront pas
fris cette précaution ne*doivent pas être
surpris de ne pas voir parottre les Piéces
qu ils ont envoyées.
Les personnes qui défirent avoir le Merture
des premiers , Joit dans les Provîn
tes ou dans les Pays Etraifgcrs , n'auront
A t qtfk
AVERTISSEMENT.
qu'à J'addrefler k M. Moreau , Commis
au Mercure , vis-à-vis la Comédie Fran*
çoife , k Paris , qui le leur envojera par
la'voye la plus convenable , & avant
qu'il soit en vente ici. Les amis k qui on
s'adrejse pour cela ne sont pas ordinaire
ment fort ex ails s ils n'envoyent gueres
acheter ce Livre précisément dam le tems
qu'il parois, ils ne manquent pas de le
Ure , souvent ils le prêtent k d'autres , &
ne l'envoyent que fort tard , fous le pré
texte spécieux que le Mercure n'a pas
paru plutôt. ~
Nous renouvelions la prière que nous
avons défa faite , quand on envoyé des
Piéces , soit en Vers , soit en Prose , de
lès faire transcrire lisiblement sur des pa
piers séparés , & d'une grandeur raison
nable , avec des marges , & que les noms
propres surtout , soient exatìement écrits.
y Nous aurons toujours les mêmes égards
pour les Auteurs qui ne veulent pas fi
faire connottre ; mais il fèroit bon qu'ils
dennasent une adrejfe , surtout quand il
s'agit de quelque Ouvrage qui peut de
mander des éclaircijfernens ; car souvent
faute d'un tel secours , des Piéces nous
demeurent entre les mains fans pouvoir
les faire paraître.
Nous prions £eux qui par le moyen dé
ieurs correspondances reçoivent des nou~
velU s
AVERTISSEMENT.
belles d'Afrique , du Levant , de Ferse J»
Ae Tartarie , du Japon , de la Chine , des
Indes Orientales & Occidentales & d'au
tres Pays & Contrées éloignées > de vouloir
nous en faire part à Padresse gentrale du
sjMercure. Ces nouvelles peuvent rouler
fur les guerres préfentes des Etats- voisins
teurs Révolutions , les Traités de Paix
ou de Trêve , les occupations des Souve
rains , la Religion des Peuples y leurs Cé
rémonies , Coutumes & Usages , ks Phé
nomènes & les produblions de la' Nature'
& de PArt &c. comme Pierres figurées SV
Jldarcaffltes rares t Pétrifications & Chris
ttilìfâtions' extraordinaires , Coquillages'
Nour ferons plus attentifs que jamais <*'
apprendre au Public la~mort des Spavans:
& de ceux qui fe font distingués dans des1
Arts & dans la Mécanique ; onyjoin-:
d?4 le récit de leurs- principales occupa*
lions y & des plus considérables aíïionf
de leur vie.- V Histoire des Lettres & des-
Arts doit cette marque de reconnaissanceà
la mémoire de ceux qui s'y font rendus
celíbns , ou qui les ont cultivés avec foin.
Mous espérons que tes parens & les amis
de ces illustres Morts aideront volontiers *<&.
leur rendre ce devoir par les instructions'
qu'ils voudront bien nom fournir. Ce que'
no- us- venons de dire yregirde non-feuleAVERTISSEMENT.
fhtni Paris , mais encore toutes les Pro
vinces du Royaume , qui f euvent fournir
des Evènemens considérables , Morts ,
Mariages , édiles folemnels , Fêtes & au
tres Faits dignes d'être transmis à la
postérité •, on fera, fans doute , surpris
de ne rien trouver dans le Mercure de
ce qui s'est passé dans quelques Villes
célèbres & des plus considérables du
Royaume , a l'occafion de la Naissance d»
Dauphin ì ces Villes ont marqué farts
doute leur z.ele , & ont fait de très- belles
choses \ mais cela est ignoré hors de leurs
murailles , & la Postérité l'ignorera tou
jours, faute d'avoir suivi /''exemple des
autres Villes , des moindres mime, qui
tíwt pas négligé de nous envoyer des Re
lations de leurs Réjouissances &c.
II nous reste k marquer notre reconnoijZ
fance & à remercier au nom du Public
plusieurs Ssavant du premier ordre , £7*
quantité d'autres personnes d'un mérite dis
tingué , dont les produítions enrichissent 1$
Mercure » & le font lire & rechercher*
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le texte est un avertissement pour le cent-vingt-troisième volume du Mercure, un journal publié sans interruption depuis juin 1711. Les éditeurs expriment leur gratitude envers les lecteurs et s'engagent à améliorer la qualité du journal. Ils sollicitent des conseils pour améliorer le contenu et l'arrangement des articles. Les éditeurs demandent de l'indulgence pour les articles négligés ou mal rédigés, soulignant la difficulté de maintenir une haute qualité dans un ouvrage mensuel. Ils notent également les critiques fréquentes des inattentions tout en passant sous silence les corrections et les fautes évitées. La description des fêtes a été particulièrement difficile, nécessitant une connaissance approfondie des circonstances et des expressions adaptées. Les éditeurs visent à créer des descriptions vivantes et imagées, capables de transmettre l'essence des événements. Ils invitent les libraires à indiquer le prix des livres annoncés et les marchands à partager des informations sur les nouvelles modes et produits. Le Mercure accepte des contributions en prose et en vers, mais rejette celles qui sont mal écrites ou défectueuses. Les auteurs sont encouragés à soumettre des œuvres bien rédigées et à accepter les retouches nécessaires. Les éditeurs invitent également les savants et les curieux à contribuer à divers domaines littéraires et scientifiques. Des précautions sont prises pour éviter la réception de lettres et de paquets non affranchis. Les personnes souhaitant recevoir le Mercure en premier peuvent s'adresser à M. Moreau. Les éditeurs demandent que les contributions soient bien transcrites et que les auteurs fournissent une adresse pour les éclaircissements nécessaires. Le Mercure sollicite également des nouvelles de régions éloignées, des informations sur des événements politiques, religieux, et naturels, ainsi que des détails sur la vie des personnes distinguées dans les arts et la mécanique. Les éditeurs espèrent que les proches de ces personnes aideront à fournir des informations pour honorer leur mémoire. Ils encouragent également les provinces à partager des événements notables, soulignant l'importance de transmettre ces informations à la postérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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663
p. 92-93
LETTRE écrite d'Orleans le 15. Janvier 1730. par Madame L. T. D. au sujet des Enigmes pillées.
Début :
Comme chacun est en droit de reclamer son bien, & que la Lettre de [...]
Mots clefs :
Énigmes, Énigmes pillées
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite d'Orleans le 15. Janvier 1730. par Madame L. T. D. au sujet des Enigmes pillées.
'LETTRE écrite d'Orléans le, r 5. Jan
vier 1750. par Madame L. T. D'.
sujet des Enigmes pillées.
COmrae chacun est en droit de re
clamer son bien , & que la Lettre
de Verdun insérée dans votre dernier
Mercure , au sujet de PEnigme des Basy
pille'e par Ml,e de Eellefond de Vcrnon,.
m'autorise à demander un fonds de pa
trimoine. J'ai crû , Messieurs devoir
aussi vous écrire fur un pareil sujet.
Il s'agit d'une Enigme fur l'Or sde la
eompósition de feu mon pere , donnée
fous le nom de la Dame Solitaire ; elle
parut dans la première partie du Mer
cure Galant de Juin de Tannée 1684.
page 2 58. & j'ai vu avec douleur que
M"5 de Bellefond de Vernon l'a fait reparoître
sous son nom dans le Mercure
d'Août 1719-
Que peut-on penser d'un tel larcin ?
Tien n'est plus injuste •, le Public devroit-
il s'attendre à de pareilles Trahi
sons ? pour moi , je crois qu'on en devroir
faire un exemple dans la Répu
blique des Belles - Lettres. Je laisse à
Messieurs les Préûdens de cet Etat à>
pro
JANVIER. i7?o; 9j
prononcer Ic jugement ; je suis cepen
dant persuadé , M M. que vous êtes
trop équitables pour ne pas inférer ma
plainte dans votre Mercure , afin que
s'il est possible , on ne tombe plus dans
cet inconvénient1.
H sembloit que l'explication de M11'
Dorvillicrs fur les Enigmes de M.
J. B. D. de Versailles auroit dû arrêter
le couís de ces pilleries j & je vois avec
tout le regret possible que Mlle de Bellefond
& Mlle de Bellefosse , toutes deux
Je la même patrie , n'ont point craijic
lés justes reproches qu'on leur a faics.
Je fuis 6cc.
vier 1750. par Madame L. T. D'.
sujet des Enigmes pillées.
COmrae chacun est en droit de re
clamer son bien , & que la Lettre
de Verdun insérée dans votre dernier
Mercure , au sujet de PEnigme des Basy
pille'e par Ml,e de Eellefond de Vcrnon,.
m'autorise à demander un fonds de pa
trimoine. J'ai crû , Messieurs devoir
aussi vous écrire fur un pareil sujet.
Il s'agit d'une Enigme fur l'Or sde la
eompósition de feu mon pere , donnée
fous le nom de la Dame Solitaire ; elle
parut dans la première partie du Mer
cure Galant de Juin de Tannée 1684.
page 2 58. & j'ai vu avec douleur que
M"5 de Bellefond de Vernon l'a fait reparoître
sous son nom dans le Mercure
d'Août 1719-
Que peut-on penser d'un tel larcin ?
Tien n'est plus injuste •, le Public devroit-
il s'attendre à de pareilles Trahi
sons ? pour moi , je crois qu'on en devroir
faire un exemple dans la Répu
blique des Belles - Lettres. Je laisse à
Messieurs les Préûdens de cet Etat à>
pro
JANVIER. i7?o; 9j
prononcer Ic jugement ; je suis cepen
dant persuadé , M M. que vous êtes
trop équitables pour ne pas inférer ma
plainte dans votre Mercure , afin que
s'il est possible , on ne tombe plus dans
cet inconvénient1.
H sembloit que l'explication de M11'
Dorvillicrs fur les Enigmes de M.
J. B. D. de Versailles auroit dû arrêter
le couís de ces pilleries j & je vois avec
tout le regret possible que Mlle de Bellefond
& Mlle de Bellefosse , toutes deux
Je la même patrie , n'ont point craijic
lés justes reproches qu'on leur a faics.
Je fuis 6cc.
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Résumé : LETTRE écrite d'Orleans le 15. Janvier 1730. par Madame L. T. D. au sujet des Enigmes pillées.
Madame L. T. D' écrit une lettre à Orléans le 5 janvier 1750 pour réclamer la propriété d'une énigme. Elle se réfère à une lettre de Verdun publiée dans le dernier Mercure, qui autorise à demander un fonds de patrimoine. L'auteur mentionne une énigme intitulée 'la Dame Solitaire', composée par son père et parue dans le Mercure Galant de juin 1684. Elle déplore que Mlle de Bellefond de Vernon l'ait republiée sous son nom dans le Mercure d'août 1719, qualifiant ce comportement de larcin et d'injustice. Elle appelle à un exemple dans la République des Belles-Lettres pour éviter de tels inconvénients à l'avenir. L'auteur regrette également que Mlle de Bellefond et Mlle de Bellefosse, originaires de la même patrie, n'aient pas tenu compte des reproches justes qui leur ont été faits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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664
p. 105-109
Cours des Sciences, sur des principes nouveaux, &c. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît un Projet imprimé d'un Ouvrage des plus singuliers qu'on ait vûs [...]
Mots clefs :
Grammaire, Esprit, Langage, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cours des Sciences, sur des principes nouveaux, &c. [titre d'après la table]
li paroît un Projet imprimé d'un Ou?
vrage des plus singuliers qu'on ait vus
dans la Litteratute , il a pour titre , Cours
des Sciences fur des principes nouveaux
& simples ppur former le langage , f esprit
& le coeur dans l' usage ordinaire de la vie,
Volume in-folio de 8. a 900. pages ,4
deux colonnes , caraSlere de jìugufìin.
Par le Pere Buffier , de la Compagnie de
Jésus.
Si la brièveté que demande notre Mer?
cure, permettoit d'en donner ici le projc*
tput au long , ceux qui ont du gout pour
lesScienccs nousen sçaurpient gréjilsprendroient
%oS MERCURE DE FRANCE,
droient plaisir à la clarté & à la précision
avec laquelle sont énoncez les principes
rde chacune des Sciences qui forment ce
Recueil , 8c entre lesquelles on fak appercevoir
une liaison naturelle.
On rnet d'abord la Grammaire Fran
çoise de l' Auteur, laquelle a e'te' si répan
due dans l'Europe , & qui a pour fonde
ment de représenter le langage comme
l'image de nos pensées pour les discerner
.& les arranger. Inexpérience a montré
d'ailleurs combien elle est utile pour fa-
.ciliter l'étude de la Langue Françoise en
(particulier, & pour tourner en gênerai le
istyle à une lieureuse élocution ; c'est ce
qui conduit à deux facuitez qui sont le
plus excellent usage de la Grammaire ,
íçavoir , {'Eloquence &f la Po'éfìe. Comme
la Grammaire enseigne à nous faire bien
bien entendre , l'Eloquence Sc la Poésie
.enseignent à faire une impression sensible
fur l'esprit de ceux à qui nous nous fai
sons entendre. Le Traité de la Grammaire
,est donc suivi de deux autres Traitez, l'un
fur l' Eloquence , l'autre fur la Poésie ; ÔC
Voilà pour ce qui sert à former le- langage.
Ce qui contribue à former l'esprit & l'intelligence
, est amené aussi naturellement:
Que serviroit , dit l'Auteur , d'énoncer
heureusement nos pensées , si elles-mêmes
ae font exactes & justes? c'est pour cela-
<jue
JANVIER, 1729. 107
que dans les Collèges on fait succéder
J'étude de la Logique à celle des Huma
nisez j mais dans les víiës du P. Buffier ,
la Logique e'tant la science des conséquent
.ces , qui tirent leur prix des principes , la
science des principes doit précéder celle
des conséquences. Ainsi il place avant la
Logique l'Ouvrage intitulé , Des premiè
res ventez,, dont nous parlâmes il y .a.
quelques années. Les veritez qui font dé
duites des premières par voye de consé
quence & de raisonnement , font l'objet
propre & spécial de la Logique. On est
étonné d'abord de voir l'Auteur insinuer
que pour règle générale de Logique , il
ne faut qu'avoir simplement & nettement
préfentes à í'efprit & Vidée du principe ,
& Vidée de la conséquence ; néanmoins fa
proposition se vérifie par les exemples
qu'il apporte. Qu'on ait , dit- il , présents
à I'efprit l'idée d'une Horloge & l'idée
d'un Moulin , il est impossible de conclure
qu'une Horloge est un Moulin. Nouvel
exemple ; un homme craint de vous toucher
far la raison , dit 'il t qu'il vous cajferoiti
vous croyez qu'il raisonne en fou , vous
vous trompez 5 c'est qu'il vous' croît de
verre : la conséquence est juste , il n'y a
de fou que le principe. On ajoûte deux
autres Ouvrages , l'un intitulé Elemens
4e Mét4fhyjì^ue k. la portée de tout le
monde
tf eS MERCURE DE FR ANGE;
monde ; l'autre Examen des préjugez, vttl^
gaires ; ils font destinez à rendre plus fa-
.eíle l'accès des deux fciènces précédentes,
£c ils font traitez en Dialogue avec pré
cision , mais d'un style égayé ; pour faite
sentir que des connoifiances cjui sem
blent difficiles en elles-mêmes , feroient
faciles à guérir fi on les expofoit d'une
manière aisée & familière. Ces quatre
fortes d'Ouvrages font four former l'efprit
.en lui donnant de la justesse §c de lasor
lidité.
Enfin après avoir formé le langage &
l'efprit , il est plus important encore de
former le coeur par la science de la Mo
rale & par celle de la Religion. Ce font
les derniers Traitez de ce Recueil. La Mo
rale est indiquée sous un jour qúi en doit
exciter le gout , puisque dans le Plan de
f" Auteur elle ne tend qu'à nous rendre
.heureux en procurant le bonheur des au
tres. Le Traité intitulé De la Société Ci'
vile , sert d'introduction à un Traité in
titulé, Analyse des preuves les plus plau
sibles de la Religion , ce que i'Auteur ré%
áuit à trois propositions simples & très?-
intelligibles , pour montrer que rien n'est
plus raisonnable que d'embrasser la Foi
Chrétienne , qui feule peut donner £
í'homme toute sa perfection pour le pré
sent & pour 1'av.erar. - , .
ÇC5
.^JANVIER. 173(3. T6f
Ces divers Traitez s'imprimeront cette
anne'e dans un même volume in-folio ,
afin qu'étant liez par des principes nou
veaux & simples , ils faííent un corps com
plet dont les parties ne se puissent disperser.
On i avertit à la fin que ceux qui retien
dront les premiers des Exemplaires de
cette Edition , auront le choix des mieux
imprimez , avec diminution du prix. O»
a sçCi depuis que V In-folio fera de 1 8. li
vres , & qu'on rabattra le tiers à ceux des
amis qui veulent bien d'avance aider aux
frais de ['impression.
vrage des plus singuliers qu'on ait vus
dans la Litteratute , il a pour titre , Cours
des Sciences fur des principes nouveaux
& simples ppur former le langage , f esprit
& le coeur dans l' usage ordinaire de la vie,
Volume in-folio de 8. a 900. pages ,4
deux colonnes , caraSlere de jìugufìin.
Par le Pere Buffier , de la Compagnie de
Jésus.
Si la brièveté que demande notre Mer?
cure, permettoit d'en donner ici le projc*
tput au long , ceux qui ont du gout pour
lesScienccs nousen sçaurpient gréjilsprendroient
%oS MERCURE DE FRANCE,
droient plaisir à la clarté & à la précision
avec laquelle sont énoncez les principes
rde chacune des Sciences qui forment ce
Recueil , 8c entre lesquelles on fak appercevoir
une liaison naturelle.
On rnet d'abord la Grammaire Fran
çoise de l' Auteur, laquelle a e'te' si répan
due dans l'Europe , & qui a pour fonde
ment de représenter le langage comme
l'image de nos pensées pour les discerner
.& les arranger. Inexpérience a montré
d'ailleurs combien elle est utile pour fa-
.ciliter l'étude de la Langue Françoise en
(particulier, & pour tourner en gênerai le
istyle à une lieureuse élocution ; c'est ce
qui conduit à deux facuitez qui sont le
plus excellent usage de la Grammaire ,
íçavoir , {'Eloquence &f la Po'éfìe. Comme
la Grammaire enseigne à nous faire bien
bien entendre , l'Eloquence Sc la Poésie
.enseignent à faire une impression sensible
fur l'esprit de ceux à qui nous nous fai
sons entendre. Le Traité de la Grammaire
,est donc suivi de deux autres Traitez, l'un
fur l' Eloquence , l'autre fur la Poésie ; ÔC
Voilà pour ce qui sert à former le- langage.
Ce qui contribue à former l'esprit & l'intelligence
, est amené aussi naturellement:
Que serviroit , dit l'Auteur , d'énoncer
heureusement nos pensées , si elles-mêmes
ae font exactes & justes? c'est pour cela-
<jue
JANVIER, 1729. 107
que dans les Collèges on fait succéder
J'étude de la Logique à celle des Huma
nisez j mais dans les víiës du P. Buffier ,
la Logique e'tant la science des conséquent
.ces , qui tirent leur prix des principes , la
science des principes doit précéder celle
des conséquences. Ainsi il place avant la
Logique l'Ouvrage intitulé , Des premiè
res ventez,, dont nous parlâmes il y .a.
quelques années. Les veritez qui font dé
duites des premières par voye de consé
quence & de raisonnement , font l'objet
propre & spécial de la Logique. On est
étonné d'abord de voir l'Auteur insinuer
que pour règle générale de Logique , il
ne faut qu'avoir simplement & nettement
préfentes à í'efprit & Vidée du principe ,
& Vidée de la conséquence ; néanmoins fa
proposition se vérifie par les exemples
qu'il apporte. Qu'on ait , dit- il , présents
à I'efprit l'idée d'une Horloge & l'idée
d'un Moulin , il est impossible de conclure
qu'une Horloge est un Moulin. Nouvel
exemple ; un homme craint de vous toucher
far la raison , dit 'il t qu'il vous cajferoiti
vous croyez qu'il raisonne en fou , vous
vous trompez 5 c'est qu'il vous' croît de
verre : la conséquence est juste , il n'y a
de fou que le principe. On ajoûte deux
autres Ouvrages , l'un intitulé Elemens
4e Mét4fhyjì^ue k. la portée de tout le
monde
tf eS MERCURE DE FR ANGE;
monde ; l'autre Examen des préjugez, vttl^
gaires ; ils font destinez à rendre plus fa-
.eíle l'accès des deux fciènces précédentes,
£c ils font traitez en Dialogue avec pré
cision , mais d'un style égayé ; pour faite
sentir que des connoifiances cjui sem
blent difficiles en elles-mêmes , feroient
faciles à guérir fi on les expofoit d'une
manière aisée & familière. Ces quatre
fortes d'Ouvrages font four former l'efprit
.en lui donnant de la justesse §c de lasor
lidité.
Enfin après avoir formé le langage &
l'efprit , il est plus important encore de
former le coeur par la science de la Mo
rale & par celle de la Religion. Ce font
les derniers Traitez de ce Recueil. La Mo
rale est indiquée sous un jour qúi en doit
exciter le gout , puisque dans le Plan de
f" Auteur elle ne tend qu'à nous rendre
.heureux en procurant le bonheur des au
tres. Le Traité intitulé De la Société Ci'
vile , sert d'introduction à un Traité in
titulé, Analyse des preuves les plus plau
sibles de la Religion , ce que i'Auteur ré%
áuit à trois propositions simples & très?-
intelligibles , pour montrer que rien n'est
plus raisonnable que d'embrasser la Foi
Chrétienne , qui feule peut donner £
í'homme toute sa perfection pour le pré
sent & pour 1'av.erar. - , .
ÇC5
.^JANVIER. 173(3. T6f
Ces divers Traitez s'imprimeront cette
anne'e dans un même volume in-folio ,
afin qu'étant liez par des principes nou
veaux & simples , ils faííent un corps com
plet dont les parties ne se puissent disperser.
On i avertit à la fin que ceux qui retien
dront les premiers des Exemplaires de
cette Edition , auront le choix des mieux
imprimez , avec diminution du prix. O»
a sçCi depuis que V In-folio fera de 1 8. li
vres , & qu'on rabattra le tiers à ceux des
amis qui veulent bien d'avance aider aux
frais de ['impression.
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Résumé : Cours des Sciences, sur des principes nouveaux, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un projet d'ouvrage intitulé 'Cours des Sciences sur des principes nouveaux & simples pour former le langage, l'esprit & le cœur dans l'usage ordinaire de la vie', rédigé par le Père Buffier de la Compagnie de Jésus. Cet ouvrage, d'un volume in-folio de 8 à 900 pages organisé en deux colonnes, vise à offrir une approche claire et précise des sciences en mettant en évidence les liaisons naturelles entre elles. L'ouvrage commence par une grammaire française, déjà répandue en Europe, qui considère le langage comme l'image des pensées. Cette grammaire facilite l'étude de la langue et conduit à l'éloquence et à la poésie, qui enseignent à faire une impression sensible sur l'esprit des auditeurs. Le traité de grammaire est suivi de deux autres traités, l'un sur l'éloquence et l'autre sur la poésie. Pour former l'esprit et l'intelligence, l'auteur propose d'abord l'étude des principes avant celle des conséquences, inversant ainsi l'ordre traditionnel des collèges. Il place donc avant la logique un ouvrage intitulé 'Des premières vérités'. La logique, science des conséquences, est précédée par la science des principes. L'auteur illustre ses propos par des exemples simples et concrets. Deux autres ouvrages, 'Éléments de Métaphysique' et 'Examen des préjugés vulgaires', sont destinés à rendre l'accès aux sciences précédentes plus facile. Ils sont présentés sous forme de dialogues précis mais dans un style agréable. Enfin, pour former le cœur, l'ouvrage inclut des traités sur la morale et la religion. La morale est présentée comme un moyen de rendre heureux en procurant le bonheur des autres. Le traité 'De la Société Civile' introduit un autre traité intitulé 'Analyse des preuves les plus plausibles de la Religion', qui montre la rationalité d'embrasser la foi chrétienne pour atteindre la perfection humaine. Tous ces traités seront imprimés dans un même volume in-folio pour former un corps complet et cohérent. Les premiers exemplaires seront disponibles avec une réduction de prix pour ceux qui aident aux frais d'impression.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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665
p. 114-119
Poësies Spirituelles & Morales sur les plus beaux Airs de Musique Françoise & Italienne, [titre d'après la table]
Début :
Il paroît un Ouvrage qui a pour titre, Poëses Spirituelles & Morales sur les plus [...]
Mots clefs :
Airs, Poésies spirituelles et morales, Recueil, Fables
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texteReconnaissance textuelle : Poësies Spirituelles & Morales sur les plus beaux Airs de Musique Françoise & Italienne, [titre d'après la table]
Il paîoît un Ouvrage qni a pour titre ^
Pv'èsies Spirituelles & Murales fur les plut
beaux Airs de la Musique Françoise dr
Italienne* Premier Recueil , prix 6. livres
en blanc. A Paris chez. Guillaume Defprez^
Libraire , rué S. Jacques , à S. Prosper t
P h. N. Lottin , k la Vérité , & Guichard,
Marchand Papetier de la Musique du Roi,
rue' de l' Arbre-sec , derrière S. Germain
PAuxerroís ; c'est un in 4. gravé, grand
papier.
On s'est proposé dans ce Recueil de
donner un essai de l'ufage chrétien & rai
sonnable qu'on peut faire de la Musique.
Il commence par un Cantique affez étendu
sur les grandeurs de Dieu, dont la Musique
est du célèbre M. Defmarets , & la Poé
sie d'un grand Maître. On en peut juger
par les deux premières Strophes que nous
allons rapporter. Loin
^ Janvier. i7jo. u?
Loiri d'ici , profanes Mortels ,
Vous dont la main impie a dressé des Autels ,
A des Dieux impuissans que le crime a faic
naître,
Qu'aux accens de ma voix tout tremble eri
l'Univers,
Cieux , Enfers , Terre . Mers , c'est votre au-
: guste Maître >
Que je vais chanter dans mes Yers.
ft est, & par lui seul tout Etre a pris naissance!
Le néant existe à fa voix :
La Nature & les temps agissent par ses Loix j
Tout adore en tremblant fa suprême puissance-
Invisible & présent, • onfe prou ve en tous, lieux*
Il remplit la Terre; 8ç les Cieux i
Par lui tout femeut , tout respire ;
■ Sa durée est ls Eternité , >
£t ks bornes de son Empiro, ■. . •.
Sont celles de l'immensitéï
i i •■ .« • ^ ■. •' t.: • ' ... i
On trouve enfile- des Cantiques far les
Mystères de Nfrtte Seigneur , fur les Ver-<
tus & les Vices , & fur les quatre Fins da
Phomme, Çp_ Recueil renfertne tous les
sujets; d<} pjgfeá qau'on peut désire*. Qç y
tíouvç aussi 4'^utres Pietés que l'on pteut
appeller des Chansons Morales , & ' qui
peuvent servir dans des occasions où, le?*
premières, paroîtroi^ut peiit-êtEç trop feii
' * " F iiij rieutes".
v
ii 6 MERCURE DE FRANCE,
rieuses. Pour intéresser par la variété, on'
a recueilli près d'une centaine d'Airs fur
tous les differens caractères de la Musique.
Plusieurs Musetres , Airs de Violon , Pieces
de Clavecin de M. Couprin , Airs
Italiens & plusieurs doubles dans le gouc
de M. Lambert.
On espère que les personnes qui auront
de la voix seront bien aises qu'on leur
fournisse le moyen d'en faire un usage
Uíile , quand elles voudront elles-mêmes
prendre ce délassement ,. ou qu'elles no
poarront.le refuser a d'autres qui voudront
Its entendre chanter.
On a ajoûté à ce Recueil grand nom."
bre de Fables choisies, dans le gout de?
la Fontaine , fur les petits Airs & Vau
devilles les plus connus , avec une Basse
en Musette, qui. pourront servie au même
usage que les Chansons Morales dont on
vient de parler , mais qui font destinées
principalement à fournir aux Enfans un
amusement utile & convenable à leur âge:
nous en rapporterons deux pour servir
d'exemple.
L'tTTlLE ET IE BbAU.
Le Cerf se mirant dans Peau. Sur l' Air ;
Je fais souvent raisonner ma Muptie , 80
fur les Folies d'Espagne. r ;
Dans le Cristal d'une claire Fontaine ,
Un jeune Cerf se miroit autrefois i
JANVIER. I7jtí.: "Xi
II ne voyoit ses jambes qu'avec peine ,' ' . ■»
Charmé de voir la beauté de son Bois.
m
Soudain du Cor entendant le murmure ,
Prompt 8c leger, il fuit dans les Forêts »
Mais arrêté par fa belle ramure,
En expirant il pousse ces regrets.
SB
Le beau nous plaît & le bien nous ennuyé,,
l'un sert toujours , l'autre est souvent fatal *
Je méprisois ce qui sauvoit ma vie ,
J'aimois , helas ! ce qui fait tout mon mal.
La- Peur.
Les Oreilles du Lièvre. Sur l* Air : C'est
une Bouteille qui n'eut jamais ja pareille
De fa- corne un inconnu >.
Au Lion fit quelque peine.
Lion dit . que tour Cornu ,
Soit chassé de mon Domaine.
Depuis le Taureau jusqu'au Chevreau 2
Tout :*én va chercher pays nouveau. -
Le bruit en vent au Lièvre.
Qui de crainte en a la fievrej N
m
Ah /'dit-il . je fuis banni,
Tai deux cornes bien pareilles.
Ft
Ut MERCURE DE FRANCE; ^* 1
On lui dit en vain , nenni,
Ce ne sont que des oreilles.
II répond toujours , détrompei-vousí
Au gré des malins 8c des jaloux » .
Oreilles seront cornes ,
Voire cornes de Licornes.
Wt *■ -
C'est ainsi, quand on a peur,
Que tout se metamorpholej"
Un Buisson est un Voleur,
Uh Phantôme , ou pire chose,
Mais on fçait de même qu'à la Cour r
Un flateur fait prendre chaque jour >
Les Merles pour Corneilles,
Et pour cornes les Oreilles.
On promet de donner incessamment us
second Recueil de Fables dans le même
goût , & de les. réunir ensuite routes en
semble dans un petit volume avec les airs
notttz , afin qu'en puisse s'en servir plu*
commodément.
Sans vouloir prévenir le jugement
du FuHic , ce Recueil nous paroît être
un excellent' mélange de l'utile & de
l'agréab'e. Une pieté tendre & solide ,
la noblesse des pensées & des senti*
mens, le n^ïf des Fables, le choix. & la
Yarieté des Airs parfaitement assortis aux
, - parole*?
• M / »
JANVIER, 1730. ii9
paroles i tout invite également ceux qui
ne chetchent pas dans la Musique un vain
amusement ou un plaisir dangereux. On
n'a rien épargné pour leur plaire : la beauté
de ta Gravure & du papier , & la modi
cité du prix font assez voir que ceux qui
ont entrepris ce Recueil , n'ont eu en viic
311e Pavantage du Public.
Pv'èsies Spirituelles & Murales fur les plut
beaux Airs de la Musique Françoise dr
Italienne* Premier Recueil , prix 6. livres
en blanc. A Paris chez. Guillaume Defprez^
Libraire , rué S. Jacques , à S. Prosper t
P h. N. Lottin , k la Vérité , & Guichard,
Marchand Papetier de la Musique du Roi,
rue' de l' Arbre-sec , derrière S. Germain
PAuxerroís ; c'est un in 4. gravé, grand
papier.
On s'est proposé dans ce Recueil de
donner un essai de l'ufage chrétien & rai
sonnable qu'on peut faire de la Musique.
Il commence par un Cantique affez étendu
sur les grandeurs de Dieu, dont la Musique
est du célèbre M. Defmarets , & la Poé
sie d'un grand Maître. On en peut juger
par les deux premières Strophes que nous
allons rapporter. Loin
^ Janvier. i7jo. u?
Loiri d'ici , profanes Mortels ,
Vous dont la main impie a dressé des Autels ,
A des Dieux impuissans que le crime a faic
naître,
Qu'aux accens de ma voix tout tremble eri
l'Univers,
Cieux , Enfers , Terre . Mers , c'est votre au-
: guste Maître >
Que je vais chanter dans mes Yers.
ft est, & par lui seul tout Etre a pris naissance!
Le néant existe à fa voix :
La Nature & les temps agissent par ses Loix j
Tout adore en tremblant fa suprême puissance-
Invisible & présent, • onfe prou ve en tous, lieux*
Il remplit la Terre; 8ç les Cieux i
Par lui tout femeut , tout respire ;
■ Sa durée est ls Eternité , >
£t ks bornes de son Empiro, ■. . •.
Sont celles de l'immensitéï
i i •■ .« • ^ ■. •' t.: • ' ... i
On trouve enfile- des Cantiques far les
Mystères de Nfrtte Seigneur , fur les Ver-<
tus & les Vices , & fur les quatre Fins da
Phomme, Çp_ Recueil renfertne tous les
sujets; d<} pjgfeá qau'on peut désire*. Qç y
tíouvç aussi 4'^utres Pietés que l'on pteut
appeller des Chansons Morales , & ' qui
peuvent servir dans des occasions où, le?*
premières, paroîtroi^ut peiit-êtEç trop feii
' * " F iiij rieutes".
v
ii 6 MERCURE DE FRANCE,
rieuses. Pour intéresser par la variété, on'
a recueilli près d'une centaine d'Airs fur
tous les differens caractères de la Musique.
Plusieurs Musetres , Airs de Violon , Pieces
de Clavecin de M. Couprin , Airs
Italiens & plusieurs doubles dans le gouc
de M. Lambert.
On espère que les personnes qui auront
de la voix seront bien aises qu'on leur
fournisse le moyen d'en faire un usage
Uíile , quand elles voudront elles-mêmes
prendre ce délassement ,. ou qu'elles no
poarront.le refuser a d'autres qui voudront
Its entendre chanter.
On a ajoûté à ce Recueil grand nom."
bre de Fables choisies, dans le gout de?
la Fontaine , fur les petits Airs & Vau
devilles les plus connus , avec une Basse
en Musette, qui. pourront servie au même
usage que les Chansons Morales dont on
vient de parler , mais qui font destinées
principalement à fournir aux Enfans un
amusement utile & convenable à leur âge:
nous en rapporterons deux pour servir
d'exemple.
L'tTTlLE ET IE BbAU.
Le Cerf se mirant dans Peau. Sur l' Air ;
Je fais souvent raisonner ma Muptie , 80
fur les Folies d'Espagne. r ;
Dans le Cristal d'une claire Fontaine ,
Un jeune Cerf se miroit autrefois i
JANVIER. I7jtí.: "Xi
II ne voyoit ses jambes qu'avec peine ,' ' . ■»
Charmé de voir la beauté de son Bois.
m
Soudain du Cor entendant le murmure ,
Prompt 8c leger, il fuit dans les Forêts »
Mais arrêté par fa belle ramure,
En expirant il pousse ces regrets.
SB
Le beau nous plaît & le bien nous ennuyé,,
l'un sert toujours , l'autre est souvent fatal *
Je méprisois ce qui sauvoit ma vie ,
J'aimois , helas ! ce qui fait tout mon mal.
La- Peur.
Les Oreilles du Lièvre. Sur l* Air : C'est
une Bouteille qui n'eut jamais ja pareille
De fa- corne un inconnu >.
Au Lion fit quelque peine.
Lion dit . que tour Cornu ,
Soit chassé de mon Domaine.
Depuis le Taureau jusqu'au Chevreau 2
Tout :*én va chercher pays nouveau. -
Le bruit en vent au Lièvre.
Qui de crainte en a la fievrej N
m
Ah /'dit-il . je fuis banni,
Tai deux cornes bien pareilles.
Ft
Ut MERCURE DE FRANCE; ^* 1
On lui dit en vain , nenni,
Ce ne sont que des oreilles.
II répond toujours , détrompei-vousí
Au gré des malins 8c des jaloux » .
Oreilles seront cornes ,
Voire cornes de Licornes.
Wt *■ -
C'est ainsi, quand on a peur,
Que tout se metamorpholej"
Un Buisson est un Voleur,
Uh Phantôme , ou pire chose,
Mais on fçait de même qu'à la Cour r
Un flateur fait prendre chaque jour >
Les Merles pour Corneilles,
Et pour cornes les Oreilles.
On promet de donner incessamment us
second Recueil de Fables dans le même
goût , & de les. réunir ensuite routes en
semble dans un petit volume avec les airs
notttz , afin qu'en puisse s'en servir plu*
commodément.
Sans vouloir prévenir le jugement
du FuHic , ce Recueil nous paroît être
un excellent' mélange de l'utile & de
l'agréab'e. Une pieté tendre & solide ,
la noblesse des pensées & des senti*
mens, le n^ïf des Fables, le choix. & la
Yarieté des Airs parfaitement assortis aux
, - parole*?
• M / »
JANVIER, 1730. ii9
paroles i tout invite également ceux qui
ne chetchent pas dans la Musique un vain
amusement ou un plaisir dangereux. On
n'a rien épargné pour leur plaire : la beauté
de ta Gravure & du papier , & la modi
cité du prix font assez voir que ceux qui
ont entrepris ce Recueil , n'ont eu en viic
311e Pavantage du Public.
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Résumé : Poësies Spirituelles & Morales sur les plus beaux Airs de Musique Françoise & Italienne, [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Poésies Spirituelles & Morales sur les plus beaux Airs de la Musique Françoise & Italienne', publié à Paris en 1730. Ce recueil, vendu 6 livres, est disponible chez Guillaume Defrez et d'autres libraires. L'objectif de l'ouvrage est de démontrer un usage chrétien et raisonnable de la musique. Il commence par un cantique sur les grandeurs de Dieu, avec une musique de Monsieur de Marets et une poésie d'un grand maître. Le recueil inclut divers cantiques sur des sujets religieux et moraux, ainsi que des 'chansons morales' pour des occasions moins solennelles. Il contient près de cent airs variés, incluant des musiques de Couperin, des airs italiens et des pièces pour clavecin. Le texte mentionne également l'ajout de fables choisies, similaires à celles de La Fontaine, adaptées à des airs connus, destinées à divertir les enfants de manière utile. Deux fables sont rapportées en exemple. Un second recueil de fables est promis, à réunir ensuite en un volume avec les airs notés. Le recueil est décrit comme un excellent mélange de l'utile et de l'agréable, destiné à ceux qui cherchent dans la musique un divertissement noble et moral.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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666
p. 127-143
Ino & Melicerte, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 17. Decembre, les Comédiens François remirent au Théatre Ino & [...]
Mots clefs :
Esclave, Mort, Roi, Acte, Princesse, Prisonnier, Hymen, Théâtre, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ino & Melicerte, Extrait, [titre d'après la table]
E 17. Décembre , les Comédiens
François remirent au Théâtre lw> &
Melicene , Tragédie de M. de la Gran
ge. Cette Piéce fut donnée pour la pre
mière fois avec un grand succès Tan
1713. oh la reprit sept ou -huit ans
après -, mais par des circonstances dont
on ne íçauroir rendre raison , les Re
présentations n'en furent pas nombreu-
: . „ se*;
*i8 MERCURE DE FRANCÈ. ,
ses } elle vienc de rentrer dans fes droits^
Sc les larmes qu'elle fait répandre dé^-
pol'ent en fa faveur. A cette occasion' ,
nous avons ctíi qu'il, ne seroi.c pas hors
de propos de faice voir dans quelle
source l'Auteur a puisé son sujec. Voici
ce qu'il en dit dans fa Préfaces
La Tragédie d' lai fut une de celles
cjíii firent remporter des- prix a Euripide-y
le tems qui mus' a dérobé- une partie des
Ouvrages de ce grand Poète , r? a pas lais
sé venir jusqu'à nous le moindre frag
ment de celui-ci , & l'on en ignoreroit te
sujet me 'ne , fi Hygitt , Ajf-anvbi d' Augufie,
n'avait pris foin de nous le con^
server dans fa quatrième- Fable , qu'il nousa
laijsée fius' le titre d'Inv d'Euripide ,■
où nous apprennons qu' Aihamas , Sou
verain d'une punie de- la- Thessalie , eut
deux Enfans d'Ino , fin Epouse , & deux
autres ensuite de Themifto qu'iL épousa'
*nffi > qu'Ino , sa première femme , étant
mllie shr le V.arnafi* y pour célébrer ItJ
Fêtes de Bacchus ,,Athamas: envoya de
ses gens qui la lui amenèrent , & trouva
moyen de- la garder près de lui commt
une personne inconnue ; Themtjlo cepen
dant fut informée qu'elle y ètoit , fans:
pouvoir la connoure , & forma le dessein
de faire périr les Enfans de cette pretiHtrt
femme d'Athamas elle la prit
J ANVIER. 1730. *n
elle-rneme pour Confidente , & pour com
plice de son dejfeia , la regardant comme
une Esclave qui apparemment saijoit au
près des quatre enfans d'Athamas , —
qu'on iUvoit ensemble , les fonilions dt
Gouvernante \ afin de ne se point mépren
dre au ehoix qu'elle avoit a faire dt.s
deux qu'elle vouloìt immoler , Themifta
dit k fa Rivale de donner des vêter/:ens
blancs aux deux derniers enfans du Roy t
G7* cThabiller de noir ceux de la prirmiere
femme ; Ino fit le contraire ; Themifio
tua ses propres Fils 5 elle recennut fin
erreur , & fe tua elle-même de desespoir.
Voilà, pour ainsi dire, le germe de la Tra^
ge'die dont nous allons donner l'Extrair.On,
croiroit que c'est par modestie qucM .de la
Grange a voulu rendre à Euripide l'honneur
de l'invention > mais il nous ap
prend lui même que c'est par un autrç
motif qu'il s'y est déterniinét Voici com
ment il s'explique.
Ce sujet n'eft donc point tout entier
de mon invenùon , & il efl surprenant
que dans un tems ou beaucoup de per
sonnes d'une érudition très- profonde dans
P Antiquité , marquent tant de goût pour le
Théâtre , il ne s'en soit presque point
trouvé qui n'ayent regardé cette Piéce
tomme un Roman tout-A-fait nouveau ,
& tiré dans toutes fis parties de mon ima
gination*
t3P MERCURE DE FRANCE.
gination. Ne diroit-on pas par le foiti
que M. de la Grange prend de se jus
tifier , qu'il craint qu'on ne lui impure
à faute ce qui devroit,lui faire honneur,
ëc qu'il croit qu'il est: plus glorieux d'a
voir lû que de créér ? il fait pourtant
Voir par la manière dont il a traité son
sujet , qu'il est; capable de l'avoir inventé.
Voici comment il dispose sa Fable, & se
la rend originale.
Un Roi de Thessalie n'ayant laisse
qu'une fille après fa mort , Athamas
usurpa le Throne fur cette Princesse.
Themiflée , fille du Gouverneur à'Euridicê
, c'-est le nom de la Princesse , se
rendit fi redoutable à l'ufurpateur , qu'il
fut obligé de partager son Throne & son
lit avec elle ; jl ne put le faire fans ré
pudier. Ino , fa première femme, Sf fille
de Cadmus. Themistée voulant assurer
la Couronne à un fils qu'elle avoit eu
d'un premier lit , donna des ordres se
crets pour faire pérjr Melicerte qu'on
avoir dérobé à fa fureur ; ce Melicerte
éroit fils d'Athamas & d'Ino. Le bruit
de fa mort fut répandu par les foins de
Themistée , quoiqu'elle eut manqué son
coup -, elle fit élever Euridice dans une
tour } elle la destinoit à Palamede , c'est
le nom de ee Fils qu'elle avoit eu d'un
premier lie ; elle donna à cette Princesse
une
JANVIER. ï7Jo. n»
une Esclave -pour Gouvernante. Cette
Esclave e'toit Ino elle même , qui croyoir
n'avoir plus de fils , trompée par le bruit
gene'ral de fa mort. Cependant Melicerte;,
échapé aux recherches de ses affalìins ,
respirok sous le nom KAlcidamas , i&
commandoit l'Armée de Cadmus , qui
assiegeoit Pelle , Capitale de la Thessa
lie , pour vanger fa fille Ino. Pelle est
je lieu de ta Scène. Alcidamas & Euri
dice s'aiment par une simple vûe pro
duite par le hazard pendant le siège. Al
cidamas est fait prisonnier dans une at
taque où tout ícmbloit l'assurer d'une
pleine Victoire -, Themistée apprend en
même-rems que cet illustre prisonnier
est ce même Melicerte "dont elle avoit
autrefois ordonné la mort ; elle en fait
confidence à la pre'tenduë Esclave , mere
de Melicerre •■> Ino fait fçavoir à Atha-
»nas par une lettre dont elle charge la
Princesse Euridice , qu'Alcidamas est son
fils Melicerte ; cela produit des recon-
. rioissances .très-touchantes entre le pere
& le fils , & bientôt après entre le fils
& la mere. Tout cela fe passe dans le
sems que Themistée est dans le Temple,
ou elle ordonne les apprêts du mariage
île son fils Palamede avec Euridice ,
íille du légitime Roi de Thessalie. The
mistée ayant appris qu'Athamas a vu Sc
jccoftr
.13* MERCURE DE f R AN CE.
reconnu son fils Melicerte , entreprend
Je faire périr ce Rival de son fils ; elle
.charge fa fidelle Esclave de l'envoyer sur
quelque prétexte , dans un lieu obscur ,
où elle ì'attendra pour le poignarder -,
Ino y envoyé Palamede au lieu de Me
licerte ; & par cette méprise , Themistéc
' plonge dans le sein de son propre fils
£e fer qu'elle croit porter dans le Xein
du fils de ía Rivale ; elle reconnoît ea
raéme-tems -son crime , ôc le véritable
fort de fa prétendue Esclave , & se tue
Je désespoir , peu regrettée d'Athamas ,
*jui depuis long-tems n'étoit occupé que
Je fa chere lno. Cet Argument servira
à rendre la distribution des Actes &
des Scènes plus' claire , &c les Scènes ea
íeront moins chargées d'expositions.
Themistée commence la Tragédie avec
.son fils Palamede. L'Exposition du sujet
est partagée entre le fils & la mere ,
& telle qu'on "l'a mise dans l'Argurhent.
Un secours arrive à Athamas , & con
duit par Thrafile , frère de Themistée , #
.donne lieu à cette femme ambitieuse de
découvrir pour la première fois à soa
fils le grand dessein qu'elle a formé de
puis long-tems de lui faire épouser l'hcjitiere
légitime de la Couronne en la
personne de la Princesse Euridice. L' Au
teur connoìc trop bien le Théâtre pouc
ne
J A N ViER. 1729^ lîï
BC .pas donner des raisons à Thémistés
pour faire édater ptéciíement cn ce jour
un secret qu'elle a toûjoun caché : voici
corame ,elle s'explique.
Il est temps quand tout nous favorise,
Que jc fasse éclater cette illustre entreprise.
U n'est pas vrai , à la rigueur , que tout
favorise Thémistée , le secours que Thra-
£[e vient de lui amener , quelque considé
rable qu'elle le fasse , ne l'a pas empêchée
de dire dès le premier Vers ;
Eh bien, mon fils, le fort changera-t'il de face?
Pouvons- nous espérer de sauver cette Place ?
Mais d'une espérance naislante^lle passe
bientôt à une sécurité qui va jusqu'à la
persuasion, puisqu'en finissant la première
Scène, elle dit >
Du succès que j'attends je fuis persuadée.
Le grand deísein de Thémistée ne con
siste pas seulement à faire épouser la Prin
cesse Euridice à son fils > mais à achever
de déterminer Athamas à abdiquer la Cou
ronne ; ahdication dont Clarigene , le plus
fidèle de ses Sujets l'a détourné jusqu'à
ce jour.
Thémiilée fait connoître ses intentions
G à
*54 MERCURE DE FRANCE,
à Euridice , & exhorte l'Esclave qui lui «
■tenu lieu de Gouvernante dans la Touc
d'où elle fort pour la première fois,
i la porter à cet Hymen ; elle tâche de
l'y engager par la promesse de sa liberté.
Palamede n'eisuye que des mépris de la
part d'Euridice , & la quitte très-peu sa
lissait. L'Esclave inconnue loué la Prin
cesse de la noble fermeté avec laquelle
elle a réprimé l'audace d'un Sujet assez té
méraire pous aspirer à son Hymen.
Clarigene reconnoît Ino dans la peiv
sonne de l'Esclave ; il lui apprend qu'Athamas
la regrette tous les jours. £no pat
ixn premier mouvement voudroit s'aller
jetter aux pieds de son époux ; mais Cla
rigene l'en détourne par prudence ; il
l'instruit de ce qui se passe dans J'arméa
des Aiïìegeans , dont le Chef s'appelle
Alcidamas » ïno soupçonne que c'eù sou
' fils Melicerte qui fe cache fous ce nom ;
Clarigene lui ôte une fi douce erteur,& lui
apprend que Thémistée a fait périr Meli
certe. Cet Acte finit par une promesse que
Clarigene fait à Ino de détourner l'Hymcn
de Palamede avec Euridice & ['abdication
d'Athamas.Il est encore parlé dans ect Acte
de l'Amour d'Alcidamas & d'Euridice.
Au second Acte , Clarigene , dans un
JMonologue, se confirme dans la noble
résolution de périr plutôt que de trahir les
ëaterçci; de son Roi. Âthae
JANVIER. 1730; rffS
Athamas , pour k première fois qu'il
.paroît , témoigne des remords qui tien
nent de la fureur son caractère devienc
plus raisonnable dans le reste de la Piece,
par les différentes situations où il se trou
ve. La mort prétendue' d'Ino & de Melicerte
qu'il s'impute , le rend furieux ;
mais ce cher Fils recouvré , & l'esperancç /
.'de retrouver cette fidèle Epouse, injustes
ment répudiée, donnent lieu à ce qu'on
trouve de changement dans soncaracteresï
cela n'empêche pas qu'il ne soit imbécile»
Clatigene a beau l'exhorrer à ne point
abdiquer la Couronne , par les raisons les
plus pressantes, il persiste dans son dessein,
& n'excuse sa foiblesse que par ces Vers:
•Maître encor dubandeau qu'ils veulent m'ar»
racher .
Moi-même de mon front je le veux détacher :
;Faisons voir qu'un grand coeur aisément le
dédaigne ,
|Lt sçait y renoncer avant qu'on l'y contraigne.
Il confirme à Thémistée qui arrive , l'esperance
dont il l'a flatée ; Clarígene plus
Roi que le Roi même , ose persister en
présence de Thémistée dans le conseil qu'il
vient de lui donner ; tout cela n'ébranle
point Athamas ; quelques larmes que
Thémistée affecte de répandre , le portent
à dice d'Ujti ton absçlu à Clarigene :
G i} Cla,
ij* MERCURE DE FRANCE, ^
Glarigene, suivei l'ordre que j'ai donné.
Euridice qui arrive , témoigne au
contraire une noble fermeté , Thémistée
en est vivement picquée , 8ç Athamas sem
ble presque ['approuver par son silence..
Clarigene qui érpit sorti par ordre du Roi,
revient pour lui annoncer que les ennemis
ont défait le secours amené par Thraíîle.
Thémistée en est déconcertée j mais une
seconde nouvelle que son fils lui apporte
de ^emprisonnement d'Alcidamas , qui
a suivi la mort de Thraíîle ,1a console en
partie & lui fait jurer ia mort d'Alcida-
~mas. Euridice , troublée du danger de son
Amant, prend une résolution digne d'elle,
qu'elle témoigne par çes Vers , qui finis
sent le second Acte ? . ' ;
Allons, quelque malheur que le destin m'zpr
prête,
D'une tête si chere écartons la tempête.
Le péril est pressant , volons à son secours ,
Et conservons fa vie aux dépens de mes jours.
C'est dès la première Scène du troisiè
me Acte , que le grand intérêt commen
ce. L'Esclave à qui Thémistée se confie ,
lui apprend qu'Euridice consent enfin
par ses foins à l'Hymen de son fils , &
qu'elle n'y met d'autre prix que la li
berté du jeune Alcidamas ; ce grand
sacrifice
Janvier* 1730. n?
sacrifice persuade à Thémistéc qu'AÍcidamas
est aimé de la Princesse > Ino
combat cette croyance ; mais elle a bien
d'autres foins quand elle apprend de
Thémistée que cet Alcidamas estMélicerte
8£ que" Lycus , áutrefois chargé de fa môrt
& récemment échappé des prisons de Cad~
mus , vient de lui révéler ce grand secret j
que devient Ino à cette fatale confidence?
elle exhorte Thémistée à suspendre sa ven
geance jusqu'après l'Hymen de son fils
avec Euridice & fur tout à cacher le fort
de Mélicerte au Roi meme ; ce dernier
Conseil, qui a un air de fidélité, confir
me Thémistée dans la croyance où elle
est que fa prétendue Esclave est inviola
blement attachée à ses intérêts.
Euridice vient ; Thémistée dissimulant»
par le Conseil d'Ino , lui promet la liberté
d' Alcidamas au moment qu'elle aura épou
sé son fils.
Euridice gémit du sacrifice que l'Amouí
exige d'elle , pour sauver ce qu'elle aime,
elle s'en plaint à Ino qui l'y a confirmée,
elle proteste ..qu'elle se donnera la mort
après avoir sauvé la vie à son Amant. La
fausse Esclave lui conseille de feindre , Sc
pour l'y mieux obliger , elle lui apprend
que Thémistéc feint elle-même & qu'elle
a juré la mort d'Alcidamas , quelque pro
messe qu'elle ait faite de lui rendre la li-
G iij berté.
MERCURE DE FRANCE;-
berté. Euridice frémit à cette funeste nou*
velle , Ino la rassure áutanc qu'elle peutpar
ces deux Vers :
te Ciel dans- mes projets ne me trahira pas,
Madame, .& je répons des jours d'Alcidamas; *
Euridice déplòre son sort dans un coure
Ivlonologue.Melicerte, qui apparemmenc
ti'Á que la Cour pour prison , vient se pré
senter aux yeux d'Euridice -, il lui dit que
la nouvelle qu'il a reçue de la violence
qu'on vouloir lui faire, l'aroit déterminée
à tout entreprendre pour l'aífranchir d'un-
Hymen odieux ; il lui déclare son amoùr
qu'il s'impute à témérité, ignorant de quel
sang les Dieux l'ont fait naître» Euridice
reçoit cet aveu avec la décence convena*-
fale à son rang.
Ino, sous le nom de Cléonc, vient
rassurer ces deux Amants ; Melicerte est
emû à sa vûè', il reçoit la promesse qu'elle
íui fait de le sauver , comme un Oracle
prononcé par une Divinité -, la fausse Cléone
lui dit qu'il n'y a qu'à le faire connoître
au Roi pour son fils Mélicerte-, elle prie.
Euridice de remettre entre les mains d'Athamas
un écrit qui doit l'instruire d'un
important secret •, Euridice lui demande
d'où vient qu'elle ne le va pas présenter
elle-même au Rói ; elle lui répond qu'elle
ne doit se montrer à ses jeux que lorsJANVIË&.
17 3 0. ijf
«ju'ìl sera le Maître dans ce Palais , Sc
affranchi de la tyrannie de Thémistée.
Touc le monde convient que le quatriè
me est le plus bel Acte de la Piece , Athamas
même 4 qui jusqu'ici en a paru le
personnage le plus deífectueux, reprend
un nouveau caractère ; Clarigene lc rcconnoît
par ces Vers :
Je reconriois mon Koi dans ce noble dessein ,
Que les Dieux appaiscz ont mis dans votra'
sein ;
Par eux en ce moment votre aine est inspiríèV
Aux conseils d'une femme elle n'est plus li*
vrée,
Et fous de noirs chagrins trop long-temps*
abbatu ,
Seigneur , vous reprenez toute votre vertu.
Ce qui obligé Clarigene à parler ainíf
à Athamss c'est la noble résolution qu'il
lui témoigne de protéger le faux Alcidarnas
contre la fureurde Thémistée. Athamas
lui dit qu'il doit ce changement qui;
Vient de se faire en lui , à un songe dans
lequel il a crû voir fa chere Ino , lui pré
sentant d'une main Alcidamas & de l'au
tre son fils Melicerte. Il ajoûte qu'après
son réveil il a entendu la voix d'Ino d'une
manière à ne pouvoir s'y tromper •> mais
que ne l'ayant point trouvée , il n'a poinc
douté qpe ce ne fût ion Ombre , qui , fi-
G iuj deic
pi 4.0 MERCURE DE FRANCE:
"ëelle-même dans les Enfers , venoit lui aniï
«oncer k mort } comme la fin de ses mal
heurs.
Euridiee vient présenter au Roi he
feillet dont la fausse Esclave l'a chargée
pour lui. Voici ce qu'il contient.
West-tu pas satisfait , impitoyable Epoux- ,
Des maux que m' a faits ton courroux-*
Sans ajoûter à ma misère
L'horreur de voir mon fils prisonnier daus ta-
Cour ,
Perdre enfij la clarté du jour
far la cruauté de son pere.
La lecture de ce billet n'avok jamais
tant touché que dans cette derniere re
prise d'Ino & Mdicerte , ce qui fait
©eaucoup d'honneur au sieur Sarrazin ,
^ui joué le Rôle d'Athamas. Le Roi or
donne à- Clarigene d-'allet chercher le
prisonnier î la reconnoiffance entre le
Pere & le Fils est très-touchante. Acha
rnas ordonne à Melicerte d'éviter la Furie
de Themistéc par une prompte fuite. Me
licerte ne veut point partir fans amener
avec lui l'Efclave qui lui a causé tant
d'émotion dans l'Acte précédent. Ino
vient j son fils la reconnoîc pour fa mere
aux tendres foins qu'elle prend de ses
jours. Voici comment il s'explique.
Ces
JANVIER. 1730. *4i,
Ces mots entrecoupés , ces larmes que je
voi .
Celles qui de mes yeux s'échapeiit malgré
moi;
Cet excés de bonté , ces marques de tendresse,
Un secret mouvement qui pour vous m'interesse
>
Madame , tout m'apprend que si je vois le
jour ,
Melicerte deux fois le tient de votre amour.
Ino ne peut enfin se deffendre de lui
avouer qu'elle est sa mere ; elle l'oblige
à fuir avec Clarigene. Melicerte obéit
malgré lui.
Themistée arrive > elle a appris qu'Arhamàs
a reconnu le prisonnier pour sort
fils ; elle en est au desespoir -, elle soup
çonne la fausse Cleone de cette trahison,
& lui demande pour preuve de son in
nocence de conduire fous un faux pré
texte , Melicerte dans un endroit obscur,
où elle le va attendre pour le poignar
der. C'est là un grand coup de Théâtre;
mais en n'auroic pas voulu que Themis
tée eut soupçonné Cleone , parcequ'ellë
lie doit pas lui confier cette derniere en
treprise , si elle se doute qu'elle a pû la
trahir dans une confidence moins imjaortante.-.
Gv Nous
1*4* MERCURE DE FRANCE.'
Nous passerons légèrement fur ce der
nier Acte , & nous n'en dirons que ce.-
qui sert à dénouer une Piéce qui n'est
que trop charge'e d'action. Palamede
vaincu , (a propose d'accabler son RivalJ.
sous fa chute par un noble desespoir.
On a retranché une Scène , où Licus:
paroissoit pour la première fois , 6c qui-:
étoit tout- à-fait inutile. Palàmede faic:
connoître que Themistéc l'attend v il estï
à présumer que c'est la fausse Cleone qui;
J'envoye à l'endroit. obscur où Themistéee
doit poignarder. Melicerte* Athamas 8C:
Eutidice viennent s'applaudir de la vic
toire que Melicerte a remportée fur ses:
Ennemis. T.hemistée vient annoncer à .
Athamas que Melicerte n'est plus-,
qu'elle l'a poignardé de fa propre main.
Melicerte paroîc ; mais on a trouvéqu'il
venoit un peu trop tard desabuser -
Athamas , qui ne disant , ni ne faisant :
rien pendant qu'on lui annonçoit la mortt
de son fils -, retomboit dans ion premier -
caractère, La vue de Melicerte donne
d'étranges soupçons à Themistée , dootr
les coups ont été rrompés. .
Ino vient changer ses soupçons cn cer*
titude -, elle lui apprend qu'elle a poi
gnardé son propre fils. La reconnoissinct •
entre Athamas & Ino ne produit pas un
Etaad effet , parcequ'elle se fait dans une :
sitttttioat
JANVIER. 1730. i4î
situation funeste , qui fait diversion ì
Pinterêt qui en pourroit résulter. Themistée
se tue , après une prédiction ,
dont on croit que l'Auteur auroit bien
fait de se passer.
On a trouve' la Versification de cette
Tragédie tm peu foible ; mais on ne
peut pas refuser à l'Auteur Penrente du
Théâtre qu'il a portée au plus haut degré,
La ' Lecouvrcitr & le Sr Ditval ,
jouent les deux principaux Rôles dans
cette Piéce. Ceux deThemifiée 6c d'Euriâice
, font joiiez par les D"" Balicour 8c
du Frcsne , & celui de Palamede , pat ic
ST Duchemin fils.
François remirent au Théâtre lw> &
Melicene , Tragédie de M. de la Gran
ge. Cette Piéce fut donnée pour la pre
mière fois avec un grand succès Tan
1713. oh la reprit sept ou -huit ans
après -, mais par des circonstances dont
on ne íçauroir rendre raison , les Re
présentations n'en furent pas nombreu-
: . „ se*;
*i8 MERCURE DE FRANCÈ. ,
ses } elle vienc de rentrer dans fes droits^
Sc les larmes qu'elle fait répandre dé^-
pol'ent en fa faveur. A cette occasion' ,
nous avons ctíi qu'il, ne seroi.c pas hors
de propos de faice voir dans quelle
source l'Auteur a puisé son sujec. Voici
ce qu'il en dit dans fa Préfaces
La Tragédie d' lai fut une de celles
cjíii firent remporter des- prix a Euripide-y
le tems qui mus' a dérobé- une partie des
Ouvrages de ce grand Poète , r? a pas lais
sé venir jusqu'à nous le moindre frag
ment de celui-ci , & l'on en ignoreroit te
sujet me 'ne , fi Hygitt , Ajf-anvbi d' Augufie,
n'avait pris foin de nous le con^
server dans fa quatrième- Fable , qu'il nousa
laijsée fius' le titre d'Inv d'Euripide ,■
où nous apprennons qu' Aihamas , Sou
verain d'une punie de- la- Thessalie , eut
deux Enfans d'Ino , fin Epouse , & deux
autres ensuite de Themifto qu'iL épousa'
*nffi > qu'Ino , sa première femme , étant
mllie shr le V.arnafi* y pour célébrer ItJ
Fêtes de Bacchus ,,Athamas: envoya de
ses gens qui la lui amenèrent , & trouva
moyen de- la garder près de lui commt
une personne inconnue ; Themtjlo cepen
dant fut informée qu'elle y ètoit , fans:
pouvoir la connoure , & forma le dessein
de faire périr les Enfans de cette pretiHtrt
femme d'Athamas elle la prit
J ANVIER. 1730. *n
elle-rneme pour Confidente , & pour com
plice de son dejfeia , la regardant comme
une Esclave qui apparemment saijoit au
près des quatre enfans d'Athamas , —
qu'on iUvoit ensemble , les fonilions dt
Gouvernante \ afin de ne se point mépren
dre au ehoix qu'elle avoit a faire dt.s
deux qu'elle vouloìt immoler , Themifta
dit k fa Rivale de donner des vêter/:ens
blancs aux deux derniers enfans du Roy t
G7* cThabiller de noir ceux de la prirmiere
femme ; Ino fit le contraire ; Themifio
tua ses propres Fils 5 elle recennut fin
erreur , & fe tua elle-même de desespoir.
Voilà, pour ainsi dire, le germe de la Tra^
ge'die dont nous allons donner l'Extrair.On,
croiroit que c'est par modestie qucM .de la
Grange a voulu rendre à Euripide l'honneur
de l'invention > mais il nous ap
prend lui même que c'est par un autrç
motif qu'il s'y est déterniinét Voici com
ment il s'explique.
Ce sujet n'eft donc point tout entier
de mon invenùon , & il efl surprenant
que dans un tems ou beaucoup de per
sonnes d'une érudition très- profonde dans
P Antiquité , marquent tant de goût pour le
Théâtre , il ne s'en soit presque point
trouvé qui n'ayent regardé cette Piéce
tomme un Roman tout-A-fait nouveau ,
& tiré dans toutes fis parties de mon ima
gination*
t3P MERCURE DE FRANCE.
gination. Ne diroit-on pas par le foiti
que M. de la Grange prend de se jus
tifier , qu'il craint qu'on ne lui impure
à faute ce qui devroit,lui faire honneur,
ëc qu'il croit qu'il est: plus glorieux d'a
voir lû que de créér ? il fait pourtant
Voir par la manière dont il a traité son
sujet , qu'il est; capable de l'avoir inventé.
Voici comment il dispose sa Fable, & se
la rend originale.
Un Roi de Thessalie n'ayant laisse
qu'une fille après fa mort , Athamas
usurpa le Throne fur cette Princesse.
Themiflée , fille du Gouverneur à'Euridicê
, c'-est le nom de la Princesse , se
rendit fi redoutable à l'ufurpateur , qu'il
fut obligé de partager son Throne & son
lit avec elle ; jl ne put le faire fans ré
pudier. Ino , fa première femme, Sf fille
de Cadmus. Themistée voulant assurer
la Couronne à un fils qu'elle avoit eu
d'un premier lit , donna des ordres se
crets pour faire pérjr Melicerte qu'on
avoir dérobé à fa fureur ; ce Melicerte
éroit fils d'Athamas & d'Ino. Le bruit
de fa mort fut répandu par les foins de
Themistée , quoiqu'elle eut manqué son
coup -, elle fit élever Euridice dans une
tour } elle la destinoit à Palamede , c'est
le nom de ee Fils qu'elle avoit eu d'un
premier lie ; elle donna à cette Princesse
une
JANVIER. ï7Jo. n»
une Esclave -pour Gouvernante. Cette
Esclave e'toit Ino elle même , qui croyoir
n'avoir plus de fils , trompée par le bruit
gene'ral de fa mort. Cependant Melicerte;,
échapé aux recherches de ses affalìins ,
respirok sous le nom KAlcidamas , i&
commandoit l'Armée de Cadmus , qui
assiegeoit Pelle , Capitale de la Thessa
lie , pour vanger fa fille Ino. Pelle est
je lieu de ta Scène. Alcidamas & Euri
dice s'aiment par une simple vûe pro
duite par le hazard pendant le siège. Al
cidamas est fait prisonnier dans une at
taque où tout ícmbloit l'assurer d'une
pleine Victoire -, Themistée apprend en
même-rems que cet illustre prisonnier
est ce même Melicerte "dont elle avoit
autrefois ordonné la mort ; elle en fait
confidence à la pre'tenduë Esclave , mere
de Melicerre •■> Ino fait fçavoir à Atha-
»nas par une lettre dont elle charge la
Princesse Euridice , qu'Alcidamas est son
fils Melicerte ; cela produit des recon-
. rioissances .très-touchantes entre le pere
& le fils , & bientôt après entre le fils
& la mere. Tout cela fe passe dans le
sems que Themistée est dans le Temple,
ou elle ordonne les apprêts du mariage
île son fils Palamede avec Euridice ,
íille du légitime Roi de Thessalie. The
mistée ayant appris qu'Athamas a vu Sc
jccoftr
.13* MERCURE DE f R AN CE.
reconnu son fils Melicerte , entreprend
Je faire périr ce Rival de son fils ; elle
.charge fa fidelle Esclave de l'envoyer sur
quelque prétexte , dans un lieu obscur ,
où elle ì'attendra pour le poignarder -,
Ino y envoyé Palamede au lieu de Me
licerte ; & par cette méprise , Themistéc
' plonge dans le sein de son propre fils
£e fer qu'elle croit porter dans le Xein
du fils de ía Rivale ; elle reconnoît ea
raéme-tems -son crime , ôc le véritable
fort de fa prétendue Esclave , & se tue
Je désespoir , peu regrettée d'Athamas ,
*jui depuis long-tems n'étoit occupé que
Je fa chere lno. Cet Argument servira
à rendre la distribution des Actes &
des Scènes plus' claire , &c les Scènes ea
íeront moins chargées d'expositions.
Themistée commence la Tragédie avec
.son fils Palamede. L'Exposition du sujet
est partagée entre le fils & la mere ,
& telle qu'on "l'a mise dans l'Argurhent.
Un secours arrive à Athamas , & con
duit par Thrafile , frère de Themistée , #
.donne lieu à cette femme ambitieuse de
découvrir pour la première fois à soa
fils le grand dessein qu'elle a formé de
puis long-tems de lui faire épouser l'hcjitiere
légitime de la Couronne en la
personne de la Princesse Euridice. L' Au
teur connoìc trop bien le Théâtre pouc
ne
J A N ViER. 1729^ lîï
BC .pas donner des raisons à Thémistés
pour faire édater ptéciíement cn ce jour
un secret qu'elle a toûjoun caché : voici
corame ,elle s'explique.
Il est temps quand tout nous favorise,
Que jc fasse éclater cette illustre entreprise.
U n'est pas vrai , à la rigueur , que tout
favorise Thémistée , le secours que Thra-
£[e vient de lui amener , quelque considé
rable qu'elle le fasse , ne l'a pas empêchée
de dire dès le premier Vers ;
Eh bien, mon fils, le fort changera-t'il de face?
Pouvons- nous espérer de sauver cette Place ?
Mais d'une espérance naislante^lle passe
bientôt à une sécurité qui va jusqu'à la
persuasion, puisqu'en finissant la première
Scène, elle dit >
Du succès que j'attends je fuis persuadée.
Le grand deísein de Thémistée ne con
siste pas seulement à faire épouser la Prin
cesse Euridice à son fils > mais à achever
de déterminer Athamas à abdiquer la Cou
ronne ; ahdication dont Clarigene , le plus
fidèle de ses Sujets l'a détourné jusqu'à
ce jour.
Thémiilée fait connoître ses intentions
G à
*54 MERCURE DE FRANCE,
à Euridice , & exhorte l'Esclave qui lui «
■tenu lieu de Gouvernante dans la Touc
d'où elle fort pour la première fois,
i la porter à cet Hymen ; elle tâche de
l'y engager par la promesse de sa liberté.
Palamede n'eisuye que des mépris de la
part d'Euridice , & la quitte très-peu sa
lissait. L'Esclave inconnue loué la Prin
cesse de la noble fermeté avec laquelle
elle a réprimé l'audace d'un Sujet assez té
méraire pous aspirer à son Hymen.
Clarigene reconnoît Ino dans la peiv
sonne de l'Esclave ; il lui apprend qu'Athamas
la regrette tous les jours. £no pat
ixn premier mouvement voudroit s'aller
jetter aux pieds de son époux ; mais Cla
rigene l'en détourne par prudence ; il
l'instruit de ce qui se passe dans J'arméa
des Aiïìegeans , dont le Chef s'appelle
Alcidamas » ïno soupçonne que c'eù sou
' fils Melicerte qui fe cache fous ce nom ;
Clarigene lui ôte une fi douce erteur,& lui
apprend que Thémistée a fait périr Meli
certe. Cet Acte finit par une promesse que
Clarigene fait à Ino de détourner l'Hymcn
de Palamede avec Euridice & ['abdication
d'Athamas.Il est encore parlé dans ect Acte
de l'Amour d'Alcidamas & d'Euridice.
Au second Acte , Clarigene , dans un
JMonologue, se confirme dans la noble
résolution de périr plutôt que de trahir les
ëaterçci; de son Roi. Âthae
JANVIER. 1730; rffS
Athamas , pour k première fois qu'il
.paroît , témoigne des remords qui tien
nent de la fureur son caractère devienc
plus raisonnable dans le reste de la Piece,
par les différentes situations où il se trou
ve. La mort prétendue' d'Ino & de Melicerte
qu'il s'impute , le rend furieux ;
mais ce cher Fils recouvré , & l'esperancç /
.'de retrouver cette fidèle Epouse, injustes
ment répudiée, donnent lieu à ce qu'on
trouve de changement dans soncaracteresï
cela n'empêche pas qu'il ne soit imbécile»
Clatigene a beau l'exhorrer à ne point
abdiquer la Couronne , par les raisons les
plus pressantes, il persiste dans son dessein,
& n'excuse sa foiblesse que par ces Vers:
•Maître encor dubandeau qu'ils veulent m'ar»
racher .
Moi-même de mon front je le veux détacher :
;Faisons voir qu'un grand coeur aisément le
dédaigne ,
|Lt sçait y renoncer avant qu'on l'y contraigne.
Il confirme à Thémistée qui arrive , l'esperance
dont il l'a flatée ; Clarígene plus
Roi que le Roi même , ose persister en
présence de Thémistée dans le conseil qu'il
vient de lui donner ; tout cela n'ébranle
point Athamas ; quelques larmes que
Thémistée affecte de répandre , le portent
à dice d'Ujti ton absçlu à Clarigene :
G i} Cla,
ij* MERCURE DE FRANCE, ^
Glarigene, suivei l'ordre que j'ai donné.
Euridice qui arrive , témoigne au
contraire une noble fermeté , Thémistée
en est vivement picquée , 8ç Athamas sem
ble presque ['approuver par son silence..
Clarigene qui érpit sorti par ordre du Roi,
revient pour lui annoncer que les ennemis
ont défait le secours amené par Thraíîle.
Thémistée en est déconcertée j mais une
seconde nouvelle que son fils lui apporte
de ^emprisonnement d'Alcidamas , qui
a suivi la mort de Thraíîle ,1a console en
partie & lui fait jurer ia mort d'Alcida-
~mas. Euridice , troublée du danger de son
Amant, prend une résolution digne d'elle,
qu'elle témoigne par çes Vers , qui finis
sent le second Acte ? . ' ;
Allons, quelque malheur que le destin m'zpr
prête,
D'une tête si chere écartons la tempête.
Le péril est pressant , volons à son secours ,
Et conservons fa vie aux dépens de mes jours.
C'est dès la première Scène du troisiè
me Acte , que le grand intérêt commen
ce. L'Esclave à qui Thémistée se confie ,
lui apprend qu'Euridice consent enfin
par ses foins à l'Hymen de son fils , &
qu'elle n'y met d'autre prix que la li
berté du jeune Alcidamas ; ce grand
sacrifice
Janvier* 1730. n?
sacrifice persuade à Thémistéc qu'AÍcidamas
est aimé de la Princesse > Ino
combat cette croyance ; mais elle a bien
d'autres foins quand elle apprend de
Thémistée que cet Alcidamas estMélicerte
8£ que" Lycus , áutrefois chargé de fa môrt
& récemment échappé des prisons de Cad~
mus , vient de lui révéler ce grand secret j
que devient Ino à cette fatale confidence?
elle exhorte Thémistée à suspendre sa ven
geance jusqu'après l'Hymen de son fils
avec Euridice & fur tout à cacher le fort
de Mélicerte au Roi meme ; ce dernier
Conseil, qui a un air de fidélité, confir
me Thémistée dans la croyance où elle
est que fa prétendue Esclave est inviola
blement attachée à ses intérêts.
Euridice vient ; Thémistée dissimulant»
par le Conseil d'Ino , lui promet la liberté
d' Alcidamas au moment qu'elle aura épou
sé son fils.
Euridice gémit du sacrifice que l'Amouí
exige d'elle , pour sauver ce qu'elle aime,
elle s'en plaint à Ino qui l'y a confirmée,
elle proteste ..qu'elle se donnera la mort
après avoir sauvé la vie à son Amant. La
fausse Esclave lui conseille de feindre , Sc
pour l'y mieux obliger , elle lui apprend
que Thémistéc feint elle-même & qu'elle
a juré la mort d'Alcidamas , quelque pro
messe qu'elle ait faite de lui rendre la li-
G iij berté.
MERCURE DE FRANCE;-
berté. Euridice frémit à cette funeste nou*
velle , Ino la rassure áutanc qu'elle peutpar
ces deux Vers :
te Ciel dans- mes projets ne me trahira pas,
Madame, .& je répons des jours d'Alcidamas; *
Euridice déplòre son sort dans un coure
Ivlonologue.Melicerte, qui apparemmenc
ti'Á que la Cour pour prison , vient se pré
senter aux yeux d'Euridice -, il lui dit que
la nouvelle qu'il a reçue de la violence
qu'on vouloir lui faire, l'aroit déterminée
à tout entreprendre pour l'aífranchir d'un-
Hymen odieux ; il lui déclare son amoùr
qu'il s'impute à témérité, ignorant de quel
sang les Dieux l'ont fait naître» Euridice
reçoit cet aveu avec la décence convena*-
fale à son rang.
Ino, sous le nom de Cléonc, vient
rassurer ces deux Amants ; Melicerte est
emû à sa vûè', il reçoit la promesse qu'elle
íui fait de le sauver , comme un Oracle
prononcé par une Divinité -, la fausse Cléone
lui dit qu'il n'y a qu'à le faire connoître
au Roi pour son fils Mélicerte-, elle prie.
Euridice de remettre entre les mains d'Athamas
un écrit qui doit l'instruire d'un
important secret •, Euridice lui demande
d'où vient qu'elle ne le va pas présenter
elle-même au Rói ; elle lui répond qu'elle
ne doit se montrer à ses jeux que lorsJANVIË&.
17 3 0. ijf
«ju'ìl sera le Maître dans ce Palais , Sc
affranchi de la tyrannie de Thémistée.
Touc le monde convient que le quatriè
me est le plus bel Acte de la Piece , Athamas
même 4 qui jusqu'ici en a paru le
personnage le plus deífectueux, reprend
un nouveau caractère ; Clarigene lc rcconnoît
par ces Vers :
Je reconriois mon Koi dans ce noble dessein ,
Que les Dieux appaiscz ont mis dans votra'
sein ;
Par eux en ce moment votre aine est inspiríèV
Aux conseils d'une femme elle n'est plus li*
vrée,
Et fous de noirs chagrins trop long-temps*
abbatu ,
Seigneur , vous reprenez toute votre vertu.
Ce qui obligé Clarigene à parler ainíf
à Athamss c'est la noble résolution qu'il
lui témoigne de protéger le faux Alcidarnas
contre la fureurde Thémistée. Athamas
lui dit qu'il doit ce changement qui;
Vient de se faire en lui , à un songe dans
lequel il a crû voir fa chere Ino , lui pré
sentant d'une main Alcidamas & de l'au
tre son fils Melicerte. Il ajoûte qu'après
son réveil il a entendu la voix d'Ino d'une
manière à ne pouvoir s'y tromper •> mais
que ne l'ayant point trouvée , il n'a poinc
douté qpe ce ne fût ion Ombre , qui , fi-
G iuj deic
pi 4.0 MERCURE DE FRANCE:
"ëelle-même dans les Enfers , venoit lui aniï
«oncer k mort } comme la fin de ses mal
heurs.
Euridiee vient présenter au Roi he
feillet dont la fausse Esclave l'a chargée
pour lui. Voici ce qu'il contient.
West-tu pas satisfait , impitoyable Epoux- ,
Des maux que m' a faits ton courroux-*
Sans ajoûter à ma misère
L'horreur de voir mon fils prisonnier daus ta-
Cour ,
Perdre enfij la clarté du jour
far la cruauté de son pere.
La lecture de ce billet n'avok jamais
tant touché que dans cette derniere re
prise d'Ino & Mdicerte , ce qui fait
©eaucoup d'honneur au sieur Sarrazin ,
^ui joué le Rôle d'Athamas. Le Roi or
donne à- Clarigene d-'allet chercher le
prisonnier î la reconnoiffance entre le
Pere & le Fils est très-touchante. Acha
rnas ordonne à Melicerte d'éviter la Furie
de Themistéc par une prompte fuite. Me
licerte ne veut point partir fans amener
avec lui l'Efclave qui lui a causé tant
d'émotion dans l'Acte précédent. Ino
vient j son fils la reconnoîc pour fa mere
aux tendres foins qu'elle prend de ses
jours. Voici comment il s'explique.
Ces
JANVIER. 1730. *4i,
Ces mots entrecoupés , ces larmes que je
voi .
Celles qui de mes yeux s'échapeiit malgré
moi;
Cet excés de bonté , ces marques de tendresse,
Un secret mouvement qui pour vous m'interesse
>
Madame , tout m'apprend que si je vois le
jour ,
Melicerte deux fois le tient de votre amour.
Ino ne peut enfin se deffendre de lui
avouer qu'elle est sa mere ; elle l'oblige
à fuir avec Clarigene. Melicerte obéit
malgré lui.
Themistée arrive > elle a appris qu'Arhamàs
a reconnu le prisonnier pour sort
fils ; elle en est au desespoir -, elle soup
çonne la fausse Cleone de cette trahison,
& lui demande pour preuve de son in
nocence de conduire fous un faux pré
texte , Melicerte dans un endroit obscur,
où elle le va attendre pour le poignar
der. C'est là un grand coup de Théâtre;
mais en n'auroic pas voulu que Themis
tée eut soupçonné Cleone , parcequ'ellë
lie doit pas lui confier cette derniere en
treprise , si elle se doute qu'elle a pû la
trahir dans une confidence moins imjaortante.-.
Gv Nous
1*4* MERCURE DE FRANCE.'
Nous passerons légèrement fur ce der
nier Acte , & nous n'en dirons que ce.-
qui sert à dénouer une Piéce qui n'est
que trop charge'e d'action. Palamede
vaincu , (a propose d'accabler son RivalJ.
sous fa chute par un noble desespoir.
On a retranché une Scène , où Licus:
paroissoit pour la première fois , 6c qui-:
étoit tout- à-fait inutile. Palàmede faic:
connoître que Themistéc l'attend v il estï
à présumer que c'est la fausse Cleone qui;
J'envoye à l'endroit. obscur où Themistéee
doit poignarder. Melicerte* Athamas 8C:
Eutidice viennent s'applaudir de la vic
toire que Melicerte a remportée fur ses:
Ennemis. T.hemistée vient annoncer à .
Athamas que Melicerte n'est plus-,
qu'elle l'a poignardé de fa propre main.
Melicerte paroîc ; mais on a trouvéqu'il
venoit un peu trop tard desabuser -
Athamas , qui ne disant , ni ne faisant :
rien pendant qu'on lui annonçoit la mortt
de son fils -, retomboit dans ion premier -
caractère, La vue de Melicerte donne
d'étranges soupçons à Themistée , dootr
les coups ont été rrompés. .
Ino vient changer ses soupçons cn cer*
titude -, elle lui apprend qu'elle a poi
gnardé son propre fils. La reconnoissinct •
entre Athamas & Ino ne produit pas un
Etaad effet , parcequ'elle se fait dans une :
sitttttioat
JANVIER. 1730. i4î
situation funeste , qui fait diversion ì
Pinterêt qui en pourroit résulter. Themistée
se tue , après une prédiction ,
dont on croit que l'Auteur auroit bien
fait de se passer.
On a trouve' la Versification de cette
Tragédie tm peu foible ; mais on ne
peut pas refuser à l'Auteur Penrente du
Théâtre qu'il a portée au plus haut degré,
La ' Lecouvrcitr & le Sr Ditval ,
jouent les deux principaux Rôles dans
cette Piéce. Ceux deThemifiée 6c d'Euriâice
, font joiiez par les D"" Balicour 8c
du Frcsne , & celui de Palamede , pat ic
ST Duchemin fils.
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Résumé : Ino & Melicerte, Extrait, [titre d'après la table]
Le texte du Mercure de France de janvier 1730 relate la représentation de la tragédie 'Mélicerte' de M. de la Grange, initialement jouée en 1713 et reprise après plusieurs années. La pièce s'inspire d'une tragédie d'Euripide et d'un récit d'Hygin, un auteur antique, qui raconte comment Themisto, la seconde épouse d'Athamas, roi de Thessalie, tente de tuer les enfants de la première épouse, Ino. La tragédie de M. de la Grange adapte cette histoire en introduisant des personnages et des événements originaux, tels que la princesse Euridice et Mélicerte, le fils caché d'Athamas et d'Ino, qui survit et commande l'armée sous le nom d'Alcidamas. L'intrigue se développe autour de la princesse Euridice, qui déplore son sort dans un cour. Mélicerte se révèle à elle et lui déclare son amour, prêt à la libérer d'un mariage odieux. Ino, sous le nom de Cléone, rassure les amants et promet de sauver Mélicerte en le faisant reconnaître par Athamas comme son fils. Euridice remet un écrit à Athamas, révélant un important secret. Athamas, inspiré par un songe où il voit Ino avec Alcidamas et Mélicerte, décide de protéger Mélicerte contre Themisto. La reconnaissance entre Athamas et Mélicerte est émouvante. Ino révèle sa véritable identité à Mélicerte et l'oblige à fuir avec Clarigene. Themisto, apprenant la reconnaissance de Mélicerte par Athamas, est désespérée et soupçonne Cléone de trahison. Elle tente de poignarder Mélicerte, mais échoue. Ino révèle à Themisto qu'elle a poignardé son propre fils, Palamède. La reconnaissance entre Athamas et Ino est peu marquée. Themisto se tue après une prédiction. La tragédie explore les thèmes de la vengeance, de l'amour et de la trahison, avec des personnages complexes et des intrigues entremêlées. La versification de la tragédie est jugée faible, mais l'auteur est reconnu pour son talent théâtral. Les rôles principaux sont interprétés par Penrente, Lecouvreur, et le Sr Ditval, tandis que ceux de Themisto et d'Euridice sont joués par les D'' Balicour et du Fresne, et celui de Palamède par le Sr Duchemin fils.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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667
p. 143
« Le 20 de ce mois, les Comediens François ont remis au Theatre une petite Comedie [...] »
Début :
Le 20 de ce mois, les Comediens François ont remis au Theatre une petite Comedie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français
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texteReconnaissance textuelle : « Le 20 de ce mois, les Comediens François ont remis au Theatre une petite Comedie [...] »
Le î o de ce mois , les Comédien s Fran
çois ont remis au Théâtre une petite Co»
medie en un acte de M. Nericault Destouches,
qui a pour titre le Triple Mariage it
ôc que le Public revoir avec plaisir.
çois ont remis au Théâtre une petite Co»
medie en un acte de M. Nericault Destouches,
qui a pour titre le Triple Mariage it
ôc que le Public revoir avec plaisir.
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668
p. 143-144
La Dlle Dangeville la jeune, son début, [titre d'après la table]
Début :
Le 28, ils jouerent du même Auteur la Comedie en vers & en cinq actes du [...]
Mots clefs :
Comédie, Mlle Dangeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Dlle Dangeville la jeune, son début, [titre d'après la table]
Le î 8 , ils jouèrent du même Auteur'
la Comédie en vers & en cinq actes du-
Miiisant, iáfrS laquelle la D"e Mariane "
Dangeville, Nièce & Elevé de MUe Des
mares, à présent âgée d'environ 14 ans ,
joua le rôle de la Suivante, avec beaucoup 1
d'intelligence , de vivacité , de gtaces Sc
de finesse. C'est la même qui a déja beauçoup
brillé sur le même Théâtre dès fa*
G vj pl«Sj
i44 MERCURE DE FRANCE.
λlus tendre jeunesse , par ses calcns pour
a Comédie & pour la Danse. On espère
qu'elle dédommagera le Public , qui 1*9*
extrêmement applaudie de son incompa
rable Tante , qu'on ne cesse de regreter.
Elle joua le même rôle le sur-lendemain
& elle fut infiniment plus applaudie. Et
dans la petite Piece elle parut fous le nom .
de S -zette dans le Coche fùposé , avec
une satisfaction generale des Spectateurs ,
qui la trouvent façonnée au Théâtre com*
me si elle étoit âgée de trente ans , & qu'el
le l'eut toujours alîì.lument cultivé*
Deux jours après , elle remplit le rôle
de Clemtis dans la Comédie de Démocritg
amo ureux , & le Public qui l'applaudic:
extrêmement , en parut encore plus con
tent.
la Comédie en vers & en cinq actes du-
Miiisant, iáfrS laquelle la D"e Mariane "
Dangeville, Nièce & Elevé de MUe Des
mares, à présent âgée d'environ 14 ans ,
joua le rôle de la Suivante, avec beaucoup 1
d'intelligence , de vivacité , de gtaces Sc
de finesse. C'est la même qui a déja beauçoup
brillé sur le même Théâtre dès fa*
G vj pl«Sj
i44 MERCURE DE FRANCE.
λlus tendre jeunesse , par ses calcns pour
a Comédie & pour la Danse. On espère
qu'elle dédommagera le Public , qui 1*9*
extrêmement applaudie de son incompa
rable Tante , qu'on ne cesse de regreter.
Elle joua le même rôle le sur-lendemain
& elle fut infiniment plus applaudie. Et
dans la petite Piece elle parut fous le nom .
de S -zette dans le Coche fùposé , avec
une satisfaction generale des Spectateurs ,
qui la trouvent façonnée au Théâtre com*
me si elle étoit âgée de trente ans , & qu'el
le l'eut toujours alîì.lument cultivé*
Deux jours après , elle remplit le rôle
de Clemtis dans la Comédie de Démocritg
amo ureux , & le Public qui l'applaudic:
extrêmement , en parut encore plus con
tent.
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Résumé : La Dlle Dangeville la jeune, son début, [titre d'après la table]
Le 8 juillet, la comédie en vers et en cinq actes 'Le Misanthrope' fut jouée. Mademoiselle Marianne Dangeville, nièce et élève de Madame Desmares, âgée d'environ 14 ans, interpréta le rôle de la Suivante avec intelligence, vivacité, grâce et finesse. Elle avait déjà démontré ses talents en comédie et en danse sur la même scène. Le public espérait qu'elle compenserait l'absence de sa tante célèbre. Elle joua le même rôle deux jours plus tard et reçut de nombreux applaudissements. Dans une autre pièce, elle incarna Suzanne dans 'Le Coche complaisant', suscitant une satisfaction générale des spectateurs, qui la trouvèrent remarquablement mature pour son âge. Deux jours après, elle interpréta le rôle de Clitandre dans 'Démocrite amoureux', suscitant à nouveau l'admiration du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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669
p. 144-146
« La Comedie du Curieux Impertinent, en vers & en cinq actes, que les Comediens [...] »
Début :
La Comedie du Curieux Impertinent, en vers & en cinq actes, que les Comediens [...]
Mots clefs :
Tragédie, Comédiens, Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : « La Comedie du Curieux Impertinent, en vers & en cinq actes, que les Comediens [...] »
La Comédie du Curieux Impertinent ?
envers 5c en cinq actes, que les Comé
diens François représentèrent à la Cous
le j de ce mois , fit un extrême plaisir.
C'est la première Piece de M. Nericault
Destouches , qui eut beaucoup de succèí
en i / 1 o. dans fa nouveauté , & qui ne fait
pas moins de plaisir aujoutd'huy. Elle eíl
parfaitement représentée , quoiqu'il n'y
ait que lcS' de la Thorilliere , de rous
ceux qui en remplissoient les rôles en ce
tems-là ; il y joue le même rôle de l'Olive*
Celui de Ger»met joué par lc feu Sr Guetin
g
jAWvrER. î7?». r4*f
rih, est rempli par leSr du Chemin, pcrc.
Celui de Julie fa fille, joué par Made Dan*
cour, pat la DUe Labar. Celai de Leanire,
joué par. le Sr Baron fils, parle SrQuinaur.
Celui rie Daynon par le y Poisson fils ; par
le Sr /Jufresne. La suivante Nennt , jouée
par ivlad1,e Desmares , par la D,le Qui--
uaut. Crispin , joué alors par le Sr Pois--
ûm pere, aujourd'huy par le Sieur Pois-
/íon fils.
Le 10. les mêmes Comédiens represen^
terent à la. Cour la Tragédie de.Berenice^
le Retour imprévu.
Le li. Jodnlet Maître & Georges Dandine-
Le ï 7. La Tragédie d'EleCtre & Y Avare
amoureux.
Le iç.te Philosophe mariêSc la Sérénade
Le 26. Esope k la Cour, & pour petire
Piece Colin Maillard.
On donnera la première représentation'
és la Tragédie de Callyflene le 1 o. ou le
xl du mois prochain. .
Le 2 $. les Comédiens Italiens donnèrent
là première représentation d'une Piece
nouvelle en Prose & en trois actes , de M.
de Marivaux , intitulée U Jeu de F Amour
& du Hasard , laquelle a été reçue trèsfavorablement
du Public. On en parlera
plus au long; Elle a un très -grand succès.
Le 7. le&mémes Comédiens represeatereoç.
t'4^t tàfcRCUkE DE FIANCE;
tèrent à la Cous » la surprise de l''Amour Ç.,
CSomedie en trois actes , avoO la petice
Piecc des Debftn, dans laquelle la D"e Sitvia
& le Sf Theveneau, jouerait d'une
manière inimitable la Parodie d:Vi trois
Intermèdes du Joueur , qui ont été repré
sentés fur le Théâtre de l'Opera au t.nois
de Juin dernier. Cetie Parodie qui a été
si goûtée à l'Hôtel de Bourgogne, n'a pas -
moins plû à la Cour.
Le 1 4. ils représentèrent Us Comédiens
Esclaves y . & la petite Pieçc de la veuve
Coquette. ■
Le i r . AHêquitt S-uitvage S< Arlequin
Poli par P Amours
Le z 8. la Piecê nouvelle du Jeu de
V-A*nonr & du Haz.ard { qui a été tresgpûtée,
& fHoroscope accompli.'
Le 6. Janvier', Fctc dés Ròis I'Acâdemie
Royale de Mutìque donna le pre- •
mier Bal de cettë année , qu'elle contimiéra
de donner dirferencs jours de la
íémaine pendant le Carnaval jusqu'au •
Carême.
envers 5c en cinq actes, que les Comé
diens François représentèrent à la Cous
le j de ce mois , fit un extrême plaisir.
C'est la première Piece de M. Nericault
Destouches , qui eut beaucoup de succèí
en i / 1 o. dans fa nouveauté , & qui ne fait
pas moins de plaisir aujoutd'huy. Elle eíl
parfaitement représentée , quoiqu'il n'y
ait que lcS' de la Thorilliere , de rous
ceux qui en remplissoient les rôles en ce
tems-là ; il y joue le même rôle de l'Olive*
Celui de Ger»met joué par lc feu Sr Guetin
g
jAWvrER. î7?». r4*f
rih, est rempli par leSr du Chemin, pcrc.
Celui de Julie fa fille, joué par Made Dan*
cour, pat la DUe Labar. Celai de Leanire,
joué par. le Sr Baron fils, parle SrQuinaur.
Celui rie Daynon par le y Poisson fils ; par
le Sr /Jufresne. La suivante Nennt , jouée
par ivlad1,e Desmares , par la D,le Qui--
uaut. Crispin , joué alors par le Sr Pois--
ûm pere, aujourd'huy par le Sieur Pois-
/íon fils.
Le 10. les mêmes Comédiens represen^
terent à la. Cour la Tragédie de.Berenice^
le Retour imprévu.
Le li. Jodnlet Maître & Georges Dandine-
Le ï 7. La Tragédie d'EleCtre & Y Avare
amoureux.
Le iç.te Philosophe mariêSc la Sérénade
Le 26. Esope k la Cour, & pour petire
Piece Colin Maillard.
On donnera la première représentation'
és la Tragédie de Callyflene le 1 o. ou le
xl du mois prochain. .
Le 2 $. les Comédiens Italiens donnèrent
là première représentation d'une Piece
nouvelle en Prose & en trois actes , de M.
de Marivaux , intitulée U Jeu de F Amour
& du Hasard , laquelle a été reçue trèsfavorablement
du Public. On en parlera
plus au long; Elle a un très -grand succès.
Le 7. le&mémes Comédiens represeatereoç.
t'4^t tàfcRCUkE DE FIANCE;
tèrent à la Cous » la surprise de l''Amour Ç.,
CSomedie en trois actes , avoO la petice
Piecc des Debftn, dans laquelle la D"e Sitvia
& le Sf Theveneau, jouerait d'une
manière inimitable la Parodie d:Vi trois
Intermèdes du Joueur , qui ont été repré
sentés fur le Théâtre de l'Opera au t.nois
de Juin dernier. Cetie Parodie qui a été
si goûtée à l'Hôtel de Bourgogne, n'a pas -
moins plû à la Cour.
Le 1 4. ils représentèrent Us Comédiens
Esclaves y . & la petite Pieçc de la veuve
Coquette. ■
Le i r . AHêquitt S-uitvage S< Arlequin
Poli par P Amours
Le z 8. la Piecê nouvelle du Jeu de
V-A*nonr & du Haz.ard { qui a été tresgpûtée,
& fHoroscope accompli.'
Le 6. Janvier', Fctc dés Ròis I'Acâdemie
Royale de Mutìque donna le pre- •
mier Bal de cettë année , qu'elle contimiéra
de donner dirferencs jours de la
íémaine pendant le Carnaval jusqu'au •
Carême.
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Résumé : « La Comedie du Curieux Impertinent, en vers & en cinq actes, que les Comediens [...] »
Le document décrit diverses représentations théâtrales à la cour sur une période d'un mois. La pièce 'La Comédie du Curieux Impertinent' de M. Nericault Destouches, jouée le 5 du mois, a connu un grand succès. Les rôles principaux étaient interprétés par la Thorilliere, le Sr Guetin et la Sr Baron fils. Les Comédiens Français ont présenté plusieurs pièces, notamment 'Bérénice' et 'Le Retour imprévu' le 10, 'Jodlet Maître & Georges Dandin' le 11, 'Électre' et 'L'Avare amoureux' le 17, 'Le Philosophe marié' et 'La Sérénade' le 18, 'Esope' et 'Colin Maillard' le 26, et 'Callyphène' prévue pour le 10 ou le 11 du mois suivant. Les Comédiens Italiens ont également donné plusieurs représentations, dont 'Le Jeu de l'Amour et du Hasard' de M. de Marivaux le 25, 'La Surprise de l'Amour' le 7, 'Les Comédiens Esclaves' le 14, et 'L'Horoscope accompli' le 28. Le 6 janvier, l'Académie Royale de Musique a organisé le premier bal de l'année, continuant cette tradition différents jours de la semaine pendant le Carnaval jusqu'au Carême.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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670
p. 146-151
Décoration du Temple de Minerve à l'Opera, [titre d'après la table]
Début :
On continue les représentations de l'Opera de Thesée, auquel celui de Telemaque, [...]
Mots clefs :
Décorations, Marbre, Temples, Pilastres, Architecture, Arcades
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Décoration du Temple de Minerve à l'Opera, [titre d'après la table]
On continue lesreprésentátfons de l'Ô«
pera de Thésée , auquel .elui de Telemacftte
, qu'on repete , succédera le mois
prochain ; mais à propos de Thésée , quel
ques personnes d'un go' t exquis, nous
^ntreproçhçde n'avoir rien dit de la helle
Décoration
JANVIER. T7îo; 147'
ra , représentant le Temple de Minerve.
Nous reconnotssons notre tort , & pour le
réparer , voici une Description que nous
allons tâcher de rendre digne de la curio
sité du Lecteur , & s'il se peut , de ré
pondre au mérite de l'Ouvrage. ,
Ce Temple est d'Ordre Ionique, trèsrichement
orné. Les Colonnes , Pilastres
& Contre- Pilastres font en Marbre canelés
; les ornemens en Bronze doré,
& les Hgures & bas Reliefs , en Marbre -
blanc.
Un grand Vestibule est formé par 4. -
Arcades fort exaucées , deux à droite , .
& deux à gauche , soutenues par 16. Co
lonnes <ouplées , qui forment un passage
considérable pour í'entrée & la sortie des
Acteurs;
Dans les espaces entre lés Areades.il y &
deux Colonnes isolées & Contre pilastres»
avec leurs Piédestaux & leurs Enublemens.
De grandes Consoles posent dtssus
& soutiennent des Travées foimant un
Plafond à compartiments , dans le goût
"Antique-, lequel par l'att de \x Perspec
tive trompe les yeux , car il parcît vrai
& de niveau aux Spectateurs , quoiqu'il
seit par la position des toiles , mis per
pendiculairement.:
íiMedtóflflOT"4* Vlctlbule, font
Décoration du premier Acte de cet Ope?
4í* MERCURE DE FRANCE,
v m
des Piédestaux rotods , porcant des Fi*-"
gures qui paroiflent re'ellemenc isolées , ôi
détachées du fond où elles sont peintes.
Au fond de ce Vestibule, est une grande
Arcade de 13. piés d'ouverture , fur ï6-,
de haut , portée par huit Colonnes, L es
Entrecolonnements font de 4. piés d'ou
verture, par où l'on découvre tout le Tem
ple, qui par l'opposition de ces Colonnes,
par la manière dont elles font traitées , &c
par le jour dont il est éclairé, qui est beau
coup plus; vague & brillant que celui du
Vestibule , devient entièrement majeí3-
tueux & éclatant j- eûtre les C olonnes il
y a deux Figures isolées.
Cette grande Arcade sert de principale
entrée au Temple , íequel parou réelle
ment aux yeux de figure ronde.
Tout autour de ['intérieur- du Temple,,
sont f. Arcades voûtées qui forment desbascôtez,
dont les Voûtes sont portées
par des Colonnes de la même proportioa
que celles du Vestibule , avec lesquelles
elles s'alignent & nc font qu'un Corps
à.' Architecture-^ ■ .,
Au-dessus de ces Arcades est une Ga
lerie ou PromcBoir , formé par 5. autres-
Arcad; s , dans les Pil.istres desquels il y .a
■des Colonne* adossées au mur, de même
qu'au premier Ordre. Au-defius de leux
EnrablciDiCat ,s'éiev* ,un,Dorne , orné, de
( Mosaïques,
JAN VI E R. i fi ô. f45
Mosaïques , formé par des formes Octbgones
avec des Rozettes au milieu , dan*
le gouc Antique. Ce second Ordre est
Corinthien.
Pendant la Scène , ce Promenoir se voit
réellement rempli d'un grand nombre de
personnes, qui font Spectateurs des Cé
rémonies qui se fonr dans le Temple. Or»
voit au milieu de ce Temple la Statue de
Minerve en ronde Bosse, aíîìse sur uh
Piédestaik *
Les connoiffeurs ont mis cette Décora^
eion au>deflus de celle du Palais de Ninus
du même Auteur , dans l'Opera de Pi4-
rame & Thisbé , dont nous avons donné
la Description en Octobre 171$'. La
Perspective semble avoir donné réelle*
ment à cette derniere une élévation ex
traordinaire , puisque malgré la petitesse
du lieu , & sans avoir dérangé aucune
machine, les Décorations font beaucoup
plus hsjjrcs- dans- k fond da Tkestr-e quefur
le devant , chose qu'on n'avoit pas en
core vû à l'Opera , & qui fait un effet
admirable ; car outre le Dome , on f
voit dans le fond , deux Ordres d'Archi
tecture , le tout ayant 52 . pics de haut
réels , qui paroisseno à la vue en avoir
plus de 60. au lieu que jusqu'à présent
aucune Décoration n'a eu que 1 8. piés d«
kaur au plus dans le fond.
fc'Ordmt
ï jô MÉRCÛRE DÉ FRAI^CÉ.
E' Ordre du Vestibule, qui est Ionique 'p
Maligne tout au pourtour à l'aplomb dvr
second Ordre du Temple , qui est Co
rinthien. On y voit réellement 78. Co
lonnes ou Pilastres ; les plus grandes
portent l'Entablement qui règne au pour
tour ; lès moindres , qui ne montent
qu'aux deux tiers des grandes , portent
les Voûtes &c les Arcades ; elles font paroître
le Temple d'une grandeur d'autant
plus étonnante ,. que tout le monde fçait-
. que le lieu est très-resserré.
Le-iìeur Servandoni , Auteur de cette
Décoration $í de toutes celles dont nour
avons parle' dans nos précédents Mercures,
à travaillé jusqu'ici avec succès à faire'
pàrokre vrayes toutes' les Décorations
qu'il a données ; mais comme l'Architec-'
ture est sen principal talent , & qu'il y'
donne toute son attention, il a composé
routes ses Décorations avec tant d'étude
& d'art ..qu'elle s Re_tíYenr. ia&touícs miíc&-
réellement à exécution , selon les diíposiv
rions les plus exaótes , & les règles les plusjustes
de l'Architecture.
Il a donné par ordre de la Cour', uti
Dessein pour l'Edifice qu'ort propose de1
bâtir aux Grands Augustins de Paris. Il
est Auteur des Dispositions , Décorations,-
Illuminations de la Fête & du Feu d'arti
fice fur la Rivière de- Seine, tiré le *4-. de*
o©-'
Janvier. i7?0.
ce mois , dont nous nemancjuerons pas de
parler.
pera de Thésée , auquel .elui de Telemacftte
, qu'on repete , succédera le mois
prochain ; mais à propos de Thésée , quel
ques personnes d'un go' t exquis, nous
^ntreproçhçde n'avoir rien dit de la helle
Décoration
JANVIER. T7îo; 147'
ra , représentant le Temple de Minerve.
Nous reconnotssons notre tort , & pour le
réparer , voici une Description que nous
allons tâcher de rendre digne de la curio
sité du Lecteur , & s'il se peut , de ré
pondre au mérite de l'Ouvrage. ,
Ce Temple est d'Ordre Ionique, trèsrichement
orné. Les Colonnes , Pilastres
& Contre- Pilastres font en Marbre canelés
; les ornemens en Bronze doré,
& les Hgures & bas Reliefs , en Marbre -
blanc.
Un grand Vestibule est formé par 4. -
Arcades fort exaucées , deux à droite , .
& deux à gauche , soutenues par 16. Co
lonnes <ouplées , qui forment un passage
considérable pour í'entrée & la sortie des
Acteurs;
Dans les espaces entre lés Areades.il y &
deux Colonnes isolées & Contre pilastres»
avec leurs Piédestaux & leurs Enublemens.
De grandes Consoles posent dtssus
& soutiennent des Travées foimant un
Plafond à compartiments , dans le goût
"Antique-, lequel par l'att de \x Perspec
tive trompe les yeux , car il parcît vrai
& de niveau aux Spectateurs , quoiqu'il
seit par la position des toiles , mis per
pendiculairement.:
íiMedtóflflOT"4* Vlctlbule, font
Décoration du premier Acte de cet Ope?
4í* MERCURE DE FRANCE,
v m
des Piédestaux rotods , porcant des Fi*-"
gures qui paroiflent re'ellemenc isolées , ôi
détachées du fond où elles sont peintes.
Au fond de ce Vestibule, est une grande
Arcade de 13. piés d'ouverture , fur ï6-,
de haut , portée par huit Colonnes, L es
Entrecolonnements font de 4. piés d'ou
verture, par où l'on découvre tout le Tem
ple, qui par l'opposition de ces Colonnes,
par la manière dont elles font traitées , &c
par le jour dont il est éclairé, qui est beau
coup plus; vague & brillant que celui du
Vestibule , devient entièrement majeí3-
tueux & éclatant j- eûtre les C olonnes il
y a deux Figures isolées.
Cette grande Arcade sert de principale
entrée au Temple , íequel parou réelle
ment aux yeux de figure ronde.
Tout autour de ['intérieur- du Temple,,
sont f. Arcades voûtées qui forment desbascôtez,
dont les Voûtes sont portées
par des Colonnes de la même proportioa
que celles du Vestibule , avec lesquelles
elles s'alignent & nc font qu'un Corps
à.' Architecture-^ ■ .,
Au-dessus de ces Arcades est une Ga
lerie ou PromcBoir , formé par 5. autres-
Arcad; s , dans les Pil.istres desquels il y .a
■des Colonne* adossées au mur, de même
qu'au premier Ordre. Au-defius de leux
EnrablciDiCat ,s'éiev* ,un,Dorne , orné, de
( Mosaïques,
JAN VI E R. i fi ô. f45
Mosaïques , formé par des formes Octbgones
avec des Rozettes au milieu , dan*
le gouc Antique. Ce second Ordre est
Corinthien.
Pendant la Scène , ce Promenoir se voit
réellement rempli d'un grand nombre de
personnes, qui font Spectateurs des Cé
rémonies qui se fonr dans le Temple. Or»
voit au milieu de ce Temple la Statue de
Minerve en ronde Bosse, aíîìse sur uh
Piédestaik *
Les connoiffeurs ont mis cette Décora^
eion au>deflus de celle du Palais de Ninus
du même Auteur , dans l'Opera de Pi4-
rame & Thisbé , dont nous avons donné
la Description en Octobre 171$'. La
Perspective semble avoir donné réelle*
ment à cette derniere une élévation ex
traordinaire , puisque malgré la petitesse
du lieu , & sans avoir dérangé aucune
machine, les Décorations font beaucoup
plus hsjjrcs- dans- k fond da Tkestr-e quefur
le devant , chose qu'on n'avoit pas en
core vû à l'Opera , & qui fait un effet
admirable ; car outre le Dome , on f
voit dans le fond , deux Ordres d'Archi
tecture , le tout ayant 52 . pics de haut
réels , qui paroisseno à la vue en avoir
plus de 60. au lieu que jusqu'à présent
aucune Décoration n'a eu que 1 8. piés d«
kaur au plus dans le fond.
fc'Ordmt
ï jô MÉRCÛRE DÉ FRAI^CÉ.
E' Ordre du Vestibule, qui est Ionique 'p
Maligne tout au pourtour à l'aplomb dvr
second Ordre du Temple , qui est Co
rinthien. On y voit réellement 78. Co
lonnes ou Pilastres ; les plus grandes
portent l'Entablement qui règne au pour
tour ; lès moindres , qui ne montent
qu'aux deux tiers des grandes , portent
les Voûtes &c les Arcades ; elles font paroître
le Temple d'une grandeur d'autant
plus étonnante ,. que tout le monde fçait-
. que le lieu est très-resserré.
Le-iìeur Servandoni , Auteur de cette
Décoration $í de toutes celles dont nour
avons parle' dans nos précédents Mercures,
à travaillé jusqu'ici avec succès à faire'
pàrokre vrayes toutes' les Décorations
qu'il a données ; mais comme l'Architec-'
ture est sen principal talent , & qu'il y'
donne toute son attention, il a composé
routes ses Décorations avec tant d'étude
& d'art ..qu'elle s Re_tíYenr. ia&touícs miíc&-
réellement à exécution , selon les diíposiv
rions les plus exaótes , & les règles les plusjustes
de l'Architecture.
Il a donné par ordre de la Cour', uti
Dessein pour l'Edifice qu'ort propose de1
bâtir aux Grands Augustins de Paris. Il
est Auteur des Dispositions , Décorations,-
Illuminations de la Fête & du Feu d'arti
fice fur la Rivière de- Seine, tiré le *4-. de*
o©-'
Janvier. i7?0.
ce mois , dont nous nemancjuerons pas de
parler.
Fermer
Résumé : Décoration du Temple de Minerve à l'Opera, [titre d'après la table]
Le texte traite des représentations de l'opéra 'Thésée', suivi par 'Telemach' le mois prochain. Il critique l'absence de description du Temple de Minerve dans l'opéra. Pour pallier cette lacune, une description détaillée du Temple est fournie. Le Temple, de style ionique, est richement orné avec des colonnes, pilastres et contre-pilastres en marbre cannelé, des ornements en bronze doré, et des figures et bas-reliefs en marbre blanc. Le vestibule est formé par quatre arcades soutenues par seize colonnes. La perspective offre une élévation extraordinaire, avec deux ordres d'architecture visibles dans le fond, totalisant 52 pieds de haut. L'ordre du vestibule est ionique, tandis que le second ordre du Temple est corinthien, comptant 78 colonnes ou pilastres. L'architecte Servandoni est félicité pour son talent en architecture et ses décorations précises. Il a également conçu les dispositions et décorations pour la fête et le feu d'artifice sur la Seine le 24 janvier 1770.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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671
p. *151-151
« L'Opera Comique fera l'ouverture de son Theatre, par une Piece intitulée, Le [...] »
Début :
L'Opera Comique fera l'ouverture de son Theatre, par une Piece intitulée, Le [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Opera Comique fera l'ouverture de son Theatre, par une Piece intitulée, Le [...] »
L'Opera Comique fera l'ouverture de'
son Théâtre , par une Piece intitulée , Le
Malade par complaisance , le 3. Février ,
au Jeu de Paulme de la rue de Bussy , oiìil
étoit Tannée derniere; il y a ara deux
Entrées; On n'a rien négligé pour rendre
le lieu commode , autant que fa situation ;
Ra pû permettre»
son Théâtre , par une Piece intitulée , Le
Malade par complaisance , le 3. Février ,
au Jeu de Paulme de la rue de Bussy , oiìil
étoit Tannée derniere; il y a ara deux
Entrées; On n'a rien négligé pour rendre
le lieu commode , autant que fa situation ;
Ra pû permettre»
Fermer
672
p. 177-182
« Le Roi a accordé une place de Conseiller au Conseil Royal des Finances, [...] »
Début :
Le Roi a accordé une place de Conseiller au Conseil Royal des Finances, [...]
Mots clefs :
Roi, Intendant, Reine, Concert, Opéra, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roi a accordé une place de Conseiller au Conseil Royal des Finances, [...] »
Le Roi a accordé une place de Con
seiller au Conseil Royal des Finances ,
à M. de Lamoignon de Courson , Con
seiller d'Etat. Sa Majesté a nommé Con
seillers d'Etat M. Lebret , Premier Pré
sident du Parlement d'Aix , & Intendant
de ProvenceSc du Commerce, &c M. Lek
calopier , Intendant de Champagne.
Les Prêtres de la Mission comment
eerent le 3. dans l'Eglise de la Paroisse
de Versailles la Fête qu'ils ont conti
nuée les deux jours suivans avec beau
coup de folemnité 8c de magnificence ,
pour célébrer la Béatification du Bienheureux
Vincent de Paul , leur Fonda
teur en France. L'Evêque de Xaintes &
l'Evêque de Rennes y ont officié ces
trois jours. Le 4. Janvier , la Reine
accompagnée des Dame$ de fa Cour , ■
alla y entendre la Grande Messe
Le Roi a donné l'Evêché de Mirepoix
au Père Boyer , Religieux Theatin.
Le
I7S MERCURE DE FR ANCE.
Le 8 . de ce mois , l' Abbé de Verta»
•mon de Chavagnac , nommé par le Roi
à l'Evêché de Montauban , fut sacré
dans la Chapelle de l'Archevêché par
l' Archevêque de Paris , aslìsté des Evêrxjues
de Soirîons & de Tarbes.
Le premier de ce mois , le Roi
nomma le sieur Perrin , Docteur en Mé
decine de la Faculté de Montpellier ,
en considération de ses services , Méde
cin Real de ses Galères , à la place du
sieur Pelifleri , qui se retire avec une
pension de izqo. sur les Invalides.
L'Abbé Segui , Auteur du Panégyri
que de S. Louis , dont on a vû avec
plaisir l'Extrait dans le Mercure d'Octopre
, fit à S. Sulpice , le 1 7. de ce mois i
celui du Patron de cette Eglise , devant
une très nombreuse Assemblée , avec un
applaudissement gênerai. Nous tâcherons
d'en donner un Extrait.
Le Maréchal d'Uxelles , Ministre d'E
tat , s'est retiré à cause de son âge
avancé.
On a eu avis de Toulon que dixhuit
Captifs Flamands , rachetés à Al
ger par les Pères Mathurins de l'Ordre
'de la Sainte Trinité , y font débarqués
le 19, Décembre dernier , pour se
tendre à Paris , & de là dans leur Pays.
Les autres Députés du raêmc Ordre font
arrivés
JANVIER. 1730. 179
arrivés à Cadix , pour traiter aussi de la
rançon des François détenus au Royau
me de Maroc.
On apprend de Toulouse que le 8. Jan
vier , l' Académie des Jeux Floraux s'étant
assemblée publiquement , suivanç
l'ufage, M. de Rabaudy , Viguicr *de
Toulouse , l'un des Académiciens ÔÇ
Modérateur de .cette Compagnie, pro
nonça , avec beaucoup de succès , un
Discours fur la Naissance de Monsei
gneur le Dauphin.
Le premier Janvier , les vingt-quatre
Violons de la Chambre du Roi jouè
rent pendant le dîner de S. M. une fuite
d'Airs de la composition de M. Destou
ches , Sur-Intendant de la Musique du
Roi , qui furent parfaitement bien exé
cutés , & très-aplaudis.
. Le 4. il y eut Concert devant la Reine
dans les grands Apartemens. M. Defrouches
fit chanter le second Acte de
Topera à'Atys.
Le 9. on continua le même Opéra
par le quatrième & cinquième Acte. La
P"e Enemens la cadete , chanta le Rôle,
de Cy belle , la D1Ie Lenner , celui de
Sangaride , le S' Dangerville fit le Rôle
.de Qelemts, , & le Sr Cochereau , celui
RAtys, Le tout fut parfaitement bien
-exécuté , Si tous les Acteurs s'attirèrent
beaucouD
>ïo MERCURE DE FRANCE.
í>eaucoup d'applaudistemens.
Le ii. on concerta dans les grands Appartemens
cn présence de la Reine , & on
exécuta une Pastorale en un Acte,intitulcc
ISAmour mutuel, dont les paroles font de
M., Gaukier , & la Musique de M. da
Tartre , connu par d'autres Ouvrages
<jui ont eu du succès. L'autre partie de
cette Pastorale fut chantée le 16. dans les
mêmes Appartemens.
, Le 1%. on chanta le Prologue & Ic
premier Acte de l'Opera de Thésée ,
dont l'exccution fut parfaite , & très-:
applaudie. On continua le 30. le mê*
me Opéra par le second & troiíìe'me
Acte.
Le 4. il y eut Concert François aa
Château des Thuileries ; on y chanta
la Cantate à? Europe & Jupiter S & un
Motet de M. de la Lande , précédé de
plusieurs Piéces de symphonie. Le mê
me Concert a continué tous les Mer
credis du mois.
Le 18. la D1,e Petitpas , l'une des
Actrices de l'Opera , chanta pour la
première fois une Cantatille nouvelle ,
intitulée La Confiance , de la composi
tion de M. le Maire , qui fut très- bien
chantée & applaudie ; elle fut précédée
du Divertissement de la Beauté couron
née , de M. Moutet , qui est toujours
írès-goâté. Lt
1
JANVIER. 1719: itr.
Le 9. la Lottcrie pour le rembourse
ment des Rentes de l'Hôtel de Ville fut
tirée en présence du Prévôt des Mar
chands ôc des Echevins , en la manière
accoutumée. Le fonds de ce premier
mois de cette année s'est trouvé monter
à la somme de 1278990. laquelle a été
distribuée aux Rentiers pour les lots
qui leur font échus , conformément à la
Liste générale qui en a été rendue pur
blíque.
Le 16. du mois dernier , les Députés
des Etacs de Bretagne eurent audiance pu
blique du Roi3 présentés par le Comte
de Toulouse , Gouverneur de la Provintc
, ôc par le Comce de Saint Florentin,
Secrétaire d'Etat , & conduits par le
Marquis de Brezé , Grand - Maître des
Cérémonies , & par M. Desgranges ,
Maître des Cérémonies. La Députation
étoit composée de l'Evêque de Saint
firjeu , pour le Clergé , qui porta U
{>arole ; du Comte de Guebriant , pour
a Noblesse -, de M. de Boisbely , Che-
.valier de l'Ordre de Saint Michel , &C
Lieutenant Général de l'Amirauté de
Morlaix , pour le Tiers-Etat ; du Comte
de Coetlogon , Procureur General Syn
dic ; & de M. de la Boissiere , Trésorier
Général des Etats de la Province. Ces
Députés furent ensuite conduits à l'Aul
dianes
ifz MERCURE DE FRANCE;
diance de la Reine & à celle de Mon
seigneur lç Dauphin & de Mesdames
de France.
Le Roi a pommé Intendant de la Gé
néralisé de Champagne , M. de Vastan ,
qui fera remplacé dans l' Intendance de
•la Généralité de Caen , par M. le Peletier
de Beaupré, Maître des Re
quêtes,.
Le 19. M. Bernage de Saint Maurice,
Maître des Requêtes , & Intendant du
Languedoc , à qui le Roi avoit accordé
dès le mois de Décembre 1724. la
Charge de Grand-Croix , Secrétaire &
Grefríer de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , prêta serment de fidé
lité entre le maúis de S. M. pour cette
Charge»
seiller au Conseil Royal des Finances ,
à M. de Lamoignon de Courson , Con
seiller d'Etat. Sa Majesté a nommé Con
seillers d'Etat M. Lebret , Premier Pré
sident du Parlement d'Aix , & Intendant
de ProvenceSc du Commerce, &c M. Lek
calopier , Intendant de Champagne.
Les Prêtres de la Mission comment
eerent le 3. dans l'Eglise de la Paroisse
de Versailles la Fête qu'ils ont conti
nuée les deux jours suivans avec beau
coup de folemnité 8c de magnificence ,
pour célébrer la Béatification du Bienheureux
Vincent de Paul , leur Fonda
teur en France. L'Evêque de Xaintes &
l'Evêque de Rennes y ont officié ces
trois jours. Le 4. Janvier , la Reine
accompagnée des Dame$ de fa Cour , ■
alla y entendre la Grande Messe
Le Roi a donné l'Evêché de Mirepoix
au Père Boyer , Religieux Theatin.
Le
I7S MERCURE DE FR ANCE.
Le 8 . de ce mois , l' Abbé de Verta»
•mon de Chavagnac , nommé par le Roi
à l'Evêché de Montauban , fut sacré
dans la Chapelle de l'Archevêché par
l' Archevêque de Paris , aslìsté des Evêrxjues
de Soirîons & de Tarbes.
Le premier de ce mois , le Roi
nomma le sieur Perrin , Docteur en Mé
decine de la Faculté de Montpellier ,
en considération de ses services , Méde
cin Real de ses Galères , à la place du
sieur Pelifleri , qui se retire avec une
pension de izqo. sur les Invalides.
L'Abbé Segui , Auteur du Panégyri
que de S. Louis , dont on a vû avec
plaisir l'Extrait dans le Mercure d'Octopre
, fit à S. Sulpice , le 1 7. de ce mois i
celui du Patron de cette Eglise , devant
une très nombreuse Assemblée , avec un
applaudissement gênerai. Nous tâcherons
d'en donner un Extrait.
Le Maréchal d'Uxelles , Ministre d'E
tat , s'est retiré à cause de son âge
avancé.
On a eu avis de Toulon que dixhuit
Captifs Flamands , rachetés à Al
ger par les Pères Mathurins de l'Ordre
'de la Sainte Trinité , y font débarqués
le 19, Décembre dernier , pour se
tendre à Paris , & de là dans leur Pays.
Les autres Députés du raêmc Ordre font
arrivés
JANVIER. 1730. 179
arrivés à Cadix , pour traiter aussi de la
rançon des François détenus au Royau
me de Maroc.
On apprend de Toulouse que le 8. Jan
vier , l' Académie des Jeux Floraux s'étant
assemblée publiquement , suivanç
l'ufage, M. de Rabaudy , Viguicr *de
Toulouse , l'un des Académiciens ÔÇ
Modérateur de .cette Compagnie, pro
nonça , avec beaucoup de succès , un
Discours fur la Naissance de Monsei
gneur le Dauphin.
Le premier Janvier , les vingt-quatre
Violons de la Chambre du Roi jouè
rent pendant le dîner de S. M. une fuite
d'Airs de la composition de M. Destou
ches , Sur-Intendant de la Musique du
Roi , qui furent parfaitement bien exé
cutés , & très-aplaudis.
. Le 4. il y eut Concert devant la Reine
dans les grands Apartemens. M. Defrouches
fit chanter le second Acte de
Topera à'Atys.
Le 9. on continua le même Opéra
par le quatrième & cinquième Acte. La
P"e Enemens la cadete , chanta le Rôle,
de Cy belle , la D1Ie Lenner , celui de
Sangaride , le S' Dangerville fit le Rôle
.de Qelemts, , & le Sr Cochereau , celui
RAtys, Le tout fut parfaitement bien
-exécuté , Si tous les Acteurs s'attirèrent
beaucouD
>ïo MERCURE DE FRANCE.
í>eaucoup d'applaudistemens.
Le ii. on concerta dans les grands Appartemens
cn présence de la Reine , & on
exécuta une Pastorale en un Acte,intitulcc
ISAmour mutuel, dont les paroles font de
M., Gaukier , & la Musique de M. da
Tartre , connu par d'autres Ouvrages
<jui ont eu du succès. L'autre partie de
cette Pastorale fut chantée le 16. dans les
mêmes Appartemens.
, Le 1%. on chanta le Prologue & Ic
premier Acte de l'Opera de Thésée ,
dont l'exccution fut parfaite , & très-:
applaudie. On continua le 30. le mê*
me Opéra par le second & troiíìe'me
Acte.
Le 4. il y eut Concert François aa
Château des Thuileries ; on y chanta
la Cantate à? Europe & Jupiter S & un
Motet de M. de la Lande , précédé de
plusieurs Piéces de symphonie. Le mê
me Concert a continué tous les Mer
credis du mois.
Le 18. la D1,e Petitpas , l'une des
Actrices de l'Opera , chanta pour la
première fois une Cantatille nouvelle ,
intitulée La Confiance , de la composi
tion de M. le Maire , qui fut très- bien
chantée & applaudie ; elle fut précédée
du Divertissement de la Beauté couron
née , de M. Moutet , qui est toujours
írès-goâté. Lt
1
JANVIER. 1719: itr.
Le 9. la Lottcrie pour le rembourse
ment des Rentes de l'Hôtel de Ville fut
tirée en présence du Prévôt des Mar
chands ôc des Echevins , en la manière
accoutumée. Le fonds de ce premier
mois de cette année s'est trouvé monter
à la somme de 1278990. laquelle a été
distribuée aux Rentiers pour les lots
qui leur font échus , conformément à la
Liste générale qui en a été rendue pur
blíque.
Le 16. du mois dernier , les Députés
des Etacs de Bretagne eurent audiance pu
blique du Roi3 présentés par le Comte
de Toulouse , Gouverneur de la Provintc
, ôc par le Comce de Saint Florentin,
Secrétaire d'Etat , & conduits par le
Marquis de Brezé , Grand - Maître des
Cérémonies , & par M. Desgranges ,
Maître des Cérémonies. La Députation
étoit composée de l'Evêque de Saint
firjeu , pour le Clergé , qui porta U
{>arole ; du Comte de Guebriant , pour
a Noblesse -, de M. de Boisbely , Che-
.valier de l'Ordre de Saint Michel , &C
Lieutenant Général de l'Amirauté de
Morlaix , pour le Tiers-Etat ; du Comte
de Coetlogon , Procureur General Syn
dic ; & de M. de la Boissiere , Trésorier
Général des Etats de la Province. Ces
Députés furent ensuite conduits à l'Aul
dianes
ifz MERCURE DE FRANCE;
diance de la Reine & à celle de Mon
seigneur lç Dauphin & de Mesdames
de France.
Le Roi a pommé Intendant de la Gé
néralisé de Champagne , M. de Vastan ,
qui fera remplacé dans l' Intendance de
•la Généralité de Caen , par M. le Peletier
de Beaupré, Maître des Re
quêtes,.
Le 19. M. Bernage de Saint Maurice,
Maître des Requêtes , & Intendant du
Languedoc , à qui le Roi avoit accordé
dès le mois de Décembre 1724. la
Charge de Grand-Croix , Secrétaire &
Grefríer de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , prêta serment de fidé
lité entre le maúis de S. M. pour cette
Charge»
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Résumé : « Le Roi a accordé une place de Conseiller au Conseil Royal des Finances, [...] »
En janvier 1730, plusieurs nominations et événements notables ont marqué la cour royale. Le Roi a nommé M. de Lamoignon de Courson Conseiller au Conseil Royal des Finances et a désigné M. Lebret et M. Lekalopier comme Conseillers d'État. Les Prêtres de la Mission ont célébré la béatification du Bienheureux Vincent de Paul à Versailles, avec la participation des évêques de Saintes et de Rennes. La Reine a assisté à la Grande Messe le 4 janvier. Le Père Boyer a été nommé à l'Évêché de Mirepoix, et l'Abbé de Vertamon de Chavagnac a été sacré évêque de Montauban. Le Roi a également nommé le sieur Perrin Médecin Royal des Galères, remplaçant le sieur Pelifleri. L'Abbé Segui a prononcé un panégyrique à Saint-Sulpice. Le Maréchal d'Uxelles s'est retiré en raison de son âge avancé. Dix-huit captifs flamands ont été rachetés et sont arrivés à Toulon. Des députés de l'Ordre de la Sainte Trinité sont arrivés à Cadix pour négocier la rançon des Français détenus au Maroc. À Toulouse, l'Académie des Jeux Floraux a célébré la naissance du Dauphin. Les Violons de la Chambre du Roi ont joué des airs composés par M. Destouches, et plusieurs opéras ont été représentés en présence de la Reine. Le Roi a nommé M. de Vastan Intendant de la Généralité de Champagne et M. le Peletier de Beaupré à l'Intendance de Caen. Enfin, M. Bernage de Saint Maurice a prêté serment pour la charge de Grand-Croix de l'Ordre de Saint Louis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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673
p. 357-361
Nouvelle Imprimerie du Sérail &c. [titre d'après la table]
Début :
On nous écrit de Constantinople que M. le Marquis de Villeneuve, Ambassadeur [...]
Mots clefs :
Imprimerie, Livre, Constantinople, Auteurs, Ouvrages, Imprimerie de Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Imprimerie du Sérail &c. [titre d'après la table]
On nous e'crit de Constantinople qui
M. le Marquis de Villeneuve, Ambassa
deur du Roy à la Porte , a envoyé depuis
peu pour la Bibliothèque de S. M. trois
Livres , qui ont été imprimez en 1728..
!dans ^Imprimerie nouvellerant établie;
Jans cette Capitale, fur de très-beau pa
pier &c en Caractères extrêmement nets,,
ôc on ajoûte ce qui fuit :
• Le premier de ces Livres est un Diction
naire Arabe, composé par Gianhari t &
traduit en Langue Turque par Ovancouli,
■ce qui saie deux volumes in-folio d'envi
ron 700. pages chacun. On ttouve à la
Tête du Dictionnaire les Vies de ces deux
fçavans Orientaux, précédées d'une assez
longue Préface , qui instruit de ce qui s'est
passé, tanr à l'égird du G. Vizir, qu'à l'égard
•du Mufti , au sujet de l'Etablisíement de
cette Imprimerie \ on y voit enfin les raiions
qui ont déterminé à commencer par"
le Dictionnaire en question.
Après la Préface fuit une copie du Cuti*
■eherif,o\i Commandement Impérial, écrit"
Jíe la main du G. S. par lequel un Privilèges
.exclusif est aexoedé à Zaid , his de Me-
G vj hemeç
3 5 3 MERCURE DE FRANCE;
îemet EfFendi , qui a été cy-devant ho*
noré de l' Ambassade de France , & à Ibra>-
him Aga , Muteferaka , * de faire impri
mer toutes sortes d'Ouvrages composez
en Arabe, en Turc, en Persan,' &c. pourvu,
qu'ils ne regardent point la Religion de
Mahomet : à la charge que les Ouvrages
qui s'imprimeront seront revùs & corri
gez par quatre personnes íçavantes fur
les matières dont ils traitent.
Enfin , outre la permission du Mufti
'jibdalah , pour imprimer , on trouve dans,
ce premier volume un Discours , qui peut
passer pour une seconde Préface , & qui
traite de l'utilité & des avantages que les
Turcs peuvent tirer de rétablissement dfl
la nouvelle Imprimerie. On y rappelle le
Mémoire présenté au G. Vizir , sur ce su
jet , & répondu favorablement par le
Mufti & par les deux Cadileskiers , ou
Juges Suprêmes de tout l'Empire Turc.
Le second Livre , sorti de la même Im
primerie , est d'un Auteur nommé Haggi
Calfah. C'est une Instruction en Langue
Turque sur le Globle de la Terre , sur la
Sphère & íur les Cartes Géographiques^
II décrit en patticulier l'Etat de Venise,
l' Albanie , l'Isle de Corfou & les autres
lieux qui font le plus à portée de Constanti-,
* Les Muteférak* , composent un Corps par]
tUnlitr pour In Qnt4t da 6. fi.
■ ÍEVRIER. 1730-. $0
nople. On y trouve auílì pluficurs traits
d'Histoire concernant les Expéditions Ma«
ritimesdes Turcs,& l'Histoire abrégée des
Capitans Pacha, depuis la conquête de la
Ville Impériale par Mahomec II. jusqu'à
l'anne'e ìíçj. Il décrit encore l'Arcenaldc
Constantinople,& entre dans le détail des
.dépenses de (on entretien» Il instruit enfin
les Armateurs Turcs de ce qu'ils doivent
observer dans leurs Courses. L'Editeut
.Ibrahim y a ajouté un Discours de fa com
position fur les Distances itinéraires ou les
Mesures géographiques , & fur le tour du>
Globe Terrestre.
Ce Livre d'Haggi Calfah , est enrichi^
d'une Mappemonde éV de plusieurs Car»»
tes Hydrographiques de la Mer Médire-'
rannée , de la Mer Noire , de l'Archipei
8c du Golphe de Venise. On y trouve
aussi en deux Planches , deux Boussolespour
l'Ocean & pour la Mer Médite»
tannée.
Le troisième Livre imprimé dans le mê»
tnelieuen 1728. est uneTraductionTurr
que d'une Histoire Latine de la derniere
' Révolution de Perse. L'Auteur de la Tra
duction est le même Ibrahim, Editeur»
dont on vient de parler. L'Auteur Ori
ginal donne dans cette Histoire un abregç
de l'Histoire des Rois de Perse , de la Dy
nastie de. ceux qui ont été abusivement
MERCURE DE FRAÍJCÉ<
■appeliez Safis , dont Schah-fíufeiri est lt?
áernier; il paîle de son détrôhement & de
^usurpation de Miri-Mamoud , auquel a.
íuccedé Acheraf, qui occupe aujourd'huiïe
Trône de Perse. C'est par ce Sultan que
finir l'Histoirë Latine , traduite en Turc,
laquelle est précédée d'une Préface dii
Traducteur , &c h Préface suivie de la
Requête par lui présentée au G. Vizir,
$our obtenir la permission d'imprimer*.
€)n y trouve tout de suite cetre permis*-'
''íìon du Premier Ministre.
' Il est marqué à la En de ces Livres',
qu'ils font imprimez à Tlmprimerie cFe
Constantinople l'aa de l'Begke 1141.
C'est-à-dire 172 8. de J. C.
L'Auteur de la Lettre qui nous est écrite
de Constantinople, n'a pas", fans douté,
été instruit au sujet à'Haggi Calsah , Ai>
*¥eur du second de ces- Livres 5 car il auïoit
pâ ajoûter que cet Ecrivain, dont I»
réputation n'est pas petite , est un Turc
Moderne de Constantinople , fils d'un Se
crétaire du: Divan. H fut premier Com
mis du Secrétaire d'Etat en Chef, & il *
passé poUt l'un des plus habiles hommes1
de son temps. On en peut juger par fa
Bibliographie, qui est dans la Eibliottieque
du Roi , laquelle contient un ample'
Recueil alphabétique de tous les Auteurs
OtKiitaux, de an-Gatabgue raisonné «te
**"*" kur-s
íetrrs Ouvrages depuis l'originc du Ma«-
hometisme. M, Petis de la Croix , mort
cn 1 7 1 3 . avoir traduit ce Livre en notre
íangue. ,
Il ne reste plus qu'à souhaiter la con?
tinuation des progrès de cette Imprime
rie , & que les tons Livres qui en soi>
firont , soient non-seulement envoyez en
France , mais encore que les Interprètes*
du Roi & les autres personnes employées?
au service de S. M. versées dans les Lan
gues Orientales , prennent foin de les'
traduire pour l'utilité publique ; & c'estce
qu'il y a lieu d'espérer de la Capacité**
& de l'e'mulation de cçs Messieurs.
M. le Marquis de Villeneuve, Ambassa
deur du Roy à la Porte , a envoyé depuis
peu pour la Bibliothèque de S. M. trois
Livres , qui ont été imprimez en 1728..
!dans ^Imprimerie nouvellerant établie;
Jans cette Capitale, fur de très-beau pa
pier &c en Caractères extrêmement nets,,
ôc on ajoûte ce qui fuit :
• Le premier de ces Livres est un Diction
naire Arabe, composé par Gianhari t &
traduit en Langue Turque par Ovancouli,
■ce qui saie deux volumes in-folio d'envi
ron 700. pages chacun. On ttouve à la
Tête du Dictionnaire les Vies de ces deux
fçavans Orientaux, précédées d'une assez
longue Préface , qui instruit de ce qui s'est
passé, tanr à l'égird du G. Vizir, qu'à l'égard
•du Mufti , au sujet de l'Etablisíement de
cette Imprimerie \ on y voit enfin les raiions
qui ont déterminé à commencer par"
le Dictionnaire en question.
Après la Préface fuit une copie du Cuti*
■eherif,o\i Commandement Impérial, écrit"
Jíe la main du G. S. par lequel un Privilèges
.exclusif est aexoedé à Zaid , his de Me-
G vj hemeç
3 5 3 MERCURE DE FRANCE;
îemet EfFendi , qui a été cy-devant ho*
noré de l' Ambassade de France , & à Ibra>-
him Aga , Muteferaka , * de faire impri
mer toutes sortes d'Ouvrages composez
en Arabe, en Turc, en Persan,' &c. pourvu,
qu'ils ne regardent point la Religion de
Mahomet : à la charge que les Ouvrages
qui s'imprimeront seront revùs & corri
gez par quatre personnes íçavantes fur
les matières dont ils traitent.
Enfin , outre la permission du Mufti
'jibdalah , pour imprimer , on trouve dans,
ce premier volume un Discours , qui peut
passer pour une seconde Préface , & qui
traite de l'utilité & des avantages que les
Turcs peuvent tirer de rétablissement dfl
la nouvelle Imprimerie. On y rappelle le
Mémoire présenté au G. Vizir , sur ce su
jet , & répondu favorablement par le
Mufti & par les deux Cadileskiers , ou
Juges Suprêmes de tout l'Empire Turc.
Le second Livre , sorti de la même Im
primerie , est d'un Auteur nommé Haggi
Calfah. C'est une Instruction en Langue
Turque sur le Globle de la Terre , sur la
Sphère & íur les Cartes Géographiques^
II décrit en patticulier l'Etat de Venise,
l' Albanie , l'Isle de Corfou & les autres
lieux qui font le plus à portée de Constanti-,
* Les Muteférak* , composent un Corps par]
tUnlitr pour In Qnt4t da 6. fi.
■ ÍEVRIER. 1730-. $0
nople. On y trouve auílì pluficurs traits
d'Histoire concernant les Expéditions Ma«
ritimesdes Turcs,& l'Histoire abrégée des
Capitans Pacha, depuis la conquête de la
Ville Impériale par Mahomec II. jusqu'à
l'anne'e ìíçj. Il décrit encore l'Arcenaldc
Constantinople,& entre dans le détail des
.dépenses de (on entretien» Il instruit enfin
les Armateurs Turcs de ce qu'ils doivent
observer dans leurs Courses. L'Editeut
.Ibrahim y a ajouté un Discours de fa com
position fur les Distances itinéraires ou les
Mesures géographiques , & fur le tour du>
Globe Terrestre.
Ce Livre d'Haggi Calfah , est enrichi^
d'une Mappemonde éV de plusieurs Car»»
tes Hydrographiques de la Mer Médire-'
rannée , de la Mer Noire , de l'Archipei
8c du Golphe de Venise. On y trouve
aussi en deux Planches , deux Boussolespour
l'Ocean & pour la Mer Médite»
tannée.
Le troisième Livre imprimé dans le mê»
tnelieuen 1728. est uneTraductionTurr
que d'une Histoire Latine de la derniere
' Révolution de Perse. L'Auteur de la Tra
duction est le même Ibrahim, Editeur»
dont on vient de parler. L'Auteur Ori
ginal donne dans cette Histoire un abregç
de l'Histoire des Rois de Perse , de la Dy
nastie de. ceux qui ont été abusivement
MERCURE DE FRAÍJCÉ<
■appeliez Safis , dont Schah-fíufeiri est lt?
áernier; il paîle de son détrôhement & de
^usurpation de Miri-Mamoud , auquel a.
íuccedé Acheraf, qui occupe aujourd'huiïe
Trône de Perse. C'est par ce Sultan que
finir l'Histoirë Latine , traduite en Turc,
laquelle est précédée d'une Préface dii
Traducteur , &c h Préface suivie de la
Requête par lui présentée au G. Vizir,
$our obtenir la permission d'imprimer*.
€)n y trouve tout de suite cetre permis*-'
''íìon du Premier Ministre.
' Il est marqué à la En de ces Livres',
qu'ils font imprimez à Tlmprimerie cFe
Constantinople l'aa de l'Begke 1141.
C'est-à-dire 172 8. de J. C.
L'Auteur de la Lettre qui nous est écrite
de Constantinople, n'a pas", fans douté,
été instruit au sujet à'Haggi Calsah , Ai>
*¥eur du second de ces- Livres 5 car il auïoit
pâ ajoûter que cet Ecrivain, dont I»
réputation n'est pas petite , est un Turc
Moderne de Constantinople , fils d'un Se
crétaire du: Divan. H fut premier Com
mis du Secrétaire d'Etat en Chef, & il *
passé poUt l'un des plus habiles hommes1
de son temps. On en peut juger par fa
Bibliographie, qui est dans la Eibliottieque
du Roi , laquelle contient un ample'
Recueil alphabétique de tous les Auteurs
OtKiitaux, de an-Gatabgue raisonné «te
**"*" kur-s
íetrrs Ouvrages depuis l'originc du Ma«-
hometisme. M, Petis de la Croix , mort
cn 1 7 1 3 . avoir traduit ce Livre en notre
íangue. ,
Il ne reste plus qu'à souhaiter la con?
tinuation des progrès de cette Imprime
rie , & que les tons Livres qui en soi>
firont , soient non-seulement envoyez en
France , mais encore que les Interprètes*
du Roi & les autres personnes employées?
au service de S. M. versées dans les Lan
gues Orientales , prennent foin de les'
traduire pour l'utilité publique ; & c'estce
qu'il y a lieu d'espérer de la Capacité**
& de l'e'mulation de cçs Messieurs.
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Résumé : Nouvelle Imprimerie du Sérail &c. [titre d'après la table]
En 1728, le Marquis de Villeneuve, ambassadeur du roi à Constantinople, envoya trois livres imprimés à la Porte. Ces ouvrages provenaient d'une nouvelle imprimerie installée dans la capitale ottomane, utilisant du papier de haute qualité et des caractères nets. Le premier livre est un dictionnaire arabe composé par Gianhari et traduit en turc par Ovancouli. Il se présente en deux volumes in-folio de 700 pages chacun. Le dictionnaire inclut des biographies des auteurs, une préface sur l'établissement de l'imprimerie, et un commandement impérial accordant un privilège exclusif à Zaid, fils de Mehemeç Efendi, et à Ibrahim Aga pour imprimer des ouvrages en arabe, turc et persan, à condition qu'ils n'abordent pas la religion de Mahomet. Les ouvrages doivent être révisés par des experts. Le second livre, écrit par Haggi Calfah, est une instruction en turc sur la géographie. Il décrit notamment l'État de Venise, l'Albanie, et l'île de Corfou. Le livre inclut des traits d'histoire sur les expéditions maritimes turques et l'histoire des capitans pacha, enrichis de cartes et de boussoles. Le troisième livre est une traduction turque d'une histoire latine sur la révolution perse, traduite par Ibrahim. Elle résume l'histoire des rois de Perse et des Safavides, jusqu'à l'usurpation de Miri-Mamoud et l'accession d'Acheraf au trône. Le texte mentionne également la réputation d'Haggi Calfah, fils d'un secrétaire du Divan, et la bibliothèque du roi contenant une bibliographie des auteurs orientaux. Il exprime l'espoir de voir continuer les progrès de cette imprimerie et la traduction des livres pour l'utilité publique.
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674
p. 361-363
Prix donné au Palinod de Roüen. [titre d'après la table]
Début :
On nous écrit de Roüen, que le 8. du mois de Decembre dernier, on lut, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Prix académique, Assemblée du Palinod
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix donné au Palinod de Roüen. [titre d'après la table]
On nous écrit de Rouen , que le Si
da mois de Décembre dernier , on lut
selon la- coutume, dans l'AíTemblée du-
Palinod, les Pieces de Poésie qui avoient
été envoyées de çûfserens eàdroits ^fa^iè
ft à MERClTRE DE FRÀNCÊ.
ìt Prix Académique avoit été adjugé a
M. de Becthomas , fils de M. Bois-le-
Vicomte , Conseiller au Parlement , Autheur
de la Piece que voici, au sujet de
ht Naissance du D ab p h in.
*>
yivite ffelices , securi vivite Galli't
Dttlcì* florenti , Lodoix , dabit otia regn»,
Firmabit patrie, soboles pâtre digna salut em*
Jam data frogenies , tdtro cui régna coronas
Ëxtera submittant , qaam G alliea sceptra ma
rierent y -
Masctila fimineìs manions fi Galìia tangì
Sceptra superba finat, Tripljces , tria fidera
natt,
Sunt decus imperiï; solii sed déficit h&ret y.
Aime Deus > gentis spesdeficit : Annue votis }»
Annue regali puerum de sanguine isurgat
Auguftus prinetps ,-populo qui jura ■volenti
Dividat , ér patrittm tra&et non degener enfitm
Ac nevus txoritur fer rum , per oppida plaît*
fus:
Jngeminanf Utt Regalia nomina votes»
Scilicet optati partús rumore secundo ,
tama volant late populos afflavit ovantes*
flaudite , felicès, securi plaudite Galli :'
Farta quies vobis ; veftros quoque Uta nepotes
Sida manet. Solio fedent , uternumaue jedebit
jHclyt* Borbohi»U« proies / qui rìafcitur
Boa.-
FEVRTER. 1750: &f
éoRBONiUS , fuccedet Avis : natalia monflrant
Tempora quantus erit : fofitis concordia beSis
uíptavit placidum tantis natalibus orbem.
Trincipis ad cunas concors Europa volavit
Arma, fimnl, bellique minas pofitura ; Quiefcitï
Arbiter eft, Lodoix , DelphinTJS foederis Obseli
Cresce , Puer; tibi s&cla fittant felicia ; Regum
Cum Lodoix dicetttr Avus , RegHmque Ma
ria.
Filin, Sponfa , Parena Pat rit. die arts Amore s,
da mois de Décembre dernier , on lut
selon la- coutume, dans l'AíTemblée du-
Palinod, les Pieces de Poésie qui avoient
été envoyées de çûfserens eàdroits ^fa^iè
ft à MERClTRE DE FRÀNCÊ.
ìt Prix Académique avoit été adjugé a
M. de Becthomas , fils de M. Bois-le-
Vicomte , Conseiller au Parlement , Autheur
de la Piece que voici, au sujet de
ht Naissance du D ab p h in.
*>
yivite ffelices , securi vivite Galli't
Dttlcì* florenti , Lodoix , dabit otia regn»,
Firmabit patrie, soboles pâtre digna salut em*
Jam data frogenies , tdtro cui régna coronas
Ëxtera submittant , qaam G alliea sceptra ma
rierent y -
Masctila fimineìs manions fi Galìia tangì
Sceptra superba finat, Tripljces , tria fidera
natt,
Sunt decus imperiï; solii sed déficit h&ret y.
Aime Deus > gentis spesdeficit : Annue votis }»
Annue regali puerum de sanguine isurgat
Auguftus prinetps ,-populo qui jura ■volenti
Dividat , ér patrittm tra&et non degener enfitm
Ac nevus txoritur fer rum , per oppida plaît*
fus:
Jngeminanf Utt Regalia nomina votes»
Scilicet optati partús rumore secundo ,
tama volant late populos afflavit ovantes*
flaudite , felicès, securi plaudite Galli :'
Farta quies vobis ; veftros quoque Uta nepotes
Sida manet. Solio fedent , uternumaue jedebit
jHclyt* Borbohi»U« proies / qui rìafcitur
Boa.-
FEVRTER. 1750: &f
éoRBONiUS , fuccedet Avis : natalia monflrant
Tempora quantus erit : fofitis concordia beSis
uíptavit placidum tantis natalibus orbem.
Trincipis ad cunas concors Europa volavit
Arma, fimnl, bellique minas pofitura ; Quiefcitï
Arbiter eft, Lodoix , DelphinTJS foederis Obseli
Cresce , Puer; tibi s&cla fittant felicia ; Regum
Cum Lodoix dicetttr Avus , RegHmque Ma
ria.
Filin, Sponfa , Parena Pat rit. die arts Amore s,
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Résumé : Prix donné au Palinod de Roüen. [titre d'après la table]
En décembre précédent, un événement académique a eu lieu à Rouen lors de la lecture des pièces de poésie à l'Assemblée du Palais. Un prix académique a été décerné à M. de Becthomas, fils de M. Bois-le-Vicomte, Conseiller au Parlement. La pièce primée célèbre la naissance du Dauphin. Le poème exprime des vœux de bonheur et de sécurité pour la France sous le règne de Louis, espérant la consolidation de la patrie et la continuité de la lignée royale. Il mentionne la fin des menaces féminines et la stabilité des trois sceptres, symbolisant la puissance impériale. Le texte se conclut par des vœux pour la prospérité et la paix, espérant que le Dauphin grandira pour devenir un prince auguste et juste, apportant bonheur et stabilité au peuple.
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675
p. 363-365
EXTRAIT du Discours que lût M. l'Abbé Souchay, à l'Assemblée publique de l'Academie Royale des Belles-Lettres, le mardi 15. Novembre de l'année derniere.
Début :
Monsieur l'Abbé Souchay s'étant proposé de faire un parallele de [...]
Mots clefs :
Ovide, Règles, Académie des belles-lettres, Parallèle, Poésie
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Discours que lût M. l'Abbé Souchay, à l'Assemblée publique de l'Academie Royale des Belles-Lettres, le mardi 15. Novembre de l'année derniere.
JÊ XTRAtT da ttifeouri que lût M*
VAbbé Souchay , a FAssemblée publi
que de l' Académie Royale des Bellesm
Lettres , le mardi 1 5. Novembre d§
Vannée derniere* ,
TLyT Onííenr í'Abbc Soucnay s'c'tané
XVJL proposé de faire un parallèle de
Tibulle , de Properce , 8c d'Ovide , trois
Poètes Latins qui se íont distingués dans
Je genre Elegiaque , il commença par ex
poser les divers jugemens que l'on a por
tés fur le mérite de ces Auteurs , les uns
donnant la préférence à Tibulle , d'autres
à Properce y & le grand nombre des Mo
dernes la donnant à Ovide.
L'Auteur , avant que d'examiner qui la
mente , établit en peu de mots la règle
4ç comparaison dont il doit se servir. Cet
te
fé4 MERCtfRE DE FRÁHÒÈ:
íe règle est , que tout .genre de Poésie est
nne imitation , mais une forte d'imitation
qui, pour être parfaite , doit exciter dans
í'inagination les mêmes mouvemens qu'y
exciteraient les objets réels , & produire
les mêmes effets que produiroit la vérité
íte ce principí. M. l'Abbé Souchay tire?'
plusieurs conséquences , celle-ci entre-au
tres : Qu'il faût que les images qu'em-
|?loye la Poésie , soient vives & naturelles*
roút ensemble ; parce que si ks imageS
ft'exprimoienf pas la nature , I'esprit s'apìpercevroit
aise'ment de la fiction , &c que'
fi elles étoient foib'îés', I'esprit ne se prê
te roir point à 'cette mém-e fìctiòft. "" * *
*~ L*/Suteaf -•appíiquc' etisuite terre règle
auxtrois Poètes dont it est cjuc'ftíon. í/oii
íl résulte, /eloil Uri, que le? images de
^r'o'p'ercè ni celles d'Ovide n'exprímeBt
point h narufe , quoiqu'il convienne qtie
îroperce s'en éloigne moins qu'Ovide,
qui est presque toujours fardé 5 & far ce
la il entre dans des détails dans lesquels
nous né pouvons le suivre ici. Il Dancher
:donc vers Tíbqlle , qu'il croît être le
seul qur ait connu le vrai caractère de
FËtegie. » Çe désordre ingénieux, (c'est
jj.l'Auteur qui parle ) qui est corrrrhe l'arrre
Ji de la Poésie Elegîaque, parce qu'il est
w si conforme à ía nature ; il a fçû le jettet
Mí áansses Êlcjiesi On drroìt qu'elles font
» uniquement
FÉVRIER. 173a. íí§
55 iniquement le fruic de la passion. Les'
5? différentes parties qui les composent ,
r> dc'sunies , séparées , íemblent ne former
»que des tours irreguliers. Un écart el|
» suivi d'un nouvel écart , une digression
« attire une autre digression. Mais le dé-
» sordre qui règne dans ces mêmes Ele-
»gies , n'eff.-il pas un tour secret qui en'
» lie le deslein , & quf leur donne toute
>>la justesse &c toute la régularité dont elles1
>> étoient susceptibles.
. L'Auteur , après s'être eomme déclare
cn faveur de Tibulie , appuyé ion senti
ssent de celui de Quiutilieii , Si des deux
Seneques parmi les Anciens, & parmi lejÇ.
jpitri>es de cei;x de Parru & de Grayina
: «quoiqu'au fend y dit il., Ces tés
j>moignages ne prouvent rien par eiix^
» mêmes , contraires ou favorables , a
» moins qu'ils ne soient précédés d'un
5? exameo sérieux , & qu'ils ne soient ap*
»_puye'ssur de solides raisonnemens.
VAbbé Souchay , a FAssemblée publi
que de l' Académie Royale des Bellesm
Lettres , le mardi 1 5. Novembre d§
Vannée derniere* ,
TLyT Onííenr í'Abbc Soucnay s'c'tané
XVJL proposé de faire un parallèle de
Tibulle , de Properce , 8c d'Ovide , trois
Poètes Latins qui se íont distingués dans
Je genre Elegiaque , il commença par ex
poser les divers jugemens que l'on a por
tés fur le mérite de ces Auteurs , les uns
donnant la préférence à Tibulle , d'autres
à Properce y & le grand nombre des Mo
dernes la donnant à Ovide.
L'Auteur , avant que d'examiner qui la
mente , établit en peu de mots la règle
4ç comparaison dont il doit se servir. Cet
te
fé4 MERCtfRE DE FRÁHÒÈ:
íe règle est , que tout .genre de Poésie est
nne imitation , mais une forte d'imitation
qui, pour être parfaite , doit exciter dans
í'inagination les mêmes mouvemens qu'y
exciteraient les objets réels , & produire
les mêmes effets que produiroit la vérité
íte ce principí. M. l'Abbé Souchay tire?'
plusieurs conséquences , celle-ci entre-au
tres : Qu'il faût que les images qu'em-
|?loye la Poésie , soient vives & naturelles*
roút ensemble ; parce que si ks imageS
ft'exprimoienf pas la nature , I'esprit s'apìpercevroit
aise'ment de la fiction , &c que'
fi elles étoient foib'îés', I'esprit ne se prê
te roir point à 'cette mém-e fìctiòft. "" * *
*~ L*/Suteaf -•appíiquc' etisuite terre règle
auxtrois Poètes dont it est cjuc'ftíon. í/oii
íl résulte, /eloil Uri, que le? images de
^r'o'p'ercè ni celles d'Ovide n'exprímeBt
point h narufe , quoiqu'il convienne qtie
îroperce s'en éloigne moins qu'Ovide,
qui est presque toujours fardé 5 & far ce
la il entre dans des détails dans lesquels
nous né pouvons le suivre ici. Il Dancher
:donc vers Tíbqlle , qu'il croît être le
seul qur ait connu le vrai caractère de
FËtegie. » Çe désordre ingénieux, (c'est
jj.l'Auteur qui parle ) qui est corrrrhe l'arrre
Ji de la Poésie Elegîaque, parce qu'il est
w si conforme à ía nature ; il a fçû le jettet
Mí áansses Êlcjiesi On drroìt qu'elles font
» uniquement
FÉVRIER. 173a. íí§
55 iniquement le fruic de la passion. Les'
5? différentes parties qui les composent ,
r> dc'sunies , séparées , íemblent ne former
»que des tours irreguliers. Un écart el|
» suivi d'un nouvel écart , une digression
« attire une autre digression. Mais le dé-
» sordre qui règne dans ces mêmes Ele-
»gies , n'eff.-il pas un tour secret qui en'
» lie le deslein , & quf leur donne toute
>>la justesse &c toute la régularité dont elles1
>> étoient susceptibles.
. L'Auteur , après s'être eomme déclare
cn faveur de Tibulie , appuyé ion senti
ssent de celui de Quiutilieii , Si des deux
Seneques parmi les Anciens, & parmi lejÇ.
jpitri>es de cei;x de Parru & de Grayina
: «quoiqu'au fend y dit il., Ces tés
j>moignages ne prouvent rien par eiix^
» mêmes , contraires ou favorables , a
» moins qu'ils ne soient précédés d'un
5? exameo sérieux , & qu'ils ne soient ap*
»_puye'ssur de solides raisonnemens.
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Résumé : EXTRAIT du Discours que lût M. l'Abbé Souchay, à l'Assemblée publique de l'Academie Royale des Belles-Lettres, le mardi 15. Novembre de l'année derniere.
L'abbé Souchay a comparé Tibulle, Properce et Ovide, trois poètes latins élégiaques, lors d'une assemblée de l'Académie Royale des Belles-Lettres le 15 novembre précédent. Il a noté que les avis divergeaient, certains préférant Tibulle, d'autres Properce, et la majorité des modernes favorisant Ovide. Souchay a défini la poésie comme une imitation visant à stimuler l'imagination de manière naturelle et vive. Selon lui, les images de Properce et d'Ovide ne reflètent pas suffisamment la nature, bien que Properce s'en rapproche plus qu'Ovide. Il a donc privilégié Tibulle, estimant que ce dernier incarnait mieux l'élégie. Tibulle a su créer un désordre ingénieux conforme à la nature, rendant ses élégies authentiques et passionnées. Ses œuvres, bien que désordonnées, forment un ensemble cohérent. Souchay a appuyé son jugement sur les avis de Quintilien, Sénèque, Parrhasius et Graynius, tout en insistant sur la nécessité d'un examen sérieux et de raisonnements solides.
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676
p. 369-370
« La jeune Dlle Dangeville, qui a continué de paroître avec avantage sur [...] »
Début :
La jeune Dlle Dangeville, qui a continué de paroître avec avantage sur [...]
Mots clefs :
Mlle Dangeville, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La jeune Dlle Dangeville, qui a continué de paroître avec avantage sur [...] »
LA jeune D"e Dangeville, qui a con?'
cinué de paroîrre avec avantage fur
le Ttowatre François , dans les Rôles de
Suivantes Comiques , joua celui de la-
Comédie du Florentin le 5. de ce mois,
avec un applaudiísement universel , le 7.
celui de Laurette, dans la Comédie de
la Mere Coquette , avec le même succès „
& le 9. la Suivante encore , dans les Fo
ies Amoureuses , avec toute la vivacité»
les grâces, la justesse & la légèreté ima
ginable. Elle est assez grande pour son
âge, avec la taille admirable, bon air,
marchant bien , la parole , le geste aisé,
le visage agréable , & quelque chose de
fin & de picquant dans la philïonomie
dans les manières.
; La D"c Dangeville a jolie depuis trois
autres Rôles , qui lui ont fait beaucoup
4'honnçur, & .qui ont unanimement con-
* " fr1"!
;3>o -MERCURE DE FRANCE,
jfirmé dans la boqnc opinion qu'on avoit
d'elle & dé ses talcns. La Suivante , dans
ia Comédie d' Esope à la Fille , celui de
Túnette , .dans le Malade Imaginaire , Sf.
Jjifette , dans la petite Comédie de la Sé
rénade , ce qui a fait dire à tout le monde
<juc cette jeune personne commence com
me les meilleurs Comédiens ont fini.
cinué de paroîrre avec avantage fur
le Ttowatre François , dans les Rôles de
Suivantes Comiques , joua celui de la-
Comédie du Florentin le 5. de ce mois,
avec un applaudiísement universel , le 7.
celui de Laurette, dans la Comédie de
la Mere Coquette , avec le même succès „
& le 9. la Suivante encore , dans les Fo
ies Amoureuses , avec toute la vivacité»
les grâces, la justesse & la légèreté ima
ginable. Elle est assez grande pour son
âge, avec la taille admirable, bon air,
marchant bien , la parole , le geste aisé,
le visage agréable , & quelque chose de
fin & de picquant dans la philïonomie
dans les manières.
; La D"c Dangeville a jolie depuis trois
autres Rôles , qui lui ont fait beaucoup
4'honnçur, & .qui ont unanimement con-
* " fr1"!
;3>o -MERCURE DE FRANCE,
jfirmé dans la boqnc opinion qu'on avoit
d'elle & dé ses talcns. La Suivante , dans
ia Comédie d' Esope à la Fille , celui de
Túnette , .dans le Malade Imaginaire , Sf.
Jjifette , dans la petite Comédie de la Sé
rénade , ce qui a fait dire à tout le monde
<juc cette jeune personne commence com
me les meilleurs Comédiens ont fini.
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Résumé : « La jeune Dlle Dangeville, qui a continué de paroître avec avantage sur [...] »
La jeune Demoiselle Dangeville a récemment brillé sur le Théâtre Français en interprétant plusieurs rôles avec succès. Le 5 du mois, elle a joué dans 'La Comédie du Florentin' et a reçu des applaudissements universels. Le 7, elle a incarné Laurette dans 'La Mère Coquette', et le 9, elle a interprété un rôle dans 'Les Folles Amoureuses', démontrant vivacité, grâce, justesse et légèreté. Physiquement, elle est de taille convenable pour son âge, avec une silhouette admirable, une bonne allure, une démarche assurée, une parole et des gestes aisés, un visage agréable, et une expression fine et piquante. Depuis, elle a joué trois autres rôles qui lui ont valu beaucoup d'honneur et ont confirmé l'opinion favorable sur ses talents. Elle a interprété La Suivante dans 'Esope à la Ville', Tunette dans 'Le Malade Imaginaire', et Javotte dans 'La Sérénade', ce qui a conduit à des éloges, soulignant qu'elle commence sa carrière comme les meilleurs comédiens l'ont terminée.
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677
p. 370
Tragédie nouvelle de Calistene, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedi 18. de ce mois, les Comediens François donnerent la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Tragédie, Callisthène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragédie nouvelle de Calistene, [titre d'après la table]
Lé Samedi 1 8. de ce mois , les Come»
4iens François donnèrent la première re
présentation de la Tragédie nouvelle de
Callystene , à une .des plus nombreuses
Assemblées qu'on ait vu de long rfmps.
Elle fut fort applaudie & fott critiquée.
A la seconde représentation , donnée le
fur-lendemain , ou a beaucoup moins
.censuré que loué , & les meilleurs con
naisseurs ont trouvé dans ce Poème de<
bcautez comparables à ce que nos pluí
grands Poètes ont fait de plus beau. Nous
en parlerons plus au long.
4iens François donnèrent la première re
présentation de la Tragédie nouvelle de
Callystene , à une .des plus nombreuses
Assemblées qu'on ait vu de long rfmps.
Elle fut fort applaudie & fott critiquée.
A la seconde représentation , donnée le
fur-lendemain , ou a beaucoup moins
.censuré que loué , & les meilleurs con
naisseurs ont trouvé dans ce Poème de<
bcautez comparables à ce que nos pluí
grands Poètes ont fait de plus beau. Nous
en parlerons plus au long.
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Résumé : Tragédie nouvelle de Calistene, [titre d'après la table]
Le 18 du mois, les Comédiens Français ont présenté la tragédie 'Callystène'. La première représentation a été très applaudie mais aussi critiquée. Le lendemain, l'œuvre a été davantage louée. Les experts y ont trouvé des beautés comparables aux plus grandes réalisations poétiques. Un commentaire détaillé suivra.
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678
p. 370-371
« Le 5. les Comediens Italiens remirent au Théatre l'Italien Marié à Paris, Piece [...] »
Début :
Le 5. les Comediens Italiens remirent au Théatre l'Italien Marié à Paris, Piece [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 5. les Comediens Italiens remirent au Théatre l'Italien Marié à Paris, Piece [...] »
Le 5. les Comédiens Italiens remirent
du Théâtre {'Italien Marie' a d'ans , Piece
-, Françoise ,en cinq Actes , avec des agré"-
Jnens , de la composition du sieur Lelic.
Elle fut donnée dans fa nouveauté ea
Ïji6. Elle étoit pour lors en Italien:
l'Auteur, qui y joiioit le principal Rôle ,
la donna en François au mois de Novem
bre
FEVRIER. 17? o..' J7 r
t>re i 7 2 8 . Le sieur Paghety a joíié celui
du sieuc LeRo à cette derniere reprise , &c
a rempli le caractère de Jaloux, sur le
quel roule toute la Piece. On en peut
yoir le Sujet 8c ('Extrait dans le premier
-yolume de Décembre 17:8.
Le 6. les mêmes Comédiens jouèrent
Arlequin Mut t par crainte , Comédie Ita
lienne , en trois Actes , du mime Auteur
de Y Italien Marié a Paris. M. le Duc
de Lorraine honora cette Piece. de fa pré
sence , & parut y prendre beaucoup de
plaisir , surtout par le Rôle d'Arlequin,
qui a presque tout le jeu de la Piece. On
joiïa ensuite la' petite Piece du Retour de
Tendress ,,quí ne fit pas moins de plaisir
à la nombreuse Assemblée qu'il y eut cc
jour-là à l'Hòtel de Bourgogne.
du Théâtre {'Italien Marie' a d'ans , Piece
-, Françoise ,en cinq Actes , avec des agré"-
Jnens , de la composition du sieur Lelic.
Elle fut donnée dans fa nouveauté ea
Ïji6. Elle étoit pour lors en Italien:
l'Auteur, qui y joiioit le principal Rôle ,
la donna en François au mois de Novem
bre
FEVRIER. 17? o..' J7 r
t>re i 7 2 8 . Le sieur Paghety a joíié celui
du sieuc LeRo à cette derniere reprise , &c
a rempli le caractère de Jaloux, sur le
quel roule toute la Piece. On en peut
yoir le Sujet 8c ('Extrait dans le premier
-yolume de Décembre 17:8.
Le 6. les mêmes Comédiens jouèrent
Arlequin Mut t par crainte , Comédie Ita
lienne , en trois Actes , du mime Auteur
de Y Italien Marié a Paris. M. le Duc
de Lorraine honora cette Piece. de fa pré
sence , & parut y prendre beaucoup de
plaisir , surtout par le Rôle d'Arlequin,
qui a presque tout le jeu de la Piece. On
joiïa ensuite la' petite Piece du Retour de
Tendress ,,quí ne fit pas moins de plaisir
à la nombreuse Assemblée qu'il y eut cc
jour-là à l'Hòtel de Bourgogne.
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Résumé : « Le 5. les Comediens Italiens remirent au Théatre l'Italien Marié à Paris, Piece [...] »
Le 5 février 1728, les Comédiens Italiens ont présenté la pièce 'Françoise' en cinq actes, avec des agréments composés par le sieur Lelic. Initialement en italien, la pièce a été traduite en français en novembre. Lors de la dernière représentation, le sieur Paghety a interprété le rôle du jaloux, personnage central. Un sujet et un extrait de cette pièce sont disponibles dans le premier volume de décembre 1728. Le 6 février, les mêmes comédiens ont joué 'Arlequin Mut par crainte', une comédie italienne en trois actes du même auteur, en présence du Duc de Lorraine, qui a apprécié le rôle d'Arlequin. Ensuite, la pièce 'Le Retour de Tendresse' a été jouée à l'Hôtel de Bourgogne, suscitant beaucoup de plaisir parmi l'assemblée nombreuse présente.
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679
p. 371-373
Le malade par complaisance, [titre d'après la table]
Début :
Le 3. de ce mois, l'ouverture de la Foire S. Germain fut faite par le Lieutenant [...]
Mots clefs :
Foire Saint-Germain, Pierrot, Malade par complaisance
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texteReconnaissance textuelle : Le malade par complaisance, [titre d'après la table]
Le 3. de ce mois , l'ouverture de la
tFoire S. Germain fut faite par le Lieute
nant General de Police, en la manière ac
coutumée. Le même jour l'Opera Comi
que, qui est toujours danslaruë deBussy,
& disposé plus commodément que Tannée
passé, a ouvert son Théâtre par la pre*-
miere Représentation du Malade par
complaisance , Piece en trois Actes, ornée
de Divertissemens. Le fond de cette Piece
est tout-à-fait Comique; en-voici le sujet,
£erf»^rf,Officier,aïnoureux d'une jeune
;H per-sonne
372 MËRCURÊ DE FRANCE.
personne qu'il ne connoît pas , en fait
(Confidence à Pierrot , son Valet. Dans' lé
temps qu'ils concertent les moyens d'enirec
dans le Château, résidence de laBellej
jl en fort un Paysan qu'ils interrogent &
jqui dans le fil de fa conversation rustique,
|eur apprend qu'il y a une certaine Gou
vernante des filles du Seigneur du Vil
lage , de qui le tic est de traiter des mala
des, & qu'il íçair par expérience comme
elle les mitonne. Aussi-toc Leandre propose
à Pierrot de contrefaire le malade ;
& pour l'engager à accepter ce rôle-là,
il lui fait une peinture délicieuse des foinç
qu'on aura pour lui & des bons morceaux
<m'on lui servira. Pierrot , frappé d'une
idée gourmande , accepte sur le champ Iè
parti proposé , & feint un mal de pied
ttès-douloureux , fans en prévoir la con
séquence. Il est reçu comme goûteux dani
le Château, & en cette qualité condamne
à Peau & à une scrupuleuse abstinence par
la rigide Gouvernante qui s'intéresse d'a
bord à fa santé. Cette situation triste pour
un Valet doué d'un grand apétit , produit
plusieurs Scènes divertissantes dans he
cours de la Piece. Il y a dans un des Actes
un Divertissement d'Enthumez qui im
plorent le secours d'un Operateur. Le
Rhume universel qui a régné cet hyver
dans Paris, a rendu cette maladie un Vau -
deville.
FEVRIER, in». 11%
jâevillc. Voici les Couplets de ce Diver
tissement , dont les paroles font de M. Panart,
& la Musique de M. Gilliers, aussibien
que celle de tous les Divertiflemensv
Le Duc de Lorraine , accompagne de
plusieurs Seigneurs de la Cour ôc d'autres
•personnes de considération , honora ce
Spectacle de fa présence , auquel on ajoû-
,ta leDivertiffement de l' Impromptu duPont
Neuf, qui avoit été joué à la derniere
Foire S. Laurent avec beaucoup de succès;
pn y dansa aussi plusieurs Entrées de Cai»
íactercs , dont ce Prince parut satisfait..
tFoire S. Germain fut faite par le Lieute
nant General de Police, en la manière ac
coutumée. Le même jour l'Opera Comi
que, qui est toujours danslaruë deBussy,
& disposé plus commodément que Tannée
passé, a ouvert son Théâtre par la pre*-
miere Représentation du Malade par
complaisance , Piece en trois Actes, ornée
de Divertissemens. Le fond de cette Piece
est tout-à-fait Comique; en-voici le sujet,
£erf»^rf,Officier,aïnoureux d'une jeune
;H per-sonne
372 MËRCURÊ DE FRANCE.
personne qu'il ne connoît pas , en fait
(Confidence à Pierrot , son Valet. Dans' lé
temps qu'ils concertent les moyens d'enirec
dans le Château, résidence de laBellej
jl en fort un Paysan qu'ils interrogent &
jqui dans le fil de fa conversation rustique,
|eur apprend qu'il y a une certaine Gou
vernante des filles du Seigneur du Vil
lage , de qui le tic est de traiter des mala
des, & qu'il íçair par expérience comme
elle les mitonne. Aussi-toc Leandre propose
à Pierrot de contrefaire le malade ;
& pour l'engager à accepter ce rôle-là,
il lui fait une peinture délicieuse des foinç
qu'on aura pour lui & des bons morceaux
<m'on lui servira. Pierrot , frappé d'une
idée gourmande , accepte sur le champ Iè
parti proposé , & feint un mal de pied
ttès-douloureux , fans en prévoir la con
séquence. Il est reçu comme goûteux dani
le Château, & en cette qualité condamne
à Peau & à une scrupuleuse abstinence par
la rigide Gouvernante qui s'intéresse d'a
bord à fa santé. Cette situation triste pour
un Valet doué d'un grand apétit , produit
plusieurs Scènes divertissantes dans he
cours de la Piece. Il y a dans un des Actes
un Divertissement d'Enthumez qui im
plorent le secours d'un Operateur. Le
Rhume universel qui a régné cet hyver
dans Paris, a rendu cette maladie un Vau -
deville.
FEVRIER, in». 11%
jâevillc. Voici les Couplets de ce Diver
tissement , dont les paroles font de M. Panart,
& la Musique de M. Gilliers, aussibien
que celle de tous les Divertiflemensv
Le Duc de Lorraine , accompagne de
plusieurs Seigneurs de la Cour ôc d'autres
•personnes de considération , honora ce
Spectacle de fa présence , auquel on ajoû-
,ta leDivertiffement de l' Impromptu duPont
Neuf, qui avoit été joué à la derniere
Foire S. Laurent avec beaucoup de succès;
pn y dansa aussi plusieurs Entrées de Cai»
íactercs , dont ce Prince parut satisfait..
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Résumé : Le malade par complaisance, [titre d'après la table]
Le 3 février, la Foire Saint-Germain a été inaugurée par le Lieutenant Général de Police. Le même jour, l'Opéra Comique a ouvert sa saison avec la pièce 'Le Malade par complaisance', une comédie en trois actes. L'intrigue suit Leandre, un officier amoureux d'une jeune femme inconnue, qui demande à son valet Pierrot de l'aider à entrer dans le château où elle réside. Ils interrogent un paysan qui leur parle d'une gouvernante réputée pour soigner les malades. Leandre suggère à Pierrot de se faire passer pour un malade. Pierrot accepte et simule un mal de pied, ce qui lui permet d'être accueilli au château mais soumis à un régime strict. Cette situation génère plusieurs scènes comiques. La pièce inclut également un divertissement sur les enrhumés, une maladie courante à Paris cet hiver. Le Duc de Lorraine et plusieurs personnalités ont assisté à la représentation, qui comprenait aussi l''Impromptu du Pont Neuf' et des danses de caractère.
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680
p. 374-376
« Le 18. l'Opera Comique donna la premiere Représentation de la Reine de Barostan [...] »
Début :
Le 18. l'Opera Comique donna la premiere Représentation de la Reine de Barostan [...]
Mots clefs :
Théâtre, Opéra, Musique
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texteReconnaissance textuelle : « Le 18. l'Opera Comique donna la premiere Représentation de la Reine de Barostan [...] »
Le i 8. l'Opera Comique donna la pre
mière Représentation de la Reine de Barostan
, Pie'ce nouvelle Héroïque , en un
FEVRIER; ï7?o: 37*
Acte, suivie d'une autre petite Píéce dl'un
Acte , qui a pour titre les Couplets dei
Vaudevilles en procès , avec un Prologue
qui précède ces deux Pieces , lesquelleá
Ont été reçues très-favofablement du Pu
blic. On en parlera plus au long.
Le 19. l'Acadéniíe Royale de Musiqué
donna la derniere Représentation de Thefée
, 8c le zj. on remit au Théâtre l'Qpera
de Telemaque ou Calypso , donne
dans sa nouveauté en ftovembré 17 14.
qui n'avoic point été repris depuis fi
nouveauté , & que le Public sòuhaitoic
revoir. Il a marqué sa satisfaction par
beaucoup d'applaudissèmens. On en par-*
lera plus au long le mois prochain.
Le Lundi 8c le Mardi gras , on donna
fur le même Théâtre un Divertissement
très-convenable pour finir le Carnaval,
composé du Prologue du Ballet des
Amours de Mars & de Ftrins , mis en
Musique par M. Campra , de la Paftofale
Héroïque 3 chantée à la Fête des
Ambassadeurs d'Espagne , & des deux
Divertiffemens de Pourceaugnac & de
Carifelly , mis en Musique par M. de
Lully. Le Sr Tribou joua dans ces deux
dernieres Piéces le principal Rôle d'une
manière tout à fait comique , & rrès-eonvenable
au íujet ; il fut généralement
H iij ap-.
jfi MÊfcOtfRE DÉ FRANCÉ.
applaudi. Les Dlles Camargo , Sali» Sc
W ariette se sont aussi signale'es par les
différentes Entrées qu'elles ont dansé.
On apprend de Bruxelles que l'Opera
Italien à? A uale qu'on y représenta le ç.
de ce mois pour la première fois , eut
beaucoup de succès, ainsi que celui de
Jules Ccfas, qu'on représenta à Londres à'
peu près dans le meme-tems.
Le 30. Janvier au soir , le Cardinal
Ottoboni fit faire sur le Théâtre de la
Chancellerie à Rome , une Répétition
generale du nouvel Opsra de Constantin
le Grand , qui fut généralement applaudi»
Deux Opéra nouveaux ont été donnex
depuis peu à Venise , sur les Théâtres de
S. Ange & de S. Moyse ; ils font intitul
iez Hélène & les Stratagèmes amoureux.
mière Représentation de la Reine de Barostan
, Pie'ce nouvelle Héroïque , en un
FEVRIER; ï7?o: 37*
Acte, suivie d'une autre petite Píéce dl'un
Acte , qui a pour titre les Couplets dei
Vaudevilles en procès , avec un Prologue
qui précède ces deux Pieces , lesquelleá
Ont été reçues très-favofablement du Pu
blic. On en parlera plus au long.
Le 19. l'Acadéniíe Royale de Musiqué
donna la derniere Représentation de Thefée
, 8c le zj. on remit au Théâtre l'Qpera
de Telemaque ou Calypso , donne
dans sa nouveauté en ftovembré 17 14.
qui n'avoic point été repris depuis fi
nouveauté , & que le Public sòuhaitoic
revoir. Il a marqué sa satisfaction par
beaucoup d'applaudissèmens. On en par-*
lera plus au long le mois prochain.
Le Lundi 8c le Mardi gras , on donna
fur le même Théâtre un Divertissement
très-convenable pour finir le Carnaval,
composé du Prologue du Ballet des
Amours de Mars & de Ftrins , mis en
Musique par M. Campra , de la Paftofale
Héroïque 3 chantée à la Fête des
Ambassadeurs d'Espagne , & des deux
Divertiffemens de Pourceaugnac & de
Carifelly , mis en Musique par M. de
Lully. Le Sr Tribou joua dans ces deux
dernieres Piéces le principal Rôle d'une
manière tout à fait comique , & rrès-eonvenable
au íujet ; il fut généralement
H iij ap-.
jfi MÊfcOtfRE DÉ FRANCÉ.
applaudi. Les Dlles Camargo , Sali» Sc
W ariette se sont aussi signale'es par les
différentes Entrées qu'elles ont dansé.
On apprend de Bruxelles que l'Opera
Italien à? A uale qu'on y représenta le ç.
de ce mois pour la première fois , eut
beaucoup de succès, ainsi que celui de
Jules Ccfas, qu'on représenta à Londres à'
peu près dans le meme-tems.
Le 30. Janvier au soir , le Cardinal
Ottoboni fit faire sur le Théâtre de la
Chancellerie à Rome , une Répétition
generale du nouvel Opsra de Constantin
le Grand , qui fut généralement applaudi»
Deux Opéra nouveaux ont été donnex
depuis peu à Venise , sur les Théâtres de
S. Ange & de S. Moyse ; ils font intitul
iez Hélène & les Stratagèmes amoureux.
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Résumé : « Le 18. l'Opera Comique donna la premiere Représentation de la Reine de Barostan [...] »
En février 1770, plusieurs événements marquants ont eu lieu dans le monde de l'opéra. Le 8 février, l'Opéra Comique a présenté 'La Reine de Barostan' et 'Les Couplets des Vaudevilles en procès', tous deux bien accueillis par le public. Le 19 février, l'Académie Royale de Musique a donné la dernière représentation de 'Thésée'. Le 21 février, 'Télémaque ou Calypso' a été repris avec succès. Lors du lundi et mardi gras, un divertissement a inclus des extraits de 'Ballet des Amours de Mars et de Vénus', de la 'Pastorale héroïque' et des divertissements de 'Pourceaugnac' et 'Carifelly'. Le sieur Tribou, les demoiselles Camargo, Sallé et Wariette se sont distingués par leurs performances. À Bruxelles, 'Le Cid' a connu un succès notable. À Londres, 'Jules César' a également été acclamé. Le 30 janvier, le Cardinal Ottoboni a organisé une répétition générale de 'Constantin le Grand' à Rome. À Venise, deux nouveaux opéras, 'Hélène' et 'Les Stratagèmes amoureux', ont été présentés.
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681
p. 540-541
Essay sur la Critique, Poëme de M. Pope, &c. [titre d'après la table]
Début :
ESSAY SUR LA CRITIQUE, Poëme, traduit de l'Anglois de M. Pope, avec [...]
Mots clefs :
Critique, Poème
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essay sur la Critique, Poëme de M. Pope, &c. [titre d'après la table]
ESSAY SUR LA CRITIQUE , Poëme ,
traduit de l'Anglois de M. Pope , avec
un Difcours & des Remarques . A Paris ,
chez T. le Gras , la veuve Piffot , & Ph
N. Lottin , Imprimeur- Libraire , ruë faint
Jacques , à la Verité.
Cette Brochure , qui a paru au commencement
de Février & qui n'a que 140.
pages , a réuni en fa faveur tous les fuf
frages des Connoiffeurs . Le Difcours du
Traducteur eft regardé comme un des
plus judicieux Ouvrages de Critique qui
ait paru depuis long- temps . On y admire
fur tout le Parallele des Anglois & des
Italiens. L'efprit de moderation & de po
liteffe qui regne dans le Difcours , regne
auffi dans le Poëme . Veritablement
malgré tous fes efforts & toute fon
adreffe , le Traducteur n'a pû lui rendre
ce qui lui manque effentiellement , qui
eft l'ordre, mais cela n'empêche pas qu'il
ne
MARS. 1730. 541
ne fe faffe lire avec avidité. Les pentées
en font nobles & vives , les Vers pleins
de force & d'énergie , fans trop fentir
le travail ; & ce qui eft affez rare dans
les Poëtes , on ne s'apperçoit point que
le fens ni la conftruction y fouffrent jamais
de la contrainte de la Poëfie. Les
Remarques ne font pas la moindre partie
de cet Ouvrage ; & en general on
peut dire que l'Auteur y a attrapé ce juſte
milieu , qui conſiſte à être exact & corect
, fans être apprêté ni contraint , &
à plaire, fans paroître trop occupé du
foin de vouloir fe rendre agréable.
traduit de l'Anglois de M. Pope , avec
un Difcours & des Remarques . A Paris ,
chez T. le Gras , la veuve Piffot , & Ph
N. Lottin , Imprimeur- Libraire , ruë faint
Jacques , à la Verité.
Cette Brochure , qui a paru au commencement
de Février & qui n'a que 140.
pages , a réuni en fa faveur tous les fuf
frages des Connoiffeurs . Le Difcours du
Traducteur eft regardé comme un des
plus judicieux Ouvrages de Critique qui
ait paru depuis long- temps . On y admire
fur tout le Parallele des Anglois & des
Italiens. L'efprit de moderation & de po
liteffe qui regne dans le Difcours , regne
auffi dans le Poëme . Veritablement
malgré tous fes efforts & toute fon
adreffe , le Traducteur n'a pû lui rendre
ce qui lui manque effentiellement , qui
eft l'ordre, mais cela n'empêche pas qu'il
ne
MARS. 1730. 541
ne fe faffe lire avec avidité. Les pentées
en font nobles & vives , les Vers pleins
de force & d'énergie , fans trop fentir
le travail ; & ce qui eft affez rare dans
les Poëtes , on ne s'apperçoit point que
le fens ni la conftruction y fouffrent jamais
de la contrainte de la Poëfie. Les
Remarques ne font pas la moindre partie
de cet Ouvrage ; & en general on
peut dire que l'Auteur y a attrapé ce juſte
milieu , qui conſiſte à être exact & corect
, fans être apprêté ni contraint , &
à plaire, fans paroître trop occupé du
foin de vouloir fe rendre agréable.
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Résumé : Essay sur la Critique, Poëme de M. Pope, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Essai sur la Critique, Poème', traduction de l'anglais de M. Pope, a été publié à Paris au début du mois de février 1730. Cette brochure de 140 pages a été acclamée par les connaisseurs. Le discours du traducteur est considéré comme l'un des plus judicieux en matière de critique. Il compare les Anglais et les Italiens et se distingue par son esprit de modération et de politesse. Le poème, bien que désordonné, est apprécié pour ses pensées nobles et vives, ses vers énergiques et son absence de contrainte poétique. Les remarques ne constituent pas une partie essentielle de l'ouvrage. Globalement, l'auteur a réussi à trouver un équilibre entre exactitude et correction, sans être apprêté ni contraint, et à plaire sans chercher à être agréable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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682
p. 557-567
Les Vocations forcées. Piece d'un Acte, [titre d'après la table]
Début :
Le Père Porée, Jesuite, celebre Professeur de Rhétorique, fit representer le mois passé par [...]
Mots clefs :
Comédie latine, Homme, Enfant, Famille, Frère, Ciel, Magistrat, Coeur, Homme de robe, Les vocations forcées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Vocations forcées. Piece d'un Acte, [titre d'après la table]
E Père Porée , Jefuite , celebre Profeffeur de
Rhétorique , fit reprefenter le mois paffé par
les Rhétoriciens du College de Louis le Grand ,
une petite Piece Latine , d'un Acte , intitulée : les
Vocations forcées. Le deffein de l'Auteur a été
de faire voir qu'il eft d'une extrémne confequence
de laiffer à un jeune homme la liberté de fe choifir
le genre de vie auquel Dieu l'appelie , foit par
attrait , foit par raifon , ou plutôt par l'un &
Pautre tout à la fois.
PROA
158 MERCURE DE FRANCE.
+
PROLOGUE.
Le Ciel , en nous donnant la vie ,
Nous affervit aux mêmes lois ,
Mais pour le bien de la Patrie ,
Il nous forme à divers emplois.
L'un doit , à couvert des allarmes ,
Dicter les Arrêts de Thémis ;
L'autre , par la force des armes ,
Repouffer nos fiers ennemis .
Celui-ci , pour donner l'exemple ,
Revêtu d'un honneur facré ,
Doit faire réverer le Temple ,.
Où lui-même il eſt reveré.
Celui-là dans la folitude ,
Où l'Amour Divin la conduit ,
Doit mettre toute ſon étude ,
A fuir le monde qui le fuit.
En marquant ces routes diverſes ,
Le Ciel nous y veut faire entrer ,
Mais que nos volontez perverſes ,.
Font d'efforts pour nous égarer !
Nous entrons fouvent par caprice ,
Dans le chemin le plus battu ;
Et nous commençons par le vice ,.
Pour arriver à la vertu .
Souvent une force étrangère ,
Captive notre liberté ;
E
MARS.
1730. $59
Et l'on eft
par
le choix d'un Pere,
Ce qu'on n'auroit jamais été.
Encor fi ce choix étoit ſage ;
Mais , helas ! que confulte-t-on !
Le hazard , l'interêt , l'ufage ,
Et prefque jamais la raiſon.
En vain le Ciel & la Nature ,
Condamnent cet aveugle choix ;
En vain notre coeur en murmure
On n'en écoute point la voix .
Ainfi voit-on l'Enfant timide ,
Qui fur les lys devroit s'affeoir ,
Forcé par un ordre homicide ,
Porter la main à l'Encenſoir.
Ainfi l'on voit croupir fans gloire ,
Dans le crime ou dans le repos ,
Le Magiftrat que la victoire ,
Eût compté parmi fes Heros .
Ici,j'apperçois l'innocence .
Qu'on arrache aux facrez Autels ;
Et qu'une injufte violence ,
Immole à des Dieux criminels.
Là, je vois marcher la Victime,
Qu'on facrifie à l'interêt :
Une autorité légitime ,
Porte un illegitime Arrêt.
Peres cruels & parricides ,
Sufpendez un coupable effort
Songez que vous êtes nos guides ,
Nor
360 MERCURE DE FRANCE.
Non les maîtres de notre fort.
Vous pouvez nous montrer la route,
Où nous devons porter nos pas ;
La raifon veut qu'on vous écoute
Mais conduifez , ne forcez pás.
Un choix dont les périls extrêmes ,
Nous menacent bien plus que vous ;
Un choix qui fe fait
pour nous-mêmes
Ne doit pas fe faire fans nous.
Tels font les avis falutairės
Que nous allons donner ici.
Eft- ce à nous d'inftruire nos Peres
Ils s'inftruiront & nous auffi.
Noms & Perfonnages des Altars.
Thémifte , Homme de Robe. Claude Teffier.
Antinous , fils aîné de Thémifte. Emmanuel
de Duras.
Agathocle , fecond fils de Thémiste. Vincent.
Michel Magnons
Philocles , Officier , frere de Thémifte. Michel
Larcher.
Deuterophile , autre Homme de Robe. Jacques
Galland.
Théophile , fils de Deuterophile. Louis - Marie de
la Salle.
Théobule , faux Dévot & faux Sçavant. Eugene
Blondel d'Aubert.
André de Creil . Himaturgus , Tailleur.
Diaphanes , Valet de Thémiſte. Louis Déſpreménil.
Thémifte , ancien Magiftrat , a deux fils , Anfinous
MARS. 17307 561
tinous & Agathocle ; le premier eft de ces jeunes
gens qui à la vivacité de l'efprit , à la franchiſe
du coeur , à la nobleffe des fentimens & à l'aifance
des manieres , ne joignent que trop ordinairement
un fond de legereté , d'impétuofité ,
d'inapplication & d'opiniâtreté qui les rend en
nemis du travail & de la contrainte. Le fecond à
des moeurs plus douces , un naturel heureux , de
la pieté même & de la Religion , mais il appréhende
de s'engager dans un état qui demande
une vocation particuliere , & pour lequel il ne fe
fent aucun attrait . Le Pere cependant deſtine Antinous
à la Robe , quelqu'oppofée qu'elle foit à
fes penchants & à les qualitez naturelles. Il eft
Paîné , il faut qu'il entre dans la Magiftrature,
Agathocle fuivroit volontiers le Barreau & feroit
un fort bon Juge,le refpect au contraire dont il eft
penetré pour le facré Miniftere , lui en fait redouter
les faintes & pénibles fonctions. N'importe
, Thémifte ne confulte ni fon goût , ni fes
répugnances ; il eft cadet , il faut qu'il foit établi
dans l'Eglife. Leur fort eft ainfi reglé , de
Pavis d'un certain Théobule , homme adroit &
rufé , fourbe & impofteur , gagnant & imperieux
qui abufe de la confiance de Thémifte , & qui
fous le mafque d'une pieté apparente & d'un attachement
fimulé , cache la malice de l'ame la
plus baffe , la plus intereffée & la plus ambitieuſe.
Antinous & Agathocle , qui fçavent l'empire que
ce faux dévot a fur l'efprit de leur pere , ne peuvent
fe réfoudre à obéir dans fa perfonne à un
vifionnaire qu'ils déteftent. Ils ont recours à la
fageffe & à la tendreffe de leur oncle Philocles.
Ce brave Officier qui foutient dans toute la Piece
un caractere de probité , d'honneur & de zele
auquel l'Affemblée a donné de frequents applau
diffements , combat les préjugez de ſon frere fur
la
662 MERCURE DE FRANCE.
la deſtination de fes neveux. Thémiſte ſe récrie
d'abord à l'impieté , à la rebellion & au defordre;
il en appelle à la Nature , à la raiſon & à l'uſage.
Philocles a beau lui repréfenter que la Nature
defavouë , que la raifon condamne & que l'ufage
ne juftifie point le pere qui facrifie le bonheur de
fon fils à la cupidité ou à l'ambition ; que le
meilleur fujet devient fouvent dans une vocation
forcée , inutile à l'Etat & plus fouvent encore
à fa famille qu'il deshonore : le bon vieillard prévenu
& féduit , ne conçoit pas comment dans
une famille Patricienne l'aîné des enfans n'appartient
pas de droit naturel à la Robbe & le
cadet au Sacerdoce. Philocles en le quittant déplore
fon aveugle entêtement , & tâche de lui
infpirer quelque défiance fur la vertu , la droiture
& la doctrine prétenduë celeſte de fon Confident.
D
Théobule arrive dans ce moment & d'un coup
d'oeil jetté amoureufement vers le Ciel , accompagné
d'un foupir dévotement ménagé , il détruit
tout ce que Philocles à pú avancer ; puis prenant
un ton fententieux & emphatique : Le Ciel , dit-il
à Thémiftes , exige de vous en cette occafion
un coup d'autorité. Vous êtes pere , il est vrai ,
quand vos enfans font foumis à vos volontez
mais quand ils fe départent du respect & de
Fobéiffance , vous devez agir en maître & en
fouverain.Le Magiftrat pouffé par les fuggeſtions
de cet homme frauduleux , fait comparoître devant
lui Antinous . & Agathocles. Il dit à l'Aîné
qu'il veut & prétend qu'il foit homme de Robe
& déclare au cadet qu'il va inceffamment le confacrer
au fervice des Autels. Les deux freres font
confternez , & paroiffent comme frappez de la
foudre. L'aîné parle ferme & refifte. Le cadet
fond en larmes , & reprefente. Tous deux , après
Pavoir affuré du refpect infini qu'ils ont pour les
$
ordres
MARS. 1730. 563
ordres , le conjurent de pefer mûrement ce qu'il
eft en droit de leur commander , & ce que de
leur côté ils peuvent ou doivent executer. Cet endroit
, qui eſt un des plus critiques de toute la
Piece , eft manié avec tant d'art , de fineffe & de
difcretion , que les peres ne fçauroient s'en offenfer
, ni les enfans s'en prévaloir.
Thémifte , irrité du refus opinâtre d'Antinous,
le chaffe de fa prefence , & lui deffend de paroîtte
devant fes yeux. Celui-ci prend cet ordre rigoureux
à la lettre , & fonge déja à fuir loin de la
maifon paternelle . On en avertit fon oncle , qui
l'arrête & le mene chez un de fes amis , où il le
fait garder, Cependant le pere donne fes ordres à
Diaphanes , fon Valet , de faire venir promptement
le Tailleur pour prendre la meſure d'un
habit Ecclefiaftique à fon fils Agathocle . Enſuite
il fe retire dans fon Appartement , où en ouvrant
de Livre divin dont Théobule lui a fi fort recommandé
la lecture , il trouve une Lettre que fon
fils Antinous avoit inferée avant que
y
de partir;
elle eft conçue en ces tetmes : J'obéis enfin , mor
pere, & puifque vous me le commandez , je
dérobe à votre colere un fils qui a le malheur
de vous déplaire. Eloigné de vous .. Thémiſte
ne fe donne pas le temps de lire la Lettre toute
entiere , & retourne auffi - tôt fur le Théatre , où
il rencontre Agatocle , triftement occupé des préparatifs
de fa nouvelle métamorphofe ; dans le
trouble où il eft , il ne fe fouvient plus de l'ordre
qu'il a donné , & renvoye le Tailleur . Il demande
des nouvelles d'Antinous , & perfonne ne peut
lui apprendre ni quand , ni comment , ni en quel
lieu il s'eft enfui. Agatocle demande auffi-tôt la
permiffion de l'aller chercher. Diaphanes eft chargé
de cette commiffion. Le pere lit une feconde
fois la Lettre , & peint fur fon vifage, en la lifant,
?.
•
aufli
564 MERCURE DE FRANCE .
uffi - bien que dans les paroles qui lui échappént,
l'amour , la colere , la crainte , l'efperance , l'indignation
& la pitié qui l'agitent tour à tour.
Ici l'Auteur Dramatique triomphe & fe fert
avec avantage de la connoiffance qu'il a du coeur
humain. Philocles arrive fur ces entrefaites &
profite de Perreur de fon frere pour lui faire de
juftes reproches fur fon infenfibilité , ſa ſimplicité
& fa prévention. Allez maintenant , lui ditil,
allez vous confoler avec votre cher Théobule,
fuivez encore fes bons confeils , vous en voyez
le fruit , &c. Enfin après l'avoir amené au point
de repentir & de docilité neceffaire pour en être
écouté favorablement , il lui déclare que le jeune
Deferteur n'eft pas fi loin qu'il fe l'imagine ; mais
qu'il ne peut le lui rendre qu'à deux conditions.
La premiere, qu'il ne le forcera point d'embraffer
un genre de vie pour lequel il marque tant de répugnance.
La feconde condition eft que l'entrée
de fa maifon fera interdite à ce brouillon , qui y
met le trouble & la divifion . Ce fecond article
fouffre quelque difficulté de la part de Thémiſte
qui n'y foufcrit qu'avec peine; mais que ne fait- on
pas pour recouvrer un fils que l'on chérit tendrement
! Thémiſte promet tout , confent à tout.
A peine fa parole en eft -elle donnée , que Diaphanes
vient annoncer Théobule. Rien de plus
comique que l'embarras du Maître en ce moment
le laiffera -t-il entrer ou lui fera-t-il dire
qu'il ne peut le voir ? Il veut & ne veut pas ;
ofe & n'ofe point. Philocles fe divertit de fa foibleffe
, & puis pour fe donner un autre plaifir ,
non moins fenfible , qui eft de faire connoître
à un fourbe que l'on n'eft point fa duppe , il or
donne à Diaphanes d'introduire Théobule. Le
benin perfonnage s'avance d'un air modeſte &
falue les deux freres avec un compliment qui s'adreg
il
MARS. 1730. 566
reffe à l'un & à l'autre ; l'Officier y répond par
une grande réverence , & entre d'abord en matiere
fur des connoiffances qu'il a eues par le
Valet. Il fait à l'homme de bien plufieurs queftions
qui le furprennent & l'inquietent. Sa furprife
& fon trouble augmentent , lorfqu'il apperçoit
qu'on eft inftruit du revenu de certain Benefice
qu'il avoit envie de faire réfigner à Agathocles
, & du partage , fans doute , qu'il fe propofoit
d'en faire. Confus &-outré de douleur de
voir la mine éventée , il fe plaint qu'on l'outrage
qu'on le prend pour quelqu'autre , que l'on infulte
à fa Religion , & là -deffus il fe retire.
le
Théobule étant ainfi congedié , Thémifte &
Philocles raiſonnent enſemble, & conviennent que
puifque Paîné ne veut point de la Charge que
pere exerce , il faut la faire paffer à fon frere
Agathocle , & laiffer prendre le parti des Armes
à Antinous. Ils confultent l'inclination d'Agathocle
, & la trouvent conforme à leur arrangement.
Philocles va chercher lui -même Antinous,
qui fe jette en entrant aux pieds de fon pere pour
fui demander pardon de la faute qu'il a commife.
Thémifte le releve , & après une legere répri
mande qu'il n'a pas même le courage de lui faire
il accorde au coupable fa grace , & l'interroge
fçavoir , s'il confent à ce que fon cadet ait la
Charge qui lui étoit deftinée , comme à l'aîné
de la famille. Antinous protefte qu'il en eft ravi ;
qu'il aime fon frere , & qu'il ne défire rien tant
que de le voir heureux. Thémifte voudroit auffi
lui annoncer fon fort & le fonder fur la profeffon
militaire ; mais Philocles qui fçait combien
la licence des armes eft pour de jeunes coeurs un
appas féduifant , détourne la converfation & fait
Agne à fon neveu de réiterer fes excufes & fes
zemercimens. Themifte embraffe fes deux fils, &
?
Jep
366 MERCURE DE FRANCE .
les renvoye contens , & charmez de leur nouvelle
deftinée. Le Magiftrat plus content qu'eux d'avoir
fi aifément & fi naturellement procuré leur
felicité , rend graces à fon frere de la joye & de la
paix qu'il goute ; il lui promet de ne plus fuivre à
l'avenir d'autres avis que les fiens . Philocles profite
de ce dernier moment d'une action ſi inſtructive
pour lui donner les leçons les plus fenſées fur la
Vocation des enfans . Enfin adreffant la parole à
ceux-cy , il les avertit de ne point s'engager témerairement
dans aucun état , d'en remplir conftammint
tous les devoirs lorfqu'ils s'y feront engagez
& de juftifier par leur perfeverance le
choix qu'ils auront fait prudemment , librement
& courageufement.
Pour ne rien omettre de ce qui regarde les vocations
forcées , l'Auteur a introduit dans fa
Piece deux Perfonnages épifodiques. L'un eft
d'un jeune homme , ( Théophile ) qui ayant
beaucoup d'agrémens exterieurs & de qualitez
capables de briller aux yeux du monde , fonge
à la retraite pour laquelle il fe fent un attrait puiffant
; l'autre, du pere de ce jeune homme, ( Ďeuterophile
) qui voudroit le retenir dans le monde
& qui ne feroit pas fàché que fon fils aîné prît le
parti de la folitude , parce qu'il n'a pas certains
avantages du corps , quoi qu'il ait tous les talens
de l'efprit toutes les qualitez du coeur neceffaires
pour faire un bon Citoyen , utile à fa famille
& à fa Patrie . Thémifte lui donne fur cela des
avis fages , & fait voir que tel qui penſe mal fur
la deftination de fes propres enfans , peut raifonner
jufte fur ce qui regarde l'établiſſement des
enfans d'autrui.
On peut dire que cette Comedie Latine qui a
merité les éloges d'un grand nombre de Conaoiffeurs
, n'a rien perdu de fa beauté dans la ré
préſentation
1"
候
MAR S. 1720.
F
7
préfentation. Elle a été précedée d'une espece de
Paftorale fur la Naiflance de Monfeigneur le
Dauphin. Ce fujet fut celebré dans plufieurs Idyles
récitées par des Bergers. Il feroit à fouhaiter
que ceux d'entre les Rhetoriciens qui ont le plus
travaillé à ces Poëfies , vouluffent bien en faire
part au Public , & prendre déja leur place fur le
Parnaffe. En attendant nous tirerons du Programe
imprimé les Vers qui ont été chantez après
les Idyles ,fur un Air compofé par M. Campra
qu'on trouvera ici gravé.
Rhétorique , fit reprefenter le mois paffé par
les Rhétoriciens du College de Louis le Grand ,
une petite Piece Latine , d'un Acte , intitulée : les
Vocations forcées. Le deffein de l'Auteur a été
de faire voir qu'il eft d'une extrémne confequence
de laiffer à un jeune homme la liberté de fe choifir
le genre de vie auquel Dieu l'appelie , foit par
attrait , foit par raifon , ou plutôt par l'un &
Pautre tout à la fois.
PROA
158 MERCURE DE FRANCE.
+
PROLOGUE.
Le Ciel , en nous donnant la vie ,
Nous affervit aux mêmes lois ,
Mais pour le bien de la Patrie ,
Il nous forme à divers emplois.
L'un doit , à couvert des allarmes ,
Dicter les Arrêts de Thémis ;
L'autre , par la force des armes ,
Repouffer nos fiers ennemis .
Celui-ci , pour donner l'exemple ,
Revêtu d'un honneur facré ,
Doit faire réverer le Temple ,.
Où lui-même il eſt reveré.
Celui-là dans la folitude ,
Où l'Amour Divin la conduit ,
Doit mettre toute ſon étude ,
A fuir le monde qui le fuit.
En marquant ces routes diverſes ,
Le Ciel nous y veut faire entrer ,
Mais que nos volontez perverſes ,.
Font d'efforts pour nous égarer !
Nous entrons fouvent par caprice ,
Dans le chemin le plus battu ;
Et nous commençons par le vice ,.
Pour arriver à la vertu .
Souvent une force étrangère ,
Captive notre liberté ;
E
MARS.
1730. $59
Et l'on eft
par
le choix d'un Pere,
Ce qu'on n'auroit jamais été.
Encor fi ce choix étoit ſage ;
Mais , helas ! que confulte-t-on !
Le hazard , l'interêt , l'ufage ,
Et prefque jamais la raiſon.
En vain le Ciel & la Nature ,
Condamnent cet aveugle choix ;
En vain notre coeur en murmure
On n'en écoute point la voix .
Ainfi voit-on l'Enfant timide ,
Qui fur les lys devroit s'affeoir ,
Forcé par un ordre homicide ,
Porter la main à l'Encenſoir.
Ainfi l'on voit croupir fans gloire ,
Dans le crime ou dans le repos ,
Le Magiftrat que la victoire ,
Eût compté parmi fes Heros .
Ici,j'apperçois l'innocence .
Qu'on arrache aux facrez Autels ;
Et qu'une injufte violence ,
Immole à des Dieux criminels.
Là, je vois marcher la Victime,
Qu'on facrifie à l'interêt :
Une autorité légitime ,
Porte un illegitime Arrêt.
Peres cruels & parricides ,
Sufpendez un coupable effort
Songez que vous êtes nos guides ,
Nor
360 MERCURE DE FRANCE.
Non les maîtres de notre fort.
Vous pouvez nous montrer la route,
Où nous devons porter nos pas ;
La raifon veut qu'on vous écoute
Mais conduifez , ne forcez pás.
Un choix dont les périls extrêmes ,
Nous menacent bien plus que vous ;
Un choix qui fe fait
pour nous-mêmes
Ne doit pas fe faire fans nous.
Tels font les avis falutairės
Que nous allons donner ici.
Eft- ce à nous d'inftruire nos Peres
Ils s'inftruiront & nous auffi.
Noms & Perfonnages des Altars.
Thémifte , Homme de Robe. Claude Teffier.
Antinous , fils aîné de Thémifte. Emmanuel
de Duras.
Agathocle , fecond fils de Thémiste. Vincent.
Michel Magnons
Philocles , Officier , frere de Thémifte. Michel
Larcher.
Deuterophile , autre Homme de Robe. Jacques
Galland.
Théophile , fils de Deuterophile. Louis - Marie de
la Salle.
Théobule , faux Dévot & faux Sçavant. Eugene
Blondel d'Aubert.
André de Creil . Himaturgus , Tailleur.
Diaphanes , Valet de Thémiſte. Louis Déſpreménil.
Thémifte , ancien Magiftrat , a deux fils , Anfinous
MARS. 17307 561
tinous & Agathocle ; le premier eft de ces jeunes
gens qui à la vivacité de l'efprit , à la franchiſe
du coeur , à la nobleffe des fentimens & à l'aifance
des manieres , ne joignent que trop ordinairement
un fond de legereté , d'impétuofité ,
d'inapplication & d'opiniâtreté qui les rend en
nemis du travail & de la contrainte. Le fecond à
des moeurs plus douces , un naturel heureux , de
la pieté même & de la Religion , mais il appréhende
de s'engager dans un état qui demande
une vocation particuliere , & pour lequel il ne fe
fent aucun attrait . Le Pere cependant deſtine Antinous
à la Robe , quelqu'oppofée qu'elle foit à
fes penchants & à les qualitez naturelles. Il eft
Paîné , il faut qu'il entre dans la Magiftrature,
Agathocle fuivroit volontiers le Barreau & feroit
un fort bon Juge,le refpect au contraire dont il eft
penetré pour le facré Miniftere , lui en fait redouter
les faintes & pénibles fonctions. N'importe
, Thémifte ne confulte ni fon goût , ni fes
répugnances ; il eft cadet , il faut qu'il foit établi
dans l'Eglife. Leur fort eft ainfi reglé , de
Pavis d'un certain Théobule , homme adroit &
rufé , fourbe & impofteur , gagnant & imperieux
qui abufe de la confiance de Thémifte , & qui
fous le mafque d'une pieté apparente & d'un attachement
fimulé , cache la malice de l'ame la
plus baffe , la plus intereffée & la plus ambitieuſe.
Antinous & Agathocle , qui fçavent l'empire que
ce faux dévot a fur l'efprit de leur pere , ne peuvent
fe réfoudre à obéir dans fa perfonne à un
vifionnaire qu'ils déteftent. Ils ont recours à la
fageffe & à la tendreffe de leur oncle Philocles.
Ce brave Officier qui foutient dans toute la Piece
un caractere de probité , d'honneur & de zele
auquel l'Affemblée a donné de frequents applau
diffements , combat les préjugez de ſon frere fur
la
662 MERCURE DE FRANCE.
la deſtination de fes neveux. Thémiſte ſe récrie
d'abord à l'impieté , à la rebellion & au defordre;
il en appelle à la Nature , à la raiſon & à l'uſage.
Philocles a beau lui repréfenter que la Nature
defavouë , que la raifon condamne & que l'ufage
ne juftifie point le pere qui facrifie le bonheur de
fon fils à la cupidité ou à l'ambition ; que le
meilleur fujet devient fouvent dans une vocation
forcée , inutile à l'Etat & plus fouvent encore
à fa famille qu'il deshonore : le bon vieillard prévenu
& féduit , ne conçoit pas comment dans
une famille Patricienne l'aîné des enfans n'appartient
pas de droit naturel à la Robbe & le
cadet au Sacerdoce. Philocles en le quittant déplore
fon aveugle entêtement , & tâche de lui
infpirer quelque défiance fur la vertu , la droiture
& la doctrine prétenduë celeſte de fon Confident.
D
Théobule arrive dans ce moment & d'un coup
d'oeil jetté amoureufement vers le Ciel , accompagné
d'un foupir dévotement ménagé , il détruit
tout ce que Philocles à pú avancer ; puis prenant
un ton fententieux & emphatique : Le Ciel , dit-il
à Thémiftes , exige de vous en cette occafion
un coup d'autorité. Vous êtes pere , il est vrai ,
quand vos enfans font foumis à vos volontez
mais quand ils fe départent du respect & de
Fobéiffance , vous devez agir en maître & en
fouverain.Le Magiftrat pouffé par les fuggeſtions
de cet homme frauduleux , fait comparoître devant
lui Antinous . & Agathocles. Il dit à l'Aîné
qu'il veut & prétend qu'il foit homme de Robe
& déclare au cadet qu'il va inceffamment le confacrer
au fervice des Autels. Les deux freres font
confternez , & paroiffent comme frappez de la
foudre. L'aîné parle ferme & refifte. Le cadet
fond en larmes , & reprefente. Tous deux , après
Pavoir affuré du refpect infini qu'ils ont pour les
$
ordres
MARS. 1730. 563
ordres , le conjurent de pefer mûrement ce qu'il
eft en droit de leur commander , & ce que de
leur côté ils peuvent ou doivent executer. Cet endroit
, qui eſt un des plus critiques de toute la
Piece , eft manié avec tant d'art , de fineffe & de
difcretion , que les peres ne fçauroient s'en offenfer
, ni les enfans s'en prévaloir.
Thémifte , irrité du refus opinâtre d'Antinous,
le chaffe de fa prefence , & lui deffend de paroîtte
devant fes yeux. Celui-ci prend cet ordre rigoureux
à la lettre , & fonge déja à fuir loin de la
maifon paternelle . On en avertit fon oncle , qui
l'arrête & le mene chez un de fes amis , où il le
fait garder, Cependant le pere donne fes ordres à
Diaphanes , fon Valet , de faire venir promptement
le Tailleur pour prendre la meſure d'un
habit Ecclefiaftique à fon fils Agathocle . Enſuite
il fe retire dans fon Appartement , où en ouvrant
de Livre divin dont Théobule lui a fi fort recommandé
la lecture , il trouve une Lettre que fon
fils Antinous avoit inferée avant que
y
de partir;
elle eft conçue en ces tetmes : J'obéis enfin , mor
pere, & puifque vous me le commandez , je
dérobe à votre colere un fils qui a le malheur
de vous déplaire. Eloigné de vous .. Thémiſte
ne fe donne pas le temps de lire la Lettre toute
entiere , & retourne auffi - tôt fur le Théatre , où
il rencontre Agatocle , triftement occupé des préparatifs
de fa nouvelle métamorphofe ; dans le
trouble où il eft , il ne fe fouvient plus de l'ordre
qu'il a donné , & renvoye le Tailleur . Il demande
des nouvelles d'Antinous , & perfonne ne peut
lui apprendre ni quand , ni comment , ni en quel
lieu il s'eft enfui. Agatocle demande auffi-tôt la
permiffion de l'aller chercher. Diaphanes eft chargé
de cette commiffion. Le pere lit une feconde
fois la Lettre , & peint fur fon vifage, en la lifant,
?.
•
aufli
564 MERCURE DE FRANCE .
uffi - bien que dans les paroles qui lui échappént,
l'amour , la colere , la crainte , l'efperance , l'indignation
& la pitié qui l'agitent tour à tour.
Ici l'Auteur Dramatique triomphe & fe fert
avec avantage de la connoiffance qu'il a du coeur
humain. Philocles arrive fur ces entrefaites &
profite de Perreur de fon frere pour lui faire de
juftes reproches fur fon infenfibilité , ſa ſimplicité
& fa prévention. Allez maintenant , lui ditil,
allez vous confoler avec votre cher Théobule,
fuivez encore fes bons confeils , vous en voyez
le fruit , &c. Enfin après l'avoir amené au point
de repentir & de docilité neceffaire pour en être
écouté favorablement , il lui déclare que le jeune
Deferteur n'eft pas fi loin qu'il fe l'imagine ; mais
qu'il ne peut le lui rendre qu'à deux conditions.
La premiere, qu'il ne le forcera point d'embraffer
un genre de vie pour lequel il marque tant de répugnance.
La feconde condition eft que l'entrée
de fa maifon fera interdite à ce brouillon , qui y
met le trouble & la divifion . Ce fecond article
fouffre quelque difficulté de la part de Thémiſte
qui n'y foufcrit qu'avec peine; mais que ne fait- on
pas pour recouvrer un fils que l'on chérit tendrement
! Thémiſte promet tout , confent à tout.
A peine fa parole en eft -elle donnée , que Diaphanes
vient annoncer Théobule. Rien de plus
comique que l'embarras du Maître en ce moment
le laiffera -t-il entrer ou lui fera-t-il dire
qu'il ne peut le voir ? Il veut & ne veut pas ;
ofe & n'ofe point. Philocles fe divertit de fa foibleffe
, & puis pour fe donner un autre plaifir ,
non moins fenfible , qui eft de faire connoître
à un fourbe que l'on n'eft point fa duppe , il or
donne à Diaphanes d'introduire Théobule. Le
benin perfonnage s'avance d'un air modeſte &
falue les deux freres avec un compliment qui s'adreg
il
MARS. 1730. 566
reffe à l'un & à l'autre ; l'Officier y répond par
une grande réverence , & entre d'abord en matiere
fur des connoiffances qu'il a eues par le
Valet. Il fait à l'homme de bien plufieurs queftions
qui le furprennent & l'inquietent. Sa furprife
& fon trouble augmentent , lorfqu'il apperçoit
qu'on eft inftruit du revenu de certain Benefice
qu'il avoit envie de faire réfigner à Agathocles
, & du partage , fans doute , qu'il fe propofoit
d'en faire. Confus &-outré de douleur de
voir la mine éventée , il fe plaint qu'on l'outrage
qu'on le prend pour quelqu'autre , que l'on infulte
à fa Religion , & là -deffus il fe retire.
le
Théobule étant ainfi congedié , Thémifte &
Philocles raiſonnent enſemble, & conviennent que
puifque Paîné ne veut point de la Charge que
pere exerce , il faut la faire paffer à fon frere
Agathocle , & laiffer prendre le parti des Armes
à Antinous. Ils confultent l'inclination d'Agathocle
, & la trouvent conforme à leur arrangement.
Philocles va chercher lui -même Antinous,
qui fe jette en entrant aux pieds de fon pere pour
fui demander pardon de la faute qu'il a commife.
Thémifte le releve , & après une legere répri
mande qu'il n'a pas même le courage de lui faire
il accorde au coupable fa grace , & l'interroge
fçavoir , s'il confent à ce que fon cadet ait la
Charge qui lui étoit deftinée , comme à l'aîné
de la famille. Antinous protefte qu'il en eft ravi ;
qu'il aime fon frere , & qu'il ne défire rien tant
que de le voir heureux. Thémifte voudroit auffi
lui annoncer fon fort & le fonder fur la profeffon
militaire ; mais Philocles qui fçait combien
la licence des armes eft pour de jeunes coeurs un
appas féduifant , détourne la converfation & fait
Agne à fon neveu de réiterer fes excufes & fes
zemercimens. Themifte embraffe fes deux fils, &
?
Jep
366 MERCURE DE FRANCE .
les renvoye contens , & charmez de leur nouvelle
deftinée. Le Magiftrat plus content qu'eux d'avoir
fi aifément & fi naturellement procuré leur
felicité , rend graces à fon frere de la joye & de la
paix qu'il goute ; il lui promet de ne plus fuivre à
l'avenir d'autres avis que les fiens . Philocles profite
de ce dernier moment d'une action ſi inſtructive
pour lui donner les leçons les plus fenſées fur la
Vocation des enfans . Enfin adreffant la parole à
ceux-cy , il les avertit de ne point s'engager témerairement
dans aucun état , d'en remplir conftammint
tous les devoirs lorfqu'ils s'y feront engagez
& de juftifier par leur perfeverance le
choix qu'ils auront fait prudemment , librement
& courageufement.
Pour ne rien omettre de ce qui regarde les vocations
forcées , l'Auteur a introduit dans fa
Piece deux Perfonnages épifodiques. L'un eft
d'un jeune homme , ( Théophile ) qui ayant
beaucoup d'agrémens exterieurs & de qualitez
capables de briller aux yeux du monde , fonge
à la retraite pour laquelle il fe fent un attrait puiffant
; l'autre, du pere de ce jeune homme, ( Ďeuterophile
) qui voudroit le retenir dans le monde
& qui ne feroit pas fàché que fon fils aîné prît le
parti de la folitude , parce qu'il n'a pas certains
avantages du corps , quoi qu'il ait tous les talens
de l'efprit toutes les qualitez du coeur neceffaires
pour faire un bon Citoyen , utile à fa famille
& à fa Patrie . Thémifte lui donne fur cela des
avis fages , & fait voir que tel qui penſe mal fur
la deftination de fes propres enfans , peut raifonner
jufte fur ce qui regarde l'établiſſement des
enfans d'autrui.
On peut dire que cette Comedie Latine qui a
merité les éloges d'un grand nombre de Conaoiffeurs
, n'a rien perdu de fa beauté dans la ré
préſentation
1"
候
MAR S. 1720.
F
7
préfentation. Elle a été précedée d'une espece de
Paftorale fur la Naiflance de Monfeigneur le
Dauphin. Ce fujet fut celebré dans plufieurs Idyles
récitées par des Bergers. Il feroit à fouhaiter
que ceux d'entre les Rhetoriciens qui ont le plus
travaillé à ces Poëfies , vouluffent bien en faire
part au Public , & prendre déja leur place fur le
Parnaffe. En attendant nous tirerons du Programe
imprimé les Vers qui ont été chantez après
les Idyles ,fur un Air compofé par M. Campra
qu'on trouvera ici gravé.
Fermer
Résumé : Les Vocations forcées. Piece d'un Acte, [titre d'après la table]
Le Père Porée, jésuite et professeur de rhétorique, a supervisé la représentation de la pièce latine 'Les Vocations forcées' par les rhétoriciens du Collège de Louis le Grand. Cette œuvre met en avant l'importance de laisser à un jeune homme la liberté de choisir son mode de vie, que ce soit par attrait, raison ou les deux à la fois. La pièce commence par un prologue où le Ciel est présenté comme formant les individus à divers emplois pour le bien de la patrie. Cependant, les volontés perverses et les forces étrangères peuvent égarer les individus, les poussant à choisir des voies qui ne leur conviennent pas. Le texte critique les choix imposés par les pères, souvent influencés par le hasard, l'intérêt ou l'usage, plutôt que par la raison. L'histoire se concentre sur Thémiste, un ancien magistrat, et ses deux fils, Antinous et Agathocle. Thémiste, influencé par un faux dévot nommé Théobule, destine Antinous à la robe et Agathocle au sacerdoce, malgré leurs inclinations contraires. Antinous, vif et impétueux, refuse cette voie, tandis qu'Agathocle, pieux mais craintif, redoute les fonctions sacerdotales. Leur oncle Philocles, un officier probe et zélé, tente de raisonner Thémiste, mais ce dernier reste obstiné. La pièce atteint son point critique lorsque Thémiste, irrité par la résistance d'Antinous, le chasse. Antinous songe à fuir, mais est arrêté par son oncle. Thémiste, après avoir lu une lettre d'Antinous, se radoucit et accepte les conditions de Philocles : ne pas forcer Antinous à embrasser une vie qui lui répugne et exclure Théobule de sa maison. Thémiste accepte finalement de laisser Antinous choisir la voie des armes et Agathocle la charge de magistrat. La pièce se termine par la réconciliation et la joie des deux fils, ainsi que par les remerciements de Thémiste à son frère pour la paix retrouvée. Philocles profite de ce moment pour donner des leçons sur la vocation des enfants. Le texte mentionne également deux personnages épisodiques : Théophile, un jeune homme charmant et talentueux qui choisit de se retirer du monde malgré ses qualités, et Deuterophile, son père, qui souhaite le retenir dans le monde. Thémiste donne des conseils sages à Deuterophile, montrant que ses jugements sur ses propres enfants peuvent être différents de ceux concernant les enfants des autres. La comédie, qui a reçu les éloges de nombreux connaisseurs, a été représentée en mars 1720 et a été précédée d'une pastorale célébrant la naissance du Dauphin. Cette pastorale, composée de plusieurs idylles récitées par des bergers, a été suivie de vers chantés sur un air composé par M. Campra. Le texte exprime le souhait que les rhétoriciens ayant travaillé à ces poèmes les partagent avec le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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683
p. 569-576
Tragedie de Callisthene, [titre d'après la table]
Début :
Les Comediens François ont cessé les Représentations de la Tragedie de Callisthene ; M. Piron [...]
Mots clefs :
Callisthène, Coeur, Rival, Auteur, Soeur, Vainqueur, Amour, Comédiens-Français
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texteReconnaissance textuelle : Tragedie de Callisthene, [titre d'après la table]
Les Comediens François ont ceffé les Repréfentations
de la Tragedie de Callifthene ; M. Piqui
en eft l'Auteur , avoit donné l'année
derniere une Comédie en cinq Actes , fous le titre
des Fils Ingrats , & avoit fait juger par la
force de fa verfification , qu'il étoit en état de
chauffer le Cothurne, quand il lui plairoit.Nos efperances
n'ont point été trompées; Callifthene eſt
rempli d'une infinité de Vers des plus forts & des
plus nerveux qu'on ait encore entendus fur leThéa
tre François. La premiere Repréfentation fut tu-
Gij multueufe
570 MERCURE DE FRANCE .
multueufe , comme il arrive affez fouvent ; la
conftitution de la Fable ne fit pas tout le plaifir
auquel on s'étoit attendu ; mais les gens équitables
n'en attribuerent la faute qu'au fujet qui n'eft
pas fufceptible d'une action fort intereffante ; ce
contretemps n'empêcha pas qu'on ne rendît juftice
à la main de l'Ouvrier , & qu'on n'y revint
le lendemain en grand concours , pour y entendre
une feconde fois ce qu'on y avoit trouvé
d'admirable, ce qui continua avec le même fuccès.
Le Lecteur s'attend à en trouver un Extrait ici ,
mais n'ayant pas affez vû la Piece pour le pouvoir
donner tel que nous fouhaiterions , nous
nous contenterons d'en donner une espece d'Argument
, nous réſervant d'en mieux détailler les
beautez quand la Piece aura été imprimée.
Callifthene étoit un Philofophe Lacédémonien,
qu'Alexandre le Grand attacha auprès de fa Perfonne
& pour lequel il eut toûjours une confideration
qui alloit jufqu'au refpect . Ce Spartiate,
pour qui le nom de Conquerant n'avoit pas un
grand attrait , ne laiffa pas d'approuver les premiers
Exploits d'Alexandre , contre les Perfans ;
c'étoit une douce confolation pour lui de voir
porter le fer & la flamme chez des Peuples qui les
avoient fi fouvent portez dans le fein de ſa Patrie
& par toute la Grece ; mais la Perſe étant détruite
, il trouva mauvais que le Vainqueur voulût
défoler le refte du monde , il lui repréſenta
qu'il devoit s'en tenir à fes premieres conquêtes ;
bien plus , Alexandre , fe difant fils de Jupiter &
voulant que toute fon Armée l'honorât de ce
titre glorieux , qui devoit contribuer à rendre fes
Soldats d'autant plus courageux qu'ils croiroient
leur Chef invincible ; Callifthene lui refufa ce
nom , & lui fit entendre qu'une telle impofture
'alloit qu'à le deshonorer.
Cette
MARS. 1720. 571
Cette derniere circonftance fait tout le fujet de
la Tragedie , & femble dégrader Alexandre. Il eft
vrai que ce n'eft point là le feul crime dont ce
Roi irrité accufe Callifthene. C'est pour avoir
trempé dans la conjuration d'Hermolaus , qu'il
veut le faire mourir dès le premier Acte ; mais
Lifimachus prénd fi bien fa deffenſe , qu'Alexandre
eft forcé d'avouer à ce dernier , qu'aucun des
Conjurez n'a déclaré fon ami complice . Il promet
non-feulement de lui rendre la liberté , mais
de le combler de bienfaits , pourvû qu'il foit plus
retenu dans fes paroles & moins auftere dans fes
moeurs ; il n'ofe lui dire qu'il feroit parfaitement
réconcilié avec lui, s'il confentoit qu'on l'appellât
fils de Jupiter.
La promeffe qu'Alexandre a faite à Lifimachus
de rendre la vie & la liberté à Callifthene , n'empêche
pas qu'il ne tremble pour les jours ; il y
prend trop d'interêt pour être fans crainte , &
cet interêt eft d'autant plus vif , qu'il agit nonfeulement
en Ami , mais en Amant ; il a vú la
foeur de Callifthene à Sparte , il l'a aimée , &
c'eft ce qui lui rend les jours du frere encore plus
chers ; Plutarque fait de ce même Lifimachas un
des plus ardents accufateurs du frere de Leonide
, ( c'eft le nom que l'Auteur donne à la foeur
du Heros de fa Tragedic; ) on voit bien que ce
n'eft que malgré lui qu'il a mis de l'amour dans
fa Piece , & que Léonide eft un Perfonnage dont
il auroit pû fe paffer , puifqu'elle ne fait rien que
Callifthene ne pût faire. Anaxarque,ennemi mortel
de Callifthene & flatteur d'Alexandre , n'avoit
pas befoin d'être Amant pour être Rival de Lifimachus
; la feule ambition étoit plufque fuffifante
pour les rendre jaloux l'un de l'autre.
Anaxarque eft un de ces perfonnages odieux ,
qui ne font jamais agréables aux Spectateurs ,
Giij quel372
MERCURE DE FRANCE.
quelques beaux Vers qu'un Auteur leur mette
dans la bouche , en effet , rien n'eft mieux écrit, ni
plus également tourné que la defcription que
fait Anaxarque des Jeux des filles & des femmes
Spartiates , dont la foeur de Callifthene étoit le
principal ornement , & dont il devint éperdument
amoureux , fans qu'il fçût de qui elle avoit
reçû le jour. Anaxarque s'exprime ainfi :
'Apprenez feulement comme au fond de mon
coeur '
pas ;
L'Amour le plus ardent lança le Trait vainqueur,
Quand de Perfépolis méditant la conquête ,
Tous les Grecs eurent mis Alexandre à leur tête :
Pour moi qui de fa part au bord de l'Euròtas ,
Mandiai des fecours que nous n'obtinmes
Le jour que je quittai cette Ville orgueilleuse ,
Que les Loix de Lucurgue ont rendu fi fameufe;
La Jeuneffe intrépide y celebroit des Jeux ,
Dont le Prix difputé refte au plus courageux.
Je m'approchai du Cirque, & j'y vis la Vaillance,
Par la témerité , s'annoncer dès l'enfance,
J'admirai quelque temps les Eleyes de Mars ;
Mais un plus beau Spectacle attachoit mes regards
;
La plus tendre moitié de l'efpoir des familles ,
Tout ce que Sparte avoit de rare entre fes filles ;
La Couronne à la main , affiftant au combat ,
Y brilloient à l'envi du plus naïf éclat.
On veut être invincible aux yeux de ce qu'on aime;
Et de Licurgue ainfi la ſageſſe ſuprême ,
Voulut
MAR S. 1730. 573
Voulut que la Beauté triomphant en ce jour ,
Allumât le couragé en infpirant l'amour.
D'inutiles atours ne brilloient point fur elles
Le luxe eût avili leurs graces naturelles ;
La fimple modeftie étoit leur vêtement ,
Et l'aimable pudeur leur unique ornement.
Quelle ame à cet aſpect ne ſe fût
Parmi cent beaux objets où s'égaroiť ma vûë
J'en vis un , qui bientôt fixa par
pas
émuë !
fes attraits ,
Mes yeux pour un moment & mon coeur pour
jamais.
" Celle qu'au même lieu ramenerent nos armes
La fille de Tindare , Helene cut moins de charmes.
Plein d'un feu juſqu'alors à mon coeur inconnu ,
Surpris , frappé , ravi , sien né m'eût retenu.
J'allois fendant la preffe , en Amant témeraire ,
Par un aveu public l'offenfer ou lui plaire.
Quand du Peuple attentif la fondaine clameur
Marqua la fin des Jeux par le nom du Vainqueur.
La foule fe difperfe & m'entraîne avec elle ;
Aux foins d'un prompt retour mon devoir me
rappelle ,
J'y pourvois, & je pars fans pouvoir être inſtruit.
Du nom de la Beauté dont l'image me fuit.
J'efperois Feffacer , mais , Dieux ! qui l'eût på
croire !
Le temps de plus en plus la grave en ma mémoire
G iiij
Plus
374 MERCURE DE FRANCE :
Plus je veux l'oublier , plus je crois la revoir."
L'abſence , la raiſon , juſqu'à mon peu d'eſpoir ;
Tout eft un aliment au feu qui me confume.
Ce feu plus que jamais , aujourd'hui ſe rallume ;
Et je retourne enfin , loin qu'il foit amorti
Plus amoureux cent fois que je ne fuis parti
"
Ce ne font pas là les feuls Vers , à beaucoup
près , que nous aurions voulu apprendre par
coeur , pour en faire part au Lecteur.
Leonide touchée du péril qui menace les jours
de fon frere , arrive dès le ſecond Acte ; mais
ce n'eft que dans le quatrième qu'Anaxarque apprend
que Lifimachus eft fon Rival , & Rival
aimé , il efpere pourtant fe rendre heureux &
arracher Léonide à Lifimachus par la faveur
d'Alexandre , qu'il efpere de fe rendre favorable
en flattant la paffion dominante qu'il a de paffer
pour fils de Jupiter ; voici comment il s'y prend :
Alexandre s'étant réconcilié avec Callifthene
& lui ayant promis de lui rendre toute fa confiance
, affemble fes Lieutenans Generaux , & leur
déclare en preſence de Callifthene , qu'il ne veut
pas languir dans un repos fatal à ſa gloire , &
qu'il prétend que fes conquêtes n'ayent point
d'autres bornes que celles du monde ; encore
voudroit- il qu'il y en eût plufieurs à conquerir.
Après une très-belle tirade qui met fon ambition
dans fon plus grand jour , il fe retire . C'eſt delà
qu'Anaxarque prend occafion de dire qu'un Mortel
ne feroit pas capable de former un projet fi
grand & digne des plus grands Dieux ; & qu'ils
ne doivent plus balancer à lui dreffer des Autels ,
& à l'adorer comme fils de Jupiter. Callifthene
ne peut entendre çe blafphême fans frémir ; il
s'cmMARS.
1730. 575
s'emporte contre Anaxarque ; Lifimachus le feconde
, & tous les autres Chefs témoignent leur
indignation par les regards qu'ils jettent fur Anaxarque
; ce dernier fait entendre à Callifthene ,
avec qui il refte feul, qu'il ne doit pas efperer qu'Alexandre
lui pardonne ce dernier crime ; il lui
offre en même-temps de faire fa paix avec ce
Roi irrité , à condition qu'il l'acceptera pour
Gendre ; Callifthene ne daigne pas lui répondre
un feul mot , & le quitte avec le dernier mépris ,
ce qui acheve de déterminer Anaxarque à le perdre
avec fon Rival .
Alexandre inftruit par Anaxarque de tout ce qui
s'eft paffé , en parle à Callifthene avec beaucoup
d'aigreur ; il a la foibleffe de lui avouer qu'Anaxarque
n'a rien dit que par fon ordre exprès ;
il ordonne à Callifthene de le reconnoître pour
fils de Jupiter , ou de fe réfoudre à mourir. Callifthene
choifit le filence & la mort.
Alexandre jure de perdre cet ennemi prétendu
de fa gloire ; il ordonne à Léonide de fe préparer
à époufer Anaxarque ; Léonide le traite avec le
mépris le plus marqué , qui eft l'ironie.
Voila à peu près ce qui fe paffe dans les quatre
premiers Actes de la Tragedie de Callifthene .
Dans le cinquième , Lifimachus ayant tué Anaxarque
, Alexandre , pour venger la mort de cet
indigne Favori , condamne fon Meurtrier à combattre
un Lion dans une efpece de Cirque. La
victoire que Lifimachus fur un fi terri- remporta
ble ennemi , eft un trait d'Hiſtoire ; mais on n'a
pas trouvé qu'un pareil évenement fût bien néceffaire
pour remplir un cinquiéme Acte , ne
pouvant produire tout au plus qu'un coup dè
furpriſe momentanée , en voyant rentrer für la
Scene un Acteur qu'on vient d'annoncer pour
• mort ; encore ne reffufcite- t-il que pour apporter
G v te
$76 MERCURE DE FRANCE.
le fecours d'un poignard à Callifthene , pour le
Lauver d'un indigne & long efclavage . Callifthene
fe plonge ce poignard dans le coeur en preſence
d'Alexandre , qui en témoigne un tardifrepentir.
Au refte , fi nous avons groffi cet Argument de
quelques Remarques , nous les avons recueillies
du Public ; bien entendu que nous laiffons nes
Lecteurs dans une pleine liberté de les adopter ou
de les rejetter. Ce que nous venons de dire n'empêche
pas que l'Auteur de Calliftene ne ſoit en
état d'égaler nos meilleurs Auteurs Dramatiques.
par ce génie mâle , qui s'eft dévelopé dès fes
premiers Ouvrages ; & par le vrai qui regne dans .
fes maximes, de forte qu'on pourroit avec juftice
lui appliquer ces Vers d'Horace.
.... Cui lecta potenter erit res , °
Necfacundia deferet hunc , nec lucidus ordo
de la Tragedie de Callifthene ; M. Piqui
en eft l'Auteur , avoit donné l'année
derniere une Comédie en cinq Actes , fous le titre
des Fils Ingrats , & avoit fait juger par la
force de fa verfification , qu'il étoit en état de
chauffer le Cothurne, quand il lui plairoit.Nos efperances
n'ont point été trompées; Callifthene eſt
rempli d'une infinité de Vers des plus forts & des
plus nerveux qu'on ait encore entendus fur leThéa
tre François. La premiere Repréfentation fut tu-
Gij multueufe
570 MERCURE DE FRANCE .
multueufe , comme il arrive affez fouvent ; la
conftitution de la Fable ne fit pas tout le plaifir
auquel on s'étoit attendu ; mais les gens équitables
n'en attribuerent la faute qu'au fujet qui n'eft
pas fufceptible d'une action fort intereffante ; ce
contretemps n'empêcha pas qu'on ne rendît juftice
à la main de l'Ouvrier , & qu'on n'y revint
le lendemain en grand concours , pour y entendre
une feconde fois ce qu'on y avoit trouvé
d'admirable, ce qui continua avec le même fuccès.
Le Lecteur s'attend à en trouver un Extrait ici ,
mais n'ayant pas affez vû la Piece pour le pouvoir
donner tel que nous fouhaiterions , nous
nous contenterons d'en donner une espece d'Argument
, nous réſervant d'en mieux détailler les
beautez quand la Piece aura été imprimée.
Callifthene étoit un Philofophe Lacédémonien,
qu'Alexandre le Grand attacha auprès de fa Perfonne
& pour lequel il eut toûjours une confideration
qui alloit jufqu'au refpect . Ce Spartiate,
pour qui le nom de Conquerant n'avoit pas un
grand attrait , ne laiffa pas d'approuver les premiers
Exploits d'Alexandre , contre les Perfans ;
c'étoit une douce confolation pour lui de voir
porter le fer & la flamme chez des Peuples qui les
avoient fi fouvent portez dans le fein de ſa Patrie
& par toute la Grece ; mais la Perſe étant détruite
, il trouva mauvais que le Vainqueur voulût
défoler le refte du monde , il lui repréſenta
qu'il devoit s'en tenir à fes premieres conquêtes ;
bien plus , Alexandre , fe difant fils de Jupiter &
voulant que toute fon Armée l'honorât de ce
titre glorieux , qui devoit contribuer à rendre fes
Soldats d'autant plus courageux qu'ils croiroient
leur Chef invincible ; Callifthene lui refufa ce
nom , & lui fit entendre qu'une telle impofture
'alloit qu'à le deshonorer.
Cette
MARS. 1720. 571
Cette derniere circonftance fait tout le fujet de
la Tragedie , & femble dégrader Alexandre. Il eft
vrai que ce n'eft point là le feul crime dont ce
Roi irrité accufe Callifthene. C'est pour avoir
trempé dans la conjuration d'Hermolaus , qu'il
veut le faire mourir dès le premier Acte ; mais
Lifimachus prénd fi bien fa deffenſe , qu'Alexandre
eft forcé d'avouer à ce dernier , qu'aucun des
Conjurez n'a déclaré fon ami complice . Il promet
non-feulement de lui rendre la liberté , mais
de le combler de bienfaits , pourvû qu'il foit plus
retenu dans fes paroles & moins auftere dans fes
moeurs ; il n'ofe lui dire qu'il feroit parfaitement
réconcilié avec lui, s'il confentoit qu'on l'appellât
fils de Jupiter.
La promeffe qu'Alexandre a faite à Lifimachus
de rendre la vie & la liberté à Callifthene , n'empêche
pas qu'il ne tremble pour les jours ; il y
prend trop d'interêt pour être fans crainte , &
cet interêt eft d'autant plus vif , qu'il agit nonfeulement
en Ami , mais en Amant ; il a vú la
foeur de Callifthene à Sparte , il l'a aimée , &
c'eft ce qui lui rend les jours du frere encore plus
chers ; Plutarque fait de ce même Lifimachas un
des plus ardents accufateurs du frere de Leonide
, ( c'eft le nom que l'Auteur donne à la foeur
du Heros de fa Tragedic; ) on voit bien que ce
n'eft que malgré lui qu'il a mis de l'amour dans
fa Piece , & que Léonide eft un Perfonnage dont
il auroit pû fe paffer , puifqu'elle ne fait rien que
Callifthene ne pût faire. Anaxarque,ennemi mortel
de Callifthene & flatteur d'Alexandre , n'avoit
pas befoin d'être Amant pour être Rival de Lifimachus
; la feule ambition étoit plufque fuffifante
pour les rendre jaloux l'un de l'autre.
Anaxarque eft un de ces perfonnages odieux ,
qui ne font jamais agréables aux Spectateurs ,
Giij quel372
MERCURE DE FRANCE.
quelques beaux Vers qu'un Auteur leur mette
dans la bouche , en effet , rien n'eft mieux écrit, ni
plus également tourné que la defcription que
fait Anaxarque des Jeux des filles & des femmes
Spartiates , dont la foeur de Callifthene étoit le
principal ornement , & dont il devint éperdument
amoureux , fans qu'il fçût de qui elle avoit
reçû le jour. Anaxarque s'exprime ainfi :
'Apprenez feulement comme au fond de mon
coeur '
pas ;
L'Amour le plus ardent lança le Trait vainqueur,
Quand de Perfépolis méditant la conquête ,
Tous les Grecs eurent mis Alexandre à leur tête :
Pour moi qui de fa part au bord de l'Euròtas ,
Mandiai des fecours que nous n'obtinmes
Le jour que je quittai cette Ville orgueilleuse ,
Que les Loix de Lucurgue ont rendu fi fameufe;
La Jeuneffe intrépide y celebroit des Jeux ,
Dont le Prix difputé refte au plus courageux.
Je m'approchai du Cirque, & j'y vis la Vaillance,
Par la témerité , s'annoncer dès l'enfance,
J'admirai quelque temps les Eleyes de Mars ;
Mais un plus beau Spectacle attachoit mes regards
;
La plus tendre moitié de l'efpoir des familles ,
Tout ce que Sparte avoit de rare entre fes filles ;
La Couronne à la main , affiftant au combat ,
Y brilloient à l'envi du plus naïf éclat.
On veut être invincible aux yeux de ce qu'on aime;
Et de Licurgue ainfi la ſageſſe ſuprême ,
Voulut
MAR S. 1730. 573
Voulut que la Beauté triomphant en ce jour ,
Allumât le couragé en infpirant l'amour.
D'inutiles atours ne brilloient point fur elles
Le luxe eût avili leurs graces naturelles ;
La fimple modeftie étoit leur vêtement ,
Et l'aimable pudeur leur unique ornement.
Quelle ame à cet aſpect ne ſe fût
Parmi cent beaux objets où s'égaroiť ma vûë
J'en vis un , qui bientôt fixa par
pas
émuë !
fes attraits ,
Mes yeux pour un moment & mon coeur pour
jamais.
" Celle qu'au même lieu ramenerent nos armes
La fille de Tindare , Helene cut moins de charmes.
Plein d'un feu juſqu'alors à mon coeur inconnu ,
Surpris , frappé , ravi , sien né m'eût retenu.
J'allois fendant la preffe , en Amant témeraire ,
Par un aveu public l'offenfer ou lui plaire.
Quand du Peuple attentif la fondaine clameur
Marqua la fin des Jeux par le nom du Vainqueur.
La foule fe difperfe & m'entraîne avec elle ;
Aux foins d'un prompt retour mon devoir me
rappelle ,
J'y pourvois, & je pars fans pouvoir être inſtruit.
Du nom de la Beauté dont l'image me fuit.
J'efperois Feffacer , mais , Dieux ! qui l'eût på
croire !
Le temps de plus en plus la grave en ma mémoire
G iiij
Plus
374 MERCURE DE FRANCE :
Plus je veux l'oublier , plus je crois la revoir."
L'abſence , la raiſon , juſqu'à mon peu d'eſpoir ;
Tout eft un aliment au feu qui me confume.
Ce feu plus que jamais , aujourd'hui ſe rallume ;
Et je retourne enfin , loin qu'il foit amorti
Plus amoureux cent fois que je ne fuis parti
"
Ce ne font pas là les feuls Vers , à beaucoup
près , que nous aurions voulu apprendre par
coeur , pour en faire part au Lecteur.
Leonide touchée du péril qui menace les jours
de fon frere , arrive dès le ſecond Acte ; mais
ce n'eft que dans le quatrième qu'Anaxarque apprend
que Lifimachus eft fon Rival , & Rival
aimé , il efpere pourtant fe rendre heureux &
arracher Léonide à Lifimachus par la faveur
d'Alexandre , qu'il efpere de fe rendre favorable
en flattant la paffion dominante qu'il a de paffer
pour fils de Jupiter ; voici comment il s'y prend :
Alexandre s'étant réconcilié avec Callifthene
& lui ayant promis de lui rendre toute fa confiance
, affemble fes Lieutenans Generaux , & leur
déclare en preſence de Callifthene , qu'il ne veut
pas languir dans un repos fatal à ſa gloire , &
qu'il prétend que fes conquêtes n'ayent point
d'autres bornes que celles du monde ; encore
voudroit- il qu'il y en eût plufieurs à conquerir.
Après une très-belle tirade qui met fon ambition
dans fon plus grand jour , il fe retire . C'eſt delà
qu'Anaxarque prend occafion de dire qu'un Mortel
ne feroit pas capable de former un projet fi
grand & digne des plus grands Dieux ; & qu'ils
ne doivent plus balancer à lui dreffer des Autels ,
& à l'adorer comme fils de Jupiter. Callifthene
ne peut entendre çe blafphême fans frémir ; il
s'cmMARS.
1730. 575
s'emporte contre Anaxarque ; Lifimachus le feconde
, & tous les autres Chefs témoignent leur
indignation par les regards qu'ils jettent fur Anaxarque
; ce dernier fait entendre à Callifthene ,
avec qui il refte feul, qu'il ne doit pas efperer qu'Alexandre
lui pardonne ce dernier crime ; il lui
offre en même-temps de faire fa paix avec ce
Roi irrité , à condition qu'il l'acceptera pour
Gendre ; Callifthene ne daigne pas lui répondre
un feul mot , & le quitte avec le dernier mépris ,
ce qui acheve de déterminer Anaxarque à le perdre
avec fon Rival .
Alexandre inftruit par Anaxarque de tout ce qui
s'eft paffé , en parle à Callifthene avec beaucoup
d'aigreur ; il a la foibleffe de lui avouer qu'Anaxarque
n'a rien dit que par fon ordre exprès ;
il ordonne à Callifthene de le reconnoître pour
fils de Jupiter , ou de fe réfoudre à mourir. Callifthene
choifit le filence & la mort.
Alexandre jure de perdre cet ennemi prétendu
de fa gloire ; il ordonne à Léonide de fe préparer
à époufer Anaxarque ; Léonide le traite avec le
mépris le plus marqué , qui eft l'ironie.
Voila à peu près ce qui fe paffe dans les quatre
premiers Actes de la Tragedie de Callifthene .
Dans le cinquième , Lifimachus ayant tué Anaxarque
, Alexandre , pour venger la mort de cet
indigne Favori , condamne fon Meurtrier à combattre
un Lion dans une efpece de Cirque. La
victoire que Lifimachus fur un fi terri- remporta
ble ennemi , eft un trait d'Hiſtoire ; mais on n'a
pas trouvé qu'un pareil évenement fût bien néceffaire
pour remplir un cinquiéme Acte , ne
pouvant produire tout au plus qu'un coup dè
furpriſe momentanée , en voyant rentrer für la
Scene un Acteur qu'on vient d'annoncer pour
• mort ; encore ne reffufcite- t-il que pour apporter
G v te
$76 MERCURE DE FRANCE.
le fecours d'un poignard à Callifthene , pour le
Lauver d'un indigne & long efclavage . Callifthene
fe plonge ce poignard dans le coeur en preſence
d'Alexandre , qui en témoigne un tardifrepentir.
Au refte , fi nous avons groffi cet Argument de
quelques Remarques , nous les avons recueillies
du Public ; bien entendu que nous laiffons nes
Lecteurs dans une pleine liberté de les adopter ou
de les rejetter. Ce que nous venons de dire n'empêche
pas que l'Auteur de Calliftene ne ſoit en
état d'égaler nos meilleurs Auteurs Dramatiques.
par ce génie mâle , qui s'eft dévelopé dès fes
premiers Ouvrages ; & par le vrai qui regne dans .
fes maximes, de forte qu'on pourroit avec juftice
lui appliquer ces Vers d'Horace.
.... Cui lecta potenter erit res , °
Necfacundia deferet hunc , nec lucidus ordo
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Résumé : Tragedie de Callisthene, [titre d'après la table]
Le texte relate la fin des représentations de la tragédie 'Callifthene' de M. Piqui, auteur déjà reconnu pour sa comédie 'Les Fils Ingrats'. La première de 'Callifthene' a suscité des réactions variées, mais les spectateurs ont apprécié la qualité des vers, ce qui a conduit à une affluence croissante lors des représentations suivantes. La pièce raconte l'histoire de Callifthene, un philosophe lacédémonien respecté par Alexandre le Grand. Callifthene approuve les premières conquêtes d'Alexandre contre les Perses mais désapprouve ses ambitions ultérieures. La tragédie se concentre sur le refus de Callifthene de reconnaître Alexandre comme fils de Jupiter, ce qui conduit à son procès pour trahison. Lisimachus, ami et amant de la sœur de Callifthene, Léonide, défend Callifthene. Anaxarque, ennemi de Callifthene et flatteur d'Alexandre, complique la situation par sa rivalité avec Lisimachus. La pièce se termine par la mort de Callifthene, qui se suicide après avoir été condamné par Alexandre. Lisimachus tue Anaxarque et survit à un combat contre un lion. Malgré quelques critiques sur la structure de la pièce, l'auteur est reconnu pour son talent et la vérité de ses maximes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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684
p. 576-577
« Le 2. de ce mois, les Comediens François representerent à la Cour la Tragédie nouvelle de [...] »
Début :
Le 2. de ce mois, les Comediens François representerent à la Cour la Tragédie nouvelle de [...]
Mots clefs :
Tragédie, Charles Dufresny, Rôles
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texteReconnaissance textuelle : « Le 2. de ce mois, les Comediens François representerent à la Cour la Tragédie nouvelle de [...] »
Le 2. de ce mois , les Comediens François reprefenterent
à la Cour la Tragédie nouvelle de
Callyfthene, qui eut un fort grand fuccès. L'Auteur
l'a retire après la neuvième Repréſentation ..
2
Les mêmes Comediens avoient joué deux
jours auparavant devant le Roi & la Reine:
deux Pieces comiques , le Médifant ,, de M..
Deftouches & les Folies amoureuses de
M. Renard, qui furent repréfentées dans la
plus grande perfection. La nouvelle Actrice
Y fit un extrême plaifir dans les deux Rôles
de Suivantes qu'elle joua avec cette vivacité &
cette jufteffe qui étonne autant qu'elle plaît. Elle
a été reçûe avec beaucoup d'agrément fur le pied.
de demi part , pour jouer les Suivantes comiques
en fecond , & les Roles Tragiques qui lui con--
viendront.
Le mardi 7. on joua auffi à la Cour la Comé-..
die de La Coquette , du feu St Baron , qui fit
un:
MARS. 1730. 577
un extrême plaifir ; les Des Labat & Dangeville
la jeune , & les Srs Dufresne & la Thorillieve
y joüoient les principaux Roles.
Le 9. les Horaces , de Corneille , & pour petite
Piéce les Vacances.
Le 14. la Surpriſe de l'Amour, de M. de Mativaux
, & les Plaideurs , de Racine .
Le 16. Le Malade imaginaire & les Bourgeoifes
de qualité.
Le mardi 21. ils jouerent la Tragédie de Po-
Heute , de P. Corneille , & la petite Comédiedu
François à Londres de M. de Boiffy. Le St Dangeville,
frere de la nouvelle Actrice, joua le principal
Rôle dans l'une & dans l'autre Piéce, & il y
fut fort applaudi.
Le 23. la Tragedie d'Oedipe , de M. de Voltaire.
Les Rôles d'Oedipe , de Jocafte , de Philo-
Hete & du Grand Prêtre furent remplis par le
Sr Dufrefne , la Dle Dufresne , le S Quinaut
& le Sr le Grand. On joua pour petite Piéce la
Comédie du Double Veuvage, de feu M.Dufrefni.
Le 24. on joua pour la clôture du Theatre à
Paris , felon la coûtume , la Tragedie de Polien-
#e , dont le Sr Quinaut jota le principal Rôle
& la Dile Dufresne , celui de Pauline. Ceux de
Severe & de Felix furent remplis par les St Dufrefne
& Sarrazin. On donna enfuite le Double.
Feuvage , & entre les deux Piéces , le St Duvat
fit un compliment auPublic , qui fut fort applaudi..
à la Cour la Tragédie nouvelle de
Callyfthene, qui eut un fort grand fuccès. L'Auteur
l'a retire après la neuvième Repréſentation ..
2
Les mêmes Comediens avoient joué deux
jours auparavant devant le Roi & la Reine:
deux Pieces comiques , le Médifant ,, de M..
Deftouches & les Folies amoureuses de
M. Renard, qui furent repréfentées dans la
plus grande perfection. La nouvelle Actrice
Y fit un extrême plaifir dans les deux Rôles
de Suivantes qu'elle joua avec cette vivacité &
cette jufteffe qui étonne autant qu'elle plaît. Elle
a été reçûe avec beaucoup d'agrément fur le pied.
de demi part , pour jouer les Suivantes comiques
en fecond , & les Roles Tragiques qui lui con--
viendront.
Le mardi 7. on joua auffi à la Cour la Comé-..
die de La Coquette , du feu St Baron , qui fit
un:
MARS. 1730. 577
un extrême plaifir ; les Des Labat & Dangeville
la jeune , & les Srs Dufresne & la Thorillieve
y joüoient les principaux Roles.
Le 9. les Horaces , de Corneille , & pour petite
Piéce les Vacances.
Le 14. la Surpriſe de l'Amour, de M. de Mativaux
, & les Plaideurs , de Racine .
Le 16. Le Malade imaginaire & les Bourgeoifes
de qualité.
Le mardi 21. ils jouerent la Tragédie de Po-
Heute , de P. Corneille , & la petite Comédiedu
François à Londres de M. de Boiffy. Le St Dangeville,
frere de la nouvelle Actrice, joua le principal
Rôle dans l'une & dans l'autre Piéce, & il y
fut fort applaudi.
Le 23. la Tragedie d'Oedipe , de M. de Voltaire.
Les Rôles d'Oedipe , de Jocafte , de Philo-
Hete & du Grand Prêtre furent remplis par le
Sr Dufrefne , la Dle Dufresne , le S Quinaut
& le Sr le Grand. On joua pour petite Piéce la
Comédie du Double Veuvage, de feu M.Dufrefni.
Le 24. on joua pour la clôture du Theatre à
Paris , felon la coûtume , la Tragedie de Polien-
#e , dont le Sr Quinaut jota le principal Rôle
& la Dile Dufresne , celui de Pauline. Ceux de
Severe & de Felix furent remplis par les St Dufrefne
& Sarrazin. On donna enfuite le Double.
Feuvage , & entre les deux Piéces , le St Duvat
fit un compliment auPublic , qui fut fort applaudi..
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Résumé : « Le 2. de ce mois, les Comediens François representerent à la Cour la Tragédie nouvelle de [...] »
En mars 1730, les Comédiens Français ont présenté plusieurs pièces à la Cour. Le 2 mars, ils ont joué la tragédie 'Callythène', retirée après la neuvième représentation en raison de son grand succès. Les 30 et 31 janvier, ils avaient interprété 'Le Médisant' de Destouches et 'Les Folies amoureuses' de Renard devant le Roi et la Reine. Une nouvelle actrice a été applaudie pour ses rôles de suivantes comiques et a été approuvée pour jouer également des rôles tragiques. Le 7 mars, la comédie 'La Coquette' de St Baron a été jouée avec Des Labat, Dangeville la jeune, Dufresne et La Thorillière dans les principaux rôles. Du 9 au 24 mars, diverses pièces ont été représentées, incluant 'Les Horaces' de Corneille, 'La Surprise de l'Amour' de Mairvaux, 'Les Plaideurs' de Racine, 'Le Malade imaginaire', 'Les Bourgeois de qualité', 'Poëte' de Corneille, 'François à Londres' de Boissy, 'Œdipe' de Voltaire et 'Polyeucte' de Corneille. Le 24 mars, pour la clôture du théâtre à Paris, 'Polyeucte' a été jouée, suivie de 'Le Double Veuvage', avec un compliment du public par Duval.
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685
p. 577-580
Mort de Mlle le Couvreur, [titre d'après la table]
Début :
Le Théatre François vient de faire encore une des plus grandes pertes qu'il pût faire en la personne [...]
Mots clefs :
Adrienne Lecouvreur, Théâtre, Comédienne, Actrice
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texteReconnaissance textuelle : Mort de Mlle le Couvreur, [titre d'après la table]
Le Théatre François vient de faire encore une
des plus grandes pertes qu'il pût faire en la perfonne
de Adrienne le Couvreur , morte d'un flux
de fang en peu de jours , le lundi 20. de ce mois,
âgée d'environ 40. ans. Elle avoit joué le Rôle de
Jocafte dans la Tragédie d'Oedipe , & celui
d'Hortenfe dans la petite Comédie du Florentin
Je Mercredi d'auparavant. G vj Qu
378 MERCURE DE FRANCE .
On ne fçauroit exprimer les regrets du Public
à la Cour & à la Ville,fur la perte de cette inimitable
Actrice qui avoit l'art admirable de ſe penetrer
au degré qu'il falloit pour exprimer les grandes
paffions & les faire fentir dans toute leur force.
Elle alloit d'abord au coeur , & le frappoit vivement
avec une intelligence , une jufteffe & un
art qu'il eft impoffible de décrire ; elle animoit ,
même les Vers foibles par la fineffe & le feu de
fon jeu , & les plus beaux recevoient de nouveaux
agrémens dans fa bouche. Le pathetique de la déclamation
dans prefque tous les grands caracteres
Tragiques n'a jamais été pouffé plus loin , & on
ofe affurer,fans crainte d'être démenti par le Public
, que peu des meilleures Actrices du Théatre
François ont été auffi generalement cheries du
Partere & des Loges , & ont fait répandre autant
de larmes. Cependant Mile Le Couvreur n'avoit
ni une grande voix , ni une preftance avantageufe,
ni beaucoup de ces graces dont le beau fexe eft en
poffeffion pour charmer les yeux & le coeur ;
mais elle étoit parfaitement bien faite dans fa taille
mediocre , avec un maintien noble & affuré ,
tête & les épaules bien placées , les yeux pleins de
feu , la bouche belle , le nez un peu aquilin , &;
beaucoup d'agrémens dans l'air & les manieres ;
fans embonpoint , mais les joues affez pleines
avec des traits bien marqués , pour exprimer la
triſteſſe , la joye , la tendreffe , la terreur & la pi
tié : le goût recherché & la richeffe de fa parure
donnoient un nouvel éclat à ſon air impofant,à fa
démarche & à fes geftes précis , & preſque toû→
jours énergiques.
la:
Elle n'avoit pas beaucoup de tons dans la voix,
mais elle fçavoit les varier à l'infini , & y joindre.
des inflexions , quelques éclats , & je ne fçai quoi
d'expreffif dans l'air du vifage & dans toute fa
perMARS.
1730. 579
perfonne , qui ne laiffoient rien à defirer ; avec la
parole libre , elle avoit la prononciation nette, &
une maniere de déclamer tout à fait originale , &
qui lui étoit particuliere.
ชุ
La Dile Le Couvreur étoit de Paris , fille d'un
Chapelier du Fauxbourg S. Germain , le feu Sr
Le Grand lui avoit montré à declamer ; après
avoir joué la Comédie dans les Provinces , à la
Cour de Lorraine , & avoir beaucoup brillé fur
le Théatre de Strasbourg , elle fut reçûë dans la
Troupe du Roi , au mois d'Avril 1717. ayant
debuté par les Rôles d'Electre & de Monime
qu'elle joua avec tant d'applaudiffemens , qu'on
difoit tout haut qu'elle commençoit par où les.
grandes Comédiennes finiffent d'ordinaire ; nous
avons oui dire à quelques Spectateurs que dans
ces grands perfonnages tragiques ( car dans le
Comique elle ne jouoit & ne brilloit que dans un
petit nombre de Rôles ) ils croyoient voir
veritablement une Princeffe qui jouoit la Comé→
die pour fon plaifir.
On lui donne la gloire d'avoir introduit la déclamation
fimple , noble & natutelle , & d'en
avoir banni le chant ; c'eft elle auffi qui la premiere
amis en ufage les Robes de Cour , en jouant
le Rôle de la Reine Elifabeth , dans la Tragédie
du Comte d'Effex.
Ceux qui lui ont vû jouer le Rôle de Berenice,
ont fans doute remarqué avec quel art elle paffoit
fubitement de l'état le plus trifte & le plus
affreux à la fituation la plus gaye ; allarmée de
l'infidèlité de Titus , elle fe raffuroit dans la penfée
qu'il n'étoit que jaloux. Lorfque dans le Rôle
d'Elifabeth , elle apprenoit l'amour du Comte
d'Effex pour la Ducheffe d'Irton ; en effet , livrée
au plus grand mépris qu'une femme , & furtout:
qu'une Reine puiffe effuyer , avec quelle fenfi
bilité
$80 MERCURE DE FRANCE.
bilité ne defcendoit-elle pas de la fierté la plus
haute à l'excès de la plus grande tendreſſe , juſqu'à
fe joindre à la Ducheffe pour fauver le Comte?
Dans Electre , lorfque gemiffante & chargée de
fers , elle fe livroit par gradation , & faifoit écla
ter la plus grande fatisfaction , en prononçant ces
mots: Ah ! mon frere eft ici ;les avides regards fur
ce frere qu'elle ne connoiffoit encore que par les
mouvemens de la nature étoient fi expreflifs qu'on
ne fçauroit fe rappeller cette Scene fans en être
attendri. On peut ajoûter qu'on n'a peut -être jamais
fi bien entendu l'art des Scenes muettes ;
c'est -à-dire , fi bien écouté & fi bien exprimé le
fens des paroles que l'Acteur qui étoit en fcene
avec elle difoit.
Au refte , elle aimoit extraordinairement fon
métier , & avoit au fuprême degré ce quon appelle
des entrailles & du fentiment ; elle entendoir
très-bien le fens des paroles qu'elle déclamoit.
Elle joignoit à ces talens de la politeffe, du fçavoir
vivre & de l'efprit, on a même vû de fes lettres que
Voiture n'auroit pas défavouées ; elle fréquentoit
les meilleures Maiſons de Paris , & y étoit fouhaitée
..
des plus grandes pertes qu'il pût faire en la perfonne
de Adrienne le Couvreur , morte d'un flux
de fang en peu de jours , le lundi 20. de ce mois,
âgée d'environ 40. ans. Elle avoit joué le Rôle de
Jocafte dans la Tragédie d'Oedipe , & celui
d'Hortenfe dans la petite Comédie du Florentin
Je Mercredi d'auparavant. G vj Qu
378 MERCURE DE FRANCE .
On ne fçauroit exprimer les regrets du Public
à la Cour & à la Ville,fur la perte de cette inimitable
Actrice qui avoit l'art admirable de ſe penetrer
au degré qu'il falloit pour exprimer les grandes
paffions & les faire fentir dans toute leur force.
Elle alloit d'abord au coeur , & le frappoit vivement
avec une intelligence , une jufteffe & un
art qu'il eft impoffible de décrire ; elle animoit ,
même les Vers foibles par la fineffe & le feu de
fon jeu , & les plus beaux recevoient de nouveaux
agrémens dans fa bouche. Le pathetique de la déclamation
dans prefque tous les grands caracteres
Tragiques n'a jamais été pouffé plus loin , & on
ofe affurer,fans crainte d'être démenti par le Public
, que peu des meilleures Actrices du Théatre
François ont été auffi generalement cheries du
Partere & des Loges , & ont fait répandre autant
de larmes. Cependant Mile Le Couvreur n'avoit
ni une grande voix , ni une preftance avantageufe,
ni beaucoup de ces graces dont le beau fexe eft en
poffeffion pour charmer les yeux & le coeur ;
mais elle étoit parfaitement bien faite dans fa taille
mediocre , avec un maintien noble & affuré ,
tête & les épaules bien placées , les yeux pleins de
feu , la bouche belle , le nez un peu aquilin , &;
beaucoup d'agrémens dans l'air & les manieres ;
fans embonpoint , mais les joues affez pleines
avec des traits bien marqués , pour exprimer la
triſteſſe , la joye , la tendreffe , la terreur & la pi
tié : le goût recherché & la richeffe de fa parure
donnoient un nouvel éclat à ſon air impofant,à fa
démarche & à fes geftes précis , & preſque toû→
jours énergiques.
la:
Elle n'avoit pas beaucoup de tons dans la voix,
mais elle fçavoit les varier à l'infini , & y joindre.
des inflexions , quelques éclats , & je ne fçai quoi
d'expreffif dans l'air du vifage & dans toute fa
perMARS.
1730. 579
perfonne , qui ne laiffoient rien à defirer ; avec la
parole libre , elle avoit la prononciation nette, &
une maniere de déclamer tout à fait originale , &
qui lui étoit particuliere.
ชุ
La Dile Le Couvreur étoit de Paris , fille d'un
Chapelier du Fauxbourg S. Germain , le feu Sr
Le Grand lui avoit montré à declamer ; après
avoir joué la Comédie dans les Provinces , à la
Cour de Lorraine , & avoir beaucoup brillé fur
le Théatre de Strasbourg , elle fut reçûë dans la
Troupe du Roi , au mois d'Avril 1717. ayant
debuté par les Rôles d'Electre & de Monime
qu'elle joua avec tant d'applaudiffemens , qu'on
difoit tout haut qu'elle commençoit par où les.
grandes Comédiennes finiffent d'ordinaire ; nous
avons oui dire à quelques Spectateurs que dans
ces grands perfonnages tragiques ( car dans le
Comique elle ne jouoit & ne brilloit que dans un
petit nombre de Rôles ) ils croyoient voir
veritablement une Princeffe qui jouoit la Comé→
die pour fon plaifir.
On lui donne la gloire d'avoir introduit la déclamation
fimple , noble & natutelle , & d'en
avoir banni le chant ; c'eft elle auffi qui la premiere
amis en ufage les Robes de Cour , en jouant
le Rôle de la Reine Elifabeth , dans la Tragédie
du Comte d'Effex.
Ceux qui lui ont vû jouer le Rôle de Berenice,
ont fans doute remarqué avec quel art elle paffoit
fubitement de l'état le plus trifte & le plus
affreux à la fituation la plus gaye ; allarmée de
l'infidèlité de Titus , elle fe raffuroit dans la penfée
qu'il n'étoit que jaloux. Lorfque dans le Rôle
d'Elifabeth , elle apprenoit l'amour du Comte
d'Effex pour la Ducheffe d'Irton ; en effet , livrée
au plus grand mépris qu'une femme , & furtout:
qu'une Reine puiffe effuyer , avec quelle fenfi
bilité
$80 MERCURE DE FRANCE.
bilité ne defcendoit-elle pas de la fierté la plus
haute à l'excès de la plus grande tendreſſe , juſqu'à
fe joindre à la Ducheffe pour fauver le Comte?
Dans Electre , lorfque gemiffante & chargée de
fers , elle fe livroit par gradation , & faifoit écla
ter la plus grande fatisfaction , en prononçant ces
mots: Ah ! mon frere eft ici ;les avides regards fur
ce frere qu'elle ne connoiffoit encore que par les
mouvemens de la nature étoient fi expreflifs qu'on
ne fçauroit fe rappeller cette Scene fans en être
attendri. On peut ajoûter qu'on n'a peut -être jamais
fi bien entendu l'art des Scenes muettes ;
c'est -à-dire , fi bien écouté & fi bien exprimé le
fens des paroles que l'Acteur qui étoit en fcene
avec elle difoit.
Au refte , elle aimoit extraordinairement fon
métier , & avoit au fuprême degré ce quon appelle
des entrailles & du fentiment ; elle entendoir
très-bien le fens des paroles qu'elle déclamoit.
Elle joignoit à ces talens de la politeffe, du fçavoir
vivre & de l'efprit, on a même vû de fes lettres que
Voiture n'auroit pas défavouées ; elle fréquentoit
les meilleures Maiſons de Paris , & y étoit fouhaitée
..
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Résumé : Mort de Mlle le Couvreur, [titre d'après la table]
Adrienne Lecouvreur, célèbre actrice du Théâtre Français, est décédée le lundi 20 du mois à l'âge d'environ 40 ans des suites d'un flux de sang. Elle avait récemment interprété les rôles de Jocaste dans Œdipe et d'Hortense dans la comédie du Florentin. Son décès a suscité une profonde tristesse tant à la cour qu'à la ville, où elle était admirée pour sa capacité à incarner les grandes passions avec force et authenticité. Adrienne Lecouvreur ne possédait ni une grande voix ni une présence physique avantageuse, mais elle était bien proportionnée, avec un maintien noble et assuré. Ses traits marqués lui permettaient d'exprimer diverses émotions. Sa diction était nette et originale, et elle savait varier sa voix avec des inflexions et des éclats expressifs. Elle a introduit la déclamation simple et naturelle au théâtre, bannissant le chant, et a popularisé les robes de cour en jouant le rôle de la reine Élisabeth dans la tragédie du Comte d'Essex. Ses interprétations, notamment dans les rôles de Bérénice, Élisabeth et Électre, étaient marquées par une grande sensibilité et une maîtrise des scènes muettes. Adrienne Lecouvreur aimait profondément son métier et possédait un sens aigu des paroles qu'elle déclamait. Elle était également connue pour sa politesse, son savoir-vivre et son esprit.
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686
p. 581-582
« Le 18. l'Académie Royale de Musique donna par extraordinaire une Représentation de Thesée [...] »
Début :
Le 18. l'Académie Royale de Musique donna par extraordinaire une Représentation de Thesée [...]
Mots clefs :
Opéra, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 18. l'Académie Royale de Musique donna par extraordinaire une Représentation de Thesée [...] »
Le 18. l'Académie Royale de Mufique donna
par extraordinaire une Repréfentation de Thefée
pour la capitation des Acteurs , comme cela fe
pratique toutes les années. Cette Piéce fut terminée
par les Caracteres de la danfe que la Dlle Camargo
danfa avec toute la vivacité dont elle eft:
capable.
Le 22. on joua encore Thefée pour les Acteurs,
qui fut fuivi du Divertiffement de Pourceaugnac,›
& du Pas de Trois danfé par les S's Blondi
Dumoulin & la Dlle Camargo.
Le 23. & le 24. on donna pour la clôture du
Theatre l'Opera de Telemaque , fuivi du Divertiffement
de Pourceaugnac , avec le Pas de
Trois.
Le 28. Fevrier , les Comédiens Italiens donne--
rent la premiere Repréſentation de Sanfon , Tragi
- Comédie en Vers , & en cinq Actes. Cette
Piéce en Italien avoit été jouée dans fa nouveau--
té au mois de Fevrier 1717. Le St Lelio , qui a
quitté
$ 82 MERCURE DE FRANCE .
a quitté le Théatre , y joüoit le principal Rôle
d'une maniere inimitable , comme dans toutes
les autres Piéces de ce genre. Le St Romagneſi
qui le remplace aujourd'hui dans la même Piéce,
la mise en Vers François , avec un fuccès furprenant
; le concours a été fi grand qu'on a été
obligé très-fouvent de renvoyer du monde ; on
en parlera plus au long dans le prochain Journal.
Le 23. & le 24. de ce mois , ils donnerent la
même Piéce de Samfon , pour la clôture du Theatre.
La Dile Silvia fit le compliment qu'on a accoutumé
de faire toutes les années , lequel fut
fort bien reçû du Public.
Le 4. Mars , l'Opera Comique donna la premiere
Repréſentation de la Parodie de Telemaque,
qu'on joue actuellement fur le Theatre de POpera.
Cette Parodie fut repreſentée avec grand
fuccès en 1715. par l'Opera Comique de la Foire .
S. Germain , le Sr Doller y jouoit pour lors le
Rôle de Telemaque d'une maniere fort originale,
& il a joué le même Rôle dans cette derniere reprife.
Le 20. on donna une petite Piéce nouvelle d'un
Acte , intitulé La Pantoufle qui fut précedée de
celle des Couplets des Vaudevilles en procès &
de la Parodie de Telemaque.
Le 26. on donna la premiere Repréſentation
d'un Acte nouveau , intitulé L'Opera Comique
affiegé , précedé des deux autres dont on vient de
parler , le même Divertiffement a continué juſ→
qu'à la Veille du Dimanche des Rameaux incluvement.
par extraordinaire une Repréfentation de Thefée
pour la capitation des Acteurs , comme cela fe
pratique toutes les années. Cette Piéce fut terminée
par les Caracteres de la danfe que la Dlle Camargo
danfa avec toute la vivacité dont elle eft:
capable.
Le 22. on joua encore Thefée pour les Acteurs,
qui fut fuivi du Divertiffement de Pourceaugnac,›
& du Pas de Trois danfé par les S's Blondi
Dumoulin & la Dlle Camargo.
Le 23. & le 24. on donna pour la clôture du
Theatre l'Opera de Telemaque , fuivi du Divertiffement
de Pourceaugnac , avec le Pas de
Trois.
Le 28. Fevrier , les Comédiens Italiens donne--
rent la premiere Repréſentation de Sanfon , Tragi
- Comédie en Vers , & en cinq Actes. Cette
Piéce en Italien avoit été jouée dans fa nouveau--
té au mois de Fevrier 1717. Le St Lelio , qui a
quitté
$ 82 MERCURE DE FRANCE .
a quitté le Théatre , y joüoit le principal Rôle
d'une maniere inimitable , comme dans toutes
les autres Piéces de ce genre. Le St Romagneſi
qui le remplace aujourd'hui dans la même Piéce,
la mise en Vers François , avec un fuccès furprenant
; le concours a été fi grand qu'on a été
obligé très-fouvent de renvoyer du monde ; on
en parlera plus au long dans le prochain Journal.
Le 23. & le 24. de ce mois , ils donnerent la
même Piéce de Samfon , pour la clôture du Theatre.
La Dile Silvia fit le compliment qu'on a accoutumé
de faire toutes les années , lequel fut
fort bien reçû du Public.
Le 4. Mars , l'Opera Comique donna la premiere
Repréſentation de la Parodie de Telemaque,
qu'on joue actuellement fur le Theatre de POpera.
Cette Parodie fut repreſentée avec grand
fuccès en 1715. par l'Opera Comique de la Foire .
S. Germain , le Sr Doller y jouoit pour lors le
Rôle de Telemaque d'une maniere fort originale,
& il a joué le même Rôle dans cette derniere reprife.
Le 20. on donna une petite Piéce nouvelle d'un
Acte , intitulé La Pantoufle qui fut précedée de
celle des Couplets des Vaudevilles en procès &
de la Parodie de Telemaque.
Le 26. on donna la premiere Repréſentation
d'un Acte nouveau , intitulé L'Opera Comique
affiegé , précedé des deux autres dont on vient de
parler , le même Divertiffement a continué juſ→
qu'à la Veille du Dimanche des Rameaux incluvement.
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Résumé : « Le 18. l'Académie Royale de Musique donna par extraordinaire une Représentation de Thesée [...] »
Du 18 au 24 février, l'Académie Royale de Musique organisa plusieurs représentations de la pièce 'Thésée', incluant des danses avec Mlle Camargo. Les 22, 23 et 24 février, les divertissements comprenaient 'Pourceaugnac' et un pas de trois interprété par Blondi, Dumoulin et Mlle Camargo. Le 28 février, les Comédiens Italiens jouèrent la tragédie-comédie 'Sanfon' en cinq actes, initialement présentée en février 1717, avec St Lelio et St Romagnesi dans les rôles principaux, adaptée en vers français. Les 23 et 24 février, une nouvelle représentation de 'Sanfon' clôtura la saison, accompagnée d'un compliment de la Dile Silvia. Le 4 mars, l'Opéra Comique présenta la parodie de 'Télémaque', déjà jouée en 1715. Le 20 mars, la pièce en un acte 'La Pantoufle' fut jouée, précédée des 'Couplets des Vaudevilles en procès' et de la parodie de 'Télémaque'. Le 26 mars, la pièce en un acte 'L'Opéra Comique affligé' fut présentée, suivie des mêmes divertissements jusqu'à la veille du Dimanche des Rameaux.
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687
p. 744-749
Le Belier, Conte, [titre d'après la table]
Début :
LE BELIER, Conte. Par M. le Comte Antoine Hamilton. A Paris, ruë S. Jacques [...]
Mots clefs :
Conte, Prose, Prince, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Belier, Conte, [titre d'après la table]
LE BELIER , Conte. Par M. le Comte
Antoine Hamilton. A Paris , rue S. Facques
, chez F. Fr. Joffe 1730. in 12. de
330. pages.
Dans un Avis au Lecteur , le Libraire
s'exprime ainfi La profonde érudition
du Comte Antoine Hamilton , la délica
teffe de fon génie & la douceur de fes
moeurs l'ont rendu également cher aux
Sçavans & aux gens du monde. Un grand
Seigneur
AVRIL 1730. 749
Seigneur François ayant pris alliance dans
fa Maiſon , occafionna fes premiers voyages
à la Cour de France. Les Revolutions
d'Angleterre fous Jacques II . y fixerent
prefque fon féjour . Les Traductions des
Contes Perfans , Arabes & Turcs étoient
entre les mains de toutes les Dames de la
Cour & de la Ville ; il railloit les premieres
fur l'attachement qu'elles avoient pour
une lecture fi peu inftructive , mais avec
les ménagemens convenables pour ne pas
bleffer leur amour propre. Un jour on le
défia de faire quelque chofe dans le goût
de ces Ouvrages ; le Comte Hamilton ,
dont le génie pouvoit tout ce qu'il vouloit
, fit voir en peu de jours qu'il fçavoit
badiner avec les Mufes .
Madame la Comteffe de G ... fa foeur ,
avoit acquis depuis quelque tems une
mazure , avec un affez petit terrain , dans
le Parc de cette Maifon Royale qui fait
l'admiration de tout l'Univers , cette mazure
, qu'on nommoit Moulineau , devint
un lieu charmant par les foins vigilans ,
la magnificence & le goût de la Comteffe
de G ... on changea le nom de Moulineau
en celui de Ponthalie. C'eft à l'occafion
de l'étimologie de Ponthalie que,
le
Comte Antoine a fait le Belier ; il y a mille
petits faits déguifés dans cet Ouvrage
qu'il faut laiffer demafquer à qui le pourra
746 MERCURE DE FRANCE
ra; quand on ne devineroit rien , le Conte
n'en feroit pas moins bon ; l'Auteur fçait
badiner legerement , louer avec délicateffe
& critiquer finement.
Ce Manufcrit m'étant tombé dans les
mains ( c'eſt toujours le Libraire qui parle)
j'ai crû que le Public me fçauroit bon gré
de lui donner un Ouvrage qui dans fon
genre n'en a point de fuperieur , felon le
fentiment des gens de goût que j'ai con- .
fultés ,& s'il a le même fuccès que les Mé
moires du Comte de Grammont , qui font du
même Auteur , & le feul Ouvrage qui ait
encore paru de lui imprimé ( c'eft encore
le Libraire qui parle ) je ne ferai point
trompé dans mes efperances.
Dans ce Conte dont les 39. premieres
pages font en Vers , après une Deſcription
de Moulineau , on trouve ce Portrait :
Mais de ces lieux tout l'ornement
Etoit certaine jeune Armide ,
Faite par tel enchantement ,
Que fes regards portoient fans guide
Au fonds des coeurs l'embrafement ;
L'aimer pourtant étoit folie ,
Car l'infenfible Nymphe Alie ,.
Bien loin de vouloir fecourir
Ne cherchoit qu'à faire mourir ;
Tout l'art du Druide ſon Pere
Et
AVRIL. 1730. 747
Et fes enchantemens divers
S'étoient épuisés pour en faire
La merveille de l'Univers.
Depuis ce tems-là chaque Belle
A fuivi ce brillant modele ;
Mais nos modernes Déités
Heritieres de fes beautés ,
"
Et de fa fraîcheur immortelle ,
Par malheur ont emprunté d'elle
Les rigueurs & les cruautés.
Mille Amans : Ciel + quelle foibleflet
Surs de mourir , vouloient la voir ;
La fage & prudente vieilleffe
Y venoit languir fans efpoir ,
Et la floriffante jeuneffe
N'en avoit pas pour juſqu'au foir ;
Rien n'échapoit à la tigreffe ,
Tous les lieux d'alentour étoient tendus de nair
Et l'on voyoit périr fans ceffe
Quelqu'Amant
fec que la tendreffe
Avoit réduit au defefpoir.
Avant de quitter la Poëfie pour prendre
la Profe , l'Auteur fait cette tranfition .
Mais changeons de ftile , il eft tems
Que votre oreille ſe repoſe
Et que les vulgaires accens
Qui
748 MERCURE DE FRANCE
Qui chantoient les évenemens
Faffent place à la fimple Profe.
Le Cheval aîlé court les champs ,
Se cabre , & prend le frein aux dents,
Lors d'une main trop incertaine
Un Auteur par de vains élans ,
'Au milieu des airs fe
promene ;
Mais quand fous quelque efpece vaine à
Réduit au trot il bat des flancs ,
Et bronche au milieu de la Plaine
Il est tout des plus fatiguans.
Un Lecteur qui le fouffre à peine ,
S'endort fur fes pas chancelans ,
Et quels que foient leurs ornemens
Dans un récit de longue haleine
Les vers font toujours ennuyans.
Chez l'importune Poëfie
D'un Conte on ne voit
pas
la fin ;
Car quoiqu'elle marche à grand train ,
A chaque moment elle oublie
Ou fes Lecteurs ou fon deffein
Et fans fe douter qu'elle ennuye
Elle va l'Hiperbole en main ,
Orner un Palais , un Jardin ,
Ou relever en broderie
Tout ce qu'elle trouve en chemin.
Pour donner un petit échantillon de
cette Profe , nous tranfcrirons ici la Déclaration
AVRIL 1730. 749
claration du Prince de Noify à Alie , dont
les Portraits feroient dignes du pinceau de
l'Albane , par le charme & les graces que
l'habile Ecrivain a fçû leur donner .
>> Si vous n'êtes pas la Reine des Dieux
» ou la Mere des Amours, lui dit - il, apre-
» nez moi , je vous prie , qui eft la mortelle
» qui a tant d'éclat & tant de majefté , pour
» n'adorer plus qu'elle fur la terre. Et
» vous , lui répliqua Alie , fi vous n'êtes
» point un de ces Amours dont vous ve-
» nez de parler , qui pouvez- vous être ?
» Mais qui que vous foyez , non -feule-
» ment je reçois vos hommages , mais je
» vous promets de n'en recevoir jamais
» d'autres , pourvû que vous ne foyez pas
» le Prince de Noify ...Le Prince dit tout
» ce que l'amour refpectueux & le plus.
» tendre infpire dans ces occafions ; & la
» belle Alie tout ce que l'innocence dans
» un coeur extrêmement attendri permet
» de répondre,
Antoine Hamilton. A Paris , rue S. Facques
, chez F. Fr. Joffe 1730. in 12. de
330. pages.
Dans un Avis au Lecteur , le Libraire
s'exprime ainfi La profonde érudition
du Comte Antoine Hamilton , la délica
teffe de fon génie & la douceur de fes
moeurs l'ont rendu également cher aux
Sçavans & aux gens du monde. Un grand
Seigneur
AVRIL 1730. 749
Seigneur François ayant pris alliance dans
fa Maiſon , occafionna fes premiers voyages
à la Cour de France. Les Revolutions
d'Angleterre fous Jacques II . y fixerent
prefque fon féjour . Les Traductions des
Contes Perfans , Arabes & Turcs étoient
entre les mains de toutes les Dames de la
Cour & de la Ville ; il railloit les premieres
fur l'attachement qu'elles avoient pour
une lecture fi peu inftructive , mais avec
les ménagemens convenables pour ne pas
bleffer leur amour propre. Un jour on le
défia de faire quelque chofe dans le goût
de ces Ouvrages ; le Comte Hamilton ,
dont le génie pouvoit tout ce qu'il vouloit
, fit voir en peu de jours qu'il fçavoit
badiner avec les Mufes .
Madame la Comteffe de G ... fa foeur ,
avoit acquis depuis quelque tems une
mazure , avec un affez petit terrain , dans
le Parc de cette Maifon Royale qui fait
l'admiration de tout l'Univers , cette mazure
, qu'on nommoit Moulineau , devint
un lieu charmant par les foins vigilans ,
la magnificence & le goût de la Comteffe
de G ... on changea le nom de Moulineau
en celui de Ponthalie. C'eft à l'occafion
de l'étimologie de Ponthalie que,
le
Comte Antoine a fait le Belier ; il y a mille
petits faits déguifés dans cet Ouvrage
qu'il faut laiffer demafquer à qui le pourra
746 MERCURE DE FRANCE
ra; quand on ne devineroit rien , le Conte
n'en feroit pas moins bon ; l'Auteur fçait
badiner legerement , louer avec délicateffe
& critiquer finement.
Ce Manufcrit m'étant tombé dans les
mains ( c'eſt toujours le Libraire qui parle)
j'ai crû que le Public me fçauroit bon gré
de lui donner un Ouvrage qui dans fon
genre n'en a point de fuperieur , felon le
fentiment des gens de goût que j'ai con- .
fultés ,& s'il a le même fuccès que les Mé
moires du Comte de Grammont , qui font du
même Auteur , & le feul Ouvrage qui ait
encore paru de lui imprimé ( c'eft encore
le Libraire qui parle ) je ne ferai point
trompé dans mes efperances.
Dans ce Conte dont les 39. premieres
pages font en Vers , après une Deſcription
de Moulineau , on trouve ce Portrait :
Mais de ces lieux tout l'ornement
Etoit certaine jeune Armide ,
Faite par tel enchantement ,
Que fes regards portoient fans guide
Au fonds des coeurs l'embrafement ;
L'aimer pourtant étoit folie ,
Car l'infenfible Nymphe Alie ,.
Bien loin de vouloir fecourir
Ne cherchoit qu'à faire mourir ;
Tout l'art du Druide ſon Pere
Et
AVRIL. 1730. 747
Et fes enchantemens divers
S'étoient épuisés pour en faire
La merveille de l'Univers.
Depuis ce tems-là chaque Belle
A fuivi ce brillant modele ;
Mais nos modernes Déités
Heritieres de fes beautés ,
"
Et de fa fraîcheur immortelle ,
Par malheur ont emprunté d'elle
Les rigueurs & les cruautés.
Mille Amans : Ciel + quelle foibleflet
Surs de mourir , vouloient la voir ;
La fage & prudente vieilleffe
Y venoit languir fans efpoir ,
Et la floriffante jeuneffe
N'en avoit pas pour juſqu'au foir ;
Rien n'échapoit à la tigreffe ,
Tous les lieux d'alentour étoient tendus de nair
Et l'on voyoit périr fans ceffe
Quelqu'Amant
fec que la tendreffe
Avoit réduit au defefpoir.
Avant de quitter la Poëfie pour prendre
la Profe , l'Auteur fait cette tranfition .
Mais changeons de ftile , il eft tems
Que votre oreille ſe repoſe
Et que les vulgaires accens
Qui
748 MERCURE DE FRANCE
Qui chantoient les évenemens
Faffent place à la fimple Profe.
Le Cheval aîlé court les champs ,
Se cabre , & prend le frein aux dents,
Lors d'une main trop incertaine
Un Auteur par de vains élans ,
'Au milieu des airs fe
promene ;
Mais quand fous quelque efpece vaine à
Réduit au trot il bat des flancs ,
Et bronche au milieu de la Plaine
Il est tout des plus fatiguans.
Un Lecteur qui le fouffre à peine ,
S'endort fur fes pas chancelans ,
Et quels que foient leurs ornemens
Dans un récit de longue haleine
Les vers font toujours ennuyans.
Chez l'importune Poëfie
D'un Conte on ne voit
pas
la fin ;
Car quoiqu'elle marche à grand train ,
A chaque moment elle oublie
Ou fes Lecteurs ou fon deffein
Et fans fe douter qu'elle ennuye
Elle va l'Hiperbole en main ,
Orner un Palais , un Jardin ,
Ou relever en broderie
Tout ce qu'elle trouve en chemin.
Pour donner un petit échantillon de
cette Profe , nous tranfcrirons ici la Déclaration
AVRIL 1730. 749
claration du Prince de Noify à Alie , dont
les Portraits feroient dignes du pinceau de
l'Albane , par le charme & les graces que
l'habile Ecrivain a fçû leur donner .
>> Si vous n'êtes pas la Reine des Dieux
» ou la Mere des Amours, lui dit - il, apre-
» nez moi , je vous prie , qui eft la mortelle
» qui a tant d'éclat & tant de majefté , pour
» n'adorer plus qu'elle fur la terre. Et
» vous , lui répliqua Alie , fi vous n'êtes
» point un de ces Amours dont vous ve-
» nez de parler , qui pouvez- vous être ?
» Mais qui que vous foyez , non -feule-
» ment je reçois vos hommages , mais je
» vous promets de n'en recevoir jamais
» d'autres , pourvû que vous ne foyez pas
» le Prince de Noify ...Le Prince dit tout
» ce que l'amour refpectueux & le plus.
» tendre infpire dans ces occafions ; & la
» belle Alie tout ce que l'innocence dans
» un coeur extrêmement attendri permet
» de répondre,
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Résumé : Le Belier, Conte, [titre d'après la table]
Le texte présente le conte 'Le Bélier', écrit par le Comte Antoine Hamilton et publié à Paris en 1730. Le libraire met en avant l'érudition, le génie et les mœurs douces de Hamilton, qui lui ont valu l'estime des savants et des gens du monde. Après avoir voyagé en France et s'être installé en Angleterre, Hamilton s'est distingué par ses traductions de contes persans, arabes et turcs, très populaires à la cour. Un jour, défié de créer un ouvrage similaire, Hamilton compose 'Le Bélier' en quelques jours, démontrant ainsi son talent. L'histoire se déroule à Ponthalie, une propriété transformée par la Comtesse de G... à partir d'une ancienne masure appelée Moulineau. Le conte commence en vers, décrivant la beauté et les dangers de la jeune Armide, une nymphe cruelle qui attire les amants vers une mort certaine. Le texte passe ensuite à la prose, critiquant la poésie pour sa tendance à ennuyer les lecteurs dans les longs récits. Le conte inclut également des portraits charmants, comme celui du Prince de Noisy déclarant son amour à Alie. Le libraire espère que cet ouvrage connaîtra le même succès que les 'Mémoires du Comte de Grammont' de Hamilton.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
688
p. 758-764
Rentrée des Académies.
Début :
L'Académie Royale des Belles-Lettres tint son Assemblée publique du semestre [...]
Mots clefs :
Académie royale des belles-lettres, Académie royale des sciences, Mémoires, Grecs, Langues orientales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rentrée des Académies.
Rentrée des Académies.
L'Académie Royale des Belles-Lettres
tint fon Affemblée publique du femeftre
de Pafques le 18. Avril. M. de Boze , Secretaire
perpetuel de cette Académie
ouvrit la féance par l'éloge de M. de Valbonais
, Premier Préfident de la Chambre
des Comptes de Grenoble , Corref
pondant honoraire ; & comme cet éloge
étoit compofé avec cette élegance & cette
précifion qui paroît dans tous les autres
M. l'Abbé Bignon fit remarquer ce qu'on
n'avoit point penfé , que M. de Boze n'avoit
reçû les Mémoires de la Vie de M.
de Valbonnais que fept ou huit jours auparavant
.
}
M. Hardion lut enfuite des Reflexions
fur les Choeurs de la Tragédie d'Andromaque
par Euripide , & après avoir remarqué
le bon ufage que les Anciens faifoient
de ces Choeurs qu'ils avoient l'art de lier
avec la Piece , par l'interêt que plufieurs
perfonnes devoient naturellement prendre
à l'action qui étoit repréſentée , puifqu'elle
étoit & publique & importante
it
AVRIL. 1730. 759
il condamne fans prévention un des
Choeurs de cette même Tragédie qui paroft
deplacé. Il prend même occafion des
endroits où Euripide s'éleve contre la Bigamie
, d'examiner fi l'ufage en étoit permis
à Athénes du tems de ce Poëte , &
fi lui- méme & Socrate n'avoient pas eu
deux femmes legitimes à la fois ; & après
avoir refuté le fentiment de ceux des Anciens
& des Modernes qui l'avoient crû ,
il décide pour la négative.
M. Fourmont l'aîné lut après une Differtation
dont l'objet étoit d'établir la neceffité
des Langues Orientales pour la
connoiffance de l'Hiftoire ancienne & de
Ja Mythologie ; cette propofition , pourvû
qu'elle ne foit pas generale , eft fans
doute très- vraye , & les Sçavans du dernier
Siecle , principalement le celebre
Bochart , en avoient déja fait un grand
ulage. Les Grecs qui nous ont tranſmis
prefque toutes les Fables que nous connoiffons
, tiroient leur origine des Colonies
Egyptiennes & Phéniciennes , qui
avoient apporté dans le Continent de la
Grece & dans les Ifles voifines leur Religion
& leur Langue , & il eft fûr , comme
l'a fouvent remarqué le fçavant Bochart
, que les Langues Phénicienne &
Egyptienne , mal entendues , ont donné
fouvent lieu aux Grecs de debiter des Fa-
Fj bles
760 MERCURE DE FRANCE
bles , c'est- à-dire , de fubftituer des idées
extraordinaires & merveilleufes à des
idées qui ne devoient préfenter rien que
de naturel ; delà , fans doute , l'origine
d'une infinité de fictions. Cependant les
Grecs & les Latins après eux ont debité
eux-mêmes de nouvelles Fables qui ne
paroiffent avoir aucun rapport avec les
Langues Etrangeres , & c'eft une diftinction
que ceux qui entreprennent de les
expliquer, ne doivent pas manquer de faire
; quoiqu'il en foit , M. Fourmont choifit
pour preuve de fa propofition deux
exemples finguliers , l'un de la Fable &
l'autre de l'Hiftoire. Le premier exemple
fut celui de la Fable des Gorgonnes , l'écueil
des Mythologues , & il fit voir qu'à
l'aide des Langues Orientales , elle étoit
fort intelligible , & ne renfermoit plus
aucunes de ces idées myfterieufes qui y répandent
tant d'obfcurité. Les noms des
trois Gorgonnes font ceux des trois Vaiffeaux
que Perfée prit vers les Syrtes de
l'Afrique fur Phoreys,& les Marchandifes
qu'il en rapporta marquent & Chrifaor ,
qui nâquit du fang de Meduſe , & cette
dent & cet oeil unique qu'on donna aux
trois Gorgonnes. Mais pour developer davantage
l'idée de cet Académicien , il faudroit
rapporter toutes les étimologies dont
il fit ufage , ce qui n'eft pas poffible fans
ا ع
AVRIL. 1730. 761
le copier entierement.
Le fecond exemple étoit tiré de la celebre
Infcription de Sardanapale , qu'on
regardoit comme fon Epitaphe , & dans
laquelle après avoir marqué que ce Prince
avoit bâti en un même jour les Villes
de Tarfe & d'Anchialé , on congédioit les
Lecteurs , en leur difant : Paffans, buvez,
mangez , réjouiffez -vous & faites l'amour,
ce qui paroiffoit entierement hors de propos
, & fort deplacé dans un endroit où
F'on venoit de parler de la conftruction
extraordinaire de deux Villes en un même
jour.
C'étoit cependant ainfi que tous les
Anciens avoient rapporté & expliqué
cette Infcription. Il paroiffoit auffi par
cette même Infcription que Sardanapale
étoit fils d'Araxindax , perfonnage toutà
- fait inconnu dans l'Antiquité ; mais.
M. Fourmont , en remettant cette Infcription
dans fa Langue originale , qui eft la
Chaldéenne , & en fubftituant aux trois
mots Grecs qui la terminoient , des mots
Caldéens , il en résulte un fens fort naturel,
qui eft queSardanapale avoit bâti les
deux Villes en queftion en un même jour,
qu'il avoit auffi fait conftruire un Pont
fur le Torrent qui couloit auprès , car
Arax , dans les Langues Orientales , fignifie
en general de l'eau , & il les avoit
Fv réellement
62 MERCURE DE FRANCE
réellement conftruites dans un efpace fi
court , qu'il y avoit mis jufqu'aux clôtures
& aux fermetures , ce que fignifient
les trois mots Chaldéens fubftituez aux
trois mots Grecs qui terminoient l'Inf
cription. Ainfi difparoiffent & le trait
déplacé de cette Infcription , & l'Ara
xindarax prétendu pere de Sardanapale.
M. de la Nauze termina l'Aſſemblée
par
la lecture de l'Hiftoire de Leandre &
de Hero. L'Auteur , après avoir démontré
que ce fait étoit revêtu de toutes les
preuves néceffaires pour le rendre certain,.
quoiqu'en ait dit un celebre Critique ,
qui le traite de pure fable , le raconta
d'une maniere fimple & naturelle , & fit
des Remarques critiques & judicieuſes.
fur les autres qui en avoient parlé. Il
prouva contre le fentiment de quelques
Sçavans , que les deux Epitres d'Ovide
fur ce fujet , étoient de ce Poëte , & contre
le celebre Scaliger , que le Mufée , qui
a compofé un petit Poëme ſur cet évenement
, n'étoit pas l'ancien Mufée , dont
les Ouvrages ne fubfiftent plus , & que
celui-cy , dont Tzetzés eft le premier qui
ait parlé , ne vivoit qu'environ vers le
IVe fiecle. M. de la Nauze fit enfuite uneexacte
Analyfe de ce Poëme & des deux
Heroïdes d'Ovide,
L'AAVRIL
1730. 763
1
L'Académie Royale des Sciences , tint
fon Affemblée publique le Mercredy 19 ,
Avril . M. de Fontenelle ouvrit la Séance
par l'Eloge de feu M. de Valincourt ,
Académicien Honoraire .
M. Caffini lût enfuite un Memoire contenant
les Obfervations qu'il a faites de
la Comete qui a paru l'année derniere
pendant près de cinq mois.
M. Geoffroi , le cadet , lût après cela
un Memoire de Chimie , contenant l'Analyfe
de prefque toutes les viandes qui
fervent à la nourriture des hommes ,
d'où il tire les Relations qu'ont entre
elles les quantitez des parties nourriffantes
que ces viandes produifent.
M. Dufay , lût auffi un Memoire qui
contient de nouvelles preuves de fon fentiment
fur l'Aiman , & donna les Méthodes
les plus fûres & les plus promp
tes d'aimanter les Aiguilles.
M. Juffieu , lût après cela un Memoire
fur la neceffité de continuer & d'augmen--
ter le commerce que les Botaniftes d'Eu
rope ont avec ceux des Indes , pour la
perfection de la Botanique & de l'Hif
toire Naturelle.
M. Duhamel finit la Seance par la
lecture d'un Memoire fur les Greffes des
Arbres ; il y examina les rapports de convenances
& de difconvenances que les
F vj Greffes
764 MERCURE DE FRANCE
Greffes doivent avoir avec les fujets lur
lefquels on les greffe.
On donnera des Extraits de ces Memoires.
L'Académie Royale des Belles-Lettres
tint fon Affemblée publique du femeftre
de Pafques le 18. Avril. M. de Boze , Secretaire
perpetuel de cette Académie
ouvrit la féance par l'éloge de M. de Valbonais
, Premier Préfident de la Chambre
des Comptes de Grenoble , Corref
pondant honoraire ; & comme cet éloge
étoit compofé avec cette élegance & cette
précifion qui paroît dans tous les autres
M. l'Abbé Bignon fit remarquer ce qu'on
n'avoit point penfé , que M. de Boze n'avoit
reçû les Mémoires de la Vie de M.
de Valbonnais que fept ou huit jours auparavant
.
}
M. Hardion lut enfuite des Reflexions
fur les Choeurs de la Tragédie d'Andromaque
par Euripide , & après avoir remarqué
le bon ufage que les Anciens faifoient
de ces Choeurs qu'ils avoient l'art de lier
avec la Piece , par l'interêt que plufieurs
perfonnes devoient naturellement prendre
à l'action qui étoit repréſentée , puifqu'elle
étoit & publique & importante
it
AVRIL. 1730. 759
il condamne fans prévention un des
Choeurs de cette même Tragédie qui paroft
deplacé. Il prend même occafion des
endroits où Euripide s'éleve contre la Bigamie
, d'examiner fi l'ufage en étoit permis
à Athénes du tems de ce Poëte , &
fi lui- méme & Socrate n'avoient pas eu
deux femmes legitimes à la fois ; & après
avoir refuté le fentiment de ceux des Anciens
& des Modernes qui l'avoient crû ,
il décide pour la négative.
M. Fourmont l'aîné lut après une Differtation
dont l'objet étoit d'établir la neceffité
des Langues Orientales pour la
connoiffance de l'Hiftoire ancienne & de
Ja Mythologie ; cette propofition , pourvû
qu'elle ne foit pas generale , eft fans
doute très- vraye , & les Sçavans du dernier
Siecle , principalement le celebre
Bochart , en avoient déja fait un grand
ulage. Les Grecs qui nous ont tranſmis
prefque toutes les Fables que nous connoiffons
, tiroient leur origine des Colonies
Egyptiennes & Phéniciennes , qui
avoient apporté dans le Continent de la
Grece & dans les Ifles voifines leur Religion
& leur Langue , & il eft fûr , comme
l'a fouvent remarqué le fçavant Bochart
, que les Langues Phénicienne &
Egyptienne , mal entendues , ont donné
fouvent lieu aux Grecs de debiter des Fa-
Fj bles
760 MERCURE DE FRANCE
bles , c'est- à-dire , de fubftituer des idées
extraordinaires & merveilleufes à des
idées qui ne devoient préfenter rien que
de naturel ; delà , fans doute , l'origine
d'une infinité de fictions. Cependant les
Grecs & les Latins après eux ont debité
eux-mêmes de nouvelles Fables qui ne
paroiffent avoir aucun rapport avec les
Langues Etrangeres , & c'eft une diftinction
que ceux qui entreprennent de les
expliquer, ne doivent pas manquer de faire
; quoiqu'il en foit , M. Fourmont choifit
pour preuve de fa propofition deux
exemples finguliers , l'un de la Fable &
l'autre de l'Hiftoire. Le premier exemple
fut celui de la Fable des Gorgonnes , l'écueil
des Mythologues , & il fit voir qu'à
l'aide des Langues Orientales , elle étoit
fort intelligible , & ne renfermoit plus
aucunes de ces idées myfterieufes qui y répandent
tant d'obfcurité. Les noms des
trois Gorgonnes font ceux des trois Vaiffeaux
que Perfée prit vers les Syrtes de
l'Afrique fur Phoreys,& les Marchandifes
qu'il en rapporta marquent & Chrifaor ,
qui nâquit du fang de Meduſe , & cette
dent & cet oeil unique qu'on donna aux
trois Gorgonnes. Mais pour developer davantage
l'idée de cet Académicien , il faudroit
rapporter toutes les étimologies dont
il fit ufage , ce qui n'eft pas poffible fans
ا ع
AVRIL. 1730. 761
le copier entierement.
Le fecond exemple étoit tiré de la celebre
Infcription de Sardanapale , qu'on
regardoit comme fon Epitaphe , & dans
laquelle après avoir marqué que ce Prince
avoit bâti en un même jour les Villes
de Tarfe & d'Anchialé , on congédioit les
Lecteurs , en leur difant : Paffans, buvez,
mangez , réjouiffez -vous & faites l'amour,
ce qui paroiffoit entierement hors de propos
, & fort deplacé dans un endroit où
F'on venoit de parler de la conftruction
extraordinaire de deux Villes en un même
jour.
C'étoit cependant ainfi que tous les
Anciens avoient rapporté & expliqué
cette Infcription. Il paroiffoit auffi par
cette même Infcription que Sardanapale
étoit fils d'Araxindax , perfonnage toutà
- fait inconnu dans l'Antiquité ; mais.
M. Fourmont , en remettant cette Infcription
dans fa Langue originale , qui eft la
Chaldéenne , & en fubftituant aux trois
mots Grecs qui la terminoient , des mots
Caldéens , il en résulte un fens fort naturel,
qui eft queSardanapale avoit bâti les
deux Villes en queftion en un même jour,
qu'il avoit auffi fait conftruire un Pont
fur le Torrent qui couloit auprès , car
Arax , dans les Langues Orientales , fignifie
en general de l'eau , & il les avoit
Fv réellement
62 MERCURE DE FRANCE
réellement conftruites dans un efpace fi
court , qu'il y avoit mis jufqu'aux clôtures
& aux fermetures , ce que fignifient
les trois mots Chaldéens fubftituez aux
trois mots Grecs qui terminoient l'Inf
cription. Ainfi difparoiffent & le trait
déplacé de cette Infcription , & l'Ara
xindarax prétendu pere de Sardanapale.
M. de la Nauze termina l'Aſſemblée
par
la lecture de l'Hiftoire de Leandre &
de Hero. L'Auteur , après avoir démontré
que ce fait étoit revêtu de toutes les
preuves néceffaires pour le rendre certain,.
quoiqu'en ait dit un celebre Critique ,
qui le traite de pure fable , le raconta
d'une maniere fimple & naturelle , & fit
des Remarques critiques & judicieuſes.
fur les autres qui en avoient parlé. Il
prouva contre le fentiment de quelques
Sçavans , que les deux Epitres d'Ovide
fur ce fujet , étoient de ce Poëte , & contre
le celebre Scaliger , que le Mufée , qui
a compofé un petit Poëme ſur cet évenement
, n'étoit pas l'ancien Mufée , dont
les Ouvrages ne fubfiftent plus , & que
celui-cy , dont Tzetzés eft le premier qui
ait parlé , ne vivoit qu'environ vers le
IVe fiecle. M. de la Nauze fit enfuite uneexacte
Analyfe de ce Poëme & des deux
Heroïdes d'Ovide,
L'AAVRIL
1730. 763
1
L'Académie Royale des Sciences , tint
fon Affemblée publique le Mercredy 19 ,
Avril . M. de Fontenelle ouvrit la Séance
par l'Eloge de feu M. de Valincourt ,
Académicien Honoraire .
M. Caffini lût enfuite un Memoire contenant
les Obfervations qu'il a faites de
la Comete qui a paru l'année derniere
pendant près de cinq mois.
M. Geoffroi , le cadet , lût après cela
un Memoire de Chimie , contenant l'Analyfe
de prefque toutes les viandes qui
fervent à la nourriture des hommes ,
d'où il tire les Relations qu'ont entre
elles les quantitez des parties nourriffantes
que ces viandes produifent.
M. Dufay , lût auffi un Memoire qui
contient de nouvelles preuves de fon fentiment
fur l'Aiman , & donna les Méthodes
les plus fûres & les plus promp
tes d'aimanter les Aiguilles.
M. Juffieu , lût après cela un Memoire
fur la neceffité de continuer & d'augmen--
ter le commerce que les Botaniftes d'Eu
rope ont avec ceux des Indes , pour la
perfection de la Botanique & de l'Hif
toire Naturelle.
M. Duhamel finit la Seance par la
lecture d'un Memoire fur les Greffes des
Arbres ; il y examina les rapports de convenances
& de difconvenances que les
F vj Greffes
764 MERCURE DE FRANCE
Greffes doivent avoir avec les fujets lur
lefquels on les greffe.
On donnera des Extraits de ces Memoires.
Fermer
Résumé : Rentrée des Académies.
Le 18 avril 1730, l'Académie Royale des Belles-Lettres organisa une assemblée publique. M. de Boze, secrétaire perpétuel, débuta la séance par un éloge de M. de Valbonnais, Premier Président de la Chambre des Comptes de Grenoble. L'Abbé Bignon complimenta l'élégance et la précision de cet éloge, soulignant que M. de Boze avait préparé son discours en seulement sept ou huit jours. M. Hardion présenta ensuite des réflexions sur les chœurs de la tragédie 'Andromaque' d'Euripide, critiquant un chœur déplacé et discutant de la bigamie à Athènes. M. Fourmont l'aîné exposa une dissertation sur l'importance des langues orientales pour la compréhension de l'histoire ancienne et de la mythologie, illustrant ses propos avec des exemples comme la fable des Gorgonnes et l'inscription de Sardanapale. M. de la Nauze conclut l'assemblée par la lecture de l'histoire de Léandre et d'Héro, démontrant la réalité de ce fait et analysant les œuvres littéraires s'y rapportant. Le 19 avril 1730, l'Académie Royale des Sciences tint également une assemblée publique. M. de Fontenelle ouvrit la séance par un éloge de feu M. de Valincourt, académicien honoraire. Plusieurs mémoires furent lus, couvrant des sujets variés tels que les observations d'une comète, l'analyse des viandes, les propriétés de l'aimant, l'importance du commerce botanique avec les Indes et les techniques de greffe des arbres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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689
p. 767-771
« On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...] »
Début :
On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...]
Mots clefs :
Métail, Estampes de Watteau, Ouvrages, Académie, Opération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...] »
On a appris de Londres , que le 8 Mars , on fit
dans la grande Salle d'Apollon , près du Temple
àl'i- Bar , l'ouverture d'une nouvelle Académie ,
mitation de l'Académie Françoife de Paris. On y
lut une Differtation fur la beauté de la Langue
Françoife , & fur l'utilité dont elle eft aux Anglois
qui l'ont apprife ; & un Poëme Burleſque ,
intitulé : La Tour de Babel.
De Petersbourg. M. Bayer a achevé une hiftoire
d'Edeffe , il a fort avancé celle de Syrie par
les Médailles ; & il conduit l'Hiftoire Ecclefiaftique
de la Chine & de l'Afie Septentrionale , jufqu'au
temps de l'arrivée des Miffionnaires en ce
Pais — là .
On apprend de Rome que le Comte Paffionci y
a fait
graver fur les deffeins du Comte Berardi ,
768 MERCURE DE FRANCE
un ancien Théatre , dont les reftes fubfiftent eneore
auprès de la Ville de Gabbio , dans l'Ombrie.
La Planche dédiée au Cardinal Ottoboni
contient le Profil de l'interieur de ce Théatre, tel
qu'il eft aujourd'hui. Il peut avoir environ 300
Palmes Romaines d'éténduë. On a mis au deffous
le Profil de l'interieur & de l'extérieur du
Théatre , tel qu'on a jugé à peu près , fur ce qui
refte , qu'il devoit être , lorfqu'il étoit entier , &
on y a ajouté le Plan , auffi dreffé par conjecture,
du premier & du fecond étage de l'Edifice , avec
le Profil des Chapiteaux des Colonnes, employées
pour
le foutenir.
El paroît depuis peu quatre Eſtampes d'après
les Tableaux du celebre Watteau ; fçavoir , un
Défilé , deffiné & gravé par le fieur Moyriau.
Le Sommeil dangereux , par le fieur Liotard.
Les Amuſemens de Ĉithere, par le fieur de Surugues.
Le Repas de Campagne , par le fieur Defplace.
Ces Eftampes fe vendent à Paris , chez la veuve
Chereau , rue S. Jacques , aux deux Pillers
d'or , & chez le fieur Surugues , Graveur , ruë
des Noyers , vis - à- vis S. Yves . On trouve aufſi
chez les mêmes , toutes les Eftampes gravées
jufque à ce jour , d'après les Deffeins & Tableaux
de Watteau. On aura foin d'annoncer les morceaux
nouveaux à mesure qu'ils paroîtront.
On mande de l'Abbaye de Fontevraud que le
Frere Luc David , Récollet , de la Province de
Toulouze , de la Communauté de Brive , en bas
Limoufin étant arrivé au mois de Decembre
› y
dernier , après avoir vû & examiné avec les Medecins
& Chirurgiens de l'Abbaye des Religieufes
affligées par des Cancers adhérans & manifeftez >
&
AVRIL 1730. 769
& quelques-unes par des Tumeurs carcinomateu →
fes au corps
fiftuleux , il a fait fur fept perfonnes
des opérations très dangereufes , avec une adreffe
& un fuccès qui leur fait efperer une guérifon
radicale , leurs playes étant bien fermées. Son
habileté eft fort grande , tant par la maniere particuliere
dont il a fait fes Opérations , que par le
fecret qu'il poffede pour arrêter le fang dans un
inftant , & par la façon de fes appareils qu'il
leve fans caufer la moindre douleur dès le fecond
jour.
Le Frere Luc a fait en Poitou & en Anjou les
guérifons les plus furprenantes tant pour les Cancers
& autres Opérations , que pour les yeux ,
étant très -habile Oculifte , fur tout pour les Ca
taractes.
Nous n'avons appris que depuis peu la perte
qu'on a faite en Allemagne d'un illuftre Profeffeur
en Théologie, à Rintelen , & Sur- Intendant
des Eglifes de ce Pays- là,nommé Frederic- Guillaume
Bierling , mort âgé de 52 ans & quelques
mois , le 25 Juillet 1728. On a de lui des obfervations
fur la Genefe, & des Differtations fur les
Comtes de Schaumbourg,fur l'Ufage Politique de
la fuperftition, fur le Pyrrhoniſme historique, & c.
Le fieur de Renti a trouvé le fecret de compofer
un Métail , qui imite l'Or , & qui en conferve
toujours la couleur. Il eft très-coulant à la fonte
, fans être venteux , tres - maniable & forgéable;
il fouffre toutes fortes. de Soudures & eft trèsdoux
fous les Outils , enforte qu'on en peut
faire tous les Ouvrages qu'on fouhaite , & particulierement
de três - beaux Flambeaux, Girandoles
, Luftres , Surtous de Tables , Feux , & c . dont
le prix ne fe trouvera confiderable,qu'autant que
770 MERCURE DE FRANCE
fes Ouvrages feront recherchez par la Gravure
& Cizelure. On en tirera encore un grand avantage
par la diminution de la confommation des
Dorures , que les Ouvrages des autres Métaux
emportent , & qui ne font jamais auffi beaux que
celui-cy l'eft naturellement;l'Académie des Sciences
, qui a examiné ce métail , l'a fort approuvé,
&c. Le Roy a permis par Brevet audit de Renty
de fondre, faire travailler , vendre & débiter toutes
fortes d'Ouvrages dudit Métail de fa compofition
, qui imite l'Or , dans toutes les Villes du
Royaume , pendant le temps de quatre années
confécutives ; pendant lequel temps fait S. M.dé
fenfes à toutes perſonnes de l'y troubler ni donner
aucun empêchement , &C..
Maniere d'entretenir le nouveau Métail.
Il faut premierement faire fondre la cire ou
fuif , s'il y en a deffus , dans l'eau chaude ou devant
le feu, Peffuyer & bien frotter avec un linge.
net ; & pour remettre les piéces comme fortant:
du Magazin , il faut le frotter avec du tripoli &
de l'huile, avec le tripoli fec, le bien favoner avec
du Savon blan & de l'eau de Riviere chaude, enfuite
le bien effuier ; fi la piece n'eſt pas affez dorée
, il faut la mettre bouillir pendant trois ou
quatre minutes dans l'eau de Riviere , après l'effuier
parfaitement. Si la piece eft cizelée , fe fervir
d'une Broffe rude pour atteindre les fonds, en
fe fervant du tripoli à l'huile & du favon .
Le fieur de Renti donne avis que fa Manufac
ture, qui eft vis-à- vis la Comedie Erançoife , continue
avec beaucoup de fuccès , & qu'ayant ap→
pris que quelques perfonnes n'étoient pas affez
inftruites pour bien entretenir fon métail , pour
le conferver toujours beau & comme neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730.
771
ableri
Il n'eft plus de Printems pour moi.
M. L'AFFICH AR D , Chevalier de
l'Ordre Social. Autre
770 MERCURE
DE FRANCE
inftruites
pour
bien entretenir
fon métail
, pour
le conferver
toujours
beau & comme
neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730. 771
eux qui ont eu de fes Ouvrages , de faire obſerver
la maniere ci- deffus ; & fi on y trouve , par
ce moyen trop de façon , on peut l'entretenir
d'une maniére plus aifée en nétoiant lefdits Ouvrages
avec du Sablon fin ou Tripoli, & de la Liè
de Vin ou Vinaigre , &c. La piece étant bien effuiée
& frottée on la verra auffi belle que neuve
&fi l'on doute de ce que l'Auteur avance,il s'offre
de remettre tous les Ouvrages dans l'état cy-deffus
fans qu'il en coute rien à ceux qui en ont
acheté , que la peine de les faire porter chez lui..
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien d'armée
continue avec fuccès , de diftribuer fon remede
pour préferver les Dents de fe gâter & de tomber.
Il donne la maniere facile de s'en fervir , &
met fon nom & le prix fur fes Boëtes. Il en a depuis
quarante fols jufqu'à quatre liv . Sa demeure
eft à Paris , au grand Cloitre fainte Oportune.
dans la grande Salle d'Apollon , près du Temple
àl'i- Bar , l'ouverture d'une nouvelle Académie ,
mitation de l'Académie Françoife de Paris. On y
lut une Differtation fur la beauté de la Langue
Françoife , & fur l'utilité dont elle eft aux Anglois
qui l'ont apprife ; & un Poëme Burleſque ,
intitulé : La Tour de Babel.
De Petersbourg. M. Bayer a achevé une hiftoire
d'Edeffe , il a fort avancé celle de Syrie par
les Médailles ; & il conduit l'Hiftoire Ecclefiaftique
de la Chine & de l'Afie Septentrionale , jufqu'au
temps de l'arrivée des Miffionnaires en ce
Pais — là .
On apprend de Rome que le Comte Paffionci y
a fait
graver fur les deffeins du Comte Berardi ,
768 MERCURE DE FRANCE
un ancien Théatre , dont les reftes fubfiftent eneore
auprès de la Ville de Gabbio , dans l'Ombrie.
La Planche dédiée au Cardinal Ottoboni
contient le Profil de l'interieur de ce Théatre, tel
qu'il eft aujourd'hui. Il peut avoir environ 300
Palmes Romaines d'éténduë. On a mis au deffous
le Profil de l'interieur & de l'extérieur du
Théatre , tel qu'on a jugé à peu près , fur ce qui
refte , qu'il devoit être , lorfqu'il étoit entier , &
on y a ajouté le Plan , auffi dreffé par conjecture,
du premier & du fecond étage de l'Edifice , avec
le Profil des Chapiteaux des Colonnes, employées
pour
le foutenir.
El paroît depuis peu quatre Eſtampes d'après
les Tableaux du celebre Watteau ; fçavoir , un
Défilé , deffiné & gravé par le fieur Moyriau.
Le Sommeil dangereux , par le fieur Liotard.
Les Amuſemens de Ĉithere, par le fieur de Surugues.
Le Repas de Campagne , par le fieur Defplace.
Ces Eftampes fe vendent à Paris , chez la veuve
Chereau , rue S. Jacques , aux deux Pillers
d'or , & chez le fieur Surugues , Graveur , ruë
des Noyers , vis - à- vis S. Yves . On trouve aufſi
chez les mêmes , toutes les Eftampes gravées
jufque à ce jour , d'après les Deffeins & Tableaux
de Watteau. On aura foin d'annoncer les morceaux
nouveaux à mesure qu'ils paroîtront.
On mande de l'Abbaye de Fontevraud que le
Frere Luc David , Récollet , de la Province de
Toulouze , de la Communauté de Brive , en bas
Limoufin étant arrivé au mois de Decembre
› y
dernier , après avoir vû & examiné avec les Medecins
& Chirurgiens de l'Abbaye des Religieufes
affligées par des Cancers adhérans & manifeftez >
&
AVRIL 1730. 769
& quelques-unes par des Tumeurs carcinomateu →
fes au corps
fiftuleux , il a fait fur fept perfonnes
des opérations très dangereufes , avec une adreffe
& un fuccès qui leur fait efperer une guérifon
radicale , leurs playes étant bien fermées. Son
habileté eft fort grande , tant par la maniere particuliere
dont il a fait fes Opérations , que par le
fecret qu'il poffede pour arrêter le fang dans un
inftant , & par la façon de fes appareils qu'il
leve fans caufer la moindre douleur dès le fecond
jour.
Le Frere Luc a fait en Poitou & en Anjou les
guérifons les plus furprenantes tant pour les Cancers
& autres Opérations , que pour les yeux ,
étant très -habile Oculifte , fur tout pour les Ca
taractes.
Nous n'avons appris que depuis peu la perte
qu'on a faite en Allemagne d'un illuftre Profeffeur
en Théologie, à Rintelen , & Sur- Intendant
des Eglifes de ce Pays- là,nommé Frederic- Guillaume
Bierling , mort âgé de 52 ans & quelques
mois , le 25 Juillet 1728. On a de lui des obfervations
fur la Genefe, & des Differtations fur les
Comtes de Schaumbourg,fur l'Ufage Politique de
la fuperftition, fur le Pyrrhoniſme historique, & c.
Le fieur de Renti a trouvé le fecret de compofer
un Métail , qui imite l'Or , & qui en conferve
toujours la couleur. Il eft très-coulant à la fonte
, fans être venteux , tres - maniable & forgéable;
il fouffre toutes fortes. de Soudures & eft trèsdoux
fous les Outils , enforte qu'on en peut
faire tous les Ouvrages qu'on fouhaite , & particulierement
de três - beaux Flambeaux, Girandoles
, Luftres , Surtous de Tables , Feux , & c . dont
le prix ne fe trouvera confiderable,qu'autant que
770 MERCURE DE FRANCE
fes Ouvrages feront recherchez par la Gravure
& Cizelure. On en tirera encore un grand avantage
par la diminution de la confommation des
Dorures , que les Ouvrages des autres Métaux
emportent , & qui ne font jamais auffi beaux que
celui-cy l'eft naturellement;l'Académie des Sciences
, qui a examiné ce métail , l'a fort approuvé,
&c. Le Roy a permis par Brevet audit de Renty
de fondre, faire travailler , vendre & débiter toutes
fortes d'Ouvrages dudit Métail de fa compofition
, qui imite l'Or , dans toutes les Villes du
Royaume , pendant le temps de quatre années
confécutives ; pendant lequel temps fait S. M.dé
fenfes à toutes perſonnes de l'y troubler ni donner
aucun empêchement , &C..
Maniere d'entretenir le nouveau Métail.
Il faut premierement faire fondre la cire ou
fuif , s'il y en a deffus , dans l'eau chaude ou devant
le feu, Peffuyer & bien frotter avec un linge.
net ; & pour remettre les piéces comme fortant:
du Magazin , il faut le frotter avec du tripoli &
de l'huile, avec le tripoli fec, le bien favoner avec
du Savon blan & de l'eau de Riviere chaude, enfuite
le bien effuier ; fi la piece n'eſt pas affez dorée
, il faut la mettre bouillir pendant trois ou
quatre minutes dans l'eau de Riviere , après l'effuier
parfaitement. Si la piece eft cizelée , fe fervir
d'une Broffe rude pour atteindre les fonds, en
fe fervant du tripoli à l'huile & du favon .
Le fieur de Renti donne avis que fa Manufac
ture, qui eft vis-à- vis la Comedie Erançoife , continue
avec beaucoup de fuccès , & qu'ayant ap→
pris que quelques perfonnes n'étoient pas affez
inftruites pour bien entretenir fon métail , pour
le conferver toujours beau & comme neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730.
771
ableri
Il n'eft plus de Printems pour moi.
M. L'AFFICH AR D , Chevalier de
l'Ordre Social. Autre
770 MERCURE
DE FRANCE
inftruites
pour
bien entretenir
fon métail
, pour
le conferver
toujours
beau & comme
neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730. 771
eux qui ont eu de fes Ouvrages , de faire obſerver
la maniere ci- deffus ; & fi on y trouve , par
ce moyen trop de façon , on peut l'entretenir
d'une maniére plus aifée en nétoiant lefdits Ouvrages
avec du Sablon fin ou Tripoli, & de la Liè
de Vin ou Vinaigre , &c. La piece étant bien effuiée
& frottée on la verra auffi belle que neuve
&fi l'on doute de ce que l'Auteur avance,il s'offre
de remettre tous les Ouvrages dans l'état cy-deffus
fans qu'il en coute rien à ceux qui en ont
acheté , que la peine de les faire porter chez lui..
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien d'armée
continue avec fuccès , de diftribuer fon remede
pour préferver les Dents de fe gâter & de tomber.
Il donne la maniere facile de s'en fervir , &
met fon nom & le prix fur fes Boëtes. Il en a depuis
quarante fols jufqu'à quatre liv . Sa demeure
eft à Paris , au grand Cloitre fainte Oportune.
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Résumé : « On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...] »
Le texte présente plusieurs événements et découvertes dans divers domaines. À Londres, le 8 mars, une nouvelle Académie inspirée de l'Académie Française de Paris a été inaugurée. Lors de cette cérémonie, une dissertation sur la beauté et l'utilité de la langue française pour les Anglais a été lue, ainsi qu'un poème burlesque intitulé 'La Tour de Babel'. À Saint-Pétersbourg, M. Bayer a achevé une histoire d'Édesse et avancé celle de Syrie grâce aux médailles. Il travaille également sur l'histoire ecclésiastique de la Chine et de l'Asie septentrionale jusqu'à l'arrivée des missionnaires. À Rome, le Comte Passionei a fait graver les restes d'un ancien théâtre près de la ville de Gubbio en Ombrie. La planche dédiée au Cardinal Ottoboni contient le profil intérieur de ce théâtre, estimé à environ 300 palmes romaines. Quatre estampes d'après les tableaux de Watteau ont été publiées et vendues à Paris chez la veuve Chereau et le sieur Surugues. À l'Abbaye de Fontevraud, le Frère Luc David, Récollet, a effectué des opérations dangereuses sur des religieuses atteintes de cancers et de tumeurs, avec succès. Il est également réputé pour ses guérisons en Poitou et en Anjou, notamment pour les cataractes. En Allemagne, le professeur en théologie Frédéric-Guillaume Bierling est décédé à l'âge de 52 ans. Il a laissé des observations sur la Genèse et des dissertations sur divers sujets. Le sieur de Renty a découvert un métal imitant l'or, approuvé par l'Académie des Sciences. Le roi lui a accordé un brevet pour fabriquer et vendre des ouvrages en ce métal pendant quatre ans. Le texte décrit également la manière d'entretenir ce nouveau métal. Enfin, le sieur Dugeron, ancien chirurgien d'armée, distribue un remède pour préserver les dents, avec des prix variant de quarante sols à quatre livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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690
p. 772-779
Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 23 Janvier les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentatoin d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Théâtre, Comédie, Amour, Maître, Travestissement, Sentiment, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
E 23 Janvier les Comédiens Italiens donnela
premiere Repréſentation d'une Comé
die en Profe , & en trois Actes , intitulée : Le Jeu
de l'Amour & du Hazard. Cette Piéce,qui eft de
M. de Marivaux, a été reçue favorablement du
public. En voici l'Extrait , avec quelques remarques
qui font venuës jufqu'à nous.
Au premier Acte , Silvia & fa fuivante Liſette
ouvrent la Scene . Sylvia paroît fâchée contre Lifette,
parce qu'elle a dit ingénument à Orgon fon
pere , qu'elle feroit bien aife d'être mariée . La
raifon qui la porte à témoigner ce mécontentement
à la Suivante , c'eft qu'elle ne fçait pas fi le
mari que fon perelui deftine lui conviendra, quoiqu'on
lui en ait fait des rapports tres-avantageux.
Orgon vient annoncer à fa fille que fon Prétendu
doit arriver ce jour même. Sylvia ne reçoit pas
Cette
AVRIL. 1730. 773
gette nouvelle fans quelques troubles , dont fon
pere lui demande la raiſon ; elle lui fait entendre
- qu'elle voudroit bien voir , avant que de s'engager
, fi cet époux dont on dit tant de bien , lui
convient. Elle prie Orgon de confentir qu'elle l'éprouve
fous les habits & le nom de Lifette , tandis
que Lifette paffera pour Sylvia. Cette idée fait
rire Orgon pour des raifons qu'on va apprendre
dans la Scene fuivante. Il confent au double traveftiffement.
Sylvia & Liſette fortent pour l'aller
exécuter.
Mario , fils d'Orgon , vient féliciter fa foeur
fur fon Hymen prochain , mais elle le quitte en
lui difant qu'elle a des affaires plus férieufes &
plus preffées . Orgon explique cet Enigme à fon
fils ; il commence par lui lire un Fragment d'une
Lettre du pere de fon gendre futur. En voici les
propres termes :
Je ne fçai, au refte , ce que vous penferez d'une
imagination qui eft venue à mon fils ; elle eft
bizare, il en convient lui - même , mais le motif
en eft pardonnable & même délicat ; c'est qu'il
m'a prié de lui permettre de n'arriver d'abord
ehez vous que fous la figure defon valet , qui
de fon côtéfera le perfonnage de fon Maître.
Cette idée paroît tout -à-fait finguliere à Mario
; mais il l'a trouve bien plus comique quand
Orgon lui apprend que par un effet du bazard ,
Sylvia entreprend le même déguiſement faus ſçavoir
le traveftiffement de fon futur époux ; le pere
& le fils fe propofent de jouir de cette Comedie ,
fans prévenir aucun des perfonnages qui l'a vont
jouer.
?
Sylvia , n'ayant pas befoin d'employer tant de
temps que Lifette à fe métamorphofer , revient la
premiere de fa Toilette,& le prépare à bien jouer
fon nouveau rôle.
Derante
774 MER CURE DE FRANCE
Dorante arrive fous les habits d'Arlequin fon
valet , fuivant le projet déja annoncé ; fon début
n'eft pas moins galant que fa perfonne eft relevée.
Orgon & Mario le laiffent tête à tête avec
la fauffe Lifette ; leur converfation eft tout-à-fait
plaifante ; & leurs coeurs commencent à fentir de
la difpofition à s'unir ; ils ont beau protefter l'un
& l'autre que leur horofcope porte qu'ils n'aimeront
que des perfonnes de condition; leur penchant
les entraine malgré eux ce qui femble
les authoriſer en fecret , c'eft que Dorante de fon
côté dit à Sylvia qu'il n'eft pas né pour être va
let, & que Sylvia fait entendre quelque chofe d'aprochant.
Quoiqu'il en foit , cette Scene a fait
plaifir , & a commencé à intereffer le public.
Arlequin arrive enfin ; mais toutes ces paroles
& toutes fes actions font fi peut dignes du perfonnage
qu'il vient reprefenter, que Sylvia le quitte
brufquement, en difant à part : Que le fort eft
bifarre ! aucun de ces deux hommes n'eft à fa
place.
Ce que l'Auteur met dans la bouche du vrai
Dorante , prévient la critique qu'il n'a pas manqué
de prévoir. Il lui dit qu'il lui avoit promis
de quitter fes manieres de parler fottes & triviales
, & qu'il lui avoit fur tout recommandé
d'être férieux , mais a -t- il dû ſe promettre qu'un
Butor lui tiendroit parole ? En effet il retombe
le moment après dans la même faute; on en peut
juger par la réponſe à Orgon, fon prétendu beaupere
; la voicy :
Monfieur, mille pardons! c'eft beaucoup trop ,
& il n'en faut qu'un, quand on n'a fait qu'une
faute ; aufurplus tous mes pardonsfont à votre
Service.
Dans la premiere Scene du fecond Acte , Lifette
fait entendre à Orgon, qu'il eft temps de finir
AVRIL 1730. 775.
nir un jeu qui pourroit aller trop loin , parce que
fes charmes commencent à faire bien du ravage
fur le coeur de Dorante , & que de la maniere
dont il prend feu , elle fe garantit bien - tôt
adorée. Orgon la félicite de fa conquête , & lui
dit qu'il confent qu'elle pouffe fa bonne fortune
jufqu'à l'Hymen. Il l'a charge de faire entendre'
à fa Maîtreffe qu'elle foupçonne Bourguignon , le
prétendu valet de Dorante , de la prévenir contre
fon Maître. Lifette lui promet tout , & fe promer
tout à elle -même. Orgon fe retire voyant venir
le faux Dorante.
Arlequin parle d'amour à Lifette à fa maniere;
le vrai Dorante le vient interrompre pour lui
ordonner tout bas de le débaraffer de tout ce qui
fe paffe , de ne fe point trop livrer à dire fes impertinences
ordinaires , & de paroître férieux ,
rêveur & mêcontent .
Arlequin & Lifette continuent leur entretien ;
chacun d'eux fe croyant indigne de fon bonheur,
s'humilie : Vous me croyez plus de quali
tez que je n'en ay , dit Lifette. Et vous , Madame
, répond Arlequin ; vous ne sçavez pas
les miennes , & je ne devrois vous parler qu'à
genoux. Cette Scene eft le germe de la reconnoiffance
qui doit fe faire entr'eux dans le troifiéme
Acte.
La fauffe Lifette vient les interrompre , comme
le faux Bourguignon vient de faire. Arlequin fe
retire.
Sylvia ordonne à Lifette de fe défaire de ce
brutal qui vient de lui dire des groffiéretez . Lifette
lui répond que M. Orgon vient de lui donner
des ordres directement oppofez aux fiens
elle lui parle de Bourguignon , comme d'un valer
qui l'a prévient contre fon Maître, Sylvia ne peut
s'empêcher de prendre le parti du faux Bourguignon
>
776 MERCURE DE FRANCE
!
gnon, ce qui donne d'étranges foupçons à Lifette,
Les foupçons , quoiqu'ils ne foient expliquez qu'à
demi, la mettent dans une mauvaiſe humeur qui
l'oblige à chaffer Liſette.
Sylvia fait entrevoir dans un court monolo
gue une partie de ce qui fe paffe dans fon coeur.
Voicy par où elle finit fon monologue , voyant
paroître Bourguignon : Voilà cet objet en queftion
, pour qui on veut que je m'emporte , mais
se n'est pas fa faute , le pauvre garçon , ¿je
ne dois pas m'en prendre à lui.
Le faux Bourguignon fait une Scene avec la
fauffe Lifette , dans laquelle ils paroiffent également
agitez. Cette Scene eft interrompue par
l'arrivée d'Orgon & de Mario, qui ayant furpris
Bourguignon à fes genoux, lui en font la guerre
a
d'une maniere à la livrer toute entiere à ſon dépit;
fon pere lui ordonne de continuer fon dé→
guifement , pour voir fi l'averfion qu'elle a pour
Dorante continuëra.
Le faux Bourguignon vient renouer avec la
fauffe Lifette la converfation qu'Orgon & Mario
avoient interrompuë. Cette Scene a été generalement
applaudie & a paru la plus intéreffante de
la Piece. Dorante, par un fentiment de probité
ne veut plus abufer la prétendue Sylvia , qui fe
livre un peu trop au faux Dorante; il déclare à la
fauffe Lifette qu'il n'eft que fon valet , & que c'eft
le vrai Dorante qui lui parle actuellement. Il lui
dit que l'amour qu'il a pour elle ne lui permet
plus aucun engagement , & que ne pouvant être
uni avec elle , attendu la diftance des conditions
qui les fépare ; il feroit trop heureux s'il pouvoit
être affuré de fon coeur. Sylvia lui fait efperer cet
amour qu'il lui demande ; cependant , elle ne lui
rend pas confidence pour confidence , fans qu'on
en puifle pénétrer d'autre raifon que celle de faiAVRIL.
1730. 777
te durer la piece , qui n'eft encore qu'à la fin du
fecond Acte : Paffons au troifiéme.
Nous ne nous étendrons pas beaucoup fur ce
dernier Acte. Il ne s'y agit que de fatisfaire la
petite vanité de Sylvia , qui veut que Dorantefo
détermine à l'époufer , malgré la prétendue inégalité
de conditions. Nous n'appuyerons pas
beaucoup fur la jaloufie que Dorante prend au
fujet de Mario ; la Piece n'en a pas befoin pour
aller fon train.
Dans la premiere Scene , Dorante par un fentiment
de probité , ne veut pas que la fauffe Sylvia
foit abufée plus long-temps par un valet déguifé
. Arlequin ne pouvant obtenir de lui qu'il
lui laiffe pouffer fa pointe , lui promet de lui déclarer
fon état , & le prie de ne pas s'opposer à
fa bonne fortune , fi malgre fa qualité de valet ,
elle veut bien confentir à l'épouſer. Dorante
croyant la chofe impoffible , lui promet ce qu'il
lui demande. Lifette a déja obtenu la même grace
de M. Orgon , qui la lui a d'autant plus facilement
accordée , qu'il fçavoit l'égalité des conditions.
Nous paffons le plus promptement qu'il
nous eft poffible à la reconnoiffance réciproque
du valet & de la fervante. Cette Scene contrafte
parfaitement avec celle duMaître & de la Maîtreſſe
que nous avons déja vûë ; fi cette derniere a été
intereffante , celle qui la fuit eft plaifante . Arlequin
& Lifette s'humilient l'un devant l'autre ,
faute de fe connoître ; enfin Lifette , que la modeftie
outrée d'Arlequin commence à faire douter
de quelque chofe, après avoir dit à part: Tant
d'abaiffement n'eft pas naturel; lui dit tout haut:
Pourquoi me dites - vous cela? Arlequin lui avouë
enfin qu'il n'eft que le valet de Dorante, & Life:-
te ne pouvant s'empêcher d'en rire , prend fa revanche
en lui confeffant qu'elle n'eft que la Sui
vante de Sylvia. G Dorante
A
778 MERCURE DE FRANCE
Dorante a encore une tres -belle Scene avec
Sylvia , mais on l'a trouvée inférieure à celle du
fecond Acte. Elle roule fur la jaloufie que Mario
a donnée à Dorante , dont , comme on l'a déja
remarqué , la piece n'avoit prefque que faire.Le
facrifice que Dorante fait à fa prétendue Suivante,
qui eft de confentir à l'époufer , toute Lifette
qu'elle paroît , détermine enfin Sylvia à lui apprendre
tout fon bonheur.
Voicy les remarques qu'on a faites fur cette
Comédie ; nous ne lommes icy que les échos
du Public. On dit , 1 ° . qu'il n'eft pas vrai-femblable
que Sylvia puiffe fe perfuader qu'un butor
tel qu'Arlequin foit ce même Dorante dont on
lui a fait une peinture fi avantageufe. En effet ,
dès la premiere Scene de la piece, Lifette lui parle
ainfi : On dit que votre futur est bien fait , aimable
, de bonne mine, qu'on ne peut pas avoir
plus d'efprit , qu'on ne sçauroit être d'un meilleur
caractere , &c. Sylvia lui répond : L'Utile
& l'agréable fe trouvent dans le portrait que tu
en fais, on dit qu'il lui reffemble . Dans la
Scene fuivante , M. Orgon parle ainfi à fa fille :
Pour moi , je n'ai jamais vu Dorante , il étoit
abfent quand j'étois chez fon pere ; mais, fur
tout le bien qu'on m'en a dit , je ne sçaurois
craindre que vous vous déplaifiez ni l'un ni
l'autre. La feule vue du faux Dorante ne doitelle
pas faire foupçonner du myftere , fur tout à
Sylvia qui fe trouve dans le cas d'un traveftiffement
, dont elle peut facilement foupçonner fon
Prétendu?
2. Arlequin, à t'on dit, ne ſoûtient pas fon ca
ractere par tout ; des chofes tres-jolies fuccedent
à des groffieretés . En effet,peut-on s'imaginer que
celui qui a dit fi maufladement à fon prétendu
Beaupere : Au furplus tous mes pardons font à
*
Votre
AVRIL. 1730. 779
votre fervice , dife fi joliment à la fauffe Sylvia:
Je voudrois bien pouvoir baiser ces petits mots
là les cueillir fur votre bouche avec la
mienne. 3
3°On auroit voulu que le fecondActe eût été le
troifiéme , & l'on croît que cela n'auroit pas été
difficile ; la raifon qui empêche Sylvia de fe découvrir
après avoir appris que Bourguignon eft
Dorante , n'étant qu'une petite vanité , ne fçau
roit excufer fon filence ; d'ailleurs , Dorante &
Sylvia étant les objets principaux de la piece, c'é
toit par leur reconnoiffance qu'elle devoit finir
& non par celle d'Arlequin & de Lifette , qui
ne font que les finges , l'un de fon Maître , l'autre
de fa Maîtreffe. Au refte tout le monde convient
que la Piece eft bien écrite & pleine d'efprit ,
fentiment & de délicateffe.
premiere Repréſentation d'une Comé
die en Profe , & en trois Actes , intitulée : Le Jeu
de l'Amour & du Hazard. Cette Piéce,qui eft de
M. de Marivaux, a été reçue favorablement du
public. En voici l'Extrait , avec quelques remarques
qui font venuës jufqu'à nous.
Au premier Acte , Silvia & fa fuivante Liſette
ouvrent la Scene . Sylvia paroît fâchée contre Lifette,
parce qu'elle a dit ingénument à Orgon fon
pere , qu'elle feroit bien aife d'être mariée . La
raifon qui la porte à témoigner ce mécontentement
à la Suivante , c'eft qu'elle ne fçait pas fi le
mari que fon perelui deftine lui conviendra, quoiqu'on
lui en ait fait des rapports tres-avantageux.
Orgon vient annoncer à fa fille que fon Prétendu
doit arriver ce jour même. Sylvia ne reçoit pas
Cette
AVRIL. 1730. 773
gette nouvelle fans quelques troubles , dont fon
pere lui demande la raiſon ; elle lui fait entendre
- qu'elle voudroit bien voir , avant que de s'engager
, fi cet époux dont on dit tant de bien , lui
convient. Elle prie Orgon de confentir qu'elle l'éprouve
fous les habits & le nom de Lifette , tandis
que Lifette paffera pour Sylvia. Cette idée fait
rire Orgon pour des raifons qu'on va apprendre
dans la Scene fuivante. Il confent au double traveftiffement.
Sylvia & Liſette fortent pour l'aller
exécuter.
Mario , fils d'Orgon , vient féliciter fa foeur
fur fon Hymen prochain , mais elle le quitte en
lui difant qu'elle a des affaires plus férieufes &
plus preffées . Orgon explique cet Enigme à fon
fils ; il commence par lui lire un Fragment d'une
Lettre du pere de fon gendre futur. En voici les
propres termes :
Je ne fçai, au refte , ce que vous penferez d'une
imagination qui eft venue à mon fils ; elle eft
bizare, il en convient lui - même , mais le motif
en eft pardonnable & même délicat ; c'est qu'il
m'a prié de lui permettre de n'arriver d'abord
ehez vous que fous la figure defon valet , qui
de fon côtéfera le perfonnage de fon Maître.
Cette idée paroît tout -à-fait finguliere à Mario
; mais il l'a trouve bien plus comique quand
Orgon lui apprend que par un effet du bazard ,
Sylvia entreprend le même déguiſement faus ſçavoir
le traveftiffement de fon futur époux ; le pere
& le fils fe propofent de jouir de cette Comedie ,
fans prévenir aucun des perfonnages qui l'a vont
jouer.
?
Sylvia , n'ayant pas befoin d'employer tant de
temps que Lifette à fe métamorphofer , revient la
premiere de fa Toilette,& le prépare à bien jouer
fon nouveau rôle.
Derante
774 MER CURE DE FRANCE
Dorante arrive fous les habits d'Arlequin fon
valet , fuivant le projet déja annoncé ; fon début
n'eft pas moins galant que fa perfonne eft relevée.
Orgon & Mario le laiffent tête à tête avec
la fauffe Lifette ; leur converfation eft tout-à-fait
plaifante ; & leurs coeurs commencent à fentir de
la difpofition à s'unir ; ils ont beau protefter l'un
& l'autre que leur horofcope porte qu'ils n'aimeront
que des perfonnes de condition; leur penchant
les entraine malgré eux ce qui femble
les authoriſer en fecret , c'eft que Dorante de fon
côté dit à Sylvia qu'il n'eft pas né pour être va
let, & que Sylvia fait entendre quelque chofe d'aprochant.
Quoiqu'il en foit , cette Scene a fait
plaifir , & a commencé à intereffer le public.
Arlequin arrive enfin ; mais toutes ces paroles
& toutes fes actions font fi peut dignes du perfonnage
qu'il vient reprefenter, que Sylvia le quitte
brufquement, en difant à part : Que le fort eft
bifarre ! aucun de ces deux hommes n'eft à fa
place.
Ce que l'Auteur met dans la bouche du vrai
Dorante , prévient la critique qu'il n'a pas manqué
de prévoir. Il lui dit qu'il lui avoit promis
de quitter fes manieres de parler fottes & triviales
, & qu'il lui avoit fur tout recommandé
d'être férieux , mais a -t- il dû ſe promettre qu'un
Butor lui tiendroit parole ? En effet il retombe
le moment après dans la même faute; on en peut
juger par la réponſe à Orgon, fon prétendu beaupere
; la voicy :
Monfieur, mille pardons! c'eft beaucoup trop ,
& il n'en faut qu'un, quand on n'a fait qu'une
faute ; aufurplus tous mes pardonsfont à votre
Service.
Dans la premiere Scene du fecond Acte , Lifette
fait entendre à Orgon, qu'il eft temps de finir
AVRIL 1730. 775.
nir un jeu qui pourroit aller trop loin , parce que
fes charmes commencent à faire bien du ravage
fur le coeur de Dorante , & que de la maniere
dont il prend feu , elle fe garantit bien - tôt
adorée. Orgon la félicite de fa conquête , & lui
dit qu'il confent qu'elle pouffe fa bonne fortune
jufqu'à l'Hymen. Il l'a charge de faire entendre'
à fa Maîtreffe qu'elle foupçonne Bourguignon , le
prétendu valet de Dorante , de la prévenir contre
fon Maître. Lifette lui promet tout , & fe promer
tout à elle -même. Orgon fe retire voyant venir
le faux Dorante.
Arlequin parle d'amour à Lifette à fa maniere;
le vrai Dorante le vient interrompre pour lui
ordonner tout bas de le débaraffer de tout ce qui
fe paffe , de ne fe point trop livrer à dire fes impertinences
ordinaires , & de paroître férieux ,
rêveur & mêcontent .
Arlequin & Lifette continuent leur entretien ;
chacun d'eux fe croyant indigne de fon bonheur,
s'humilie : Vous me croyez plus de quali
tez que je n'en ay , dit Lifette. Et vous , Madame
, répond Arlequin ; vous ne sçavez pas
les miennes , & je ne devrois vous parler qu'à
genoux. Cette Scene eft le germe de la reconnoiffance
qui doit fe faire entr'eux dans le troifiéme
Acte.
La fauffe Lifette vient les interrompre , comme
le faux Bourguignon vient de faire. Arlequin fe
retire.
Sylvia ordonne à Lifette de fe défaire de ce
brutal qui vient de lui dire des groffiéretez . Lifette
lui répond que M. Orgon vient de lui donner
des ordres directement oppofez aux fiens
elle lui parle de Bourguignon , comme d'un valer
qui l'a prévient contre fon Maître, Sylvia ne peut
s'empêcher de prendre le parti du faux Bourguignon
>
776 MERCURE DE FRANCE
!
gnon, ce qui donne d'étranges foupçons à Lifette,
Les foupçons , quoiqu'ils ne foient expliquez qu'à
demi, la mettent dans une mauvaiſe humeur qui
l'oblige à chaffer Liſette.
Sylvia fait entrevoir dans un court monolo
gue une partie de ce qui fe paffe dans fon coeur.
Voicy par où elle finit fon monologue , voyant
paroître Bourguignon : Voilà cet objet en queftion
, pour qui on veut que je m'emporte , mais
se n'est pas fa faute , le pauvre garçon , ¿je
ne dois pas m'en prendre à lui.
Le faux Bourguignon fait une Scene avec la
fauffe Lifette , dans laquelle ils paroiffent également
agitez. Cette Scene eft interrompue par
l'arrivée d'Orgon & de Mario, qui ayant furpris
Bourguignon à fes genoux, lui en font la guerre
a
d'une maniere à la livrer toute entiere à ſon dépit;
fon pere lui ordonne de continuer fon dé→
guifement , pour voir fi l'averfion qu'elle a pour
Dorante continuëra.
Le faux Bourguignon vient renouer avec la
fauffe Lifette la converfation qu'Orgon & Mario
avoient interrompuë. Cette Scene a été generalement
applaudie & a paru la plus intéreffante de
la Piece. Dorante, par un fentiment de probité
ne veut plus abufer la prétendue Sylvia , qui fe
livre un peu trop au faux Dorante; il déclare à la
fauffe Lifette qu'il n'eft que fon valet , & que c'eft
le vrai Dorante qui lui parle actuellement. Il lui
dit que l'amour qu'il a pour elle ne lui permet
plus aucun engagement , & que ne pouvant être
uni avec elle , attendu la diftance des conditions
qui les fépare ; il feroit trop heureux s'il pouvoit
être affuré de fon coeur. Sylvia lui fait efperer cet
amour qu'il lui demande ; cependant , elle ne lui
rend pas confidence pour confidence , fans qu'on
en puifle pénétrer d'autre raifon que celle de faiAVRIL.
1730. 777
te durer la piece , qui n'eft encore qu'à la fin du
fecond Acte : Paffons au troifiéme.
Nous ne nous étendrons pas beaucoup fur ce
dernier Acte. Il ne s'y agit que de fatisfaire la
petite vanité de Sylvia , qui veut que Dorantefo
détermine à l'époufer , malgré la prétendue inégalité
de conditions. Nous n'appuyerons pas
beaucoup fur la jaloufie que Dorante prend au
fujet de Mario ; la Piece n'en a pas befoin pour
aller fon train.
Dans la premiere Scene , Dorante par un fentiment
de probité , ne veut pas que la fauffe Sylvia
foit abufée plus long-temps par un valet déguifé
. Arlequin ne pouvant obtenir de lui qu'il
lui laiffe pouffer fa pointe , lui promet de lui déclarer
fon état , & le prie de ne pas s'opposer à
fa bonne fortune , fi malgre fa qualité de valet ,
elle veut bien confentir à l'épouſer. Dorante
croyant la chofe impoffible , lui promet ce qu'il
lui demande. Lifette a déja obtenu la même grace
de M. Orgon , qui la lui a d'autant plus facilement
accordée , qu'il fçavoit l'égalité des conditions.
Nous paffons le plus promptement qu'il
nous eft poffible à la reconnoiffance réciproque
du valet & de la fervante. Cette Scene contrafte
parfaitement avec celle duMaître & de la Maîtreſſe
que nous avons déja vûë ; fi cette derniere a été
intereffante , celle qui la fuit eft plaifante . Arlequin
& Lifette s'humilient l'un devant l'autre ,
faute de fe connoître ; enfin Lifette , que la modeftie
outrée d'Arlequin commence à faire douter
de quelque chofe, après avoir dit à part: Tant
d'abaiffement n'eft pas naturel; lui dit tout haut:
Pourquoi me dites - vous cela? Arlequin lui avouë
enfin qu'il n'eft que le valet de Dorante, & Life:-
te ne pouvant s'empêcher d'en rire , prend fa revanche
en lui confeffant qu'elle n'eft que la Sui
vante de Sylvia. G Dorante
A
778 MERCURE DE FRANCE
Dorante a encore une tres -belle Scene avec
Sylvia , mais on l'a trouvée inférieure à celle du
fecond Acte. Elle roule fur la jaloufie que Mario
a donnée à Dorante , dont , comme on l'a déja
remarqué , la piece n'avoit prefque que faire.Le
facrifice que Dorante fait à fa prétendue Suivante,
qui eft de confentir à l'époufer , toute Lifette
qu'elle paroît , détermine enfin Sylvia à lui apprendre
tout fon bonheur.
Voicy les remarques qu'on a faites fur cette
Comédie ; nous ne lommes icy que les échos
du Public. On dit , 1 ° . qu'il n'eft pas vrai-femblable
que Sylvia puiffe fe perfuader qu'un butor
tel qu'Arlequin foit ce même Dorante dont on
lui a fait une peinture fi avantageufe. En effet ,
dès la premiere Scene de la piece, Lifette lui parle
ainfi : On dit que votre futur est bien fait , aimable
, de bonne mine, qu'on ne peut pas avoir
plus d'efprit , qu'on ne sçauroit être d'un meilleur
caractere , &c. Sylvia lui répond : L'Utile
& l'agréable fe trouvent dans le portrait que tu
en fais, on dit qu'il lui reffemble . Dans la
Scene fuivante , M. Orgon parle ainfi à fa fille :
Pour moi , je n'ai jamais vu Dorante , il étoit
abfent quand j'étois chez fon pere ; mais, fur
tout le bien qu'on m'en a dit , je ne sçaurois
craindre que vous vous déplaifiez ni l'un ni
l'autre. La feule vue du faux Dorante ne doitelle
pas faire foupçonner du myftere , fur tout à
Sylvia qui fe trouve dans le cas d'un traveftiffement
, dont elle peut facilement foupçonner fon
Prétendu?
2. Arlequin, à t'on dit, ne ſoûtient pas fon ca
ractere par tout ; des chofes tres-jolies fuccedent
à des groffieretés . En effet,peut-on s'imaginer que
celui qui a dit fi maufladement à fon prétendu
Beaupere : Au furplus tous mes pardons font à
*
Votre
AVRIL. 1730. 779
votre fervice , dife fi joliment à la fauffe Sylvia:
Je voudrois bien pouvoir baiser ces petits mots
là les cueillir fur votre bouche avec la
mienne. 3
3°On auroit voulu que le fecondActe eût été le
troifiéme , & l'on croît que cela n'auroit pas été
difficile ; la raifon qui empêche Sylvia de fe découvrir
après avoir appris que Bourguignon eft
Dorante , n'étant qu'une petite vanité , ne fçau
roit excufer fon filence ; d'ailleurs , Dorante &
Sylvia étant les objets principaux de la piece, c'é
toit par leur reconnoiffance qu'elle devoit finir
& non par celle d'Arlequin & de Lifette , qui
ne font que les finges , l'un de fon Maître , l'autre
de fa Maîtreffe. Au refte tout le monde convient
que la Piece eft bien écrite & pleine d'efprit ,
fentiment & de délicateffe.
Fermer
Résumé : Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
Le 23 janvier, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en prose et en trois actes intitulée 'Le Jeu de l'Amour et du Hazard' de Pierre de Marivaux. La pièce a été bien accueillie par le public. L'intrigue commence avec Silvia, fille d'Orgon, qui est mécontente de sa suivante Lisette après que celle-ci a exprimé son désir de se marier. Silvia craint que le mari choisi par son père ne lui convienne pas. Orgon annonce à Silvia que son prétendant, Dorante, doit arriver ce jour-là. Silvia demande à son père de lui permettre d'éprouver Dorante en échangeant leurs rôles avec Lisette. Orgon accepte cette idée. Mario, fils d'Orgon, félicite Silvia pour son prochain mariage, mais elle le quitte pour des affaires plus urgentes. Orgon explique à Mario le projet de Silvia et lui lit une lettre du père de Dorante, qui révèle que Dorante souhaite arriver déguisé en valet. Silvia revient déguisée en Lisette et rencontre Dorante, déguisé en valet. Leur conversation est plaisante et ils commencent à s'attirer mutuellement. Cependant, Silvia est déçue par le comportement d'Arlequin, le valet de Dorante, qui ne correspond pas à l'image qu'elle avait de Dorante. Dans le deuxième acte, Lisette informe Orgon que Dorante est tombé amoureux d'elle. Orgon lui permet de poursuivre sa 'bonne fortune'. Dorante ordonne à Arlequin de se comporter sérieusement. Silvia, toujours déguisée, ordonne à Lisette de se débarrasser du valet brutal. Lisette révèle à Silvia que Bourguignon, le valet de Dorante, l'a prévenue contre son maître, ce qui suscite des soupçons chez Silvia. Dans le troisième acte, Dorante, par probité, révèle son identité à Silvia. Arlequin et Lisette se reconnaissent mutuellement comme valets. Silvia finit par révéler son identité à Dorante, qui accepte de l'épouser malgré les différences de condition. La pièce se termine par la reconnaissance réciproque des personnages. Les critiques notent que certaines scènes sont peu vraisemblables et que le caractère d'Arlequin manque de cohérence. Cependant, la pièce est jugée bien écrite et pleine d'esprit, de sentiment et de délicatesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
691
p. 779-793
Opera de Telemaque, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 24 Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre la Tragedie de Telemaque, [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Dieux, Dieu, Amour, Coeur, Tragédie, Tragédie de Télémaque, Paix, Autel, Temple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Opera de Telemaque, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 Mars , l'Académie Royale de Mufique
remit au Théatre la Tragedie de Telemaque ,
dont M. le Chevalier Pellegrin a compofé le
Poëme ; & M. Deftouches , Directeur, de cette.
Académie , a fait la Mufique. Le fuccès que cet
Opera avoit eu en 1714. où il fut donné pour la
premiere fois , fembloit répondre de celui de ta
reprife ; l'attente du Public n'a pas
pée ; les applaudiffemens qu'on a donnez à la p
miere repréfentation de la repriſe continuent.
Tout le monde convient qu'il n'a jamais été fibien
reprefenté. La De Antier n'y fait point regretter
la De Journet, & la Dle Pelliffier égale
au moins la De Heufé, qui avoit joué le rôle
d'Eucharis. Le fieur Chaffé s'eft fait applaudir.
par la maniere dont il a chanté & joué la Scene
d'Adrafte. Le fieur Tribou joue le rôle de Telemad'une
maniere à fe concilier tous les ſuffrages
dont il eft en poffeffion depuis quelques années.
que
Gij Le
80 MERCURE DE FRANCE
Le Ballet eft des plus brillants , & les Des Fres
voft , Camargo Salé n'y laiffent rien à défirer.
Nous avons crû que le Public verroit avec plaiſir
un Extrait de cette Tragedie.
PROLOGUE .
Le Théatre reprefente un lieu que les Arts
viennent de construire & d'orner, par ordre de
Minerve , à l'honneur du Roy qui vient de donner
la paix à l'Europe . On y voit des Trophées .
Minerve & Apollon paroiffent au fond. Minerve
eft fuivie des Vertus des Arts , & Apol
lon eft accompagné des Mufes .
Rien n'eft plus heureux pour un deffein de Prologue,
que de fervir d'Epoque à un grand évenement.
Perfonne n'ignore que la celebre journée
de Denain fut décifive pour la paix , & changea
la face de l'Europe entiere. C'est dans cette vûë
que
Minerve dit :
Que j'aime à porter mes regards
Sur cet amas pompeux d'armes & d'étendards !
D'un Roy que je cheris,tout m'annonce la gloire;
Vous , Apollon ; vous , Filles de mémoire,
Préparez vos chants & vos jeux :
Pour rendre les Mortels heureux
La Paix du haut des Cieux vole après la victoire.
Apollon répond à Minerve , que c'eſt à elle à
ordonner les Jeux, puifqu'il s'agit de celebrer un
Héros qui calme la Terre. Minerve invite Apollon
& les Mufes à chanter les bienfaits d'un Roy
qui en donnant la Paix au monde , les met en liberté
de former des Concerts que le bruit des
Armes
AVRIL. 1730. 781
Armes ne puiffe troubler. Apollon lui fait entendre
qu'il a befoin de l'Amour pour fes tragiques
Jeux ; mais qu'il craint que fa prefence ne bleffe
fes yeux. Minerve lui répond , qu'en faveur de
la Paix , elle confent que l'Amour foit de la fête.
On appelle l'Amour , il defcend des Cieux & té
moigne d'abord fa furprife par ce Vers :
Quoy! Minerve en ce lieu m'appelle !
Minerve lui répond :
Ne prétends pas regner fur elle :
L'Amour lui dit :
C'est
pour fuivre mes loix
que tous les cours
font faits ,
Tout cede à mon pouvoir fuprême ,
Vous feule échappez à des traits
Qui font trembler Jupiter même.
Minerve tire une nouvelle gloire de cette petite
Vanité de l'Amour. Voicy fa réponſe :
Quand je te voi vainqueur du Souverain des
Dieux ,
La gloire de mon nom vole au plus haut des
Cieux :
Que devant toi Jupiter tremble ,
C'eft un nouvel éclat pour moi.
Tu triomphes de lui ; je triomphe de toi ,
N'est- ce pas triompher de tous les Dieux enfemble
Gij L'Amour
82 MERCURE DE FRANCE
L'Amour ne veut pas pouffer la rancune plus
loin , & finit cette petite altercation par ces deux
Vers :
Il eft temps d'embellir
ces lieux ;
La Paix doit réunir les Mortels & les Dieux.
Après la Fête , Minerve annonce la Tragédie
qu'elle fouhaite voir , par ces quatre Vers adref→
fez à Apollon & aux Muſes.
Rappellez Telemaque à la clarté du jour
Au ravage des ans , dérobez fa memoire
Mais ne le livrez à l'Amour ,
Que pour faire éclater fa gloire.
ACTE I.
>
Le Théatre représente l'Ile d'Ogygie. On y
voit des Palais renversez par des inondations ;
un côté du Temple de Neptune que les flots
ont respecté.
Eucharis ouvre la Scene par un court Monologue
qui fait allufion aux ravages que Neptune
irrité, exerce fur l'Ile d'Ogygie. Cleone, fa Confidente
, vient lui demander d'où peuvent naître
fes nouvelles plaintes ; Eucharis lui découvre fa
foibleffe pour un Inconnu qui a fait naufrage
après elle fur ces funeftes bords ; voici comment
elle fait cette expofition.
Tu fus témoin du trouble de mes fens ,
Quand ce jeune Etranger , par la fureur des vents,
Fit naufrage fur cette Rive ;
Ses yeux étoient fermez à la clarté du jour ;
Déja fon ame fugitive ,
Etoit
AVRIL. 1730. 783
Etoit prête à defcendre au tenebreux féjour ;
Cleone , quel objet ! que j'en fus attendrie !
Envain à mon fecours j'appellai ma fierté ;
Je ne pus lui rendre la vie ,
Qu'aux dépens de ma liberté.
Cet amour d'Eucharis pour un Inconnu , donne
lieu à Cleone de lui repréſenter qu'elle doit fe
fouvenir qu'elle eft du Sang des Rols ; elle l'invite à
laiffer toujours ignorer qu'elleeft fille d'Idomenée,
d'autant plus queNeptune eft ennemi de ce malheureux
Roi de Crete , & qu'elle feroit perdue fi l'ont
venoit à fçavoir qu'elle eft d'un Sang odieux à ce
Dieu terrible, dont on cherche à appaifer le courroux
; elle voit paroître Calypfo , & prie fa Princeffe
de cacher toujours fon veritable nom d'An
tiope , fous le nom emprunté d'Eucharis.
Calypfo fort toute éperdue du Temple de Nepune
; elle dit à Eucharis que rien ne peut calmer
ce Dieu vengeur ; qu'il vient de lui faire entendre
fon crime, qui eft d'avoir laiffé partir Uliffe, dont
il lui avoit demandé le fang ; elle ajoûte que ce
Dieu cruel perfifte à lui demander fa Victime ,
quoiqu'elle ne foit plus en fon pouvoir ; elle apprend
à Eucharis que ce qui l'avoit encore plus
portée à defobéir à Neptune, & à renvoyer Uliffe
à Itaque , c'eft qu'elle commençoit à fentir une
pitié trop tendre pour ce Heros , quoique les Enfers
lui euffent prédit qu'elle feroit très -malheu
reufe , fi jamais elle livroit fon coeur à l'Amour.
Eucharis lui fait efperer qu'après avoir détourné
les préfages des Enfers , elle pourra parvenir
appailer les Dieux , ce qui oblige Calypſo à lui
découvrir fes nouvelles frayeurs par ces Vers :
Un fonge... ah ! je fremis quand je me le rappelle
Giiij Je
784 MERCURE DE FRANCE
Je l'ai vu ce Heros que Neptune pourfuit ,
Je l'ai vu fur ces bords: une troupe cruelle
L'alloit précipiter dans l'éternelle nuit :
Il n'étoit plus armé d'une auſtere ſageffe ;
L'Amour qui voloit fur fes pas
De la plus brillante jeuneffe ,
Sembloit lui prêter les
appas.
Far un charme inconnu contrainte à le deffendre,
J'ai détourné le fer
vengeur ;
Helas ! pour prix d'un foin fi tendre ,
Le cruel m'a percé le coeur.
Adrafte vient faire une defcription des ravages
qui défolent l'Empire de Calypfo ; il s'en plaint
d'autant plus , qu'ils different fon Hymen avec
elle , arrêté par Athlas , pere de cette Reine . Ca→
Jypfo l'oblige à la quitter pour confulter les Enfers
fur les moyens qu'elle pourra prendre pour
fatisfaire Neptune. Quelques Critiques feveres ont
trouvé qu'une Fête magique ne devoit pas être
dans un premier Acte , fondez fur la feule raiſon
qu'il n'y en a point de pareille dans aucun premier
Acte d'Opera ; mais les Partiſans de cette
Tragedie ont répondu , que le deffaut d'exemples
n'eft pas une regle exclufive , à quoi ils ont ajoûté
que cette Fête eft plutôt une confultation d'Oracles,
qu'une Magie ordinaire ; en effet Calypfo le
fait entendre par ces deux Vers.
Mais comment de Neptune appaiſer la colere ?
L'Enfer peut me le reveler.
Le Muficien eft parfaitement bien entré dans
l'efprit du Poëte , par la maniere dont il a traité
cette
AVRIL. 1730. 785
cette Fête ; elle eft plus vive que terrible , & la
joye barbare des Démons y eft parfaitement cafacterifée.
Voici le réfultat de la Fête .
Calypfo aux Démons .
Neptune fur ces bords demande un facrifice
Je ne puis l'appaiſer à moins du ſang d'Uliffe ;
Ce fang n'eſt plus en mon pouvoir.
Choeur.
Dreffe l'Autel , fais ton devoir ;
Tu ne peux balancer ſans crime.
Calypfo.
Où dois-je chercher la Victime
Choeur.
Neptune y va pourvoir.
Calypfo fe détermine à executer ce que les Eas
fers confultez lui preſcrivent , & finit ce premier
Acte par ces deux Vers :-
La plus aveugle obéiffance ,
Eft la plus agréable aux Dieux .
Le Théatre reprefente au deuxième Acte le Tem
ple de Neptune. On y voit un Autel dreffé .
Telemaque fait entendre à Idas , fon Confident,
que les dangers continuels où fon pere eft exposé
par le courroux de Neptune , lui font une loi indifpenfable
de venir au moins joindre fes voeux
au pompeux facrifice qu'on va celebrer
sher ce terrible Dieu des flots. Idas lui reproche
Gy fon
pour cal786
MERCURE DE FRANCE
fon amour pour Eucharis , malgré le choix que
Minerve , fa Protectrice , a fait d'Antíope pour
être un jour fon Epoufe. Télemaque ne peut
vaincre fa foibleffe , il fait connoître à Idas qu'Eu--
charis ne répond pas à fon amour.
Eucharis vient féliciter Télemaque de l'heu
reux fuccès qu'on efpere du facrifice qu'on va
offrir à Neptune , après lequel il pourra partir de
ce fatal Rivage , au lieu que l'efclavage où Calypfo
la réduit ne peut finir que par la mort. Telemaque
lui promet de rompre fes fers par le fecours des
Sujets de fon pere , dont les Vaiffeaux difperfez
viendront le joindre ; il lui apprend qu'il eft fils.
d'Uliffe , à ce nom d'Uliffe Eucharis frémit ;
Télemaque lui demande le fujet de fa frayeur ;.
Eucharis le lui explique par ces Vers :
Neptune en courroux ,
Veut que le fang d'Uliffe aujourd'hui fe répande ;
Ah ! c'eft le vôtre qu'il demande ;
Et ce barbare Autel n'eft dreffé que pour vous.
Cette Scene a paru très-intereffante , quoique
la Parodic ait voulu faire entendre que Telemaque
fe livroit fans raifon à une mort qui peut-être
ne fauveroit pas fon pere ; ceux qui fçavent
que l'amour filial fait le caractère dominant
de Telemaque , n'ont eu garde de le blâmer
de ce dévouement volontaire , en faveur duquel
Neptune calme fa colere , comme on le verra
dans l'Acte fuivant ; Eucharis voyant approcher
Calypfo avec les Miniftres de Neptune , preffe
plus que jamais Telemaque de fe retirer ; elle fe
flatte de l'y réfoudre par l'aveu de fon amour
pour lui , Telemaque ne la fuit que pour empêcher
qu'elle ne fe livre à fon defefpoir, & revient
Pour être facrifié à Neptune , il déclare a Calypfo
qu'il
AVRIL . 1730. 787
qu'il eft fils d'Uliffe . Cette Reine attentive à exami
ñer fes traits , reconnoît en lui cet Uliffe rajeuni
qu'elle a vû en fonge; elle s'attendrit par degrez &
Parrache enfin de l'Autel, malgré les menaces des
Prêtres de Neptune & les remontrances d'Adrafte..
Au troifiéme Acte le Théatre reprefente un
Defert, Adrafte irrité de l'Amour de Calypfo pour
Telemaque , exprime fon defeſpoir . Il demande à
Arcas ,fon Confident , s'il a tout préparé pour
fa vengeance ; Arcas lui répond que fes amis s'affemblent
& viendront bien- tôt le joindre; il tâche
pourtan: de le détourner d'un projet, où vrai-femblablement
il doit périr , attendu le violent amour
que la Reine à pris pour Telemaque ; Adrafte lut
que le Peuple & les Dieux font pour lui. dit
Adrafte reproche à Calypfo le nouvel outrage
qu'elle vient de faire à Neptune ; Calypfo lui rẻ-
pond que fa fureur a fait place à fa pitié , &
qu'elle a fait ce qu'elle a dû ; Adrafte lui dic , en
parlant de Telemaque :
Non , la feule pitié ,
N'a pas pour lui démandé grace.
Ce dernier reproche irrite Calypfo ; la Scène
devient très-vive de part & d'autre„& finit par
ce Duo.
Enfemble.
Le dépit , la haîné & la rage ,
Vengerons ce mortel outrage ;
Tremblez , & c .
Adrafte. Calypfo.
Ensemble.
Tremblez pour lui ; tremblez pour vous..
Tremblez ; redoutez mon courroux.-
G. vj Eu88
MERCURE DE FRANCE
Eucharis vient annoncer à Calypfo , que la fou
miffion de Telemaque a défarmé la colere de Nep .
& que les Miniftres de ce Dieu irrité vien →
nent de l'annoncer au Peuple ; Calypſo ſe défiant
toûjours de Neptune , s'explique ainfi :
tune ,
Je vois trop ce qu'il médite ,
1
Lorfqu'il nous rend le repos ;
Et le trouble qui m'agite ,
Le venge mieux que fes flots.
Dans cette Scene , Calipfo fait connoître for
amour à Eucharis , qui lui rappelle les malheurs
dont les Enfers l'ont menacée, fi jamais elle vient
à aimer ; elle la preffe de combattre fon amour
Calypfo lui répond :
Tout l'Enfer m'obeït , je regne dans les Airs ,
Je fais gronder la Foudre & briller les Eclairs ;
Le jour quand il me plaît fe change en nuit obfcure
;
Le Ciel même eft foumis à mon pouvoir vain◄
queur ;
Mon Art donne des loix à toute la Nature ;
Mais l'Amour en donne à mon coeur.
Telemaque , mandé par Calypfo, vient , elle lui ✨
témoigne la joye qu'elle a de voir fes jours deformais
en fureté ; Telemaque lui fait connoître que
le calme qui regne fur ces Bords ne regne pas
dans fon coeur. Calypfo attribuant cette inquietude
à un defir fecret qu'il a de revoir Itaque , ordonne
aux Démons d'embellir ces lieux , les Démons
obéiffent , & font une Fête pour amolir
le coeur de ce jeune Heros ; après la Fête qu'on
1
་
AVRIL. 1730. 789
د
a trouvée trés-brillante , Calypfo demande à Te
lemaque fi un féjour fi charmant ne fera pas ca
pable de l'arrêter ; Telemaque lui répond d'une
maniere qui lui fait prendre le change , voici les
Vers qui produifent cet équivoque ; il faut fuppofer
Eucharis prefente.
Telemaque.
Mes yeux font enchantez; je ne m'en deffends pas
Mais pour bien gouter tant d'appas ,
Mon coeur n'eft pas affez tranquille.
Calypfo.
Vous n'êtes pas tranquille en ce charmant
féjour !
A ce trouble fecret , je reconnois l'Amour.
Telemaque à part.
Vous auriez pénétré ... Dieux ! que lui vais -je
apprendre ?
Calypfo.
On penetre aifément les fecrets d'un coeur tendre.
Telemaque .
Le deſtin de mes feux eft en votre pouvoir.
Calypso.
Au Temple de l'Amour , hâtez-vous de vous
rendre ,
Prince , ce jour vous fera voir ,
Qu'au plus parfait bonheur votre coeur doit
prétendre ,
Eucharis
790 MERCURE DE FRANCE
"
Eucharis aura foin de vous le faire entendre.
Telemaque à part.
Dieux , ne trompez pas mon eſpoir.
Au quatriéme Acte où on voit le Temple de
P'Amour, Eucharis chargée par Calypfo de parler
à Telemaque de l'amour que cette Reine a pour lui
exprime fa fituation par ce Monologue.
Lieux facrez , où l'Amour reçoit für fes Autels ,-
L'hommage de tous les Mortels ,
Voyez mon trifte fort ; je perds tout ce que
: j'aime ,
Et je viens à l'Amour immoler l'Amour même
, & c.
Elle fe détermine à cacher fa naiffance à Telemaque
, pour le mieux difpofer en faveur d'une
grande Reine. Elle finit fon Monologue par cesdeux
Vers :
Il vient. Pour lui fauver le jour ,
Immolons à la fois ma gloire & mon amour.
La Scene fuivante , qui eft entre Telemaque &
Eucharis, a paru très intereffante; Eucharis voyant.
approcher Calypfo , prie Telemaque de feindre au
moins ; ce Prince vertueux & digne de la protection
de Minerve, lui répond ,
Quoi ! d'un détour fi bas vous me croyez capable
!
Elle a fauvé mes jours , je ferois trop 'coupable
Fuyons-la , je ne puis la tromper ni l'aimer.
La
AVRIL. 1730 . 791
La troifiéme Scene n'a pas fait moins de plai-
-fir que les deux précedentes ; Calypfo furprife de
la fuite de Telemaque, commence à le foupçonner
d'ingratitude ; Eucharis a beau lui dire que ce-
- Prince ne fçauroit jamais oublier,fans ingratitude,
qu'elle lui a ſauvé la vie , elle lui répond :
Il peut avoir pour moi de la reconnoiffance ,
Et n'en être pas moins ingrat.
- Elle fe rappelle que Telemaque lui a paru amou
reux , d'ou elle conclut qu'elle a donc une Rivale;
Voici comment elle s'exprime ::
Ah ! fi jamais l'Amour jaloux ,
De mon coeur malheureux s'empare ,
Qu'il tremble , au feul bruit de mes coups ,
Je remplirai d'effroi l'Averne & le Tenare ;
L'Amour eft plus cruel que l'Enfer en courroux,
Quand on l'ofe forcer à devenir barbare.
La cruelle incertitude où fe trouve Calypfo , lat
porte à confulter l'Amour fur le fort qu'elle doit
attendre , ce qui produit une . Fête très - galante ,
nous en fupprimons le détail , pour ne point
quitter le fil de Faction. La Grande- Prêtreffe de
Amour prononce cet Oracle à Calypfo :
Minerve a difpofé du fort de Telemaque ;
Antiope avec lui doit regner fur Itaque.
Cet Oracle defefperant pour Calypfo , eft ſuivi
d'un coup encore plus terrible ; Adrafte mortellement
bleffé par Telemaque , vient lui annoncer
que ce Prince aime Eucharis , & finit par ces Vers :
Mon
192 MERCURE DE FRANCE
Mon tourment finit & le vôtre commence :
Du coup qui m'a frappé , je fens moins la rigueurs
J'avois perdu l'espoir de ma vengeance ,
Je la laiffe en mourant au fond de votre coeur."
On voit à la Décoration du cinquiéme Acte le
Port d'Ogygie ; Calypfo en fureur le détermine à
perdre fa Rivale. Elle dit à Telemaque qu'il pèut
partir & qu'elle eft inftruite des deffeins queMinerve
a formez fur lui ; Telemaque foupire de doufeur
, Calypfo lui reproche fon indigne amour
pour une vile Eſclave,& fon ingratitude pour une
Reineimmortelle , par ces Vers , qui rappellent co
qui s'eft paffé dans les premiers Actes :
Ton coeur gémit ! quel indigne langage !
Dans les fers d'une Efclave un tendre amour t’en→
gage !
Du moins fi cet amour ... Dieux ! quel eft mox
malheur !
Dieu des flots, noirs Enfers , fonge rempli d'hor
reur
Votre menace eft accomplie ; -
Je t'aime , tu me hais : je t'ai fauvé la vie ;
Cruel , tu me perces le coeur.
Telemaque mortellement frappé des menaces de
Calypfo , preffe Eucharis de fe fauver , s'il eſt
poffible. Cette Scene a été trouvée la plus intereflante
de la Piece , & a fait verfer des larmes
en voici la fin.
Eucharis.
Par ces triftes adieux, c'eft trop nous attendrir.
partez
AVRIL 793 1730.
Partez ; au nom d'Uliffe , au nom de Penelope ;
Au nom de vos heureux Sujets ,
Parmi de fi tendres objets
Je n'ofe nommer Antiope.
Telemaque.
Demeurez, Eucharis ; quel nom prononcez-vous ?
Antiope ! non , non ; une auguſte Immortelle
Veut en vain m'unir avec elle ;
Je ne puis être fon Epoux.
Eucharis.
Dieux , la réſerviez- vous à ce bonheur extréme
Telemaqué.
Non ; faut-il qu'un ferment raffure vos eſprits
Dieux , armez contre moi votre pouvoir fupréme
Si jamais ...
Eucharis.
Arrêtez ; c'eft Antiope même ,
Que vous aimez dans Eucharis
Les Vaiffeaux de Telemaque viennent à ſon ſe→
cours ; Minerve combat pour eux ; leur victoire
donne lieu à une Fête marine. Minerve apprend à
Calypfo qu'Eucharis eft Antiope. Elle ordonne
aux Zephirs de tranfporter ces deux Amans à
Itaque. Calypfo au defefpoir , biafphême contre
les Dieux qui foudroyent & engloutiffent ſon Iſle
La Piece finit par ce Vers de Calypfo :
Dieux , en me puniffant vous ſervez ma fureur.
remit au Théatre la Tragedie de Telemaque ,
dont M. le Chevalier Pellegrin a compofé le
Poëme ; & M. Deftouches , Directeur, de cette.
Académie , a fait la Mufique. Le fuccès que cet
Opera avoit eu en 1714. où il fut donné pour la
premiere fois , fembloit répondre de celui de ta
reprife ; l'attente du Public n'a pas
pée ; les applaudiffemens qu'on a donnez à la p
miere repréfentation de la repriſe continuent.
Tout le monde convient qu'il n'a jamais été fibien
reprefenté. La De Antier n'y fait point regretter
la De Journet, & la Dle Pelliffier égale
au moins la De Heufé, qui avoit joué le rôle
d'Eucharis. Le fieur Chaffé s'eft fait applaudir.
par la maniere dont il a chanté & joué la Scene
d'Adrafte. Le fieur Tribou joue le rôle de Telemad'une
maniere à fe concilier tous les ſuffrages
dont il eft en poffeffion depuis quelques années.
que
Gij Le
80 MERCURE DE FRANCE
Le Ballet eft des plus brillants , & les Des Fres
voft , Camargo Salé n'y laiffent rien à défirer.
Nous avons crû que le Public verroit avec plaiſir
un Extrait de cette Tragedie.
PROLOGUE .
Le Théatre reprefente un lieu que les Arts
viennent de construire & d'orner, par ordre de
Minerve , à l'honneur du Roy qui vient de donner
la paix à l'Europe . On y voit des Trophées .
Minerve & Apollon paroiffent au fond. Minerve
eft fuivie des Vertus des Arts , & Apol
lon eft accompagné des Mufes .
Rien n'eft plus heureux pour un deffein de Prologue,
que de fervir d'Epoque à un grand évenement.
Perfonne n'ignore que la celebre journée
de Denain fut décifive pour la paix , & changea
la face de l'Europe entiere. C'est dans cette vûë
que
Minerve dit :
Que j'aime à porter mes regards
Sur cet amas pompeux d'armes & d'étendards !
D'un Roy que je cheris,tout m'annonce la gloire;
Vous , Apollon ; vous , Filles de mémoire,
Préparez vos chants & vos jeux :
Pour rendre les Mortels heureux
La Paix du haut des Cieux vole après la victoire.
Apollon répond à Minerve , que c'eſt à elle à
ordonner les Jeux, puifqu'il s'agit de celebrer un
Héros qui calme la Terre. Minerve invite Apollon
& les Mufes à chanter les bienfaits d'un Roy
qui en donnant la Paix au monde , les met en liberté
de former des Concerts que le bruit des
Armes
AVRIL. 1730. 781
Armes ne puiffe troubler. Apollon lui fait entendre
qu'il a befoin de l'Amour pour fes tragiques
Jeux ; mais qu'il craint que fa prefence ne bleffe
fes yeux. Minerve lui répond , qu'en faveur de
la Paix , elle confent que l'Amour foit de la fête.
On appelle l'Amour , il defcend des Cieux & té
moigne d'abord fa furprife par ce Vers :
Quoy! Minerve en ce lieu m'appelle !
Minerve lui répond :
Ne prétends pas regner fur elle :
L'Amour lui dit :
C'est
pour fuivre mes loix
que tous les cours
font faits ,
Tout cede à mon pouvoir fuprême ,
Vous feule échappez à des traits
Qui font trembler Jupiter même.
Minerve tire une nouvelle gloire de cette petite
Vanité de l'Amour. Voicy fa réponſe :
Quand je te voi vainqueur du Souverain des
Dieux ,
La gloire de mon nom vole au plus haut des
Cieux :
Que devant toi Jupiter tremble ,
C'eft un nouvel éclat pour moi.
Tu triomphes de lui ; je triomphe de toi ,
N'est- ce pas triompher de tous les Dieux enfemble
Gij L'Amour
82 MERCURE DE FRANCE
L'Amour ne veut pas pouffer la rancune plus
loin , & finit cette petite altercation par ces deux
Vers :
Il eft temps d'embellir
ces lieux ;
La Paix doit réunir les Mortels & les Dieux.
Après la Fête , Minerve annonce la Tragédie
qu'elle fouhaite voir , par ces quatre Vers adref→
fez à Apollon & aux Muſes.
Rappellez Telemaque à la clarté du jour
Au ravage des ans , dérobez fa memoire
Mais ne le livrez à l'Amour ,
Que pour faire éclater fa gloire.
ACTE I.
>
Le Théatre représente l'Ile d'Ogygie. On y
voit des Palais renversez par des inondations ;
un côté du Temple de Neptune que les flots
ont respecté.
Eucharis ouvre la Scene par un court Monologue
qui fait allufion aux ravages que Neptune
irrité, exerce fur l'Ile d'Ogygie. Cleone, fa Confidente
, vient lui demander d'où peuvent naître
fes nouvelles plaintes ; Eucharis lui découvre fa
foibleffe pour un Inconnu qui a fait naufrage
après elle fur ces funeftes bords ; voici comment
elle fait cette expofition.
Tu fus témoin du trouble de mes fens ,
Quand ce jeune Etranger , par la fureur des vents,
Fit naufrage fur cette Rive ;
Ses yeux étoient fermez à la clarté du jour ;
Déja fon ame fugitive ,
Etoit
AVRIL. 1730. 783
Etoit prête à defcendre au tenebreux féjour ;
Cleone , quel objet ! que j'en fus attendrie !
Envain à mon fecours j'appellai ma fierté ;
Je ne pus lui rendre la vie ,
Qu'aux dépens de ma liberté.
Cet amour d'Eucharis pour un Inconnu , donne
lieu à Cleone de lui repréſenter qu'elle doit fe
fouvenir qu'elle eft du Sang des Rols ; elle l'invite à
laiffer toujours ignorer qu'elleeft fille d'Idomenée,
d'autant plus queNeptune eft ennemi de ce malheureux
Roi de Crete , & qu'elle feroit perdue fi l'ont
venoit à fçavoir qu'elle eft d'un Sang odieux à ce
Dieu terrible, dont on cherche à appaifer le courroux
; elle voit paroître Calypfo , & prie fa Princeffe
de cacher toujours fon veritable nom d'An
tiope , fous le nom emprunté d'Eucharis.
Calypfo fort toute éperdue du Temple de Nepune
; elle dit à Eucharis que rien ne peut calmer
ce Dieu vengeur ; qu'il vient de lui faire entendre
fon crime, qui eft d'avoir laiffé partir Uliffe, dont
il lui avoit demandé le fang ; elle ajoûte que ce
Dieu cruel perfifte à lui demander fa Victime ,
quoiqu'elle ne foit plus en fon pouvoir ; elle apprend
à Eucharis que ce qui l'avoit encore plus
portée à defobéir à Neptune, & à renvoyer Uliffe
à Itaque , c'eft qu'elle commençoit à fentir une
pitié trop tendre pour ce Heros , quoique les Enfers
lui euffent prédit qu'elle feroit très -malheu
reufe , fi jamais elle livroit fon coeur à l'Amour.
Eucharis lui fait efperer qu'après avoir détourné
les préfages des Enfers , elle pourra parvenir
appailer les Dieux , ce qui oblige Calypſo à lui
découvrir fes nouvelles frayeurs par ces Vers :
Un fonge... ah ! je fremis quand je me le rappelle
Giiij Je
784 MERCURE DE FRANCE
Je l'ai vu ce Heros que Neptune pourfuit ,
Je l'ai vu fur ces bords: une troupe cruelle
L'alloit précipiter dans l'éternelle nuit :
Il n'étoit plus armé d'une auſtere ſageffe ;
L'Amour qui voloit fur fes pas
De la plus brillante jeuneffe ,
Sembloit lui prêter les
appas.
Far un charme inconnu contrainte à le deffendre,
J'ai détourné le fer
vengeur ;
Helas ! pour prix d'un foin fi tendre ,
Le cruel m'a percé le coeur.
Adrafte vient faire une defcription des ravages
qui défolent l'Empire de Calypfo ; il s'en plaint
d'autant plus , qu'ils different fon Hymen avec
elle , arrêté par Athlas , pere de cette Reine . Ca→
Jypfo l'oblige à la quitter pour confulter les Enfers
fur les moyens qu'elle pourra prendre pour
fatisfaire Neptune. Quelques Critiques feveres ont
trouvé qu'une Fête magique ne devoit pas être
dans un premier Acte , fondez fur la feule raiſon
qu'il n'y en a point de pareille dans aucun premier
Acte d'Opera ; mais les Partiſans de cette
Tragedie ont répondu , que le deffaut d'exemples
n'eft pas une regle exclufive , à quoi ils ont ajoûté
que cette Fête eft plutôt une confultation d'Oracles,
qu'une Magie ordinaire ; en effet Calypfo le
fait entendre par ces deux Vers.
Mais comment de Neptune appaiſer la colere ?
L'Enfer peut me le reveler.
Le Muficien eft parfaitement bien entré dans
l'efprit du Poëte , par la maniere dont il a traité
cette
AVRIL. 1730. 785
cette Fête ; elle eft plus vive que terrible , & la
joye barbare des Démons y eft parfaitement cafacterifée.
Voici le réfultat de la Fête .
Calypfo aux Démons .
Neptune fur ces bords demande un facrifice
Je ne puis l'appaiſer à moins du ſang d'Uliffe ;
Ce fang n'eſt plus en mon pouvoir.
Choeur.
Dreffe l'Autel , fais ton devoir ;
Tu ne peux balancer ſans crime.
Calypfo.
Où dois-je chercher la Victime
Choeur.
Neptune y va pourvoir.
Calypfo fe détermine à executer ce que les Eas
fers confultez lui preſcrivent , & finit ce premier
Acte par ces deux Vers :-
La plus aveugle obéiffance ,
Eft la plus agréable aux Dieux .
Le Théatre reprefente au deuxième Acte le Tem
ple de Neptune. On y voit un Autel dreffé .
Telemaque fait entendre à Idas , fon Confident,
que les dangers continuels où fon pere eft exposé
par le courroux de Neptune , lui font une loi indifpenfable
de venir au moins joindre fes voeux
au pompeux facrifice qu'on va celebrer
sher ce terrible Dieu des flots. Idas lui reproche
Gy fon
pour cal786
MERCURE DE FRANCE
fon amour pour Eucharis , malgré le choix que
Minerve , fa Protectrice , a fait d'Antíope pour
être un jour fon Epoufe. Télemaque ne peut
vaincre fa foibleffe , il fait connoître à Idas qu'Eu--
charis ne répond pas à fon amour.
Eucharis vient féliciter Télemaque de l'heu
reux fuccès qu'on efpere du facrifice qu'on va
offrir à Neptune , après lequel il pourra partir de
ce fatal Rivage , au lieu que l'efclavage où Calypfo
la réduit ne peut finir que par la mort. Telemaque
lui promet de rompre fes fers par le fecours des
Sujets de fon pere , dont les Vaiffeaux difperfez
viendront le joindre ; il lui apprend qu'il eft fils.
d'Uliffe , à ce nom d'Uliffe Eucharis frémit ;
Télemaque lui demande le fujet de fa frayeur ;.
Eucharis le lui explique par ces Vers :
Neptune en courroux ,
Veut que le fang d'Uliffe aujourd'hui fe répande ;
Ah ! c'eft le vôtre qu'il demande ;
Et ce barbare Autel n'eft dreffé que pour vous.
Cette Scene a paru très-intereffante , quoique
la Parodic ait voulu faire entendre que Telemaque
fe livroit fans raifon à une mort qui peut-être
ne fauveroit pas fon pere ; ceux qui fçavent
que l'amour filial fait le caractère dominant
de Telemaque , n'ont eu garde de le blâmer
de ce dévouement volontaire , en faveur duquel
Neptune calme fa colere , comme on le verra
dans l'Acte fuivant ; Eucharis voyant approcher
Calypfo avec les Miniftres de Neptune , preffe
plus que jamais Telemaque de fe retirer ; elle fe
flatte de l'y réfoudre par l'aveu de fon amour
pour lui , Telemaque ne la fuit que pour empêcher
qu'elle ne fe livre à fon defefpoir, & revient
Pour être facrifié à Neptune , il déclare a Calypfo
qu'il
AVRIL . 1730. 787
qu'il eft fils d'Uliffe . Cette Reine attentive à exami
ñer fes traits , reconnoît en lui cet Uliffe rajeuni
qu'elle a vû en fonge; elle s'attendrit par degrez &
Parrache enfin de l'Autel, malgré les menaces des
Prêtres de Neptune & les remontrances d'Adrafte..
Au troifiéme Acte le Théatre reprefente un
Defert, Adrafte irrité de l'Amour de Calypfo pour
Telemaque , exprime fon defeſpoir . Il demande à
Arcas ,fon Confident , s'il a tout préparé pour
fa vengeance ; Arcas lui répond que fes amis s'affemblent
& viendront bien- tôt le joindre; il tâche
pourtan: de le détourner d'un projet, où vrai-femblablement
il doit périr , attendu le violent amour
que la Reine à pris pour Telemaque ; Adrafte lut
que le Peuple & les Dieux font pour lui. dit
Adrafte reproche à Calypfo le nouvel outrage
qu'elle vient de faire à Neptune ; Calypfo lui rẻ-
pond que fa fureur a fait place à fa pitié , &
qu'elle a fait ce qu'elle a dû ; Adrafte lui dic , en
parlant de Telemaque :
Non , la feule pitié ,
N'a pas pour lui démandé grace.
Ce dernier reproche irrite Calypfo ; la Scène
devient très-vive de part & d'autre„& finit par
ce Duo.
Enfemble.
Le dépit , la haîné & la rage ,
Vengerons ce mortel outrage ;
Tremblez , & c .
Adrafte. Calypfo.
Ensemble.
Tremblez pour lui ; tremblez pour vous..
Tremblez ; redoutez mon courroux.-
G. vj Eu88
MERCURE DE FRANCE
Eucharis vient annoncer à Calypfo , que la fou
miffion de Telemaque a défarmé la colere de Nep .
& que les Miniftres de ce Dieu irrité vien →
nent de l'annoncer au Peuple ; Calypſo ſe défiant
toûjours de Neptune , s'explique ainfi :
tune ,
Je vois trop ce qu'il médite ,
1
Lorfqu'il nous rend le repos ;
Et le trouble qui m'agite ,
Le venge mieux que fes flots.
Dans cette Scene , Calipfo fait connoître for
amour à Eucharis , qui lui rappelle les malheurs
dont les Enfers l'ont menacée, fi jamais elle vient
à aimer ; elle la preffe de combattre fon amour
Calypfo lui répond :
Tout l'Enfer m'obeït , je regne dans les Airs ,
Je fais gronder la Foudre & briller les Eclairs ;
Le jour quand il me plaît fe change en nuit obfcure
;
Le Ciel même eft foumis à mon pouvoir vain◄
queur ;
Mon Art donne des loix à toute la Nature ;
Mais l'Amour en donne à mon coeur.
Telemaque , mandé par Calypfo, vient , elle lui ✨
témoigne la joye qu'elle a de voir fes jours deformais
en fureté ; Telemaque lui fait connoître que
le calme qui regne fur ces Bords ne regne pas
dans fon coeur. Calypfo attribuant cette inquietude
à un defir fecret qu'il a de revoir Itaque , ordonne
aux Démons d'embellir ces lieux , les Démons
obéiffent , & font une Fête pour amolir
le coeur de ce jeune Heros ; après la Fête qu'on
1
་
AVRIL. 1730. 789
د
a trouvée trés-brillante , Calypfo demande à Te
lemaque fi un féjour fi charmant ne fera pas ca
pable de l'arrêter ; Telemaque lui répond d'une
maniere qui lui fait prendre le change , voici les
Vers qui produifent cet équivoque ; il faut fuppofer
Eucharis prefente.
Telemaque.
Mes yeux font enchantez; je ne m'en deffends pas
Mais pour bien gouter tant d'appas ,
Mon coeur n'eft pas affez tranquille.
Calypfo.
Vous n'êtes pas tranquille en ce charmant
féjour !
A ce trouble fecret , je reconnois l'Amour.
Telemaque à part.
Vous auriez pénétré ... Dieux ! que lui vais -je
apprendre ?
Calypfo.
On penetre aifément les fecrets d'un coeur tendre.
Telemaque .
Le deſtin de mes feux eft en votre pouvoir.
Calypso.
Au Temple de l'Amour , hâtez-vous de vous
rendre ,
Prince , ce jour vous fera voir ,
Qu'au plus parfait bonheur votre coeur doit
prétendre ,
Eucharis
790 MERCURE DE FRANCE
"
Eucharis aura foin de vous le faire entendre.
Telemaque à part.
Dieux , ne trompez pas mon eſpoir.
Au quatriéme Acte où on voit le Temple de
P'Amour, Eucharis chargée par Calypfo de parler
à Telemaque de l'amour que cette Reine a pour lui
exprime fa fituation par ce Monologue.
Lieux facrez , où l'Amour reçoit für fes Autels ,-
L'hommage de tous les Mortels ,
Voyez mon trifte fort ; je perds tout ce que
: j'aime ,
Et je viens à l'Amour immoler l'Amour même
, & c.
Elle fe détermine à cacher fa naiffance à Telemaque
, pour le mieux difpofer en faveur d'une
grande Reine. Elle finit fon Monologue par cesdeux
Vers :
Il vient. Pour lui fauver le jour ,
Immolons à la fois ma gloire & mon amour.
La Scene fuivante , qui eft entre Telemaque &
Eucharis, a paru très intereffante; Eucharis voyant.
approcher Calypfo , prie Telemaque de feindre au
moins ; ce Prince vertueux & digne de la protection
de Minerve, lui répond ,
Quoi ! d'un détour fi bas vous me croyez capable
!
Elle a fauvé mes jours , je ferois trop 'coupable
Fuyons-la , je ne puis la tromper ni l'aimer.
La
AVRIL. 1730 . 791
La troifiéme Scene n'a pas fait moins de plai-
-fir que les deux précedentes ; Calypfo furprife de
la fuite de Telemaque, commence à le foupçonner
d'ingratitude ; Eucharis a beau lui dire que ce-
- Prince ne fçauroit jamais oublier,fans ingratitude,
qu'elle lui a ſauvé la vie , elle lui répond :
Il peut avoir pour moi de la reconnoiffance ,
Et n'en être pas moins ingrat.
- Elle fe rappelle que Telemaque lui a paru amou
reux , d'ou elle conclut qu'elle a donc une Rivale;
Voici comment elle s'exprime ::
Ah ! fi jamais l'Amour jaloux ,
De mon coeur malheureux s'empare ,
Qu'il tremble , au feul bruit de mes coups ,
Je remplirai d'effroi l'Averne & le Tenare ;
L'Amour eft plus cruel que l'Enfer en courroux,
Quand on l'ofe forcer à devenir barbare.
La cruelle incertitude où fe trouve Calypfo , lat
porte à confulter l'Amour fur le fort qu'elle doit
attendre , ce qui produit une . Fête très - galante ,
nous en fupprimons le détail , pour ne point
quitter le fil de Faction. La Grande- Prêtreffe de
Amour prononce cet Oracle à Calypfo :
Minerve a difpofé du fort de Telemaque ;
Antiope avec lui doit regner fur Itaque.
Cet Oracle defefperant pour Calypfo , eft ſuivi
d'un coup encore plus terrible ; Adrafte mortellement
bleffé par Telemaque , vient lui annoncer
que ce Prince aime Eucharis , & finit par ces Vers :
Mon
192 MERCURE DE FRANCE
Mon tourment finit & le vôtre commence :
Du coup qui m'a frappé , je fens moins la rigueurs
J'avois perdu l'espoir de ma vengeance ,
Je la laiffe en mourant au fond de votre coeur."
On voit à la Décoration du cinquiéme Acte le
Port d'Ogygie ; Calypfo en fureur le détermine à
perdre fa Rivale. Elle dit à Telemaque qu'il pèut
partir & qu'elle eft inftruite des deffeins queMinerve
a formez fur lui ; Telemaque foupire de doufeur
, Calypfo lui reproche fon indigne amour
pour une vile Eſclave,& fon ingratitude pour une
Reineimmortelle , par ces Vers , qui rappellent co
qui s'eft paffé dans les premiers Actes :
Ton coeur gémit ! quel indigne langage !
Dans les fers d'une Efclave un tendre amour t’en→
gage !
Du moins fi cet amour ... Dieux ! quel eft mox
malheur !
Dieu des flots, noirs Enfers , fonge rempli d'hor
reur
Votre menace eft accomplie ; -
Je t'aime , tu me hais : je t'ai fauvé la vie ;
Cruel , tu me perces le coeur.
Telemaque mortellement frappé des menaces de
Calypfo , preffe Eucharis de fe fauver , s'il eſt
poffible. Cette Scene a été trouvée la plus intereflante
de la Piece , & a fait verfer des larmes
en voici la fin.
Eucharis.
Par ces triftes adieux, c'eft trop nous attendrir.
partez
AVRIL 793 1730.
Partez ; au nom d'Uliffe , au nom de Penelope ;
Au nom de vos heureux Sujets ,
Parmi de fi tendres objets
Je n'ofe nommer Antiope.
Telemaque.
Demeurez, Eucharis ; quel nom prononcez-vous ?
Antiope ! non , non ; une auguſte Immortelle
Veut en vain m'unir avec elle ;
Je ne puis être fon Epoux.
Eucharis.
Dieux , la réſerviez- vous à ce bonheur extréme
Telemaqué.
Non ; faut-il qu'un ferment raffure vos eſprits
Dieux , armez contre moi votre pouvoir fupréme
Si jamais ...
Eucharis.
Arrêtez ; c'eft Antiope même ,
Que vous aimez dans Eucharis
Les Vaiffeaux de Telemaque viennent à ſon ſe→
cours ; Minerve combat pour eux ; leur victoire
donne lieu à une Fête marine. Minerve apprend à
Calypfo qu'Eucharis eft Antiope. Elle ordonne
aux Zephirs de tranfporter ces deux Amans à
Itaque. Calypfo au defefpoir , biafphême contre
les Dieux qui foudroyent & engloutiffent ſon Iſle
La Piece finit par ce Vers de Calypfo :
Dieux , en me puniffant vous ſervez ma fureur.
Fermer
Résumé : Opera de Telemaque, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 mars, l'Académie Royale de Musique a présenté au Théâtre la tragédie 'Télémaque', composée par le Chevalier Pellegrin et mise en musique par Destouches, directeur de l'Académie. Cette œuvre, déjà acclamée en 1714, a été saluée par le public lors de sa reprise. Les interprètes, notamment la Demoiselle Antier et la Demoiselle Pellissier, ainsi que les danseurs Les Fres et Camargo, ont été particulièrement appréciés. Le prologue se déroule dans un lieu construit et orné par les Arts sous l'ordre de Minerve, en l'honneur du roi qui a apporté la paix en Europe. Minerve et Apollon apparaissent, accompagnés des Vertus, des Arts et des Muses. Minerve célèbre la paix après la victoire, et Apollon invite à célébrer les bienfaits du roi. L'Amour est appelé pour participer à la fête, et Minerve accepte sa présence en faveur de la paix. Le prologue se conclut par l'annonce de la tragédie de Télémaque. Dans l'acte I, sur l'île d'Ogygie ravagée par des inondations, Eucharis, amoureuse d'un inconnu naufragé, exprime son désespoir à sa confidente Cleone. Calypso révèle à Eucharis qu'elle a sauvé Ulysse malgré les ordres de Neptune. Adraste décrit les ravages sur l'île, et Calypso consulte les Enfers pour apaiser Neptune. La fête magique révèle que Neptune exige le sang d'Ulysse, mais celui-ci n'est plus en son pouvoir. Dans l'acte II, au temple de Neptune, Télémaque exprime son désir de sauver son père. Eucharis lui révèle que Neptune exige son sang. Télémaque se prépare à se sacrifier, mais Neptune calme sa colère. Calypso, émue, sauve Télémaque et reconnaît en lui Ulysse rajeuni. Dans l'acte III, Adraste, jaloux, prépare sa vengeance contre Télémaque. Calypso, malgré les menaces, sauve Télémaque et exprime son amour pour lui. La tragédie se conclut par une fête organisée par Calypso pour apaiser Télémaque. La pièce se poursuit avec Télémaque, enchanté par la beauté d'Eucharis, exprimant son trouble face à ses sentiments. Calypso, consciente de l'amour de Télémaque, lui demande de se rendre au Temple de l'Amour. Eucharis, chargée par Calypso de révéler les sentiments de la reine à Télémaque, hésite à lui avouer sa propre naissance pour mieux le disposer en faveur de Calypso. Télémaque, vertueux, refuse de tromper Calypso et fuit lorsqu'il la voit approcher. Calypso, surprise par la fuite de Télémaque, le soupçonne d'ingratitude et d'amour pour une rivale. Un oracle révèle que Minerve a décidé que Télémaque doit régner avec Antiope sur Ithaque. Adraste, blessé par Télémaque, révèle que ce dernier aime Eucharis. Calypso, en fureur, menace Télémaque et lui ordonne de partir. Télémaque, désespéré, presse Eucharis de se sauver. Eucharis révèle alors qu'elle est Antiope. Minerve intervient, ordonne aux Zephirs de transporter les amants à Ithaque et punit Calypso. La pièce se termine par la défaite et la malédiction de Calypso.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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692
p. 794-806
EXTRAIT du nouveau Samson, annoncé dans le dernier Mercure.
Début :
L'Auteur est très-modeste, quand il ne donne cette Tragi-Comédie, que comme une simple [...]
Mots clefs :
Samson, Théâtre, Tragicomédie, Amour, Secret, Force, Mort, Dieu, Coeur, Caractère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du nouveau Samson, annoncé dans le dernier Mercure.
EXTRAIT du nouveau Samfon
annoncé dans le dernier Mercure .
'Auteur eft très-modefte , quand il ne donne
cette Tragi- Comédie , que comme une fimple
Traduction ; la nouvelle forme fous laquelle il l'a
fait reparoître , mérite bien qu'il s'en dife l'Auteur
; le fieur Riccoboni , qui la mit au Théatre
én 1717. en avoue les deffauts dans fon Avis aux
Lecteurs : voici les termes dont il fe fert. La compofition
Théatrale que je vous prefente aujourd'hui
eft un de ces Monftres dont le Théatrefut
f prodigue en Italie pendant le dernier fiecle.
Cette Piece , telle qu'elle étoit alors , ne laiffa pas
d'avoir un grand fuccès. Le fieur Romagneſi en
a retranché ce qu'il y avoit de monſtrueux. La
Dalila d'autre fois étoit infoutenable au Théatre,
au lieu que celle d'aujourd'hui eft intereffante &
ne tombe dans le malheur que par foibleffe. On
n'a vu de long-temps de fuccès plus frappant que
celui-cy. On n'a pas laiffé cependant de trouver
des deffauts dans la Piéce ; nous ferons part au
Public de ce qui eft venu jufqu'à nous, à la fin de
cet Extrait.
Le Théatre repréfente im Bois, dans l'enfoncement
duquel on découvre le Temple de Dagon.
Dalila ouvre la Scene avec fa Suivante Armillā ; -
elle fait connoître qu'elle s'eft dérobée de la Cour
de Gaza, pour venir implorer le fecours de Dagon,
Idole des Philiftins; elle apprend à Armilla qu'elle
brûle d'un coupable amour pour un Hebreu qu'elle
ne trouva que trop aimable la premiere fois qu'il
parut à fes yeux parmi les Captifs qu'Achab avoit
faits dans fa derniere victoire. Samfon eft . cet
Hebreu dont elle parle ; elle ne laiffe pas de fe
promettre de triompher d'un amour condamné
par une Loi expreffe du Roi des Philiftins. Azael
reproche
AVRIL. 1730. 795
1
1
reproche à Samſon l'indigne repos dans lequel il
languit , au lieu de tourner contre les ennemis de
Dieu ces traits qu'il n'employe que contre des
animaux , dans les vains plaifirs de la Chaffe, Samfon
lui répond qu'il foufcrit aux decrets éternels
qui ont condamné les Hebreux à un pénible ef
clavage , en punition de leurs crimes ; voici comment
il s'exprime :
Du Dieu qui nous punit refpectons la puiffance ;
J'éprouve en l'adorant les traits de fa vengeance,
Et je ne porterois que coups criminels ,
Si je les oppofois aux decrets éternels.
des
L'Auteur ne pouvoit mieux excufer l'inaction
de Samfon . En effet il n'eft déterminé à faire
éclater la force prodigieufe dont le Ciel l'a
doué , que par ces mêmes decrets qu'il refpecte.
Il s'endort fous un Olivier.Pendant fon fommeil
il entend une voix qui chante les Vers fuivans :
La gloire en d'autres lieux t'appelle ,
Samfon , brife ton Arc , abandonne ces bois ;
Que fans tarder le Philiftin rebelle ,
De ton bras triomphant éprouve tout le poids
Que ton coeur à ce bruit de guerre ,
A ces Eclairs , à ce Tonnerre ,
Du Ciel reconnoiffe la voix ;
Et que cet Olivier paifible ,
Difparoiffe à l'afpect terrible ,
De ce Laurier , garant de tes exploits ..
Tout ce qui eft exprimé dans ces Vers arrive
796 MERCURE DE FFRRAANNCE
à mesure qu'on les chante ; les Eclairs brillent , le
Tonnerre gronde & l'Olivier eft changé en Laurier.
Samfon , rempli de l'Efprit de Dieu , jette
fon Carquois comme un indigne ornement ,
il fe prépare à venger les Hebreux , & à les tirer
d'eclavage. Il combat un Lion prêt à dévorer
Dalila , il l'étouffe . Dalila reconnoît l'objet
de fon amour dans celui qui vient de lui fauver
la vie. Samfon ne peut voir tant d'attraits fans
leur rendre les armes. Dalila oppoſe à cet amour
fon devoir & fa Religion ; elle lui fait connoître
qu'elle doit en ce même jour épouſer Achab ,
General des Philiftins ; Samfon fe roidit contre
tous ces obftacles ; Dalila le quitte après lui avoir
fait connoître qu'elle n'eft que trop fenfible à fon
amour. Nous fupprimons ici les Scenes comiques;
elles font trop de diverfion à l'interêt , & ce n'eft
que fur le Théatre Italien que de pareilles difparates
peuvent être excufées ; d'ailleurs la Piece n'a'
pas befoin d'un épiſode fi monftrueux.
Au fecond Acte , le Théatre repréfente le Palais
du Roi des Philiftins . Achab & Dalila com→
mencent cet Acte. Dalila avoue ingenument à
Achab , non-feulement qu'elle ne l'aime point ,'
mais qu'elle aime Samfon ; elle s'excufe par ces
Vers qu'on a trouvés des plus beaux de la Piéce :
Acab , de notre coeur les mouvemens rapides
Naiffent des paffions qui leur fervent de guides ;
Sur nos foibles efprits leur empire abſolu
Malgré tous nos efforts a toûjours prévalu ;
Pour l'un indifferents, pour l'autre pleins de flam
mes ,
Nous ne difpofons point du penchant de nos ames
Sous les traits de l'Amour , lorfque nous flechif-
Lons , Ce
AVRIL. 1730.
797
Ce Dieu nomme l'objet , & nous obéiffons.
On croit que ces Vers feroient encore plus
beaux dans le fiftême Payen. On a trouvé que l'amour
déifié ne convient pas à une Philiftine.
A l'approche de Samfon , Acab redouble fa colere
contre un Rival aimé ; Dalila le fait retirer
par ce Vers , dont on n'a pas bien compris le fens :
Suis mes pas ; vien fçavoir ce que le fort t'aprête.
Emanuel reproche à Samfon fon amour pour
Dalila ; Samfon le raffure par ce ferment :
Oui , je jure , Seigneur , par vos jours précieux
De brifer , de venger nos fers injurieux ,
Et fi je ne remplis toute votre efperance ,
Puiffe pour m'en punir la celefte vengeance -
Me livrer en opprobre aux Philiftins cruets ;
Que traîné par leurs mains au pied de leurs Autels
, ·
Je ferve de jouet à tout ce Peuple impie ,
Et que j'y meure enfin couvert d'ignominie.
Ce ferment n'eft pas tout-à- fait verifié à la fin
de la Piece. Samfon meurt comblé de gloire &
non d'ignominie,
Dans la Scene fuivante qui eft entre Phanor ,
Acab & Dalila , Samfon fe tient au fond du Théatre
fans être apperçû. Le Roi fait d'abord parade
d'un caractere de vertu , qu'il ne foûtient pas dans
la fuite ; il rend ce qu'il doit à la valeur de Samfon
, & dit qu'il l'admire fans la craindre. Samfon
indigné des menaces d'Acab s'approche ; il
défie fon Rival , & brave le Roi même. Le Roi
affectant une espece de juftice , confent que Dalila
798 MERCURE DE FRANCE
lila prononce entre fes deux Amans ; Dalila ne fe
déclare pour aucun des deux ; & n'écoutant que
le zele de la Religion , ôte toute efperance à Samfon
, & dit en fe retirant :
- Je n'épouferai point Samfon. à part , Cruel
devoir !
1
Sur un coeur vertueux connois tout ton pouvoir.
Samfon croyant que Dalila n'a fait jufqu'ici
que le jouer , s'abandonne à toute fa fureur.
Le Théatre repréſente au troifiéme Acte le
Camp des Philiftins . Acab , pour confoler le Roi
du carnage que Samfon feul vient de faire de fes
meilleures Troupes , lui apprend que le Grand-
Prêtre des Hebreux , intimidé par fes menaces
lui a promis de livrer Samfon entre ſes mains
Phanor n'en eft pas plus raffuré.
que
On amene Emanuel , pere de Samfon , priſonnier
; ce genereux Vieillard brave le Roi , & lui
dit fi l'amour de Samfon pour Dalila a long
tems fufpendu fa vengeance , la priſon de fon Pere
le va determiner à la faire éclater. Phanor ordonne
qu'on l'enferme dans une Tour qui paroit
au fond du Théatre.
On vient annoncer à Phanor que Samfon
s'eft laiffé furprendre , & qu'on le lui amene
chargé de fers ; le Roi fort , après avoir rendu
Acab Arbitre du fort de fon Rival . Samfon paroît
chargé de fers; il fait connoître pour quoi il
paroît en cet état par cet à parte.
Pour punir mes Tyrans ma haine a profité
D'un ftratagême heureux qu'eux -mêmes ont inventé
;
Traîtres , qui n'avez pû me vaincre à force oui
yerte ,
Votre
AVRIL. 1730. 799
Votre propre artifice avance votre perte ,
Puifqu'il m'approche enfin de ces lâches Soldats
de mourir déroboit à bras.
Que la peur mon
Acab ordonne à fes Soldats de donner la mort
à Samfon ; l'Hebreu lui dit que c'eft à lui-même
& à tous fes Soldats à trembler ; Acab le menace
d'époufer Dalila en fa préfence même ; ce dernier
outrage pouffe à bout la patience de Samfon ;
il brife fes chaînes , & trouvant par hazard une
mâchoire d'Afne à fes pieds , il les met tous en
fuite avec ce vil inftrument.
Les efforts que Samfon vient de faire lui caufent
une foif qui lui annonce une mort prochai
ne , il reconnoît alors que le bras du Seigneur
s'appefantit fur lui pour le punir de fon amour
pour une Philiftine . Voici comment s'expriment
Les juftes remords,
Mais quel aveuglement fuit ta préfomption
Tu n'as pû furmonter ta folle paffion ,
Et tu veux ignorer , lâche , quels font les crimes
Qui rendent aujourd'hui tes tourmens legitimes!
Souviens- toi que tu viens de combattre en ce lieu
Pour venger ton amour , & non pas pour ton
Dieu,
Malheureux ! tu croyois ne devoir qu'à toi -même
Le fuccès que tu tiens de la bonté fuprême ;
Appuyé de fon bras tu faifois tout trembler ; .
Mais fans lui le plus foible auroit pû t'accabler.
Les Vers fuivans ne font pas moins beaux.
Mon mal redouble ; helas ! mes fens s'évanouifil
tombe ,
Lent ;
Mcs
800 MERCURE DE FRANCE
font obfcurcis & mes genoux flechif
Mes yeux
fent ;
Je vois l'horrible Mort errer autour de moi ;
C'en eft fait ... Dieu puiffant , j'efpere encore en
toi.
Sur les maux de Samfon jette un regard propice
Ta clemence toujours balança ta juftice.
Indigne des honneurs que tu m'as préſentés
Que je partage ici tes immenfes bontés ;
Ah ! fi le repentir fait defcendre ta grace ,
Je ne fçaurois périr , & mon crime s'efface ;
Ce foudre , deftructeur de tant de Philiftins
Produira , fi tu veux , une fource en mes mains ;
C'est toi qui me l'offris contre ce Peuple impie
Il lui donna la mort ; qu'il me rende la vie ,
Semblable à ce Rocher dont Moïfe autrefois
Vit jaillir un torrent fur ton Peuple aux abois.
Ou t'exauce Samfon &c.
il met
II fort une fource d'eau de la mâchoire d'Afne;
..Samfon ayant étanché fa foif, force la Prifon de
fon Pere , & chargé d'une proye fi chere ,
encore fur fes épaules les portes de la Prifon , dont
le poids eft énorme.
Nous fupprimons la premiere Scene du quatriéme
Acte ( où le Théatre repréfente le Palais
du Roi des Philiftins ) à caufe du comique deplacé.
Dans la feconde , le Roi inftruit de la défaite
de fes Troupes n'a point d'autre confident que
Ja fuivante de Dalila , qui lui confeille d'employer
l'artifice , puifque la force ne fert de rien contre
Samfon ; elle lui dit qu'il faut que fa Maîtreffe
Alatte
AVRIL. 1730. 801.
flatte l'efpoir de ce terrible fleau de fes Sujets ,
pour l'engager à lui declarer d'où naît fa prodigieufe
valeur ; Samſòn , continuë -t'elle , a autrefois
brulé pour Tamnatée , il faut faire croire à
Dalila qu'il l'aime encore , afin que fon Amant
ne puiffe calmer fa défiance qu'en lui revelant ce
fatal fecret . Le Roi dont le caractere , comme on
l'a déja remarqué , eft tantôt vicieux , tantôt vertueux
, ne fe détermine qu'avec peine à recourir
à la tromperie qu'avec ce temperament.
Qu'elle perde Samfon ; mais dans cette entre
prife
Que l'amour du devoir , s'il fe peut , la conduiſed
Dalila vient ; le Roi la preffe d'employer pour
le falut de fa Patrie ces mêmes charmes qui ont
triomphé de Samfon. Voici comment il s'exprime.
La force dont Samfon nous accable aujour
d'hui
Confiſte en un ſecret qui n'eſt ſçû que de lui ;
Flattez le d'un hymen , pour percer ce myſtere
Il eft vaincu.
Dalila fe refufe à la perfidie que le Roi exige
d'elle. Acab effrayé vient annoncer au Roi que
tout eft perdu , & le prie de garantir la Tête du
péril qui la menace par une promte fuite. Phanor
ordonne à Dalila de voir Samfon & d'executer
ce qu'il vient de lui propofer pour le bien
de fes Sujets.
Armilla jette adroitement des foupçons jaloux
dans le coeur de Dalila au fujet de Tamnatée , &
lui perfuade qu'elle ne peut mieux s'affurer de la
fidelité de Samfon qu'en exigeant de lui qu'il lui
H dife
802 -MERCURE DE FRANCE
dife d'où peut naître fa force prodigieufe ; Dalila
qui voit alors les confequences d'un tel fecret lui
répond
Et s'il peut reveler ce fecret important
J'en dois aux Philiftins l'avis au même inftant.
Armilla lui fait entendre que rien ne l'oblige`
à donner cet avis , & qu'elle pourra ſe conferver
Samfon , affurée de fa fidelité par cette marque
de confiance .
Samfon arrive ; Armilla fe retire dans le deffein
d'écouter fans être apperçue .
La Scene entre Samfon & Dalila a paru fort
belle , quoique fufceptible de beaucoup de critique.
Samfon fans appercevoir Dalila dont il fe
croit trahi en faveur d'Acab , jure de perdre fon
Rival & le Roi même. Dalila rompant le filence
lui offre fon coeur à percer ; elle fe juftifie de l'infidelité
qu'il lui reproche , & l'ayant amené au
point qu'elle s'eft propofé , elle lui demande le
fatal fecret ; Samfon lui fait entendre qu'il ne
peut lui accorder ce qu'elle lui demande. Voici
les propres paroles :
Princeffe , épargnez-vous un inutile effort ;
Si ce fatal fecret n'entraînoit que ma mort ....
Mais , Madame , à lui feul ma gloire eft attachée
D'une honte éternelle elle feroit tachée ;
A tout autre péril je m'offre fans regret ;
Je vous accorde tout ; laiffez moi mon fecret.
Dalila fe retire , indignée du refus de Samfon,
& lui défend de la yoir jamais ; Samfon la fuit
fans fçavoir ce qu'il doit faire.
Armilla , dans la premiere Scene du cinquiéme
Acto
I
AVRIL. 1730. 803
Acte raconte au Roi tout ce qui s'eft paffé dans
l'Appartement de Dalila ; elle lui dit que s'étant
cachée de maniere à pouvoir tout voir & tour
entendre fans être apperçue , elle a vû Samſon ſe
jetter aux pieds de Dalila , que cette Princeffe
s'obftinant à vouloir apprendre fon fecret , il l'a
voit long- tems trompée par de fauffes confidences
, qu'enfin pour calmer fa colere , il lui avoit
avoué que fa force confiftoit dans fes cheveux ;
elle ajoûte qu'à peine Samfon avoit - il fait ce fatal,
aveu qu'il s'étoit plongé dans un profond fommeil
, qu'elle s'étoit approchée alors , & qu'elle
avoit dit à Dalila que fans doute Samſon la trompoit
& que fa Rivale fe vantoit hautement d'être
la feule dépofitaire de fon fecret , que Dalila pour
le convaincre de menfonge avoit confenti à faire
l'épreuve de fa fincerité ou de fa tromperie , en
lui faifant couper les cheveux , ce qui avoit d'abord
été executé par Armilla. Le Roi promet à
cette perfide fuivante des récompenfes dignes du
fervice qu'elle vient de rendre à fa Patrie.
Le Théatre repréfente l'Appartement de Dalila.
Dalila allarmée du long fommeil de Samfon ,
commence à craindre qu'il n'ait été que trop fincere
, & voyant le Roi fuivi d'une Troupe de
Soldats pour ſe ſaiſir de ſon Amant , elle l'éveille ;
Samfon voulant fe défendre tombe de foibleffe ;
il reproche à Dalila fa perfidie , & avoue qu'il
ne l'a que trop meritée. Phanor ordonne qu'on
lui aille crever les yeux. Dalila fe plonge un poignard
dans le fein. Nous fupprimons encore ici
une Scene comique qui a été trouvée déplacéedans
un fujet fi refpectable.
il
Le Théatre repréfente le Temple de Dagon
où le Roi & toute fa Cour font affemblés. Samfon
privé de la lumiere reconnoit fon crime ,
Lent un repentir fincere , & prie le Seigneur de lui´
rendre
H
804 MERCURE DE FRANCE
rendre fa premiere force afin qu'il puiffe employer
fes derniers momens à delivrer les Hebreux
de l'esclavage & à perdre fes ennemis en
periffant avec eux . Voici une partie de l'ardente
priere qu'il adreffe au Seigneur :
:
Rends leur premiere force à mes bras défarmés
;
Que ma mort foit utile aux Hebreux opprimés
Anime de mes mains les fecouffes rapides ,
Que je puiffe ébranler ces colomnes folides ,
Et que tes ennemis trouvent leurs monumens
Sous ces murs écroulés jufques aux fondemens .
Sanfon eft exaucé : il fecoue les colomnes , &
il est écrafé lui- même avec tous les Philiftins
fous les ruines du Temple de Dagon , ce qui fait
un fpectacle auffi terrible qu'admirable. Ce Temple
, pour le dire en paffant , eft un riche morceau
d'Architecture en rotonde , d'Ordre compofite
, à colomnes torfes de marbre , dont les
Chapiteaux , Bazes & autres ornemens font en
or. Sur le premier Ordre eft une Gallerie remplie
de plufieurs figures de coloris , repréfentant les
Peuples Philiftins. Les Arçades du bas qui conduifent
aux bas côtés font auffi remplies d'un grand
nombre de figures , ainfi que fur la Gallerie d'en
haut. Cette décoration produit un effet admirable
à la vue , fur tout la deftruction totale de ce
fuperbe Edifice . Elle a été compofée fur les deffeins
de M. Le Maire , & peinte par lui .
'Le fuccès étonnant de Samfon , n'a pas peu
contribué à rendre la critique plus fevere qu'elle
ne l'eft ordinairement pour le Théatre Italien .
La juftice qu'on a rendue à beauconp de beaux
Vers qui font répandus dans la Piéce n'a pas empêché
AVRIL. 1730. 805
pêché que les fpectateurs délicats n'ayent fed
mauvais gré à l'Auteur de s'être , pour ainfi dire,
laffé de bien faire dans plufieurs endroits. Tout
le monde a condamné la difparate du bas comique
, & fi la gentilleffe du jeu du St Thomaffin a
fait paffer ce deffaut dans la Repréfentation , la
lecture l'a fait fentir tout entier ; les caracteres
n'ont pas paru également foutenus. Achab , ar'on
dit , n'a prefque point de fentimens d'honneur
, il n'a en vûë que la mort de fon Rival , &
ne veut parvenir à fon but que par des chemins
indignes d'un Chef d'Armée . Phanor n'a rien de
Roi qu'un vain exterieur ; il fait parade de generofité
dans fes paroles ; mais fes actions démentent
fes maximes. Pour Samfon , on convient
qu'il eft tel que l'Ecriture le dépeint , c'eſt - à-dire,
aveuglé par un fol amour ; on peut même dire
que l'Auteur rectifie fon caractere autant que le
refpect qu'on doit avoir pour l'Histoire Sacrée
le peut permettre. Tout le monde a fait un mérite
au fieur Romagnefi d'avoir ennobli le caractere
de Dalila ; mais il ne l'a pu faire fans tomber
dans des inconveniens prefque inévitables . Dalila
a-t'on ajoûté , telle qu'elle eft vertueufe & fidelle
Amante , ne doit pas exiger de Samſon un ſecret
qui doit lui couter & l'honneur & la vie ; elle doit
fe contenter de l'offre qu'il lui fait d'épargner le
fang des Philiftins : en effet peut-elle exiger une
plus grande preuve de fon amour. Samfon ( pourfuivit-
on ) ne doit pas lui feveler fon fecret , furtout
, lui ayant déja voulu donner le change ; fes
premiers menfonges doivent rendre fufpecte à
Dalila la verité qu'il va lui dire ; fa juſte défiance
doit la porter à en faire l'épreuve , & cette épreuve
doit le livrer à la fureur des Philiftins , & entraîner
tous les Hebreux dans fa perte ; on dit à
la décharge de l'Auteur que fon caractere eſt en-
H iij core
306 MERCURE DE FRANCE
core plus defectueux dans l'Hiftoire , mais c'étoit
à l'Auteur à fubftituer le vrai- femblable Théatral
au vrai hiftorique ; on convient que cela éto it
très- embaraffant , mais du moins il n'étoit pas
bien difficile à l'Auteur de rendre fa Dalila vertueufe
jufqu'au bout , & de ne la point faire confentir
à la fatale épreuve ; Armilla auroit pû la
faire à l'infçu de fa Maîtreffe , & même contre fa
défenfe expreffe.
annoncé dans le dernier Mercure .
'Auteur eft très-modefte , quand il ne donne
cette Tragi- Comédie , que comme une fimple
Traduction ; la nouvelle forme fous laquelle il l'a
fait reparoître , mérite bien qu'il s'en dife l'Auteur
; le fieur Riccoboni , qui la mit au Théatre
én 1717. en avoue les deffauts dans fon Avis aux
Lecteurs : voici les termes dont il fe fert. La compofition
Théatrale que je vous prefente aujourd'hui
eft un de ces Monftres dont le Théatrefut
f prodigue en Italie pendant le dernier fiecle.
Cette Piece , telle qu'elle étoit alors , ne laiffa pas
d'avoir un grand fuccès. Le fieur Romagneſi en
a retranché ce qu'il y avoit de monſtrueux. La
Dalila d'autre fois étoit infoutenable au Théatre,
au lieu que celle d'aujourd'hui eft intereffante &
ne tombe dans le malheur que par foibleffe. On
n'a vu de long-temps de fuccès plus frappant que
celui-cy. On n'a pas laiffé cependant de trouver
des deffauts dans la Piéce ; nous ferons part au
Public de ce qui eft venu jufqu'à nous, à la fin de
cet Extrait.
Le Théatre repréfente im Bois, dans l'enfoncement
duquel on découvre le Temple de Dagon.
Dalila ouvre la Scene avec fa Suivante Armillā ; -
elle fait connoître qu'elle s'eft dérobée de la Cour
de Gaza, pour venir implorer le fecours de Dagon,
Idole des Philiftins; elle apprend à Armilla qu'elle
brûle d'un coupable amour pour un Hebreu qu'elle
ne trouva que trop aimable la premiere fois qu'il
parut à fes yeux parmi les Captifs qu'Achab avoit
faits dans fa derniere victoire. Samfon eft . cet
Hebreu dont elle parle ; elle ne laiffe pas de fe
promettre de triompher d'un amour condamné
par une Loi expreffe du Roi des Philiftins. Azael
reproche
AVRIL. 1730. 795
1
1
reproche à Samſon l'indigne repos dans lequel il
languit , au lieu de tourner contre les ennemis de
Dieu ces traits qu'il n'employe que contre des
animaux , dans les vains plaifirs de la Chaffe, Samfon
lui répond qu'il foufcrit aux decrets éternels
qui ont condamné les Hebreux à un pénible ef
clavage , en punition de leurs crimes ; voici comment
il s'exprime :
Du Dieu qui nous punit refpectons la puiffance ;
J'éprouve en l'adorant les traits de fa vengeance,
Et je ne porterois que coups criminels ,
Si je les oppofois aux decrets éternels.
des
L'Auteur ne pouvoit mieux excufer l'inaction
de Samfon . En effet il n'eft déterminé à faire
éclater la force prodigieufe dont le Ciel l'a
doué , que par ces mêmes decrets qu'il refpecte.
Il s'endort fous un Olivier.Pendant fon fommeil
il entend une voix qui chante les Vers fuivans :
La gloire en d'autres lieux t'appelle ,
Samfon , brife ton Arc , abandonne ces bois ;
Que fans tarder le Philiftin rebelle ,
De ton bras triomphant éprouve tout le poids
Que ton coeur à ce bruit de guerre ,
A ces Eclairs , à ce Tonnerre ,
Du Ciel reconnoiffe la voix ;
Et que cet Olivier paifible ,
Difparoiffe à l'afpect terrible ,
De ce Laurier , garant de tes exploits ..
Tout ce qui eft exprimé dans ces Vers arrive
796 MERCURE DE FFRRAANNCE
à mesure qu'on les chante ; les Eclairs brillent , le
Tonnerre gronde & l'Olivier eft changé en Laurier.
Samfon , rempli de l'Efprit de Dieu , jette
fon Carquois comme un indigne ornement ,
il fe prépare à venger les Hebreux , & à les tirer
d'eclavage. Il combat un Lion prêt à dévorer
Dalila , il l'étouffe . Dalila reconnoît l'objet
de fon amour dans celui qui vient de lui fauver
la vie. Samfon ne peut voir tant d'attraits fans
leur rendre les armes. Dalila oppoſe à cet amour
fon devoir & fa Religion ; elle lui fait connoître
qu'elle doit en ce même jour épouſer Achab ,
General des Philiftins ; Samfon fe roidit contre
tous ces obftacles ; Dalila le quitte après lui avoir
fait connoître qu'elle n'eft que trop fenfible à fon
amour. Nous fupprimons ici les Scenes comiques;
elles font trop de diverfion à l'interêt , & ce n'eft
que fur le Théatre Italien que de pareilles difparates
peuvent être excufées ; d'ailleurs la Piece n'a'
pas befoin d'un épiſode fi monftrueux.
Au fecond Acte , le Théatre repréfente le Palais
du Roi des Philiftins . Achab & Dalila com→
mencent cet Acte. Dalila avoue ingenument à
Achab , non-feulement qu'elle ne l'aime point ,'
mais qu'elle aime Samfon ; elle s'excufe par ces
Vers qu'on a trouvés des plus beaux de la Piéce :
Acab , de notre coeur les mouvemens rapides
Naiffent des paffions qui leur fervent de guides ;
Sur nos foibles efprits leur empire abſolu
Malgré tous nos efforts a toûjours prévalu ;
Pour l'un indifferents, pour l'autre pleins de flam
mes ,
Nous ne difpofons point du penchant de nos ames
Sous les traits de l'Amour , lorfque nous flechif-
Lons , Ce
AVRIL. 1730.
797
Ce Dieu nomme l'objet , & nous obéiffons.
On croit que ces Vers feroient encore plus
beaux dans le fiftême Payen. On a trouvé que l'amour
déifié ne convient pas à une Philiftine.
A l'approche de Samfon , Acab redouble fa colere
contre un Rival aimé ; Dalila le fait retirer
par ce Vers , dont on n'a pas bien compris le fens :
Suis mes pas ; vien fçavoir ce que le fort t'aprête.
Emanuel reproche à Samfon fon amour pour
Dalila ; Samfon le raffure par ce ferment :
Oui , je jure , Seigneur , par vos jours précieux
De brifer , de venger nos fers injurieux ,
Et fi je ne remplis toute votre efperance ,
Puiffe pour m'en punir la celefte vengeance -
Me livrer en opprobre aux Philiftins cruets ;
Que traîné par leurs mains au pied de leurs Autels
, ·
Je ferve de jouet à tout ce Peuple impie ,
Et que j'y meure enfin couvert d'ignominie.
Ce ferment n'eft pas tout-à- fait verifié à la fin
de la Piece. Samfon meurt comblé de gloire &
non d'ignominie,
Dans la Scene fuivante qui eft entre Phanor ,
Acab & Dalila , Samfon fe tient au fond du Théatre
fans être apperçû. Le Roi fait d'abord parade
d'un caractere de vertu , qu'il ne foûtient pas dans
la fuite ; il rend ce qu'il doit à la valeur de Samfon
, & dit qu'il l'admire fans la craindre. Samfon
indigné des menaces d'Acab s'approche ; il
défie fon Rival , & brave le Roi même. Le Roi
affectant une espece de juftice , confent que Dalila
798 MERCURE DE FRANCE
lila prononce entre fes deux Amans ; Dalila ne fe
déclare pour aucun des deux ; & n'écoutant que
le zele de la Religion , ôte toute efperance à Samfon
, & dit en fe retirant :
- Je n'épouferai point Samfon. à part , Cruel
devoir !
1
Sur un coeur vertueux connois tout ton pouvoir.
Samfon croyant que Dalila n'a fait jufqu'ici
que le jouer , s'abandonne à toute fa fureur.
Le Théatre repréſente au troifiéme Acte le
Camp des Philiftins . Acab , pour confoler le Roi
du carnage que Samfon feul vient de faire de fes
meilleures Troupes , lui apprend que le Grand-
Prêtre des Hebreux , intimidé par fes menaces
lui a promis de livrer Samfon entre ſes mains
Phanor n'en eft pas plus raffuré.
que
On amene Emanuel , pere de Samfon , priſonnier
; ce genereux Vieillard brave le Roi , & lui
dit fi l'amour de Samfon pour Dalila a long
tems fufpendu fa vengeance , la priſon de fon Pere
le va determiner à la faire éclater. Phanor ordonne
qu'on l'enferme dans une Tour qui paroit
au fond du Théatre.
On vient annoncer à Phanor que Samfon
s'eft laiffé furprendre , & qu'on le lui amene
chargé de fers ; le Roi fort , après avoir rendu
Acab Arbitre du fort de fon Rival . Samfon paroît
chargé de fers; il fait connoître pour quoi il
paroît en cet état par cet à parte.
Pour punir mes Tyrans ma haine a profité
D'un ftratagême heureux qu'eux -mêmes ont inventé
;
Traîtres , qui n'avez pû me vaincre à force oui
yerte ,
Votre
AVRIL. 1730. 799
Votre propre artifice avance votre perte ,
Puifqu'il m'approche enfin de ces lâches Soldats
de mourir déroboit à bras.
Que la peur mon
Acab ordonne à fes Soldats de donner la mort
à Samfon ; l'Hebreu lui dit que c'eft à lui-même
& à tous fes Soldats à trembler ; Acab le menace
d'époufer Dalila en fa préfence même ; ce dernier
outrage pouffe à bout la patience de Samfon ;
il brife fes chaînes , & trouvant par hazard une
mâchoire d'Afne à fes pieds , il les met tous en
fuite avec ce vil inftrument.
Les efforts que Samfon vient de faire lui caufent
une foif qui lui annonce une mort prochai
ne , il reconnoît alors que le bras du Seigneur
s'appefantit fur lui pour le punir de fon amour
pour une Philiftine . Voici comment s'expriment
Les juftes remords,
Mais quel aveuglement fuit ta préfomption
Tu n'as pû furmonter ta folle paffion ,
Et tu veux ignorer , lâche , quels font les crimes
Qui rendent aujourd'hui tes tourmens legitimes!
Souviens- toi que tu viens de combattre en ce lieu
Pour venger ton amour , & non pas pour ton
Dieu,
Malheureux ! tu croyois ne devoir qu'à toi -même
Le fuccès que tu tiens de la bonté fuprême ;
Appuyé de fon bras tu faifois tout trembler ; .
Mais fans lui le plus foible auroit pû t'accabler.
Les Vers fuivans ne font pas moins beaux.
Mon mal redouble ; helas ! mes fens s'évanouifil
tombe ,
Lent ;
Mcs
800 MERCURE DE FRANCE
font obfcurcis & mes genoux flechif
Mes yeux
fent ;
Je vois l'horrible Mort errer autour de moi ;
C'en eft fait ... Dieu puiffant , j'efpere encore en
toi.
Sur les maux de Samfon jette un regard propice
Ta clemence toujours balança ta juftice.
Indigne des honneurs que tu m'as préſentés
Que je partage ici tes immenfes bontés ;
Ah ! fi le repentir fait defcendre ta grace ,
Je ne fçaurois périr , & mon crime s'efface ;
Ce foudre , deftructeur de tant de Philiftins
Produira , fi tu veux , une fource en mes mains ;
C'est toi qui me l'offris contre ce Peuple impie
Il lui donna la mort ; qu'il me rende la vie ,
Semblable à ce Rocher dont Moïfe autrefois
Vit jaillir un torrent fur ton Peuple aux abois.
Ou t'exauce Samfon &c.
il met
II fort une fource d'eau de la mâchoire d'Afne;
..Samfon ayant étanché fa foif, force la Prifon de
fon Pere , & chargé d'une proye fi chere ,
encore fur fes épaules les portes de la Prifon , dont
le poids eft énorme.
Nous fupprimons la premiere Scene du quatriéme
Acte ( où le Théatre repréfente le Palais
du Roi des Philiftins ) à caufe du comique deplacé.
Dans la feconde , le Roi inftruit de la défaite
de fes Troupes n'a point d'autre confident que
Ja fuivante de Dalila , qui lui confeille d'employer
l'artifice , puifque la force ne fert de rien contre
Samfon ; elle lui dit qu'il faut que fa Maîtreffe
Alatte
AVRIL. 1730. 801.
flatte l'efpoir de ce terrible fleau de fes Sujets ,
pour l'engager à lui declarer d'où naît fa prodigieufe
valeur ; Samſòn , continuë -t'elle , a autrefois
brulé pour Tamnatée , il faut faire croire à
Dalila qu'il l'aime encore , afin que fon Amant
ne puiffe calmer fa défiance qu'en lui revelant ce
fatal fecret . Le Roi dont le caractere , comme on
l'a déja remarqué , eft tantôt vicieux , tantôt vertueux
, ne fe détermine qu'avec peine à recourir
à la tromperie qu'avec ce temperament.
Qu'elle perde Samfon ; mais dans cette entre
prife
Que l'amour du devoir , s'il fe peut , la conduiſed
Dalila vient ; le Roi la preffe d'employer pour
le falut de fa Patrie ces mêmes charmes qui ont
triomphé de Samfon. Voici comment il s'exprime.
La force dont Samfon nous accable aujour
d'hui
Confiſte en un ſecret qui n'eſt ſçû que de lui ;
Flattez le d'un hymen , pour percer ce myſtere
Il eft vaincu.
Dalila fe refufe à la perfidie que le Roi exige
d'elle. Acab effrayé vient annoncer au Roi que
tout eft perdu , & le prie de garantir la Tête du
péril qui la menace par une promte fuite. Phanor
ordonne à Dalila de voir Samfon & d'executer
ce qu'il vient de lui propofer pour le bien
de fes Sujets.
Armilla jette adroitement des foupçons jaloux
dans le coeur de Dalila au fujet de Tamnatée , &
lui perfuade qu'elle ne peut mieux s'affurer de la
fidelité de Samfon qu'en exigeant de lui qu'il lui
H dife
802 -MERCURE DE FRANCE
dife d'où peut naître fa force prodigieufe ; Dalila
qui voit alors les confequences d'un tel fecret lui
répond
Et s'il peut reveler ce fecret important
J'en dois aux Philiftins l'avis au même inftant.
Armilla lui fait entendre que rien ne l'oblige`
à donner cet avis , & qu'elle pourra ſe conferver
Samfon , affurée de fa fidelité par cette marque
de confiance .
Samfon arrive ; Armilla fe retire dans le deffein
d'écouter fans être apperçue .
La Scene entre Samfon & Dalila a paru fort
belle , quoique fufceptible de beaucoup de critique.
Samfon fans appercevoir Dalila dont il fe
croit trahi en faveur d'Acab , jure de perdre fon
Rival & le Roi même. Dalila rompant le filence
lui offre fon coeur à percer ; elle fe juftifie de l'infidelité
qu'il lui reproche , & l'ayant amené au
point qu'elle s'eft propofé , elle lui demande le
fatal fecret ; Samfon lui fait entendre qu'il ne
peut lui accorder ce qu'elle lui demande. Voici
les propres paroles :
Princeffe , épargnez-vous un inutile effort ;
Si ce fatal fecret n'entraînoit que ma mort ....
Mais , Madame , à lui feul ma gloire eft attachée
D'une honte éternelle elle feroit tachée ;
A tout autre péril je m'offre fans regret ;
Je vous accorde tout ; laiffez moi mon fecret.
Dalila fe retire , indignée du refus de Samfon,
& lui défend de la yoir jamais ; Samfon la fuit
fans fçavoir ce qu'il doit faire.
Armilla , dans la premiere Scene du cinquiéme
Acto
I
AVRIL. 1730. 803
Acte raconte au Roi tout ce qui s'eft paffé dans
l'Appartement de Dalila ; elle lui dit que s'étant
cachée de maniere à pouvoir tout voir & tour
entendre fans être apperçue , elle a vû Samſon ſe
jetter aux pieds de Dalila , que cette Princeffe
s'obftinant à vouloir apprendre fon fecret , il l'a
voit long- tems trompée par de fauffes confidences
, qu'enfin pour calmer fa colere , il lui avoit
avoué que fa force confiftoit dans fes cheveux ;
elle ajoûte qu'à peine Samfon avoit - il fait ce fatal,
aveu qu'il s'étoit plongé dans un profond fommeil
, qu'elle s'étoit approchée alors , & qu'elle
avoit dit à Dalila que fans doute Samſon la trompoit
& que fa Rivale fe vantoit hautement d'être
la feule dépofitaire de fon fecret , que Dalila pour
le convaincre de menfonge avoit confenti à faire
l'épreuve de fa fincerité ou de fa tromperie , en
lui faifant couper les cheveux , ce qui avoit d'abord
été executé par Armilla. Le Roi promet à
cette perfide fuivante des récompenfes dignes du
fervice qu'elle vient de rendre à fa Patrie.
Le Théatre repréfente l'Appartement de Dalila.
Dalila allarmée du long fommeil de Samfon ,
commence à craindre qu'il n'ait été que trop fincere
, & voyant le Roi fuivi d'une Troupe de
Soldats pour ſe ſaiſir de ſon Amant , elle l'éveille ;
Samfon voulant fe défendre tombe de foibleffe ;
il reproche à Dalila fa perfidie , & avoue qu'il
ne l'a que trop meritée. Phanor ordonne qu'on
lui aille crever les yeux. Dalila fe plonge un poignard
dans le fein. Nous fupprimons encore ici
une Scene comique qui a été trouvée déplacéedans
un fujet fi refpectable.
il
Le Théatre repréfente le Temple de Dagon
où le Roi & toute fa Cour font affemblés. Samfon
privé de la lumiere reconnoit fon crime ,
Lent un repentir fincere , & prie le Seigneur de lui´
rendre
H
804 MERCURE DE FRANCE
rendre fa premiere force afin qu'il puiffe employer
fes derniers momens à delivrer les Hebreux
de l'esclavage & à perdre fes ennemis en
periffant avec eux . Voici une partie de l'ardente
priere qu'il adreffe au Seigneur :
:
Rends leur premiere force à mes bras défarmés
;
Que ma mort foit utile aux Hebreux opprimés
Anime de mes mains les fecouffes rapides ,
Que je puiffe ébranler ces colomnes folides ,
Et que tes ennemis trouvent leurs monumens
Sous ces murs écroulés jufques aux fondemens .
Sanfon eft exaucé : il fecoue les colomnes , &
il est écrafé lui- même avec tous les Philiftins
fous les ruines du Temple de Dagon , ce qui fait
un fpectacle auffi terrible qu'admirable. Ce Temple
, pour le dire en paffant , eft un riche morceau
d'Architecture en rotonde , d'Ordre compofite
, à colomnes torfes de marbre , dont les
Chapiteaux , Bazes & autres ornemens font en
or. Sur le premier Ordre eft une Gallerie remplie
de plufieurs figures de coloris , repréfentant les
Peuples Philiftins. Les Arçades du bas qui conduifent
aux bas côtés font auffi remplies d'un grand
nombre de figures , ainfi que fur la Gallerie d'en
haut. Cette décoration produit un effet admirable
à la vue , fur tout la deftruction totale de ce
fuperbe Edifice . Elle a été compofée fur les deffeins
de M. Le Maire , & peinte par lui .
'Le fuccès étonnant de Samfon , n'a pas peu
contribué à rendre la critique plus fevere qu'elle
ne l'eft ordinairement pour le Théatre Italien .
La juftice qu'on a rendue à beauconp de beaux
Vers qui font répandus dans la Piéce n'a pas empêché
AVRIL. 1730. 805
pêché que les fpectateurs délicats n'ayent fed
mauvais gré à l'Auteur de s'être , pour ainfi dire,
laffé de bien faire dans plufieurs endroits. Tout
le monde a condamné la difparate du bas comique
, & fi la gentilleffe du jeu du St Thomaffin a
fait paffer ce deffaut dans la Repréfentation , la
lecture l'a fait fentir tout entier ; les caracteres
n'ont pas paru également foutenus. Achab , ar'on
dit , n'a prefque point de fentimens d'honneur
, il n'a en vûë que la mort de fon Rival , &
ne veut parvenir à fon but que par des chemins
indignes d'un Chef d'Armée . Phanor n'a rien de
Roi qu'un vain exterieur ; il fait parade de generofité
dans fes paroles ; mais fes actions démentent
fes maximes. Pour Samfon , on convient
qu'il eft tel que l'Ecriture le dépeint , c'eſt - à-dire,
aveuglé par un fol amour ; on peut même dire
que l'Auteur rectifie fon caractere autant que le
refpect qu'on doit avoir pour l'Histoire Sacrée
le peut permettre. Tout le monde a fait un mérite
au fieur Romagnefi d'avoir ennobli le caractere
de Dalila ; mais il ne l'a pu faire fans tomber
dans des inconveniens prefque inévitables . Dalila
a-t'on ajoûté , telle qu'elle eft vertueufe & fidelle
Amante , ne doit pas exiger de Samſon un ſecret
qui doit lui couter & l'honneur & la vie ; elle doit
fe contenter de l'offre qu'il lui fait d'épargner le
fang des Philiftins : en effet peut-elle exiger une
plus grande preuve de fon amour. Samfon ( pourfuivit-
on ) ne doit pas lui feveler fon fecret , furtout
, lui ayant déja voulu donner le change ; fes
premiers menfonges doivent rendre fufpecte à
Dalila la verité qu'il va lui dire ; fa juſte défiance
doit la porter à en faire l'épreuve , & cette épreuve
doit le livrer à la fureur des Philiftins , & entraîner
tous les Hebreux dans fa perte ; on dit à
la décharge de l'Auteur que fon caractere eſt en-
H iij core
306 MERCURE DE FRANCE
core plus defectueux dans l'Hiftoire , mais c'étoit
à l'Auteur à fubftituer le vrai- femblable Théatral
au vrai hiftorique ; on convient que cela éto it
très- embaraffant , mais du moins il n'étoit pas
bien difficile à l'Auteur de rendre fa Dalila vertueufe
jufqu'au bout , & de ne la point faire confentir
à la fatale épreuve ; Armilla auroit pû la
faire à l'infçu de fa Maîtreffe , & même contre fa
défenfe expreffe.
Fermer
Résumé : EXTRAIT du nouveau Samson, annoncé dans le dernier Mercure.
Le texte présente la tragédie 'Dalila', initialement jouée en 1717 et révisée par le sieur Riccoboni. La pièce, malgré ses défauts, a connu un grand succès. Elle raconte l'histoire de Dalila, une Philistine amoureuse de Samson, un Hébreu. Dalila doit épouser Achab, le général des Philistins, mais elle est déchirée entre son devoir et son amour pour Samson. Ce dernier, initialement passif, est poussé à l'action par une vision divine et combat les Philistins. Dalila finit par trahir Samson en révélant son secret de force. Samson meurt en héros après une série de combats et de révélations. Une scène spécifique de la pièce 'Samson', jouée en avril 1730, est également décrite. Dans la première scène du cinquième acte, Armilla informe le roi de ce qu'elle a observé dans l'appartement de Dalila. Elle révèle que Samson a avoué à Dalila que sa force résidait dans ses cheveux. Dalila, aidée par Armilla, fait couper les cheveux de Samson pendant qu'il dort, le privant ainsi de sa force. Le roi récompense Armilla pour sa trahison. Dans la scène suivante, Dalila découvre que les soldats du roi sont venus arrêter Samson. Samson, réveillé, reproche à Dalila sa perfidie avant d'être aveuglé. Dalila se suicide. Dans le temple de Dagon, Samson prie pour retrouver sa force afin de délivrer les Hébreux. Sa prière est exaucée, et il détruit le temple en se sacrifiant, tuant ainsi les Philistins. La critique de la pièce souligne des incohérences dans les personnages et l'inclusion de scènes comiques inappropriées. Les spectateurs ont apprécié certains vers mais ont critiqué la disparité des styles et la faiblesse de certains caractères. Dalila est jugée vertueuse, mais son insistance à connaître le secret de Samson est critiquée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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693
p. 806-807
« Le 17. l'Académie Royale de Musique fit l'ouverte de son Théatre par l'Opera de Telemaque [...] »
Début :
Le 17. l'Académie Royale de Musique fit l'ouverte de son Théatre par l'Opera de Telemaque [...]
Mots clefs :
Théâtre, Comédie, Comédiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 17. l'Académie Royale de Musique fit l'ouverte de son Théatre par l'Opera de Telemaque [...] »
Le 17. l'Académie Royale de Mufique fit l'ou
verture de fon Théatre par l'Opera de Telemaque.
On prépare celui d'Alcione pour être donné
le mois prochain.
Le 17. de ce mois , les Comédiens François firent
l'ouverture de leur Théatre qui étoit fermé
depuis le 24. Mars , à caufe de la folemnité
des Fêtes de Pafques , ainfi que les autres , par la
Tragédie de Poliente. Le Sr Duval complimenta
le Public , felon la coutume , & fut fort applaudi.
Le Sr Dangeville , frere de la jeune Dile Dangeville
, joua le principal Rôle dans cette Piéce
ainfi que dans la petite Comédie du François à
Londres , qu'on joua enfuite , & il fut fort applaudi
dans l'un & dans l'autre Rôle.
Le lendemain , ils remirent au Théatre la Comédie
du Muet , de feu M. l'Abbé Brueys , qui
fit beaucoup de plaifir. Les Srs de la Torilliere &
Quinaut & les Diles Quinaut , Labat & Dufresne
y jouent les principaux Rôles.
Le 24. ils remirent au Théatre la Comédie des
Trois Coufines avec fes Intermedes , que le Public
revoit avec beaucoup de plaifir , & qu'on ne fe
laffe pas de voir. Elle eft repréfentée auffi legerement
& auffi vivement qu'il fe puiffe.
Les mêmes Comédiens ont reçû une Comédie
nouAVRIL.
807 1730.
nouvelle en Vers & en trois Actes , avec un Pro
logue qu'on donnera Samedi 29. de ce mois.
Elle a pour titre Le Divorce , ou les Maris mécontens.
Ils en ont reçu une autre en Profe , en
un Acte , fous le titre de La Tragédie en Profe ,
lûë aux Comédiens on la jouëra au commencement
du mois prochain."
Le 17. Avril , les Comédiens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre par le nouveau Sam→
fon. La Dile Thomaffin fit le compliment qu'on
fait ordinairement à l'ouverture du Théatre , lequel
fut fort bien reçû du Public.
Le 24. les mêmes Comédiens donnerent la premiere
Repréfentation d'une Piéce nouvelle en
Vers & en trois Actes , avec un Divertiffemént
terminé par un Vaudeville , dont le titre eft Democrite
prétendu fou , de la compofition de M.
Autreau ; elle a été très - bien reçue du Public
on en parlera plus au long.
›
;
Le 25. la De Nardi Duperier Italienne
nouvelle Comédienne , joia pour la premiere
fois fur le même Théatre le Rôle de Colombine
dans la Comédie des Deux Arlequins , Piéce de
l'Ancien Théatre Italien , & dans la petite Comédie
du Fleuve d'oubli . Elle a été applaudie du
Public.
L'Opera Italien de Parthenope fut repréſenté
le 18. du mois dernier fur le Théatre du Marché
au foin à Londres , & honoré de la préfence du
Roi & de la Reine d'Angleterre , qui en parurent
fort fatisfaits.
verture de fon Théatre par l'Opera de Telemaque.
On prépare celui d'Alcione pour être donné
le mois prochain.
Le 17. de ce mois , les Comédiens François firent
l'ouverture de leur Théatre qui étoit fermé
depuis le 24. Mars , à caufe de la folemnité
des Fêtes de Pafques , ainfi que les autres , par la
Tragédie de Poliente. Le Sr Duval complimenta
le Public , felon la coutume , & fut fort applaudi.
Le Sr Dangeville , frere de la jeune Dile Dangeville
, joua le principal Rôle dans cette Piéce
ainfi que dans la petite Comédie du François à
Londres , qu'on joua enfuite , & il fut fort applaudi
dans l'un & dans l'autre Rôle.
Le lendemain , ils remirent au Théatre la Comédie
du Muet , de feu M. l'Abbé Brueys , qui
fit beaucoup de plaifir. Les Srs de la Torilliere &
Quinaut & les Diles Quinaut , Labat & Dufresne
y jouent les principaux Rôles.
Le 24. ils remirent au Théatre la Comédie des
Trois Coufines avec fes Intermedes , que le Public
revoit avec beaucoup de plaifir , & qu'on ne fe
laffe pas de voir. Elle eft repréfentée auffi legerement
& auffi vivement qu'il fe puiffe.
Les mêmes Comédiens ont reçû une Comédie
nouAVRIL.
807 1730.
nouvelle en Vers & en trois Actes , avec un Pro
logue qu'on donnera Samedi 29. de ce mois.
Elle a pour titre Le Divorce , ou les Maris mécontens.
Ils en ont reçu une autre en Profe , en
un Acte , fous le titre de La Tragédie en Profe ,
lûë aux Comédiens on la jouëra au commencement
du mois prochain."
Le 17. Avril , les Comédiens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre par le nouveau Sam→
fon. La Dile Thomaffin fit le compliment qu'on
fait ordinairement à l'ouverture du Théatre , lequel
fut fort bien reçû du Public.
Le 24. les mêmes Comédiens donnerent la premiere
Repréfentation d'une Piéce nouvelle en
Vers & en trois Actes , avec un Divertiffemént
terminé par un Vaudeville , dont le titre eft Democrite
prétendu fou , de la compofition de M.
Autreau ; elle a été très - bien reçue du Public
on en parlera plus au long.
›
;
Le 25. la De Nardi Duperier Italienne
nouvelle Comédienne , joia pour la premiere
fois fur le même Théatre le Rôle de Colombine
dans la Comédie des Deux Arlequins , Piéce de
l'Ancien Théatre Italien , & dans la petite Comédie
du Fleuve d'oubli . Elle a été applaudie du
Public.
L'Opera Italien de Parthenope fut repréſenté
le 18. du mois dernier fur le Théatre du Marché
au foin à Londres , & honoré de la préfence du
Roi & de la Reine d'Angleterre , qui en parurent
fort fatisfaits.
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Résumé : « Le 17. l'Académie Royale de Musique fit l'ouverte de son Théatre par l'Opera de Telemaque [...] »
En avril 1730, plusieurs événements marquants ont eu lieu dans le monde du théâtre et de la musique. Le 17 avril, l'Académie Royale de Musique a inauguré sa saison avec l'opéra 'Télémaque', et l'opéra 'Alcione' est prévu pour le mois suivant. Les Comédiens Français ont rouvert leur théâtre le 17 avril avec la tragédie 'Polyeucte', après une fermeture due aux fêtes de Pâques. Le sieur Duval a complimenté le public, et le sieur Dangeville a joué le rôle principal, recevant des applaudissements. Le lendemain, ils ont joué 'Le Muet' de l'abbé Brueys. Le 24 avril, ils ont représenté 'Les Trois Cousines' et ont annoncé deux nouvelles pièces : 'Le Divorce, ou les Maris mécontents' et 'La Tragédie en prose'. Les Comédiens Italiens ont ouvert leur saison le 17 avril avec 'Le Nouveau Samson'. Le 24 avril, ils ont présenté 'Démocrite prétendu fou' de M. Autreau, bien accueilli par le public. Le 25 avril, la demoiselle Duperier a joué pour la première fois le rôle de Colombine dans 'Les Deux Arlequins'. Par ailleurs, l'opéra italien 'Parthenope' a été représenté à Londres le 18 mars précédent, en présence du roi et de la reine d'Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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694
p. 861-868
LA POESIE, ODE A M. de la Faye, de l'Académie Françoise. Par M. Richer.
Début :
Quel Profane sur le Parnasse, [...]
Mots clefs :
Coeur, Dieu, Génie, Muses, Vers, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA POESIE, ODE A M. de la Faye, de l'Académie Françoise. Par M. Richer.
LA POESIE ,
ODE
A M. de la Faye , de l'Académie Fran
goife. Par M. Richer .
Quel
Jel Profane fur le Parnaffe ,
Ferme l'oreille à tes accens ;
Dieu des Vers , confonds fon audace ,
Fail
862 MERCURE DE FRANCE
Fais briller tes charmes puiffants.
C'eſt envain que dans fon délire ,
Mufes , il ofe contredire ,
Les fuffrages de l'Univers :
Paroiffez , Filles de Memoire ,
Chantez vous- même votre gloire ,
Infpirez -moi vos plus beaux Airs.
Sorti des mains de Promethée ,
L'homme errant , féroce & fans Loi ,
Sur la Terre à peine habitée ,
Répandoit le trouble & l'effroi.
Cette lumiere vive & pure ,
Don précieux de la Nature ,
Ne lui deffilloit point les yeux :
Livrez aux paffions perfides ,
Les coeurs féduits n'avoient pour guides ,
Que ces Tyrans imperieux.
Age malheureux ! où la Terre ,
Etoit un Théatre d'horreurs.
La Difcorde y foufloit la Guerre ;
En tous lieux regnoient fes fureurs.
Hideux alors & fans culture , -
Les Champs n'offroient pour nourriture
Que du Gland & des fruits amers :
Vous ignoriez les Arts utiles ,
Mortels , vous n'aviez
pour
aziles ,
Que les Rochers & les Deſerts.
Mais
MAY . 863
1730.
Mais , quel Dieu ? Quel puiffant génie ,
Vient enfin de changer les coeurs ?
C'eſt toi , raviffante Harmonie !
Qui fur eux répans tes douceurs.
Illuftre fils de Calliope ,
De l'erreur qui les enveloppe ,
Tu peux feul diffiper la nuit ;
De tes Preceptes efficaces ,
Dictez par la bouche des Graces ,
Je les voi recueillir le fruit.
A ta voix féconde en miracles ,
Quittant leurs Antres efcarpez ,
Du fon de tes facrez Oracles ,
Ces coeurs farouches font frappez ;
Ils en admirent la fageffe ,
Les moeurs dépouillent leur rudeffe :
Tu fais triompher l'équité :
Soumis à des Loix refpectables ,
Ils goutent de ces noeuds aimables ,
L'agrément & l'utilité.
Ainfi la Fable nous figure
Les Rochers émus de tes fons ,
Et jufqu'en fa Caverne obfcure ,
L'Ours attendri par tes Chanſons ::
Ainfi d'un Chantre de la Grece ,
" Jadis la Lyre enchantereffe ,
Eleva
864 MERCURE DE FRANCE
Eleva les murs des Thébains :
Vives , mais trop foibles images ,
Pour nous peindre les avantages ,
D'un Art , le Maître des Humains !
Cet Art , aux plus fages maximes ,
Joint des accens mélodieux .
Ses accords font touchants , fublimes :
C'eft ainfi que parlent les Dieux.
Par fa Peinture noble & vive ,
Il frappe , il rend l'ame attentive ,
Plein de force & d'aménité ;
Et fouvent fes doctes Myfteres,
Sous des fictions falutaires ,
Voilent l'auftere verité.
Dans une Scene intereſſante ,
Retraçant d'illuftres malheurs ,
Voi Melpomene gémiffante ,
De nos yeux
Sur l'ame vivement
atteinte ,
La compaffion
& la crainte ,
Font d'utiles impreffions
;
Et l'affreuſe
image du crime ,
Dont le coupable
eft la victime
Du coeur banuit les paffions.
arracher des pleurs.
Des jeux Innocens de Thalie ;
Le
MAY. 865 1730 .
Le riant fpectacle étalé ,
De l'homme montre la folie ,
Aux ris le vice eft immolé.
La fureur du jeu , l'imprudence ,
Le faux fçavoir & l'arrogance ,
Y font percez de mille traits.
De ces Dramatiques merveilles ,
Les fons qui charment nos oreilles ,
Nous y font trouver plus d'attraits.
Mais animé du même zele ,
Par qui le vice eft combattu ,
D'un trait de fon Crayon fidele ,
Ce grand Art nous peint la vertu.
Pindare dans fes fons Lyriques ,
Chante les Vainqueurs Olympiques ;
Homere chante les Guerriers ,
Sans cette vivante peinture ,
Le temps , dont ils bravent l'injure ,
N'eût pas refpecté leurs Lauriers.
Oui , Mufes , votre Art eft utile ,
Aux fameux Guerriers , aux grands Rois,
Sans vous d'Agamemnon , d'Achille ,
L'oubli voileroit les exploits.
Des Héros que l'Hiftoire vante ,
La vertu paroît plus brillante ,
Lorfque vous celebrez leur nom
..lexandre , avide de gloire ,
866 MERCURE DE FRANCE
Se plaignoit après la victoire ,
Qu'Homere eût paffé l'Acheron,
Dans une agréable retraite ,
Ou les Nymphes font leur féjour ,
Le beau Thyrfis , fur ſa Mufette ,
Chante le pouvoir de l'Amour.
Un autre à l'ombre de la Treille ,
Epris de la Liqueur vermeille ,
D'un Dieu vante les dons chéris :
Venus & le fils de Séméle ,
Ornent d'une grace nouvelle ,
Les Chanfons de leurs Favoris.
Mais ce langage du Permeffe ,
'Au gré d'un fubtil Novateur ,
N'eſt qu'une ridicule yvrefſe ,
Dont le caprice eft inventeur.
Séduits par un ufage étrange ,
Pourquoi prodiguer la loüange ,
A de pareils amuſemens ?
Penible abus de la parole ,
A qui notre folie immole ,
La Nature & fes fentimens !
Muſes , l'honneur de ce Rivage ,
Qu'infenfible à vos doux accords ,
Pour décrier votre langage ,
L'Ingrat
ΤΟ
867 .. MAY. 1730.
L'Ingrat faffe de vains efforts :
Pour dégrader les doctes veilles
Du fameux Rival des Corneilles ,
Qu'il décompofe fes écrits :
Racine , un fol efpoir le flatte ;
Et des beaux Vers de Mithridate ,
Tu nous vois encor plus épris.
De la meſure & de la Rime ,
Qu'il brave l'importune loi :
Tu leur conferves notre eftime ;
Ce bel Art triomphe chez toi.
Les mots foumis à la meſure ,
N'y font qu'embellir la Nature ,
Malgré leur étroite priſon ;
Et par l'effort de ton génie ,
La cadence au droit ſens unie
Charme l'oreille & la raiſon,
Non , ce travail n'eſt point ſterile ;
Fruit d'un laborieux loifir ;
Moins le fuccès en eſt facile ,
Plus il nous caufe de plaifir.
De tout temps l'Univers l'admire :
Si les fons qu'enfante la Lyre ,
Charment aujourd'hui les Mortels ,
Le Monde encor dans fon enfance ,
Sans
868 MERCURE DE FRANCE
Sans fçavoir , fans expérience ,
Aux Mufes dreffa des Autels.
En vain par une audace extrême ,
L *** infultant aux neuf Soeurs ,
Sur le fommet du Pinde même ,
Ofe méprifer leurs faveurs.
Pour le confondre Polymnie,
Echauffant ton heureux génie ,
Fait entendre de nouveaux Airs ,
La Faye , & ta Lyre fidelle ,
Nous donne une preuve immortelle ,
De la puiffance des beaux Vers.
ODE
A M. de la Faye , de l'Académie Fran
goife. Par M. Richer .
Quel
Jel Profane fur le Parnaffe ,
Ferme l'oreille à tes accens ;
Dieu des Vers , confonds fon audace ,
Fail
862 MERCURE DE FRANCE
Fais briller tes charmes puiffants.
C'eſt envain que dans fon délire ,
Mufes , il ofe contredire ,
Les fuffrages de l'Univers :
Paroiffez , Filles de Memoire ,
Chantez vous- même votre gloire ,
Infpirez -moi vos plus beaux Airs.
Sorti des mains de Promethée ,
L'homme errant , féroce & fans Loi ,
Sur la Terre à peine habitée ,
Répandoit le trouble & l'effroi.
Cette lumiere vive & pure ,
Don précieux de la Nature ,
Ne lui deffilloit point les yeux :
Livrez aux paffions perfides ,
Les coeurs féduits n'avoient pour guides ,
Que ces Tyrans imperieux.
Age malheureux ! où la Terre ,
Etoit un Théatre d'horreurs.
La Difcorde y foufloit la Guerre ;
En tous lieux regnoient fes fureurs.
Hideux alors & fans culture , -
Les Champs n'offroient pour nourriture
Que du Gland & des fruits amers :
Vous ignoriez les Arts utiles ,
Mortels , vous n'aviez
pour
aziles ,
Que les Rochers & les Deſerts.
Mais
MAY . 863
1730.
Mais , quel Dieu ? Quel puiffant génie ,
Vient enfin de changer les coeurs ?
C'eſt toi , raviffante Harmonie !
Qui fur eux répans tes douceurs.
Illuftre fils de Calliope ,
De l'erreur qui les enveloppe ,
Tu peux feul diffiper la nuit ;
De tes Preceptes efficaces ,
Dictez par la bouche des Graces ,
Je les voi recueillir le fruit.
A ta voix féconde en miracles ,
Quittant leurs Antres efcarpez ,
Du fon de tes facrez Oracles ,
Ces coeurs farouches font frappez ;
Ils en admirent la fageffe ,
Les moeurs dépouillent leur rudeffe :
Tu fais triompher l'équité :
Soumis à des Loix refpectables ,
Ils goutent de ces noeuds aimables ,
L'agrément & l'utilité.
Ainfi la Fable nous figure
Les Rochers émus de tes fons ,
Et jufqu'en fa Caverne obfcure ,
L'Ours attendri par tes Chanſons ::
Ainfi d'un Chantre de la Grece ,
" Jadis la Lyre enchantereffe ,
Eleva
864 MERCURE DE FRANCE
Eleva les murs des Thébains :
Vives , mais trop foibles images ,
Pour nous peindre les avantages ,
D'un Art , le Maître des Humains !
Cet Art , aux plus fages maximes ,
Joint des accens mélodieux .
Ses accords font touchants , fublimes :
C'eft ainfi que parlent les Dieux.
Par fa Peinture noble & vive ,
Il frappe , il rend l'ame attentive ,
Plein de force & d'aménité ;
Et fouvent fes doctes Myfteres,
Sous des fictions falutaires ,
Voilent l'auftere verité.
Dans une Scene intereſſante ,
Retraçant d'illuftres malheurs ,
Voi Melpomene gémiffante ,
De nos yeux
Sur l'ame vivement
atteinte ,
La compaffion
& la crainte ,
Font d'utiles impreffions
;
Et l'affreuſe
image du crime ,
Dont le coupable
eft la victime
Du coeur banuit les paffions.
arracher des pleurs.
Des jeux Innocens de Thalie ;
Le
MAY. 865 1730 .
Le riant fpectacle étalé ,
De l'homme montre la folie ,
Aux ris le vice eft immolé.
La fureur du jeu , l'imprudence ,
Le faux fçavoir & l'arrogance ,
Y font percez de mille traits.
De ces Dramatiques merveilles ,
Les fons qui charment nos oreilles ,
Nous y font trouver plus d'attraits.
Mais animé du même zele ,
Par qui le vice eft combattu ,
D'un trait de fon Crayon fidele ,
Ce grand Art nous peint la vertu.
Pindare dans fes fons Lyriques ,
Chante les Vainqueurs Olympiques ;
Homere chante les Guerriers ,
Sans cette vivante peinture ,
Le temps , dont ils bravent l'injure ,
N'eût pas refpecté leurs Lauriers.
Oui , Mufes , votre Art eft utile ,
Aux fameux Guerriers , aux grands Rois,
Sans vous d'Agamemnon , d'Achille ,
L'oubli voileroit les exploits.
Des Héros que l'Hiftoire vante ,
La vertu paroît plus brillante ,
Lorfque vous celebrez leur nom
..lexandre , avide de gloire ,
866 MERCURE DE FRANCE
Se plaignoit après la victoire ,
Qu'Homere eût paffé l'Acheron,
Dans une agréable retraite ,
Ou les Nymphes font leur féjour ,
Le beau Thyrfis , fur ſa Mufette ,
Chante le pouvoir de l'Amour.
Un autre à l'ombre de la Treille ,
Epris de la Liqueur vermeille ,
D'un Dieu vante les dons chéris :
Venus & le fils de Séméle ,
Ornent d'une grace nouvelle ,
Les Chanfons de leurs Favoris.
Mais ce langage du Permeffe ,
'Au gré d'un fubtil Novateur ,
N'eſt qu'une ridicule yvrefſe ,
Dont le caprice eft inventeur.
Séduits par un ufage étrange ,
Pourquoi prodiguer la loüange ,
A de pareils amuſemens ?
Penible abus de la parole ,
A qui notre folie immole ,
La Nature & fes fentimens !
Muſes , l'honneur de ce Rivage ,
Qu'infenfible à vos doux accords ,
Pour décrier votre langage ,
L'Ingrat
ΤΟ
867 .. MAY. 1730.
L'Ingrat faffe de vains efforts :
Pour dégrader les doctes veilles
Du fameux Rival des Corneilles ,
Qu'il décompofe fes écrits :
Racine , un fol efpoir le flatte ;
Et des beaux Vers de Mithridate ,
Tu nous vois encor plus épris.
De la meſure & de la Rime ,
Qu'il brave l'importune loi :
Tu leur conferves notre eftime ;
Ce bel Art triomphe chez toi.
Les mots foumis à la meſure ,
N'y font qu'embellir la Nature ,
Malgré leur étroite priſon ;
Et par l'effort de ton génie ,
La cadence au droit ſens unie
Charme l'oreille & la raiſon,
Non , ce travail n'eſt point ſterile ;
Fruit d'un laborieux loifir ;
Moins le fuccès en eſt facile ,
Plus il nous caufe de plaifir.
De tout temps l'Univers l'admire :
Si les fons qu'enfante la Lyre ,
Charment aujourd'hui les Mortels ,
Le Monde encor dans fon enfance ,
Sans
868 MERCURE DE FRANCE
Sans fçavoir , fans expérience ,
Aux Mufes dreffa des Autels.
En vain par une audace extrême ,
L *** infultant aux neuf Soeurs ,
Sur le fommet du Pinde même ,
Ofe méprifer leurs faveurs.
Pour le confondre Polymnie,
Echauffant ton heureux génie ,
Fait entendre de nouveaux Airs ,
La Faye , & ta Lyre fidelle ,
Nous donne une preuve immortelle ,
De la puiffance des beaux Vers.
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Résumé : LA POESIE, ODE A M. de la Faye, de l'Académie Françoise. Par M. Richer.
Le texte est une ode dédiée à M. de la Faye, membre de l'Académie Française, écrite par M. Richer. L'auteur commence par inviter les Muses à chanter leur propre gloire et à inspirer ses vers. Il décrit l'état primitif de l'humanité, marqué par la violence et l'absence de lois, avant l'avènement de l'harmonie et de la poésie. La poésie, personnifiée par les Muses, est présentée comme une force capable de civiliser les hommes, de les rendre plus justes et de les guider vers des mœurs plus douces. L'ode met en avant les vertus de la poésie, qui non seulement divertit mais éduque également en illustrant les conséquences des vices et en célébrant la vertu. Les grands poètes comme Pindare et Homère sont cités pour leur capacité à immortaliser les exploits des héros. L'auteur critique ceux qui méprisent la poésie et loue Racine pour son art. Il conclut en affirmant que la poésie, malgré ses contraintes, charme l'oreille et la raison, et qu'elle a toujours été admirée par l'humanité depuis ses origines. L'ode se termine par une louange à M. de la Faye et à sa lyre fidèle, preuve de la puissance des beaux vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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695
p. 908-916
REMARQUES CRITIQUES de M. R... sur l'Essay de comparaison entre la Déclamation & la Poësie Dramatique, par M. Levesque, imprimé chez la Veuve Pissot, & J.F. Tabrie, Quay de Conty, 1729
Début :
Un bel esprit du dernier siecle ne sçavoit » qui sont les plus redeva»bles, [...]
Mots clefs :
Acteur, Poésie, Auteurs, Poète, Esprit, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES CRITIQUES de M. R... sur l'Essay de comparaison entre la Déclamation & la Poësie Dramatique, par M. Levesque, imprimé chez la Veuve Pissot, & J.F. Tabrie, Quay de Conty, 1729
REMARQUES CRITIQUES
de M. R... fur l'Effay de comparaison
entre la Déclamation & la Poëfie Dramatique
, par M. Levefque , imprimé
chez la Veuve Piffot , & J. F.Tabarie ,
Quay de Conty , 1729-
UN
N bel efprit du dernier fiecle ne
fçavoit » qui font les plus redevaqui
lesplusredene
» bles , ou ceux qui ont écrit l'Hiftoire
» à ceux qui leur ont fourni une fi noble
» matiere , ou ces Grands- Hommes
» leurs Hiſtoriens . Il eſt aifé de diffiper le
doute
MAY. 1730. 909
doute de la Bruyere. S'il n'y avoit point
de Heros , il n'y auroit point d'Hiftoriens;
le Heros , au contraire exifte & agit fans
l'Hiftorien : on peut fur ce principe déterminer
lequel des deux eft le plus redevable.
En réduifant à une propofition auffi
fimple la nouvelle comparaifon , on en
pourra donner une folution auſſi
prompte
& auffi facile ; le Comedien ne peut exifter
fans le Poëte : le Poëte , au contraire ,
fubfifte par lui-même , fans qu'il ait be
foin du fecours du Déclamateur.
Quelques Remarques détruiront toutes
les parties du Trophée que M. Levefque
à voulu ériger aux Héros de Théatre.
Si cet Auteur en étoit crû , Médée
& tous fes enchantemens , furent moins
puiffans à Colchos que ne l'ont été fur le
Théatre François la Dlle Balicourt , & fon
Art. » Cette Actrice a rajeuni , elle a ref-
»fufcité une Tragédie ufée , vieillie dans
» l'obfcurité ; elle donne encore la vie à
» une autre Piece , par le grand éclat qu'el
» le a répandu fúr la premiere.
*
Un Auteur qui parle fur ce ton , peut,
à fon gré , faire d'un Nain un Atlas.
D'abord M. Levefque avoit feulement
entrepris de prouver que l'Art des Acteurs
eft à peu près auffi beau , auffi grand
que celui du Poëte ; cet à peu près refferroit
10 MERCURE DE FRANCE
roit fon Systême dans des bornes qui auroient
pû prévenir toute conteſtation ; il
franchit bien- tôt ces bornes judicieuſes :
dans toute la fuite du difcours , on ne
trouve que des expreffions décifives ; la
Déclamation & la Poëfie marchent du
même pas , pas , rien ne les diftingue ; » L'une
» contribue autant que l'autre aux plaifirs
» & à la perfection du Théatre ; quelque-
»fois même la fuperiorité eft toute entiere
» du côté de la Déclamation. Les Vers de
Racine fi beaux & fi touchans , ne frap-
>> pent, dit- on , & n'enlevent que l'efprits
»le coeur indifferent & immobile , attend
fe remuer , que le fieur Dufrefne
viennent l'émouvoir par fa brillante
» Déclamation .
» pour
Quelle gloire , quel fujet de vanité pour
la Déclamation , de balancer la victoire
entr'elle & une Poëfie dictée par les Graces !
Quel triomphe imprévû pour le fieur
Dufrefne , de fe voir placé vis-à-vis d'un
Poëte auffi applaudi , auffi aimé & auffi
cheri ! Que penfer de ce chimerique parallele
?
Je ne ferai point remarquer par quelles
contradictions l'Auteur le détruit luimême
; mais on verra du premier coup
d'oeil Péchange qu'il fait des talens du
Poëte pour les tranfporter à l'Acteur ; il
attribue à la déclamation le principe
d'une
MAY. 1730. 917
d'une force & d'une puiffance qui réfident
dans la Poëfie , & qui fortent d'elle.
Tous les jours on éprouve qu'un Poëme
à la fimple lecture excite des mouvemens
& des fentimens plus ou moins vifs ; ſes
traits , quoique morts fur le papier , ont
en eux le principe de l'agitation dont
l'ame eft troublée ; l'action , au contraire ,
& le gefte de l'Acteur feparés de l'expreffion
, ne caufent nul trouble ; avant que
l'Acteur puiffe agiter & remuer l'ame , il
devient un organe animé de l'efprit du
Poëte , femblable aux Prêtreffes qui ne
rendoient leurs Oracles que lorfqu'elles
étoient infpirées & agitées par l'efprit du
Dieu que l'on confultoit..
>
Après que la Propofition a été hazardée,
les preuves n'ont point embaraffé l'Auteur
ni les réponfes aux objections qu'il fe
fait à lui-même : Si la déclamation n'eft.
point auffi connue & auffi cultivée que la
Poëfie , ce reproche , dit- il , ne tombe
point fur le fonds ou fur l'effence del'Art ;;
foin de convenir que cette prédilection
vienne de ce que celle - ci eft toute divine
& toute fpirituelle , & de ce que l'autre
eft prefque toute mécanique & fubalterne,
il aime mieux mettre au nombre des préjugés
de l'enfance le fentiment & l'opinion
que tous les fiecles & tous les hommes
ont eu de ces deux Arts ..
Arift
912 MERCURE DE FRANCE
» Ariftote & Horace , dit l'inventeur
» du parallele , n'ont point parlé de la
» Déclamation , parcequ'elle eft étrangere
» à l'Art Poëtique. Ce n'eft point réſoudre
l'objection , c'eſt la préfenter en d'autres
termes. Ces deux Maîtres du Dramatique
n'ont point placé la Déclamation
parmi les parties du Poëme , parcequ'elle
eft très indifferente & très inutile à la
Poëfie. Une femme ornée & enrichie de
tous les charmes de la beauté, reçoit quelques
nouvelles graces d'une belle parure;
lans ces graces , fa victoire & fon triomphe
en feroient- ils moins affurés fur les
coeurs ?
pas
Notre Auteur a pris à la lettre les Vers
de l'Epitre de Defpreaux à Racine ; il n'a
voulu remarquer que ces Vers ne vantent
le fecours de l'Auteur que pour le
moment auquel le fpectacle eft affemblé
lorfque la toile eft levée ; cet inſtant unique
pour la Déclamation n'empêche point
que la Poëfie , pendant tout le refte du
tems, ne plaife & ne touche indépendamment
d'aucun fecours. Sans la Poëfie de
Racine , la Chanfmeflé eut- elle été Iphigénie
; eut- elle pû faire verfer tant de
pleurs dans l'heureux fpectacle étalé aux
yeux de toute la France Defpreaux a
employé figuremment dans fon Art Poë
tique ce mot Acteur , plutôt que celui
d'Auteur
MA Y. 1730. 913
d'Auteur , qui feroit moins Poëtique ,
plus froid & plus languiffant.
M. Levefque a raffemblé differens Paffages
de Quintilien , de Rofcius , de M. de
Meaux , quelle confequence prétend-t'il
tirer de ces autorités , finon que l'Art des
Acteurs ajoûte quelques graces à l'Ouvrage
du Poëte ? il n'en conclura jamais
bien que ces graces foient auffi folides
auffi effentielles que celles dont l'ouvrage
eft enrichi , & qu'il porte en foi , Cependant
c'étoit ce qu'il falloit prouver pour
donner un fondement raisonnable au partage
égal , qu'il voudroit faire des applaudiffemens
des lauriers & de la gloire
immortelle.
,
Ses reflexions fur le fuccès des Piéces
médiocres font d'un foible fecours pour
le triomphe du paradoxe ; il reconnoît que
ce fuccès n'eft qu'une illufion , qui ne
peut
foutenir un examen férieux ; c'eft
une poudre ébloüiffante qui fe diffipe à
la lumiere. Eft- ce un fujet de gloire pour
un Art, de briller, quand on ne refléchit
point , & que fon faux éclat eft méprifé
lorfque la réflexion revient ?
M. de La Mothe joüit de la gloire que
fes Ouvrages fi variés lui ont acquife '; il
n'y a plus de réponſe à faire à la Critique
que notre Auteur a renouvellée fur
la Verfification d'Inés ; j'obferverai feulement
914 MERCURE DE FRANCE
•
ment que le paffage du Difcours de ce
Poëte fur Homere n'eft qu'une remarque
& une réflexion , & non pas un principe
& une maxime ; cet illuftre Académicien
eft inc pable d'une femblable erreur.
Tout ce que dit M. Levefque
des traités
, des regles & de l'objet
des deux Arts,
eft auffi difproportionné
que fi on avoit
comparé
une copie
avec fon original
.
Cette difcordance
regne dans tout l'Ou
vrage ; le plaifir
de dire des chofes
nouvelles
, & de les dire avec quelque
har-,
monie
, n'entraîne
que trop d'Auteurs
dans cette efpece de fophifmes
.
On croit que les Anciens avoient l'art
de tracer les expreffions & les geftes du
Déclamateur ; les preuves de cette conjecture
ne font pas certaines. M.Levefque
prédit que fi cet Art exiftoit , le récit ,
comme le Poëme , iroit inftruire & occuper
la pofterité. C'eft trop promettre i
comment fonder un jugement affuré fur
une fuppofition ?
Les Acteurs , fans doute , ont droit
de prétendre à la gloire de l'immortalité;
fon temple eft ouvert pour tous ceux qui
d'un pas ferme veulent y monter. Notre
Auteur n'a point rapporté les noms de
tous les Acteurs échapés aux tenebres &
à l'oubli . Pourquoi a- t'il oublié Syrus Comédien
, & Auteur également habile , au
jugement
MAY. 1730. 915
jugement de Trimalcion , qui comparoit
fa Poëfie à l'éloquence de Ciceron . L'au
torité du judicieux Trimalcion eut été
refpectable dans l'établiffement du nouveau
fiftême.
Mais la gloire immortelle a fes degrés
differens ; elle doit être diftribuée ſuivant
le mérite réel de la fcience ou de l'art
auquel s'applique celui qui eft flatté d'une
ambition fi noble . Soutiendra-t'on qu'il y
ait dans l'Art de réciter & dans celui d'écrire
un mérite également folide & effectif
, tel qu'il devroit être , fi l'on veut que
l'Auteur &le Poëte jouiffent d'une gloire
égale ?
La Fontaine en défignant la difference
de leurs talens a marqué le degré different
où ils doivent être placés. Corneille eft
monté aux plus hautes places du Temple
immortel, quelques- uns l'y fuivront, s'ils
fçavent écrire. Que ce mot fuppofe de
talens & de rares qualités ! Rofcius eft auffi
monté à ce Temple , à quelques dégrés
plus bas , quelqu'autres y parviendront ,
s'ils ont l'art de bien reciter . Ce dernier
mot s'explique de lui-même en quelque
fens qu'on le prenne.
Au refte , le ftile de notre Auteur eft
brillant , fes expreffions font choifies &
ingénieufes ; en quelques endroits il a de
la grandeur ; ce coup d'eflai fait voir ce
que
916 MERCURE DE FRANCE
que l'on en peut efperer dans la fuite. On
remarque cependant quelques conftructions
vicieufes & quelques termes moins
propres , qui auroient pû être remplacés,
Son Ouvrage n'eft peut-être qu'un jeu de
fon imagination , jeu toûjours dangereux,
puifque la raifon cede à l'efprit. Si cette
penfée m'étoit venuë d'abord, je me ferois
épargné un moment de mauvaiſe humeur
& le ferieux d'une critique , j'aurois lû fa
Lettre auffi indifferemment
que l'on lit la
Satire qui met l'homme au deffous du plus
ftupide de tous les animaux ; j'aurois regardé
la nouvelle comparaifon comme auffi
bizarre que me le paroît le parallele de
l'ajustement avec la Poëfie.
de M. R... fur l'Effay de comparaison
entre la Déclamation & la Poëfie Dramatique
, par M. Levefque , imprimé
chez la Veuve Piffot , & J. F.Tabarie ,
Quay de Conty , 1729-
UN
N bel efprit du dernier fiecle ne
fçavoit » qui font les plus redevaqui
lesplusredene
» bles , ou ceux qui ont écrit l'Hiftoire
» à ceux qui leur ont fourni une fi noble
» matiere , ou ces Grands- Hommes
» leurs Hiſtoriens . Il eſt aifé de diffiper le
doute
MAY. 1730. 909
doute de la Bruyere. S'il n'y avoit point
de Heros , il n'y auroit point d'Hiftoriens;
le Heros , au contraire exifte & agit fans
l'Hiftorien : on peut fur ce principe déterminer
lequel des deux eft le plus redevable.
En réduifant à une propofition auffi
fimple la nouvelle comparaifon , on en
pourra donner une folution auſſi
prompte
& auffi facile ; le Comedien ne peut exifter
fans le Poëte : le Poëte , au contraire ,
fubfifte par lui-même , fans qu'il ait be
foin du fecours du Déclamateur.
Quelques Remarques détruiront toutes
les parties du Trophée que M. Levefque
à voulu ériger aux Héros de Théatre.
Si cet Auteur en étoit crû , Médée
& tous fes enchantemens , furent moins
puiffans à Colchos que ne l'ont été fur le
Théatre François la Dlle Balicourt , & fon
Art. » Cette Actrice a rajeuni , elle a ref-
»fufcité une Tragédie ufée , vieillie dans
» l'obfcurité ; elle donne encore la vie à
» une autre Piece , par le grand éclat qu'el
» le a répandu fúr la premiere.
*
Un Auteur qui parle fur ce ton , peut,
à fon gré , faire d'un Nain un Atlas.
D'abord M. Levefque avoit feulement
entrepris de prouver que l'Art des Acteurs
eft à peu près auffi beau , auffi grand
que celui du Poëte ; cet à peu près refferroit
10 MERCURE DE FRANCE
roit fon Systême dans des bornes qui auroient
pû prévenir toute conteſtation ; il
franchit bien- tôt ces bornes judicieuſes :
dans toute la fuite du difcours , on ne
trouve que des expreffions décifives ; la
Déclamation & la Poëfie marchent du
même pas , pas , rien ne les diftingue ; » L'une
» contribue autant que l'autre aux plaifirs
» & à la perfection du Théatre ; quelque-
»fois même la fuperiorité eft toute entiere
» du côté de la Déclamation. Les Vers de
Racine fi beaux & fi touchans , ne frap-
>> pent, dit- on , & n'enlevent que l'efprits
»le coeur indifferent & immobile , attend
fe remuer , que le fieur Dufrefne
viennent l'émouvoir par fa brillante
» Déclamation .
» pour
Quelle gloire , quel fujet de vanité pour
la Déclamation , de balancer la victoire
entr'elle & une Poëfie dictée par les Graces !
Quel triomphe imprévû pour le fieur
Dufrefne , de fe voir placé vis-à-vis d'un
Poëte auffi applaudi , auffi aimé & auffi
cheri ! Que penfer de ce chimerique parallele
?
Je ne ferai point remarquer par quelles
contradictions l'Auteur le détruit luimême
; mais on verra du premier coup
d'oeil Péchange qu'il fait des talens du
Poëte pour les tranfporter à l'Acteur ; il
attribue à la déclamation le principe
d'une
MAY. 1730. 917
d'une force & d'une puiffance qui réfident
dans la Poëfie , & qui fortent d'elle.
Tous les jours on éprouve qu'un Poëme
à la fimple lecture excite des mouvemens
& des fentimens plus ou moins vifs ; ſes
traits , quoique morts fur le papier , ont
en eux le principe de l'agitation dont
l'ame eft troublée ; l'action , au contraire ,
& le gefte de l'Acteur feparés de l'expreffion
, ne caufent nul trouble ; avant que
l'Acteur puiffe agiter & remuer l'ame , il
devient un organe animé de l'efprit du
Poëte , femblable aux Prêtreffes qui ne
rendoient leurs Oracles que lorfqu'elles
étoient infpirées & agitées par l'efprit du
Dieu que l'on confultoit..
>
Après que la Propofition a été hazardée,
les preuves n'ont point embaraffé l'Auteur
ni les réponfes aux objections qu'il fe
fait à lui-même : Si la déclamation n'eft.
point auffi connue & auffi cultivée que la
Poëfie , ce reproche , dit- il , ne tombe
point fur le fonds ou fur l'effence del'Art ;;
foin de convenir que cette prédilection
vienne de ce que celle - ci eft toute divine
& toute fpirituelle , & de ce que l'autre
eft prefque toute mécanique & fubalterne,
il aime mieux mettre au nombre des préjugés
de l'enfance le fentiment & l'opinion
que tous les fiecles & tous les hommes
ont eu de ces deux Arts ..
Arift
912 MERCURE DE FRANCE
» Ariftote & Horace , dit l'inventeur
» du parallele , n'ont point parlé de la
» Déclamation , parcequ'elle eft étrangere
» à l'Art Poëtique. Ce n'eft point réſoudre
l'objection , c'eſt la préfenter en d'autres
termes. Ces deux Maîtres du Dramatique
n'ont point placé la Déclamation
parmi les parties du Poëme , parcequ'elle
eft très indifferente & très inutile à la
Poëfie. Une femme ornée & enrichie de
tous les charmes de la beauté, reçoit quelques
nouvelles graces d'une belle parure;
lans ces graces , fa victoire & fon triomphe
en feroient- ils moins affurés fur les
coeurs ?
pas
Notre Auteur a pris à la lettre les Vers
de l'Epitre de Defpreaux à Racine ; il n'a
voulu remarquer que ces Vers ne vantent
le fecours de l'Auteur que pour le
moment auquel le fpectacle eft affemblé
lorfque la toile eft levée ; cet inſtant unique
pour la Déclamation n'empêche point
que la Poëfie , pendant tout le refte du
tems, ne plaife & ne touche indépendamment
d'aucun fecours. Sans la Poëfie de
Racine , la Chanfmeflé eut- elle été Iphigénie
; eut- elle pû faire verfer tant de
pleurs dans l'heureux fpectacle étalé aux
yeux de toute la France Defpreaux a
employé figuremment dans fon Art Poë
tique ce mot Acteur , plutôt que celui
d'Auteur
MA Y. 1730. 913
d'Auteur , qui feroit moins Poëtique ,
plus froid & plus languiffant.
M. Levefque a raffemblé differens Paffages
de Quintilien , de Rofcius , de M. de
Meaux , quelle confequence prétend-t'il
tirer de ces autorités , finon que l'Art des
Acteurs ajoûte quelques graces à l'Ouvrage
du Poëte ? il n'en conclura jamais
bien que ces graces foient auffi folides
auffi effentielles que celles dont l'ouvrage
eft enrichi , & qu'il porte en foi , Cependant
c'étoit ce qu'il falloit prouver pour
donner un fondement raisonnable au partage
égal , qu'il voudroit faire des applaudiffemens
des lauriers & de la gloire
immortelle.
,
Ses reflexions fur le fuccès des Piéces
médiocres font d'un foible fecours pour
le triomphe du paradoxe ; il reconnoît que
ce fuccès n'eft qu'une illufion , qui ne
peut
foutenir un examen férieux ; c'eft
une poudre ébloüiffante qui fe diffipe à
la lumiere. Eft- ce un fujet de gloire pour
un Art, de briller, quand on ne refléchit
point , & que fon faux éclat eft méprifé
lorfque la réflexion revient ?
M. de La Mothe joüit de la gloire que
fes Ouvrages fi variés lui ont acquife '; il
n'y a plus de réponſe à faire à la Critique
que notre Auteur a renouvellée fur
la Verfification d'Inés ; j'obferverai feulement
914 MERCURE DE FRANCE
•
ment que le paffage du Difcours de ce
Poëte fur Homere n'eft qu'une remarque
& une réflexion , & non pas un principe
& une maxime ; cet illuftre Académicien
eft inc pable d'une femblable erreur.
Tout ce que dit M. Levefque
des traités
, des regles & de l'objet
des deux Arts,
eft auffi difproportionné
que fi on avoit
comparé
une copie
avec fon original
.
Cette difcordance
regne dans tout l'Ou
vrage ; le plaifir
de dire des chofes
nouvelles
, & de les dire avec quelque
har-,
monie
, n'entraîne
que trop d'Auteurs
dans cette efpece de fophifmes
.
On croit que les Anciens avoient l'art
de tracer les expreffions & les geftes du
Déclamateur ; les preuves de cette conjecture
ne font pas certaines. M.Levefque
prédit que fi cet Art exiftoit , le récit ,
comme le Poëme , iroit inftruire & occuper
la pofterité. C'eft trop promettre i
comment fonder un jugement affuré fur
une fuppofition ?
Les Acteurs , fans doute , ont droit
de prétendre à la gloire de l'immortalité;
fon temple eft ouvert pour tous ceux qui
d'un pas ferme veulent y monter. Notre
Auteur n'a point rapporté les noms de
tous les Acteurs échapés aux tenebres &
à l'oubli . Pourquoi a- t'il oublié Syrus Comédien
, & Auteur également habile , au
jugement
MAY. 1730. 915
jugement de Trimalcion , qui comparoit
fa Poëfie à l'éloquence de Ciceron . L'au
torité du judicieux Trimalcion eut été
refpectable dans l'établiffement du nouveau
fiftême.
Mais la gloire immortelle a fes degrés
differens ; elle doit être diftribuée ſuivant
le mérite réel de la fcience ou de l'art
auquel s'applique celui qui eft flatté d'une
ambition fi noble . Soutiendra-t'on qu'il y
ait dans l'Art de réciter & dans celui d'écrire
un mérite également folide & effectif
, tel qu'il devroit être , fi l'on veut que
l'Auteur &le Poëte jouiffent d'une gloire
égale ?
La Fontaine en défignant la difference
de leurs talens a marqué le degré different
où ils doivent être placés. Corneille eft
monté aux plus hautes places du Temple
immortel, quelques- uns l'y fuivront, s'ils
fçavent écrire. Que ce mot fuppofe de
talens & de rares qualités ! Rofcius eft auffi
monté à ce Temple , à quelques dégrés
plus bas , quelqu'autres y parviendront ,
s'ils ont l'art de bien reciter . Ce dernier
mot s'explique de lui-même en quelque
fens qu'on le prenne.
Au refte , le ftile de notre Auteur eft
brillant , fes expreffions font choifies &
ingénieufes ; en quelques endroits il a de
la grandeur ; ce coup d'eflai fait voir ce
que
916 MERCURE DE FRANCE
que l'on en peut efperer dans la fuite. On
remarque cependant quelques conftructions
vicieufes & quelques termes moins
propres , qui auroient pû être remplacés,
Son Ouvrage n'eft peut-être qu'un jeu de
fon imagination , jeu toûjours dangereux,
puifque la raifon cede à l'efprit. Si cette
penfée m'étoit venuë d'abord, je me ferois
épargné un moment de mauvaiſe humeur
& le ferieux d'une critique , j'aurois lû fa
Lettre auffi indifferemment
que l'on lit la
Satire qui met l'homme au deffous du plus
ftupide de tous les animaux ; j'aurois regardé
la nouvelle comparaifon comme auffi
bizarre que me le paroît le parallele de
l'ajustement avec la Poëfie.
Fermer
Résumé : REMARQUES CRITIQUES de M. R... sur l'Essay de comparaison entre la Déclamation & la Poësie Dramatique, par M. Levesque, imprimé chez la Veuve Pissot, & J.F. Tabrie, Quay de Conty, 1729
Le texte est une critique de l'essai de M. Levefque intitulé 'Effay de comparaison entre la Déclamation & la Poëfie Dramatique', publié en 1729. L'auteur critique compare la Déclamation et la Poésie Dramatique, affirmant que la Déclamation ne peut exister sans la Poésie, contrairement à cette dernière qui subsiste par elle-même. Il conteste l'idée que la Déclamation puisse être aussi importante que la Poésie, soulignant que les vers de Racine, par exemple, touchent les esprits indépendamment de la déclamation. La critique met en avant que la Poésie, même lue silencieusement, provoque des émotions, tandis que la déclamation sans expression poétique est inefficace. L'auteur réfute également l'idée que la Déclamation soit aussi cultivée et reconnue que la Poésie, qualifiant cette opinion de préjugé. Il conclut que la gloire et l'immortalité doivent être attribuées en fonction du mérite réel des arts, la Poésie étant supérieure à la Déclamation. Le style de l'essai de M. Levefque est décrit comme brillant mais parfois vicieux, et l'ouvrage est perçu comme un jeu d'imagination dangereux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
696
p. 981-991
Comédie du Muet, [titre d'après la table]
Début :
Le 18. Avril, les Comédiens François remirent au Théatre Le Muet, Comédie [...]
Mots clefs :
Théâtre, Muet, Comtesse, Chevalier, Baron, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédie du Muet, [titre d'après la table]
E 18. Avril , les Comédiens François
remirent au Théatre Le Muet , Comédie
en cinq Actes & en Profe, attribuée
à M. de Palaprat ; nous diſons attribuée ,
parcequ'il convient tout au moins luimême
dans fa Préface de n'y avoir travaillé
qu'en fecond ; voici fes propres termes
: J'avoue que j'ai toujours eu pour cette
Comédie un veritable foible d'Auteur , auffi
grand que fije l'avois faite tout feul ; il ajoute
un peu plus bas , en parlant de Terence
: en lifant & en relifant fon Eunuque
avec mon cher affocié , nous nous trouvâmes
tous deux une égale envie d'accommoder
cette
Piéce à nos moeurs. Il avoue que le Titre
les embaraffat également
, & qu'ils 'convinrent
qu'il ne feroit pas fouffert ſur
notre Théatre ; il fallut donc en fubftituer
un autre qui eft celui du Muet ; M.
de Palaprat fe felicite de l'avoir imaginés
il est vrai qu'il s'en applaudit avec affez
de modeftie , on en peut juger par ces
mots :
982 MERCURE DE FRANCE
A
mots peut- être que fi j'avois pû retenir
qualque-tems la joye que je fentis d'avoir
falt cette découverte , quelque chofe de meilleur
auroit été inventé par mon camarade:
Jufques là , il paroît qu'il n'y avoit que
le titre qui embaraflat nos deux Auteurs;
mais les deffauts nombreux que l'Auteur
de la Préface en queftion remarque dans
l'original de cette Piéce , ne s'accordent
pas avec l'égale envie que font cher aſſocié
& lui eurent de l'accommoder à nos mærs.
Ce n'eft pas à nous de foufcrire au Procès
qu'ils font à un Auteur auffi refpectable
que Terence , procès qui ne laiffe pas
tre adouci par cette espece de réparation :
ce n'eft pas à Terence que je reproche ce deffaut
, c'est à fon fiecle .
d'ê-
Il est vrai que dans un fiecle tel que
le nôtre , où le Théatre eft fi épuré , on
n'auroit pas
beau jeu de mettre des Courtifannes
fur la Scene , comme la Thaïs
de l'Eunuque de Terence ; les Capitans rodomonts
& les Parafites en font également
bannis; une Efclave féduite par un préten
du Eunuque choqueroit les plus débauchés.
Ce font pourtant là les principaux
perfonnages de la Comédie d'après laquelle
a été faite celle du Muet , qu'eft- ce donc
qui a pû déterminer les deux Auteurs.
affociés à la mettre au Théatre rien n'a
pû les y porter que le noeud qui confifte
dansMAY.
1730. 983
dans une fuppofition de perfonnes . Revenons
au titre de Muet dont l'inventeur
tire tant de gloire dans la copie d'un original
fi contraire à nos moeurs. Ce font
des reflexions qu'on nous a communiquées
pour en faire part au Public.
Dans la feconde Scene du premier Acte
Frontin , Valet de Timante , qui tient lieu
du Phedre de l'Eunuque ; mais d'une maniere
accommodée à nos moeurs , dreffe
un vieux Ecumeur de mer à faire le perfonnage
de Muet , & lui trouve fi peu de
difpofition à s'en bien acquiter , qu'il devroit
le défier du fuccès. Il n'a pas expofé
dans la premiere Scene ce qui peut
avoir donné lieu à ce préfent fingulier
que 'Timante veut faire à la Comteffe.
Voici tout ce qu'il en dit , parlant à Simon
( c'eſt le nom du vieux Forban ) Et
ne t'aije pas dit que Timante s'eft mis en
tête d'avoir un Muet ? qu'il y a huit jours
que j'en cherchois un ? que , n'en trouvant
point , je me fuis avifé de me fervir de toi
à caufe que tu es nouveau débarqué de Sicile
, & que perfonne ne te connoît encore dans
Naples ? qu'enfin par fon ordre je t'ai fait
faire l'habit que tu portes ? Mais dans tout
cela il n'eft point parlé de la fingularité
du préfent , & ce ne fera qu'au fecond
Acte que les fpectateurs en feront inftruits
par ces paroles de Marine , Suivante de
la
984 7
·
que
MERCURE DE FRANCE
la Comteffe Bizarrerie, Ma Maitreffe
vent toûjours avoir dans fon Equipage quelque
chofe de fingulier ; elle eut d'abord un
More ; dès qu'elle vit qu'ils devenoient trop
communs , & la vanité d'en avoir avoit
paffe jufqu'aux Bourgeoises , elle n'en voulut
plus , & prit un petit Turc ; d'autres en
eurent , elle le quitta , préfentement elle s'eft
avifée d'avoir un muet à cause que perfonne
ne s'en fert. Voilà donc un titre de Comédie
fondé fur un perfonnage de nouvelle
fabrique
.
On pafferoit cette fingularité à M. Palaprat
, s'il en avoit fait tout l'ufage qu'il
femble promettre dans fa Préface . Voici
comme il s'explique : Cette idée me rit ; il
me fembloit qu'une jeune femme du monde
qui voudroit être fervie par un domestique
muet fourniroit des traits dans nos moeurs
& qu'un jeune homme éperduement amoureux
, obligé de faire le muet pour obtenirfa
Maitreffe , & de parler en même-tems pour
pas perdre , fe trouveroit dans des fituations
àfaire plaifir. La premiere de ces
deux Hypotheſes n'a pas lieu dans la Piéce
, & la Comteffe n'eft pas dans le cas
de fe faire fervir par des muets , c'est tout
ce qu'auroit pû faire la Thaïs de Terence.
ne
la
Voici une derniere remarque qu'on a
faite fur le Muet en queftion . Timante
pouvoit avoir promis ce préfent à la Comtelle
MAY , 1730. 985
teffe avant qu'il la crût infidele ; mais il
eft brouillé avec elle par la concurrence
d'un Rival qu'il croit qu'on lui préfere.
Frontin qui fouhaite qu'il ne la voye plus,
de peur qu'il ne foit desherité par fon
pere ,
devroit-il s'attacher à faire étudier
à Simon le Rôle de Muet ? il devroit au
moins remettre l'Ecole à une autre fois ;
& ce Muet eft fi peu de faifon , que ce
n'eft qu'à la fin du premier Acte que Timante
en parle à Frontin un peu plus fericufement,
Mais à propos , lui dit Frontin
, vous ne me dites pas ce que vous voulez
faire de ce muet que je vous ai arrêté ?
Voici la réponse de Timante : Je ne m'en
fuis pas fouvenu quand il en étoit tems ; ce
foir tu le meneras où je te dirai. Il eft vrai
qu'il lui a dit à la troifiéme Scene comme
par maniere d'acquit : Voila donc ce muet
dont tu m'as parlé. Il n'eft brouillé avec la
Comteffe que depuis un jour ; il y en a
huit qu'il a ordonné l'achat d'un muet ,
pourquoi ne s'eft- il pas fouvenu de l'envoyer
àfa Maitreffe quand il en étoit tems,
comme il vient de l'avouer ?
A ces petits inconveniens près , la
Piéce ne dément pas la réputation qué fes
deux Auteurs fe font acquife. En voici le
plan.
Le Baron d'Ortigni , pere de Timante &
du Chevalier , irrité contre ce premier
par
986 MERCURE DE FRANCE
par le refus qu'il a fait de la fille du Marquis
de Sarian , le veut desheriter & faire
époufer cette fille au Chevalier fon cadet,
c'est ce qui oblige Frontin à employer le
talent de tromper dont la nature Pa pourvû
; il fait tout ce qu'il peut pour détourner
Timante fon Maître de l'amour
qu'il a pour la Comteffe , amour qui lui
va coûter les grands biens que fou droit
d'aîneffe lui fait efperer. Ce Valet fidele
ne pouvant arracher du coeur de fon Maître
une paffion' fi nuifible , a recours à la
fourberie pour rendre du moins le Chevalier
auffi rebelle à fon pére que fon aîné
; le hazard y a déja travaillé. Le Chevalier
devenu amoureux d'une inconnue,
ne fe refufe pas ouvertement au projet
avantageux que fon formé pour
pere a
lui, mais il s'y dérobe , autant qu'il lui eft
poffible, par des défaites ou par des fuites
qui font un jeu théatral . L'inconnuë dont
il est devenu amoureux eft une Esclave
que
appellée Zaide , la Comteffe a connue
autrefois , & pour qui elle a pris
beaucoup d'amitié . La Comteffe en raconte
l'Hiftoire dès le premier Acte ; elle
a prié un Capitaine de Vaiffeau , Patron
de cette belle Efclave , de lui en faire préfent
; ce Capitaine lui a promis de l'envoyer
chez elle. Dans le tems qu'on la
conduit chez la Comteffe , le Chevalier
qui
MAY. 1730. 987
qui l'a déja vûë , la cherche avec empreffement
; un vieux oncle qui l'a arrêté en
chemin l'a empêché de la fuivre : il rencontre
Frontin à qui il en demande des
nouvelles ; quoiqu'il ne dife rien qui puiffe
défigner Zaïde , Frontin ne laiffe pas de
penetrer que ce nouvel objet de fon empreffement
eft cette même Efclave qu'on
vient d'introduire chez la Comteffe ; il
s'offre à favorifer l'amour du Chevalier
pour le rendre auffi coupable que fon
frere aîné aux yeux du Baron fon pere ; il
lui dit que fon aimable inconnue eft chez
la Comteffe ; il lui fait prendre les habits
du faux Muet que Timante envoye à cette
heure même à fa chere Comteffe ; il lui recommande
de bien faire le perfonnage de
Muet; le Chevalier lui promet tout , & va
prendre le nouvel habit fous lequel il doit
voir fa charmante inconnuë. Dans une autre
Scene du même Acte , Frontin parle ainſi
au Chevalier : Ce n'est pas tout ; depuis que
je me fuis avifé de vous faire muet , il m'est
venu dans l'efprit de me fervir de votre
muetifme , pour obliger votre pere à confentir
que vous époufiez Zaide . Ce ftratagême eft
fondé fur la credulité du Baron & fur
fon foible pour les forrileges.
Dans le troifiéme Acte , Frontin pour
mieux tromper le Baron , lui vient appren
dre
988 MERCURE DE FRANCE
dre que ce cher fils le Chevalier dont la
difparition l'allarme fi fort , n'a pas échapé
aux foins qu'il a pris de le chercher ,
& lui avoue ingénument , qu'après bien
des recherches il l'a enfin trouvé chez
la Comteffe , habillé d'une maniere extravagante
, éperduëment amoureux d'une
jeune Efclave , & fi amoureux qu'il en eft
devenu muet ; le crédule & fuperftitieux
Baron ne doute point qu'on n'ait jetté un
fort fur fon fils . Frontin contrefaifant toujours
le bon Valet , lui dit que cela pourroit
bien être , ou du moins que l'excès
de l'amour du Chevalier auroit bien pû
faire ce grand dérangement dans fon cerveau
; il lui confeille de confulter làdeffus
un celebre Medecin qui eft arrivé
depuis peu , & qu'il a connu autrefois ;
le Baron donne fans peine dans le panneau
. Frontin s'habille en Medecin , & lui
fait connoître que fon fils le Chevalier
étant devenu muet par un excès d'amour,
ne peut recouvrer la parole qu'en époufant
celle qui l'a mis dans un état fi déplorable.
Voilà precifément jufqu'où l'action
eft parvenuë vers la fin du troifiéme
Acte , auffi l'a - t'on trouvée un peu trop
avancée ; en effet, que refte-t'il pour remplir
les deux derniers Actes ? le voici en
peu
de mots ,
La
M A Y. 1730. 989
›
La Comteffe trouve le prétendu Muet
aux pieds de Marine , fa Suivante , pour
la remercier des bons offices qu'elle lui
promet de lui rendre dans fon amour ;
Zaïde eft préfente : Que vois-je ? dit - elle ,
Zaide en larmes; Marine effrayée ; le Muet
àfes pieds ; je n'en dois plus douter. Rentrez,
Marinesfaitesfigne à ce garçon de vous
fuivre; Zaide, demeurez avec moi . La Comteffe
dans une Scene qu'elle a avec Zaïde ,
ne peut lui arracher fon fecret , malgré
toutes les démonftrations d'amitié qu'elle
lui fait . Timante vient ; elle fe plaint à
lui du préfent dangereux qu'il lui a fait
de l'Esclave qu'elle vient de trouver aux
pieds de Marine & qui n'eft que trop
aimable aux yeux de Zaïde . Timante ne
comprend rien à tout cela : l'Efclave qu'il
á envoyé à la Comteffe ne reffemble nullement
au portrait avantageux que laComteffe
en fait. Frontin arrive : Timante l'in
terroge fur l'Esclave en queftion ; Frontin
foutient qu'il n'en a point envoyé d'autre
à la Comteffe que celui qu'il a acheté
fon ordre , & qu'il lui a montré ; mais par
malheur pour lui le premier Muet vient
pour quelque raifon que l'on n'explique
point ; c'eft apparemment pour demander
quelque argent que Frontin lui a promis
. Frontin ne fe deferre point ; & comme
il a le menfonge en main , il dit à fon
G Maître
;
par
990 MERCURE DE FRANCE
Maître , qu'ayant trouvé un Muet plus
joli que celui qu'il lui avoit d'abord fait
voir , il a crû qu'il feroit beaucoup plus
de plaifir à la Comteffe , en le troquant
contre ce vilain & vieux coquin . Ce dernier
étouffe de colere , & veut parler ;
Frontin lui coupe la parole , & dit à Timante
qu'il demande quelque argent ;
Timante pour l'appaifer donne dix piftoles
; Frontin en retient cinq ; cette friponnerie
gâte tout , & rend la parole au
Muet : Monfieur , dit- il à Timante , il en
retient la moitié.
Il eft tems de finir cette Differtation ,
Le Baron confent à donner Zaïde toute
Efclave,ou du moins toute inconuë qu'elle
eft à fon fils le Chevalier , ce qui prouve
que les deux derniers Actes font fuper-
Aus ,
, quoiqu'ils ne laiffent pas d'être remplis
de Scenes très - comiques. Les Auteurs
pouvoient même fe paffer de faire un dénouement
à la façon de Terence : le voici;
Simon qui a fait le premier perfonnage
de Muet eft reconnu par le Capitaine de
Vaiffeau pour Griffon le Sicilien , frere de
la nourrice de Zaïde ; une chaîne d'or
que ce même Griffon avoit donnée à
Frontin pour la vendre , eft reconnuë par
le Marquis de Sardan . Ah ! Zaïde , s'écrie
t'il vous êtes ma fille. Ce que Monfieur le
Capitaine me dit , le tems de votre prife ,
la
MAY. 1730. 991
la nourrice Espagnole , Griffon que voilà
cette chaine que je reconnois , tout me le confirme
, & plus que tout encore les fecrets
mouvemens de la nature qui s'élevent dans
mon coeur. Zaide vous êtes ma fille . Après
cette reconnoiffance , la Piéce fe dénoue
d'elle-même ; Timante prie fon pere de
vouloir le rendre heureux dans un jour
où tout le monde l'eft ; le Baron confent
à tout ; Timante & le Chevalier épouſent
ce qu'ils aiment. On pardonne à Frontin ,
& on lui accorde Marine qu'il demande
pour prix de fes heureufes fourberies.
remirent au Théatre Le Muet , Comédie
en cinq Actes & en Profe, attribuée
à M. de Palaprat ; nous diſons attribuée ,
parcequ'il convient tout au moins luimême
dans fa Préface de n'y avoir travaillé
qu'en fecond ; voici fes propres termes
: J'avoue que j'ai toujours eu pour cette
Comédie un veritable foible d'Auteur , auffi
grand que fije l'avois faite tout feul ; il ajoute
un peu plus bas , en parlant de Terence
: en lifant & en relifant fon Eunuque
avec mon cher affocié , nous nous trouvâmes
tous deux une égale envie d'accommoder
cette
Piéce à nos moeurs. Il avoue que le Titre
les embaraffat également
, & qu'ils 'convinrent
qu'il ne feroit pas fouffert ſur
notre Théatre ; il fallut donc en fubftituer
un autre qui eft celui du Muet ; M.
de Palaprat fe felicite de l'avoir imaginés
il est vrai qu'il s'en applaudit avec affez
de modeftie , on en peut juger par ces
mots :
982 MERCURE DE FRANCE
A
mots peut- être que fi j'avois pû retenir
qualque-tems la joye que je fentis d'avoir
falt cette découverte , quelque chofe de meilleur
auroit été inventé par mon camarade:
Jufques là , il paroît qu'il n'y avoit que
le titre qui embaraflat nos deux Auteurs;
mais les deffauts nombreux que l'Auteur
de la Préface en queftion remarque dans
l'original de cette Piéce , ne s'accordent
pas avec l'égale envie que font cher aſſocié
& lui eurent de l'accommoder à nos mærs.
Ce n'eft pas à nous de foufcrire au Procès
qu'ils font à un Auteur auffi refpectable
que Terence , procès qui ne laiffe pas
tre adouci par cette espece de réparation :
ce n'eft pas à Terence que je reproche ce deffaut
, c'est à fon fiecle .
d'ê-
Il est vrai que dans un fiecle tel que
le nôtre , où le Théatre eft fi épuré , on
n'auroit pas
beau jeu de mettre des Courtifannes
fur la Scene , comme la Thaïs
de l'Eunuque de Terence ; les Capitans rodomonts
& les Parafites en font également
bannis; une Efclave féduite par un préten
du Eunuque choqueroit les plus débauchés.
Ce font pourtant là les principaux
perfonnages de la Comédie d'après laquelle
a été faite celle du Muet , qu'eft- ce donc
qui a pû déterminer les deux Auteurs.
affociés à la mettre au Théatre rien n'a
pû les y porter que le noeud qui confifte
dansMAY.
1730. 983
dans une fuppofition de perfonnes . Revenons
au titre de Muet dont l'inventeur
tire tant de gloire dans la copie d'un original
fi contraire à nos moeurs. Ce font
des reflexions qu'on nous a communiquées
pour en faire part au Public.
Dans la feconde Scene du premier Acte
Frontin , Valet de Timante , qui tient lieu
du Phedre de l'Eunuque ; mais d'une maniere
accommodée à nos moeurs , dreffe
un vieux Ecumeur de mer à faire le perfonnage
de Muet , & lui trouve fi peu de
difpofition à s'en bien acquiter , qu'il devroit
le défier du fuccès. Il n'a pas expofé
dans la premiere Scene ce qui peut
avoir donné lieu à ce préfent fingulier
que 'Timante veut faire à la Comteffe.
Voici tout ce qu'il en dit , parlant à Simon
( c'eſt le nom du vieux Forban ) Et
ne t'aije pas dit que Timante s'eft mis en
tête d'avoir un Muet ? qu'il y a huit jours
que j'en cherchois un ? que , n'en trouvant
point , je me fuis avifé de me fervir de toi
à caufe que tu es nouveau débarqué de Sicile
, & que perfonne ne te connoît encore dans
Naples ? qu'enfin par fon ordre je t'ai fait
faire l'habit que tu portes ? Mais dans tout
cela il n'eft point parlé de la fingularité
du préfent , & ce ne fera qu'au fecond
Acte que les fpectateurs en feront inftruits
par ces paroles de Marine , Suivante de
la
984 7
·
que
MERCURE DE FRANCE
la Comteffe Bizarrerie, Ma Maitreffe
vent toûjours avoir dans fon Equipage quelque
chofe de fingulier ; elle eut d'abord un
More ; dès qu'elle vit qu'ils devenoient trop
communs , & la vanité d'en avoir avoit
paffe jufqu'aux Bourgeoises , elle n'en voulut
plus , & prit un petit Turc ; d'autres en
eurent , elle le quitta , préfentement elle s'eft
avifée d'avoir un muet à cause que perfonne
ne s'en fert. Voilà donc un titre de Comédie
fondé fur un perfonnage de nouvelle
fabrique
.
On pafferoit cette fingularité à M. Palaprat
, s'il en avoit fait tout l'ufage qu'il
femble promettre dans fa Préface . Voici
comme il s'explique : Cette idée me rit ; il
me fembloit qu'une jeune femme du monde
qui voudroit être fervie par un domestique
muet fourniroit des traits dans nos moeurs
& qu'un jeune homme éperduement amoureux
, obligé de faire le muet pour obtenirfa
Maitreffe , & de parler en même-tems pour
pas perdre , fe trouveroit dans des fituations
àfaire plaifir. La premiere de ces
deux Hypotheſes n'a pas lieu dans la Piéce
, & la Comteffe n'eft pas dans le cas
de fe faire fervir par des muets , c'est tout
ce qu'auroit pû faire la Thaïs de Terence.
ne
la
Voici une derniere remarque qu'on a
faite fur le Muet en queftion . Timante
pouvoit avoir promis ce préfent à la Comtelle
MAY , 1730. 985
teffe avant qu'il la crût infidele ; mais il
eft brouillé avec elle par la concurrence
d'un Rival qu'il croit qu'on lui préfere.
Frontin qui fouhaite qu'il ne la voye plus,
de peur qu'il ne foit desherité par fon
pere ,
devroit-il s'attacher à faire étudier
à Simon le Rôle de Muet ? il devroit au
moins remettre l'Ecole à une autre fois ;
& ce Muet eft fi peu de faifon , que ce
n'eft qu'à la fin du premier Acte que Timante
en parle à Frontin un peu plus fericufement,
Mais à propos , lui dit Frontin
, vous ne me dites pas ce que vous voulez
faire de ce muet que je vous ai arrêté ?
Voici la réponse de Timante : Je ne m'en
fuis pas fouvenu quand il en étoit tems ; ce
foir tu le meneras où je te dirai. Il eft vrai
qu'il lui a dit à la troifiéme Scene comme
par maniere d'acquit : Voila donc ce muet
dont tu m'as parlé. Il n'eft brouillé avec la
Comteffe que depuis un jour ; il y en a
huit qu'il a ordonné l'achat d'un muet ,
pourquoi ne s'eft- il pas fouvenu de l'envoyer
àfa Maitreffe quand il en étoit tems,
comme il vient de l'avouer ?
A ces petits inconveniens près , la
Piéce ne dément pas la réputation qué fes
deux Auteurs fe font acquife. En voici le
plan.
Le Baron d'Ortigni , pere de Timante &
du Chevalier , irrité contre ce premier
par
986 MERCURE DE FRANCE
par le refus qu'il a fait de la fille du Marquis
de Sarian , le veut desheriter & faire
époufer cette fille au Chevalier fon cadet,
c'est ce qui oblige Frontin à employer le
talent de tromper dont la nature Pa pourvû
; il fait tout ce qu'il peut pour détourner
Timante fon Maître de l'amour
qu'il a pour la Comteffe , amour qui lui
va coûter les grands biens que fou droit
d'aîneffe lui fait efperer. Ce Valet fidele
ne pouvant arracher du coeur de fon Maître
une paffion' fi nuifible , a recours à la
fourberie pour rendre du moins le Chevalier
auffi rebelle à fon pére que fon aîné
; le hazard y a déja travaillé. Le Chevalier
devenu amoureux d'une inconnue,
ne fe refufe pas ouvertement au projet
avantageux que fon formé pour
pere a
lui, mais il s'y dérobe , autant qu'il lui eft
poffible, par des défaites ou par des fuites
qui font un jeu théatral . L'inconnuë dont
il est devenu amoureux eft une Esclave
que
appellée Zaide , la Comteffe a connue
autrefois , & pour qui elle a pris
beaucoup d'amitié . La Comteffe en raconte
l'Hiftoire dès le premier Acte ; elle
a prié un Capitaine de Vaiffeau , Patron
de cette belle Efclave , de lui en faire préfent
; ce Capitaine lui a promis de l'envoyer
chez elle. Dans le tems qu'on la
conduit chez la Comteffe , le Chevalier
qui
MAY. 1730. 987
qui l'a déja vûë , la cherche avec empreffement
; un vieux oncle qui l'a arrêté en
chemin l'a empêché de la fuivre : il rencontre
Frontin à qui il en demande des
nouvelles ; quoiqu'il ne dife rien qui puiffe
défigner Zaïde , Frontin ne laiffe pas de
penetrer que ce nouvel objet de fon empreffement
eft cette même Efclave qu'on
vient d'introduire chez la Comteffe ; il
s'offre à favorifer l'amour du Chevalier
pour le rendre auffi coupable que fon
frere aîné aux yeux du Baron fon pere ; il
lui dit que fon aimable inconnue eft chez
la Comteffe ; il lui fait prendre les habits
du faux Muet que Timante envoye à cette
heure même à fa chere Comteffe ; il lui recommande
de bien faire le perfonnage de
Muet; le Chevalier lui promet tout , & va
prendre le nouvel habit fous lequel il doit
voir fa charmante inconnuë. Dans une autre
Scene du même Acte , Frontin parle ainſi
au Chevalier : Ce n'est pas tout ; depuis que
je me fuis avifé de vous faire muet , il m'est
venu dans l'efprit de me fervir de votre
muetifme , pour obliger votre pere à confentir
que vous époufiez Zaide . Ce ftratagême eft
fondé fur la credulité du Baron & fur
fon foible pour les forrileges.
Dans le troifiéme Acte , Frontin pour
mieux tromper le Baron , lui vient appren
dre
988 MERCURE DE FRANCE
dre que ce cher fils le Chevalier dont la
difparition l'allarme fi fort , n'a pas échapé
aux foins qu'il a pris de le chercher ,
& lui avoue ingénument , qu'après bien
des recherches il l'a enfin trouvé chez
la Comteffe , habillé d'une maniere extravagante
, éperduëment amoureux d'une
jeune Efclave , & fi amoureux qu'il en eft
devenu muet ; le crédule & fuperftitieux
Baron ne doute point qu'on n'ait jetté un
fort fur fon fils . Frontin contrefaifant toujours
le bon Valet , lui dit que cela pourroit
bien être , ou du moins que l'excès
de l'amour du Chevalier auroit bien pû
faire ce grand dérangement dans fon cerveau
; il lui confeille de confulter làdeffus
un celebre Medecin qui eft arrivé
depuis peu , & qu'il a connu autrefois ;
le Baron donne fans peine dans le panneau
. Frontin s'habille en Medecin , & lui
fait connoître que fon fils le Chevalier
étant devenu muet par un excès d'amour,
ne peut recouvrer la parole qu'en époufant
celle qui l'a mis dans un état fi déplorable.
Voilà precifément jufqu'où l'action
eft parvenuë vers la fin du troifiéme
Acte , auffi l'a - t'on trouvée un peu trop
avancée ; en effet, que refte-t'il pour remplir
les deux derniers Actes ? le voici en
peu
de mots ,
La
M A Y. 1730. 989
›
La Comteffe trouve le prétendu Muet
aux pieds de Marine , fa Suivante , pour
la remercier des bons offices qu'elle lui
promet de lui rendre dans fon amour ;
Zaïde eft préfente : Que vois-je ? dit - elle ,
Zaide en larmes; Marine effrayée ; le Muet
àfes pieds ; je n'en dois plus douter. Rentrez,
Marinesfaitesfigne à ce garçon de vous
fuivre; Zaide, demeurez avec moi . La Comteffe
dans une Scene qu'elle a avec Zaïde ,
ne peut lui arracher fon fecret , malgré
toutes les démonftrations d'amitié qu'elle
lui fait . Timante vient ; elle fe plaint à
lui du préfent dangereux qu'il lui a fait
de l'Esclave qu'elle vient de trouver aux
pieds de Marine & qui n'eft que trop
aimable aux yeux de Zaïde . Timante ne
comprend rien à tout cela : l'Efclave qu'il
á envoyé à la Comteffe ne reffemble nullement
au portrait avantageux que laComteffe
en fait. Frontin arrive : Timante l'in
terroge fur l'Esclave en queftion ; Frontin
foutient qu'il n'en a point envoyé d'autre
à la Comteffe que celui qu'il a acheté
fon ordre , & qu'il lui a montré ; mais par
malheur pour lui le premier Muet vient
pour quelque raifon que l'on n'explique
point ; c'eft apparemment pour demander
quelque argent que Frontin lui a promis
. Frontin ne fe deferre point ; & comme
il a le menfonge en main , il dit à fon
G Maître
;
par
990 MERCURE DE FRANCE
Maître , qu'ayant trouvé un Muet plus
joli que celui qu'il lui avoit d'abord fait
voir , il a crû qu'il feroit beaucoup plus
de plaifir à la Comteffe , en le troquant
contre ce vilain & vieux coquin . Ce dernier
étouffe de colere , & veut parler ;
Frontin lui coupe la parole , & dit à Timante
qu'il demande quelque argent ;
Timante pour l'appaifer donne dix piftoles
; Frontin en retient cinq ; cette friponnerie
gâte tout , & rend la parole au
Muet : Monfieur , dit- il à Timante , il en
retient la moitié.
Il eft tems de finir cette Differtation ,
Le Baron confent à donner Zaïde toute
Efclave,ou du moins toute inconuë qu'elle
eft à fon fils le Chevalier , ce qui prouve
que les deux derniers Actes font fuper-
Aus ,
, quoiqu'ils ne laiffent pas d'être remplis
de Scenes très - comiques. Les Auteurs
pouvoient même fe paffer de faire un dénouement
à la façon de Terence : le voici;
Simon qui a fait le premier perfonnage
de Muet eft reconnu par le Capitaine de
Vaiffeau pour Griffon le Sicilien , frere de
la nourrice de Zaïde ; une chaîne d'or
que ce même Griffon avoit donnée à
Frontin pour la vendre , eft reconnuë par
le Marquis de Sardan . Ah ! Zaïde , s'écrie
t'il vous êtes ma fille. Ce que Monfieur le
Capitaine me dit , le tems de votre prife ,
la
MAY. 1730. 991
la nourrice Espagnole , Griffon que voilà
cette chaine que je reconnois , tout me le confirme
, & plus que tout encore les fecrets
mouvemens de la nature qui s'élevent dans
mon coeur. Zaide vous êtes ma fille . Après
cette reconnoiffance , la Piéce fe dénoue
d'elle-même ; Timante prie fon pere de
vouloir le rendre heureux dans un jour
où tout le monde l'eft ; le Baron confent
à tout ; Timante & le Chevalier épouſent
ce qu'ils aiment. On pardonne à Frontin ,
& on lui accorde Marine qu'il demande
pour prix de fes heureufes fourberies.
Fermer
Résumé : Comédie du Muet, [titre d'après la table]
Le 18 avril, les Comédiens Français ont présenté au Théâtre Le Muet une comédie en cinq actes et en prose, attribuée à M. de Palaprat. Palaprat a reconnu dans sa préface avoir collaboré avec Terence en adaptant l'Eunuque aux mœurs contemporaines. Le titre a été changé en Le Muet pour des raisons de censure théâtrale. La pièce met en scène des personnages et des situations adaptées aux mœurs du temps. L'intrigue principale suit Timante, fils du baron d'Ortigni, qui refuse d'épouser la fille du marquis de Sarian. Le baron menace de déshériter Timante au profit de son cadet, le chevalier. Frontin, valet de Timante, tente de manipuler les événements pour favoriser son maître et semer la discorde entre le baron et le chevalier. Ce dernier tombe amoureux de Zaïde, une esclave connue de la comtesse. Frontin utilise la crédulité du baron pour le convaincre que le chevalier est devenu muet par excès d'amour pour Zaïde. Il se déguise en médecin pour conseiller au baron de laisser le chevalier épouser Zaïde. La comtesse découvre le chevalier déguisé en muet et le confond avec le véritable muet envoyé par Timante. Des quiproquos et des révélations mènent à la reconnaissance de Zaïde comme fille du marquis de Sarian. Finalement, Timante et le chevalier épousent celles qu'ils aiment, et le baron consent à ces unions. Frontin obtient le pardon pour ses actions et reçoit Marine en récompense de ses 'heureuses fourberies'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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697
p. 991-1003
Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 24. Avril, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Amour, Époux, Scène, Démocrite, Hippocrate, Plaisir, Rire, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24. Avril , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréfentation d'une Comédie
en Vers & en trois Actes , intitulée Démocrite
Prétendu Fou. Cette Piéce dont M. Autreau eft
l'Auteur , eft eftimée une des meilleures qui ayent
encore paru à l'Hôtel de Bourgogne. Elle fut reçue
avec beaucoup d'applaudiffemens qui n'ont
fait qu'augmenter dans la fuite. Nous abrégeons
les éloges pour donner l'Extrait que voici.
L'expofition du Sujet eft faite au premier Acte
par deux Païfans d'auprès d'Abdere , dans une
Maifon deCampagne queDémocrite a choifie pour
fon féjour. Damafippe , l'un de ces deux Païfans,
apprend à Criton , fon camarade , que Démocrite
paffe pour fol dáns Abdere , & qu'à la follicitation
de Damaftus , fon frere , le Sénat paroît
très-difpofé à l'exiler ; il fait connoître à Criton
qu'il a été placé auprès de Démocrite par Damaftus
pour épier tous fes divers genres de folie,
& pour l'en inftruire . Voici les fignes de folie fur
Gij lequels
992 MERCURE DE FRANCE
lefquels il appuye le plus confulter la Lune ,
rire de chacun , lâcher continuellement des traits
critiques , rire feul , fe promener au milieu des
tombeaux , pour fe mocquer même des morts ,
&c. il s'exprime ainfi :
Il va fe gobarger des morts mal à propos
Comme s'ils avoient tort de n'être plus en vie.
Ce qui oblige Criton à lui répondre :
Oh ! pour le coup , c'eft lui- même qui a tort ,
C'eft malgré foi qu'on devient mort ;
Aucun d'eux n'en avoit enyie .
་
Damafippe ajoûte que fa folie le porte à méprifer
les richeffes, à paffer la nuit , à regarder les
Etoiles , à faire des ronds & des quarrés , des iz
& des as , de prédire des Eclipfes , d'avoir la
vertu fecrette de lire fur le vifage des filles quand
elles ne le font plus enfin de vouloir épou
fer une de fes affranchies.
>
La feconde Scene eft entre Myfis , la cadette des
deux affranchies de Démocrite, & Philolaus, fon
Amant , homme de condition d'Abdere , & ami
du Philofophe Prétendu Fou ; elle lui foûtient que
Démocrite eft amoureux de fa four aînée appel,
lée Sophie. Voici ce qu'elle lui dit :
Dès qu'il quitte l'étude ,
Il demande Sophie , & ne peut s'en paſſer ;
De ſon front elle feule a le droit de chaſſer
Ce qu'un trop long travail y peut laiffer de rude
Vient- elle à paroître foudain
De fon air enjoué le retour eft certain ;
Plus,
ނ
MA Y. : 993 1730.
- Plus de marque de laffitude , &c.
Un des goûts de ma foeur eft de parler morale ,
Et volontiers il l'en régale ,
Mais d'un ton doux , d'un air humain ;
Point de grimace Magiſtrale ;
;
Tout au contraire ; il aime à lui prendre la main;
Le moindre petit foin près d'elle l'intereffe ;
Il rajufte un frifon , il détourne une treffe
Qui lui couvre un peu trop le fein ,
Sur lequel fein , quand elle fe redreffe
(Ce que fouvent elle fait à deffein )
Vous voyez de mon Sage une oeillade traitreffe
Se rabattre & tomber foudain ,
Tout en lui prêchant la fageffe ,
Et la leçon marche toujours fon train ;
Et puis fous le mentón doucement la careffe ,
Quand elle a' bien compris quelque trait un peu
iin .
Myfis ordonne à Philolaus d'aller voir Démocrite
, & de ne rien oublier pour penétrer fon
amour , par l'interêt qu'ils y ont tous deux , la
cadette ne pouvant raifonnablement être mariée
qu'après l'aînée .
Danaftus parlant à Philolaus parcourt la vie
de fon frere ; il expofe que Démocrite acheta a
fon retour d'Egypte trois Efclaves , fçavoir Egine
qui eft la mere , & Sophie & Myfis , fes deux
filles .
Dans un entretien que les deux freres ont en
ſemble , Damaſtus a du deffous ; Démocrite exer
ee à fes dépens fon talent de rire ; il le raille vi-
G iij
yement
994 MERCURE DE FRANCE
(
´vement fur la coquet erie de fa femme ; il fait ce
portrait de lui-même ' , & ce tableau de fa maniere
de vie dans fa campagne , pour faire contraſte
à celle de fon frere dans la Ville.
:
D'abord , pour Intendant , j'ai l'aimable Sophie ,
Qui paroiffant , le mémoire à la main ,
ཨཉྙཾ
Me trouve tous les jours l'oeil gay , le front ferein;
Comme en elle je me confie ,
Nos comptes font aifés , d'autant plus qu'ils font
courts ;
" Après , felon mon habitude ,
Le reste du matin je le donne à l'étude ,
Delice de l'efprit , & pendant les beaux jours
Dans mes Jardins je fais deux ou trois tours ;
Tout y croît ,y fleurit , tout y fent l'oeil du Maître
;
Et lorsque le Soleil eft au haut de fon cours
Un repas de mets domestiques ,
Apprêté par de belles mains ,
Vins de mon crû , fruits nés dans mes Jardins
Yflattent mieux mon goût que les plus magnifiques.
Damaftus fe retire peu fatisfait de fon frere
Sophie paroît pour la premiere fois ; Démocrite
pour l'éprouver lui propofe un Epoux ; il lui dit
pour lui mieux faire prendre le change , que cet
Epoux dont il lui parle eft jeune. Sophie lui répond
qu'elle aimeroit mieux qu'il fut âgé , &
voici la raifon qu'elle en donne.
C'est que je veux qu'il m'aime ;
Or
MAY. 1730. 995
Ör , afin qu'il m'aimât long- tems
Je le voudrois au moins de quarante ans , &c.
J'ai remarqué que la jeuneffe
Paffe chez une femme avec plus de vîteffe
Qu'elle ne fait chez un Mari ;
Que dans le cours des ans
un Epoux à quarante "
Paroît encor jeune & Aeuri ,
Et que notre éclat paffe à trente.
Quand un trop jeune Epoux en paroît dégoûté,
Je lui pardonne , ce me ſemble ;
Pour conferver l'amour il faut
que la beauté
Marche d'un pas égal d'un & d'autre côté ,
Et qu'on ne les perde qu'ensemble.
il lui
Démocrite prie Sophie de préparer un repas pour
des amis qu'il attend. Philolaus vient , l'inftruit
de ce qui fe trame contre lui dans Abdere ;
annonce un effein de Sçavans qui doivent venir
exprès pour l'examiner.
Les premieres Scenes du fecond Acte ne font
pas de celles qui intereffent vivement les fpectateurs.
Démocrite dans un à parte fait entrevoir
qu'il fçait le fort de fes affranchies , & que c'eft
là ce qui l'empêche de s'oppofer à l'Hymen que
Philolaus fon ami fouhaite avec tant d'empreffement.
Dans la feconde , Criton vient lui rendre
une lettre qu'il a oublié de lui remettre . Par cette
lettre , Démocrite eft inftruit de tout ce qui fe
trame contre lui dans le Senat d'Abdere ; c'eſt un
Sénateur de fes amis qui lui donne cet avis fecret,
il n'en eft pas plus inquiet.
:
Philolaus , dans une feconde Scene qu'il a avec
Myfis,lui apprend que Démocrite eft impenétra-
G iiij ble
996 MERCURE DE FRANCE
ble fur l'amour qu'elle prétend qu'il a pour Sophie.
Cette Scene eft fuivie d'une autre entre Myfis
& Sophie qui fait beaucoup plus de plaifir ; en
voici quelques fragmens . La Scene roule fur l'amour
reciproque de Sophie & de Démocrite ,
que Sophie ne veut pas avouer.
Myfis.
Pour vous y rendre plus fçavante ,
Répondez-moi fincerement ,
Quand dans Abdere il fait trop longue réfidence
N'eft- il pas vrai que fon abſence
Vous cauſe en fecret de l'ennui ?
Sophie.
Il eft vrai que je fens beaucoup d'impatience
De le voir de retour chez lui.
Myfis.
Et quand il vous rend fa préfence
Ne Vous fentez-vous pas le coeur tout réjoui
Sophie.
Oh! pour cela , je l'avouë , oiii.
Myfis
Et quand il vous fourit , cela vous fait bien aife ?
Sophie.
Je n'ai point de chagrin que fon rire n'appaife.
Myfts.
MAY. 997 1730.
Myfis
Ma foeur la Philofophe apprenez en ce jour ,
Mais apprenez fans aucun doute
Que vous fentez du bon du veritable amour ,
Ou votre grand efprit pourtant ne voyoit goute
La Scene qui fuit eft auffi intereffante que
celle -là eft divertiffante. Elle eft entre Démocrite
& Sophie. Démocrite a fait entendre dans un Mo
nologue qu'il veut éprouver fi Sophie l'aime , ou
fi ce n'eft que par reconnoiffance qu'elle s'attache
à lui. Voici ce que Sophie lui répond :
Eh ! pourquoi voudrois -je rien taire ?
Je vous regarde comme un pere ;
Mon coeur à votre feul afpect
Sent un mouvement qui le preffe
Mêlé de joye & de reſpect ,
Qui des liens du fang égale la tendreffe.
Non , je ne puis affez vous faire concevoir
Ce qu'il a fur moi de pouvoir ;
Mais c'eft encor bien peu pour pouvoir reconnof
tre
Tant de bienfaits d'un fi bon Maître.
Démocrite apprend avec beaucoup de plaifir le
progrès qu'il a fait fur le coeur de fa chere affranchie
; il lui fait entrevoir un fort heureux , & la
quitte après lui avoir récommandé le fecret fur
ee qu'il vient de lui dire en termes ambigus
Sophie commente agréablement ce que Démocrite
ne lui a dit que d'une maniere un petz
Gy cblouse
898 MERCURE DE FRANCE
obfcure ; elle finit fon tendre monologue par ces
Vers :
Suivons pourtant , fuivons les loix de mon cher
Maître ;
Renfermons notre feu naiffant
Peut-être qu'en obéïffant
Mon amour à lui ſeul ſe fera mieux connoître ;
Peut-être qu'à fon tour lui - même il en reſſent.
Myfis vient troubler la joye fecrette de Sophie;
elle lui apprend que le Sénat va bannir Démocrite
d'Abdere pour le punir de l'amour qu'il fent
- pour elle : Sophie à cette affligeante nouvelle ne
peut plus garder fon feerct.
Les Philofophes qui ont été annoncés dès le
premier Acte arrivent leur converſation avec
Démocrite et toute des plus riantes , & fait un
plaifir infini aux fpectateurs. Ces Philofophes font
Diogene , Ariftippe & Straton. Démocrite pour
rendre la converfation plus jolie & plus legere , la
tourne fur cette question : L'amour est - il un bien
ou un mal ? voici quelles font les differentes
opinions de nos fçavans Acteurs :
Democrite.
Accordez , Meffieurs , à ma priere
De refoudre entre vous ce point :
Doit-on aimer , ou n'aimer point
Diogene.
La choſe à décider me paroît difficile ,
Quand Laïs avec moi le prend d'un mauvais tom
L'amour m'échaufe trop la bile
Mais
MAY. 1730.
999
Mais quand elle change de ftile ,
Et prend l'air un peu plus mouton ,
L'amour eft bon : mais je vous dis fort bon.
Straton.
En aimant la raifon s'oublie :
Sans la raifon l'homme eft un fot :
L'amour eft donc une folie ,
Par force il faut trancher le mot :
Mais du moins c'eft la plus jolie.
Ariftippe.
Moi j'accorde fort bien l'amour & la fageffe :
J'en prends un peu felon l'occafion ,
Et ma raiſon n'y voit rien qui la bleſſe :
Il eft chez moi plaifir & jamais paffion :
La paffion feule eft foibleffe :
Et voila ma conclufion.
Démocrite.
Il eft peine & plaifir au fens de Diogene
Il eft folie à celui de Straton :
Chez Ariftipe il eſt plaifir fans peine :
Lequel des trois en croira- t'on ?
Ou foyez fur l'amour d'accord tous trois enfemble
:
Ou laiffez-moi, Meffieurs , aimer , fi bon meſem❤
ble ..
Pouvoit -on ne pas applaudir à une Theſe fe
galante , & no pas fçavoir gré à M. Autreau d'a
Voic
1000 MERCURE DE FRANCE
voir fi bien égayé la Philofophie ? la converſation
roule enfin fur les Sciences : mais c'eſt pour donner
à Démocrite matiere à exercer fon talent de
rire. Ce fecond Acte finit par l'annonce
fis vient faire de l'arrivée d'Hyppocrate.
que My-
Démocrite commence le troifiéme Acte par un
court Monologue ; il fait entendre qu'après un
long examen fur fa prétendue folie , Hippocrate
à conclu qu'il lui reftoit quelque bon fens.
Philolaus vient avertirDémocrites des réfolutions
que le Sénat d'Abdere vient de prendre contre lui ,
& lui dit que fon ami Philoxene viendra bientôt
lui prononcer fon Arrêt. Démocrite n'en fait
que rire. Hippocratę vient reprocher à Démocrite
fon amour pour une Efclave : Démocrite , pour
juftifier les fentimens de fon coeur , ordonne
qu'on fafie venir Sophie ;à peine Hippocrate l'apperçoit
, qu'il en devient amoureux ; Sophie fe
retire. Démocrite demande à Hippocrate ce qu'il
penfe de fon amour depuis qu'il en a vu l'objet.
Hippocrate convient que Sophie eft adorable ,
mais il lui dit , comme Rival , qu'elle ne convient
pas à fon âge. Démocrite lui répond qu'elle conviendroit
encore moins au fien , attendu qu'il eft
beaucoup plus avancé dans la carriere ; Hippocrate
fe retranche fur l'excellence de fon Art ,
ce qui oblige Démocrite à lui lâcher ce trait.
Votre Art fouvent par trop de foin ,
De la fanté hâte bien la ruine ;
Et quand l'Amour prend medecine ,
C'eft figne qu'il n'ira pas loin .
L'Auteur prépare le dénouement par la fin de
cette Scene. Démocrite demande à Hippocrate ce
qu'il a fait d'Egine , fa premiere femme , &c.
Hippocrate lui répond que fon pere. ayant appris
fon
MAY. 1730. ΙΟΟΥ
fon Hymen clandeftin , le força de quitter fa trif
te famille , qui confiftoit en la mere & deux filles ;
il ajoute qu'il apprit au retour de fes longs voyages
que tout étoit mort , il conclut de - là que for
veuvage le met en liberté d'époufer Sophie ; Démocrite
feint d'y conſentir .
#
Nous paffons les autres Scenes moins importantes
, pour venir plutôt à la plus touchante de
la Piece ; elle eft entre Démocrite & Sophie. En
voici quelques morceaux .
Sophie.
On ne pardonne point un amour témeraire' ;
Mais , hélas ! eft-il volontaire ,
Lorfque d'un mérite parfait ,
Il eft un effet neceffaire ?
Démocrite.
Si là-deffus votre aveu ne m'éclaire ,
Je ne puis décider de fa témerité ;
Mais je ne prétens point penetrer un miftere ,
Que vous voulez couvrir de tant d'obſcurité.
Sophie.
Vous qui lifez fi bien dans le fond de mon ame ,
Ignorez- vous l'objet d'une fi jufte flamme ?
Démocrite
Quand je pourrois ne le pas ignorer ,
Oferois-je le déclarer?
Non , je crains trop de m'y méprendre ;
Soyez libre dans votre choix ;
Non
1002 MERCURE DE FRANCE
Non , fi jamais je veux l'apprendre ,
Ce doit être par votre voix , &c.
Sophie voyant que Démocrite lui reproche
fon filence , lui répond ainfi :
Je reçois l'exemple de vous ,
Qui du Sénat me cachez la colere y
Quand je fuis le fujet de ce jufte courroux.
Démocrite.
Devois-je vous parler d'une vaine chimere
Sophie.
Vos fecrets font connus , Seigneur , je les fçais
tous ;
Je n'ai que trop appris votre péril extrême ;
Mais je puis , grace au Ciel , vous en tirer moimême
;
C'est pour me confoler , un plaifir affez doux..
Par vos leçons , mon coeur eft devenu capable
De faire un genereux effort ;
J'appris à refpecter les volontez du fort ;
Pour vous le rendre favorable ,
Daignez dans ce deffein me prêter du fecours
Chaque inftant près de vous me rendroit plus
coupable ;
Il faut , Seigneur , il faut vous quitter pour toujours.
Démocrit : le jettant à fes pieds.
Ah ! c'en eft trop , adorable Sophie,
-
Je
MAY . 1730 . 1003
Je fuis au comble de mes voeux ;
Quittez cette fatale envie ;
Nous fommes réſervez pour un fort plus heu
reux ;
Vous m'aimez & je vous adore ;
Bien-tôt pour nous vous allez voir éclore ,
Le bonheur le moins attendu ;
Dans ce jour fortuné vous allez vous connoître
, & c.
Hippocrate furpris de trouver Démocrite aux
pieds de Sophie , lui reproche la trahison qu'il
lui fait. Philoxene , Sénateur , ami de Démocrite ,
vient lui apprendre que le Sénat , loin de le bannir
, lui envoye cinq cens Talens , pour prix d'um
excellent Livre forti de fa plume. Ce même Sénateur
annonce à Hippocrate que fon Epouſe Egine
vient de lui déclarer fon fort ; Hippocrate
par cette nouvelle , apprend que Sophie & Mifis
font fes filles. Il confent à rendre heureux Démocrite
& Philolaus.La Piece eft terminée par une
Fête des Habitans d'Abdere , dont la Mufique eft
de M. Mouret.
la premiere Repréfentation d'une Comédie
en Vers & en trois Actes , intitulée Démocrite
Prétendu Fou. Cette Piéce dont M. Autreau eft
l'Auteur , eft eftimée une des meilleures qui ayent
encore paru à l'Hôtel de Bourgogne. Elle fut reçue
avec beaucoup d'applaudiffemens qui n'ont
fait qu'augmenter dans la fuite. Nous abrégeons
les éloges pour donner l'Extrait que voici.
L'expofition du Sujet eft faite au premier Acte
par deux Païfans d'auprès d'Abdere , dans une
Maifon deCampagne queDémocrite a choifie pour
fon féjour. Damafippe , l'un de ces deux Païfans,
apprend à Criton , fon camarade , que Démocrite
paffe pour fol dáns Abdere , & qu'à la follicitation
de Damaftus , fon frere , le Sénat paroît
très-difpofé à l'exiler ; il fait connoître à Criton
qu'il a été placé auprès de Démocrite par Damaftus
pour épier tous fes divers genres de folie,
& pour l'en inftruire . Voici les fignes de folie fur
Gij lequels
992 MERCURE DE FRANCE
lefquels il appuye le plus confulter la Lune ,
rire de chacun , lâcher continuellement des traits
critiques , rire feul , fe promener au milieu des
tombeaux , pour fe mocquer même des morts ,
&c. il s'exprime ainfi :
Il va fe gobarger des morts mal à propos
Comme s'ils avoient tort de n'être plus en vie.
Ce qui oblige Criton à lui répondre :
Oh ! pour le coup , c'eft lui- même qui a tort ,
C'eft malgré foi qu'on devient mort ;
Aucun d'eux n'en avoit enyie .
་
Damafippe ajoûte que fa folie le porte à méprifer
les richeffes, à paffer la nuit , à regarder les
Etoiles , à faire des ronds & des quarrés , des iz
& des as , de prédire des Eclipfes , d'avoir la
vertu fecrette de lire fur le vifage des filles quand
elles ne le font plus enfin de vouloir épou
fer une de fes affranchies.
>
La feconde Scene eft entre Myfis , la cadette des
deux affranchies de Démocrite, & Philolaus, fon
Amant , homme de condition d'Abdere , & ami
du Philofophe Prétendu Fou ; elle lui foûtient que
Démocrite eft amoureux de fa four aînée appel,
lée Sophie. Voici ce qu'elle lui dit :
Dès qu'il quitte l'étude ,
Il demande Sophie , & ne peut s'en paſſer ;
De ſon front elle feule a le droit de chaſſer
Ce qu'un trop long travail y peut laiffer de rude
Vient- elle à paroître foudain
De fon air enjoué le retour eft certain ;
Plus,
ނ
MA Y. : 993 1730.
- Plus de marque de laffitude , &c.
Un des goûts de ma foeur eft de parler morale ,
Et volontiers il l'en régale ,
Mais d'un ton doux , d'un air humain ;
Point de grimace Magiſtrale ;
;
Tout au contraire ; il aime à lui prendre la main;
Le moindre petit foin près d'elle l'intereffe ;
Il rajufte un frifon , il détourne une treffe
Qui lui couvre un peu trop le fein ,
Sur lequel fein , quand elle fe redreffe
(Ce que fouvent elle fait à deffein )
Vous voyez de mon Sage une oeillade traitreffe
Se rabattre & tomber foudain ,
Tout en lui prêchant la fageffe ,
Et la leçon marche toujours fon train ;
Et puis fous le mentón doucement la careffe ,
Quand elle a' bien compris quelque trait un peu
iin .
Myfis ordonne à Philolaus d'aller voir Démocrite
, & de ne rien oublier pour penétrer fon
amour , par l'interêt qu'ils y ont tous deux , la
cadette ne pouvant raifonnablement être mariée
qu'après l'aînée .
Danaftus parlant à Philolaus parcourt la vie
de fon frere ; il expofe que Démocrite acheta a
fon retour d'Egypte trois Efclaves , fçavoir Egine
qui eft la mere , & Sophie & Myfis , fes deux
filles .
Dans un entretien que les deux freres ont en
ſemble , Damaſtus a du deffous ; Démocrite exer
ee à fes dépens fon talent de rire ; il le raille vi-
G iij
yement
994 MERCURE DE FRANCE
(
´vement fur la coquet erie de fa femme ; il fait ce
portrait de lui-même ' , & ce tableau de fa maniere
de vie dans fa campagne , pour faire contraſte
à celle de fon frere dans la Ville.
:
D'abord , pour Intendant , j'ai l'aimable Sophie ,
Qui paroiffant , le mémoire à la main ,
ཨཉྙཾ
Me trouve tous les jours l'oeil gay , le front ferein;
Comme en elle je me confie ,
Nos comptes font aifés , d'autant plus qu'ils font
courts ;
" Après , felon mon habitude ,
Le reste du matin je le donne à l'étude ,
Delice de l'efprit , & pendant les beaux jours
Dans mes Jardins je fais deux ou trois tours ;
Tout y croît ,y fleurit , tout y fent l'oeil du Maître
;
Et lorsque le Soleil eft au haut de fon cours
Un repas de mets domestiques ,
Apprêté par de belles mains ,
Vins de mon crû , fruits nés dans mes Jardins
Yflattent mieux mon goût que les plus magnifiques.
Damaftus fe retire peu fatisfait de fon frere
Sophie paroît pour la premiere fois ; Démocrite
pour l'éprouver lui propofe un Epoux ; il lui dit
pour lui mieux faire prendre le change , que cet
Epoux dont il lui parle eft jeune. Sophie lui répond
qu'elle aimeroit mieux qu'il fut âgé , &
voici la raifon qu'elle en donne.
C'est que je veux qu'il m'aime ;
Or
MAY. 1730. 995
Ör , afin qu'il m'aimât long- tems
Je le voudrois au moins de quarante ans , &c.
J'ai remarqué que la jeuneffe
Paffe chez une femme avec plus de vîteffe
Qu'elle ne fait chez un Mari ;
Que dans le cours des ans
un Epoux à quarante "
Paroît encor jeune & Aeuri ,
Et que notre éclat paffe à trente.
Quand un trop jeune Epoux en paroît dégoûté,
Je lui pardonne , ce me ſemble ;
Pour conferver l'amour il faut
que la beauté
Marche d'un pas égal d'un & d'autre côté ,
Et qu'on ne les perde qu'ensemble.
il lui
Démocrite prie Sophie de préparer un repas pour
des amis qu'il attend. Philolaus vient , l'inftruit
de ce qui fe trame contre lui dans Abdere ;
annonce un effein de Sçavans qui doivent venir
exprès pour l'examiner.
Les premieres Scenes du fecond Acte ne font
pas de celles qui intereffent vivement les fpectateurs.
Démocrite dans un à parte fait entrevoir
qu'il fçait le fort de fes affranchies , & que c'eft
là ce qui l'empêche de s'oppofer à l'Hymen que
Philolaus fon ami fouhaite avec tant d'empreffement.
Dans la feconde , Criton vient lui rendre
une lettre qu'il a oublié de lui remettre . Par cette
lettre , Démocrite eft inftruit de tout ce qui fe
trame contre lui dans le Senat d'Abdere ; c'eſt un
Sénateur de fes amis qui lui donne cet avis fecret,
il n'en eft pas plus inquiet.
:
Philolaus , dans une feconde Scene qu'il a avec
Myfis,lui apprend que Démocrite eft impenétra-
G iiij ble
996 MERCURE DE FRANCE
ble fur l'amour qu'elle prétend qu'il a pour Sophie.
Cette Scene eft fuivie d'une autre entre Myfis
& Sophie qui fait beaucoup plus de plaifir ; en
voici quelques fragmens . La Scene roule fur l'amour
reciproque de Sophie & de Démocrite ,
que Sophie ne veut pas avouer.
Myfis.
Pour vous y rendre plus fçavante ,
Répondez-moi fincerement ,
Quand dans Abdere il fait trop longue réfidence
N'eft- il pas vrai que fon abſence
Vous cauſe en fecret de l'ennui ?
Sophie.
Il eft vrai que je fens beaucoup d'impatience
De le voir de retour chez lui.
Myfis.
Et quand il vous rend fa préfence
Ne Vous fentez-vous pas le coeur tout réjoui
Sophie.
Oh! pour cela , je l'avouë , oiii.
Myfis
Et quand il vous fourit , cela vous fait bien aife ?
Sophie.
Je n'ai point de chagrin que fon rire n'appaife.
Myfts.
MAY. 997 1730.
Myfis
Ma foeur la Philofophe apprenez en ce jour ,
Mais apprenez fans aucun doute
Que vous fentez du bon du veritable amour ,
Ou votre grand efprit pourtant ne voyoit goute
La Scene qui fuit eft auffi intereffante que
celle -là eft divertiffante. Elle eft entre Démocrite
& Sophie. Démocrite a fait entendre dans un Mo
nologue qu'il veut éprouver fi Sophie l'aime , ou
fi ce n'eft que par reconnoiffance qu'elle s'attache
à lui. Voici ce que Sophie lui répond :
Eh ! pourquoi voudrois -je rien taire ?
Je vous regarde comme un pere ;
Mon coeur à votre feul afpect
Sent un mouvement qui le preffe
Mêlé de joye & de reſpect ,
Qui des liens du fang égale la tendreffe.
Non , je ne puis affez vous faire concevoir
Ce qu'il a fur moi de pouvoir ;
Mais c'eft encor bien peu pour pouvoir reconnof
tre
Tant de bienfaits d'un fi bon Maître.
Démocrite apprend avec beaucoup de plaifir le
progrès qu'il a fait fur le coeur de fa chere affranchie
; il lui fait entrevoir un fort heureux , & la
quitte après lui avoir récommandé le fecret fur
ee qu'il vient de lui dire en termes ambigus
Sophie commente agréablement ce que Démocrite
ne lui a dit que d'une maniere un petz
Gy cblouse
898 MERCURE DE FRANCE
obfcure ; elle finit fon tendre monologue par ces
Vers :
Suivons pourtant , fuivons les loix de mon cher
Maître ;
Renfermons notre feu naiffant
Peut-être qu'en obéïffant
Mon amour à lui ſeul ſe fera mieux connoître ;
Peut-être qu'à fon tour lui - même il en reſſent.
Myfis vient troubler la joye fecrette de Sophie;
elle lui apprend que le Sénat va bannir Démocrite
d'Abdere pour le punir de l'amour qu'il fent
- pour elle : Sophie à cette affligeante nouvelle ne
peut plus garder fon feerct.
Les Philofophes qui ont été annoncés dès le
premier Acte arrivent leur converſation avec
Démocrite et toute des plus riantes , & fait un
plaifir infini aux fpectateurs. Ces Philofophes font
Diogene , Ariftippe & Straton. Démocrite pour
rendre la converfation plus jolie & plus legere , la
tourne fur cette question : L'amour est - il un bien
ou un mal ? voici quelles font les differentes
opinions de nos fçavans Acteurs :
Democrite.
Accordez , Meffieurs , à ma priere
De refoudre entre vous ce point :
Doit-on aimer , ou n'aimer point
Diogene.
La choſe à décider me paroît difficile ,
Quand Laïs avec moi le prend d'un mauvais tom
L'amour m'échaufe trop la bile
Mais
MAY. 1730.
999
Mais quand elle change de ftile ,
Et prend l'air un peu plus mouton ,
L'amour eft bon : mais je vous dis fort bon.
Straton.
En aimant la raifon s'oublie :
Sans la raifon l'homme eft un fot :
L'amour eft donc une folie ,
Par force il faut trancher le mot :
Mais du moins c'eft la plus jolie.
Ariftippe.
Moi j'accorde fort bien l'amour & la fageffe :
J'en prends un peu felon l'occafion ,
Et ma raiſon n'y voit rien qui la bleſſe :
Il eft chez moi plaifir & jamais paffion :
La paffion feule eft foibleffe :
Et voila ma conclufion.
Démocrite.
Il eft peine & plaifir au fens de Diogene
Il eft folie à celui de Straton :
Chez Ariftipe il eſt plaifir fans peine :
Lequel des trois en croira- t'on ?
Ou foyez fur l'amour d'accord tous trois enfemble
:
Ou laiffez-moi, Meffieurs , aimer , fi bon meſem❤
ble ..
Pouvoit -on ne pas applaudir à une Theſe fe
galante , & no pas fçavoir gré à M. Autreau d'a
Voic
1000 MERCURE DE FRANCE
voir fi bien égayé la Philofophie ? la converſation
roule enfin fur les Sciences : mais c'eſt pour donner
à Démocrite matiere à exercer fon talent de
rire. Ce fecond Acte finit par l'annonce
fis vient faire de l'arrivée d'Hyppocrate.
que My-
Démocrite commence le troifiéme Acte par un
court Monologue ; il fait entendre qu'après un
long examen fur fa prétendue folie , Hippocrate
à conclu qu'il lui reftoit quelque bon fens.
Philolaus vient avertirDémocrites des réfolutions
que le Sénat d'Abdere vient de prendre contre lui ,
& lui dit que fon ami Philoxene viendra bientôt
lui prononcer fon Arrêt. Démocrite n'en fait
que rire. Hippocratę vient reprocher à Démocrite
fon amour pour une Efclave : Démocrite , pour
juftifier les fentimens de fon coeur , ordonne
qu'on fafie venir Sophie ;à peine Hippocrate l'apperçoit
, qu'il en devient amoureux ; Sophie fe
retire. Démocrite demande à Hippocrate ce qu'il
penfe de fon amour depuis qu'il en a vu l'objet.
Hippocrate convient que Sophie eft adorable ,
mais il lui dit , comme Rival , qu'elle ne convient
pas à fon âge. Démocrite lui répond qu'elle conviendroit
encore moins au fien , attendu qu'il eft
beaucoup plus avancé dans la carriere ; Hippocrate
fe retranche fur l'excellence de fon Art ,
ce qui oblige Démocrite à lui lâcher ce trait.
Votre Art fouvent par trop de foin ,
De la fanté hâte bien la ruine ;
Et quand l'Amour prend medecine ,
C'eft figne qu'il n'ira pas loin .
L'Auteur prépare le dénouement par la fin de
cette Scene. Démocrite demande à Hippocrate ce
qu'il a fait d'Egine , fa premiere femme , &c.
Hippocrate lui répond que fon pere. ayant appris
fon
MAY. 1730. ΙΟΟΥ
fon Hymen clandeftin , le força de quitter fa trif
te famille , qui confiftoit en la mere & deux filles ;
il ajoute qu'il apprit au retour de fes longs voyages
que tout étoit mort , il conclut de - là que for
veuvage le met en liberté d'époufer Sophie ; Démocrite
feint d'y conſentir .
#
Nous paffons les autres Scenes moins importantes
, pour venir plutôt à la plus touchante de
la Piece ; elle eft entre Démocrite & Sophie. En
voici quelques morceaux .
Sophie.
On ne pardonne point un amour témeraire' ;
Mais , hélas ! eft-il volontaire ,
Lorfque d'un mérite parfait ,
Il eft un effet neceffaire ?
Démocrite.
Si là-deffus votre aveu ne m'éclaire ,
Je ne puis décider de fa témerité ;
Mais je ne prétens point penetrer un miftere ,
Que vous voulez couvrir de tant d'obſcurité.
Sophie.
Vous qui lifez fi bien dans le fond de mon ame ,
Ignorez- vous l'objet d'une fi jufte flamme ?
Démocrite
Quand je pourrois ne le pas ignorer ,
Oferois-je le déclarer?
Non , je crains trop de m'y méprendre ;
Soyez libre dans votre choix ;
Non
1002 MERCURE DE FRANCE
Non , fi jamais je veux l'apprendre ,
Ce doit être par votre voix , &c.
Sophie voyant que Démocrite lui reproche
fon filence , lui répond ainfi :
Je reçois l'exemple de vous ,
Qui du Sénat me cachez la colere y
Quand je fuis le fujet de ce jufte courroux.
Démocrite.
Devois-je vous parler d'une vaine chimere
Sophie.
Vos fecrets font connus , Seigneur , je les fçais
tous ;
Je n'ai que trop appris votre péril extrême ;
Mais je puis , grace au Ciel , vous en tirer moimême
;
C'est pour me confoler , un plaifir affez doux..
Par vos leçons , mon coeur eft devenu capable
De faire un genereux effort ;
J'appris à refpecter les volontez du fort ;
Pour vous le rendre favorable ,
Daignez dans ce deffein me prêter du fecours
Chaque inftant près de vous me rendroit plus
coupable ;
Il faut , Seigneur , il faut vous quitter pour toujours.
Démocrit : le jettant à fes pieds.
Ah ! c'en eft trop , adorable Sophie,
-
Je
MAY . 1730 . 1003
Je fuis au comble de mes voeux ;
Quittez cette fatale envie ;
Nous fommes réſervez pour un fort plus heu
reux ;
Vous m'aimez & je vous adore ;
Bien-tôt pour nous vous allez voir éclore ,
Le bonheur le moins attendu ;
Dans ce jour fortuné vous allez vous connoître
, & c.
Hippocrate furpris de trouver Démocrite aux
pieds de Sophie , lui reproche la trahison qu'il
lui fait. Philoxene , Sénateur , ami de Démocrite ,
vient lui apprendre que le Sénat , loin de le bannir
, lui envoye cinq cens Talens , pour prix d'um
excellent Livre forti de fa plume. Ce même Sénateur
annonce à Hippocrate que fon Epouſe Egine
vient de lui déclarer fon fort ; Hippocrate
par cette nouvelle , apprend que Sophie & Mifis
font fes filles. Il confent à rendre heureux Démocrite
& Philolaus.La Piece eft terminée par une
Fête des Habitans d'Abdere , dont la Mufique eft
de M. Mouret.
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Résumé : Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 avril, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en vers et en trois actes intitulée 'Démocrite Prétendu Fou' à l'Hôtel de Bourgogne. Cette pièce, écrite par M. Autreau, a été acclamée comme l'une des meilleures de la saison et a reçu des applaudissements croissants. L'intrigue se déroule à Abdère et commence par une exposition où Damafippe informe Criton que Démocrite est considéré comme fou dans la ville. Le Sénat envisage de l'exiler à la demande de Damafippe, qui surveille Démocrite pour observer ses comportements étranges, tels que consulter la Lune, rire de tout, critiquer les autres et se promener parmi les tombeaux. La pièce explore également les relations amoureuses de Démocrite. Myfis, une affranchie de Démocrite, révèle à Philolaus, son amant, que Démocrite est amoureux de Sophie, une autre affranchie. Sophie exprime son amour pour Démocrite de manière subtile et réservée. Le Sénat d'Abdère, soupçonnant Démocrite de folie, envoie des philosophes pour l'examiner. Démocrite engage une conversation philosophique avec eux sur la nature de l'amour, démontrant ainsi sa sagesse et sa lucidité malgré les apparences. Dans le dénouement, Hippocrate, un médecin, reproche à Démocrite son amour pour Sophie, une esclave. Démocrite utilise cette situation pour révéler que Sophie est en réalité sa femme légitime, ayant été forcé de la quitter par son père. La pièce se conclut par la reconnaissance de l'amour véritable entre Démocrite et Sophie. Dans un dialogue entre Démocrite et Sophie, Sophie exprime son désir de quitter Démocrite pour éviter de le mettre en danger. Démocrite, épris de Sophie, lui demande de rester et lui assure un avenir heureux. Hippocrate, surpris de trouver Démocrite aux pieds de Sophie, reproche à Démocrite sa trahison. Philoxène, un sénateur et ami de Démocrite, annonce que le Sénat n'a pas banni Démocrite mais lui a attribué une somme de cinq cents talents pour un livre remarquable. Philoxène révèle également à Hippocrate que son épouse Egine lui a déclaré son amour, et qu'Hippocrate est le père de Sophie et Misis. Hippocrate accepte alors de rendre heureux Démocrite et Philolaus. La pièce se termine par une fête des habitants d'Abdère, accompagnée de musique composée par M. Mouret.
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698
p. 1003-1005
Le Divorce, ou les Maris mécontens, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens François donnerent le 29. Avril, une Piece intitulée, le Divorce, où les [...]
Mots clefs :
Divorce, Comédiens-Français
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texteReconnaissance textuelle : Le Divorce, ou les Maris mécontens, [titre d'après la table]
Les Comédiens François donnerent le 29 .
Avril , une Piece intitulée , le Divorce , où les
Epoux mécontens . Cette Piece , dont l'Auteur ne
fe nomme pas, a eu fi peu de Repréfentations, qu'il
n'eft pas poffible d'en faire un Extrait détaillé
nous nous contenterons de donner une legere idée.
du fonds.
La Piece eft précedée d'un Prologue qui l'annonce
; l'Amour & l'Hymen en font les premiers:
interlocuteurs ; ils fe reprochent réciproquement
leurs deffauts ; Mercure vient terminer leurs differends
1004 MERCURE DE FRANCE
ferends , en leur annonçant qu'une Reine de Lombardie
a fait publier une Loi , par laquelle il eft
1 permis à toutes perfonnes engagées par le noeud.
de Hymen , de le rompre & de faire un autre
choix.
A la faveur d'un Bal un Mari dégouté de fa
femme , vient tâcher d'en trouver une qui lui convienne
mieux ; il en fait confidence à un Valet, à
qui l'exemple de fon Maître donne prefque envie
d'en faire autant. La femme du Maître arrive
mafquée , cependant elle n'eft pas mécontente de
fon mari , jufqu'au point d'en vouloir prendre
un autre. Son mari la trouve fi charmante fousle
mafque , qu'il en devient amoureux ; elle profite
de fon erreur ; elle écoute avec plaifir les fermens
qu'il lui fait d'un amour , qu'il dit n'avoir
jamais fenti pour fa femme, dont il ne laiffe pas de
dire du bien. La Scene entre le Valet & la Suivante
de la Dame , auffi maſquée , qui ſont auſſi'
marieź, eft à peu près la même , mais avec plus de
vivacité & avec moins de mefure d'une & d'autre
part. Ces premieres Scenes font fuivies d'autres
purement épifodiques ; elles ont pourtant quelque
rapport au fond de l'action principale , ce font
d'autres Epoux qui veulent faire divorce ; toutes
ces differentes caufes font plaidées au même Tribunal
. La Reine de Lombardie , après avoir écouté
les raifons de part & d'autre , prononce & fair
remarier les Parties au gré de leur choix , on aurroit
fouhaité que tous les mécontens euffent ſuivi le
fort du premier , qui reconnoiffant fa femme dans
la perfonne de cette prétendue Maîtreffe qu'il
avoit trouvée fi belle fous le mafque , fe repent
de fon inconftance , & confent à renouer un lien
qu'il bruloit de diffoudre .
La Dame Desbroffes - Baron , qui a rempli dans
cette Piece le Rôle de la Reine de Lombardie , apara
MAY. 1730. 1005
1
parû fur le Théatre pour la derniere fois. Elle s'eft
retirée.
Avril , une Piece intitulée , le Divorce , où les
Epoux mécontens . Cette Piece , dont l'Auteur ne
fe nomme pas, a eu fi peu de Repréfentations, qu'il
n'eft pas poffible d'en faire un Extrait détaillé
nous nous contenterons de donner une legere idée.
du fonds.
La Piece eft précedée d'un Prologue qui l'annonce
; l'Amour & l'Hymen en font les premiers:
interlocuteurs ; ils fe reprochent réciproquement
leurs deffauts ; Mercure vient terminer leurs differends
1004 MERCURE DE FRANCE
ferends , en leur annonçant qu'une Reine de Lombardie
a fait publier une Loi , par laquelle il eft
1 permis à toutes perfonnes engagées par le noeud.
de Hymen , de le rompre & de faire un autre
choix.
A la faveur d'un Bal un Mari dégouté de fa
femme , vient tâcher d'en trouver une qui lui convienne
mieux ; il en fait confidence à un Valet, à
qui l'exemple de fon Maître donne prefque envie
d'en faire autant. La femme du Maître arrive
mafquée , cependant elle n'eft pas mécontente de
fon mari , jufqu'au point d'en vouloir prendre
un autre. Son mari la trouve fi charmante fousle
mafque , qu'il en devient amoureux ; elle profite
de fon erreur ; elle écoute avec plaifir les fermens
qu'il lui fait d'un amour , qu'il dit n'avoir
jamais fenti pour fa femme, dont il ne laiffe pas de
dire du bien. La Scene entre le Valet & la Suivante
de la Dame , auffi maſquée , qui ſont auſſi'
marieź, eft à peu près la même , mais avec plus de
vivacité & avec moins de mefure d'une & d'autre
part. Ces premieres Scenes font fuivies d'autres
purement épifodiques ; elles ont pourtant quelque
rapport au fond de l'action principale , ce font
d'autres Epoux qui veulent faire divorce ; toutes
ces differentes caufes font plaidées au même Tribunal
. La Reine de Lombardie , après avoir écouté
les raifons de part & d'autre , prononce & fair
remarier les Parties au gré de leur choix , on aurroit
fouhaité que tous les mécontens euffent ſuivi le
fort du premier , qui reconnoiffant fa femme dans
la perfonne de cette prétendue Maîtreffe qu'il
avoit trouvée fi belle fous le mafque , fe repent
de fon inconftance , & confent à renouer un lien
qu'il bruloit de diffoudre .
La Dame Desbroffes - Baron , qui a rempli dans
cette Piece le Rôle de la Reine de Lombardie , apara
MAY. 1730. 1005
1
parû fur le Théatre pour la derniere fois. Elle s'eft
retirée.
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Résumé : Le Divorce, ou les Maris mécontens, [titre d'après la table]
Le 29 avril, les Comédiens Français ont présenté la pièce 'Le Divorce', dont l'auteur n'est pas mentionné. Cette pièce, peu représentée, commence par un prologue où l'Amour et l'Hymen se critiquent mutuellement. Mercure annonce une loi d'une Reine de Lombardie permettant aux couples mariés de se séparer et de choisir un nouveau partenaire. Dans la pièce, un mari insatisfait cherche une nouvelle compagne lors d'un bal et en parle à son valet. La femme du mari, déguisée, refuse de changer de partenaire. Le mari, charmé par sa femme déguisée, lui déclare son amour. Une scène similaire se déroule entre le valet et la suivante de la dame. D'autres couples souhaitant divorcer sont également présentés, et leurs cas sont jugés par le même tribunal. La Reine écoute les raisons des deux parties et prononce le remariage des couples selon leur choix. La Dame Desbroffes-Baron a interprété le rôle de la Reine de Lombardie et a quitté la scène après cette représentation.
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699
p. 1005-1006
La Tragedie en Prose, [titre d'après la table]
Début :
La seconde nouveauté que les Comédiens François, qui ont resté à Paris, ont donnée pendant [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Tragédie, Comédie-Française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Tragedie en Prose, [titre d'après la table]
La feconde nouveauté que les Comédiens François
, qui ont refté à Paris , ont donnée pendant
l'abfence de ceux qui font allez à Fontainebleau ,
n'a pas été plus heureufe que la premiere. Elle a
pour titre , la Tragédie en Profe ; c'eft plutôt un
Prologue qu'une Comédie. Comme perſonne n'ignore
ce qui a donné lieu à cette Piece , nous
nous reftreindrons à la Piece feule ; voici com →
ment s'y eft pris l'Auteur anonyme.
La Scene eft dans les Foyers de la Comedie
Françoife . Le fieur de Montmeni & la Dlle d'Angeville
la niece , font l'expofition ; quelques perfonnes
de l'un & de l'autre fexe ont demandé
une lecture de la Tragedie en Profe , avant la Repréfentation
; l'Auteur n'a pû leur refufer cette
fatisfaction. C'eft aux Foyers que cette lecture
doit être faite , un Chevalier & une Comteffe s'y
rendent les premiers ; la Dile d'Angeville les laiffe
avec fon camarade , fur quelque prétexte . La
Comteffe & le Chevalier trouvent fort mauvais
que l'Auteur fe donne les airs de fe faire attendre,
on s'affemble fucceffivement ; trois des Invitez
viennent , du nombre defquels eft un Géometre ,
qui ne parle qu'avec poids & mefure , & toujours
en termes de l'Art ; pour les deux autres , ils font
déja prévenus contre la Piece par le feul titre qu'il
en ont lû dans l'Affiche . La quatrième perfonne
invitée qui arrive , eft une femme habillée de noir;
on lui demande fi elle eft en deuil ; elle répond
que non , & dit qu'elle est toujours en noir , parce
que c'eft la couleur la plus convenable aux gens
de Lettre. Elle ajoûte , par maniere de confidence ,
qu'elle eft mariée clandeftinement avec M. Hanetton
, Auteur de la Piece qu'on va lire ; elle prie
le Lieur de Montmeni d'envoyer chez Procope
оф
1006 MERCURE DE FRANCE
où apparemment fon Epoux doit être ; M. Ha→
netton vient enfin , il prie le fieur de Montmeni
de lire pour lui. La Tragedie en Proſe dont il s'agit
,eft intitulée les douze Pairs de Charlemagne;
ce titre révolte deux des Auditeurs , le Géometre
en juge plus favorablement , ce qui donne lieu à
des conteftations de part & d'autre . Les interrup
tions font fi fréquentes , que le Lecteur ne peut
parvenir
à dire un feul mot de la Piece. Le Che
valier même , qui jufques- là avoit paru favora→
ble à l'Ouvrage , par la feule raiſon qu'il lui paroiffoit
très - nouveau & très neuf, fe déclare contre
l'Auteur , parce qu'il lui dit que les Chevaliers
qui doivent faire le Divertiffement de fa Piece ,
foin d'être vieux , comme on le préfume , font
auffi modernes que lui ; Le Chevalier picqué de
l'infulte , le menace de le faire fiffler ; cette contradiction
generale oblige M. Hanetton à retirer
fa Piece , & en s'en allant il fait un deffi au Chevalier
, qui dit fierement à la Comteffe qu'il va
fortir par la porte de derriere. Le fieur de Mont>
meni fe plaint de ce qu'on leur fait perdre une
Piece dont ils efperoient beaucoup , & dit aux
Spectateurs, que puifqu'il n'en font plus les Maîtres
, ils fe trouvent réduits à n'en donner
que
Divertiffement , ce qui eft executé. On a trouvé
la Piece bien & vivement écrite , mais le fujet
n'étant pas à la portée de tout le monde , en a
empêché le fuccès.
, qui ont refté à Paris , ont donnée pendant
l'abfence de ceux qui font allez à Fontainebleau ,
n'a pas été plus heureufe que la premiere. Elle a
pour titre , la Tragédie en Profe ; c'eft plutôt un
Prologue qu'une Comédie. Comme perſonne n'ignore
ce qui a donné lieu à cette Piece , nous
nous reftreindrons à la Piece feule ; voici com →
ment s'y eft pris l'Auteur anonyme.
La Scene eft dans les Foyers de la Comedie
Françoife . Le fieur de Montmeni & la Dlle d'Angeville
la niece , font l'expofition ; quelques perfonnes
de l'un & de l'autre fexe ont demandé
une lecture de la Tragedie en Profe , avant la Repréfentation
; l'Auteur n'a pû leur refufer cette
fatisfaction. C'eft aux Foyers que cette lecture
doit être faite , un Chevalier & une Comteffe s'y
rendent les premiers ; la Dile d'Angeville les laiffe
avec fon camarade , fur quelque prétexte . La
Comteffe & le Chevalier trouvent fort mauvais
que l'Auteur fe donne les airs de fe faire attendre,
on s'affemble fucceffivement ; trois des Invitez
viennent , du nombre defquels eft un Géometre ,
qui ne parle qu'avec poids & mefure , & toujours
en termes de l'Art ; pour les deux autres , ils font
déja prévenus contre la Piece par le feul titre qu'il
en ont lû dans l'Affiche . La quatrième perfonne
invitée qui arrive , eft une femme habillée de noir;
on lui demande fi elle eft en deuil ; elle répond
que non , & dit qu'elle est toujours en noir , parce
que c'eft la couleur la plus convenable aux gens
de Lettre. Elle ajoûte , par maniere de confidence ,
qu'elle eft mariée clandeftinement avec M. Hanetton
, Auteur de la Piece qu'on va lire ; elle prie
le Lieur de Montmeni d'envoyer chez Procope
оф
1006 MERCURE DE FRANCE
où apparemment fon Epoux doit être ; M. Ha→
netton vient enfin , il prie le fieur de Montmeni
de lire pour lui. La Tragedie en Proſe dont il s'agit
,eft intitulée les douze Pairs de Charlemagne;
ce titre révolte deux des Auditeurs , le Géometre
en juge plus favorablement , ce qui donne lieu à
des conteftations de part & d'autre . Les interrup
tions font fi fréquentes , que le Lecteur ne peut
parvenir
à dire un feul mot de la Piece. Le Che
valier même , qui jufques- là avoit paru favora→
ble à l'Ouvrage , par la feule raiſon qu'il lui paroiffoit
très - nouveau & très neuf, fe déclare contre
l'Auteur , parce qu'il lui dit que les Chevaliers
qui doivent faire le Divertiffement de fa Piece ,
foin d'être vieux , comme on le préfume , font
auffi modernes que lui ; Le Chevalier picqué de
l'infulte , le menace de le faire fiffler ; cette contradiction
generale oblige M. Hanetton à retirer
fa Piece , & en s'en allant il fait un deffi au Chevalier
, qui dit fierement à la Comteffe qu'il va
fortir par la porte de derriere. Le fieur de Mont>
meni fe plaint de ce qu'on leur fait perdre une
Piece dont ils efperoient beaucoup , & dit aux
Spectateurs, que puifqu'il n'en font plus les Maîtres
, ils fe trouvent réduits à n'en donner
que
Divertiffement , ce qui eft executé. On a trouvé
la Piece bien & vivement écrite , mais le fujet
n'étant pas à la portée de tout le monde , en a
empêché le fuccès.
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Résumé : La Tragedie en Prose, [titre d'après la table]
Le texte présente une pièce de théâtre intitulée 'la Tragédie en Prose', jouée par les Comédiens Français à Paris pendant l'absence de certains acteurs partis à Fontainebleau. Cette œuvre, considérée comme un prologue plutôt qu'une comédie, a reçu un accueil défavorable. La scène se déroule dans les foyers de la Comédie Française, où le sieur de Montmeni et la demoiselle d'Angeville expliquent la situation. Plusieurs personnes demandent à lire la tragédie avant sa représentation, ce que l'auteur anonyme accepte. La lecture doit se tenir dans les foyers. Un chevalier et une comtesse arrivent les premiers, suivis par trois autres invités, dont un géomètre parlant en termes techniques. Une femme en noir, mariée clandestinement à l'auteur, M. Hanetton, rejoint le groupe. La tragédie, intitulée 'Les douze Pairs de Charlemagne', suscite des controverses. Les interruptions fréquentes empêchent la lecture de la pièce. Le chevalier, initialement favorable, se retourne contre l'auteur après une insulte. La contradiction générale oblige M. Hanetton à retirer sa pièce, et il défie le chevalier. Le sieur de Montmeni déplore la perte de cette pièce prometteuse. La pièce est jugée bien écrite, mais son sujet, peu accessible, a empêché son succès.
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700
p. 1006-1007
Turcaret, Comédie en cinq Actes, [titre d'après la table]
Début :
Le 9. de ce mois, les mêmes Comediens remirent au Théâtre la Comédie de Turcaret, en [...]
Mots clefs :
Turcaret, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Turcaret, Comédie en cinq Actes, [titre d'après la table]
Le 9. de ce mois , les mêmes Comediens remirent
au Théatre la Comédie de Turcaret , en
Profe & en cinq Actes , jouée dans fa nouveauté
pendant l'hyver de 1709. & qui n'avoit point
été repriſe. Élle eft très- bien écrite, pleine d'efprit,
de fituations vives & de traits picquans . Cette
Picce , qui eft très-bien repréſentée , eft de M. le
Sages
MAY. 1730. 1007
Sage , Auteur du faux point d'honneur, de Cefar
Urfin, Comedie en cinq Actes, & de Criſpin Rival
de fon Maitre , en un Acte. M. le Sage eft connu
par quantité d'autres Ouvrages qui caracterifent.
fon efprit , & qui le font regarder comme un de
nos meilleurs Ecrivains.
au Théatre la Comédie de Turcaret , en
Profe & en cinq Actes , jouée dans fa nouveauté
pendant l'hyver de 1709. & qui n'avoit point
été repriſe. Élle eft très- bien écrite, pleine d'efprit,
de fituations vives & de traits picquans . Cette
Picce , qui eft très-bien repréſentée , eft de M. le
Sages
MAY. 1730. 1007
Sage , Auteur du faux point d'honneur, de Cefar
Urfin, Comedie en cinq Actes, & de Criſpin Rival
de fon Maitre , en un Acte. M. le Sage eft connu
par quantité d'autres Ouvrages qui caracterifent.
fon efprit , & qui le font regarder comme un de
nos meilleurs Ecrivains.
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Résumé : Turcaret, Comédie en cinq Actes, [titre d'après la table]
Le 9 mai 1730, la pièce 'Turcaret' a été rejouée au théâtre. Cette comédie en prose et en cinq actes, écrite par M. le Sage, avait été créée en 1709. Elle est appréciée pour son esprit, ses situations vives et ses traits piquants. M. le Sage est également l'auteur de 'Le faux point d'honneur', 'César Ursin' et 'Crispin Rival de son maître'.
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